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Title: Le Rideau levé - ou l'Education de Laure
Author: Mirabeau, Honoré-Gabriel de Riquetti, comte de, 1749-1791
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Le Rideau levé - ou l'Education de Laure" ***

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[Transcriber's Note: MIRABEAU (Honoré Gabriel Riquetti,
comte de Mirabeau) (1749-1791),
_Le Rideau levé ou l'Education de Laure_ (1786), édition de 1921

A French erotic novel of the 18th Century]



LES MAITRES DE L'AMOUR


L'oeuvre

du

Comte de Mirabeau


(...)


Le Rideau levé, ou l'Education de Laure


(...)


PARIS

BIBLIOTHEQUE DES CURIEUX

4, RUE DE FURSTENBERG, A

MCMXXI



LE RIDEAU LEVE OU L'EDUCATION DE LAURE



Retirez-vous, censeurs atrabilaires;

Fuyez, dévots, hypocrites ou fous;

Prudes, guenons, et vous, vieilles mégères:

Nos doux transports ne sont pas faits pour vous.


A CYTHERE


MDCC LXXXVIII



LETTRE DE SOPHIE AU CHEVALIER D'OLZAN


Je t'envoie, cher Chevalier, un petit manuscrit gaillard.

Tu aurais de la peine à t'imaginer où je l'ai pris. C'est une
bagatelle sortie d'une jolie main de mon sexe; et c'est un
délassement badin adressé dans un cloître. Comment un tel
bréviaire se put-il introduire parmi les guimpes d'une
religieuse? C'est ce que mes yeux eurent de la peine à me
persuader; rien n'est cependant plus vrai, cher Chevalier, et
c'était un présent digne de sa destination. L'amour n'est
point étranger dans ces lieux; le sentiment constitue le
naturel du beau sexe; la sensibilité forme la principale
partie de son essence; la volupté exerce un empire vainqueur
sur ces êtres délicats. A ces dispositions originaires, qu'on
joigne les effets échauffants d'une imagination exaltée dans
la retraite et l'oisiveté, on trouvera la raison de cette
fureur intestine qui nous maîtrise dans les couvents.

C'est ainsi que les femmes de ces pays, où les hommes jaloux
les tiennent prisonnières, trouvent si précieuses des
jouissances dont l'idée habituelle qu'elles en ont n'est point
contrebalancée par d'autres objets de dissipation. Dans la
société, un tumulte de soins et de plaisirs énerve les
passions au lieu de les concentrer; l'éclat séduisant d'une
vaine coquetterie entraîne les femmes les plus sensuelles;
l'amour impétueux reste en partage à la solitude obscure et
mélancolique: il n'est donc pas étonnant que les mystères
consignés ici se soient glissés dans une cellule pour en
occuper tendrement les loisirs.

Ton absence me rendait tout le monde à charge, et ma soeur, la
religieuse, me sollicitait d'aller passer quelques jours avec
elle: je me suis rendue à son envie. Ah! cher ami, que je suis
pénétrée, quoique sa soeur, des tourments qu'elle doit
endurer. Elle a le coeur tendre, l'esprit vif, le goût
délicat; elle possède les grâces et la beauté; elle s'est
trouvée cloîtrée avant de se connaître. A sa place, que je
serais malheureuse, moi qui ai moins qu'elle de droit au
bonheur! Elle attendait avec impatience une amie qui devait
bientôt la rejoindre. Dès le premier jour, elle m'en parla
avec des transports d'une tendresse inouïe; elle me la
dépeignait avec des couleurs tout à fait animées: elle
tournait sans cesse la conversation sur cet objet intéressant.
Elle reçut de sa part un coffre très joli; il était plein de
petits ustensiles et de chiffons propres à une religieuse.

Il attira les regards, selon l'usage, des bonnes Mères
tourières et supérieures, toutes plus curieuses ordinairement
que rusées. Une découverte précieuse leur échappa. Ma soeur
m'ayant laissée seule, la curiosité me prit à mon tour.

Je m'aperçus que le fond était bien épais pour une si petite
boîte; en effet, il se trouva double, et il renfermait le
petit détail que je t'envoie. J'en ai secrètement tiré copie
dans les heures de prière de ma recluse. Puisse la lecture que
te procure la main de ton amante te dérober des moments aux
belles de Paris! Ton absence me tue. Rapporte-moi, cher
Chevalier, ton coeur et ma vie, ainsi que ce joli manuscrit:
nous le relirons ensemble.


Le chevalier d'Olzan y a substitué d'autres noms, et l'a fait
imprimer, sans toucher au style; il a pensé que la plume d'une
femme ne pouvait être que mal taillée par la main d'un homme.


LAURE A EUGENIE


Loin de moi, imbéciles préjugés, il n'y a que les âmes
craintives qui vous soient asservies: Eugénie, accablée
d'ennui dans sa solitude, exige de sa chère Laure ce petit
amusement tendre. Il n'y a plus rien qui puisse me retenir.

Oui, ma chère Eugénie, ces moments délicieux, dont je t'ai
quelquefois entretenue dans ton lit; ces transports des sens,
dont nous avons cherché à répéter les plaisirs dans les bras
l'une de l'autre; ces tableaux de ma jeunesse, dont nous avons
voulu réaliser la volupté: eh bien! pour te satisfaire, je
vais, sous des traits ressemblants, les retracer ici.

Tout ce que j'ai fait et pensé dès ma plus tendre enfance,
tout ce que j'ai vu et ressenti va reparaître sous tes yeux.

Je ferai renaître dans toi ces sensations vives, ces
mouvements précieux, dont l'ivresse a tant de charmes. Mes
expressions seront vraies, naturelles et hardies; j'oserai
même dessiner de ma main des figures dignes du sujet et de tes
désirs enflammés; je ne crains pas de manquer d'énergie.
Eugénie, c'est toi qui m'inspires et qui m'échauffes. Tu es ma
Vénus et mon Apollon; mais garde-toi, chère amie, que ma
confidence échappe de tes mains; souviens-toi que tu es dans
le sanctuaire de l'imbécillité ou de la dissimulation: celles
même des religieuses qui sont dans la bonne foi ont un zèle
mille fois moins à craindre que celles qui goûtent, sous un
voile hypocrite, la volupté la plus exquise et la plus
raffinée. Tu ne serais que criminelle aux yeux des unes, et
les autres crieraient hautement à l'infamie.

Le bonheur des femmes aime partout l'ombre et le mystère; mais
la crainte et la décence donnent du prix à leurs plaisirs. Cet
ouvrage-ci ne doit jamais voir le jour: il n'est point fait
pour les yeux du vulgaire; il serait indigné de la franchise
d'une femme, et son impertinente crédulité lui donne de
l'horreur pour la nudité des productions de la nature.

Tu ne le croirais pas, ma chère Eugénie, c'est que les hommes,
même les plus libres, nous envient jusqu'aux privautés de
l'imagination. Ils ne veulent nous permettre que les plaisirs
qu'ils nous départissent. Nous ne sommes, à leurs yeux, que
des esclaves qui ne devons rien tenir que de la main du maître
impérieux qui nous a subjuguées.

Tout est pour eux, ou doit se rapporter à eux; ils deviennent
des tyrans dès qu'on ose diviser leurs plaisirs; ils sont
jaloux, si l'on ose s'envisager à son tour. Egoïstes, ils
prétendent l'être seuls, et que personne ne le soit.

Dans les plaisirs qu'ils prennent avec nous, il en est peu qui
pensent à nous les faire partager. Il y en a même qui
cherchent à s'en procurer en nous tourmentant et en nous
faisant éprouver des traitements douloureux. A quelles
bizarreries leur extravagance ne les porte-t-elle pas? Leur
imagination ardente, fougueuse et remplie d'écarts s'éteint
avec la même facilité qu'elle s'allume; leurs désirs
licencieux, sans frein, inconstants et perfides errent d'un
objet vers l'autre. Par une contradiction perpétuelle avec
leurs sentiments, ils exigent que nous ne jouissions pas des
privilèges qu'ils se sont arrogés; nous, dont la sensibilité
est plus grande, dont l'imagination est encore plus vive et
plus inflammable par la nature de notre constitution.

Ah! les cruels qu'ils sont! Ils veulent anéantir nos facultés,
tandis que notre froideur insipide ferait leur tourment et
leur malheur. Quelques-uns, à la vérité, suivent une ligne
écartée du tourbillon ordinaire; mais il serait toujours
imprudent de nous dévoiler à leurs yeux.

Cet ouvrage ne serait pas moins déplacé devant ces êtres
engourdis que l'amour ne peut émouvoir: je parle de ces femmes
flegmatiques que les empressements des hommes aimables ne
peuvent exciter, et de ces graves personnages que la beauté ne
peut réveiller. Il en existe, Eugénie, de ces animaux
indéfinis, parés du titre fastueux de virtuoses et de
philosophes, livrés à l'effervescence d'une bile noire, aux
vapeurs sombres et malfaisantes de la mélancolie, qui fuient
le monde dont ils sont méprisés: ces gens-là, comme la
vieillesse inutile, blâment amèrement tous les plaisirs dont
ils sont déchus.

Il en est d'autres, au contraire, d'un tempérament fougueux,
mais que les préjugés de l'éducation et la timidité ont
enthousiasmés pour le nom d'une vertu dont ils ne connurent
jamais l'essence; ils détournent les éjaculations naturelles
de leur coeur pour en diriger les élans vers des êtres
fantastiques. L'amour est un dieu profane qui ne mérite pas
leur encens; et si, sous le nom d'hymen, ils lui sacrifient
quelquefois, ils deviennent des fanatiques qui, sous le titre
d'honneur, déguisent leur dure jalousie. C'est pour nous un
blasphème que d'exprimer l'amour.

Ainsi, ma chère Eugénie, il ne faut choquer personne; gardons
nos confidences libertines pour nous égayer dans le
particulier; c'est à toi seule que je veux ouvrir mon coeur;
c'est uniquement pour toi que je ne couvrirai d'aucune gaze
les tableaux que je mettrai sous tes yeux. Ils seront cachés
pour les autres, ainsi que les libertés que nous avons prises
ensemble.

Il n'y a que l'amitié ou l'amour qui puissent arrêter des
regards de complaisance sur les objets licencieux que ma plume
et mes crayons vont tâcher d'exprimer.


EDUCATION DE LAURE


Je sortais de ma dixième année; ma mère tomba dans un état de
langueur qui, après huit mois, la conduisit au tombeau. Mon
père, sur la perte duquel je verse tous les jours les larmes
les plus amères, me chérissait; son affection, ses sentiments
si doux pour moi se trouvaient payés, de ma part, du retour le
plus vif.

J'étais continuellement l'objet de ses caresses les plus
tendres; il ne se passait point de jour qu'il ne me prît dans
ses bras et que je ne fusse en proie à des baisers pleins de
feu.

Je me souviens que ma mère, lui reprochant un jour la chaleur
qu'il paraissait y mettre, il lui fit une réponse dont je ne
sentis pas alors l'énergie. Mais cette énigme me fut
développée quelque temps après:

-- De quoi vous plaignez-vous, madame? Je n'ai point à en
rougir: si c'était ma fille, le reproche serait fondé, je ne
m'autoriserais pas même de l'exemple de Loth; mais il est
heureux que j'aie pour elle la tendresse que vous me voyez: ce
que les conventions et les lois ont établi, la nature ne l'a
pas fait; ainsi brisons là-dessus.

Cette réponse n'est jamais sortie de ma mémoire. Le silence de
ma mère me donna dès cet instant beaucoup à penser, sans
parvenir au but; mais il résulta de cette discussion et de mes
petites idées que je sentis la nécessité de m'attacher
uniquement à lui, et je compris que je devais tout à son
amitié. Cet homme, rempli de douceur, d'esprit, de
connaissance et de talents, était formé pour inspirer le
sentiment le plus tendre.

J'avais été favorisée de la nature; j'étais sortie des mains
de l'amour. Le portrait que je vais faire de moi, chère
Eugénie, c'est d'après lui que je le trace. Combien de fois
m'as-tu redit qu'il ne m'avait point flattée: douce illusion
dans laquelle tu m'entraînes, et qui m'engage à répéter ce que
je lui ai entendu dire souvent! Dès mon enfance, je promettais
une figure régulière et prévenante; j'annonçais des grâces,
des formes bien prises et dégagées, la taille noble et svelte;
j'avais beaucoup d'éclat et de blancheur.

L'inoculation avait sauvé mes traits des accidents qu'elle
prévient ordinairement; mes yeux bruns, dont la vivacité était
tempérée par un regard doux et tendre, et mes cheveux d'un
châtain cendré, se mariaient avantageusement.

Mon humeur était gaie; mais mon caractère était porté, par une
pente naturelle, à la réflexion.

Mon père étudiait mes goûts et mes inclinations; il me jugea:
aussi cultivait-il mes dispositions avec le plus grand soin.
Son désir particulier était de me rendre vraie avec
discrétion. Il souhaitait que je n'eusse rien de caché pour
lui: il y réussit aisément. Ce tendre père mettait tant de
douceur dans ses manières affectueuses qu'il n'était pas
possible de s'en défendre. Ses punitions les plus sévères se
réduisaient à ne me point faire de caresses, et je n'en
trouvais point de plus mortifiantes.

Quelque temps après la perte de ma mère, il me prit dans ses
bras:

-- Laurette, ma chère enfant, votre onzième année est révolue,
vos larmes doivent avoir diminué, je leur ai laissé un terme
suffisant; vos occupations feront diversion à vos regrets, il
est temps de les reprendre... Tout ce qui pouvait former une
éducation brillante et recherchée partageait les instants de
mes jours. Je n'avais qu'un seul maître, et ce maître c'était
mon père: dessin, danse, musique, sciences, tout lui était
familier.

Il m'avait paru facilement se consoler de la mort de ma mère;
j'en étais surprise, et je ne pus enfin me refuser de lui en
parler.

-- Ma fille, ton imagination se développe de bonne heure, je
puis donc à présent te parler avec cette vérité et cette
raison que tu es capable d'entendre. Apprends donc, ma chère
Laure, que, dans une société dont les caractères et les
humeurs sont analogues, le moment qui la divise pour toujours
est celui qui déchire le coeur des individus qui la composent,
et qui répand la douleur sur leur existence. Il n'y a point de
fermeté ni de philosophie pour une âme sensible, qui puisse
faire soutenir ce malheur sans chagrin, ni de temps qui en
efface le regret. Mais quand on n'a pas l'avantage de
sympathiser les uns avec les autres, on ne voit plus la
séparation que comme une loi despotique de la nature, à
laquelle tout être vivant est soumis. Il est d'un homme sensé,
dans une circonstance pareille, de supporter comme il convient
cet arrêt du sort auquel rien ne peut se soustraire, et de
recevoir avec sang-froid et une tranquillité modeste,
absolument dégagée d'affectation et de grimaces, tout ce qui
le soustrait aux chaînes pesantes qu'il portait.

"N'irai-je pas trop loin, ma chère fille, si, dans l'âge où tu
es, je t'en dis davantage? Non, non, apprends de bonne heure à
réfléchir et à former ton jugement, en le dégageant des
entraves du préjugé, dont le retour journalier t'obligera sans
cesse d'aplanir le sillon qu'il tâchera de se tracer dans ton
imagination. Représente-toi deux êtres opposés par leur
humeur, mais unis intimement par un pouvoir ridicule, que des
convenances d'état ou de fortune, que des circonstances qui
promettaient en apparence le bonheur, ont déterminés ou
subjugués par un enchantement momentané dont l'illusion se
dissipe à mesure que l'un des deux laisse tomber le masque
dont il couvrait son caractère naturel: conçois combien ils
seraient heureux d'être séparés. Quel avantage pour eux, s'il
était possible, de rompre une chaîne qui fait leur tourment et
imprime sur leurs jours les chagrins les plus cuisants, pour
se réunir à des caractères qui sympathisent avec eux! Car ne
t'y trompe pas, ma Laurette, telle humeur qui ne convient pas
à tel individu s'allie très bien avec un autre, et l'on voit
régner entre eux la meilleure intelligence, par l'analogie de
leurs goûts et de leur génie. En un mot, c'est un certain
rapport d'idées, de sentiments, d'humeur et de caractère qui
fait l'aménité et la douceur des unions; tandis que
l'opposition qui se trouve entre deux personnes, augmentée par
l'impossibilité de les séparer, fait le malheur et aggrave le
supplice de ces êtres enchaînés contre leur gré!

-- Quel tableau! quelles images! Cher papa, tu me dégoûtes
davantage du mariage. Est-ce là ton but?

-- Non, ma chère fille; mais j'ai tant d'exemples à ajouter au
mien que j'en parle en connaissance de cause; et pour appuyer
ce sentiment si raisonnable, et même si naturel, lis ce que le
président de Montesquieu en dit dans ses Lettres persanes, à
la cent-douzième. Si l'âge et des lumières acquises te
mettaient dans le cas de le combattre par les prétendus
inconvénients qu'on voudrait y trouver, il me serait facile de
les lever et de donner les moyens de les parer; je pourrais
donc te rendre compte de toutes les réflexions que j'ai faites
à ce sujet; mais ta jeunesse ne me met pas à même de m'étendre
sur un objet de cette nature.

Mon père termina là.

C'est à présent, tendre amie, que tu vas voir changer la
scène. Eugénie! chère Eugénie! Passerai-je outre? Les cris que
je crois entendre autour de moi soulèvent ma plume, mais
l'amour et l'amitié l'appuient: je poursuis.

Quoique mon père fût entièrement occupé de mon éducation,
après deux ou trois mois, je le trouvai rêveur, inquiet; il
semblait qu'il manquait quelque chose à sa tranquillité. Il
avait quitté, depuis la mort de ma mère, le séjour où nous
demeurions pour me conduire dans une grande ville, et se
livrer entièrement aux soins qu'il prenait de moi; peu
dissipé, j'étais le centre où il réunissait toutes ses idées,
son application et toute sa tendresse. Les caresses qu'il me
faisait, et qu'il ne ménageait pas, paraissaient l'animer; ses
yeux étaient plus vifs, son teint plus coloré, ses lèvres plus
brûlantes. Il prenait mes petites fesses, il les maniait, il
passait un doigt entre mes cuisses, il baisait ma bouche et ma
poitrine. Souvent il me mettait totalement nue, et me
plongeait dans un bain. Après m'avoir essuyée, après m'avoir
frottée d'essences, il portait ses lèvres sur toutes les
parties de mon corps, sans en excepter une seule; il me
contemplait, son sein paraissait palpiter, et ses mains
animées se reposaient partout: rien n'était oublié.

Que j'aimais ce charmant badinage, et le désordre où je le
voyais! Mais au milieu de ses plus vives caresses il me
quittait, et courait s'enfoncer dans sa chambre.

Un jour, entre autres, qu'il m'avait accablée des plus ardents
baisers, que je lui avais rendus par mille et mille aussi
tendres, où nos bouches s'étaient collées plusieurs fois, où
sa langue même avait mouillé mes lèvres, je me sentis tout
autre. Le feu de ses baisers s'était glissé dans mes veines;
il m'échappa dans l'instant où je m'y attendais le moins; j'en
ressentis du chagrin. Je voulus découvrir ce qui l'entraînait
dans cette chambre dont il avait poussé la porte vitrée, qui
formait la seule séparation qu'il y avait entre elle et la
mienne; je m'en approchai, je portai les yeux sur tous les
carreaux dont elle était garnie; mais le rideau qui était de
son côté, développé dans toute son étendue, ne me laissa rien
apercevoir, et ma curiosité ne fit que s'en accroître.

Le surlendemain de ce jour, on lui remit une lettre qui parut
lui faire plaisir. Quand il en eut fait la lecture:

-- Ma chère Laure, vous ne pouvez rester sans gouvernante; on
m'en envoie une qui arrivera demain: on m'en a fait beaucoup
d'éloges, mais il est nécessaire de la connaître pour juger
s'ils ne sont point outrés...

Je ne m'attendais nullement à cette nouvelle; je t'avoue,
chère Eugénie, qu'elle m'attrista: sa présence me gênait déjà,
sans savoir pourquoi, et sa personne me déplaisait, même avant
de l'avoir vue.

En effet, Lucette arriva le jour qu'elle était annoncée.

C'était une grande fille très bien faite, entre dix-neuf et
vingt ans: belle gorge, fort blanche, d'une figure revenante
sans être jolie; elle n'avait de régulier qu'une bouche très
bien dessinée, des lèvres vermeilles, les dents petites, d'un
bel émail et parfaitement rangées. J'en fus frappée d'abord.

Mon père m'avait appris à connaître une belle bouche en me
félicitant cent fois sur cet avantage. Lucette unissait à cela
un excellent caractère, beaucoup de douceur, de bonté, et une
humeur charmante. Mon amitié, malgré ma petite prévention, se
porta bientôt vers elle, et j'ai eu lieu de m'y attacher
fortement. Je m'aperçus que mon père la reçut avec une
satisfaction qui répandit la sérénité dans ses yeux.

L'envie et la jalousie, ma chère, sont étrangères à mon coeur,
rien ne me paraît plus mal fondé. D'ailleurs, ce qui fait
naître les désirs des hommes ne tient souvent pas à notre
beauté, ni à notre mérite: ainsi, pour notre propre bonheur,
laissons-les libres, sans inquiétude. Il y en a dont
l'infidélité est souvent un feu léger, qu'un instant voit
disparaître aussitôt qu'il a brillé. S'ils pensent, s'ils
réfléchissent, bientôt on les voit revenir auprès d'une femme
dont l'humeur douce et agréable les met dans l'impossibilité
de vivre sans elle. S'ils ne pensent pas, la perte est bien
faible.

Eh! quelle folie de s'en tourmenter!

Je ne raisonnais pas encore avec autant de sagacité;
cependant, je ne sentais point de jalousie contre Lucette: il
est vrai que ses amitiés, ses caresses et celles que mon père
continuait de me faire, la bannissaient loin de moi. Je
n'apercevais de différence que dans la réserve qu'il observait
lorsque Lucette était présente, mais je donnais cette conduite
à la prudence. Un temps se passa de cette manière, pendant
lequel je m'aperçus enfin de ses attentions pour elle. Toutes
les occasions qui pouvaient s'en présenter, il ne les laissait
point échapper. Cependant, mon affection pour Lucette fut
bientôt d'accord avec celle de mon père.

Lucette avait désiré coucher dans ma chambre, et mon père s'y
était prêté. Le matin, à son réveil, il venait nous embrasser;
j'étais dans un lit à côté d'elle. Cet arrangement, et le
prétexte de venir me voir, lui donnait la facilité de s'amuser
avec nous, et de faire à Lucette toutes les avances qu'il
pouvait hasarder devant moi. Je voyais bien qu'elle ne le
rebutait pas, mais je ne trouvais pas qu'elle répondît à ses
empressements comme je l'aurais fait et le désirais d'elle; je
ne pouvais en concevoir la raison. Je jugeais par moi-même, et
je croyais qu'en aimant avec tant de tendresse ce cher papa,
tout le monde devait avoir mon coeur, penser et sentir comme
moi. Je ne pus me refuser de lui en faire des reproches:

-- Pourquoi, ma bonne, n'aimez-vous pas mon papa, lui qui
paraît avoir tant d'amitié pour vous? Vous êtes bien
ingrate...

Elle souriait à ces reproches, en m'assurant que je les lui
faisais injustement. En effet, cet éloignement apparent ne
tarda pas à se dissiper.

Un soir, après le repas, nous rentrâmes dans la pièce que
j'occupais; il nous présenta de la liqueur. Une demi-heure
était à peine écoulée que Lucette s'endormit profondément; il
me prit alors entre ses bras et, m'emportant dans sa chambre,
il me fit mettre dans son lit. Surprise de cet arrangement
nouveau, ma curiosité fut à l'instant réveillée. Je me relevai
un moment après et courus d'un pas léger à la porte vitrée où
j'écartai le bord du rideau.

Je fus bien étonnée de voir toute la gorge de Lucette
entièrement découverte. Quel sein charmant! deux demi-globes
d'une blancheur de neige, du milieu desquels sortaient deux
fraises naissantes d'une couleur de chair plus animée,
reposaient sur sa poitrine; fermes comme l'ivoire, ils
n'avaient de mouvement que celui de sa respiration. Mon père
les regardait, les maniait, les baisait et les suçait: rien ne
la réveillait. Bientôt, il lui ôta tous ses habits, et la
porta sur le bord du lit qui était en face de la porte où
j'étais. Il releva sa chemise; je vis deux cuisses d'albâtre,
rondes et potelées, qu'il écarta, j'aperçus alors une petite
fente vermeille, garnie d'un poil fort brun; il l'entrouvrit;
il y posa les doigts en remuant la main avec activité: rien ne
la retirait de sa léthargie. Animée par cette vue, instruite
par l'exemple, j'imitai sur la mienne les mouvements que je
voyais. J'éprouvais une sensation qui m'était inconnue.

Mon père la coucha dans le lit, et vint à la porte vitrée pour
la fermer. Je me sauvai, et courus m'enfoncer dans celui où il
m'avait mise. Aussitôt que j'y fus étendue, profitant des
lumières que je venais d'acquérir, et réfléchissant sur ce que
j'avais vu, je recommençai mes frottements. J'étais toute en
feu; cette sensation que j'avais éprouvée s'augmenta par
degrés, et parvint à une telle énergie que mon âme, concentrée
dans le milieu de moi-même, avait quitté toutes les autres
parties de mon corps pour ne s'arrêter que dans cet endroit:
je tombai pour la première fois dans un état inconnu dont
j'étais enchantée.

Revenue à moi, quelle fut ma surprise, en me tâtant au même
endroit, de me trouver toute mouillée. J'eus dans le premier
instant une vive inquiétude, qui se dissipa par le souvenir du
plaisir que j'avais ressenti, et par un doux sommeil qui me
retraça pendant la nuit, dans des songes flatteurs, les
agréables images de mon père caressant Lucette. J'étais même
encore endormie quand il vint, le lendemain, me réveiller par
ses embrassements, que je lui rendis avec usure.

Depuis ce jour, ma bonne et lui me parurent de la meilleure
intelligence, quoiqu'il ne restât plus, le matin, si longtemps
près de nous. Ils n'imaginaient pas que je fusse au fait de
rien et, dans leur sécurité, ils se faisaient dans la journée
mille agaceries, qui étaient ordinairement le prélude des
retraites qu'ils allaient souvent faire ensemble dans sa
chambre, où ils restaient assez longtemps. J'imaginais bien
qu'ils allaient répéter ce que j'avais déjà vu; je ne poussais
pas alors mes idées plus loin; cependant, je mourais d'envie
de jouir encore du même spectacle. Tu vas juger, ma chère, du
violent désir qui me tourmentait: il était enfin arrivé, cet
instant où je devais tout apprendre.

Trois jours après celui dont je viens de te rendre compte,
voulant, à quelque prix que ce fût, satisfaire mon désir
curieux, lorsque mon père fut sorti et ma bonne occupée,
j'imaginai de mettre une soie au coin du rideau et de la faire
passer par le coin opposé d'un des carreaux. Cet arrangement
préparé, je ne tardai pas à en profiter. Le lendemain, mon
père, qui n'avait sur lui qu'une robe de taffetas, entraîna
Lucette qui était aussi légèrement vêtue: ils prirent le soin
de fermer exactement la porte et d'arranger le rideau; mais
j'avais vaincu tous les obstacles et mon expédient me réussit,
au moins en partie. Ils n'y eurent pas été deux minutes
qu'impatiente je fus à la porte, et je soulevai faiblement le
rideau. J'aperçus Lucette. Ses tétons étaient entièrement
découverts; mon père la tenait dans ses bras et la couvrait de
ses baisers. Mais, tourmenté de désirs, bientôt jupes, corset,
chemise, tout fut à bas. Qu'elle me parut bien dans cet état!
et que j'aimais à la voir ainsi!

La fraîcheur et les grâces de la jeunesse étaient répandues
sur elle. Chère Eugénie, la beauté des femmes a donc un
pouvoir bien singulier, un attrait bien puissant, puisqu'elle
nous intéresse aussi! Oui, ma chère, elle est touchante, même
pour notre sexe, par ses belles formes arrondies, le satiné et
le coloris brillant d'une belle peau! Tu me l'as fait
ressentir dans tes bras, et tu l'as éprouvé comme moi.

Mon père fut bientôt dans un état pareil à celui où il avait
mis Lucette. Cette vue m'attacha par sa nouveauté.

Il l'emporta sur un lit de repos que je ne pouvais découvrir.

Dévorée par ma curiosité, je ne ménageai plus rien, je levai
le rideau jusqu'à ce que je puisse les voir entièrement. Rien
ne fut soustrait à mes regards puisque rien ne gênait leurs
plaisirs. Lucette, couchée sur lui, les fesses en l'air, les
jambes écartées, me laissait apercevoir toute l'ouverture de
sa fente, entre deux petites éminences grasses et rebondies.
Cette situation, que je devais au hasard, semblait prise pour
satisfaire entièrement ma curieuse impatience. Mon père, les
genoux élevés, présentait plus distinctement à mes yeux un
vrai bijou, un membre gros, entouré de poils à la racine, où
pendait une boule au-dessous; le bout en était rouge, et
demi-couvert d'une peau qui paraissait pouvoir se baisser
davantage. Je le vis entrer dans la fente de Lucette, s'y
perdre et reparaître tour à tour. Ils se baisaient avec des
transports qui me firent juger des plaisirs qu'ils
ressentaient. Enfin, je vis cet instrument ressortir tout à
fait, le bout totalement découvert, rouge comme le carmin et
tout mouillé, jetant une liqueur blanche qui, s'élançant avec
impétuosité, se répandit sur les fesses de Lucette.

Conçois, chère Eugénie, dans quelle situation je me trouvais
moi-même, ayant sous mes yeux un pareil tableau!

Vivement émue, emportée par des désirs que je n'avais pas
encore connus, je tâchais au moins de participer à leur
ivresse. Chère amie, que ce retour sur mes jeunes années est
encore agréable pour moi!

Enfin, l'attrait du plaisir me retint trop longtemps dans mon
embuscade, et mon imprudence me trahit. Mon père, qui
jusque-là avait été trop hors de lui pour penser à ce qui
l'entourait, vit, en se dégageant des bras de Lucette, le coin
du rideau levé; il m'aperçut; il s'enveloppa dans sa robe en
s'approchant de la porte; je me retirai avec précipitation; il
vint examiner le rideau et y découvrit ma manoeuvre; il se
fixa près de la porte pendant que Lucette se rhabillait.
Voyant qu'il restait, je m'imaginai qu'il n'avait rien aperçu.
Curieuse de ce qu'ils faisaient encore dans cette chambre, je
retournai au carreau. Quelle fut ma surprise quand j'y vis le
visage de mon père! La foudre tombée sur moi ne m'eût pas
causé plus de frayeur. Mon stratagème n'avait pas entièrement
réussi; le rideau n'avait pu redescendre de lui-même comme je
m'en étais flattée; cependant, il ne fit semblant de rien dans
cet instant.

J'avais aperçu que Lucette était déjà rhabillée; il revint
avec elle et l'envoya veiller à l'ordre de la maison. Je me
trouvai seule avec lui. Il s'approcha pour examiner l'ouvrage
que j'avais eu à faire: juge, ma chère, à quel point il en
était! J'étais pâle et tremblante. Quel fut mon étonnement
quand ce cher et tendre papa me prit dans ses bras et me donna
cent baisers!

-- Rassure-toi, ma chère Laurette; qui peut t'inspirer la
terreur que je te vois! Ne crains rien, ma chère fille, tu
sais la manière dont j'ai toujours agi vis-à-vis de toi; je ne
te demande rien que la vérité; je désire que tu me regardes
plutôt comme ton ami que comme ton père. Laure, je ne suis que
ton ami, je veux qu'en cette qualité tu sois sincère avec moi.
Ma Laure, je l'exige aujourd'hui: ne me déguise rien et
dis-moi ce que tu faisais pendant que j'étais avec Lucette, et
pourquoi l'arrangement singulier de ce rideau.

Sois vraie, je t'en conjure, et sans détour, tu n'auras pas
lieu de t'en repentir. Mais si tu ne l'es pas, tu me
refroidiras pour toi et tu peux compter sur un couvent.

Le nom de cette retraite m'avait toujours effrayée. Que je la
connaissais peu! Je mettais alors une différence totale à être
renfermée dans ce séjour ou d'être chez mon père.

D'ailleurs, je ne pouvais pas douter qu'il ne fût assuré que
j'avais tout vu; et je m'étais enfin toujours si bien trouvée
de ne lui avoir jamais caché la vérité que je ne balançai
point à lui rendre compte de tout ce qui m'était connu depuis
l'instant où il m'avait emportée, lorsque ma bonne s'était
endormie, jusqu'à celui auquel il venait de me rejoindre.

Chaque détail que je lui faisais, chaque tableau que je
retraçais, loin d'allumer sa colère, était payé par des
baisers et des caresses. Je balançais néanmoins à lui dire que
je m'étais procuré des sensations aussi nouvelles pour moi,
qu'elles m'avaient paru délicieuses. Mais il en eut le
soupçon:

-- Ma chère Laurette, tu ne me dis pas tout encore...

Et, passant sa main sur mes fesses en me baisant:

-- Achève. Tu ne dois ni ne peux rien me cacher, rends-moi
compte de tout...

Je lui avouai que je m'étais procuré, par un frottement
semblable à celui que je lui avais vu faire à Lucette, un
plaisir des plus vifs, dont j'avais été toute mouillée, et que
j'avais répété trois ou quatre fois depuis ce jour-là.

-- Mais, ma chère Laure, voyant ce que j'enfonçais à Lucette,
cela ne t'a-t-il pas donné l'idée de t'enfoncer le doigt?

-- Non, cher papa, je n'en ai pas seulement eu la pensée.

-- Prends garde, Laurette, de m'en imposer. Tu ne peux me
cacher ce qui en est; viens me faire voir si tu as été
sincère...

-- De tout mon coeur, cher papa... Je ne t'ai rien déguisé.

Il me donna pour lors les noms les plus tendres. Nous passâmes
dans sa chambre et, m'étendant sur le lit de repos, il me
troussa et m'examina avec beaucoup d'attention; puis,
entrouvrant un peu les bords de ma fente, il voulut y mettre
le petit doigt. La douleur qu'il me faisait, annoncée par mes
plaintes, l'arrêta.

-- Elle est tout enflammée, ma chère enfant; je vois cependant
que tu ne m'as pas trompé: sa rougeur vient sans doute du
frottement auquel tu t'es amusée pendant que j'étais avec
Lucette...

J'en convins, et je lui avouai même que je n'avais pu me
procurer le plaisir que je cherchais. La sincérité de ma
bouche fut récompensée d'un baiser de la sienne. Il la porta
même, et fit frétiller sa langue, sous un endroit qui en
éprouvait une sensation délicieuse. Ce genre de caresse me
parut neuf et divin, et, pour porter l'enchantement à son
comble, ce membre que j'avais vu parut à mes yeux; je le pris
involontairement d'une main, et, de l'autre, j'écartai tout à
fait la robe de mon père: il me laissa faire. Je tenais et
voyais enfin de près ce bijou charmant que j'avais déjà si
bien distingué entre les cuisses de Lucette. Que je le
trouvais aimable et singulier! Je sentis dès ce moment qu'il
était le véritable mobile des plaisirs. Cette peau, qui
haussait et baissait par les mouvements de ma main, en
couvrait et découvrait le bout; mais quelle ne fut pas ma
surprise lorsque, après quelques moments de ce badinage, je le
vis répandre la liqueur dont les fesses de ma bonne avaient
été inondées. Il y mêlait des transports et des redoublements
de caresses que je partageais. Le plaisir produisait en moi
l'effet le plus vif. Bientôt, il passa dans mes sens et y mit
une émotion indicible. Sa langue continuait son exercice,
j'étais suffoquée...

-- Ah! cher papa, achève!... holà! je me meurs!... Je me pâmai
dans ses bras.

Depuis ce temps, tout fut pour moi une source de lumières; ce
que je n'avais pas conçu jusqu'alors se développa dans
l'instant. Mon imagination s'ouvrit entièrement; elle
saisissait tout; il semblait que l'instrument que je touchais
fût la clef merveilleuse qui ouvrit tout à coup mon
entendement. Je sentis alors cet aimable papa me devenir plus
cher, et ma tendresse pour lui prendre un accroissement
incroyable: tout son corps fut livré au plaisir dans mes
mains; mes baisers et mes caresses sans nombre se succédaient
sans interruption, et le feu qu'elles excitaient en lui
m'animait à les multiplier.

Il me ramena dans ma chambre, où ma bonne revint quelques
instants après. Je ne prévoyais pas ce qu'il allait lui dire:

-- Lucette, il est désormais inutile que nous nous gênions pour
Laure, elle en sait autant que nous.

Et il lui répéta tout ce que je lui avais détaillé, en lui
montrant le jeu du rideau. Elle en parut affectée; mais je me
jetai à son cou et mes caresses, unies aux raisons dont il la
tranquillisa, dissipèrent le petit chagrin qu'elle avait
témoigné. Il nous embrassa en recommandant à ma bonne de ne
point me quitter. Il sortit, et revint une heure après avec
une femme qui, dès qu'elle fut entrée, me fit déshabiller et
prit sur moi la mesure d'une sorte d'ajustement dont je ne
pouvais concevoir ni la forme ni l'usage.

Quand l'heure de se coucher fut venue, il me mit dans le lit
de Lucette en la priant de veiller sur moi. Il nous laissa.
Mais l'inquiétude le ramenant bientôt près de nous, il se mit
dans le même lit. J'étais entre elle et lui; il me tenait
embrassée et, couvrant de sa main l'entre-deux de mes cuisses,
il ne me laissait pas y porter la mienne. Je pris alors son
instrument, qui me causa beaucoup de surprise en le trouvant
mou et pendant. Je ne l'avais point encore vu dans cet état,
m'imaginant au contraire qu'il était toujours gros, raide et
relevé: il ne tarda pas à reprendre, dans ma main, la fermeté
et la grosseur que je lui connaissais. Lucette, qui s'aperçut
de nos actions, étonnée de sa conduite ne pouvait la
concevoir, et me fit beaucoup de peine par son propos:

-- La manière, monsieur! dont vous agissez avec Laurette a lieu
de me surprendre. Vous, monsieur, vous, son père!...

-- Oui et non, Lucette. C'est un secret que je veux bien
confier à votre discrétion et à celle de Laure, qui y est
assez intéressée pour le garder. Il est même nécessaire, par
les circonstances, de vous en faire part à l'une et l'autre.

"Il y avait quinze jours que je connaissais sa mère, quand je
l'épousai. Je découvris dès le premier jour l'état où elle
était; je trouvai qu'il était de la prudence de n'en rien
faire paraître. Je la menai dans une province éloignée, sous
un nom de terre, afin qu'on ne pût rassembler les dates. Au
bout de quatre mois, Laure vint au monde, jouissant de la
force et de la santé d'un enfant de neuf mois bien accomplis.
Je restai six mois encore dans la même province et je les
ramenai toutes deux au bout de ce terme.

Vous voyez à présent l'une et l'autre que cette enfant, qui
m'est devenue si chère, n'est point ma fille suivant la
nature: absolument étrangère pour moi, elle n'est ma fille que
par affection. Le scrupule intérieur ne peut donc exister, et
toute autre considération m'est indifférente, avec de la
prudence.

Je me souvins aussitôt de la réponse qu'il avait faite à ma
mère: le silence qu'elle observa dans ce moment ne me parut
plus extraordinaire. Je le dis à Lucette dont l'étonnement
cessa d'abord.

-- Mais comment donc en avez-vous agi vis-à-vis de votre épouse
lorsque cet événement fut à votre connaissance?

-- Tout simplement; j'ai vécu toujours avec elle d'une manière
indifférente, et je ne lui en ai jamais parlé que la seule
fois dont Laure vient de vous rendre compte; encore y avait-elle
donné lieu. Le comte de Norval, à qui elle doit le jour,
est un cavalier aimable, bien fait et d'une figure
intéressante, doué des qualités qui plaisent aux femmes. Je ne
fus point étonné qu'elle se fût livrée à son penchant.

Cependant, elle ne put l'épouser, ses parents ne le trouvant
pas assez riche pour elle. Mais si Laure ne m'est rien par le
sang et la nature, la tendre affection que j'ai conçue pour
cette aimable enfant me la fait regarder comme ma fille et me
la rend peut-être plus chère. Néanmoins, cet événement fut
cause que je n'approchai jamais de sa mère, me sentant pour
elle une opposition que sa fausseté fit naître et que je n'ai
pu vaincre, d'autant plus que son caractère et son humeur ne
faisaient que l'augmenter. Ainsi, je ne tiens à ma chère
Laurette que par les liens du coeur, ayant trouvé en elle tout
ce qui pouvait produire et m'inspirer l'attachement et
l'amitié la plus tendre.

Ma bonne m'embrassa et me fit cent caresses qui dénotaient que
le scrupule et ses préjugés étaient enfin totalement effacés.
Je les lui rendis avec chaleur: je pris ses tétons, que je
trouvais si jolis; je les baisais, j'en suçais le bout. Mon
père passa la main sur elle; il rencontra la mienne qu'il
prit; il me la promena sur le ventre de Lucette, sur ses
cuisses. Sa peau était d'un velouté charmant; il me la porta
sur son poil, sur sa motte, sur sa fente: j'appris bientôt le
nom de toutes ces parties. Je mis mon doigt où je jugeai bien
que je lui ferais plaisir. Je sentis dans cet endroit quelque
chose d'un peu dur et gonflé.

-- Bon! Ma Laure, tu tiens l'endroit sensible, remue la main et
ne quitte pas son clitoris tandis que je mettrai mon doigt
dans son petit conin...

Lucette me serrait entre ses bras, me caressait les fesses;
elle prit le vit de mon papa, le mit entre mes cuisses, mais
il n'enfonçait ni ne s'agitait. Bientôt ma bonne ressentit
l'excès du plaisir; ses baisers multipliés, ses soupirs nous
l'annoncèrent:


-- Holà! holà! vite, Laurette!.., chère amie, enfonce... Ah! je
décharge!... je me meurs!...

Que ces expressions de volupté avaient de charmes pour moi! Je
sentis son petit conin tout mouillé; le doigt de mon papa en
sortit tout couvert de ce qu'elle avait répandu. Ah! chère
Eugénie, que j'étais animée! Je pris la main de Lucette, je la
portai entre mes cuisses; je désirais qu'elle fit pour moi ce
que je venais de faire pour elle; mais mon papa, couvrant de
sa main ma petite motte, arrêta ses mouvements, suspendit mes
desseins. Il était trop voluptueux pour n'être pas ménagé des
plaisirs. Il modérait ses désirs; il suspendit mon impatience
et nous recommanda d'être tranquilles. Nous nous endormîmes
entre les bras les uns des autres, plongés dans la plus
agréable ivresse. Je n'avais pas encore passé de nuit qui me
plût autant.

Nous étions au milieu des caresses du réveil, lorsque mon père
fit ouvrir à cette femme qu'il avait fait venir la veille.
Quels furent ma surprise et mon chagrin lorsqu'elle mit sur
moi un caleçon de maroquin doublé de velours qui, me prenant
au-dessous des hanches, ne descendait qu'au milieu des
cuisses! Tout était assez lâche, et ne me gênait point; la
ceinture, seulement, me prenait juste la taille, et avait des
courroies semblables au caleçon, qui passaient par-dessus mes
épaules et qui étaient assemblées en haut par une traverse
pareille, qui tenait de l'une à l'autre. On pouvait élargir
tout cet assemblage autant qu'on le jugeait à propos. La
ceinture était ouverte par-devant, en prolongeant plus de
quatre doigts au-dessous. Le long de cette ouverture, il y
avait des oeillets des deux côtés, dans lesquels mon père
passa une petite chaîne de vermeil délicatement travaillée,
qu'il ferma d'une serrure à secret:

-- Ma chère Laure, aimable enfant, ta santé et ta conservation
m'intéressent: le hasard t'a instruite sur ce que tu ne devais
savoir qu'à dix-huit ans. Il est nécessaire que je prenne des
précautions contre tes connaissances et contre un penchant que
tu tiens de la nature et de l'amour. Tu apprendras du temps à
m'en savoir gré, et tout autre moyen n'irait point à ma façon
de penser, et à mes desseins.

Je fus d'abord très fâchée, et je ne pouvais cacher l'humeur
que j'en avais. Mais j'ai trop bien appris depuis combien je
lui en devais de reconnaissance.

Il avait prévu à tout. Au bas de ce caleçon était une petite
gondole d'argent, dorée en dedans, qui était de la largeur de
l'entre-deux de mes cuisses; toute ma petite motte y était
renfermée. Elle se prolongeait, en s'élargissant, par une
plaque qui s'étendait quatre doigts au-dessous de mon petit
conin, et elle se terminait en pointe arrondie jusqu'au trou
de mon cul, sans aucune incommodité. Elle était fendue en
long, et cette fente s'ouvrait et se fermait, par des
charnières à plat, en écartant ou resserrant les cuisses. Un
canal d'anneaux à charnières plates, de même métal, y était
attaché et me servait de conduit. Ce caleçon avait un trou
rond, assez grand, vis-à-vis celui de mon cul, qui me laissait
la liberté de faire toutes les fonctions nécessaires sans
l'ôter. Mais il m'était impossible d'introduire le doigt dans
mon petit conin, et encore moins de le branler, point
essentiel que mon père voulait éviter, et dont la privation me
faisait le plus de peine.

J'ai pensé bien des fois depuis, ma chère, qu'on ferait bien
d'employer quelque chose de semblable pour les garçons, afin
d'éviter les épuisements où ils se plongent avant l'âge. Car,
de quelque façon qu'on veille sur eux, la société qu'ils ont
ensemble ne leur apprend que trop, et trop tôt, la manière de
s'y livrer.

Pendant quatre ou cinq années qui se sont écoulées depuis ce
jour-là, tous les soirs mon père ôtait lui-même ce caleçon;
Lucette le nettoyait avec soin et me lavait. Il examinait s'il
me blessait, et il me le remettait. Depuis ce moment, jusqu'à
l'âge de seize ans, je ne le quittai pas.

Durant tout ce temps, mes talents s'accrurent, et j'acquis des
lumières dans tous les genres. Une curiosité naturelle me
faisait désirer d'apprendre les raisons de tout; chaque année
voyait augmenter mes connaissances, et je ne cessais de
chercher à en acquérir. Je m'étais accoutumée à
l'emprisonnement où j'étais, et la perspective de la fin
m'avait rendu supportable le temps où j'y étais condamnée. Je
m'étais fait une raison de cette nécessité d'autant plus
aisément qu'elle ne m'empêchait pas de jouir des caresses que
je faisais ou de celles dont j'étais témoin, puisque j'avais
mis ma bonne et mon papa dans le cas de n'être pas gênés par
ma présence.

Parmi toutes les questions que je lui faisais, je n'oubliais
guère celle où je trouvais le plus d'intérêt. Plus j'avançais
en âge, plus la nature parlait en moi, avec d'autant plus de
force que leurs plaisirs l'animaient vivement. Aussi lui
demandais-je souvent sur quelles raisons était fondée la
nécessité de la contrainte où il me tenait, et quel était le
sujet des précautions qu'il avait prises vis-à-vis de moi. Il
m'avait toujours renvoyée à un âge plus avancé. J'étais enfin
dans ma seizième année lorsqu'il me donna la solution de cette
demande:

-- Puis-je donc à la fin, cher papa, savoir quelles sont les
causes qui vous ont engagé de me faire porter ce fâcheux
caleçon, puisque vous m'assurez avoir tant de tendresse pour
votre Laurette? Ma bonne est plus heureuse que moi, ou vous
m'aimez moins qu'elle. Expliquez-moi donc aujourd'hui les vues
qui vous y ont déterminé.

-- Cette même tendresse, cette même affection que j'ai pour
toi, ma chère fille, ne te fait plus regarder comme une
enfant. Tu es à présent dans l'âge où l'on peut t'instruire à
peu près de tout, et peut-être le dois-je encore plus avec
toi.

"Apprends donc, ma Laurette, que la nature, chez l'homme,
travaille à l'accroissement des individus jusqu'à quinze ou
seize ans. Ce terme est plus ou moins éloigné suivant les
sujets, mais il est assez général pour ton sexe.

Cependant, il n'est dans le complément de sa force qu'à
dix-sept ou dix-huit ans. Dans les hommes, la nature met plus de
temps à acquérir sa perfection. Lorsqu'on détourne ses
opérations par des épanchements prématurés et multipliés d'une
matière qui aurait dû servir à cet accroissement, on s'en
ressent toute la vie et les accidents qui en résultent sont
des plus fâcheux. Les femmes, par exemple, ou meurent de bonne
heure, ou restent petites, faibles et languissantes, ou
tombent dans un marasme, un amaigrissement qui dégénère en
maux de poitrine dont elles sont bientôt les victimes, ou
elles privent leur sang d'un véhicule propre à produire leurs
règles dans l'âge ordinaire, et d'une manière avantageuse, ou
elles sont enfin sujettes à des vapeurs, à des crispations de
nerfs, à des vertiges, ou à des fureurs utérines, à
l'affaiblissement de la vue et au dépérissement; elles
terminent leurs jours dans un état quelquefois fort triste.
Les jeunes gens essuient des accidents à peu près semblables;
ils traînent des jours malheureux, s'ils ne meurent pas
prématurément.

Cet affreux tableau, chère Eugénie, m'effraya et m'engagea de
lui témoigner ma reconnaissance de son amitié et de ses soins
en mettant de bonne heure obstacle au penchant que je me
sentais pour le plaisir et la volupté. La vie me paraissait
agréable, et, quelque goût que j'eusse pour le plaisir, je ne
voulais point l'acheter, lui disais-je, aux dépens de mes
jours et de ma santé.

-- Je l'ai reconnu d'abord en toi, ma chère Laurette, ce
penchant; je savais que, dans l'âge où tu étais, toutes les
raisons du monde ne pouvaient en détourner; c'est ce qui m'a
fait prendre des précautions que tu n'as pu vaincre, et que je
n'ai pas dessein de lever encore. Il serait même avantageux
qu'elles pussent être mises en usage pour toutes sortes de
jeunes gens que des circonstances imprévues, ou des personnes
imprudentes, ont malheureusement instruits beaucoup trop tôt.

La frayeur d'une santé délabrée, la crainte d'une mort
prématurée, se présentaient vivement à mon imagination;
cependant, ce que je lui avais vu faire à Lucette, et la
manière dont il vivait avec elle, suspendaient en quelque
sorte l'énergie de ses images, la force et l'effet de ses
raisons: je ne pus me refuser de lui faire part de mes doutes:

-- Pourquoi donc, cher papa, ne prenez-vous pas avec ma bonne
les mêmes précautions qu'avec moi? Pourquoi lui procurez-vous
souvent, au contraire, ce que vous me refusez entièrement?

-- Mais, ma fille, fais donc attention que Lucette est dans un
âge absolument formé, qu'elle n'abandonne que le superflu de
son existence, que c'est le temps où elle peut nourrir dans
son sein d'autres êtres et que, dès cet instant, elle a plus
qu'il ne faut pour la conservation du sien, ce qui s'annonce
si bien par l'exactitude de ses règles. Il ne faut pas te
cacher non plus, ma chère Laurette, que, chez elle, une trop
grande quantité de semence retenue, en refluant dans son sang,
y porterait le feu et le ravage, ou, en stagnant dans les
parties qui la séparent du reste des humeurs, pourrait se
corrompre ou embarrasser la circulation; elle serait exposée,
peut-être, à des accidents aussi dangereux que ceux de
l'épuisement: tels sont les vapeurs, les vertiges, la démence,
les accès frénétiques et autres.

N'en voit-on pas des exemples fâcheux dans certains monastères
où le cagotisme règne en despote, et où rien ne soulage de
malheureuses recluses qui n'ont pas l'esprit de se retourner?

"L'extravagance monacale a inventé de mêler dans leurs
boissons des décoctions de nénuphar ou des infusions de nitre
en vue de détourner les dispositions d'une nature trop active;
mais, pris un certain temps, ces palliatifs deviennent sans
effet, ou détruisent tellement l'organisation de l'estomac et
la santé de ces prisonnières qu'il leur en survient des fleurs
blanches, des défaillances, des oppressions et des douleurs
internes pendant le peu de temps qu'il leur reste à vivre. Il
y a même de ces endroits où la sottise est portée au point de
traiter de même leurs pensionnaires, et souvent elles sortent
de ces maisons, ou cacochymes, ou avec le genre nerveux
attaqué, ou hors d'état de produire leur espèce, soit par la
destruction des germes, soit par l'inertie où cet usage a
plongé les forces de la nature et l'esprit vital; et c'est à
quoi les parents qui chérissent leurs enfants ne font pas
assez d'attention.

"Apprends encore, ma chère Laure, qu'à un certain âge la
fougue du tempérament commence à s'éteindre, ce qui arrive
plus tôt chez les uns que chez les autres par une disposition
et qualité différentes des liqueurs qui sont en nous, ou par
une diminution de sensibilité dans les organes. Cette semence,
alors refluée dans le sang, se tourne en embonpoint, qui
quelquefois devient monstrueux par la suppression totale des
épanchements, et ces individus, loin d'être propres à l'union
des sexes, y sont même indifférents et ne conçoivent presque
plus comment on peut y être sensible.

"Mais, ma chère enfant, dans l'âge où le superflu commence à
s'annoncer, où le feu du tempérament est un ardent brasier, si
l'on s'en dégage avec la prudence qu'il est nécessaire de
conserver, loin de nuire à sa santé, loin de faire tort à sa
beauté, on entretient l'une et l'autre dans toute la vigueur
et dans toute la fraîcheur qu'elles peuvent avoir. Cependant,
ma Laurette, il y a bien de la différence dans les moyens. Une
femme, entre les bras d'un homme, est bien plus animée par la
différence du sexe: combien l'est-elle plus à proportion du
goût qu'elle a pour lui? Elle l'est même par l'approche et
l'attouchement d'une personne du sien qui lui plaît.
L'imagination et la nature se prêtent avec bien plus de
facilité et beaucoup moins d'efforts que si elle se procurait
d'elle-même et seule ces sensations voluptueuses. Apprécie
donc mieux à présent la conduite que je tiens entre Lucette et
toi.

-- Eh bien! cher papa, car je vous donnerai toujours ce nom, je
me rends à des raisons si solides et je conçois votre
prudence; mais à quel âge ferez-vous donc avec moi ce que vous
faites avec elle? Cet instant manque à ma félicité puisque je
ne puis remplir tous vos désirs et les satisfaire dans toute
leur étendue.

-- Attends, fille charmante, que la nature parle en notre
faveur d'une manière intelligible. Tes tétons n'ont point
encore acquis leur forme; le duvet qui couvre les lèvres de
ton petit conin est encore trop faible, à peine a-t-il porté
les premières fleurs; attends un peu plus de force: alors,
chère Laurette, enfant de mon coeur, c'est de ta tendresse que
je recevrai ce présent; tu me laisseras cueillir cette fleur
que je cultive; mais attendons cet heureux instant.

Ne crois pas cependant, ma chère fille, qu'à cette époque je
te laisse livrée tout à fait à toi-même: dans une constitution
robuste, cet instant arrivé suffit souvent, encore est-il
nécessaire de se ménager; mais dans un tempérament délicat, il
faut pousser l'attention bien plus loin et contraindre jusqu'à
dix-sept ou dix-huit ans, où les femmes sont dans toute leur
force, les penchants qu'elles peuvent avoir à se laisser aller
aux attraits de la volupté.

Tout ce qu'il me disait, Eugénie, s'imprimait fortement dans
ma mémoire; ses raisonnements me paraissaient appuyés sur des
fondements des plus solides, et sa complaisance à répondre
sans déguisement à mes questions m'engageait à lui en faire de
nouvelles. Lucette, si profondément endormie la première fois
que je les découvris ensemble, formait un mystère pour moi que
je désirais d'éclaircir. Un jour, enfin, je lui en demandai la
raison:

-- Pourquoi, cher papa, Lucette dormait-elle si fort le premier
jour que vous lui découvrîtes les tétons et que vous rites
avec elle tout ce que vous désiriez sans qu'elle s'éveillât?
Ce sommeil était-il réel ou feint?

-- Très réel, ma chère Laure, mais c'est mon secret.

Dois-je t'en instruire? Oui, cet exemple pourra te devenir
utile pour t'en garantir. Je t'avoue que depuis longtemps le
besoin me tourmentait; j'étais souvent très animé avec toi, je
ne pouvais me satisfaire. Je vis Lucette, elle me plut et
parut me convenir de toutes manières. Mais, voyant qu'elle
reculait et balançait à se rendre à mes désirs, je pris mon
parti: je lui fis avaler quinze ou vingt gouttes d'une potion
dormitive dans le verre de liqueur que je lui donnai; tu en as
vu l'effet. Mais je ne me contentai pas de cela: je redoutais
le moment de son réveil et je craignais que la surprise et la
colère ne l'emportassent trop loin. Pour l'éviter, j'avais
préparé d'avance une composition capable d'exciter la nature à
la concupiscence: c'est ce qu'on appelle un philtre. Quand je
t'eus portée dans mon lit, je revins en prendre trois ou
quatre gouttes dans ma main, dont je frottai toute sa motte,
son clitoris et l'entre-deux des lèvres. Cette liqueur a même
la propriété d'exciter un homme affaibli, et de le faire
bander s'il s'en frotte à la même dose le périnée et toutes
les parties quelque temps avant d'entrer en lice. Lucette ne
fut pas une heure couchée qu'elle s'éveilla; elle ressentait
une démangeaison, une ardeur, une passion que rien ne pouvait
éteindre. Elle ne parut point étonnée de me voir dans ses
bras; elle les passa autour de moi, et loin d'opposer de la
résistance à mes caresses et à mes désirs, tout émue par les
siens elle écarta d'elle-même les genoux, et bientôt je goûtai
les plaisirs les plus vifs, que je lui fis partager. Mais
attentif aux suites qui pouvaient en arriver, au moment où je
sentis la volupté prête à s'élancer comme une flamme, je me
retirai et j'inondai sa motte et son ventre d'une copieuse
libation que je répandis sur l'autel où je portais alors tous
mes voeux.

"Depuis ce moment, Lucette s'est toujours prêtée à mes
volontés, et c'est par sa complaisance, mon inattention et la
curiosité que je ne soupçonnais pas de ton âge que tu as
découvert ce mystère. Elle ignore ce que je viens de
t'apprendre, et tu dois garder ma confidence.

-- Soyez-en assuré, cher papa, mais achevez-la, je vous prie,
tout entière. Ne craignez-vous pas de lui faire un enfant si
vous ne vous retirez pas toujours à temps? En est-on
absolument le maître? N'est-on pas quelquefois emporté par le
plaisir, et la crainte qu'on peut avoir de ses suites n'en
diminue-t-elle pas l'étendue et l'excès?

-- Ah! ma fille, jusqu'où ton imagination curieuse ne va-t-elle
pas? Je vois bien que je ne dois rien te cacher. Si je ne te
garantissais pas de tout événement, je ferais sans doute une
folie de t'éclairer; mais je ne risque rien avec toi, et ta
raison est au-delà de ton âge.

"Apprends donc que la semence qui n'est point dardée dans la
matrice ne peut rien produire; qu'elle ne peut s'y rendre
lorsqu'on intercepte le sucement qui lui est ordinaire. Cela
reconnu, plusieurs femmes ont imaginé de repousser, par un
mouvement interne, la semence, au moment où elles croyaient
leur amant dans les délices du plaisir; mais pour qu'elles
aient cette liberté d'esprit, il ne faut pas qu'elles le
partagent, privation bien dure; encore rien n'est-il moins
assuré. Des hommes ont pensé qu'en se retirant presque à
l'entrée il n'y avait rien à craindre. Mais ils se trompent,
la matrice étant une pompe avide. D'ailleurs, il y a des
hommes qui, emportés par les délicieuses sensations qu'ils
éprouvent, ne sont pas maîtres de se retirer à temps.
L'inquiétude, la crainte des suites diminuent ordinairement
l'excès du plaisir. Mais un moyen auquel on peut avoir la plus
grande confiance est celui que j'emploie avec Lucette; il
donne la liberté de se livrer sans inquiétude à tous les
transports, et le feu du plaisir. J'engageai donc ta bonne,
depuis le jour où tu nous as découverts, à se munir avant nos
embrassements d'une éponge fine avec un cordon de soie délicat
qui la traverse en entier, et qui sert à la retirer. On imbibe
cette éponge dans l'eau mélangée de quelques gouttes d'eau-de-vie;
on l'introduit exactement à l'entrée dé la matrice, afin
de la boucher; et quand bien même les esprits subtils de la
semence passeraient par les pores de l'éponge, la liqueur
étrangère qui s'y trouve, mêlée avec eux, en détruit la
puissance et la nature. On sait que l'air même suffit pour la
rendre sans vertu. Dès lors, il est impossible que Lucette
fasse des enfants.

-- J'avais déjà pressenti, cher papa, l'utilité de cette
éponge, mais j'en désirais l'explication, et celle que tu m'en
donnes satisfait toutes mes idées.

-- Je t'avoue, ma Laurette, qu'elle est un effet de ma
tendresse pour toi, et c'est un aveu que je ne m'attendais pas
à te faire, surtout dans un âge aussi tendre; de pareils
secrets sont propres à chasser bien loin la timidité de
beaucoup de filles que la crainte des suites retient le plus
souvent.

Je n'ai pas oublié cette découverte dans le besoin. Je t'en ai
déjà fait part, chère Eugénie, de cette ressource favorable et
salutaire à laquelle tu as eu assez de foi, sur ma propre
expérience, pour te livrer à ta tendresse et aux
sollicitations de ton amant.

Telle était une partie des conversations que nous mêlions à
nos plaisirs, à nos caresses et aux autres instructions qu'il
me donnait, dont il avait l'art de me faire profiter sans
peine. Les livres de toutes espèces étaient entre mes mains;
il n'y en avait aucun d'excepté: mais il dirigeait mon goût
sur ceux qui traitaient des sciences, aussi loin qu'ils
pouvaient convenir à mon sexe. Je veux t'en donner un
échantillon, et un léger précis dans une matière où je l'avais
souvent questionné:

-- Peux-tu concevoir, ma Laure, et fixer un point d'arrêt sur
l'immensité dont notre globe est environné? Pousse-la aussi
loin que ton imagination puisse l'étendre, à quelle distance
inconcevable seras-tu encore du but? Que penses-tu qui
remplisse cet espace immense? Des éléments dont la nature et
le nombre sont et seront toujours inconnus; il est impossible
de savoir s'il n'y en a qu'un seul dont les modifications
présentent à nos yeux et à notre pensée ceux que nous
apercevons, ou si chacun de ces éléments a une racine
absolument propre qui ne puisse être convertie en une autre.
Dans une ignorance si parfaite de la nature des choses dont
nous faisons tous les jours usage, il paraît ridicule que les
hommes aient fixé le nombre de ces éléments: rien n'est plus
digne de la sphère étroite de leurs idées, et néanmoins, à les
entendre, il semble qu'ils aient assisté aux dispositions de
l'Ordonnateur éternel. Mais enfin, qu'ils soient un ou
plusieurs, l'assemblage de leurs parties forme les corps et se
trouve uni dans un nombre très multiplié de globules de feu et
de matière qui paraît inerte aux yeux préoccupés. Que penses-tu
donc de ces points de feu brillants connus parmi nous sous
le nom d'étoiles? Eh bien! ma fille, ce sont de vastes globes
enflammés semblables à notre soleil, établis pour éclairer,
échauffer et donner la vie à une multitude de globes
terrestres, peut-être chacun aussi peuplé que le nôtre.
Quelques-uns ont cru qu'ils étaient placés là pour nous
éclairer pendant la nuit; l'amour-propre leur fait rapporter
tout à nous, afin que tout aille à eux. Et de quoi nous
servent-ils, ces globes, quand l'air est obscurci par les
nuages ou les vapeurs? La lune paraîtrait plutôt être destinée
à cet office; elle nous éclaire dans l'absence du soleil, même
à travers les parties nébuleuses qui couvrent souvent notre
horizon; et cependant ce n'est pas là son unique destination:
on ne peut même affirmer qu'elle n'est pas un monde, dont les
habitants doutent si nous existons et sont peut-être assez
stupides pour se flatter de jouir seuls de la magnificence des
cieux; peut-être aussi sont-ils plus pénétrants, plus
ingénieux que nous, ou pourvus de meilleurs organes, et qu'ils
savent juger plus sainement des choses. Les planètes sont des
terres comme la nôtre, peuplées sans doute de végétaux et
d'animaux différents de ceux que nous connaissons, car rien
dans la nature n'est semblable.

"Dans ce point de vue, et parmi cette infinité de boules de
matière, que devient notre terre? Un point qui fait nombre
parmi les autres. Et nous! fourmis répandues sur cette boule,
que sommes-nous donc pour être le type, le point central et le
but où se rendent les prétendues vérités dont on berce
l'enfance?

C'est à peu près ainsi que mon père tâchait chaque jour de
tracer dans mon esprit des impressions de philosophie.

Je lui demandai un jour:.

-- Quel est cet Etre créateur de tout, que je sentais mal
défini dans les notions qu'on m'en avait données?

Il me dit:

-- Cet Etre magnifique est incompréhensible; il est senti sans
être connu; c'est nos respects qu'il exige; il méprise nos
spéculations. S'il existe plusieurs éléments, c'est de ses
mains qu'ils sortent; il les a créés par la puissance de sa
volonté: il est donc l'âme de l'univers. S'il n'existe qu'un
élément, il ne peut être que lui-même: connaissons-nous les
bornes de son pouvoir? N'a-t-il pas pu dépendre de lui de se
transformer dans la matière que nous voyons, dont nous ne
connaissons ni la nature ni l'essence? Et ce qu'il a pu faire
dans un temps, ne l'a-t-il pas pu de toute éternité? C'en est
assez, ma chère enfant, pour le présent; quand tu seras dans
un âge plus avancé, j'écarterai de tout mon pouvoir les voiles
qui couvrent la vérité.

Mon père se plaisait à me faire lire des livres de morale dont
nous examinions les principes, non sous la perspective
vulgaire, mais sous celle de la nature. En effet, c'est sur
les lois dictées par elle et imprimées dans nos coeurs qu'il
faut la considérer. Il la réduisait à ce seul principe, auquel
tout le reste est étranger mais qui renferme une étendue
considérable: faire pour les autres ce que nous voudrions
qu'on fit pour nous, lorsque la possibilité s'y trouve; et ne
point faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous
lit. Tu vois, ma chère, que cette science dont on parle tant
n'est jamais relative qu'à l'espèce humaine; et si elle n'est
rien en elle-même, au moins est-elle utile à son bonheur.

Les romans étaient presque bannis de mes yeux, et il me
faisait voir, dans presque tous, une ressemblance assez
générale dans le tissu, les vues et le but, à la différence
près du style, des événements et de certains caractères. Il y
en avait cependant plusieurs qui étaient exceptés de cette
règle; il me donnait volontiers ceux dont le sujet était
moral. Peu des autres peignent les hommes et les femmes de
leurs véritables couleurs: ils y sont présentés sous le plus
bel aspect. Ah! ma chère, combien cette apparence est en
général loin de la réalité: les uns et les autres vus de près,
quelle différence n'y trouve-t-on pas? Je puisais dans les
voyageurs et dans les coutumes des nations un genre
d'instruction qui me faisait mieux apprécier l'humanité en
général, comme la société fait apercevoir les nuances des
caractères.

Les livres d'histoire, qui me rendaient compte des moeurs
antiques et des préjugés différents qui, tour à tour, ont
couvert la surface de la terre, étaient ma balance. Les
ouvrages de nos meilleurs poètes formaient le genre amusant,
pour lequel mon goût était le plus décidé et que j'inculquais
avec empressement dans ma mémoire.

Il me remit un jour entre les mains un livre qui venait de
paraître, en me recommandant d'y réfléchir:

-- Lis, ma chère Laurette. Cet ouvrage est la production d'un
génie dont tu as lu presque tout ce qu'il a mis au jour et
dont ta mémoire possède plusieurs morceaux, qui unit un style
élevé, élégant, agréable et facile, propre à lui seul à des
idées profondes. Zadig, paré de ses mains, t'apprendra sous
l'allégorie d'un conte qu'il n'arrive point d'événements dans
la vie qui soient à notre disposition.

"De quelque aveuglement dont l'amour-propre et la vanité nous
fascinent, sois assurée que, pour un esprit attentif et
réfléchi, il est d'une vérité palpable et constante que tout
s'enchaîne afin de suivre un ordre fixé pour l'ensemble et
pour chacun en particulier; des circonstances imprévues
forcent les idées et les actions des humains; des raisons
éloignées, et souvent imperceptibles, les entraînent dans une
détermination qui, presque toujours, leur paraît volontaire:
elle semble venir d'eux et de leur choix, tandis que tout les
y porte sans qu'ils s'en aperçoivent. Ils tiennent même de la
nature les formes, le caractère et le tempérament qui
concourent à leur faire remplir le rôle qu'ils ont à jouer, et
dont toute la marche est dessinée d'avance dans les décrets du
moteur éternel.

"Si l'on peut prévoir quelques événements, ce n'est que par
une perspicacité, une sagacité de vue sur la chaîne de ces
circonstances qu'on ne peut cependant changer, et qui est
d'une force irrésistible, même pour ce qui constitue le
malheur. Le plus sage est celui qui sait se prêter au cours
naturel des choses.

Pour toi, ma chère Eugénie, ton esprit facile sait se plier à
tout; ta docilité te rend heureuse et tu sais l'être malgré
les entraves mises à ta liberté; tu savoures les plaisirs que
tu inventes sans t'inquiéter de ceux qui te manquent.

J'avançais en âge et j'atteignais la fin de ma seizième année
lorsque ma situation prit une face nouvelle: les formes
commençaient à se décider; mes tétons avaient acquis du
volume, j'en admirais l'arrondissement journalier, j'en
faisais voir tous les jours les progrès à Lucette et à mon
papa, je les leur faisais baiser, je mettais leurs mains
dessus et je leur faisais faire attention qu'ils les
remplissaient déjà; enfin, je leur donnais mille marques de
mon impatience. Elevée sans préjugés, je n'écoutais, je ne
suivais que la voix de la nature: ce badinage l'animait et
l'excitait vivement, je m'en apercevais:

-- Tu bandes, cher papa, viens...

Et je le mettais entre les bras de Lucette. Je n'étais pas
moins émue, mais je jouissais de leurs plaisirs. Nous vivions,
elle et moi, dans l'union la plus intime; elle me chérissait
autant que je l'aimais; je couchais ordinairement avec elle,
et je n'y manquais pas, lorsque mon papa était absent. Je
remplissais son rôle du mieux que je le pouvais: je
l'embrassais, je suçais sa langue, ses tétons; je baisais ses
fesses, son ventre, je caressais sa jolie motte, je la
branlais; mes doigts prenaient souvent la place du vit que je
ne pouvais lui fournir, et je la plongeais à mon tour dans ces
agonies voluptueuses où j'étais enchantée de la voir. Mon
humeur et mes manières lui avaient fait prendre pour moi une
affection dont je ne puis, ma chère, te donner l'idée que
d'après la tienne. Elle m'avait vue bien des fois, au milieu
de nos caresses, violemment animée et, dans ces moments, elle
m'assurait qu'elle désirait que je fusse au terme où elle pût
aussi me procurer, sans danger, les mêmes plaisirs que je lui
donnais. Elle souhaitait que mon papa me l'eût mis et eût
ouvert la route sur laquelle ils sont semés:

-- Oui, ma chère Laure, disait-elle, quand cet instant
arrivera, je projette d'en faire une fête; je l'attends avec
empressement. Mais, ma chère amie, je crois apercevoir qu'il
ne tardera pas: tes tétons naissants sont presque formés, tes
membres s'arrondissent, ta motte se rebondit, elle est déjà
toute couverte d'un tendre gazon, ton petit conin est d'un
incarnat admirable, et j'ai cru découvrir dans tes yeux que la
nature veut qu'on te mette bientôt au rang des femmes. L'année
dernière, au printemps, tu vis les préludes d'une éruption qui
va s'établir tout à fait.

En effet, je ne tardai pas à me sentir plus pesante, la tête
chargée, les yeux moins vifs, les douleurs de reins et des
sensations d'une colique extraordinaire pour moi; enfin, huit
ou dix jours après, Lucette trouva la gondole ensanglantée.
Mon père ne me la remit pas. Ils avaient pressenti l'effet de
ma situation; j'en étais prévenue; je restai près de neuf
jours dans cet état, après lesquels je redevins aussi gaie et
je jouis d'une santé aussi brillante qu'auparavant.

Que j'eus de joie de cet événement! J'en étais folle,
j'embrassai Lucette:

-- Ma chère bonne, que je vais être heureuse!

Je volai au cou de mon papa, je le couvris de mes baisers:

-- Me voilà donc enfin à l'époque où tu me désirais!...

Que je serai contente si je puis faire naître tes désirs et
les satisfaire!... Mon bonheur est d'être tout entière à toi:
mon amour et ma tendresse en font l'objet de ma félicité...

Il me prit dans ses bras, me mit sur ses genoux. Ah! qu'il me
rendait bien les caresses que je lui faisais! Il pressait mes
tétons, il les baisait, il suçait mes lèvres, sa langue venait
caresser la mienne; mes fesses, mon petit conin, tout était
livré à ses mains brûlantes.

-- Il est enfin arrivé, charmante et chère Laure, cet heureux
instant où ta tendresse et la mienne vont s'unir dans le sein
de la volupté; aujourd'hui même je veux avoir ton pucelage et
cueillir la fleur qui vient d'éclore; je vais la devoir à ton
amour, et ce sentiment de ton coeur y met un prix infini; mais
tu dois être prévenue que, si le plaisir doit suivre nos
embrassements et nos transports, le moment qui va me rendre
maître de cette charmante rose te fera sentir quelques épines
qui te causeront de la douleur.

-- Qu'importe, fais-moi souffrir, mets-moi toute en sang si tu
veux, je ne puis te faire trop de sacrifices, ton plaisir et
ta satisfaction sont l'objet de mes désirs.

Le feu brillait dans nos yeux. L'aimable Lucette, voulant
coopérer à l'effusion du sang de la victime, ne montrait pas
moins d'empressement que si elle-même eût été le
sacrificateur. Ils m'enlevèrent et me portèrent dans un
cabinet qu'ils avaient fait préparer pendant le temps de mon
état. La lumière du jour en était absolument bannie; un lit de
satin gros bleu était placé dans un enfoncement entouré de
glaces. Les foyers de quatre réverbères placés dans les
encoignures, adoucis par des gazes bleues, venaient se réunir
sur un petit coussin de satin couleur de feu, mis au milieu,
qui formait la pierre sur laquelle devait se consommer le
sacrifice. Lucette exposa bientôt à découvert tous les appas
que j'avais reçus de la nature; elle ne para cette victime
volontaire qu'avec des rubans couleur de feu qu'elle noua
au-dessus de mes coudes et à la ceinture dont, comme une autre
Vénus, elle marqua ma taille. Ma tête, couronnée simplement de
sa longue chevelure, n'avait d'autre ornement qu'un ruban de
la même couleur qui la retenait. Je me jetai de moi-même sur
l'autel.

Quelques parures que j'eusse auparavant portées, je me
trouvais alors bien plus belle de ma seule beauté; je me
regardais dans les glaces avec une complaisance satisfaite, un
contentement singulier. Je paraissais d'une blancheur
éblouissante, mes petits tétons, si jeunes encore, s'élevaient
sur mon sein comme deux demi-boules parfaitement rondes,
relevées de deux petits boutons d'une couleur de chair rose;
un duvet clair ombrageait une jolie motte grasse et rebondie
qui, faiblement entrouverte, laissait apercevoir un bout de
clitoris semblable à celui d'une langue entre deux lèvres; il
appelait le plaisir et la volupté. Une taille fine et bien
prise, un pied mignon surmonté d'une jambe déliée et d'une
cuisse arrondie, des fesses dont les pommettes étaient
légèrement colorées, des épaules, un cou, une chute de reins
charmante et la fraîcheur d'Hébé. Non, l'Amour ne m'eût rien
disputé s'il eût été de mon sexe. Tels étaient les éloges que
Lucette et mon papa faisaient à l'envi de ma personne. Je
nageais dans la joie et l'ivresse de l'amour-propre. Plus je
me croyais bien, plus ils me trouvaient telle, et plus j'étais
enchantée que ce papa si cher à mon coeur eût une entière
jouissance de tout ce que je possédais. Il m'examinait, il
m'admirait; ses mains, ses lèvres ardentes se portaient sur
toutes les parties de. mon corps. Nous avions, l'un et
l'autre, l'ardeur de deux jeunes amants qui n'ont rencontré
que des obstacles, et qui vont enfin jouir du prix de leur
attente et de leur amour.

Je souhaitais vivement le voir dans l'état où j'étais; je l'en
pressai avec instance; il y fut bientôt. Lucette le dégagea de
tous ses vêtements; il me coucha sur le lit, mes fesses posées
sur le coussin. Je tenais en main le couteau sacré qui devait
à l'instant immoler mon pucelage. Ce vit que je caressais avec
passion, semblable à l'aiguillon de l'abeille, était d'une
raideur à me prouver qu'il percerait rigoureusement la rose
qu'il avait soignée et conservée avec tant d'attention. Mon
imagination brûlait de désir; mon petit conin tout en feu
appétait ce cher vit, que je mis aussitôt dans la route. Nous
nous tenions embrassés, serrés, collés l'un sur l'autre; nos
bouches, nos langues se dévoraient. Je m'apercevais qu'il me
ménageait; mais passant mes jambes sur ses fesses et le
pressant bien fort, je donnai un coup de cul qui le fit
enfoncer jusqu'où il pouvait aller, La douleur qu'il sentit et
le cri qui m'échappa furent ceux de sa victoire. Lucette,
passant alors sa main entre nous, me branlait, tandis que, de
l'autre, elle chatouillait le trou de mon cul. La douleur, le
plaisir mélangés, le foutre et le sang qui coulaient, me
firent ressentir une sublimité de plaisir et de volupté
inexprimables. J'étouffais, je mourais; mes bras, mes jambes,
ma tête tombèrent de toutes parts; je n'étais plus à force
d'être. Je me délectais dans ces sensations excessives,
auxquelles on peut à peine suffire. Quel état délicieux!
Bientôt, j'en fus retirée par de nouvelles caresses; il me
baisait, me suçait, me maniait les tétons, les fesses, la
motte; il relevait mes jambes en l'air pour avoir le plaisir
d'examiner, sous un autre point de vue, mon cul, mon con, et
le ravage qu'il y avait fait. Son vit que je tenais, ses
couilles que Lucette caressait, reprirent bientôt leur
fermeté. Il me le remit. Le passage facilité ne nous fit plus
sentir, dès qu'il fut entré, que des ravissements. Lucette,
toujours complaisante, renouvela ses chatouillements, et je
retombai dans l'apathie voluptueuse que je venais d'éprouver.

Mon papa, fier de sa victoire et charmé du sacrifice que mon
coeur lui avait fait, prit le coussin qui était sous moi,
teint du sang qu'il avait fait couler, et le serra avec le
soin et l'empressement de l'amant le plus tendre, comme un
trophée de sa conquête. Il revint bientôt à nous:

-- Ma Laure, chère et aimable fille, Lucette a multiplié tes
plaisirs: n'est-il pas juste de les lui faire partager?

Je me jetai à son cou, je l'attirai sur le lit; il la prit
dans ses bras et la mit à côté de moi; je la troussai d'abord
et je la trouvai toute mouillée.

-- Que tu es émue, ma chère bonne, je veux te rendre une partie
du plaisir que j'ai eu.

Je pris la main de mon papa, je lui introduisis un de ses
doigts qu'il faisait entrer et reparaître, et je la branlai.
Elle ne tarda pas à tomber dans l'extase d'où je venais de
sortir.

Ah! chère Eugénie, que ce jour eut de charmes pour moi! Je te
l'avoue, tendre amie, il a été le plus beau de ma vie et le
premier où j'ai connu les délices de la volupté dans leur plus
haut degré. Je le rappelle encore à ma mémoire avec un
saisissement de satisfaction que je ne peux te rendre; mais,
en même temps, avec un cruel serrement de coeur. Faut-il que
ce souvenir, qui me cause tant de plaisir et de joie, fasse
naître en même temps les regrets les plus amers? Écartons pour
un moment cette image si triste pour mon âme.

Il régnait dans ce cabinet une douce chaleur; je me sentais si
bien dans l'état où j'étais que je ne voulus rien mettre sur
moi; j'étais d'une gaieté folle: je prétendis souper parée de
mes seuls appas. Lucette, attentive, avait eu le soin
d'écarter tous les domestiques et de jeter un voile épais sur
la malignité de leurs regards; elle eut la complaisance
d'apporter seule et de préparer tout ce qu'il fallait, et
ferma les portes avec soin. Je ne fus pas contente que je ne
l'eusse mise dans la situation où nous étions: je fis voler
loin d'elle tout ce qui la couvrait; elle était charmante à
mes yeux. Nous nous mîmes à table. Mon papa était, entre nous
deux, l'objet de nos caresses, qu'il nous rendait tour à tour.
Les glaces répétaient cette charmante scène; nos grâces et nos
attitudes étaient variées par les saillies qu'inspirait un vin
délicat; son coloris brillant y répandait même des nuances
différentes: nous ressentîmes bientôt les effets de sa vertu
et de nos attouchements. Nos cons étaient enflammés; son vit
avait repris toute sa raideur et sa dureté. Dans un état aussi
animé, aussi pressant, la table nous déplut; nous courûmes,
nous volâmes sur le lit. Dans ce jour, qui m'était uniquement
consacré, je fus encore plongée dans les délices d'une volupté
suprême; il se coucha sur ma gauche, ses cuisses passées sous
les miennes qui étaient relevées; son vit se présentait
fièrement à l'entrée. Lucette se mit sur moi, ma tête entre
ses genoux; son joli con était sous mes yeux; je
l'entrouvrais, je le chatouillais, je caressais ses fesses qui
étaient en l'air; son ventre rasait mes tétons; ses cuisses
étaient entre mes bras; tout excitait, tout animait la flamme
du désir. Elle écarta les lèvres de mon petit conin, qui était
d'un rouge vif; je l'engageai d'y mettre l'éponge pour que mon
papa jouît de moi sans inquiétude et pût décharger dedans. Il
était sensible et douloureux: dès qu'on y touchait, je
souffrais; cependant, malgré cette sensation douloureuse, je
l'endurai dans l'espérance que j'en aurais bientôt de plus
agréable. Lucette conduisit le vit de mon papa dans le chemin
dont elle avait écarté tous les dangers, et qui n'était plus
semé que de fleurs: il s'y précipita; il enfonça; elle me
branlait en même temps, et je lui rendais un pareil service,
tandis qu'il faisait avec son doigt, dans le con de ma bonne,
le même mouvement que son vit faisait dans le mien. Ces
variétés, ces attitudes, cette multiplicité d'objets et de
sensations dans les approches du plaisir en augmentaient
infiniment les délices. Nous le sentîmes venir à nous; mais
prêts à nous échapper comme l'éclair étincelant fuit à nos
regards, nous en savourâmes au moins toute l'étendue dans un
délectable anéantissement, dont la douceur et les charmes ne
peuvent qu'être sentis. Nous commencions à être fatigués.
Lucette se releva, fut mettre ordre à tout et, dès qu'elle fut
de retour, nous nous mîmes dans un lit, entre les bras les uns
des autres, où nous passâmes une huit préférable pour nous au
jour le plus pompeux.

Hélas! chère Eugénie, pourquoi l'imagination va-t-elle
toujours au-delà de la réalité qui suffit seule à notre
bonheur? Je croyais que tous les jours allaient le disputer à
celui qui m'avait procuré tant de plaisirs; mais mon père,
plus soigneux, plus délicat peut-être, et veillant sans
interruption à ma santé, m'engagea le lendemain à reprendre ce
fatal caleçon:

-- Ma chère Laurette, je ne te le cache pas, je me défie de
toi, de nous tous; ton tempérament n'est pas encore assez
formé pour que je t'abandonne à toi-même, et tu m'es trop
chère pour que je ne cherche pas à te ménager avec toute
l'attention qui peut dépendre de moi. Cependant, tu jouiras de
nos caresses, tu nous en feras; sans gêne avec toi, tu
partageras en quelque façon nos plaisirs; et de temps en temps
nous te réserverons une nuit pareille, que tu trouveras
d'autant plus agréable que tu l'attendras avec impatience.
Enfin si tu veux me plaire, tu te prêteras à ce que je désire
de toi et tu y consentiras avec complaisance.

C'était un moyen assuré de ne pas me faire regarder cet
emprisonnement comme insupportable. Ne crois pas non plus, ma
chère, que ce soit par un trait de jalousie: tu verras bientôt
le contraire. Je te laisse donc faire. Ah! chère Eugénie, que
je m'en suis bien trouvée.

Il y avait déjà près de dix-neuf mois que j'avais passé
l'heureuse soirée dont je viens de te retracer le tableau,
lorsque j'eus le chagrin de voir l'éloignement de Lucette.

Son père, qui demeurait en province, la rappela près de lui:
une maladie dangereuse lui fit désirer absolument son retour
avant de mourir. Son départ nous causa la peine la plus
sensible; nos larmes sincères furent confondues avec les
siennes; pour moi, je ne pouvais retenir mes sanglots, qui ne
furent enfin suspendus que par l'espérance et le désir qu'elle
nous témoignait de revenir au plus tôt. Mais, peu de temps
après la mort de son père, elle tomba dans une maladie de
langueur dont elle eut beaucoup de peine à se rétablir pendant
plus de deux ans. Son père lui avait laissé un bien-être qui
la fit rechercher dans son canton; elle ne voulait entendre
parler de qui que ce soit; elle trouvait, suivant ses lettres,
une si grande différence entre mon papa et tous ceux qui se
présentaient pour elle qu'elle en était révoltée. Enfin, elle
ne voulait écouter aucune proposition de mariage et ne
soupirait qu'après son retour avec nous. Néanmoins, sollicitée
par sa mère et ses autres parents, qui lui représentaient les
avantages qu'elle y trouvait et le besoin que sa mère,
infirme, avait d'elle, la complaisance arracha son
consentement contre son gré, après avoir cependant consulté
mon papa en qui elle avait la plus entière confiance. Comme le
parti qui s'offrait était effectivement très avantageux, il se
crut obligé par ses principes de lui conseiller de l'accepter,
ce qu'il fit avec une véritable répugnance, m'ayant assuré
plusieurs fois qu'il avait un pressentiment de son malheur,
auquel il ne voulait pourtant pas ajouter foi, le regardant
comme une faiblesse.

Cependant, elle mourut des suites de sa première couche.

Je regrettais souvent l'éloignement de Lucette, que je
regardais perdue pour moi, mais je me consolais dans les bras
de ce cher et tendre papa. J'avais enfin totalement quitté cet
habillement secret que j'avais si souvent maudit; mais la
langueur de Lucette, de quelque cause qu'elle pût venir,
ajoutant du poids aux réflexions qu'il avait déjà faites et
aux nouvelles dont il me faisait part, le détermina à me
ménager avec plus d'attention qu'il n'en avait mis à son
égard, en me faisant sentir combien cela était nécessaire à ma
constitution délicate. Je me rendais à ses raisons, avec
d'autant plus de facilité que j'avais en lui la foi la plus
complète. Comme il s'éloignait peu de moi et que je couchais
toujours avec lui, il me veillait et m'arrêtait souvent
lorsque je cédais à mes désirs avec trop d'ardeur.

Depuis le départ de Lucette, il avait fait plusieurs
changements dans son appartement; on ne pouvait plus entrer
dans ma chambre qu'en passant par la sienne. Il avait répandu
dans son domestique un air de sévérité sur ce sujet, qui nous
faisait quelquefois rire ensemble. Nos lits étaient appuyés
contre le même mur qu'il avait fait percer; et dans les
doubles cloisons qui couvraient le fond de nos alcôves il
avait fait pratiquer des panneaux à coulisses, qui s'ouvraient
par un ressort que nous seuls connaissions. Il faisait
emporter tous les soirs la clef de ma chambre par une femme
qu'il avait prise à la place de Lucette, et que nous tenions
tout à fait dans le rang de domestique; mais, quand nous
étions dégagés de tout incommode, je passais par les coulisses
et je venais, dans ses bras, jouir d'un sommeil doux et
tranquille que me procuraient ces nuits heureuses, suivies des
jours les plus agréables.

Ce fut dans une de ces charmantes nuits qu'il me fit goûter
une nouvelle sorte de plaisir, dont je n'avais pas d'idée; que
non seulement je ne trouvai pas moins délicieux, mais encore
qui me parut des plus vifs:

-- Ma chère Laure, aimable enfant, tu m'as donné ta première
fleur; mais tu possèdes un autre pucelage que tu ne dois ni ne
peux me refuser si je te suis toujours cher.

-- Ah! si tu me l'es! Qu'ai-je donc en moi, cher papa, dont tu
ne puisses disposer à ton gré et qui ne soit pas à toi?
Heureuse quand je puis faire tout ce qui peut contribuer à ta
satisfaction, mon bonheur est établi sur elle!

-- Fille divine, tu m'enchantes, la nature et l'amour ont pris
plaisir à former tes grâces; partout en toi séjourne la
volupté, elle se présente avec mille attraits différents dans
toutes les parties de ton corps; dans une belle femme qu'on
adore, et qui paie d'un semblable amour, mains, bouche,
aisselles, tétons, cul, tout est con.

-- Eh bien! choisis, tu es le maître et je suis toute à tes
désirs.

Il me fit mettre sur le côté gauche, mes fesses tournées vers
lui. Et, mouillant le trou de mon cul et la tête de son vit,
il l'y fit entrer doucement. La difficulté du passage levée ne
nous présenta plus qu'un nouveau chemin semé de plaisirs
accumulés; et, soutenant ma jambe de son genou relevé, il me
branlait, en enfonçant de temps en temps le doigt dans mon
con. Ce chatouillement réuni de toutes parts avait bien plus
d'énergie et d'effet; quand il reconnut que j'étais au moment
de ressentir les derniers transports, il hâta ses mouvements,
que je secondais des miens. Je sentis le fond de mon cul
inondé d'un foutre brûlant, qui produisit de ma part une
décharge abondante. Je goûtais une volupté inexprimable,
toutes les parties sensibles y concouraient, mes transports et
mes élans en faisaient une démonstration convaincante; mais je
ne les devais qu'à ce vit charmant, pointu, retroussé et peu
puissant, porté par un homme que j'adorais.

-- Quel séduisant plaisir, chère Laurette! et toi, belle amie,
qu'en dis-tu? Si j'en juge par celui que tu as montré, tu dois
en avoir eu beaucoup!

-- Ah! cher papa, infini, nouveau, inconnu, dont je ne peux
exprimer les délices, et dont les sensations voluptueuses sont
multipliées au-delà de tout ce que j'ai éprouvé jusqu'à
présent.

-- En ce cas, ma chère enfant, je veux une autre fois y
répandre plus de charmes encore, en me servant en même temps
d'un godemiché, et je réaliserai par ce moyen l'Y grec du
Saint-Père.

-- Papa, qu'est-ce donc qu'un godemiché?

-- Tu le verras, ma Laure, mais il faut attendre un autre jour.

Le lendemain je ne lui parlai que de cela; je voulais le voir
absolument; je le pressai tant qu'il fallut enfin qu'il me le
montrât. J'en fus surprise; je désirais qu'il m'en fît faire
l'essai le soir même, mais il me remit au surlendemain. Je
veux, ma chère, faire avec toi, comme papa me fit alors; je ne
t'en ferai la description que dans une autre scène où nous le
mîmes en usage. Je t'en ai déjà parlé de vive voix, et je
regrettais de ne pas l'avoir dans nos caresses où j'aurais
avec tant de plaisir joué le rôle d'un amant tendre avec toi;
mais je ne l'oublierai sûrement pas quand j'irai retrouver ma
consolation dans tes bras.

Malgré la distance qu'il mettait dans les plaisirs qu'il me
procurait, il n'y avait aucune sorte de variété qu'il n'y
répandît pour y ajouter de nouveaux attraits; il m'était
d'autant plus facile de les y trouver que je l'aimais avec
toute la passion dont j'étais capable. Quelquefois il se
mettait sur moi, sa tête entre mes cuisses et la mienne entre
ses genoux; il couvrait de sa bouche ouverte et brûlante
toutes les lèvres de mon con; il les suçait, il enfonçait sa
langue entre deux, du bout il branlait mon clitoris, tandis
qu'avec son doigt ou le godemiché il animait, il inondait
l'intérieur. Je suçais moi-même la tête de son vit; je la
pressais de mes lèvres; je la chatouillais de ma langue; je
l'enfonçais tout entier, je l'aurais avalé. Je caressais ses
couilles, son ventre, ses cuisses et ses fesses. Tout est
plaisir, charmes, délices, chère amie, quand on s'aime aussi
tendrement et avec autant de passion.

Telle était la vie délicieuse et enchantée dont je jouissais
depuis le départ de ma chère bonne. Déjà huit ou neuf mois
s'étaient écoulés, qui m'avaient paru fuir bien rapidement.

Le souvenir et l'état de Lucette étaient les seuls nuages qui
se montraient dans les beaux jours que je passais alors;
variés par mille plaisirs, suivis de nuits qui m'intéressaient
encore davantage, je faisais consister toute ma satisfaction
et ma félicité à les voir disparaître pour employer tous les
moments qu'ils me laissaient entre les bras de ce tendre et
aimable papa, que j'accablais de mes baisers et de mes
caresses. Il me chérissait uniquement, mon âme était unie à la
sienne, je l'aimais à un degré que je ne puis te peindre.

Mais, chère Eugénie, que vas-tu penser de ton amie sur une
confession que je ne t'ai pas encore faite? Quelle scène
nouvelle tu vas voir paraître, et quel fondement peut-on faire
sur soi-même? A quel degré d'extravagance l'imagination
exaltée n'entraîne-t-elle pas? Qui peut donc répondre de ses
caprices et de son tempérament? Si le coeur est toujours le
même, s'il est plein des mêmes sentiments, faut-il que des
désirs violents, souvent pour un vain fantôme qu'on se crée,
nous poussent au-delà du but où nous devrions nous arrêter et
nous mènent bien plus loin que nous ne devrions aller? J'en
suis un exemple frappant.

Dois-je te faire cet aveu? Oui, ne cachons rien à l'amie de
mon coeur; je rougis moins de te le dire que d'en avoir eu la
folie. Une circonstance va te la développer tout entière, et
te fera voir en même temps la bonté, la douceur et le vif
intérêt de mon père pour moi, la justesse de son esprit, la
force de son âme, de son attachement et de sa complaisance.
Elle me fit connaître plus que jamais à quel point il méritait
tout mon coeur et mon amour; aussi son image le remplira-t-elle
toujours, et ne s'en effacera qu'avec ma vie.

Dans la même maison que nous occupions végétait une vieille
dévote, veuve et âgée, qui ne croyait son temps bien employé
qu'en passant la plus grande partie du jour à courir les
églises. Elle avait trois enfants. L'aîné, débauché dans toute
l'étendue de l'expression, ne fréquentait que la plus mauvaise
compagnie; à peine le connaissions-nous de vue. Jouissant du
bien qui lui revenait de son père, il le dissipait avec
profusion. Son frère, de beaucoup plus jeune, avait quelques
mois au-dessus de seize ans lorsqu'il quitta le collège pour
revenir chez sa mère. C'était un garçon beau comme on peint
l'Amour, d'une humeur égale et d'un caractère fort doux. Ils
avaient une soeur fort gentille, qui atteignait ses quinze ans
et demi.

Représente-toi, chère Eugénie, une petite brune claire, teint
animé, oeil vif, nez troussé, bouche agréable et vermeille,
taille découplée, toute mignonne, d'une vivacité pétulante,
folle autant qu'il se puisse, et outre cela très amoureuse;
mais fine, et en même temps discrète sur ce qui pouvait avoir
trait à ses plaisirs. Tous les jours elle plaisantait sur les
sermons que lui faisait de temps en temps sa bonne dévote de
mère. J'avais lié connaissance avec elle plus particulièrement
huit ou neuf mois après le départ de Lucette et, par cette
occasion, j'avais fait celle de son jeune frère lorsqu'il
revint avec elle. Souvent ils venaient me voir et il ne se
passait guère de jours que nous ne fussions ensemble. Sa mère
en était d'autant plus satisfaite qu'elle me donnait
journellement pour exemple à sa fille. Il est vrai que je
tenais de la nature et de l'éducation que je recevais de mon
papa un air plus réservé. Ne penses-tu pas, Eugénie, avec moi
que si, dans nos usages, l'amour dégrade nos réputations,
l'imprudence dans le choix et dans la conduite y contribue
totalement, et surtout ces airs de coquetterie, ces façons
libres et qui ne tiennent à rien, quoique souvent elles ne
vont pas plus loin; tandis qu'une hypocrite, une dévote, une
femme attentive aux dehors les sauvent en jouissant sous le
voile du mystère; mais elles conservent leur réputation sous
ces apparences; elles font bien, et mieux encore si elles ont
la prudence de mettre un frein à leur langue sur la conduite
des autres; modération qui détourne les curieux ou les
intéressés de l'examen recherché qu'ils pourraient faire.
Encore une fois, ce n'est pas dans le fait, c'est dans les
manières et par un mauvais choix qu'on se perd.

Je m'aperçus bientôt que mon père les étudiait avec attention;
il jugea Vernol et sa soeur. Il me dit que Rose en savait plus
que sa nourrice ne lui en avait enseigné, et que si, sur le
plaisir et la jouissance, elle était plus ignorante que moi,
ce dont il doutait, elle avait grande disposition à en
apprendre davantage, et que si j'étais curieuse de juger de
ses connaissances, je pouvais l'éprouver. Les différents
badinages où je l'engageai depuis me mirent à même d'en porter
le même jugement. Mais il s'expliqua peu sur Vernol.

Mes talents s'étaient perfectionnés. Musicienne, pinçant la
harpe avec délicatesse, chantant avec goût, déclamant avec
intelligence, j'avais formé une société où j'admis Rose et
Vernol. Bientôt il eut par là le moyen de me faire apercevoir
la passion qu'il avait prise pour moi. Il me cherchait, il me
suivait sans cesse, les prétextes ne lui manquaient pas. Ses
rôles étaient animés, remplis d'attention, de soins, de
complaisance: tout me disait ce qu'il n'osait prononcer.

Je m'en aperçus, et, lorsque j'en fus persuadée, j'en fis part
à mon papa avec ce ton et ce sourire qui annoncent la
plaisanterie:

-- Laure, je l'ai soupçonné dès les premiers instants; ses
yeux, son teint deviennent plus animés quand il est près de
toi; son air quelquefois embarrassé et toutes ses démarches le
décèlent. Eh bien! ma fille, avec cette connaissance de son
amour pour toi, que ressens-tu pour lui?

Je ne m'étais pas encore consultée, ma chère Eugénie, je
n'avais pas fouillé dans les replis de mon âme et, croyant
n'avoir pour Vernol que ce sentiment qu'on nomme amitié, je
lui en parlai sur ce ton. Mais un service de mon père, en me
demandant si c'était là tout, suffit pour me faire rentrer en
moi, et je reconnus bientôt, en y réfléchissant, que la
présence de Vernol m'animait, et que lorsqu'il n'était pas
avec sa soeur il me manquait quelque chose; car, sans y faire
attention, je demandais à Rose avec une sorte d'empressement
ce que son frère était devenu. Je ne pouvais concevoir comment
je m'étais éprise d'un tel caprice avec lequel mon coeur était
si peu d'accord. Sa figure, il est vrai, me charmait; sa
douceur et ses soins en augmentaient les attraits.

A l'air de mon père, il était aisé de juger qu'il avait
découvert en moi ce que je n'osais presque encore m'avouer à
moi-même; il fut quelque temps sans m'en parler. Je l'aimais
toujours autant, et plus, s'il était possible, que je n'avais
jamais fait; mon empressement et mon goût pour lui ne
diminuaient point; enfant de la nature et de la vérité, je n'y
mettais ni politique ni dissimulation. On prétend que nous
sommes naturellement fausses; je crois que cette fausseté est
d'acquisition, et selon l'éducation reçue. Enfin, je me
sentais capable de tout sacrifier pour ce cher et tendre père,
et je pris une résolution intérieure d'éviter les poursuites
et les soins de ce beau garçon. Je n'avais pu concevoir
l'accord des sensations et de la fantaisie que j'éprouvais
pour Vernol avec les sentiments de mon coeur pour ce tendre
papa; mais la disposition où je me trouvais me fit connaître
par la suite la différence des mouvements qui m'agitaient. Tu
concevras difficilement, chère Eugénie, cette différence; il
faut l'avoir sentie pour la connaître: bien des hommes
pourraient t'apprendre à faire la distinction qui s'y trouve.
Mon père voulut la juger en moi, et s'en assura en me mettant
à une épreuve à laquelle je ne m'attendais nullement:

-- Laure, quelques-uns de vos amis actuels me font de la peine;
je désirerais que vous ne voyiez plus Rose ni son frère.

Je ne balançai pas un instant, et, me jetant à son cou, le
serrant, le pressant contre mon sein:

-- J'y consens bien volontiers, cher papa, je te conjure même
de quitter cette demeure, ou que tu me mènes à la campagne: je
ne serai plus dans le cas de me trouver avec eux. Partons dès
demain, je serai bientôt prête.

En effet, je courus préparer mon trousseau. J'y étais occupée
lorsqu'il me rappela. Il me prit sur ses genoux et me dit en
m'embrassant:

-- Chère Laurette, je suis content de ta tendresse et de ton
affection; tes yeux secs me disent que c'est sans peine que tu
veux me faire un sacrifice. Avoue-le-moi, je t'y engage;
ouvre-moi ton coeur car, sans doute, ce n'est pas la crainte
qui est le principe de ta résolution; tu n'as pas lieu d'en
avoir avec moi.

Toujours vrair, toujours sincère, je ne cherchai point à
déguiser:

-- Non, très assurément, cher papa, depuis longtemps la crainte
vis-à-vis de toi n'est plus entrée dans mon âme; le sentiment
seul me guide. Je conviens que Vernol a fait naître dans mon
imagination une illusion, un caprice dont je ne puis me rendre
compte; mais mon coeur, qui est plein de toi, n'est pas un
moment indécis entre vous deux; je ne veux plus le voir.

-- Non, ma chère enfant, non, j'ai désiré connaître la nature
de tes sentiments pour moi, j'en suis satisfait. Vernol excite
en toi des sensations que ton imagination augmente: tu en
jouiras; tu connaîtras aussi toute ma tendresse pour toi; tu
sentiras que tu ne peux cesser de m'aimer, et c'est tout ce
que je désire. Va, je ne suis jaloux que de ton coeur dont la
possession m'est si chère.

Ce trait me confondit; une lumière vint dissiper le trouble de
cette imagination fascinée, je tombai à ses genoux, toute en
larmes, et mon sein palpitait; je baisais ses mains que
j'arrosais de mes pleurs; mes sanglots me laissaient à peine
la liberté de m'exprimer:

-- Tendre papa, je t'aime, je t'adore, je ne chéris que toi;
mon âme, mon coeur, tout est plein de toi. Il fut touché de ma
douleur; il me releva et, me pressant à son tour en me
couvrant de baisers:

-- Console-toi, trop aimable et chère enfant, crois-tu que je
ne connaisse pas la nature et ses lois invincibles? Va, je ne
suis point injuste. C'est par expérience, par comparaison et
par la complaisance la plus étendue de ma part, que produisent
seules l'affection et l'amitié la plus tendre, que je désire
être aimé de toi: il est temps que tu apprennes à juger des
différences. Je t'ai promis que tu jouirais de Vernol: ferme
dans mes principes, constant dans mes idées je tiendrai ma
parole; d'ailleurs, il est aimable, bien fait, beau garçon, je
lui dois cette justice; et si ce n'était pas pour lui que tu
eusses senti ce désir, tu pourrais l'avoir éprouvé pour
quelqu'un d'autre qui vaudrait encore moins; ainsi, j'ai pris
mon parti.

Depuis ce jour je me trouvai bien moins affectée pour Vernol;
et si je me suis prêtée, ma chère, à tout ce que tu vas voir,
ce fut par une réunion de condescendance pour ce cher papa, de
curiosité et de tempérament excité, premier principe de mon
désir fantastique, que je me laissai aller. Je passai la nuit
entre ses bras. Le matin, au milieu des baisers que je lui
donnais à mon réveil, il me dit:

-- Laurette, il faut que tu voies aujourd'hui la mère de Rose:
engage-la de laisser venir sa fille passer la journée à la
campagne avec toi; en même temps préviens-la qu'elle ne soit
point inquiète si elle ne revenait pas le soir, que tu
pourrais, peut-être, ne la ramener que demain. Nous
prétexterons que la voiture nous a manqué, et tu la garderas
ici jusqu'à demain. Quand tu seras avec elle en liberté, tu
pourras juger de sa façon de penser et de tout ce qu'elle
fait: elle paraît avoir de la confiance et de l'amitié pour
toi; aussitôt que tu sauras à quoi t'en tenir, tu m'en
instruiras.

Je crus de ce moment qu'il avait formé des desseins sur elle;
il ne m'en fallut pas davantage pour m'empresser, sans autre
réflexion, à entrer dans ses idées et à me prêter à tout ce
qu'il avait projeté. Je soupçonnais déjà Rose aussi savante
que je l'étais, ou à peu près. Tout fut conduit comme il
l'avait arrangé. Elle vint; la porte fut close à tout le
monde: nous passâmes la journée seuls dans toutes les folies
que nous pûmes imaginer. Je lui faisais cent agaceries; elle
me les rendait avec usure. Je découvrais sa gorge, je faisais
baiser ses tétons à mon papa; ses fesses, sa motte, son con,
essuyèrent mes lutineries; je la tenais entre mes bras pour
qu'il lui en fît autant; elle riait, folâtrait; et, quoique à
chaque espièglerie nouvelle elle fit des demi-façons, elle se
prêtait à tout; aussi son teint était-il très animé et ses
yeux étincelants. Le souper vint, où je ne la ménageai pas; je
lui versais à plein verre; je soufflais le feu qui la brûlait
déjà. Levés de table, nous recommençâmes nos folies; elle ne
fit plus aucune résistance; je la renversai, le visage sur un
canapé; je troussai ses jupes, et son cul découvert nous
présenta une perspective que mon papa, par un dernier coup de
pinceau, aurait rendue parfaite: il m'aidait à me venger de
toutes les lutineries qu'à son tour elle m'avait fait
éprouver. Je voulus juger de l'effet que produisaient ces jeux
sur elle; je la trouvai toute mouillée, et je conjecturai
qu'elle avait eu bien du plaisir pendant ce folâtre badinage.
Nous passâmes enfin, Rose et moi, dans ma chambre, et nous
nous préparâmes à nous mettre au lit. Dès qu'elle me vit en
chemise, elle me l'arracha; je lui rendis le change et je mis
la sienne à bas. Elle m'entraîna dans le lit. Elle me baisait,
prenait mes tétons, ma motte; je mis aussitôt le doigt où je
voyais bien qu'elle le désirait; je ne me trompais pas; elle
écarta les cuisses et se prêta à mes mouvements. Je voulus en
savoir davantage: je glissai mon doigt dans son con, et la
facilité avec laquelle il entra me donna des lumières sur
l'usage qu'elle en avait fait. Je désirais apprendre d'elle
par quelle aventure elle avait perdu son pucelage. Je me
préparais à la questionner lorsque mon père entra dans ma
chambre et vint nous embrasser avant de se coucher. D'un seul
coup, Rose rejeta la couverture: il ne s'attendait pas à nous
voir totalement nues et nos mains placées au centre de la
volupté. Elle passa le bras autour de son cou, l'attira, et
lui fit baiser mes tétons. Je ne fus pas en reste; je lui fis
prendre et baiser les siens, je promenai sa main sur tout son
corps, et je l'arrêtai sur sa motte. Il s'animait, mais il
nous quitta brusquement en nous souhaitant beaucoup de
plaisir.

Déjà la pendule marquait dix heures lorsque, le lendemain, il
rentra dans ma chambre; il nous éveilla par ses caresses et
ses baisers réitérés, en nous demandant si nous avions passé
une nuit agréable.

-- Nous avons veillé, cher papa, longtemps après que tu nous as
quittées; tu as bien vu dans quelle humeur nous étions.

Rose, que nos jeux avaient apaisée et le sommeil rafraîchie,
rougit et mit aussitôt sa main sur ma bouche. Je la détournai:

-- Non, Rose. Non, tu ne me retiendras jamais de raconter à mon
papa tout ce que nous avons fait et tout ce que tu m'as dit:
je ne lui cache rien, ma confiance est entière pour lui, et la
tienne ne doit pas être moindre.

Alors passant ses bras et ses jambes autour de moi, elle me
laissa continuer:

-- Quand tu nous eus abandonnées, Rose, déjà vivement émue,
vint baiser ma bouche, sucer mon sein; elle m'attira sur elle,
nous entrelaçâmes nos cuisses, nos cons s'y frottaient; mes
tétons étaient appuyés sur les siens, mon ventre sur son
ventre; elle me demanda ma langue, et d'une main caressant mes
fesses, de l'autre elle chatouillait mon clitoris et
m'invitait, par le jeu de son doigt, à l'imiter; je mis le
mien où elle l'attendait avec impatience et bientôt nous
ressentîmes les délices de ces amusements. Mais elle ne voulut
pas que mon doigt la quittât sans les avoir goûtées quatre
fois avec des transports incroyables.

Dans le temps même que je rendais compte de nos ébats, Rose,
réchauffée par ce tableau, avait remis sa main entre mes
cuisses et répétait ce que je racontais. Je conçus aussitôt ce
qu'elle désirait: nous étions restées nues; je la découvris à
mon tour, je pris la main de mon papa qui s'empara de tout ce
qu'elle avait. Il n'avait sur lui que sa robe, qui s'était
entrouverte par ses mouvements: j'aperçus par une avance
distincte et par le pavillon que faisait sa chemise de l'effet
que ces caresses produisaient sur lui.

Je le fis remarquer à Rose, et je lui dis de lui ôter cette
robe et de le faire mettre près de nous. Elle se leva sans
balancer, se jeta à son cou, le dépouilla dans l'instant et,
l'enveloppant de ses bras, elle l'attira dans le lit. Rose,
retombée sur le dos, écartait les cuisses; j'élevai une de ses
jambes sur lui, et il passa l'autre entre les siennes; par
cette attitude, son vit se trouvait naturellement vis-à-vis de
son con; je le conduisis moi-même dans la route; elle courut
au-devant du charme qui l'entraînait et, par un coup de cul,
elle hâta l'entrée du temple au dieu qu'elle adorait.

Je la branlais, elle précipitait la marche par les mouvements
qu'elle y ajoutait, et ses transports emportés, dont elle
seule me donnait le modèle, nous firent connaître le plaisir
excessif qu'elle ressentait. Mon père, qui éprouvait avec
quelle âpreté elle suçait son vit, n'y tenait plus; il se hâta
de se retirer et j'achevai de faire, avec ma main, couler la
libation qu'il craignait de verser dans le con de Rose, qui,
pendant le temps qu'il y fut, éprouva cinq fois, de son aveu,
les délices de la décharge. Son ventre fut inondé du foutre
qu'il répandit sur elle et qu'il lança jusque sur ses tétons.
Tandis que je rendais ces divers offices, elle s'était emparée
de mon con; elle le chatouillait; ce petit jeu, joint à
l'émotion que me causait le plaisir que je leur voyais
ressentir et aux caresses que je leur faisais, me mettait dans
une agitation violente. A mon tour, je désirais d'apaiser le
feu qui me dévorait; elle s'en aperçut et, passant sur ma
gauche, elle prit la main de mon papa dont elle m'introduisit
un des doigts qu'il agitait et, par un jeu pareil à celui que
j'avais employé pour elle, Rose acheva de me faire partager
les doux plaisirs que nous lui avions procurés, dont elle
ressentit encore les effets pendant le service qu'elle me
rendait.

Quand nous fûmes revenus dans un état plus tranquille:

-- Ecoute, cher papa, tu es peut-être étonné de l'habileté de
Rose; je n'en étais pas moins surprise; je l'ai engagée de
m'apprendre d'où venaient ces connaissances. Je vais te
répéter tout son récit. Mais non, c'est de sa bouche que tu
dois l'entendre, et je désire qu'elle s'y prête. Ce que tu
viens de faire avec elle la met à même de ne te rien cacher et
de te confier tout ce qu'elle m'a dit.

Les baisers, les caresses furent employés pour l'y déterminer.

Elle se rendit aisément:

-- Eh bien! j'y consens, et, puisque j'en ai fait part à
Laurette, je ne risque plus rien. Les plaisirs dont nous
venons de jouir ensemble me donnent lieu d'être persuadée que
vous le sauriez d'elle; ma confiance s'établit sur celle que
vous me montrez et se rapporte à mes désirs. Il vaut donc
mieux que je vous le répète moi-même.


HISTOIRE DE ROSE


J'avais dix ans quand ma mère m'envoya chez une soeur qu'elle
avait en province, où je passai plus de six mois. Elle n'avait
qu'une fille qui avait au moins six ans au-dessus de moi.
Jusqu'à ce moment, toujours retirée chez ma mère dont la
dévotion ne permettait à personne d'approcher de nous, mes
frères au collège, j'étais toujours seule, ou à l'église avec
ma mère; je ne me connaissais pas encore, mais je m'ennuyais
beaucoup. J'aimais bien mieux être aux églises que rester au
logis car, quoiqu'elle se mît très souvent dans les coins les
plus retirés, j'apercevais au moins, à la dérobée, quelque
figure humaine qui attachait mes regards. Il y avait longtemps
que ma mère promettait à ma tante, qui me demandait, de
m'envoyer chez elle: je le désirais avec d'autant plus
d'impatience que je savais qu'elle ne ressemblait pas à ma
mère. Une occasion survint qui l'y détermina. Mon frère aîné
était menacé de la petite vérole, elle me fit partir au plus
tôt. Ma tante et ma cousine me reçurent avec mille
démonstrations d'amitié. Dans les premières caresses, Isabelle
demanda que je couchasse avec elle. Je ne sais si elle ne s'en
repentit pas bientôt par la contrainte que cet arrangement lui
donna dans les premiers temps. Cependant, le soir avant de
nous endormir, elle m'embrassait, et le matin je lui rendais
ses caresses.

Les quinze premiers jours passés, sa contrainte me parut
diminuer, et le soir elle retroussait nos chemises pour
appuyer ses fesses contre les miennes et me donner le baiser
des quatre soeurs.

Une nuit, entre autres, que je ne pus pas m'endormir aussitôt
qu'à l'ordinaire et qu'elle me croyait très enfoncée dans le
sommeil, je sentis qu'elle remuait le bras avec un petit
mouvement; sa main gauche était sur le haut de ma cuisse; je
l'entendis qui haletait et poussait une respiration
entrecoupée; elle remuait doucement le derrière; enfin, elle
fit un grand soupir, se tint tranquille et s'endormit.

Surprise de tout cela et n'y pouvant rien comprendre, je
craignais qu'il ne lui fût arrivé quelque chose
d'extraordinaire; cependant, comme je la trouvai fraîche et
gaie le lendemain, mon inquiétude cessa. Depuis ce jour, je
m'aperçus qu'elle répétait tous les soirs ce même manège,
auquel je ne concevais rien pour lors; mais je ne tardai pas à
en être instruite.

Ma tante avait une femme de chambre âgée tout au plus d'une
vingtaine d'années: Isabelle était souvent enfermée dans sa
chambre avec elle. Justine brodait parfaitement en tout genre,
et ma cousine allait recevoir ses leçons; elle ne voulait
point, disait-elle, que je l'interrompisse, parce que je
l'empêcherais de faire les progrès qu'elle désirait. Je donnai
d'abord dans ce panneau qui, cependant n'en était pas tout à
fait un puisque, en effet, elle apprenait à manier
parfaitement l'aiguille. Enfin, piquée de n'être point admise
en trio et remarquant entre elles une certaine intelligence,
ma curiosité fut vivement excitée. Curiosité de fille est un
démon qui la tourmente, il faut qu'elle lui cède, qu'elle y
succombe.

Un jour que j'étais restée seule, ma tante étant sortie avec
Isabelle et Justine, ayant profité de ce moment pour en faire
autant, je le mis en usage pour aller dans sa chambre examiner
si je ne trouverais pas quelque moyen, ou quelque ouverture de
laquelle je pourrais découvrir ce qu'on pouvait y faire.
J'aperçus, au coin du lit où couchait Justine, une porte dans
la ruelle, que je parvins à ouvrir à force de la secouer, et
qui conduisait dans une chambre sombre toute remplie de vieux
meubles presque jusqu'au plancher. Il n'y avait de libre qu'un
passage qui conduisait à une autre porte qui donnait sur un
escalier dérobé, duquel on descendait dans une petite cour
d'où l'on sortait dans une ruelle déserte et écartée.

Ma tante croyait ce quartier bien fermé; mais si elle en avait
les clefs, Justine avait trouvé le moyen d'en avoir le passage
libre. Dans cette espèce de garde-meubles il y avait à quelque
hauteur, à l'égalité du pied du lit, une ouverture qui avait
été ménagée dans la muraille pour y mettre une croisée qui
aurait donné du jour dans cette chambre, étant vis-à-vis les
fenêtres de celle de Justine. Mais l'usage qu'on faisait de
cette pièce rendant cette précaution inutile, cette ouverture
était couverte par la tapisserie qui entourait la chambre de
Justine. Je m'aperçus de cette ouverture; je grimpai sur les
meubles pour chercher s'il n'y aurait pas quelque trou; n'en
trouvant pas d'assez grand, je pris mes ciseaux et je fis une
ouverture suffisante pour découvrir partout dans la chambre,
et particulièrement sur le lit, auquel je ne pensais guère
alors. Charmée d'avoir trouvé ces moyens, et dans le dessein
d'en profiter, je me retirai au plus vite en refermant la
porte. J'avais remarqué que lorsque Isabelle allait dans la
chambre de Justine, c'était presque aussitôt après le dîner.

Un jour, ma tante devait aller passer l'après-midi chez une de
ses amies, où quelque affaire devait la retenir et où elle ne
comptait nous mener ni l'une ni l'autre. Ma cousine me dit en
particulier qu'elle devait apprendre ce jour-là quelques
points nouveaux, et que je pouvais aller chez des voisines ou
m'occuper de mon côté afin qu'elle ne fût point troublée. Il
ne m'en fallut pas davantage. Dès qu'on fut hors de table, je
fis semblant de sortir de la maison et d'aller dans le
voisinage. Mais je remontai doucement dans la chambre de
Justine, qui habillait ma tante, et je les prévins. Je fus me
renfermer dans la chambre noire, cachée parmi les meubles,
l'oeil attaché sur l'ouverture que j'avais agrandie. Je ne fus
pas longtemps sans voir arriver ma cousine qui prit à la main
un ouvrage de broderie; je crus alors que j'allais passer une
après-midi bien ennuyeuse; je me repentis de ma curiosité, que
je maudissais de tout mon coeur. Justine y vint peu de temps
après avec ma tante, qui demanda où j'étais. Le coeur me
palpitait. Elles lui répondirent qu'apparemment j'étais allée
chez de petites amies de mon âge où je me rendais quelquefois;
elle ne fit pas d'autres informations et, voyant sa fille
occupée, elle s'en fut, et je les vis toutes deux examiner par
la fenêtre si ma tante sortait. Aussitôt qu'elle fut dehors,
ce que j'entendis à leurs discours, Justine ferma les verrous;
elle vint ouvrir la porte de la chambre où j'étais et fut à
celle de l'escalier dérobé. La frayeur d'être découverte me
saisit; j'étais accroupie pour me cacher parmi les meubles;
elle ne s'aperçut de rien et retourna dans sa chambre. Dès
qu'elle y fut rentrée, Isabelle mit de côté son ouvrage et
s'avança près d'un miroir pour raccommoder sa coiffure et
rajuster son mouchoir de cou, que Justine lui arracha, et qui
lui prenait les tétons, lui faisait compliment sur leur
rondeur et sur leur fermeté; puis, découvrant les siens, elle
en faisait la comparaison entre eux. Au milieu de leurs
amusements, j'entendis, sur l'escalier de la petite cour,
quelqu'un qui montait et qui, trouvant libre l'entrée de la
première porte qu'apparemment Justine avait été ouvrir, vint
gratter à celle de la chambre. Je ne pus le voir passer, étant
enfoncée et cachée pour n'être pas vue moi-même. Justine le
fit entrer et fut refermer les portes avec soin. Quand il fut
dans la chambre, je le reconnus aussitôt: c'était un grand
jeune homme, un peu parent de la maison, qui venait
quelquefois voir ma tante. Isabelle avait la gorge découverte.

Courbelon fut sans façon la lui baiser et y fourra sa main
tandis que l'autre fut se perdre sous sa jupe. Justine, à son
tour, fut traitée de même. Le temps ne me paraissait plus
long. Il prit Isabelle dans ses bras, la jeta sur le pied du
lit et la troussa tout à découvert; je vis alors son ventre,
ses cuisses et sa fente; elle était peu garnie de poil, mais
il était fort noir; il la baisait et remuait le doigt de la
main droite au haut de cette fente, tandis que le doigt de la
main gauche y était tout enfoncé. Justine, déboutonnant sa
culotte, en tira une machine fort longue, raide et très
grosse. Ma cousine la prit; il voulait la mettre à la place de
son doigt, mais j'entendis Justine lui dire:

-- Non, Courbelon, je ne le souffrirai pas; si je deviens
grosse, je saurai m'en tirer; mais si jamais Isabelle était
dans ce cas-là, où pourrions-nous toutes deux nous cacher?
Caressez-la, donnez-lui du plaisir; mais ne lui mettez pas.

Tous ces discours, que j'entendais parfaitement, étaient
autant d'énigmes dont je cherchais le mot. Je vis cependant
Courbelon se retirer à contre-coeur et, tout en pestant, il
continua de caresser Isabelle en la chatouillant comme il
avait commencé, tandis que ma cousine tenait à pleine main ce
gros instrument que Justine avait mis en liberté.

Quelques moments après qu'il eut recommencé les mouvements de
ses doigts, j'entendis et vis faire à Isabelle le même jeu et
les mêmes soupirs qu'elle faisait quand nous étions couchées.
Je fus alors au fait, et je jugeai qu'elle répétait, seule
dans son lit, ce que Courbelon venait de faire. Isabelle se
releva bientôt, et Justine, qui était en arrêt comme un chien
sur sa proie, se jetant à son tour sur le pied du lit, tenant
d'un bras Courbelon par les reins et, de l'autre main, tenant
ce pieu qui conservait sa grosseur, l'entraîna sur elle. Elle
fut bientôt troussée; il se coucha sur son ventre et, de ses
deux mains, il tenait ses tétons qu'il baisait, et les
mouvements de reins et de cul que je lui voyais faire me
firent juger qu'il enfonçait ce membre que j'aurais voulu voir
entrer. Ma cousine passa sa main par-derrière entre les
cuisses de Courbelon, ou pour le caresser, ou pour juger de
l'enfoncement. Je les vis alors s'agiter, se remuer avec
fureur: bientôt Courbelon, après des transports et des
mouvements qui m'étonnaient, se laissa aller, et je le vis
retirer cet instrument humble et bien diminué de longueur et
de grosseur. Ils se reposèrent quelques moments sur le lit;
mais les baisers et les caresses allaient leur train. Cette
première scène, qui m'avait vivement émue, ne tarda pas à être
suivie d'une autre qui me plut encore davantage.

Courbelon, impatienté de leurs habillements qui le gênaient,
et sachant que ma tante ne reviendrait pas si tôt, les mit
bientôt dans l'état où il désirait les voir: en peu d'instants
elles furent toutes deux nues. Justine n'était pas d'une
figure aussi jolie qu'lsabelle; mais elle gagnait dans la
situation où il les avait mises: son corps était plus blanc,
elle était plus grasse et potelée. Il leur imprima plus de
cent baisers à l'une et à l'autre; il prenait leurs culs,
leurs tétons, leurs fentes, tout était à sa disposition. Ce
que je voyais depuis une demi-heure excitait en moi un feu,
une émotion que je n'avais jamais sentis. Leurs caresses
recommencèrent avec plus de vivacité. Il les fit mettre toutes
deux couchées sur le ventre au pied du lit en leur faisant
écarter les cuisses. Je découvrais parfaitement tout ce que
Courbelon voyait: il les examinait, baisait leurs fesses,
enfonçait un doigt de chaque main entre leurs cuisses. Son
instrument était revenu dans le premier état où je l'avais vu;
et comme Justine, le visage appuyé dans ses mains contre la
couverture, ne pouvait le voir, il avait commencé de
l'introduire à Isabelle quand, tout à coup, Justine en
défiance se leva furieuse, et prenant ma cousine par les
jambes elle la retira et démonta Courbelon. J'en fus très
fâchée car je voyais cet outil prendre sa route à grands pas.

-- Non, lui répéta-t-elle, cela ne sera pas; je vous en ai dit
cent fois les raisons, c'est une nécessité de s'y conformer.

Comme je pouvais entendre aussi facilement que je voyais,
aucun des mots, aucune des expressions ne furent perdus:

-- Viens, mon cher, dit Justine en le prenant par son
instrument, viens mettre ton vit dans mon con, ils se
connaissent et tu ne risques rien avec moi.

Mais elle manqua son coup car, le tenant toujours par là, elle
lui donna deux ou trois secousses: aussitôt je vis Courbelon
se pencher sur son épaule, tenant un téton, la baiser et
répandre une liqueur blanche que je n'avais pas encore vue,
avec des convulsions qui marquaient un vif sentiment de
plaisir. J'étais dans un état que je ne concevais pas
moi-même. Depuis quelque temps je chatouillais le haut de ma
petite fente de la même manière que j'avais vu Courbelon le
faire à Isabelle et à Justine. J'étais dans cette agréable
occupation, qui ne me procurait encore qu'un doux plaisir,
quand l'une et l'autre, sans doute vivement animées par les
caresses que Courbelon leur avait faites, le mirent dans la
même position où elles étaient elles-mêmes: pas le moindre
vêtement depuis la tête jusqu'aux genoux. Cette perspective
nouvelle m'attacha avec une curiosité délicieuse, et d'autant
plus particulièrement que j'avais fort désiré le voir ainsi:
il semblait que leurs plaisirs fussent d'accord avec mes
souhaits. Chacune le baisait, le caressait, lui prenait le vit
qui s'était ramolli, chatouillait ses couilles et ses fesses;
il les baisait à son tour, maniait, suçait leurs tétons, les
renversait, les examinait, les branlottait et leur enfonçait
le doigt. Je vis enfin cet instrument reprendre toute sa
vigueur et les menacer toutes deux; il ressemblait à un épieu
qu'on va plonger dans le corps d'une bête féroce. J'apercevais
bien que Courbelon en voulait à ma cousine; mais Justine le
saisissant, ils tombèrent l'un sur l'autre sur le pied du lit;
je crus qu'il lui enfoncerait l'estomac; rien ne la fit
reculer.

-- Attends au moins, lui dit-il, que nous augmentions nos
plaisirs et que nous en jouissions tous ensemble.

Il fit mettre Isabelle sur le lit, les genoux et les cuisses
écartés, entre lesquels Justine plaça ses jambes à terre et
fort ouvertes. Comme rien ne gênait plus mes regards,
j'aperçus le vit de Courbelon entrer dans son con, qui, par
ses mouvements, paraissait, s'y renfonçait et faisait un écart
qui me surprenait. Il me semblait inconcevable qu'un membre
aussi gros pût y entrer, à moi qui avais essayé d'introduire
mon doigt dans le mien et qui n'avais pas osé l'y pousser à
cause de la douleur. Mais cet exemple me fit passer outre, et
je l'enfonçai avec tout le courage dont j'avais le modèle
devant les yeux; je m'y déterminai d'autant plus facilement
que, tandis que Courbelon avait son vit dans le con de
Justine, il avait mis son doigt dans celui d'Isabelle en lui
disant qu'elle avait la plus charmante motte et le plus joli
conin du monde, et en lui recommandant de branler son
clitoris; ce que fit ma cousine pendant qu'il faisait aller et
venir le doigt dans son con, comme son vit allait et venait
dans celui de Justine. Fidèle à les imiter en partie, je
m'armai de ma fermeté et je poussai dans le mien le doigt de
la main gauche que j'y enfonçai tant que je pus, et que
j'agitais de la même manière tandis que de la droite je me
branlais comme faisait Isabelle. Une sensation délicieuse
s'accroissait par degrés; je ne fus plus surprise que ma
cousine se plaisait à la répéter. Je ne tardai pas à les voir
tous trois dans les plus vifs transports. Isabelle se laissa
aller sur le dos, donnant de temps en temps des coups de cul.
Courbelon, témoin de son plaisir, lui criait:

-- Ah! ma chère, tu décharges!

Il achevait à peine ces mots qu'il tomba lui-même presque sans
mouvement sur Justine en faisant de grands soupirs et
prononçant avec énergie des foutre et des sacre qui peignaient
ses sensations. Justine elle-même, après des élancements vifs
et réitérés et des serrements de cul précipités, resta comme
anéantie, la tête et les bras penchés, en faisant chorus avec
Courbelon.

Ces témoignages d'un plaisir si violent m'animèrent à un tel
point et portèrent le mien à un si prodigieux degré qu'à mon
tour je me laissai tomber sur les meubles en ressentant un
plaisir incroyable. Quel excès de délices quand on éprouve
pour la première fois une volupté si grande, qu'on n'a jamais
connue et dont on n'a pas d'idée!

On n'est plus rien, on est tout à cette suprême félicité, on
ne sent qu'elle.

Le temps que j'avais employé à la savourer leur en avait assez
donné pour se mettre en train de se rhabiller. Dès qu'ils le
furent, Courbelon, après les avoir embrassées, reprit la route
par laquelle il était venu, et quelques instants après
Isabelle et Justine sortirent de la chambre. J'attendis encore
un peu; je parvins enfin à me dégager, et, prenant le même
chemin que Courbelon, je revins au logis dans l'appartement de
ma tante, qui rentra peu de temps après avec ma cousine qui
était allée la rejoindre.

Depuis ce moment, je ne pensais, je ne rêvais plus qu'à ce que
j'avais vu; toutes leurs paroles étaient parvenues à mes
oreilles; aucune de leurs actions ne m'avait échappé; j'y
réfléchissais sans cesse. Le même soir, quand je fus au lit
avec Isabelle, je fis semblant de me livrer au sommeil; elle
ne tarda pas à tomber dans un profond assoupissement; j'en fis
bientôt autant; mais le lendemain il n'en fut pas de même. Dès
que nous fûmes couchées, je fis comme la veille; ma cousine me
croyant endormie, je sentis qu'elle recommençait son petit
manège. J'étais au fait, je me retournai et, passant ma cuisse
sur la sienne, je mis ma main où je savais bien qu'était son
doigt; je la glissai par-dessous et, le soulevant, je pris
toute sa motte. Je l'embrassai, je baisai ses tétons et
j'enfonçai mon doigt dans son con. Je l'en retirai pour
chatouiller. l'endroit où j'avais trouvé le sien; elle
écartait les cuisses et me laissait faire, lorsque je
l'entendis pousser les derniers soupirs; je la trouvai toute
mouillée. Le même désir me tourmentait, je pris la sienne dont
je couvris ma motte, j'employai son doigt à faire son office
et je me trouvai peu de moments après au point de lui rendre
soupirs pour soupirs. Elle ne fut pas peu surprise de tout ce
que j'avais fait; elle me croyait dans l'ignorance la plus
profonde: elle n'avait eu garde de m'instruire, croyant
qu'ayant été élevée par une mère dévote je ne fusse assez
enfant pour en parler à ma tante, ou à ma mère à mon retour
chez elle:

-- Comment, Rose, comment sais-tu tout cela? Je suis bien
étonnée de tes connaissances; à ton âge je n'en savais pas
tant.

-- Je le crois, ma chère cousine; je te le dirai, à condition
que tu ne seras point fâchée contre moi et que tu m'aimeras
toujours.

Je me repentis au moment même de ce que j'avais dit, et je ne
voulais plus continuer lorsque Isabelle, me prenant dans ses
bras et me caressant, me pressa de lui tout avouer.

-- Tu ne m'en voudras donc pas? Tiens, ma chère cousine, sois
assurée de ma discrétion. Je te promets de n'ouvrir jamais la
bouche à personne de ce que je sais, et surtout à ma tante ni
à ma mère. Mets ta confiance en moi comme en toi-même.

Je lui redis alors tout ce dont j'avais été témoin, et de
quelle manière je l'avais été... L'effroi la saisit:

-- Ah! ma bonne amie, ma chère Rose, gardes-en, je te conjure,
le secret; ne me trahis pas, tu me perdrais.

Je le lui jurai de nouveau. Nous convînmes qu'il ne fallait
pas même en parler à Justine. Elle me donna cent baisers en me
faisant autant de questions sur ce que j'avais vu, entendu, et
sur l'effet que j'en avais éprouvé. Je lui rendis compte de
tout. Je la tranquillisai pour lors en lui disant que tout ce
que je lui avais appris de moi-même m'engageait à garder un
secret qui était devenu le mien.

-- Mais raconte-moi donc, Isabelle, par quelles circonstances
tu en es venue là avec Courbelon et Justine.

-- Je le veux bien, ma petite cousine, après ce que tu sais, je
n'ai rien à te refuser ni à te cacher, et je compte toujours
sur tes promesses. Ecoute-moi. Un mois ou cinq semaines avant
ton arrivée ici, j'étais un jour sortie avec ma mère; mais,
ayant oublié quelque chose dans ma chambre et n'étant pas
éloignée de la maison, j'y revins pour la chercher; après
l'avoir prise, je fus à la chambre de Justine, je ne puis te
dire pourquoi; la porte apparemment n'était pas bien fermée,
ou elle n'y avait pas pensé; je la poussai, elle s'ouvrit. Je
ne fus jamais plus surprise, et je restai dans l'étonnement et
comme pétrifiée de trouver Courbelon sur elle; il en descendit
aussitôt, et j'aperçus son outil qu'il tâchait de cacher, dans
le même temps qu'il abattait les jupes de Justine qui étaient
toutes levées. Elle était bien heureuse que ma mère ne fût pas
à ma place. Je voulus à l'instant m'en aller; mais cette
fille, craignant que je ne dise à ma mère ce que j'avais vu,
accourut après moi, se mit à mes genoux en me conjurant de
n'en pas parler. Elle me pressa tant, en me baisant les mains,
que je lui promis tout ce qu'elle voulut, et je lui tins
parole. Je t'avoue, ma chère Rose, que cette aventure me donna
matière à bien des pensées. Depuis ce jour-là, Justine
m'amenait souvent dans sa chambre sous prétexte de m'apprendre
à broder; mais elle m'entretenait toujours sur le sujet de ce
que j'avais vu en m'apprenant des choses bien nouvelles pour
moi; elle découvrait ma gorge, elle prenait mes tétons, elle
me peignait le plaisir sous les attraits les plus séduisants:
je convins que j'en trouvais à l'entendre. Enfin, un jour que
cette conversation m'avait fort animée, et ma curiosité
fortement excitée, je sentis le feu sur mes joues, mon sein
était agité; les questions que je lui faisais firent connaître
à Justine que le moment était favorable; elle me prit entre
ses bras, m'enleva et me porta sur son lit; elle me troussa:
je m'en défendais faiblement; elle continuait toujours, en me
disant qu'un jeune et aimable cavalier serait bien heureux à
sa place s'il voyait et touchait les beautés, les grâces et la
fraîcheur qu'elle venait de découvrir que sa machine
s'enflerait et qu'il mourrait de plaisir en m'en faisant
connaître et ressentir de bien vifs. Ses flatteries, ses
peintures et ses caresses m'ayant subjuguée, je me laissai
faire par elle tout ce qu'elle voulut. Elle posa le bout du
doigt de la main gauche entre les lèvres de mon ouverture,
qu'elle chatouillait tandis que, de la droite, elle en
frottait le haut.

-- Ma chère cousine, lui dis-je, pourquoi n'emploies-tu pas les
termes et les noms que tu sais? Je les ai tous entendus de
Courbelon et de Justine.

-- Tu as raison, Rose, je n'en ferai plus de difficulté.

Enfin, après quelque temps de ce badinage, je ressentis cet
extrême plaisir qu'elle m'avait si bien dépeint; mais elle
m'assura que j'en trouverais bien davantage avec un joli
homme, jeune et galant. Depuis ce temps, elle répéta souvent,
à ma satisfaction, ce jeu charmant; elle enfonça même un jour
son doigt; j'éprouvai quelque douleur qui fut bientôt apaisée.
Elle sut enfin m'engager de lui rendre le plaisir qu'elle me
donnait. J'y trouvais beaucoup d'agrément et je m'en
contentais. Mais, huit à dix jours avant ton arrivée, ma mère
étant sortie seule, nous reprîmes nos jeux et nos plaisirs; et
sous divers moyens que Justine employa nous nous mîmes toutes
deux totalement nues. Courbelon, caché derrière un rideau,
avait été témoin de toutes nos folies: c'était une partie liée
entre Justine et lui, mais je l'ignorais. Elle riait depuis le
commencement, de tout son coeur. Surprise de ses ris qui me
paraissaient quelquefois hors de propos je la pressai de m'en
dire le sujet; elle m'avoua que Courbelon nous voyait. Il
sortit aussitôt de dessous le rideau, nu comme nous étions, et
son vit était d'une grosseur et d'une raideur étonnantes.
Effrayée, palpitante, honteuse, je ne pouvais plus fuir dans
l'état où j'étais qu'en me cachant sous le même rideau; j'y
courus, mais ils m'arrêtèrent tous deux, et je n'osai lui rien
dire après ce qu'il nous avait vues faire. Courbelon me prit
entre ses bras, se jeta à mon cou, m'embrassa, porta ses mains
et ses lèvres partout où il put: tout était à sa disposition
et Justine l'aidait. Enfin la surprise et la honte firent
place au désir. Il mit son vit dans ma main; je ne pouvais
l'empoigner; le feu de ses baisers, de ses attouchements, ce
spectacle si nouveau pour moi et l'exemple de Justine qui le
caressait sans scrupule firent couler le plaisir dans tous mes
membres et m'avaient mise dans une situation à ne pouvoir rien
lui refuser. Les plaisirs qu'il me donna avaient une pointe de
vivacité que je n'avais point sentie par les mains de Justine,
avec laquelle je désirai qu'il fit la même chose. Mais ils
allèrent bien plus loin: elle l'attira sur elle au pied de son
lit et, me tenant d'une main, elle me fit voir le vit de
Courbelon qui se perdait dans son con, et la vivacité de leurs
transports me fit juger de l'excès de leurs plaisirs. C'est
hier la sixième fois que je me suis trouvée avec lui, cela
n'arrivant pas souvent, crainte d'être découverte. Je fus
enchantée de ton arrivée, chère Rose, dans l'espérance que
j'en aurais plus de liberté, car je t'avoue que j'ai eu un
violent désir que Courbelon m'en fît autant qu'à Justine. Je
crains, il est vrai, les enfants, dont elle me fait peur, et
le mal que la grosseur de son vit me pronostique; mais
puisqu'elle le reçoit avec empressement j'imagine que ma
crainte n'est pas trop fondée et que la douleur doit être bien
moindre que le plaisir, du moins Courbelon me le dit de même.
Cependant, Justine s'oppose toujours au désir que nous en
avons par diverses raisons dont elle ne peut me persuader
puisqu'elle s'y expose.


(Fin du récit d 'Isabelle)


Je la pressai autant qu'il fut en mon pouvoir de le
satisfaire. Je combattais les raisons de cette fille par
toutes celles qui me vinrent à l'idée, dans un âge où je
n'avais pas d'expérience ni grandes ressources à donner; mais
soit que son imagination, sa curiosité et ses désirs fussent
d'accord avec mes raisonnements, elle me parut facilement s'y
rendre. Je lui fis promettre en même temps de me faire le
détail du plaisir qu'elle aurait eu. Elle m'en donna sa
parole, en me recommandant toujours ce que nous appelâmes dès
lors notre secret. Depuis ce moment nous ne nous quittions
presque plus.

Quelques jours après, nous fûmes invitées d'une noce des
parents de Justine. Ces sortes d'invitations sont assez en
usage dans les petites villes de province. Elle ne manqua pas
de s'y rendre une des . premières, avant que nous y
allassions. Isabelle me dit en riant que cette occasion était
bien favorable pour la tromper, car je l'entretenais tous les
jours dans le projet d'en passer sa fantaisie. Je saisis
d'abord cette idée et je lui dis qu'en effet ma tante, croyant
que nous irions ensemble, ne manquerait pas, de son côté,
d'aller chez quelques-unes de ses amies; qu'il fallait qu'elle
fût et se tînt dans la chambre de Justine; que sans doute
Courbelon ne manquerait pas de venir à la danse comme font
ordinairement les jeunes gens, même sans être invités; que
l'espérance de la trouver l'y amènerait plus sûrement;
qu'aussitôt que je le verrais, je lui dirais qu'elle avait à
lui parler et qu'il se rendît dans la chambre de cette fille,
où elle serait à l'attendre.

-- Non, non, je ne le veux pas, me dit-elle en rougissant.

Mais je la pressai, je mêlai mes caresses à mes engagements;
et soit qu'elle fût bien aise qu'ils voilassent ses désirs, ou
soit que je la déterminai, elle y consentit. Je n'avais pas
fini de m'habiller que ma tante était déjà partie.

Je m'en fus donc seule. Effectivement, je trouvai Courbelon
qui était arrivé; je m'approchai de lui et je parvins à lui
dire, sans affectation et sans qu'on s'en aperçût, ce que
j'avais projeté; il ne tarda pas à disparaître. Quelques
instants après je ne le vis plus. Je regrettais de n'être pas
encore à mon poste. Mais comme je me flattais qu'Isabelle me
rendrait compte de tout ce qui se serait passé, je me consolai
et je participai de mon mieux aux plaisirs de la fête où
j'étais puisque je ne pouvais être de celle de ma cousine.

Justine m'avait demandé, lorsque j'entrai, pour quelle raison
Isabelle n'était pas avec moi. J'imaginai de lui dire que ma
tante avait voulu sortir avec elle, mais qu'elle ne tarderait
pas à venir prendre sa part du divertissement et me rejoindre.
Elle prit d'abord mon conte le mieux du monde; cependant,
voyant que Courbelon n'y était plus depuis longtemps et que ma
cousine n'arrivait point, elle prit de la défiance et, sans
s'expliquer avec moi, elle ne put s'empêcher de me dire
qu'elle avait lieu d'être surprise du départ de l'un et du
retard de l'autre. A peine venait-elle de me tenir ce propos
que Courbelon arriva, et ma cousine peu après. Justine
disparut à son tour; je le fis remarquer à Isabelle à qui
j'avais répété ce qu'elle m'avait dit. Elle soupçonna dans
l'instant que cette fille était retournée au logis, ce qui lui
donna de l'inquiétude. Justine revint et ne fit rien paraître;
mais elle avait fait des recherches et pris des informations
qui l'instruisirent autant qu'elle le désirait. Nous rentrâmes
chez ma tante. Il me tardait que nous fussions couchées pour
questionner en liberté ma cousine.

Je lui dis que j'étais fatiguée de la danse; Isabelle en dit
autant, quoiqu'elle n'eût point pris part à cet exercice: elle
l'avait toujours refusé sous quelque prétexte, qui n'était pas
néanmoins le véritable. Nous fûmes donc nous mettre au lit.
Quand je la tins dans mes bras, je voulus mettre ma main où
elle avait reçu les plus grands coups; mais elle la repoussa
en me disant qu'elle y souffrait trop de douleur.

Il ne m'en fallut pas davantage pour la sommer de sa parole et
la presser de me la tenir:

-- Ah! ma chère Rose, ma curiosité a été bien mal satisfaite.
Courbelon est venu comme les autres fois. J'avais l'oreille au
guet, je fus lui ouvrir, il s'est jeté à mon cou.

Après bien des baisers et des caresses, il m'a prise dans ses
bras et m'a portée sur le pied du lit en promenant ses mains
partout où il a voulu, d'autant que je m'y prêtais sans
feindre aucune résistance. Enfin, m'ayant penchée sur le lit,
il m'a enfoncé son vit qu'il avait mouillé de salive; mais
quelle douleur ne m'a-t-il pas faite; ce vit, d'une grosseur
énorme, me déchirait; je n'osai crier, j'en versais des
larmes. Il tâchait de me consoler en m'embrassant et en
m'assurant qu'une seconde fois je n'aurais plus que du
plaisir. Il me trompait: il y revint et ma douleur fut aussi
vive, je souffrais tout ce qu'on peut endurer. Il s'y présenta
une troisième fois; je ne voulais plus y consentir; il me
pressa si fort, en y joignant tant de baisers et de caresses,
que je ne pus lui refuser. Il s'y prit si doucement et avec
tant de précautions que je croyais ne plus endurer un tel
tourment, mais il fut presque le même. Ces vives souffrances
que j'ai ressenties, jointes à la crainte des enfants qui
s'est retracée plus fortement à mon imagination, m'éloignent
d'une pareille épreuve. Il m'en reste même une cuisson si
grande que je ne puis encore y toucher sans renouveler mes
douleurs, et c'est ce qui m'a fait refuser de participer à la
danse.

-- Sans doute, chère cousine, qu'étant bien plus jeune que
Justine, tu es beaucoup plus étroite.

-- C'est bien ce que me disait Courbelon, en m'assurant que le
temps et l'usage m'élargiraient. Mais en attendant je n'en
souffre pas moins.

Il fallut donc rester tranquilles et nous nous endormîmes.

Le lendemain, Justine fut attirer Isabelle dans sa chambre et
lui dit qu'elle s'était aperçue que Courbelon y était venu la
veille, qu'elle avait trouvé à la porte du petit escalier, qui
n'était pas fermée comme elle le faisait ordinairement, un
morceau du bouquet qu'il avait ce jour-là; qu'elle avait très
bien distingué que son lit avait été foulé, et qu'enfin elle
avait appris qu'au lieu d'être sortie avec sa mère, comme je
lui avais dit, elle était restée et n'avait quitté la maison
que deux heures après moi; qu'elle jugeait bien ce qui s'était
passé, qu'elle l'engageait de le lui avouer; qu'elle ne devait
pas avoir de crainte ni faire de mystère avec elle puisqu'elle
n'avait rien à redouter de sa part, étant pour le moins aussi
intéressée qu'elle à ce que personne n'en sût rien. Isabelle
s'en défendit d'abord; mais les marques étaient si claires
pour Justine qu'à la fin elle lui avoua que Courbelon était
venu et lui avait fait les caresses dont il usait
ordinairement. Justine lui soutint qu'assurément il lui avait
mis; que tout lui démontrait qu'elle n'en devait pas douter.
Ma cousine ne voulut point en convenir, mais cette fille lui
dit qu'elle le connaîtrait bientôt. Comme elle était forte,
elle la prit dans ses bras et la coucha sur le lit; Isabelle,
ne pouvant lui résister et se persuadant qu'elle y connaîtrait
quelque chose, craignant encore que, pour s'en assurer, elle
ne renouvelât ses douleurs, lui fit l'aveu de tout ce qu'elle
m'avait raconté.

Justine, qui redoutait infiniment les suites de cette
aventure, ou vivement piquée contre Courbelon, apporta depuis
tant de difficultés et d'obstacles à leurs entrevues que ma
cousine et lui ne pouvaient plus se voir avec la facilité
qu'elle leur avait procurée, et, peut-être alors jalouse de
lui, elle ne lui permit plus de revenir; elle parvint, enfin,
par toutes les voies et les moyens qu'elle put imaginer à
rompre cette liaison, d'autant plus aisément qu'elle y
employait la vigilance la plus grande. Courbelon, jugeant
qu'il ne pourrait jamais surmonter les obstacles qu'opposait
une surveillante aussi éclairée et au fait de cette allure, se
brouilla avec elle; et comme, dans cette circonstance, il fut
obligé quelque temps après de se rendre dans une autre
province, il oublia bientôt Isabelle et Justine qui, elle-même,
peu après son départ, se retira de chez ma tante et
quitta la ville où nous étions. C'est ce qui m'a fait penser,
depuis, qu'elle était allée dans le même lieu où s'était rendu
Courbelon, pour qui elle aurait tout sacrifié.

Dans les premiers temps, Isabelle n'endura pas sans chagrin le
déplaisir de ne le plus voir; elle me faisait part de tout ce
que son humeur lui inspirait. Je la consolais du mieux qu'il
m'était possible; j'y parvins à la longue, et les plaisirs que
nous nous procurions ensemble lui firent supporter avec plus
d'aisance, et même oublier à la fin, cette perte qui m'avait
aussi fort déplu. Je désirais être quelque jour de leurs
parties; je projetais d'y engager ma cousine, et je m'en
flattais d'autant mieux qu'elle avait pris pour moi une forte
inclination qui ne servit pas peu, depuis, à dissiper son
chagrin. Ces contretemps détruisirent mes desseins, et la
nécessité fit que je n'y pensai bientôt plus.

Nous passâmes encore quatre mois ensemble, pendant lesquels
elle m'instruisit de tout ce qu'elle avait appris de Courbelon
et de Justine, qui l'avaient rendue très habile.

Les réflexions que j'ai faites depuis sur cette aventure et
sur les réponses d'Isabelle aux différentes questions que je
lui faisais m'ont fait voir que Courbelon avait jeté ses
desseins sur ma cousine ensuite du jour où elle l'avait trouvé
sur Justine, et que, sous le prétexte de mieux engager
Isabelle à garder le secret, il avait fait entendre à cette
fille que le moyen le plus assuré était de l'admettre en tiers
dans leurs plaisirs, autant que la petite oie pourrait
s'étendre; qu'enfin il avait su l'en convaincre et la faire
donner dans le panneau qu'il leur tendait; sans quoi la
jalousie que nous soupçonnions à Justine s'y serait
difficilement prêtée.

Le temps que je passai chez ma tante fut trop tôt écoulé; je
fus rappelée par ma mère: il fallut nous séparer. Nous ne nous
quittâmes pas sans regret, et nous ne pûmes en venir à cette
séparation sans verser bien des larmes. Ma tante en fut
touchée et me promit qu'elle ferait tout ce qui dépendrait
d'elle pour me ravoir encore. Elle et ma cousine, qui
pouvaient jouir d'une agréable liberté, me plaignaient,
n'envisageant pour moi que des jours bien tristes et remplis
d'ennui avec une mère dévote qui ne voyait personne. Je le
croyais comme elles; mais nous avions toutes tort.

Arrivée chez ma mère, je mis à profit tout ce que j'avais
appris du hasard et d'Isabelle: comme elle, je me procurais
tous les jours les sensations les plus délicieuses du plaisir;
souvent même j'en redoublais la dose. Mon imagination
échauffée n'était emplie que des idées qui y avaient rapport.
Je ne pensais qu'aux hommes, je fixais mes regards et mes
désirs sur tous ceux que je voyais: les yeux, attachés sur
l'endroit où je savais que reposait l'idole que j'aurais
encensée, animaient mes désirs dont le feu se répandait
jusqu'aux extrémités de mon corps. Ce fut dans cet instant que
Vernol revint passer ses vacances chez ma mère; il avait un an
et demi de plus que moi. Ah! que je le trouvai beau; j'en fus
surprise; jusque-là ses charmes m'avaient échappé. Il est vrai
que l'âge à peu près égal de l'enfance nous avait toujours
donné beaucoup d'amitié l'un pour l'autre; mais dans ce moment
ce fut tout autre chose: il réunit tous mes désirs, une ardeur
dévorante s'empara de tous mes sens, je ne vis plus que lui,
toutes mes idées s'y concentrèrent. Depuis longtemps je
souhaitais d'examiner de près, et de toucher, ce que je
n'avais fait qu'entrevoir à Courbelon. Je sentais que j'étais
trop jeune pour me flatter de devenir l'objet des desseins
d'un homme plus âgé, et, me persuadant que leur instrument
grossissait à la mesure de leurs années, les douleurs
d'Isabelle m'effrayaient.

D'ailleurs je ne voyais personne qui pût jeter les yeux sur
moi ni arrêter les miens; cependant, j'étais dans une vive
impatience et je fis de Vernol le but où je désirais
atteindre.

Sa chambre était derrière celle de ma mère où je couchais.

Quand cette bonne dévote allait à l'église, où elle passait
deux ou trois heures tous les matins, je fermais exactement la
porte après elle. On croyait que nous dormions et l'on nous
laissait en paix. Mais, continuellement éveillée par mes
désirs, j'allais en chemise près de lui et je lui faisais
mille agaceries pendant qu'il était dans son lit. Tantôt je
l'embrassais, je le chatouillais, tantôt je tirais ses
couvertures, ses draps; je le mettais presque nu; je lui
donnais de petits coups sur ses fesses d'ivoire; il sautait
après moi, me poussait sur son lit, me baisait et rendait sur
mon cul les coups légers que je lui avais donnés. Nous avions
répété deux matinées ce badinage lorsque, la troisième, en me
jetant à la renverse sur son lit, ma chemise, à qui j'avais
prêté un peu de secours, se trouva toute relevée et mes jambes
en l'air; il aperçut aussitôt mon petit conin, il m'écarta les
cuisses, il y porta la main, et ne pouvait se lasser de le
regarder et d'y toucher; je le laissais faire.

-- Ah! Rose, me dit-il, que nous sommes bien différents l'un de
l'autre!

-- Comment! lui répondis-je, quelle différence y a-t-il donc?
Je lui fis cette question avec l'air de la plus innocente
simplicité.

-- Tiens, vois, me dit-il en troussant sa chemise et me
montrant son petit outil qui était devenu gros et raide, et
que je n'avais qu'entrevu jusque-là.

Je pris cette lance en main, je la considérai, je la caressai,
j'en découvrais, j'en aiguisais la pointe, et j'eus enfin la
satisfaction d'en faire l'examen le plus attentif. Vernol,
impatient d'en faire un pareil, me dit:

-- Rose, laisse-moi donc te regarder encore.

Je me rendis à sa demande et je me recouchai. Il releva mes
jambes, les écarta et ne mit pas moins d'attention dans sa
recherche et dans ses détails que j'en avais eu dans la
mienne; mais il ignorait l'usage de ce qu'il voyait. Il était
à genoux sur le lit, penché sur moi; je passai ma main entre
ses cuisses et je repris son joli bijou; je m'amusai à coiffer
et décoiffer sa tête rouge comme le corail. Le plaisir que je
lui faisais, dont je m'apercevais, augmentait le mien: j'étais
dans l'impatience; je me relevai et le renversai à son tour,
je le découvris tout entier; je le baisais, je le mangeais, je
caressais ses petites olives; enfin, à force de hausser et
baisser ma main sur ce charmant bijou, il répandit cette
liqueur que j'avais vu rendre à Courbelon par la main de
Justine. Cette situation si nouvelle pour lui, l'étonnement
joint au plaisir excessif dont il paraissait jouir, étaient un
délicieux spectacle pour moi; sa main, placée entre mes
cuisses, était restée sans mouvement. Je me recouchai sur le
lit, je la pris et je lui fis faire un exercice qui lui était
inconnu, et que je souhaitais vivement. Je tombai bientôt
moi-même dans l'extase où je l'avais mis peu auparavant.

Tout cela lui paraissait bien extraordinaire; je l'avais
conduit de surprises en surprises; elles me réjouissaient et
m'enchantaient. Je recommençai mes caresses, je repris son
instrument, je le baisai, je le suçai, je le mis tout entier
dans ma bouche, je l'aurais avalé: il ne tarda pas à
reparaître dans l'état charmant où il avait été. Jusque-là, je
n'avais pas osé lui apprendre à le mettre où je le souhaitais;
mais de plus en plus animée, j'arrachai sa chemise, je quittai
la mienne; rien ne me cachait ses charmes naturels; je les
contemplais, je les couvrais de mes mains et de mes lèvres; il
me rendait les mêmes caresses à son tour.

Son petit vit était dans toute sa dureté; je me mis sur lui;
je le conduisis moi-même dans mon petit conin. Ah! qu'il fut
bientôt au fait: j'étais encore étroite, mais il n'était pas
gros; nous poussions tous les deux; enfin, m'asseyant sur lui,
je parvins aussitôt à me l'enfoncer tout entier, et j'eus
l'agréable satisfaction de le sentir pour la première fois
introduit où je le désirais avec tant de passion. C'est ainsi
que nos pucelages, quoiqu'ils ne fussent pas bien intacts,
furent enlevés l'un par l'autre. Quelle volupté nous
ressentions! Vernol ne savait plus où il en était. Nous
jouissions de cette félicité pure qui se sent sans pouvoir
l'exprimer ni la concevoir. Nos plaisirs étaient à leur
comble. Il en éprouva le premier l'excès: il déchargeait, ses
bras qui m'entrelaçaient se relâchèrent, je précipitai mes
mouvements, je l'atteignis, et, me laissant aller sur lui, il
connut que je jouissais des mêmes délices. Serrés, collés l'un
sur l'autre, nous savourions ce voluptueux anéantissement qui
n'est pas moins enchanteur que le plaisir qui nous l'avait
procuré. Mais, plus tôt rétablie que lui, je me vis forcée de
l'engager à se servir encore de sa main et de son doigt.

Nous répétions tous les jours cet agréable exercice; j'allais
dans son lit ou il venait dans le mien; partout où nous
pouvions nous réunir en sûreté pendant le jour, nous le
recommencions ou nous n'en prenions que l'ombre. La nuit que
nous ne pouvions être ensemble, toute pleine de son image je
lui consacrais les plaisirs qu'elle faisait naître; il en
faisait autant de son côté, nous nous en rendions compte le
matin et nous réalisions les illusions nocturnes.

Etonné dès les premiers jours de tout ce que je lui avais
appris, il avait désiré que je lui dise par quel moyen j'en
avais eu connaissance; mais ne croyant pas à propos de lui
rendre compte d'abord de ce que j'avais vu chez ma cousine, je
fixai ses idées sur des exemples généraux.

Cependant, ayant ensuite reconnu sa discrétion, je lui
racontai tout, et nous tâchions d'en réaliser le souvenir et
d'en imiter l'exemple.

Hélas! au milieu de nos plaisirs, notre séparation approchait;
nous l'envisagions avec douleur. Ce moment vint enfin; il
fallut nous quitter; ma peine fut extrême, je ne puis vous la
peindre. Depuis trois ans et demi d'absence nous ne nous
sommes réunis que depuis quatre ou cinq mois qu'il est revenu
tout à fait chez ma mère.


(Fin de l'Histoire de Rose)


Quand elle eut fini son récit où elle était entrée dans un
détail plus étendu qu'avec moi, surtout en ce qui regardait
Vernol, je repris la parole:

-- Tu ne sais pas, cher papa, ce que Rose m'a dit encore, elle
ne te rend pas compte de tout. Ma chère Laure, m'a-t-elle
ajouté, je me suis aperçue que Vernol avait pris pour toi la
plus forte passion, et même il m'en a fait l'aveu.

Tiens, chère amie, je n'en suis point jalouse, je vous aime
tendrement tous deux: tu es belle, il est charmant, je serais
enchantée de le voir dans tes bras; oui, ma chère, je l'y
mettrais moi-même, je ferais mon bonheur de sa félicité.

Ne la trouves-tu pas folle?

-- Pas tant, Laure, je n'en suis point surpris, dans sa façon
d'être.

Nous jugeâmes aisément que Rose aimait le plaisir avec fureur;
nous le lui dîmes, elle en convint. Les tableaux qu'elle avait
retracés avaient ranimé son tempérament; ils avaient produit
le même effet sur nous. Mon papa en présentait des preuves
parlantes: elle s'en saisit, et, pour nous prouver le charme
séducteur qu'elle y trouvait, elle conduisit elle-même le cher
objet qu'elle tenait, et nous fit cent caresses dont nous la
payâmes par cette sensation délicieuse après laquelle elle
soupirait sans cesse. Comme elle était arrivée la première au
but, elle arrêta mon papa et, nous adressant la parole:

-- Achevez d'avoir en moi la même confiance que je vous ai
montrée; ce que nous avons fait tous les trois, depuis hier,
m'a totalement ouvert les yeux et m'a donné la liberté de vous
raconter ce que j'ai fait avec Vernol. Viens donc, papa, viens
à côté de ta chère Laurette, à sa place j'en ferais autant
avec toi. Mets-lui, et qu'elle partage les plaisirs que tu
m'as donnés; sois assuré de la plus inviolable discrétion.

-- Eh bien! Rose, pour te prouver que je n'en doute en aucune
manière, tu vas jouer un nouveau rôle.

Il se leva et fut aussitôt chercher le godemiché; il l'attacha
à la ceinture de Rose qui était extasiée de cet outil qu'elle
ne connaissait pas; il me fit mettre sur elle et le conduisit
dans mon con en lui recommandant de se remuer comme ferait un
homme, et de me branler en même temps; il l'instruisit de
l'effet de la détente lorsqu'elle me verrait prête à
décharger. Il se mit ensuite sur moi et m'introduisit son vit
dans le cul. Rose remuait la charnière supérieurement; je
tenais ses tétons, elle caressait les miens, elle suçait ma
langue, je me mourais. Au moment où j'allais perdre
connaissance, elle fit décharger le godemiché; mon con en fut
inondé, et le foutre que mon papa répandit en même temps dans
mon cul excita en moi des transports qui se joignirent aux
siens et à ceux de Rose qui, par le frottement du godemiché
sur son clitoris, les lui fit partager; enfin je tombai sur
elle, morte de plaisir. Mon papa se releva bientôt, et quand
je fus revenue de cet évanouissement enchanteur nous sortîmes
du lit qu'il était plus de midi.

Dès que nous fûmes debout, elle n'eut rien de plus pressé que
de passer à l'examen de cet outil si nouveau pour elle.

Je l'aidai à en désunir toutes les parties: il était
parfaitement semblable à un vit; toute la différence
consistait dans des ondes transversales depuis la tête jusqu'à
la racine pour procurer un frottement plus actif. Il était
d'argent, mais couvert des couleurs de la nature, et d'un
vernis dur et poli. Il était vide, mince et léger. Dans le
milieu de l'espace, il y avait un tuyau du même métal, rond et
plus gros qu'une plume, dans lequel il y avait un piston. Ce
tuyau se vissait à un autre bout percé et soudé au fond de la
tête. Il se trouvait par ce moyen des espaces autour de cette
petite seringue, dont elle avait l'effet, et les parois de
celui qui imitait le vit. Un morceau de liège, taillé pour
boucher exactement ce dernier, avait un trou qui laissait
entrer très juste la naissance de la petite pompe, dans lequel
on insérait un ressort d'acier en spirale qui repoussait le
piston par le moyen d'une détente. Quand Rose l'eut bien
tourné et retourné:

-- Il faut encore, me dit-elle, que tu m'apprennes comment on
lui fait faire son office.

-- On emplit, lui dis-je, le godemiché d'eau suffisamment
échauffée pour en supporter la chaleur sur les lèvres; on le
bouche bien avec le morceau de liège, auquel tu vois cet
anneau pour le retirer; on emplit ensuite la pompe, par le
moyen du piston qu'on attire, de colle de poisson fondue et
légèrement teinte de blanc qu'on tient toute préparée:

la chaleur de l'eau se communique aussitôt à cette liqueur qui
ressemble autant qu'il est possible à la semence.

La première action de Rose, après ce détail, fut de trousser
sa chemise et de l'enfoncer dans son con. Cette folie dans ce
moment me fit rire au point que mon papa rentra pour savoir le
sujet qui m'y excitait si fort. Il la vit à cet ouvrage, il ne
put s'empêcher de m'imiter, et s'adressa à elle:

-- Laisse-le donc, Rose, sa vertu dans ce moment n'existe plus,
et nous pouvons faire quelque chose de mieux.

Elle continua donc de s'habiller. Il me prit par la main et
sortit:

-- Ma chère Laure, Rose sera la victime de sa passion et de son
tempérament; rien ne la retient; elle s'y livre avec fureur,
sans mesure ni ménagement; sois assurée qu'elle paiera de sa
personne cette imprudence, ainsi que le pauvre Vernol qu'elle
a jeté dans le même excès; mais je veux en profiter pour
remplir mes desseins.

En effet, inébranlable dans ses réflexions, il fut la
retrouver dans ma chambre, et j'entendis:

-- Rose, ce que vous avez dit à Laure, au sujet de votre frère
sur la fin de votre histoire, annonce votre amitié pour l'un
et pour l'autre; mais peut-on compter sur la discrétion de
Vernol comme sur la vôtre? Il est nécessaire qu'elle soit des
plus grandes, vous devez le concevoir, songez-y.

-- Oh! ne vous trompez pas sur la confidence que je vous ai
faite; elle n'est pas le fruit de l'indiscrétion; mais la
manière dont j'ai agi avec lui m'a fait sentir que si j'eusse
été Laurette vous eussiez été pour moi ce qu'est Vernol.

L'obscurité à travers laquelle j'entrevoyais la chose s'est
totalement dissipée par la façon dont nous vivons depuis hier;
j'ai jugé que, dès lors, je pouvais parler sans déguisement et
que vous seriez intéressés à garder, à notre sujet, le même
secret qu'à votre égard je vous jure pour Vernol et pour moi,
y trouvant le même intérêt. Mais, de grâce, qu'il participe à
nos plaisirs; il m'a fait l'aveu qu'il était fou de Laurette,
et vous vous y trouvez engagé plus que vous ne pensez. Vous
serait-il donc possible de nous refuser? Je serai comblée de
joie si vous ne vous y opposez pas et si, comme je le désire,
la chère Laurette ne le hait pas.

-- Tout me force aujourd'hui à y consentir; ne lui dites
cependant rien encore de ce qui s'est passé entre nous, je
vous le conseille et vous y engage. Il me croirait dédommagé,
et je veux qu'il me paie lui-même du sacrifice que je fais.
Prévenez-le seulement de se prêter à tout ce que nous
voudrons.

-- Ah! je vous réponds de lui comme de moi-même sur qui vous
pouvez compter en tout.

-- Il est cependant nécessaire que vous sachiez, vous et lui,
que Laure n'est ma fille que pour le public; car en réalité
elle ne l'est pas. Vous voyez cependant qu'elle ne m'en est
pas moins chère; mais surtout, que personne ne soit instruit
de ce secret que vous deux, je vous le recommande. Allez à
présent trouver votre mère avec elle, dites-lui que demain
nous irons encore passer le jour à la campagne, et que si elle
veut vous y laisser venir avec votre frère nous vous y
mènerons. Cependant, promettez-moi d'être tranquilles l'un et
l'autre jusqu'à ce que vous veniez, car vous en aurez sûrement
besoin.

Je n'avais rien perdu de ce discours; Rose vint, m'entraîna,
courut chez sa mère et obtint facilement pour elle et pour
Vernol ce qu'elle lui demandait. Je la quittai et fus passer
le reste de la journée chez une parente. Pendant ce temps-là,
mon père fut donner ses soins aux arrangements qu'il
projetait.

La nuit, quand je fus dans ses bras, je présumai qu'il me
rendrait compte de ce qu'il avait dit à Rose, et de ses
desseins. Indécise avec moi-même, je ne voulus pas lui en
parler la première, ni lui faire connaître que je l'avais
entendu. Le coeur me battait; mais il ne m'en ouvrit pas la
bouche.

Le lendemain après-midi, une voiture se rendit à notre porte,
nous prit et nous conduisit dans une maison charmante à
quelque distance de la ville; je ne la lui connaissais pas. Je
jugeai qu'elle appartenait à quelqu'un de ses amis qui la lui
prêtait. Vernol avait cherché à relever ses attraits naturels.
Rose et moi, nous étions dans un déshabillé galant. Instruit
par sa soeur, il avait une politesse plus aisée et quelque
chose de plus assuré qui lui était avantageux.

Nous arrivâmes sur les quatre heures, il faisait un temps
admirable et très doux. Nous rimes plusieurs tours dans les
jardins, qui étaient vraiment dessinés par Vertumne, et non de
ces assemblages fantasques où la bizarrerie semble avoir
présidé. Ce n'était pas non plus de ces jardins compassés, où
la régularité et la symétrie écrasent la nature: nous y
jouissions de la beauté de l'horizon, qui semblait d'accord
avec la fête. Après cette promenade, où nous avions préludé
par les baisers, nous vînmes dans les appartements, que nous
parcourûmes; nous trouvâmes, dans un salon où mon papa nous
conduisit, une collation servie; il nous présenta plusieurs
mets, nous versait à boire et ne nous ménageait pas. Soit
délicatesse des vins et des liqueurs, ou soit qu'il eût
employé quelque autre moyen qu'il connaissait assez, nos têtes
perdirent bientôt leur équilibre et nous jetâmes des fleurs à
la folie, qui nous en couronna. Dès qu'il nous vit en cet
état, il fut écarter tout son monde de manière à ne le faire
revenir que tard, en sorte que nous étions exactement seuls.
Il nous conduisit dans un appartement où nous n'avions pas
encore été, situé dans le quartier le plus reculé. Il nous fit
entrer dans un petit salon illuminé, de toutes parts, de
bougies mises dans des girandoles, posées à la hauteur où l'on
pouvait facilement atteindre avec la main. Au-dessous d'elles
régnaient tout alentour des glaces ordinairement couvertes de
rideaux qui, dans ce moment, étaient relevés par des cordons
et des glands qui les tenaient en festons, dont les pendants
garnissaient les encoignures. Des bergères larges, fort basses
et presque sans dossier, sur lesquelles étaient répandus des
carreaux, garnissaient le tour jusqu'à la hauteur où les
glaces étaient placées. Au-dessus d'elles étaient enchâssés
différents tableaux. Dieux! quels objets, chère Eugénie!
Clinchetet et l'Arétin n'ont rien produit de plus voluptueux.
Des sculptures peu multipliées, les unes en blanc, les autres
peintes à la gouache, présentaient de semblables sujets. Dans
un des côtés était une niche ornée et éclairée de même, qui
renfermait un meuble sur lequel la jouissance et la volupté
avaient établi leur trône. Ces peintures, ces sculptures, les
vins et les liqueurs que nous avions pris écartèrent et
chassèrent loin de nous jusqu'à l'ombre de la contrainte: le
délire voluptueux s'empara de nos sens; Bacchus et la Folie
menaient le branle. Rose, inspirée par sa divinité chérie,
nous donna le ton et commença l'hymne du plaisir. Elle sautait
au cou de mon papa, elle embrassait Vernol, elle me baisait et
m'engagea de l'imiter. Elle arracha mon mouchoir qu'elle jeta
à son frère, elle fit voler le sien sur mon papa, elle leur
faisait baiser ses tétons, elle les conduisait sur les miens,
nos bouches étaient couvertes de leurs lèvres. Ces jeux, ces
baisers qui se répétaient dans les glaces nous échauffèrent à
l'excès. Nos joues étaient colorées, nos lèvres brûlantes et
vermeilles, nos yeux animés et nos seins palpitants. Vernol,
déjà dans un demi-désordre, le teint brillant, les yeux pleins
de feu, me paraissait beau comme le jour. Je le regardai dans
ce moment comme une jouissance divine dont tous les appas se
réunirent en un seul trait, au centre de mes désirs; il ne
savait lui-même où il en était: mon papa calculait la
gradation. Rose me fit tomber sur une bergère, elle appela
Vernol pour l'aider: elle me troussa, me donna de petits coups
sur les fesses, et lui fit voir l'objet après lequel il
soupirait. Je la pris à mon tour pour la renverser aussi; mais
elle ne m'en donna pas le temps; elle s'y jeta d'elle-même et,
levant les pieds en l'air, elle mit au jour tous les appas
qu'elle avait reçus de la nature, son con, son cul, son
ventre, ses cuisses, tout fut à découvert. Nous fûmes aussitôt
tous les trois près d'elle lui faire les caresses qu'elle
montrait désirer. A peine avions-nous posé nos mains sur ses
fesses qu'après deux ou trois mouvements de reins nous
l'aperçûmes tortiller l'oeil, et nous vîmes couler la fontaine
du plaisir. Nous nous apercevions bien l'une et l'autre que
Vernol et mon papa bandaient de tout leur pouvoir. Le sillon
relevé que leurs vits faisaient le long de leurs cuisses en
portait le plus sûr témoignage. Tout d'un coup, Rose se releva
et fut se jeter sur mon père:

-- Cher papa, je t'ai jeté le mouchoir; tu seras mon mari et
moi ta femme; donne-moi ta main.

-- Très volontiers, Rose; mais il faut que la dernière
cérémonie en soit.

-- Ah! de tout mon coeur. Mais Vernol a eu le mouchoir de
Laurette, il faut aussi les unir. Y consens-tu?

-- Soit, comme tu le désires.

Elle accourut prendre nos mains qu'elle mit l'une dans
l'autre; elle nous fit embrasser, nos bouches se
rencontrèrent; elle porta sa main sur mes tétons et nous fit
appeler mari et femme. Nous étions tous quatre vivement émus
et très échauffés. Rose brûlait.

-- Qu'il serait délicieux dans ce moment, s'écria-t-elle,
d'être dans un bain où nous puissions nous rafraîchir! Le feu
me dévore.

Mon papa se leva et fut tirer un cordon qui était à côté de la
niche. Aussitôt le dessus du meuble qui y était fut enlevé, et
découvrit un bassin à trois robinets qui jetaient à volonté de
l'eau chaude, froide ou de senteur.

-- Voilà qui est magnifique, c'est ici le palais des divinités.
Je vais, dit Rose, ressembler à une naïade, mais je ne serai
pas la seule. En peu d'instants, elle parut avec les seuls
ornements des nymphes; elle s'empara de moi, et pressa Vernol
et mon papa de l'aider à me mettre dans le même état: en un
clin d'oeil, tout disparut de dessus moi. Rose fit un signe à
son frère qui se montra bientôt en Sylvain pendant qu'elle et
moi nous prêtions notre secours à mon papa. Mes regards
furtifs avaient déjà détaillé Vernol: qu'il était bien fait,
et qu'il me paraissait agréable! La jeunesse et la fraîcheur
brillaient de tous côtés: au milieu de la blancheur et de
l'éclat d'une jeune fille, on voyait le trait qui
caractérisait un homme. Nous nous plongeâmes tous quatre à la
fois dans ce bassin, ils étaient l'un et l'autre rayonnants de
gloire. Tous consumés d'un feu dévorant, nous étions
semblables à des fournaises sur lesquelles on jette de l'eau
et qui n'en deviennent que plus vives. Deux lances en arrêt
nous menaçaient tour à tour, mais le combat ne nous effrayait
pas: en proie aux mains folâtres et passionnées, aux baisers
amoureux et lascifs de nos tritons, nous leur rendions les
mêmes caresses, nous badinions avec leurs flèches, ils
s'étaient emparés de nos carquois. Dans ce moment, mon papa
eut la prudence de plonger l'éponge au fond du mien lorsque
j'y pensais le moins. Vernol voulait entrer en lice mais, par
une adresse si naturelle aux femmes et si propre à aiguiser
les désirs, je l'arrêtai et me sauvai du bassin. Rose me
suivit. Bientôt ils furent dehors.

La fraîcheur qu'ils sentirent en sortant leur donna sur la
crête, leur humilité momentanée nous laissa le temps de nous
essuyer et, nous étant couvertes simplement de robes légères
et transparentes qui ne gênaient presque point la vue ni les
larcins, et que mon papa tira d'une armoire cachée par une
glace mobile, nous nous étendîmes sur les bergères. A peine y
étions-nous qu'il fit descendre du plancher, par un autre
cordon, une table servie de mets délicats, de vins et de
liqueurs semblables à celles dont nous nous étions si bien
coiffés, et qui nous achevèrent. Tout y était propre à
augmenter l'ardeur qui nous dévorait déjà.

Vernol était dans une impatience prodigieuse; mais, ce que je
n'aurais pas attendu de celle de Rose, elle ne perdit rien de
sa gaieté. Pour moi, dont la volupté était plus délicate, je
jouissais par les yeux, par les mains; mais j'étais moins
empressée d'arriver au but, que j'envisageais avec plus de
satisfaction en exaltant le désir, et je me trouvais en cela
d'accord avec mon papa. Vernol et Rose furent donc obligés de
modérer leur impatience, ce qui fut plus facile à Rose qui,
par nos caresses et nos attouchements, avait déjà, de son
aveu, ressenti trois fois les délices du plaisir. Enfin, elle
appela ce service le souper de noce; l'hymen n'y présidait
guère, mais qu'importe, la volupté y régnait; elle seule nous
suffisait et nous enchantait. On la voyait au milieu de la
table, couronnée par le dieu des jardins, tenant son sceptre
en main; dans les quatre coins il y avait des groupes
entrelacés et dans les attitudes qui annonçaient le plus doux
des moments. Entre eux, de vieux satyres jaloux présentant
leurs offrandes, que des nymphes chassaient et que les
plaisirs fuyaient: tout inspirait, tout animait. Rose, le
verre et la bouteille en mains, sa robe ouverte, développant
ses appas et ses grâces, répandait la flamme dans nos veines;
ce qu'elle nous versait devenait un torrent de feu.

Je désirais enfin moi-même avec violence, rien ne m'eût
effrayée. Nos attraits, presque toujours à découvert,
produisaient le même effet, et nous voyions sans cesse à nos
yeux des signes palpables de leur pouvoir. Enfin, chère
Eugénie, parlons sans figure: ils ne débandaient point.

Rose, ne pouvant plus y tenir, s'écria:

-- Vernol, prends ta femme. Pour moi, me jetant entre les bras
de mon papa, je tiens mon mari.

Elle s'était déjà saisie de son vit qu'elle fixait depuis
longtemps, déjà Vernol me tenait embrassée et sa main s'était
emparée de mon con, lorsque mon papa nous arrêta:

-- Attendez, mes enfants, il y a une condition à laquelle
j'attache ma complaisance; il est juste que j'en sois payé.

Si Vernol le met à Laure, je veux imiter cet homme de cour
qui, faisant coucher avec sa femme un page qu'elle aimait,
faisait en le cul de ce page la même opération qu'il faisait
dans le con de la dame. Il faut, de même, que pendant qu'il
foutra Laure son cul soit à ma disposition.

Je me persuadai dans l'instant que les beautés de Vernol lui
avaient inspiré des désirs, comme elles avaient fait naître
les miens; j'en fus enchantée, j'en devenais plus libre de me
livrer à mes désirs, et cette pensée me dégagea d'une entrave
qui, jusque-là, m'avait donné quelque gêne. J'animai nos jeux
avec les transports de la joie; je tâchai d'y ajouter de ma
part tout ce qui pouvait les rendre plus charmants: je me
saisis de Vernol, j'arrachai sa robe, je présentai son cul,
j'écartai ses fesses charmantes, son vit m'enfonçait le
ventre.

-- Non, Vernol, non, ne te flatte pas de me le mettre dans
cette condition.

Rose, qui avait vu que mon papa me l'avait mis de même,
s'écria qu'il n'avait pas à balancer, et jura qu'elle le
tiendrait plutôt.

-- Quoi, dit Vernol, quel serait donc l'obstacle qui pourrait
m'arrêter? Depuis longtemps, je suis à la torture; que ne
ferais-je pas, belle Laurette, pour jouir de vous et mourir
dans vos bras?

-- En ce cas, dit mon papa, Rose sera aussi de la partie.

Dans le moment, la table fut enlevée et le bassin recouvert;
un coussin épais en remplissait l'étendue et était enveloppé
d'un satin couleur puce, si propre à relever la blancheur.
Cette niche était le vrai sanctuaire de la volupté.

Nous fûmes à l'instant débarrassés de tout ce qui nous était
étranger, et nous montâmes sur cet autel avec les seuls
ornements de la nature, tels qu'ils étaient nécessaires pour
offrir nos voeux à la divinité que nous allions encenser et
pour les sacrifices que nous allions lui faire. Les glaces
répétaient de tous côtés nos différents attraits. J'admirais
ceux de Vernol. Ce beau garçon me prit dans ses bras, il me
couvrit de baisers et de caresses; il bandait de toute sa
force. Je tenais son vit; mon papa maniait ses fesses d'une
main et, de l'autre, les tétons ou le con de Rose qui nous
caressait tous trois. Cédant enfin à notre fureur amoureuse,
Vernol me renversa, écarta mes cuisses, baisa ma motte, mon
con, y mit sa langue, suça mon clitoris, se coucha sur moi et
me fit entrer son vit jusques aux gardes. Mon papa se mit
aussitôt sur lui. Rose était sur les genoux, appuyée sur les
coudes, son con tourné de mon côté; elle entrouvrit les fesses
de Vernol, en mouilla l'entrée et conduisit le vit de mon papa
dans la route qu'elle lui avait préparée. Pendant qu'ils
agissaient, elle chatouillait les couilles de l'un et de
l'autre. Je tenais son con, j'y mettais le doigt, je la
branlais; bientôt ma main fut toute mouillée, ses transports,
qui parurent les premiers, nous excitèrent vivement:

Vernol la suivit de près; mon papa s'en aperçut, il hâta sa
course qui m'était favorable; je doublai mes mouvements, et
nous tombâmes presque aussitôt dans la même extase: nos trois
individus unis n'en faisaient pour ainsi dire plus qu'un, que
Rose couvrait de ses baisers.

Revenus à nous-mêmes, nos caresses remplacèrent nos transports
et remplissaient le temps que le plaisir nous laissait à
parcourir; elles nous remirent bientôt en état de le ramener à
nous. Vernol avoua qu'il n'en avait jamais ressenti de pareil.

-- Il faut l'avoir connu, dit mon papa, pour pouvoir en juger.
Viens, ma chère Laurette, viens l'éprouver à ton tour. Vernol,
moins fourni que moi, ne te procurera que des douceurs. Belle
comme tu es, de quelque côté que ce soit il n'a rien à perdre.
Nous bandons, viens dans mes bras. Rose fera pour lui ce
qu'elle a fait pour moi, et branlera ton clitoris en arrière,
par-dessous les cuisses.

Je me jetai sur lui, je le mangeai de caresses. Rose
introduisit son vit dans mon con; elle ouvrit mon cul, elle
mit le vit de Vernol dans sa bouche, elle en mouilla la tête
ainsi que le passage où il devait entrer, et le conduisit
elle-même.

Placée comme elle était la première fois, elle me branlait et
caressait les fesses de Vernol, tandis que mon papa, le doigt
dans son con, la branlait aussi. Le sublime. plaisir annonça
bientôt sa présence, nous volions après lui, nous le saisîmes.
Ah! qu'il était grand! Nous déchargions tous, nous étions
inondés, le foutre ruisselait. Livrée aux plus vives
sensations, j'étais dans un état convulsif. Après avoir été
agitée comme un nageur qui se débat, un calme, non moins
voluptueux que le plaisir, lui succéda. Ce resserrement, ce
frottement dans toutes les parties délicates et sensibles, où
se trouve le trône de la suprême volupté, me la fit connaître
dans l'extrémité de son dernier période. Je ne pus mettre la
parallèle avec cette journée, que celle où j'avais fait le
sacrifice volontaire de mon pucelage.

Il fallut enfin se reposer; nous nous assîmes, et nous les
engageâmes de reprendre pour quelques instants leurs habits;
mais nous ne fûmes guère plus tranquilles: dans l'état où nous
étions, nos yeux, nos mains, nos bouches, nos langues, tout
rappela les désirs; nous parlions foutaise; nos tétons, nos
fesses, nos cons étaient maniés, baisés; nous les rendions,
ces caresses, des vits et des couilles en étaient les objets.
Bientôt les effets en parurent avec fierté, nous les
ressentîmes aussi; nous bandions tous encore, nos clitoris
gonflés le démontraient aussi bien que la fermeté de leurs
vits; nous courûmes sur les traces du plaisir qui nous avait
échappé; nous le ramenâmes à nous pour le laisser fuir encore;
mais je voulus que Rose eût une part plus solide que celle qui
lui était tombée jusqu'alors; je la fis coucher les genoux
élevés; mon papa se mit à côté d'elle et, passant ses cuisses
par-dessous ses jambes qu'elle mit en l'air, son vit se
trouvait pointé sur le but; je me mis sur elle, sa tête entre
mes genoux et entre ceux de Vernol qui me le mettait en
levrette. Je mis le vit de mon papa dans son con; il s'y
perdait et reparaissait tour à tour; il prenait nos tétons à
l'une et à l'autre; je la branlais, elle me rendait le même
office; mon con était sur ses yeux; le vit de Vernol qui
allait et venait, ses couilles qui se balançaient, formaient
un spectacle enchanteur pour elle, qui produisit un tel effet
sur ses sens que, dans le même temps que nous mîmes à chercher
le plaisir pour le savourer, Rose avait déjà ressenti quatre
fois ses attraits; quatre fois ses élancements et ses
transports, ses expressions: je me meurs, je décharge, nous en
donnèrent des preuves certaines. Enfin, nos fouteurs de
dessous se réunissant, Rose reçut, dans un cinquième et
copieux épanchement de sa part, le foutre dont mon papa
l'inonda. Leur plaisir excitant le nôtre, nous jouîmes presque
en même temps qu'eux de ces enchantements que nous nous
hâtions d'atteindre.

Rose se mourait: si elle chérissait le plaisir, celui-ci ne la
fuyait pas; elle en ressentait les effets des trois et quatre
fois contre nous une; son con était une source de foutre; il
lui causait un plaisir si vif qu'elle pinçait et mordait
toutes les fois qu'elle le répandait. Enfin, elle tomba dans
cet état d'anéantissement où l'on ne connaît et ne sent rien
que l'excès des sensations délicieuses qu'il procure. Dès
qu'elle en fut revenue, elle fit tant d'éloges de cette
attitude que je voulus jouir à mon tour de la même
perspective. Aussi, dès que nos forces furent rétablies, nous
n'y changeâmes presque rien; je pris seulement la place
qu'elle occupait, elle se mit sur moi, Vernol la foutait. Ma
tête entre leurs cuisses, je voyais tous leurs mouvements, et
nous nous branlions l'une et l'autre, pendant que le vit de
mon papa fournissait pour moi sa carrière.

Ce quatrième acte fini, nous étions fatigués, brisés, excédés;
nous avions grand besoin de réparer nos pertes. Nous nous
relevâmes, mon papa fit redescendre la table et nous ranimâmes
nos forces par les restaurants que nous prîmes. Le repos nous
était bien nécessaire. Dès que la table fut relevée, nous nous
couchâmes tous quatre, les uns sur les autres, nos bras et nos
cuisses entrelacés, tenant chacun le cher objet de tous nos
voeux et le divin moteur de nos plaisirs.

Après une bonne heure de sommeil, Rose, éveillée par un songe
voluptueux, nous tira bientôt de l'espèce de léthargie où nous
étions plongés. Nos caresses et nos baisers recommencèrent;
mais, loin de nous précipiter, nous badinions avec nos désirs
pour en allonger la durée, en multipliant la jouissance, en
retardant l'approche du plaisir: nous allions jusqu'à lui,
nous le repoussions, il nous poursuivait. Rose l'avait déjà
saisi deux ou trois fois; à notre tour il nous atteignit
aussi: il n'est pas sûr de jouer avec lui. Il fut enfin
victorieux, et nous terminâmes cette journée par un cinquième
acte dont Rose fut l'héroïne.

Couché sur mon papa qui l'enfilait par le grand chemin, Vernol
se présentait à la porte de derrière. J'avais pris l'attitude
qu'elle avait tenue; je mis tout en place et je lui rendais
les mêmes services que j'en avais reçus, pendant que mon papa
me prodiguait des caresses semblables; mais, par un nouveau
badinage, Vernol changeait de temps en temps de route: il
quittait celle où je l'avais conduit pour aller s'accoler avec
mon papa dans le chemin qu'il occupait. Rose trouvait
admirable de les avoir ensemble: il était heureux pour elle
que la même voie pût se prêter à deux de front; mais, au
dernier moment, Vernol reprit le sentier où je l'avais guidé
et qu'il avait occupé d'abord.

Elle trouva ce dénouement divin et supérieur à tout ce qu'elle
avait éprouvé jusqu'alors; aussi s'écria-t-elle, dans son
enthousiasme:

-- Que je serais heureuse, et que la mort me serait douce si je
perdais la vie dans un moment si délicieux!

Nous rîmes de son idée, et nous la trouvâmes bien analogue à
son tempérament et à sa façon de penser.

Avant de reprendre nos vêtements, mon père découvrit de
nouveau le bassin; je fus enchantée de ce soin; je m'y
plongeai dans l'instant, ils m'y suivirent aussitôt. Je
retirai l'éponge et j'introduisis de l'eau dans le lieu
qu'elle avait occupé. Cette première ablution faite, nous la
renouvelâmes et nous y rimes couler une essence qui nous
embaumait. Ce second bain porta le calme et la fraîcheur dans
tous nos sens. L'heure s'avançait, nous nous hâtâmes d'en
sortir.

Après nous être rhabillés, nous rimes encore quelques tours
dans les jardins. Enfin, nous remontâmes en voiture sur les
huit heures, et nous rentrâmes en ville une heure après.

Depuis ce jour, et dans les premiers temps qui le suivirent,
Rose ne cessait de me presser de répéter cette scène.

Je m'y prêtai d'abord. Peu après je ne me rendais que par
complaisance pour elle qui, sur la fin, en était seule le
coryphée. Enfin, elle me devint insipide, je l'aurais trouvée
même à charge si mon papa n'eût été de la partie. Cette
dégradation ne lui avait point échappé, il en fut enchanté.

Mon ivresse pour Vernol, que mes yeux et mes sens avaient
seuls produite et où le coeur n'avait point de part, se
dissipait tous les jours: soustraction faite de sa figure et
de sa douceur, on ne trouvait plus rien en lui; elle
s'éteignit totalement et ne me laissa que des regrets; je
revins tout entière au penchant de mon coeur et à mon
attachement qui, loin de diminuer, avait pris de nouvelles
forces. Je regardais mon père comme un homme extraordinaire,
unique, un vrai philosophe au-dessus de tout, mais en même
temps aimable et fait pour toucher réellement un coeur; je
l'aimais, je l'adorais. Ah! chère Eugénie, ce sont les
qualités de l'âme qui, seules, nous fixent, nous enchaînent
indépendamment des sens et coupent les ailes de notre
inconstance naturelle. Les hommes qui réfléchissent n'y
résistent point quand ils les rencontrent, et toute leur
infidélité leur cède: enfin, j'étais le seul objet de sa
tendre affection, comme il l'était de celle de mon coeur. Les
événements qui suivirent achevèrent d'anéantir ces liaisons
que j'avais déjà commencé de rompre.

Une aventure où Rose brisa plusieurs lances avec trop
d'effronterie et d'imprudence acheva de m'aliéner d'elle et de
Vernol, lorsqu'ils m'en eurent fait un détail que je sus tirer
d'eux. Je fus convaincue que la délicatesse des sentiments
n'habitait point leurs coeurs, et qu'ils n'avaient l'un et
l'autre que ceux de la passion la plus effrénée et la plus
indiscrète. Cette manière d'être et de penser n'étant point
uniforme avec la mienne, je fus entièrement décidée sur leur
compte.

Je t'ai déjà dit que je ne les voyais plus aussi souvent, ce
qui les engageait à chercher de leur côté tous les amusements
qu'ils pouvaient se procurer: la promenade en faisait partie.
Vernol, conduisant un jour Rose dans un jardin public,
rencontra quatre de ses camarades de collège, dont le plus âgé
avait à peine vingt ans. Reconnaissance, essor de joie,
embrassades, questions multipliées: d'où viens-tu?

Que fais-tu? Où vas-tu? Quelle est cette belle? La réponse à
la dernière demande donna lieu à nos jeunes gens de faire des
révérences et des compliments qui, sûrement, ne déplaisaient
point à Rose. Satisfaits sur les autres points, ils se
déterminèrent à engager Vernol d'être de leur partie.

Il était question d'aller hors de la ville se régaler d'une
collation dans quelque endroit commode; ils n'essuyèrent point
de refus de la part de Vernol, et encore moins de Rose: ils
partent.

Dans les premiers transports de joie, nos jeunes gens avaient
oublié les conventions qu'ils avaient prises ensemble, mais le
plus âgé, en même temps le plus rusé par ce que tu vas voir
ensuite, ne les avait pas perdues de vue. Il tenait Rose avec
un autre sous les bras, les petits propos, les cajoleries, les
expressions énigmatiques, allaient leur train. On était encore
dans la belle saison; on marchait assez vite. En arrivant, on
monte dans une chambre; Rose avait chaud, elle se jeta sur un
lit, découvrit sa gorge, et laissait pencher une jambe qu'elle
savait avoir bien faite; aussi en reçut-elle des éloges qui
l'enivraient. On fit apporter mets, vins et liqueurs de
diverses sortes; les têtes commencèrent à s'échauffer: Rose
sablait, tous en faisaient autant. Dans cette disposition, les
propos, les chansons s'égayèrent, la liberté s'en mêla, les
baisers trottaient; le feu prit, et l'incendie se communiqua.
Le plus âgé, plus hardi et plus expérimenté que les autres,
prit Vernol dans une embrasure et lui fit part des conventions
qu'ils avaient faites avant de partir. Vernol ne put
s'empêcher d'en rire de tout son coeur. Rose, curieuse à son
ordinaire, voulut absolument savoir ce qui lui en donnait
lieu: elle l'appela, le pressa; il ne fit pas de difficulté de
lui raconter que ses camarades étaient convenus entre eux,
avant de les avoir rencontrés, que celui des quatre qui aurait
le vit le plus petit paierait pour tous la bonne chère, et que
celui qui l'aurait le plus gros ferait présent de ce qui
serait bu.

Dans les transports, les éclats de rire et les élans que ce
récit fit faire à Rose, elle s'agita de façon, en levant une
jambe, qu'elle fît voir presque tout ce qu'elle avait de
caché, et, dans ce premier mouvement, elle s'écria:

-- Qui donc en sera le juge?

-- Vous-même, lui dit le plus effronté, croyant bien que Vernol
lui avait rendu compte de ce qu'il avait appris.

Rose, animée par le vin et par une idée aussi flatteuse pour
elle, répondit que, certainement, elle serait le meilleur juge
et plus en état d'en décider qu'aucun d'eux. De ce moment, on
ne se gêna plus; les expressions les plus hardies,
accompagnées de vin et mêlées de caresses, passaient de bouche
en bouche. Rose, comme un vaillant champion, tenait tête à
tous; mais elle se préparait d'autres assauts qui
l'intéressaient davantage et, voulant en venir au plus tôt à
des effets où elle trouvait plus de solidité, elle appela
Vernol et, lui passant un bras autour du cou, elle pencha sa
tête sur ses tétons qu'elle lui faisait baiser puis, coulant
sa main plus bas, elle s'empara de son vit; lui, de son côté,
glissant la sienne sous ses jupes se saisit de son con. Ses
jupes à demi soulevées ne laissaient rien apercevoir encore,
mais, relevant un genou, elle facilita la découverte de ce
centre du plaisir. Cette vue les anima de telle sorte qu'ils
l'entourèrent, l'un lui prenant une fesse, l'autre une cuisse,
un autre les tétons, chacun en tenait un morceau. Rose,
faisant relever Vernol, leur demanda, en leur montrant son vit
qu'elle tenait, s'ils pouvaient lui faire voir quelque chose
de pareil. Chacun mit aussitôt les armes à la main: elle eut
alors le spectacle enchanteur à ses yeux de voir à la fois
cinq vits bandés, fiers et menaçants, qui lui proposaient le
combat quoique certains d'être vaincus.

Rose, aussitôt se relevant et s'asseyant sur le lit, les
genoux relevés et écartés, le lieu de la joute totalement à
découvert et présentant la bague:

-- Je pourrais, dit-elle, décider la question au coup d'oeil;
mais puisque je dois juger je veux y procéder avec tout le
scrupule possible, et même y joindre, s'il le faut, une mesure
qui m'est propre. Cependant commençons.

Elle les fit ranger tous cinq en leur faisant mettre toutes
pièces à découvert et, prenant son lacet, elle les mesura avec
la plus grande exactitude, tant en longueur qu'en grosseur,
soupesant même avec attention leurs dépendances.

Le maniement de tous ces vits fit une telle impression sur
elle que, se laissant aller sur le dos et donnant deux ou
trois coups de cul, elle leur fit connaître qu'elle
déchargeait.

Tous voulaient, dans cet instant, monter sur elle, mais elle
les arrêta:

-- Je veux avant, dit-elle, prononcer mon jugement.

Le plus âgé fut tenu de payer les vins et les liqueurs; Vernol
aurait été chargé du restant s'il n'eût été par tous exempté
des obligations de la convention dont il n'était pas. Ce fut
au second, presque du même âge que le premier, que cette
chance tomba, n'étant guère mieux fourni que Vernol. Il était
d'une figure agréable, et Rose, pour dissiper le chagrin qu'il
témoignait, lui promit qu'il serait le premier à passer aux
épreuves. Elle les désirait avec passion: tous ces vits,
toutes ces couilles l'avaient mise en fureur. Ils la prièrent
de les y admettre; elle ne se fit pas presser et, se
renversant sur le lit, elle tendit la main à celui auquel elle
l'avait promis, qui, sautant sur elle, enfonça sur-le-champ
son dard dans l'anneau qu'elle présentait; Vernol le suivit et
les trois autres à leur tour selon la gradation qu'elle avait
observée. Rose, enchantée, arrosée de foutre, nageait dans le
plaisir: sans cesse déchargeant, à peine avait-elle le temps
de respirer; l'un n'avait pas plus tôt quitté la place que
l'autre aussitôt y rentrait.

Enfin, il fallut se reposer un moment. On était fort échauffé:
boire, rire et caresser remplirent les entractes.

Rose était toute livrée aux baisers et aux mains fourrageuses
de ces cinq fouteurs. Ils ne purent la souffrir plus longtemps
couverte du moindre voile; bientôt elle fut mise dans l'état
où étaient les trois déesses au jugement de Pâris.

Tous, jeunes et vigoureux, ne la virent pas plus tôt ainsi que
leurs désirs se montrèrent plus furieux. Rose aurait cédé
volontiers la ceinture de Vénus pour une guirlande de cons
afin de les recevoir tous à la fois, à moins que cette
ceinture de la mère des Amours ne fût de cette espèce.

Mais, n'en pouvant avoir que deux, elle changea la scène en
faisant mettre le plus gros et le plus long couché sur le lit,
la tête au pied; elle se mit sur lui, les tétons appuyés sur
sa bouche; le moins avantagé se mit sur elle entre leurs
cuisses; chacun prit la route qui lui était présentée; de
chaque main, elle tenait le vit des deux autres, et réserva
Vernol, dont elle prit le hochet entre les lèvres, qu'elle
chatouillait et suçait du bout de sa langue.

Enfin Rose, au milieu du foutre qui ruisselait de toutes
parts, demeura victorieuse après qu'ils se furent présentés
entre eux vingt-deux fois au combat, qu'elle eut arrosé
trente-neuf fois par elle-même le champ de bataille. Elle
était excédée mais ivre de plaisir.

Je la vis le lendemain; je la trouvai mourante, les yeux
languissants et abattus. Surprise de la trouver dans cet état,
je la questionnai avec adresse, et je la pressai tant qu'elle
et Vernol me firent enfin l'aveu de cette orgie.

Je ne me mêlai pas de leur donner des conseils, je voyais trop
combien ils seraient inutiles; je ne daignai pas même les
blâmer. Aussi je ne mets pas en doute qu'elle ne l'ait
renouvelée aussitôt qu'elle l'a pu; mais je ne me mis plus à
même de l'apprendre, et de ce jour je ne les vis plus.

Rose, livrée sans frein à la passion furieuse dont elle
faisait l'idole de son bonheur, à la fin y succomba. Ses
règles n'avaient point paru; elle ne fut pas longtemps sans
essuyer un épuisement total, suivi de vapeurs affreuses. Sa
vue s'en ressentit, elle ne ressemblait plus qu'à une ombre
ambulante. Sa gaieté fut totalement perdue et un
dépérissement, produit par une fièvre lente, la conduisit
enfin au tombeau.

Vernol, qu'elle avait jeté dans le même excès, fut saisi d'une
fièvre putride dont il eut beaucoup de peine à revenir, et,
peu de mois après son rétablissement, la petite vérole lui fit
essuyer des ravages qui le défigurèrent totalement. Il fut
encore très mal et ne fit que languir depuis.

Mon père avait prévu tous ces événements; nous nous
entretenions souvent sur ce sujet. Je sentis mieux que jamais
le prix de ses soins, et mon coeur avait peine à soutenir les
épanouissements qu'il ressentait pour lui.

Nous nous ménageâmes de plus en plus: plus tendres, plus
voluptueux et délicats que passionnés, nous passions souvent
des nuits dans les bras l'un de l'autre, sans autre plaisir
que celui d'y être, accompagné de douces caresses.

Quelquefois, rappelant à ma mémoire ce qui s'était passé, le
souvenir m'en donnait un vrai chagrin; et dans une de ces
nuits heureuses où mon coeur plein de lui jouissait de toute
sa félicité, il m'échappa de le lui faire connaître: j'en
versais des larmes.

-- Qu'as-tu donc, ma chère Laurette? Pourquoi répands-tu des
pleurs? Tes joues viennent d'en mouiller les miennes.

-- Ah! cher papa, vous ne devez plus m'aimer, vous ne pouvez
plus estimer votre fille. Je ne peux concevoir comment,
dépendante de vous et de vos volontés, vous avez pu vous
prêter aux écarts et aux extravagances d'une imagination
fascinée, et permettre que je m'y livre.


(Discours du père)


-- Es-tu folle, ma chère enfant? Crois-tu que je fasse dépendre
mon estime et mon amitié des préjugés reçus?

Qu'importe qu'une femme ait été dans les bras d'un autre amant
si les qualités de son coeur, si l'égalité de son humeur, la
douceur de son caractère, les agréments de son esprit et les
grâces de sa personne n'en sont point altérés, et si elle est
encore susceptible d'un tendre attachement?

Crois-tu qu'elle ait moins de prix qu'une veuve, à mérite
égal, sur qui l'on aura jeté quelques gouttes d'eau et
marmotté des paroles pour lui permettre de coucher avec un
homme au su de tout le monde, et d'en promener les fruits avec
ostentation? Dis-moi, n'en a-t-elle pas plus que tant de
veuves, et même de prétendues filles dont le mérite est
inférieur? Les femmes sont-elles donc comme les chevaux,
auxquels on ne met de prix qu'à proportion qu'ils sont neufs?
Ecoute mes principes, ma chère fille, je serai satisfait s'ils
peuvent te tranquilliser et te persuader que je t'aime aussi
tendrement et que je ne t'estime pas moins qu'auparavant."
Rien ne me surprend si peu que de voir faire une infidélité,
quoiqu'on ait le coeur rempli d'une affection bien tendre pour
un objet qu'on chérit uniquement; j'en suis un exemple pour
toi. Je t'aime, ma Laurette, et mon amour est né presque avec
toi; je peux même assurer que tu avais à peine sept ans que je
n'aimais uniquement que toi; tu remplis entièrement mon coeur.
T'en ai-je moins fait infidélité avec Lucette, avec Rose et
même avec Vernol? Crois-moi, cette action, qui tient à la
constitution de nos organes, est trop naturelle pour n'être
pas pardonnable, tandis que l'inconstance, qui provient du
sentiment, ne me le paraît pas lorsque l'objet auquel nous
sommes engagés par les liens de l'estime, de la bonne foi, de
la reconnaissance, et par son attachement, ne nous en donne
pas lieu. Encore faut-il des sujets très graves pour autoriser
un dégagement entier: comme la méchanceté du coeur, l'aigreur
dans le caractère et l'emportement journalier dans une humeur
récalcitrante. Mais j'ai supposé un choix heureux: alors
l'inconstance, suivant moi, décèle un coeur léger, ingrat,
perfide et mauvais; je n'en ferais jamais un ami. Tout homme
capable de perfidie et d'inconstance pour une femme qui a de
la délicatesse dans les sentiments, et un esprit agréable et
cultivé, qui s'est livrée à lui et à sa discrétion, est
toujours perfide et inconstant pour son ami.

Mais l'infidélité passagère ne démontre qu'un tempérament
susceptible d'irritation, que souvent le besoin, l'occasion,
ou même des circonstances imprévues auxquelles on ne peut se
refuser, engagent à satisfaire.

"Nous sommes composés de contradictions apparentes, la volonté
n'est souvent pas d'accord avec nos actions parce qu'elles ne
dépendent pas d'elle; souvent nous ressentons des impulsions
qui conduisent à des résultats qui paraissent contradictoires,
quoiqu'ils partent cependant de la même source; et celui qui a
reconnu un sixième sens dans le centre de nos individus en
connaissait bien la nature. En effet, dépend-il de notre
volonté de le faire agir ou non? Il n'est point soumis à ses
lois. Tout en nous, au contraire, l'est à notre organisation
et à la fermentation des liqueurs qui la mettent en mouvement.
Rien ne peut s'y opposer, ni les changer, que le temps seul
qui détruit tout. C'est à cet ensemble, qui compose chaque
être différent, que se rapportent les variétés qu'on y
découvre, et c'est encore du sort donné à chacun d'eux qu'ils
tiennent cet ensemble, qui s'y rapporte avec une liaison
parfaite.

"Nos sens éprouvent, dans l'union des sexes, des impressions
dont nous ne sommes pas les maîtres. Tel objet frappe, séduit,
inspire des désirs aux uns, qui ne produit rien sur les
autres, quoique réellement agréable: j'en ai vu bien des
exemples. Sommes-nous affectés par un objet?

Tout nous y traîne ou nous y porte; quelquefois nous haïssons
son humeur et son caractère, cependant il fait naître en nous
l'idée d'un plaisir vif, nous en sentons l'effet; le sixième
sens s'élève, nous désirons, nous voulons en jouir à quelque
prix que ce soit, sans avoir le dessein de nous y attacher, et
souvent on le fuit après l'avoir possédé. En un mot,
attachements solides, goûts passagers, tout est dans le cercle
que nous avons à parcourir. Si nous trouvons de la résistance
à nos poursuites, l'amour-propre vient se mêler de
l'entreprise, et l'on emploie plus de souplesses et de moyens
réunis pour vaincre cette résistance que pour attaquer ceux
qu'on estime et qu'on chérit le plus. Enfin, la volupté,
l'ambition et l'avarice, passions qui, du plus au moins,
mènent et maîtrisent tous les hommes pendant leur vie, nous
déterminent et nous entraînent nécessairement dans un
enchaînement de circonstances qui forment le tissu dont notre
existence est enveloppée. Et fais-y bien attention, ma Laure,
ces trois mobiles, qu'on pare souvent de voiles brillants et
de noms adoucis, sont les seuls qui mettent en mouvement les
humains et qui les gouvernent: tels individus par un, par
deux, tels autres par tous les trois ensemble, suivant la
marche qui leur est tracée et la carrière qu'ils ont à
parcourir.

"Si l'on a reçu de la nature et du rôle qu'on doit faire un
coeur susceptible d'une passion forte et durable, d'un
attachement tendre et délicat, c'est l'analogie des humeurs et
des caractères qui les approche et les unit. L'idée du plaisir
est plus éloignée; on en est moins affecté que de l'intimité
d'une union remplie de douceurs et d'agréments, qui allie les
esprits et les goûts. On est méprisable de relâcher, par sa
faute, des liens de fleurs que vivifie et entretient
l'aménité; aussi ces chaînes sont-elles bien difficiles à
rompre, et cette modification dans les individus a des
influences bien plus déterminées. On y mêle, il est vrai, les
sensations du plaisir; mais leur genre a quelque chose de
différent. Il est un âge où tout ce que je te dis, ma chère
Laurette, paraît une fable; cependant il est puisé dans la
nature.

"Arrive enfin, à pas plus ou moins lents, l'habitude qui, sans
éteindre les sentiments, sans détruire ces liens aimables,
émousse néanmoins cette pointe de volupté, amortit cette
vivacité de désirs qu'un nouvel objet fait renaître; désirs
qui semblent ajouter à notre existence et faire mieux sentir
le prix et les charmes de la vie dont on jouit; mais on n'en
est pas moins fixé: si l'on peut avoir assez de raison et de
fermeté pour sacrifier une fantaisie, un caprice, un écart
momentané qui pourrait détruire l'accord d'une union intime,
il n'y a pas à balancer; mais la jalousie qui vient y jeter
ses serpents ne la détruit-elle pas plus encore que cette
infidélité passagère? Et n'est-il pas nécessaire que, de part
et d'autre, on sache se prêter sans humeur et sans
tracasseries aux lois imposées par la nature, dont la
puissance est invincible? Ecoutons sa voix, elle parle
partout: ne fermons point nos yeux, ne bouchons point nos
oreilles et notre entendement à ce qu'elle prononce et
démontre; elle annonce en tout la variété, et même que tout
finit. Pourquoi se plaindre d'une loi qui ne peut être éludée,
à laquelle nous sommes absolument soumis, et aussi despotique
que celle de la destruction qui anéantit la modification de
notre être? L'amour-propre et ce fatal égoïsme nous y font
résister. Eh bien! qu'on ne la seconde pas, cette loi, elle
n'en a pas besoin; mais qu'on détourne la vue sans aigreur.

"Beaucoup de nations, plus près de ses principes, moins
écartées de ses impressions primitives, en suivent bien mieux
l'impulsion que nous qui, à force de polissure, sommes si
éloignés de ses premières notions.

"Jette les yeux, ma chère Laure, sur toutes les espèces
d'animaux répandus sur notre globe: voit-on les femelles
enchaînées aux mâles qu'elles ont eus l'année précédente?

La tourterelle, dont on fait une peinture qui n'est si
touchante que parce qu'elle éveille et pique notre amour
propre, ne reste dans le même ménage que jusqu'au temps où sa
famille n'a plus besoin d'elle; souvent le même été la voit
choisir un nouveau favori. Cherche d'autres exemples, ils sont
tous pareils. Consultons la nature, quels ont été son but et
ses desseins? La reproduction des êtres; et elle n'a imprimé
tant de plaisir dans l'union des sexes que pour y parvenir
d'une manière agréable et, par conséquent, plus sûre. Le
plaisir est même si dominant dans notre espèce que, souvent,
il nous fait agir malgré nous. Si je me suis détourné de ce
but avec toi, nos coutumes et nos préjugés m'en ont imposé
l'obligation absolue; mais ce dessein est si marqué qu'un
homme bien constitué peut, en jouissant de plusieurs femmes
fécondes, se reproduire autant de fois qu'il en aura connu.
Si, dans ces deux sexes, on trouve des individus qui ne
répondent pas à ses vues, c'est une erreur passagère de
constitution qui ne détruit pas les lois générales.

"J'avoue que cette faveur faite aux hommes ne rejaillit pas
sur les femmes; elles ne peuvent ordinairement produire qu'un
seul être; plusieurs hommes n'en feraient pas éclore
davantage, et, souvent même, un mélange trop prompt détruirait
le germe fructifiant s'il n'avait pas été bien fixé; sans
compter encore les fâcheux effets qui résulteraient d'un
mélange diversifié et très prochainement successif. Cependant,
si le premier germe avait pris de profondes racines, et qu'à
quelque temps le même homme ou un autre anime et vivifie un
nouveau germe, elles peuvent produire un second fruit, et même
un troisième; mais ces cas ne sont pas dans le cours commun de
la nature pour notre espèce.

"Si cette nature a comblé les hommes de faveurs, elle n'a pas
été tout à fait injuste ni marâtre avec elles: les femmes
portent un vide qu'une nécessité perpétuelle, un appétit
indépendant d'elles les porte à remplir. Si l'un ne le peut ou
ne le veut pas, un sentiment plus fort qu'elles et que tous
leurs préjugés en appelle un autre; mais le choix dépend de
leur goût. En effet, pourquoi vouloir absolument qu'elles
souffrent les approches et les caresses de tel objet qu'elles
abhorrent? Que peut produire une union qu'elles détestent et
qui les révolte? Rien, ou des avortons qu'elles ont en
horreur. Combien en voit-on d'exemples? C'est dans de
pareilles conjonctures, qui ne sont que trop multipliées, que
le secours d'une désunion entière serait bien nécessaire.
Elles tiennent de leur existence et de leur constitution le
droit de choisir, et même de changer si elles se sont
trompées. Eh! qui ne se trompe pas? Enfin, c'est ce droit né
avec elles qui les rend plus inconstantes que les hommes, qui
tiennent des lois générales d'être plus infidèles.

"S'il est en elles, par la constitution de leur sexe, un degré
de volupté plus grand, un plaisir plus vif ou plus durable que
dans le nôtre, qui les dédommage en quelque sorte des
accidents et des peines auxquels elles sont soumises, quelle
injustice de leur en faire un crime! leur tempérament dépend-il
d'elles? De qui l'ont-elles reçu? Leur imagination, plus
aisément frappée et plus vivement affectée en raison de la
délicatesse et de la sensibilité de leurs organes, leur
curiosité excessive et ce tempérament animé leur présentent
des images qui les émeuvent violemment, et qui les obligent de
succomber d'autant plus aisément que le moment présent est, en
général, ce qui les remue avec le plus d'énergie.

"Ecartons donc la contrainte produite par la jalousie,
enfantée par l'amour-propre et l'égoïsme; elles reviendront
bientôt d'elles-mêmes et sauront, mieux que les hommes,
connaître leurs pertes. Il se trouvera, sans doute, des
exceptions, mais où n'y en a-t-il point? D'ailleurs,
mériteront-elles des regrets? Apprenons donc à nous prêter à
leur essence, rendons plus léger le joug qui leur est imposé,
chargeons de fleurs les liens dans lesquels elles sont
engagées, pour captiver leur esprit, subjuguer leur coeur et
fixer l'inconstance qu'elles ont reçue de la nature. Passons-leur
une infidélité, s'il est nécessaire, pour ne point les
aliéner, ce qui arriverait bientôt, sans doute, si les chaînes
leur paraissaient trop pesantes et trop resserrées; sans cela,
cette belle moitié du genre humain serait trop malheureuse.
Mais ce qu'il y a de singulier c'est que, si ces principes ne
sont point autorisés, ils n'en sont pas souvent moins suivis
en beaucoup de parties et dans bien des climats.

-- Mais, cher papa, si les femmes n'ont pas reçu, comme les
hommes, un droit à l'infidélité, pourquoi voit-on un nombre
d'entre elles qui, non seulement s'arrogent une telle
prétention, mais encore qui la portent beaucoup plus loin
puisqu'elles la poussent jusqu'à la publicité? Il faut donc
que ce penchant tienne autant à la constitution de notre sexe
qu'à celle du tien.

-- Erreur, ma fille: dans ton sexe, c'est un écart excessif des
lois générales de la nature, dans lequel les individus sont
portés ou entraînés par un assemblage de circonstances où il
entre souvent de la nécessité, où, souvent aussi, le penchant
n'entre pour rien et dans lequel la plus grande partie ne
reste que par les mêmes circonstances dont la chaîne se
perpétue, ou par fainéantise, habitude, gourmandise, mépris
d'elles-mêmes, et tant d'autres raisons que je ne peux te
détailler. Tu vas voir, par les effets qui en résultent, que
la nature même s'y oppose fortement puisque cet écart, poussé
jusqu'à son dernier période, emporte avec lui des malheurs,
des maux affreux, des suites fâcheuses et tout ce qu'on peut
imaginer de plus funeste. Effets qui ne sont point produits
par l'infidélité des hommes qui ne voient point de femmes
publiques.

"Je dois, en premier lieu, te faire une comparaison qui te
rendra plus sensibles et plus claires ces lois générales de la
nature. Que, dans vingt vases différents, on verse une même
liqueur, qu'on la survide dans le vaisseau d'où elle est
sortie, elle ne change point de nature, elle sera tout au plus
affaiblie par la transvasion si elle est spiritueuse. Mais
que, dans un même vase, on verse vingt liqueurs différentes et
hétérogènes, il s'établit une fermentation qui change la
combinaison naturelle de ces liqueurs; qu'on vide ce vase sans
le rincer ni l'essuyer, les parois, infectées de la liqueur
fermentée, suffiront pour insinuer un levain qui changera
l'essence d'une seule des vingt qu'on remettrait dedans; ou
qu'on prenne une goutte de cet assemblage fermenté, et qu'on
la mette dans le vaisseau qui en contient une seule, l'effet
en sera le même.

"De cet exemple, voici les conséquences: qu'un homme sain se
joigne à plusieurs femmes, il ne peut en résulter aucun mal;
c'est la même liqueur versée dans plusieurs vases. Mais qu'une
femme, fût-elle même très saine, s'unisse à plusieurs hommes
coup sur coup qui ne seraient pas infectés, cette diversité de
semence produira, par la fermentation aidée et accélérée par
la chaleur du lieu, les effets les plus dangereux.

"Qu'une fille, une femme jeune, jolie, libre et indépendante,
mais de la lie du peuple et, par conséquent, sans éducation,
sans soin, sans propreté, sans précaution, se trouve
abandonnée à là publicité, soit par son propre besoin, soit
par celui de vieilles coquines qui, fondant sur ses appas
leurs avantages, la dirigent et l'entraînent dans cette
affreuse conduite, soit par les suites d'un engagement où la
séduction des hommes l'aura jetée, soit enfin par tempérament
ou libertinage de caractère, reçoive plusieurs hommes en un
jour et presque à la suite l'un de l'autre, il est constant
qu'elle ne tardera pas à être infectée: ce sont différentes
liqueurs versées dans un même vase; elle peut même être
sujette à des fleurs blanches très âcres, à des reliquats de
règles de mauvaise qualité, à des ulcères de matrice. Les
semences de ces différents hommes, qui sont hétérogènes, soit
par la diversité du tempérament des individus, soit par la
prodigieuse différence qui se trouve dans l'état de leur
santé, - tels que ceux qui ont des maladies cutanées qui les
rendent encore plus âpres auprès des femmes, tels encore que
ceux qui ont des maladies habituelles qui n'ôtent point la
puissance génératrice, et autres de cette espèce -, mêlées les
unes avec les autres dans le même lieu, où déjà se trouve
quelquefois en lui-même une liqueur viciée ou tout au moins en
disposition de l'être, ces semences fermentent avec plus
d'aisance et de promptitude par la chaleur, s'aigrissent, se
tournent en acide et deviennent un poison d'autant plus subtil
que la matière qui l'a produit l'est elle-même; ce qui prouve
que les femmes ne sont point faites pour être infidèles, et
encore moins pour la prostitution.

"D'après ce résumé, qui tient à la saine physique, à la raison
et à l'expérience, il est certain que, du moment où il s'est
trouvé des femmes livrées à cet abandon général, la contagion
a dû se développer dans les sources de la vie.

Ce qui n'est malheureusement que trop général, et, de la plus
vile populace où elle a probablement commencé, elle est montée
jusques aux grands.

"Mais puisqu'elle existe en action ou en puissance, il est
sans doute nécessaire que des hommes éclairés, remplis de
connaissances appuyées d'une longue expérience, cherchent tous
les moyens de l'arrêter dans son principe, et les communiquent
lorsqu'ils les ont trouvés. Il y en a, ma chère Laure, de ces
hommes bienfaisants qui, sans redouter le blâme et les cris
des sots, sont utiles, non seulement à leurs contemporains
mais encore à la postérité, en découvrant sans fard et sans
déguisement tout ce qu'ils ont acquis pour prévenir et parer
aux accidents qui résultent de la prostitution des femmes.

"C'est encore ici, ma Laurette, un des avantages de l'éponge.
Mais elle ne suffit pas seule; il s'agit de l'imbiber avant
d'une liqueur où se trouve répandu un sel dont la ténuité est
infinie, qui, par ses préparations étant un alcali puissant,
s'unit avec précipitation aux sels acides de la liqueur
viciée, absorbe dans l'instant leur action, en détruit la
nature, les réduit au moment même en sels neutres et préserve
par conséquent de contagion dans l'union des sexes dont l'un
ou l'autre serait infecté.

"Qu'une femme trempe l'éponge dans cette eau composée, qu'elle
se l'introduise, elle peut sans risque s'unir de suite à
plusieurs hommes; elle peut même recevoir un homme malsain;
ou, dans le cas de la contagion, ayant soin, pour plus de
sûreté, de la retirer avec son petit cordon aussitôt qu'il est
dehors, de se laver et de s'injecter de la même eau, ou bien
de remettre à chaque fois une éponge imbibée de la même
composition; on peut ensuite laver ces éponges dans une
quantité assez étendue d'eau simple, et s'en servir de nouveau
en les retrempant dans l'eau composée.

"Si c'est un homme sain qui se joint à une femme qui ne l'est
pas, il peut de même lui introduire cette éponge trempée de
cette composition, ayant attention, quand il sera dehors, de
tremper le membre décalotté dans cette eau qu'on aura soin de
mettre dans un vase de verre, de faïence ou de porcelaine. Et,
pour plus de sûreté, il en fera couler par injection dans le
canal, avec une petite seringue d'ivoire, et non de métal.
S'il était d'une sensation très délicate dans cette partie,
cette eau composée serait coupée par moitié avec de l'eau de
rose ou de plantain. Je ne te dis rien, ma chère Laure, dont
je ne sois très assuré par nombre d'expériences.

"Je pourrais, ma chère Laure, t'apporter encore nombre
d'autres raisons pour te prouver que la nature n'a pas donné
le même droit aux femmes pour être infidèles; mais il est
constant qu'elle a mis dans leur coeur et dans leur manière
d'être plus d'inconstance que dans notre sexe. On est fort
heureux, quand un objet nous touche sensiblement, de ne pas
essuyer cet événement, et, dût-il nous en coûter quelque
chose, il faut savoir faire un petit sacrifice pour éviter une
perte totale."


(Fin du discours du père)


Dieux! chère Eugénie, qu'il lisait bien dans notre coeur! tu
l'avoueras sans doute avec moi. Il dégagea mon âme, par cet
exposé de ses sentiments, d'un poids qui la surchargeait; il
lui rendit sa tranquillité et la remplit d'une joie parfaite.
Je voulais cependant encore éclaircir un soupçon que nos
scènes de la campagne m'avaient donné, et je souhaitais qu'il
se vérifiât pour ôter tout retour aux regrets que j'avais
éprouvés; mais je n'eus pas lieu de tirer cet avantage de la
demande que je lui fis:

-- Je désire, cher papa, te faire une question sur laquelle je
te prie de me satisfaire sans déguisement.

-- Quoi donc? ma Laurette, pourrais-je en avoir pour toi, et te
donner cet indigne exemple après avoir cherché moi-même à te
rendre toujours sincère? Parle, la vérité dans ma bouche ne
sera pas même fardée.

-- Quand nous avons été la première fois à la campagne avec
Rose et Vernol, après t'avoir entendu dire à quelle condition
tu te prêtais à ma folie, je me suis persuadée que la vue des
grâces de ce beau garçon avait fait naître tes désirs comme il
avait excité les miens, et que, pour en jouir, tu avais
consenti de céder aux siens en exigeant cette obligation de
lui. Ma persuasion était-elle fondée?

-- Que tu t'es trompée, ma chère enfant! j'avais des désirs, il
est vrai, tu en voyais les signes certains. Eh! qui n'en
aurait pas eu? Mais les attraits et les charmes répandus sur
toute ta personne en étaient les principaux mobiles; la scène
y ajoutait, mais Vernol n'y était pour rien. Je t'avoue même
que le goût de beaucoup d'hommes pour leur sexe me paraît plus
que bizarre, quoiqu'il soit répandu chez toutes les nations de
la terre; outre qu'il viole les lois de la nature, il me
paraît extravagant, à moins qu'on ne se trouve dans une
disette absolue de femmes; alors la nécessité est la première
de toutes les lois. C'est ce qu'on voit dans les pensions,
dans les collèges, dans les vaisseaux, dans les pays où les
femmes sont renfermées; et ce qu'il y a de malheureux, ce
goût, une fois pris, est préféré. Je ne vois pas du même oeil
celui des femmes pour le leur; il ne me paraît pas
extraordinaire, il tient même plus à leur essence, tout les y
porte, quoiqu'il ne remplisse pas les vues générales; mais au
moins il ne les distrait pas ordinairement de leur penchant
pour les hommes. En effet, la contrainte presque générale où
elles se trouvent, la clôture sous laquelle on les tient, les
prisons dans lesquelles elles sont renfermées chez presque
toutes les nations, leur présentent l'idée illusoire du
bonheur et du plaisir entre les bras d'une autre femme qui
leur plaît; point de dangers à courir, point de jalousie à
essuyer de la part des hommes, point de médisance à éprouver,
une discrétion certaine, plus de beautés, de grâces, de
fraîcheur et de mignardises.

Que de raisons, chère enfant, pour les entraîner dans une
tendre passion vis-à-vis d'une femme! Il n'en est pas de même
à l'égard des hommes, rien ne les y porte; en général, ils ne
manquent point de femmes, le chemin qu'ils recherchent n'est
pas moins semé de dangers que celui qu'ils fuient dans les
femmes; enfin, il me paraît contraire à tout, et tu dois te
souvenir, que c'est l'unique fois que j'aie agi de même avec
Vernol. Si ce goût recherché me paraît plus que bizarre avec
les hommes, ne pense pas que je le regarde de même avec les
femmes: un homme mal fourni dans un vaste chemin est obligé de
chercher la voie étroite pour répandre, après, la rosée
bienfaisante dans le champ qu'il doit ensemencer. Mais il y a
plus: il existe des femmes qui ne peuvent être aimées que par
ce moyen, et, chez elles, l'entrée du sentier est presque
toujours exempt d'épines.

"Voici donc les raisons de ma conduite avec Vernol: mon amour
et ma complaisance, tous deux extrêmes pour toi, ma façon de
penser exempte de préjugés, le vif désir de te plaire de toute
façon et de posséder ton affection entière, enfin la
différence que je souhaitais que tu connusses entre les divers
sentiments des hommes (car tu as dû juger que la passion de
Vernol n'avait pour but que la jouissance), tous ces motifs
m'ont fait condescendre à des désirs que tu aurais pu
satisfaire à mon insu si j'avais pris d'autres moyens; désirs
enfin qui t'auraient engagée à me regarder, dans ton coeur,
comme un tyran jaloux si je m'y étais opposé, et j'aurais
perdu pour jamais ta tendresse et ce coeur dont seul je suis
jaloux; mais je ne voulais pas, en te souffrant entre les bras
de Vernol, qu'il s'autorisât de ma complaisance pour toi et
qu'il s'en fit un titre pour penser intérieurement, ou pour
parler, d'une manière désavantageuse. Je désirai qu'il ne pût
même, ainsi que Rose, songer au bonheur qu'il avait trouvé
dans tes bras sans se souvenir, en même temps, qu'il l'avait
payé de sa personne, et que cette réflexion fût un frein pour
ses idées et pour sa langue. Je le fis avec d'autant plus de
raison qu'en général, dans la jouissance des femmes, les
hommes ne sont guère prudents ni discrets. Pour ajouter encore
une preuve de ma franchise et de mes vues réelles, c'est que
Rose, de ce côté-là, n'a pas reçu de ma part une pareille
offrande, quoique cela soit plus naturel avec une femme, comme
je te l'ai déjà dit, et que même elle y gagne presque
toujours: mais elle ne m'était pas nécessaire; et malgré que
ce fût la première fois qu'elle en eût essayé, j'ai laissé ces
prémices à Vernol. Juge de là si tu t'es trompée.

Je pris mon papa dans mes bras, je le serrai contre mon coeur,
je le pressai contre mon sein, je l'étouffais:

-- Cher et tendre papa, je sens plus que jamais jusqu'où
s'étendent tes bontés et ton amour pour ta Laurette. Tous les
moments de mes jours seront désormais consacrés à te prouver
le mien. Mes soins, ma complaisance, mes plus secrètes pensées
dont je te ferai part, enfin la constance et la fidélité de ma
tendresse pour toi en seront des témoignages continuels et des
preuves certaines. Des baisers et des caresses sans nombre en
furent les gages.

Je jouissais avec lui, depuis près de quatre ans, d'une
tranquillité douce et charmante; j'en faisais toute ma
félicité: prévenante et prévenue, caressante et caressée, mes
jours étaient filés par le plaisir et le bonheur quand, au
bout de ce terme, il fut troublé par la mort de Lucette. Son
souvenir m'était toujours bien cher, il était le fruit de la
sincère amitié que nous avions l'une pour l'autre, en tout sa
conduite avait été guidée par la tendre affection qu'elle
avait pour mon père et pour moi. J'avais trop bien connu la
différence qu'il y avait entre elle et Rose et je mettais à
son attachement un tout autre prix. Mais la perte que je
faisais était un préparatif aux tourments et aux noirs
chagrins que je devais essuyer. Quel récit exiges-tu de moi,
chère Eugénie? Pourquoi renouveler ma douleur? Mon coeur se
déchire encore au souvenir de mon infortune; les mêmes
angoisses se font sentir avec une force pareille au moment de
ce détail. Non, je ne puis passer outre..."

Je reprends, trop chère amie, ce fatal et cruel récit que j'ai
été forcée de suspendre. Je n'étais plus à moi, mon coeur
était navré, ma main tremblante laissait tomber ma plume, les
sanglots m'étouffaient, mes yeux offusqués ne pouvaient
retenir l'abondance de larmes où tu m'as vue plongée, et que
ton amitié consolante aurait encore essuyée si j'avais été
près de toi. Enfin mon coeur, un peu dégagé, me rend la
liberté de retracer mon malheur à tes yeux.

Tu sais que j'étais dans ma vingtième année quand mon papa, le
plus tendre et le plus aimable des pères, et en même temps le
plus chéri, duquel j'aurais voulu racheter la vie de tout mon
sang et dont la perte est irréparable pour moi, fut emporté
par une fluxion de poitrine dont tout l'art des médecins ne
put le sauver. Je ne le quittais point, j'étais jour et nuit
près de son lit que j'arrosais de mes pleurs; je m'efforçais
de les cacher; ma bouche était collée sur ses mains. Ce
spectacle le pénétrait; il aurait voulu m'épargner celui de
son état, il tâchait de m'éloigner mais il ne fut pas possible
de m'y faire consentir: je n'écoutais rien, à peine pouvais-je
prêter un peu d'attention à quelques conseils qu'il me
donnait; car il sentait sa situation et la soutenait avec
fermeté. Enfin le coup me fut porté et je reçus sur mes lèvres
son dernier soupir. Ah! quelle perte pour moi, Eugénie! chère
Eugénie! mes yeux arrosent encore le papier sur lequel je
trace ce douloureux récit. Je lui étais mille fois plus
attachée que s'il eût été réellement mon père. Il m'avait fait
connaître le comte de Norval, aux plaisirs duquel je devais le
jour: je l'avais vu sans émotion et sans autre intérêt que
celui de la curiosité; mon coeur ne disait rien. Le désir
d'envisager celui qui avait contribué à mon existence était le
seul guide qui me conduisait. Où est donc, disais-je en
moi-même, cette voix intérieure qui nous porte vers ceux à qui
nous devons la vie?... Vains propos, chimères: notre coeur
parle, mais c'est pour ceux qui ont fait et préparé notre
bonheur.

Enfin, ma douleur sombre, le désespoir, le désordre de mes
facultés anéanties, le déchirement de mon coeur et mes regrets
amers avaient totalement éloigné de moi le repos et le
sommeil. L'embrasement se mit dans mes veines et je fus
moi-même très mal: je voulais mourir, mais mon heure n'était pas
venue, et ma jeunesse fut un des moyens dont le sort se servit
pour me sauver. Aussitôt que j'eus repris mes forces, je n'eus
d'autres pensées que de m'enterrer vive: j'avais tout perdu,
la vie m'était odieuse. Un couvent fut le seul but de mes
désirs: aurais-je jamais pu croire y trouver quelque
adoucissement à mes peines? Mon chagrin serait encore dans
toute sa force s'il n'avait été modéré dans tes bras. Souffre,
belle et tendre amie, que, pour ma propre satisfaction, je
peigne à tes yeux mêmes l'image des doux instants que j'ai
passés près de toi et où tu as versé un baume salutaire sur
les plaies de mon coeur. Ce penchant qu'on nomme sympathie,
cet intérêt qu'on prend aux infortunés par la similitude où
l'on peut se trouver avec eux, te fit concevoir de l'amitié
pour moi presque aussitôt que je fus dans ton couvent, où je
voulais me fixer et pleurer en liberté. Tu pénétras l'état de
mon coeur sans en connaître les motifs, tu vins essuyer mes
larmes, tu quittais ta cellule pour dissiper ma langueur. Ta
jeunesse, tes grâces, tes attraits et ton esprit donnaient du
poids à tes discours, mais tu t'apercevais aisément, le
lendemain, que la solitude de la nuit détruisait tous les
soins que tu avais pris pendant le jour. Tu parvins enfin à
partager mes ennuis et mon lit.

Que je fus surprise des trésors que ta guimpe et tes habits
recelaient! Cet instant ranima d'un sentiment vif le souvenir
de mes peines: tu vis couler mes pleurs, tu en fus étonnée, tu
voulais connaître la cause et découvrir un secret que tu as si
bien su m'enlever depuis.

Je ne tenais à rien, j'étais dans une inertie totale, à peine
aurais-je su que j'existais sans le sentiment de ma douleur.

Je concevais le besoin d'une amie, mais je n'espérais plus en
trouver une telle que je la désirais. Ce fut dans cet instant
que je sentis plus vivement combien Lucette me manquait, je ne
comptais pas pouvoir la remplacer, bien moins me flattais-je
d'en trouver une semblable sous le masque qui te couvre. Ton
caractère, ton humeur, ton âme vinrent sans déguisement se
montrer à moi et se joindre à ta figure charmante; j'en fis
quelque temps mon étude, et mes observations furent toutes en
ta faveur; enfin ton amitié et ta confiance établirent les
miennes. Tes confidences furent payées par celles que je te
fis alors, et je trouvai dans tes bras l'adoucissement que tu
cherchais à me procurer. Avec quelles satisfactions je me
rappelle encore cette nuit où tu me dis:

-- Aimable Laure, chère amie, j'ai lieu d'être persuadée que
tes chagrins sont cuisants; mais si je puis, en te faisant
part des miens, émousser le sentiment de ceux qui t'accablent,
j'aurai du moins le contentement que me donnera la diminution
de ta douleur.

Tu jugeais avec raison qu'observant une réserve exacte sur le
secret de mon coeur, je pouvais aussi garder le tien: tu ne te
trompais pas; il me semble encore t'entendre me dire:

-- Écoute, ma chère, j'aime, oui, j'aime aussi tendrement qu'on
puisse aimer, et j'ai le malheur cruel d'être couverte des
livrées religieuses. Des béguines emmiellées et trompeuses ont
entouré de murs et de grilles ma jeunesse sans expérience et
l'ont attirée dans leur cachot infernal. Mon ignorance, des
voeux, des préjugés sont mes tourments; les désirs, mes
bourreaux, et j'en suis la victime. La nuit, le sommeil est
loin de mes yeux, et les larmes s'en emparent; le jour, tout
me déplaît et m'ennuie; mon âme est absorbée: juge de mon
état. Libre comme tu es, tu peux au moins sans crainte livrer
à l'amant que tu chéris les appas que j'ai vus et que je
touche.

Ta main, que tu mis sur mon sein, me fit frissonner:

-- Ah! chère Eugénie, te dis-je avec transport, voilà le jour
de mon désespoir! je l'ai perdu cet amant que j'adorais, et la
mort me l'a ravi. Dieux! que n'est-il ici! mais c'est lui,
oui, c'est lui que je tiens.

Je te serrais dans mes bras, tu me faisais illusion. Hélas! le
détail de tes charmes, que je parcourus, me rendit à moi-même;
ce qui te manquait détruisit le prestige de mon imagination et
le fantôme qu'elle se créait. Cependant, tes attraits
répandirent sur ma langue tous les éloges que tu méritais si
bien. Ton sein, ta taille, tes fesses, tes cuisses, ta motte
et ta peau, tout en fut un sujet pour moi:

-- Quel plaisir! m'écriai-je, pour ton amant et pour toi s'il
te tenait dans ses bras comme je te serre dans les miens.

Tu désirais t'instruire, tu voulais savoir, tu balançais, tu
cherchais à m'interroger, et tu n'osais. Je te voyais venir.

Tu pris enfin la résolution de me demander si j'avais
connaissance de ces plaisirs et s'ils étaient si grands. Je te
l'avouai; je t'en fis une peinture qui t'enchantait sans
pouvoir les concevoir:

-- Il faut les éprouver, te dis-je. Quoi donc! à dix-sept ans
passés ne les pas connaître? Si tu veux, ma chère, je t'en
ferai goûter au moins ce qu'ils ont de plus vif.

Ta curiosité, tes désirs que mes caresses faisaient naître et
qui firent couler le feu de la volupté dans toutes les parties
de ton corps, t'y firent consentir. L'envie de te consoler à
mon tour, et de dissiper les ténèbres de ton ignorance,
suspendit mes peines. Tu te prêtas à mes leçons: j'écartai tes
cuisses, je caressai les lèvres de ton petit conin dont les
roses étaient à peine épanouies; je n'osai t'y enfoncer le
doigt, tu n'étais pas encore assez endoctrinée pour que tu
eusses regardé la première douleur comme propre à produire une
augmentation de plaisir. Bientôt je gagnai le trône de la
volupté, et ton charmant clitoris, que je caressai, te jeta
dans une extase dont tu pouvais à peine revenir:

-- Ah! Dieux! me dis-tu, ma chère Laurette, quelles suprêmes
délices!

Tu me pris à ton tour pour ton amant; j'étais couverte de tes
baisers; tes mains s'égarèrent sur tout mon corps: tu voulus
me rendre le service que tu venais de recevoir de moi, mais
mon coeur, encore trop serré, ne s'y prêtait pas et je retins
ta main. Je te repris bientôt dans mes bras et, renouvelant
mes caresses, je t'en appris davantage sur le premier instant
de jouissance. Tu étais animée, tu fus aisément persuadée.

-- Eh bien! me dis-tu avec cette charmante vivacité qui te va
si joliment, fais de moi ce que tu voudras.

Je repris ton petit conin, j'y enfonçai le doigt d'une main
tandis que je te branlais de l'autre. La douleur, mêlée au
plaisir, te le fit trouver encore plus délicieux: c'est moi,
chère et tendre amie, oui, c'est moi l'heureuse mortelle qui
ai cueilli ton pucelage, cette fleur si rare et si recherchée.

Plus libre avec toi, qui venais de connaître et sentir les
attraits de la volupté, je ne craignis plus de t'ouvrir mon
coeur en entier, de t'en faire parcourir toutes les routes et
de te raconter, en raccourci, ce que je retrace ici dans
toutes ces circonstances. Si le plaisir et ma main ont su te
dégager des entraves de l'ignorance et des préjugés qu'elle
enfante, combien n'ai-je pas eu de peine à te vaincre sur tous
les autres! La crainte de la grossesse ne te faisait plus
trembler, je t'en avais guérie par mon récit et ma propre
expérience. Ton amant me devait déjà tes premiers pas à son
bonheur et à ta jouissance:

-- Hélas! me disais-tu, la plupart des dogmes dont on a bercé
mon enfance jusqu'à présent, les voeux qu'on m'a dictés, cette
guimpe, ces grilles qui nous entourent, tout s'y oppose.

Mais ton amour, mes avis et mon assistance ont affaibli ces
préjugés et vaincu tous les obstacles. Tu me dois donc, chère
Eugénie, la tranquillité d'esprit et de société dont tu jouis.
De toute façon ton amant me doit sa victoire, de toute manière
mon amitié vous a servis tous deux. Mais avant, j'ai voulu
connaître ce Valfay si cher à ton coeur, étudier sa façon de
penser, et juger s'il méritait ton amour, ta confiance et tes
faveurs. Ces soins, tu le sais, n'ont pas été l'affaire d'un
jour. Les femmes dont le jugement a été cultivé ont le tact
fin, délicat et sûr pour pénétrer dans le coeur des hommes
malgré leurs détours, leur duplicité et les voiles dont ils
cherchent à se couvrir. Mais je fus contente de Valfay, je
trouvai suffisamment en lui pour me faire présumer que je ne
risquais plus rien à prendre tout sur moi pour satisfaire tes
désirs, aider ton peu d'expérience et bannir tes frayeurs.
Heureusement je servais, dans ton couvent, de prétexte à son
amour tandis que je travaillais pour vous deux, car ta
faiblesse et ta timidité n'auraient jamais été vaincues sans
mon secours. Retrace-toi ce jour où, après un temps assez
long, ton amant te pressait avec les instances les plus vives
de le rendre heureux: je le secondais de tout mon pouvoir, tu
t'en défendais et tu le désirais. Tu lui opposais des raisons
qui te paraissaient bien fortes, tu lui présentais des
obstacles insurmontables à tes yeux, tu me faisais compassion.
J'avais pitié de lui; je ne vous le cachai pas, je voyais
l'ardeur de vos désirs portée à son comble. L'instant me parut
favorable, je m'enivrai de l'idée de contribuer à ta félicité:

-- Eh bien! te dis-je, je vais tout surmonter. Valfay, tu
serais un ingrat, un homme indigne de son bonheur si ma
conduite pour te le procurer influait, dans ton esprit, à mon
désavantage.

Je fermai les portes du parloir de notre côté, malgré tes
oppositions apparentes; ton amant en fit autant du sien.

Je te pris dans mes bras, je t'approchai de la grille, je
soulevai ta guimpe; il prit tes tétons, il baisait tes lèvres,
il suçait ta langue que tu lui donnas à la fin. Mais la soif
dévorante du désir lui fit porter sa main sous tes jupes pour
saisir ta motte et s'en emparer. Je te pressais contre lui, je
te baisais aussi, tu ne pouvais m'échapper ni retirer tes bras
des miens: il eut enfin l'adresse et la satisfaction de les
lever et de saisir cet aimable petit conin où tous les
attraits de la jeunesse et de la fraîcheur sont répandus. Ses
caresses t'embrasèrent du feu de la volupté; il en était
dévoré, il maudissait cette impitoyable grille qui nous
séparait et s'opposait à sa jouissance. J'étais émue, hors de
moi-même:

-- Quoi! dis-je à ton amant, vous avez en vous si peu de
ressources? Ah! Valfay, quand on aime bien tout devient
facile. J'aime donc ma chère Eugénie plus tendrement que vous;
je veux lui prouver que ce sentiment me rend tout possible, et
que rien ne peut m'arrêter pour le satisfaire, en vous
obligeant tous deux; car si elle est abandonnée à elle-même
vous êtes perdu.

Tu te rendis enfin. Je te fis monter sur l'appui de la grille,
tes mains posées sur mes épaules; je .te soutenais. Valfay
releva ces habits noirs qui faisaient briller l'éclat et la
blancheur de tes fesses charmantes; il les maniait, les
baisait, leur rendait l'hommage qui leur était dû. Ton petit
conin, encadré dans un des carreaux de la grille, était un
tableau vivant qui l'enchantait. Il lui donna cent baisers.
Mais, pressé de couronner son bonheur, il te le mit, tandis
que, passant moi-même ma main entre tes cuisses, je te
branlais.

Le plaisir que nous appelions, que nous caressions, vint
s'emparer de toi; tu prenais mes tétons, tu me baisais, tu me
mangeais, tu déchargeais. Valfay, prêt à en faire autant, eut
la prudence de se retirer; sa volupté vint expirer entre mes
doigts et se répandre sur ma main comme la lave d'un volcan.
Je vous abandonnai pour lors tous deux à vous mêmes; tu vis,
tu pris en main, tu caressas ce bijou dont tant de fois je
t'avais fait la peinture; mais, manquant des facilités que je
te procurais, tu ne pus recommencer d'en faire usage. Tu m'en
fis, à ton retour, des plaintes amères; tu n'osais me demander
de servir encore ta maladresse; j'apercevais à quel point tu
le désirais, tu me pressais, tu me conjurais de ne plus te
quitter. Tu voulus, cruelle amie, que je fusse témoin de tes
plaisirs et de ta félicité pendant que la mienne était perdue
pour toujours. Il fallut que ma complaisance et mon amitié
pour toi me sollicitassent encore de t'offrir de nouveaux
secours. Mes offres t'enchantèrent, tu m'accablas de caresses
et de baisers; je te fis penser, en cet instant, à te munir de
l'éponge salutaire, et tu m'entraînas pour être présente à vos
transports et au bonheur dont vous jouissiez. Toi-même me fis
voir le dieu que portait Valfay, ce dieu que tu chérissais,
avec lequel tu badinais et dont il m'avait, dès la première
fois, fait sentir la présence. Tu ajoutais de jour en jour à
tes folies, tu lui découvrais mes tétons et tout ce que
j'avais de plus caché, je me prêtais à ton badinage, tu les
lui faisais toucher. Dans quel état et dans quelle émotion me
mettiez-vous tous les deux! Je te le disais à l'oreille, et la
pitié perfide te faisait révéler mon secret. Tu voulais me
faire jouir de ton amant, tu lui souhaitais mes faveurs, tu me
pressais de les lui accorder, tu voulais enfin me porter à la
place que tu avais occupée. Ton aveu, tes empressements et ses
désirs, dont tu mettais entre mes mains les témoignages
sensibles, l'engageaient à m'en solliciter. Je résistai
toujours: tes prières, ses sollicitations, le feu même qui
roulait dans mes veines, ne purent m'y déterminer. Non, ma
chère Eugénie, non, en vain espères-tu de lui faire remporter
la victoire, je n'y consentirai jamais. A tort me fais-tu des
reproches, ce n'est ni par haine, ni même indifférence: Valfay
détruit l'une et n'est point fait pour inspirer l'autre; mais
ton amitié seule me suffit. Après la perte que j'ai faite, je
renonce pour toujours à toute liaison intime avec les hommes,
et je serai ferme dans cette résolution. Tu dois en être
persuadée puisque, malgré vos plaisirs, les caresses que vous
vous faisiez, celles que j'ai reçues, la vue et le toucher de
ce que vous avez de plus intéressant, et vos transports qui
animaient mes sens et les mettaient en désordre, je ne me suis
pas laissé vaincre. J'étais contente et satisfaite lorsque, la
nuit, dans tes bras, tu apaisais les feux que tu avais allumés
le jour.

Un destin, jaloux de la tranquillité que j'avais retrouvée,
est venu l'interrompre: le mariage de ma cousine, la nécessité
de mes affaires ont précipité mon départ et nous ont séparées
pour quelque temps. Tu as exigé de mon amitié, tu lui as
commandé que, pendant mon éloignement, je t'entretinsse encore
et te fisse un détail exact de ce que je t'avais dit en plus
grande partie et que tu écoutais avec tant de plaisir et
d'avidité. J'ai rempli ma promesse: quel sacrifice je fais à
la prudence! Tu connais ton pouvoir sur moi, tu sais combien
je te chéris; tu réunis aujourd'hui tous les sentiments de mon
coeur: partagés autrefois dans le monde et la société, tu les
rassembles tous. Reçois-en pour assurance mille baisers que je
t'envoie, ils te diront combien je soupire après le doux
instant de te les donner moi-même enveloppée de tes bras et
serrée dans les miens. Ah! ma chère, pourquoi cet instant
n'est-il pas encore arrivé? Je me flatte au moins qu'il sera
très prochain. Je t'apporterai ce bijou, semblable à celui de
Valfay mais moins dangereux: s'il n'est pas aussi naturel, ses
avantages n'en sont pas moins grands puisqu'il remplira, sans
les risques des alentours, le vide qui se fait sentir dans nos
plaisirs. Si tu te trouves bien de son usage, notre tendre
amitié nous tiendra lieu de tout. Et puisque Valfay se trouve
dans l'obligation de s'éloigner de toi pour un temps, crois-moi,
chère amie, laissons affaiblir les liaisons étrangères
qui pourraient, à la fin, devenir fatales, étant hors de nous.
J'irai bientôt à mon tour essuyer tes pleurs. Oui, tendre
amie, oublions l'univers pour ne nous en tenir qu'à nous-mêmes.

Attends-moi donc au plus tôt.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Le Rideau levé - ou l'Education de Laure" ***

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