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Title: L'Illustration, No. 3258, 5 Août 1905
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3258, 5 Août 1905" ***

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Avec ce Numéro
_Une Gravure hors texte_
EN COULEURS.


[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


[Illustration: Supplément de ce numéro: grande gravure hors texte en
couleurs: Une noce dans l'île de Marken, par Georges Scott.

        L'ILLUSTRATION
        _Prix du Numéro: 75 Centimes._
        SAMEDI 5 AOUT 1905
        _63e Année--N° 3258_]

[Illustration: LA GAGNANTE DU PREMIER MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE
Mme Hofer, cantinière au 28e dragons, à Sedan, dans l'exercice de ses
fonctions, le lendemain du tirage. _Photographie de notre envoyé
spécial, M. Abeniacar_]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

... Gare de Lyon. Un landau qui passe, à grande allure; des agents de
police affairés; des passants qui saluent. On entend: «C'est lui...
L'avez-vous vu? Où va-t-il?» C'est M. Loubet qui part en vacances.

Je le regarde descendre de voiture, souriant, serrer des mains,
distribuer de bonnes paroles auxquelles répondent d'autres sourires. Et
je pense à la chose exquise, ineffablement douce, que doit être un mois
de repos à la campagne, quand on a été pendant onze mois «monsieur
Loubet»!

Le hasard et ma curiosité m'ont souvent mise, depuis quelque temps, sur
le chemin de M. Loubet. Je l'ai vu recevoir des rois, présider des
revues, inaugurer des salons de peinture, assister à des fêtes de
gymnastique, suivre des courses de chevaux à Longchamp, et des concours
d'animaux gras au Champ de Mars, et des concours culinaires aux
Tuileries; je l'ai rencontré dans des expositions de fleurs, dans des
expositions de chiens, dans des expositions de tout; et je pensais
souvent: «S'amuse-t-il?» Or, s'il s'ennuyait, c'était merveille de voir
combien sincèrement, en quelque lieu que ce fût, il avait l'air de
s'amuser, d'être pris par l'intérêt, grave ou léger, des choses qu'on
lui montrait. Je l'observais à distance. Il parlait. Et, qu'il s'agît de
peinture, d'élevage, d'horticulture, d'art militaire, de politique,
d'hippisme, de médecine, de gymnastique ou de charité, j'étais frappée
de voir combien ceux qui l'écoutaient goûtaient son éloquence familière,
semblaient lui savoir gré d'être venu leur dire précisément les paroles
qu'il leur disait.

M. Loubet, à présent, se repose sous les arbres. Il rêve. Il jouit de la
volupté de ne rien inaugurer, de ne rien présider, de ne rien célébrer,
de ne rien commémorer. Pour quelques semaines, il a reconquis le droit
de ne point sourire égalitairement à tout le monde; il se sent libre de
bâiller, libre d'aimer ce qu'il aime et de ne pas aimer ce qu'il n'aime
pas. Ce sont là ses débauches...

Nos «potaches» aussi sont heureux. Ceux qui ont bien travaillé ont la
joie, en ce moment, de trouver leurs noms imprimés dans la gazette... Et
cela nous fait, en vérité, des journaux très ennuyeux, où s'alignent des
citations de discours de distributions de prix, en caractères
minuscules, et des noms, des noms, des noms... Je n'aperçois pas
l'intérêt de cette réclame, faite à de petits succès d'enfants, et
j'aimerais qu'on habituât les écoliers à triompher de façon plus
modeste, à n'avoir pas, dès l'âge de huit ans, la préoccupation de la
«bonne presse». Cela vaudrait mieux pour eux, et pour la presse aussi.
Il en est un peu des journalistes comme des comédiens. Nous sommes, à
l'égard des gens de théâtre, animés d'une curiosité folle, puérile, un
peu maladive; nous n'entendons rien ignorer de leurs propos, de leurs
gestes, des plus secrets incidents de leur vie; et, comme si nous avions
conscience de ce qu'il y a d'inconvenant et de ridicule dans cette
curiosité-là, nous nous vengeons d'elle sur eux-mêmes, en leur
reprochant de tenir trop de place chez nous et de s'imposer abusivement
à l'attention de la foule. Nous feignons d'oublier qu'il ne tient qu'à
nous de ne point tant nous occuper d'eux et que, le plus souvent, il
leur serait fort agréable que notre badauderie les laissât en repos.

Les journalistes, de même, ne tirent leur influence que de l'excès de
nos vanités. Nous nous plaignons d'être à leur merci; mais les opinions
qu'ils expriment, leurs critiques, leurs louanges n'ont que l'importance
qu'il nous plaît d'y attacher; et, si nous nous montrions moins
puérilement préoccupés d'être bien traités par la presse; si nous
savions opposer plus de sincère indifférence à ses dédains, à ses
facéties, à ses mauvais gestes, elle aurait tôt fait de redevenir la
personne discrète que nous lui reprochons tant de ne pas être...

Mais nous n'avons pas ce courage; ses caresses nous tentent et le
pouvoir dont elle jouit de nous distribuer un peu de gloire nous la rend
sacrée. Nous pestons contre ses erreurs, ses injustices et l'énormité de
sa puissance;--et nous nous tournons vers elle pour lui mendier un brin
de réclame en faveur du fils ou du neveu que nous avons ramené du lycée,
cette semaine, chargé de couronnes. Ecorche-t-elle un nom? Vite, nous la
supplions de «rectifier»; elle rectifie, et nous sommes contents.

A qui la faute si, de temps à autre, tant de prestige la grise?

Août... septembre... les deux mois de léthargie de Paris. Bruyamment,
mon Quartier latin se vide; mes amis se dispersent. Il y a bien encore,
ça et là, des choses neuves à voir, d'amusants ou de beaux spectacles
grâce auxquels on se réjouira d'avoir quitté Paris après les autres et
qu'on sera fiers d'avoir goûté dans une sorte d'intimité, de huis clos
parisien... Il y a les salles nouvelles du Petit Palais; il y a
l'exposition triomphale de Ziem; il y aura tout à l'heure le retour aux
Tuileries du pesant et ronflant cortège des «véhicules industriels», qui
soulevèrent, cette semaine, tant de poussière et firent un si beau bruit
sur nos routes; et il y a les étrangers qui viennent voir Paris au
moment où nous l'abandonnons.

On les rencontre à l'heure de «l'apéritif», assis aux terrasses des
boulevards et, le soir, à la Comédie-Française, à l'Opéra, ou, si la
chaleur est trop forte, aux cafés-chantants des Champs-Elysées, devant
le cinématographe du Jardin de Paris, autour des tziganes dont ils
écoutent rêveusement les mélodies ou les cake-walks en buvant des choses
glacées au bout de longues pailles... Ils sont un spectacle pour nous,
ces étrangers, et souvent un spectacle instructif. On reçoit d'eux des
confidences amusantes et très inattendues.

--Te doutais-tu, Sonia, me disait hier un vieux cousin d'Odessa que je
promène dans Paris depuis quelques jours, que cette ville-ci est, en
vérité, pleine de lacunes et d'incommodités que ses habitants ne
soupçonnent pas?

Et mon parent m'énumérait, d'un ton doux, ses griefs. Il est accompagné
à Paris de ses deux filles, et il avait voulu, la veille au soir, les
conduire au concert. Son hôtelier lui apprit que la saison des grands
concerts était close; qu'on ne chantait plus guère à Paris, depuis un
mois, qu'en plein vent, et qu'au surplus ce n'était point à des oreilles
de jeunes filles que cette littérature foraine était destinée.

Mon cousin demanda:

--Y a-t-il du moins quelque endroit où d'honnêtes bourgeois puissent
s'assembler pour écouter un orchestre supportable?

On lui répondit qu'il y avait bien, dans Paris, des cafés où ces
auditions se donnaient, mais que de fâcheux voisinages y étaient à
craindre. On lui conseillait plutôt le bois de Boulogne... Il résolut de
s'y rendre et chercha, dans la rue, une voiture à quatre places pour s'y
faire conduire.

Un agent de police qu'il consultait lui déclara que ce genre de véhicule
n'existait point à Paris, et cet aveu stupéfia mon parent.

Alors, l'agent bienveillant, lui signala l'omnibus qui le conduirait le
plus commodément vers la destination qu'il indiquait; il y fit monter sa
famille et fut surpris d'y devoir payer une somme triple de celle que
lui coûte ordinairement une course en omnibus dans son pays.

Mon cousin se plaint de beaucoup d'autres choses: il lui déplaît que nos
trottoirs s'encombrent de tant d'édicules dont la vue choque à la fois
le sentiment des convenances et celui de la beauté; ses yeux sont
excédés par le désordre de ces réclames lumineuses «intermittentes» qui
font, la nuit venue, succéder sur les façades des maisons de nos
boulevards, sans répit, des tristesses de ténèbres à des surprises de
feu d'artifice et rendent sa chambre d'hôtel inhabitable. «Il y aurait,
dit-il, sur les incommodités de ce Paris dont vous êtes si fiers, un
petit livre bien amusant à écrire.»

Mais tout de même il y vient, depuis trente ans, passer, chaque été, ses
vacances... Et c'est là la gloire de Paris. Cette ville pleine de
défauts est nécessaire à tout le monde, on ne sait pourquoi; telles ces
femmes dont on médit d'autant plus qu'on les aime davantage...

SONIA.



SUR LES PLAGES

(Voir les gravures des pages 96 et 97.)

Août: la saison des bains de mer, suivant l'expression consacrée, «bat
son plein»; l'exode en masse des villes vers les nombreuses stations du
littoral s'est accompli, et la vie parisienne elle-même n'est autre, à
l'heure actuelle, que la vie des plages à la mode.

Mais, en dehors de la mode et de ses aimables tyrannies subies par tant
de gens empressés à lui payer un tribut volontaire; en dehors des
casinos, avec leurs spectacles et leurs concerts; des promenades
d'apparat, avec leurs élégances, la villégiature maritime offre de
multiples agréments, goûtés surtout des amis du plein air, des sains
exercices, du repos réparateur: la pêche aux coquillages et aux
crevettes, facile et pourtant non dépourvue d'émotions; les libres ébats
des gentils bambins barbotant à plaisir dans des lacs minuscules ou
construisant de fragiles ouvrages; la lutte vaillante de la charmante
baigneuse contre la vague; le farniente somnolent des paresseux,
mollement étendus sur un tapis de sable fin, que sais-je encore?...

Les malheureux citadins que l'austère devoir ou quelque motif d'ordre
économique retiennent attachés, non pas même au rivage, mais très loin
du rivage, en sont parfois réduits, par ces jours caniculaires, à
attendre de leur imagination l'illusoire sensation d'un peu de fraîcheur
et recherchent volontiers des images suggestives, dussent-elles exciter
leur légitime envie.

C'est à ceux-là, plus particulièrement, que nous dédions cette série de
photographies de saison, dont certaines, prises au moyen du
cerf-volant--curieux procédé expliqué dans _L'Illustration_ du 18
octobre 1902--donnent d'amusants effets de perspective panoramique et de
raccourci.



NOTRE GRAVURE EN COULEURS

UNE NOCE DANS L'ILE DE MARKEN

Nous avons reproduit récemment (n° du 8 avril 1905) une aquarelle de
Georges Scott représentant _le Coche d'eau d'Edam à Volendam, en
Hollande._ Nous lui donnons aujourd'hui un pendant, avec _Une noce dans
l'île de Marken_, du même artiste. Comme Volendam, Marken est bien connu
des touristes qui, partant d'Amsterdam, visitent les côtes du Zuiderzée.
Ces deux villages de pêcheurs sont voisins: de Volendam on aperçoit
nettement l'île de Marken. Mais les costumes et les types des habitants
sont tout différents. Les femmes de Marken se distinguent d'une façon
toute spéciale par deux grosses mèches de cheveux, non nattées, qui
sortent de leur coiffe et leur encadrent le visage. D'un attachement
opiniâtre à leur passé, les treize cents habitants de l'île se marient
entre eux. Tous ou à peu près sont parents ou alliés, et une noce est
une fête générale pour la population entière.



[Illustration: Comment Mme Hofer, cantinière au 28e dragons, est devenue
millionnaire, à 9 h. 22 du matin, le 1er août. _(Photographie
instantanée prise dans le grand hall des tirages du Crédit Foncier.)_]

LE PREMIER MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE

Le premier tirage de la grande loterie autorisée au profit des caisses
de retraite des Associations de la Presse fut un des notables événements
de la semaine.

Le Crédit Foncier étant l'organisateur de la loterie, l'opération eut
lieu à l'hôtel de la rue des Capucines, siège de cet établissement
financier. A neuf heures précises, on ouvrait au public matinal, déjà
rassemblé dans la cour, les portes du hall situé à droite du
rez-de-chaussée. Une salle assez vaste, bien éclairée; au fond, une
longue table recouverte d'un tapis vert; devant cette table, les roues
de la Fortune,--car, pour la circonstance, elle en avait deux, de
diamètres inégaux, contenant, l'une 100 numéros de série, l'autre les
15.000 numéros dont chacune des séries se compose.

Bientôt prenaient place au bureau, sous la présidence de M. Morel,
gouverneur du Crédit Foncier: MM. Olagnier, administrateur; Touchard,
secrétaire général; Leblanc, censeur, et M. Alfred Mézières, de
l'Académie française, sénateur, président de l'Association des
journalistes parisiens. Après les formalités et vérifications
préliminaires d'usage, des employés de l'administration mirent les roues
en mouvement; la tâche d'en extraire les étuis était confiée, suivant la
tradition, à deux jeunes pupilles de l'Assistance publique. Au milieu
d'un silence solennel, où l'attention se mêlait d'anxiété, on entendit
proclamer le numéro 2.174 (série 77), gros lot de _un million_.

Dès ce moment, curiosité naturelle et phénomène d'altruisme impulsif,
chez les assistants, l'amertume de la déception, vite oubliée, faisait
place à une préoccupation unique, obsédante, qui, tout à l'heure, au
dehors, allait s'emparer des acheteurs de listes et même des gens
n'ayant pas pris de billet: quel était l'heureux gagnant du gros lot?

La Fortune, on ne tarda pas à l'apprendre, avait favorisé Mme Hofer,
cantinière au 28e dragons, en garnison à Sedan, laquelle avait pris
trois billets--et qui, déjà, n'était pas sans une certaine fortune. Née
à Coulanges, en Lorraine, mais élevée à Paris--où elle va revenir--Mme
Hofer, dont nous donnons le portrait, est une accorte brune de
trente-huit ans, veuve depuis un an, sans enfants. Devenue millionnaire
du jour au lendemain, ce coup du sort ne paraît pas lui avoir tourné la
tête, qu'elle a solide, et, douée d'un bon coeur, elle projette, tout en
vivant désormais de ses rentes, de faire du bien autour d'elle. Son
premier acte de largesse, est-il besoin de le dire, a été de régaler son
régiment.



[La salle de la manufacture de Sèvres. AU PALAIS DES BEAUX-ARTS DE LA
VILLE DE PARIS.]

LES NOUVELLES SALLES DE "SÈVRES", DE DALOU ET DE ZIEM

Le Petit Palais, musée des beaux-arts de la ville de Paris, vient
d'ouvrir trois nouvelles salles, consacrées respectivement à Sèvres, au
sculpteur Dalou et au peintre Ziem.

Sèvres est représenté par des spécimens typiques de ses principaux
produits, naguère admirés à l'Exposition de Saint-Louis.

Du regretté Dalou, on a réuni ce qui restait dans son atelier, à sa
mort, et qu'il avait légué à l'Orphelinat des arts: quelques morceaux
achevés, et surtout quantité de maquettes, précieux documents attestant
avec quelle conscience le noble artiste tâchait à réaliser ses
conceptions.

Quant à Ziem, cinquante-six tableaux, soixante-quatorze études, quarante
et une aquarelles, constituent sa contribution à cette exposition
permanente, vraiment digne de la faveur du public.

[Illustration: 1. Galerie des bustes de Dalou.--2. «Bacchanale», haut
relief du «Fleuriste» de la Ville, par Dalou.]

[Illustration.]



LE PEINTRE ZIEM CHEZ LUI

Comme on le mentionne d'autre part, le musée de la ville de Paris, au
Petit Palais des Champs-Elysées, vient de s'enrichir d'une importante
collection d'oeuvres de Ziem; il convient d'ajouter que, cette bonne
fortune, il la doit à la libéralité du maître. De pareils cadeaux sont
le plus souvent posthumes; en effet, pour les offrir de son vivant, il
faut que le donateur ait pleine conscience de la consécration de sa
renommée avant le verdict définitif de la postérité. Or, tel est, sans
conteste, le cas du peintre des splendeurs lumineuses de Venise.

[Illustration: Le peintre Ziem dans son jardin.]

[Illustration: Dans son atelier.]

Mû par un sentiment de respectueuse curiosité, j'ai ambitionné l'honneur
d'être admis en présence de ce notoire contemporain. Des gens soi-disant
avertis m'avaient objecté la témérité de mon dessein: «Ziem,
assuraient-ils, est un original peu sociable; depuis des années il mène
une existence d'ermite au fond de sa retraite de Montmartre et l'on
n'entre pas chez lui comme au proche Moulin de la Galette.» Baste!
pensai-je, risquons toujours l'aventure!

Donc, me voici devant le numéro 72 de la rue Lepic, tirant timidement le
fil de fer qui sert de cordon de sonnette. Certes, la maison est
d'aspect peu engageant: un cube massif de briques rouges, aux baroques
adjonctions parasitaires, aux étroites fenêtres, la plupart masquées
d'auvents, une porte de prison. Ouverture préalable d'un judas,
pourparlers, entre-bâillement de l'huis, introduction. Dès l'entrée du
jardin foisonnant de folles verdures, le pied se heurte à un sarcophage
de pierre et à des fragments de sculpture antique, tandis que la tête
s'incline instinctivement sous la menace illusoire d'un énorme crocodile
empaillé pendu au toit. Cela sent déjà l'alchimie, la sorcellerie; que
sera-ce quand on pénétrera dans les ténèbres de l'«antre» mystérieux?
Mais un octogénaire de belle prestance, d'une verdeur extraordinaire,
paraît sur le seuil, et la légende s'évanouit. Le sorcier se contente
d'être un magicien de la palette; le prétendu misanthrope rébarbatif est
un homme d'un accueil avenant, prêt à faire au visiteur, avec une
exquise courtoisie, les honneurs de ses deux ateliers, de son
«capharnaüm», étrange pêle-mêle d'oripeaux fanés, de bibelots précieux,
de bouquins rares, où se complaît son recueillement. Causeur disert, le
maître parle d'une voix très douce: un susurrement musical, où revient
souvent le mot «superbe», qualifiant les réalités pittoresques, sujets
de son enthousiasme, et que l'auditeur, lui, applique aux tableaux
qu'elles ont inspirés à son prestigieux pinceau. Et enfin, soulignée
d'un geste large vers une esquisse toute nouvelle, une phrase ayant
l'éloquente concision d'une devise lapidaire: «Travailler jusqu'au
bout!...»

Deux heures après, je sortais de la sombre maison, foyer de radieuse
lumière, emportant la certitude d'avoir approché et entendu non
seulement un incomparable virtuose, mais encore un très grand artiste.

EDMOND FRANK



[Illustration: Photographe A. Giraudon. Liseuse. DEUX OEUVRES DE DALOU
EXPOSÉES AU PALAIS]

[Illustration: Boulonaise allaitant. Photographie A. Giraudon. DES
BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS (PETIT PALAIS)]



[Illustration: SUR LES PLAGES
_Photographies instantanées.--Voir l'article, page 90._]



[Illustration: Un raidillon sur le parcours de la première étape, de
Lyon à Lagneu.]

[Illustration: Le lieutenant de Benoist descendant le col du Crucifix.]

[Illustration: Le capitaine Deremetz traversant Montalieu.]

[Illustration: Une douche rafraîchissante donnée au cheval du lieutenant
de Gironde par le lieutenant Degorge.]

Pour la troisième fois, le raid hippique organisé par la revue _Armée et
Marine_ vient d'être couru du 26 au 28 juillet. Les précédentes
épreuves, Paris-Deauville et Lyon-Vichy, furent disputées sur route; le
programme de celle-ci portait que la course s'effectuerait en «terrain
varié», à travers champs et bois, afin de rendre l'expérience plus
démonstrative. Trois étapes: 1° Lyon à Lagneu, 55 kilomètres; 2° Lagneu
à La-Tour-du-Pin, 65 kilomètres; 3° La Tour-du-Pin à Lyon, 55
kilomètres. Sur 47 partants, 24 concurrents sont arrivés, le premier
ayant accompli le parcours total en 10 heures 32 minutes.

[Illustration: Le passage du gué de l'Ain.]

[Illustration: Le lieutenant d'Humières dans le gué de l'Ain.]

[Illustration: Le saut d'un fossé en plein champ par le capitaine
Bontemps, les lieutenants Barrière, Bruyas et Lignon.]

[Illustration: Les vainqueurs: les capitaines Champsavin, 1er (28e
dragons); Bucaut, 2e (11e chasseurs); Deremetz, 3e (31e dragons).]

LE RAID HIPPIQUE LYON-AIX-LES-BAINS.



[Illustration: Phot. Paul Boyer. Mme JULIA BARTET, chevalière de la
Légion d'honneur.]

Mme Bartet, doyenne de la Comédie-Française, vient d'être nommée
«chevalière» de la Légion d'honneur. L'éminente artiste appartient à la
Maison de Molière depuis vingt-cinq ans; elle y compte à peu près une
égale durée de sociétariat et, en y accomplissant la plus brillante
partie d'une carrière dramatique de plus de trente ans, elle en est
devenue incontestablement une des gloires.

Si tous ceux qui l'ont admirée et applaudie avaient eu à trancher par
voie de référendum la question: «Mme Bartet mérite-t-elle la croix?» le
résultat du vote n'eût pas été douteux, étant donné que la
toute-puissance du talent n'est point seulement du côté de la barbe et
qu'aujourd'hui, dans les arts comme dans la littérature, la suprême
distinction honorifique a cessé d'être un privilège exclusivement
masculin. Or, le public n'eut pas voix au chapitre; l'affaire
ressortissait au gouvernement et à la grande Chancellerie et, pour ces
deux hautes autorités, soucieuses du formalisme, la question
préjudicielle se posait ainsi: «Pouvait-on décorer Mme Bartet?» Pourquoi
pas? Il y avait deux précédents: l'un récent, celui de Mme Adelina
Patti; l'autre datant d'une dizaine d'années, celui de Mme Marie
Laurent. Mais, objectait-on, la célèbre cantatrice a, suivant des
conventions admises, bénéficié de sa qualité d'étrangère et la populaire
actrice reçut le ruban rouge comme fondatrice de l'Orphelinat des arts,
tandis que, s'agissant simplement d'une grande comédienne, le cas était
grave. Fort heureusement ces chinoiseries n'ont pas prévalu; on a opté
pour la solution la plus juste et la plus élégante. Voilà comment Mme
Bartet a la fortune, que sa modestie avérée n'ambitionnait probablement
pas, d'être la première artiste femme décorée au seul titre de
comédienne et de voir son nom attaché à une petite révolution de
palais--et de théâtre.



[Illustration: 1. Sur la plage: un sauveteur et un groupe de naufragés
près de la pirogue qui les a transbordés (au fond, le _Chodoc_
échoué).--2. Les préparatifs d'un campement provisoire. 3. La promenade
des passagères à travers le camp improvisé, pendant l'installation des
tentes--4. Devant le photographe... en attendant le
rapatriement.--ROBINSONS MODERNES: LES PASSAGERS DU "CHODOC", NAUFRAGÉS
SUR LA COTE DES SOMALIS, A LA POINTE EXTRÊME-ORIENTALE DE L'AFRIQUE (CAP
GUARDAFUI). _Photographies instantanées communiquées par un des
naufragés._]

En mentionnant (nº du 29 juillet) l'échouement, dans les parages du cap
Guardafui, du _Chodoc,_ paquebot de la Compagnie des Chargeurs-Réunis,
venant d'Extrême-Orient, nous avons dit le concours précieux, sinon
désintéressé, apporté par les indigènes de la côte au sauvetage des
passagers.

Débarqués sur le rivage, les naufragés, au nombre d'environ six cents,
durent, bon gré mal gré, rester là jusqu'au dénouement problématique de
leur fâcheuse aventure. Ils installèrent donc un campement dont les
intéressants documents photographiques reproduits ici montrent l'aspect,
d'autant plus pittoresque et curieux que l'on comptait cent cinquante
femmes et enfants parmi les hôtes accidentels des Somalis. Ceux-ci,
d'ailleurs, profitant d'une rare aubaine, ne pratiquèrent nullement
l'hospitalité à l'écossaise: non contents de vendre aux voyageurs
jusqu'à l'eau potable, ils ne se firent pas faute de les alléger de
leurs bagages.

Aussi, pendant un jour et demi d'attente, les victimes de cette
robinsonnade forcée, les yeux anxieusement fixés vers l'horizon,
multiplièrent-elles les signaux de détresse. On juge avec quelle joie
elles saluèrent l'apparition du bateau sauveur, le vapeur russe
_Smolensk_, quel empressement elles quittèrent une plage n'ayant rien
des commodités ni des agréments des plages mondaines désignées d'autre
part.



[Illustration: Prince Dolgoroukof. Comte Heyden. LE CONGRÈS DE MOSCOU
(19-21 juillet).--Une des séances de l'assemblée générale des
représentants des zemstvos, présidée par le comte Heyden, chez le prince
Paul Dolgoroukof.]

[Illustration: APRÈS LE CONGRÈS (22 juillet).--Séance supplémentaire
chez M. Novosiltsef pour la formation d'un parti
constitutionnaliste-démocratique.--_Photographies Smirnoff._]

EN RUSSIE: LA LUTTE POUR LA CONSTITUTION _(Voir l'article, page 101)._

[Illustration: Exposition des véhicules automobiles industriels dans le
jardin des Tuileries (au premier plan: des fourgons militaires).]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE CONCOURS DES «POIDS LOURDS».

L'Automobile-Club de France a eu l'excellente et très louable idée
d'organiser, du 28 juillet au 8 août, un concours de véhicules
automobiles industriels et de fourgons militaires.

Voici assurément une manifestation sportive toute nouvelle dans son
genre. Il ne s'agit plus, cette fois, de procurer des sensations
inédites à des sportsmen fortunés, amoureux de vitesse, ni de consacrer
à nouveau la renommée de professionnels dont, en leur temps, nous avons
apprécié les exploits.

Les poids lourds ne disputeront point aux véhicules légers la coupe
Gordon-Bennett. Ils ont des ambitions plus modestes... et moins
dangereuses. En leur faisant parcourir des pays agricoles et
industriels, leurs constructeurs veulent surtout affirmer la supériorité
incontestable de ces moyens de transport en commun sur tous les autres
modes par traction animale. De cette très intéressante et très utile
expérience, dont l'idée première appartient à M. de Dion, il résultera,
nous n'en doutons pas, un mouvement favorable à l'extension de notre
industrie automobile en France et à l'étranger.

Cinquante-cinq véhicules de tous ordres, et dont plusieurs sont
extrêmement ingénieux, ont pris part au concours.

UN PONT DANS LA SAÔNE.

Un de ces accidents que les progrès de la construction métallique
rendent de plus en plus rares vient de se produire à Guéreins, dans
l'Ain. Un pont mixte, destiné à la fois au passage des voitures et des
piétons, entre Guéreins et Belleville, et à l'établissement d'une ligne
projetée entre Beaujeu et Châtillon-sur-Chalaronne, a plongé par une de
ses extrémités dans la Saône. Après l'achèvement des soutiens de
maçonnerie, on avait voulu, selon l'usage, faire glisser de pile à pile,
jusque sur l'autre rive, la partie du tablier du pont qui devait y
trouver sa place définitive. Pour atténuer la trop grande _portée à
vide_ du pont avant qu'il atteignît les piles, on l'avait muni d'un
_avant-bec_ de texture plus légère, qui viendrait reposer d'abord sur
les galets du soutien et servir de conducteur à la travée. L'opération
commença dans ces conditions. Mais à peine le bec se fut-il appuyé sur
la première pile qu'il se rompit, au cours d'un violent orage. Le pont,
privé de son soutien, plongea du nez dans la Saône à une profondeur de 4
mètres. Il faudra, dit-on, plus de six mois pour réparer l'accident.

LE PRIX DU BLÉ DEPUIS CENT ANS.

M. Bêla Foelder, professeur à l'université de Budapest, vient de publier
une étude sur le prix de l'hectolitre de blé, depuis le commencement du
dix-neuvième siècle, pour la France, l'Angleterre, la Prusse, l'Italie,
la Belgique et l'Autriche-Hongrie; et M. Levasseur, notre éminent
économiste, a eu l'heureuse idée de traduire ces chiffres en un
graphique qu'il a présenté à la Société de statistique.

Sur ce graphique, on distingue trois périodes bien tranchées: de 1800 à
1850, il y a un grand écart d'une courbe à l'autre; le prix est
constamment plus élevé en Angleterre, surtout de 1801 à 1812, pendant
les guerres de l'Empire. En Hongrie, le prix est très bas et descend
jusqu'à 3 francs l'hectolitre en 1826.

Dans la seconde moitié du dernier siècle, la vapeur diminue les frais de
transport et le télégraphe facilite les relations; le commerce
s'organise et l'on voit ces courbes se rapprocher les unes des autres
jusqu'en 1870.

[Illustration: Un pont tombé dans la Saône, pendant son lancement, à
Guéreins (Ain). _Phot. comm. par M. Duquaire_]

[Illustration: Un des omnibus automobiles destinés à la ville de
Londres.]

[Illustration: Un projecteur électrique de campagne installé sur un
camion automobile.]

Mais, en 1870, la relation change. La courbe de l'Angleterre descend
au-dessous de celle de la France et de nouveaux écarts apparaissent, qui
résultent vraisemblablement des droits de douane.

La France et l'Italie deviennent les pays où le prix moyen de
l'hectolitre de blé est le plus élevé. L'Angleterre, la Belgique et la
Prusse deviennent les pays d'importation où il est le plus bas.

Il est bas aussi, naturellement, dans les, pays d'exportation, comme la
Hongrie et surtout les États-Unis.

A QUEL AGE LE CERVEAU DE L'HOMME PERD-IL SA VALEUR?

La «presse jaune» des États-Unis a mené grand bruit, ces temps derniers,
à propos d'une conférence qui a été faite par un médecin anglais, M.
Osier, et au cours de laquelle ce dernier aurait déclaré tout simplement
qu'après soixante ans le cerveau humain est sans valeur et que tout
sexagénaire devrait être doucement éliminé au moyen du chloroforme. M.
Osier n'a rien dit de pareil. Ce qu'il a dit, c'est que le meilleur de
l'oeuvre intellectuelle des hommes qui travaillent du cerveau se fait
avant quarante ans, et qu'après soixante ans, leur production devient
très inférieure. Goethe avait déjà dit qu'on n'acquiert plus d'idées
nouvelles après quarante ans. Mais Macaulay a fait observer que, si de
belles oeuvres ont été faites avant quarante ans, les plus grandes et
les plus belles sont dues à des cerveaux de plus de quarante ans.
L'affirmation de M. Osier est très discutable. Peut-être est-elle exacte
pour certains genres de travaux intellectuels, et très inexacte pour
d'autres.

Aussi Macaulay était-il d'avis que les 19 vingtièmes des meilleurs
livres sont l'oeuvre d'hommes ayant plus de quarante ans. Et
certainement, si l'on y réfléchit, on pensera, comme lui, que le cerveau
n'est pas du tout condamné à donner, après quarante ans, des oeuvres
inférieures à celles qu'il produisait avant cet âge.

PÉRÉGRINATIONS D'ÉPAVES.

Dans toute mer où il y a de la navigation, il y a des épaves aussi, des
navires qu'il a fallu abandonner, mais qui, avant de se briser et de
couler, peuvent encore faire de longs voyages, ballottés par le vent et
les courants. Dans l'Atlantique, il y en a bon nombre: ce sont surtout
des vaisseaux en bois, chargés de bois. Les vaisseaux en fer coulent
vite; ceux en bois peuvent flotter longtemps encore. On connaît les
exploits de certains de ces derniers: le service de la navigation aux
États-Unis se fait sans cesse renseigner sur les épaves qui ont été
rencontrées et, par la comparaison des observations, il établit la route
et la durée de la course de l'épave Une de celles-ci, _l'Alma-Cummings_,
un schooner, a couru l'Atlantique pendant 587 jours et fait un trajet de
8.000 kilomètres. Cette barque avait pris un chargement de bois à
Port-Royal pour Boston, en 1895, au mois de janvier; en février, elle
fut assaillie par un _blizzard_ qui est à juste titre resté fameux. Ses
mâts se brisèrent et, pendant quelques jours, l'équipage fut en grand
péril. La tempête s'étant calmée, les hommes purent être recueillis par
un vapeur. Mais la barque continua à flotter. Plusieurs grands vaisseaux
l'aperçurent et la signalèrent. L'un deux, pour débarrasser la
navigation de ce danger, y mit le feu; mais elle ne put brûler que
superficiellement: le pont était trempé et la cargaison de bois aussi.
On la rencontra pour la dernière fois sous l'équateur; quelques mois
après, les courants l'avaient poussée sur la côte de Colon où les
Indiens la mirent en pièces. Une autre barque, la _Fannie G. Wolston_, a
fait mieux. Elle s'est promenée pendant quatre ans dans l'Atlantique, y
faisant 15.000 kilomètres. Abandonnée le 15 octobre 1891, au cap
Hatteras, elle monta vers le nord avec le Gulf-Stream. Puis, une tempête
la chassa jusque dans la mer des Sargasses, où elle est restée deux ans.

De la mer des Sargasses elle fut portée sur la côte de Floride, puis
vers le Nouveau-Jersey, où elle a dû être détruite, car on n'a plus eu
de ses nouvelles. Moins longue a été la carrière d'une autre épave de
nom inconnu, mais plus tragique. Car le bateau qui la découvrit trouva
un timonier à la roue: un matelot s'était attaché à celle-ci et il était
mort à son poste. Son cadavre restait en place, les mains sur les
rayons, les yeux vides semblant chercher à voir encore ce que devenait
la tempête. On fit sauter cette barque-fantôme, et son conducteur alla
trouver, au fond de la mer, le repos. Une autre épave curieuse est celle
qui, il y a quelques années, traversa les bancs de Terre-Neuve. Elle
était juchée au sommet d'un iceberg et entourée de glace. La barque
avait donné sur de la glace qui s'était détachée de la côte et avait été
entraînée par le courant. La pluie et la neige, se changeant en glace,
la fixèrent sur sa banquise, et c'est ainsi qu'elle vint se montrer aux
pêcheurs du Grand-Banc, traversant avec pompe la flotte des morutiers
effarés.

LA GRAPHOLOGIE AU JAPON.

L'étude du caractère par l'écriture tend de plus en plus à se
généraliser.

La graphologie, inventée et propagée par un Français, l'abbé Michon,
date chez nous d'une cinquantaine d'années à peine; mais, au Japon, on
retrouve la preuve certaine que la graphologie y a été connue de tous
temps. Au pays du Soleil Levant, nous écrit M. Albert de Rochetal,
directeur de la _Revue graphologique_, à qui nous devons le curieux
document ci-joint, elle est pratiquée depuis des siècles. Tous les gens
qui tirent la bonne aventure par la physionomie, les lignes de la main
et autres moyens plus ou moins mystérieux, ont l'habitude de faire
_tracer par leurs clients une ligne ou barre sur une feuille de papier_,
et voient ainsi l'ensemble de son tempérament. Vous comprenez bien: un
simple trait suffit aux sorciers japonais pour juger le caractère;
combien de nos graphologues européens pourraient en faire autant?

Voici les principales formes de barres qui leur servent de types:

Ces barres sont ici représentées en tenant compte des proportions, car
les Japonais écrivent avec un pinceau, ce qui fait que le trait est
beaucoup plus gros, surtout les formes 1, 2, 3, 4. De plus, elles sont
horizontales, bien que l'écriture japonaise, tirée de la chinoise, soit
tracée de haut en bas. Pour les barres verticales, les significations
sont les mêmes.

_Barre mince, rigide et courte_ (fig. 1), signifie esprit net, décidé.

_Barre mince et rapide, plus ou moins horizontale, comme un trait de
plume_ (fig. 2), signifie vivacité, gaieté, volonté faible.

_Barre fine et tracée lentement_ (fig. 3), signifie délicatesse de goûts
et de sentiments, caractère un peu maniéré.

_Barre rapide, en coup de plume, recourbée_ (fig. 4), signifie vivacité,
violence, despotisme.

Barre courte et appuyée (fig. 5), signifie volonté forte et nette,
franchise.

_Barre longue et appuyée_ (fig. 6), signifie volonté forte, initiative,
franchise.

_Barre lente et massive_ (fig. 7), signifie sensualisme, goûts un peu
vulgaires.

_Barre informe_ (fig. 8), signifie nonchalance et paresse, mensonge.
Cette barre affecte toutes les formes.

_Barre terminée par un crochet_ (fig. 9), signifie ténacité, caractère
crochu.

_Barre terminée en massue_ (fig. 10), signifie franchise, violence.
-Barre terminée en pointe (fig. 11), a deux significations, selon
qu'elle est mince où épaisse au début: _mince_, elle signifie colère,
méchanceté; _épaisse_, elle signifie esprit rusé.

_Borne en fuseau, ou à renflements multiples_ (fig. 12), signifie
sensualisme raffiné.

La direction du trait a aussi son importance. Avant tout, et quelle que
soit leur forme, lorsque les barres sont _ascendantes_, les sorciers
japonais voient l'activité, la gaieté; au contraire, lorsqu'elles sont
_descendantes_, c'est-à-dire _qu'elles tombent_, ils conjecturent la
maladie, le découragement ou la mollesse.

Ne trouvez-vous pas curieuse cette, façon d'interpréter l'écriture
réduite à sa plus simple expression: le trait. Mais il y a mieux: c'est
que toutes ces explications, si brèves et un peu vagues, correspondent à
nos propres principes graphologiques. En un mot, c'est la quintessence
de la graphologie devinée et appliquée de temps immémorial par l'esprit
subtil des Asiatiques.

M. Albert de Rochetal a donné ici les principales formes, car il y a
autant de façons de tracer une ligne qu'il y a d'individus.

Les Japonais attachent une importance énorme à la délicatesse des traits
ou plutôt à l'originalité artistique. Ils disent d'une belle écriture
qu'elle est _sainte, sacrée_. Il y a des Japonais qui passent toute leur
vie à perfectionner leur écriture, non pas d'après les règles
calligraphiques, mais d'après certaines formes qu'ils jugent belles.
Nous avons, en France, l'équivalent, lorsque nous disons de certaines
écritures d'artistes _qu' elles ont du cachet_.

[Illustration: Les différentes formes de traits qui servent à déterminer
le caractère humain d'après la graphologie japonaise.]

Les Japonais savent distinguer les moindres nuances, d'autant mieux que
le consultant manie _le pinceau_ sous leurs yeux et qu'il se trahit
ainsi par ses gestes plus ou moins vifs, hardis, calmes ou hésitants.
Peu de nos graphologues européens, avec leurs méthodes détaillées,
seraient capables de pareils tours de force...



LA NAGEUSE ANNETTE KELLERMANN

A peu près chaque année, des champions de l'un et de l'autre sexe
tentent d'égaler le record du capitaine anglais Webb, en renouvelant la
traversée à la nage du détroit du Pas-de-Calais.

Ces derniers jours, trois concurrents sérieux, deux Anglais, MM. Heaton
et Thomas Burgess, et une jeune Australienne, Mlle Annette Kellermann,
venaient prendre position à Douvres. Heaton et Mlle Kellermann se sont
mis à l'eau le 26 juillet, Burgess a pris la mer le 27, mais aucun des
trois n'a pu s'éloigner à plus d'une douzaine de milles de la côte.

On dit que Burgess recommencera le 8 août. Mlle Kellermann, un peu
fâchée de son échec, qu'elle attribue à la houle trop forte et à la
brume trop intense, boude les éléments. C'est, d'ailleurs, son droit de
jolie femme. Les photographies que nous publions témoignent, en effet,
que Mlle Kellermann est une fort gracieuse Australienne; elles font, en
tout cas, un contraste amusant avec l'instantané qui représente la jeune
femme, affublée d'énormes lunettes, coiffée d'un casque, utile mais
inesthétique, le visage protégé par un enduit huileux, défigurée, enfin,
ainsi qu'il sied à une nageuse intrépide à la conquête du championnat de
la Manche.

[Illustration: Coiffée pour le bal.--Coiffée pour la mer. La toilette
avant une séance d'entraînement en mer. En costume de championnat.]

UNE CHAMPIONNE DE LA NATATION: Mlle ANNETTE KELLERMANN, QUI A TENTÉ LA
TRAVERSÉE DE LA MANCHE.



[Illustration: Le palais de Portsmouth (États-Unis), où les
plénipotentiaires russes et japonais vont se rencontrer pour traiter de
la paix.]

[Illustration: Copyright Underwood and Underwood. La villa «Sagamore»,
où M. Roosevelt, en villégiature à la baie des Huîtres, a reçu le baron
Komura et M. Witte.]

LES PLÉNIPOTENTIAIRES RUSSES ET JAPONAIS EN AMÉRIQUE

C'est, on le sait, à Portsmouth (États-Unis), ville du New-Hampshire,
située au nord de Boston, que vont se réunir les plénipotentiaires
russes et japonais, appelés à discuter les conditions de la paix. Le
gouvernement américain a mis à leur disposition le bâtiment affecté au
magasin d'équipement de la marine, dont les bureaux ont été aménagés en
vue des séances peut-être nombreuses qu'ils y tiendront.

En attendant leur séjour plus ou moins prolongé dans la maison où se
décidera la paix, les plénipotentiaires ont reçu l'accueil le plus
hospitalier du président Roosevelt dans sa maison d'été de «Sagamore», à
Oyster-Bay, près de New-York.



LES SOLDATS MOISSONNEURS

De tout temps il a été d'usage, à l'époque de la moisson, de mettre à la
disposition des cultivateurs des travailleurs militaires, choisis de
préférence parmi les hommes originaires de la campagne. L'utilité de ce
renfort s'est fait sentir plus particulièrement cette année; en effet,
de fréquents orages, de violents ouragans, ont versé une partie des
blés, ce qui rend l'emploi des faucheuses mécaniques presque impossible
et nécessite le travail à la main. Or, l'agriculture manquant de bras,
le ministre de la Guerre, afin de lui en fournir, a donné aux chefs de
corps des instructions en conséquence. C'est ainsi que, dans les champs
de la banlieue parisienne, la plupart bornés par de noires
usines--notamment entre Saint-Denis et Aubervilliers--on pouvait voir,
ces jours derniers, des équipes de soldats vêtus de treillis manier la
faucille et lier les gerbes avec la même activité qu'ils apportent à
leurs exercices habituels.



LE SCULPTEUR ARMAND SEVEEL

Nos artistes s'en vont. Après un peintre, cet admirable Henner, dont le
dernier numéro de _L'Illustration_ reproduisait les traits vénérables,
voici le sculpteur Seveel--un autre vieillard tout blanc--qui vient de
disparaître.

[Illustration: La moisson faite par des soldats dans les blés couchés
par l'orage, aux environs de Paris (entre Saint-Denis et
Aubervilliers).]

Armand Seveel était né à Bricquebec, dans la Manche, il y a près d'un
siècle, exactement en 1820. Tout le monde connaît et admire sa
magnifique statue de Napoléon Ier, qui s'élève à Cherbourg au milieu de
la place d'Armes. C'est également à Seveel que la ville d'Orléans doit
sa Jeanne d'Arc équestre.

Le sculpteur disparu aimait avec passion l'art des siècles passés. Il
avait des collections précieuses de porcelaines anciennes. L'une de ces
collections fut cédée au musée de Cluny, où elle figure en bonne place;
une autre est, croit-on, léguée à la ville de Cherbourg, où l'éminent
artiste fut l'objet d'un culte légitime et où il vient de s'éteindre
tout doucement ces jours derniers.

Armand Seveel était chevalier de la Légion d'honneur.

[Illustration: Le sculpteur Armand Seveel. _Phot. Desrez._]



LE CONGRÈS DES ZEMSTVOS A MOSCOU

Le caractère et l'importance du mouvement politique et social en Russie
se sont affirmés de nouveau par le Congrès des délégués des zemstvos et
doumas, qui s'est tenu à Moscou le mois dernier.

Malgré l'interdiction de l'autorité, le 19 juillet, les congressistes se
réunissaient chez le prince Paul Dolgoroukof, maréchal de la noblesse et
chambellan de la cour, celui-ci ayant mis à leur disposition une vaste
salle de son palais; 225 délégués, représentants des zemstvos et des
doumas de toutes les villes peuplées de plus de 50.000 habitants, et un
nombre à peu près égal de membres des mêmes institutions, venus
spontanément, sans mandat, composaient une réunion de plus de 400
personnes. Une intervention de la police pour la dissoudre, comme
illégale, resta sans effet, après avoir soulevé de vives protestations
et quelques incidents dont un photographe avisé eut le temps de fixer la
physionomie; la séance suivit son cours, sous la présidence du comte
Heyden, maréchal de la noblesse du district d'Oponetz et membre du
zemstvo de Pskof. Continuées le 20 et le 21, les délibérations
aboutirent au vote de diverses résolutions relatives à l'obtention des
réformes constitutionnelles les plus libérales.

Le 22, eut lieu chez M. Novosiltsef, sous la présidence de M. Pétrov
Solovov, une réunion supplémentaire où fut décidée la formation d'un
parti «constitutionnaliste-démocratique».



NOTES ET IMPRESSIONS

En diplomatie, adhérer en principe est une manière polie de refuser.
PRINCE DE BISMARCK.

                                 *
                                * *

Ne rien définir et laisser tout espérer, c'est le prestige des
révolutions. LAMARTINE.

                                 *
                                * *

Dans les pays apathiques, le pouvoir tend à passer aux mains des bavards
déclassés. H. TAINE.

                                 *
                                * *

Les vocations des enfants sont d'ordinaire simple affaire
d'amour-propre; ils en ont souvent trop pour en avoir une.

                                 *
                                * *

Ne rien savoir est le secret de ne douter de rien. G.-M. VALTOUR.



[Illustration: LES INTRUS, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement
gratuits.)_

NOUVEAU FILTRE PERFECTIONNÉ

Dans les périodes de chaleur où l'eau est une cause de maladies graves,
nous croyons intéresser nos lecteurs en leur signalant le nouveau type
de filtre perfectionné de M. Mallié, dont les avantages se résument en
deux mots: grand débit et stérilisation complète.

Ce nouveau filtre, avec sa grande surface de filtration, présente,
l'avantage de pouvoir donner une carafe d'eau absolument stérilisée en
moins d'une minute et supprime ainsi l'usage du tonneau servant de
réservoir dans lequel l'eau parfois se réchauffe avant de servir à la
consommation.

[Illustration: Fig. 1.--Le nouveau filtre Mallié.]

Grâce à un robinet spécial placé en-dessous du filtre on peut laisser
couler un instant l'eau non filtrée pour la rafraîchir; l'eau vient
passer sur les parois extérieures de la bougie, la nettoie et chasse en
même temps les impuretés qui s'amassent entre la bougie et l'enveloppe
métallique. Ce filtre a donc besoin d'être démonté pour le nettoyage
bien moins souvent qu'un autre.

[Illustration: Fig. 2.--La bougie Mallié.]

Ce filtre se pose de deux manières différentes: avec un support qui le
tient éloigné environ de 10 centimètres du mur contre lequel il est
placé, ou avec un support et un collier; il est alors placé le plus près
du mur possible (fig. 1), environ à 2 centimètres.

Un autre type de filtre se plaçant, comme le filtre précédent, à l'aide
d'un support et d'un collier, présente l'avantage d'avoir au milieu un
robinet ordinaire pour prendre l'eau non filtrée; un autre robinet placé
au-dessus et portant la mention: _eau filtrée_, permet de prendre
celle-ci.

L'arrivée d'eau se fait par le robinet du bas.

Le débit est considérablement augmenté par ce fait que la bougie est
moulée en forme de poche intérieure (fig. 2) et présente ainsi une
surface de filtration presque double.

Les filtres de la maison Mallié sont en porcelaine d'amiante; les pores
très réguliers et très abondants de cette matière permettent un
écoulement très rapide de l'eau tout en la dépouillant entièrement de
tout microbe et de toute impureté solide, en raison de leur extrême
finesse.

Pour le nettoyage, il suffit de dévisser la partie supérieure du filtre:
on retire alors la bougie sans difficulté, il suffit de la brosser à
l'eau chaude de préférence.

Pour tous renseignements, prière de s'adresser à _M. Mallié, 155,
faubourg Poissonnière, Paris._


GARROT "AMÉRICAIN"

En particulier pendant les chaleurs, les chevaux ont à souffrir de
blessures occasionnées par le collier. Notre figure représente au
lecteur le Garrot «américain», appareil susceptible, au dire de
l'inventeur, d'éviter les blessures du garrot et même de guérir celles
déjà survenues.

Cet appareil est fait en zinc et de telle façon qu'il maintient le
garrot du cheval constamment frais. Des essais faits sur des chevaux
auxquels on était obligé de mettre des colliers spéciaux ont permis de
juger que cet appareil pouvait guérir les chevaux blessés sans
interrompre leur travail. Au cours de ces essais, plusieurs animaux
assujettis à certaines blessures du cou en ont été préservés par
l'emploi de cet instrument. Il est admissible, en effet, que la présence
d'un métal sur la peau la maintienne en état de fraîcheur. Le prix de
l'appareil étant d'ailleurs fort modique, il peut être de l'intérêt des
cultivateurs possédant un ou plusieurs chevaux de se munir de cet
appareil, qui s'adapte à tous les genres de colliers sans préparation ni
difficultés.

[Illustration: Garrot «américain».]

Le Garrot «américain» se trouve en vente chez _M. Feret, 27, place de la
Bonneterie, Troyes._

Il se fabrique en trois tailles; petit, au prix de 5 francs; moyen et
grand, au prix de 6 francs. Ajouter 0 fr. 60 pour le port.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3258, 5 Août 1905" ***

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