Home
  By Author [ A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z |  Other Symbols ]
  By Title [ A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z |  Other Symbols ]
  By Language
all Classics books content using ISYS

Download this book: [ ASCII | PDF ]

Look for this book on Amazon


We have new books nearly every day.
If you would like a news letter once a week or once a month
fill out this form and we will give you a summary of the books for that week or month by email.

Title: Journal de Jean Héroard - Tome 2
 - Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)
Author: Héroard, Jean
Language: French
As this book started as an ASCII text book there are no pictures available.
Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Journal de Jean Héroard - Tome 2
 - Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)" ***

This book is indexed by ISYS Web Indexing system to allow the reader find any word or number within the document.



(This book was created from images of public domain material
made available by the University of Toronto Libraries,
http://link.library.utoronto.ca/booksonline.)



    Au lecteur.

    Ce livre électronique reproduit intégralement le texte
    original, et l'orthographe d'origine a été conservée.
    Seules quelques erreurs clairement introduites par le
    typographe ont été tacitement corrigées.

    Les notes de bas de page ont été renumérotées de 1 à 448 et
    placées chacune après le paragraphe correspondant. Lorsqu'il
    est fait référence à une note, le numéro de cette note a été
    ajouté [entre crochets].



  JOURNAL
  DE
  JEAN HÉROARD
  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE
  DE LOUIS XIII



  TYPOGRAPHIE FIRMIN DIDOT.—MESNIL (EURE).



  JOURNAL

  DE

  JEAN HÉROARD

  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

  DE LOUIS XIII

  (1601-1628)


  EXTRAIT DES MANUSCRITS ORIGINAUX

  Et publié avec autorisation de
  S. Exc. M. le Ministre de l'Instruction publique

  PAR

  MM. EUD. SOULIÉ ET ED. DE BARTHÉLEMY


  TOME SECOND
  1610-1628


  PARIS
  LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET Cie
  IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56

  1868

  Tous droits réservés.



  JOURNAL

  DE

  JEAN HÉROARD

  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

  DE LOUIS XIII



ANNÉE 1610.

  Première journée de royauté: discours prononcé au Palais; dîner
  de la Reine: elle refuse de prendre la serviette des mains
  du Roi; le cœur de Henri IV donné aux Jésuites.—Serment de
  fidélité du régiment des gardes.—Rêverie et regrets du Roi
  sur la mort de son père.—Retour du comte de Soissons.—Mme
  de Verneuil.—Le premier bienfait du Roi.—Cérémonie
  à Notre-Dame.—Le mémoire des chiens du Roi.—Héroard
  retenu premier médecin du Roi.—Craintes pour la sûreté
  du Roi.—Correction faite à deux vers latins.—Supplice
  de Ravaillac.—Bon naturel du Roi pour son premier
  page.—Le Roi fouetté.—Du Bourdet et Olyvète.—Visite à
  la reine Marguerite.—Maisons d'Issy.—Chasses dans les
  Tuileries.—Promenade sur la Seine.—Réponse du Roi à
  son sous-gouverneur.—Crainte envers la Reine.—Un lion
  dans les Tuileries; humanité du Roi.—L'imprimeur Robert
  Estienne.—Réponse au maréchal de la Châtre.—Poids du
  Roi.—Audience du duc des Deux-Ponts.—Sentence inventée
  par le Roi; instinct de la justice.—Eau bénite au corps de
  Henri IV.—Le corps du feu Roi sort du Louvre; dissension
  à ce sujet.—Service des officiers du feu Roi.—Départ
  de M. de Rohan.—Mot sur les ivrognes.—Retour du prince
  de Condé.—Complaisance de la reine Marguerite pour le
  Roi.—Le barbier Renard.—Le garde du Roi.—Les poires de
  Cuisse-Madame.—Soldat aux gardes fait prisonnier.—Chasse
  à Meudon; premier coup d'épée à un sanglier.—Grâce de
  l'estrapade à un soldat.—Dîner à Ruel; le Roi fait le bon
  compagnon.—Cérémonie des chevaliers de Saint-Lazare.—Première
  pierre du pavillon neuf de Vincennes.—Audience du parlement
  de Toulouse.—Les chansons du feu Roi.—Grâce à deux
  soldats.—Souvenir du sacre de la Reine.—Première pierre
  du collége du Roi.—Librairies du collége de Navarre et des
  Cordeliers.—Départ de M. de Vendôme.—Les reliques de la
  Sainte-Chapelle.—M. de Mainville et les chiens pour voleur.—La
  veillée des femmes de chambre.—Noise aux Feuillants pour
  les honneurs.—Prise de Juliers.—Audience de l'ambassadeur
  d'Espagne; révérence de deux Navarrais.—La capitainerie de
  Saint-Germain-en-Laye.—Livre couvert de diamants.—Le Roi
  fouetté.—Audience de l'ambassadeur d'Angleterre; signature du
  traité d'alliance.—Serments de Concini.—Départ du Parlement
  pour le sacre.—Correction du Roi au privilége des emblèmes
  d'Horace.—Départ pour Reims; le Roi en voyage.—Le Roi n'est
  pas grand parleur.—Des Yveteaux et ses leçons.—Soldats de
  plomb.—Entrée à Reims.—Les musiciens de la chambre.—Cérémonie
  du sacre; remarque sur le duc d'Épernon.—Le Roi est fait
  chevalier du Saint-Esprit; susceptibilité du cardinal de
  Joyeuse.—Départ de Reims; le Roi en voyage.—Le Roi touche neuf
  cents malades des écrouelles.—Coupe-queue au jeu.—Réception
  de la ville de Paris.—Le comte Henri de Nassau.—Le Roi dîne à
  Ruel avec ses frères et sœurs.—Audience de l'ambassadeur de
  Venise.—Le musicien La Chapelle.—Le jeu de _gilet_.—Cimeterre
  à la turque.—Les estafiers d'Espagne.—Le Roi fait l'ambassadeur
  de Venise chevalier de l'accolade.—Les deux musiques.—Audience
  de l'ambassadeur de Hongrie.—Marchandises de la Chine.—Gazette
  de Rome.—Le Roi n'aime pas la flatterie.—Deux loups pris au
  bois de Boulogne.—Fiançailles de M. de Guise.—Mot sur les
  sermons.—Un chien enragé; traitement contre la rage.—Les
  pelotes de neige.


_Le 15 mai, samedi, à Paris._—Éveillé à six heures et demie,
doucement. M. de Souvré lui baille par écrit ce qu'il avoit à dire,
allant au Parlement, qui se tenoit aux Augustins: «Messieurs, il a
plu à Dieu appeler à soi notre bon Roi, mon seigneur et père. Je suis
demeuré votre Roi comme son fils, par les lois du royaume. J'espère
que Dieu me fera la grâce d'imiter ses vertus et suivre les bons
conseils de mes bons serviteurs, ainsi que vous dira monsieur le
chancelier.» A sept heures et un quart levé, bon visage, gai; vêtu d'un
habillement bleu. A huit heures et demie déjeûné, il ne sut manger;
bu de la tisane. Il avoit du ressentiment et si[1] l'innocence de
son âge lui donnoit par intervalles quelque gaieté. Mené à la messe;
à neuf heures et demie dîné. Il est contraint de quitter le dîner
pour aller au Palais accompagner la Reine. Il monte à cheval, assuré,
_intrepidus, facie serena_, et va par le Pont neuf aux Augustins,
puis à la messe à Saint-Victor. Ramené à deux heures; M. de Vendôme
prend la serviette du maître d'hôtel pour la servir à la Reine, qui
alloit dîner; M. de Souvré va à lui, et lui dit qu'il la donne au Roi,
qui la prend soudain. M. de Souvré lui ayant dit que quand la Reine
la refuseroit qu'il ne laissât pas de la présenter, il y court, la
présente instamment; jamais elle ne la voulut prendre de sa main. MM.
de la Ville le viennent saluer; à six heures trois quarts soupé. Il
va au petit cabinet, là où les Jésuites, en nombre de douze, conduits
par le P. Coton, le viennent saluer et lui représentent les grandes
obligations qu'ils avoient au feu Roi son père, surtout de ce qu'il
leur avoit donné son cœur, lui offrent leur service, et, au partir de
là, vont trouver la Reine, conduits par M. de la Varenne, lequel assura
Sa Majesté que le feu Roi lui avoit dit et commandé qu'il vouloit
qu'ils l'eussent. Sur cette assurance, ils vont en la chambre, où,
ayant mis le cœur entre M. le prince de Conty et le P. Coton, tous
deux à genoux, et après par lui dites quelques paroles, ils emportent
le cœur du Roi pour le porter à la Flèche. A huit heures et un quart
il dit qu'il est las, est dévêtu, mis au lit, pouls plein, égal, posé,
chaleur douce. Il prie Dieu, se joue, s'endort à neuf heures, peu
après s'éveille et commande à M. de Préaux de lui lire une histoire.
Il écoute attentivement, ferme les yeux; M. de Préaux cesse, croyant
qu'il dormît: _Non, non, je dors pas, lisez_; à neuf heures et demie il
s'endort.

  [1] Pourtant.

_Le 16, dimanche, à Paris._—A huit heures trois quarts déjeûné; il va
donner le bonjour à la Reine puis, à neuf heures, est mené à la messe
en Bourbon. Mené en carrosse aux Tuileries, en allant par la rue Saint
Honoré, il commande à l'exempt: _Faites mettre mes gardes en haie aux
côtés de mon carrosse_. M. le duc d'Épernon, colonel de l'infanterie de
France, avec M. de Créquy, colonel du régiment des gardes, et tous les
capitaines du régiment, tous le genou en terre, lui viennent prêter le
serment de fidélité, M. d'Épernon portant la parole. Il les remercie et
les embrasse.

_Le 17, lundi, à Paris._—Éveillé à huit heures, pouls plein, égal,
posé, chaleur douce. Sa nourrice, qui avoit couché au côté de son
lit, lui demande ce qu'il avoit à rêver; il répond: _C'est que je
songeois_, puis demeure longtemps pensif. Sa nourrice lui dit: «Mais
que rêvez-vous?» Il répond: _Dondon, c'est que je voudrois bien que le
Roi mon père eût vécu encore vingt ans. Ha! le méchant qui l'a tué_;
et le jour de devant il avoit dit à Mme de Montglat: _Mamanga, je
voudrois bien n'être pas si tôt Roi et que le Roi mon père fût encore
en vie_. Levé, vêtu, prié Dieu, déjeûné; il va donner le bonjour à la
Reine, puis étudié, écrit, tiré des armes, dansé. Mené à la messe en la
chapelle de la Reine.—M. le comte de Soissons arrive, qui, le mercredi
précédent, s'en étoit allé malcontent du feu Roi pour n'avoir point
voulu permettre à sa femme les fleurs de lys sur la robe, au jour du
couronnement de la Reine; le Roi et la Reine vont sept ou huit pas au
devant de lui. A six heures et demie soupé; arrive Mme de Verneuil, qui
venoit de se jeter aux pieds de la Reine. Amusé doucement à fondre du
plomb jusques à neuf heures trois quarts.

_Le 18, mardi, à Paris._—M. de Souvré lui dit qu'il rêve la nuit,
et lui demande que c'est qui le fait rêver; il répond: _C'est que
je songe que l'on me chatouille, qu'on me fait comme cela_, dit-il
en se chatouillant. Soupé avec prunes de Brignole confites; il en
donne quatre à Mathurine, disant qu'il faut le demeurant pour ses
gentilshommes servants; il donne des dragées de fenouil à M. de Souvré
puis à M. de Praslin et à M. de Vitry, capitaines des gardes; c'est le
premier bienfait qu'ils ont eu du Roi.

_Le 20, jeudi, à Paris._—A neuf heures et demie déjeûné, mené chez la
Reine, et, à dix heures trois quarts, en cérémonie et à cheval ouïr la
messe à Notre-Dame. Il ne se vit jamais une si grande acclamation de
peuple criant: _Vive le Roi!_ et mêlée de larmes. M. de Paris le reçoit
à l'entrée, en cérémonie; M. le prince de Conty porta l'offrande.

_Le 22, samedi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il fait
prendre une cane dans l'étang par ses chiens, y a goûté à cheval. Mis
au lit, il commande à M. de Heurles d'apporter du papier et de l'encre:
_Écrivez_, lui dit-il, _les noms de mes chiens_, et les lui nomme, puis
en baille le mémoire à M. le Grand.

_Le 24, lundi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il se fait
tirer par deux valets de pied dans un petit carrosse à bras, puis y
fait atteler deux de ses bidets.

_Le 25, mardi, à Paris._—A neuf heures et demie déjeuné; il va donner
le bonjour à la Reine, là où je reçus l'honneur du commandement qu'elle
me fit de servir le Roi en qualité de premier médecin. Étudié, écrit,
tiré des armes, dansé; mené à la chapelle de l'antichambre de la Reine,
il ne sort point de tout ce jour hors du château, sur des avis que l'on
lui avoit donné que ce jour étoit périlleux pour lui. Les ambassadeurs
résidents viennent voir la Reine; il étoit près d'elle et Messieurs et
Mesdames.

_Le 26, mercredi, à Paris._—Son précepteur lui demande s'il se
ressouvenoit bien de ces deux vers qu'il lui avoit appris, il y avoit
quelque temps, et les lui nomme:

    _Cæsareos fateor titulos habet Austria multos,
    At Cæsar verus Carolus unus erat._

Il répond: _Non, je ne veux pas dire ainsi_, et les récita ainsi:

    _Cæsareos fateor titulos habet Austria multos,
    At Cæsar verus Henricus unus erat[2]._

  [2] Héroard a écrit en marge cette note: _Mirus amor in patrem et
  judicium de patre_.

A trois heures goûté; il a reçu les ambassadeurs de l'Archiduc et des
États.

_Le 27, jeudi, à Paris._—A onze heures et un quart dîné; il met des
guignes sèches dans sa pochette, hâtivement, de peur que M. de Souvré
ne s'en aperçût.—Ce jourd'hui fut tiré à quatre chevaux Ravaillac, qui
avoit tué le Roi.

_Le 28, vendredi, à Paris._—Il commande à M. de Drouet, capitaine aux
gardes, de ne faire point partir hors de garde sa compagnie, avant
qu'il eût dîné. C'étoit pour y voir Bompar, son premier page, qu'il
lui avoit donné, sortant hors de page. Il le faisoit voir à chacun,
à la Reine même, qu'il mena aux fenêtres, témoignant en cela son bon
naturel. Mis au lit, il se joue, cause, raille; M. de Préaux le veut
reprendre de quelque chose, il lui dit quelque injure.

_Le 29, samedi, à Paris._—Levé, il vient au cabinet, où M. de Souvré
lui ramentoit l'injure du jour précédent et en fut fouetté. Mené en
carrosse ouïr vêpres aux Chartreux, il se promène après au cloître; il
faisoit grand chaud. En soupant il railloit le sieur Du Bourdet, qu'il
avoit connu page de la chambre et qui avoit la tête petite, lui disant:
_Velà tête d'Olyvette[3]; il a le visage fait comme un oiseau[4];
avez-vous fait faire votre tête exprès? Je pense qu'oui._

  [3] Folle de Mme de Guise. (_Note d'Héroard._)

  [4] Il avoit le nez aquilin. (_Note d'Héroard._)

_Le 30, dimanche, à Paris._—Mené chez la Reine, puis à la messe, en
Bourbon. Amusé jusques à deux heures et demie; mené en carrosse à la
Sainte-Chapelle, ouïr vêpres, à trois heures et demie, il va au jardin
du bailliage, et sous le petit pavillon a goûté.

_Le 31, lundi, à Paris._—Levé, il dit en entrant au cabinet: _La Reine
ma mère est éveillée, laissez entrer tout le monde_. Mené en carrosse
à vêpres aux Célestins, puis à la Roquette, il y fait un tour, est
ramené par l'Arsenal au Louvre.

_Le 1er juin, mardi, à Paris._—Mené à la chapelle de l'antichambre
de la Reine, puis à onze heures trois quarts dîné; il oublioit à
boire, comme il advenoit assez souvent. Mené en carrosse à vêpres, aux
Cordeliers, puis à l'hôtel de Luxembourg au faubourg Saint-Germain;
il y fait courir un marcassin dans le parc. A sept heures et un quart
soupé; il lui faut faire ressouvenir de boire[5].

  [5] Héroard note en ces termes les accès de distraction de Louis
  XIII: «_Nota_, pour son naturel.»

_Le 2, mercredi, à Paris._—A deux heures trois quarts mené en carrosse
à l'hôtel de Luxembourg au faubourg Saint-Germain[6]; il y court dans
le parc un marcassin apporté, avec ses petits chiens; à trois heures et
demie il y a goûté puis couru un lièvre. Mené chez la reine Marguerite,
il y court un renard porté dans le parc.

  [6] Il y retourne encore le lendemain, et y fait courir un petit
  sanglier «par ses lévriers à lièvre».

_Le 5, samedi, à Paris._—Mené en carrosse à Issy, il se joue à des
belles et plaisantes maisons (_sic_).

_Le 6, dimanche, à Paris._—A trois heures mené en carrosse aux
Tuileries, où il avoit fait porter un sanglier de deux ans donné par
M. de Guise; il met ses bassets après, puis des lévriers à lièvre; ils
le lassent, il se jette dans l'étang, ce qui lui donne beaucoup de
plaisir. Il avoit soif, chaud; M. de Souvré ne lui veut point permettre
de boire.

_Le 9, mercredi, à Paris._—A six heures et un quart soupé, peu, par
impatience de s'aller promener sur la rivière; à sept heures et un
quart il entre en bateau couvert, descend jusques au droit de Chaillot,
est ramené de même, avec des chevaux, à neuf heures.

_Le 10, jeudi, à Paris._—Mené à la chapelle de Bourbon et à la
procession dedans la cour du Louvre. A douze heures et demie dîné;
M. de Préaux, son sous-gouverneur, lui dit sur ce qu'il faisoit grand
chaud, et il avoit chaud: «Sire, si Votre Majesté a chaud, quand elle
a une serviette blanche elle se peut essuyer.»—_C'est tout un, il
n'y a remède, nous en aurons bien d'autres_[7], dit le Roi résolument
et comme de chose qui devoit advenir. Mené en carrosse ouïr vêpres à
Saint-Germain-des-Prés. A six heures soupé avec impatience de s'aller
promener aux Tuileries; il va à pied jusques aux Tuileries, où il
s'embarque et va jusques au droit de la Savonnerie; ramené par eau à
neuf heures. Mis au lit il se joue, fait des culbutes, fait lire le
livre _De l'État et affaires de France_ du sieur du Haillan[8].

  [7] Héroard a écrit en marge: _Responsum serium fatidicum, quod
  Deus avertat_.

  [8] _De l'État et succès des affaires de France_, en quatre
  livres; par Bernard Girard, sieur du Haillan, in-8º. La 1re
  édition de ce livre est de l'année 1570; «les deux dernières
  éditions, de 1609 et 1613, sont les plus amples.» (_Bibliothèque
  historique de la France_, par le P. Lelong, tome II, page 767.)

_Le 11, vendredi, à Paris._—A six heures et un quart soupé, mené à
cheval jusques auprès des Bonshommes, ramené de même à neuf heures.

_Le 12, samedi, à Paris._—Il donne, pendant son dîner, de toutes ses
viandes à un petit nain[9], et le fait servir par ses gentilshommes.
Joué en la galerie, il fait armer sa compagnie (c'étoient ses petits
gentilshommes), leur fait prendre des piques qu'il avoit fait faire.
Après souper, il va en son cabinet, est tancé par M. de Souvré, auquel
il avoit dit qu'il portoit une épée, mais qu'il ne s'en savoit pas
aider. M. de Souvré le lui fait sentir, le lui pardonne pour l'avoir
dit à lui; mais afin qu'il ne le dise pas à la Reine, il se met à
genoux devant M. de Souvré[10]; l'accord se fait, il en avoit un grand
repentir. Mené jouer en la galerie, il est ramené à neuf heures, va
chez la Reine.

  [9] _Voy._ au 26 juin suivant.

  [10] Héroard a écrit en marge: «Sa crainte envers la Reine.»

_Le 14, lundi, à Paris._—Déjeuné, étudié, écrit, tiré des armes,
dansé, mené aux Feuillants par la galerie, ramené par le même chemin. A
onze heures et un quart dîné; il lui faut ramentevoir à boire. Joué en
la galerie, où il fait voler trois cailles par deux de ses émerillons.
Soupé; mené à la galerie et en carrosse jusques à la Savonnerie, puis
à cheval jusques aux Tuileries, où il voit un lion attaché contre un
arbre, auquel on jette un chien, qu'il étrangla soudain. Cela lui
déplut tant, qu'il s'en mit en colère et commanda que celui qui l'avoit
jeté fût châtié[11].

  [11] Héroard a écrit en marge: «Humain».

_Le 15, mardi, à Paris._—Mené en carrosse à l'hôtel du Luxembourg,
il y fait courir un petit sanglier apporté. Ramené à six heures trois
quarts, soupé; il le faut faire souvenir de boire. Il va se jouer en la
galerie, va chez la Reine.

_Le 16, mercredi, à Paris._—Mené à cinq heures au Pré-aux-Clercs, pour
y courir un chat à force de cheval.

_Le 17, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, où il fait
porter ses piques, arquebuses, enseigne, et fait sa compagnie.

_Le 18, vendredi, à Paris._—A huit heures et un quart déjeûné, étudié,
écrit, tiré des armes, dansé. M. Estienne[12] lui apporte quelques
sentences qu'il avoit imprimées par son commandement, de celles qui lui
étoient données par son précepteur.

  [12] Robert Estienne III, fils de Robert II, avait été reçu
  imprimeur en 1606. Cet ouvrage est inconnu à M. Ambroise-Firmin
  Didot.

_Le 19, samedi, à Paris._—Mené en carrosse au village de Issy, à la
maison d'un nommé La Haye; il y pêche à la ligne, prend à la deuxième
fois.

_Le 20, dimanche, à Paris._—A neuf heures déjeuné; il fait manger
son potage à son perroquet jaune. M. le maréchal de la Châtre, qui
étoit ordonné pour mener l'armée en Clèves, lui demanda: «Sire, si
je rencontre les ennemis, que vous plaît-il que je fasse?» Il répond:
_Donnez la bataille_.

_Le 21, lundi, à Paris._—A sept heures et demie, mis au bain d'eau
tiède avec feuilles de vigne, dans la grande chambre: il y a demeuré
trois quarts d'heure; mis au lit, où il a demeuré une heure, puis levé.
Il va à la messe à l'antichambre de la Reine, puis au cabinet où la
Reine étoit au conseil.

_Le 22, mardi, à Paris._—A sept heures et trois quarts mis dans le
bain; il y est demi-heure. Lavé le visage[13]; mis au lit, il y est une
heure. Il va en la galerie, arme sa compagnie; il prend le hausse-col
et sa pique, et marche à la tête. Mené en carrosse jusques au droit de
Chaillot, il va à la Savonnerie, se y fait peser et se trouve peser
cinquante-trois livres.

  [13] C'est peut-être la première fois que Héroard donne cette
  indication. _Voy._ au 8 septembre suivant.

_Le 24, jeudi, à Paris._—Il donne audience au duc des Deux-Ponts,
député des princes protestants, et à celui des États de Hollande. Mené
en carrosse à Saint-Martin-des-Champs, il y fait attaquer un sanglier
apporté; il n'avoit point voulu permettre que l'on le fît combattre à
un lion[14], craignant que le sanglier ne le tuât et disant: _Ce seroit
dommage, car ces pauvres gens y gagnent leur vie._

  [14] _Voy._ plus haut à la date du 14 juin.

_Le 25, vendredi, à Paris._—Son précepteur lui demande s'il lui
plaisoit pas traduire quelque sentence de françois en latin; il répond:
_Oui, mais j'en veux faire_, prend la plume et écrit de son invention
ces mots: _Le sage prince réjouit le peuple_. Peu après le précepteur
lui demande quel étoit le devoir d'un bon prince, il répond: _C'est
d'abord la crainte de Dieu_; et comme il songeoit pour continuer, son
précepteur ajoute: «Et aimer la justice.» Le Roi répart soudain: _Non!
il faut: et faire la justice_. Mené chez la Reine puis à la chapelle
de Bourbon, et de là, à midi, en l'hôtel de Longueville, où il a dîné
et fait voler les papillons par une pie-grièche. A quatre heures et
demie il sort de l'hôtel de Longueville pour aller donner de l'eau
bénite au Roi son père dans la salle basse du Louvre. Messieurs, ses
frères, Monsieur et M. le duc de....[15] portoient sa queue; il y en
avoit cinq. Il étoit conduit par MM. les cardinaux de Joyeuse et de
Sourdis[16]. A cinq heures trois quarts mené en sa chambre, il suoit à
cause de son habit à capuchon et longue queue à cinq pointes; il est
mis au lit et rafraîchi. A six heures trois quarts soupé, mené chez la
Reine.

  [15] Son nom est resté en blanc.

  [16] _Voy._ la lettre de Malherbe à Peiresc, du 26 juin 1610.

_Le 26, samedi, à Paris._—A six heures goûté; il va chez la Reine, au
conseil, est ramené à sept heures. Le baron de Montglat vient prendre
congé de lui, demandant s'il lui plaisoit lui commander quelque chose;
qu'il s'en alloit à l'armée de Clèves; il lui dit: _Allez, Montglat,
faites bien_. Il avoit un nain nommé Dumont, et passe le temps à faire
semblant de le marier à Marine, naine de la Reine; fait apporter un
contrat et y écrit.

_Le 27, dimanche, à Paris._—Mené à vêpres, aux Bernardins, et de là en
la plaine de Grenelle pour y voir jeter en la garenne une douzaine de
lièvres, et voir voler et prendre un pigeon par deux émerillons. Ramené
à cheval en pourpoint tout découpé, il faisoit grand vent, et il arriva
au Louvre à six heures et demie, un peu malade.

_Le 29, mardi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants; il se
joue aux Tuileries, y tire aux oiseaux avec une arbalète à jalet, fort
justement, en abat un, tiré avec jugement; il le frappe par l'aile.
Ramené en carrosse à onze heures et un quart, il va chez la Reine.
Dîné, joué, amusé doucement jusques à trois heures et demie; goûté,
point bu. L'on devoit sortir le corps du défunt Roi; il y eut grande
dissension entre les cent gentilshommes et les gardes du corps, qui
faillent à en venir aux mains. Le Roi sort sur une avance qui va de la
petite montée vers la grande salle, est plus de demi-heure à regarder
ce qui se faisoit en la cour; l'on avertit son guide (_sic_), on le
retire. M. de Gondi, évêque de Paris, débat le rang avec la cour de
Parlement; la Cour enfin le pousse devant; le corps sort du Louvre à
six heures et demie, arrive à neuf heures à Notre-Dame. Cependant le
Roi a soupé à sept heures et demie; mené chez la Reine; amusé doucement
jusques à neuf heures et demie.

_Le 5 juillet, lundi, à Paris._—Il s'amuse à tirer de l'arbalète en
s'habillant, en pend une petite à sa ceinture. Mené en carrosse chez la
reine Marguerite, il monte à cheval, va à la volerie.

_Le 9, vendredi, à Paris._—Ce matin les officiers du feu Roi ont
commencé à le servir. Mené en carrosse à Chaillot, ramené à cheval.

_Le 11, dimanche, à Paris._—M. de Rohan, colonel des Suisses, vient
prendre congé de lui pour s'en aller à l'armée qui alloit en Clèves,
et lui demande s'il lui plaît de lui commander quelque chose pour
dire à M. de la Châtre, chef de l'armée?—_Dites-lui qu'il fasse
du mieux qu'il pourra._—«Mais, Sire, vous plaît-il qu'il donne la
bataille?»—_Qu'il fasse du mieux qu'il pourra_. A trois heures, goûté;
mené à la Roquette à cheval.

_Le 12, lundi, à Paris._—A trois heures, mené en carrosse à Suresnes,
chez le sieur Parfait, contrôleur général de sa maison, où il a goûté.

_Le 15, jeudi, à Paris._—A onze heures trois quarts, dîné; il fait
donner à boire à son petit chien, qu'il nommoit Gayan, et demande:
_Pourquoi donne-t-on à boire aux chiens?_ Il lui fut répondu: «De peur
qu'ils n'enragent.» Il répart soudain: _Les ivrognes donc n'ont garde
d'enrager, car ils boivent toujours_. Mené en carrosse à Madrid[17], à
la chasse au lièvre et à l'oiseau.

  [17] Héroard écrit Madril.

_Le 16, vendredi, à Paris._—A cinq heures et demie M. le prince de
Condé, revenant de Milan et Bruxelles, arrive, lui fait la révérence et
à la Reine, le genou en terre; l'un et l'autre l'embrassent deux fois.
LL. MM. étoient au pied du lit du Roi, dans le balustre, au droit de la
portière. A neuf heures trois quarts dévêtu, M. le Prince lui donne sa
chemise[18].

  [18] _Voy._ à cette date le _Registre-journal de Louis XIII_, par
  Lestoile.

_Le 19, lundi, à Paris._—A onze heures et demie, dîné; il trouve
sur son potage des rognons de poulet demande au gentilhomme servant:
_Qu'est cela?_ Il répond: «Ce sont des témoins.»—_Pourquoi les
appelez-vous des témoins?_ dit-il en se souriant. Il répond que c'étoit
pour faire la différence des mâles.—_Ce sont donc les témoins des
mâles._ Mené à la chasse à l'oiseau à la plaine de Grenelle puis chez
la reine Marguerite, et à six heures et demie au Louvre. Après souper
il envoye secrètement prier la reine Marguerite d'envoyer à M. de
Souvré le prier de sa part à ce que, le jour suivant, il l'exempte de
l'étude, à cause que c'est le jour de Sainte-Marguerite. Elle y envoya
sur les neuf heures; ce fut au grand cabinet de la Reine, ce qui lui
donna sujet de rire.

_Le 22 juillet, à Paris._—Éveillé à sept heures et demie, pouls plein,
égal, posé, chaleur douce; levé, bon visage, gai. Vêtu, coupé les
cheveux; Renard, son barbier, lui sembloit trop long, il le frappe du
miroir et de coups de poing. M. de Souvré le menace du fouet, et s'en
va au cabinet, où il le fait appeler. _Non_, dit-il, _je n'y irai pas,
il me veut bailler le fouet, mais ne lui dites pas_. Enfin, voyant
qu'il y falloit aller, il dit: _Allez, allez, trétous, que personne ne
demeure ici_ (en sa chambre). C'étoit pour les faire intercéder pour
lui. Il en eut toute la peur, à la charge de demander pardon à Renard,
qu'il appeloit: _Renard, Renard, venez Renard, pardonnez-moi, je vous
frapperai plus._—Ce jour d'hui ses chevau-légers entrent en garde près
de lui, cinquante tous les huit jours; le sieur de la Curée en étoit
son lieutenant, et ceci à cause que les grands de la Cour étoient fort
accompagnés et lui peu.

_Le 23, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse voler le perdreau, vers
le Roule.

_Le 24, samedi, à Paris._—Mené en carrosse jusques à la Savonnerie,
ramené et promené aux Tuileries.

_Le 25, dimanche, à Paris._—Sur ce qu'il entendit une salve
d'arquebusades des Suisses qui faisoient monstre[19], il dit en
s'élevant sur sa chaire: _Velà qui est bon, velà qui est bon, allons,
allons_. Il va aux Tuileries et aux Feuillants, joue aux Tuileries.
A dîner on lui sert des poires que l'on appelle de Cuisse-Madame; il
demande au gentilhomme servant: _Comme appelle-t-on ces poires?_ Il
répond: «Poires de Cuisse-Madame.»—_De Cuisse-Madame, c'est donc des
poires de Cuisse ma sœur?_

  [19] Qui passaient la revue.

_Le 27, mardi, à Paris._—Mené en carrosse vers les Célestins, pour
voir des tentes tendues dans l'île, ramené par eau par sous les ponts,
dans un petit bateau qui ne valoit guère, à ce que l'on disoit;
descendu devant le Louvre à sept heures.—Ce jourd'hui sur les trois et
quatre heures fut prins un soldat de la recrue du capitaine Bonouvrier,
capitaine aux gardes, pour avoir dit à l'un de ses compagnons, lui
montrant deux couteaux et le Roi, comme il sortoit pour aller vers les
Célestins: «Je voudrois que l'un de ces deux couteaux fût au fond du
cœur du dernier de la race[20].»

  [20] «Ce jour, dit Lestoile, on prit prisonnier un soldat des
  gardes de la compagnie du capitaine Bonouvrier, qu'on disoit
  avoir parlé de tuer le Roi et la Reine... Il fut condamné aux
  galères seulement avec un _retentum_, ainsi qu'on disoit, de le
  jeter dans la mer aussitôt qu'il seroit arrivé à Marseille.»

_Le 31 juillet, samedi, à Paris._—Mené en carrosse à la plaine de
Grenelle, à la chasse aux perdreaux.

_Le 1er août, dimanche, à Paris._—A midi mené en carrosse à Meudon,
nonobstant la grande chaleur, pour chasser au sanglier dans le parc, à
cours ouvert. Il étoit à cheval. Il y avoit un grand sanglier et trois
bêtes de compagnie, dans l'une desquelles il donna, de demi-pied de
profond, son premier coup d'épée. A quatre heures il y a goûté. Ramené
en carrosse et à cheval, à l'entrée de la ville. A sept heures il va
chez la Reine, puis soupé.

_Le 3, mardi, à Paris._—A trois heures goûté; il entre en carrosse, va
au Roule, où il est monté à cheval, vole le perdreau. A neuf heures et
demie mis au lit, il s'entretient avec Mme la princesse de Conty et Mme
de Ragny.

_Le 4, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse à Gentilly. Revenant
par le faubourg Saint-Jacques, où étoit logée une partie du régiment
des gardes, il aperçoit une grande troupe de soldats en armes sur
le rempart, assemblée pour faire donner l'estrapade à un soldat; le
sachant, il envoie soudain appeler le sergent-major pour lui dire qu'il
donnoit la grâce au soldat.

_Le 8, dimanche, à Paris._—A quatre heures et demie mené en carrosse à
vêpres, à Saint-Sulpice, puis jouer à l'hôtel de Luxembourg. Ramené à
sept heures, soupé, joué en la galerie; il va chez la Reine.

_Le 10, mardi, à Paris._—Éveillé à cinq heures par impatience d'aller
dîner à Ruel. Mené en carrosse aux Feuillants, il y entend la messe;
déjeuné. Il monte à cheval, est mené à Ruel, y est arrivé à neuf
heures. A onze heures dîné, bu du vin blanc. Il fait le bon compagnon
avec MM. d'Épernon, de Montbazon, le Grand et autres seigneurs à qui il
donnoit à dîner, les fait boire à sa santé, boit à la leur. A une heure
il entre en carrosse, va à Suresnes chez M. le contrôleur Parfait, y
a goûté à trois heures. A cinq heures il passe l'eau, monte à cheval,
arrive aux Tuileries à six heures et demie à sept heures au Louvre.
Dévêtu, mis au lit, soupé. A huit heures levé, vêtu, il va chez la
Reine; à neuf heures et un quart dévêtu, mis au lit.

_Le 12, jeudi, à Paris._—Mené à la chasse aux perdreaux, au Roule.

_Le 13, vendredi, à Paris._—A cinq heures trois quarts mené en
carrosse chez la reine Marguerite, puis en bateau sur la rivière, mené
près des Bonshommes.

_Le 14, samedi, à Paris._—Mené en carrosse au faubourg Saint-Victor
voir faire la monstre à la compagnie des gardes de la Reine.

_Le 15, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à la messe, à Notre-Dame;
mené à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois; à quatre heures trois
quarts goûté au doyenné, logis de M. de Souvré. A cinq heures et un
quart mené aux Tuileries puis sur la rivière jusques au droit de
Chaillot; ramené dans son petit carrosse découvert, tiré par six
bidets; M. le Grand et M. de Souvré étoient dedans. Arrivé au Louvre à
huit heures et un quart.

_Le 16, lundi, à Paris._—Mené à dix heures en carrosse à Saint-Ladre
pour y voir faire la cérémonie des chevaliers de Saint-Lazare; le sieur
de Nérestang en étoit chef de l'ordre; ramené à dix heures. A trois
heures goûté, mené en carrosse ouïr vêpres à Piquepusse; puis il monte
à cheval et va à la chasse au perdreau.

_Le 18, mercredi, à Paris._—Éveillé à six heures, levé, gai, il
surprend ses valets de chambre encore couchés, ce dont il est
extrêmement réjoui.

_Le 19, jeudi, à Paris._—Il va au bois de Vincennes pour y dîner et
mettre la première pierre du bâtiment neuf que l'on y faisoit; il ne la
mit pas, pour l'absence de la Reine. Il monte à cheval, est mené à la
volerie du perdreau, en prend quatre.

_Le 20, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse au bois de Vincennes
pour y asseoir la première pierre de son corps de logis qui est du côté
du parc. Sur la pierre est gravé: DU REGNE DE LOUIS TREIZIESME
AAGÉ DE NEUF ANS ET MARIE DE MEDICIS SA MERE ET REGENTE. L'on y
mit quatre pièces d'or de sa face et de même inscription, le tout en
présence de la Reine. Il fait merveilles de y jeter le mortier prins
dans un bassin d'argent avec une petite truelle d'argent. Ce fait, il
monte à cheval, est mené à la chasse.

_Le 21, samedi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, il fait
jeter une cane dans le canal, aux Tuileries, y met son petit chien
_Gayan_ après.

_Le 22, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres, aux
Filles-Dieu. A neuf heures et demie mis au lit, il ne se peut endormir,
a de l'inquiétude, appelle M. de Heurles pour lire, enfin à onze heures
il s'endort.

_Le 23, lundi, à Paris._—A huit heures déjeuné; il monte au cabinet
des livres, a froid, blémit, fait allumer du feu; mains chaudes, le
pouls un peu hâté, fort enroué, étudié. A dix heures il est mené à
la chapelle de l'antichambre de la Reine puis chez la Reine, et à
onze heures donne audience aux députés du parlement de Toulouse, le
président de Verdun, premier président, portant la parole[21]. A neuf
heures dévêtu, mis au lit, il dit que la gorge lui fait mal, fait
chanter et jouer du luth le Bailly pour s'endormir.

  [21] _Voy._ le Registre journal de Louis XIII par Lestoile, à la
  date du 21 août 1610.

_Le 24, mardi, à Paris._—A sept heures dragée de rhubarbe une once et
demie, prise partie seule, partie avec de la pomme. Levé en robe, il va
donner le bonjour à la Reine. Il va en la galerie, où il se joue, fait
marcher devant lui ses petits gentilshommes se tenant aux manteaux par
derrière, faisant les chevaux, et lui est le dernier qui touche ce qui
est devant, puis se fait porter et promener au grand pas. A cinq heures
et un quart il se met au lit, où il s'amuse à inventer des engins; la
reine Marguerite le vient voir. Il fait faire la musique de voix et
d'instruments; il parloit de ce qu'il avoit fait chanter des chansons
au Bailly et quelles; M. de Souvré lui demande: «N'avez-vous point
fait chanter de celles du feu Roi qui étoient pour les amours de Mme
la princesse de Condé et autres?»—_Non._—«Pourquoi?»—_Je les aime
point_, dit-il brusquement.

_Le 25, mercredi, à Paris._—A six heures et demie soupé; M. le
maréchal de Fervaques prend congé de lui, s'en retournant en Normandie
lieutenant général. Il va en la galerie, fait tirer des fusées, va chez
la Reine. Deux soldats des gardes avoient mangé des raisins dans les
vignes et pour ce avoient été condamnés à être dégradés et bannis pour
deux ans; il n'eut point de repos tant qu'il eût fait avec la Reine
qu'ils en seroient quittes pour un an de bannissement. Sa Majesté le
commanda à M. d'Épernon.

_Le 26, jeudi, à Paris._—A huit heures trois quarts déjeuné, étudié,
écrit, tiré des armes, dansé; mené par la galerie aux Feuillants et
joué aux Tuileries. Il raconte en dînant, comme au sacre de la Reine
il étoit fort mal logé à Saint-Denis[22], qu'il avoit en sa chambre un
puits, une cave, un abreuvoir à poules, et une écurie au dessous, où
il y avoit un râtelier; que c'étoit le logis d'un chanoine, le plus
mauvais de Saint-Denis. Mené aux Tuileries par la galerie, il y fait
courir un lièvre par tous ses petits chiens, leur en fait faire la
curée.

  [22] _Voy._ au 12 mai 1610.

_Le 28, samedi, à Paris._—Mené aux Augustins, à la messe, à cause de
la fête[23]. A trois heures mené en carrosse en la place du collége
de Cambray pour y mettre la première pierre du bâtiment du collége du
Roi[24]; ramené à six heures et demie chez la Reine.

  [23] La fête de Saint-Augustin.

  [24] «Le samedi 28, le Roi assit la première pierre fondamentale
  du nouveau collége que le Roi son père avoit desseingné faire à
  Cambrai. M. de Sully, qui l'y avoit accompagné, présenta à Sa
  Majesté une truelle d'argent avec laquelle il maçonna ladite
  pierre, et y mit quatre médailles auxquelles son portrait étoit
  gravé, deux d'or et deux d'argent.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 29, dimanche, à Paris._—A neuf heures mené en carrosse ouïr la
messe au collége de Navarre, il y voit la librairie; en entrant il dit
tout haut: _Que l'on ne dérobe rien_. Les écoliers lui demandoient un
mois de vacations, il leur en donne pour trois jours; ramené à onze
heures chez la Reine. A trois heures mené en carrosse aux Cordeliers, à
vêpres, il y voit la librairie[25].

  [25] «Le dimanche 29 le Roi alla aux Cordeliers, où étant entré
  dans le réfectoire, prit plaisir à voir dîner les moines qui
  cassoient proprement en frères briffaus; les interrogea sur leurs
  vivres ordinaires et règles de leur couvent et leur fit tout
  plein d'autres questions curieuses et plaisantes, convenantes à
  son âge. Il alla après voir la bibliothèque, où il fut conduit
  par le P. Cotton et Casaubon, qui entrèrent en dispute et
  conférence ensemble de la religion.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 30, lundi, à Paris._—A trois heures goûté, mené en carrosse vers
Saint-Ouen, à la chasse. A sept heures soupé; il va en la galerie, fait
tirer des fusées. M. le chevalier de Vendôme veut prendre congé de lui,
pour partir le lendemain avec son frère, allant en Bretagne; et bien
qu'il l'eût permis, il se prend tellement à pleurer que le voyage du
Chevalier fut rompu et qu'il demeura près de lui.

_Le 31, mardi, à Paris._—A trois heures goûté, botté, mené en carrosse
à la Sainte-Chapelle pour y voir les reliques; ce fut la première
fois qu'il les a vues; puis il monte à cheval, va vers les plaines de
Vaugirard.

_Le 2 septembre, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse à Conflans, ramené
à sept heures et demie chez la Reine, soupé à huit heures. Il railloit
du sieur de Mainville, lui disant: _Mainville, j'ai des chiens qui sont
bons pour voleur; prenez garde à vous!_—«Mais, Sire, l'on croira que
vous ne le dites pas en jouant.»—_Je dis vrai, je me joue pas._

_Le 3, vendredi, à Paris._—Son précepteur lui avoit enseigné, il y
avoit quelques jours, que l'une des choses que les princes haïssoient
le plus, c'étoit un vieux serviteur mal récompensé; il lui demande:
«Sire, qu'est-ce que les princes haïssent le plus?» Le Roi, songeant,
dit soudain: _C'est le vice_. A neuf heures dévêtu, mis au lit, il
s'amuse à deviser; il envoie querir sa nourrice et lui demande:
_Dondon, avez-vous été chevauchée?_ en rougit, ayant apperçu qu'il
avoit failli sans y penser, voulant dire: «Êtes-vous de la chevauchée?»
c'est-à-dire de la veillée, car les femmes de la chambre de la Reine
veilloient à leur tour.

_Le 5, dimanche, à Paris._—On lui avoit amené un enfant de six ans,
jouant du luth et mal: _Il a beau jouer_, dit-il, _il ne m'endormira
pas_, comme souloit faire le Bailly. Mené aux Feuillants par la
galerie; M. le chevalier de Vendôme et M. de Guise étoient à la messe.
M. de Chaux[26], évêque de Bayonne, premier aumônier du Roi, demande à
M. de Souvré auquel des deux il bailleroit l'écu pour l'offrande, qui
lui dit que ce n'étoit point de son fait. Cependant M. de Guise suit le
Roi allant à l'offrande, et, ne s'étant point trouvé d'écu à offrir, M.
de Guise demanda à M. de Souvré s'il lui avoit fait faire cet affront,
qui répond que non, et que ce n'étoit pas de son fait. Lors M. de Guise
se prend à l'évêque, lui disant qu'il ne y avoit là personne qui le dût
précéder, qu'il étoit un malhabile, un ignorant qui ne savoit pas sa
charge; l'évêque au contraire, et dit qu'il s'en plaindroit à la Reine,
M. de Guise aussi, tout le premier (_sic_). A trois heures mené en
carrosse à vêpres, à Saint-Eustache, puis aux Tuileries.

  [26] Bertrand des Chaux, évêque de Bayonne de 1598 à 1621.

_Le 6, lundi, à Paris._—Mené par la galerie aux Tuileries, où il se
joue en diverses façons, se fait promener dans son petit carrosse,
Mesdames avec lui.

_Le 7, mardi, à Paris._—Le sieur de Senneterre apporte la nouvelle
de la prinse de Juliers[27]; le Roi l'entendant dit haut et gaiement:
_C'est moi qui l'ai prins_.

  [27] Par Maurice de Nassau.

_Le 8, mercredi, à Paris._—A six heures et un quart, levé, vêtu, il
s'enfuit deçà delà pource que M. de Souvré lui veut débarbouiller le
visage; il dit qu'il n'est pas _damoiseau_. A neuf heures mené en
carrosse à Notre-Dame[28], ramené à onze heures et demie. A onze heures
et trois quarts dîné; il raconte comme il a été à Notre-Dame, _où_,
dit-il, _l'on nous a baillé d'une messe de quatre heures_. Joué, mené à
Saint-Germain-de-l'Auxerrois, au sermon de M. Fenoillet[29], évêque de
Montpellier, et à vêpres au Louvre.

  [28] Jour de la nativité de Notre-Dame.

  [29] Pierre Fenouillet, évêque de Montpellier de 1608 à 1652.

_Le 10, vendredi, à Paris._—Un seigneur espagnol venu avec le duc de
Feria, lui vient faire la révérence, et, tout aussitôt qu'il l'eût
accueilli, le Roi lui dit pour l'entretenir: _Tenez velà le plan de
Juliers_, qui venoit d'être prins, et il lui montre par le menu les
particularités du siége: Voilà ceci, voilà cela, voilà les François,
voilà les Flamands, etc.

_Le 11, samedi, à Paris._—A trois heures et demie, le duc de Feria
lui fait la révérence; il se surpassa en contenance et prolation de
paroles; les paroles furent: _Je remercie le roi d'Espagne mon frère
de la souvenance qu'il a de moi et le prie de s'asseurer que j'aurai
envers lui la même affection qu'a eue le feu Roi mon père_; en telle
sorte que les Espagnols en étoient tous en admiration, faisant le signe
de la croix; d'eux d'entre eux, qui étoient Navarrois, se traînèrent
de bien loin, les genoux en terre, lui allant faire la révérence, et
ne pouvoient lâcher sa cuisse qu'ils tenoient embrassée. A six heures
trois quarts soupé; mangeant d'une plie de Loire, il demanda comment
les plies nageoient. Quelqu'un répondit que c'étoit de plat: _C'est
donc_, dit-il, _quand elles sont mortes_.

_Le 13, lundi, à Paris._—M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et
capitaine de Saint-Germain-en-Laye, lui dit que la Reine lui avoit ôté
la capitainerie: _Pourquoi?_ demande le Roi, étonné et fâché.—«Sire,
c'est pour la donner à mon fils, à la charge que je serai son
lieutenant.»—_Le lieutenant baillera donc le fouet à son capitaine!_
Messieurs et Mesdames partent pour aller à Saint-Germain.

_Le 15, mercredi, à Paris._—Il va chez la Reine, qui lui veut donner
des petites besognes, comme des _Agnus Dei_ garnis de diamants; il les
refuse assez brusquement, et toutefois en enfant, et désire un petit
livre couvert de diamants. Elle l'en refuse, disant que le feu Roi son
père le lui avoit donné; il le désiroit pour le mettre en son oratoire;
la larme lui vient à l'œil.

_Le 16, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il se promène
dans son carrosse tiré par six petits bidets. A six heures et trois
quarts soupé; M. du Repaire lui veut représenter les raisons pourquoi
M. de Souvré ne trouvoit pas bonne quelque chose qu'il avoit envie de
faire. Il le frappe; M. de Saint-Géran le voit, le dit après à M. de
Souvré.

_Le 17, vendredi, à Paris._—Pour avoir, le jour précédent, frappé M.
du Repaire, il est fouetté un peu serré.

_Le 18, samedi, à Paris._—A quatre heures il monte dans un bateau, est
mené jusques aux Bonshommes; ramené de même jusques aux Tuileries.

_Le 19, dimanche, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, joué
aux Tuileries, ramené à dix heures et demie chez la Reine; dîné; il
mange du muscat porté du pressoir de Fontainebleau. En mangeant tenant
son couteau d'une main, de l'autre il bat toujours le tambour sur la
table en rêvant, et donne à manger à ses chiens _Ouël_ et _Griffon_.
A trois heures il reçoit le comte de Hamton, ambassadeur d'Angleterre,
venu pour se condouloir et jurer l'alliance.

_Le 20, lundi, à Paris._—A huit heures il monte à cheval, va chassant
dîner à Ruel, y fait venir Mesdames. A onze heures trois quarts dîné; à
trois heures et demie Mesdames s'en retournent à Saint-Germain et lui
monte à cheval. Il va à Suresnes, chez le sieur Parfait, y a goûté, est
ramené en carrosse à Paris.

_Le 21, mardi, à Paris._—Le comte de Hamton le vient trouver; il le
mène en sa chambre pour le faire dîner avec lui; puis à douze heures et
demie dîné. Le Roi fait porter le potage confit à l'ambassadeur, lui
envoie aussi une tourte faite de rognons de poulet; bu du vin blanc à
la santé du roi d'Angleterre. Il envoie à l'ambassadeur ses ortolans,
ne y touche point; bu à la santé des ambassadeurs du vin blanc. Les
ambassadeurs lui envoient dire qu'ils n'oseroient pas prendre la
hardiesse de boire à sa santé, mais qu'ils vont boire l'un à l'autre
pour sa santé. Il les mène en sa chambre, va aux Feuillants à vêpres, y
mène les ambassadeurs, qui ont juré l'alliance offensive et défensive;
à leur requête il signa les articles; ce sont les premiers qu'il a
signés. Joué au jardin des Tuileries, ramené à sept heures.

_Le 22, mercredi, à Paris._—A huit heures et demie déjeûné, étudié,
écrit, tiré des armes, dansé. A quatre heures et demie mené par la
galerie sur la rivière, dans un bateau couvert; mené jusques aux
Bonshommes, ramené de même aux Tuileries et de là en carrosse, à sept
heures au Louvre.

_Le 23, jeudi, à Paris._—A onze heures il va chez la Reine, là où, la
Reine assise près de lui, le sieur Concino, premier écuyer de la Reine,
lui prêta le serment de fidélité pour le gouvernement de Péronne,
Montdidier et Roye, lui baisant la main et à la Reine. A quatre heures
et demie mené par la galerie aux Tuileries, il fait courir dans la
carrière deux louveteaux par ses petits chiens. A sept heures soupé; il
se plaint du ventre, et dit que c'est son pourpoint qui le serre trop;
il étoit vrai. Il ne le veut point desserrer qu'il n'aye sû si c'est
la volonté de M. de Souvré, auquel il l'envoie demander, et qui le lui
permet.

_Le 24, vendredi, à Paris._—Il avoit commandé, voulant aller au grand
cabinet, à M. Dauzeré, l'un des premiers valets de chambre, de faire
sortir ceux qui y étoient; il le fait. A sept heures et demie déjeuné;
pendant son déjeuner quelques-uns des gentilshommes ordinaires que le
sieur Dauzeré avoit fait sortir s'en plaignent au sieur Dauzeré, qui
leur parle un peu brusquement. Il entendoit tout cela et n'en faisoit
pas le semblant. Il monte au cabinet des livres pour étudier; le sieur
Des Yveteaux lui parle sans sujet de cette noise; il l'écoute, et
répond froidement: _Dauzeré a parlé un peu rudement à eux, mais il les
y faut accoutumer de bonne heure._

_Le 25, samedi, à Paris._—A onze heures et un quart mené chez la
Reine, dîné; il conteste, comme entendu, sur un cerf mal mené qui
étoit en la plaine de Grenelle. Les uns disoient qu'il falloit des
levriers: _Ho! non_, dit-il en secouant la tête. On lui dit: «Sire, ils
ne le prendroient pas, il gagneroit les devants.»—_Il les faut jeter
en tête._ Joué, étudié, etc. A deux heures goûté; mené en carrosse à
la plaine de Grenelle pour courir le cerf dont on lui avoit fait le
rapport. Il monte à cheval, voit donner les chiens et courir le cerf
par la plaine, fait aller M. de Frontenac après; le cerf ne fut point
prins. A neuf heures et demie devêtu; mis au lit, il s'amuse à railler;
M. de Termes lui faisoit des contes.

_Le 26, dimanche, à Paris._—A sept heures et demie déjeuné; il envoie
querir ses petits hommes de plomb, en dresse des escadrons sur la table
percée.

_Le 27, lundi, à Paris._—Mené à la messe aux Cordeliers, où il a ouï
le sermon de P. Fenoillet, évêque de Montpellier[30]; ramené à onze
heures chez la Reine, où il a reçu le serment du sieur Concino pour
premier gentilhomme de la Chambre, par la démission de M. de Bouillon.
A onze heures et demie dîné; M. le chancelier le vient instruire de ce
qu'il doit répondre à MM. de la cour de Parlement, qui étoient en sa
chambre pour lui dire adieu, s'en allant à son sacre, M. le président
Forget porta la parole. A trois heures goûté; le comte de Hamton,
ambassadeur d'Angleterre vient prendre congé de lui. Amusé doucement, à
cause de la pluie, dans la galerie.

  [30] Le Roi entrait ce jour-là dans sa dixième année.

_Le 29, mercredi, à Paris._—A neuf heures et un quart devêtu, mis
au lit, il fait chanter le Bailly; il y avoit aussi un Espagnol qui
chantoit et en espagnol. Mme de Guise lui dit qu'il commandât à Bailly
de chanter en espagnol: _Non, il pourroit faillir; il faut que chacun
chante en son langage._

_Le 30, jeudi, à Paris._—Il y avoit sur sa table de l'étude _Les
emblêmes d'Horace_, imprimés à Anvers; il s'amuse à lire le privilége
qui étoit en cet ordre: «Du Pape, du roi d'Espagne et du roi de
France.» Il prend la plume et l'encre, et, sans dire mot, il efface
tout couvert d'encre _le roi d'Espagne_, et entre deux, après _le
Pape_, il écrit _le roi de France_[31], et, sans en faire semblant,
quitte la plume. A trois heures goûté; mené en carrosse au bois de
Vincennes, il va voir son bâtiment, chasse au parc.

  [31] _Q. Horatii Flacci emblemata, imaginibus in æs incisis,
  notisque illustrata, studio Othonis Vœni.—Antuerpiæ_, 1607,
  in-4º. A la fin du livre, l'approbation donnée à Anvers le 15
  mars 1607 est accompagnée de cette indication: _Privilegiis
  Pontifico, Cæsareo, Regum Hispaniæ et Galliœ, et Principium
  Belgii, cautum est, ne quis hæc emblemata aut alia ejusdem
  auctoris opera imitetur_. L'exemplaire conservé au cabinet
  des Estampes de la Bibliothèque Impériale (nº T a 11) est aux
  armes de Louis XIII et porte cette correction faite à l'encre:
  _Privilegiis Pontifico, Cæsareo, Regum Galliæ et Angliæ,
  Principium Belgii, etc_.

_Le 1er octobre, vendredi, à Paris._—A sept heures, déjeuné, étudié,
écrit, tiré des armes, dansé; mené par la galerie aux Feuillants,
ramené en carrosse à dix heures et demie chez la Reine. A onze heures,
dîné, étudié, etc. A trois heures, goûté, mené en carrosse chez la
reine Marguerite, ramené à six heures et demie.

_Le 2, samedi, voyage._—Éveillé à cinq heures, levé avec allégresse
et impatience de partir pour aller à son sacre. A six heures et demie,
déjeuné; botté à sept heures, il entend la messe en Bourbon. A sept
heures trois quarts il entre en carrosse et part de Paris pour aller
à Reims. Dîné à dix heures à Livry; peu après il monte à cheval, est
allé à la chasse. A trois heures goûté à la campagne; arrivé à Fresne
par les allées, il se y promène à pied et à cheval. La Reine, qui avoit
dîné à Bondy, arrive à cinq heures et demie. A sept heures soupé; il
s'amuse en son cabinet à peindre, fait lui-même ses couleurs sur le
cuivre, peint sur la toile l'Avarice et la Prudence, vêtues, assez
bien, y est attentif, fait toutes les actions que sauroit faire un
peintre, à la fin serre lui-même ses couleurs et ses pinceaux.

_Le 3, dimanche, voyage._—A sept heures trois quarts il part de Fresne
en carrosse et va à Meaux, c'est la première fois, où il a dîné. Peu
après il monte à cheval, vient chassant par Trie-le-Port et arrive à
quatre heures à Monceaux. Il se va promener par les allées dans l'étang
vidé, va jusques à la bonde; M. de Souvré lui dit par diverses fois
qu'il ne donnoit pas de louanges aux belles choses et mêmement à celles
qu'il venoit de voir; se sentant pressé, il répond: _Mais, mousseu de
Souvré, savez-vous pas bien que je suis pas grand parleur?_

_Le 4, lundi, à Monceaux._—A sept heures et demie déjeuné, étudié,
etc. Mené à la chapelle puis au parc; mené à la chasse en carrosse.

_Le 5, mardi, à Monceaux._—A sept heures et demie déjeuné, étudié;
son précepteur lui commença sa leçon par la louange des romans, et lui
demanda s'il pensoit pas que la lecture des romans fût pas suffisante
pour instruire un prince: _Non_, répond le Roi.

_Le 6, mercredi, à Monceaux._—En étudiant il s'amuse à dresser des
escadrons en diverses sortes avec ses hommes de plomb, sur la table
percée; son précepteur lui dit que, selon Platon, les dieux étoient par
dessus les rois comme les rois étoient par dessus les hommes et les
capitaines. Il répond soudain: _Oui, mais il n'y a qu'un Dieu, il y a
plusieurs rois_. Mené en carrosse ouïr la messe aux Bonshommes, où lui
sont offerts des raisins par eux; ramené à onze heures et demie, dîné;
peu après il va jouer à la balle en la galerie.

_Le 7, jeudi, à Monceaux._—Mené en carrosse à la chasse du cerf, hors
du bois il monte à cheval, le voit prendre dans la rivière.

_Le 8, vendredi, à Monceaux._—Il disoit à M. de Bellegarde, grand
écuyer, qu'il avoit une arbalète: «Sire, dit-il, vous en tirez
bien.»—_Non, je tire pas bien, mais peu à peu nous apprendrons._—Il
avoit un jeune garçon nommé César qui avoit été laquais; il le fit
cocher de son petit carrosse à bidets et l'aimoit, en parloit souvent.
On lui demanda pourquoi il l'aimoit, il répond soudain: _Pource qu'il
est homme de bien_. Mené au parc à cheval, il prend un chevreuil, fait
ce qu'il peut pour faire ruer le petit mulet sur quoi étoit monté M. de
Souvré, tâchant d'une houssine à atteindre la croupe. M. de Bonnivet le
suivoit à cheval, et il n'y avoit autre que lui; le Roi se retournant
lui dit: _Pourquoi allez-vous à cheval?_—«Sire, pource que je n'ai pas
bonnes jambes.»—_Il ne faut donc pas que vous veniez ici après moi._

_Le 9, samedi, à Monceaux._—Mené à la messe en la galerie, il donne
le bonjour à la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse, va
à l'abbaye de Jouarre contre son gré et bien forcé; M. de Souvré le y
porta[32]; il faisoit fort mauvais temps de vent et de pluie. Ramené
à cinq heures, il se va promener dans le parc, dans son petit carrosse
à six bidets, que le sieur Constance, écuyer ordinaire, avoit fait
couvrir; à cinq heures trois quarts il va chez la Reine. A huit heures
et demie il étoit las; dévêtu, mis au lit, il ne veut pas que l'on
ouvre le pied du lit quand il se couche, pour n'être vu du monde qui
étoit en sa chambre, que l'on fait sortir.

  [32] L'y décida.

_Le 10, dimanche, à Monceaux._—Il s'amuse à mettre en diverses figures
de bataillons ses hommes de plomb sur la table percée, n'en peut partir.

_Le 11, lundi, voyage._—A sept heures déjeuné, mené à la messe, puis
monté à cheval, mené à la Trousse, maison du capitaine de la porte; il
y a dîné à dix heures trois quarts. A une heure il monte à cheval, et à
quatre heures et demie arrive au château de Gandeleu. A six heures et
demie soupé; il va chez la Reine. A huit heures et demie mis au lit, il
se fâche de ce qu'il y avoit trop de monde en la chambre et dit: _On y
laisse entrer toute sorte de personnes_.

_Le 12, mardi, voyage._—Mené à la messe, puis à huit heures il entre
en carrosse et part de Gandeleu; il va au Buisson, maison de M. le
vicomte d'Ouchy[33], près de Coincy. A une heure il part du Buisson,
est mené en carrosse et arrive à quatre heures à Fère en Tardenois,
est logé au bourg, chez le grenetier. Il s'en va au château, le visite
tout, va au parc après les daims; ramené à six heures, il va au-devant
de la Reine, qui arrivoit.

  [33] Eustache de Conflans, chevalier d'honneur de la reine Marie
  de Médicis; mort en 1628.

_Le 13, mercredi, voyage._—Déjeuné, étudié, mené à la messe, puis en
carrosse au parc, où il est mis à cheval, court les daims, en fait
prendre un pour le faire nourrir. A une heure il part de Fère, entre en
carrosse et arrive à Fismes à quatre heures, est débotté; demi-heure
après M. de Souvré lui demande s'il vouloit aller se promener?—_Oui,
mais je ne saurois aller à cheval sans bottes._—«Vous irez à pied, il
fait beau aller.»—_Ho! non; velà qui seroit beau, j'irois à pied et
l'on me suivroit à cheval!_—«Il faut reprendre la botte.»—_J'aime
donc mieux que l'on me botte._ A cinq heures et un quart il monte
à cheval, est promené dehors. A huit heures dévêtu, mis au lit, il
dit à M. de Souvré, qui tenoit la bougie: _Mousseu de Souvré, sautez
pour voir si le plancher branle_; il étoit pesant, et pour couvrir la
raillerie il dit: _Si j'étois debout je sauterois, je le ferois bien
branler._

_Le 14, jeudi, voyage._—Éveillé à cinq heures, doucement, il dit qu'il
n'a point dormi, qu'il a entendu courir la poste toute la nuit, et les
charretiers qui crioient: _Dia_. A sept heures et demie il entre en
carrosse et part de Fismes, se trouve mal en chemin, a mal au cœur; ce
dit, il s'appuye sur M. de Souvré. Il étoit légèrement vêtu, il faisoit
bien froid et il avoit mal reposé la nuit. Il arrive à deux lieues de
Reims à.....[34], où il a bien dîné; à une heure il entre en carrosse,
et à une demi-lieue de la ville monte à cheval pour son entrée; et,
après avoir entendu patiemment toutes les harangues, il entre à Reims,
va à Notre-Dame environ les cinq heures trois quarts. On lui prend son
cheval; c'étoit un barbe blanc, il le veut ravoir. A sept heures soupé.

  [34] Héroard a laissé ce nom en blanc.

_Le 15, vendredi, à Reims._—A sept heures et demie déjeuné, étudié;
mené en carrosse à Saint-Remy, ramené à onze heures, il va chez la
Reine, puis à onze heures et un quart dîné. A deux heures et demie mené
à Saint-Pierre, où il a goûté; ramené à cinq heures, il va à vêpres à
Notre-Dame. A huit heures trois quarts devêtu, mis au lit; l'on parloit
d'une querelle qu'il y avoit entre quelques-uns de la musique et
demandoit-on comment ils se battroient; il répond: _Il faut qu'ils se
battent avec des luths_.

_Le 16, samedi, à Reims._—Il blâme Outrebon, l'un des musiciens de sa
chambre; c'est celui qui le jour précédent avoit pris querelle contre
Guédron, autre musicien et qui avoit montré à Outrebon: _Mais velà qui
est beau! Outrebon qui se veut battre contre Guédron, et Guédron lui
a montré tout ce qu'il sait_, et le trouvoit fort mauvais. Mené en
carrosse à Saint-Nicaise, ramené à dix heures trois quarts. A trois
heures mené en cérémonie à Notre-Dame pour ouïr vêpres et recevoir
l'ordre de confirmation; il est confessé par le P. Coton, de la
compagnie des Jésuites, puis à cinq heures et demie reçoit l'ordre de
confirmation par M. le cardinal de Joyeuse. Ramené à six heures, il se
joue à atteler ses petits gentilshommes l'un à la suite de l'autre et
les touche devant soi[35].

  [35] C'est-à-dire qu'il les touche du fouet en les conduisant.

_Le 17, dimanche, à Reims._—Éveillé à cinq heures, levé, mené et
couché en son cabinet, dans son lit de parade, où MM. les pairs le
sont venus trouver pour le mener à Notre-Dame pour le sacrer. Il entre
en l'église à neuf heures et demie, est reçu par l'illustrissime
François, cardinal de Joyeuse; MM. les princes de Condé, de Conty et
comte de Soissons représentoient les ducs de Bourgogne, de Normandie
et d'Aquitaine, MM. les ducs de Nevers, d'Elbeuf et d'Épernon les
comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse. Sur les onze heures
fut conduite la sainte ampoule par MM. les marquis de Sablé, baron de
Biron, baron de Nangis et baron de Rabat, portée par Dom Lépagnol,
grand prieur de Saint-Remy; sur midi, il reçoit l'onction, est conduit
sur le pupitre. Les pairs le baisent par deux diverses fois; il donne
un petit soufflet à M. d'Elbeuf, gaiement, et essuie sa joue. Il fut
remarqué que, aux deux fois qu'il fut baisé par M. d'Épernon, il
porta ses deux mains à sa couronne pour l'assurer en sa tête. Il va à
l'offrande, communie; en marchant il tâchoit d'attraper la queue du
manteau de M. de la Châtre, qui marchoit devant lui, faisant l'office
de connétable. Il supporta fort vertueusement toute la fatigue de cette
cérémonie qui se termina à deux heures et un quart. Ramené, on le
vouloit faire reposer dans un lit; encore qu'il fût un peu las, il dit
qu'il avoit faim. A deux heures et demie dîné de la viande de MM. de la
ville, apprêtée et servie par ses officiers, M. le maréchal de Lavardin
faisant la charge de grand maître; bu du vin blanc, il boit à la santé
de MM. les pairs. Il va en sa chambre, se fait mettre au lit, se fait
apporter sa table percée et s'amuse à dresser des bataillons avec ses
hommes de plomb, puis à faire des engins de cartes. A six heures M. de
Souvré le fait lever et vêtir un habillement neuf, dont il entre en
mauvaise humeur et s'apaise à la fin. Mené chez la Reine; à huit heures
et demie mis au lit.

_Le 18, lundi, à Reims._—A huit heures et demie déjeuné, étudié; à dix
heures et un quart il monte à cheval, vêtu de satin blanc en broderie
d'argent, sur un cheval blanc, est mené à la messe à Saint-Remy. A
trois heures trois quarts mené à Notre-Dame pour être fait chevalier du
Saint-Esprit, il entend les vêpres; à cinq heures trois quarts il est
fait chevalier par M. le cardinal de Joyeuse, puis fait chevalier M.
le prince de Condé. Le cardinal de Joyeuse ne le voulut pas être après
lui, bien qu'il eût été autrement résolu et qu'il l'eût consenti; il
(le cardinal) eut dans l'église une longue conférence avec le cardinal
de Gondi: l'on eut opinion qu'il lui avoit fait changer d'avis. Quand
le Roi lui demanda pourquoi il le refusoit, il répondit d'autant qu'il
étoit le premier prince de l'Église et qu'il plût à Sa Majesté de le
conserver en son droit; le Roi lui dit: _Il faut parler à la Reine ma
mère, je puis pas résoudre cela_; il ne fut pas fait chevalier. Le Roi
reçoit les chevaliers gaiement; comme ils le vont baiser, il prend la
barbe à M. le Grand en riant, en disant: _Velà un honnête homme_.

_Le 19, mardi, à Reims._—A huit heures et demie il entre en carrosse
pour aller dîner à Cosson, maison du baron du Tour, à deux lieues
de Reims; il monte à cheval, vole la perdrix, en prend six. Mis
en carrosse, il revient à Reims à cinq heures trois quarts; amusé
doucement chez la Reine jusques à huit heures et demie. Dévêtu, il
feint de dormir pendant qu'on le devêtoit; mis au lit, comme M. de
Souvré eût dit: «C'est à cette heure à bon escient qu'il dort,» il
s'ébouffe de rire.

_Le 20, mercredi, voyage._—A sept heures déjeuné; il ne veut point
aller à la messe à pied et dit: _Velà qui est beau que j'aille à pied
par les rues!_ Et toutefois M. de Souvré insistant, il va à pied à la
messe à Saint-Pierre pour favoriser l'abbesse. A huit heures et demie
il part de Reims à cheval et s'en va dîner à quatre lieues de là, à
Cormicy. A une heure et demie il monte à cheval et, chassant par le
Pont-à-Vesle, arrive à quatre heures trois quarts à Saint-Marcoul[36],
se va jouer sur le préau. A six heures et trois quarts soupé.

  [36] Bourg de France en Picardie, au diocèse de Laon. «Il dépend
  de l'église de Saint-Remi de Reims: on tient que les rois de
  France y doivent faire un voyage aussitôt qu'ils sont sacrés et
  que c'est en ce lieu là qu'ils reçoivent le pouvoir de guérir des
  écrouelles.» (_Dictionnaire géographique_ de La Martinière.)

_Le 21, jeudi, à Saint-Marcoul._—Il va à confesse en son cabinet au P.
Coton, jésuite, puis à huit heures et demie déjeuné. Il va à la messe
et à dix heures un quart revient en la cour du logis où il y avoit
neuf cents et tant de malades des écrouelles qu'il a touchés aussi
sûrement et dextrement comme s'il s'y fût souvent exercé; il se repose
quatre fois, mais peu, ne s'assit qu'une seule fois. Il blêmissoit un
peu de travail, et ne le voulut jamais faire paroître, ne voulut pas
prendre de l'écorce de citron. Il demande à un malade d'où il étoit,
lui paroissant étranger; le malade répond: «De Lorraine.»—_Donnez-lui
un quart d'écu._ C'étoit pour être étranger et qu'il avoit entendu que
l'on en donnoit autant aux étrangers. A onze heures et demie parachevé;
à onze et trois quarts dîné. Il monte à cheval, est mené à la chasse.

_Le 22, vendredi, voyage._—A huit heures et demie il monte à cheval,
part de Saint-Marcoul et, par le Pont-à-Vesle, va dîner à Missy; à une
heure il remonte à cheval et va chassant, arrive à cinq heures à Brene.

_Le 23, samedi, voyage._—A sept heures et un quart déjeuné; il va
à la messe à l'abbaye, puis, à huit heures part de Brene, entre en
carrosse, va à Auchy-la-Ville, où il arrive à dix heures trois quarts;
à onze heures il y a dîné. Peu après il entre en carrosse, et à quatre
heures et demie arrive à la Ferté-Milon; il va aussitôt aux jardins. Il
s'amuse à faire des paniers de menu jonc, en fait faire à M. le Grand.

_Le 24, dimanche, voyage._—Il va à la messe à la petite chapelle de
la maison qui étoit à M. le marquis de Noirmoustier, puis, à huit
heures et un quart, part de la Ferté-Milon en carrosse et va à Tresmes,
maison de M. de Gesvres, secrétaire d'État, où il arrive à dix heures
trois quarts. Il va aux jardins, aux allées; à une heure trois quarts
il monte à cheval, et par le bac de Tancrou arrive à quatre heures à
Monceaux.

_Le 25, lundi, à Monceaux._—Déjeuné, étudié, mené à la messe à la
chapelle, puis au parc. Mené en carrosse à la garenne, il passe le bac
à Trie-le-Port, monte à cheval, voit prendre un loup et une louve.

_Le 26, mardi, à Monceaux._—Dîné avec impatience pour la chasse; à une
heure il part en carrosse avec la Reine pour aller à la chasse du cerf.

_Le 27, mercredi, à Monceaux._—A dix heures et demie dîné, joué,
étudié; à deux heures il entre en carrosse avec la Reine, est mené à la
volerie, où il monte à cheval.

_Le 28, jeudi, à Monceaux._—Mené en carrosse ouïr la messe aux
Bonshommes. A une heure il entre en carrosse avec la Reine pour aller à
la chasse du cerf; il faisoit grand froid.

_Le 29, vendredi, voyage._—A huit heures il monte à cheval et va
dîner à Meaux. A une heure il monte à cheval, va à la chasse au loup,
et à quatre heures trois quarts arrive à Fresne; débotté, il va aux
jardins. A cinq heures et demie il va au-devant de la Reine, monte en
sa chambre, joue avec elle; elle lui prête de l'argent et lui en donne
le gain pour le donner aux pauvres. Il gagne cinquante écus, les prend,
dit que son souper est sur la table et s'en va[37], son argent dans un
mouchoir; il arrive en sa chambre, montre son gain, s'en réjouit, et
dit que c'est pour donner aux pauvres.

  [37] Héroard a mis en note en marge: «Coupe-queue au jeu»; c'est
  ce que l'on a nommé depuis: faire Charlemagne, se retirer du jeu
  avec tout son gain.

_Le 30, samedi, voyage._—Il est mené à la chapelle, puis entre en
carrosse et, par Mongeay, est mené au bois de Vincennes. A deux
heures il entre en carrosse jusques à Piquepusse, où il trouve ses
grands chevaux, monte à cheval et arrive à cinq heures à la porte
Saint-Antoine. Le prévôt des marchands et tous les officiers de la
Ville furent au-devant de lui; il fut tiré cent canonnades de cent
canons, que M. de Sully avoit fait mettre sur les remparts. Il arrive
à sept heures au Louvre, est débotté, dévêtu, se fait mettre au lit.
Soupé; il se lève, prend sa robe et ses bottines et se va coucher en la
chambre de la Reine, où il souloit coucher depuis la mort du Roi.

_Le 31, dimanche, à Paris._—A huit heures déjeuné; mené par la galerie
aux Feuillants et joué aux Tuileries; ramené en carrosse à dix heures
trois quarts, il va en la galerie où étoit la Reine et, à onze heures
et un quart les députés de la cour de Parlement, MM. les présidents de
Blancmesnil (qui porta la parole) et Molé, avec quatre conseillers, le
vinrent saluer; et aussitôt MM. des Comptes firent de même. M. Nicolaï,
premier président, porta la parole, accompagné de M. le président de
l'Aubespine. Mené à vêpres à Saint-Germain-des-Prés, puis mené aux
Tuileries; ramené à cinq heures et demie, il va chez la Reine, où il
fait la guerre à M. de Courtenvaux, nouvellement marié, auquel il veut
faire baiser sa femme[38] en présence de la Reine et lui dit: _Non, je
croirai pas que vous soyez marié, que je ne vous aie vu baiser votre
femme._

  [38] Catherine de Neufville, qui avait épousé, par contrat du
  3 mai 1610, Jean de Souvré, marquis de Courtenvaux, fils du
  gouverneur de Louis XIII. Elle fut depuis dame d'atours de la
  reine Anne d'Autriche, et mourut en 1657.

_Le 1er novembre, lundi, à Paris._—A neuf heures mené en carrosse à la
messe, à Notre-Dame, ramené à midi; à deux heures mené en carrosse au
sermon et à vêpres à Saint-Eustache puis aux Tuileries.

_Le 2, mardi, à Paris._—Éveillé à cinq heures il se fait entretenir
tout bas, de peur d'éveiller la Reine, par Catherine, femme de chambre,
jusques à six heures. Il donne le bonjour à la Reine, va en sa chambre,
entretient sérieusement M. le comte Henri de Nassau, frère du prince
Maurice, de la chasse, des lieux où il y a plaisir à la chasse, comme
Saint-Germain. Mené en carrosse à trois heures chez la reine Marguerite.

_Le 3, mercredi, à Paris._—A sept heures mis en carrosse, mené à la
messe aux Feuillants puis à Ruel, où il arrive à dix heures; Messieurs,
ses frères, et Mesdames, ses sœurs, y arrivent, et à onze heures ont
dîné avec lui. A trois heures remis en carrosse, Messieurs et Mesdames
retournent à Saint-Germain et lui à Paris; il y arrive à cinq heures et
demie.

_Le 4, jeudi, à Paris._—A six heures trois quarts déjeuné, écrit, tiré
des armes, dansé; son précepteur étoit malade.

_Le 6, samedi, à Paris._—A trois heures et demie il donne audience
au clarissime Vénier, ambassadeur extraordinaire de Venise, pour le
compliment de son avénement à la couronne; il va en la galerie, où il
se met dans son petit carrosse et le fait tirer par deux de ses dogues.

_Le 7, dimanche, à Paris._—Mené par la galerie aux Tuileries, où il
fait courir un loup qui se jeta dans l'étang, où il fut pris.

_Le 8, lundi, à Paris._—Il va en la galerie donner le bonjour à la
Reine; on lui présente un caméléon. A onze heures trois quarts dîné; il
dit qu'il aimera à bâtir, voyant de la table travailler les ouvriers
qui couvroient le pavillon des Tuileries du côté de la rivière.

_Le 9, mardi, à Paris._—A sept heures et demie il entre en carrosse
pour aller à la chasse au loup, à Colombes, où il a dîné à onze heures.
Une heure après il monte à cheval, va courir le loup, le prend, en
court un autre, qui se sauve; ramené et arrivé au Louvre à trois heures
et demie. A six heures et trois quarts soupé; il me dit qu'il n'a pas
envie de manger et qu'il voudroit bien avoir un lait d'amandes; il
étoit las et avoit envie de dormir. Il monte en son cabinet des livres
pour se y jouer avec des petits hommes du palais que M. le marquis
d'Ancre lui avoit donnés, mais il défend de dire que ce fût pour cela;
il y fait monter sa musique de luths, et les fait jouer pendant qu'il
se joue, _quasi aliud agens_. A huit heures trois quarts il va donner
le bonsoir à la Reine.

_Le 10, mercredi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, il
court et prend un chevreuil porté aux Tuileries.

_Le 11, jeudi, à Paris._—A trois heures mené en carrosse à l'Arsenal,
il se joue et court beaucoup au jardin.

_Le 12, vendredi, à Paris._—A deux heures mené en carrosse à la
Roquette, où il a couru un cerf qu'il y faisoit nourrir; ramené à
cinq heures, et à six heures soupé. Il va chez la Reine, est amusé
jusques à huit heures et un quart, a envie de dormir, donne le bonsoir
à la Reine et va en sa chambre, où il est dévêtu, puis en son cabinet
joignant la chambre de la Reine, où il a couché. Amusé pour l'empêcher
de dormir, il prie Dieu, fait jouer de l'épinette La Chapelle,
excellent joueur qui étoit à lui, fait chanter le Bailly et jouer du
luth.

_Le 14, dimanche, à Paris._—Éveillé à six heures, levé, vêtu, il donne
lui-même à manger à ses petits oiseaux; à sept heures et demie déjeuné;
il va en la galerie, où il se joue, fait tirer son petit carrosse par
ses chiens, lui dedans. A huit heures mis au lit; il demande à jouer et
sa musique de peur de s'endormir si tôt; joué à gillet[39], aux cartes,
et en jouant il commandoit à sa musique. Quand ils cessoient: _Chantez,
chantez_, disoit-il, ainsi que souloit faire le feu Roi son père,
duquel il avoit toutes les mêmes actions.

  [39] Les règles de ce jeu de cartes sont encore indiquées dans
  l'_Académie universelle des jeux_, édition de 1730, page 333.

_Le 15, lundi, à Paris._—A six heures et trois quarts déjeuné, étudié,
écrit, dansé; il se ceint d'un cimeterre avec la ceinture à la Turque,
faite d'un tissu et se panadoit; il se met en posture disant: _Je veux
avoir ainsi ce cimeterre quand l'ambassadeur d'Espagne me viendra
voir_. Il demande à jouer au volant en attendant son tireur d'armes.
Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval et court
un lièvre; ramené à cinq heures, il joue à la poule, jeu de cartes,
avec la Reine.

_Le 16, mardi, à Paris._—Mené en carrosse à Meudon, où il a dîné,
au château; à une heure il va au parc courir un chevreuil. Ramené
en carrosse, il va chez la Reine, et à six heures soupé. Il étoit
las, à demi endormi; il avoit fait tout ce jour un grand brouillas
(_sic_) et mouillant comme de la pluie. Le duc de Feria, ambassadeur
extraordinaire d'Espagne, lui envoie deux pleins bassins de petits
gants d'Espagne par des valets; il le remarqua, car aussitôt qu'ils
furent sortis il dit: _Voyez quelles gens ce sont; ce sont des
estafiers._

_Le 19, vendredi, à Paris._—Il fait chevalier de l'accolade
l'ambassadeur de Venise, venu ambassadeur extraordinaire devers Sa
Majesté, avec une incroyable adresse, en présence de la Reine, qui
voulut y assister; ce fut le premier qu'il aye fait, qui s'en alla si
content qu'il ne pouvoit faire partir sa vue de dessus lui. A huit
heures dévêtu, mis au lit, il se fâche contre M. de Souvré et lui
dit: _Vous ne m'aimez pas aujourd'hui, vous m'avez dit que j'étois un
enfant._

_Le 20, samedi, à Paris._—Son précepteur lui demande: «Sire, sur quel
prince ou roi commencerez-vous un jour à faire la guerre? Je sais bien
que le Turc est infidèle, mais sur quel autre roi?»—_Je vous le dirai
pas_, répond le Roi, gravement[40]; il mettoit en bataille ses hommes
de plomb sur la table verte percée. Il s'amuse à courir après ses
petits oiseaux, qu'il avoit mis dehors dans son cabinet des livres.
A huit heures mené par la galerie aux Capucins et aux Tuileries; il
voit courir deux loups qu'il avoit fait porter dans la carrière de
l'écurie, puis un chevreuil dans le jardin. Ramené en carrosse chez la
Reine à onze heures, puis dîné; il est mené en carrosse à la plaine
de Grenelle, où il est monté à cheval pour courir le lièvre; il court
beaucoup.

  [40] Héroard dit: _Graviter, subito et aliud agens_.

_Le 21, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres pour la veille
de la Sainte-Cécile. Il va chez la Reine, y joue à gillet, gagne six
écus.

_Le 22, lundi, à Paris._—A sept heures déjeuné, étudié, écrit, tiré
des armes, dansé; il se met en mauvaise humeur pour ce que M. de Souvré
le vouloit mener à Notre-Dame; il ne vouloit pas, à cause, disoit-il,
qu'il y auroit une grande messe. «Oui, Sire, lui dit M. de Souvré,
mais il y aura de la musique, que vous aimez tant.»—_Oui, mais il
y en a de deux sortes, il y en a une que j'aime point_; c'étoit le
plain-chant. M. de la Noue, gentilhomme, heurta pour entrer, M. de
Souvré commande de lui ouvrir la porte! _Hé! mousseu de Souvré, je
vous prie que non._—«Pourquoi, Sire?»—_Pource qu'il me verroit en
mauvaise humeur._ Enfin mené en la galerie, puis en carrosse à la messe
à Notre-Dame, à son corps défendant. A trois heures, après avoir donné
audience à l'ambassadeur de Mathias, roi de Hongrie, il est mené en
carrosse à vêpres, aux Augustins.

_Le 24, mercredi, à Paris._—Mené à la galerie et à la boutique d'un
marchand qui avoit des besognes de la Chine; ramené à dix heures, il
entend la messe en son cabinet, puis va au conseil et en sort à onze
heures. A cinq heures il va en la galerie, y fait atteler ses dogues à
son petit carrosse, et fait du carrossier[41]; il va chez la Reine, y
joue au poirier, au grand cabinet.

  [41] Contrefait le carrossier.

_Le 26, vendredi, à Paris._—Il s'amuse à peindre en étudiant.

_Le 27, samedi, à Paris._—Éveillé à deux heures après minuit, en
sursaut, criant fort haut: _Madame de Guise!_ Il se rendort jusqu'à
six heures trois quarts. A onze heures dîné, bu du vin blanc; peu
après il demande encore à boire, puis dit tout à coup: _Non, non, j'en
veux point_; il rêvoit quelquefois ainsi en mangeant. A trois heures
goûté, mené en carrosse chez la reine Marguerite, joué, couru, sauté
au jardin. Ramené à cinq heures, il va chez la Reine, revient en sa
chambre, y voit jouer un Espagnol joueur de gobelets; il découvre une
partie de ses jeux.

_Le 30, mardi, à Paris._—A onze heures dîné; tout le long du dîner et
du souper il s'amuse à jouer du tambour avec son couteau et la queue de
sa cuiller, battant sur la table, sur les vaisselles, sur l'assiette,
sur le cadenat[42].

  [42] Coffret d'or ou de vermeil, contenant le couteau, la
  cuiller, etc., qu'on servait à la table du Roi.

_Le 1er décembre, mercredi, à Paris._—A sept heures et demie, étudié,
écrit, tiré des armes, dansé. A huit heures mené en la galerie, puis en
la chambre d'un marchand qui avoit des marchandises de la Chine. A deux
heures et demie mené en carrosse au bois de Vincennes; il faisoit grand
froid. Il chasse au parc, à cheval, est ramené et a goûté en carrosse.
Pendant son souper il me raconte comme il s'étoit échauffé, puis en
revenant mis du long du carrosse[43]: _Je me suis couvert des mandilles
de mes laquais, qui étoient doublées de frise; cela est chaud; j'étois
si à mon aise!_

  [43] Il s'était étendu dans le carrosse.

_Le 2, jeudi, à Paris._—A sept heures et un quart il part aux
flambeaux, entre en carrosse, va aux Capucins, où il entend la messe,
puis arrive à Ruel, où il a dîné à onze heures, y ayant donné à dîner à
Madame, à Mme Christienne et à Mlle de Vendôme. Ramené en carrosse, il
arrive à quatre heures et demie; à six heures et demie soupé. Il va en
son cabinet, commande à l'huissier de ne laisser entrer personne sans
lui demander son nom et le lui venir dire; il aimoit quelquefois être
en particulier. Il se fait donner des cartes et des ciseaux dont il les
coupe en diverses façons, va donner le bonsoir à la Reine.

_Le 3, vendredi, à Paris._—A sept heures trois quarts, déjeuné;
il monte en son étude, se fait lire _la Gazette_ apportée de Rome,
l'écoute attentivement, demande ce qu'il n'entend point. Il y avoit une
clause parlant bien de Sa Majesté: comme il réussissoit; prompt; d'un
esprit vif; amateur des armes et des lettres, et desireux de savoir
toutes choses selon les occurrences et tout au grand contentement des
gens de bien; son précepteur lui demanda s'il lui plaisoit qu'il la
lût encore: _Non, non_, répond le Roi, témoignant (ce qui étoit de son
naturel) de n'aimer pas la flatterie.

_Le 4, samedi, à Paris._—A trois heures goûté; mené à la galerie, là
où l'on fait les doubles[44].

  [44] Où l'on fabriquait les doubles louis.

_Le 5, dimanche, à Paris._—A dix heures trois quarts dîné; il va à la
fenêtre pour voir entrer en garde les compagnies; à deux heures mené en
carrosse aux Bonshommes, ramené de même.

_Le 7, mardi, à Paris._—Il va à la messe en la chapelle de
l'antichambre de la Reine, puis va sur la balustre de la galerie voir
passer les compagnies qui entroient et sortoient de garde. Étudié; mené
en carrosse à la verrerie, il y fait plusieurs besognes.

_Le 8, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres, à
Saint-Germain-de-l'Auxerrois.

_Le 10, vendredi, à Paris._—Il est mené chez la Reine, puis va à la
messe à la chapelle de l'antichambre de la Reine. Joué en la galerie;
il va chez le marchand qui a des besognes de la Chine. Il va donner le
bonsoir à la Reine; mis au lit, il fait chanter des noëls.

_Le 11, samedi, à Paris._—Éveillé à cinq heures et demie, il se veut
lever à toute force; M. de Souvré l'empêche; enfin, levé à sept heures,
blême, le visage abattu, enrhumé. Étudié; mené par la galerie aux
Feuillants, joué aux Tuileries, ramené en carrosse. Mené en carrosse à
la Roquette, il monte à cheval, y court un cerf privé. Mis au lit il
fait chanter des noëls.

_Le 12, dimanche, à Paris._—A sept heures et demie déjeuné; il monte
au cabinet des livres, s'amuse à petites choses. A trois heures mené
en carrosse aux Jésuites de Saint-Louis, au sermon et à vêpres.
Ramené, il va chez la Reine; à six heures et un quart soupé. Peu après
il s'endormoit sur sa chaise en attendant M. de Souvré; l'on prend la
chaise à bras et on la fait sauter allant par la chambre; il dit _qu'il
va à courbettes_.

_Le 13, lundi, à Paris._—Mené à la volerie, vers les Ternes; il y est
monté à cheval, y a goûté à la campagne. Ramené en carrosse et à six
heures soupé; peu après il s'endormoit, il est éveillé à poursuivre une
chauve-souris qui étoit entrée dans sa chambre. Il va chez la Reine;
mis au lit il fait chanter et chante des noëls.

_Le 14, mardi, à Paris._—Mené en carrosse au parc de l'hôtel de
Luxembourg, au faubourg Saint-Germain, il y court un lièvre. A
six heures et demie soupé, peu, par impatience de voir jouer des
marionnettes. Il va chez la Reine.

_Le 15, mercredi, à Paris._—Éveillé à cinq heures, il est levé, gai et
joyeux de ce qu'il lui avoit été permis de se lever, d'autant que sur
l'empêchement il se fâchoit, il en pleuroit et disoit que l'on diroit
qu'il est paresseux. A sept heures déjeuné, étudié; à dix heures mis
en carrosse, botté, mené au bois de Boulogne courir le loup, il y en
a pris deux. Ramené à cheval, il parle à tous ceux qu'il rencontre,
demande qui ils sont, où ils vont, etc., comme faisoit le feu Roi. Il
ne y eut jamais enfant qui eût tant d'actions de père qu'il en avoit du
feu Roi.

_Le 17, vendredi, à Paris._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il
va chez la Reine, qui étoit au conseil.

_Le 18, samedi, à Paris._—Il fait courir par ses petits chiens un
lièvre dans sa chambre. Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, en
l'hôtel de Luxembourg; il y monte à cheval, et court un lièvre dans
le parc. A cinq heures il va chez la Reine aux fiançailles de M. de
Guise et de Mme Henriette-Catherine de Joyeuse, fille de feu Henri de
Joyeuse, dit _Père Ange_, capucin, et veuve de feu M. de Montpensier.

_Le 19, dimanche._—M. l'évêque de Bayonne[45], premier aumônier, le
veut dissuader d'entendre au Louvre le sermon du P. Coton pour aller
ouïr celui d'un jeune docteur à Saint-Paul, où il vouloit aussi aller
ouïr vêpres et de là après aller à la Roquette. Il résiste tant qu'il
peut, dit que _ces docteurs sont si longs_, jusques à ce que le dit
sieur évêque lui eût promis qu'il seroit plus court de la moitié que
celui du P. Coton. Alors il consent, et à deux heures est mené en
carrosse à Saint-Paul; à l'entrée de la porte il dit à M. de Bayonne:
_Souvenez-vous bien de ce que vous m'avez promis_. Il y entend le
sermon et vêpres, puis est mené en carrosse à la Roquette, y monte à
cheval, et court un cerf privé dans le parc, avec ses chiens.

  [45] _Voy._ au 5 septembre précédent.

_Le 20, lundi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants; il
se joue au jardin des Tuileries, où il se trouve un chien enragé,
qui pilla plusieurs de ses chiens et entre autres son chien favori,
_Gayan_, et celui qui avoit la charge de ses chiens. Il donne un grand
coup de houssine à ce chien enragé, lequel peu après s'en venoit tout
droit à lui sans qu'il fût arrêté par le sieur de Meurs, enseigne aux
gardes écossois, qui l'arrêta avec son bâton et le vouloit tuer, si
le Roi, par sa naturelle humanité, ne lui eût commandé de ne le faire
pas. Ramené à dix heures et demie en carrosse chez lui, il raconte
la déconvenue de ses chiens et supplie la Reine de les faire envoyer
à la mer. Sa Majesté fait expédier à l'heure une ordonnance pour le
veneur[46]; à onze heures il vient pour dîner, me fait l'honneur de
m'en dire autant, mais la larme à l'œil, parlant de son veneur et de
_Gayan_, disant: _Je voudrois ne avoir point mené Gayan aujourd'hui aux
Tuileries_.

  [46] Qui avait été mordu.

_Le 21, mardi, à Paris._—Mené à la salle, au sermon du P. Coton, puis
aux Tuileries par la galerie.

_Le 22, mercredi, à Paris._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; à
deux heures goûté. Il est botté, entre en carrosse pour aller à la
volerie; hors la ville, il monte à cheval, vole la corneille, en prend
cinq, vole un chat-huant, qui fut pris.

_Le 23, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse au bois de Madrid, il y
est monté à cheval, chasse deux loups, vole une corneille, est ramené
en carrosse. Il va chez la Reine; à six heures et demie, soupé; il se
chauffe, et, de peur de s'endormir, se fait porter dans sa chambre,
dans sa chaise, en faisant danser ceux qui le portoient.

_Le 26, dimanche, à Paris._—Il est mené en carrosse à Saint-Étienne du
Mont, à vêpres, puis va au parc Sainte-Geneviève, où il court un lièvre
avec ses petits chiens.

_Le 27, lundi, à Paris._—Son aumônier, Bologne, lui demandoit où il
lui plaisoit d'entendre la messe. Il répond: _Aux Feuillants_. Il avoit
neigé; il reconnoît que son aumônier se souriant, faisoit le rétif:
_Ho! ho! mon aumônier, vous êtes paresseux, je le vois bien. Vous
craignez la neige et moi je y prends plaisir._ Mené par la galerie aux
Feuillants, couru au jardin des Tuileries; ramené en carrosse, il va
chez la Reine. A deux heures mené en carrosse à Saint-Jean en Grève au
sermon et à vêpres, puis chez M. de Roquelaure; il se joue au jardin,
court par la neige, s'en joue.

_Le 28, mardi, à Paris._—Il est mené par la galerie aux Feuillants,
puis passe le temps au jardin des Tuileries à coups de pelotes de neige.

_Le 30, jeudi, à Paris._—Il va chez la Reine, où, environ une heure,
il blêmit fort et soudain, disant qu'il brûle à la gorge et au ventre,
demande à se coucher. Mis au lit, il s'amuse à jouer aux cartes avec M.
de Vendôme. Amusé à voir un joueur de gobelets, il se fait apprendre
les tours. A cinq heures levé, mené chez la Reine, il se joue dans
le grand cabinet avec ses petits, à la chaîne et à d'autres jeux; à
six heures et un quart soupé. Étant sur sa chaise percée, il se fait
mettre sa petite table sur un escabeau, devant, et joue aux cartes, au
reversis, contre M. de Vendôme et M. son frère, le Chevalier. Il va
chez la Reine, lui donne le bonsoir.

_Le 31, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse à la Roquette, où il a
couru un cerf privé.



ANNÉE 1611.

  Passetemps du Roi.—Peu de goût pour la danse.—Le gâteau des
  Rois.—Crainte de passer pour paresseux.—Querelle du comte de
  Soissons et du prince de Conty; insolence de celui-ci.—Tir
  à l'arbalète.—Le Roi en sentinelle.—Ignorance de l'évêque
  de Soissons.—Mot du Roi sur la démission de Sully.—Dîner
  à Ruel.—Les chiens pour larron.—La foire Saint-Germain
  tenue aux Tuileries.—Le comédien grimacier.—La compagnie de
  petits gentilshommes.—Préférence donnée aux tableaux sur les
  diamants.—Fiançailles de Mlle Ricassa; les fornicateurs.—Le
  peintre Bunel; portrait du Roi par Porbus.—Les dames
  rabattues.—Peu de goût du Roi pour l'étude.—Oiseaux dressés
  pour le vol.—Sauteurs et joueurs de marionnettes.—Goûter
  chez Concini.—Fiançailles de Mlle de Liancourt.—Plaisanterie
  sur Atlas.—Séjour à Saint-Germain.—Le Roi fouetté.—Retour
  à Paris.—Première pierre de l'église de Picpus.—Moquerie du
  Roi envers son précepteur.—Départ pour Fontainebleau.—La
  galiote du Roi.—Jalousie du Roi.—Les Égyptiens ou
  bohémiens.—Familiarité de Concini; pudeur du Roi.—Cérémonie
  du Jeudi saint.—Audience du marquis Spinola.—Pâques du Roi;
  il touche 660 malades.—Galère neuve du Roi.—Audience du
  parlement de Paris.—Le turc de M. de Guise.—Le Roi n'aime
  pas l'ail comme son père.—Congé de M. d'Épernon.—Moines de
  poterie.—Retour de Fontainebleau à Paris.—Crainte des esprits
  depuis la mort de Henri IV.—Souvenir de la promesse faite
  à un soldat.—Visite à M. et Mme Concini malades.—Fête de
  la Pentecôte; le Roi touche 1,100 malades.—Mot du Roi à Des
  Yveteaux.—Départ pour Fontainebleau.—Le nain Dumont.—Maladie
  de M. de Souvré.—La châsse de sainte Geneviève.—Chanson d'un
  ballet de Henri IV; pleurs du Roi et de M. de Vendôme.—Croyance
  aux esprits.—Le jeu de colin-maillard.—Compassion pour un
  paysan.—Tragédies et farces jouées à la Cour.—Générosité
  envers un jardinier.—Le réveille-matin.—Départ pour Paris;
  le Roi à l'hôtellerie d'Essone.—Réprimande au baron de
  Vitry et au chevalier de Vendôme.—Portrait en cire du Roi;
  sa générosité envers l'artiste.—Le jeu _Je vous prends
  en ce point_.—Des Yveteaux remplacé comme précepteur du
  Roi.—Séjour à Saint-Germain.—_La Bradamante_ jouée par les
  enfants de France.—Départ du chevalier de Vendôme.—Dîner
  chez M. de Frontenac.—Dispute avec M. de Souvré.—M. de
  Poutrincourt.—Retour à Paris.—Arrivée du nouveau précepteur
  Le Fèvre.—Fête de l'Assomption; le Roi touche 450 malades,
  en est incommodé.—Serment des échevins de Paris.—Première
  leçon de M. Le Fèvre.—Première commission donnée par le
  Roi.—Le Roi va à la comédie à l'Hôtel de Bourgogne.—Tours
  d'escamotage.—Le Roi fouetté.—Mort de la duchesse de
  Mantoue.—Un chameau dans la galerie du Louvre.—Dispute avec
  M. de Souvré; mot du Roi à son précepteur.—Anniversaire de la
  naissance du Roi.—Les ortolans des Tuileries.—Départ pour
  Fontainebleau.—Le royaume des sots.—Bonnet donné au cardinal de
  Bonzi.—Mme de Ragny et les guenons du Roi.—Arrivée du prince
  de Condé.—Les arquebuses du Roi; première arquebusade.—Dicton
  de Bourgogne sur les clystères.—Timothée, arquebusier de
  Rouen.—Adresse du Roi au tir.—Combat des dogues anglais
  contre un ours.—Arrivée de la duchesse de Lorraine.—Le jeu
  de remue-ménage.—Arrivée du cardinal de Gonzague.—Départ de
  Fontainebleau pour Paris.—Gasconnade de M. de Souvré.—Mort de
  la reine d'Espagne.—Une chèvre savante.—Mort de Monsieur, duc
  d'Orléans.—Le jeu de _quillebouquet_.—Le duc d'Anjou prend le
  titre de Monsieur.—Première mention du nom de Luynes.—Départ de
  la duchesse de Lorraine.—Comédies à l'Hôtel de Bourgogne.—Le
  jeu de billard.—Mots du Roi sur M. de Nevers et sur le prince de
  Condé.—Scène avec M. de Souvré.—Chasses au vol.—Les faiseurs
  d'almanachs.—Mot du Roi sur M. de Vastan; sa discrétion au
  secret.


_Le 1er janvier, samedi, à Paris._—Mené à la chapelle Saint-Louis des
Jésuites, au sermon et à vêpres.

_Le 5, mercredi._—Monté au cabinet des livres, il s'amuse à tirer un
petit canon lequel il a chargé lui-même de ses carreaux de velours et
d'autres manteaux, se met seul dans le timon et tire. Écrit, dansé à
regret; il n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien;
il le fait pour faire les révérences à M. de Souvré, qui le forçoit à
les bien apprendre.—A quatre heures il va chez la Reine; il joue dans
le grand cabinet, met deux flambeaux allumés au milieu de la place, et,
allant à passades, passe entre deux avec M. le chevalier de Vendôme
et trois ou quatre de ses petits gentilshommes. Il va dans le petit
cabinet, où étoit la Reine, qui fit couper un gâteau des Rois; M. de
Souvré, qui y étoit seul homme, fut le Roi. A six heures et demi soupé;
il fait couper le gâteau des Rois; l'on demandoit l'endroit de la fève
pour la lui faire tomber: _Non je veux pas, il le faut faire comme il
viendra_; Dieu fut le roi[47].

  [47] La part de Dieu ou des pauvres.

_Le 6, jeudi._—Étudié sans savoir qu'il fût fête. Mené en carrosse à
Saint-Séverin, au sermon et à vêpres, puis au faubourg Saint-Germain,
en l'hôtel de Luxembourg; il court dans le parc.

_Le 8, samedi._—Éveillé à sept heures, il se plaint, jusques à peu
près des larmes, de ce qu'on l'avoit laissé dormir si tard[48]. _Hé
quoi, l'on dira que je suis un paresseux; je me veux pas habiller en
ma chambre, je veux pas que tant de monde me voie, l'on diroit que je
suis paresseux._ Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, il monte à
cheval, vole la corneille; il faisoit froid, il met pied à terre, et
chemine longtemps.

  [48] Il se levait ordinairement à six heures.

_Le 9, dimanche._—Mené au sermon et à vêpres à Saint-Merry.

_Le 12, mercredi._—A cinq heures il va chez la Reine, où l'on étoit
après pour accorder la querelle de M. le comte de Soissons, du jour
précédent, avec M. le prince de Conty, sur la rencontre inopinée de
leurs carrosses, et avec M. de Guise, qui avoit répondu pour ledit
sieur prince son beau-frère; il écoute tout, retient tout, sait tout,
n'en fait pas le semblant.

_Le 13, jeudi._—A onze heures et demie dîné; il sort de la table
par impatience d'aller voir sortir et entrer les gardes, et aima
mieux se hâter que de les faire attendre, car on lui demanda s'il le
vouloit.—Après souper il va chez la Reine, qui étoit en son petit
cabinet, en peine pour accommoder la querelle de M. le comte de
Soissons avec M. de Guise; M. le prince de Condé y entre brusquement,
sans aucun respect, et se couvre tout aussitôt sans saluer le Roi
autrement, et s'assied; il parle assis à M. de Bouillon. Le Roi va à M.
de Souvré: _Mousseu de Souvré, voyez, voyez Mousseu le Prince; il est
assis devant moi, il est insolent._—«Sire, c'est qu'il parle à M. de
Bouillon, et ne vous voit pas.»—_Je m'en vas mettre près de lui pour
voir s'il se lèvera_; il s'approche près, puis encore plus près, et ne
se levant point, le Roi va à M. de Souvré: _Mousseu de Souvré, avous
pas vu qu'il s'est pas levé; il est bien insolent._

_Le 15, samedi._—Éveillé à sept heures et demie, il se plaint de ce
que l'on l'a laissé dormir si tard, en vient presque aux larmes, disant
que tout le monde dira qu'il est paresseux.

_Le 16, dimanche._—Il monte au cabinet des livres, tire au blanc avec
une arbalète à argelet (_sic_), tire droit et avec jugement. Mené jouer
à la galerie, à cause de la neige, et à la messe en Bourbon. A deux
heures mené en carrosse avec la Reine au parc de Madrid.

_Le 19, mercredi._—Étudié, etc.[49]; il se joue en la galerie, fait
voler le moineau par un perroquet jaune qui étoit à lui.

  [49] Le Roi étudie deux fois par jour: après son déjeûner, de
  huit à neuf heures, et après son dîner, de midi à une heure.

_Le 20, jeudi._—A deux heures mené en carrosse chez la reine
Marguerite.

_Le 21, vendredi._—Mené par la galerie aux Feuillants; il geloit fort
et faisoit grand froid; avant que de sortir de son cabinet, il tira de
six pas d'une arbalète à argelet, contre un petit oiseau, qu'il tua,
l'ayant frappé au milieu de la poitrine; il tiroit justement et avec
jugement.

_Le 22, samedi._—Il s'amuse (pendant son dîner) à voir sauter une
fille de cinq ans[50]. Mené en carrosse au parc de Madrid, où il a vu
pour la première fois faire la monstre à sa compagnie de gendarmes,
qu'il avoit étant Dauphin et laquelle fut entretenue.

  [50] Une faiseuse de tours.

_Le 23, dimanche._—Après déjeuner il monte au cabinet des livres,
prend un bâton, se fait mettre en sentinelle par le jeune Loménie,
qu'il fait caporal, fait demander à M. de la Curée par M. de Préaux
s'il connoît point ce soldat. M. de la Curée répond que non.—«Il a été
aux guerres de Flandres,» dit M. de Préaux.—«Il a bonne mine,» répond
M. de la Curée, puis adressant la parole au sentinelle: «Mon compagnon,
d'où êtes-vous?»—_De Gâtinois_, répond le Roi.—«Comment vous
appelez-vous?»—_Capitaine Louis._—«Vous êtes bien habillé; il y a
quelque sergent qui est votre camarade, qui vous fournit ce qu'il vous
faut?»—_Oui._—A trois heures et demie il va voir passer la compagnie
de gendarmes allant en garnison à Saint-Denis.

_Le 25, mardi._—A huit heures et demie mis en carrosse pour aller à
la volerie au Bourget, où pour la première fois il a dîné; il faisoit
brouillard et grand froid; à une heure il monte à cheval, vole pour
héron et pour rivière. Ramené à quatre heures trois quarts, il va chez
la Reine.

_Le 27, jeudi._—Étudié, etc.; M. l'évêque de Soissons, de la maison
des Hennequins à Paris[51], le vient voir; l'on disoit qu'il ne savoit
pas beaucoup. Le précepteur du Roi le lui dit à l'oreille, et l'induit
à faire prendre un livre latin, et, le lui présentant lui-même, lui en
demander l'interprétation; il se y laisse aller.

  [51] Jérôme Hennequin, évêque de Soissons de 1585 à 1619.

_Le 29, samedi._—M. de Sully fut, ce jourd'hui, démis de la garde
de la Bastille et de la surintendance des finances; le Roi dit à
M. de Souvré: _L'on a ôté Mousseu de Sully des finances?_—«Oui,
Sire.»—_Pourquoi?_ demande-t-il avec contenance d'étonnement.—«Je
n'en sais pas les raisons, mais la Reine ne l'a pas fait sans beaucoup
de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande considération. En
êtes-vous marri?»—_Oui._

_Le 1er février, mardi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants,
puis monté à cheval; il vole en chemin et à dix heures, arrive à Ruel,
où Madame et Mlles de Vendôme et de Verneuil arrivent, et à onze heures
ont dîné avec lui. Joué au jardin; il fait voler ses émérillons devant
Madame; à trois heures elles s'en retournent à Saint-Germain en Laye,
et lui arrive à Paris en carrosse à quatre heures trois quarts.

_Le 2, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres, à
Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

_Le 5, samedi._—L'on parloit (à son souper) de certains chiens
d'Angleterre, nommés _tommelins_, qui endorment les lapins et d'autres
chiens qui treuvent les larrons, les suivant et les sentant sans les
voir; il dit en s'égayant: _Il faut avoir une meute de chiens pour
larron, nous en prendrons bien._

_Le 7, lundi._—A huit heures trois quarts mené, par la galerie, en
la salle des Tuileries, où se tenoit la foire Saint-Germain pour les
joailliers, peintres et marchands de Flandre et d'Allemagne, d'autant
qu'elle étoit défendue au faubourg Saint-Germain, à cause des querelles
de la Cour, et les autres sortes de marchands étoient en autres et
divers lieux[52]. Ramené à dix heures et demie, il va à la messe à la
chapelle de l'antichambre de la Reine, puis chez la Reine et à onze
heures et demie dîné, étudié, goûté. Mené par la galerie à la foire en
la salle des Tuileries, ramené par le même chemin à cinq heures. Il
s'amuse (pendant son souper) à voir jouer un comédien qui représentoit
seul plusieurs personnages, va chez la Reine.

  [52] «En ce mois, la foire Saint-Germain ne se tint point à
  Paris, à cause de la mort du Roi, ce qui ne s'étoit point vu
  depuis la Ligue.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 8, mardi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire
aux Tuileries, comme dessus. Après dîner il fait armer ses petits
gentilshommes, qu'il appelle sa compagnie, comme il le souloit faire,
et par la galerie s'en va, tabourin battant, enseigne déployée, à la
foire comme dessus, aux Tuileries, la met en garde pour empêcher, ce
dit-il, le désordre. Ramené à cinq heures par le même chemin et en la
même façon.

_Le 9, mercredi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire
comme dessus. A deux heures et demie goûté, mené par la galerie à la
foire aux Tuileries; la Reine y étoit, lui veut donner une chaîne de
diamants du prix de sept à huit cents écus; il n'en veut point, dit
mieux aimer des tableaux.

_Le 10, jeudi._—Déjeuné, étudié, etc., il fait armer sa petite
compagnie, et à neuf heures, par la galerie, les fait aller comme
dessus à la foire aux Tuileries. Étudié, goûté, mené à la foire aux
Tuileries; ramené, il va chez la Reine, là où, à six heures et demie,
Mlle Ricassa, l'une des filles italiennes de la Reine, fut fiancée au
sieur de Saint-Germain-d'Apchon. Comme le curé, en sa remontrance, eut
parlé des peines des fornicateurs, l'on demanda au Roi qui étoient
les fornicateurs; le Roi répond soudain: _Ceux qui mettent la pâte au
four_.—Dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il dit: _Demain il faira mauvais
temps, je ne pourrai sortir, je veux prendre médecine. Allez dire à
mousseur Hérouard qu'il me fasse donner de ma dragée_, et me l'envoie
commander.

_Le 11, vendredi._—Éveillé à sept heures; à sept et demie il prend
dragée de rhubarbe purgative, une demi-once; il se joue au lit,
s'amuse à peindre, ayant fait venir Bunel[53], l'un de ses peintres et
excellent. A trois heures levé, il prend sa robe; Frédéric Pourbes[54],
flamand, peintre excellent, le tire de sa hauteur pendant qu'il se
joue à des petites besognes. Il s'amuse à faire un potage au lait pour
l'envoyer à Mme de Guise, et autres semblables petits jeux.

  [53] Jacob Bunel, né à Blois, en 1558, chargé par Henri IV des
  peintures de la galerie du Louvre.—Voy. _Lettres missives_, VII,
  481.

  [54] Porbus ou Pourbus le jeune s'appelait Franz ou François;
  c'est pourtant de lui qu'il s'agit ici. Né à Anvers en 1570, il
  mourut à Paris en 1622.

_Le 13, dimanche._—Mené en carrosse aux Célestins, à vêpres; joué au
jardin; il y a goûté. Après souper il joue aux dames rabattues contre
M. de Longueville, qui perdoit, et le Roi lui dit que le Louvre lui
portoit malheur, d'autant que M. de Longueville avoit dit qu'il gagnoit
toujours chez lui.

_Le 14, lundi._—Mené par la galerie aux Capucins; joué au jardin des
Tuileries; il va à la foire comme dessus.

_Le 15, mardi._—A six heures levé, prié Dieu; on lui fait ses cheveux
paisiblement, contre sa coutume; vêtu; à sept heures et demie déjeuné;
il n'étudie point, ayant composé à cette condition pour faire ses
cheveux, et puis dit: _C'est aujourd'hui carême prenant[55]; il
est fête._ Dîné peu, par impatience d'aller à la chasse au bois de
Vincennes; il faisoit fort mauvais temps, inégal, de pluie, grêle et
vent; il étoit gaiement à cheval.

  [55] Mardi gras.

_Le 16, mercredi._—Mené par la galerie, à la foire aux Tuileries.

_Le 17, jeudi._—Il s'entretient en soupant des linottes, bruiants[56]
et moineaux qu'il a donnés aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humières
et de Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons; ils les
tiennent devant lui, sur le poing, chaperonnés.

  [56] Ou bréant, oiseau jaune de la grosseur d'un moineau; on le
  nomme aussi verdier.

_Le 18, vendredi._—Après dîner il va à la fenêtre pour voir combattre
sans touches (_sic_) un homme contre un lion.

_Le 21, lundi._—Mené par la galerie aux Tuileries, où la foire tenoit
encore.

_Le 22, mardi._—A deux heures botté, mené en carrosse au bois de
Vincennes, à la volerie; il monte à cheval, a pris à l'oiseau une
perdrix en vie; ramené en carrosse, il faisoit grand brouillard.—Il
s'amuse (en soupant) à voir des sauteurs et joueurs de marionnettes.

_Le 24, jeudi._—Mené chez la Reine, au grand cabinet, où il joue à la
mouche. A une heure et demie mené en carrosse au sermon, à Saint-Merry,
puis au faubourg Saint-Germain, chez M. le marquis d'Ancre, où il a
goûté.

_Le 26, samedi._—A sept heures et demie mené en carrosse à la messe
aux Augustins et à la chasse à Meudon, où il a dîné; il monte à cheval,
court le chevreuil et chasse jusques à quatre heures; est ramené à
cheval.

_Le 27, dimanche._—Mené en carrosse à Saint-Étienne-du-Mont, au
sermon, puis se jouer au clos de Sainte-Geneviève.

_Le 1er mars, mardi, à Paris._—A une heure botté, mené en carrosse à
la volerie; monté à cheval, il va par delà le Bourget; ramené à cinq
heures et demie, il va chez la Reine, et à six heures et demie en la
galerie, avec la Reine, aux fiançailles de Mlle de Liancourt et de M.
le comte de la Rochefoucauld[57], d'où il s'en va fâché en son cabinet
pour ce que l'on ne l'avoit pas fait signer. A sept heures soupé; en
soupant il se parloit des fiançailles: _Moi_, dit-il, _quand j'ai vu
qu'on me faisoit pas signer, je m'en suis fort bien allé à mon cabinet;
je suis fondu comme une pierre_.

  [57] François de la Rochefoucauld, Ve du nom, depuis duc de
  la Rochefoucauld, mort en 1650. De sa femme Gabrielle du
  Plessis-Liancourt, il eut douze enfants, dont l'aîné fut l'auteur
  des _Maximes_.

_Le 3, jeudi._—Il s'amuse, en soupant, à voir des joueurs de
marionnettes; va chez la Reine.

_Le 4, vendredi._—Son précepteur lui racontoit que Atlas avoit porté
le monde sur ses épaules, le Roi dit soudain: _Je le porterois bien_,
et il prend sur ses épaules un des tomes où étoient les cartes du
monde: _Voyez je porte le monde en France_, et prenant l'autre tome:
_J'en porterois bien un autre_[58].

  [58] Il est probable que le mot _atlas_ s'appliquait déjà à un
  recueil de cartes géographiques.

_Le 6, dimanche, à Paris._—Il envoie à Saint-Germain quatre dogues
équipés en mulets et chargés de coffres, comme si c'étoient les mulets
de sa chambre. A deux heures mené au sermon à Saint-André des Ards,
puis aux Tuileries.

_Le 7, lundi._—A midi il entre en carrosse, et monte à cheval au Roule
pour aller à Saint-Germain-en-Laye; ce fut la première fois qu'il y
alla roi[59]. Il chasse en chemin à la volerie, et à quatre heures et
demie arrive à Saint-Germain, où il est reçu par Messieurs et Mesdames;
soudain il se va promener partout.

  [59] La Reine était aussi de ce voyage. _Voy._ la lettre de
  Malherbe du 8 mars.

_Le 8, mardi, à Saint-Germain._—A déjeuner il s'entretient de la
chasse et à quoi il emploiera le temps: _Nous irons ce matin au parc,
où je fairai bien des choses_. Il vouloit aller à la garenne; en
étant refusé, il se consent d'aller au parc; jamais il n'étoit oisif.
Étudié, mené au parc, à dix heures à la messe, à la chapelle du vieux
château, ramené à dix heures et demie chez la Reine. Après dîner il
va au jardin, s'amuse à piocher et râteler[60]; à deux heures mené
en carrosse à la forêt, il est monté à cheval, court deux cerfs, les
prend, se treuve à la mort de l'un sans brosser[61].

  [60] A râtisser; le mot râteler vient plus directement de râteau.

  [61] Sans passer dans les _brossailles_, comme dit Héroard au 22
  juin suivant.

_Le 10, jeudi, à Saint-Germain._—Éveillé, fouetté[62], étudié; il va
chez la Reine.

  [62] Il y a cinq lignes laissées en blanc dans le manuscrit
  original. Héroard était parti la veille et le journal est
  continué par Guérin jusqu'au 19 mars, date du retour d'Héroard.

_Le 11, vendredi._—Il va au vieux château[63] voir Madame. Il va à la
chasse, part de Saint-Germain, et arrive à Paris à quatre heures.

  [63] Ce détail prouve que le jeune Roi demeurait alors au château
  neuf de Saint-Germain.

_Le 12, samedi, à Paris._—Mené à Piquepusse à vêpres, et pour mettre
la première pierre à l'église, où il est longtemps à maçonner.

_Le 15, mardi._—Il dit qu'il a rêvé en dormant et songé que M. de
Souvré le fouettoit.

_Le 18, vendredi._—Étudié, etc.; son précepteur lui dit assez bas
qu'il n'étoit possible pas des plus savants, mais toutes fois qu'il
n'étoit pas un homme du commun ne du vulgaire, car on ne l'eût pas mis
auprès de Sa Majesté[64].

  [64] Des Yveteaux parle de lui-même et répond sans doute à une
  observation que lui a faite le jeune Roi, car Guérin a écrit en
  marge: _facetum_.

_Le 19, samedi._—A une heure monté en carrosse; hors la ville il monte
à cheval, est mené à la garenne de Colombes, voit courir un loup. Après
souper il va chez la Reine.

_Le 20, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse au sermon à
Saint-Barthélemy, puis allé aux Tuileries.

_Le 23, mercredi, voyage._—Mené à la chapelle de Bourbon, puis à six
heures trois quarts monté en carrosse; il part de Paris, va dîner à
Essonne, où il arrive à dix heures. A une heure et demie il entre en
carrosse, arrive à quatre heures et demie à Fontainebleau; c'est la
première fois qu'il y est arrivé roi. Mené chez la Reine, qui arriva à
sept heures et demie; à neuf ramené en sa chambre, qui regarde sur le
jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.

_Le 26, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chasse du cerf, à trois
lieues de Fontainebleau; ramené à six heures, soupé. Joué à cachette;
il y fait jouer M. de la Curée, lieutenant de sa compagnie de
chevau-légers.

_Le 27, dimanche._—Mené promener aux jardins et à dix heures à la
messe avec la Reine, à la chapelle de la salle du bal; il va à la
procession. A trois heures il va au sermon à la salle du bal; mené au
grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame à ceux qui
étoient avec lui; ramené par le chenil et les jardins.

_Le 28, lundi._—A quatre heures monté en carrosse pour aller à la
chasse, où, étant arrivé, M. de Souvré lui demande s'il veut pas
monter à cheval, et qu'il y a deux haquenées; qu'il choisira.—_Pour
qui sera l'autre?_—«Ce sera pour moi.»—_Je suis bien aise d'être en
carrosse_, et il n'en voulut point sortir. C'étoit à dessein, afin que
M. de Souvré ne montât point sur sa haquenée; c'étoit l'une de ses
plus fortes jalousies.—Mis au lit, il parloit des Égyptiens[65] qu'il
avoit rencontrés, revenant de la chasse, et dit: _Si on voloit pour
Égyptien, le grand prévôt seroit un bon gerfaut_. M. d'Aiguillon et M.
le marquis d'Ancre y étoient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre
lui dit, mettant la main sur la nourrice: «Sire, il faut que les femmes
qui sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand
chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre;
le Roi le regardant en colère, lui tourne le dos, disant ces mots: _Ouy
les vilaines_[66].

  [65] Des bohémiens.

  [66] Héroard a écrit en marge: «_Nota, nota. Serium et pudicum
  responsum._»

_Le 31, jeudi._—Mené à neuf heures au sermon, qui fut fait par M.
l'évêque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres.
Pendant la cérémonie ou un peu après, il voit un archer de ses
gardes qui tirailloit de la toile (_sic_) avec un gentilhomme de
ses ordinaires nommé le sieur de Maivre[68], commande au sieur de
Nérestang, capitaine de ses gardes: _Allez tancher_ (tancer) _cet
archer, qui se prend à un de mes gentilshommes_.

  [67] Pierre Fenouillet.

  [68] Peut-être de Maure.

_Le 1er avril, vendredi, à Fontainebleau._—A huit heures et demie mené
au sermon et au service, où il est jusques à midi. Après dîner mené à
ténèbres, et à quatre heures au jeu de paume.

_Le 2, samedi._—Il s'amuse à tirer contre un chardonneret que l'on lui
avoit apporté en sa chambre, avec son arbalète à argelet, le frappe en
l'aile par deux fois. Mené à la messe, à la salle du Cheval, conduit
par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la
chambre de la Reine; elle étant près de lui, en la ruelle du lit,
reçoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.

_Le 3, dimanche._—A huit heures il va à confesse, en sa chambre, au
P. Coton, jésuite; à neuf heures à la messe, en la salle du Cheval, où
il fait ses Pâques; à onze heures en la cour des Fontaines, et touche
les malades pour la deuxième fois; il y en avoit six cent soixante[69].
A midi dîné; à deux heures il monte en carrosse, va ouïr vêpres à la
chapelle Saint-Louis.

  [69] _Voy._ au 22 mai suivant.

_Le 4, lundi._—Éveillé à huit heures, et sachant qu'il étoit si tard,
il pleure, dit que l'on l'appellera paresseux.

_Le 5, mardi._—Mené à vêpres que l'on a fait dire avant le sermon pour
l'amour de lui, qui vouloit aller à la chasse; botté, mené en carrosse
jusques au lieu de l'assemblée, monté à cheval à quatre heures et
demie, ramené à six heures.

_Le 8, vendredi._—Étudié; M. le chancelier et M. le président Jeannin
le viennent voir; il leur montre ses petites besognes, et au départ
leur donne à chacun un œuf d'autruche.

_Le 9, samedi._—Il va au jardin de la Reine, s'amuse à faire des
ponts sur l'eau qui étoit au bassin de la fontaine, y travaille lui
même.

_Le 15, vendredi[70]._—Le Roi s'est éveillé à sept heures et demie,
s'est fâché et a grondé de ce qu'on l'avoit laissé dormir si longtemps.

  [70] Héroard a écrit en regard: «M. le Maistre, médecin du Roi,
  a recueilli ce qui s'ensuit pendant que je suis à Paris dès ce
  jourd'hui.» L'absence d'Héroard dure jusqu'au 30 avril.

_Le 16, samedi._—Il s'est promené aux jardins et est allé en carrosse
à la Héronnière pour voir la galère neuve et les matelots, équipée de
tout, que M. le général des galères[71] lui a fait venir de Marseille,
est revenu à pied par le parc des canaux.

  [71] Philippe-Emmanuel de Gondi, marquis de Belle-Isle.

_Le 17, dimanche._—M. le premier président de Verdun[72] et autres
conseillers du Parlement le sont venus trouver et faire la révérence
au milieu de son déjeuner, desquels il auroit ouï la harangue et leur
auroit fait sa petite réponse, courte et grave, pour les remercier et
continuer à faire leurs charges et la justice; ce qu'il fait le chapeau
au poing, et ne l'avoit que levé légèrement de dessus sa tête et remis
aussitôt, à leur arrivée. Il est à présumer que, songeant à sa réponse,
il s'oublia de son déjeuner.

  [72] Nicolas de Verdun, premier président du parlement de Paris.

_Le 18, lundi._—M. le premier président de Verdun est venu prendre
congé de lui, et a été prié par M. de Souvré d'interroger S. M.,
laquelle a dit à M. de Souvré qu'elle en savoit plus que lui en cas de
petits discours.

_Le 20, mercredi._—Promené aux canaux, il y a fait mettre sa galère
dedans l'eau, avec cérémonie, fait tirer les canons, trompettes sonner,
et les forçats tirer la rame tout nus; S. M. toutesfois n'y est point
entrée, encore qu'elle l'ait demandé.

_Le 21, jeudi._—Sur la fin de son dîner, il a baillé et fait présent
d'un cheval à Augustin, turc de M. de Guise.

_Le 23, samedi._—Il est allé voir jouer au tripot[73], et de là en la
grande galerie voir tirer la bague.

  [73] Au jeu de paume.

_Le 24, dimanche._—Environ les sept heures il monte en carrosse et
va à Arvane, maison de M. de Loménie, près de Moret; là il se joue à
passer son temps à pêcher. Après dîner il retourne pêcher, et de là va
à la chasse aux toiles, prend un chevreuil en vie et un marcassin d'un
an qui fut tué à coups d'épée, ce dont il fut fort fâché. Il revient à
Fontainebleau à six heures et demie, va voir la Reine.

_Le 25, lundi._—Il va au jardin de la Reine, puis aux canaux et sur
l'eau, en la galère.—Après souper il est allé en sa chambre avec M.
d'Épernon, qui l'a entretenu tout le long de son souper.

_Le 27, mercredi._—A huit heures et demie soupé; il a fort ri à table,
entretenant M. de Montmorency, M. d'Elbeuf et autres seigneurs; neuf
heures ont sonné lui étant encore à table. Il est allé chez la Reine,
et s'est retiré à dix heures.

_Le 29, vendredi._—Après souper il va chez la Reine, se retire à dix
heures; il s'étoit blessé au genou en tombant à la chambre de la Reine.

_Le 30, samedi._—Ressentant plus de douleur en son genou que le soir
précédent et ayant de la peine à s'y bien appuyer, S. M. demeure au lit
pour ce jour-là. A onze heures dîné dedans le lit; il a été servi par
M. de Vendôme[74].

  [74] Héroard a écrit à la fin de cette journée: «Je reprends ici
  la suite; j'arrivai à la fin de son dîner.»

_Le 1er mai, dimanche, à Fontainebleau._—A huit heures et demie
déjeuné; il se fait servir des aulx, fait semblant d'en vouloir manger,
en fait le bon compagnon[75], et tout à coup: _Je n'en mangerai pas,
mais je m'en frotterai le nez pour baiser madame de Guise_, et il s'en
frotte le nez.—Mis au lit, M. d'Épernon prend congé de lui pour aller
en Angoumois; il l'embrasse et le baise par plusieurs fois.

  [75] Pour imiter son père. _Voy._ au 1er mai 1606.

_Le 5, jeudi._—Mené en l'hôtel de Navarre, où il fait courir des
marcassins qu'il y avoit fait apporter. Il commande à un harquebusier
de ses gardes de tirer un oiseau; il tire, l'affût se rompt, puis le
harquebusier dit au sieur Dauger qu'il eût bien voulu que le Roi lui
eût donné de l'argent pour le refaire. Dauger le dit au Roi, qui lui
demande: _Le vous a-t-il dit?_—«Oui, Sire.»—_Je lui en donnerai
quand il ne y pensera pas[76]._—Après souper il va chez la Reine, se
déguise, danse le Pantalon devant elle.

  [76] _Voy._ au 16 mai suivant.

_Le 6, vendredi._—Mis au lit, il se fait apporter ses petits moines de
poterie, s'amuse à leur faire des capuchons, les taille, les coud et
dextrement.

_Le 7, samedi._—Il se plaint de douleur au ventre, me commande à lui
faire donner un clystère, signe qu'il sentoit bien de la douleur; on
lui porte le clystère, il marchande avec l'apothicaire. La Reine y
vient, les persuasions n'ont point de lieu; M. de Souvré le menace du
fouet, il prend le clystère; c'est le deuxième qu'il a pris[77].

  [77] _Voy._ au 15 mai 1608.

_Le 10, mardi, à Fontainebleau._—Mené en carrosse aux toiles, il y
voit prendre deux ou trois bêtes de compagnie; on lui vient demander
s'il les vouloit voir tuer.—_Non! si on les veut tuer, que ce ne soit
pas devant moi!_ M. de Préaux me l'a dit.

_Le 11, mercredi, voyage._—Éveillé à quatre heures et demie, il
demande quelle heure il est, et lui ayant été dit: _Je me veux pas
encore lever, je veux pas dormir, je me reposerai; dites-moi quand il
sera cinq heures et demie_. Il ne dort point; l'heure venue, il dit:
_Levez moi et faites-moi venir tous les garçons de la chambre, je
leur veux commander à chacun ce qu'ils auront à faire_. Il les envoie
aux uns et aux autres de ceux qu'il lui plut, pour les éveiller et
leur dire qu'il s'alloit lever: à M. de Vendôme, à M. le Chevalier,
son frère, à M. le comte de la Rochefoucauld. A sept heures et demie
il entre en carrosse et part de Fontainebleau pour aller à Paris; il
arrive à Tigery, près de la forêt de Sénart, à dix heures trois quarts;
y a dîné. A deux heures il part, et à Conflans monte à cheval, arrive à
Paris à cinq heures et demie.

_Le 12, jeudi, à Paris._—Mené à vêpres aux Chartreux, il y tire de
l'eau au grand puits, en fait tirer à l'âne, y fait combattre _Gayan_,
son chien, contre une fouine.—Mis au lit, il commande à deux valets de
chambre de se mettre chacun à l'un des côtés de son lit, pendant qu'il
s'endormiroit. Il craignoit les esprits depuis la mort du Roi son père,
et en avoit ainsi usé depuis ce temps-là quand il se vouloit endormir.

_Le 13, vendredi._—Étudié, etc.; il donne audience aux ambassadeurs
d'Espagne, Angleterre et Venise. A cinq heures il est mis sur un bateau
et conduit jusques à l'île des Bonshommes[78].

  [78] Appelée depuis l'île des Cygnes.

_Le 14, samedi._—Étudié, etc.; mené par la galerie aux Feuillants[79],
joué aux Tuileries, ramené en carrosse, il va chez la Reine. A onze
heures et un quart dîné; il va jouer en la galerie, étudié. Il demande
à M. Beringhen, l'un de ses premiers valets de chambre, un anneau de
cuivre où il y avoit un cadran; M. de Souvré lui remontre qu'il ne le
falloit pas redemander et le service que Beringhen lui rendoit. Il
écoute et ne dit mot, et longtemps après il appelle: _Beringhen, je le
vous donne; si je l'eusse fait quand mousseur de Souvré me l'a dit,
vous lui en eussiez eu de l'obligation et non pas à moi_. Il va voir
la reine Marguerite, puis entre en un bateau couvert, est mené jusques
près des Bonshommes; ramené en carrosse.

  [79] «Le samedi 14 furent faits par toutes les paroisses de
  Paris les services pour l'âme du feu Roi. LL. MM. le firent
  aux Feuillants, où elles assistèrent. La cour de Parlement ne
  laissa d'entrer et de travailler à l'ordinaire, et n'alla point
  à Notre-Dame. Quelque forme de cérémonie, mais piétre, se fit à
  Saint-Denis, où le prince de Conti, seul des princes, se trouva.»
  (_Journal de Lestoile._)

_Le 16, lundi._—Il va en carrosse à la messe aux Feuillants, puis va
à Saint-Germain-en-Laye, pour voir ses frères et sœurs; y a dîné. Il
va partout, aperçoit le soldat qui avoit rompu l'affût de sa harquebuse
à Fontainebleau, le 5me de ce mois, l'appelle: _Tenez, velà pour faire
remonter votre harquebuse_. A trois heures goûté avec Messieurs; il ne
veut point boire, dit qu'il boira au Pecq, entre en carrosse, arrive à
Paris à six heures trois quarts.

_Le 17, mardi._—Mené en carrosse à la verrerie, au faubourg
Saint-Germain.

_Le 19, jeudi._—Éveillé à sept heures et demie, il se fait entretenir,
demande si le marquisat de Saluces est plus grand que la Bresse.

_Le 20, vendredi._—Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, visiter
M. et Mme Conchino, malades, puis au parc de l'hôtel de Luxembourg.

_Le 22, dimanche._—Il va à la messe en Bourbon, et à onze heures
touche les malades; il y en avoit environ onze cents. Dévêtu, mis
au lit et demi-heure après levé, dîné. A deux heures et demie mené
aux Jacobins, où il entend vêpres et la dispute; ils tenoient leur
assemblée générale[80].

  [80] «Le Roi, avec une patience merveilleuse, a ce jourd'hui
  (jour de la Pentecôte) touché les malades, que l'on tient avoir
  été jusques au nombre de onze cents. La dernière fois qu'il
  toucha, pour éviter que quelque malheureux ne fît rien de mal à
  propos, les malades, à mesure qu'il les touchoit, étoient tenus
  par des archers qui étoient derrière eux; mais cette fois, pour
  ne faire paroître la défiance, on s'est contenté de leur faire
  joindre les mains. Il y avoit eu avis qu'avec cette occasion un
  coquin devoit entreprendre contre la personne du Roi; et l'avis
  venoit du sieur de Vouzay, lieutenant de M. de Châteauvieux à la
  Bastille; si bien que ce M. de Vouzay a toujours été derrière
  le Roi pour prendre garde s'il verroit quelque visage semblable
  à celui que l'on avoit dépeint. Tout s'est bien passé, grâce
  à Dieu. Leurs Majestés sont allées cette après-dînée voir les
  disputes des Jacobins, qui sont ici en nombre infini pour leur
  chapitre général.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 mai.)

_Le 23, lundi._—Il va en carrosse aux Feuillants, après monte à cheval
au Pont l'Évêque et va à Saint-Germain-en-Laye, y a dîné. A quatre
heures il entre en carrosse, arrive à Paris à sept heures.

_Le 28, samedi, à Paris._—M. Des Yveteaux, son précepteur, lui
racontoit comme, le jour précédent, en l'assemblée des Jacobins,
la Sorbonne s'opposa contre un bachelier qui soutenoit que le pape
étoit par dessus le concile, et dit qu'il y avoit grande apparence de
croire, comme elle faisoit, que le concile étoit par dessus le pape:
_Et moi non_, répond le Roi, _je crois que le pape est par dessus le
concile_[81].

  [81] «Depuis ce 15 jusqu'au 20, on ne disputa point, pour ce
  que tous n'étoient point arrivés. Le 20 on recommença, et
  continua-t-on jusques au dernier du mois, qui étoit le mardi,
  sans interruption que de deux jours, à cause des thèses: _An
  papa super concilium, aut concilium super papam?_» (_Journal de
  Lestoile._)

_Le 30, lundi, voyage._—A six heures trois quarts il entre en
carrosse, part de Paris et arrive à Tigery à dix heures, y a dîné.
Parti à trois heures et demie et arrivé à Fontainebleau à six heures et
demie.

_Le 31, mardi, à Fontainebleau._—Mené à dix heures et demie à la
chapelle de la salle du bal, il va chez la Reine.

_Le 1er juin, mercredi, à Fontainebleau._—Mis au lit, il s'amuse à
se faire entretenir et à jouer d'une petite raquette avec de petites
balles d'or.

_Le 2, jeudi._—A dîner il mange un peu d'un petit oiseau rôti, que
son nain, Dumont, avoit tué le jour précédent. Mené promener au grand
canal, il va voir la Reine puis M. de Souvré, malade d'une jambe,
s'assied en une chaire près de lui et lui raconte tout ce qu'il sait.

_Le 5, dimanche, à Fontainebleau._—Mené promener vers le canal, ramené
à huit heures et un quart; il sait que la Reine étoit à la fontaine du
Tibre (l'on y faisoit de la musique), il y va, est ramené à neuf heures
et un quart, s'amuse à jouer au trictrac.

_Le 6, lundi._—Il va sur le passage du cabinet à la galerie
lambrissée, où il faisoit faire un four pour y faire cuire des
confitures, s'amuse à le voir faire. A huit heures et demie il va voir
M. de Souvré, malade.

_Le 8, mercredi._—Il y avoit plus de trois mois qu'il n'avoit plu; ce
matin il plut un peu. Quelqu'un dit qu'à Paris l'on alloit descendre
la châsse de Sainte-Geneviève.—_Pourquoi?_—«Pour faire venir la
pluie.»—_Ho! astheure qu'il pleut_, dit le Roi en souriant. Après
dîner il va chez la Reine, qui faisoit et s'amusoit à faire faire des
parfums; il y travaille aussi.

_Le 9, jeudi._—Après souper il va jouer en la galerie de la Reine, y
entend la musique; M. de Vendôme revient d'Anet. Le Roi étant seul près
de lui, l'on se prend à chanter une chanson d'un ballet du feu Roi, et
à ces mots:

    Dessous la loi
    D'un si grand Roi,

il se sépare de M. de Vendôme, se prend à pleurer et peu après le va
rejoindre, qui pleuroit aussi.

_Le 10, vendredi._—Éveillé à quatre heures, il ne se vouloit plus
rendormir, par appréhension que, le soir précédent, on lui avoit fait
prendre que Mme de la Renouillère, décédée depuis sept ou huit jours,
avoit été vue revenir à la chambre de la Reine; il se rendort jusques
à huit heures et demie.—Après souper il va chez la Reine, joue à
colin-maillard, y fait jouer la Reine et les princesses et dames.

_Le 17, vendredi._—Mené aux jardins, il tue un moineau, volant, d'un
bâton qu'il tenoit en sa main; à quatre heures il entre en carrosse,
est mené aux toiles; elles étoient tendues sur un morceau de méchant
blé; le paysan à qui il étoit se vient plaindre à lui du dégât de son
blé, qui pouvoit être de cinq ou six boisseaux. Il lui donne cinq écus
gaiement et par compassion, et un écu à une femme qui lui apporta des
cerises, lesquelles il ne mangea point.

_Le 19, dimanche._—Après souper mené chez la Reine, puis à la galerie,
où il entend sa musique de la chambre et chapelle, celle de la Reine et
celle de M. de Nevers.

_Le 20, lundi._—Éveillé à une heure après minuit: _Je ne puis dormir_,
dit-il, _lisez, d'Heurle_ (son valet de chambre). Il se rendort et
s'éveille à trois fois, fait lire encore, rêve en dormant: _Chantez_,
et songe à la musique.—Après souper il va chez la Reine, et revient à
la galerie lambrissée, où il voit jouer une tragédie françoise et une
farce.

_Le 21, mardi._—Étudié, mené à la chasse; à cinq heures mené jouer au
jeu de paume. Après souper il va en la galerie lambrissée, où il voit
jouer une pastorele (_sic_) françoise et une farce.

_Le 22, mercredi._—Mené en carrosse sur la route de Moret, il met pied
à terre et se joue sur le chemin et par les brossailles. Après souper
il va en la galerie lambrissée, où il voit jouer une farce, puis va
chez la Reine.

_Le 24, vendredi._—Après souper il est mené au jardin des fruitiers,
où il court un lièvre avec ses petits chiens; ramené à huit heures et
demie, il fait tirer des fusées en la cour du donjon, puis va chez la
Reine, y joue à _je m'assieds_.

_Le 25, samedi._—Mené aux jardins, il leur va dire adieu[82]; M. de
Souvré lui envoie dire qu'il donne sept ou huit écus au jardinier de
la Reine, qui lui avoit donné des abricots et étoit pauvre: _Je lui en
donne douze_, dit le Roi, et il les lui donne.

  [82] Le Roi devait repartir le surlendemain pour Paris.

_Le 26, dimanche, à Fontainebleau._—Dévêtu, il se fait bailler son
réveille-matin, le met à trois heures; je lui dis qu'il étoit bien
matin, il le pousse jusques à la demie, et dit à M. d'Heurles: _D'Hurle
ne y touchez pas, je vous le dis, mais je vous le dis_. Mis au lit, il
se fait lire par M. de Préaux, et s'endort à dix heures.

_Le 27, lundi, voyage._—Éveillé à douze heures et demie après minuit,
doucement, il demande: _Quelle heure est-il?_ C'étoit de soin qu'il
avoit de se lever matin, pour partir de bon matin pour aller à Paris;
il se fait montrer le réveille-matin pour voir si on l'abusoit de lui
avoir dit qu'il n'étoit que douze heures et demie, se rendort à deux
heures jusques à trois heures et demie; éveillé par le réveille-matin:
_Ça, ça, debout, debout_. Levé, vêtu, à quatre heures et demie il va à
la messe en bas, et à cinq monte en carrosse et part de Fontainebleau.
Arrivé à Essonne à huit heures, _au Lion_, il voit un poulain de deux
mois, demande s'il étoit à vendre. L'hôtesse lui dit qu'oui; enquis du
prix (ce fut dix écus), il les donne. Quelqu'un lui dit que c'étoit
trop: _C'est tout un, c'est tout un_; il aimoit naturellement à donner.
Il veut aussi acheter un ânon et un jeune pourceau: _Nous mettrons
tout ensemble_, dit-il en se jouant. Pendant son dîner il fait mener
devant lui le poulain, lui fait donner de la paille, du foin, du
pain, du lait, et commande à un des garçons de sa chambre de le mener
à Corbeil, de le y embarquer et qu'il lui baillera de l'argent pour
faire sa dépense et du poulain. Il va aux galeries, y fait monter
l'ânon et monter dessus M. le chevalier de Vendôme, fouette l'ânon
qui court, et quelque coup échappe sur le Chevalier. A trois heures
goûté, monté en carrosse. Le baron de Vitry, sortant de l'hôtellerie,
avoit pris des cerises et les mangeoit dans le carrosse; le Roi l'en
reprend aigrement: _Comment, Vitry, voulez-vous faire des vilainies
ici et gâter mon carrosse!_ Peu après M. de Vendôme se met à manger
des abricots tirés de sa pochette: _Quoi, voulez-vous faire un cabaret
de mon carrosse!_ Il arrive à Paris à six heures et demie, ne se veut
point débotter pour souper.

_Le 28, mardi, à Paris._—Étudié, mené chez la Reine, puis à la
chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 29, mercredi._—Mené promener en la galerie, puis en carrosse à la
première messe de M. de Champvallon, abbé de Saint-Victor à Paris et
depuis archevêque de Rouen[83], qui fut chantée [en Sorbonne].

  [83] François de Harlay, abbé de Saint-Victor, ne fut archevêque
  de Rouen qu'en octobre 1615. Quelques parties du Journal
  d'Héroard ont été recopiées par lui après coup (Ms. de la
  Bibliothèque impériale), ainsi que le prouve ce passage.

_Le 6 juillet, mercredi, à Paris._—Étudié, etc.; à trois heures et
demie goûté, puis il va chez la Reine, lui demande congé d'aller à
Saint-Germain-en-Laye, et dit avoir prié Mme de Guise de l'obtenir.
La Reine lui répond: «Je le veux bien pour l'amour de vous; ce que
je fairai pour vous, je ne le fairai pour personne; mais il faut que
vous demeuriez ici demain pour répondre le cahier[84] de ceux de la
Religion».—_Madame, vous le fairez bien sans moi; aussi je suis trop
jeune._ Il va en Bourbon voir sa petite écurie.—Mis au lit, il se
fait apporter ses montres et son réveille-matin pour les mettre à
six heures, qu'il se vouloit lever pour aller à Saint-Germain voir
Messieurs et Mesdames.

  [84] Les cahiers de doléance de l'assemblée de Saumur.

_Le 7, jeudi._—Éveillé à six heures au son du réveille-matin, levé,
etc., déjeuné, mené à la messe en Bourbon, puis à sept heures et demie
il monte en carrosse et à cheval au delà du port de Neuilly, arrive à
neuf heures et trois quarts à Saint-Germain; à quatre heures il part à
cheval et arrive en carrosse à Paris à sept heures.

_Le 11, lundi._—A sept heures levé, il va voir mettre l'eau dans la
cuve pour se baigner; à sept heures et demie baigné, il fait porter des
petits bateaux, les fait voguer, les charge de roses rouges qui étoient
éparses sur le bain. A sept heures trois quarts sorti du bain, mis au
lit[85].

  [85] Le Roi dîne au lit, y reste jusqu'à cinq heures et va
  seulement jouer en la galerie; il ne sort ni ce jour là ni le
  jour suivant, à cause du bain, qui est une exception dans ses
  habitudes.

_Le 12, mardi._—Il va voir mettre l'eau dans son bain, en sa chambre,
y entre à sept heures, éparpille les roses rouges sur l'eau, fait
porter de ses petits bateaux, les charge de ses roses mouillées, dit
que ce sont navires qui viennent des Indes, de Goa.

_Le 15, vendredi._—Étudié, etc.; à deux heures botté, il entre en
carrosse, va à la chasse au parc du bois de Vincennes, y court un
lièvre avec des chiens courants.

_Le 16, samedi._—Un certain peintre lui apporte un portrait de cire de
son visage; le Roi lui demande: _Combien en voulez-vous?_—«Sire, il
vaut bien deux pistoles.»—_En velà sept._—«Sire, ma pauvre femme est
bien malade; s'il vous plaît de me donner quelque chose pour la faire
assister?»—_Tenez, je vous donne tout ce que j'ai_, dit le Roi en
vidant sa bourse; il y avoit encore sept pistoles.

_Le 19, mardi._—Mené en carrosse, puis monté à cheval, il va au
derrière de Montmartre voler le perdreau et courir le lièvre.

_Le 21, jeudi._—Mené au jeu de paume couvert, en la rue de Grenelle.
Étudié, etc., goûté, mené à la blanque au bout du Pont-Neuf, il tire
une aiguière d'argent.

_Le 22, vendredi._—Il joue en soupant à _Je vous prends en ce point_,
avec ses gentilshommes servants et autres de ses officiers, et à la fin
_Je vous prends tous en ce point_, M. d'Elbeuf le y prend en buvant;
un de ses petits gentilshommes l'en ôta[86].

  [86] Les enfants disent aujourd'hui _jouer à la position_, parce
  que la règle est de garder la position dans laquelle on est
  surpris.

_Le 25, lundi, à Paris._—A dix heures et demie il va chez la Reine, où
elle lui dit qu'elle lui ôte M. Des Yveteaux, son précepteur, pour lui
donner M. Le Fèvre. Mené en carrosse à vêpres à Saint-Victor, puis au
jardin de M. Voisin.—Dévêtu, mis au lit, M. Des Yveteaux vient prendre
congé de lui; il en a du déplaisir, et l'ayant supplié de lui donner
quelque bague, lui dit qu'il le faut savoir de M. de Souvré[87].

  [87] «M. Le Fèvre fut en ce temps fait précepteur du Roi, et M.
  Des Yveteaux, que le Roi aimoit, congédié pour avoir babillé
  entre autres de M. d'Ancre et dit que si le Roi pouvoit une fois
  être majeur, il leur donneroit gens en tête qui auroient plume et
  poil.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 26, mardi._—A deux heures il entre en carrosse pour aller à
Saint-Germain-en-Laye, arrive à cinq heures. Après souper il va chez la
Reine.

_Le 27, mercredi, à Saint-Germain._—Étudié, etc.; mené au parc, il va
chez la Reine, puis à la chapelle des Grottes. A deux heures mené à la
chasse, par la Muette, monté à cheval au bois.

_Le 28, jeudi._—Il écrit à M. de Villeroy pour le prier de faire en
sorte que M. Le Fèvre, retenu pour être son précepteur, ne vienne point
pendant qu'il sera à Saint-Germain. Étudié, etc.; il va promener, à la
messe, chez la Reine, qui lui parle de M. Des Yveteaux et lui demande
ce qu'il avoit dit en prenant congé de lui: _Il étoit bien en colère;
il me dit qu'il en avoit eu la peine et un autre en auroit l'honneur_.

_Le 29, vendredi._—A six heures il va chez la Reine, où il voit
achever _la Bradamante_[88], représentée par Madame et autres; à sept
heures et un quart soupé.

  [88] Tragédie de Garnier. _Voy._ au 27 avril 1609 et au 2 août
  suivant.

_Le 30, samedi._—Éveillé à trois heures après minuit en crainte du
fouet, pour s'être, le jour précédent, opiniâtré contre M. de Souvré,
sur la réponse qu'il avoit à faire aux députés de ceux de la Religion
assemblés à Saumur. M. d'Heurles, valet de chambre, l'assure que M. de
Souvré ne s'en ressouvient point.—_M'en asseurez-vous?_—«Oui, Sire»;
là-dessus il s'endort jusques à sept heures.

_Le 31, dimanche._—Il se fait apporter ses arbalètes et va au parc, y
tire à des oiseaux, puis, monté sur un petit bidet, il va au galop; M.
de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain,
le mène à la chasse, lui fait voir des chevreuils.

_Le 1er août, lundi, à Saint-Germain._—Monté à cheval, mené au parc, à
la chasse, il ne veut jamais permettre que M. d'Aiguillon le suivît à
cheval; il fut contraint de renvoyer son cheval et de s'en retourner;
le Roi n'est suivi à cheval que de M. de Souvré et de M. de Pluvinel.
Joué, étudié, etc.; goûté, mené en carrosse aux toiles, il prend un
grand sanglier. Après souper il va sur la terrasse, fait jeter des
fusées, va chez la Reine, revient à huit heures et demie, se moque de
M. de Verneuil, qui avoit été à la chasse: _Mon frère de Verneuil, qui
a mis la main à l'épée d'une lieue loin et crioit à mon sanglier: A
moi, sanglier, je te tuerai!_

_Le 2, mardi._—A trois heures mené en carrosse au vieux château, en
la salle du bal, où, en sa présence, celle de la Reine, des princes,
princesses et seigneurs, de M. le chancelier et président Jeannin,
a été représentée sur le théâtre tout accommodé la tragi-comédie de
_Bradamante_ par ces personnages: Madame représentoit _Marphise_;—Mme
Christienne, _Léonor_, fille de Charlemagne;—_Bradamante_, Mlle
de Vendôme;—le baron de Palueau, _Charlemagne_;—Mlle de Renel,
_Aimon_;—Mlle de Vitry, _Béatrix_;—Françoise Lecœur, _Nimes_, duc de
Bavière;—M. d'Aubasine, _Léon_;—Mlle d'Harambure, _Renaud_;—Nicole
Du Tost, _Roger_;—Mlle de Frontenac, _Basile_, duc d'Athènes;—Barbe
Talon, _la Roque_;—Mlle Mercier la petite, _l'ambassadeur de
Bulgarie_;—Mlle de Verneuil, _l'ambassadeur de Grèce_;—Mlle Sauvat,
_Hypalque_;—Mlle de Frontenac la petite, _Mélisse_[89].

  [89] _Voy._ la lettre de Malherbe du 4 août 1611.

_Le 3, mercredi._—Étudié, etc.; il s'amuse à faire prendre feu à un
pistolet et refusoit à danser; M. de Souvré l'en presse: _Ce sera donc
à la charge que je tirerai encore un coup_. Il se joue en la galerie, à
cause de la pluie et du tonnerre.

_Le 4, jeudi._—Il fait apporter ses marmousets d'argent, les range
sur son lit[90], dit que c'est la foire Saint-Germain, que ce sont
marchandises qui viennent d'Allemagne, de la Chine. Étudié contre son
intention, en est en colère contre M. de Souvré. Environ une heure
arrive M. le chevalier de Vendôme, pleurant, se jeter à genoux devant
le Roi, et qui venoit d'en faire autant à la Reine, la suppliant qu'il
mourût aux pieds du Roi et des siens, et de n'aller point à Malte: «Ha!
Sire, lui dit-il, ayez pitié de moi; la Reine me veut ôter d'auprès
de Votre Majesté pour m'envoyer à Malte!»—_Hé! qu'avez vous fait à
la Reine ma mère?_—«Rien, sire.»—_Quoi! irez-vous toujours sur la
mer?_—«Oui, sire.»—_Gardez-vous bien et soyez le plus fort quand vous
irez à la guerre, et écrivez-moi souvent._ C'étoit une grande pitié
de ouïr ses plaintes et ses larmes pour l'amitié qu'il lui portoit
et l'appeloit: _Zagaye_ (sic): _on me le veut ôter pource que je
l'aime_. On ne le pouvoit apaiser; la Reine y arrive, il redouble ses
pleurs; elle tâche de le divertir. Sur les deux heures M. le Chevalier
dit adieu, les plaintes redoublent; la Reine fait ce qui se peut
pour l'apaiser et le divertir; on met tout à l'heure le Chevalier en
carrosse, et il est conduit à Paris.—Après souper la nourrice du Roi
lui fait des contes; il y prend plaisir.

  [90] Le Roi a une tumeur qui l'empêche de se lever.

_Le 5, vendredi._—Mené à la chasse du cerf en carrosse, monté à cheval
au laisse-courre; la Reine y va aussi. Ramené à six heures et demie, la
Reine revenant, treuve Monsieur au palemail, au droit de la chapelle,
le monte à cheval devant elle, et le mène jusqu'au bâtiment neuf; le
Roi marchoit à son côté. Il s'amuse à acheter des petits couteaux d'un
petit mercier, pour les donner aux femmes et filles de la Reine.

_Le 6, samedi._—Le Buisson, qui avoit ses oiseaux pour les champs,
lui apporte deux perdreaux et les veut bailler à M. de Souvré; il les
prend et les met à sa ceinture disant: _Je les veux donner à la Reine,
ma mère; c'est que vous les voulez manger_. M. de Souvré se retire pour
s'asseoir (_sic_): _Ho! velà mousseu de Souvré qui va dire au Buisson
qu'i les y apporte une autre fois, et non pas à moi_, dit le Roi, et en
mangeant ses cerises, il lui en tiroit les noyaux. A sept heures soupé;
parlant à un de ses officiers, il lui dit: _Je vous vis tous l'autre
soir après un mort; qui étoit-ce?_—«C'étoit, sire, un délivreur de
vin.»—_Comment s'appeloit-il?_—«Toussaint.»—Le Roi s'adressant à un
de ses pâtissiers, qui étoit présent, lui dit: _Vous ne y étiez pas_;
il l'avoua.

_Le 7, dimanche._—A midi il va chez M. de Frontenac, son premier
maître d'hôtel et capitaine du château de Saint-Germain; il y a dîné
avec la Reine, Madame, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de
Soissons, Mme la duchesse de Guise, Mme la douairière de Guise, Mlle
de Vendôme, Mme la marquise de Guiercheville, Mme la comtesse de la
Rochefoucauld, Mme de Ragny, Mme de Frontenac. Il avoit une grande
impatience pour être si longtemps à table, mais le respect de la Reine
le retenoit; il disoit: _Je ne mange rien; puisque je ne mange point,
il faut boire_. Il boit de la tisane, puis demande à la Reine: _Madame,
vous plaît-il que j'alle là-haut jouer de l'épinette de madame de
Frontenac_. Enfin, comme la Reine eut achevé, il dit: _Madame, je suis
prêt_; la Reine se lève, il saute à bas; peu après il va en la grande
salle du château, avec la Reine et sa suite, pour y voir jouer une
farce par des valets de Messieurs.

_Le 9, mardi._—M. de Fleurence le fait étudier en attendant M. Le
Fèvre.

_Le 10, mercredi, à Saint-Germain._—Après déjeuner, il entre en son
cabinet, on lui discourt; M. de Souvré étoit assis sur un bahut, le Roi
se va asseoir près de lui; c'étoit pour le faire lever. M. de Souvré
se lève, le Roi se va remettre en sa chaise, M. de Souvré se rassied.
Il se va asseoir près de lui; M. de Souvré lui dit alors: «Vous êtes
revenu ici vous asseoir pour me faire lever, mais je ne me lèverai pas
pour tout cela.»—_Vous ne devez point faire de comparaison avec moi_,
lui répond le Roi. Repris par M. de Souvré de ce qu'il s'amusoit à des
jouets d'enfant, il lui promet de ne le faire plus et va fouiller dans
ses coffres lui-même, les met à part, et commande à M. d'Heurles, l'un
de ses premiers valets de chambre, de les porter à Monsieur, son frère.
Il va chez la Reine, où il rencontre le sieur de Poutrincourt[91], qui
racontoit nouvelles du Port Royal, où il se tenoit en Canada.

  [91] Jean de Biencourt, seigneur de Poutrincourt, avait obtenu
  par lettres patentes la propriété de Port-Royal en Acadie
  (aujourd'hui Annapolis). De retour en France en 1611, il fut tué
  le 5 décembre 1615 en défendant pour le Roi Méry-sur-Seine, dont
  il était gouverneur.

_Le 11, jeudi._—A trois heures et demie il entre en carrosse, part de
Saint-Germain et arrive à Paris à six heures. Après souper il va chez
la Reine.

_Le 12, vendredi, à Paris._—Il va chez la Reine, et en montant au
petit cabinet se heurte au genou contre une marche; peu après M.
le chancelier emmène et présente M. Le Fèvre à la Reine pour être
précepteur du Roi; sur ce la Reine le présente au Roi, disant ces
mots: «Mon fils, velà monsieur Le Fèvre, que je vous donne pour votre
précepteur.»—_Madame, j'en suis bien aise._—«Il faut que vous lui
obéissiez, et faire tout ce qu'il vous dira.»—_Je le fairai aussi,
Madame._—«C'est un fort homme de bien et bien savant; il faudra bien
apprendre.»—_Je le fairai aussi, Madame._ M. le chancelier, prenant la
parole, en dit beaucoup de bien, et ayant parlé de le loger où souloit
loger M. Des Yveteaux, le Roi dit: _Non, non; il seroit pas bien, il
faut monter trop haut. Il faut le loger à la chambre où souloit loger
mon frère de Verneuil, dans la tour._ M. Le Fèvre entend donner leçon
au Roi par M. de Fleurence pour essayer à reconnoître sa portée[92].

  [92] _Voy._ la lettre de Malherbe du 14 août 1611.

_Le 15, lundi._—Confessé par le P. Coton, jésuite; à neuf heures et un
quart mené en carrosse aux Augustins, où il a ouï la messe, communié
et à onze heures, dans le cloître, touché quatre cent cinquante
malades. Il se treuve foible; il faisoit une extrême chaleur; lavé
les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient à lui. Ramené à
onze heures et demie; dîné; peu après, pour le délasser, dévêtu, mis
au lit. A une heure et demie levé, vêtu, mené en carrosse au sermon à
Saint-André-des-Arcs, puis à vêpres aux Cordeliers[93]. Ramené à cinq
heures, devêtu, mis au lit, soupé; il se joue doucement, fait fermer
les fenêtres et fait poursuivre des chauves-souris qui étoient entrées.
On veut lui persuader de coucher en la grande chambre, lui représentant
que couchant dans son cabinet, faisant si chaud, il seroit en danger
de pleurésie, de fièvre continue, ou d'une grande maladie; il n'avoit
point voulu coucher dans la grande chambre depuis la mort du Roi, où il
l'avoit ainsi vu, et l'appréhension lui en étoit toujours demeurée.

  [93] «Le lundi 15, le Roi aux Augustins touche les malades; le
  comte de Soissons et le cardinal Du Perron y sont. Le père Cotton
  tient le Roi une heure à confesse, et au sortir de là le Roi
  fut mis au lit, tant il étoit las; l'après-dînée il retourne à
  Saint-André ouïr le sermon de l'abbé de Bourgueil, dort tout du
  long. M. de Souvré l'éveille, mais pour néant, et demande s'il
  n'y a pas moyen de faire porter son lit au sermon.» (_Journal de
  Lestoile._)

_Le 17, mercredi._—Après dîner, il va chez la Reine, revient en sa
chambre; les nouveaux échevins lui prêtent le serment. Il monte au
cabinet des livres; à trois heures goûté. M. Le Fèvre lui donne la
première leçon sur l'institution de l'empereur Basile[94].

  [94] Basile I, dit _le Macédonien_, empereur grec, mort en 886.
  On a de lui un traité de _l'Art de régner_, traduit en français
  par Porcheron en 1590.

_Le 21, dimanche._—Mené en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont
Notre-Dame.

_Le 22, lundi._—Il commande à son nain Dumont d'aller à Villecraine,
lui donne pour le conduire Descluseaux, porte-manteau, pour faire venir
le sieur de Bogne, sieur de Villecraine, devers lui, sur une plainte
qui lui avoit été faite par La Court, valet de chambre de S. M.; c'est
le premier commandement en commission qu'il a donné.

_Le 25, jeudi._—Mené en carrosse à la messe à la chapelle Saint-Louis
des Jésuites; à une heure mené au bois de Vincennes à la chasse.

_Le 27, samedi._—Mené en carrosse au marché aux chevaux, où il demande
d'aller pour y acheter un bidet noir, puis aux Tuileries.

_Le 30, mardi._—Il s'amusoit à des petits jouets; M. de Souvré lui
dit: «Sire, ne voulez-vous pas quitter ces jeux d'enfant? Vous êtes
déjà si grand.»—_Mousseu de Souvré, je le veux bien, mais il faut que
je fasse quelque chose; dites-le moi, je le fairai._ Mené au jeu de
paume de Verdelet.

_Le 31, mercredi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va
ouïr la messe aux Capucins pour aller à Saint-Germain-en-Laye par la
chaussée, y arrive à neuf heures et demie, au vieux château. A onze
heures dîné avec Monsieur, Madame, Mme Christienne et Mlles de Vendôme
et de Verneuil. Ramené à sept heures à Paris. Mis au lit, il se fait
apporter une petite arbalète à argelet et, avec une petite balle de
plomb, tire pour éteindre les flambeaux.

_Le 3 septembre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine
Marguerite, puis à la verrerie.

_Le 8, jeudi._—Mené à la messe à Notre Dame, et au sermon et à vêpres
aux Carmes.

_Le 10, samedi._—Mené en carrosse à Conflans, M. de Villeroy le
supplie de cueillir un fort gros poncire[95]; il ne le voulut point
faire, par discrétion.

  [95] Citron ou limon fort gros et fort odorant.

_Le 11, dimanche._—A deux heures mené en carrosse à Piquepusse, à
vêpres, ramené à l'hôtel de Bourgogne, et à six heures trois quarts
soupé; il me dit qu'il avoit mal au pied droit, que le mal lui avoit
pris à la comédie. Mis au lit, il se fait porter sa caille privée, lui
donne de la mangeaille.

_Le 12, lundi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite. A souper
il se joue d'une balle[96] que lui-même fait treuver dans son couvert,
puis dans son pain, puis dans un plat, par habileté.

  [96] Probablement une balle de plomb.

_Le 13, mardi._—Il va chez la Reine, y a étudié[97].

  [97] Circonstance exceptionnelle qu'Héroard note en marge.

_Le 14, mercredi._—Entretenu sur le catéchisme, mené par la galerie
aux Feuillants, joué aux Tuileries.—Mené en carrosse à Saint-Eustache,
puis à l'hôtel de Bourgogne.

_Le 15, jeudi._—Mené en Bourbon à la messe, puis au petit jeu de paume
à la rue du Champfleury.

_Le 17, samedi._—Après souper il se fait armer des armes complètes
jusques aux pieds, que le prince Maurice lui avoit envoyées, et tout
armé s'en va trouver la Reine.

_Le 18, dimanche._—Exhorté par le sieur de Fleurence sur le
catéchisme; à trois heures goûté, mené à la comédie à l'hôtel de
Bourgogne. A sept heures soupé; il va chez la Reine, qui étoit en son
petit cabinet; il heurte fort; elle ne le trouve pas bon, croyant que
ce fût faute de respect.

_Le 19, lundi._—M. de Souvré lui remontre ce qu'il avoit fait le soir
précédent, et pour ce sujet il est fouetté.

_Le 21, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres à Piquepusse, puis à la
comédie de l'hôtel de Bourgogne.

_Le 22, jeudi._—Ce matin la Reine reçut la nouvelle du décès de Mme la
duchesse de Mantoue, sa sœur aînée[98]; le Roi en pleura.

  [98] Éléonore de Médicis, née en 1566, seconde femme de Vincent
  de Gonzague, duc de Mantoue.

_Le 23, vendredi._—En soupant il parloit d'oiseaux, d'une pie-grièche
qu'il avoit, et dit qu'il la vouloit dresser pour voler le moineau,
et un moineau pour le roitelet, et le roitelet pour mouche. Je lui
demande: «Et la mouche, sire, que lui fairez-vous voler?»—_Je lui
fairai voler le moucheron._

_Le 24, samedi._—Joué en la galerie, il y fait courir devant lui un
chameau que M. de Nevers lui avoit donné, lui fait faire quatre tours
d'un bout à l'autre.

_Le 25, dimanche._—Mené en carrosse aux Filles-Dieu et à quatre
heures et demie à la comédie, en l'hôtel de Bourgogne.—Mis au lit, il
s'endort à la musique de Bailly, chantant et jouant de la lyre avec le
joueur de luth de la reine d'Angleterre, qui en jouoit et chantoit la
basse.

_Le 26, lundi._—Éveillé à une heure après minuit, il avoit de
l'inquiétude pour avoir ouï parler des esprits à son coucher; il les
craignoit.—En étudiant il entre en mauvaise humeur contre M. de
Souvré, qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur
la tête, le Roi lui dit: _Vous avez votre chapeau sur la tête!_—«Oui,
et si je le vous ôterai pas pour cette heure. Ce n'est pas que je sache
ce que je vous dois, qui est cent mille fois plus. Plaignez-vous en
à la Reine.»—_Je ne vous ôterai pas aussi le mien._ M. Le Fèvre, son
précepteur, le voulut aussi un peu presser sur la leçon; le Roi lui
dit: _Quoi! et du commencement vous étiez si doux que vous trembliez
tout; et maintenant vous êtes si rude!_ Tiré des armes à l'accoutumée
et dansé.—Peu après souper il entend les Comédiens françois en sa
chambre; la Reine y étoit.

_Le 27, mardi._—Après déjeuner il est exhorté à son corps défendant,
pource qu'il croyoit ne devoir point étudier, à cause que ce jour étoit
celui de sa naissance[99].—Mis au lit, il se fait apporter un petit
navire d'argent et se y amuse diversement, dit qu'il ne se veut point
endormir qu'à l'heure pareille de sa naissance.

  [99] Le Roi entrait dans sa douzième année.

_Le 28, mercredi._—A dîner on lui sert une caille, qu'il avoit prise
le jour précédent à la chasse, et deux moineaux, que le matin il avoit
tués et frappés à l'œil, aux Tuileries, avec son arbalète à argelet:
_Portez_, dit-il, _cela à Mousseu de Souvré, et dites-lui que velà des
ortolans des Tuileries que je lui envoie_.

_Le 1er octobre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine
Marguerite.—A son souper il reprend un gentilhomme servant qui n'avoit
point encore servi: _Votre serviette n'est pas bien_; et ne la mettant
pas encore bien: _Non, non, il faut la mettre ainsi_, lui dit-il
doucement, comme le lui voulant apprendre.

_Le 3, lundi, voyage._—Il va à la messe en Bourbon; à sept heures il
est mis en carrosse et part de Paris pour aller à Fontainebleau. A
Villejuif il fait acheter un pain d'un sol, met pied à terre, chemine
assez bien en mangeant son pain; arrivé à dix heures et demie à
Sauvigny, il y a dîné. Il part de Sauvigny à deux heures, arrive à cinq
heures à Villeroy.

_Le 4, mardi._—A six heures déjeuné, puis mené en carrosse, il arrive
à neuf heures et demie à Cély, où il a dîné. Il part de Cély et arrive
à une heure et demie à Fontainebleau; il est toujours promené sur le
canal, dans la galerie, à cheval, à pied, dans les jardins jusques à
cinq heures.

_Le 8, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chapelle près de la salle
du bal, puis chez la Reine.

_Le 11, mardi._—A deux heures botté, monté à cheval, mené à la chasse
au loup, par delà la rivière de Moret.

_Le 12, mercredi._—En soupant l'on parla d'Engoulevent[100] qui étoit
prince des sots; il dit: _Annibal_ (l'un de ses nains) _est de ses
sujets, et Danobis_ (l'un des garçons de sa chambre). _C'est le plus
grand royaume du monde._

  [100] _Voy._ tome I, page 61, note 88.

_Le 13, jeudi._—Éveillé à deux heures après minuit, doucement, il a
peur; c'étoit depuis la mort du Roi son père, qu'il avoit vu dans le
lit[101]. Il fait passer un valet de chambre de chaque côté de son lit,
pour s'assurer, se rendort jusques à quatre; fait de même, se rendort
jusques à six et demie.

  [101] _Voy._ au 15 août précédent.

_Le 16, dimanche._—En la chambre de la Reine, il donne le bonnet de
cardinal à M. l'évêque de Béziers, Florentin et grand aumônier de la
Reine, qui fut appelé cardinal de Bonzi; c'est le premier cardinal
qu'il a fait.

_Le 18, mardi._—Il fait venir Mme de Ragny, qui craignoit les singes
et les guenons, lui fait peur des siennes. M. le prince de Condé
revient de Guyenne; il le reçoit gaiement, et mettant sa main à son
bonnet de nuit, bridé par la bande de sa glande[102]: _Voyez_, dit-il,
_je ne saurois ôter mon bonnet, il est attaché_. Il l'entretient de
bonne façon, lui parle de toutes sortes de choses. A quatre heures
il se remet au lit; étudié; il me fait l'honneur de me demander si
j'écrivois toujours ce qu'il faisoit et me commande d'écrire comme, la
nuit précédente, il avoit songé que _Courtenvaux avoit une fille que
sa femme avoit faite, et que Haran_ (garçon de sa chambre et de ses
chiens) _en avoit été le compère_; et là-dessus il s'en prend à rire.
Il s'endort à la musique du luth et de la voix de Bailly.

  [102] Le Roi avait depuis la veille une glande sous la mâchoire,
  et gardait la chambre.

_Le 19, mercredi._—Il prend un clystère fait de lait, de fleurs de
camomille et de sucre blanc; il fait beaucoup de mystères plaisants
avant que de le prendre, dit à M. de Souvré: _Demandez à mousseur
Hérouard si ce qu'on fait prendre par force fait pas mal_. M. de Souvré
le menace du fouet; cette crainte le lui fait prendre, puis il menace
M. de Souvré: _Si j'avois des verges, aussi vrai je vous en fairois
prendre un_. A dîner il est servi par M. le chevalier de Guise.

_Le 20, jeudi._—A cinq heures il se lève en robe, se fait porter ses
harquebuses (il en avoit sept), me dit: _S'il venoit des ennemis, velà
bien pour leur faire un beau salve_ (sic). Il prend une des harquebuses
sur son épaule, se promène en soldat. A deux heures il a tiré une
harquebusade[103] d'harquebuse à rouet, chargée à balle, contre un
cyprès qui étoit au milieu d'un carré du parterre, sans s'ébranler
en façon du monde. Il en tire encore une autre sans balle; il ne fut
jamais si content; il avoit desiré d'en avoir permission de la Reine,
d'autant que M. de Verneuil en avoit tiré.

  [103] Par la fenêtre de sa chambre.

_Le 21, vendredi._—Il prend du lait d'amandes et l'ayant pris, dit:
_Si tous les clystères étoient aussi bons que cela, j'en prendrois
souvent, comme madame de Ragny dit qu'on les prend en Bourgogne_[104].
Étudié, il entend la messe dans son lit; dîné. Levé, il se joue
doucement à son lapin et à ses deux petits chiens _Tinton_ et _Mourac_,
et à limer du fer. A deux heures tiré à balle, de sa harquebuse,
faite à Rouen par Timothée, laquelle lui avoit été donnée par M. de
Blainville[105], et il l'appeloit de son nom _la Blainville_. Il tire
au blanc, de cinquante pas, donne à un pouce près du blanc, puis sur un
geai qui étoit en une des premières et prochaines allées du jardin; il
tire de la fenêtre de sa chambre, de haut en bas, et le frappe en la
tête. Étudié, etc., il tire encore de la harquebuse et tue un geai tiré
de sa fenêtre dans le jardin.

  [104] Par la bouche.

  [105] _Voy._ au 31 octobre 1604.

_Le 22, samedi._—A douze heures et demie levé, vêtu, ôté son
bonnet, puis son chapeau, laissé la bande sous sa glande. Pendant
son dîner[106] M. le duc de Guise, qui le servoit, lui disoit qu'il
étoit venu un Anglois qui avoit des dogues fort furieux et des ours,
et que s'il plaisoit à Sa Majesté de lui donner une pension de mille
écus, il lui entretiendroit toute l'année vingt et cinq dogues qui
lui donneroient du plaisir, et quand il lui plairoit il les feroit
combattre à outrance; et il lui réitéra trois ou quatre fois ce mot
d'_outrance_. Le Roi écouta tout sans mot dire, jusqu'à ce qu'il dit:
_Non, non; point à outrance; non, je veux pas à outrance_; c'étoit par
débonnaireté, car il ne vouloit même pas que les dogues fussent menés
aux toiles, de crainte qu'ils ne fussent blessés. A trois heures il va
en la chambre ovale, pour voir combattre les dogues de l'Anglois contre
un ours.

  [106] Avant de se lever.

_Le 23, dimanche._—Il prend médecine, sous la promesse de M. de
Souvré qu'il tirera quatre harquebusades; remis au lit, d'où il tire
deux harquebusades qui sortent par la fenêtre; il y étoit fort chaud.
Levé en sa robe et bottines, il tire par la fenêtre une harquebusade
et tue un geai au jardin; il couchoit en joue du côté droit et miroit
de l'œil gauche. Sa quatrième harquebusade il la tira du coin de son
cabinet, contre le pavillon du milieu de la galerie et donna dans un
autre trou où il y avoit un nid d'hirondelles, où il tiroit. A trois
heures et demie goûté; il fait prendre des oiseaux à la glu, fait
démonter et remonter des canons et des rouets de harquebuses, et en
régler les charges.

_Le 24, lundi, à Fontainebleau._—A huit heures, sous promesse que lui
fait M. de Souvré de n'étudier point, il prend un clystère.

_Le 25, mardi._—On lui apporte un petit pot de verre où il y avoit de
la crème avec de l'eau de rose pour frotter son nez[107]; il n'en veut
point, nous en fait manger et en donnant à M. de Blainville, guidon de
sa compagnie de gendarmes, qui étoit de la Religion: _Tenez, mangez;
velà qui vous faira devenir catholique_. Il s'amuse à clouer les tapis
du pied de son lit avec le tapissier, va chez la Reine.

  [107] Où il avoit une inflammation.

_Le 26, mercredi._—Étudié, mené à la chapelle près de la salle du bal,
puis chez la Reine; dîné. Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie;
à trois heures mené en carrosse aux toiles.

_Le 27, jeudi._—Étudié; on lui montroit la carte d'Espagne et les
avenues de la frontière, il l'étudioit fort attentivement. M. Le Fèvre
lui ayant dit que la France étoit bien un plus grand, plus beau et plus
riche royaume, le Roi dit: _Si[108] voudrois-je qu'elle fût à moi_.

  [108] Pourtant.

_Le 28, vendredi._—A six heures levé, vêtu, botté; on lui dit que s'il
faisoit mauvais temps, il ne pourroit sortir: _Je fairai_, dit-il,
_fermer le carrosse_. On lui répond: «Votre Majesté n'y verra goutte
dedans.»—_Je fairai allumer des bougies plus tôt._ Il va à la messe,
puis entre en carrosse et va à Cély, où il a dîné. Il s'amuse à tirer
aux petits oiseaux à la harquebuse, puis est mené à la chasse au loup;
il y en avoit trois grands et quatre petits dans l'enceinte. Ramené
à quatre heures, à six devêtu, mis au lit, à huit heures et un quart
il s'endort, combattant en soi-même pour ne s'endormir point tout à
plein, d'autant qu'il n'avoit pas prié Dieu; il demande son aumônier,
et, se trouvant retiré, il prie Dieu de lui-même et s'endort à huit
heures trois quarts.

_Le 30, dimanche._—A trois heures il est parti en carrosse et la
Reine aussi, sur la route de Moret, pour aller à la rencontre de Mme
la duchesse de Lorraine[109], fille de M. le duc de Mantoue. Mme la
princesse de Conty descend pour aller vers elle, de la part du Roi
et de la Reine; le Roi dit: _Dites à madame de Lorraine qu'elle ne
descende pas, qu'elle ne s'incommode pas pour moi et je m'incommoderai
pas pour elle_. Toutesfois elle descend, va vingt-cinq pas à pied et
salue LL. MM., qui mirent pied à terre.

  [109] Marguerite de Gonzague, seconde femme de Henri, duc de
  Lorraine.

_Le 31, lundi._—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez
la Reine et après se jouer en la galerie lambrissée. Après souper il va
en sa chambre, joue à remue-ménage.

_Le 1er novembre, mardi, à Fontainebleau._—Mené au jardin du Tibre, il
tue de sa harquebuse une alouette puis un roitelet, ne tire jamais à
faute.

_Le 2, mercredi._—Il dit qu'il ne veut pas déjeuner, prie Dieu sous
promesse de n'étudier pas l'après-dînée.

_Le 3, jeudi._—Mené promener au canal et aux jardins, où la Reine mène
Mme de Lorraine pour les lui faire voir. Après souper il va chez la
Reine, tire à part, dans le grand cabinet de la Reine, Mme de Lorraine,
Mme la princesse de Conty, Mme de Guise sa mère, M. de Guise, et joue
à remue-ménage; y fait jouer M. de Lorme, premier médecin de la Reine.
Ramené, devêtu, M. de Vaudemont[110] lui donne sa chemise.

  [110] François de Lorraine, duc de Lorraine, né en 1624, mort en
  1632.

_Le 4, vendredi._—M. le cardinal Gonzague[111], neveu de la Reine,
arrive.

  [111] Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue en 1612, mort en 1626.

_Le 5, samedi, à Fontainebleau._—Éveillé à cinq heures et demie après
minuit, il demande à quelle heure il s'étoit endormi[112] et, ayant
compté: _Il se faut lever, c'est assez dormi_. Ses valets de chambre
le veulent persuader de dormir encore, et disent que la Reine leur a
commandé de ne le lever point qu'il ne soit six heures: _Hé! comment
est-il possible de faire dormir par force, quand on n'a pas envie_;
levé, déjeuné, étudié, etc. Après souper il va chez la Reine, à sept
heures trois quarts est ramené, prie Dieu, puis descend son oratoire
pour le faire partir le lendemain. Mis au lit, il s'endort à neuf
heures et demie.

  [112] Il s'était endormi à huit heures trois quarts.

_Le 6, dimanche, voyage._—Éveillé à quatre heures après minuit,
il fait lever ses valets de chambre, dit qu'il ne sauroit dormir
par force; levé, bon visage, gai. L'on avoit arrêté l'horloge par
commandement de la Reine, il le jugea. Il fait détendre son lit, aide
à faire ses coffres. A six heures déjeuné; il va chez M. de Souvré,
qu'il trouve au lit, lui parle de ses harquebuses, qu'il en tirera par
les chemins, lui demande s'il tire bien? «J'ai autrefois si bien tiré
dit M. de Souvré, que de trois coups je n'ai pas agrandi le trou.»—_Il
faudroit être bien sot pour le croire_, répond le Roi froidement. Il
est mené à la chapelle près de la salle du bal, puis à neuf heures au
parc, jusques au bout, et aux jardins, _pour_, ce dit-il, _leur baiser
les mains_. Il va chez la Reine, et à une heure part de Fontainebleau
en carrosse, d'où il descend trois fois dans la forêt pour tirer de
la harquebuse. A quatre heures il arrive à Melun, va droit au jeu
de paume, puis à un jardin près de là, y tire trois moineaux d'une
harquebusade. Soupé en son logis, il se fait débotter, puis lui-même se
met à nettoyer ses harquebuses qui avoient tiré.

_Le 7, lundi, voyage._—Il part de Melun; à Villeneuve Saint-George
dîné. A quatre heures et demie il arrive à Paris, va à la volerie. A
six heures et un quart soupé; pissé en un pot de verre, ses coffres
n'étoient point arrivés. Il va au-devant de la Reine, qui arrivoit à
sept heures.

_Le 8, mardi, à Paris._—Étudié, etc.; mené aux Feuillants, joué aux
Tuileries, il tire de la harquebuse aux petits oiseaux, en tue huit,
et deux d'un coup qui étoient sur le faîte du pavillon. Après dîner il
ne sort point, à cause du mauvais temps, ne veut point étudier; M. le
marquis d'Ancre y va de la part de la Reine; étudié jusques à quatre
heures; il n'en pouvoit sortir. A souper il raille M. le comte de la
Rochefoucauld pource qu'il s'étoit frisé, disant: _Hé! qui est ce
seigneur_ (le fer chaud) _qui a passé par ces cheveux? Hé! mon Dieu,
qu'il est beau!_

_Le 11, vendredi._—Après dîner il va chez la Reine, là où
l'ambassadeur d'Espagne annonce le décès de la reine d'Espagne[113].

  [113] Marguerite d'Autriche, mariée en 1599 à Philippe III; elle
  était mère d'Anne d'Autriche, future épouse de Louis XIII.

_Le 12, samedi._—Il envoie au cabinet des livres pour avoir des noëls
et chante.

_Le 13, dimanche, à Paris._—Exhorté, mené aux Tuileries par la galerie
et aux Feuillants. En soupant il voit des bateleurs qui faisoient
monter, descendre le long d'un bâton et pirouetter une chèvre sellée et
bridée, un singe dessus; il n'a cesse tant qu'il eût acheté la chèvre;
en donne vingt et six écus en or.

_Le 14, lundi._—Il me fait l'honneur de me dire: _Mes sœurs seront
bien aises de me voir tirer de la harquebuse; toutes ces femmes
crieront: Jésus! Mamanga[114] dira à Monsieur de Souvré pourquoi il me
laisse tirer, et l'ira dire à la Reine ma mère_. A une heure et demie
mené en carrosse à Saint-Germain-en-Laye; il y arrive à cinq heures,
à l'arrivée va visiter Monsieur, son frère[115], qui étoit malade d'un
endormissement avec quelques légères convulsions; il s'éveille, le
Roi lui dit: _Bonsoir, mon frère_.—«Bonsoir, mon petit papa; vous me
faites trop d'honneur de prendre la peine de me venir voir.» Le Roi se
prend à pleurer, s'en va, et depuis ne le vit plus; il va au bâtiment
neuf; soupé avec M. d'Anjou et Mesdames.

  [114] Mme de Montglat, ancienne gouvernante de Louis XIII,
  l'était encore de Mesdames.

  [115] _Voy._ la note [394] du 16 avril 1607.

_Le 15, mardi, à Saint-Germain._—Étudié, etc.; il va au parc, tire de
la harquebuse, va chez la Reine.—Mis au lit, M. de Souvré lui parle
de la maladie de Monsieur; le Roi demande: _Ne y a-t-il point moyen
de le sauver?_—«Sire, les médecins y font ce qu'ils peuvent, mais il
faut que vous priiez Dieu pour lui.»—_Je le veux bien; ne faut-il
point faire autre chose?_—«Sire, il le faut vouer à Notre-Dame de
Lorette.»—_Je le veux bien; que faut-il faire? où est mon aumônier?_
L'aumônier vient, et dit au Roi: «Il faut faire une image d'argent
de sa hauteur.»—_Qu'on envoie à Paris tout à cette heure, qu'on se
dépêche_, dit le Roi avec ardeur, et puis il prie Dieu, la larme à
l'œil.

_Le 16, mercredi, à Saint-Germain._—Éveillé à une heure après
minuit, il demande des nouvelles de Monsieur, son frère, et se
rendort.—Monsieur d'Orléans, son frère, décède entre minuit et une
heure, d'un endormissement joint à quelques convulsions; quelque temps
auparavant il disoit qu'il avoit vu en songe un ange qui lui disoit que
son bon papa avoit envie de le voir et qu'il le verroit bientôt: «Je
l'embrasserai si fort», ce disoit-il gaiement.

_Le 17, jeudi._—Déjeûné, étudié, etc. M. le marquis d'Ancre lui dit
le décès de Monsieur, son frère; il en demeure saisi, blêmit, demeure
pensif, fait ce qu'il peut pour se divertir, dit à M. de Souvré qu'il
die à la Reine à ce qu'il ne lui allât point donner de l'eau bénite;
c'étoit par compassion, non par mépris. Il va à la chapelle, puis
chez la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse et part de
Saint-Germain; vers la croix Nanterre il met pied à terre (il étoit
botté), entre dans les vignes, il y faisoit fort mol, tire de la
harquebuse, deux coups, à chaque coup abat un pinçon au haut d'un
noyer. Il arrive à Paris à cinq heures et un quart, va voir la Reine.

_Le 18, vendredi, à Paris._—Joué aux Tuileries, il tire de la
harquebuse; il en avoit la joue meurtrie, et me défend d'en dire mot.
Ramené il va chez la Reine.—Ce jourd'hui fut ouvert le corps de feu
Monsieur le duc d'Orléans, en présence de M. Antoine Petit, premier
médecin du feu Roi, et M. Jean Haultin, médecin de Paris, par Elie
Bardin, chirurgien à Paris, et Simon Berthelot, son chirurgien.

_Le 19, samedi._—Il va chez la Reine; elle lui dit: «Je vous veux
marier», et lui demande s'il aime mieux Espagne ou Angleterre? Le Roi
s'en sourit sans dire mot, et dit au sieur d'Auger: _Espagne, Espagne_,
pource qu'il y pense plus de grandeur.

_Le 22, mardi._—Il donne audience à quatre ambassadeurs. A quatre
heures il va à Notre-Dame, aux vêpres de la Sainte-Cécile. A six heures
et un quart soupé; il va en sa chambre, commande à faire un lait
d'amandes, va chez la Reine, à huit heures trois quarts est ramené,
prie Dieu, me demande si le lait d'amandes étoit fait. Je lui dis que
oui, mais que s'il lui plaisoit de le remettre au matin, à son réveil,
il seroit meilleur, d'autant qu'il n'avoit pas trop mal soupé[116]: _Je
n'ai point soupé ne trop, ne trop peu_.—«Il est vrai, Sire, mais il
ne y a pas longtemps, et si d'aventure Votre Majesté a soif, elle peut
boire à cette heure, et demain matin elle prendra un lait d'amandes
frais, fait à son réveil; elle en faira ce qu'il lui plaira.» Il songe
un peu: _Oui, je boirai astheure, et demain je le prendrai au saut du
lit_[117]. Devêtu, mis au lit, musique; il envoie querir ses jouets, on
continue la musique. M. le cardinal de Gonzague entre pour l'ouïr; il
en est marri, et a la discrétion de ne se jouer point à ses jouets en
sa présence. Comme il y eut quatre chansons de chantées, il commande de
lui apporter les jouets aussitôt que M. le cardinal sera sorti, et fait
semblant de dormir à neuf heures et demie; aussitôt on les lui apporte,
et il dit: _Ho! mon Dieu, que je suis aise; je ne feus jamais si aise_,
et il se met à promener son petit canon[118] sur la table que l'on
approcha de son lit, et s'y amuse jusques à dix heures trois quarts.

  [116] Voici le détail du souper du Roi tel que le donne Héroard:
  «L'eau rose des raisins de Corinthe; potage aux œufs et au jus
  de citron 20 (cuillerées); potage simple, 4; crêtes de poulet, 8;
  poulet bouilli, peu; veau bouilli, 4 (bouchées?); la moëlle d'un
  os; poulet rôti rissolé de pain, deux pilons et la moitié d'une
  aile; gelée, 13 (cuillerées); un cornet de sucre d'abricots; la
  moitié d'un marron au sucre et à l'eau rose; cerises confites, 4;
  pain peu; bu de la tisane; dragée de fenouil, assez.»

  [117] Héroard a écrit en marge: «Son humeur quand on remet à sa
  discrétion.»

  [118] Que le Roi avait fait lui-même ainsi que l'affût, dit
  Héroard aux 19 et 20 novembre précédents.

_Le 23, mercredi._—Il donne audience à cinq ambassadeurs sur le décès
de Monsieur, son frère.

_Le 24, jeudi._—En l'habillant il va deçà, delà, joue du quillebouquet
(_sic_), porte un chat-huant sur son poing, n'est jamais oisif et
trouve toujours à quoi passer le temps.—Mis au lit, il se joue de son
petit canon, puis fait apporter des noëls, chante et fait chanter tous
ceux qui étoient autour de lui.

_Le 26, samedi._—Je lui dis le commandement que j'avois de la Reine
d'aller à Saint-Germain-en-Laye pour faire venir ici Monsieur[119]; il
en fut bien aise, et dit qu'il vouloit envoyer son attelage tiré par
des dogues.

  [119] _Voy._ la note [496] du 25 avril 1608.

_Le 27, dimanche._—Monsieur, frère du Roi, arrive à Paris à quatre
heures; le Roi lui fait bonne chère.

_Le 28, lundi._—Mené en carrosse au collége de Sorbonne; c'est
la première fois. M. de Harlay, abbé de Saint-Victor[120], âgé de
vingt-quatre ans, présidoit le répondant Irlandois qui avoit été
son précepteur en philosophie. Mis au lit à neuf heures et demie,
il s'endort jusques à onze, qu'il se prend à dire tout haut, à
demi endormi: _Ho! qu'il est beau, qu'il est beau le leurre, le
leurre; Loïnes, Loïnes_; c'étoit un gentilhomme qui gardoit de ses
émerillons[121].

  [120] _Voy._ la note [83] du 29 juin précédent.

  [121] Charles d'Albert, seigneur de Luynes, depuis connétable de
  France. Né en 1578, il avait alors trente-trois ans.

_Le 29, mardi._—Étudié, etc.; mené chez la Reine, puis à la chapelle
de l'antichambre de la Reine, où Mme de Lorraine lui dit adieu et part
pour s'en retourner en Lorraine.

_Le 30, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Eustache, puis à
la comédie en l'hôtel de Bourgogne.

_Le 1er décembre, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il
y tire de la harquebuse et tue des petits oiseaux avec de la poudre de
plomb[122].

  [122] De la cendrée.

_Le 2, vendredi._—Étudié gaiement; quand M. Le Fèvre lui demandoit le
cas d'un nom, il lui répondoit par les doigts, et ayant à répondre d'un
ablatif, il montre la paume de la main, ne trouvant point de sixième
doigt; dansé, tiré des armes.

_Le 3, samedi._—Il va à la galerie, où il travaille lui-même à un
jeu de billard que l'on dressoit.—Mis au lit, il s'endort au jeu de
l'épinette par le sieur de La Chapelle.

_Le 5, lundi._—Il va en la galerie, y joue au billard, va chez la
Reine. Mesdames arrivent de Saint-Germain.

_Le 6, mardi._—Il fait apporter des livres de noëls, en chante;
exhorté, mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries, il y
fait voler ses émerillons. Après dîner il va à la volerie, à la plaine
de Grenelle.

_Le 8, jeudi._—Après souper il va en son cabinet, où M. le cardinal
de Gonzague fait faire des pastilles fort odorantes; faut ouvrir les
fenêtres; puis il va chez la Reine.

_Le 10, samedi._—Il va se promener chez les ouvriers de la
galerie[123].

  [123] Les ouvriers ou artistes, logés au-dessous de la galerie du
  Louvre.

_Le 16, vendredi._—M. le prince de Condé et M. de Nevers le viennent
voir en son étude; M. de Nevers[124] se met à l'entretenir d'une
certaine devise qu'il vouloit faire mettre sur quelque monnoie qu'il
vouloit faire battre; le Roi l'écoute patiemment, et répond froidement:
_Je veux pas qu'elle se dépende en France_. M. le Prince lui dit:
«Sire, il faut que Monsieur de Nevers vous donne mille écus pour en
avoir la permission;» le Roi lui répond sérieusement: _C'est pas à lui
à me donner, c'est à moi à lui donner!_ Joué, à la galerie, au billard
et à autres passetemps.

  [124] Charles II de Gonzague, duc de Nevers, né en 1580, mort en
  1631.

_Le 18, dimanche._—Il va au sermon en la salle du Louvre, et à vêpres
en la chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 20, mardi._—Mené à la galerie à cause du brouillard, il joue au
billard, à barres, va chez la Reine, où il voit M. le prince de Condé
parlant à elle avec action, dont elle rougissoit. Il part, et va dire
à M. le chancelier: _Monseu le chancelier, velà monseu le Prince qui
gourmande la Roine ma mère; il ne faut pas l'endurer, je le veux pas_.

_Le 22, jeudi._—Il ne désire point étudier les cartes des provinces
d'Ortelius[125], M. de Souvré l'en presse: _Vous êtes en colère_.—«Je
ne le suis point, mais, je vous prie, étudiez.»—_Vous êtes en colère;
levez-vous_; il étoit assis.—«La Reine m'a permis de m'asseoir.»—_Je
vous fairai bien lever_, dit le Roi, et il va prendre une chaise qu'il
apporte lui-même tout contre M. de Souvré, s'assied, sautant dedans et
disant ces mots: _Venez-vous maintenant accomparer à moi!_ M. de Souvré
se lève, et lui, soudain et en riant, s'en va étudier ses cartes. Il
y alla pource qu'il étoit contraint, et riant pource qu'il avoit fait
lever M. de Souvré.

  [125] Abraham Ortelius, géographe; il s'agit sans doute de son
  livre sur la France, publié à Anvers, en 1594.

_Le 23, vendredi._—Il va à la plaine de Grenelle, à la volerie, et
voit voler le milan, qui fut pris; c'est le premier qu'il a vu voler;
la Reine y étoit.

_Le 24, samedi._—A neuf heures et un quart, pour se garder de dormir,
il fait détacher l'une de ses guenons qui saute, qui court deçà, delà,
par la chambre; puis va chez la Reine, entend les trois messes de
minuit: c'est la première fois. A une heure après minuit déjeuné à la
salle du bal: un morceau de saucisse; pain trempé dans de l'hypocras
blanc, un peu, et autant dans du clairet.

_Le 25, dimanche._—Mené au sermon et à vêpres, à Saint-Jean en Grève.

_Le 26, lundi._—Exhorté à l'accoutumée par le sieur de Fleurence,
lequel, lui parlant de l'excellence de l'Être, lui dit qu'on disputoit
un problème aux Écoles à savoir s'il valoit mieux être et être damné,
que de n'être point et être sauvé; le Roi répond soudain: _J'aimerois
mieux n'être point_. Mené au sermon et à vêpres à Saint-Gervais.

_Le 27, mardi._—Exhorté à huit heures trois quarts; mené par la
galerie aux Feuillants, il va au jardin des Tuileries, fait voler
l'alouette par ses émerillons, voit voler le milan, delà l'eau et
lui deçà, qui fut pris. A deux heures et demie mené en carrosse au
Pré-aux-Clercs, où il monte à cheval et vole la corneille, jette son
oiseau qui la prit.

_Le 28, mercredi._—Exhorté; M. de Fleurence lui discourant de ceux
qui se mêlent de deviner, il demande: _Les faiseurs d'almanachs
disent-ils vrai?_ M. de Fleurence ne répond à la demande.—_Mais quand
ils disent que quelqu'un mourra?_ Il ne répond point encore, et le Roi
ne demande plus rien. Mené à la plaine de Grenelle, pour la volerie
pour corneille.

_Le 29, jeudi._—Mené à la verrerie, il fait faire des petites besognes.

_Le 30, vendredi._—Il étudie fort gaiement, examine lui-même sa leçon
latine, s'interroge et se répond sans faillir, y prend plaisir pource
qu'il entend ce qu'il sait et les raisons de ce que l'on lui demande,
ce qu'il ne faisoit pas auparavant qu'il ne les savoit pas. Il n'aime
pas à ignorer ne à le paroître; dansé, tiré des armes. Mené au bois
de Vincennes à la volerie, il faisoit un grand froid; ramené à cinq
heures, étudié fort bien, gaiement.

_Le 31, samedi._—Sur sa leçon, qui étoit que: _Justus princeps debet
semper habere in promptu clementiam pro delinquentibus_, M. Le Fèvre,
son précepteur, exagère cette vertu et la loue sur toutes, disant qu'un
prince doit toujours pardonner; il répond: _Et monsieur de Vatan?_
(prisonnier à la Conciergerie, pour crime de lèse-majesté). M. Le Fèvre
lui dit: «Sire, le prince doit toujours pardonner, mais il doit envoyer
aux magistrats le jugement des crimes.» Il songe, et pour faire voir
qu'il ne tenoit pas à lui que le sieur de Vastan[126] n'obtînt pardon,
il appelle: _Monsieur de Souvré que je vous die un mot à l'oreille_,
et il lui dit: _La Roine ma mère dit que si on lui pardonnoit, il y
en auroit beaucoup d'autres qui voudroient faire de même_.—«Vraiment,
Sire, lui dit M. de Souvré, voilà une parole fort notable.» Je demande
à M. de Souvré, tout haut, si le Roi auroit agréable que je l'écrive en
mon journal, il dit: _Monsieur de Souvré, dites-le lui à l'oreille_. Il
fait paroître sa discrétion au secret.—Mené aux Augustins, à vêpres,
puis au Palais, où il achète quantité de petites besognes d'argent.

  [126] «Il y a en Berry, écrit Malherbe à la date du 25 novembre
  1611, une petite rumeur d'un nommé Vaten, qui, pource que
  l'on avoit pris quelques faux-sauniers en ses terres, a, par
  représailles, arrêté le fils de M. Robin (fermier général des
  gabelles) et le tient encore. Le conseil a donné arrêt contre
  lui, par lequel il est dit que sa maison sera rasée. Pour moi,
  je crois qu'il aura son pardon, pource que des principaux de la
  Reine sont ses parents.»—Florimond Vastan, seigneur du Puy, fut
  exécuté en Grève le 2 janvier 1612.



ANNÉE 1612.

  Le Roi communie au jour de l'an.—Fête des Rois.—Son goût pour
  la chasse de plus en plus développé.—Vers du Roi.—Ballet des
  trois parties du monde.—Incendie au Louvre.—Sermon de M. de
  Richelieu.—Demande de la main de Madame pour le roi Philippe IV
  par l'ambassadeur d'Espagne.—Quintaine à la place Royale.—Mort
  du duc de Mantoue.—Le Roi visite assez fréquemment la reine
  Marguerite.—Voyage à Brie-Comte-Robert.—Accident.—Histoire
  d'une guenon.—Mot à madame de Longueville.—Le duc de Pastrano,
  ambassadeur d'Espagne.—Contrat de Madame.—Bal chez la reine
  Marguerite.—Fête à ce sujet.—Le Roi ne veut pas se mettre en
  deuil noir pour le comte de Soissons.—Le Roi fouetté.


_Le 1er janvier, dimanche._—Il ne veut point déjeuner, pource qu'il
avoit à communier; exhorté, à neuf heures et demie mené à la messe à
la chapelle de Bourbon; à dix heures trois quarts en la salle basse du
Louvre, il touche deux cents malades. Mené en carrosse au sermon et aux
vêpres à Saint-Louis, rue Saint-Antoine.

_Le 5, jeudi._—A six heures et un quart il va chez la Reine, fait
couper devant lui le gâteau des rois; il est le roi; j'eus l'honneur
d'en être.

_Le 7, samedi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite et de là
voir M. le prince de Conty, où il a goûté.

_Le 10, mardi._—En dînant M. de Marsilly[127], maître d'hôtel, disoit
à M. le chevalier de Guise[128] que jamais hommes n'ont tant aimé les
oiseaux que feu M. le cardinal, son oncle, tué à Blois, et feu M. le
maréchal de Montmorency; le Roi dit soudain: _Oh! je ne leur en céderai
rien. Je me lève à quatre heures pour les panser_.

  [127] Claude de Poulet ou Paulet, vicomte de Marcilly, seigneur
  de Saint-Germain, capitaine des chevau-légers de la Reine, puis
  maréchal de camp; il commanda, en 1636, le secours de Dourlens.

  [128] François-Alexandre-Paris, chevalier de Malte, fils de Henri
  Ier, duc de Guise, et de Catherine de Clèves, lieutenant général
  en Provence, tué le 1er juin 1614 d'un éclat de canon au château
  de Baux.

_Le 14, samedi._—En soupant il s'entretient de la volerie. M. de
la Vieuville fils[129], grand fauconnier, lui racontoit qu'un jour,
volant pour corneille, un faucon porte une corneille par terre, et
qu'une autre corneille fondit sur le faucon qui avoit lié la première
et la tenoit liée dessus; le Roi lui dit: _Que ne preniez-vous cette
corneille en vie pour lui faire voler le faucon!_

  [129] Charles Ier, fils de Robert, marquis de la Vieuville, et de
  Catherine d'O: il fut duc et pair, et mourut le 2 janvier 1653.

_Le 16, lundi._—Mené au Bourg, il prend un héron pour la première fois.

_Le 26, jeudi._—Chez la Reine, M. le prince de Condé lui dit à part
qu'il ne crût pas qu'eux, qui étoient princes de son sang, eussent
dessein de l'enlever, qu'ils n'en avoient point d'autres que d'exposer
leur vie pour lui.—_Je ne m'en soucie pas!_—Le soir la Reine lui
dit en se jouant, après souper: «Mon fils, je vous veux marier, le
voulez-vous bien?»—_Je le veux bien, Madame._—«Mais vous ne sauriez
pas faire des enfants.»—_Excusez-moi, Madame._—«Et comment le
savez-vous?»—«_M. de Souvré me l'a apprins._»—Le jour il avoit été
question au conseil de son mariage avec l'Infante.

_Le 27, vendredi._—Il étoit de fort gaie humeur, veut faire des vers,
et fait ceux-ci:

    Il est aujourd'hui vendredi,
    Dont je ne suis pas marry,
    Car je mangerai du ris
    En la ville de Paris.

    J'ai vu un grenouillon
    Qui aiguisoit un jon
    Pour faire un bâton.

_Le 30, lundi._—Il donne audience à l'ambassadeur de Venise et à celui
de Savoie, chez la Reine.

_Le 2 février, jeudi._—Il va en la galerie, où il donne audience au
recteur de l'Université, qui lui apporte le cierge pour la procession
et par occasion le remercie pour la justice qui lui avoit été rendue
quelques jours auparavant par le Parlement contre les Jésuites.

_Le 7, mardi._—En soupant il s'entretient de la fauconnerie avec le
sieur de Marsilly, qui racontoit au Roi qu'il avoit mis son fils au
collége Montaigu, en la chambre du sieur Grassot, pour lui apprendre
les sciences. Le Roi reprend: _Comment parlera-t-il à lui toute la nuit
comme vous faites aux oiseaux!_

_Le 11, samedi._—Il demande à boire; le servant bronche en avançant le
verre, et renverse de la tisane sur la main et le bras du Roi voulant
prendre le verre; il s'en pique en souriant, et dit: _Je n'ai plus
soif, vous m'avez rafraîchi_, et cache ainsi son déplaisir.

_Le 17, vendredi._—Il va chez la Reine, où il se joue à faire ses
petits gentilshommes ambassadeurs de divers royaumes vers la Reine
pour se réjouir du mariage du Roi et de l'Infante; il y en avoit des
topinambours. En soupant l'on parloit de courir la bague et des bons
coureurs; quelqu'un dit que les Gascons y étoient excellents et qu'ils
couroient la bague dans le ventre de leur mère, il dit soudain: _Ils
naissent la lance au poing_.

_Le 25, samedi._—Il est servi par M. du Maine, levé en robe, la Reine
le vient voir; la reine Marguerite aussi; il étoit un peu malade.

_Le 27, lundi._—A deux heures il donne audience aux ambassadeurs
d'Angleterre et de Saxe.

_Le 29, mercredi._—Levé bon visage, gai, étudié, puis il va chez la
Reine; joue ensuite au billard, va à la volerie au bois de Vincennes,
se traîne sur le ventre pour tirer aux oiseaux de vivier qui étoient
dans une mare.

_Le 1er mars, jeudi._—Il voit danser le ballet de madame de
Puisieux[130], où il y avoit neuf demoiselles qui représentoient les
trois parties du monde.

  [130] Madeleine de Neuville de Villeroy, première femme de Pierre
  Brulart, fils aîné du chancelier de Villeroy et appelé du vivant
  de son père, M. de Puisieux.

_Le 6, mardi._—Sur les deux heures il va chez la Reine, où il voit un
carrousel. Un officier des siens, sommier d'échansonnerie, tombe du
haut de la vieille montée, du côté du septentrion, et se tue, et le
feu se met aux combles de la tour, du côté du Pont-Neuf, en la chambre
de garçons de sa garde-robe. Le soir il voit danser un ballet à Madame
Christine.

_Le 7, mercredi._—En s'éveillant il dit qu'il a songé toute la nuit au
feu, qu'il aidoit à l'éteindre et qu'il voyoit rompre des lances, comme
il avoit fait au carrousel, la veille. Étudié; il n'a point déjeuné;
son précepteur, M. Le Fèvre, n'y étoit point. M. le marquis d'Ancre lui
dit que le sieur de Fleurence, sous-précepteur, n'étoit jamais malade,
comme étoit quelquefois M. Le Fèvre, et qu'il falloit que je fisse
prendre une médecine au sieur de Fleurence; le Roi dit: _Il faut donc
que ce soit le jour que monsieur Le Fèvre sera malade_.

_Le 9, vendredi._—Il se fait lire un livre de raillerie intitulé: _Le
voyage de maître Guillaume en l'autre monde vers Henry le Grand_.

_Le 17, samedi._—M. le grand écuyer arrive, revenant de son
gouvernement de Bourgogne; le Roi lui fait bonne chère avec transport.

_Le 18, dimanche._—Il va à Saint-André des Ards, au sermon de M. de
Richelieu, évêque de Luçon, puis à l'hôtel et parc du Luxembourg.

_Le 26, samedi._—Devant la Reine et Mesdames, l'ambassadeur d'Espagne
demande Madame en mariage pour le Roi son maître, parlant à la Reine,
puis à Madame, le genou en terre, en mêmes et semblables termes:
«Madame, l'honneur que j'ai reçu du Roi mon Seigneur, au commandement
qu'il m'a donné de recevoir de sa part les assurances de vos bonnes
volontés, surpasse de beaucoup tout ce que je pourrois espérer au
monde, et celui que vous lui faites est le plus grand bien, plus grand
contentement, plus grande félicité et la plus grande joie qui peut
arriver à l'Espagne. La gloire ne m'en est point due, mais il la faut
transporter au Saint-Esprit, qui a présidé en vos conseils.»

_Le 3 avril, mardi._—En soupant je lui dis la première nouvelle que
madame de Guise étoit accouchée d'un fils[131]. M. de la Curée me
l'envoya dire pour le lui dire; il fait contenance d'en être joyeux et
envoya bien peu après le faire dire de sa part à M. de Souvré par M. de
Humières; il me demande s'il y avoit bien neuf mois.

  [131] François de Lorraine, prince de Joinville, né le 3 avril
  1612, mort sans alliance, le 7 novembre 1639.

_Le 5, jeudi._—A une heure après midi il arrive en carrosse à la place
Royale, posé sur l'échafaud dressé devant la Quintaine pour voir les
entrées des tenants et assaillants, faites pour les réjouissances de
son mariage; il y a goûté, à quatre heures.

_Le 6, vendredi._—Mené à la place Royale, comme le jour précédent.

_Le 7, samedi._—A une heure trois quarts à la place Royale, il voit
courir la bague.

_Le 10, mardi._—A trois heures et demie il va chez la Reine, où il
donne audience au sieur Carlo di Rossi, venant de la part du duc de
Mantoue annoncer le décès de son père.

_Le 12, jeudi._—En lui donnant sa chemise à son coucher, on voit que
sa poitrine, son ventre, son dos, se trouvent couverts par-ci par-là de
pustules rouges de petite vérole.

_Le 14, samedi._—Fort gai; il s'amuse à tailler des doublures de toile
pour les chausses de son Robert[132], les coud, et lui taille aussi des
manches de taffetas, se fait jouer du luth par le Bailly, joue lui-même
dessus; il étoit au lit.

  [132] Son singe.

_Le 15, dimanche._—Il prend plaisir à voir sauter son Robert tenant
un petit chien, lui fait donner à dîner de ce qu'il lui avoit fait
préparer lui-même dans ses plats d'ivoire; il taille des habits pour
son Robert, y travaille lui-même, il les dessine. A neuf heures un
quart levé, il fait le Pantalon par la chambre; l'on faisoit son lit,
il saute dessus pour faire recommencer, mais c'étoit pour donner le
temps à ceux qui travailloient à l'habit de Robert, et le finir.

_Le 17, mardi._—Il s'amuse à battre du tabar, puis à faire l'habit de
Robert, y coud lui-même du passement, y fait travailler Archambaud,
l'un de ses tailleurs, qu'il avoit envoyé querir, et l'attendoit avec
impatience, et lui disoit qu'il ne seroit plus tailleur des magots;
il se prend à le gausser doucement, lui reprochant qu'il étoit encore
couché avec sa femme. Ensuite il joue à l'oie. Il eut opinion que M. de
Marsilly lui racontoit quelque chose de non véritable: _Ah! Marsilly,
l'Écriture dit que Omnis homo mendax, et je vous assure que vous l'êtes
grandement_.

_Le 19, jeudi._—Il charge ses coffres sur des dogues, les fait aller,
se fait appeler Monsieur par Descluseaux, fait armer huit ou dix de ses
petits de ses harquebuses et de tronçons de pique; il est mousquetaire.
L'on parloit d'oiseaux; le jeune de Loïnes, qui avoit ceux de son
cabinet, dit que M. le marquis de Rosny en avoit un très-bon, et qu'il
le vouloit donner à Sa Majesté, mais qu'il le gardoit: _Oui, il me le
veut donner, mais il le garde_, dit le Roi.

_Le 19, jeudi._—Levé en robe, la Reine le vient voir. S'en retournant,
elle dit: «Demain vous n'aurez point de sermon.» M. de Souvré répond
que M. de Fleurence lui en fera un. La Reine sort, et n'entend point
ces paroles qu'il dit: _Oui, Fleurence me dira encore des sottises_.
Fleurence répond: «Sire, j'aime mieux que vous me haïez homme de bien
que si vous m'aimiez méchant; je gagnerai aussi bien ma vie en Turquie
qu'auprès de Votre Majesté.» Tancé aigrement par M. de Souvré, enfin il
s'apaise, ayant assurance de lui qu'il n'en parleroit point à la Reine.

_Le 22, dimanche._—Mené chez la Reine, elle dînoit. Quelqu'un lui vint
dire que M. l'évêque de Luçon ne prêcheroit pas, et s'il lui plaisoit
que l'on avertît le père Coton. La Reine répond: «Oui, mais il n'est
pas préparé.»—_J'en suis bien aise_, dit le Roi, _il ne sera pas si
long_. Il chante à la chapelle, et se fait entendre par-dessus tous.

_Le 23, lundi._—M. de Fleurence, par discours, récite l'histoire de
Silène, premier législateur des Locriens, qui avoit fait une loi que
les adultères auroient les yeux crevés. Son fils le premier enfreint la
loi; le peuple pour l'amour du père le veut dispenser de la peine. Il y
résiste; mais à la fin, éprouvant leur bonne volonté, veut que ce soit
à la charge que son fils auroit l'œil droit crevé et lui le gauche.
Le Roi demande à Fleurence: _Savez-vous bien pourquoi il se fit crever
l'œil gauche._—«Non Sire».—_Afin de mieux tirer de la harquebuse._

_Le 24 mardi._—Il va chez la Reine, et avoit envie de s'en aller à la
galerie; il en presse M. de Souvré, qui, causant avec la Reine, faisoit
la sourde oreille. Le Roi va dire à Mme la marquise d'Ancre: _Velà
Monsieur de Souvré qui fait premièrement ses affaires, puis il pensera
aux miennes_.

_Le 26, jeudi._—Il étoit toujours malade, mais gai; il joue à l'oie
avec MM. de Vendôme, le grand écuyer, et d'Épernon; la Reine lui donne
un petit coffre de jaspe pour présent, qu'elle lui avoit promis s'il
prenoit sa médecine.

_Le 29, dimanche._—Il va à la messe à Bourbon, confessé, communié.
Au sermon en la salle, le père Coton fut court, le Roi lui en faisoit
signe, claquant des mains, mais bas.

_Le 30, lundi._—Il part en carrosse, va à la place Royale pour y voir
courir la bague, dont la course avoit été remise. M. de Rouillat,
gentilhomme gascon, la gagne; il étoit neveu de M. d'Épernon.

_Le 3 mai, jeudi._—Mené à Issy, au jardin de la reine Marguerite, il
pêche à la ligne.

_Le 9, mercredi._—Il battoit le tambour contre la table avec sa
cuillère et sa fourchette; M. de Souvré l'en reprend; il s'en fâche,
et lui dit: _Vous ne m'aimez pas tant comme fait Galaty_: c'étoit le
colonel des Suisses, auquel il venoit de frapper dans les mains avant
déjeuner sur la protestation qu'il lui faisoit de son affection.

_Le 14, lundi._—Vêtu de deuil[133], il s'en fâchoit, touché du
souvenir du Roi son père. Il prie Dieu, ne déjeune point. Mme de
Montglat lui racontoit des actions de son enfance, comme il fut sevré
avec de la moutarde, ce qu'il disoit, et comme elle continuoit:
_Parlons plus de cela, mamanga, parlons de mes harquebuses; qu'on me
les apporte_, et envoye querir les moules et les clefs, et les lui
montre toutes. Il n'aimoit nullement entendre parler de ses enfances.
Il va à la place Royale, en carrosse, chez Chastillon, son topographe,
où il s'amuse à diverses inventions[134].

  [133] Pour l'anniversaire de la mort de son père.

  [134] Nicolas de Châtillon, d'une famille noble de Champagne,
  encore existante, 1547-1616.—Il construisit la place Royale et
  acheva le Pont-Neuf.

_Le 20, dimanche._—M. de Villeroy prend congé de lui pour aller
trouver MM. les prince de Condé et comte de Soissons. Il va chez la
Reine; il demande quand il partira?—«Quand le Parlement aura fait ce
que je leur ai commandé,» dit la Reine. Le Roi répond: _Madame, envoyez
leur dire qu'ils s'assemblent, et me y envoyez; ils ne me refuseront
point_.

_Le 23, mercredi._—Entré en carrosse, il est surpris de vents
et d'éclairs, de tonnerre et de pluie, qui se continue jusqu'à
Brie-Comte-Robert, où il arrive à sept heures; le carrossier voulant
rentrer par la ville dans le château, le carrosse s'accroche par
l'impériale contre les dents de fer de la herse, de telle façon qu'à
grand'peine on l'en peut arracher; les bras du carrosse en furent tout
rompus; cependant il pleuvoit extrêmement et fut-on contraint d'en
faire sortir le Roi par le devant du carrosse, qui étoit accroché,
et tous ceux qui étoient dedans en firent de même; c'étoient MM. de
Vendôme, de Verneuil, le chevalier de Guise, le marquis de la Valette,
M. de Souvré, le baron de Vitry, capitaine des gardes.

_Le 29, mardi._—Le marquis de Spinola arrive d'Espagne allant en
Flandre[135].

  [135] Frédéric Spinola, général de galères de Hollande, frère
  d'Ambroise, l'un des plus grands généraux de son temps: il mourut
  en 1630 au siége de Casal.

_Le 30, mercredi._—Il donne audience au marquis de Spinola. Il se
fâche contre M. de Souvré, à cause d'une fraise empesée: il n'aimoit
pas à être contraint en ses habits. Il fait des chaperons à ses
pies-grièches avec du cuir rouge.

_Le 31, jeudi._—Le marquis de Spinola et le comte de Buquois[136]
prennent congé de lui.

  [136] Bucquoy est un bourg avec titre de comté en Artois, près de
  Bapaume.—Armand de Longueval, comte de Bucquoy, gagna avec le
  duc de Bavière la fameuse bataille de Prague, en 1620, contre les
  Bohémiens protestants révoltés. Le comte de Bucquoy était déjà
  passé, allant de Flandre en Espagne, en octobre 1611, et avait
  salué le Roi et la Reine.

_Le 2 juillet, lundi._—Ce jourd'hui, à sept heures du matin, part M.
le connétable pour s'en aller en Languedoc. Le Roi court après les
oiseaux à force et surtout après un auriol.

_Le 4, mercredi._—Revenant de Fontainebleau, il s'amuse dans le parc
à faire courir des cochons; il donne cinq écus à un paysan à qui ils
étoient, pour ce qu'il disoit que son cochon se mourroit pour ce qu'il
avoit été mordu à l'oreille. Quelqu'un lui dit que c'étoit trop: _Hé!
c'est un pauvre homme; à cette heure qu'il a cinq écus, son cochon ne
mourra plus_, dit le Roi se souriant.

_Le 13, vendredi._—Il va à Montfaucon pour voir éprouver des canons de
nouvelle invention.

_Le 22, dimanche._—Mené en carrosse le long de la rivière; il avoit
envie d'aller à pied et M. de Souvré ne le vouloit pas. Il avoit fait
mettre une de ses guenons dans le carrosse; il commande à Bagauld, son
artillier, de jeter des fusées. La guenon eut si grand peur, qu'elle
remplit tout d'ordure et particulièrement sur le Roi, et lors chacun de
sortir; l'on lave le Roi à la rivière, il fallut couper une manche de
sa chemise tant elle étoit gâtée, et lui bien aise pour aller à pied,
fait jeter des fusées contre les personnes qui passent au chemin à
cheval.

_Le 27, vendredi._—M. le grand écuyer, lui donnant le bonsoir, lui
demande permission d'aller le lendemain voir courir les chiens de M. de
Vendôme; Le Roi lui dit: _Si vous avez envie d'aller à la chasse, les
miens courront demain; je vous donne cet avis_.

_Le 31, mardi._—Mené à la chapelle Saint-Louis des Jésuites, au sermon
du cardinal de Sourdis; puis à la plaine de Grenelle, où il monte à
cheval, et revient à cheval.

_Le 1er août, mercredi._—Il dit à M. de Souvré qu'il étoit fête et
qu'il ne falloit pas étudier: «Oui, sire, mais ce n'est pas fête
d'apôtre.»—_Hé Mosseu de Souvré, excusez-moi, je m'en vas le vous
montrer_, et il lui récite l'histoire de saint Pierre-aux-liens.
M. de Souvré lui dit: «Vous l'avez apprinse dans la vie des
Saints».—_Excusez-moi, je l'ai apprinse en l'Évangile._

_Le 2, jeudi._—Il va chez la Reine, qui prenoit médecine; il lui
dit: _Courage, Madame; allons, Madame, courage; courage, Madame_, et
disant courage, il remplissait toujours ses pochettes de dragées, et de
cimires (_sic_) de melon, _courage, Madame; il faut qu'ouvrir la bouche
bien grande et jeter dedans_.

_Le 5, dimanche._—Il va à Rueil, où il dîne chez le sieur de
Mouisset[137].

  [137] _Voy._ tome I, page 357, note 536.

_Le 9, jeudi._—Mme de Longueville prend congé de lui pour aller
en voyage avec son mari, à Notre-Dame de Montagne, lui disant
qu'elle faisoit beaucoup de miracles. Le Roi dit en souriant à M.
de Longueville: _Elle feroit un grand miracle, si de fol que vous
êtes, elle vous faisoit devenir sage_. Le Roi avoit opinion que M. de
Longueville avoit l'esprit un peu gaillard.

_Le 13, lundi._—Mené en carrosse au pont Notre-Dame pour voir passer
le duc de Pastrano, prince d'Evoly, ambassadeur d'Espagne, pour
demander Madame en mariage.

_Le 16, jeudi._—A sept heures et demie il donne audience à don Diego
de Selna, duc de Pastrano, qui le salue de la part du roi d'Espagne. Sa
réponse fut: _Je remercie le Roi de sa bonne volonté, assurés-le que
je l'honorerai toujours comme mon père et l'aimerai toujours comme mon
frère_. L'on y avoit ajouté: «Et que j'userai de ses bons conseils», ce
qu'il ne dit point, soit par oubli ou par dessein.

_Le 18, samedi._—Il entend la musique du duc de Pastrano, deux joueurs
de guitare chantants et un autre qui chantoit. On lui présente de la
part du duc de Pastrano vingt-quatre peaux de senteur et cinquante
paires de gants. Peu de temps après, M. le comte de la Rochefoucauld,
maître de sa garde-robe, lui dit qu'il falloit qu'il les fît garder
pour en donner aux étrangers qui le viendroient voir: _Oh! non, ce sera
pour en faire des colliers à mes chiens et des harnois à mes petits
chevaux_.

_Le 21, mardi._—Il s'amuse à faire des bataillons de ses petits
hommes de plomb; le sieur d'Auzeray, l'un de ses premiers valets de
chambre, lui présente une chaise, lui demandant s'il se vouloit pas
asseoir?—_Il faut pas être assis quand on est à la guerre et qu'on
met des armées en bataille._ Il va en la galerie, d'où il voit, en
la place, combattre des dogues avec un ours. Bu du vin clairet à son
souper, pource qu'il y avoit des Espagnols.

_Le 22, mercredi._—Jamais oisif, étant sur ses affaires en son petit
cabinet, il fait mettre une bougie allumée à la fenêtre, et tire d'une
arbalète à argelet, et tire la bougie sans l'abattre.

_Le 24, vendredi._—Mené à Gentilly chez M. le président Chevalier,
amusé diversement jusques à cinq heures et demie; il va en la chambre
où M. le président Chevalier donnoit à souper à la campagne, et dit:
_Monsieur de Souvré, je veux souper ici_. L'on fait retirer la viande
déjà servie, et fait-on porter la sienne; il s'assied, fait asseoir
M. de Souvré et autres qui y devoient manger. Le soir, M. de Souvré
parloit au sieur d'Auzeray pour l'ordre de la chambre du lendemain,
que le contrat du mariage du Roi se devoit signer. Le Roi lui demande:
_Monsieur de Souvré, qui signera?_—«Sire, ce sera vous, vous serez
marié demain ici, vous serez marié demain.» Le Roi, qui ne répondoit
mot, dit brusquement et froidement: _Parlons pas de cela, parlons pas
de cela_.

_Le 25, samedi._—A son lever exhorté sur Saint-Louis[138]. Il va en sa
chambre, aide à la faire accommoder pour la cérémonie du soir. A cinq
heures trois quarts, le duc de Pastrano arrive en sa chambre, où il
l'attendoit, accompagné de la Reine, de Monsieur, de Madame Christine,
du nonce, de MM. les princes du sang et officiers de la Cour; quand
Madame signoit, le Roi la poussoit doucement du coude pour la faire
faillir; il signe le contrat de mariage de Madame.

  [138] Jour de la fête de Saint-Louis.

_Le 26, dimanche._—Mené chez la reine Marguerite, qui faisoit la
collation et le bal pour le duc de Pastrano; le Roi y mangea peu et but
un peu de vin. Il fit des merveilles à danser, encore que de sa nature
il ne s'y plaise pas. Il se fit admirer dans toutes sortes d'actions.

_Le 28, mardi._—Il va en la galerie pour voir mettre le feu à une
pyramide pleine de fusées, au manége de M. de Pluvinel, qui étoit une
grande place où il l'avoit fait mettre avec prévoyance depuis le jour
précédent, n'ayant point voulu qu'elle fût dans la cour du Louvre ni
celle des cuisiniers, de peur de faire du mal, ni sur le quai, de
peur du bois et du foin, comme plusieurs lui proposoient. Il va chez
la Reine, où arrive le duc de Pastrano, accompagné de son oncle et du
marquis de Treva, les entretient fort gentillement, et y est jusqu'à
onze heures.

_Le 1er septembre, samedi._—Il commence à apprendre à jouer du luth
par Ballard.

_Le 2, dimanche._—Mené en carrosse aux Bonshommes du bois de
Vincennes, il y entend vêpres; après, ne pouvant monter à cheval à
cause de la chaleur, il s'amuse dans le cloître, y languissant, voit un
broc plein de vin et un autre d'eau, des verres portés par des hommes
envoyés par les moines. Il prend le verre, fait verser du vin et de
l'eau, en donne à M. de Souvré, à M. de la Curée, à M. l'évêque de
Chartres, qui avoit dit vêpres, et à plusieurs autres gaiement et à la
soldade pour se désennuyer; et lui a goûté.

_Le 8, samedi._—Mené à trois heures à vêpres à
Saint-Germain-de-l'Auxerrois, il y reconnoît ma nièce du Val: _Velà
madame Hérouard et sa nièce du Val_. Il voit que l'on la pressoit,
s'écrie: _Hé mon Dieu, velà que l'on fera tomber la petite du Val!_ Il
y avoit plus de quatre ans qu'il ne l'avoit vue. Il eut le soin de la
faire mettre en sûreté.

_Le 9, dimanche._—A quatre heures, en sa chambre, accompagné de la
Reine sa mère, le duc de Pastrano prend congé de Leurs Majestés pour
s'en retourner en Espagne.

_Le 22, samedi._—A dix heures mené en carrosse à Notre-Dame;
l'éjouissance étoit incroyable et les acclamations à haute voix.

_Le 23, dimanche._—Sur le point de prendre un clystère, il demande à
prier Dieu; je lui demande ce qu'il avoit demandé à Dieu?—_Eh! que je
n'aye point de mal._ Il prend le clystère.

_Le 28, vendredi._—Achevé une lettre pour le duc d'York, ne l'ayant
point voulu remettre, quelque chose que lui en ait pu dire M. de Souvré.

_Le 29, samedi._—Mené à Argenteuil, il y voit des reliques, va à
Sanois en la maison d'un banquier italien nommé Lumagne.

_Le 2 octobre, mardi._—M. le duc de Mayenne revient d'Espagne[139].

  [139] Il y avait été envoyé pour conclure le double mariage de
  l'infant Philippe, depuis Philippe IV, avec Madame Élisabeth, et
  de Louis XIII avec Anne d'Autriche.

_Le 7, dimanche._—Il va à Saint-Cloud voir M. d'Épernon, malade chez
M. de Gondi.

_Le 11, jeudi._—Il va chez la Reine, où se passoit le contrat de
mariage de Mlle de Mayenne avec le duc de Sforce[140]. L'on ne faisoit
que d'achever de lire le contrat lorsqu'il y arriva; on le lui présenta
à signer; il ne le voulut jamais signer qu'il ne l'eût ouï lire, et de
fait il fut lu du tout, puis signé.

  [140] Renée de Lorraine, sœur de Henri, duc de Mayenne, mariée à
  Marie Sforce, duc d'Ognano, comte de Santa-Fiore, morte à Rome,
  le 23 septembre 1638.

_Le 12, vendredi._—Il reçoit fort bien M. le comte de Soissons
revenant de Normandie.

_Le 15, lundi._—Levé en robe et en bottines; Madame le vient voir;
Mlle de Vendôme et lui s'amusent à faire des confitures.

_Le 31, dimanche._—Il va dans son petit carrosse au parc; M. de Souvré
étoit devant avec son petit-fils le chevalier de Malte[141], et il
restoit en place. M. de Souvré lui demande qui lui plaisoit qui s'y
mît. Le Roi ne répond pas: interrogé par plusieurs fois, même silence.
M. de Souvré dit enfin: «Sire, voilà M. de la Force, capitaine de vos
gardes, vous plaît-il qu'il s'y mette?»—Le Roi ne dit mot.—«Sire, les
capitaines de vos gardes ont accoutumé d'y aller du temps du feu Roi
votre père.»—_Ils l'ont accoutumé peu à peu; je leur en ferai peu à
peu perdre la coutume._

  [141] Jacques de Souvré, fils du marquis de Souvré, né en 1600,
  reçu chevalier de Malte en 1605: il demeura près du Roi jusqu'en
  1628, qu'il alla à Malte. Général des galères de Louis XIV, grand
  prieur de France en 1667, mort le 22 mai 1670, à Paris, où il
  avait fait construire l'hôtel du Temple.

_Le 1er novembre, jeudi._—Il apprend le décès de M. le comte de
Soissons, décédé le matin sur les trois heures, en sa maison de Blandy.

_Le 4, dimanche._—Il ne se veut point lever pour ne prendre point un
habit de deuil pour M. le comte de Soissons. Il le vouloit violet. Il
va au sermon, et fait courir un marcassin par ses petits chiens[142].

  [142] Le même jour mourut Nicolas Le Febvre, précepteur du Roi;
  il fut saisi d'un frisson dans le cabinet même du Roi, et ramené
  chez lui, y mourut presque aussitôt.

_Le 8, jeudi._—Éveillé doucement, son visage changé par une médecine
qui lui a été présentée; la présence de la Reine par deux diverses
fois; menaces de M. de Souvré, par l'espace de deux heures; on ne l'eût
pu résoudre à la prendre, mais plutôt à endurer le fouet, et à dix
heures trois quarts fouetté bien, sans larmes.

_Le 9, vendredi._—Éveillé doucement, résolu de prendre sa médecine;
toutesfois depuis sept heures jusqu'à neuf heures et demie il a été
comme le jour précédent; ni la force, ni la douceur n'y ont servi de
rien, retenu seulement de l'appréhension du médicament, qui étoit d'une
once de casse infuse, de deux drachmes de séné et quatre scrupules
de rhubarbe, et demi-once de sirop de limon et décoction de chicorée
blanche, oseille, buglosse, agrimoine, raisins de corinthe, linnières
de fenouil, de citron et un peu de conserve de violette. Il l'a fallu
tromper; ç'a été avec six onces de lait d'amandes et deux drachmes
de diacarthami qu'il a prise, et en a demandé davantage. Le soir il
prend sa robe et ses bottines, va en sa chambre voir jouer une comédie
françoise et des farces.

_Le 11, dimanche._—Il va en la galerie à son lever; la Reine avoit
commandé qu'on lui fît la mine pour n'avoir point voulu prendre sa
médecine; il s'en aperçut ou il le sut, et s'adressant à Mlle de
Vendôme, lui dit tout bas: _La Reine ma mère a commandé que l'on me
fasse la mine, mais ils seroient bien tous étonnés si je la leur
faisois_. Soudain il va à Mme la douairière de Guise: _Eh bien, madame
de Guise, êtes-vous de celles qui me font la mine?_ et s'en va lui
faisant la moue et le hausse-bec.

_Le 17, samedi._—A une heure mené en carrosse au pont de Neuilly, où
il monte à cheval et court un lièvre avec les chiens de feu M. le comte
de Soissons, qui lui furent donnés.

_Le 5 décembre, mercredi._—On lui présente une gelinotte de bois; il
la repousse. Le sieur Parfait, contrôleur général, lui dit: «Sire,
c'est une gelinotte de bois.»—_Quand elle seroit de fer, je n'en veux
point._

_Le 9, dimanche._—Mené en carrosse au sermon et à vêpres à
Saint-Germain-de-l'Auxerrois, pour tenir à baptême M. le comte de
Soissons, âgé de sept ans, avec la Reine sa mère, en la chapelle de la
maison du comte, baptisé par M. l'évêque de Paris.

_Le 10, lundi._—Il reçoit chez la Reine le serment de la charge de
grand-maître de M. le comte de Soissons[143].

  [143] «M. le comte fut baptisé dimanche dernier, habillé d'une
  robe blanche, et nommé Louis par le Roi, qui fut parrain, et la
  Reine marrine (_sic_). Le lendemain il prit le haut de chausses,
  et vint faire le serment de grand-maître en présence de la Reine,
  dans le cabinet du conseil.»—_Lettre de Malherbe_ du 15 décembre
  1612.

_Le 16, dimanche._—Mené en carrosse à Saint-Benoît, où il entend le
sermon et vêpres; il y blêmit, y rougit, se plaint du ventre; remis
et ramené à quatre heures chez la Reine, où il reçoit des lettres de
Malte de M. le chevalier de Vendôme, et un laneret, qu'il porte sur son
poing, fort content.

_Le 18, mardi._—Il reçoit le serment de M. le comte de Soissons pour
le gouvernement du Dauphiné.

_Le 23, dimanche._—On lui met une emplâtre de diapalme sur la jambe
droite sous le genou, enflé par une chute sur la robe de Mlle de
Vendôme, garnie de jayet.

_Le 24, lundi._—Il va chez la Reine, en la salle, où il voit danser
sur la corde une petite fille de cinq ans et d'une corde à l'autre.

_Le 31, lundi._—Il s'amuse à faire des gâteaux au beurre chez Madame
et avec elle.



ANNÉE 1613.

  Meurtre du baron de Lux.—Le Roi demande à sa mère la
  grâce d'une femme condamnée à mort.—Ballet de Mme
  de Guiercheville.—Tragédie d'_Emon_.—Les Rois sont
  gentilshommes.—Trait de justice du Roi.—Le Roi touche
  1,070 malades.—Son goût pour la comédie.—Voyage autour de
  Paris.—Accident qu'une gazelle manque de causer.—Cadeau
  du duc de Lorraine.—Mariage de M. de Montmorency et de
  Marie des Ursins.—Pose de la première pierre de l'aqueduc
  de Roungy.—Passage à Essone.—Le Roi commence à aller aux
  assemblées.—Lettre à la Reine.—Le pauvre en sa maison de
  gazon.—Serment de M. d'Ancre comme maréchal.—Les sauvages de M.
  de Rasilly.


_Le 5 janvier, samedi._—Le baron de Lux tué par M. le chevalier de
Guise à l'entrée de la rue de Grenelle[144]. Le Roi fait jouer une
comédie françoise _De la Folie et de l'Amour aveugle_; il va en la
salle de la comédie.

  [144] Ce meurtre provoqua l'édit du 28 janvier 1613, renouvelant
  des peines sévères contre ceux qui se battaient en duel.—Edme de
  Malain, baron de Lux, fils de Joachim et de Marguerite d'Espinas,
  était conseiller d'État, lieutenant du Roi en Bourgogne,
  capitaine de cinquante hommes de son ordonnance: une lettre de
  Henri IV, alors roi de Navarre, à M. de Saint-Geniès, du 20
  décembre 1585, porte en propres termes l'ordre de «tâcher de
  l'attraper et de s'en défaire». Il fut cependant assez en faveur
  sous son règne en France, et fut fait chevalier du Saint-Esprit
  en 1597. Henri III l'aimait beaucoup, et il fut un des membres
  du conseil dans lequel fut résolu le meurtre du duc de Guise à
  Blois. M. de Lux eut l'imprudence de le dire au fils du duc de
  Mayenne, en 1612; le chevalier de Guise le sut, et le tua le 5
  janvier 1613, près de la barrière des Sergents. C'est à la suite
  de ces événements que le fils du baron de Lux appela M. de Guise
  en duel, et fut également tué.—_Voy._ les détails sur cette
  affaire dans les lettres de Malherbe.

_Le 11, vendredi._—Il va chez la Reine, où il la supplie pour la grâce
d'une femme que, deux jours auparavant, il avoit rencontrée en revenant
de la chasse, sur le pavé de Saint-Denis, condamnée à Senlis pour
avoir fait mourir son enfant dont elle étoit grosse, laquelle s'étoit
jetée à ses pieds, demandant grâce. Elle étoit appelante de la mort au
Parlement, et laquelle le Roi avoit commandé qu'elle fût mise en un
lieu particulier jusqu'à ce qu'il eût parlé à la Reine, n'ayant pas
voulu qu'elle fût menée à la Conciergerie, disant: _Monsieur de Souvré,
ceux du Parlement la fairoient mourir_. Il parle de cette femme, dit à
M. de Souvré qu'il en parle à la Reine, autant à M. de Bassompierre,
pour la disposer à la grâce, en dit des raisons: _Les preuves de la
mort ne sont pas certaines, il étoit mort auparavant, elle n'a été
condamnée que sur des conjectures_, et, se retournant à sa nourrice:
_Doundoun, dites à la marquise d'Ancre qu'elle dispose la Reine ma
mère à lui donner sa grâce_. Avec les sus raisons, et tout cela avec
passion, et de l'inquiétude de peur que cette femme mourût; il demeure
pensif, et soudain dit à M. de Souvré, quasi la larme à l'œil: _Ceci
me met en peine_.

_Le 12, samedi._—Le matin il va chez la Reine, et demande la grâce
pour cette femme; il n'oublie pas à s'en ressouvenir; il raconte les
mêmes choses que dessus pour sa justification.

_Le 25, vendredi._—En soupant il raille M. de Souvré, qui le pressoit
de manger de quelque sauce: _Ho! ce sont des sauces à la Souvré;
allez-vous-en chez un rôtisseur, il vous dira: Monsieur, c'est une
sauce à la Souvré_.

_Le 26, samedi._—Il entre en mauvaise humeur avec M. de Souvré,
dit qu'il est en colère, prie M. le duc de Bouillon, maréchal de
France[145], de traiter l'accord et de faire lever la main et jurer
à M. de Souvré qu'il se mettra plus en colère et qu'il oublie tout le
passé. M. de Bouillon le fait, et en cette sorte: «Monsieur de Souvré,
levez la main: vous promettez de ne jamais vous mettre en colère tant
que le roi fera bien?»—«Oui.»—«Et vous, sire, levez la main: vous
promettez de faire toujours bien?»—_Oui._

  [145] Henri de la Tour de Turenne, duc de Bouillon par son
  mariage avec Charlotte de la Marck, héritière de cette maison,
  mort le 25 mars 1623.

_Le 29, mardi._—Parlant de la jupe de chasse d'un de ses gentilshommes
servants, qui étoit rouge (la jupe), il dit: _Il y a cinquante ans
qu'elle est faite; c'est la jupe d'un vieux cocher de monsieur le
maréchal de Fervaques_. Il s'amuse souvent chez Madame à faire des
laits d'amandes, des massepains.

_Le 2 février, samedi._—M. de Souvré lui parloit d'aller au sermon
dans l'après-dînée; il y résistoit, et me fait l'honneur de me demander
s'il étoit pas vrai que lorsqu'on avoit mal aux dents il ne falloit
pas aller au sermon? M. de Souvré lui parle d'un prédicateur, nommé
Valadier[146], qui autrefois avoit été jésuite; il y songe un peu,
et dit soudain: _Non, monsieur de Souvré, je ne veux point aller à
Valadier; il ne fait que crier contre Pouillan et contre Beringuan et
les Huguenots_. Beringhen étoit l'un de ses premiers valets de chambre,
et Pouillan, nommé Mont-Pouillant[147], l'un de ses enfants d'honneur,
huguenots.

  [146] Pierre Valladier, nommé prédicateur du roi le 26 octobre
  1608; il prêcha l'avent de 1612 à Saint-Médéric, et en réunit les
  sermons en un ouvrage: _La sainte philosophie de l'âme_, publié
  l'année suivante.

  [147] Jean de Caumont, marquis de Montpouillan, fils du duc de
  la Force et de Charlotte de Gontaut, favori de Louis XIII, puis
  rallié au parti protestant, dont son père était le chef, et tué
  au siége de Tonneins.

_Le 4, lundi._—M. de Souvré lui avoit fort loué le cidre dont M. le
cardinal du Perron lui avoit envoyé une bouteille[148]; il en veut
tâter; il en goûte dans un verre une gorgée et demie pour la première
fois, et commande qu'on lui en serve à son dîner.

  [148] On lit dans le _Perroniana_: «Le _citre_ est un excellent
  brûvage, sain et délicieux; on m'en a envoyé de la basse
  Normandie, en bouteilles, qui est le plus excellent que j'aie
  jamais bû. Il passe en délices tous les vins et tous les muscats.»

_Le 11, lundi._—Il assiste au conseil chez la Reine, où il n'y avoit
que M. le chancelier de Villeroy et le président Jeannin avec la Reine;
il y opina, dont la Reine l'exempta de l'étude.

_Le 12, mardi._—Il monte à neuf heures en la chambre de la marquise de
Guiercheville, au-dessus de la sienne, où il voit danser le ballet des
joueurs de courte-boule, par M. le baron de Palluau.

_Le 17, dimanche._—La Reine le veut dissuader d'aller au ballet de M.
de Vendôme, qui se devoit danser au Louvre, au-dessus de sa chambre, où
logeoit Mme de Guiercheville, et pour ce qu'il n'aimoit pas à se parer
en cérémonie, elle lui dit que s'il y veut aller, il faudra qu'il se
pare: _Hé! Madame, ce ne seroit pas mon carême-prenant, ce seroit ma
semaine sainte_. Il va au ballet.

_Le 26, mardi._—Il fait jouer dans sa chambre la tragédie de _Emon_,
tirée de l'Arioste, par ses petits, la Reine présente.

_Le 28, jeudi._—Mené à deux heures en carrosse à la place Royale, chez
le sieur d'Escure pour y voir rompre en lice.

_Le 1er mars, vendredi._—Faisant des figures de géométrie, il conteste
contre M. de Fleurence, qui disoit que sa raison étoit juste: _Eh oui!
juste comme monsieur de Souvré à tirer de la harquebuse, qui donne à
deux pieds près du blanc_.

_Le 2, samedi._—La Reine l'envoie chercher pour aller à la comédie
françoise.

_Le 3, dimanche._—Il est entretenu par M. de Nevers sur la guerre de
Hongrie.

_Le 4, lundi._—La nuit précédente Mme la duchesse de Guise étoit
accouchée de deux garçons enveloppés d'une même peau et n'ayant qu'un
arrière-faix[149].

  [149] Ces deux jumeaux moururent le 19 du même mois.

_Le 5, mardi._—Impatient de se lever pour aller à la chasse et dîner à
Courbevoie, près du pont de Neuilly, maison du sieur de Serres, l'un de
ses maîtres d'hôtel.

_Le 11, lundi._—Il va dehors, tire de cinquante pas à balle seule, au
blanc fait d'un morceau de papier mis au gant du sieur Seton, exempt de
la garde écossoise, tue dix ou douze petits oiseaux, vole et prend le
héron.

_Le 12, mardi._—Mené au cabinet des livres, M. de Fleurence, son
précepteur, le veut persuader de faire quelque figure de mathématique
avant que de s'aller promener. Il promet de le faire au retour; et
l'autre ne le voulant pas croire, le Roi lui dit: _Tendez la main_; il
y frappe, disant: _Foi de gentilhomme, je le ferai_; c'est la première
fois qu'il lui a ouï faire ce serment. Le chevalier de Souvré l'en
reprend, disant: «Sire, vous n'êtes pas gentilhomme.» Le Roi répond en
souriant: _Je ne suis pas gentilhomme!_—«Sire, vous êtes roi».—_Et
les rois sont-ils pas gentilshommes!_

_Le 13, mercredi._—Comme il dînoit, le sieur de Loïnes, qui avoit les
oiseaux de son cabinet, lui vient dire qu'il y avoit un homme qui avoit
des pigeons, mais qu'il ne les lui vouloit pas bailler, et s'il lui
plaisoit de commander à un archer de ses gardes pour les prendre. Il
ne dit mot, et écoutoit quelques-uns qui lui disoient qu'il y falloit
envoyer et que tout étoit à lui; quand il dit au sieur de Loïnes:
_Prenez un archer_, que le Roi lui commanda, _et dites à cet homme
qu'il m'apporte lui-même quatre pigeons; que je les lui paierai plus
qu'ils ne valent_. Il y va, l'homme apporte ses pigeons; le Roi lui
demande: _Combien voulez-vous de vos pigeons?_—«Sire, ils valent bien
dix sols la pièce». _Tenez, velà un écu_: en deux demi écus. Il va à
la comédie françoise, où il s'endormoit, ne se pouvoit éveiller tant
qu'on le mit sur l'échafaud.

_Le 16, samedi._—Botté à une heure, mis en carrosse au-dessous de
Montmartre, il y monte à cheval et fait voler ses oiseaux, va au moulin
à vent, où il prend et jette les gants et les mouchoirs de chacun,
et les voit emporter au vent. Il mange des œufs à la coque avec six
apprêtes de pain, mange dans sa cuillère pour ce qu'en devisant il
avoit froissé la coquille, dont il se prit à rire, disant: _Oh! oh! je
rêve_.

_Le 26, mardi._—Il va à l'hôtel de Guise voir Mme de Guise en couches.

_Le 31, dimanche._—Il va jouer en la galerie, puis chez la Reine,
après ensemble à la messe en Bourbon, et à la procession dans le Louvre.

_Le 2, avril, mardi._—Il va à deux heures chez la Reine; à deux heures
et demie il va chez M. de Saint-Luc et de là à Saint-Eustache, où il
tient son fils à baptême avec Madame; nommé Louis[150]. Goûté chez M.
de Saint-Luc.

  [150] Louis d'Espinay Saint-Luc, fils du maréchal de Saint-Luc
  et d'Henriette de Bassompierre, sa première femme, nommé à
  l'archevêché de Bordeaux, mort en 1644.

_Le 4, jeudi._—A neuf heures, en la grande salle, au sermon de M.
Fenouillet, évêque de Montpellier, il lave les pieds aux pauvres; va à
la messe en Bourbon; aux Feuillants, il entend Ténèbres.

_Le 7, dimanche._—Il va à la messe en Bourbon, confessé, communié,
touché mil soixante-dix malades.

_Le 8, lundi._—A sept heures entré en carrosse, il va à Chantelou, la
première fois, passant par le Bourg-la-Reine; il y fait acheter des
échaudés encore tout chauds, en mange la moitié d'un.

_Le 11, jeudi._—Il va chez la Reine, la voit saigner, vient en
carrosse à Conflans, où il a vu M. de Villeroy.

_Le 12, vendredi._—Il va aux Capucins, où M. de Razilly[151] lui
présente huit Américains topinambous, qu'il amenoit de l'île de
Maragnon, l'un desquels et des principaux du pays lui dit en son
langage qu'ils étoient venus pour le remercier des prophètes (les
Capucins) et des bons hommes qu'il leur avoit envoyés, qu'ils les
défendroient bien contre leurs ennemis et pour le prier de leur en
envoyer davantage.

  [151] François de Rasilly, seigneur des Aumetz, gentilhomme
  ordinaire de la chambre, nommé lieutenant général au Brésil,
  colonie dont il essaya vainement la fondation avec ses deux
  frères, demeurés célèbres dans les annales de notre marine; il
  devint ensuite maréchal de camp et ambassadeur en Savoie. A son
  retour à Paris, il fut reçu magnifiquement. Ces Indiens furent
  baptisés; trois moururent au bout de peu de temps, François,
  Jacques et Antoine; trois autres survécurent, Louis-Marie,
  Louis-Henri et Louis-Jean. _Voy._ Les lettres de Malherbe du 15
  avril au 23 juin 1613.

_Le 13, samedi._—Mené à Berny, maison de M. le Chevalier.

_Le 25, jeudi._—A sept heures et demie, mis en carrosse, il
va à la messe aux Jésuites, en la rue Saint-Antoine et de là à
Champs-sur-Marne, maison appartenant à M. Faure[152], maître d'hôtel du
Roi, où il a dîné.

  [152] Jean Faure, gouverneur de Mirambeau en Poitou, père de
  l'évêque d'Amiens (1653).

_Le 28, dimanche._—Mené au cabinet de la Reine, il fait jouer une
comédie par ses enfants d'honneur; ce qui lui arrivoit souvent[153].

  [153] Il ne se passe guère de jour où il n'assiste à une comédie,
  soit française, soit italienne, presque toujours chez la Reine,
  quelquefois ailleurs, et souvent il voit aussi danser un ballet.
  D'ordinaire pour l'endormir on faisait jouer du luth par Bailly.

_Le 12 mai, dimanche, à Fontainebleau._—Étant au jardin des fruits,
une gazelle vint droit à lui de course pour le heurter; le Roi porte
promptement et à propos son chapeau au-devant du corps, qu'elle
l'enfourna du haut jusques au fond; il est certain que sans cela elle
lui donnoit dans le petit ventre et bien avant. Et Dieu en soit loué!
Ce fut un grand hasard.

_Le 22, mercredi._—Monsieur et Mesdames arrivent à six heures pour
souper.

_Le 23, jeudi._—Il va jouer à la paume; il pleuroit quand il perdoit:
c'est qu'il n'aimoit pas à être vaincu.

_Le 24, vendredi._—Il dîne, et la Reine aussi, chez M. Zamet, boit du
vin des Canaries, fort trempé, qu'il ne trouve pas bon.

_Le 25, samedi._—Il reçoit en présent par le sieur de Champvallon, de
la part de M. et de Mme de Lorraine, un échiquier d'ambre jaune, venu
du cabinet du duc de Juliers.

_Le 27, lundi._—Il va au jardin des Canaux, où il a touché quatre
cent sept malades; sur le midi vient un grand orage de pluie; il étoit
couvert de son parasol et ne laisse pas de continuer (il y en avoit
près du quart), bien aise de patrouiller dans l'eau et du désordre.
Changé de chemise et d'habit.

_Le 28, mardi._—Il va au conseil pour Mantoue[154], où la Reine
prononce la résolution de guerre.—_Madame_, dit-il, _je suis bien
aise, il faut faire la guerre_.

  [154] François III, duc de Mantoue, étant mort le 22 décembre
  1612, son frère, le cardinal Ferdinand, s'empara de la tutelle de
  sa nièce Marie: le duc de Savoie, aïeul de celle-ci, en profita
  pour réclamer le Montferrat; on prit les armes, et les hostilités
  durèrent jusqu'en 1617. Ferdinand demeura paisible souverain du
  duché usurpé, se fit relever de ses vœux, se maria deux fois
  et mourut en 1626 sans enfants. Son frère Vincent, cardinal
  lui-même, lui succéda.

_Le 6 juin, jeudi._—Il va au jardin; mené à la procession, à la messe
dans la salle du Cheval, où tout étoit fermé, et y faisoit si grand
chaud qu'il lui en prit une foiblesse; il ne laisse pas d'achever.

_Le 10, lundi._—Il part de Fontainebleau, dîne à Melun, attend
Monsieur; la Reine le lui avoit donné à charge. Il dit qu'il a mal aux
dents, ne se veut point coucher, prend du vinaigre et de l'eau tiède.

_Le 21, vendredi._—Il va aux Tuileries par la galerie, à cinq heures
et un quart va jouer à la paume. Essuyé, bu de la tisane, changé de
chemise; il monte à la chambre de M. de Châteauvieux pour voir jouer
une belle partie à la paume.

_Le 24, lundi._—Il va en carrosse avec la Reine aux Capucins, pour
faire baptiser trois Topinambous par M. l'évêque de Paris; ils furent
nommés Louis.

_Le 2, mardi._—Arrive en la chambre de la Reine, pour épouser, M. de
Montmorency, amiral de France[155].

  [155] Il s'agit du mariage de Marie-Félice des Ursins, fille du
  duc de Bracciano, avec Henri de Montmorency, amiral, décapité à
  Toulouse, en 1632.

_Le 7, dimanche._—Il va chez la Reine à deux heures, entre en
carrosse, va aux vêpres aux Chartreux, en part à quatre et va à Issy,
à la maison de la reine Marguerite, s'amuse à pêcher et à se jouer de
diverses façons. Ramené pour souper.

_Le 10, mercredi._—Il va à Grenelle, chez M. Leclerc, secrétaire du
Roi, va à Gentilly en la maison de M. le président Chevalier.

_Le 13, samedi._—A huit heures il entre en carrosse, va à Roungy[156]
pour les sources de la fontaine et le travail par où on la conduit
à Paris, de là à Cachan, où il a dîné en la maison de M. le prince
de Conty; monté à cheval, il va au parc, y court une biche, brosse
hardiment, se jette en l'eau, bien avant; la biche prise, il lui donne
la vie, disant: _On la courra une autre fois_. Il va à Arcueil chez Mme
de Moisse, où il a soupé. Arrivé à huit heures et demie, il va chez la
Reine et à la comédie françoise; ramené dans sa chambre, il prend la
bougie et s'amuse à lire les billets qui étoient en une bergerie en
tapisserie que l'on avoit, sur le jour, tendue en sa chambre[157]; il
étoit si gai qu'il ne se pouvoit coucher.

  [156] Rongy ou Rungis, dont les sources sont conduites à Paris
  par l'aqueduc d'Arcueil.

  [157] Sur les tapisseries représentant des bergeries (entre
  autres celle des amours de Gombaut et Macée) se trouvaient des
  légendes ou inscriptions par fois très-libres, indiquant le sujet.

_Le 17, mercredi._—Il va en carrosse aux fontaines de Roungy, où
arrive la Reine. Le Roi mit la première pierre à l'embouchure de
l'aqueduc et cinq médailles d'or et d'argent, de sa face, avec cette
lettre: _Ludovicus XIII Francorum et Navarræ rex christianissimus_,
et au revers étoit un arc-en-ciel, la figure d'une femme assise en
dessus représentant la Reine régente, sa mère, avec cette lettre: _Dat
peccatum omnibus ather_. Il pleuvoit fort, et c'étoit sur les trois
heures. Soupé à Gentilly, chez M. le président Chevalier.

_Le 21, dimanche._—En l'exhortation le sieur de Fleurence lui explique
ce qu'antérieurement, en la loi mosaïque, signifioient les sacrifices
du veau, du chevreau, de l'agneau, du gâteau, des colombes et des
tourterelles.

_Le 27, samedi._—Il va à Bagnolet. Il s'amuse à imprimer de ses leçons
aux presses d'imprimerie qu'y avoit le cardinal du Perron, à qui
étoit la maison[158]. Il va à la comédie françoise.—M. l'amiral de
Montmorency arrive en poste, lui quarantième, au Louvre.

  [158] Malherbe parle de cette imprimerie du cardinal Du Perron
  dans sa lettre du 13 janvier 1614.

_Le 29, lundi._—Il se trouve au coucher de Mme Marie des Ursins avec
l'amiral de Montmorency. Le petit Souvré, chevalier de Malte, s'étoit
caché sous le lit et fut fouetté.

_Le 19 août, lundi._—Il part à cheval de Monceaux et tout le matin
chasse aux perdreaux, part de Meaux, va à Fresne.

_Le 21, mercredi._—Il s'amuse à faire des cartes avec le compas de M.
d'Épernon.

_Le 24, samedi, à Saint-Germain._—Il monte à cheval, court un cerf,
le premier qu'il a tué, lui ayant donné un coup d'épée dans le cœur.
Il fait porter le cerf dans la salle, de peur du serein, le fait
dépouiller et en fait faire la curée.

_Le 28, mercredi._—Il voit jouer des artifices à feu sur la tour
de Nesle, de la porte d'en face, et d'une tourelle dressée sur la
muraille du parterre devant son cabinet, faits par Jumeau, l'un de ses
artilleurs.

_Le 31, samedi._—Éveillé à une heure après minuit, en sursaut, et
avant que de s'éveiller, il plaignoit, pleuroit, et disoit: _Eh mon
Dieu! hé mon Dieu, prenez ces mille anneaux, prenez-en quarante pour la
Reine, ma mère, et vingt pour moi_. Il s'éveille, et se rendort jusqu'à
neuf heures et demie.

_Le 2 septembre, lundi._—A une heure dîné chez M. Zamet, la Reine
aussi; il va en carrosse à la Roquette, où il a chassé, revient à
six heures trois quarts chez le sieur d'Outreville, receveur général
du clergé, où il a soupé. Il va en carrosse chez M. Phélypeaux[159],
trésorier de l'Épargne, pour voir les artifices à feu qui furent faits
dans l'île qui est tout devant la maison; il aimoit cette distraction.

  [159] Raymond Phélypeaux, seigneur d'Herbaut et de la Vrillière,
  né en 1560, trésorier des parties casuelles en 1591, de l'épargne
  en 1599, puis secrétaire d'État après son frère Paul Phélypeaux
  de Pontchartrain, en 1621, mort à Suze, le 2 mai 1629. Ce feu,
  qui représenta un char triomphant qui alla, de l'Arsenal, se
  poser quai des Célestins, fut fait par Morel, commissaire de
  l'artillerie, qui s'y défendit lui-même contre des assaillants.
  Malingre en donne la description. _Voy._ aussi la lettre de
  Malherbe du 6 septembre.

_Le 10, vendredi._—Pendant qu'on fait ses cheveux, il envoie querir
une petite viole pour s'amuser, ne pouvant jamais rester oisif. Le soir
il va chez la Reine, à la comédie des Italiens.

_Le 17, mardi._—Allant à Fontainebleau, il va à la messe au village;
dîne à Chailly, passant par Essonne, se fait donner des petits pâtés
qu'il voit à l'hôtellerie du Lion; il descend à pied la descente
d'Essonne; il arrive à Fontainebleau à trois heures; la Reine arrive et
le vient voir à huit heures et demie.

_Le 24, mardi._—Étudié; M. le chancelier y assiste, le Roi l'ayant
envoyé querir pour cet effet. Le soir chez la Reine, puis à la comédie
italienne.

_Le 29, dimanche._—En se levant il dit qu'il a chaud et toutefois
qu'il tremble, c'étoit d'appréhension du fouet, sur ce que le jour
précédent il avoit répondu à la Reine que de deux jours il ne la
verroit point, à cause qu'elle ne lui avoit point voulu permettre
d'aller voir le rut; pource que ses gendarmes et ses chevau-légers
faisoient fuir les bêtes. Il en avoit demandé et obtenu pardon, mais il
ne se tenoit point assuré; il va chez la Reine, et demande de nouveau
pardon[160].

  [160] Il est à remarquer combien malgré son âge on le traite
  toujours avec la même rigueur et comme il était resté aussi
  craintif que quand Mme de Montglat le fouettait.

_Le 9 octobre, mercredi._—M. de Courtenvaux, pour la première fois,
donne la chemise au Roi comme premier gentilhomme de la chambre, à la
survivance de son père.

_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, qui partit pour aller à Paris
y voir Monsieur, qui étoit malade, et lui entre en carrosse pour aller
à l'assemblée à Blanchefort, où il a dîné.

_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, écrit à la Reine à Paris par M.
de Bonneuil, pour la première fois depuis qu'il est Roi. Il étudie. M.
le chancelier, M. de Villeroy viennent le voir étudier; il leur montre
la lettre qu'il a écrite à la Reine par leur avis, la souscrit: _Votre
très-humble et très-obéissant fils.—Louis._ Il trouve son seing bien
fait: _Voilà_, dit-il, _un bon Louis_.

_Le 19, samedi._—Il va en son cabinet, écrit à Paris, à la Reine, par
M. le comte de Rocheguyon, puis s'en va au parc, à cheval et à pied.

_Le 20, dimanche._—Il va au-devant de la Reine, revenant de Paris.

_Le 31, jeudi._—A neuf heures un quart, il monte à cheval, va au parc
dehors, y trouve un pauvre homme qui avoit fait une maison de gazon,
et y logeoit avec sa vache, et vivoit du lait qu'il en tiroit et d'un
peu de choux qu'il avoit semés; il vouloit s'étendre pour planter des
arbres, quelques-uns l'empêchoient. Il s'arrêta et s'informa de la vie
de ce pauvre homme, lui donna l'aumône, et commanda qu'on n'eût point à
l'empêcher de planter, et avec passion. Il étoit extrêmement charitable.

_Le 12 novembre, mardi._—Il va en son cabinet; il faisoit un
très-mauvais temps de pluie; il dit: _Ah! que voilà un beau temps pour
étudier; quand je n'aurois pas envie d'étudier, voilà un temps qui me
la feroit venir. M. de Souvré, étudions, devenons savants._

_Le 19, mardi._—Il va chez la Reine, où M. le marquis d'Ancre prête
le serment de maréchal de France, où il étoit parvenu deux jours
auparavant, par la mort de M. de Fervaques. Il lui dit par discours
qu'il avoit grand sujet d'être son serviteur, lui qui étoit étranger
venu en France sans rien, où il avoit reçu tant de bienfaits de Sa
Majesté et de la Reine, sa mère, que cela l'obligeoit à demeurer son
serviteur tant qu'il vivroit, et qu'il seroit bien misérable s'il n'en
ressentoit l'obligation. M. de Montmorency, amiral de France, prend
congé du Roi pour aller en Languedoc voir M. le connétable, son père.

_Le 28, jeudi._—Il va en carrosse au faubourg Saint-Germain voir
Monsieur, en l'hôtel du Luxembourg, puis chez la reine Marguerite.

_Le 8 décembre, dimanche._—Il va à la salle du conseil pour assister
aux fiançailles du marquis de Sablé et de Mlle de Souvré[161], revient
en courant pour ne point baiser Mme de Guémené, qui n'avoit plus vingt
ans[162].

  [161] Madeleine, fille du maréchal de Souvré, mariée à
  Philippe-Emmanuel de Laval-Bois-Dauphin, morte le 16 janvier
  1678, à soixante-seize ans. C'est sa vie qu'a écrite M. Cousin.

  [162] Madeleine de Lenoncourt, veuve de Louis de Rohan, duc de
  Montbazon, et première femme de Hercule de Rohan-Guémené, son
  frère; elle était fille de Henri de Lenoncourt et de Françoise de
  Laval-Bois-Dauphin.



ANNÉE 1614.

  Les arquebuses du roi, ses étrennes.—L'émailleur et le
  tourneur du Roi.—Le Roi n'apprend plus le latin.—Chasses,
  comédies et ballets.—Affaire de M. de Livarot.—Le vin
  bourru.—Audience de M. de Thou.—Vers du Roi.—Incendie chez
  la reine Marguerite.—Mort du connétable de Montmorency.—Revue
  au Pré-aux-Clercs.—Affaires et paix des princes.—Le moine
  bourru.—Le Roi blessé au jeu de paume.—Mort du chevalier de
  Guise.—Baptême de Monsieur et de Madame Henriette.—Chasses à
  Saint-Germain.—Voyage du Roi.—Séjours à Orléans, à Blois, à
  Tours.—Les goinfres de la Cour.—Séjour à Poitiers.—Passage
  à Angers.—Séjour à Nantes.—États de Bretagne.—Arrivée de
  M. de Vendôme.—Retour par Angers.—Hommage d'un habitant
  de Malicorne.—Les ardents.—Séjour au Mans.—Visite du Roi
  à Vaugrigneuse, maison d'Héroard.—Rentrée à Paris.—Retour
  du prince de Condé.—Majorité du Roi.—Collation à
  Villiers-la-Garenne.—États-Généraux de Paris.—Maladie du
  Roi.—Affection croissante pour M. de Luynes.—L'ambassadeur de
  Savoie.—Adjudication d'un office en présence du Roi.


_Le 1er janvier, mercredi, à Paris._—Il va au cabinet, où il fait
porter toutes ses harquebuses; il y en avoit quarante. La Reine lui
fait apporter grande quantité et de diverses sortes de bagues, de
diamants et de fort belles pièces, et à mesure qu'il ouvre les étuis,
il dit: _Ha! Madame, velà qui est trop pour nous_; c'est qu'il eût
mieux aimé trouver des bagues de moindre valeur et que c'eût été
quelque figure.

_Le 2, jeudi._—Il s'amuse à faire travailler son émailleur.

_Le 3, vendredi._—On lui dit qu'il y avoit une médecine à lui donner,
le voilà fâché. A sept heures et demie la Reine y vient; à neuf heures
il prend la médecine, par crainte de la Reine, qui l'avoit menacé du
fouet.

_Le 4, samedi._—Il va en sa chambre faire travailler son émailleur.

_Le 5, dimanche._—A son souper il fait couper le gâteau des Rois; il
est le roi, en fait donner aux sieurs de Souvré, de Courtenvaux, de la
Curée et de Tresmes.

_Le 7, mardi._—Il étudie en l'histoire, n'apprend plus le latin[163].

  [163] «Sa Majesté est hors du latin», écrit Malherbe à la date du
  16 janvier.

_Le 8, mercredi._—M. de Souvré lui fait prendre une jupe de chasse,
fourrée de martre; il la prend à regret, disant que tous ceux qui le
verront se moqueront de lui, qu'il est habillé en paysan. Il conteste
jusques à une heure et demie, entre en carrosse et va voler le milan à
la plaine de Grenelle, où il monte à cheval, prend le milan.

_Le 10, vendredi._—Il va chez la Reine puis au cabinet des livres, où
il fait venir un jeune homme allemand, excellent tourneur, fait dresser
un tour, y travaille.

_Le 12, dimanche._—A neuf heures il monte à la chambre de Mme la
marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, et la Reine aussi,
où ils voient danser un ballet[164].

  [164] «Il y eut hier un ballet au Louvre, en la salle de Mme de
  Guiercheville; mais ce ne furent que quelques domestiques du
  Roi.» (_Lettre de Malherbe_ du 13 janvier 1614.)

_Le 13, lundi._—Il entre en carrosse, va à la chasse à la plaine
de Grenelle, où il monte à cheval; la Reine y vient, il vole de ses
émerillons, et fait tout ce qu'il peut pour donner du plaisir à la
Reine, et tant que ses émerillons en devinrent rebutés; ce dont il fut
extrêmement marri, n'eût été que c'étoit pour donner du plaisir à la
Reine.

_Le 15, mercredi._—Il va à la comédie italienne.

_Le 21, mardi._—Il va en son cabinet, puis chez la Reine et à la
comédie italienne.

_Le 23, jeudi._—Il va chez la Reine et, à dix heures, en la salle du
ballet, en revient à deux heures et demie après minuit[165].

  [165] «Nous vîmes jeudi au soir le ballet attendu si longtemps,
  duquel la vue ne répondit pas à la dépense qui en avoit été
  faite, que l'on estime à plus de dix mille écus... Je ne vous en
  dirai autre chose, sinon que ce fut un désordre le plus grand du
  monde, de quoi toutefois les balletants ont occasion de remercier
  Dieu, car toute l'invention n'en valant guère l'argent, la
  faute du mal est rejetée sur le peu de place qu'il y avoit pour
  le danser. M. de Plainville, capitaine des gardes, ne voulant
  désobliger personne, laissa entrer tout ce qui se présenta, et se
  trouva l'enceinte des barrières si pleine, qu'un seul homme eût
  eu de la peine à y passer. La Reine à son arrivée, voyant cette
  multitude, se mit en la plus grande colère où je la vis jamais,
  et s'en retourna, résolue qu'il ne seroit point dansé: là-dessus
  on fit retirer et coucher le Roi. Toutefois pour ce qu'à
  quelques-uns il fut dit à l'oreille que cette retraite n'étoit
  que pour faire sortir le monde, et que s'il se trouvoit place,
  on le danseroit; peu de gens prirent l'alarme, et fallut qu'à la
  fin les archers dissent tout haut que tout le monde sortît et
  que le Roi étoit au lit. Cela ayant fait faire quelque place,
  mais bien éloignée de ce qu'il eût fallu pour tant de danseurs
  et de machines, la Reine revint, et le Roi aussi, qui étoit déjà
  couché, et alors le ballet fut donné tellement quellement, et
  non comme il est décrit dans le discours qui s'en est imprimé.»
  (_Lettre de Malherbe_ du dimanche 26 janvier.) Cette lettre porte
  par erreur la date du dimanche 27e de janvier.

_Le 24, vendredi._—A une heure il entre en carrosse, va à la rue
Saint-Merry, chez M. l'évêque de Beauvais[166], voir son cabinet.

  [166] René Potier de Blancmesnil.

_Le 26, dimanche._—Après souper il va en son cabinet, chez la Reine,
puis à la comédie italienne, et après voit un petit ballet de la ville,
dansé en sa chambre.

_Le 28, mardi._—A six heures soupé; il mange du veau rôti de quatre
mois, nourri de lait au jus d'orange[167]; c'est la première fois. Il
va chez la Reine, à la comédie italienne, revient à huit heures trois
quarts.

  [167] Dans un poëme manuscrit qui a pour titre: _Explication de
  toutes les grottes, rochers et fontaines du château royal de
  Versailles_, dédié à Louis XIV (Bibl. Imp., fonds de Versailles,
  nº 168), l'auteur de ce poëme, C. Denis, dit en parlant de la
  Ménagerie de Versailles:

      Pour la bouche du Roi l'on y nourrit des veaux
      De lait et jaunes d'œufs, excellents et fort beaux.

_Le 30, jeudi._—L'ambassadeur d'Angleterre prend congé de lui
pour s'en retourner et porter l'accord fait du mariage de Mme
Christienne[168]; M. d'Épernon et ses trois fils le viennent voir.—Il
va chez la Reine, à la comédie italienne, et à neuf heures et demie
va à la salle voir un ballet de dix de ses petits enfants d'honneur,
appelé les Divers.

  [168] Ce mariage ne se fit pas.

_Le 1er février, samedi, à Paris._—Il s'amuse à tourner des petites
pièces d'ivoire sous un excellent ouvrier allemand[169] qui lui avoit
dressé un tour.—Mis au lit, il dit tout son office, pour gagner temps
pour le matin suivant qu'il avoit à communier.

  [169] _Voy._ au 10 janvier précédent.

_Le 2, dimanche._—A neuf heures trois quarts il va à la messe, en
Bourbon, revient à dix heures trois quarts en la grande galerie, où il
touche quatre-vingts malades.

_Le 3, lundi._—Il va chez la Reine, et à dix heures trois quarts
à la salle du bal y voir danser un ballet de la ville, de Guitrot
l'espagnol, et le combat des chats et des rats.

_Le 4, mardi._—Il va à la foire Saint-Germain et à la comédie
italienne.

_Le 6, jeudi._—Il s'amuse à tourner de l'ivoire, fait des vases.—Il
va à la comédie italienne.

_Le 10, lundi._—Il va à la messe en Bourbon, puis en carrosse jouer à
la paume, au jeu de Grenelle.

_Le 12, mercredi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va à la
foire.—Mis au lit, il envoie quérir ses harquebuses à sa garde-robe,
pour les faire voir à M. de Termes[170]; il y en avoit cinquante-cinq.

  [170] «M. de Termes, le vendredi 7e de ce mois, fit serment de
  premier gentilhomme de la chambre.» (_Lettre de Malherbe_, du 13
  février.)

_Le 13, jeudi._—Il va en son cabinet, prend une cresserelle[171] sur
son poing, et va en la galerie lui faire voler un moineau. Mis au lit,
il envoye à sa garde-robe pour quérir ses armes et les montrer à M. le
Grand; il s'endort à sa musique de voix et de luths.

  [171] Oiseau de proie, du genre faucon.

_Le 16, dimanche._—A huit heures et un quart déjeuné; il n'y eut
point d'exhortation. Le jour précédent, la Reine le défendit au sieur
de Fleurence[172].—Après souper il va chez la Reine, puis revient en
sa chambre où se présente le sieur de Liverot, de la maison d'Oraison
en Provence, pour le remercier de la grâce qu'à sa prière il avoit
obtenu de la Reine, sur ce qu'il avoit querellé dans sa chambre; le
Roi lui dit gravement: _La Reine ma mère vous a donné la grâce, vous
ne l'eussiez pas eue sans moi, mais soyez une autre fois plus sage_;
paroles dites de son mouvement[173].

  [172] Précepteur du Roi.

  [173] Voici comment ce fait est raconté par Malherbe: «M. de
  Lyvarrot, dont vous aviez pu ouïr l'emprisonnement à la Bastille,
  pour un souffle qu'il avoit donné dans l'antichambre de la Reine
  (à un nommé La Ferté-Silly, de Normandie), a eu aujourd'hui sa
  grâce, et est venu dans le cabinet remercier Sa Majesté. Le
  Roi s'étoit allé coucher, et n'y avoit au cabinet que Mme la
  princesse de Conty et Mme de Guise. M. de Souvray s'est approché
  de la Reine et lui a dit quelque chose à l'oreille, et lors il
  s'est tourné vers M. de Lyvarrot qui s'est jeté à deux genoux aux
  pieds de la Reine et a parlé fort bas. Il n'a guère parlé, que la
  Reine lui a dit: «Levez-vous»; il a toutefois toujours continué
  à genoux. Comme il a eu fort peu parlé, la Reine lui a dit: «Une
  autre fois soyez plus sage.» Il a encore dit quelque chose, à
  quoi la Reine a répondu par deux fois: «Je sais bien cela.»
  Voilà tout ce que j'en ai ouï, encore que je fusse tout auprès,
  sinon qu'il la supplioit très-humblement de lui pardonner: aussi
  n'a-t-il dit autre chose, car je l'ai su de lui-même, lorsqu'il
  a été hors de la présence de la Reine.» (_Lettre à Peiresc_ du
  16 février 1614.) M. L. Lalanne ajoute en note: «L'affaire ne se
  termine pas là; le 17 janvier 1615, un duel eut lieu à Bicêtre
  entre La Ferté et Lyvarrot qui y fut blessé à mort.»

_Le 18, mardi._—Après souper il va en sa garde-robe choisir les armes
qu'il veut porter[174].

  [174] «Le Roi montre une extrême envie d'aller à la guerre,
  et devant hier il se fit armer de toutes pièces, avec un tel
  contentement de se voir en cet équipage, que s'étant mis au lit,
  il ne voulut pas laisser son casque, et disputa longtemps qu'il
  dormiroit mieux avec ce casque qu'avec son bonnet de nuit; mais
  enfin il se laissa aller aux remontrances qu'on lui fit de le
  quitter.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 février 1614.)

_Le 28, vendredi._—Il va aux Tuileries puis au jeu de paume de
Grenelle; essuyé chez M. Leclerc, il y a goûté, a bu du vin blanc
bourru, trempé, et du vin clairet trempé, trouve l'un et l'autre bien
fort[175].

  [175] Héroard note en marge: «Vin bourru, première fois.» Le vin
  bourru est du vin blanc nouveau. Malherbe écrit à la date du 1er
  avril 1614: «Depuis que le Roi a pris le vin et quitté le latin,
  sa santé et son embonpoint croissent à vue d'œil.»

_Le 1er mars, samedi._—M. le président de Thou, prenant congé de lui,
s'en allant député vers M. le prince de Condé à Mézières, le Roi lui
dit, mettant ses deux mains sur ses épaules: _Allez, et dites à ces
messieurs-là qu'ils soient bien sages_.

_Le 6, jeudi._—M. Beringhen me racontoit que le Roi parloit en
dormant, au commencement de son dormir[176], et disoit: _Jetez ce
chapeau par dessus la muraille; hé! jetez, jetez par dessus la rivière
qui passe à Bayonne; que ne l'a-on mis à la Bastille_. Le Roi l'entend,
et dit: _C'est que je demandois pourquoi on n'avoit pas mis mon frère
de Vendôme dans la Bastille; il a ouvert mes dépêches que j'envoyois à
M. de Montbazon, il les a ouvertes[177]!_

  [176] C'est-à-dire la veille au soir.

  [177] «M. de Vendôme est à sa maison d'Anceny, sans aucune
  troupe; cette maison est à dix lieues par delà Angers, sur la
  rivière de Loire, où il a mis un petit bateau pour apprendre ce
  qui passera sur la rivière, sans toutefois faire jusqu'ici autre
  mal. Vous savez qu'il avoit fait détrousser un paquet du Roi à
  M. de Montbazon; il s'en est excusé à la Reine par une lettre
  qu'il lui a écrite; mais je ne crois pas qu'elle en soit fort
  satisfaite: la Reine dit tout haut qu'il s'est fait criminel de
  lèse-majesté pour un morceau de papier.» (_Lettre de Malherbe_,
  du 10 mars 1614.)

_Le 10, lundi._—Mis au lit, il s'amuse à faire des vers et donne
le sujet pour en faire aux sieurs de Termes, de Courtenvaux et de
Montglat, sur une marcassine nourrie à sa cuisine par Bonnet, porteur
d'eau, qui se tua d'une chute. La marcassine coucha toute la nuit
contre le corps (du porteur d'eau), et le cherchoit toujours depuis
être enterré; elle se laissa mourir de faim, n'ayant jamais voulu
manger, quelque soin que l'on en prît. Le Roi fit ces quatre vers:

    Il y avoit en ma cuisine
    Une petite marcassine,
    Laquelle est morte de douleur
    D'avoir perdu son gouverneur.

_Le 20, jeudi._—Il va au jeu de paume de Grenelle, puis voir le
cabinet du sieur de La Chapelle, son joueur d'épinette.

_Le 24, lundi._—Il va à la volerie au delà du Bourget, à cheval, à
pied.—Mis au lit, il s'amuse à jouer au trictrac.

_Le 27, jeudi saint._—Il va au sermon, en la salle, fait par M.
l'archevêque d'Aix[178], lave les pieds aux enfants, va à la messe en
Bourbon.

  [178] Paul Hurault de l'Hôpital.

_Le 30, dimanche, jour de Pâques._—A neuf heures et un quart il va
à la messe en Bourbon, revient en la grande galerie, à dix heures et
trois quarts, où il a touché quatre cent quarante malades, et à onze
heures et demie dîné. Il va en carrosse au sermon, aux Carmes, puis à
vêpres à Saint-Victor. A huit heures devêtu, il joue au renard et aux
poules sur ses affaires.

_Le 31, lundi._—Mis au lit, il se lève pour voir l'écurie de la reine
Marguerite qui brûloit devant son logis[179], l'envoie visiter par un
gentilhomme nommé le sieur de la Plasse.

  [179] De l'autre côté de la Seine.

_Le 2 avril, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse hors la porte
Saint-Michel, il monte à cheval et va à la volerie à Antony et vers
l'étang de Massy, vole et prend deux poulettes d'eau, jette l'oiseau,
les prend, et l'entreprend contre l'opinion d'un chacun. Ce vol n'avoit
jamais été entrepris.

_Le 3, jeudi._—Il va en carrosse hors de la porte Saint-Antoine,
pour voler des poules d'eau qui étoient dans le fossé, puis va au
Mesnil-Montant et de là à Belleville-sur-Sablons, pour y voir les
sources des fontaines qui viennent à Paris.

_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, puis, à une heure et demie, en
carrosse aux Chartreux, à vêpres, puis à Issy, à la maison de la reine
Marguerite, y tire de la harquebuse et blesse un merle auprès de lui,
comme il chantoit; il demande au sieur Renard, l'un de ses chirurgiens,
s'il guariroit bien, et le lui baille.

_Le 7, lundi._—Mis au lit, l'on lui rapporte le décès de M. le
connétable[180]; il en demeure touché, et dit: _Il y en aura beaucoup
qui demanderont cette charge, mais il ne la faut donner à personne_.

  [180] Henri Ier, duc de Montmorency; son successeur, Charles
  d'Albert de Luynes, ne fut nommé qu'en 1621.

_Le 10, jeudi._—Il va au Pré-aux-Clercs voir faire monstre à sa
compagnie de chevau-légers.

_Le 11, vendredi._—A dîner le sieur de Blainville, cornette de la
compagnie de Sa Majesté, lui dit: «Sire, la Reine m'a fait l'honneur de
me commander que dorénavant mes compagnons soient en armes quand nous
irons l'accompagner.» Le Roi répond soudain: _Pourquoi? Le peuple de
Paris pensera que j'ai peur quand il verra cela. Je n'ai point peur,
je ne les crains point_, entendant parler des princes qui s'étoient
retirés mal contents de la Cour.—«Sire, j'estime que le peuple en sera
bien aise, voyant le soin que l'on aura de bien conserver la personne
de Votre Majesté.»—_S'ils venoient, les battrions-nous pas?_—«Sire,
ils auroient un grand avantage sur nous.»—_Quel?_—«Autant qu'il y
en a d'avoir un pourpoint de toile à un de fer.» Le Roi, ayant un peu
songé, répond: _Bien, mais dites-leur que, sortant et entrant en la
ville, qu'ils mettent leurs manteaux sur leurs armes_.

_Le 13, dimanche._—Il va à Issy, chez la reine Marguerite, chemine
fort à pied, monte au haut de la montagne.

_Le 15, mardi._—Mis au lit, M. le Grand lui ayant raconté en l'oreille
ce qui s'étoit passé à Soissons pour la paix avec M. le prince de
Condé, il n'en fait paroître en son visage aucune marque de joie ne
de tristesse, et se prend à entretenir la compagnie; et, chacun étant
retiré, il nous dit à M. de Préaux et à moi: _La paix est faite,
je crois que ce sont les prières des quarante heures qui en sont
cause_[181]; le sieur de Préaux, prenant la parole, le confirma en
cette créance.

  [181] La paix entre la Reine et les princes fut signée le 15 mai
  suivant à Sainte-Ménehould.

_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, donne audience à l'ambassadeur
de l'Empereur.

_Le 18, vendredi._—Il va en carrosse hors la porte Saint-Michel, où il
monte à cheval et va près de Vaugirard, où il chasse au chien couchant,
tire et tue une perdrix; c'est la première fois qu'il a fait cette
chasse.

_Le 20, dimanche._—A onze heures il va chez la Reine, la voit saigner
et piquer deux fois[182].

  [182] «Je fus hier au Louvre, mais je n'y appris rien, à cause
  que l'on ne voyoit point la Reine, et n'y entra homme quelconque
  que le Roi.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 avril.)

_Le 22, mardi._—A trois heures il entre en carrosse, la Reine aussi,
va au Pré-aux-Clercs où il monte à cheval, pour voir le régiment des
gardes en quatre bataillons, puis met pied à terre, et fut bien deux
heures, allant à l'un puis à l'autre, leur voyant faire les exercices.

_Le 26, samedi._—A dîner, il demande s'il a bu, n'a fait que rêver en
dînant, parlant ou chantant.

_Le 28, lundi._—Il va en la galerie, fait les exercices, très-bien,
veut être mousquetaire; il a trente-deux petits gentilshommes. Étant
sur ses affaires, il s'amuse à monter des horloges, qui avoient des
ressorts à faire prendre feu à la poudre.

_Le 1er mai, jeudi, à Paris._—Il va à vêpres aux Bonshommes, puis à
Auteuil, au jardin de M. Brouay, pêcher à un petit vivier et dénicher
des merles.

_Le 2, vendredi._—A huit heures levé, il dit avoir songé que l'on
lui tiroit du sang, mais dit que ce n'étoit que de l'eau; c'étoit sur
le temps que M. le prince de Condé débattoit pour avoir Amboise; M.
Vignier[183] en revient ce matin.

  [183] Claude Vignier, président au parlement de Metz, négociateur
  de la Reine près du prince de Condé. «Il ne tenoit qu'à Amboise,
  que la Reine avoit fait quelque difficulté de bailler.» (_Lettre
  de Malherbe_, du 3 mai.)

_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine, à la chapelle de son antichambre,
puis au conseil tenu pour savoir si Amboise seroit baillé pour sûreté à
M. le prince de Condé, jusques après la tenue des États. Il fut résolu
qu'il le seroit.

_Le 7, mercredi._—Il va chez la Reine, puis monte en haut, à la
chambre de MM. les premiers gentilshommes de la chambre, où il fait les
exercices de sa compagnie; celui qui les fait faire c'est le sieur de
l'Hostelneau[184], lieutenant au régiment des gardes.

  [184] Jean de l'Espez, seigneur de l'Hostelneau, etc., depuis
  capitaine major au régiment des gardes françaises.

_Le 15, jeudi._—Éveillé à sept heures et un quart, il raconte comme
il avoit songé qu'il étoit en la petite galerie, où il avoit trouvé le
moine bourré[185], qui tenoit un petit diable noir ressemblant à un
singe par une laisse tenant à un collier qu'il avoit au col; qu'il dit
au moine bourré qu'il lui prêtât ce petit diable pour faire peur à Mme
de Guise; que s'étant approché de lui, lui a commandé de ne s'approcher
pas, lui disant: «Va-t'en au diable»; qu'il s'en va, qu'il alla trouver
la Reine, sa mère, et parla à elle à l'oreille, qui lui commanda
d'aller faire peur à Mme de Guise.

  [185] Ou moine bourru, fantôme, revenant, qui était un objet
  de superstition. «Ce fantôme, ajoute M. Littré, était ainsi
  dénommé parce qu'on le représentait vêtu de bourre ou bure.»
  Malherbe écrivait à Peiresc, le 8 janvier 1613: «Nous avons ici
  un compagnon du moine _bourré_, à qui l'on avoit donné le nom de
  _Tasteur_; l'on dit que c'étoient bons compagnons, qui avoient
  des gantelets de fer, et au bout des doigts des ergots de fer, de
  quoi ils fouilloient les femmes, et qu'il y en avoit à tous les
  quartiers.»

_Le 18, dimanche._—A neuf heures levé, vêtu, il va à la messe en
Bourbon, revient à dix heures trois quarts; entrant à la cour du
Louvre, il prend du pain, boit du vin fort trempé, touche huit cent
sept malades. A midi dîné; il va chez la Reine. A deux heures il entre
en carrosse, va au sermon et à vêpres aux Cordeliers[186], puis se
promener à Issy.

  [186] «Dimanche dernier, le comte de Crissey vint apporter au Roi
  une lettre de M. le Prince. Le Roi étoit tout au haut du Louvre,
  en une fenêtre qui regarde sur la cour; comme on le lui vint
  dire, il commanda qu'on allât querir M. de Souvray, qui étoit
  allé dîner et n'étoit point revenu, afin qu'il le lui présentât.
  M. de Souvray venu, on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au
  Roi que M. le Prince lui baisoit très-humblement les mains et
  lui avoit baillé cette lettre pour lui rendre, avec commandement
  de l'assurer qu'il étoit son très-humble serviteur. Le Roi
  répondit: «Que fait-il? Comme se porte-t-il?» Et là-dessus lut la
  lettre; puis dit à M. de Souvray qu'il vouloit aller ouïr vêpres
  aux Cordeliers, ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de
  Crissey.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 mai.)

_Le 19, lundi._—Il va en carrosse aux Chartreux, où il fait hâter ses
vêpres, puis va à Vanves, au logis du sieur de Montescot, où il court
un chevreuil.

_Le 23, vendredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il a tiré
au blanc avec la harquebuse; à six heures et demie il y a soupé, au
pavillon ancien.

_Le 25, dimanche._—Il va au sermon en la chapelle de Bourbon, puis
en carrosse à Vanves, chez le sieur Prevost, puis chez le sieur
de Bevilliers et après chez le sieur Du Tillet; goûté chez M. de
Bevilliers.

_Le 28, mercredi._—A sept heures et un quart il entre en carrosse,
va à la messe aux Bonshommes, puis à Saint-Cloud où il arrive à dix
heures. A dix heures et un quart dîné au logis de M. de Gondi; il va
par les jardins, aux fontaines, aux grottes; tiré et tué beaucoup de
petits oiseaux à la harquebuse. A une heure et demie il va au bois
de Boulogne, où il a chassé, tiré, tué des oiseaux, entre autres un
auriol[187] et une orfraie.

  [187] Nom vulgaire du loriot.

_Le 30, vendredi._—Il va en son cabinet des livres, où il s'amuse à
faire diverses figures de bataillons avec des figures de plomb, sur une
table percée.

_Le 31, samedi._—Après dîner il va en la galerie, va faire ses
exercices en armes. A sept heures M. le duc de Longueville arrive de
Soissons, après la paix, lui fait la révérence. Soupé, il va chez la
Reine, revient à huit heures trois quarts[188].

  [188] «M. de Longueville est arrivé aujourd'hui sur les cinq ou
  six heures du soir; il est allé descendre chez M. le comte de
  Saint-Pol, et de là s'en sont venus, sur les sept heures, chez le
  Roi. Sa Majesté étoit sur le perron qui est au bout de la galerie
  dorée, où vous vîtes recevoir les ambassadeurs d'Espagne pour le
  mariage. Comme M. de Longueville est entré dans la galerie, il
  n'y a pas eu fait une douzaine de pas, que le Roi est sorti du
  perron et est venu au-devant de lui, et l'a rencontré plus près
  de la porte que de là où il étoit parti... M. de Longueville a
  fait quelque petite harangue, et le Roi une réponse encore plus
  courte... Le Roi lors s'en alloit souper; M. de Longueville a été
  à la moitié de son souper, où il ne s'est parlé que de propos
  communs. De là M. de Longueville s'en est allé aux Tuileries
  voir la Reine; cela m'a trompé, car je m'imaginois qu'il seroit
  avec le Roi jusques au retour de la Reine, et que de là le
  Roi allant chez la Reine, comme il fait tous les soirs après
  souper, le mèneroit avec lui... Comme M. de Longueville eut vu
  le Roi, et lui eut tenu compagnie jusques à la moitié de son
  souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la Reine; elle étoit
  au bout de la grande allée, où elle oyoit chanter le Villars et
  un page que la reine Marguerite y avoit amenés; la Reine étoit
  debout. M. de Longueville, après deux grandes révérences, lui
  baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il
  se relevât, ce qu'il fit et se retira deux pas en arrière, sans
  dire mot quelconque. Lors la Reine lui dit: «D'où êtes-vous parti
  aujourd'hui?» Il répondit qu'il étoit parti de Trie, à cinq
  postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui étoit venue, et
  qu'il la falloit couper: ce fut là tout le discours. La Reine
  étoit masquée, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa
  passion par son visage.» (_Lettres de Malherbe à Peiresc_, des 31
  mai et 1er juin.)

_Le 1er juin, dimanche, à Paris._—Il va en carrosse au jeu de paume
de Grenelle, où il est frappé sur les dents d'un coup de balle, par le
chevalier de Souvré; il saigna un peu.

_Le 4, mercredi._—A cinq heures levé, impatient de partir pour aller
à Ruel; à six heures déjeuné, à six et demie il entre en carrosse, va
à la messe aux Feuillants, arrive à neuf heures et demie à Ruel, où
il a dîné, s'amuse dans la maison. A quatre heures il monte à cheval,
tire de la harquebuse tout à cheval, tue quantité de petits oiseaux, va
chez un menuisier, y fait faire deux petits châssis de son dessein, y
travaille lui-même, puis y pend tous les petits oiseaux.

_Le 5, jeudi._—On lui dit la mort du chevalier de Guise[189]; il en
blêmit, dit en être fort marri, et un témoignage de son intérieur fut
qu'il dit: _Il étoit toujours auprès de moi; je n'allois jamais à la
chasse qu'il ne vînt avec moi._—Il va par la galerie à vêpres, aux
Feuillants; joué aux Tuileries, puis il va en carrosse à l'hôtel de
Guise.

  [189] François-Alexandre-Paris de Lorraine, tué le 1er juin 1614,
  à Baux en Provence, par l'explosion d'une pièce de canon.

_Le 7, samedi._—Il fait ses exercices en armes, à la galerie; étudié.
Il va jouer en son jeu de paume couvert; ce fut la première fois après
avoir été couvert[190].

  [190] C'est-à-dire depuis que ce nouveau jeu de paume avait été
  couvert.

_Le 12, jeudi._—Il va en carrosse chez la reine Marguerite[191].

  [191] Même mention pour le lendemain 13 juin.

_Le 15, dimanche, à Paris._—A onze heures et demie il va chez la
Reine, puis dîné. MONSIEUR est baptisé et la petite MADAME en la
chapelle qui est dans la tour de l'antichambre de la Reine, sur le
midi, par M. le cardinal de Bonzy. Les parrain et marraine de MONSIEUR
ce fut M. le cardinal de Joyeuse et la reine Marguerite, et son nom
_Gaston-Jean-Baptiste_; de MADAME ce fut MADAME, sœur aînée du Roi,
et M. le cardinal de la Rochefoucauld, et son nom _Henriette-Marie_. Il
va à vêpres à Saint-Eustache, puis joue en son jeu de paume.

_Le 21, samedi._—Il part à six heures et un quart en carrosse,
va à la messe aux Feuillants, et, chassant en chemin, tire de la
harquebuse tout à cheval, aux petits oiseaux; arrive à neuf heures
à Saint-Germain-en-Laye.—Il va au jeu de paume, puis au fossé du
bâtiment, où il fait un terrier. A cinq heures et demie soupé; peu
après il monte à cheval, passe la rivière, va à la garenne, chasse aux
panneaux et aux levriers, revient à huit heures, écrit à la Reine. Peu
après devêtu; étant sur ses affaires, il s'amuse à imprimer sur de la
cire d'Espagne la gravure d'un Hippocrate et d'un lion, que j'avois en
bague[192].

  [192] _Voy._ au 26 avril 1608.

_Le 22, dimanche, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle de la
terrasse, puis monte à cheval et va surprendre M. de Souvré et M. de
Frontenac qui déjeûnoient à la petite maison du côté de Carrières. A
une heure et demie botté, il monte à cheval, va au parc, y court un
cerf et le prend. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans le
parc, guidé par M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et capitaine de
Saint-Germain.—La Reine arrive, il va au-devant.

_Le 23, lundi._—Il va chez la Reine, étudié. A trois heures il passe
l'eau, va chasser à la garenne en carrosse. Après souper il se va
promener sur les terrasses, va voir le feu de la Saint-Jean, sur le
pavé du préau.

_Le 25, mercredi._—Botté à douze heures et demie, il entre en carrosse
jusques au laissez-courre, guidé par le sieur baron de Palluau, fils du
sieur de Frontenac, court le cerf, le voit plusieurs fois, et se trouve
à la mort. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans la forêt;
il courut, sans relayer, deux heures et plus.—Après souper il va chez
la Reine, au parc, fait faire la curée du cerf, jette des fusées sur la
terrasse.

_Le 26, jeudi._—Après souper il va au parc, au-devant de la Reine, et
à neuf heures à la comédie italienne, dans la galerie du côté du parc.

_Le 28, samedi._—Étudié, goûté, il va au parc, à la comédie italienne.

_Le 29, dimanche._—Il va à la comédie italienne, à l'entrée de l'allée.

_Le 30, lundi._—Il va à la galerie, au conseil.

_Le 1er juillet, mardi, à Saint-Germain._—A dix heures et demie il va
chez la Reine et au conseil, en la galerie, là ou il fut résolu qu'il
partiroit demain pour aller à Paris et de là à Orléans.

_Le 2, mercredi._—Il va chez la Reine et chez le sieur Francino,
fontainier. Il part de Saint-Germain-en-Laye, en carrosse, à trois
heures et demie, et, par les bacs, va à Surênes, en la maison du sieur
Parfait, l'un des contrôleurs de sa maison, où il a soupé. A huit
heures et demie il entre en carrosse, et arrive à Paris à neuf heures
et un quart, va chez la Reine.

_Le 4, vendredi, à Paris._—A onze heures il va chez la Reine, au
conseil, en la galerie, où les corps des compagnies furent mandés pour
leur commander d'avoir soin de la ville pendant son voyage.

_Le 5, samedi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse,
part de Paris pour aller à Orléans, arrive à dix heures et demie à
Longjumeau, où il a dîné, va à Chanteloup, voir les chevaux de M. de
Brèves, qui lui donne une haquenée, puis arrive à cinq heures et demie
à Olinville.

_Le 6, dimanche, voyage._—A une heure parti d'Olinville en carrosse,
arrivé à Etampes à quatre heures et un quart. A sept heures et demie la
Reine arrive, il y va.

_Le 7, lundi, voyage._—Il va à la messe à Notre-Dame, puis à huit
heures part d'Étampes, arrive à dix heures et un quart _au Bardé_[193],
à Angerville, où il a dîné. Parti à deux heures et demie, il arrive à
Toury à six heures, _à l'Écu de France_.

  [193] Nom de l'enseigne d'une auberge.

_Le 8, mardi, voyage._—A huit heures il part de Toury, arrive à
Langallerie à dix heures. Dîné; il va au jardin tirer de la harquebuse
aux petits oiseaux; M. de Souvré le mène jouer aux cartes dans une
grange, il s'y ennuie. Il n'aimoit pas les jeux oisifs, s'en va faire
traire les vaches; il ne pouvoit demeurer oisif. Il part de Langallerie
à trois heures en carrosse, monte à cheval en chemin, rencontre bien
six mille hommes en armes, par troupes, arrive à cinq heures trois
quart à Orléans, va à Sainte-Croix, où le _Te Deum_ fut chanté, revient
loger à la grande maison.

_Le 9, mercredi, à Orléans._—Il va aux Capucins, va chez la Reine,
puis jouer à la paume.

_Le 10, jeudi, à Orléans._—Il va à la messe à Sainte-Croix, va chez la
Reine; à quatre heures et demie il entre en carrosse et va au Poutil,
maison du sieur d'Escures, où il a soupé, la Reine aussi. A neuf heures
il rentre en carrosse, revient à Orléans.

_Le 11, vendredi, à Orléans._—Il va à la messe aux Récollets, puis
jouer à la paume. Étudié; à trois heures et demie il entre en carrosse,
va au Poutil, où il a goûté, revient à sept heures et demie, va chez la
Reine.

_Le 12, samedi, à Orléans._—Il tire au blanc, à la harquebuse, avec
les harquebusiers de la ville, donne au rond noir, autour de la
cheville, du premier coup; va au jeu de paume.

_Le 13, dimanche, à Orléans._—Il va chez la Reine, au jeu de paume,
puis à la messe à Sainte-Croix.

_Le 14, lundi, voyage._—Il va à la messe, puis à la porte d'Illier,
monte à cheval et part d'Orléans à neuf heures et un quart, et va, pour
être mal guidé, jusques au faubourg de Meung, revient à Saint-Til, où
son dîner étoit prêt. A deux heures il entre en carrosse et à cinq
heures et un quart arrive à Beaugency, va jouer à la paume, revient au
château à six heures.

_Le 15, mardi, voyage._—A huit heures et un quart il entre en carrosse
et va à Chambord; à demi-chemin il est monté à cheval et a chassé.
Arrivé à onze heures et un quart, dîné, il va visiter le château, fut
partout, le trouve beau, va pêcher. A deux heures et demie il entre en
carrosse, et à six heures arrive à Blois, va à l'église, en fut fâché
pour ce qu'on lui dit après que ce n'étoit point un évêché. On lui dit
que c'étoit une église de fondation royale; il se contente, puis va au
château.

_Le 16, mercredi, à Blois._—Il va par la grande allée, à pied, à la
Noue, où s'étoit logée Mme de Guise la douairière, pour n'avoir voulu
loger au château, à cause de feu M. son mari[194]; le Roi commanda que
l'on ne dît pas qu'il y eût été. Il revient à la messe aux Capucins,
puis à onze heures chez la Reine, où se tenoit le conseil. Après dîner,
il va chez les horlogers, la Reine aussi.

  [194] Henri Ier de Lorraine, dit _le Balafré_, assassiné au
  château de Blois, le 23 décembre 1588.

_Le 17, jeudi, à Blois._—Soupé en la salle des États; peu après
il monte à cheval, et va au-devant de la Reine, qui étoit allée au
promenoir[195] à la Noue.

  [195] A la promenade.

_Le 18, vendredi, voyage._—Il va à la chapelle du château, à huit
heures et un quart entre en carrosse, part de Blois, et à onze heures
arrive à Pont-Levoy, où il a dîné. Parti à une heure, il arrive à
quatre heures à Montrichard, va se promener, tire de la harquebuse, va
chez la Reine.

_Le 19, samedi, voyage._—A huit heures et demie il part de
Montrichard et va à la Bourdaisière, où il a dîné à midi. Il part à
trois heures en carrosse, à un quart de lieue monte à cheval, ayant
trouvé en chemin plus de six mille habitants en armes. Entré à Tours,
il va à Saint-Gatian, et puis, à sept heures et un quart, loger en
l'hôtel de Samblançay.

_Le 20, dimanche, à Tours._—Il va en carrosse jouer au palemail, puis
à Saint-Gatian. Il va à vêpres au Plessis; M. de Lansac, capitaine du
château, donnoit la collation. Il revient en carrosse; à sept heures
soupé, il va en sa chambre, puis à l'abbaye Saint-Julien, ouïr la
comédie françoise, donnée par M. de Courtenvaux qui y logeoit.

_Le 21, lundi, à Tours._—Il va chez la Reine, puis en carrosse à
Saint-Martin, revient à onze heures. Étudié, etc.; il va en carrosse
au Plessis et à Saint-Côme, où il a fait terrir des blaireaux, a fort
travaillé. Après souper il va à Saint-Julien, à la comédie françoise
donnée par M. de Courtenvaux.

_Le 22, mardi, à Tours._—Il va à la messe aux Capucins et à vêpres à
Marmoutiers, puis au Plessis trouver la Reine, où Mme de Lansac lui
donnoit la collation. Après souper il va à Saint-Julien, à la comédie
françoise.

_Le 23, mercredi, à Tours._—Il va en carrosse aux Jacobins, puis au
clos de la Bourdaisière, et après jouer au palemail. A quatre heures et
demie il va en carrosse sur le quai de la Fère tirer de la harquebuse,
au blanc, avec les harquebusiers de la ville, gagne le blanc. Mis au
lit, il s'endort à la musique de luths et de voix.

_Le 24, jeudi, à Tours._—Il va aux Carmes, au palemail; à trois heures
et demie mené en carrosse au Plessis, où il fait chasser ses petits
chiens. Après souper il va chez la Reine, puis à la comédie françoise.

_Le 25, vendredi, à Tours._—Il va à la messe à Saint-Martin; à deux
heures et demie il va en carrosse pour mettre la première pierre à la
porte de...[196] sur la rivière, puis à Marmoustier.

  [196] Ce nom est resté en blanc.

_Le 26, samedi, voyage._—Il part de Tours, va à Cousières, où il a
dîné à dix heures. A trois heures il entre en carrosse, et à six heures
arrive à Sainte-Maure.

_Le 27, dimanche, voyage._—Il va en carrosse à l'église, puis part et
arrive à onze heures au port de Piles, où il a dîné. A une heure et
demie il entre en carrosse, et à Ingrande, à trois heures et demie,
goûté; il monte à cheval, et à six heures arrive à Châtellerault, va
jouer à la paume. Après souper il va chez la Reine, achète beaucoup de
besognes de coutellerie et de diamants du pays, disant que c'étoit pour
envoyer à ses enfants qui étoient à Saint-Germain-en-Laye; c'étoient
Monsieur, son frère, et Mesdames, ses sœurs.

_Le 28, lundi, voyage._—Éveillé à quatre heures par le bruit des
passants et du charroi, il entend les injures qu'ils s'entredisoient,
s'en rit. A sept heures et trois quarts il entre carrosse; à une lieue
environ, dans la garenne, il y a la fontaine de Nerpuis, sur la main
droite, où le sieur de l'Isle-Rouët donnoit à déjeuner à plusieurs
de ses amis de la Cour, bons compagnons. Le Roi les voyant, demande
que c'est; on lui dit: «C'est l'Isle-Rouët qui donne à déjeuner aux
goinfres de la Cour.»—_Je y veux aller_, dit-il; il met pied à terre,
et dit gaiement, faisant du bon compagnon: _Çà, j'en veux être des
goinfres de la Cour_, se prend à déjeuner, mange deux perdreaux,
l'estomac de deux poulets, un peu d'une langue de bœuf; M. de la Curée
servoit les plats à cheval. Le Roi dit en sautant: _Adieu, mon hôte_,
rentre en carrosse, et arrive à Jaulné, où, à une heure, il a dîné. Il
entre à cheval, sous le poële, à six heures et demie à Poitiers, va à
Saint-Hilaire.

_Le 29, mardi, à Poitiers._—Éveillé à une heure en sursaut, il se veut
lever sans dire la cause; ses valets de chambre, les sieurs de Heurles
et Armaignac, l'en veulent empêcher, croyant qu'il rêvât: _Laissez-moi,
laissez-moi_, dit-il; il se lève en chemise et ainsi veut aller à
la salle. Remis au lit, il se rendort jusques à neuf heures et un
quart. Levé, bon visage, etc., il va chez la Reine, puis en carrosse à
Saint-Pierre, revient à onze heures, ne sort point du logis, à cause de
la chaleur, jusques à cinq heures et demie, va jouer à la paume.

_Le 30, mercredi, à Poitiers._—Il va tirer au prix des harquebusiers
de la ville, donne du premier coup dans la cheville; il donne le prix,
c'étoit une écharpe, à celui qui avoit fait le meilleur coup après lui.

_Le 31, jeudi, à Poitiers._—Il va à la messe à Sainte-Croix, va en
sa chambre, chez la Reine; étudié. A trois heures et demie il va
au Palais, voir jouer une pastorelle (_sic_) par les écoliers des
Jésuites, la Reine aussi.

_Le 1er août, vendredi, à Poitiers._—Il va à la messe à Saint-Pierre,
revient à onze heures et un quart chez la Reine, au conseil. Il va
à vêpres aux Jacobins, entre en leur jardin. Mis au lit, il joue au
tric-trac.

_Le 2, samedi, à Poitiers._—Il va en carrosse à la messe, à la
Trinité, revient chez la Reine, va à la chasse, joue à la paume. Après
souper il va chez M. de Souvré, qui se trouvoit mal, y joue au piquet.

_Le 3, dimanche, à Poitiers._—Il va aux Cordeliers en carrosse, va
jouer à la paume, puis à la messe aux Carmes et à vêpres aux Cordeliers.

_Le 4, lundi, voyage._—A sept heures trois quarts il part de Poitiers,
à demi-lieue rencontre le marquis de Cœuvres, revenant de Bretagne,
portant assurance de l'affection et fidélité de M. de Vendôme, et
obéissance au service de Sa Majesté. _Ho! quelle obéissance! il n'a pas
encore désarmé_, dit le Roi. Il reçoit froidement M. de Cœuvres, et,
refusant de recevoir la lettre dudit sieur de Vendôme, la fait bailler
et lire à M. de Souvré, où étoient les mêmes termes, où aussi il redit
les mêmes paroles. Il arrive à neuf trois quarts au Breuil, où il a
dîné, puis à quatre heures entre en carrosse, et à cinq heures et demie
arrive à Mirebeau, va au jeu de paume, au jardin, chez la Reine.

_Le 5, mardi, voyage._—Il va à Notre-Dame, part à huit heures et demie
de Mirebeau, et arrive à dix heures et demie à Aubourg, où il a dîné.
Arrivé à Loudun, il va à l'église et de là, à sept heures et un quart,
chez M. d'Armaignac, l'un de ses premiers valets de chambre, où, de son
mouvement, il voulut aller souper. Il revient en son logis, et va à la
comédie françoise.

_Le 6, mercredi, voyage._—A huit heures déjeuné; il va à cheval à la
messe, à Notre-Dame-de-Recouvrance, puis encore un peu déjeuner chez
le sieur d'Armaignac, ayant su qu'il en donnoit aux sieurs de Termes
et de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre. Il entre en
carrosse, et part de Loudun à huit heures trois quarts, et arrive à dix
heures trois quarts à Bellecave, où il a dîné. Il arrive à six heures
et demie à Saumur, va à Notre-Dame de Nantilly et à la ville, va chez
la Reine.

_Le 7, jeudi, voyage._—A neuf heures et demie il entre en carrosse
sans déjeuner, va à Saint-Florent, où il est arrivé à dix heures et
demie, va à la messe, puis, à onze heures et un quart, dîné au lieu du
déjeuner, donné par M. de Souvré, à qui étoit l'abbaye. Il monte au
château, va chez la Reine, et à neuf heures revient à Saumur.

_Le 8, vendredi, voyage._—Il va à Saint-Pierre, à la messe, puis
en carrosse jusques au-dessous du pont où, pour la première fois
qu'il a fait voyage sur l'eau, il entre dans le bateau à six heures
et demie et part de Saumur. Il arrive à onze heures et un quart à
Saint-Mathurin-sur-Loire; durant le chemin il ne fut jamais assis ni
en repos, fait charger ses pistolets, tire et les baille à tirer en
salve contre d'autres de sa suite qui étoient en autres bateaux; il
fait faire et fait lui-même de petites fusées qu'il fait tirer dans
le bateau et dans l'eau. Le peuple étoit amassé à diverses troupes
sur les bords de la rivière, avec larmes et grandes acclamations de
joie et de _Vive le Roi_; un peu au-dessous de Roziers, il s'avança
environ cinquante ou soixante femmes dans l'eau jusques au genou, pour
approcher plus près du bateau et le voir. Il arrive à quatre heures
et un quart au Pont-de-Cé, va chez le sieur Bodinet, où il change de
chemise et d'habit, entre en carrosse et, à une maison de la ville,
monte à cheval, et arrive à Angers à six heures et un quart. Après
avoir ouï toutes les harangues, il va à l'évêché, puis en son logis, et
après souper chez la Reine.

_Le 9, samedi, à Angers._—Il va à la messe aux Carmes, au jardin, chez
la Reine, puis jouer à la paume.

_Le 10, dimanche, à Angers._—Il va à la messe à Saint-Maurice, puis
va voir le château. A trois heures il va à vêpres, puis voir un combat
naval et des artifices à feu.

_Le 11, lundi, voyage._—A sept heures il entre en carrosse et part
d'Angers, va à la messe à la Bamette, entre en bateau, et à deux heures
trois quarts, par mauvais temps de vent et de pluie, il arrive à
Ingrande. Dans le bateau il mange du pain bis du batelier et du bœuf
bouilli pris à un cabaret, sur le bord de l'eau; il met dix pistolets
sur une petite planche, comme canons en batterie, accommode des mèches
au bout des fourchettes, et y met le feu, les faisant tirer en salve.
Le vent étoit si contraire qu'il sort du bateau, et ayant envoyé devant
ses carrosses, il trouve celui de M. le marquis de Saint-Chamond, se
met dedans, part d'Ingrande, et avant que se mettre dans le carrosse,
se voyant mal accompagné, ses gendarmes et chevau-légers étant allés
devant, il charge lui-même deux pistolets de deux balles chacun. A sept
heures il arrive à Ancenis, au château.

_Le 12, mardi, voyage._—A huit heures il part d'Ancenis en carrosse,
est mis à cheval pour le mauvais chemin, et arrive à midi à Maulve, où
il a dîné. A trois heures il rentre en carrosse, et à six heures arrive
à Nantes, au château; après souper il va chez la Reine.

_Le 13, mercredi, à Nantes._—Il va chez la Reine, puis à la messe aux
Minimes, va en bateau voir pêcher.

_Le 14, jeudi, à Nantes._—Il va à la messe aux Minimes, va chez la
Reine, étudie, puis va aux Chartreux.—Mis au lit à neuf heures, il dit
son office pour communier le jour suivant.

_Le 15, vendredi, à Nantes._—Il va à la messe à Notre-Dame par la
poterne, revient à onze heures et demie, et dans la cour du château
touche six cents malades. A trois heures il va en carrosse à vêpres,
aux Chartreux. Mis au lit, à dix heures et demie, il s'endort en rêvant
et parlant: _Donnez-moi mon horloge, et tôt_; et autres propos jusques
à une heure, sans s'éveiller.

_Le 16, samedi, à Nantes._—Il va, par la poterne, à la messe aux
Minimes, va chez la Reine, puis sur l'eau, aux îles, et à onze heures
arrive sur la fosse, à la maison des marchands, où il a dîné. Il
regarde de ses fenêtres le préparatif qui se faisoit pour son entrée.
A côté de son logis il y avoit un petit échafaud couvert, où il étoit
assis dans sa chaise, et là les corps de la ville lui faisoient les
harangues. A cinq heures monté à cheval, mis sous le dais, il fait son
entrée par la porte Saint-Nicolas, et va à Saint-Pierre. A sept heures
il arrive au château, va jouer à la paume.

_Le 17, dimanche, à Nantes._—Il va à vêpres aux Minimes, puis jouer à
la paume; à six heures il va sur la rivière, descend jusqu'à la fosse
et revient à sept.

_Le 18, lundi, à Nantes._—Il va à la messe aux Minimes et de là entre
en carrosse, va à Chassay, maison de M. l'évêque de Nantes, où il a
dîné. Il revient à six heures et un quart à Nantes, va chez la Reine.

_Le 19, mardi, à Nantes._—Il va sur la terrasse où est la treille, y
a déjeuné. Vêtu pour aller ouvrir les États de la province, il va chez
la Reine, où les députés des États le viennent prendre. Il y va à dix
heures et un quart, accompagné de la Reine, où il prononça ces mots du
sien, et autres que ceux qu'on lui avoit baillés par écrit: _Messieurs,
je suis venu ici avec la Roine, ma mère, pour votre soulagement et
repos. Monsieur le chancelier vous témoignera le demeurant_. Il en
revient à douze heures et un quart; dîné.—Après souper il va en sa
chambre, fait danser les passepieds et branles de Bretagne aux violons
qui étoient venus jouer devant lui.

_Le 20, mercredi, à Nantes._—A cinq heures il va à la fosse, pour voir
le combat de deux galiotes et autres petits vaisseaux.

_Le 22, vendredi, à Nantes._—Étudié, etc.; il va à la messe aux
Jacobins, revient à onze heures et demie chez la Reine, où M. de Retz
arrive, lui fait la révérence, s'excusant si plus tôt il n'étoit venu
lui faire la révérence. Le Roi ne lui répond rien; le général des
galères remarquant cela dit audit de Retz qu'il falloit passer outre
et demander pardon; M. de Retz en prend l'occasion au sortir de la
chambre, et lors le Roi lui répond: _Quand vous me le témoignerez par
effets, je vous aimerai aussi_. A deux heures et demie il entre en
carrosse, et va à Chassay.

_Le 23, samedi, à Nantes._—A deux heures et demie il va en carrosse à
la Touche, où il a goûté.

_Le 24, dimanche, à Nantes._—Il va jouer à la paume, est un peu blessé
d'un coup de balle sur l'orbite de l'œil droit par le chevalier de
S....[197], puis va à la messe aux Minimes. A deux heures et demie il
va en carrosse se promener, tire de la harquebuse et tue un oiseau dans
la rivière, par-dessus le cheval.

  [197] Le nom est resté en blanc.

_Le 25, lundi, à Nantes._—Éveillé à trois heures, doucement, il ne se
peut rendormir, fait lire, enfin à quatre heures se rendort jusques à
huit. Il va jouer à la paume, puis à la messe à Saint-Pierre; à deux
heures et demie il va à vêpres, puis au bal à l'hôtel de ville, où il
a vu danser avec plaisir les danses du pays. A huit heures et demie
il voit, de sa chambre, jouer les artifices à feu faits sur un petit
bateau par le sieur Morel.

_Le 26, mardi, à Nantes._—A onze heures et demie dîné; M. de Vendôme
arrive sur son dîner. Le Roi le salue froidement, et comme il eût fait
un simple gentilhomme, sans se retourner. «Sire, lui dit M. de Vendôme,
je n'ai voulu faillir à venir trouver Votre Majesté, aussitôt que j'en
ai reçu le premier commandement, et pour l'assurer que je n'ai point
d'autre volonté que d'être son très-humble et très-obéissant serviteur,
désirant de le témoigner par le sacrifice de ma vie». Le Roi, la voix
tremblante et la face blême de colère, lui répond: _Servez-moi mieux
pour l'avenir que vous n'avez fait par le passé, et sachez que le plus
grand honneur que vous ayez au monde c'est d'être mon frère._—«Je le
crois ainsi», dit M. de Vendôme. Le Roi va en sa chambre puis chez la
Reine, où il mène M. de Vendôme, revient en sa chambre, change d'habit,
est botté, entre en carrosse, et va en la plaine Saint-Julien pour y
voir (lui à cheval) le régiment nouveau des Suisses.

_Le 27, mercredi, à Nantes._—Il va hors la ville, à cheval, faire
voler ses émerillons, fait plusieurs autres chasses à la harquebuse,
aux grenouilles, revient à quatre heures trois quarts, donne audience à
l'ambassadeur d'Espagne.

_Le 28, jeudi, à Nantes._—Il va à la messe à Saint-Pierre et à onze
heures et demie chez la Reine, où l'évêque de Dol parle au nom des
États, qui remercient LL. MM. et font don de 400,000 livres au Roi et
de 50,000 à la Reine. A midi dîné; il va chez la Reine, donne audience
à tous les députés particuliers des États, selon les bailliages. Il va
jouer à la paume, fait courir par ses bassets un jeune cerf dans les
fossés du château.—Mis au lit, il s'endort au luth et à la voix du
sieur Bailly.

_Le 29, vendredi, à Nantes._—Dormi avec inquiétude, par impatience
de lever matin pour aller à la chasse; il va à la chasse avec ses
émerillons.—Après souper il va en sa chambre, où Messieurs des Comptes
viennent prendre congé de lui; M. de Souvré l'instruisant de ce qu'il
avoit à leur répondre, ayant su qu'ils devoient venir, lui dit de leur
répondre qu'il étoit fort content de leur service, et qu'ils eussent à
continuer: _Bien, bien, mousseur de Souvré_, lui répond le Roi, puis
il se retire à part, et dit au sieur de Heurles, l'un de ses premiers
valets de chambre: _Monsieur de Souvré me baille des harangues que je
ne veux pas dire comme il me les dit. Je doute que tous m'ayent bien
servi._

_Le 30, samedi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse
par le petit pont, va à la messe aux Bonshommes et part de Nantes en
carrosse. Il va à la tour d'Oudon, où il a dîné. A cinq heures il
arrive à Ancenis, est débotté, va jouer au jeu du billard au village,
revient à six heures; la Reine arrive. Mis au lit, il fait chanter deux
pages de la musique pour s'endormir; M. de Vendôme vient pour le voir
et demande à M. de Pluvinel si le Roi dormoit; M. de Heurles, premier
valet de chambre, va ouvrir doucement le rideau pour le savoir; le Roi
lui demande tout bas: _Qu'est-ce?_—«Sire, c'est M. de Vendôme qui
vient voir Votre Majesté.»—_Dites que je dors._

_Le 31, dimanche, voyage._—A sept heures il monte à cheval, part
d'Ancenis et va jusques à Ingrande, où il entre en carrosse jusqu'à
Saint-Georges, où il a dîné et goûté. A trois heures il entre en
carrosse et part de Saint-Georges; en chemin, à cause de la chaleur
fort grande, il se fait descendre dans la forêt pour prendre le frais.
Près d'Angers il monte à cheval, et entre à Angers à sept heures, me
dit qu'il avoit mal à la tête, qu'il eût mieux aimé se coucher que
souper, si son lit eût été arrivé.

_Le 1er septembre, lundi, à Angers._—Éveillé à sept heures et un
quart, levé, etc., il reçoit le sieur de Bonnevau, gouverneur du
Pont-de-Cé, contre qui il avoit été fâché. Il va en carrosse jouer
à la paume, puis à la messe aux Cordeliers, revient à onze heures
chez la Reine, s'amuse sur une tringle du lit de la Reine, revêtue de
velours, à danser dessus comme s'il eût dansé sur la corde, en tenant
la pareille aux mains, pour le contrepoids. A deux heures il entre en
carrosse, et va au Pont-de-Cé, au château, où il a goûté, se promène
partout, revient à six heures trois quarts.

_Le 2, mardi, voyage._—Il entre en carrosse à six heures et demie,
va hors la ville à la messe à Saint-Cyre, puis part en carrosse
d'Angers, passe par le verger pour voir la maison, et à onze heures
et un quart arrive à Duretal, où M. le comte de Schomberg lui fait
festin. Il va chez la Reine, puis à la galerie, où il s'amuse à faire
et à faire faire des fusées avec des tuyaux de chaume; et parce que le
vent qui venoit d'une porte ouverte remuoit les fusées mises sur des
planches où il faisoit la traînée pour leur donner le feu, il ferme la
porte lui-même et commande à un archer du corps de ne laisser entrer
personne, qui que ce soit. Il advient qu'il donne passage au sieur
Emmanuel, gentilhomme aragonois et l'un de ses ordinaires, de façon que
le vent passant remue ses fusées; il part de la main, va à l'archer:
_Pourquoi avez-vous ouvert la porte? je le vous avois défendu! je
vous fairai casser._—L'archer s'excusant dit que c'étoit un de ses
compagnons qui venoit de sortir et, sur cette occasion, ce gentilhomme
étoit entré.—_Mais je vous avois défendu de laisser entrer personne_;
et se tournant au sieur Emmanuel, mettant son chapeau au poing, il lui
dit gracieusement: _Ce n'est pas que je ne veuille bien que vous ne
soyez entré, j'en suis bien aise, mais c'est que je lui avois défendu
de laisser entrer personne_. A six heures il entre en carrosse, et
arrive à six heures à la Flèche, va au jardin, chez la Reine.

_Le 3, mercredi, à la Flèche._—Il va au jardin voler des petits
oiseaux avec ses émerillons, va à la messe, puis au collége des
Jésuites, où, en la grande salle, fut représentée la tragédie de
_Godefroy de Bouillon_, et à quatre heures en la grande allée du parc,
devant la Reine, la comédie de _Clorinde_, revient à cinq heures, joue
à la paume.

_Le 4, jeudi, voyage._—A huit heures il entre en carrosse, part de la
Flèche et arrive à dix heures et un quart à Malicorne. Un habitant de
Malicorne lui baille un arc de Brésil et six flèches, pour un hommage
dont il avoit titre, qui portoit qu'autrefois un roi de France, passant
et logeant à Malicorne, donna à un de ses prédécesseurs quelque devoir
qu'il devoit au Roi, lequel le lui quitta le lui ayant demandé, à la
charge qu'au lieu dudit devoir il payeroit un arc et six flèches.—Il
va chez la Reine, joue aux échecs en sa chambre, va à la pêcherie à un
quart de lieue, court, va longtemps à pied.

_Le 5, vendredi, voyage._—On lui raconte comme le corps de garde des
François avoit été en alarme, pour un nombre infini d'ardents qui
paroissoient en diverses figures de batailles et approchant jusques
auprès de la sentinelle qui faillit à tirer, disparurent peu après;
qu'un pourvoyeur se trouva parmi ces ardents avec toutes les frayeurs
du monde. Autres disoient que c'étoient des sorciers et qu'il y en a
beaucoup en cette contrée-là[198]. A sept heures déjeuné; il va en
carrosse à la messe, et part après de Malicorne et va à Nages, où il a
dîné. Il se met à la fenêtre et se joue, jetant des petites pommes à
ceux qui passoient. A trois heures il entre en carrosse, et, par le
faubourg de la Couture, fait son entrée au Mans, reçoit les harangues,
et à sept heures va à Saint-Julien, puis en sa chambre.

  [198] «Il parut audit Malicorne, la nuit que le Roi y fut, plus
  de huit cents feux qui avançoient et reculoient comme si c'eût
  été un ballet.» (_Mémoires de Bassompierre._)

_Le 6, samedi, au Mans._—Il va jouer à la paume, va en carrosse
à Saint-Vincent, abbaye de moines où l'élection s'observe par
triennalité; aussitôt que le Roi eut vu l'abbé, il observa qu'il
n'avoit point de suite et le dit à M. Des Maretz, son aumônier, qui lui
en rend soudain la raison. A deux heures il entre en carrosse, et va à
Beaulieu, abbaye où il tire de la harquebuse aux lapins.

_Le 7, dimanche, au Mans._—Il va au jeu de paume, puis à la messe, à
l'abbaye de la Couture. Après dîner il va en sa chambre, y fait monter
un fort petit mulet qu'on lui avoit donné, fait porter de l'avoine et
lui en donne lui-même. Il va chez la Reine à deux heures, au sermon à
Saint-Julien, puis en carrosse à Notre-Dame-des-Prés, à vêpres, s'amuse
à tirer de la harquebuse aux oiseaux.—Mis au lit, il est entretenu par
le sieur de Palmot-Sancy des singularités de la mer Australe, parlant
des poissons volants et comme ils se prenoient.

_Le 8, lundi, au Mans._—Il raconte comme il avoit songé qu'il voyoit
des poissons volants et appeloit de Heurles, son premier valet de
chambre; il dormoit et parloit; il étoit hors des draps sur le milieu
du lit, se vouloit élancer pour en aller prendre; remis au lit sans
s'éveiller jusques à sept heures trois quarts. Il va chez la Reine,
puis à la messe à Saint-Julien, va jouer à la paume, va à vêpres aux
Augustins.

_Le 9, mardi, voyage._—Il monte à cheval, et part du Mans à sept
heures, va chassant, et arrive à onze heures à Connaré, où il a dîné. A
sept heures et un quart il fait son entrée, à cheval, sous le poële, à
la Ferté-Bernard.

_Le 10, mercredi, voyage_[199].—Il part de la Ferté-Bernard, et à
onze heures arrive à Nogent-le-Rotrou, où il a dîné. Il va jouer à la
longue paume.

  [199] «M. Bodinet, apothicaire du Roi, a recueilli ceci, à cause
  de mon indisposition,» dit Héroard à cette date. Il partit sans
  doute le même jour pour Vaugrigneuse, où le Roi lui fit une
  visite le 15 septembre suivant. Héroard ne reprend lui-même son
  journal que le 29 septembre.

_Le 11, jeudi, voyage._—Il va à la messe, entre en carrosse, part de
Nogent et arrive à onze heures à Champron, où il a dîné. A trois heures
il monte à cheval, et en chassant arrive à sept heures à Courville;
après souper il va chez la Reine.

_Le 12, vendredi, voyage._—Il part de Courville à cheval, et à cinq
heures et demie fait son entrée à Chartres, va à la grande église. A
sept heures soupé; il va chez la Reine.

_Le 13, samedi, à Chartres._—Il va jouer, va à la messe, chez la Reine.

_Le 14, dimanche, voyage._—Il va à la messe, monte à cheval, part
de Chartres, va au gué de Loré, où il a dîné, arrive à six heures à
Saint-Arnoul.

_Le 15, lundi, voyage._—A sept heures et un quart il part de
Saint-Arnoul en carrosse, passe par Angervilliers et là nous fait
l'honneur non espéré ne attendu, et de son propre mouvement, de venir
à Vaugrigneuse, l'ayant résolu au partir de Saint-Arnoul et ne l'ayant
voulu remettre à l'après-dînée. Il arrive à neuf heures et demie, va
au jardin, au clos; déjeuné de ce qui se trouva de prêt: des raisins
noirs, d'une fricassée de poulet, assez; la chair de trois côtelettes
de mouton en carbonade; d'un pâté de lièvre, beaucoup; pain de la
maison, beaucoup (il le trouva si bon qu'il en fit prendre et emporter
trois); bu du vin clairet fort trempé. A dix heures trois quarts il
entre en carrosse, et s'en va à Limours où, environ midi, il a dîné.
A deux heures il rentre en carrosse, et, par Brys, va à Chilly sur
Longjumeau.

_Le 16, mardi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse
et va au Bourg-la-Reine, où il a dîné. A trois heures il monte à
cheval, et à cinq heures arrive aux faubourgs de Paris, parmi une
multitude de peuple incroyable des deux côtés, jusques auprès du
Bourg-la-Reine, va à Notre-Dame, et au Louvre à huit heures.

_Le 18, jeudi, à Paris._—A deux heures il va à Madrid, où il a goûté.

_Le 20, samedi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur et
Mesdames, ses sœurs.

_Le 29, lundi, à Paris._—Il va au bois de Vincennes, revient, et sur
les cinq heures, à l'entrée de la rue de la Tixeranderie, rencontre
M. le prince de Condé, qui revient en poste, le fait entrer en son
carrosse. Je reviens à quatre heures et reprends.

_Le 1er octobre, mercredi, à Paris._—Il va par la galerie aux
Tuileries et à la messe aux Feuillants, puis chez Haran, qui avoit ses
chiens, qui avoit préparé le déjeuner, y a mangé d'un pâté de lièvre et
une saucisse. Il revient à dix heures à la galerie, au conseil, et y
tient le conseil comme majeur[200]; ce fut le premier.—Mis au lit, il
fait vœu à Notre-Dame-des-Vertus s'il peut, le lendemain, au Palais,
prononcer sans faire faute ses paroles pour sa majorité.

  [200] Le roi était entré le 28 septembre dans sa quatorzième
  année.

_Le 2, jeudi._—Il va chez la Reine, est fort résolu, et à dix heures
monte à cheval pour aller à la cour de Parlement, pour se déclarer
majeur, où il prononça hautement, fermement et sans bégayer, ces
paroles à l'assemblée: «Messieurs, étant parvenu en l'âge de majorité,
j'ai voulu venir en ce lieu pour vous faire entendre que, étant majeur
comme je suis, j'entends gouverner mon royaume par bon conseil,
avec piété et justice. J'attends de tous mes sujets le respect et
l'obéissance qui est due à la puissance souveraine et à l'autorité
royale que Dieu m'a mise en main; ils doivent aussi espérer de moi
la protection et les grâces qu'on peut attendre d'un bon roi, qui
affectionne sur toutes choses leur bien et repos. Vous entendrez plus
amplement quelle est mon intention par ce que vous dira monsieur le
chancelier.»

_A la Reine_: «Madame, je vous remercie de tant de peine que vous
avez prinse pour moi; je vous prie de continuer, et de gouverner et
commander comme vous avez fait par ci-devant. Je veux et entends que
vous soyez obéie en tout et partout, et qu'après moi et en mon absence
vous soyez chef de mon conseil.»

Il revient en carrosse à trois heures et demie, fort gai, se veut
coucher, ne veut point dîner. Mis au lit, il se fait apporter des
petits jouets; goûté; il s'amuse à peindre sur des fonds de boîtes de
sapin. A neuf heures et un quart, il s'endort à la musique.

_Le 3, vendredi, à Paris._—A trois heures il dit qu'il a en
l'imagination les cérémonies du jour précédent: l'ordre, les rangs, les
allées, les venues des uns et des autres, en dormant, que cela trouble
son dormir; il se rendort jusques à six heures. Levé, déjeuné, il va
jouer à la paume, va à la messe en la chapelle de Bourbon, puis chez la
Reine, au cabinet des livres.

_Le 5, dimanche._—Il va accomplir le vœu qu'il avoit fait mercredi,
à son coucher, à Notre-Dame-des-Vertus[201], y va en chassant, revient
à cinq heures, va chez la Reine. Mis au lit, il s'endort à dix heures
jusques à onze; éveillé en sursaut, à demi, il se lève sur le lit,
disant: _Je le veux, je le veux, mais Soupite_ (le nom de son premier
valet de chambre en quartier).—«Mais, que voulez-vous, sire?»—_Aller
à mes affaires_; il s'éveille, et rit de son songe.

  [201] Aujourd'hui Aubervilliers, près de Saint-Denis.

_Le 10, vendredi._—A sept heures et un quart déjeuné; il voit en la
cour des cuisines le pourvoyeur, qui délivroit le poisson, y va, voit
faire la délivrance, en fait passer, encore qu'ils ne fussent pas de la
mesure, donne deux écus à l'huissier du bureau.

_Le 11, samedi._—Étudié, etc.; il va chez la Reine, est botté, va
voler hors la porte Saint-Martin, revient au jeu de paume, va sur le
gué de Grève, où l'on avoit commencé le pont, y plante la première
pierre, y met deux pièces d'or et autant d'argent, avec ces devises:
l'une d'un pont commencé et imparfait: _Ripa regnaturus utraque_; et
l'autre d'un pont heurté des flots, pour la Reine: _Sic illa immota
procellis_.

_Le 12, dimanche._—Il va à la galerie, où il joue au billard.

_Le 13, lundi._—Il va vers le Roule où il monte à cheval, court et
prend deux lièvres, met pied à terre, mène lui-même son cheval, ne
veut même permettre que Charlot, l'un de ses valets de pied, le mène;
auquel, pour s'être trouvé seul auprès de lui, il donna un demi-écu.
Il s'en va à Villiers-la-Garenne, chez Mlle Brisset, où il fait sa
collation, entre en la cuisine, met M. le comte de la Rocheguyon à
la porte pour huissier, et lui se fait porter des œufs, ayant été
auparavant au poulailler pour en prendre. Il donne deux écus à une
femme qui lui en apporta six et un poulet, se prend à faire des œufs
perdus et des œufs pochés au beurre noir, et des durs hachés avec du
lard, de son invention. M. de Frontenac, premier maître d'hôtel, fait
une œufmeslette[202]; le Roi commande au petit Humières de prendre
un bâton et de servir de maître d'hôtel, au sieur de Montpouillan
d'huissier, à d'autres de prendre des plats et lui prend le dernier
et marche ainsi à la salle, où étoit M. de Souvré, auquel il avoit
commandé d'attendre ce qu'on alloit lui servir. Il fait l'essai du plat
qu'il portoit, s'assied, goûte de l'omelette, peu, un peu de raisin
noir, pain bis, beaucoup; point bu. Il revient à cinq heures, va en la
galerie de Bourbon jouer au billard. Après souper il va chez la Reine;
M. de Nevers y arrive, il lui fait froid accueil.

  [202] C'est ainsi qu'Héroard écrit toujours le mot omelette.

_Le 15, mercredi._—Il va au conseil, monte en sa garderobe, s'amuse
à ses harquebuses; en même temps il arrive dans la cour de la rumeur
entre les pages et laquais de M. de Guise et de M. de Nevers, sur la
préférence que débattoient leurs cochers. M. de la Force, capitaine
des gardes, étant là près du Roi, va dire: «Il me semble que l'on
crie: Tue, tue.» Soudain le Roi dit hardiment: _Chargeons à balle;
pour le moins ils ne nous prendront pas sans verd_. Il descend à la
galerie, s'amuse lui-même à travailler avec le menuisier à dresser le
jeu de billard; sur les six heures M. de Nevers y vient, le supplie
de l'excuser de ce que ses gens avoient fait: _Je le trouve pas bon;
je m'en sens offensé!_—M. de Nevers lui demande s'il lui plaît qu'il
les mettra ès mains de qui il commandera.—_Non, je leur pardonne pour
cette fois, mais que ils ne y retournent plus._

_Le 16, jeudi._—Il va au conseil des finances, en la galerie.

_Le 22, mercredi._—Il va en la galerie jouer au billard; étudié[203].
Il va à la messe en Bourbon, à la forge de Bourbon et à son écurie,
puis au jeu de paume.—A souper, son pourvoyeur se plaignoit de la
perte qu'il faisoit pour la viande qu'il avoit tuée, ne sachant pas que
l'on dût manger du poisson, à cause du jeûne extraordinaire commandé
pour l'assemblée des états; le Roi se retourne à M. Testu, maître
d'hôtel, lui commandant et parlant par compassion: _Que l'on la lui
passe, que l'on la lui passe_.—Le maître d'hôtel répond qu'il n'y a
pas de fonds.—_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas
du vôtre._—Le maître d'hôtel vouloit repartir, le Roi reprend, fâché:
_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas du vôtre_.

  [203] Ce mot revient maintenant très-rarement dans le journal.

_Le 25, samedi._—Joué à la cligne-mussete[204], avec les sieurs de
Termes, de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre, et les
sieurs comtes de la Rochefoucauld, maître de la garde-robe, et de la
Rocheguyon.

  [204] On dit aujourd'hui _Cligne-musette_ ou _Cache-cache_.
  _Musette_, dit M. Littré, est une altération pour _mussette_,
  cachette.

_Le 26, dimanche._—A neuf heures et un quart il entre en carrosse, et
va aux Augustins, pour la procession générale, revient à trois heures
et demie. Devêtu, mis au lit, il s'amuse à faire des petits canons
lui-même, et le rouage aussi. A six heures et demie soupé dans le lit;
en soupant quelqu'un dit que MM. du clergé des états avoient prié M.
le cardinal de Joyeuse de présider en leur chambre par honneur; qu'il
étoit le doyen des cardinaux, et que c'étoit une qualité de telle
prééminence que si Sa Majesté étoit à Rome, il la précéderoit. Le Roi,
après avoir un peu ruminé et branlant la tête, dit: _Nous sommes en
France; à Rome comme à Rome!_—Levé en robe et bottines, il va chez la
Reine, revient, s'amuse à faire jouer à _Ma compagnie me déplaît_ et à
faire chanter sa musique.

_Le 27, lundi._—Il va chez la Reine et, à trois heures et un quart,
en la grande salle basse de Bourbon, à l'ouverture des états généraux,
où il a prononcé ces paroles hautement, distinctement et avec une
belle action: «Messieurs, j'ai désiré de voir cette grande et notable
assemblée au commencement de ma majorité, pour vous faire entendre
l'état présent des affaires, pour établir un bon ordre par le moyen
duquel Dieu soit servi et honoré, mon pauvre peuple soulagé, et que
chacun puisse être maintenu et conservé en ce qui lui appartient, sous
ma protection et autorité. Je vous prie tous et vous conjure de vous
employer comme vous devez pour un si bon œuvre. Je vous promets
saintement de faire observer et exécuter ce qui sera résolu sur tout
ce qui sera avisé en cette assemblée. Vous entendrez plus amplement ma
volonté par ce que vous dira monsieur le chancelier.» La Reine étoit à
sa main droite, Monsieur à sa gauche, M. de Mayenne, grand chambellan,
à ses pieds; au-dessous M. de Fronsac, faisant la charge de grand
maître pour M. le comte de Soissons. Le sieur de Marquemont a parlé
pour le clergé, le baron du Pont-Saint-Pierre pour la noblesse, et le
sieur Miron, président aux Enquêtes et prévôt des marchands, pour le
tiers état. A cinq heures et demie le Roi est sorti; à six soupé. Il
va chez la Reine, revient à huit heures trois quarts; mis au lit, il
s'endort au son des régales[205].

  [205] De ses orgues. _Voy._ tome I, page 280, note 439, et au 8
  novembre suivant.

_Le 29, mercredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, fait voler ses
émerillons au premier parterre, va à la messe aux Capucins, puis chez
Haran[206], où il fait cuire des œufs et les donne. Il revient à dix
heures et demie en carrosse, va chez la Reine, se plaint de douleur
de tête, les mains, le nez froids, dit qu'il a peine à respirer, se
couche sur des placets, se met vêtu sous la couverture du lit de la
Reine; dîné avec la Reine. A quatre heures pouls plein, un peu hâté,
par colère passagère[207] du soir précédent, sur ce qu'on lui avoit dit
que M. de Souvré vouloit empêcher que le sieur de Luynes n'entrât en
sa chambre, jusques à prier la Reine de lui ôter M. de Souvré, qu'il
ne pouvoit plus durer avec cet homme-là. Sur les six heures le pouls
ondeux, plus reposé; à neuf heures levé, mené en robe et mis dans son
lit, en la grande chambre.

  [206] _Voy._ au 1er octobre précédent.

  [207] Héroard dit: _Ephemera ab ira_.

_Le 30, jeudi._—Remis au lit après dîner, il envoie querir des
couleurs chez son peintre Bunel, s'amuse à les faire sur l'ardoise et
à peindre. A quatre heures levé en robe, il fait porter dans sa chambre
le billard qui étoit en la galerie, joue au billard, voit danser un
petit ballet à Madame.

_Le 31, vendredi._—Il va chez la Reine; à une heure le froid le prend,
avec une légère douleur extrême au côté droit des côtes, va à la
salle du conseil à deux heures, où il donne audience aux députés des
états qui venoient le supplier de se trouver, pour le jour d'après,
à leur communion aux Augustins, là où tous les trois ordres étoient
assemblés. Après il va en sa chambre, est devêtu, mis au lit à deux
heures et demie. A trois heures, le froid passé, il entend vêpres, la
Reine y étant. Peu après il demande à se jouer, dit que s'il ne s'amuse
à quelque chose qu'il deviendra mélancolique; il se fait donner sa
camisole et son petit manteau, et fait porter sa petite table et des
cartes. Il en fait des canons, soudés avec de la cire d'Espagne, les
charge de poudre et de papier, y met le feu; ils tirent sans crever.

_Le 1er novembre, samedi, à Paris._—Éveillé à sept heures et demie,
la langue rouge, gorge sèche; il dormoit la bouche ouverte, le nez
empêché. Il s'amuse à faire des canons et des châteaux de cartes.
Levé, il s'amuse assis à se jouer, va jouer au billard, fait jeter en
fonte[208]. La Reine le vient voir; il joue du tabourin en forme de
tabar, tout en action.

  [208] Sans doute par un émailleur. _Voy._ au 4 novembre suivant.

_Le 2, dimanche._—Levé en robe, il fait tirer ses canons faits de
cartes à jouer, de son invention, qui ne crevoient point, chargés de
poudre et de papier, montés sur des affûts de cartes; joue du tambour.

_Le 3, lundi._—Vêtu de son habit de ratine et de sa robe, il joue au
billard, fait voler sa pie-grièche, s'amuse diversement et gaiement.
La Reine le vient voir; ils voient jouer des joueurs de marionnettes.
Il fait faire sur-le-champ un ballet qu'il fait danser, dans une heure
après, à huit de ses petits enfants, devant la Reine. Mis au lit, il
s'endort au son de la lyre par le sieur Bailly.

_Le 4, mardi._—Levé en robe, il joue au billard, fait travailler
un ouvrier en émail, lui fait faire des figures et autres besognes
pour en faire une blanque[209], fait voler des petits oiseaux à ses
pies-grièches. La Reine le vient voir.

  [209] Une loterie.

_Le 5, mercredi._—Il se relève de sa maladie, va chez la Reine, puis
à la chapelle de son antichambre. Étudié; il dit qu'étant malade
au lit et faisant voler des petits oiseaux en sa chambre par ses
pies-grièches, il faisoit vœu aux pauvres d'un quart d'écu pour chacun
qu'elles prendroient. Il descend en sa chambre; avant que d'aller jouer
à la paume on lui vient dire que l'ambassadeur de Savoie desiroit de
le voir: _Qu'il attende! Monsieur de Savoie a bien fait attendre mon
ambassadeur monsieur de Rambouillet_. C'est que le soir précédent, peu
devant son souper, M. de Créquy, qui venoit de Dauphiné, lui avoit
raconté comme M. de Savoie avait envoyé dire à M. de Rambouillet qu'il
ne prît point la peine de passer plus outre que Turin, où il étoit
arrivé, craignant qu'il ne reçût de l'incommodité d'aller à son armée
où il étoit, près de Verceil. Il voit l'ambassadeur de Savoie, puis
va au jeu de paume, où il est peu de temps, va jouer au jardin, où il
fait courir un levraut par _Valet_, son bon épagneul, puis va au jardin
devant sa chambre.

_Le 6, jeudi._—Il dit qu'il a songé que le sieur de Luynes, un
gentilhomme qu'il aimoit, étoit habillé à la suisse, avoit des chausses
jaunes découpées, une grosse brayette verte et une grande fraise
pareille à celle des femmes, et qu'il jouoit du fifre; et que sa
maîtresse aussi étoit habillée à la suisse et jouoit du tabourin, et
qu'elle savoit bien jouer l'abattis[210], mais non pas le fredon (ce
qu'il disoit sans dessein). Il le racontoit à tout le monde, et me
commanda de l'écrire. Il va chez la Reine et au conseil, puis va à la
chasse au Roule, où il monte à cheval, fait voler le cochevis[211] par
ses émerillons.

  [210] L'_abattis_ et le _fredon_ doivent signifier diverses
  manières de battre du tambourin, et l'équivoque faite sans
  dessein par Louis XIII, mais remarquée par Héroard, justifie
  l'opinion de M. Littré, qui voit dans _fredon_ l'étymologie de
  _fredaine_.

  [211] L'alouette.

_Le 8, samedi._—Il va chez M. de Souvré pour y voir faire des
émeraudes, se y plaît et en toutes sortes de besognes et inventions,
fait un cabochon de rubis fort bien et beau, revient à deux heures au
conseil. Mis au lit, il dit tout son service (divin) ayant à communier
le jour suivant pour toucher les malades, s'endort au son de ses orgues.

_Le 9, dimanche._—A neuf heures et demie il va à la messe en Bourbon,
communie, et à dix heures trois quarts, en la grande galerie du Louvre,
touche trois cent vingt malades. A onze heures et demie dîné; à deux
heures et demie il entre en carrosse, va à vêpres aux Jésuites, rue
Saint-Antoine.

_Le 11, mardi._—Il va à Notre-Dame-des-Vertus, à vêpres, fait voler
ses émerillons.

_Le 12, mercredi._—A une heure il va chez M. le commandeur de Sillery,
qui faisoit festin à la Reine, où il mangea des abricots secs et autres
confitures, puis s'en alla aux Tuileries.

_Le 16, dimanche._—Il va à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis
va voir la reine Marguerite.

_Le 17, lundi._—Il s'amuse diversement, monte en sa garde-robe, où il
fait nettoyer toutes ses harquebuses, pour les montrer à M. le Grand,
qui devoit arriver, revenant de Bourgogne. Après souper il va chez la
Reine et à la comédie françoise.

_Le 18, mardi._—Il va au conseil, s'amuse, avec la plume et l'encre, à
faire des chevaux qui tirent un canon, à faire des arbres et une petite
église, et une mariée de village, et ne laisse pas d'écouter et faire
rallumer par plusieurs fois les chandelles éteintes, sur l'adjudication
d'un office de trésorier de France à Montpellier.—Mis au lit, il
s'endort à la musique des voix et des luths.

_Le 21, vendredi._—Étudié; la leçon lui semblant trop longue,
il demande à M. de Fleurence: _Si je vous donne une évêché,
accourcirez-vous mes leçons?_—«Non, Sire.» Il ne répondit rien.—M.
le grand écuyer arrive au souper du Roi, revenant de son gouvernement
de Bourgogne; il le reçoit avec une allégresse non pareille, s'avance
au-devant de lui: _Il y a longtemps que je vous attends_, lui dit-il,
l'ayant embrassé un coup sur l'autre, et il le mène chez la Reine.

_Le 28, vendredi._—Il va à Gaigny voir une maison qu'il avoit achetée
3,500 écus et donnée à Haran, qui avoit ses chiens.

_Le 1er décembre, lundi._—Il va en la galerie, chez le marchand de la
Chine, où il a acheté des étoffes et des meubles; va chez la Reine,
puis au conseil.

_Le 2, mardi._—Il va au logis de M. de Souvré, rentre en carrosse, et
va à la messe aux Jésuites, en la rue Saint-Antoine, puis revient au
bois de Vincennes, va à Villemunde, où il dîne chez M. Leclerc[212].

  [212] M. Leclerc était fils de Mme Leclerc, veuve d'un meunier
  des environs d'Ivry, et qui, en 1590, donna au Roi une forte
  somme avec laquelle il put payer les Suisses, qui menaçaient de
  s'éloigner, et gagner cette bataille décisive. Henri IV anoblit
  ce jeune homme et lui donna une charge de conseiller au parlement
  de Paris. Ce fut la souche des Leclerc, marquis de Lesseville,
  qui subsistent encore en Champagne aujourd'hui.

_Le 8, lundi._—Il monte au cabinet des livres, s'amuse à faire des
vers sur le nez de M. de Luynes[213].

  [213] C'est la première fois qu'Héroard n'écrit pas Loynes.

_Le 12, vendredi._—Il mange presque tous les jours du beurre de
Bretagne donné par M. de Montmartin. Il va au conseil, joue au billard,
travaille peu.

_Le 19, vendredi._—Il va à Auteuil, pour voir la maison qu'il vouloit
acheter, où il se joue longtemps, va au parc de Madrid, rentre en
carrosse. En revenant, au droit des Ternes, le carrosse se rompt, il va
un long temps à pied, rentre dans le même carrosse racoustré, rentre et
joue à un petit billard qu'il avoit fait faire. Le soir il va chez la
Reine.

_Le 21, dimanche._—Il va à deux heures au sermon, à
Saint-Jacques-la-Boucherie, puis à l'hôtel de Bourgogne, où il a mangé,
comme il m'a dit, quatre ou cinq petits choux, achetés par M. de Luynes
chez le pâtissier.

_Le 30, mardi._—Il va chez la Reine, va par la galerie aux Tuileries;
il y faisoit mol. Chaussé, séché, il revient par le même chemin, va
chez la Reine. Le soir encore chez la Reine et à la comédie françoise.

_Le 31, mercredi._—Il va chez M. de Souvré, joue à la paume, va aux
vêpres aux Cordeliers. Le soir il va chez la Reine, puis revient en son
petit cabinet; confessé par le père Coton.



ANNÉE 1615.

  Le jour de l'an.—M. de Bonneval et le lieutenant général de
  Luzarches.—Ballet de M. le Prince.—Clôture des États.—Discours
  du Roi.—Soupé du Roi à Pétonville.—Inondation de la Seine
  dans le jardin des Tuileries.—Le Roi va constamment à la
  comédie et danse des ballets.—Congé des États.—Mort de la
  reine Marguerite.—Son enterrement.—La paulette.—Remontrances
  du parlement.—Première pierre de la statue de Henri IV au
  Pont-Neuf-des-Augustins.—Procession de Sainte-Geneviève à cause
  de la sécheresse.—Le Roi commence à apprendre l'équitation.—Il
  visite la Bastille.—Dîné aux champs avec des seigneurs de la
  cour.—Voyage de Guyenne pour son mariage.—Il dîne à Amboise,
  chez M. de Luynes.—Chenonceaux.—Poitiers.—Le Roi joue
  encore aux petits soldats.—Ruffec.—Angoulême.—Réception
  des députés du parlement de Bordeaux.—Arrivée en bateau
  à Bordeaux.—Fiançailles, par procuration, de Madame
  avec le roi d'Espagne.—Séjour.—Échange de princesses à
  Saint-Jean-de-Luz.—Hardie entreprise du cardinal de Sourdis
  pour sauver un condamné.—Entrée du Roi et de la Reine.—Cadeau
  et chevaux du roi d'Espagne.—Ballet espagnol.—Les deux époux
  jouent aux petits jeux.—Le Roi ferre un cheval.—Excuses
  du cardinal.—L'olla podrida.—Le champ de bataille de
  Coutras.—Fêtes de Noël à Aubeterre.—La vie du Roi toujours la
  même.


_Le 1er janvier, jeudi._—Levé, bon visage; il va à la messe à Bourbon,
revient en la galerie où il touche deux cent trente malades. Il va au
sermon et aux vêpres à Saint-Louis.

_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine botté, à onze heures trois quarts
chez M. de Souvré pour le hâter à dîner. A midi il entre en carrosse,
va à la volerie, monte à cheval à la plaine de Grenelle jusques auprès
du Bourg-la-Reine, vole et prend le milan, le héron et la corneille,
dit au sieur de Luynes, gentilhomme qu'il aimoit: _Loïnes, dites à
monsieur de Plainville_ (capitaine des gardes) _qu'il ne laisse pas
approcher de moi beaucoup de personnes quand je chasse; pourtant
dites-lui qu'il ne se fâche pas, si je me mets quelquefois en colère_,
puis le lui dit à lui-même, lui disant qu'il y a accoutumé son
compagnon.

_Le 5, lundi._—Il va chez la Reine, à deux heures au conseil, où M.
l'évêque d'Angers parla contre l'autorité du parlement; il tire les
Rois, donne la fève à Dieu, puis à soi, avec les sieurs de Grammont, de
la Curée et Despréaux.

_Le 6, mardi._—Il va au conseil, où le clergé, par l'évêque d'Angers,
demandoit que le parlement ne connût plus des affaires d'État, que le
premier avocat général fût ecclésiastique, que l'arrêt donné le jour
précédent au conseil fût cassé, qui portoit que S. M. évoquât à soi
en affaires, et cependant défend au parlement de signer leurs arrêts:
qu'ils ne partiroient pas de là qu'en leur présence il ne fût cassé.
M. le prince de Condé en voulut parler. Le cardinal du Perron lui dit
qu'il le récusoit; et comme il voulut répondre, le Roi se lève de sa
chaise et va au sieur Prince, et lui dit: _Monsieur, je vous prie,
n'en parlez plus_, et se retournant à d'autres: _puisqu'ils récusent
Monsieur le Prince, ils me voudront aussi récuser_[214].

  [214] «Les députés des états parlèrent derechef au Roi avec
  une insolence effroyable.» _Voy._ dans le _Journal d'Arnauld
  d'Andilly_, le récit de cette séance, page 25.

_Le 22, jeudi._—La Reine le vient voir, et lui apporte les provisions
pour le château d'Amboise, que M. le Prince, auquel il avoit été baillé
en garde jusques à la tenue des États, lui avoit renvoyées par M. le
duc de Ventadour[215]. Il les reçoit en claquant des mains et disant:
_J'en suis bien aise_.

  [215] Anne de Lévis, gouverneur du Limousin, lieutenant général
  en Languedoc, mort en 1622.

_Le 31, samedi._—Il étudie et reste en la galerie, il pleuvoit; à
trois heures le fils du landgrave de Hessen le vient saluer[216]. Il va
au conseil, à six heures chez la Reine, le soir aussi, et à la comédie
françoise.

  [216] Probablement Othon, fils de Maurice, landgrave de
  Hesse-Cassel et d'Agnès de Solms, lui-même administrateur
  de Hirschfeld, né le 25 décembre 1594, mort le 7 août 1617,
  sans postérité, quoiqu'ayant été marié deux fois.—Son frère
  Guillaume, qui succéda à son père, ne naquit que le 14 février
  1602.

_Le 4 février, mercredi._—Il va chez la Reine à deux heures et demie,
donne audience à messieurs du tiers état, faisant plainte de ce que le
sieur de Bonneval en Limosin avoit battu à coups de bâton le lieutenant
général du Luzerche[217] au sortir des Augustins, où les états généraux
se tenoient. Le roi le renvoya au parlement. Il va après en carrosse
à la foire Saint-Germain-des-Prés, où il a acheté quatre harquebuses,
ayant méprisé toutes autres sortes de marchandises. Le soir il va chez
la Reine et à la comédie françoise.

  [217] Henri, seigneur de Bonneval, trouvant M. de Chavailles,
  lieutenant général d'Usarche en Limousin, élu malgré lui aux
  États, à la sortie des Augustins, le 3 février, le roua de coups
  de bâton, puis se retira chez M. d'Épernon et retourna chez lui
  en Limousin. Malgré les réclamations du Tiers et du Parlement,
  cette affaire n'eut pas de suite et Bonneval eut un régiment en
  1615.

_Le 11, mercredi._—A quatre heures et demie après minuit, éveillé
doucement; il étudie ce qu'il devoit prononcer pour la clôture des
états. Levé à six heures, il monte au cabinet des livres, étudie
l'espagnol[218].

  [218] Le 12, le Roi mande au Louvre le président du Parlement et
  quelques conseillers, pour les interroger sur les démarches de M.
  le Prince près d'eux et leur défendre de le recevoir à l'avenir
  aux enquêtes et de le laisser parler au Parlement d'affaires
  d'État. (_Arnauld d'Andilly._)—Le 25 M. le Prince va s'excuser
  près du Roi.

_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va en la salle pour voir
le ballet de M. le Prince, après avoir dormi longtemps chez la Reine.

_Le 23, lundi._—A trois heures et demie, accompagné de la Reine, il
part et va en la salle de Bourbon pour la clôture des États, où parla
pour le clergé M. de Richelieu, évêque de Luçon; M. le baron de Seneçay
pour la noblesse, et M.[219], prévôt des marchands et président aux
enquêtes pour le tiers état. Le Roi leur dit ces paroles: _Messieurs,
je vous remercie de vos tant bonnes volontés. Je fairai paroître par
les réponses qui vous seront faites le désir que j'ai de servir Dieu et
soulager mon peuple, de protéger un chacun, de rendre la justice à tous
mes sujets et de faire en sorte que vous soyez tous contents_[220]. Il
se couche à neuf heures, et s'endort jusques à cinq heures et demie
après minuit.

  [219] Robert Miron, président aux requêtes du Palais, ambassadeur
  en Suisse, intendant du Languedoc, mort en 1641, à soixante-douze
  ans; il était frère de François Miron, également prévôt des
  marchands en 1604, lieutenant civil, mort le 4 juin 1609.

  [220] _Voy._ le _Mercure françois_, t. III, p. 463, pour les
  détails de cette séance.

_Le 26, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, conduit sa chelyte
(_sic_), tirée par un cheval, au harnois semé de sonnettes, fait mettre
dedans M. le maréchal de Souvré, et M. le Grand, y prend grand plaisir
et à se renverser sur la neige. Le soir chez la Reine, à la comédie
françoise.

_Le 4 mars, mercredi._—Le soir, à sept heures trois quarts, il
s'habille en masque, fait des ballets à cheval, monté sur des escabeaux
qui plient, puis danse à pied, puis fait jouer la comédie des Juifs.

_Le 6, vendredi._—Il va chez la Reine à midi, entre en carrosse, va
à la chasse, monte à cheval hors la porte Saint-Martin, vole et prend
la corneille, arrive au Bourget, et à l'entrée du bourg, entre en la
maison du sieur de Hurles, nommée Petonville, se chauffe. Il faisoit
grand froid; il va en la cuisine, fait faire des omelettes, des
beignets, des œufs perdus; ce fut lui qui les fit et en mange un peu,
dont il a goûté. Puis il remonte à cheval, et va jusqu'au Pontyblon,
où il vole le héron et le prend.

_Le 19, jeudi._—Il va aux Tuileries, tire des harquebuses à des petits
oiseaux; la rivière étoit si grosse qu'elle étoit dans le jardin, il y
fait venir un bateau, se met dedans et se fait conduire, se met dans
son carrosse et se fait tirer par quatre boucs. Le soir il va chez la
Reine, puis s'en va avec elle, pour voir danser le ballet de Madame que
la Reine faisoit faire. Il revient à quatre heures après minuit.

_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, où les états des
trois ordres ont leur congé.

_Le 27, vendredi._—Ce jour mourut la reine Marguerite, entre onze
heures et minuit, en son hôtel, rue de Seine, au bord de l'eau; on lui
a trouvé une grosse pierre dans le fiel[221].

  [221] Elle laissa 100,000 livres aux pauvres et 200,000 écus
  de dettes; ses bijoux valaient 30,000 écus, et le reste de ses
  meubles 6,000 à peine. «Ce matin, dit Malherbe, à la date du 28
  mars, la chambre de la Reine étoit si pleine de ses créanciers,
  que l'on ne s'y pouvoit tourner.»

_Le 28, samedi._—Vêtu de deuil violet, pour la mort de la reine
Marguerite de Valois.

_Le 2 avril, jeudi._—Il va aux Tuileries, revient à deux heures au
conseil, où l'on répondoit les cahiers des États.

_Le 9, jeudi._—Il va chez la Reine, où, sur les huit heures, M. le
commandeur de Sillery revient d'Espagne, y porter le portrait du Roi et
un bracelet de diamants[222].

  [222] _Voy._ la lettre de Malherbe du 23 mars 1615.

_Le 10, vendredi._—Il entre en carrosse à quatre heures pour aller au
faubourg Saint-Germain donner de l'eau bénite à la reine Marguerite;
MM. de Guise, de Mayenne et d'Elbeuf lui portoient la queue[223].

  [223] Comme il fallait trois personnages portant la queue du Roi
  et qu'il n'y avait que deux princes du sang, M. de Condé et M.
  de Soissons, MM. de Guise et de Longueville se disputèrent la
  troisième place; la Reine décida pour Guise; M. de Longueville
  partit alors pour Amiens, et les deux princes se retirèrent; il
  fallut les remplacer, et on choisit ceux dont on lit ici les noms.

_Le 19, dimanche, jour de Pâques._—Il va la messe aux Feuillants,
touche les malades, va à vêpres aux Chartreux; communié, confessé au P.
Coton.

_Le 26, dimanche._—Il va chez la Reine, où M. le prince de Candale
prête le serment de premier gentilhomme de la chambre. Il va au sermon
à Saint-Étienne-du-Mont, revient au petit jeu de paume à la rue
Champfleury. Rentré, il joue au billard.

_Le 28, mardi._—Il va au conseil, et ensuite au cabinet des livres, où
il s'arme d'une cuirasse, brassards et un habillement de tête, fait de
ferblanc. Il étudie ainsi armé.

_Le 5 mai, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, monte à la forge,
va chez M. de Verneuil, revient à quatre heures et demie par la
galerie, s'amuse, sur la balustre du bout de la première galerie, à
jeter des quarts d'écu, pour faire entre-battre de pauvres garçons qui
étoient en bas.

_Le 11, lundi._—La Reine avec lui tient conseil, et donne audience à
messieurs de la cour des aides et chambre des comptes, venant pour le
supplier de remettre le droit annuel que l'on appelle la paulette[224];
pendant l'audience le dessous près du siége de Leurs Majestés tout d'un
coup s'abaissa.

  [224] Droit annuel payé au souverain pour rendre les charges
  héréditaires: les parlements firent une grande opposition à la
  vérification de l'édit d'institution de l'année 1605, et il fut
  même d'abord publié seulement à la chancellerie. Louis XIV en
  ordonna le rachat et l'amortissement par l'édit de décembre 1709.
  On appela cet impôt la _Paulette_ du nom de Paulet, son premier
  traitant et encore la _Palotte_ de celui de Palot, successeur
  de Paulet.—M. le président de Nicolaï harangua pour la chambre
  des comptes et M. le président Chevalier pour la cour des aides;
  c'est pendant le discours du dernier que deux solives du plancher
  s'écroulèrent.

_Le 12, mardi._—Il va chez la Reine au conseil, où par arrêt le droit
annuel de la palotte est rétabli.

_Le 26, mardi._—Il va au conseil à trois heures et demie, où vinrent
messieurs du parlement, en nombre d'environ quarante ou davantage,
porter quelques remontrances par écrit qu'ils avoient à faire,
lesquelles furent lues en présence de Leurs Majestés. A cinq heures et
demie, le conseil fini, il monte en sa forge, à dix heures prend son
habit de ratine, s'amuse à faire brandiller dans un lit de sauvage[225]
le petit chevalier de Souvré, le sieur de Blainville, de Montpouillant
et M. de Candale.

  [225] Un hamac.

_Le 28, jeudi._—Il entre en carrosse avec la Reine, va au sermon et
aux vêpres à Saint-Nicolas-des-Champs, revient à cinq heures à la
galerie, au parterre. Le soir il fait jeter des fusées le long de la
rivière.

_Le 31, dimanche._—Il va chez la Reine, la voit saigner; elle le fut
des deux bras. Il faisoit grand chaud.

_Le 2 juin, mardi._—A quatre heures il entre en carrosse, va au
Pont-Neuf des Augustins, y met la première pierre de l'architecture qui
se faisoit pour la statue à cheval du feu Roi[226].

  [226] Ce pont, commencé en mai 1578, fut achevé en 1604 sous la
  direction de Guillaume Marchand. La statue, du socle de laquelle
  Louis XIII posa la première pierre, fut faite, le Roi et les
  bas-reliefs par Francheville de Cambray; le cheval, envoyé par
  Cosme de Médicis, fut coulé par Jean de Bologne.

_Le 17, mercredi._—A sept heures il entre en carrosse et va à
Plaisance, maison de M. le Charron, trésorier de l'extraordinaire des
guerres, où il a dîné.

_Le 18, jeudi._—Il va à la messe à Bourbon et à la procession en la
cour du Louvre, va au sermon aux Jésuites de Saint-Louis.

_Le 21, dimanche._—Il entre en carrosse, va près de l'Hôtel-Dieu pour
voir passer la châsse de sainte Geneviève, descendue pour la trop
grande et trop longue sécheresse; les légumes, grains et blés brûlés.
Ce fut la première fois qu'il l'a vue descendue et en procession.

_Le 23, mardi._—Il va à l'hôtel de ville pour voir le feu de la
Saint-Jean.

_Le 6 juillet, lundi._—Il va par la galerie au-dessous, en l'endroit
du grand parterre, où M. de Pluvinel[227], l'un de ses écuyers,
très-excellent en cette science, lui montre à monter à cheval pour la
première fois, un petit cheval noir nommé _le Couchon_, va le pas, le
trot et courbettes, et passades, en rond, en battues, en avant, aussi
juste qu'il n'y avoit à redire; fit autant sur un cheval barbe de M. de
Guise, étant intelligent de la conduite, du talon et de la main, de la
houssine, et fermeté du corps, qu'un chacun en étoit en admiration. Je
dis ceci à la vérité et sans flatterie, et que tel s'en fût trouvé qui
en eût appris un an durant, qu'il n'eût si parfaitement fait, ayant la
grâce et prestance sur tout.

  [227] Antoine de Pluvinel, gentilhomme dauphinois, est le premier
  qui ouvrit en France des _académies_ selon la mode italienne.
  Il fut d'abord écuyer du duc d'Anjou, qu'il suivit en Pologne;
  Henri IV lui confia sa grande écurie, le nomma son chambellan,
  sous-gouverneur du Dauphin et ambassadeur en Hollande. Il fut à
  son retour gouverneur du duc de Vendôme, et il mourut à Paris,
  le 24 août 1620, laissant des travaux très-curieux sur l'art de
  l'équitation.

_Le 12, dimanche._—Il va chez la Reine à trois heures, entre en
carrosse, va en la place Royale, chez le sieur d'Escures, la Reine sa
mère aussi, pour voir la compagnie de gendarmes de Monsieur, qui se
trouva à la tête, et sur les quatre heures goûté de la collation du
sieur d'Escures.

_Le 13, lundi._—Ce jourd'hui, après dîner, Monsieur a été mis entre
les mains de M. de Brèves.

_Le 15, mercredi._—Il va par la galerie au manége, va en carrosse,
et la Reine aussi, à la Bastille, pour en tirer douze cent mille
livres[228], va par toute la Bastille, ne voit point M. le comte
d'Auvergne[229].

  [228] La chambre des comptes ayant refusé cinq fois les lettres
  patentes du Roi pour extraire cette somme de la Bastille, un
  arrêt du conseil décida le 14 qu'on passerait outre, et le Roi y
  alla en effet le 15 avec sa mère et tous les grands de la cour.

  [229] «Le Roi ne vit point M. le comte d'Auvergne, il n'y eut que
  la Reine. Comme il fut fait venir, on fit trouver bon au Roi de
  s'aller promener; comme il revint, on avertit le prisonnier de se
  retirer.» (Lettre de Malherbe du 17 juillet.) _Voy._ dans cette
  lettre les détails sur la descente du Roi et de la Reine mère à
  la Bastille.

_Le 18, samedi._—Il faisoit une des plus excessives et des plus
étouffantes chaleurs qu'on eût senties de mémoire d'homme. Il s'en
plaint, va au manége. On l'éventoit un peu, cependant il va chasser à
une heure.

_Le 21, mardi._—Il va à Champs, soudain au parc, monte sur une petite
butte, couverte en pavillon, où il fait porter son petit lit, le
fait monter et dresser et y aide lui-même, va trouver les seigneurs
qui l'avoient accompagné, qui dînoient, MM. les ducs d'Uzès[230],
de Montbazon, le maréchal de Souvré, les sieurs de Bassompierre, de
Saint-Géran, de Haillier[231], de Vitry et autres, se met à table parmi
eux. Ils boivent tous à sa santé. Il but à eux tous du vin clairet
fort trempé; retourne à sa butte, se couche dans son lit. Il se fait
entretenir par ces seigneurs de propos sérieux, s'amuse à ses fusées.
Il revient à Paris souper.

  [230] Emmanuel de Crussol, chevalier d'honneur de la reine Anne
  d'Autriche en 1615, chevalier des ordres du Roi en 1619, mort le
  19 juillet 1657.

  [231] François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, frère du
  maréchal de Vitry, fut nommé évêque de Meaux par Henri IV; mais
  il prit la profession des armes, fut capitaine des gardes, et
  devint maréchal de France en 1643; il mourut le 20 avril 1660,
  aimé et estimé des rois Louis XIII et Louis XIV «pour sa fidélité
  incorruptible».

_Le 22, mercredi._—Il court, pour la première fois, la bague sur la
place Royale: de deux courses, deux bonnes atteintes.

_Le 29, mercredi._—Au manége il court la bague et gagne le prix, qui
étoit une montre d'horloge.

_Le 6, août, jeudi._—Il va chez la Reine, au conseil, où MM. du
parlement et de l'hôtel de ville viennent par son commandement, pour
recevoir ses commandements durant son absence.

_Le 7, vendredi._—Tous les matins il va au manége. Il donne, après
son dîner, audience aux députés de province, envoyés par les états du
pays pour désavouer leurs députés envoyés aux états généraux, sur ce
qu'ils avoient demandé le concile de Trente[232]. M. Miron, prévôt des
marchands, et les colonels de la ville prirent congé de lui.

  [232] Le mariage du Roi avait excité une vive sympathie en
  France; les Réformés seuls s'y opposèrent de toutes leurs forces,
  et obtinrent même qu'on retardât l'union jusque après la réunion
  des états généraux, espérant qu'il en surgirait quelque obstacle.
  Les états se séparèrent sans rien résoudre.

_Le 13, jeudi._—Ce matin le Roi étant encore au lit, et nous parlant
à lui, le tonnerre tomba dans la rue des Polies, devant l'hôtel de
Sipierne, où j'étois logé; ma nièce Claude du Val, encore couchée, vit
passer l'éclair et entendit comme le bruit d'une fusée.

_Le 15, samedi._—Il va à confesse, en son cabinet, au P. Coton, touche
trois cent cinq malades, va à la messe aux Feuillants, à vêpres à
Notre-Dame.

_Le 16, dimanche._—Il va avec la Reine à la Bastille tirer de l'argent
pour son voyage de Guyenne[233]. En se couchant, il fait mettre son
réveille-matin à trois heures et demie.

  [233] Le Roi venait en tirer une somme de 1,300,000 livres pour
  armer un nombre suffisant de troupes.

_Le 17, lundi._—A six heures et trois quarts il entre en carrosse, et
part de Paris pour le voyage de Bordeaux, va à Chartres dîner à dix
heures _au Dauphin_.

_Le 20, jeudi, à Orléans._—Il loge en la maison de M. de Beaumont,
bailli d'Orléans, la Reine logée à la grande maison.

_Le 24, lundi._—Il arrive à Amboise pour la première fois; M. de
Luynes, gouverneur de la place[234], lui donne à dîner. La Reine
arrive, il va au-devant, la mène en la salle où le sieur de Luynes lui
donne le festin. Le Roi dit qu'il ne veut pas souper, et cependant
mangea quelques grains de raisin. Il étoit assis au-dessous de Madame,
et la servoit.

  [234] Il venait d'être pourvu de cette charge.

_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, donne audience à messieurs les
députés de la cour de parlement de Paris, sur la prison du président Le
Jay[235], et aux députés de l'assemblée tenue à Grenoble par ceux de
la Religion[236]. Le soir la Reine part pour aller souper et coucher à
Chenonceaux.

  [235] Le président Le Jay avait été arrêté le 17, jour du départ
  du Roi; on le conduisit au Louvre, et comme le Roi était parti,
  on le mena à la suite du cortège; Mme Le Jay présenta aussitôt
  requête au parlement, et une députation de quatre présidents
  et six conseillers fut dépêchée vers la cour. Quand on sut le
  départ de Louis XIII, l'agitation redoubla, le prince de Condé
  écrivit pour l'exciter encore, et on expédia à Poitiers MM.
  d'Ons-en-Bray, Courtois et Pelletier. Le président Le Jay fut
  relâché presque aussitôt.

  [236] Le 28 le Roi reçut les députés réformés de l'assemblée de
  Grenoble, et souscrivit à leur demande, le 12 septembre.

_Le 27, jeudi._—Il va au Plessis, où M. de Lansac lui a donné la
collation, va le soir à l'abbaye Saint-Julien, où M. de Courtenvaux
lui a donné à souper, revient à onze heures à Tours. Il y voit M. du
Plessis-Mornay.

_Le 31, lundi._—Il arrive à Poitiers, où il dîne et soupe[237].

  [237] Pendant son séjour à Poitiers, le Roi publia une
  déclaration, datée du 10, par laquelle il privait le prince de
  Condé et ses adhérents de tous biens et honneurs, comme criminels
  de lèse-majesté. Le prince avait quitté la cour en juillet et
  lancé, le 9 août, un violent manifeste contre les membres du
  conseil du Roi.

_Le 2 septembre, mercredi._—Il se rend à Saint-Maure, et va en
carrosse aux Jésuites, où l'on représente devant lui des jeux dont le
sujet étoit _l'Assemblée des Dieux_ pour se réjouir de son mariage. Le
soir il va chez la Reine.

_Le 3, jeudi._—Le Roi va à Châtellerault, où M. de Sully le vient
saluer, et il regagne Poitiers.

_Le 14, lundi._—A deux heures chez la Reine, au conseil, puis à
Crotelles; il revient souper[238].

  [238] Madame était malade de la petite vérole et la Reine
  également. La cour demeura à Poitiers jusqu'au 28; mais le Roi
  changea aussitôt de logis, et alla près de la porte de la ville.

_Le 21, lundi._—Il va chez la Reine, revient à deux heures, va en
carrosse à vêpres, à quatre heures en la grande place, où il monte à
cheval, et en fait manier, va au jeu de paume, puis chez la Reine à six
heures.

_Le 28, lundi._—Il va chez la Reine, se trouve un peu mal, a des
tranchées. J'étois parti, l'on me renvoie querir; il est fâché de ce
qu'il sait que ç'avoit été en son nom, s'en fâche contre M. de Souvré,
qui l'avoit fait, disant que tout le monde penseroit qu'il fût malade.
Il part de Poitiers avec la Reine à deux heures.

_Le 30, mercredi._—Il part de Couay avec la Reine, arrive à cheval à
Ruffay, au château, se promène aux jardins, soupe, va voir la Reine.

_Le 1er octobre, jeudi._—Il passe la Charente, et arrive à Angoulême à
sept heures trois quarts.

_Le 7, mercredi._—Il arrive à Bourg, où messieurs les députés de la
cour du parlement de Bordeaux viennent lui faire leur soumission.
Il entre en un bateau couvert que messieurs de la ville lui avoient
envoyé; la Reine, Madame et autres princesses dedans. Il dit qu'il veut
souper de ce qu'il avoit commandé lui-même; auprès du gouvernail il
accommode une serviette sur un petit ais, a soupé. Il arrive à Bordeaux
par la porte de Salinières, va en carrosse à l'église Saint-André et à
l'évêché, où il logea.

_Le 12, lundi._—La Reine vient au conseil; il va ensuite se promener,
et conduit la Reine en son logis chez le trésorier Martin, et déloge du
château du Haa; il s'amuse le soir à ses harquebuses.

_Le 16, vendredi._—Il va au manége de M. le cardinal de Sourdis, puis
chez la Reine.

_Le 17, samedi._—Madame a été fiancée en la galerie du logis du Roi,
devant la Reine et le Roi, en l'évêché, par M. de Sourdis, archevêque
de Bordeaux, et M. de Guise, par procuration du roi d'Espagne[239]. Le
Roi reconduit la Reine en son logis.

  [239] L'infant d'Espagne, Philippe-Dominique-Victor, né le 8
  avril 1605, était dans sa onzième année; et Madame (Élisabeth de
  France), née le 22 novembre 1602, dans sa treizième année.

_Le 18, dimanche._—A trois heures il sort à pied, en cérémonie, va
accompagner Madame à l'église, où elle fut épousée par M. le cardinal
de Sourdis à M. de Guise, qui avoit la procuration du roi d'Espagne. Ce
même jour le Roi fut épousé à Burgos par M. le duc de Lerme[240].

  [240] François de Roxas de Sandoval, duc de Lerme, etc., premier
  ministre de Philippe III; devenu veuf, il se fit donner en 1618
  le chapeau de cardinal; disgracié alors, il mourut en 1625.—Le
  duc de Guise avait conduit Madame jusqu'au milieu de la Bidassoa
  et y reçut l'Infante, qu'il amena à Saint-Jean de Luz, où M. de
  Luynes lui remit une lettre du Roi.

_Le 20, mardi._—La Reine dit brusquement adieu à Madame, de peur des
larmes.

_Le 21, mercredi._—Le Roi va chez M. de Beaumont-Menardeau, conseiller
d'État, où Madame étoit logée pour lui dire adieu; cela ne fut pas
sans soupirs et sans larmes jusques aux cris. A onze heures elle entre
en carrosse, elle se met sur le devant auprès du Roi, accompagnée de
Mlle de Vendôme, de Mme de Conty, Mmes douairière de Guise et duchesse
de Guise, Mme de Montmorency; traversent ainsi toute la ville, non
sans faire paroître des larmes et des sanglots retenus, et sortent
par la porte Saint-Julien. A une demi-lieue de là il fut mis pied à
terre; ce fut lors que la nature fit jouer ses plus forts ressorts,
larmes, sanglots, soupirs, et cris mêlés avec les baisers et les
embrassements, tels qu'ils ne se pouvoient séparer; chacun faisant de
même, ému par les larmes de ces jeunes princes, hormis Don Inego de
Calderon, ambassadeur d'Espagne, qui avoit négocié le mariage, qui les
regardoit d'œil sec, tâchant de rompre ces accolades, criant à haute
et puissante voix: «Allons, allons, princesse d'Espagne.» Le Roi s'en
revint tout pleurant chez la Reine; il fut jusques à deux heures après
midi sans pouvoir apaiser son deuil ni ses larmes. Il revient à deux
heures et demie, se plaignant de douleur de tête, et me dit: _C'est
d'avoir pleuré_.

_Le 27, mardi._—Sur la nouvelle apportée par le sieur d'Adonville,
du quartier de M. de Luxembourg, par le maréchal de Bois-Dauphin, le
chevalier de Souvré lui demanda s'il y avoit eu beaucoup de morts?—_Il
y en a eu trois._—«Ce n'est guère!»—Le Roi dit: _C'est encore trop,
ils sont tous mes sujets; ils reviendront, et me feront service_.

_Le 31, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte en son petit
carrosse, va en la maison du président de Lane, la Reine aussi; il y a
goûté.

_Le 1er novembre, dimanche, à Bordeaux._—Il va à la messe et à
confesse à Saint-André, y a communié, y touche les malades, va aux
vêpres, au sermon, aux canaux qui sont derrière l'archevêché, où il
avoit fait porter un esquif et une nacelle, se met dedans et tire à
l'aviron lui-même.

_Le 4, mercredi._—Il s'amuse à inventer des trébuchets de cartes pour
prendre les mouches.

_Le 9, lundi._—Ce jourd'hui fut fait l'échange des princesses à
Saint-Jean de Luz.

_Le 10, mardi._—Il écrit à la Reine-Infante, à Bayonne, par M. de
Luynes:


  Madame, ne pouvant, selon mon desir, me treuver auprès de vous, à
  votre arrivée en mon royaume, pour vous mettre en possession du
  pouvoir que vous aurez ici, comme de mon affection à vous aimer
  et servir, j'envoie vers vous Luynes, l'un de mes plus confidents
  serviteurs pour, en mon nom, vous saluer et vous dire que de moi
  vous êtes attendue avec impatience pour vous offrir moi-même l'un
  et l'autre. Je vous prie donc de le recevoir favorablement et de
  croire ce qu'il vous dira de la part,

    Madame,
    de votre plus cher ami et serviteur.
    LOUIS.

  A Bordeaux, le 9e novembre 1615.


Écrit dans son lit, en souffrant.

_Le 13, vendredi._—Le sieur de Luynes revient de Bayonne avec une
lettre de la Reine.

_Le 17, mardi._—En ce même temps M. le cardinal de Sourdis, archevêque
de Bordeaux, monté sur un cheval d'Espagne et la croix portée devant
lui, suivi de plusieurs seigneurs de qualité, gentilshommes et autres,
va à la Conciergerie, fait rompre à coups de gros marteaux les
ferrures, où le geôlier fut tué, et tire hors des prisons le sieur de
Vaucastels, condamné à perdre la tête, n'attendant que l'exécution,
ayant de gros fers aux pieds; il le fait mettre dans un carrosse,
l'accompagne jusques à la rivière, le fait mettre dans un bateau et le
fait sauver[241].

  [241] M. de Hautcastel était condamné par la grand'chambre du
  parlement pour «crimes énormes». On pria instamment le Roi
  d'accorder l'abolition de la peine; mais le Parlement intervint
  et obtint le maintien, et on décida que l'exécution aurait lieu
  le soir même. Mis en chapelle, le jésuite qui lui fut donné pour
  confesseur déclara qu'il avait tant de fautes sur la conscience
  qu'il fallait attendre au lendemain; des amis avaient d'ailleurs
  éloigné les deux bourreaux à prix d'argent. Force fut de céder,
  et aussitôt l'archevêque arriva botté et éperonné avec une grosse
  escorte; il fit enfoncer les portes, en tira Hautcastel, le mit
  dans un bateau et le bénit. Le parlement alla se plaindre au Roi,
  qui déclara se charger de l'affaire; la cour fulmina un arrêt
  contre le cardinal, avec décret de prise de corps.

_Le 19, jeudi._—Il écrit à la Reine par le maréchal de Roquelaure.

_Le 21, samedi._—Il monte en carrosse pour aller incognito au-devant
de la Reine, arrive à Castres, distant de cinq lieues de Bordeaux, la
voit par une fenêtre, comme elle entroit en carrosse, assez longtemps;
elle part. Le Roi quelque temps après, et à deux lieues de la ville,
sur un beau chemin, fait arrêter son carrosse au droit du sien, et,
marchant doucement, la regardoit, puis peu après se prend à lui dire
gaiement, en se montrant du doigt et tout haut: _Io son incognito, io
son incognito, touche, cocher, touche_. A une lieue de là, il monte
à cheval, ses chevaux étant las, arrive à Bordeaux à sept heures.
La Reine infante arrive à huit heures; il va dans son antichambre
et monte sur un haut dais; il y avoit six à sept marches à reposoir
et trois chaises en haut. Mme la princesse de Conty reçut la Reine
infante au pied du degré; la Reine mère va à deux pas dans la salle
pour la recevoir, et la mène au Roi, qui descendit deux degrés et la
reçut; monté, il s'assied au milieu, la Reine mère à droite et la
jeune à gauche; après il reçut les dames espagnoles de la suite. On
fut un quart d'heure ensemble; puis à neuf heures le Roi et sa mère la
conduisent dans sa chambre, et il revient chez lui.

_Le 22, dimanche._—Vers une heure, il va chez la Reine qui
s'habilloit, lui présente M. de Souvré et puis moi, n'en peut sortir.
Elle eut besoin d'une plume incarnate pour mêler avec une blanche; le
Roi lui présente son chapeau, où il avoit des deux, lui disant qu'elle
en prît ce qu'elle en voudroit. Elle le fait, le lui rend, et soudain
il lui dit: _Il faut que vous me donniez aussi un de vos nœuds_, qui
étoient incarnats. Elle, se souriant, le lui donne, il l'applique en
façon d'enseigne au pied de sa plume.

_Le 25, mercredi._—A quatre heures il va à Saint-André, fait le tour
de l'église, entend la messe, et se fait la cérémonie accoutumée avec
la Reine; ils entendent la messe. Il revient à cinq heures et demie,
conduit la Reine en sa chambre; il étoit las, va en la sienne, se
couche et soupe au lit à six heures trois quarts. M. de Grammont et
quelques jeunes seigneurs lui faisoient des contes gras pour l'assurer;
il avoit de la honte et une haute crainte, enfin ils l'assurent. Il
demande ses pantoufles, et prend sa robe et va à la chambre de la Reine
à huit heures, où il fut mis au lit auprès de la Reine sa femme, en
présence de la Reine sa mère; à dix heures un quart il revient après
avoir dormi environ une heure et fait deux fois, à ce qu'il nous dit;
il y paroissoit, le g.... rouge[242].

  [242] Héroard remplit scrupuleusement ses fonctions de premier
  médecin du Roi en enregistrant ces détails, qui se retrouvent
  dans un document intitulé: _Ce qui s'est passé lors de la
  consommation du mariage du Roi_. Voy. _Revue rétrospective_, 1re
  série, tome II, page 252.

_Le 29, dimanche._—Il fait son entrée à Bordeaux avec la Reine, sa
femme, à deux heures, sur un échafaud fait exprès au coin de la maison.
Il reçoit les harangues et le serment des corps de compagnies de
Bordeaux, puis fait son entrée, arrive à l'évêché, conduit la Reine en
sa chambre, et soupe après[243].

  [243] Le Roi était magnifiquement vêtu et couvert d'un cappot
  tout brodé en or. Le matin le Roi se leva de bonne heure, et
  après la messe s'en alla avec une suite peu nombreuse sur le
  port des Chartreux, où les jurats lui offrirent le bateau sur
  lequel il s'embarqua, accompagné de quatre autres portant ses
  gardes et alla débarquer devant une maison, près du théâtre,
  où il dîna. A deux heures arriva la Reine, conduite par MM.
  de Guise et d'Elbeuf; Malingre raconte très-longuement cette
  magnifique réception. Le soir il y eut un splendide banquet
  au Château-Trompette, d'où l'on revint en bateau à Bordeaux,
  assister à un feu d'artifice.

_Le 30, lundi._—Il descend en la cour, où il voit vingt chevaux
d'Espagne, que le roi d'Espagne lui avoit envoyés pour présent, tous
caparaçonnés de toile d'or. Il n'y en avoit que dix-neuf, le vingtième
s'étoit noyé en chemin, disoit-on. Il en fait monter quelques-uns.

_Le 1er décembre, mardi._—Il va chez la Reine, où il voit danser un
ballet à l'espagnole par les filles de la Reine; elle en étoit aussi;
puis ils se mettent à jouer des petits jeux comme on fait en France, ce
qui étoit aussi d'Espagne. Puis il revient, et se met au lit.

_Le 4, vendredi._—Il va à midi en carrosse chez la Reine, sa mère,
ne veut pas aller aux Jésuites pour y voir représenter en comédie _le
mariage de Salomon_, va à la chasse, revient chez sa mère.—Pendant que
le soir il étoit sur sa chaise percée, M. d'Elbeuf lui demanda s'il
avoit vu les jeux des Jésuites?—_Non, j'aime bien leurs jeux quand ils
prêchent bien, mais je n'aime pas ces petites badineries._

_Le 5, samedi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine, sa mère, et
au conseil.

_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, à l'hôtel de ville, où
messieurs de la ville lui donnèrent une belle collation de confitures.
Il en mangea peu.

_Le 8, mardi._—Il va chez le sieur de Bissouze, hors la ville, pour
voir des feux d'artifice qui y avoient été faits sur des bateaux par
Gerumeau et par Bagaud, artilliers du Roi. Il revient chez la Reine à
six heures.

_Le 10, jeudi._—A dix heures et demie il monte à cheval sur celui qui
se nommoit _le Soleil_, cheval de couleur isabelle et lequel, du vivant
du feu Roi, il nomma _le beau cheval de papa_, va au Parlement tenir
son lit de justice, accompagné des ducs d'Elbeuf, d'Uzès, d'Épernon,
du comte de Saint-Paul, des maréchaux de Brissac et de Souvré. Il fut
plaidé une cause de fermiers du pied fourchu, qui vouloient faire
payer les nouveau-nés; le Roi décida de son mouvement en faveur des
innocents, disant: _Je veux que mes sujets le gagnent contre moi_.

_Le 12, samedi._—Il donne audience, à trois heures, à un ambassadeur
du Moscovite, venant rechercher l'amitié du Roi et lui offrir la
sienne; l'ambassadeur demande avant que parler que le Roi se lève et
puis lui donne sa main à baiser; le Roi fait l'un et l'autre.

_Le 14, lundi._—Il se va jouer à la galerie vers dix heures, va à la
cour, prend plaisir à y courir, se mouille à la pluie à patouiller, et
entre à l'office de son pâtissier; le trouvant travaillant, il y fait
une petite tarte au coing et une autre à la pomme, y prend de la farine
et se joue à fariner aucuns des passants.

_Le 17, jeudi._—Il part de Bordeaux par la porte de Salinières, à neuf
heures, et va souper à Créon.

_Le 18, vendredi._—Il va dehors par le village et mauvais chemin, en
son écurie, va par toutes les chambres portant lui-même un flambeau;
il pleuvoit, va à l'étable, trouve le maréchal qui ferroit un cheval,
y met lui-même trois clous, retourne en son logis. Le lit de la Reine
mère n'étoit pas arrivé au soir à Libourne; il lui envoie le sien, et
se fait tendre un petit lit de camp, porté par les mulets, y travaille
lui-même. Il n'y avoit pas de draps, il fait prendre les couvre-chefs
et en fait coudre huit ensemble, faisant mettre pour couverture une
courtepointe de taffetas en double et le tapis de velours de sa table
par dessus; il s'y couche.

_Le 19, samedi._—M. le cardinal de Sourdis est venu, et, à deux
genoux, lui a demandé pardon[244]. Le Roi lui dit: _Oui je vous
pardonne, à la charge de ne faire plus telles choses_.

  [244] _Voy._ au 17 novembre précédent.

_Le 21, lundi._—Chaque jour après son dîner il va chez la Reine sa
mère et chez la Reine sa femme. Il soupe d'une olla-podrida, faite à
l'espagnole de plusieurs sortes de viandes, beaucoup.

_Le 22, mardi._—Il part de Libourne, arrive à Coutras, va voir le
champ où fut donnée la bataille de Coutras, gagnée sur M. le duc de
Joyeuse par le Roi son père[245]. Le soir chez la Reine et chez sa mère.

  [245] Henri IV n'était que roi de Navarre lorsqu'il remporta, le
  20 octobre 1587, la victoire de Coutras, où le duc de Joyeuse
  perdit la vie.

_Le 24, jeudi._—Il part de la Rochechalais, et arrive à Aubeterre. Il
se met vêtu sur son lit pour dormir, jusques à la messe de minuit.

_Le 27, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine
sa femme, va à la cuisine de bouche, et fait dresser lui-même
l'olla-podrida pour son dîner. Il va chez la Reine avant de se coucher.

_Le 29, mardi._—A trois lieues avant la Rochefoucauld le carrosse du
Roi verse; il n'y eut pas de mal, que M. de Souvré qui se blessa au
bout du nez contre une pierre.

_Le 30, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chasse à l'oiseau,
revient donner audience aux députés de la Religion sur la demande
qu'ils faisoient de la paix[246].

  [246] Les journées sont absolument les mêmes depuis son mariage.
  Il continue à prendre ses repas seul et à dormir seul.

_Le 31, jeudi._—Il va à la messe, puis à la garenne, où il court et
prend cinq lapins, avec des lièvres, revient à dix heures chez la
Reine, dîne ensuite. Il va après chez la Reine, au conseil, goûte à
trois heures et demie, va promener aux jardins, revient à cinq heures
chez la Reine sa mère. A six heures soupé; le soir il va chez la Reine
sa femme; revient à huit heures.



ANNÉE 1616.

  Retour du chevalier de Vendôme à Suivray.—Accident au carrosse
  du Roi.—Tours.—Accident à Tours, dans la salle du Conseil où se
  tenait la Reine mère.—Heureux hasard qui préserve le Roi.—Le
  cardinal Ubaldini.—Le Roi joue aux petits soldats.—Conférences
  de Loudun.—Intimité croissante de M. de Luynes.—Blois.—M.
  Brulart remet les sceaux au Roi.—Entrée à Paris.—La Reine
  va à Saint-Germain.—Retour du prince de Condé.—Ambassade
  du roi d'Angleterre.—Le Roi a une convulsion.—Arrestation
  du prince de Condé.—Ballet.—Acquisition du domaine de
  Courcelles.—Le Roi reçoit les officiers des milices de Paris
  pour les rassurer contre des bruits de désarmement.—Il chasse
  très-souvent.—Envoyé turc.


_Le 1er janvier, vendredi, à Verneuil._—Il communie, puis touche
soixante-huit malades dans la cour du château. Il va chez les Reines,
retourne chez les Reines après son dîner, va au sermon, aux vêpres,
goûte, va à la chasse. Le soir il retourne chez les Reines.

_Le 4, lundi, à Suivray._—M. le chevalier de Vendôme revient de son
voyage de Malte; le Roi lui fait bonne chère, ne le peut laisser aller
changer d'habits, pour être tout mouillé de la pluie.

_Le 7, jeudi._—Il arrive à Poitiers avec les deux Reines.

_Le 10, dimanche, à Poitiers._—Il va en la grande place pour voir
passer le régiment et la compagnie de gendarmes de M. du Bellay.

_Le 17, dimanche, à Poitiers._—Il va chez la Reine sa mère, va tenir
avec elle à baptême le fils de M. le comte de la Rochefoucauld, le
nomme Louis[247], va chez le comte à quatre heures, à la collation.

  [247] Fils du premier duc de la Rochefoucauld et de Gabrielle
  du Plessis-Liancourt; il devint évêque de Lectoure et abbé de
  Saint-Jean-d'Angely, et mourut le 5 décembre 1654.

_Le 22, vendredi._—Départ de Poitiers.

_Le 23, samedi, à Châtellerault._—Il va à la messe, puis va tendre des
piéges aux petits oiseaux, à la neige; il faisoit un extrême froid, y
dure patiemment. Après son dîner il va chez sa mère et au conseil, sur
le retour de M. de Nevers, M. de Boissac[248] et M. de Villeroy devers
M. le Prince. Il monte en sa chambre à sept heures et demie.

  [248] Pierre de Boissat, gentilhomme ordinaire de la chambre du
  Roi, marié en 1610 à Charlotte de Villars.

_Le 25, lundi._—Il part de Sainte-Maure, arrive à Confrères, où il
a goûté, fait faire des beignets et une omelette au lard par le P.
Barthélemy de Crochart, cordelier, natif de Bedarride en Provence, y
aide lui-même et mange un peu de l'un et de l'autre. Il rentre en son
petit carrosse, le conduit lui-même plus d'une lieue. Le carrosse se
rompt, il se met dans celui de M. le comte de la Rocheguyon. Arrivé à
Tours, il va au jardin, au lieu de se chauffer; il faisoit un extrême
froid.

_Le 29, vendredi, à Amboise._—Il se va promener, faisant tirer à ses
chiens d'Artois des petits canons achetés à Tours, à l'inventaire de la
Bourdaisière.—Il entend la messe, dîne à dix heures et demie, promène,
voit ses petits chevaux attelés au carrosse, pour ce qu'il ne vouloit
partir qu'à une heure, et qu'un mauvais orage de neige survint, qui
les fait remettre dans l'écurie.—L'on a remarqué que ce fut un coup
de Dieu, d'autant que s'il fût parti à cette heure-là, sans doute il
fût été descendre à Tours, chez la Reine sa mère, et s'y fût trouvé
entre deux et trois heures qu'elle étoit au conseil, que le plancher
de sa chambre fendit. Elle se trouva sur l'endroit de la poutre, M. le
chancelier derrière elle, MM. le comte de Soissons, d'Épernon et M. de
Villeroy à côté, qui tombèrent sans beaucoup se blesser, et d'autres,
comme les sieurs de Bassompierre[249], marquis de Villaines[250],
marquis de Sablé, marquis de Nangis et autres.—A une heure il entre en
carrosse, le conduisant par la ville, et arrive à trois heures un quart
à Tours, va chez la Reine, sa mère puis chez la Reine.

  [249] «La Reine, dit Bassompierre, vint après son dîner en sa
  chambre, où arrivèrent peu après MM. le Comte (de Soissons), de
  Guise et d'Épernon, et tant d'autres après eux qu'ils firent
  enfoncer le plancher de la chambre, où je tombai avec vingt-sept
  autres personnes, du nombre desquels MM. le Comte, d'Épernon, de
  Villeroy, d'Aumont, et plusieurs autres tombèrent aussi. La Reine
  demeura sur une poutre, qui tint ferme, et, passant par dessus
  son lit, sortit de la chambre. Je fus blessé à l'épaule et à la
  cuisse, et eus deux des petites côtes enfoncées, dont je me suis
  senti longtemps depuis.»

  [250] Brandelis de Champagne, marquis de Villaines, conseiller
  d'État, reçu chevalier du Saint-Esprit en 1599.

_Le 31, dimanche, à Tours._—Il donne à dîner au cardinal Ubaldini,
auquel il venoit de donner le bonnet[251], avant de se coucher, vêtu de
ses habits de ratine. Il s'amuse diversement dans son cabinet.

  [251] Il était alors nonce en France.

_Le 3 février, mercredi._—Il dresse une petite collation de confitures
sèches pour la Reine, qui le devoit venir voir à deux heures. Après,
remis au lit, il s'amuse à faire des bataillons de diverses sortes,
avec ses petits hommes d'argent.

_Le 6, samedi._—La Reine sa mère logée à la Bordesiaire[252]; il va la
voir; M. d'Épernon prend congé de lui malcontent, ce disoit-on.

  [252] La Bourdaisière, château appartenant à Marie Babou, fille
  de Georges Babou, comte de Sagonne, chevalier des Ordres, mariée
  en février 1602 à Charles Saladin de Savigny d'Anglure, vicomte
  d'Étoges. Elle était dame de la Bourdaisière par la mort de son
  neveu Georges II, tué en duel à Bordeaux, en 1615, par le comte
  de Barrault, étant capitaine de cent hommes d'armes de la maison
  du Roi.

_Le 7, dimanche._—Il va à midi, à cheval, à Saint-Gatian, à Tours,
en cérémonie, et la Reine aussi, dans sa litière découverte, pour y
recevoir l'épée et le chapeau que le Pape lui avoit envoyés et à elle
_la Rose d'or_.

_Le 8, lundi._—Il écrit à Mme la princesse d'Espagne, sa sœur.

_Le 9, mardi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, le trouve à table.

_Le 11, jeudi._—Les bouchers d'Amboise lui viennent présenter un bœuf
gras, dû au seigneur par eux tout à pareil jour.

_Le 14, dimanche._—Il fait danser un ballet par cinq ou six de ses
enfants d'honneur; la Reine y vient.

_Le 15, lundi._—Il danse un ballet lui-même devant la Reine.

_Le 28, dimanche._—Il va au manége, M. de Pluvinel ayant été mandé
exprès.

_Le 9 mars, mercredi._—Il va à cheval à la chasse, au Plessis, demande
au sieur du Fay, l'un de ses gentilshommes ordinaires, quelle heure
il étoit; il répond qu'il n'étoit qu'une heure.—_Vous me dites qu'il
n'est qu'une heure pour ne point rompre mon plaisir; il y a plus de
demi-heure qu'elle est sonnée. Je m'en veux aller, il faut que je
sois à deux heures au conseil_, pour la résolution des articles de la
conférence de Loudun[253].

  [253] On devait traiter à Loudun de l'accommodement avec le
  prince de Condé, qui, ligué avec les Réformés, avait commencé les
  hostilités; les conférences s'ouvrirent le 30 février 1616, et
  aboutirent à l'édit de pacification de Blois, du mois de mars,
  scellé le 2 mai, jour de la rentrée du Roi à Paris.

_Le 16, mercredi._—Il va en carrosse chez la Reine sa mère, puis au
Plessis où il se met en caleçons pour crosser dans le préau du parc,
fait crosser M. le prince de Joinville et M. d'Elbeuf.

_Le 18, vendredi._—Il va au Plessis, où, dans la basse-cour, il
joue à la balle forcée, puis s'amuse à conduire son petit carrosse
avec deux de ses six petits chevaux fauves, les fait tourner autour
d'un puits couvert en ardoises et d'une grosse balle de plomb sur
de vieilles charpenteries. En conduisant ce carrosse, il s'amuse à
regarder le sieur de Liancourt, son premier écuyer, qui s'amusoit à en
conduire un autre; la flèche va donner et heurter l'un des piliers de
la charpenterie si fort qu'elle tombe et le comble sur un des chevaux
qui étoit à droite, qui se trouva enseveli dessous, et le Roi se jeta
dextrement au côté gauche du carrosse, si dextrement qu'il se garantit
du danger avec la grâce de Dieu et fut recueilli par le capitaine la
Tour, Corse de nation et l'un de ses ordinaires; car sans cela il se
trouvoit dessous la ruine. Soudain, sans apparence d'étonnement, il se
jeta à terre en disant: _Ce n'est rien_.

_Le 23, mercredi._—Il va au conseil, tenu sur la dernière résolution
des articles de la conférence, portés et remportés par M. de
Pontchartrain, secrétaire d'État. Le soir il s'amuse à faire et à
écrire lui-même un rôle de capitaine de carabins.

_Le 24, jeudi._—Il va jouer au palemail, joue quatre parties contre M.
le chevalier de Vendôme. Le soir il s'amuse à faire les exercices des
gens de pied.

_Le 27, dimanche._—Entretenu avec M. d'Elbeuf, qui lui représentoit
le contentement qu'il avoit à la guerre, et de se voir à la tête d'une
armée de trente mille hommes, le Roi dit: _Oui pour un prince_. Il se
parloit alors de la paix avec le prince de Condé.

_Le 5 avril, mardi._—Il va chez M. de Luynes, où dînoit M. de Souvré,
y mange des poulets lardés, boit très-bien et à diverses fois de
l'hypocras tout pur. Il retourne, après la chasse, en haut du château,
à la chambre de M. de Luynes, où il a goûté, part d'Amboise et arrive à
Tours à sept heures, chez la Reine sa mère.

_Le 7, jeudi._—Il fait cardinal de Lorraine l'archevêque de Reims[254].

  [254] Louis de Lorraine, fils de Henri _le Balafré_, tué à Blois;
  né le 22 janvier 1575, archevêque de Reims après son oncle,
  mort le 21 juin 1621; il eut plusieurs enfants de Charlotte des
  Essarts, depuis femme du maréchal de l'Hôpital.

_Le 9, samedi, au Plessis._—Il achève son fort, et y fait venir des
petits canons tirés par des chiens, l'un desquels fait difficulté
de passer outre sur une planche qui faisoit du bruit. Il le bat
rudement et en colère; l'ayant quitté, le reprend: le chien passe
sans difficulté; lors il dit froidement et de façon sérieuse: _Voilà
comme il faut traiter les opiniâtres et les méchants_, et, lui donnant
du biscuit, _et récompenser les bons, les hommes aussi bien que les
chiens_.

_Le 14, jeudi._—Sur les trois à quatre heures les Reines le viennent
voir; il leur fait voir son fort, dont il n'avoit pas bougé, encore
qu'il eût fort plu et grêlé, s'étant mis à couvert sous une table qu'il
y avoit fait porter et élever. Son humeur étoit infatigable.

_Le 16, samedi._—Il va au conseil, donne audience à l'ambassadeur du
duc de Neubourg, revient à son fort, fait toutes sortes d'exercices. La
Reine sa mère y vient; il tire et salue à son arrivée, y donne lui-même
le morion à M. le duc d'Elbeuf.

_Le 18, lundi._—A sept heures et demie soupé, et la Reine avec lui;
c'est la première fois qu'ils ont mangé ensemble. Il ramène la Reine en
sa chambre, revient en la sienne à huit heures trois quarts[255].

  [255] Le Roi et la Reine mère vont à Amboise et à Blois, à cause
  de la maladie qui régnait à Tours.

_Le 20, mercredi._—Il va chez M. de Luynes, qui donne à dîner à la
compagnie, y fait ripaille et donne sur l'hypocras assez mal trempé.
A trois heures et demie il va au clos, où le sieur de Luynes donne la
collation au Roi et à la Reine. Il va, il vient, il travaille fort, et
passe trois fois la rivière à pied, sans s'essuyer ni sécher; le soir
il s'amuse à faire jeter des fusées sur la terrasse par ses fenêtres.

_Le 21, jeudi._—Il arrive à Blois; à cinq heures la Reine arrive, et
le vient voir dans sa chambre, accompagnée de la Reine sa mère.

_Le 28, jeudi._—Il entre dans une colère extrême de ce qu'on lui avoit
dérobé sa linotte extrêmement brune, a opinion que c'étoient quelques
Espagnoles qui étoient à la Reine; fait rouler son petit canon par
le cabinet pour leur faire du bruit, et dit que, n'étoit la crainte
d'éveiller la Reine sa mère, qu'il le tireroit contre la porte de la
chambre, qui étoit celle même de son cabinet; envoie acheter un cadenas
et l'attache à la porte.

_Le 29, vendredi._—Il va à l'assemblée à Burie, où il a dîné. Il se
met à jouer aux cartes, à cause de la pluie et de la grêle.

_Le 1er mai, dimanche._—Il va à la chambre de la Reine sa mère, où
messire Nicolas Brulart, fait chancelier de France par le feu Roi,
remet les sceaux entre les mains du Roi[256]; il n'y avoit qu'eux
trois, ayant fait sortir tous ceux qui étoient dedans.

  [256] Il avait été fait garde des sceaux en décembre 1604, et
  devint chancelier, le 10 septembre 1607. Il les reprit le 23
  janvier 1623 et les rendit le 2 janvier suivant. Il mourut au
  château de Sillery, près de Reims, le 1er octobre 1624. Il eut
  pour successeur Guillaume du Vair, qui ne garda les sceaux que
  peu de mois et devait ses disgrâces au maréchal d'Ancre.—On
  prétend qu'en rapportant les sceaux le chancelier Brulart fit
  pleurer le Roi, en lui exprimant ses regrets.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Fontainebleau à onze heures; à cinq
heures la Reine arrive; il la reçoit, la mène en sa chambre et à la
salle du bal.

_Le 16, lundi._—Il quitte Fontainebleau, dîne à Bourg-la-Reine, y
trouve la Reine, s'habille, se pare; botté, il monte à cheval sur
_Soleil_, son beau cheval et celui du feu Roi, voit un bataillon de dix
mille hommes parisiens qui étoient venus au-devant pour le recevoir.
M. de Liancourt, premier écuyer et gouverneur de Paris, et M. Miron,
prévôt des marchands, lui disent seulement: «Que Sa Majesté soit la
bien venue!» Il entre à Paris à sept heures et demie, va à Notre-Dame,
où le clergé le reçoit et une partie du parlement; rend grâces à Dieu,
remonte à cheval, arrive au Louvre à huit heures, chez la Reine sa
mère. Le soir il fait sceller en sa présence la commission de garde des
sceaux pour M. du Vair, et en reçoit le serment.

_Le 20, vendredi._—Il va courir un chevreuil aux Tuileries, avec ses
petits chiens. A neuf heures le duc de Mayenne lui fait la révérence,
la face pâle; les ducs de la Trémouille, de Bouillon présents. M. de
Mayenne, portant la parole, lui dit: «Sire, nous venons nous jeter
entre vos bras, suppliant très-humblement Votre Majesté de croire
que nous sommes ses très-honorés, très-obéissants et très-fidèles
sujets.»—_Venez, soyez les bienvenus, je suis bien aise de vous voir_;
et soudain il change de propos en disant: _Je courrai un chevreuil_.

_Le 22, dimanche._—Il va à la messe à Bourbon, revient en la grande
galerie, où il touche mille soixante-six malades. La Reine le voit pour
la première fois.

_Le 26, jeudi._—Il va à Issy, voir l'une des maisons de feu la reine
Marguerite, qu'il avoit achetée.

_Le 29, dimanche._—Il va au sermon à Saint-Germain-l'Auxerrois, où il
avoit fait présenter le pain bénit, le matin, à la première messe.

_Le 6 juin, lundi._—M. le maréchal d'Ancre arrive revenant d'Amiens,
le salue; le Roi le fait mettre dans son carrosse à Neuilly, et arrive
à Paris à sept heures chez la Reine sa mère; puis il va chez la Reine.

_Le 7, mardi._—Il donne audience à messieurs du parlement et à
l'ambassadeur de Malte. Il va aux Tuileries, y court à pied un
chevreuil, à outrance.

_Le 8, mercredi._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine,
enferme à la clef les femmes espagnoles, pour avoir, le soir précédent,
ôté les clefs des coffres à Louise, fille de sa nourrice.

_Le 14._—A midi il donne audience à la cour de parlement, en corps,
faisant plainte de ce que les prisons du grand Châtelet avoient été
rompues par le comte de Vitry, capitaine des gardes, la nuit, et
en avoit enlevé le sieur de Beauvau, accusé et convaincu de fausse
monnoie[257].

  [257] Le sieur de Beauvau était fils d'un gentilhomme lorrain,
  qui eut la tête tranchée aux grands jours, à Poitiers. Defontis,
  lieutenant criminel, le saisit et le mit au Châtelet; le Roi
  donna un ordre à M. de Vitry pour l'en retirer; le geolier
  refusa, et à minuit Vitry alla avec des gardes forcer l'entrée.
  Beauvau fut gracié, et le parlement en fut pour ses plaintes.

_Le 17, vendredi._—Il va à la foire du Landit, à Saint-Denis.

_Le 19, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye; Monsieur, son frère,
dîne avec lui. Il lui donne de ses viandes avec un soin et action de
père.

_Le 20, lundi._—Il va au parc, et, à l'exemple de quelques-uns de ses
petits gentilshommes, quitte son pourpoint, se coiffe de son mouchoir,
débride et desselle son cheval, lui donne à manger du foin nouveau pris
dans le pré, tout cela par galanterie.

_Le 26, dimanche._—Il reçoit en sa chambre, à cinq heures et demie, le
comte d'Auvergne sortant des prisons de la Bastille après douze ans;
le genou en terre, il lui demande pardon. Le Roi le veut faire lever,
il ne veut point; le Roi lui dit: _Vous avez failli deux fois; je vous
pardonne_; le comte lui demande une épée, le Roi la lui donne.

_Le 1er juillet, vendredi._—La Reine ce jour, pour la première fois,
se fait servir à la françoise.

_Le 4, lundi._—Il va à la rue de Jouy, chez M. de Fourcy, intendant
des bâtiments, où il a goûté; puis va à Saint-Gervais, où il a posé la
première pierre du portail de l'église[258].

  [258] Élevé sur les dessins de Salomon de Brosse, architecte
  général des bâtimens du Roi et de la Reine mère. C'est par erreur
  que l'on donne à cet architecte le prénom de Jacques.—_Voy._ A.
  JAL, _Dictionnaire critique de biographie et d'histoire_, page
  285.

_Le 8, vendredi._—La Reine vient pour la première fois à
Saint-Germain-en-Laye trouver le Roi, qui y étoit depuis le matin; elle
étoit avec la Reine mère.

_Le 9, samedi._—Il mène la Reine aux grottes pour la première fois, y
fait mouiller quelques Espagnoles et Espagnols. Il se va promener, fait
jeter des fusées, va à la rivière; on le rencontre presque toujours
courant sans se lasser; il avoit chaud et étoit sur les dents.

_Le 11, lundi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, en passant par le
bourg de Saint-Germain.

_Le 13, mercredi._—Il va à l'assemblée à Maisons, où il dîne, va
courir un cerf à cheval, le réduit à non-plus, et s'il eût eu un cheval
frais, il l'eût tué, l'ayant couru plus de trois cents pas l'épée à la
main. Il court plus de trois heures, va aux toiles, va à Chambourcy, où
il a goûté. Le soir il va chez la Reine sa mère.

_Le 15, vendredi._—LL. MM. quittent Saint-Germain.

_Le 18, lundi._—Il va au logis du sieur de Maisonnette, capitaine du
jardin des Tuileries, où il fait la cuisine, va au conseil ensuite.

_Le 20, mercredi._—Ce jour, avant midi, le corps de Marguerite de
Valois, dernière du nom, appelée la Reine Marguerite, fut enlevé de la
chapelle qu'elle avoit fait édifier derrière sa maison, au faubourg
Saint-Germain, sur la rivière, et porté à Saint-Denis, accompagné
seulement de deux archers de la garde du corps du Roi. Les moines
faisoient difficulté de le recevoir, craignant que ce ne fût une
feinte, à cause du peu de compagnie; enfin il fut reçu et mis dans
la chapelle des Valois, que la reine Catherine de Médicis a fait
construire, où son corps a été mis, et celui du roi Henri III.

_Le 27, mercredi._—Le prince de Condé arrive à Paris après la paix; à
six heures il arrive au Louvre; on ne l'attendoit que le jour suivant.
Le Roi va chez la Reine mère, et il le trouve chez la Reine[259]. Le
soir il va chez la Reine sa femme.

  [259] Héroard a laissé ici une ligne en blanc.

_Le 28, jeudi._—Le Roi va chez la Reine mère, M. le Prince y vient; le
Roi s'y trouve mal, étourdi par la grande chaleur qu'il faisoit dans
la chambre de la Reine. A quatre heures il va chez la Reine sa femme,
qui lui avoit préparé la collation, ne y touche point en tout; mais se
couche et se repose. A quatre heures et demie il se trouve mieux, va
aux Tuileries, y court un faon de biche avec ses petits chiens.

_Le 1er août, lundi._—Il va chez le Gaignier, faiseur de litière de la
Reine, en la rue de la Croix du Tiroir, pour voir passer l'ambassadeur
d'Angleterre; envoie querir des confitures sèches par le marquis de
Mortemart, en a beaucoup mangé. A six heures trois quarts, milord de
Haïes, ambassadeur d'Angleterre extraordinaire, arrive fort paré et
bien accompagné, et, passant par le Pont-Neuf, va loger à l'hôtel de la
reine Marguerite, au faubourg Saint-Germain.

_Le 7, dimanche._—Vêtu et paré à cinq heures, en sa chambre, il
donne audience au milord de Haïes, ambassadeur pour se réjouir de son
mariage[260].

  [260] Jacques Hay, baron de Saley, comte de Carlisle; il venait
  aussi entretenir le Roi d'un projet de mariage entre le prince de
  Galles et Madame Christine.

_Le 9, mardi._—Il va au manége, où se trouve l'ambassadeur
d'Angleterre.

_Le 1er septembre, jeudi._—Sur les onze heures, M. le prince de Condé
fut arrêté en la chambre de la Reine mère, venant du conseil, par M. de
Thémines, lui disant que c'étoit par commandement du Roi; sur ce que
M. le Prince lui demanda s'il l'osoit bien entreprendre, il le mène
en bas, au logement neuf, que la Reine mère avoit fait accommoder
pour elle-même. Gardé par M. d'Elbène, commandant de la compagnie des
chevau-légers de Monsieur, avec une douzaine de ses compagnons[261]. Le
Roi ne veut pas dîner.

  [261] La Reine mère fit arrêter le prince de Condé parce qu'il
  continuait ses menées et menaçait de reprendre les armes.—_Voy._
  tous les détails dans le Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 194 et
  195.—Ce jour-là le Roi reçut la cour souveraine, le prévôt des
  marchands et les ambassadeurs, pour leur expliquer la cause de
  cette mesure.

_Le 2, vendredi._—Il s'amuse à faire la garde lui-même, se couche sur
la paillasse, s'endort. Descluseaux, qui faisoit le caporal, l'éveille,
le tire par les pieds hors de la paillasse, le met en sentinelle, où il
se rendort. Descluseaux le y trouve, le met en prison; ce fut en son
lit.

_Le 7, mercredi._—A onze heures il monte à cheval, accompagné
de la Reine sa mère, et va au Palais, où il parle en ces termes:
_Messieurs, vous saurez par monsieur le garde des sceaux les raisons
pour lesquelles je suis venu m'asseoir en ce lieu._—C'étoit sur
l'emprisonnement de M. le Prince.

_Le 14, mercredi._—Il fait chevalier de l'accolade l'ambassadeur de
Venise, qui prenoit congé pour s'en retourner.

_Le 27, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser un
ballet à la Reine.

_Le 8 octobre, samedi._—Ce matin courut un faux bruit que M. de
Vendôme ou M. de Bouillon avoit été tué; quelqu'un le disant devant lui
avec semblant de joie, le Roi dit froidement et sérieusement: _Je ne me
réjouis pas de la mort d'autrui_.

_Le 16, dimanche._—Il va chez la Reine tout élangouri, va à la
chapelle de la Tour, puis chez la Reine sa mère, revient à midi fort
gai et tout changé, et me dit que la Reine sa mère lui avoit dit qu'il
prendroit médecine demain matin, et qu'il y étoit tout résolu puisque
c'étoit avec un lait d'amandes, comme j'avois accoutumé de les lui
faire prendre, et qu'il y avoit quatre jours qu'il sentoit du mal, mais
ne l'osoit dire, de peur de prendre une médecine noire.

_Le 19, mercredi._—Il va le soir à la comédie françoise.

_Le 22, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, la trouve à table qui
dînoit, y a mangé beaucoup de pain de Mlle de Vendôme, seul et avec de
la bouillie de la Reine. Il va à la plaine de Grenelle, puis revient
chez sa mère et chez la Reine.

_Le 27, jeudi._—Le soir il recorde son ballet[262].

  [262] Même mention pour le jour suivant.

_Le 31, lundi._—Il étoit malade, dit qu'il sent ses pieds comme s'il
les avoit enflés, se plaint de la colique; bu de l'eau cuite avec du
julep rosat, mis une éponge abreuvée de décoction sur sa douleur.
Un quart d'heure après je l'entends râler et ronfler fort haut, j'y
accours; je le trouve la bouche en bas, contre son bras, je le lève,
le porte en terre, et le doigt en la bouche pour lui ouvrir les dents,
tant que le sieur de Piolive lui met le manche de son couteau en la
bouche; perd les sens; vin, eau-de-vie, promené, eau-de-vie, toujours
promené; l'accès dure environ un demi quart-d'heure; remis au lit;
c'étoit une convulsion. A huit heures soupé en présence de la Reine sa
mère.

_Le 1er novembre, mardi._—Il est saigné pour la première fois, à la
basilique du bras droit, par Ménard, chirurgien de la Reine sa mère.

_Le 2, mercredi._—Il continue à se plaindre, est entretenu par des
contes que lui fait sa nourrice, se fait changer de lit.

_Le 5, samedi._—Levé en robe et en bottines, il va faire lever M.
de Luynes au cabinet, et se couche sur son matelas, où il s'amuse
sans dormir jusques à près de trois heures, se plaint en se couchant,
disant: _Je ne saurois dormir, je vois bien que je rêve_; soudain il
s'endort jusques à une heure après minuit.

_Le 9, mercredi._—Levé en robe, il promène un peu. Remis au lit, il
s'amuse à écrire lui-même le ragoût des mauvais bouffons de la cour.

_Le 10, jeudi._—Sa première sortie; il va par la galerie aux
Tuileries, puis chez la Reine et chez la Reine sa mère; va en son
cabinet des armes.

_Le 22, samedi._—Il va en la grande galerie, accompagné d'un exempt
des gardes, du sieur de Mataret, gouverneur de la ville et château
de Foix, et d'un autre. Regardant à tout s'il étoit suivi, il se met
assez avant en l'une des fenêtres qui regardoit sur la rivière, quand
le maréchal d'Ancre entra, accompagné de plus de cent personnes, et
s'arrêta aussi à une des fenêtres sans aller vers le Roi, se faisant
faire la cour par tous, tête nue; mais il savoit bien que le Roi étoit
là, car on lui avoit dit, l'ayant demandé en la chambre. Il s'en va aux
Tuileries, le cœur plein de déplaisir.

_Le 27, dimanche._—Il monte en la chambre du sieur de Luynes, où il
s'habilla de l'habit et pantalon qu'il devoit porter à son ballet. Ce
ballet fut le premier qu'il dansa étant Roi. A six heures un quart il
soupe avec les onze qui étoient de son ballet avec lui. Il se met au
milieu de la table. Il s'amuse à railler premièrement à table avec la
compagnie, peu après se met sur le lit où il s'endort doucement environ
deux heures. Éveillé en sursaut, en colère, demandant son épée pour
combattre Abimélech, et crioit: _Ça, ça! Abimelech_;[263] il se prit à
rire. Dansé à onze heures trois quarts son ballet, sa musique s'étant
fait attendre deux heures, ce dont il étoit fort fâché. L'entrée étoit
de Pantalon; il en étoit. Il dansa son ballet extrêmement bien, alla
prendre la Reine, la mena danser aux branles et se retira à deux heures
et demie après minuit.

  [263] En rêvant à Abimélech, le Juge féroce d'Israël, le Roi
  est peut-être encore sous l'impression du _déplaisir_ que lui a
  laissée, quelques jours avant, l'insolence du maréchal d'Ancre.

_Le 2 décembre, vendredi._—Il va chez la Reine à sept heures du soir,
et y joue à divers jeux jusqu'à neuf; il chante souvent des psaumes le
soir.

_Le 5, lundi._—Il va à la chasse aux plaines du Roule, où il monte
à cheval; vole le cochevis qui se sauve dans un grenier, où il monte
par une échelle et sa troupe aussi, y font des embûches, et prennent
l'oiseau qui se sauve dans son chapeau. Il revient chez la Reine et
chez sa mère. Le soir il va encore chez la Reine; en se couchant il
chante des Noëls.

_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine et chez la Reine sa mère, fort
blême, revient et me dit qu'il avoit failli à tomber chez sa mère, s'il
ne se fût appuyé.

_Le 15, jeudi._—Il entre en carrosse et s'en va aux Ternes, qu'il
avoit achetés. Le soir il revient en sa chambre où il fait danser un
ballet que la Reine faisoit faire à ses filles. Il va chez la Reine sa
mère, où il voit encore danser.

_Le 18, dimanche._—Il va à Courcelles, près du pont de Neuilly, qu'il
vouloit acheter du sieur Galand, avocat au parlement.

_Le 19, lundi._—Impatient pour aller à Courcelles, il y fait porter
des mousquets pour un fort qu'il y vouloit faire bâtir; il fut d'abord
en toile cirée et en bois.

_Le 20, mardi._—Il vient dans la galerie, ayant mandé à venir tous les
colonels, capitaines, lieutenants, enseignes et quarteniers pour les
assurer de sa volonté, contraire à ce que, par bruit commun, on leur
faisoit croire qu'il les vouloit désarmer; il va chez la Reine après.

_Le 22, jeudi._—Impatient pour aller à sa maison de Courcelles, à midi
il entre en carrosse. Arrivé à Courcelles, il monte sur la butte, où
il avoit fait un fort; il n'y avoit que la charpenterie qu'il avoit
fait couvrir d'une toile cirée, en attendant l'ardoise. Il s'arme d'un
corselet et d'un morion, et d'une pique. La Reine y étoit venue; elle
y monte et le trouve en faction; il lui donne la collation après lui
avoir fait voir tout l'ordre de la garde du fort, revient à cinq heures
à cheval chez la Reine sa mère.

_Le 23, vendredi._—Il monte au cabinet des armes, où il s'amuse à des
modèles de quelques machines pour tirer et pour hausser, que l'on y
montroit. Il va après chez la Reine sa mère, où il donne audience à un
Turc portant des lettres du Grand-Seigneur pour demander la justice
des Morisques Gravatins chassés d'Espagne, qui furent volés et fort
maltraités, passant par la France. Ce Turc étoit natif de Valence en
Espagne et renégat. Le soir il apprend son ballet pour danser au jour
de carême-prenant.

_Le 24, samedi._—Confessé par le P. Coton, à onze trois quarts il va à
la chapelle de la Tour, où il entendit les trois messes et communia.

_Le 26, lundi._—Il va encore à Courcelles, s'amuse avec ses petits
gentilshommes à faire la garde du fort, y a goûté, revient chez la
Reine.

_Le 27, mardi._—Il s'amuse à chanter en concert et avec les régales,
sur lesquelles jouoit le sieur de la Chapelle.

_Le 29, jeudi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine sa mère, entre
en carrosse à douze heures et demie, et va à Courcelles, où il fait
ses exercices. Il y a goûté, va sur le bord de la rivière à pied, tire
à des oies avec un canon sur une fourchette, en tue une, en blesse
une autre, va à pied au long de l'eau, tire sur des pigeons, en tue
et continue au long de la muraille jusques aux vignes, où il monte à
cheval et s'en revient.



ANNÉE 1617.

  Ballets.—Chasses.—Mariage de Mlle de Soissons avec M.
  de Longueville.—Baptême de Mlle de Pluvinel.—Retour du
  chancelier de Sillery.—Jeux militaires du Roi.—Meurtre du
  maréchal d'Ancre.—La Reine mère.—Courses à Saint-Germain
  et à Fontainebleau.—Mort de la maréchale d'Ancre.—Portrait
  du Roi par Fernand.—Nombreuses courses du Roi aux environs
  de Paris.—Il touche par grâce quatre Espagnols.—Mariage de
  M. de Luynes.—Le prince de Condé sort de prison.—Départ
  pour Rouen.—Mantes.—Gaillon.—Pont-de-l'Arche.—Entrée à
  Rouen.—Dieppe.—L'hôtesse de l'Écu de Bretagne.—Retour
  à Rouen.—Mort de M. de Villeroy.—Réception des cours
  souveraines.—Assemblée des Notables.—Retour à Saint-Germain.


_Le 1er janvier, dimanche._—Confessé, communié, touché quatre cent six
malades.

_Le 4, mercredi._—Il va chez la Reine, y recorde son ballet.

_Le 12, jeudi._—Vêtu de son habit de ratine et de sa robe, il s'amuse
à dresser une batterie de petits canons qu'il avoit lui-même fondus à
sa forge, dresse la garde autour des canons et fait tout ainsi que s'il
eût été à une armée.

_Le 15, dimanche._—Paré pour aller au bal chez la Reine sa mère, il y
descend à neuf heures et demie, où il y eut bal et y dansa, et revint à
deux heures après minuit.

_Le 19, jeudi._—Il recorde son ballet deux fois dans la journée.
Entretenu le soir en se couchant, il dit qu'il n'aime plus la chasse;
les deux jours précédents, il n'y avoit point eu de plaisir. Il faisoit
mauvais temps.

_Le 22, dimanche._—A neuf heures et demie il va chez la Reine sa
mère, pour y voir le ballet de M. le comte d'Auvergne, en revient à une
heure et demie après minuit.

_Le 29, dimanche._—Il va souper en la chambre de M. de Luynes, aux
Tuileries, qui boit à sa santé. Le soir il donne son ballet, qui ne
commence, par suite de difficultés, qu'à deux heures et demie, et entre
dans la salle de bal avec beaucoup de peine, à cause de la foule du
monde, où il se trouve une demoiselle qui se prend à ses chausses,
disant: «Si vous entrez, j'entrerai».—Il entre, et danse le ballet
dont le sujet étoit _les Amours d'Armide et de Renaud_; cela dure
jusques à cinq heures[264].

  [264] «Discours au vrai du ballet dansé par le Roi le dimanche
  29e de jour janvier 1617, avec les dessins, tant des machines et
  apparences différentes que de tous les habits des masques;» par
  Durand, Paris, P. Ballard 1617, in-4º. L'auteur était un poëte
  qui finit, peu après, en place de Grève pour un pamphlet contre
  le duc de Luynes.

_Le 2 février, jeudi._—Mis au lit, il s'amuse à faire habiller huit ou
dix des siens de certains habits qui avoient servi à d'autres ballets,
les fait danser au violon, lui jouant du tambour.

_Le 4, samedi._—Il va à la volerie, en l'étang de Massy et à
Longjumeau, où il prend le héron dans le jardin de maître Jehan
Philippy, chirurgien ordinaire de Sa Majesté. Le soir il va voir jouer
une tragi-comédie espagnole par les filles de la Reine.

_Le 6, lundi._—Il fait encore la collation chez le sieur Philippy,
mange des cerises sèches, en met dans sa pochette. Après son souper il
va chez la Reine, où il s'endort, sur deux escabeaux qui plient et un
oreiller, jusques à près d'onze heures; à minuit il va chez la Reine sa
mère, où il voit danser un ballet de la Reine; revient à une heure.

_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser le
ballet du prince de Joinville, en revient à deux heures après minuit.

_Le 11, samedi._—Il va aux Tuileries où il court un chevreuil avec
ses petits chiens, va aux Feuillants. En dînant il me dit qu'il ne se
trouve pas bien, qu'il râle, a l'estomac pesant, et est dégoûté; il
étoit enrhumé, dit qu'il pense qu'il auroit besoin de prendre quelque
chose. Après son dîner il va chez sa mère, chez la Reine, retourne aux
Tuileries. Avant de se coucher il va chez la Reine sa femme, jusques à
onze heures.

_Le 19, dimanche._—Il s'amuse doucement, gaiement, fait battre à coups
de poing les petits pages de la musique, et puis leur donne un écu à
chacun.

_Le 21, mardi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va vers les
Bonshommes, où il fait conduire des petites pièces de canon et tire aux
corneilles. Il en tue une; c'étoit une nouvelle sorte de chasse.

_Le 2 mars, jeudi._—Il va à sa forge, puis aux Tuileries, puis en la
place Royale, voir la compagnie de la Reine sa mère.

_Le 4, samedi._—Il s'amuse à faire son équipage pour ce qu'il veut
partir pour son voyage. Le soir il va chez la Reine.

_Le 5, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, où se passa le contrat
de mariage de Mlle de Soissons avec M. le duc de Longueville[265].

  [265] Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et
  de Anne de Montafié, mariée le 30 avril à Henri d'Orléans, duc de
  Longueville, né en 1595, mort le 11 mai 1663; elle mourut le 9
  septembre 1637; sa fille unique épousa le duc de Savoie-Nemours,
  et son mari se remaria avec Anne-Geneviève de Bourbon-Condé.

_Le 2 avril, dimanche._—Il va chez la Reine, chez la Reine sa mère,
va chez M. de Pluvinel, l'un de ses écuyers près de sa personne, en
l'absence de M. de Souvré, et de là à Saint-Thomas du Louvre pour tenir
à baptême sa fille avec Madame[266]; y a goûté à la collation.

  [266] Gabrielle de Pluvinel, fille du premier écuyer et de Marie
  de Mancel, mariée: 1º à Simon Marion, baron de Druy, fils du
  contrôleur général des finances; 2º à Charles de Biancourt, fils
  de M. de Potrincourt, gouverneur du Canada; 3º à Charles de Poix;
  ces deux derniers furent «écuyers en chef d'académie», comme M.
  de Pluvinel.

_Le 13, jeudi._—Il va au conseil et deux fois chez M. de Luynes, en sa
chambre.

_Le 17, lundi._—Il va chez la Reine, laquelle ce jourd'hui fut saignée
du pied droit, en présence du docteur de la Serva, son premier médecin,
et du médecin du duc de Mantoue. Le Roi va la voir le soir.

_Le 24, lundi._—Le maréchal d'Ancre tué sur le pont du Louvre entre
dix et onze heures du matin[267].

  [267] Héroard a laissé dans son journal une page en blanc.

_Le 25, mardi._—M. le chancelier de Sillery[268] arrive, et, mandé par
le Roi, va chez la Reine. Il se rend seul au conseil, pour la première
fois avec ses secrétaires.

  [268] Il fut mis alors à la tête du conseil par suite du
  changement de politique extérieure, dont M. de Luynes devint le
  maître.

_Le 28, vendredi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, chez la Reine
chez sa mère.

_Le 3 mai, mercredi._—A deux heures et demie le Roi descend dans
l'antichambre de la Reine sa mère, pour lui dire adieu. Elle part pour
Blois, et lui pour le bois de Vincennes[269].

  [269] La Reine mère, en apprenant le meurtre du maréchal, avait
  dit: «J'ai régné sept ans; il ne faut plus penser à d'autre
  couronne qu'à celle du ciel.» Elle demeura quelques jours encore
  au château, mais se voyant abandonnée, elle demanda à se retirer
  à Blois, où Richelieu, alors secrétaire d'État, l'accompagna.
  Elle y fut bientôt tenue prisonnière et s'échappa, grâce au duc
  d'Épernon, dans la nuit du 21 au 22 février 1619; elle se retira
  alors à Angers, et se déclara pour les mécontents.—Le Roi vit
  sa mère dans l'antichambre le jour de son départ; elle pleura,
  ils se parlèrent assez vivement, et le Roi se retira «de peur de
  faiblir». Il alla coucher à Vincennes «extrêmement accompagné».
  Héroard a encore laissé ici une page blanche.

_Le 7, dimanche._—Il voit Mesdames, ses sœurs, qui étoient venues le
visiter. Il s'amuse à voir combattre des dogues et des ours. Il va chez
la Reine le soir, revient chez lui, et s'amuse à démonter des canons de
harquebuses.

_Le 8, lundi._—Il va au conseil, puis au parc, à son fort.

_Le 10, mercredi._—A son parc, il fait sentinelle sur le bord du
fossé, à l'avenue de la porte, le mousquet sur l'épaule. Il devoit
défendre le fort, et M. de Rohan le devoit attaquer; cela est diverti
et la trêve publiée à son de trompe.

_Le 12, vendredi._—Il donne audience au nonce[270].

  [270] Le Roi revient de Vincennes le 13, se confesse au père
  Arnoux, touche des malades, reçoit le compliment des cours
  souveraines pour la mort du maréchal d'Ancre.

_Le 14, dimanche._—Il va à la messe à la chapelle de Bourbon,
communie, touche sept cent quatre malades. Il va chez la Reine à deux
heures, puis au sermon. Le soir encore chez la Reine.

_Le 17, mercredi._—Il va chez la Reine, en la galerie, où il donne
audience à des ambassadeurs, va au conseil après. Le soir chez la
Reine; il revient à onze heures trois quarts.

_Le 27, samedi._—Il part de Paris et va à Saint-Germain en Laye,
arrive à deux heures au château neuf, va se promener partout, va par
les terrasses, et à pied à la garenne. Il revient à huit heures trois
quarts, décrit de sa main et donne les relais, pour le lendemain, à
courre le cerf.

_Le 29, lundi._—Il revient à Paris, soupe à la Chaussée, maison de M.
le président Chevalier, va trouver la compagnie qui soupoit, se met
entre M. de Mayenne et M. de Nevers. A sept heures et un quart il entre
en carrosse à Paris, va chez la Reine à huit heures et demie, puis va
se mettre au lit à neuf heures trois quarts[271].

  [271] Le 30 il reçut dans la grande galerie du Louvre M. de Guise
  fort accompagné et lui dit: «Mon cousin, vous m'aviez bien dit
  qu'il fallait nous défier du maréchal d'Ancre; mais il n'était
  pas encore temps.»

_Le 1er juin, jeudi._—A Rueil dîné; il va s'asseoir à table avec la
compagnie, y mange peu, va aux grottes, y mouille, y est mouillé,
revient à six heures chez la Reine, puis va souper et revient chez la
Reine.

_Le 4, dimanche._—Comme on lui reprochoit de ne pas aller voir la
Reine, il répondit que cela l'_échauffoit_.

_Le 5, lundi._—Il avoit cessé de jouer à la paume pendant quelque
temps; il s'y est remis.

_Le 6, mardi._—Il ordonne de son équipage de canons qu'il veut faire
mener à Fontainebleau; va en son écurie, au conseil, chez la Reine. Le
soir il va chez la Reine.

_Le 7, mercredi._—Il entre en carrosse à cinq heures et part de Paris
pour aller à Fontainebleau, arrive à huit heures et demie à Essonne,
où il dîne. A dix heures et un quart il rentre en carrosse jusqu'à
Pont-Thierry, où il prend le petit, à quatre personnes, et le conduit
lui-même au grand trot jusques à la forêt, et de là par ses petits
cochers jusques à Fontainebleau, où il arrive à une heure et demie.
Débotté, il va jouer à la paume, puis se va promener jusques à cinq
heures, puis soupé. Il va encore se promener; à huit heures mis au lit.

_Le 8, jeudi._—Il se va promener derrière le chenil, à travers les
blés et les sables, à pied, va chez la Reine; va en carrosse, à la
garenne d'Avon, fouiller aux renards et aux blaireaux, de là fait tout
le tour du parc à pied, peu dedans le carrosse, revient et se met dans
une nacelle sur l'étang. Il va chez la Reine, puis se promener.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, puis en la chambre
ovale, donne audience au marquis de Lancy, ambassadeur extraordinaire
de Savoie pour le remercier de sa bonne volonté à son secours. Après
son souper, mis au lit, levé, vêtu légèrement, il descend au jardin,
s'amuse à faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reçoit le
commandement du sergent (c'étoit Descluseaux), y est jusques à une
heure après minuit.

_Le 23, vendredi._—Il voit jouer les artifices faits pour la
Saint-Jean.

_Le 24, samedi._—Il s'amuse le soir à des fusées et à chanter, va chez
la Reine et en revient à minuit.

_Le 26, lundi._—Le soir il se va promener, fait mettre le feu à toute
la paille vidée des paillasses, va chez la Reine, à neuf heures fait
descendre son lit, ne se couche point, descend au jardin, où il est
jusques à une heure trois quarts, se jette sur une paillasse, où il est
dormant légèrement, tout vêtu.

_Le 27, mardi._—Il part de Fontainebleau, arrive à Paris à dix heures
et demie[272].

  [272] Jamais la cour n'avait été si grosse; on y compta
  trente-quatre princes et princesses.

_Le 30, vendredi._—Il va enfin chez la Reine de huit heures à minuit
et demi.

_Le 2 juillet, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye.

_Le 5, mercredi._—A trois heures il donne audience à M. l'ambassadeur
d'Espagne, puis va jusques au clos de M. de Frontenac.

_Le 6, jeudi._—Il va courir le cerf, revient disant qu'il a grand
faim, va chez la Reine, qui n'avoit pas dîné et y a mangé et encore
dîné. Le soir il retourne chez la Reine, et vient se mettre au lit à
huit heures trois quarts.

_Le 8, samedi, à Saint-Germain._—Il va à l'assemblée à Maisons,
ensuite à la chasse voir mourir le cerf, puis va chez la Reine; à
huit heures pansé, mis au lit. A pareille heure la maréchale d'Ancre
décapitée et brûlée en Grève, à Paris; on lui en parla si souvent et si
longtemps qu'il fut en continuelle appréhension[273], sans se pouvoir
endormir jusques à trois heures et demie après minuit, qu'il s'endort
jusques à huit heures un quart.

  [273] Un passage de la lettre que Malherbe écrivait à Peiresc
  le 25 juin 1617 peut donner une idée du ton, à la fois ironique
  et cruel, avec lequel on parlait au jeune Roi du supplice de la
  maréchale d'Ancre. Peiresc était attendu de Provence à Paris et
  Malherbe lui disait, près de quinze jours avant son arrivée et
  avant l'exécution: «Pour la Conchine, je crois que vous aurez
  loisir de la voir _en ses beaux atours_, car, à ce que m'ont
  dit des gens qui le doivent bien savoir, la chose ira jusques à
  samedi.»

_Le 10, lundi._—Éveillé à six heures après minuit comme il l'avoit
commandé, il va à Saint-Germain-en-Laye où il a dîné; revient en
carrosse à Paris à dix heures et demie. Débotté et, jusques à une
heure, amusé, il va au conseil, au jeu de paume, chez la Reine; à cinq
heures et demie soupé, puis chez la Reine, il en revient à neuf heures
et demie, et est mis au lit.

_Le 15, samedi._—Il va chez la Reine, et donne audience aux
ambassadeurs de Venise et de Savoie, va au parc, y fait mettre son
petit canon et fait mettre un chapeau contre une motte de terre, y
pointe sa petite pièce de deux cents pas, donne demi-pied à côté, main
droite, et à la deuxième fois donne dedans. Il va vers les Bonshommes,
où il a goûté; bu dans son chapeau du vin clairet et de l'eau; il fait
boire ainsi M. de Guise et d'autres.

_Le 24, lundi._—Il va sur la rivière faire pêcher le cormoran, le soir
chez la Reine, à la comédie en la galerie.

_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, puis va vers les Bonshommes;
baigné à la rivière, la première fois depuis qu'il est Roi, enroué
après.

_Le 27, jeudi._—Il va à Saint-Germain, se baigne à la rivière à main
droite, vers la pointe de l'île de la Garenne, y est un quart d'heure.

_Le 31, lundi._—Le matin baigné en sa chambre. Le soir il entend la
comédie en sa chambre.

_Le 2 août, mercredi._—Au bain en sa chambre, il est peint par
Fernand[274], peintre excellent, étant dans l'eau. Le soir il voit
jouer la comédie.

  [274] Ferdinand Elle, dit Ferdinand, «l'un des plus excellents
  peintres de portraits qui ayent paru en France», dit Mariette.
  Son fils Louis Ferdinand Elle, connu aussi sous le nom de
  Ferdinand, fut l'un des premiers membres de l'Académie royale de
  peinture en 1648, et mourut en 1689, âgé de soixante-dix-sept ans.

_Le 4, vendredi._—Il va aux Tuileries, où il fait courir trois renards
par ses petits chiens; l'on y avoit apporté les renards. Le soir il va
chez la Reine.

_Le 15, mardi._—Il va au sermon du P. Arnoux, jésuite, voit la Reine
en la maison où il fait la collation; c'étoit à Saint-Germain.

_Le 25, vendredi._—Il part de Paris pour aller à Lésigny et au bois
de Piple; il arrive à une heure, va aux Fontaines, se trouve las, se
couche sur un matelas, court un blaireau après.

_Le 29, mardi._—Il va sur l'étang (il faisoit une extrême chaleur)
revient à Paris. Il se plaint de tranchées au ventre, ce qui l'empêche
d'aller dîner au faubourg Saint-Honoré, chez M. de Vendôme, et de tenir
à baptême son fils.

_Le 2 septembre, samedi._—Il va chez la Reine, puis part de Paris
pour aller à Nanterre chasser à la garenne du Vésinet, arrive à
Saint-Germain par les terrasses, va jouer à la paume au jeu du bourg,
puis se promener.

_Le 3, dimanche, à Saint-Germain._—Il va au vieux château pour
voir l'endroit où le tonnerre vient de tomber. C'étoit auprès de la
chapelle, au-dessus de la voûte du château, d'où il remonta de la cour
après avoir pirouetté autour de trois ou quatre personnes qui y étoient.

_Le 6, mercredi._—Il va chez la Reine, fait tirer des fusées dans le
préau, joue aux barres, va à l'assemblée à Joyenval, y dîne, ayant fait
quatorze lieues dans le jour sans être aucunement las, ayant chassé
beaucoup.

_Le 8, vendredi, à Saint-Germain._—Confessé par le P. Arnoux, il va
à la chapelle de la terrasse, où il entend la messe, communie, entend
encore la grande messe, puis touche quatre Espagnols malades, par
grâce, à cause des maladies qui avoient cours. Il va chez la Reine
après son dîner, et à deux heures à l'église, au village, au sermon du
frère Paolo di Cesena, Italien, général des Capucins, qui prêcha en son
langage, et y entend vêpres, revient à quatre heures. Il va au préau
jouer aux barres, puis chez la Reine; mis au lit, il écrit lui-même et
donne les relais pour courir le cerf le jour d'après.

_Le 9, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à l'assemblée en Vésinet,
où il dîne. A Maisons, le Roi y passe en bac, revient à Paris à quatre
heures. Il va chez la Reine après son souper, revient à huit heures.

_Le 10, dimanche._—Le Roi va voir le général des Capucins.

_Le 11, lundi._—Il va chez la Reine, où se font les fiançailles de
M. de Luynes avec Mlle de Montbazon[275]. M. l'archevêque de Tours,
auparavant évêque de Bayonne, y fit la cérémonie.

  [275] Marie de Rohan, fille d'Hercule, duc de Montbazon, et de
  Madeleine de Lenoncourt, remariée à Claude de Lorraine, duc de
  Chevreuse.

_Le 13, mercredi._—A son lever il monte en la chambre de M. de
Luynes, et à cinq heures le mène à la chapelle de la Tour, près de
l'antichambre de la Reine, où, par M. l'archevêque de Tours, il est
épousé. Après son dîner il va chez la Reine, au conseil, va au souper
que donne M. de Luynes.

_Le 15, vendredi._—Ce jourd'hui, à midi, M. le prince de Condé a
été sorti de la Bastille et mené au bois de Vincennes avec Madame sa
femme[276].

  [276] Charlotte-Marguerite de Montmorency, morte le 2 décembre
  1650.

_Le 21, jeudi._—Il va mettre la première pierre au pont Saint-Michel.
En ce temps-là il alloit souvent à l'assemblée de Joyenval.

_Le 22, vendredi._—Mis son habit de satin; il recorde son ballet, va
chez la Reine, va au conseil, puis part pour Saint-Germain.

_Le 23, samedi._—Il va à l'assemblée à Maisons; le Roi passe la
rivière à gué devant la maison de M. le président Chevalier, courant
après le cerf.

_Le 25, lundi._—Il va à l'assemblée à Vaucresson, y dîne, soupe à
Saint-Germain.

_Le 26, mardi._—Il revient à Paris, va chez la Reine.

_Le 8 octobre, dimanche, à Saint-Germain._—Il va par la terrasse à
pied à la garenne, où il chasse aux lapins à coup de sa petite pièce,
en tue un par la tête.

_Le 18, mercredi._—Chez la Reine, dans la chapelle de la Tour, il y
tient à baptême le fils aîné de M. de Vendôme, duc de Mercœur, avec la
Reine[277].

  [277] Louis, fils aîné de César, duc de Vendôme. Il était né en
  1612, épousa en 1651 Laure Mancini, nièce du cardinal Mazarin,
  puis devenu veuf fut créé cardinal en 1667, et mourut en 1669.

_Le 24, mardi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Venise et de
Savoie, qui prennent congé.

_Le 27, vendredi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, où il a dîné,
arrive à neuf heures et demie, va faire la recette de son poisson, et
donne dix écus au pourvoyeur et une pistole à ses serviteurs.

_Le 1er novembre, mercredi._—Il touche les malades en la galerie; à
onze heures il va chez la Reine.

_Le 11, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil; à midi il entre en
carrosse, part de Paris allant à Rouen, arrive à Saint-Germain, il
pleuvoit. Il s'amuse à faire lui-même un petit fourneau de forge, de
brique et de mortier.

_Le 14, mardi._—Il part de Saint-Germain; à l'entrée du bourg, M.
d'Épernon, revenant de Guise, lui fait la révérence. Il soupe à Mantes
pour la première fois, y joue à la paume; il dîne à Fresnède.

_Le 15, mercredi._—Il arrive à Vernon pour la première fois, y dîne,
arrive à Gaillon[278], va soudain à pied visiter le jardin, puis soupé.

  [278] Gaillon appartenait aux archevêques de Rouen, et le
  cardinal d'Amboise y fit construire un magnifique château entouré
  d'un parc. _Voy._ les _Comptes du château de Gaillon_, publiés
  par M. Deville dans la collection des _Documents inédits sur
  l'Histoire de France_.—Louis XIII trouva le château si beau
  qu'il songea à l'acheter.

_Le 16, jeudi._—Il va en son cabinet, au conseil, où il n'y avoit que
le président Jeannin.

_Le 23, jeudi._—Il part de Gaillon et va à Pont-de-l'Arche pour la
première fois; à Rouville dîné. Il va à Pont-de-l'Arche, où le sieur de
Marsillat lui donne la collation de confitures.

_Le 24, vendredi._—Il part de Rouville pour aller à Rouen, la première
fois, à quatre heures, sans cérémonie, va descendre à l'église de
l'évêché, où il fut reçu par M. de Harlay, archevêque. A cinq heures à
Saint-Ouen où il logea[279].

  [279] Le Roi refusa le poële et aussi le serment obligé des Rois,
  entrant à Notre-Dame de Rouen, de conserver les priviléges du
  pays.

_Le 25, samedi._—Il va à la messe et aux vêpres à Saint-Ouen. Il
pleuvoit, il languit et s'amuse à jouer au volant en son cabinet.

_Le 27, lundi._—Il part de Rouen pour aller à Dieppe, dîne à Tote et
soupe à Baqueville, va se promener partout.

_Le 28, mardi._—Il arrive à Dieppe pour la première fois, va au
derrière de son logis pour y voir la mer, va voir le port.

_Le 29, mercredi._—Il monte à cheval, va au-dessus du Pollet, monte au
fort de Lunes, à main gauche sur le bord de la mer, où il fait mouiller
et mouille lui-même, faisant avancer le piquet. M. le duc de Mayenne
rencontra un piquet qui le fit tomber et fut couvert d'eau.

_Le 30, jeudi._—A son dîner, Mathurine[280] y emmène son hôtesse qui
dit au Roi: «Dieu vous donne bonne vie et longue, Sire; autrefois
j'ai baisé votre père, mais je vois bien que je ne vous baiserai pas.
Que Dieu vous bénisse, Sire, et vous maintienne longuement.» C'étoit
l'hôtesse de l'Écu de Bretagne. Il retourne au bord de la mer, fait
jeter dans l'eau le sieur de Frasque, écuyer de la Reine, et le sieur
Bernard, s'amuse, achète beaucoup de petites besognes.

  [280] Folle du roi Henri IV.

_Le 1er décembre, vendredi._—Il part de Dieppe, soupe le lendemain à
Rouen.

_Le 4, lundi._—Il va à la messe à Notre-Dame, et puis faire
l'ouverture des Notables qu'il avoit fait venir pour donner ordre
aux affaires de l'État, et prononça ces mots: _Messieurs, j'ai dit
mon intention à monsieur le chancelier; il vous la fera entendre;
asseyez-vous_.

_Le 5, mardi, à Rouen._—Il va au collége des Jésuites, pour voir les
préparatifs qu'ils avoient faits pour jouer des jeux.

_Le 10, dimanche._—Il va chez M. de Luynes, va au conseil, à la messe
à Saint-Ouen.

_Le 12, mardi._—Il entre en carrosse, va à l'hôtel de Ville à sa
collation. Ce jourd'hui M. de Villeroy est décédé, à quatre heures
après midi.

_Le 17, dimanche._—Dîné chez M. de Luynes; il ne boit pas du muscat.

_Le 23, samedi._—Il donne audience à M. le président de
Hacqueville[281], accompagné de M. le président Fayet, députés de
la cour du parlement de Paris, pour faire remontrances pour la
continuation du droit annuel à messieurs des comptes, cour des aides de
Paris et trésorier de France.

  [281] Jérôme de Hacqueville, seigneur d'Ons-en-Bray; il devint
  premier président du parlement de Paris en 1627, et mourut le 4
  novembre 1628.

_Le 26, mercredi._—Il reçoit les avis par écrit des notables. M. le
cardinal du Perron porta la parole.

_Le 28, samedi._—Il va au conseil, où étoient les princes, ducs et
pairs et officiers de la couronne, pour lui communiquer les avis
de l'assemblée et demander le leur. Le lendemain il donne congé à
messieurs les notables, au conseil. A deux heures messieurs de la cour
du parlement prennent congé de lui.

_Le 29, vendredi._—Il part de Rouen après l'assemblée, et dîne à Pont
de l'Arche, revient souper à Gaillon, et y a couché.

_Le 30, samedi._—En chassant il arrive à Mantes, où il soupe et couche.

_Le 31, dimanche._—Il va à la messe à Notre-Dame et à sept heures
entre en carrosse, et part de Mantes; va à Fresne, où il arrive à neuf
heures et où il a dîné: ensuite il va à cheval en chassant jusques
à Saint-Germain-en-Laye, où il arrive à deux heures et un quart. La
Reine, qui ne faisoit que d'arriver[282], le reçoit à l'entrée de la
salle; il va chez la Reine, puis au petit cabinet de la galerie, où il
s'amuse à faire des fusées. A six heures et demie soupé; il va après
chez la Reine, en revient à huit heures trois quarts.

  [282] La Reine n'avait pas accompagné le Roi à son voyage de
  Normandie.



ANNÉE 1618.

  Le journal d'Héroard devient plus concis.—Intimité croissante
  avec M. de Luynes.—Le Roi visite Madrid, et y va loger.—Congé
  donné aux Notables mandés de Rouen.—Soupers chez M. de
  Luynes; remarques d'Héroard.—Ballets.—Incendie au palais de
  Justice.—Mort de la duchesse de Nevers.—Uniformité de la
  vie du Roi.—Plaintes des ducs et pairs contre le garde des
  sceaux.—Le Roi donne la barette à M. de Gondi.—Il va à Grosbois
  chez le comte d'Auvergne.—M. de la Rochefoucauld nommé grand
  aumônier.—Le Roi à Soissons.—A Coucy.—Le cardinal de Savoie.


_Le 3 janvier, mercredi._—Il va en carrosse à la garenne, où il vole
et court des lièvres avec ses lévriers, revient à cinq heures, par les
terrasses, chez la Reine, où il a goûté d'un gâteau au beurre fait par
Mme Bélier.

_Le 4, jeudi._—A sept heures, éveillé par Beringhen, fort gai, il va à
l'assemblée à Joyenval, y dîne. Courant le cerf, il rencontre un petit
porte-panier, lui fait déployer toute sa marchandise, et l'achète,
laissant le marchand bien joyeux, qui pensoit que ce fussent des
voleurs; il fut bien aise de lui avoir fait cette peine. A onze heures
il va au laissez-courre; il avoit fort gelé; courant, il en voit qui
tremblent, ne court plus, s'en revient et va chez la Reine, se couche à
sept heures trois quarts.

_Le 6, samedi._—Soupé en la chambre de M. de Luynes, il va après à la
comédie françoise.

_Le 10, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chambre de M. de
Luynes, qui devoit donner la collation de confitures, va à la cuisine,
où se proposoit de souper M. de Luynes, et demande à souper au
cuisinier, se fait porter un couvert, et a soupé.

_Le 11, jeudi._—Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie, va chez
la Reine et chez Mme de Conty qui donnoit la collation, où il n'a rien
mangé.

_Le 18, jeudi._—Hors la ville, par la Porte neuve, il va à pied
jusques à Chaillot, faisant mener son petit canon par ses petits
suisses. M. de Castille lui donne des petits canons de fer, faits en
Suisse, et la collation. Il va chez la Reine, soupe, retourne chez la
Reine, chez M. de Luynes; revient à neuf heures et demie.

_Le 19, vendredi._—Il va à Madrid, visite tout le logement du château,
le fait lui-même marquer pour y aller loger, revient chez la Reine; le
soir encore chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 23, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, dîne, donne audience
à l'ambassadeur de Venise, puis entre en carrosse et va à Madrid pour y
loger; ce fut la première fois.

_Le 25, jeudi._—Il prend un émérillon sur le poing et va à pied
dans le bois, vers la Muette, revient tout à l'entour de la muraille
du parc, va chez la Reine; va après à la chasse vers la plaine de
Saint-Denis.

_Le 26, vendredi._—Après avoir été au conseil, il va se promener
et faire travailler à un fort qu'il fait faire près de la porte, à
l'avenue du pont de Neuilly.

_Le 28, dimanche._—Il chasse jusque par delà du pont de Saint-Cloud;
il étoit à cheval; il faisoit un extrême froid. Il l'avoue contre sa
coutume, et demande à se chauffer; il va chez la Reine, puis chez M. de
Luynes, où il a soupé; revient à huit heures.

_Le 29, lundi._—Il va travailler à son fort, revient pour le conseil
où il donne congé aux notables qu'il avoit mandés pour l'assemblée
tenue à Rouen; puis retourne travailler à son fort, va lui-même querir
et conduire des gazons; il faisoit grand froid.

_Le 31, mercredi._—Après son dîner, il va travailler à son fort, à
deux heures revient au conseil; à trois s'en va vers Longchamp à la
volerie, revient à quatre heures, travaille encore à son fort, puis va
chez la Reine, où il mange quelques beignets qui se y faisoient.

_Le 2 février, vendredi._—Il va à confesse au père Arnoux[283],
à la messe à la chapelle de la Tour, où il communie, et, dans la
grande galerie, touche cent six malades; va au sermon et aux vêpres à
Saint-Séverin, puis chez la Reine.

  [283] Luynes voulant avoir quelqu'un à lui auprès du Roi fit
  congédier en 1617 le père Coton, confesseur du Roi et de la
  Reine mère, et choisit le père Arnoux pour le remplacer.
  Fontenay-Mareuil et le marquis de Montpouillan ne l'épargnent pas
  dans leurs Mémoires.

_Le 4, dimanche._—Il va chez la Reine, puis va souper chez M. de
Luynes et les princes et autres seigneurs avec lui, revient à neuf
heures.

_Le 11, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; _confusion_[284].

  [284] _Voy._ au 18 février suivant. Héroard a mis cette mention
  en marge.

_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, y recorde son
ballet.

_Le 15, jeudi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes qui soupoit,
y recorde son ballet, revient à minuit.

_Le 18, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; un peu de confusion.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes, où il
recorde son ballet à neuf heures trois quarts; il revient en la salle,
où il voit danser un ballet fait par M. de Nemours; revient à une heure
et demie.

_Le 22, jeudi._—Soupé chez M. de Luynes et dansé son ballet.

_Le 25, dimanche._—Il monte dans la chambre de M. de Luynes, où Mme de
Luynes donna à souper à la Reine, laquelle à minuit y dansa son ballet.
A deux heures après minuit le Roi s'en revient.

_Le 27, mardi._—Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes, où il
danse encore un petit ballet, appris en trois jours.

_Le 28, mercredi._—Il va chez la Reine, au sermon du P. Arnoux en
la grande salle; amusé ensuite diversement jusques à six heures; il
retourne chez la Reine après son souper jusques à huit heures et demie.

_Le 2 mars, vendredi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Mantoue
et de Savoie.

_Le 7, mercredi._—Éveillé à cinq heures et demie par M. Beringhen,
son premier valet de chambre, pour bailler les clefs des reliques qui
sont à la Sainte-Chapelle, de peur du feu qui s'étoit mis au Palais,
et brûlé toute la grande salle. Il commença à deux heures après minuit
par le logis du prévôt de l'île[285]. Levé en robe, il va en la galerie
pour voir le feu; remis au lit à six heures. Dans la journée, il va en
carrosse à l'Arsenal.

  [285] Le feu dura de quatre à six heures du matin; la grande
  salle fut en totalité détruite, avec la première chambre des
  enquêtes.

_Le 13, mardi._—Il va chez M. de Mayenne le visiter sur la mort de Mme
de Nevers, sa sœur, s'étant vêtu de deuil noir pour le gratifier.

_Le 22, jeudi._—Il entre en carrosse, va à la chasse vers les plaines
de Saint-Cloud, par la pluie, la grêle et le tonnerre et éclairs; il
entre dans une ferme, où quelques-uns s'étoient retirés, qui mangeoient
du pain bis et du beurre salé de la fermière. Il revient ses bottes
pleines d'eau, qu'il fallut fendre pour le débotter, va après chez la
Reine.

_Le 30, vendredi._—Il va en la cour, où il voit un présent de la reine
d'Angleterre: c'étoient six chevaux et une meute de quarante chiens. Il
va après chez la Reine et au conseil; le soir encore chez la Reine[286].

  [286] Chaque matin le Roi va au manége, chaque jour au conseil,
  plusieurs fois dans le jour chez la Reine, presque chaque soir
  chez M. de Luynes. Il ne se trouve plus d'indications d'études;
  le Roi ne s'occupe que de chasse et d'armes. «En ce temps là,
  dit Bassompierre, le Roi qui étoit fort jeune, s'amusoit à faire
  petits exercices de son âge, comme de peindre, de chanter,
  d'imiter les artifices des eaux de Saint-Germain par de petits
  canaux de plumes, de faire des petites inventions de chasse, de
  jouer du tambour, à quoi il réussissoit fort bien.»

_Le 22, dimanche._—Il va en la galerie, où il fait faire les exercices
lui-même à ses petits suisses; à quatre heures trois quarts il revient
en la ruelle de son lit, reçoit la plainte de certains ducs sur leur
préséance avec M. le garde des sceaux, et la plainte particulière de M.
d'Épernon contre le garde des sceaux[287].

  [287] Du Vair, qui avait repris les sceaux de Claude Mangot à la
  mort du maréchal d'Ancre.—Ce jour là le Roi était souffrant.
  _Voy._ dans les Mémoires de Bassompierre le récit de cette scène.

_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, où, dans le cabinet, il entend un
évêque grec célébrant la messe à la grecque. Il va ensuite au jeu de
paume, revient au conseil, puis dîne, va après chez la Reine, puis aux
Tuileries par la galerie. A quatre heures il retourne au conseil, soupe
à sept heures, après va paître ses émérillons, et revient se coucher à
neuf heures.

_Le 25, mercredi._—Il va chez la Reine, et à une heure entre en
carrosse, et part de Paris. Il va à Vanves, loge en la maison de M.
Prévost, seigneur de Saint-Germain[288], soupe et couche à Vanves.

  [288] Président au parlement de Paris.

_Le 10 mai, jeudi._—Dans la forêt de Saint-Germain il court le cerf,
le prend à quatre heures et demie, et se trouvant seul, accompagné
seulement de M. du Hallier-Vitry[289], capitaine de ses gardes du
corps, et du baron de Palluau, son premier maître d'hôtel, il dit:
_Puisque je suis seul à la mort du cerf, c'est à moi à aller querir
une charrette pour le porter_. Il pique, et s'en va vers le bourg, en
arrête une et la ramène, fait donner la curée en la cour; il va chez la
Reine avant son souper.

  [289] François de l'Hôpital, connu depuis sous le nom de maréchal
  de l'Hôpital.

_Le 20, dimanche._—Il va en carrosse à Notre-Dame pour donner le
bonnet de cardinal à M. Henri de Gondi, évêque de Paris[290].

  [290] Le Roi retourne à Saint-Germain, et y reste jusqu'au 13
  juin.

_Le 1er juin, vendredi._—Il va à l'assemblée à Herbelay; il est
mouillé et, à la chapelle de la terrasse, se trouve pris de foiblesse.

_Le 3, dimanche._—Il va à la chapelle de la terrasse, a froid, se fait
faire du feu, et touche pourtant treize cent dix malades en l'allée du
palemail.

_Le 11, lundi._—A une heure il donne audience au colonel Stechimbourg,
colonel de la cavalerie légère de Hollande, venant de la part du comte
Maurice, prince d'Orange.

_Le 18, lundi._—Il part de Paris et va à Gros-Bois, où M. le comte
d'Auvergne lui a fait donner à dîner.

_Le 30, samedi._—Il va jouer en son antichambre au billard; à onze
heures va à l'étang; il faisoit grand chaud. M. le duc d'Uzès vient à
lui de la part de la Reine; il entre en la boue pour le faire aller à
lui, et le fit[291].

  [291] Le Roi était allé à Lésigny le 23. Il partit le 12 juillet
  pour Saint-Germain.

_Le 1er juillet, dimanche._—Il va à onze heures trois quarts au devant
de la Reine, qui vient dîner ici; à cinq heures la Reine s'en retourne
à Paris. Il soupe chez M. de Luynes[292].

  [292] Il est à remarquer qu'Héroard devient de plus en plus
  insignifiant; il raconte minutieusement les chasses et les
  promenades du Roi, ses repas, mais ne donne plus que rarement un
  détail digne d'être relevé.

_Le 6 août, mercredi._—Il se baigne dans la rivière à Asnières, et
soupe à la Planquette.

_Le 8 septembre, samedi._—A une heure dîné, où M. le cardinal de la
Rochefoucauld dit le _Benedicite_ comme grand aumônier, dont, le matin
du jour précédent, il avoit prêté le serment.

_Le 10, lundi._—Il donne l'ordre du Saint-Esprit à M. de la
Rochefoucauld, qu'il avoit fait grand aumônier[293].

  [293] Le Roi va le 11 à Lésigny et le 15 à Monceaux.

_Le 15, samedi._—Il dîne à Monceaux; la Reine y arrive pour la
première fois.

_Le 25, mardi._—Il va à Villers-Cotterets pour la première fois avec
le cardinal de Retz.

_Le 28, vendredi._—Il va à la messe aux Chartreux à Bourg-Fontaine, a
visité toute la maison et le lieu, y a dîné.

_Le 1er octobre, lundi._—Il arrive à Soissons pour la première fois,
va à l'église Notre-Dame, revient au château, où il a logé, va de là
visiter les retranchements faits durant le siége; à six heures il va
souper au logis de M. de Luynes.

_Le 4, jeudi._—Il quitte Soissons, dîne à Chavignan et soupe à Laon
pour la première fois, va à l'église et se promener.

_Le 5, vendredi._—M. de Luynes me dit que le Roi lui avoit dit le soir
avant que de s'endormir que depuis quelques jours en se couchant, ou
aussitôt qu'il étoit couché, il avoit froid.

_Le 6, samedi._—Il part de Coucy, en chemin mange du raisin en un
village où l'on faisoit la vendange, et a tâté un peu du vin doux[294].

  [294] Le 9 le Roi retourne à Coucy, et revient le 12 à Soissons.

_Le 10, mercredi._—Il va en l'église, où il eut un peu de foiblesse,
blêmit, sua à la figure, revient, chauffé, blême[295].

  [295] Le Roi part le 16 de Soissons, couche à Villers-Cotterets,
  le 17 dîne à Nanteuil et couche à Dammartin.

_Le 18, jeudi._—Il arrive à Paris[296].

  [296] Le 24 le Roi va à Saint-Germain, et en revient le 26.—Le
  28, comédie chez la Reine.

_Le 6 novembre, mardi._—Le cardinal de Savoie arrive peu accompagné,
venant pour remercier le Roi pour le secours qu'il avoit reçu pour les
événements de Verceil[297].

  [297] Il venait en France non-seulement pour remercier Louis XIII
  des secours envoyés contre les Espagnols à Verceil, mais aussi
  pour conclure le mariage de son frère avec Madame Christine,
  sœur du Roi.

_Le 7 novembre, mercredi._—Il donne audience au duc de Montéléon, qui
prend congé pour s'en retourner en Espagne; va chez la Reine, à deux
heures, en sa chambre, donne audience au cardinal de Savoie[298].

  [298] Le Roi mène M. le cardinal de Savoie à Saint-Germain le 13,
  et lui fait tout visiter, le mène à la chasse et lui fait courir
  un cerf avec cent veneurs et cent chiens. Le 28 le Roi retourne à
  Saint-Germain jusqu'au 10 décembre.

_Le 15, jeudi._—Il va à l'assemblée à Forqueil, y mène le cardinal de
Savoie, qui a dîné et couru avec lui.

_Le 29, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il s'informe,
d'un archer des gardes du corps, de la comète qui avoit été vue le
matin avec une longue queue.

_Le 21 décembre, vendredi._—Il va aux Feuillants, où il se fait un
grand concert de musique.

_Le 29, samedi._—Il va à la volerie vers Massy, fait volerie plénière,
y mène M. de Vaudemont[299] et le cardinal de Savoie, revient chez la
Reine, soupe, monte chez M. de Luynes, où il voit jouer une comédie
françoise.

  [299] François de Lorraine, comte de Vaudemont, fils du duc
  Charles II et de Claude de France.



ANNÉE 1619.

  Fiançailles de Madame Christine de France.—Mariage de Mlle
  de Vendôme.—Baptême du fils de M. de Puisieux.—Le prince
  de Savoie.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Mariage
  de Madame Christine.—Ballet.—Départ de la Reine mère de
  Blois.—Audience des cours souveraines avant le départ
  du Roi.—Voyage de Touraine.—Réception de M. de Luynes
  chez lui.—Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de
  Barnevelt.—Ambassade d'Angleterre; d'Alger.—Les députés
  de l'assemblée générale du clergé.—Serment du maréchal
  de Praslin.—Une couleuvre.—Entrevue avec la Reine
  mère.—Entrevue du prince de Condé; son pardon.—Discussion
  du prince de Condé et de M. de Soissons pour la serviette
  du Roi.—Fête chez M. de Luynes.—Départ de la princesse de
  Piémont.—Vendôme.—Le Roi raccommode lui-même une roue de sa
  voiture.—Chartres.—Mantes.—Le Roi touche trois Portugais.—La
  compagnie des mulets.—M. de Tavannes et le jugement du
  capitaine des mulets.—Serment du maréchal de Cadenet.—Retour
  à Paris.—Les députés de l'assemblée de Loudun.—Promotion de
  chevaliers du Saint-Esprit.


_Le 5, janvier, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte chez M. de
Luynes, où il fait les Rois. M. le comte de la Rocheguyon fut le roi.

_Le 9, mercredi._—Il monte à la chambre de M. de Luynes, où il recorde
son ballet; après son souper il va chez la Reine et encore chez M. de
Luynes, à la comédie.

_Le 11, vendredi._—A sept heures, dans sa chambre, Madame Henriette de
France[300] est fiancée et le contrat signé fait entre [Victor-Amédée]
de Savoie, à la poursuite de [Maurice] de Savoie, cardinal, son frère.

  [300] Héroard se trompe, c'est de Christine de France, née le 10
  février 1606, qu'il s'agit; le mariage fut célébré le 10 février.

_Le 20, dimanche._—Il va à la chapelle de la Tour, où Mlle de Vendôme
est épousée à M. le duc d'Elbeuf[301]. Après son souper, il va chez la
Reine et chez Mlle de Vendôme pour lui faire la guerre.

  [301] Catherine-Henriette, fille de Henri IV et de Gabrielle
  d'Estrées, légitimée en 1597, mariée à Charles II de Lorraine,
  duc d'Elbeuf, morte le 20 juin 1663.

_Le 25, vendredi._—Mis au lit, prié Dieu. A onze heures ou environ,
sans qu'il y pensât, M. de Luynes vient pour le persuader de coucher
avec la Reine. Il résiste fort et ferme, par effort jusques aux larmes,
y est emporté, couché, s'efforce deux fois comme l'on dit, _hæc omnia
nec inscio_. A deux heures il revient; dévêtu, mis au lit, il s'endort
jusqu'à neuf heures du matin[302].

  [302] Le Journal d'Arnaud d'Andilly dit que le Roi coucha pour la
  première fois cette nuit-là avec la Reine. «M. de Luynes le porta
  dans ses bras. M. de Beringhem (qui mourut trois semaines après)
  portoit le flambeau. Stéphanille, femme de chambre espagnole,
  sortit de la chambre et Mme de Bellière, première femme de
  chambre de la Reine, y demeura seule.» _Voy._ aussi les Mémoires
  de Pontchartrain et _Le Roi chez la Reine ou histoire secrète
  du mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche_, par M. Armand
  Baschet, 1866, in-12.

_Le 3 février, dimanche._—Il va en carrosse chez M. de Sillery,
chancelier de France, où étoit logé M. de Puisieux, son fils[303] et
de là va à Saint-Eustache où il présente à baptême le fils du sieur
de Puisieux[304] avec Mme la comtesse de Soissons; revient chez M.
le chancelier, où il a goûté. Il revient à cinq heures trois quarts,
monte chez M. de Luynes, où il recorde son ballet. Après son souper il
retourne chez M. de Luynes, à la comédie, puis va chez la Reine à une
heure.

  [303] Pierre Brulart, vicomte de Puisieux, du vivant de son
  père, secrétaire d'État, marié à Charlotte d'Étampes-Valençay,
  était veuf sans enfants en 1613 de Madeleine de Neuville de
  Villeroy.—Puisieux est un village, tout à côté de Sillery, près
  de Reims, érigé plus tard en marquisat.

  [304] Louis Brulart, né en 1619, marquis de Sillery, fils
  aîné du précédent, mort le 19 mars 1691, ayant épousé en
  1638 Marie-Catherine, fille aînée de François V, duc de la
  Rochefoucauld.

_Le 6, mercredi._—A sept heures le prince major de Savoie arrive avec
son frère le prince Thomas[305], en poste, étant partis de Pouilly, et
salue le Roi en son cabinet. Le Roi le mène chez Madame, qu'il venoit
épouser, puis chez la Reine.

  [305] Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, né le 21
  décembre 1596, mort le 22 janvier 1656, ayant épousé Marie de
  Bourbon-Soissons.

_Le 9, samedi._—Il va visiter sa fauconnerie au Bourg-la-Reine avec le
prince de Piémont[306] et ses frères, revient à cinq heures, va chez
la Reine; à huit heures Madame Christine de France fut fiancée en la
chambre du Roi, par M. le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier
de France. Le Roi va ensuite chez M. de Luynes, où il a soupé.

  [306] Victor-Amédée, fils aîné du duc Charles-Emmanuel, né le 8
  mai 1587, duc en 1630, mort le 7 octobre 1637; sa femme, Madame
  Christine, vécut jusqu'au 27 décembre 1663.

_Le 10, dimanche._—Il va chez la Reine, à la chapelle de la Tour, où,
entre dix et onze heures, fut épousée Madame Christine de France au
prince de Piémont, et presque à la même heure environ de sa nativité.
Le Roi monte le soir chez M. de Luynes, où on m'a dit qu'il a fort
gaiement soupé. A dix heures, il conduit Madame Christine en sa
chambre, et y est tant que le prince fut couché et quelque temps après.
A minuit il va chez la Reine, et en revient à deux heures.

_Le 12, mardi._—Il soupe chez M. de Luynes et donne le souper à tous
ceux qui étoient de son ballet, s'y est habillé et a descendu à la
salle où, à minuit, il a dansé son ballet[307].

  [307] «Vers pour le ballet du Roi représentant les adventures de
  Tancrède en la forêt enchantée,» par Bordier, 1619, in-4º. _Voy._
  pour toutes ces fêtes, le _Mercure françois_ de 1619, p. 86.

_Le 19, mardi, à Saint-Germain._—Il va au bois et à la volerie, et
revient par le moulin d'en bas, où le meunier, le prenant pour un
fauconnier, couroit après lui, disant et opiniâtrement que c'étoit lui
qui lui avoit pris sa poule; à quoi il prenoit plaisir et à le faire
contester.

_Le 23, samedi._—Il reçoit des nouvelles que la Reine sa mère, étoit
partie de Blois[308] le vendredi au soir, va ensuite chez M. de Luynes,
et le lendemain à Paris.

  [308] _Voy._ plus haut la note 269, page 210. C'est dans la nuit
  du 21 au 22 février que le duc d'Épernon fit échapper la Reine
  mère.

_Le 18 mars, mardi._—A dix heures et demie du soir levé, vêtu en robe,
il va chez la Reine _cum voluptate_[309].

  [309] A dater de cette époque, chaque fois que le Roi va chez la
  Reine, Héroard met en marge des chiffres significatifs.

_Le 8 avril, jeudi, à Saint-Germain._—Il va au conseil, puis à la
chapelle du vieux château, au service pour la mort de l'Empereur[310].

  [310] Mathias, archiduc d'Autriche, roi de Hongrie, fils de
  Maximilien II et frère de Rodolphe II, fut élu après lui le 13
  juin 1612; il adopta son cousin Ferdinand, archiduc de Gratz, et
  mourut le 10 mars 1619.

_Le 27, mardi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur, son
frère, malade.

_Le 29, jeudi._—Il va au conseil, donne audience au nonce, à
l'ambassadeur de Lorraine.

_Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain._—Il va par les terrasses à la
garenne, voir faire la monstre à sa compagnie de chevau-légers, où le
sieur de la Curée, qui l'avoit commandée en lieutenance sous le feu
Roi, s'en démet au profit du sieur de Brantes[311].

  [311] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, puis duc de Luxembourg
  et de Piney; il était frère du connétable de Luynes.

_Le 5, dimanche._—Il donne audience à messieurs des compagnies
souveraines de Paris, qu'il avoit mandés pour leur commander ce qu'il
y avoit à faire pendant le voyage qu'il alloit faire en Touraine, pour
les différends de lui et de la Reine sa mère[312].

  [312] Le Roi part de Saint-Germain le 7, couche à Linas le 8,
  à Étampes le 9; il y séjourne à cause de l'Ascension, le 10 à
  Toury, le 11 à Orléans, le 16 à Blois, le 17 à Amboise.

_Le 12, dimanche._—Pendant son voyage de Touraine, il soupe au
Pontil, en la maison du sieur d'Escures, premier maître d'hôtel de
Monsieur, qui a donné le souper au Roi.

_Le 19 mai, dimanche, à Amboise._—Il a touché cinq malades espagnols,
à la prière de la Reine, d'autant qu'il ne toucha point à cause des
bruits de peste.

_Le 20, lundi._—Il va aux Arpentils, où il a dîné, donné par M. de
Luynes; c'étoit sa maison.

_Le 28, mardi._—Le Roi arrive à Tours, où M. de Brenne lui apporte des
lettres de la Reine mère; il le renvoie le surlendemain sans lettres,
mais avec des compliments.

_Le 1er juin, samedi._—Il donne audience à un député de messieurs
des États des Pays-Bas sur le fait de l'exécution à mort du sieur de
Barnawelt[313].

  [313] Jean d'Olden-Barneveldt, avocat général des États de
  Hollande et principal ministre de la République: il fut chargé
  de plusieurs ambassades en France, et occupa constamment le
  premier rang dans les affaires de son pays; mais ayant pris parti
  pour une secte dite des Arminiens et des Remontrants, contre
  les Gomariens ou les contre-Remontrants, le prince d'Orange se
  prononça pour ces derniers; on en vint aux armes, et Barneveldt
  fut pris et décapité le 13 mai 1619.

Le 4 juin le Roi va au Lude: la Reine à Notre-Dame des Ardilliers de
Saumur, et le 5 au Verger, d'où elle revient à Tours.

_Le 10, lundi._—Baigné en la rivière de Loire, au-devant de
Marmoustier[314].

  [314] Le 16 le Roi va à Amboise et en revient le 19, à cause de
  M. de Mayenne.

_Le 19, mercredi._—Il reçoit M. de Mayenne venant de l'armée de
Guyenne.

_Le 20, jeudi._—Il donne audience au chevalier Hernet, ambassadeur
extraordinaire d'Angleterre et à un chaoux turc venant d'Alger; il
étoit renégat natif de Martigues[315].—Il me fit l'honneur de me dire
qu'il étoit sorti l'après-dînée, mais qu'ayant senti la chaleur qui
lui donnoit à la tête, il s'étoit vite retiré à l'ombre, et que le
soir précédent, lorsqu'il se coucha, il avoit mal à la tête, qui lui
donnoit de l'inquiétude et qu'il ne me l'avoit pas voulu dire. Il avoit
été longtemps sur la rivière du Cher à tirer aux oiseaux, puis dans la
prairie, où il se mouilla fort, à cause de ce qu'il avoit beaucoup plu.

  [315] A ce moment la France était en paix avec les corsaires des
  États Barbaresques, à cause des préparatifs de M. de Guise dans
  les ports de la Méditerranée. Un traité avait été presque conclu
  en 1618 par l'envoyé, le baron d'Allemagne.

_Le 24, lundi._—Le prince de Piémont revient d'Angoulême.

_Le 25, mardi._—A cinq heures et demie, il salue Mme la princesse de
Piémont, sa sœur, qui arrive.

_Le 27, jeudi._—Il part du Plessis, va à Azay, en la maison de M. de
Lansac, où il dîne, et en revient le 29[316].

  [316] Depuis quelques jours le Roi, dans les villes diverses
  qu'il traverse, va à la comédie vers cinq heures et demie,
  avant son souper. La Reine était avec lui. Il s'amuse avant de
  s'endormir à chanter en concert des hymnes de l'Église, ne manque
  jamais la messe et les vêpres dans l'église principale du lieu où
  il est.

_Le 2 juillet, mardi._—Cejourd'hui matin mourut, au Pont de la Mothe,
près de Tours, le colonel Galati, Suisse[317] qui avoit si bien fait
à Arques du vivant du feu Roi. Il se leva, disoit-il, pour aller voir
le Roi au Plessis; ayant fait deux tours de chambre, il lui prend une
foiblesse; étant mis sur le lit, la parole lui revient et deux jours
après il décéda, âgé de plus de quatre-vingts ans.

  [317] Gaspard Gallaty, colonel des Suisses à Arques, où il
  demeura constamment près du Roi. Le duc de Rohan, partant pour
  Juliers avec un «beau» régiment suisse, ajoute dans une lettre du
  29 juin 1610 à M. de la Force: «Le bon homme Galatty fait encore
  ce voyage».

_Le 5, vendredi._—Il se relève en robe, fait porter des paillasses,
ne se couche pas jusques à une heure après minuit, après avoir fort
joué, passé son temps, fait manger les confitures qui étoient dans ses
coffres à Marais, Boulanger, etc., fait éveiller ceux qui dormoient
sur les paillasses en leur faisant passer un fétu sur le visage, et
avant leur avoit barbouillé les mains avec de l'encre; s'endort tout
vêtu sur une paillasse.

_Le 8, lundi._—Le Roi étant à Amboise, le comte Henri de Nassau
arrive, venant de Flandre[318].

  [318] Louis-Henri, depuis prince de Nassau-Dillembourg, fils du
  comte Georges de Nassau et de Émilie de Sayn, né le 9 mai 1594,
  général dans l'armée suédoise, mort en juillet 1662.

Le Roi va le 3 à Amboise et en revient le 9, où il reçoit le duc de
Nevers. Le 16 il y retourne, jusqu'au 19.

_Le 22, lundi._—Le Roi donne audience en sa chambre à messieurs de
l'assemblée générale du clergé, et leur donne congé.

_Le 1er août, jeudi._—Il arrive à Tilly, maison de M. le comte du
Lude[319]; à onze heures et demie il prend son harquebuse sur l'épaule
et va à pied à l'étang d'Heume, où il a chassé sur l'eau dans son petit
bateau et tué beaucoup de gibier de son harquebuse, nonobstant la pluie
et le vent; revient à cheval[320].

  [319] Timoléon de Daillon, comte du Lude, né en 1600, marié en
  1622, à Marie Feydeau.

  [320] Le Roi va le 8 à Amboise, et en revient le 12; il y
  retourne avec la Reine, du 17 au 21.

_Le 13, mardi._—Étant au Plessis, il va dans la journée à la comédie
françoise et le soir à la comédie espagnole.

_Le 24, samedi._—M. de Praslin a prêté le serment de maréchal de
France[321].

  [321] Charles de Choiseul, marquis de Praslin, mort le 1er
  février 1626, lieutenant général en Champagne.

_Le 26, lundi, au Lude._—Pendant ce voyage il s'est baigné fort
souvent ou à la rivière ou dans son cabinet, et a continué de se
montrer très-attentif pour la Reine. Il ne manque presque jamais,
quoiqu'en voyage, de tenir le conseil, et assiste souvent à la comédie
espagnole. Il va généralement chez la Reine le matin et le soir.

_Le 3 septembre, mardi._—En arrivant à Tours, il fait tirer en salut
dans son bateau l'harquebuse de M. de Beaumont, mestre de camp; elle
creva tout auprès du Roi et il en eut la main toute froissée, et le
sieur de Touvion fut blessé à la face.

_Le 5, jeudi._—Il part de Tours à neuf heures et demie, et va à
Cousières au-devant de la Reine mère, qui y avoit couché revenant
d'Angoulême; y arriva à onze heures et demie. M. de Montbazon vint
au-devant de lui, le conduisit par le bois au jardin, aux allées où
étoit la Reine mère; elle vient au-devant de lui, l'embrasse, le baise,
se prend à pleurer, lui aussi, sans parler l'un et l'autre; après
souper il va chez la Reine, puis va voir la Reine mère, logée à l'hôtel
de la Bordesière[322].

  [322] La Reine s'était retirée dans un château du duc d'Épernon
  en Angoumois; M. de Richelieu qui pour l'avoir suivie à Blois
  avait été relégué le 9 avril 1618 à Avignon, fut chargé d'aller
  la trouver et de la décider à voir le Roi. Cette entrevue n'eut
  aucun résultat.

_Le 12, jeudi._—Il va pour tirer de l'harquebuse sur les plaines de
Saint-Avertin, chassant à pied à main gauche d'une croix, sur le chemin
pour aller à Cousières; n'étant que sept à huit, épars autour de lui,
il s'éleva une grosse couleuvre, longue d'environ de quatre pieds, d'un
vieux chaume, et venant droit à lui à grands élans. Il ne la voyoit
point; on lui crie qu'il eût à prendre garde; il la voit à six pas
près, saute en arrière, et en même temps couche en joue son harquebuse
et la tue, l'ayant coupée en plusieurs pièces.

_Le 19. jeudi._—Il va chez la Reine sa mère, et prend congé d'elle,
part de Tours, et va à Amboise. La Reine mère va à Chinon.

_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va chez M. de Luynes, qui
faisoit le festin à messieurs les princes de Piémont et à Mesdames, qui
devoient partir le jour d'après.

_Le 23, lundi._—Madame Christine de France, princesse de Piémont,
part pour aller en Piémont. Il l'accompagne en carrosse environ
une demi-lieue, revient en diligence qu'il treuve au bout du pont
d'Amboise, la conduit lui-même au galop, et arrive à dix heures trois
quarts à Onzain, où il a dîné.

_Le 24, mardi._—Il arrive en chassant à Vendôme pour la première fois,
et va visiter le château, y monte à pied et visite tout.

_Le 25, mercredi._—Il part de Vendôme, va à Claye, où il arrive à dix
heures et demie, à cause que la roue de son petit carrosse s'étoit
rompue au-dessous d'une montagne où il y avoit un bois et après une
descente pierreuse; il prend une hache, lui-même coupe un arbre,
l'accommode, et remet la roue dans le fer, puis s'en va.

_Le 7 octobre, lundi, à Mantes[323]._—Il mange une petite grappe de
raisin de Corinthe, de ceux qui viennent de lui être présentés par l'un
de ses médecins, qui étoit M. Le Tilien, demeurant à Mantes. Il part de
Mantes, arrive à Marcines, maison de M. le chancelier Brulart, sieur de
Sillery, où il a dîné et couché.

  [323] Le Roi avait quitté Chartres le 3, était arrivé le 4 à
  Montfort, en passant par Épernon, et le 5 à Mantes.

_Le 10, jeudi._—Il arrive à Compiègne pour la première fois, y loge,
et va à Saint-Cornille.

_Le 12, samedi._—Il va de Compiègne à Mouchy, maison de M. de Humières.

_Le 14, lundi._—Retour à Compiègne; conseil.

_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, où je lui demandai s'il
toucheroit des malades; il y avoit de la peste à Paris.—_Non, mais ces
gens-ci me pressent si fort, si fort; parlez à eux, ils me persécutent
si fort. Ils disent que les Rois ne meurent point de la peste_ (en
colère); _ils pensent que je sois un Roi de cartes: parlez-leur_,
dit-il au père Arnoux.

_Le 18, vendredi._—Il part pour Chantilly.

_Le 20, dimanche, à Chantilly._—A trois heures, dans le petit cabinet
de la tour de sa chambre, il reçoit M. le prince de Condé et Mme sa
femme sortant de prison du bois de Vincennes, d'où ils étoient partis
à onze heures, conduits par M. de Luynes. D'abord M. le Prince met les
deux genoux en terre, il demande pardon; ce qu'on put entendre du Roi
en le relevant fut qu'il falloit oublier toutes les choses passées, et
que M. le Prince répondit «C'est ce que je demande». Mme la Princesse
en fit autant, mais le Roi la releva, n'attendant pas qu'elle eût
les genoux en terre, et la baisa et Mme de Ventadour, qui l'avoit
accompagnée. Le Roi va montrer à M. le Prince ses oiseaux; à quatre
heures ils se séparent.

_Le 22, mardi._—Retour à Compiègne.

_Le 1er novembre, vendredi._—Il touche trois Portugais malades des
écrouelles, aux Minimes.

_Le 2, samedi._—Revenant au quartier des mulets de Monsieur, son
frère, il reçoit une grande plainte de nombre de paysans contre le
capitaine des mulets, sur ce qu'il ne leur payoit que quatre sols par
mulet, lui qui en avoit vingt. Il le condamne à être pris au corps,
ramené au village, et à payer plus qu'il n'avoit convenu avec les
paysans. Il ordonne pour premier président M. de Tavannes[324], M. de
Grissac, gentilhomme de la vénerie, M. des Chapelles qui avoit le vol
du cahier pour greffier, et quelques autres pour la capture, et assista
à l'exécution; fait fouetter un des garçons de ce capitaine qui faisoit
le rieur et le suffisant[325].

  [324] Guillaume de Saulx, comte de Tavannes, fils aîné du
  maréchal, chevalier des Ordres et l'un des plus fidèles partisans
  de Henri IV, mort en 1631.

  [325] Le Roi quitte le 4 Compiègne, et va le 5 à Monceaux; dîne
  le 10 à Coupevray, couche à Lésigny, et va le 15 à Fontainebleau:
  il va le 21 à Villeroy; la Reine à Paris.

_Le 13, mercredi._—Il va à sept heures du matin chez M. de Luynes,
en sort pour l'accompagner, allant à Paris au parlement, pour faire
enregistrer ses provisions de duc et pair.

_Le 24, dimanche._—Il a bu de l'hypocras de cidre de Vaugrineuse; le
soir il envoya querir un gobelet et une bouteille d'hypocras de cidre,
en boit deux coups, et en fait boire à tous ses gentilshommes présents.

_Le 5 décembre, jeudi._—Il va au conseil, chez la Reine, chez M. de
Luynes. A trois heures il donne audience au comte de Furstemberg[326],
ambassadeur extraordinaire de l'Empereur pour avoir secours contre les
Bohêmes.

  [326] Égon, comte de Furstemberg, né le 21 mars 1588, l'un des
  principaux généraux de l'Empire, mort le 24 août 1635.—A ce
  moment la Bohême était en insurrection par suite de la rébellion
  des protestants de ce royaume; la bataille de Prague (1620) mit
  fin à ces troubles.

_Le 8, dimanche._—Il va en son cabinet, où il reçoit le serment de
M. du Cadenet[327], frère de M. de Luynes, pour l'état de maréchal de
France. La Reine part pour aller à Paris.

  [327] Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, auteur de la branche
  des ducs de Chaulnes, dignité qui lui fut conférée en 1621; il
  mourut le 31 octobre 1649, ayant épousé Claire d'Ailly, comtesse
  de Chaulnes, dame de Péquigny.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Paris à quatre heures, et va chez la Reine.

_Le 20, vendredi._—Il donne audience aux députés de l'assemblée de
Loudun lui présentant leurs cahiers.

_Le 25, mercredi._—Il va après dîner à sa petite chambre, où entrent
M. le prince de Condé, les sieurs de Tavannes, d'Andresy, de Flochet,
et se parloient de mots qui dépassoient la gaillardise; le Roi dit: _Je
ne veux point que l'on dise des saletés et des vilainies._—Peu après
il commanda au P. Arnoux de prêcher son sermon.

_Le 27, vendredi._—A cinq heures et demie le Roi voulant souper, M. le
comte de Soissons, grand-maître, voulut présenter la serviette; alors
M. le prince de Condé la lui veut ôter, l'autre s'en défend. Sur ce
différend le Roi envoie querir Monsieur, son frère, auquel M. le Comte
la donna, qui la servit au Roi[328]; il va chez la Reine.

  [328] _Voy._ le détail de cette scène dans le Journal d'Arnauld
  d'Andilly, page 457.

_Le 31, mardi._—A deux heures il entre en carrosse, et va aux
Augustins pour faire les chevaliers du Saint-Esprit[329].

  [329] La promotion fut de cinquante-neuf chevaliers



ANNÉE 1620.

  Festin des Rois.—Le Roi manque de se noyer.—Mariage de M. de
  Cadenet.—Ballet.—Indisposition de la Reine.—Le Roi fait une
  omelette.—Il tue un aigle.—_Ballet des ivrognes._—Mariage
  de M. de Liancourt.—Le Roi va à Amiens.—Fiançailles du jeune
  duc de Guise et de Mlle de Bourbon, et de son frère avec Mlle
  de Luynes.—Jubilé.—Conte du Roi.—Il est mordu par un de ses
  chiens.—Il couche avec M. de Canaples.—Baptême de Mlle de
  Bourbon.—Feu de la Saint-Jean.—Départ pour Rouen.—Le duc de
  Longueville.—Siége de Caen.—Prise du château.—Le Mans.—Le
  Roi fait arborer sa cornette.—Combat du Pont-de-Cé.—La
  Reine mère se soumet.—Séjour à Tours; la Reine s'y
  rend.—Revue.—Saintes.—Bordeaux.—Navarreins.—Le gouverneur
  de Sale.—Bazas.—Voyage à Abbeville.—Offrande due par les
  habitants.—Calais.


_Le 1er janvier, mercredi._—Il va encore aux Augustins pour les
chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, à deux heures et demie, y a
dîné, au festin royal.

_Le 2, jeudi._—Il va encore aux Augustins, à la messe des chevaliers
pour les morts[330], y a dîné au festin, et après le dîner va tenir le
chapitre.

  [330] La fête de l'ordre du Saint-Esprit se tenait tous les ans,
  le 1er janvier, et le lendemain un service était célébré pour les
  chevaliers morts dans l'année.

_Le 4, samedi._—Après son souper il joue au hère avec quelques princes
et plusieurs seigneurs.

_Le 5, dimanche._—A six heures trois quarts il va chez M. de Luynes,
où il a soupé, au festin des Rois.

_Le 13, lundi._—Il va chez la Reine, où il assiste aux fiançailles de
M. de Cadenet et de Mlle de Péquigny, faites par Mgr le cardinal de
la Rochefoucauld, et monte après chez M. de Luynes, où il recorde son
ballet.

_Le 23, jeudi._—Il part de Lésigny et va à Gros-Bois, où M. le comte
d'Auvergne lui a fait le festin, revient à Paris et le soir recorde son
ballet chez M. de Luynes. Il va chez la Reine à huit heures.

_Le 28, mardi._—Il va à pied jusqu'à l'île vis-à-vis des Bonshommes,
où il tue une quantité de gibier à l'harquebuse, va chez la Reine, puis
chez M. de Luynes, où il recorde son ballet.

_Le 29, mercredi._—Il reçoit en son cabinet M. le maréchal de
Lesdiguières; il recorde son ballet chez M. de Luynes, et le soir voit
danser chez lui un ballet de la ville[331].

  [331] Il mange fort souvent des truffes à l'huile, beaucoup
  de fruits confits, boit toujours du houblon, prend beaucoup
  d'exercice, et s'amuse encore comme un enfant.

_Le 30, jeudi._—A une heure il va par la galerie aux Tuileries à pied
et en l'île devant les Bonshommes, passe à Grenelle, revient pour
passer l'eau, fait dételer un cheval aveugle d'un chariot, l'attache
à son petit bateau, qu'il faisoit toujours porter dans une charrette,
se met dedans, le fait tirer par le cheval allant amont la rivière;
le cheval se sentant battu aux jambes, se prend à courir et à prendre
l'écart, de telle façon que le bateau se fût renversé dans la rivière,
n'eût été que le sieur de Réaux, lieutenant des gardes du corps, coupa
promptement la corde.

_Le 2 février, dimanche._—Il va chez la Reine, en son cabinet des
armes. A deux heures il entre en carrosse, va aux Feuillants, au
sermon et à vêpres, où le chevalier Helver, ambassadeur d'Angleterre,
renouvelle l'alliance avec le Roi, offensive et défensive. Le soir chez
la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, mercredi._—Il va chez la Reine qui étoit fort malade de fièvre
continue, double, tierce, n'en veut aucunement sortir pour aller
prendre l'air. Il revient souper, va encore chez la Reine, monte après
chez M. de Luynes, revient à dix heures se coucher.

_Le 6, jeudi._—Amusé diversement, il ne sort point, à cause de la
maladie de la Reine, de laquelle il étoit vivement touché.

_Le 11, mardi._—Il va en carrosse à la foire de
Saint-Germain-des-Prés; va chez la Reine, au conseil.

_Le 14, vendredi._—Il va à six heures en carrosse à la volerie à
Roissy, y a dîné. Le Roi m'avoit commandé de demeurer près de la Reine.

_Le 17, lundi._—Il part de Juilly, arrive au Bourget portant un grand
faucon sur le poing, ayant le vent à la face et la pluie sur le dos. Il
entre à l'hôtellerie, lui onzième, fait lui-même une omelette avec du
pain et autres choses, fort épaisse, la fait rissoler, en mange un peu
et a bu un coup de vin fort trempé; arrive à Paris, et va chez la Reine.

_Le 18, mardi._—Il va au Palais pour la vérification de quelques
édits; à dix heures va en la grande salle, où il voit danser le ballet
de M. le prince de Condé; on l'appeloit _le Ballet des ivrognes_.

_Le 19, mercredi._—Il va chez la Reine, se plaint de lassitude,
s'assied contre sa coutume, va au conseil.

_Le 20, jeudi._—Il assiste dans le grand cabinet de la Reine aux
fiançailles de M. de Liancourt, premier écuyer de la Reine, avec Mlle
de Schomberg[332].

  [332] Jeanne de Schomberg, fille du maréchal comte de
  Montreuil et de Françoise d'Espinay-Duretal, mariée à Roger du
  Plessis-Liancourt, duc de la Rocheguyon, née en 1601, morte le 14
  juin 1674.

_Le 26, mardi._—Avant son souper furent faites en sa présence les
accordailles du fils aîné de M. de Guise avec Mlle de Bourbon, fille
aînée de M. le prince de Condé[333], et du fils puîné de M. de Guise
avec la fille de M. de Luynes[334].

  [333] Anne-Geneviève, fille du prince de Condé et de Charlotte
  de Montmorency, née le 27 août 1619.—François de Lorraine,
  prince de Joinville, né le 3 avril 1612; ce mariage ne fut jamais
  célébré. Le prince mourut le 7 novembre 1639, sans alliance,
  et sa fiancée épousa, le 2 juin 1642, Henri d'Orléans, duc de
  Longueville: elle mourut le 15 avril 1679.

  [334] Anne-Marie d'Albert, fille du duc de Luynes et de Marie de
  Rohan-Montbazon.—Henri de Lorraine, né le 4 avril 1614, depuis
  duc de Guise; ce mariage ne fut pas non plus célébré. M. de
  Guise mourut le 2 juin 1664 sans alliance et sa fiancée, le 21
  septembre 1646, également sans avoir été mariée.

_Le 3 mars, mardi._—Il va chasser à Ouarthy, où il arrive à quatre
heures et demie. A une lieue de Clermont, il voloit une corneille, une
aigle fond pour la prendre et la tenoit, et l'élève en haut. Le Roi
demande son harquebuse; on la lui baille n'étant chargée que de poudre
et de plomb. Il la tire en l'air de la hauteur d'un clocher, et lui
rompt l'aile droite; elle tomba à bas de ses pieds; il la fait prendre
et mener à son logis.

_Le 4, mercredi._—En chassant il arrive à Breteuil, et y tue un aigle,
va souper, au réfectoire, des viandes de bêtes tuées depuis quatre
jours, lièvres, perdrix, canards, aigles; il ne fait qu'en sentir une
tranche.—Je ne me trouvois pas à ces débauches; ce fut une mascarade.

_Le 9, lundi, à Amiens._—Entre midi et une heure il va à pied hors de
la citadelle pour voir tout ce qui se passa durant le siége fait par le
Roi, son père[335], s'informe particulièrement, comme une personne fort
expérimentée, jusques aux menues particularités, tant des assaillants
que des assiégés, et spécialement il demande: _Où étoit le logis du
Roi mon père?_ et s'y alla mettre dedans. C'étoit dans un portail à la
Magdeleine s'en informant spécialement du sieur de Praslin et de la
Curée, qui étoient au siége.

  [335] La ville d'Amiens, prise par les Espagnols le 11 mars 1597,
  ne fut rendue au roi Henri IV, après un long siége, que le 25
  septembre de la même année.

_Le 27, vendredi, à Fontainebleau._—Il entend le sermon en la grande
salle, puis part à Avon gagner le jubilé; plusieurs fois il y va à pied
pour gagner le jubilé.

_Le 29, dimanche._—A la chapelle en la grande salle, communié; à
vêpres, à Avon. Il revient en chassant, tue des perdrix avec son
harquebuse.

_Le 31, mardi._—Il va chez la Reine, entre en carrosse à dix heures et
demie, part de Fontainebleau, et va à Valery, maison de M. le prince de
Condé, où il a soupé.

_Le 9 avril, jeudi._—Il part de Fontainebleau, et arrive à neuf heures
et demie au Bois-Malesherbes, où il a dîné.

_Le 17, vendredi._—Amusé diversement à faire des contes, il raconte
au père Arnoux des miracles inventés tout à l'heure, qui en rioit, et
y prenoit plaisir. Le Roi en dit un des visions de saint Antoine, que
le diable lui apparut en un corps sans tête, les jambes faites comme un
virebrequin, et une flûte au cul.

_Le 1er mai, vendredi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 17, dimanche._—Il entre en carrosse, va chez M. d'Escures, à la
place Royale, où il a dîné.

_Le 22, vendredi._—Il part de Paris, et va à Fresne.

_Le 26, mardi._—Le Roi revient à Paris.

_Le 31, dimanche._—Il est mordu au-dessus du gras de la jambe, près du
jarret, par un chien des siens qui s'entrebattoient; la morsure petite
et point profonde; mis dessus de la thériaque avec du vin.

_Le 1er juin, mardi._—Le sieur de Canaples, puîné du sieur de Créquy,
colonel du régiment des gardes[336], marié en Lorraine avec Mlle de
Combalet, se trouve avec le Roi chez M. de Luynes. Ils vont coucher en
la chambre, en un lit de Mme la marquise du Montlaur[337]. Le Roi y
boit un coup de vin clairet fort trempé, après leur avoir fait beaucoup
de malices, et s'en revient à onze heures trois quarts.

  [336] Charles II de Créquy, second fils de Charles de Créquy,
  duc de Lesdiguières par son mariage; il fut tué au siége de
  Plombières, le 15 mai 1630. Il épousa Anne du Roure, fille de
  Claude, seigneur de Combalet, et de Marie d'Albert de Luynes.

  [337] Marie de Montlaur, mariée à Jean-Baptiste d'Ornano, marquis
  de Montlaur, maréchal de France en 1626, mort l'année même, en
  prison à Vincennes. Il était en 1620 gouverneur de Monsieur, duc
  d'Orléans.

_Le 3, jeudi._—Étant à Montfort, il va à la Neufville, maison de M. de
Bellengreville[338], grand prévôt de l'hôtel, où il a dîné.

  [338] Joachim de Bellengreville, seigneur de Neuville, chevalier
  des Ordres, mort le 15 mars 1621.

_Le 4, vendredi._—Il part de Montfort, va aux Menus, maison
appartenant à M. Bernard, maître d'hôtel du Roi, où il a dîné.

_Le 8, lundi._—Il va au cabinet des armes; à trois heures, fut fait au
département de la Reine, mère du Roi, le baptême de Mlle de Bourbon,
fille de M. le prince de Condé, et nommée Anne par la Reine; son
compère fut M. le duc de Luynes[339].

  [339] C'est celle qui venait d'être fiancée au prince de
  Joinville. _Voy._ plus haut la note 333, page 243.

_Le 23, mardi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va à
l'hôtel de ville pour le feu de la Saint-Jean, y met le feu lui-même,
revient à neuf heures, va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 27, samedi._—Il va chez M. de Luynes, où il se jouoit une comédie.

_Le 28, dimanche._—Il va jusqu'à l'île Maquerelle, où il s'amuse à
tirer de la harquebuse.

_Le 30, mardi._—Il retourne à l'île Maquerelle, où il s'est baigné.

_Le 7 juillet, mardi._—A cinq heures trois quarts il entre en
carrosse, part de Paris pour aller à Rouen, arrive à deux heures à
Pontoise pour la première fois.

_Le 10, vendredi._—Il part d'Escoucy, arrive à Rouen; il venoit sur
quelques bruits d'émotion, à la suscitation de M. de Longueville.

_Le 11, samedi, à Rouen._—Il va à la messe à Saint-Ouen, puis
au parlement, où il interdit M. de Longueville du gouvernement de
Normandie.

_Le 13, lundi._—Il va à Pont-Audemer et à Honfleur pour la première
fois.

_Le 15, mercredi._—Il se rend de Dive à Escouyville, où il dîne,
buvant du vin clairet moins trempé qu'à l'ordinaire, de son
commandement, disant gaiement qu'il le falloit ainsi puisqu'il alloit
à la guerre. Il va au conseil aussitôt après dîner, puis s'arme, prend
son hausse-col pour la première fois. Il part d'Escouyville à onze
heures et demie, en venant reconnoît la place du château de Caen,
conduit particulièrement par M. le prince de Condé et M. de Luynes. A
trois heures il arrive à Caen, et tient conseil, fait sommer le château
par le sieur Galeteau, conduit par un trompette.

_Le 17, vendredi._—Le château se rend. Il leur envoie le marquis de
Mouy et M. de Créquy leur donner abolition.

_Le 18, samedi._—Il va au château, où il visite tout et partout,
jusques aux plus petites choses.

_Le 22, mercredi._—Il va voir le cabinet d'un nommé Bourgeois.

_Le 2 août, dimanche, au Mans._—Il va à vêpres, où il a un sol de
distribution, suivant un ancien fonds donnant ce à chacun qui seroit
assis aux chaires hautes, le premier dimanche du mois.

_Le 4 mardi._—Il part de la Suse à neuf heures et demie, monte à
cheval et fait arborer sa cornette blanche pour la première fois.

_Le 6, jeudi._—Dîné à Duretal, chez M. le comte de Schomberg.

_Le 7, vendredi._—Il faisoit une chaleur excessive, et il étoit vêtu
d'un collet de buffle double et doublé de satin; à une heure il s'arme
de sa cuirasse et commande de s'armer à tous ceux de sa troupe, monte à
cheval à une heure trois quarts sur _l'Arméville_, cheval d'Espagne, et
part de Frellassay, et va pour voir gagner les barricades au faubourg
du Pont-de-Scé. Il le vit et faire la charge avec telle furie et
résolution, favorisée du canon à la tête par les régiments des Gardes
et de Picardie qu'il ne s'en est jamais vu de pareil. Il s'en revient à
huit heures trois quarts, soupe à Brin. Il faisoit grand chaud, et il
en a beaucoup souffert. C'est le premier combat qu'il a vu faire, et
le plus chaud et le plus heureux dont on eut il y avoit longtemps ouï
parler.

_Le 8, samedi._—Il entre au Pont-de-Scé, et va au château.

_Le 13, jeudi, à Brissac._—Conseil; il part à quatre heures et demie
à cheval pour aller au-devant de la Reine sa mère, venant d'Angers.
A deux quarts de lieue il l'attend; environ six heures elle arrive,
descend de sa litière, le Roi étant à trente ou quarante pas d'elle. Il
s'avance, elle se démasque; il la baise une fois seulement, Monsieur
après, qu'elle baise deux fois, puis M. le prince de Condé, et après
M. de Luynes. Les paroles qui furent dites, je ne les sais pas. Cette
cérémonie ne dura pas longtemps. Le Roi remonte à cheval, elle en sa
litière; le Roi gagne le devant, l'attend à l'entrée du château. Elle
descend, se démasque, le Roi la baise et la conduit en sa chambre, puis
s'en vient souper à sept heures et demie; il retourne chez elle le soir
jusqu'à neuf heures.

_Le 15, samedi._—Il touche, en la chapelle de Brissac, deux jésuites
portugais.

_Le 16, dimanche._—Il prend congé de sa mère à neuf heures du soir; sa
mère vient chez lui le soir jusques à dix heures et demie, lui au lit.

_Le 22, samedi._—Il part de Poitiers pour aller voir la Reine à Tours.

_Le 23, dimanche, au Plessis-les-Tours._—Il trouve la Reine arrivée la
veille au soir, lui raconte les effets de son voyage, lui montre les
cartes et logements de son armée, couche avec elle de dix heures à une
heure trois quarts.

_Le 31, lundi._—Il part de la Tricherie, arrive à Poitiers; la Reine
arrive aussi; il va la voir.

_Le 3 septembre, jeudi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, à
deux heures monte à cheval et va à la plaine de la Curnille, où il a
vu toute l'infanterie de son armée d'environ dix mille hommes, la fait
voir à la Reine. Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, samedi._—La Reine mère arrive à Poitiers à sept heures.

_Le 7, lundi, à Poitiers._—Il va à la salle du Palais, où il voit
des jeux représentés par des écoliers des Jésuites. Après souper il
va chez la Reine, où arrive M. le duc de Mayenne, lequel, portant un
genou tout bas en terre, dit ces paroles: «Sire, je suis venu ici pour
supplier Votre Majesté de juger de moi par mes intentions et non par
mes actions, et s'assurer que je n'ai jamais eu et n'aurai jamais autre
volonté que de lui rendre toute sorte d'obéissance et telle qui lui est
due par un très-humble et très-fidèle serviteur.» Le Roi lui répond:
_Je suis bien aise de ce que vous vous êtes mis en votre devoir; quand
vous ferez mieux à l'avenir que vous n'avez fait, j'oublierai ce qui
s'est passé_. Il s'en va à la fenêtre, lui donne loisir de saluer la
Reine et la compagnie, puis revient à lui, et l'entretient ainsi que
s'il n'y eût jamais eu noise. Il va chez la Reine sa mère, appelle M.
de Mayenne, qui se reculoit, et le fait entrer devant.

_Le 10, jeudi._—Il part de Lusignan, arrive à la Motte-Saint-Éloi, où
M. de Parabère lui donne à dîner.

_Le 15, mardi._—Arrivé à Saintes pour la première fois, en son
cabinet, il donne audience à messieurs les députés du parlement de
Bordeaux.

_Le 19, samedi._—Il arrive à Bordeaux par la porte du Chapeau-Rouge,
va en carrosse à l'évêché, et à une heure demande à dîner.

_Le 28, lundi._—Il part de Bordeaux, va pour la première fois à
Cardillac, maison de M. d'Épernon, qui donne à dîner au Roi[340].

  [340] Le duc d'Épernon venait de faire sa soumission.—Le
  Roi faisait ce voyage pour unir le Béarn à la couronne (édit
  d'octobre), le mettre sous le ressort du parlement érigé alors à
  Pau et faire restituer les biens ecclésiastiques usurpés par les
  huguenots, ce qui causa la guerre de religion de l'année suivante.

_Le 12 octobre, lundi._—Il arrive à cinq heures à Roquebert, trouve
en chemin des soldats qui emportoient du foin et un paysan qui alloit
après. Il y va, et le fait remporter par ceux mêmes qui l'avoient pris,
et commande deux archers de sa garde pour les accompagner sur le lieu
où ils l'avoient pris, ou bien qu'ils eussent à le payer.

_Le 15, jeudi._—Il arrive à quatre heures et demie à Pau, le régiment
des gardes marchant devant lui à cheval. En la cour du château, la cour
de parlement, en robe rouge, lui demande pardon du refus qu'ils avoient
fait à la vérification de son édit sur les revenus ecclésiastiques. Il
leur répond: _Servez-moi mieux à l'avenir, et j'oublierai le passé_.

_Le 17, samedi._—Il arrive à quatre heures à Navarreins, visite toute
la ville, y fait entrer quatre compagnies du régiment de ses gardes,
en met dehors la garnison et le sieur de Sale, gouverneur depuis l'an
soixante-neuf, mis par la reine Jeanne, à pareil jour que le comte de
Montgommery l'avoit pris en son nom et mis dehors les catholiques,
après la bataille qu'il gagna à Orthès sur M. de Tarride.

_Le 19, lundi._—A trois heures, dans la salle basse du château,
il prête le serment de prince de Béarn en l'ouverture des états du
pays qu'il y avoit assemblés, jura les priviléges du pays et eux
pareillement le serment accoutumé.

_Le 20, mardi._—A neuf heures il va à la procession pour le
rétablissement de la messe, qui a lieu à l'église, devant le château.

_Le 25, dimanche._—Il part aux flambeaux de Bazas, et arrive à sept
heures au pont de Laugon, pour se y embarquer. Son bateau n'étant point
arrivé, il y va au-devant à pied, assez loin, et s'embarque pour aller
coucher à Bordeaux.

_Le 28, mercredi._—Il va à la messe, et à onze heures et un quart va
chez M. de Luxembourg[341], où il a dîné, va à la chasse, au château,
revient à quatre heures au conseil, retourne chez M. de Luxembourg en
festin.

  [341] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, frère du duc de
  Luynes, marié, en juillet 1620, à Charlotte-Marguerite, fille
  et héritière de Henri de Luxembourg, duc de Piney, mort le 25
  octobre 1630. Elle se remaria avec Henri de Clermont-Tonnerre, et
  c'est leur fille qui donna les duchés de Piney et de Luxembourg à
  la famille de Montmorency.

_Le 5 novembre, jeudi._—Il goûte à Amboise chez M. Langlois, fourrier
du corps, d'une omelette que lui-même avoit faite, et à l'oignon, boit
deux coups d'un vin fort trempé, monte à cheval, se trouve mal d'un
étourdissement, de lassitude et de mal au cœur, a envie de vomir,
beaucoup d'écume, avec un peu d'émotion et douleur de tête, se plaint,
va au pas, eut froid, gagne Escures, va à la cuisine, apprête le souper
pour les autres, sa bouche échauffée, soupe d'une rôtie au sucre et se
met au lit.

_Le 7, samedi._—Il arrive à cheval, fort gai, à Paris, à midi, au
Louvre, salue la Reine sa mère, la Reine, Madame. Il va chez M. de
Luynes, où il dîne, couche avec la Reine pendant une heure.

_Le 21 décembre, lundi._—Il arrive à Abbeville pour la première fois.
Entrée des gens de guerre; les habitants vont au-devant de lui pour lui
offrir trois bœufs, trois mesures d'avoine, et trois poinçons de vin.
C'est le devoir des habitants, dû au Roi la première fois qu'il vient à
Abbeville.

_Le 31, jeudi, à Calais._—Il s'amuse à voir ceux qui vont à la mer
pour la première fois, pour s'éprouver, part de Calais; passant par
Marquise, il se fait donner un pain sortant du four, en mange la
croûte. Étant près de Boulogne, il va sur la rive de la mer, attendre
les bateaux qui revenoient de la pêche, arrive à Boulogne à quatre
heures trois quarts, soupe une heure après. Il avoit fait acheter une
plie, en mange le dos[342].

  [342] Bassompierre se trompe lorsqu'il dit dans ses _Mémoires_:
  «Le Roi finit heureusement l'année 1620 à Paris.»



ANNÉE 1621.

  Festin des Rois.—Ballet d'Apollon.—Rupture de la trêve
  des Pays-Bas.—Querelle du cardinal de Guise et de M. de
  Nevers.—Mort du roi d'Espagne Philippe III.—M. de Luynes
  connétable.—Départ pour le midi.—Orléans.—Blois.—Entrevue
  avec la Reine mère.—Mot du Roi aux habitants de
  Parthenay.—Le Roi va reconnaître Saint-Jean-d'Angély.—Les
  assiégés tirent sur le Roi.—Séjour au camp.—Les
  prisonniers rochellois.—Capitulation de Saint-Jean.—De
  Pons.—De Bergerac.—Siége de Clérac.—Mort du maréchal
  de Termes.—Prise de la ville.—Le Roi y tient les
  sceaux.—Moissac.—Piquecos.—Commencement du siége
  de Montauban.—Mort du duc de Mayenne.—La Reine à
  Moissac.—Montauban secouru.—Entrevue de MM. de Luynes
  et de Rohan.—Messieurs du Clergé viennent faire un don
  au Roi.—Attaque de Montauban.—Un laquais tué à dix pas
  du Roi.—Levée du siége.—Le Roi va à Toulouse.—Siége de
  Monhurt.—Sa prise.—Maladie du connétable de Luynes.—Sa
  mort.—Indifférence du Roi.—Son départ.—Il arrive à
  Bordeaux.—Réception.—Libourne.


_Le 1er janvier, vendredi._—Il reçoit un ambassadeur extraordinaire de
l'Archiduc[343], envoyé pour le visiter.

  [343] Albert, archiduc d'Autriche, précédemment cardinal et
  archevêque de Tolède, marié en 1598, à Isabelle-Claire-Eugénie,
  fille du roi Philippe II, et gouvernante des Pays-Bas.

_Le 5, mardi, à Amiens._—Il va au cabinet de ses oiseaux; à cinq
heures trois quarts va chez M. de Luynes, où il a soupé à six heures et
demie, au festin des Rois, qu'il donnoit. J'ai appris qu'il mangea fort
et but six ou sept fois de l'hypocras fort trempé. Il l'avoit lui-même
fait mettre dans la bouteille; c'étoit pour faire boire et mettre en
train la compagnie et spécialement M. d'Elbeuf, qui buvoit le vin sans
eau.

_Le 12, mardi._—Il va chez la Reine et, à sept heures, à la comédie
italienne.

_Le 15, vendredi._—Il va au conseil, où messieurs de la cour du
parlement le viennent trouver.

_Le 16, samedi._—A onze heures il monte à cheval, et va vers les
plaines du Roule, où il fait volerie générale de toute sa fauconnerie.
Les Reines[344] et Madame y étoient.

  [344] Il y a plusieurs jours qu'il visite régulièrement la Reine
  sa mère.

_Le 13 février, samedi._—A neuf heures il entre en carrosse, bien
qu'il fît un extrême froid; ce fut sur le rapport que l'on lui vint
faire qu'il y avoit un loup à la garenne de Colombes; il le court, le
prend, revient à quatre heures chez la Reine, puis chez la Reine sa
mère. Le soir à la comédie italienne.

_Le 15, lundi._—Il va à la chapelle de Bourbon, entre en carrosse,
part de Paris pour aller à la chasse, va à Versailles, où il a dîné,
par après monte à cheval, part de Versailles, et en chassant arrive à
Saint-Germain-en-Laye.

_Le 18, jeudi._—Il va chez M. de Luynes, chez la Reine, chez sa mère,
va à Bourbon à deux heures, y recorde son ballet, et à sept heures M.
de Liancourt, premier écuyer, lui a donné à souper en la galerie. Le
cardinal Bentivoglio[345], nonce, y soupa. Je n'y étois pas; j'appris
qu'il n'avoit pas trop mangé, mais bu trois coups d'hypocras fort
trempé. A une heure après minuit, il y danse son ballet d'Apollon[346],
revient à quatre heures et demie après minuit.

  [345] Guy Bentivoglio, né à Ferrare, en 1579, dont le frère, le
  marquis Guy, soutint César de Ferrare contre le Pape. Paul V le
  nomma cardinal pendant sa nonciature en France; tout faisait
  supposer qu'il remplacerait Urbain VIII sur le trône pontifical,
  quand il mourut, le 7 septembre 1644, pendant le conclave.

  [346] Les vers furent encore rimés par Bordier, auteur du ballet
  de 1619; c'est sans contredit l'un des plus licencieux de
  l'époque.

_Le 19, vendredi._—Il va à la chapelle de Bourbon, où il donne le
bonnet de cardinal au nonce Bentivoglio, le fait dîner avec lui.

_Le 20, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil, donne audience aux
députés des Pays-Bas pour la rupture de leur trêve[347], va chez la
Reine sa mère, chez M. de Luynes, à la comédie italienne le soir, puis
chez la Reine.

  [347] La trêve entre l'Espagne et les États-Généraux expira le 10
  avril, et l'archiduc Albert essaya vainement de la proroger; il
  mourut cette même année, le 13 juillet.

_Le 21, dimanche._—A neuf heures il va en la salle de Bourbon, où il
danse derechef son ballet, revient à une heure après minuit.

_Le 2 mars, mardi._—Il va chez la Reine; amusé diversement jusques à
onze heures trois quarts qu'il va à la grande salle de Bourbon pour y
voir danser le ballet de la Reine, qui commença entre minuit et une
heure. Il revient à quatre heures après minuit; mis au lit, puis levé,
il va chez la Reine.

_Le 10, mercredi._—Il va en la galerie, y joue au billard, M. de
Longueville avec lui. Il va après au sermon.

_Le 18, jeudi._—Il va aux Récollets poser la première pierre de leur
église à Saint-Germain.

_Le 24, mercredi._—Ce jourd'hui matin fut la querelle de M. le
cardinal de Guise et de M. de Nevers, au logis de M. Guynet, au rapport
d'une affaire dont ils étoient en différend.

_Le 25, jeudi, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle des terrasses,
touche un jésuite à la fin de la messe, après va chez M. de Luynes. La
grande neige, le vent, le mauvais temps l'empêchent de sortir; il va
de çà, de là, joue aux échecs, au billard; tout cela ne le contentoit
point. Il va chez M. de Luynes, revient souper à six heures; retourne
chez M. de Luynes, et se couche à neuf heures.

_Le 28, dimanche, à Paris._—Après souper il va chez M. de Luynes, où
il demeura jusques à près d'une heure après minuit, en attendant la
nouvelle de M. le cardinal de Guise, qu'il envoya prendre par le sieur
de la Vieuville, capitaine des gardes du corps, pour le mener à la
Bastille. Il revient, est dévêtu, mis au lit, peu après s'en va chez la
Reine.

_Le 29, lundi._—Il va à la volerie vers le Bourget et le Blancmesnil.

_Le 31, mercredi._—Il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il
déclare M. de Luynes connétable de France, et retourne chez la Reine,
où il le déclare.

_Le 2 avril, vendredi._—Il reçoit au conseil le serment de M. de
Luynes pour la charge de connétable; il lui donne l'épée en le
baisant[348].

  [348] La charge était vacante depuis la mort du duc de
  Montmorency en 1614; le duc de Mayenne essaya vainement
  d'empêcher qu'on donnât cette dignité suprême «à un homme qui
  ne savoit pas ce que pesoit une épée». La cérémonie se fit
  pompeusement dans la grande galerie, en présence de toute la
  cour. Après un discours du chancelier, le Roi présenta lui-même
  au duc une épée nue dont le poignard et le fourreau étaient
  enrichis de diamants; le duc d'Anjou, frère du Roi, la lui
  ceignit.

_Le 8, jeudi._—Nouvelle de la mort du roi d'Espagne.

_Le 10, samedi._—Il va chez la Reine avec le marquis de Mirabel et le
cordelier confesseur d'elle, lui annoncer le décès du roi d'Espagne
en ces termes, en espagnol: _Je viens de recevoir présentement des
lettres d'Espagne où l'on m'écrit que pour certain le Roi votre père
est mort._—Puis il monte à cheval et va à la chasse.

_Le 11, dimanche, à Fontainebleau._—Il touche les malades, va à pied à
l'hermitage de la Madeleine, à une lieue de Fontainebleau.

_Le 29, jeudi._—Il va à la chasse à la volerie, entre en une maison de
village pour se sécher; il étoit fort mouillé de la pluie.

_Le 30, vendredi._—Il va à la chambre de ses oiseaux. A onze heures,
nonobstant la pluie qu'il eut toujours, il part du bois Malesherbes et,
en chemin, rencontre d'aventure à la campagne un faon qu'il court à
force; il fut tué à coups d'épée[349].

  [349] Comme les protestants se remuaient de nouveau et qu'outre
  une assemblée assez séditieuse à la Rochelle, ils s'étaient
  emparés de Privas et de quelques autres places, le Roi se décida
  à aller les réduire; il se mit en route le 1er mai. Héroard ne
  mentionne pas le jour de ce départ.

_Le 3 mai, lundi._—Il va à la comédie françoise à Orléans, part
d'Orléans dans le bateau, le lendemain matin à huit heures, dîne dans
le bateau; arrive à Blois à quatre heures, va au conseil. Le soir il va
chez la Reine après son souper[350].

  [350] Héroard ne mentionne pas le passage du Roi à Saumur, dont
  il enleva le gouvernement à du Plessis-Mornay.

_Le 14, vendredi._—Il va chez la Reine, chez le connétable (M. de
Luynes) au conseil, reçoit la Reine sa mère, à trois heures, laquelle
s'en retourne coucher à Bourgueil.

_Le 16, dimanche._—Il va voir la Reine sa mère, qui étoit venue de
Bourgueil pour lui dire adieu.

_Le 18, mardi._—Il arrive de Thouars à Parthenay pour la première
fois, ne veut pas du dais, dit qu'il est assez assuré de la fidélité
des habitants; il craignoit la cérémonie.

_Le 29, samedi._—Il part de Niort, va à Chizay, va chez le
connétable, monte à cheval, va voir passer l'artillerie qui étoit à
Briou, en fait tirer douze canons pour les faire entendre à ceux de
Saint-Jean-d'Angély[351].

  [351] Le Roi réduisit, outre Niort, Parthenay avant d'arriver à
  Saint-Jean.

_Le 30, dimanche._—Il touche des malades et loge au château de la
Thibaudière, au bourg de Chizay, se confesse, va à l'église et touche
les malades; revient ensuite dîner.

_Le 31, lundi._—Il dîne d'un demi-pain de munition, sans boire, chez
M. de Lesdiguières à Saint-Julien; puis, avec lui et le connétable, il
va reconnoître la ville de Saint-Jean-d'Angély.

_Le 2 juin, mercredi._—Il tient conseil en l'église de Saint-Julien,
et fait sommer M. de Soubise de lui rendre la place et de se rendre.
Il a répondu être très-sujet et serviteur du Roi, mais ne la pouvoir
rendre, la place lui ayant été commise par le sieur de Rohan, son
frère, en sa garde.

_Le 3, jeudi._—A deux heures il va à Aulnay voir la Reine; y allant à
cheval, étant sur une hauteur avec M. le connétable et le maréchal de
Praslin, sur une fourche de chemin, doutant quel chemin ils prendront,
sur cette dispute ils s'arrêtent. Cela donne loisir aux assiégés de
pointer un canon sur eux; comme ils commencent à démancher sur la main
droite, par l'avis de M. de Praslin, ils virent la balle, et elle tomba
à dix pas devant le Roi, qui n'en demeura non plus ému que de rien. Il
arrive à cinq heures à Aulnay.

_Le 5, samedi._—Le matin, en s'habillant, il s'informoit comment
étoit fait M. de Navailles, qui sans son passeport étoit venu voir
son frère blessé d'une mousquetade au coude[352]; l'ayant vu par la
fenêtre, sortant de la chambre de M. le connétable et s'en retournant
par sa permission, le père Arnoux entra. Le Roi lui dit: _Je viens de
voir un Navailles qui s'en retourne._—«Comment, Sire, le laissez-vous
aller?»—_Oui, pour ce que je lui ai donné ma foi: vous eussiez
bien voulu que je l'eusse rompue._—«Mais, Sire, il est criminel de
lèse-majesté!»—_C'est tout un; s'il a fait une faute, je n'en veux pas
faire un cent._

  [352] N. de Montault de Navailles; il mourut de cette
  blessure.—Il avait pour frères: Philippe, depuis duc de
  Navailles, mort en 1654, et Bernard, seigneur de Pontous, qui
  périt en 1634, au siége de la Mothe.

_Le 12, samedi._—Il va voir la Reine, logée à Brisembourg; soupe chez
le connétable; couche avec la Reine de dix heures à huit heures moins
un quart.

_Le 18, vendredi._—Au conseil, il pardonne aux prisonniers
rochellois[353] et les renvoie, fait donner à chacun une épée, de
l'argent et des hommes pour les conduire.

  [353] Le 10 mai l'assemblée de la Rochelle avait confirmé la
  division du royaume en cercles protestants et appelé tous les
  religionnaires aux armes.

_Le 19, samedi._—Étant à Vervaux, logé à Saint-Julien, il va au
conseil; la Reine sa mère, logée à Mata, le vient visiter; le soir il
va chez le connétable.

_Le 23, mercredi._—Il voit le feu des batteries, qui a commencé à six
heures du matin; va aux batteries à onze heures. A côté de lui le baron
de Palluau est blessé à la tête et son beau-frère de Carbonnier tué du
même coup[354].

  [354] M. de Carbonnier avait reçu une commission du maréchal de
  Thémines, au mois d'avril, pour commander une compagnie.—Antoine
  de Buade, baron de Palluau, dont Héroard a déjà parlé, sous le
  nom de M. de Frontenac.—C'est ce même jour que M. de Soubise
  se décida à traiter, voyant d'une part les munitions manquer et
  d'autre part la trahison prête à éclater.

_Le 24, jeudi._—Conseil pour le traité de Saint-Jean.

_Le 25, vendredi._—Conseil où on décide ce qu'on fera. Au conseil dans
l'après-midi, M. de Soubise vient vers le Roi, et demande pardon.

_Le 28, lundi._—Il va à Brisembourg[355]; à neuf heures il va chez la
Reine; ne pouvant dormir, ils jouent aux cartes.

  [355] C'est ce jour que le Roi se fit rendre Pons, petite ville
  près de Saintes, et où le marquis de Châteauneuf commandait.

_Le 1er juillet, jeudi._—Sa mère le vient voir, prend congé de lui
pour s'en aller à Angers.

_Le 6, mardi._—Il part de Cognac pour aller à Barbezieux. Il faisoit
grand froid, il se plaint, portant un pourpoint fort léger. Il va en la
chambre de M. le connétable; se plaint de douleurs de tête.

_Le 8, jeudi._—Il arrive à Cottras en chassant à l'harquebuse; les
gens de Castillon lui apportent les clefs de la ville.

_Le 9, vendredi._—Le soir les habitants sortis de Bergerac demandent
pardon; ils avoient, disent-ils, donné de l'argent pour sortir[356].

  [356] C'est à Bergerac que les villes de la Basse-Guyenne
  envoyèrent des députés au Roi pour leur soumission; le Roi y
  demeura du 13 au 17 juillet; il y laissa M. de Rambures avec son
  régiment. (_Mémoires de Caumont._)

_Le 10, samedi._—A Saint-Émilion il loge en l'église.

_Le 19, lundi._—Il part de Saint-Berthoumion, ne peut passer le petit
ruisseau nommé Tolosat[357], étrangement débordé à cause de la grande
et continuelle pluie, attend deux grosses heures durant, attendant
nouvelles du passage, et cependant la pluie invariable en impétuosité
et abondance tombe sur lui, qu'il enduroit, n'ayant jamais voulu se
mettre à couvert, disant que les autres n'y étoient point. Après avoir
vu qu'il étoit impossible de passer le ruisseau, il rebrousse au
dernier lieu et arrive à Hautevigne, maison du baron Fumel[358]. Il
étoit neuf heures; il ne se veut essuyer ne débotter, va à la cuisine,
où il aide aux préparatifs de son dîner. Les officiers étoient allés la
nuit à Tonneins, et avoient passé avant le débordement. Le Roi passa le
demeurant de la journée en peine, à cause du mauvais temps, prépara le
souper comme il avoit fait le matin, mais plus abondant, car le matin
l'on n'avoit trouvé aucunes choses.

  [357] «Ce ruisseau de Tolosat, les villageois le nomment _lou
  gach_, ou gué de Combes.» (_Note d'Héroard._)

  [358] Le baron de Fumel, qui enleva l'année suivante Monflanquin
  à M. de Castelnau.

_Le 23, vendredi[359]._—Éveillé à cinq heures par impatience pour
aller voir un combat qui se devoit faire contre ceux de Clérac, où
alloit le maréchal de Lesdiguières. Il va chez la Reine, chez M. de
Luynes, à dix heures monte à cheval et va faire les approches devant
Clérac; voit tous les combats qui se firent à diverses fois, où le
maréchal de Terme est blessé au bras gauche et au poumon du côté
gauche[360]. Il revient à sept heures chez la Reine.

  [359] Le 20 juillet le Roi logea à Tonneins-Dessus, et les 21 et
  23 il fit faire les approches de Clérac, où furent tués plusieurs
  bons officiers. Les habitants de cette ville après avoir envoyé
  des députés au Roi, exaspérés de la façon dont on avait imposé
  une garnison et des conditions aux gens de Bergerac, résolurent
  de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. (_Mémoires de
  Castelnau._)

  [360] César de Saint-Lary, baron de Termes, frère du grand écuyer
  duc de Bellegarde, très-brave et très-querelleur; il n'avait pas
  voulu ce jour-là prendre de cuirasse; il mourut le lendemain «et
  fut grandement regretté», dit Castelnau.

_Le 24, samedi._—M. de Termes meurt à deux heures; la balle, qui
perçoit le diaphragme et l'estomac, se trouva contre le cœur sans
l'offenser.

_Le 30, vendredi._—Il va au camp devant Clérac pour voir commencer les
batteries.

_Le 5 août, jeudi._—Clérac se rend à la discrétion du Roi[361].

  [361] Trois batteries battirent la place pendant quinze
  jours; elle pouvait tenir longtemps encore cependant, mais le
  gouverneur, Peyrebrun de Saint-Orse, se laissa gagner en secret
  et décida les habitants de se rendre à discrétion. La ville fut
  indignement saccagée, malgré la promesse donnée; le Roi y fit
  pendre quelques notables, entre autres Lafargue, procureur en la
  chambre de l'édit de Nérac, et son fils, ministre protestant.

_Le 7, samedi._—Il va en la chambre de M. le connétable où il fait
tenir le scel en sa présence, M. le connétable faisant la charge de
garde des sceaux, accompagné du maître des requêtes et autres officiers
du scel. Jugement du Roi sur une lieutenance de _vétérans_, présentée
par Barbereau, huissier de sa chambre. Entendant ce mot, et toutefois
en ayant autrefois entendu parler, il demande: _Qu'est-ce qu'un
vétéran?_ Lui ayant été répondu et pour qui c'étoit, il dit: _Cela ne
se donne qu'aux soldats qui le gagnent, et avec beaucoup de peine, et
au péril de leur vie; ceux-ci n'ont point de peine_; il lui fut dit:
«Sire, les chanceliers et gardes des sceaux l'ont toujours scellé sans
difficulté.»—_C'est tout un, il le faut renvoyer au conseil_; et ce ne
fut scellé.

_Le 17, mardi._—Il quitte Moissac, arrive à Piquecos, château
appartenant à M. le marquis de Montpezat[362], à une lieue de Montauban.

  [362] Henri Desprez, marquis de Montpezat, gouverneur du Périgord
  au temps de la Ligue. L'armée passait alors l'Aveyron d'un côté
  avec le Roi, et le Tarn avec le duc de Mayenne.

_Le 30, lundi._—Il va chez M. le connétable[363], assiste au sceau.

  [363] Le Roi va régulièrement deux fois par jour chez le
  connétable, quelquefois davantage.

_Le 1er septembre, mercredi._—Cejourd'hui, entre sept et huit heures
du matin, commença la batterie de trois endroits devant Montauban[364].

  [364] Dans la semaine précédente on avait exécuté les travaux. Le
  Roi établit son quartier un peu à l'écart du côté de Montmirat,
  le duc de Mayenne investit Ville-Bourbon, le prince de Joinville
  et le maréchal de Saint-Gérant le Monstier. Au quartier de
  Montmirat, où Luynes commandait, se trouvaient les maréchaux de
  Praslin et de Cadenet. Son chirurgien écrivait alors à sa femme:
  «Sachez que je ne cours aucun hasard, monseigneur le connétable
  me faisant l'honneur de m'affectionner et de me tenir toujours
  auprès de sa personne.» (_Mémoires de Castelnau._) Les tranchées
  terminées, le feu commença le 1er septembre sur le bastion de
  Montmirat; le lendemain le marquis de Villars, frère du marquis
  de Montpezat et frère utérin du duc de Mayenne, périt étouffé par
  une explosion de mines.

_Le 15, mercredi._—Sur les trois heures M. le duc de Mayenne est tué
aux tranchées d'une mousquetade dans l'œil qui lui traversa la tête;
il meurt soudain sans parler[365]. Le Roi va à la chasse.

  [365] Le duc montrait sa tranchée au duc de Guise, raconte
  Bassompierre, n'ayant pas de plus grand plaisir que de s'exposer
  ainsi; une balle traversa le chapeau de M. de Schomberg et tua
  raide le duc. Ce fut le marquis de Castelnau qui tira cette
  mousquetade, comme il eut soin de le faire dire au Roi.

Entre minuit et une heure, Montauban est secouru[366].

  [366] Le secours venu du Languedoc et des Cévennes par les soins
  du duc de Rohan, sous les ordres de M. de Beaufort, se composait
  de 1,200 hommes d'élite. Ils tombèrent dans une première
  embuscade aux approches de Montauban, puis dans une autre; mais
  les assiégés, à l'aide de feux, les dirigèrent et purent faire
  entrer 6 à 700 hommes. M. de Beaufort fut conduit à Piquecos,
  et le Roi le condamna aux galères; on l'envoya à la Bastille.
  Dans la suite il fut repris à Pamiers par le prince de Condé et
  décapité par ordre du parlement de Toulouse.

_Le 8 octobre, vendredi._—Ce matin à quatre heures, M. le connétable
alla à Reniers y trouver M. de Rohan, pour traiter d'accord.

_Le 13, mercredi._—Il va au camp, où il a dîné chez M. le prince
de Joinville, où il voit la batterie de dix-huit canons contre un
boulevart.

_Le 14, jeudi._—Il se plaint de douleurs de dents, saigne du nez; il
faisoit grand chaud; la douleur cesse. Il n'avoit point saigné depuis
la mort du Roi, ou environ.

_Le 17, dimanche._—Il va au camp, y fait porter ses armes à quatre
heures du matin, au quartier de M. de Montmorency, y dîne de sa
viande; séant à table avec lui et M. de Luynes seulement et l'abbé
Rucelay[367], à neuf heures. A une heure il monte à cheval pour voir
trois attaques qui se devoient faire: l'une du côté où il étoit,
l'autre du côté des gardes, et la troisième du côté de la rivière,
sur Ville-Bourbon; ce fut sur les trois ou quatre heures. Il fut tiré
de la ville un coup de canon qui tua un laquais à dix pas de lui sans
l'effrayer. Il revient à huit heures.

  [367] L'abbé de Ruccellaï, clerc de la chambre apostolique,
  était dit Bassompierre, en parfaite intelligence avec le
  connétable de Luynes et l'avait assisté jusqu'à sa mort. Nommé
  abbé de Saint-Maixent, il mourut l'année suivante, au siége de
  Montpellier.

_Le 18, lundi._—Il va en son cabinet, y donne audience à Messieurs du
clergé, portant la parole M. l'évêque de Nantes[368], docte et éloquent
personnage, offrant un million d'or pour faire la guerre.

  [368] Philippe de Cospéan.

_Le 28, jeudi._—Il va en son cabinet; à midi arrive le milord
Haye, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, qui dîne avec M. le
connétable, et à trois heures a son audience du Roi, accompagné
seulement de M. le connétable, dans sa chambre[369].

  [369] Sur cette audience de milord Hay et sur la charge de
  garde des sceaux exercée par le connétable de Luynes (_voy._ le
  journal d'Héroard, au 7 août précédent); voici ce que raconte
  Bassompierre: «Le milord Hay, ambassadeur extraordinaire de la
  Grande-Bretagne, envoyé pour s'entremettre de la paix entre le
  Roi et les huguenots, eut sa première audience du Roi, après
  laquelle il l'alla prendre de M. le connétable. M. de Puisieux,
  selon sa coutume, venoit entendre du Roi ce que le milord lui
  avoit dit à son audience, quand le Roi m'appela en tiers, et me
  dit: «Il va prendre l'audience du roi Luynes.» ..... Lors le Roi
  commença à déchirer M. le connétable et à en dire tout ce qu'il
  avoit en sa fantaisie, ulcéré de ce qu'on avoit adjoint à la
  charge de connétable celle de chancelier.»

_Le 31, dimanche._—Il part de Moissac[370].

  [370] Le Roi avait quitté Picquecos quelques jours avant pour
  aller au delà de la rivière au château de Montbeton pendant
  qu'on emmenait l'artillerie et les bagages. Avant qu'il y fût,
  on canonna Montbeton; mais dès qu'on sut qu'il y résidait, il y
  eut défense de tirer de ce côté. En partant le Roi fit incendier
  le château. Il laissa à Moissac le duc d'Angoulême avec une
  assez forte division.—Voir dans les _Mémoires de Castelnau_ la
  relation détaillée de ce siége.

_Le 15 novembre, lundi._—Il entre à Toulouse pour y dîner, la première
fois, loge à l'archevêché[371].

  [371] Le Roi quitta Montbeton le 14 novembre, alla à Castelnau de
  Frégefont et de là à Toulouse.

_Le 18, jeudi._—Il va collationner en cérémonie, en la maison de ville.

_Le 19, vendredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement, qui
le supplient de séjourner plus longtemps, pour donner aide à leur
conservation.

_Le 20, samedi._—Il va à quatre heures aux Jésuites, voir jouer la
tragédie d'_Andromède_.

_Le 21, dimanche._—Il fait son entrée solennelle; va à Saint-Étienne.

_Le 24, mercredi._—Il va en son cabinet, où messieurs du parlement de
Toulouse prennent congé du Roi. Il part de Toulouse en chassant, et
arrive à deux heures à Grenade.

_Le 30, mardi._—Il va au camp devant Monhurt[372] avec M. de Luynes,
où le sieur Desplans près de lui reçut une mousquetade qui lui perça le
manteau, le gant et s'arrêta dans le pommeau de la selle de son cheval.

  [372] L'investissement de Monhurt, où commandait le marquis de
  Mirembeau, avait commencé le 17.

_Le 3 décembre, vendredi._—Il va chez M. le connétable, qui se
trouvoit mal de rhume et fièvre, depuis six heures du matin qu'il eut
froid.

_Le 7, mardi._—Il va voir les bateaux couverts pour le siége de
Monhurt, et va au logis de M. de Schomberg à pied; ainsi pendant
plusieurs jours de suite, visitant les tranchées et même gaiement
quitte sa volerie disant: _Je m'en vais chez M. de Schomberg_,
s'amusant pour tromper le déplaisir qu'il avoit de la maladie du
connétable.

_Le 12, dimanche._—Il va au camp pour voir sortir ceux de Monhurt, à
qui il donnoit la vie; ils sortirent un bâton blanc à la main[373]; les
femmes et les fils sortirent à part dans des bateaux pour les conduire
à Tonneins. Ce fut un de ses soins particuliers que la ville sera
brûlée et une potence élevée au milieu. Il fait mettre son armée en
bataille et sans armes, de peur que les soldats ne s'entretuent pour le
pillage. Après dîner il veut aller au camp voir achever la sortie, puis
va à sa volerie.

  [373] Le marquis de Mirembeau, blessé dès le début, sortit le
  premier sur le rempart, avec un manteau noir et un laurier blanc
  à la main, puis le vicomte de Castet, et tous deux firent signe
  qu'ils voulaient parlementer. La ville fut brûlée le soir.
  (_Mercure françois_, tome VII, p. 928.)

_Le 13, lundi._—Comme il fut débotté en revenant de chez M. de
Schomberg, soudain vient une fausse alarme; il se botte, sort de la
salle et donne l'ordre avec une incroyable résolution. Un certain
personnage lui dit: «Sire, si Votre Majesté se veut retirer, l'on peut
faire face avec ses deux cents chevaux.»—_Retirer! je veux mourir
plutôt que me retirer._

_Le 15, mercredi._—Il quitte Longuetille à cause de la maladie de M.
le connétable, qui meurt à Dumasan, à deux heures[374].

  [374] Il mourut d'une fièvre pourprée; Bassompierre assure que le
  Roi ne le regretta pas. Fontenay-Mareuil ajoute que pendant sa
  maladie un seul de ses gens à peine voulait consentir à rester
  près de lui, et qu'il vit des valets jouer au piquet sur son
  cercueil, au lieu de prêtres, quand on l'emporta à Maillé en
  Touraine, domaine auquel il avait fait attribuer le nom de Luynes.

_Le 16, jeudi._—Il va voir M. de Luxembourg, frère du défunt
connétable.

_Le 21, mardi._—Il arrive à Bordeaux pour la troisième fois[375], va
au conseil et reçoit toute la cour du Parlement ensemble.

  [375] Le Roi avait laissé dans la province le duc d'Elbeuf et le
  maréchal de Thémines avec des troupes.

_Le 22, mercredi._—Il fait M. de Vic[376], conseiller d'État, garde
des sceaux; le lendemain il reçoit son serment.

  [376] Méry de Vic, seigneur d'Ermenonville, était le plus ancien
  conseiller d'État lorsque le Roi lui donna la charge de garde
  des sceaux. Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut à Pignan,
  entre Montpellier et Pézenas, le 2 septembre 1622.

_Le 25, samedi._—En sa chambre à deux heures, il entend le sermon
du P. Séguiran, jésuite, qui lui avoit été donné pour confesseur à
Saint-André.

_Le 31 décembre, vendredi._—Il arrive à Libourne.



ANNÉE 1622.

  Départ de Libourne en chassant.—Barbezieux.—Festin du Roi
  chez M. de Schomberg.—Poitiers.—Tours.—Amboise.—On y
  charge avec des boules de neige les magistrats.—Réception
  des cours de Paris à Bourg-la-Reine.—Entrée à
  Paris.—Saint-Germain.—Ballet.—La Reine fait une
  fausse-couche.—Fiançailles du comte d'Alais.—Départ pour le
  Languedoc.—Le jeudi saint à Orléans.—Querelle du maréchal
  de Vitry et du duc de Luxembourg.—Blois.—Nantes.—Le
  Roi dit du mal de M. de Luynes.—Combat de l'île de
  Rié.—Niort.—Saint-Jean-d'Angély.—Le Roi affecte de ne
  pas vouloir en regarder les ruines.—Réception des envoyés
  suisses.—Siége et prise de Royan.—Reddition de Sainte-Foy
  la Grande.—M. de Caumont la Force traite et est fait
  maréchal.—Agen.—Le Roi passe devant Montauban avec son armée
  en bataille.—Assaut et prise de Négrepelisse.—Rendez-vous de
  l'armée à Campadour.—Siége de Saint-Antonin.—Une balle effleure
  le Roi.—Le duc de Retz blessé près du Roi.—Combat du Roi et du
  prince de Joinville à coups de prunes.—Arrivée à Toulouse.—Pose
  de la première pierre de l'église des Carmélites.—Réception
  à Castelnaudary.—Carcassonne.—Narbonne.—Le Roi
  visite quatre frégates dans le port.—A la réception
  officielle, le cheval du Roi se cabre.—Le Roi
  communie.—Béziers.—Pézenas.—Lunel.—Aigues-Mortes.—Le Roi
  rejoint l'armée à Castelnau.—Le duc de Lesdiguières vient
  prêter serment.—Commencement du siége de Montpellier.—M. de
  Caumartin nommé garde des sceaux.—M. d'Ocquerre, secrétaire
  d'État.—M. de Bassompierre maréchal.—Mot du Roi.—Congé du
  prince de Condé; sa conversation avec le Roi.—Reddition de
  Montpellier.—Départ.—Arles.—Réception brillante.—Course
  de taureaux.—La Sainte-Baume.—Marseille.—La pêche du
  thon.—Notre-Dame de la Garde.—Beaucaire.—Assemblée des
  États.—Avignon.—Le duc de Savoie.—Grenoble.—Dîner au
  château du connétable.—Vienne.—Lyon; le Roi y trouve les deux
  Reines.—Le Roi donne le chapeau à M. de Richelieu.—Fiançailles
  de Mlle de Verneuil avec le fils du duc d'Épernon.—Le Roi reçoit
  sa sœur la princesse de Piémont.—Roanne.—Nevers.


_Le 3 janvier, lundi._—Il part à pied de Libourne à cause du froid, et
un peu après monte à cheval, et par un pont de bateaux sur la rivière
d'Isle, arrive à Guitre, s'amusant à chasser en chemin. A quatre heures
il entre au conseil; le conseil tenu, il s'amuse à jouer aux cartes, au
hère, avec aucuns de son conseil et autres.

_Le 5, mercredi._—Il arrive à quatre heures et demie à Barbezieux;
va au conseil, et à six heures et demie a soupé chez M. le comte de
Schomberg, qui donnoit le festin de la veille des Rois.

_Le 6, jeudi._—Il arrive à Châteauneuf sur Charente; M. le prince de
Condé lui va au-devant. A trois heures au conseil.

_Le 10, lundi._—En se couchant il s'amuse à faire de la musique et
fait chanter M. le Prince.

_Le 13, vendredi._—Arrivé à Poitiers, il s'amuse à ses oiseaux; va au
conseil, s'amuse à jouer jusques à six heures.

_Le 18, mardi._—Il faisoit un temps serein, mais extrêmement froid; en
route il met plusieurs fois pied à terre, arrive à Tours à deux heures,
va au conseil à trois.

_Le 19, mercredi._—Il part de Tours et fait une grande partie du
chemin à pied, arrive à une heure à Amboise. Les magistrats de robe
longue le viennent saluer; il avoit neigé; incontinent après les
harangues, sur leur retraite, on leur fait une charge de pelotes de
neige sur leurs robes et leurs bonnets carrés.—Il soupe au festin
donné dans le château par M. le duc de Chaulnes, lieutenant du Roi, au
château[377].

  [377] M. de Cadenet avait été créé pair et duc de Chaulnes en
  1621.

_Le 20, jeudi._—Il faisoit grand froid; il part d'Amboise à cheval,
et à un quart de lieue il entre en carrosse. Il arrive à Blois à une
heure, voit M. Truchon, l'un de ses apothicaires, demeurant à Blois,
lui demande: _Truchon, me voulez-vous nourrir, j'ai grand faim_; son
gobelet n'étoit pas arrivé.

_Le 24, lundi._—Il arrive à une heure à Orléans, où arrive de Paris
M. le comte de Soissons qu'il accueillit fort gracieusement. Il va au
conseil.

_Le 28, vendredi._—Dînant à Bourg-la-Reine, il reçoit les compagnies
qui venoient de Paris; part de Bourg-la-Reine à deux heures, voit sept
mille quatre cents hommes, habitants de Paris, postés en armes devant
lui et à cheval, entre à Paris, revenant de Montauban, va à Notre-Dame,
revient à six heures au Louvre, soupe, prie Dieu, va chez la Reine, à
onze heures s'endort.

_Le 29, samedi._—Il va à la messe, puis chez la Reine sa mère. Le soir
à la salle d'en haut, à la comédie italienne.

_Le 4 février, vendredi._—Il part de Paris pour aller à
Saint-Germain-en-Laye, loge chez M. de Frontenac, capitaine du château;
logé en la basse-cour.

_Le 5, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à Pontoise, où il s'amuse
à faire et à manger des beignets; soupant à Cormeille, soudain il va
au gobelet, où il fait faire des petits choux au lait; bu six coups de
vin clairet fort trempé, à la santé des princes qui étoient là: MM. les
princes de Condé, de Vendôme, son frère le grand prieur. Il revient
dans sa chambre, où il danse aux chansons.

_Le 6, dimanche._—Il va au logis de M. de Vendôme, où il a déjeûné;
va à la messe, monte à cheval, part de Cormeille et va à Saint-Denis;
va à la cuisine, dresse les plats, emporte le premier, les princes de
même, dresse sur table, puis dîne, arrive à Paris à deux heures. Il va
chez la Reine; soupe à six heures et demie, puis va en son cabinet à la
comédie italienne, puis au bal, et revient à minuit.

_Le 7, lundi._—Il va en haut à la comédie italienne, y voit un grand
ballet venu de la ville, à onze heures revient se mettre au lit; puis
relevé peu après, il va chez la Reine.

_Le 10, jeudi._—Il va à la volerie vers Grenelle. La terre étoit fort
molle, à cause du dégel et des pluies; son cheval tombe et lui de tout
son long, il ne se fait aucun mal. Il revient chez la Reine sa mère.

_Le 23, mardi._—Il va le soir chez la Reine.

_Le 25, vendredi._—Il entre en carrosse pour aller passer son temps,
part de Paris, arrive à Villemenon, aussitôt va à la cuisine, fait
dresser la viande, la met sur table, s'assied avec la compagnie: M. le
prince de Condé, M. de Vendôme, M. le grand prieur, son frère, M. le
Grand, M. de Courtenvaux, M. de Blainville, premiers gentilhommes de la
chambre.

_Le 13 mars, dimanche._—Il va à l'assemblée à Meulan, où il a dîné au
festin fait par Desplans, gouverneur; retourne à Saint-Germain.

_Le 14, lundi._—Il revient à Paris, va chez la Reine, et lui donne M.
de Beauclerc pour secrétaire[378].

  [378] Charles de Beauclerc, sieur d'Achères et de Rougemont,
  secrétaire d'État de la Reine-mère pendant sa régence, fils d'un
  trésorier général de l'extraordinaire. Henri IV l'avait donné
  comme secrétaire des commandements au Dauphin. Devenu Roi, il le
  créa secrétaire du cabinet et il devint l'intime confident de M.
  de Luynes, qui s'en dégoûta à cause de sa franchise. Après la
  mort du favori, Louis XIII nomma Beauclerc un des deux intendants
  des finances, et le fit secrétaire d'État en 1624. Richelieu
  ayant reconnu ses hautes qualités voulut le conserver au siége de
  la Rochelle; mais il ne voulut pas quitter le Roi, et mourut à
  Paris, en 1630.

_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, à ses oiseaux, au conseil. Sur
les trois heures après midi la Reine accouche d'un embryon de quarante
ou quarante-deux jours; il va chez elle à six heures trois quarts[379].

  [379] «La Reine devint grosse, et l'étoit de six semaines, quand
  un soir, Mme la Princesse tenant le lit, la Reine y alla passer
  la soirée jusques après minuit avec les autres princesses et
  dames du Louvre; M. de Guise, les deux frères de Luynes, M. le
  Grand, Blainville et moi, nous y trouvâmes, et la compagnie fut
  fort gaie. Quand la Reine s'en retournant coucher et passant par
  la grande salle du Louvre, Mme la connétable de Luynes et Mlle
  de Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle
  broncha et tomba en ce petit relais du haut dais, dont elle se
  blessa et perdit son fruit. On céla l'affaire au Roi le plus
  que l'on put.... On fit savoir au Roi comme et en quelle façon
  la Reine s'étoit blessée, et on l'anima tellement contre les
  deux dames, qu'il dépêcha de Toury-la-Fouraine à la Reine pour
  lui mander qu'il ne vouloit plus que Mlle de Verneuil et Mme
  la connétable de Luynes fussent auprès d'elle, et leur écrivit
  à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent
  à se retirer du Louvre.» (_Mémoires de Bassompierre._) Mme de
  Motteville dit seulement que dans les commencements de son
  mariage «la Reine se crut devenue grosse, comme elle le crut
  quelque temps, et de s'être blessée pour avoir trop couru après
  la connétable.»

_Le 17, jeudi._—Il va chez la Reine, à midi monte à cheval, va à la
volerie vers les plaines du Roule et de Montmartre, revient à cinq
heures chez la Reine sa mère, à sept heures va en sa chambre, où il
fait les fiançailles du fils de M. le duc d'Angoulême, le comte d'Alès,
et de la fille de M. le maréchal de la Châtre[380]. Le soir il va à la
comédie italienne.

  [380] Louise-Henriette, fille unique du second maréchal de la
  Châtre et d'Élisabeth d'Étampes-Valençay, épousa Louis-Emmanuel
  de Valois, comte d'Aletz. Veuve en 1653, elle se remaria avec
  François de Crussol, et après divorce avec M. Pot de Rhodes,
  grand maître des cérémonies.

_Le 20, dimanche._—Il part pour son grand voyage, secrètement, à
cheval, tandis que tout le monde l'attendoit au Louvre pour le voir
passer.

_Le 24, jeudi, à Orléans._—Il va aux Récollets, où il lave les pieds
aux enfants, va en sa chambre. Querelle de M. le maréchal de Vitry et
de M. de Luxembourg dans la chambre du Roi. A trois heures il entre en
carrosse, va gagner les pardons.

_Le 26, dimanche._—Il va délivrer les prisonniers.

_Le 27, lundi._—Il part d'Orléans, entre en bateau, encore qu'il fît
grand vent et contraire, ne craint pas, déjeûne dans le bateau, met
pied à terre à Beaugency.

_Le 31, jeudi._—Il arrive à Blois, chez la Reine sa mère.

_Le 5 avril, mardi._—Il part de Blois, s'embarque pour Nantes avec M.
de Soubise, arrive à quatre heures à Tours. Logé près de Saint-Julien,
il va chez M. de Souvré, où il a soupé.

_Le 7, jeudi._—Il va à l'abbaye de Saint-Florent où il a goûté. M.
l'évêque de Cominges[381], qui en étoit abbé, lui a donné la collation.

  [381] Gilles de Souvré, fils du maréchal; nommé, en 1614, abbé de
  Saint-Florent, il quitta en 1623.

_Le 9, samedi._—Il arrive à Ancenis, maison de M. de Vendôme, qui
donna le festin fort magnifique.

_Le 10, dimanche._—Reçu à Chassay près Ancenis, par la maison de
l'évêque; étant au lit, il y parle de M. le connétable. Il en contoit
bien des choses qu'il lui demandoit, et entre autres qu'il lui dit
qu'il lui falloit donner 4,000,000 d'or; qu'il n'avoit jamais vu tant
de parents.

_Le 13, mercredi._—Il va au conseil, sur le rapport, fait par M. le
Prince, que M. de Soubise avec toute son armée étoit entré dans l'île
de Riez.

_Le 14, jeudi._—Il part de Legeay, voit son régiment des Suisses, ne
laisse pas de chasser à la harquebuse; à onze heures n'ayant rien à
dîner, il mange du pain qu'il fait acheter des Suisses et un peu de
fromage dont il n'avoit jamais mangé, arrive à Chalan, où il dîne.

_Le 15, vendredi, à la Chaussée._—M. le prince de Condé lui envoie
demander des secours; il quitte son dîner, et dit: _Je y veux
aller!_—Il monte à cheval; va à deux lieues de chemin, couche dans une
petite masure, tout vêtu, sur de la paille, sa robe dessus, son manteau
dessous, y dort deux heures par sommes entrecoupés, par soin de se
lever pour aller à la guerre[382].

  [382] «Sur le temps que, couché sur un méchant lit, le Roi
  conféroit du passage avec nous, dit Bassompierre, il arriva
  une grande alarme par tout le camp, comme si les ennemis nous
  fussent venus sur les bras, et en cet instant cinquante personnes
  se jetèrent dans la chambre du Roi, qui lui dirent que les
  ennemis venoient à nous. Je savois bien qu'il étoit impossible,
  car la mer étoit haute, et qu'ils n'eussent su passer; c'est
  pourquoi, au lieu de m'en alarmer, je voulus voir comme le Roi
  la prendroit, afin que, selon sa hardiesse ou son étonnement,
  j'eusse à l'avenir à me gouverner vers lui aux propositions que
  je ferois. Ce jeune prince, qui étoit couché sur le lit, se leva
  assis, à cette rumeur, et, avec un visage plus animé que de
  coutume, leur dit: «Messieurs, c'est là dehors qu'est l'alarme
  et non dans ma chambre, comme vous voyez, et où il faut aller.»
  ..... Je fus ravi de voir l'assurance et le jugement d'un homme
  de son âge, si mûr et si parfait. Il se trouva que c'étoit une
  fausse alarme.»

_Le 16, samedi._—Il se lève à minuit; se fait amener le cheval que
lui a donné M. du Hallier. En la bataille, M. le prince de Condé et le
comte de Soissons à l'avant-garde, M. de Vendôme à l'arrière-garde.
Il marche une lieue ou deux en bataille, entre dans une île sans
qu'il y eût de gens de guerre. A quatre heures du matin il se trouve
à Saint-Gilles-en-Rié, où le prince de Soubise se sauvoit avec toute
son armée en désordre. Je remets le demeurant à l'histoire. Ce fut un
coup du ciel d'avoir préservé le Roi engagé dans l'île, et d'avoir eu
la victoire sans un seul blessé ou fort peu; il y fut tué plus de trois
mille hommes; canons, drapeaux et bagages perdus. A onze heures et
demie à Saint-Gilles, ce fut la plus grande route, dîner[383]. Il va le
soir à Aspremont, se débotte à huit heures, fut vingt heures sans se
coucher et dix-huit à cheval.

  [383] L'île de Rié est un canton du Poitou, entouré de marais, et
  où M. de Soubise s'était retiré; le Roi le battit complétement,
  et lui tua 4,000 hommes.

_Le 20, mercredi, à la Roche-sur-Yon._—M. Leclerc, intendant des
finances, lui donne à goûter.

_Le 24, dimanche._—Il va à Niort pour la deuxième fois, va au château,
où il a dîné au festin donné par M. de Parabère, gouverneur de la
ville[384].

  [384] Jean de Baudéan de Parabère, lieutenant du Roi en Poitou.

_Le 26, mardi._—Il voit passer le régiment de Navarre, commandé par le
baron de Palluau, puis va au conseil.

_Le 28, jeudi._—Il part de Chizay, volant par le chemin, arrive à
trois heures à cheval à Saint-Jean-d'Angély. En entrant il baissa
son chapeau et détourna sa vue des ruines des murailles, entièrement
rasées. Aussitôt qu'il fut entré, il haussa son chapeau et regardoit
librement partout.

_Le 1er mai, dimanche, à Saintes._—Il va à vêpres, et à trois heures
et demie donne audience aux Suisses de Berne et de Zurich.

_Le 7, samedi._—A cinq heures du matin, il monte à cheval et va avec
M. du Hallier, capitaine des gardes, et deux écuyers, aux tranchées, où
il fut tiré un coup de pièce qui tomba à six pas de lui. Il donne cent
écus aux soldats de ses gardes qui entroient aux tranchées[385].

  [385] «Je fus, rapporte Bassompierre, voir le Roi en son
  quartier, lequel me dit que le lendemain, à quatre heures du
  matin, il vouloit venir à notre tranchée, et que je l'attendisse
  au commencement d'icelle, à une longue ligne que je fis toute
  la nuit hausser pour le faire arriver en sûreté. Il vint donc
  le samedi 7, accompagné de M. d'Épernon et de M. de Schomberg:
  c'étoit la première fois qu'il y étoit jamais venu. Il me fit
  l'honneur de me dire: «Bassompierre, je suis nouveau: dites-moi
  ce qu'il faudra faire pour ne point faillir.» A quoi je ne fus
  guère empêché, car il fit plus généreusement que pas un de nous
  n'eût fait, et monta trois ou quatre fois sur la banquette des
  tranchées pour reconnoître à découvert, s'y tenant si longtemps
  que nous frémissions du péril où il se mettoit, avec une plus
  grande froideur et assurance qu'un vieux capitaine n'eût su
  faire, et ordonna du travail de la nuit suivante comme s'il eût
  été un ingénieur. Je lui vis faire en retournant une action qui
  me plut extrêmement; car, après être remonté à cheval, à un
  certain passage que les ennemis connoissoient, ils tirèrent un
  coup de pièce qui passa à deux pieds au-dessus de la tête du
  Roi, qui parloit à M. d'Épernon; je marchois devant lui, et me
  tournai, appréhendant le coup que je vis venir pour le Roi. Je
  lui dis: «Mon Dieu, Sire, cette balle a failli vous tuer.» Il
  me dit: «Non pas moi, mais M. d'Épernon;» et ne s'étonna ni ne
  baissa la tête, comme beaucoup d'autres eussent fait.... J'ai vu
  plusieurs et diverses autres actions du Roi en plusieurs lieux
  périlleux, et dirai sans flatterie ni adulation que je n'ai
  jamais vu un homme, non un roi, qui y fût plus assuré que lui.»

_Le 9, lundi._—Il va à trois heures et demie au camp, voir une attaque
qui se devoit faire d'un bastion, qui fut rude et dura plus de deux
heures.

_Le 11, mercredi._—Il monte à cheval, va au camp, à la tranchée du
régiment des gardes; il donne la composition à ceux de Royan[386];
revient à la messe sous la tente. Après son dîner, il va au camp pour
faire accomplir la composition, revient au conseil.

  [386] La place soutint quinze jours de tranchées.

_Le 12, jeudi._—Il va au logis de M. de Schomberg, où il a soupé.

_Le 25, mercredi._—Il arrive à quatre heures à Sainte-Foy-la-Grande,
qui se remet en son obéissance[387].

  [387] M. de la Ville aux Clercs, secrétaire d'État (plus connu
  depuis sous le nom de comte de Loménie de Brienne), fut envoyé
  par le Roi vers le marquis de la Force, et l'on traita pour
  Sainte-Foy et pour toute la Basse-Guyenne, sans que le marquis
  voulût qu'on s'occupât de lui. Le traité fut ainsi conclu, et
  le Roi le jour de son entrée donna à M. de la Force le bâton de
  maréchal de France, avec une large indemnité.

_Le 26, jeudi, à Sainte-Foy._—Il va à confesse au P. Séguin, à la
messe et à la procession à la Fête-Dieu.

_Le 31, mardi._—Il part d'Aiguillon et arrive au Port-Sainte-Marie.

_Le 2 juin, jeudi._—Il va à Agen pour la deuxième fois, va à l'évêché,
où M. l'évêque[388] lui donne à souper.

  [388] Claude de Gelas, ancien trésorier de la Sainte-Chapelle,
  nommé en 1614, mort en 1630.

_Le 8, mercredi._—A neuf heures il monte à cheval, part de Villemande,
ayant fait mettre en marche son armée en bataille. Passant près de
Montauban, il a dîné à onze heures à Albias, dans un champ labouré, au
grand soleil. Il remonte après à cheval, va voir les attaques qui se
faisoient à Négrepelisse, qui avoit refusé les portes[389].

  [389] Le siége dura deux jours et la ville fut saccagée, parce
  que ses habitants avaient massacré, au mois de janvier précédent,
  quatre cents hommes de troupes royales.

_Le 10, vendredi._—Il va à la fenêtre, d'où il voit l'assaut qui se
donnoit à Négrepelisse, qui fut prise; tout tué et le lendemain brûlé.

_Le 12, dimanche._—Il va à la messe en la rue, sous le portique de son
logis; monte à cheval. A sept heures il part de las Gardies, village,
passe la rivière de l'Aveyron et arrive à Montricous; va au conseil.

_Le 13, lundi._—Il arrive à la plaine de Campadour, qu'il avoit donnée
pour rendez-vous à l'armée, y dîne sous des pruniers. A midi il monte à
cheval, et va voir faire un logement au siége de Saint-Antonin[390]. Il
y fut tiré un coup de piste, portant balle de plomb de la grosseur d'un
œuf, qui passa droit et au-dessus de lui. Il arrive à trois heures aux
Granges, et y a soupé, en un très-méchant logis.

  [390] Les habitants de cette ville avaient déjà refusé en 1621
  de se soumettre au duc de Mayenne, et reçurent pour gouverneur,
  quand Sainte-Foy se rendit, le baron d'Eymet, cinquième fils du
  maréchal de la Force.

_Le 16, jeudi._—Il va au camp à dix heures, au-dessus d'une batterie
où il y avoit deux coulevrines, en pointe par deux fois, tire sur des
paysans qui remparoient; à la deuxième fois il en tue deux.

_Le 17, vendredi._—Il s'endort à onze heures, entretenu de bons
discours par M. le prince de Joinville et M. de Bassompierre; endormi
jusqu'à neuf heures après minuit.

_Le 19, dimanche._—A une heure il monte à cheval, va au camp, où il
vit faire une attaque à une corne, qui fut virilement soutenue et
repoussée par les femmes, à coups de hallebarde. M. le duc de Retz fut
blessé près du Roi, d'une mousquetade à travers du genou, la balle
demeurant dedans. Il s'en va au conseil, s'en revient fort fâché.

_Le 24, vendredi._—Il dîne chez M. de Schomberg, puis voit sortir la
garnison de Saint-Antonin, qui se rend à composition.

_Le 25, samedi._—Il arrive à Castelnau de Montmirail, fait un combat
contre le prince de Joinville avec des prunes nouvelles prises aux
arbres, non encore mûres[391].

  [391] «Comme la traite étoit longue, dit Bassompierre, le Roi
  fut contraint, pour attendre les troupes demeurées derrière,
  d'y séjourner le 25 (à Castelnau de Montmirail), où nous nous
  amusâmes à faire un retranchement entre deux chemins, que nous
  garnîmes de noix, et le défendîmes contre le Roi, qui l'attaqua.»

_Le 27, lundi._—Il arrive à Toulouse à dix heures, pour la deuxième
fois, y dîne, va au conseil, reçoit les députés de la cour de Parlement
et les autres corps des compagnies.

_Le 3 juillet, dimanche._—Il entre en carrosse à dix heures, va à la
messe aux Carmélites, et y met la première pierre à leur église, va
ensuite en sa chambre, au conseil, et à quatre heures regarde passer
les processions des pénitents bleus, entre lesquels étoit M. le Prince.
A sept heures trois quarts il va chez M. le prince de Joinville, qui
faisoit bâtir, et y a soupé.

_Le 4, lundi._—Éveillé à trois heures et demie après minuit, il se
plaint, criant et me disant avoir eu froid étant couché dans le lit, et
fort peu dormi, les yeux chauds et la tête pesante. Levé, blême, il se
sent foible et lassé; vêtu, botté, prié Dieu, déjeuné à quatre heures.
Il part de Toulouse et arrive à dix heures et demie à Villefranche de
Lauraguais; à onze heures et demie il se plaint encore des mêmes choses
qu'il avoit fait ici dessus; dîne pourtant. Il va après en sa chambre,
en son cabinet; son lit n'étoit pas venu, il se met tout vêtu sur une
paillasse qu'on lui avoit apprêtée de paille fraîche. A une heure
dévêtu, mis au lit, pouls plein, égal, un peu hâté, chaleur aux yeux,
douleurs aux tempes et au chignon du col, chaleur âcre; il clignotoit,
altéré. A deux heures il s'endort jusques à quatre et demie, se trouve
mieux; levé assez gai, soupé en son cabinet.

_Le 5, mardi._—Il arrive à Castelnaudary, après avoir entendu les
harangues des magistrats au faubourg. Entrée à onze heures.

_Le 14, jeudi._—Il arrive à Carcassonne, reçoit les harangues, y entre
pour la première fois, va à l'église, puis au conseil[392].

  [392] Le 16 le Roi avait envoyé au duc de Lesdiguières, âgé
  de quatre-vingts ans, le brevet de connétable en Dauphiné, en
  annonçant sa conversion.

_Le 17, dimanche._—Il entre à Narbonne pour la première fois; harangue
hors la ville. Le sieur d'Effiat[393], écuyer cavalcadour de la grande
écurie, portoit devant lui l'épée royale. Étant à cheval sous la porte,
ayant la croupière trop serrée et étant piqué, il saute les quatre
pieds en l'air; le Roi, surpris, est jeté sur le col, se remet si
dextrement qu'à peine il y apparut, et ne parut rien à sa contenance.
Il va à pied au port, voir les quatre frégates que M. de Guise avoit
emmenées, puis monte à cheval et fait tout le tour de la ville pour
voir les fortifications.

  [393] Antoine Coeffier, dit _Ruzé_, marquis d'Effiat, premier
  écuyer de la grande écurie, puis maréchal de France, mort en
  1632. Il fut père du grand écuyer Cinq-Mars.

_Le 18, lundi, à Béziers._—Il s'amuse à jouer aux cartes avec les
sieurs de Montmorency, marquis de Portes, comte de Carmain[394], de
Bassompierre et de Toiras[395] jusques à neuf heures et demie.

  [394] Adrien de Montluc-Montesquiou, maréchal de camp, chevalier
  des ordres, comte de Carmain par sa femme, Jeanne de Foix.

  [395] Jean du Caylar de Saint-Bonnet de Toiras, d'abord capitaine
  de la volière de Louis XIII, maréchal en 1630 pour la défense de
  Casal, disgracié par Richelieu et mort en 1636, au service du duc
  de Savoie.

_Le 24, dimanche._—Confessé, il va à la messe aux Jésuites; il se
y faisoit une cérémonie pour la canonisation du père Ignace, et y a
communié. Après son dîner il retourne au sermon aux Jésuites.

_Le 25, lundi._—Il va en sa chambre, s'amuse à peindre au crayon,
ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de Puisieux, secrétaire
d'État.

_Le 11 août, jeudi._—Il part de Béziers, va à Pézenas pour la première
fois, va à la Grange, se y fait mouiller aux grottes; va à la chasse
voler les perdreaux, revient souper.

_Le 15, lundi._—Il part de Frontignan, va à Lunel.

_Le 17, mercredi._—Il va à Semières, où il reçoit la ville, et fait
sortir environ douze cents hommes de guerre; à neuf heures et demie M.
le Prince lui a donné à dîner.

_Le 19, vendredi, à Lunel._—A quatre heures il va hors la ville voir
le régiment des gens de pied du fils de M. le Prince, qui venoit de
Berry.

_Le 21, dimanche._—Confessé par le père Séguiran, il va à la messe au
Temple, y entend le sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier.

_Le 22, lundi._—Il va à Aigues-Mortes, va par toute la tour, et par
toute la ville.

_Le 26, vendredi._—A cinq heures il reçoit M. le connétable de
Lesdiguières.

_Le 28, dimanche._—Il va au conseil, donne l'épée de connétable à M.
le maréchal de Lesdiguières.

_Le 31, mercredi._—Il va à Castelnau, qu'il avoit pris pour
rendez-vous de l'armée, se loge en haut de la montagne, du côté de
Montpellier, et va à une petite maison appartenant au sieur d'Aimerie,
premier consul dans Montpellier, se y accommode lui-même.

_Le 5 septembre, lundi._—A une heure après midi, dévêtu, mis au
lit pour dormir, n'ayant rien dormi la nuit à cause du bruit; il ne
dort point. A quatre heures vêtu; il donne audience aux députés de
Marseille[396].

  [396] La tranchée avait été ouverte le 2 septembre au matin.
  C'est ce jour qu'à la recommandation de la Reine-mère Richelieu
  fut fait cardinal.

_Le 12, lundi._—Il va au conseil, fait sceller en sa chambre et en sa
présence les provisions de secrétaire d'État pour M. d'Ocquerre[397]
par la signature de M. de Gesvres, son oncle.

  [397] Nicolas Potier d'Ocquerre, fils du président de Blancmesnil
  et de Isabeau Baillet, secrétaire d'État par la démission de son
  oncle, Louis Potier de Gesvres, père du duc de Tresmes, était
  président en la chambre des comptes; il mourut en 1628 au siége
  de la Rochelle.

_Le 23, vendredi._—Il donne les sceaux à M. de Caumartin[398]; pour
motif, le décès de M. de Vic, décédé à Pignan.

  [398] Louis Le Fèvre de Caumartin, fils de Jean, trésorier
  général des finances, et de Marie Varlet; il fut d'abord
  président au grand conseil; il mourut à Paris, le 21 janvier
  1623, âgé de soixante-douze ans.

_Le 29, jeudi._—A minuit vêtu, botté, il fait prendre les armes, va
au quartier des Suisses dans la hutte d'un colonel, sur les avis du
secours qui devoit venir à Montpellier; sans dormir, il va à la cuisine
de bouche, où il a déjeuné.

_Le 6 octobre, jeudi._—Il monte à cheval et va voir les trois
régiments de gens de pied qui arrivoient du Dauphiné. M. le connétable
arrive.

_Le 9, dimanche._—Après dîner il va à son cabinet, où il fait entendre
à M. le prince de Condé la résolution qu'il avoit prise sur la paix, et
sur ce qu'il vouloit repartir pour le dissuader, le Roi dit: _Il n'en
faut plus parler, je l'ai ainsi résolu_[399]; là-dessus M. le Prince
demande congé pour aller à Notre-Dame de Lorette, qui lui est accordé
et part soudain du logis du Roi, s'en va à Mauguiol et sur la nuit
s'embarque au Thau de Mauguiol, et arrive à minuit à Aigues-Mortes, et
avant le jour il part pour aller à Arles.

  [399] On lit dans une lettre du marquis de la Force à sa femme,
  du 3 novembre 1622, que M. le Prince se plaignant au Roi de
  la paix, Louis XIII lui répondit que «puisqu'il voyoit qu'il
  s'opiniâtroit à ne la vouloir pas, que s'il ne l'avoit pas faite,
  que plutôt que ne la pas faire, il la leur feroit encore beaucoup
  plus avantageuse.»

_Le 12, mercredi._—Ce matin, avant que d'aller dîner, il fait
M. de Bassompierre maréchal de France, par la démission de M. de
Lesdiguières, fait connétable, disant ces mots en riant devant
messieurs de son conseil: _J'ai promis à Bassompierre, quand il auroit
fait ses affaires, de le faire maréchal de France; je le fais et reçois
son serment_[400].

  [400] Bassompierre ne dit mot de cette plaisanterie. Suivant
  ses _Mémoires_, le Roi dès la fin d'août, en donnant au duc de
  Lesdiguières l'épée de connétable, avait en même temps donné à
  Bassompierre le bâton de maréchal, en lui promettant d'en faire
  expédier les lettres. «Le mercredi 12 (octobre), ajoute-t-il,
  je vins le matin au conseil, et me sembla que le Roi me faisoit
  moins bonne mine que de coutume et ne me parla point. Il étoit au
  cabinet de ses oiseaux, et peu après dit à la compagnie qu'ils
  vinssent tenir le conseil en sa chambre..... Comme nous entrions,
  M. le garde des sceaux me dit: «Je pensois, pour reconnoître les
  obligations que je vous ai, vous envoyer vos lettres parfumées,
  mais le Roi me pressa si extrêmement par Bautru, qu'il m'envoya
  hier au soir, que je n'eus pas le temps.»—«Quelles lettres?»
  lui répondis-je.—«Celles de maréchal de France, dont vous allez
  prêter le serment.» Dont je fus bien étonné et réjoui de cette
  nouvelle inopinée, et en même temps le Roi dit ces _mêmes_ mots:
  «Messieurs, j'ai intention de reconnoître les bons et grands
  services que j'ai reçus depuis plusieurs années de Monsieur de
  Bassompierre, tant aux guerres que j'ai eues qu'en d'autres
  occasions, d'une charge de maréchal de France, croyant qu'il m'y
  servira dignement et utilement, etc.»

_Le 19, mercredi._—En la cour du logis, assis sur un haut dais, le
seigneur de Calonges, gouverneur dans Montpellier durant le siége,
lui demande pardon au nom du conseil des Églises. Il va après en sa
chambre, où les députés des Cévennes en font autant; à cinq heures les
consuls de Montpellier[401].

  [401] Le traité fut signé ce jour, et mit fin à la guerre; il
  confirma l'édit de Nantes, et accorda aux protestants pour places de
  sûreté Montauban et la Rochelle.

_Le 23, dimanche, à Montpellier._—Il va à la procession générale,
entend la messe à la grande loge, va visiter les fortifications[402].

  [402] Deux mille hommes de la ville sortirent en armes au-devant du
  Roi, qui entra dans Montpellier avec pareil nombre de soldats, suivis
  de ceux qui étaient sortis; puis il renvoya les siens, n'en gardant
  que deux cents pour ses gardes particuliers.

_Le 24, lundi._—A onze heures dîné au festin, chez M. de Luxembourg.

_Le 25, mardi._—Il va au conseil, va après au collége du Pape, voir le
cabinet de M. Ramelin, y tient à baptême un garçon d'un pauvre homme,
avec la femme de M. le général Grille, homme riche.

_Le 28, vendredi._—Il part de Saint-Gilles, passe le Rhône, arrive à
Arles.

_Le 30, dimanche._—Il arrive à Arles, fait son entrée, en demeure fort
satisfait. Le peuple crioit en son langage: «Vive notre bon Roi Louis»,
et l'on lui a ouï dire ces paroles: _Dieu vous bénie, mon peuple, Dieu
vous bénie!_ Le soir pensif, il me dit qu'il avoit été triste tout le
jour, joue avec M. de Blainville.

_Le 1er novembre, mardi, à Arles._—Il va à la grand'messe à
l'évêché[403], et, en la cour, touche quatre cents six malades. Il voit
courir les taureaux sauvages en la place de l'évêché.

  [403] L'évêque Gaspard de Laurent, né à Arles, nommé en 1603, mort
  en 1629, reçut le Roi dans l'église de Saint-Étienne et le harangua,
  à ce que disent les auteurs du _Gallia Christiana_, qui ajoutent
  que tous les dessins de la réception ont été publiés par T. Bovis,
  prêtre, dans son _Histoire des rois d'Arles_.

_Le 3, jeudi._—Il part d'Arles, va à Salon, arrive à Aix, fait son
entrée.

_Le 5, samedi._—Il part d'Aix et va souper à Maximin.

_Le 6, dimanche._—Il va à Sainte-Baulme, où il fait ses
dévotions[404]; y eut froid, y a dîné à midi. Il va après à Aubaigne.

  [404] C'est le roc situé près de Saint-Maximin, au haut d'une
  montagne, où la tradition assure que sainte Madeleine fit pénitence
  pendant trente ans; il y a eu de tout temps une chapelle.

_Le 7, lundi._—Il part d'Aubaigne et fait son entrée à Marseille à six
heures; va à la Majour, revient souper en son logis.

_Le 8, mardi._—Le matin il va voir pêcher aux thons, et il en tue six
avec une corsecque. A deux heures et demie il monte à pied à Notre-Dame
de la Garde, où M. Brayer, qui étoit le capitaine, lui a donné la
collation; il revient par Saint-Victor.

_Le 9, mercredi._—Il va à la messe à la Majour pour faire chanter
le _Te Deum_ pour la nouvelle de la bataille navale gagnée par M. de
Guise, devant la Rochelle[405], va voir la pêche du thon.

  [405] Cette bataille navale avait été gagnée le 16 septembre.

_Le 10, jeudi._—Il part de Marseille, arrive en chassant à Aix pour la
deuxième fois, va à l'église.

_Le 11, vendredi._—Il va à l'église, où il tient à baptême le fils de
M. d'Oppède[406], premier président du Parlement; part après dîner.

  [406] Jean Meynier, baron d'Oppède, fils du premier président qui fit
  exécuter en 1551 le jugement prononcé contre les Vaudois. Une branche
  de la maison de Forbin a relevé ce nom et hérité de cette haute
  charge de magistrature.

_Le 15, mardi._—Il passe à Tarascon, va à Beaucaire, à l'assemblée des
états de la province de Languedoc; il lui est fait entrée.

_Le 16, mercredi._—Il passe le Rhône, revient à Tarascon, passe la
Durance à gué, et à trois heures fait son entrée à Avignon; loge au
palais.

_Le 17, jeudi._—Il monte à cheval, va à la chasse, où M. le duc de
Savoie le va rencontrer, et revient le menant avec lui, et entre avec
le Roi à Avignon.

_Le 18, vendredi._—Il va aux Jésuites voir jouer des comédies.

_Le 20, dimanche._—Il va en son cabinet, donne audience aux députés
de l'assemblée des états de Languedoc, M. l'évêque de Montpellier[407]
prenant la parole; va chez M. de Luxembourg, où il a dîné au festin, à
la maison de M. de Breton. Après son dîner il va au sermon, puis tient
à baptême le fils de M. de Breton, dont sa femme étoit accouchée une
heure après que le Roi eut fait son entrée, avec Mme la duchesse de
Chevreuse.

  [407] Pierre Fenouillet, qui n'était rentré qu'avec le Roi dans
  Montpellier et l'y harangua.

_Le 21, lundi._—Il entre en carrosse et M. le duc de Savoie avec lui,
et part d'Avignon. A un demi-quart de lieue, M. le duc de Savoie sort
du carrosse, et prend congé de lui, ayant porté un genou en terre,
et s'en retourne en Piémont. Le Roi arrive à deux heures et demie à
Caderousse, va au conseil, puis joue aux cartes avant souper.

_Le 28, lundi._—Il fait son entrée à Montélimart, puis à Valence, puis
à Romans, part de Saint-Marcellin, par Tullin, Varète, où il s'arrête
à un moulin, y voit forger des épées.

_Le 29, mardi._—Il fait son entrée à Grenoble, à quatre heures.

_Le 1er décembre, jeudi._—Il va à l'église à sept heures et demie,
monte à cheval, va à Vigile, lieu de plaisance de M. le connétable, qui
lui a donné à dîner; après dîner il revient à Grenoble.

_Le 3, samedi._—Étant à Grenoble, il mange chaque jour du fromage de
la Grande Chartreuse, qu'ils lui avoient donné; en mange d'un deuxième,
le trouve bon; il l'étoit. Il part de Grenoble à cheval, et monte en
carrosse aux faubourgs à cause du froid.

_Le 5, lundi._—Il fait son entrée à Vienne; y soupe.

_Le 6, mardi._—Il arrive à Lyon pour la première fois, par la Saône,
en bateau, à l'archevêché, ayant vu auparavant à la rencontre la Reine
sa mère et la Reine. En arrivant il va en son cabinet, puis au cabinet
de la Reine, et le soir chez la Reine à la comédie françoise; le soir
couché, puis relevé, il va chez la Reine.

_Le 8, jeudi._—A une heure il entre en carrosse, va voir la Reine sa
mère, logée à Bellecourt, va à vêpres aux Jésuites, revient chez la
Reine.

_Le 10, samedi._—Il va à l'église, où il donne le bonnet de cardinal à
M. de Richelieu, évêque de Luçon. Il va chez sa mère, revient chez M.
d'Alincourt; à quatre heures à la comédie italienne.

_Le 11, dimanche._—Il va dîner à la Motte, puis fait son entrée à
Lyon. Il arrive à l'archevêché avec la Reine, dans une litière ouverte
et le visage découvert. Il a soupé au festin chez M. d'Alincourt.

_Le 15, jeudi._—Il monte à cheval, va à la volerie pour recevoir en
chemin Mme la princesse de Savoie-Piémont, sa sœur, revient à quatre
heures à la comédie italienne.

_Le 20, mardi._—Il passe la rivière de Loire sur un pont de bateaux;
elle étoit glacée. Il arrive à Roanne à neuf heures. Il avoit fait
dessein d'aller par eau jusques à Briare, pour y faire la fête de Noël;
cet accident de glace le fait changer de dessein. A midi il monte à
cheval, part de Roanne, chassant de la harquebuse.

_Le 22, jeudi._—Il arrive à un méchant village nommé Tolon, y a dîné;
à midi il monte à cheval, part de Tolon, en passant sans s'arrêter
dans Moulins dehors la ville, et chassant arrive à deux heures à
Villefranche, descend à la Croix-Blanche, et, sans y entrer, monte sur
un autre cheval, fait porter ses oiseaux et sa harquebuse, va à la
chasse vers la rivière d'Allier, revient à quatre heures, s'amuse à
faire des barricades devant et derrière son logis, pour s'occuper, avec
des chariots, et pour y faire faire la garde par ses mousquetaires.

_Le 23, vendredi._—M. le duc de Nevers le vient saluer. Il arrive
à Nevers à trois heures; réception. N'ayant pas voulu entrer, il va
descendre à l'église, puis au château, le visite tout, reçoit les
soumissions des magistrats, soupe, servi de neuf services, le festin
donné par M. de Nevers.

_Le 30, vendredi._—Dispute entre les sieurs d'Aiguilly[408] et de
Sourdis[409], enfants d'honneur qui portoient des oiseaux de la
chambre; Aiguilly est appelé par le sieur de Longueville. Le Roi le
honnit; les voilà en colère. On lui dit qu'il les faut empêcher: _Non,
non, qu'on ne les empêche pas; laissez-les battre; je les séparerai
bien, je leur ferai trancher la tête_.

  [408] Nicolas Hennequin, baron d'Ecquevilly; il fut depuis pourvu de
  la charge de capitaine général de la vénerie, des toiles de chasse,
  tentes, pavillons du Roi et équipages du sanglier.

  [409] Charles d'Escoubleau, depuis marquis de Sourdis, maréchal de
  camp et chevalier des ordres; il mourut le 21 décembre 1666.



ANNÉE 1623.

  Revue à Charenton.—Entrée à Paris.—Disgrâce de M. de
  Schomberg.—Ballet des géants et des pygmées.—M. de Beauclerc
  nommé secrétaire de la Reine.—Coucher du Roi à une auberge
  du Bourget.—Ballet des Bacchanales.—Fiançailles de M. de
  Loménie.—Lacune de onze mois dans le journal.


_Le 5 janvier, jeudi._—En chassant il arrive à Pizeaux, voit la
Reine, qui y avoit couché, la trouve prête à partir pour aller coucher
à Fontainebleau. Il chasse tout le jour, et fait les bois avec M.
d'Angoulême.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Lésigny, où M. le prince de Joinville le
traite tant qu'il y est.

_Le 9, lundi._—A la fin de son souper il mange un bouquet de fenouil
sucré avec du sucre candi. J'avois fait faire par le fruitier du foin
sucré, par bouquets de la même façon. M. de la Vieuville en mangea et
quelques autres; de là la risée.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Charenton, où il a dîné chez M. de
Verdun[410], premier président au parlement de Paris. Après son dîner,
il monte à cheval et trouve au-devant de lui sept ou huit mille hommes
en armes, gens de pied, en huit bataillons, entre dans la ville, à la
porte Saint-Antoine, à six heures. Il va à Notre-Dame; au sortir, entre
en carrosse, va au Louvre, à huit heures, soupe et après va chez la
Reine.

  [410] Nicolas de Verdun, nommé à Toulouse par Henri IV, remplaça à
  Paris M. de Harlay en 1615, et mourut le 16 mars 1627.

_Le 11, mercredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement qui le
venoient saluer.

_Le 18, mercredi._—Il va à Saint-Germain, et revient à Paris avec la
Reine sa mère.

_Le 19, jeudi._—Après la messe il va chez la Reine sa mère, fait
sortir jusques aux femmes, demeure seul avec elle, M. de la Vieuville,
capitaine des gardes, seul à la porte; ils sont ensemble une heure
entière.

_Le 20, vendredi._—Il va au conseil chez la Reine sa mère, où étoient
avec eux M. le chancelier, M. de Puisieux, son fils, où fut le congé de
M. le comte de Schomberg[411], surintendant des finances, qui lui fut
apporté par écrit par M. Tronçon, secrétaire du cabinet.

  [411] M. de Schomberg avait été nommé surintendant en 1619; il venait
  de faire les deux campagnes du midi avec le Roi et avait exercé les
  fonctions de grand maître de l'artillerie devant Clérac et devant
  Montpellier. Le Roi l'avait nommé en 1622 gouverneur du Limousin.
  Éloigné de la Cour en 1623, il y revint en avril 1625, et reçut le
  bâton de maréchal en juin 1625.

_Le 22, dimanche._—A onze heures il fait venir et danser en sa chambre
le ballet de Monsieur, son frère, représentant le combat des géants et
des pygmées, fait tenir le bal.

_Le 24, mardi._—Il va au conseil, où il résoud le conseil des finances
et fait intendant M. de Beauclerc, secrétaire de la Reine.

_Le 27, vendredi._—Il va au Blancmesnil, soupe à sept heures de la
viande de M. d'Ocquerre, secrétaire d'État, et fils de M. le président
de Blancmesnil.

_Le 28, samedi._—Il va à cheval à Louvres en Parisis, et y soupe.

_Le 29, dimanche._—Il revient à Paris, va chez la Reine sa mère et
chez la Reine. Le soir encore chez la Reine, et à la comédie italienne.

_Le 1er février, mercredi._—A deux heures il va au conseil, où il se
fait montrer les états de sa maison.

_Le 3, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine; depuis plusieurs jours il recorde
son ballet chaque jour.

_Le 20, lundi._—Il va à la volerie plénière par les plaines du Roule,
vers celle de Saint-Denis; les Reines et les dames y vont aussi. Elles
s'en reviennent, et lui, sans découvrir son dessein à personne, va
au Bourget, loge à une hôtellerie, y fait lui-même tout. Il étoit en
eau, de peine, change de chemise, soupe à six heures de la viande
qu'un poulailler de Senlis portoit à des conseillers et à Messieurs
des Comptes à Paris, mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un
porte-manteau; M. le grand-écuyer de Bellegarde lui fait son lit; il
s'enveloppe dans sa mandille doublée de panne de soie, et se met sur le
lit.

_Le 23, jeudi._—Il va à la comédie, où il fait aller M. le connétable
de Lesdiguières, et M. Brulart, chancelier de France.

_Le 27, lundi._—Il va de çà, de là, attendant de danser son
ballet[412], va chez M. le prince de Joinville, grand chambellan, se
jette sur son lit, y dort tout vêtu, environ deux heures; commencé à
danser son ballet après minuit, fini à cinq heures et demie. Il ne se
couche point, déjeune, va à la messe, revient au conseil, dîne, part de
Paris et va à Louvres en Parisis, soupe avec des viandes habillées par
Georges, son premier cuisinier.

  [412] Ballet des _Bacchanales_, organisé par Bordier; il a été
  imprimé à l'Imprimerie royale.

_Le 28, mardi._—Il revient à Paris à cinq heures, va chez la Reine sa
mère, où se font les fiançailles du sieur de Loménie, seigneur de la
Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, avec Mlle Marie de Marçais[413].
Il va en son cabinet, puis en la salle de bal, au bal, et revient à
neuf heures trois quarts.

  [413] Henri-Auguste de Loménie, sieur de la Ville aux Clercs, depuis
  comte de Brienne. Il eut la capitainerie des Tuileries à la mort du
  duc de Luynes. Il revenait, au moment de son mariage, d'une ambassade
  en Angleterre. Il fut enfin chargé des affaires étrangères sous la
  régence d'Anne d'Autriche, et mourut le 5 novembre 1666.

_Le 6, lundi._—Il va à la salle pour voir danser le ballet de la
Reine, le matin.

       *       *       *       *       *

_Ici défaut la suite du présent journal durant onze mois douze jours,
avec quelques autres interruptions, remarquées aux endroits, qui ont
été misérablement perdus ou pillés et vilainement employés par la veuve
femme du feu sieur Hérouard, premier médecin du roi Louis treizième._



ANNÉE 1624.

  Lacune des deux premiers mois.—Le Roi chasse et couche à
  Versailles.—Cène de la Reine.—Le Roi se jette à l'eau pour
  en tirer un homme.—Le journal d'Héroard devient beaucoup plus
  court et monotone.—Manœuvres militaires à Compiègne.—Entrée du
  cardinal de Richelieu au conseil.—Le comte de Carlisle.—Le Roi
  pose la première pierre au pavillon du Louvre vers le jardin et
  à la fontaine de l'Hôtel de Ville.—Inscription de Grotius.—Le
  Roi se fait raser pour la première fois.—Il couche à Versailles,
  que l'on meublait.—Disgrâce du surintendant la Vieuville.—M. de
  Schomberg au conseil.—Chute de cheval du Roi.—Feu d'artifice
  pour sa naissance.—Été très-chaud.—Rambouillet.—M. d'Aligre
  chancelier.—Lacune dans le journal.


_Le 6 mars, mercredi._—Il va à Versailles à la chasse, revient au
galop comme il étoit allé, va chez la Reine sa mère.

_Le 8, vendredi._—Il va à la chasse à Versailles, prend un renard,
fait la curée.

_Le 9, samedi._—Il entre en carrosse et va pour la chasse à
Versailles, y dîne, par après monte à cheval, va courir un cerf, le
prend, revient de bonne heure et prend un renard. Après souper il va en
sa chambre, fait faire son lit, qu'il avoit envoyé querir à Paris, y
aide lui-même.

_Le 10, dimanche._—Il va à la messe, puis courir un renard, après
dîner monte à cheval et arrive à Paris. Il va chez la Reine sa mère, au
sermon, puis va jouer à la paume.

_Le 18, lundi._—Il va au conseil, donne audience au milord Richi,
ambassadeur extraordinaire d'Angleterre.

_Le 22, vendredi._—Il court le cerf et le loup à Chantilly, en prend
deux de chaque, court après un renard.

_Le 29, vendredi._—Il va à Compiègne, à la chasse.

_Le 2 avril, mardi._—A sept heures il part de Compiègne et monte à
cheval, et commande à son écuyer de bouche de prendre deux ou trois
pièces de poisson pour son dîner et de le suivre; va à Arton, à Choisy
où il fait faire l'exercice à six compagnies du régiment des gardes, et
y mêle ses mousquetaires qu'il fait mettre pied à terre fort bien, et
à dix heures fait étendre en terre des mandilles, dont il se sert de
nappe, et a dîné. Il revient à Compiègne, au conseil, après son dîner.

_Le 4, jeudi saint._—Il va à la chapelle, lave les pieds aux pauvres,
dîne à midi; va chez la Reine, lui voit faire sa Cène, revient en sa
chambre et me fait l'honneur de me dire: _Je viens de voir ce que je
n'avois jamais vu_. Il va en sa chapelle à Ténèbres; à six heures va
jouer à la longue paume en la cour du château. Après son souper il va
chez la Reine, se couche, puis se lève, s'amuse à faire des bataillons
avec des jetons, puis se recouche et s'endort.

_Le 7, dimanche, jour de Pâques._—Confessé, il va à la chapelle à la
messe, y a communié, touche les malades dans la basse-cour; le soir il
va chez la Reine.

_Le 11, jeudi._—A une heure et demie, il monte à cheval et va à la
chasse, court un lièvre qui passe une petite rivière; il le suit, et
voyant devant un homme de cheval qui faillit à tomber, il se jette dans
l'eau jusqu'au-dessus des bottes. Le sieur de Saint-Michel, celui qui
saisit Ravaillac, descend dans l'eau, le prend aux bras et le porte
au delà de la rivière. Le lièvre revient à passer l'eau, il suit de
même dans l'eau, revient à six heures. Dévêtu, séché, essuyé, changé
d'habit; il va au conseil, va chez la Reine, soupe et se couche à neuf
heures.

_Le 12, vendredi._—Il part de Compiègne, va dîner à Moussy.

_Le 13, samedi._—Couché, il se lève en robe, fait appeller le sieur
d'Argenson[414], fort entendu aux fonctions militaires, et s'amuse à
dresser diverses sortes de bataillons et à en inventer de nouveaux,
tant il est inventif en toutes choses et spécialement aux choses de la
guerre; après il va chez la Reine.

  [414] René de Voyer, seigneur d'Argenson, depuis conseiller d'État
  et ambassadeur à Venise, mort à Venise, en 1651. Il fut chargé de la
  démolition de la citadelle de Bergerac et de faire raser plusieurs
  châteaux dans la Marche, l'Auvergne et le Bourbonnais.

_Le 15, lundi._—Étant à cheval, son pied lui fait grand mal; il
s'étoit plaint la veille du pied droit; débotté, chaussé d'un soulier,
il ne laisse pas d'aller à la chasse. Le soir il a une grande douleur à
l'orteil du pied droit; le soir mis dessus des mouillages.

_Le 18, jeudi._—Il va dans la plaine près de Compiègne, où il y avoit
six compagnies de son régiment des gardes, leur fait lui-même faire les
exercices. La Reine y étoit, M. le comte de Soissons, M. le connétable
et toute la Cour; il faisoit extrêmement bien. Il revient à cinq heures
chez la Reine sa mère.

_Le 29, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil, où il
donne séance à M. le cardinal de Richelieu[415].

  [415] «M. le cardinal de Richelieu, dit Bassompierre à cette date,
  avoit été mis au conseil étroit.»

_Le 1er mai, mercredi._—Il va jouer à la longue paume, et Monsieur,
qui l'étoit venu voir, avec lui; à une heure il dîne, et Monsieur avec
lui. Il va à la chasse au loup, a goûté à la campagne.

_Le 6, lundi._—La Reine sa mère, à Compiègne avec lui. Il va au
conseil, donne audience aux Hollandois, va à la comédie italienne;
après monte à cheval, va à la chasse.

_Le 8, mercredi._—Couché à dix heures; levé, il va chez la Reine[416],
revient et s'endort jusques à cinq heures et demie après minuit.

  [416] Ces mentions significatives sont fréquentes.

_Le 26, dimanche de la Pentecôte._—Il faisoit une excessive chaleur.
Il touche les malades.

_Le 29, mercredi._—A midi il donne audience à l'ambassadeur de Venise.

_Le 30, jeudi._—Il a goûté de quatre sortes de vins que M. le duc de
Savoie lui a envoyés.

_Le 31, vendredi._—A cinq heures du matin il va à cheval à la chasse,
détourner un renard avec son limier; c'étoit une façon nouvelle qu'il
avoit inventée.

_Le 3 juin, lundi._—Il donne audience à M. l'ambassadeur de Danemark.

_Le 4, mardi._—M. le comte de Carlisle[417], ambassadeur anglois,
arrive pour le mariage de Madame, entre quatre et cinq heures.

  [417] James Hay, comte de Carlisle.

_Le 5, mercredi._—A trois heures le comte de Carlisle voit le Roi à
son audience première; le soir il va chez sa mère et chez la Reine.

_Le 7, jeudi._—Il donne audience à M. le comte de Carlisle seul, après
va au conseil, puis chez sa mère; le soir il va chez la Reine.

_Le 10, lundi._—Il va à la chasse au renard, revient à quatre heures
et demie, fait faire les exercices à six-vingts hommes de pied de sa
suite, qu'il arma sur-le-champ des armes ramassées.

_Le 13, jeudi._—Il va chez sa mère, puis donne audience à
l'ambassadeur de Danemark.

_Le 18, mardi._—Les Hollandois prennent congé de lui.

_Le 21, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 26, mercredi._—Il va à la comédie italienne, puis chez la Reine sa
mère. Il est à son souper; sur la fin l'on dessert du massepain de la
Reine; il n'avoit osé en demander, l'écoute et le demande à l'officier
qui le desservoit, le prend, et le mange. Monsieur, son frère, y
survient, lui en donne, le jeu l'échauffe; M. de la Vieuville y vient
et M. Bautru[418]. Ils se prennent à la viande, aux poulets; lui en
mange deux cuisses, et d'un poulet d'Inde, du pain assez, et bu un coup
de vin fort trempé. A dix heures et demie il va en sa chambre, ayant
pris congé de la Reine sa mère, et se promène avec M. de Montmorency,
ne se couche point, monte à cheval à une heure et va à Louvres en
Parisis.

  [418] Guillaume de Bautru, né en 1586, d'un conseiller au grand
  conseil; il a été comte de Serrant, conseiller d'État, introducteur
  des ambassadeurs et plusieurs fois ambassadeur; ç'a été de plus l'un
  des beaux esprits du dix-septième siècle, au jugement de Ménage.
  Il mourut le 7 mars 1665.—Son frère, Nicolas de Bautru, comte de
  Nogent, était capitaine des gardes de la porte.

_Le 27, jeudi._—Il va au Blanc-Mesnil, dépouille son pourpoint, se
met sur son lit à midi et s'éveille à quatre heures. Il va jouer à la
longue paume deux heures, puis soupe et se couche à dix heures.

_Le 28, vendredi._—Il monte à cheval à onze heures, part du
Blanc-Mesnil, arrive à Paris à une heure, va au Louvre pour mettre la
première pierre du pavillon du côté du jardin, avec une médaille de
la face et du revers du pavillon, avec lettre faite par M. Grotius,
Flamand, homme très-docte[419]. Au partir de là il est allé à
l'Hôtel-de-Ville, y a goûté, y met la première pierre d'une fontaine
que l'on avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte à
cheval, va au galop à Versailles[420], y arrive à cinq heures, va à la
chasse au renard, revient souper à huit heures.

  [419] Hugues de Groot, compromis avec Barnevelt; il fut emprisonné et
  s'échappa par l'habileté de sa femme. Il vint en France, où il obtint
  une pension; il essaya de rentrer dans sa patrie, mais dut s'éloigner
  encore et rentra à Paris comme ambassadeur de Suède. Il mourut à
  Rostok, dans le Mecklenbourg, en 1645.

  [420] On trouve dans le registre de la paroisse de Saint-Julien de
  Versailles, à la date du 30 juin 1624, l'acte de baptême d'une fille
  de François Mongey, concierge du château de Versailles, tenue par
  «Nicolas Bautru, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, pour et
  au nom de très-chrétien Louis treizième de ce nom, roi de France et
  de Navarre, lui étant à son château de Versailles». (_Archives de la
  mairie de Versailles._) L'installation de Louis XIII à Versailles est
  fixée à l'année 1624 par cet acte et par le journal d'Héroard à la
  date du 2 août suivant. La terre et seigneurie de Versailles ne fut
  cependant achetée par le Roi que le 8 avril 1632, à Jean-François de
  Gondi, archevêque de Paris.

_Le 29, samedi, à Versailles._—Il va à la messe, puis au bois à pied.
Après dîner il monte à cheval pour aller au laissez-courre d'un cerf,
puis va courir un renard.

_Le 30, dimanche, à Versailles._—Après dîner il fait faire l'exercice
à ses mousquetaires.

_Le 1er juillet, lundi, à Versailles._—Il chasse au renard, va courir
le cerf qui le mène jusques aux étangs de Marcoussy et revient à
Versailles fort las.

_Le 2, mardi, à Versailles._—Il va à la messe, va faire donner
la curée du cerf à ses chiens, revient au château, va faire faire
l'exercice à ses mousquetaires, puis a tracé le plan de la basse-cour
de sa maison de Versailles.

_Le 3, mercredi, à Versailles._—Il va à la messe, court le cerf, donne
la curée à ses chiens.

_Le 4, jeudi, à Versailles._—Il chasse au renard.

_Le 5, vendredi._—Il part de Versailles après déjeuner.

_Le 14, dimanche._—Il fait ses cheveux lui-même, les sèche avec de
la poudre, va à la comédie italienne, s'amuse à lire l'art militaire
d'Élian[421].

  [421] «_Cl. Œliani et Leonis imperatoris Tactica, gr.-lat., cum
  notis Sixti Arcerii et J. Meursii_; Leyde, Elzevir, 1613, in-4º.»

_Le 27, samedi, au Plessis._—Il mange d'un déjeuner donné par M. de
Huxelles, maître de la maison[422]. Il part après le déjeuner; il soupe
à Saint-Germain, soudain monte à cheval, et part sur les mêmes chevaux
qui l'avoient porté et va à Ruel voir la Reine sa mère. Il revient de
même à neuf heures.

  [422] Jacques du Blé, marquis d'Uxelles, chevalier des ordres,
  lieutenant général en Bourgogne, maréchal de camp, tué au siége de
  Privas en 1629; il avait épousé, en 1627, Claude Phélypeaux, fille de
  Raymond, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'État.

_Le 28, dimanche._—Il va au conseil, à vêpres, puis à quatre heures
et demie va en carrosse au coin de l'île, du côté bas de la garenne,
commence à apprendre à nager par M. Galeteau, premier valet de chambre
du Roi et le sieur Descluseaux, porte-manteau du Roi, et y demeure une
heure.

_Le 29, lundi._—Il entre en carrosse, et va baigner à la rivière,
comme le jour précédent.

_Le 30, mardi._—Il part de Saint-Germain, va à Joyenval dîner à
l'assemblée.

_Le 31, mercredi._—Levé en robe, il va chez la Reine.

_Le 1er août, jeudi._—Il se fait raser la barbe pour la première
fois (il ne y avoit que du poil presque imperceptible), par François
Despaux, barbier de la chambre du Roi; il lui rase le menton et les
joues.

_Le 2, vendredi._—Après souper il monte à cheval, part de
Saint-Germain; va au déçu de chacun à Versailles, où il arrive à huit
heures et demie, s'amuse à voir toutes les sortes d'ameublements que
le sieur de Blainville, premier gentilhomme de la chambre, avoit fait
acheter, jusques à la batterie de cuisine[423]. L'on l'a fait coucher
tout vêtu sur son lit, lui disant qu'il seroit plus tôt prêt pour aller
détourner le cerf.

  [423] Dans un Inventaire général des titres du domaine de Versailles,
  manuscrit conservé aux Archives de l'empire (O, 12795, folio 307) on
  trouve l'indication d'un «État des héritages que le sieur Martin vend
  au Roi, situés dans le terroir de Versailles et ès environs, et datés
  du 5 et autres jours suivants du mois d'août 1624.»

_Le 3, samedi, à Versailles._—Éveillé à trois heures, il prend son
limier et va au bois pour détourner le cerf, y est deux ou trois
heures, et revient tout mouillé à Marly. Il se jette sur un méchant lit
sans dormir, et après dîner va courir son cerf, qu'il avoit détourné.
Il ne le prend point, et revient à Saint-Germain.

_Le 7, mercredi._—Après souper il va en son cabinet, prend son habit
de drap, monte à cheval à sept heures et part de Saint-Germain pour
Versailles, où il arrive à neuf heures.

_Le 8, jeudi, à Versailles._—Éveillé à trois heures et demie, il prend
son limier, va à quatre heures au bois détourner le cerf, revient à
Vaucresson, dîne à huit heures, se va coucher sur de la paille, puis
monte à cheval et va courir le cerf.

_Le 10, samedi, à Saint-Germain._—Il est vêtu de noir pour le décès de
M. de Lorraine.

_Le 12, lundi, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle des terrasses à
la messe; va à pied à son écurie, monte à cheval, va dans la forêt,
à la mare aux canes, où il dîne sur les paniers, sous un chêne, tout
de viande froide. Comme il fut remonté à cheval, le cheval du sieur
Soupite, premier valet de chambre, se cabra, qui faillit à lui tomber
sur les épaules, n'étoit qu'il s'en garantit d'un soudain coup d'éperon.

_Le 13, mardi._—Il envoie querir M. le marquis de la Vieuville,
surintendant des finances, démis de sa charge par la bouche du Roi, qui
commande à M. de Tresmes, capitaine des gardes du corps, de le faire
entrer dans le petit carrosse de Sa Majesté accompagné d'un certain
nombre d'archers, et de le faire conduire à Amboise[424].

  [424] Il avait été nommé en 1623; le cardinal de Richelieu le rappela
  à la surintendance peu de temps après. Il mourut le 2 janvier 1653.

_Le 15, jeudi, à Saint-Germain._—Il communie, touche les malades, va
chez la Reine, au sermon et à vêpres. A quatre heures, pour ne savoir
que faire, il est dévêtu, mis au lit et s'endort jusques à six heures
et demie. Après souper il va chez la Reine.

_Le 16, vendredi._—Il va courir le cerf, revient à cinq heures, fort
hâlé et mauvais visage; va chez la Reine, puis en sa chambre, où il
reçut les serments du prévôt des marchands et échevins de Paris; goûte
sur le pied du lit et s'endort soudain.

_Le 18, dimanche._—La Reine sa mère étoit chez la Reine; il va au
conseil, y établit M. de Schomberg. Le soir il retourne chez la Reine.

_Le 19, lundi._—Le soir chez la Reine.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, revient en sa chambre, me dit
avoir froid, sur les onze heures, et en avoir eu de même le dimanche
matin. Dévêtu, mis au lit; puis levé, il va chez la Reine en son
cabinet, joue aux cartes et fait jouer aussi les princes et seigneurs.
Après son souper il retourne chez la Reine, se plaint de lassitude par
tout le corps, provenant du grand travail de la chasse du cerf; fait
faire de la musique jusques à onze heures, et s'endort jusques à deux
heures après minuit.

_Le 21, mercredi._—Rendormi jusques à neuf heures, amusé jusques à
dix, il entend la messe. A onze heures levé, dîné à l'antichambre, il
va après en sa chambre; mis au lit sans dormir, à cinq heures il se met
au pied de son lit, y fait mettre la table, et fait jouer les jeunes
seigneurs avec lui. A six heures levé en robe, soupé à l'antichambre.
Remis au lit après; la Reine le vient voir.

_Le 22, jeudi._—Il va au conseil, puis entre en carrosse et va à
la rivière, à la volerie; il faisoit une épouvantable et effroyable
chaleur, se met sous un arbre à l'ombre sans se travailler. Mis au lit,
relevé, il va chez la Reine.

_Le 24, samedi._—Il mange des muscats frais de Montpellier, cueillis
dans la vigne de M. Mariotte, mon beau-frère. Le soir il se promène par
la chambre à cause de la grande chaleur, avant de se coucher, se met au
lit avec inquiétude.

_Le 27, mardi._—Il part de Saint-Germain-en-Laye, va voir la Reine
sa mère, à Rueil, y mange d'une tarte aux prunes de la façon du sieur
François, écuyer de bouche de la Reine. De là il va au galop jusques à
Versailles, où il monte sur un cheval de pas, et va à Châteaufort, où
il a dîné.

_Le 29, jeudi._—A deux heures il va en son écurie, où il saigne un peu
du nez pour y avoir frotté avec le bout des doigts. A deux heures il
monte à cheval et va à la chasse, revient souper à six heures.

_Le 31, samedi._—Il va en sa garde-robe, botté, va à la chasse.
Courant à toute bride, à son accoutumée, son cheval tombe sur le
devant, à chute redoublée, et tourne sur le côté; il ne se fait aucun
mal, remonte sur le même cheval, quelque prière qu'on lui en fasse
faire, et court comme auparavant; revient à sept heures souper.

_Le 29 septembre, dimanche._—Le soir il va chez la Reine sa mère, puis
en face le portail, pour voir jouer les artifices de Morel, l'artiller,
monté sur un cheval tout entouré de fusils, qui se promenoit.

_Le 4, vendredi._—Il revient à sa chambre, où il reçoit M. d'Aligre,
garde des sceaux à serment de chancelier par le décès de M. Brulart,
sieur de Sillery, qui décéda le jour précédent[425]. Puis il monte à
cheval, et va à Châteaufort, où il a dîné.

  [425] Étienne d'Aligre avait les sceaux depuis le 6 janvier
  précédent. Disgracié en 1626, on lui retira les sceaux, et il passa
  deux ans au château de la Rivière dans le Perche; il y mourut, le 11
  décembre 1635.

_Le 7, lundi._—A onze heures il monte à cheval, part de Dourdan avec
la pluie, va courir le cerf, court tout le jour ainsi jusques à la
nuit, qu'il se trouve dans les bois de Rambouillet; il ne savoit où
il étoit, à cause de l'obscurité de la nuit, ce qui le fait résoudre,
me dit-il, d'aller tout droit pour pousser à l'aventure. Il trouve
quelques maisons, se y arrête, arrive à Rambouillet tout mouillé,
environ les huit heures, à l'hôtellerie.

_Le 8, mardi._—Le matin il part de Rambouillet, arrive à Versailles à
huit heures, se met au lit, sans dormir, se lève à dix heures; part
de Versailles, court et prend deux lièvres en chemin, et arrive à
Saint-Germain. Il va chez la Reine, puis à sa chambre.

_Le 9, mercredi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 12, samedi, à Versailles._—Il détourne le cerf, rentre tout
mouillé, change de linge, de chausses et de chaussures, et après dîner
court le cerf jusques à Porchefontaine; il le laisse dans l'étang et
revient à Saint-Germain.

_Le 14, lundi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 19, samedi, à Saint-Germain._—Il détourne le cerf le matin, le
court l'après-dîner; la Reine y étoit.

_Le 31, jeudi._—Il n'a point voulu déjeuner, à cause du jeûne du jour;
va à la chapelle des terrasses, revient en sa chambre, puis au conseil,
chez la Reine sa mère. Il dîne, puis se va botter en sa garde-robe,
monte à cheval à midi, et va à la chasse au renard; revient à cinq
heures chez la Reine sa mère, après va en son cabinet, où il a fait
collation à cause du jeûne.

_Le 1er novembre, vendredi._—Confessé, communié, touché les malades;
il va chez la Reine le soir.

_Le 2, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine, qui
lui donne à dîner à onze heures trois quarts; à une heure il monte à
cheval, part de Saint-Germain[426].

  [426] Depuis quelque temps Héroard ne prend plus les notes que quand
  le Roi reste chez lui; il ne le suit plus dans ses excursions, ou à
  la chasse, aussi y a-t-il un certain désordre et des interruptions.
  Héroard avait alors soixante-quinze ans, et devait n'avoir plus toute
  la force nécessaire pour suivre le jeune Roi dans ses promenades.

_Le 10, mercredi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 17, dimanche._—Il va en sa chambre, où il reçoit la nouvelle
de l'entière résolution par le comte de Carlisle, ambassadeur
d'Angleterre, sur le mariage de Madame.

_Le 19, mardi._—Il va chez la Reine.

_Le 20, mercredi._—Il part de Paris, va à Crosne.

       *       *       *       *       *

_Ici pareillement défaut de suite de ce journal jusqu'au mercredi 27
mai mil six cent vingt-six, qui sont dix-huit mois sept jours, qui ont
aussi malheureusement été dissipés par sa veuve et ses parents._



ANNÉE 1626.

  Lacune des cinq premiers mois.—Voyage du Roi avec la
  Reine.—Chartres.—Orléans.—Blois.—Arrestation des
  princes de Vendôme.—Tours.—Saumur.—Nantes.—Les
  États.—Manœuvres militaires.—Fiançailles du duc
  d'Orléans.—Départ.—Vitri.—Laval.—Le Mans.—Chartres.—Retour
  à Paris.—Lacune d'un mois.—Courses autour de Paris.—Lacune.


_Le 28 mai, jeudi._—[427] Il part de Paris pour aller à Versailles.

  [427] Pendant l'intervalle de cette lacune, le Roi n'avait pas
  quitté les environs de Paris. La guerre civile s'était réveillée
  avec violence en Languedoc et en Aunis; la lutte commençait avec les
  Rochellois, soutenus par MM. de Rohan. On avait célébré à Paris,
  par procureur, le mariage d'Henriette de France avec le roi Charles
  Ier d'Angleterre (11 mai 1625). Le 11 février 1625 le Roi donna
  dans la salle du Louvre le ballet intitulé: _Les fées de la forêt
  de Saint-Germain_, où figurait aussi le duc de Montmorency. C'est
  une donnée des plus extraordinaires: Louis XIII y dansa habillé en
  espagnol, puis il représenta un des assaillants de la fée Alizon.
  Monsieur y dansa dans l'entrée des Demi-Feux.

En février 1626, édit de pacification pour les protestants; le 4 mai
on conduisit à la Bastille le maréchal d'Ornano, accusé d'avoir voulu
brouiller Monsieur avec le Roi, et la Cour eut quelques difficultés
pour l'enregistrement d'édits bursaux.—C'est à cette époque que
Monsieur prit le titre de duc d'Orléans et qu'on négocia son mariage
avec Mlle de Montpensier; l'on commença aussi alors à cabaler contre
Richelieu.

_Le 1er juin, lundi._—Il va au conseil, commande à M. de la
Ville-aux-Clercs d'aller chez M. le chancelier lui demander les sceaux
et les ayant rendus, les donne à M. de Marillac.

_Le 2, mardi._—Il part de Paris pour aller à Blois et va à Chartres,
où il dîne; il va au-devant de la Reine sa mère, logée à Chanteloup.

_Le 4, jeudi._—Il arrive à Toury, fort mouillé d'un grand orage qui ne
le peut empêcher de bêcher un renard qu'il prit.

_Le 5, vendredi, à Orléans._—Monsieur, son frère, arrive de Paris et
va voir le Roi. Il va chez la Reine.

_Le 6, samedi._—Il part d'Orléans par eau, dîne en bateau, arrive à
Blois à six heures; y soupe et se couche.

_Le 8, lundi._—Il va à la messe au donjon, puis chez la Reine sa mère,
et revient en sa chambre, les pieds tout mouillés; il avoit passé dans
l'eau jusqu'au jarret. Il va à la chasse au sanglier; le soir il va
chez la Reine.

_Le 13, samedi._—A trois heures il commande à M. du Hallier, capitaine
des gardes en quartier et à M. le marquis de Mouy[428], capitaine des
grandes gardes, d'aller de sa part arrêter M. le duc de Vendôme et M.
le grand prieur, son frère[429]. Il les fait prisonniers, on les mène
par eau à Amboise. Après le Roi va au conseil, et chez la Reine, sa
mère; à neuf heures il dîne, et va en sa chambre, s'endort jusques à
trois heures après midi; le pouls un peu hâté.

  [428] Louis de la Marck, marquis de Mouy, frère du comte de Brenne,
  capitaine des gardes, premier écuyer de la Reine; il mourut cette
  même année.

  [429] Ils furent arrêtés pour avoir pris part aux cabales de la Cour.
  César y perdit le gouvernement de Bretagne; mis en liberté en 1630,
  il alla servir en Hollande.—Son frère mourut à Vincennes, le 8 août
  1629, et on le crut empoisonné.

_Le 25, jeudi._—A huit heures et demie, il entre en carrosse, va à
l'assemblée à la route de Beauregard, y a dîné dans la forêt, sous un
arbre.

_Le 27, samedi._—Le Roi part de Blois pour aller à Tours.

_Le 29, lundi._—Il va faire sa prière à Notre-Dame-des-Ardillers,
puis entre en bateau et va à Saumur; il ne veut point souper.

_Le 3 juillet, vendredi._—Il arrive à Nantes; Monsieur, son frère,
couche avec lui.

_Le 11, samedi._—Il va à la salle des Jacobins, où l'on tenoit les
États de la province, accompagné de la Reine sa mère, et de Monsieur,
son frère.

_Le 18, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil.

_Le 19, dimanche._—Il va dans son cabinet seul, entend M. le cardinal
deux heures durant; après va à vêpres à Saint-Pierre.

_Le 21, mardi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 22, mercredi._—Il fait venir vingt compagnies du régiment des
gardes, qui étoient alors près de lui, et les régiments de trois mille
Suisses, avec les cent de la garde, les fait mettre en bataillon comme
pour se battre.

_Le 31, vendredi._—Il va à l'assemblée à Bourgon, où il dîne; va à la
chasse, puis chez la Reine sa mère.

_Le 5 août, mercredi._—Ce jour fut fiancé, par M. de Richelieu,
Monsieur Gaston de France, frère unique du Roi, avec Mlle de Bourbon,
fille de feu M. le duc de Montpensier[430].

  [430] Marie de Bourbon, morte le 4 juin suivant. De ce mariage naquit
  Anne Marie-Louise d'Orléans, le 29 mai 1627, souveraine de Dombes,
  duchesse de Montpensier, morte sans alliance, le 5 avril 1693. Gaston
  se remaria avec Marguerite de Lorraine, le 31 janvier 1632.

_Le 6, jeudi._—Il va chez la Reine, sa mère; à onze heures, Monsieur
épouse Mlle de Montpensier, par M. de Richelieu, aux Minimes.

_Le 13, jeudi._—A six heures et demie il va, dans la galiote de M. de
Thoiras, se promener sur la rivière.

_Le 15, samedi._—Confessé par le père Souffren[431]; il va à
Saint-Pierre et communie par M. le cardinal de Richelieu; touche dans
le chœur de l'église trente-cinq malades.

  [431] _Voy._ la note [442] du 1er novembre 1627.

_Le 18, mardi._—Il va à La Haye, voir M. le cardinal de Richelieu
avant de se mettre au lit, se met en colère, ne se peut apaiser; en
soi-même, se plaint à moi qu'il avoit tort.

_Le 23, dimanche._—La Reine mère part de Nantes pour aller coucher à
Ancenis; il va l'accompagner.

_Le 24, lundi._—Il part de Nantes, et va[432] à Chevillière, maison de
M. de Crapadoc, y dîne.

  [432] Héroard ne mentionne même pas l'exécution du comte de Chalais,
  décapité à Nantes, le 19 août.—C'est alors que Richelieu, faisant
  ressortir les dangers dont il était environné, se fit concéder une
  compagnie de gardes.

_Le 25, mardi._—Il part de Chevillière, et va à Châteaubriand; y soupe.

_Le 27, jeudi._—Il part de Bain, et arrive à La Fontaine, maison de M.
le duc de Brissac[433], y dîne, s'y promène, y joue.

  [433] François de Cossé, fils aîné du second maréchal de Brissac et
  de Judith d'Acigné; grand pannetier de France, lieutenant-général en
  Bretagne, mort le 3 décembre 1651, à soixante-dix ans.

_Le 31, lundi._—Mis sur son lit pour se reposer et ne savoir que
faire; il part de Fontaine, et arrive à Châteaubourg, puis va à Vitré.

_Le 1er septembre, mardi._—Il fait son entrée à Laval.

_Le 3, jeudi._—Il arrive au Mans.

_Le 7, lundi._—Il part de Champoud, et arrive à Chartres.

_Le 13, dimanche._—Il monte à cheval, va voir la Reine sa mère, à
Limours, revient au conseil.

_Le 14, lundi._—Il arrive à Rambouillet, où il a soupé et couché.

_Le 16, mercredi._—Il arrive à Versailles.

_Le 17, jeudi._—Il arrive à Paris pour souper, va chez la Reine sa
mère.

_Le 21 septembre, lundi._—Il retourne à Versailles, va à Saint-Germain.

_Le 24, jeudi._—Il va au bois dîner sur l'herbe, aux Loges; se met sur
son lit dans la journée. Le soir il va chez la Reine[434].

  [434] Il y a dans le manuscrit une lacune du 25 septembre au 1er
  novembre 1626. Pendant ce temps le connétable de Lesdiguières était
  mort, le 28 septembre.

_Le 1er novembre, dimanche._—Confessé, touché les malades, joué au
palemail et à la longue paume. Il va chez la Reine sa mère.

_Le 2, lundi._—Il part de Saint-Germain, et va à Versailles.

_Le 3, mardi, à Versailles._—Il fait un excellent festin aux Reines
et princesses, où il porta le premier plat, puis s'assied auprès de la
Reine. Il y fit garder un ordre merveilleux, puis leur donna le plaisir
de la chasse. Un lièvre poursuivi se vint rendre dans leur troupe.

_Le 4, mercredi, à Versailles._—Il va à la chasse.

_Le 15, dimanche._—Après dîner il part de Versailles, et va, en
chassant aux chiens, à Saint-Germain, où il arrive à une heure, va chez
les Reines, au conseil, et à trois heures monte à cheval pour revenir à
Versailles[435].

  [435] Il y a dans le manuscrit une autre lacune du 20 novembre
  1626 au 1er janvier 1627. Le 19 décembre 1626, Malherbe écrivait à
  Peyresc: «Vous avez su le congé donné à Barradas (premier écuyer
  de la petite écurie). Nous avons un Saint-Simon, page de la même
  écurie, qui a pris sa place. Le Roi, mercredi dernier, le présenta à
  la Reine sa mère. C'est un jeune garçon de dix-huit ans ou environ.
  La mauvaise conduite de l'autre lui sera une leçon.» Bassompierre
  parlant aussi de la disgrâce de Barradas, dit «que l'on avoit mis en
  sa place, proche du Roi, un jeune garçon d'assez piètre mine et pire
  esprit, nommé Saint-Simon». C'est le père de l'auteur des _Mémoires_.



ANNÉE 1627.

  Le Journal devient de plus en plus concis.—Voyages de plus
  en plus fréquents à Versailles.—Mort de Madame.—Maladie du
  Roi.—Départ pour la Rochelle.—Niort.—La Rochelle.—Le fort
  Louis.—La digue.


_Le 1er janvier, vendredi_.—Confessé, touché les malades.

_Le 8, jeudi._—Il part de Versailles, arrive à Paris. Le soir, il va
chez la Reine[436].

  [436] Nouvelle lacune jusqu'au lundi 8 mars. C'est à cette époque,
  dans une assemblée de notables qui se tint pendant les mois de
  janvier et février 1627, que Bassompierre, prenant la parole et
  reprochant au Roi la suspension de l'achèvement des bâtiments royaux,
  disait «que son inclination n'est point portée à bâtir, et que les
  finances de la chambre ne seront point épuisées par ses somptueux
  édifices, si ce n'est qu'on lui veuille reprocher le chétif château
  de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne
  voudroit pas prendre vanité».

_Le 18 mars, jeudi, à Versailles._—A dîner il mange d'un pâté que M.
le cardinal de Richelieu avoit envoyé à ses mousquetaires.

_Le 7 avril, mercredi._—Il va chez la Reine[437].

  [437] Cette mention significative et, comme nous l'avons dit,
  accompagnée de chiffres, se reproduit le samedi 10 avril.

_Le 22, jeudi._—Il part de Versailles, vient à Paris, où M. le duc de
Lorraine le salue en son cabinet.

_Le 23, vendredi._—Il donne audience au cardinal de Spada, nonce[438].

  [438] Bernard Spada, né d'une famille assez obscure de la Romagne, en
  1592, mort le 10 novembre 1661.

_Le 24, samedi._—Il donne audience aux Grisons.

_Le 26, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, la voit dîner.

_Le 27, mardi._—Il part de Paris, va à Sainte-Geneviève-des-Bois.

_Le 15 mai, samedi._—Il part de Paris, va à la chasse au bicorne à
Beaulieu, suivi de M. Flamen; après va à Morgemont.

_Le 27, jeudi._—Il va chez la Reine.

_Le 31, lundi._—A Auteuil, soupé; il va de Paris à Versailles.

_Le 4 juin, vendredi._—Il va au Louvre voir expirer Madame; après part
de Paris, et va à Versailles.

_Le 5, samedi, à Versailles._—Il monte à cheval pour aller voir
Monsieur, son frère, à Saint-Cloud, puis s'en retourne à Versailles.

_Le 16, mercredi._—Il va à Auteuil, où il dîne en la maison de M.
Coquet, commissaire général de la maison du Roi.

_Le 19, samedi._—Il va à Vaucresson, où il a dîné, où Monsieur est
venu le trouver, et ayant donné la serviette au Roi, s'en retourne à
Saint-Cloud.

_Le 23, mercredi._—Il va aux Tuileries, donne de l'eau bénite au corps
de Madame.

_Le 6 juillet, mardi._—Malade, on le fait suer; il se plaint, dit: _Je
suis pris_; il a la fièvre, claque des dents.

_Le 14, mercredi._—Toujours malade. M. Charles et M. Bonnart[439] sont
arrivés pour conseil.

  [439] Médecins consultants.

_Le 20, mardi._—Toujours la fièvre, il se plaint de grandes lassitudes.

_Le 29, mardi._—Il est saigné par M. Boutin, l'un de ses chirurgiens.
Il va pourtant au conseil, se fait souvent faire de la musique.

_Le 1er août, dimanche._—Il est encore malade; il a la fièvre; il
fait dire la messe; il se lève à dix heures, se fait couvrir et mettre
des bouteilles aux pieds. Il eut froid et dura ainsi avec un peu de
frémissement jusques à douze heures et demie, et durant trois quarts
d'heure eut un peu de sueur, et eut un peu de vigueur; à une heure et
demie fort trempé de sueur, essuyé, prend de l'eau purgative, après mis
au petit lit, à trois heures goûté. Le soir soupé, puis changé et mis
au grand lit à sept heures.

_Le 15, dimanche._—Toujours la fièvre, il prend des demi-bains chaque
jour et des eaux purgatives; ne sort pas.

_Le 19, jeudi._—A trois heures levé, porté en chaise jusqu'au delà de
la chaussée, il part de Villeroy, entre dans la litière de la Reine sa
mère. En chemin il se plaint d'un point du côté gauche dans les fausses
côtes, d'appréhensions, envoie un valet de pied à Paris pour faire
venir M. Bontemps, qui l'a suivi à Olinville, où il soupe et couche.

_Le 21, samedi._—On le saigne au bras gauche, six onces.

_Le 23, lundi._—Il part d'Olinville en la chaise de M. Liancourt.

_Le 24, mardi._—Il entend la messe au lit, à neuf heures se met dans
la chaise, porté par des Suisses, part de Paloiseau; en haut de la
montagne d'Igny monte à pied, puis se met dans le carrosse jusqu'à
Versailles. A onze heures un quart il arrive, se met auprès du feu,
puis sur son lit, à midi dîné à table; puis va en sa chambre, se couche
sur son lit, se fait couvrir les jambes de sa robe fourrée, y est
environ une heure, s'amuse à peindre. A quatre et demie il sort à pied,
va à la porte entretenir les soldats du corps de garde, puis entre
dans son petit carrosse tiré par un cheval, et va se promener voir son
plant.

_Le 25, mercredi, à Versailles._—Il va à pied à la messe à l'église,
revient à dix heures et demie, se met sur le lit; dîné en son cabinet.
A une heure et demie il entre en carrosse, part de Versailles et chasse
le renard dans le parc de Roquencourt, puis va jusqu'à la montagne de
Marly, et à Marly se met dans sa chaise. Il est porté jusques au bas de
la montée, où il entre en carrosse, et sur les quatre heures arrive au
bâtiment neuf, à Saint-Germain.

_Le 28, samedi._—Il part dans son petit carrosse pour aller à la
chasse au sanglier.

_Le 31, mardi._—La fièvre disparoît. Il prend du lait clair. Il va à
la chasse et au conseil, conduit son carrosse lui-même.

_Le 12 septembre, dimanche._—Il part de Saint-Germain en Laye après
déjeuner pour aller à Paris, où il arrive à onze heures, va chez la
Reine sa mère, puis chez la Reine, à midi dîne en son cabinet, de sa
viande. A trois heures il rentre en carrosse à cause de la pluie, et
part de Paris pour retourner à Saint-Germain, où il arrive à six heures.

_Le 15, mercredi._—Il alloit mieux et, approuvé de tous les médecins
qu'on avoit appelés, il les renvoya, leur donnant congé et les
remerciant. Il va courir le cerf.

_Le 17, vendredi._—Il va en chassant de Saint-Germain à Versailles.

_Le 18, samedi, à Versailles._—Il va à l'église, puis fait faire
l'exercice à ses mousquetaires.

_Le 21, mardi._—Il part de Versailles, va dîner à Chevreuse, et après
va à Sainte-Maime.

_Le 25, samedi._—Il part pour Joinville.

_Le 9 octobre, samedi._—Il arrive à Niort[440].

  [440] Le journal ne mentionne pas le départ du Roi. Depuis quelque
  temps l'armée et la flotte menaçaient la Rochelle. Le duc d'Orléans
  arriva au camp formé vers le mois d'août sur la ville, le 15
  septembre.

_Le 13, jeudi, à Aitré[441]._—Il va au Plomb pour voir l'armée
angloise.

  [441] Aytré, village à deux lieues de la ville, où était le quartier
  général.—Le Roi arriva le 12, et prit son logement dans ce village;
  l'armée le salua de toute son artillerie.

_Le 30, samedi._—Il va en sa chambre et au conseil, retenu par le
temps de vent et de pluie, il va à vêpres, fait collation, le soir se
couche, ne dort pas, se lève par la chambre par inquiétude des troupes
qui, sous la conduite de M. le maréchal de Schomberg, devoient passer
du port de Plomb à l'île de Ré. Il se remet au lit, s'endort jusqu'à
quatre heures.

_Le 1er novembre, lundi._—Il va à la messe, à confesse, n'a point
voulu déjeuner; va au jardin, où il touche quatre cents malades.
L'après-midi il va au sermon du père Suffren[442].

  [442] Jean Suffren, jésuite, né en 1565; il suivit Marie de Médicis
  en Angleterre, et mourut en 1641; ses sermons furent publiés en 1622.

_Le 5, vendredi._—Il monte à cheval, va au Plomb, où il fait porter
son dîner avec la viande de M. le maréchal de Bassompierre, et après
va au fort Louis[443], où il n'avoit pas encore été, y fait tirer cinq
ou six canonnades contre une barque qui alloit de l'île de Ré dans la
Rochelle.

  [443] Construit à 2 kilom. de la place, au couchant.

_Le 6, samedi._—Il va au conseil avec M. le Cardinal.

_Le 17, mercredi._—Ce jour-là, à trois heures, les Anglois ont levé
les ancres et se sont du tout retirés.

_Le 23, mardi._—Il va au logis de M. le cardinal de Richelieu.

_Le 9 décembre, jeudi._—Il va plusieurs jours de suite à l'assemblée
à Cigoignes, et y dîne. Il va voir la digue[444] qui se faisoit pour
étroissir le port.

  [444] La digue fut commencée le 28 novembre, par Louis Métezau et
  Jean Tiriot; elle fut achevée au mois de mai suivant par Pompée
  Targon.

_Le 17, vendredi._—Il va en sa chambre, botté; à une heure et demie
monte à cheval, va chez M. le cardinal de Richelieu.



ANNÉE 1628.

  Danger du Roi en mer.—L'escadre rocheloise.—Le Roi est
  souffrant.—Héroard mandé à Aytré.—Dernière journée écrite par
  Héroard.—Mort d'Héroard.


_Le 1er janvier, samedi._—Confessé, communié, il touche les malades,
va au conseil.

_Le 11, mardi._—Il monte à cheval, va à Maran, où M. de la Musse prend
les notes.

_Le 12, mercredi._—Il va se mettre par eau dans le canal, à la pêche;
le vent le porte à la mer, fort en danger. Il revient à quatre heures.

_Le 19, mercredi._—A deux heures après minuit éveillé à l'alarme des
vaisseaux qui sortoient hors la ville, et au bruit de plus de cinquante
coups de canon[445]. Il est inquiet jusques à sept heures, s'endort
deux heures durant; éveillé à neuf heures, il n'a point déjeuné; à onze
heures il va en son cabinet, dîne.

  [445] Les capitaines Bragneau et Gobert sortirent avec deux
  brûlots et six navires pour gagner l'Angleterre, et ils passèrent
  heureusement hors de la baie.

_Le 24, dimanche._—J'arrive à Aytré mandé en diligence; j'arrive à
neuf heures du soir; le Roi étoit couché. Il m'envoie commander de me
trouver le matin à son lever. J'ai l'honneur de le voir à sept heures;
MM. de Gorry, de Chiest, de Guillaume résolvent ensemble de lui tirer
du sang, ce qui fut exécuté à neuf heures, saigné au bras droit.

_Le 28, vendredi._—Le marquis de Spinola, allant de Flandre en
Espagne, le vient saluer. Il se retire dans le carrosse du Roi comme il
étoit venu.

_Le 29 janvier, samedi._—Éveillé à six heures après minuit, doucement
levé, bon visage, gai, pissé jaune, assez peigné, vêtu, prié Dieu,
altéré, ne veut point de bouillon, prend son julep d'eau d'orge et du
jus de citron; va à la messe, se va promener à pied à la digue, revient
à dix heures; dîné, deux pommes cuites sucrées, chapon pour potage et
pain bouilli, veau bouilli, la moelle d'un os, potage simple confit
et jus de citron, hachis de chapon avec pain émié, gelée, le dedans
d'une tarte à la pomme; une poire confite, trois cornets d'oublie,
pain assez, bu du vin clairet fort trempé, dragée de fenouil la petite
cuillerée. Va à sa chambre, et à midi va à pied à la Malmète; revient
à quatre heures, va en son cabinet; à six heures soupe, potage et
hachis de chapon, et jus de veau, potage confit avec jus de veau, veau
bouilli, la moëlle d'un os, les pilons[446].

  [446] Nous avons reproduit cette dernière journée textuellement. Elle
  peut faire juger de ce qu'est le journal d'Héroard dans ses dernières
  années.


_Ici finit le journal de la vie active du Roi Louis treizième,
exactement décrit et contenant six volumes, dont le présent est le
dernier, depuis sa naissance jusqu'à ce jour, par Messire Jehan
Hérouard, seigneur de Vaugrineuse, son premier médecin, qui fut
saisi de maladie à Aitré, au camp devant la Rochelle, le samedi
vingt-neuvième janvier mil six cent vingt-huit, et y décéda le huitième
février en suivant, au service du Roi, son maître, à la santé duquel il
s'étoit entièrement dédié, âgé de soixante-dix-huit ans, moins curieux
de richesses que de gloire d'une incomparable affection et fidélité._

_Son corps repose dans l'église de Vaugrineuse._



APPENDICES.


I.

ÉPITRE DEDICATOIRE DE L'HIPPOSTOLOGIE[447].

  [447] _Voy._ tome I, page 371.

AU ROI.

    SIRE,

L'histoire ancienne et l'ordinaire expérience nous apprend que jamais
on n'a vu les arts ne les sciences être en valeur, sinon lorsque
les rois en ont fait cas eux-mêmes, étant à cette occasion chacun
aiguillonné du desir de bien faire et suivre la vertu pour complaire
à son prince, se promettant par ce même moyen rendre immortel son nom
à la postérité, et à la fin quelque honorable récompense acquise à
son mérite. Pour preuve de ceci, c'est l'ordinaire de mettre en jeu
le siècle heureux d'Auguste, qui de son temps a enfanté, comme d'une
ventrée, un fort grand nombre de savans personnages, pour raison
seulement qu'il se plaisoit aux choses vertueuses, et estimoit ceux
qui par leur savoir, labeur et industrie, avoient réputation entre les
hommes doctes. Notre histoire françoise nous en fournit encore plus en
la personne de ce grand empereur et grand roi Charlemagne, qui n'a pas
plus acquis d'honneur, de gloire et de louange par le nombre infini
de ses conquêtes, que par la seule et insigne victoire qu'il eut en
subjuguant l'extrême barbarie qui s'étoit engendrée sous la rouille des
armes durant l'espace de plusieurs ans, par l'établissement de cette
incomparable Université de Paris, l'un des trophées plus remarquables
et plus entiers qui nous demeure de sa mémoire. Et sous le roi
François, premier du nom, l'on a vu comme ressusciter et les arts et
les lettres, après avoir croupi par tant de siècles sous les ténèbres
de l'ignorance et presque anéanties pour le peu d'estime qu'en avoient
fait les Rois ses devanciers; ayant laissé à tout le monde une marque
certaine de ses bons mouvemens par la recherche et le ramas qu'il fit
en divers lieux des hommes excellens en toute sorte de doctrine, et
un exemple à tous ses successeurs pour les induire à suivre ou faire
encore mieux en si belle entreprinse. Et pour cette raison, le feu roi
Charles, lequel sur toutes choses prenoit un singulier plaisir à ce
qui est de l'art vétérinaire, duquel le sujet principal est le corps
du cheval, me commanda, quelques mois avant son décès, d'y employer
une partie de mon étude, pour en dresser après quelque instruction aux
maréchaux et autres qui travaillent, et sans raison et sans science,
aux maladies des chevaux, au grand regret le plus souvent de ceux qui
par leur ignorance perdent les leurs plus favoris. J'avois déjà conçu
le gros de l'œuvre et fait dessein de l'ordre que je devois tenir
pour élever cet édifice, quand il décéda; de telle sorte que je me vis
frustré par son trépas de l'espérance que j'avois de rendre témoignage
de mon ardent désir à satisfaire et obéir au vouloir de mon Roi.
Mais le feu Roi me commanda de le poursuivre, de façon que dès lors
j'en tirai les premiers traits par un recueil sommaire du nombre et
de la figure des os du cheval, leur donnant noms françois pour, puis
après, comme sur un premier crayon, représenter les vives couleurs,
non-seulement par le discours entier de l'anatomie, mais aussi de tout
l'art vétérinaire. C'est cette pièce, Sire, seule de reste du naufrage
que les autres ont fait en cette ville durant ces derniers troubles, et
réservée par ma bonne fortune à Votre Majesté, qui ne promet pas moins
que vos prédécesseurs de faveur et de grâce à ceux qui, travaillant
pour le public, s'efforceront en tout de faire choses qui vous soient
agréables; et maintenant avec plus d'assurance sous l'abri de la paix
tant honorable que la grâce de Dieu vous a donnée, ayant dompté,
par le moyen de votre vertu seule et du tranchant de votre épée, ce
monstre épouvantable de nos guerres civiles et rangé tellement à la
raison la cause principale, que l'on peut dire avec vérité que, non la
France seulement, mais tout le Monde entier est obligé de son repos à
Votre Majesté, à laquelle j'apporte, avec tout le respect, l'honneur
et révérence que je lui dois, ce peu de mon travail; petit de vrai
pour être offert à si grand Roi, mais non par aventure du tout à
rejeter, qui considérera l'utilité que le public peut rapporter d'un
tel ouvrage, pour la perfection duquel la vie d'un seul homme à peine
peut suffire. J'espère toutesfois d'en faire voir la besogne parfaite,
avant tout autre qui jamais ait traité cette matière en ce royaume,
ne possible ailleurs, selon l'ordre et la suite que je lui donnerai,
avec l'aide de Dieu et sous le bon plaisir de Votre Majesté; et sinon
tout, au moins une bonne partie, laquelle à mon avis pourra servir
d'une ouverture à ceux qui après moi voudront conduire à chef une telle
entreprinse. Or, Sire, ayant l'honneur et ce bonheur que d'être à
vous, je ne vous puis offrir aucune chose dont le fonds ne soit votre,
si est-ce que je m'estimerai des plus heureux, voyant ces premiers
fruits venus de ma culture être reçus de vous d'aussi bon œil qu'en
toute humilité je les présente, et autant agréables que de bon cœur je
le desire:

    _Car ce n'est peu de cas pouvoir plaire à son prince._

Dieu par sa sainte grâce, Sire, veuille en très-parfaite santé,
très-longue et très-heureuse vie, continuer de plus en plus ses
bénédictions sur Votre Majesté.

A Paris ce I jour de janvier M. D. XCIX.

    Votre très-humble, très-obéissant
    et très-fidèle sujet et serviteur,

    JEHAN HEROARD.


II.

DE L'INSTITUTION DU PRINCE[448].

  [448] _Voy._ tome I, page 376. Ce livre a été traduit en latin
  sous ce titre: _De institutione principis. Liber singularis. Ex
  Gallico Joannis Heroardi, Ludovici XIII, filii Henrici Magni
  et Galliarum regis consiliarii et archiatri, in latinum vertit
  Joannes Degorris, consiliarius et medicus regius.—Ex typographia
  Rob. Stephani. M. DC. XVII._


ÉPITRE A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.

    MONSEIGNEUR,

_Je rends grâces à Dieu de celle qu'il me fait que je puis voir ce
premier jour de l'an borner si heureusement le cours de votre enfance,
et commencer à vous mettre en dépôt entre les mains de la vertu, pour
vous montrer et vous apprendre parfaitement à connoître ses voies; jour
souhaité et qui remplit déjà toute la France d'espoir et d'allégresse,
vous voyant, ce lui semble, renaissant à vous même, renaître encore
une fois pour son salut et sa conservation. Ce desir naturel de savoir
tout, qui est en vous, votre bon sens et ferme entendement reconnus
de chacun, et ces germes de piété, d'équité, de prudence, de valeur
et d'humanité, dont la nature a jeté la semence à pleine main dans
le fond de votre âme, font croire assurément qu'il vous sera facile
de satisfaire à cette espérance publique; et même quand en suite de
ces bons mouvemens vous aurez à toute heure devant les yeux, pour le
patron de votre vie, les actions vertueuses et faits illustres de
Sa Majesté, qui se promet aussi de vous qu'à l'avenir vous serez le
support de son âge, et à jamais, comme vous êtes maintenant, la joie
de son cœur et sa consolation, l'une des fins plus desirées de ses
travaux; et l'autre, de vous rendre si accompli qu'elle puisse recevoir
ce contentement de se voir en ses jours bénite en sa postérité; et
vous estimé, au jugement de tout le monde, un fils digne d'un si bon
père, digne et capable successeur des triomphes et des vertus d'un si
grand Roi. Sa Majesté vous a donné des personnages élus par elle-même
pour vous servir en cette action; et si elle n'a point désagréable,
ne vous aussi, le seul zèle de ceux qui tâcheront d'y prêter la main
et de contribuer ce qu'ils auront de plus exquis des acquêts de leur
industrie, j'oserai espérer que le mien ne sera pas désavoué, s'il est
jugé par ses qualités, ainsi que la nature et le devoir les ont gravées
bien avant en mon âme, depuis l'heure et le point de votre naissance
jusques à ce jour d'hui, que j'ai eu ce bonheur de rendre à votre
personne le très-humble service où je suis obligé par cette charge,
dont il a plu au Roi d'honorer ma fidélité. Et si ce petit ouvrage, que
je vous offre, peut trouver grâce devant vos yeux_, MONSEIGNEUR, _je
vous supplie très-humblement de me faire l'honneur qu'il soit reçu de
vous seulement pour un témoignage tissu par cette même affection qui
m'a fait du tout employer le temps à ce que j'en ai dû à la conduite de
votre santé, et puis le peu de reste à ce recueil de ce que j'ai pensé
qui pourroit être à l'aventure aucunement utile pour avancer ces vertus
héroïques qui font, en si bas âge, déjà reluire d'un si beau feu votre
esprit excellent, estimant que de vous servir en cette façon c'étoit
servir Sa Majesté, à laquelle, comme nés ses sujets, nous devons tous
notre première obéissance_.

_Or_, MONSEIGNEUR, _je prie Dieu qu'il lui plaise de tellement bénir
en vous ce jour de bon augure, que vous puissiez, croissant en âge,
croître pareillement en toutes sortes de perfections, et vous donnant
jusques au comble des largesses du ciel, de vous favoriser du cours
d'une très longue et très heureuse vie, pour le bonheur de votre
siècle, le bien de ce royaume, et l'assurance de l'empire chrétien_.

_A Paris, ce premier jour de janvier mil six cens neuf._

    _Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur_,

    HEROARD.


Première matinée.

Au temps que le Roi séjournoit à Saint-Germain-en-Laye, y prenant
quelques jours de ceux-là qu'il employe continuellement aux plus
grandes affaires de son État, pour les donner à sa santé, usant à cet
effet, par l'avis de ses médecins, des eaux portées des fontaines
de Pougues, il m'advint un matin de sortir plus tôt que je n'avois
accoutumé, hors du vieil château, où je logeois à l'heure, pour m'en
aller au parc prendre le frais de l'air, en attendant que Monseigneur
le Dauphin fût éveillé. Or, comme je fus arrivé à la chapelle de cette
belle et grande allée où est le jeu de pale-mail, j'avise le Roi qui
avoit achevé de boire et commencé de se promener; moi, ne voulant être
apperçu, desireux d'achever tout seul mon entreprise, je me glisse
à travers le bois, sur la main droite, dans un sentier qui côtoyoit
d'assez loin cette allée, où je pensois ne pouvoir être vu que des
arbres et des oiseaux. Mais ainsi comme la solitude et le silence de
ce chemin étroit, couvert de toutes parts, commençoit à ouvrir la
porte de mon imagination et à l'attirer sur la variété des sujets de
discours qui tombe d'ordinaire en celle des courtisans, j'entends sur
ma main gauche je ne sais quelle voix qui sembloit s'adresser à moi,
où, retournant ma face, je vois un chevalier des deux ordres du Roi,
et m'étant approché plus près de lui, je reconnus que c'étoit M. de
Souvré, lequel, m'appelant par mon nom: Où allez vous, dit-il, ainsi
vous égarer, en fuyant la rencontre de tant de gens d'honneur qui
eussent ce matin fort desiré la vôtre, pour entendre par votre bouche
des nouvelles de Monseigneur le Dauphin? C'est ce desir qui m'a fait
éloigner du Roi, qui se promène au pale-mail, pour vous trouver en
tête, vous ayant apperçu de loin prendre parti vers cet endroit; je
vous prie de m'en vouloir apprendre. Si en cela je romps ou retarde
votre dessein, la qualité de mon desir me servira d'excuse.

L'AUTEUR. Monsieur, je ne m'étois pas ce jour d'hui promis tant de
bonheur, comme j'en reçois à cette heure en votre compagnie, par ma
bonne fortune, que je fuyois sans y penser, ainsi que vous pouvez
connoître; et ne suis pas si mal appris de penser seulement que vous
ayez besoin d'excuse en une chose qui dépend nuëment de mon devoir,
puisque le Roi a fait choix de votre personne pour la conduite de son
Dauphin, lorsque sortant du joug des lois de la nature, l'âge l'aura
rendu capable de recevoir celui des bonnes mœurs et de la doctrine.
Il a dormi de bon repos toute la nuit, au rapport de ses femmes de
chambre, qui l'ont veillé. Je l'ai vu et laissé dormant fort doucement,
il n'y a qu'une demi-heure.

SOUVRÉ. Mais dites-moi, je vous prie, si vous en avez le loisir, que
jugez-vous de sa santé, et quelle est sa température? Pource que
j'ai autrefois entendu des médecins, qui discouroient ensemble de la
diversité des complexions des hommes, tenir pour maxime en leur art,
que celles de l'esprit suivent celles du corps, et qu'il est impossible
ou malaisé de les changer que par une longue, assiduelle et contraire
habitude.

L'AUTEUR. Il est vrai, on le tient ainsi en la médecine; j'aurai, à
mon avis, assez de temps pour y avoir là dessus peu de choses à dire.
Il est né de complexion sanguine, mêlée de colère, le sang surmontant
celle-ci, et d'un mélinge si proportionné qu'il nous fait espérer en
lui, avec la santé, la longueur de la vie. Quant à l'extérieur, son
corps est si parfaitement formé que si vous le considérez en toutes
ses parties, du sommet de la tête jusques aux pieds, il ne s'en peut
marquer aucune qui se démente; et, quant à moi, il faut que je
confesse de n'avoir jamais vu un corps si accompli, y ayant reconnu et
la vigueur de l'esprit et la force du corps, aller du pair ensemble.

SOUVRÉ. Je m'éjouis infiniment de l'assurance que je reçois de la santé
et force naturelle d'une personne si nécessaire à cet État, dès l'heure
et le moment de sa naissance, jugeant par tant de circonstances que
Dieu le nous a donné tel pour s'en vouloir servir longtemps à l'avenir
à notre bien, à la commune utilité et au repos de l'empire chrétien.
Mais vous l'avez jugé colère, cela ne me contente point.

L'AUTEUR. Lorsque j'ai dit qu'il est de nature colère, j'en ai parlé
en médecin, non en philosophe moral ou théologien. Les médecins
considèrent quatre parties en la masse du sang: l'aqueuse, la
mélancolique, la colérique, et celle-là qu'ils nomment proprement sang.
De telle sorte qu'ayant jugé Monseigneur le Dauphin être sanguin,
colère de sa température, j'ai voulu dire que le sang proprement dit
surmonte en quantité les autres, et la colère après; et entendre par la
colère, la partie de toutes la plus chaude, sèche et légère, laquelle
donne de sa nature la promptitude, et aiguise le sang, tout ainsi
que le sang sert de frein et de bride pour retenir, par une douce et
modérée qualité, les bouillons effrénés de cette briève et ardente
furie. Et par ainsi vous pouvez voir comme de cette couple de qualités
d'humeurs si différentes, il en sort une complexion telle que l'on peut
souhaiter pour l'entière santé d'un corps et la bonté d'un entendement;
le sang se trouvant en la masse le maître seul de ses autres parties,
ne faisant que des simples et des niais; l'humeur aqueuse seule, que
des stupides et des lourdauds; la mélancolique, que des tristes et des
sauvages, fuyant toute humaine société; et la colère que des fols,
des furieux et des insensés. C'est pourquoi vous devez prendre à bien
lorsque j'ai dit la colère avoir part en sa température.

SOUVRÉ. Me voilà plus satisfait que je n'étois, en ce que vous me
faites voir tout le contraire de ce que je tenois pour imperfection,
n'ayant représenté le naturel d'un Prince qui doit être doux et capable
de recevoir avec facilité les impressions telles qu'on lui voudra
donner en son bas âge, pour être à l'avenir, étant homme parfait, et
lors le sang se ressentant un peu de la mélancolie, un Prince bon et
doux, sage, prudent et courageux ensemble, ayant fortifié sa bonté
naturelle par bons et saints enseignemens. C'est en quoi je joindrai à
l'honneur que je tiens du Roi, de m'en donner la direction durant sa
première jeunesse, la grâce spéciale que je reçois de Dieu, d'avoir
à cultiver une si bonne terre, j'espère qu'il m'y assistera de telle
sorte que tout le monde connoîtra par mes déportemens que Sa Majesté
ne s'est point abusée d'avoir sû faire élection de ma fidélité,
et reconnoître que j'ai pu la servir en une charge de si grande
importance. Vous direz que je suis trop curieux de demander à quel âge
il sera sevré, et toutes fois je vous prie de me le dire, et ce que
vous en pensez, pour autant que je crois que votre opinion pourra être
reçue parmi celle des autres.

L'AUTEUR. J'estime que vingt mois ou deux ans au plus suffiront pour le
lait; son corps étant d'une telle venue que ce temps-là passé, il ne
feroit que se fondre et s'amaigrir, ayant besoin alors d'une plus forte
et plus solide nourriture.

SOUVRÉ. Quand il sera sevré, pensez-vous qu'il demeure longtemps entre
les mains des femmes?

L'AUTEUR. Je n'en sais rien; c'est chose qui dépend du bon plaisir du
Roi.

SOUVRÉ. Mais quel en seroit votre avis?

L'AUTEUR. L'âge à deux ans est par trop tendre pour lui ôter les
femmes, qui se connoissent mieux et sont beaucoup plus propres que les
hommes à traiter les enfans; voilà pourquoi il seroit nécessaire, ce
me semble, de l'en faire servir encore; et ayant dit ci-dessus que le
corps et l'esprit sont en lui d'une force égale, qu'il fût aussi donné
à ce dernier un aliment de sa portée, mettant auprès de sa personne
une Dame honorable et de qualité, instruite à la vertu, nourrie aux
bienséances de la Cour, et entendue aux autres qui s'observent entre
les Grands, et suffisante pour lui donner les premières façons jusques
à l'âge de six ans, car lors, ou je m'abuse extrêmement, vous lui ferez
goûter aisément les vôtres, se trouvant plus propre et la cire assez
molle pour les recevoir telles que bon vous semblera.

SOUVRÉ. Jugez-vous qu'à cet âge-là il soit d'entendement capable et de
corps assez fort pour supporter la peine et se donner la patience qu'il
faut avoir à recevoir l'instruction? Pour ce que j'ai toujours ouï dire
qu'il n'y falloit contraindre les enfans paravant l'âge de sept ans.

L'AUTEUR. Il n'est pas nécessaire de se tenir précisément à ce
terme-là; la capacité qui se trouve aux enfans en doit faire la
règle. Monseigneur le Dauphin à l'âge de six ans sera plus avancé
que plusieurs autres ne seront pas à sept, ne possible à huit. C'est
une opinion des folles mères, qui perdent leurs enfans en craignant
de les perdre, sous excuse de leur foiblesse; j'estime que dès lors
qu'un enfant sait parler, connoître et discerner tout ce que l'on
lui montre, il est capable d'instruction, et pourtant il lui faut
alors en premier lieu industrieusement apprendre à craindre et obéir;
car par l'obéissance on lui fera goûter avec plaisir la douceur des
enseignemens dont on voudra l'accompagner pour le conduire à la vertu,
et plus facilement on le détournera des choses contraires. Ce sera du
devoir de cette Dame qui aura charge de sa première enfance.

SOUVRÉ. Que lui peut-elle apprendre en ce commencement?

L'AUTEUR. La pâte de cet âge est si maniable qu'elle prendra toutes
et telles formes qu'il lui plaira; mais pour ce que naturellement nos
inclinations nous font pencher au vice plutôt qu'à la vertu, elle le
doit sur toutes choses duire à fort aimer ce que l'on nomme Bien, et
avoir en horreur pareillement ce qu'on appelle Mal; et lui donner la
teinture si bonne de ce premier que les impurités de l'autre ne la
puissent déteindre.

SOUVRÉ. Par quelle voie?

L'AUTEUR. Il faut, ce dit-on, bégayer avec les petits enfans,
c'est-à-dire s'accommoder à la délicatesse de leur âge, et les
instituer plutôt par la voie de la douceur et de la patience que par
celle de la rigueur et précipitation, car ici:

      _Patience
    Passe science_;

récompensant à propos le bien fait par quelque libéralité conforme à
son mérite, et châtiant le mal en telle sorte qu'elle leur donne une
petite honnête honte de l'avoir fait; plutôt que trop de crainte du
châtiment. Après, comme en jouant, il faut élever ces esprits plus
haut, leur faisant admirer les choses qui surpassent nos sens, parlant
souvent à eux de Dieu, et, leur montrant le ciel, leur faire entendre
que c'est lui qui l'a fait, et créé toutes les choses qui se présentent
à leurs yeux, et tout par le menu. Que Dieu est tout bon, tout sage,
le père, le maître et le roi de tout ce qui se voit au ciel et sur la
terre; qu'il nous a mis trétous au monde pour l'honorer et le servir
selon sa volonté et non à notre fantasie; nous y laisse tant qu'il lui
plaît, nous en retire quand bon lui semble; qu'il aime et donne tout
aux bons enfans et bien obéissans, et à la fin les met en paradis, où
il les loge avec les anges; châtie les mauvais et désobéissans, et
s'ils ne veulent s'amender, après la mort les envoie en enfer avec
les diables, qui les tourmentent éternellement. Que le ciel, où ils
voyent le soleil, la lune et les étoiles, est la maison et le palais où
Dieu habite; et que Dieu est si grand et notre esprit si petit qu'il
ne sauroit comprendre sa grandeur; qu'il est immortel et que le monde
doit finir. L'admiration de telles ou semblables choses engendrera en
leur entendement une certaine crainte, laquelle peu à peu fera prendre
racine à ces premières graines de piété que vous aurez semé en cette
nouvelle terre; si bien qu'en peu de temps elle se verra forte pour se
parer contre l'injure et l'inclémence des saisons, c'est-à-dire contre
les vices et la corruption naturelle des hommes. Il importe beaucoup à
ce que les vaisseaux encore neufs soient abreuvés tout du commencement
d'agréables liqueurs et de suave odeur, d'autant que les premières
impressions y demeurent aussi longtemps comme ils ont de durée; mais
plus encore faut-il avoir ce soin quand c'est pour élever les jeunes
princes, donnés du ciel pour servir de lumière et commander dessus
toute la terre.

SOUVRÉ. A ce que je puis voir, vous voulez de bonne heure en faire des
théologiens?

L'AUTEUR. Oui; il est bien raisonnable qu'ils connoissent et
reconnoissent tout le premier celui qui leur donne la vie et la
possession de tout cet univers fait et formé pour eux. Et pour ce faire
il me semble à propos de leur dresser certaine forme de prières, pour
les dire soir et matin, afin d'apprendre, par cette accoutumance, à se
ressouvenir de l'hommage qui lui est dû par eux, comme à leur Seigneur
dominant, et de les instruire en la créance qu'il faut avoir de lui et
de celle qu'ils ont à retenir de ses commandemens; à celle fin qu'étant
ainsi appris ils ne se puissent égarer de cette droite voie, laquelle
conduit les hommes à la vie éternelle.

SOUVRÉ. Ne faut-il pas en même temps leur apprendre à lire et à écrire?

L'AUTEUR. Il est vrai, et que ce soit par ceux-là même qui en ont le
gouvernement, ou telle autre personne qui sache bien prononcer et bien
écrire. Il faut en somme dresser toutes leurs actions à ce qu'elles
approchent de la perfection, autant que l'imperfection de leur nature
permettra d'y atteindre.

SOUVRÉ. Sachant lire et écrire, qu'en ferez-vous?

L'AUTEUR. Aussitôt qu'ils sauront tant soit peu lire, je suis
d'avis qu'on les exerce dans les Proverbes choisis de Salomon; car
s'instruisant à cette lecture, ils retiendront en la mémoire en même
temps la substance de tant de beaux enseignemens qui seront mieux reçus
et retenus par eux, quand ils sauront que c'est un grand et sage roi
qui en est l'auteur. On peut faire de même, les mettant sur les autres
livres historiaux contenus en la Bible, où ils liront avec plaisir et
profit tout ensemble, s'égayant par l'histoire et s'instruisant en
beaucoup de choses qui doivent être sues par des enfans chrétiens, tels
que nous les voulons faire.

SOUVRÉ. Ne trouvez-vous pas bon qu'ils lisent d'autres livres? Car il
me semble que la nature des enfans, comme elle est active et légère,
est d'aimer la variété.

L'AUTEUR. Excusez-moi, je ne suis point si rude, moi qui conseille la
douceur envers ce petit peuple. Bien je desire qu'ils n'en voient pas
un d'où ils ne puissent tirer quelque profit, ou lire aucune chose qui
ne soit véritable; comme sont en notre temps les Quatrains du sieur
de Pibrac, puis certains auteurs qui ont écrit des petits contes sous
des noms feints; mais qui portent leur sens moral, ayant eu intention,
par cette façon d'écrire, d'enseigner plaisamment ce qu'ils ont su
des bonnes mœurs. Tel a été, entre les autres, ce fort ancien Esope,
duquel les fables si joliment écrites sont parvenues jusques à nous.
Pour récréer ces esprits tendrelets, qu'on les leur donne à lire et
puis à réciter par cœur, avec le sens couvert dessous le voile de la
fable. Et tout ainsi comme l'on a de divers et honnêtes moyens pour
réjouir et contenter ces jeunes âmes, il ne faut pas faire si peu de
cas du corps, qui en est l'instrument, qu'il n'ait à part ses exercices
et ses ébattemens, pour en user en temps et lieu; de peur que, par
oisiveté, sa force et santé naturelle n'en diminue, s'abâtardisse et
se rende inutile ou mal propre à la fin aux fonctions et de l'un et
de l'autre. Et pour ce que les différences de passe-temps se doivent
prendre de celles de la nature des enfans, de leurs conditions, des
saisons et des lieux où ils font leur demeure, nous en laisserons
faire à ceux qui en auront la charge, jugeant que s'ils les aiment
comme je fais, il ne se passera aucune chose devant leurs yeux ni
en l'entendement qui puisse être à propos pour élever cet édifice,
qu'ils en perdent le temps ne l'occasion de satisfaire à leur devoir,
et à celui qui nous est ordonné par la commune charité, qui s'étend
principalement envers les plus infirmes. Voilà pourquoi je laisserai
faire le demeurant aux femmes, me suffisant pour cette fois d'avoir
tâché de satisfaire à votre desir, par la remarque en général de
certains points communs, et nécessaires à faire apprendre soigneusement
à toute sorte et condition d'enfans en leur enfance. Il y a quelque
temps aussi que l'horloge a frappé sept heures; je vous supplie de
trouver bon que je me rende à mon devoir, au lever de notre jeune
Prince, avec l'honneur non espéré d'avoir si doucement passé une partie
de cette matinée en votre compagnie. Et pour cette heure, laissons aux
femmes à faire les enfans; quand cette Dame, gouvernante de Monseigneur
le Dauphin, l'aura fait un enfant poli en la façon, ou encore meilleur
que celle-là que j'ai naguère dite, ce sera à vous, Monsieur, d'un
enfant fait en former un homme, et de cet homme Prince en façonner un
Roi.

SOUVRÉ. C'est là où j'en voulois venir; mon intention n'a pas été d'en
savoir davantage, bien de tirer votre discours à ce dernier sujet. Mais
d'autant que l'heure vous presse, je ne veux point vous retenir plus
longuement et divertir d'un service si nécessaire, pour satisfaire à
ma curiosité. Je me départirai de vous pour ce matin, remportant le
contentement d'avoir appris que Monseigneur le Dauphin est né fort
sain, et de corps et d'entendement, et qu'il est pour être à l'avenir
un Prince merveilleux par la bonté de sa nature et de la bonne
nourriture. Adieu donc jusques à demain, car je ne vous en quitte pas.

L'AUTEUR. Puisque c'est par votre congé, je ne puis faire faute de
m'en aller, vous suppliant de disposer de moi et de toutes mes heures
ainsi qu'il vous plaira, après m'avoir permis de réserver celles que je
dois au service de notre petit Prince.


Deuxième matinée.

Le matin ensuivant, sur les cinq à six heures, voici venir un honnête
homme à moi, me dire de la part de M. de Souvré qu'il m'attendoit au
même endroit où je l'avois vu le jour auparavant. Je pars pour y aller
et, m'ayant apperçu de loin, il commença de me dire tout haut: Je
vous attends ici en bonne dévotion, desireux de savoir quelque bonne
nouvelle de la santé de notre petit maître, et de vous faire après
quatre mots de prière. Disposez-vous à satisfaire maintenant et à l'un
et à l'autre.

L'AUTEUR. Monsieur, excusez-moi si j'ai si longuement tardé; je ne
m'étois pas préparé à ce voyage. Puis ayant cru, venant ici, que
j'aurois à vous rendre compte de ce qui s'est passé en ces lieux d'où
je viens, j'ai voulu faire un tour en la chambre de Monseigneur le
Dauphin, et m'informer comme il s'étoit porté durant la nuit, où j'ai
appris comme il avoit bien reposé; puis je l'ai vu dans son berceau,
dormant d'un aussi doux repos que celui dont un jour il fera, par
les labeurs du Roi son père, jouir la France sous la douceur de son
empire. Quant à cette prière dont vous m'avez parlé, je la reçois pour
un commandement; me voilà prêt d'y satisfaire en ce que je pourrai, et
de vous servir par tout et à toutes les fois qu'il vous plaira de m'en
mettre à l'épreuve.

SOUVRÉ. Je vous remercie pour les bonnes nouvelles et pour la bonne
volonté dont vous me voulez obliger. Souvenez-vous que le jour
précédent vous m'avez mis entre les mains un Prince né et enfant fait,
pour en former un homme et façonner un Roi; et que m'étant enquis
de vous de certains points propres et nécessaires pour instruire le
premier âge, j'ai désiré d'en savoir quelque chose de plus; et dès
hier même, sans le respect du service que vous devez à Monseigneur le
Dauphin, je vous en eusse fait la prière. Or maintenant, puisqu'il vous
reste un peu plus de loisir, je vous prie qu'il soit tout employé à cet
ouvrage, et là-dessus obligez-moi de votre bon avis.

L'AUTEUR. Ce n'est pas jeu de petits enfans, ne mon gibier.
Pardonnez-moi, Monsieur; vous me prenez possible pour un autre. Il
me seroit fort malséant, à moi qui n'ai l'expérience ne le savoir en
telles choses, de faire le docteur envers un personnage en qui le Roi
a reconnu toutes les qualités et circonstances propres pour le savoir
dextrement manier.

SOUVRÉ. Non certes, je le sens bien, ce n'est ici jeu de petits enfans.
Plus j'en discours en mon entendement, plus je ressens la pesanteur et
reconnois la grandeur de la charge.

L'AUTEUR. Ce n'est pas sans raison, car vous voilà maintenant
responsable, non-seulement au Roi, mais à toute la France, en ce que
les François tiennent toutes les espérances du repos et de l'aise de
leur postérité, jointes inséparablement à la personne de ce Prince
commis à votre prudhommie, pour en dresser un bon et sage Roi, et digne
successeur aux vertus de son père. Il y faut un soin merveilleux: si
un homme de condition privée n'oublie aucune chose pour faire bien
nourrir et instruire son fils, né pour lui succéder tant seulement à
quelque arpent de pré ou malotru demi-quartier d'une méchante vigne,
de combien plus le gouverneur d'un Prince le doit-il surpasser en
vigilance et industrie; et gouverneur d'un Prince à qui les lois et
la nature donnent la succession du royaume de France? Royaume riche
et opulent en toutes choses que l'on peut souhaiter pour l'usage des
hommes; orné de tant de grandes et puissantes cités; plein de noblesse
si valeureuse que le soleil n'en voit point de pareille et de peuple
infini, et peuple si redouté qu'il a porté et planté son nom sur les
bouts de la terre; et gouverneur d'un Prince auquel par aventure le
ciel réserve la Monarchie, si l'on peut faire jugement véritable de
l'avenir par la disposition et l'état présent des affaires du monde.
Ne doutez point que les yeux d'un chacun, de quelque condition, âge ou
sexe que ce puisse être, ne soient fichés entièrement sur vous comme
des sentinelles, pour prendre garde en cette occasion jusques aux
moindres de vos actions; voire les yeux des enfans innocens pendant à
la mamelle, d'où ils semblent parler à vous ainsi: _Nous suçons cette
douce liqueur pour donner nourriture et accroissance à notre petitesse,
sous l'espoir que nous verrons reluire en sa saison ce bonheur-là qui
se prépare maintenant par les mains de votre prudence. Que s'il en doit
advenir autrement, que ce doux aliment, tout à l'heure présente, se
convertisse en puante amertume et poison salutaire, pour nous porter,
à l'instant de nos premiers jours, du berceau dans la bière, à celle
fin de ne voir point le cours de notre vie accompagné sans fin d'une
longue traînée de misères._ Bref ils vous rendent redevable du bien, et
coupable du mal qui leur peut arriver de cette nourriture, croyant que
de vous seul dépend et l'un et l'autre.

SOUVRÉ. Tout ce que vous venez de dire, je le tiens véritable et
reconnois combien il importe à cet État d'avoir un Roi qui soit capable
de le bien gouverner et réparer les brèches que les guerres civiles y
ont ouvertes de toutes parts; si d'aventure la longue vie que nous
espérons et desirons tous au Roi son père, ne lui donne le loisir
de les refaire, et lui laisser après, par son décès, le corps de ce
royaume remis en son entier. C'est cette importance qui me rendra plus
vigilant et soigneux en la charge. Mais revenons au point, et me dites,
je vous prie, quel seroit votre avis sur l'institution de notre jeune
Prince, sans plus vous excuser disant que ce n'est point votre gibier
et que vous êtes peu versé aux affaires du monde; car le corps d'un
État ayant fort grande convenance avec celui de l'homme, j'estime que
ceux de votre profession se peuvent rendre des plus capables pour y
servir, quand il advient qu'ils se rencontrent de bonnes mœurs, issus
d'honnête lieu, institués aux bonnes lettres, ayant de leur nature le
timbre bon, et passé leur première jeunesse à la suite des Grands et
de la Cour. J'en ai connu autrefois un près du feu Roi, comme un autre
Nicomachus, ami fort familier et médecin de Philippe de Macédoine, père
d'Alexandre le Grand. Il est possible de vos amis, mais il faut avouer
que c'est un patronnage doué de très-grandes parties pour mériter à
servir près d'un Roi. Or vous, ayant vécu par l'espace de tant d'années
auprès des Grands et servi chez les Rois, et conversé avec aucuns de
ceux qui, en ces temps, ont eu du maniement aux plus grandes affaires,
il sera vraisemblable que vous aurez pu faire profit de plusieurs
choses remarquables qui nous pourront beaucoup servir à cet ouvrage.

L'AUTEUR. Vous obligez infiniment ceux de cette profession pour
l'honneur qu'ils reçoivent par votre jugement, qui leur sera un
préjugé contre certains empiriques d'État, qui les méprisent de
telle sorte, qu'à leur opinion ils ne sont bons qu'à l'exercice seul
de leur vocation. Car il est bien certain que tout ainsi comme le
corps humain est composé de contraires humeurs et de parties, les
unes simples et les autres mêlées, les unes principales, les autres
subalternes, et que de la légitime composition d'icelles s'engendre
la santé du corps, et que celle-ci venant à se démentir de cette
intégrité s'ensuit soudain la maladie, accompagnée de divers accidens,
selon la qualité ou grandeur de la cause: on voit pareillement que
le corps d'un État, quelque forme qu'il ait prinse, est composé de
même sorte et se conserve en son entier par une exacte observation
des bonnes et diverses lois, et déchoit aussitôt que par ambition,
par avarice ou prodigalité, ou par quelque autre pareille cause, l'on
reconnoît leur force défaillir et flétrir leur vigueur, et s'en aller
en décadence selon l'effort foible ou puissant d'icelle. Par cette nuë
conférence chacun pourra juger si ceux de cette profession, étant tels
que vous avez dit, peuvent être tenus si peu capables d'être appelés
aux charges de ce corps politique, quand ils seront instruits tant
seulement des formes ordinaires et du biais qu'on prend pour traiter
les affaires; puisqu'ils savent déjà avec quel artifice il faut garder
et maintenir le corps en parfaite santé, de quelle prévoyance il faut
user pour détourner de loin le mal qui le menace, et, quand il est
venu, les moyens de parer à la furie et violence des accidens qui lui
font compagnie, et de les mignarder, gagnant le temps pour empoigner
l'occasion après de se prendre à la cause; et à la fin, avec quelle
prudence, discrétion, douceur et patience, il faut refaire et relever
cette pauvre carcasse abattue et fondue par les efforts des tempêtes
passées.

SOUVRÉ. Je suis fort aise d'avoir entendu de vous ce que j'ai cru, il y
a fort longtemps, et reconnu l'honneur que peuvent mériter des hommes à
qui Dieu a donné la science du ciel pour l'employer à la conservation
de son chef-d'œuvre, qu'il leur a mis entre les mains, et qui sont
réputés être des plus savans entre les hommes doctes. Mais revenons à
nos premiers propos, employant le peu de temps que nous avons de reste
à ce sujet où je desire vous engager. Et pour vous ôter toute sorte
d'excuse et arrêter les termes de ce discours, je me veux obliger à
vous demander ce que j'en veux savoir; vous ne pourrez honnêtement
refuser de répondre et à m'en dire votre avis. Dites-moi donc, je vous
prie, de combien et de quelles personnes vous pensez qu'il sera besoin
pour instruire ce Prince.

L'AUTEUR. Vous me serrez maintenant de si près que je ne puis plus
échapper, et de courir fortune de mon honneur, j'en estimerai moindre
la perte puisque c'est pour vous obéir. Il me semble que pour cette
instruction il y en faut deux: un gouverneur et un précepteur, qui
ayent pour ce regard une mutuelle et réciproque intelligence, et que,
concurrens en dessein, ils le soient aussi en moyens pour parvenir au
but de leurs intentions.

SOUVRÉ. Quel doit être ce gouverneur, et quel le précepteur?

L'AUTEUR. Je n'ai que faire de vous décrire le premier, étant si
naïvement réprésenté dans votre personne, de laquelle Sa Majesté
faisant élection pour gouverner cette province, a fait choix d'un
personnage extrait d'une ancienne noblesse, honoré de qualités acquises
par la vertu et services recommandables faits à cette couronne; d'un
homme de bien, sage, prudent, de douce humeur et agréable compagnie;
d'un âge vénérable; considéré en ses actions, amateur du bien et
ennemi du vice; doué de sa nature d'une douce sévérité, et qui saura
très-bien prendre à propos le temps pour reprendre ce jeune Prince sans
le blâmer, et le louer sans apparence de flatterie; se faire aimer et
respecter de lui par le respect de ses bonnes mœurs et de sa bonne
vie. Quant à l'autre, il me seroit plus malaisé de le trouver que de le
peindre. Je desire pour cette charge un homme mûr d'âge et de sens, de
bonne vie et louable réputation; un homme sans reproche et droit en ses
actions, d'honnête extraction, instruit aux bonnes lettres, l'esprit
poli, de courage élevé, sans vanité, non pédant, et qui ait autre
dessein que de voler pour bénéfice dessus les mares de la Cour, ayant
rendu infâme son savoir et sa plume pour en avoir servi aux ministres
de l'impudicité; qui soit d'une agréable conversation, de bon et ferme
entendement; industrieux, après avoir bien su connoître le naturel,
l'inclination et la portée de l'esprit de ce Prince, à lui faire
goûter la douceur des semences de la piété, des bonnes mœurs et de la
doctrine; ayant fait naître dextrement en son âme le desir d'apprendre
et de bien retenir ce qu'il jugera propre; et en somme de telle vie
qu'elle prêche à l'égal de ses enseignemens.

SOUVRÉ. Quelles sont les fonctions et de l'un et de l'autre?

L'AUTEUR. Pour celle qui vous touche, je serois trop outrecuidé
de présumer la vous pouvoir apprendre; et si par aventure vous en
reconnoissez aucune pièce parmi les propos que nous aurons ensemble,
je vous supplie de le donner à la suite de nos discours plutôt qu'à
mon intention; car vous savez trop mieux que moi que la fonction du
gouverneur d'un prince est en la conduite de la personne; et comme un
bon pilote à conduire la barque, ayant son œil toujours veillant,
non-seulement sur lui, mais encore autant ou plus soigneusement sur
ceux à qui Sa Majesté aura fait l'honneur d'en approcher, ou à servir
auprès de sa personne, à ce que chacun se maintenant sous cette crainte
en son devoir, il ne voie, il n'entende et ne fasse chose quelconque
qui puisse tant soit peu laisser de la noirceur du vice sur cette
carte blanche. Les enfans, à ces premiers âges ici, pour n'avoir
pas assez de jugement pour discerner exactement le bien et le mal,
pensent que tout cela qu'ils voient qui se fait, oyent qui se dit,
est bien fait et bien dit; et apprennent, par coutume et imitation,
autant ou plus que par enseignemens. De faire cas du précepteur, qui
de soi-même étant recommandable, est comme l'un des outils principaux
de cette nourriture; d'autant que ce respect d'honneur fera que le
jeune Prince en concevra meilleure opinion et recevra de lui plus
volontiers l'instruction des mœurs et de la doctrine, en laquelle
consiste sa fonction. En outre vous savez que le gouverneur est en
cette charge comme le maître de la maison, qui se réserve, pour sa
part du ménage, le jardin et les arbres, ayant le soin et le couteau
en main pour y enter du meilleur plant qu'il puisse recouvrer, et la
sarpette au poing afin d'en ébrancher les sions superflus, lesquels les
empêchant de croître et de se fortifier, détourneroient ou feroient
avorter l'espérance conçue d'en recueillir un jour de très-bons fruits.
Il élève des palissades pour les mettre à couvert des mauvais vents,
jusques à ce qu'ils soient parvenus à leur juste grandeur, ayant alors
la force d'y résister eux-mêmes. Ainsi c'est à lui qu'appartient la
polissure des actions du Prince, et à prendre soigneuse garde qu'en
aucune façon elles ne se démentent de la vertu, jusques aux moindres
contenances que doit avoir, et bienséances que doit savoir un Prince,
pour s'en servir selon les qualités, grades, conditions, mérites,
nations et autres circonstances des temps, des lieux et des personnes.
Et pour ce, il doit, avec un soin extrême, tellement remparer par
vertueux exemples et saints enseignemens, et si bien, que l'orage et
la violence des mauvais vents des voluptés ne le puissent abattre, et
que les vents coulis de la flatterie n'aient point le pouvoir de le
gâter et corrompre en sa sève. Le précepteur en cette œconomie fera
comme le laboureur qui, ayant défriché et reconnu la nature de cette
terre, lui donnera toutes ses façons et chacune en sa saison, pour la
couvrir après de semence de sa portée; et l'un et l'autre trouvera
en la personne de ce Prince, selon mon jugement, une terre fertile
et fort aisée à manier, et par ainsi de plus grand soin; pource que
plus la terre est bonne, plus est elle sujette à produire des ronces
et des mauvaises herbes quand elle est négligée. Je lui fais offre
d'un journal d'où il pourra tirer, fil après autre, des conjectures
évidentes des complexions et des inclinations de notre jeune Prince;
et, si l'affection se pouvoit transporter, je lui en fournirois à
suffisance et autant que nul autre; voire de cette tendre et cordiale
passion que naturellement les pères ont pour leurs propres enfans.

SOUVRÉ. Il est vraisemblable que votre affection n'est point commune,
vu l'honneur que vous avez eu de le servir assiduellement depuis
l'heure de sa naissance, et employé tout votre temps à reconnoître la
nature de ce beau corps et les dispositions d'une âme si gentille; ce
seroient deux grands avantages s'ils se pouvoient trouver en celui
qui doit être appelé pour faire cette charge. Mais je vous prie de
commencer et me dites ce qui se doit apprendre à Monseigneur le
Dauphin, et quel ordre il y faut tenir, sans plus nous écarter hors de
cette carrière, si ce n'est que le peu de temps qui nous reste vous
dût empêcher d'assister à son lever et nous faire remettre la partie à
demain, comme il me semble être plus à propos de le faire ainsi. Pour
cet effet je vous attendrai en mon logis un peu plus matin; nous aurons
ce faisant plus de loisir d'en discourir et de jouir plus longuement du
plaisir de la matinée. Adieu, bonjour; vous allez voir si Monseigneur
le Dauphin est éveillé, et moi trouver le Roi, qui est encore au
promenoir.

L'AUTEUR. L'heure de son réveil approche voirement; je m'en irai donc
à son lever par votre congé, et demain je serai chez vous de meilleure
heure.


Troisième matinée.

Le jour ne faisoit que de poindre lorsque, m'éveillant en sursaut, il
me souvint de l'assignation que M. de Souvré m'avoit donnée; si bien
qu'étant prêt je pars pour y comparoître et, arrivé en son logis, je le
rencontre sur le point de sortir, n'attendant que ma venue.

SOUVRÉ. Vous êtes homme de promesse, à ce que je puis voir. Allons dans
la forêt; nous y serons plus à couvert des fâcheuses rencontres des
fainéans de cette Cour. Que vous en semble?

L'AUTEUR. Je n'avois garde de faillir à me trouver ici, puisque vous me
l'aviez commandé, et crois que vous avez très-bien jugé du lieu pour
employer sans destourbier le meilleur de la matinée.

SOUVRÉ. Entrons dans cette route qui côtoie le grand chemin. Voici
place marchande; étalez votre marchandise. J'écouterai fort volontiers,
avec cette réserve de pouvoir rompre aucune fois votre discours, pour
vous interroger selon les occurrences.

L'AUTEUR. Bien donc, je le ferai puisqu'il vous plaît ainsi, et de la
plus loyale, je prie Dieu du plus profond de mon âme de m'en donner la
grâce, puisque c'est à dessein d'en parer la personne de notre jeune
Prince, né pour régner un jour sur nos enfans. En voici la première
pièce: Dieu le créateur, après avoir démêlé la lumière d'avec les
ténèbres et mis en ordre tout ce bel univers, pétrissant de la boue,
fit son chef-d'œuvre, formant le premier homme sur le patron de son
image; puis animant de l'esprit de sa bouche cette matière brute, lui
donna la domination sur tout ce qu'il avoit créé sous l'enceinte des
cieux. Cet homme ingrat, déchu de sa perfection par désobéissance,
se fit esclave de la mort, engageant en sa chute la race entière de
tous les hommes à pareille sujétion; mais usant envers sa créature
de la douceur de sa miséricorde plutôt que de l'aigreur d'un juste
jugement, se contenta pour l'heure de le punir à vie, joignant à sa
condition le travail et la peine, se réservant d'envoyer en ce monde
son Fils unique, selon qu'il l'avoit ordonné en son conseil d'éternité,
pour satisfaire à la coulpe de son péché; et par cette satisfaction
le racheter de la peine éternelle. Par où nous apprenons qu'il n'y
a sorte d'homme qui se puisse prétendre aucunement exempt de cette
loi commune. Les grandeurs mêmes et les puissances qu'il a, de grâce
spéciale, donné aux princes et aux rois, n'ont pu les affranchir de la
rigueur de cette servitude; ayant, ainsi que le commun des hommes, à
naître, à vivre et à mourir, n'étant avantagés sur eux qu'en ce qu'il
lui a plu de les choisir pour leur mettre en main, avec autorité, la
conduite et la garde de ses plus chères créatures, les obligeant par
cette préférence à une plus étroite reconnoissance de sa bonté. Voilà
pourquoi ceux qui sont appelés pour instruire les princes doivent
en premier lieu leur apprendre cette doctrine, afin qu'ayant apprins
les foiblesses de leur nature, ils soyent admonestés d'élever à toute
heure le cœur au ciel pour demander la force et le secours qui sera
nécessaire, à celui seul qui le leur peut donner, comme il a fait la
vie et l'honneur qu'ils possèdent, et duquel, comme du roi des rois,
ils tiennent leurs empires à foi et à hommage. La connoissance de leurs
infirmités, la crainte et la révérence du supérieur, les rendra gens
de bien et par ainsi plus agréables devant sa face, plus honorés et
aimés, et obéis plus volontiers des peuples, qui deviendront meilleurs
à leur exemple. De ceci nous avons deux choses à recueillir, auxquelles
seules consiste, ce me semble, l'institution que nous voulons donner à
notre petit Prince: l'une est à lui montrer la voie qu'il faut suivre
pour devenir homme de bien; et l'autre la manière de bien faire sa
charge, pour l'exercer lorsque, selon la volonté de Dieu, il parviendra
à la royauté. A celle fin que, partant de ce monde, comme sujet aux
lois communes de la nature, il puisse être assuré de l'espérance du
salut éternel, promis et réservé au ciel aux gens de bien par le
Sauveur des hommes, et lui rendre en un même temps fidèle compte de son
administration. Or, recevant Monseigneur le Dauphin en l'âge de six
ans, si le Roi ne change d'avis, vous le prendrez sommairement instruit
de ces premiers enseignemens. Né d'une bonne et facile nature, et, si
je ne m'abuse, d'un esprit avancé, arrêté, doux et docile, et suffisant
de comprendre cette doctrine avec jugement, vous n'aurez point à y
perdre du temps; mais à si bien le ménager qu'il puisse être rendu
capable de commander en roi, quand il aura atteint l'âge requis pour
sa majorité. Et commencez par l'institution de sa personne, comme en
personne qui seroit de condition privée.

SOUVRÉ. Que faut-il faire pour ce commencement?

L'AUTEUR. Lui enseigner la parfaite vertu, cultivant ces premières
semences qu'il en a jà reçues. Cette vertu consiste en la piété et
en la prudhommie; et en ces deux jointes ensemble, la façon d'un
homme de bien, la piété lui apprendra à connoître et craindre Dieu,
et la manière dont il veut être servi des hommes. Et cette doctrine
de piété étant à plein fond traitée dedans les saintes Écritures
et les écrits de plusieurs saints docteurs et savans personnages,
qui ont vécu en divers temps en l'Église chrétienne, il sera, ce me
semble, bien à propos pour cette instruction, d'en dresser là-dessus
un petit _Catéchisme_ fort abrégé, et qui contienne seulement les
choses nécessaires, et celles que le long et légitime usage a fait
passer en nature de loi, ayant à prendre soigneuse garde de ne point
faire un superstitieux au lieu d'un homme pie et vraiment religieux;
ne se trouvant aucune chose plus contraire à la religion chrétienne
pure, sans fard et sans macule, comme est la superstition. Celle-là
forme l'homme doux, débonnaire, hardi et charitable, engendre en lui
l'amour, la révérence et la crainte de Dieu, et la paix en son âme; et
celle-ci le transforme en une bête brute, plein de félonie, de cruauté,
de lâcheté et bête impitoyable, lui laissant dedans sa conscience
l'inquiétude perpétuelle qui la remue par la peur et l'effroi qu'il va
s'imaginant de la seule justice et vengeance divine. Or, notre Prince
ayant vivement imprimée dedans le cœur la connoissance qu'il faut
avoir de Dieu, et de la sorte dont il veut que chacun le serve, il est
à présumer qu'il s'y engendrera du tronc de cette souche un provin de
science, tant du bien que du mal, pour savoir faire élection et de l'un
et de l'autre; et que de ce provin prendra naissance la prudhommie,
l'autre partie de la vertu, compagne inséparable de la naïve piété et
l'équerre de l'honneur sur laquelle il faudra qu'il aligne toutes ses
actions, ses mœurs et ses pensées, afin de vivre une vie honorable,
contente et vertueuse. L'on connoîtra qu'il aura retenu cette doctrine,
se rendant modéré, ferme, sage, fidèle et juste en ses déportemens,
de fait et de parole, avec desir de ne faire jamais envers autrui
ce qu'il ne voudroit point être fait à soi-même, le témoignant par
effet en ses bonnes œuvres à bon escient, non pas en apparence et
par feintise, à la façon des hypocrites; et n'y a point de doute que
s'adonnant à l'exercice de la piété et de la prudhommie, fortifié par
la grâce de Dieu, il ne devienne homme de bien autant qu'un homme le
peut être, ayant apprins à aimer Dieu parfaitement, et son prochain
comme soi-même. Mais tout ainsi que les viandes demeurent sans saveur
si elle ne leur est donnée par le sel ordinaire, nos actions aussi,
lorsqu'elles ne sont point assaisonnées du sel de la prudence, autre
partie de la vertu, voire la vertu même, et guide souveraine de ses
autres compagnes, qui nous donne l'intelligence pour savoir discerner
et faire choix selon les circonstances des choses souhaitables, et
de celles qui sont à rejeter tant en nos déportemens privés qu'aux
fonctions publiques, et l'œil de l'âme intelligente qui leur donne
le lustre. Et, comme il sert peu ou point du tout qu'un vaisseau soit
chargé de précieuses et riches marchandises, s'il n'est fourni d'un
vieux routier et suffisant pilote, sous la sûre conduite duquel il doit
franchir les dangers ordinaires et fréquents sur la mer, et arriver aux
côtes desirées, il est aussi très-malaisé qu'un homme, tant enrichi
qu'il soit de vertus singulières, se puisse garantir de faire jet
ou d'échouer, ou de faire naufrage au voyage de cette vie, s'il n'a
cette prudence pour le pilote de ses actions, tournant deçà, delà, ou
peu ou prou le gouvernail, faisant hausser ou caler les voiles selon
les vents des occasions qui le peuvent sauver ou perdre, porter ou
l'empêcher d'arriver à bon port, après tant de hasards et de périlleux
orages courus sur les gouffres du monde. Or d'autant que cette partie
de vertu est une bonne ménagère et plus active que les autres,
n'étant jamais oisive, mais ayant sa nature du tout en l'action,
il est très-nécessaire de faire prendre à notre jeune Prince cette
hôtesse chez soi, et pour lui confier le maniement en chef de tous ses
mouvemens, et l'assurer que tant qu'il la conservera en cette autorité,
il ne sauroit faillir, comme il advient le plus souvent à ceux qui la
méprisent et qui tombent par imprudence aux précipices de leur ruine,
et le persuader à croire fermement que quiconque est assisté de la
prudence est assisté de toutes sortes de déités.

SOUVRÉ. Vous avez, ce me semble, en peu de termes comprins beaucoup de
choses convenables à notre dessein; mais comment lui apprendrons-nous
cette partie de vertu en ce petit âge, puisqu'elle est toute en
l'action, et que les plus âgés, avec travail et soin continuels, à
peine y peuvent-ils atteindre?

L'AUTEUR. Bien que toute vertu en général soit une habitude que l'on
acquiert par l'ordinaire accoutumance, et que de toutes les vertus
cette prudence ait meilleure part en l'action que pas une des autres,
et cela de particulier qu'elle ne se peut acquérir par règles seules et
préceptes, ains par l'expérience que nous prenons des affaires humaines
passant devant nos yeux, et maniées par autrui ou par nous-même, pour y
avoir de l'intérêt, ou que ce soit par le récit de ceux qui les ont ou
conduites ou entendues, ou bien par la lecture des mémoires, des écrits
et des livres de ceux qui les ont recueillis pour le profit de la
postérité: si peut-on toutesfois, en retenant ce Prince assiduellement
dedans les bornes des œuvres vertueuses et comme en se jouant, lui
faire prendre connoissance avec cette prudente et utile maîtresse, la
lui faisant remarquer de bonne heure dans les succès bons ou mauvais
des actions de son âge, en attendant qu'il ait le jugement noué,
capable de comprendre et entreprendre lui-même ses affaires; car alors
à ses propres périls, avec plus de certitude il apprendra à devenir
prudent, étant, comme l'on dit, l'homme plus sage et avisé revenant de
plaider, ores qu'il soit expédient pour être tel, qu'il le devienne
plutôt par l'exemple des autres que par le sien, et son propre dommage,
suivant la voix de l'oracle françois qui prononce ces vers:

    _Heureux celui qui pour devenir sage
    Du mal d'autrui fait son apprentissage._

Pour cet effet, des moyens proposés celui de la lecture me semble être
plus commode et plus propre à cet âge, et nécessaire par aventure pour
les plus avancés; d'autant que la vue et la parole le plus souvent
trompent nos yeux et nos oreilles, et par ainsi le jugement, pour
n'avoir pas eu le loisir de bien considérer, n'ayant fait que couler:
là où lisant, l'esprit s'arrête tant et si peu que nous voulons, et,
ce faisant, il comprend mieux et juge plus solidement des causes, des
accidens et des conséquences des choses lues; et puis les digérant
tout à loisir avec plus de facilité, les convertit à son usage, qui
est le but où doit viser celui qui, faisant son profit de tout, desire
de se rendre homme prudent et d'acquérir cette vertu utile à des
particuliers, mais profitable et nécessaire comme un autre élément à
ceux qui ont du maniement en la chose publique.

SOUVRÉ. Je conjecture par vos discours que vous seriez d'avis de lui
faire savoir les Lettres?

L'AUTEUR. Il est ainsi, bien que l'on tienne communément qu'il
n'importe pas beaucoup que les princes soient doctes, étant assez
qu'ils fassent cas de ceux qui le sont. J'estime toutesfois que l'un
et l'autre lui sied bien; ayant les Lettres cette vertu de donner
l'embellissement, la vigueur et la force à l'esprit de l'homme, si
elles y rencontrent un bon sens naturel et la tête bien faite; et par
ainsi être besoin de l'en instruire autant qu'il se pourra, étant
très-raisonnable que celui qui doit un jour commander à tous, les
surpasse aussi trétous en suffisance. C'est un bien certes plus aisé
à souhaiter qu'à espérer pour notre jeune Prince, vu le siècle où
nous sommes, où la vieille rouillure d'une cuirasse est plus en prix
que l'excellence de la splendeur et lumière de la doctrine; ce sont
malheurs qui suivent à la queue des guerres intestines. Mais espérons
que le Roi son père appellera auprès de sa personne des pareilles
lumières à celles-là que nos pères ont vues reluire de leur temps
autour de celle de quelques-uns de ses prédécesseurs; et tout ainsi
comme il travaille incessamment pour le repos et la grandeur de son
empire, qu'il ne sera moins curieux d'épargner quelques heures pour les
donner à son Dauphin, et aviser à faire tout ce qu'on peut imaginer
pour élever ce fils au degré le plus haut de la perfection où l'homme
puisse atteindre par les voies humaines: pour, après infinis labeurs
soufferts en cette vie, remporter dans le ciel, pour le comble de
ses trophées, cette joie en son âme d'avoir remis entre les mains de
ce cher enfant un royaume assuré, florissant et paisible, et de tous
ses sujets l'obligation d'une étreinte éternelle de leur avoir laissé
son fils pour successeur, c'est-à-dire un Prince des plus parfaits et
accomplis, et rétabli en sa personne l'honneur des bonnes Lettres sur
le trône royal, leur estime à la Cour et par toute la France. C'est
toujours acte digne de gloire en un bon père de laisser un enfant
semblable à soi.

SOUVRÉ. Pensez-vous que les Lettres soient si fort nécessaires à former
l'homme à la vertu? Car j'en ai vu et en connois plusieurs, estimés des
plus doctes, aussi méchans, sots et impertinens que l'on en sauroit
voir.

L'AUTEUR. Il est vrai, mais ce n'est pas la faute des Lettres, ains
de ceux qui les savent et qui abusent malicieusement, imprudemment ou
sottement de cette grâce non commune. Le couteau est aiguisé pour en
trancher la viande et le pain, et l'employer après à notre nourriture,
et non pour en tuer aucun. L'on fait donner le fil à l'acier d'une
épée pour sa conservation ou la défense de son pays, et non pour en
commettre un homicide de guet-à-pens ou envahir injustement l'héritage
de ses voisins. Le sublimé et l'arsenic, poisons mortellement cruels,
n'ont point été donnés par la nature pour s'en servir à ces usages où
la déloyauté des hommes a détourné leur vertu naturelle. Le vin est
ordonné de Dieu pour donner la vigueur, le confort et la joie au cœur
de l'homme, non pour noyer et étouffer brutalement le sens et la raison
dans les excès de ce puissant breuvage. Ce n'est donc point le fer,
l'acier, le sublimé, l'arsenic, ne la grappe que l'on doit accuser;
ne détester les Lettres, mais la perversité de ceux qui convertissent
en pestilent poison l'aliment salutaire, et, faisant banqueroute à la
vertu et à leur conscience, changent en un contraire usage la nature
des choses. Que si les Lettres ne donnent d'elles-mêmes cette prudence
que nous cherchons pour notre jeune Prince, comme il se trouve beaucoup
de gens fort avisés qui n'en eurent jamais aucune ou bien petite
connoissance, si ont-elles cette propriété de donner la lumière à nos
entendemens, ainsi que l'air illuminé l'apporte à notre vue; d'être
les gardes des magasins où l'on emprunte les outils pour se faire la
voie à la conquête de cette toison d'or; c'est où l'on trouve le ciseau
propre pour ébaucher, et la varloppe pour aplanir le brut de notre
entendement; ce sont les garde-notes de toutes choses que l'homme peut
comprendre, le répertoire et le registre des actions humaines, dressés
pour soulager la foiblesse de la mémoire, et d'un usage incomparable à
ceux qui les possèdent, et qui en usent sans vanité et sans orgueil,
pour avoir acquis la possession d'une telle richesse.

SOUVRÉ. Il est certain que les hommes de lettres, tant pour l'utilité
que pour le grand contentement qui leur revient de telle connoissance,
ont beaucoup d'avantage, et je reconnois que c'est un très-riche
ornement en la tête d'un roi, et nécessaire extrêmement à l'homme
politique, apprenant par l'histoire les fondemens des plus puissans
et durables États avoir été jetés dessus la base des bonnes lois
construites par des hommes de cette profession, et depuis conservés
et maintenus en leur entier par leurs sages avis: et voyant telles
gens être appelés encore dans les conseils des princes et des rois,
et employés plus souvent que tous autres aux entreprises et décisions
des plus grandes affaires, et de paix et de guerre. Mais poursuivez et
me dites, je vous prie, par quelle procédure vous le voudriez rendre
savant.

L'AUTEUR. C'étoit anciennement une coutume entre les Perses d'avoir,
près du palais royal, un lieu nommé par eux _la place de Liberté_,
et dans son circuit trois grands départemens destinés à loger
diversement, suivant trois sortes d'âges, tous ceux qui vouloient être
instruits à la vertu, selon leur discipline. Elle étoit séparée des
autres habitations, de peur que par le mélinge de la multitude et du
commun des hommes, ils n'eussent à se ressentir des vapeurs de leur
corruption. Or le premier département étoit pour les jeunes enfans, où
l'on les intruisoit à rendre la justice, tout ainsi qu'aujourd'hui nous
les mettons dans les colléges pour y apprendre les lettres; ayant un
soin singulier à ce que du commencement leurs enfans fussent si bien
nourris qu'il ne leur print jamais envie de vouloir faire, penser, ne
dire ou consentir aucune chose déshonnête et mauvaise. Cyrus, lequel
par sa propre vertu se fit depuis monarque, y fut nourri jusques à
l'âge de douze ans. Pour ces raisons, laissant à part les rigueurs et
la façon de leur discipline, j'aurois à souhaiter un lieu particulier
comme eux, tel qu'il seroit choisi par Sa Majesté, pour y laisser ce
jeune Prince jusques à ce qu'il eût apprins ce que l'on peut savoir,
pour être aucunement capable d'apprendre de soi-même, et tant que l'âge
avec l'instruction eût un peu façonné ses actions, formé son jugement,
et du tout égoutté ces petites humeurs qui accompagnent communément
les premières années de la vie; ce qui seroit, à mon avis, fort à
considérer en cette nourriture. Car si le Roi trouvoit bon de ne le
voir que par fois, il n'en rapporteroit que le contentement du profit
remarquable qu'il y verroit de temps, et n'auroit pas le déplaisir des
mauvaises créances qui pourroient échapper aucune fois, en sa présence,
à la foiblesse de son âge. Et si toute la France, qui maintenant
jette les yeux sur ce cher nourrisson, mue d'espoir ou tremblante de
crainte pour ne savoir quel il doit être à l'avenir, n'en recevroit
aucune impression de mauvais augure, ne de volonté d'un sinistre
dessein; comme possible il se pourroit faire, le voyant en public,
par préjugé de ces défauts que l'industrie réforme en la nature.
J'estime toutesfois qu'il le voudra retenir auprès de sa personne,
là où j'espère que, pour l'amour extrême qu'il porte à Sa Majesté et
l'incroyable crainte qu'il a de lui déplaire, et sur la connoissance
que je puis avoir acquise de son bon naturel, de la portée et de la
force de son entendement, et assuré de votre vigilance, il réussira
selon nos vœux et nos espérances. Et pourtant, Monsieur, ne laissez
pas à renforcer vos gardes à ce que la bonne semence que vous aurez
jetée dans ce bon fond ne soit enlevée par les vents des débauches,
naturalisées aux Cours des grands, et emportée avant, possible, qu'elle
ait été couverte de la terre, ou ne soit étouffée par les mauvaises
herbes qu'auront produites les pois sucrés des flatteurs ordinaires qui
ne craindront pas de le perdre, pourvu qu'ils puissent du hasard de sa
perte élever leur fortune.

SOUVRÉ. Je le crois ainsi; mais de quelque façon que Sa Majesté en
veuille disposer, je vous prie de me dire ce qu'il vous semble qui se
doit faire.

L'AUTEUR. D'autant que le langage est l'instrument commun à tous les
hommes pour faire entendre les conceptions de leur entendement, et
que ceux-là, soyent anciens ou modernes, qui ont laissé par écrit les
sciences, les arts, leurs inventions, observations, les histoires
des nations et des hommes illustres, les ont écrites en leur propre
langage, et que les œuvres de la plupart sont ou se lisent traduites
en langage latin, le seul qui de tous les anciens est plus communément
connu et entendu par toute notre Europe, je suis d'avis de le lui faire
apprendre; et pour cet effet, n'étant plus des vulgaires, lui enseigner
sommairement les préceptes que l'on doit suivre pour le savoir
entendre, le parler et l'écrire, sans faire faute, et sans perdre le
temps sur ces principes par les longueurs, dont usent ceux qui ont
mis en trafic l'instruction de la jeunesse. Puis, étant assuré sur
ces premières règles, il sera bon de le jeter dans les auteurs, où il
l'apprenne par l'exercice assiduel d'icelles, et vous verrez que, par
l'usage ainsi continué, il l'apprendra en peu de temps insensiblement,
plutôt que par préceptes. Et comme nous voyons des honnêtes hommes de
ce temps qui envoyent leurs enfans aux pays étrangers pour apprendre
les langues, les faisant à ces fins séjourner dessus les lieux où
l'on estime se parler mieux le langage de la nation, jusques à ce
qu'ils l'aient suffisamment appris; croyant que l'eau des fontaines
est toujours plus pure, il faut aussi pour pareil effet l'abreuver
dans la pureté des sources de Cicéron, jugé des hommes doctes, sans
controverse, le plus pur et le plus élégant entre tous les Latins, et
sans en goûter d'autre jusques à ce qu'il ait apprins à imiter cet
excellent original. Alors, ayant en main ce passe-partout, de soi-même
il ouvrira les portes pour entrer chez les autres, empruntera des uns
les douceurs des lettres humaines, des autres les discours véritables
de leurs histoires, de ceux-ci les façons de faire la guerre, de
ceux-là l'industrie des arts, des autres les sciences. Bref, de chacun,
selon les différens sujets, il fera son emprunt à jamais rendre; car ce
sont créanciers autres que ceux du change, laissant au débiteur leur
fond, et le profit à grandissime usure.

SOUVRÉ. Vous l'avez, ce me semble, tranché bien court et clos en peu de
mots beaucoup de besogne.

L'AUTEUR. C'est l'imagination et mon desir qui m'ont fait abréger, me
l'ayant l'un et l'autre représenté déjà totalement instruit. Et à la
vérité, voyant que nous entreprenons d'endoctriner un Prince, non de
faire un docteur régent, et prévoyant qu'il seroit malaisé d'avoir un
lieu à part et du temps suffisant pour l'instruire parfaitement de
toutes choses, à quoi la vie entière d'un homme seul ne peut pas même
suffire, il le faut rendre universel, et à ces fins trouver quelque
sentier plus court que la voie commune. Ce sera donc par abrégés, lui
faisant en iceux apprendre les termes seuls et comprendre en général
les sujets des arts, des sciences et des histoires, à celle fin
qu'étant devenu grand il puisse avec intelligence prendre plaisir et
profiter aux beaux discours de toutes sortes d'excellens personnages,
tels qu'un Prince de sa qualité doit ordinairement tenir autour de sa
personne, qui lui seront alors autant de leçons, où il puisse s'égayer,
quand il voudra, sur les pièces entières. Et, pour ce faire, il sera
besoin d'y établir un ordre et le garder avec assiduité; l'un rendra la
facilité et l'autre la doctrine; l'ordre sera au partage qui se fera du
temps, en épargnant certaines heures pour les employer du tout à son
étude; le demeurant à ses autres actions, et l'assiduité en l'ordre
continué sans intermission.

SOUVRÉ. Faites-en le partage et me dites comment il les faut employer,
et les autres aussi que vous lui réservez hors de l'étude.

L'AUTEUR. C'est un ouvrage qui se doit conduire à l'œil; mais
puisqu'il en faut dire quelque chose, prenez quatre heures des
vingt-quatre, deux pour le matin et autant pour après midi.

SOUVRÉ. Que doit-il faire le matin?

L'AUTEUR. Qu'il soit vêtu et tout prêt à sept heures, et puis, suivant
l'avis sacré du Caton François:

    _Avec le jour commence sa journée,
    De l'Éternel le saint nom bénissant._

Puis se mette à l'étude jusques à neuf, aille après prier Dieu en
l'église, et, au sortir de là, soit libre jusques à onze, heure de son
dîner. A une après midi qu'il rentre en son étude jusques à trois, puis
soit libre jusques à six, heure de son souper, et son coucher à neuf.

SOUVRÉ. Avant que de se mettre au lit que doit-il faire?

L'AUTEUR.

    _Le soir aussi, son labeur finissant,
    Le loue encor, et passe ainsi l'année._

Voilà l'ordre de la première journée, le modèle des autres. Il n'y
aura rien à changer qu'en tant que son précepteur le jugera par le
progrès remarquable qu'il aura fait, l'avançant lors dans les écrits
du même auteur ou des autres choisis, enseignant les lettres humaines,
propres à duire les humeurs et les mœurs des hommes à la douceur et à
l'honnêteté.

SOUVRÉ. Vous n'avez point parlé de lui faire savoir la langue grecque,
que je vois en si grande estime entre les hommes doctes?

L'AUTEUR. Non, d'autant qu'elle n'est que pour ceux qui font
particulière profession des lettres et sans usage aujourd'hui, au
respect de la latine; mais on lui apprendra, au lieu de celle-là, les
langues vulgaires des nations voisines, avec lesquelles les affaires
de ce royaume se mêlent ordinairement le plus, y employant les
échantillons qui resteront des heures ordinaires, et d'abondant une
heure aux jours de repos.

SOUVRÉ. Vous ne dites rien des poëtes, desquels le monde fait si grand
cas?

L'AUTEUR. Je vous dirai d'eux ce qu'en dit un ancien: que le Prince ne
doit point ignorer ce qu'ont écrit les excellens poëtes et les grands
philosophes, mais qu'il se doit rendre tant seulement auditeur de
ceux-là et disciple de ceux-ci, jugeant que la solidité et vérité de la
doctrine de ces derniers étoit l'instruction des hommes à la vertu; les
vanités et fictions des autres n'étant que pour flatter et complaire
à nos sens, une voie douteuse à leur destruction. Non que je veuille
mettre au rang des destructeurs les premiers poëtes des anciens Grecs
qui lors étoient leurs théologiens, ne ceux qui parmi les Romains nous
ont laissé infinité de beaux enseignemens; car je suis d'avis qu'ils
lui soient interprétés aux heures que son précepteur estimera, sur
sa capacité, être des plus commodes, mais bien ceux-là, tant anciens
que modernes, qui ont perdu le temps pour le faire aussi perdre
misérablement aux autres, ne l'ayant employé qu'à choses vicieuses et
plus que suffisantes à détourner facilement l'homme de bien du droit
sentier des actions vertueuses, quand, se laissant piper et chatouiller
l'oreille aux cadences de leur mesure, ce poison emmiellé met en
désordre les proportions et doux accords que la vertu a formés dans son
âme. Et par ainsi il est très-nécessaire de rejeter au loin et tels
écrits et leurs auteurs de devant sa présence, comme pestes sans merci
de la simple jeunesse; suivant en cela l'avis du divin philosophe qui,
pour mêmes raisons, ne vouloit point qu'ils eussent part ne portion
aucune en sa République.

SOUVRÉ. Quand il saura le langage latin, êtes-vous pas d'avis que l'on
continue à lui montrer aussi, sommairement, les autres arts, comme vous
avez dit?

L'AUTEUR. Oui.

SOUVRÉ. Quels?

L'AUTEUR. Celui qui enseigne à parler avec ornement de langage; et lui
en apprendre seulement autant qu'il en est besoin pour former la façon
de parler et d'écrire d'un Prince comme lui, de telle sorte qu'elle
soit pleine, pure, propre, serrée, élevée en paroles et en conceptions,
et surtout en sa langue, sans y mêler en façon quelconque des artifices
déguisés et des afféteries de ceux qui parlent en public pour plaire
aux assistans, ou pour les induire, au lieu de vérité, à croire le
mensonge par l'obscurcissement du pur et du lustre d'icelle; étant
telles ou pareilles choses fort éloignées de la grandeur et gravité
d'un roi, qui pour tout but ne doit avoir devant les yeux que la
rondeur et la justice. Et d'autant que l'esprit humain est fort sujet
à s'abuser souvent en ses résolutions, il sera bon qu'il sache quelque
chose de l'art qui enseigne les hommes à bien raisonner, à nettoyer et
démêler la vérité d'avec son contraire, afin de ne se tromper point en
ses conceptions, pour former et affermir son jugement.

SOUVRÉ. Quant aux sciences, quelles lui peut-on apprendre?

L'AUTEUR. Quelques parties de celle qui nous donne à connoître les
choses de la nature, sans s'égarer dans les contentions. C'est celle-ci
qui fut jadis tant prisée par Alexandre qu'il l'estima ne devoir être
profanée, la rendant commune à chacun, en écrivit à Aristote, son
précepteur, se plaignant de lui pour l'avoir divulguée, ayant voulu
que la prérogative de cette connoissance lui demeurât particulière
par dessus tous les hommes, comme il l'avoit en grandeur de courage,
en puissance et autorité. Et quant à la science de ce qui est par
dessus la nature, d'autant qu'elle est toute contemplative, les
princes et les rois tous destinés pour l'action, et ceux de France
mêmement plus propres à gagner les batailles qu'à méditer ou faire des
harangues, laissons-la pour ceux qui sont voués à la contemplation,
et remplaçons des parties les plus utiles des sciences mathématiques.
Celle des nombres tienne le premier lieu, comme l'entrée pour pénétrer
à toutes; elle comprend des utilités sans nombre. Puis la géométrie,
qui fait connoître les proportions et les mesures de toutes choses,
avec leur usage; défectueuse sans la première et toutes deux tellement
nécessaires qu'il est fort malaisé que sans icelles un prince puisse
parfaitement savoir beaucoup de choses appartenant au devoir de sa
charge, en temps de guerre aux fonctions militaires, en temps paisible
à celles de la paix. Que la musique suive après, non pour chanter, mais
pour l'écouter et prendre plaisir à celle seulement qui instruise et
ne détruise point, et aye le pouvoir de ramener à son repos son esprit
ennuyé de déplaisir, ou travaillé du fardeau des affaires; essayant
par icelle, comme il le faut par tous autres moyens, d'entretenir la
consonnance naturelle que ses actions, en si petit âge, nous font
juger être dans son âme, et disposer également, par une düe proportion
de tons et contrepoids diversement égaux, les intervalles inégaux et
mouvemens divers de son esprit à l'exercice de la justice, qui n'est
rien qu'harmonie. Ayant en main le compas et la règle, faites lui
mesurer le globe de la terre, et reconnoître après, par le menu, les
pièces de ce grand héritage qui doit échoir au temps préordonné tout
entier en sa main; lui en apprendre, se promenant dans son cabinet,
les routes et les voies, afin qu'après avoir pareillement prins langue
de l'histoire sur la nature de tant de régions, des mœurs et des
humeurs, des lois et des coutumes de tant de sortes de nations qui
possèdent le monde, il puisse un jour, avec pleine science, bâtir ses
entreprinses et porter ses desseins sur toute l'étendue de la terre
habitable. Puis, élevant son étude plus haut, vers le lieu de son
origine, qu'il monte de degré en degré sur le globe céleste, tenant
au poing les mêmes instrumens, dont il mesurera l'immensité et la
construction de ce grand édifice, reconnoîtra les êtres de ce divin
palais, les demeures, les promenoirs des deux grands luminaires, les
domiciles des astres et des étoiles qui comme vice-rois et lieutenans
du souverain Monarque, à la mesure de leur autorité, selon leurs
différens regards ou diverses inclinations, gouvernent sans cesser tout
ce qui est sous eux au demeurant du monde. Il y remarquera la place du
Roi son père, qui reluira un jour au ciel comme un autre soleil, lui
servant lors de Nord aux actions de sa vie; et près de lui verra la
sienne, où tous les deux ensemble, et le père et le fils, après avoir
rendu les droits à la nature, chargés d'ans et de gloire, composeront
un astre flamboyant que la postérité nommera d'eux l'_Astre des Rois
de France_. La connoissance enfin de la mécanique lui sera nécessaire,
pour être la science qui donne les inventions de composer et fabriquer
toutes les sortes de machines, étant ici à remarquer l'inclination
extrême qu'il y a de la nature. Voilà le cercle raccourci des arts et
des sciences que l'on peut faire apprendre à notre jeune Prince en peu
d'années, pourvu que l'on en donne le loisir.

SOUVRÉ. Je le crois, et ne se trouvera par aventure aucun ou peu de
gens qui réprouvent cet ordre, ni à redire à mon avis; si ce n'est en
ce que du commencement vous avez mis l'histoire au rang des abrégés,
qui doit tenir le premier lieu en l'instruction des princes.

L'AUTEUR. Il est vrai, je l'ai fait; mais pour l'instruire de bonne
heure en gros aux affaires de sa maison, puis en celles des autres,
selon l'ordre des temps, avec intention de lui remettre en main
la pièce entière après l'échantillon. Car je tiens que l'histoire
est l'école des princes, et que le nôtre y doit être nourri pour y
apprendre à vivre et la manière de bien faire sa charge, et se rendre
meilleur par l'imitation ou dommage des autres. C'est où il trouvera
des yeux pour tous ceux qui seront sous son obéissance; c'est une
glace de cristal, le miroir de la vie, où il verra en la personne
d'autrui louer ses actions sans flatterie, et les blâmer sans crainte.
C'est un bon conseiller, sans passion, et ami très-fidèle, duquel
il apprendra les dits, les faits et les conseils des princes et des
grands personnages. Sa connoissance est si utile et nécessaire que,
la savoir parfaitement, c'est, vivant notre vie, vivre de celle des
autres qui ont vécu, et acquérir les siècles tout entiers par l'emploi
fait à la lecture d'un petit nombre d'heures, hâtant notre vieillesse
sans abréger la vie, en tant qu'elle est la vieillesse des jeunes gens;
et par ainsi il trouvera dans cette seule école la double face de la
prudence dont nous avons parlé, laquelle, tout ainsi comme elle voit,
lui fera voir les choses jà passées pour se savoir souplement gouverner
sur le train des présentes et pourvoir aux futures. Et de ce lieu il
tirera ce maître conducteur pour le tenir inséparablement auprès de
sa personne et lui donner à faire le ménage de ses actions et de ses
pensées, et en effet pour lui confier sa fortune et sa vie. C'est
en somme ce que je pense qui se peut proposer comme un projet pour
l'accomplissement de la première partie de cette instruction.

SOUVRÉ. Vous le laissez en bonne main; nous avons tous à prier Dieu
qu'assisté de sa grâce, il lui donne ce guide. Le voilà, ce me semble,
savant, instruit par la piété aux choses de la foi; aux bonnes mœurs
par la prudhommie; aux lettres par les arts qui lui ont apprins à
droitement et richement parler, et enseigné le droit usage de la
raison, donné par les sciences la connoissance des choses naturelles,
celle des nombres et de leurs effets, tant sur les corps solides que
sur l'entendement humain par leurs proportions et diverses mesures, et
fait, sans partir d'une place, courir toute la terre, puis écheller
les cieux et ouvert les moyens d'en faire les machines, pour à la fin
comprendre par l'histoire l'état et la nature des affaires du monde.
Mais ne pensez-vous pas que six ans de temps, continué par certaines
heures, puissent suffire à cette étude?

L'AUTEUR. Oui, et sera facile en un esprit docile comme le sien, étant
servi d'un précepteur soigneux, industrieux et docte, qui l'aime et
qui connoisse exactement son naturel et ses inclinations. Que si
l'on reconnoît être besoin encore de quelque temps, il y peut être
satisfait, l'empruntant sur les deux années suivantes.

SOUVRÉ. C'est lors aussi, à mon avis, qu'il faudra commencer à lui
montrer ce qui sera de sa vacation et à lui faire connoître les
affaires, le faisant souvent assister au Conseil, où il verra, selon
les occurrences, mettre en usage tous ses enseignemens. Et, pour ne
perdre aucun temps, que ferons-nous de ces heures-là que vous avez
mises en réserve pour ses autres actions?

L'AUTEUR. Qu'il les emploie à son plaisir et à passer honnêtement le
temps. Il est bien raisonnable de donner quelque relâche à son esprit,
et, ce faisant, avoir égard en même instant à sa santé, disposition et
force corporelle, laquelle se conservera et s'accroîtra par exercices
prins à propos, selon son âge, et qui soient si convenables qu'en
exerçant le corps ils égayent l'esprit, et égayant l'esprit ils
exercent le corps.

SOUVRÉ. Quels?

L'AUTEUR. Il y en a de diverses façons, comme est le promener, danser,
sauter, courir, jouer aux barres, à la paume et au pale-mail, se
promener à cheval, la chasse de l'oiseau, celle du lièvre avec des
lévriers; réservant les autres plus forts et violens à plus grand âge,
comme tenant aucunement de la nature de la guerre. Et tout ainsi que
d'un poison de lent et languissant effet, qu'il s'abstienne des jeux
oisifs et autres passe-temps où le hasard a plus de part que l'honnête
industrie, s'accoutumant à prendre plaisir à toutes sortes d'exercices
bienséans à sa qualité, selon les âges et la force du corps, par le
moyen desquels il puisse devenir plus habile et de paroître tel à
la face de tout le monde. Jusques ici nous avons recherché la voie
pour donner à ce Prince la façon d'un homme de bien. Je le vois tel
entre vos mains; mais ce sont vêtemens communs à plusieurs sortes
de personnes; il vous faut désormais de ce Prince homme de bien en
façonner un Roi. Or, d'autant que l'heure de son réveil approche, je
vous supplie de me donner congé. Je verrai cependant les boutiques
mieux assorties, où je prendrai des plus belles étoffes pour tailler à
mon retour ses ornemens royaux.

SOUVRÉ. J'en suis content, et, fort content de cette matinée, je m'en
irai trouver le Roi. Adieu donc jusques au revoir; je vous ferai savoir
de mes nouvelles.


Quatrième matinée.

L'aube du jour commençoit à paroître quand, travaillé d'inquiétude
pour la chaleur démesurée de la nuit, je me lève en intention d'aller
au parc prendre le frais et l'occasion de donner quelques heures tout
seul à mes pensées. Mais, sortant du château, je fais rencontre dessus
le pont-levis d'un honnête homme venant à moi me dire que M. de Souvré
m'attendoit dans la forêt, au même lieu auquel, deux jours auparavant,
il m'avoit laissé, avec promesse de me faire savoir de ses nouvelles.
Changeant donc de dessein et de chemin, j'arrive auprès de lui, qui
se promenoit, écarté de ses hommes, et l'ayant salué et informé de la
santé de notre jeune Prince: Monsieur, lui dis-je, vous me semblez plus
pensif que d'ordinaire.

SOUVRÉ. Il est vrai, je le suis; car depuis ne vous ai-je vu la
souvenance du sujet et des choses dont nous avons parlé, et le desir
extrême d'en entendre la suite me donnent tant d'impatience que j'en
perds le repos, et sans aucun relâche jusqu'à votre arrivée, sur
la créance que vous venez fourni d'outils et de matière propre pour
accomplir l'ouvrage. Continuons donc, je vous prie, et revêtons notre
Prince de sa robe royale.

L'AUTEUR. Vous me surprenez, car n'ayant point pensé à devoir venir
ici, je ne me suis pas préparé pour pouvoir à mon gré satisfaire
suffisamment à votre espérance ni à moi-même.

SOUVRÉ. C'est tout un; ne vous excusez point, employez ce qui est sur
vous et me dites quel est le fondement et quelles sont les principales
formes des États, les parties royales et vertus héroïques dont il nous
faut revêtir et orner notre Prince.

L'AUTEUR. Tous ceux qui considèrent l'ordre que Dieu a établi sous
soi, en la conduite du monde universel, y reconnoissent visiblement
toutes sortes de créatures sensibles et insensibles, encloses sous les
cieux, être obligées à obéir et sujettes à suivre les inclinations,
l'autorité et les puissances par lui données aux corps supérieurs,
et de cette juste correspondance de supériorité et de subjection qui
conserve cet univers, ils font ce jugement que c'est un exemplaire qui
doit être imité des hommes, pour l'union particulière et générale de
l'humaine société, qui se colle, se lie et s'entretient par le ciment
du COMMANDEMENT et de l'OBÉISSANCE; la base des États se déjoint et
dissout, se perd et se ruine quand l'injustice se couple à l'un et
le mépris à l'autre. Or les hommes des premiers siècles ayant connu,
ou par instinct, ou par discours, ou par expérience, le besoin de
cet ordre pour leur conservation, en ont élu et élevé aucuns d'entre
eux, avec pleine puissance de les régir et gouverner; et à ces fins,
selon la diversité des occasions, des temps et des affaires, les uns
en ont choisi un certain nombre des plus notables et signalés en
prouesse et vertus; les autres ont laissé en commun cette autorité.
Mais les plus sages l'ont confiée entre les mains d'un homme seul,
jugeant que cette forme de commander, la première de toutes, étoit
purement naturelle, la meilleure, la plus paisible, plus assurée, plus
légitime, et la plus approchante de la Divinité, ayant par succession
de temps quitté cette sorte d'élection au mérite des princes, donnant
à eux et à leurs successeurs en héritage et les biens et la vie. Et
d'autant que les peuples soumis aux princes de cette condition ont à
les recevoir tels que la nature les donne, c'est un crime sans nom à
ceux qui ont la charge de gouverner leur première jeunesse si, par
faute de soin et de louable nourriture, ils ne deviennent bons et
capables de leur vacation, la plus difficile certes, mais plus belle de
toutes, ne se trouvant entre Dieu et les hommes rien de si excellent
comme la royauté. C'est ici donc où il vous faut vivement travailler,
étant, par le vouloir de Dieu et le choix de Sa Majesté, nommé pour
instruire ce Prince, qui a porté conjointement avec sa naissance le
droit héréditaire de ce noble royaume, et l'heur ou le malheur qui lui
doit advenir, selon l'institution bonne ou mauvaise qu'il recevra, de
laquelle vous seul serez garant à tant de milliers d'âmes, surtout au
Roi, qui vous donne son fils, ainsi comme un bon père, pour le nourrir,
non tant pour soi et son plaisir particulier que pour le bien et le
profit commun de tous ses pauvres peuples. Puis donc que la façon de
commander à la royale nous représente la divine, et que le Roi est
l'image de Dieu gouvernant toutes choses, voire même un Dieu humain
en terre, jà n'advienne qu'en la personne de ce Prince si cher à cet
État, au lieu de cette image il se forme un fantôme ou quelque Roi
en apparence, semblable à ces grands colosses qui n'ont rien que la
morgue, ne fermeté que sous la pesanteur de cette masse oisive dont
il sont composés, et ne paroissent que par l'extérieur, ayant pour
contrepoids le creux de leur poitrine plein de vieille ferraille,
de bourriers et d'ordure, et qui pour n'avoir été plantés de droite
ligne dessus leur piédestal, grosses masses muettes, sans mouvement
ne sentiment aucun, penchent premièrement, puis tout-à-coup fondent
dessous leur propre faix. Mais vous n'aurez, à mon avis, à craindre
pour ce regard; car ce Prince étant déjà si sûrement planté dessus le
cube de la vertu, c'est-à-dire si bien instruit en la connoissance de
Dieu et de soi-même, et son âme héroïque tellement balancée d'une si
juste proportion par les préceptes de la piété et de la prudhommie,
il faut croire plutôt de lui que les appâts, les mouvemens et les
secousses des choses vicieuses n'auront jamais assez de force pour le
faire branler, et qu'ainsi faisant, il cueillera les fruits d'un prince
vertueux, ne se trouvant pas seulement homme de bien pour soi, mais
pour tous ceux qui tomberont en sa subjection, lesquels considérant
ses actions, se régleront eux-mêmes sur le patron de sa vertu et de sa
bonne vie:

    _Car les rois sont toujours des peuples les objets,
    Et tels comme ils seront, tels seront leurs sujets._

Cette imitation engendrera dedans leurs cœurs de l'amour envers sa
personne, l'affection, l'inclination et la facilité de ployer sous le
joug de son obéissance. Oh! que c'est une sûre et fidèle garde pour un
roi que son intégrité, l'une des causes principales d'un règne heureux,
paisible et perdurable!

SOUVRÉ. Dieu lui fera la grâce, s'il lui plaît, de voir ce que vous
dites; mais puisque notre Prince est ordonné du ciel pour commander à
l'avenir en Roi, quelle est la fin de sa vacation?

L'AUTEUR. C'est le bien du public; car ores que les rois soient nés
pour dominer en terre, de pouvoir souverain, si doivent-ils penser que
ce n'est point par eux, et reconnoître cette confession qu'ils font
au frontispice de leurs écrits publics, de tenir leurs royaumes de
la grâce de Dieu, qui les oblige par icelle d'avoir le soin du salut
et du bien et sûreté des peuples, et que c'est abuser de la charge
de préférer leur intérêt particulier à celui de la république, ne
jugeant pas que l'intérêt du peuple est le pur intérêt du roi, qui ne
diffère du tyran qu'en cette circonstance. Qu'il reçoive donc cette
loi venant du ciel pour première leçon, et la retienne tous les jours
de sa vie, en usant envers ses sujets ainsi que Dieu le fait comme bon
père envers ses créatures, prévoyant et pourvoyant entièrement à leurs
nécessités, et qui veut être par les hommes jalousement qualifié de
cette qualité, les nommer et tenir pour ses propres enfans, que notre
Prince ne la méprise point et en fasse les œuvres sur le partage qui
lui en sera fait par sa divine volonté; n'estimant pas moins honorable
le beau titre de père du pays que celui-là de roi; car comme un père
est naturellement le monarque d'une famille particulière, un roi l'est
d'un royaume composé de plusieurs. Sur quoi il considérera qu'étant
né, comme il est, dedans cette royale et ancienne famille qui domine
sur les François, c'est pour y être le maître un jour et commander
sur eux, non point en étranger, les gourmandant outrageusement pour
satisfaire à l'abandon de ses cupidités, mais en père et en roi, ayant
toujours devant les yeux ces paroles du peuple saint et celles de
son roi: _Nous sommes, Sire, vos os et votre chair, et vous êtes mes
frères et ma chair et mes os_; pour y apprendre que le devoir d'un bon
et sage roi, c'est de conduire et gouverner son peuple avec amour de
frère et charité de père, s'il en veut retirer une franche et prompte
obéissance. Nourrissant donc dedans son âme une si sainte intention, il
régira ses peuples, les contenant en leur devoir par une juste égalité,
mère, nourrice et gardienne de toutes choses, armé de la JUSTICE et
tenant en sa main cette balance qu'il a portée du ciel à sa nativité,
rendra et fera rendre sans fléchir à chacun le sien:

    _Contregardant le bon, punissant le coupable_;

et commencera à exercer en sa personne le pouvoir de cette vertu, comme
première des fonctions royales, réglant en soi les appétits désordonnés
des passions de l'âme, afin qu'étant juste pour soi, il le soit pour
le peuple. Ce seroit entreprendre d'ôter au monde le soleil à celui
qui voudroit ôter au prince cette vertu que l'on reconnoît être d'une
telle importance qu'un roi en perd sa qualité, et souvent son État,
par faute de ce fondement, le fondement d'un État légitime. Ayant
donc à commencer en soi l'exercice de la justice, et la justice étant
l'effet et la fin de la loi, et la loi l'ouvrage du prince, fait par le
ministère de la raison, qui ne diffère de la justice que de nom, il se
doit rendre exactement soigneux de la bien conserver, en s'obligeant
lui-même à la loi, reine des hommes et des dieux, c'est-à-dire engager
toutes ses actions aux conditions d'icelle, sous les règles de la
raison, vertu particulière que Dieu a mise pour différence entre
nous et les bêtes. Ne fera point comme aucuns princes, par aventure
mal conseillés ou peu prudens, qui n'estiment souverain bien en leur
empire que de n'avoir rien par-dessus eux qui leur fasse la loi; sans
considérer que les bonnes lois ce sont les chaînes et les liens qui
retiennent en corps les parties de l'édifice du royaume, non plus un
royaume, mais un pur brigandage, quand on les voit anéantir ou se
lâcher sous l'effort du mépris ou de la violence. Cette submission
élevera son honneur et ses gloires, et rendra ses sujets plus souples,
voyant leur Prince tout le premier donner les mains à la raison, sous
laquelle il fera des justes lois pour faire vivre ses peuples en sûreté
sous ce couvert; et comme il en sera l'ouvrier, la garde aussi et
la direction lui demeureront propres en souveraineté, pour dominer,
en sorte qu'il ne soit fait aucune injure aux plus accommodés, et
empêcher que par faveur, par haine ou autre passion, les plus puissans
n'oppressent les débiles, ains en reçoivent tous, selon les lois, un
traitement égal; par ce moyen se rendant immortel, car il est bien
certain que ces deux grandes vertus, Piété et Justice, canonisent les
princes. Fasse peu de nouvelles lois, la multiplicité étant indubitable
marque d'une insigne corruption dans le corps d'un État; les vraies
lois ce sont les bonnes mœurs. Et puis un jour il doit entrer en la
possession d'un royaume comblé de bonnes lois, toutes fois accablé
dessous la pesanteur du tas de ces formalités qui en ont prins la
qualité et occupé la place, par la malice industrieuse de quelques-uns,
qui ont rendu vénale la poursuite de la justice, et convertie en un
métier de sordide déception. C'est un mal envieilli où il faudra qu'il
remédie à temps, avec prudence et bon conseil, faisant faire une
élection de toutes les meilleures lois, pour en garder l'usage.

SOUVRÉ. J'approuve fort cette doctrine; elle est de Dieu, tout juste,
et la justice même. Mais il n'est pas aussi tant rigoureux qu'il n'en
relâche aucune fois pour donner lieu à sa miséricorde; et m'est avis
que parfois notre Prince en doit user ainsi, y apportant quelque
adoucissement.

L'AUTEUR. C'est la vérité, et si cette clémence, bien qu'elle semble un
peu gauchir à la justice, ne donne pas moins de lumière et d'assurance
à la grandeur des princes quand ils en usent avec discrétion. Cette
vertu est des plus grandes, toute royale, et conforme à l'humanité,
et, mieux qu'à nul autre de tous les hommes, bienséante à un roi, qui
est, comme l'on dit, en plein drap pour la mettre en usage, tenant
de pouvoir souverain en sa disposition la vie et la mort de tant
de créatures. Il en usera donc avec jugement, selon les temps, les
personnes, les lieux, la nature des crimes et autres circonstances,
lesquelles par la diversité de leurs changemens peuvent rendre
coupables et faire châtier des hommes qui auront fait quelque chose
louable, et juger même être faute un fait advenu d'aventure. Qu'il
pardonne avec mesure, non point à chaque bout de champ, rendant sa
clémence commune; car faire grâce sans distinction considérable, c'est
introduire le désordre et la confusion, et faire planche à la foule des
vices. Ce n'est pas une plus grande cruauté de ne donner aucune grâce
que de l'octroyer indifféremment à chacun; si d'aventure la douceur et
l'aigreur balancent au forfait du coupable, qu'il frappe coup sur la
balance, la penchant à l'humanité. Ainsi qu'il soit humain; l'excessive
rigueur est mère de la haine, mauvaise gardienne non-seulement de la
principauté, mais de la propre vie du prince souverain, et recherche
plutôt de se faire obéir par amour que par crainte, comme Dieu le
demande de nous. Par ces moyens il se rendra aimé, et sous cette amitié
assurera sa vie, maintiendra d'une telle façon l'honneur de son État,
jusques à la vieillesse, qu'il pourra le consigner en mourant à sa
postérité, pour en jouir et le posséder en paix jusques à pareil âge:
enseigné par expérience qu'il n'y a point de citadelle plus forte
pour un roi que de n'en avoir que faire, comme sera celui qui fera sa
citadelle du cœur ses sujets, auquel les régimens de gens de pied
et les gardes du corps ne serviront que de parade. Fera punir à la
rigueur les fautes d'importance et préjudiciables à la chose publique;
pardonnera les siennes: car de venger ses injures, bon au particulier,
non à un roi, sans déroger à la grandeur de sa majesté. Il sera donc

    _Prompt à merci, tardif à la vengeance_;

et se mire pour ce regard dedans les actions du Roi son père, lequel
donnant par préférence ses intérêts particuliers aux offenses
publiques, n'a point trouvé plus de secours en sa grande valeur qu'en
sa rare clémence; ayant par les rayons d'icelle, comme un puissant
soleil, dissipé les épaisses obscurités et profondes ténèbres où ce
pauvre royaume étoit enseveli, lui redonnant le jour et la sérénité
dont il jouit et s'éjouit par toutes ses parties. Il y contemplera
son infaillible Foi qui le fait triompher de tous ses ennemis. Cette
vertu est du tout nécessaire au prince aimant l'honneur, le bien public
et ses propres affaires; c'est la matière dont se fait le ciment du
fondement de la justice, le seul lien le plus étroit et plus commun
des conventions des hommes. Cette vertu qui se peut dire la source
des vertus, contient en soi le pouvoir et la force des autres, et
rend le prince très-assuré qui se trouve couvert de ce bouclier à
toute épreuve. Que notre Prince en fasse état, et pense mûrement
avant que de promettre et de donner sa foi, mais la maintienne après
inviolablement, demeurant ferme comme un rocher en ses paroles et
promesses; et ne tende l'oreille pour se la laisser empoisonner à ces
âmes perdues qui le voudroient persuader d'en pouvoir autrement user,
pour l'espérance de la douceur d'un intérêt particulier ou profit
déshonnête, ou pour autre sujet, dessous le masque de quelques faux
prétextes, qui, pour cachés qu'ils soient, se découvrent à la fin, à sa
honte et ruine. Un prince, voire un homme privé, sans cette vertu c'est
un corps privé d'âme. Dieu hait l'homme parjure et l'en punit; Dieu est
fidèle, le prince le doit être puisqu'il en est l'image. Et d'autant
que l'on voit faillir et se perdre le plus souvent les hommes élevés en
degré souverain de la bonne fortune, pour se laisser porter légèrement
à l'essor par le souffle des vents impétueux de la présomption, de
la superbe et de l'orgueil, dédaignant trop outrageusement ce qui se
trouve au-dessous d'eux, voire tout ce qui est égal à eux; que notre
Prince ne fasse pas ainsi, mais dressant ses actions au niveau de la
modestie, vertu gemelle de la clémence, bannisse de son âme et de sa
Cour cette peste de vanités tant ordinaire et comme domestique à la
suite des grands, des princes et des rois. Qu'il considère que si
Dieu l'a fait naître d'autre condition que le commun des hommes, que
la puissance qu'il a sur eux ne le rend pas moins homme, ni pétri
d'autre pâte; que le plus grand en dignité, ce n'est qu'un peu de
poudre haut élevée qui doit être dans peu de temps ravallée à l'égal
des plus viles; que Dieu surhausse les petits et abaisse les grands,
fait un sceptre d'une houlette et le change quand il lui plaît au soc
d'une charrue; qu'au monde il n'y a rien de si fragile que la vie de
l'homme; qu'un fier lion sert souvent de carnage aux moindres animaux
et qu'il n'y a dessous le ciel aucune chose de plus certaine comme
l'incertitude et la mobilité des affaires humaines. Fasse paroître sa
modestie extérieurement, se rendant doux et affable à chacun selon sa
condition, courtois à la noblesse, aux hommes d'âge mêmement et aux
vieux cavaliers; car plus un prince est grand en dignité, plus il élève
sa grandeur par cette courtoisie; il suffit de pouvoir. En son parler
fuie le trop et le trop peu, le composant de douceur et de gravité;
d'autant qu'il est bien plus séant de voir aux hommes les oreilles
ardentes à écouter les paroles d'un roi ou prince souverain que
languissantes et saoules de l'ouïr trop parler. Ne mente point, loue
le bien, blâme le mal aussi, sans toutesfois prendre plaisir à faire
profession d'injurier, de se moquer, ne vertu de médire. Cela tient
du faquin et du bouffon, et rien du souverain, qui ne doit retenir
en ses actions, ne même en sa pensée, aucune chose de l'obscur du
vulgaire; puis, d'en user ainsi, les courages se piquent, les volontés
s'égarent et s'aliènent sans retour aucunes fois les plus entières
affections. Soit accessible, mais non commun à ses sujets; soit prompt
et patient à donner audience; écoute tout, juge de tout sans passion et
soit considéré à faire ses réponses, et jamais n'offense personne de
fait, et ne rebute de parole fâcheuse ceux mêmement que la nature des
affaires contraindra de parler à lui, ains les écoute paisiblement, ne
permettant qu'ils se retirent de devant sa présence sans en recevoir
quelque contentement, afin que toute l'obligation et le bon en demeure
à lui seul, et le mécontentement, s'il en échet après, retombe sur le
dos de ceux qui feront ses affaires, croyant qu'il n'y a moucheron qui
ne porte son ombre, ne si petit chat qui ne porte sa griffe; et qu'il
ne se voit rien au monde de si ferme ne si bien établi qui ne puisse
être endommagé ou recevoir atteinte par chose plus débile; et que par
un dépit ou une indignité, aucunes fois, selon l'occasion,

    _Un sujet courageux peut détruire un empire_.

Qu'il soit propre, non excessif en sa vêture, et laisse aux femmes
ces curiosités; la sienne principale soit l'ornement de son âme, la
préférant aux parures du corps. En usera de même au manger et au
boire, s'accoutumant à tout, mais sans participer aux dissolutions de
ceux qui en font ordinaire. Qu'il fasse règlement en sa maison une
honorable et splendide dépense, et soit toujours accompagné d'une
troupe choisie et magnifique suite. Bref, qu'il compose tellement sa
parole, son port, sa contenance, ses gestes et ses pas, et ses autres
actions, que sa naïve et naturelle majesté n'en puisse jamais recevoir
aucune flétrissure; car elle est très-puissante et nécessaire, autant
ou presque plus que la vertu, pour le chef d'un empire. Qu'il soit
libéral; la libéralité est vertu propre pour un roi; elle consiste en
une légitime dispensation des récompenses et bienfaits envers ceux qui
les ont mérités par services louables faits à l'État ou à sa personne.
C'est l'étai et l'appui d'une juste domination; que notre Prince en
use à la proportion de ses commodités, selon les hommes et le temps,
avec jugement et mesure, de peur que par l'excès et la profusion, la
libéralité ne s'épuise d'elle-même, et la source en tarisse, et soit
contraint après, pour y fournir, de recourir aux moyens illicites.
Par les mains de cette vertu, le prince garde et retient ceux qui
l'aiment, remet en voie les dévoyés et range aucunes fois les plus
fiers ennemis. Et pour autant qu'il n'y a rien aux actions des hommes
de plus brutal et odieux envers Dieu, que de les voir prostituer comme
en dépit de la raison, et se donner en proie à l'appétit des sens,
aux plaisirs de la chair, que notre jeune Prince, pour éviter leurs
douceurs trompeuses, suive la chasteté, comme l'une des tutrices de la
santé du corps, et l'un des contrepoisons des souillures de l'âme; et
d'un même temps ramène la colère et la dompte du tout; ou se garde du
moins que cette passion ne le transporte et le porte au péché. Qu'il
ne la couve point, ains plutôt la fasse paroître, pource que la colère
retenue et cachée se forme en haine, et cette haine avec le temps en
desir de vengeance, et ce desir enfin se convertit en cruauté. Et si
d'aventure vous remarquez en lui tant soit peu d'inclination à cette
humeur soudaine, il y faudra soigneusement veiller, à ce que par une
habitude continuée, sous la douceur de vos enseignemens, il se rende
le maître de cette passion, de conséquence très-dangereuse quand elle
trouve place dedans l'âme d'un roi, qui peut tout ce qu'il veut. Ne le
rudoyez point; il penche plus à la mansuétude qui procède du sang, que
vous embraseriez, et ce faisant par succession de temps se corromproit
tout ce qui est en lui de bonté naturelle. Roidissez continuellement
contre un homme colère, vous en ferez un furieux. Que si ce Prince
échappe aucunes fois, gauchissez souplement à ses promptitudes, les
arrêtant par une vive et gracieuse répréhension qui lui puisse donner
une appréhension honteuse de la faute commise, ou que ce soit par les
exemples des actions d'autrui, par les raisons ou par autres détours;
mais principalement comme en ses autres imperfections, par le respect
et la crainte du Roi, disposant doucement toutes ses volontés par le
point du devoir et de l'honneur, à faire joug dessous la révérence de
ce nom seul. Ainsi vous le rendrez à soi, vous le rendrez à la raison,
et à telle créance que vous voudrez qu'il ait, qui sera celle-ci:
Qu'un prince doit avoir touche franche dessus le vice, et ses actions
toutes frappées au coin de la vertu, et qu'en ceux de cette qualité,
il n'y a vice ne défaut aucun qui soit indifférent. Car les vices d'un
prince sont plus à craindre que ne sont pas les ennemis naturels de
l'État; ceux-ici peuvent être vaincus et déconfis entièrement en un
jour de bataille, les autres non, qui font ferme et demeurent en pied
aussi longtemps comme le prince en la lumière de la vie. Les ennemis
ne font qu'effleurer la campagne, mais les vices du prince, c'est en
camp clos une armée invincible, qui perd et qui corrompt les bonnes
mœurs, sape et détruit les lois, et à la fin renverse de fond en
comble et l'État et le prince. Pour faire tout ceci, il est besoin
d'avoir un magnanime et généreux courage, recommandable en tout, mais
non moins estimé à subjuguer les sales et vicieuses passions qu'à
vaincre et à surmonter les traverses du monde. Or cette magnanimité
est convenable à tout homme, pour abaissé qu'il soit de sa condition,
mais du tout à un prince, et paroissant plus à clair haut élevée sur
un trône royal, au milieu d'une Cour, où plus elle se trouve rare,
plus elle est admirable. Que notre Prince donc, qui la tient de sa
nature, ne s'en relâche point, pour s'empêcher de fondre dedans le
calme de ses prospérités, et de couler à fond durant les tourbillons
de ses mauvaises fortunes, et pouvoir essarter tout d'une main les
superfluités, jusques aux moindres, qui tiendront à son âme, s'il aime
Dieu, l'honneur du monde et la conservation d'une honorable renommée,
l'unique but des actions d'un prince, pour la garder sans tache durant
sa vie, et la laisser après en héritage à ses enfans, et en exemple
aux princes à venir, par les labeurs de quelques-uns qui auront prins
la peine d'enregistrer ses plus beaux faits pour les donner avec leur
nom à la postérité. Tels instrumens ne lui défaudront pas lorsqu'il
les aimera, donnant honnête récompense au mérite de leur vertu; et ce
faisant, n'aura que faire de souhaiter comme Alexandre; pour un Homère
il en trouvera cent qui sacreront son nom, son los et sa réputation à
l'immortalité.

SOUVRÉ. Il est certain que les princes doivent aimer donner du bien et
de l'honneur aux hommes qui font profession des Lettres, lesquels par
leur docte industrie rendent la vie à leur vertu, qui mourroit avec eux
ensevelie au fond d'une éternelle sépulture. N'ajouterez vous rien de
plus à ces derniers propos?

L'AUTEUR. Non, Monsieur, en voilà pour ce coup la dernière des fleurs
de lys dont nous avons semé le champ de son manteau royal, et en cet
équipage il nous le faut instruire et le rendre capable de pouvoir
dignement à l'avenir tenir le trône de ses pères, lui mettant en la
main le gouvernail pour lui apprendre à conduire l'empire. Or c'est
ici qu'il aura bon besoin de se laisser entièrement guider sous la
boussole de la Prudence, dont nous avons parlé, il y a quelques
jours, comme étant très-utile à tout homme aux actions privées, et du
tout nécessaire à celui-là qui tient en chef le timon des affaires
publiques, ayant à emprunter de cette vertu la connoissance des
détours et des voies par où l'on peut avec dextérité venir à bout ou
se garder de quelque dessein impossible à la force, et à faire comme
le bon pilote qui prend le vent de rumb en rumb pour entrer sûrement
dedans le port, n'ayant pu l'entreprendre par la plus courte route,
sans danger du naufrage. Mais d'autant qu'il est malaisé de donner des
préceptes et des règles particulières pour acquérir cette vertu, et
qu'un chacun s'en doit faire, prinses sur la nature de la diversité
des circonstances de tout cela qui peut tomber aux actions humaines
par l'expérience d'autrui, ou par la sienne propre; et par ainsi
étant très-difficile qu'un prince souverain puisse être de soi-même,
et par les seules forces de son entendement, assez capable de manier
les affaires de son État, comme il seroit à souhaiter tant pour le
repos de son esprit que le bien de son peuple, il sera nécessaire de
mettre de bonne heure auprès du nôtre des personnages de probité et
suffisance reconnue qui en aient le soin, les uns pour le conseil et
pour l'instruire aux affaires, et les autres pour le service et la
conservation d'une si chère tête, et tous ensemble si gens de bien,
qu'il ne se perde pour en être autrement, aucune chose en lui de
cette bonne et sainte nourriture qu'il a prinse jusques ici. Vous y
êtes déjà pour la personne, avec autorité de commander en sa maison et
en sa chambre; il vous faut un second en sa garderobe qui soit homme
de qualité, d'âge et de prudhommie, car c'est par ces deux portes que
le vice ordinairement fait son entrée, puis dans les cabinets, et de
là glisse son poison dessous les feuilles du plaisir dedans l'âme des
jeunes princes, quand ceux qui en portent les clés n'y font pas bonne
garde.

SOUVRÉ. Nous voilà maintenant sur un sujet de très-grande importance
pour l'honneur et le bien de notre petit Prince; mais nous entretenant,
allons vers le jardin pour y apprendre des nouvelles du Roi. Plût-il
à Dieu avoir pu reconnoître quelle en seroit sa volonté sur cette
élection; nous serions hors de peine, n'ayant plus qu'à la suivre. Il
n'y mettra rien en oubli, étant père qui aime si chèrement ce fils, et
roi si plein d'expériences qu'il ne s'en trouve aucun vivant, ni entre
ceux qui ont vécu, un autre de pareil, qui ait comme lui acquis une
plus grande connoissance en tout ce qui se peut des affaires du monde,
pour avoir, dès ses plus tendres ans, si souvent éprouvé et combattu
si vertueusement les inconstances de la fortune. Ce n'est pas une
chose des plus aisées à un prince de bien savoir faire le choix de ses
serviteurs, et de juger à quels usages ils peuvent être propres; il y
faut du jugement, de la prudence et de la dextérité, sa réputation, à
mon avis, étant beaucoup intéressée en la bonne ou mauvaise élection
d'iceux. Et pource je desirerois de faire remarquer au nôtre quelques
indices pour n'y être point abusé, mais principalement certaines
marques pour lui apprendre à reconnoître les flatteurs dessous le
masque d'affection; estimant que la flatterie entraîne avec soi toutes
les autres qualités de mauvais serviteurs, et qu'il n'y a aucune sorte
d'infection ne de peste plus dangereuse autour des princes comme
l'haleine de telles gens, suffisante de perdre et de corrompre les
meilleurs, les plus sains et plus fermes, et bien souvent de renverser,
rez pied rez terre, et eux et leurs empires.

L'AUTEUR. Il est certain qu'en cette élection il y va de l'honneur et
du bien, voire j'ajouterai de la vie du prince, qui sont en sûreté
entre les mains et en la confiance d'un serviteur fidèle, aimant son
maître de tout son cœur, sans dissimulation, et sans avoir en sa
pensée aucun dessein à son propre avantage. Vous avez bien jugé de
l'humeur des flatteurs et des effets de la flatterie, marque assurée
d'un bas et lâche cœur en ceux qui la recueillent avec plaisir et s'y
laissent piper, autant et possible plus qu'aux autres qui en usent
seulement à dessein de faire leurs affaires. Ce sont ces vermisseaux
qui ne s'attachent qu'aux bois plus tendres et délicats, c'est-à-dire
à ceux-là qui sont de plus facile et meilleure nature, comme elle est
plus communément aux premières années de la jeunesse, qui se laisse
ronger facilement et perdre sans remède par cette vermoulure, si de
bonne heure l'on ne s'en donne garde, étant très-difficile à découvrir,
d'autant que cette vermine porte cachée dessous le voile d'amitié
l'amorce venimeuse dont elle fait la prinse de ceux qu'elle pourchasse;
puis en ce qu'il n'est rien tant naturel à l'homme que l'amour de
soi-même, qui lui aveugle le plus souvent de telle sorte les lumières
du jugement, qu'il ne voit non plus qu'une taupe en plein midi dans ses
plus lourdes actions, et se flatte plus que nul autre dedans l'impur de
ses propres fautes. C'est l'une des plus grièves maladies qui puisse
saisir l'entendement humain, qui cependant qu'elle lui dure, ne voit
rien qu'à travers le verre de ses fausses illusions, et peu à peu le
fait glisser dedans les piéges de la présomption, meurtrière passion
de la vertu et des idées vertueuses. Mais s'il y a quelque moyen pour
découvrir l'hypocrisie de ces galants, en voici quelques uns entre
plusieurs des plus communs, à mon avis indubitables. Vous les verrez en
général souplir comme couleuvres et complaire en toutes façons, couler
toujours sans résistance aucune de fait ne de parole, et surpasser
aucunes fois les vrais amis et plus fidèles serviteurs, en soin, en
diligence, et en tout autre témoignage qui se peut rendre d'une sincère
affection. Ayant connu qu'il n'y a rien entre les hommes qui les oblige
plus étroitement que de se voir aimés et voir aimer pareillement les
mêmes choses qui leur sont agréables, et par ainsi faisant le guet
assiduellement, comme des chiens couchans pour prendre le gibier, et
reconnoître les défauts de la place sur laquelle ils ont fait dessein,
jugeant que la complaisance est la seule machine propre pour s'en
faire les maîtres. Ils s'étudient à imiter entièrement, et à tromper
en imitant les mœurs, les complexions et les façons de faire, et tous
les exercices où ils s'apercevront que le prince prendra plaisir. S'il
est voluptueux, ils seront des Sardanapales; s'il est d'humeur colère,
ils seront furieux; s'il est mélancolique, ce seront des Timons; s'il
contrefait le borgne, ils se feront aveugles; s'il a la goutte au bout
du doigt, ils feindront de l'avoir nouée par toutes les jointures;
si les Lettres lui plaisent, ils auront toujours en parade un livre
pendant à leur ceinture; et s'il se plaît à la chasse du fauve ou de
la bête noire, ils porteront dedans leur sein les meutes à douzaines
et, sans partir d'un cabinet, avaleront les forêts toutes crues. Ces
gens ici, gens sans honneur, qui n'ont non plus de honte qu'ils ont
de conscience, pleins d'artifices dissimulés et doubles, on les verra
railler, mentir effrontément, médire, bouffonner et tirer de leur
forge des petits contes pour lui donner à rire, frappant aucunes fois
sur leurs intimes amis et sur eux-mêmes, plutôt que de n'avoir aucune
chose à lui dire, ne tâchant qu'à complaire à quel prix que ce soit;
faire parfois de bons offices en public pour être crus, et assommer
après, comme on dit, dessous la cheminée; dire du bien pour avoir loi
de nuire, ne parlant qu'à demi; tous variables à dessein en leurs
opinions, donnant au noir la blancheur de la neige, à la blancheur la
noirceur de l'ébène, et réprouvant, selon l'occasion, ce qu'ils auront
auparavant loué, puis exaltant jusques au neuvième ciel les mêmes
choses qu'ils auront réprouvées et ravalées jusques au centre de la
terre; et, comme vrais coqs de clocher, vous les verrez pirouetter au
gré du vent des volontés du prince, ou, naturels caméléons, prendre
le teint, quand bon leur semble, de toute sorte de couleurs si ce
n'est de la blanche, figure de la probité. Ils sont mouvans, actifs
et assidus, et vont chauffant la ceinture à chacun, s'entremêlent de
tout. Ils savent faire tout, ils sont tout, ils font tout, et devant
lui les bons valets, faisant valoir impudemment des services non faits
ou à faire, en parole, se présentant souventes fois sans respect et
sans sujet à des imaginaires, jusques à souffler sur le manteau, ou le
poil ou la plume qu'ils n'y auront point vue. Jamais tant serviables,
voire invincibles, que aux choses déshonnêtes, ne moins qu'aux
vertueuses; car s'il se parle de porter le poulet, ils élancent la
main tout les premiers pour en faire l'office; si d'envoyer quelqu'un
avancer le piquet, ces vaillans à dessein planent muets et coulent
doucement, se retirant commes limaces sous la voûte de leurs coquilles;
ne s'attachent jamais qu'à la partie la plus brute de l'homme, ne
chatouillant que les gales de son âme, afin de l'éloigner tant qu'ils
pourront hors des voies de la raison, pour y planter au lieu une humeur
fainéante, mollasse et sans saveur. Boivent souvent sans honte les
affronts qu'ils reçoivent de leur effronterie, mais, sans démordre
leur dessein, suivent toujours de même leur première brisée, disant
qu'il n'y a qu'eux qui gouvernent la Cour, qui gouvernent le roi.
Entre leurs artifices plus déliés et le charme de la louange dont ils
abusent étrangement, nommant monarque le prince qui n'aura que trois
pouces de terre, celui du nom d'Hercule lequel sera sans courage, et du
nom d'Adonis un plus difforme que Thersite; et par la force d'icelui
voit-on aucunes fois, comme se défiant de leur juste valeur, s'ivrer
et s'endormir les cœurs plus généreux au récit de leurs vaillantises,
souffrant même avec plaisir d'avoir les oreilles grattées de choses
controuvées en leur honneur, tant ils ont agréable la mélodie de ces
cautes sirènes, et d'avaler si doucement le breuvage de cette Circé
qui les transforme insensiblement, et rend semblables à la fin aux
compagnons d'Ulysse. Mais le pire de tous est celui qui se plaît à
les aimer et à se flatter soi-même; il n'y a plus alors d'espoir de
guérison pour cette maladie si familière, et comme naturelle à l'esprit
des plus grands, lesquels ayant mis une fois cette foiblesse en vue de
chacun n'ont jamais faute de ces amis de plâtre qui accourent à eux de
toutes parts, et les rendent semblables à la fin à la chouette mise
sur la tonnelle, au milieu d'une plaine, environnée d'oiseaux de toute
espèce, lesquels dessous la douce feinte de leur jargon, gazouillent
et se moquent de son aveuglement et de sa turpitude. Voilà ce peu
d'observations qui s'est pour cette fois représenté à ma mémoire,
touchant cette sorte de faux visages qui, par le grand malheur des
princes et des rois, font leur repaire coutumier au milieu de leurs
Cours, dans leurs conseils, dans leurs palais, dedans leurs chambres,
dedans leurs cabinets, où, en toute saison, elles trouvent de quoi à
faire proie de tout âge; étant ainsi très-mal aisé que leurs enfans y
puissent recevoir telle instruction comme il la faut jusques à l'âge
de jugement, ni possible plus outre, sans ressentir en quelque sorte
l'infection de ces oiseaux de mauvais augure, contre laquelle il ne se
trouve qu'un seul moyen pour prévenir cette contagion.

SOUVRÉ. Par ce que vous m'en avez dit, au pied je reconnois la bête;
mais je vous prie, découvrez moi cet antidote pour préserver notre
Dauphin de ce poison si artificieusement déguisé.

L'AUTEUR. C'est cettui-ci, dont la propriété fut jadis révélée par
l'oracle, compris en ces trois mots:

    _Connois-toi toi-même._

SOUVRÉ. Comment en faut-il user?

L'AUTEUR. Quand il entendra quelqu'un louer son nom, admirer ses
vertus, magnifier toutes ses actions, le nommant prince juste, clément,
fidèle, libéral, courageux, courtois, doux, et galant entre les
dames, et l'honorant de telles ou de pareilles qualités vertueuses,
qu'il entre en soi-même pour y faire une vive recherche de la vérité,
éprouvant ces paroles sur la pierre de touche du jugement intérieur,
qui ne peut s'abuser, pour reconnoître si elles sont de bon ou de
mauvais aloi, et considère à froid s'il ressent en son âme du repentir
ou de la honte de n'être rien moins que cela, la connoissant au
contraire souillée d'iniquité, de cruauté, d'infidélité, de sordide
avarice, de brûlante colère, pleine de peur, de lâcheté, et tout-à-fait
pourrie de passions honteuses et vilaines de la chair; et croie alors
que ce sont des flatteurs insignes qui se moquent de lui à ses dépens,
de ceux de son honneur et de sa conscience. Mais si par son malheur il
néglige de faire cette recherche et en méprise la procédure; s'il prend
plaisir à recevoir pour bons ces faux titres et qualités menteuses,
et si la honte divulguée de son erreur ne le ramène point, ains lui
sert d'un aiguillon plutôt que d'une bride, fasse le fin tant qu'il
voudra, le mal est sans remède et son État en voie de ruine. Or ce sera
de votre soin, Monsieur, à prévenir en lui par une bonne nourriture
tous ces défauts et les malheurs qui les suivroient de près. Je veux
espérer pourtant de la grâce de Dieu, que ce jeune Prince, durant sa
vie, produira et des fleurs et des fruits par ses entières et saintes
actions qui ne démentiront aucunement la nature de ce bon plant que
vous aurez enté dessus les sauvageons des premières années de son âge.

SOUVRÉ. Je le desire et l'espère, et de le voir ainsi quand il sera,
comme vous l'avez dit, instruit en la piété, aux bonnes mœurs et à la
doctrine, y ayant ajouté ce qui lui touche de savoir pour se rendre
capable de gouverner dignement un royaume. Mais il est tard, et, ce
sujet de long discours, je suis d'avis de le remettre à demain et que
ce soit au portique de Neptune. Voilà aussi le Roi qui se retire par
le jardin, et j'ai à parler à Sa Majesté avant son dîner. Adieu, il me
faut un peu hâter le pas.

L'AUTEUR. Bonjour, Monsieur, je ne faudrai à m'y trouver de bon matin.


Cinquième matinée.

A peine il étoit jour lorsque je m'éveillai, touché de crainte de
faillir à M. de Souvré, et m'étant levé soudain, je m'achemine vers le
portique de Neptune, où je le trouve ne faisant que d'y arriver. Puis,
après quelques propos communs, nous promenant, il parla en cette sorte:

SOUVRÉ. Quand je viens à considérer en combien de façons nous sommes
obligés à reconnoître les assistances de la bonté de Dieu, celle
qui me touche plus vivement au cœur, comme la principale, c'est la
miraculeuse conservation de la personne du Roi, ayant, depuis l'heure
de sa naissance jusques à celle-ci, prins un soin particulier de
conserver sa vie aboyée de toutes parts, contre laquelle on a tant
conspiré de fois, et depuis et devant que lui avoir ôté de dessus
de son chef la couronne d'épines pour y poser une couronne d'or,
lorsqu'il se portoit jusques au centre des périls pour l'assurer à son
prédécesseur, a fait cesser les persécutions ouvertes et cachées, dont
le cours de sa vie avoit été suivi sans intermission. Comme fauteur
du droit et protecteur des rois, il a béni ses travaux et ses armes,
en ayant reconquis l'héritage de ses ancêtres, et par icelles rendu
la paix universelle à ses sujets, domptant ses ennemis tant dedans
que dehors le corps de son royaume, et à la fin pour le comble de ses
faveurs et bénédictions, il lui a donné un fils, et un tel fils si à
propos, qu'il semble avoir voulu combler en sa personne sa vieillesse
de joie et de consolation, et arrêter en lui pour jamais son repos et
celui de son peuple. En somme, il ne se voit, en tout le cours de cette
vie, que des miracles faits pour le garder et le conduire de sa main
sur ce trône royal qui lui étoit débattu, mais dû par les droits de
nature et les lois de l'État. Or maintenant, encore qu'il travaille,
comme l'on voit, avec tant de soucis au rétablissement de toutes
choses, que la longueur et l'opiniâtreté des discordes civiles avoient
réduites en une étrange confusion, il ne faut point douter qu'il ne
pense souvent à la nourriture de son Dauphin, et ne desire comme père
de le rendre (s'il est possible) accompli comme il est, et comme Roi
d'emporter un jour au ciel l'étroite obligation de ses pauvres sujets,
pour les avoir tirés à bord et sauvés du naufrage, avoir établi leur
repos, et leur avoir enfin laissé, comme il fera, un Roi de sa façon.
Mais pour revenir à nos discours des jours précédens, je reprendrai le
fil de votre projet, que j'approuve fort; car vous l'avez prins par le
bon bout, disant que la première sagesse en l'homme c'est de connoître,
aimer et craindre Dieu, pour le servir après selon sa volonté, et
qu'il faut de bonne heure vivement imprimer cette doctrine en l'esprit
de ce jeune Prince, comme la seule qui produit les vertus, règle nos
mœurs et nos actions, et engendre la paix et la tranquillité en l'âme
de chacun, et celle qui guide nos pas et nous ouvre la porte à la vie
éternelle; qui apprend aux rois à reconnoître les foiblesses humaines,
et Dieu pour souverain sur eux; que c'est lui qui, de pure grâce, donne
les sceptres et les retire quand il lui plaît, les affermit entre
les mains de ceux qui, avouant cette grâce de lui, vivent en gens de
bien et gouvernent leurs peuples en douceur et justice; et comme il
les arrache du poing à ceux qui, par ingratitude la mettant en oubli,
abusent merveilleusement d'une charge divine; et disant qu'il pourra,
sous la clarté de ce fanal, cueillir facilement les bonnes mœurs et
vertus héroïques, et conduire ses actions en telle sorte qu'il passera
heureusement ses jours, aimé, estimé et honoré de chacun. Puis en ce
que vous proposez qu'il doit savoir les Lettres, sur la connoissance
que vous avez de la portée de son esprit, de l'ordre qu'il y faut
tenir, et du temps qu'il est nécessaire d'y employer; encore, à mon
avis, que le plus grand savoir d'un roi et prince souverain soit
d'être docte aux bonnes mœurs, aux affaires du monde, et surtout à
ceux de son État, je le trouve toutes fois bon, sachant combien les
Lettres fournissent de lumières à notre entendement, s'il se rencontre
ferme. Et puis il faut qu'un roi sache de tout, soit excellent par
dessus tous, puisqu'il doit commander à tous. Et enfin le voulant
faire commencer à connoître les affaires à l'âge de douze ans, je
l'estime à propos, et crois qu'en cela vous avez prins ce qui en est
de l'intention du Roi; car, si je ne m'abuse, il voudra lors qu'il
fasse sous lui son apprentissage, et à la vérité il ne sauroit trouver
un meilleur maître, l'étant devenu à ses propres dépens, et de quelle
façon, tout le monde le sait; mais je vous prie de renouer ici le fil
de cette instruction.

L'AUTEUR. Monsieur, le sujet est maintenant tout autre, surpassant
ma capacité et mon expérience. Toutes fois puisqu'il vous plaît de
m'engager à cette suite, j'en prendrai le hasard sous votre garantie.
Or donc, présupposant Monseigneur le Dauphin instruit à la vertu
par votre diligence, doué de qualités requises à un Prince de sa
condition, pour devenir en peu de temps capable de comprendre et de
conduire les affaires de l'État, il me semble qu'il faut en premier
lieu lui apprendre à connoître en masse quelle est la composition et la
situation de ce royaume, et puis, par le menu, en toutes ses parties,
et comme ce grand corps est composé de nombre de provinces, et ces
provinces de plusieurs grandes villes et superbes cités, d'infinis
bourgs, villages et châteaux: qu'il sache quelles sont leurs forces
et foiblesses, leurs formes d'établissement, quelles leurs lois et
leurs coutumes, quelles sont leurs commodités ou incommodités; mais
surtout quelles en sont les humeurs des hommes qui habitent toutes ces
places, première connoissance du prince né ou appelé pour commander en
souverain, qu'il ne doit divulguer, ains la garder du tout à soi et
pour ses confidens, comme l'un des plus grands secrets de l'empire.
C'est une connoissance que le Roi s'est tellement acquise par un long
temps, et tant d'expériences qu'il ne la peut mieux recevoir que de
lui, qui le délivrera, en ce faisant, d'une peine excessive et d'un
grand emploi de temps, l'apprenant de sa propre bouche en moins de
demie heure. Après, avec le temps, l'âge et l'usage, il apprendra
lui-même à pénétrer en général le naturel des hommes, et en particulier
les inclinations que ses sujets tiendront de la nature, selon les
régions où ils ont prins naissance, ou lieux de leur demeure, et selon
la diversité de leur condition, éducation et manière de vie en leur
vivre ordinaire; les rois et princes souverains ne pouvant donner
loi qu'avec incertitude, sans cette connoissance, aux nations qu'ils
ont à commander, imitant lors les sages écuyers qui reconnoissent
premièrement la bouche du cheval, pour lui donner après une embouchure
propre à le conduire et manier selon leur volonté. Mais cependant
que l'on lui donne à connoître la nature du peuple, ses changemens,
ses inégalités et mouvemens divers, par où ce Prince puisse juger de
l'instabilité des dominations, étant fondées sur la mobilité d'un
sujet si bizarre, et apprendre que toutes prennent fin, mais plus tôt
ou plus tard, selon les bons ou les mauvais moyens, les forts ou les
foibles liens que chaque prince emploie pour établir et maintenir sa
souveraineté; et que cet établissement et conservation dépend de la
prudence, du bon entendement et de l'expérience du prince souverain,
pour savoir retenir à l'ancre du devoir l'inconstance de ce vaisseau
par les câbles de bonnes lois divines et humaines, et former son
autorité par la bonne opinion dont il rendra aimable sa personne,
admirable par sa vertu, et redoutable par la réputation et la propre
puissance de son État, non-seulement à ses sujets, mais envers
les peuples voisins et nations lointaines; étant certain que sans
l'autorité il n'y a plus de domination.

SOUVRÉ. Que doit-il faire pour établir et maintenir cette autorité?

L'AUTEUR. Qu'à sa première entrée à la conduite souveraine des affaires
publiques, il donne de si louables impressions de soi qu'il en soit
estimé digne de gouverner, non un royaume seulement, mais suffisant
de régir un empire, conservant en premier lieu par les voies de
la douceur l'ancienne et vraie religion, et telle comme Dieu en a
donné jadis la connoissance à nos prédécesseurs, les rois en étant
les conservateurs et protecteurs, comme portant sur eux en terre le
caractère de son image, et sans outrepasser les termes de la protection
qu'il en prenne le soin lui-même, comme du premier chef des réglemens
de l'État politique, à ce qu'elle soit maintenue en son entier, étant
celle qui tient en sûreté la personne du prince, celle qui est le
salut de l'État, et seule la seule cause de l'union des hommes. Et
pour ce faire, qu'il nomme aux dignités des personnages de sainte vie
et savoir excellent, afin que ceux qui seront sous leur charge vivant
de même qu'eux, puissent être nourris continuellement de l'aliment
de vie par leurs saintes admonitions et discours salutaires. Qu'il
plante après, de même main, la main de la Justice, la fille aînée de
la loi entre les lois humaines et celle qui fait régner les rois; sa
serre est forte pour le maintien de cette autorité sur l'assurance du
repos que les peuples y trouvent par la dispense égale qu'ils voient
qu'elle rend du droit dû à chacun, et sans aucun égard de qualité,
de grandeur, de richesse, et par icelle les plus grands retenus dans
les bornes des lois, et les petits en sûreté dans leur franchise,
contre l'injuste oppression d'une injuste puissance. Et comme il est
ordonné de Dieu, souverain magistrat, qu'il ordonne sous lui un nombre
suffisant de personnes connues par leur doctrine et bon sens naturel,
par leur expérience et bonne conscience, aimant et recherchant plutôt
la vérité que la subtilité, pour leur donner à faire cette distribution
selon les lois et les coutumes des pays aux controverses dont ils
seront les juges. Qu'il ne les force point au préjudice de l'équité,
ce seroit faire force à soi-même; réserve lieu à son pouvoir en cas de
crime seulement, pour le donner à sa miséricorde, selon la qualité,
la personne et le temps, ne s'éloignant que le moins qu'il pourra
des raisons de la loi. Ainsi rendant à Dieu ce qu'il lui doit, puis
à son peuple la conservation où sa charge l'oblige, il ne faut point
douter que Dieu n'ait soin de la sienne, et qu'il n'attire à soi et
n'arrache l'amour, l'affection et la bienveillance du cœur de ses
sujets, l'une des plus fermes attaches pour assurer sa souveraineté.
Or notre petit Prince trouvera en ce royaume que la Religion et la
Justice y ont reçu un fort solide fondement et ordre merveilleux par
l'ardent zèle de piété et charité de nos prédécesseurs. Ce grand nombre
de monastères que l'on y voit, en rendent témoignage, anciennement
colléges par eux fondés pour y nourrir et élever comme des pépinières
des hommes destinés pour enseigner la doctrine; puis ces grands
Parlemens, auxquels souvent les étrangers ont tant déféré, qu'ils ont
désiré d'être jugés par eux en leurs affaires plus douteuses, même en
causes contre nos Rois, les préférant aux juges de leurs nations; après
tant d'autres lieux particuliers, épars dans l'étendue de l'État, avec
pouvoir inférieur et subalterne pour rendre la justice; et le royaume
resplendissant de la clarté de ces deux luminaires, ne plus ne moins
que ceux du ciel lorsqu'ils éclairent tout le monde. Mais il est advenu
en ces derniers temps par une juste permission de Dieu, voulant punir
l'iniquité des hommes, que le feu des guerres civiles s'y est allumé
à diverses fois, le dévorant par toutes ses parties, et a duré si
longuement que chacun y a vu l'impression d'un horrible désordre. Nous
avons à louer Dieu de ce que, par sa grâce, Sa Majesté en a tranché
le cours, y ayant trouvé l'eau beaucoup plus propre que le sang, et
s'il lui plaît il parachèvera, en réduisant peu à peu par les mêmes
remèdes tant de difformités à leur ancienne forme; si bien que tous ses
peuples auront à l'en remercier, se voyant à leur aise, par son moyen,
manger le pain en paix avec leurs familles, et plein de bienveillance,
obligés a bénir et le père et le fils qu'elle leur laissera pour les
régir et conserver, et à lui la jouissance de la douceur des fruits de
ses longues et laborieuses peines. C'est un grand dépôt qu'il recevra
du Roi, et si paisible qu'il n'aura lors qu'à le contregarder et
faire en sorte que, sans empêchement ne trouble aucun, il en demeure
maître et possesseur tout le temps de sa vie, et le puisse remettre
après en pareil état à la postérité que Dieu lui donnera. Et par
ainsi, reconnoissant qu'il n'y a rien à quoi l'homme s'oblige plus
naturellement qu'à aimer ceux qui l'aiment, et desquels il reçoit ou
attend de l'honneur et du bien, il retiendra l'affection des peuples,
leur faisant ressentir également les effets de la sienne par un doux
traitement, mais toutes fois sans préjudicier à son autorité, tellement
balancé de douceur et d'austérité, selon le temps et les occasions,
qu'il en puisse être aimé et craint tout à la fois, ou du moins non
haï, tenant pour véritable que leur nature est telle qu'elle ne peut
souffrir la pleine liberté ni supporter l'extrême servitude; la fera
paroître d'ailleurs, faisant si bien qu'aucune chose des nécessaires
à la vie, ou pour autre besoin, ne leur défaille point, l'étendant
même jusques à celle des honnêtes plaisirs. Et me semble que les Rois
leurs aïeux, excellens politiques, y ont eu quelque égard, ayant
institué par les meilleures villes des exercices, des jeux de prix et
passetemps publics, pour arrêter et détourner leurs mauvaises pensées,
en occupant honnêtement tant de troupes oisives aux jours que le repos
leur est enjoint en leurs vacations, jugeant qu'il est nécessaire,
pour emmieller le joug, de faire jouer les peuples, les amusant comme
petits enfans avec des poupées. Les bienfaits ont un grand pouvoir
pour retenir les hommes, leur naturel n'étant buté pour la plupart que
sur l'utilité. Qu'il les oblige aussi par ces liens, bien souvent plus
étroits que la force des armes, mais que ce soit selon les qualités,
les conditions et degrés du mérite, afin que cette récompense rendue
à la vertu serve d'exemple aux autres qui travaillent pour l'acquérir
et pour la mériter par des voies louables; qu'il ne les donne point à
tout chacun, les yeux bouchés, et de prodigue main, ains par mesure;
l'État renverseroit plutôt pied contre mont que de penser en pouvoir
assouvir la faim insatiable d'un nombre de particuliers. Que ses
bienfaits se prennent de l'épargne qu'il fera de ses revenus et non du
bien d'autrui; il feroit plus de mal-contens qu'il n'en contenteroit.
Ne récompense également les bons et les mauvais; il n'y a rien de plus
pernicieux en la conduite d'un État, étant trop raisonnable que ceux
qui sont si différens en mœurs le soient pareillement en récompenses
et en honneurs. Il n'y a point de peine à retenir et conserver les
bons, mais il est impossible de bien garder ou gagner les méchans,
d'autant que la vertu s'oblige de peu et rien ne peut apprivoiser le
vice; et par ainsi ne les départe au préjudice des gens de bien, ce
seroit faire effort à leur fidélité et leur donner envie de la changer
selon l'occasion, ou par un désespoir de se précipiter à faire mal sous
un tel prétexte, croyant qu'en ce faisant et y continuant, il voudroit
encore leur arracher l'espérance. Que le département qui s'en fera soit
fait en telle sorte que ceux qui recevront ses libéralités croient
que ce sont effets de ses bonnes grâces et non indices de défiance et
de crainte qu'il ait d'eux; car les méchans au lieu de s'obliger en
deviendroient plus orgueilleux et plus superbes, ou dissimuleroient,
et, jamais satisfaits, se tiendroient en devoir pour la commodité non
par affection. Et, comme prince prudent et avisé, pense toujours par
quels moyens il pourra faire naître et conserver des bons desirs aux
cœurs de ses sujets, pour s'en pouvoir servir après facilement et
fidèlement en toutes ses affaires. Rende donc le peuple content, fasse
du bien à ceux qui le mériteront, aux Grands surtout, leur donnant
des honneurs et des moyens pour les aider à maintenir avec splendeur
leurs rangs et dignités. C'est d'où s'élèvent les maîtres vents qui
meuvent les tempêtes sur le calme de cette mer par leurs souffles
contraires, qui portent et perdent le prince et son État sur les bancs
de la haine et du mépris. Or, des causes les plus puissantes de la
haine des peuples qui les piquotent jour et nuit pour les porter à
la vengeance contre leurs souverains, c'est la cruauté, quand ils
les voient, comme loups acharnés, prendre plaisir par trop souvent à
répandre le sang, et possible innocent, sans distinction d'âge, de
qualité, de mérite, de crime, par des assassinats, par des supplices
nouveaux et peines recherchées. Puis l'extrême avarice, germaine de la
cruauté, qui fait haïr mortellement le prince, s'il advient que la faim
et désir de l'argent ait si fort enveloppé son âme, qu'il n'ait pour
tout dessein en sa pensée que d'attirer sans cesse et sans nécessité
et sans sujet celui de ses sujets c'est-à-dire sucer impitoyablement
l'âme et le sang du peuple, auquel ôter ainsi l'argent et arracher
la vie est une même chose. C'est d'où prennent leur origine les
perfidies et trahisons, les hommes se persuadant qu'il n'est que d'en
avoir à l'exemple du prince. Mais ainsi que la haine donne l'envie
de se venger et s'accroît peu à peu, retenue à couvert par la seule
crainte, le mépris plus puissant donne la hardiesse de l'entreprendre
et de l'exécuter licentieusement et tout-à-coup, sans y appréhender
ne du danger ne de l'empêchement, et lorsque les sujets reconnoissent
le prince se porter envers eux trop mollement et par fainéantise
mettre du tout entre les mains d'un serviteur particulier les nerfs
de son autorité, ne demeurant souverain que de nom; ou pour ne tenir
compte de châtier les crimes punissables, commis contre l'État ou les
particuliers, non pas même les desseins faits contre sa personne; ou
s'ils le voyent d'esprit pesant, de peu d'entendement, d'humeur muable
et de légère foi, changeant à tout moment et à tout vent, et qu'il
se sente importuné de donner audience, non-seulement aux affaires
communes, ains s'en passer légèrement à celles d'importance, n'ayant
souci pour tout que du présent et de couler tout doucement sa vie; et
si par un malheur ou par sa propre faute, ce prince tombe en mauvaise
fortune, il leur vient à mépris, les hommes ordinairement ne courant
qu'à la bonne; s'il manque aussi d'enfans, les fermes bouleverts de la
domination; s'il a mauvaise grâce en son parler et en sa contenance, et
ses actions vulgaires; s'il est fort vieil, usé, cassé et maladif ou
pour autres causes, méprisent sa personne et débauchent leurs volontés
pour les soumettre à la puissance d'un autre souverain; mais ses mœurs
dépravées par les voluptés, forment le comble de ce mépris, lors même
qu'elles y fondent si avant qu'il en oublie Dieu, sa conscience et
toutes ses affaires. Je veux croire toutesfois que notre petit Prince
s'échappera facilement de ce naufrage, étant du tout porté de sa nature
à la mansuétude, et produisant déjà des témoignages évidens d'un bon et
fort entendement, si bien que vous n'aurez qu'à le conduire doucement
sur cette inclination, entretenant en lui ce que vous y trouverez de
bonté naturelle, qui se pourroit par nonchalance diminuer ou perdre,
lui apprenant à cet effet qu'il n'y a rien tant éloigné du naturel de
l'homme et du devoir d'un roi que d'aimer le carnage; que c'est le
propre des lions, des tigres et des ours, et des bêtes plus cruelles.
Qu'il y consente rarement et le plus tard qu'il pourra, lors seulement
que pour l'exemple il en sera besoin ou y sera forcé par l'urgente
nécessité du salut de la république. Quand il fera punir quelqu'un,
que ce soit sans colère, sans desir de vengeance, ni autre passion
qui lui puisse donner du repentir, considérant que ses sujets ce sont
ses propres membres. Qu'il ne s'en éjouisse point et ne s'en moque
point, la moindre contenance égaleroit les plus sauvages brutalités.
Que les punitions se fassent selon les qualités des crimes et façons
ordinaires des pays, et qu'elles soient égales contre ceux qui seront
jugés également coupables; si ce n'est que pour en faire autrement il
y eût quelque notable circonstance de l'âge, ou que dans le forfait
il se trouvât quelqu'un enveloppé qui fût de noble sang ou de maison
illustre, car il faut lors ou pardonner, ou modérer, ou diversifier la
peine. Qu'il n'ordonne des peines et formes de supplices et jamais ne
les voie exécuter; ce seroient des indices de passion s'il ne donnoit
la grâce à l'heure même, due au criminel à la face du prince. Quand
il faudra faire sentir du mal et châtier quelqu'un, laissera cette
charge à ses officiers, mais retiendra pour lui tout seul celle des
grâces, des récompenses et des bienfaits. Qu'il ne laisse accrocher
son âme à la racine de l'avarice, et veillez y soigneusement; de son
attouchement elle ternit le lustre des plus belles vertus et nobles
actions, celles des princes mêmement avant qu'elles soient nées.
Entre les maux dont elle est si fertile, c'est elle qui produit ces
dangereuses plantes d'exactions et de nouvelles inventions, lesquelles
à la longue séchant les pauvres peuples dessus le pied, les portent à
la haine, et de la haine au désespoir, du désespoir à la rébellion.
Il est vrai toutesfois que le repos des nations et des États ne
pouvant subsister sans l'aide des finances, le commun instrument des
affaires des hommes, c'est du devoir des peuples à les contribuer et
à souffrir que la récolte s'en fasse dessus eux, par le commandement
et sous l'aveu du prince souverain, qui doit aussi les imposer et
faire recueillir à la mesure de leurs commodités, sans violence et
sans déguisement; l'un seroit marque de cruauté et l'autre d'avarice.
Qu'il tonde le troupeau sans l'écorcher, s'il veut que la toison
revienne; que ses tributs soient modérés, assis également, et demandés
à une seule fois, non imposés sur un fond déshonnête; se tienne aux
anciens, évite les nouveaux, et de nom et d'effet, autant comme il
pourra, et que la seule nécessité des affaires publiques lui en fasse
la loi. Si elle est si grande qu'elle le force, pour le salut commun,
d'avoir recours aux nouveautés et moyens extraordinaires, ayant fait
reconnoître, non par prétextes déguisés, ains par causes notoires, le
péril de l'État, c'est aux peuples alors à les donner à double main,
au prince à les contraindre quand ils refuseront, sans en venir, s'il
est possible, à cette extrémité de saisir le troupeau, ne le bœuf,
ne la vache, ne d'enlever le couvert des maisons, ne se prendre aux
personnes pour leur faire épouser l'effroi d'une triste prison, ou
faire souffrir quelque peine. Il choisira des gens de bien pour les
lever et recueillir, et pour les mettre après en son épargne, sous la
clef de personnes fidèles; et que ce soit un réservoir pour subvenir
aux soudaines émeutes et aux affaires de l'État; les dépense à propos
et les ménage mieux que si c'étoit son bien particulier, se rendant
libéral tant seulement du sien, mais chiche de celui de la république.
Ainsi faisant il bâtira un autre trésor dans le cœur de ses sujets,
qui ne tarira point, et se verra par ces moyens extrêmement puissant,
pour autant que le prince qui a leur cœur est assuré d'en avoir à sa
discrétion la bourse. Or, si la haine peut ébranler l'autorité d'un
prince souverain, et le mépris a la force de le détruire entièrement,
il doit bander continuellement les nerfs de son entendement à ce qu'il
ne parte de lui aucune chose qui puisse donner prise à cet indubitable
bouleverseur d'États. Et par ainsi qu'il se rende sévère et doux en sa
façon de commander, penchant à la sévérité lors même que les peuples
ravisés ou ramenés à leur devoir se ressentent encore de la licence
prinse durant le cours de leurs débordemens, faisant état que pour ne
vivre en crainte il leur en faut donner ou plus ou moins, en quel temps
que ce soit, donnant ou ramenant la bride selon les circonstances et
les diverses occasions, sans toutefois l'abandonner jamais pour la
fier du tout ou à un seul ou à plusieurs. Qu'il règne seul, et seul,
avec leurs avis, résolve ses affaires, tenant en main la balance et
l'épée pour rendre la justice et se faire obéir et reconnoître seul
et le maître et le Roi. Donne les charges d'importance auprès de sa
personne aux plus fidèles, aux plus capables et anciens serviteurs, et
celles de l'État aux Grands qui les mériteront, ne les attachant point
comme héritages à la personne, mais à la vertu seule. Qu'il n'en rende
vénale aucune que ce soit; il ne seroit jamais en sûreté, ses ennemis
pouvant, sur cette planche d'or, trouver entrée dans les entrailles de
son État, voire jusques au fond des lieux les plus privés où il fait
sa demeure. Prête l'oreille favorable aux remontrances de ses sujets
en général ou en particulier, comme ses propres affaires, l'ayant
toujours tendue pour celles de l'État. Soit ferme en ses commandemens,
et ne change légèrement les lois et les coutumes; étant des lois
de même que des arbres, lesquels pour être changés et rechangés de
lieu par trop souvent n'en rendent pas leur rapport meilleur. Tout
changement est dangereux et ne le doit-on essayer qu'en choses qui
seront reconnues notoirement mauvaises. Avant que de changer juge
bien mûrement jusques aux plus petites circonstances des raisons des
anciennes lois, les conférant aux siennes; que si elles balancent, en
demeure à l'antiquité, ou si le mal est supportable et ne dit mot, de
peur d'un plus grand, qu'il le laisse en repos et ne l'émeuve point, si
ce n'est qu'un évident et très-grand avantage, ou une extrême nécessité
de la chose publique, le forcent à ce faire: et encore alors, imitant
la nature au change des saisons, que ce soit doucement, de temps en
temps, et non à coup, courant aux deux extrémités. Donne à connoître
à ses sujets, par son gouvernement, qu'il les aime et l'État pour
l'amour d'eux, et n'a chère sa vie que pour leur conservation. Soit
clairvoyant et pourvoyant à toutes ses affaires, craignant d'être
surprins et méprisé, et que la perte et ce mépris ne lui fissent courir
fortune en sa personne ou son État, ou tous les deux ensemble; elle
en seroit beaucoup plus griève, advenant par sa faute. Et pour autant
que les enfans ce sont les bastions royaux et les fermes courtines de
la royale et souveraine autorité, il sera nécessaire, à mon avis, de
marier ce Prince dans son adolescence, sous l'espérance que Dieu lui
donnera une heureuse lignée, et se divertira d'infinies débauches par
trop communes à cet âge; il nous fera, s'il lui plaît, cette grâce
d'en voir Sa Majesté en la peine. Forme son port, sa contenance et
son accueil de douceur et de gravité, l'un étant propre pour régner,
et l'autre pour gagner et conserver les hommes, faisant si bien que
la seule rencontre le rende vénérable et aimable à chacun. Quand il
voudra la débander et prendre du relâche en son particulier, que ce
soit entre peu de ses plus familiers, et toutesfois en sorte qu'il se
souvienne qu'il est roi, et par ainsi doit mettre peine à ne dire,
à ne faire aucune chose indigne d'une si grande dignité. Soit ferme
en ses résolutions, sans varier légèrement, et toujours véritable;
maintienne ce qu'il promettra, comme étant promis en parole de roi,
et tel que l'on ajoute plus de foi à sa simple parole qu'aux sermens
plus étroits et solennels des autres, et la conserve inviolablement
en ses propres privées affaires, car le cœur et la bouche de la foi
d'un prince souverain doivent tenir ensemble. Mais par malheur la
nature des hommes se trouvant ennemie et si contraire à la vertu, qu'il
n'est presque possible de l'ensuivre du tout aux affaires publiques,
les princes sont aucunes fois contraints d'en relâcher, ayant connu
par longue expérience qu'il est expédient, pour la garde et conduite
de leurs États, de biaiser par fois; le nôtre le peut faire, mais
pourtant que ce soit toujours pour une bonne fin, qui est à tenir
sa personne assurée, maintenir et conserver l'État contre les ruses
et les dissimulations de ses ennemis. Que si les artifices et les
menées de telles gens lui donnent du sujet de leur rompre la foi,
contrefasse l'aveugle et marchande longtemps auparavant que de le
faire, pour se défendre seulement et non pour assaillir ne consentir
jamais à l'exécution d'une méchanceté énorme et exécrable. Ne laisse
toutesfois si avant accroître le mal pour fuir une guerre, laquelle il
jugera ne pouvoir éviter avec le temps, ne même reculer sans un grand
désavantage; en ce cas là s'il rompt la paix, la cause et la nécessité
en justifient la rupture, ayant de droit et de nature à préférer la foi
qu'il doit à la protection et défense de ses sujets; puis la guerre
est juste laquelle est nécessaire. Mais tout ainsi que la chose du
monde qui ravale plus bas l'autorité d'un roi et prince souverain,
c'est sa mauvaise et vicieuse vie, il n'y a rien aussi qui l'élève plus
haut qu'une vie contraire. Que notre petit Prince, donné du ciel pour
commander à tant de milliers d'hommes, commence par soi-même, sachant
que c'est du devoir d'un roi, non de se rendre esclave des délices
et du plaisir, ains d'asservir sous la puissance de la raison ses
folles, vaines et débordées passions, et, sous le joug des justes lois
maintenir ses sujets en son obéissance. Et qu'il ne croie pas que le
parfait contentement, le repos et l'honneur logent dedans l'oisiveté
et l'ordure des voluptés, lesquelles à la vérité de premier abord nous
appâtent d'une fausse douceur, mais qui nous saoulent tout aussitôt
de telle sorte qu'elles nous font enfin ouvrir de toutes parts de
repentance et de douleur, qui nous poursuivent inséparablement jusques
dedans la sépulture; les quête seulement dans les buissons pénibles
de la vertu. C'est là et non ailleurs que les plaisirs solides sont à
la reposée; qu'il ne se flatte et ne s'excuse point à prendre cette
peine, la chasse le mérite bien. Et certes j'estimerois les hommes
malheureux si, ayant inventé tant de divers moyens à dompter la fierté
des plus sauvages animaux pour s'en servir après, ils s'oublioient
eux-mêmes, en se montrant rétifs et moins industrieux à maîtriser les
amorces du vice, pour donner lieu à l'excellence et à l'usage de la
vertu. En usant de cette façon, quelque défaut qui se trouve en son
corps, il acquerra la réputation d'un prince très-prudent, l'amitié de
son peuple, et une telle autorité que son nom seul sera si redoutable
à tous ses ennemis découverts et couverts, que le plus grand, le plus
conjuré d'entre-eux n'osera pas seulement entreprendre de penser à
lui nuire et l'offenser ouvertement, ne l'essayer par trahisons ou
conjurations et secrètes menées faites sur son État ou sur sa vie. Mais
ce n'est pas assez d'avoir prévu et donné ordre, en temps de paix,
au dedans de l'État, pour l'assurance du repos de son peuple et le
maintien de son autorité; car il faut que le prince, obligé de veiller
pour la garde de ses sujets pendant qu'ils se reposent, comme élevé sur
une haute tour, fasse la ronde de ses yeux sur les États des princes
étrangers et surtout des voisins, pour en avoir la connoissance de même
que du sien et en apprendre la nature des nations, l'humeur des princes
dominans et de ceux qui feront leurs affaires, afin de s'assurer
contre les entreprises et les dangers du dehors. Qu'il tienne à cette
occasion, auprès des rois et autres princes éloignés ou voisins, et
près de chacun selon sa qualité, des fidèles agens et bons ambassadeurs
qui fassent sourdement et curieusement cette recherche, pour en être
par eux instruit, suivant les occurrences qui s'offriront durant le
temps de leur légation, et puis à leur retour pour lui en faire le
rapport si particulier qu'il y puisse fonder un jugement certain sur
les expédiens qu'il devra suivre pour durer avec eux, par leur moyen,
en bonne intelligence, ou pour se préparer ou se défendre contre leurs
machinations. Et pource que ces charges sont des plus importantes, et
de plus grand poids qu'aucunes de l'État, entretiendra près d'eux des
jeunes hommes d'honnête lieu, gentilshommes et autres reconnus propres,
qui se puissent instruire pour y servir à l'avenir, et devenir capables
de succéder à ceux qui les précéderont. Et pour autant qu'il n'y a
point de plus utile ne meilleure machine pour assurer la domination
d'un prince souverain, comme est le nombre de bons amis, qu'il se
maintienne en bonne paix avec les rois et princes ses égaux, s'il y en
a, s'efforçant de les vaincre en courtoisie convenable à sa dignité;
retienne l'amitié de ses inférieurs par sa protection et gratification,
mais que ce soit en sorte qu'il semble que c'est eux qui lui sont
asservis et non lui leur tributaire. Or, s'il advient que les peuples,
lassés de la douceur d'une profonde paix, méconnoissant la bonté de
leur prince, et méprisant ses équitables lois, faites pour leur servir
d'une règle à bien faire et non de piéges dressés à dessein de les
y attraper, comme bêtes échappées se précipitent aux conspirations,
aux trahisons, aux factions, séditions, et aux révoltes générales,
et que la révérence des lois divines, le respect des humaines et la
sacrée majesté de leur Roi ne les retienne plus; ou si les princes
étrangers, abusant de sa courtoisie, faveur et libéralité, ne laissent
d'entreprendre ou contre lui ou contre ses sujets, il faut venir aux
armes pour châtier et ranger les premiers, et faire ressentir les
autres de leur discourtoisie et déloyale ingratitude. Ceci dépend de la
prudence militaire, la partie de toutes la plus royale en la conduite
d'un État, laquelle notre petit Prince doit savoir pour être également
instruit aux moyens de la guerre comme en ceux de la paix. C'est une
science qu'il apprendra parfaitement de Sa Majesté, qui l'a acquise au
péril de sa vie exposée, cent mille fois, desireux de savoir le métier
de soldat et de bon capitaine, premier que d'être roi.

SOUVRÉ. Il est vrai, et bien que tout le monde reconnoisse Sa Majesté
pour accomplie en qualités et en perfections autant que l'on peut
souhaiter pour un souverain roi, si faut-il avouer qu'elle surpasse
particulièrement en celles de la guerre tout ce qui est vivant, ainsi
que le soleil de sa clarté fait les autres lumières. Or, pource qu'il
est près de midi, brisons sur cette vérité, le demeurant soit pour
demain matin en ce même lieu. Je me promets encore de vous cette
matinée, croyant qu'elle pourra suffire à ce qui reste pour cette
instruction.

L'AUTEUR. Monsieur, je le crois aussi; vous me trouverez ici pour
satisfaire au mieux que je pourrai en ce que vous desirez de mon
service.


Sixième matinée.

Aussitôt qu'il fut jour, ayant passé la nuit sans reposer pour un desir
extrême que j'avois d'ouïr parachever cette instruction, je me lève
et me rends soudain au portique de Neptune, où peu après arriva M. de
Souvré: Bonjour, me dit-il, vous m'avez aujourd'hui prévenu. Puis nous
promenant ainsi que le jour précédent, il parla en cette façon:

SOUVRÉ. Si les peuples avoient le jugement de reconnoître leur devoir
et le bonheur, quand Dieu leur donne des sages princes pour les
conduire et les garder; et si les rois et autres souverains avoient
la patience de se tenir dedans les bornes légitimes de leur autorité,
il est certain que plus communément on verroit les royaumes et les
États durer plus longuement, et plus paisibles, unis par le mastic
d'un équitable commandement, d'une juste submission et düe obéissance.
Mais les uns et les autres se ressentant en leur conduite de cette
contrariété, dont la masse du monde universel est composée, il ne se
faut point ébahir si l'on voit arriver souventes fois le trouble dans
la tranquillité des plus fermes empires, par le défaut ou de l'un ou de
l'autre. C'est aux rois toutesfois à commencer et à donner l'exemple de
bien faire, ayant, avec cette prérogative d'avoir été choisis par la
grâce de Dieu pour commander dessus toute la terre, à porter d'une main
le flambeau de droiture pour éclairer les hommes, comme ils portent
de l'autre le glaive de justice pour châtier leur désobéissance,
ne pouvant souhaiter une plus grande récompense des peines qu'ils
reçoivent pendant le temps de leur domination que de se voir volontiers
obéis, laquelle ne leur peut faillir quand ils règneront bien; d'autant
que les bons rois font les sujets de même.

L'AUTEUR. Il est ainsi, et crois que notre jeune Prince, quand il
suivra les bons et vertueux enseignemens qu'il aura reçus de vous pour
apprendre à bien vivre, et observera soigneusement ce qui en fut dit
hier matin, qu'il doit ensuivre pour commander royalement, et maintenir
ses peuples en ferme repos, règnera si favorablement que ses sujets
un jour se glorifieront en leurs liens, rendant grâces à Dieu de
leur avoir donné la vie pour l'user sous la sienne. Qu'il considère
néanmoins, au milieu de la paix, que les choses du monde étant toutes
sujettes à changement, elle se peut troubler, comme il peut advenir
quand le peuple enivré de trop d'aise ou accablé sous le trop de mal,
en se licenciant de gazouiller à tout propos mal à propos des actions
du prince, de sa personne et des affaires de l'État, se laisse peu à
peu glisser à la sédition ouverte, puis emporter des paroles aux mains,
mais avec plus de débord et de danger quand les maisons illustres et
les grands du royaume, se trouvant divisés en factions, par haine
ou par ambition, recueillent ses folies et puis font épouser leurs
passions à cette sotte bête, sous le faux de quelques couleurs qui
lui sont agréables. Les brasiers des guerres civiles prenant leur
origine de ces petites étincelles que le prince prudent doit étouffer
en graine, punissant les auteurs, denouant industrieusement ce qu'il
ne pourra rompre sans le dommage ou péril de l'État; car quand leurs
flammes ont prins de toutes parts, il n'y a plus de moyen que par la
guerre ouverte, qui se fait à peu près en la même façon que la guerre
étrangère. Et par ainsi comme un prince avisé qui veut régner en paix,
en temps de paix au lieu de s'amollir ou s'endormir, qu'il se prépare
pour la guerre, d'autant que la concorde des États ne s'établit et
s'entretient pas seulement par la force des lois, mais se préserve
et se conserve par la force des armes, la valeur et la bonne épée du
prince souverain, qui doit, en cette partie de la conduite de son État,
faire paroître sa prudence par dessus l'ordinaire, étant bien plus aisé
de guider la nature en la pleine bonace, que non pas lorsque les vents,
ennemis soufflant contrairement, font élever jusques dedans les nues
les vagues agitées sur l'inconstance de ce fier élément. Qu'il fasse
donc peu à peu son premier préparatif, un fond suffisant de deniers
amassés légitimement, comme un gros de réserve, pour secourir partout
selon les occasions, et règle ses autres dépenses sur l'ordinaire et
le courant de tous ses revenus; munisse après ses arsenaux de toutes
sortes d'instrumens et de machines propres à la guerre, et de matériaux
pour en faire à loisir. Puis, qu'il jette le soin sur la ceinture
de son État pour y fortifier à bon escient, ou faire de nouveau des
places fortes dessus les avenues, pour empêcher l'invasion soudaine
et arrêter ou rompre les desseins d'une force ennemie. Si les places
sont à la mer, il garnira les havres et les ports de certain nombre de
navires et de galères, et en chacune dressera des arsenaux remplis de
tout ce qu'il estimera y pouvoir être nécessaire, non seulement pour
entretenir leur équipage, mais suffisans pour équiper en un besoin
et mettre au vent une puissante armée. Qu'il établisse en outre dans
chacune d'icelles des arsenaux particuliers et magasins fournis pour
un long temps de choses nécessaires pour faire vivre les soldats et
pour défendre les places, auxquels on ne touchera point qu'en la
nécessité, ou pour renouveler en leur saison les choses périssables.
Ce sont les portes de l'État qu'il faut tenir fermées, pour faire que
le prince et ses sujets dorment de bon repos, sous l'assurance de leur
ferme clôture; pourvoie après à leur sûreté par un tel traitement fait
à leurs habitans qu'ils ne puissent jamais avoir envie de changer
de condition, et par la force de telle garnison qui suffise à la
garde, entretenant pour cette occasion des régimens de gens de pied
sous de bons capitaines et vieux maîtres de camp, pour leur donner à
commander en chef, ou sous ses lieutenans en chacune d'icelles, avec
tel nombre de soldats qui sera nécessaire, selon qu'elles seront ou
d'importance ou de grande étendue, ou selon le sujet qu'en donnera la
ferme ou foible affection des citoyens envers leur souverain, sans se
mêler que de leur fait, et de prêter main-forte aux magistrats qui la
demanderont pour le maintien de la justice et service du prince. Pour
tenir en devoir ces gens ici, que les appointements et la solde leur
soit entièrement payée; ils n'auront point, en ce faisant, d'excuse
de quitter ne de sujet de se plaindre; enjoignant à leur chefs, sous
des sévères peines, d'avoir leur nombre toujours complet, à celle fin
que de leur part il ne s'en perde aucune, sur peine de la vie, et
qu'il puisse par ce même moyen faire un état certain des hommes qu'il
entretiendra, pour s'en servir selon les occurrences. Mais tout ainsi
que celui qui veut faire un plant d'arbres fruitiers est curieux à
rechercher ceux des meilleures races, le prince le doit être à faire
élection des hommes dont il voudra fournir ces corps de régimens de
gens de pied et de gens de cheval; et, bien que l'on puisse faire
flèche de tout bois, si se peut-il en général marquer certaines
circonstances qu'il doit savoir pour reconnoître ceux qui seront ou
pourroient être propres pour employer du tout à cette noble profession.
Que notre Prince les apprenne, car c'est ici le fondement des forces de
l'État. Et pour autant que l'exercice assiduel nous apprend la science
avec l'usage de la guerre, que le soldat y vienne de bonne heure et
choisi de tel âge qu'il n'ait encore l'âme tachée des teintures du
vice, mais capable d'y recevoir et retenir l'empreinte ou du bien ou du
mal; de corps robuste, nerveux, adroit et vigoureux, pour être propre
à supporter l'incroyable fatigue des peines de la guerre et advenant
aux exercices militaires; de moyenne stature, qui ne voudroit avoir
égard à la grandeur ou à la petitesse, pour les accommoder à la sorte
des armes dont on les veut armer. Et pource que ne considérer en ce
soldat que la masse du corps, ce seroit le faire ressentir aucunement
de la nature de la bête, il faut qu'il soit accompagné d'un esprit
avisé, courageux, assuré et cupide de gloire, et que la poudre des
combats et la fumée de celle des canons lui soient plus agréables que
les parfums et les molles odeurs de la poudre de Chypre. Qu'il joigne à
son courage les bonnes mœurs, l'honnêteté et la discrétion, et faisant
gloire d'obéir, n'imitant ces bavards, ces Rodomons qui mâchent entre
deux tréteaux les Ottomans et leur empire; porte sa vie gaiement aux
périls de la mort contre les ennemis, en craignant plus la honte d'un
reproche de déshonneur que les appréhensions d'une mort honorable. Il
trouvera communément ces jeunes gens à faire parmi ceux qui habitent
les champs, les pays montagneux, rudes et difficiles, tenant de la
nature du terroir, comme nés et nourris pour endurer et durer à la
peine, et endurcis à supporter aisément la faim, la soif et le veiller,
les excès des saisons et autres incommodités où la nécessité peut
réduire les hommes. Dedans les villes il en pourra trouver de même que
ceux-ci, et des gens sans reproche, accoutumés à manier et le fer et le
feu, et la pierre et le bois, et à faire métier de la force du corps,
non employée pour la délicatesse et la mollesse de la vie. Après avoir
ainsi choisi ces jeunes apprentifs, il les mettra parmi les vieux,
dedans les régimens où c'est qu'ils s'instruiront et vieilleront pour
instruire les autres sous une même discipline, sans laquelle tout ce
choix seroit nul, ayant besoin d'être polis et façonnés par l'industrie
qui en fait plus et un plus grand nombre que ne fait la nature. Que
ces soldats s'exercent donc continuellement pour apprendre à s'aider
sûrement et manier facilement les armes dont ils voudront user; qu'ils
apprennent à reconnoître les batteries des tambours et la voix de
leurs capitaines, n'ayant pour but que d'y bien obéir, car le courage
autrement leur seroit inutile, et s'accoutument à marcher dispostement,
d'un pas égal, brave et guerrier, si dextrement selon l'ordre donné
qu'ils retiennent toujours leur place en quelque sorte de pays que ce
soit, sans troubler l'ordre ne le rang auquel ils marcheront, prévoyant
tout ce qui peut advenir, comme s'ils étoient prêts de recevoir ou
d'attaquer, et de fondre dedans les ennemis; prennent plaisir à se
dresser à tirer de l'épée, et s'apprendre à nager, à travailler, aller,
venir, courir, sauter, lutter, porter, jeter pesant, et entreprendre
quelque chose pénible, pour acquérir, s'ils ne l'ont point, la
disposition et la force du corps, ou l'empêcher de se rouiller dedans
l'oisiveté. Et feront plus s'ils ont le cœur vivement au métier;
ils apprendront celui de pionnier pour en user eux-mêmes avec plus
d'artifice, venant à se trouver en lieu où il en fût besoin, pour se
mettre à couvert et en défense contre les coups et les surprinses des
ennemis. Que ces messieurs n'en fassent pas les délicats, car c'est
avec le pic et la pelle que les exploits plus remarquables de la
guerre se sont faits et se font ordinairement. Qu'ils soient discrets,
respectueux, fuyant la vanité de fait et de parole, rien ne se voit
tant éloigné de la vraie valeur; il doit suffire à l'homme valeureux de
porter en réserve au fond de sa poitrine un courage muet pour le faire
éclater à la rencontre des occasions par effets honorables. Que cette
modestie s'étende aussi jusques à leurs vêtemens; c'est assez d'être
propres et bien plus curieux d'avoir le corps couvert de bonnes armes
que de le voir empêché dessous le superflu de l'or et de l'argent,
et de toute autre sorte d'étoffe précieuse. S'entretiendront par des
louables occupations pour un divertissement aux pensées oisives qui
leur pourroient faire faillir et détremper la force et la verdeur du
corps et du courage dans les gouffres du vin et de la gourmandise, ou
dans les dissolutions des autres voluptés, et de telle façon qu'en peu
de temps ils se verroient du tout inutiles aux fonctions militaires.
Qu'ils s'y exercent donc souvent, se façonnant à tenir l'ordre, à le
changer et rechanger en diverses façons et formes de combats, faits par
petites troupes les uns contre les autres; de telle sorte qu'en toutes
occurrences ils le puissent suivre d'eux-mêmes, avec telle facilité
et promptitude qu'elle prévienne la parole du chef. Cet exercice est
du tout nécessaire, comme étant chose reconnue que le désordre perd
ou relâche, ou abat le courage, et que l'ordre le donne, le retient
ou l'élève. De ces soldats ainsi dressés dedans les garnisons et puis
passés par la coupelle des armées, fera ses capitaines, lesquels
joignant à la science l'expérience acquise par les degrés des armes, la
retiendront en cette discipline, récompensant avec honneur les actions
vertueuses et punissant avec honte et rigueur les plus petites fautes;
ayant apprins à conserver par l'autorité qu'ils ont de commander et
remarqué que peu à peu elle se fond par le trop de douceur envers
l'homme de guerre qui a toujours une secrète volonté de l'attirer à
soi, et reconnu pour véritable que la force ne se maintient que par
elle-même. De ces bons capitaines il fera ses maîtres de camp, les
clefs des meutes des armées, avec pouvoir de commander sur eux et sur
les régimens qui leur seront donnés, en la même façon que chacun d'eux
fait une compagnie. Ayant ainsi pourvu aux gens de pied, en fasse
autant avec le même soin pour les gens de cheval, entretenant un corps
de cette brave et ancienne gendarmerie, l'une des clefs des portes
de l'État, laquelle de tout temps s'est fait signaler et redouter
par dessus celles de la terre; les faisant vivre et les uns et les
autres en telle discipline sous les lois militaires, que ce soient
des écoles d'honneur et de vertu, ouvertes à tous ceux qui tant soit
peu auront l'âme touchée du vouloir de l'apprendre; particulièrement
pour la jeune noblesse, laquelle, au lieu de se dresser à faire un bon
cheval ou à donner un ferme coup de pique, perd aujourd'hui pour la
plupart le meilleur de son âge pour ne savoir où elle puisse ailleurs
honnêtement exercer son courage et devenir habile à bien servir un
jour son prince et sa patrie. Et là dessus je vous dirai que de tous
les exercices des gens de pied et des gens de cheval, nécessaires au
prince de savoir pour conserver sa vie en un besoin, et bons à façonner
sa grâce et rendre adroite sa personne, il faut que le nôtre les
apprenne tous, et principalement qu'il s'adonne à la vénerie, d'autant
que je la tiens pour un être abrégé des exercices militaires. Après
avoir ainsi disposé ses affaires par le menu pour assurer la frontière
de son État, qu'il fasse élection des plus grands personnages, et,
s'il se peut, tirés de ces écoles, pour en faire ses gouverneurs,
lieutenans généraux en chacune province, avec autorité d'y commander
sur tout ce qui sera de la force et des armes, pour avoir l'œil à
ce que l'établissement par lui donné soit tellement entretenu qu'il
n'en puisse arriver aucune faute, et maintenir le repos et la paix en
leurs gouvernemens, les garder et défendre contre les factions des
mauvais citoyens, les menées et les efforts des étrangers et peuples
ennemis, et au besoin pour étendre la main à la justice, afin de le
couvrir et soutenir contre la violence. Revienne après de la frontière
au dedans de l'État pour y planter l'assurance et la paix, et à ces
fins qu'il suive les moyens dont nous avons parlé; fasse garder
exactement ses ordonnances et ses lois; ait l'esprit incessamment tendu
à l'union et concorde de ses sujets. C'est aux tyrans à redouter leur
bonne intelligence, mais aux rois à la désirer, à la poursuivre et
à la maintenir. Soit amateur de paix, les hommes aiment les princes
pacifiques, et toujours ait de son côté le peuple pour ami, s'il ne
veut faire état de craindre toutes choses; c'est la forêt où se coupe
le bois pour façonner des piques par les ambitieux, ennemis du repos
de la chose publique. Qu'il se comporte avec les Grands de telle sorte
qu'ils ne puissent avoir prétexte ne sujet de se porter au désespoir,
qui les fasse échapper hors des limites du respect, du devoir et de
l'obéissance. S'il reconnoît que la haine, l'envie, ou que l'ambition
les tienne divisés, qu'il assoupisse de bonne heure cette division qui
se pourroit glisser avec le temps et s'attacher dans les affections
du meilleur de ses peuples, et tout le mal en retomber sur lui. Ne se
montre point partial, ce seroit ravaler l'autorité de roi, se faire
compagnon et se mettre à l'égal avec ses sujets, ains soit indifférent
comme étant souverain; chérisse sa noblesse, de laquelle il est chef
immédiatement, lui donnant du bien, des honneurs et des charges;
entretienne ceux qui sont en possession de ménager les consciences et
conduire les âmes; jamais n'élève et ne permette de s'élever en son
État aucun pouvoir si grand qui lui puisse donner ombrage ou jalousie,
et se gouverne envers tous ses sujets avec telle prudence que les uns
ne les autres n'aient pour tout aucune occasion d'en abuser ni sujet de
se plaindre. Ne se confie toutesfois si fort en sa bonne conduite et
son ordre donné pour dominer en paix, qu'il ne veille à toute heure
pour reconnoître à la naissance les causes qui pourroient altérer
ce repos, et si elles procèdent seulement du dedans de l'État ou se
fomentent du dehors, afin d'en arracher soudain les premières racines
par toutes sortes d'inventions et de remèdes propres, qui se trouvent
hors de saison lorsque les effets sont découverts et reconnus de tout
le monde, et tellement accrus qu'il faut par force recourir à la
force, c'est-à-dire se disposer à s'opposer à main armée pour arrêter
le cours des désolations et des embrasemens d'une guerre civile, ou
empêcher les maux et les calamités d'une guerre étrangère. Celle-ci est
à craindre et l'autre à redouter, et faut, s'il est possible, éviter
l'une et l'autre; mais s'il juge que ce malheur se rende inévitable,
afin de n'entreprendre rien de mal à propos ou témérairement, qu'il
s'en conseille à Dieu, puis appelle en secret ses plus féaux et anciens
conseillers, pour prendre leur avis sur la contrainte qui le pousse
à la guerre, et s'ils approuvent sa résolution, sur les moyens qu'il
doit tenir pour commencer, et de ceux qu'il lui faut pour soutenir la
longueur de la guerre; puis après, seul dedans son cabinet et le genou
en terre, lève les yeux au ciel, ait recours à Dieu; qu'il l'appelle
à garant et protecteur de la justice de ses armes, et le supplie de
vouloir inspirer en son entendement des conseils salutaires pour le
maintien de son bon droit et de son innocence, et de faire pleuvoir et
verser à ruisseaux ses malédictions sur le chef des coupables de tant
de sacriléges, de parricides, d'assassinats, de meurtres et massacres
qui se commettront, de tant de voleries, de brûlemens, saccagemens, de
violences et de violemens qui se feront sans respecter l'âge, le sexe
ne la condition, de tant de trahisons, de perfidies et de fleuves de
sang humain qui flotteront de toutes parts, sortant à gros bouillons de
gorges innocentes, et coupables de tant d'autres misères, engeance de
la guerre, s'il y en a ou s'il s'en peut imaginer de plus abominables.
Puis au partir de là, qu'il compose son armée; au premier bruit il
verra naître épais des soldats de toutes parts comme des fourmilières,
tant les François sont de nature prompte et encline à la guerre. De
ceux ici il fera ses recrues pour en enfler les corps de ses vieux
régimens, et au besoin en fera des nouveaux. Mais pour autant qu'un
roi et prince légitime doit ménager le sang de ses sujets de même
que le sien, qu'il tire du secours des nations étrangères et moins
ambitieuses, qui lui seront amies et sans prétention aucune dessus lui,
ou qui auront intérêt en sa cause, et toutefois de sorte que le gros
soit toujours des siens; pourvoie de pareille façon pour les gens de
cheval, afin, du tout ensemble, d'en composer une armée suffisante de
battre ce qu'elle trouvera, d'attaquer et de prendre ce qui résistera.
Prenne dans son épargne pour satisfaire à l'entretenement, et dans
son arsenal pour la fortifier, un attirail et équipage suffisant
de bonne artillerie, et puis apporte un si grand soin et donne si
bon ordre pour les vivres qu'ils ne puissent manquer, car il ne faut
qu'un jour sans pain pour faire mutiner et périr une armée. Et à la
fin, pour la conduite de ce corps, qu'il lui trouve une bonne tête,
c'est-à-dire un bon lieutenant général, homme de grande autorité et
qualité, de naissance, ou acquise, qui soit sage, vaillant et savant
au métier, non en papier seulement ou par un ouïr dire, mais par sa
propre expérience apprinse en divers lieux, dans les conseils de paix,
et de guerre, dans les feux des combats, aux embrasures et bouches
des canons et aux périlleux hasards des places assiégées; homme d'âme
élevée, ferme, sans peur, et toujours un, avant, après et au fort des
affaires; grand politique, d'un esprit inventif, sage, temporiseur
selon l'occasion, prompt à la prendre, prompt et hardi aux exécutions
bien mûrement délibérées; qui soit considéré, prévoyant, pourvoyant,
qui ne méprise et qui ne craigne rien, et toutesfois n'entreprenant
aucune chose à l'étourdie ou de furie; le repentir suit de près le
malheur, et le malheur la précipitation, et puis aux fautes de la
guerre il ne se trouve que malaisé ou peu ou point de remède; qui
connoisse les mœurs et la nature de ses ennemis, l'esprit, l'humeur et
la portée de celui qui les mène; qui loge dans son âme la débonnaireté,
l'humanité et la fidélité, ce sont vertus inséparables de celui qui
veut gagner le rang entre les excellens et plus grands capitaines;
qui soit sévère justicier, réservant toutesfois à son industrie les
moyens qu'il aura par où il puisse se faire aimer et craindre des gens
de guerre, les outils de sa gloire; qui se rende accessible, gracieux
à chacun avec modération, selon les lieux, la qualité, le rang et le
mérite des personnes, ce sont fortes tenailles pour attirer les cœurs
et les affections, et plus fortes encore s'il se rencontre libéral;
ayant cette partie, il fera des miracles, mais en danger de perdre
son honneur et l'armée s'il en est du contraire; qui soit de bonnes
mœurs et bien vivant, craignant que la débauche et les voluptés ne
lui fassent perdre le temps et les occasions de pourvoir aux affaires
de si grande importance qu'il porte sur les bras; qui vive sobrement,
car la sobriété le rendra vigilant et d'esprit préparé pour tout à
toutes heures; ait le don de bien parler pour savoir persuader selon
les occurrences; soit de bon âge et de corps vigoureux, laborieux,
plein de brave courage, le premier à la peine lorsqu'il sera besoin,
autant comme l'autorité de sa charge le permettra, pour en donner
aux siens l'envie de faire comme lui; surtout qu'il soit homme de
bien, tenu pour être tel d'une commune renommée; et par dessus ces
excellentes qualités, que le bonheur accompagne toujours ses conseils
et ses entreprinses, ce qui se connoîtra par les heureux succès qui
seront advenus aux charges précédentes, où lui-même aura fait reluire
sa vertu et sa bonne fortune; c'est un don fort particulier de la
grâce de Dieu, et nécessaire au général d'armée, car il se trouve
des personnages très-accomplis persécutés sans cesse du malheur, et
d'autres si heureux que la chute même du ciel en un besoin leur seroit
favorable. Or, si notre Prince est lui-même si heureux de rencontrer
un personnage aimant sa personne et l'État, orné en tout ou à peu près
de ces grandes parties, il peut hardiment lui confier son armée, avec
pouvoir, lors même qu'il sera en pays ennemi ou pays éloigné, de la
conduire où bon lui semblera, et de l'employer en tous exploits de
guerre, jusques à faire des siéges et livrer des batailles, se tenant
assuré qu'en la conduite il usera de bon et solide conseil, et que
jamais il ne sera si volage de piloter ses espérances dessus les fautes
que ses ennemis pourraient faire; qu'il saura prendre le temps et le
lieu, et tous les avantages, et donner l'ordre du combat si sagement
qu'il n'arrivera rien qui le puisse engager ou gâter ses affaires, et
que jamais il ne s'exposera que le moins qu'il pourra, et lors tant
seulement que pour peu de hasard il y sera porté dessus les apparences
toutes visibles d'un très-grand avantage et victoire assurée, ou
qu'une extrême nécessité l'eût réduit à ce faire; lui peut laisser
la liberté de s'en résoudre seul par l'avis de ses capitaines, les
témoins oculaires de sa capacité et de ses déportemens, juges de ses
raisons, de ses conseils et de ses entreprinses, sans le contraindre à
recourir au sien, d'autant que par allées et venues le plus souvent,
lors mêmement qu'il est besoin d'user de diligence, le temps se perd,
l'occasion s'écoule, les desseins se découvrent, et tout tourne à
néant. Ne s'en réserve que le pouvoir de faire la trêve et la paix; ce
sont droits de régale, et se contente d'en recevoir des avis à toute
heure, et de n'avoir pour ce sujet autre souci que d'en favoriser
l'emploi et les effets, et faire en sorte qu'il ne défaille aucune
chose pour la tenir entière et en état de demeurer toujours victorieux.
Que si ce Prince devenu grand souhaite quelque jour, par un desir de
gloire ou pour autre sujet, de conduire une armée, que ce ne soit point
au moins à toute occasion; il n'est pas raisonnable qu'un roi ou autre
souverain expose sa personne et prodigue sa vie, la vie de l'État, en
la prostituant à tout moment aux dangers apparens et douteuses issues
de la guerre; mais que ce soit tant seulement lorsqu'il sera question
du salut de l'empire, car en ce cas il la faut abandonner, comme l'on a
vu faire à Sa Majesté en la dernière et longue tragédie qui s'est jouée
aux yeux de tout le monde sur le théâtre de la France, où par nécessité
elle a représenté toute sorte de personnages pour la sauver, ce qu'elle
a fait moyennant la puissance et la grâce de Dieu. Et si, par la même
faveur, sous sa conduite ou celle de son lieutenant, contraint à donner
la bataille, il gagne la journée, comme avant le combat, au milieu
et à la fin, il aura rendu preuve de sa vertu et prouesse héroïque,
encourageant les siens de parole et d'exemple, fasse voir sa prudence
en bien usant de la victoire; et à ces fins poursuive sagement ses
ennemis qui fuient, de peur que trop pressés ils ne reviennent au
combat ne sachant où fuir, et que réduits à cette extrémité, la colère,
la honte, le dépit et le désespoir ne leur ramène le courage et tant
de hardiesse que de vaincus ils en deviennent vainqueurs: rallie les
épars, marche serré, retienne ses soldats, et les empêche de courir et
s'amuser au pillage, jusques à ce qu'il ne paroisse aucun des ennemis
sur le champ de bataille, ne même à sa vue. Puis sur la même place
rende grâces à Dieu pour lui avoir préservé sa personne, favorisé ses
armes et donné la victoire. Qu'il la conserve après soigneusement,
comme une chose chère et chèrement acquise, y veillant tellement que,
par trop de paresse ou de présomption, sa réputation ne puisse être
marquée d'aucune flétrissure, donnant le feu à sa chaleur anéantie ou
retenant l'impétuosité qui suit le plus souvent les succès favorables
d'un chef victorieux et généreux courage. En use avec douceur, et,
plein d'humanité, fasse gloire de pardonner aux ennemis qui lui tendent
les mains; puis se comporte avec tant de sagesse et de modestie que le
bonheur ne le rende jamais dédaigneux, arrogant, orgueilleux, insolent,
insupportable à tout le monde, ains qu'il se représente l'incertitude
des affaires du monde, les mouvemens soudains et revers de fortune, et
que plus on la voit haut élevée au-dessus de la roue, plus elle est
proche de trébucher d'une plus lourde chute; qu'il en arrête le retour
par le coin acéré des clous de sa prudence. Mais s'il advient que par
quelque malheur ou disgrâce du ciel il perde la bataille, qu'il ne
s'effraye point d'effet ne d'apparence, ralliant, combattant et faisant
tous ses efforts pour amoindrir sa perte, donne le loisir aux siens de
faire leur retraite. Si c'est un lieutenant et qu'il juge la route et
le désordre demeurer sans remède, alors que l'épée au poing il plonge
dans les gros qui le suivront de près, leur vendant chèrement le gain
de sa prison, ou qu'il meure avec honneur au front de ses canons,
faisant sa sépulture dedans la poudre pétrie au sang des ennemis. Si
c'est un souverain, après avoir rendu autant de témoignages qui se
peuvent donner et desirer d'un prince valeureux, cédant pour l'heure
à la fortune, qu'il fasse sa retraite et mette sa personne en lieu de
sûreté, où il recueillira les planches du naufrage, et tout soudain,
prévenant les faux bruits des ennemis, dépêchera devers ses gouverneurs
et autres officiers de ses meilleures villes, vers ses amis, ses
alliés et ses confédérés, pour leur donner avis du désastre advenu,
faisant moindre la perte, et comme Dieu l'a préservé miraculeusement et
réservé, à son opinion, à meilleure fortune pour des occasions encore
inconnues, qu'ils lui en rendent grâces particulières et publiques,
et, tout plein de brave courage, qu'il rassure le leur, leur donnant
assurance de pouvoir réparer en peu de temps la brèche que le malheur
et non pas la valeur des ennemis a faite à ses affaires. Pour allentir
le cours et le progrès de ce victorieux, qu'il lui mette au devant ses
places bien munies, oppose sa constance ainsi qu'un mur d'airain contre
les touches de l'infortune pour grandes qu'elles soient, les supporte
patiemment et courageusement. L'adversité c'est la pierre de touche
des âmes généreuses et la preuve certaine de ces âmes de terre, qui
désespèrent tout et jugent de la perte de l'État général par une simple
atteinte. Qu'il espère toujours, essaye tout, et mette en œuvre toute
pièce pour regagner l'avantage perdu, et à l'extrémité, ne pouvant
faire mieux, d'un courage invaincu, menace de la queue, comme fait
le serpent auquel le voyageur ou le chasseur aura brisé la tête; car
tous les hommes sont égaux aux choses qui dépendent des bonnes grâces
de la fortune, et sa séance n'a point d'arrêt, elle est ambulatoire.
Les succès de la guerre sont incertains et sa chance muable; la
moindre occasion possible le pourra relever de sa chute; son ennemi
par aventure enivré de sa gloire, s'endormira; son armée se lâchera
et se débandera, lassée de la peine; ou il s'engagera pour un long
temps au siége d'une place, et cependant il aura le loisir de renouer
et les moyens de faire nouveaux desseins et des nouvelles forces, les
remettre sur pied, et suffisantes d'en pouvoir rétablir ses dernières
ruines, et derechef se présenter en armes et bataille rangée devant
cet ennemi, en lui donnant à choisir ou la paix ou la guerre. Or, par
cette offre de défi regagnant le dessus, s'il se parle de la paix
qu'il y prête l'oreille, comme utile au vainqueur, et au vaincu utile
et nécessaire. Que chacun d'eux ajourne sa conscience à part, et le
coupable mêmement, pour lui représenter les horribles effets de leurs
divisions. Si l'un a eu quelque mauvaise intention qui l'ait poussé à
vouloir remuer, et l'autre du sujet de recourir aux armes pour sa juste
défense, et celui-ci, se voyant le plus fort, poursuive la vengeance,
qu'ils sacrifient leurs passions au repos du public, terminent leurs
querelles et se disposent à une paix qui finisse la guerre; fassent
la trêve pour la négocier, y employant des hommes pacifiques. Que
le vaincu, sans se flatter, reconnoisse en soi-même sa foiblesse et
toutesfois en la dissimulant, ne se relâche et ne se montre point tant
ravalé de cœur ne de courage que pour l'avoir il consente de faire ou
de promettre aucune chose déshonnête; souffre le souverain dix mille
morts plutôt que de souiller son nom et son honneur, en s'obligeant à
des conditions du tout insupportables aux princes de sa qualité; mais
faisant joug sous les lois immuables de la nécessité, qu'il quitte une
partie de ses prétentions par le consentement d'une perte moyenne, pour
éviter la honte et le hasard d'une plus grande ou dernière ruine. Que
le vainqueur aussi ne s'enfle pas si fort des vents de sa prospérité,
qu'il en coure fortune, ains se laisse conduire à ceux de la raison qui
lui fera considérer les variables tours et la vicissitude des affaires
humaines, et louer Dieu de l'avoir préféré, lui donnant le dessus
contre son ennemi. Qu'il soit donc traitable en ce traité de paix,
accordant au vaincu facilement ce qu'il peut espérer sans l'engager
à des choses impossibles, il y auroit regret, et le ressentiment lui
feroit épier l'occasion et le temps de la rompre; c'est assez de le
mettre en tel état qu'il ne puisse plus nuire, sous des conditions
que le vaincu jugera lui-même supportables. Et d'autant que la paix
est le but de la guerre, et que les sages princes en supportent les
peines sous l'espoir du repos, ce qui se promettra que ce soit sans
feintise, à celle fin que cette paix qui se contractera soit ferme et
assurée, et de longue durée; autrement à quoi bon tout cela d'avoir
été ou vainqueur ou vaincu? Bref qu'il fasse partout, à l'exemple du
Roi, reluire sa débonnaireté, n'estimant pas moins que Sa Majesté la
gloire acquise par la douceur et la clémence qu'en élevant jusques au
ciel des superbes trophées par la voie des armes. Ce sont en somme les
rudimens, comme un projet général du métier de la guerre, que l'on
lui peut apprendre à cet âge. Je ne parlerai point pour cette fois de
l'ordre et façons des batailles qu'il faut donner selon les différences
de la nature et assiette des lieux, selon l'ordre et le nombre des
forces ennemies; quand et comment il faut mêler ou non les gens de pied
et les gens de cheval, et selon le mélinge des diverses nations qui
sont aux deux armées; de la façon d'entreprendre les siéges, comme il
les faut conduire; des finesses, des ruses dont on se peut servir, ne
de plusieurs autres enseignemens et considérations qui sont du corps
de cette connoissance. En voilà maintenant assez pour un commencement;
ce sera pour une autre fois, et cependant les livres, les discours,
et puis un jour l'expérience lui apprendront ce qui s'en peut savoir.
Or, il ne suffit pas au souverain d'avoir pourvu à former son État par
l'établissement des lois et de la force, il lui faut un Conseil par
les rênes duquel il manie l'empire; de qui le prince est l'âme et le
Conseil en est l'entendement. Et comme il ne se voit aucun de qualité
privée et moyenne fortune qui ait assez de suffisance ou puisse avoir
le soin et du loisir pour la conduire seul sans l'aide de quelqu'un,
tant il se trouve d'imperfection et peu d'arrêt au jugement humain,
journalier, variant, flottant douteusement en ses opinions, voire le
plus souvent sur un même sujet par défaut de nature ou de savoir, ou
de certaine expérience, il ne se faut point étonner si les plus grands
en ont plus de besoin pour maintenir la leur, les rois surtout et
seigneurs souverains, qui reconnoissent bien et se sentent eux-mêmes
tenir de la nature commune à tous les hommes, et ne différer d'eux
que de condition; et comme celle-ci à mesure qu'elle leur donne d'une
main plus de pouvoir et plus d'autorité, de l'autre elle les charge
de plus de soin et les oblige à des subjections et peines infinies,
pour aviser à la conduite et conservation de tant d'âmes qui vivent et
qui leur obéissent dessous cette assurance, et par ainsi à rechercher
avec beaucoup de curiosité, de prudence et de jugement, des personnes
capables, non pour régner avec eux, ains pour les soulager, faciliter
et les aider à soutenir la domination par leurs justes avis, en les
servant d'affection, de conseil et de main. Ce n'est pas une des plus
petites difficultés qui se rencontrent aux affaires des princes. Car,
que le souverain ouvre tant qu'il voudra en cette élection les yeux de
sa prudence, ce n'est rien fait s'il n'y a du bonheur, don gratuit du
Ciel et non ouvrage de l'industrie humaine. Qu'il le demande à Dieu
quand il en sera là, puis y emploie son jugement sans passion aucune,
que pour le bien de l'État, non à dessein de s'en servir à épauler
ses actions vicieuses, favoriser ses fâcheuses humeurs et les rendre
ministres exécutant à tort et à travers toutes ses fantaisies, c'est
à faire à tyrans et non à des rois et justes souverains. Or, d'autant
que notre petit Prince aura par aventure besoin un jour de faire cette
élite, apprenez-lui ceci, et que tout homme qui doit être appelé pour
le conseil d'un roi doit être homme de bien, aimant et craignant Dieu,
personne sans reproche, juste, avisé, fidèle, clairvoyant, et d'un
savoir universel aux affaires du monde et en particulier à celles de
l'État où il fait sa demeure; homme de sens rassis, d'un esprit modéré,
tempéré; homme toujours égal, de ferme entendement, arrêté, résolu, qui
ne succombe légèrement aux désastres publics, et s'il se peut, pour
le plus assurer, ait tâté et du bien et du mal, en éprouvant l'une et
l'autre fortune. Qu'il doit être équitable et rond en ses avis, ne les
déguisant point flatteusement pour les accommoder contre le droit aux
passions du souverain ou à celle d'autrui, ou à la sienne, ains qu'il
les doit donner librement et vertueusement, avec la révérence et le
respect qui se doivent porter en la présence du prince; lequel possible
à l'heure se piquera de cette liberté, mais peu après en estimera plus
et louera lui-même le conseil et le conseiller. Qu'il doit pareillement
être considéré et constant en iceux, non étourdi, opiniâtre et vain,
voulant faire valoir ses avis pour arrêts, ains toujours préparé de les
soumettre aux lois de la raison; d'une humeur reposée, respectueux,
gracieux et modeste, maniant les affaires de si douce façon que
ce faisant elle porte partout le témoignage de son obéissance. Se
contenter et de l'honneur et de la part qu'il reçoit des affaires,
sans se mêler trop curieusement à pénétrer le fond de ses intentions,
qui ne doit être su que du seul souverain. Ne s'ingérer jamais par
ostentation et vanité de parler à lui, ne sans être appelé, si ce
n'étoit qu'une affaire pressée, dépendant de sa charge ou autrement, le
forçât à ce faire; et doit surtout être secret; c'est le plus sûr et le
plus grand secret pour bien servir que puisse avoir le conseiller d'un
prince; et ne donner son âme à posséder au désir excessif d'amasser
des richesses, car cette avare passion abaisseroit la planche à la
corruption, et celle-ci sans doute infecteroit après sa prudhomie et
sa fidélité. Que s'il se peut trouver un homme avec ces qualités, ou
plus ou moins, doit être de tel âge qu'il ait passé tous les feux de
jeunesse; que si le corps en est un peu moins vigoureux, l'esprit se
trouvera plus renforcé d'expérience, de sagesse et de jugement. Il est
à présumer qu'à cet âge-là sa tête sera mûre et ses avis aussi, et tels
qu'on ne pourra dire de lui _qu'il apprend en gâtant_, ne penser que,
par outrecuidance, orgueil ou vanité, il les veuille fier à sa seule
prudence, méprisant ceux d'autrui. Ne les donner crus et mal digérés,
pleins de fougue, de feu et de précipitation, mère mortelle du bon
conseil, des louables desseins et justes entreprinses, ne tout aussitôt
qu'il les aura conçus en presser l'exécution avec impatience. Que notre
Prince donc procède en telle sorte à cette élection que, si pour les
avoir choisis, connus par lui ou de commune renommée, ils ne venoient à
réussir tels comme il les a prins, son jugement n'en soit point accusé,
mais le reproche fait à cette déloyale et marâtre fortune qu'il n'aura
méritée. Or ces hommes ici se trouveront dans les Cours souveraines, où
c'est qu'ils sont nourris entre les bras des lois, pour connoître des
mœurs et des affaires de leurs compatriotes, et tellement accoutumés
à rendre la justice que cette action semble avoir prins en eux une
habitude naturelle; plus recherchés pour ce conseil, même pour y tenir
des premiers rangs, s'ils ont acquis la connoissance des nations
et des États des princes étrangers, par l'entremise des affaires
publiques souventes fois traitées avec eux, ou pour avoir, en qualité
d'ambassadeurs, résidé près de leur personne. Le collége des chevaliers
en peut fournir, et bons, comme l'on dit, au poil et à la plume: ce
sont tous personnages qui ont acquis par leur vertu et mérite, au
péril de la vie plusieurs fois hasardée, ce collier honorable duquel
les rois ont signalé leur gloire. Les secrétaires assidus auprès des
souverains seront des plus capables; l'assiduelle sujétion qu'ils
rendent à leurs charges fait qu'ils savent les temps et les momens des
volontés du maître, la naissance, la suite et le fond des affaires, et
sont comme les clefs des mystères des princes. Parmi l'ordre puissant
et invincible corps de la noblesse, il s'en peut rencontrer encore
quelques-uns et des plus suffisans, et entre ceux qui ont usé la
meilleure partie de leur âge aux honorables professions, ou employée
auprès de ceux qui de leur temps ont manié les plus grandes affaires.
La grandeur de l'État, la multitude et la nature des affaires doivent
régler le prince pour ordonner du nombre qu'il lui faut de ces hommes
choisis. Le corps de ce Conseil, ainsi bâti des meilleures parties
prinses de ses sujets, fera reluire et estimer partout son jugement et
bon entendement, donnera poids à son autorité et très-grande réputation
à son empire. Mais ce n'est pas assez d'avoir un Conseil qui ne s'en
veut aider, ou ne s'en servir que de mine, inutile du tout au souverain
qui ne croit que sa tête; qu'il se dispose donc à l'écouter et à le
suivre en toutes ses affaires, qui ne se peuvent mûrement consulter
que sur le tapis vert; se conseille à propos et prenne garde que, pour
y être ou trop long ou trop prompt, l'occasion perdue ne perde aussi
ses affaires; écoute les conseils et les raisons paisiblement, avec
attention et ferme jugement, sans s'attacher opiniâtrément aux siennes;
n'use de brigue ne de force pour les faire approuver; trouve bon que
chacun y parle franchement; il se verroit souvent froidement conseillé
s'il faisoit le contraire, et d'un esprit indifférent remarque les
avis, les reçoive également, bons ou mauvais, faisant paroître qu'il
les prend de chacun comme donnés en bonne conscience. Et puis après,
d'autant que le secret est l'âme des affaires, sur le poids des raisons
plutôt que sur le nombre, prenne en privé lui-même avec deux ou trois
sa résolution pour être plus secrète, et aussitôt prête la main à
l'exécution. Que si elle ne reçoit pas toujours une fin espérée, il
y aura moins de regret que s'il l'avoit seulement prinse avec sa
fantaisie. Que jamais il ne juge par les événemens ne d'eux ne des avis
et ne les leur reproche point, mais, en considérant qu'il ne se trouve
rien qui soit plus épineux que de conseiller un roi ou autre souverain,
les tienne pour arrêts de la Fortune, qui préside séante dessus le
trône des affaires humaines. Qu'il assiste souvent en ce Conseil, car
sa présence les arrêtera tous dans le point du devoir; son œil et son
oreille tiendront le contrôle de leurs déportemens, du biais et de la
chute de leurs opinions, et son bon jugement donnera sonde jusques au
fond de leurs conceptions, sans toutesfois sous quelque préjugé ajouter
foi par trop légèrement, ne refuser obstinément à croire ce qu'il verra
ou qu'on lui dira d'eux, ne de tout autre que ce soit. Et, non content
de les ouïr opiner en Conseil, les interroge souvent chacun à part sur
ses affaires ou sur des autres qu'il imaginera; c'est un moyen pour
s'instruire sans peine et en savoir en peu de temps lui seul autant ou
plus que tous ensemble, et faire qu'un chacun d'eux approchant près de
lui ait toujours l'esprit en garde pour répondre à propos et satisfaire
sur le champ à ses intentions. Ne favorise ceux qui voudroient usurper
autorité dessus leurs compagnons; il y auroit à craindre que ce support
ne jetât à l'écart aucunement leur ancienne intégrité pour la mêler
aux passions particulières d'où naissent les cabales tant dommageables
au service des princes. Pour ce regard qu'il les tienne à l'égal;
l'égalité est mère de l'accord, et l'accord père de l'harmonie. Mais
hors de là chacun fasse sa charge, conspirant tous à une même fin,
c'est au bien de l'État et du souverain, lequel ainsi comme le grand
ressort doit faire aller d'un même temps les divers mouvemens de la
machine de l'empire, où, si les uns présument tant de les vouloir
conduire tous et entreprennent sur les charges des autres, c'est
tirer au bâton; tout y demeure court ou le désordre et la confusion
se pêle-mêlent aux affaires du prince. Pense pour eux lorsqu'ils n'y
pensent point, s'il les veut obliger à ne penser qu'à lui, et leur
donne du bien sans le demander: les services demandent; donner ainsi
c'est obliger et donner doublement; ou ne se fasse tirer par trop
l'oreille quand ils demanderont:

    _D'un bienfait marchandé le mérite se perd._

Après avoir ainsi disposé toutes choses pour affermir la base de
son autorité, par l'assurance et l'honneur de l'État, pourvoie à
sa personne, sa maison et sa Cour, faisant un choix considéré de
serviteurs fidèles et discrets, sans yeux et sans oreilles, qui soient
de bonnes mœurs, de douce humeur, accoutumés au service des princes
et des grands, et d'âge convenable à bien faire les charges dont il
voudra les honorer diversement, selon les qualités, pour s'en servir
en sa maison et spécialement auprès de sa personne. Car il importe
extrêmement au prince d'être servi de telles gens, pour ce qu'ils sont
comme premiers dépositaires de sa vie, de tous ses mouvemens secrets
et actions privées. Or, à ce que l'on dit, Sa Majesté le relèvera de
cette peine, voulant elle-même faire sa maison lorsqu'elle se résoudra
de le mettre en vos mains, et lui donner, pour le servir en chacune
des charges, de l'élite des siens, sur le patron desquels il puisse
apprendre à les choisir ailleurs s'il en avoit besoin. En ceci il
ne recevra pas un petit avantage de les prendre du Roi, qui les a
éprouvés, d'autant que le hasard se rencontre à l'essai des choses
inconnues. Il est à présumer qu'il prendra des plus mûrs et des plus
gens de bien pour mettre près de sa personne; leur âge, leur prudhomie
et l'honneur d'être à Sa Majesté lui donneront je ne sais quelle
crainte qui pourra l'empêcher ou divertir de beaucoup de jeunesses
qu'il pourroit entreprendre, séduit par le conseil d'un inconnu et
mauvais serviteur, abusant à son dam, pour un profit particulier ou
passion privée, de la facilité et bonté de son âge. Après l'ordre
donné pour servir sa personne, qu'ayant le soin en même temps de son
instruction pour les mœurs et les lettres il choisira lui-même un
précepteur, et par ainsi capable d'une si grande charge. Puisque Sa
Majesté veut qu'il entre en son Conseil à l'âge de douze ans, et qu'il
se façonne et fasse son apprentissage dans cette école de la chose
publique, depuis cet âge jusqu'à celui qui le rendra majeur par les
lois du royaume, afin qu'en ce temps-là il se puisse trouver comme
maître passé, et suffisant d'en prendre la conduite; voulant en outre,
pour le rendre accompli, qu'elle le mettra alors entre les mains de
ses plus confidens qui l'instruiront du fond du secret et du fin de
toutes les affaires. L'on dit aussi que le Roi, lui permettant d'avoir
quelques heures à soi, pour y passer honnêtement le temps et l'employer
aux exercices vertueux qui soient de sa portée et convenables à sa
qualité, a résolu de lui donner pour compagnie une certaine troupe de
jeunes gentilshommes, de pareil âge ou sortable au sien, qu'il tirera
des plus grandes et meilleures maisons de toutes ses provinces, jugeant
que cette première nourriture fournira les semences d'une solide
affection à aimer la personne de ce jeune Prince qui germera dans ces
petites âmes, et, croissant peu à peu comme leurs corps, s'élevera si
forte que, parvenue à sa maturité, elle lui produira facilement les
fruits d'une fidèle subjection et ferme obéissance, et qu'un jour ce
seront ses tenans et les arcs-boutans de son autorité; que par leur
bon exemple, leur crédit et la force, ils maintiendront et feront
reconnoître par toutes les parties du royaume, et par même moyen la
rendront redoutable aux nations étrangères. Et comme Sa Majesté vous
a destiné pour gouverner ce Prince, façonner et conduire sa première
jeunesse, avec pouvoir sur toute sa maison, il sera nécessaire aussi
que vous ayez l'œil sur cette compagnie, et preniez garde à ce que pas
un d'eux, ne autre approchant près de lui, n'haleine dans ses yeux ou
souffle en ses oreilles l'infection du vice naturel que chacun porte de
naissance, car chacun a le sien; vous le verriez en peu de temps plus
vicieux lui seul surpasser tous les autres. Conduisez-le toujours des
yeux et de la main; tenez-en garde de tous côtés des espions fidèles et
retranchés contre ce mauvais vent, qui éteindroit en lui ces petites
bluettes du feu de la vertu, dont la nature a parsemé nos âmes. Et
pour autant qu'il semble que le mal et le bien, le vice et la vertu,
l'adversité et la prospérité que reçoit un État partent, ainsi que
d'une source, de la maison du prince souverain, il faut que le nôtre
sache que ce n'est pas une des dernières parties de sa prudence de
la bien ordonner; et pour ce faire, qu'il commence cet ordre par sa
personne propre, faisant reluire avec sa qualité, sa foi, sa piété, sa
probité, sa tempérance, sa justice et sa grâce; ses serviteurs, ses
courtisans, et puis tous ses sujets, des plus petits jusqu'aux plus
élevés, suivront cette lumière. Les peuples sont imitateurs des rois,
comme persuadés que leurs actions commandent à l'égal de la force
des lois. Qu'il donne les premières charges à personnages de grande
qualité, de mérite pareil et d'âge vénérable, et tels qu'il n'en puisse
jamais craindre le repentir, ne recevoir du blâme; car telles gens
lui feront de l'honneur, serviront par honneur et non par avarice.
Que chacun d'eux soit maintenu en son département et tous ensemble si
liés d'une commune intelligence que leurs affections conduisent celles
des moindres officiers qui serviront sous eux, pour ne viser pour
tout ailleurs qu'au service du prince. Qu'il reconnoisse aussi cette
fidélité par récompenses et bienfaits honorables, octroyant librement
ou prévenant dextrement leurs demandes: le service muet, continué,
demande de soi-même, et la façon dont se donne le bien ou gratification
oblige fort souvent autant ou plus que la valeur de la chose donnée. Ne
souffre point que les chefs de ces charges en oppressent les membres,
car ils sont tous à lui, et qu'abusant indignement de leur autorité ils
ne les privent de leurs droits et volent leurs salaires. Il seroit à
craindre que l'indigence et la nécessité n'abattît la foiblesse et la
fidélité de quelqu'un de ceux-là, au préjudice, possible, de sa vie; et
par ainsi qu'il s'enquerre soigneusement des mœurs et des actions de
tous ses domestiques, à celle fin de les tenir toujours en état de bien
faire, et pour y donner ordre s'il y a de la faute, la punissant en eux
plus rigoureusement pour l'exemple des autres. Que l'on voie souvent
autour de lui des hommes doctes et sages personnages, de toute qualité
et différentes professions, pour avoir en tout temps à qui communiquer,
de quoi prendre plaisir, et s'instruire parfois en leurs discours de
diverses sciences; tenant cette maxime de jamais n'approcher de soi,
pour y être ordinaires, que des gens de bien. D'autant que tout le
monde jugera qu'il est tel que sont ceux qui le servent et vivent en
faveur auprès de sa personne. Ne juge mal de la sincérité de leurs
affections, ne de ses autres serviteurs, pour ne louer toujours ses
conseils, ses desseins, ses faits ou ses paroles, ains trouve bon que,
selon leurs avis, ils les puissent sûrement réprouver avec modestie.
C'est un avant-coureur à la ruine de celui auquel on n'ose dire la
vérité en aucune façon, de peur de lui déplaire. Fasse distinction
des bons et des mauvais, de ceux qui l'aimeront d'âme et de cœur,
pour l'amour de lui-même, d'avec ces finets qui consentiront tout pour
faire leurs affaires, et cauteleusement le flatteront jusques à ses
pensées. Aime ceux-là, rejette ceux ici, comme peste des princes et
de la république; car ces flatteurs ce sont des affronteurs beaucoup
plus dangereux que ceux qui, parmi le commun et les particuliers, font
métier ordinaire et vertu d'user d'affronterie, étant par eux tout à la
fois le public affronté, affrontant la personne du prince. Plante la
paix en sa maison, en déracine la discorde; l'une donne l'accroissement
aux plus petites choses, l'autre ruine de tout point et détruit les
plus grandes et les mieux établies. Embrasse la vertu à bon escient
et déteste le vice, y établisse le premier et en bannisse l'autre; et
ne présume pas que la royale et souveraine qualité soit couverture
suffisante pour empêcher les mauvaises odeurs de sa mauvaise vie;
car, fût-il encavé au plus profond d'une caverne, l'on en sentira
l'air, étant des rois ainsi que du soleil, qui pour un temps peut
bien dissimuler, mais non pas dérober du tout les rais de sa lumière.
On verra lors toute sa Cour imiter à l'envi ses actions vertueuses,
chacun brûlant de passion et fidèle désir abandonner et les biens et
la vie pour le service de ce Prince, qui trouvera, en bien vivant et
bien régnant, sa personne assurée et son État aussi, en la vertu de
ses amis, l'amour de ses sujets, et sa propre prudence, les légitimes
et uniques moyens pour conserver et gagner les empires. Voilà en peu
de mots une partie des principales considérations qu'il doit avoir en
faisant sa maison. Il nous faut assurer que Sa Majesté ordonnant de
celle de notre jeune Prince la fera telle qu'elle servira de règle, non
à sa Cour et suite seulement, mais à tout le royaume.

Or, si la piété, la prudhomie, le savoir, les vertus héroïques, les
bonnes lois, les finances et les amis; et si les armes, le bon conseil,
la prudente conduite et vertueuse vie d'un roi et seigneur souverain
sont pièces qui suffisent pour assurer sa domination et empêcher que
son État et son autorité ne voient la ruine, notre Prince aura de
quoi bien espérer, ayant apprins et retenu vos bons avis et vertueux
enseignemens, et plusieurs autres qu'il apprendra pour cette même
fin, à mesure que l'âge augmentera les forces de son entendement.
Cependant qu'il sache que la preuve infaillible de la bonté de son
gouvernement, ce sera l'opulence de ses sujets et leur louable vie;
et quand la crainte de ressentir le déplaisir et l'ennui de sa mort
leur fera souhaiter que la leur la prévienne, et lorsque retirés
chez eux en leur particulier, ils admireront tous et feront admirer
à toutes leurs familles plus sa rare vertu que sa grande fortune. Et
possible Sa Majesté, pour couronner cette œuvre, prendra plaisir
aucunes fois d'employer en la personne de son Dauphin tout ce que le
long temps et la pénible expérience lui ont si chèrement apprins, et
plus par aventure qu'à nul autre des princes qui vivent sur la terre.
Mais pource que je sais qu'il n'y a rien dessous le ciel qui ne soit
périssable et sujet à sa fin, même que les grandeurs des plus puissans
empires ont leur point limité, je prie Dieu et le supplie de vouloir
différer le décret final préordonné sur cette monarchie, à ce que la
tempête n'en tombe sur ce Prince, et que jamais elle ne puisse choir
sur les rois de son nom, de le garder et conserver toujours sous
l'abri de ses ailes, gouverner et conduire toutes ses actions, et
lui permettre de régner après Sa Majesté paisiblement, heureusement
et à longues années, favorisé de sa bonté, aimé et craint de ses
sujets, honoré, estimé et redouté de tout le monde; et de pouvoir
enfin, suivant les traces du roi son père, laisser un jour la France
regorgeante en richesses au milieu de la paix, un doux ressouvenir
de ses bontés dans le cœur de ses peuples, puis en succession à
ses successeurs, du sujet de l'ensuivre et de faire comme lui, et de
la gloire du nom françois et de son renom remplir toute la terre.
Voilà, Monsieur, ce que votre désir et l'affection particulière que
j'ai au bien et au service de ce Prince m'ont fait concevoir pour son
instruction. Je m'estimerai très-heureux si vous et ceux qui le liront
jugez que j'ai satisfait aucunement à leur gré et à votre espérance;
sinon je vous somme à garant, en attendant que quelqu'un plus solvable
que moi vous dégage de cette obligation. J'aurai toujours fort agréable
une telle décharge.

SOUVRÉ. Pour moi j'en suis bien content et me sens obligé à vous de
cette conférence.

L'AUTEUR. Monsieur, je suis votre très-humble serviteur, je reçois ces
paroles de votre courtoisie.


FIN DES APPENDICES.



TABLE CHRONOLOGIQUE

DU JOURNAL

DE

JEAN HÉROARD.


  1601.—Héroard est nommé premier médecin du futur Dauphin;
    paroles que lui adresse Henri IV.—Naissance du Dauphin à
    Fontainebleau.—Témoins de l'accouchement.—Description du
    corps de l'enfant; remarque de la duchesse de Bar.—Le Roi
    annonce lui-même l'événement.—Départ des courriers.—Paris
    de Zamet avec le Roi et la Reine.—Première nourrice.—Le
    Roi manque de laisser tomber son fils.—Visites de grands
    personnages.—Première chemise; mot de la duchesse de
    Bar.—Avidité de l'enfant.—Seconde nourrice.—Le Dauphin
    transporté de Fontainebleau à Saint-Germain en Laye; son
    passage et sa réception à Melun et à Paris.—Visites à
    Saint-Germain; la Reine y vient avec Mme de Guise et la
    Concini.—Arrivée du Roi; il se joue avec son fils.—Premier
    mot de l'enfant à sa nourrice.—Arrivée des gardes du
    corps.—La marquise de Verneuil à Saint Germain.—Jargon
    du Dauphin; il aime la musique.—Visite des nonces du
    Pape.—Remplacement de la première nourrice.                    I, 1

  1602.—Le Roi et la Reine à Saint-Germain.—Premier portrait
    du Dauphin fait en crayon par Decourt.—Départ de la seconde
    nourrice.—La marquise de Verneuil.—Première sortie.—Autre
    portrait du Dauphin.—M. de Rosny.—Les enfants de
    Gabrielle d'Estrées, élevés avec le Dauphin, ont la petite
    vérole.—Premières caresses de la Reine.—Portrait fait par
    Quesnel.—Réception d'ambassadeurs.—Premier instinct de la
    chasse.—Première dent.—M. de Mansan.—Projet de mariage
    avec l'infante d'Espagne.—Lettre du maréchal de Biron à
    Mme de Montglat.—Émotion d'un vieil officier général.—M.
    de Mayenne.—Le comte d'Auvergne.—Mme Boursier.—Premier
    vêtement.—Concini.—Mot du Roi sur la bouillie.—Tienette
    Clergeon.—Second portrait fait par Decourt.—Singulières
    habitudes données à l'enfant.—Le Roi joue à cache cache avec
    son fils, lui fait voir la curée du cerf.—Exécution de Biron
    et chute du Roi.—La fête de Saint-Louis.—Nouvelle grossesse
    de la Reine.—Le Dauphin entre dans sa deuxième année.—Mœurs
    singulières.—Présents des députés du Dauphiné.—Audience des
    ambassadeurs suisses.—Singulier hommage des courtisans.—Le
    prince de Condé.—Naissance de Madame à Fontainebleau; son
    arrivée à Saint-Germain.                                       I, 17

  1603.—Premiers services rendus au Roi.—Répugnance du
    Dauphin pour son frère naturel.—Premières armes données
    par la duchesse de Bar.—Singuliers exemples donnés au
    Dauphin.—Mauvais vouloir pour Concini et sa femme.—Le
    Roi menace le Dauphin du fouet.—Charles Martin fait
    son portrait.—M. de Longueville vient demeurer à
    Saint-Germain.—La marquise de Verneuil et son fils; détails
    singuliers.—Serment de fidélité des magistrats de Paris.—Le
    Dauphin joue au mail.—Mme Héroard.—Première lettre au
    Roi.—Le P. Coton.—Mme de Verneuil et sa mouche.—Les enfants
    de MM. de Liancourt et d'Épernon.—Comment on l'entretient
    de l'infante d'Espagne.—Habitude de Henri IV.—La duchesse
    de Bar.—Départ du Roi et de la Reine pour la Normandie.—Le
    Dauphin apprend à parler.—Mlle de La Salle.—Mme Concini.—Mme
    de Verneuil.—Prière que récite le Dauphin.—Il boit à
    l'infante d'Espagne et danse en présence de l'ambassadeur.—Son
    caractère opiniâtre; il est fouetté pour la première fois.—Son
    amitié pour Héroard.—Le Dauphin est sevré.—Armes données
    par la ville de Moulins.—Mathurine la folle.—Audience du
    connétable de Castille.                                        I, 41

  1604.—Étrennes du Dauphin.—Visite du Roi; journée
    orageuse.—Bégayement du Dauphin.—Chanson sur La Clavelle
    et Engoulevent.—Chasse du Roi à Versailles.—Les musiciens
    du Dauphin.—Il reçoit la croix du Saint Esprit, premier
    présent du Roi.—Curiosité et dissimulation du Dauphin.—Le
    Roi le fait fouetter.—Le Dauphin fait l'essai des mets
    destinés au Roi.—Opiniâtretés et corrections.—Il voit
    danser un ballet.—Portrait fait au crayon par le fils de
    Dumonstier.—Caractère et éducation du Dauphin.—Il va à la
    Muette, à Croissy, à Poissy.—Singulier langage.—Accueil fait
    à M. de Rosny, à son présent et à sa lettre.—Lettre du Dauphin
    au Roi.—Jalousie envers les enfants naturels du Roi.—Dialogue
    avec le page Labarge.—Scènes avec le Roi et la Reine.—Comment
    on lui parle de son père; les fous de Cour.—Nouveau portrait
    peint par Charles Martin.—Le journal d'Héroard.—Scène avec
    le Roi.—Arrivée des enfants de Mme de Verneuil; dispositions
    du Dauphin pour eux.—Scène avec le Roi et la Reine; page
    fouetté à la place du Dauphin.—Les chats du feu de la
    Saint-Jean.—Le cantique de Siméon.—Mme de Verneuil.—Visite
    du duc de Lorraine et de ses fils.—Goût du Dauphin pour les
    armes et les instruments militaires.—M. de Rosny.—Singulier
    langage qu'on tient devant l'enfant, et ses résultats.—Nouveau
    portrait fait au crayon par Decourt.—Le livre de Gesner
    sur l'histoire naturelle; le siége d'Ostende.—Portraits en
    cire de la Reine et du Dauphin faits par Paolo.—Le Dauphin
    part de Saint-Germain; son passage à Paris, à Savigny, à
    Villeroy, à Fleury; son arrivée à Fontainebleau.—Scènes avec
    le Roi et la Reine.—La poterie de Fontainebleau.—Caractère
    impressionnable de Henri IV; il _blémit_ d'aise en embrassant
    son fils et le fouette lui-même.—Lit donné par M. de
    Rosny.—Concini.—Le P. Coton.—Costume d'été.—Goût de plus
    en plus développé pour la musique.—Le fou du Roi.—Tragédie
    anglaise représentée à Fontainebleau.—Statue du Dauphin
    faite par Guillaume Dupré.—Le danseur de corde.—Portrait au
    crayon fait par Mallery.—Accès facile des pauvres dans les
    cours du château.—M. de Favas et sa jambe de bois.—Scène
    avec le Roi.—L'épinette de M. de Saint-Géran.—Envoi à
    l'infante d'Espagne.—M. de Rosny et le service d'argent
    doré.—Journée de colère et ses suites.—Mlle de Guise.—M.
    de Vendôme indispose le Roi contre le Dauphin.—Singulières
    conversations.—Continuation de la colère du Roi.—Le lit de la
    Reine.—Le masque de Mme de Montglat.—Départ de Fontainebleau;
    passage à Melun, retour à Saint-Germain.—Arrestation du comte
    d'Auvergne.—La marquise de Verneuil et la comtesse de Moret
    viennent l'une après l'autre à Saint-Germain.—Arrivée du
    Roi; souvenir de la scène de Fontainebleau.—Le branle des
    navets.—Le Dauphin recommence à bégayer.—Moyens dont on se
    sert pour le faire obéir.—Lutte entre le Roi et son fils.—Le
    Dauphin valet du Roi.—Historiette du fils de M. de la Fon.—Le
    Dauphin quitte les lisières.—Remarques sur les antiquités de
    Rome.—Joujoux de Noël.—Le mari de la nourrice.—Audience des
    états généraux de Normandie.—Un joujou d'Italie.              I, 59

  1605.—Devise du Dauphin.—On l'habitue au bruit des armes
    à feu.—Lettre à la Reine.—Les figures de la Bible.—Les
    portraits du Roi et de la Reine.—Le livre de M. de La
    Capelle.—Antipathie naissante pour les femmes.—Le valet du
    serrurier.—La comtesse de Moret.—Présent de la Reine.—Henri
    IV et ses enfants.—Le serment de fidélité.—L'ambassadeur
    d'Angleterre.—M. d'Harambure.—Le pied du cerf et le pied
    de la perdrix.—Les emblèmes d'Alciat.—La duchesse de
    Deux-Ponts.—Le valet du bourreau.—Jouets de poterie.—Les
    danses du Dauphin.—Entretien sur l'Infante.—Le peintre
    Martin.—Jouets d'argent.—Premier page.—Le jeu du
    corbillon.—Le baron de Donaw.—Modèle en cire d'une statue
    du Dauphin, le sculpteur Després ou Dupré.—La chanson de
    Robin.—Jouets de carton peint.—Le Dauphin logé au château
    neuf de Saint-Germain.—La comtesse de Moret.—Lettre au
    Roi.—Goût naissant pour le dessin.—Les fontaines et les
    orgues de Saint-Germain.—Instincts du commandement.—Chanson
    du Dauphin.—Les Espagnols et l'Infante.—Les outils du
    menuisier.—L'esprit de la galerie rouge.—Danger que
    court Héroard.—Conversation sur la chasse, le Louvre,
    etc.—La paye des soldats du Roi.—Le brave Crillon.—Le
    chien _Favori_.—Caractère du Dauphin.—Discours des
    députés suisses.—La statue d'Orphée.—Les forçats.—_La
    belle Corisande_ et son petit-fils.—Les Gascons.—M. de
    Favas.—Jouets de plomb.—Mme de la Trimouille.—Amour
    du Dauphin pour sa nourrice.—Retour au vieux château de
    Saint-Germain.—Mlle Prévost des Yveteaux.—Le comte de
    Saure.—Lettre au Roi.—Les prières du Dauphin.—Chanson
    gasconne.—Henri IV couché avec ses enfants; mœurs et
    conversations singulières.—Fiançailles du prince de
    Conty.—Enseigne de diamants donnée par la Reine.—La musique
    de la Reine.—Le fossé et le pont-levis.—Le Dauphin fouetté
    par le Roi.—Un coffret flamand.—Le comte de Soissons, M.
    de Rosny et M. de Montbazon.—Batteries des tambours.—Le
    Jaquemard de Fontainebleau.—La famille de Montmorency.—Le
    grand maréchal de Lorraine.—Goût pour la musique.—Don
    Juan de Médicis.—Anniversaire de la mort de Henri III,
    usage pour les Dauphins.—Familiarité d'un cul-de-jatte.—Le
    sculpteur Francisco, le peintre Martin.—Entrevue avec la
    reine Marguerite; présents qu'elle fait au Dauphin et à
    sa sœur.—Le galimatias de Nervèze.—Le Saint-Thomas de
    Poissy.—Ouvrages de la Chine et joujoux d'Allemagne.—Lettre
    à la reine Marguerite.—Proverbe de Salomon.—Le président
    du Vair.—Le ballet du Combat.—Députés de l'assemblée
    de Châtellerault.—Joujoux de Nevers.—Présent du duc de
    Lorraine.—Le chevalier d'Épernon.—Le Dauphin entre dans
    sa cinquième année.—La reine Marguerite; les livres à
    gravures.—Conversation sur le prince de Galles.—Le frère
    bâtard de Henri IV.—Chapelets d'Italie.—Mot de l'ambassadeur
    de Venise sur l'Italie.—L'éclipse de soleil.—Le nain de
    la Reine.—La chambre de Charles IX.—Lettres au Roi et à
    la Reine.—Mendiants irlandais.—Le livre d'Heures de Henri
    III.—L'histoire de Matthieu.—Portrait en cire du Roi.—Le
    sculpteur Jean Paulo.—Jouets de poterie.—Le Dauphin va
    demeurer au château neuf.—La marquise de Verneuil.—Animal
    et bateau rapportés du Canada.—Le sang royal et la fleur de
    lys.—Captivité de Henri IV à Saint Germain.—La duchesse
    de Beaufort.—Scène avec le Roi.—Humanité du Dauphin.—La
    carte gallicane de Thevet.—Sympathie entre le Dauphin et le
    Roi.—Henri IV et ses enfants.                                I, 111

  1606.—Étrennes du Dauphin.—Souvenir de
    Fontainebleau.—Étrennes données par la Reine; remercîment
    du Dauphin.—Lettre au fils de Mme de Montglat.—Lettre
    du prince de Galles.—Présent du duc de Lorraine.—Le Roi
    et la comtesse de Moret à Saint-Germain.—Les piques de
    Biscaye.—Utilité du journal d'Héroard.—Comment dînent les
    laquais.—Habitude du Roi.—Chanson turque.—Parcimonie
    dans laquelle est élevé le Dauphin.—Naissance de Madame
    Christine.—Détail sur la mort de Henri III.—La géographie de
    Mérula.—Le Roi à Saint-Germain.—Le duc de Bouillon.—Premier
    enfant tenu sur les fonts de baptême.—Donation de la reine
    Marguerite au Dauphin.—Départ pour Paris.—Visite à la reine
    Marguerite.—Départ du Roi pour le siége de Sedan.—La chapelle
    de Bourbon.—Visite à l'Arsenal et à la Bastille; M. de Rosny,
    le comte d'Auvergne.—Visite au Palais de Justice.—Lettre
    au Roi.—Retour à Saint-Germain.—Précautions pour la
    sûreté du Dauphin.—_La Castramétation_ de du Choul.—M. de
    Crillon.—Le feu de joie de la paix.—La nourrice de Charles
    IX.—Inclination aux mécaniques.—Modèle du château neuf de
    Saint-Germain.—Habitude du Roi.—La belle Corisande.—Le
    Roi et M. de Bouillon.—Goût du Roi pour l'ail.—Jalousie
    et opiniâtreté du Dauphin; sa sensibilité.—Premier coup
    de feu.—Mœurs singulières.—Députation d'un régiment
    suisse.—Portrait du Dauphin peint par Martin.—Visite de la
    reine Marguerite.—Le Dauphin amoureux; encouragements et
    exemples qu'on lui donne.—Le connétable de Montmorency.—La
    belle Gillette.—Le cardinal de Joyeuse.—Produits de
    la verrerie de Saint-Germain des Prés.—Le marquis
    de Rainel.—Le Roi et son fils.—Accident du bac de
    Neuilly.—Prière du Dauphin.—Le président Groulard et
    les députés de Normandie.—Paroles honteuses.—Le soldat
    Descluseaux.—Le Dauphin logé au château neuf.—Hommage
    des députés d'Auvergne.—Les écus de M. de Sully; avidité
    de l'entourage du Dauphin.—Maladies épidémiques;
    vision d'une sentinelle.—L'hiver en été.—Habitude du
    Roi.—Précautions de salubrité.—Le Roi et le prince de
    Mantoue.—M. de Saint-Aubin-Montglat.—La Reine et la
    duchesse de Mantoue.—Jalousie du Dauphin.—Portrait du
    Dauphin par Francesco.—L'abbé de Saint-Germain.—Le cardinal
    de Joyeuse.—Répugnance du Dauphin à demander.—Départ de
    Saint-Germain pour le baptême.—Le prisonnier de Chilly.—Les
    portraits de M. de Beaulieu.—Baptême du Dauphin à
    Fontainebleau.—Présent de M. de Lorraine.—Feu d'artifice.—La
    verrerie de Fontainebleau.—Séjour à Cély.—Lettres au
    Roi.—Le canal de Fleury.—Détail d'étiquette.—Mœurs des
    laquais de Fontainebleau.—Le Dauphin entre dans sa sixième
    année.—Avidité de Mme de Montglat.—Ange Cappel.—Songe
    du Dauphin.—Les pages de la chambre; Racan.—Bons mots
    du Dauphin; son respect pour la vieillesse.—Visite à
    la comtesse de Moret.—Le peintre Le Blond.—La mule
    de M. de Roquelaure.—Jeux du Dauphin.—Les députés du
    Dauphiné.—Dispositions pour la chasse.—M. et Mme de
    Rosny.—Combat de dogues, d'ours et de taureau.—Engoulevent;
    répugnance du Dauphin pour les bouffons.—Mariage du prince
    d'Orange.—Ballet du Dauphin.—Reparties à MM. de Roquelaure
    et de Bassompierre.—Guerre contre la princesse d'Orange.—La
    petite Panjas.—Familiarité avec les soldats.—Le comte de la
    Roche.—Superstition d'Héroard.—Jouets de poterie.—Buffet
    de François Ier.—Goût pour le dessin; première leçon donnée
    par Fréminet.—Portrait du Dauphin par Fréminet.—Amour et
    attentions d'Héroard pour le Dauphin.                         I, 167

  1607.—Caractère moqueur du Dauphin.—Le gâteau des
    Rois.—Mme de Montglat et Mlle d'Agre.—Première signature
    du Dauphin.—Comment se tient le Roi.—Lettre au Roi.—_La
    Saint-Jean des Choux._—Lettre du Roi.—Dessins et peintures
    du Dauphin.—Présent de l'archiduchesse d'Autriche à
    Madame.—Oraison du Dauphin.—Présents que lui fait M. de
    Brèves.—Le Roi joue à la paume avec le Dauphin.—Le peintre
    Dehoey.—Première leçon de latin.—Lettre de l'Électeur
    palatin.—Le Dauphin à la cérémonie de la Cène.—M. de
    Guise.—Naissance du duc d'Orléans, son thème de nativité.—M.
    de Sully.—Apparition d'un aigle; geste du duc d'Orléans et
    augures que l'on en tire.—Les quatrains de Pibrac.—Goût
    croissant du Dauphin pour la musique et le dessin.—Decourt
    fait de nouveau son portrait.—Vêtement d'été.—Accouchement
    de la comtesse de Moret.—La reine Marguerite.—Relevailles
    de la Reine.—Antipathie pour les Espagnols.—Paillardise
    du Roi.—Produits de la poterie de Fontainebleau.—Portrait
    en cire et médaille du Dauphin par Paolo et Dupré.—Danse
    d'Égyptiens ou Bohémiens.—Rancune du Dauphin contre son
    page.—Réception d'un ambassadeur turc.—Ordres du Roi pour
    donner le fouet au Dauphin.—Mort de M. de Montglat.—Le
    comte de Moret sauvé du tonnerre.—Départ pour Saint-Germain,
    passage à Melun, à Crosne, à Paris, à Saint-Cloud, arrivée à
    Saint-Germain.—Mme des Essars.—Familiarités du Dauphin.—La
    peste à Saint-Germain; départ pour Noisy.—Caractère dissimulé
    du Dauphin.—Le Roi à Villepreux.—Lettre et présent du prince
    de Galles.—Histoires tirées de la Bible.—Portrait du père du
    Roi.—Peu de goût du Dauphin pour la danse.—Il entre dans sa
    septième année.—Portrait de Louis XII.—Lettres de la famille
    ducale de Toscane.—Incendie à Noisy.—Services d'Héroard sous
    Henri III.—Premier seing valable du Dauphin.—Portrait de Du
    Guesclin.—Le duché de Milan.—Peu de goût du Dauphin pour
    l'étude.—Lettre au Roi.—Le ballet des Lanterniers.—Retour à
    Saint-Germain.—Baptême de M. et de Mlle de Verneuil.—M. de
    Cési.—Le livre de Vitruve.                                   I, 293

  1608.—Conversation sur le Roi et sur les charges de la maison
    du Dauphin.—Mariage projeté du duc d'Orléans.—Accouchement de
    Mme des Essars; mot du Dauphin.—Portraits des grands-pères du
    Dauphin.—Froid excessif.—La volière du Dauphin.—Catéchisme
    du P. Coton.—Conversation sur l'Infante; jeux avec les petites
    filles.—M. d'Albigny.—Jeux et langage singuliers.—Pain
    fait avec du blé avarié.—Présent de la reine Marguerite.—Le
    ballet des Falots.—Envoi du Dauphin à l'infante d'Espagne.—Le
    porte-panier.—Départ de Saint-Germain.—Séjour au
    Louvre.—Visites à la reine Marguerite, au Palais de Justice,
    à l'Arsenal.—Départ pour Fontainebleau.—Le tableau de la
    belle Agnès.—Aversion pour M. de Moret.—Figure de Henri IV en
    poterie.—Amitié du Dauphin pour Héroard.—Le chien et le singe
    du Roi.—Cérémonies des Rameaux et de la Cène.—Le P. Ange de
    Joyeuse.—Le fou-poëte de M. de Roquelaure.—MM. de Mortemart
    et de la Trémoille.—Naissance du duc d'Anjou.—Mot du Roi au
    Dauphin.—Lettre du Dauphin au Roi.—Collation de poterie.—Un
    joujou de Nuremberg.—Mmes de Montpezat et du Peschier.—M. de
    Vic et sa jambe de bois.—Les différentes races des enfants
    du Roi.—Goût pour la chasse et les chiens.—Le Dauphin
    quitte l'habillement d'enfant.—Contes sur l'Infante.—Le
    premier laquais du Dauphin.—Ses exercices militaires; il
    aime l'odeur de la poudre.—Le sauteur Colas.—Un chien
    cocu.—Mariage de M. de Vendôme et de Mlle de Mercœur.—Mot du
    Roi sur M. de Guise.—Premier bain.—Jalousie du Dauphin.—Le
    docteur de la Palestine.—Éclipse de soleil.—Le prince de
    Mantoue.—Première leçon d'équitation.—Devise latine, signée
    _Louis_.—Les peintures de Fréminet et de Franco.—Lettre à
    la grande-duchesse de Toscane.—Superstition d'Héroard.—Le
    tireur d'épines.—Départ de Fontainebleau.—Passage
    à Melun et à Chaillot.—La comtesse de Guiche et la
    reine Marguerite.—Le partisan Montauban.—Collation à
    Ruel.—Arrivée à Saint-Germain.—Le Dauphin entre dans sa
    huitième année.—Le duc de Mantoue.—Visite à l'abbaye de
    Poissy.—Lettre au Roi.—La comtesse de Mansfeld.—Le Dauphin a
    la rougeole.—Portrait de Jeanne de Naples.—_L'Hippostologie_
    d'Héroard.—Chasse avec le Roi.—Sensibilité de Henri IV.—La
    vaisselle d'argent du Dauphin.—Mot sur le maréchal
    de Biron.                                                     I, 303

  1609.—Le livre _De l'Institution du Prince_.—Le gâteau
    des Rois.—Farces et comédies.—Le Dauphin copie le
    portrait du Roi.—La gravure de Jupiter.—_La Vénerie_ de
    Du Fouilloux.—Départ de Saint-Germain pour Paris.—Le
    Dauphin remis entre les mains des hommes.—Usage des
    mouches pour les femmes.—Première justice du Dauphin; ses
    petits gentilshommes.—Ballet de la Reine.—Présent de
    M. de Sully.—La foire Saint-Germain.—Visite de Mme de
    Montglat.—Présent de la reine Marguerite.—Travaux de la
    galerie du Louvre.—Le maître d'armes du Dauphin.—Chasses
    et visites dans Paris.—Mort du Grand-Duc.—Mariage du
    prince de Condé.—La première leçon de Des Yveteaux.—Armes
    de Milan.—Collation chez M. de Mayenne.—Visite à
    Saint-Germain.—Dîner à Ruel.—Départ pour Fontainebleau.—Les
    moulins d'Essonne.—Cérémonie de la Cène.—Le grand canal
    de Fontainebleau.—Le Dauphin fouetté de verges.—_La
    Bradamante._—Le musicien Pradel.—Les maquereaux.—Passage
    à Moret.—Le vin et la tisane.—Le fou du Roi.—Mlle
    de Fonlebon.—Le maréchal d'Ornano.—Le Dauphin entre
    au conseil pour la première fois.—Fêtes du mariage de
    M. de Vendôme.—Bijou donné par Mme de Mercœur.—Le
    fou Des Viètes.—Départ de Fontainebleau.—Passage à
    Brie-Comte-Robert.—Vers faits par Héroard sur l'ordre
    du Dauphin.—Passage à Créteil.—Arrivée au Louvre.—Le
    jeu de paume du Verdelet.—Bain de rivière.—Service
    de Catherine de Médicis à Saint-Denis; le trésor, les
    tombeaux.—L'hôpital des pestiférés.—Sully et la reine
    Marguerite.—Séjour à Saint-Maur.—Ballet des Sauvages.—Nouvel
    habillement.—Absences de Des Yveteaux.—Présent du marquis
    de Brandebourg.—Visite à Chaillot.—Mot sur Mucius
    Scévola.—Départ pour Fontainebleau.—Leçon de grammaire.—Le
    Dauphin entre dans sa neuvième année; souhait du Roi.—Chasse
    avec le Roi.—Lettres à la reine d'Angleterre et au prince de
    Galles.—M. de Souvré et M. Dupont.—Retour à Paris.—Habitude
    du Dauphin.—Antipathie pour Sully.—Nouveau logis au Louvre;
    les chapons de la Reine.—Naissance de Madame Henriette.—Goût
    du Dauphin pour le vin.—Les contes de La Clavelle.—Bégayement
    du Dauphin.—Le comte de Chalais.—Lettres à la famille royale
    d'Angleterre.—Compliment à l'ambassadeur de Venise.          I, 375

  1610.—Étrennes de la ville de Paris.—Compliment
    à l'ambassadeur d'Espagne.—Reliques de sainte
    Geneviève.—Comédiens, marionnettes et ballets.—M. de
    Pluvinel.—Le Dauphin n'aime pas la flatterie.—Visite à
    Saint-Germain.—Baptême du fils de M. de Tresmes.—Portrait
    du Dauphin par Bunel.—Carrousel, course de bagues et
    ballet.—Mot sur Sully.—Mme de Montglat et M. de Souvré.—La
    nourrice du Dauphin.—Anecdote sur Charles IX.—La marquise
    de Verneuil.—Bruits de guerre.—La cérémonie de la Cène.—La
    librairie de Saint-Victor.—Visite à Saint-Germain.—La
    lance de chair.—Plan d'une forteresse.—Les enfants de
    Paris.—M. Aleaume.—Dernier dîner avec le Roi.—Dédain pour
    Sully.—Couronnement de la Reine.—Assassinat de Henri IV; mot
    du Dauphin.—Précautions prises dans la nuit.                 I, 419

  1610.—Première journée de royauté: discours prononcé
    au Palais; dîner de la Reine, elle refuse de prendre la
    serviette des mains du Roi; le cœur de Henri IV donné aux
    Jésuites.—Serment de fidélité du régiment des Gardes.—Rêverie
    et regrets du Roi sur la mort de son père.—Retour du
    comte de Soissons.—Mme de Verneuil.—Le premier bienfait
    du Roi.—Cérémonie à Notre-Dame.—Le mémoire des chiens
    du Roi.—Héroard retenu premier médecin du Roi.—Craintes
    pour la sûreté du Roi.—Correction faite à deux vers
    latins.—Supplice de Ravaillac.—Bon naturel du Roi pour son
    premier page.—Le Roi fouetté.—Du Bourdet et Olyvète.—Visite
    à la reine Marguerite.—Maisons d'Issy.—Chasses dans les
    Tuileries.—Promenade sur la Seine.—Réponse du Roi à
    son sous-gouverneur.—Crainte envers la Reine.—Un lion
    dans les Tuileries; humanité du Roi.—L'imprimeur Robert
    Estienne.—Réponse au maréchal de la Châtre.—Poids du
    Roi.—Audience du duc des Deux-Ponts.—Sentence inventée
    par le Roi; instinct de la justice.—Eau bénite au corps de
    Henri IV.—Le corps du feu Roi sort du Louvre; dissension
    à ce sujet.—Service des officiers du feu Roi.—Départ
    de M. de Rohan.—Mot sur les ivrognes.—Retour du prince
    de Condé.—Complaisance de la reine Marguerite pour le
    Roi.—Le barbier Renard.—Le garde du Roi.—Les poires de
    cuisse-madame.—Soldat aux gardes fait prisonnier.—Chasse
    à Meudon; premier coup d'épée à un sanglier.—Grâce de
    l'estrapade à un soldat.—Dîner à Ruel; le Roi fait le bon
    compagnon.—Cérémonie des chevaliers de Saint Lazare.—Première
    pierre du pavillon neuf de Vincennes.—Audience du parlement
    de Toulouse.—Les chansons du feu Roi.—Grâce à deux
    soldats.—Souvenir du sacre de la Reine.—Première pierre
    du collége du Roi.—Librairies du collége de Navarre et
    des Cordeliers.—Départ de M. de Vendôme.—Les reliques de
    la Sainte-Chapelle.—M. de Mainville et les chiens pour
    voleur.—La veillée des femmes de chambre.—Noise aux
    Feuillants pour les honneurs.—Prise de Juliers.—Audience
    de l'ambassadeur d'Espagne; révérence de deux Navarrais.—La
    capitainerie de Saint-Germain en Laye.—Livre couvert de
    diamants.—Le Roi fouetté.—Audience de l'ambassadeur
    d'Angleterre; signature du traité d'alliance.—Serments de
    Concini.—Départ du Parlement pour le sacre.—Correction du
    Roi au privilége des emblèmes d'Horace.—Départ pour Reims; le
    Roi en voyage.—Le Roi n'est pas grand parleur.—Des Yveteaux
    et ses leçons.—Soldats de plomb.—Entrée à Reims.—Les
    musiciens de la chambre.—Cérémonie du sacre; remarque sur le
    duc d'Épernon.—Le Roi est fait chevalier du Saint-Esprit;
    susceptibilité du cardinal de Joyeuse.—Départ de Reims;
    le Roi en voyage.—Le Roi touche neuf cents malades des
    écrouelles.—Coupe-queue au jeu.—Réception de la ville de
    Paris.—Le comte Henri de Nassau.—Le Roi dîne à Ruel avec ses
    frères et sœurs.—Audience de l'ambassadeur de Venise.—Le
    musicien La Chapelle.—Le jeu de _gilet_.—Cimeterre à la
    turque.—Les estafiers d'Espagne.—Le Roi fait l'ambassadeur de
    Venise chevalier de l'accolade.—Les deux musiques.—Audience
    de l'ambassadeur de Hongrie.—Marchandises de la
    Chine.—Gazette de Rome.—Le Roi n'aime pas la flatterie.—Deux
    loups pris au bois de Boulogne.—Fiançailles de M. de
    Guise.—Mot sur les sermons.—Un chien enragé; traitement
    contre la rage.—Les pelotes de neige.                         II, 1

  1611.—Passetemps du Roi.—Peu de goût pour la danse.—Le
    gâteau des Rois.—Crainte de passer pour paresseux.—Querelle
    du comte de Soissons et du prince de Conty; insolence de
    celui-ci.—Tir à l'arbalète.—Le Roi en sentinelle.—Ignorance
    de l'évêque de Soissons.—Mot du Roi sur la démission de
    Sully.—Dîner à Ruel.—Les chiens pour larron.—La foire
    Saint-Germain tenue aux Tuileries.—Le comédien grimacier.—La
    compagnie de petits gentilshommes.—Préférence donnée aux
    tableaux sur les diamants.—Fiançailles de Mlle Ricassa;
    les fornicateurs.—Le peintre Bunel; portrait du Roi par
    Porbus.—Les dames rabattues.—Peu de goût du Roi pour
    l'étude.—Oiseaux dressés pour le vol.—Sauteurs et joueurs
    de marionnettes.—Goûter chez Concini.—Fiançailles de
    Mlle de Liancourt.—Plaisanterie sur Atlas.—Séjour à
    Saint-Germain.—Le Roi fouetté.—Retour à Paris.—Première
    pierre de l'église de Picpus.—Moquerie du Roi envers
    son précepteur.—Départ pour Fontainebleau.—La galiote
    du Roi.—Les Égyptiens ou Bohémiens.—Jalousie du
    Roi.—Familiarité de Concini; pudeur du Roi.—Cérémonie du
    Jeudi-Saint.—Audience du marquis Spinola.—Pâques du Roi;
    il touche 660 malades.—Galère neuve du Roi.—Audience du
    parlement de Paris.—Le turc de M. de Guise.—Le Roi n'aime
    pas l'ail comme son père.—Congé de M. d'Épernon.—Moines
    de poterie.—Retour de Fontainebleau à Paris.—Crainte des
    esprits depuis la mort de Henri IV.—Souvenir de la promesse
    faite à un soldat.—Visite à M. et Mme Concini malades.—Fête
    de la Pentecôte; le Roi touche 1,100 malades.—Mot du
    Roi à Des Yveteaux.—Départ pour Fontainebleau.—Le nain
    Dumont.—Maladie de M. de Souvré.—La châsse de sainte
    Geneviève.—Chanson d'un ballet de Henri IV; pleurs du Roi
    et de M. de Vendôme.—Croyance aux esprits.—Le jeu de
    colin-maillard.—Compassion pour un paysan.—Tragédies et
    farces jouées à la Cour.—Générosité envers un jardinier.—Le
    réveille-matin.—Départ pour Paris; le Roi à l'hôtellerie
    d'Essone.—Réprimande au baron de Vitry et au chevalier de
    Vendôme.—Portrait en cire du Roi; sa générosité envers
    l'artiste.—Le jeu _Je vous prends en ce point_.—Des Yveteaux
    remplacé comme précepteur du Roi.—Séjour à Saint-Germain.—_La
    Bradamante_ jouée par les enfants de France.—Départ du
    chevalier de Vendôme.—Dîner chez M. de Frontenac.—Dispute
    avec M. de Souvré.—M. de Poutrincourt.—Retour à
    Paris.—Arrivée du nouveau précepteur Le Fèvre.—Fête
    de l'Assomption; le Roi touche 450 malades, en est
    incommodé.—Serment des échevins de Paris.—Première leçon de
    M. Le Fèvre.—Première commission donnée par le Roi.—Le Roi va
    à la comédie à l'Hôtel de Bourgogne.—Tours d'escamotage.—Le
    Roi fouetté.—Mort de la duchesse de Mantoue.—Un chameau dans
    la galerie du Louvre.—Dispute avec M. de Souvré; mot du Roi
    à son précepteur.—Anniversaire de la naissance du Roi.—Les
    ortolans des Tuileries.—Départ pour Fontainebleau.—Le
    royaume des sots.—Bonnet donné au cardinal de Bonzi.—Mme
    de Ragny et les guenons du Roi.—Arrivée du prince de
    Condé.—Les arquebuses du Roi; première arquebusade.—Dicton
    de Bourgogne sur les clystères.—Timothée, arquebusier de
    Rouen.—Adresse du Roi au tir.—Combat de dogues anglais
    contre un ours.—Arrivée de la duchesse de Lorraine.—Le jeu
    de remue-ménage.—Arrivée du cardinal de Gonzague.—Départ de
    Fontainebleau pour Paris.—Gasconnade de M. de Souvré.—Mort
    de la reine d'Espagne.—Une chèvre savante.—Mort de Monsieur,
    duc d'Orléans.—Le jeu de _quillebouquet_.—Le duc d'Anjou
    prend le titre de Monsieur.—Première mention du nom de
    Luynes.—Départ de la duchesse de Lorraine.—Comédies à l'Hôtel
    de Bourgogne.—Le jeu de billard.—Mots du Roi sur M. de Nevers
    et sur le prince de Condé.—Scène avec M. de Souvré.—Chasses
    au vol.—Les faiseurs d'almanachs.—Mot du Roi sur M. de
    Vastan; sa disposition au secret.                             II, 47

  1612.—Le Roi communie au jour de l'an.—Fête des Rois.—Son
    goût pour la chasse de plus en plus développé.—Vers
    du Roi.—Ballet des trois parties du monde.—Incendie
    au Louvre.—Sermon de M. de Richelieu.—Demande de la
    main de Madame pour le roi Philippe IV par l'ambassadeur
    d'Espagne.—Quintaine à la place Royale.—Mort du duc
    de Mantoue.—Le Roi visite assez fréquemment la reine
    Marguerite.—Voyage à Brie-Comte-Robert.—Accident.—Histoire
    d'une guenon.—Mot à madame de Longueville.—Le duc de
    Pastrano, ambassadeur d'Espagne.—Contrat de Madame.—Bal chez
    la reine Marguerite.—Fête à ce sujet.—Le Roi ne veut pas
    se mettre en deuil noir pour le comte de Soissons.—Le Roi
    fouetté.                                                      II, 97

  1613.—Meurtre du baron de Lux.—Le Roi demande à sa
    mère la grâce d'une femme condamnée à mort.—Ballet de
    Mme de Guiercheville.—Tragédie d'_Emon_.—Les Rois sont
    gentilshommes.—Trait de justice du Roi.—Le Roi touche
    1,070 malades.—Son goût pour la comédie.—Voyage autour de
    Paris.—Accident qu'une gazelle manque de causer.—Cadeau
    du duc de Lorraine.—Mariage de M. de Montmorency et de
    Marie des Ursins.—Pose de la première pierre de l'aqueduc
    de Roungy.—Passage à Essone.—Le Roi commence à aller aux
    assemblées.—Lettre à la Reine.—Le pauvre en sa maison de
    gazon.—Serment de M. d'Ancre comme maréchal.—Les sauvages de
    M. de Rasilly.                                               II, 115

  1614.—Les arquebuses du Roi, ses étrennes.—L'émailleur et le
    tourneur du Roi.—Le Roi n'apprend plus le latin.—Chasses,
    comédies et ballets.—Affaire de M. de Livarot.—Le vin
    bourru.—Audience de M. de Thou.—Vers du Roi.—Incendie chez
    la reine Marguerite.—Mort du connétable de Montmorency.—Revue
    au Pré-aux-Clercs.—Affaires et paix des princes.—Le moine
    bourru.—Le Roi blessé au jeu de paume.—Mort du chevalier de
    Guise.—Baptême de Monsieur et de Mme Henriette.—Chasses à
    Saint-Germain.—Voyage du Roi.—Séjours à Orléans, à Blois, à
    Tours.—Les goinfres de la Cour.—Séjour à Poitiers.—Passage
    à Angers.—Séjour à Nantes.—États de Bretagne.—Arrivée de
    M. de Vendôme.—Retour par Angers.—Hommage d'un habitant
    de Malicorne.—Les Ardents.—Séjour au Mans.—Visite du Roi
    à Vaugrigneuse, maison d'Héroard.—Rentrée à Paris.—Retour
    du prince de Condé.—Majorité du Roi.—Collation à
    Villiers-la-Garenne.—États-généraux de Paris.—Maladie du
    Roi.—Affection croissante pour M. de Luynes.—L'ambassadeur de
    Savoie.—Adjudication d'un office en présence du Roi.        II, 129

  1615.—Le jour de l'an.—M. de Bonneval et le
    lieutenant général de Luzarches.—Ballet de M. le
    Prince.—Clôture des États.—Discours du Roi.—Soupé du
    Roi à Pétonville.—Inondation de la Seine dans le jardin
    des Tuileries.—Le Roi va constamment à la comédie et
    danse des ballets.—Congé des états.—Mort de la reine
    Marguerite.—Son enterrement.—La Paulette.—Remontrances
    du Parlement.—Première pierre de la statue de Henri IV au
    Pont-Neuf-des-Augustins.—Procession de Sainte-Geneviève
    à cause de la sécheresse.—Le Roi commence à apprendre
    l'équitation.—Il visite la Bastille.—Dîné aux champs
    avec des seigneurs de la cour.—Voyage de Guienne
    pour son mariage.—Il dîne à Amboise chez M. de
    Luynes.—Chenonceaux.—Poitiers.—Le Roi joue encore
    aux petits soldats.—Ruffec.—Angoulême.—Réception des
    députés du parlement de Bordeaux.—Arrivée en bateau à
    Bordeaux.—Fiançailles par procuration de Madame avec
    le roi d'Espagne.—Séjour.—Échange de princesses à
    Saint-Jean-de-Luz.—Hardie entreprise du cardinal de Sourdis
    pour sauver un condamné.—Entrée du Roi et de la Reine.—Cadeau
    et chevaux du roi d'Espagne.—Ballet espagnol.—Les deux époux
    jouent aux petits jeux.—Le Roi ferre un cheval.—Excuses
    du cardinal.—L'olla podrida.—Le champ de bataille de
    Coutras.—Fêtes de Noël à Aubeterre.—La vie du Roi toujours la
    même.                                                        II, 171

  1616.—Retour du chevalier de Vendôme à Suivray.—Accident
    au carrosse du Roi.—Tours.—Accident à Tours, dans la
    salle du Conseil où se tenait la Reine-mère.—Heureux
    hasard qui préserve le Roi.—Le cardinal Ubaldini.—Le Roi
    joue aux petits soldats.—Conférences de Loudun.—Intimité
    croissante de M. de Luynes.—Blois.—M. Brulart remet
    les sceaux au Roi.—Entrée à Paris.—La Reine va à
    Saint-Germain.—Retour du prince de Condé.—Ambassade du
    roi d'Angleterre.—Le Roi a une convulsion.—Arrestation
    du prince de Condé.—Ballet.—Acquisition du domaine de
    Courcelles.—Le Roi reçoit les officiers des milices de Paris
    pour les rassurer contre des bruits de désarmement.—Il chasse
    très-souvent.—Envoyé turc.                                  II, 191

  1617.—Ballets.—Chasses.—Mariage de Mlle de Soissons avec
    M. de Longueville.—Baptême de Mlle de Pluvinel.—Retour du
    chancelier de Sillery.—Jeux militaires du Roi.—Meurtre du
    maréchal d'Ancre.—La Reine-mère.—Courses à Saint-Germain
    et à Fontainebleau.—Mort de la maréchale d'Ancre.—Portrait
    du Roi par Fernand.—Nombreuses courses du Roi aux environs
    de Paris.—Il touche par grâce quatre Espagnols.—Mariage de
    M. de Luynes.—Le prince de Condé sort de prison.—Départ
    pour Rouen.—Mantes.—Gaillon.—Pont-de-l'Arche.—Entrée à
    Rouen.—Dieppe.—L'hôtesse de l'Écu de Bretagne.—Retour
    à Rouen.—Mort de M. de Villeroy.—Réception des cours
    souveraines.—Assemblée des notables.—Retour à Saint-Germain.
                                                                 II, 207

  1618.—Le journal d'Héroard devient plus concis.—Intimité
    croissante avec M. de Luynes.—Le Roi visite Madrid et y va
    loger.—Congé donné aux notables mandés de Rouen.—Soupers
    chez M. de Luynes; remarques d'Héroard.—Ballets.—Incendie au
    Palais de Justice.—Mort de la duchesse de Nevers.—Uniformité
    de la vie du Roi.—Plaintes des ducs et pairs contre le garde
    des sceaux.—Le Roi donne la barette à M. de Gondi.—Il va à
    Grosbois chez le comte d'Auvergne.—M. de la Rochefoucauld
    nommé grand-aumônier.—Le Roi à Soissons.—A Courcy.—Le
    cardinal de Savoie.                                          II, 221

  1619.—Fiançailles de Madame Christine de France.—Mariage de
    Mlle de Vendôme.—Baptême du fils de M. de Puisieux.—Le prince
    de Savoie.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Mariage
    de Madame Christine.—Ballet.—Départ de la Reine-mère de
    Blois.—Audience des cours souveraines avant le départ
    du Roi.—Voyage de Touraine.—Réception de M. de Luynes
    chez lui.—Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de
    Barnevelt.—Ambassade d'Angleterre; d'Alger.—Les députés
    de l'Assemblée générale du clergé.—Serment du maréchal
    de Praslin.—Une couleuvre.—Entrevue avec la Reine-mère.
    Entrevue du prince de Condé; son pardon.—Discussion du
    prince de Condé et de M. de Soissons pour la serviette du
    Roi.—Fête chez M. de Luynes.—Départ de la princesse de
    Piémont.—Vendôme.—Le Roi raccommode lui-même une roue
    de sa voiture.—Chartres.—Mantes.—Le Roi touche trois
    Portugais.—La compagnie des mulets.—M. de Tavannes et le
    jugement du capitaine des mulets.—Serment du maréchal de
    Cadenet.—Retour à Paris.—Les députés de l'assemblée de
    Loudun.—Promotion de chevaliers du Saint-Esprit.            II, 229

  1620.—Festin des Rois.—Le Roi manque de se noyer.—Mariage
    de M. de Cadenet.—Ballet.—Indisposition de la Reine.—Le
    Roi fait une omelette.—Il tue un aigle.—_Ballet des
    Ivrognes._—Mariage de M. de Liancourt.—Le Roi va à
    Amiens.—Fiançailles du jeune duc de Guise et de Mlle de
    Bourbon, et de son frère avec Mlle de Luynes.—Jubilé.—Conte
    du Roi.—Il est mordu par un de ses chiens.—Il couche
    avec M. de Canaples.—Baptême de Mlle de Bourbon.—Feu
    de la Saint Jean.—Départ pour Rouen.—Le duc de
    Longueville.—Siége de Caen.—Prise du château.—Le Mans.—Le
    Roi fait arborer sa cornette.—Combat du Pont-de-Cé.—La
    Reine-mère se soumet.—Séjour à Tours; la Reine s'y
    rend.—Revue.—Saintes.—Bordeaux.—Navarreins.—Le gouverneur
    de Sale.—Bazas.—Voyage à Abbeville.—Offrande due par les
    habitants.—Calais.                                          II, 241

  1621.—Festin des Rois.—Ballet d'Apollon.—Rupture de
    la trêve des Pays-Bas.—Querelle du cardinal de Guise
    et de M. de Nevers.—Mort du roi d'Espagne Philippe
    III.—M. de Luynes, connétable.—Départ pour le
    Midi.—Orléans.—Blois.—Entrevue avec la Reine-mère.—Mot
    du Roi aux habitants de Parthenay.—Le Roi va reconnaître
    Saint-Jean d'Angély.—Les assiégés tirent sur le Roi.—Séjour
    au camp.—Les prisonniers rochellois.—Capitulation de
    Saint-Jean.—De Pons.—De Bergerac.—Siége de Clérac.—Mort
    du maréchal de Termes.—Prise de la ville.—Le Roi y
    tient les sceaux.—Moissac.—Piquecos.—Commencement du
    siége de Montauban.—Mort du duc de Mayenne.—La Reine à
    Moissac.—Montauban secouru.—Entrevue de MM. de Luynes
    et de Rohan.—Messieurs du clergé viennent faire un don
    au Roi.—Attaque de Montauban.—Un laquais tué à dix pas
    du Roi.—Levée du siége.—Le Roi va à Toulouse.—Siége de
    Monhurt.—Sa prise.—Maladie du connétable de Luynes.—Sa
    mort.—Indifférence du Roi.—Son départ.—Il arrive à
    Bordeaux.—Réception.—Libourne.                             II, 253

  1622.—Départ de Libourne en chassant.—Barbezieux.—Festin
    du Roi chez M. de Schomberg.—Poitiers.—Tours.—Amboise.—On
    y charge avec des boules de neige les magistrats.—Réception
    des cours de Paris à Bourg-la-Reine.—Entrée à
    Paris.—Saint-Germain.—Ballet.—La Reine fait une fausse
    couche.—Fiançailles du comte d'Alais.—Départ pour le
    Languedoc.—Le jeudi saint à Orléans.—Querelle du maréchal
    de Vitry et du duc de Luxembourg.—Blois.—Nantes.—Le
    Roi dit du mal de M. de Luynes.—Combat de l'île de
    Ré.—Niort.—Saint-Jean d'Angély.—Le Roi affecte de
    ne pas vouloir en regarder les ruines.—Réception des
    envoyés suisses.—Siége et prise de Royan.—Reddition
    de Sainte-Foy la Grande.—M. de Caumont la Force traite
    et est fait maréchal.—Agen.—Le Roi passe devant
    Montauban avec son armée en bataille.—Assaut et prise de
    Négrepelisse.—Rendez-vous de l'armée à Campadour.—Siége
    de Saint-Antonin.—Une balle effleure le Roi.—Le duc de
    Retz blessé près du Roi.—Combat du Roi et du prince de
    Joinville à coups de prunes.—Arrivée à Toulouse.—Pose de
    la première pierre de l'église des Carmélites.—Réception
    à Castelnaudary.—Carcassonne.—Narbonne.—Le
    Roi visite quatre frégates dans le port.—A la
    réception officielle le cheval du Roi se cabre.—Il
    communie.—Béziers.—Pézenas.—Lunel.—Aigues-Mortes.—Le Roi
    rejoint l'armée à Castelnau.—Le duc de Lesdiguières vient
    prêter serment.—Commencement du siége de Montpellier.—M. de
    Caumartin nommé garde des sceaux.—M. d'Ocquerre, secrétaire
    d'État.—M. de Bassompierre, maréchal.—Mot du Roi.—Congé du
    prince de Condé; sa conversation avec le Roi.—Reddition de
    Montpellier.—Départ.—Arles.—Réception brillante.—Course
    de taureaux.—La Sainte-Baume.—Marseille.—La pêche du
    thon.—Notre-Dame de la Garde.—Beaucaire.—Assemblée des
    états.—Avignon.—Le duc de Savoie.—Grenoble.—Dîner
    au château du connétable.—Lyon; le Roi y trouve
    les deux Reines.—Le Roi donne le chapeau à M. de
    Richelieu.—Fiançailles de Mlle de Verneuil avec le fils
    du duc d'Épernon.—Le Roi reçoit sa sœur la princesse de
    Piémont.—Roanne.—Nevers.                                   II, 267

  1623.—Revue à Charenton.—Entrée à Paris.—Disgrâce de M. de
    Schomberg.—Ballet des Géants et des Pygmées.—M. de Beauclerc
    nommé secrétaire de la Reine.—Coucher du Roi à une auberge
    du Bourget.—Ballet des Bacchanales.—Fiançailles de M. de
    Loménie.—Lacune de onze mois dans le journal.               II, 276

  1624.—Lacune des deux premiers mois.—Le Roi chasse et couche
    à Versailles.—Cène de la Reine.—Le Roi se jette à l'eau pour
    en tirer un homme.—Le journal d'Héroard devient beaucoup plus
    court et monotone.—Manœuvres militaires à Compiègne.—Entrée
    du cardinal de Richelieu au conseil.—Le comte de Carlisle.—Le
    Roi pose la première pierre au pavillon du Louvre vers le
    jardin, et à la fontaine de l'Hôtel de Ville.—Inscription
    de Grotius.—Le Roi se fait raser pour la première fois.—Il
    couche à Versailles que l'on meublait.—Disgrâce du
    surintendant La Vieuville.—M. de Schomberg au conseil.—Chute
    de cheval du Roi.—Feu d'artifice pour sa naissance.—Été
    très-chaud.—Rambouillet.—M. d'Aligre chancelier.—Lacune dans
    le journal.                                                  II, 291

  1626.—Lacune des cinq premiers mois.—Voyage du Roi
    avec la Reine.—Chartres.—Orléans.—Blois.—Arrestation
    des princes de Vendôme.—Tours.—Saumur.—Nantes.—Les
    états.—Manœuvres militaires.—Fiançailles du
    duc d'Orléans.—Départ.—Vitri.—Laval.—Le
    Mans.—Chartres.—Retour à Paris.—Lacune d'un mois.—Courses
    autour de Paris.—Lacune.                                    II, 303

  1627.—Le Journal devient de plus en plus concis.—Voyages de
    plus en plus fréquents à Versailles.—Mort de Madame.—Maladie
    du Roi.—Départ pour la Rochelle.—Niort.—La Rochelle.—Le
    fort Louis.—La digue.                                       II, 309

  1628.—Danger du Roi en mer.—L'escadre rocheloise.—Le Roi est
    souffrant.—Héroard mandé à Aytré.—Dernière journée écrite par
    Héroard.—Fin du journal.—Mort d'Héroard.                   II, 315


FIN DE LA TABLE CHRONOLOGIQUE.



TABLE

GÉNÉRALE ALPHABÉTIQUE

DU

JOURNAL DE JEAN HÉROARD.


  A

  Abbeville, II, 251.
  ABIN (M. d'), I, 27.
  ABIN (Mme d'), I, 22.
  ADONVILLE (le sieur d'), II, 184.
  Agen, II, 275.
  Agen (évêque d'), II, 275.
  AGNÈS SOREL; tableau dans lequel elle est représentée, I, 323.
  AGRE (Mlle d'), gouvernante de Mlle de Vendôme, I, 204, 242,
    296, 312, 316.
  Aigues-Mortes, II, 279, 280.
  Aiguillon, II, 275.
  AIGUILLON (M. d'), I, 26, 82, 277, 328. II, 58, 72.
  AIGUILLY. _Voy._ ECQUEVILLY.
  AIMERIE (le sieur d'), premier consul de la ville de
    Montpellier, II, 279.
  Aix, II, 282.
  Aix (archevêque d'), II, 135.
  ALAIS (comte d'), I, 402.
  Albias, II, 275.
  ALBIGNY (M. d'), I, 314, 315.
  ALCIAT, son livre d'_Emblèmes_, I, 117.
  ALEAUME (M.), I, 432.
  ALÈS (comte d'), I, 138, 139, 140. II, 271.
  ALEXANDRE MONSIEUR. _Voy._ VENDÔME (chevalier de).
  Alger (envoyé d'), II, 233.
  ALIGRE (M. d'), garde des sceaux, II, 300.
  ALINCOURT (M. d'), I, 15, 134. II, 284.
  Allemagne (ambassadeur d'), I, 98. II, 137, 239.
  ALSENSE (Pietro), commandeur de Malte, I, 259.
  AMANZAY (M. d'), I, 27.
  Amboile, I, 406.
  Amboise, II, 138, 172, 180, 192, 194, 195, 233, 235, 236, 251,
    268, 298, 304.
  Amiens, II, 198, 244.
  _Amours d'Armide et de Renaud (les)_, ballet, II, 208.
  Ancenis, II, 150, 154, 272, 306.
  ANCHÈS (le sieur), contrôleur chez la Reine, I, 358.
  ANCRE (le marquis, puis maréchal d'), II, 36, 55, 58, 59, 87,
    88, 100, 127, 198, 204, 210. _Voy._ CONCINO.
  ANCRE (la marquise, puis maréchale d'), II, 103, 116, 213.
    _Voy._ CONCINO (la signora).
  ANDELOT (M. d'), I, 12, 16.
  ANDRESY (le sieur d'), II, 239.
  _Andromède_, tragédie, II, 264.
  Anemont, I, 52.
  Anet, I, 389. II, 66.
  ANGÉ (le sieur), I, 393, 433.
  Angers, II, 150, 155, 248, 259.
  Angers (évêque d'), II, 172.
  Angerville, II, 144.
  Angervilliers, II, 158.
  ANGÈS (M. d'), I, 210.
  Angleterre (ambassadeurs d'), I, 33, 116, 170, 177, 196, 342,
    379, 407. II, 23, 25, 63, 99, 132, 201, 233, 242, 263, 291,
    294, 301.
  Angleterre (ambassadrice d'), I, 184, 408.
  Angleterre (reine d'), I, 409, 418. II, 79, 224.
  Angleterre (roi d'), I, 417.
  ANGOULÊME (Charlotte de Montmorency, duchesse d'), I, 31, 82.
  ANGOULÊME (Diane, duchesse d'), I, 400.
  ANGOULÊME (M. d'), I, 121. II, 271, 287.
  ANGOULÊME (Mme d'), I, 415.
  Angoulême (ville d'), II, 182, 234, 236.
  ANHALT (prince d'), I, 206, 430.
  ANJOU (duc d'). _Voy._ GASTON-JEAN-BAPTISTE DE FRANCE.
  ANNE D'AUTRICHE, infante d'Espagne, puis reine de France, I,
    34, 35, 38, 54, 57, 67, 79, 89, 94, 100, 118, 120, 123, 131,
    158, 189, 265, 301, 312, 313, 318, 319, 344, 367, 421. II, 98,
    99, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 193, 194, 196, 197,
    198, 199, 200, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207, 209, 210,
    211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 220, 221, 222, 223, 224,
    225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 235, 236, 239,
    240, 241, 242, 243, 245, 246, 248, 249, 251, 254, 255, 256,
    257, 258, 261, 269, 270, 271, 284, 287, 288, 289, 290, 291,
    292, 293, 297, 298, 299, 301, 302, 304, 305, 307, 309, 310, 312.
  ANNERVILLE (M. d'), gendarme de la compagnie du Dauphin, I, 209.
  ANNIBAL, nain de Louis XIII, II, 81.
  Anséatiques (ambassadeurs des villes), I, 98, 253.
  _Antiquités de Rome_ (livre des), I, 107.
  ANTOINE DE BOURBON, roi de Navarre, père de Henri IV, I, 288,
    308.
  Antony, II, 135.
  ANTRAGUES (M. d'), I, 26.
  ANTRAGUES (Mlle d'), I, 210.
  _Apollon_ (ballet d'), II, 254.
  ARCHAMBAUD (M.), I, 25, 364. II, 102.
  Archiduc (ambassadeur de l'), II, 253.
  Arcueil, II, 123.
  ARDS (baron des), I, 27.
  ARGENSON (le sieur d'), II, 293.
  Argenteuil, I, 153. II, 110.
  Arles, II, 280, 281, 282.
  ARMAIGNAC (M. d'), premier valet de chambre du Roi, I, 347. II,
    148, 149.
  _Arméville (l')_, cheval du Roi, II, 247.
  ARNAULD (M.), trésorier de France, I, 82, 98, 112.
  ARNOUL, contrôleur de la maison de la reine Marie de Médicis,
    I, 26.
  ARNOUX (le P.), jésuite, prédicateur, puis confesseur du Roi,
    II, 214, 215, 223, 224, 237, 239, 245, 258.
  Arpentils (les), II, 233.
  ARQUERY (M. d'), I, 23.
  ARQUIEN (M. d'), I, 231.
  ARS (des), page de la chambre, I, 221.
  Arsenal (l'), I, 179, 323, 381, 388, 390, 401, 412, 414, 421,
    424, 425, 426, 432, 434, 435. II, 7, 36, 224.
  Arton, II, 292.
  Arvanne (maison d'), II, 61. _Voy._ Ravannes.
  Asnières, II, 226.
  Aspremont, II, 273.
  _Assemblée des Dieux (l')_, comédie, II, 181.
  ASSY (M. le président d'), I, 28.
  ASSY (Mme d'), I, 28.
  Aubaigne, II, 282.
  AUBASINE (M. d'), II, 72.
  AUBESPINE (M. le président de l'), II, 35.
  Aubeterre, II, 189.
  Aubourg, II, 149.
  Auchy-la-Ville, II, 33.
  AUDE (M.), huissier de chambre de Mme Élisabeth, I, 306.
  AUGER (le sieur d'). _Voy._ DAUGER.
  AUGUSTIN, turc de M. de Guise, II, 60.
  Augustins de Paris (couvent des), I, 424, 425. II, 2, 3, 18,
    39, 55, 76, 95, 163, 165, 173, 240, 241.
  Aulnay, II, 258.
  AUNE (baron d'). _Voy._ DONAW.
  Auneau (combat d'), I, 119.
  Auteuil, I, 432. II, 138, 169, 310.
  AUVERGNE (Charles de Valois, comte d'), I, 28, 102, 138, 177,
    179, 232. II, 178, 199, 208, 226, 242.
  Auvergne (comté d'), I, 177, 198.
  AUVERGNE (le fils du comte d'), I, 48, 138.
  AUZERAY (le sieur d'). _Voy._ DAUZERÉ.
  Avignon, II, 283.
  _Avis des amendes (l')_, livre de Du Luat, I, 99.
  Avon, II, 212, 244, 245.
  Aytré, II, 313, 315, 316.
  Azay, II, 234.


  B

  BAGAUD. _Voy._ BAGOT.
  Bagnolet, II, 124.
  BAGOT, artillier du Roi, I, 345. II, 106, 188.
  BAILLY, joueur de luth, II, 17, 18, 20, 25, 37, 79, 82, 102,
    154, 166.
  Bailly (maison de), près de Versailles, I, 284, 291.
  Bain, II, 306.
  BAJORDAN, page du Roi, I, 336.
  BALLARD, joueur de luth, II, 109.
  Baqueville, II, 218.
  BAR (Catherine de Bourbon, duchesse de), I, 3, 5, 7, 13, 42,
    51, 52.
  BAR (Henri de Lorraine, duc de), I, 52, 76.
  BARBEREAU, huissier de la chambre du Roi, II, 261.
  BARBERINI (le cardinal), I, 270, 285.
  BARBERINO (Monsignor), nonce extraordinaire, I, 15.
  Barbezieux, II, 259, 268.
  BARDIN (Élie), chirurgien, II, 89.
  BARENTIN (M.), conseiller de la cour des aides, I, 29.
  BARNEVELDT (Jean), II, 233.
  BARRAULT (M. de), ambassadeur en Espagne, I, 312, 343.
  BASILE (l'empereur), son traité de _l'Art de régner_, II, 77.
  BASSOMPIERRE (M. de), I, 224, 226, 229. II, 116, 179, 193, 276,
    278, 280, 313.
  BASTIDE (M. de la), capitaine des gardes du duc de Lorraine, I,
    22.
  Bastille (la), I, 32, 231, 232, 381. II, 178, 180, 199, 256.
  BAUTRU (M.), II, 295.
  Bayonne, II, 184, 185.
  Bayonne (évêque de), I, 23. II, 20, 43, 216.
  Bazas, II, 251.
  Béarn (états de), II, 250.
  Beaucaire, II, 283.
  BEAUCHÊNE, sergent aux gardes, I, 91.
  BEAUCLERC (M. de), premier secrétaire du Dauphin, puis
    secrétaire de la Reine, I, 62, 418. II, 270, 288.
  BEAUFORT (Gabrielle d'Estrées, duchesse de), I, 161.
  Beaugency, II, 145, 271.
  BEAUGRAND, écrivain du Roi, I, 336, 349, 352.
  Beaulieu, II, 310.
  Beaulieu (abbaye de), II, 157.
  BEAULIEU-RUZÉ (M. de), secrétaire d'État, I, 6, 210.
  BEAUMONT (comte de), I, 170.
  BEAUMONT (M. de), bailli d'Orléans, II, 180.
  BEAUMONT (M. de), mestre de camp, II, 236.
  BEAUMONT-MÉNARDEAU (M. de), conseiller d'État, II, 183.
  BEAUNE (Renaud de), archevêque de Bourges, I, 25.
  Beauregard, II, 304.
  Beauvais (évêque de), II, 131.
  BEAUVAU (le sieur de), II, 199.
  BÉLIER (le petit), I, 117.
  BÉLIER (Mlle), remueuse du Dauphin, I, 36, 43, 64, 78, 130,
    259. II, 221.
  BELLAY (M. du), II, 191.
  Bellecave, II, 149.
  BELLEGARDE (Roger de Saint-Lary, duc de), grand-écuyer, nommé
    _M. le Grand_, I, 21, 30, 92, 94, 178, 184, 267, 269, 317, 331,
    334, 349, 400, 430. II, 5, 15, 16, 27, 32, 33, 100, 103, 106,
    133, 137, 167, 168, 174, 270, 289.
  BELLE-ISLE (Philippe Emmanuel de Gondi, marquis de), général
    des galères, II, 60.
  BELLENGREVILLE (M. de), grand-prévôt de l'hôtel, II, 246.
  Belleville sur Sablons, II, 136.
  BELLIÈVRE (Pomponne de), chancelier de France, I, 8.
  BELMONT (M. de), lieutenant de M. de Mansan, I, 76, 77, 90,
    121, 122, 130, 132, 199, 222, 240.
  BENJAMIN (M.), écuyer du Roi, I, 414.
  BENTIVOGLIO (cardinal), II, 254, 255.
  BÉRAUD (Mlle), I, 77.
  Bergerac, II, 260.
  BÉRINGHEN (M. de), I, 55. II, 63, 64, 117, 134, 221, 224.
  BÉRINGHEN (Mlle), I, 23.
  BERMAN (le colonel), I, 186.
  BERNARD (le sieur), II, 218, 246.
  Bernardins de Paris (Église des), II, 11.
  BERNAY (M. du), conseiller au parlement de Bordeaux, I, 292.
  BERNET (M. de), valet de M. de Montglat, I, 286; porteur de
    Monsieur d'Orléans, I, 306.
  BERNY (M. de), I, 25.
  Berny (maison de), II, 121.
  BERTHELOT (Simon), chirurgien, II, 89.
  BÉTHOUZAY (Mlle), femme de chambre du Dauphin, I, 80, 358, 359,
    360.
  BÉTHUNE (M. de), I, 143, 277, 285, 289, 290, 300, 321, 324.
  BÉTOUZAY. _Voy._ BÉTHOUZAY.
  BEUVRON (Mme de), I, 20.
  BEVILAQUA (marquis de), ambassadeur de Toscane, I, 290.
  BÉVILLIERS (le sieur de), II, 139.
  Béziers, II, 278.
  Béziers (évêque de), I, 334. II, 81.
  Bezons, I, 106.
  BIGNEUX, page de Mme de Montglat, I, 202, 324.
  BIONEAU (M.), secrétaire du grand-écuyer Bellegarde, I, 26.
  BIRAT (Georges), premier huissier de la chambre du Dauphin, I,
    11, 105, 118, 128, 140, 144, 147, 170, 180, 183, 195, 202, 207,
    213, 214, 221, 222, 259, 268, 272, 274, 304, 306, 308, 310,
    314, 315, 318, 328, 339.
  BIRON (baron de), II, 30.
  BIRON (le maréchal de), sa lettre à Mme de Montglat, I, 24, 25;
    son emprisonnement, I, 29; son exécution, I, 32; mot du Dauphin
    sur sa mort, I, 374.
  BISSOUZE (le sieur de), II, 188.
  BLAINVILLE (M. de), II, 83, 84, 136, 171, 177, 270, 282, 297.
    _Voy._ OINVILLE.
  Blanchefort, II, 126.
  Blancmesnil (le), II, 256, 288, 295.
  BLANCMESNIL (M. le président de), II, 35, 288.
  BLANCMESNIL (René Potier de), évêque de Beauvais, II, 131.
  Blandy (maison de), II, 111.
  Blois, I, 25, 400. II, 145, 197, 210, 232, 257, 268, 271, 303,
    304.
  BLOND (Le). _Voy._ LE BLOND.
  BODERIE (le sieur de la), I, 418.
  BODINET (le sieur), II, 150, 157, à la note [199].
  BOGNE (le sieur de), sieur de Villecraine, II, 77.
  BOILEAU, joueur de violon et de mandore du Dauphin, I, 22, 62,
    93, 120, 121, 149, 152, 183, 190, 220, 226, 276, 286, 287, 289,
    291, 292, 298, 308, 310, 314, 320.
  BOIS-DAUPHIN (le maréchal de), I, 15, 21. II, 184.
  BOIS-DAUPHIN (M. de), I, 26.
  BOISSAC (M. de), II, 192.
  BOISSIÈRE (M. de la), I, 380, 415, 420.
  BOLOGNE, aumônier de Louis XIII, II, 44.
  BOMPAR (Charles de), page du Dauphin, I, 119, 169, 182, 183,
    222, 247, 252, 269, 309, 328, 329, 355, 357, 362. II, 6.
  Bondy, II, 26.
  BONGARS, maître maçon du Roi, I, 108, 119.
  BONIÈRES (le sieur de), I, 35, 397.
  BONIÈRES (Mlle de), I, 35.
  BONNART (M.), médecin du Roi, II, 310.
  BONNENAN (M. de), II, 54.
  BONNET, porteur d'eau de la cuisine du Roi, II, 134.
  BONNEUIL (M. de), II, 126.
  BONNEUIL DE THOU (M. de), I, 213.
  BONNEVAL (le sieur de), II, 173.
  BONNEVAU (le sieur de), gouverneur du Pont-de-Cé, II, 155.
  BONNIVET (M. de), II, 27.
  BONOUVRIER (le capitaine), II, 14.
  Bonshommes de Chaillot (couvent des), I, 357. II, 8, 22, 23,
    41, 138, 139, 209, 214, 242.
  Bonshommes de Monceaux (couvent des), II, 27, 34.
  Bonshommes de Vincennes (couvent des), I, 430. II, 109.
  BONTEMPS (M.), II, 311.
  BONZI (le cardinal de), évêque de Béziers, grand-aumônier de la
    Reine, I, 334. II, 81, 141.
  BOQUET (M.), mari de la nourrice du Dauphin, I, 108, 150, 151,
    252, 276, 293, 304, 306.
  Bordeaux, II, 180, 182, 184, 185, 187, 188, 249, 251, 266.
  Bordeaux (archevêque de), II, 182, 183, 185. _Voy._ SOURDIS.
  Bordeaux (députés du parlement de), II, 182, 249.
  BORGNE (Le), portefaix du Dauphin, I, 292.
  BOUCHAGE (le capitaine du), archer des gardes du corps, I, 113.
  BOUILLON (duc de), I, 23, 177, 182, 184, 206, 267, 392. II, 25,
    49, 50, 116, 117, 198, 202.
  BOULANGER (le sieur), II, 234.
  BOULENGER (M.), maître d'hôtel, I, 44.
  Boulogne (bois de), II, 42, 140.
  Boulogne-sur-Mer, II, 252.
  BOUQUERON (M. de), président au parlement de Grenoble, I, 23.
  BOURBON (Charles, bâtard de), archevêque de Rouen, I, 154.
  BOURBON (Jeanne-Baptiste de), fille de Henri IV et de Mme des
    Essars, I, 307.
  BOURBON (Mlle de), I, 120, 227, 228. _Voy._ ORANGE (princesse
    d').
  Bourbon (hôtel du Petit-), I, 179, 380, 383, 419, 424, 429. II,
    3, 6, 7, 11, 26, 50, 57, 64, 69, 78, 80, 97, 104, 120, 132,
    135, 139, 160, 162, 163, 167, 171, 174, 177, 198, 211, 254, 255.
  BOURBON-CONDÉ (Mlle de), II, 243, 246.
  BOURBON-MONTPENSIER (Mlle de), II, 305, 310.
  Bourdaisière. _Voy._ La Bourdaisière.
  BOURDEILLES (Mlle de), I, 27.
  BOURDEILLES (vicomte de), I, 29.
  BOURDET (le sieur du), II, 6.
  Bourg, II, 182.
  Bourg-Fontaine, II, 227.
  Bourg-la-Reine, I, 388. II, 120, 159, 171, 197, 231, 269.
  BOURGEOIS, huissier de la chambre du Dauphin, I, 306.
  BOURGEOIS (le sieur), II, 247.
  Bourges (archevêque de), I, 20, 25.
  Bourget (le), I, 418. II, 51, 55, 135, 174, 243, 256, 289.
  Bourgogne (hôtel de). _Voy._ Hôtel de Bourgogne.
  Bourgon, II, 305.
  Bourgueil, II, 257.
  BOURSIER (Louise Bourgeois, dame), sage-femme de la Reine, I,
    2, 28.
  BOUTEVILLE-MONTMORENCY (M. de), I, 138, 139.
  BOUTIN (M. de), chirurgien du Roi, II, 310.
  BOVIER (M.), gentilhomme ordinaire du roi Henri IV, I, 19.
  BRACCIO, écuyer ordinaire de la reine Marie de Médicis, I, 21.
  _Bradamante_, tragi-comédie, I, 392. II, 71, 72.
  BRAGELONGNE (M. de), I, 27, 46, 168.
  BRAGELONGNE (sieur de). _Voy._ PRÉVOST.
  BRANDEBOURG (le fils du marquis de), I, 13.
  BRANDEBOURG (marquis de), I, 404, 405.
  BRANTES (Léon d'Albert, seigneur de), II, 232.
  BRAYER (M.), capitaine de Notre-Dame de la Garde, II, 282.
  Bréban, I, 402.
  Brene, II, 33.
  BRENNE (M. de), II, 233.
  Bresse (la), réunie au Dauphiné, I, 226. II, 64.
  Bretagne (députés de), I, 254, 380.
  Bretagne (états de), I, 402. II, 152, 153.
  Breteuil, I, 411. II, 244.
  BRETON (M. de), II, 283.
  Breuil (le), II, 149.
  Brévannes, I, 404.
  BRÈVES (M. de), I, 250, 270, 271, 365. II, 143, 178.
  BREZOLLES (Mme de), I, 148.
  BRIANT (Mme), marchande de draps de soie, I, 155.
  Briare, II, 285.
  Briare (canal de), I, 221.
  Brie-Comte-Robert, I, 398, 406. II, 105.
  _Brigantin_, chien de la Reine, I, 434.
  Brin, II, 248.
  Briou, II, 257.
  BRIQUEIL (comtesse de), I, 26.
  Brisembourg, II, 258, 259.
  Brissac, II, 248.
  BRISSAC (duc de), II, 306.
  BRISSAC (le maréchal de), I, 26. II, 188.
  BRISSET (Mlle), II, 161.
  BROCQ (M. du), I, 274.
  BROSSE (le sieur de la), agent du duc de Mantoue, I, 21.
  BROUAY (M.), II, 138.
  BRUEIL (M. de), I, 270.
  BRULART (le chancelier), II, 25, 59, 72, 75, 76, 92, 197, 289,
    300. _Voy._ SILLERY.
  BRULART (M.), abbé de Léon, I, 12.
  BRULART (M.), secrétaire d'État de Henri III, I, 22, 102.
  BRUNEAU, lavandier, I, 105, 106.
  BRUZOLES (Mme de), I, 23.
  Brys, II, 158.
  BUCQUOY (comte de), II, 105.
  BUFFALO (Monsignor del), évêque de Camerino, I, 15.
  BUISSEAU (Mme de), I, 26.
  BUISSON (M. du), exempt des gardes, I, 338, 339. II, 74.
  Buisson (maison du), II, 28.
  BUNEL, peintre du Roi, I, 425. II, 53, 164.
  Burgos, II, 183.
  Burie, II, 197.
  BUTEL (Charles), barbier chirurgien, I, 16.
  Buzenval, I, 81.


  C

  CABARET, maréchal de forge de Saint-Germain en Laye, I, 119.
  CACHAC (M. de), capitaine de la porte, I, 26.
  Cachant, I, 387. II, 123.
  Caderousse, II, 283.
  CADENET (Honoré d'Albert, seigneur de), II, 239, 241.
  _Cadet_, chien du Roi, I, 266.
  Caen, I, 53. II, 247.
  Calais, II, 252.
  CALDERON (Don Inego de), ambassadeur d'Espagne, II, 183.
  CALONGES (M. de), gouverneur de Montpellier, II, 281.
  Cambray (collége de), II, 18.
  CAMILLE, nain de la Reine, I, 137.
  Campadour, II, 276.
  CAMPAGNOL (M.), gouverneur de Boulogne, I, 26.
  CAMPAGNOLS (M. de), capitaine aux gardes, I, 91, 336.
  CANADA (le petit), I, 66, 67, 70, 73.
  CANAPLES (le sieur de), II, 245.
  CANAYE-BRANAY (M.), I, 21.
  CANDALE (M. de), I, 50, 53, 119, 120, 346. II, 176, 177.
  CANIER, soldat aux gardes, I, 200.
  CAPELLE (M. de la), son livre de portraits gravés, I, 114.
  Capucins de Paris (couvent des), I, 399. II, 38, 40, 54, 77,
    121, 123, 164.
  CARAFFA (Denis), nonce en Espagne, I, 270.
  CARBONIER (le sieur de), II, 259.
  CARBONNIÈRE (M. de), I, 127.
  Carcassonne, II, 277.
  Cardillac (maison de), II, 250.
  CARLISLE (comte de), ambassadeur d'Angleterre, II, 294, 301.
    _Voy._ HAY.
  CARMAIN (comte de), II, 278.
  Carmes de Paris (église des), II, 78, 135.
  CARNAVALET (Mme de), I, 27.
  Carrière (maison de), I, 52, 127, 184, 366, 373. II, 142.
  Castelnau, II, 279.
  Castelnaudary, II, 277.
  Castelnau de Montmirail, II, 276.
  CASTILLE (connétable de), I, 56, 57.
  CASTILLE (M. de), II, 222.
  Castillon, II, 260.
  CASTILLON (le sieur de), commissaire et secrétaire du
    connétable de Montmorency, I, 115.
  Castres, II, 185.
  CATHERINE, femme de chambre de la Reine, II, 35.
  CATHERINE DE MÉDICIS, reine de France, I, 400. II, 200.
  CAULET (M.), chirurgien des chevau-légers du Roi, I, 273, 274.
  CAUMARTIN (M. de), garde des sceaux, II, 279.
  CAVALLI (Marino), ambassadeur de Venise, I, 33.
  CÉCIL (Guillaume), I, 353.
  CÉCIL (le fils de milord), I, 391, 392.
  Célestins de Paris (église des), I, 430. II, 6, 14, 54.
  Celle Saint-Cloud (la), I, 423, 424.
  Cély (maison de), I, 213, 214, 215, 216. II, 80, 81, 84.
  CENAMI (M.), gentilhomme lucquois, I, 277, 356.
  CÉSAR, cocher de Louis XIII, II, 27.
  CESENA (Paolo di), général des Capucins, II, 215.
  CÉSI (M. de), I, 293, 298, 299.
  Cévennes (députés des), II, 281.
  Chaillot, I, 81, 356, 357, 359, 405. II, 7, 10, 12, 16, 222.
  Chailly, I, 210, 215. II, 125.
  CHALAIS (le sieur de), I, 417.
  Chalan, II, 272.
  CHALIGNY (comtesse de), I, 365.
  Chambord, II, 145.
  Chambourcy, II, 200.
  CHAMPAGNE, cordonnier, I, 28.
  CHAMPAGNE, garçon de garde-robe du Dauphin, I, 305, 306, 364.
  CHAMPAGNE (M. de), lieutenant aux gardes du corps, I, 209.
  Champfleury (jeu de paume de la rue), II, 78, 176.
  Champigny, I, 402.
  Champoud, II, 306.
  Champron, II, 158.
  Champs, I, 403. II, 121, 179.
  CHAMPVALLON (François de Harlay de), abbé de Saint-Victor, puis
    archevêque de Rouen, II, 69, 91, 218.
  CHAMPVALLON (M. de), I, 151. II, 122.
  Chancelier (M. le). _Voy._ BRULART.
  Chansons chantées par le Dauphin, I, 61, 79, 123, 133, 135,
    162, 168, 174, 176, 195, 231, 241, 243, 264, 283.
  Chantelou, II, 120, 143, 304.
  Chantilly, I, 140, 322, 387. II, 238, 291.
  Chapelle aux Ursins (le sieur de la), I, 410.
  CHAPELLES (M. des), II, 238.
  Charenton, I, 10, 277, 356, 406. II, 287.
  CHARLES IX, roi de France, I, 156, 183, 388, 429.
  CHARLES (M.), médecin du Roi, II, 310.
  CHARLOT, valet de pied du Roi, II, 161.
  CHARMEAUX (sieur de). _Voy._ GUYET.
  CHARPENTIER, valet de garde-robe de Madame Élisabeth, I, 296.
  CHARRON (M. le), trésorier de l'extraordinaire des guerres, II,
    177.
  Chartres, I, 388. II, 158, 180, 304, 306.
  Chartres (évêque de), II, 109.
  Chartres (vidame de), I, 27.
  Chartreux de Paris (couvent des), I, 383, 387, 388, 416. II, 6,
    63, 123, 136, 139, 176.
  Chassay (maison de), II, 151, 152, 272.
  CHASTAIGNERAIE (M. de la), I, 192.
  CHASTILLON, topographe du Roi, II, 104.
  CHASTRE (Mme de la), I, 100.
  Châteaubourg, II, 306.
  Chateaubriand, II, 306.
  Châteaufort, II, 300.
  Châteauneuf-sur-Charente, II, 268.
  CHÂTEAUNEUF-LAUBESPINE (baron de), I, 27.
  CHATEAUVIEUX (M. de), I, 15, 157, 179, 180. II, 123.
  Châtellerault, II, 147, 181, 192.
  CHATILLON (amiral de), I, 147.
  Chatou, I, 51, 177, 192, 411.
  CHATRE (baron de la), I, 22, 240.
  CHATRE (maréchal de la), I, 38, 343. II, 9, 12, 31, 271.
  CHATRE (Mlle de), II, 271.
  CHAULNES (comtesse de), I, 27.
  CHAULNES (duc de), II, 268.
  CHAUMONT (M. de), I, 409.
  Chaussée (la), II, 211, 272.
  CHAUVELIN (M.), I, 390.
  CHAUVET (M.), conseiller au parlement de Toulouse, I, 56.
  CHAUX (Bertrand des), évêque de Bayonne, II, 20.
  Chavignan, II, 227.
  CHAZERON (M. de), I, 22.
  CHEMERAULT (Mme de), I, 27.
  Chennevières, I, 403, 406.
  Chenonceaux, II, 181.
  CHERUTH (Georges), ambassadeur d'Angleterre, I, 342.
  CHEVALERIE (M. de la), I, 67.
  CHEVALIER (Étienne), secrétaire et trésorier du roi Charles
    VII, I, 323.
  Chevalier (M. le). _Voy._ VENDÔME (Alexandre, chevalier de).
  CHEVALIER (M. le président), I, 144, 431. II, 108, 121, 123,
    124, 211, 216.
  Chevillière, II, 306.
  Chevreuse, II, 312.
  CHEVREUSE (duchesse de), II, 283.
  CHEVRIER (M. de), conseiller au parlement de Grenoble, I, 23.
  CHIEST (M. de), II, 315.
  Chilly, II, 158.
  Chinon, II, 236.
  Chisay, II, 257, 273.
  Choisy, II, 292.
  CHOISY (comte de), chevalier d'honneur de la reine Marguerite,
    I, 198.
  CHOUL (Guillaume du), sa _Castramétation des Romains_, I, 181.
  CHRISTINE ou CHRÉTIENNE DE FRANCE, nommée _la petite Madame_,
    depuis duchesse de Savoie, I, 174, 177, 181, 185, 187, 191,
    233, 240, 277, 295, 297, 310, 350, 354, 356, 361, 371, 372,
    381, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425, 426, 428, 431, 433.
    II, 5, 20, 22, 23, 35, 40, 56, 69, 72, 77, 88, 91, 100, 109,
    122, 132, 147, 159, 210, 229 à la note [300], 231, 234, 236,
    284.
  Cigoignes, II, 313.
  CLAVELLE (_La_). _Voy._ LA CLAVELLE.
  Claye, II, 237.
  Clérac, II, 261.
  CLERC (M. Le), secrétaire du Roi, II, 123. _Voy._ LECLERC.
  CLERGEON (Tienette), fille de chambre de la nourrice du
    Dauphin, I, 30.
  Clermont, II, 244.
  CLERMONT D'AMBOISE (Mme de), I, 22.
  Clèves, I, 404, 430. II, 10, 11, 12.
  CLÈVES (duc de), I, 49.
  _Clorinde_, comédie, II, 156.
  CŒUVRES (marquis de), II, 148.
  Cognac, II, 259.
  COLAS, sauteur, I, 346.
  COLIGNON (Mme de), I, 27.
  COLO, comédien italien, I, 351.
  Colombes, I, 429. II, 36, 57, 254.
  COMBALET (Mlle de), II, 245.
  Comédiens anglais à Fontainebleau, I, 88, 91.
  Comédiens français, II, 80, 112. _Voy._ Hôtel de Bourgogne.
  Comminges (évêque de), II, 272.
  Compiègne, II, 237, 238, 292, 293.
  CONCINO (M.), I, 29, 43, 45, 74, 86, 345, 384. II, 23, 25, 64.
    _Voy._ ANCRE (marquis d').
  CONCINO (la signora), I, 12, 43, 53. II, 64. _Voy._ ANCRE
    (marquise d').
  CONDÉ (Charlotte-Catherine de la Trémoille, princesse de), la
    mère, I, 26, 37, 120, 402.
  CONDÉ (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse de), I,
    396, 397, 411. II, 18, 216, 238.
  CONDÉ (Henri de Bourbon II, prince de), I, 26, 37, 53, 68, 178,
    184, 224, 256, 328, 329, 385, 396, 430. II, 13, 30, 31, 49, 81,
    92, 98, 104, 134, 137, 138, 159, 172, 173, 192, 195, 200, 201,
    202, 216, 238, 239, 242, 243, 245, 246, 247, 248, 268, 269,
    270, 272, 273, 277, 278, 280.
  Conflans, I, 400. II, 19, 63, 78, 120.
  Confrères, II, 192.
  Connaré, II, 157.
  Connétable (M. le). _Voy._ MONTMORENCY, LUYNES et LESDIGUIÈRES.
  CONSTANCE (M.), écuyer du Roi, I, 73. II, 28.
  CONTARENO (le clarissime), ambassadeur de Venise, I, 12.
  CONTY (François de Bourbon, prince de), I, 3, 21, 48, 134, 256,
    387. II, 3, 5, 30, 49, 97, 123.
  CONTY (Louise-Marguerite de Lorraine, princesse de), I, 146,
    163, 192, 261, 331, 337, 338, 380, 427. II, 15, 74, 85, 183,
    186, 222.
  COQUET (M.), commissaire général de la maison du Roi, II, 310.
  Corbeil, I, 68.
  CORBONOIS (M.), I, 25.
  Cordeliers de Paris (église des), I, 430. II, 7, 19, 24, 76,
    139, 169.
  Cormeille, II, 269.
  Cormicy, II, 32.
  Cosson (maison de), II, 32.
  COTON (le P.) jésuite, confesseur de Henri IV et de Louis XIII,
    I, 48, 49, 87, 148, 149, 312, 391, 428. II, 3, 30, 32, 43, 59,
    76, 103, 104, 169, 176, 180, 206.
  Cottras, II, 259.
  Couay, II, 181.
  _Couchon (le)_, cheval de Louis XIII, II, 178.
  Coucy, II, 227.
  Courance, I, 213.
  Courbevoie, II, 119.
  Courcelles, II, 205, 206.
  COURT (M. de la), exempt des gardes du corps, I, 101, 112, 196,
    199, 209, 210, 215, 282, 283, 284, 349, 350, 351, 352.
  COURTENVAUX (M. de), I, 93, 104, 134, 158, 209, 271, 278, 298,
    370. II, 35, 82, 126, 130, 134, 146, 149, 163, 181, 270.
  COURTOMER (baron de), I, 150.
  Courville, II, 158.
  COURVILLE (M. de), gouverneur des pages de la chambre, I, 70.
  Cousières, II, 147, 236.
  Coutras, II, 189.
  CRAPADOC (M. de), II, 306.
  Créon, II, 188.
  CRÉQUY (M. de), mestre de camp du régiment des gardes, I, 142,
    225, 267, 388. II, 166, 245, 247.
  CRESSY (M. de), enseigne, I, 112, 122, 158, 168, 252, 272, 298,
    306, 321.
  Creteil, I, 399, 404.
  CRILLON (M. de), mestre de camp du régiment des gardes, I, 126,
    133, 163, 182.
  CROCHART (le P. Barthélemy de), cordelier, II, 192.
  Croissy, I, 65.
  CROIX (M. de la), gouverneur de MM. de Mortemart, I, 363.
  Crosne, I, 102, 277, 356. II, 302.
  Crotelles, II, 181.
  CURÉE (M. de la), lieutenant des chevau-légers du Roi, II, 14,
    51, 58, 101, 109, 130, 147, 172, 232, 244.
  CYPIERRE (M. de), I, 22.


  D

  DAMPIERRE (M. de), I, 295.
  DAMYN (M.), I, 27.
  DANDOLO, ambassadeur extraordinaire de Venise, I, 55.
  Danemark (ambassadeur de), II, 294.
  DANGEAU (M. de), I, 49.
  DANOBIS, garçon de la chambre du Roi, I, 424. II, 81.
  DANORVILLE (M.), beau-frère d'Héroard, I, 149.
  Danseur de corde espagnol à Fontainebleau, I, 90.
  DAUGER (le sieur), II, 62, 89.
  Dauphiné (députés du), I, 35, 36, 226.
  DAUZERÉ (M.), premier valet de chambre de Louis XIII, II, 24,
    108.
  DECOURT (Charles), peintre du Roi, I, 18, 30, 79, 262, 263.
  DELOR, soldat aux gardes, I, 122.
  DESCHAMPS (Mme), I, 24.
  DESCLUSEAUX, soldat aux gardes, puis porte-manteau du Roi, I,
    195, 196, 200, 201, 212, 237, 243, 267, 272, 289, 294, 295,
    336, 341, 345. II, 77, 102, 202, 212, 297.
  DESCURES (le sieur), I, 428. _Voy._ ESCURES.
  DESPAUX, barbier de la chambre du Roi, II, 297.
  DESPLANS (le sieur), II, 265, 270.
  DESPRÉAUX (le sieur), II, 172. _Voy._ PRÉAUX.
  DESPRÉS ou DU PRÉ, sculpteur, I, 119, 121.
  DES VIÈTES, fou normand, I, 383, 398.
  DEUX-PONTS (duc des), II, 10.
  DEUX-PONTS (duchesse des), I, 117.
  DEVIENNE, cuisinier du Dauphin, I, 270, 305.
  Dieppe, II, 218.
  Dive, II, 247.
  _Divers (les)_, ballet, II, 132.
  Dol (évêque de), II, 153.
  DONAW (baron de), I, 119.
  DONON (M.), contrôleur des bâtiments, I, 121.
  DORELLE (M. de), gouverneur du jeune Fontaine-Martel, I, 373.
  _Doundoun_ ou _Dondon_ (maman), surnom d'Antoinette Joron,
    nourrice du Dauphin, I, 84.
  DROUET (M. de), capitaine aux gardes, I, 229, 336. II, 6.
  DUBOIS (Guillaume), poëte de M. de Roquelaure, I, 306. _Voy._
    GUILLAUME.
  DUBOIS (Mlle), damoiselle de Mme de Vitry, II, 199.
  DUDRACH (Mme la présidente), I, 19, 26. _Voy._ RIVIÈRE-DUDRACH.
  DUFOUR, soldat aux gardes, I, 208.
  DUGUÉ (Jean), archer des gardes du corps du Roi, I, 11.
  DU GUESCLIN (Bertrand), son portrait en crayon, I, 292.
  Dumasan, II, 265.
  DUMESNIL (le sieur), I, 182.
  DU MONSTIER (le jeune), peintre, I, 64.
  DUMONT, clerc de la chapelle du Dauphin, I, 188, 206, 234, 244,
    245.
  DUMONT, nain de Louis XIII, II, 11, 65, 77.
  DU PERRON (le cardinal), I, 298, 330, 331. II, 117, 124, 172,
    219.
  DUPONT (M.), précepteur de M. de Verneuil, I, 410. _Voy._ PONS.
  DUPRÉ (M.), exempt aux gardes, I, 164, 294, 363.
  DUPRÉ (Guillaume), statuaire du Roi, I, 89, 267, 268. _Voy._
    DESPRÉS.
  Duretal, II, 155, 247.
  DU VAIR. _Voy._ VAIR.
  DU VAL (Mlle). _Voy._ VAL.


  E

  ÉCHAUX (M. d'), évêque de Bayonne, I, 23. _Voy._ CHAUX.
  Écosse (ambassadeur d'), I, 35.
  ECQUEVILLY (M. d'), enfant d'honneur du Roi, II, 285.
  EFFIAT (le sieur d'), écuyer cavalcadour de la grande écurie,
    II, 278.
  Égyptiens (danseurs) à Fontainebleau, I, 268.
  ELBENNE (M. d'), I, 34. II, 202.
  ELBEUF (duc d'), I, 27. II, 30, 61, 71, 175, 187, 188, 194,
    195, 196, 230, 253.
  ÉLIAN (art militaire d'), II, 296.
  ÉLISABETH DE FRANCE, nommée _Madame_, depuis reine d'Espagne,
    I, 37, 39, 44, 57, 69, 70, 84, 86, 87, 97, 99, 102, 103, 104,
    105, 113, 114, 116, 120, 122, 127, 134, 136, 139, 140, 141,
    142, 143, 144, 145, 148, 152, 154, 157, 158, 160, 162, 166,
    169, 172, 173, 174, 181, 222, 225, 231, 236, 240, 243, 244,
    246, 249, 250, 252, 265, 277, 279, 285, 286, 288, 293, 294,
    295, 298, 300, 308, 313, 314, 315, 320, 321, 323, 331, 334,
    337, 347, 349, 350, 354, 356, 361, 366, 368, 376, 377, 381,
    384, 385, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425, 426, 428, 431. II,
    5, 20, 22, 23, 35, 40, 52, 56, 57, 69, 71, 72, 74, 77, 88, 91,
    100, 107, 109, 111, 113, 117, 120, 122, 141, 147, 159, 165,
    175, 181, 182, 183, 184, 194, 209, 210, 251, 254.
  Embrun (archevêque d'), I, 256.
  EMMANUEL (le sieur), gentilhomme ordinaire du Roi, II, 155.
  _Émon_, tragédie, II, 118.
  ENGOULEVENT (Nicolas Joubert, sieur d'), prince des Sots, I,
    32, 61, 227, 228, 387. II, 81.
  ÉPERNON (chevalier d'), I, 151.
  ÉPERNON (les fils de M. d'), I, 22, 50, 77, 114, 119, 151, 211.
    II, 132.
  ÉPERNON (M. d'), I, 22, 24, 48, 120, 267, 339. II, 3, 4, 15,
    18, 30, 31, 61, 62, 104, 124, 132, 188, 193, 217, 225, 250.
  Escoucy, II, 246.
  Escouyville, II, 247.
  Escures, II, 251.
  ESCURES (M. d'), I, 428. II, 118, 144, 178, 233, 245.
  Espagne (ambassadeur d'), I, 23, 48, 54, 61, 268, 419. II, 37,
    63, 87, 100, 107, 153, 183, 213.
  Espagne (prince d'), I, 265.
  Espagne (princesse d'), II, 194. _Voy._ ÉLISABETH DE FRANCE.
  Espagne (roi d'). _Voy._ PHILIPPE III.
  Espagne (reine d'). _Voy._ MARGUERITE D'AUTRICHE.
  ESPINOY (prince d'). _Voy._ LINDRE.
  ESPOIS (M. d'), I, 27.
  Essars (ferme des), I, 290.
  ESSARS (le sieur des), I, 290.
  ESSARS (Mme des), I, 278, 307.
  ESSEX (comté d'), I, 352, 353.
  Essonne, I, 390. II, 57, 68, 125, 126, 212.
  ESTIENNE (Robert), II, 9.
  Étampes, II, 143, 144.
  EVOLY (prince d'). _Voy._ PASTRANO (duc de).


  F

  _Falots_ (ballet des), I, 318. _Voy._ _Lanterniers_ (ballet
    des).
  FAURE (M.), I, 195, 403. II, 121.
  FAVAS (M. de), I, 92, 130, 133.
  FAVAS (M. de), le jeune, I, 90.
  FAVEROLLES, page de la chambre du Roi, I, 243.
  _Favori_, chien de la Reine, I, 127.
  FAY (M. du), gentilhomme ordinaire du Roi, II, 194.
  FAYET (le président), II, 219.
  FAYET (Mme la présidente), belle-sœur d'Héroard, I, 28.
  FENOUILLET (Pierre), évêque de Montpellier, II, 21, 24, 58,
    120, 279.
  FERDINAND, peintre. _Voy._ FERNAND.
  Fère en Tardenois, II, 28.
  FERIA (duc de), II, 21, 37.
  FERNAND, peintre, II, 214.
  FERRALS (le sieur de), I, 317.
  FERRIER (M. de), député de l'assemblée de Châtellerault, I, 150.
  Ferté-Bernard (la), II, 157.
  Ferté-Milon (la), II, 33.
  FERVAQUES (le maréchal de), I, 29. II, 18, 117, 127.
  FERVAQUES (Mme de), I, 22.
  Feuillants (église des), I, 383, 390, 412, 413, 416, 421, 434.
    II, 9, 11, 14, 15, 17, 18, 20, 22, 23, 26, 34, 35, 36, 41, 43,
    44, 50, 52, 53, 63, 64, 65, 78, 87, 92, 93, 120, 141, 142, 159,
    176, 180, 209, 228, 242.
  Filles-Dieu (église des), II, 17, 79.
  Fismes, II, 28, 29.
  FLAMEN (M.), II, 310.
  Flèche (la), II, 3.
  FLEURENCE (M. de), sous-précepteur de Louis XIII, II, 75, 76,
    78, 93, 94, 100, 103, 118, 119, 124, 133, 168.
  FLEURETEAU (M.), maître, de la chambre aux deniers, I, 15.
  Fleury, I, 83, 210, 215, 216.
  FLEURY (M. de), I, 213.
  FLOCHET (le sieur de), II, 239.
  Florence (duc de). _Voy._ TOSCANE.
  _Folie (la) et l'Amour aveugle_, comédie, II, 115.
  FON (M. de la), avocat au conseil, I, 106.
  FONLEBON (Mme de), I, 23.
  FONLEBON (Mlle de), fille de la Reine, I, 23, 338, 396, 397.
  FONTAINE (La), archer du corps, I, 151.
  Fontainebleau, I, 1, 2, 7, 8, 9, 21, 24, 34, 36, 37, 81, 83,
    84, 85, 86, 87, 88, 90, 91, 92, 94, 97, 98, 99, 100, 101, 102,
    103, 107, 112, 126, 138, 168, 208, 209, 211, 212, 213, 216,
    217, 218, 219, 220, 221, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229,
    230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 239, 240, 241, 242,
    243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 252, 253, 254, 255,
    258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265, 266, 267, 268, 269,
    270, 272, 273, 274, 275, 276, 295, 307, 311, 320, 321, 323,
    324, 326, 327, 329, 330, 331, 332, 334, 335, 338, 341, 342,
    343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351, 352, 353, 354,
    355, 356, 364, 385, 390, 391, 392, 393, 394, 395, 396, 397,
    398, 406, 407, 408, 409, 410, 412, 428. II, 22, 57, 59, 61, 62,
    63, 64, 65, 66, 68, 80, 81, 84, 85, 86, 106, 121, 122, 125,
    126, 197, 212, 213, 244, 245, 256, 287.
  FONTAINE-MARTEL, (le petit), I, 366, 367, 369, 423.
  FONTAINE-MARTEL (Mme de), I, 365.
  Fontaineport, I, 408.
  FORCE (M. de la), capitaine des gardes du corps du Roi, I, 12.
    II, 111, 162.
  FORGET (M. le président), II, 25.
  Forqueil ou Forqueux, I, 32, 66. II, 228.
  FOSCARINI, ambassadeur de Venise, I, 322.
  FOUCAULT (M. de), conseiller aux aides, I, 27.
  FOUILLOUX (Jacques du), son livre de _la Vénerie_, I, 378, 379.
  FOUQUET (M.), président en Bretagne, I, 27.
  FOURCY (M. de), intendant des bâtiments, II, 199.
  FRANCESCO, peintre de Ferdinand de Gonzague, I, 206.
  FRANCHEMONT, hallebardier du corps, I, 78, 175.
  FRANCINO, architecte ingénieur des fontaines de Saint-Germain
    et de Fontainebleau, I, 124, 130, 131, 132, 359. II, 143.
  FRANCISCO, modeleur en cire, I, 143, 149.
  FRANCO (M. de), peintre du Roi, I, 353.
  FRANÇOIS Ier, roi de France, I, 233.
  FRANÇOIS, écuyer de bouche de la Reine, II, 299.
  FRASQUE (le sieur de), écuyer de la Reine, II, 218.
  FRÉDÉRIC IV, comte palatin du Rhin, sa lettre au Dauphin, I,
    254, 329.
  Frellassay, II, 248.
  FRÉMINET, peintre du Roi, I, 235, 236, 352, 353.
  Fresnède, II, 217.
  Fresnes, I, 389. II, 26, 34, 124, 220, 245.
  FRESNES-CANAYE (M. de), I, 295.
  FRIDÉRICH (Guillaume), gentilhomme allemand, I, 352.
  FRONSAC (M. de), II, 164.
  FRONTENAC (le petit), I, 61, 68.
  FRONTENAC (les fils de M. de), I, 191.
  FRONTENAC (M. de), premier maître d'hôtel du Roi, I, 21, 33,
    50, 79, 114, 116, 127, 136, 175, 182, 188, 194, 281, 298, 307,
    308, 316, 361, 364, 365, 370, 378, 379, 423, 424. II, 22, 24,
    72, 74, 142, 161, 269.
  FRONTENAC (Mme de), I, 360. II, 74, 213.
  FRONTENAC (Mme de), abbesse d'Argensol, I, 360.
  FRONTENAC (Mlle de), I, 127, 128, 313, 315, 316, 371. II, 72.
  FRONTENAC (Mlle de), la petite, II, 73.
  Frontignan, II, 278.
  FUMEL (baron de), II, 260.
  FURSTEMBERG (comte de), ambassadeur de l'Empereur, II, 239.


  G

  GAIGNIER (le sieur le), II, 201.
  Gaigny, II, 168.
  Gaillon, I, 300. II, 217, 219.
  GALAND (le sieur), avocat au parlement, II, 205.
  GALAND (Mlle), nourrice du Dauphin, I, 16.
  GALATY, colonel des Suisses, II, 104, 234.
  GALETEAU (M.), premier valet de chambre du Roi, II, 247, 297.
  GALLES (Henri-Frédéric, prince de), I, 120, 154; sa lettre au
    Dauphin, 170; 171, 172, 196, 218, 236, 244, 265, 267; sa lettre
    au Dauphin, 285; 342, 352, 403, 408, 417.
  GANDALOUFIN (le sieur), gentilhomme de la chambre du roi
    d'Angleterre, I, 196.
  Gandeleu (château de), II, 28.
  GARCIA (Dom), I, 43.
  GARRAULT (M.), trésorier de l'extraordinaire, I, 209.
  GASQUES (M.), député de l'assemblée de Châtellerault, I, 150.
  GASTON-JEAN-BAPTISTE DE FRANCE, duc d'Anjou, nommé _Monsieur_,
    I, 333, 334, 341, 353, 370, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425,
    428, 431, 433. II, 5, 11, 22, 35, 56, 64, 69, 88, 90, 91, 109,
    122, 126, 127, 141, 147, 159, 164, 178, 199, 208, 232, 238,
    240, 248, 288, 293, 294, 305, 310.
  GATINARA (comte de), ambassadeur de Savoie, I, 290.
  _Gayan_, chien de Louis XIII, II, 12, 17, 43, 63.
  _Gazette de Rome_, II, 40.
  Gentilly, II, 15, 108, 123, 124.
  GEORGES, premier cuisinier du Roi, II, 289.
  GERUMEAU, artillier du Roi, II, 188.
  GESNER, son livre des animaux et des oiseaux, I, 80, 103, 105,
    121, 133, 136, 173, 299.
  GESVRES (M. de), secrétaire d'État, I, 424. II, 33, 279.
  GESVRES (Mme de), I, 12.
  GIAIS (M. de), I, 329.
  GILLES (maître), sommelier du Dauphin, I, 90, 270, 305, 384.
  GILLETTE (Mlle), maîtresse du maréchal de Biron, I, 189.
  GIRARD (M.), I, 159.
  GLASC (Jacques du), archer des gardes du corps du Roi, I, 11.
  GLAST (M. du), écuyer du prince de Galles, I, 285.
  GOBELIN (M.), I, 10, 277, 296, 398.
  GOBELIN (Mme), I, 10.
  _Godefroy de Bouillon_, tragédie, II, 156.
  GODIN, fou, I, 366.
  GONDI (baron de), I, 31.
  GONDI (Henri de), évêque de Paris, I, 27, 298, 397. II, 12, 226.
  GONDI (le cardinal de), I, 7, 211, 289, 295. II, 31.
  GONDI (M. de), I, 11, 27, 81, 153, 278, 285, 321, 385. II, 110,
    140.
  GONDI (Mme de), abbesse de Poissy, I, 14, 363.
  GONDRIN (M. de), chevalier de l'ordre, I, 14.
  GONTIER (le P.), jésuite, I, 155, 417, 430.
  GONZAGA (Polyxena), fille de la reine Marie de Médicis, I, 31.
  GONZAGUE (don Ferdinand de), cardinal, I, 204, 205, 206. II,
    85, 90, 92.
  GORDES (M. de), I, 314.
  GORINI (la signora), I, 53.
  GORRY (M. de), II, 314.
  GOUVILLE (M. de), I, 387.
  GRAMONT (M. de), I, 223. II, 172, 186.
  GRAMONT (le petit), de Franche Comté, I, 279, 309, 310.
  Grand (M. le). _Voy._ BELLEGARDE.
  GRANDMONT (le petit), I, 286. _Voy._ GRAMONT.
  Grand-Seigneur (envoyé du), II, 206.
  GRANDSELVE (abbé de), I, 50.
  Grange (la), II, 278.
  GRANGE (M. de la), I, 9, 101, 277.
  Granges (les), II, 276.
  GRASSOT (le sieur), II, 99.
  GRATIENNE, femme de chambre de Marie de Médicis, I, 180.
  Grenade, II, 264.
  Grenelle, I, 413. II, 11, 13, 15, 24, 37, 38, 49, 92, 93, 94,
    106, 123, 130, 135, 171, 203, 242, 270.
  Grenelle (jeu de paume de), II, 132, 134, 141.
  Grenoble, II, 284.
  Grenoble (députés de l'assemblée de), II, 181.
  _Griffon_, chien de Louis XIII, II, 23.
  GRILLE (le général), II, 281.
  Grisons (députés des), II, 310.
  GRISSAC (M. de), gentilhomme de la vénerie, II, 238.
  Gros-Bois, I, 232, à la note [365]. II, 226, 242.
  GROTIUS (M.), II, 295.
  GROULARD (M.), premier président de Rouen, I, 9, 194.
  GUADALESTA (marquis de), I, 421.
  GUÉDRON, musicien de la chambre du Roi, II, 30.
  GUÉMENÉ (Mme de), II, 128.
  GUÉRIN (M.), apothicaire du Dauphin, I, 23, 129, à la note [184];
    155, 164, à la note [256]; 203, 222, à la note [350]; 245, 247,
    255, à la note [390]; 262, 272, 275, 293, 306, 373, 395, à la
    note [599]. II, 56, 57, à la note [64].
  GUESLE (M. de la), procureur général, I, 27.
  GUESLE (Mme la procureuse générale de la), I, 26.
  GUICHARDINI (Piedro), ambassadeur du duc de Toscane, I, 396.
  GUICHEN (Diane d'Andouins, comtesse de), I, 32, 44, 129, 184,
    356.
  GUIDI (le cavalier), secrétaire du grand-duc de Toscane, I, 323.
  GUIERCHEVILLE (Antoinette de Pons, marquise de), dame d'honneur
    de la reine Marie de Médicis, I, 1, 3, 12, 17, 43, 233, 334.
    II, 74, 118, 130.
  GUILLAUME (M.), II, 315.
  GUILLAUME (maître), fou de Henri IV, I, 70, 88, 196, 198, 218,
    219, 304, à la note [456]; 306, 369, 395. II, 100.
  GUILLAUME DUBOIS (maître), fou de M. de Roquelaure, I, 306, 331.
  GUILLEMEAU, chirurgien ordinaire du roi Henri IV, I, 4, 7.
  GUILLERAGUES (M. de), conseiller au parlement de Bordeaux, I,
    292.
  GUISE (cardinal de), II, 255, 256. _Voy._ LORRAINE.
  GUISE (Catherine de Clèves, duchesse de), I, 12, 25, 28, 43,
    100, 154, 338. II, 25, 54, 61, 69, 74, 112, 145, 183.
  GUISE (chevalier de), II, 82, 97, 105, 115, 141. _Voy._
    LORRAINE (François-Alexandre Paris de).
  Guise (hôtel de), II, 120, 141.
  GUISE (Louise-Marguerite de Lorraine, Mlle de), depuis
    princesse de Conty, I, 25, 28, 43, 97, 134, 135. _Voy._ CONTY.
  GUISE (M. de), I, 38, 129, 219, 257, 277, 328, 348. II, 7, 20,
    42, 49, 60, 83, 85, 162, 175, 178, 182, 183, 214, 243, 244,
    278, 282.
  GUISE (Mme de), II, 74, 85, 101, 119, 120, 139, 183.
  Guitre, II, 268.
  GUITROT, baladin, II, 132.
  Guyenne (voyage de), II, 180.
  GUYET (M.), sieur de Charmeaux, président de la chambre des
    comptes et prévôt des marchands, I, 7, 10.
  GUYNET (M.), II, 255.


  H

  Haa (château du), II, 182.
  HACQUEVILLE (le président de), II, 219.
  HAILLAN (Bernard Girard, sieur du), son livre _De l'état et
    affaires de France_, II, 8.
  HALLIER (M. du), capitaine des gardes du corps du Roi, II, 179,
    225, 273, 274, 304.
  HAMTON (comte de), ambassadeur d'Angleterre, II, 23, 25.
  HARAMBURE (baron d'), I, 116.
  HARAMBURE (Mlle d'), II, 72.
  HARAN, garçon de la chambre du Roi, II, 82, 159, 164, 168.
  HARIVET, soldat aux gardes, I, 208.
  HARLAY (Achille de), premier président au parlement de Paris,
    I, 7, 180.
  HARLAY (M. de), abbé de Saint-Victor, II, 91. _Voy._
    CHAMPVALLON.
  HAUCOURT (M. de), I, 37.
  HAULTIN (Jean), médecin, II, 89.
  HAUTERIBE, joueur de luth, I, 93.
  Hautevigne, II, 260.
  HAY (Milord), ambassadeur d'Angleterre, II, 201, 263. _Voy._
    CARLISLE.
  HÉLIN (Mlle), femme Lemaire, nourrice du Dauphin, I, 8, 9, 12,
    18.
  HELVER (le chevalier), ambassadeur d'Angleterre, II, 242.
    _Voy._ HERNET.
  HEMS (comte de), ambassadeur d'Écosse, I, 35.
  HENNEQUIN (Jérôme), évêque de Soissons, II, 51.
  HENNEQUIN (M.), sieur de Manœuvre, I, 28.
  HENRI III, roi de France, I, 142, 144; son livre d'_Heures_,
    157; 175, 291. II, 200.
  HENRI IV, I, 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16,
    17, 18, 19, 20, 21, 23, 25, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 38,
    39, 41, 42, 44, 46, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 56, 57, 60, 61, 62,
    63, 64, 65, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 83, 84, 85, 86, 87,
    88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103,
    104, 105, 106, 108, 109, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119,
    121, 122, 126, 127, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 138,
    139, 141, 142, 143, 144, 145, 148, 149, 154, 156, 157, 158,
    160, 161, 162, 163, 165, 166, 171, 172, 174, 175, 176, 177,
    178, 179, 180, 182, 184, 185, 191, 192, 193, 194, 197, 203,
    204, 205, 206, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219,
    220, 221, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233,
    235, 240, 245; sa lettre au Dauphin, 247; 250, 251, 252, 253,
    254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265,
    266, 267, 268, 269, 271, 272, 273, 281, 282, 284, 285, 286,
    288, 289, 290, 292, 295, 296, 297, 298, 299, 301, 307, 308,
    311, 313, 317, 318, 319, 320, 321, 322, 325, 326, 327, 328,
    329, 330, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 340,
    341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 351, 355, 357, 359,
    360, 361, 362, 364, 367, 368, 370, 371, 372, 373, 374, 378,
    379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390,
    391, 392, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 403, 404,
    405, 406, 407, 408, 409, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416,
    417, 418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 427, 428,
    429, 430, 431, 432, 433, 434, 435. II, 3, 4, 11, 12, 18, 22,
    35, 37, 42, 63, 66, 76, 81, 104, 177, 189, 197, 234, 244.
  HENRIETTE, fille de la nourrice du Dauphin, I, 177.
  HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, depuis reine d'Angleterre, I, 414,
    423. II, 5, 22, 56, 69, 88, 91, 122, 141, 142, 147, 159, 210,
    229, 294, 301.
  Herbelay, I, 20, 370. II, 226.
  HERNET (le chevalier), ambassadeur d'Angleterre, II, 233.
    _Voy._ HELVER.
  HÉROARD (Claude), I, 42.
  HÉROARD (Jean), seigneur de Vaugrigneuse, médecin ordinaire,
    conseiller et secrétaire du roi Henri IV, premier médecin du
    Dauphin, puis du roi Louis XIII, I, 1, 8, 10, 11, 13, 14, 15,
    18, 22, 23, 24, 25, 32, 38, 46, 47, 55, 60, 64, 66, 71, 78, 80,
    90, 106, 118, 122, 124, 126, 129, 130, 132, 138, 139, 142, 147,
    148, 150, 151, 153, 156, 157, 158, 164, 170, 172, 173, 175,
    177, 179, 181, 190, 194, 197, 199, 202, 222, 237, 242, 253,
    254, 255, 268, 270, 272, 273, 275, 276, 282, 283, 287, 288,
    289, 291, 293, 297, 299, 300, 304, 306, 308, 313, 314, 315,
    316, 317, 325, 326, 327, 333, 344, 346, 347, 349, 353, 354,
    366, 367, 368, 371, 372, 374, 376, 377, 378, 380, 395, 398,
    400, 406. II, 5, 40, 53, 56, 60, 61, 62, 78, 81, 82, 87, 89,
    90, 95, 97, 101, 137, 158, 159, 167, 180, 182, 184, 186, 202,
    203, 205, 209, 227, 233, 237, 243, 244, 282, 287, 291, 299,
    306, 315, 316.
  HÉROARD (Mme), femme du précédent, I, 121, 124, 133, 150, 158,
    164, 173, 175, 236, 252, 315, 357, 374. II, 109, 290.
  HÉROARD (Pierre), I, 42.
  HESSEN (le fils du landgrave de), II, 173.
  HEURLES (M. de), valet de chambre de Louis XIII, I, 387. II, 5,
    17, 67, 68, 72, 75, 148, 154, 157, 174.
  HIERONIMO, tireur d'armes du Dauphin, I, 433. _Voy._ JERONIMO.
  HINDRET (Florent), joueur de luth du Dauphin, I, 62, 68, 149,
    152, 155, 189, 190, 195, 199, 201, 207, 241, 244, 245, 248,
    259, 263, 279, 310, 311, 314, 316, 320.
  _Hippostologie (l')_, livre d'Héroard, I, 371. II, 317.
  HOEY (Claude de), peintre, I, 253.
  Hollande (députés des états de), II, 10, 293, 294.
  Honfleur, II, 247.
  Hongrie (ambassadeur de), II, 39.
  HÔPITAL (Paul Hurault de l'), archevêque d'Aix, II, 135.
  _Horace (les emblêmes d')_, II, 25.
  HOSTELNEAU (M. de l'), lieutenant au régiment des gardes, II,
    138.
  Hôtel de Bourgogne (comédies à l'), I, 382, 383, 384. II, 79,
    70, 91, 169.
  Hôtel de ville de Paris, II, 177, 246, 295.
  Hôtel-Dieu (l'), II, 177.
  HOTMAN (Marguerite ou Catherine), nourrice du Dauphin, I, 7, 16.
  HUBERT (M.), médecin du Roi, I, 253, 254, 326.
  HUMIÈRES (le petit), II, 161.
  HUMIÈRES (M. d'), I, 26, 379. II, 54, 101, 237.
  HURLES. _Voy._ HEURLES.
  HUXELLES (M. de), II, 296.


  I

  Igny, II, 311.
  INDRET. _Voy._ HINDRET.
  Infante (l'). _Voy._ ANNE D'AUTRICHE.
  Ingrande, II, 147, 150, 154.
  _Institution du Prince (de l')_, livre d'Héroard, I, 376. II,
    320.
  INTEVILLE (M. d'), I, 15.
  _Isabelle_, chienne du Dauphin, I, 187.
  ISABELLE-CLAIRE-EUGÉNIE, archiduchesse d'Autriche, I, 249.
  ISLE (M. de l'), I, 27, 75.
  ISLE-ROUET (M. de l'), I, 192, 282. II, 147.
  Issy, I, 386. II, 7, 9, 104, 123, 136, 137, 139, 198.
  IVARRA (don Diego d'), ambassadeur d'Espagne, I, 268.
  _Ivrognes_ (ballet des), II, 243.


  J

  JACOB (M.), ambassadeur du duc de Savoie, I, 348, 408.
  Jacobins de Paris (couvent des), II, 64, 65.
  JACQUES Ier, roi d'Angleterre, I, 154, 170, 417, 418.
  JAMIN (le sieur), I, 337.
  Jargeau (députés de), I, 367.
  Jaulné, II, 147.
  JAY (le président le), II, 181.
  JEAN (maître), sommelier du Dauphin, I, 305.
  JEAN-BAPTISTE, soldat piémontais de la compagnie de M. de
    Mansan, I, 317, 318.
  JEAN-JACQUES (le sieur), violon de la Reine, I, 107.
  JEANNE, reine de Sicile, I, 369.
  JEANNE D'ALBRET, reine de Navarre, II, 250.
  JEANNE D'ARC, I, 400.
  JEANNIN (le président), I, 409. II, 59, 72, 118, 217.
  JERONIMO, tireur d'armes du Dauphin, I, 384, 433.
  Jésuites (église des) à Paris, II, 41, 121, 167, 168, 177.
    _Voy._ Saint-Louis (église de).
  Joinville, II, 312.
  JOINVILLE (M. de), I, 82, 328. II, 194, 208, 263, 276, 277,
    287, 289.
  JORON (Antoinette), femme Boquet, nourrice du Dauphin, I, 18,
    36, 37, 84, 94, 95, 96, 100, 106, 108, 113, 114, 120, 131, 133,
    137, 145, 146, 147, 151, 152, 162, 174, 180, 184, 191, 195,
    206, 215, 218, 219, 231, 241, 244, 251, 252, 258, 273, 279,
    280, 286, 294, 320, 355, 359, 376, 401, 428. II, 4, 20, 58, 73,
    116.
  JORON (Louise), femme de chambre du Dauphin, I, 226, 292, 293.
  Jouarre (abbaye de), II, 27.
  JOUARRE (Mme de), I, 130.
  Joyenval, II, 200, 215, 216, 217, 221, 297.
  JOYEUSE (Henriette-Catherine de), duchesse de Montpensier, puis
    de Guise, II, 42.
  JOYEUSE (cardinal de), I, 189, 208, 211, 274, 300. II, 11, 30,
    31, 141, 163.
  JOYEUSE (duc de), II, 189.
  JOYEUSE (M. de), I, 292.
  JOYEUSE (le P. Ange de), I, 330. II, 42.
  _Juifs_ (comédie des), II, 174.
  JUIGNY (le cavalier), ambassadeur du grand-duc de Toscane, I,
    14, 18.
  Juilly, II, 243.
  JULIENNE (Opportune), revendeuse à Paris, I, 188.
  JULIERS (duc de Clèves et de), I, 49. II, 122.
  Juliers (prise de), II, 21.
  JUMEAU, artillier du Roi, II, 125.
  Juvisy, I, 390.


  K

  KERRY (Georges), ambassadeur d'Angleterre, I, 170.


  L

  LABARGE, page de Mme de Montglat, I, 68, 69, 70, 74, 75, 77,
    79, 87.
  LABASTIDE (le P.), jésuite espagnol, I, 318.
  La Bourdaisière, II, 146, 192, 193, 236.
  LA CHAPELLE, joueur d'épinette, II, 37, 91, 135, 206.
  LA CLAVELLE, secrétaire de Sully, I, 61, 416.
  LA CONCIE (M.), I, 307.
  LA COURT, valet de chambre du Roi, II, 77. _Voy._ COURT.
  La Flèche, II, 156.
  La Fontaine, II, 306.
  LAFOREST, soldat aux gardes, I, 243, 245, 253.
  La Haye, II, 306.
  LA HAYE, précepteur du chevalier de Vendôme, I, 107.
  LA HAYE (le sieur), I, 385. II, 9.
  LAIRS (Mme de), I, 15.
  LAISTRE (M. de), I, 291.
  LA MARTINIÈRE, précepteur du marquis de Mortemart, I, 358.
  LANCELIN (Jacques de), sieur de la Rouillère, archer des gardes
    du corps du Roi, I, 11.
  LANCY (marquis de), ambassadeur de Savoie, II, 212.
  Landit (foire du), à Saint-Denis, II, 199.
  LANE (le président de), II, 184.
  LANE (le sieur de la), maître d'hôtel de la reine Marguerite,
    I, 141.
  Langallerie, II, 144.
  Languedoc (états de), II, 283.
  La Noue, II, 145.
  LANSAC (M. de), I, 298. II, 146, 181, 234.
  LANSAC (Mme de), dame d'honneur de la reine Marguerite, I, 145.
    II, 146.
  _Lanterniers_ (ballet des), des Lanternes ou des Falots, I,
    296, 298, 300, 309, 317.
  Laon, II, 227.
  LA PARISIÈRE, maître d'hôtel du Roi, I, 15.
  LARCHANT (Mme de), I, 27.
  La Rochelle, II, 282, 313.
  Las Gardies, II, 275.
  La Touche, II, 152.
  LAUBIGEOIS (M.), I, 28.
  LAUBIGEOIS (Mme), I, 28.
  Laugon, II, 251.
  Laumosne, I, 63.
  LAURAGUAIS (comte de), I, 188.
  Lauraguais (comté de), I, 177.
  LAURENS (M. du), médecin, I, 8, 15, 208, à la note [316].
  LAUZERÉ (M. de), premier valet de chambre du roi Henri IV, I,
    19.
  LAUZUN (le petit), I, 129.
  Laval, II, 306.
  LAVAL (M. de), I, 22, 29.
  LAVARDIN (le maréchal de), II, 31.
  LA VIGNE, archer arquebusier aux gardes du Roi, I, 292.
  LEBEAUCLERC. _Voy._ BEAUCLERC.
  LE BLOND, peintre, I, 222.
  LECLERC (M.), II, 134, 168, 273. _Voy._ CLERC.
  LECŒUR (Françoise), II, 72.
  LECŒUR (Mlle), femme de chambre du Dauphin, I, 19, 147.
  LECOQ (M.), conseiller en parlement, I, 22.
  LE FÈVRE (M.), précepteur de Louis XIII, II, 71, 75, 76, 77,
    80, 84, 91, 94, 100, 111, à la note [142].
  Legeay, II, 272.
  LÉGIER, valet d'Héroard, I, 247.
  LE JAY. _Voy._ JAY.
  LEMAIRE (Mlle). _Voy._ HÉLIN (Mlle).
  LE MAISTRE (M.), médecin de Louis XIII, II, 60, à la note [70].
  LENOX (duc de), ambassadeur d'Angleterre, I, 116.
  LÉPAGNOL (Dom), grand-prieur de Saint-Remy, II, 30.
  LERME (duc de), II, 183.
  LESAGE (le commissaire), I, 27.
  LESDIGUIÈRES (M. de), depuis maréchal et connétable de France,
    I, 218, 226, 388, 391, 407. II, 242, 258, 261, 279, 280, 284,
    289, 293.
  Lésigny, II, 215, 242, 287.
  LE TILIEN (M.), médecin du Roi, II, 237.
  LE VOY (M.), I, 402.
  LIANCOURT (Charles du Plessis, seigneur de), nommé _Monsieur le
    Premier_, premier écuyer du Roi, I, 36, 49, 180, 206, 363, 368,
    372. II, 195, 197, 254.
  LIANCOURT (Henri ou Roger du Plessis-), fils du précédent, I,
    363, à la note [544]; 364, 365, 366, 369, 376, 399. II, 243, 311.
  LIANCOURT (les enfants de M. de), I, 49, 50, 195, 206, 338,
    341. _Voy._ PLESSIS-LIANCOURT.
  LIANCOURT (Mme de), I, 27.
  LIANCOURT (Mlle de), I, 27, 50, 338. II, 55.
  LIBERTAT (Mme de), I, 376.
  Libourne, II, 188, 189, 266, 267.
  LIGNY (Mlle de), I, 24.
  Limours, II, 158, 306.
  LINDRE (le comte de), prince d'Espinoy, ambassadeur de
    l'Archiduc, I, 11.
  _Lion_, barbet du Roi, I, 217, 345.
  Lis (abbaye du), I, 410.
  LISLE (la jeune de), I, 343.
  LIVARROT (M. de), II, 133.
  Livry, II, 26.
  LIVRY (sieur de). _Voy._ SANGUIN.
  Loges (les), I, 136. II, 307.
  LOÏNES. _Voy._ LUYNES.
  LOMÉNIE (le jeune), I, 394. II, 51.
  LOMÉNIE (M. de), secrétaire d'État et du cabinet, I, 172, 247.
    II, 61, 289.
  LOMÉNIE (Mme de), I, 21, 252.
  Longboyau, I, 323.
  Longchamp, I, 388. II, 223.
  Longjumeau, I, 210. II, 143, 208.
  LONGUEIL (Jean de), seigneur de Maisons, I, 367.
  Longuetille, II, 265.
  Longueville (hôtel de), II, 11.
  LONGUEVILLE (Henri d'Orléans II, duc de), I, 34, 44, 47, 52,
    82, 117, 141, 188.
  LONGUEVILLE (M. de), I, 264, 367, 380, 410, 413. II, 54, 107,
    140, 209, 246, 247, 255.
  LONGUEVILLE (Mme de), I, 33, 146. II, 107.
  LONGUEVILLE (Mlle de), I, 384, 390.
  Loré, II, 158.
  LORME (M. de), I, 27, 171. II, 85.
  Lorraine (ambassadeur de), II, 232.
  LORRAINE (cardinal de), II, 98, 195. _Voy._ GUISE.
  LORRAINE (Charles II, duc de), I, 69, 76, 77, 94, 140, 151,
    171, 212, 343, 404.
  LORRAINE (François-Alexandre-Paris de), chevalier de Guise, I,
    11. II, 82, 97, 105.
  LORRAINE (Louis de), abbé de Saint-Denis, I, 11. _Voy._
    Saint-Denis.
  LORRAINE (Louise-Marguerite de), I, 12.
  LORRAINE (Marguerite de Gonzague, duchesse de), II, 85, 91.
  LORRAINE (M. de), II, 122, 298, 309.
  LORRAINE (Mme de), II, 122.
  Loudun, II, 149, 194, 239.
  LOUIS X (_le Hutin_), sa sépulture à Saint-Denis, I, 401.
  LOUIS XII, son portrait en crayon, I, 289.
  LOUIS XIII, I, 2-47; sa première lettre au Roi, 48; 49-66; sa
    lettre au Roi, 67; 68-121; sa lettre au Roi, 122; 123-131; sa
    lettre au Roi, 132; 133-147; sa lettre à la reine Marguerite,
    148; 149-155; ses lettres au Roi et à la Reine, 156; 157-159;
    sa lettre au Roi, 160; 161-168; sa lettre au fils de Mme de
    Montglat, 169; 170-179; sa lettre au Roi, 180; 181-213; ses
    lettres au Roi, 214, 215; 216-244; son billet au Roi, 245;
    246-295; son billet au Roi, 296; 297-300; son billet au Roi,
    301; 302-336; sa lettre au Roi, 337; 338-354; sa lettre à la
    grande-duchesse de Toscane, 355; 356-363; sa lettre au Roi,
    364; 365-407; sa lettre au prince de Galles, 408; à la reine
    d'Angleterre, 409; 410-416; sa lettre au prince de Galles,
    417; au roi et à la reine d'Angleterre, 418; 419-436. II,
    2-134; vers composés par lui, 135; 136-183; sa lettre à la
    Reine-infante, 184; 185-316.
  LOUISE (la petite), fille de la nourrice du Dauphin, I, 74,
    286, 306, 309, 310, 314, 318, 355. II, 198.
  Lourcine, I, 9, 10, 277, 348, 356, 410.
  Louvre (le), I, 10, 178, 179, 180, 181, 321, 322, 323, 325,
    379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390,
    399, 400, 401, 405, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417,
    418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 428, 429, 430,
    431, 432, 436. II, 7, 11, 12, 13, 14, 16, 21, 23, 34, 36, 43,
    54, 92, 97, 109, 118, 120, 139, 159, 167, 177, 198, 200, 251,
    269, 271, 287, 295, 310.
  Louvres en Parisis, II, 288, 289, 295.
  LUAT (Ange Cappel, sieur du), I, 99, 218.
  Luçon (évêque de), II, 100, 103, 174, 284. _Voy._ RICHELIEU.
  LUDE (comte du), II, 235.
  LUMAGNE, banquier italien, II, 110.
  Lunel, II, 278, 279.
  Lusignan, II, 249.
  LUSSAN (M. de), I, 16, 292.
  LUTEAU (Mlle de), I, 27.
  LUX (baron de), I, 285. II, 115.
  LUX (la petite du), I, 294.
  Luxembourg (hôtel de ou du), I, 401, 412. II, 7, 9, 15, 42, 49,
    64, 100, 127, 281.
  LUXEMBOURG (M. de), I, 15. II, 184, 251, 266, 271, 283.
  LUXEMBOURG (Mme de), I, 44.
  LUXEMBOURG (Mlle de), I, 44.
  LUYNES (Charles d'Albert, seigneur de), depuis connétable de
    France, II, 91, 102, 119, 164, 166, 169, 171, 180, 184, 185,
    194, 195, 196, 203, 204, 208, 210, 216, 219, 221, 222, 223,
    224, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 236, 238, 239,
    241, 242, 243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 251, 253, 254,
    255, 256, 257, 258, 259, 261, 262, 263, 264, 265, 272.
  LUYNES (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), II, 216, 223,
    259. _Voy._ MONTBAZON.
  LUYNES (Mlle de), II, 243.
  LUZERNE (M. de la), I, 279, 420.
  Lyon, II, 284.


  M

  Mâcon (le lieutenant général de), I, 27.
  Madame. _Voy._ ÉLISABETH DE FRANCE.
  Madame (la petite). _Voy._ CHRISTINE et HENRIETTE DE FRANCE.
  Mademoiselle. _Voy._ VENDÔME.
  Madrid (maison de), dans le bois de Boulogne, I, 141, 142, 146,
    178, 388, 413, 421, 433, 434. II, 13, 44, 50, 159, 169, 222.
  MAINE (M. du), II, 99. _Voy._ MAYENNE.
  MAINVILLE (M. de), capitaine aux gardes, I, 137. II, 19.
  MAISONNETTE (le sieur de), capitaine du jardin des Tuileries,
    II, 200.
  MAISONROUGE, page de Mme de Montglat, I, 279.
  Maisons, I, 10, 367, 404. II, 200, 213, 216.
  MAIVRE (le sieur de), gentilhomme ordinaire du Roi, II, 58.
  Majour (la), II, 282.
  Malesherbes, II, 245, 257.
  Malicorne, II, 156.
  MALIGNY (M.), I, 27.
  MALISSY (Mme de), I, 28.
  MALLERY, dessinateur et graveur, I, 91.
  MALLEVILLE (M. de), exempt aux gardes écossaises, I, 253, 305.
  Malmète (la), II, 316.
  MALTAIS (le capitaine), I, 27.
  Malte (ambassadeur de), II, 198.
  Mamanga, surnom de Mme de Montglat, I, 81.
  MANGOT (M.), I, 399.
  MANŒUVRE (sieur de). _Voy._ HENNEQUIN.
  MANS (vicomte du), I, 28.
  Mans (ville du), I, 157, 247, 306.
  MANSAN (M. de), capitaine au régiment des gardes du Roi, I, 6,
    9, 23, 62, 75, 107, 115, 122, 123, 129, 130, 131, 148, 151,
    152, 156, 181, 183, 208, 229, 240, 272, 282, 283, 314, 317,
    369.
  MANSFELD (comtesse de), I, 366.
  Mantes, I, 389. II, 217, 219, 220, 237, 306.
  Mantoue (ambassadeur de), II, 224.
  MANTOUE (Don Vincentio di Gonzaga, prince de), I, 350, 351.
  MANTOUE (duc de), I, 206, 361, 362, 363. II, 101, 210.
  Mantoue (duché de), II, 122.
  MANTOUE (Éléonore de Médicis, duchesse de), sœur de la Reine,
    I, 203, 205, 211, 212, 351. II, 79.
  Maquerelle (l'île), II, 246.
  MARAIS (le sieur), II, 234.
  Maran, II, 315.
  MARÇAIS (Mlle de), II, 289.
  MARCHAUMONT (M. de), I, 27.
  Marcines (maison de), II, 237.
  Marcoussy, II, 296.
  MARETZ (M. des), aumônier du Roi, II, 157.
  MAREUIL (Mme de), I, 429.
  MAREUIL DU VAL (M. de), I, 10, 402.
  MAREUIL DU VAL (Mme de), I, 10.
  MARGUERITE D'AUTRICHE, reine d'Espagne, II, 87.
  MARGUERITE DE FRANCE ou DE VALOIS, reine de France, première
    femme de Henri IV, I, 140, 141, 142, 144, 145, 146, 148, 153,
    163, 177, 178, 181, 187, 198, 209, 264, 265, 317, 321, 356,
    379, 383, 384, 388, 401, 402, 411, 412, 415, 416, 427, 429,
    432. II, 7, 12, 13, 16, 18, 26, 35, 39, 50, 64, 78, 80, 97, 99,
    104, 109, 123, 127, 135, 136, 137, 141, 167, 175, 198, 200, 201.
  MARGUERITE (la petite), nièce de Mme Valon, I, 42, 45, 79, 314,
    319. _Voy._ VALON.
  _Mariage de Salomon (le)_, comédie, II, 187.
  MARIE DE MÉDICIS, I, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14,
    15, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 38, 39,
    41, 43, 44, 46, 48, 49, 51, 52, 53, 56, 60, 61, 62, 63, 64, 68,
    69, 70, 71, 72, 73, 74, 81, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91,
    92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 105, 106, 108, 109, 113,
    114, 115, 118, 119, 126, 127, 133, 134, 135, 137, 138, 141,
    142, 143, 144, 145, 146, 149, 156, 157, 158, 161, 162, 163,
    169, 174, 178, 179, 180, 181, 185, 191, 192, 203, 205, 206,
    211, 212, 213, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 224, 225, 226,
    227, 229, 230, 231, 233, 247, 248, 253, 254, 255, 257, 258,
    263, 264, 265, 266, 268, 270, 272, 276, 286, 289, 294, 296,
    304, 308, 321, 322, 323, 326, 327, 328, 330, 332, 333, 334,
    336, 337, 340, 341, 343, 344, 345, 347, 348, 355, 361, 362,
    363, 373, 379, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 388, 389, 390,
    391, 392, 394, 395, 396, 397, 399, 404, 405, 406, 407, 410,
    411, 412, 413, 414, 415, 416, 419, 420, 421, 422, 424, 425,
    426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435, 436. II, 2,
    3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19, 20,
    22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38,
    39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 55, 56, 57,
    58, 59, 61, 62, 63, 65, 67, 68, 69, 71, 72, 73, 74, 75, 77, 78,
    79, 80, 81, 82, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 97,
    98, 99, 100, 103, 104, 105, 107, 109, 110, 111, 112, 113, 116,
    118, 120, 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 129, 130, 131,
    132, 133, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144, 145,
    146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157,
    158, 159, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 169,
    171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180, 181, 182,
    183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192, 193, 194,
    195, 196, 197, 198, 200, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207,
    208, 209, 210, 232, 233, 236, 246, 248, 249, 251, 254, 255,
    257, 259, 269, 270, 271, 284, 288, 289, 291, 293, 294, 295,
    296, 299, 300, 301, 304, 305, 306, 307, 310, 311, 312.
  MARILLAC (M. de), garde des sceaux, II, 303.
  MARIN, nain de la Reine, I, 155, 306.
  MARINE, naine de la Reine, II, 11.
  MARIOTTE (M.), beau-frère d'Héroard, II, 299.
  Marly, II, 297, 312.
  Marmoustier, II, 146, 147, 233.
  MARQUEMONT (le sieur de), II, 164.
  Marquise, II, 252.
  Marquise (Mme la). _Voy._ VERNEUIL.
  Marseille, II, 282.
  Marseille (députés de), II, 279.
  MARSILLAT (le sieur de), II, 217.
  MARSILLY (M. de), maître d'hôtel du Roi, I, 409. II, 97, 99,
    102.
  MARTIGUES (Marie de Luxembourg, vicomtesse de), I, 207, 344.
  MARTIN, trésorier à Bordeaux, II, 182.
  MARTIN (Charles ou Jehan), peintre, I, 44, 71, 117, 119, 143,
    187.
  MARTIN (maître), preneur de renards du Roi, I, 226, 240, 343,
    393, 409.
  MARTINEAU (M.), I, 22.
  MARVILLER (François de), sieur de Meninville, capitaine exempt
    des gardes du corps du Roi, I, 11.
  MASSOIRE (M. de la), I, 299.
  Massy, II, 135, 208, 228.
  Mata, II, 259.
  MATARET (le sieur de), gouverneur de Foix, II, 204.
  MATHIAS, roi de Hongrie, empereur d'Allemagne, II, 39, 232.
  MATHIOLE, son livre sur l'histoire naturelle, I, 142.
  MATHURINE, folle de la reine Marie de Médicis, I, 56, 69, 198,
    226, 263. II, 4, 218.
  MATTHIEU (Pierre), son _Histoire de France_, I, 157, 158, 171.
  Maubuisson, I, 63.
  Maulve, II, 151.
  MAURE (comte de), I, 432.
  MAURICE (le comte). _Voy._ NASSAU et ORANGE.
  MAURICE, habitant du Pecq, I, 151.
  Maximin, II, 282.
  MAYENNE (Charles de Lorraine, duc de), I, 9, 10, 26, 388.
  MAYENNE (Henri de Lorraine, duc de), fils du précédent, II,
    110, 164, 175, 198, 211, 218, 224, 233, 249, 262.
  MAYENNE (Renée de Lorraine, Mlle de), fille du précédent, II,
    110.
  Meaux, II, 26, 34, 124.
  MÉDICIS (don Juan de), I, 142.
  MÉDINA-CÉLI (duc de), I, 54.
  Melun, I, 9, 101, 102, 220, 277, 323, 356, 398, 406, 410. II,
    86, 122.
  MÉNARD, chirurgien de Marie de Médicis, II, 203.
  MENELAY (Claude-Marguerite de Gondi, marquise de), I, 27, 282,
    284.
  Ménilmontant, II, 137.
  MENINVILLE (sieur de). _Voy._ MARVILLER.
  Menus (maison des), II, 246.
  MERCIER (Mlle), femme de chambre du Dauphin, I, 42, 43, 186,
    187, 197, 299.
  MERCIER (Mlle), la petite, II, 73.
  MERCŒUR (Catherine de Lorraine, duchesse de), I, 207, 344, 397.
  MERCŒUR (Françoise de Lorraine, Mlle de), depuis duchesse de
    Vendôme, I, 207, 344, 347, 348, 354, 355, 377, 397. _Voy._
    VENDÔME.
  Mercœur (hôtel de), I, 413.
  Merlou, I, 63.
  MÉRULA, sa _Géographie_, I, 175.
  Mesdames. _Voy._ ÉLISABETH, CHRISTINE et HENRIETTE-MARIE DE
    FRANCE.
  MESNIL (Mlle du), I, 10.
  MESNIL (sieur du). _Voy._ SABATHIER.
  Messieurs. _Voy._ VENDÔME (César et Alexandre de).
  Metz (députés de), I, 26, 316.
  Meudon, I, 62, 209, 210, 295. II, 15, 37, 55.
  Meulan, II, 270.
  Meung (ville de), II, 145.
  MEURS (M. de), enseigne aux gardes écossais, II, 43.
  Mézières, II, 134.
  Milan, I, 208, 294, 425. II, 13.
  Minimes de Vincennes (les), I, 403.
  MIRABEL (marquis de), II, 256.
  _Miraude_, chienne d'Héroard, I, 242, 247.
  Mirebeau, II, 149.
  MIRON (M.), prévôt des marchands, I, 82. II, 164, 174, 180, 197.
  Missy, II, 33.
  MISTAUDIN, nain du jeune Liancourt, I, 206, 331, 332.
  Moissac, II, 262, 264.
  MOISSE (Mme de), II, 123.
  MOISSET (M. de), I, 357, à la note [537]; 389. II, 107. _Voy._
    MONTAUBAN.
  MOLÉ (M. le président), II, 35.
  Monceaux, I, 281, 403, 404. II, 26, 27, 28, 33, 34, 124, 227.
  Mongeay, II, 34.
  Monhurt, II, 264, 265.
  Monsieur. _Voy._ ORLÉANS (duc d'), et GASTON-JEAN-BAPTISTE DE
    FRANCE.
  MONSTIER (Du). _Voy._ DU MONSTIER.
  MONTAFIÉ (comte de), I, 27.
  MONTAGNE, chevaucheur d'écurie, I, 50, 158.
  MONTAGNE, laquais de Mme de Montglat, I, 241, 242.
  MONTAIGNE. _Voy._ MONTAGNE.
  Montaigu (collége de), II, 99.
  MONTAILLER, tailleur de Mme de Montglat et du Dauphin, I, 198,
    199, 242, 306, 364.
  Montargis, I, 224.
  Montauban, II, 262, 269, 275.
  MONTAUBAN, payeur des rentes de la ville de Paris, I, 357.
    _Voy._ MOISSET.
  MONTBAZON (M. de), I, 136, 176, 206, 208, 274, 298, 316. II,
    15, 134, 179, 236.
  MONTBAZON (Mlle de), II, 216. _Voy._ LUYNES (Mme de).
  MONTECUCULLO (comte de), I, 52.
  MONTÉLÉON (duc de), II, 228.
  Montélimart, II, 283.
  MONTESCOT (le sieur de), II, 139.
  MONTESPAN (M. de), capitaine des gardes, I, 340.
  Montfaucon, I, 401, 429. II, 106.
  MONTFAULCON (M.), beau-frère d'Héroard, I, 124.
  Montfort, II, 246.
  MONTGLAT (Françoise de Longuejoue, baronne de), gouvernante du
    Dauphin, I, 4, 6, 9, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 22,
    24, 25, 26, 28, 29, 33, 34, 36, 43, 47, 51, 52, 53, 54, 63, 64,
    67, 70, 71, 73, 74, 76, 78, 79, 81, 82, 84, 85, 87, 88, 93, 95,
    96, 99, 100, 101, 104, 105, 107, 112, 113, 115, 116, 117, 118,
    121, 123, 127, 128, 129, 131, 132, 133, 136, 137, 138, 140,
    141, 142, 143, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 156, 157,
    158, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 168, 169, 172, 174,
    175, 176, 177, 179, 182, 183, 185, 186, 187, 188, 189, 190,
    193, 194, 195, 197, 198, 199, 202, 203, 204, 206, 207, 208,
    213, 215, 217, 218, 219, 220, 221, 228, 229, 230, 231, 233,
    234, 235, 240, 241, 242, 244, 245, 247, 248, 249, 250, 251,
    252, 253, 254, 255, 257, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265,
    266, 268, 269, 270, 272, 273, 274, 276, 277, 279, 281, 283,
    284, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 297, 298,
    301, 307, 308, 309, 312, 313, 316, 318, 319, 320, 324, 328,
    331, 334, 339, 340, 342, 345, 347, 349, 350, 353, 355, 359,
    360, 363, 364, 365, 371, 373, 374, 378, 383, 406, 411, 414,
    415, 417, 427. II, 4, 87, 104.
  MONTGLAT (Robert de Harlay, baron de), premier maître d'hôtel
    du roi Henri IV, I, 10, 11, 39, 42, 43, 78, 79, 183, 235, 250,
    262, 269, 274, 283.
  MONTGLAT (le baron de), fils des précédents, I, 169, 196, 197,
    214, 230, 245, 246, 298, 373. II, 11, 134.
  MONTGOMMERY (comte de), II, 250.
  MONTGOMMERY (comtesse de), I, 21.
  _Montgommery (le)_, cheval de bataille de Henri IV, I, 270.
  MONTHOLON (M. de), I, 365.
  MONTIGNY (M. de), enseigne-colonelle aux gardes, surnommé
    _Nasica_, I, 30, 74, 86, 90.
  MONTLAUR (marquise de), II, 245.
  MONTMARTIN (M. de), I, 320. II, 169.
  Montmartre, I, 430. II, 70, 120, 271.
  MONTMÉJAN, soldat aux gardes, I, 132.
  MONTMERAY (Mme de), I, 26.
  MONTMERAY (Mme de), religieuse à l'abbaye de Saint-Avit, I, 26.
  MONTMORENCY (amiral de), I, 27.
  MONTMORENCY (Charlotte-Marguerite de), depuis princesse de
    Condé, I, 139, 140, 385. _Voy._ CONDÉ.
  MONTMORENCY (Henri I, duc de), connétable de France, I, 13, 24,
    48, 138, 178, 188, 385, 424. II, 105, 127, 136.
  MONTMORENCY (Henri II, duc de), fils du précédent, I, 47, 138,
    139, 140, 188, 189, 264, 369. II, 61, 123, 124, 127, 263, 278,
    295.
  MONTMORENCY (Marie des Ursins, duchesse de), II, 124, 183.
  MONTMORENCY (M. le maréchal de), II, 98.
  Montpellier, II, 279, 280, 281.
  Montpellier (évêque de), II, 21, 24, 58, 279, 283.
  MONTPENSIER (Henri de Bourbon, duc de), I, 3, 22, 35, 92, 121,
    177, 189, 192, 211, 308, 359. II, 42, 305.
  MONTPENSIER (Mme de), I, 60, 189, 308, 330, 332, 334.
  MONTPENSIER (Marie de Bourbon, Mlle de), I, 307, 308, 330, 332.
  MONTPEZAT (marquis de), II, 262.
  MONTPEZAT (Mme de), I, 340, 341.
  MONTPOUILLAN (M. de), enfant d'honneur du Roi, II, 117, 161,
    177.
  Montrichard, II, 145, 146.
  Montricous, II, 275.
  MONTS (M. de), I, 159.
  More (la) de la reine Marie de Médicis, I, 28.
  More (le petit), fou du Roi, I, 218, 225.
  MOREL, artificier, II, 153, 300.
  Moret, I, 220, 222, 275, 324, 325, 393, 394. II, 61, 67, 81, 85.
  MORET (Antoine de Bourbon, comte de), I, 264, 275, 324, 325,
    341, 394.
  MORET (Jacqueline de Bueil, comtesse de), I, 103, 115, 121,
    122, 140, 172, 221, 265, 276, 293, 298, 324, 325, 330, 335, 338.
  MORIN (Mlle), I, 131.
  MORTEMART (comte de), I, 365, 369.
  MORTEMART (les fils de M. de), I, 332, 334, 346, 347, 352, 356.
  MORTEMART (marquis de), I, 357, 358, 364, 365, 369. II, 201.
  Moscovie (ambassadeur de), II, 188.
  MOTTE (M. de la), I, 27.
  Motte Saint-Éloi (la), II, 249.
  Mouchy (maison de), II, 237.
  Moulins, I, 196. II, 285.
  Moulins (députés de), I, 55, 56.
  _Mourac_, chien du Roi, II, 82.
  Moussy, II, 292.
  MOUY (marquis de), II, 247, 304.
  Muette (la), I, 63, 65, 297, 318, 319, 373, 389. II, 71, 222.
  MUSSE (M. de la), II, 315.
  MUSTAPHA-AGA, ambassadeur du Grand-Seigneur, I, 270.


  N

  Nages, II, 156.
  NANÇAY (M. de), I, 21.
  NANGIS (baron de), II, 30.
  NANGIS (M. de), I, 348. II, 193.
  Nanterre, II, 215.
  Nantes, I, 403. II, 151, 152, 153, 154, 271, 305, 306.
  Nantes (évêque de), II, 151, 263.
  Narbonne, II, 278.
  Nasica, surnom de M. de Montigny. _Voy._ MONTIGNY.
  NASSAU (le comte Henri de), II, 35, 235.
  NASSAU (le comte Maurice de), I, 152, 352. II, 35, 78.
  NAUVE (M. de la), conseiller au parlement, I, 22.
  NAVAILLES (M. de), II, 258.
  Navarre (collége de), II, 19.
  Navarreins, II, 250.
  Négrepelisse, II, 275.
  Nemours, I, 221.
  NEMOURS (Anne d'Este, duchesse de), I, 3, 20, 26.
  Nemours (hôtel de), I, 387.
  NEMOURS (M. de), I, 184, 277. II, 223.
  NÉRESTANG (M. de), II, 16, 58.
  NERVÈZE (Antoine de), poëte, I, 139, 145.
  Nesle (la tour de), II, 125.
  Neubourg (ambassadeur du duc de), II, 196.
  Neufville (maison de la), II, 246.
  Neuilly, I, 124, 178, 192, 389, 400, 431. II, 69, 112, 198, 222.
  Nevers, II, 285.
  Nevers (faïences de), I, 150.
  NEVERS (M. de), I, 82, 360, 361. II, 30, 67, 79, 92, 118, 162,
    192, 211, 255, 285.
  NEVERS (Mme de), II, 224.
  NICOLAÏ (Jean de), premier président de la chambre des comptes,
    I, 7, 278, 357. II, 35.
  NICOLAS, valet d'Héroard, I, 246.
  NICOLE, nièce de la nourrice de Mme Élisabeth, I, 318.
  NICOLINI (M.), gentilhomme servant de la Reine, I, 355.
  Niort, II, 257, 273, 312.
  NOAILLES (M. de), I, 19.
  Nogent-le-Rotrou, II, 158.
  NOIRMOUSTIER (marquis de), II, 33.
  Noisy (maison de), I, 281, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288,
    289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 364.
  NORIS (Milord), I, 150.
  Normandie (députés de), I, 109, 194.
  Normandie (voyage en), I, 52.
  NORTH (Milord), I, 150.
  Notre-Dame de la Garde, II, 282.
  Notre-Dame de Paris (église de), I, 430. II, 5, 12, 16, 21, 35,
    39, 78, 89, 110, 159, 180, 198, 226, 269, 287.
  Notre-Dame de Reims (église de), II, 29, 30, 31.
  Notre-Dame des Vertus, II, 159, 160, 167.
  NOUE (M. de la), I, 135. II, 39.
  Nourrice du Dauphin (la). _Voy._ JORON (Antoinette).


  O

  OCQUERRE (M. d'), II, 279, 288.
  OINVILLE (M. d'), maréchal des logis de la compagnie des
    gendarmes du Dauphin, I, 99, 186, 209. _Voy._ BLAINVILLE.
  Olinville, II, 143, 311.
  OLIVETTE, folle de Mme de Guise, II, 6.
  OLYVETTE, folle de la duchesse de Bar, I, 70.
  Onzain, II, 237.
  OPPÈDE (M. d'), II, 283.
  ORANGE (prince d'), I, 15, 49, 130, 227, 228, 236. II, 226.
  ORANGE (princesse d'), I, 16, 23, 31, 35, 147, 148, 230, 236,
    265. _Voy._ BOURBON (Mlle de).
  _Oriane_, chienne de Mlle Héroard, I, 253.
  ORIGNY (M. d'), archer du corps, I, 305.
  ORLÉANS (Monsieur, duc d'), second fils de Henri IV et de Marie
    de Médicis, I, 258, 259, 260, 262, 263, 264, 265, 266, 268,
    277, 290, 291, 297, 298, 299, 307, 308, 309, 312, 316, 330,
    332, 341, 349, 353, 363, 389, 400, 405, 411, 423, 431, 433. II,
    5, 11, 22, 35, 56, 64, 69, 74, 75, 77, 88, 89, 90.
  Orléans (ville d'), II, 143, 144, 145, 180, 257, 269, 271, 304.
  ORNANO (maréchal d'), I, 396, 400, 422.
  ORNU (baron d'), I, 75.
  ORTELIUS (Abraham), géographe, II, 92.
  Orthès (bataille d'), II, 250.
  OSSONE (duc d'), I, 57.
  Ostende (siége d'), I, 80, 103, 105, 136.
  OUAILLY (Mlle d'), I, 24.
  Ouarthy, II, 244.
  OUCHY (vicomte d'), II, 28.
  Oudon (tour d'), II, 154.
  _Ouël_, chien de Louis XIII, II, 22.
  OUTREBON, musicien de la chambre du Roi, I, 250. II, 30.
  OUTREVILLE (le sieur d'), receveur général du clergé, II, 125.


  P

  PAISTRY (M. de), I, 400.
  Palais de Justice (le), à Paris, I, 322. II, 95, 224, 243.
  Palatin du Rhin (l'électeur). _Voy._ FRÉDÉRIC IV.
  PALISSE (Guillaume de la), archer des gardes du corps du Roi,
    I, 11.
  PALLUAU (baron de), premier maître d'hôtel du Roi, II, 72, 118,
    142, 225, 259, 273.
  PALMOT-SANCY (le sieur de), II, 157.
  Paloiseau, II, 311.
  Panfou, I, 398.
  PANJAS (la petite), I, 230.
  PANJAS (Mme de), dame d'honneur de la duchesse de Bar, I, 5, 71.
  PAOLO (Jean), sculpteur en cire, I, 81, 158, 267.
  Pape (le). _Voy._ PAUL V.
  PARABÈRE (M. de), II, 249, 273.
  PARDAILLAN-PANJAS (M. de), I, 42.
  PARFAICT (M.), contrôleur général de la maison du Roi, II, 12,
    15, 23, 112, 143.
  Paris, I, 21, 30, 34, 35, 36, 38, 39, 41, 42, 44, 46, 49, 51,
    62, 63, 64, 79, 81, 91, 104, 106, 109, 117, 121, 125, 127, 135,
    137, 138, 149, 163, 166, 172, 177, 185, 191, 192, 193, 194,
    200, 204, 205, 217, 231, 232, 233, 252, 265, 266, 277, 286,
    299, 338, 344, 348, 356, 372, 378, 379, 390, 392, 394, 400,
    404, 405, 410, 411, 435. II, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11,
    12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 34,
    35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 48, 51, 52, 55, 56,
    57, 63, 64, 65, 68, 69, 71, 75, 77, 78, 80, 87, 89, 123, 126,
    127, 129, 132, 136, 138, 140, 141, 143, 159, 160, 165, 179,
    180, 198, 200, 211, 212, 213, 215, 216, 217, 225, 226, 227,
    232, 239, 242, 245, 246, 251, 254, 269, 270, 288, 289, 291,
    302, 303, 306, 309, 310, 312.
  Paris (évêque de), I, 27, 291, 292, 295, 298. II, 5, 113, 123,
    226. _Voy._ GONDI (Henri de).
  PARRY (Thomas), ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, I, 33,
    170.
  Parthenay, II, 257.
  PASSAGE (M. du), I, 23.
  PASSITHEA (la signora), I, 34.
  PASTRANO (le duc de), prince d'Evoly, ambassadeur d'Espagne,
    II, 107, 108, 109, 110.
  _Pataut_, chien du Dauphin, I, 248, 264, 276, 345, 403.
  Pau, II, 250.
  PAUL V, pape, I, 262, 360, 361. II, 194.
  PAULO. _Voy._ PAOLO.
  PAULO (M. de), président au parlement de Toulouse, I, 56.
  Pays-Bas (député des), II, 233, 255.
  PECHIUS (Pierre), ambassadeur de l'archiduc et de
    l'archiduchesse d'Autriche, I, 249.
  Pecq (le), I, 65, 128, 151, 152, 156, 159, 177, 181, 182, 200,
    278, 365, 411.
  PÉQUIGNY (Mlle de), II, 241.
  PERMISSION (le comte de), I, 67, 75.
  PERRIÈRE (le sieur de la), exempt aux gardes, I, 130.
  PERRON (Du). _Voy._ DU PERRON.
  PESCHIER (Mme du), I, 340.
  PÉTAU (M.), conseiller au parlement, I, 28.
  PETIT (Antoine), premier médecin de Henri IV, II, 89.
  PETIT (M.), archer des gardes du corps du Roi, I, 12, 22.
  Pétonville, II, 174.
  PETTROUSSE, page de Marie de Médicis, I, 221, 243.
  Pézenas, II, 278.
  PHÉLYPEAUX (M.), trésorier de l'épargne, I, 168. II, 125.
  PHILIPPE II, roi d'Espagne, I, 426.
  PHILIPPE III, roi d'Espagne, I, 54, 57, 313, 419. II, 21, 100,
    107, 183, 187, 256.
  PHILIPPE-DOMINIQUE-VICTOR, infant d'Espagne, depuis Philippe
    IV, II, 183.
  PHILIPPY (Jean), chirurgien du Roi, II, 208.
  PIBRAC, ses _Quatrains_, I, 173, 189, 205, 217, 225, 260, 285,
    286.
  Picarde (la), seconde nourrice de Madame, I, 185.
  Picpus, I, 405. II, 16, 34, 57, 78, 79.
  PIÉMONT (prince de), II, 234, 236. _Voy._ SAVOIE (Victor-Amédée
    de).
  PIÉMONT (princesse de), II, 234. _Voy._ CHRISTINE DE FRANCE.
  Piémontais (le), soldat, I, 318. _Voy._ JEAN-BAPTISTE.
  PIERRE, valet de chambre de M. de Ventelet, I, 203.
  PIERROT, garçon de la chambre du Dauphin, I, 241.
  Pignan, II, 279.
  Piles, II, 147.
  PIOLANT (Mlle), I, 36, 39, 114, 127, 159, 294, 295, 296, 314,
    315, 373, 377.
  PIOLIVE (le sieur de), II, 203.
  PIOMBINO, comédien italien, I, 353.
  Piquecos (château de), II, 262.
  PISANI (M. de), I, 28.
  PISANI (marquise de), I, 28.
  Pizeaux, II, 287.
  Place Royale (la), à Paris, I, 412, 428. II, 101, 104, 118,
    178, 179, 209, 245.
  Plaisance, I, 404. II, 177.
  Planquette (la), II, 226.
  PLANTARD, horloger d'Abbeville, I, 2.
  PLASSE (M. de la), II, 135.
  PLASSIN (M.), I, 60.
  Plessis (le), I, 323. II, 146, 181, 194, 196, 234, 235, 296.
  PLESSIS-LIANCOURT (Henri ou Roger du), I, 363. _Voy._ LIANCOURT.
  PLESSIS-MORNAY (M. du), II, 181.
  PLESSIS-PRASLIN (M. du), II, 54.
  Plessis-Saint-Antoine (le), I, 402.
  Plomb (le), II, 313.
  PLUVINEL (M. de), I, 328, 402, 422. II, 72, 109, 154, 178, 194,
    209.
  PLUVINEL (Mlle de), II, 209.
  POINTE (M. de la), archer du corps, I, 305.
  Poissy, I, 65, 76, 146, 281, 363, 371, 372, 424.
  Poissy (abbesse de), I, 360. _Voy._ GONDI (Mme de).
  Poitiers, I, 20. II, 147, 148, 181, 182, 191, 192, 248, 249,
    268.
  Poitou (voyage en), I, 23.
  POLET (le capitaine), I, 76.
  Pollet (le), II, 218.
  Ponchi, I, 69.
  PONS (M. de), précepteur de M. de Verneuil, I, 402, 410.
  PONS (M. du), premier consul de Montpellier, I, 150.
  Pont-Audemer, II, 247.
  Pont-à-Vesle, II, 32, 33.
  Pont-de-Cé, II, 150, 155, 248.
  PONTCHARTRAIN (M. de), secrétaire d'État, II, 195.
  Pont de l'Arche, II, 217, 219.
  Pont-Neuf (le), II, 3, 177, 201.
  Pont Notre-Dame (le), II, 77, 107.
  Pont Saint-Michel (le), II, 216.
  Ponthierry, I, 390, 410. II, 212.
  Pont-l'Évêque, II, 65.
  Pont-Levoy, II, 145.
  Pontoise, II, 246, 269.
  PONT-SAINT-PIERRE (baron du), II, 164.
  Pontyblon, II, 175.
  POPHLECH (baron), I, 43.
  PORBUS, peintre flamand, II, 53.
  Porchefontaine, II, 301.
  PORTES (Jacques de Budos, baron de), I, 339, 342.
  PORTES (marquis de), II, 278.
  Port-Royal en Canada, II, 75.
  Port Sainte-Marie, II, 275.
  POSTECH (le colonel), I, 37.
  Pougues (eaux de), I, 31.
  POUILLAN. _Voy._ MONTPOUILLAN.
  POUILLAY (le sieur de), I, 417, 423.
  Pouilly, II, 231.
  POUSSIN (M.), médecin du duc de Longueville, I, 45.
  Poutil (maison du), II, 144, 233.
  POUTRINCOURT (M. de), II, 75.
  POYANNE (Mme de), I, 27.
  PRADEL, joueur de viole, I, 392.
  PRASLIN (M. de), I, 116. II, 4, 235, 244, 258.
  Pré aux Clercs (le), I, 431. II, 9, 93, 136, 137.
  PRÉAUX (M. de), sous-gouverneur de Louis XIII, II, 3, 6, 8, 51,
    62, 68, 137.
  PRÉCY (M. de), I, 138, 140, 369.
  Premier (M. le). _Voy._ LIANCOURT.
  _Preneurs d'amour_ (ballet des), I, 397.
  PRESSY. _Voy._ PRÉCY.
  PRÉVOST (Daniel), sieur de Bragelongne, archer des gardes du
    corps, I, 11.
  PRÉVOST (le sieur), II, 139, 225.
  PRÉVOST-BIRON (Mlle), I, 189.
  PRÉVOST DES YVETEAUX. _Voy._ YVETEAUX.
  Prince (M. le). _Voy._ CONDÉ.
  PROUILLY (Mme de), I, 154.
  _Proverbes de Salomon_, I, 149, 160, 173.
  Provins, I, 156, 164.
  PRUNAY (baron de), I, 35.
  _Psalmes de David (les)_, I, 20.
  PUGET (M.), trésorier de l'épargne, I, 22.
  PUISIEUX (M. de), II, 230, 278, 288.
  PUISIEUX (Mme de), II, 100.
  PUSUYNKI (Bartholomæo), nonce extraordinaire, I, 32.


  Q

  QUESNEL, peintre, I, 21.


  R

  RABAT (baron de), II, 30.
  RABOUYN (Hugues), huissier de salle, I, 204.
  RACAN, page de la chambre, I, 221.
  RAGNY (M. de), I, 208.
  RAGNY (Mme de), II, 15, 74, 81, 82.
  RAINEL (marquis de), I, 190. _Voy._ RENEL.
  Rambouillet, II, 300, 306.
  RAMBOUILLET (M. de), II, 166.
  RAMELIN (M.), II, 281.
  RAVAILLAC, I, 435. II, 6, 292.
  Ravannes, I, 394.
  RAZILLY (M. de), II, 121.
  Ré (île de), II, 313.
  RÉAUX (le sieur de), lieutenant des gardes du corps, II, 242.
  REBOURS (M. de), président de la cour des aides, I, 29.
  Récollets (église des), à Saint-Germain, II, 255.
  Reims, II, 26, 29, 30, 31, 32.
  Reims (archevêque de), II, 195.
  RENARD, chirurgien-barbier du Roi, II, 13, 14, 136.
  RENAUD (M.), procureur du Roi, I, 356.
  RENEL (marquis de), I, 291. _Voy._ RAINEL.
  RENEL (Mlle de), II, 72.
  RENIERS, II, 263.
  RENOULIÈRE (Mlle de la), première femme de chambre de la reine
    Marie de Médicis, I, 4, 179. II, 66.
  REPAIRE (M. du), I, 380. II, 22.
  RETZ (cardinal de), II, 227. _Voy._ GONDI (Henri de).
  RETZ (M. de), II, 152, 276.
  RETZ (Mme de), abbesse de Poissy, I, 65.
  RHODES (M. de), grand-maître des cérémonies, I, 211.
  RICASSA (Mlle), fille de la Reine, II, 53.
  RICHARD (le capitaine), I, 62, 78, 80.
  RICHELIEU (Armand-Jean du Plessis), évêque de Luçon, depuis
    cardinal et premier ministre, II, 100, 103, 174, 284, 293, 305,
    306, 309, 313, 314.
  RICHELIEU (Henri du Plessis, seigneur de), I, 391.
  RICHI (Milord), ambassadeur d'Angleterre, II, 291.
  Riez (île de), II, 272.
  Ris, I, 323.
  RIS (M. de), premier président de Rouen, I, 369.
  RISSAY (M. de), I, 26, 432.
  RIVES (Isaac de), sieur de la Rivière, archer des gardes du
    corps du Roi, I, 11.
  RIVIÈRE (M. de la), écuyer du Dauphin, I, 433.
  RIVIÈRE (M. de la), premier médecin du roi Henri IV, I, 1, 8.
  RIVIÈRE (sieur de la). _Voy._ RIVES.
  RIVIÈRE-DUDRACH (M. de la), I, 26. _Voy._ DUDRACH.
  Roanne, II, 284, 285.
  ROBERT (le capitaine), I, 91.
  _Robert_, singe du Roi, I, 327, 338, 341, 364. II, 102.
  ROCHE (comte de la), I, 231, 232.
  ROCHE-D'ANJOU (M. de la), I, 369.
  Rochechalais (la), II, 189.
  ROCHEFOUCAULD (comte de la), II, 55, 63, 87, 107, 163, 191.
  ROCHEFOUCAULD (comtesse de la), II, 74.
  ROCHEFOUCAULD (François, cardinal de la), I, 329. II, 226, 227,
    231, 241.
  Rochefoucauld (la), II, 189.
  ROCHEGUYON (comte de la), II, 127, 161, 163, 192, 229.
  ROCHEPOSAY (M. de la), I, 27.
  Roche-sur-Yon (la), II, 273.
  ROHAN (M. de), I, 13. II, 12, 211, 258, 263.
  ROHAN (Mlle de), I, 382.
  Roissy, II, 243.
  ROISSY (M. de), maître des requêtes, I, 22.
  Romans, II, 283.
  Roquebert, II, 250.
  ROQUELAURE (M. de), I, 15, 94, 97, 221, 222, 223, 229, 384,
    385, 386, 415, 432. II, 44, 185.
  Roquencourt, II, 312.
  Roquette (la), I, 384, 428, 429. II, 7, 12, 36, 41, 43, 45, 125.
  Rosny, I, 30, 198.
  ROSNY (M. de), I, 19, 30, 32, 38, 66, 67, 71, 78, 81, 86, 94,
    124, 136, 137, 150, 162, 179, 180, 182, 209, 225, 227, 228,
    258, 311. _Voy._ SULLY.
  ROSNY (Mme de), I, 124.
  ROSNY (marquis de), II, 102.
  ROSSI (Carlo di), ambassadeur du duc de Mantoue, II, 101.
  Rouen, II, 217, 218, 219, 222, 246.
  Rouen (archevêque de), I, 154. II, 218.
  ROUILLAC (M. de), II, 104.
  ROUILLÈRE (sieur de la). _Voy._ LANCELIN.
  Roule (le), I, 278, 386, 413, 421. II, 14, 15, 16, 56, 161,
    167, 205, 254, 271, 289.
  Roungy (sources de), II, 123, 124, 295.
  Rouville, II, 217, 218.
  Royan, II, 274.
  ROYAN (marquise de), I, 130.
  Roziers, II, 150.
  RUCCELLAÏ (abbé de), II, 263.
  Ruel, I, 32, 144, 357, 363, 389. II, 15, 23, 35, 40, 52, 107,
    141, 211, 296, 299.
  Ruffay, II, 182.
  RUMILLY (Mlle de), I, 22.
  RYECH (le sieur), député de Zurich, I, 37, 38.


  S

  SABATHIER (M.), sieur du Mesnil, I, 47.
  SABLÉ (marquis de), II, 30, 127, 193.
  Saint-André des Arcs (église de), II, 56, 76, 100.
  SAINT-ANGEL (M. de), gouverneur de Mâcon, I, 16.
  Saint-Antoine (abbaye du petit), I, 401, 410, 428.
  SAINT-ANTOINE (M. de), écuyer du prince de Galles, I, 236.
  Saint-Antoine (porte), I, 10, 277, 390, 410, 430. II, 34, 136,
    287.
  Saint-Antoine des Champs, I, 388.
  Saint-Antonin, II, 276.
  Saint-Arnoul, II, 158.
  SAINT AUBIN (M. de), I, 160.
  SAINT-AUBIN-MONTGLAT (le sieur de), I, 205.
  Saint-Avertin, II, 236.
  Saint-Barthélemy (église de), II, 57.
  Saint-Benoît (église), II, 113.
  Saint-Berthoumion, II, 260.
  SAINT-BLANCART (M. de), I, 24.
  SAINT-CHAMOND (marquis de), II, 150.
  Saint-Cloud, I, 11, 34, 81, 82, 138, 278, 289, 321, 357, 379,
    390, 423, 424. II, 110, 139, 222, 224, 310.
  Saint-Denis, I, 400, 429, 435. II, 18, 51, 199, 200, 222, 269,
    289.
  Saint-Denis (abbé de), I, 152. _Voy._ LORRAINE (Louis de).
  Saint-Émilion, II, 260.
  Saint-Étienne du Mont (église de), à Paris, II, 44, 55, 176.
  Saint-Eustache (église), I, 429, 430. II, 20, 35, 78, 91, 120,
    142, 230.
  Saint-Florent, II, 149.
  SAINT-FUSSIEN (M. de), conseiller de la cour, I, 23.
  SAINT-GELAIS (Mme de), I, 22.
  Saint-Georges, II, 154.
  SAINT-GEORGES (M. de), I, 286.
  SAINT-GEORGES (le comte Henri de), ambassadeur du duc de
    Mantoue, I, 21.
  SAINT-GEORGES (Mme de), fille de Mme de Montglat, I, 194, 199,
    207, 309, 325, 326.
  SAINT-GÉRAN (M. de), sous-lieutenant de la compagnie des
    gendarmes du Dauphin, I, 55, 93, 248, 324. II, 22, 179.
  Saint-Germain (la foire), I, 247, 313, 382, 383, 424, 425. II,
    52, 132, 173, 243.
  SAINT-GERMAIN (M. de), I, 19.
  SAINT-GERMAIN (M. de), prédicateur, I, 147, 207.
  SAINT-GERMAIN (M. Prévost, seigneur de), II, 225.
  Saint-Germain l'Auxerrois (église), I, 417, 419, 424, 430. II,
    16, 21, 41, 109, 112, 167, 198.
  Saint-Germain des Prés (abbaye de), I, 387. II, 8, 35.
  Saint-Germain des Prés (hôpital de), I, 431.
  Saint-Germain des Prés (verrerie de), I, 190. II, 64, 78, 94.
  SAINT-GERMAIN D'APCHON (M. de), II, 53.
  Saint-Germain en Laye, I, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,
    20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35,
    36, 37, 38, 39, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52,
    53, 55, 56, 57, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71,
    73, 75, 77, 78, 79, 81, 87, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107,
    108, 109, 112, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 121, 122, 123,
    124, 126, 127, 129, 130, 131, 132, 134, 135, 136, 138, 139,
    140, 141, 142, 143, 145, 146, 148, 149, 150, 151, 152, 153,
    154, 155, 157, 158, 159, 161, 162, 163, 165, 166, 168, 169,
    171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 180, 181, 182, 183, 184,
    187, 188, 189, 191, 193, 195, 197, 200, 201, 202, 203, 205,
    206, 207, 208, 209, 217, 225, 232, 233, 270, 276, 277, 278,
    279, 280, 281, 296, 297, 298, 299, 300, 303, 308, 310, 311,
    312, 313, 314, 315, 316, 317, 320, 325, 355, 356, 357, 358,
    359, 360, 361, 362, 364, 365, 367, 368, 369, 370, 371, 372,
    373, 374, 375, 376, 377, 378, 379, 383, 385, 386, 388, 389,
    400, 403, 405, 411, 413, 423, 425, 428, 431, 433. II, 22, 23,
    35, 52, 56, 57, 64, 65, 69, 71, 72, 74, 75, 77, 88, 89, 90, 91,
    124, 142, 143, 147, 159, 199, 200, 211, 213, 214, 215, 216,
    217, 220, 225, 231, 232, 254, 255, 269, 270, 288, 296, 297,
    298, 299, 301, 307, 312.
  Saint-Gervais (église), I, 417. II, 93, 199.
  Saint-Gilles, II, 281.
  Saint-Gilles en Rié, II, 273.
  Saint-Honoré (porte), à Paris, I, 278.
  Saint-Jacques de la Boucherie (église de), II, 52, 169.
  Saint-Jean d'Angély, II, 257, 258, 259, 273.
  Saint-Jean en Grève (église de), II, 44, 93.
  Saint-Jean en l'Isle, I, 410.
  Saint-Jean de Luz, II, 184.
  SAINT-JORY (M. de), conseiller au parlement de Toulouse, I, 56.
  Saint-Ladre (église de), II, 16.
  Saint-Lazare (ordre de), II, 16.
  Saint-Louis des Jésuites (église), II, 41, 48, 77, 97, 106,
    171, 177.
  SAINT-LUC (le fils de M. de), I, 267. II, 120.
  SAINT-LUC (M. de), II, 120.
  SAINT-LUC (Mme de), I, 397.
  Saint-Marceau (manufactures du faubourg), I, 431.
  Saint-Marcellin, II, 283.
  Saint-Marcoul, II, 32, 33.
  SAINT-MARTIN (le sieur de), I, 78.
  Saint-Martin (porte), II, 161, 174.
  Saint-Martin des Champs (abbaye de), II, 10.
  Saint-Mathurin sur Loire, I, 149.
  Saint-Maur des Fossés, I, 272, 401, 402, 403, 404, 405, 406,
    427, 431.
  Saint-Merry (église de), II, 49, 55.
  SAINT-MESMAIN (chevalier de), I, 27.
  SAINT-MICHEL (le sieur de), gentilhomme ordinaire du Roi, I,
    436. II, 292.
  Saint-Michel (porte), II, 135, 137.
  Saint-Nicaise de Reims (église de), II, 30.
  Saint-Nicolas des Champs (église de), II, 177.
  Saint-Ouen, II, 19.
  SAINT-PAUL (comte de), II, 188.
  Saint-Paul (église de), à Paris, II, 43.
  Saint-Pierre de Reims (église de), II, 29, 32.
  SAINT-PRIVAT, page du Roi, I, 336.
  SAINT-REMI (M. de), conseiller au parlement, I, 293.
  Saint-Remy (église de), à Reims, II, 29, 31.
  Saint-Séverin (église de), II, 49, 223.
  Saint-Sixte (abbaye de), I, 291.
  Saint-Sulpice (église de), II, 15.
  Saint-Thomas du Louvre (église de), II, 209.
  Saint-Til, II, 145.
  Saint-Victor (abbaye de), I, 430. II, 3, 71, 135.
  Sainte-Baume (la), II, 282.
  Sainte Chapelle (la), I, 180, 427. II, 6, 19, 224.
  Sainte-Croix (église de), à Orléans, II, 144.
  Sainte-Foy la Grande, II, 275.
  Sainte-Gemme, I, 69.
  Sainte-Geneviève (abbaye de), I, 430. II, 44, 55.
  Sainte-Geneviève (abbé de), I, 432.
  Sainte Geneviève (châsse de), II, 177.
  Sainte Geneviève des Ardents, I, 421.
  Sainte-Geneviève des Bois, II, 310.
  Sainte-Maime, II, 312.
  Sainte-Maure, II, 147, 181, 192.
  Saintes, II, 249, 274.
  SALE (le sieur de), gouverneur de Navarreins, II, 250.
  SALIGNAC (M. de), I, 23.
  SALLE (M. de la), I, 52, 101, 102, 127, 373.
  SALLE (Mlle de la), I, 52.
  SALOMON, tireur d'armes, I, 118.
  Salon, II, 282.
  Saluces (marquisat de), I, 226. II, 64.
  Samaritaine (pompe de la), I, 387.
  Samblançay (hôtel de), II, 146.
  SANCY (le chevalier de), I, 18, 27.
  SANCY (M. de), I, 23, 24, 26, 28. _Voy._ PALMOT-SANCY.
  SANCY (Mme de), I, 26.
  SANGUIN (M.), sieur de Livry, prévôt des marchands, I, 278, 418.
  Sanois, II, 110.
  SARDINI (le jeune), I, 23.
  SAULT (comte de), I, 84.
  SAULX (comte de), I, 271.
  Saumur, II, 149, 305.
  SAUNIER, cuisinier du commun, I, 163.
  SAURE (comte de). _Voy._ SORE.
  SAUVAT, joueur de paume, I, 379.
  SAUVAT (Mlle), II, 73.
  SAVARON (le président), président à Clermont, I, 198.
  Savigny, I, 82, 83. II, 80.
  Savoie (ambassadeur de), I, 348, 408. II, 84, 99, 166, 212,
    214, 217, 222, 224.
  Savoie (cardinal de), II, 227, 228, 229.
  SAVOIE (duc de), I, 35, 290, 315, 348. II, 166, 283, 294.
  SAVOIE (Thomas-François de), II, 231.
  SAVOIE (Victor-Amédée de), II, 229, 231.
  Savonnerie (la), I, 432, 435. II, 8, 9, 10, 14.
  Savoyard (le), valet de M. de Verneuil, I, 248.
  Saxe (ambassadeur de), I, 229. II, 99.
  SCALIGER, son livre des _Exercitations_, I, 354.
  SCHOMBERG (Diétrich), I, 21.
  SCHOMBERG (le jeune), I, 21.
  SCHOMBERG (le sieur de), ambassadeur de l'Empereur, I, 21.
  SCHOMBERG (M. de), II, 155, 247, 265, 268, 275, 276, 288, 299,
    313.
  SCHOMBERG (Mlle de), II, 243.
  SCŒVOLA (Mutius), I, 406.
  SÉBASTIEN (don), roi de Portugal, I, 426.
  Sedan, I, 176, 179, 182, 186, 214.
  SÉGUIER (M.), ambassadeur à Venise et président au parlement de
    Paris, I, 13.
  SÉGUIRAN (le P.), jésuite, confesseur du Roi, II, 266, 275, 279.
  SELNA (don Diego de). _Voy._ PASTRANO (duc de).
  Semières, II, 278.
  Sénart (forêt de), I, 410. II, 63.
  SENECEY (baron de), II, 174.
  SENNETERRE (M. de), II, 21.
  Sens (hôtel de), I, 178.
  SERRES (M. de), maître d'hôtel du Roi, II, 119.
  SERTA (don Sanches de la), maître d'hôtel du roi d'Espagne, I,
    54.
  SERVA (le docteur de la), premier médecin de la reine Anne
    d'Autriche, II, 210.
  SERVON-MAILLER (M. du), I, 139.
  SETON, exempt de la garde écossaise, II, 119.
  SÈVE (M. de), président de la cour des aides, I, 29.
  SEVIN (M.), maître des requêtes, I, 27.
  SFORCE (duc de), II, 110.
  SIBILOT, fou de Henri III, I, 305.
  SILÈNE, législateur des Locriens, II, 103.
  SILLERY (le chancelier de), II, 210, 230, 237, 288, 300. _Voy._
    BRULART.
  SILLERY (le commandeur de), II, 167, 175.
  SILLERY (M. de), I, 32, 217.
  SILLERY-BRULART (M. de), I, 25.
  SILLERY-BRULART (Mme de), I, 25.
  SIMON, comédien italien, I, 422.
  Sipierne (hôtel de), II, 180.
  SOBOLES (M. de), gouverneur de Metz, I, 22.
  SOISSONS (Charles de Bourbon, comte de), I, 3, 35, 39, 136,
    256, 391, 414, 416, 421. II, 4, 30, 49, 104, 111, 112.
  SOISSONS (comtesse de), II, 74, 230.
  Soissons (évêque de), II, 51.
  SOISSONS (Louis de Bourbon, comte de), II, 112, 113, 164, 193,
    239, 240, 269, 273, 293.
  SOISSONS (Mlle de), II, 209.
  Soissons (ville de), II, 137, 140, 227.
  SOISY (Mme de), I, 152.
  _Soldat_, chien turquet de Henri IV, I, 327, 332, 342.
  _Soleil_, cheval de Henri IV, II, 188, 197.
  SOMMERIVE (M. de), I, 82, 277.
  Sorbonne (collége de), II, 91.
  SORE (comte de), grand-écuyer de l'archiduc, I, 94, 131.
  SOUBISE (M. de), II, 258, 259, 271, 272, 273.
  SOUPITE, premier valet de chambre du Roi, II, 160, 298.
  SOURDÉAC (M. de), I, 335.
  SOURDIS (le cardinal de), I, 259. II, 11, 106, 182, 183, 185,
    189.
  SOURDIS (M. de), enfant d'honneur du Roi, II, 285.
  SOUVRÉ (Jacques, chevalier de), II, 111, 119, 124, 141, 177,
    184.
  SOUVRÉ (M. de), gouverneur de Louis XIII, puis maréchal de
    France, I, 20, 21, 36, 54, 92, 99, 102, 136, 139, 144, 163,
    170, 172, 177, 179, 180, 181, 209, 213, 217, 220, 233, 251,
    271, 274, 276, 277, 285, 293, 311, 321, 324, 347, 348, 357,
    361, 378, 379, 380, 381, 382, 383, 385, 386, 387, 390, 391,
    392, 393, 394, 395, 396, 397, 399, 403, 404, 406, 407, 408,
    409, 410, 412, 413, 416, 417, 419, 420, 421, 423, 425, 426,
    427, 428, 431, 433, 434, 436. II, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 13, 16, 18,
    20, 21, 22, 24, 26, 27, 29, 31, 32, 38, 41, 42, 48, 49, 50, 51,
    57, 58, 60, 62, 63, 64, 66, 67, 71, 72, 73, 74, 75, 77, 79, 80,
    82, 83, 84, 86, 87, 88, 92, 93, 94, 95, 98, 101, 103, 104, 105,
    106, 108, 109, 110, 111, 116, 117, 118, 127, 130, 142, 144,
    148, 149, 154, 161, 164, 167, 168, 169, 171, 174, 179, 182,
    186, 188, 189, 195, 209, 271.
  SOUVRÉ (Mme de), I, 21, 385, 417.
  SOUVRÉ (Mlle de), II, 128.
  SPADA (le cardinal), nonce, II, 309.
  SPINOLA (marquis de), II, 59, 105, 315.
  STECHIMBOURG (le colonel), II, 226.
  STEFANELLO, comédien italien, I, 353.
  STRALER (Mlle), I, 180.
  SUFFREN (le P.), jésuite, II, 305, 313.
  Suisse (ambassadeurs de), I, 36, 128. II, 274.
  Suivray, II, 191.
  SULLY (M. de), I, 198, 199, 228, 259, 270, 322, 323, 344, 345,
    364, 381, 394, 401, 412, 424, 426, 434. II, 34, 51, 181. _Voy._
    ROSNY.
  SULMO (le comte de), ambassadeur de l'électeur palatin, I, 19.
  Suresnes, II, 12, 15, 23, 143.
  Suse (La), II, 247.


  T

  TALON (Barbe), II, 73.
  TALON (Louise), fille de la nourrice de Mme Christine, I, 370,
    371.
  TALON (M.), mari de la nourrice de Mme Christine, I, 371.
  Tancrou, II, 33.
  Tarascon, II, 283.
  TARRIDE (M. de), II, 250.
  TASSON (le comte Hercole), ambassadeur du duc de Modène, I, 19.
  TAVANNES (M. de), II, 238, 239.
  TAXIS (Alphonso), ambassadeur en Angleterre, I, 157.
  TAXIS (Hieronimo), ambassadeur d'Espagne, I, 23, 48, 54, 61.
  TAXIS (Juan-Baptiste), ambassadeur d'Espagne, I, 48.
  TERMES (M. de), I, 21, 36, 48. II, 24, 132, 134, 149, 163, 169,
    261.
  Ternes (les), I, 386. II, 42, 205.
  TESTU (M.), maître d'hôtel du Roi, II, 162.
  THÉMINES (M. de), I, 13. II, 201.
  THEVET, sa _Carte gallicane_, I, 164.
  Thibaudière (château de la), II, 257.
  THOMAS, maçon, I, 139.
  THOMAS, suisse de Saint-Germain en Laye, I, 204.
  THOU (M. le président de), I, 357. II, 134.
  Thouars, II, 257.
  Tigery, II, 63, 65.
  TIL (Charles du), archer des gardes du corps du Roi, I, 11.
  TILLET (le sieur du), II, 139.
  Tilly, II, 235.
  TIMOTHÉE, arquebusier de Rouen, II, 83.
  _Tinton_, chien du Roi, II, 82.
  TOIRAS (M. de), II, 278, 305.
  TOLEDO (don Pedro de), ambassadeur d'Espagne, I, 348, 382, 403.
  Tolon, II, 285.
  Tolosat, II, 260.
  Tonneins, II, 260, 265.
  Topinambous (Américains), II, 121, 123.
  TORIGNY (comte de), I, 365, 366, 367, 369, 380, 381.
  TORNABONI (la), fille de la reine Marie de Médicis, I, 224.
  TOSCANE (Christine de Lorraine, grande-duchesse de), sa lettre
    au Dauphin, I, 290, 291, à la note [441]; 323, 355.
  TOSCANE (Côme, prince de), I, 290, 323.
  TOSCANE (Côme II de Médicis, grand-duc de), I, 396.
  TOSCANE (François-Marie de Médicis I, grand-duc de), I, 52,
    169, 290, 308, 310, 323, 385.
  TOST (M. du), mari de la nourrice de Madame Élisabeth, I, 243,
    282, 294, 369.
  TOST (Nicole du), II, 72.
  Tote, II, 218.
  Toulouse, II, 264, 277.
  Toulouse (députés de), I, 56. II, 117.
  TOUN (baron de), grand-maréchal de Lorraine, I, 140.
  TOUR (baron de la), I, 27.
  TOUR (baron du), I, 157. II, 32.
  TOUR (le capitaine La), II, 195.
  TOUR (M. de la), I, 384, 413, 415, 420.
  Tours (archevêque de), I, 27. II, 216.
  Tours (ville de), II, 146, 147, 181, 192, 193, 195, 233, 235,
    236, 248, 268, 271, 304.
  Toury, II, 144, 304.
  TOUSSAINT, délivreur de vin, II, 74.
  TOUVION (le sieur de), II, 236.
  Tragédie anglaise représentée à Fontainebleau, I, 88.
  Tragédie française à Fontainebleau, II, 67.
  TRELON (M. de), conseiller au parlement de Toulouse, I, 56.
  TRÉMOILLE (M. de la), I, 263, 332. II, 198.
  TRÉMOILLE (Mme de la), I, 130, 141, 332.
  TRESLON (baron de), I, 28.
  TRESMES (M. de), I, 424. II, 130, 298.
  Tresmes (maison de), II, 33.
  TRESNEL (marquis de), I, 410.
  TREVA (marquis de), II, 109.
  Tricherie (la), II, 249.
  Trie-le-Port, II, 26, 33.
  TRIMOUILLE. _Voy._ TRÉMOILLE.
  TRONSON (M.), secrétaire du cabinet, II, 288.
  TROT (Hans), maréchal de Clèves, I, 49.
  Trousse (maison de la), II, 28.
  TRUCHON, apothicaire du Roi, II, 268.
  Tuileries (les), I, 10, 178, 179, 321, 380, 382, 383, 388, 390,
    399, 414, 415, 421, 428, 430, 434, 435. II, 3, 5, 7, 8, 9, 11,
    14, 16, 17, 18, 20, 22, 23, 34, 35, 36, 38, 41, 43, 44, 52, 53,
    54, 56, 57, 63, 77, 78, 80, 87, 89, 91, 92, 93, 122, 134, 139,
    141, 159, 164, 167, 169, 174, 175, 198, 200, 201, 204, 208,
    209, 214, 225, 228, 242, 310.
  TUILLERIE (M. de la), maître d'hôtel du Roi, I, 17.
  Tullin, II, 284.


  U

  UBALDINI, évêque de Montepulciano, nonce du pape, puis
    cardinal, I, 317. II, 193.
  URSINS (Marie des), II, 124. _Voy._ MONTMORENCY.
  UZÈS (duc d'), II, 179, 188, 226.


  V

  _Vaillant_, chien du Dauphin, I, 413.
  VAIR (M. du), premier président en Provence, puis chancelier,
    I, 149. II, 198, 225.
  VAL (M. le grand-prévôt du), I, 10.
  VAL (Mareuil du). _Voy._ MAREUIL.
  VAL (Mlle du), nièce d'Héroard, I, 371. II, 109, 110, 180.
  VALADIER, prédicateur, II, 117.
  VALÉE (le sieur de la), I, 73.
  Valence, II, 283.
  Valery, I, 228. II, 245.
  _Valet_, épagneul de Louis XIII, II, 166.
  VALETTE (M. de la), I, 64, 74, 77, 378. II, 105.
  Valois (duché de), I, 177.
  VALON (Mme), I, 318.
  VALON (Marguerite), I, 77. _Voy._ MARGUERITE (la petite).
  VALUE (Mlle), I, 189.
  Vanves, II, 139, 225.
  VARENNE (M. de la), contrôleur général des postes, I, 6, 278,
    307. II, 3.
  Varète, II, 284.
  VASTAN (M. de), II, 94.
  VAUCASTELS (le sieur de), II, 185.
  Vaucresson, I, 378. II, 216, 298, 310.
  VAUDEMONT (François de Lorraine, comte de), I, 76, 189. II, 85,
    228.
  Vaugirard, I, 386. II, 19, 137.
  Vaugrigneuse, I, 241, 252, 344, 368, 395. II, 158, 239, 316.
  VAUX (Mlle de), I, 365.
  VEILLARD (M.), I, 291.
  Vendôme, II, 237.
  VENDÔME (Alexandre, chevalier de), nommé d'abord _Alexandre
    Monsieur_, puis _M. le Chevalier_, I, 19, 25, 33, 39, 42, 45,
    47, 49, 51, 62, 68, 69, 70, 87, 89, 107, 112, 115, 116, 122,
    126, 127, 137, 144, 151, 161, 172, 183, 188, 189, 201, 204,
    205, 207, 227, 229, 237, 240, 241, 243, 244, 245, 251, 252,
    253, 261, 263, 264, 266, 287, 298, 318, 319, 321, 332, 334,
    335, 338, 340, 341, 346, 369, 383, 386, 387, 388, 393, 394,
    421, 426, 428, 433. II, 19, 20, 45, 48, 63, 68, 73, 113, 191,
    195, 269, 270, 304.
  VENDÔME (Catherine-Henriette, nommée Mlle de), depuis duchesse
    d'Elbeuf, I, 19, 25, 28, 49, 51, 68, 69, 70, 74, 79, 87, 104,
    126, 151, 158, 161, 163, 173, 187, 188, 202, 207, 225, 229,
    253, 264, 275, 277, 280, 291, 293, 296, 313, 315, 318, 319,
    321, 323, 335, 338, 347, 348, 354, 358, 363, 366, 367, 373,
    376, 377, 381, 382, 425, 426. II, 40, 52, 72, 74, 77, 111, 113,
    118, 183, 203, 230.
  VENDÔME (César, duc de), I, 33, 49, 69, 73, 83, 87, 93, 98,
    121, 144, 161, 174, 178, 180, 181, 185, 191, 192, 206, 227,
    261, 298, 311, 319, 321, 328, 329, 335, 338, 341, 344, 347,
    348, 354, 378, 383, 397, 402, 403, 414, 422. II, 3, 19, 41, 44,
    45, 61, 63, 66, 69, 103, 105, 106, 112, 134, 148, 153, 154,
    202, 215, 217, 269, 270, 272, 273, 304.
  VENDÔME (Françoise de Lorraine, duchesse de), I, 402.
  VENDÔME (Mme de), I, 382.
  VÉNIER (le clarissime), ambassadeur de Venise, II, 36.
  Venise (ambassadeurs de), I, 33, 50, 55, 155, 322, 361, 362,
    418. II, 36, 38, 63, 99, 202, 214, 217, 222, 294.
  VENTADOUR (duc de), I, 14, 138, 139, 340. II, 172.
  VENTADOUR (Mme de), II, 238.
  VENTELET (M. de), maître d'hôtel du Dauphin, I, 19, 76, 77,
    108, 123, 140, 149, 168, 185, 190, 233, 240, 283, 300, 304,
    306, 334, 343, 349, 354, 355, 362, 376, 379, 388.
  VENTELET (Mlle de), I, 34, 50, 66, 100, 120, 123, 144, 174,
    185, 196, 215, 219, 234, 282, 291, 319, 327.
  Verceil, II, 228.
  VERDELET, valet de pied du Roi, I, 377.
  Verdelet (jeu de paume du), I, 399, 415. II, 77.
  VERDUN (M. de), premier président du parlement de Toulouse,
    puis de Paris, II, 17, 60, 287.
  VERNAY (M. du), précepteur du petit Liancourt, I, 368, 371, 378.
  Verneuil, I, 12, 17, 20, 219. II, 191.
  VERNEUIL (Catherine-Henriette de Balsac, marquise de), I, 14,
    18, 30, 34, 45, 46, 49, 53, 75, 76, 81, 102, 116, 122, 159,
    171, 197, 341, 426, 429, 433. II, 4.
  VERNEUIL (Gabrielle-Angélique, Mademoiselle de), fille de la
    précédente, I, 72, 74, 115, 161, 185, 199, 277, 298, 318, 321,
    370, 425, 426. II, 52, 73, 77.
  VERNEUIL (Gaston-Henri, chevalier, puis duc de), frère de la
    précédente, I, 45, 46, 72, 73, 75, 83, 92, 101, 103, 107, 112,
    114, 115, 117, 121, 130, 132, 142, 143, 144, 159, 162, 165,
    166, 172, 173, 181, 183, 185, 186, 188, 189, 191, 193, 195,
    199, 204, 206, 219, 227, 230, 236, 241, 242, 243, 251, 262,
    277, 280, 282, 283, 284, 288, 297, 298, 300, 305, 312, 315,
    316, 318, 321, 322, 323, 326, 331, 332, 341, 342, 344, 347,
    354, 355, 356, 366, 369, 377, 383, 394, 402, 410, 426, 436. II,
    72, 76, 82, 105, 176.
  Vernon, II, 217.
  Verrerie (la), I, 321.
  Versailles, I, 61, 283, 379. II, 254, 291, 295, 296, 297, 298,
    299, 300, 303, 306, 307, 309, 310, 311, 312.
  Vervaux, II, 259.
  Vésinet (le), I, 65, 298. II, 215.
  VIC (M. de), I, 23, 36, 157, 171, 341, 342, 346. II, 266, 279.
  VIDO (M.), médecin, I, 8.
  Vienne, II, 284.
  Vienne (archevêque de), I, 36.
  VIEUVILLE (M. de la), II, 98, 256, 287, 288, 295, 298.
  VIEUXPONT (Mme de), I, 14.
  Vigile (maison de), II, 284.
  VIGNIER (le président), II, 138.
  VILAINES (M. de), I, 394.
  VILETTE (Mme de), I, 21.
  VILLAINES (marquis de), II, 193.
  VILLARS (Jérôme de), archevêque de Vienne, I, 36.
  VILLARS (M. de), gouverneur du Havre, I, 12.
  VILLARS (Mme de), I, 12.
  VILLE-AUX-CLERCS (M. de la), II, 303. _Voy._ LOMÉNIE.
  Ville-Bourbon, II, 263.
  Villecraine, II, 77.
  VILLECRAINE (le sieur de), II, 77.
  Villefranche, II, 285.
  Villefranche de Lauraguais, II, 277.
  VILLEGOMBLIN (Mme de), I, 22.
  Villejuif, I, 82, 112, 385. II, 80.
  Ville-l'Évêque (la), I, 384, 390, 412, 435.
  Villemenon, II, 270.
  Villemunde, II, 168, 275.
  Villeneuve-Saint-Georges, I, 10, 277, 410. II, 86.
  Villepreux, I, 36, 284, 285, 289, 290.
  VILLEREAU, page du Roi, I, 336.
  Villeroy, I, 83, 210, 343. II, 80, 311.
  VILLEROY (le chancelier de), II, 118.
  VILLEROY (M. de), I, 15, 85, 345. II, 71, 78, 104, 120, 126,
    192, 193, 219.
  Villers-Cotterets, I, 50. II, 227.
  VILLESERIN (M. de), écuyer servant de la reine Marie de
    Médicis, I, 39.
  VILLIERS-HOTMAN (Mlle de), I, 154.
  Villiers-la-Garenne, II, 161.
  Vincennes, I, 386, 401, 402, 403, 404, 405, 414, 430. II, 16,
    17, 25, 34, 40, 54, 55, 70, 77, 94, 99, 109, 159, 168, 210,
    216, 238.
  VIOLETE (M. de la), I, 27.
  VION (M.), maître des comptes, I, 22.
  VISÉ (comte de), ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie,
    I, 34, 35.
  Vitré, II, 306.
  VITRUVE, son livre des bâtiments, I, 132, 153, à la note [231];
    183, 299, 301, 314.
  VITRY (M. de), I, 22, 218, 351, 403. II, 4, 68, 105, 179, 199,
    271.
  VITRY (Mme de), fille de Mme de Montglat, I, 75, 183, 194, 280,
    283, 286, 301, 307, 318, 338.
  VITRY (la petite), I, 279, 312, 313, 314, 315, 316, 318, 326.
    II, 72.
  VOISIN (M.), I, 428. II, 71.
  VOULTE (comte de la), I, 138, 140, 364, 365, 366, 367, 369,
    371, 376, 394, 399.


  W

  WARAMBON (comte de), I, 16.
  WITTEMBERG (prince de), I, 347.


  X

  Xaintes. _Voy._ Saintes.


  Y

  Yères (rivière d'), I, 410.
  YORK (duc d'), II, 110.
  YVETEAUX (Mlle Prévost des), I, 131.
  YVETEAUX (Nicolas Vauquelin, sieur des), précepteur de Louis
    XIII, I, 386, 387, 393, 394, 397, 403, 404, 405, 406, 407, 409,
    426. II, 5, 10, 20, 24, 26, 27, 35, 38, 40, 51, 55, 57, 65, 71,
    76.


  Z

  ZAMET (M.), I, 6, 10, 20, 36, 84, 87, 222, 223, 226, 255, 344,
    407, 426. II, 122, 125.


FIN DE LA TABLE GÉNÉRALE ALPHABÉTIQUE.



A LA MÊME LIBRAIRIE


    JOURNAL HISTORIQUE INÉDIT
    DE MATHIEU MARAIS
    AVOCAT AU PARLEMENT DE PARIS
    (1715-1735)

    Avec une introduction et des Notes par M. de Lescure

    4 VOLUMES IN-8º. PRIX: 24 FR.

  Les _Mémoires de Dangeau_ finissent en 1720, et les _Mémoires
    du duc de Luynes_ commencent en 1735. Les _Mémoires_ de
    MATHIEU MARAIS complètent donc cette série importante
    de Mémoires, qui sont précédés du Journal de JEAN HÉROARD sur
    _l'enfance et la jeunesse de Louis XIII_ (1601-1628), publié
    pour la première fois sur les monuments originaux, et annoté
    par MM. E. SOULIÉ et E. DE BARTHÉLEMY.


    JOURNAL ET MÉMOIRES
    DE
    CHARLES COLLÉ
    SUR LES HOMMES DE LETTRES
    LES OUVRAGES DRAMATIQUES ET LES ÉVÉNEMENTS
    LES PLUS MÉMORABLES DU RÈGNE DE LOUIS XV
    (1748-1772)

  Nouvelle édition, augmentée de fragments inédits, recueillis
    dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale du Louvre, par
    autorisation de S. E. le Ministre de la Maison de l'Empereur
    et des Beaux-Arts, avec une introduction et des notes, par
    HONORÉ BONHOMME. 3 vol. in-8º. Prix 18 fr.


Typographie Firmin Didot.—Mesnil (Eure).





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Journal de Jean Héroard - Tome 2
 - Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1610-1628)" ***

Doctrine Publishing Corporation provides digitized public domain materials.
Public domain books belong to the public and we are merely their custodians.
This effort is time consuming and expensive, so in order to keep providing
this resource, we have taken steps to prevent abuse by commercial parties,
including placing technical restrictions on automated querying.

We also ask that you:

+ Make non-commercial use of the files We designed Doctrine Publishing
Corporation's ISYS search for use by individuals, and we request that you
use these files for personal, non-commercial purposes.

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort
to Doctrine Publishing's system: If you are conducting research on machine
translation, optical character recognition or other areas where access to a
large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of
public domain materials for these purposes and may be able to help.

+ Keep it legal -  Whatever your use, remember that you are responsible for
ensuring that what you are doing is legal. Do not assume that just because
we believe a book is in the public domain for users in the United States,
that the work is also in the public domain for users in other countries.
Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we
can't offer guidance on whether any specific use of any specific book is
allowed. Please do not assume that a book's appearance in Doctrine Publishing
ISYS search  means it can be used in any manner anywhere in the world.
Copyright infringement liability can be quite severe.

About ISYS® Search Software
Established in 1988, ISYS Search Software is a global supplier of enterprise
search solutions for business and government.  The company's award-winning
software suite offers a broad range of search, navigation and discovery
solutions for desktop search, intranet search, SharePoint search and embedded
search applications.  ISYS has been deployed by thousands of organizations
operating in a variety of industries, including government, legal, law
enforcement, financial services, healthcare and recruitment.



Home