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Title: L'Illustration No. 3732, 5 Sept 1914
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration No. 3732, 5 Sept 1914" ***

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                             L'ILLUSTRATION

_Prix du Numéro: Un Franc._ SAMEDI 5 SEPTEMBRE 1914 _72e Année.--No 3732._

[Illustration: UN SOUVERAIN HÉROÏQUE: ALBERT, ROI DES BELGES]

L'histoire nous dit que le devoir d'affirmer et de maintenir le grand
principe qui est, après tout, la source du progrès et de la civilisation
a incombé parfois, à des moments critiques du passé, à des Etats
relativement petits comme superficie et comme population, mais grands en
courage et en ressources,--à Athènes et à Sparte, à la nation suisse, et
non moins glorieusement, il y a trois siècles, aux Pays-Bas.

Jamais, je puis le dire, ce devoir n'a été reconnu plus clairement et
plus bravement, jamais il n'a été accompli plus durement et plus
héroïquement qu'au cours de ces dernières semaines par le roi des Belges
et le peuple belge. Ils ont fait face sans faiblir et contre des
difficultés incalculables: les horreurs de l'invasion, de la
dévastation, de la spoliation et de l'outrage...

            _Motion présentée par M. Asquith à la Chambre des communes._


Il y a eu des combats incessants autour d'Anvers au cours de la semaine
dernière. Les troupes belges marchent au combat avec une ardeur
indescriptible. Le roi Albert a contribué à maintenir cette ardeur parmi
ses soldats; il se multiplie et se trouve toujours à l'endroit le plus
dangereux.

C'est ainsi que, quand la garnison fit une nouvelle tentative pour
déloger les Allemands de Malines, le roi se trouvait en péril grave.
Dans son automobile, il courait tout le long de la ligne de feu,
encourageant les hommes par sa présence et ses paroles. Les shrapnells
éclataient autour de lui et l'un d'eux explosa à 20 mètres. Quand son
aide de camp lui demanda de se retirer, le roi refusa et répondit: «Je
ne veux pas que mes soldats puissent dire que leur chef se retire du
danger pendant qu'il envoie les hommes faire face aux balles de
l'ennemi.»
                           _Dépêche d'Ostende au New-York Herald._



                            LES DEUX FANTOMES

            _Chaque armée a sur elle un fantôme qui plane,
            Un grand fantôme ailé, muet et diaphane;
            Même alors qu'il échappe au rayon visuel
            Il est là cependant, formidable,--et réel!_

                                   *
                                  * *

            _Sur eux plane un fantôme aux yeux d'inquiétude,
            Autour de qui la haine a fait la solitude...
            Il ment s'il se prétend champion des penseurs:
            Il n'est que le démon des peuples agresseurs,
            Qui depuis dix mille ans incite à la curée
            Les peuples éperdus doutant de leur durée!
            C'est le blême éclaireur des peuples conquérants,
            Qui leur suggère: «Tue!» et qui leur souffle: «Prends!»
            C'est la Furie affreuse et la Bellone antique
            De la horde pillarde ou du roi fanatique!
            Au service à présent d'un empereur uhlan,
            C'est le fantôme noir qui suivait Tamerlan!
            C'est le même fantôme, entendez-vous, le même!
            Claquant des dents déjà de l'énorme anathème,
            Et de voir de là-haut, resserrant l'horizon,
            Les peuples justiciers commencer sa prison!
            Fantôme épouvanté des effroyables causes,
            Des succès sans lauriers, et des retours sans roses,
            C'est le même fantôme auquel un Attila
            Reprochait dans ses nuits d'avoir osé cela!_

                                   *
                                  * *

            _Le fantôme qui plane sur vous, invisible,
            Peuples coalisés, est un Titan paisible...
            Il a glissé la foi dans chaque combattant,
            Et, dominant le champ de bataille, il attend!
            Il est tranquille, étant la force imprescriptible,
            La base et le fronton du Temple indestructible,
            Le principe profond, la règle, l'Entité
            Qui combat le moment avec l'Eternité!
            En dépit des forfaits, des crimes de l'Histoire,
            Fatalement, quand même, il va vers la victoire!
            Malgré tous les retards et les répits, il faut
            Qu'il ait le dernier geste avec le dernier mot!
            Car ce fantôme qui vous couvre de son ombre,
            Bien plus fort que la Force et plus grand que le nombre,
            Près de qui tout est faible, insuffisant, étroit,
            Ce fantôme qui plane sur vous, c'est le Droit!_

                                          MIGUEL ZAMACOÏS.



[Illustration: Le premier décoré de la guerre de 1914: le lieutenant
Bruyant. A mis en fuite trente uhlans, après avoir abattu l'officier qui
les commandait.]



                               A NOS ABONNÉS

                                   ____

Quelles que puissent être les alternatives de la lutte où la France,
avec le monde civilisé derrière elle, est engagée, _L'Illustration_,
confiante, comme le pays tout entier, dans le triomphe final, est
résolue à ne pas interrompre sa publication.

Mais nos lecteurs ne peuvent se faire une idée de la multiplicité des
rouages qu'exige la fabrication d'un journal comme _L'Illustration_. Les
difficultés dont nous avions triomphé il y a un mois sont devenues
presque insurmontables. La mobilisation générale, dépeuplant en quelques
heures des ateliers qui occupaient cinq cents personnes, nous avait
privés de la grande majorité du personnel d'élite qui nous apportait sa
collaboration. L'appel jusqu'aux réserves de l'armée territoriale a
achevé de vider nos ateliers des spécialistes dont le concours nous est
absolument indispensable.

D'autre part, la suppression totale des envois hors Paris, sauf sur
réquisition militaire, nous isole absolument du reste de la France.

Nous nous voyons donc dans la nécessité de suspendre pendant une
semaine--- mais une semaine seulement--la publication de nos numéros, le
temps de reconstituer notre personnel à Paris et d'établir à Bordeaux,
devenu le siège du gouvernement et des administrations publiques, une
sorte de succursale de notre maison, qui nous permettra de remédier à la
précarité des communications entre Paris et la province.

Nous avons le regret de ne pouvoir y transférer les 115.000 fiches de
nos abonnements. Ces fiches, gravées sur métal, font partie intégrante
d'un mécanisme très compliqué, intransportable dans les conditions
actuelles. Par un renversement des choses, le nombre de nos abonnés, le
perfectionnement de notre machinerie sont pour la première fois un
obstacle à la vie de notre trop grand journal!

Mais ceux qui nous ont fait confiance peuvent être convaincus que leurs
intérêts ne seront pas lésés. Les documents, dessins, croquis,
photographies, notes vécues, qui vont s'amasser, ne seront pas perdues
pour nos abonnés.

Si, jusqu'au rétablissement des services postaux, nous ne pouvons rester
en relations hebdomadaires avec eux, nous nous engageons à leur donner
le plus tôt possible tous les numéros auxquels ils ont droit. Nous ne
leur demandons qu'un délai, et le succès certain de nos armées le fera
aussi bref que possible.

[Illustration: Le théâtre des opérations au Nord et au Nord-Est de
Paris.]



LA GUERRE


RÉSUMÉ DE LA SITUATION AU 2 SEPTEMBRE

_ALSACE._--En l'absence de renseignements plus complets, on peut
conclure du bombardement de Saint Dié, ville ouverte, effectué par les
Allemands le 26, que notre ligne de défense se trouve assez nettement en
arrière de la crête des Vosges, dans leur partie Nord. L'offensive a
néanmoins été reprise le 27 avec succès dans la région de Saint-Dié.

_LORRAINE._--Les combats sont ininterrompus dans la région entre les
Vosges et Nancy: alternatives de progrès et de recul par rapport à la
ligne de la Mortagne sur laquelle nous sommes établis maintenant, avec
une avance de notre droite. Nous progressons sur la rive droite du
Sanon.

Longwy, défendu par un seul bataillon, a capitulé le 27 août après une
défense de 24 jours.

_SUR LA MEUSE._--Les troupes allemandes ont franchi la Meuse entre Sedan
et Mouzon. Une violente action eut lieu le 28 à l'Est de Mézières, sur
la ligne Launois, Signy-l'Abbaye, Novion-Porcien. On annonce la prise
d'un drapeau par nos troupes, et ce haut fait semble pouvoir être
attribué à celles qui se trouvent dans le département des Ardennes.
L'activité de l'ennemi se ralentit.

_DANS LE NORD ET VERS PARIS._--Les armées alliées reculent lentement, en
défendant le terrain pied à pied. Les quatre corps d'armée qui barrent
la vallée de l'Oise à l'ennemi ont livré, le 28, une bataille qui fut un
succès pour notre aile droite, dont la résistance a brisé l'offensive du
10e corps allemand et de la garde. Elle leur a infligé des pertes
considérables et les a rejetés sur Guise. A notre gauche, nous n'avons
pas pu empêcher les progrès vers La Fère des forces adverses.

L'armée anglaise, de son côté, après avoir soutenu un combat dans la
région au Nord de Saint-Quentin, avait dû se replier. Elle se maintient
en liaison avec nos troupes d'aile gauche.

Des détachements de cavalerie ennemie ont inquiété la région
Lille-Valenciennes-Cambrai, mais sans être suivis par leurs troupes dont
l'axe de marche est la vallée de l'Oise et l'objectif Paris.

De ce côté, nous n'avons pu arrêter leur progression. L'aile droite
allemande poursuit--assez témérairement--sa course vers Paris, tandis
que le gros demeure accroché par notre résistance. Le 1er septembre,
un corps de cavalerie ennemie a eu, dans la forêt de Compiègne, un
engagement avec les Anglais, qui lui ont pris 10 canons. Un autre corps
a poussé jusqu'à la ligne Soissons-Anizy-le-Château.

L'effort de l'ennemi va se concentrer désormais contre le camp retranché
de Paris. Le général Galliéni, dans une proclamation où il annonce que
le gouvernement a dû quitter la capitale, se déclare prêt à le défendre
«jusqu'au bout».


_BELGIQUE._--Les Allemands sont entrés dans Namur le dimanche 23 août,
après avoir écrasé deux des forts de l'enceinte. Les troupes belges de
la défense mobile et un régiment français qui les appuyait ont rejoint
nos lignes. L'armée belge, abritée dans le camp retranché d'Anvers, a
pris une offensive heureuse sur Malines, bientôt repris par les
Allemands. Elle retient une partie des forces adverses et soulage
d'autant notre résistance. D'ailleurs, les troupes allemandes, en ces
deux derniers jours, ont commencé à quitter la Belgique, ramenées à
pleins trains vers l'Est, afin de tenter de résister aux Russes.


_RUSSIE._--Après leur défaite à Gumbinnen, les Allemands ont encore subi
un échec à Neidenburg, au Sud de la ville d'Allenstein, qui a elle-même
été occupée le 28 août par les Russes. Les débris des troupes ennemies
sont refoulés vers Osterode, au delà d'Allenstein, tandis que les restes
du 1er corps sont rejetés sur Koenigsberg. La place de Tilsitt,
plus au Nord, est tombée aux mains des Russes, qui y ont fait un butin
considérable. La Masovie, ou pays des Mazures, le coin le plus
germanophile de la Pologne, est occupée. On peut, en résumé, considérer
que la Prusse orientale est maintenant débarrassée des troupes
allemandes et que les troupes russes de Pologne, n'étant plus sous la
menace d'une attaque sur leur flanc droit, peuvent manoeuvrer
hardiment dans la direction de Posen. Les détachements allemands qui, au
début des opérations, s'étaient avancés en Pologne, ont dû se retirer,
et Lodz, la grande ville industrielle, a été réoccupée par les Russes.

Les deux armées russes lancées vers la Galicie l'ont envahie, l'une par
la ligne de Lublin, l'autre par Tarnopol, marchant sur Lemberg, capitale
de cette province. En une bataille de sept jours, les Russes ont mis en
déroute complète les forces autrichiennes. C'est une grosse victoire.


_SERBIE._--La victoire des Serbes sur la Drina, complétée par la reprise
de Chabatz le 24 août, momentanément occupé par les Autrichiens, a
déterminé l'évacuation du Sandjak de Novi-Bazar par l'armée
autrichienne. D'après les renseignements officiels de source serbe,
l'ennemi avait engagé dans les combats de la Drina les 4e, 8e, 9e,
13e corps et deux brigades du 15e, soit 120 à 140.000 hommes. Les
pertes dépassent 15.000 hommes hors de combat.

Les Monténégrins ont, de leur côté, remporté un succès à Grahovo, au
Nord de Cattaro. Ils ont repoussé aussi le 28 un assaut général contre
le mont Lovcen.


_SUR MER._--Le paquebot allemand _Kaiser-Wilhelm-der-Grosse_, transformé
en croiseur auxiliaire, a été coulé au large de Rio de Oro, au Sud du
Maroc, par le croiseur anglais _Highflyer_.

Le croiseur allemand _Magdebourg_, échoué dans la baie de Finlande, a
été détruit le 27 août par deux croiseurs russes.

Dans la mer du Nord, le 28, au matin, la flotte anglaise a remporté un
vif succès devant Heligoland. Trois croiseurs allemands ont été coulés,
le _Mainz_ et le _Koln_, du même type, de 4.350 tonnes, et l'_Ariadne_
de 2.680 tonnes, ainsi que deux contre-torpilleurs.

La flotte franco-anglaise a commencé mercredi le bombardement de
Cattaro.


_HORS D'EUROPE._--Le Japon a commencé les hostilités contre Kiao-Tcheou.

Le Togoland s'est rendu sans conditions aux forces anglo-françaises,
ainsi que Samoa (Pacifique).

[Illustration: Dans un avant-poste à la frontière d'Alsace: des espions
capturés vont être passés par les armes.]

[Illustration: DANS LES VOSGES.--Un détachement du 11e chasseurs alpins
occupe le point dit le «Champ du Feu», au Sud de Schirmeck, et incendie
la maison forestière qui était machinée en forteresse.]

[Illustration: LES FRANCISCAINES À LA MOISSON _Dessin de I. SIMONT_.

L'image que voici, en d'autres temps, eût paru bien énigmatique. Que
font ces femmes, vêtues de blanc, qui, la figure reposée, presque
souriante sous le grand voile que la brise soulève autour de leurs
épaules, travaillent aux champs? Leurs mains délicates, peu habituées à
de tels travaux, manient avec une sorte de calme allégresse la faucille
des moissonneurs... Car elles font la moisson. Qui sont-elles? Le large
turban qui soutient leur coiffure est un peu celui de nos dames
infirmières de la Croix-Rouge, et de leurs gestes, de leur
aspect se dégage une sorte de majesté religieuse. Le vieux paysan les
regarde; et l'on devine qu'il n'est pas là, lui, pour commander...

Il n'oserait pas... Ces femmes sont des religieuses, en effet. Et c'est
dans les champs qui entourent leur maison de retraite,--aux Châtelets,
près Saint-Brieuc, dans le département des Côtes-du-Nord, qu'elles ont
été vues ainsi, l'autre jour, moissonnant sous le soleil d'août qui
chauffait la campagne bretonne. Ces franciscaines «missionnaires de
Sainte-Marie», nos soldats et nos explorateurs les ont rencontrées en
Chine, aux Indes, à Madagascar, au Maroc, au Congo--apôtres et
patriotes--propageant leur foi, et, avec leur foi, la pensée
française... Aujourd'hui, c'est d'une façon nouvelle, et tragiquement
inattendue, qu'elles se dévouent. Elles remplacent, dans leur Armorique,
les jeunes hommes qui sont allés défendre la patrie. Elles
travaillaient, elles priaient naguère pour «la plus grande France», pour
la France qui conquiert... Elles travaillent à présent, elles prient
pour la France qui se défend.]

[Illustration: Un coin du village alsacien de Badonviller, reconquis sur
les Bavarois, qui l'avaient incendié.]

[Illustration: Convoi de blessés traversant le village de Brémesnil, qui
fut également reconquis après avoir été brûlé.]

[Illustration: Rue des Vinaigriers, à Paris, une bombe lancée par un
aéroplane allemand a provoqué une explosion de gaz.]

[Illustration: Dans le jardin d'une maison de la rue de Lozane, à
Anvers, une bombe lancée par un zeppelin a causé des dégâts plus
sérieux.]



BOMBES ET INCENDIES

[Illustration: LE CONTRASTE.--Un soldat allemand blessé est descendu
avec d'infinies précautions de l'automobile qui l'a amené à Ostende.]

[Illustration: LES BLESSÉS GARDENT LE SOURIRE

_Phot. Ed. Jacques. Pau._

Dans cette atmosphère d'ardeur et de foi où nous vivons, il est un fait
qui a fortement contribué à nous affermir dans notre confiance: c'est
l'état moral où nous avons vu, toujours et partout, nos blessés. Tous
ont été touchés en face. Ils en sont fiers. Et si quelques-uns
laissaient paraître sur leur visage une ombre d'inquiétude ou de
crainte, ce seraient ceux qui redoutent de ne pouvoir être guéris assez
tôt pour retourner au front. Le photographe peut se camper devant
n'importe lequel des trains qui les ramènent, viser le premier groupe
qui s'offre à son objectif; la formule habituelle de l'opérateur est ici
superflue: ils sourient sans qu'on le leur dise.]

[Illustration: NOTRE ADMIRABLE 75.--Une batterie changeant de
position.]

Dans la lutte acharnée que livre depuis un mois notre armée, elle a eu
deux éléments de succès dont la valeur a été unanimement reconnue,--même
de l'ennemi qui a avoué la crainte qu'ils lui inspirent: notre excellent
canon de 75, le long et fin canon de campagne, et nos tirailleurs
indigènes.

Voici, saisi sur le vif, méticuleusement rendu, avec ce souci
d'exactitude, de vérité qui caractérise le tempérament de L. Sabattier,
une batterie d'artillerie défilant au galop. Ce n'est point
l'emportement fougueux qu'ont accoutumé de nous représenter, en pareil
cas, les illustrateurs de l'école classique, les chevaux cabrés, pleins
de feu et fumants des tableaux de bataille. C'est la réalité toute nue.
Et c'est de cette allure que notre bon 75 s'en va prendre ses positions,
protéger l'avance de l'infanterie, «reine des batailles», selon le vieux
dicton. «Je verrai toujours, écrivait récemment un officier, sous le
bombardement des dernières minutes, une batterie française s'en aller
tranquillement, au petit trot, prendre position.»

Et cent autres témoignages attestent l'habileté de nos pointeurs ainsi
que l'efficacité terrible de nos obus à la mélinite.

[Illustration: NOS CONTINGENTS D'AFRIQUE.--Les tirailleurs indigènes à
la charge.]

Et voici l'infanterie africaine,--celle qui impressionne le plus
l'ennemi, celle qui, dans les récentes actions, a tenu un rôle
prépondérant, et qui, notamment, eut cet honneur de donner, au moment
suprême, dans l'une des journées les plus importantes, contre la garde
impériale elle-même,--et de l'enfoncer, à la baïonnette, bien entendu.

Ce sont eux encore--«les turcos», comme persiste à les appeler le public
en souvenir de leurs exploits anciens, et quelle que soit leur
origine--qui, à Charleroi, dans l'épique et farouche bataille pour la
possession de la ville, prise, reprise et disputée avec un acharnement
infernal, dans une ruée superbe, arrêtent un moment l'ennemi supérieur
en forces. Leur première sortie avait échoué: «Les turcos, dit le
_Times_, avec leur bravoure légendaire, prirent alors une autre sortie
et réussirent à atteindre la batterie allemande dont ils tuèrent tous
les servants.»

Le dessin de L. Sabattier montre les braves tirailleurs dans la
préparation de l'acte décisif, s'avançant, au signal de la charge, d'un
irrésistible élan dans le terrain même le plus difficile, le plus
accidenté.

[Illustration: LES NOUVEAUX APRÈS-MIDI DE LA PARISIENNE.--Confection de
layettes pour les bébés des combattants.]

_Dès le premier jour de la mobilisation, un élan magnifique de charité
et de solidarité nationale emporta Paris et la France entière. On ne
songea d'abord qu'à ceux qui allaient se battre; dans tous les mondes,
parfois avec un enthousiasme un peu bruyant, mais excusable, plus
souvent avec une discrétion éminemment louable, nos femmes, nos filles,
nos enfants, se disputèrent l'honneur de travailler pour les blessés,
s'ingéniant à grouper tous les concours, à utiliser toutes les
ressources, toutes les compétences pour organiser des ambulances, selon
les derniers progrès de la science. Puis, on s'aperçut qu'il y avait
d'autres oeuvres presque aussi urgentes à accomplir. Les futures
infirmières, hier encore occupées de frivolités, préparèrent des
layettes pour les bébés laissés par les combattants, tandis que d'autres
se préoccupaient déjà de confectionner des vêtements d'hiver pour les
marmots des travailleuses privées de ressources. A ces dernières,
plusieurs ouvroirs ont offert une aide précieuse en les faisant
travailler, moyennant un modique salaire, au profit d'infortunes encore
plus grandes. Et quels que soient le quartier de l'ouvroir ou son niveau
social, on y retrouve le même dévouement, les mêmes espoirs, la même
sérénité._

[Illustration: L'APPROVISIONNEMENT DE PARIS EN BÉTAIL VIVANT.--Un aspect
nouveau de la pelouse de Longchamp.]

Tous les Parisiens ont constaté qu'après une gêne fort légère pendant
les premiers jours de la mobilisation, le ravitaillement de la capitale
a repris son cours normal; on peut même affirmer que, si les prix de la
viande se sont bien maintenus, ceux des autres denrées furent rarement
aussi bas. Paris peut-il être complètement investi? Cette éventualité
semble peu probable, étant donné l'état de nos armées et l'étendue du
périmètre jalonné par les forts détachés. Mais, si le fait se
produisait, la population parisienne serait assurée de pouvoir supporter
un long siège, sans avoir à redouter des jours de disette ou de famine.
La mobilisation à peine décrétée, on s'est, en effet, préoccupé de
parer à tout. Les divers champs de courses ont été réquisitionnés et
convertis en parcs à bestiaux. Longchamp contiendra bientôt 7.000
boeufs; l'hippodrome d'Auteuil, le Polo, la pelouse de Bagatelle,
reçoivent également un fort contingent; l'enclos du Tir aux pigeons est
réservé pour les moutons. Des montagnes de fourrages se dressent dans
les clairières du Bois, sévèrement gardées par la troupe. Et ces
opulents troupeaux assemblés devant les tribunes du pesage, pour parer
aux tristesses de la guerre, donnent plutôt l'impression de richesse
pacifique que l'on rencontre en tant de points des belles plaines de
France.

[Illustration: Un des dépôts de fourrages qui se constituent au Bois de
Boulogne.]

[Illustration: La foule, à travers les grilles, s'efforce d'effleurer
les pieds du pontife avec des rosaires ou des médailles.]

[Illustration: Le cercueil est descendu dans la crypte de la Confession
pour être déposé dans un caveau provisoire.]

A Saint-Pierre de Rome: l'exposition du corps de Pie X dans la chapelle
du Saint-Sacrement est le dernier acte des funérailles.



LE CONCLAVE


En dépit des événements tragiques qui désolent l'Europe, le conclave
s'est ouvert le lundi 31 août, c'est-à-dire dans le délai traditionnel
de dix jours suivant la mort du pape. Le gouvernement italien, avec un
tact parfait, a garanti aux cardinaux la plus complète liberté et,
suivant l'usage, des carabiniers à cheval montent la garde autour du
Vatican où le Sacré-Collège se trouve emprisonné pour quelques jours.

Sauf la grande entrée, dont seuls possèdent les clefs le cardinal
camerlingue et le maréchal du conclave, toutes les portes ont été
murées; en outre, on a masqué avec des auvents toutes les fenêtres par
où s'éclairent les cellules des cardinaux et les logements de leur
suite. Car les princes de l'Eglise ne sont pas seuls; avec eux sont
enfermés leurs secrétaires ou conclavistes, les gardes nobles chargés du
service intérieur du Palais, les prélats attachés à divers offices et
tous les gens de service. Ces emmurés n'ont de communication avec le
dehors que par quatre tours, utilisés pour leur faire passer leur
correspondance, et, depuis le dernier conclave, leurs journaux.

[Illustration: La chapelle Sixtine aménagée pour le conclave.--_Phot.
Ch. Abeniacar._]

C'est dans la chapelle Sixtine, spécialement aménagée, que se tiennent
les séances de vote, suivant un cérémonial plusieurs fois séculaire dont
nous rappelons les grandes lignes. Au-dessus de l'autel, garni
de draperies rouges, un baldaquin de velours violet rehaussé d'or abrite
une tapisserie dite du Saint-Esprit qui se détache sur la fresque du
Jugement dernier. Au pourtour de la chapelle, les cardinaux sont assis
sous de petits dais, chacun ayant devant lui une table avec ce qu'il
faut pour écrire et une bougie allumée pour cacheter son bulletin.

[Illustration: Un bulletin de vote au conclave.]

Ce bulletin est double, de façon à pouvoir servir également pour le
scrutin normal, et pour l'_accession_ à laquelle on recourt quand
l'élection traîne en longueur. Dans ce cas, chaque cardinal déclare ou
bien n'accéder à personne, ou bien se rallier à un candidat différent de
celui pour lequel il a voté d'abord et qui a obtenu précédemment un
certain nombre de suffrages. On additionne les voix ainsi recueillies
avec celles du scrutin ordinaire, et, si un cardinal en a les deux
tiers, il est proclamé pape. Le nom du candidat est inscrit au milieu du
bulletin, entre le nom du votant et une devise (_signa_) personnelle, et
le papier est déposé dans un calice après avoir été plié de façon que la
bande médiane reste seule visible.

[Illustration: LES TRAINS SANITAIRES POUR LE TRANSPORT DES BLESSÉS

En haut, l'office et la cuisine.--Au centre, l'ensemble du train.--En
bas, à gauche, la chambre du médecin-major et du pharmacien-major; à
droite, une des voitures pour huit blessés.--_Voir l'article à la page
suivante._]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

TRAINS SANITAIRES PERMANENTS.


Les transports d'évacuation des blessés de guerre se font au moyen de
trains sanitaires permanents ou improvisés, pour les grands blessés dont
le transport nécessite beaucoup de soins et de ménagements, et de trains
ordinaires pour les malades dont l'état moins grave permet la station
assise.

Les trains sanitaires permanents, les seuls qui nous occupent
aujourd'hui, sont organisés dès le temps de paix. Leur installation a
fait l'objet d'études nombreuses et approfondies de la part du service
de santé de l'armée, ce qui permet l'évacuation des grands blessés dans
les meilleures conditions d'hygiène et de confort.

Ces trains constituent de véritables hôpitaux roulants. Chacun comprend
vingt-trois wagons. Un wagon est spécialement réservé à la chirurgie
(instruments, objets de pansement, appareils à fractures, etc.), à la
pharmacie et à la lingerie. Seize wagons sont consacrés aux blessés,
avec 8 lits par wagon, soit au total 128 blessés par train. Un wagon est
réservé aux officiers, au nombre de quatre: un médecin major, médecin
chef du train; un médecin aide-major, un pharmacien major, un officier
d'administration affecté au train comme gestionnaire. Un autre wagon est
destiné aux infirmiers (28 y compris les gradés). Trois voitures sont
réservées à la cuisine, à la dépense et aux provisions; ces voitures
sont particulièrement bien aménagées, rien n'a été négligé pour que la
préparation des aliments puisse être aussi parfaite qu'il est possible
pour des hommes blessés et malades; un cuisinier de métier, assisté de
deux aides, tous trois prévus dans le personnel, sont préposés à cet
office. Mieux que toutes les descriptions, nos photographies montrent
quel soin a été apporté à l'installation et au bon fonctionnement de ces
services importants. Le vingt-troisième wagon sert pour mettre les
débarras et le combustible. Tous les wagons communiquent entre eux par
des plates-formes qui permettent au personnel de circuler d'un bout à
l'autre du train.

On le voit par ce court résumé, le service de santé de notre armée a
assuré dans les meilleures conditions l'évacuation des blessés.

            PRISONNIER DE MARQUE.

Cent ans après Waterloo, le descendant direct du généralissime prussien,
Leberecht von Blücher, prince de Wahlstadt, a trouvé le moyen de se
faire prendre par les gendarmes anglais dans des circonstances fort peu
dramatiques.

Le prince de Blücher avait acheté, voici quelque dix ans, un des îlots
de l'archipel anglo-normand, Herm, entre Guernesey et Sercq. Il y avait
fait construire un somptueux château. Avec une morgue bien prussienne,
il ne manquait jamais une occasion d'insulter, et même d'outrager les
touristes qui débarquaient sur les rivages de _son_ île, qu'ils fussent
Français ou Anglais.

Les autorités militaires de Guernesey l'avaient donc «à l'oeil».
Jusqu'au dernier moment, l'héritier du vainqueur de Waterloo avait
conservé l'espoir que l'Angleterre, l'ancienne alliée de la Prusse,
contemplerait en spectatrice le terrible conflit que l'Allemagne voulait
et préparait. Il ne se décida à boucler ses malles qu'au reçu d'un
télégramme de Berlin. Mais il était trop tard.

La nuit de la déclaration de guerre, soit une heure après l'expiration
du délai imposé à l'Allemagne pour l'évacuation de la Belgique, des
agents de police de Guernesey débarquaient à Herm, envahissaient le
château et arrêtaient le prince au saut du lit. Triste aventure pour le
descendant d'un héros national!

Herm, notons-le en passant, est le seul coin d'Europe où vivent en
liberté des marsupiaux. L'île appartenait précédemment à un riche
Australien qui y acclimata deux couples de kangourous, dont la
progéniture s'est multipliée.

            L'abbé WETTERLÉ.

Parmi les nombreux Alsaciens qui, en dépit des tracasseries et des
menaces allemandes, ne cessèrent d'employer tout leur énergie à
maintenir l'idée française aux pays annexés, il n'en fut guère de plus
écouté, de plus influent peut-être, que l'abbé Wetterlé, député
d'Alsace-Lorraine au Reichstag et directeur, à Colmar, du _Nouvelliste
d'Alsace-Lorraine_.

[Illustration: L'abbé Wetterlé (en costume civil) arrivant à
Pontarlier.]

Tous les Français ont été heureux d'apprendre que l'abbé Wetterlé a
réussi à échapper à la vindicte allemande. Il quitta Colmar le 25
juillet, et atteignit Bâle le lendemain, passant inaperçu devant les
autorités prussiennes, grâce au costume civil qu'il avait échangé contre
l'habit ecclésiastique, et sous lequel le représente notre gravure, à
son arrivée sur le sol français, à Pontarlier.


Comment Fonctionnent Les Services De L'intendance Militaire.

La mobilisation des vivres précède, accompagne et suit la mobilisation
des hommes. C'est une organisation formidable et admirable; il faut sans
à-coup assurer quotidiennement la subsistance de 2 millions 1/2 de
bouches. Toutes nos régions ne sont pas également riches; la production,
la concentration du vivre doivent donc s'opérer selon des plans aussi
précis que la formation et la concentration des troupes. Ce service est
assuré par trois groupes d'officiers parfaitement distincts: les
officiers d'administration, les intendants, et les contrôleurs d'armées.

Les officiers d'administration, véritables «fourmis de l'armée», qui
portent au col et au képi la petite étoile d'or, amassent et
entretiennent l'approvisionnement colossal où, quotidiennement, puisent
les convois bien clos et bien gardés qui vont ravitailler nos armées. A
chaque courrier arrivent des ordres dont l'exécution est immédiate; on
expédie, le jour même, les centaines de mille de rations de pain, les
innombrables caisses de conserves, les fourrages et le bétail demandés.
Les officiers aux petites étoiles sont en même temps chargés des
réquisitions et de la fabrication, réquisition de farine, de bétail,
fabrication du pain, des conserves, etc. Depuis le début de la guerre
ces réquisitions se font avec une facilité émouvante: le paysan donne
tout ce qu'il a pour l'armée, il ne discute plus. On doit en théorie
établir avec lui une estimation à l'amiable, mais il s'en rapporte
entièrement aux officiers: «Vous savez mieux que moi, dit-il, ce que
vous déciderez sera bien.» Et c'est partout ainsi.

Les intendants forment, dans l'armée, une élite intellectuelle. Leur
recrutement est très sévère. Le plus grand nombre est passé par l'Ecole
polytechnique ou par l'Ecole d'état-major. Certains, et non les moins
appréciés, sortent du corps même des officiers d'administration.
Docteurs en droit presque tous, ils sont, après un concours spécial très
ardu, devenus les «fonctionnaires» galonnés d'argent, qui «décident».
C'est sous leurs ordres que les officiers aux étoiles «exécutent», la
décision demeurant séparée de l'exécution. En général, les
intendants--commandants, colonels, généraux--sont les officiers de
l'armée les plus jeunes de leurs grades. La plupart, actuellement, sont
aux frontières avec tout un état-major d'officiers d'administration.
Quelques-uns seulement sont demeurés dans leurs régions respectives et
sur ces derniers pèsent les plus gros fardeaux et les plus lourdes
responsabilités.

Au-dessus des intendants il y a les «hommes noirs», les contrôleurs de
l'armée, personnages tout-puissants qui, dans cette grande agitation,
continuent d'examiner avec le calme le plus parfait et la plus lucide
minutie toutes les comptabilités. Parfois même, quand c'est nécessaire,
ils «suppléent» les intendants...

C'est grâce à cette organisation d'élite qu'il y a partout, dans notre
armée, abondance de vivres. Les hommes, depuis le front jusqu'aux dépôts
les plus éloignés, sont confortablement nourris après avoir été
solidement vêtus de neuf.


Balles explosives et balles dum-dum.

Une question qui a toujours soulevé dans les guerres du passé
d'interminables controverses est celle des balles explosives. Ces balles
avaient été jadis créées pour faire sauter les caissons de munitions
d'infanterie ou d'artillerie, chargées en poudre noire, et l'armée
bavaroise notamment en fit usage jusque vers 1870. On fut, par la suite,
amené à employer ces balles contre les troupes, parce que l'on espérait
arrêter ainsi plus facilement des assaillants déterminés en leur causant
des blessures plus graves. Mais l'expérience a montré depuis longtemps
que l'usage des balles explosives constituait une cruauté parfaitement
inutile et, par la convention de Genève, toutes les nations civilisées
se sont mises d'accord pour en interdire l'emploi en temps de guerre.
Ces balles sont, du reste, devenues incapables de faire sauter les
munitions chargées avec la poudre sans fumée. Aussi, à l'heure actuelle,
ne se sert-on plus des balles de ce genre que pour abattre les grands
fauves à courte distance (balles Pertuiset pour la chasse à l'éléphant,
à l'hippopotame, au lion, etc.).

Elles ont d'ailleurs l'inconvénient d'exiger l'emploi d'armes à feu de
très gros calibre; elles sont assez dangereuses pour le tireur qui les
utilise et leur précision est plutôt aléatoire dès que la distance se
rapproche d'une centaine de mètres. En fait, elles ont complètement
disparu de l'armement de tous les pays qui ont seulement conservé les
_grenades_ à main.

[Illustration: Une cartouche à balle dum-dum.]

La balle dum-dum n'a rien de commun avec la balle explosive.

Jusqu'en 1890, la seule balle employée a été la balle en plomb pur ou en
plomb durci, de forme cylindro-ogivale, et sans enveloppe métallique.
Cette balle, d'un calibre généralement voisin de 11 millimètres, avait
une puissance vulnérante et surtout une puissance d'arrêt
(_stopping-power_) très largement suffisantes. Son expansion dans le
corps de l'homme atteint produisait d'ailleurs très souvent des effets
analogues à ceux des balles explosives.

Mais à partir de 1890 environ, lorsque toutes les armées du monde eurent
adopté une arme à feu de petit calibre (8 millimètres) tirant une balle
de plomb durci avec enveloppe de maillechort ou d'acier, on s'aperçut
que la puissance vulnérante des nouvelles balles avait singulièrement
diminué. A l'heure actuelle, un blessé qui a eu le poumon, ou l'abdomen,
traversé par une balle de 8 m/m (et surtout par une balle de 6 m/m-5
comme la balle italienne ou la balle japonaise) guérit très
souvent avec une facilité déconcertante, d'où le nom de balle
_humanitaire_ donné à ce projectile vers 1895. En outre la _puissance
d'arrêt_ des nouvelles balles est devenue tout à fait insuffisante dans
le combat rapproché contre des adversaires fanatisés; on a constaté à
mainte reprise dans l'Inde, en Afrique, aux Philippines, qu'un indigène
traversé par une balle conservait souvent assez de force pour venir
_zigouiller_, avant de mourir, l'Européen qui l'avait blessé.

C'est cette constatation, faite pour la première fois par les Anglais,
au Tchitral qui a amené ceux-ci à fabriquer les balles dites balles
_dum-dum_, du nom de la fabrique hindoue où on les confectionnait.

Les premières balles _dum-dum_, car il existe un grand nombre de modèles
différents de ces projectiles, possédaient leur enveloppe en maillechort
fendue en croix à la partie avant, ce qui permettait au noyau de plomb
intérieur de s'épanouir dans la blessure, comme le faisaient en 1866 ou
en 1870 les balles en plomb nu de 18 m/m ou de 11 m/m alors en usage.
Mais ces balles se déformant dans le canon ou dans l'air tiraient fort
mal. On leur substitua bientôt des balles analogues à la balle _express_
inventée aux Etats-Unis pour la chasse aux grands animaux.

La nouvelle balle _dum-dum_ présentait à l'avant un trou cylindrique
borgne qui avait pour effet de produire une sorte d'éclatement du
projectile au moment où il rencontrait le but. Les cipayes anglais de
l'Inde emportèrent en Chine pendant la campagne de 1900 des munitions de
ce modèle. Cette balle ne tire pas très bien; il faut, pour lui rendre
sa précision, boucher le trou qu'elle présente à l'avant soit avec de la
cire, soit avec une petite capsule de cuivre mince.

Enfin, on a employé des balles de plomb de petit calibre avec enveloppe
métallique interrompue à l'avant. L'armée suisse a eu longtemps des
balles de ce genre et la Société française des munitions fabrique, pour
les sociétés de tir, une balle analogue, dite balle de _stand_ qui
présente une très grande précision.

On a bientôt reconnu, toutefois, que, dans les guerres _européennes_,
l'emploi des balles _dum-dum_ était assez peu justifié et ne constituait
guère qu'une cruauté inutile, comme jadis celui des balles explosives.

Par un article spécial de la convention de La Haye, toutes les
puissances du monde se sont interdit l'emploi dans les guerres
régulières, de toutes les balles à enveloppe fendue ou interrompue.

Il n'est pas bien certain, toutefois, que certaines puissances n'aient
point continué à se servir de ces projectiles dans les opérations
coloniales où l'on se bat le plus souvent à courte distance et où il est
indispensable de pouvoir arrêter net l'adversaire fanatisé qui vous
menace. C'est là une précaution parfaitement légitime; aussi la balle
_express_ est-elle d'un usage courant avec les revolvers ou les
pistolets automatiques, armes de défense rapprochée. L'usage de cette
balle est non moins légitime contre les apaches et l'on trouve un peu
partout des cartouches de revolver ou de pistolet automatique munies de
balles _express_, c'est-à-dire de balles _dum-dum_; ces munitions sont
presque toujours d'origine américaine ou anglaise.

L'usage n'en est pas moins sévèrement interdit dans la guerre actuelle
par une convention à laquelle ont adhéré toutes les puissances.

[Illustration: Le paquebot _Cristobal_, baptisé du prénom de Christophe
Colomb, s'engage dans la fameuse percée de la Culebra, qui défia pendant
vingt ans l'activité d'une armée d'ouvriers.]



LE CANAL DE PANAMA EST OUVERT


Le gouvernement américain avait préparé une fête internationale pour
célébrer l'inauguration du canal interocéanique. Les événements d'Europe
ont réduit le brillant programme aux proportions d'une cérémonie
purement locale, selon l'expression du communiqué. Le 16 août, un
navire du ministère de la Guerre des Etats-Unis, l'_Ancon_, a franchi
les écluses de Gatun en l'espace de soixante-dix minutes; plusieurs
navires de commerce les franchirent derrière lui. Le canal était
désormais ouvert officiellement au commerce.

Quelques jours auparavant, le 3 août, le paquebot _Cristobal_ avait
inauguré officieusement la nouvelle voie maritime en passant des eaux
de l'Atlantique dans celles du Pacifique. Nos deux photographies
représentent cette inauguration «avant la lettre».

Il est réconfortant, à l'heure où la France a été amenée à faire
oeuvre de guerre, de constater que toute la presse américaine vient de
rendre ardemment hommage, en cette occasion, au génie français,
initiateur de cette gigantesque oeuvre de paix.

[Illustration: Le _Cristobal_ vient de franchir l'écluse supérieure pour
pénétrer, halé par une locomotrice, dans le lac artificiel de Gatun.]

[Illustration: Carte figurant le relief du sol dans la région Est et
Nord-Est du bassin de Paris.]



LES RELIEFS DU SOL ET LE MOUVEMENT DES ARMÉES


Les mouvements des armées se trouvent en quelque sorte déterminés par
les formes du terrain où elles opèrent, et les lignes de défense, comme
les points d'attaque, sont pour ainsi dire marquées d'avance par les
reliefs et les dépressions du sol. Il nous paraît donc utile de
présenter à nos lecteurs un tableau sommaire des lignes topographiques
directrices du théâtre de la guerre. Cette esquisse leur permettra de
saisir la raison des directions prises par les armées, et d'apprécier la
valeur des diverses positions qui auront été occupées.

Si l'on examine une carte de l'Europe centrale et occidentale, au Nord
des Alpes, on remarque deux zones parallèles, absolument distinctes.
C'est d'abord, une longue traînée de larges îlots montagneux: les monts
de Bohême; le vaste complexe de reliefs et de plateaux que coupe le
Rhin, de Bâle à Coblenz, et qui comprend, sur la rive gauche du fleuve,
les Vosges, l'Hunsrück et l'Eifel que prolonge l'Ardenne; enfin, en
France, notre massif central. Au Nord et à l'Ouest de ces reliefs, le
sol s'abaisse et c'est une suite de vastes plaines: l'Allemagne du Nord,
la Hollande, le bassin de Bruxelles et, en France, le bassin de Paris.

Sous ce dernier nom, les géographes et les géologues désignent non pas
les environs immédiats de Paris, ni même l'ensemble des régions drainées
par la Seine et ses affluents, mais toute la région relativement
déprimée comprise entre l'Ardenne, les Vosges, le versant Nord du
Plateau central et le massif armoricain. Ce vaste territoire, qui
renferme en quelque sorte le coeur de la France, n'est ouvert ni vers
le Nord-Est, ni vers l'Est, du côté de la frontière allemande, comme on
l'affirme trop souvent. Au contraire, les épisodes géologiques qui ont
affecté cette partie de la France y ont créé, du côté de l'Allemagne,
trois lignes de défense naturelle. Dans la région orientale du bassin de
Paris les affleurements des assises de différents âges plongent vers
l'intérieur de la dépression en formant comme une série de cuvettes
emboîtées les unes dans les autres. Les bords extérieurs de ces cuvettes
s'étant trouvés soumis à de puissantes érosions dans le cours des âges
géologiques, il en est résulté une série de falaises tournées vers
l'Est, et le Nord-Est, des «auréoles», pour employer le vocabulaire
géologique.

C'est ainsi que les affleurements jurassiques engendrent une première
ligne de hauteurs: plateaux et collines de Langres, de Bassigny, du
Barrois, «côtes de Meuse» et Woëvre. En arrière de ce redan, l'auréole
crétacée dessine au-dessus de la Champagne humide, de
Vitry-le-François jusqu'à Chaumont-Porcien, une
seconde falaise, flanquée en avant par le massif de
l'Argonne dont le nom évoque les glorieux souvenirs de 1792.
Enfin, à l'Ouest de cette enceinte naturelle, les dépôts tertiaires de
la Champagne pouilleuse forment une troisième ligne de défense, avec la
falaise de l'Ile de France et la montagne de Reims.

L'importance militaire de ces «auréoles» géologiques est attestée par
l'emplacement de nos places fortes. Verdun, Toul et Langres sont assis
sur l'auréole jurassique; les forts de Reims sur l'auréole tertiaire.
Flanquées à l'Est par les Vosges, et au Nord par l'Ardenne, renforcées
par de nombreuses fortifications et garnies de nombreuses troupes
pleines d'ardeur, ces trois lignes de défense naturelle présentent à
l'adversaire un front solide; aussi les Allemands ont tenté de le
tourner par le Nord. De ce dernier côté, en effet, les lignes de
circonvolution du bassin de Paris présentent deux brèches dangereuses.

La première, relativement étroite, est produite par une extension de
l'auréole jurassique à travers le Luxembourg, au milieu de l'Ardenne. La
vallée de la Chiers, affluent de droite de la Meuse, Longwy et Stenay en
déterminent la situation. Par cette brèche, il est possible de tourner
les «côtes de la Meuse» et l'Argonne, puis de déboucher dans la vallée
de l'Aisne. C'est la route suivie par les Prussiens en 1792. De nouveau,
en 1914, ils ont voulu utiliser cette trouée, et dans ce dessein ils ont
envahi le Luxembourg. Une fois maîtres de la capitale du Grand-Duché,
ils ont tenté de s'infiltrer par la vallée de la Chiers.

Beaucoup plus large est la seconde brèche. Au pied des versants
Nord-Ouest et Ouest de l'Ardenne s'ouvre un long et profond sillon,
occupé d'abord par la Meuse, puis par la Sambre, et qui aboutit dans la
haute vallée de l'Oise. Etranglée, de Liége jusqu'en amont de Charleroi,
cette dépression s'élargit à mesure que l'on avance vers le Sud-Ouest et
conduit finalement dans la Thiérache et dans les plaines du Nord de la
France. De ce côté, pas le moindre obstacle naturel. Tout au contraire,
un terrain facile, se prêtant au déploiement des armées, et leur offrant
d'abondantes ressources. Aussi bien, désespérant de pouvoir forcer nos
lignes de défense de l'Est, l'état-major allemand a choisi cette trouée
comme ligne d'invasion. Elle était, il est vrai, protégée par la
neutralité de la Belgique, mais les barbares tudesques ne sont pas gens
à se laisser arrêter par de vains scrupules et ils acheminèrent leurs
colonnes à travers l'Ardenne belge pour gagner le plus rapidement
possible la large porte ouverte vers l'Oise et vers Paris. Alors que le
grand état major de Berlin avait simplement prévu une promenade
militaire, il a rencontré devant lui d'admirables troupes qui ont
infligé à l'aigle prussienne un premier échec et lui ont imposé un arrêt
devant les forts de Liége. Mais alors, l'ennemi, fidèle à ses principes
stratégiques, s'est efforcé de déborder l'armée belge en lançant des
masses de cavalerie sur la rive gauche de la Meuse, à travers le
Luxembourg et le Brabant.

Aujourd'hui le théâtre des opérations s'étend sur quatre régions
naturelles différentes. A l'extrême gauche, sur la rive gauche de la
Meuse, c'est le Brabant, le Limbourg et l'Hesbaye, pays de plaines
accidentées de vallonnements; puis vient l'Ardenne, un bloc de plateaux
doucement incliné vers le Nord-Ouest, relevé au contraire du côté de la
France, pays de forêts et de marais; plus loin, en avant de Nancy, le
plateau de Lorraine, région de plaines boisées, sillonnée de rivières et
d'étangs; s'appuyant au Donon, enfin, la crête des Vosges sur laquelle
nous nous maintenons et d'où nous pourrons redescendre en Alsace.

            CHARLES RABOT.



LES VOLONTAIRES ÉTRANGERS


Parmi tant de spectacles réconfortants auxquels nous assistons depuis un
mois, il en est un qui semble les résumer tous: c'est l'empressement des
volontaires de toutes nationalités à s'enrôler sous notre drapeau. Cet
empressement atteste à la fois la justice de notre cause, la sympathie
qu'elle impose, l'espoir qu'elle inspire. A Paris, seulement, près de
30.000 étrangers ont demandé à servir la France. On a choisi d'abord les
plus valides et on en a formé plusieurs groupes, sans distinction de
nationalité, qui, une fois habillés et équipés, seront exercés au métier
militaire, puis dirigés sur le front. Notre photographie représente le
départ d'un train où sont réunis des Belges, des Suisses, des Italiens,
des Hongrois, des Polonais, des Russes, des Serbes, prêts à combattre
pour un même idéal.

[Illustration: Un embarquement de volontaires étrangers aux environs de
Paris.]

[Illustration: LE THÉATRE DES OPÉRATIONS EN GALICIE, EN POLOGNE ET DANS
LA PRUSSE ORIENTALE]

[Illustration: LES CROQUIS DE LA SEMAINE, par Henriot.]

Le jeune engagé:

--Et dépêchez-vous, caporal, de m'apprendre l'exercice... je veux
arriver là-bas avant que ce soit fini.

--C'est chic, ma croix sur ma capote de mobilisé...

--Oui, mais on va maintenant la gagner à la bataille.

[Texte manquant.]

Le mot d'ordre des Anglais:

--Celui du Duc de Fer: mes enfants... tenir jusqu'au dernier...

--Tu as bien compris la consigne...--Oui, caporal...--Répète un peu.
--Tenir ici jusqu'à ce que les Russes arrivent...

--Il y a trois semaines, je me fâchais contre les gardes-barrières qui
n'ouvraient pas assez vite pour laisser passer mon auto...

--Aujourd'hui, garde-barrière moi-même...

--Il y a un officier allemand prisonnier qui demande s'il y a du
champagne et à quel prix la bouteille.

--Cinq milliards...

Léonidas revenant s'engager dans l'armée belge:

--Bravo!... les Thermopyles, je connais ça... mais vous m'avez dépassé
en héroïsme!

--Qu'est-ce qu'il a, le gosse?

--Il est très ennuyé... Ce n'est pas sa faute... Nous l'avions fait
baptiser sous le nom de Guillaume... il veut qu'on l'appelle Albert!

Le Lièvre et la Tortue:

--On a pris votre auto? ben, mon vieux, vous vous moquiez de moi quand
vous faisiez du 80 à l'heure... et, aujourd'hui je fais les transports
rapides dans la commune...



Le Directeur: RENÉ BASCHET.

Imprimerie de _L'Illustration_, 13, rue Saint-Georges, Paris
(9e).--L'Imprimeur-Gérant: A. CHATENE.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration No. 3732, 5 Sept 1914" ***

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