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Title: L'Illustration, Samedi le 22 Aout 1914, 72e Année, No. 3730
Author: Various
Language: French
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*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, Samedi le 22 Aout 1914, 72e Année, No. 3730" ***

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L'ILLUSTRATION

_Prix du Numéro: 75 Centimes._

SAMEDI 22 AOUT 1914

_72e Année.--Nº 3730._


[Illustration: CORRESPONDANCE MILITAIRE
«_... Nous venons de...; nous allons à... (il ne faut pas dire où); ni
malade, ni blessé; tout va très bien...._»
                                        _Dessin de GEORGES SCOTT_]



COURRIER DE PARIS


LES GRANDES HEURES


_Le drapeau de la fenêtre._--Dès le premier jour de la mobilisation,
Paris s'est pavoisé. Il l'a fait avec un tact et un culte de la nuance
infiniment délicats. Ce pavois est sage, raisonnable, sans rien de
fanfaron. Il affirme une croyance et traduit un espoir, mais ne déploie
aucune vantardise. Loin de vouloir anticiper, il se réserve, il ne donne
pas son plein, et l'on sent bien que son seul but est d'inviter la
victoire en se gardant de l'afficher la veille. Un, deux, trois
drapeaux, placés çà et là à un balcon, font comprendre, à ne pas s'y
tromper, qu'ils ne sauraient représenter tout l'effectif de la maison...
Le regret avec lequel ils s'espacent parle de lui-même... Ce sont des
drapeaux «d'avant-garde», tout simplement... A mesure que s'engageront
les batailles, que s'affronteront les armées, que grandiront les luttes
et se décidera la gloire... un par un, puis par tas, par gerbes, par
bouquets, les _autres_ qui sont à l'arrière, dans les chambres,
sortiront par les fenêtres pour apparaître, faire feu de toutes leurs
couleurs et se dérouler le long du _front_. Il y en a ainsi des milliers
de français, de belges, d'anglais, de russes, qui n'attendent que le
moment prochain de fleurir et d'enrubanner nos murailles.

Pour l'instant, le drapeau est le plus souvent isolé. Sentinelle de la
terrasse, vigie de la mansarde, factionnaire de la porte d'entrée, il se
recueille et ne s'abandonne pas encore à l'expansion. Mais il accentue
chaque jour davantage sa personnalité, il s'impose à nous, se mêle à
notre vie, entre dans nos yeux et nos pensées dont il devient une chère
habitude.

Peu d'occasions, jusqu'ici, s'offraient à nous de le fréquenter. Nous
n'avions avec lui que de rares et courts entretiens. Une ou deux fois
l'an, à une fête nationale, ou en l'honneur de Jeanne d'Arc, ou pour une
visite de souverain, nous le tirions du réduit où il s'attristait dans
l'ombre et la poussière, pour l'aérer pendant quelques heures... Il
jouait ainsi son rôle officiel et puis il rentrait dans l'obscurité. Il
menait une existence intermittente et sans esprit de suite. Depuis le 2
août 1914, il s'est secoué. Le voilà au premier rang. C'est le
personnage principal de la nation, du monde entier. Le drapeau domine
actuellement l'Europe et l'univers. Il flotte au-dessus de tous les
partis et de tous les sommets. Il survole vingt peuples.

Mais, sans le regarder aussi haut, sans le voir de si loin,
considérons-le, chacun, de tout près puisqu'il ne nous quitte pas, qu'il
est, à poste fixe, attaché à la croisée où il fait la campagne pour des
mois, pour un temps dont nous ne pouvons estimer ni limiter la durée...
Il vaut la peine que nous l'étudiions. Sous son apparente égalité
d'humeur, jamais il n'est le même. Pendant que j'écris, j'en ai
justement un, à trois pas de ma table, et qui, dehors, bouge et vit,
comme quelqu'un de penché et d'accoudé sur la rampe. S'il m'arrive de
l'oublier... le mouvement qu'il fait tout à coup me trouble... et puis
je me rassure: «Je sais... c'est le drapeau.» Il étend sur mon papier
des ombres de nuage, de branche et d'oiseau, des lueurs de pourpre et
d'azur. Il enfourche et chevauche comme un bon cavalier la moindre
brise. Il se balance comme un hamac, se gonfle et s'arrondit comme une
voile. Il prend des fiertés, de courtes impatiences, soeurs des miennes,
il se dresse et pique par instants ses trois couleurs, et l'on dirait
qu'il veut, par-dessus les toits, héler un pavillon vers l'Est. Ou bien
il va et vient, à peine, dans un rythme paisible, régulier, qui ferait
jurer qu'il respire. Il semble aussi, par instants, bercer dans le creux
de ses plis un petit enfant invisible... Ou alors il pend, inerte
d'aspect mais lourd de pensées, perché sur sa hampe comme un oiseau de
grand espace qui dort sur une patte. Et il songe, il songe... il paraît
sculpté, il forme un bloc étroit et solide où l'on ne distingue plus, au
bord de ses ailes carguées, qu'un liséré des trois couleurs... et même
immobile il inspire, au repos, la crainte et le respect. Son
engourdissement est formidable de résolution. C'est un drapeau de
Damoclès.

Et il ne se montre pas moins émouvant quand, inondé, pesant de pluie, il
a ses étoffes qui collent et qu'il forme un linge épais, humide et
solennel, tout spongieux de pleurs, comme fatigué d'avoir essuyé trop de
joues maternelles.

A maintes reprises je vais près de lui. Je le comprends. Je le trouve
beau, j'entends son clair bruissement et je découvre ses desseins. Quand
il s'accroche ou s'empêtre aux volets, je le dégage pour qu'il flotte à
l'aise et claque avec plaisir. En sortant de chez moi, je ne puis
m'empêcher de me retourner et de lever vers lui la tête, et il me fait
signe comme avec un mouchoir teint de sang. Du bout de la rue, quand je
rentre, je le distingue entre tous. C'est le mien, et lui aussi me
reconnaît. Il garde la maison.

Cher drapeau _d'ici_, qui ne vas pas au feu, pacifique drapeau du bazar,
qui ne pars pas, qui ne risques rien, tu nous mets pourtant au coeur une
ample joie, un héroïsme résigné. Tu nous prêches la patience. Tu fais
comme nous, tu attends. Tu es l'ami de notre anxiété, tu nous tiens
compagnie du matin au soir, tu es l'insigne militaire de notre inaction,
tu protèges notre sommeil comme le rideau de notre lit.

Aussi nous ne t'oublierons pas. Quand il faudra plus tard, _après la
guerre_,... te retirer... quelle tristesse et quel déchirement nous
aurons!... Je les sens déjà. Le pourrons-nous? Quand, au prix de mille
inquiétudes, de mille joies, mille douleurs, à travers toutes les
gradations de la bataille et les secousses de la victoire, tu nous seras
devenu indispensable, nécessaire... comment ferons-nous pour te perdre
et renoncer à toi, pour te _ranger_, ainsi qu'un meuble désormais
inutile et n'ayant plus de raison d'être? Te remettrons-nous au sixième,
dans la chambre de débarras, avec les malles et les vieux cartons? Quel
sacrilège! Non, tu resteras dans l'appartement, à portée de notre pieuse
caresse, en une place discrète et privilégiée, près des portraits de nos
parents défunts et des reliques de famille... Et nous te sortirons
souvent, car grâce à Dieu les _autres_ drapeaux, ceux des champs de
bataille, nous auront fait d'ici là des quantités de splendides
anniversaires que tu seras, toi, l'humble et le _civil_ de la fenêtre,
chargé de célébrer, avec tes couleurs toujours pimpantes et fraîches de
fête publique...

[Illustration: deco.]

_La Pologne..._ Jusqu'à ce matin l'on n'avait qu'à toucher ce mot, à le
heurter, pour produire de la tristesse... La Pologne...! J'ai encore là,
au fond de l'esprit, comme en un livre relié en chagrin noir, toute la
longue suite d'images que depuis ma petite enfance évoquait d'abord ce
nom désolant et désolé, images saisissantes et rudes à la façon des
gravures sur bois d'un poème épique et populaire, tableaux d'âpre
héroïsme et de sombres douleurs, de révoltes acharnées, de souffrances
qui s'étendaient à perte de vue... dans les steppes mornes et profondes
du passé... L'histoire et le roman de la Pologne, sa légende et sa
vérité, ses fresques, ses galops fous, sa poésie, ses chants de guerre
et ses complaintes d'esclavage, tout cela aussi, pendant des années,
m'avait passé, repassé par la tête comme sur le sol d'un pays cent fois
battu... Bruits des éperons et des chaînes, éclairs des sabres et des
faux, chocs des cymbales, nerveuse splendeur des épaules d'où s'éploie
comme une aile en velours la flottante pelisse, cuir pourpre de la
botte, orgueil du bonnet de fourrure, choeur des exilés, parades sous
les plumets et les aigrettes, magnificences dans l'air froid... Ah! que
vous m'étiez choses familières, prêtes sans cesse à vous lever, à
briller, à résonner, à vous pavaner pour mon spectacle au premier
signal...! Vous faisiez aussitôt cortège aux morts illustres qui vous
suscitaient; vous répondiez en cliquetis à leur appel. Le nom de
Sobieski suffisait à vous rallier des quatre coins comme des escadrons.

Et Pologne était un mot qui, après avoir eu des sonorités prolongées de
gloire, avait fini peu à peu par se réfugier dans l'expression du
malheur. Il tintait comme un glas. Rien qu'en le détachant on le faisait
tomber en cendres. C'était un mot d'abattement, de désespoir et de
sépulcre, un mot qui glaçait le coeur et tranchait la gaieté. Jamais
personne n'a pu rire en disant: la Pologne... On devenait grave et
réfléchi à son accent, en sa présence, comme devant un moribond qui ne
peut pas mourir. Il y avait enfin au-dessus des mille sentiments
qu'agitait l'idée de Pologne, et, les dominant tous, une gêne affreuse,
une peine secrète, la conscience d'une injustice accablant à la fois
ceux qui en étaient les victimes innocentes et ceux qui en étaient les
exécuteurs pensifs et apitoyés...

En un instant tout a changé. Ces impressions centenaires ne sont plus
qu'un mauvais rêve évanoui sur les eaux de la Vistule... Une aube se
lève, comme un baptême de clarté... La Pologne, tout à coup, tressaille
et se sent revivre. Ses flancs endoloris se raniment comme pour un
enfantement qu'ils n'espéraient plus. Le tsar magnanime a tourné vers
elle son sceptre libérateur et les paroles du grand-duc Nicolas
retentissent, montent, se frappent dans le ciel comme des inscriptions
miraculeuses, prennent le large à travers les immenses plaines,
soufflent ainsi qu'un divin coup de vent sur les pâturages, les
interminables rives, sur les forêts de Lithuanie, sur les arbres et les
fronts courbés qui se redressent pour recevoir la proclamation des
espaces...--«_Polonais...! l'heure a sonné où le rêve sacré de vos
pères..._» Ah! le vaste langage! La souveraine élévation de voix...! Le
verbe d'ivresse! Quoi de plus exaltant, de plus beau que le lancement de
ces assurances magnifiques fait par le généralissime, à cheval, debout
sur ses étriers, au seuil même du royaume d'infortune et de courage,
avant d'entrer à plein poitrail dans les blés de la gloire!

Enfin ces promesses prennent toute leur solennité grandiose et généreuse
à l'heure auguste, à la minute choisie où elles tombent... et c'est une
épée, l'épée tirée et tendue pour la bataille, qui prend l'engagement,
qui tient lieu de plume, qui signe, qui apporte à la Pologne la paix, la
fraternité... Ce sont des bras armés, armés pour la plus sainte et
universelle cause, qui s'ouvrent à la soeur meurtrie. Il n'y a pas de
condition meilleure pour un embrassement.

Ressuscite donc, Pologne, au passage des chevaux russes! Ton nom n'est
plus triste aujourd'hui. Oublie tes vieilles luttes... Ne pense qu'à
demain. Les morts immortels sont joyeux. Leurs os remuent. Kosciusko
court et bat des mains aux champs de Cracovie... Tout ruisselant sous le
schapska, Poniatowski, maréchal de France à Leipzig, ressort en nageant
à larges brassées, le soir, des flots de l'Ellster... et je suis sûr
d'avoir entendu cette nuit, par le clair de lune, chanter au piano l'âme
en pleurs de Chopin.

[Illustration: deco.]

_17 août._--Je viens de voir un autre «drapeau de fenêtre», le premier
pris à l'ennemi... exposé rue Saint-Dominique, au ministère de la
Guerre.

Dès que l'on arrive à la porte d'entrée, on l'aperçoit et il occupe
tout. C'est lui. Il est à la croisée d'honneur du milieu, étendu, tiré
de côté par un fil afin qu'il s'étale en grande largeur dans toute sa
détresse, qu'il n'essaie pas de se cacher, que l'on n'en perde rien...
Avec ses quatre branches de croix, rouge framboise et bordée de noir,
sur fond blanc, et ses ors atténués déjà, comme amortis par la honte, il
offre une beauté funèbre. Il a l'aspect des étendards d'autrefois, et
deux épais glands d'argent sont attachés à des tresses, en haut de sa
hampe, comme les embrasses d'un lourd rideau.

Mais ce qui frappe, et ne peut s'exprimer, c'est son air d'abattement et
de chute. Malgré qu'il soit en montre à la plus marquante place, pour le
bonheur d'un peuple qui se précipite à le découvrir, son _exposition_
l'humilie, le rabaisse. En se réjouissant, on ne peut s'empêcher de le
plaindre de finir ainsi, aux barreaux où il donne l'impression d'être
vraiment _pendu_, comme une loque humaine de Montfaucon, comme un gibier
prêt à se décomposer lentement aux vers et à la poussière des âges, sous
la voûte destinée à devenir son tombeau. Il est exténué, rompu, rendu,
ne voit plus, ne sent plus, corps vide, inanimé... qui a tout perdu,
jusqu'à l'honneur... Et sa dégradation renforce notre orgueil.

Nous nous le représentons tel qu'il était hier, porté au-dessus des
têtes prussiennes et paraissant sûr de lui même, se croyant bien tenu
par les deux robustes pattes teutonnes auxquelles on l'avait confié,...
puis tout à coup, ébranlé, se courbant sous l'attaque, allant de droite
et de gauche, ramant, oscillant, plongeant dans la mêlée, tombant et
puis se relevant, lâché, pris, repris après une ruée atroce, ou bien
quitté au premier sang, abandonné tout de suite aux bras et à la
victorieuse convoitise de nos chasseurs... A présent il est une chose,
un morceau de butin, il ne jouera plus jamais à «faire l'écusson» sur le
ciel allemand. Il est pris. Et il ira demain se fixer au mur de la
chapelle royale, ainsi qu'un grand papillon diapré, le corps percé par
une épingle.

[Illustration: LE THÉÂTRE DES OPÉRATIONS EN ALSACE ET EN LORRAINE
Cette carte complète celle du théâtre des opérations en Belgique publiée
dans le dernier numéro (page 125).--Le signe [symbole: sabres croisés]
indique les points où des combats se sont livrés.--Les noms soulignés
sont ceux des villes et villages qu'avaient atteints les troupes
françaises en Alsace-Lorraine, au commencement de cette semaine.]

Je suis resté, songeant de longues minutes, dans la cour où ce
malheureux endurait l'horrible honneur du pilori. Sur le trottoir la
foule, accourue de partout, le voyait, riait, laissait éclater et monter
à son front toutes les manières de sa joie... Et par moments, des
officiers, des généraux, très dignes, traversaient l'espace vide,
montaient l'escalier de pierre, comme pour aller à une importante
visite... et s'arrêtaient en haut, sur le palier, près du captif inerte
et résigné. Ils le regardaient, l'enveloppaient de toute leur pensée,
prenaient un de ses bords entre leurs doigts comme pour tâter de quelle
étoffe était faite l'âme ennemie... Et quand ils l'avaient ainsi toisé,
sans mot dire, ils redescendaient, le coeur et les yeux pleins de
récompense.

HENRI LAVEDAN.


[Illustration: deco.]


LA GUERRE

LES FAITS DE LA SEMAINE


_Mercredi, 12 août_ (suite).--Sir Edward Grey, ministre des Affaires
étrangères de la Grande-Bretagne, remet à l'ambassadeur
d'Autriche-Hongrie, tant au nom du gouvernement français (l'ambassadeur
de François-Joseph ayant quitté Paris) que du gouvernement britannique,
la déclaration de guerre à partir de minuit.

Un combat, commencé la veille, mardi 11, sur l'Othain, à la frontière
nord du département de la Meuse, se termine brillamment pour nos
troupes. Les Allemands ont laissé sur le terrain, le premier jour, de
nombreux morts, et, entre nos mains, 1.000 prisonniers, une batterie
d'artillerie (6 pièces), trois mitrailleuses. Dans la journée du 12, une
batterie française surprend le 21e dragons allemand pied à terre et
l'anéantit.

Les premiers prisonniers allemands traversent la région de Paris,
dirigés vers l'Ouest.

BELGIQUE.--Importante victoire des Belges sur les Allemands à Haelen,
dans la province de Limbourg. (Nous en donnons d'autre part le compte
rendu, illustré d'impressionnantes photographies.)


_Jeudi, 13 août._--A Chambrey (première station en Lorraine annexée de
la ligne de Nancy à Château-Salins), nos troupes surprennent deux
compagnies d'infanterie bavaroise et les refoulent avec de sérieuses
pertes.

Par contre, un échec: deux bataillons français qui s'étaient emparés du
village de La Garde (Alsace) en sont chassés par une contre-attaque et
se retirent à Xures.

Une série d'engagements a rendu nos troupes maîtresses de la crête des
Vosges, où depuis cinq jours elles se maintiennent malgré les
contre-attaques. Aux cols du Bonhomme, de Sainte-Marie-aux-Mines, de
Saales, tous las efforts ennemis sont repoussés.

Le général Joffre décerne la croix au lieutenant de dragons Bruyant qui,
à la tête de sept cavaliers, a attaqué une patrouille d'une trentaine de
uhlans, a tué de sa main leur officier et mis en déroute le peloton en
le décimant: c'est le premier officier décoré de la campagne. La
première médaille militaire est décernée au brigadier de dragons
Escoffier.

Un avion allemand, arborant le pavillon français, jette trois bombes sur
Vesoul, deux sur Lure.

BELGIQUE.--Très chaude action à Eghézée, à 16 kilomètres au nord de
Namur, où les Allemands sont repoussés vers Huy avec de grosses pertes.
Escarmouches à Tongres, Hasselt, etc.

RUSSIE.--Hostilités aux frontières allemande et hongroise. (Nous en
donnons le détail page 158.)

SERBIE.--Les troupes autrichiennes, impuissantes devant Belgrade,
auraient franchi, dans la nuit, la Save à Chavatz et la Drina près de
Loznitza.

Les troupes monténégrines ont fait leur jonction avec les troupes serbes
et pénétré avec elles en Bosnie. L'Herzégovine entière est aux mains des
alliés.

SUR MER.--On fait connaître que, le 9, des sous-marins allemands ont
attaqué la flotte anglaise. L'un d'eux, l'_U. 15_, a été coulé par le
croiseur _Birmingham_.


_Vendredi, 14 août._--Les troupes françaises, qui avaient, la veille,
pris le plateau voisin de Saales, occupent la ville de Saales et le col
du même nom, qui commande la vallée de la Bruche. Succès pour notre
artillerie appuyant l'attaque d'infanterie.

L'important massif du Donon, dominant toute la vallée de la Bruche est
également occupé par nos soldats qui font plus de 500 prisonniers.

Les troupes d'Afrique ont rejoint le front.

D'importantes forces françaises sont entrées en Belgique pour coopérer
avec les armées anglaise et belge.

Les Allemands bombardent pour la seconde fois Pont-à-Mousson, lançant
plus de 200 obus de gros calibre. Une fillette est tuée. L'hôpital est
fort endommagé.


_Samedi, 15 août._--Dans la région de Blamont, Cirey, Avricourt, nos
forces se sont portées, repoussant les Allemands, jusqu'à la hauteur de
Lorquin, à 8 kilomètres en avant de l'ancienne frontière, en enlevant le
convoi d'une division de cavalerie allemande, soit 19 camions
automobiles. Le corps d'armée bavarois qui nous était opposé se replie
vers Sarrebourg.

Dans la Haute-Alsace, Thann est pris. Le drapeau du 132e régiment
d'infanterie allemande est enlevé à Sainte-Blaise, dans la vallée de la
Bruche, par un bataillon de chasseurs à pied. Les prisonniers faits à
Thann assurent que le général von Deimling, qui commandait le 15e corps
et avait son quartier général à Thann même, a été blessé à Sainte-Blaise
également.

Deux avions français pilotés par le lieutenant Cesari et le caporal
Prudhommeau survolent Metz et jettent des bombes sur le hangar des
zeppelins, à Frascati.

Un sérieux engagement a lieu sur les bords de la Meuse, près de Dinant,
entre Français et Allemands. Le combat dure douze grandes heures,
caractérisé par des heurts de cavalerie et d'infanterie, puis par un
duel d'artillerie du haut des collines dominant la ville. Les Allemands
qui avaient passé sur la rive gauche de la Meuse sont repoussés avec des
pertes notables sur Rochefort.

RUSSIE.--Une proclamation du tsar Nicolas II annonce aux Polonais de
Russie, d'Autriche et d'Allemagne qu'il leur donne l'autonomie et
l'intégrité territoriale. La Pologne est ressuscitée! Le grand-duc
Nicolas, commandant en chef de l'armée impériale, adresse un appel aux
Polonais, les conviant à s'unifier «sous le sceptre du tsar russe,
libres dans leur religion, dans leur langue et dans leur autonomie».

[Illustration: LE PREMIER PRISONNIER
Sous-officier de hussards allemand amené à un état-major d'armée à la
frontière.]

JAPON.--Le Japon fait remettre au gouvernement allemand, par son
ambassadeur à Berlin, un ultimatum dans lequel il exige: 1º que
l'Allemagne rappelle ou désarme tous ses bâtiments de guerre présents
dans les eaux japonaises et chinoises; 2º qu'elle évacue dans le délai
d'un mois le territoire qu'elle occupe à bail à Kiao-Tchéou (Chine) qui
sera éventuellement restitué à la Chine. Le Japon demande une réponse
sous huitaine.


_Dimanche, 16 août._--Le mouvement en avant de nos troupes se développe
sur tout le front de Réchicourt jusqu'à Sainte-Marie-aux-Mines. Cette
ville est enlevée et occupée.

Les troupes qui ont occupé le Donon dans la journée du 14 continuent de
progresser dans la vallée de Schirmeck, en capturant un millier de
prisonniers, 12 canons de campagne avec leurs caissons de munitions et 8
mitrailleuses.

ALLEMAGNE.--Guillaume II quitte le matin Potsdam pour Mayence, où il
rejoint le grand quartier général.

SERBIE.--Les Serbes, après un effort de deux jours, chassent de Chabatz
(rive droite du Danube) les Autrichiens qui s'en étaient emparés; les
fuyards abandonnent 14 canons, des mitrailleuses, des
approvisionnements, du matériel.

SUR MER.--On confirme que le _Kronprinz-Wilhelm_, un des plus beaux
paquebots allemands, armé en croiseur auxiliaire, a été capturé par le
croiseur anglais _Essex_.


_Lundi, 17 août._--La progression en avant continue. Nos troupes
occupent les hauteurs au nord de la frontière. Leur ligne de front passe
par Abrechwiller, Lorquin, Azoudange et Marsal, ayant gagné de 6 à 8
kilomètres en Lorraine annexée.

Dans la région du Donon, nous occupons Schirmeck. Notre cavalerie a
poussé jusqu'à Lutzelhausen et Muhlbach, sur la route de Molsheim.

Au sud, nous avons occupé Villé, Sainte-Croix-aux-Mines. De l'artillerie
lourde allemande a été prise.

En Alsace, nous demeurons fortement appuyés sur la ligne Thann, Cernay
et Dannemarie. Les forces allemandes se retirent en grand désordre vers
le nord et vers l'est.

Le colonel Serret, ancien attaché militaire à Berlin, apporte au
ministère de la Guerre le drapeau du 132e régiment d'infanterie
allemand, pris à Sainte-Blaise par le 1er bataillon de chasseurs.

RUSSIE.--Le tsar et la famille impériale arrivent à Moscou, pour les
prières solennelles.

SUR MER.--Le ministre de la Guerre fait connaître au Conseil de la
Défense nationale que la flotte commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère
a coulé, devant Antivari, un croiseur autrichien, le _Zenta_, de 2.300
tonnes qui tenait le blocus de ce port.

Un monoplan allemand, arborant les couleurs françaises, laisse tomber
trois bombes sur Lunéville. Dégâts purement matériels et insignifiants.


_Mardi, 18 août._--Dépêche du général Joffre précisant la situation à
cette date: nous avons conquis la majeure partie des vallées des Vosges
sur le versant d'Alsace;--au sud de Sarrebourg, l'ennemi, qui avait
organisé une position fortifiée défendue par de l'artillerie lourde,
s'est replié, et notre cavalerie le poursuit;--nous avons occupé toute
la «région des étangs» jusqu'au sud de Fenestrange;--nos troupes
débouchent de la Seille, dont une partie des passages ont été évacués
par les Allemands, et notre cavalerie est à Château-Salins. «Notre
artillerie a des effets démoralisants et foudroyants pour l'adversaire.
D'une façon générale, nous avons obtenu, au cours des journées
précédentes, des succès importants...»

BELGIQUE.--On confirme le bruit qui courait depuis quelques jours, de la
mort du général von Emmich, qui commandait l'armée allemande devant
Liége. Suivant une version, il aurait succombé à des blessures; selon
une autre, il se serait suicidé, désespéré de son échec.

Le kronprinz serait blessé.

RUSSIE.--A Moscou, cérémonie religieuse au Kremlin; procession impériale
à la cathédrale Ouspensky, et réception à la salle Saint-Georges, où le
tsar atteste, solennellement, que c'est contre ses intentions que la
«tempête militaire» s'est abattue sur son peuple pacifique.


_Mercredi, 19 août._--Un communiqué officiel du ministère de la Guerre
déclare qu'il est établi, d'après les documents saisis sur les blessés,
les morts et les prisonniers, que toute la responsabilité des atrocités
commises en Alsace-Lorraine par les troupes allemandes, doit retomber
sur le commandement. Elles ont été méthodiquement ordonnées.

Nous continuons à progresser dans la Haute-Alsace. Nos troupes
débouchent sur la Seille, occupant tour à tour Château-Salins et Dieuze,
puis, à la fin de la journée, Delme et Morhange. Enfin Mulhouse est
repris.

A Florenville (Belgique), on signale une rencontre de cavalerie heureuse
pour les nôtres.

BELGIQUE.--La reine des Belges et ses enfants, ainsi que le gouvernement
et le corps diplomatique, quittent Bruxelles pour Anvers, considérée
comme imprenable. Bruxelles demeure bien défendue.

Des forces allemandes très importantes franchissent la Meuse entre Liége
et Namur.


[Illustration: deco.]

LA LETTRE DU TAMBOUR

(_Voir notre gravure de première page._)


L'étape a été dure. On marche vers le front. On a hâte d'y être. On y
sera tout à l'heure... En attendant, on se repose. On bavarde gaiement,
ou l'on sommeille à côté des faisceaux. Le tambour, lui, s'est dit qu'il
avait mieux à faire que de bavarder ou de dormir, et que, puisqu'il est
un des rares hommes de la compagnie qui ait une table à écrire à sa
disposition, c'est bien le moins qu'il en profite. Et il s'est assis
devant sa table à écrire... C'est la «caisse» qui n'a jamais «battu» que
des rassemblements et des marches, et qui, dans quelques heures
peut-être, battra la charge heureuse, la victorieuse course à l'ennemi.

Pour l'instant, ce ne sont pas les baguettes d'ébène qu'y promène la
main du petit soldat; mais un bout de crayon, qui va faire aussi, lui,
d'utile besogne, puisqu'il aura porté un instant de réconfort et de joie
aux coeurs de «ceux qui sont restés», et qui pleurent.

La lettre du tambour, pourtant, n'en dira pas long, car la consigne,
n'est-ce pas, est d'en raconter le moins possible... Il ne faut pas dire
où on va. Il ne faut pas dire d'où l'on vient; ni ce qu'on fait; ni en
quel lieu l'on s'est arrêté... Et c'est l'orgueil du petit troupier qui
va se battre de penser qu'il y a là un secret sacré que la patrie lui
confie, et que chacun doit garder pour soi.

Alors quoi dire?... Des choses vagues. «Tout va bien. Ni malade ni
blessé. Nous sommes contents...» Puis, des compliments à ceux-ci, un bon
baiser à ceux-là... Et ici s'évoquent des images très douces. Ces êtres
chers vers lesquels va sa pensée, le petit tambour les _voit_. Pendant
un instant son jeune visage est devenu grave. Un peu d'émoi fait hésiter
sa main... Et à-Dieu-va! Dans cinq minutes, le billet au crayon, sans
timbre d'origine, prendra le chemin du pays, et c'est _en avant_ que
s'élancera la pensée, redevenue joyeuse, du petit tambour!

LE PREMIER TROPHÉE


Lundi matin, à 9 h. 45, le colonel Serret, ancien attaché militaire de
France à Berlin, se présentait au ministère de la Guerre, en automobile,
accompagné d'un officier de l'armée active et de deux sous-officiers de
gendarmerie: il venait remettre au gouvernement le premier drapeau pris
aux Allemands, le drapeau du 132e d'infanterie, enlevé--au prix de
quels prodiges de vaillance!--par les soldats du 1er bataillon de
chasseurs à pied, à l'affaire de Sainte-Blaise, Alsace.

Quelques instants après, ce trophée guerrier flottait à une fenêtre de
l'hôtel du ministère de la Guerre, au-dessous du drapeau tricolore. Et,
la nouvelle de son arrivée se répandant comme une traînée de poudre, la
foule accourait, d'heure en heure plus dense, pour le contempler.

Il est, comme tous les drapeaux d'infanterie de l'armée allemande, d'un
fond blanc, sur lequel se détache, de la couleur des épaulettes et
parements du régiment dont il était l'enseigne--ici, en rouge framboise
cerné d'étroites bandes noires--la Croix de Fer, la décoration militaire
fondée en 1813 pour récompenser ceux qui avaient servi contre la France,
et réformée en 1870, après notre défaite encore. Au centre de cette
croix, dans un champ circulaire que surmonte la couronne impériale, un
aigle au vol, brandissant dans ses serres la foudre et le glaive,
surmonté d'une banderole avec cette devise: _Pro Gloria et Patria_. Aux
quatre angles, le chiffre couronné de Wilhelm II. Et la soie de cet
étendard est lourde et superbe, et les broderies en sont opulentes. Des
franges d'or scintillent aux trois bords libres, et le chiffre de
l'Empereur encore surmonte la hampe.

Tout le jour, des curieux bien sages, presque recueillis, défilèrent, en
rangs pressés, devant cette enseigne captive. Le soir elle fut présentée
au président de la République, et passa la nuit à l'Elysée dans la
chambre de l'officier de service. Le lendemain matin elle était conduite
aux Invalides, où elle ne sera qu'un trophée de plus, perdu dans la
masse de ceux qui flottent autour du dôme glorieux. Une compagnie de la
garde républicains lui faisait escorte.

Dans la cour d'honneur du noble hôtel de Mansart, le général Niox
attendait, le drapeau du 132e allemand. Le sous-officier qui l'avait
apporté le remit au doyen des dix invalides encore hospitalisés, Pierre
Dumont, un ancien combattant de Crimée, d'Italie, et aussi de
1870-1871,--étrange retour de fortune, pour ce vaincu d'autrefois dont
l'émotion dut être intense quand, fièrement dressé sur son unique jambe,
il présenta le drapeau ennemi qui fut courtoisement salué par tous les
assistants.

La musique joua la _Marseillaise_. Le public clairsemé qui assistait à
cette cérémonie cria: «Vive l'armée! Vive la France!» Puis, sur un geste
du gouverneur des Invalides, le cortège se remit en route vers la
Chapelle, à la suite du trophée, qui fut placé dans la galerie, devant
le grand orgue. Et les officiers et soldats présents défilèrent devant
lui.

[Illustration: Le drapeau du 132e régiment d'infanterie allemande, pris
par notre 1er bataillon de chasseurs à pied à Sainte-Blaise, est exposé
à une fenêtre du ministère de la Guerre, rue Saint-Dominique.--_Phot. G.
S._]

[Illustration: Le doyen des Invalides a pris possession du trophée.]

[Illustration: L'entrée dans la chapelle gardée par les derniers
invalides.]

[Illustration: Le premier drapeau pris en Alsace à l'armée allemande est
reçu aux Invalides, le 18 août, avec un sobre cérémonial militaire.
_Photographies J. Duvau._]

[Illustration: DEVANT LE CHATEAU DE VERSAILLES.--Le départ d'une
batterie d'artillerie, canons et caissons parés de fleurs et de drapeaux.]

[Illustration: A BOULOGNE-SUR-MER.--Le général French et son état-major
avant leur débarquement.]

[Illustration: Le général en chef de l'armée britannique débarque du
Sentinel, qui l'a amené à Boulogne.]

_Phot. Stevenan._

L'ARRIVÉE EN FRANCE ET LA VISITE A PARIS DU GÉNÉRAL FRENCH.

[Illustration: A PARIS.--Le général French, après avoir été reçu par le
ministre de l'Intérieur, quitte la gare du Nord en automobile, acclamé
par la foule.
_Phot. L. Gimpel_]

[Illustration: LES PRISONNIERS
_Dessin de GEORGES SCOTT._]

[Illustration: ]

[Illustration: Vue extérieure d'un autobus transformé en voiture
militaire à viande: les glaces de la voiture sont remplacées par de la
toile métallique.]



OU SONT LES AUTOBUS

LEUR MILITARISATION POUR LE RAVITAILLEMENT DES TROUPES EN VIANDE FRAICHE


La disparition des autobus, qui a été une des premières conséquences de
la mobilisation générale, a quelque peu désorienté la population
parisienne; on s'aperçoit aujourd'hui du rôle énorme qu'ils jouaient
dans la capitale.

Les Parisiens ne sauraient cependant se plaindre de cette disparition,
car les autobus que nous devons à la maison Schneider et à son ingénieur
M. Brillié vont jouer dans notre armée, pendant la guerre qui vient de
commencer, un rôle de premier ordre. Ce n'est point qu'ils soient
destinés à transporter du personnel, tout au moins d'une façon
habituelle; leur emploi ne présenterait en effet dans ce cas qu'une
importance assez faible, car les 1.000 autobus de la Compagnie Générale
des Omnibus ne peuvent contenir que 35.000 voyageurs, soit au maximum
30.000 hommes armés et équipés. Leur rôle est bien autrement important.
Ils sont destinés à assurer jusqu'au front la ravitaillement en viande
fraîche de tous les corps de troupe.

[Illustration: deco.]

La voiture à viande existait bien avant que l'on pût songer à utiliser
les autobus. Le modèle réglementaire comporte une carrosserie où la
viande peut rester suspendue à des crochets comme dans un magasin de
boucher et où elle se trouve convenablement aérée grâce à des ouvertures
munies de toiles métalliques, le tout constituant une sorte de
_garde-manger_. Mais ces voitures présentaient une contenance assez
faible et ne pouvaient se déplacer qu'assez lentement au trot d'un
attelage de deux chevaux. Il leur fallait aller chercher fort loin la
viande qui y séjournait alors pendant de longues heures et dont la
conservation se trouvait assez souvent compromise malgré toutes les
précautions.

On ne savait d'autre part comment faire pour transporter la viande dans
de bonnes conditions depuis les centres d'abatage jusqu'aux points de
distribution aux corps de troupe. L'emploi obligé de la traction animale
limitait à 25 ou 30 kilomètres la distance qui pouvait séparer ces
divers points et il fallait par suite déplacer _tous les jours_ le
centre d'abatage et le troupeau pour les maintenir à portée des corps.
La besogne devenait extrêmement pénible: le personnel, devant chaque
jour accomplir une étape avant de se mettre au travail, n'était bientôt
plus en état de remplir sa tâche; quant au troupeau qui devait lui aussi
faire son étape journalière, il dépérissait rapidement et ne fournissait
qu'une viande médiocre. Enfin, le renouvellement même du troupeau, qui
se fait en général sur place en utilisant les ressources locales,
devenait très difficile pour le service des subsistances qui passait la
majeure partie de son temps à se déplacer pour suivre les troupes.

Pour toutes ces raisons on songea, dès les débuts de l'automobile, à
assurer le transport de la viande fraîche au moyen de la traction
mécanique. On ne pouvait guère songer à constituer dans les magasins un
approvisionnement de voitures à viande automobiles qui, tout en étant
d'un prix fort élevé, se seraient bientôt détériorées en magasin. On se
contenta d'expérimenter quelques modèles d'essai, pour se rendre compte
des conditions à réaliser et l'on chercha un moyen d'utiliser les
véhicules existant dans l'industrie. Les premières expériences ayant
donné des résultats très satisfaisants, on eut l'idée de recourir à la
Compagnie Générale des Omnibus qui venait de construire ses premières
voitures automobiles (autobus à impériale).

La transformation de ces autobus en voitures à viande était relativement
facile. Le ciel de la voiture étant extrêmement solide et la voiture
formant un long couloir, on n'avait qu'à suspendre la viande à des
crochets attachés à des barres de fer disposées à peu près comme
l'étaient les mains courantes des omnibus.

[Illustration: Vue intérieure: tout l'aménagement a été remplacé par de
fortes tringles pour l'accrochage des quartiers de viande.]

Il suffisait de fixer solidement ces barres de fer, en étayant au besoin
le ciel de la voiture, en raison de la longue portée des barres, de
démonter les sièges pour dégager l'intérieur de la voiture, d'installer
une porte munie d'un grillage métallique, de remplacer également par du
grillage métallique les glaces mobiles d'aération, enfin de doubler
intérieurement la carrosserie avec des feuilles de zinc jusqu'à une
certaine hauteur pour rendre facile l'entretien de la voiture.

Un certain nombre d'autobus ainsi transformés figurèrent aux grandes
manoeuvres à plusieurs reprises. Ces essais donnèrent les meilleurs
résultats et eurent pour conséquence l'adoption du système expérimenté.

L'autobus sans impériale, qui a remplacé l'autobus à impériale, a un
plafond plus léger; d'autre part, son compartimentage intérieur est
assez compliqué. La transformation est moins facile, mais elle permet
d'arriver au même résultat. Cette transformation a été exécutée par les
soins de la Compagnie Générale des Omnibus qui avait passé avec l'Etat
un traité l'obligeant à conserver en magasin, en temps de paix, toutes
les matières premières nécessaires. Les travaux de transformation ont
été terminés en temps utile pour tous les corps d'armée mobilisés.

L'autobus étant aménagé comme nous l'avons indiqué plus haut,
l'utilisation devient très simple.

La viande en quartiers est suspendue à des crocs fixés au ciel de la
voiture, comme dans un étal de boucher, sans que les quartiers se
touchent. Dans ces conditions un autobus ne peut guère transporter plus
de 1.800 kilogrammes de viande abattue, alors que le même véhicule
transportait précédemment trente-cinq voyageurs, plus le chauffeur et le
conducteur, soit au total environ 2.600 kilogrammes de Parisiens sur...
pied (37 personnes de 70 kilogrammes).

Ce chiffre de 1.800 kilogrammes représente 3.600 rations de viande
fraîche, à raison de 500 grammes par ration. Un autobus transformé
renferme ainsi un peu plus que la viande nécessaire chaque jour à un
régiment d'infanterie comprenant normalement 3 bataillons de 1.000
hommes.

Il suffirait donc, à la rigueur, d'une douzaine d'autobus par corps
d'armée et, avec 250 autobus, nos vingt corps de première ligne se
trouveraient suffisamment pourvus. Mais le service des petites unités
serait mal assuré, les trains régimentaires auraient à accomplir des
parcours exagérés et enfin on ne pourrait point parer aux accidents
imprévus. Aussi a-t-on à peu près doublé les effectifs précédents, tout
en conservant un certain nombre d'autobus pour le transport des blessés
et peut-être pour certains transports rapides de personnel combattant.

Le centre d'abatage du troupeau est en principe installé à une station
tête d'étapes (terminus de la voie ferrée). On y abat la viande à
loisir, on l'y laisse ressuer et on l'expédie ensuite par autobus en des
points de rendez-vous fixés par le commandement. De là les officiers
d'état-major, désignés à cet effet, dirigent les autobus sur les points
de _distribution_ où la viande est délivrée aux officiers
d'approvisionnement qui l'emportent dans les voitures à viande
réglementaires à traction animale, dont nous avons parlé plus haut, ou
dans de simples fourgons. Un autobus pouvant facilement faire 100 à 120
kilomètres par jour, soit un parcours correspondant à six étapes, peut
s'éloigner du centre d'abatage de 50 à 60 kilomètres, ce qui correspond
à deux ou trois étapes. Le centre d'abatage n'a donc besoin de se
déplacer que tous les deux ou trois jours au maximum quand les troupes
marchent tous les jours dans la même direction.

Ajoutons que là où le réseau de routes est en bon état les autobus
peuvent apporter la viande jusque dans les cantonnements, ce qui évite
aux trains régimentaires des fatigues excessives et épargne à la viande
des transbordements fâcheux.

[Illustration: deco.]

Les autobus vont donc contribuer grandement à la défense du pays. Il ne
faut pas oublier, en effet, qu'à la guerre il est trois choses que l'on
doit faire _tous les jours_: marcher, manger et se reposer; parvenir à
faire ces trois choses dans de bonnes conditions est souvent plus
difficile que de faire la quatrième qui est de se battre et, de plus, on
ne se bat pas tous les jours.

Quand les Parisiens reverront leurs autobus, comme les carrosseries en
seront hors de service, ils auront alors le plaisir de les voir
remplacer par des carrosseries plus larges et plus confortables que la
Compagnie Générale des Omnibus a adoptées en principe il y a quelques
semaines. A quelque chose malheur est bon.

SAUVEROCHE.

[Illustration: La transformation des autobus en voitures à viande: les
stores, banquettes, etc.--_Phot. R. Millaud._]

[Illustration: LES TOMBES D'ALSACE _Dessin de L. SABATTIER_]

La terre d'Alsace n'est qu'un vaste champ funèbre, où sont couchés les
vaillants dont le courage, vainement, se dépensa pour la défendre et la
conserver à la patrie chère à son coeur. La plaine y est jonchée de
sépultures à profusion: ici, un tumulus où dorment pêle-mêle des
phalanges de héros inconnus; là, quelque stèle dressée au chevet d'un
tertre verdoyant; plus loin, une dalle où la mousse efface lentement un
nom; des croix de bois dans chaque guéret... Or, depuis quarante-quatre
ans ces pauvres morts vaincus dormaient d'un sommeil trouble. Les
lourdes bottes du conquérant barbare martelaient la terre où ils
reposent; des trompettes hostiles sonnaient au-dessus de leurs têtes
comme dans un cauchemar. Et voici que le rêve infiniment doux commence.
Des pas plus alertes se pressent, loin encore, mais se rapprochent, sur
la route et dans les glèbes; des fanfares plus allègres ont déchiré
l'air estival, éveillant dans les profondeurs des tombeaux de longs
échos; et sur leurs couches ont tressailli à ces appels belliqueux tous
ceux qui tombèrent dans l'inoubliable et fatale guerre, autour du
drapeau tricolore. Tous ceux fauchés à Woerth, à Froeschwiller, à
Morsbronn, fantassins, cavaliers, cuirassiers épiques, frémissants
d'espoir, sont prêts à se dresser à l'appel des clairons de France,
ainsi qu'on voit, dans la _Revue nocturne_ de Raffet, les grenadiers et
les dragons de l'autre épopée, afin de se mêler, à l'heure du défilé
triomphal, aux libérateurs de leurs tombes, aux vainqueurs de demain!

[Illustration: DU 3 AU 6 AOUT.--Les Allemands envahissent la Belgique,
incendiant les villages en conquérants à qui rien ne doit résister.
_Phot. prise à Mouland, près de Visé.--Vereenigde fotobureaux,
Amsterdam._]

[Illustration: Des officiers allemands s'attablent en plein air, à Visé,
et boivent force bouteilles cachetées, qu'ils ont réquisitionnées.]

[Illustration: APRÈS LE 10 AOUT.--Des milliers de soldats allemands sont
arrivés jusqu'à Bruges, mais comme prisonniers de guerre; ils
remplissent les cours des casernes où ils sont internés: quelques-uns
jouent aux cartes.--_Phot. prise à la caserne Apostoline, à Bruges._]

LES VICISSITUDES DE LA GUERRE.

[Illustration: PREMIÈRES IMAGES DE GUERRE.--L'entrée du village de
Haelen, bombardé par les Allemands.
_Photographies Meurisse._]

LA BATAILLE DE HAELEN

Le sol de la vaillante Belgique, sur lequel s'est produite la première
attaque allemande, la première entreprise contre une place forte, Liége,
aura eu aussi l'honneur de voir se dérouler un des premiers combats
sérieux en rase campagne. Il s'est livré le mercredi 12 août, entre
Diest et Haelen, et a mis en présence une quinzaine de milliers
d'hommes.

C'est sur ce champ de bataille que furent prises, au lendemain de la
sanglante rencontre, les photographies que nous donnons ici,--les
premières photographies de la grande guerre.

M. Paul Erio a envoyé de Belgique au _Journal_ un très vivant récit de
la bataille de Haelen,--ou de Diest. C'est à lui que nous emprunterons
les éléments principaux de ce bref commentaire.

Nos amis belges avaient en face d'eux les cavaliers qui viennent de
dragonner si sauvagement, pillant et massacrant tour à tour, dans le
Limbourg et le Brabant, autour de Jodoigne, Tirlemont, Hasselt, Louvain,
et, parmi eux, les funèbres hussards de la Mort, de Dantzig, que
commanda naguère le kronprinz: leurs exactions sont maintenant châtiées.

Mercredi matin, les Allemands quittaient Hasselt, déclarant aller tout
droit à Bruxelles. Malheureusement pour eux, il y avait sur la route ce
«quelqu'un d'inattendu» dont parle le poète.

Ils partirent sans même s'éclairer, tellement ils étaient sûrs d'eux, à
travers une contrée pourtant accidentée. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à
Haelen. Mais à peine le premier peloton de uhlans pénétrait-il dans ce
village, qu'il y était accueilli par un feu intense. Le peloton entier
fut fauché: les cyclistes armés de la mitrailleuse portative Hotchkiss
venaient de se révéler, et le premier coup qu'ils portaient était
terrible, prouvant que leur corps était aussi redoutable
qu'ingénieusement organisé: «Un seul chargeur suffit à balayer la
route», disait le lendemain le capitaine de la compagnie. Le combat
commençait.

[Illustration: Débris de harnachements de cavalerie allemande, ramassés
dans un champ, à Diest, et gardés par une sentinelle belge.]

[Illustration: LES ALLEMANDS ONT PASSÉ LA.--Une ferme incendiée près de
Haelen.]

Les cyclistes résistèrent magnifiquement. Leurs officiers les
commandaient avec le même calme que s'ils eussent été à l'exercice. Le
flegme belge n'a rien à envier au flegme britannique, cette élégante
possession de soi-même et ce dédain superbe des contingences.

Les Allemands s'étaient vite rendu compte que ceux qui se dressaient
devant eux étaient peu nombreux. Ils lancèrent leur cavalerie en trombe:
«On nous envoya au feu comme à la manoeuvre, comme s'il n'y avait pas de
balles dans les fusils», devait déclarer plus tard un de leurs officiers
blessés. Le vieux maréchal de Haeseler, qui commandait autrefois à Metz,
fit à Guillaume II lui-même, un jour que le kaiser s'était senti
d'humeur à jouer à la guerre, la même observation.

Les deux mitrailleuses de la compagnie cycliste entrèrent en action; les
impétueux cavaliers aussitôt se replièrent. Alors, l'agresseur fit
donner le canon. Une pluie de mitraille écrasa le petit bourg, criblant
les rues, les maisons, l'église. Bien abrités, habilement dissimulés,
les cyclistes tinrent bon, jusqu'au moment où ils se virent près d'être
débordés par le nombre: à 200, ils avaient maintenu en respect 6.000
ennemis. Ils se replièrent,--non sans que deux d'entre eux fussent
allés, sous le feu, faire sauter le pont de Haelen. Ils avaient
admirablement rempli leur rôle.

[Illustration: Un blessé de l'héroïque armée belge, amené par une
infirmière à la gare de Tirlemont.]

[Illustration: Blessé allemand ramassé sur le champ de bataille de
Haelen et gardé dans une cour d'école.]

Les troupes belges massées en arrière se démasquèrent alors. Ce fut, de
part et d'autre, une canonnade terrible. Mais on fit une constatation
intéressante, et que les communiqués de notre ministère de la Guerre ont
signalée déjà, dans les escarmouches qu'ont eues nos propres troupes,
c'est que l'effet des obus allemands était presque nul. Aurait-on donc
calomnié la maison Krupp, quand on l'accusa d'avoir vendu aux pauvres
Turcs des projectiles pour l'exportation?

[Illustration: Après la charge des dragons allemands sur la chaussée de
Haelen: un cheval tué, abandonné avec son harnachement et l'étui à
carabine de son cavalier.]

[Illustration: Les fils télégraphiques de la gare de Diest après le
passage des Allemands.]

Le tir des Belges était, au contraire, d'une précision merveilleuse: on
en eut la preuve à l'heure de la retraite, où un seul canon ennemi
continuait de tirer, les autres étant sans doute en mauvais point.

L'avantage se manifesta bientôt nettement du côté des Belges. Quelque
flottement se fit sentir chez les Allemands, dont la cavalerie, tenue
sous le feu des canons de nos alliés, était immobilisée; ce fut surtout
un duel d'artillerie.

Pourtant, à un moment, des dragons de Mecklembourg se lancèrent, comme
dans un suprême effort, de Haelen sur la route de Diest, une belle allée
droite, bordée d'arbres, telle qu'on en voit dans les tableaux des vieux
maîtres flamands. Ils n'allèrent pas loin: à l'entrée de Zelck-Haelen,
une barricade se dressait en travers de la route. Des mitrailleurs
cyclistes étaient embusqués derrière, d'autres dans les greniers des
premières maisons du village, d'autres dans le clocher de l'église. Ils
attendaient, tranquilles. Et quand les cavaliers aux flammes jaunes et
noires ne furent plus qu'à 200 mètres, le crépitement des armes
automatiques éclata en grêle. L'escadron fut fauché comme une gerbe.
Seuls, deux pauvres chevaux emballés franchirent la barricade.

[Illustration: Un coin du champ de bataille de Haelen: les blessés ont
été recueillis, les morts emportés, et il ne reste que des cadavres de
chevaux.]

[Illustration: VISIONS DE GUERRE.--La chaussée pavée, entre Diest et
Haelen, jonchée de chevaux morts, après l'échec de la cavalerie
allemande.
_Photographies Meurisse_.]

[Illustration: Quelques-uns des héros belges de la bataille de Haelen:
cyclistes armés de mitrailleuses portatives Hotchkiss.--]

C'était, pour les Allemands, la partie perdue. L'artillerie
graduellement se taisait. La retraite se dessina vers Saint-Trond. A la
nuit, il ne resta plus sur le terrain de la lutte qu'un amas de morts et
de blessés, des armes abandonnées, lances, fusils, des accessoires
d'équipement. L'ennemi avait laissé là plus de 3.000 hommes.

Ce fut, pendant plusieurs jours, une vision infernale, un vrai charnier
où les cadavres des chevaux se mêlaient à ceux des hommes. Les paysans
n'arrivaient qu'avec peine à enterrer les uns et les autres. On pensa un
moment être obligés de les brûler, ne pouvant suffire à la besogne.

Quant aux blessés, on avait fait diligence pour les enlever, les
adversaires confondus, Belges et Allemands traités avec les mêmes soins.
Et ces derniers n'en revenaient pas de se voir couchés dans les lits
blancs de l'hospice civil de Diest. Car, afin de les mieux exciter au
combat, leurs officiers n'avaient cessé de leur répéter que nos
amis--comme nous!--ne manqueraient pas de les achever s'ils tombaient
frappés d'un coup. Quelques-uns, d'ailleurs, avaient reçu de leurs
propres chirurgiens, avant la débâcle, les premiers soins ou du moins,
avaient été examinés. Beaucoup portaient au cou une pancarte avec leur
nom, le numéro de leur régiment, l'indication de leurs blessures et un
avis médical conseillant les soins qu'il fallait leur donner.

Parmi les trophées de victoire que cette magnifique journée rapportait
aux Belges se trouvait l'étendard des hussards de la Mort, le macabre
étendard auquel, il y a quelques mois, le kronprinz, abandonnant ce
régiment pour venir à Berlin, au grand état-major, préparer la guerre,
adressait un si belliqueux au revoir!... Depuis le lendemain de la rude
bataille, il est à l'hôtel de ville de Diest, triste, sous ses couleurs
sombres, autant qu'un plumet de catafalque.

[Illustration: La ligne de chemin de fer de Landen à Saint-Trond, que
les Belges ont rendue inutilisable--_Phot. Meurisse._]

[Illustration: LES VAINQUEURS DE HAELEN.--Peloton de cyclistes ayant mis
en batterie leurs mitrailleuses portatives, dont le tir a arrêté l'élan
de la cavalerie allemande.--_Phot. Montigny._]

[Illustration: S. S. PIE X qui vient de mourir sans avoir pu conjurer la
guerre générale qui va ensanglanter toute la chrétienté. _Phot.
Histed._]

Au moment même où nous achevons ce numéro, arrive une nouvelle qui
ajoute une émotion profonde à toutes celles que nous éprouvons depuis
quelques jours: le pape Pie X est mort jeudi matin, à une heure et
demie.

Depuis plus d'un an déjà, la santé du Saint-Père était chancelante. Son
grand âge--il était bientôt octogénaire, ce qu'on n'imaginerait jamais à
voir ses plus récentes photographies--faisait à tout instant redouter la
fatale catastrophe. En quelques jours, un catarrhe pulmonaire vient
d'achever de terrasser l'auguste vieillard.

A quelle heure sombre il disparaît! Il avait fait les plus nobles et les
plus pressants efforts pour conjurer l'orage. Il avait eu la superbe
illusion de pouvoir exercer quelque ascendant sur le vieil empereur
François-Joseph, «Majesté Apostolique», comme lui au terme d'une longue
vie, et que l'adversité acharnée eût dû rendre sage. Il avait espéré le
déterminer à la démarche, au geste qui eût assuré la paix. Un autre
esprit démoniaque contrebalançait sa bienveillante influence. Il fut
vaincu. Et il n'est pas téméraire de penser que le spectacle douloureux
que lui offrit, à ses dernières heures la chrétienté tout entière aux
prises dans une lutte farouche et sans merci, ait abrégé peut-être les
heures du Pontife, du pasteur des peuples catholiques.

[Illustration: LA FRANCE ENTIÈRE PASSE!
Un arrêt, dans une gare, d'un train de tirailleurs indigènes, débarqués
d'Algérie, et en route pour le front.]

Dans ce pays en ébullition, où vibrent, confondues dans un même
belliqueux enthousiasme, les races de toutes les provinces, où la nation
armée tout entière se rue d'un seul élan vers les frontières, quels
convois divers n'auront pas vu passer, stupéfaits, ceux qui demeurent au
foyer, soit que leur fenêtre s'ouvrit au bord de quelqu'une des grandes
artères ferrées qui mènent aux lieux de la décisive lutte, ou que leur
curiosité, mêlée de regrets, les portât, chaque jour, vers la gare
prochaine, vers le passage à niveau voisin! Ainsi des paysans qui n'ont
jamais quitté leur chaumière, on encore, comme disait Coppée, «des
Parisiens rêveurs qui n'ont pas voyagé», des «banlieusards» surtout,
auront pu, ces jours derniers, saluer au passage des combattants qui
viennent du plus loin où s'étend le sceptre paternel de la France, et
les combler de fleurs, et leur verser à boire: les «turcos», comme on
les appelait autrefois, qui, dans la précédente guerre franco-allemande,
avaient si fort déconcerté nos adversaires en maintes rencontres,--les
tirailleurs indigènes, dans les rangs desquels marchent coude à coude de
blonds fils de la métropole que l'amour des aventures poussa à quelque
engagement sensationnel, des Berbères au teint presque aussi clair, des
Arabes au nez aquilin, et jusqu'à des noirs du plus bel ébène, enfants
du torride Soudan.

[Illustration: Le salon réservé de l'ambassadeur.]

[Illustration: Le lit où il a paisiblement dormi.]

[Illustration: Le wagon-salon qui a reconduit confortablement à Berlin
M. de Schoen, ambassadeur d'Allemagne à Paris.]

DOCUMENTS et INFORMATIONS


LE CONFORT DE M. DE SCHOEN.

Tandis que l'ambassadeur de France à Berlin était renvoyé à la frontière
hollandaise, un peu comme un malfaiteur qu'on extrade, le représentant
du kaiser à Paris, M. de Schoen, était reconduit jusqu'à Berlin dans un
train français spécial où il trouvait, en même temps que le plus parfait
confort moderne, tous les égards que les peuples bien élevés ont coutume
de témoigner aux ambassadeurs des puissances amies.

M. Cambon, sous peine de se voir retenu prisonnier, dut payer «en or»
les trois mille et quelques francs auxquels fut taxé le prix de son
voyage; la France ne réclama rien à M. de Schoen.

La mentalité allemande interpréta sans doute ces procédés courtois comme
une marque de faiblesse. Le train français, comprenant deux
voitures-salon, deux wagons de première classe et deux fourgons, fut
tout d'abord retenu comme prise de guerre; on arrêta même un moment les
deux convoyeurs, qui avaient assuré la sécurité et le confort de
l'ambassadeur allemand, des personnages et des petits chiens de sa
suite.

Nos compatriotes eurent à subir les plus stupides vexations. Après les
avoir autorisés enfin à repartir avec notre train, on les arrêta à
nouveau à Regensburg, puis à Constance, d'où ils furent enfin dirigés
sur le réseau suisse.

Le train français était arrivé à Berlin dans la soirée du 4 août; c'est
seulement dix jours plus tard qu'on le revit à Paris, à la gare de Lyon.


DES MÉTHODES DE LA CHIRURGIE FRANÇAISE À LA GUERRE.

Nombre de personnes ayant des parents ou des amis sous les drapeaux se
demandent, sinon avec inquiétude, du moins avec une anxiété fort
compréhensible, quel est l'esprit général de nos chirurgiens militaires.
Le docteur Rebreyend, qui fit avec les Bulgares toute la campagne des
Balkans, va nous rassurer à cet égard:

«... Alors que dans certaines ambulances la rumeur publique accusait
tels chirurgiens d'avoir l'amputation déplorablement facile, chez nous,
au contraire, on connut dès le début notre tendance résolument
conservatrice.

»Cela commença par un pouce qui vraiment ne tenait plus guère et que je
refusai néanmoins d'amputer. Avec quel lumineux sourire ce grand garçon
agitait tous les matins sa main restée complète! Ce fut de lui que data
l'axiome: «Chez les autres on coupe, chez les Français on recolle.» Et
de fait, contrairement à certaines légendes, celle-ci fut vraie. Pendant
cette campagne, nous ne fîmes, et bien à contre-coeur, que trois
amputations: un bras, une jambe et une cuisse.

Il advint même, pendant notre dernier mois d'exercice, un incident très
flatteur. Un sous-officier, le bras cassé par une balle, languissait
dans une ambulance étrangère, le bras oedémateux, avec une forte fièvre
tous les soirs. Tant et si bien qu'on déclara l'amputation nécessaire.
Il protesta, fit un tel tapage, répéta si obstinément «qu'il voulait
aller chez les Français, où l'on ne coupait pas les membres», qu'un beau
matin on prit le parti de l'envoyer au diable, c'est-à-dire où il
voudrait. Il vint chez nous. Après vingt-quatre heures d'observation, on
le mit dans un «Hennequin» bien classique, d'où il sortit trente jours
après, consolidé.

»A nous comparer aux chirurgiens étrangers, avec qui nous voisinions,
nous avons conçu quelque fierté de nos méthodes françaises. Toujours, à
la base de tout, se retrouvait la valeur de notre enseignement clinique.
Poser l'indication opératoire; poser celle, souvent plus délicate, de
l'abstention; ne pas considérer tout comme fini avec l'opération
terminée; rester, dans la direction quotidienne du traitement ultérieur
des chirurgiens, aussi «médecins» que possible: voilà qui est purement,
exclusivement français. Au total, nous pratiquâmes environ soixante-dix
grandes opérations. Puis, par petits paquets, par trois, par six, par
dix, on évacua peu à peu les guéris de l'ambulance. Il vint un jour où
Mikhaïlowski, toujours l'ami dévoué de nos débuts, prit à l'ambulance de
la reine nos onze derniers convalescents. Un gros chagrin pesa sur nos
coeurs, avec le silence des bâtiments muets. Sur le seuil de la salle
qu'elle retrouvait vide, une de nos infirmières pleura...» (_Les
Français aux armées de Bulgarie_. Mame, éditeur.)

D'autre part, M. Delorme, médecin inspecteur général de l'armée, a lu, à
une des dernières séances de l'Académie des sciences une note très
complète sur le traitement des blessures de guerre, où, à côté de
détails trop techniques pour être rapportés, nous trouvons les
indications suivantes:

«A l'heure actuelle, la chirurgie de guerre doit être conservatrice dans
la grande majorité des cas, dans la presque totalité des blessures par
les balles.

»L'étroitesse des plaies faites par des balles modernes, l'abstention de
la recherche systématique des corps étrangers, les pratiques de
l'antisepsie et de l'asepsie, ont eu pour conséquences de transformer le
pronostic du plus grand nombre de blessures de guerre, d'en écarter les
complications, de réduire les pertes, d'améliorer les résultats.

»La vie du blessé n'étant plus aussi souvent en jeu qu'autrefois, grâce
à l'asepsie et à l'antisepsie, l'activité du chirurgien doit tendre à
obtenir la guérison avec le minimum de tares consécutives.

»Les pratiques de la chirurgie de guerre dans les lignes de l'avant
diffèrent de celles de la chirurgie commune parce qu'elles sont
commandées par les conditions de milieu, de circonstances et de
fonctionnement chirurgical. Dans les hôpitaux de l'arrière, elles
tendent à se confondre avec celles de la chirurgie journalière.»


LES PERTES EN HOMMES DANS LES GUERRES MODERNES.

Beaucoup de personnes s'imaginent que la perfection des armes modernes
entraîne fatalement des pertes effroyables à la guerre. D'autres
soutiennent le contraire; dès 1868, le colonel Ardant du Picq, du 10e
de ligne (tué à l'ennemi, sous Metz, le 15 août 1870), écrivait:
«Combattre de loin est naturel à l'homme; du premier jour, toute son
industrie n'a tendu qu'à obtenir ce résultat, et il continue...
L'invention des armes à feu a diminué les pertes des vaincus dans les
combats; leur perfectionnement l'a diminué et le diminue chaque jour...»

Ces deux opinions paraissent beaucoup trop absolues, mais la statistique
est plutôt rassurante.

En 1859, à Magenta, 48.000 Franco-Sardes perdent 8 %; 62.620 Autrichiens
9,2 %. A Solférino, 151.000 Franco-Sardes perdent 8,9 %; 133.000
Autrichiens, 10,3 %. Pendant cette campagne, on employa pour la première
fois le canon rayé de 4.

En 1866, à Koeniggraetz, les Prussiens (220.982) ont le fusil à aiguille
et une artillerie médiocre; les Autrichiens (215.134) possèdent des
canons excellents, mais sont encore armés de fusil à piston. Les
Prussiens perdent 4 %; les Autrichiens 11 %.

En 1870, les pertes furent parfois plus élevées. A cette époque, il
existe une différence d'armement entre les deux adversaires. Les
Allemands ont encore le fusil à aiguille, mais leur canon se chargeant
par la culasse est très supérieur à notre matériel, qui date de 1859. Il
est vrai que notre chassepot vaut mieux que le fusil prussien.

A Froeschwiller, _de 8 h. 30 du matin à 4 heures du soir_, les Allemands
(71.500 engagés) ont eu 9.270 tués ou blessés, soit 13 %, les Français
(36.860), 8.000, soit 21 %.

A Rezonville, de _11 heures du matin à 9 heures du soir_, les pertes des
Allemands (63.000) sont de 15.800 hommes, soit 25 %; les nôtres
(113.000) de 11.460, soit 10 %.

A Saint-Privat, la lutte est menée _de 11 h. 45 du matin à 9 heures du
soir_, par 190.000 Allemands, contre 110 000 Français; elle coûte aux
premiers 20.130 hommes hors de combat, soit 10 %, et à nous 12.270, soit
11,5 %. Encore faut-il ajouter que ce jour-là, dans l'espace de trente à
trente-cinq minutes, de 5 heures un quart du soir à 6 heures moins un
quart, la garde prussienne a perdu 309 officiers et 7.923 hommes.

Pendant la guerre russo-turque, à la bataille de Plewna (11 décembre
1877), les Russo-Roumains (120.000) ne perdent que 1,6 %; les Turcs
(36.000), environ 15 %.

En Mandchourie, à Liao-Yang, _dans une lutte qui a duré dix jours_, les
Japonais ont mis en ligne 220.000 hommes et 750 canons; les Russes leur
ont opposé 150.000 hommes et 600 pièces. Les premiers y ont perdu 30.000
hommes; leurs adversaires, 13.500, soit respectivement 13 % et 9 %. Ces
pertes, réparties sur dix jours, sont peu de chose, comparées à celles
des armées de 1870. De ces divers chiffres il semble permis de conclure
tout au plus que, malgré le perfectionnement des armes modernes, la
proportion des pertes n'augmente pas sensiblement avec l'importance des
effectifs en présence.

Pendant les guerres récentes des Balkans, les pertes des différents
adversaires n'ont jamais dépassé 10% de l'effectif des combattants
_engagés_.

Ajoutons que les progrès accomplis au double point de vue de la
chirurgie et de l'hygiène permettent de sauver trois et même quatre fois
plus de blessés qu'autrefois.


LA RATION DES SOLDATS.

Aux indications que nous avons données dans le précédent numéro sur la
ration du soldat des diverses armées actuellement en campagne, ajoutons
ce qui concerne les troupes russes et les troupes austro-hongroises.

Le soldat du tsar reçoit:

Viande sur pied: 820 gr. (ce qui correspond à 400 gr. environ de viande
consommable); pain biscuité, 820 gr.; gruau, 205 gr.; farine, 17 gr.;
pois secs, 140 gr.; sel, 35 gr.

Le soldat des armées austro-hongroises a une ration médiocre:

Conserves de viande et de légumes, 200 gr.; pain comprimé, 400 gr.;
café, 20 gr.; sucre, 25 gr.; sel, 25 gr.

En résumé, les troupes françaises sont beaucoup mieux nourries que
celles qu'elles ont à combattre.


UNE GUERRE FERTILE EN CONTRASTES.

Cette guerre, qui a débuté par une lutte à mort entre l'une des plus
grandes et l'une des plus petites puissances du monde, aura compté parmi
ses premières victimes l'un des plus modestes potentats d'Europe, le
prince Georg de Schaumburg-Lippe, tombé devant le fort de Flémalle, près
Liège.

Au dernier recensement, la principauté de Schaumburg-Lippe était peuplée
de 44.992 habitants, dont 785 catholiques et 257 juifs. Quant à la
capitale, Buckeburg, elle comptait en 1905 un peu moins de 6.000 âmes,
soit la moitié de la population de San-Marin.

Il est donc probable qu'on ne saurait lui contester le titre de «la plus
petite capitale du monde».


MAGNIFIQUE EXPLOIT DE NOS AVIATEURS.

Tandis que la majorité de nos aviateurs se livrent à des reconnaissances
qui rendent les plus grands services à notre état-major, d'autres
entreprennent des raids offensifs d'une audace encore plus
impressionnante.

C'est ainsi que le lieutenant Cesari et le caporal Prudhommeau sont
partis de Verdun, le vendredi 14 août à 17 h. 30, chacun dans son avion,
avec mission de reconnaître, de détruire si possible, le hangar à
dirigeables de Frascati à Metz.

Les deux vaillants soldats sont arrivés près de la ligne des forts, le
lieutenant à 2.700 mètres et le caporal à 2.200. Malgré une canonnade
ininterrompue, ils ont maintenu leur direction.

Un peu avant d'arriver au-dessus du champ de manoeuvres, le moteur du
lieutenant a cessé de fonctionner. L'aviateur, ne voulant pas tomber
sans avoir rempli sa mission, se mit en vol plané, et c'est en vol plané
qu'il jeta sa bombe, avec un merveilleux sang-froid. Peu après le moteur
reprit sa marche régulière.

[Illustration: Le lieutenant aviateur Cesari.]

Le caporal, de son côté, avait lancé son projectile. Pas plus que le
lieutenant, il ne put observer exactement, à travers la fumée des
projectiles ennemis, le point de chute, mais il croit avoir atteint le
but.

Les deux héros, rentrés sains et saufs à leur quartier, ont été, à juste
titre, cités à l'ordre du jour de l'armée.

[Illustration: Le territoire de l'ancienne Pologne, à laquelle le tsar
promet l'autonomie]

[Illustration: Les frontières russo-germaniques]

CE QUE FONT LES RUSSES

AUX FRONTIÈRES D'ALLEMAGNE ET D'AUTRICHE-HONGRIE


La lutte entre la Russie et ses adversaires germaniques s'est bornée
jusqu'ici à des escarmouches d'avant-garde. Mais les nouvelles qui nous
arrivent du théâtre de la guerre montrent, comme il fallait s'y
attendre, que les belligérants cherchent à occuper les têtes de lignes
des chemins de fer stratégiques.

Il est évident que la Russie vise la route de Berlin. Son offensive
s'est, en effet, portée tout d'abord du côté de la Prusse orientale:
elle a pris Evdtkuhnen, l'importante gare-frontière allemande de la
ligne Berlin-Pétersbourg, où elle a pu se fortifier, malgré les
contre-attaques allemandes.

Nos amis ont ensuite occupé successivement: Lyck, gare-frontière de la
ligne de Koenigsberg; Marggrabova, sur la ligne de Lyck à Insterburg;
enfin, Tilsitt, où ils se sont également fortifiés. Ce dernier point
commande la route de Memel, port extrême-nord de l'Allemagne.

Pendant ce temps, on voit des avions allemands s'aventurer
jusqu'au-dessus de Kovno, où doivent passer nécessairement les troupes
russes venant des deux grands points de concentration Saint-Pétersbourg
et Vilna.

En Pologne, les Russes se sont tenus d'abord sur la défensive, et les
Allemands ont occupé Kalisch, tête de la ligne Varsovie-Moscou; puis,
sur la ligne Vienne-Varsovie, Bendzin, chef-lieu du district où sont
établies les grandes industries françaises comme Sosnowice, Dombrowa,
Huta, etc. Ils se sont avancés, sur cette voie, jusqu'à Czestochova.

Dans la même région, les Autrichiens ont, de leur côté, pris Olkulsz,
Andreiw et ont poussé jusqu'à Kielce s'acheminant ainsi vers Ivangorod,
grande place fortifiée sur la route de Brest-Litowsky, principal point
de concentration contre l'Autriche.

Le danger de cette marche n'a pas échappé aux troupes russes qui ont
repris Kielce et poursuivi l'ennemi jusqu'à Andreiw.

[Illustration: Embarquement à Oran de troupes d'Afrique
_Phot. Trotin._]

L'offensive autrichienne s'est alors portée à l'ouest, dans la région de
Lemberg; elle a essayé de prendre Radzivilof, sur la ligne de Rovno. Les
Russes ont riposté en s'avançant jusqu'à Brody, station autrichienne de
cette même ligne, puis ils se sont emparés de Sokal où ils commandent la
vallée de Bug. Ainsi arrêtés au nord-est de la frontière
russo-galicienne les Autrichien ont dû reculer également à Volotchysk,
situé plus bas. Ils ont, il est vrai, réussi à pénétrer dans la vallée
du Dniester, en occupant Khotin. Y sont-ils encore? À l'heure où nous
écrivons, on mande de Saint-Pétersbourg que l'avant-garde russe,
composée de plusieurs divisions, est entrée dans la Bukovine et s'avance
vers sa capitale, Czernowitz.

Cette seconde série de mouvements de l'armée russe semble indiquer
qu'elle vise Lemberg, capitale de la Galicie, et par conséquent,
Budapest.

Le manifeste de Nicolas II sur la résurrection de la Pologne semble
devoir aider puissamment la marche russe sur la Pologne allemande.
Aura-t-il le même effet en Galicie où l'Autriche a accordé à la
population de grandes prérogatives et des libertés politiques: on peut
le supposer, eu égard à l'intérêt qu'ont les Polonais à se voir réunis.



LE TRANSPORT DES TROUPES D'ALGÉRIE


Grâce à la maîtrise de notre flotte dans la Méditerranée, le transport
en France du corps d'armée d'Algérie s'est effectué sans le moindre
incident et avec une rapidité inespérée. Et combien nous semble déjà
lointaine la démonstration des deux croiseurs allemands _Goeben_ et
_Breslau_: quelques bombes lancées en passant, sans sommation préalable,
sur les maisons de Bône et de Philippeville, qui ont éprouvé des
dommages insignifiants. Et tandis que turcos, zouaves, spahis sont à
leur poste de combat sur le front des Vosges ou dans la vallée de la
Meuse, le kaiser vend au gouvernement ottoman les deux bateaux qui l'ont
si mal servi.

[Illustration: Les insignifiants dégâts causés à Bône par les obus du
_Breslau_ dans les murs de quelques maisons et dans la coque du
_Saint-Thomas_, ancré dans le port. _Phot. M. Felip._]





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, Samedi le 22 Aout 1914, 72e Année, No. 3730" ***

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