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Title: L'Internet et les langues
Author: Lebert, Marie
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Internet et les langues" ***

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L'INTERNET ET LES LANGUES

[autour de l'an 2000]

MARIE LEBERT

NEF, Université de Toronto, 2009

Copyright © 2009 Marie Lebert. Tous droits réservés.



TABLE


  Introduction
  Des "communautés de langues" en ligne
  Vers un web multilingue
  L'anglais reste prédominant
  Le français sur l'internet
  Encodage: de l'ASCII a l'Unicode
  Premiers projets multilingues
  Dictionnaires de langues en ligne
  Apprendre les langues en ligne
  Les langues minoritaires
  Encyclopédies multilingues
  Localisation et internationalisation
  Traduction assistée par ordinateur
  Traduction automatique
  Chronologie
  Sites web



INTRODUCTION


On dit souvent que l'internet abolit le temps, les distances et les
frontières, mais qu'en est-il des langues? En 2000, le web est
multilingue, mais la barrière de la langue est loin d'avoir disparu. Si
toutes les langues sont désormais représentées sur le web, on oublie
trop souvent que de nombreux usagers sont unilingues, et que même les
polyglottes ne peuvent connaître toutes les langues. Il importe aussi
d'avoir à l'esprit l'ensemble des langues, et pas seulement les langues
dominantes. Il reste à créer des passerelles entre les communautés
linguistiques pour favoriser la circulation des écrits dans d'autres
langues, notamment en améliorant la qualité des logiciels de
traduction.

# Des "nations de langues"

"Comme l’internet n’a pas de frontières nationales, les internautes
s’organisent selon d’autres critères propres au médium. En termes de
multilinguisme, vous avez des communautés virtuelles, par exemple ce
que j’appelle les 'nations des langues', tous ces internautes qu’on
peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu
géographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non
seulement les internautes d’Espagne et d’Amérique latine, mais aussi
tous les hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui
parlent espagnol au Maroc." (Randy Hobler, consultant en marketing
internet de produits et services de traduction, septembre 1998)

# La "démocratie linguistique"

"Dans un rapport de l'UNESCO du début des années 1950, l'enseignement
dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit
fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans
sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'Âge de
l'Information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial
qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans
problème de langue. Considérer l'internet comme la chasse gardée de
ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège
politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne
connaissent pas cette langue." (Brian King, directeur du WorldWide
Language Institute, septembre 1998)

# Un médium pour le monde

"Il est très important de pouvoir communiquer en différentes langues.
Je dirais même que c’est obligatoire, car l’information donnée sur
l'internet est à destination du monde entier, alors pourquoi ne
l’aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que nous
souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les
langues, ce serait contradictoire, pas vrai?" (Maria Victoria
Marinetti, professeure d’espagnol en entreprise et traductrice, août
1999)

# De bons logiciels

"Quand la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens
puissent converser par écrit et par oral sur le web en temps réel dans
différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les
scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien
d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux
sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs." (Tim McKenna,
écrivain et philosophe, octobre 2000)

# Dans toutes les langues

"Les recherches sur la traduction automatique devraient permettre une
traduction automatique dans les langues souhaitées, mais avec des
applications pour toutes les langues et non les seules dominantes (ex.:
diffusion de documents en japonais, si l’émetteur est de langue
japonaise, et lecture en breton, si le récepteur est de langue
bretonne). Il y a donc beaucoup de travaux à faire dans le domaine de
la traduction automatique et écrite de toutes les langues." (Pierre-
Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France Télécom
R&D, février 2001)

***

Sauf indication contraire, les citations présentes dans ce livre sont
des extraits des Entretiens du NEF . Merci à toutes les personnes ayant accepté
de répondre à des questions sur le multilinguisme, parfois pendant
plusieurs années. Ce livre est disponible aussi en anglais, avec un
texte différent. Les deux versions sont disponibles en ligne
.

Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intéresse aux technologies
dans le monde du livre, des autres médias et des langues. Ses livres et
dossiers sont publiés par le NEF (Net des études françaises),
Université de Toronto, et sont librement disponibles sur le site du NEF
.



DES "COMMUNAUTES DE LANGUES" EN LIGNE


= [Citation]

Consultant en marketing internet de produits et services de traduction,
Randy Hobler écrit en septembre 1998: "Comme l’internet n’a pas de
frontières nationales, les internautes s’organisent selon d’autres
critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des
communautés virtuelles, par exemple ce que j’appelle les 'nations des
langues', tous ces internautes qu’on peut regrouper selon leur langue
maternelle quel que soit leur lieu géographique. Ainsi la nation de la
langue espagnole inclut non seulement les internautes d’Espagne et
d’Amérique latine, mais aussi tous les hispanophones vivant aux Etats-
Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc."


= [Texte]

Si Randy donne l'exemple d'une communauté internet hispanophone
répartie sur trois continents, la même remarque vaut pour la
francophonie, une communauté de langue française présente sur cinq
continents. La même remarque concerne tout autant le créole, parlé non
seulement dans les Caraïbes mais aussi à Paris, Montréal et New York.

À ses débuts, l'internet est anglophone à pratiquement 100%, ce qui
s'explique par le fait qu'il débute aux États-Unis en tant que réseau
mis en place dès 1969 par le Pentagone avant de se développer dans les
agences gouvernementales et les universités suite à la création du
protocole TCP/IP (transmission control protocol/internet protocol) en
1974 par Vinton Cerf et Bob Kahn. Après la création du World Wide Web
en 1989-90 par Tim Berners-Lee au Centre européen pour la recherche
nucléaire (CERN) à Genève (Suisse) et le lancement en novembre 1993 du
premier navigateur Mosaic, ancêtre de Netscape, l'internet se développe
rapidement, d'abord aux États-Unis grâce aux investissements
considérables du gouvernement, puis au Canada, puis dans le monde
entier.

Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, l’internet est encore
anglophone à plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s’explique par
trois facteurs: (a) l’usage de l'anglais en tant que principale langue
d’échange internationale; (b) la création d’un grand nombre de sites
web émanant des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni; (c) une
proportion d'usagers particulièrement forte en Amérique du Nord par
rapport au reste du monde, les ordinateurs étant bien meilleur marché
qu'ailleurs, tout comme la connexion à l'internet sous forme de forfait
mensuel à prix modique.

Dans plusieurs pays d'Europe, par exemple, cette connexion est d'abord
tarifée à la durée, avec un tarif de jour et un tarif de nuit moins
élevé. Les usagers passent donc beaucoup moins de temps sur l'internet
qu'ils ne le souhaiteraient, et choisissent souvent de surfer la nuit
pour éviter les factures trop élevées. Fin 1998 et début 1999, des
mouvements de grève sont lancés en France, en Italie et en Allemagne
pour faire pression sur les sociétés prestataires afin qu'elles
baissent leurs prix et qu'elles proposent des forfaits internet, avec
gain de cause dans les mois qui suivent.

En 1997, Babel, initative conjointe d'Alis Technologies et de
l'Internet Society, mène la première étude sur la répartition des
langues sur l'internet. Datée de juin 1997, le "Palmarès des langues de
la toile" donne les pourcentages de 82,3% pour l'anglais, 4% pour
l'allemand, 1,6% pour le japonais, 1,5% pour le français, 1,1% pour
l'espagnol, 1,1% pour le suédois et 1% pour l'italien.

Dans un article publié le 21 juillet 1998 par ZDNN (ZDNetwork News),
Martha Stone, journaliste, précise: "Cette année, le nombre de nouveaux
sites non anglophones va probablement dépasser celui de nouveaux sites
anglophones, et le monde cyber est en train de véritablement devenir
une toile à l'échelle mondiale. (...) Selon Global Reach [société
promouvant la localisation des sites web], les groupes linguistiques se
développant le plus vite sont les groupes non anglophones: on note une
progression de 22,4% pour les sites web espagnols, 12,3% pour les sites
japonais, 14% pour les sites allemands et 10% pour les sites
francophones. On estime à 55,7 millions le nombre de personnes non
anglophones ayant accès au web. (...) Alors que 6% seulement de la
population mondiale est de langue maternelle anglaise (et 16% de langue
maternelle espagnole), 80% des pages web sont en anglais." Toujours
selon Global Reach, 15% seulement des 500 millions d'habitants que
compte l'Europe sont de langue maternelle anglaise, 28% maîtrisent bien
l'anglais, et 32% consultent le web anglophone.

Brian King, directeur du WorldWide Language Institute (WWLI), développe
le principe de "démocratie linguistique" dans un entretien daté de
septembre 1998: "Dans un rapport de l'UNESCO du début des années 1950,
l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme
un droit fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur
l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent
à l'Âge de l'Information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau
mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès
sans problème de langue. Considérer l'internet comme la chasse gardée
de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège
politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne
connaissent pas cette langue."

Jean-Pierre Cloutier est l'auteur des Chroniques de Cybérie, une lettre
d'information électronique sur l'actualité de l'internet. Il écrit en
août 1999: "Cet été, le cap a été franchi. Plus de 50% des utilisateurs
et utilisatrices du réseau sont hors des États-Unis. L'an prochain,
plus de 50% des utilisateurs seront non anglophones. Il y a seulement
cinq ans, c'était 5%. Formidable, non?"

Les usagers non anglophones atteignent en effet la barre des 50% au
cours de l'été 2000. Selon Global Reach, ce pourcentage est de 52,5% en
été 2001, 57% en décembre 2001, 59,8% en avril 2002, 64,4% en septembre
2003 (dont 34,9% d’Européens non anglophones et 29,4% d’Asiatiques) et
64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d’Européens non anglophones et 33%
d’Asiatiques).

Nombre de communautés pratiquent le bilinguisme au quotidien, par
exemple à Genève pour le français et l’allemand, Toronto pour l'anglais
et le français, ou San Francisco pour l’anglais et l’espagnol, pour ne
citer que trois exemples. Le cas extrême étant la Communauté européenne
avec ses 11 langues officielles en 2003, puis ses 24 langues
officielles en 2007 après son élargissement progressif vers l'Europe de
l'Est.



VERS UN WEB MULTILINGUE


= [Citation]

Professeure d’espagnol en entreprise et traductrice, Maria Victoria
Marinetti écrit en août 1999: "Il est très important de pouvoir
communiquer en différentes langues. Je dirais même que c’est
obligatoire, car l’information donnée sur l'internet est à destination
du monde entier, alors pourquoi ne l’aurions-nous pas dans notre propre
langue ou dans la langue que nous souhaitons lire? Information
mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait
contradictoire, pas vrai?"


= [Texte]

En Californie, deux étudiants de l'Université de Stanford, Jerry Lang
et David Filo, lancent en janvier 1994 l'annuaire Yahoo! pour recenser
les sites web et les classer par thèmes. L'annuaire est un succès, avec
un classement plus pointu que celui de moteurs de recherche comme
AltaVista, où ces tâches sont entièrement automatisées. Trois ans plus
tard, Yahoo! propose un classement en 63 grandes catégories
thématiques, tout comme une interface en plusieurs langues: anglais,
allemand, coréen, français, japonais, norvégien et suédois. De plus,
quand une recherche ne donne pas de résultat dans Yahoo!, elle est
automatiquement aiguillée vers AltaVista, et réciproquement.

En décembre 1997, AltaVista est le premier moteur de recherche à lancer
un service gratuit de traduction automatisée de l'anglais vers cinq
autres langues (allemand, espagnol, français, italien et portugais) et
vice versa, la page originale et la traduction apparaissant en vis-à-
vis à l’écran. AltaVista Translation, surnommé aussi Babel Fish, est
l'oeuvre de SYSTRAN, une société franco-américaine pionnière dans le
domaine de la traduction automatique. Babel Fish est alimenté par des
dictionnaires multilingues comprenant 2,5 millions de termes. Bien
qu'ayant ses limites, avec une traduction de trois pages maximum et un
texte traduit approximatif, ce service est immédiatement très apprécié
des douze millions d'usagers, dont un nombre croissant d'usagers non
anglophones. Il ouvre aussi la voie à d'autres services du même genre -
développés entre autres par Alis Technologies, Lernout & Hauspie,
Globalink ou Softissimo - et contribue grandement au plurilinguisme du
web.

Autre initiative, Robert Ware, enseignant, lance en avril 1996 le site
OneLook Dictionaries pour permettre une recherche rapide dans des
centaines de dictionnaires couvrant divers domaines: affaires,
informatique et internet, médecine, religion, sciences et techniques,
sports, généralités et argot. Il explique en septembre 1998: "A titre
personnel, je suis presque uniquement en contact avec des gens qui ne
pratiquent qu'une langue et qui n'ont pas beaucoup de motivation pour
développer leurs aptitudes linguistiques. Être en contact avec le monde
entier change cette approche des choses. Et la change en mieux! (...)
J'ai été long à inclure des dictionnaires non anglophones (en partie
parce que je suis monolingue). Mais vous en trouverez maintenant
quelques-uns." OneLook Dictionaries compte 2 millions de termes
provenant de 425 dictionnaires en 1998, 2,5 millions de termes
provenant de 530 dictionnaires en 2000, et 5 millions de termes
provenant de 910 dictionnaires en 2003.

Robert Ware raconte aussi dans le même entretien par courriel: "Un fait
intéressant s'est produit par le passé qui a été très instructif pour
moi. En 1994, je travaillais pour un établissement scolaire et
j'essayais d'installer un logiciel sur un modèle d'ordinateur
particulier. J'ai trouvé une personne qui était en train de travailler
sur le même problème, et nous avons commencé à échanger des courriers
électroniques. Soudain, cela m'a frappé... Le logiciel avait été écrit
à 40 kilomètres de là, mais c'était une personne située à l'autre bout
du monde qui m'aidait. Les distances et l'éloignement géographique
n'importaient plus! Et bien, ceci est formidable, mais à quoi cela nous
mène-t-il? Je ne puis communiquer qu'en anglais mais, heureusement, mon
correspondant pouvait utiliser aussi bien l'anglais que l'allemand qui
était sa langue maternelle. L'internet a supprimé une barrière, celle
de la distance, mais il subsiste la barrière de la langue, bien réelle.

Il semble que l'internet propulse simultanément les gens dans deux
directions différentes. L'internet, anglophone à l'origine, relie les
gens dans le monde entier. Par là même, il favorise une langue commune
pour communiquer. Mais il suscite aussi des contacts entre des
personnes de langue différente et permet ainsi de développer un intérêt
plus grand pour le multilinguisme. Si une langue commune est
appréciable, elle ne remplace en aucun cas la  nécessité de plusieurs
langues. L'internet favorise ainsi à la fois une langue commune et le
multilinguisme, et ceci est un facteur qui aide à trouver des
solutions. L'intérêt croissant pour les langues et le besoin qu'on en a
stimulent de par le monde la création de cours de langues et
d'instruments d'aide linguistique, et l'internet fournit la possibilité
de les rendre disponibles rapidement et à bon marché."

Même si l'anglais est encore prédominant à la fin des années 1990, les
sites bilingues ou plurilingues sont de plus en plus nombreux, ce pour
des raisons aussi bien commerciales que culturelles, qui prennent en
compte le fait que tout le monde ne comprend pas l'anglais. Brian King,
directeur du WorldWide Language Institute (WWLI), écrit en septembre
1998: "De même que l'utilisateur non anglophone peut maintenant avoir
accès aux technologies dans sa propre langue, l'impact du commerce
électronique peut constituer une force majeure qui fasse du
multilinguisme la voie la plus naturelle vers le cyberespace. Les
vendeurs de produits et services dans le marché virtuel mondial que
devient l'internet doivent être préparés à desservir un monde virtuel
qui soit aussi multilingue que le monde physique. S'ils veulent
réussir, ils doivent s'assurer qu'ils parlent bien la langue de leurs
clients!"

Le réseau ELSNET (European Network in Language and Speech - Réseau
européen pour le langage et la parole) regroupe une centaine de
partenaires académiques et commerciaux, l'objectif étant de mettre sur
pied des systèmes multilingues pour la langue parlée et la langue
écrite. Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET, explique en septembre
1998: "En tant que citoyen européen, je pense que le multilinguisme sur
le web est absolument essentiel. A mon avis, ce n'est pas une situation
saine à long terme que seuls ceux qui ont une bonne maîtrise de
l'anglais puissent pleinement exploiter les bénéfices du web. En tant
que chercheur (spécialisé dans la traduction automatique), je vois le
multilinguisme comme un défi majeur: pouvoir garantir que l'information
sur le web soit accessible à tous, indépendamment des différences de
langue. (...) Je compte passer le reste de ma vie professionnelle à
utiliser les technologies de l'information pour supprimer ou au moins
réduire la barrière des langues."

Il ajoute en août 1999: "Je suis de plus en plus convaincu que nous
devons veiller à ne pas aborder le problème du multilinguisme en
l'isolant du reste. Je reviens de France, où j'ai passé de très bonnes
vacances d'été. Même si ma connaissance du français est sommaire (c'est
le moins que l'on puisse dire), il est surprenant de voir que je peux
malgré tout communiquer sans problème en combinant ce français sommaire
avec des gestes, des expressions du visage, des indices visuels, des
schémas, etc. Je pense que le web (contrairement au système vieillot du
courrier électronique textuel) peut permettre de combiner avec succès
la transmission des informations par différents canaux (ou différents
moyens), même si ce processus n'est que partiellement satisfaisant pour
chacun des canaux pris isolément."

Pour un véritable multilinguisme sur le web, Steven Krauwer suggère
plusieurs solutions pratiques: "(a) en ce qui concerne les auteurs: une
meilleure formation des auteurs de sites web pour exploiter les
combinaisons possibles permettant d'améliorer la communication en
surmontant la barrière de la langue (et pas seulement par un vernis
superficiel); (b) en ce qui concerne les usagers: des logiciels de
traduction de type AltaVista Translation, dont la qualité n'est pas
frappante, mais qui a le mérite d'exister; (c) en ce qui concerne les
logiciels de navigation: des logiciels de traduction intégrée,
particulièrement pour les langues non dominantes, et des dictionnaires
intégrés plus rapides à consulter."

Le multilinguisme est l'affaire de tous, témoin cet Appel du Comité
européen pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE)
qui, diffusé en 1998 dans les onze langues officielles de l'Union
européenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finlandais, français,
grec, hollandais, italien, portugais et suédois), défend "une Europe
humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle". Le CERCLE
propose aux réviseurs du Traité de l'Union européenne douze amendements
prenant en compte le respect des cultures et des langues. On lit dans
cet Appel que "la diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas
un obstacle à la circulation des hommes, des idées et des marchandises
ou services, comme veulent le faire croire certains, alliés objectifs,
conscients ou non, de la culture et de la langue dominantes. C'est
l'uniformisation et l'hégémonie qui sont un obstacle au libre
épanouissement des individus, des sociétés et de l'économie de
l'immatériel, source principale des emplois de demain. Le respect des
langues, à l'inverse, est la dernière chance pour l'Europe de se
rapprocher des citoyens, objectif toujours affiché, presque jamais mis
en pratique. L'Union doit donc renoncer à privilégier la langue d'un
seul groupe."

Bruno Didier, webmestre de la bibliothèque de l’Institut Pasteur, écrit
en août 1999: "L'internet n’est une propriété ni nationale, ni
linguistique. C’est un vecteur de culture, et le premier support de la
culture, c’est la langue. Plus il y a de langues représentées dans leur
diversité, plus il y aura de cultures sur l'internet. Je ne pense pas
qu’il faille justement céder à la tentation systématique de traduire
ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les échanges
culturels passent par la volonté de se mettre à la portée de celui vers
qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l’appréhension de sa
langue. Bien entendu c’est très utopique comme propos. Concrètement,
lorsque je fais de la veille, je peste dès que je rencontre des sites
norvégiens ou brésiliens sans un minimum d’anglais."



L'ANGLAIS RESTE PREDOMINANT


= [Citation]

L’anglais reste prépondérant et ceci n’est pas près de disparaître.
Comme indiqué en janvier 1999 par Marcel Grangier, responsable de la
section française des services linguistiques centraux de
l’Administration fédérale suisse, "cette suprématie n’est pas un mal en
soi, dans la mesure où elle résulte de réalités essentiellement
statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette
langue, etc.). La riposte n’est pas de 'lutter contre l’anglais' et
encore moins de s’en tenir à des jérémiades, mais de multiplier les
sites en d’autres langues. Notons qu’en qualité de service de
traduction, nous préconisons également le multilinguisme des sites eux-
mêmes. La multiplication des langues présentes sur l'internet est
inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges multiculturels."


= [Texte]

Professeur en technologies de la communication à la Webster University
de Genève (Suisse), Henk Slettenhaar insiste tout autant sur la
nécessité de sites bilingues, dans la langue originale et en anglais.
"Les communautés locales présentes sur le web devraient en tout premier
lieu utiliser leur langue pour diffuser des informations, écrit-il en
décembre 1998. Si elles veulent présenter ces informations à la
communauté mondiale, celles-ci doivent être également disponibles en
anglais. Je pense qu’il existe un réel besoin de sites bilingues. (...)
Mais je suis enchanté qu’il existe maintenant tant de documents
disponibles dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire
l’original avec difficulté plutôt qu’une traduction médiocre."

Henk ajoute en août 1999: "A mon avis, il existe deux types de
recherches sur le web. La première est la recherche globale dans le
domaine des affaires et de l’information. Pour cela, la langue est
d’abord l’anglais, avec des versions locales si nécessaire. La seconde,
ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les
plus reculés. Si l’information est à destination d’une ethnie ou d’un
groupe linguistique, elle doit d’abord être disponible dans la langue
de l’ethnie ou du groupe, avec peut-être un résumé en anglais."

Alain Bron, consultant en systèmes d'information et écrivain, explique
pour sa part en novembre 1999: "Il y aura encore pendant longtemps
l'usage de langues différentes et tant mieux pour le droit à la
différence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue au
détriment des autres, donc l'aplanissement culturel. Je pense que des
services en ligne vont petit à petit se créer pour pallier cette
difficulté. Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et
commenter des textes à la demande, et surtout les sites de grande
fréquentation vont investir dans des versions en langues différentes,
comme le fait l'industrie audiovisuelle."

Selon Geoffrey Kingscott, directeur général de Praetorius, société
britannique spécialisée en linguistique appliquée, interviewé en
septembre 1998, "les caractéristiques propres au web sont la
multiplicité de générateurs de sites et le bas prix de l'émission de
messages. Ceci favorisera donc le multilinguisme au fur et à mesure du
développement du web. Comme celui-ci a vu le jour aux États-Unis, il
est encore principalement en anglais, mais ce n'est qu'un phénomène
temporaire. Pour expliquer ceci plus en détail, je dirais que quand
nous comptions sur l'imprimé ou l'audiovisuel (film, télévision, radio,
vidéo, cassettes), l'information ou le divertissement que nous
attendions dépendait d'agents (éditeurs, stations de télévision ou de
radio, producteurs de cassettes ou de vidéos) qui devaient subsister
commercialement et, dans le cas de la radiotélédiffusion du service
public, avec de sévères contraintes budgétaires. Ceci signifie que la
quantité de clients est primordiale, et détermine la nécessité de
langues autres que l'omniprésent anglais. Ces contraintes disparaissent
avec le web. Pour ne donner qu'un exemple mineur tiré de notre
expérience, nous publions la version imprimée de notre magazine
Language Today uniquement en anglais, qui est le dénominateur commun de
nos lecteurs. Quand nous utilisons un article qui était originellement
dans une langue autre que l'anglais, ou que nous relatons un entretien
mené dans une langue autre que l'anglais, nous le traduisons en anglais
et nous ne publions que la version anglaise, pour la raison suivante:
le nombre de pages que nous pouvons imprimer est limité, et déterminé
en fonction de notre clientèle (annonceurs et abonnés). Par contre,
dans notre version web, nous proposons aussi la version originale."

Luc dall'Armellina, co-auteur et webmestre d’oVosite, espace d’écriture
hypermédia, écrit en juin 2000: "L'anglais s'impose sans doute parce
qu'il est devenu la langue commerciale d'échange généralisée; il semble
important que toutes les langues puissent continuer à être représentées
parce que chacune d'elle est porteuse d'une vision 'singulière' du
monde. La traduction simultanée (proposée par AltaVista par exemple) ou
les versions multilingues d'un même contenu me semblent aujourd'hui les
meilleures réponses au danger de pensée unique que représenterait une
seule langue d'échange. Peut-être appartient-il aux éditeurs des
systèmes d'exploitation (ou de navigateurs?) de proposer des solutions
de traduction partielle, avec toutes les limites connues des systèmes
automatiques de traduction..."

Pierre Francois Gagnon, fondateur d'Editel et pionnier de l'édition
littéraire francophone en ligne, écrit en juillet 2000: "Je pense que,
si les diverses langues de la planète vont occuper chacune l'internet
en proportion de leur poids démographique respectif, la nécessité d'une
langue véhiculaire unique se fera sentir comme jamais auparavant, ce
qui ne fera qu'assurer davantage encore la suprématie planétaire de
l'anglais, ne serait-ce que du fait qu'il a été adopté définitivement
par l'Inde et la Chine. Or la marche de l'histoire n'est pas plus
comprimable dans le dé à coudre d'une quelconque équation mathématique
que le marché des options en bourse!"

Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique, dénonce pour sa
part la main-mise anglophone sur le réseau. "Tout ce qui peut
contribuer à la diversité linguistique, sur internet comme ailleurs,
est indispensable à la survie de la liberté de penser, explique-t-il en
mars 2001. Je n’exagère absolument pas: l’homme moderne joue là sa
survie. Cela dit, je suis très pessimiste devant cette évolution. Les
anglo-saxons vous écrivent en anglais sans vergogne. L’immense majorité
des Français constate avec une indifférence totale le remplacement
progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et des
publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l’hégémonie
linguistique des anglo-saxons parce qu’ils n’ont pas d’autres horizons
que de servir ces riches et puissants maîtres. La seule solution
consisterait à recourir à des législations internationales assez
contraignantes pour obliger les gouvernements nationaux à respecter et
à faire respecter la langue nationale dans leur propre pays (le
français en France, le roumain en Roumanie, etc.), cela dans tous les
domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rêvons pas..."

C'est aussi le sentiment de Blaise Rosnay, webmestre du site du Club
des poètes, qui écrit en janvier 2000: "Dans la mesure où la culture
française, y compris contemporaine, pourra être diffusée sans
obstacles, la langue française aura la possibilité de rester vivante
sur le réseau. Ses oeuvres, liées au génie de notre langue, susciteront
nécessairement de l'intérêt puisqu'elles sont en prise avec l'évolution
actuelle de l'esprit humain. Dans la mesure où il y aura une volonté
d'utiliser l'internet comme moyen de partage de la connaissance, de la
beauté, de la culture, toutes les langues, chacune avec leur génie
propre, y auront leur place. Mais si l'internet, comme cela semble être
le cas, abandonne ces promesses pour devenir un lieu unique de
transactions commerciales, la seule langue qui y sera finalement parlée
sera une sorte de jargon dénaturant la belle langue anglaise, je veux
dire un anglais amoindri à l'usage des relations uniquement
commerciales."

Richard Chotin, professeur à l’École supérieure des affaires (ESA) de
Lille, rappelle à juste titre que la suprématie de l’anglais a succédé
à celle du français. "Le problème est politique et idéologique,
explique-t-il en septembre 2000. C’est celui de l’'impérialisme' de la
langue anglaise découlant de l’impérialisme américain. Il suffit
d’ailleurs de se souvenir de l’'impérialisme' du français aux 18e et
19e siècles pour comprendre la déficience en langues des étudiants
français: quand on n’a pas besoin de faire des efforts pour se faire
comprendre, on n’en fait pas, ce sont les autres qui les font."

Bakayoko Bourahima, bibliothécaire de l'École nationale supérieure de
statistique et d’économie appliquée (ENSEA) d'Abidjan (Côte d'Ivoire),
écrit en juillet 2000: "Pour nous les Africains francophones, le diktat
de l’anglais sur la toile représente pour la masse un double handicap
d’accès aux ressources du réseau. Il y a d’abord le problème de
l’alphabétisation qui est loin d’être résolu et que l’internet va poser
avec beaucoup plus d’acuité, ensuite se pose le problème de la maîtrise
d’une seconde langue étrangère et son adéquation à l’environnement
culturel. En somme, à défaut de multilinguisme, l’internet va nous
imposer une seconde colonisation linguistique avec toutes les
contraintes que cela suppose. Ce qui n’est pas rien quand on sait que
nos systèmes éducatifs ont déjà beaucoup de mal à optimiser leurs
performances, en raison, selon certains spécialistes, des contraintes
de l’utilisation du français comme langue de formation de base. Il est
donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires
pour les formations de base, pour 'désenclaver' l’école en Afrique et
l’impliquer au mieux dans la valorisation des ressources humaines.
Comment faire? Je pense qu’il n’y a pas de chance pour nous de faire
prévaloir une quelconque exception culturelle sur la toile, ce qui
serait de nature tout à fait grégaire. Il faut donc que les différents
blocs linguistiques s’investissent beaucoup plus dans la promotion de
leur accès à la toile, sans oublier leurs différentes spécificités
internes."

Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la
culture haïtienne, croit en la nécessité de l'anglais en tant que
langue commune. "Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera à
dominer le web, relate-t-il en novembre 1999. Je ne pense pas que ce
soit une mauvaise chose, en dépit des sentiments régionalistes qui s'y
opposent, parce que nous avons besoin d'une langue commune permettant
de favoriser les communications à l'échelon international. Ceci dit, je
ne partage pas l'idée pessimiste selon laquelle les autres langues
n'ont plus qu'à se soumettre à la langue dominante. Au contraire. Tout
d'abord l'internet peut héberger des informations utiles sur les
langues minoritaires, qui seraient autrement amenées à disparaître sans
laisser de traces. De plus, à mon avis, l'internet incite les gens à
apprendre les langues associées aux cultures qui les intéressent. Ces
personnes réalisent rapidement que la langue d'un peuple est un élément
fondamental de sa culture. De ce fait, je n'ai pas grande confiance
dans les outils de traduction automatique qui, s'ils traduisent les
mots et les expressions, ne peuvent guère traduire l'âme d'un peuple.
Que sont les Haïtiens, par exemple, sans le kreyòl (créole pour les non
initiés), une langue qui s'est développée et qui a permis de souder
entre elles diverses tribus africaines transplantées à Haïti pendant la
période de l'esclavage? Cette langue représente de manière la plus
palpable l'unité de notre peuple. Elle est toutefois principalement une
langue parlée et non écrite. A mon avis, le web va changer cet état de
fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de diffusion d'une langue.
Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on y
trouve tout aussi bien un forum de discussion animé conduit en kreyòl.
Il existe aussi des documents sur Haïti en français et dans l'ancien
créole colonial, et je suis prêt à publier d'autres documents en
espagnol et dans diverses langues. Je ne propose pas de traductions,
mais le multilinguisme est effectif sur ce site, et je pense qu'il
deviendra de plus en plus la norme sur le web."

Michel Benoît, romancier vivant à Montréal (Québec), écrit en juin
2000: "Lorsqu'un problème affecte une structure, quelle qu'elle soit,
j'ai toujours tendance à imaginer que c'est techniquement que le
problème trouve sa solution. Vous connaissez cette théorie? Si les
Romains avaient trouvé le moyen d'enlever le plomb de leur couvert
d'étain, Néron ne serait jamais devenu fou et n'aurait jamais incendié
Rome. Escusi, farfelu? Peut-être que oui, peut-être que non. E que
save? L'internet multilingue? Demain, ou après-demain au plus. Voyons,
pensez au premier ordinateur, il y a de cela un peu plus que cinquante
ans. Un étage au complet pour faire à peine plus que les quatre
opérations de base. Dans ce temps-là, un bug, c'était véritablement une
mouche - ou autre insecte - qui s'insérait entre les lecteurs optiques.
De nos jours [en 2000], un carte de 3 cm x 5 cm fait la même chose. La
traduction instantanée: demain, après-demain au plus."

Gérard Fourestier, créateur de Rubriques à Bac, un site destiné aux
étudiants du premier cycle universitaire, écrit en octobre 2000: "Je
suis de langue française. J'ai appris l'allemand, l'anglais, l'arabe,
mais je suis encore loin du compte quand je surfe dans tous les coins
de la planète. Il serait dommage que les plus nombreux ou les plus
puissants soient les seuls qui 's'affichent' et, pour ce qui est des
logiciels de traduction, il y a encore largement à faire. (...) Pour
l'instant, [il importe] de connaître suffisament d'anglais et de créer
beaucoup plus encore en français."

Tôt ou tard, le pourcentage des langues sur le réseau correspondra-t-il
à leur répartition sur la planète? Rien n’est moins sûr à l’heure de la
fracture numérique entre riches et pauvres, entre zones rurales et
zones urbaines, entre régions favorisées et régions défavorisées, entre
l’hémisphère nord et l’hémisphère sud, entre pays développés et pays en
développement.

Selon Zina Tucsnak, ingénieur d’études au laboratoire ATILF (Analyse et
traitement informatique de la langue française), interviewée en octobre
2000, "le meilleur moyen serait l’application d’une loi par laquelle on
va attribuer un 'quota' à chaque langue. Mais n’est-ce pas une utopie
de demander l’application d’une telle loi dans une société de
consommation comme la nôtre?"

A la même date, Emmanuel Barthe, documentaliste juridique, exprime un
avis contraire: "Des signes récents laissent penser qu’il suffit de
laisser les langues telles qu’elles sont actuellement sur le web. En
effet, les langues autres que l’anglais se développent avec
l’accroissement du nombre de sites web nationaux s’adressant
spécifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers
internet. Il suffit de regarder l’accroissement du nombre de langues
disponibles dans les interfaces des moteurs de recherche généralistes.
Il serait néanmoins utile (et bénéfique pour un meilleur équilibre des
langues) de disposer de logiciels de traduction automatique de
meilleure qualité et à très bas prix sur internet. La récente mise sur
le web du GDT (Grand dictionnaire terminologique, rédigé par l'Office
de la langue française du Québec) va dans ce sens."

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du
centre informatique de l'Université de Lausanne, écrit en octobre 2000:
"La seule solution que je vois serait qu'un effort majeur et global
soit entrepris pour développer des traducteurs automatiques. Je ne
pense pas qu'une quelconque incitation ou autre quota pourrait empêcher
la domination totale de l'anglais. Cet effort pourrait - et devrait -
être initié au niveau des états, et disposer des moyens suffisants pour
aboutir."

Pierre-Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France
Télécom R&D, souligne en février 2001: "Les recherches sur la
traduction automatique devraient permettre une traduction automatique
dans les langues souhaitées, mais avec des applications pour toutes les
langues et non les seules dominantes (ex.: diffusion de documents en
japonais, si l’émetteur est de langue japonaise, et lecture en breton,
si le récepteur est de langue bretonne...). Il y a donc beaucoup de
travaux à faire dans le domaine de la traduction automatique et écrite
de toutes les langues."

Lucie de Boutiny, romancière, écrit en septembre 2000: "Les chiffres de
septembre 2000 montrent que 51% des utilisateurs sont anglo-saxons, et
78% des sites aussi. Les chiffres de cette prépondérance baissent à
mesure qu'augmentent le nombre des internautes de par le monde...
L'anglais va devenir la deuxième langue mondiale après la langue
natale, mais il y en aura d'autres. Un exemple: personnellement, à
l'âge de 4 ans, je parlais trois langues alors que je ne savais ni lire
ni écrire. Pour parler une langue, il peut suffire d'avoir la chance de
l'écouter. On peut espérer que le cosmopolitisme traverse toutes les
classes sociales en raison, par exemple, de l'Union européenne, du
nomadisme des travailleurs, de la facilité de déplacement à l'étranger
des étudiants, de la présence des chaînes TV et sites étrangers, etc."



LE FRANCAIS SUR L'INTERNET


= [Citation]

En décembre 1997, Tim Berners-Lee, inventeur du web, déclare à Pierre
Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève, un quotidien suisse:
"Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d’informations
sur le web? Est-ce qu’ils pensent que personne ne veut la lire, que la
culture française n’a rien à offrir? C’est de la folie, l’offre est
évidemment énorme." C’est chose faite dans les années qui suivent.


= [Texte]

"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi
par ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français
ont tendance à freiner la propagation de leur culture. Cela est très
regrettable", lit-on le 7 novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus
grand quotidien japonais. Ce cliché a-t-il jamais été vrai?

Début 1998, les Québécois, pionniers de l'internet francophone,
attendent de pied ferme l'arrivée en masse de sites web français, y
compris commerciaux. Lors d'un entretien publié par le magazine en
ligne Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des
Communications au Québec, déclare en février 1998: "J'attendais depuis
deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai
pas." A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) propose plus de
sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribue
le retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du
téléphone (et donc de l'internet, puisque la connexion s'effectue par
le biais de la ligne téléphonique), d'autre part les transactions
commerciales possibles sur le minitel (le videotex français) depuis
plusieurs années, ce qui ralentit l'expansion du commerce électronique
sur l'internet.

C'est l'UREC (Unité réseaux du Centre national de la recherche
scientifique) qui, en France, lance le premier annuaire de sites web
francophones. L'annuaire de l'UREC a pour but de se familiariser avec
le web sans se noyer dans la masse d'informations mondiale, et de
connaître les sites qui petit à petit fleurissent en langue française.
Créé début 1994, il recense d'abord les sites académiques avant de
devenir plus généraliste. D'autres annuaires voient ensuite le jour,
dont certains débutés avec l'aide de l'UREC. Le nombre de sites web, y
compris commerciaux, augmente de manière exponentielle, si bien que la
gestion d'un annuaire généraliste devient difficile. En juillet 1997,
considérant sa mission comme accomplie, l'UREC arrête la mise à jour de
cet annuaire généraliste, et le remplace par un annuaire spécialisé
consacré à l'enseignement supérieur et à la recherche.

Le français n'est pas seulement la langue du Québec, de la France et
d'une partie de la Belgique et de la Suisse. Il est parlé dans de
nombreux pays - dont un certain nombre de pays africains - ce qui
représente 500 millions de personnes. Créée en 1970 pour regrouper 21
États francophones, l'Agence de la Francophonie en compte 47 en 1997.
Cette agence se veut un "instrument de coopération multilatérale née
d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix
dans le concert des nations."

Une Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes a lieu
à Montréal (Québec) en mai 1997. Datée du 21 mai 1997, la Déclaration
de Montréal propose de "développer une aire francophone d'éducation, de
formation et de recherche; soutenir la création et la circulation de
contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la
valorisation des patrimoines; encourager la promotion de l'aire
francophone de développement économique; mettre en place une vigie
francophone (veille active); sensibiliser prioritairement la jeunesse
ainsi que les utilisateurs, les producteurs et les décideurs; assurer
la présence et la concertation des francophones dans les instances
spécialisées."

Par ailleurs, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) crée le
réseau internet REFER pour desservir la communauté scientifique et
technique en Afrique, en Asie et en Europe orientale, avec 24 pays
participants en 2002.

S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la
deuxième langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré
la pression anglophone - réelle ou supposée selon les cas -, des
francophones veillent à ce que leur langue ait une place significative
en Europe et dans le monde, au même titre que les autres grandes
langues de communication que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et
l'espagnol. Là aussi, l'optique est aussi bien la défense d'une langue
que le respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.



ENCODAGE: DE L'ASCII A L'UNICODE


= [Citation]

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris et pionnier de l’édition
littéraire en ligne, écrit en décembre 2000: "Il faut que le réseau
respecte les lettres accentuées, les lettres spécifiques, etc. Je crois
très important que les futurs protocoles permettent une transmission
parfaite de ces aspects - ce qui n’est pas forcément simple (dans les
futures évolutions de l’HTML ou des protocoles IP, etc.). Donc il faut
que chacun puisse se sentir à l’aise avec l’internet et que ce ne soit
pas simplement réservé à des (plus ou moins) anglophones. Il est
anormal aujourd’hui que la transmission d’accents puisse poser problème
dans les courriers électroniques. La première démarche me semble donc
une démarche technique. Si on arrive à faire cela, le reste en découle:
la représentation des langues se fera en fonction du nombre de
connectés, et il faudra envisager à terme des moteurs de recherche
multilingues."


= ASCII

Communiquer dans plusieurs langues implique d’avoir des systèmes
d'encodage adaptés à nos alphabets ou idéogrammes respectifs.

Le premier système d'encodage informatique est l’ASCII (American
standard code for information interchange). Publié en 1968 aux États-
Unis par l’American National Standards Institute (ANSI), avec
actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard de
128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit
par "1000001", B est traduit par "1000010", etc.). Les 128 caractères
comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de
symbole écrit) et 95 caractères imprimables: les 26 lettres sans accent
en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de
ponctuation et quelques caractères spéciaux, le tout correspondant aux
touches du clavier anglais ou américain.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l’anglais et du latin. Il ne
permet pas de prendre en compte les lettres accentuées présentes dans
bon nombre de langues européennes, et à plus forte raison les langues
non alphabétiques (chinois, japonais, coréen, etc.). Ceci ne pose pas
de problème majeur les premières années, tant que l’échange de fichiers
électroniques se limite essentiellement à l’Amérique du Nord. Mais le
multilinguisme devient bientôt une nécessité vitale. Des variantes de
l’ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractères
accentués de quelques langues européennes. La variante pour le
français, par exemple, est définie par la norme ISO-8859-1 (ISO-Latin-
1).

Créé en décembre 1995 par Yoshi Mikami, informaticien à Tokyo (Japon)
dans la société Asia Info Network, le site bilingue anglais-japonais
"The Languages of the World by Computers and the Internet" (Les langues
du monde sur ordinateur et internet) est connu aussi sous le nom de
Logos Home Page ou Kotoba Home Page. Le site donne un bref historique
de chaque langue, ses caractéristiques, son système d'écriture, son jeu
de caractères et enfin la configuration du clavier dans la langue
donnée. Yoshi Mikami est également co-auteur (avec Kenji Sekine et
Nobutoshi Kohara) de "Pour un web multilingue", publié en août 1997 en
japonais par les éditions O'Reilly avant d'être traduit en anglais, en
allemand et en français (version française parue en septembre 1998).

Yoshi écrit en décembre 1998: "Ma langue maternelle est le japonais.
Comme j'ai suivi mes études de troisième cycle aux États-Unis et que
j'ai travaillé dans l'informatique, je suis devenu bilingue
japonais/anglais américain. J'ai toujours été intéressé par différentes
langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le français et le
chinois dans la foulée. A la fin de 1995, j'ai créé sur le web 'The
Languages of the World by Computers and the Internet' et j'ai tenté de
donner - en anglais et en japonais - un bref historique de toutes ces
langues, ainsi que les caractéristiques propres à chaque langue et à sa
phonétique. Suite à l'expérience acquise, j'ai invité mes deux associés
à écrire un livre sur la conception, la création et la présentation de
pages web multilingues, livre qui fut publié en août 1997 dans son
édition japonaise, le premier livre au monde sur un tel sujet."

Comment voit-il l'évolution vers un web multilingue? "Il y a des
milliers d'années de cela, en Égypte, en Chine et ailleurs, les gens
étaient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs
réflexions non seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans
notre monde moderne, chaque État a le plus souvent adopté une seule
langue de communication. A mon avis, l'internet verra l'utilisation
plus grande de langues différentes et de pages multilingues - et pas
seulement une gravitation autour de l'anglais américain - et un usage
plus créatif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites
web créés au Japon sont en japonais!"


= Unicode

Avec le développement du web, l’échange des données s’internationalise
de plus en plus. On ne peut plus se limiter à l’utilisation de
l’anglais et de quelques langues européennes, traduites par un système
d’encodage datant de 1968. De plus, le passage de l’ASCII original à
ses différentes extensions devient vite un véritable casse-tête, y
compris au sein de l’Union européenne, les problèmes étant entre autres
la multiplication des variantes, la corruption des données dans les
échanges informatiques ou encore l’incompatibilité des systèmes, les
pages ne pouvant être affichées que dans une seule langue à la fois.

Publié pour la première fois en janvier 1991, l’Unicode est un système
d'encodage "universel" sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour
chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme,
le logiciel et la langue utilisés. L’Unicode peut traiter 65.000
caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d’écriture de
la planète. A la grande satisfaction des linguistes, il remplace
progressivement l’ASCII. L’Unicode dispose de plusieurs variantes en
fonction des besoins, par exemple UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF: Unicode
transformation format). Il devient une composante des spécifications du
World Wide Web Consortium (W3C), l'organisme international chargé du
développement du web.

L’utilisation de l’Unicode se généralise en 1998, par exemple pour les
fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000,
Windows XP et versions suivantes), qui étaient jusque-là en ASCII.

Mais l’Unicode ne peut résoudre tous les problèmes, comme le souligne
en juin 2000 Luc Dall’Armellina, co-auteur et webmestre d’oVosite, un
espace d’écriture hypermédia: "Les systèmes d’exploitation se dotent
peu à peu des kits de langues et bientôt peut-être de polices de
caractères Unicode à même de représenter toutes les langues du monde;
reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web,
emboîte ce pas. Les difficultés sont immenses: notre clavier avec ses ±
250 touches avoue ses manques dès lors qu’il faille saisir des Katakana
ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande
variété des systèmes d’écriture de par le monde et le nombre de leurs
signes font barrage. Mais les écueils culturels ne sont pas moins
importants, liés aux codes et modalités de représentation propres à
chaque culture ou ethnie."

Patrick Rebollar, professeur de littérature française au Japon et
modérateur de la liste de diffusion LITOR (littérature et ordinateur),
donne son sentiment en janvier 2000: "Il s'agit d'abord d'un problème
logiciel. Comme on le voit avec Netscape ou Internet Explorer, la
possibilité d'affichage multilingue existe. La compatibilité entre ces
logiciels et les autres (de la suite Office de Microsoft, par exemple)
n'est cependant pas acquise. L'adoption de la table Unicode devrait
résoudre une grande partie des problèmes, mais il faut pour cela
réécrire la plupart des logiciels, ce à quoi les producteurs de
logiciels rechignent du fait de la dépense, pour une rentabilité qui
n'est pas évidente car ces logiciels entièrement multilingues
intéressent moins de clients que les logiciels de navigation."


= ASCII et/ou Unicode

Le Projet Gutenberg est fondé dès 1971 par Michael Hart pour numériser
les oeuvres littéraires et les mettre gratuitement à la disposition de
tous. Qu’elles aient été numérisées il y a des années ou qu’elles
soient numérisées maintenant, toutes les oeuvres sont numérisées en
mode texte, en utilisant l’ASCII original sur sept bits ou, pour les
langues avec accents, l'ASCII sur huit bits prenant en compte les
caractères accentués. Mais, même dans ce cas, le Projet Gutenberg
propose aussi systématiquement en complément une version ASCII sur sept
bits sans accents. Sauf, bien entendu, dans le cas de langues non
encodables en ASCII, comme le chinois, qui est encodé au format Big-5.

Surnommé à juste raison "le plus petit dénominateur commun", l'ASCII
sur sept bits est le seul format compatible avec 99% des machines et
des logiciels, et pouvant être converti dans de nombreux autres
formats. Il sera toujours utilisé quand d’autres formats auront
disparu, à commencer par les formats éphémères liés à quelques
appareils de lecture lancés entre 1999 et 2003 et déjà disparus du
marché. Il est l’assurance que les collections ne deviendront jamais
obsolètes, et survivront aux changements technologiques des prochaines
décennies ou même des prochains siècles. Il n'existe pas d'autre
standard aussi largement utilisé, y compris l'Unicode, système
d'encodage "universel" créé en 1991. Ce jusqu'en 2008, date à laquelle
les deux systèmes d'encodage sont également représentés sur le web.

Le Projet Gutenberg propose certains livres dans d’autres formats que
l'ASCII, notamment dans les trois formats répandus que sont les formats
HTML, XML et RTF. Des fichiers Unicode sont également présents. De
plus, tout format proposé par tel ou tel volontaire est généralement
accepté (PDF, LIT, TeX et beaucoup d'autres), dans la mesure où un
fichier ASCII est également présent.

En ce qui concerne les langues, le Projet Gutenberg est essentiellement
anglophone, puisqu’il est basé aux États-Unis et qu'il sert en priorité
la communauté anglophone nationale et internationale. En octobre 1997,
Michael Hart annonce son intention d'intensifier la production de
livres dans des langues autres que l'anglais. Début 1998, le catalogue
comprend quelques oeuvres en allemand, en espagnol, en français (dix
titres), en italien et en latin. En juillet 1999, Michael écrit:
"J'introduis une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais
poursuivre cette politique aussi longtemps que possible."

Le multilinguisme devient ensuite l'une des priorités du Projet
Gutenberg, tout comme l'internationalisation, avec le Doctrine Publishing Corporation
Australia (créé en août 2001), le Projet Gutenberg Europe (créé en
janvier 2004), le Doctrine Publishing Corporation Canada (créé en juillet 2007), et
d'autres Projet Gutenberg à venir dans divers pays. Dans le Projet
Gutenberg original, 25 langues sont représentées en janvier 2004 et 42
langues en juillet 2005. Dès ses débuts en janvier 2004, Distributed
Proofreaders Europe (DP Europe) est un site multilingue, qui prend en
compte les principales langues nationales. Ce site est calqué sur le
site original de Distributed Proofreaders, pour gérer la relecture
partagée entre les volontaires. En avril 2004, grâce à des traducteurs
volontaires, le site de DP Europe est disponible en douze langues.
L'objectif à moyen terme est un site en soixante langues, et donc
soixante équipes linguistiques, avec prise en compte de toutes les
langues européennes. DP Europe utilise l'Unicode et non l'ASCII, pour
pouvoir traiter des livres dans un grand nombre de langues.



PREMIERS PROJETS MULTILINGUES


= [Citation]

Tyler Chambers, créateur de deux projets sur le web - Human-Languages
Page (Page des langues humaines) et Internet Dictionary Project (Projet
de dictionnaires internet) - relate en septembre 1998: "Mon activité en
ligne a été de rendre des données linguistiques accessibles à davantage
de gens par le biais de deux de mes projets sur le web. Bien que je ne
sois pas multilingue, ni même bilingue moi-même, je suis conscient du
fait que très peu de domaines ont une importance comparable à celle des
langues et du multilinguisme. (...) Dans l'ensemble, je pense que le
web est important pour la sensibilisation aux langues et pour les
questions culturelles. Dans quel autre endroit peut-on chercher au
hasard pendant vingt minutes et trouver des informations susceptibles
de vous intéresser dans trois langues différentes sinon plus?"


= Travlang

Travlang, site dédié à la fois aux voyages et aux langues, est créé par
Michael C. Martin en 1994 sur le site de son université alors qu'il
était étudiant en physique. Devenu chercheur au Lawrence Berkeley
National Laboratory (Californie), Michael Martin poursuit la gestion de
ce site devenu très populaire. La section Foreign Languages for
Travelers (Langues étrangères pour les voyageurs) donne la possibilité
d'apprendre les rudiments de soixante langues sur le web. La section
Translating Dictionaries (Dictionnaires de langues) donne accès à des
dictionnaires gratuits dans diverses langues (afrikaans, allemand,
danois, espagnol, espéranto, finnois, français, frison, hollandais,
hongrois, italien, latin, norvégien, portugais et tchèque). Ces
dictionnaires sont le plus souvent sommaires et de qualité inégale. Le
site offre aussi de nombreux liens vers des services de traduction, des
écoles de langue, des librairies multilingues, etc.

Michael Martin écrit en août 1998: "Je pense que le web est un endroit
idéal pour rapprocher les cultures et les personnes, et ceci inclut
d'être multilingue. Notre site Travlang est très populaire pour cette
raison, et les gens aiment le contact avec d'autres parties du monde.
(...) L'internet est vraiment un outil important pour communiquer avec
des gens avec lesquels on n'aurait pas l'occasion de dialoguer
autrement. J'apprécie vraiment la collaboration générale qui a rendu
possibles les pages de Foreign Languages for Travelers. (...) Je pense
que les traductions intégrales informatisées vont devenir monnaie
courante, et qu'elles permettront de communiquer à la base avec
davantage de gens. Ceci aidera aussi à amener davantage l'internet au
monde non anglophone."


= Human-Languages Page

Créée par Tyler Chambers en mai 1994, The Human-Languages Page (La page
des langues humaines) est un catalogue détaillé de 1.800 ressources
linguistiques dans une centaine de langues. Les grandes rubriques sont:
langues et littérature, écoles et institutions, ressources
linguistiques, produits et services, organismes, emplois et stages,
dictionnaires et cours de langues.

Tyler Chambers mène aussi un autre projet relatif aux langues,
l'Internet Dictionary Project
(Projet de dictionnaires internet), un projet coopératif ouvert à tous
pour la constitution de dictionnaires en accès libre sur le web, de
l'anglais vers d'autres langues (allemand, espagnol, français, italien,
latin et portugais).

Comme expliqué sur le site web, "le but de l'Internet Dictionary
Project est de créer des dictionnaires de traduction grâce à l'aide des
internautes. Ce site permet aux individus du monde entier de consulter
et de participer à la traduction de termes anglais dans d'autres
langues. Les listes de termes anglais et leurs correspondants dans
d'autres langues sont ensuite mis à la disposition de tous sur ce site,
sans restriction d'aucune sorte. (...) The Internet Dictionary Project
a débuté en 1995 pour combler une lacune et procurer des dictionnaires
de traduction gratuits à la communauté des internautes et à tous ceux
qui s'intéressent à l'informatique. Non seulement il est très utile
d'avoir immédiatement accès à des dictionnaires par le World Wide Web,
mais ceci permet aussi le développement de logiciels pouvant tirer
parti de tels dictionnaires, que ce soit des programmes de traduction
ou des vérificateurs d'orthographe ou encore des guides d'apprentissage
des langues. En facilitant la création de ces dictionnaires en ligne
par des milliers de volontaires, et en les mettant gratuitement à la
disposition de tous, l'Internet Dictionary Project espère imprimer sa
marque sur l'internet et susciter d'autres projets qui seront plus
bénéfiques que de générer des revenus purement financiers."

Tyler Chambers écrit en septembre 1998 lors d'un entretien par
courriel: "Le multilinguisme sur le web était inévitable bien avant que
ce médium ne se développe vraiment. Mon premier vrai contact avec
l'internet date de 1994, un peu après ses débuts mais bien avant son
expansion. 1994 a été aussi l'année où j'ai débuté mon premier projet
web multilingue, et il existait déjà un nombre significatif de
ressources linguistiques en ligne. Ceci était antérieur à la création
de Netscape. Mosaic était le seul navigateur sur le web, et les pages
web étaient essentiellement des documents textuels reliés par des
hyperliens. Avec l'amélioration des navigateurs et l'expérience acquise
par les usagers, je ne pense pas qu'il existe une langue vivante qui ne
soit pas maintenant représentée sur le web, que ce soit la langue des
Indiens d'Amérique ou les dialectes moyen-orientaux. De même une
pléthore de langues mortes peut maintenant trouver une audience
nouvelle avec des érudits et autres spécialistes en ligne. A ma
connaissance, très peu de jeux de caractères ne sont pas disponibles en
ligne: les navigateurs ont maintenant la possibilité de visualiser les
caractères romains, asiatiques, cyrilliques, grecs, turcs, etc. Accent
Software a un produit appelé 'Internet avec accents' qui serait capable
de visualiser plus de 30 encodages différents. S'il existe encore des
obstacles à la diffusion d'une langue spécifique sur le web, ceci ne
devrait pas durer."

En ce qui concerne les projets en ligne de Tyler: "Mon activité en
ligne a été de rendre l'information linguistique accessible à davantage
de gens par le biais de deux de mes projets sur le web. Bien que je ne
sois pas multilingue, ni même bilingue moi-même, je suis conscient du
fait que très peu de domaines ont une importance comparable à celle des
langues et du multilinguisme. L'internet m'a permis de toucher des
millions de personnes et de les aider à trouver ce qu'elles
cherchaient, chose que je suis heureux de faire. Je suis devenu aussi
une sorte de célébrité, ou au moins quelqu'un de familier dans certains
cercles. Je viens de découvrir qu'un de mes projets est brièvement
mentionné dans les éditions asiatique et internationale de Time
Magazine. Dans l'ensemble, je pense que le web est important pour la
sensibilisation aux langues et pour les questions culturelles. Dans
quel autre endroit peut-on chercher au hasard pendant vingt minutes et
trouver des informations susceptibles de vous intéresser dans trois
langues différentes sinon plus? Les médias de communication rendent le
monde plus petit en rapprochant les gens; je pense que le web est le
premier médium - bien plus que le courrier, le télégraphe, le
téléphone, la radio ou la télévision - à réellement permettre à
l'usager moyen de franchir les frontières nationales et culturelles.
Israël n'est plus à des milliers de kilomètres, mais seulement à
quelques clics de souris. Notre monde est désormais suffisamment petit
pour tenir sur un écran d'ordinateur."

Comment Tyler voit-il l'avenir? "Je pense que l'avenir de l'internet
réside dans davantage de multilinguisme, d'exploration et de
compréhension multiculturelles que nous n'en avons jamais vu. Toutefois
l'internet sera seulement le médium au travers duquel l'information
circule. Comme le papier qui sert de support au livre, l'internet en
lui-même augmente très peu le contenu de l'information. Par contre il
augmente énormément la valeur de celle-ci dans la capacité qu'il a de
communiquer cette information. Dire que l'internet aiguillonne le
multilinguisme est à mon sens une opinion fausse. C'est la
communication qui aiguillonne le multilinguisme et l'échange
multiculturel. L'internet est seulement le mode de communication le
plus récent qui soit accessible aux gens plus ou moins ordinaires.
L'internet a un long chemin à parcourir avant d'être omniprésent dans
le monde entier, mais il est vraissemblable que lui-même ou un médium
de la même lignée atteigne ce but. Les langues deviendront encore plus
importantes qu'elles ne le sont quand tout le monde pourra communiquer
à l'échelle de la planète (à travers le web, les discussions, les jeux,
le courrier électronique, ou toute application appartenant encore au
domaine de l'avenir), mais je ne sais pas si ceci mènera à un
renforcement des attaches linguistiques ou à une fusion des langues
jusqu'à ce qu'il n'en subsite plus que quelques-unes ou même une seule.
Une chose qui m'apparaît certaine est que l'internet sera toujours la
marque de notre diversité, y compris la diversité des langues, même si
cette diversité diminue. Et c'est une des choses que j'aime au sujet de
l'internet, c'est un exemple à l'échelle mondiale du dicton: 'Cela n'a
pas vraiment disparu tant que quelqu'un s'en souvient.' Et les gens se
souviennent."

Au printemps 2001, The Human-Languages Page fusionne avec le Languages
Catalog (Catalogue des langues), section de la WWW Virtual Library,
pour devenir iLoveLanguages. En septembre 2003, iLoveLanguages offre
2.000 ressources linguistiques dans une centaine de langues. Quant à
l'Internet Dictionary Project, faute de temps, Tyler met fin à ce
projet en janvier 2007, tout en laissant les dictionnaires existants
tels quels sur le web pour consultation ou téléchargement.


= NetGlos

NetGlos - abrégé de "The Multilingual Glossary of Internet Terminology"
(Le glossaire multilingue de la terminologie de l'internet) - est lancé
en 1995 à l'initiative du WorldWide Language Institute (Institut des
langues du monde entier). Il s'agit d'un projet coopératif en treize
langues (allemand, anglais, chinois, croate, espagnol, français, grec,
hébreu, hollandais/flamand, italien, maori, norvégien et portugais),
avec la participation de nombre de traducteurs et autres professionnels
des langues.

Brian King, directeur du WorldWide Language Institute (WWLI), explique
en septembre 1998: "Bien que l'anglais soit la langue la plus
importante du web et de l'internet en général, je pense que le
multilinguisme fait inévitablement partie des futures orientations du
cyberespace. Voici quelques éléments qui, à mon sens, permettront que
le web multilingue devienne une réalité:

1. . La
technologie des ordinateurs a longtemps été le seul domaine d'une élite
'technicienne', à l'aise à la fois dans des langages de programmation
complexes et en anglais, la langue universelle des sciences et
techniques. Au départ, les ordinateurs n'ont jamais été conçus pour
manier des systèmes d'écriture ne pouvant être traduits en ASCII. Il
n'y avait pas de place pour autre chose que les 26 lettres de
l'alphabet anglais dans un système d'encodage qui, à l'origine, ne
pouvait même pas reconnaître les accents aigus et les trémas, sans
parler de systèmes non alphabétiques comme le chinois. Mais la
tradition a été bouleversée, et la technologie popularisée. Des
interfaces graphiques tels que Windows et Macintosh ont accéléré le
processus. La stratégie de marketing de Microsoft a consisté à
présenter son système d'exploitation comme facile à utiliser par le
client moyen. A l'heure actuelle, cette facilité d'utilisation s'est
étendue au-delà du PC vers le réseau internet, si bien que même ceux
qui ne sont pas programmeurs peuvent maintenant insérer des applets
Java dans leurs pages web sans comprendre une seule ligne de
programmation.

2. . L'extension de cette popularisation à l'échelon local est
l'exportation des technologies de l'information dans le monde entier.
La popularisation est maintenant effective à l'échelon mondial, et
l'anglais n'est plus nécessairement la langue obligée de l'utilisateur.
Il n'y a plus vraiment de langue indispensable, il y a les langues
propres aux utilisateurs. Une chose est certaine: il n'est plus
nécessaire de comprendre l'anglais pour utiliser un ordinateur, de même
qu'il n'est plus nécessaire d'avoir un diplôme d'informatique. La
demande des utilisateurs non anglophones  - et l'effort entrepris par
les sociétés de haute technologie se faisant concurrence pour obtenir
les marchés mondiaux - ont fait de la localisation un secteur en
expansion rapide dans le développement des logiciels et du matériel
informatique. Le premier pas a été le passage de l'ASCII à l'ASCII
étendu. Ceci signifie que les ordinateurs commençaient à reconnaître
les accents et les symboles utilisés dans les variantes de l'alphabet
anglais, symboles qui appartenaient le plus souvent aux langues
européennes. Cependant une page ne pouvait être affichée qu'en une
seule langue à la fois.

3. . L'innovation la plus récente est
l'Unicode. Bien qu'il soit encore en train d'évoluer et qu'il ait tout
juste été incorporé dans les derniers logiciels, ce nouveau système
d'encodage traduit chaque caractère en 16 octets. Alors que l'ASCII
étendu à 8 octets pouvait prendre en compte un maximum de 256
caractères, l'Unicode peut prendre en compte plus de 65.000 caractères
uniques et il a donc la possibilité de traiter informatiquement tous
les systèmes d'écriture du monde. Les instruments sont maintenant plus
ou moins en place. Ils ne sont pas encore parfaits, mais on peut
désormais surfer sur le web en utilisant le chinois, le japonais, le
coréen, et nombre d'autres langues n'utilisant pas l'alphabet
occidental. Comme l'internet s'étend à des parties du monde où
l'anglais est très peu utilisé, par exemple la Chine, il est naturel
que ce soit le chinois et non l'anglais qui soit utilisé. La majorité
des usagers en Chine n'a pas d'autre choix que sa langue maternelle.

Une période intermédiaire précède bien sûr ce changement. Une grande
partie de la terminologie technique disponible sur le web n'est pas
encore traduite dans d'autres langues. Et, comme nous nous en sommes
rendus compte dans NetGlos, notre glossaire multilingue de la
terminologie de l'internet, la traduction de ces termes n'est pas
toujours facile. Avant qu'un nouveau terme ne soit accepté comme le
terme correct, il y a une période d'instabilité avec plusieurs
candidats en compétition. Souvent un terme emprunté à l'anglais est le
point de départ et, dans de nombreux cas, il est aussi le point
d'arrivée. Finalement émerge un vainqueur qui est ensuite utilisé aussi
bien dans les dictionnaires techniques que dans le vocabulaire
quotidien de l'usager non spécialiste. La dernière version de NetGlos
est la version russe, et elle devrait être disponible dans deux
semaines environ [fin septembre 1998]. Elle sera sans nul doute un
excellent exemple du processus dynamique en cours pour la russification
de la terminologie du web.

4. . Dans un rapport de l'UNESCO du début
des années 1950, l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle
était considéré comme un droit fondamental de l'enfant. La possibilité
de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être
son équivalent à l'âge de l'information. Si l'internet doit vraiment
devenir le réseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient
y avoir accès sans problème de langue. Le considérer comme la chasse
gardée de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou
privilège politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de
ceux qui ne connaissent pas cette langue.

5. . Bien qu'un web multilingue soit
souhaitable sur le plan moral et éthique, un tel idéal ne suffit pas
pour en faire une réalité à vaste échelle. De même que l'utilisateur
non anglophone peut maintenant avoir accès aux technologies dans sa
propre langue, l'impact du commerce électronique peut constituer une
force majeure qui fasse du multilinguisme la voie la plus naturelle
vers le cyberespace. Les vendeurs de produits et services dans le
marché virtuel mondial que devient l'internet doivent être préparés à
traiter avec un monde virtuel qui soit aussi multilingue que le monde
physique. S'ils veulent réussir, ils doivent s'assurer qu'ils parlent
bien la langue de leurs clients!"

En ce qui concerne le WorldWide Language Institute, quelles sont les
perspectives? "Comme l'existence de notre organisme est liée à
l'importance attachée aux langues, je pense que son avenir sera
excitant et stimulant. Mais il est impossible de pratiquer
l'autosuffisance à l'égard de nos réussites et de nos réalisations. La
technologie change à une allure frénétique. L'apprentissage durant
toute la vie est une stratégie que nous devons tous adopter si nous
voulons rester en tête et être compétitifs. C'est une tâche qui est
déjà assez difficile dans un environnement anglophone. Si nous ajoutons
à cela la complexité apportée par la communication dans un cyberespace
multilingue et multiculturel, la tâche devient encore plus
astreignante. Probablement davantage encore que par le passé, la
coopération est aussi indispensable que la concurrence. Les germes
d'une coopération par le biais de l'internet existent déjà. Notre
projet NetGlos dépend du bon vouloir de traducteurs volontaires de
nombreux pays: Canada, États-Unis, Autriche, Norvège, Belgique, Israël,
Portugal, Russie, Grèce, Brésil, Nouvelle-Zélande, etc. Je pense que
les centaines de visiteurs qui consultent quotidiennement les pages de
NetGlos constituent un excellent témoignage du succès de ce type de
relations de travail. Les relations de coopération s'accroîtront encore
à l'avenir, mais pas nécessairement sur la base du volontariat."


= Logos

Fondé en 1979 à Modène (Italie) par Rodrigo Vergara, Logos est une
société de traduction offrant des services dans 35 langues en 1997,
avec 300 traducteurs travaillant sur place et un réseau mondial de
2.500 traducteurs travaillant en free-lance. La moyenne de production
est de 200 textes par jour. Fin 1997, Logos décide de mettre tous ses
outils professionnels en accès libre sur le web. Le Logos Dictionary
est un dictionnaire multilingue de 7,5 millions d'entrées. La
Wordtheque est une base de données multilingue de 328 millions de mots,
constituée à partir de milliers de traductions, notamment des romans et
des documents techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible
par langue, mot, auteur ou titre. Linguistic Resources (Ressources
linguistiques) offre un point d'accès unique à 553 glossaires.
L'Universal Conjugator (Conjugaison universelle) propose des tableaux
de conjugaison dans 17 langues.

Dans un entretien avec Annie Kahn, journaliste au quotidien Le Monde,
publié le 7 décembre 1997 au sein d'un article, "Les mots pour le
dire", Robert Vergara relate: "Nous voulions que nos traducteurs aient
tous accès aux mêmes outils de traduction. Nous les avons donc mis à
leur disposition sur internet, et tant qu’à faire nous avons ouvert le
site au public. Cela nous a rendus très populaires, nous a fait
beaucoup de publicité. L’opération a drainé vers nous de nombreux
clients, mais aussi nous a permis d’étoffer notre réseau de traducteurs
grâce aux contacts établis à la suite de cette initiative."

Annie Kahn explique dans le même article: "Le site de Logos est
beaucoup plus qu'un dictionnaire ou qu'un répertoire de liens vers
d'autres dictionnaires en ligne. L'un des piliers du système est un
logiciel de recherche documentaire fonctionnant sur un corpus de textes
littéraires disponibles gratuitement sur internet. Lorsque l'on
recherche la définition ou la traduction d'un mot, 'didactique' par
exemple, on trouve non seulement le résultat recherché, mais aussi une
phrase d'une oeuvre littéraire utilisant ce mot (en l'occurence, un
essai de Voltaire). Un simple clic permet d'accéder au texte intégral
de l'oeuvre ou de commander le livre grâce à un partenariat avec
Amazon.com, le libraire en ligne bien connu. Il en est de même avec les
traductions étrangères. Si aucun texte utilisant ce mot n'a été trouvé,
le système fonctionne alors comme un moteur de recherche et renvoie aux
sites web concernant ce mot. Pour certains termes, il est proposé d'en
entendre la prononciation. Si une traduction manque, le système fait un
appel au peuple. A chacun d'enrichir la base, les traducteurs de
l'entreprise valident ensuite les traductions proposées."

En 2007, la Wordtheque, devenue la Logos Library, comprend 710 millions
de termes. Conjugation of Verbs, devenu l’Universal Conjugator, propose
des tableaux de conjugaison dans 36 langues. Et Linguistic Resources
offre un point d’accès unique à 1.215 glossaires.



DICTIONNAIRES DE LANGUES EN LIGNE


= [Citation]

Robert Beard, professeur de langues et créateur du site "A Web of
Online Dictionaries" (Un web de dictionnaires en ligne, intégré plus
tard au portail yourDictionary.com), écrit en septembre 1998: "On a
d'abord craint que le web représente un danger pour le multilinguisme,
étant donné que le HTML et d'autres langages de programmation sont
basés sur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web
en anglais que dans toute autre langue. Cependant, les sites web que je
gère montrent que le multilinguisme est très présent et que le web peut
en fait permettre de préserver des langues menacées de disparition. Je
propose maintenant des liens vers des dictionnaires dans 150 langues
différentes et des grammaires dans 65 langues différentes."


= Dictionnaires imprimés en ligne

Le premier dictionnaire de langue française en accès libre est le
"Dictionnaire universel francophone" en ligne, qui répertorie 45.000
mots et 116.000 définitions tout en présentant "sur un pied d’égalité,
le français dit 'standard' et les mots et expressions en français tel
qu’on le parle sur les cinq continents". Issu de la collaboration entre
Hachette et l’AUPELF-UREF (devenu depuis l’AUF: Agence universitaire de
la francophonie), il correspond à la partie "noms communs" du
dictionnaire imprimé disponible chez Hachette. L’équivalent pour la
langue anglaise est le site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement
accès au Collegiate Dictionary et au Collegiate Thesaurus.

En mars 2000, les 20 volumes de l’Oxford English Dictionary (OED) sont
mis en ligne par l’Oxford University Press (OUP). La consultation du
site est payante. Le dictionnaire bénéficie d’une mise à jour
trimestrielle d’environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées. Deux ans
après cette première expérience, en mars 2002, l’Oxford University
Press met en ligne l’Oxford Reference Online (ORO), une vaste
encyclopédie conçue directement pour le web et consultable elle aussi
sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million d’entrées, elle
représente l’équivalent d’une centaine d’ouvrages de référence.


= Répertoires de dictionnaires

"Dictionnaires électroniques" est un excellent répertoire établi par la
section française des Services linguistiques centraux (SLC-f) de
l'Administration fédérale suisse. Cette liste très complète de
dictionnaires monolingues (allemand, anglais, espagnol, français,
italien), bilingues et multilingues est complétée par des répertoires
d'abréviations et acronymes et des répertoires géographiques,
essentiellement des atlas.

Marcel Grangier, responsable de la section française des Services
linguistiques centraux, écrit en janvier 1999: "Le multilinguisme sur
internet peut être considéré comme une fatalité heureuse et surtout
irréversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la
tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une
suprématie de l'anglais. Cette suprématie n'est pas un mal en soi, dans
la mesure où elle résulte de réalités essentiellement statistiques
(plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La
riposte n'est pas de 'lutter contre l'anglais' et encore moins de s'en
tenir à des jérémiades, mais de multiplier les sites en d'autres
langues. Notons qu'en qualité de service de traduction, nous
préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes. (...)

Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible: au-delà
de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique,
consultation de la presse électronique, activités de services au profit
de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source
indispensable et inépuisable d'informations dans ce que j'appellerais
le 'secteur non structuré' de la toile. Pour illustrer le propos,
lorsqu'aucun site comportant de l'information organisée ne fournit de
réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche
permettent dans la plus grande partie des cas de retrouver le chaînon
manquant quelque part sur le réseau."

Comment voit-il l'avenir? "La multiplication des langues présentes sur
internet est inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges
multiculturels. Pour que ces échanges prennent place dans un
environnement optimal, il convient encore de développer les outils qui
amélioreront la compatibilité. La gestion complète des diacritiques ne
constitue qu'un exemple de ce qui peut encore être entrepris."

Quelques années plus tard, le répertoire "Dictionnaires électroniques"
rejoint le site de la Conférence des Services de traduction des États
européens (CST).


= yourDictionary.com

Robert Beard, professeur de langues à la Bucknell University (États-
Unis), crée d'abord en 1995 A Web of Online Dictionaries (Un web de
dictionnaires en ligne), qui est un répertoire de dictionnaires en
ligne (800 liens en automne 1998) dans de nombreuses langues, auquel
s'ajoutent d'autres sections: dictionnaires multilingues, dictionnaires
anglophones spécialisés, thésauri et vocabulaires, grammaires en ligne,
et enfin outils linguistiques pour non spécialistes.

Robert Beard écrit en septembre 1998: "On a d'abord craint que le web
représente un danger pour le multilinguisme, étant donné que l'HTML et
d'autres langages de programmation sont basés sur l'anglais et qu'on
trouve tout simplement plus de sites web en anglais que dans toute
autre langue. Cependant, les sites web que je gère montrent que le
multilinguisme est très présent et que le web peut en fait permettre de
préserver des langues menacées de disparition. Je propose maintenant
des liens vers des dictionnaires dans 150 langues différentes et des
grammaires dans 65 langues différentes. De plus, ceux qui développent
les logiciels de navigation manifestent une attention nouvelle pour la
diversité des langues dans le monde, ce qui favorisera la présence d'un
nombre encore plus grand de sites web dans différentes langues. (...)

En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une
pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de
nouveaux instruments d'apprentissage (exercices interactifs Java et
Shockwave) et de test, qui sont à la disposition des étudiants quand
ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures par jour et 7 jours par
semaine. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûr pour
notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier
pratiquement sans limitation."

Comment voit-il l'avenir? "L'internet nous offrira tout le matériel
pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de lecture,
exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus efficaces
que par le passé, parce que reposant davantage sur la notion de
communication. Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde
pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances
utiles qui ne soient pas diponibles, si bien que l'obstacle principal à
la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement
personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus
débordante que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur
l'humanité."

Robert Beard co-fonde ensuite le portail yourDictionary.com, qui
intègre son site précédent, avec mise en ligne de la nouvelle mouture
en février 2000. Il écrit en janvier 2000: "Nos nouvelles idées sont
nombreuses. Nous projetons de travailler avec le 'Endangered Language
Fund' [Fonds pour les langues menacées] aux États-Unis et en Grande-
Bretagne pour rassembler des fonds pour cette fondation et nous
publierons les résultats sur notre site. Nous aurons des groupes de
discussion et des bulletins d'information sur les langues. Il y aura
des jeux de langue destinés à se distraire et à apprendre les bases de
la linguistique. La page 'Linguistic Fun' [qui propose des éléments de
linguistique pour les non initiés] deviendra un journal en ligne avec
des extraits courts, intéressants et même amusants dans différentes
langues, choisis par des experts du monde entier. (...) Si l'anglais
domine encore le web, on voit s'accentuer le développement de sites
monolingues et non anglophones du fait des solutions variées apportées
aux problèmes de caractères."

En septembre 2003, yourDictionary.com, devenu un portail de référence,
répertorie plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de
nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires,
méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500
dictionnaires et grammaires dans 300 langues.

Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le portail
propose l'Endangered Language Repository, une section spécifique
consacrée aux langues menacées. "Les langues menacées sont
essentiellement des langues non écrites, écrit Robert Beard en janvier
2000. Un tiers seulement des quelque 6.000 langues existant dans le
monde sont à la fois écrites et parlées. Je ne pense pourtant pas que
le web va contribuer à la perte de l’identité des langues et j’ai même
le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par
exemple, de plus en plus d’Indiens d’Amérique contactent des linguistes
pour leur demander d’écrire la grammaire de leur langue et de les aider
à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la
fois accessible et très précieux d’expression culturelle."


= Grand dictionnaire terminologique

Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est une initiative majeure
de l'Office québécois de la langue française (OQLF). C'est en effet la
première fois qu'un organisme propose une base terminologique aussi
importante en accès libre sur le web, en septembre 2000. Le GDT est
précédé par Le Signet, une base terminologique relative aux
technologies de l'information, dont les 10.000 fiches bilingues
français-anglais sont ensuite intégrées au GDT.

Le GDT est un dictionnaire bilingue français-anglais de 3 millions de
termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et
commercial. Sa mise en ligne est le résultat d'un partenariat entre
l'OQLF, auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans
les solutions logicielles linguistiques. Evénement célébré par de très
nombreux linguistes, cette mise en ligne est un succès. Dès le premier
mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec des
pointes de 60.000 requêtes quotidiennes. La gestion de la base est
ensuite assurée par Convera Canada. En février 2003, les requêtes sont
au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est
mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée par l'OQLF
lui-même, et non plus par une société prestataire.


= Bases terminologiques

Des bases terminologiques spécialisées sont mises en ligne par des
organisations internationales, entre autres.

ILOTERM est une base terminologique quadrilingue (allemand, anglais,
espagnol, français) gérée par l'Unité de terminologie et de référence
du Service des documents officiels (OFFDOC) de l'Organisation
internationale du Travail (OIT). Comme indiqué sur le site web en 1998,
"sa principale finalité est d'apporter des solutions, conformes à
l'usage courant, à des problèmes terminologiques dans le domaine du
travail et des questions sociales. Les termes figurent en anglais avec
leurs équivalents en français, espagnol et/ou allemand. La base de
données contient également (dans une à quatre langues) des articles
concernant la structure et les programmes de l'OIT, les noms officiels
d'institutions internationales, d'organismes nationaux et
d'organisations nationales d'employeurs et de travailleurs, ainsi que
les titres de réunions et d'instruments internationaux."

La base TERMITE (ITU Telecommunication Terminology Database) est gérée
par la Section de traduction de l'Union internationale des
télécommunications (UIT). Il s'agit d'une base terminologique
quadrilingue (environ 60.000 entrées en anglais, espagnol, français et
russe). Comme indiqué sur le site web en 1998, "TERMITE contient tous
les termes qui apparaissent dans tous les glossaires de l'UIT imprimés
depuis 1980, ainsi que des termes plus récents en rapport avec les
différentes activités de l'Union (en tout quelque 59.000 entrées).
Normalement les collaborateurs qui s'occupent de l'amélioration et de
la mise à jour de cette base de données sont des traducteurs ou des
éditeurs techniques. TERMITE est surtout visité par les traducteurs
internes mais aussi par des utilisateurs externes, travaillant dans le
domaine des télécommunications."

La base WHOTERM (WHO Terminology Information System) est gérée par
l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette base terminologique
trilingue (anglais, espagnol, français) a été constituée à partir des
documents de l'OMS (vocabulaire, expressions, concepts) afin
d'"améliorer la rigueur et la cohérence des textes rédigés, préparés ou
traduits. Elle permet également à tous ceux qui collaborent à des
programmes techniques de l'OMS d'enrichir les terminologies nouvelles,
de promouvoir leur normalisation et de garantir leur diffusion".

Eurodicautom est géré par le service de traduction de la Commission
européenne. Cette base terminologique multilingue de termes
économiques, scientifiques, techniques et juridiques permet de combiner
entre elles les onze langues officielles de l’Union européenne
(allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec,
hollandais, italien, portugais, suédois), ainsi que le latin, avec une
moyenne de 120.000 consultations par jour.

Fin 2003, Eurodicautom annonce son intégration dans une base
terminologique plus vaste regroupant les bases de plusieurs
institutions de l’Union européenne. Cette nouvelle base traite non plus
douze langues, mais une vingtaine, puisque l’Union européenne s’élargit
à l’Est et passe de 15 à 25 membres en mai 2004, pour atteindre
27 membres en janvier 2007. La nouvelle base terminologique voit le
jour en mars 2007, sous le nom de IATE (Inter-Active Terminology for
Europe), avec 1,4 million d’entrées dans 24 langues.


= Dictionnaires anciens

Les dictionnaires anciens trouvent une nouvelle vie sur le web, par
exemple sur le site de l'Institut national de la langue française
(INaLF), qui offre des ressources terminologiques sur le discours
littéraire des 14e au 20e siècles (contenu, sémantique, thématique), la
langue courante (langue écrite, langue parlée, argot), et le discours
scientifique et technique.

Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy, explique en
juin 1998: "Les premières pages sur l'INaLF ont été mises sur
l'internet au milieu de l'année 1996, à la demande de Robert Martin,
directeur de l'INaLF. J'ai participé à la mise sous internet de ces
pages (...). La direction a senti la nécessité urgente de nous faire
connaître par l'internet, que beaucoup d'autres entreprises utilisaient
déjà pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet 'Unité de
recherche et de service' et nous avons donc à trouver des clients pour
nos produits informatisés, le plus connu d'entre eux étant la base
textuelle FRANTEXT [sur l'internet depuis début 1995], ainsi qu'une
maquette du tome 14 du TLF [Trésor de la langue française]. Il était
donc nécessaire de faire connaître l'ensemble de l'INaLF par ce moyen.
Cela correspondait à une demande générale."

La base FRANTEXT comprend, en mode interactif, 180 millions de mots-
occurrences provenant d'une collection représentative de 3.500 unités
textuelles en arts, sciences et techniques des 16e-20e siècles. Début
1998, 82 centres de recherche et bibliothèques universitaires sont
abonnés, en Europe, en Australie, au Japon et au Canada, ce qui
représente 1.250 postes de travail ayant accès à la base, avec une
cinquantaine de sessions d'interrogations par jour.

L'ARTFL Project (ARTFL: American and French Research on the Treasury of
the French Language - Recherche franco-américaine sur les trésors de la
langue française) est un projet commun du Centre national de la
recherche scientifique (CNRS, France) et de l'Université de Chicago
(Illinois, États-Unis). Ce projet a pour but de constituer une base de
données de 2.000 textes des 13e-20e siècles ayant trait à la
littérature, la philosophie, les arts ou les sciences.

En 1998, l'ARTFL travaille à la version en ligne exhaustive de la
première édition (1751-1772) de l'"Encyclopédie ou Dictionnaire
raisonné des sciences, des métiers et des arts" de Diderot et
d'Alembert. 72.000 articles rédigés par plus de 140 collaborateurs -
dont Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc.
- ont fait de cette encyclopédie un monumental ouvrage de référence
pour les arts et les sciences. Destinée à rassembler puis divulguer les
connaissances de l'époque, elle porte la marque des courants
intellectuels et sociaux du 18e siècle, et c'est grâce à elle qu'ont
été propagées les idées du Siècle des Lumières. L'Encyclopédie comprend
17 volumes de texte - qui représentent 18.000 pages et 20.736.912 mots
- et 11 volumes de planches.

La base de données correspondant au premier volume est accessible en
ligne à titre expérimental. La recherche peut être effectuée par mot,
portion de texte, auteur ou catégorie, ou par la combinaison de ces
critères entre eux. On dispose de renvois d'un article à l'autre, au
moyen de liens permettant d'aller d'une planche au texte ou du texte au
fac-similé des pages originales. L'automatisation complète des
procédures de saisie entraîne des erreurs typographiques et des erreurs
d'identification qui sont corrigées au fil des mois. La recherche
d'images par mot, portion de texte ou catégorie est également possible
dans un deuxième temps.

L'ARTFL travaille aussi à un projet de base de données pour le
"Dictionnaire de l'Académie française", dont les différentes éditions
se sont échelonnées entre 1694 et 1935. Ce projet inclut la saisie et
l'édition du texte, ainsi que la création d'un moteur de recherche
spécifique. La première édition (1694) et la cinquième édition (1798)
du dictionnaire sont les premières à être disponibles pour une
recherche par mot, puis pour une recherche en texte intégral. Les
différentes éditions sont ensuite combinées dans une base de données
unique qui permet de juger de l'évolution d'un terme en consultant
aussi bien une édition particulière que l'ensemble des éditions.

Les autres projets de l'ARTFL sont la version image de l'édition de
1740 du "Dictionnaire historique et critique" de Philippe Bayle, le
"Roget's Thesaurus" de 1911, le "Webster's Revised Unabridged
Dictionary" de 1913, le "Thresor de la langue française" de Jean Nicot
(1606), un projet multilingue sur La Bible comprenant entre autres "La
Bible française" de Louis Segond (1910), etc.



APPRENDRE LES LANGUES EN LIGNE


= [Citation]

Robert Beard, professeur de langues et créateur du portail
yourDictionary.com, écrit en septembre 1998: "En tant que professeur de
langues, je pense que le web présente une pléthore de nouvelles
ressources disponibles dans la langue étudiée, de nouveaux instruments
d'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test,
qui sont à la disposition des étudiants quand ceux-ci en ont le temps
ou l'envie, 24 heures par jour et 7 jours par semaine. [Plus tard]
l'internet nous offrira tout le matériel pédagogique dont nous pouvons
rêver, y compris des notes de lecture, exercices, tests, évaluations et
exercices interactifs plus efficaces que par le passé parce que
reposant davantage sur la notion de communication."


= Une expérience

Maria Victoria Marinetti, de nationalité mexicaine, est titulaire d'un
doctorat en ingéniérie. Depuis son installation en France, elle est
professeur d'espagnol dans plusieurs entreprises du bassin annécien, en
Haute-Savoie, et également traductrice. Elle raconte en août 1999:
"J'ai accès à un nombre important d'informations au niveau mondial, ce
qui est très intéressant pour moi. J'ai également la possibilité de
transmettre ou de recevoir des fichiers, dans un va-et-vient
d'information constant. L'internet me permet de recevoir ou d'envoyer
des traductions générales ou techniques du français vers l'espagnol et
vice versa, ainsi que des textes espagnols corrigés. Dans le domaine
technique ou chimique, je propose une aide technique, ainsi que des
informations sur l'exportation d'équipes de haute technologie vers le
Mexique ou d'autres pays d'Amérique latine."

Elle ajoute en août 2001: "Depuis notre premier entretien, j'utilise
beaucoup l'internet pour des échanges avec ma famille au Mexique et
avec mes amis un peu partout dans le monde. C'est un outil de
communication rapide, agréable et fantastique pour moi. Par contre,
pour l'utilisation d'internet comme outil de télétravail, très peu
d'entreprises ont le matériel et l'expérience nécessaires pour échanger
des données dans le travail quotidien, notamment par la voix et l'image
(par exemple pour la formation ou les conférences par l'internet). Pour
ma part, je rencontre ce problème car je souhaite proposer une
téléformation en langue espagnole, en utilisant la voix et l'image.
Mais mes entreprises clientes ne sont pas habituées à utiliser ces
moyens de communication malgré leur caractère pratique (pas de
déplacements à faire) et malgré la fiabilité accrue de ces nouveaux
moyens de communication par l'internet. En conclusion, les sociétés de
conseil informatique ont encore beaucoup à faire pour familiariser les
entreprises à l'utilisation des nouvelles technologies liées aux
transferts de données par l'internet."


= CTI Centre

Depuis ses débuts en 1989, le Computer in Teaching Initiative (CTI)
Centre for Modern Languages (Centre pour l'utilisation des ordinateurs
dans l'enseignement des langues modernes) est un centre inclus dans
l'Institut des langues de l'Université d'Hull (Royaume-Uni) et vise à
promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans l'apprentissage et
l'enseignement des langues. Connu sour le nom de CTI Centre, il procure
des informations sur la manière dont l'apprentissage des langues
assisté par ordinateur peut être effectivement intégré à des cours
existants, et il offre un soutien aux professeurs qui utilisent - ou
souhaitent utiliser - l'informatique dans l'enseignement qu'ils
dispensent.

June Thompson, responsable du CTI Centre, écrit en décembre 1998: "Avec
l'internet, on a la possibilité de favoriser l'utilisation des langues
étrangères, et notre organisation ne soutient absolument pas la
suprématie de l'anglais en tant que langue de l'internet. L'utilisation
de l'internet a apporté une nouvelle dimension à notre tâche qui
consiste à soutenir les professeurs de langue dans l'utilisation de la
technologie correspondante. Je pense que, dans un avenir proche,
l'utilisation de supports linguistiques sur l'internet va continuer à
se développer en même temps que d'autres activités liées aux
technologies, par exemple l'utilisation de CD-ROM - certains
établissements n'ont pas suffisamment de matériel informatique en
réseau. A l'avenir, il me semble que l'utilisation de l'internet jouera
un rôle plus grand, mais seulement si ces activités sont à caractère
pédagogique. Notre organisme travaille étroitement avec le WELL, qui se
consacre à ces problèmes."

Le WELL (Web Enhanced Language Learning - Apprentissage des langues
favorisé par le web) est un projet britannique mené à bien entre 1997
et 2000 pour donner accès à des ressources web de qualité dans douze
langues différentes. Sélectionnées et décrites par des experts, ces
ressources sont complétées par des informations et des exemples sur la
manière de les utiliser pour l'enseignement ou l'apprentissage d'une
langue.

Ce projet est l'oeuvre de l'association EUROCALL (European Association
for Computer-Assisted Language Learning - Association européenne pour
l'apprentissage des langues assisté par ordinateur), qui regroupe des
professionnels de l'enseignement des langues exerçant en Europe et dans
le monde entier. Ses objectifs sont de favoriser l'utilisation des
langues étrangères en Europe, encourager une vision européenne de
l'utilisation des technologies pour l'apprentissage des langues, et
enfin promouvoir la création et la diffusion d'un matériel de qualité.
Un autre projet d'EUROCALL est CAPITAL (Computer-Assisted Pronunciation
Investigation Teaching and Learning - Recherche, enseignement et
apprentissage de la prononciation, assistés par ordinateur), qui
regroupe des chercheurs et praticiens souhaitant utiliser
l'informatique dans ce domaine.


= LINGUIST List

Gérée par l'Eastern Michigan University et la Wayne State University,
deux universités des États-Unis, la LINGUIST List classe les messages
reçus par la liste de diffusion dans diverses rubriques: profession
(conférences, associations linguistiques, programmes, etc.), recherche
et soutien à la recherche (articles, résumés de mémoires, projets,
bibliographies, dossiers, textes), publications, pédagogie, ressources
linguistiques (langues, familles linguistiques, dictionnaires,
informations régionales) et soutien informatique (polices de caractères
et logiciels). La LINGUIST List propose aussi un centre de
documentation virtuel (Virtual Library).

Helen Dry, modératrice de la LINGUIST List, explique en août 1998: "La
LINGUIST List, que je modère, a pour politique d'accepter les
informations dans toutes les langues, puisque c'est une liste pour
linguistes. Nous ne souhaitons cependant pas que le message soit publié
dans plusieurs langues, tout simplement à cause de la charge de travail
que cela représenterait pour notre personnel de rédaction (nous ne
sommes pas une liste fourre-tout, mais une liste modérée: avant d'être
publié, chaque message est classé par nos étudiants-rédacteurs dans une
section comprenant des messages du même type). Notre expérience nous
montre que pratiquement tout le monde choisit de publier en anglais.
Mais nous relions ces informations à un système de traduction qui
présente nos pages dans cinq langues différentes. Ainsi un abonné ne
lit LINGUIST en anglais que s'il le souhaite. Nous essayons aussi
d'avoir au moins un étudiant-éditeur qui soit réellement multilingue,
afin que les lecteurs puissent correspondre avec nous dans d'autres
langues que l'anglais."


= Language Today

Lancé en 1998, Language Today (La langue aujourd'hui) est un magazine
destiné aux traducteurs, interprètes, terminologues, lexicographes et
rédacteurs techniques. Ce magazine est une réalisation commune de
Logos, qui procure le site web, et Praetorius, société de conseil
britannique dans le domaine des langues appliquées. Le site du magazine
procure aussi des liens vers des associations de traducteurs, des
écoles de langues et des dictionnaires.

Geoffrey Kingscott, directeur général de Praetorius, écrit en septembre
1998: "Nous publions la version imprimée de Language Today uniquement
en anglais, dénominateur commun de nos lecteurs. Quand nous utilisons
un article qui était originellement dans une autre langue que
l'anglais, ou que nous relatons un entretien mené dans une autre langue
que l'anglais, nous le traduisons en anglais et nous ne publions que la
version anglaise, pour la raison suivante: le nombre de pages que nous
pouvons imprimer est limité, et déterminé en fonction de notre
clientèle (annonceurs et abonnés). Par contre, dans notre version web,
nous proposons aussi la version originale."

En ce qui concerne l'avenir, "nous continuerons d'avoir un site web
pour notre société, et de publier une version de notre revue sur le
web, mais ceci ne sera qu'un secteur de notre travail. Nous utilisons
l'internet comme une source d'information que nous distillons ensuite à
nos lecteurs, qui autrement seraient confrontés au problème majeur du
web: faire face à un flux incontrôlé d'informations."



LES LANGUES MINORITAIRES


= [Citation]

Caoimhín Ó Donnaíle est professeur d’informatique à l’Institut Sabhal
Mór Ostaig, sur l’île de Skye, en Écosse. Il dispense ses cours en
gaélique écossais et maintient un site qui est la principale source
d'information mondiale dans cette langue. Il écrit en mai 2001: "En ce
qui concerne l’avenir des langues menacées, l’internet accélère les
choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver
les langues, l’internet et la mondialisation qui l’accompagne
accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les
gens se soucient vraiment de les préserver, l’internet constituera une
aide irremplaçable."


= L'Ethnologue

Contrairement aux clichés véhiculés dans les médias, l’internet ne
favorise pas forcément l'hégémonie de l'anglais et n'entraîne pas la
disparition des langues minoritaires. L'internet peut au contraire
contribuer à protéger ces langues, s'il existe une volonté politique et
culturelle dans ce sens. Un outil fondamental - avec une version web
gratuite - est "The Ethnologue: Languages of the World" (L'Ethnologue:
les langues du monde), qui est d'abord un catalogue de langues
minoritaires avant de prendre de l'ampleur et de recenser toutes les
langues de notre planète.

Publié par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics), un
organisme basé à Dallas (Texas), cet ouvrage de référence est
disponible aussi sur CD-ROM (payant) et en version imprimée (payante).
Il répertorie 6.800 langues selon plusieurs critères (nom de la langue,
famille linguistique, pays dans lesquels la langue est parlée, code
officiel de trois lettres, etc.), avec moteur de recherche unique.

Barbara Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e
éditions), relate en janvier 2000: "Il s’agit d’un catalogue des
langues dans le monde, avec des informations sur les endroits où elles
sont parlées, une estimation du nombre de personnes qui les parlent, la
famille linguistique à laquelle elles appartiennent, les autres termes
utilisés pour ces langues, les noms de dialectes, d’autres informations
socio-linguistiques et démographiques, les dates des Bibles publiées,
un index des noms de langues, un index des familles linguistiques et
des cartes géographiques relatives aux langues."

Les deux principaux outils de recherche sont l'Ethnologue Name Index
(Index des noms de l'Ethnologue), qui donne la liste des noms de
langues et dialectes et de leurs synonymes, et l'Ethnologue Language
Family Index (Index des familles linguistiques de l'Ethnologue), qui
organise les langues selon leurs familles linguistiques.

Dans un entretien par courriel plus ancien, en août 1998, Barbara
Grimes explique que, si la version web est utile, la version imprimée
l'est encore plus, en langue anglaise pour toucher un large public.
"Nous avons eu des demandes nous demandant l'accès à l'Ethnologue dans
plusieurs autres langues, mais nous n'avons pas le personnel ni les
fonds pour la traduction ou la réactualisation, indispensable puisque
notre site est constamment mis à jour. L'internet nous est utile, c'est
un outil pratique qui apporte un complément à notre travail. Nous
l'utilisons principalement pour le courrier électronique. C'est aussi
un moyen commode pour mettre notre documentation à la disposition d'une
audience plus large que celle de l'Ethnologue imprimé. D'un autre côté,
l'Ethnologue sur l'internet n'atteint en fait qu'une audience limitée
disposant d'ordinateurs. Or, dans les personnes que nous souhaitons
atteindre, nombreuses sont celles qui ne disposent pas d'ordinateurs.
Je pense particulièrement aux habitants du dit 'Tiers-monde'."


= European Minority Languages

Autre expérience, celle de Caoimhín Ó Donnaíle, professeur
d’informatique à l’Institut Sabhal Mór Ostaig, situé sur l’île de Skye,
en Écosse. Caoimhín dispense ses cours en gaélique écossais. Il est
aussi le webmestre du site de l’institut, qui est bilingue anglais-
gaélique et se trouve être la principale source d’information mondiale
sur le gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour la page European
Minority Languages (Langues minoritaires en Europe), une liste elle
aussi bilingue, avec classement par ordre alphabétique de langues et
par famille linguistique.

Interviewé en août 1998, Caoimhín raconte: "L'internet a contribué et
contribuera au développement fulgurant de l'anglais comme langue
mondiale. L'internet peut aussi grandement aider les langues
minoritaires. Ceci ne se fera pas tout seul, mais seulement si les gens
choisissent de défendre une langue. Le web est très utile pour
dispenser des cours de langues, et la demande est grande."

Près de trois ans plus tard, en mai 2001, il ajoute: "Nos étudiants
utilisent un correcteur d’orthographe en gaélique et une base
terminologique en ligne en gaélique. (...) Il est maintenant possible
d’écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur
l’internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement
importante a été la traduction en gaélique du navigateur Opera. C’est
la première fois qu’un logiciel de cette taille est disponible en
gaélique."


= Windows on Haiti

Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la
langue haïtienne, relate en novembre 1999: "J’ai fait de la promotion
du kreyòl (créole haïtien) une cause personnelle, puisque cette langue
est le principal lien unissant tous les Haïtiens, malgré l’attitude
dédaigneuse d’une petite élite haïtienne - à l’influence
disproportionnée - vis-à-vis de l’adoption de normes pour l’écriture du
kreyòl et le soutien de la publication de livres et d’informations
officielles dans cette langue. A titre d’exemple, il y avait récemment
dans la capitale d’Haïti un Salon du livre de deux semaines, à qui on
avait donné le nom de 'Livres en folie'. Sur les 500 ouvrages d’auteurs
haïtiens présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en
kreyòl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mène la France
pour célébrer la francophonie dans ses anciennes colonies. A Haïti cela
se passe relativement bien, mais au détriment direct de la
créolophonie.

En réponse à l’attitude de cette minorité haïtienne, j’ai créé sur mon
site Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en
kreyòl. Le premier forum regroupe des discussions générales sur toutes
sortes de sujets, mais en fait ces discussions concernent
principalement les problèmes socio-politiques qui agitent Haïti. Le
deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les normes
d’écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés, et un certain
nombre d’experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel
de ces forums est qu’ils ne sont pas académiques. Je n’ai trouvé nulle
part ailleurs sur l’internet un échange aussi spontané et aussi libre
entre des experts et le grand public pour débattre dans une langue
donnée des attributs et des normes de la même langue."

En juin 2001, Guy Antoine rejoint l’équipe dirigeante de Mason
Integrated Technologies, une société dont l’objectif est de créer des
outils permettant l’accessibilité des documents publiés dans des
langues dites minoritaires. "Etant donné l’expérience de l’équipe en la
matière, nous travaillons d’abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui
est la seule langue nationale d’Haïti, et l’une des deux langues
officielles (l’autre étant le français). Cette langue ne peut guère
être considérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes
puisqu’elle est parlée par huit à dix millions de personnes."



ENCYCLOPEDIES MULTILINGUES


= [Citation]

Robert Beard, professeur de langues et co-fondateur du portail
yourDictionary.com, écrit en septembre 1998: "Le web sera une
encyclopédie du monde faite par le monde pour le monde. Il n'y aura
plus d'informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas
disponibles, si bien que l'obstacle principal à la compréhension
internationale et interpersonnelle et au développement personnel et
institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante
que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur l'humanité."


= Précurseurs

Les premières grandes encyclopédies en ligne apparaissent en décembre
1999 avec WebEncyclo et l’Encyclopaedia Universalis en langue française
et Britannica.com en langue anglaise.

WebEncyclo, publié par les éditions Atlas, est la première grande
encyclopédie francophone en accès libre. La recherche est possible par
mots-clés, thèmes, médias (à savoir les cartes, liens internet, photos
ou illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les
spécialistes d’un sujet donné à envoyer des articles, qui sont
regroupés dans la section WebEncyclo contributif. Après avoir été
libre, l’accès est ensuite soumis à une inscription préalable gratuite.

La version web de l’Encyclopaedia Universalis est mise en ligne à la
même date, soit un ensemble de 28.000 articles signés par 4.000
auteurs. Si la consultation est payante sur la base d’un abonnement
annuel, de nombreux articles sont en accès libre.

Le site Britannica.com est la première grande encyclopédie anglophone
en accès libre. Le site propose l’équivalent numérique des 32 volumes
de la 15e édition de l’Encyclopaedia Britannica, parallèlement à la
version imprimée et à la version CD-ROM, toutes deux payantes. Le site
web offre une sélection d’articles issus de 70 magazines, un guide des
meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout étant accessible à
partir d’un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait
partie des cent sites les plus visités au monde. En juillet 2001, la
consultation devient payante sur la base d’un abonnement annuel ou
mensuel. Fin 2008, Britannica.com annnonce l'ouverture prochaine de son
site à des contributeurs extérieurs, avec inscription obligatoire pour
écrire et modifier des articles.


= Wikipédia

Issu du terme hawaïen "wiki" (qui signifie: vite, rapide), un wiki est
un site web permettant à plusieurs utilisateurs de collaborer en ligne
sur un même projet. A tout moment, ces utilisateurs peuvent contribuer
à la rédaction du contenu, modifier ce contenu et l'enrichir en
permanence. Le wiki est utilisé par exemple pour créer et gérer des
dictionnaires, des encyclopédies ou encore des sites d'information sur
un sujet donné. Le programme présent derrière l'interface d'un wiki est
plus ou moins élaboré. Un programme simple gère du texte et des
hyperliens. Un programme élaboré permet d'inclure des images, des
graphiques, des tableaux, etc. L’encyclopédie wiki la plus connue est
Wikipédia.

Créée en janvier 2001 à l’initiative de Jimmy Wales et de Larry Sanger,
Wikipédia est une encyclopédie gratuite écrite collectivement et dont
le contenu est librement réutilisable. Elle est immédiatement très
populaire. Sans publicité et financée par des dons, cette encyclopédie
coopérative est rédigée par des milliers de volontaires - appelés
Wikipédiens, et qui s'inscrivent sous un pseudonyme - avec possibilité
de corriger et compléter les articles, aussi bien les leurs que ceux
d'autres contributeurs. Les articles restent la propriété de leurs
auteurs, et leur libre utilisation est régie par la licence GFDL (GNU
free documentation license).

En décembre 2004, Wikipédia compte 1,3 million d'articles rédigés dans
100 langues par 13.000 contributeurs. En décembre 2006, elle compte 6
millions d'articles dans 250 langues, et elle est un de dix sites les
plus visités du web. En mai 2007, la version francophone fête ses
500.000 articles. A la même date, Wikipédia compte 7 millions
d'articles dans 192 langues, dont 1,8 million en anglais, 589.000 en
allemand, 260.000 en portugais et 236.000 en espagnol. En 2009,
Wikipédia fait partie des cinq sites les plus visités du web.

Fondée en juin 2003, la Wikimedia Foundation gère non seulement
Wikipédia mais aussi Wiktionary, un dictionnaire et thésaurus
multilingue lancé en décembre 2002, puis Wikibooks (livres et manuels
en cours de rédaction) lancé en juin 2003, auxquels s'ajoutent ensuite
Wikiquote (répertoire de citations), Wikisource (textes appartenant au
domaine public), Wikimedia Commons (sources multimédia), Wikispecies
(répertoire d'espèces animales et végétales), Wikinews (site
d'actualités) et enfin Wikiversity (matériel d'enseignement), lancé en
août 2006.



LOCALISATION ET INTERNATIONALISATION


= [Citation]

Peter Raggett, sous-directeur (puis directeur) du Centre de
documentation et d'information (CDI) de l'OCDE (Organisation de
coopération et de développement économiques), écrit en août 1999: "Je
pense qu'il appartient aux organisations et sociétés européennes
d'offrir des sites web si possible en trois ou quatre langues. À
l'heure de la mondialisation et du commerce électronique, les sociétés
ont un marché potentiel sur plusieurs pays à la fois. Permettre aux
usagers francophones, germanophones ou japonais de consulter un site
web aussi facilement que les usagers anglophones donnera une plus
grande compétitivité à une firme donnée."


= [Texte]

"Vers la communication sur internet dans toutes les langues..." Tel est
le sous-titre de la page d'accueil de Babel, un projet conjoint d'Alis
Technologies et de l'Internet Society, lancé dans l'optique d'une
internationalisation de l'internet. En 1997, le site multilingue de
Babel (allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais et
suédois) propose deux grands secteurs: (a) un secteur langues, avec
trois sections: langues du monde, glossaire typographique et
linguistique, francophonie, (b) un secteur internet et multilinguisme,
avec deux sections: développer votre site web multilingue, et codage
des écritures du monde. Babel propose aussi la page "Palmarès des
langues de la toile", qui est la première à donner la répartition
réelle des langues sur le réseau.

Bill Dunlap est le fondateur de Euro-Marketing Associates, une société
de conseil en marketing qu'il lance en 1985 à Paris et San Francisco.
En 1995, il restructure cette société en service de conseil en ligne
dénommé Global Reach, qui regroupe des consultants internationaux de
premier plan, le but étant de promouvoir les sites web des entreprises
dans d'autres pays, afin d'attirer plus de visiteurs, et donc
d'augmenter les ventes. Cette méthode comprend la traduction du site
web dans plusieurs langues, la promotion active du site, et enfin
l'accroissement de la fréquentation locale au moyen de bandeaux
publicitaires ciblés.

Bill Dunlap explique en décembre 1998: "Il y a très peu de gens aux
États-Unis qui sont intéressés de communiquer dans plusieurs langues.
Pour la plupart, ils pensent encore que le monde entier parle anglais.
Par contre, ici en Europe (j'écris de France), les pays sont petits, si
bien que, depuis des siècles, une perspective internationale est
nécessaire. Depuis 1981, début de mon activité professionnelle, j'ai
été impliqué dans la venue de sociétés américaines en Europe. Ceci est
pour beaucoup un problème de langue, puisque leurs informations
commerciales doivent être disponibles dans les langues européennes pour
être prises en compte ici, en Europe. Comme le web est devenu populaire
en 1995, j'ai donné à ces activités une dimension 'en ligne', et j'en
suis venu à promouvoir le cybercommerce européen auprès de mes
compatriotes américains. Récemment, lors de la conférence Internet
World à New York, j'ai parlé du cybercommerce européen et de la manière
d'utiliser un site web pour toucher les différents marchés d'Europe.
(...)

Promouvoir un site est aussi important que de le créer, sinon plus. On
doit être préparé à utiliser au moins autant de temps et d'argent à
promouvoir son site qu'on en a passé à l'origine à le créer. Le
programme Global Reach permet de promouvoir un site dans des pays non
anglophones, afin d'atteindre une clientèle plus large... et davantage
de ventes. Une société a de nombreuses bonnes raisons de considérer
sérieusement le marché international. Global Reach est pour elle le
moyen d'étendre son site web à de nombreux pays, de le présenter à des
visiteurs en ligne dans leur propre langue, et de pénétrer le réseau de
commerce en ligne présent dans ces pays."

Il ajoute en juillet 1999: "Une fois que la page d'accueil d'un site
est disponible en plusieurs langues, l'étape suivante est le
développement du contenu dans chaque langue. Un webmestre notera
quelles langues attirent plus de visiteurs (et donc plus de ventes) que
d'autres. Ce seront donc dans ces langues que débutera une campagne de
promotion multilingue sur le web. Parallèlement, il est toujours bon de
continuer à augmenter le nombre de langues dans lesquelles un site web
est disponible. Au début, seule la page d'accueil traduite en plusieurs
langues suffit, mais ensuite il est souhaitable de développer un
véritable secteur pour chaque langue."

Le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel
international fondé en 1994 pour développer les protocoles communs du
web. Le site du W3C propose notamment une section
Internationalization/Localization, qui donne une définition des
protocoles utilisés: HTML (hypertext markup language), jeux (de base)
de caractères, nouveaux attributs, HTTP (hypertext transfer protocol),
négociation de la langue, URL (uniform resource locator) et autres
identificateurs incluant des caractères non ASCII (American standard
code for information interchange). Le site propose aussi des conseils
pour créer un site multilingue.

L'association LISA (Localisation Industry Standards Association -
Association de normalisation de l'industrie de la localisation)
regroupe 130 membres (fin 1998) qui comprennent des éditeurs de
logiciels, des fabricants de matériel, des vendeurs de services de
localisation, et un nombre croissant de sociétés appartenant aux
secteurs voisins des technologies de l'information. La mission de LISA
est de promouvoir l'industrie de la localisation et de
l'internationalisation, et de procurer des services permettant aux
sociétés d'échanger et de partager les informations dans ce domaine:
développement du processus, outils, technologies et modèles. Le site de
LISA est hébergé par l'Université de Genève (Suisse).



TRADUCTION ASSISTEE PAR ORDINATEUR


= [Citation]

L'internet étant une source d'information à vocation mondiale, il
semble indispensable d'augmenter fortement les activités de traduction.
Auteur des Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire en ligne
des actualités du réseau, Jean-Pierre Cloutier déplore en août 1999
"qu’il se fasse très peu de traductions des textes et essais importants
qui sont publiés sur le web, tant de l’anglais vers d’autres langues
que l’inverse. (...) La nouveauté d’internet dans les régions où il se
déploie présentement y suscite des réflexions qu’il nous serait utile
de lire. À quand la traduction des penseurs hispanophones et autres de
la communication?"


= [Texte]

Créé à Amsterdam (Pays-Bas) par la firme Vorontsoff, Wesseling &
Partners, Aquarius est le premier répertoire non commercial de
traducteurs et interprètes. Il comprend 6.100 traducteurs, 800 sociétés
de traduction, 91 domaines d'expertise et 369 combinaisons de langues
en novembre 1998. Le site permet de localiser particuliers et sociétés
et de les contacter directement, sans intermédiaire. La recherche est
possible par lieu, par combinaison de langues et par spécialité.

De plus, depuis décembre 1997, des logiciels de traduction automatique
sont en accès libre sur le web - par exemple ceux de SYSTRAN,
Softissimo ou Google - et permettent de traduire en quelques secondes
une page web ou un texte court, avec plusieurs combinaisons de langues
possibles. Il va sans dire que la traduction automatique n’offre pas la
qualité de travail des professionnels de la traduction, et qu’il est
préférable de faire appel à ces derniers lorsqu'on a le temps et
l’argent nécessaires. Ces logiciels sont toutefois très pratiques pour
obtenir une traduction approximative en quelques secondes.

De plus en plus utilisée, la traduction assistée par ordinateur permet
de coupler traduction automatique et travail du traducteur
professionnel. Elle est une branche de l'ingénierie du langage, tout
comme le traitement de la langue naturelle et la traduction automatique
(traités dans le chapitre suivant).

Le site HLTCentral (HLT: Human Languages Technologies - Technologies
des langues humaines), lancé en janvier 1999 par la Commission
européenne, propose une courte définition de l'ingénierie du langage:
"L'ingénierie du langage permet de vivre en toute convivialité avec la
technologie. Nous pouvons utiliser notre connaissance du langage pour
développer des systèmes capables de reconnaître à la fois la parole et
l'écrit, de comprendre un texte suffisamment en profondeur pour être
capable de sélectionner des informations, de le traduire dans
différentes langues et de générer aussi bien un discours oral qu'un
texte imprimé. L'application de ces technologies nous permet de
repousser les limites actuelles de notre utilisation du langage. Les
systèmes à commande vocale sont appelés à jouer un rôle prépondérant et
à faire partie intégrante de notre vie quotidienne."

Contrairement à la traduction automatique (TA) qui analyse le texte
dans la langue-source et génère automatiquement le texte correspondant
dans la langue-cible, sans intervention humaine pendant ce processus,
la traduction assistée par ordinateur (TAO) est basée sur l'interaction
entre l'homme et la machine pendant le processus de traduction.

La TAO est par exemple adoptée dès le milieu des années 1990 par le
Bureau des services linguistiques de l'Organisation mondiale de la
santé (OMS) à Genève (Suisse). Ce bureau travaille dans les six langues
officielles de l'organisation: anglais, arabe, chinois, espagnol,
français et russe. Des expériences de traduction automatique sont
également tentées, à plusieurs reprises, mais les traductions obtenues
demandent un travail de révision trop important, si bien que, au stade
actuel de son développement et compte-tenu du type de documents à
traduire, cette technologie n'est pas jugée suffisamment rentable.

Au sein de l'OMS, l'Unité de traduction assistée par ordinateur et de
terminologie (CTT) explore les possibilités techniques offertes par les
systèmes les plus récents de TAO, qui reposent sur la notion de
"mémoire de traduction". Comme expliqué sur le site web, "ces systèmes
permettent au traducteur d'avoir immédiatement accès au patrimoine du
'déjà traduit' dans lequel il peut puiser, quitte à rejeter ou modifier
les solutions retenues par ses prédécesseurs, son choix définitif
venant ensuite enrichir la mémoire. Ainsi, en archivant la production
quotidienne, le traducteur aurait vite à sa disposition une 'mémoire'
colossale de solutions toutes faites à un nombre important de problèmes
de traduction."

En complément, le CTT utilise aussi plusieurs applications pour
l'archivage électronique et la recherche en texte intégral,
l'alignement de textes bilingues et multilingues, la gestion de
mémoires de traduction et de bases de données terminologiques, et la
reconnaissance vocale.

Basé à Washington, D.C. au sein de l'Organisation panaméricaine de la
santé (OPS), le Bureau régional de l'OMS pour les Amériques utilise un
système de traduction automatique développé par les linguistes
computationnels, traducteurs et programmeurs de l'OPS. Le service de
traduction utilise SPANAM (de l'espagnol vers l'anglais) depuis 1980 et
ENGSPAN (de l'anglais vers l'espagnol) depuis 1985, ce qui lui a permis
de traiter plus de 25 millions de mots entre 1980 et 1998 dans les deux
langues officielles de l'OPS. Le personnel et les traducteurs
extérieurs post-éditent ensuite l'information brute avec un gain de
productivité de 30 à 50%. Le système est installé sur le réseau local
du siège de l'organisation et dans plusieurs bureaux régionaux pour
pouvoir être utilisé par le personnel des services techniques et
administratifs. Il est également diffusé auprès d'organismes publics et
d'organismes à but non lucratif aux États-Unis, en Amérique latine et
en Espagne. Le système est plus tard renommé PAHOMTS, avec
l'introduction de nouvelles paires de langues pour le portugais.

Autre expérience, celle de Wordfast. En juin 2001, les sociétés Logos
et Y.A. Champollion s’associent pour créer Champollion Wordfast, une
société de services d’ingénierie en traduction et localisation et en
gestion de contenu multilingue. Wordfast est un logiciel de traduction
avec terminologie disponible en temps réel et contrôle typographique.
Il est compatible avec d'autres logiciels très utilisés comme le
WebSphere Translation Server d’IBM et les logiciels de TMX ou de
Trados. Une version simplifiée de Wordfast est téléchargeable
gratuitement, avec un manuel d’utilisation disponible en seize langues.
Wordfast devient au fil des ans le pemier logiciel mondial utilisable
sous toute plateforme, et le deuxième logiciel mondial en nombre de
ventes (après SDL Trados), avec 20.000 clients dans le monde, dont les
Nations Unies, Nomura Securities, la NASA (National Aeronautics and
Space Administration) et McGraw-Hill.



TRADUCTION AUTOMATIQUE


= [Citation]

Tim McKenna, écrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité"
dans un monde en mutation constante. Il écrit en octobre 2000: "Quand
la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent
converser sur le web par écrit ou par oral en temps réel dans
différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les
scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien
d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux
sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs."


= Définition

Un logiciel de traduction automatique (TA) analyse le texte dans la
langue à traduire (langue source) et génère automatiquement le texte
dans la langue désirée (langue cible), en utilisant des règles précises
pour le transfert de la structure grammaticale. L'être humain
n'intervient pas au cours du processus, contrairement à la traduction
assistée par ordinateur, qui implique une interaction entre l'homme et
la machine.

Si la traduction automatique reste très approximative, les logiciels de
traduction sont très pratiques pour fournir un résultat immédiat et à
moindres frais, sinon gratuit. Ils n'ont cessé de s'améliorer au fil
des ans, sans toutefois avoir la prétention d'égaler le travail du
cerveau humain. De plus, depuis décembre 1997, des logiciels en accès
libre sur le web permettent de traduire en quelques secondes une page
web ou un texte court, avec plusieurs combinaisons de langues
possibles.

SYSTRAN, société franco-américaine pionnière dans le traitement
automatique des langues, explique sur son site web: "Un logiciel de
traduction automatique traduit une langue naturelle dans une autre
langue naturelle. La traduction automatique prend en compte la
structure grammaticale de chaque langue et elle utilise des règles pour
transférer la structure grammaticale de la langue-source (texte à
traduire) vers la langue-cible (texte traduit). La traduction
automatique ne remplace pas et n'est pas destinée à remplacer le
traducteur humain."

L'EAMT (European Association for Machine Translation - Association
européenne pour la traduction automatique) donne la définition
suivante: "La traduction automatique (TA) est l'utilisation de
l'ordinateur pour la traduction de textes d'une langue naturelle à une
autre. Elle fut un des premiers domaines de recherche en informatique.
Il s'est avéré que cet objectif était difficile à atteindre. Cependant
il existe aujourd'hui un certain nombre de systèmes produisant un
résultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualité suffisante pour
être utile dans certaines applications spécifiques, en général dans le
domaine de la documentation technique. De plus, les logiciels de
traduction, qui sont essentiellement destinés à aider le traducteur
humain à produire des traductions, jouissent d'une popularité
croissante auprès d'organisations de traduction professionnelles."

L'intéressant historique donné sur le site de Globalink, une société
spécialisée dans les logiciels et services de traduction (disparue
depuis), est résumé dans les deux paragraphes suivants.

Dès leurs débuts, la traduction automatique et le traitement de la
langue naturelle progressent de pair avec l'évolution de l'informatique
quantitative. Le développement des premiers ordinateurs programmables
pendant la Seconde guerre mondiale est accéléré par les premiers
efforts cryptographiques pour tenter de fissurer les codes secrets
allemands et autres codes de guerre. Suite à la guerre, la traduction
et l'analyse du texte en langue naturelle procurent une base de travail
au secteur émergent de la théorie de l'information. Pendant les années
1950, la recherche sur la traduction automatique prend forme au sens de
traduction littérale (mot à mot) sans utiliser de règles linguistiques.
Le projet russe débuté à l'Université de Georgetown au début des années
1950 représente la première tentative systématique pour créer un
système de traduction automatique utilisable. Jusqu'au milieu des
années 1960, un certain nombre de recherches universitaires et
recherches financées par les gouvernements sont menées aux États-Unis
et en Europe. Au même moment, les progrès rapides dans le domaine de la
linguistique théorique culminent en 1965 avec la publication du livre
"Aspects de la théorie syntaxique" de Noam Chomsky, et transforment
radicalement la structure permettant de comprendre la phonologie, la
morphologie, la syntaxe et la sémantique du langage humain.

En 1966, le rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory
Committee - Comité consultatif sur le traitement automatique du
langage) du gouvernement des États-Unis fait une estimation
prématurément négative de la valeur des systèmes de traduction
automatique et des perspectives sur leurs applications pratiques,
mettant ainsi fin au financement et à l'expérimentation dans ce domaine
pour la décennie suivante. Il faut attendre la fin des années 1970 pour
que des expériences sérieuses soient à nouveau entreprises,
parallèlement aux progrès de l’informatique et des technologies des
langues. Cette période voit le développement de systèmes de transfert
d’une langue à l’autre et le lancement des premières tentatives
commerciales. Des sociétés comme SYSTRAN et METAL sont persuadées de la
viabilité et de l’utilité d’un tel marché. Elles mettent sur pied des
produits et services de traduction automatique reliés à un serveur
central. Mais les problèmes restent nombreux, par exemple des coûts
élevés de développement, un énorme travail lexicographique, la
difficulté de proposer de nouvelles combinaisons de langues,
l’inaccessibilité de tels systèmes pour l’utilisateur moyen, et enfin
la difficulté de passer à de nouveaux stades de développement.


= Commentaires

# Article de ZDNN

Dans "Web embraces language translation" (Le web adopte la traduction
des langues), un article de ZDNN (ZDNetwork News) paru le 21 juillet
1998, Martha Stone explique: "Parmi les nouveaux produits d'un secteur
de traduction représentant 10 milliards de dollars US, on trouve les
traducteurs instantanés de sites web, groupes de discussion, courriels
et intranets d'entreprise. Les principales sociétés de traduction se
mobilisent pour saisir les opportunités du marché. Voici quelques
exemples. SYSTRAN s'est associé avec AltaVista pour produire
babelfish.altavista.digital.com, avec 500 à 600 mille visiteurs
quotidiens et environ un million de traductions par jour, traductions
qui vont des recettes de cuisine à des pages web complètes. 15.000
sites environ ont un lien vers babelfish, qui peut traduire [de
l'anglais] vers le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol et le
portugais, et vice versa. Le japonais est prévu pour bientôt.

'Cette popularité est simple. Avec l'internet, on peut maintenant
utiliser l'information provenant des États-Unis. Tout ceci contribue à
une demande en hausse', déclare de chez lui à Paris Dimitros
Sabatakakis, directeur général de SYSTRAN. Alis a mis au point le
système de traduction du Los Angeles Times qui doit bientôt être lancé
sur le site et qui proposera des traductions [de l'anglais] vers
l'espagnol et le français, et plus tard le japonais. D'un clic de
souris, une page web complète peut être traduite dans la langue
désirée. Globalink propose des logiciels, des systèmes de traduction de
pages web, un service de messagerie électronique gratuit et des
logiciels permettant de traduire le texte de groupes de discussion.

Cependant, alors que ces systèmes de traduction automatique deviennent
populaires dans le monde entier, les directeurs des sociétés qui les
développent admettent qu'ils ne peuvent répondre à toutes les
situations. Les porte-parole de Globalink, Alis et SYSTRAN utilisent
des expressions comme 'pas parfait' et 'approximatif' quand ils
décrivent la qualité des traductions, et précisent bien que les phrases
soumises à la traduction doivent être simples, grammaticalement
correctes et sans tournures idiomatiques. 'Les progrès réalisés en
traduction automatique répondent à la loi de Moore: la qualité double
tous les dix-huit mois', déclare Vin Crosbie, un analyste de
l'industrie du web basé à Greenwich, dans le Connecticut (États-Unis).
'Ce n'est pas parfait, mais certains de mes correspondants ne se
rendent même pas compte que j'utilise un logiciel de traduction.' Ces
traductions font souffrir la syntaxe et n'utilisent pas toujours les
mots à bon escient, parce que les bases de données-dictionnaires ne
peuvent déchiffrer la différence entre les homonymes. (...) Sabatakis,
directeur de SYSTRAN, explique que la traduction humaine coûterait
entre 50 et 60 dollars par page web, ou environ 20 cents par mot. Alors
que cette dernière solution peut convenir pour les pages 'statiques'
d'information sur l'entreprise, la traduction automatique, elle, est
gratuite sur le web, et le logiciel coûte souvent moins de 100 dollars,
selon le nombre de langues disponibles pour la traduction et les
caractéristiques propres au logiciel."

# Équipe du laboratoire RALI

Contrairement aux prévisions optimistes des années 1950 annonçant
l'apparition imminente de la machine à traduire universelle, les
systèmes de traduction automatique ne produisent pas encore de
traductions de bonne qualité. Pourquoi? Pierre Isabelle et Patrick
Andries, du laboratoire RALI (Laboratoire de recherche appliquée en
linguistique informatique) à Montréal (Québec), expliquent ce échec
dans "La traduction automatique, 50 ans après", un article publié dans
les dossiers du magazine en ligne Multimédium: "L'objectif ultime de
construire une machine capable de rivaliser avec le traducteur humain
n'a cessé de fuir par devant les lentes avancées de la recherche. Les
approches traditionnelles à base de règles ont conduit à des systèmes
qui tendent à s'effondrer sous leur propre poids bien avant de s'élever
au-dessus des nuages de l'ambiguïté sémantique. Les approches récentes
à base de gros ensembles de textes, appelés corpus - qu'elles soient
fondées sur les méthodes statistiques ou les méthodes analogiques -
promettent bien de réduire la quantité de travail manuel requise pour
construire un système de TA [traduction automatique], mais il est moins
sûr qu'elles promettent des améliorations substantielles de la qualité
des traductions machine."

Reprenant les idées de Yehochua Bar-Hillel exprimées dans "The State of
Machine Translation" (L'état de la traduction automatique), article
publié en 1951, Pierre Isabelle et Patrick Andries définissent trois
stratégies d'application de la traduction automatique: (a) une aide
pour "balayer" la production écrite et fournir des traductions
approximatives; (b) des situations de "sous-langues naturelles
simples", comme l'implantation réussie en 1977 du système METEO qui
traduit les prévisions météorologiques du ministère de l'Environnement
canadien; (c) pour de bonnes traductions de textes complexes, le
couplage de l'humain et de la machine avant, pendant et après le
processus de traduction automatique, couplage qui n'est pas forcément
économique comparé à la traduction traditionnelle.

Les auteurs penchent plus pour "un poste de travail pour le traducteur
humain" que pour un "traducteur robot". Ils expliquent: "Les recherches
récentes sur les méthodes probabilistes ont permis de démontrer qu'il
était possible de modéliser d'une manière extrêmement efficace certains
aspects simples du rapport traductionnel entre deux textes. Par
exemple, on a mis au point des méthodes qui permettent de calculer le
bon 'appariement' entre les phrases d'un texte et de sa traduction,
c'est-à-dire d'identifier à quelle(s) phrase(s) du texte d'origine
correspond chaque phrase de la traduction. Appliquées à grande échelle,
ces techniques permettent de constituer, à partir des archives d'un
service de traduction, un mémoire de traduction qui permettra souvent
de recycler des fragments de traductions antérieures. Des systèmes de
ce genre ont déjà commencé à apparaître sur le marché (Translation
Manager II de IBM, Translator's Workbench de Trados, TransSearch du
RALI, etc.). Les recherches les plus récentes se concentrent sur des
modèles capables d'établir automatiquement les correspondances à un
niveau plus fin que celui de la phrase: syntagmes et mots. Les
résultats obtenus laissent entrevoir toute une famille de nouveaux
outils pour le traducteur humain, dont les aides au dépouillement
terminologique, les aides à la dictée et à la frappe des traductions
ainsi que les détecteurs de fautes de traduction."

# Le futur vu par Randy Hobler

En septembre 1998, Randy Hobler est consultant en marketing internet
auprès de Globalink, une société de produits et services de traduction.
Il explique lors d'un entretien par courriel: "Nous arriverons
rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la
parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plateformes ou
même des puces. A ce stade, lorsque le développement de l'internet aura
atteint sa vitesse de croisière, lorsque la fidélité de la traduction
atteindra plus de 98% et lorsque les différentes combinaisons de
langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la
transparence de la langue - à savoir toute communication d'une langue à
une autre - sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent
cette technologie. Le développement suivant sera la 'transparence
transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de
la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du
seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens,
les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des
normes sociales d'un pays à l'autre. La lettre O réalisée avec le pouce
et l'index signifie "OK" aux États-Unis alors qu'en Argentine c'est un
geste obscène.

Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence
multilingue multimédia, il sera nécessaire de corriger visuellement les
gestes. Le Media Lab du MIT (Massachussets Institute of Technology),
Microsoft et bien d'autres travaillent à la reconnaissance informatique
des expressions faciales, l'identification des caractéristiques
biométriques par le biais du visage, etc. Il ne servira à rien à un
homme d'affaires américain de faire une excellente présentation à un
Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le web, avec son
discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même
temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront
intercepter ces gestes et les corriger visuellement. Les cultures
diffèrent de milliers de façons, et la plupart d'entre elles peuvent
être modifiées par voie informatique lorsqu'on passe de l'une à
l'autre. Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail,
l'éthique, le change monétaire, les différences de taille dans les
vêtements, les différences entre le système métrique et le système de
mesures anglophone, etc. Les firmes dynamiques répertorieront et
programmeront ces différences, et elles vendront des produits et
services afin d'aider les habitants de la planète à mieux communiquer
entre eux. Une fois que ces produits et services seront largement
répandus, ils contribueront réellement à une meilleure compréhension à
l'échelle internationale."


= Expériences

François Vadrot, directeur de FTPress (French Touch Press), société de
presse en ligne, écrit en mai 2000: "Peut-on réellement penser que
toute la population du monde va communiquer dans tous les sens? Peut-
être? Via des systèmes de traduction instantanée, par écrit ou par
oral? J'ai du mal à imaginer qu'on verra de sitôt des outils capables
de translater les subtilités des modes de pensée propres à un pays: il
faudrait pour lors traduire, non plus du langage, mais établir des
passerelles de sensibilité. A moins que la mondialisation n'uniformise
tout cela?"

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur
d'hypertexte, est tout aussi dubitatif. Il écrit en décembre 2000:
"J'attends les fameuses traductions simultanées en direct-live... On
nous les annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on
nous les annonçait déjà pour cette génération-ci de processeurs. Alors,
le genre: vous/réservé/avion/de le/november 17-2000... Non merci. Plus
tard peut-être."

En 2000, la généralisation de l’internet et du commerce électronique
entraîne toutefois le développement d’un véritable marché avec les
produits et services des sociétés SYSTRAN, Alis Technologies, Lernout &
Hauspie, Globalink et Softissimo, entre autres, à destination du grand
public, des professionnels et des industriels.

SYSTRAN (acronyme de "System Translation"), pionnier dans le traitement
automatique des langues, est l’auteur du premier logiciel de traduction
gratuit du web, lancé en décembre 1997. AltaVista Translation, appelé
aussi Babel Fish, est un service de traduction automatique de pages web
de l'anglais vers les langues suivantes : allemand, français, espagnol,
italien et portugais, et vice versa. Ce service est proposé à la
demande d'AltaVista, moteur de recherche utilisé par douze millions
d'internautes, suite au problème des langues devenu sensible sur
l'internet. Le siège de SYSTRAN est situé à Soisy-sous-Montmorency
(France). Sa succursale, située à La Jolla (Californie), assure les
ventes et le marketing, ainsi qu'une partie de la R&D (recherche et
développement).

Basée à Montréal (Québec), Alis Technologies développe et commercialise
des solutions et services de traitement linguistique au moyen de
logiciels de traduction qui transforment des systèmes informatiques
unilingues en outils multilingues.

Basé à Ypres (Belgique) et Burlington (Massachusetts, États-Unis),
Lernout & Hauspie (racheté ensuite par ScanSoft) propose des produits
et services en dictée, traduction, compression vocale, synthèse vocale
et documentation industrielle. Les technologies couvertes incluent la
reconnaissance automatique de la langue, la compression numérique de la
parole, le passage du texte à la parole, et la traduction. Les produits
émanant des trois premières technologies sont vendus aux grandes
sociétés des industries suivantes: télécommunications, informatique,
multimédia, électronique grand public et électronique automotrice. Les
services de traduction (passage du texte au texte) sont à destination
des sociétés en technologies de l'information, des marchés verticaux et
des marchés d'automatisation. De plus, le Machine Translation Group
(Groupe de traduction automatique) formé par Lernout & Hauspie comprend
des entreprises qui développent, produisent et vendent des systèmes de
traduction: L&H Language Technology, AppTek, AILogic, NeocorTech et
Globalink.

Fondé en 1990, Globalink est une société spécialisée dans les logiciels
et services de traduction. Elle offre des solutions sur mesure à partir
d'une gamme de logiciels, options en ligne et services de traduction
professionnelle. La société diffuse ses logiciels de traduction en
allemand, anglais, espagnol, français, italien et portugais, et propose
des solutions aux problèmes de traduction des particuliers, petites
sociétés, multinationales et gouvernements, que ce soit pour un produit
individuel donnant une traduction préliminaire rapide ou un système
complet permettant de gérer des traductions de documents
professionnels.

Le site web donne les informations suivantes en 1998: "Avec les
logiciels d'application de Globalink, l'ordinateur utilise trois
ensembles de données: le texte à traiter, le programme de traduction et
un dictionnaire de mots et d'expressions dans la langue-source, ainsi
que des informations sur les concepts évoqués par le dictionnaire et
les règles applicables à la phrase: règles de syntaxe et de grammaire,
y compris des algorithmes gouvernant la conjugaison des verbes,
l'adaptation de la syntaxe, les accords de genre et de nombre et la
mise en ordre des mots. Une fois que l'utilisateur a sélectionné le
texte et lancé le processus de traduction, le programme commence à
comparer les mots du texte à traiter avec ceux qui sont stockés dans le
dictionnaire. Une fois l'adéquation trouvée, l'application prépare une
notice complète qui inclut des informations sur les significations
possibles du mot et, d'après le contexte, ses relations avec les autres
mots dans la même phrase. Le temps requis pour la traduction dépend de
la longueur du texte. Un document de trois pages et 750 mots demande un
traitement de trois minutes environ pour une première traduction."

Softissimo commercialise la série de logiciels de traduction Reverso, à
côté de produits d’écriture multilingue, de dictionnaires électroniques
et de méthodes de langues. Reverso est utilisé par exemple par Voilà,
le moteur de recherche de France Télécom. Softissimo diffuse aussi des
logiciels d'apprentissage des langues, ainsi que des dictionnaires,
notamment l'"Eurodico", le "Grand Collins bilingue" et le "Collins
English Dictionary".

En mars 2001, IBM se lance dans un marché en pleine expansion avec un
produit professionnel haut de gamme, le WebSphere Translation Server.
Ce logiciel traduit instantanément en plusieurs langues (allemand,
anglais, chinois, coréen, espagnol, français, italien, japonais) les
pages web, courriels et chats (dialogues en direct). Il interprète 500
mots à la seconde et permet l’ajout de vocabulaires spécifiques.


= R&D en traduction automatique

Voici une présentation rapide des travaux de quatre organismes, parmi
tant d'autres, au Québec (Laboratoire RALI), en Californie (Natural
Language Group), en Suisse (ISCCO) et au Japon (UNDL Foundation).

# Laboratoire RALI

Basé à Montréal (Québec), le laboratoire RALI (Laboratoire de recherche
appliquée en linguistique informatique) a les domaines de compétence
suivants: outils d'aide à la traduction, appariement automatique de
textes, génération automatique de texte, réaccentuation automatique,
recherche d'information aidée par des outils linguistiques, extraction
d'information, identification de la langue et du codage, transducteurs
à états finis, et corpus de texte enrichis. Dans le cadre du Projet
TransX, le laboratoire RALI élabore une nouvelle génération d'outils
d'aide aux traducteurs (TransType, TransTalk, TransCheck et
TransSearch). Ces outils sont tous fondés sur des modèles de traduction
probabilistes qui calculent automatiquement les correspondances entre
le texte produit par le traducteur et le texte en langue de départ.

Comme expliqué sur le site web en 1998, "(a) TransType accélère la
saisie de la traduction en anticipant les choix du traducteur et, au
besoin, en les critiquant. L'outil propose ses choix en tenant compte à
la fois du texte en langue de départ et de la traduction partielle déjà
produite par le traducteur. (b) TransTalk effectue la transcription
automatique d'une traduction dictée. Cet outil se sert d'un modèle de
traduction probabiliste pour améliorer la performance du module de
reconnaissance vocale. (c) TransCheck détecte automatiquement certaines
erreurs de traduction en vérifiant que les correspondances entre les
segments d'une ébauche de traduction et les segments du texte en langue
de départ respectent les propriétés souhaitées d'une bonne traduction.
(d) TransSearch permet au traducteur d'effectuer des recherches dans
des bases de données de traductions pré-existantes pour y retrouver des
solutions toutes faites à ses problèmes de traduction. Les bases de
données requises nécessitent un appariement entre la traduction et le
texte en langue de départ."

# Natural Language Group de l'USC/ISI

Rattaché à l'USC/ISI (University of Southern California/Information
Sciences Institute - Université de Californie du Sud/Institut des
sciences de l'information), le Natural Language Group (Groupe de la
langue naturelle) traite de plusieurs aspects du traitement de la
langue naturelle: traduction automatique, résumé automatique de texte,
gestion multilingue des verbes, développement de taxinomies de concepts
(ontologies), discours et génération de texte, élaboration de gros
lexiques multilingues et communication multimédia.

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group, explique en août
1998: "Les gens écrivent dans leur propre langue pour diverses raisons:
commodité, discrétion, communication locale, mais ceci ne signifie pas
que d'autres personnes ne soient pas intéressées de lire ce qu'ils ont
à dire! Ceci est particulièrement vrai pour les sociétés impliquées
dans la veille technologique (disons, une société informatique qui
souhaite connaître tous les articles de journaux et périodiques
japonais relatifs à son activité) et des services de renseignements
gouvernementaux (ceux qui procurent l'information la plus récente qui
sera ensuite utilisée par les fonctionnaires pour décider de la
politique, etc.). Un des principaux problèmes auxquels ces services
doivent faire face est la très grande quantité d'informations. Ils
recrutent donc du personnel bilingue 'passif' qui peut scanner
rapidement les textes afin de supprimer ce qui est sans intérêt avant
de donner les documents significatifs à des traducteurs professionnels.
Manifestement, une combinaison de résumé automatique de texte et de
traduction automatique sera très utile dans ce cas; comme la traduction
automatique est longue, on peut d'abord résumer le texte dans la langue
étrangère, puis faire une traduction automatique rapide à partir du
résultat obtenu, laissant à un être humain ou un classificateur de
texte (type recherche documentaire) le soin de décider si on doit
garder l'article ou le rejeter.

Pour ces raisons, durant ces cinq dernières années, le gouvernement des
États-Unis a financé des recherches en traduction automatique, en
résumé automatique de texte et en recherche documentaire, et il
s'intéresse au lancement d'un nouveau programme de recherche en
informatique documentaire multilingue. On sera ainsi capable d'ouvrir
un navigateur tel que Netscape ou Explorer, entrer une demande en
anglais, et obtenir la liste des textes dans toutes les langues. Ces
textes seront regroupés par sous-catégorie avec un résumé pour chacun
et une traduction pour les résumés étrangers, toutes choses qui
seraient très utiles."

Il ajoute en août 1999: "Durant les douze derniers mois, j'ai été
contacté par un nombre surprenant de nouvelles sociétés et start-up en
technologies de l'information. La plupart d'entre elles ont l'intention
d'offrir des services liés au commerce électronique (vente en ligne,
échange, collecte d'information, etc.). Étant donné les faibles
résultats des technologies actuelles du traitement de la langue
naturelle - ailleurs que dans les centres de recherche - c'est assez
surprenant. Quand avez-vous pour la dernière fois trouvé rapidement une
réponse correcte à une question posée sur le web, sans avoir eu à
passer en revue pendant un certain temps des informations n'ayant rien
à voir avec votre question? Cependant, à mon avis, tout le monde sent
que les nouveaux développements en résumé automatique de texte, analyse
des questions, etc., vont, je l'espère, permettre des progrès
significatifs. Mais nous ne sommes pas encore arrivés à ce stade.

Il me semble qu'il ne s'agira pas d'un changement considérable, mais
que nous arriverons à des résultats acceptables, et que l'amélioration
se fera ensuite lentement et sûrement. Ceci s'explique par le fait
qu'il est très difficile de faire en sorte que votre ordinateur
'comprenne' réellement ce que vous voulez dire - ce qui nécessite de
notre part la construction informatique d'un réseau de 'concepts' et
des relations de ces concepts entre eux - réseau qui, jusqu'à un
certain stade au moins, reflèterait celui de l'esprit humain, au moins
dans les domaines d'intérêt pouvant être regroupés par sujets. Le mot
pris à la 'surface' n'est pas suffisant - par exemple quand vous tapez:
'capitale de la Suisse', les systèmes actuels n'ont aucun moyen de
savoir si vous songez à 'capitale administrative' ou 'capitale
financière'. Dans leur grande majorité, les gens préféreraient pourtant
un type de recherche basé sur une expression donnée, ou sur une
question donnée formulée en langage courant.

Plusieurs programmes de recherche sont en train d'élaborer de vastes
réseaux de 'concepts', ou d'en proposer l'élaboration. Ceci ne peut se
faire en deux ans, et ne peut amener rapidement un résultat
satisfaisant. Nous devons développer à la fois le réseau et les
techniques pour construire ces réseaux de manière semi-automatique,
avec un système d'auto-adaptation. Nous sommes face à un défi majeur."

Il complète en septembre 2000: "Je vois de plus en plus de petites
sociétés utiliser d'une manière ou d'une autre les technologies liées
aux langues, pour des recherches, traductions, rapports ou autres
services permettant de communiquer. Le nombre de créneaux dans lesquels
ces technologies peuvent être utilisées continue de me surprendre, et
cela va des rapports financiers et leurs mises à jour aux
communications d'une société vers d'autres sociétés, en passant par le
marketing.

En ce qui concerne la recherche, la principale avancée que je vois est
due à Kevin Knight, un collègue de l'ISI, ce dont je suis très honoré.
L'été dernier, une équipe de chercheurs et d'étudiants de l'Université
Johns Hopkins, dans le Maryland, a développé une version à la fois
meilleure et plus rapide d'une méthode développée à l'origine par IBM
(et dont IBM reste propriétaire) il y a douze ans environ. Cette
méthode permet de créer automatiquement un système de traduction
automatique, dans la mesure où on lui fournit un volume suffisant de
texte bilingue. Tout d'abord la méthode trouve toutes les
correspondances entre les mots et la position des mots d'une langue à
l'autre, et ensuite elle construit des tableaux très complets de règles
entre le texte et sa traduction, et les expressions correspondantes.

Bien que la qualité du résultat soit encore loin d'être satisfaisante -
personne ne pourrait considérer qu'il s'agit d'un produit fini, et
personne ne pourrait utiliser le résultat tel quel - l'équipe a créé en
vingt-quatre heures un système (élémentaire) de traduction automatique
du chinois vers l'anglais. Ceci constitue un exploit phénoménal, qui
n'avait jamais été réalisé auparavant. Les détracteurs du projet
peuvent bien sûr dire qu'on a besoin dans ce cas de trois millions de
phrases disponibles dans chaque langue, et qu'on ne peut se procurer
une quantité pareille que dans les parlements du Canada, de Hong-Kong
ou d'autres pays bilingues. Ils peuvent bien sûr arguer également la
faible qualité du résultat. Mais le fait est que, tous les jours, on
met en ligne des textes bilingues au contenu à peu près équivalent, et
que la qualité de cette méthode va continuer de s'améliorer pour
atteindre au moins celle des logiciels de traduction automatique
actuels, qui sont conçus manuellement. J'en suis absolument certain.

D'autres développements sont moins spectaculaires. On observe une
amélioration constante des résultats dans les systèmes pouvant décider
de la traduction opportune d'un terme (homonyme) qui a des
significations différentes [par exemple père, pair et père en français,
ndlr]. On travaille beaucoup aussi sur la recherche d'informations par
recoupement de langues (qui vous permettront bientôt de trouver sur le
web des documents en chinois ou en français même si vous tapez vos
questions en anglais). On voit également un développement rapide des
systèmes qui répondent automatiquement à des questions simples (un peu
comme le populaire AskJeeves utilisé sur le web, mais avec une gestion
par ordinateur et non par des êtres humains). Ces systèmes renvoient à
un grand volume de texte permettant de trouver des 'factiodes' (et non
des opinions ou des motifs ou des chaînes d'événements) en réponse à
des questions telles que: 'Quelle est la capitale de l'Ouganda?', ou
bien: 'Quel âge a le président Clinton?', ou bien: 'Qui a inventé le
procédé Xerox?', et leurs résultats obtenus sont plutôt meilleurs que
ce à quoi je m'attendais."

# ISSCO

Rattaché à l'Université de Genève (Suisse), l'Institut Dalle Molle pour
les études sémantiques et cognitives (ISSCO) mène des recherches
théoriques et appliquées en linguistique computationnelle et en
intelligence artificielle. Créé en 1972 par la Fondation Dalle Molle
pour mener des recherches en cognition et en sémantique, l'institut en
est venu à se spécialiser dans le traitement de la langue naturelle et,
en particulier, dans le traitement multilingue des langues pour la
traduction automatique, l'environnement linguistique, la génération
multilingue, le traitement du discours, la collection de données, etc.
Si l'université de Genève procure un soutien administratif et une
infrastructure à l'ISSCO, la recherche est financée par des subventions
et des contrats avec des organismes publics et privés. L'institut est
multidisciplinaire et multinational, avec un petit groupe de permanents
complété par un certain nombre de personnes sous contrat (spécialistes
en informatique, linguistique, mathématiques, psychologie ou
philosophie) restant de six mois à deux ans, ce qui permet une grande
flexibilité et un échange continuel d'idées.

# UNDL Foundation

Développé sous l'égide de l'UNU/IAS (United Nations
University/Institute of Advanced Studies - Université des Nations
Unies/ Institut des études avancées) à Tokyo (Japon), l'UNL (universal
networking language - langage d'interconnexion universel) est un projet
de métalangage numérique pour l'encodage, le stockage, la recherche et
la communication d'informations multilingues indépendamment d'une
langue-source donnée, et donc d'un système de pensée donné. Ce
métalangage est développé à partir de janvier 1997 au sein de l'UNL
Program, un programme international impliquant de nombreux partenaires
dans toutes les communautés linguistiques. En 1998, 120 chercheurs de
par le monde travaillent sur un projet multilingue comportant 17
langues (allemand, anglais, arabe, brésilien, chinois, espagnol,
français, hindou, indonésien, italien, japonais, letton, mongolien,
russe, swahili et thaï). Ce programme se poursuit ensuite sous l'égide
de l'UNDL Foundation (UNDL: Universal Networking Digital Language -
Langage numérique d'interconnexion universel), fondée en janvier 2001.

Christian Boitet, directeur du Groupe d'étude pour la traduction
automatique (GETA) à Grenoble, un des nombreux participants de l'UNL
Program, explique en septembre 1998 en quoi consiste le projet: "Il
s'agit non de TAO [traduction assistée par ordinateur] habituelle, mais
de communication et recherche d'information multilingue. 14 groupes ont
commencé le travail sur 12 langues (plus 2 annexes) depuis début 1997.
L'idée est de développer un standard, dit UNL [universal networking
language], qui serait le HTML du contenu linguistique, et pour chaque
langue, de développer un générateur (dit 'déconvertisseur') accessible
sur un ou plusieurs serveurs, et un 'enconvertisseur'. L'UNU
[Université des Nations Unies] finance 50% du coût. D'après notre
évaluation sur la première année, c'est plutôt 30 à 35%, car le travail
(linguistique et informatique) est énorme, et le projet passionnant:
les permanents des laboratoires s'y investissent plus que prévu. (...)

La déconversion tourne pour le japonais, le chinois, l'anglais, le
portugais, l'indonésien, et commence à tourner pour le français,
l'allemand, le russe, l'italien, l'espagnol, l'hindi, l'arabe et le
mongol. Chaque langue a une base lexicale de 30.000 à 120.000 liens UW
[universal word]--lexème. L'enconversion n'est pas (si on veut de la
qualité pour du tout venant) une analyse classique. C'est une méthode
de fabrication de graphes UNL [universal networking language] qui
suppose une bonne part d'interaction, avec plusieurs possibilités: (a)
analyse classique multiple suivie d'une désambiguïsation interactive en
langue source, (b) entrée sous langage contrôlé, (c) encore plus
séduisant (et encore pas clair, au niveau recherche pour l'instant),
entrée directe via une interface graphique reliée à la base lexicale et
à la base de connaissances. Les applications possibles sont le courriel
multilingue, les informations multilingues, les dictionnaires actifs
pour la lecture de langues étrangères sur le web, et bien sûr la TA
[traduction automatique] de mauvaise qualité (ce qu'on trouve
actuellement, mais pour tous les couples à cause de l'architecture à
pivot) pour le surf web et la veille. On travaille actuellement sur les
informations sportives sur le web, surtout sur le foot. On construit
une base de documents, où chaque fichier est structuré (à la HTML) et
contient, pour chaque énoncé, l'énoncé original, sa structure UNL, et
autant de traductions qu'on en a obtenu. Un tel document peut être
recherché dans une base en traduisant la question en UNL, puis affiché
(le UNL viewer existe depuis un an) dans autant de fenêtres d'un
brauser web que de langues sélectionnées."

En ce qui concerne les perspectives, "le projet a un problème de
volume: grande surface, pas assez d'épaisseur. Il faudrait trois à cinq
fois plus de monde partout pour que ça avance assez vite (pour que
Microsoft et d'autres ne finissent pas par tout reprendre et revendre,
alors qu'on vise une utilisation ouverte, du type de ce qu'on fait avec
les serveurs et clients web). Les subventions des sociétés japonaises à
l'UNU pour ce projet (et d'autres) se tarissent à cause de la crise
japonaise. Le groupe central est beaucoup trop petit (quatre personnes
qui font le logiciel, le japonais, l'anglais, l'administration, c'est
peu même avec de la sous-traitance). De plus, le plan général est
d'ouvrir aux autres langues de l'ONU en 2000. Il faudrait arriver à un
état satisfaisant pour les treize autres avant. Du point de vue
politique et culturel, ce projet est très important, en ce qu'il montre
pour la première fois une voie possible pour construire divers outils
soutenant l'usage de toutes les langues sur internet, qu'elles soient
majoritaires ou minoritaires. En particulier, ce devrait être un projet
majeur pour la francophonie. Dans l'état actuel des choses, je pense
que l'élan initial a été donné, mais que la première phase (d'ici 2000)
risque de retomber comme un soufflé si on ne consolide pas très vite le
projet, dans chaque pays participant. Donc l'UNU cherche comment monter
un soutien puissant à la mesure de cette ambition. Je pense que, pour
la francophonie par exemple, il faudrait un groupe d'une dizaine de
personnes ne se consacrant qu'à ce projet pendant au moins dix ans,
plus des stagiaires et des collaborateurs sur le réseau, bénévoles ou
intéressés par la mise à disposition gratuite de ressources et
d'outils."



CHRONOLOGIE

[Chaque ligne débute par l'année ou bien l'année/mois. Par exemple,
1971/07 signifie juillet 1971.]

  1968: Le code ASCII est le premier système d'encodage informatique.
  1971/07: Le Projet Gutenberg est la première bibliothèque numérique.
  1974: L'internet fait ses débuts.
  1990: Le web est inventé par Tim Berners-Lee.
  1991/01: L'Unicode est un système d'encodage pour toutes les langues.
  1993/11: Mosaic est le premier logiciel de navigation sur le web.
  1994/04: La Human-Languages Page est un catalogue des ressources linguistiques sur le web.
  1994/10: Le World Wide Web Consortium offrira des outils pour un web multilingue.
  1994: Travlang est un site consacré aux languages et aux voyages.
  1995/12: La Kotoba Home Page explique comment utiliser son clavier dans plusieurs langues.
  1995: L'Internet Dictionary Project veut créer des dictionnaires de traduction gratuits.
  1995: NetGlos est un glossaire multilingue pour la terminologie de l'internet.
  1995: Global Reach est une société de conseil émanant de Euro-Marketing Associates.
  1995: L'association LISA développe des standards pour l'industrie de la localisation.
  1995: L'Ethnologue, encyclopédie des langues, est disponible gratuitement sur le web.
  1996/04: OneLook Dictionaries offre un point commun pour de nombreux dictionnaires en ligne.
  1997/01: L'UNL (universal networking language) est un projet de métalangage numérique.
  1997/12: AltaVista lance AltaVista Translation, appelé aussi Babel Fish.
  1997: Le Logos Dictionary est mis en ligne gratuitement.
  1999/12: WebEncyclo est la première encyclopédie francophone en accès libre.
  1999/12: Britannica.com est la première encyclopédie anglophone en accès libre.
  1999: WordReference.com propose des dictionnaires bilingues gratuits en ligne.
  2000/02: yourDictionary.com est un portail pour les langues.
  2000/07: La moitié des usagers de l'internet est non anglophone.
  2000/09: Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est bilingue français-anglais.
  2001/01: Wikipédia est la première grande encyclopédie collaborative multilingue.
  2001/01: L'UNL est désormais développé au sein de l'UNDL Foundation.
  2001/04: La Human-Languages Page devient le portail iLoveLanguages.
  2004/01: Le Projet Gutenberg Europe est lancé en tant que projet multilingue.
  2007/03: IATE (Inter-Active Terminology for Europe) est la nouvelle base terminologique européenne.
  2009: L'Ethnologue sort une nouvelle édition (16e éd.), qui recense 6.909 langues.



SITES WEB


  Alis Technologies: http://www.alis.com/
  Aquarius.net: Directory of Localization Experts: http://www.aquarius.net/
  ASCII Table: http://www.asciitable.com/
  Asia-Pacific Association for Machine Translation (AAMT): http://www.aamt.info/
  Association for Computational Linguistics (ACL): http://www.aclweb.org/
  Association for Machine Translation in the Americas (AMTA): http://www.amtaweb.org/
  CALL@Hull: http://www.fredriley.org.uk/call/
  ELRA (European Language Resources Association): http://www.elra.info/
  ELSNET (European Network of Excellence in Human Language Technologies): http://www.elsnet.org/
  Encyclopaedia Britannica Online: http://www.britannica.com/
  Encyclopaedia Universalis: http://www.universalis-edu.com/
  Ethnologue: http://www.ethnologue.com/
  Ethnologue: Endangered Languages: http://www.ethnologue.com/nearly_extinct.asp
  EUROCALL (European Association for Computer-Assisted Language Learning): http://www.eurocall-languages.org/
  European Association for Machine Translation (EAMT): http://www.eamt.org/
  European Bureau for Lesser-Used Languages (EBLUL): http://www.eblul.org/
  European Commission: Languages of Europe: http://ec.europa.eu/education/languages/languages-of-europe/
  European Minority Languages (liste de l'Institut Sabhal Mòr Ostaig): http://www.smo.uhi.ac.uk/saoghal/mion-chanain/en/
  Google Translate: http://translate.google.com/
  Grand dictionnaire terminologique (GDT): http://www.granddictionnaire.com/
  IATE: InterActive Terminology for Europe: http://iate.europa.eu/
  ILOTERM (ILO: International Labor Organization): http://www.ilo.org/iloterm/
  iLoveLanguages: http://www.ilovelanguages.com/
  International Committe on Computational Linguistics (ICCL): http://nlp.shef.ac.uk/iccl/
  Internet Dictionary Project (IDP): http://www.june29.com/IDP/
  Internet Society (ISOC): http://www.isoc.org/
  Laboratoire CLIPS (Communication langagière et interaction personne-système): http://www-clips.imag.fr/
  Laboratoire CLIPS: GETA (Groupe d'étude pour la traduction automatique): http://www-clips.imag.fr/geta/
  LINGUIST List (The): http://linguistlist.org/
  Localization Industry Standards Association (LISA): http://www.lisa.org/
  Logos: Multilingual Translation Portal: http://www.logos.it/
  MAITS (Multilingual Application Interface for Telematic Services): http://wwwold.dkuug.dk/maits/
  Merriam-Webster Online: http://www.merriam-webster.com/
  Natural Language Group (NLG) at USC/ISI: http://www.isi.edu/natural-language/
  Nuance: http://www.nuance.com/
  OneLook Dictionary Search: http://www.onelook.com/
  Oxford English Dictionary (OED): http://www.oed.com/
  Oxford Reference Online (ORO): http://www.oxfordreference.com/
  PAHOMTS (PAHO: Pan American Health Organization): http://www.paho.org/english/am/gsp/tr/machine_trans.htm
  Palo Alto Research Center (PARC): http://www.parc.com/
  Palo Alto Research Center (PARC): Natural Language Processing: http://www.parc.com/work/focus-area/NLP/
  RALI (Recherche appliquée en linguistique informatique): http://www-rali.iro.umontreal.ca/
  Reverso: Free Online Translator: http://www.reverso.net/
  SDL: http://www.sdl.com/
  SDL: FreeTranslation.com: http://www.freetranslation.com/
  SDL Trados: http://www.trados.com/
  Softissimo: http://www.softissimo.com/
  SYSTRAN: http://www.systranlinks.com/
  SYSTRANet: Free Online Translator: http://www.systranet.com/
  TEI: Text Encoding Initiative: http://www.tei-c.org/index.xml
  TERMITE (Terminology of Telecommunications): http://www.itu.int/terminology/index.html
  *tmx Vokabeltrainer: http://www.tmx.de/
  Transparent Language: http://www.transparent.com/
  TransPerfect: http://www.transperfect.com/
  Travlang: http://www.travlang.com/
  Travlang's Translating Dictionaries: http://dictionaries.travlang.com/
  UNDL (Universal Networking Digital Language) Foundation: http://www.undl.org/
  Unicode: http://www.unicode.org/
  Yahoo! Babel Fish: http://babelfish.yahoo.com/
  YourDictionary.com: http://www.yourdictionary.com/
  YourDictionary.com: Endangered Languages: http://www.yourdictionary.com/elr/index.html
  W3C: World Wide Web Consortium: http://www.w3.org/
  W3C Internationalization Activity: http://www.w3.org/International/
  WELL (Web Enhanced Language Learning): http://www.well.ac.uk/
  Wordfast: http://www.wordfast.org/
  Xerox XRCE (Xerox Research Centre Europe): http://www.xrce.xerox.com/
  Xerox XRCE: Cross-Language Technologies: http://www.xrce.xerox.com/competencies/cross-language/



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