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Title: Chroniques de J. Froissart, Tome Premier, 2ème partie. (1307-1340)
Author: Froissart, Jean
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Chroniques de J. Froissart, Tome Premier, 2ème partie. (1307-1340)" ***

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by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)



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   CHRONIQUES

   DE

   J. FROISSART



   IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
   Rue de Fleurus, 9, à Paris



   CHRONIQUES

   DE

   J. FROISSART

   PUBLIÉES POUR LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE

   PAR SIMÉON LUCE


   TOME PREMIER

   1307-1340.

   (DEPUIS L'AVÉNEMENT D'ÉDOUARD II JUSQU'AU SIÉGE DE TOURNAY)

   IIe PARTIE

   [Logo]

   A PARIS

   CHEZ MME VE JULES RENOUARD

   LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE

   RUE DE TOURNON, No 6


   M DCCC LXIX



CHRONIQUES

DE JEAN FROISSART.



PROLOGUE.

   Afin que les grans merveilles et li biau fait d'armes,
   qui sont avenu par les grans guerres de France et
   d'Engleterre et des royaumes voisins, dont li roy et
   leurs consaulz sont cause, soient notablement registré
   et ou tamps present et à venir veu et cogneu, je
   me voel ensonniier de l'ordonner et mettre en prose                 5
   selonch le vraie information que j'ay eu des vaillans
   hommes, chevaliers et escuiers, qui les ont aidiés à
   acroistre, et ossi de aucuns rois d'armes et leurs mareschaus,
   qui par droit sont et doient estre juste inquisiteur
   et raporteur de tels besongnes.                                    10

   Voirs est que messires Jehans li Biaus, jadis canonnes
   de Saint Lambert de Liège, en fist et cronisa
   à son tamps aucune cose à se plaisance; et j'ai ce livre
   hystoriiet et augmenté à le mienne, à le relation
   et conseil des dessus dis, sans faire fait, ne porter              15
   partie, ne coulourer plus l'un que l'autre, fors tant
   que li biens fais des bons, de quel pays qu'il soient,
   qui par proèce l'ont acquis, y est plainnement veus
   et cogneus, car de l'oubliier ou esconser, ce seroit
   pechiés et cose mal apertenans, car esploit d'armes
   sont si chierement comparet et achetet, che scèvent                 5
   chil qui y traveillent, que on n'en doit nullement
   mentir pour complaire à autrui, et tollir le glore et
   renommée des bienfaisans, et donner à chiaus qui
   n'en sont mies digne.

   Or ai je mis, ou premier chief de mon proisme,                     10
   que je voel parler et trettier de grans mervelles. Voirement
   se poront et deveront bien tout chil qui ce
   livre liront et veront, esmervillier des grans aventures
   qu'il y trouveront. Car je croi que, de puis le
   creation dou monde, et que on se commença premierement             15
   à armer, on ne trouveroit en nulle hystore
   tant de merveilles ne de grans fais d'armes, selonch
   se quantité, comme il sont avenu par les
   guerres dessus dittes, tant par terre com par mer, et
   dont je vous ferai ensievant mention. Mais ançois                  20
   que j'en commence à parler, je voel un petit tenir et
   demener le pourpos de proèce, car c'est une si noble
   vertu, et de si grant recommendation, que on ne
   le doit mies passer trop briefment, car elle est mère
   materièle et lumière des gentilz hommes, et, si com                25
   la busce ne poet ardoir sans feu, ne poet li gentilz
   homs venir à parfaite honneur ne à le glore dou
   monde, sans proèce.

   Or doient donc tout jone gentil homme, qui se
   voellent avancier, avoir ardant desir d'acquerre le                30
   fait et le renommée de proèce, par quoi il soient mis
   et compté ou nombre des preus, et regarder et considerer
   comment leur predicesseur, dont il tiennent
   [leurs][1] hyretages et portent espoir les armes, sont
   honnouré et recommendé par leurs biens fais. Je sui
   seurs que, se ilz regardent et lisent en ce livre, que
   il trouveront otant de grans fais et de belles apertises            5
   d'armes, de durs rencontres, de fors assaus, de fières
   batailles et de tous autres maniemens d'armes qui se
   descendent des membres de proèce, que en nulle
   hystore dont on puist parler, tant soit anchiienne ne
   nouvelle. Et ce sera à yaus matère et exemples de                  10
   yaus encoragier en bien faisant, car la memore des
   bons et li recors des preus atisent et enflament par
   raison les coers des jones bacelers, qui tirent et tendent
   à toute perfection d'onneur, de quoi proèce
   est li principaus chiés et li certains ressors.                    15

  [1] Ms. de Gaignières, fo 1.--Ms. 6477, fo 2 vo: «le».

   Si ne voel je mies que nulz bacelers soit excusés
   de non li armer et sievir les armes par defaute de
   mise et de chavance, se il a corps et membres ables
   et propisses à ce faire, mès voel qu'il les aherde de
   bon corage et prende de grant volenté. Il trouvera                 20
   tantost des haus signeurs et nobles qui l'ensonnieront,
   se il le vaut, et le aideront et avanceront, se il
   le dessert, et le pourveront selonch son bien fait.
   Ossi en armes aviennent tant de grans merveilles et
   de belles aventures que on n'oseroit ne poroit penser              25
   ne imaginer les fortunes qui s'i boutent, se com
   vous verés et trouverés en ce livre, se vous le lisiés,
   comment pluiseur chevalier et escuier se sont fait et
   avanciet, plus par leur proèce que par leur linage.
   Li noms de preu est si haus et si nobles et la vertu               30
   si clère et si belle que elle resplendist en ces sales et
   en ces places où il a assamblée et fuison de grans
   signeurs, et se remoustre dessus tous les autres, et
   l'ensengn'on au doi et dist on: «Velà cesti qui mist
   ceste cevaucie ou ceste armée sus, et qui ordonna                   5
   ceste bataille si faiticement et le gouverna si sagement,
   et qui jousta de fier de glave si radement, et
   qui tresperça les conrois de ses ennemis par deus ou
   par trois fois, et qui se combati si vassaument ou
   qui entreprist ceste besongne si hardiement, et qui                10
   fu trouvés entre les mors et les bleciés navrés moult
   durement, et ne daigna onques fuir en place où il
   se trouvast.»

   De telz grains et de telz semences sont servi et
   alosé li vaillant homme et li preu par leur vaillance.             15
   Encores avant on voit le preu baceler seoir à haute
   honneur à table de roy, de prince, de duch et de
   conte, là où plus nobles de sanch et plus rices d'avoir
   n'est mies assis. Car, si com li quatre ewangeliste
   et li douze apostele sont plus proçain de Nostre                   20
   Signeur que ne soient li autre, sont li preu plus priès
   d'onneur et plus honnouré que li aultre; et c'est bien
   raisons, car il acquèrent et conquèrent le nom de
   proèce en grant painne, en sueur, en labeur, en soing,
   en villier, en travillier jour et nuit sans sejour. Et             25
   quant leurs biens fais est veus et cogneus, il est ramenteus
   et renommés, si com dessus est dit, et escrips
   et registrés en livres et en cronikes. Car, par les
   escriptures troeve on le memore des bons et des
   vaillans hommes de jadis, si com les neuf preus qui                30
   passèrent route par leur proèce, les douze chevaliers
   compagnons qui gardèrent le pas contre Salehadin
   et se poissance, les douze pers de France qui demorèrent
   en Raincevaus, et qui si vaillamment s'i vendirent
   et combatirent, et ensi de tous les autres que
   je ne puis mies tous nommer, ne determiner leurs
   biens fais ne ramentevoir, car trop poroie ma principal             5
   matère empeechier. Ensi se diffère et dissimule
   li mondes en pluiseurs manières. Li vaillant homme
   traveillent leurs membres en armes, pour avancier
   leurs corps et acroistre leur honneur. Li peuples parolle,
   recorde et devise de leurs estas, et de leur fortunes.             10
   Li aucun clerch escrisent et registrent leurs
   avenues et baceleries.

   Or ay je eu pluiseurs fois imagination sus l'estat
   de proèce, et penset comment et où elle a regnet et
   tenu signourie et domination, et salli d'un pays en                15
   aultre. Sus ses ordenances meismement, en ay je oy
   parler et deviser en ma jonèce aucuns vaillans hommes
   et bons chevaliers, qui otant bien s'en esmervilloient
   adonc comme je fai maintenant: si vous
   en voel declarer aucune cose. Verités est, selonch                 20
   les anciiennes escriptures, que, apriès le deliuve et
   que [Noés][2] et se generation eurent repeuplé le monde,
   et que on se commença à armer et à courir et à pillier
   l'un sus l'autre, proèce regna premierement ou
   royaume de Caldée, par le fait dou roy Ninus qui
   fist fonder et edefiier la grant cité de Ninivée qui
   contenoit trois journées de lonc, et ossi par la royne
   Semiramis sa femme qui fu dame de grant valour.
   Apriès, proèce se remua et vint regner en Judée et
   en Jherusalem, par le fait de Josué, de David et des               30
   Machabiens. Et quant elle eut là regné un temps,
   elle vint demorer et regner ou royaume de Perse et
   de Mède, par le fait de Cyrus, le grant roy, par Asserus
   et par Xerses. Après, revint proèce regner en
   Gresce, par le fait de Hercules, de Tezeus, de Jazon                5
   et de Acilles et des aultres preus chevaliers; apriès,
   en Troies, par le roi Priant, par Hector et par ses
   frères; apriès, en le cité de Romme et entre les Rommains,
   par les nobles senatours et concilles, tribons
   et centurions. Et furent cil et leurs generations en               10
   tel poissance, environ cinq cens ans, et firent priès
   que tout le monde rendre trebus à yaus jusques au
   tamps Julius Cesar, qui fu li premiers emperères de
   Romme, et de qui tout li aultre sont descendu et
   venu.                                                              15

  [2] Ms. 6477, fo 3 vo: «Noels.»

   Apriès, se tanèrent li Rommain de proèce, et s'en
   vint demorer et regner en France, par le fait premierement
   dou roy Pepin et dou roy Charle, son
   fil, qui fu rois de France et d'Alemagne et emperères
   de Romme, et par les autres nobles rois ensievant.                 20
   Apriès, a regné proèce un grant tamps en Engleterre,
   par le fait dou roy Edowart et dou prince de Galles,
   son fil; car, de leur règne, li chevalier englès et li
   aultre qui avoech yaus se sont mis et acordé, ont
   fait otant de belles apertises d'armes et de grans bacheleries     25
   et de hardies emprises que nul chevalier
   pueent faire, si com il vous sera declaré avant en ce
   livre.

   Or, ne sai je mies se proèce voet encores cheminer
   oultre Engleterre ou reculer le chemin que elle a                  30
   fait, car, si com chi dessus est dit, elle a cerchiet et
   environné ces royaumes et ces pays dessus nommés,
   et regné et conversé entre les habitans une fois plus
   et l'autre mains, à se ordenance en soit; mais j'en
   ay un petit touchiet pour les mervilleusetés dou
   monde. Si m'en tairai à tant et me retrairai à le matère
   dont j'ai fait men commenchement, et declarrai                      5
   assés tost par quel manière et condicion la guerre
   s'esmut premierement entre les Englès et les François.
   Et pour che que ou temps à venir on puist savoir
   qui a mis ceste hystore sus, et qui en a esté actères,
   je me voel nommer. On m'appelle, qui tant                          10
   me voet honnerer, sire Jehan Froissart, net de le
   conté de Haynau et de la bonne, belle et friche ville
   de Valenchiènes.



LIVRE PREMIER.


   § 1. Premierement, pour mieus entrer en le matère
   et hystore dessus ditte, voirs est que, apriès l'apaisement
   des guerres de Flandres qui furent si grandes,
   et dont tant de vaillant homme furent mort à
   Courtrai et ailleurs, et que li biaus rois Phelippes eut            5
   mariet sa fille en Engleterre au roy Edouwart, li quelz
   rois d'Engleterre ne fu mies de si grant sens ne de si
   grant proèce plains comme avoit esté li bons rois
   Edouwars ses pères, qui tant eut à faire as Danois et
   as Escos et les desconfi par pluiseurs fois en bataille,           10
   et ne peurent onques avoir victore à lui; et quant
   il fu trespassés, ses filz de son premier mariage, qui
   fu pères au roy Edouwart sur qui ceste hystore est
   ordenée, pas ne le ressambla de sens ne de proèce.
   Car, assés tost apriès çou qu'il fu couronnés, li rois             15
   Robers de Brus, qui estoit rois d'Escoce, et qui par
   pluiseurs fois avoit moult donnet à faire au bon roy
   Edouwart, chevauça tantost efforciement sur lui et
   reconquist toute Escoce et la bonne cité de Bervich,
   et ardi et gasta grant partie dou royaume d'Engleterre             20
   bien quatre journées ou cinq par dedens le pays,
   et desconfi celi roy et tous les barons d'Engleterre en
   une place en Escoce que on dist Struvelin, par bataille
   rengie et arrestée. Et dura la cace de ceste desconfiture
   par deus jours et par deus nuis. Et s'en
   afui li rois englés à moult peu de ses gens jusques à
   Londres. Mès, pour ce que ce n'est mies de nostre                   5
   matère, je m'en tairai à tant.

   § 2. Chilz rois englès, dont je parloie maintenant,
   qui reçut ce grant damage en Escoce, avoit deus
   frères de remariage. Si fu li uns nommés li contes
   Mareschaus et fu de diverse et de sauvage manière;                 10
   li autres fu appellés messires Aymes et estoit contes
   de Kent, moult preudons, douls et debonnaires et
   moult amés des bonnes gens. Chils rois eut de madame
   sa femme, fille au biau roy Phelippe, deus filz
   et deus filles. Des quelz filz li ainsnés eut nom Edouwars,        15
   et fu rois d'Engleterre par l'acort de tous les
   barons très le vivant son père, si com vous orés avant
   en ce livre. Li secons des filz eut nom Jehans de
   Eltem et morut jones. Li ainsnée des deus filles eut
   nom Ysabel et fu mariée au jone roy David d'Escoce,                20
   filz au roi Robert de Brus. Et li fu donnée en mariage
   de jonèce par l'acord de[s] deus royaumes d'Engleterre
   et d'Escoce et par pais faisant. Li autre fille fu
   mariée au duch de Guerle. Chilz eurent deus filz et
   deus filles, Renault et Edowart; et les filles, li une             25
   fu contesse de Blois de par monsigneur Jehan de
   Blois son mari, et li aultre duçoise de Jullers.

   § 3. Li biaus rois Phelippes de France eut trois filz
   avoech ceste belle fille ma dame Ysabel qui fu royne
   d'Engleterre. Et furent cil troi fil moult bel et grant            30
   chevalier. Si eut à nom li ainnés Loeis, et fu au vivant
   dou roy son père rois de Navare, et l'appella
   on le roy Hustin. Li secons eut à nom Phelippes li
   Biaus, et li tiers Charles. Et furent tout troi roi de
   France apriès le mort dou roy Phelippe, leur père,                  5
   par droite succession, li uns apriès l'autre, sans avoir
   hoir marles de leurs corps engendrés par voie de mariage:
   si ques, apriès la mort del daarrain roy Charle,
   li douze per et li baron de France ne donnèrent
   point le royaume à le sereur qui estoit royne d'Engleterre,        10
   par tant qu'i[l][3] voloient dire et maintenir,
   encores voelent, que li royaumes de France est bien
   si nobles que il ne doit mies aler ne descendre à fumelle
   ne par consequense à fil de fumelle. Car, ensi
   comme il voelent dire et maintenir, li filz de fumelle             15
   ne poet avoir droit ne succession de par sa mère,
   venant là où sa mère n'a point de droit: si ques,
   par ces raisons, li douze per et li baron de France
   donnèrent, de commun acort [le royaume de France][4],
   à monsigneur Phelippe de Valois, fil jadis à monsigneur            20
   Charle le conte de Valois, frères à che biau
   roy Phelippe deseure dit, et en ostèrent le royne
   d'Engleterre et son fil qui estoit hoirs marles et neveus
   au roy Charlon, et li rois Phelippes n'estoit que
   cousins germains. C'est li poins par quoi les guerres,             25
   les pestilenses et les tribulations sont de puis incourutes
   et eslevées, et li grant meschief avenu par le
   cause dou calenge et de le deffense, si com il vous
   sera recordé chi apriès, quant tamps et lieus venront
   que j'en deverai parler. Mais je m'en tairai encores
   un petit et me retrairai à le droite matère des Englès,
   si com je l'ay commencie.

  [3] La leçon du ms. de Gaignières, fo 3, autorise à restituer la
  finale _l_ de _il_ qui n'est pas figurée dans l'écriture, parce
  qu'elle ne se faisait pas sentir dans la prononciation devant une
  consonne.

  [4] Mss. A--Mss. B (lacune).


   § 4. Il est bien voirs que cils roys d'Engleterre,                  5
   pères à ce roy Edouwart sur qui nostre matère est
   fondée, gouvrena moult diversement son royaume et
   fist pluiseurs diverses justices et pluiseurs merveilles
   par le conseil et enhort de monsigneur Huon, c'on
   dist le Despensier, qui avoit esté nouris avoecques                10
   lui d'enfance. Et avoient tant fait cilz messires Hues
   et messires Hues ses pères qu'il estoient li plus grant
   baron d'Engleterre, en tant que de mise et de rikèce.
   Et par especial messires li filz avoit si mené le roy et
   si atrait à ses oppinions que sans lui n'estoit riens              15
   fait, et par lui estoit tout fait, et le creoit li rois plus
   que tout le monde. Et voloient li doi signeur Despensier
   mestriier et sormonter tous les signeurs et
   les barons d'Engleterre. Pour quoi, avinrent de puis
   ou pays et à yaus meismes moult de maulz et de                     20
   tourmens.

   Car, apriès la grande desconfiture de Struvelin, là
   où li rois Robers de Brus, rois d'Escoce, avoit desconfi
   che roi d'Engleterre et toutes ses gens, si com
   ci dessus est dit, grant hayne et grant murmure
   monteplia ou pays d'Engleterre entre les nobles barons             25
   et le conseil le roy meismement encontre le
   dit monsigneur Huon le Despensier. Et li mettoient
   sus que par son conseil il avoient esté desconfi et
   que, par tant qu'il estoit favourables au roi d'Escoce,            30
   il avoit tant conseilliet et tenu le roi d'Engleterre en
   negligense que li Escot avoient reconquis le bonne
   cité de Bervich et ars quatre journées ou cinq par
   deus fois dedens leur pays, et yaus desconfis en bataille
   et mis en cace, et porté très grant damage. Et
   sus ce li dit baron d'Engleterre eurent pluiseurs fois              5
   parlement ensamble pour aviser et regarder qu'il en
   poroient faire; des quelz li contes Thumas de La[n]castre
   estoit chiés et souverains. Et li desplaisoit li
   usages que li rois avoit empris, et en parla par deus
   ou par trois fois assés ouvertement au dit Despensier.             10
   Or, se perchut li dis messires Hues comment
   on murmuroit sur lui et sus son afaire. Si, se doubta
   trop fort que maulz ne l'en venist, ensi qu'il fist;
   mès che ne fu mies si trestos. Ançois eut il fait moult
   de coses damagables ou pays, si com vous orés chi                  15
   après.


   § 5. Cilz qui estoit bien dou roy, et si proçains qu'il
   voloit, et plus creus tous seus que tous li mondes,
   s'en vint au roy et li dist que cil signeur avoient fait
   alliance encontre lui, et qu'il le metteroient hors de             20
   son royaume, se il ne s'en prendoit garde. Tant fist,
   par son enhort et par son soubtil pourcach, que li
   rois fist à un jour prendre tous ces signeurs à un parlement
   là où il estoient assamblé, et en fist decoler
   sans delay et sans cognissance de raison jusques à                 25
   vingt et deus des plus grans barons d'Engleterre, et
   tout premiers le conte Thumas de Lancastre, qui estoit
   ses oncles, preudons et sains homs, et fist puis
   moult de biaus miracles ou lieu où il fu decolés.
   Pour le quel fait, li dis messires Hues acquist grant              30
   hayne de tout le pays, et par especial de la royne
   d'Engleterre et dou conte de Kent, qui estoit frères
   au dit roy.

   Encores ne se cessa pas li dis messires Hues de
   enhorter le roi mal à faire. Car, quant il perchut
   qu'il estoit mal de le royne et dou conte de Kent, il               5
   mist si grant descort entre le roy et le royne, par
   son malisce, que li rois ne voloit point venir en lieu
   où elle fust, et dura cilz descors assés longement. Et
   fu qui dist à le royne et au conte de Kent tout secretement,
   pour les perilz eschiewer où il estoient par                       10
   le fait dou Despensier, que, se il demoroient longement
   ens ou pays, li rois, par hastieu conseil et male
   information, leur feroit souffrir dou corps haschière,
   si com cil avoient entendu.

   Dont, quant il avint que la royne et li contes de                  15
   Kent oïrent ces nouvelles, si se doubtèrent, car il
   sentoient le roy hastieu et de diverse manière et che
   messire Hue si bien de lui qu'il faisoit tout ce qu'il
   voloit, sans avis et sans regart de nulle raison. Si s'avisèrent
   la ditte dame et li contes de Kent qu'il se                        20
   partiroient d'Engleterre et s'en iroient en France veoir
   le roi Charlon que la royne, qui sa sereur germainne
   estoit, n'avoit veu de puis que elle fu envoiie en Engleterre;
   et en menroit avoecques lui son jone fil
   Edouwart, et lairoit couvenir ce roy et le Despensier              25
   au sourplus. Espoir, hastement s'amenderoit leurs
   estas, et y pourveroit Diex de remède et de conseil.

   Ce pourpos tinrent la dame et li contes de Kent
   et ordonnèrent leurs besongnes secretement et envoiièrent
   devant le plus grant partie de leur arroi                          30
   par le rivière de Tamise en nefs en Flandres. Et
   prist la ditte dame excusance de venir en pelerinage
   à Nostre Dame de Boulongne. Et se parti, si com
   vous poés oïr, d'Engleterre à petite mesnie, son jone
   fil avoech lui, le conte de Kent son serourge et monsigneur
   Rogier de Mortemer. Et montèrent à Douvres
   et arrivèrent à Boulongne.                                          5


   § 6. Quant la royne d'Engleterre fu arrivée à Boulongne
   et toute se route, elle regratia Nostre Signeur
   et s'en vint tout à piet jusques à l'eglise Nostre Dame
   en devotion, et fist sen offrande et sen orison devant
   l'image. Li abbes de laiens et tout li monne le recuellièrent      10
   liement; et fu laiens herbergie et toute se
   mesnie; et s'i reposèrent et rafrescirent par cinq
   jours. Au sizime, il montèrent tout as chevaus et sus
   hagenées qu'il avoient amené d'Engleterre, et se partirent
   de Boulongne o tout leur arroi. Si fu la dame                      15
   aconvoiie et acompagnie d'aucuns chevaliers de là
   environ, qui l'estoient venu veoir et festiier, pour la
   cause de ce que elle estoit soer au roy leur signeur.
   Tant esploita la dame par ses journées que elle approça
   Amiens. Chil de la cité vinrent contre lui moult                   20
   reveramment. Et par tout où elle passoit, as cités et
   as bonnes villes, on li faisoit feste et honneur, car li
   rois Charles l'avoit ensi ordonné, qui estoit enfourmés
   de sa venue.

   Et tant chevauça la ditte dame que elle vint à Paris.              25
   Si estoient jà issut contre lui moult de noble
   gent, pour le recueillier et son jone fil. Et les amenèrent
   jusques au palais messires Robers d'Artois, li
   contes de Dammartin, li sires de Couci, li sires de
   Montmorensi et pluiseur aultre. Si descendirent devant             30
   le perron et montèrent les degrés dou palais,
   chil signeur François devant qui menoient la dame,
   son fil et le conte de Kent; et vinrent jusques au roi
   qui se tenoit en une cambre, bien acompagniés de
   prelas et de chevaliers.

   Quant li rois de France vei sa serour qu'i[l] en grant              5
   tamps n'avoit veu[5], et elle deut entrer en la cambre,
   il vint contre lui et le prist par le main droite et le
   baisa et dist: «A bien vigne ma belle suer et mes
   biaus niés!» Si les tint tous deus et les mena avant.
   La dame, qui pas n'avoit trop grant joie fors de ce                10
   que elle se trouvoit dalés le roy son frère, s'estoit jà
   volue agenoullier par deus ou par trois fois, mais li
   rois ne le laioit et le tenoit toutdis par le main droite,
   et li demandoit moult doucement de son estat et de
   son afaire. Et la dame l'en respondoit très sagement,              15
   et tant furent les parolles que elle dist: «Monsigneur,
   se nous va moy et mon fil assés petitement.
   Car li rois d'Engleterre, mes maris, m'a pris en trop
   grant hayne, et se ne scet pour quoi, fors par l'enhort
   d'un chevalier englès qui s'appelle Hues li Despensiers.           20
   Chilz chevaliers a telement atrait le roi à ses
   volentés que tout ce qu'il voet dire et faire il est. Et
   jà ont comparet pluiseur haut baron d'Engleterre sa
   mauvesté, car il en fist sus un jour prendre au commandement
   dou roy et en fist decoler jusques à                               25
   vingt et deus sans loy et sans cause, et par especial le
   bon conte Thumas de Lancastre, dont ce fu trop
   grans damages, car il estoit preudons et loyaus et
   plains de bon conseil. Et n'est nulz en Engleterre,
   tant soit nobles ne de grant afaire, qui l'ose couroucier          30
   ne desdire de cose que il voelle faire. Et m'a telement
   tourblet devers le roy, et le conte de Kent
   men frère, que veci qu'il nous fu dit en grant amisté
   par chiaus qui savoient aucunes coses dou conseil ce
   dit chevalier, que nous estions en grant peril de nos               5
   vies. Si nous sommes parti en grant doubtance et
   venu par deça vous veoir, que je desiroie moult.»
   Et li rois dist: «Ma belle suer, grant merchis.»

  [5] Ms. de Gaignières, fo 4: «que de grant temps n'avoit veue.»


   § 7. Quant li rois Charles eut oy et entendu les
   complaintes de sa suer, et comment elle estoit demenée             10
   par le fait dou Despensier, si en eut grant pité et
   le reconforta moult doucement et li dist: «Ma belle
   suer, vous demorrés dalés nous; si ne vous esbahissiés
   ne desconfortés de riens: nous avons assés pour
   nous et pour vous. Et si meterons remède et conseil                15
   à vos besongnes.» Et la dame s'agenoulla et dist:
   «Monsigneur, grans mercis!» De puis la venue de
   la dame, de son fil et dou conte de Kent, et que li
   rois Charles eut recueilliet moult liement les dessus
   dis, il se tinrent à Paris dalés le roy. Et leur faisoit           20
   li dis rois faire leur delivrance de toutes coses; et estoit
   souvent la royne d'Engleterre avoech le roy son
   frère et la royne de France, et ooit à le fois des nouvelles
   d'Engleterre qui pas trop plaisans ne li estoient.
                                                                      25
   Car, cilz messires Hues li Despensiers croissoit tous
   jours en poissance et en amour devers le roy. Et
   avoit telement attret et atournet le dit roy que tous
   li pays s'en esmervilloit; et n'avoit nulz que faire en
   le court dou roy, se il n'estoit de son acord. Si fist             30
   il de puis moult de diversetés et de cruaultés as pluiseurs
   en Engleterre, dont il estoit moult hays. Mais
   nulz ne li osoit dire ne moustrer, car se il se doubtast
   de qui que fust, conte ou baron, tantost il le fesist,
   sus l'ombre dou roy, prendre et decoler sans nule
   remède. Si estoit si doubtés, et des pluiseurs tant                 5
   hays, que merveilles. Et regardèrent aucun baron et
   sage homme dou pays que ce ne faisoit mies à souffrir,
   et que ses outrages et mauvaistés il ne poroient
   plus porter. Si se traisent tout secretement ensamble
   à conseil, et eurent avis et volenté que il remanderoient          10
   leur dame la royne d'Engleterre, qui jà avoit
   demoret en France bien priès par l'espasse de trois
   ans, et tout dis dedens le cité de Paris. Se li escrisirent
   et segnefiièrent, se elle pooit trouver voie ou
   sens par quoi elle peuist avoir aucune compagnie de                15
   gens d'armes de mil armeures de fier ou là environ,
   et elle vosist ramener son fil et toute se compagnie
   ou royaume d'Engleterre, il trairoient tantost vers
   lui et obeiroient à lui et à son fil comme à leur
   signeur, car il ne pooient ne voloient plus porter les             20
   desrois ne les fais que li rois faisoit ou pays, par le
   conseil monsigneur Huon, et de chiaus qui de son
   accort estoient.

   Quant la royne entendi ces nouvelles, elle s'en
   consilla secretement au roy Charle, son frère, qui                 25
   bien volentiers l'entendi, et li respondi adonc que
   elle l'entrepresist hardiement, car il li aideroit et li
   presteroit de ses gens telz que elle vorroit avoir. Et
   avoech che il li presteroit de son or et de son argent
   ce qu'il l'en besongneroit. Sour ce, la royne se parti             30
   de lui, et s'en revint à son hostel et se pourvei si
   com elle peut. Et pria secretement des plus grans
   barons de France ceulz dont elle se fioit le plus, et
   qui le plus volentrieu estoient pour tel afaire, et en
   pensoit estre bien certainne. Puis le fist ensi à savoir
   secretement à ces barons d'Engleterre qui avoient
   vers lui envoiiet.                                                  5

   Mais on ne le peut si celer que li dis messires
   Hues li Despensiers ne le sceuist. Si fist puis tant, le
   terme perdant, par ses messages et par dons et prommesses,
   que li rois Charles de France fu si enhortés
   par son conseil que il manda sa sereur la ditte royne              10
   Ysabiel, qui se tenoit à son hostel entre ses gens, et
   li desconsilla et deffendi si haut et si acertes qu'il
   peut, que elle demorast quoie et se relaiast de ce que
   elle avoit empris. Et quant la dame entendi le roy
   son frère, elle fu toute esbahie et abaubie, ce ne fu              15
   point de merveilles. Si perchut bien que ses frères
   estoit mal infourmés, car riens que elle peuwist dire
   à l'encontre ne li pooit valoir ne aidier. Si se parti
   adonc de lui moult triste et esmarie, et revint arrière
   à son hostel, et ne se relaia point pour ce à appareillier.        20
   Li rois ses frères le sceut; s'en fu courouciés,
   quant sus sa deffense elle voloit ouvrer. Si fist,
   par le conseil qu'il eut, commander, sus corps et sus
   avoir, que nulz de son royaume ne se meuist, ne
   alast avoech la ditte royne, sa suer.
                                                                       25
   Quant la dame seut ce, elle fu assés plus triste que
   devant, ce fu bien raisons. Si ne sceut que faire ne
   que penser, car toutes ses besongnes li venoient au
   contraire, et estoient venues de lonch tamps. Et se
   li falloit, ce li sambloit, par mauvais conseil, cilz qui          30
   mieus li devoit aidier à son besoing. Et si approçoit
   li termes que elle avoit mandet à chiaus que elle tenoit
   pour ses amis en Engleterre. Si demora moult
   esgarée, sans nul confort, comme celle qui ne savoit
   que elle peuist faire ne que devenir. Et requeroit
   souvent Dieu estroitement en soi meismes, et li prioit
   que il le vosist aidier et consillier.                              5


   § 8. Ne demora pas gaires de temps que on li dist,
   fiablement et par grant bien, que, se elle ne se gardoit
   sagement, li rois, ses frères, le feroit prendre et
   mener en Engleterre, pour relivrer à son mari, le roi
   d'Engleterre, et detenroit son fil avoecques lui, car il           10
   ne li plaisoit plus que elle eslongast ensi son mari.
   De ces nouvelles fu la dame plus esbahie que devant,
   car elle amast mieus estre morte et desmembrée que
   venir ou pooir ne ou dangier son mari ne le Despensier.
   Si eut bien mestier d'avoir bon conseil. Si                        15
   s'avisa que elle vuideroit France et s'en avaleroit en
   Haynau, pour veoir le conte et monsigneur Jehan de
   Haynau son frère, qui estoient signeur plain de toute
   honneur et de grant recommendation. Espoir, trouveroit
   elle en yaus tout confort et bonne adrèce, et                      20
   si estoit lor cousine moult proçainne.

   Si ordonna la ditte dame ses besongnes, et fist ses
   gens sages de son departement, et comptèrent et
   paiièrent par tout. Adonc, se parti au plus tost et au
   plus quoiement que elle peut de son hostel, avoech                 25
   li ses filz en l'eage de quinze ans ou environ, li contes
   de Kent, li sires de Mortemer, et tout li aultre
   chevalier d'Engleterre, qui estoient afuioit apriès lui.
   Et fist tant par ses journées que elle passa France,
   Vermendois et Cambresis, et vint en Ostrevant, en                  30
   Haynau, en un chastiel que on appelle Buignicourt,
   dont messires Nicoles d'Aubrecicourt estoit sires. Et
   li quelz bachelers et sa femme rechurent liement et
   bellement en leur hostel la ditte royne d'Engleterre
   et son fil et leurs gens; et trouvèrent apparilliet tous
   les biens de laiens.                                                5

   Ces nouvelles furent tost venues à Valencienes, où
   li contes de Haynau et messires Jehans de Haynau
   ses frères estoient, que la royne d'Engleterre estoit
   herbergie à Buignicourt chiés le chevalier. Et quant
   li doi signeur dessus dit oïrent ce, si furent tantost             10
   consilliet quel cose il en apertenoit à faire. Premierement,
   messires Jehans de Haynau se parti de Valenchiènes,
   li moult bien acompagniés de chevalier
   et d'escuiers, et chevauça tant qu'il vint à Buignicourt,
   en Ostrevant, et trouva la dessus ditte dame,                      15
   à qui il fist toute l'onneur et reverense qu'il peut, car
   bien le savoit faire. La dame, qui estoit moult triste
   et esgarée, et en sus de tous consaulz, fors de Dieu
   et de lui, commença à complaindre au dit signeur
   de Byaumont, en plorant moult piteusement, ses besongnes,          20
   et recorder ses dures avenues, de cief en
   cor, tout ensi que avenu li estoit jusques à ores:
   premierement, comment elle estoit dechacie d'Engleterre,
   et ses filz, et venue en France sus le fiance de
   son frère le roy; et comment elle cuidoit [estre][6]               25
   pourveue de gens d'armes par le conseil de son frère,
   pour aler plus poissamment et en mener son fil en
   son royaume, si com si ami d'Engleterre li avoient
   mandet; et comment ses frères, puissedi, fu telement
   conseilliés qu'il avoit brisiet tout ce voiage et                  30
   deffendu à tous gentilz hommes que nulz ne se mesist
   avoech lui, sus à perdre leurs terres et le royaume.
   Et li compta comment, et à quel mescief, elle
   estoit là afuie à tout son fil, comme celle qui ne savoit
   à cui ne en quel pays trouver confort ne soustenance.               5

  [6] Ms. de Gaignières, fo 5 vo.--Ms. 6477, fo 8 vo: «est.»


   § 9. Et quant li gentils chevaliers messires Jehans
   de Haynau eut oy la dame complaindre si tenrement,
   et que toute fondoit en larmes et en plours, si en
   eut grant pité et li dist, pour lui reconforter, moult             10
   doucement: «Certes, dame, veés ci vostre chevalier
   qui ne vous faurront pour morir, se tous li mondes
   vous falloit. Ains, ferai tout mon pooir de vous
   et de vostre fil conduire, et de vous et de lui remettre
   en vostre estat en Engleterre, en l'ayde de vos                    15
   amis qui delà le mer sont, ensi que vous dittes. Et
   je, et tout cil que je porai priier, y enventurrons les
   vies, ançois que vous ne soiiés au dessus de vos besongnes.»

   Et quant la dame l'eut oy parler une si haute et                   20
   si noble parolle, et si reconfortans ses besongnes,
   elle qui seoit, et messires Jehans de Haynau devant
   lui, se dreça en estant et se volt engenoullier, de le
   grant joie et de le grasce qu'il li offroit; mès li gentilz
   chevaliers ne l'euist jamais souffert; ains se leva                25
   moult apertement, et prist la dame entre ses bras et
   dist: «Ne place jà à Dieu que la royne d'Engleterre
   face ce, ne ait empenset à faire, que de li engenillier
   devant son chevalier! Mais, dame, reconfortés
   vous, et vostre gent ossi, car je vous tenrai vo prommesse.        30
   Vous venrés veoir monsigneur mon frère et
   ma dame ma suer, vostre cousine, la contesse de
   Haynau, qui vous en prient; et en sui cargiés de
   vous dire, et de vous mener par devers yaus.» Et la
   dame li ottrie et dist: «Certes, sire, je trueve en
   vous plus de confort et d'amour que en tout le                      5
   monde. Et, de ce que vous me dittes et offrés, cinq
   cens mille mercis. Jamais ne l'arons desservi moy ne
   mes filz; mès, se li tamps vient que nous soions en
   nostre estat, si com jou espoire bien, par le confort
   et grasce de Dieu et de vous, il vous sera grandement              10
   remuneret.»

   Assés tost apriès ces parolles, prist li sires de
   Byaumont congiet de la ditte dame, de son fil et
   dou conte de Kent et des autres chevaliers, et s'en
   vint ce soir herbergier à Denaing. Et la royne demora              15
   à Buignicourt, grandement reconfortée, et bien
   y avoit raison, en le pourveance de monsigneur Nicole
   d'Aubrecicourt, qui en faisoit ce qu'il pooit. Et
   tant en fist que la royne l'en sceut grant gré. Et demora
   tous jours de puis ses chevaliers, et si enfant                    20
   et leur generation ossi, si com vous orés recorder en
   avant en ceste hystore.


   § 10. Quant ce vint au matin, apriès messe et boire,
   messires Jehans de Haynau se parti de Denaing, et
   chevauça de rechief à Buignicourt; si trouva que la                25
   royne estoit jà toute apparillie et ses gens ossi. Si se
   partirent tout ensamble, et ses filz et leur route, ou
   conduit le signeur de Byaumont, qui les amena
   adonc à Valenciennes. Et y furent liement et bellement
   rechut; et estoit la Salle dou Conte toute appareillie             30
   pour la ditte dame et ses gens. Car, à ce donc,
   li contes se logoit en l'ostel de Hollandes, et tous ses
   hosteulz. Si descendi la royne d'Engleterre à le Salle,
   et y fu logie et herbergie bien et aisiement. Et le
   vint là veoir la contesse de Haynau, qui li fist toute
   honneur et reverense, car bien le savoit faire. Et                  5
   ossi fist li contes Guillaumes de Haynau, mais il estoit
   maladieus de gouttes, si ne chevauçoi[t] mies à
   sen aise. Toutes fois, i[l] l'honnoura et festia grandement,
   le terme que elle sejourna à Valenciennes, environ
   trois sepmainnes.                                                  10

   Entroes, elle fist apparillier son oirre et ses besongnes.
   Et li dis messires de Byaumont fist escrire
   lettres moult affectueuses as chevaliers et as compagnons
   de cui il se fioit le plus, en Haynau, en Hasbaing
   et en Braibant; et les prioit, tant qu'il pooit,                   15
   et cescun sur toutes amistés, qu'il venissent avoech
   lui en ceste emprise. Si en y eut grant plenté, de
   l'un pays et de l'autre, qui y aloient pour l'amour
   de li, et ossi grant plenté qui n'i alèrent mies, comment
   qu'il en fuissent priiet. Et meismement li dis                     20
   messires Jehans en fu durement repris de son frère,
   et de aucuns de son propre conseil, pour tant qu'il
   leur sambloit que li entrepresure estoit si haute et si
   perilleuse, selonch les descors et les grandes haynes
   qui adonc estoient entre les haus barons et les communs            25
   d'Engleterre, et selonch ce que li Englès sont
   communement envieus sour toutes estragnes gens,
   quant il sont à leur deseure et meismement en leur
   pays, que cescuns avoit paour et doubtance que li
   dis messires Jehans ne nulz de ses compagnons peuist               30
   jamais revenir. Mais, quoi que on li blasmast ne
   desconsillast, li gentilz chevaliers ne s'en volt onques
   relaiier. Ains, dist que il n'avoit que une mort à
   souffrir, qui estoit en le volenté de Nostre Signeur;
   mais il avoit prommis à celle gentilz dame de lui
   conduire jusques en son royaume; si ne l'en fauroit
   pour morir. Et ossi chier avoit il à prendre le mort                5
   avoecques celle noble dame, qui ensi estoit dechacie,
   se morir y devoit, que autre part. Car tout chevalier
   doient aidier à leur loyal pooir toutes dames et pucelles
   à leur besoing, especialment quant il en sont
   requis.                                                            10


   § 11. Ensi se parti la royne d'Engleterre de le ville
   de Valenciènes, quant elle et ses gens furent apparilliet
   de che qu'il leur falloit; et prist congiet au gentil
   conte Guillaume de Haynau et ma dame Jehane
   la contesse, sa femme, et les remercia grandement,                 15
   humlement et doucement de le bonne, lie cière et
   de la belle recueilloite que il li avoient fait. Si se
   mist à voie sus le segureté et conduit del gentil chevalier,
   le dit monsigneur de Byaumont. Si fisent tant
   par leurs journées que il vinrent à Dourdresk, en                  20
   Hollandes. Là endroit se pourveirent de naves et de
   vaissiaus grans et petis, ensi qu'il les peurent trouver,
   et misent dedens leurs chevaus, leurs harnas et
   leurs pourveances. Et quant il eurent par avis vent
   bon pour eulz, il se commandèrent en le garde de                   25
   Nostre Signeur, et entrèrent en leurs vaissiaus, et
   desancrèrent et se misent en mer. Et n'estoient non
   plus de trois cens armeures de fier.

   Or, considerés le hardie et haute emprise que li
   sires de Byaumont faisoit, que de aler conquerre et                30
   entrer en un royaume par force où il ne [cognissoit][7]
   nullui, et ne savoit qu'il y trouveroit, mais il
   le faisoit de si grant corage et avoit tel esperance en
   Dieu, qu'il li estoit avis que bien furniroit et à sen
   honneur le voiage. Si estoit il adonc ou commencement
   de son venir, et en le droite fleur de se jonèce;                   5
   si l'entreprendoit plus volentiers et plus hardiement.

  [7] Ms. de Gaignières, fo 6 vo.--Ms. 6477, fo 10: «cognissoient.»

   Or vous nommerai aucuns des chevaliers de Haynau
   qui alèrent avoecques lui, et à se priière, en ce
   voiage: premierement, messires Henris d'Antoing,                   10
   messires Robers de Bailluel, qui puis fu sires de
   Fontainnes, messires Fastrés dou Rues, messires Mikieus
   de Ligne, messires Sausses de Boussoit, messires
   Perchevaus de Semeries, messires Sanses de
   Biauriu, li sires de Wargni, li sires de Potelles,                 15
   li sires de Montegni, li sires de Gommegnies, li sires
   d'Aubrecicourt, et aucun aultre baceler, qui se voloient
   enventurer avoech le dit chevalier et leurs
   corps avancier. Si y eut aucuns Braibençons et Hesbegnons,
   mès ce ne fu pas gramment.                                         20

   Si singlèrent par mer. Et avoient entendu et avisé
   qu'il prenderoient terre à un port où il avoient entente
   d'arester, mais il ne peurent. Car uns grans
   tourmens les prist en mer, qui les mist hors de leur
   chemin, qu'il ne sceurent dedens deus jours là où il               25
   estoient. De quoi Di[e]x leur fist grant grasce, et leur
   envoia belle aventure. Car, se il fuissent embatu à
   ce port que il avoient chuesi ou auques priès, il estoient
   perdu davantage, et escheu ens ès mains de
   leurs ennemis, qui bien savoient leur venue et les                 30
   attendoient là endroit, pour yaus mettre tous à mort
   et le jone roy et la royne ossi; mais Di[e]x ne le volt
   mies adonques consentir. Si les fist, ensi que par
   droit miracle, destourner, ensi que vous avés oy.

   Or avint que, au chief des deus jours, cilz tourmens                5
   cessa, et veirent li maronnier terre en Engleterre.
   Si se traisent celle part moult joiant, et prisent
   terre sus le sablon et sus le rivage de le mer,
   sans havene et sans droit port. Si demorèrent sus cel
   sablon par trois jours, à petit de pourveances de                  10
   vivres, en descargant leurs chevaus et leurs harnas;
   et si ne savoient en quel endroit d'Engleterre il estoient
   arrivet, ou pooir d'amis ou d'anemis. Au
   quatrime jour, il se misent à le voie, à l'aventure de
   Dieu, comme cil qui avoient eu toute mesaise de                    15
   fain et de froit par nuis, avoecques les grandes paours
   qu'il avoient ewes et avoient encores. Si chevaucièrent
   tant amont et aval qu'il trouvèrent aucuns petis
   hamelés, et puis apriès si trouvèrent une grande abbeye
   de noirs monnes, que on claimme Saint Aymon.                       20
   Si se herbergièrent et rafreschirent en ceste
   abbeye par trois jours. Et fisent penser de leurs
   chevaus bien et fort, car il en pensoient temprement
   avoir à faire.


   § 12. Nouvelles s'espandirent par le pays tant que                 25
   elles parvinrent à ceulz par qui seureté et mandement
   la ditte dame estoit rapassée. Si se apparillièrent, dou
   plus tost qu'il peurent, de venir vers li et vers son
   fil qui il voloient avoir à signeur. Et li premiers qui
   vint encontre lui, et qui plus grant confort donna à               30
   chiaus qui estoient venu avoecques lui, che fu li
   contes Henris de Lancastre au Tors Col, qui fu frères
   au conte Thumas de Lancastre qui fu decolés, si com
   vous avés oy par dessus, et fu pères au duch de Lancastre
   qui fu si bons chevaliers et si recommendés,
   si com vous porés oïr en ceste hystore, ains que vous               5
   venés à le conclusion. Chilz contes Henris de Lancastre
   dessus dis vint à grant compagnie de gens
   d'armes. Apriès, tant d'uns et d'autres vinrent contes,
   barons, chevaliers et escuiers, à tout gens d'armes,
   qu'il leur sambla bien qu'il fuissent hors de                      10
   tous perilz. Et tous les jours croissoient gens d'armes,
   ensi qu'il aloient avant.

   Si eurent conseil entre yaus ma dame la royne, et
   li baron, chevalier et escuier, qui venu estoient encontre
   li, que il iroient droit à Bristo, à tout leur                     15
   pooir, là où li rois se tenoit adonc et li Despensier,
   qui estoit bonne ville, grosse et rice et fortement
   fremée, seans sus un bon port de mer. Et si y a un
   chastiel trop durement fort, seant sus mer, si ques li
   mers flote tout au tour. Là endroit se tenoit li rois,             20
   messires Hues li Despensiers, li pères, qui estoit
   priès en l'eage de quatre vins et dis ans, messires
   Hues, li filz, li mestres consillières le roy, qui tous
   les mauvais consaulz et mauvais fais li enhortoit, li
   contes d'Arondiel, qui avoit à femme la fille monsigneur           25
   Huon le Jone, et ossi pluiseur chevalier et escuier,
   qui repairoient entours le roy et entours le
   court, ensi que gens d'estat repairent volentiers entours
   leurs signeurs. Si se misent ma dame la royne
   et toute sa compagnie, messires Jehans de Haynau,                  30
   chil conte et chil baron d'Engleterre et leurs routes,
   au dit chemin, pour aler celle part. Et par toutes les
   villes là où il entroient, on leur faisoit feste et honneur.
   Et toutdis leur venoient gens, à destre et à senestre,
   de tous costés. Et tant fisent par leurs journées
   qu'il parvinrent devant le ville de Bristo. Si le
   assegièrent à droit siège fait.                                     5


   § 13. Li rois et messires Hues li Despensiers li filz se
   tenoient ou chastiel. Li vielles messires Hues li pères
   et li contes d'Arondiel se tenoient en le ville de
   Bristo, et pluiseur aultre qui estoient de leur acord.
   Quant cil aultre et cil de le ville veirent le pooir le            10
   dame si grant et si enforciet, et priès que toute Engleterre
   estoit de leur acord, et veoient le peril et le
   damage si apparant, il eurent conseil qu'il se renderoient
   et le ville avoech, salve leurs vies, leurs membres
   et lor avoir. Si envoiièrent trettier et parlementer               15
   devers la royne et son conseil, qui ne s'i veurent
   mies acorder ensi, se la dessus ditte ne pooit faire
   dou dit monsigneur Huon et dou conte d'Arondiel
   sa volenté, car pour yaus destruire estoit elle là
   venue.
                                                                      20
   Quant li homme de le ville de Bristo veirent que
   autrement il ne pooient venir à pais ne sauver leurs
   biens ne leurs vies, au destroit il s'i acordèrent et
   ouvrirent les portes, si ques ma dame la royne,
   messires Jehans de Haynau et tout li baron, chevalier              25
   et escuier entrèrent ens, et prisent leurs hosteulz
   dedens la ville de Bristo. Et cil qui ne s'i peurent
   logier, se herbergièrent dehors. Là fu pris li dis messires
   Hues li pères, et li contes d'Arondiel, et amené
   par devant le royne, pour faire d'yaus se pure volenté.            30
   Et ossi li furent amené li sien aultre jone enfant,
   Jehans ses filz et ses deus fillètes, qui furent là
   trouvées en le garde monsigneur Huon. De quoi la
   dame eut grant joie, quant elle vei ses enfans que
   veus n'avoit de grant tamps, et ossi eurent tout cil
   qui point n'amoient les Despensiers. Et s'il avoient                5
   grant joie entre yaus, selonc ce pooient avoir grant
   duel li rois et messires li Despensiers li filz, qui estoient
   en ce fort chastiel enclos, et qui veoient leur
   meschief si grant, qui leur couroit seure si apparamment.
   Et veoient tout le pays tourner avoecques le                       10
   royne et avoecques son ainnet fil, et dreciet et esmeut
   encontre yaus. Dont, se il eurent dolour et
   paour et assés à penser, ce ne fait point à demander.


   § 14. Quant la royne et tout li baron et li aultre
   furent herbergiet à leur aise, il assegièrent le chastiel,         15
   au plus priès qu'il peurent. Et puis fist la royne ramener
   monsigneur Huon le Despensier le vielle et le
   conte d'Arondiel devant son ainsnet fil, et devant
   tous les barons qui là estoient, et leur dist que elle
   et ses filz leur feroient droit et loy et bon jugement,            20
   selonch leurs fais et leurs œuvres. Adonc respondi
   messires Hues et dist: «Ha! dame, Diex nous voelle
   donner bon juge et bon jugement; et se nous ne le
   poons avoir en ce siècle, si le nous doinst en l'autre!»
   Adonc se leva messires Thumas Wage, bons                           25
   chevaliers, sages et courtois, qui estoit mareschaus
   de l'ost, et leur racompta tous leurs fais par escript,
   et tourna en droit sus un viel chevalier qui là estoit,
   afin qu'il raportast sus se feauté que à faire avoit de
   telz personnes, par jugement, et de telz fais. Li chevaliers       30
   se consilla as autres barons et chevaliers, et
   raporta par plainne sieute que il avoient bien mort
   desservie, par pluiseurs horribles fais qu'il avoient là
   endroit oys racompter, et les tenoient pour vrais et
   tous clers. Et avoient desservi, par le diversité de
   leurs fais, à estre justiciés en trois manières, c'est à            5
   savoir, premiers traynés, et puis decolés, apriès pendus
   à un gibet. Tout en tel manière qu'il furent jugiet,
   furent il tantost justiciet par devant le chastiel
   de Bristo, veant le roy, et veant le dit monsigneur
   Huon le fil, et tous ceulz de laiens qui grant despit              10
   en eurent. Et puet çascuns savoir que il estoient à
   grant meschief de cuer. Ceste justice fu faite l'an de
   grasce mil trois cens vingt et six, le jour saint Denis,
   en octembre.


   § 15. Apriès ce que ceste justice fu faite, si com                 15
   vous avés oy, li rois et messires Hues li Despensiers, qui
   se veoient assegiet à tèle angousse et à tel meschief,
   et ne savoient nul confort qui leur peuist là endroit
   de nulle part venir, se misent à une matinée, entre
   yaus deus, à peu de mesnie, en un petit batiel, en                 20
   mer, par derrière le chastiel, pour aler ou royaume
   de Galles, s'il peuissent, comme cil qui volentiers se
   fuissent sauvé. Mais Diex ne le volt mies souffrir,
   car leurs pechiés les encombra. Si lor avint grant
   merveille et grant miracle, car il furent onze jours               25
   tous plains en ce batelet, et s'efforçoient de nagier
   tant qu'il pooient, mais il ne pooient si lonch nagier
   que tous les jours li vens, qui leur estoit contraires
   par le volenté de Dieu, les ramenoit çascun jour,
   une fois ou deus, à mains de le quarte partie d'une                30
   liewe priès dou dit chastiel dont il estoient parti; si
   ques tous les jours les veoient bien cil de l'ost le
   royne.

   Au daarrain, avint que messires Henris de Byaumont,
   filz au visconte de Byaumont en Engleterre,
   entra en une barge, et ossi avoec lui aucuns compagnons,            5
   et se fist nagier devers ceulz, et nagièrent
   tant et si fort que onques li maronnier le roy ne
   peurent tant fuir devant yaus que finablement il ne
   fuissent rataint, et pris à tout leur batiel, et ramenet
   en le ville de Bristo, et livrés à ma dame la royne et             10
   à son fil comme prisonniers, qui moult en eurent
   grant [joye][8], et ossi eurent tout li aultre, et à bonne
   cause, car il avoient acomplit et achievet leur desir,
   à l'ayde de Dieu, tout à leur plaisir.

  [8] Ms. de Gaignières, fo 8.--Ms. 6477, fo 12 (lacune).


   § 16. Ensi reconquist la ditte royne tout le royaume               15
   d'Engleterre pour son ainsné fil, sour le confort et
   conduit de monsigneur Jehan de Haynau et de se
   compagnie. Par quoi ilz et tout si compagnon, qui
   en ce voiage furent avoech lui, furent tous tenus
   pour preus, par le raison de le haute emprise que                  20
   fait avoient. Car il ne furent tout comptet, quant il
   entrèrent en mer à Dourdresch, si com vous avés oy,
   que trois cens armeures de fier, qui fisent si hardie
   entrepresure, pour l'amour de le ditte royne, comme
   d'entrer en naves et passer mer à si peu de gens,                  25
   pour conquerre tel royaume comme est Engleterre,
   maugré le propre roy et tous ses aidans.


   § 17. Ensi com vous avés oy, fu celle haute et hardie
   emprise achievée; et reconquist ma dame la royne
   Ysabiel tout son estat, par le confort et conduit del
   gentil chevalier monsigneur Jehan de Haynau et de
   ses compagnons, et mist à destruction ses ennemis.
   Et fu pris li rois meismes par tèle mescheance et                   5
   fortune que vous poés entendre. Dont tous li pays
   communalment eut grant joie, hors mis aucuns qui
   estoient de le faveur le dit monsigneur Huon le Despensier.
   Quant li rois et li dis messires Hues li
   Despensiers furent amené à Bristo par le dessus dit                10
   monsigneur Henri de Byaumont, li rois fu envoiiés,
   par le conseil de tous les barons et les chevaliers,
   ens ou fort chastiel de Bercler, seant sus le grosse
   rivière de Saverne, et recommendés au signeur dou
   dit chastiel de Bercler que il en fesist bonne garde;              15
   et il dist que ossi feroit il; et fu ordonné à lui servir
   et garder bien et honnestement, et gens d'estat
   entours lui, qui bien savoient que on en devoit faire,
   mais point ne le devoient laissier partir dou pourpris.
   Ensi fu il enjoint et commandé. Et li dis messires                 20
   Hues fu tantost livrés à monsigneur Thumas
   Wage, mareschal de l'host.

   Apriès çou, se partirent la royne et toute son host
   pour venir droit à Londres, qui est li chiés d'Engleterre,
   et se misent au chemin. Li dis messires Thumas                     25
   Wage fist bien et fort loiier monsigneur Huon
   le Despensier sour le plus petit magre et chetif cheval
   qu'il pot trouver, et li fist faire à viestir un tabar
   et afubler par dessus son abit le dit tabar, semet
   de telz armeures qu'il soloit porter, et le faisoit ensi           30
   mener par derision apriès le route et le conroi le
   royne, par toutes les villes où il devoient passer, à
   trompes, à trompètes et flahutes, pour lui faire plus
   grant despit, tant qu'il vinrent à Harfort, une bonne
   cité. Là fu la royne moult reveramment recheue et
   à grant solennité, et toute li compagnie ossi. Et tint
   là sa feste de le Toussains moult grande et moult                   5
   bien estoffé[e], pour l'amour de son fil et des signeurs
   estragniers qui estoient avoecques lui.


   § 18. Quant li feste fu passée, li dis messires Hues
   qui point n'estoit amés, là endroit fu amenés par devant
   le royne et tous les barons et chevaliers, qui là                  10
   estoient assamblet. Là li furent recordet tout si fet
   par escript, que onques ne dist riens à l'encontre: si
   ques là endroit il fu jugiés, par plainne sieute, de
   tous les barons et chevaliers, à mort, et à justicier,
   en tel manière com vous orés. Premierement, il fu                  15
   traynés sour un bahut, à trompes et à trompètes, par
   toute la ville de Harfort, de rue en rue. Et puis fu
   amenés en une grant place, en le ville, là où tous li
   peuples estoit assamblés. Là endroit fu il loiiés haut
   sus une eschielle, si ques çascuns, petis et grans, le             20
   pooient veoir. Et avoit on fait en le ditte place un
   grant feu. Quant il fut ensi loiiés, on li copa tout
   premiers le vit et les coulles, par tant qu'il estoit
   herites et sodomites, ensi que on disoit meismement
   del roy. Et pour ce avoit decaciet li rois la royne                25
   ensus de lui et par son enhort. Quant li vis et les
   coulles li furent coppées, on les getta ou feu, et furent
   arses. Apriès, on li fendi le ventre, et li osta on
   tout le coer et le coraille, et le getta on ou feu pour
   ardoir, par tant qu'il estoit faulz de coer et traittes,           30
   et que, par son traitte conseil et enhort, li rois avoit
   honni son royaume et mis à meschief, et avoit fait
   decoler les plus grans barons d'Engleterre, par les
   quels li royaumes devoit estre soustenus et deffendus.
   Et avoech ce il avoit si enhortet le roy qu'il ne pooit
   ou ne voloit veoir la royne sa femme, ne son ainsnet                5
   fil, qui devoit estre leurs sires; ains les avoit decaciés,
   par doubtance de leurs corps, hors dou
   royaume. Apriès, quant li dis messires Hues fu ensi
   atournés, comme dit est, on li coppa le teste, et fu
   envoiie en le chité de Londres; et puis fu il decopés              10
   en quatre quartiers. Et furent tantost envoiiet as quatre
   milleurs cités d'Engleterre apriès Londres.


   § 19. Apriès ceste justice faite, si com vous avés oy,
   la royne et tout li signeur, et grant fuison dou commun
   dou pays, se misent au chemin vers Londres, et                     15
   fisent tant par leurs petites journées qu'il y parvinrent
   à grant compagnie. Et issirent communement
   tout cil de Londres, grans et petis, encontre le royne
   et son ainsnet fil, qui devoit estre leurs drois sires,
   et lor fisent grant feste et grant reverense, et à toute           20
   leur compagnie ossi. Et donnèrent cil de Londres
   grans dons à le ditte royne, et à ceulz là où il leur
   sambloit mieus emploiiet.

   Quant il furent ensi receu et si grandement festiiet,
   si que dit est, et il eurent là sejourné environ                   25
   quinze jours, li compagnon qui passet estoient avoech
   monsigneur Jehan de Haynau, eurent grant talent de
   retourner cescuns en se contrée, car il leur sambloit
   qu'il avoient bien fait le besongne et acquis grant
   honneur, si qu'il avoient. Si prisent congiet à ma                 30
   dame la royne et as signeurs dou pays. Ma dame la
   royne et li signeur leur priièrent assés de demorer
   encores un petit de tamps, pour veoir que on vorroit
   faire dou roy, qui en prison estoit, ensi que oy
   avés; mais il avoient si grant desir de retourner cescuns
   en se maison que priière n'i valu riens. Quant                      5
   la royne et ses consaulz veirent chou, il priièrent de
   coste à monsigneur Jehan de Haynau qu'il vosist
   encores demorer jusques apriès le Noel, et qu'il detenist
   de ses compagnons avoech lui ceulz qu'il en
   poroit detenir. Li gentils chevaliers ne volt mies                 10
   laissier à parfaire sen service, et otria courtoisement
   le demorer jusques à le volenté de ma dame le royne.
   Si detint de ses compagnons ce qu'il en peut detenir;
   mais petit fu, car li aultre ne vorrent nullement
   demorer, dont il fu moult courouciés. Toutes fois,                 15
   quant la royne et ses consaulz veirent que cil compagnon
   ne voloient demorer pour nulle priière, il
   leur fisent toute l'onneur et le reverense qu'il peurent.
   Et leur fist la royne donner grant argent pour
   leurs frès et pour leur service, et grans joiaus, et               20
   cescun selonch son estat, si grandement que tout
   s'en tinrent à bien content. Et avoech ce elle leur
   fist rendre l'estimation de leurs chevaus qu'il vorrent
   laissier, si haut que cescuns voloit estimer les
   siens, sans debat et sans dire ne trop ne peu. Et                  25
   tout furent paiiet en deniers appareilliés.

   Si demora messires Jehans de Haynau, à le priière
   de le royne, à petite maisnie et à peu de compagnons,
   entre les Englès qui li faisoient toutdis toute
   l'onneur et le compagnie qu'il pooient. Ossi faisoient             30
   les dames dou pays, dont il y avoit grant fuison,
   contesses et autres grandes et gentilz dames et pucelles,
   qui venues estoient compagnier ma dame la
   royne, et venoient de jour en jour, car il leur sambloit
   que li gentilz chevaliers l'euist bien deservi, si
   com il avoit.


   § 20. Apriès ce que li plus des compagnons de Haynau                5
   se furent parti et li sires de Byaumont demorés,
   la royne d'Engleterre donna congiet as gens de son
   pays, que çascuns s'en ralast à se maison et en ses
   besongnes, hors mis aucuns barons et chevaliers que
   elle detint pour lui consillier; et lor commanda que               10
   tout revenissent à Londres, au jour dou Noel, à une
   grant court que elle voloit tenir. Et tout cil qui se
   partirent li eurent en couvent, et encores pluiseur
   autre à qui la feste fu mandée. Quant ce vint au
   Noel, elle tint une grant court, ensi que elle l'avoit             15
   dit. Et y vinrent tout li conte, baron et chevalier et
   tout li noble d'Engleterre, et li prelat et li consaulz
   des bonnes villes. A ceste feste et à ceste assamblée
   fu ordonné, par tant que li pays ne pooit longement
   demorer sans signeur, que on metteroit en escript                  20
   tous les fais et les oevres, que li rois qui en prison
   estoit avoit fait par mauvais conseil, et tous ses usages
   et ses mauvais maintiens, et comment il avoit
   gouvrenet son pays, par quoi on le peuist lire, en
   plain palais, par devant tout le pays, et que li sage              25
   dou pays peuissent sur ce prendre bon avis et acord
   comment et par cui li pays seroit gouvrenés de donc
   en avant. Ensi que ordonné fu, il fu fait. Et quant
   tout li cas et li fait, que li rois avoit fais et consentis
   à faire, et tout si maintien et si usage furent leu                30
   et bien entendu, li baron et li chevalier et tous li
   consaulz dou pays se trairent ensamble à conseil. Et
   se acordèrent li plus sainne partie, et meismement li
   grant baron et li noble avoech les consaulz des bonnes
   villes, selonch ce que il avoient là oy lire, et
   qu'il en savoient le plus grant partie de ces fais et               5
   de ces maintiens, de certain et par pure verité. Et
   dirent que telz hons n'estoit mies dignes de jamais
   porter couronne, ne d'avoir nom de roy. Mais il s'acordèrent
   à che que ses ainnés filz, qui estoit ses
   drois hoirs, fust couronnés et tantost ou lieu dou                 10
   père, mais que il presist bon conseil et sage entours
   lui et feable, par quoi li royaumes et li pays fust, de
   donc en avant, mieus gouvrenés que esté n'avoit; et
   que li pères fust bien gardés et honnestement tenus,
   tant que vivre poroit, selonch son estat.                          15


   § 21. Ensi que acordé fu par les plus haus barons
   et par les consaulz des bonnes villes, fu il fait. Et fu
   adonc couronnés de couronne royal, ens ou palais de
   Wesmoustier, dalés Londres, li jones rois Edowars,
   qui tant fu de puis ewireus et fortunés en armes. Ce               20
   fu l'an de grasce Nostre Signeur mil trois cens vingt
   et sis, le jour dou Noel. Et pooit avoir adonc environ
   seize ans; il les eut à le Conversion saint Pol. Et
   là fu très grandement servis et honnourés li gentilz
   chevaliers messires Jehans de Haynau de tous les                   25
   princes et de tous les nobles et non nobles dou pays.
   Et là [lui][9] furent donnet grans joiaus et très rices,
   et à tous les compagnons qui demoret estoient dalés
   lui. Et demora de puis il et si compagnon, en grandes
   festes et en grans solas des signeurs et des dames
   qui là estoient, jusques au jour des Trois Rois
   que il oy dire que li rois de Behagne, li contes de
   Haynau, ses frères, et grant plenté de signeurs de
   France se ordonnoient, pour estre à Condet sour Escaut,             5
   à un tournoi qui là estoit criés.

  [9] Ms. de Gaignières, fo 9.--Ms. 6477, fo 14 (lacune).

   Adonc ne volt messires Jehans de Haynau plus
   demorer, pour priière que on li peuist faire, pour le
   grant desir qu'il avoit de venir à ce tournoi, et de
   veir son gentil frère, le conte de Haynau, et les aultres          10
   signeurs qui là devoient estre, et especialment
   le plus noble et le plus gentil roy en larghèce qui
   regnast à ce temps, le gentil roy Charlon de Behagne.
   Quant li jones rois Edowars, ma dame la royne
   sa mère et li baron, qui là estoient, veirent que il ne            15
   voloit plus demorer, et que priière ne pooit valoir,
   il li donnèrent congiet moult à envis. Se li donna li
   jones rois, par le conseil de ma dame sa mère, quatre
   cens mars d'estrelins, un estrelin pour un denir,
   de rente, hyretablement, à tenir de lui en fief, et à              20
   paiier çascun an en le ville de Bruges. Et donna encores
   à Phelippe de Castiaus, son mestre escuier et
   son souverain consilleur, cent mars de rente à l'estrelin,
   et ensi à paiier d'an en an que dit est. Et li
   fist avoech ce delivrer grant somme d'estrelins, pour              25
   paiier les frès de lui et de toute se compagnie, pour
   revenir en leur pays. Et le fist conduire, à grant
   compagnie de chevaliers, jusques à Douvres; et li fist
   apparillier et delivrer tout son passage. Et les dames
   meismes, la contesse de Garanes, qui estoit suer au                30
   conte de Bar, et aucunes des aultres dames li donnèrent
   grant fuison de biaus jeuiaus et riches au departir.

   Quant li dis messires Jehans de Haynau et se compagnie
   furent venu à Douvres, il montèrent tantost
   en naves pour passer oultre, pour le desir qu'il
   avoient de venir à temps et à point à ce tournoy,
   qui devoit estre à Condet. Et en mena avoech lui                    5
   quinze jones et preus chevaliers d'Engleterre, pour
   estre à ce tournoy avoech lui, et pour yaus acointier
   as signeurs et as compagnons qui là devoient estre.
   Si leur fist toute l'onneur et le compagnie qu'il peut,
   et tourniièrent deus fois celle saison à Condet, puis              10
   qu'il furent venu. Or, me voel taire de monsigneur
   Jehan de Haynau jusques à tant que poins sera, et
   revenrai au jone roy Edouwart d'Engleterre.


   § 22. Apriès chou que messires Jehans de Haynau se
   fu partis dou jone roi et de ma dame sa mère, li dis               15
   rois et la royne gouvrenèrent le pays par le conseil
   dou conte de Kent, oncle au dit roy, et par le conseil
   ossi monsigneur Rogier de Mortemer, qui tenoit
   grant terre en Engleterre bien siept mille livrées de
   revenue, un estrelin pour un denir. Et avoient                     20
   tout doi esté bani et escaciet hors d'Engleterre avoec
   le royne et le dit roy, si com avés oy. Et usèrent
   ossi assés par le conseil de monsigneur Thumas
   Wage, et [par le conseil de plusieurs autres][10] que on
   tenoit les plus sages dou royaume, comment que
   aucun aultre en euissent envie. Car on dist ensi que               25
   envie ne poet morir en Engleterre. Ossi règne elle et
   voet regner en pluiseurs aultres pays. Ensi passa li
   yviers et li quaresmes jusques à Pasques. Et furent li
   rois, ma dame se mère et li pays tous en pais, che
   terme.

  [10] Ms. de Gaignières, fo 9 vo.--Ms. 6477, fo 15 (lacune).

   Avint que li rois Robers d'Escoce, qui avoit esté
   moult preus, et qui moult avoit souffert contre les
   Englès, et moult de fois avoit esté decaciés et desconfis           5
   au tamps le bon roy Edowart, tayon à ce jone
   roy Edowart, estoit devenus moult vieux et malades
   de le grosse maladie, ce disoit on. Quant il sceut les
   avenues d'Engleterre, comment li rois avoit esté pris
   et desposés de se couronne, et ses consaulz justiciés              10
   et mis à destruction, si com vous avés oy, il se
   pourpensa qu'il deffieroit ce jone roi; car, par tant
   qu'il estoit jones et que li baron del royaume n'estoient
   mies bien d'acord, si com il cuidoit, et que
   on li avoit fait entendant par aventure de par aucuns              15
   des ennemis et dou linage les Despensiers, il
   poroit bien faire se besongne et conquerre partie
   d'Engleterre. Ensi qu'il le pensa, il le fist; et, environ
   Pasques, l'an mil trois cens vingt et sept, fist il
   deffiier le jone roy Edouwart et tout le pays, et leur             20
   manda qu'il enteroit ens ou pays et gasteroit et arderoit
   ossi avant qu'il avoit fait autre fois, dou tamps
   que li desconfiture fu au chastiel de Struvelin, où li
   Englès rechurent si grant damage.


   § 23. Quant li jones rois se senti deffiiés et ses consaulz        25
   ossi, il le fisent savoir par tout le royaume et
   commander que tout noble et non noble fuissent apparellié
   cescuns selonch son estat, et venist çascuns
   à tout son pooir au jour de l'Ascension apriès ensiewant
   à Evruich, une bonne cité qui siet ou north.                       30
   Et envoia devant grant fuison de gens d'armes pour
   garder les frontières par devers Escoce. Et puis envoia
   grans messages par devers monsigneur Jehan de
   Haynau, en priant moult affectueusement qu'il le
   vosist venir secourir et tenir compagnie à ce besoing,
   et que il vosist estre dalés lui à Evruich, au jour de              5
   l'Ascension, à tout tel compagnie qu'il poroit avoir
   de gens d'armes. Quant li sires de Byaumont oy che
   mandement, il envoia ses lettres et ses messages par
   tout là où il cuidoit recouvrer de bons compagnons,
   en Flandres, en Haynau, en Braibant et en Hasbaing;                10
   et leur prioit, si acertes qu'il pooit, que cescuns le
   vosist siewir, au mieus montés et apparilliés qu'il
   poroit, devers Wissant, pour passer oultre en Engleterre.
   Cescuns le sievi volentiers selonc son pooir,
   chil qui furent mandet et moult d'aultre qui ne furent             15
   point mandet, pour tant que cescuns cuidoit
   raporter otant d'argent que li aultre avoient raportet,
   qui avoient estet en l'autre chevaucie en Engleterre
   avoech lui: si ques, avant que li sires de Byaumont
   venist à Wissant, il eut assés plus de gens qu'il ne               20
   cuidoit avoir, mais tous les rechut liement et leur
   fist grant chière.

   Quant il et se compagnie furent venu à Wissant,
   il trouvèrent les naves et les vaissiaus tous prés que
   on leur avoit amenet d'Engleterre, et misent ens au                25
   plus tost qu'il peurent chevaus et harnas, et passèrent
   oultre et vinrent à Douvres. Et ne cessèrent de
   chevaucier ne d'errer de jour en jour tant qu'il vinrent,
   à trois jours priès de le Pentecouste, à le bonne
   cité de Evruich, là où li rois et ma dame sa mère                  30
   estoient et grant plenté de grans barons, pour le
   jone roy consillier et compagnier. Et attendoient là
   endroit la venue de monsigneur Jehan de Haynau et
   de se compagnie. Et ossi attendoient il que toutes les
   gens d'armes, li arcier et les communes gens des
   bonnes villes et des villiaus fuissent oultre passet. Et
   ensi qu'il venoient par grans routes, on les faisoit                5
   logier ès villages, à deus liewes priès ou trois de
   Evruich, et là environ sus le plat pays, et les faisoit
   on oultre passer par devers les frontières.


   § 24. Droit à ce point, vint à Evruich messires Jehans
   de Haynau dessus dis et se compagnie. Si furent                    10
   bien venut et grandement festiiet dou jone roy, de
   ma dame la mère et de tous les barons. Et leur fist on
   livrer le plus biel fourbourch de le cité, pour yaus
   herbergier entirement sans nul entredeus. Et fu delivrée
   à monsigneur Jehan de Haynau une abbeye de                         15
   blans monnes, pour son corps et pour son tinel tenir.

   En le compagnie dou dit chevalier vinrent, dou
   pays de Haynau, li sires d'Enghien qui estoit appellés
   messires Gautiers, li sires d'Antoing, messires
   Henris, li sires de Fagnuelles, messires Fastrés dou               20
   Rues, messires Robers de Bailluel et messires Guillaumes
   de Bailloel, ses frères, li sires de Havrech,
   chastellains de Mons, messires Alars de Brifuel, messires
   Fastrés de Brifuel, messires Mikieus de Ligne, messires
   Jehans de Montegni li jones et ses frères, messires                25
   Sausses de Boussoit, li sires de Gommegnies,
   messires Perchevaus de Semeries, li sires de Floion.

   Dou pays de Flandres y vinrent messires Hectors
   Villains, messires Jehans de Rodes, messires Wauflars
   de Ghistelles, messires Guillaumes de Strates,                     30
   messires Gossuins de Le Muele et pluiseur aultre.

   Dou pays de Braibant y vinrent li sires de Duffle,
   messires Thieris de Wallecourt, messires Rasses de
   Grés, messires Jehans de Casebèke, messires Jehans
   Pili[s]re, messires Gilles de Coterebbe, li troi frère de
   Harlebèke, messires Gautiers de Hoteberge et pluiseur               5
   aultre.

   Des Hesbegnons y vinrent messires Jehans li Biaus
   et messires Henris ses frères, messires Godefrois de
   Le Capelle, messires Hues [d'Ohay][11] et messires Jehans
   de Libines, messires Lambers [d'Oppey][12], messires               10
   Gillebers de Hers.

  [11] Ms. d'Amiens, fo 6 vo.--Ms. 6477, fo 16: «de Hay.»

  [12] Ms. de J. Le Bel, fo 14 vo.--Ms. 6477, fo 16: «dou Pelz.»

   Et si y vinrent aucun chevalier de Cambresis et
   d'Artois de leur volenté, pour leurs corps avancier,
   tant que li dis messires Jehans de Haynau eut bien
   en se compagnie cinq cens armeures de fier, tous                   15
   bien estoffés et bien montés.

   Apriès ens ès festes de le Pentecouste, vinrent
   messires Guillaumes de Jullers, qui puis fu dus de
   Jullers apriès le dechiès de son père, et messires
   Thieris de Heinsberge qui puis fu contes de Los, à                 20
   belle route, et tout pour faire compagnie au gentil
   chevalier dessus dit.


   § 25. Li jones rois d'Engleterre, pour miex festiier
   ces signeurs et toute leur compagnie, tint une grande
   court au jour de le Trinité, à le maison des Frères                25
   Meneurs, là où il et ma dame sa mère estoient herbergiet.
   Et tenoient leur tinel, cescuns par li, c'est à
   savoir li rois de ses chevaliers, et la royne de ses dames,
   dont elle avoit grant fuison en se compagnie.
   A celle court, eut bien li rois six cens chevaliers,
   seans en salle et en l'enclostre. Et y eut à ce jour
   fais quinze nouviaus chevaliers. Et ma dame la
   royne tint sa court ou dortoir; et eut bien seans à                 5
   table soixante dames que elle avoit priies et mandées,
   pour miex festiier le dit monsigneur Jehan de
   Haynau et ces aultres signeurs. Là peut on veoir
   grant noblèce de bien servir de grant plenté de mès
   et d'entremès estragnes et si desghisés, que on ne                 10
   les poroit deviser. Là peut on veoir dames noblement
   parées et richement achemées, qui euist loisir.

   Mais adonc ne peut on avoir loisir ne lieu de
   danser, ne de plus festiier. Car, tantost apriès disner,
   uns grans hustins commença entre les Haynuiers                     15
   garçons et les arciers d'Engleterre, qui entre
   yaus estoient herbegiet, en l'ocquison dou jeu de
   dés, de quoi grans mauls vint, si com vous orés.
   Car ensi que cil garçon se combatoient à aucuns de
   ces Englès, tout li aultre arcier qui estoient en le               20
   ville, et cil qui s'estoient herbegiet en celi fourbourch
   entre les Haynuiers, furent tantost ensamble
   à tous leurs ars apparilliés, et se boutèrent ou hahai,
   et navrèrent à ce commencement tout plain des garçons
   des Haynuiers: si les couvint retraire en leurs                    25
   hostelz. Li plus des chevaliers et de leurs mestres
   estoient encores à court, qui de ce ne savoient riens.
   Et tantost qu'il oïrent nouvelles de ce hustin, il se
   traisent au plus tost qu'il peurent, cescuns vers son
   hostel, qui peut ens entrer. Et qui n'i peut entrer,               30
   il le couvint demorer dehors en grant peril. Car cil
   archier, qui estoient bien doi mille, avoient le dyable
   ou corps et trai[oi]ent[13] despersement, pour tous
   tuer, signeurs et varlès.

  [13] Ms. 6477, fo 16 vo: «traient.»

   Et veult on dire et supposer que c'estoit tous fais,
   avisés et pourparlés de aucuns des amis les Despensiers
   et le conte d'Arondiel, qui avoient esté mis à                      5
   fin par monsigneur Jehan de Haynau, si com vous
   avés chi dessus oy recorder. Si s'en voloient contrevengier
   as Haynuiers, et meismement à monsigneur
   Jehan de Haynau, se il peuissent; et bien s'en
   misent en painne, si com vous orés. Car encores li                 10
   Englès et les Englesses, de qui li hostel estoient,
   clooient et baroient leurs huis et leurs fenestres au
   devant des Haynuiers, et ne les laissoient ens rentrer.
   Toutes fois, il en y eut aucuns qui y rentrèrent
   par derrière leurs hosteulz, et s'armèrent moult                   15
   vistement. Quant il furent armet, il n'osèrent issir
   hors par devant pour les saiettes; ains issirent hors
   par derrière, par les courtilz, et rompirent les enclos
   et les paufis. Et attendirent li uns l'autre, en une
   place qui là estoit, tant qu'il furent bien cent ou                20
   plus, tout armet, et bien otant tous desarmet, qui
   ne pooient rentrer en leurs hostelz.

   Quant cil armé furent ensi assamblé, il se hastèrent
   pour secourre les aultres compagnons, qui deffendoient
   leur hostelz en le grande rue, au mieus                            25
   qu'il pooient. Et passèrent cil armet parmi l'ostel
   au signeur d'Enghien, qui avoit grandes portes derrière
   et devant sour le grande rue, et se ferirent
   estoutement en ces archiers. Dou trait y eut fuison
   des Haynuiers navrés et blechiés. Et là furent bon                 30
   chevalier messires Fastrés dou Rues, messires Perchevaus
   de Semeries et messires Sauses de Boussoit.
   Car cil troi chevalier ne peurent onques rentrer
   en leurs hostelz pour yaus armer; mais il y
   fisent otant d'armes que tel [qui][14] estoient armet. Et           5
   tenoient grans lons leviers et gros de kesne, qu'il
   avoient pris en le maison d'un carlier. Et donnoient
   les horions si grans que nulz ne les osoit approcier,
   et en abatirent plus de soixante ce jour, si com on
   dist. Finablement, li arcier qui là estoient furent                10
   desconfi. Et en y eut bien mors, en le place que as
   camps, trois cens ou environ, qui tout estoient de
   l'eveskiet de Lincolle.

  [14] Ms. de Gaignières, fo 11.--Ms. 6477, fo 17 (lacune).

   Si croi que Diex ne envoia onques si grant fortune
   à nulle gent, qu'il fist à monsigneur Jehan de                     15
   Haynau et à se compagnie. Car ces gens ne tendoient
   fors toutdis à yaulz mourdrir et desrober,
   comment qu'il fuissent là venu pour la besongne le
   roy; ne onques gens ne furent ne ne demorèrent en
   si grant peril ne en tel angousse, ne paour de mort                20
   qu'il fisent, le terme qu'il sejournèrent à Evruich.
   Et encores ne furent il onques bien aseur, jusques à
   tant qu'il se trouvèrent à Wissant. Car il escheirent,
   pour ce fait, en si grant hayne et malinvolence de
   tout le remanant des arciers, qu'i[l] les haioient plus            25
   assés que les Escos, qui tous les jours leur ardoient
   leur pays! Et disoient bien li aucun chevalier et baron
   d'Engleterre as signeurs de Haynau, qui point
   ne les haioient, pour yaus aviser et mieus garder,
   que chil maleoit arcier et aultre commun d'Engleterre              30
   estoient cueilliet et alloiiet plus de six mil ensamble,
   et maneçoient les Haynuiers que d'yaus venir
   tous ardoir et occire en leurs hosteulz, de nuit ou
   de jour; et ne trouveroient personne de par le roy
   ne des barons, qui les osast aidier ne souscourre.                  5
   Dont, se il estoient en grant mesaise de coer et en
   grant hideur, quant il ooient ces nouvelles, ce ne
   fait point à demander. Ne ilz ne savoient que penser,
   ne que aviser que il peuissent faire selonc ces
   nouvelles; ne il n'avoient esperance nulle de retourner            10
   en leur pays, ne il n'osoient eslongier le roy ne
   les haus barons; et si ne pooient sentir nul confort,
   pour yaus aidier ne garantir. Si n'avoient aultre entente,
   fors que d'yaus bien vendre et leurs corps
   deffendre, et cescuns aidier li uns l'autre.                       15

   Si fisent li chevalier de Haynau et leurs consaulz
   pluiseurs bonnes ordenances, par grant avis, pour
   yaus mix garder et deffendre, par les quèles il couvenoit
   toutdis jesir par nuit armés, et par nuit gettier
   par connestablies les camps et les chemins d'entours               20
   le ville et les fourbours, et envoiier aucunes
   escoutes demi liewe ensus de le ville, pour escouter
   se ces gens venroient, ensi que enfourmet estoient
   et que on leur raportoit. Et leur disoient çascun
   jour gens creable, chevalier et escuier, qui bien le               25
   cuidoient savoir. Par quoi, si ces escoutes oïssent
   gens esmouvoir pour traire par devers le ville, il se
   devoient retraire viers chiaus qui gardoient les
   camps, pour yaus manthe[n]ir[15] et aviser, par quoi il
   fuissent plus tost montet et apparilliet et venu ensamble,
   cescuns à se banière, en une place qui pour
   ce faire estoit avisée.

  [15] La leçon du ms. 6477, qui semble mauvaise, est: _manchevir_
  ou _manthevir_.--Ms. de Gaignières, fo 11: «pour leur _garder_ et
  adviser.»


   § 26. En celle tribulation, demorèrent il en ces fourbours,
   par l'espasse de quatre sepmainnes, que tous                        5
   les jours on leur raportoit telz nouvelles ou pieurs
   assés, et telz fois pires un jour que l'autre. Et en
   veirent pluiseurs apparans, qui durement les esbahissoit.
   Car, au voir dire, il n'estoient que une puignie
   de gens ens, ou regard de le communauté                            10
   d'Engleterre qui là estoit assamblée. Ne il n'osoient
   eslongier leurs hosteulz ne leurs armeures, ne entrer
   en le cité, hors mis les signeurs qui aloient veoir le
   roy et le royne et leur conseil, pour festiier et pour
   aprendre des nouvelles, ne com longement on les                    15
   tenroit en cel estat ne en celle angousse.

   Et, se li meschief de le mesaventure et li perilz ne
   fust, il sejournoient assés aisiement. Car li cités et li
   pays d'entours yaus estoit si plentiveus que, dedens
   plus de six sepmainnes, que li rois et tout li signeur             20
   d'Engleterre et li estragnier et leur gens, dont
   il y avoit plus de soixante mille hommes, sejournèrent
   là, onques ne renchierirent li vivre, que on
   n'euist la denrée pour un denir, ossi bien que on
   [avoit][16] en avant qu'il y venissent, bons vins de               25
   Gascongne, d'Aussay et de Rin, à très bon marchiet,
   poullalle et toutes manières de aultres vivres ensi.
   Et leur amenoit on devant leurs hostelz le fain, l'avainne
   et le litière, dont il estoient bien servi, et à
   bon marchiet.                                                      30

  [16] Ms. de Gaignières, fo 11 vo.--Ms. 6477, fo 18: «n'avoit.»


   § 27. Quant il eurent là sejourné par l'espasse de
   trois sepmaines après le bataille, on leur fist à savoir
   de par le roy et les mareschaus que cescuns se pourveist,
   dedens celle aultre sepmainne, de charètes et
   de tentes pour gesir as camps, et de tous aultres                   5
   hostilz necessaires, pour aler oultre par devers Escoce,
   car li rois ne voloit là plus sejourner. Adonc se pourvei
   cescuns, au mieulz qu'il peut, selonch son estat.
   Quant on fu apparilliet, li rois et tout si baron se
   traisent hors, et alèrent logier six liewes en sus de le           10
   ditte cité. Et messires Jehans de Haynau et se compagnie
   furent logiet toutdis au plus près del roy
   pour honneur, et par tant aussi que on ne voloit
   mies que li archier, qui tant les haioient, euissent
   nul avantage sus yaus. Si sejournèrent li rois et ces              15
   premières routes deus jours, pour attendre les daarrains,
   et pour miex aviser cescun, se il li falloit
   riens.

   Au tierch jour apriès, toute li hos qui estoit là se
   desloga et se traist avant de jour en jour, tant que               20
   on vint oultre le cité de Durem, une grande journée
   à l'entrée d'un pays que on claimme Northombrelande,
   qui est sauvages pays, plains de desiers et de
   grandes montagnes, et durement povres pays de
   toutes coses fors que de bestes. Si keurt parmi une                25
   rivière, plainne de cailliaus et de grosses pières, que
   on nomme Thin. Sus celle rivière, siet d'amont li
   ville et li chastiaus que on claimme Carduel en Galles,
   qui fu jadis au roy Artus, et où il se tenoit moult
   volentiers. Et d'aval la ditte rivière, siet là une bonne          30
   ville, que on claimme le Noef Chastiel sur Thin. Là
   estoit li mareschaus d'Engleterre, à tout grant gent
   d'armes, pour garder le pays contre les Escos, qui
   gisoient as camps pour entrer en Engleterre. Et à
   Carduel gisoient ossi grant fuison de Gallois, dont li
   contes de Herfort et li sires de Montbrai estoient
   conduiseur et gouvreneur, pour deffendre le passage                 5
   de le rivière. Car li Escot ne pooient entrer en Engleterre
   sans passer le ditte rivière.

   Et ne peurent savoir li Englès certainnes nouvelles
   des Escos, jusques adonc que il vinrent à l'entrée de
   ycelui pays. Mès adonc peut on veoir apparamment                   10
   les fumières des hamelés et des villiaus, qu'il ardoient
   en vallées de celui pays. Et avoient passet
   celle rivière si paisievlement que onques cil de Carduel
   ne cil dou Noef Chastiel sur Thin n'en seurent
   nouvelles, ce disoient. Car, entre Carduel et le Noef              15
   Chastiel, poet avoir environ vingt et quatre liewes
   englesces. Mès, pour mieus savoir le manière des
   Escos, je me tairai un petit des Englès, et deviseray
   aucune cose de le manière des Escos, et comment il
   sèvent guerrier.                                                   20


   § 28. Li Escot sont dur et hardit durement, et fort
   travillant en armes et en guerre. Et à ce temps de
   donc il amiroient et prisoient assés petit les Englès, et
   encores font il au temps present. Et quant il voelent
   entrer ou royaume d'Engleterre, il mainnent bien                   25
   leur host vingt ou vingt et quatre liewes loing, que
   de jour que de nuit, de quoi moult de gens se poroient
   esmervillier, qui ne saroient leur coustume.

   Certain est, quant il voelent entrer en Engleterre,
   il sont tout à cheval uns et aultres, fors mis li ribaudaille      30
   qui les sièvent à piet. Assavoir, sont chevalier
   et escuier bien montés sour bons gros roncins, et les
   aultres communes gens del pays tout sour petites
   hagenées. Et si ne mainnent point de charoy, pour
   les diverses montagnes qu'il ont à passer, et parmi
   che pays dessus dit que on claimme Northombrelande.                 5
   Et si ne mainnent nulles pourveances de pain
   ne de vin, car leurs usages est telz en guerres et leur
   sobrietés, qu'il se passent bien assés longement de
   char cuite à moitiet, sans pain, et de boire aigue de
   rivière, sans vin. Et si n'ont que faire de chaudières             10
   ne de chauderons, car il cuisent bien leurs chars ou
   cuir des bestes meismes, quant il les ont escorcies.
   Et si sèvent bien qu'il trouveront bestes à grant fuison
   ou pays là où il voellent aler. Par quoi il n'en
   portent aultre pourveance que cescuns emporte,                     15
   entre le selle et le peniel, une grande plate pière. Et
   se tourse derrière lui unes besaces plainne de farine
   en celle entente que, quant il ont tant mangiet de
   char mal quitte que leur estomach leur samble estre
   wape et afoiblis, il jettent celle plate pière ou feu et           20
   destemprent un petit de leur farine d'yawe. Quant
   leur pière est cauffée, il jettent de ceste clère paste
   sus ceste chaude pière, et en font un petit tourtiel à
   manière de une oublie de beghine, et le menguent
   pour conforter l'estomach. Par ce n'est point de                   25
   merveilles se ilz font plus grandes journées que aultres
   gens, quant tout sont à cheval hors mis le ribaudaille.
   Et si ne mainnent nul charoi ne aultres
   pourveances, fors ce que vous avés oy.

   En tel point estoient il entré en celi pays dessus                 30
   dit. Si le gastoient et ardoient, et trouvoient tant de
   bestes qu'il n'en savoient que faire. Et avoient bien
   trois mille armeures de fier, chevaliers et escuiers,
   montés sus bons roncins et bons coursiers, et vingt
   mille hommes armés à leurs guises, appers et hardis,
   montés sus ces petites hagenées qui ne sont ne loiies
   ne estrillies; ains les envoi-on tantost paistre c'on en            5
   est descendu, en prés, en fries et en bruières. Et si
   avoient deus très bons chapitaines, car li rois Robers
   d'Escoce, qui estoit moult preus, estoit adonc durement
   viex et chargiés de le grosse maladie. Si leur
   avoit donnet à chapitainnes un moult gentil prince                 10
   et vaillant en armes, c'est assavoir le conte de Moret
   qui portoit un escut d'argent à trois orilliers de
   geules, et monsigneur Guillaume de Douglas, que on
   tenoit pour le plus hardi et le plus entreprendant de
   tout les deus pays, et portoit un escut d'asur à un                15
   chief d'argent et trois estoilles de geules dedens l'argent.
   Et estoient cil doi signeur li plus haut baron
   et li plus poissant de tout le royaume d'Escoce, et li
   plus renommé en biaus fais d'armes et en grans
   proèces. Or voel jou revenir à nostre matère.                      20


   § 29. Quant li rois englès et ses gens veirent les fumières
   des Escos, si que dit est par devant, il sceurent
   bien que c'estoient li Escot qui entré estoient en
   leur pays. Si fisent tantost criier as armes, et commander
   que cescuns se deslogast et siewist les banières.                  25
   Ensi fu fait. Et traist cescuns armés sus les
   camps, si que pour tantost combatre. Là endroit furent
   ordonnées trois grosses batailles à piet, et cescune
   bataille avoit deus èles de cinq cens armeures
   de fier qui devoient demorer à cheval. Et saciés que               30
   on disoit que il y avoit bien huit mille armeures de
   fier, chevaliers et escuiers, trente mille hommes armés,
   li moitiés montés sur petites hagenées, et l'autre
   moitiet sergans à piet, envoiiés par election de par
   les bonnes villes à leurs gages, çascune bonne ville
   pour se rate. Et si y avoit bien vingt et quatre mille              5
   arciers à piet, sans le ribaudaille.

   Tout ensi que les batailles furent ordonnées, on
   chevauça tous rengiés apriès les Escos, à l'assent des
   fumières, jusques à basses viespres. Adonc se loga li
   hos en un bois, sus une petite rivière, pour yaus                  10
   aaisier, et pour attendre le charoi et les pourveances.
   Et tout le jour avoient ars li Escot, à cinq liewes
   priès de leur host, et ne les pooient raconsiewir.
   L'endemain, au point dou jour, cescuns fu armés,
   et trairent les banières as camps, cescuns à se bataille           15
   et desous sa banière, si com ordonné estoit.
   Si chevaucièrent les batailles ensi rengies, tout le
   jour, sans desrouter, par montaignes et par vallées;
   ne onques ne peurent approcier les Escos, qui ardoient
   devant yaus, tant y avoit de bois, de marès,                       20
   de desiers sauvages et malaisiés, montaignes et valées.
   Et si n'estoit nuls qui osast, sus le tieste à coper,
   fourpasser ne chevaucier devant les banières,
   fors mis les mareschaus.


   § 30. Quant ce vint apriès nonne sus le viespre, gens,             25
   cheval et charoi, et meismement gens à piet, estoient
   si travilliet que il ne pooient mès avant [aller][17]. Et
   li signeur se perçurent et veirent clerement qu'il se
   travilloient en tel manière pour nient. Et fust encores
   ensi que li Escot les vosissent attendre, si se metteroient
   il bien sour tel montagne, ou sour tel pas,
   qu'il ne se poroient à yaus combatre, sans trop grant
   meschief. Si fu commandé, de par le roy et les mareschaus,
   que on se logast là endroit, cescun ensi                            5
   qu'il estoit, jusques à l'endemain, pour avoir conseil
   comment on se maintenroit. Ensi fu toute li hos logie
   ceste nuit en un bois, sour une petite rivière. Et
   li rois fu logiés en une povre court d'abbeye qui là
   estoit. Ses gens d'armes, uns et aultres, chevaus,                 10
   charoi et li hostes sieuwans furent logiet moult ensus,
   travilliet oultre mesure.

  [17] Ms. de Gaignières, fo 12 vo.--Ms. 6477, fo 19 vo (lacune).

   Quant cescuns eut pris pièce de terre pour logier,
   li signeur se traisent ensamble pour avoir conseil
   comment il se poroient combatre as Escos, selonch                  15
   le pays là où il estoient. Et leur sambla, selonch ce
   qu'il veoient, que li Escot en raloient leur voie en
   leur pays, tout ardant; et que nullement il ne se poroient
   combatre à yaus entre ces montagnes, fors
   que à grant meschief; et si ne les poroient raconsiewir,           20
   mais passer leur couvenoit celle rivière de Thin.
   Et fu là dit en grant conseil que, se on se voloit lever
   devant mienuit, et l'endemain un petit haster,
   on lor torroit le passage de le rivière; et couvenroit
   que il se combatissent à leur meschief, ou il demorroient          25
   tous cois en Engleterre, pris à le trappe.

   A celle entente que dit vous ay, fu adonc ordonnet
   et acordet que cescuns se traisist à se loge, pour
   souper et boire ce qu'il pooit avoir, et desist chescuns
   à ses compagnons que, si tost que on oroit le                      30
   trompète sonner, cescuns mesist ses selles et appareillast
   ses chevaus; et, quant on l'oroit le seconde
   fois, que cescuns s'armast; et à le tierce fois que cescuns
   montast sans atargier et se traisist à se banière,
   et que cescuns presist sans plus un pain et le toursast
   derrière lui à guise de brakenier; et ossi que
   cescuns laissast là endroit tous harnas, tous charois et            5
   toutes pourveances, car on se combateroit l'endemain,
   à quel meschief que ce fust: si aroit on ou
   tout perdut ou tout gaegniet. Ensi que ordonné fu,
   ensi fu fait. Et fu cescuns armés et montés à le droite
   mienuit. Petit y eut de chiaus qui dormirent, comment              10
   que on euist durement travilliet le jour.

   Ançois que les batailles fuissent à leur droit ordonnées
   et assamblées, commença li jours à apparoir.
   Lors commencièrent les banières à chevaucier
   en haste desparsement par bruières, par montagnes,                 15
   par vallées et par rokaille malaisies, sans point de
   plain pays. Et par dessus des montaignes et ou plain
   des vallées estoient crolières et grans marès, et si divers
   passages que merveilles estoit que cescuns n'i
   demoroit. Car cescuns chevauçoit toutdis avant, sans               20
   attendre signeur ne compagnon. Et sachiés que qui
   fust encrolés en ces crolières, il trouvast à malaise
   qui li aidast. Et si y demorèrent grant fuison de banières,
   à tout les chevaus, en pluiseurs lieus, et grant
   fuison de sommiers et de chevaus, qui onques puis                  25
   n'en issirent. Et moult souvent on cria celi jour as
   armes, et disoit on que li premier se combatoient as
   ennemis; si ques cescuns, qui cuidoit que ce fust
   voirs, se hastoit quanqu'il pooit parmi marès, parmi
   pières et cailliaus, et parmi valées et montaignes, le             30
   hyaume apparilliet et l'escut au col, le glave ou l'espée
   ou poing, sans attendre père ne frère ne compagnon.
   Et quant on avoit ensi courut demi liewe ou
   plus, et on venoit au lieu dont chilz hus ou cilz cris
   naissoit, on se trouvoit deceu. Car ce avoient esté
   chierf ou bisses ou ours, ou aultres bestes sauvages,
   de quoi il y avoit grant fuison en ces bos et en ces                5
   bruières et en ce sauvage pays, qui s'esmouvoient et
   fuioient devant ces banières et ces gens à cheval, qui
   ensi chevauçoient, et que onques n'avoient veu.
   Adonc huioit cescuns apriès ces bestes, et on cuidoit
   que ce fust aultre cose.                                           10


   § 31. Ensi chevauça li jones rois englès celi jour et
   tous ses hos parmi ces montagnes et ces desers, sans
   chemin tenir, sans voie et sans sentier, et sans villes
   trouver, fors que par avis, selonch le soleil. Et
   quant ce vint à basses vespres, que on fu venu sus                 15
   celle rivière de Thin, que li Escot avoient passet et
   leur couvenoit rapasser, ce cuidoient et disoient li
   Englès, il s'arrestèrent un petit si travilliet et si fourmenet
   que cescuns poet penser, et puis passèrent
   oultre le ditte rivière à gués, moult à malaise, pour              20
   les grandes pières qui dedens gisent. Et quant il furent
   passet, cescuns s'ala logier selonch celle rivière,
   ensi qu'il pot prendre terre. Mais ançois qu'il euissent
   pris pièce de terre pour logier, solaus commença
   à esconser. Et si y avoit petit de chiaus qui euissent             25
   happes ne cuignies, ne fierement ne estrumens, pour
   logier ne pour coper bois. Et s'en y avoit pluiseurs
   qui avoient perdus leurs compagnons, et ne savoient
   qu'il estoient devenu; dont, s'il estoient mesaisié, ce
   n'est point de merveille. Et meismement les gens de                30
   piet estoient derrière demoret; et si ne savoient en
   quel lieu ne à cui demander leur chemin, dont il
   estoient tout fourmesaisiet. Et disoient cil qui le
   miex cuidoient cognoistre le pays, qu'il avoient cheminé
   celi jour vingt et huit liewes englesses, ensi
   courant com vous avés oy, sans arrester, fors que pour              5
   pissier, ou son cheval recengler. Ensi travilliés hommes
   et chevaus les couvint là le nuit gesir sour celle
   rivière tous armés, cescuns son cheval en sa main
   par le frain, car il ne le savoit à quoi loiier, par defaute
   de jour, et pour deffaute de leur charoi qu'il                     10
   ne peuissent avoir menet parmi tel pays que deviset
   vous ay. Ensi ne mengièrent toute le nuit li cheval,
   ne le jour devant, de avainne nulle ne de fourage.
   Et eulz meismes ne goustèrent, tout le jour ne le
   nuit, que cescun son pain qu'il avoit derrière lui                 15
   tourset, ensi que dit vous ay, qui estoit de le sueur
   dou cheval tous soulliés et ordes; ne il ne burent
   d'autre buvrage que de le rivière qui là couroit, fors
   mis aucuns signeurs qui avoient boutelles, ce leur
   porta grant confort. Et n'eurent toute le nuit ne feu              20
   ne lumière, et ne le savoient de quoi faire, hors mis
   aucuns signeurs qui avoient tortis aportés sus leurs
   sommiers.

   Ensi que vous oés, et à tel meschief, passèrent il
   le nuit, sans oster selles à leurs chevaus, ne yaus                25
   desarmer. Et quant li desirés jour fu venus, en quoi
   il esperoient à avoir aucun confort et aucune adrèce,
   pour yaus et pour leurs chevaus aisier, pour mengier
   et pour logier, ou pour combatre as Escos que
   il desiroient si, pour le desir qu'il avoient de issir             30
   de celle mesaise et povretet là où il estoient; adonc
   commença à plouvoir et pleut toute le journée si
   ouniement et si fort que, anchois nonne passée, la
   rivière sour la quèle il estoient logiet, devint si grande
   que nuls ne pooit envoiier pour veoir ne savoir là
   où il estoient cheu, ne où il poroient recouvrer de
   fourage ne de littière pour leurs chevaus, ne pain,                 5
   ne vin, ne autre cose, pour yaus soustenir. Si les
   couvint juner tout le jour ensi que la nuit, et les
   chevaus mengier terre pour le wason, ou bruière et
   fuelles d'arbres, et coper plançons de bois à leurs
   espées et leurs baselaires, tous ploians, pour leurs               10
   chevaus loiier, et verghes pour faire huttelètes pour
   yaus mucier. Entours nonne, aucun povre dou pays
   furent trouvet. Si leur fu demandé là où il estoient
   cheu et embatu. Chil respondirent qu'il estoient à
   quatorze liewes englesses priès dou Noef Chastiel sur              15
   Thin, à onze liewes priès de Carduel en Galles. Et
   si n'avoit nulle ville plus priès de là, où on peuist
   riens trouver, pour yaus aisier. Tout ce fu nonciet
   au roy et as signeurs. Et envoia cescuns ses messages
   celle part, et ses petis chevaus et ses sommiers, pour             20
   aporter pourveances. Et fist on savoir, de par le roy,
   à la ville dou Noef Chastiel que, qui vorroit gaegnier,
   si amenast pain, vin, avainne et aultres denrées,
   on li paieroit tout sech, et le feroit on conduire
   à sauf conduit jusques à l'ost. Et leur fist on                    25
   savoir que on ne se partiroit de là entour, jusques à
   tant que on saroit que li Escot estoient devenu.


   § 32. A l'endemain, entour heure de nonne, revinrent
   li message que li signeur et li aultre compagnon
   avoient envoiiés as pourveances, et en raportèrent                 30
   che qu'il peurent, pour yaus et leurs mesnies: grandement
   ne fu ce mies. Et avoecques yaus vinrent
   gens pour gaegnier, qui amenoient sous petis chevalés
   et petis mulés, pain mal cuit en paniers, povre
   vin en grans barilz, et aultres denrées à vendre,
   dont moult de gens et grant partie de l'host furent                 5
   durement apaisiés; et ensi de jour en jour, tant qu'il
   sejournèrent là huit jours sour celle rive, entre ces
   montagnes, en attendant çascun jour le sourvenue
   des Escos, qui ossi ne savoient que li Englès estoient
   devenu, non plus que li Englès savoient d'yaus. Ensi               10
   furent il trois jours et trois nuis sans pain, sans
   vin, sans candeilles, sans avainne et sans fourage ne
   aultres pourveances; et apriès, par l'espasse de quatre
   jours, qu'il leur couvenoit acater un pain mal
   quit six estrelins, qui ne deuist valoir qu'un paresis,            15
   et un galon de vin vingt et quatre estrelins, qui n'en
   deuist valoir que six. Encores y avoit on si grant
   rage de famine que li uns le tolloit hors des mains
   de l'autre, dont pluiseur hustin et grant debat vinrent
   des compagnons, des uns as aultres.                                20

   Encores avoech tous ces meschiés, il ne cessa point
   de plouvoir toute celle sepmainne. Par quoi leurs
   selles, peniaus, contreçaingles furent tout pouri, et
   tout li cheval ou li plus grant partie quassés sus les
   dos. Et ne savoient de quoi chiaus ferrer qui estoient             25
   defferret, ne de quoi couvrir, fors que de leurs tournikiaus
   d'armes. Et ossi n'avoient li plus grant partie
   que vestir, ne de quoi couvrir pour plueve, ne
   pour le froit, fors que de leurs auketons et de leurs
   armeures. Et n'avoient de quoi faire feu, fors que de              30
   verde laigne, qui ne poet ardoir fors à grant dur, ne
   durer encontre le plueve.


   § 33. A tel meschief, mesaise et povreté demorèrent
   il entre ces montaignes et le ditte rivière, sans oïr ne
   savoir nouvelles des Escos qu'i[l] cuidoient qu'il
   deuissent par là passer ou assés priès, pour retourner
   en leur pays. De quoi grant murmurations commença                   5
   entre les Englès. Car li aucun voloient amettre
   as autres qui avoient donnet ce conseil de là
   venir en tel point, que il l'avoient fait, pour le roy
   trahir et toutes ses gens: si ques pour çou fu ordonné
   entre les signeurs que on se mouveroit de là,                      10
   et rapasseroit on la ditte rivière sept liewes par deseure,
   là où elle estoit plus aisieule à passer. Et fist
   on criier que cescuns se apparillast, pour deslogier
   l'endemain, et siewist les banières. Et si fist on
   adonc criier que, qui se vorroit tant travillier qu'il             15
   peuist raporter certainnes nouvelles au roy là où on
   poroit trouver les Escos, li premiers qui ce li aporteroit,
   il aroit cent livrées de terre à hiretage à l'estrelin,
   et le feroit li rois chevalier.

   Quant ces nouvelles furent esparses par l'ost, toutes              20
   gens en furent grandement resjoy. Adonc se departirent
   de l'host aucun chevalier et escuier englès
   jusques à quinze ou seize, pour le convoitise de gaegnier
   celle prommesse, et passèrent le rivière en
   grant peril, et montèrent sus les montagnes; et puis               25
   si se departirent li uns chà et li aultres là; et se mist
   cescuns à l'enventure par lui. L'endemain, tous li
   hos se desloga. Et chevaucièrent ce jour assés bellement,
   car li cheval estoient foulet, et mal livret et
   mal fieret, et quoissiet as çaingles et sour le dos. Et            30
   fisent tant qu'il rapassèrent le rivière en grant malaise
   car elle estoit grosse pour le plouviage, par
   quoi il en y eut assés de bagniés et des Englès noiiés.
   Quant tout furent rapasset, il se logièrent là endroit,
   car il trouvèrent fourages ès prés et as camps, pour
   le nuit passer, dalés un petit village que li Escot
   avoient ars à leur passer. Si leur sambla droitement                5
   qu'il fuissent cheu à Paris. L'endemain, il se partirent
   de là et chevaucièrent par montagnes et par
   vallées toute jour jusques priès de nonne que on
   trouva aucuns hamelés ars, et aucunes petites campagnes
   où il y avoit blés et prés; si ques toute li hos                   10
   se loga là endroit celle nuit. Et le tierch jour, chevaucièrent
   il en tel manière, et ne savoient li plus
   où on les menoit, et le quart jour ossi jusques à
   heure de tierce.

   Adonc vint uns escuiers devers le roi et dist:                     15
   «Sire, je vous aporte nouvelles. Li Escot sont à trois
   liewes priès de ci, logiet sus une montagne, et vous
   attendent là; et y ont bien esté ja huit jours; et ne
   savoient nouvelles de vous, non plus que vous ne
   saviés nouvelles de yaus. Che vous fai je ferme et                 20
   vrai. Car je m'embati si priès de yaus, que je fui pris
   et menés en leur host, devant les signeurs, pour prison.
   Si leur di nouvelles de vous, et comment vous
   les queriés, pour combatre à yaus. Et tantost li signeur
   me quittèrent me prison, quand je leur euch                        25
   dit que vous donriés cent livrées de terre à l'estrelin
   à celui qui premiers vous raporteroit certainnes nouvelles
   d'yaus, par tèle condition que je leur creantai
   que je n'aroie repos, jusques à tant que je vous aroie
   dit ces nouvelles. Et dient, ce sachiés, que ossi grant            30
   desir ont il de combatre à vous, que vous avés à
   yaus; et les trouverés là endroit sans faute.»


   § 34. Tantost que li rois entendi ces nouvelles, il fist
   toute l'ost là endroit arrester en uns blés, pour leurs
   chevaus paistre et recengler, d'encoste une blanche
   abbeye, qui estoit toute arse, que on clamoit dou
   temps le roy Artus le Blance Lande. Là endroit, se                  5
   confessa et adreça cescuns à son loyal pooir. Et fist
   là endroit li rois dire grant fuison de messes, pour
   acumeniier chiaus qui devotion en aroient. Et assena
   tantost bien et souffissamment à l'escuier les cent livrées
   de terre que prommis avoit, et le fist chevalier                   10
   par devant tous. Apriès, quant on fu un peu reposé
   et desjuné, on sonna le trompète; cescuns ala monter.
   Et fist on les banières chevaucier, ensi que cis
   nouviaus chevaliers les conduisoit, et toutdis cescune
   bataille par lui, sans desrouter par montagne ne par               15
   vallée, mès toutdis rengies ensi que on pooit, et que
   ordonné estoit. Et tant chevaucièrent en celi manière
   que il vinrent, entours miedi, si priès des Escos que
   il les veirent tout clerement, et li Escot yaus ossi.

   Si tost que li Escot les veirent, il issirent de leurs             20
   logeis tout à piet, et ordonnèrent trois bonnes batailles
   faiticement, sour le devaler de le montagne,
   là où il estoient logiet. Par desous celle montagne,
   couroit une rivière forte et rade, plainne de cailliaus
   et de si grosses pières, que on ne le peuist                       25
   bonnement en haste passer, sans grant meschief,
   maugret yaus. Et encores, plus avant se li Englès
   ewissent le rivière passet, si n'avoit point de place
   entre le rivière et la montagne, là où il peuissent
   avoir rengiet leurs batailles. Et si avoient li Escot              30
   leurs deux premières batailles establi sour deux crupes
   de montagne, c'on entent de roce, là où on ne
   pooit bonnement monter ne ramper pour yaus assallir;
   mès estoient en parti que pour les assallans
   tous confroissier et lapider de pières, s'il fuissent
   passet oultre le rivière; et ne peuissent li Englès nullement
   retourner.                                                          5

   Quant li signeur d'Engleterre veirent le couvenant
   des Escos, il fisent toutes leurs gens traire à piet, et
   oster les esporons, et rengier les trois batailles, ensi
   que ordonné avoient en devant. Là endroit, furent
   fait grant fuison de nouviaus chevaliers. Quant ces                10
   batailles furent rengies et ordonnées, aucun des signeurs
   d'Engleterre amenèrent le jone roy à cheval
   par devant toutes les batailles, pour les gens d'armes
   plus resbaudir. Et prioit moult très gracieusement
   que cescuns se penast de bien faire, et de garder sen              15
   honneur. Et faisoit commander, sus le tieste, que
   nulz ne se mesist par devant les banières des mareschaus,
   ne ne se meuist jusques à tant que on le
   commanderoit. Un petit apriès, on commanda que
   les batailles alaissent avant par devers les ennemis,              20
   tout bellement le pas. Ensi fu fait. Si ala bien cescune
   bataille en cel estat, un grant bonnier de terre
   avant, jusques au devaler de le montaigne sus la
   quèle il estoient. Che fu fait et ordonné pour veoir
   se li ennemi se desrouteroient point, et pour veoir                25
   comment il se maintenroient; mais on ne peut perchevoir
   qu'il se meuissent de riens, et si estoient si
   priès li uns de l'autre que il recognissoient partie de
   leur armoierie.

   Adonc fist on arrester tout quoi, pour avoir aultre                30
   conseil. Et si fist on aucuns compagnons monter sus
   coursiers pour escarmucier à yaus, et pour aviser le
   passage de le rivière, et pour veoir leur couvenant
   de plus priès. Et leur fist on à savoir par hiraus que,
   s'il voloient passer oultre le rivière et venir combatre
   au plain, on se retrairoit arrière, et leur liveroit on
   bonne place, pour le bataille rengier, et tantost ou                5
   à l'endemain au matin; et, se ce ne leur plaisoit,
   qu'il volsissent faire le kas parel. Quant il oïrent ces
   trettiés, il eurent conseil. Yaus consilliet, et tantost
   il respondirent as hiraus là envoiiés, qu'il ne feroient
   ne l'un ne l'autre. Mais li rois et tout si baron                  10
   veoient bien comment il estoient en son royaume, et
   li avoient ars et gasté. S'il l'en anoioit, si le venist
   amender, car là demorroient il, tant qu'il leur plairoit.


   § 35. Quant li consaulz le roy d'Engleterre veirent
   qu'il n'en aroient aultre cose, il fisent criier et                15
   commander que cescuns se logast là endroit où il
   estoit, sans reculer. Ensi se logièrent il celle nuit,
   moult à mesaise, sour dure terre et pières sauvages,
   et toutdis armés. Et à grant meschief li garçon recouvrèrent
   de peulz et de verges pour loiier leurs                            20
   chevaus, ne fourage ne littière, pour yaus aisier, ne
   laigne pour faire feu. Et quant li Escot aperçurent
   que li Englès se logoient en tel manière, il fisent demorer
   aucuns de leurs gens sus les places où il
   avoient establi leurs batailles, puis se retraisent à              25
   leurs logeis, et fisent tantost tant de feus que merveilles
   estoit à regarder. Et fisent entre nuit et jour
   si grant bruit de corner de lors grans cors, tout à
   une fie, et de juper apriès, tout à une vois, qu'il
   sambloit proprement as Englès que tout li dyable                   30
   d'infier fuissent là venu, pour yaus estrangler. Ensi
   furent il logiet celle nuit, qui fu le nuit Saint Pière, à
   l'entrée d'aoust, l'an de grasce mil trois cens vingt et
   sept, jusques à l'endemain que li signeur oïrent messe.

   Quant ce vint le jour Saint Pière que messe fu
   ditte, on fit cescun armer et aler à se banière, et les             5
   batailles rengier, ensi que le jour devant. Quant li
   Escot perchurent chou, il s'en vinrent rengiet, ossi
   bien comme le jour devant. Et demorèrent les deus
   hos tout le jour ensi rengiet, jusques apriès miedi,
   que onques li Escot ne fisent samblant de venir vers               10
   les Englès, et ossi li Englès d'aler vers yaus, car il
   ne les pooient bonnement approcier sans trop grant
   meschief. Pluiseur compagnon englès qui avoient
   chevaus dont il se pooient aidier, passèrent le rivière,
   et aucun à piet, pour escarmucier à yaus. Et                       15
   ossi se desroutèrent aucun Escot, qui couroient et
   racouroient tout escarmuçant li un à l'autre, tant
   qu'il y eut des mors, des navrés et des prisons des
   uns as autres. Ensi que apriès miedi, li signeur
   d'Engleterre fisent à savoir que cescuns se retraisist             20
   à se loge, car bien leur sambloit qu'il estoient là
   pour nient. Si se retraist cescuns à son logeis.

   En cel estat furent il par trois jours, et li Escot
   d'autre part sus leur montagne, sans departir. Toutes
   fois, tous les jours y avoit gens escarmuçans                      25
   d'une part et d'autre, et souvent des mors et des
   pris. Et toutes les viesprées, à le nuit, li Escot faisoient
   par coustume si grans feus, et tant, et faisoient
   si grant bruit de juper et de corner tous à
   une vois, qu'il sambloit proprement as Englès que                  30
   ce fust uns drois infiers, et que tout li dyable fuissent
   là assamblé par droit avis. Li intention des
   signeurs d'Engleterre estoit de tenir ces Escos là endroit
   comme assegiés, puis qu'il ne se pooient bonnement
   à yaus combatre. Et les cuidoient bien
   affamer, car nulle pourveance ne leur pooit venir,
   et si ne se pooient de là partir, si qu'il cuidoient,               5
   pour raler en leur pays. Et si savoient bien li Englès,
   par les prisons qui pris estoient, que li Escot n'avoient
   nulle pourveance de pain, de vin ne de sel.
   Bestes avoient il à grant fuison, qu'il avoient pris
   ens ou pays. Si en pooient mengier en l'ewe et en                  10
   rost à leur plaisir, sans pain et sans sel, à quoi
   il n'acontent nient gramment, mais qu'il ewissent
   un peu de farine dont il usent, ensi que dit vous
   ai par deseure. Et ossi en usent bien aucun Englès,
   quant il sont en leurs chevaucies, et il leur touche.              15

   Or, avint que, le quatrime jour au matin que li
   Englès avoient esté là logiet, il regardèrent par devers
   le montagne, si ne veirent nullui, car li Escot
   s'en estoient partit à le mienuit. Si en eurent li signeur
   grant merveille, et ne pooient apenser qu'il                       20
   estoient devenu. Si envoiièrent tantost gens à cheval
   et à piet par ces montagnes, qui les trouvèrent, entours
   heure de prime, logiés sus une aultre montagne
   plus forte que celle devant n'estoit, sus celle
   rivière meisme. Et estoient logiet en un bois, pour                25
   estre plus repus, et pour plus secretement aler et venir,
   quant il vorroient. Si tost qu'il furent trouvet,
   on fist les Englès deslogier et traire celle part tout
   ordonneement, et logier sus une aultre montagne,
   droit à [l'encontre][18] d'yaus. Et fist on les batailles          30
   rengier, et faire samblant que d'aler vers yaus. Mais
   si tretost qu'il veirent l'ordenance as Englès et yaus
   approcier, il issirent hors de leurs logeis, et s'en vinrent
   rengiet faiticement assés priès de le rivière contre
   yaus, mais onques ne vorrent descendre, ne venir                    5
   vers les Englès. Et li Englès ne pooient aler jusques
   à yaus, qu'il ne fuissent tout mort ou tout perdu davantage,
   ou pris à grant meschief. Si se logièrent là
   endroit encontre yaus. [Et demourarent dix huit jours
   entiers sur celle froide montaigne, et tous les jours              10
   rengé[s] encontre eulx.][19] Si envoioient li signeur d'Engleterre
   bien souvent leurs hiraus par devers yaus
   parlementer, que il vosissent livrer place et pièce de
   terre, ou on leur liveroit; mais onques à nulles de
   ces pareçons il ne se veurent acorder. Si vous di bien             15
   pour verité que li une host et li aultre, en ces sejours,
   eurent moult de mesaises.

  [18] Ms. de Gaignières, fo 15 vo.--Ms. 6477, fo 24 (lacune).

  [19] Mss. de Gaignières et de Mouchy-Noailles, fo 15 vo.


   § 36. Le première nuit que li Englès furent logiet
   sus celle seconde montaigne à l'encontre des Escos,
   messires Guillaumes de Douglas, qui estoit moult                   20
   preus et entreprendans et hardis chevaliers, prist entours
   le mienuit environ deus cens armeures de fier,
   et passa celle rivière bien loing de leur host, par quoi
   on ne s'en perchuist; si feri en l'ost des Englès moult
   vassaument en criant: «Douglas! Douglas! vous y                    25
   morrés tuit, signeur baron englès». Et en tua il et
   se compagnie plus de trois cens, et feri des esporons
   jusques proprement devant le tente le roy, toutdis
   criant et huant: «Douglas! Douglas!» et copa deus
   ou trois des cordes de le tente dou roy, puis s'en
   parti à tant. Bien puet estre qu'il pierdi aucuns de ses
   gens à se retraite, mais ce ne fu mies gramment, et
   retourna arrière devers ses compagnons en le montagne.
                                                                       5
   De puis, n'i eut riens fait, mais toutes les nuis li
   Englès faisoient grans gès et fors, qui se doubtoient
   dou resvillement des Escos. Et avoient gardes et escoutes
   en certains lieus par quoi, se cil sentissent ne
   oïssent riens, il le segnefiassent en l'ost. Et gisoient           10
   priès que tout li signeur en leurs armeures. En cel
   estat furent il vingt et deus jours sus ces deus montagnes,
   li uns devant l'autre. Et tous les jours y avoit
   des escarmuces, et escarmuçoit qui escarmucier voloit.
   Si en y avoit souvent des mors, des pris, des navrés,              15
   des blechiés et des mesaisiés des uns et des aultres.


   § 37. Le daarrain jour des vingt et deus, fu pris uns
   chevaliers d'Escoce à l'escarmuce, qui moult à envis
   voloit dire as signeurs d'Engleterre le couvenant des
   leurs. Se fu il tant enquis et examinés qu'il dist que             20
   leur souverain avoient entre yaus acordé le matin
   que cescuns fust armés au vespre, et que cescuns
   sievist le banière monsigneur Guillaume de Douglas,
   quel part qu'il vorroit aler, et que cescuns le tenist
   en secret; mais li chevaliers ne savoit de certain                 25
   qu'il avoient empenset. Sur çou eurent li signeur
   d'Engleterre conseil ensamble et avisèrent que, selonch
   ces parolles, li Escot poroient bien par nuit
   venir brisier et assallir leur host à deus costés, pour
   yaus mettre en aventure de vivre ou de morir, car                  30
   plus ne pooient endurer leur famine. Si ordonnèrent
   li Englès entre yaus trois batailles, et se rengièrent
   en trois pièces de terre devant leurs logeis, et fisent
   grant fuison de feus, pour veoir plus cler entour
   yaus. Et fisent demorer tous les garçons en leurs logeis,
   pour garder leurs chevaus. Si se tinrent ensi                       5
   celle nuit tout armé, cescuns desous se banière ou
   sen penonciel, si com il estoit ordonnés, pour attendre
   l'aventure. Car il esperoient assés bien, selonch
   les parolles dou chevalier, que li Escot les resvilleroient,
   mès il n'en avoient nul talent; ançois fisent                      10
   par aultre ordenance bien et sagement.

   Quant ce vint sus le point dou jour, doi trompeur
   d'Escoce s'embatirent sus l'un des gés qui gaitoient
   as camps. Si furent pris et amenet devant les signeurs
   dou consel le roy et disent: «Signeur, que                         15
   gettiés vous ci? Vous perdés le temps. Car, sus l'abandon
   de nos tiestes, li Escot en sont ralet très devant
   le mienuit, et sont jà quatre ou cinq liewes
   loing. Et nos emmenèrent avoech yaus bien une
   liewe loing, pour doubtance que nous ne le vous                    20
   noncissions, et puis nous donnèrent congiet de le
   vous venir dire.» Et quant li signeur englès entendirent
   chou, il eurent conseil et veirent bien qu'il
   estoient decheu en leur cuidier. Et disent que li caciers
   apriès les Escos ne leur pooit riens valoir, car                   25
   on ne les poroit raconsiewir. Et encores, pour doubtance
   de decevement, li signeur detinrent les deus
   trompeurs tous quois, et les fisent demorer dalés
   yaus, et ne rompirent point leur ordenance, ne l'establissement
   de leurs batailles, jusques apriès prime.                          30
   Et quant il veirent que c'estoit verités, et que li Escot
   estoient parti, il donnèrent congiet à tout
   homme de retraire à se loge et de lui aisier. Et li
   signeur alèrent à conseil, pour regarder que on feroit.

   Entrues, aucuns des compagnons englès montèrent
   sus leurs chevaus et passèrent le dessus ditte
   rivière en grant peril, et vinrent sus le montaigne                 5
   dont li Escot estoient parti le nuit. Et trouvèrent
   plus de cinq cens grosses bestes grasses tantost mortes,
   que li Escot avoient tuet, pour tant que elles ne
   les peuissent siewir; et si ne les voloient mies vives
   laissier as Englès. Et si trouvèrent plus de trois cens            10
   chaudières, faites de cuir à tout le poil, pendues sus
   le feu, plainnes de char et d'yawe, pour faire boulir,
   et plus de mille hastiers, plains de pièces de char
   pour rostir, et plus de dix mille viés solers usés,
   fais de cuir tout crut à tout le poil, que li Escot                15
   avoient là laissiet. Et trouvèrent cinq povres prisons
   englès, que li Escot avoient loiiet tous nus as arbres
   par despit, et deus qui avoient les gambes brisies.
   Si les desloiièrent et laissièrent aler, et puis revinrent
   en l'ost si à point que cescuns se deslogoit et                    20
   ordonnoit pour raler vers Engleterre, par l'acord
   dou roy et tout son conseil. Si siewirent tout ce jour
   les banières des mareschaus, et vinrent logier de
   haute heure en un biel pré, où il trouvèrent assés à
   fourer pour les chevaus, qui leur vint bien à point.               25
   Car il estoient si faible, si fondut et si affamet, que
   à painnes pooient il avant aler.

   L'endemain, il se deslogièrent et chevaucièrent
   encores plus avant, et s'en vinrent logier de haute
   heure dalés une grande court d'abbeye, à deus                      30
   liewes priès de le cité de Duremmes. Si se loga li
   rois le nuit en celle court, et li hos contreval les
   prés. Si trouvèrent assés à fourer, qui leur vint bien
   à point, herbes, vèches et blés. L'endemain, se reposa
   li hos là endroit tous quois, et li rois et li signeur
   alèrent vers l'eglise de Duremmes. Et adonc
   fist li rois feaulté à l'eglise et à l'evesque, et ossi à le        5
   cité et as bourgois, car faite ne l'avoit encores. En
   celle cité, trouvèrent il leurs charetons et leurs charètes
   et tout leur harnas, que il avoient laiiet trente et
   deus jours en devant en un bois, à mienuit, si com
   il est contenu chi dessus. Et les avoient li bourgois              10
   de le cité de Duremmes, qui trouvet les avoient ens
   ou bois, amenet dedens leur ville à leur coust, et
   fait mettre en wides granges, çascune charette à tout
   son penonciel, pour recognoistre. Si furent moult
   liet tout li signeur, quant il eurent trouvet leurs charètes       15
   et leur harnas, et reposèrent deus jours dedens
   le cité de Durem, et li host tout autour, car mies ne
   se peuist toute logier en le ditte cité. Et fisent leurs
   chevaus referer, et puis se misent à voie devers
   Evruich. Si esploita tant li rois et toute son host,               20
   que dedens trois jours il y vinrent. Et là trouva li
   rois ma dame sa mère qui le reçut à grant joie. Et
   ossi fisent toutes les dames et li bourgois de le ville.

   Là donna li rois congiet à toutes manières de gens
   de raler cescun en son lieu, et remercia grandement                25
   les contes, les barons et les chevaliers, dou service
   qu'i[l] li avoient fait. Et retint encores dalés lui
   monsigneur Jehan de Haynau et toute se route, qui
   furent grandement festiiet de ma dame la royne par
   especial, des signeurs et de toutes les dames. Et relivrèrent      30
   li Haynuier leurs chevaus, qui tout estoient
   effondut et afolet, au conseil dou roy. Et fist cescuns
   somme pour li de ses chevaus, mors et vis, et de
   ses frais. Si en fist li rois sa debte envers le dit
   monsigneur Jehan. Et li dis messires Jehans s'en
   obliga envers tous les compagnons. Car li rois et ses
   consaulz ne peurent si tost recouvrer de tant d'argent              5
   que li cheval montoient; mais on lor en delivra
   assés par raison pour paiier leurs menus frès, et pour
   retourner au pays. Et puissedi, dedens l'anée, furent
   il tout paiiet de ce que li cheval montoient.
   Quant li Haynuier eurent relivré leurs chevaus, il                 10
   rachatèrent cescuns des petites hagenées pour chevaucier
   miex à leur aise, et renvoiièrent leurs garçons
   et leur harnas, sommes et males et bahus, par
   mer, et misent tout en deus nefs que li rois leur fist
   delivrer. Si arrivèrent ces besongnes droit à l'Escluse,           15
   en Flandres. Et il prisent congiet au roy, à ma dame
   se mère, au conte de Kent, au conte Henri de Lancastre
   et as barons, qui grandement les honnourèrent.
   Et les fist li rois acompagnier de douze chevaliers
   et deus cens armeures de fier, pour le                             20
   doubtance des archiers, dont il n'estoient mies bien
   asseguret, car il les couvenoit rapasser parmi leur
   pays, l'evesquié de Lincolle.

   Si se partirent messires Jehans de Haynau et toute
   se route, ou conduit des dessus dis. Et chevaucièrent              25
   tant par leurs journées qu'il vinrent à Douvres.
   Là montèrent il en mer, en nefs et en vaissiaus
   qu'il trouvèrent appareilliés. Et li Englès se partirent
   d'yaus, qui aconvoiiet les avoient, et retournèrent
   cescuns en son lieu. Et li Haynuier arrivèrent à Wissant.          30
   Là se reposèrent il par deus jours, en mettant
   hors leurs chevaus et le demorant de leur harnas.
   Entrues, vinrent messires Jehans de Haynau et aucun
   chevalier en pelerinage à Nostre Dame de Boulongne.
   Depuis s'en retournèrent il en Haynau, et se
   departirent tout li un de l'autre, et se retraist cescuns
   chiés soy. Mès messires Jehans de Haynau s'en                       5
   vint deviers le conte son frère, qui se tenoit à Valenchiènes,
   qui le reçut liement et volentiers, car
   moult l'amoit. Et adonc li recorda li sires de Byaumont
   toutes nouvelles, si avant que il les savoit.


   § 38. Ensi fu celle chevaucie departie, que li rois                10
   Edowars, le premier an de se creation, fist contre
   les Escos, li quèle fu si grande et si dure que vous
   avés oy. Ne demora mies gramment de temps apriès,
   que cilz rois, ma dame se mère, li contes de Kent,
   li contes Henris de Lancastre, messires Rogiers de                 15
   Mortemer et li aultre baron d'Engleterre, qui estoient
   demoret dou conseil le roy, pour lui aidier à conseillier
   et gouvrener, eurent avis et conseil de lui
   marier. Si envoiièrent un evesque, deus chevaliers
   banerès et deus bons clers à monsigneur Jehan de                   20
   Haynau, pour lui priier qu'il vosist aidier et mettre
   conseil à che que li jones rois, leurs sires, fust mariés,
   et qu'il vosist boins moiiens estre, par quoi
   messires, ses frères, li contes de Haynau et de Hollandes,
   li volsist envoiier une de ses filles, car il l'aroit              25
   plus chière que nulle aultre, pour l'amour de
   lui. Li sires de Byaumont festia et honnoura ces
   messagiers et commissaires de par le roy englès,
   quanques il pot, car bien le savoit faire. Quant bien
   festiiés les eut, il les amena à Valenchiènes par devers           30
   son frère, qui moult honnourablement les rechut
   ossi, et les festia si souverainnement bien que
   longe cose seroit à raconter.

   Quant assés festiiet furent, il fisent leur message
   sagement et à point, ensi que chargiet leur estoit.
   Li contes leur respondi moult courtoisement, par le                 5
   conseil de monsigneur Jehan son frère, et de ma
   dame la contesse, mère à la damoiselle, et leur dist[20]
   que moult grans mercis à monsigneur le roy et à
   madame la royne et as signeurs par cui conseil il
   estoient là venu, quant tant leur estoit que de li                 10
   faire tèle honneur, que pour tel cose il avoient si
   souffissans gens à lui envoiiés, et que moult volentiers
   s'acorderoit à leur requeste, se nostres Sains
   Pères, li papes, et Sainte Eglise s'i acordoit.

   Celle response leur souffi assés grandement. Puis                  15
   envoiièrent tantost deus de leurs chevaliers, et deus
   clers de droit, par devers le Saint Père, à Avignon,
   pour impetrer dispensation de celi mariage acordet.
   Car, sans le congiet dou Saint Père, faire ne se poroit,
   pour le linage de France dont il estoient moult                    20
   prochain, si com en tierch degré, car leurs deus
   mères estoient cousines germaines, issues de deus
   frères. Assés tost apriès ce qu'il furent venu à Avignon,
   il eurent faite lor besongne. Car li Sains Pères
   et li collèges s'i consentirent assés benignement,                 25
   pour le haute noblèce dont tout doy estoient issut.

  [20] Ms. de Gaignières, fo 17: «moult grans merciz.»


   § 39. Quant cil message furent revenu de Avignon
   à Valenciènes, à toutes leurs bulles, chilz mariages
   fu tantos otroiiés et affremés d'une part et d'aultre.
   Si fist on le devise pourveir et appareillier de tout ce
   qu'il falloit, si honnourablement que à tèle damoiselle,
   qui devoit estre royne d'Engleterre, affreoit.
   Quant appareillie fu, si com dit est, elle fu espousée
   par le virtu d'une procuration [apparant][21] souffissamment,       5
   qui là fu aportée de par le roy d'Engleterre.
   Et puis si fu mise à le voie pour emmener en
   Engleterre par devers son mari, qui l'attendoit à Londres,
   là où on le devoit couronner. Et monta en mer
   la ditte damoiselle Phelippe de Haynau à Wissant, et               10
   arriva et toute se compagnie à Douvres. Et la conduisi
   jusques à Londres chilz gentils chevaliers messires
   Jehans de Haynau, ses oncles, qui grandement
   fu recheus, honnourés et festiiés dou roy, de ma
   dame la royne se mère, des aultres dames, des barons               15
   et des chevaliers d'Engleterre. Si eut adonc à
   Londres grant feste et grant noblèce des signeurs,
   contes, barons et chevaliers, des hautes dames et des
   nobles pucelles, de riches atours et de riches paremens,
   de jouster et de behourder pour l'amour de                         20
   elles, de danser et de caroler, de grans et biaus mengiers
   çascun jour donner. Et durèrent ces festes par
   l'espasse de trois sepmainnes.

  [21] Ms. de Gaignières et de Mouchy, fo 17.--Ms. 6477, fo 27:
  «aprans.»

   Au chief de ces jours, messires Jehans de Haynau
   prist congiet et s'en parti, o toute se compagnie de               25
   Haynau, bien furnis de biaus jeuiaus et riches, que
   on leur avoit donnés d'un costé et d'autre, en pluiseurs
   lieus. Et demora li jone royne Phelippe, à petite
   compagnie de son pays, fors mis un damoisiel,
   que on clamoit Watelet de Mauni, qui y demora
   pour servir et taillier devant li. Li quelz acquist
   puissedi si grant grasce au roy et à tous les signeurs
   dou pays, qu'il fu del secré conseil le roy, au gret
   de tous les nobles dou pays. Et fist de puis si grandes             5
   proèces de son corps, en tant de lieus, que on
   n'en pooit savoir le nombre, si com vous orés avant
   en l'ystore, se il est qui le vous die. Or nous tairons
   nous de lui à parler, tant qu'à present, et des Englès,
   et retournerons as Escos.                                          10


   § 40. Apriès chou que li Escot se partirent par
   nuit de le montagne, là où li jones rois Edowars et
   li signeur d'Engleterre les avoient assegiés, si com
   vous avés oy, il alèrent vingt et deus liewes de celui
   sauvage pays, sans arrester, et passèrent celle rivière            15
   de Thin assés priès de Cardueil, en Galles. Et à l'endemain,
   il revinrent en leur pays, et se departirent
   par l'ordenance des signeurs, et en rala cescuns en
   se maison. Assés tost apriès, signeur et aucun bon
   preudomme pourcacièrent tant entre le roy d'Engleterre             20
   et son conseil et entre le roy d'Escoce, que une
   triewe fu acordée entre yaus, à durer par l'espasse
   de trois ans.

   Dedens celle triewe, avint que li rois Robers d'Escoce,
   qui moult preus avoit esté, estoit devenus                         25
   viex et foibles, et si cargiés de le grosse maladie, ce
   disoit on, que morir le couvint. Quant il senti et
   cogneut que morir le couvenoit sans retour, il manda
   tous les barons de son royaume ens ès quelz il se
   fioit le plus par devant lui; si leur dist que morir le            30
   couvenoit, si qu'il veoient. Si leur pria moult affectueusement
   et leur carga, sour leur feaulté, que il
   gardaissent feablement son royaume en ayde de David
   son fil; et, quant il seroit venus en eage, qu'il
   obeisissent à lui et le couronnaissent à roy, et le mariassent
   en lieu si souffissant que à lui apertenoit. En                     5
   apriès, il en appella le gentil chevalier monsigneur
   Guillaume de Douglas, et li dist devant tous les aultres:
   «Monsigneur Guillaume, chiers amis, vous savés
   que j'ai eu moult à faire et à souffrir en mon
   temps que j'ai vescu, pour maintenir les drois de                  10
   cesti royaume. Et quant jou euch le plus à faire, je
   fis un veu que je n'ai point acompli, dont moult me
   poise. Je voai que, s'il estoit ensi que jou ewisse ma
   guerre achievée, par quoi je peuisse cesti royaume
   gouvrener en pais, jou iroie aidier à guerriier les                15
   ennemis Nostre Signeur et les contraires de le foy
   crestienne, à mon loyal pooir. A ce point a toutdis
   mon coer tendu, mais Nostres Sires ne l'a mies volu
   consentir. Si m'a donné tant à faire à mon temps, et
   a darrains si entrepris si griefment de si grant maladie           20
   qu'il me couvient morir, si com vous veés. Et
   puis qu'il est ensi que li corps de mi n'i poet aler,
   ne achiever ce que li coers a tant desiré, jou y voel
   envoiier le coer ou lieu del corps, pour mon veu
   achiever. Et pour çou que je ne sçai en tout mon                   25
   royaume nul chevalier plus preu de vostre corps, ne
   miex tailliet de mon veu acomplir en lieu de mi, je
   vous pri, très chiers et très especiaulz amis, tant com
   je puis, que vous cest voiage voelliés entreprendre,
   pour l'amour de mi, et me ame acquitter envers Nostre              30
   Signeur. Car je tieng tant de vostre noblèce et de
   vostre loyauté que, se vous l'entreprendés, vous n'en
   faurrés nullement; et si en morrai plus aise, mais
   que ce soit par tèle manière que je vous dirai. Je
   voel, sitos que je serai trespassés, que vous prendés
   le coer de mon corps et le faites bien embasmer, et
   prendés tant de mon tresor que vous samblera que                    5
   assés en aiiés pour parfurnir tout le voiage, pour
   vous et pour tous chiaus que vous vorrés emmener
   avoech vous; et emportés mon coer avoech vous,
   pour presenter au Saint Sepulcre, là où Nostres Sires
   fu ensepelis, puis que li corps n'i poet aler; et le               10
   faites si grandement, et vous pourveés si souffissamment
   de tèle compagnie et de toutes aultres coses
   que à vostre estat apertient; et que partout là où
   vous venrés, que on sace que vous emportés oultre
   mer, comme messagiers, le coer le roi Robert d'Escoce,             15
   et à son commandement, puis qu'ensi est que
   li corps n'i poet aler.»

   Tout cil qui là estoient prisent à plorer de pité
   moult tenrement. Et quant li dis messires Guillaumes
   peut parler, il respondi et dist: «Gentilz sires,                  20
   cent mille mercis de le grande honneur que vous me
   faites, quant vous si noble et si grant cose et tel tresor
   me chargiés et recommendés. Et je ferai volentiers
   et de cler coer vostre commandement, à men
   loyal pooir, jamais n'en doubtés, comment que je                   25
   ne sui mies dignes ne si souffissans que pour tel cose
   achiever.»--«Ha! gentilz chevaliers, dist adonc li
   rois, grans mercis, mès que vous le me creantés.»--«Certes,
   sires, moult volentiers, dist li chevaliers».
   Lors li creanta tantost, comme loyaus chevaliers.                  30
   Adonc dist li rois: «Or soit Diex graciiés, car je
   morrai plus à pais d'ore en avant, quant je sçai que
   li plus souffissans et li plus preus de mon royaume
   achievera pour mi ce que je ne poi onques achiever».

   Assés tost après, trespassa de cest siècle li preus
   Robers de Brus, rois d'Escoce. Et fu ensevelis si honnourablement   5
   que à lui affrei, selonch l'usage dou
   pays. Et fu li coers ostés et embasmés, ensi que commandé
   l'avoit. Si gist li dessus dis rois en l'abbeye
   de Donfremelin, en Escoce, très reveramment. Et
   trespassa de ce siècle, l'an de grasce Nostre Signeur              10
   mil trois cens vingt et sept, le septime jour de novembre.
   En ce temporal, assés tost apriès, trespassa
   ossi li vaillans contes de Moret, qui estoit li plus
   gentilz et li plus poissans princes d'Escoce, et s'armoit
   d'argent à trois orilliers de geules.                              15


   § 41. Quant li prin tamps vint et li bonne saisons
   pour mouvoir, qui voelt passer oultre mer, messires
   Guillaumes de Douglas se pourvei, ensi qu'à lui apertenoit,
   selonch che que commandé li estoit. Il monta
   sus mer au port de Morois, en Escoce, et s'en vint                 20
   en Flandres droit à l'Escluse, pour oïr nouvelles, et
   pour savoir se nulz par de deça la mer s'apparilloit
   pour aler par devers le Sainte Terre de Jherusalem,
   afin qu'il peuist avoir milleur compagnie. Si sejourna
   bien à l'Escluse par l'espasse de douze jours, ançois              25
   qu'il s'en partesist; mès onques ne volt mettre piet
   à terre, tout le terme des douze jours. Ains demoroit
   toutdis sus se nave, et tenoit toutdis son tinel
   honnourablement, à trompes et à nakaires, comme
   se ce fust li rois d'Escoce. Et avoit en se compagnie              30
   un chevalier banereth, et sis aultres chevaliers des
   plus preus de son pays, sans l'autre mesnie. Et avoit
   tout vaisselement d'or et d'argent, pos, bachins, escuielles,
   hanaps, bouteilles, barilz et aultres si faites
   choses. Et avoit jusques à vingt et sis escuiers, jones
   et gentilz hommes des plus souffissans d'Escoce,                    5
   dont il estoit servis. Et devés savoir que tout cil qui
   le voloient aler veoir, estoient très bien festiiet de
   deus manières de vins, et de deus manières d'espisses,
   mès que ce fuissent gens d'estat.

   Au daarrain, quant il eut sejourné là endroit, à                   10
   l'Escluse, par l'espasse de douze jours, il entendi que
   li rois Alphons d'Espagne guerrioit au roi de Grenate,
   qui estoit Sarrasins. Si s'avisa qu'il iroit celle
   part, pour miex emploiier son temps et son voiage.
   Et quant il aroit là faite sa besongne, il iroit oultre            15
   pour parfaire et achiever ce que cargiet et commandet
   li estoit. Si se parti ensi de l'Escluse, et s'en ala
   droit par devers Espagne, et arriva premiers au port
   de Valence le Grant; et puis s'en ala droit vers le
   roy d'Espagne, qui estoit en host contre le roy de                 20
   Grenate. Et estoient assés priès l'un de l'autre, sus
   les frontières de leurs pays.

   Avint, assés tost apriès çou que li di messires
   Guillaumes de Douglas fu là venus, que li rois d'Espagne
   issi hors as camps, pour plus approcier ses                        25
   ennemis. Li rois de Grenate issi hors ossi d'autre
   part, si ques li uns rois veoit l'autre à tout ses banières.
   Et se commencièrent à rengier leurs batailles,
   li un contre l'autre. Li dis messires Guillaumes
   de Douglas se traist à l'un des costés, à toute se route,          30
   pour miex faire se besongne, et pour miex moustrer
   son effort. Quant il vei toutes les batailles rengies
   d'une part et d'autre, et vei la bataille le roy un
   petit esmouvoir, il cuida que elle alast assambler.
   Il, qui miex voloit estre des premiers que des daarrains,
   feri des esporons, et toute se compagnie avoech
   lui, jusques à le bataille le roy de Grenate, et ala as             5
   ennemis assambler. Et pensoit ensi que li rois d'Espagne
   et toutes ses batailles le sievissent, mès non
   fisent, dont il en fu laidement deceus, car onques
   celi jour ne s'en esmurent. Là fu li gentilz chevaliers,
   messires Guillaumes de Douglas enclos, et                          10
   toute se route, des ennemis. Et y fisent merveilles
   d'armes, mès finablement il ne peurent durer, ne
   onques piés n'en escapa, que tout ne fuissent occis
   à grant meschief. De quoi ce fu pités et damages et
   grant lasqueté pour les Espagnolz, et moult en furent              15
   blasmet de tous chiaus qui en oïrent parler, car
   bien ewissent rescous le chevalier et une partie des
   siens, s'il vosissent. Ensi ala de ceste aventure et
   dou voiage monsigneur Guillaume de Douglas.

   Ne demora mies gramment de tamps, apriès çou                       20
   que li dessus dis chevaliers se fu partis d'Escoce
   pour aler en son pelerinage, si com vous avés oy,
   que aucun signeur et preudomme, qui desiroient à
   nourir pais entre les Englès et les Escos, trettièrent
   et pourcacièrent tant que mariages fu fais del jone                25
   roi David d'Escoce et de la sereur le jone roy d'Engleterre.
   Si fu cilz mariages acordés. Et espousa la
   dame li dessus dis rois à Bervich, en Escoce. Et là
   y eut grans festes, de l'une partie et de l'autre. Or,
   me voel jou taire un petit des Escos et des Englès,                30
   et me retrairai au roi Charlon de France, et as ordenances
   de celui royaume.


   § 42. Li rois Charles de France, filz au biau roy
   Phelippe, fu trois fois mariés, et si morut sans hoir
   marle, dont ce fu damages pour le royaume, si com
   vous orés ci après. Li première de ses femmes fu li
   une des plus belles dames dou monde, et fu fille la                 5
   contesse d'Artois. Celle garda mal son mariage et se
   foursist. Par quoi elle en demora lonch temps ens
   ou Chastiel Gaillard, en prison et à grant meschief,
   ançois que ses maris fust rois. Quant li royaumes
   li fu escheus, et il fu couronnés, li douze per de                 10
   France ne vorrent nient, s'il peuissent, que li royaumes
   demorast sans hoir marle. Si quisent sens et
   avis par quoi li rois Charles fust remariés, et le fu à
   le fille l'empereur Henri de Lussembourch et suer
   au gentil roy de Behagne, et par quoi li premiers                  15
   mariages fust deffais et anullés de celle dame qui en
   prison estoit, et tout par le declaration dou pape,
   nostre Saint Père, qui adonc estoit. De celle seconde
   dame de Lussembourch, qui estoit moult humle et
   moult preude femme, eut li rois un fil qui morut                   20
   moult jones, et assés tost li mère apriès, à Ysodon
   en Berri. Et morurent tout doi souspeçonneusement.
   De coi aucunes gens en furent encoupées en derrière
   couvertement. Apriès, cilz rois Charles fu remariés
   tierce fois à le fille de son oncle de remariage, le               25
   fille de monsigneur Loeis, le conte d'Evrues, le
   royne Jehenne, et sereur au roi de Navare qui adonc
   estoit. Puissedi, avint que celle dame fu enchainte.
   Et li dis rois, ses maris, s'acouça malades au lit de
   le mort. Quant il perchut que morir le couvenoit,                  30
   il devisa que, s'il avenoit que li royne se acouçast
   d'un fil, il voloit que messires Phelippes de Valois,
   ses cousins germains, en fust mainbours et regens
   de tout son royaume, jusques adonc que ses filz seroit
   en eage d'estre rois; et, s'il avenoit que ce fust
   une fille, que li douze per et li hault baron de
   France euissent conseil et avis entre yaus de l'ordonner,           5
   et donnaissent le royaume à celi qui avoir
   le deveroit par droit. Sur chou, li rois Charles ala
   morir environ Paskes, l'an de grasce Nostre Signeur
   mil trois cens vingt et huit.

   Ne demora mies gramment apriès, que la royne                       10
   Jehenne acouça d'une fille, de quoi li plus del
   royaume en furent durement tourblé et courouciet.
   Quant li douze per et hault baron de France sceurent
   çou, il se assamblèrent à Paris au plus tost qu'il
   peurent, et donnèrent le royaume, de commun                        15
   acord, à monsigneur Phelippe de Valois, filz jadis
   au conte de Valois, et en ostèrent le royne d'Engleterre
   et le roy son fil, qui estoit demorée soer
   germainne au roy Charle daarrainement trespasset,
   par le raison de che qu'il dient que li royaumes de                20
   France est de si grant noblèce qu'il ne doit mies par
   succession aler à fumelle, ne par consequense à fil
   de fumelle, ensi que vous avés oy chà devant, au
   commencement de ce livre. Et fisent celi monsigneur
   Phelippe couronner à Rains l'an de grasce                          25
   mil trois cens vingt et huit, le jour de le Trinité.
   Dont, puissedi, grant guerre et grant desolation
   avint au royaume de France en pluiseurs pars, si
   com vous porés oïr en ceste hystore.

   Assés tost apriès çou que cilz rois Phelippes fu                   30
   couronnés à Rains, il semonst ses princes, ses barons
   et toutes ses gens d'armes, et ala à tout son
   pooir logier en le vallée de Cassiel, pour guerriier
   les Flamens, qui estoient rebelle à leur signeur, et
   meismement ciaus de Bruges, chiaus d'Ippre et
   chiaus dou Franch. Et ne voloient obeir au conte de
   Flandres, leur dit signeur, mais l'avoient decaciet.                5
   Et ne pooit adonc nulle part demorer en son pays,
   fors tant seulement à Gand, et encores assés escarsement.
   Si desconfi adonc li rois Phelippes bien
   seize mille hommes flamens, qui avoient fait un
   chapitainne qui se nommoit Colins Dennekins, hardi                 10
   homme et outrageus durement. Et avoient li dessus
   dit Flamench fait leur garnison de le ville de Cassiel,
   au commandement et as gages des villes de Flandres,
   pour garder ces frontières là endroit.

   Et vous dirai comment cil Flamench furent desconfit,               15
   et fu par leur oultrage. Il se partirent un
   jour, sus l'eure dou souper, de Cassiel, en entente
   que pour desconfire le roy et toute sen host. Et s'en
   vinrent tout paisievlement, sans point de noise, ordonné
   en trois batailles, des quèles li une en ala                       20
   droit as tentes le roy, et eurent priès le roy souspris,
   qui seoit au souper, et toutes ses gens. Li aultre
   bataille s'en ala droit as tentes le roy de Behagne,
   et l'eurent priès trouvet en tel point. Et la
   tierce bataille s'en ala droitement as tentes le conte             25
   de Haynau, et l'eurent ossi priès souspris, et le hastèrent
   si que à grant painne peurent pas ses gens
   estre armé, ne les gens monsigneur de Byaumont,
   son frère. Et vinrent ces trois batailles si paisievlement
   jusques as tentes, que à grant meschief furent                     30
   li signeur armés, ne leurs gens assamblet. Et ewissent
   tout li signeur et leurs gens esté mort, se Diex
   ne les ewist, ensi que par droit miracle, secourut et
   aidiet. Mais, par le grasce de Dieu, cescuns des signeurs
   desconfi se bataille si entierement, et tous à
   une heure et en un point, que onques de tous ces
   seize mille Flamens n'en escapa mil, et fu leur chapitainne         5
   mors. Et si ne seut onques nulz de ces signeurs
   nouvelle li uns de l'autre, jusques adonc qu'il
   eurent tout fait. Et onques des quinze mille Flamens,
   qui mors y demorèrent, n'en recula uns seuls,
   que tout ne fuissent mort et tuet en trois monchiaus               10
   l'un sus l'autre, sans issir de le place là où cescune
   bataille commença, qui fu l'an de grasce mil trois
   cens vingt et huit, le jour saint Bietremieu.

   Adonc, apriès ceste desconfiture, vinrent li François
   à Cassiel, et y misent les banières de France.                     15
   Et se rendi li ville au roy, et puis Popringe, et puis
   Ippre, et tout cil de le chastelerie de Berges, et cil
   de Bruges ensiewant. Et rechurent le conte Loeis,
   leur signeur, adonc amiablement et paisievlement,
   et li jurèrent foy et loyauté à tenir à tous jours mès.            20

   Quant[22] li rois Phelippes de France eut remis le
   conte de Flandres en son pays, et que tout li eurent
   juré feaulté et hommage, il departi ses gens, et retourna
   cescuns en son lieu; et il meismement s'en
   vint en France et sejourner à Paris ou là environ.                 25
   Si fu durement prisiés et honnourés de celle emprise
   qu'il avoit fait sus les Flamens, et dou service
   ossi au conte Loeis son cousin. Si demora en grant
   prosperité et en grant honneur, et acrut grandement
   l'estat royal; et n'i avoit onques mès eu en France,
   si com on disoit, roy qui ewist tenu l'estat parel au
   roy Phelippe. Et faisoit faire tournois, joustes, festes
   et esbatemens moult souvent et à grant plenté. Or                   5
   nous tairons nous un petit de lui, et parlerons des
   aucunes des ordenances d'Engleterre et dou gouvrenement
   le roy.

  [22] Cet alinéa, qui se lie intimement aux alinéas précédents,
  fait néanmoins partie du chapitre suivant dans le ms. 6477, fo 30
  vo, dont on se permet ici, par exception, de modifier la coupure
  évidemment défectueuse.


   § 43. Li jones rois englès se gouvrena un grant
   tamps, si com vous avés oy chi dessus recorder, par                10
   le conseil de ma dame se mère, dou conte Aymon
   de Kent, son oncle, et de monsigneur Rogier de
   Mortemer. Au daarrain, envie commença à naistre
   entre le conte de Kent dessus dit, et le signeur de
   Mortemer. Et monta puis li envie si haut que li sires              15
   de Mortemer enfourma et enhorta tant le jone
   roy, par le consentement de ma dame se mère le
   royne, et li fisent entendant que li dis contes de
   Kent le voloit empuisonner, et le feroit morir temprement,
   s'il ne s'en gardoit, pour avoir sen royaume,                      20
   comme li plus proçains apriès lui, par succession;
   car li jones frères le roy, que on clamoit messire
   Jehan d'Eltem, estoit nouvellement trespassés. Li
   jones rois, qui creoit legierement che dont on l'enfourmoit,
   ensi que jone signeur, telz a on souvent                           25
   veus, croient legierement çou dont cil qui les doient
   consillier les enfourment, et plus tost en mal qu'en
   bien, fist, assés tost après chou, son dit oncle le
   conte de Kent prendre, et le fist decoler publikement,
   que onques il n'en peut venir à escusance.                         30
   De quoi tout cil dou pays, grans et petis, nobles et
   non nobles, en furent durement tourblet et couroucié,
   et eurent puissedi durement contre coer le signeur
   de Mortemer. Et bien pensoient que, par son
   conseil et pourcach et par fausse amise, avoit ensi
   esté menés et trettiés li gentilz contes de Kent, cui               5
   il tenoient tout pour preudomme et pour loyal. Ne
   onques apriès ce, li sires de Mortemer ne fu tant
   amés, comme il avoit esté en devant.

   Ne demora mies de puis gaires de temps que grant
   fame issi hors sus la mère dou roy d'Engleterre, ne                10
   sai mies se voirs estoit, que elle estoit [enchainte][23];
   et en encoupoit on plus de ce fait le signeur de Mortemer
   que nul aultre. Si commença durement chilz
   escandeles à montepliier, tant que li jones rois en
   fu enfourmés souffissamment. Et avoech tout ce il fu               15
   enfourmés souffissamment que, par fausse amise et
   par envie dou signeur de Mortemer, faite plus par
   trahison que par raison, il avoit fait mettre à mort
   son oncle le conte de Kent, que tout cil dou pays
   tenoient et avoient toutdis tenu pour preudomme et                 20
   pour loyal. Dont, se li jones rois fu tristes et courouciés,
   ce ne fait mies à demander. Si fist tantost
   prendre le dit signeur de Mortemer, et le fist amener
   à Londres, par devant grant fuison des barons
   et des nobles de son royaume. Et fist conter par un                25
   sien chevalier tous les fais le signeur de Mortemer,
   ensi que escrire et registrer les avoit fais. Et quant
   il furent tout dit et conté, li dis rois d'Engleterre
   demanda à tous, par manière de conseil et de jugement,
   quel cose en estoit bon à faire. Li jugemens
   en fu assés tost rendus, car cescuns en estoit jà par
   fame et par juste information tous avisés et infourmés.
   Si en respondirent au roy, et disent que il devoit
   morir en tel manière, comme messires Hues li                        5
   Despensiers avoit fait et esté justiciés. A ce jugement
   n'eut nulle dilation ne de merci. Si fu tantos trainés
   parmi la cité de Londres sus un bahut, et puis loiiés
   sus une eschielle en mi le place, et puis li vis copés
   à toutes les coulles et jettées en un feu qui là estoit.           10
   Et puis li fu li ventres ouvers et li coers trais hors,
   pour tant que il en avoit fait et pensé le trahison,
   et jettés ou dit feu, et ensi toute se coraille. Et puis
   fu esquartelés, et envoiiés par quatre mestres cités
   en Engleterre, et la tieste demora à Londres. Ensi                 15
   fina li dis messires Rogiers de Mortemer, Dieus li
   pardoinst tous ses fourfais!

  [23] Ce mot a été gratté et effacé dans notre ms. 6477, sous
  l'influence de je ne sais quel scrupule, mais il est encore
  lisible.

   Tantos apriès ceste justice faite, li rois d'Engleterre,
   par le conseil de ses hommes, fist ma dame sa
   mère enfermer en un castiel, et li bailla dames et                 20
   camberières et toutes gens assés, pour lui garder et
   servir et faire compagnie, chevaliers et escuiers
   d'onneur, ensi comme à si haute dame que elle
   estoit apertenoit. Et li assigna et delivra grant terre
   et belle revenue, pour lui souffissamment gouvrener,               25
   selonch son noble estat, tout le cours de se vie, et
   la ditte revenue au plus priès de celi castiel que il
   peut par raison. Mais il ne vot mies souffrir ne consentir
   que elle alast hors, ne s'amoustrast nulle part,
   fors en aucuns esbas qui estoient devant le porte                  30
   dou chastiel, et qui respondoient à le maison. Si usa
   la ditte dame là sa vie de puis assés bellement. Et le
   venoit veoir, deus ou trois fois l'an, li jones rois
   Edouwars, ses filz. Nous nos soufferons à parler de
   la dame, et parlerons dou dit roy son fil, et comment
   il persevera en signourie.


   § 44. Apriès ce que cilz rois Edowars, qui estoit                   5
   en son jone eage, eut fait faire ces deus grandes justices,
   si com vous avés oy chi dessus recorder, il
   prist nouvel conseil des plus sages et des mix creus
   de tout son royaume, et se gouvrena moult bellement,
   et maintint son royaume en pais, par le bon                        10
   conseil que il avoit dalés lui.

   Or avint que, environ un an apriès que li rois
   Phelippes de Valois eut esté couronnés à roy de
   France, et que tout li baron et li tenant dou dit
   royaume li eurent fait feaulté et hommage, excepté                 15
   li jones rois Edowars d'Engleterre, qui encores n'estoit
   trais avant, et ossi il n'avoit point esté mandés;
   se fu li rois de France consilliés et enfourmés que il
   mandast le dit roy d'Engleterre et venist faire hommage
   et feaulté, ensi comme il apertenoit. Adonc en                     20
   furent priiet d'aler en Engleterre faire ce message et
   [sommer][24] le dit roy, li sires d'Aubegni et li sires de
   Biausaut et doi clerch en droit, mestre en Parlement
   à Paris, que on appelloit pour ce temps mestre Symons
   d'Orliens et mestres Pières de Maisières. Chil                     25
   quatre, au commandement et ordenance dou roy, se
   partirent de Paris bien estoffeement, et cheminèrent
   tant par leurs journées qu'il vinrent à Wisan. Là
   montèrent il en mer, et furent tantost oultre, et arrivèrent
   à Douvres, et sejournèrent là un jour, pour
   attendre leurs chevaus et leur harnas que on mist
   hors des vaissiaus. Quant il furent tout prest, il montèrent
   sus et esploitièrent tant par leurs journées
   qu'il vinrent à Windesore, où li rois d'Engleterre et               5
   la jone royne sa femme se tenoient. Li quatre dessus
   nommet fisent à savoir au roy pour quoi il estoient
   là venu, et ossi de qui il se rendoient. Li rois d'Engleterre,
   pour l'onneur dou roy de France, son cousin,
   les fist venir avant et les reçut moult honnourablement;           10
   et ossi fist ma dame la royne sa femme,
   ensi que bien le savoient faire. En apriès, il comptèrent
   leur message; il furent volentiers oy. Et en
   respondi li rois adonc que il n'avoit mies son conseil
   dalés lui, mais il le manderoit; si se retraisent                  15
   en le cité de Londres; et là il en seroient respondu
   telement que bien deveroit souffire. Sus ceste parolle,
   quant il eurent disné en le cambre dou dit
   roy et de la royne moult aise, il s'en partirent et
   vinrent ce soir jesir à Colebruch, et l'endemain à                 20
   Londres.

  [24] Ms. de Gaignières, fo 21 vo.--Ms. 6477, fo 32: «sonner.»

   Ne demora mies gramment de puis que li rois
   d'Engleterre vint à Londres, en son palais de Wesmoustier.
   Et là eut il, sus un jour qu'il y ordonna,
   son conseil assamblé, present qui li messagier dou                 25
   roy Phelippe de France furent appellé. Et là remoustrèrent
   il pour quoi il estoient là venu, et les lettres
   qui leur avoient esté baillies dou roy leur signeur.
   Quant il eurent parlé bien et à point, il vuidièrent
   hors de le cambre, et lors demanda li dis rois à                   30
   avoir conseil sus ceste requeste. Il me samble que li
   rois fu adonc si consilliés de respondre que voirement,
   par l'ordenance et seelé de ses predicesseurs,
   rois d'Engleterre et dus d'Acquitainnes, il en devoit
   foy, hommage et loyauté faire au roy de France, ne
   del contraire on ne l'oseroit ne vorroit point consillier.
   Chilz pourpos et consaulz furent arresté, et li                     5
   messagier de France appellé. Si vinrent en le chambre
   de rechief de conseil. Là parla li evesques de
   Londres pour le roy et dist: «Signeur, qui ci estes
   envoiiés de par le roy de France, vous estes li bien
   venu. Nous avons oy vos parolles et leues vos lettres              10
   et bien examinées à no pooir et consillies. Si vous
   disons que nous consillons monsigneur qui ci est,
   qu'il voist en France veoir le dit roy, son cousin,
   qui moult amiablement le mande, et dou sourplus
   de foy et d'ommage il s'acquitte et face son devoir,               15
   car voirement y est il tenus. Si vous retrairés en
   France, et dirés ensi au roy vostre signeur que nos
   sires li rois d'Engleterre passera par de là temprement,
   et fera tout ce qu'il doit faire sans nul estri.»

   Ceste response plaisi grandement bien as dessus dis                20
   messagiers de France, et prisent congiet au roy et à
   tout son conseil; mais ançois il leur couvint disner
   ens ou palais de Wesmoustier. Et les festia là li dis
   rois moult grandement, et leur donna au departir,
   pour l'onneur et amour dou roy de France, son cousin,              25
   grans dons et biaus jeuiaus. De puis ce fait, il
   ne sejournèrent gaires de temps à Londres et s'en
   partirent. Et esploitièrent tant par leurs journées
   qu'il revinrent en France, et droitement à Paris, où
   il trouvèrent le dit roy Phelippe, à qui il comptèrent             30
   toutes leurs nouvelles, et comment il avoient esploitié,
   et en quel estat il estoient parti dou dit roy
   d'Engleterre, et ossi com grandement et honnourablement
   il les avoit receus, et, à leur departement
   et congiet prendre, donné de ses biens. De toutes
   ces coses et esplois se contenta grandement li rois
   Phelippes, et dist que moult volentiers il veroit le                5
   roy Edouwart d'Engleterre, son cousin, car onques
   ne l'avoit veu.

   Ces nouvelles s'espardirent parmi le royaume de
   France, que li rois d'Engleterre devoit venir en
   France, et faire hommage au dit roy. Si se ordonnèrent             10
   et apparillièrent moult richement et très
   poissamment duch et conte de son sanch, qui le
   desiroient à veoir. Et proprement li rois de France
   en escrisi au roy Charle de Behagne, son cousin, et
   au roy Loeis de Navare, et leur segnefia le certain                15
   jour que li rois d'Engleterre devoit estre devers lui,
   et leur pria que il y vosissent estre. Cil doi roy, ou
   cas que priiet en estoient, ne l'euissent jamais lassiet,
   et se ordonnèrent au plus tost qu'il peurent, et
   vinrent en France en grant arroy devers le roy. Li                 20
   rois de France fu adonc consilliés que il recueilleroit
   le dit roy d'Engleterre, son cousin, en le bonne
   cité de Amiens. Si fist là faire ses pourveances
   grandes et grosses, et aministrer salles, cambres,
   hostelz et maisons pour recevoir lui et toutes ses                 25
   gens, où il se comptoit, parmi le roy de Behagne et
   le roy de Navare qui estoient de se delivrance, et le
   duch de Bretagne, le duch de Bourgongne, le duch
   de Bourbon, à plus de trois mille chevaus, et li rois
   d'Engleterre, qui y devoit venir à sis cens chevaus.               30
   Il avoit adonc à Amiens, et a encores bien, cité pour
   rechevoir aisiement otant de princes et leurs gens et
   plus assés. Or parlerons dou roy d'Engleterre, qui
   passa le mer, et vint en celle anée, l'an mil trois
   cens vingt neuf, environ le mi aoust, en France.


   § 45. Li jones rois d'Engleterre ne mist mies en
   oubli le voiage que il devoit faire ens ou royaume                  5
   de France, et se appareilla bien et faiticement, et si
   souffissamment que à lui apertenoit et à son estat;
   si se parti d'Engleterre, quant jours fu dou departir.
   En se compagnie avoit deus evesques, cesti de Londres
   et cesti de Lincolle, et quatre contes, monsigneur                 10
   Henri conte Derbi, son cousin germain, fil
   monsigneur Thumas de Lancastre au Tors Col, le
   conte de Sallebrin, le conte de Warvich, et le conte
   de Herfort; sis barons, monsigneur Renault de Gobehem,
   monsigneur Thumas Wage, mareschal d'Engleterre,                    15
   monsigneur Richart de Stanfort, le signeur
   de Persi, le signeur de Mauné et le signeur de Montbray,
   et plus de quarante aultres chevaliers. Si estoient
   en le route et à le delivrance dou roy d'Engleterre
   plus de mille chevaus, et misent deus jours                        20
   à passer entre Douvres et Wissan. Quant il furent
   tout oultre, et leurs chevaus trais hors des nés et des
   vaissiaus, li rois monta acompagniés, ensi que je
   vous ay dit, et chevauça tant que il vint à Boulongne,
   et là fu il un jour.                                               25

   Tantos nouvelles vinrent au roy Phelippe de France,
   et as signeurs de France, qui jà estoient à Amiens,
   que li rois d'Engleterre estoit arrivés et venus à Boulongne.
   De ces nouvelles eut li rois Phelippes grant
   joie, et envoia tantos son connestable et grant fuison             30
   de chevaliers devers le roy d'Engleterre, lequel
   il trouvèrent à Monstruel sus Mer; et là eut grans
   recognissances et approcemens d'amour. De puis
   chevauça li jones rois d'Engleterre en le compagnie
   del connestable de France; et fist tant o toute se route
   que il vint en le cité d'Amiens, où li rois Phelippes               5
   estoit tous appareilliés et pourveus de lui rechevoir,
   le roy de Behagne, le roy de Navare et le roy de
   Mayogres dalés lui, et si grant fuison de dus, de
   contes et de barons que merveilles seroit à recorder.
   Car, là estoient tout li douze per de France venu,                 10
   pour le roy d'Engleterre festoiier, et ossi pour estre
   personelment, et faire tesmoing à son hommage. Se
   li rois Phelippes reçut honnourablement et grandement
   le jone roy d'Engleterre, son cousin, ce ne fait
   mies à demander; et ossi fisent tout li roy, li duc et             15
   li conte qui là estoient. Et furent tout cil signeur
   adonc, en le cité d'Amiens, jusques à quinze jours.

   Là en dedens eut tamainte parolle et ordenance
   faite et devisée. Et me samble que li rois Edouwars
   d'Engleterre fist adonc hommage, de bouce et de                    20
   parolle tant seulement, sans les mains mettre entre
   les mains dou roy de France, ou prince ou prelat
   deputé de par lui. Et n'en volt adonc li dis rois
   d'Engleterre, par le conseil qu'il eut, dou dit hommage
   proceder plus avant, si seroit retournés en Engleterre             25
   et aroit veus, leus et examinés les previlèges
   de jadis, qui devoient esclarcir le dit hommage, et
   moustrer comment et de quoi li rois d'Engleterre
   devoit estre homs au roy de France. Li rois de
   France, qui veoit le roy d'Engleterre son cousin jone,             30
   entendi bien toutes ces parolles, et ne le volt adonc
   de riens presser, car bien savoit assés que bien y
   recouveroit, quant il vorroit, et li dist: «Mon cousin,
   nous ne vous volons pas decevoir, et nous plaist
   bien ce que vous en avés fait à present, jusques à
   tant que vous serés en vostre pays et enfourmés, par
   les seelés de vostres predicesseurs, quel cose vous en              5
   devés faire.» Li rois d'Engleterre respondi: «Chiers
   sires, grans merchis.»

   De puis se jeua, esbati et demora li rois d'Engleterre
   avoecques le roy de France, en le cité d'Amiens.
   Et quant tant y eut esté que bien deubt par raison                 10
   souffire, il prist congiet et se departi dou roy moult
   amiablement, et de tous les aultres princes qui là estoient,
   et se mist au retour pour revenir en Engleterre.
   Et rapassa le mer, et fist tant par ses journées
   qu'il vint à Windesore, là où il trouva la royne                   15
   Phelippe sa femme qui le rechut liement, et qui li
   demanda nouvelles dou roy Phelippe, son oncle, et
   de son grant linage de France. Li rois, ses maris,
   l'en recorda assés et dou grant estat qu'il avoit trouvet,
   et comment on l'avoit recueilliet et festiiet grandement,          20
   et des honneurs qui estoient en France, as
   quèles dou faire ne de l'entreprendre à faire, nulz
   aultres pays ne s'apertient.


   § 46. Ne demora gaires de temps, puissedi, que
   li rois de France envoia en Engleterre, de son plus                25
   especial conseil, l'evesque de Chartres et l'evesque
   de Biauvais, et ossi monsigneur Loeis de Clermont,
   duch de Bourbon, le conte de Harcourt et le conte
   de Tankarville, et des aultres chevaliers et clers en
   droit, pour estre as consaulz le roy d'Engleterre, qui             30
   se tenoient à Londres sus l'estat que vous avés oy,
   ensi que li rois d'Engleterre, lui revenut en son pays,
   devoit regarder comment anchiennement si predicesseur,
   de ce qu'il tenoient en Aquitainnes et dont
   il s'estoient appellé duch, en avoient fait hommage.
   Car jà murmuroient li pluiseur en Engleterre que                    5
   leurs sires estoit plus proçains de l'iretage de France
   que li rois Phelippes. Nequedent, li rois d'Engleterre
   et ses consaulz ignoroient de toutes ces coses. Mais
   grant parlement et assamblées sus le dit hommage
   furent en celle saison, en Engleterre. Et y sejournèrent           10
   li dessus dit envoiiet dou roy de France, tout
   l'iver, et jusques à l'issue dou mois de may ensievant,
   qu'il ne pooient avoir nulle diffinitive response.
   Toutes fois, finablement, li rois d'Engleterre,
   par l'avis de ses privilèges as quels il ajoustoit grant           15
   foy, fu consilliés de escrire ensi lettres pattentes,
   seelées de son grant seel, en recognissant l'ommage
   tel qu'il le doit et devoit adonc faire au roi de
   France; la quèle teneur de la lettre s'ensieut ensi:


   § 47. «Edouwars, par la grasce de Dieu roys d'Engleterre,          20
   signeur d'Irlande et dux d'Aquitainnes, à
   tous ceulz qui ces presentes lettres veront et oront,
   salut. Savoir faisons, comme nous feissons à
   Amiens hommage à excellent prince nostre chier
   signeur et cousin Phelippe roy de France, lors                     25
   nous fu dit et requis de par lui que nous recognissions
   le dit hommage estre lige, et que nous, en
   faisant le dit hommage, li promissions expressement
   foy et loyauté porter, la quèle cose nous ne
   fesimes pas lors, pour ce que nous estions enfourmés               30
   que point ne se devoit ensi faire. Et fesimes
   lors au dit roy de France hommage par parolles
   generales, en disant que nous entrions en son
   hommage, par ensi comme nostre predicesseur,
   dux de Giane, estoient de jadis entrés en l'ommage
   des rois de France, qui avoient esté pour le                        5
   temps. Et, de puis enchà nous soions bien enfourmés
   et acertenés de la vérité, recognissons, par
   ces presentes lettres, que le dit hommage que nous
   fesimes à Amiens au roy de France, comment que
   nous le fesimes par parolles generales, fu, est et                 10
   doit iestre entendu lige, et que nous li devons foy
   et loyauté porter, comme dux de Aquitainne et
   pers de France, et contes de Pontieu et de Moustruel.
   Et li prommetons des or en avant foy et
   loyauté porter.                                                    15

   «Et pour ce que ou temps à venir de ce ne soit
   jamais descors ne question à faire le dit hommage,
   nous prommetons en bonne foy, pour nous et nos
   successeurs, dus de Giane, qui seront pour le
   temps, le dit hommage se fera en ceste manière.                    20
   Li rois d'Engleterre, dux de Gyane, tenra ses
   mains entre les mains dou roy de France. Et cilz
   qui adrecera les parolles au roy d'Engleterre, dux
   d'Aquitainne, et qui parlera pour le roy de France,
   dira ensi: «Vous devenés homme lige au roy de                      25
   France, mon signeur, qui ci est, comme dus de
   Gyane et pers de France, et li prommetés foy et
   loyauté porter. Dittes: _voire_.» Et li rois d'Engleterre,
   duch de Giane, et si successeur diront:
   _voire_. Et lors li rois de France recevera le dit roy             30
   d'Engleterre et duch de Gyane au dit hommage
   lige, à la foy et à la bouce, sauf son droit et l'autrui.
   De rechief, quant le dit roy et duch entera
   en l'ommage dou roy de France, et de ses successeurs
   rois de France, pour la conté de Pontieu et
   de Moustruel, il mettera ses mains entre les mains
   dou roy de France. Et cils qui parlera pour le roy                  5
   de France, adrecera ses parolles au dit roy et duc,
   dira ensi: «Vous devenés homme lige au roy de
   France, mon signeur, qui ci est, comme contes de
   Pontieu et de Moustruel, et li prommetés foy et
   loyauté porter. Dittes: _voire_.» Et le dit roy et                 10
   duch, conte de Pontieu, dira: _voire_. Et lors li dis
   rois de France recevera le dit roy et conte au dit
   hommage lige, à la foy et à la bouche, sauf son
   droit et l'autrui.

   «Et ossi sera fait et renouvelé, toutes fois que                   15
   l'ommage se fera. Et de ce baillerons nous et nos
   successeurs, dux de Giane, fais les dis hommages,
   lettres patentes seelées de nostres grans seaulz, se
   le roi de France le requiert. Et avoech ce nous
   prommetons tenir et garder affectuelment les pais                  20
   et acors fais entre les rois de France et dus de
   Giane. Et en ceste manière sera fait, et seront renouvelées
   les dittes lettres par les dis rois et dus
   et leurs successeurs, dux de Giane et contes de
   Pontieu et de Moustruel, toutes les fois que le roi                25
   d'Engleterre, dus de Giane, et ses successeurs, dux
   de Giane et contes de Pontieu et de Moustruel, qui
   seront pour le temps, enteront en l'ommage dou
   roy de France, et de ses successeurs, rois de France.
   En tiesmoing des quèles coses, à cestes nos avons                  30
   fait mettre nostre grant seel. Données à Eltem, le
   trentisme jour de marc mil trois cens et trente.»

   Ces lettres raportèrent en France li dessus nommet
   signeur, quant il se departirent d'Engleterre, et
   il eurent le congiet dou roy; et les baillièrent au roy
   de France, qui tantost le[s] fist porter à se cancelerie,
   et mettre en garde, avoec ses plus especiaulz coses,                5
   à le cautèle dou temps à venir. Nous nos soufferons
   à parler dou roy d'Engleterre un petit, et parlerons
   d'aucunes aventures qui avinrent en France.


   § 48. Li homs del monde, qui plus aida le roy
   Phelippe à parvenir à le couronne de France, ce fu                 10
   messires Robers d'Artois, qui estoit li uns des plus
   haus barons de France, le mieus linagiés et estrais
   des royaus. Et avoit à femme la sereur germainne
   dou dit roy Phelippe. Et avoit toutdis esté ses plus
   especiaulz compains et amis en tous estas. Et fu,                  15
   bien l'espasse de trois ans, que en France estoit tout
   fait par lui, et sans lui n'estoit riens fait. Apriès,
   avint que li rois Phelippes emprist et acqueilla ce
   monsigneur Robert d'Artois en si grant hayne, en
   l'ocquison d'un plait qui esmeus estoit devant lui,                20
   dont la conté d'Artois estoit cause, que li dis messires
   Robers voloit avoir gaagnié, par le vertu d'une
   lettre que messires Robers mist avant, qui n'estoit
   mies bien vraie, si com on disoit, que, se li dis rois
   l'euist tenu en son aïr, il l'euist fait morir sans nul            25
   remède. Et comment que li dis messires Robers fust
   li plus proçains de linage et d'amour à tous les haus
   barons de France, et serourges au dit roy, se li couvint
   il vuidier France, et venir à Namur dales le jone
   conte Jehan, son neveu, et ses frères, qui estoient                30
   enfant de sa sereur. Quant il fu partis de France, et
   li rois vei que il ne le poroit tenir, pour miex moustrer
   que la besongne li touchoit, il fist prendre sa
   suer, qui estoit femme au dit monsigneur Robert et
   ses deus filz, ses neveus Jehan et Charle; si les fist
   mettre en prison bien estroitement, et jura que jamais              5
   n'en isteroient, tant qu'il viveroit. Et bien tint
   ce sierement, car onques de puis, pour personne
   qui en parlast, il n'en vuidièrent, dont il en fu de
   puis moult blasmés en derrière.

   Quant li dis rois de France sceut de certain et fu                 10
   enfourmés que messires Robers d'Artois estoit arrestés
   à Namur dalés ses sereurs et ses neveus, il en fu
   moult courouciés. Et envoia caudement devers l'evesque
   Aoulz de Liège, en priant qu'il deffiast et
   guerriast le conte de Namur, se il ne mettoit huers                15
   de son pays monsigneur Robert d'Artois. Cilz evesques,
   qui moult amoit le roy de France, et qui petit
   amiroit ses vosins, manda au jone conte de Namur
   que il mesist ensus de lui son oncle, monsigneur
   Robert d'Artois; aultrement il li feroit guerre. Li                20
   contes de Namur fu si consilliés que il mist hors de
   sa terre son oncle. Ce fu moult à envis, mais faire li
   couvenoit ou pis attendre.

   Quant messires Robers d'Artois se vei en ce parti,
   si fu moult angousseus de coer, et se avisa que il                 25
   iroit en Braibant, pour tant que li dus, ses cousins,
   estoit si poissans que bien le soustenroit. Si vint devers
   le duch, son cousin, qui le reçut moult liement,
   et le reconforta de ses destourbiers. Li rois le sceut,
   si envoia tantost messages au dit duch, et li manda                30
   que, se il soustenoit ou souffroit à demorer ne à repairier
   en sa terre monsigneur Robert d'Artois, il
   n'aroit pieur ennemit de lui, et le greveroit et porteroit
   damage en toutes les guises qu'il poroit. Li
   dus ne le volt ou n'osa plus soustenir ouvertement
   en son pooir, pour doubtance que de avoir et acquerre
   le hayne dou dit roy de France. Ains l'envoia                       5
   couvertement tenir en Argentoel, jusques à tant que
   on verroit comment li rois s'en maintenroit.

   Li rois le sceut, qui par tout avoit ses espies; s'en
   eut grant despit. Si pourcaça tant, en moult brief
   temps, que li rois de Behagne, qui estoit cousins                  10
   germains au dit duc, li evesques de Liège, li arcevesques
   de Coulongne, li dus de Guerles, li marchis
   de Jullers, li contes de Bar, li contes de Los, li sires
   de Faukemont, et pluiseur aultre signeur furent tout
   alloiiet contre le dit duch, et le deffiièrent tout, au            15
   pourcach et requeste del dessus dit roy. Et entrèrent
   tantost en son pays parmi Hesbaing, et en alèrent
   droit à Hanut. Et ardirent à leur volenté par deus
   fois, demorant ens ou pays, tant que bon leur sambla.
   Et envoia avoech yaus li dis rois le conte d'Eu,                   20
   son connestable, à tout grant compagnie de gens
   d'armes, pour miex moustrer que la besongne estoit
   sienne, et faite à son pourcach, et tout ardant son
   pays.

   Si en couvint le conte Guillaume de Haynau ensonniier;             25
   et envoia ma dame sa femme, sereur au
   roy Phelippe, et le signeur de Byaumont, son frère,
   en France, par devers le dit roy, pour impetrer une
   souffrance et une triewe de lui, d'une part, et dou
   duch de Braibant, d'autre part. Trop à envis et à                  30
   dur y descendi le roy de France, tant avoit il pris la
   cose en grant despit. Toutes fois, à le priière dou
   conte de Haynau, son serourge, li rois s'umelia et
   donna et acorda triewes au duch de Braibant, parmi
   tant que li dus se mist dou tout en l'ordenance dou
   propre roy de France et de son conseil, de tout ce
   qu'il avoit à faire au roy et à çascun de ces signeurs              5
   qui deffiiet l'avoient. Et devoit mettre, dedens un
   certain jour, qui nommés y estoit, monsigneur Robert
   d'Artois hors de sa terre et de son pooir, si com
   il fist moult à envis; mais faire li couvint, ou autrement
   il euist eu trop forte guerre de tous costés, si                   10
   com il estoit apparans: si ques, entrues que cil
   toueillement et ces besongnes se portoient, ensi que
   vous oés recorder, li rois englès eut nouvel conseil
   de guerriier le roy d'Escoce, son serourge, je vous
   dirai à quel title.                                                15


   § 49. Vous avés bien oy recorder chi dessus de le
   guerre le roy Robert d'Escoce et dou roy d'Engleterre,
   et comment unes triewes furent prises à durer
   trois ans, là en dedens cilz rois Robers morut; en
   apriès, dou mariage qui fu fais de la serour au roi                20
   englès et dou fil ce roy Robert, qui fu rois d'Escoce
   apriès le mort de son père, et le clamoit on le roy
   David. Le temps que ces triewes durèrent, et encores
   un an de puis ou environ, furent li Englès et li Escot
   bien à pais, che que on n'avoit point veu en devant,               25
   passet avoit deus cens ans, qu'il ne se fuissent
   guerriiet et heriiet.

   Or, avint que li jones rois d'Engleterre fu infourmés
   que li rois d'Escoce, ses serourges, estoit saisis
   de le bonne cité de Bervich, qui devoit estre de son               30
   royaume, et que li rois Edouwars, ses taions, l'avoit
   tous jours tenue paisevlement et francement, et ses
   pères apriès, un grant temps. Et fu infourmés que li
   royalmes d'Escoce mouvoit en fief de lui, et que li
   jones rois d'Escoce, ses serourges, ne l'avoit encores
   relevet ne fait hommage. Il en ot indignation, et envoia            5
   assés tost apriès grans messages et souffissans au
   jone roy David, son serourge, et à son conseil. Et li
   fist requerre que il vosist oster se main de le bonne
   cité de Bervich et lui resaisir, car c'estoit ses bons
   hiretages, et avoit tous jours esté ses ancisseurs rois            10
   d'Engleterre; et qu'il venist à lui, pour faire hommage
   del royaulme d'Escoce, qu'il devoit tenir de
   lui en fief.

   Li jones rois David se consilla à ses barons et à
   chiaus de son pays, par grant deliberation de conseil.             15
   Et quant il fu assés consilliés sour ces requestes,
   il respondi as messages et dist: «Signeur, jou et
   tout mi baron nous mervillons durement de ce que
   vous nous requerés, de par le roy nostre serourge.
   Car nous ne trouvons mies à nos anciiens, ne ne tenons             20
   que li royaumes d'Escoce soit de riens subgès
   ne doit estre au roy d'Engleterre, ne par hommage,
   ne autrement. Ne onques messires li rois, nos pères,
   de bonne memore, n'en volt faire hommage à ses
   ancisseurs, rois d'Engleterre, pour guerre que on l'en             25
   fesist. Ossi, n'ai jou point conseil ne volenté dou
   faire. En apriès, nos pères, li rois Robers conquist
   la cité de Bervich, par droite guerre, sur le roy son
   père, et le obtint comme son bon hyretage, tout le
   cours de se vie. Et ossi le pense jou bien à tenir, et             30
   en ferai mon pooir. Si vous requier que vous voelliés
   priier au roi, cui sereur nous avons, qu'il nous voelle
   laissier en celle franchise que no devantrain ont esté,
   et goïr de ce que li rois, nos pères, conquist et maintint
   toute se vie paisievlement, et que encontre ce
   ne voelle croire nul mauvais conseil. Car, se uns
   aultres nous voloit faire tort, si nous deveroit il aidier          5
   à deffendre, pour l'amour de sa sereur cui nous
   avons à femme.» Li message respondirent: «Sire,
   nous avons bien entendu vostre response. Si le reporterons
   volentiers à nostre signeur le roy, en tel
   manière que dit l'avés.» Puis prisent congiet, et                  10
   revinrent arrière à leur signeur, le roy d'Engleterre,
   et à son conseil. Si recordèrent toutes les parolles
   que li jones rois d'Escoce avoit respondu à leur requeste.
   Li quels rapors ne plaisi mies bien au roy
   Edowart, ne à son conseil. Ains fist mander à Londres,             15
   au jour de Parlement, tous les barons, chevaliers
   et consaulz des bonnes villes de son royalme,
   pour avoir sur ce conseil et meure deliberation.

   Ce terme pendant, vint messires Robers d'Artois
   en Engleterre, à guise de marcheant, qui estoit decaciés           20
   dou roy Phelippe de France, si com vous avés
   oy. Et li avoit li dus de Braibant, ses cousins, conseilliet
   qu'il se traisist celle part, ou cas qu'il ne
   pooit nulle part demorer paisievlement en France,
   ne en l'Empire. Si le rechut li jones rois englès liement,         25
   et le retint volentiers dalés lui et de son conseil.
   Et li assena le conté de Ricemont, qui avoit esté
   ses ancisseurs. Or me retrairai as dessus dis Parlemens,
   qui furent à Londres, sus l'estat dou royaume
   d'Escoce.                                                          30


   § 50. Quant li jours de Parlement approça que
   li rois englès avoit establi, et tous li pays fu assamblés
   au mandement le roy à Londres, li rois leur fist
   demoustrer comment il avoit fait requerre au roy
   d'Escoce, son serourge, que il vosist oster se main
   de le cité de Bervich qu'il detenoit à tort, et qu'il               5
   vosist venir faire hommage à lui de son royalme
   d'Escoce, ensi qu'il devoit; et comment li rois d'Escoce
   avoit respondu à ses messages. Si pria à tous
   que cescuns le volsist sour ce si consillier que sen
   honneur y fust gardée. Tout li baron, li chevalier,                10
   li consaulz des cités et des bonnes villes, et tous li
   communs pays se consillièrent sur çou et raportèrent
   leur conseil, tout d'un acord. Li quelz consaulz fu
   telz que il leur sambloit que li rois ne pooit plus
   porter par honneur les tors que li rois d'Escoce li                15
   faisoit. Ains conseillièrent que il se pourveist si efforciement,
   qu'il peuist entrer ou royaume d'Escoce
   si poissamment, que il peuist ravoir la bonne cité
   de Bervic, et qu'il peuist si constraindre le roy d'Escoce
   qu'il fust tous joians, quant il poroit venir à son                20
   hommage et à satisfation. Et disent qu'il estoient tout
   desirant de aler avoech lui, à son commandement.

   Li rois Edowars fu moult joians de celle response,
   car il veoit le bonne volenté de ses gens. Si les en
   regratia moult grandement, et leur pria que cescuns                25
   fust apparilliés selonch son estat, et fuissent à un
   jour, qui adonc fu nommés, droit à Noef Chastiel sur
   Thin, pour aler reconquerre les droitures apertenans
   à son royaulme d'Engleterre. Cescuns se habandonna
   à celle requeste, et en rala en son lieu pour                      30
   lui pourveir, selonch son estat. Et li rois se fist pourveir
   et apparillier si souffissamment que à tèle besongne
   apertient. Si envoia encores aultres messages
   à son dit serourge, pour lui souffissamment sommer,
   et apriès pour deffiier, se il n'estoit aultrement consilliés.


   § 51. Li jours qui denommés estoit approça; et
   vint li rois Edouwars, à tout son host, au Noef                     5
   Chastiel sour Thin. Si attendi par trois jours ses gens
   qui venoient en siewant l'ost. Au quart jour, il s'en
   parti et s'en ala à toute son host par devers Escoce,
   et passa la terre le signeur de Persi et cesti de Noefville,
   qui sont doi grant baron de Northombrelande,                       10
   et marcissent as Escos. Et ossi font li sires de Ros,
   li sires de Lusi et li sires de Montbrai. Si se traist li
   rois englès, et toute son host, par devers le cité de
   Bervich. Car li rois d'Escoce n'avoit volut respondre              15
   aultrement as secons messages qu'il avoit fait as premiers,
   si qu'il estoit souffissamment sommés et deffiiés.

   Tant esploita li rois englès, à toute son grant host,
   qu'il entra en Escoce, et passa le rivière qui depart              20
   Escoce et Engleterre; et n'eut mies adonc conseil de
   lui arrester devant Bervich, mais de chevaucier avant
   et ardoir et exillier le pays, si com ses taions avoit
   fait jadis. Si esploita tant en ceste cevaucie qu'il
   foula grandement toute le plainne Escoce, et ardi et               25
   exilla moult de villes fremées de fossés et de palis,
   et prist le fort chastiel de Haindebourch, et y mist
   gens et gardiens de par lui, et passa le seconde rivière
   d'Escoce desous Struvelin. Et coururent ses
   gens tout le pays de là environ, jusques à Saint-Jehans-ton,       30
   et jusques en Abredane. Et ardirent et
   exillièrent le bonne ville de Donfremelin, mais il ne
   fisent nul damage villain à l'abbeye, car li rois le
   deffendi. Et conquisent tout le pays jusques à Dondieu
   et jusques à Dubretan, un très fort chastiel, sus
   le marce de le sauvage Escoce, où li rois estoit retrès             5
   et li royne d'Escoce, sa femme. Ne nulz n'aloit
   au devant des Englès, mais s'estoient mis et retret
   tout dedens les forès de Gedours, qui sont inhabitables
   pour chiaus qui ne cognoissent le pays. Et
   avoient là attrait tout le leur et mis à sauveté, et ne            10
   faisoient compte dou demorant.

   Che n'estoit mies merveilles s'il estoient esbahi,
   et s'il fuioient devant les Englès. Car il n'avoient nul
   bon chapitainne ne sage guerrieur, si com il avoient
   eu dou temps passé. Premierement, li rois David,                   15
   leurs sires, estoit jones en l'eage de quinze ou de
   seize ans, li contes de Moret encores plus jones, et
   uns damoisiaus qui s'appelloit Guillaumes de Douglas,
   neveus à celui qui estoit demorés en Espagne,
   de cel eage: si ques li pays et li royaumes d'Escoce               20
   estoit tous despourveus de bon conseil, pour aler ne
   resister contre les Englès, qui adonc estoient si poissamment
   entré en Escoce. Pour quoi, toute li plainne
   Escoce fu courue, arse et gastée, et pluiseurs bons
   chastiaus pris et conquis, et que li rois englès retint            25
   pour lui. Et s'avisa que par chiaus il guerrieroit le
   remanant, et constrainderoit ses ennemis dou leur
   meismes.


   § 52. Quant li rois englès eut esté et sejourné,
   couru et chevaucié le plainne Escoce, et arresté ou                30
   pays le terme de sis mois et de plus, et il vit que
   nulz ne venoit contre lui pour veer sen emprise, il
   se retraist tout bellement par devers Bervich. Mès, à
   son retour, il conquist et gaegna le chastiel de Dalquest,
   qui est de l'hiretage le conte de Douglas, et
   siet à cinq liewes de Haindebourch; et y ordonna                    5
   chastellain et bonnes gardes pour le garder. Et puis
   chevauça à petites journées, et fist tant qu'il s'en revint
   devant le bonne et le forte cité de Bervich, qui
   est à l'entrée d'Escoce, et à l'issue dou royaume de
   Northombrelande. Si le assega et environna li rois                 10
   de tous poins, et dist que jamais n'en partiroit, si
   l'aroit à se volenté non, se li rois d'Escoce ne le venoit
   combatre et lever par force.

   Si se tint là li rois un grant temps devant Bervich,
   ançois qu'il le peuist avoir, car la cité est durement             15
   forte, et bien fremée, et environnée d'un lés d'un
   brach de mer. Et se y avoit dedens bonnes gens en garnison
   de par le roy d'Escoce, pour le garder et deffendre
   et consillier les bourgois de le cité. Si vous di
   qu'il y eut par devant Bervich, le terme pendant que               20
   li rois englès y sist, maint assaut, maint hustin et
   mainte dure escarmuce et priès que tous les jours,
   et mainte apertise d'armes faite. Car, cil de dedens
   cuidoient toutdis estre aidié et conforté, mais nulz
   apparans n'en fu. Si en est verités que aucun preu                 25
   chevalier et bacheler d'Escoce chevauçoient à le fois,
   et venoient par vesprées et par ajournemens resvillier
   l'ost as Englès, mais petit y faisoient. Car li hos
   le roy englès estoit si souffissamment bien gardée et
   escargetie, et par si bonne manière, et si grant avis,             30
   que li Escot n'i pooient entrer, fors à leur damage,
   et y perdoient souvent de leurs gens.

   Quant cil de Bervich veirent que il ne seroient secouru
   ne conforté de nul costé, et ossi que li rois
   englès ne partiroit point de là s'en aroit eu se volenté,
   et que vivre leur amenrissoient, et leur estoient
   clos li pas de mer et de terre, par quoi nulz                       5
   ne leur en pooit venir, si se commencièrent à aviser,
   et envoiièrent devers le roy englès trettier que il leur
   volsist donner et acorder une triewe, à durer un
   mois; et se, dedens ce mois, li rois David leurs sires,
   ou aultres pour lui, ne venoit là si fors que il                   10
   levast le siège, il renderoient le cité, salve leurs corps
   et leurs biens; et que li saudoiier qui dedens estoient
   s'en peuissent aler, s'il voloient, en leur pays d'Escoce,
   sans recevoir point de damage.

   Li rois englès et ses consaulz entendirent à ces                   15
   trettiés; et ne furent mies si tost acordé, car li rois
   englès les voloit avoir simplement pour faire des aucuns
   se volenté, pour tant qu'il s'estoient tant tenu
   contre lui. Mais finablement il se laissa à dire par le
   bon avis et conseil qu'il eut de ses hommes. Et ossi               20
   messires Robers d'Artois y rendi grant painne, qui
   avoit esté en ces chevaucies toutdis avoech lui, et
   qui li avoit jà dit et demoustré, par pluiseurs clères
   voies, com proçains il estoit de le couronne de
   France, dont il se devoit tenir hiretiers, par le succession       25
   de monsigneur Charlon le roy, son oncle,
   daarrainnement trespasset. Si veist volentiers li dis
   messires Robers que li rois englès esmeuist guerre as
   François, pour lui contrevengier des despis que on
   li avoit fais, et que li rois englès se fust partis d'Escoce,      30
   à quel meschief que ce fust, et retrais vers
   Londres: si ques ces parolles et pluiseurs aultres enclinèrent
   grandement le roy à çou que cilz trettiés
   de Bervich se passa. Et furent les triewes acordées
   de chiaus de dehors à chiaus de dedens, le mois tout
   acompli. Et le segnefièrent cil de Bervich à chiaus
   de leur costé bien et à point, au roi d'Escoce, leur                5
   signeur, et à son conseil, qui ne peurent veoir ne
   imaginer voie ne tour qu'il fuissent fort pour combatre
   le roy englès ne lever le siège.

   Si demora la cose en cel estat, et fu la cité de
   Bervich rendue, au chief dou mois, au roy englès,                  10
   et ossi li chastiaus, qui est moult biaus et moult
   fors, au dehors de le cité. Et en prisent li mareschal
   de l'host le saisine et le possession, de par le roy
   englès. Et vinrent li bourgois de le cité en l'ost faire
   hommage et feaulté au dit roy, et jurèrent et recogneurent         15
   à tenir le cité de Bervich de lui. Apriès, y
   entra li rois à grant solennité de trompes et de nakaires;
   et y sejourna de puis douze jours, et y ordonna
   un bon chevalier à gardiien et à souverain,
   qui s'appelloit messires Edouwars de Bailluel. Et                  20
   quant il se parti de Bervich, il laissa avoecques le dit
   chevalier pluiseurs jones chevaliers et escuiers, et
   pour aidier à garder le terre conquise sus les Escos,
   et les frontières de celui pays.

   Si s'en retourna li rois vers Londres, et donna à                  25
   toutes manières de [gens][25] congiet, et s'en rala cescuns
   en son lieu. Et il meismes s'en revint à Windesore,
   où le plus volentiers se tenoit, et messires
   Robers d'Artois dalés lui, qui ne cessoit nuit ne
   jour de lui remoustrer quel droit il avoit à le couronne           30
   de France. Et li rois y entendoit volentiers.

  [25] Ms. de Gaignières, fo 26 vo.--Ms. 6477, fo 39 (lacune).


   § 53. Ensi ala en ce temps de le chevaucie le roy
   englès sus les Escos. Il gasta et exilla le plus grant partie
   de leur pays. Et y prist pluiseurs fors chastiaus,                  5
   que ses gens obtinrent sus les Escos de puis un grant
   temps, et principaument le bonne cité de Bervich.
   Et estoient demoret de par le roy englès, pour tenir
   les frontières, pluiseur apert bacheler, chevalier et
   escuier, entre les quelz messires Guillaumes de Montagut           10
   et messires Gautiers de Mauni en font bien à
   ramentevoir. Car, de le partie des Englès, cil doi
   en avoient toute le huée; et faisoient souvent sus les
   Escos des hardies emprises, des belles chevaucies,
   des meslées et des hustins. Et par usage, le plus il               15
   gaegnoient sus yaus, dont il acquisent grant grasce
   devers le roy et les barons d'Engleterre.

   Et pour mieus avoir leur entrées et leurs issues en
   Escoce et à mestriier le pays, messires Guillaumes
   de Montagut, qui fu appers, hardis et entreprendans                20
   chevaliers, durement fortefia le bastide de Rosebourch,
   sus le marce d'Escoce, et en fist un bon
   chastiel, pour tenir et deffendre contre tout homme.
   De quoi li rois englès li sceut grant gré, et acquist
   si grant renommée et si grant grasce en ces entrepresures,         25
   dou roy Edowart, que li rois le fist conte de
   Salbrin, et le maria moult hautement et très noblement.
   Ossi fist messires Gautiers de Mauni, qui devint
   en ces chevaucies chevaliers, et fu retenus dou
   plus secret conseil le roi, et moult avanciés en se                30
   court. Et fist de puis li dis messires Gautiers tant de
   belles appertises et de grans fais d'armes, si com
   vous orés avant en l'ystore, que li livres est moult
   renluminés de ses proèces.

   Bien est voirs que aucun preu chevalier d'Escoce
   faisoient souvent anoi as Englès, et se tenoient toutdis            5
   par devers le sauvage Escoce, entre grans marès
   et grandes hautes forès, là nuls ne les pooit siewir.
   Et sievoient à le fois les Englès de si priès que tous
   les jours y avoit puigneis ou hustin. Et toutdis messires
   Guillaumes de Montagut et messires Gautiers de                     10
   Mauni, adonc nouviel chevalier, y estoient renommé
   pour les miex faisans et les plus enventureus. Et y
   pierdi à ces hustins et puigneis li dis messires Guillaumes,
   qui estoit hardis et durs chevaliers mervilleusement,
   un oel, par ses hardies emprises.                                  15

   En ces grans marès et en ces grans forès, là où cil
   signeur d'Escoce se tenoient, s'estoit jadis li preus
   rois Robers d'Escoce tenus par pluiseurs fois, quant
   li rois Edouwars, taions à celui dont nous parlons
   presentement, l'avoit desconfit, et conquis tout le                20
   royaume d'Escoche. Et pluiseurs fois fu il si menés
   et si decaciés qu'il ne trouvoit nullui qui l'osast herbegier,
   ne soustenir en chastiel ne en forterèce, pour
   le doubtance de ce roy Edouwart, qui avoit si nettement
   conquis toute Escoce qu'il n'i avoit ville,                        25
   chastiel ne forterèce qui n'obeisist à lui. Et quant
   cilz rois Edouwars estoit arrière revenus en Engleterre,
   chilz preus rois Robers rassambloit gens d'armes,
   quèle part que il les pooit trouver, et reconqueroit
   tous ses chastiaus, ses forterèces et ses bonnes                   30
   villes jusques à Bervich, les unes par force et par
   bataille, et les aultres par biaus parlers et par amours.
   Et quant li rois Edouwars le savoit, il en avoit grant
   despit, et faisoit tantost semonre ses os, et ne cessoit
   jusques à tant qu'il l'avoit de rechief desconfit, et
   reconquis le royaulme d'Escoce comme devant.

   Ensi avint entre ces deus rois, si comme jou ay                     5
   oy recorder, que cilz rois Robers reconquist son
   royaume, par cinq fois. Et ensi se maintinrent cil
   doi roy, que on tenoit à leur temps pour les deus
   plus preus del monde, tant que li bons rois Edowars
   fu trespassés, et trespassa en le bone cité de Bervich.            10
   Et avant qu'il morut, il fist appeller son ainnet
   fil, qui fu rois apriès lui, par devant tous ses hommes.
   Et li fist jurer sus Sains que, si tost qu'il seroit
   trespassés, il le feroit boulir en une caudière, tant
   que li char se partiroit des os, et feroit le char mettre          15
   en terre et garderoit les os. Et toutes fois que li
   Escot reveleroient contre lui, il semonroit ses gens
   et assambleroit et porteroit avoech lui les os de son
   père. Car il tenoit fermement que, tant qu'il aroit
   ces os avoech lui, li Escot n'aroient point victore                20
   contre lui. Li quels ne acompli mies che qu'il avoit
   juret. Ains fist son père raporter à Londres, et là ensepelir
   contre son sierement. Pour quoi il li meschei
   de puis en pluiseurs manières, si com vous avés oy,
   et premierement à le bataille de Struvelin, là où li               25
   Escot eurent victore contre lui.


   § 54. Apriès ce que li jones rois d'Engleterre eut
   fait hommage au roy Phelippe de France, de le conté
   de Pontieu et de tout ce qu'il li apertenoit à faire,
   eut li dis rois Phelippes grasce et devotion de venir              30
   veoir le Saint Père pape Benedic, qui pour le temps
   regnoit et se tenoit en Avignon, et de viseter une
   partie de son royaulme, pour lui deduire et esbatre,
   et pour aprendre à cognoistre ses cités, ses villes et
   ses chastiaus, et les nobles de son royaume. Si fist
   faire en celle istance ses pourveances grandes et                   5
   grosses, et se parti de Paris en très grant arroi, le
   roi de Behagne et le roi de Navare en se compagnie,
   et ossi grant fuison de dus, de contes et de signeurs,
   car il tenoit grant estat et estoffet, et faisoit grans livrées
   et grans despens. Si chevauça li rois ensi parmi                   10
   Bourgongne, et fist tant par ses petites journées qu'il
   vint en Avignon, où il fu moult solennelment receus
   dou Saint Père et de tout le Collège, et l'onnourèrent
   dou plus qu'il peurent. Et fu de puis grant terme là
   environ avoech le pape et les cardinauls, et se logoit             15
   à Ville Nove dehors Avignon. Si vint li rois d'Arragon
   en ce meisme temps ossi en court de Romme,
   pour lui veoir et festiier. Si y eut grans festes et
   grans solennités à leurs approcemens et à leurs assamblées.
   Et furent là tout le quaresme ensievant.                           20

   Donc il avint que certainnes nouvelles vinrent en
   court de Romme que li ennemi de Dieu estoient
   trop fort revelé contre le Sainte Terre, et avoient
   reconquis priès que tout le royaume de Rasse, et
   pris le roy qui s'estoit de son temps crestiennés, et              25
   fait morir à grant martire. Et maneçoient encores li
   incredule grandement sainte Crestienté. De ces nouvelles
   fu li papes moult courouciés, ce fu bien raisons,
   car il estoit chiés de l'Eglise, à cui tout bon
   crestien se doivent ralloiier. Si preeça, le jour dou              30
   Saint Venredi, present les rois dessus nommés, le
   digne souffrance de Nostre Signeur, et enhorta et remoustra
   grandement le crois à prendre et encargier,
   pour aler sus les ennemis de Dieu. Et si humblement
   fourma se predicacion, que li rois de France, meus
   en grant pité, prist là le crois, et requist au Saint
   Père qu'il li volsist acorder. Adonc li papes Benedic,              5
   qui vit le bonne volenté dou roy de France, li acorda
   benignement et le confirma, par condition que il
   absoloit de painne et de coupe vrais confès et vrais
   repentans, le roi de France premierement, et tous
   chiaus qui avoech lui iroient en ce saint voiage.                  10
   Adonc, par grant devotion, et pour l'amour dou roi,
   et lui tenir compagnie en ce pelerinage, li rois Charles
   de Behagne, li rois de Navare et li rois Pières
   d'Arragon le prisent, et grant fuison de dus, de contes,
   de barons et de chevaliers qui là estoient, et                     15
   ossi quatre cardinal, li cardinaulz Blans, li cardinaus
   de Naples, li cardinaulz de Pieregorth, et li cardinaulz
   d'Ostie. Si fu tantost celle crois publiie et preecie
   par le monde, et venoit à tous signeurs à grant
   plaisance, et especialment à chiaus qui voloient le                20
   tamps dispenser en armes, et qui adonc ne le savoient
   bien raisonnablement où emploiier.

   Quant li rois de France et li roi dessus nommet
   eurent esté un grant temps dalés le pape, et il eurent
   retté et avisé et confermé le plus grant partie                    25
   de leurs besongnes, il se partirent de court, et prisent
   congiet au Saint Père. Si s'en rala li rois d'Arragon
   en son pays. Et li rois de France et se compagnie
   s'en vinrent à Montpellier, et là furent il
   un grant tamps. Et fist adonc li rois Phelippes une                30
   pais, de grant hayne qui se mouvoit entre le roy
   d'Arragon et le roy de Maiogres. Apriès celle pais
   faite, il s'en retourna en France à petites journées et
   as grans despens, visetant ses cités, ses villes, ses
   chastiaus et ses forterèces, dont il avoit sans nombre;
   et rapassa parmi Auvergne, parmi Berri, parmi
   Biausse et parmi le Gastinois, et revint à Paris, où il             5
   fu receus à grant feste. Adonc estoit li royaumes de
   France gras, plains et drus, et les gens riches et possessans
   de grant avoir, ne on n'i savoit parler de
   nulle guerre.


   § 55. Ens l'ordenance de le crois, pour aler oultre                10
   mer, que li rois de France avoit empris et encargiet,
   et dont il se faisoit chiés, se avisèrent pluiseur signeur
   par le monde, et l'emprisent ossi li aucun
   par grant devotion. Car li papes absoloit tous chiaus
   de painne et de coupe, qui en ce saint voiage iroient.             15
   Si fu la ditte crois manifestée et preecie par le monde;
   et venoit à pluiseurs chevaliers bien à point, qui se
   desiroient à avancier. Si fist li rois Phelippes, comme
   chiés de ceste emprise, le plus grant et le plus biel
   apparel qui onques euist estet fais pour aler oultre               20
   mer, ne dou temps Godefroi de Buillon, ne d'aultre.
   Et avoit retenu et mis en certains pors, c'est assavoir
   de Marselle, de Aiguemortes, de Lattes, de Nerbonne
   et d'environ Montpellier, tel quantité de vaissiaus,
   de naves, de carrakes, de gallé[es] et de barges, que              25
   pour passer et porter soissante mil hommes et leurs
   pourveances. Et le fist tout le temps pourveir de
   bescuit, de vins, de douce aigue, de chars sallées, et
   de toutes aultres coses neccessaires pour gens d'armes,
   et pour vivre, et si grant plenté que pour durer                   30
   trois ans, s'il besongnoit.

   Et envoia encores li dis rois de France grans messages
   par devers le roy de Hongerie, qui estoit moult
   vaillans homs, en lui priant que il fust appareilliés,
   et ses pays ouvers, pour recevoir les pelerins de Dieu.
   Cils rois de Hongerie y entendi volentiers, et dist                 5
   que il estoit tous pourveus et ses pays ossi, de recevoir
   le roy de France, et tous chiaus qui avoech lui
   iroient. Tout en tel manière, le segnefia li rois de
   France au roy de Cippre, monsigneur Huge du Luzegnon,
   un vaillant roy durement, et ossi au roy de                        10
   Cecille, qui volentiers y entendirent, et se pourveirent
   selonch ce bien et souffissamment, à le priière
   et requeste dou roy de France. Encores envoia li dis
   rois devers les Venissiens, en priant et requerant
   que leurs mètes fussent ouvertes, gardées et pourveues.            15
   Cil obeirent volentiers au roy de France, et
   acomplirent son commandement. Ossi fisent li Geneuois
   et tout cil de le rivière de Gennes. Et fist
   li rois de France passer oultre en l'ille de Rodes le
   grant prieus de France, pour aministrer vivres et                  20
   pourveances sus leurs mètes. Et fisent cil de Saint
   Jehan, par acord avoech les Venissiiens, pourveir
   moult souffissamment le isle de Crète, qui est de
   leur signourie. Briefment, cescuns estoit appareilliés
   et rebraciés de faire tout ce que bon estoit et sambloit,          25
   pour recueillier les pelerins de Dieu. Et prisent
   plus de trois cens mil personnes le crois, pour aler
   oultre en ce voiage.


   § 56. En ce tempore que ceste crois estoit en si
   grant fleur de renommée, et que on ne parloit ne                   30
   devisoit d'aultre cose, se tenoit messires Robers
   d'Artois en Engleterre, escaciés de France, dalés le
   jone roy Edouwart, et avoit esté avoech lui au conquest
   de Bervich et en pluiseurs chevaucies d'Escoce:
   si estoient nouvellement retourné en Engleterre. Et
   enhortoit et consilloit li dis messires Robers tempre               5
   et tart le roy qu'il vosist deffiier le roy de France,
   qui tenoit son hyretage à grant tort. Dont li rois
   englès eut pluiseurs fois conseil, par grant deliberation,
   à ceulz qui estoient si plus secré et especial
   consilleur, comment il s'en poroit maintenir dou                   10
   destort que on li avoit fait dou royaume de France,
   en sa jonèce, qui par droite succession de proismeté
   devoit estre siens par raison, ensi que messires Robers
   d'Artois l'en avoit infourmet. Et l'avoient li
   douze per et li baron de France donnet à monsigneur                15
   Phelippe de Valois, d'acort et ensi que par jugement,
   sans appeller ne adjourner partie adverse. Si n'en
   savoit li dis rois que penser, car à envis le lairoit, se
   amender le pooit. Et se il le calengoit, et le debat
   en esmouvoit, et on li deveoit, si com bien faire on               20
   poroit, et il s'en tenist tous quois, et point ne l'amendoit
   ou son pooir n'en faisoit, plus que devant
   blasmés en seroit. Et d'autre part, il veoit bien que,
   par lui ne par le poissance de son royaume, il poroit
   à mesaise mettre au desous le grant royaume de                     25
   France, se il n'acqueroit des signeurs poissans, en
   l'Empire et d'autre part, par son or et par son argent.
   Si requeroit souvent à ses especiaulz consilleurs
   qu'il li volsissent sur ce donner bon conseil et bon
   avis, car sans grant conseil il n'en voloit plus avant             30
   entreprendre.

   A le parfin, si consilleur li respondirent d'acord
   et li disent: «Ciertes, sire, la besongne nous samble
   estre si grosse, et de si haute entrepresure, que
   nous ne nos en oserions cargier ne finablement consillier.
   Mais, chiers sires, nous vous consilleriens, se
   il vous plaisoit, que vous envoiissiés souffissans messages,        5
   bien infourmés de vostre intention, à ce gentil
   conte de Haynau, cui fille vous avés, et à monsigneur
   Jehan, son frère, qui si vassaument vous a
   servi, en priant en amisté que sur che il vous voellent
   consillier, car mieulz sèvent que à tel afaire affiert             10
   que nous ne faisons, et sont bien tenu de vostre
   honneur et de vostre raison garder, pour l'amour
   de la dame que vous avés. Et s'il est ensi qu'il s'acordent
   à vostre entente, il vous saront bien consillier
   des quelz signeurs vous vos porés le mieus aidier,                 15
   et les quelz, et comment vous les porés le miex
   acquerre.»--«A ce conseil, dist li rois, me accorde
   jou bien, car il me samble estre biaus et bons. Et
   ensi que consilliet le m'avés, sera fait.»

   Adonc pria li rois à ce prelat, l'evesque de Lincolle,             20
   qu'il volsist entreprendre ce message à faire
   pour l'amour de lui, et à deus chevaliers banerès qui
   là estoient, et à deus clers de droit ossi, qu'il volsissent
   faire compagnie à l'evesque en ce voiage. Li
   dessus dis evesques, li doi chevalier banereth, li doi             25
   clerch de droit ne veurent mies refuser le requeste
   dou roy, ains li ottriièrent volentiers. Si se apparillièrent
   au plus tost qu'il peurent, et se partirent dou
   roy et montèrent en mer, et arrivèrent adonc à Dunkerke.
   Si reposèrent là, tant que leur cheval furent                      30
   mis hors des vaissiaus, et puis se misent au chemin
   et chevaucièrent parmi Flandres, et esploitièrent tant
   qu'il vinrent à Valenciènes. Là trouvèrent il le
   conte Guillaume, qui gisoit si malades de gouttes
   artetikes et de gravielle, qu'il ne se pooit mouvoir,
   et trouvèrent ossi monsigneur Jehan de Haynau, son
   frère. S'il furent grandement festiiet et honnouret,                5
   ce ne fait point à demander. Quant il furent si bien
   festiiet comme à yaulz apertenoit, il comptèrent au
   dit conte de Haynau et à son frère leur entente, et
   pour quoi il estoient là envoiiet par devers yaus. Et
   leur exprimèrent toutes les raisons et les doubtances,             10
   que li rois meismes avoit mises avant par devant
   son conseil, si com vous avés ci dessus oy recorder.


   § 57. Quant li contes de Haynau eut oy ce pour
   quoi il estoient là envoiiet, et il eut oy les raisons
   et les doubtances que li rois englès avoit mises avant             15
   à son conseil, il ne les oy mies à envis. Ains dist
   que li rois n'estoit mies sans sens, quant il avoit ces
   raisons et ces doubtances si bien considerées. Car,
   quant on voet entreprendre une grosse besongne,
   on doit aviser et considerer comment on le poroit                  20
   achiever, et au plus priès de le fin peser à quel chief
   on en poroit venir. Et dist ensi li gentilz contes:
   «Se li rois y poet parvenir, si m'ayt Dieus, jou en
   aroie grant joie. Et poet on bien penser que je l'aroie
   plus chier pour lui, qui a ma fille, que je ne seroie              25
   pour le roy Phelippe, qui ne m'a nient fait tout
   à point, comment que jou aie sa sereur espousée.
   Car, il m'a destournet couvertement le mariage del
   jone duch de Braibant, qui devoit avoir espouset
   Ysabiel, ma fille, et le a retenut pour une sienne                 30
   aultre fille. Par quoi je ne faurrai mies à mon chier
   et ainsnet fil le roi d'Engleterre, s'il troeve en son
   conseil qu'il le voelle entreprendre. Ains li aiderai
   de conseil et d'ayde, à mon loyal pooir. Ossi fera
   Jehans, mes frères, qui là siet, qui aultre fois l'a siervit.
   Mais saciés qu'il li faurroit bien avoir aultre                     5
   ayde, plus forte que n'est la nostre. Car Haynaus est
   uns petis pays, ce savés, ou regard dou royaume de
   France; et Engleterre gist trop loing pour nous souscourre.»--«Certes,
   sire, vous nous donnés très
   bon conseil, et nous moustrés grant amour et grant                 10
   volenté; de quoi nous vous regrations, de par nostre
   signeur le roy», ce respondi li evesques de Lincolle,
   pour tous les aultres. Et dist encores: «Chiers
   sires, or nous consilliés des quelz signeurs nos sires
   se poroit mieus aidier, et des quelz il se poroit miex             15
   fiier, par quoi nous li puissions reporter vostre conseil.»--«Sour
   l'ame de mi, respondi li contes, je
   ne saroie aviser signeur si poissant, pour lui aidier
   en ces besongnes, comme seroit li dux de Braibant,
   qui est ses cousins germains, ossi li evesques de                  20
   Liège, li dus de Guerles, qui a sa sereur à femme, li
   arcevesques de Coulongne, li markis de Jullers, messires
   Ernoulz de Bakehen, et li sires de Faukemont.
   Ce sont cil qui plus aroient grant fuison de gens
   d'armes, en brief temps, que signeur que je sace en                25
   nul pays del monde. Et si sont très bon guerrieur.
   Et fineront bien, se il voellent, de huit mille ou de
   dis mille armures de fier, mais que on leur doinst
   de l'argent à l'avenant. Et si sont signeur et gens
   qui gaagnent volentiers. S'il estoit ensi que li rois              30
   mes filz vos sires euist acquis ces signeurs que je dis,
   et il fust par deça le mer, il poroit bien aler requerre
   le roy Phelippe oultre le rivière d'Oise et
   combatre à lui.»

   Cilz consaulz pleut grandement à ces signeurs
   d'Engleterre; puis prisent congiet au conte de Haynau
   et à monsigneur Jehan de Haynau, son frère. Si                      5
   s'en ralèrent viers Engleterre porter au roy le conseil
   qu'il avoient trouvet ou dessus dit conte et à son
   frère. Quant il furent venu à Londres, li rois leur
   fist grant feste. Et il li racontèrent tout ce qu'il
   avoient trouvet au conseil et à l'avis dou gentil conte,           10
   et de monsigneur Jehan de Haynau, son frère. Dont
   li rois eut grant joie et en fu grandement reconfortés,
   quant il eut entendu tout ce que ses sires li eut
   mandet et consilliet.

   Or vinrent ces nouvelles en France et montepliièrent               15
   petit à petit, que li rois englès supposoit et entendoit
   à avoir grant droit à le couronne de France.
   Et fu li rois Phelippes enfourmés et avisés de ses
   plus especiaulz et grans amis que, s'il aloit ou voiage
   d'oultre mer qu'il avoit empris, il metteroit son                  20
   royaulme en très grant aventure, et qu'il ne pooit
   faire ne esploitier milleur painne que de garder ses
   gens et ce qui sien estoit, et dont il tenoit le possession,
   et qui devoit retourner à ses enfans. Si se refroida
   grandement de celle crois emprise et preecie.                      25
   Et contremanda ses officiiers qui ses pourveances faisoient,
   si grandes et si grosses que merveilles seroit
   à penser, jusques à tant qu'il aroit veu de quel piet
   li rois englès vorroit aler avant, qui mies ne se refroidoit
   de lui pourveir et appareillier, selonch le                        30
   conseil que si homme li avoient raporté dou conte
   de Haynau, et fist, assés tost apriès ce qu'il furent
   revenu en Engleterre, ordonner et apparillier dis
   chevaliers banerès et quarante aultres chevaliers jones
   bachelers. Et les [envoya][26] à grans frès par deça
   le mer, droit à Valenciènes, et le evesque de Lincolle,
   qui fu moult vaillans homs, avoec eulz, en                          5
   cause que pour trettier à ces signeurs de l'Empire,
   que li contes de Haynau leur avoit denommés, et
   pour faire tout ce qu'il et messires Jehans, ses frères,
   en consilleroient. Quant il furent venu à Valenciènes,
   cescuns les regardoit à grans merveilles, pour                     10
   le biel et grant estat qu'il maintenoient, sans riens
   espargnier nient plus que li corps dou roy d'Engleterre
   y fust en propre personne, dont il acqueroient
   grant grasce et grant renommée. Et si y avoit entre
   yaus pluiseurs bachelers, qui avoient cescun un oel                15
   couvert de drap, pour quoi il n'en peuist veoir. Et
   disoit on que cil avoient voet entre dames de leur
   pays, que jamais ne verroient que d'un oel jusques
   adonc qu'il aroient fait aucunes proèces de leurs
   corps ens ou royaume de France, les quelz il ne voloient           20
   mies cognoistre à chiaus qui leur en demandoient.
   Si en avoit cescuns très grant merveilles.

  [26] Ms. de Gaignières, fo 29 vo.--Ms. 6477, fo 43 vo: «amena.»

   Quant il furent assés festiiet et honnouret à Valenciènes
   dou conte de Haynau, de monsigneur Jehan
   de Haynau, son frère, et des signeurs chevaliers                   25
   dou pays, et ossi des bourgois et des dames de Valenciènes,
   li dis evesques de Lincolle et li plus grant
   partie d'yaus se traisent par devers le duch de Braibant,
   par le conseil dou conte dessus dit. Si les festia
   li dus assés souffissamment, car bien le savoit                    30
   faire. Et puis se accordèrent si bellement au duch
   que il eut en couvent de soustenir le roy, son cousin,
   et toutes ses gens, en son pays, car à faire l'avoit,
   car c'estoit ses cousins germains: si pooit venir,
   et aler et demorer, armés et desarmés, toutes                       5
   fois qu'il li plairoit. Et avoec ce il leur eut en couvent,
   par tout son conseil et parmi une certaine
   somme de florins, que, se li rois englès, ses cousins,
   voloit le roy de France deffiier souffissamment, et entrer
   à force en son royalme, et se il pooit avoir l'acord               10
   et l'ayde de ces signeurs d'Alemagne deseure
   nommés, il le deffieroit ossi et iroit avoech lui, à
   tout mille armeures de fier. Ensi leur eut il en couvent
   par son creance. De quoi il cancela et detria
   puis assés, si com vous orés avant en l'ystore.                    15


   § 58. Adonc furent cil signeur d'Engleterre moult
   aise, car il leur sambla qu'il avoient moult bien besongnié,
   tant comme au duch. Si retournèrent à Valenciènes,
   et fisent, par messages et par l'or et l'argent
   le roy d'Engleterre leur signeur, tant que li dus                  20
   de Guerles, serourges au dit roy d'Engleterre, li markis
   de Jullers, pour lui et pour l'arcevesque de Coulongne
   Walerant, son frère, et li sires de Faukemont vinrent
   à Valenciènes parler à yaus, par devant le conte de
   Haynau, qui ne pooit mès chevaucier ne aler, et par                25
   devant monsigneur Jehan, son frère. Et esploitièrent
   si bien devers yaus que, parmi grandes sommes de
   florins que cescuns devoit avoir pour lui et pour ses
   gens, il eurent en couvent de deffiier le roi de France,
   avoech le roy englès, quant il li plairoit, et que cescuns         30
   d'yaus le serviroit, à un certain nombre de
   gens d'armes à hyaumes couronnés. En ce temps
   parloit on de hyaumes couronnés; et ne faisoient li
   signeur nul compte d'aultres gens d'armes, s'il n'estoient
   à hyaumes et à timbres couronnés. Or est cilz
   estas mués maintenant; on parolle de lances ou de                   5
   glaves et de jakes. Et vous di que cil signeur dessus
   nommet eurent en couvent as gens le roy d'Engleterre,
   que il leur aideroient à aultres signeurs d'oultre
   le Rin, qui bien avoient pooir de amener grant
   fuison de gens d'armes, mais que il ewissent souffissamment        10
   le pourquoi. Puis prisent congiet li dessus
   dit signeur alemant, et en ralèrent en leur pays.

   Et li signeur d'Engleterre demorèrent encores à
   Valencienes et en Haynau, dalés le conte, par quel
   conseil il ouvroient le plus. Si priièrent et envoiièrent          15
   encores souffissans messages devers l'evesque de
   Liège, monsigneur Aoulz, et l'euissent volentiers attrait
   de leur partie; mais li dis evesques n'i volt onques
   entendre, ne riens faire encontre le roi de
   France, à cui il estoit devenus homs et entré en se                20
   feaulté. Li rois de Behagne ne fu point priiés ne
   mandés, car on savoit bien qu'il estoit si conjoins
   au roi de France, par le mariage de leurs deus enfans,
   dou duc Jehan de Normendie, qui avoit à femme
   ma dame Bonne, fille au dessus dit roy, que                        25
   pour celle cause il ne feroit riens contre le roy de
   France. Or me tairai un petit d'yaulz, et parlerai
   d'une aultre matère, qui à ceste se rajoindera chi
   apriès.


   § 59. En ce temps dont jou ay parlet, avoit grant                  30
   dissention entre le conte Loeis de Flandres et les
   Flamens, car il ne voloient point obeir à lui, ne à
   painnes ne s'osoit il tenir en Flandres, fors en grant
   peril. Et avoit à ce donc un homme à Gand, qui
   avoit estet brassères de mielz. Chilz estoit entrés en
   si grant fortune et si grant grasce, que c'estoit tout              5
   fait quanqu'il voloit deviser et commander par toute
   Flandres, de l'un des corons jusques à l'autre. Et n'i
   avoit nullui, com grans qu'il fust, qui de riens osast
   trespasser ses commandemens ne contredire. Il avoit
   toutdis, apriès lui alans aval le ville de Gand, soissante         10
   ou quatre vingt varlès armés, entre les quelz
   il en y avoit deus ou trois qui savoient aucuns de
   ses secrès. Et quant il encontroit un homme qu'il
   avoit en souspeçon ou qu'il haioit, cilz estoit tantos
   tués, car il avoit commandé à ses secrès varlès et                 15
   dit: «Sitos que jou encontre un homme, et je
   vous fai un tel signe, si le tués sans deport, com
   grans ne com haulz qu'il soit, sans attendre aultre
   parolle.»

   Ensi avenoit souvent, et en fist en celle manière                  20
   pluiseurs grans mestres tuer. Par quoi il estoit si
   doubtés que nulz n'osoit parler contre cose qu'il volsist
   faire, ne à painnes penser de lui contredire. Et
   tantost que cil soissante varlet le avoient raconduit
   à son hostel, cescuns aloit disner à se maison; et                 25
   tantost apriès disner, il revenoient devant son hostel,
   et beoient en le rue, jusques adonc qu'il voloit aler
   aval le rue jouer et esbatre parmi le ville; et ensi
   le conduisoient jusques au souper. Et saciés que cescuns
   de ces saudoiiers avoit, cescun jour, quatre                       30
   compagnons ou gros de Flandres, pour ses frès et
   pour ses gages. Et les faisoit bien paiier, de sepmainne
   en sepmainne. Et ossi avoit il, par toutes les villes
   et les chasteleries de Flandres, sergans et saudoiiers
   à ses gages, pour faire tous ses commandemens, et
   espiier et savoir s'il avoit nulle part personne qui
   fust rebelle à lui, ne qui desist ne enfourmast nullui              5
   contre ses volentés. Et si tost qu'il en savoit aucuns
   en une ville, il ne cessast jamais, si l'euist fait banir
   ou fait tuer sans deport: jà cilz ne s'en peuist garder.
   Et meismement tous les poissans de Flandres,
   chevaliers, escuiers et bourgois des bonnes villes,                10
   qu'il pensoit qu'il fuissent favourable au conte en
   aucune manière, il les banissoit de Flandres, et levoit
   le moitiet de leurs revenues, et laissoit l'autre
   moitiet pour le doaire et le gouvrenement de leurs
   femmes et enfans. Et cil qui ensi estoient banit, des              15
   quelz il estoient grant fuison, se tenoient à Saint-Omer
   le plus, et les appelloit on les avollés ou les
   oultre avollés.

   Briefment à parler, il n'eut onques en Flandres, ne
   en aultre pays, conte, duch, prince, ne aultre, qui                20
   peuist avoir un pays si à se volenté, com cilz avoit
   et eut longement. Et estoit appellés Jakemars d'Artevelle.
   Il faisoit lever les rentes, les tonnieus, les
   winages, les droitures et toutes les revenues, que li
   contes devoit avoir et qui à lui apertenoient, quèle               25
   part que ce fust parmi Flandres, et toutes les maletotes:
   si les despendoit à se volenté et en donnoit,
   sans rendre nul compte. Et quant il voloit dire que
   argens li falloit, on l'en creoit par sen dit, et croire
   l'en couvenoit, car nulz n'osoit dire encontre. Et                 30
   quant il en voloit emprunter à aucuns bourgois sour
   son paiement, il n'estoit nulz qui le osast escondire
   à prester. Or voel jou retourner as messagiers d'Engleterre.


   § 60. Chil signeur d'Engleterre, qui estoient envoiiet
   par deça le mer, et estoient si honnourablement
   à Valenciennes, com vous avés oy, se apensèrent
   entre yaus que ce seroit grans confors pour leur                    5
   signeur le roy, selonch ce qu'il voloient entreprendre,
   se il pooient avoir l'acort des Flamens, qui
   adonc estoient mal dou roy de France et dou conte,
   leur droit signeur. Si s'en consillièrent au conte de              10
   Haynau, qui leur dist que voirement seroit ce li plus
   grans confors qu'il peuissent avoir. Mais il ne pooit
   veir que il y peuissent pourfiter se petit non, se il
   n'avoient premierement acquis le grasce et le faveur
   de celui Jakemart d'Artevelle. Il disent qu'il en feroient         15
   leur pooir temprement.

   Assés tost apriès çou, il se partirent de Valenciènes,
   et s'en alèrent vers Flandres, et se departirent en
   trois, ne sai, en quatre routes, s'en alèrent partie à
   Bruges, partie à Ippre, et li plus grant partie à Gand,            20
   et tout despendant si largement qu'il sambloit que
   argens leur pleuist des nues. Et queroient acord par
   tout, et prommetoient as uns et as aultres, là où on
   les consilloit, et où il creoient miex emploiier, pour
   parvenir à leur entente. Toutes voies, li evesques de              25
   Lincolle et se compagnie, qui alèrent à Gand, fisent
   tant, par biel parler et autrement, qu'il eurent l'acord,
   l'acointance et l'amisté de Jakemart d'Artevelle,
   et grant grasce en le ville, et meismement
   d'un vaillant chevalier anciien, qui volentiers demoroit           30
   à Gand, et y estoit durement amés. Si le appelloit[on][27]
   monsigneur le Courtrisien, et estoit chevaliers
   banerès, et le tenoit on pour le plus preu chevalier
   de Flandres, et pour le plus vaillant homme,
   et qui le plus hardiement avoit toutdis servi ses signeurs.
                                                                    5

  [27] Ms. de Mouchy-Noailles, fo 30 vo.--Ms. 6477, fo 46 (lacune).

   Cilz sires Courtrissiens compagnoit et honnouroit
   durement ces signeurs d'Engleterre, ensi que vaillant
   homme doient toutdis honnourer estragnes chevaliers,
   à leur pooir. Mais il en eut, au darrain, mauvais
   loiier. Car il en fu[28] accusés de celle honneur                  10
   qu'il faisoit as Englès, enviers le roy de France, si
   ques li rois commanda très estroitement au dit conte
   de Flandres qu'il fesist tant, comment que ce fust,
   qu'il ewist le dessus dit chevalier, se tant l'amoit, et
   qu'il li fesist coper le tieste. Li contes, qui n'osa              20
   trespasser le commandement le roy, ains fist tant,
   je ne sai comment ce fu, que li sires Courtrisiens
   vint là où li contes le manda. Si fu tantost pris et
   tantost decolés. De quoi moult de gens furent durement
   dolant de pitié, car il estoit moult amés et                       25
   honnourés ou pays, et en seurent moult mal gret au
   conte.

  [28] Ms. 6477, fo 46: «fu _si_ accusés.»--Les leçons de plusieurs
  bons mss., notamment du ms. de Gaignières, fo 30 vo, du ms. 2641,
  fo 31 vo et du ms. de Besançon, fo 33, autorisent à supprimer ce
  _si_ qui se retrouve une ligne plus bas dans _si ques_.

   Tant esploitièrent cil signeur d'Engleterre en Flandres,
   que cilz Jakemars d'Artevelle mist pluiseurs
   fois les consaulz des bonnes villes ensamble, pour                 30
   parler de le besongne que cil signeur d'Engleterre
   queroient, et des franchises et amistés qu'il leur offroient
   de par le roi d'Engleterre leur signeur, sans
   cui terre et acord il ne se pooient bonnement
   longement chevir. Et tant parlementèrent ensamble
   qu'il furent d'acort en tel manière, qu'il plaisoit
   bien à tous le consaulz de Flandres que li rois englès              5
   et toutes ses gens pooient bien venir et aler, à
   gens d'armes et autrement, par toute Flandres, ensi
   qu'il li plairoit. Mais il estoient si fortement obligiet
   envers le roy de France qu'il ne le poroient grever
   ne entrer en son royalme, qu'il ne fuissent attaint                10
   de une si grande somme de florins, que à grant malaise
   en poroient il finer. Et leur priièrent que ce
   leur volsist souffire jusques à une aultre fois. Ces responses
   et cil esploit souffirent adonc assés à ces signeurs
   d'Engleterre, puis s'en revinrent arrière à                        15
   Valenciènes, à grant joie. Et souvent envoioient leurs
   messages devers le roi, leur signeur, et li signefioient
   ce qu'il avoient besongniet. Et li rois leur renvoioit
   grant or et grant argent, pour paiier leurs frais, et
   pour departir à ces signeurs d'Alemagne, qui ne                    20
   convoitoient aultre cose.

   En ce temps, trespassa de ce siècle li gentilz contes
   Guillaumes de Haynau, sept jours ou mois de
   juing, l'an de grasce mil trois cens trente sept. Si fu
   ensepelis as Cordeliers, à Valenciènes; et li fist on là           25
   son obsèque. Et chanta le messe li evesques Guillaumes
   de Cambrai. Si y eut grant fuison de dus, de
   contes et de barons, ce fu bien raisons, car il estoit
   grandement amé et renommés de tous. Apriès son
   trespas, se traist à le conté de Haynau, de Hollandes              30
   et de Zelandes, messires Guillaumes, ses filz, qui
   eut à femme la fille au duch Jehan de Braibant. Et
   fu ceste dame, qui s'appelloit Jehane, doée de le
   terre de Binch, qui est un moult biaus hiretages et
   pourfitables. Et ma dame Jehane de Vallois, sa mère,
   s'en vint demorer à Fontenielles sus Escaut, et là
   usa sa vie comme bonne et devote en le ditte abbeye,                5
   et y fist moult de biens.


   § 61. De toutes ces devises et ces ordenances, ensi
   com elles se portoient et estendoient, et des confors
   et des alliances que li rois englès acqueroit par deça
   le mer, tant en l'Empire comme ailleurs, estoit li                 10
   rois Phelippes tous infourmés; et euist volentiers
   veu que li contes de Flandres se fust tenus en son
   pays et euist attrais ses gens à son acord. Mès cilz
   Jakemars d'Artevelle avoit jà si sourmonté toutes manières
   de gens en Flandres que nulz n'osoit contredire                    15
   à ses oppinions, meismement li contes, leurs
   sires, ne s'i osoit clerement tenir, et avoit envoiiet
   ma dame, sa femme, et Loeis, son jone fil, en France,
   pour le doubte des Flamens.

   Avoec tout ce, se tenoient en l'ille de Gagant aucun               20
   chevalier et escuier de Flandres, en garnison,
   dont messires Ducres de Halluin et messires Jehans
   de [Rodes][29] et li enfant de Le Trief estoient chapitain
   et souverain; et là gardoient le passage contre les
   Englès, et faisoient guerre couvertement: dont li                  25
   chevalier d'Engleterre, qui se tenoient en Haynau,
   estoient tout infourmet que, se ilz s'en raloient par
   là en leur pays, il seroient rencontré; pour quoi, il
   n'estoient mies bien aseur. Non obstant ce, se chevauçoient
   il et aloient à leur volenté parmi le pays
   de Flandres, et par les bonnes villes, mais c'estoit
   sus le confort Jakemon d'Artevelle, qui les portoit
   et honnouroit en toutes manières, ce qu'il pooit.
   Or retourrons nous un petit au duch de Braibant.                    5

  [29] Ms. de Mouchy-Noailles, fo 29.--Ms. 6477, fo 47: «Rodais.»


   § 62. Quant li dus de Braibant ot fait ses couvenences
   à ces signeurs d'Engleterre, si com vous avés
   oy, il s'avisa que li rois de France aultre fois li avoit
   fait contraire. Si se doubta qu'il ne fust durement                10
   infourmés contre lui, à l'ocquison des Englès et, se
   il avenoit que li entrepresure que li rois d'Engleterre
   avoit emprise ne venist avant ou ne venist à bon
   chief, que li rois de France ne le volsist guerriier, et
   li faire comparer che que li aultre aroient acordet.               15
   Si envoia de son conseil au roy de France monsigneur
   Loeis de [Cranahen][30], sage chevalier durement,
   et pluiseurs aultres avoech lui, pour lui excuser,
   et pour priier au roy qu'il ne volsist croire nulle
   mauvaise information contre lui; car moult à envis                 20
   il feroit nulle alliance ne couvenence contre lui,
   mais li rois d'Engleterre estoit ses cousins germains:
   se ne li pooit bonnement escondire sa revenue dedens
   son pays, de lui ne de ses gens, leurs frais
   paians; mais plus avant il n'en feroit riens qui deuist            25
   estre au desplaisir dou roy. Li rois le crey à celle
   fois, si s'en apaisa atant. Et toutes voies li dux ne
   laissa mies pour ce, qu'il ne retenist des gens d'armes
   en Braibant et ailleurs, là où il les pooit ne
   pensoit à avoir, jusques à le somme que couvenenciet
   avoit au roi d'Engleterre.

  [30] Ms. de Gaignières, fo 31 vo.--Ms. 6477, fo 47: «Cravehen.»

   Et quant li dessus dit signeur d'Engleterre eurent
   fait en partie ce pour quoi il avoient passet mer, il
   se partirent de Valenciènes, où il tenoient leur souverain          5
   sejour, premierement li evesques de Lincolle,
   messires Renaulz de Gobehen et li aultre. Et vuidièrent
   Haynau, et vinrent à Dourdresch, en Hollandes.
   Et montèrent là en mer, pour eschiewer le passage
   de Gagant, où li dessus dit chevalier de Flandres se               10
   tenoient en garnison, de par le roy de France et le
   conte de Flandres, si com on disoit. Et s'en revinrent
   au mieus qu'il peurent, et au plus couvertement,
   arrière en leur pays, devers le roy englès, leur
   signeur, qui les rechut à grant joie. Se li recordèrent            15
   tout l'estat des signeurs de par de dechà, premierement
   dou duch de Braibant, dou duch de Guerles,
   dou conte de Jullers, de l'arcevesque de Coulongne,
   de monsigneur Jehan de Haynau, dou signeur de
   Faukemont, et des alloiiés, comment et sus quel                    20
   point il s'estoient alloiiet et accordé à lui, et à
   quelle quantité de gens d'armes cescuns le devoit
   servir, et ossi quel cose cescuns devoit avoir. A ces
   parolles entendi li rois englès volentiers, et dist que
   ses gens avoient bien esploitiet. Mais trop durement               25
   plaindi le mort le conte de Haynau, qui fille
   il avoit, et disoit qu'il avoit perdu en li un très
   grant confort: se li couvenoit il porter et faire à l'avenant.

   Encores recordèrent li dit signeur au roi le couvenant             30
   de chiaus qui se tenoient en le garnison de Gagant,
   et qui herioient ses gens tous les jours; et
   comment, pour le doubte d'yaus, il estoient revenu
   par Hollandes, et avoient eslongiet grandement leur
   chemin. Donc dist li rois que il y pourveroit temprement
   de remède. Si ordonna assés tost apriès le
   conte Derbi, son cousin, et monsigneur Gautier de                   5
   Mauni, qui y avoit tant fait de belles bacheleries, en
   Escoce, qu'il en estoit durement alosés, et ossi aucuns
   aultres chevaliers et escuiers englès, qu'il vosissent
   traire devers Gagant, et combatre chiaus qui
   là se tenoient. Li dessus dit obeirent au commandement             10
   le roi, leur signeur, et fisent leurs pourveances
   et lor amas de gens d'armes et d'arciers à Londres,
   et chargièrent leurs vaissiaus en le Tamise. Quant il
   furent tout venu et apparilliet, il estoient environ
   cinq cens armeures de fier et deus mille arciers. Si               15
   entrèrent en leur navie, qui estoit toute preste, et
   puis si se desancrèrent. Et vinrent, de celle marée,
   le première nuit, gesir devant Gravesaindes. A l'endemain,
   il desancrèrent et vinrent devant Mergate.
   A le tierce marée, il tirèrent les voiles amont, et                20
   prisent le parfont, et nagièrent tant par mer qu'il
   veirent Flandres. Si arroutèrent leurs vaissiaus, et
   misent en bon couvenant. Si vinrent assés priès de
   Gagant, à heure de nonne. Che fu le nuit Saint Martin
   en hyvier, l'an mil trois cens trente sept.                        25


   § 63. Quant li Englès veirent le ville de Gagant,
   où il tendoient à venir, et combatre chiaus qui par
   dedens se tenoient, si se avisèrent et regardèrent
   qu'il avoient vent et le marée pour yaus, et que ou
   nom de Dieu et de saint Jorge il approceroient. Donc               30
   fisent il sonner leurs trompètes, et s'armèrent et apparillièrent
   vistement, et ordonnèrent leurs vaissiaus,
   et misent les arciers devant, et singlèrent fors viers
   le ville.

   Moult bien avoient les gettes et les gardes, qui en
   Gagant se tenoient, veu approcier ceste grosse armée.               5
   Si supposoient assés que c'estoient Englès; pour quoi
   il s'estoient jà tout armet et rengiet sus les dikes et
   sus le sablon, et mis leurs pennons par ordenance
   devant yaus, et fait entre yaus des nouviaus chevaliers
   jusques à seize. Et pooient estre environ cinq                     10
   mille tout comptet, bien apert baceler et compagnon,
   ensi qu'il le moustrèrent. Et là estoit messires Guis
   de Flandres, frères au conte Loeis de Flandres, uns
   bons et seurs chevaliers, mès bastars estoit, qui
   amonnestoit et prioit tous les compagnons de bien                  15
   faire. Et là estoient messires Ducres de Halluin, messires
   Jehans de Rodes, messires Gilles de le Trief,
   qui fu là fais chevaliers, messires Symons et messires
   Jehans de Brukedent, qui y furent fait ossi chevalier,
   et Pières d'Englemoustier, et maint compagnon baceler              20
   et escuier et appert hommes d'armes, ensi qu'il
   le moustrèrent, et qui moult desiroient le bataille as
   Englès.

   Et estoient tout cil ordenet et rengiet à l'encontre
   des Englès. Et n'i eut riens parlementé ne devisé,                 25
   car li Englès, qui estoient en grant [soucy][31] de yaus
   assallir, et cil de deffendre, criièrent leurs cris et fisent
   traire leurs arciers moult roit et moult fort, et
   tant que cil qui le havene deffendoient en furent si
   ensonniiet que, vosissent ou non, il les couvint reculer.          30
   Et en y eut dou tret à ce premiers moult de
   mehagniés. Et prisent terre li baron et li chevalier
   d'Engleterre, et s'en vinrent combatre as haces, as
   espées et as glaves, li un à l'autre.

  [31] Ms. de Gaignières, fo 32.--Ms. 6477, fo 48 (lacune).

   Et là y eut pluiseurs belles baceleries et apertises                5
   d'armes faites. Et moult vassaument se combatirent
   li Flamench. Ossi moult bachelereusement les requisent
   li Englès. Et là fu moult bons chevaliers li contes
   Derbi, et s'avança de premiers si avant qu'il fu,
   en lançant de glaves, mis par terre. Et là, li fu messires         10
   Gautiers de Mauni bons confors, car par apertises
   d'armes il le releva et osta de tous perilz, en
   escriant: «Lancastre au conte Derbi!» Et adonc
   approcièrent il de tous lés. Et en y eut pluiseurs
   mehagniés, et par especial plus des Flamens que                    15
   des Englès. Car li arcier d'Engleterre, qui continuelment
   traioient, leur portoient trop grant damage.


   § 64. A prendre terre ou havene de Gagant, fu li
   bataille dure et fière. Car li Flamench qui là estoient,           20
   et qui le ville et le havene gardoient et deffendoient,
   estoient très bonne gent, et de grant apertise plain.
   Car, par election, li contes de Flandres les y avoit
   mis et establis, pour garder cel passage contre les
   Englès. Si s'en voloient acquitter bacelereusement, et             25
   faire leur devoir en tous estas, ensi qu'il fisent. Là
   estoient li baron et li chevalier d'Engleterre: premierement,
   le conte Derbi, filz au conte Henri de
   Lancastre au Tors Col, li contes de Sufforch, messires
   Renaulz de Gobehen, messires Loys de Biaucamp,                     30
   messires Guillaumez filz Warine, li sires de
   Bercler, messires Gautiers de Mauni et pluiseur aultre,
   qui très vassaument s'i portoient et assalloient
   les Flamens.

   Là eut dure bataille et fort combatue, car il estoient
   main à main. Et là fisent li pluiseur moult de belles               5
   apertises d'armes, et de l'un lés et de l'autre; mais
   finablement li Englès obtinrent le place. Et furent li
   Flamench desconfi et mis en cace. Et en y eut plus
   de trois mille mors, que sus le havene, que sus les
   rues, que ens ès maisons. Et là fu pris messires Guis,             10
   bastars de Flandres, et mors messires Ducres de Halluin,
   et messires Jehans de [Rodes][32], et li doi frère de
   Brukedent et messires Gilles de le Trief et pluiseur
   aultre: environ vingt six chevaliers et escuiers y furent
   mort en bon couvenant. Et fu la ville prise,                       15
   pillie et robée, et tous li avoir aportés et mis ens ès
   vaissiaus avoecques les prisonniers. Et puis fu la ville
   toute arse et sans deport. Et retournèrent li Englès
   arrière, et sans damage, en Engleterre, et recordèrent
   au roy leur aventure. Li quelz fu moult joians,                    20
   quant il les vit, et sceut comment il avoient esploitiet.
   Si fist à monsigneur Gui de Flandres creanter
   se foy et obligier prison. Li quels se tourna englès
   en celle meisme anée, et devint homs au roy d'Engleterre.
   De quoi li contes de Flandres, ses frères, fu                      25
   moult courouciés.

  [32] Ms. 6477, fo 48: «Rodais.»


   § 65. Apriès le desconfiture de Gagant, ces nouvelles
   s'espardirent en pluiseurs lieus. Si en furent
   cil de le partie le roy d'Engleterre tout joiant, et cil
   de le partie dou conte tout courouciet. Et disoient
   bien cil de Flandres que sans raison, hors de leur
   conseil et volenté, li contes les avoit là mis. Si se
   passa ensi ceste cose. Qui plus y eut mis, plus y eut
   perdut, fors tant que d'Artevelle, qui avoit sourmonté              5
   tous chiaulz de Flandres et en avoit pris le gouvernement,
   ne vosist nullement que la besongne se fust
   aultrement portée. Si envoia tantost ses messages en
   Engleterre devers le roy Edowart, en lui recommendant
   de coer et de foy; et li segnefia que en avant                     10
   il li consilloit qu'il passast le mer et venist en Anwiers,
   par quoi il s'aquintast des Flamens, qui moult le desiroient
   à veoir. Et supposoit assés que, s'il estoit
   par deçà le mer, ses besongnes en seroient plus clères,
   et y prenderoit grant pourfit.                                     15

   Li rois englès à ces parolles entendi volentiers, et
   fist faire ses pourveances grandes et grosses. Et tantost
   que cilz yviers fu passés, à l'esté ensieuwant, il
   monta en mer, bien acompagniés de contes et de
   barons et d'aultre chevalerie, et passa le mer et arriva           20
   en le ville de Anwiers, qui adonc se tenoit pour
   le duc de Braibant. Si tost c'on sceut qu'il estoit descendus,
   gens vinrent de tous costés, pour lui veoir
   et considerer le grant estat qu'il maintenoit. Quant
   il eut esté assés honnourés et festiiés, il eut advis              25
   qu'il parleroit volentiers au duch de Braibant, son
   cousin, au duch de Guerles, son serourge, au markis
   de Jullers, à monsigneur Jehan de Haynau, au
   signeur de Faukemont, et à chiaus dont il esperoit à
   estre confortés, et qui estoient à lui acouvenenciet,              30
   pour avoir leur conseil comment et quant il poroient
   commencier à faire çou qu'il avoient empris. Ensi le
   fist. Et vinrent tuit à son mandement à Anwiers,
   entre le Pentecouste et le Saint Jehan.

   Là, furent cil signeur festiiet grandement, à le
   manière d'Engleterre. Apriès, les traist à conseil li
   rois, et leur demoustra moult humlement se besongne,                5
   et volt savoir d'yaus le certainne intention; et
   leur pria qu'il s'en volsissent delivrer, car pour çou
   estoit il là venus, et avoit ses gens tous apparilliés.
   Se li tourneroit à grant damage, se il ne l'en
   delivroient apertement. Cil signeur eurent grant conseil           10
   ensamble et lonch, car la cose les estraindoit, et
   si n'estoient point d'acord. Et toutdis avoient regart
   sour le duc de Braibant, qui n'en faisoit nient
   bien boine cière, par samblant. Quant il furent longement
   consilliet, il respondirent au roy Edouwart et                     15
   disent: «Chiers sires, quant nous venins ci, nous
   y venins plus pour vous veoir que pour aultre chose.
   Si n'estions mies pourveu ne avisé de vous respondre
   sur ce que requis nous avés. Si nous retrairons
   arrière vers nos gens, cescuns vers les siens, et revenrons        20
   à vous à un certain jour, quant il vous plaira.
   Et vous responderons adonc si plainnement, que li
   coupe n'en demorra point sour nous.»

   Li rois vey bien qu'il n'en aroit aultre chose, à
   celle fois. Si s'en apaisa atant; et se acordèrent d'une           25
   journée estre ensamble pour respondre le milleur
   avis, apriès le Saint Jehan trois sepmainnes. Mais
   bien leur moustra li rois englès les grans frès et les
   grans damages qu'il soustenoit cescun jour pour leur
   attente; car il pensoit qu'il fuissent tout pourveu de             30
   lui respondre, quant il vint là, si com il estoit. Et
   leur dist qu'il ne s'en retourroit jamais en Engleterre,
   jusques adonc qu'il saroit leur intention tout
   plainnement. Sur ce, cil signeur se departirent. Li
   rois demora tous quois en l'abbeye Saint Bernard,
   jusques apriès le journée. Li aucun des signeurs et
   des chevaliers d'Engleterre demorèrent en Anwiers,                  5
   pour lui faire compaignie. Li aultre aloient esbaniant
   et esbatant parmi le pays, à grans frais, li uns
   à Brouxelles, li aultres en Haynau, li pluiseur aval
   les bonnes villes de Flandres, là où il estoient durement
   bien venut et bien festiiet. Li dus de Braibant                    10
   s'en ala à le Leuvre, et se tint là un grant temps.
   Et renvoioit souvent par devers le roi de France,
   pour lui escuser, et pour priier qu'il ne cruist nulle
   information senestre encontre lui.


   § 66. Li jours approça et vint que li rois englès                  15
   attendoit le response de ces signeurs; mais il se fisent
   souffissamment escuser et mandèrent au roi qu'il
   estoient tout appareilliet yaus et leurs gens, ensi que
   couvens estoit, mais qu'il fesist tant au duch qu'il
   se apparillast, qui estoit li plus proçains, et qui le             20
   plus froidement, ce leur sambloit, se apparilloit. Et
   ossi tost qu'il saroient de certain que li dus seroit
   apparilliés de mouvoir, il se mouveroient et seroient
   ossi tost au commencement de le besongne que li
   dus de Braibant seroit.                                            25

   Sus ces responses, li dis rois englès fist tant qu'il
   parla au duch de Braibant, son cousin, et li demoustra
   le mandement que cil signeur li avoient mandet.
   Si le pria en amisté et requist, par linage, qu'il se
   volsist sour ce aviser, par coi nulle deffaute n'en fust           30
   trouvée en lui, car il, endroit de lui, se apercevoit
   bien que il se apparilloit froidement. Et se il n'en
   faisoit aultre cose, il doubtoit qu'il ne perdist l'ayde
   et confort de ces signeurs d'Alemagne, par le deffaute
   de lui. Quant li dus oy çou, il en fu tous confus
   et dist qu'il s'en consilleroit. Quant il fu longement              5
   consilliés, il respondi au roy qu'il seroit assés
   tost apparilliés, quant besoins en seroit; mès il aroit
   ançois parlé à tous ces aultres signeurs, et leur prieroit
   qu'il volsissent estre à Halle, ou à Destre, encontre
   lui.                                                               10

   Quant li rois englès veï çou, il perchut bien qu'il
   n'en aroit aultre cose, et que li courouciers ne li pooit
   riens valoir; si accorda au duch son pourpos, et dist
   qu'il envoieroit encores à ces signeurs certains messages
   de par lui qu'il fuissent, à une journée certainne,                15
   contre lui, là où il leur plairoit le mieus.
   Ensi se departirent li rois et li dus d'ensamble. Message
   furent envoiiet devers les signeurs de l'Empire,
   et li certains jours assignés qu'il venroient: ce fu à
   le Nostre Dame mi aoust. Et fu mis et assis cilz parlemens         20
   par tous communs acors, à Halle, pour le
   cause dou jone conte de Haynau, monsigneur Guillaume,
   et fu avoech monsigneur Jehan de Haynau,
   son oncle.


   § 67. Quant cil signeur de l'Empire furent assamblé,               25
   si com dessus est dit, en le ville de Halle, il eurent
   grant parlement et lonch conseil, car li besongne
   leur estraindoit durement; à envis poursievoient
   leurs couvenans, et à envis en deffalloient pour leur
   honneur. Quant il furent très longement consilliet,                30
   il respondirent d'un acord au roi englès, et disent
   ensi: «Ciers sires, nous nos sommes longement consilliet,
   car vostre besongne nous est assés pesans. Car
   nous ne veons mies, tout consideré, que nous aions
   point de cause de deffiier le roi de France à vostre
   occoison, se vous ne pourchaciés que vous aiiés l'acord             5
   de l'Empereur, et qu'il nous commande que
   nous deffions le roi de France de par lui, car il ara
   bien droite ocquison et vraie par raison, si com nous
   vous dirons. Et, de donc en avant, ne demorra nulle
   deffaute en nous que nous ne soions apparilliet de                 10
   faire ce que prommis vous avons sans nulle excusance.
   La cause que li Emperères poet avoir de deffiier
   le roi de France est tèle. Il est certain que couvenenciet
   a esté de lonch temps, et seelet et juret,
   que li rois de France, quiconques le soit, ne puet ne              15
   ne doit tenir ne acquerre riens sus l'Empire. Et cilz
   rois Phelippes, qui à present règne, a fait le contraire
   contre son sairement. Car il a acquis le chastiel
   de Crievecuer, en Cambresis, et le chastiel de
   Alues, en Pailluel, et pluiseurs aultres hyretages, en             20
   le ditte conté de Cambresis, qui est terre de l'Empire
   et haus fiés et relevée de l'Empereur, et l'a attribuet
   au dit royaume de France. Par quoi li Emperères a
   bien cause de lui deffiier et de faire deffiier par nous
   qui sommes[33] si soubgès: si ques nous vous prions                25
   et consillons que vous y voelliés painne mettre au
   pourcacier son acord, pour nostre pais et honneur.
   Et nous y metterons painne volentiers au pourcacier
   ossi, à nostre loyal pooir.»

  [33] On lit dans le ms. 6477, fo 50 vo, après: «sommes», «si
  sommes», répétition qui ne se retrouve pas dans le ms. de
  Gaignières, fo 33 vo, et qu'il faut sans doute attribuer à une
  distraction du copiste.

   Li rois englès fu tous confus quant il oy ce raport,
   et bien li sambla que ce fust uns detriemens. Et bien
   pensa que ce venoit de l'avis le duch de Braibant,
   son cousin, plus que des aultres. Toutes voies, il
   considera assés qu'il n'en aroit aultre chose, et que li            5
   courechiers ne li pooit riens valoir. Si en fist milleur
   samblant qu'il peut, par emprunt, et leur dist:
   «Certes, signeur, je n'estoie mies avisés de ce point;
   et se plus tost en fuisse avisés, je en ewisse volentiers
   fait par vostre conseil, et encores voel faire. Si                 10
   m'en aidiés à consillier, selonch ce que je sui deçà
   le mer en estragne pays apassés. Et si y ay longement
   sejourné, et à grant fret. Si m'en voelliés donner
   bon conseil, pour vostre honneur et pour le miène.
   Car saciés, se jou ay en ce cas nul blasme, vous n'i               15
   poés avoir honneur.»


   § 68. Longe cose seroit à raconter tous leurs consaulz
   et toutes leurs parolles. Acordé fu entre yaus,
   à le parfin, que li marchis de Jullers iroit parler à
   l'Empereur; et iroient des chevaliers et des clers le              20
   roy avoec lui, et dou conseil [du duc][34] de Guerles
   ossi, et feroient le besongne à le milleur foy qu'il
   poroient. Mais li dus de Braibant n'i volt point envoiier,
   mais presta le chastiel de Louvaing au roy,
   pour demorer, s'il li plaisoit, jusques à l'estet; car li          25
   rois leur avoit bien dit que nullement il ne s'en retourneroit
   en Engleterre, car hontes et virgongne li
   seroit, s'il s'en retournoit sans avoir fait partie de sen
   emprise, de quoi si grant fame estoit, se li deffaute
   et negligense n'en demoroit en yaus. Et leur dist
   qu'il manderoit le jone royne se fame, et tenroient
   leur hostel ens ou chastiel de Louvaing, puis que li
   dus, ses cousins, li avoit offiert. Ensi se departi cilz
   parlemens, et creantèrent tout cil signeur, li un en                5
   le presence de l'autre, que jamais il ne querroient
   nulle excusance ne detriement que, de le feste Saint
   Jehan Baptiste, qui seroit l'an mil trois cens trente
   neuf, en avant, il seroient ennemi au roy Phelippe de
   France, et seroit cescuns apparilliés, ensi que prommis            10
   avoit. Cescuns en rala en son lieu. Li marcis de
   Jullers meut à toute se compagnie pour aler vers
   l'Empereur. Si le trouvèrent à Floreberg.

  [34] Ms. de Gaignières, fo 34.--Ms. 6477, fo 50 vo (lacune).

   Pourquoi feroi je lonch sermon de leurs parolles,
   ne de leurs requestes? Je ne les saroie raconter toutes            15
   entirement, car je n'i fui mies. Mais li dis marcis
   de Jullers parla si gracieusement à monsigneur Loeis
   de Baivière, empereur de Romme pour le temps, qu'il
   fisent toutes leurs besongnes et ce pour quoi il estoient
   là alet. Et y rendi ma dame Margerite de Haynau, sa                20
   femme, grant painne. Et fu adonc li marcis de Jullers
   fais marcis de Jullers, qui en devant estoit contes de
   Jullers; et li dus de Guerles, qui estoit appellés contes,
   fais dus de Guerles. Et le impetrèrent ceste augmentation
   de nom ses gens qui là estoient. Et ossi li                        25
   Emperères donna commission à quatre chevaliers et
   à deus clers de droit, qui estoient de son conseil, et
   pooir de faire le roy englès son vicaire par tout
   l'Empire; et li donna grasce par quoi il peuist faire
   monnoie d'or et d'argent, el nom de lui, et commandement           30
   que cescuns de ses soubgès obeisist à
   lui, comme au vicaire et comme à lui meismes. Et
   de ce prisent li dessus dit instrumens publikes, confremés
   et saiellés souffissamment de l'Empereur.
   Quant li dis marcis de Jullers eut fait toutes ses besongnes,
   il et se compagnie se misent au retour.


   § 69. En ce temporal, li jones rois David d'Escoce,                 5
   qui avoit perdu grant partie de son royaulme,
   et ne le pooit recouvrer, pour l'effort dou roy d'Engleterre,
   son serourge, se parti d'Escoce priveement
   avoech le royne sa femme, et se misent en mer; si
   arrivèrent à Boulongne. Et puis fisent tant qu'il vinrent          10
   en France, et droitement à Paris, où li rois Phelippes
   se tenoit pour le temps, attendans tous les jours
   que deffiances li venissent dou roy englès et des signeurs
   de l'Empire, selonch chou qu'il estoit infourmés.

   De la venue dou roi d'Escoce fu li rois de France                  15
   moult resjoys, et le conjoy grandement, pour tant
   qu'il en entendoit à avoir bon confort. Car bien
   veoit li rois de France et ooit dire tous les jours que
   li rois d'Engleterre se apparilloit, quanqu'il pooit,
   pour lui guerroiier, et pour lui oster de son royalme,             20
   se il pooit: si ques, quant li rois d'Escoce li eut remoustré
   sa besongne et sa neccessité, et en quel istance
   il estoit là venus, il fu tantost tous aquintés de
   lui, car moult bien se savoit acointier de chiaus dont
   il esperoit à avoir pourfit, ensi que pluiseur grant               25
   signeur sèvent faire. Se li presenta ses chastiaus pour
   sejourner à se volenté, et de son avoir pour [despendre][35],
   mais qu'il ne volsist faire nul acord ne pais au
   roi d'Engleterre, fors par son conseil.

  [35] Ms. de Gaignières, fo 34 vo.--Ms. 6477, fo 51 vo:
  «deffendre.»

   Li jones rois d'Escoce reçut en grant gré ce que li
   rois de France li offri, et li creanta ce qu'il requist
   tout plainnement. Si sambla adonc au roi de France
   que c'estoit grans confors pour lui, et grans contraires
   pour le roi d'Engleterre, se il pooit tant faire que                5
   li signeur et baron, qui estoient demoret en Escoce,
   vosissent et peuissent si ensonniier les Englès qu'il
   n'en peuist venir par deça le mer, se petit non, pour
   lui grever, ou qu'il couvenist le roi d'Engleterre repasser,
   pour garder son royaume. Pour ce et en celle                       10
   intention, il retint ce jone roy d'Escoce et la royne
   sa femme dalés lui, et les soustint par lonch temps,
   et leur fist delivrer quanqu'il leur besongnoit, car
   d'Escoce leur venoit il assés petit, pour leur estat
   parmaintenir. Et envoia li dis rois de France grans                15
   messages en Escoce à ces signeurs et barons, qui là
   guerrioient contre les garnisons dou roy d'Engleterre;
   et leur fist offrir grant ayde et grant confort,
   mais qu'il ne volsissent faire pais ne donner nulles
   triewes as Englès, se ce n'estoit par se volenté et par            20
   son conseil, et par le volenté et conseil de leur signeur
   le roy d'Escoce, qui tout ce li avoit juret et
   prommis à tenir.

   Sus les lettres et requestes dou roy de France,
   chil signeur d'Escoce se consillièrent. Quant il furent            25
   bien consilliet, et il eurent consideret parfaitement
   toutes leurs besongnes, et le dure guerre qu'il avoient
   as Englès, il s'i acordèrent liement, et le jurèrent et
   seellèrent avoech le roy leur signeur. Ensi furent les
   alliances de ce temps faites entre le roy Phelippe de              30
   France et le roi David d'Escoce, qui se tinrent fermes
   et estables un lonch temps. Et envoia li dis rois de
   France gens d'armes en Escoce, pour guerriier les
   Englès. Et par especial messires Ernoulz d'Andrehen,
   qui puis fu mareschaus de France, et li sires de Garensières,
   avoech pluiseurs chevaliers et escuiers, y
   furent envoiiet, et y fisent tamainte belle apertise                5
   d'armes, si com vous orés avant en l'ystore. Or me
   tairai à present de ceste matère, et me retrairai à
   nostre matère devantrainne.


   § 70. Quant li rois Edowars et li aultre signeur à
   lui alloiiet se furent parti del parlement, si com vous            10
   avés oy, li rois se retraist à Louvaing, et fist apparillier
   le chastiel pour demorer. Et manda à le [roine][36]
   Phelippe, sa femme, se elle voloit venir par deça le
   mer, ce li plairoit bien, car il ne pooit de là rapasser
   toute celle anée. Et renvoia grant fuison de ses                   15
   chevaliers oultre, pour garder son pays, meismement
   sus le marce d'Escoce. La royne dessus ditte prist
   en grant plaisance les nouvelles dou roy, son signeur,
   et se apparilla, au mieus et au plus tost que
   elle peut, pour rapasser le mer. Entrues que ces besongnes         20
   se detrioient, li aultre chevalier englès, qui
   estoient en Braibant dalés le roy, s'espardirent aval
   le pays de Flandres et de Haynau, en tenant grant
   estat et en faisant grans frais. Et n'espargnoient ne
   or ne argent, non plus qu'il leur pleuist des nues, et             25
   donnoient grans jeuiaus as signeurs, as dames et as
   damoiselles, pour acquerre le grasce et le loenge de
   ceulz et de celles entre qui il conversoient; et tant
   faisoient qu'il l'avoient de tous et de toutes, et meismement
   dou commun peuple à qui il ne donnoient
   riens, pour le biel estat qu'il menoient.

  [36] Ms. de Gaignières, fo 35.--Ms. 6477, fo 52: «roy.»

   Or revinrent de l'empereur monsigneur Loeis de
   Baivière, environ le Toussains, li marcis de Jullers
   et se compagnie. Si segnefia et escrisi, par certains               5
   chevaliers, au roy Edouwart de sa venue, et li manda
   ossi que, Dieu merci, il avoit bien esploitié. De ces
   nouvelles fu li rois tous joians, et rescrisi au dit
   marcis que, à le feste Saint Martin, il fust devers
   lui, et que à ce jour tout li aultre signeur y seroient.           10
   Avoech tout çou, li rois englès se consilla au duc de
   Braibant, son cousin, et li demanda où il voloit que
   cils parlemens se tenist. Li dus fu avisés de respondre,
   et ne volt mies adonc qu'il fust en son pays;
   et si ne volt mies aler jusques à Tret, où la journée              15
   euist esté bien seans, pour le cause des signeurs de
   l'Empire. Ains ordonna et volt que elle fust assise à
   Herkes, qui siet priès de son pays, en le conté de
   Los. Li rois englès, saciés, avoit si grant desir de se
   besongne avancier, qu'il li couvenoit poursiewir et                20
   attendre tous les dangiers et les volentés le duch,
   son cousin, puisqu'il s'i estoit embatus; et se acorda
   à çou que li journée fu assignée à Herkes. Si le fist
   savoir à tous ses alloiiés, qui tout y vinrent à son
   mandement, au jour de le Saint Martin.                             25

   Quant tout furent là venu, saciés que li ville fu
   durement plainne de signeurs, de chevaliers et d'escuiers,
   et de toutes aultres manières de gens. Et fu
   li halle de le ville, là où on vendoit pain et char,
   qui gaires ne valoit, encourtinée de biaus draps                   30
   comme la cambre le roy. Et fu li rois englès assis,
   le couronne d'or moult rice et moult noble sus son
   chief, plus hault cinq piés que nulz des aultres, sur
   un banc d'un boucier, là où il vendoit et tailloit se
   char. Onques tèle halle ne fu à si haute honneur. Là
   endroit, par devant tout le peuple qui là estoit, et
   par devant tous les signeurs, furent leutes les lettres             5
   l'Empereur, par les quèles il constituoit le roi d'Engleterre
   Edouwart son vicaire et son lieutenant pour
   lui, et li donnoit pooir de faire droit et loy à çascun,
   el nom de lui, et de faire monnoie d'or u d'argent,
   ossi el nom de lui. Et commandoit par ses dittes lettres           10
   à tous les princes de son Empire, et à tous aultres
   à lui soubgès, qu'il obeisissent à son vicaire
   comme à lui meismes, et li fesissent feaulté et hommage
   comme au vicaire de l'Empire.

   Quant ces lettres furent leutes, cescuns des signeurs              15
   fist feaulté et sairement au roi englès, comme
   au vicaire de l'Empereur. Et tantost, là endroit, fu
   clamet et respondut entre parties, comme devant
   l'Empereur, et jugiet droit à le semonse de lui. Et fu
   là endroit renouvelez et affremés uns jugemens et                  20
   estatus, qui avoit estet fais en le court de l'Empereur
   dou temps passet, qui telz estoit: que, qui voloit
   aultrui grever ou porter damage, il le devoit segnefiier
   souffissamment, trois jours devant son fait; et
   qui aultrement le feroit, il devoit estre attains com              25
   de mauvais et de villain fait. Chilz estatus sambla
   estre bien raisonnables à cescun, mais je ne croi
   mies que de puis il ait estet par tout bien gardés.
   Quant tout çou fu fait, li signeur se departirent et
   creantèrent li uns à l'autre de estre apparilliet sans             30
   delay à toutes leurs gens, ensi que couvenenciet estoient,
   trois sepmainnes apriès le Saint Jehan, pour
   aler devant Cambray, qui doit estre de l'Empire, et
   estoit tournée par devers le roy de France.


   § 71. Ensi se departirent cil signeur; cescuns en
   rala en son lieu. Et li rois Edouwars, vicaires de
   l'Empire, s'en revint à Louvaing, dalés ma dame la                  5
   royne sa femme, qui nouvellement estoit là venue à
   grant noblèce, et bien acompagnie de dames et de
   damoiselles. Si tinrent à Louvaing leur tinel moult
   honnourablement, tout cel yvier. Et fist faire monnoie
   d'or et d'argent en Anwiers, à grant fuison.                       10
   Mais pour ce ne cessa mies li dus de Braibant de
   renvoiier songneusement devers le roy de France
   monsigneur Loeis de [Cranehen][37], son plus especial
   chevalier et consilleur, en lui excusant. En le fin, il
   le fist demorer tout quoi dalés le roy. Et li carga et             15
   enjoindi expressement que toutdis il l'escusast devers
   le roy, et contredesist toutes informations qui
   pooient venir au dit roi à l'encontre de lui. Li dis
   monsigneur Loeis n'osa escondire le commandement
   del duch son signeur; ains en fist toutdis bien son                20
   devoir, à son pooir. Mais au darrain il en eut povre
   guerredon, car il en morut en France de duel, quant
   on vei apparamment le contraire de ce dont il escusoit
   le duch si certainnement; et en devint si confus
   qu'il n'en volt onques puis retourner en Braibant. Si              25
   demora tous cois en France, pour lui oster de souspeçon,
   tant qu'il vesqui: ce ne fu pas longement, si
   com vous orés en avant recorder en l'ystore.

  [37] Ms. de Mouchy-Noailles, fo 35 vo.--Ms. 6477 fo 53:
  «Cravehen.»


   § 72. Or passa cilz yviers; li estés revint; li feste
   Saint Jehan Baptiste approça. Chil signeur d'Alemagne
   se commencièrent à apparillier, pour achiever
   leur emprise. Li rois de France se pourvei à l'encontre,
   car il savoit partie de leur entente, comment                       5
   qu'il n'en fust point encores deffiiés. Li rois englès
   fist toutes ses pourveances faire en Engleterre, et ses
   gens d'armes apparillier et apasser par deça le mer,
   si tost que li Saint Jehan fu passée. Et se ala tenir il
   meismes à Vilvort; et faisoit ses gens, ensi qu'il                 10
   apassoient oultre et qu'il venoient, prendre hostelz
   en le ville de Vilvort. Et quant li ville fu plainne, il
   les fist logier contreval ces biaus prés, selonch le rivière,
   en tentes et en trés. Et là se logièrent il et demorèrent,
   de le Magdelainne jusques apriès le Nostre                         15
   Dame en septembre, en attendant de sepmainne en
   sepmainne le venue des aultres signeurs, et par especial
   celle dou duch de Braibant, apriès qui tout li
   aultre s'attendoient. Quant li rois englès vei que cil
   signeur ne venoient point ne apparilliet estoient, il              20
   envoia certains messages viers çascun, et les fist semonre,
   sour leur creant, qu'il venissent sans nul delai,
   ensi que creanté avoient, ou il venissent au jour
   Saint Gille pour parler à lui en le ville de Malignes,
   et lui dire pour quoi il targoient tant.                           25

   Li rois Edouwars sejournoit à Vilvort à grant fret,
   ce puet çascuns savoir, et perdoit son temps; se li
   anoioit, et ne le pooit amender. Il soustenoit tous les
   jours sous ses frès bien seize cens armeures de fier,
   fleur de gens, tous venus de oultre le mer, et bien                30
   dix mille arciers, sans les aultres poursiewans à çou
   apertenans. Se li pooit bien ce peser, avoech le grant
   tresor qu'il avoit donnet à ces signeurs qui ensi le
   detrioient par parolles, ce li pooit bien sambler, et
   avoecques les grandes armées qu'il avoit establis sour
   mer contre Geneuois, Normans, Bretons, Pikars et
   Espagnolz, que li rois Phelippes faisoit gesir et nagier            5
   sour mer à ses gages, pour les Englès grever;
   dont messires Hues Kierés, messires Pières Bahucés
   et Barbevaires estoient amiraut et conduiseur, pour
   garder les destrois et les passages entre Engleterre et
   France. Et n'attendoient cil dessus dit escumeur de                10
   mer aultre cose que les nouvelles leur venissent que
   li rois englès, si com on supposoit, euist deffiiet le
   roy de France, qu'il enteroient en Engleterre, où que
   ce fust, il avoient jà aviset où et comment, pour porter
   au pays grant damage.                                              15


   § 73. Quant cil signeur d'Alemaigne, à le semonse
   dou roi englès, li dus de Braibant et messires Jehans
   de Haynau vinrent à Malignes, il n'amenèrent pas
   leurs gens avoech yaus, ne leurs pourveances, pour
   hostoiier; mais se traisent par devers le roy, pour                20
   parlementer encores un petit ensamble. Et là il s'acordèrent
   communement, apriès tout plain de parolles,
   que li rois englès pooit bien mouvoir à le quinsainne
   après ou environ, et seroient adonc tout
   appareilliet. Et pour tant que leur guerre fust plus               25
   belle, et que bien apertenoit à faire, puis qu'il voloient
   guerroiier le roi de France, il se acordèrent de
   envoiier les deffiances au roi Phelippe: premierement,
   li rois d'Engleterre Edouwars, qui se fist chiés
   de tous et de chiaus de son royaulme, ce fu raisons,               30
   ossi li dus de Guerles, li marcis de Jullers, messires
   Robers d'Artois, messires Jehans de Haynau, li marcis
   de Misse et d'Eurient, li marcis de Blankebourc,
   li sires de Faukemont, messires Ernoulz de Bakehen,
   li archevesques de Coulongne, messires Galerans, ses
   frères, et tout li signeur de l'Empire, qui chief se                5
   faisoient de le besongne avoech le roi englès. Si furent
   ces deffiances escriptes et seellées de cescun, excepté
   dou duch Jehan de Braibant, qui encores s'escusa,
   et ne se volt mies adonc conjoindre en ces
   deffiances, et dist qu'il feroit son fait à par lui, à             10
   tamps et à point. De ces deffiances aporter en France
   fu priiés et cargiés li evesques de Lincolle, qui bien
   s'en acquitta, car il les aporta à Paris, et fist son
   message bien et à point, tant qu'il ne fu de nullui
   repris ne blamés. Et li fu delivrés un saufconduis                 15
   pour retourner arrière devers le roy, son signeur,
   qui se tenoit à Malignes.

   Or vous voel je parler de deus grans entrepresures
   d'armes que messires Gautiers de Mauni fist, en le
   propre sepmainne que li rois de France fu deffiiés.                20
   Si tretost comme il peut sentir et percevoir que li
   rois de France devoit ou pooit estre deffiiés, il pria
   et cueilla environ quarante lances de bons compagnons
   seurs et hardis, et chevauça tant de nuit que
   de jours, qu'il vint en Haynau, et se bouta ens ès                 25
   bos de Blaton. Et encores ne savoit nulz quel cose il
   voloit faire, mès il s'en descouvri là à aucuns de ses
   plus secrès, et leur dist qu'il avoit prommis et voé
   en Engleterre, present dames et signeurs, que ce seroit
   li premiers qui enteroit en France et y feroit                     30
   guerre, et prenderoit chastiel ou forte ville, et y feroit
   aucune apertise d'armes: si estoit sen entente
   que de chevaucier jusques à Mortagne, et de sousprendre
   le ville qui se tient dou royaume.

   Chil à qui il s'en descouvri li acordèrent liement.
   Adonc recenglèrent il leurs chevaus et restraindirent
   leurs armeures, et chevaucièrent tout sieret, et passèrent          5
   les bos de Blaton et de Brifuel, et vinrent
   droit à un ajournement, un petit devant soleil levant,
   à Mortagne. Si trouvèrent d'aventure le guicet ouvert.
   Adonc descendirent il messires Gautiers de
   Mauni tout premiers, et aucuns des compagnons, et                  10
   entrèrent en le porte tout quoiement, et establirent
   aucuns des leurs pour garder le porte, par quoi il ne
   fuissent souspris; et puis s'en vinrent tout contreval
   la rue, messires Gautiers de Mauni et son pennon
   tout devant, devers le grosse tour et les chaingles.               15
   Si le cuidièrent ossi trouver mal gardée, mais il fallirent
   à leur entente, car les portes et li guicet estoient
   fremet bien et estroitement. Ossi la gette dou
   chastiel oy la friente et les perçut de sa garde. Si fu
   tous esbahis, et commença à sonner et à corner en                  20
   sa buisine: «Trahi! trahi!» Si esvillièrent toutes
   gens et li saudoiier dou chastiel, mais point ne vuidièrent
   de leur fort.

   Quant messires Gautiers de Mauni senti les gens
   de Mortagne esmouvoir, il se retraist tout bellement               25
   devers le porte, mais il fist bouter le feu en le rue
   contre le chastiel, qui tantost s'esprist et aluma. Et
   furent bien à ceste matinée soixante maisons arses,
   et les gens de Mortagne moult effraet, car il cuidièrent
   estre tout pris. Mais li sires de Mauni et ses                     30
   gens se partirent de le ville, et chevaucièrent arrière
   devers Condet, et passèrent là l'Escaut et le rivière
   de le Haine; et chevaucièrent le chemin de Valenciènes
   et le costiièrent à le droite main, et vinrent à
   Denaing, et se rafreschirent en l'abbeye. Et puis
   passèrent oultre devers Bouchain, et fisent tant au
   chastellain de Bouchain que les portes leur furent                  5
   ouvertes, et passèrent là une rivière qui y keurt, qui
   se refiert en l'Escaut, et vient d'amont devers Alues,
   en Pailluel.

   Apriès ce, quant il furent tout oultre Bouchain et
   le rivière, il s'en vinrent à un fort chastiel, qui se tenoit      10
   de l'evesque de Cambrai et de Cambresis, et
   l'appelloit on Thun l'Evesque, et siet sus le rivière
   d'Escaut. En che chastiel, n'avoit adonc nulle garde
   souffissans, car li pays ne cuidoit nient estre en
   guerre. Si furent cil de Thun soubdainnement souspris,             15
   et li chastiaus pris et conquis, et li chastelains
   et sa femme dedens. Et en fist li sires de Mauni une
   bonne garnison, et y ordonna à demorer un sien
   frère chevalier, qui s'appelloit messires Gilles de
   Mauni, c'on dist Grignart, li quelz fist de puis ce jour           20
   pluiseurs destourbiers à chiaus de Cambresis et de le
   cité de Cambrai, car li chastiaus siet à une liewe de
   Cambrai. Quant messires Gautiers de Mauni eut fait
   ses emprises, il s'en retourna francement en Braibant
   devers le roy englès, son signeur, et le trouva                    25
   à Malignes; se li recorda une partie de ses chevaucies.
   Li rois les oy volentiers et les retint à grant
   vasselage.


   § 74. Vous avés bien ci dessus oy recorder sus
   quel estat li signeur de l'Empire se partirent dou roy             30
   englès et dou parlement qui fu à Malignes, et comment
   il envoiièrent deffiier le roy de France. Sitos
   que li rois Phelippes se senti deffiiés dou roy englès
   et de tous ses alloiiés, il vei bien que c'estoit acertes
   et qu'il aroit le guerre. Si se pourvei selonch ce bien
   et grossement, et retint gens d'armes et saudoiiers à               5
   tous lés, et envoia grans garnisons en Cambresis, car
   il pensoit bien que de [ce][38] costé il aroit premierement
   l'assaut. Et envoia monsigneur le Galois de
   le Baume, un bon chevalier de Savoie, dedens
   Cambrai, et l'en fist chapitainne, avoecques monsigneur            10
   Thiebaut de Moruel et le signeur de Roie. Et
   estoient bien, Savoiien que François, deux cens lances.
   Et envoia encores li dis rois Phelippes saisir le
   conté de Pontieu, que li rois d'Engleterre avoit tenu
   en devant de par ma dame, se mère. Et manda et                     15
   pria à aucuns signeurs de l'Empire, telz que le conte
   de Haynau, son neveu, le duch de Loerainne, le
   conte de Bar, l'evesque de Mès, l'evesque de Liège,
   monsigneur Aoulz de le Marce, que il ne fesissent
   nul mauvais pourcach contre lui ne à son royalme.                  20
   Li plus de ces signeurs li mandèrent que ossi ne feroient
   ilz. Et adonc li contes de Haynau li rescrisi
   moult courtoisement et li segnefia qu'il seroit appareilliés
   à li et à son royalme à aidier, à deffendre et
   à garder contre tout homme. Mais, se li rois englès                25
   voloit guerriier en l'Empire, comme vicaires et lieutenans
   de l'Empereur, il ne li pooit refuser son pays
   ne son confort, car il tient en partie sa terre de
   l'Empereur; se li doit, ou à son vicaire, toute obeissance.
   De ces rescripsions se contenta li rois de                         30
   France assés bien, et les laissa passer legierement, et
   n'en fist nul grant compte, car il se sentoit fors assés
   pour resister contre tous ses ennemis.

  [38] Ms. de Gaignières, fo 36.--Ms. 6477, fo 55 (lacune).

   Si tretost que messires Hues Kierés et si compagnon,
   qui se tenoient sus mer, entendirent que les                        5
   deffiances estoient, et la guerre ouverte entre France
   et Engleterre, il en furent tout joiant; si se departirent
   avoecques leur armée, où il avoit bien vint
   mille combatans de toutes manières de gens, et singlèrent
   vers Engleterre, et vinrent un dimence au                          10
   matin ou havene de Hantonne, entrues que les gens
   estoient à messe. Et entrèrent li dit Normant et Geneuois
   en le ville et le prisent et le pillièrent et robèrent
   tout entirement, et y tuèrent moult de gens,
   et violèrent pluiseurs dames et pucelles, dont ce fu               15
   damages; et chargièrent leurs naves et leurs vaissiaus
   dou grant pillage qu'il trouvèrent en le ville, qui
   estoit plainne et drue et bien garnie, et puis rentrèrent
   en leurs nefs. Et quant li flos de le mer fu revenus,
   il desancrèrent et singlèrent à l'esploit dou                      20
   vent devers Normendie, et s'en vinrent rafrescir à
   Dièpe; et là departirent il leur butin et leur pillage.
   Or retourrons nous au roy englès, qui se tenoit à
   Malignes, et se apparilloit fort pour venir devant
   Cambray.                                                           25


   § 75. Li rois englès se parti de le ville de Malignes
   et vint à Brousselles pour parler au duch de Braibant,
   son cousin, et toutes ses gens passèrent au dehors.
   Donc s'avalèrent Alemant efforciement, li dus
   de Guerles, li marcis de Jullers, li marchis de Blankebourch,      30
   li marchis de Misse et d'Eurient, li contes
   des Mons, li contes de Saumes, li sires de Faukemont,
   messires Ernoulz de Bakehen et tout li signeur
   de l'Empire alloiiet au roy englès; et estoient
   bien vint mille hommes. D'autre part, estoit messires
   Jehans de Haynau, qui se pourveoit grossement                       5
   pour estre en ceste chevaucie, mais il se tenoit dalés
   le conte de Haynau, son neveut. Quant li rois englès
   et messires Robers d'Artois furent venu à Brousselles,
   et il eurent parlé au duc de Braibant assés et de
   pluiseurs coses, il demandèrent au dit duch quelle                 10
   estoit se intention, de venir devant, ou dou laissier.
   Li dus à ceste parolle respondi et dist que, si tretost
   que il poroit savoir que il aroit assegiet Cambray, il
   se trairoit de ceste part à douze cens lances, bien
   estoffés de bonnes gens d'armes. Ces responses souffirent          15
   bien au roy englès adonc et à son conseil.

   Si se parti li dis rois de Brousselles et passa parmi
   le ville de Nivelle, et là jut une [nuyt][39]. A l'endemain,
   il vint à Mons en Haynau, et là trouva le jone
   conte, son serourge, et monsigneur Jehan de Haynau,                20
   son oncle, qui le reçurent moult liement, et monsigneur
   Robert d'Artois qui estoit toutdis dalés lui et
   de son plus secret conseil, et environ seize ou vint
   grant baron et chevalier d'Engleterre que li dis rois
   menoit avoech lui, pour sen honneur et son estat et                25
   pour lui consillier. Et si y estoit li evesques de Lincolle,
   qui moult estoit renommés, en ceste chevaucie,
   de grant sens et de proèce. Si se reposa li rois englès
   deux jours à Mons en Haynau, et y fu grandement
   festiiés dou dit conte et des chevaliers dou pays. Et              30
   toutdis passoient ses gens et se logoient sus le plain
   pays, ensi qu'il venoient, et trouvoient tous vivres
   apparilliés pour leurs deniers; li aucun paioient et li
   aultre non.

  [39] Ms. de Gaignières, fo 36 vo.--Ms. 6477, fo 56 (lacune).

   Ensi se approchièrent les besongnes dou roy englès,                 5
   et s'en vint à Valenciènes, et y entra tant seulement
   li douzime de chevaliers. Et jà y estoient
   venu li contes de Haynau et messires Jehans de Haynau,
   ses oncles, li sires d'Enghien, li sires de Fagnuelles,
   li sires de Wercin, li sires de Haverech, et                       10
   pluiseur aultre chevalier, qui se tenoient dalés leur
   signeur, et rechurent le roy englès moult liement.
   Et l'en mena li dis contes par le main jusques en la
   Salle, qui estoit toute arrée et appareillie pour lui rechevoir.
   Donc il avint que, en montant les degrés                           15
   de le Salle, li evesques de Lincolle, qui là estoit presens,
   leva sa vois et dist: «Guillaume d'Ausonne,
   evesques de Cambrai, je vous amonneste, comme
   procurères de par le roy d'Engleterre, vicaire de
   l'empereur de Romme, que vous voelliés ouvrir le                   20
   cité de Cambray; aultrement, vous vos fourfaites, et
   y enterons de force.» Nulz ne respondi à ceste parolle,
   car li evesques n'estoit point là presens. Encores
   parla li dis evesques de Lincolle et dist: «Contes
   de Haynau, nous vous amonnestons, de par                           25
   l'empereur de Romme, que vous venés servir le roy
   d'Engleterre, sen vicaire, devant Cambrai, à ce que
   vous devés de gens.» Li contes, qui là estoit, respondi
   et dist: «Volentiers.» Apriès ces parolles, il
   entrèrent en le Salle et menèrent le roy englès en sa              30
   qui fu grans et biaus et bien ordonnés. A l'endemain,
   au matin, se parti li rois englès de Valenciènes,
   et s'en vint à Haspre; et là se loga et reposa
   deux jours, attendans ses gens qui venoient, dont il
   en y avoit grant fuison, tant d'Engleterre comme
   d'Alemagne.                                                         5


   § 76. Quant li rois englès eut esté deux jours à
   Haspre, et que là moult de ses gens furent passet et
   venu à Nave et là environ, il s'en parti et s'en vint
   devers Cambray, et se loga à Yvuis, et assega la cité
   de Cambray de tous poins, et toutdis li croissoient                10
   gens. Là vint li jones contes de Haynau en très grant
   arroy, et messires Jehans de Haynau, ses oncles, et
   se logièrent assés priès dou roy; apriès, li dus de
   Guerles et ses gens, li marchis de Jullers et se route,
   li marchis de Misse et d'Eurient, li marcis de Blankebourch        15
   et leurs routes, li contes des Mons, li contes
   de Saumes, li sires de Faukemont, messires Ernoulz
   de Bakehen, et ensi tout li aultre; et toutdis
   leur croissoient gens.

   Au sixime jour que li rois englès et tout cil signeur              20
   se furent logiet devant Cambray, vint li dus
   de Braibant en l'ost, moult estoffeement et en grant
   arroy. Et avoit bien neuf cens lances, sans les aultres
   armeures de fer, dont il avoit grant fuison. Et se loga
   devers Ostrevan sus l'Escaut, et fist on un pont sus               25
   le rivière, pour aler de l'une host à l'autre. Lors que
   li dus de Braibant fu venus, il envoia deffiier le roy
   de France qui se tenoit à Compiègne. De quoi messires
   Loys de Cranehen, qui toutdis l'avoit escuset,
   en fu si confus qu'il en morut de duel, dont ce fu                 30
   damages pour ses amis.

   Che siège durant devant Cambray, il y eut pluiseurs
   assaus, escarmuces et paletis. Et chevauçoient
   par usage messires Jehans de Haynau et li sires de
   Fauquemont ensamble: dont il ardirent et foulèrent
   durement le pays. Et vinrent cil signeur, un jour, et               5
   leurs routes, où il avoit bien cinq cens lances et
   mille aultres combatans, au chastiel de Oisi, en Cambresis,
   et y livrèrent un très grant assaut. Et, se ne
   fuissent li chevalier et li escuier qui dedens estoient,
   il l'euissent pris et de force. Mais si bien se deffendirent       10
   cil de dedens, qui là estoient de par le signeur
   de Couci, qu'il n'eurent point de damage. Et retournèrent
   li dessus dit signeur et leurs routes en leurs
   logeis.


   § 77. Encores ce siège durant par devant Cambray,                  15
   vint par un samedi li contes Guillaumes de Haynau,
   qui estoit moult bacelereus, à tout chiaus de son
   pays, dont il y avoit très bonne gent devant le cité
   de Cambray, à le porte de Saint Quentin, et y livra
   grant assaut. Et là fu Jehans Chandos, qui adonc estoit            20
   escuiers très appers et bons bacelers, et se jetta
   entre les barrières et le porte oultre au lonch d'une
   lance; et là se combati à un escuier de Vermendois
   moult vaillamment, qui s'appelloit Jehans de Saint
   Digier. Et fisent adonc li uns sus l'autre pluiseurs               25
   belles apertises d'armes. Et conquisent de force li
   Haynuier le baille. Et là estoit li contes de Haynau,
   en très bon couvenant, et ses seneschaus messires
   Gerars de Wercin, et messires Henris d'Antoing et
   tout li aultre qui s'avançoient et enventuroient hardiement        30
   pour leur honneur.

   A une porte, c'on dist le porte Robert, estoient li
   sires de Byaumont, li sires de Fauquemont, et messires
   Gautiers de Mauni et leurs gens, et y fisent un
   très fort et dur assaut. Mais, se il assalloient fortement
   et durement, chil de Cambray, et li saudoiier                       5
   que li rois de France y avoit ossi envoiiés, se deffendoient
   vassaument et par grant avis. Et fisent tant
   que li dessus dit assallant n'i conquisent riens, mais
   retournèrent bien lasset et bien batu à leurs logeis;
   si se desarmèrent et pensèrent dou reposer. Et vint                10
   là li jones contes Guillaumes de Namur servir le
   conte de Haynau, par priière; et disoit qu'il se tenroit
   de leur partie bien et volentiers, tant qu'il seroient
   sus l'Empire; mais, si tretost qu'il enteroient
   sus le royaume de France, il s'en iroit devers le roy              15
   Phelippe qui l'avoit retenu ossi. C'estoit li intentions
   dou conte de Haynau; et commandoit estroitement
   à ses gens que nulz, sus le hart, ne fourfesist riens
   au royaume de France.


   § 78. Entrues que li rois d'Engleterre seoit devant                20
   le cité de Cambray, à bien quarante mille hommes,
   et que moult les constraindi d'assaus et de pluiseurs
   fais d'armes, faisoit li rois Phelippes de France son
   mandement à estre à Perronne, en Vermendois, et
   là environ, car il avoit intention de chevaucier contre            25
   les Englès, qu'il sentoit moult efforciement en
   Cambresis. Donc les nouvelles en vinrent en l'ost
   d'Engleterre, que li rois Phelippes faisoit un grant
   amas des nobles de son royalme. Si regarda li rois
   englès et considera pluiseurs coses. Et se consilla
   principalment à chiaus de son pays, et à monsigneur                30
   Robert d'Artois, en qui il avoit moult grant fiance;
   et leur demanda lequel il estoit le milleur à faire, ou
   d'entrer ou royaume de France et venir contre son
   adversaire le roy Phelippe, ou de lui tenir devant
   Cambray, tant que par force il l'euist conquise.                    5

   Li signeur d'Engleterre et ses estrois consaulz imaginèrent
   pluiseurs coses, et regardèrent que la cité
   de Cambray estoit malement forte, et bien pourveue
   de gens d'armes et d'artillerie, et ossi de tous vivres,
   selonch leur espoir, et que longe cose seroit de là                10
   tant sejourner et estre que il l'euissent conquis. Dou
   quel conquès il n'estoient mies encores bien certain.
   Et si approçoit li yviers, et si n'avoient encores fait
   nul fait d'armes, ne apparant n'estoit dou faire, et
   sejournoient là à grant frait. Se li consillièrent, tout           15
   consideré, que il se deslogast et chevauçast avant ou
   royaume. Là trouveroient il largement à vivre et
   mieus à fourer.

   Cilz consaulz fu creus et tenus. Donc s'ordonnèrent
   tout li signeur à deslogier, et fisent tourser tentes              20
   et trés et toutes manières de harnois. Et se deslogièrent
   tout communalment, et se misent à voie et
   chevaucièrent devers le Mont Saint Martin, qui à ce
   costé est li entrée de France. Et chevauçoient ordeneement,
   et par connestablies, cescuns sires entre                          25
   ses gens. Et estoient marescal de l'host englesce li
   contes de Norhantonne et de Clocestre et li contes
   de Sufforc, et connestables d'Engleterre li contes de
   Warvich. Et passèrent assés priès dou Mont Saint
   Martin, li Englès, li Alemant et li Braibençon le rivière          30
   d'Escaut, tout à leur aise, car elle n'est mies là
   endroit trop large.


   § 79. Quant li contes de Haynau eut conduit et
   acompagnié le roy d'Engleterre jusques au departement
   de l'Empire, et qu'il devoit passer l'Escaut et
   entrer ou royaume, il prist congiet à lui et li dist,
   tant qu'à celle fois, il ne chevauceroit plus avoecques             5
   lui; et que il estoit priiés et mandés dou roy,
   son oncle, à cui il ne voloit point de hayne, mais
   l'iroit servir ou royaume en tel manière comme il
   l'a voit servi en l'Empire. Et li rois dist: «Diex y
   ait part!» Donc se parti li contes de Haynau dou roy               10
   d'Engleterre, et toutes ses routes, et li contes de Namur
   avoeques lui, et s'en revinrent arrière au Kesnoy.
   Et donna li contes congiet le plus grant partie
   de ses gens, mais il lor dist et pria qu'il fuissent tout
   pourveu, car il voloit aler, dedens brief jour, devers             15
   le roy son oncle. Et il li respondirent que ossi seroient
   il. Or parlerons nous dou roy d'Engleterre, et
   de tous ses alloiiés, comment il perseverèrent.

   Si tretost que li rois englès eut passet le rivière
   d'Escaut, et il fu montés sus le royaume, il appella               20
   Henri de Flandres, qui estoit jones escuiers, et le fist
   là chevalier, et li donna deux cens livres de revenue
   à l'estrelin çascun an, et li assigna bien et souffissamment
   en Engleterre. De puis, vint li rois logier en
   l'abbeye dou Mont Saint Martin, et là se tint par                  25
   deux jours; et toutes ses gens estoient espars sus le
   pays environ lui. Si estoit li dus de Braibant logiés
   en l'abbeye de Vaucelles.

   Quant li rois de France, qui encores se tenoit à
   Compiègne, entendi ces nouvelles que li rois englès                30
   approçoit Saint Quentin, et estoit logiés sus le royaume,
   si renforça son mandement par tout, et envoia
   son connestable le conte Raoul d'Eu et de Ghines, à
   tout grant gent d'armes, à Saint Quentin, pour garder
   le ville et le frontière sus les ennemis, et renvoia
   le signeur de Couci en sa terre et le signeur de Hen
   en le sienne. Et envoia encores grant gent d'armes                  5
   en Guise et en Ribeumont, à Bohain et as forterèces
   voisines, sus le royaume, pour les garder des ennemis.
   Et descendi devers Perronne en Vermendois, à
   grant fuison de gens d'armes, de dus, de contes et
   de barons avoech lui. Et toutdis li croissoient gens               10
   de tous lés, et se logoient sus celle belle rivière de
   Somme, entre Saint Quentin et Peronne.


   § 80. Entrues que li rois englès se tenoit en l'abbeye
   dou Mont Saint Martin, ses gens couroient tout
   le pays là environ jusques à Bapaumes, et bien près                15
   de Perronne et de Saint Quentin. Si trouvoient le
   pays plain et gras, et pourveu de tous biens, car il
   n'a voient onques mès eu point de guerre. Or avint
   ensi que messires Henris de Flandres, en se nouvelle
   chevalerie, et pour son corps avancier et accroistre               20
   sen honneur, se mist un jour en le compagnie et
   cueilloite de pluiseurs bons chevaliers, des quels
   messires Jehans de Haynau estoit chiés. Et là estoient
   li sires de Faukemont, li sires de Berghes, li sires de
   Baudresen, li sires de Kuc et pluiseur aultre; tant                25
   qu'il estoient bien cinq cens combatans. Et avoient
   aviset une ville assés priès de là, que on appelle Honnecourt,
   où li plus grant partie dou pays estoient
   retret, sus le fiance de le forterèce, et y avoient mis
   tous leurs biens. Et jà y avoient esté messires Ernoulz            30
   de Bakehen, et messires Guillaumes de Duvort
   et leurs routes, mès riens n'i avoient fait. Donc, ensi
   que par arramie, tout cil signeur dessus nommet
   s'estoient queilliet en grant desir de là venir, et de
   faire lor pooir dou conquerre.

   A ce donc avoit dedens Honnecourt un abbet,                         5
   de grant sens et de hardie entrepresure, et estoit
   moult hardis et vaillans homs as armes. Et bien apparut,
   car il fist, au dehors de le porte de Honnecourt,
   faire et carpenter en grant haste unes bailles,
   et mettre et assir au travers de le rue; et y avoit,               10
   entre l'un bauch et l'autre, environ demi piet de
   crues et d'ouvreture. Et puis fist armer toutes ses
   gens, et cescun aler as garites, pourveu de pières,
   de cauch et de tèle artillerie qu'il apertient pour deffendre.
   Et si tretost comme cil signeur dessus nommet                      15
   vinrent à Honnecourt, ordonné par bataille, et
   en grosse route et espesse de gens d'armes durement,
   il se mist entre les bailles et le porte de le
   ville, en bon couvenant, et fist le porte de le
   ville ouvrir toute arrière, et moustra et fist bien cière          20
   et manière de deffense. Là vinrent messires Jehans
   de Haynau, messires Henris de Flandres, li sires de
   Faukemont, li sires de Berges et li aultre, qui se misent
   tout à piet. Et approcièrent ces bailles, qui estoient
   fortes durement, cescuns son glave en son                          25
   poing. Et commencièrent à lancier, et à jetter grans
   cops à chiaus de dedens; et cil de Honnecourt, à
   yaus deffendre vassaument. Là estoit dans abbes,
   qui mies ne s'espargnoit, mais se tenoit tout devant,
   en très bon couvenant, et recueilloit les horions                  30
   moult vaillamment, et lançoit à le fois ossi grans
   cops moult apertement. Là eut fait tamainte belle
   apertise d'armes, et assaut très dur et très fier, et
   tamaint homme mort et bleciet, car cil qui estoient
   as murs et as garittes jettoient contreval pières et
   baus et pos plains de cauch, pour plus ensonniier
   les assallans. Là estoient li baron et li chevalier devant          5
   les barrières, qui y faisoient merveilles d'armes.

   Et avint ensi que messires Henris de Flandres, qui
   se tenoit tout devant son glave empuignié, lançoit
   les horions grans et perilleus. De quoi dans abbes,                10
   qui estoit fors et hardis, apuigna le glave au dit
   monsigneur Henri. Et tout paumiant et en tirant
   vers lui, il fist tant que, parmi les fendures des barrières,
   il vint jusques au brach le dit monsigneur
   Henri, qui ne voloit mies son glave laissier aler,                 15
   pour sen honneur. Adonc, quant li abbes tint le
   brach dou chevalier, il le tira si fort à lui qu'il l'encousi
   ens ès bailles, jusques as espaules, et [le] tint là
   à grant meschief, et l'euist sans faulte sachiet ens, se
   les bailles fuissent ouvertes assés. Si vous di que li             20
   dis messires Henris ne fu mies, le temps que li abbes
   le tint, à sen aise, car il estoit fors et durs et le tiroit
   sans espargnier. D'autre part, li chevalier tiroient
   contre lui pour rescourre monsigneur Henri. Et dura
   ceste luite et chilz tireis moult longement, et tant               25
   que messires Henris fu durement grevés. Toutes fois,
   de force, il fu rescous, mais sa glave demora par
   grant proèce devers l'abbet qui le garda, de puis,
   moult d'anées, et encores est elle, je croi, en le salle
   de Honnecourt. Toute fois, elle y estoit, quant je                 30
   trettai ce livre, et me fu moustrée, par un jour que
   je passai par là; et m'en fu recordée la verité et li
   manière de l'assaut, comment il fu fais; et le gardoient
   encores [les moynes][40] en grant parement.

  [40] Ms. de Gaignières, fo 38 vo.--Ms. 6477, fo 59 (lacune).


   § 81. Ce jour eut à Honnecourt moult fier assaut
   et dura jusques au vespre. Et en y eut pluiseur des
   assallans mors et blechiés. Et par especial, messires               5
   Jehans de Haynau y perdi un chevalier de Hollandes,
   qui s'appelloit messires Hamans, et s'armoit à
   une fasse copenée de geules, et à trois fremaus d'azur
   ou chief de sen escut. Quant Haynuier, Flamench,
   Englès, Alemant, qui là estoient assallant, veirent le             10
   bonne volenté de chiaus dedens, et qu'il n'i pooient
   riens conquester, mais estoient batu et navré et
   moult foulé, si se retraisent arrière, sus le soir, et
   emportèrent à leurs logeis les bleciés.

   A l'endemain, au matin, se departi li rois englès                  15
   dou Mont Saint Martin, et commanda sus le hart, à
   son departement, que nuls ne fesist mal à l'abbeye.
   Ses commandemens fu tenus. Et puis entrèrent en
   Vermendois, et s'en vinrent ce jour logier de haute
   heure droit sus le Mont de Saint Quentin, et là furent             20
   en bonne ordenance. Et les pooient bien veoir cil de
   Saint Quentin, se il voloient; mais il n'avoient nul
   talent de issir hors de le ville. Si vinrent li coureur
   d'Engleterre courir jusques as barrières de Saint
   Quentin, et escarmucier à chiaus qui là se tenoient,               25
   li connestables de France et messires Charles de
   Blois, qui fisent leurs gens ordonner devant les barrières,
   et mettre en bon couvenant. Et quant li Englès
   qui là estoient, li contes de Sufforch, li contes
   de Northantonne, messires Renauls de Gobehen,
   messires Gautiers de Mauni et pluiseur aultre en veirent
   le manière, et que riens il n'i pooient gaagnier,
   si se retraisent arrière devers l'ost le roy, qui se tenoit
   sus le Mont Saint Quentin, et furent là logiet                      5
   jusques à l'endemain à prime. Si eurent li signeur
   conseil ensamble quel cose il feroient, se ilz se trairoient
   avant ou royaulme, ou se il se retrairoient en
   le Tierasse. [Ce fut conseillé et regardé pour le meilleur,
   par l'advis du duc de Brebant, qu'ilz se tireroient                10
   en][41] Tierasse, costiant Haynau, dont les pourveances
   lor venoient tous les jours; et, se li rois
   Phelippes les sievoit à host, ensi qu'il supposoient
   bien qu'il le feroit, il l'atenderoient en plains camps,
   et se combateroient à lui sans faute.
                                                                      15

  [41] Ms. de Gaignières, fo 39.--Ms. 6477, fo 59 vo (lacune).

   Adonc se parti li rois englès dou Mont Saint Quentin,
   et s'arroutèrent toutes ses gens; et chevaucièrent
   en trois batailles moult ordonneement: li mareschal
   et li Alemant avoient le première, li rois englès le
   moiienne, et li dus de Braibant la tierce. Si chevauçoient         20
   ensi, ardant et essillant le pays, et n'aloient
   non plus de trois ou de quatre liewes le jour, et se
   logoient de haute heure. Et passèrent une route
   d'Englès et d'Alemans le rivière de Somme, desous
   l'abbeye de Vermans, et entrèrent en ce plain pays                 25
   de Vermendois; si l'ardirent et exillièrent moult durement,
   et y fisent moult grant damage. Une autre
   route, dont messires Jehans de Haynau, li sires de
   Faukemont et messires Ernoulz de Bakehen estoient
   chief et meneur, chevauçoient un aultre chemin, et                 30
   vinrent à Oregni Sainte Benoite, une ville assés
   bonne, mais elle estoit foiblement fremée. Si fu tantost
   prise par assaut, pillie et robée, et une bonne
   abbeye de dames, qui là estoit et est encores, violée,
   dont ce fu pités et damage, et la ville fu toute                    5
   arse. Et puis s'en partirent li Alemant, et chevaucièrent
   le chemin devers Guise et vers Ribeumont. Si
   se vint li rois englès logier à Behories, et là se tint
   un jour tout entier, et ses gens couroient et ardoient
   le pays de là environ.                                             10

   Si vinrent nouvelles au roy englès, et as signeurs
   qui là estoient avoecques lui, que li rois de France
   estoit partis de Perronne en Vermendois, et le approçoit
   à plus de cent mille hommes. Adonc se parti
   li rois englès de Behories, et prist le chemin de le               15
   Flamengrie, pour venir vers Leschielle en Tierasse.
   Et si mareschal et li evesques de Lincolle de leur
   route, à plus de cinq cens lances, passèrent le rivière
   de Oise à gué, et entrèrent en Laonnois et vers le
   terre le signeur de Couci, et ardirent le Fère, et                 20
   Saint Goubain et le ville de Marle, et s'en vinrent un
   soir logier à Vaus desous Laon. Et l'endemain, il se
   retraisent devers leur host, car il sceurent de certain,
   par aucuns prisonniers qu'il prisent, que li rois de
   France estoit venus à Saint Quentin, et que là passeroit           25
   il le rivière de Somme: si se doubtèrent qu'il
   ne fuissent rencontré. Nonpourquant, à lor retour,
   il ardirent une bonne ville, c'on dist Creci sus Selle,
   qui point n'estoit fremée, et grant fuison de ville et
   de hamiaus là environ.                                             30


   § 82. Or vous parlerons de le route monsigneur
   Jehan de Haynau, où il avoit bien cinq cens combatans.
   Si s'en vint à Guise, si entra en le ville, et le
   fist toute ardoir, et abatre les moulins. Dedens le
   forterèce estoit ma dame Jehane sa fille, femme au
   conte Loeis de Blois, qui fu moult effraée de l'arsin               5
   et dou couvenant monsigneur son père. Et li fist
   priier que, pour Diu, il se volsist deporter et retraire,
   et qu'il estoit trop dur consilliés contre li, quant il
   ardoit l'iretage à son fil le conte de Blois. Nonobstant
   ce, li sires de Byaumont ne s'en volt onques                       10
   delaiier, si eut fait se entrepresure. Et puis s'en retourna
   devers l'ost le roy, qui estoit logiés et arrestés
   en l'abbeye de Femi.

   Entrues couroient ses gens tout le pays. Et vinrent
   bien sis vint lances d'Alemans, dont li sires de Faukemont         15
   estoit chiés, jusques au Louvion en Tierasse,
   une bonne grosse plate ville. Si estoient les gens dou
   Louvion communement retret et boutet ens ès bos,
   et y avoient mis et porté le leur à sauveté. Et s'i estoient
   fortefiiet de roullies et de bois copet et abatut                  20
   environ yaus. Si chevaucièrent li Alemant celle part.
   Et y sourvint messires Ernouls de Bakehen et se
   route, et assallirent chiaus dou Louvion, qui ens ou
   bos s'estoient boutet, liquel se deffendirent ce qu'il
   peurent. Ce ne fu mies gramment, car il ne tinrent                 25
   point de conroi, et ne peurent durer à le longe contre
   tant de bonne gent d'armes. Si furent ouvert, et
   leurs fors conquis, et mis en cace. Et en y eut bien,
   mors que navrés, quarante, et perdirent tout ce que
   là aporté avoient. Ensi estoit et fu cilz pays de Tierasse         30
   adonc courus et sans deport. Et en faisoient li
   Englès leur volenté.

   Si se parti li rois Edouwars de Farvakes, où il s'estoit
   logiés, et s'en vint à Moustruel, et se loga un
   soir. Et l'endemain, il vint et toute sen host logier à
   le Flamengrie. Et fist toutes ses gens logier environ
   lui, où il avoit plus de quarante mille hommes. Et                  5
   eut conseil qu'il attenderoient là le roy Phelippe et
   son pooir, et se combateroient à lui, comment qu'il
   fust.


   § 83. Li rois de France, qui estoit partis de Saint
   Quentin, sievoit vistement le roy englès en grant                  10
   desir que dou trouver et le combatre. Et estoit partis
   de Saint Quentin o tout son plus grant effort, et
   toutdis li croissoient et venoient gens de tous pays.
   Si s'esploita tant li dis rois et toutes ses hos qu'il
   vint à Buironfosse, et là s'arresta, et commanda à                 15
   toutes gens logier et à arrester; et dist qu'il n'iroit
   plus avant, si aroit combatu le roy englès et tous ses
   alloiiés, puis qu'il estoit à deus liewes priès.

   Si tretost que li contes Guillaumes de Haynau,
   qui se tenoit au Kesnoy, tous pourveus de gens d'armes,            20
   peut savoir que li rois de France, ses oncles,
   estoit logiés à Buironfosse, en espoir que de combatre
   les Englès, il se parti dou Kesnoi à plus de cinq
   cens lances, et chevauça tant qu'il [vint][42] en l'ost le
   roy de France, et se representa au dit roy son oncle,              25
   qui ne li fist mies si lie chière que li contes vosist,
   pour le cause de ce qu'il avoit esté devant Cambray
   avoech son adversaire le roy englès, et fortement
   apovri et cuvriet Cambresis. Nompourquant li contes
   s'en porta assés bellement, et s'escusa si sagement au
   roy son oncle, que li rois et tous ses consaulz, pour
   celle fois, s'en contentèrent assés bien. Et fu ordonnés
   des mareschaus, le mareschal Bertran et le mareschal
   de Trie, à soi logier au plus priès des ennemis.                    5

  [42] Ms. de Gaignières, fo 40.--Ms. 6477, fo 60 vo (lacune).


   § 84. Or sont li roi de France et d'Engleterre logiet
   entre Buironfosse et le Flamengrie en plain pays,
   sans nul avantage, et ont grant desir, si com il moustrent,
   que d'yaus combatre. Si vous di pour certain                       10
   que on ne vit onques si belle assamblée de grans signeurs
   qu'il y eut là, car li rois de France y estoit,
   lui quatrime de rois: premierement avoecques lui li
   rois de Behagne, messires Charles li rois de Navare
   et li rois d'Escoce, ossi de dus, de contes et de barons           15
   tant que sans nombre. Et toutdis li croissoient
   gens de tous lés.

   Quant li rois englès fu arrestés à le Capelle en Tierasse,
   ensi que vous avés oy, et il sceut de verité que
   li rois Phelippes de France, ses aversaires, estoit à              20
   deus petites liewes de lui, et en grant volenté de
   combatre, si mist les signeurs de son host ensamble:
   premierement le duch de Braibant son cousin, le
   duch de Guerles, le conte de Jullers, le marchis de
   Blankebourch, le conte des Mons, monsigneur Jehan                  25
   de Haynau, monsigneur Robert d'Artois et tous les
   barons et les prelas d'Engleterre, qui avoecques lui
   estoient, et à qui il touchoit bien de le besongne, et
   leur demanda conseil comment à sen honneur il se
   poroient maintenir, car c'estoit se intention que de               30
   combatre, puis qu'il sentoit ses ennemis si priès de
   lui. Adonc regardèrent li signeur l'un l'autre et priièrent
   au duch de Braibant qu'il en volsist dire sen
   entente. Et li dus en respondi que c'estoit bien ses
   accors que dou combatre, car aultrement à leur honneur
   il ne s'en pooient partir. Et consilla adonc que                    5
   on envoiast hiraus devers le roy de France, pour demander
   et accepter le journée de le bataille. Adonc
   en fu cargiés uns hiraus dou duch de Guerles, et qui
   bien savoit françois, et enfourmés quel cose il devoit
   dire. Si se parti li dis hiraus de ses signeurs, et chevauça       10
   tant qu'il vint en l'ost françoise, et se traist
   devers le roy de France et son conseil, et fist son
   message bien et à point; et dist au roy de France
   comment li rois englès estoit arrestés sur les camps,
   et li requeroit à avoir bataille, pooir contre pooir.              15

   A laquelle requeste li rois de France entendi volentiers
   et accepta le jour. Si me samble que ce deut
   estre le venredi ensiewant, dont il estoit merkedis.
   Si s'en retourna li hiraus arrière devers ses signeurs,
   bien revestis de bons mantiaus fourés, que li rois de              20
   France et li signeur li donnèrent, pour les riches
   nouvelles qu'il avoit aportées. Et recorda le bonne
   cière que li rois li avoit fait et tout li signeur de
   France.


   § 85. Ensi et sus cel estat fu la journée accordée                 25
   de combatre, et fu segnefiiet à tous les compagnons
   de l'une host et de l'autre. Si se abillièrent et ordonnèrent,
   cescuns selonch ce qu'il besongnoit. Le joedi,
   au matin, avint que doi chevalier au conte de Haynau
   et de se delivrance, li sires de Fagnoelles et li                  30
   sires de Tupegni montèrent sus leurs coursiers rades,
   fors et bien courans, et se partirent de leur host, entre
   yaus deus tant seulement, pour aler veoir l'ost as
   Englès et wardemaner. Si chevaucièrent un grant
   temps, à le couverte, toutdis en costiant l'ost as Englès.
   Or eschei que li sires de Fagnuelles estoit montés                  5
   sus un coursier trop merancolieus et mal affrenet:
   si s'effrea en chevauçant, et prist son mors as dens,
   par tel manière qu'i[l][43] s'escuella et se demena tant
   qu'i[l] fu mestres dou signeur qui le chevauçoit, et
   l'emporta, volsist ou non, droit en mi les logeis le               10
   roy d'Engleterre. Et chei d'aventure entre mains d'Alemans,
   qui tantost cogneurent qu'il n'estoit mies de
   leurs gens, si l'encloirent de toutes pars et le cheval
   ossi. Et demora prisonniers, à cinq, ne sai, sis gentilz
   hommes alemans, qui tantost le rançonnèrent et li                  15
   demandèrent dont il estoit; et il respondi: «de Haynau.»
   Adonc li demandèrent il se il cognissoit monsigneur
   Jehan de Haynau, et il dist: «oil.» Et requist
   que par amours on le menast devers lui, car il
   estoit tous seurs que il le raplegeroit bien, se il voloient.      20

  [43] On lit dans le ms. 6477, fo 61 vo: _qu'i_, forme qui nous
  représente sans doute la prononciation d'alors, où la consonne
  finale _l_ de _qu'il_ ne se faisait pas sentir, du moins devant
  un mot commençant par une consonne.

   De ces parolles furent li Alemant tout joiant et
   l'amenèrent devers le signeur de Byaumont, qui tantost
   avoit oy messe. Et fu moult esmervilliés, quant
   il vey le signeur de Fagnuelles. Se li recorda cils sen            25
   aventure, si com vous avés ci dessus oy, et ossi de
   combien il estoit rançonnés. Adonc demora li sires
   de Byaumont pour le dit chevalier devers ses mestres,
   et le raplega de sa raençon. Si se parti sur ce li
   sires de Fagnuelles, et revint arrière en l'ost de Haynau
   devers le conte et les signeurs, qui estoient tout
   courouciet de lui, par le relation que li sires de Tupegni
   en avoit faite; mais il furent tout joiant, quant                   5
   il le veirent revenu. Si se remercia grandement au
   conte de Haynau de monsigneur Jehan, son oncle,
   qui l'avoit raplegiet et renvoiiet sans peril et sans
   damage, fors de sa raençon tant seulement. Car ses
   coursiers li fu rendus et restitués, à le priière et ordenance     10
   dou dessus dit monsigneur Jehan de Haynau.
   Ensi se porta ceste journée, et n'i eut riens fait,
   non cose qui à recorder face.

   § 86. Quant ce vint le venredi, au matin, les deus
   hos se apparillièrent et oïrent messe, cescuns sires               15
   entre ses gens et en son logeis. Et se acumenièrent
   et confessèrent li pluiseur, et se misent en bon estat,
   ensi que pour tantost morir, se il besongnoit. Nous
   parlerons premierement de l'ordenance des Englès,
   qui se traisent sus les camps, et ordonnèrent trois                20
   batailles bien et faiticement et toutes trois à piet, et
   misent leurs chevaus et tout leur harnois en un petit
   bois qui estoit derrière yaus, et arroutèrent tout leur
   charoy par derrière yaus, et s'en fortefiièrent.

   Si eurent li dus de Guerles, li contes de Jullers,                 25
   li marchis de Blankebourch, messires Jehans de Haynau,
   li marchis de Misse, li contes des Mons, li contes
   de Saumes, li sires de Faukemont, messires Guillaumes
   de Duvort, messires Ernoulz de Bakehen et
   li Alemant la première bataille. Et avoit en ce première           30
   route vint et deus banières et soissante pennons,
   et estoient bien huit mille hommes de bonne
   estoffe.

   La seconde bataille avoit li dus de Braibant. Si
   estoient avoecques lui tout li baron et li chevalier de
   son pays: premierement li sires de Kuk, li sires de                 5
   Berghes, li sires de Bredas, li sires de Roselar, li sires
   de Vauselare, li sires de Baudresen, li sires de
   Borgneval, li sires de Sconnevort, li sires de Witem,
   li sires d'Asko, li sires de Boukehort, li sires de Casebèke,
   li sires de Duffle, messires Thieris de Wallecourt,                10
   messires Rasses de Grés, messires Jehans de
   Casebèke, messires Jehans Pili[sr]re, messires Gilles
   de Coterebbe, li troi frère de Harlebèke, messires
   Gautiers de Hoteberge et messires Henris de Flandres,
   qui fait bien à rementevoir, car il y estoit en grant              15
   estoffe; et pluiseur aultre baron et bon chevalier, et
   aucun de Flandres qui s'estoient mis desous le banière
   dou duch de Braibant, telz que li sires de Halluin,
   messires Hector Villains, messires Jehans de
   Rodes, li sires de Grutus, messires Wauflars de Ghistelle,         20
   messires Guillaumes de Strates, messires Gossuins
   de le Muelle, et pluiseurs aultres. Si avoit li
   dus de Braibant jusques à vint et quatre banières
   et quatre vint pennons. Si estoient bien sept mille
   combatans, toutes gens de bonne estoffe.                           25

   La tierce bataille et la plus grosse avoit li rois
   d'Engleterre, et grant fuison de bonnes gens de son
   pays dalés lui; et premiers ses cousins, li contes Henris
   Derbi, filz à monsigneur Henri de Lancastre au
   Tors Col, li evesques de Lincolle, li evesques de Durem,           30
   li contes de Sallebrin, li contes de Norhantonne
   et de Clocestre, li contes de Sufforch, li contes de
   Kenfort, monsigneur Robert d'Artois qui s'appelloit
   contes de Ricemont, messires Renaus de Gobehen,
   li sires de Persi, li sires de Ros, li sires de Montbrai,
   messires Loeis et messires Jehans de Biaucamp, li
   sires de le Ware, li sires de Lantonne, li sires de                 5
   Basset, li sires de Filwatier, messires Gautiers de
   Mauni, messires Hues de Hastinges, messires Jehans
   de Lille, et pluiseurs aultres que je ne puis mies tous
   nommer.

   Et fist là li rois englès pluiseurs nouviaus chevaliers,           10
   entre lesquels il fist monsigneur Jehan Chandos,
   qui de puis de proèce et chevalerie fu plus recommendés
   que nulz chevaliers de son temps, si com
   vous orés avant en ceste hystore. Si avoit li rois
   vint et huit banières et environ quatre vint et dix                15
   pennons, et pooient estre environ six mille hommes
   d'armes et six mille arciers. Et avoient mis une aultre
   bataille sus èle, dont li contes de Warvich et li
   contes de Pennebruch, li sires de Bercler, li sires de
   Mulleton et pluiseur aultre bon chevalier estoient                 20
   chief. Si se tenoient chil à cheval, pour reconforter
   les batailles qui branleroient. Et estoient en celle arrière
   regarde environ trois mille armeures de fier.


   § 87. Quant tout li Englès, li Alemant, li Braibençon
   et tout li alloiiet furent ordonné, ensi que vous                  25
   avés oy, et cescuns sires mis et arrestés desous se
   banière, ensi que commandé fu de par les mareschaus,
   si fu dit encores et commandé, de par le roy,
   que nuls n'alast ne se mesist devant les banières des
   marescaus. Adonc monta li rois englès sus un petit                 30
   palefroi moult bien ambiant, acompagniés tant seulement
   de monsigneur Robert d'Artois, de monsigneur
   Renault de Gobehen et de monsigneur Gautier
   de Mauni, et chevauça devant toutes les batailles.
   Et prioit moult doucement as signeurs et as compagnons
   que il vosissent aidier à garder sen honneur,                       5
   et cescuns li avoit en couvent. Apriès ce, il s'en revint
   en se bataille et se mist en ordenance, ensi
   qu'il apertenoit. Or vous recorderons l'ordenance
   dou roy de France et de ses batailles, qui furent
   grandes et bien estoffées, et vous en parlerons otant              10
   bien que nous avons fait de ceste des Englès.

   Il est bien verités que li rois de France avoit si
   grant peuple et tant de nobles et de bonne chevalerie
   que merveilles seroit à recorder. Car, ensi que je
   oy dire chiaus qui y furent et qui les avisèrent tous              15
   armés et ordonnés sus les camps, il y eut onze vint
   et sept banières, cinq cens et soissante pennons,
   quatre rois et six dus et trente six contes et plus de
   quatre mille chevaliers, et de commugnes de France
   plus de soixante mille. Avoech le roy de France estoient           20
   li rois de Behagne, li rois de Navare et li rois
   d'Escoce, li dus de Normendie, li dus de Bourgongne,
   li dus de Bretagne, li dus de Bourbon, li dus de
   Loeraingne et li dus d'Athènes; des contes, li contes
   d'Alençon, frères au roy de France, li contes de Flandres,         25
   li contes de Haynau, li contes de Blois, li contes
   de Bar, li contes de Forès, li contes de Fois, li
   contes d'Ermignac, le dauffin d'Auvergne, li contes
   de Genville, li contes d'Estampes, li contes de Vendome,
   li contes de Harcourt, li contes de Saint Pol,                     30
   li contes de Ghines, li contes de Boulongne, li contes
   de Roussi, li contes de Dammartin, li contes [de
   Valentinois][44], li contes d'Aubmale, li contes d'Auçoirre,
   li contes de Sansoire, li contes de Genève, li
   contes de Dreus, et de celle Gascongne et de la Languedoch
   tant de contes et de viscontes que ce seroit
   uns detris à recorder. Certes c'estoit très grans biautés           5
   que de veoir sus les camps banières et pennons
   venteler, chevaus couvers, chevaliers et escuiers armés
   si très nettement que riens n'i avoit à amender.
   Et ordonnèrent li François trois grosses batailles, et
   misent en çascune quinze mille hommes d'armes et                   10
   vint mille hommes de piet.

  [44] Ms. de Gaignières, fo 41 vo.--Ms. 6477, fo 63:
  «d'Alentinois.»

   Si se poet on et doit grandement esmervillier
   comment si belle gent d'armes se peurent partir sans
   bataille, mais li François n'estoient point d'acord.
   Ançois en disoit cescuns sen oppinion. Et disoient,                15
   par estrit, que ce seroit grant honte et grant deffaute
   se on ne les combatoit, quant li rois et toutes ses
   gens savoient leurs ennemis si priès de lui, et en son
   pays rengiés et à plains camps, et les avoit sievis à
   l'entente que de combatre à yaus. Li aucun des aultres             20
   disoient à l'encontre que ce seroit grant folie se
   il se combatoit, car il ne savoit que cescuns pensoit,
   ne se point de trahison y avoit. Car, se fortune li
   estoit contraire, il mettoit son royaume en aventure
   de perdre; et se il desconfisoit ses ennemis, pour ce              25
   n'aroit il mies le royaume d'Engleterre, ne les terres
   des signeurs de l'Empire, qui avoecques lui estoient
   alloiiet.

   Ensi estrivant et debatant sus ces diverses oppinions,
   li jours passa jusques à grant miedi. Environ                      30
   petite nonne, uns lièvres s'en vint trespassant parmi
   les camps, et se bouta entre les François. Donc commencièrent
   cil qui le veirent à criier et à huer et
   faire grant haro. De quoi cil qui estoient derrière
   cuidoient que cil de devant se combatissent, et li                  5
   pluiseur qui se tenoient en leurs batailles tous rengiés
   fesissent otel. Si misent li pluiseur vistement
   leurs bacinès en leurs testes et prisent leurs glaves.
   Là y eut fais pluiseur nouviaus chevaliers. Et par
   especial li contes de Haynau en fist quatorze, que on              10
   nomma tous jours depuis «les chevaliers dou lièvre».
   En cel estat se tinrent les batailles, ce venredi, tout
   le jour, et sans yaus esmovoir, fors par le manière
   que j'ai dit.

   Avoech tout ce et les estris qui estoient entre pluiseurs          15
   dou conseil le roy de France, estoient aportées
   en l'ost lettres et recommendations au roy de France
   et à son conseil, de par le roy Robert de Sezille, li
   quelz rois Robers, si com on disoit, estoit uns grans
   astronomiiens, et plains de grant prudense. Si avoit               20
   par pluiseurs fois jettés ses sors sus l'estat et les avenues
   dou roy de France et dou roy d'Engleterre. Et
   avoit trouvé en l'astrologe et par experiense que, se
   li rois de France se combatoit au roy d'Engleterre,
   il couvenoit qu'il fust desconfis. Donc, il, com rois              25
   plains de grant cognissance, et qui doubtoit ce peril
   et le damage dou roy de France, son cousin, avoit
   envoiiés jà de lonch temps moult songneusement
   lettres et episteles au roy Phelippe et à son conseil,
   que nullement il ne se mesissent en bataille entre les             30
   Englès, là où li corps dou roy Edouwart fust en present.
   Pour quoi, ceste doubte et les escripsions que li
   rois de Sesille en faisoit, detrioient grandement pluiseurs
   signeurs dou dit royaume. Et meismement li
   rois Phelippes estoit tous infourmés de ce conseil.
   Mais non obstant ce que on li desist et remoustrast
   par belles raisons les deffenses et les doubtes dou                 5
   roy Robert de Sezille, son chier cousin, si estoit il
   en grant volenté et en bon desir de combatre ses
   ennemis; mais il fu tant detriiés que li journée passa
   sans bataille, et se retray çascuns à son logeis.

   Quant li contes de Haynau vei que on ne combateroit                10
   point, il se parti, et toutes ses gens, et s'en
   vint ce soir arrière au Kesnoy. Et li rois englès et li
   dus de Braibant et li aultre signeur se misent au retour,
   et fisent cargier et tourser tout leur harnois,
   et vinrent gesir, ce venredi, bien priès d'Avesnes,                15
   en Haynau, et là environ. Et l'endemain, il prisent
   congiet tout l'un à l'autre. Et se departirent li Alemant
   et li Braibençon, et s'en ralèrent cescuns en
   leurs lieus. Si revint li rois englès en Braibant, avoecques
   le duc de Braibant, son cousin. Or vous parlerons                  20
   dou roy de France comment il persevera.


   § 88. Che venredi que li François et li Englès furent
   ensi ordonné pour bataille à Buironfosse, quant
   ce vint apriès nonne, li rois Phelippes retourna en
   ses logeis tous courouciés, pour tant que la bataille              25
   n'estoit point adrecie; mais cil de son conseil le rapaisièrent
   et li disent ensi que noblement et vassaument
   il s'i estoit portés, car il avoit hardiement poursievis
   ses ennemis et tant fait qu'il les avoit boutés
   hors de son royaulme, et que il convenoit le roi englès            30
   faire moult de telz chevaucies, ançois qu'il euist
   conquis le royaume de France. Le samedi, au matin,
   donna li rois Phelippes toutes manières de gens d'armes
   congiet, dus, contes, barons et chevaliers, et remercia
   les chiés des signeurs moult courtoisement,
   quant si appareilliement il l'estoient venu servir. Ensi            5
   se deffist et rompi ceste grosse chevaucie; si se retrest
   cescuns en son lieu.

   Li rois de France s'en revint à Saint Quentin, et
   là ordonna il une grant plenté de ses besongnes, et
   envoia gens d'armes par ses garnisons, especiaument                10
   à Tournay, à Lille et à Douay, et en toutes les forterèces
   marcissans sus l'Empire. Et envoia dedens
   Tournay monsigneur Godemar dou Fay souverain
   chapitainne et regard de tout le pays là environ, et
   monsigneur Edouwart de Biaugeu dedens Mortagne.                    15
   Et quant il eut ordonné une partie de ses besongnes,
   à sen entente et à sa plaisance, il se retraist devers
   Paris.

   Or parlerons nous un petit dou roy englès, et
   comment il persevera avant. Depuis qu'il fu partis de              20
   le Flamengrie et revenus en Braibant, il s'en vint à
   Brousselles. Là le raconvoiièrent li dus de Guerles,
   li contes de Jullers, li marcis de Blankebourch, li
   contes des Mons, messires Jehans de Haynau, li sires
   de Faukemont, et tout li signeur de l'Empire qui estoient          25
   alloiiet à lui, car il voloient aviser et regarder
   li un parmi l'aultre comment il se maintenroient de
   ceste guerre où il s'estoient bouté. Et pour avoir certainne
   expedition, il ordonnèrent un grant parlement
   à estre en le ditte ville de Brousselles. Et y fu priiés           30
   et mandés Jakemes d'Artevelle, li quelz y vint liement
   et en grant arroy, et amena en se compagnie
   tous les consaulz entièrement des bonnes villes de
   Flandres. A ce parlement, qui fu à Brouxelles, ot
   pluiseurs coses dittes et devisées. Et me samble que
   li rois englès fu si consilliés de ses amis de l'Empire
   qu'il fist une requeste à chiaus de Flandres que                    5
   il li volsissent aidier à parmaintenir se guerre, et
   deffiier le roi de France, et aler avoecques lui, par
   tout où il les vorroit mener; et se il voloient ce
   faire, il leur aideroit à recouvrer Lille, Douay et
   Bietune.                                                           10

   Ceste parolle entendirent li Flamench volentiers;
   mais de le requeste que li rois lor faisoit, il demandèrent
   à avoir conseil entre yaus tant seulement, et
   tantost à respondre. Li rois leur acorda. Si se consillièrent
   à grant loisir; et, quant il se furent consilliet,                 15
   il respondirent et disent: «Chiers sires, aultre
   fois nous avés vous fait ces requestes. Et saciés vraiement
   que, se nous le poions nullement faire, par
   nostre honneur et nos fois garder, nous le ferions.
   Mès nous ne poons esmouvoir guerre au roy de                       20
   France, quiconques le soit, car nous sommes obligiet
   à çou, par foy et par sierement, et sus deus millions
   de florins à le cambre dou pape, et sus escheir
   en sentense, se nous esmouviens guerre contre le dit
   roy de France. Mais se vous voliés faire une cose que              25
   nous vous dirons, vous y pourveriés bien de remède
   et de conseil. C'est que vous voelliés enchargier les
   armes de France et esquarteler d'Engleterre, et vous
   appellés rois de France, et nous vous tenrons pour
   roy et obeirons à vous comme au roy de France, et                  30
   vous demanderons quittance de nos fois, et vous le
   nous donrés comme rois de France. Par ensi serons
   nous absolz et dispensés, et irons par tout là où vous
   vorrés et ordonnerés.»


   § 89. Quant li rois englès eut oy ce point et le
   requeste des Flamens, il eut besoing d'avoir bon
   conseil et seur avis, car pesant li estoit de prendre               5
   les armes et le nom de ce dont il n'avoit encores
   riens conquis. Et ne savoit quel cose il l'en avenroit,
   ne se conquerre le poroit. Et d'autre part il refusoit
   envis le confort et l'ayde des Flamens, qui plus li
   pooient aidier à se besongne que tous li remanans                  10
   dou siècle. Si se consilla li dis rois au duc de Braibant,
   au duc de Guerles, au conte de Jullers, à monsigneur
   Robert d'Artois, à monsigneur Jehan de
   Haynau et à ses plus secrès et especiaulz amis: si
   ques finablement, tout peset, le mal comme le bien,                15
   il respondi as Flamens, par l'information des signeurs
   dessus dis, que, se il voloient jurer et seeler qu'il li
   aideroient à parmaintenir se guerre, il emprenderoit
   tout et de bonne volenté; et ossi il leur jurroit à ravoir
   Lille, Douay et Bietune, et il respondirent:                       20
   «Oil.»

   Donc fu pris et assignés uns certains jours à Gand,
   li quels jours se tint, et y fu li rois d'Engleterre et le
   plus grant partie des signeurs de l'Empire dessus
   nommés, alloiiés avecques lui. Et là furent tous li                25
   consaulz de Flandres generaument et especialment.
   Là furent toutes les parolles en devant dittes relatées
   et proposées, entendues et acordées, escriptes,
   jurées et seellées. Et encarga li rois d'Engleterre les
   armes de France et les esquartela d'Engleterre, et                 30
   emprist en avant le nom dou roy de France; et le
   obtint tant que il le laissa, par certainne composition,
   ensi com vous orés en avant recorder en ceste
   hystoire, s'il est qui le vous recorde.


   § 90. A ce parlement, qui fu à Gand, y eut pluiseurs
   parolles dites et retournées. Et consillièrent                      5
   adonc [les seigneurs][45], proposèrent et acouvenencièrent
   qu'il assegeroient le cité de Tournay. De ce furent
   li Flamench tout resjoy, car il leur sambla qu'il
   seroient fort et poissant assés de le conquerre. Et se
   elle estoit conquise, et en le signourie dou roy englès,           10
   de legier il conquerroient et recouveroient Lille,
   Douay et Bietune et toutes les appendances, qui
   doient estre tenues de le conté de Flandres. Encores
   fu là proposé et regardé, entre ces signeurs et leurs
   consaulz des bonnes villes de Flandres et de Braibant,             15
   qu'i[l] leur venroit trop grandement à point
   que li pays de Haynau fust de leur acord, pour avoir
   y leur retour. Si en fu priiés, pour venir à ce parlement,
   li contes, mais il s'escusa si bellement et si
   sagement que li rois d'Engleterre et tout li signeur               20
   s'en tinrent pour content. Ensi demora la cose sus
   cel estat, et se departirent li signeur, et s'en retourna
   cescuns en son lieu et en son pays. Et li rois englès
   prist congiet à son cousin, le duch de Braibant, et
   s'en revint en Anwiers. Ma dame la royne, sa femme,                25
   demora à Gand, et tous ses hostelz, qui souvent estoit
   visetée et confortée de d'Artevelle et des signeurs,
   des dames et des damoiselles de Gand.

  [45] Ms. de Gaignières, fo 43.--Ms. 6477, fo 65 (lacune).

   Assés tost apriès, fu li navie dou roy englès appareillie,
   sus le havene d'Anvers. Si monta là en mer
   et le plus grant partie de ses gens, en ystance que de
   retourner en Engleterre, et de viseter le pays. Mais il
   laissa ou pays de Flandres deus contes, sages chevaliers
   et vaillans durement, pour tenir à amour les                        5
   Flamens, pour mieus moustrer que leurs besongnes
   estoient siennes. Che furent messires Guillaumes de
   Montagut, contes de Sallebrin, et li contes de Sufforch.
   Chil s'en vinrent en le ville de Ippre, et tinrent
   là leur garnison, et guerriièrent tout cel yvier                   10
   moult fortement chiaus de Lille et de là environ. Et
   li rois englès naga tant par mer qu'il arriva à Londres,
   environ le Saint Andrieu, où il fu moult conjois
   de chiaus de son pays qui desiroient sa revenue,
   car il n'i avoit esté en lonch temps. Se vinrent à lui             15
   les plaintes de le destruction, que li Normant et li
   Pikart avoient fait de le bonne ville de Hantonne. Si
   fu li rois englès moult courouciés de le desolation
   de ses gens, che fu bien raisons, mais il les rapaisa
   au plus biel qu'il peut. Et leur dist que, se il venoit            20
   à tour, il leur feroit chier comparer, ensi qu'il fist
   en ceste anée meismement, si com vous orés recorder
   avant en l'ystore.


   § 91. Or vous conterons dou roy Phelippe de
   France, qui estoit retrais viers Paris, et avoit donnet            25
   congiet toutes ses grans hos, et fist durement renforcier
   se grosse navie qu'il tenoit sur mer, dont messires
   Hues Kierés, Bahucés et Barbevaire estoient chapitaines
   et souverain. Et tenoient cil troi mestre
   escumeur grant fuison de saudoiiers geneuois, normans,             30
   pikars et bretons, et fisent en cel hyvier pluiseurs
   damages as Englès. Et venoient souvent courir
   jusques à Douvres, et à Zandvic, à Wincesée, à Rie
   et là environ, sur les costes d'Engleterre. Et les ressongnoient
   durement li Englès, car cil estoient si
   fort sus mer que plus de quarante mille saudoiiers.                 5
   Et ne pooit nuls issir ne partir d'Engleterre, qu'il
   ne fust veus et sceus, et puis pilliés et robés, et
   tout mettoient à bort. Si conquisent cil dit saudoiier
   marin au roi de France, en cel yvier, sus les Englès
   tamaint pillage. Et, par especial, il conquisent le                10
   belle grosse nave, qui s'appelloit _Cristofle_, toute
   cargie d'avoir et de lainnes que li Englès amenoient
   en Flandres, la quèle nave avoit cousté moult d'avoir
   au roy englès au faire faire. Mès ses gens le perdirent
   sus ces Normans, et furent tout mis à bort.                        15
   Et en fisent depuis li François tamaint parlement,
   comme cil qui furent grandement resjoy de ce conquès.

   Encores soutilloit et imaginoit li rois de France,
   nuit et jour, comment il se poroit vengier de ses ennemis,         20
   et par especial de monsigneur Jehan de Haynau,
   qui li avoit fais, si com il estoit enfourmés,
   pluiseurs despis, que [d'avoir conduit et][46] amené le
   roy englès en Cambresis et en Tierasse, et ars tout le
   pays. Si escrisi et commanda li dis rois à monsigneur              25
   Jehan de Beaumont, signeur de Vrevins, au visdame
   de Chaalons, à monsigneur Jehan de la Bove, [à monsigneur
   Jehan][47] et à monsigneur Gerart de Lore, que
   il mesissent sus une chevaucie et armée de compagnons,
   et entrassent en le terre monsigneur Jehan
   de Haynau, et le ardissent sans deport. Li dessus dit
   obeirent au [mandement][48] dou roy, ce fu raisons, et
   se cueillièrent secretement tant qu'il furent bien cinq
   cens armeures de fier. Et vinrent devant le bonne ville             5
   de Chymay, et acuellièrent toute le proie dont il en
   y trouvèrent grant fuison, car les gens dou pays ne
   s'en donnoient garde; et ne cuidassent jamais à nul
   jour que li François deuissent passer les bos de Tierasse,
   ne chevaucier si avant oultre les bos, mais si                     10
   fisent. Et ardirent tous les fourbours de Chimay, et
   grant fuison de villages là environ, et priès que toute
   la terre de Cimay, excepté les forterèces. Et puis se
   retraisent en Aubenton en Tierasse, et là departirent
   il leur pillage et leur butin. Ces nouvelles et les complaintes    15
   en vinrent à monsigneur Jehan de Haynau,
   qui se tenoit adonc en Mons en Haynau, dalés le
   conte, son neveu. Si en fu durement courouciés, ce
   fu bien raison; et ossi fu li contes, ses cousins, car ses
   oncles tenoit ceste terre de lui. Nompourquant il s'en             20
   souffrirent tant c'à celle fois, et n'en moustrèrent nul
   samblant de contrevengance au royaume de France.

  [46] Ms. de Gaignières, fo 43 vo.--Ms. 6477, fo 66 (lacune).

  [47] Mss. de Gaignières et de Mouchy-Noailles, fo 43 vo.--Ms.
  6477 (lacune).

  [48] Ms. de Gaignières, fo 47 vo.--Ms. 6477, fo 66: «mandent». Le
  copiste a sans doute omis par distraction le signe abréviatif.

   Avoech ces despis, il avint que il saudoiier, qui
   se tenoient en le cité de Cambray, issirent hors de
   Cambray et vinrent à une petite forte maison, dehors               25
   Cambrai, qui s'appelloit Relenghes, la quèle
   estoit à monsigneur Jehan de Haynau. Et le gardoit
   uns siens filz bastars, que on nommoit monsigneur
   Jehan le Bastart. Et pooient estre avoecques lui environ
   vint et cinq compagnon. Si furent assalli un
   jour tout entier, et trop bien se deffendirent. Au
   soir, cil de Cambrai se retraisent en leur cité, qui
   manecièrent à leur departement grandement chiaus de
   Relenges. Et disent bien que jamais n'entenderoient                 5
   à aultre cose, si les aroient conquis et le maison
   abatue. Sus ces parolles, li compagnon de Relenghes
   s'avisèrent et regardèrent le nuit que il n'estoient
   mies fort assés, pour yaus tenir contre chiaus
   de Cambray, puis qu'il les voloient ensi accueillier.              10
   Car, avoech tout ce qui bien les esbahissoit, il estoit
   si fort gellé que on pooit bien venir jusques as murs
   sus les fossés tous engellés. Si eurent conseil qu'il se
   partiroient, ensi qu'il fisent, et toursèrent tout ce qui
   leur estoit. Et widièrent environ mienuit, et si boutèrent         15
   le feu dedens Relenges. A l'endemain, au matin,
   cil de Cambray le vinrent par ardoir et abatre.
   Et messires Jehans li Bastars et si compagnon s'en
   vinrent à Valenciènes, et puis se departirent il. Si
   s'en rala cescuns en son lieu.                                     20


   § 92. Vous avés chi dessus oy recorder comment
   messires Gautiers de Mauni prist, par proèce et par
   grant fait d'armes, le chastiel de Thun l'Evesque, et
   y mist dedens en garnison un sien frère que moult
   amoit, que on clamoit monsigneur Gillion Grignart,                 25
   c'on dist de Mauni. Chilz faisoit tamainte envaye
   et mainte sallie sus chiaus de Cambray, et leur portoit
   pluiseurs destourbiers, et couroit priès que tous
   les jours devant leurs barrières. En cel estat et en
   celle doubte les tint il un grant temps, et tant qu'il             30
   avint que un jour il estoit partis de se garnison de
   Thun, environ six vint armeures de fier en se compagnie,
   et s'en vint courir devant Cambray, et jusques
   as barrières. La noise et li haros monta en le
   ville, et tant que pluiseurs gens en furent moult effraet.
   Si s'armèrent, cescuns qui mieuls mieulz, et                        5
   montèrent à cheval cil qui chevaus avoient, et vinrent
   à le porte là où li escarmuce estoit, et où messires
   Grignars de Mauni avoit rebouté chiaus de Cambray.
   Si issirent, cescuns qui miex miex, contre
   leurs ennemis.                                                     10

   Entre les Cambrisiens avoit un jone canonne, appert
   homme d'armes, durement fort, dur, hardi et
   apert. Et estoit cilz Gascons, et s'appelloit Guillaumes
   Marchant. Si se mist hors as camps avoech les aultres,
   montés sus bon coursier, le targe au col, le glave                 15
   ou poing, et armés de toutes pièces. Si esporonna
   tout devant, de grant corage. Et quant messires
   Gilles de Mauni le vit venant vers lui, qui ne desiroit
   autre cose que le jouste, si en fu tous joians, et
   esporonna ossi vers lui moult radement. Si se consievirent         20
   de leurs glaves, sans espargnier, moult
   mervilleusement; dont ensi eschei à Guillaume Marchant
   qu'il consievi monsigneur Gillion de Mauni si
   roidement, qu'il perça le targe de son glave et toutes
   ses armeures, et li mist le glave dalés le coer, et li             25
   fist passer le fier à l'autre lés, et l'abati jus de son
   cheval, navré à mort. De ceste jouste furent si compagnon
   moult esbahi, et chil de Cambray trop resjoy:
   si se recueillièrent tout ensamble. Là eut, je vous di,
   de premières venues, très bon puigneis et fort, et                 30
   pluiseur des uns et des aultres reversé par terre, et
   tamainte apertise d'armes faite.

   Finablement, chil de Cambray obtinrent le place
   et reboutèrent leurs ennemis, et en navrèrent et mehagnièrent
   aucuns, et les cacièrent bien avant. Et
   retinrent monsigneur Grignart de Mauni, ensi navrés
   qu'il estoit, et l'emportèrent en Cambray à grant                   5
   joie, et le fisent tantost desarmer et regarder à sa
   plaie et bien mettre à point. Et euissent volentiers
   veu qu'il fust rescapés de ce peril, mès il ne peut;
   ançois morut dedens le second jour apriès. Quant il
   fu mors, il regardèrent qu'il en estoit bon à faire. Si            10
   eurent conseil que le corps il renvoieroient devers
   ses deus frères Jehan et Thieri, qui se tenoient adonc
   en le garnison de Bouçain, en Ostrevant. Car, quoi
   que li pays de Haynau ne fust en point de guerre, si
   se tenoient les forterèces sus les frontières de France            15
   toutes closes, et sus leur garde. Si ordonnèrent adonc
   un sarcu assés honnourable, et le recommendèrent à
   deus frères Meneurs, et envoièrent le corps monsigneur
   Grignart de Mauni à ses deus frères, Jehan et
   Thieri, qui le reçurent en grant dolour. De puis il le             20
   fisent aporter as Cordeliers à Valenciènes; et là fu il
   ensepelis. Apriès ces ordenances, li doi frère de Mauni
   s'en vinrent logier ou chastiel de Thun l'Evesque, et
   fisent forte guerre à chiaus de le cité de Cambray,
   en contrevengant le mort de leur frère.                            25


   § 93. Vous devés savoir qu'en ce temps, de par
   le roy de France, estoit messires Godemars dou Fay
   tous chapitainne de le cité de Tournay et de Tournesis
   et des forterèces environ. Et ossi adonc estoit
   li sires de Biaugeu dedens Mortagne sus Escaut, li                 30
   seneschaus de Charcassonne en le ville de Saint
   Amant, messires Aymers de Poitiers en Douay, messires
   li Galois de le Baume, li sires de Villars, li mareschaus
   de Mirepois et li sires de Maruel en le cité
   de Cambray. Et ne desiroient cil chevalier et chil saudoiier,
   de par le roy de France, aultre cose que courir                     5
   en Haynau, pour pillier et gaegnier, pour le pays
   mettre en guerre. Ossi li evesques de Cambray, messires
   Guillaumes d'Ausonne estoit tous quois à Paris
   dalés le roy Phelippe, et se complaindoit à lui,
   quant il cheoit à point, trop amerement des Haynuiers.             10
   Et disoit bien que li Haynuier li avoient fait
   plus de contraires et de damages, ars, pillet et courut
   son pays que nuls aultres. Si se portèrent telement
   les besongnes, et fu li rois si dur consilliés sus
   son neveu le conte de Haynau et sus ses gens, que li               15
   saudoiier de Cambresis eurent congiet et acord d'entrer
   en Haynau et de faire y aucune envaye et chevaucie
   au damage dou pays.

   Quant ces nouvelles furent venues à chiaus qui
   ens ès garnisons de Cambresis se tenoient, si en furent            20
   moult joiant, et misent sus une chevaucie de
   cinq cens armeures de fier. Et se partirent un samedi,
   après jour fallant, de Cambray cil qui ordonné
   y estoient, et ossi à tèle heure, cil dou Chastiel en
   Cambresis et cil de le Malemaison. Et se trouvèrent                25
   tout sus les camps et vinrent en le ville de Haspre,
   qui lors estoit une bonne ville et grosse et bien foucie,
   mais point n'estoit fremée. Et si n'estoient les
   gens en nulle doubte, car on ne les avoit point avisés
   ne escriés de nulle guerre. Si entrèrent li François               30
   dedens et trouvèrent les gens, hommes et femmes,
   en leurs hostelz; si les prisent à leur volenté
   et tout le leur, or, argent et jeuiaus, et leurs bestes,
   et puis boutèrent le feu en le ville, et le ardirent
   si nettement que riens n'i demora fors les parois.
   Par dedens Haspre a une prevosté de noirs monnes,
   et grans edefisses avoech le moustier, qui se tient de              5
   Saint Vaast d'Arras. Si le pillièrent li François et robèrent,
   et puis boutèrent le feu dedens, et le ardirent
   moult villainnement. Quant il en eurent fait
   leur volenté, il cargièrent tout leur pillage, et cacièrent
   tout devant yaus, et s'en retournèrent en Cambray.                 10

   Ces nouvelles furent tantos sceues à Valenciènes.
   Et proprement elles vinrent jusques au conte Guillaume
   de Haynau, qui se dormoit en son hostel c'on
   dist à le Salle; si se leva, vesti et arma moult appertement,      15
   et fist resvillier toutes ses gens, dont il
   n'avoit mies grant fuison dalés lui, fors tant seulement
   son senescal monsigneur Gerart de Wercin,
   monsigneur Henri d'Antoing, messire Henri de Husfalise,
   monsigneur Thieri de Wallecourt, le signeur                        20
   de Potielles, le signeur de Floion et aucuns chevaliers
   qui se tenoient dalés lui, ensi que tout gentil
   homme se tiennent volentiers dalés leur signeur.
   Mais il estoient couciet en divers hostelz; si ne furent
   mies si tost appareilliet, ne armé, ne monté à                     25
   cheval, que li contes fu, car il n'atendi nullui; ains
   s'en vint ou marchiet de Valenciènes, et fist sonner
   les cloches ou berfroi à volée. Si s'estourmirent toutes
   gens et s'armèrent et sievirent leur signeur à effort,
   qui s'estoit jà mis hors de la ville et chevauçoit                 30
   radement devers Haspre, en grant volenté de trouver
   ses ennemis. Quant il eut chevauciet environ une
   lieuwe, il li fu dit qu'il se travilloit en vain, et que
   li François estoient retrait. Adonc se retray li contes
   en l'abbeye de Fontenelles, qui estoit assés priès de
   là, où ma dame sa mère demoroit, qui fu toute ensonniie
   de lui rapaisier, tant estoit il escauffés et                       5
   aïrés; et disoit bien que cesti arsin de Haspre il le
   feroit temprement cier comparer au royaume de
   France. Sa dame de mère li acordoit tout, et euist
   volentiers de ceste mespresure escuset son frère le
   roy de France; mès li contes n'i voloit entendre,                  10
   mès disoit: «Il me fault regarder comment hasteement
   je me puisse vengier de ce despit que on m'a
   fait, et otretant ou plus ardoir en France.»

   Quant li contes de Haynau eut esté une espasse à
   Fontenelles dalés ma dame sa mère, il prist congiet,               15
   puis s'en parti et retourna à Valenciènes. Et fist tantost
   lettres escrire par tout as chevaliers et as prelas
   de son pays, pour avoir conseil comment il se poroit
   chevir de ceste avenue, et mandoit par ses lettres
   que tout fuissent à Mons en Haynau au certain                      20
   jour qui assignés y estoit. Ces nouvelles s'espardirent
   parmi le pays, et les sceut messires Jehans de Haynau,
   qui se tenoit à Byaumont, pensans et imaginans
   comment il poroit ossi l'arsin de se terre de Chymay
   contrevengier. Si ne fu mies courouciet quant il oy                25
   dire et recorder le grant desplaisir que on avoit fait
   à son neveut le conte, et ossi en quel desdain il l'avoit
   pris, et ne le sentoit mies si souffrant que il vosist
   longement porter ceste villonnie. Si monta à
   cheval et vint au plus tost qu'il peut à Valenciènes,              30
   où il trouva le dit conte à le Salle; si se traist vers
   li, ensi que raisons estoit.


   § 94. Sitost que li contes de Haynau vey monsigneur
   Jehan de Haynau, son oncle, il vint contre
   lui et li dist: «Biaus oncles, vostre guerre as François
   est grandement embellie.»--«Sire, ce respondi
   li sires de Byaumont, Diex en soit loés! De                         5
   vostre anoi et damage seroi je tous courouciés,
   mais cilz ci me vient assés à plaisance. Or avés vous
   [cecy][49] de l'amour et dou service les François que
   vous avés tout le temps portet. Or nous fault faire
   une chevaucie sus France; regardés de quel costet.»                10
   Dist li contes: «Vous dittes voir, et si sera bien
   briefment.» Si se tinrent de puis, ne sai quans jours,
   à Valenciènes. Et quant li jours de parlement, qui
   estoit assignés à estre à Mons en Haynau, fu venus,
   il y furent. Là fu tous li consaulz dou pays, et ossi              15
   de Hollandes et de Zelandes.

  [49] Ms. de Gaignières, fo 44.--Ms. 6477, fo 68 vo (lacune).

   A ce parlement qui fu en le ville de Mons en Haynau,
   eut pluiseurs parolles proposées et remoustrées.
   Et voloient li aucun des barons dou pays que on
   envoiast souffissans hommes devers le roy de France,               20
   à savoir se il avoit acordé ne consenti à ardoir en
   Haynau, ne envoiiet les saudoiiers de Cambresis en
   le terre dou conte, ne à quel title cil l'avoient fait,
   pour tant que on n'avoit point deffiiet le conte ne
   le pays. Et li aultre chevalier, qui proposoient à l'encontre,     25
   voloient tout le contraire, mais que on se
   contrevengast en tel manière com li François avoient
   commenchiet.

   Entre ces parolles des unes as aultres eut pluiseurs
   detris, estris et debas. Mès finablement il fu                     30
   regardé, tout consideret et imaginet, que li contes
   de Haynau et li pays ne pooient nullement issir de
   ceste besongne, sans faire guerre au royaume de
   France, tant pour l'arsin de le terre de Cymai que
   pour cesti de Haspre. Si fu là ordonné que on deffieroit            5
   le roy de France, et puis enteroit on à effort
   ou royaume. Et de porter ces deffiances fu priiés et
   cargiés li abbes de Crespin, qui pour le temps s'appelloit
   Thiebaus. Si furent les lettres de deffiances
   escrites et seellées dou conte et de tous les barons et            10
   chevaliers dou pays. En apriès, li dis contes remercia
   grandement tous ses hommes pour le bonne volenté
   dont il les vey, car il li prommisent confort et
   service en tous estas.

   Je n'ai que faire de demener ceste matère longement.               15
   Li abbes de Crespin se parti et vint en France
   aporter au roy Phelippe les deffiances, qui n'en fist
   pas trop grant compte et dist que ses neveus estoit
   uns folz oultrageus, et qu'il marchandoit bien que
   de faire ardoir tout son pays. Li abbes retourna arrière           20
   devers le conte et son conseil, et leur compta
   comment il avoit esploitiet, et les responses que li
   rois en avoit faites. Assés tost apriès, se pourvei li
   contes de gens d'armes, et manda tous chevaliers et
   escuiers parmi son pays, et ossi en Braibant et en                 25
   Flandres, et fist tant qu'il eut bien dix mille armeures
   de fier, de bonne estoffe, tout à cheval. Si se partirent
   de Mons en Haynau et de là environ, et chevaucièrent
   vers le terre de Cymai, car li intentions
   dou conte et de son oncle, li signeur de Byaumont,                 30
   estoit tèle que il iroient ardoir et essillier la terre
   le signeur de Vrevins, et ossi Aubenton en Tierasse.


   § 95. Bien se doubtoient cil de le ville de Aubenton
   dou conte de Haynau et de son oncle. Si l'avoient
   segnefiiet au grant baillieu de Vermendois,
   que il leur volsist envoiier gens pour yaus aidier à
   tenir et deffendre contre les Haynuiers, qui leur estoient          5
   trop proçain voisin. Et bien leur besongnoit
   que il euissent avoec yaus bonne gent d'armes, car
   leur ville n'estoit fremée que de palis. Donc li dis
   baillieus de Vermendois y avoit envoiiés des bons
   chevaliers de là environ: premierement, le visdame                 10
   de Chaalons, monsigneur Jehan de Beaumont, monsigneur
   Jehan de la Bove, le signeur de Lore et pluiseurs
   aultres. Si s'estoient li dessus dit chevalier et
   leurs routes, où bien avoit trois cens armeures de
   fier, mis dedens Aubenton, et le pensoient bien à tenir            15
   contre les Haynuiers, et le remparèrent. Et fortefiièrent
   encores aucuns lieus de le ditte ville où il
   veirent et sentirent que elle estoit le plus foible; et
   estoient tout conforté et pourveu de attendre les
   Haynuiers qui ne fisent point un lonch sejour, de                  20
   puis qu'il furent assamblé à Mons en Haynau, mais
   se partirent vistement en grant arroi, si com ci dessus
   est dit, et s'aceminèrent vers Chimay et passèrent,
   par un venredi, le bois c'on dist de Tierasse,
   et esploitièrent [tant][50] qu'il vinrent à Aubenton, qui          25
   estoit une grosse ville et bonne et plainne de draperie.
   Ce venredi, li Haynuier se logièrent assés priès
   et le avisèrent et considerèrent au quel lés elle estoit
   le plus prendable. A l'endemain, il vinrent tout ordonné
   par devant pour le assallir, leurs banières                        30
   moult faiticement tout devant, et les arbalestriers
   ossi; et se partirent en trois connestablies, et se traist
   çascuns à sa banière. Dont li contes de Haynau eut
   le première bataille, avoech lui grant fuison de bons
   chevaliers et escuiers de son pays; li sires de Byaumont,           5
   ses oncles, la seconde livrée, ossi à tout grant
   fuison de bonne gent d'armes; et li sires de Faukemont
   avoech grant fuison de bonne gent de son
   pays, Alemans et Braibençons, une aultre. Et se traist
   cescuns sires desous se banière et entre ses gens,                 10
   celle part où il furent ordonné pour assallir.

  [50] Ms. de Gaignières, fo 45.--Ms. 6477, fo 69 vo (lacune).

   Si commença li assaus grans et fors durement; et
   s'emploiièrent arbalestrier et dedens et dehors au
   traire moult vigereusement, par lequel trait il en y
   eut pluiseur bleciés des assallans et des deffendans.              15
   Li contes de Haynau et se route, où moult avoit de
   appers chevaliers et escuiers, vinrent jusques as bailles
   de l'une des portes. Là eut grant assaut et forte
   escarmuce. Là estoit li visdames de Chaalons, uns
   appers chevaliers, qui y fist merveilles d'armes, et               20
   qui moult vassaument se combati et deffendi. Et fist
   là à le porte meismement trois de ses neveus chevaliers,
   qui ossi se acquittèrent moult bien en leur
   nouvelle chevalerie, et y fisent pluiseurs apertises
   d'armes. Mais il furent si fort requis et assalli dou              25
   conte de Haynau qu'il les couvint retraire en le
   porte, car il perdirent les barrières. Là eut un moult
   dur assaut, sus le pont meismement. A le porte devers
   Cimay, estoit messires Jehans de Haynau et se banière,
   qui assalloit moult fierement. Et celle porte gardoient            30
   messires Jehans de Be[a]umont et monsigneur
   Jehan de la Bove. Là eut très grant assaut et forte
   escarmuce, et couvint les François retraire dedens le
   porte, car il perdirent leurs bailles, et les conquisent
   li Haynuier et le pont ossi. Là eut dure escarmuce
   et forte et grant assaut et felenès, car cil qui estoient
   monté sus le porte jettoient baus et mairiens contreval,            5
   et pos plains de cauch, et grant fuison de pières
   et de cailliaus, dont il navroient et mehagnoient
   gens, se il n'estoient fort armet et paveschiet. Et là
   fu consievis à meschief d'une pière grosse et villainne
   uns bons escuiers de Haynau, qui se tenoit tout devant             10
   pour son corps avancier, Bauduins de Biaufort,
   et reçut un si dur horion sus sa targe, que on li esquartela
   et fendi en deus moitiés, et eut romput le
   brach dont il le portoit. Et le convint retraire, pour
   le villain horion, et porter as logeis, ensi que celi              15
   qui ne se peut de puis armer en grant temps, jusques
   à tant qu'il fu sanés et garis.


   § 96. Le samedi, au matin, fu li assaus moult
   grans et très fiers à le ville de Aubenton en Tierasse;
   et se mettoient li assalant en grant painne et en grant            20
   peril pour conquerir la ville. Ossi li chevalier, li escuier
   et cil qui dedens estoient rendoient grant entente
   et diligense à yaus deffendre, et bien le besongnoit.
   Et, saciés, se ce ne fuissent li gentil homme qui
   dedens Aubenton se tenoient et qui le gardoient, elle              25
   euist estet tantost prise et de saut, car elle estoit fort
   et dur assallie de tous costés et de grant fuison de
   bonne gent d'armes. Si y couvenoit tant plus grant
   avis et plus grant hardement pour le deffendre, et en
   fisent li chevalier de dedens, au voir dire, bien leur             30
   devoir; mais finablement elle fu conquise par force
   d'armes, et les garites qui n'estoient que de palis
   rompues et brisies. Et entra en la ville tout premierement
   messires Jehans de Haynau et se banière, en
   grant huée et en grant fouleis de gens et de chevaus.

   Et adonc se recueillièrent en le place, devant le                   5
   moustier, li visdames de Chaalons et aucun chevalier
   et escuier, et levèrent là leurs banières et leurs pennons,
   et moustrèrent de fait bien samblant et corage
   de yaus combatre, et tenir tant que par honneur il
   poroient durer. Mais li sires de Vrevins se parti et               10
   se banière, sans arroi et sans ordenance, et n'osa demorer,
   car bien sentoit monsigneur Jehan de Haynau
   si aïret sur lui qu'il ne l'euist pris à nulle raençon:
   si monta au plus tost qu'il peut sus fleur de
   coursier et prist les camps. Ces nouvelles vinrent à               15
   monsigneur Jehan de Haynau que ses grans ennemis,
   et qui tant avoit porté le damage à se terre de Chymay,
   estoit partis, et s'en aloit devers Vrevins. Adonc
   li sires de Byaumont monta sus son coursier et fist
   chevaucier se banière et vuida Aubenton, en entente                20
   de raconsievir ses ennemis. Ses gens le sievoient, cescuns
   qui mieus mieus; et li aultre demorèrent en le
   ville, li contes de Haynau et se bataille, et se combatirent
   asprement et fierement à chiaus qui s'estoient
   arresté devant le moustier. Là ot dur hustin et                    25
   fier, et tamaint homme reversé et mis par terre. Et là
   furent très bons chevaliers li visdames de Chaalons et
   si troi fil, et y fisent tamainte belle appertise d'armes.

   Endementrues que cil se combatoient, messires
   Jehans de Haynau et ses gens caçoient et encauçoient               30
   le signeur de Vrevins, au quel il avint si bien que il
   trouva les portes de se ville toutes ouvertes et entra
   ens en grant haste; et jusques à là le poursievi sus
   son coursier, l'espée en le main, messires Jehans de
   Haynau. Quant il vit qu'il li estoit escapés et rentrés
   en se forterèce, si en fu trop courciés, et retourna
   tout le grant chemin de Aubenton. Si encontrèrent                   5
   ses gens le[s] gens le signeur de Vrevins qui le sievoient
   à leur pooir. Si en occirent et misent par
   terre grant fuison, et puis retournèrent dedens Aubenton.
   Si trouvèrent leurs gens, qui jà avoient delivré
   le place de leurs ennemis. Et estoit pris li visdames              10
   et durement navrés, et mort deus de ses neveus,
   ce jour fais chevaliers, et ossi pluiseur aultre. Ne
   onques chevaliers qui là fust n'en escapa ne escuiers,
   fors cil qui se sauvèrent avoecques le signeur de Vrevins,
   qu'il ne fuissent tout mort et tout pris, et bien                  15
   deux cens hommes de le ville, et fu toute pillie et robée;
   et li grans avoirs et pourfis, qui dedens estoient, chargiés
   sus chars et sus charettes et envoiiés à Chimay.
   Avoecques tout ce, la ville d'Aubenton fu toute arse.
   Et se logièrent ce soir li Haynuier sus le rivière, et             20
   l'endemain il chevaucièrent devers Mauberfontainnes.


   § 97. Apriès le desolation et destruction de Aubenton,
   ensi que vous avés oy, s'acheminèrent li
   Haynuier et leurs routes devers Mauberfontainnes. Si
   tost qu'il y parvinrent, il le conquisent, car il n'i              25
   avoit point de deffense, et le pillièrent et robèrent,
   et puis l'ardirent et, apriès, le ville de Aubencuel et
   Segni le Grant et Segni le Petit, et tous les hamiaus
   et villages de là environ, dont il en y eut plus de
   quarante. Ensi se contrevengièrent li Haynuier des                 30
   damages que on leur avoit fais, tant en le terre de
   Chimay comme à Haspre. Mais de puis li François
   leur fisent cier comparer, si com vous orés avant en
   l'ystore. De puis ceste chevaucie faite, li contes de
   Haynau se retraist deviers le ville de Mons et donna
   congiet toutes manières de gens d'armes, et les remercia            5
   grandement et bellement cescun de son bon
   service, et fist tant que tout se partirent bien content
   de lui; si s'en rala cescuns en son lieu.

   Assés tost apriès, vint il en volenté et en pourpos
   au dit conte que d'aler esbatre en Engleterre et faire             10
   certainnes alliances au dit roi, son serourge, pour estre
   plus fors en sa guerre, car bien pensoit et disoit
   que la cose ne pooit demorer ensi, et que li rois, ses
   oncles, ne fesist aucune armée contre lui. Et pour
   estre plus fors, bon li sambloit, et à son conseil ossi,           15
   que il euist l'amour et l'alliance des Englès, des Flamens
   et des Braibençons. Si manda li dis contes
   tout son conseil à Mons en Haynau, et leur remoustra
   sen entente. Et ordonna et institua là monsigneur
   Jehan de Haynau à estre bauls et gouvrenères de                    20
   Haynau, de Hollandes et de Zelandes. Et se parti de
   puis assés tost, à privée mesnie, et vint à Dourdresch
   en Hollandes, et là monta en mer pour arriver
   en Engleterre. Or nous tairons nous à parler dou conte
   de Haynau, et parlerons des besongnes de son pays,                 25
   et des avenues qui y avinrent entrues qu'il fu hors.


   § 98. Vous avés bien oy recorder comment messires
   Jehans de Haynau demora baulz et gouvrenères
   des trois pays, par l'ordenance dou conte. Si obeirent
   en avant tout li baron et li chevalier et li                       30
   homme dou pays à lui, comme à leur signeur, jusques
   à son retour. Si se tint li dis messires Jehans de
   Haynau en le ville de Mons, et pourvei le pays et
   garni bien et souffissamment de toutes bonnes gens
   d'armes, especialment sus les frontières de France,
   et envoia quatre chevaliers en le ville de Valenchiènes,            5
   pour aidier à garder et consillier le ville et les
   bourgois. Che furent li sires d'Antoing, li sires de
   Wargni, li sires de Gommegnies et messires Henris
   de Husphalize. Et envoia le senescal de Haynau,
   monsigneur Gerart de Wercin, à tout cent lances                    10
   de bonne gent d'armes, en le ville de Maubuege; et
   mist le mareschal de Haynau, monsigneur Thieri de
   Walecourt, en le ville dou Kesnoi, et le signeur de
   Potielles en le ville de Landrecies. Apriès, il mist en
   le ville de Bouçain trois chevaliers alemans, qui tout             15
   troi se nommoient messires Conrars, et envoia à Escauduevre
   monsigneur Gerart de Sassegnies, et ossi
   en le ville de Avesnes le signeur de Faukemont, et
   ensi par toutes les forterèces de Haynau, voires sus
   les frontières dou royaume; et pria et enjoindi à                  20
   cescun de ces chapitainnes qu'il fuissent songneus,
   pour leur honneur, d'entendre à che qui leur estoit
   recargiet, et cescuns li eut en couvent. Si se tray
   cescuns sires et chapitains avoecques ses gens en se
   garnison, et entendirent dou remettre en point, garnir             25
   et pourveir che dont il estoient garde. Or revenrons
   nous au roy de France, et recorderons comment
   il envoia une grande chevaucie de gens d'armes en
   Haynau, pour ardoir et exillier le pays, et en fist le
   duch de Normendie son fil chief.


FIN DU PREMIER VOLUME.



VARIANTES.



VARIANTES.

PROLOGUE.


Page 1, ligne 1: Afin.--_Ms. d'Amiens_: Affin que li grant fait d'armes
qui par les guerres de Franche et d'Engleterre sont avenu, soient
notablement registré et mis en memore perpetuel, par quoy li bon y
puissent prendre exemple, je me voeil ensonnier dou mettre en prose.
Voirs est que messires Jehans li Biaux, jadis canonnes de Saint Lambiert
de Liège, en croniza à son temps auqune cose. Or ay je che livre et
ceste histoire augmenté par juste enqueste que j'en ay fait en
travaillant par le monde et en demandant as vaillans hommes, chevaliers
et escuyers, qui les ont aidiés à acroistre, le verité des avenues, et
ossi à aucuns rois d'armes et leurs mareschaus, tant en Franche comme en
Engleterre où j'ay travillié apriès yaux pour avoir la verité de la
matère; car par droit tels gens sont juste inquisiteur et raporteur des
besoingnes, et croy que pour leur honneur il n'en oseroient mentir. Et
sour ce je ay ce livre fait, dictet et ordonnet parmy l'ayde de Dieu
premierement et le relation des dessus dis, sans coulourer l'un plus que
l'autre, mès li bien fais dou bon, douquel costet qu'il soit, y est
plainnement ramenteus et cougneus, si comme vous trouverés en lisant. Et
pour ce que ou temps advenir on sace de verité qui ce livre mist sus, on
m'apelle sire Jehan Froissart, priestre, net de le ville de
Vallenchiennes, qui mout de paine et de travail en euch em pluiseurs
mannierres, ainchois que je l'euisse compillé ne acompli, tant que de le
labeur de ma teste et de l'exil de mon corps; mais touttes coses se font
et acomplissent par plaisance et le bonne dilligence que on y a, ensi
comme il apparra avant en cest livre. Fo 1.

_Mss. A_: Donc ainsi, pour attaindre et venir à la matière que j'ay
emprinse de commencier premierement par la grace de Dieu et de la
benoite glorieuse Vierge Marie, dont tout confort et avancement
viennent, je me vueil fonder et ordonner sur les vraies croniques jadis
faites et rassemblées par venerable homme et discret seigneur
monseigneur Jehan le Bel, chanoine de Saint Lambert du Liège qui grant
cure et toute bonne diligence mist en ceste matière et la continua tout
son vivant au plus justement qu'il pot, et moult lui cousta à acquerre
et à l'avoir. Mais quelque fraiz qu'il y eust ne fist, riens ne
plaingny, car il estoit riches et puissans, si les povoit bien porter,
et de soy mesme larges, honnourables et courtois, et qui le sien
voulentiers despendoit. Aussi il fut en son vivant moult amy et secret à
très noble et doubté seigneur monseigneur Jehan de Haynault qui bien est
ramenteus de raison en ce livre, car de pluseurs et belles avenues il en
fut chief et cause, et des roys moult prochain. Pourquoy, le dessus dit
messire Jehans le Bel pot delez lui veoir et congnoistre pluseurs
besoingnes, lesquelles sont contenues ensuivant.

Voirs est que je, qui ay emprins ce livre à ordonner, ay, par plaisance
qui à ce m'a tousjours encliné, frequenté pluseurs nobles et grans
seigneurs, tant en France comme en Angleterre, en Escoce[51] et en
autres pais, et ay eu congnoissance d'eulx. Si ay tousjours à mon povoir
justement enquis et demandé du fait des guerres et des aventures qui en
sont avenues, et par especial depuis la grosse bataille de Poitiers où
le noble roy Jehan de France fut prins, car devant j'estoie encores
jeune de sens et d'aage. Et ce non obstant si emprins je assez
hardiement, moy yssu de l'escolle, à dittier et à rimer les guerres
dessus dites et porter en Angleterre le livre tout compilé, si comme je
le fis. Et le presentay adonc à très haulte et très noble dame, dame
Phelippe de Haynault, royne d'Angleterre, qui doulcement et lieement le
receut de moy et me fist grant proffit.

  [51] _Les mss A 11 et 12 ajoutent_: en Bretaingne. Fo 1 vo.

Or puet estre que cest livre n'est mie examiné ne ordonné si justement
que telle chose le requiert. Car fais d'armes, qui si chierement sont
comparez, doivent estre donnez et loyaument departis à ceulx qui par
prouesce y traveillent. Donc, pour moy acquitter envers tous, ainsi que
drois est, j'ay emprinse ceste histoire à poursuir sur l'ordonnance et
fondation devant dite, à la prière et requeste d'un mien chier seigneur
et maistre, monseigneur Robert de Namur, seigneur [de Beaufort][52], à
qui je vueil devoir amour et obeissance, et Dieu me laist faire chose
qui lui puisse plaire! _Ms. A 1_, fo 1 vo.

  [52] _Ms. A 2_, fo 1 vo.--_Ms. A 1_ (lacune). _Les mots_:
  seigneur de Beaufort _manquent aussi dans le ms. A 3_, fo
  7.--_Ms. B 6_: Robert de Namur, seigneur de Renais en Flandres et
  de Beaufort sur Meuse. Fo 1.

P. 6, l. 22: Edowart.--_Ms. de Rome_: et de la bonne royne Phelippe de
Hainnau, sa fenme. Fo 1 vo.

P. 6, l. 22: Galles.--_Ms. d'Amiens_: li doi duchs de Lancastre,
messires Henris et messires Jehans qui eut sa fille, li comtes de
Warvich, messires Regnau[s] de Gobehen, messires Jehans Camdos, messires
Wautiers de Mauni, messires Jamez[53] d'Audelée[54] et pluiseurs autres
dont je ne puis mie de tout parler. Et ossi li royaummez de Franche ne
fu oncquez si desconfi que li Englès n'y trouvaissent grant fuison de
bonne chevalerie. Et fu li roys Phelippes de [Valois][55] ungs vaillans
homs et hardis durement, et li roys Jehans ses fils, li ducs de
Bourgoingne, messires [Charles de Blois][56], li dus de Bourbon, li
comtez d'Allenchon[57] et pluiseurs hauls barons et bacelers. Fo 1.

_Mss. A_: le duc de Lancastre, messire Gaultier de Mauny en Haynault,
messire Regnault de Gobehan, messire Jehan Chandos, messire Franque de
Halle et pluseurs autres qui se ramenteveront pour le bien et la
prouesce d'eulx dedens ce livre. Car, par toutes les batailles où ilz
ont esté, ilz ont eue renommée des mieulx faisans par terre et par mer;
et s'i sont moustrez si vaillamment que on les doit bien tenir pour
souverains preux, mais pour ce ne doivent les autres, qui avecques eulx
furent, pis valoir.

  [53] Contrairement aux habitudes de notre orthographe actuelle,
  on trouve fréquemment dans le ms. d'Amiens la consonne _z_ placée
  immédiatement après des _e_ qui ne devaient pas moins, au
  quatorzième siècle comme aujourd'hui, rester muets dans la
  prononciation. Aussi nous accentuerons par exception, dans les
  textes empruntés au ms. d'Amiens, tous les _e_ qui doivent être
  accentués, alors même qu'ils seront suivis d'un _z_.

  [54] _Le ms. de Valenciennes ajoute_: .... messire Pierre
  d'Audellée, messire Robert Canolle, messire Hue de Cavrelée. Fo
  1.

  [55] _Ms. d'Amiens_: Valeur. Fo 1. _Mauvaise leçon._

  [56] Ms. de Valenciennes, fo 1 vo.--Ms. d'Amiens, fo 1 (lacune).

  [57] _Le ms. de Valenciennes ajoute_: messire Loys d'Espaigne,
  messire Bertran de Claiequin, messire Ernoult d'Audenehem. Fo 1
  vo.

Aussi en France a esté trouvée bonne chevallerie, roide, forte et
appert, car le royaume de France ne fut oncques si desconfis que on n'y
trouvast tousjours bien à qui combatre. Et fut le noble roy de Valois,
appellé Phelippe, ung très hardy et chevallereux chevallier, et le roy
Jehan son filz, Charles roy de Behaigne, le conte d'Alençon, le conte de
Foix, messire Saintré, messire Arnoul d'Andrehen, messire Boucicault,
messire Guichart d'Angle, monseigneur de Beaugeu le père et le filz et
pluseurs autres. _Ms. A 1_, fo 2.

P. 7, l. 7: François.--_Ms. de Rome_: selonch ce que j'en fus enfourmés,
car casqune des parties dist que sa querelle est bonne, otretant bien le
deffendant comme le demandant. Fo 1 vo.

P. 7, l. 11: Froissart.--_Ms. de Rome_: Je Jehans Froissars, tresoriers
et channones de Chimay. Fo 1.



LIVRE PREMIER.


=§ 1.= P. 9, l. 5: ailleurs.--_Ms. de Rome_:.... par l'orguel d'un conte
d'Artois qui s'apelloit Robers. Fo 1 vo.

P. 9, l. 5: li biaus.--_Ms. B 6_: Pour che tamps estoit rois en France
ung roy qui s'apelloit Phelippe. Et pour che qu'il estoit beaus de corps
et de viaire et de tous autres menbres communement, on l'apelloit le
biel roy Phelippe. Fo 3.

P. 9, l. 6: Edouwart.--_Ms. d'Amiens_: Et li avoit li rois de Franche
donné sa fille par envie, si comme on disoit, pour tant que li comtes
Guis de Flandres, qui regnoit pour le temps, li avoit volut donner sa
fille sans le congiet et ordonnance dou roy de France, et il ne li
plaisoit mies que il s'aliast as Englès. Et quant chils biaux roys
Phelippes sceut que chils mariaiges se devoit faire, il manda au comte
de Flandres qu'il li envoyast veoir sa fille qui estoit sa filloeille.
Li comtes, qui nul mal n'y penssoit, li envoya tantos et sans delay.
Quant li roys Phelippes le vit, il le prist et le fist emprisounner par
tel manière c'oncques depuis ne rentra en Flandres. Pour laquelle
avenue, moult de batailles furent en Flandres et en France, et la grosse
bataille de Courtray où il eut tant de vaillans seigneurs mors et
desconfis, et ailleurs ossi. Or maria chils biaux roys Phelippes sa
fille [Ysabel][58] au roy d'Engleterre, et li dounna en mariaige toutte
la comté de Pontieu et encoires.......[59] revenus ailleurs. Fo 1 vo.

  [58] Ms. de Valenciennes, fo 2.--Ms. d'Amiens (lacune).

  [59] Les points indiquent un mot laissé en blanc dans le ms.
  d'Amiens.

P. 9, l. 13: Edouwart.--_Ms. A_: qui fut couronnez à Londres, l'an de
grace mil trois cens et vingt sis, le jour de Noel, au vivant du roy son
père et de la royne sa mère. _Ms. A 1_, fo 2.

_Ms. de Rome_: Et pour ce que ses fils nommés Edouwars n'eut point celle
grasce ne bonne aventure d'armes, car tous ne sont pas ne ne pueent
estre aourné de bonnes vertus, escei ils en haine et indignacion de son
peuple, mais on ne li remoustra pas ses folies sicrètes, avant ot il
fait moult de grans mauls et de crueuses justices des nobles de son
roiaume. Englès sueffrent bien un temps, maiz en la fin il paient si
crueusement que on s'i puet bien exempliier, ne on ne puet jeu[e]r à
eulz. Et se lieuve et couce uns sires en trop grant peril qui les
gouverne, car jà ne l'ameront ne honneront, se il n'est victorieus, et
se il n'ainme les armes et la guerre à ses voisins, et par especial à
plus fors et à plus riches que il ne soient. Et ont celle condicion, et
tiennent celle opinion et ont tous jours tenu et tenront, tant que
Engleterre sera terre habitable. Et dient generaulment, et ce ont il veu
par experiense par trop fois que, apriès un bon roi, il en ont un qui
n'est de nulle vaillance. Et le tiennent à endormi et à pesant, quant il
ne voelt ensievir les oeuvres de sen père ou de sen predicesseur, bon
roy qui a resgné en devant de li. Et est lor terre plus plainne de
riçoisses et de tous biens, quant il ont la gerre, que en temps de paix.
Et en cela sont il né et obstiné, ne nuls ne lor poroit faire entendant
le contraire.

Englès sont de mervilleuses conditions, chaut et boullant, tos esmeu en
ire, tart apaisié ne amodé en douçour; et se delittent et confortent en
batailles et en ocisions. Convoiteus et envieus sont trop grandement sus
le bien d'autrui, et ne se pueent conjoindre parfaitement ne naturelment
en l'amour ne aliance de nation estragne, et sont couvert et orguilleus.
Et par especial desous le solel n'a nul plus perilleus peuple, tant que
de hommes mestis, comme il sont en Engleterre. Et trop fort se diffèrent
en Engleterre les natures et conditions des nobles aux hommes mestis et
vilains, car li gentilhomme sont de noble et loiale condition, et li
communs peuples est de fèle, perilleuse, orguilleuse et desloiale
condition. Et là où li peuples vodroit moustrer sa felonnie et
poissance, li noble n'aueroient point de durée à euls. Or sont il et ont
esté un lonch temps moult bien d'acort ensamble, car li noble ne demande
au peuple que toute raison. Aussi on ne li soufferroit point que il
presist, sans paiier, un oef ne une poulle. Li homme de mestier et li
laboureur parmi Engleterre vivent de ce que il sèvent faire, et li
gentilhomme, de lors rentes et revenues; et si li rois les ensonnie, il
sont paiiet, non que li rois puist taillier son peuple, non, ne li
peuples ne le vodroit ne poroit souffrir. Il i a certainnes ordenances
et pactions assisses sus le staple des lainnes, et de ce est li rois
aidiés au desus de ses rentes et revenues; et quant ils fait gerre,
celle paction on li double. Engleterre est la terre dou monde le mieulz
gardée. Aultrement il ne poroient ne saueroient vivre, et couvient bien
que uns rois qui est lors sires, se ordonne apriès euls et s'encline à
moult de lors volentés; et se il fait le contraire et mauls en viengne,
mal l'en prendera ensi que il fist à ce roi Edouwart, dont je parloie
maintenant, liquels fu fils au bon roi Edouwart qui tant fu de proèce
plains que il desconfi par pluisseurs fois en bataille les Escoçois et
conquist sus euls la chité de Bervich et la frontière d'Escoce jusques
en la chité d'Abredane; et prist et tint Haindebourch et le fort
chastiel de Struvelin.

Et qant chils bons rois Edouwars fu trespassés, ses fils, nommés aussi
Edouwars, fu rois, mais il n'ensievi pas ne en riens la villance dou roi
son père. Car assés tos apriès ce que il fu couronnés, li rois d'Escoce,
qui se nouma Robers de Brus, desfia ce roi Edouwart et cevauça tantos
efforciement sur lui et reconquist toute Escoce, celle que li bons rois
Edouwars avoit conquis, et reprist la chité de Bervich et passa la
rivière de Taie, et entra ens ou pais de Norhombrelande et ardi et
essilla moult dou roiaulme d'Engleterre jusques à la rivière dou Thin;
et vinrent li dit Escoçois mettre le siège devant le chastiel de
Struvelin. Adonc s'esmurent chils rois Edouwars, fils au bon roi
Edouwart, et toute la chevalerie d'Engleterre, pour lever ce siège. Et
là les atendirent li rois Robers de Brus et ses gens, et i ot une
bataille arestée très grande. Et là furent desconfi les Englois et mis
en cace, et en i ot biau cop de mors et de pris. Et dura ceste cace des
Escoçois sus les Englez jusques oultre la rivière dou Hombre. Et se
sauva à grant painne li rois Edouwars, et ne fu onques asegurés en chité
ne en ville ne chastiel que il euist sus tout son cemin, si se trouva en
la chité de Londres. Et quant il vei et congneut la vaillance de ce roi
Robert de Brus, il fist paction et acordance à lui, et demo[rè]rent li
doi roiaulme d'Engleterre et d'Escoce en trieuves, ung grant tempore. Fo
2.

P. 9, l. 16: Robers de Brus.--_Ms. B 6_: En ce tamps regnoit ung roy en
Escoche qui s'apielloit le roy Robert de Brus. Che roy Robert avoit esté
du vivant le père de ce roy Edouart durement vexés et travilliés par
guerre et tout son royaume: sy que, quant che bon roy Edouart fu mors et
son filz, le roy Edouart vint à le couronne, qui ne fu mie de sy grant
vaillance que son père. Che roy Robert, qui entendy le foible conseil
que il creoit et le discort que il avoit entre le roy et les hauls
barons d'Engleterre, s'avisa que il se contrevengeroit des anoy et
despit que les Englez ly avoient fait. Et avoit à che donc sy nettement
perdu son roialme d'Escoche que il se tenoit entre les montaignes devers
Abredanne et n'osoit entrer en le Doulche Escoche. Sy assambla tous ses
amis, monseigneur Guillaume de Douglas, monseigneur le conte Patris, le
conte de Mouret, monseigneur Robert de Versy, monseigneur Simon Fresiel
et pluiseurs autres. Et chevauchèrent avant à grant esploit et
reconquirent villez et chasteaulx en Escoche que les Englès tenoient, et
reprirent la bonne cité de Bervich. Et reconquirent briefment tous les
casteaulx d'Escoche, Handebourch, Dubertain, Dondieu, Dombare, Dalquest,
Saint Jehanston, Donfremelin, Abredane et pluiseurs autres. Et vinrent
finablement mettre le siège devant le fort castel de Struvelin en
Escoche, et apressèrent moult cheaux de dedens.

Ces nouvelles vinrent en Engleterre que les Escochois avoient tout
reconquist leur pais, excepté le castel de Stourvelin. Dont s'esmurent
le roy et tous les barons et communaulté d'Engleterre pour venir en
Escoche. Et esploitèrent tant que il vinrent assés priès de Struvelin.
Le roy Robert de Brus et ly barons d'Escoche qui là se tenoient à siège,
si tost que il entendirent que le roy d'Engleterre et sa puissance
estoient venus pour y aulx combatre et lever le siège, il se rengièrent
et ordonnèrent tantost devant eulx et combatirent caudement le roy
d'Engleterre et les Englès, ainchois que il se peuissent logier ne
aviser plache. Et là ot grant bataille, cruelle et dure, qui dura
longement. Mais finablement les Englès furent desconfis. Et convint le
roy fuir et mesire Hue le Despensier; autrement il euissent esté pris.
Et dura ceste cache des Escochois as Englès trois jours, et furent
racachiet jusques à la rivière de Thin. Et y ot des Englès mors plus de
quarante mille, et moult de vaillans hommes. Et au retour que ly rois
d'Escoche fist, il prist le fort chastel de Struvelin, car ly Englès quy
le tenoient le rendirent, sauve leur vies. Fos 5 à 7.


=§ 2.= P. 10, l. 14: femme.--_Mss. A_: qui estoit une des plus belle[s]
dame[s] du monde. _Ms. A 1_, fo 2 vo.

P. 10, l. 15: li ainsnés.--_Mss. A_: est le gentil et le preux roy. _Ms.
A 1_, fo 2 vo.--_Ms. d'Amiens_: qui tant fu vaillans homs. Fo 1 vo.

P. 10, l. 15 et 16: Edouwars.--_Ms. B 6_: de Windesort. Fo 4 vo.

P. 10, l. 17: barons.--_Ms. de Rome_: prelas et communautés
d'Engleterre. Fo 2 vo.

P. 10, l. 22: l'acord.--_Ms. de Rome_: des hauts barons de l'un roiaulme
et de l'aultre, et pour venir à plus grande aliance d'amour. Fo 2 vo.

P. 10, l. 23: fille.--_Ms. B 6_: ot nom Marie. Fo 4 vo.--_Ms. de Rome_:
ot nom Jehane. Fo 2 vo.

P. 10, l. 24: duch.--_Ms. B 6_: duc de Gherles nomé Renault. Fo 4
vo.--_Mss. A 7 à 36_: conte Regnault de Gerlles qui de puis fu apellé
duc de Guèle. Fo 2.--_Ms. de Rome_: conte de Guerles. Fo 2 vo.--_Mss. A
1 à 6_: comte Regnault de Guerles. Fo 2 vo.

P. 10, l. 25: Renault.--_Ms. d'Amiens_: messire Ernaut et messire
Edouwart quoi tant fu bons chevaliers. Fo 1.

P. 10, l. 25: filles.--_Ms. d'Amiens_: De ses deux filles, l'une eut li
contes de Mons, et l'aultre eult depuis li comtes Jehans de Blois, comme
vous orés avant en l'istoire. Et que on l'entende, chils comtes des Mons
fu marcis[60]...... et puis par l'ordounnance l'empereeur Loeys de
Baivière, comtes de Jullers et des Mons...... fils enssuiwant par le
decoellance l'enpereur d'Allemaigne et de Romme monseigneur...... de
Jullers. Fo 1.--_Ms. de Valenciennes_: Et de ses deux filles, l'une eut
le conte de Clèves, et l'autre le conte de Jullers. Fo 2 vo.--_Ms. de
Rome_: Et des doi filles li ainnée fu femme au conte de Jullers, et li
aultre morut sans mariaige. Fo 2 vo.

  [60] Les points indiquent ici certaines lacunes d'un ou deux
  mots, des noms propres presque toujours, qui ont été marquées par
  des blancs dans les premiers folios du ms. d'Amiens.


=§ 3.= P. 10, l. 28: Li biaus.--_Mss. A 7, 18, 19, 23 à 35_: ce roi
Philippe nommé Beau de France. Fo 2 vo.--_Ms. d'Amiens_: Encoires, pour
mieux esclarchir ceste grande et noble matère, et ouvrir le declaracion
des linaiges, je me voeil ung petit ensonniier de mettre ayant dont li
roys Edouars qui [assega][61] Tournay yssi, et com prochains il fu de la
couronne de France, tant qu'il vesqui. Il descendi, de par la fumelle,
de le droite ordonnance. Fo 1.

  [61] Ms. de Valenciennes, fo 2 vo.--Ms. d'Amiens (lacune).

P. 11, l. 1: chevalier.--_Ms. d'Amiens_: de membres et de façons. Fo 1.

P. 11, l. 3 et 4: li Biaus.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 17, 20 à 22, 36 à 38_:
le Long. Fo 2 vo.--_Mss. A 7, 18, 19, 23 à 35_: li Grans dit le Lonc. Fo
2 vo.

P. 11, l. 6: l'autre.--_Ms. de Rome_: et furent tout troi mariet. Fo 3.

P. 11, l. 15: maintenir.--_Ms. de Rome_: par election et rieule naturel
et droiturier que il ont en France, et de laquelle ordenance
anciiennement on avoit veu user. Fo 3.

P. 11, l. 19: acort.--_Ms. d'Amiens_: de leur certain acord....
absoluement, en plain Palais, à Paris. Fo 1 vo.

P. 11, l. 20: fil jadis.--_Mss. A 7, 18, 19, 23 à 33_: nepveu jadis à ce
beau roi Phelippe de France. Fo 2 vo.

P. 11, l. 25: germains.--_Ms. d'Amiens et Mss. A_: Ensi ala li dis
royaummes hors de la droite lignie, che samble il à moult de gens. Fo 1
vo.

P. 11, l. 25: poins.--_Ms. d'Amiens et Mss. A_: Car [c'est][62] la vraie
fondation de ceste histoire pour raconter les grandes entreprinses et
les grans fès d'armez qui avenu en sont. Car, puis le tamps le bon roy
Carlemainne qui fu emperères d'Alemaigne et roys de Franche, n'avinrent
si grans aventurez de guerrez ou royaumme de France que ellez sont
avenues par ce fet chy. Fo 1 vo.

  [62] Ms. de Valenciennes, fo 3.--_Ms. d'Amiens_: ceste. _Mauvaise
  leçon._


=§ 4.= P. 12, l. 9: enhort.--_Mss. A 11 à 13_: d'un mauvais chevalier
que on dit monseigneur Huon. Fo 3.

P. 12, l. 11: d'enfance.--_Ms. B 6 et ms. de Rome_ et qui estoit son
cousin. Fo 5.--_Ms. de Rome_:.... et plus encores par l'enort et consel
dou fil que dou père, car li pères estoit jà tous anciiens, et li fils
se tenoit tous jours dalés le roi. Fo 3.

P. 12, l. 21: tourmens.--_Ms. de Rome_:.... car, ensi que je ai dit ichi
desus, Englès ne se pueent longement tenir ne souffrir de un
inconvenient, qant on lor fait; et se il le portent et sueffrent un
temps oultre lor volenté, si en prendent il en la fin crueuls paiement.
Fo 3.

P. 12, l. 25: murmure.--_Ms. de Rome_: et coumenchièrent à murmurer li
prelat, li baron et li homme des chités et bonnes villes d'Engleterre.
Fo 3.

P. 13, l. 7 et 8: Lancastre.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: qui estoit
oncles au roy. Fo 1 vo.


=§ 5.= P. 13, l. 23 et 24: parlement.--_Ms. de Rome_:...... que il fist
venir à Bristo, là où il se tenoit le plus souvent et moult volentiers.
Fo 3.

P. 13, l. 29: decolés.--_Ms. de Rome_:...... et se son frère le conte
Ainmon de Qent euist esté à ce parlement, il estoit ordonné dou faire
morir; mais point n'i fu, car il estoit dehetiés, si s'escusa. Fo 3.

P. 13, l. 31: pays.--_Ms. de Rome_: Mais nuls n'en osoit parler, là où
la congnissance en fust venue au roi, ne au dit messire Hue le
Espensier; car il estoient si crueuls en lor fais que nuls, tant hauls
ne nobles que il fust, n'estoit espargniés; et voloient resgner en celle
ordonnance que nuls ne parlast sur lor estat. Fo 3.

P. 14, l. 2: roy.--_Ms. B 6_: quy fu preudons et vaillans hons. Fo 9.

P. 14, l. 8: fust.--_Ms. de Rome_: Et pour tant que le conte Ainmon de
Qent en parla et en blama le roi son frère, presens auquns nobles
d'Engleterre, pour ces paroles et pour aultres avoecques, tout le mal et
discort que messires Hues li Espensiers pooit mettre entre le roi et son
frère et la roine, il l'i mist. Et bien le savoient la roine et li
contes de Qent, et s'en vinrent demorer en la conté de Qent, et en un
biau chastiau dou dit conte que on nonme Lèdes. Et là se tinrent un
tempore, car li rois d'Engleterre ne faisoit compte de sa fenme ne de
ses enfans. Et couvenoit la roine vivre de son demainne, car les roines
d'Engleterre ont grans drois et biaus hiretages de lors doaires en
Engleterre. Chils rois ne faisoit compte de veoir la roine. Si estoit
elle très belle dame et feminine et doucement enlangagie. Dit fu à ce
conte de Qent et à la roine Issabiel d'Engleterre, qui se tenoient en ce
chastiel de Lèdes, que li rois les feroit prendre, decoler ou noiier son
frère, et la roine enmurer. Fo 3 vo.

P. 14, l. 21: d'Engleterre.--_Ms. de Rome_: et venroit en Pontieu, car
la conté de Pontieu li devoit estre deue, et li avoit esté donnée en
mariage avoecques le roi d'Engleterre. Fo 3 vo.

P. 14, l. 22: Charlon.--_Ms. d'Amiens_: qui encoires vivoit. Fo 2.

P. 14, l. 32: pelerinage.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: à Saint Thummas en
Cantorbie. Fo 2.

P. 15, l. 4 et 5: Douvres.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: à Winnecesée[63],
et là de nuit elle entra en une nef appareillie pour elle et son fil et
le conte Aynmon de Kent et messire Rogier de Mortemer, et en une autre
nef mirent leurs pourveances. Et eurent vent à souhet, et furent
l'endemain devant[64] prime ou havene de Bouloingne. Fo 2.

  [63] _Mss. A 1 à 10, 15 à 19, 23 à 33_: Vuinncesée. Fo 3.--_Mss.
  A 1 à 6, 11 à 13, 20 à 22_: Windesore. Fo 3 vo.--_Mss. A 34 et
  35_: Vinchettes. Fo 3 vo.

  [64] _Mss. A 1 à 6_: à prime. Fo 3 vo.


=§ 6.= P. 15, l. 10: abbes.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: li cappitainne de
la ville et li bourgois et ossi li abbes. Fo 2.

P. 15, l. 12: cinq.--_Ms. d'Amiens et mss. A 1 à 14, 18 à 35_: deux. Fo
2.--_Mss. A 15 à 17_: trois. Fo 3 vo.

P. 15, l. 13: sizime.--_Ms. d'Amiens et mss. A 1 à 14, 18 à 35_:
tiers.--_Mss. A 15 à 17_: quatrime. Fo 3 vo.

P. 15, l. 25 et 26: Paris.--_M. de Rome_: et ou bois de Viçainnes où,
pour ce temps, li rois de France se tenoit. Fo 3.

P. 15, l. 28: palais.--_Le ms. d'Amiens et les mss. A omettent_:.... li
contes de Dammartin,.... li sires de Montmorensi, _et ajoutent_:
monseigneur de Sully et le seigneur de Roye. Fo 2.

P. 17, l. 6: vies.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Si ne l'ay je pas desservi
ne ne vouroie faire nullement, car oncques enviers li je ne pensay ne ne
fis cose qui fuist à reprendre. Et quant j'euch oy ces dures nouvellez
et si perilleusez pour moy et sans raison, je m'avisay pour le mieux que
je partiroie d'Engleterre et vous venroie veoir et remoustrer fyablement
comme à mon seigneur et biaufrère l'aventure et le peril où j'ay esté,
ossi li comtez de Cain que la veés, qui est frèrez du roy mon marit, qui
est en otel parti de haynne comme je sui, et tout par l'esmouvement et
faux enort de ce Huon le Espenssier. Si m'en sui chy afuie comme femme
esgarée et desconseillie deviers vous pour avoir consseil et confort de
ces besoingnes; car, se Dieux premierement et vous n'y remediiés, je ne
me sçay vers qui traire. Fo 2 vo.


=§ 7.= P. 17, l. 12: doucement.--_Ms. de Rome_: Li rois Carles de France
requelli assés doucement sa serour et son jone fil Edouwart et le vei
moult volentiers et le conte de Qent et messire Rogier de Mortemer et
ordonna tantos de lor estat, qant il ot entendu recorder sa serour et le
conte de Qent la vie, l'affaire et l'ordenance dou roi d'Engleterre et
de ce Hue le Espensier; mais il ne dist pas: «Belle serour, pour l'amour
de vous, et pour ce que je voi que il se mesuse, je li manderai
notorement que il se mète à raison et eslonge de li son mauvais consel
et vous tiengne en paix et en estat, ensi que uns rois doit tenir sa
fenme, ou je li ferai guerre;» nennil, mais li dist: «Ma belle serour,
je vous pourverai courtoisement de vostre estat pour vous et pour vostre
fil; et entrues s'avisera vostres maris, ou li amour et la compagnie de
li et de ce Hue le Espensier se desrompera.» Il couvint la roine
d'Engleterre prendre en bon gré ce que ses frères li rois de France li
offroit, et l'en remercia, et aussi fist li contes de Qent. Et se
tinrent à Paris que là environ trois ans tous complis, et estoient
souvent avec le roi Carle. Et les veoit li rois volentiers et prendoit à
la fois grant plaisance ou jone Edouwart, car il estoit biaus fils et
rians; et s'esbatoit li rois, qui estoit son oncle, en ses jonèces. Fo 3
vo.

P. 17, l. 16: besongnes.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Depuis ne demoura
guairez que, sus cel afaire que vous avés oy, Carlez li roys de Franche
assambla pluiseurs grans seigneurs et barons dou royaumme de France pour
avoir conseil et bon avis comment il ordonneroit de le besoingne la
roynne sa soer à qui il avoit proummis confort et ayde, et tenir li
volloit. Dont fut ainssi conseilliet au roy et pour le mieus que il
laissast ma damme sa sereur acquerre et pourchachier amis et confortans
ou royaumme et se faindist de ceste emprise; car de esmouvoir guerre au
roy d'Engleterre et de mettre son pays en haynne, ce n'estoit pas cose
qui fuist appertenant, mais couvertement et secretement l'aidast et
confortast dou sien tant que d'or et d'argent, car c'est li metaux par
quoy on aquiert l'amour dez gentilz hommes et des povres bacelers. A ce
conseil et advis s'acorda li roys et le fist dire ainssi tout quoiement
à le roynne d'Engleterre sa sereur par monseigneur Robert d'Artois qui
lors estoit li ungs des plus grans de Franche. Sur ce, la bonne damme,
toutte resjoie et confortée, persevera et se pourvey d'acquerre amys
parmi le royaumme de Franche. Les aucuns prioit; lez autrez proumettoit
ou donnoit, et tant que il y eult moult de grans seigneurs, de jouenes
chevaliers et escuyers qui tous li acordèrent confort et alianche, pour
li remener en Engleterre et de force[65]. Fo 2 vo.

  [65] _Les mots_: et de force _manquent dans les mss. A 1 à 6, 11
  à 13 non abrégés_. _Les mss. A 11 à 13 ajoutent_: maulgré tous
  ses ennemis, pour l'onneur du roy leur seigneur. Fo 4.

P. 17, l. 24 et 25: estoient.--_Ms. de Rome_: Pour ce temps que la roine
d'Engleterre et ses fils et li contes de Qent estoient en France, avoit
deus jones filles en France, des quelles li rois Carles estoit onclez,
car elles avoient esté filles à ses deus frères, li roy Loïs que on
nouma le roi Hustin, et li autre, fille au roi Phelippe le Grant, qui en
sa jonèce avoit esté nonmé contes de Nevers. Ces deus filles, li une fu
depuis duçoise d'Orliiens, et li aultre, Margerite, contesse de Flandres
et d'Artois. Et fu adonc parolé ens ou consel dou roi de France, et
assez s'i acordoit li rois, que ses biaus neveus Edouwars d'Engleterre
euist l'une de ses nièces par mariage et que li roiaulmes de France,
apriès li, lor retournast, car il venoient de la droite lignie.

Ces nouvelles s'espandirent tant que elles furent sceues en Engleterre.
Qant messires Hues li Espensiers en fu enfourmés, si se doubta
grandement que la poissance dou roi de France ne le fesist
tresbuchier jus de ses estas, car bien imaginoit au fort [que]
ses sires li rois d'Engleterre n'oseroit courouchier le roi de France,
et encores oultre, se ceste aliance se faisoit, que li jones Edouwars
d'Engleterre fust mariés en France et presist sa cousine germainne, il
ne poroit longement estre ne demorer que, dou costé de France, il
n'euist à faire, avoecques tout ce encores que il sentoit bien que moult
estoit haïs en Engleterre par les crueuses justices et sanz raison, que
il avoit consenti et consilliet à faire, dont tous les jours il estoit
en peril et en aventure des linages de ceuls qui mort estoient. Si se
avisa que à tout ce il pourveroit trop grandement, ensi qu'il fist. Ils
qui bien savoit que, se chils mariages se faisoit, ce seroit par
dispensation don pape, tantos et incontinent il fist le roi d'Engleterre
escrire au pape Jehan, qui, pour ce temps, resgnoit et demoroit en
Avignon.

Chils papes Jehans estoit gascons et de la nation de Bourdiaus, et tous
li linages de ce pape demoroient desous le roi d'Engleterre, et aussi de
condition et en toutes ses oeuvres, il estoit englois, et ne vosist
pour riens courouchier le roi d'Engleterre. Ces lettres escriptes et
seelées, messires Hues li Espensiers, qui avoit escript ensi comme il
voloit, espoir n'en savoit riens li rois, prist tantos deus chevaliers
de son linage et lez envoia en Avignon deviers ce pape Jehan. Qant li
papes vei les lettres dou roy d'Engleterre, ils les rechut et les
chevaliers en grant chiereté, et les ouvri et lissi tout au lonc, et
tint ces escriptures en secré. Et en avint que, pour ce jone Edouwart
d'Engleterre marier à la jone dame, qui fille avoit esté dou roi Loïs de
France et de Navare, et on en volt avoir la dispensation, chils papes
qui tous enfourmés estoit, et qui complaire voloit au roi d'Engleterre
et à messire Hue le Espensier, respondi à ceuls qui envoiiet i furent de
par le roi de France, que jà ne dispenseroit ce mariage, car il estoient
trop proçain.

Ensi fu chils mariages brissiés et rompus, et aussi pluisseur hault
baron de France n'en fissent point grant compte, car jà murmuroient ils
que de ce mariage poroient venir trop grant mauls et que, apriès la mort
dou roi Carle, qui consentoit à mettre sus et avant ces trettiés, li
hiretages de la couronne de France ne devoit ne pooit en riens
descendre, ne venir à ces filles, ne as enfans de la roine d'Engleterre,
par les previlèges et estatus anciiens de France; et en estoient
hiretier li fil au conte de Valois, Phelippes et Carles, jà fuissent ils
de plus lontain degré, mais li contes de Valois lors pères avoit esté
frèrez au biau roi Phelippe, roi de France. Fo 4.

P. 18, l. 6: merveilles.--_Ms. de Rome_: Grandes murmurations et
escandales commenchièrent à monter en Engleterre à l'encontre dou roi et
de ce Hue le Espensier, tant des nobles comme des prelas et marceans, et
disoient ensi l'un à l'autre, qant il se trouvoient: «Nostres rois se
mesuse trop mallement par l'enort et consel de ce Hue le Espensier. A
quoi es çou bon que il ont mis hors d'Engleterre, la roine qui est
serour dou roi de France et une vaillans dame, sage, humble et devote,
et son jone fil, nostre hiretier, et aussi le conte de Qent, un vaillant
homme et de bonne conscience, et ne sot se tenir en ce païs, pour tant
que il a parlé à son frère le roi et à messire Hue le Espensier et leur
a blamet leurs folies? Telles coses ne font pas à souffrir ne à
consentir, et poroient lors œvres porter trop grant prejudisce à ce
roiaulme, et seroit bon que on i pourveist.»

Li Londriien, qui ont tousjours esté, sont et seront, tant que il
seront, li plus poissant de toute Engleterre, considerèrent ces affaires
que les coses aloient en Engleterre trop mallement, et que justice n'i
avoit point de lieu ne de audiense, ne li marceant n'osoient aler ne
ceminer ne ne pooient, fors en grant peril et aventure de perdre lors
corps et lors biens, parmi le roiaulme d'Engleterre. Si en parlèrent
entre euls et dissent que il i couvenoit obviier, et que de la vie et
gouvernance dou roi et de son consel, c'estoit une pure perte. Et
sentirent que moult de nobles d'Engleterre s'enclineroient assés tos à
ce que on i pourveist. Et couroit secrée renommée que li rois, par ses
mesusances et folies, n'estoit point dignes de tenir terre, et que à
tort et à pechiet il avoit eslongiet en sus de li sa fenme la roine
d'Engleterre et son fil et son frère le conte de Qent, et se tenoit en
la marce de Bristo en wiseusses et en deduis, et ne faisoit compte
comment li roiaulmes fust menés ne gouvernés, mais que il euist ses
plaisances et or et argent assés, et tout donnoit à ce Hue le Espensier
et à ses complisces.

Si regardèrent que on i pourveroit, et eurent un certain consel secret
en samble li auqun noble d'Engleterre et prelas, qui ne pooient plus
souffrir ce que il veoient, et li Londriien, que il remanderoient la
roine Issabiel lor dame et son fil et le conte de Qent, et fesissent
tant que il euissent jusques à trois cens armeures de fier; mais que il
fuissent arrivé en Engleterre, il trouveroient confort et aide assés des
nobles d'Engleterre et des Londriiens. Et certefioient les lettres que
tout ce que il venroit en Engleterre de gens d'armes, il seroient tout
paiiet, et en faisoient li Londriien lor fait. En ce consel, furent les
lettres escriptes et seelées, et chil esleu, qui feroient le message, et
couvenoit bien que tout ce fust tenu en secré; il le fu. Et vinrent
chil, qui envoiiet i furent, à Paris, et trouvèrent la roine et son fil
et le conte de Qent. Si leur baillièrent à part les lettres; il les
lisièrent. Si en furent tout resjoï, quant il veirent que la plus saine
partie dou pais et li Londriien les mandoient, mais le plus fort pour
euls estoit à trouver gens d'armes. Et ne s'osa, de ces lettres ne des
mandemens, la roine d'Engleterre descouvrir à son frère le roi de
France, ne à baron qui fust en France. Et ce li consellièrent li contes
de Qent et messires Rogiers de Mortemer. Fo 4 vo.

P. 19, l. 7: sceuist.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Lors se doubta que de
force li rois de France ne le renvoiast en Engleterre; et s'avisa que,
par dons, il atrairoit si le roy de France et son conseil qu'il
n'aroient nulle volenté de la dame aidier, ne lui porter contraire. Donc
envoya, par messaiges secrès et afaitiés de ce faire, grant plentet d'or
et d'argent et jeuiaux rices et especiaux deviers le roy et son plus
privet conseil. Et fist tant, en brief termine, que li roys et tous ses
conssaulx furent ossi froit d'aidier la dame comme il avoient estet en
grant desir. Et brisa li roys tout ce voiaige et deffendy, sus à perdre
le royaumme, qu'il ne fuist nuls qui avoecques la roynne d'Engleterre se
meist à voie, pour elle aidier à remettre en Engleterre à main armée.
Dont li pluiseur chevalier et bachelier du dit royaumme en furent moult
courouchiet, et s'esmervillièrent entre yaus pourquoi si soudainement li
rois avoit fait ceste deffensce. Et en murmurèrent li aucun et disent
bien que ors et argens i estoit efforcheement acourus d'Engleterre[66].
Fo 3.

  [66] _Les mss. A 11 à 13 ajoutent_: et que François sont trop
  convoiteux. Fo 4 vo.

P. 19, l. 8: messages.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Encoires vous diray
je, se j'ay loisir, de quoy chilx messires Hues li Espenssiers s'avisa.
Quant il vit qu'il n'avoit garde dou roy de Franche ne de ce costé, pour
embellir et florir se mauvaitié et ratraire la roynne en Engleterre, et
remettre en son dangier et dou roy son marit, il fist le roy
d'Engleterre escripre au Saint Père en supliant assés affectueusement
que il volsist escripre et mander au roy Charle de Franche que il lui
volsist renvoiier sa femme, car il s'en voloit acquiter à Dieu et au
monde, et que ce n'estoit mie sa couppe que elle estoit partie de lui,
car il ne li voulloit que toutte amour et bonne loyaulté, telle que on
doit tenir en mariaige. Avoecq ces lettrez que li dis messires Hues fist
le roy d'Engleterre escripre au pape et as cardinaus en lui escusant,
comme vous avés oy, et encorrez par pluiseurs soubtieves voies qui cy ne
puevent mie estre touttes descriptez, il envoya grant or et grant argent
à pluiseurs cardinaux et prelas les plus secrès et prochains du pape, et
aussi les [messagiers sages[67] et advisez] et bien ydonne et taillié de
faire ce messaige. Et mena tellement le pape, par ses dons et par ses
fallasses, qu'il contournèrent dou tout la roynne Ysabiel d'Engleterre
et condempnèrent en son tort, et misent le roy d'Engleterre et son
conseil à son droit. Et escripsi li papes par le conseil d'aucuns
cardinaulx, qui de l'acord le dessus dit Espenssier estoient, au roy
Carlon de Franche que, sour painne et sentensce d'escumeniement, il
renvoyast sa serour la roynne Ysabiel en Engleterre devers le roy son
marit. Ces lettrez veues et apportées devers le roy de Franche[68] et
par si especial messagier que par l'evesque de Saintes en Poitau que li
pappez y envoiioit en legacion, li roys fu durement esmeus sur sa
sereur, et dist qu'il nel volloit plus soustenir à l'encontre de
l'Eglise. Et fist dire à sa seur, car jà de grant temps ne parloit il
plus à elle, que elle widast tost et hastivement son royaumme, ou il
l'en feroit widier à honte[69]. Fo 3.

  [67] Ms. A 1, fo 5 vo.--Ms. d'Amiens (lacune).

  [68] _Le ms. de Valenciennes ajoute_: qui jà estoit desvoiez par
  les dons qui d'Engleterre estoient venus, si se meut durement à
  parler à la roynne. Et luy dist plainement: «Je ne veul plus
  soustenir vous ne vostre fait en mon pays, mais partez vous
  hastivement. Se widiés mon royalme ou je vous ferai widier.» Fo 6
  vo.

  [69] _Les mss. A 20 à 22 ajoutent_: et dommaige d'elle et des
  siens. Fo 17.


=§ 8.= P. 20, l. 12: nouvelles.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Si (la royne)
ne seut que dire ne quel advis prendre, car jà l'eslongoient chil de
Franche par le commandement dou roy, et n'avoit à nullui conseil ne
retour, fors seulement à son chier cousin monseigneur Robert d'Artois.
Mèz chilx secretement le consseilloit et confortoit che qu'il pooit, non
à veue, car il ne l'osast fère pour le roy qui deffensce y avoit mis et
en quel haynne et malivolensce la roynne estoit esceue, dont moult li
anoioit, et savoit bien que par mal et par envie elle estoit ainssi
decachie. Si estoit chils messires Robiers d'Artois si bien dou roy
qu'il volloit; mès il ne l'en osoit parler, car il avoit oy dire le roy
et jurer que chilx qui l'em paroit, quelx qui fust, il lui torroit sa
terre et son royaumme. Si entendi il secretement que li roys estoit en
vollenté de faire prendre sa soer, son fil, le comte de Cam et messire
Rogier de Mortemer, et de remettre eus ès mains dou roy d'Engleterre et
dou dit Espenssier. Et ensi le vint il dire de nuit à le roynne
d'Engleterre, et le avisa dou peril où elle estoit. Dont fu la damme
moult esbahie et requist, tout en plorant, conseil à monseigneur Robert
d'Artois quel cose elle poroit faire ne ù traire à garant et à conseil:
«En non Dieu, damme, dist messires Robiers, li royaumme de Franche vous
loe je bien à widier et retraire deviers l'Empire. Là a il pluiseurs
grans seigneurs qui bien aidier vous poroient, et par especial li comtes
Guillaummes de Haynnau et messirez Jehans de Haynnau ses frèrez. Chil
doy sont grant seigneur, preudomme et loyaul, cremu et redoubté de leurs
ennemis, amés de leurs amis et pourveu de grant sens et de parfaite
honneur. Et croy bien que en yaux vous trouverés toutte adrèce de bon
conseil, car autrement il ne le saroient ne voroient faire.» Fo 3.

P. 20, l. 28: apriès lui.--_Ms. de Rome_: La dame se ordonna apriès le
consel de son serourge le conte de Qent, et prist congiet à son frère le
roi de France. Li rois li donna assés legierement, mais il voloit que
ses neveus Edouwars demorast avoecques lui, mais la dame l'escusa et
dist que, sans son fil, point elle n'oseroit retourner en Engleterre. Li
rois n'en parla plus avant, et li fist delivrer par ses chevaliers
d'ostel deus mille florins, pour paiier ses menus frès sus son cemin. Et
pour lorz estoit servis li rois d'un chevalier de Cambresis, qui se
nonmoit li sires d'Esne. Li chevaliers s'offri à cevauchier avoecques la
roine et en demanda congiet au roi, et li rois li acorda..... Et les
conduisoit li sires d'Esne et aconduisi et amena en Cambresis, et furent
un jour et une nuit en son chastiel, et de là vinrent à Buignicourt. Fo
5.

P. 20, l. 31: chastiel.--_Ms. d'Amiens et mss. A 1 à 7, 9, 15 à 35_: en
l'ostel d'un petit chevalier. Fo 3.--_Mss. A 11 à 13_: en la maison d'un
vaillant chevalier. Fo 5 vo.--_Ms. de Rome_: Pour ces jours i avoit ung
chevalier et une dame de trop grant gouvernement. Fo 5.

P. 20, l. 31: Buignicourt.--_Mss. A 7, 18, 19, 23 à 33_: Aubrechicourt.
Fo 5.--_Mss. A 36 à 38_: Chambresicourt. Fo 3.--_Mss. A 34 et 35_:
Ambixecourt. Fo 6.

P. 21, l. 9: Buignicourt.--_Mss. A_: Aubrecicourt. _Ms. A_ 1, fo 6.

P. 21, l. 9: chevalier.--_Ms. de Rome_: Et vint li sires d'Esne, sitos
que la roine fu descendue à Buignicourt où elle fu dou chevalier et de
la dame très joieusement requelloite, en la ville de Valenchiennes, car
il n'i a pas de là longe voie à cevauchier: pour ces jours s'i tenoient
li contes et la contesse et messires Jehans de Hainnau, sires de
Biaumont, lors frères; et vint deviers euls en la Salle de
Valenchiennes, et lor recorda ces nouvelles desquelles il furent tout
resjoi. Adonc dist li contes à son frère: «Jehan, cevauciés jusques à
Buignicourt, et nous amenés nostre cousine la roine d'Engleterre: nous
le volons festoiier en nostre pais.» Li sires de Biaumont respondi:
«Volentiers.»

Tantos chevaus furent ensellé, et montèrent messires Jehans de Hainnau
et sa route, car il estoit bien acompagniés, et issirent de
Valenchiennes. Derechief li contes de Hainnau, qui fu uns moult
honnourablez sires, et qui voloit requellier honnourablement la roine
d'Engleterre et estre acompagniez de barons et chevaliers de son pais,
mist messagiers en oevre et manda le signeur d'Antoing, le senescal de
Hainnau, le signeur de Ligne, le signeur de Bailluel, le signeur de
Barbançon, le signeur de Haverech, le signeur de Gonmegnies, le signeur
de Vertain et moult d'autres, que tantoz et sans delai, il venissent à
Valenchiennes. Il vinrent tout en bon arroi, et le plus vestis des draps
de la livrée que li contes donnoit; et aussi dames et damoiselles
vinrent dalés la contesse.

Messires Jehans de Hainnau cevauça et vint à Denaing oultre
Valenchiennes, et là s'aresta. Et renvoia le signeur d'Esne à
Buignicourt, et estoit moult tart, et li dist: «Je serai, à quelle heure
que ce soit, encores à nuit dalés madame la roine. Dites li ensi.» Et
fist tout ce pour mains cargier l'ostel, car il sentoit le chevalier et
la dame de tout oultre bonne volenté. Li sires d'Esne vint à
Buignicourt, et compta à la roine tout ce que il avoit veu et trouvé,
dont la dame fut moult contente, et se reconforta mieuls que devant.
Messires Jehans de Hainnau soupa à Denaing entre les damoiselles de
l'abeie, gentils fenmes qui là estoient. Et tantos apriès souper, il
prist Phelippe de Chastiaus, le plus proçain esquier que il euist; et
montèrent as chevaus et deus pages, et cevaucièrent tous les plains et
tantos furent à Buignicourt; et missent piet à terre, et entrèrent ens
ou chastiel, car on les atendoit.

Messires Jehans de Hainnau se traist en une cambre où la roine
d'Engleterre estoit, li contes de Qent, messires Rogiers de Mortemer et
toutes les gens d'onnour, qui issu estoient d'Engleterre avoecques la
ditte roine, laquelle estoit toute droite, et messires Jehans de Hainnau
s'enclina moult bas contre lui. La dame le prist par la main, et le leva
et l'enmena arrière; et qant la roine parloit au chevalier, il
s'enclinoit tout bas, car des honnours de ce monde, messires Jehans de
Hainnau estoit tous fais et nouris. Là furent les aquintances douces et
courtoisses; là remoustra la ditte dame au chevalier moult doucement
toutes ses mesestances. Fo 5.


=§ 9.= P. 22, l. 11: doucement.--_Ms. de Rome_: Et qant la roine vint à
la parole de dire comment li Londriien, par le consentement de
pluisseurs prelas et barons d'Engleterre, le mandoient que elle
retournast en Engleterre, et que elle fesist tant que elle euist trois
cens ou quatre cens armeures de fier, car li langages dou prononchier
pour le temps de lors estoit tels, et les amenast ou pais, et li
Londriien les delivreroient de tous poins et se meteroient en lor
compagnie: «car par ma foi, messire Jehan et biau cousin, je n'ai de
quoi faire ce paiement: je n'ai finance fors que pour mes menus frès;»
il respondi promptement et dist: «Madame, vechi vostre chevalier qui n'a
pour le present que faire, ne à quoi entendre. Si voel estre en vostre
service, et n'entenderai jamais à autre cose, si vous aurai remis en
Engleterre. Monsigneur mon frère et moi, avons finance assés, chevaliers
et esquiers qui desirent les armes, et qui ne sont pour le present de
riens cargiet ne ensonniiet: si ne vous fault point doubter que, par
faute de mise et de chevalerie, vostres voiages soit requlés, car à
l'aide de Dieu et de saint George, nous l'acheverons.»

A ceste parole, plora moult tendrement la dame de joie et de pité, et
l'en remerchia de bon coer. Et puis li dist messires Jehans de Hainnau:
«Madame, monsigneur mon frère et madame ma soer la comtesse de Hainnau
vous prient par moi que vous les venés veoir et lors enfans.» La roine
respondi et dist que, de ce faire elle estoit toute preste et tenue dou
faire, et que pour euls veoir principaument, elle estoit avalée et venue
de France jusques à là. Ensi se portèrent les premières acquointances
entre la roine d'Engleterre et messire Jehan de Hainnau; et fu là
environ deus heures, et parlèrent de pluisseurs coses assés, et prissent
vins et espisces par deus fois.

Tout ce fait, messires Jehans de Hainnau prist congiet à la roine et à
son fil et au conte de Qent et à tous et à toutes, et issi hors dou
chastiel, et monta à ceval et son esquier et leur page. Li sires d'Esne,
li sires d'Aubrecicourt et trois dez enfans de Mauni qui là estoient,
Gilles, Jehans et Tieris, le reconvoiièrent. Watiers et Willaumes de
Mauni demorèrent dalés la roine. Et s'en revinrent messires Jehans et
li aultre à Denaing, et là demorèrent la nuit; mais chil qui acompagniet
avoient le signeur de Biaumont, retournèrent à Buignicourt dalés la
roine d'Engleterre. Fo 5 vo.

P. 23, l. 11: remuneret.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Je devenroie vostre
serve, et mes fils vostres sers à tous jours, et mettriens tout le
royaume d'Engleterre à vostre abandon, et à bon droit. Fo 3.

P. 23, l. 13: Byaumont.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: qui estoit en le
fleur de son eage. Fo 3.


=§ 10.= P. 23, l. 24: se parti.--_Ms. de Rome_: Qant messires Jehans de
Hainnau eut dormi et reposé tout à son aise en l'abeie de Denaing, il se
leva et apparilla, et puis monta à cheval, et prist congiet à dames et à
damoiselles qui pour ces jours i estoient. Et s'en vint à Valenchiennes,
et descendi à la Sale dou Conte, et trouva jà des barons et des
chevaliers de Hainnau qui estoient venut. Il se traist deviers son frère
qui devoit aler à table; se li recorda, avant que il s'aseist, tout ensi
comme il avoit fait, et l'estat et l'ordenance de la roine et des
paroles et requestes que elle avoit misses avant, et aussi de celles que
il avoit respondu. De tout se contenta li contes et dist que il avoit
moult bien fait, et li savoit très bon gré de ce que il s'estoit offers
et mis ens ou service de la roine d'Engleterre et de son fil, et que
point il ne li faudroit, fust de gens, fust de finance: «En nom Dieu,
biau frère, respondi li sires de Biaumont, sus la fiance de vous ai je
parlé si hardiement; et aussi certainnement je ai eu si grant pité de la
bonne dame et ai encores, que je ne li poroie fallir pour mettre toute
ma cavance.» Adonc lavèrent li signeur et se asissent à table.

Apriès disner, ordonné fu que messires Jehans de Hainnau, li sires
d'Enghien, li sires d'Antoing, li sires de Ligne et li sires de Havrech
chevauceroient ce soir et iroient à Bouchain souper, et à l'endemain il
iroient querir la roine d'Engleterre à Buignicourt et son fil et le
conte de Qent et toute lor compagnie, et les amenroient disner à
Bouçain; et puis apriès disner, il s'en departiroient, et venroient par
Haspre et tout le grant chemin de Cambrai, et enteroient à
Valenchiennes, par la porte c'on dist Cambrissienne, et les amenroient à
la Sale; et là les recheveroient li contes, la contesse, signeurs, dames
et damoisellez qui lor venroient à l'encontre. Celle ordenance sambla
bonne, et, se li hostels dou Conte estoit bien pourveus, encores fu ils
renforciés; et furent envoiies, à chars et à chevaus, grandes
pourveances à Bouchain. Et là vinrent messires Jehans de Hainnau et li
signeur desus nommé ce soir souper et jessir. Qant ce vint à l'endemain,
tout montèrent qant il orent oy messe, et puis cevauchièrent moult
ordonneement tout cel pais et plain d'Ostrevant, et vinrent au chastel
de Buignicourt. Et jà estoit la roine d'Engleterre segnefiie de lor
venue et toute ordonnée pour partir, car bien savoit que on le venoit
querre de par le conte de Hainnau; et li avoit madame Jehane de Valois,
contesse de Hainnau, envoiiet son char ordonné et apparilliet ensi que
pour lui. Chil baron de Hainnau vinrent à la roine d'Engleterre, et
l'onnou[rè]rent grandement, ensi que bien le sceurent faire, et elle
euls.

Adonc prist la roine congiet à la dame de Buignicourt et à tous ses
enfans, dont elle avoit assés, fils et filles, et li dist et proumist
que, pour la bonne chière que elle avoit trouvé en li et en son mari,
elle se sentoit grandement tenue à euls, et que si enfant, ou temps à
venir, en vaudroient mieuls. La bonne dame de Buignicourt et
d'Aubrecicourt, comme sage et discrète, se humelia et remerchia de tout.
Adonc entra la roine ou char la contesse de Hainnau, et mist son fil
Edouward en coste li et une dame d'Engleterre qui l'avoit acompagniet,
que on nonmoit la dame de Briane, et avoient li rois et li Espensiers
fait decoler son mari; et puis se departirent de Buignicourt et
cevauchièrent tout souef à belle compagnie, tous jours messire Jehan de
Hainnau dalés la roine au char, et vinrent à Bouchain et là disnèrent.
Apriès disner, tout s'en departirent et se missent au cemin et passèrent
Haspre, qant tous et toutes orent beu un cop, et prissent le cemin de
Valenchiennes.

Ensi que la roine et chil signeur desus nonmé descendoient ens ès
praieries de Fontenielles, jà estoient venu chevaliers et esquiers, qui
bouté s'estoient et armé pour la jouste, ens ès bois de Fontenielles, et
aultres officiiers de par le conte, qui presentèrent à la roine et à son
fil et au conte de Qent et à messire Rogier de Mortemer, chevaus et
palefrois si bien aournés de tout ce que à euls apertenoit, que riens
n'i avoit espargniet, laquelle cose la roine d'Engleterre vei moult
volentiers. Aussi fist ses fils et toutes lors gens, et les avoit on là
amenés et envoiiés pour la roine et la dame de Briane et les damoiselles
monter sus et renouveler de monteure, mais la ditte roine ne la dame,
qui ens ou char estoient, n'en issirent point, si furent venu en la Sale
à Valenchiennes; mais li jones Edouwars monta sus un palefroi tout
preparé et ordonné pour lui. Toute la compagnie montèrent sus les camps,
en aprochant le bos de Fontenelles. Et dou bois issirent chevaliers et
esquiers armés pour la jouste, et là joustèrent moult radement devant la
roine et les signeurs. Et tout en venant et en chevauçant vers
Valenchiennes, chevalier et esquier joustoient sans euls espargnier,
tels que li sires de Gonmegnies, li sires de Vertain, li sires de
Mastain, li sires de Biellain, li sires de Hordain, li sires de
Potelles, li sires de Vendegies, li Borgnes de Robertsart, Gilles de
Mauni, dis Grignars, Gilles de Soumain et Ostes ses frères, et plus de
quarante chevaliers et esquiers. Et tout ce veoit la reine d'Engleterre
moult volentiers, et aussi faisoit ses fils. Et durèrent ces joustes
jusques à moult priès de Valenciennes.

Si issirent hors de la ville grant fuisson de bourgois de Valenchiennes,
bien montés et aournés et en bonne ordonnance[70], et vinrent contre la
roine et son fil et les signeurs. Et fu ensi la roine d'Engleterre
amenée honourablement jusque en la Salle de Valenchiennes, et issi au
piet des grès hors dou char. Et encontrèrent à l'entrée de la Salle
amont le conte de Hainnau, tout à nu chief, la contesse sa femme et lors
enfans, Margerite, Jehanne, Phelippe, Isabiel et lor frère Guillaume,
qui tout estoient jone; si honnourèrent la roine, et elle, euls. Et la
conjoirent et la requellièrent moult doucement li contes et la contesse,
ensi comme il apertenoit et que bien le sceurent faire. Et vous di que
toute la Salle fu adonc laissie pour la roine d'Engleterre logier et ses
gens; et li contes et la contesse estoient logiet en l'ostel de
Hollandes, et lors enfans, à Malaunoit, et aussi avoient il là par jour
lor retret.

  [70] _Ms. d'Amiens et mss._ A: Et contre lui widièrent moult de
  bourgois de le ville, bien paret et ordonnet, pour lui
  honorablement recepvoir. Fo 3 vo.

La roine d'Engleterre veoit que li contes de Hainnau et la contesse li
faisoient tant d'onnour que plus ne l'en pooient faire; si en looit Dieu
et regratioit grandement en soi meismes, car elle esperoit bien que par
euls et les Hainnuiers, elle seroit confortée et adrechiée, eusi que
elle fu si grandement, comme vous orés recorder avant en l'histoire. Et
fu la ditte roine et ses fils et li contes de Qent grandement tenu au
conte de Hainnau et à messire Jehan de Hainnau, son frère, et as
Hainnuiers, car elle ne trouvoit en France, ne aultre part, nul confort,
ne qui se vosist ensonniier de ses besongnes, qant li gentils chevaliers
messires Jehans de Hainnau emprist le faix et le carge. Dont pluisseurs
gens, en Hainnau meismement, l'en tenoient à fol et à mal consilliet,
qant à tout une poignie de gens, il se mist en l'aventure d'aler en
Engleterre à rencontre dou roi, dou signeur Espensier et de ceuls de lor
sieste. Au voir dire, se li Londriien n'euissent esté, et auquns nobles
dou pais qui furent dou confort et aliance la roine, jamais piés n'en
fust retournés. Fo 6.

P. 24, l. 5: faire.--_Ms. d'Amiens et mss._ A: Adonc, avoit li comtes
Guillaumme quatre fillez, Margherite, Phelippe, Jehanne et Ysabiel. De
quoy li jones Edouwars, qui fu puis roys d'Engleterre, s'adonnoit le
plus et s'enclinoit de regart et d'amour sus Phelippe que sus lez
autrez. Et ossi la jonne fille le connoissoit[71] plus, et lui tenoit
plus grant compaignie que nule de sez sereurs. Ainsi l'ay je oy depuis
recorder la bonne damme qui fu roynne d'Engleterre, et dallés qui je
demouray et servi; mès ce fu trop tart pour my. Si me fist elle tant de
biens que j'en sui tenus de priier à tous jours mès[72]. Fos 3 vo et 4.

  [71] _Mss. A 7, 18, 19, 29 à 33_: conjoissoit. Fo 5 vo.

  [72] _Mss. A 1 à 9, 15 à 22_: pour elle. Fo 7.--_Mss. A 11
  à 13_: pour l'ame d'elle. Fo 6.--_Mss. A_ 34, 35: pour elle et
  pour ses amis, tant comme je vivray. Fo 7.

P. 24, l. 10: trois sepmainnes.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: huit jours.
Fo 4.

P. 24, l. 14 et 15: Hasbaing.--_Ms. A_ 7: Bashaingne. Fo 5 vo.--_Mss. A
18, 19, 23 à 35_: Behaigne. Fo 7.

P. 24, l. 15: prioit.--_Ms. de Rome_: En ces sejours, joies et
esbatemens où li contes Guillaumes de Hainnau tint et rechut la roine
d'Engleterre en la ville de Valenchiennes, fu ordonné de messire Jehan
de Hainnau comment il feroit, ne quel carge de gens d'armes il aueroit.
Pluisseur jone chevalier et esquier de Hainnau s'offroient à messire
Jehan et li disoient: «Sire, menés nous avoecques vous, nous vous volons
servir sus ce voiage à nostres costages.» Li gentils chevaliers
respondoit et disoit: «Grant merchis, biau signeur, j'en aurai avis. Je
ne vous refuse pas; mais le carge que je aurai, monsigneur mon frère le
me fera.» Ensi s'escusoit li chevaliers. Fo 7.

§ =11.= P. 25, l. =11=: Ensi.--_Ms. et Amiens et mss. A_: Enssi estoit
meus et encoragiés messires Jehans de Haynnau, et faisoit se semonse et
se priière des Haynuyers à estre à Hal, et les Braibenchons à estre à
Bredas, et les Hasbegnons au Mont Sainte-Getrud, et les Hollandois, dont
il eut aucuns, à estre à Dourdrecq. Lors prist congiet la roynne
d'Engleterre au comte de Haynnau et à la contesse, et les remerchia
grandement et doucement de l'honneur, de le feste et de le bonne chierre
et belle recoeilloite qu'il li avoient fet, et le baisa au partir et la
contesse et leurs biaux enfans. Ainssi se parti la damme et ses filz et
toutte leur routte, acompaigniet de monsigneur Jehan de Haynnau, qui à
grant dur et moult envis avoit eut congiet de monseigneur son frère,
quoy qu'il se fuist de premiers acordés et asentis ad ce voiaige; mès
finablement il li dounna de bonne vollenté. Et li dist ensi messires
Jehans par trop biau langaige: «Monseigneur, je sui jones et encorrez à
faire. Si croy que Dieux m'ait pourveu de ceste emprise pour mon
avanchement; et, se Dieux me vaille, li couraige m'en siet trop bien que
nous en venronz à nostre deseure; car je quide et croy de verité que par
peciet, à tort et par envie, on a ceste bonne roynne decachie et son fil
hors d'Engleterre. Si est aumousne et gloire à Dieu et au monde
d'adrecer et reconforter les desconfortéz et desconfortées, et
especialment si noble et haute damme comme cesti est, qui fu fille de
roy et est descendue de royal lignie, et sommes de son sancq et elle dou
nostre. Je aroie plus cher à renuncher à tout che que j'ay vaillant, et
aler servir Dieu oultre mer, sans jammais retourner en ce pays, que la
bonne damme fust partie de nous sans comfort et ayde. Si me layés aller
et donnés congiet de bonne volenté; si ferés bien et vous en saray gré,
et s'en esploiteront mieux mes besoingnes.»

Quant li bons comtez de Haynnau eut oy son frère et perchut le grant
desir qu'il a de faire ce voiaige, qui à très haulte honneur li puelt
retourner et à ses hoirs à tous jours mès, et congnoist bien qu'il dist
verité, si en eult grant joie et li dist: «Biau frère, ne plaise jà à
Dieu que vostre bon pourpos je vous brise ne oste, et je vous donne
congiet ou nom de Dieu.» Lors le baisa et li estraindi le main en signe
de grant amour. Ensi se parti messires Jehans de Haynnau, et s'en vint
ce jour jesir à Mons en Haynnau, et ossi la roynne d'Engleterre. Que
vous eslongeroie la matère? Il lisent tant par leurs journées qu'il
vinrent à Dourdrech en Hollandez où li especiaux mandemens estoit fès.
Fo. 4.

_Ms. de Rome_: Li jours fu assignés le dix septième jour du mois de
septembre à estre à Dourdresc. Et tout se ordonnèrent et apparillièrent,
chil qui aler i devoient. Et vinrent devant le jour li pluisseurs en la
ville de Dourdresc, et là atendirent tout l'un l'autre. Là estoient gens
d'office de par messire Jehan de Hainnau, qui faisoient les pourveances
de mer et apparilloient barges et balenghiers, pour passer oultre en
Engleterre. Toutes ces coses furent sceues deviers le roi d'Engleterre
et le signeur Espensier et lors complisces, comment la roine
d'Engleterre et ses fils et li contes de Qent estoient descendu de
France en Hainnau et avoient tant fait deviers le conte et son frère que
messires Jehans de Hainnau, à poissance de gens d'armes, les devoit
ramener et remettre en Engleterre, maugré tous lors nuissans. Adonc i
pourveirent il pour obviier à l'encontre de euls, et fissent garder
pors, havenes et passages à grant fuisson de gens d'armes et d'archiers.
Et lor estoit estroitement commandé que tout ce que il veroient, qui
prendre terre vodroient en Engleterre, fuissent mort, sans nului prendre
à merchi.

Qant messires Jehans de Hainnau senti que toutes les pourveances
estoient faites, et ses gens desquels ils se voloit aidier, venu à
Dourdresc, et plus encores que il n'en euist pris et retenus, il dist à
la roine d'Engleterre: «Dame, il est temps que nous nos metons à voiage,
car ceuls que je pense amener avoecques nous en Engleterre, sont tout
prest et nous attendent au passage.» La dame respondi: «Dieus i ait
part!» Adonc prist elle congiet au conte de Hainnau et à la contesse, et
les remerchia moult doucement de la bonne et honnourable requelloite que
fait li avoient. Là fu pris li congiés, et baissa la roine à son
departir tous les enfans, l'un apriès l'aultre, de Hainnau, et aussi
fist son fil Edouwars. Phelippe de Hainnau, qui puis fu roine
d'Engleterre, commença trop fort à plorer, qant li jones Edouwars prist
congiet. On li demanda pourquoi elle ploroit: «Pour ce, dist elle, que
mon biau cousin Edouwars d'Engleterre se depart de moi, et je l'avoie jà
apris.» Dont commenchièrent li chevalier qui là estoient, à rire, et
depuis li fu ramenteu, qant li mariages fu tretiés de lui et de
l'anfant d'Engleterre. Et elle en respondi adonc sagement et dist que
son coer s'i traioit trop grandement, et pensoit bien que elle seroit
encorez sa fenme.

Ensi se departi la roine d'Engleterre du conte de Hainnau et de la
contesse. Et estoient, pour ce jour que li congiés fu pris, à Mons en
Hainnau, et vinrent jessir à Binch, et à l'endemain à Nivelle, et à
l'endemain à Villevort. Et esqievèrent Brousselles et passèrent à
destre, et fissent tant que il vinrent à Mont Sainte-Gertrut et de là à
Dourdresc. Et n'i sejournèrent que demi jour que il entrèrent ens ès
vassiaus, car il gissoient ou havene à l'ancre et estoient tous prês. Et
qant li ceval furent tout guidé ceuls que mener on en voloit, et la mer
fu revenue, tout par ordenance entrèrent ens ès vassiaus. Et estoit
marescaus de le ost messires Jehan de Hainnau et messires Fasterés dou
Rues. Qant tout furent entré, il desancrèrent et puis traissent les
voilles amont; si esquipèrent et se departirent, et avoient vent et
marée pour euls. Pour ce temps, estoit messires Jehans de Hainnau en la
droite flour de sa jonèce, et de si grant volenté que nuls chevaliers
pooit estre. Et pour ce entreprist il le dit voiage si liement, et ne
resongnoit painne ne peril qui li peuist avenir. Aussi il n'i pensoit
point, et estoit et fu tout dis ens ou vassiel la roine d'Engleterre et
de son fil. Fo 7.

P. 26, l. 10: d'Antoing.--_Le ms. d'Amiens omet_: Robers de Bailluel,
_et il ajoute_: li sires de Havrech castelain de Mons, messires Robiers
de Biaufor. Fo 4.--_Le ms. d'Amiens et les mss. A omettent_: Fastres dou
Rues,.... Sanses de Biauriu, li sires de Wargni, _et ils ajoutent_: li
sirez de Villers, li sirez de Henin, li sirez de Sars, li sirez de
Bousiez[73], li sirez de Vertaing[74],.... li sirez d'Estrumel[75],
messires [Waflars][76] de Gistellez. Fo 4.--_Le ms. de Rome ajoute_:....
messire Gerart de Vendegies,.... le signeur d'Espinoit, le Borgne de
Robertsart, messire Gille Grignart de Mauni, Willaume dou Casteler, Oste
et Gille de Soumain et pluisseurs aultres. Et estoit li sires de
Fagnuelles compains à banière à messire Jehan de Hainnau, et marescaus
de l'oost messires Fasterés dou Rues. Fo 7.

  [73] _Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: Bousiers. Fo 7 vo.--_Mss. A 11
  à 13_: Boursiers. Fo 7.

  [74] _Le ms. de Valenciennes ajoute_: messire Feris de Hordaing,
  le sire de Hertaing. Fo 9 vo.

  [75] _Ms. A_ 2: d'Estrumelin. Fo 8.

  [76] Ms. de Valenciennes, fo 9.--_Ms. d'Amiens_: Souffars. Fo 4.

P. 26, l. 13: Ligne.--_Mss. A 15 à 17_: Ligny. Fo 7 vo.

P. 26, l. 13: Boussoit.--_Mss. A 11 à 13, 34, 35_: Bouffort. Fo 7.

P. 26, l. 14: Semeries.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 17, 20 à 22_: Sameries. Fo 7
vo.--Ms. A 23: Smeriz. Fo 8 vo.

P. 26, l. 16: li sires de Montegni.--_Ms. d'Amiens_: li Estandars de
Montegni. Fo 4.--_Ms. de Rome_: le signeur de Montegni en Ostrevant. Fo
7.

P. 26, l. 17: d'Aubrecicourt.--_Mss. A 2, 20 à 22_: d'Ambrecicourt. Fo
8.--_Ms. A 18_: d'Aubregicourt. Fo 8.

P. 26, l. 19 _et_ 20: Hesbegnons.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 13, 15 à 35_:
Behaignons. Fo 7.

P. 26, l. 21: par mer.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Quant il furent parti
dou havene de Dourdrec, moult estoit la navie belle seloncq la quantité
et bien ordonnée, et li tamps biaux et souefs, et li airs assez moistes
et atemprés; et mirent à l'ancre ceste première marée devant les dicques
de Hollande sus le departement de le terre. L'endemain, il se
desancrèrent et sachièrent les singles amont, et se missent au chemin en
costiant Zellandes. Fo 4.

P. 26, l. 24: tourmens.--_Ms. de Rome_: (Il) orent ce premier jour et le
second assés bon vent, et avoient jetté lor avis signeurs et maronniers
que par la grasce de Dieu il iroient prendre terre au port à Orvelle, en
la marce de Exsesses. Or lor revint un fors vens contraires qui les
rebouta moult arrière de ce port, et ce fu tout à lor pourfit et droite
grasce que Dieus lor fist; car se il fuissent arivé à Orvelle, il
euissent trouvé plus de vint mille hommes, qui là les atendoient,
archiers et aultres, et pour euls tous ocire et destruire. Ensi estoit
il commandé et ordonné dou roi et dou signeur Espensier et dou conte
d'Arondiel qui estoit de lor aliance. Et estoient les pors et les
havenes d'Engleterre si bien gardés à l'encontre de Flandres et de
Hollandes que on n'i pooit venir ne entrer, fors par la bataille. Chils
vens contraires lor dura deus jours, et costiièrent Frisse; et ne
savoient bonnement à dire li maronnier où il estoient.

Au tierch jour, vens lor revint à droit souhet, et qui les mena et bouta
droit contre Engleterre, et tant que li maronnier en orent la
congnissance. Si demandèrent à la roine et as signeurs quel cose il
voloient faire, et se il prenderoient terre à l'aventure en Engleterre,
car il disoient que il estoient trop en sus de Orvelle et de Clocestre
et des pors et des havenes de celle bende. Il dissent: «Oil» et
presissent terre où que fust, au plus tost que il peuissent, car prendre
lor couvenoit pour euls rafresqir et lors chevaus. Et vous di que tout
chil maronnier estoient de Hollandes et de Zellandes, et ne connissoient
pas bien tout le pais et encores ce que la mer les avoit tourmentés.

Adonc singlèrent ils à l'adrèce, ensi que li vens les menoit et que
Dieus proprement les conduisoit et voloit que ils euissent ce cemin et
non aultre, et s'adrecièrent contre Engleterre, que il veoient devant
euls. Et s'en vinrent ferir lors nefs tout de une flote sus le sabelon
en terre descongneue, où il n'avoit ne havene ne port; mais le sabelon
estoit assés ferme et bon pour ancrer et sans peril. Et si veoient assés
plain pais et ouni devant euls, fors tant que il i avoit grant fuisson
de genestres et de petis buissons, ensi comme en lieu où nuls ne nulle
ne demeure ne ne converse. Toutesfois il prissent la terre, et furent
trop resjoi qant il se veirent à ferme terre et hors des dangiers de la
mer, et missent lors chevaus petit à petit hors des vassiaus et toutes
lors pourveances, et traissent tout hors en sus de la mer, et là où elle
ne pooit monter ne venir. Et trouvèrent un rieu d'aige moult clère, qui
venoit d'amont de fontevis; et ce fist grant bien à euls et à lors
chevaus, car il en furent rafresqui.

Et ne savoient li contes de Qent, messires Rogiers de Mortemer, ne nuls
Englois qui là fuissent, où il estoient arivet, fors tant que il
disoient que il estoient en Engleterre. Toutesfois il se logièrent entre
ces broussis, car il faisoit biel, chaut et cler, ensi comme il fait ou
mois d'aoust. Si portoient l'un par l'autre lor painne et travel, assés
liement et legierement, et ne savoient à dire se il estoient en pooir
d'amis ou d'ennemis. Et orent, en trois jours que il furent là, tamainte
imagination pour sçavoir se il renteroient en lors vassiaus, et
costieroient Engleterre par mer, tant que ils trouveroient havene ou
port. Toutesfois tout consideré, li plus des signeurs ne s'acordoient
point de rentrer en mer pour la cause de lorz chevaus, mais se voloient
mettre au cemin parmi Engleterre, à l'aventure. Chils consauls fu
arestés et tenus, et furent les nefs recargies de tout ce que il veoient
que point mener il n'en pooient. Et fu dit as maronniers: «Retournés ent
arrière en Hollandes, et se on vous demande de nous, si dittes ce que
vous en savés, et riens oultre, car il n'i a nul en nostre compagnie
qui sace à dire où nous sonmes, fors en Engleterre; et achevirons che
pourquoi nous i sonmes venu, ou nous i demorrons tout.» Li maronnier
respondirent: «Dieux i ait part, mais encores serons nous ichi à l'ancre
jusques à demain, que vous dittes que vous vos deslogerés.» Et li
signeur respondirent: «Vous dittes bien.»

Quant ce vint au quatrime jour, et que euls et lors cevaus furent tout
rafresqi et en grant volenté de ceminer avant pour trouver quelsque
aventures, il se departirent et se recommandèrent en la garde de Dieu,
et ceminèrent parmi ces broussis. Et les couvint aler tout le pas, car
le plus de lors chevaus estoient cargiés de lors armeurez et de
pourveances. Qant li maronnier les veirent eslongiés et que la mer fu
revenue, il se departirent de là, tout de une flote, et traissent les
voilles amont et entrèrent dedens la mer, et retournèrent arrière sans
peril et vinrent en Hollandes. Et qant on lor demanda que la roine
d'Engleterre et messires Jehan de Hainnau et li chevalier et lors gens
estoient devenu, il en respondirent tout ensi et ou parti où il les
avoient laissiet en Engleterre. Et qant li contes de Hainnau entendi ces
premières nouvelles, si ot pluisseurs dures imaginations, et fu en grant
esmai de son frère et de toute la compagnie.

Tant ceminèrent à destre et à senestre la roine d'Engleterre et ses fils
et messires Jehans de Hainnau et toute la route que il trouvèrent un
petit hamelet, où il n'avoit que sis maissons. Et un petit oultre, il
veirent un hault moustier, dont furent il tout resjoi, et dissent: «Nous
orons et auerons, se il plaist à Dieu, proçainnement bonnes nouvelles.»
Adonc s'arestèrent ils tous sus les camps. Et envoia li contes de Qent,
un varlet à cheval au village, pour savoir comment li moustiers, que il
veoient, se nonmoit. Li varlés englois cevauça jusques à là, et raporta
as signeurs que chils hauls moustiers estoit une abbeie, que on nonme
Saint Ainmon, et [de] noirs monnes. Adonc se departirent euls de là, et
s'adrechièrent viers l'abeie.

Qant il furent là venu, et il entrèrent dedens le porte, li monne
chantoient vespres, mais il orent si grant paour que il lassièrent tout
en mi plain, et s'en alèrent reponre, dont chà, dont là; et proprement
li abbes s'ala bouter dedens un celier et là enclore. Et quidoient bien
chil monne que ce fuissent Escoçois ou Danois, de ces gens d'armes, qui
là fuissent venu par mer, pour euls rober. Et ne savoient li signeur à
qui parler; toutesfois tant alèrent et vinrent que il trouvèrent un
convers, qui issoit hors d'un gardin et venoit en la court. Qant il vei
ces gens d'armes, il s'en volt fuir, mais il ne pot. On le prist, mais
on l'aseura; et li fu demandé où l'abbé et li monne estoient. Il
respondi que il ne savoit, et que il les quidoit ou moustier. Dont li fu
dit que il les alast querre et asegurer, car il ne lor voloient que tout
bien.

Li convers, suz ceste asegurance, fist tant que il trouva les monnes; si
les asegura de par les signeurs, et les fist venir avant. Qant il furent
venu, li signeur parlèrent doucement à euls. Et se nonmèrent li contes
de Qent et messires Rogiers de Mortemer, et leur dissent: «Alés querre
vostre abbé, et li dittes que il ne soit en nulle doubte, et que la
roine d'Engleterre et ses fils le demandent.» Sus ces paroles, il
quissent tant l'abet que il le trouvèrent; se li comptèrent cez paroles.
Qant il entendi ce, si fu tous resjois; et se traist tantos avant, et
s'en vint deviers la roine et son fil. Et s'umelia et s'escusa de ce que
ils et si monne estoient ensi demuchié et repus, car il quidièrent bien,
tel fois fu, à estre tout pris et perdu d'Escoçois ou de Danois ou
d'aultres robeours qui venissent rober l'abbeie. On les tint bien pour
esqusés et à bonne cause.

Adonc furent il logiet là dedens, selonch l'ordenance de la maiso[n],
assez aise. Et eurent li signeur cambres, et trouvèrent grant fuisson de
grains et de fourages pour lors chevaus, qui leur fist grant bien. Et
bien en avoient li cheval mestier, car il avoient esté travilliet de la
mer, et aussi couchiet trois nuis sus les bruièrez; si prissent en grant
gré cel aise et che repos. Et aussi fissent la roine d'Engleterre et li
signeur et lors gens, et se rafresqirent dedens l'abeie de Saint Ainmon
de tous poins, et i furent trois jours. Et lor amenistra li abbes
varlès, pour aler là où il les envoiièrent. Premierement il
segnefiièrent lor venue au conte Henri de Lancastre au Tors Col, qui
frères avoit esté au conte Thomas de Lancastre, qui fu decolés, ensi que
vous avés oy; secondement, au maire et à la ville de Londres, au conte
de Warvich, au baron de Stanfort, au signeur de Briane, au signeur de
Manne, au signeur de Persi et à tous les barons, sus laquelle seureté il
estoient venu en Engleterre. Fos 7 vo et 8.

P. 26, l. 29: davantage.--_Ms. B 6_: car messire Hues le Despensier, qui
savoit tout le couvin et le conduite de la damme, et comment à gens
d'armes elle volloit venir ou pais, avoit prouveu sur le pasaige plus
de dix mille hommes, qui tous estoient aparliet de mettre à l'espée le
royne d'Engleterre, son filz et tous les autres, sans nulluy prendre à
merchy. Fo 12.


=§ 12.= P. 27, l. 29: premiers.--_Ms. de Rome_: Li contes Henris de
Lancastre au Tors Col fu tous li premiers qui vint à grant fuisson de
gens d'armes et d'archiers. Puis vinrent de Northombrelande li sires de
Persi, li sires de Noefville, li sires de Montbrai et li sires de Lussi.
Puis vint li sires de Stanfort; et ensi chevaliers et esquiers et
archiers venoient de tous lés. Sitos que les nouvelles furent sceues sus
le pais que la roine d'Engleterre et ses fils estoient arivet et venu à
belle compagnie de gens d'armes, li Londriien furent trop grandement
resjoi de la venue de la roine, et ordonnèrent tantos à aler à
l'encontre de li. Et se departirent de Londres en bon arroi deus mille
hommes d'armes et quatre mille archierz, et li maires meismes en fu
menères et conduisières. Tout ne peurent pas venir à l'abeie de Saint
Ainmon, avant que la roine s'en departesist; mais sitos que li contes
Henris de Lancastre fu venus, qui grandement honnoura messire Jehan de
Hainnau et les Hannuiers, dou grant et biau service que il faisoient à
la roine d'Engleterre et à son fil et au pais, il eurent avis et consel
que il s'en iroient tout droit vierz Bristo, là où li rois d'Engleterre,
et chils Hues li Espensiers et ses pères et li contes d'Arondiel se
tenoient. Si se missent au cemin, et tous les jours venoient gens de
tous costés ens ou service de la roine, et tant que il se trouvèrent
bien, qant li Londriien furent venu, quatre mille hommes d'armes et vint
mille archiers.

Cez nouvelles furent sceues à Bristo, qui est une bonne ville et forte,
et bon port de mer. Et là se rentre la rivière de la Saverne, qui depart
le roiaulme de Gallez et Engleterre, en la mer. Et est la ville de
Bristo forte et bien fremée. Et encores est li chastiaus plus fors, qui
sciet sus la mer, car il est environnés de la Saverne et de la mer. Qant
li rois et li sires Espensiers entendirent que la roine et ses fils
venoient là à poissance de gens d'armes, et estoit li contes Henris de
Lancastre en la compagnie, et li maires de Londres et li Londriien en
lor compagnie, si furent tout esbahi et trop esmervilliet par où il
estoient entré ne arivé en Engleterre, qant les pors et les havenes
estoient partout si bien gardé. Il lor fu dit et compté toute la
manière, ensi que il lor en estoit avenu. Adonc demanda li rois consel
au comte d'Arondiel, liquels avoit la fille au signeur Espensier, et au
signeur Espensier le père et le fil, comment il se poroit tenir de ceste
avenue et resister à l'encontre de euls, car fuirs ne eslongiers ne lor
estoit pourfitable, ne honnourable. On li dist: «Sire, envoiiés messages
à tous lés et faites un commandement que toutes gens viennent et sans
delai, et sus la painne que de perdre corps et avoir, et especiaument
mandés en Galles: li Galois ne vous faudront point. Nous nos tenrons
bien en ceste ville, car elle est forte assés, tant que seqours vous
sera venus de tous costés. Et les gens d'armes et les archiers que vous
avés establis sus les pors et sus les havenes, il ne puet estre que il
ne soient ores enfourmé de ces nouvelles; et creons bien que il viennent
efforciemment et que proçainnement il seront chi, ou il combateront la
roine et ses gens sus son cemin.» Li rois tint ce consel, autre ne pooit
avoir, et envoiia ses messages et ses varlès partout là où il pensoit à
avoir gens et par especial en Galles, car ce li estoit la terre la plus
proçainne.

Vous devés sçavoir que chil qui furent escript et mandé dou roi, qant il
entendirent que la roine venoit à poissance de gens d'armes et
d'archiers, et estoient li Londriien en sa compagnie, ne se hastoient
point de venir, mais se dissimuloient, car il veoient bien que les
besongnes se porteroient mal pour le roi et ses complisses. Messires
Henris de Biaumont, un grant baron d'Engleterre, et messires Thomas
Wage, son oncle, qui venoient servir la roine d'Engleterre, trouvèrent
d'aventure sus les camps des varlès dou roi, liquel estoient parti de
Bristo et aloient au commandement dou roi semondre chevaliers et
esquiers et euls dire que tantos et sans delai il venissent à Bristo
deviers le roi, et commandoit que à ce besoing nuls ne le fausist, sus
la painne de estre pugnis de corps et d'avoir. Furent requis que il
alaissent celle part, il respondirent et demandèrent: «Et de qui se
doubte li rois?» et ignorèrent que il n'en savoient riens. Chil varlet
et messagier dou roi leur dissent que nouvelles estoient venues au roi
et à messire Hue l'Espensier et au conte d'Arondiel, que la roine, ses
fils et li contes de Qent avoit pris terre en Engleterre; et estoient en
sa compagnie grant fuisson de gens d'armes que li contes de Hainnau lor
avoit delivrés. Chil doi chevalier fissent l'esmervilliet et dissent:
«Alés, alés, nous alons celle part.» Il disoient verité, mais c'estoit
en confortant la roine. En ce meisme jour, il trouvèrent la roine et
toute sa route. Si recordèrent ces nouvelles; on n'en fist nul compte,
car li seigneur savoient bien que il ne seroient grevé ne rencontré de
nului. Et sitos que chil doi chevalier furent venu, messires Thomas Wage
fu ordonnés à estre marescaus de toute l'oost; et chevaucièrent tant, en
traversant le pais, que il aprocièrent Bristo. Et par toutes les villes
là où il venoient et entroient, on lor faisoit feste et honnour; et tout
dis leur venoient gens, à destre et à senestre, de tous costés. Et tant
fissent par lors journées que il vinrent devant la ville de Bristo, qui
est forte assés; si le assegièrent à droit siège fait. Fos 8 vo et 9.

P. 28, l. 3: au duch.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: Henri. Fo 4 vo.

P. 28, l. 22: quatre vins et dis.--_Ms. de Valenciennes_: quatre vingt
et douze. Fo 10 vo.


=§ 13.= P. 29, l. 7: tenoient.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: volentiers. Fo
4 vo.--_Ms. de Valenciennes_: Quant le roy et messire Hue le fil virent
leur ville ainsi assise, si se mirent ou chastel. Fo 10 vo.

P. 29, l. 12: acord.--_Ms. de Rome_: car là où li Londriien s'accordent
et aloient, nuls n'ose resister. Il pueent plus que tous li demorans
d'Engleterre; ne nuls ne les ose au fort courechier, car il sont trop
poissant de mise et de gens. Fo 9.

P. 29, l. 16: royne.--_Ms. de Rome_: et messire Jehan de Hainnau, car
riens ne se faisoit ne passoit, fors par le dit signeur de Biaumont. On
ne voloit point ceuls de Bristo prendre à nulle merchi, mais leur
proumetoit on que seroient tout mort, se on ne lor rendoit le conte
d'Arondiel et messire Hue l'Espensier le père. Fo 9.

P. 29, l. 18: d'Arondiel.--_Ms. d'Amiens_: lesquels elle hayoit
souverainement[77]. Fo 4 vo.

  [77] _Ms. de Valenciennes_: amerement. Fo 10 vo.

P. 30, l. 1: Jehans.--_Mss. d'Amiens et de Valenciennes_: Jehans de
Eltem. Fo 4 vo.


=§ 14.= P. 30, l. 24 et 25: l'autre.--_Ms. de Rome_: Il furent tout doi
mis en la garde de messire Thomas Wage qui bien ensongna dou garder,
puisque reconmandé il li estoient, tant que la reine aueroit consel quel
cause en seroit bonne à faire. Et regardèrent là li signeur ensamble que
on renvoieroit lez Londriiens, et que il estoient au desus de lors
besongnes, car otretant bien aueroit on le roi et messire Hue le
Espensier le jone que on avoit eu les aultres. Si fu appellez li maires
de Londres et remerciiés de la roine et de son fil, de ce que fait
avoit, et que bien s'en pooient partir, qant il voloient, et retraire
viers Londres. A tout ce s'accordèrent li Londriien, et se ordonnèrent
de departir et de retourner en lor lieu. Le secont jour, apriès ce
que il se furent departi, on ot consel en l'oost de la roine que on
deliveroit par jugement le conte d'Arondiel et messire Hue le Espensier
le viel. Si furent amené en place devant les barons d'Engleterre, liquel
furent ordonné pour euls juger. Fo 9 vo.

P. 31, l. 1: sieute.--_Ms. de Valenciennes_: par acort de tous et par
jugement. Fo 11.

P. 31, l. 4: clers.--_Ms. A 2_: herites. Fo 9.

P. 31, l. 13: et six.--_Ms. de Rome_: un vendredi. Fo 9 vo.

P. 31, l. 14: en octembre.--_Ms. d'Amiens_: le onzième jour de octembre.
Fo 5.--_Ms. de Valenciennes_: le neuvième jour de novembre. Fo 11.


=§ 15.= P. 31, l. 20: yaus deus.--_Ms. d'Amiens_: et yaux dixime
seullement. Fo 5.--_Ms. de Rome_: et n'estoient que euls sept dedens
celle barge. Fo 9 vo.

P. 31, l. 21: aler.--_Ms. de Rome_: à l'aventure, là où la marée et li
vens les menroient, fust en Galles ou en Irlande. Fo 9 vo.

P. 31, l. 23: sauvé.--_Ms. de Rome_: sans che que cil de l'oost en
seuissent riens. Et tout che il pooient bien faire, car au derrière dou
chastiel la mer bat assés priès; et là a un courant qui entre dedens le
chastiel, et de ce courant [on va] en la mer. Fo 9 vo.

P. 31, l. 25: onze.--_Ms. de Valenciennes_: neuf. Fo 11 vo.--_Ms. B 6_:
quatre. Fo 16.

P. 31, l. 27: si lonch.--_Ms. de Rome_: plus hault de deus lieues en
mer. Fo 9 vo.

P. 32, l. 2: royne.--_Ms. d'Amiens_: De premiers il cuidoient que ce
fuissent pescheur, mais quant il lez virent tant variier sur mer et qui
bien ewissent pris terre ou havene de Bristo s'il volsissent, mais il
mettoient painne à yaux de fuir et eslongier et si ne pooient, si
souppechonnèrent li pluiseur que ce estoit li roys ou messires Hues li
Espenssiers. Adonc, par le consseil de monseigneur Jehan de Haynnau,
aucun maronnier et compaignon de Hollandes se misent en batiaux et en
bargettes qu'il trouvèrent là, et nagièrent apriès yaux tant qu'il
peurent. Fo 5.

_Ms. de Rome_: ... Et s'en conmenchièrent à esmervillier et à parler
l'un à l'autre, et à dire li auqun par imagination: «Nouz veons
mervelles; nous avons veu celle barge, passet à? sept jours, estriver
contre le vent, et se voelt bouter en la mer et se ne puet. Il fault que
ce soit cose à soupeçon, car chil qui sont dedens, ne voellent point
venir à Bristo, mais l'esqievent et fuient ce que il pueent.» Messires
Henris de Biaumont, qui estoit uns jones chevaliers et de grant volenté,
s'asaia et dist que il iroit veoir que c'estoit. Et entra dedens une
barge grosse assés, et environ trente archiers en sa compagnie; et se
fist à force de rimes mener jusques à la barge dou roi. Qant il furent
là venu, il l'arestèrent et veirent que li rois estoit dedens, et son
consillier messires Hues li Espensiers. En euls, ne en lors gens n'i ot
point de deffense: la barge, par ceuls meismes qui le menoient et par
auquns des hommes à messire Henri, fu ramenée ou havene de Bristo.

Toutes joies i furent de toutes gens qui là vinrent au devant, qant il
sceurent que ce estoit li rois et messires Hues li Espensiers, et
dissent: «Considerés comment Dieus est pour madame la roine et son fil,
qant il ne voelt point, ne n'a volu ne consenti que il soient eslongiet,
ne escapet. Il appert que il sont mauvais, et que il est temps que il
soient pugni et corrigiet de lors mesfais les quels ils ont fais, et
fait morir et decoler en ce pais chi maint vaillant homme, sans cause et
sans raison.» Ces nouvelles vinrent à la roine et à messire Jehan de
Hainnau que li rois et li Espensiers estoient pris, et que ce estoient
chil qui waucroient par mer en la barge. De ces nouvelles fut la roine
grandement resjoie, et en loa Dieu, à jointes mains, de che que ses
besongues venoient à si bon chief; et se la roine fu resjoie, aussi
furent tout li aultre, tant Englois comme Hainnuiers. Fo 10.

P. 32, l. 5 et 6: compagnons.--_Ms. B 6_: luy douzième d'archiers. Fo
17.


=§ 17.= P. 33, l. 13: Bercler.--_Ms. d'Amiens_: très fort, très bel et
très puissant, seant sus la belle rivière de Saverne, ou assés priès que
je n'en mente. Fo 5.

P. 33, l. 14: recommendés.--_Mss. A 18 et 19_: et baillié à garder à
monseigneur Henry de Beaumont, et enjoint qu'il en feist bonne garde. Fo
10.

P. 33, l. 15: garde.--_Ms. B 6_: et le tenist tout ayse de boire et de
mengier tant qu'il viveroit, car bien savoient ly barons du pays que
tout che que il avoit fait, c'estoit par l'ennort et consail de messire
Hue le Despensier. Le sire de Bercler, à tout grant armée, en mena le
roy d'Engleterre avoecq lui en son chastiel de Bercler. Fo 17.

P. 33, l. 18: faire.--_Ms. d'Amiens_: jusquez à tant que li communs pays
aroient aviset comment on s'en maintenroit. Fo 5.--_Ms. de Rome_: Et se
missent li signeur ensamble à savoir quel cose on en feroit. Et à ce
consel fu tous premiers appelés messires Jehans de Hainnau. Et li fu
demandé quel cose il consilloit à faire dou roi, fust de mort ou de
prison. Il respondi et dist: «Puisque vous tournés ceste demande sur
moi, je vous en responderai. Li rois a esté rois d'Engleterre; et quoi
que il se soit mesfais, ensi comme il est apparans, par ses oeuvres, il
a tout ce fait par mauvais enort et consel; il n'est nuls, ne moi, ne
aultres, qui le doient jugier à mort. Mais avissés une place et un
chastiel et un chevalier, et le recargiés à celi; et li faitez avoir son
estat et vivre raisonnablement toute sa vie. Encores se pora il amender
en consience, de qoi, tant c'à Dieu, il en vaudra grandement mieuls:
c'est le jugement que je li ordonne.» Tout respondirent li baron, et de
une sieute, qui là estoient: «Vous avés bien et loiaument parlé, et il
sera fait ensi.» Adonc fu appellés li sires de Bercler, un grant baron
en Engleterre, et de la marce de Bristo; et a un chastiel biel et bon et
fort, seant sus la rivière de Saverne. Et li fu dit et commandé, de par
la roine et son fil, que il presist en garde le roi d'Engleterre, et
l'euist tel et sez gens que il en seuist à rendre compte, quant il en
seroit demandés, et que de son estat on ordonneroit. Li sires de
Bercler, qui s'appelloit Thomas, respondi et dist que il en feroit bien
son acquit et tout che que madame la roine et ses consauls avoient
ordonné. Si se departi tantos et sans delai de Bristo et en mena le roi,
bien acompagniés de gens d'armes et d'archiers; et vint chiés soi ens ou
chastiel de Bercler, et mist le roi en bonne garde. Et en fu tous jours
si au desus que, se on li euist demandé, il l'euist rendu, mais on le
mist en oubli. Et ne vesqui puis li rois, que il fu venus à Bercler,
trop longement. Et comment euist il vesqu, par la manière que je vous
dirai? car je Jehans Froissars, actères de ceste histore, fui ens ou
chastiel de Bercler, l'an de grasce Nostre Signeur mille trois cens
soixante six, ou mois de septembre, en la compagnie de messire Edouwart
le Espensier, liquels fu fils dou fil de ce mesire Hue le Espensier,
dont je parlerai assés tos; et fumes, dedens le chastiel que ens ès
esbatemens là environ, trois jours. Si demandai de che roi, pour
justifiier men histore, que il estoit devenus. Uns anciiens esquiers me
dist que dedens le propre anée que il fu là amenés, il fu mors, car on
li acourça sa vie. Ensi fina chils rois d'Engleterre, et ne parlerons
plus de li, mais de la roine et son fil. Fo 10.

P. 33, l. 23: Apriès çou.--_Ms. de Rome_: Qant la roine d'Engleterre fu
au desus de ses besongnes, elle donna une grant partie de ses gens
d'armes congiet, et en retint auquns; et tous jours estoient li
Hainnuier logiet au plus priès de li, et li plus especial de sa court et
le mieuls delivret. Or fu avisé et ordonné que la roine se departiroit
de là, et se retrairoit viers Londres. Messires Thomas Wage, au
departement de la roine, avoit ordonné un tabar armoiiet des armes le
signeur Espensier, et ce tabar semet de cloquètes, on le vesti et afubla
le dit messire Hue; et fu montés sus un magre cheval, et chevauça en la
compagnie et en sievant la roine ensi. Et par toutes les villes où il
passoient, par devant le dit messire Hue, on sonnoit grant fuisson de
tronpes et de tronpètes et de taburs, et tout par manière et ordenance
de derision. Avoecques tout ce, en toutes les villes où il venoient, on
lissoit publiquement par un rolet les fais dou dit messire Hue en la
presense de li. Fo 10 vo.

P. 33, l. 24: Londres.--_Ms. B 6_: car les bonnes gens de la cité le
volloient veoir; sy s'en allèrent celle part à grant pooir et à grant
arroy. Fo 17.


=§ 18.= P. 34, l. 10: royne.--_Ms. de Rome_: et son fils et messires
Jehans de Hainnau. Fo 10 vo.

P. 34, l. 11: assamblet.--_Ms. B 6_: tant pour veoir monsigneur Jehan de
Haynaut, qui estoit chief et avoit esté de ceste emprise, que pour estre
à le justice de messire Hues le Despensier. Fo 18.

P. 34, l. 12: escript.--_Ms. de Rome_: Là furent recordé et leu au lonch
et tout hault. Fo 10 vo.

P. 35, l. 10: Londres.--_Ms. de Valenciennes_: pour monstrer au peuple.
Fo 12 vo.--_Ms. B 6_: en ung cercle, au debout d'une lanche. Fo
20.--_Ms. de Rome_: et mise sus une glave au pont de Londres; et les
quartiers, li uns en demora à Harfort, li aultres fu envoiiés à Iorch,
li tiers à Cantorbie et li quars à Sasleberi. Ensi furent il espars ens
ès quatre parties d'Engleterre. Fo 10 vo.


=§ 19.= P. 35, l. 13: Apriès.--_Ms. de Rome_: Apriès ceste justice
faite, la roine et tout li signeur et grant fuisson dou commun dou pais,
se missent au cemin pour venir à Londres, et fissent tant par lors
journées que il i parvinrent à grant compagnie. Qant la roine et si
enfant et li signeur deurent entrer dedens Londres, toutes ordenances de
gens issirent hors à l'encontre, casquns parés et vestis si trez
ricement comme on pooit estre, et tous montés à chevaus. Et estoient les
rues parées et couvertes de draps et de jeuiauls moult estofeement. Et
s'esforçoient toutes gens de honnourer lor dame la roine, ce que il
pooient, et messire Jehan de Hainnau et tous les chevaliers de sa route;
et fu, en ce jour, moult regardés de toutes gens, et seoit sus un noir
hault palefroi moult bien aourné, que la chité de Londres li avoit
donné; et fu moult prissiez en arroi, en persone et en contenance. Et
disoient toutes gens que il avoit bien fourme et regard de vaillant
homme; et portoit sus son chief tout nu un capelet de pières presieuses
moult rices, qui trop bien li estoit seans. Et par especial la grant rue
de Cep estoit parée et aournée oultre mesure. Et donna ce jour la
fontainne, tout au lonc dou jour, par les brocerons, vins blanc et
vermel à tous ceuls qui en peurent ou vorrent avoir.

Et fu ensi la roine aconvoiie jusques au chastiel, et là descendi et si
enfant Edouwars et Jehans de Eltem, et sez deus filles, Isabiel et
Kateline. Et messires Jehans de Hainnau estoit et fu tout dis dalés la
roine, et ses corps logiés ens ou chastiel, et toutes ses gens au plus
priès de li que on pooit. Et estoient toutes coses ouvertes et
apparillies à lor commandement. Toutes gens les honnouroient et
conjoissoient. Il estoit ensi ordonné et commandé de par les officiiers
la roine et le maire de Londres. Et n'estoient que festes, solas et
esbatemens aval Londres, et ne furent un grant temps, et parellement
parmi tout le roiaulme d'Engleterre. Et estoit avis au peuple que il
estoient quite d'un grant encombrier et delivré d'un pesant faix, qant
il se veoient delivré dou roi et de son consel. Et disoient à Londres et
parmi Engleterre: «Il nous fault refourmer et prendre une nouvelle
ordenance, car celle que nous avons eu, nous a trop hodé et travilliet;
ne chils roiaulmes chi ne vault riens sans un bon chief, et nous l'avons
eu si mauvais que nous le poions avoir. Il nous fault le jone Edouwart
couronner et faire roi, et mettre dalés li hommes de sens et de
vaillance, par quoi il soit espers et resvilliés, car nous n'avons que
faire d'un roi endormit ne pesant, qui trop demande ses aises et sez
deduis. Nous en ocirions avant un demi cent, tout l'un apriès l'autre,
que nous n'euissions un roi à nostre seance et volenté.» Ensi disoient
il generaument en Londres, et parmi toute Engleterre.

Qant chil chevalier et esquier de Hainnau, qui en la compagnie de la
roine d'Engleterre estoient venu, veirent que lor emprise estoit
achievée et que il ne faisoient là que boire et mengier, dormir et
reposer, danser et caroler, quoi que on les veist très volentiers, et
que tout estoit paiiet qanque il prendoient, si se conmenchièrent il à
hoder et à taner et à dire l'un à l'autre: «Nous en volons retourner en
Hainnau. Nous ne faisons riens chi; nous cargons trop madame la roine et
le pais. Il est heure dou departir, car toutes nostres emprisses sont
achievées.» Il s'en vinrent generaument à messire Jehan de Hainnau, lor
chief, et li remoustrèrent lor pourpos sus la fourme que je vous di.
Qant messires Jehans de Hainnau les vei en celle volenté, et senti que
il remoustroient raison, si leur dist: «Biau signeur, je parlerai à
madame la roine, et prenderai congiet, et me departirai avoecques vous.
Attendés encores un petit.» Li dis messires Jehans, qant il vei que
heure fu, parla à la roine et au conte de Qent, et lor remoustra que ses
gens se voloient departir et retourner en Hainnau.

Ces paroles vinrent moult au contraire à la roine, et fist appeller les
chevaliers de Hainnau devant li; et qant il furent venu, elle lor
demanda: «Biau signeur, pourquoi vous anoie il en ce pais? On vous i
voit volentiers. Demorés dalés nous, tant que li iviers soit passés.» Li
chevalier de Hainnau, à la parole de la roine respondirent courtoisement
et dissent: «Madame, nous veons et savons bien que moult volentiers vous
et li vostre nous voient en ce pais. Mais, madame, nous regardons et
considerons que ce pour quoi nous partesimes de Hainnau avoecques vous,
est tout achievé. Car se nous sentions que vous, ne li vostre, euissiés
nuls besoings de nostres servisces, li departemens ne nous touche pas de
si priès ne tant, que nous ne demorisions tant que tout seroit acompli.
Mais nous cargons vostre hostel et le pais de nous et à riens faire, et
nous avons bien ailleurs mestier; et si verions volentiers nostres
fenmes et nostres enfans, et savons bien que il nous desirent à veoir.
Si vous prions que vous nous donné[s] congiet, et nous nos offrons à
vous et disons de bonne volenté que, se besoings vous croist ne touce,
et nous en soions segnefiiet, nous venrons tantos et sans delai en
vostre service.» La roine respondi: «Grant merchis!» et puis se retourna
deviers messire Jehan de Hainnau et li dist: «Biaus cousins, vous ne vos
poés partir encores de moi jusquez apriès Noel, car contre les festes
dou Noel, tous li consauls d'Engleterre, prelas, barons, chevaliers et
bonnes villes doient estre à Wesmoustier, et là aueront il avis et
consel quel cose on fera dou roi, qui est à Bercler, ensi que vous
savés. Si retenés auquns de vostres chevaliers dalés vous pour vostre
estat, car je voel que vous soiiés à ce parlement, et que chil qui point
ne vous ont encores veu, vous voient; et li demorans de vostres gens se
departiront dedens quatre jours, puis que partir voellent.» Li gentis
chevaliers respondi et dist: «Madame, volentiers.» Depuis ceste parole,
parla messires Jehans de Hainnau à ses gens et ordonna ceuls que il
voloit que il demorassent avoecques lui, et as aultres dist: «Vous vos
partirés dedens tel jour. Madame le m'a dit; mais, au departir, elle
voelt parler à vous et paiier vostre bien alée.»

La roine d'Engleterre, qui se sentoit tenue enviers ces chevaliers et
esquiers de Hainnau pour le biel et grant servisce que fait li avoient,
qant elle vei que plus demorer il ne voloient, elle s'en vint à Eltem à
sept milles de Londres et sus le cemin de la mer et de lor retour; et
amena là ses enfans et le conte de Qent et son estat un petit plus
esforchiet que une aultre fois. Et là furent segnefiiet tout li
chevalier et esquier de Hainnau à estre, qui partir voloient, et i
furent, et messires Jehans de Hainnau aussi. Qant il furent tout venu,
la roine tint son estat et sist à table solempnement en la sale. Là
furent assis à table tous chevaliers et esquiers de Hainnau qui partir
voloient, et servi de tous mès grandement et largement, selonch l'usage
d'Engleterre. Et sus la fin dou disner, entrues que on entendoit à
regarder la roine, entrèrent dedens la sale troupes et menestrels qui
faisoient lor mestier, et tantos apriès euls, douse chevaliers parés et
vestis tous parellement et d'une livrée très rice. Et les sievoient
douse esquiers parés et vestis aussi de une livrée; et portoient chil
esquier, deus et deus, casquns, une grande corbille à deus aniaus,
toutes plainnes de vaselle d'argent, de pos, de plas, de dragioirs, de
coupes, de hanas, d'esquelles, de temproirs et de toute vasselle. Et
alèrent li menestrel et li chevalier et li esquier qui ces corbilles
portoient, au tour des tables; et qant il orent fait lor tour, il
s'arestèrent devant la table des plus grans signeurs. Et ne seoit nuls à
table fors chil qui partir se devoient, reservé messires Jehans de
Hainnau. Chils seoit à la table de la roine. Là furent misses ces
corbilles jus. Et sus casqune vinrent doi chevalier, tout avisé de ce
que il devoient faire; et departirent tous ces jeuiauls as chevaliers et
as esquiers, et casquns selonch son estat. Tout en furent servi, et mis
devant euls sus les tables. Et depuis, li mestre d'ostel de la roine
issirent hors de la salle et vinrent en la court, et fissent venir avant
tous les varlès et pages de ces chevaliers et esquiers de Hainnau qui
partir devoient; et là avoient en un sach cent livres d'estrelins,
monnoie d'Engleterre, car adonc il n'estoit encores nulles nouvelles de
nobles. Et qant chil varlet furent venut, li mestre d'ostel dissent tout
hault, en prenant le sac qui estoit de quir: «Tenez, entre vous, varlès
des Hainnuiers, qui partir devés, madame la roine vous donne cent livres
d'estrelins: priiés pour lui.» Tout ou en partie respondirent et
dissent: «Dieux doinst à madame la roine bonne vie!» Se lor demora chils
argens, et le departirent entre euls à grant joie. Il en i ot auquns qui
bien le gardèrent ce que en lor pareçon en eschei, et en devinrent puis
rice, pour mettre en bonne moutepliance; et li aultre le jeuèrent as
dés, qui ne s'en savoient conment delivrer.

Che disner fait, et ces signeurs, chevaliers et esquiers de Hainnau
servis en la fourme et manière que je vous di, et tous ces jeuiauls
requelliés et mis en paniers et en bonne ordenance pour le plus aise
porter et sans froissier, il prissent congiet de madame la roine, de son
fil et dou conte de Qent. Et les aconvoia jusques en mi la court à Eltem
li sires de Biaumont, messires Jehans de Hainnau; et tout un et un
prissent congiet à lui, et il lor donna. Adonc montèrent ils et
messires Thomas Wage, aussitos comme il fissent; et se departirent de
Eltem, et jà estoit tout tart, et vinrent jessir à Dardeforde, et à
l'endemain à Rocestre, et au tier jour à Saint Thomas de Cantorbie, et
fissent là lor offrande au corps saint. Et apriès disner, il
cevauchièrent et vinrent à Douvres, et tout partout estoient delivré de
par les gens la roine. Qant il furent venu à Douvres, on lor pourvei
vassiaus de par la roine. Il esqipèrent lors chevaus, et puis entrèrent
ens ès vassiaus passagiers. Et là prist messires Thomas Wage congiet à
euls, et retourna deviers la roine, et le trouva à son retour à Eltem et
messire Jehan de Hainnau. Et li Hainnuier singlèrent par mer, et furent
tantos à Wissan. Pour ce temps, il i avoit une très bonne ville, et
sciet entre Boulongne et Calais. Et devés savoir que, avant que li
Hainnuier issirent de Londres, il furent paiiet en deniers apparilliés,
ensi que couvenance se porta au departir de Hainnau entre la roine et
euls, et si largement que tout s'en contentèrent. Et retournèrent en
Hainnau tout fouci d'argent et de jeuiaulz, et vinrent à Valenchiennes
deviers le conte et la contesse qui les veirent volentiers, et lors
recordèrent des nouvelles d'Engleterre. Et sus mains de quatre mois
orent il fait tout ce voiage. Nous retournerons à parler de la roine
d'Engleterre et des ordenances dou pais. Fos 11 et 12.

P. 35, l. 15: Londres.--_Ms. B 6_: et là furent recheu à grant joye du
maieur de la ville et des bonnes gens, qui moult desiroient à veoir la
damme et le filz le jouène Edouart. Sy rechut le foyalté des hommes de
la ville la ditte roynne, ou nom de son filz. Asés tos après, le vinrent
veoir ou palais de Wesmoustier où elle se tenoit, dehors Londres, tout
ly prelat et les chevaliers d'Engleterre, qui encore ne l'avoient veu.
Et ly firent grant reverense et ossy à che gentil chevalier monsigneur
Jehan de Hainau, desquels il fu grandement honnourés. Fo 20.

P. 36, l. 3: estoit.--_Ms. d'Amiens_: ens ou castel de Bercler. Fo 5.

P. 36, l. 14: petit fu.--_Ms. B 6_: mais le plus grant partie des
chevaliers de Haynau, qui avoecques luy avoient esté venus,
retournèrent, tels que messire Robert de Bailleuel, messire Sanses de
Bieaurieu, le sire de Floyon, le sire de Gonmegnies, le sire de
Aubechicourt, le sire de Mastain, messire Sanses de Boussut, le sire de
Mongtiny et pluiseur autre. Fo 21.

P. 36, l. 26: paiiet.--_Ms. d'Amiens_: en argent tout seck et tantost en
purs estrelins d'Engleterre. Fo 5.

P. 36, l. 28 et 29: compagnons.--_Ms. de Valenciennes_: aucuns de ses
plus privez. Fo 13.


=§ 20.= P. 37, l. 11: Noel.--_Ms. de Rome_: Environ siis jours devant la
feste dou Noel, que on apelle en France Calandes, furent venu en la
chité de Londres de toutes les parties d'Engleterre li signeur et li
prelat et li consauls des bonnes villes. Et là ot un grant parlement au
palais de Wesmoustier, presente la roine et son fil. Et estoient tout li
fait dou roi Edouwart, liquels estoit ens ou chastiel de Bercler, ensi
que chi desus est dit, tous par articles mis en escript. Et là ot un
clerc qui les lissi tout en publ[i]c, oant le peuple. Qant il furent
tout leu, li arcevesques de Cantorbie se leva et demanda, de par la
roine d'Engleterre, quel cose en estoit bonne à faire; et prioit, par la
bouce dou dit arcevesque, que elle fust si consillie que elle et li
roiaulmes d'Engleterre i euissent honnour et pourfit, car de ces cas
elle en cargoit tous ses hommes et en descargoit sa consience. Fo 12.

P. 37, l. 18: feste.--_Mss. A 20 à 22_: Celle feste dura huit jours. Fo
25.--Ms. B 6: Sy dura la feste plus de quinze jours. Fo 22.

P. 38, l. 8: de roy.--_Ms. de Rome_: Et pour ce que li roiaumes ne puet
estre sans chief et sans gouverneur, et que il apertient que en
Engleterre ait roi, ordonné fu et aresté que Edouwars ses fils seroit
rois couronnés et solempniiés à roi le jour de la Nativité Nostre
Signeur, et presist consel bon, sage et meur dalés lui, par quoi li
roiaulmes et li pais fust en avant mieuls gouvrenés que esté n'euist,
par quoi en nul tourble ne disension li dis roiaulmes ne se peuist
esmouvoir. Adonc fu chils consauls ouvers, et revinrent li vaillant
homme et li sage et li prelat, sus lesquelz on avoit assis et tourné ce
consel, en la presence de la roine et de son fil et de mesire Jehan de
Hainnau et dou conte de Qent et aussi dou consel des bonnes villes. Et
fu tout ce publiiet generaulment. Et se departi li consauls sus celle
entente et volenté que li jones Edouwars seroit rois enoins et sacrés le
jour de la Nativité Nostre Signeur. Et demorèrent tout signeur et tout
prelat et toutes gens, qui là estoient venu à la priière et ordenance la
roine, pour estre à celle solempnité. Et furent toutes ordenancez
aministrées, qui apertenoient à estre et à avoir, tant d'abis que
d'autrez coses, pour le dit jone roi, et li eglise de Wesmoustier
apparillie très reveranment. Fo 12.


=§ 21.= P. 38, l. 19: Edowars.--_Ms. de Rome_: Edouwars de Windesore,
liquels en son temps a eu tant de belles aventures d'armes et
victorieuses, ensi que elle[s] vous seront remoustrées et recordées
ensievant en l'istore; et fu consacrés et oins solempnement selonch
l'ordenance d'Engleterre. Et furent à sa comsacration deus archevesques
et douse evesques et quarante wit abbés d'Engleterre. Et rechut li rois
toutes les dignités et solempnités que rois doit et puet recevoir, et
estoit pour lors ou sessime an de son eage; il les ot complis à la
Conversion saint Pol apriès. Et porta ce jour la couronne de saint
Edouwart, laquelle est moult digne et moult riche; et furent fait à sa
coronation nouviauls chevaliers quatre cens et quinze, et vellièrent le
nuit dou Noel, toute la nuit, en l'eglise de l'abeie de Wesmoustier. Et
qant li rois vint de l'eglise au palais, montés sus un blanc coursier,
paré et vestis de sambuc jusques ens ès fellons des piés, armoiiés des
armes d'Engleterre d'une part, et des armes de saint Edouwart de l'autre
part, chevauchièrent tout chiel nouviel chevalier devant lui. Et fu ensi
amenés de l'eglise dedens le Palais, liquels estoit aournés si ricement
comme on pooit. Et sist à table, deus arcevesques, de Cantorbie et
d'Iorch, au desus de li, et puis li rois, et puis la roine sa mère et
puis mesires Jehans de Hainnau, et puis li contes de Qent, et puis li
contes Henris de Lancastre. Fo 12, vo.

P. 38, l. 20: armes.--_Mss. A 11 à 13_: tant par mer comme par terre. Fo
10.

P. 38, l. 23: saint Pol.--_Ms. d'Amiens_: en l'eage de seize ans à
l'entrée, car il les devoit avoir en janvier eusuivant, le jour de le
Conversion saint Pol l'apostle. Fo 6.

P. 38, l. 24: li gentilz.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: du gentil. Fo 11.

P. 39, l. 3: Behagne.--_Ms. d'Amiens_: li gentils et nobles Carles. Fo
6.

P. 39, l. 4: frères.--_Le ms. et Amiens ajoute_: .... li dus de Bourbon,
messires Robiers d'Artois, li comtes Raoulx [d'Eu][78], li comtes
d'Auçoirre, li comtes de Sansoire. Fo 6.

  [78] _Mss. d'Amiens et Valenciennes_: de Deus ou de Deu.
  _Mauvaise leçon._

P. 39, l. 6: criés.--_Ms. de Rome_: et ma dame la roine et li rois
vinrent tenir lor mancion à Windesore, et en ama li rois grandement le
lieu et la place, pour tant que il i fu nés; et tout partout où il
aloient, messires Jehans de Hainnau aloit. Tantos apriez l'Aparition des
Rois, nouvelles vinrent à messire Jehan de Hainnau que li rois de
Behagne, son chier et amé cousin, avoit fait criier un tournoi et assis
à estre sus le sabelon, à Condet en Hainnau. Qant les nouvelles furent
venues en Engleterre et messires Jehans de Hainnau en ot la
congnissance, nuls ne l'euist retenu en Engleterre, car li rois de
Behagne li escripsoit que à ce tournoi il devoient estre compagnon
ensamble. Et moustra li gentils chevaliers les lettres à la roine et au
roi aussi, et dist que il le couvenoit partir, et tous jours estoit il
prês de faire service au roi là où il en seroit requis. Fos 12 vo et 13.

P. 39, l. 13 et 14: Behagne.--_Ms. d'Amiens_: qui durement l'amoit. Fo
6.

P. 39. l. 18 et 19: quatre cens.--_Ms. B 6_: seize cens mars de revenue,
sa vie durant, et les florins delivrés à Bruges et là paiiez. Fo 23.

P. 39, l. 24: dit est.--_Ms. de Rome_: Et avoech les dons on bailla les
lettres toutes seelées dou seel dou roi, qui tesmongnoient et
certefioient ces dons. Encores fu il delivré au mestre d'ostel de
messire Jehan de Hainnau grant fuisson de blance monnoie d'Engleterre,
pour paiier lors menus frès sus le cemin. Adonc se departi messires
Jehans de Hainnau dou roi et de sa mère, dou conte de Qent et de mesire
Rogier de Mortemer. Si fu acompagniés et aconvoiiés de messire Thomas
Wage et des chevaliers dou roi. Et li maires de Londres et plus de cent
hommes d'onneur de Londres l'acompagnièrent jusques à Dardeforde; et
prisent là congiet à lui, et puis retournèrent. Mais li chevalier dou
roi et de la roine l'accompagnièrent jusques à Douvrez, et paioient
partout les frès de li et de ses gens; et leur pourveirent vassiaus
passagiers qui les passèrent à Wissant. Fo 13.

P. 40, l. 6: d'Engleterre.--_Ms. de Rome_: Et les amena messires Jehans
de Hainnau à Valenchiennes deviers le conte son frère et la contesse qui
les conjoirent et requellièrent bellement, pour l'onnour et amour dou
roi d'Engleterre et de madame sa mère. Si se tint li tournois à Condet
sus Escaut, ensi que nonchiet et criiet fu; et i ot deux cens et
soissante chevaliers tournians. Si en i ot des bien batus. Des François
en ot le pris, pour le mieuls tournoiant et p[r]enant painne, li sires
de Biausaut dalés Montdidier, et des Hainnuiers messires Miqiez de
Ligne. Fo 13.

P. 40, l. 8: estre.--_Ms. B 6_: Retourna le chevalier en Hainau où il
fut grandement rechut du conte son frère et de tous les barons. Et bien
le valloit, car au vray dire il avoit fait ung biel voiage et une haulte
emprise. Dont il en devoit bien estre honnourés, et osy fust il tout son
vivant et est encores de tous cheaus qui en oient parler. Fos 23 et 24.

P. 40, l. 10: deus fois.--_Ms. de Valenciennes_: Et pour l'amour d'eulx,
refist on en celui an encore ung aultre tournoy à Condet. Fo 14.


=§ 22.= P. 40, l. 14: Apriès.--_Ms. de Rome_: Apriès ce que messires
Jehans de Hainnau se fu departis d'Engleterre, li jones rois et madame
sa mère gouvrenèrent le pais par le consel dou conte de Qent et de
messire Rogier de Mortemer et de messire Thomas de Wage, et par le
consel de pluisseurs aultrez que on tenoit le plus sages d'Engleterre.
Et fu tous li roiaulmes reconciliiés et remis en bon estat, et estoit
justice gardée souverainnement.

Celle première anée dou resgne le jone roi Edouwart, avint que la fenme
à mesire Hue l'Espensier, qui justichiés fu, ensi que vous avés oy, se
traist deviers le roi et son consel et amena un moult biau fil, que elle
avoit de l'eage de neuf ans, et estoit nonmés Edouwars; et mist en avant
par un avocat une plainte. Et dist ensi la dame par la parole de
l'avocat que, se son mari avoit fourfait le sien, il ne pooit fourfaire
l'iretage de la dame, et le couvenoit vivre li et son fil. Or estoit
avenu que on avoit confixset et atribuet à la couronne d'Engleterre tous
meubles et hiretages que li Espensier avoient, li pères et li fils, par
tout le roiaulme d'Engleterre, et tenoient bien soissante mille [mars]
de revenue. La roine d'Engleterre et li rois ses fils eurent pité de la
dame, car elle estoit des plus nobles d'Engleterre; si s'enclinèrent à
ce que la dame fust aidie et ses fils aussi. Et li furent rendu et
restitué tout li hiretage qui venoient de son costé, et par especial en
la contrée de Gallez, et retourna bien la dame à quatre mille mars de
revenue par an. Et depuis avint que, qant li fils ot eage, li rois le
maria, mais ce ne fu pas selonc le linage dont il estoit issus; ce fu à
la fille d'un sien chevalier baceler, que on nonma messire Raoul de
Ferrières. Chils Edouwars li Espensiers et sa fenme ne furent que chinq
ans en mariage, car il fu ocis ens ès gerres de Bretagne, ensi que vous
orés recorder en l'istore, mais ce sera bien avant, [et] orent quatre
filz: li troi en furent chevaliers, Edouwars, Hues et Thomas, et li
quars ot nom Henris et fu evesques de Nordvich.

Je Froissars, actères de ces croniques, le di pour tant que, en ma
jonèce, je fui moult bien et tous sus amés de l'ainnet frère Espensier,
que on nonma Edouwart, ensi que son père, et ot en mariage la fille à
messire Bietremieu de Bruhés, un moult vaillant chevalier. Et fu cils
sires Espensiers, de son temps et dou mien, li plus jolis chevaliers, li
plus courtois, li plus honnourables et amoureus et bacelereus assés qui
fust en toute Engleterre, et li plus larges de donner le sien là où il
veoit que il estoit bien emploiiet, et qui mieuls sceut vivre et dou
plus biel estat et bien ordonné. Et oy dire en mon temps les plus hautez
et nobles dames dou pais que nulle feste n'estoit parfaite, se li sires
Espensiers n'i estoit. Et pluisseurs fois avint que, qant je cevauchoie
sus le pais avoecques lui, car les terres et revenues des barons
d'Engleterre sont par places et moult esparses, il m'apelloit et me
dissoit: «Froissart, veés vous celle grande ville à ce haut
clochier?»--Je respondoie: «Monsigneur, oil: pourquoi le dittes
vous?»--«Je le di pour ce: elle deuist estre mienne, mais il i ot une
male roine en ce pais, qui tout nous tolli.» Et ensi par pluisseurs fois
m'en moustra il semées en Engleterre plus de quarante; et appelloit la
roine Issabiel, mère au roi Edouwart, le male roine, et ausi faisoient
si frère.

En ce temps dont je parole, et que li roiaulmes d'Engleterre estoit tous
en paix et ou gouvrenement de la roine Issabiel et dou conte de Qent et
dou jone roi et de lor consel, avint que Robers de Brus, rois d'Escoce,
qui en son temps ot moult à faire contre les Englois, et qui tous jours
les tint en gerre et reconquist sus euls ce que si predicesseur avoient
perdu encontre le bon roi Edouwart, et les desconfi par bataille devant
Struvelin, et dura la cace jusques oultre la rivière du Thin, et reprist
Bervich, Dombare et pluisseurs chastiaus que li Englois tenoient en
Escoce, chils rois Robers de Brus entendi conment li rois d'Engleterre
avoit esté pris et desposés de sa couronne, et ses consauls justichiés;
si s'apensa que il desfieroit ce jone roi Edouwart, et supposa que
grandes hainnes estoient nouries et engendrées en Engleterre par les
mors des signeurs Espensiers et le conte d'Arondiel, et que, qant ses
gens se meteroient sus les camps, li linages des desusdis se bouteroient
en lor compagnie, pour contrevengier lors amis. Si envoia desfiier le
roi Edouwart et toute sa poissance. Et aporta la desfiance uns hiraus
d'Escoce, lequel on nonmoit Glas. Et estoit contenu en la lettre seelée
dou roi d'Escoce et des barons de celi pais, que jamais il n'entenderoit
à aultre cose, si aueroit si avant courut en Engleterre que passet la
rivière dou Thin et le Hombre et contrevengiet tous ses torsfais; et se
combatre on le voloit, il li asignoit journée devant Ewruich.

Qant li jones rois d'Engleterre ot recheu ces desfiances ou premier an
de sa creation, li coers li conmença à engrossier, et ne moustra pas ne
ne dist au hiraut toute sa pensée, mais li fist donner un mantiel qui
bien valoit cent florins; et aussi la roine, li contes de Qent, messires
Rogiers de Mortemer, et li signeur li donnèrent [tant] que il fu tous
rices. Et li fu dit de l'un des chevaliers dou roi: «Glas, vous vos poés
bien partir, qant il vous plaist, car li rois et li pais se tient à tous
desfiiés sus les lettres que vous avés aporté.» Adonc se departi li
hiraus, et li rois et ses consauls et toute Engleterre demorèrent en ces
desfiances. Et bien sentirent toutes gens, as quels la congnissance en
vint, que de par les Escoçois il aueroient la guerre. Fos 13 vo et 14.

P. 40, l. 17: roy.--_Ms. d'Amiens_: et le comte Henry de Lancastre au
Tors Col. Fo 6.

P. 40, l. 23: Thumas.--_Ms. de Valenciennes_: Wautier. Fo 14.

P. 41, l. 7: malades.--_Ms. d'Amiens_: de gouttes. Nonpourquant ses
coers estoit encoires assés fors et en grant desirier de guerrier, mès
que il veyst son plus biel. Fo 6.

P. 41, l. 8: disoit on.--_Mss. A 11 à 13_: Et disoit on qu'il en
mourroit, car nulle guarison trouver il n'en povoit. Fo 10 vo.

P. 41, l. 21: manda.--_Ms. B 6_: par ses hiraus que il vendroit mettre
le siège devant la bonne cité de Ewruich, et que il ne s'en partiroit sy
l'aueroit, ou on luy leveroit le siège. Fo 24.


=§ 23.= P. 41, l. 30: Evruich.--_Mss. A 18, 19, 34, 35_: Bruich. Fo
12.--_Mss. A 30 à 33_: Bervich. Fo 98 vo.--_Mss. A 23 à 29_: Vervich. Fo
14.--_Mss. A 11 à 13_: Warvich[79]. Fo 10 vo.

  [79] Les mêmes mss. reproduisent les mêmes variantes partout où on
  lit _Evruich_ dans le texte.

P. 41, l. 30: north.--_Ms. d'Amiens_: sus les marches de Norhombrelant.
Fo 6 vo.

P. 42, l. 2: messages.--_Ms. de Rome_: Or fu consillié en la cambre dou
roi que, tantos et sans delai, li rois envoiast ses messages et ses
lettres deviers messire Jehan de Hainnau, et li priast que il le venist
veoir et servir, et se pourveist de cinq cens armeures de fier,
chevaliers et esquiers, et tout seroient delivret et bien paiiet, et li
escripsist que c'estoit pour aler en Escoce, car li rois d'Escoce et li
Escoçois l'avoient desfiiet. Et fu dit ensi, en la cambre dou roi et en
consel, que on ne pooit mieuls emploiier lettres ne messages, que
d'envoiier en Hainnau. Tout ensi comme il fu ordonné, il fu fait. Et
escripsi li rois d'Engleterre à messire Jehan de Hainnau et envoia ses
messages, qui passèrent la mer et vinrent en Hainnau, et trouvèrent le
gentil chevalier que il demandoient, en la ville de Biaumont dont il
portoit le nom, et li baillièrent les lettres que il li aportoient, tant
de par le roi que de par la roine d'Engleterre. Il les lissi, qant il
les ot ouvertes, et considera conment on le prioit et mandoit. Si fu
tous resjois de ces nouvelles, et dist que il estoit tenus de servir le
roi et le pais d'Engleterre, puis que il s'estoit ahers et aloiiés à
euls de foi et d'ommage; et rescripsi au roi d'Engleterre et à la roine
par ceuls meismes qui cez lettres avoient aporté. Et fu contenu ens ès
dittes lettres que il seroit en Engleterre, et à ce n'aueroit nulle
defaute, dedens le jour que on li avoit assis, et à otant de gens ou
plus que on ne li avoit escript. Li messagier d'Engleterre retournèrent.

Messirez Jehans de Hainnau se pourvei, et escripsi et manda as
chevaliers et esquiers autours de li, des quels il pensoit à estre
acompagniés et servis, tant en Hainnau, en Braibant, en Flandres et en
Hasbaing. Tout furent apparilliet à sa priière et ordenance, et se
pourveirent tantos et sans delai de tout ce que à lor estat apertenoit,
et se departirent de lors lieus, et vinrent li auqun à Wissant, et li
aultre à Calais. Toutes fois, messires Jehans de Hainnau vint à Wissan;
et passèrent oultre, car il trouvèrent les vassiaus passagierz que li
rois d'Engleterre lor avoit envoiiés, et tant fissent qu'il furent
oultre et en Engleterre. Et atendirent tout l'un l'autre à Cantorbie, et
entendirent que li rois et la roine et li signeur s'en aloient à grant
esfort viers Escoce. Si se esploitièrent li Hainnuier ce qu'il peurent,
et passèrent Rocestre et Dardeforde et vinrent à Londre. Et là se
rafresqirent de tout ce que il lor besongnoit, de chevaus, de sellerie,
d'armeures et de toutes aultres coses qui apertiennent à gens d'armes.
Et là trouvèrent le tresorier des gerres dou roi, qui lor delivra
monnoie et paiement bien et largement. Et puis il se departirent et
missent au cemin, et passèrent le Ware et Lincole. Et partout où il
venoient, il estoient requelliet liement, conjoi et festiiet. Et
passèrent à Danfront et à Dancastre, et vinrent à Evreuich, une grose
chité et bonne, qui sciet en bon pais; et passe la rivière dou Hombre
tout parmi, qui va ceoir en la mer.

Jà savoient li rois d'Engleterre, madame sa mère et li baron
d'Engleterre que messires Jehans de Hainnau venoit à belle compagnie de
gens d'armes, encores plus assés que on ne li euist escript et mandé. Si
en estoient tout resjoy et atendoient sa venue. Et devés sçavoir que li
Escoçois avoient passet la rivière dou Thin amont viers les montagnes
qui departent Galles et Engleterre, et moult priès de une chité que on
nonme Carlion, et estoient venu entre la chité de Durames et Evruich, et
ardoient le plat pais, tant que on en pooit bien veoir les fumières. Et
n'estoit point li rois Robers d'Escoce en celle chevaucie, mais se
tenoit à Haindebourch en Escoce sus la litière, car il estoit si atains
de la grose maladie que il ne pooit mais cevauchier. Et là estoient pour
lui li contes de Moret et messires Guillaumes Douglas, doi vaillant
chevalier qui conduisoient les Escoçois, où moult avoit de bons
chevaliers et esquiers et vaillans as armes. Fo 14.

P. 42, l. 6: compagnie.--_Ms. B 6_: à cinq ou six cens lances. Fo 24.

P. 42, l. 8: mandement.--_Ms. B 6_: sy en fu tous resjois et dist aus
messaigiers que il estoit tout aparliés ou serviche du roy d'Engleterre
et de madame sa mère. Fo 25.

P. 42, l. 23: Wissant.--_Ms. B 6_: et là sejourna deus jours. Fo 26.

P. 42, l. 27: Douvres.--_Ms. B 6_: et là sejourna deus jours. Fo 26.

P. 42, l. 28: jour.--_Ms. d'Amiens_: tant qu'il passèrent le bonne chité
de Londres, et chevauchièrent à esploit tout le grant chemin d'Escoche
parmy le comté de Lincelle, et vinrent à Dancastre et puis à Ewruich,
quatre jours devant le Pentecouste. Fo 6 vo.

P. 42, l. 30: Evruich.--_Ms. B 6_: une moult riche cité seant sur le
rivière de Hombre, ou nort. Fo 27.

P. 42, l. 31: barons.--_Mss. A 11 à 13_: de gens d'armes, et d'archiers.
Fo 11.


=§ 24.= P. 43, l. 18: Haynau.--_Les mss. A, B 6 et de Rome ajoutent aux
noms mentionnés dans le texte_: messire [Sanse][80] de Biaurieu[81]. Ms.
de Rome, fo 14 vo.--_Les mss. d'Amiens et de Rome ajoutent_: ... li
sirez de Potelles, li sirez de Waregny. Fo 6 vo.--_Le ms. de Rome
ajoute_: ... le signeur de Vertain, ...... le signeur de Blargnies, le
signeur de Mastain, messire Nichole d'Aubrecicourt, le signeur de
Flosies, le Borgne de Robertsart. Fo 14 vo.

  [80] Le prénom _Sanse_ ne se trouve que dans le ms. de Rome.

  [81] _Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: Beaugeu. Fo 12.

P. 43, l. 20 et 21: dou Rues.--_Ms. d'Amiens_: dou Roelx. Fo 6 vo.--_Ms.
B 6_: dou Ruelt. Fo 25.

P. 43, l. 21: Bailluel.--_Ms. d'Amiens_: qui puisedi fu sirez de
Fontainnez l'Evesque, de Morriaumés. Fo 6 vo.

P. 43, l. 23: Brifuel.--_Mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 19, 23 à 33_: Briseul,
Brisuel _ou_ Brisueil.

P. 43, l. 24: Fastres de Brifuel.--_Ce chevalier n'est mentionné que
dans les mss. B 1 à 3._

P. 43, l. 24: Ligne.--_Mss. A 15 à 19_: Ligny _ou_ Ligney. Fo 12.

P. 43, l. 26: Boussoit.--_Mss. A 1, 3 à 6, 23, 25 à 29, 34, 35_: Bussort
_ou_ Boussort.--_Mss. A 2, 24_: Buissat _ou_ Boussat.

P. 43, l. 27: Semeries.--_Mss. A 11 à 13_: Sameries. Fo 11.--_Mss. A 34,
35_: Surenes. Fo 12 vo.--_Mss. A 30 à 33_: Fevreries. Fo 99.

P. 43, l. 27: Floion.--_Mss. A 15 à 19, 34, 35_: Florion, Floron _ou_
Flouron.

P. 43, l. 28: Flandres.--_Le ms. d'Amiens ajoute aux noms mentionnés
dans le texte_: ... li sirez de Halluin, li sires de Brughedent. Fo 6
vo.

P. 43: l. 29: Rodes.--_Mss. A 1, 3 à 6_: Condes. Fo 12.--_Ms. A 2_:
Rondes. Fo 12 vo.--_Ms. B 6_: Robais. Fo 25.

P. 43, l. 30: Ghistelles.--_Les éditions de D. Sauvage ajoutent_: et
messire Jaques de Guistelle son frère. _Édition de 1559_, p. 14.

P. 44, l. 2: Rasses.--_Mss. A 20 à 22_: Roches. Fo 27 vo.

P. 44, l. 3: Grés.--_Ms. B 6_: Gros. Fo 25.

P. 44, l. 3: Casebèke.--_Mss. A 18, 19_: Cassebelie. Fo 13.--_Mss. A 34,
35_: Gastebolie. Fo 13.

P. 44, l. 4: Pilisre.--_Mss. A 18, 19, 34, 35_: Pelisce. Fo 13.--_Mss. A
1, 8, 11 à 13, 23 à 33_: Pilistre, Philistre, Philleste _ou_
Pilestre.--_Mss. B, mss. A 2, 3 à 7, 9, 15 à 22 et mss. d'Amiens et de
Rome_: Pilifre, Pelifre, Pilliffe, Philiffre.--_Ms. de Valenciennes_:
Pillesore. Fo 15.

P. 44, l. 4: Gilles.--_Mss. A 11 à 13_: Jehan. Fo 11.

P. 44, l. 4: Coterebbe.--_Ms. A 7_: Contereble. Fo 10.--_Mss. A 18 et
19_: Courterebles. Fo 12.--_Mss. A 20 à 23_: Cotherelle, Courtelle,
Courterelle.--_Ms. de Valenciennes_: Quaderobe. Fo 15.

P. 44, l. 5: Harlebèke.--_Ms. de Valenciennes_: Harbecque. Fo 15.

P. 44, l. 7: Hesbegnons.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 19, 23 à 35_: Behaingnons.
Fo 12 vo.

P. 44, l. 7: li Biaus.--_Ms. d'Amiens_: canonnes de Liège. Fo 6
vo.--_Ms. B 6_: le Viauls. Fo 25.--Mss. _A 23 à 33_: de Libeaux. Fo 15.

P. 44, l. 9: d'Ohay.--_Mss. A 1 à 10, 15 à 35_: de Hay. Fo 12 vo.--_Ms.
de Valenciennes_: Hue de Hary. Fo 15.--_Ms. de Rome_: Hues Hay. Fo 14
vo.--_Mss. A 11 à 13_: messires Huon de Hainault, bastart. Fo 11.

P. 44, l. 10: Libines.--_Ms. d'Amiens_: qui tous quatre devinrent là
chevalier. Fo 6 vo.--_Ms. B 6_: Librues. Fo 25.--_Mss. A 2, 23 à 33_:
Livines. Fo 12 vo.--_Mss. A 34, 35_: Libidines. Fo 13.

P. 44, l. 10: d'Oppey.--_Mss. d'Amiens et de Rome, mss. B et mss. A_: du
Pel, du Pal, du Pelz.--_Ms. A 3_: de Duxel. Fo 19.

P. 44, l. 11: Gillebers.--_Mss. A 11 à 13_: Robert. Fo 11.--_Ms. B 6_:
Guillame. Fo 25.

P. 44, l. 11: Hers.--_Mss. A 11 à 13_: Hars.--_Ms. B 6_: Hors.

P. 44, l. 13: d'Artois.--_Ms. B 6_: et de Vermendois. Fo 26.

P. 44, l. 18: Guillaumes de Jullers.--_Mss. A 1 à 6_: Jaques de
Juilliers [qui depuis fut duc de Juilliers][82] après le deceps de son
père. Fo 12 vo.

  [82] Les mots mis entre crochets ont été omis par une distraction
  du copiste dans le ms. _A 1_.

P. 44, l. 20: conte de Los.--_Mss. A 20 à 22_: qui depuis fut
connestable de l'ost[83]. Fo 27 vo.

  [83] Cette erreur provient sans doute de ce que, dans les mss. _A
  1 à 6_, d'où dérivent les mss. _A 20 à 22_, et notamment dans le
  ms. _A 1_, fo 12 vo, _Los_ est écrit _lost_.


=§ 25.= P. 45, l. 2: six cens.--_Mss. A_: cinq cens.--_Ms. A 24_: cent.
Fo 21.--_Ms. B 6_: plus de cinq cens. Fo 27.

P. 45, l. 4 quinze.--_Mss. A 11 à 13_ dix huit. Fo 11 vo.

P. 45, l. 6: soixante.--_Mss. A 11 à 13_: quatre vingt.--_Mss. A 20 à
22_: deux cens. Fo 28.--_Ms. B 6_: cinq cens dames et demoiselles. Fo
27.

P. 45, l. 6 et l. 7: mandées.--_Ms. de Rome_: là environ et ou pais de
Northombrelant. Fo 14 vo.

P. 45, l. 16: arciers.--_Ms. B 6_: du conté de Linchelles. Fo 28.

P. 45, l. 19: car.--_Ms. de Rome_: Car ensi que chil garçon se
combatoient à auquns de ces Englois, la noise se conmença à monter en la
ville, et criièrent: «Lincole!» Chil de la nation de Lincole estoient là
grant fuisson: si se missent tantos ensamble et prissent lors ars et se
rengièrent, et entrèrent en la rue où li Hainnuier estoient logiet; et
couvint ceuls qui là estoient des Hainnuiers retraire dedens lors
hostels. Fo 15.

P. 45, l. 32: doi mille.--_Mss. A 23 à 29_: trois mille. Fo 15 vo.

P. 46, l. 20: cent.--_Ms. d'Amiens_: deus cens. Fo 7.

P. 46, l. 24: compagnons.--_Ms. d'Amiens_: Là fu messires Jehans li
Biaux, cannonnes de Liège, sus les quelx cronicques et par quel relacion
de ce fet et d'autrez j'ay fondé et ordonné ce livre, en grant peril;
car tous desarmés il fu enmy yaux ung grant terme. Si volloient saiettes
à tous lés, et il meismes en fu consievris et navrés, et pluiseurs de
ses compaignons, priès jusques à mort. Fo 7.

P. 47, l. 2 et 3: Boussoit.--_Le ms. d'Amiens ajoute aux noms mentionnés
dans le texte_: .... messires Jehans de Montegny, li sirez de Vertaing,
li sirez de Potelles, li sirez de Wargny, messires Hectors Villains,
messires Jehans de Rodes, messires Wafflars de Ghistelles, messires
Thieris de Wallecourt, messires Rasses de Grés, messires Jehans
Pilifre, messires Gille de Coterèbe, messires Lambers dou Pels, très bon
chevalier. Fo 7.

P. 47, l. 7: carlier.--_Ms. de Rome_: chiés un archier. Fo 15.

P. 47, l. 11: mors.--_Ms. d'Amiens_: Et en tuèrent bien seise vingt ou
environ, tout archier, le plus qui estoient de l'evesquet de Lincelle.
Et encoires en ewissent plus ocis en l'eur, qui les ewist layet
convenir, car c'estoit leur entente que d'iaux tous mettre à l'espée et
de prendre à otel merchy que les archers les ewissent pris, se il en
ewissent estet maistre; mais ly roys y envoya monseigneur Thumas Wage,
marescaul de l'ost, monseigneur Richart de Stamfort et le seigneur de
Moutbray, en yaus priant que il se volsissent retraire et souffrir, et
que le roys leur feroit amender ceste forfaiture.

A le priière et ordonnance dou roy, se retrairent li Haynuyer et leur
compaignon bellement et sagement. Et s'en vinrent parmy la grant rue et
encontrèrent monseigneur Jehan de Haynnau bien armet et ses bannièrez
devant lui, acompaigniet de messire Guillaume de Jullers, de monseigneur
d'Enghien, de monseigneur Henry d'Antoing, de monseigneur Robert de
Bailloel, de monseigneur Alart de Briffoel, de monseigneur Micquiel de
Ligne, de monseigneur de Gonmignies, de monseigneur Guillaume de Strate,
de monseigneur Gossuin de le Meule, de monseigneur Jehan de
Ghasebecques, de monseigneur Wautier de Heteberge, de monseigneur Jehan
de Libines, de monseigneur Gillebiert de Hers, de monseigneur Fastret
dou Roelx et de pluiseurs autres compaignons qui tous s'estoient mis en
se routte, et encorrez en y avoit as hostelx qui s'armoient toudis qui
mieux mieux. Quant messires Jehans de Haynnau eult encontrés ses
compaignons et chiaux de se kecke ensanglentés et ensonniiés d'ocire et
de mehaygnier ces feleurs archers, enssi comme vous avés oy, et avoecq
yaux les barons d'Engleterre à laquelle ordonnance et priière il
retournoient, si leur demanda, en arestant tous quois sour le rue et
toutte se routte, comment il leur estoit. Et il li disent: «Monseigneur,
bien seloncq l'aventure: si avons estet en grant peril de nos vies, mès
cil qui les bargignoient y ont plus mis et laiiet que pris.»--«En non
Dieu, sire, dist monseigneur Thumas Wage, se nous ewissiens veu que vos
gens en ewissent eu dou pieur, nous les ewissiens grandement aidiés et
confortés, car il nous estoit commandez de par monseigneur le roy et me
damme se mère; mès, Dieu merchy, li honneurs et li victoire leur en est
demourée, car il les ont cachié jusquez as camps et en ont grant plentet
mort.»--«Che poise moy que de si peu,» ce respondi monseigneur Jehan de
Haynnau. Adonc se retrairent en leurs hostelz paisiblement, et se
desarmèrent li pluiseur et regardèrent as navrés comment il leur estoit.
Si penssèrent li Haynuyer, pour les blechiés yaux medeciner et garir, et
ceux qui mort estoient ensepvelir. Che propre soir, on commanda par le
noble roy que nuls Englès ne se meuist contre les estrangiers, sus le
teste à perdre. Fo 7.

_Ms. de Rome_: La cose ne se fust point passée ensi, mais i fust encores
avenus un trop grans meschiés, se li rois ne se fust ensonniiés. Mais
qant les nouvelles en vinrent à madame la roine, elle tantos dist au
roi: «Biaus fils, montés à cheval et alés celle part, et vous traiiés
avoecques les Hainnuiers; et faites un conmandement très fort et très
cruel que nuls Englois, sus la painne à perdre la teste, ne se mueve et
ne face fait ne debat, et prendés la cose sus vous.» Li rois obei à
madame sa mère et monta à cheval. Et montèrent plus de soissante barons
et chevaliers, et trouvèrent sus les rues messire Jehan de Hainnau, qui
venoit tous armés, et plus de trente cevaliers avoecques lui, et
crioient: «Hainnau!» et estoient en volenté de ocire tous les archiers
que il trouveroient ens ès fourbours où lors gens estoient logiet.
Considerés le grant meschief que il fust tantos avenus, car ces Englès,
archiers et aultres communautés, se requelloient et metoient ensamble;
et estoit lor intension d'entrer en ces fourbours et tout ocire ou
bouter le feu dedens et tout ardoir. Premierement li rois s'aresta sus
la rue, car on li dist: «Sire, vechi messire Jehan de Hainnau et grant
fuisson de Hainnuiers avoecques lui, et viennent en ordenance de
bataille, banières et pennons tous desvolepés. Arestés les et apaisiés,
et prendés la cose sur vous, et leur dittes que vous lor ferés amender
ce mesfait si grandement comme ils vodront; et leur priiés que il ne
facent pas cose par quoi vostres voiages soit rompus.»

Li rois entendi à ses hommes, et fist ensi que il li consellèrent.
Messires Jehans de Hainnau, qui avoit l'aïr en la teste, et qui moult
dur estoit enfourmés sus ces archiers, dist en hault: «Sire, sire, nous
sommes venu en ce pais pour vous servir et vostre pais contre vostres
ennemis; et vostres communs, entrues que nous sommes en esbatemens dalés
vous, esmuevent debas et voellent nos gens ocire et nous aussi. Nous ne
le poons sousfrir, et n'en savons prendre milleur amendement, que sus
ceuls qui ont esmeu la rihote.» Donc dist li rois: «Messire Jehan,
sousfrés vous, et faites tenir en paix vostres gens. Je ferai tenir en
paix aussi tous ceuls de ceste nation; et se ce venoit à la bataille, je
demorroie dalés vous, car je congnois bien que par vous et par vos gens
ai je recouvré mon roiaulme. Si vous pri que vous me donnés ceste
besongne, et retournés et ne venés plus avant; car je meterai partout
telle atemprance et par si bonne ordenance que vous et li vostre vous en
contenterés.» Ces douces paroles, que li rois dist, apaisa grandement
messire Jehan de Hainnau et les Hainnuiers. Or voloit li rois que il ne
venist plus avant, mais il respondi à che et dist: «Sire, sire, et ne
fust riens dou debat et dou hustin de ma gent, puis que vous estes hors
de vostre hostel, il apertient que je voie et demeure dalés vous, car
espoir vous et vostrez consauls, ne savés pas bien le fons de ceste
matère: otretant bien puet estre contre vous que contre nous.» Donc
respondi messire Thomas Wage, marescal dou roi, et dist au roi en son
langage: «Sire, il parole sagement, et puet estre tout ce qu'il dist.»

Adonc chevauchièrent li rois et toute sa route et vinrent ens ès
fourbours, où li logeis des Hainnuiers estoit; si trouvèrent la rue
moult esmeue, et des mors couchiés sus les cauchies. Donc ala li rois
tout oultre et sus les camps où li grans hustins avoit esté, et
encontrèrent pluisseurs Englois qui trop fort se plaindoient des
Hainnuiers, et on lor disoit: «C'est à bon droit, se vous avés esté
batu. Pourquoi les aliiés vouz asallir à lors hostels?» Encores
avoecques tout ce, leur disoit messires Thomas Wage: «Li rois
s'enfourmera de ce fait, et chierement le comparront chil qui ont
conmenchiet la meslée.» Quant chil archier veirent que il n'estoient
aultrement plaint et que on les maneçoit encores, et que inquisition et
information se feroit sus euls, si se doubtèrent dou roi et de sa
justice, et ensepelirent les mors et entendirent as bleciez. Li rois
retourna à son logeis, et messires Jehans de Hainnau avoecques lui.

Si fu, de par le roi, fais uns bans et un cris d'un sergant d'armes à
cheval tout parmi la ville et chité de Evruich, que nuls, sus la teste à
perdre, ne fesist debat ne rihote, ne ne s'emeuist jamais de ce fait qui
avenu estoit, ens ne hors. Encores avoecques tout che, li rois envoia
deus de ses banières ens ès logeis des Hainnuiers et quatre chevaliers.
Et furent ordonné à euls tenir tous quois, nuit et jour, et garder lez
banières le roi, par quoi archier englois ne communaulté ne se
esmeuissent, de jour ne de nuit. Car vous devés sçavoir [que] chil qui
avoient eu lors frères, lors pères, lors enfans, cousins ou proismes
mors, avoient grant felonnie ou coer; et disoient, qant il veoient les
Hainnuiers aler ensamble sus les rues: «Velà ceuls qui nous ont ocis nos
amis, et si n'en poons aultre cose avoir; et par Dieu si auerons, avant
que il retournent en lor pais.»

Et disoient bien li auqun baron et chevalier d'Engleterre as chevaliers
de Hainnau, qui point n'entendoient le langage des Englois, et liquel ne
haioient point les Hainnuiers, mais le disoient pour euls aviser, à la
fin que il fuissent le mieuls sus lor garde: «Chil archier de Lincole,
et moult d'aultres communs, pour l'amour d'euls, vous ont quelliet en
grant haine; et se il n'estoient brisiet de par le roi, il le vous
mousteroient et de fait.» Li chevalier de Hainnau respondoient: «Il nous
en fault atendre l'aventure; et se là venoit que nous fuissiens asalli,
des quels vous tourneriiés vous?»--«Il nous est conmandé et ordonné,
respondoient li chevalier d'Engleterre, sus qanq que nous tenons dou
roi, que, se rihote conmenche par euls, que nous soions avoecquez vous.
Et bien nous lor disons et remoustrons que il se tiengnent en paix, car
se la rihote conmence, nous serons pour vous avoecques euls et contre
euls, et nous est conmandé dou roi. Et pour ce que il voient que li rois
et nous vous volons aidier et porter à l'encontre de euls, il se
refrènent de moustrer de fait lor mautalent; et à ce que nous entendons,
il sont bien euls siis mille de une aliance.» Fos 15 et 16.

P. 48, l. 1: alloiiet.--_Ms. d'Amiens_: en ung village, à douse lieuwes
d'Ewruich. Fo 7 vo.


=§ 26.= P. 49, l. 16: angousse.--_Ms. d'Amiens_: Mès li grant seigneur
de Haynnau, qui estoient souvent dallés le roy, reconfortoient lor
mesnies; et lor disoient que li roys lez asseuroit, et qui mal leur
voroit, il le feroit à lui meysmes. Et est cose assés creable que, se li
roix et ses conssaux n'y ewissent mis trop grant remède, il n'en
fuissent jammais partis sans dammaige, car entre trois cens ne seise
vingt hommes mors, et encoires de gens estrangniers, il ne puet y estre
qu'il n'y ait grant plenté de lors proismes qui dolent en sont, et qui
vollentiers les contrevengeroient, se il veoient leur plus bel et il
osoient. Fo 7 vo.--_Ms. de Rome_: Et qant il aloient veoir le roi et la
roine et les dames et les damoiselles, il estoit ordonné de par le roi,
à quelle heure que ce fust, il fuissent raconvoiiet et mis dedens lors
hostels. Fo 16.

P. 49, l. 24: n'euist.--_Ms. d'Amiens_: un gros capon pour trois
estrelins, douse frès hairens pour un estrelin, un gallon de bon vin de
Rin pour huit estrelins, et celi de Gascoingne pour sis estrelins, de
quoy li gallons fet les deus quartes de pois. Fo 7 vo.--_Ms. de Rome_:
le potel pour trois estrelins et les milleurs cervoisses dou monde. Fo
16.

P. 49, l. 26: d'Aussay.--_Mss. A 1, 3, 20 à 35_: Ausoie. Fo 13
vo.--_Mss. A 11 à 13_: Ausoy. Fo 12 vo.--_Mss. A 18, 19_: Aussy. Fo 14.

P. 49, l. 29: litière.--_Ms. de Rome_: à milleur marchiet que en Hainnau
ou en Vermendois. Fo 16.


=§ 27.= P. 50, l. 2: trois.--_Ms. d'Amiens et mss. A 1 à 6, 8, 9_:
quatre. Fo 7 vo.

P. 50, l. 10: hors.--_Mss. d'Amiens et de Rome_: de Ewruic. Fo 7
vo.--_Ms. B 6_: Si se party de Ewruich, et laissa là madamme sa mère. Fo
29.

P. 50, l. 12: del roy.--_Ms. de Rome_: tant pour honneur que pour les
archiers de Lincole, qui ne pooient ne ne voloient oubliier le ocision
et la perte de lors amis; et volentiers se fuissent pris as Hainnuiers,
se il euissent veu que point d'avantage il euissent eu sus euls. Fo 16
vo.

P. 51, l. 1: Escos.--_Ms. de Rome_: Et ne savoient encores li Englois là
où li Escoçois estoient. Et disoient li auqun: «Il sont retrait en lor
pais: il ont usage que il guerrient en courant; et qant il ont fait
celle course, et il sentent que gens viennent sus euls à pooir, il se
retraient.» Mais pour ces jours il n'estoient pas retrait, avant
ardoient en Northombrelant, et avoient ars en Gallez et jusques à
Carduel, et tout le pais de là environ. Et tant alèrent chil de l'avant
garde que, de desus les montagnes, il veirent les fumières d'auquns
petis hamelès que li Escoçois faisoient. Et li auqun Englès disoient que
ce n'estoient pas fumières des feus des Escos, mais des ouvriers qui
faisoient carbon ens ès bois. Fo 16 vo.


=§ 28.= P. 53, l. 1: trois mille.--_Mss. A 18, 19, 23 à 29_: quatre
mille. Fo 15.--_Mss. A 1 à 6_: deux mille. Fo 14 vo.

P. 53, l. 2 et l. 3: vingt mille.--_Ms. d'Amiens_: dix mille. Fo 7 vo.

P. 53, l. 6: bruières.--_Ms. de Rome_: Et je Froissars, actères de ces
croniques, fui en Escoce en l'an de grasce mil trois cens soissante et
cinq, car la bonne roine, madame Philippe de Hainnau, roine
d'Engleterre, m'escripsi deviers le roi David d'Escoce, liquels fu fils
au roi Robert de Brus, et au conte de Douglas qui pour le temps resnoit,
et à mesire Robert de Versi, signeur de Struvelin, et au conte de la
Mare, liquel, pour l'onnour et amour de la bonne roine desus ditte qui
tesmongnoit par ses lettres seelées que je estoie uns de ses clers et
familiiers, me requellièrent tout doucement et liement. Et fui en la
compagnie dou roi un quartier d'un an, et euch celle aventure que, ce
que je fui en Escoce, il viseta tout son pais, par laquelle visitation
je apris et considerai moult de la matère et ordenance des Escoçois, et
sont de toute tèle condition que chi desus vous est devisé. Fo 17.

P. 53, l. 9: maladie.--_Ms. et Amiens_: tant estoit il fort astrains de
gouttes et de forte maladie, ains se tenoit à Donfremelin, une moult
bonne ville seloncq le pays en Escoche, et où tous leur ancestrez gisent
en une abbeye qui là est. Fo 7 vo.--_Ms. de Valenciennes_: car il ne
pooit chevauchier pour deux grandes maladies, l'une de goutte et l'autre
d'escaupine. Fo 17.

P. 53, l. 11: Moret.--_Mss. A 11 à 14_: le conte de Moret en Escoce, non
mie en Gastinois. Fo 13 vo.

P. 53, l. 12: orilliers.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 29_: oreilles. Fo 14 vo.

P. 53, l. 20: proèces.--_Ms. d'Amiens_: Encoires estoient là li comtez
de Surlant, li comtes Patris, li contez de Mare, li comtes de Fi, li
comtes d'Astredène et moult de bons chevalliers et escuiers. Fo 8.


=§ 29.= P. 53, l. 29: bataille.--_Ms. d'Amiens_: En chacune avoit bien
huit mille hommes d'armes et seize mille de piet. Fo 8.--_Ms. de
Valenciennes_: Et avoit bien en chacune huit cens hommes d'armes et
seize mille de piet, Fo 17.

P. 54, l. 1: trente mille.--_Mss. A 11 à 14_: vingt quatre mille. Fo 13
vo.

P. 54, l. 6: vingt et quatre.--_Ms. B 6_: vingt mille. Fo 29.--_Ms. de
Rome_: vint trois mille. Fo 17.

P. 54, l. 6: sans le ribaudaille.--_Ms. de Rome_: sans les archiers à
cheval. Fo 17.

P. 54, l. 8: rengiés.--_Ms. de Rome_: on cevauça tout rengiet sievant
les banières le roi. Et en i avoit quatre; et les portoient li sires de
Sées, li sires de Ferrièrez, li sires de Morlais et li sires de
Hastinghes. Fo 17.

P. 54, l. 12: cinq.--_Mss. A 11 à 14_: deux. Fo 13 vo.


=§ 30.= P. 55, l. 9: d'abbaye.--_Mss. A 11 à 14_: de moines noirs. Fo
14.

P. 55, l. 14: ensamble.--_Ms. d'Amiens_: et là fu messires Jehans de
Haynnau appelés, ce fu bien raison. Fo 17 vo.

P. 55, l. 16: estoient.--_Ms. d'Amiens_: Tout consideret, entr'iaux il
disoient malement, car encorres n'en avoient il nuls veus ne ilx ne
savoient où il gisoient, ne se jà point les trouveroient, pour le fort
pays où il estoient enbatu. Si sambla as aucuns seigneurs qui là
estoient, tels que le seigneur de Persi, le seigneur de Ros, le seigneur
de Moutbray et le seigneur de Luzi, qui congnissoient auques le pays; et
disent à l'avis des Escos pour certain que il s'en raloient en leur
pays, et que nullement.... Fo 8.--_Ms. de Rome_: et fu avis à auquns que
li Escot s'en raloient en leur pais, et que on ne les aueroit point; et
pooit estre que il savoient bien tout le couvenant des Englois, mais on
ne savoit riens dou leur. Fo 17 vo.

P. 56, l. 18: marès.--_Ms. d'Amiens_: car chilx pays de Norhombrelant se
diffère assés de diverseté à le marce d'Engleterre. Et ossi font les
gens: il sont enviers les Englès ensi que demy sauvaige. Fo 8.

P. 56, l. 22: crolières.--_Ms. d'Amiens_: ne en ces cras marès plains de
bourbe. Fo 8.

P. 56, l. 29: marès.--_Ms. d'Amiens_: crolièrez et autrez plassis. Fo 8.

P. 56, l. 31: au col.--_Ms. d'Amiens_: le targe sus le dos. Fo 8 vo.

P. 57, l. 9: bestes.--_Ms. d'Amiens_: et chil derière cuidoient que ce
fuissent li annemy. Fo 8 vo.


=§ 31.= P. 57, l. 15: vespres.--_Ms. de Rome_: en ces lons jours d'esté.
Fo 17 vo.

P. 57, l. 17: rapasser.--_Ms. d'Amiens_: che disoient chil dou pays
pour certain, car ailleurs n'y avoit point de gué ne de passage, fors
que droit là. Fo 8 vo.

P. 58, l. 4: vingt et huit.--_Ms. B 6_: vingt et deus. Fo 30.

P. 58, l. 16: tourset.--_Ms. de Rome_: ou bouté en lor sain. Fo 17 vo.

P. 58, l. 22: tortis.--_Mss. A 2 et 8_: alumez. Fo 16 vo.

P. 59, l. 1: nonne.--_Mss. A 1 à 6, 9, 20 à 22_: ainçois que le jour
feust passé. Fo 16.

P. 59, l. 12: nonne.--_Ms. de Rome_: Environ heure de nonne, auqun povre
homme, ouvrier de carbon au bois, furent trouvé des varlès qui estoient
alés as verghes au bois, pour euls logier: il furent amené devant les
signeurs, liquel orent de lor venue trez grant joie. Il lor fu demandé
où il estoient: il respondirent que il estoient à quatorze lieues
englesces priès dou Noef Chastiel sur Thin, et à onze lieues de Carduel
en Galles; et si n'avoit nulle ville plus priès de là, où on peuist
riens trouver pour euls aisier.

On prist ces hommes, on les monta sus chevaus pour ensengnier le chemin.
On envoia tantos et sans delai de par le roi nonchier au Noef Chastiel
sus Thin que, qui voloit gaegnier, on venist avitaillier le ost. Et i
furent de le ost envoiiés plus de deux cens petis chevaus, pour aporter
vivres pour lors mestres. Mais li cheval estoient si foullé et si lassé
que il ne pooient aler que le pas; et fu toute nuis, avant que il
venissent au Noef Chastiel.

Qant ces nouvelles furent sceues au Noef Chastiel que li rois, lors
sires, et lors gens estoient en tel lieu et en tel dangier, toutes
manières de gens se prissent priès que de tourser vins et viandes et
cervoises et fains et avainnes pour les chevaus, et se missent tantos à
voie, non sus les chevalès que il avoient amenés, mais sus autrez qu'il
prissent tous reposés. Environ mie nuit, vinrent li premier en le ost,
dont on ot grant joie, car hommes et chevaus estoient si afamet que plus
ne pooient. Fo 18.

P. 59, l. 15: quatorze.--_Ms. B 6_: quinze. Fo 31.

P. 59, l. 16: onze.--_Mss. A 11 à 14_: douze. Fo 15.--_Ms. B 6_: vingt
cinq. Fo 31.

P. 59, l. 23: avainne.--_Mss. A 11 à 14_: poulailles, eufs, fromaiges.
Fo 15.


=§ 32.= P. 59, l. 28: A l'endemain.--_Ms. de Rome_: A l'endemain,
dedens heure de tierce, fu li hoos assés avitaillie. Et quisièrent
celle nuit toute nuit li four, et s'i hastèrent à faire dou pain. A
painnes estoit la paste escaufée, qant il le traioient hors dou four, et
le metoient en sas et en paniers; et puis sus petis chevalès il vinrent
en le ost. Tout estoit requelliet en bon gré et vendu. Et furent chil de
le ost grandement apaisiet. Et fist li rois donner à trois povres hommes
que lors gens avoient trouvé, dont il avoient eu celle adrèche, vint
livres à l'estrelin. Et sejournèrent là li rois et toute li hoos, sus la
rivière de Thin, wit jours tous entiers, attendans que li Escoçois
retournaissent, mais ils n'en avoient ne ooient nulles nouvelles. Aussi
li Escoçois ne savoient riens des Englès et les esqievoient par avis de
pais che qu'il pooient; et se tenoient en la marche de Carduel, entre
roces et montagnes, et pais inhabitable.

Ces uit jours que les Englez sejournèrent sus la rivière de Thin,
atendans la revenue des Escoçois, il travillièrent tellement le pais de
pourveances et si les quissent que, un pain d'un estrelin, on lor
vendoit siis. Encores le toloient il l'un l'autre. Vin tout bahuté, le
galon qui ne valoit en devant que siis estrelins, il l'achatoient vingt
quatre estrelins. Chars avoient il assés, mais toutez aultres coses lor
estoient si chières et si court tenues qu'il n'en pooient recouvrer. Et
encores avoecques tout ce meschief, il ne cessoit point de pleuvoir, par
quoi lors selles, penniauls et contreçaingles furent tout pourit, et
tout li cheval ou la plus grant partie quassé sus le dos; et ne savoient
de quoi cheuls ferrer qui estoient desferret, ne de quoi couvrir fors
que de leurs tourniqiaus d'armes. Ne euls meismes encontre la plueve il
ne se savoient conment desfendre; et passoient bien souvent, qant il
aloient et venoient pour querir pourveances ou pour veoir l'un l'aultre,
en la bourbe jusques as qievilles.

Et encores l'avoient li Hainnuier trop pluz dur parti que li Englois,
car depuis basses vespres il ne s'osoient desfouchier, mais tenir
ensamble et faire doubles gais toute nuit, pour la doubtance des
archiers de Lincole, qui volentiers les euissent couru sus et fait grant
damage, se il ne dobtaissent le roi et les signeurs à courouchier. Et
n'avoient de quoi faire feu, forz que de verde lagne qui ne voloit
ardoir; et n'avoient ne pot, ne chaudière, ne caudron, car tous lors
charois estoit demorés derrière, qui ne pooit venir par nul cemin
jusques à euls pour la diverseté dou pais; et rotissoient toutez lorz
carz, et avoient trop grant defaute de sel; et ne savoient à quoi boire
de l'aige ou de l'autre buvrage, qant il en pooient avoir, fors en
vasselles que il avoient fais dez escorces des auniaus et d'aultres
arbes dou bois. Fo 18.

P. 60, l. 4: barilz.--_Ms. B 6_: Et sy coustoit le denier quatre. Fo 32.

P. 60, l. 7: huit jours.--_Ms. d'Amiens et mss. A_: environ huit jours.
Fo 9.--_Ms. B 6_: En cel estat furent dix huit jours. Sy vous dy que les
Englès eurent moult de disettes et de pouvreté, car toudis nuit et jour
il gisoient en leur armure. Et faisoient les Haynuers deus gait, l'un
pour les Escochois, et l'autre pour les archiés de Linchelle. Fo 32.

P. 60, l. 15: six estrelins.--_Ms. d'Amiens_: sis estrelins ou sept. Fo
9.

P. 60, l. 15: un paresis.--_Ms. d'Amiens_: une obole estreline. Fo 9.

P. 60, l. 16: de vin.--_Mss. A 18 et 19_: sis esterlins qui ne deust
valoir que sis parisis. Fo 17 vo.

P. 60, l. 17: six.--_Ms. d'Amiens_: quatre. Fo 9.


=§ 33.= P. 61, l. 4: passer.--_Ms. de Rome_: mais li Escoçois qui sont
soutil de gerre, sceurent bien prendre un aultre cemin; car il
congnoissent otant bien toute la marce où il estoient, aloient et
venoient, que il font lor pais d'Escoce. Fo 18 vo.

P. 61, l. 5: De quoi.--_Ms. de Rome_: et n'i avoit si fort, si jone, ne
si joli, qui ne fust tous pesans de merancolie. Fo 18 vo.

P. 61, l. 11: sept.--_Ms. de Rome_: sept lieues plus hault viers
Carduel, au desus de la rivière. Fo 18 vo.--_Mss. A 18, 19_: six lieues.
Fo 17 vo.

P. 61, l. 18: cent livrées.--_Ms, de Rome_: en deniers apparilliés cent
livres d'estrelins. Fo 18 vo.

P. 61, l. 21: Adonc.--_Ms. B 6_: Adonc montèrent à cheval pluiseur
escuiiers qui desiroient à avoir che prouffit et honneur, et se mirent
en esqueste. Dont il avint à ung escuier englès, qui s'apelloit Thomelin
Housagre, que il chevaucha si avant que d'aventure il s'enbaty entre les
Escochois, qui estoient logiet sur une montaigne, à sept petites lieues
priès des Englès, et riens n'en savoient. Sy fut pris l'escuyers et
amené devant messire Gillame de Douglas et le conte de Mouret, chief et
meneurs des gens d'armes, car le roy d'Escoche n'y estoit mye presens.

Quant les seigneurs et les barons d'Escoche virent l'escuier englès
devant yaulx, il luy demandèrent dont il venoit et quel cose il queroit.
Et il leur dist toute la verité, et comment le roy d'Engleterre et ses
gens les avoient quis et demandé jà le terme de vingt jours. Dont dist
mesirres Gillame de Douglas, qui ot grant joie de ces nouvelles:
«Chertes, compains, puisque vous estes venus jusques à chy pour chelle
cause, nous vous quiterons vostre prison, car nous vollons que vous
soiés chevalier, et que vous gaigniés cent livres de terre à l'estrelin.
Et se dirés ensy au roy et à vos seigneurs que, se il nous quièrent et
ont quis, et nous les querons; et que droi chy il viengnent, et il nous
trouveront.» L'escuiier fut moult joieus de ceste response, et leur
dist: «Signeur, grant merchy, et je le diray au roy et as barons par
delà.»

Adonc se party d'eulx, et chevaucha tant que il vint en l'ost devers le
roy d'Engleterre. Et là vinrent tout li baron, pour oïr nouvelles.
«Sire, dit l'escuiier au roy, je ay veut et trouvé les Escos et parlé à
iaus. Et sont bien logiet sur une montaigne, à sept petites lieues de
chy. Et vous ont quis et là atendu ung grant temps, et vous desirent à
trouver otant bien que vous faites eulx. Et demain au matin je vous
menray à celle part et les vous monstreray, se il vous plaist, car il
dient que il vous atenderont.» De ces nouvelles fut le roy et tous les
barons resjoy. Fos 33 et 34.

P. 61, l. 23: seize.--_Mss. A 11 à 14_: jusques à seize ou dix huit. Fo
15 vo.

P. 61, l. 27: L'endemain.--_Ms. de Rome_: le bon matin. Fo 18 vo.

P. 62, l. 2: rapasset.--_Ms. de Rome_: une petite lieue en sus. Fo 19.

P. 62, l. 6: à Paris.--_Ms. d'Amiens_: à Londrez ou à Paris. Fo
9.--_Mss. A_: en paradiz.--_Ms. A 1_, fo 17.

P. 62, l. 9: ars.--_Ms. de Rome_: mais il ne veoient homme ne fenme;
tout s'en estoit fui et repus pour la doubtance d'euls. Fo 19.

P. 62, l. 13: menoit.--_Ms. de Rome_: et n'ooient nulles nouvelles des
Escos. Considerés la grant painne et diligense que il rendoient à
trouver les maleois Escoçois. Et se contentoient mal li auqun de ce que
on les pourmenoit ensi, et dissoient: «Nennil, nous travillons en vain:
les Escos sont retrait, grans jours sont passé; car aultrement, se il
ne fuissent enclos en terre, nous en euissions oy nouvelles.»

Au quart jour, sus l'eure de tierce, evous revenu trois esquiers deviers
les marescaus, qui les Escoçois avoient trouvés et parlé à euls. Tantos
li doi marescal, mesire Thomas Wage et messires Lois Hay fissent cesser
l'oost, dont dissent toutes gens: «Nous avons nouvelles: chil
chevauceour ont trouvé les Escos.» Messires Thomas Wage amena ces
esquiers deviers le roi. Qant il furent venu jusques au roi, il li
dissent: «Sire, certainement nous avons veu les Escos, et la place là où
il sont logiet et aresté; et à ce que il moustrent, il vous atendent. Et
avons parlé à l'un de lors hiraus, et disoit que il venoit de Durames;
et vous quidoit là trouver, et vous portoit la bataille. Et nous mena si
avant sus son conduit que nous avons veu une partie de lor couvenant; et
là vous menrons, se vous volés.»--«Oil, dist li rois, nous ne desirons
aultre cose.»--«Et sont il lonch de chi?» demanda li rois.--«Sire,
nennil: environ siis lieues englesces.» Fo 19.

P. 62, l. 18: huit jours.--_Ms. de Valenciennes_: six journéez. Fo 19.


=§ 34.= P. 63, l. 2: arrester.--_Ms. B 6_: à heure de vespres. Fo 35.

P. 63, l. 2: blés.--_Ms. de Rome_: et fu li rois logiez en une abbeie
que on clainme ou pais le clostre Saint Pière, et est de blans monnes.
Et ne l'avoient point ars li Escoçois, pour tant que l'abbé estoit
cousins à un baron d'Escoce, le signeur de Lindesée, et estoit chils en
celle cevauchie.

Encores fu demandé à ces trois esquiers pourquoi li hiraus n'estoit
venus parler au roi, qant si mestre l'avoient envoiiet jusquez à Duramez
pour li trouver et les signeurs, et fait son message. Il respondirent à
ce et dissent: «Nous li remoustrasmes bien et le volions amener
avoecques nous, mais il nous pria que nous vosisions faire son message,
et se moustroit à estre dehetiés: c'est la cause pour quoi il s'en
retourna deviers ses signeurs.» En celle abbeie se loga li rois celle
nuit, et toute li hoost là environ; et pooit avoir quatre lieues
englesces de là où li Escoçois estoient logiet. Fo 19.

P. 63, l. 11: Apriès.--_Ms. de Rome_: Qant ce vint au matin. Fo 19.

P. 63, l. 14: conduisoit.--_Ms. de Rome_: Et aloient li troi esquier,
qui les nouvelles avoient aporté des Escoçois, devant, et menoient les
banières. Fo 19 vo.

P. 63, l. 17: chevaucièrent.--_Ms. de Rome_: en tournant deus montagnes.
Fo 19 vo.

P. 63, l. 22: montagne.--_Ms. B 6_: ronde et ague de tous lés, excepté
du costet par où les Escochois estoient montés. Fo 35.

P. 64, l. 11: ordonnées.--_Ms. d'Amiens_: messires Jehans de Haynnau et
cinq des plus grans seigneurs d'Engleterre amenèrent.... Fo 9 vo.

P. 65, l. 14: plairoit.--_Ms. de Rome_: et se il ne pooient venir par
là, il alaissent autour des montagnes querre la voie. Fo 19 vo.


=§ 35.= P. 65, l. 16: commander.--_Ms. de Valenciennes_: par les
marissaulx. Fo 20.

P. 65, l. 29: juper.--_Ms. de Valenciennes_: huer à plaine geulle tout à
une fois. Fo 20.

P. 66, l. 4: Pière.--_Ms. d'Amiens_: li solaux leva biaux et clers, et
fu li airs assés atemprés et en boin point. Fo 9 vo.

P. 66, l. 32: avis.--_Ms. de Rome_: mais li Englès, qui congnoissent lor
manière, n'en font compte; bien dient: Olà! les diables qui se
resvellent, qui nous quident esfreer et eshider par lor juperie. Fo 20.

P. 67, l. 10: en l'ewe.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 19_: en pot. Fo 18.

P. 67, l. 12: gramment.--_Ms. de Rome_: mès que il aient de la farine et
une plate pière à faire des oublies. Et aussi ne font auquns Englois ne
Gallois: il sont tout de une painne et de une matère et condition. Fo
20.

P. 67, l. 23 et 24: montagne.--_Ms. B 6_: à quatre lieues en sus. Fo 37.

P. 67, l. 26: repus.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: pour plus estre à repos.
Fo 18 vo.--_Mss. A 18, 19_: pour estre plus repont. Fo 19 vo.

P. 68, l. 9: yaus.--_Ms. d'Amiens_: Li Englès estoient logiés de une
part de le rivierre, et li Escot d'aultre; et demorèrent en tel estat,
dis huit jours et dis huit nuis, sus celle seconde montaingne, et tous
les jours rengiés l'un contre l'autre. Si y eult pluiseur escarmuches,
en le rivierre et sus le rivaige, d'aucuns archiers et legiers
compaignons qui s'aventuroient. Fo 10.

P. 68, l. 15: acorder.--_Ms. d'Amiens_: de quoy li roys et li signeur
d'Engleterre estoient tout courchiet, et si ne le pooient amender que ce
ne fuist trop à leur grant dammaige. Fo 10.

P. 68, l. 9: dix-huit.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: huit. Fo 18 vo.

P. 68, l. 17: mesaises.--_Ms. d'Amiens_: Si n'eurent oncquez li Escot,
tout ce temps que je vous compte, pain, ne vin, ne sel, ne quir tanet ne
conret pour faire estivaulx, ne sorlers; ains faisoient sorlers de quir
tous crus à tout le poil. Et li Englès, de l'autre part, n'estoient mie
trop à aise, car il ne savoient de quoy yaux logier, ne de quoy couvrir,
ne où aller fourer fors en bruiièrez. Si puet chacuns savoir que il
avoient grant faute et grant mesaise de leurs tentes et de leur caroy,
de leurs coses et de leurs hostilz qu'il avoient en devant fès, ordonnés
et achatés, pour yaux servir et aaisier. Et si les avoient en ung bois
laissiet sans garde, et ne savoient où c'estoit; ne il n'y pooient venir
ne envoiier.

Ensi en celle cache et poursuilte des Escos, furent li Englès ung mois
tout plain, à tel meschief et à tel mesaise que vous avés oy, que
touttes leurs pourveanches leur estoient fallies à leur plus grant
besoing. Et comment que pourveanchez leur venist à vendre tous les jours
de pluiseurs costés, sy n'eurent il oncques si bon marchiet que uns
pains mal quis et de mauvais bled ne leur coustast trois estrelins
englès, qui ne dewist valloir que ung denier parsis à le ville, et ung
galon de povre vin escauffet douse estrelins, qui ne valloit au tounel
que trois. Ensi vivoient il à dur et en grant meschief, et livroient
leurs garchons par portion bien escarsement, car encoires avoient il
paour de plus grant fammine, et que argens ne leur fausist par trop
loinge demorée. Fo 10.

_Ms. de Valenciennes_: Mais onques les Escos ne s'i vaurent acorder ne
prendre le parchon; et si vivoient en tel povreté qu'il n'est homme qui
n'en deuist avoir pitié, et pareillement les Englès, nonobstant que un
pau euissent il mieulx que les Escos. Fo 20 vo.


=§ 36.= P. 68, l. 22: deux cens.--_Mss. A 11 à 14_: trois cens. Fo 17
vo.--_Ms. B 6_: quatre cens. Fo 37.

P. 68, l. 24: si feri.--_Ms. de Rome_: et se feri moult vassaument en
l'oost des Englois, en criant: «Glas! Glas!» Et conmenchièrent il et si
compagnon à faire une grande envaie, et à coper et mehagnier gens et à
abatre, car ce fu sus le point dou premier sonme. Fo 20 vo.

P. 68, l. 26: baron.--_Mss. A 7 à 10, 15 à 19_: larron. Fo 16.

P. 68, l. 27: trois cens.--_Ms. B 6_: deux cens. Fo 37.

P. 69, l. 4 et 5: montagne.--_Ms. de Rome_: Celle envaie fist li
chevaliers, dont il acquist trez grant renommée, des Englès meismement.
Fo 20 vo.

P. 69, l. 12: vingt et deus.--_Ms. B 6_: cinq. Fo 38.

P. 69, l. 16: aultres.--_Ms. d'Amiens_: En tel mannierre que je vous ay
compté, demorèrent li Englès vingt deus jours sus ces deus montaingnes
devant les Escos, toudis escarmuchant qui escarmuchier volloit, et priès
que tous les jours rengiés les ungs contre les autres, une foix ou deus.
Et moult souvent quant on estoit retrais et desarmés, recrioit on: «As
armes! Li Escot sont passet.» Si les couvenoit armer de rekief, et puis
trouvoit on que c'estoit bourde. En apriès, il couvenoit getter touttes
lez nuis par connestablies sus lez chans en trois lieux et à trois
costéz de l'host, apriès ce que messires Guillaumes de Douglas eut fait
ceste envaiie que vous avés oyt. Et commandoit on bien et à çascun gart
deus cens armeurez de fier, car çascun jour dounnoit on à entendre à ces
seigneurs d'Engleterre que li Escot estoient tout ordounnet de venir par
nuit courre sour yaux, car il ne se pooient plus ensi tenir, ne endurer
telle fammine. Ces nouvelles faisoient plus ententievement gaitier les
Englès que nulle autre cose, et estoient de ces ghais durement
travilliés, avoecq le mesaise et le povreté qu'il enduroient.

De quoy li Haynuiers et chil qui estoient là avoecques monseigneur Jehan
de Haynnau, estoient là en ung dur parti, car il leur couvenoit faire
deus gais, l'un avoec les seigneurs d'Engleterre par l'ordounnanche dez
mareschaux, et l'autre pour les archiers d'Engleterre qui plus les
heoient que il ne fesissent les Escos, et bien leur disoient et leur
reprouvoient souvent le fier et le dure bataille qu'il leur avoient fet
à Ewruich, enssi que vous avés oy, et souvent les appelloient
mourdreours. Ensi estoient il toudis, par jour et par nuit, en troix
grandez paours, en paour des Escos qui si priès leur estoient, en paour
des archiers englèz qui entre yaux se logoient, et en paour de plus
grant fammine et grant mesaise avoir par trop loinge demourée. Fo 10 vo.


=§ 37.= P. 69, l. 17: vingt et deus.--_Ms. d'Amiens_: le dix huitième
jour. Fo 10 vo.--_Mss. A 20 à 22_: le derrenier jour des huyt. Fo 36
vo.--_Mss. A 30 à 33_: le derrenier jour des vingt quatre. Fo 104
vo.--_Ms. B 6_: le sixième jour. Fo 38.

P. 69, l. 20: leurs.--_Ms. d'Amiens_: et toutteffois tant fu il enquis
et examinés qu'il s'en descouvri ung petit, car on li eut en couvent à
faire douche raenchon. Fo 10 vo.

P. 69, l. 21: souverain.--_Ms. de Valenciennes_: les capitaines des
Escos. Fo 21 vo.

P. 70, l. 6: armé.--_Ms. d'Amiens_: et jurent toutte celle nuit chacuns
tous sus armes, en le place devant le feu et desoubz les bannierrez, le
teste sour le cul ou sour les jambes de son compaignon. Fo 10 vo.--_Ms.
de Rome_: et proprement li rois i estoit, et le couvint villier aussi
bien comme les aultres. Et attendirent les Escoçois en cel estat, qui
point ne vinrent, mais ordonnèrent autrement bien et sagement. Car, si
tos que la nuis fu venue, il furent tout prest et se departirent, sans
faire noise ne cri; et furent moult eslongié, avant que il fust jours.
Fos 20 vo et 21.

P. 70, l. 13: d'Escoce.--_Ms. de Rome_: qui trop avoient dormi. Fo 21.

P. 71, l. 3 et 4: montèrent.--_Ms. B 6_: environ sollail levant. Fo 39.

P. 71, l. 4: englès.--_Ms. d'Amiens_: et haynuyers. Fo 10 vo.

P. 71, l. 8: bestes.--_Ms. de Rome_: vaces, buefs et viauls. Fo 21.

P. 71, l. 11: chaudières.--_Ms. de Rome_: caudrons pendans à havès de
bois. Fo 21.

P. 71, l. 14: hastiers.--_Ms. d'Amiens_: mil chartiers. Fo 10 vo.

P. 71, l. 24: mareschaus.--_Ms. d'Amiens_: Et au soir il se logièrent en
un biel pret et trouvèrent assés à fourer, qui bien besongnoit à leurs
chevaux, qui estoient si foullet et afammet, si esfondut de froit et de
pleuve, et si desfroissiet de leurs povrez selles que à grant meschief
les pooient il cachier avant, ne seoir sus pour le froissure, car il
n'avoient peniel à cengle, ne contrecengle, culière, bride, ne poitral,
que tout ne fuissent desromput et pourri. Ains en couvenoit le plus
fairre peniaux de viés wanbais ou de viés pourpoins ou de viés flassars,
qui avoir en pooit, pour mettre desoubz leurs sellez et cengles de
sourcengles. Et avoecq, li plus de leurs cevaux estoient defferet par
deffaulte de fier et de marescaux; et y vendi on mil claux de fier,
chacun claux sis estrelins: encoires tous liés qui les pooit avoir. Par
quoy on poroit bien dire, qui tous les meschiefs, les mesaises, les
travaux et les paours seroit considerer de le première chevauchie et de
ceste autre, que oncques si jouènes prinches comme li gentilz roys
estoit, n'avoit empris ne enduret deus si durez, si travillans ne si
perilleuses chevauchies comme ces deux avoient estet, et ambedeux dedens
une année emprises et achievées; et si n'avoit li roys que seize ans.
Ainssi le disoient tous li plus preux de l'ost, et cil qui plus avoient
veut. Ensi furent il celle nuit logiet en cel biel pret, dalléz ung biel
park. Fo 11.

P. 72, l. 4: l'eglise.--_Ms. de Rome_: catedral. Fo 21.

P. 72, l. 4: Durem.--_Ms. B 6_: Et le prumière ville que il trouvèrent,
che fu Durem où il y avoit grant foison de leur harnas. Sy s'en vint le
roy au Noef Castel, et là se rafresqui trois jours. Et au quatrième il
se party et s'en vint à Durem, et là donna il le plus grant partie de
ses gens congiet. Mais il retint dalés luy monseigneur Jehan de Haynau
et les Hainuiers; et chevauchèrent en la compaignie du roy jusques à la
cité de Ewruich. Fo 40.

P. 72, l. 14: recognoistre.--_Ms. d'Amiens_: s'il furent liet et joiant
quant il oïrent ces nouvelles, che ne fet point à demander, car tous
leurs draps et leurs avoirs estoit sus les charettes. Si n'avoient que
vestir fors leurs pourpoins puans et flairans, tous pouris de pleuve et
de sueur, et pures brayes pouriez et mal buées. Si se renouvellèrent
celle nuit de touttes coses, qui bien leur besongnoit. Fo 11.--_Ms. de
Rome_: Si se tinrent là trois jours et s'i rafresqirent, et fissent
ferrer lors chevaus qui grant besongne en avoient. Et tant en chei à
referrer que li fiers falli, et se couvint aidier de ceminiaus, de
bendes de chars et de hastiers de fier et de qievilles. Et coustoit uns
fiers pour un cheval, d'un seul piet, siis estrelins. Encores i eut si
grant presse, sus les trois jours que il furent à Durames, que bien la
tierce pars des chevaus furent encloés. Fo 21.

P. 72, l. 20: Evruich.--_Ms. de Rome_: et li rois vint à Uruich c'on
dist Iorch. Fo 21 vo.

P. 73, l. 4: compagnons.--_Ms. de Rome_: Et ne furent pas adonc tout
hors paiiet en denierz apparilliés, car li receveur et officiier dou roi
avoient trop mis hors d'argent pour ce voiage. Et qant finance fu
revenue, on en fist paiement à Bruges. Si fu çasquns paiiez et satisfais
selonch sa porsion. Fo 21 vo.

P. 73, l. 16: Flandres.--_Ms. de Rome_: Environ sept jours, se tinrent
messires Jehans de Hainnau et li Hainnuier à Wruich, c'on dist Iorch,
depuis la revenue dont je vous ai parlé, dalés le roi et madame la roine
et les signeurs d'Engleterre. Fo 21 vo.

P. 73, l. 19: douze.--_Mss. A 11 à 14_: deux. Fo 18 vo.

P. 73, l. 21: archiers.--_Ms. d'Amiens_: pour le doubtance des archiers,
qui trop les hayoient, et qui au departir de l'ost trop fort manechiet
les avoient. Pour celle cause, et que li roys ne volsist nullement que
messires Jehans de Haynnau ne se routte ewissent rechupt nul dammaige,
les fist il aconduire de douse chevaliers et de bien trois cens armurez
de fer, dont messires Regnaulx de Goben et messires Thumas Waghe
estoient chief; et les amenèrent tout sauvement à Douvres. Fo 11.--_Ms.
de Valenciennes_: Et en conduit que le roy y envoia, pour le grant soing
qu'il avoit, furent douze chevaliers et trois cens hommes d'armes.
Premiers y fu messire Regnault de Gobeham et messire Thomas Waghe, qui
estoient meneur de le route. Fo 22.--_Ms. de Rome_: Ensi se departirent
le Hainnuier dou roi et des signeurs; maiz il envoiièrent par la rivière
dou Hombre, qui rechiet en la mer, et par vassiaus, la grignour partie
de lors harnois et de lors varlès, liquel vinrent depuis, à l'aide de
Dieu et dou vent, à l'Escluse en Flandres; et il ceminèrent par terre,
et vinrent à Londres. Et les fist li rois aconvoiier et acompagnier de
messire Thomas Wage, marescal d'Engleterre, pour la doubtance des
archiers de Lincole, car il les couvenoit rapasser parmi lor pais; et ne
trouvèrent, Dieu merchi, nul encombrier. Et orent li Hainnuier moult à
cevauchier de Iorch jusques à Londres. Et qant il furent là venu, il s'i
rafresqirent deus jours, et puis s'en departirent et se missent au
cemin. Et ne les laissa messires Thomas Wage, si furent à Douvres; et là
montèrent il en mer, et arivèrent à Wissan. Fo 21 vo.

P. 74, l. 2 et 3: Boulongne.--_Ms. de Rome_: et li aultre vinrent à
Saint Omer. Fo 21 vo.

P. 74, l. 3: Haynau.--_Ms. de Rome_: Messirez Jehans de Hainnau vint
deviers son frère le conte et madame la contesse, qui les veirent
volentiers, li, le signeur de Ligne et les barons et chevaliers, qui en
sa compagnie avoient esté. Fo 21 vo.

P. 74, l. 9: savoit.--_Ms. d'Amiens_: En telle mannière comme je vous
recorde, fu ceste dure grande chevauchie sus les Escos departie, et s'en
ralla chacun en son lieu. Et remerchia grandement messires Jehans de
Haynnau lez compaignons qui en ceste cevaucie avoient estet avoecq lui,
et especialment et premierement les plus lontaings, les Hasbegnons et
les Braibenchons et ossi tous lez Haynnuiers; et li proummissent au
departir toutte amour et bon service, se il lui besongnoit. Fo 11 vo.


=§ 38.= P. 74, l. 13: Ne demora.--_Ms. de Rome_: Depuis ne demora pas
demi an que madame la roine d'Engleterre et tous li consauls de li et de
son fil le roi avisèrent l'un parmi l'autre que il couvenoit le jone
Edouwart roi d'Engleterre marier. Et ne pooient veoir lieu ne hostel,
par l'avis et imagination de tous et de toutes, où il euist fenme mieuls
à la plaisance de li, car on l'en demanda, que en l'ostel de Hainnau, à
l'une des filles le gentil conte Guillaume de Hainnau. Et qant il li fu
demandé, il conmença à rire et dist: «Oil, il me plaist mieuls là que
d'aultre part, et à Phelippe, car elle et moi nous concordions trop bien
ensamble; et plora, je le sçai bien, quant je pris congiet à lui, et je
me parti.» Adonc dist madame se mère: «Biaus fils, vous dittes voir, et
nous sonmes moi et vous grandement tenu à nostre cousin de Hainnau; et
vous verai là plus volentiers mariet que ailleurs. Et i envoierons
soufissans messages, car la damoiselle le vault bien; et escriprons et
prierons à messire Jehan de Hainnau que il s'en voelle dou tretiier,
comme bons moiiens, ensonniier.»

On ne recula point de ce pourpos, mais furent ordonné li evesques de
Durames et doi baron d'Engleterre, le signeur de Biaucamp et messire
Renault de Gobehem. Et leur furent delivret lettres, et dou sourplus
qanq que ou dit voiage pooit apertenir. Et passèrent la mer à Douvres,
et vinrent à Wissan; et ne cessèrent, si vinrent à Valenchiennes. Si se
traissent à hostels sus le marchiet, au Chine, à le Bourse et à la Clef.
Pour ces jours, estoient li contes de Hainnau et la contesse et si
enfant au Kesnoi. Il demandèrent où messires Jehans de Hainnau estoit.
On leur dist que il en oroient nouvelles à Biaumont en Hainnau.
D'aventure, il trouvèrent Phelippe de Castiaus, qui estoit venus à
Valenchiennes. Tantos que il sceut lor venue, il se trest viers euls. Il
le recongneurent, car il l'avoient veu en Engleterre; et estoit li plus
proçains de mesire Jehan de Hainnau. Il en demandèrent à lui; il l'en
dist la verité, et cevauça à l'endemain avoecques euls, et les amena à
Biaumont.

Messires Jehans de Hainnau fu très grandement resjois de lor venue. Et
le trouvèrent pourveu et aourné de chevaliers et d'esquiers, et madame
sa fenme, contesse de Soissons et dame de Dargies, aussi pourveue de
dames et de damoiselles. Là estoient li sires de Fagnuelles, li sires de
Haverés, li sires de Wargni, il sires de Potelles et li sires de
Montegni. Chil signeur d'Engleterre reconmendèrent grandement l'estat de
li et de sa fenme. Il moustrèrent les lettres, que il avoient de par
madame d'Engleterre, et le jone roi son fil, et lors consauls. Messires
Jehans de Hainnau rechut les lettres, et les ouvri et lissi tout au
lonch. Et quant il ot veu et entendu la matère dont elles parloient, et
que c'estoit pour l'avancement et mariage de sa cousine de Hainnau, si
en fu grandement resjois; et dist à l'evesque et as chevaliers qui là
estoient, que il obeiroit volentiers à tout ce que on li avoit escript,
car il i estoit tenus de foi et d'onmage. Li gentils chevaliers fist à
ces signeurs d'Engleterre la milleur chière que faire lor pot, car bien
le savoit faire, et tant que tout s'en contentèrent; et les tint à
Biaumont deus jours tout aise.

Et puis au tierch jour, il s'en departirent tout ensamble, et vinrent à
Maubuege et de là au Kesnoi; et trouvèrent le conte et la contesse bien
acompagniet de chevaliers et d'esquiers, de dames et de damoiselles dou
pais, qui requellièrent toute la compagnie moult doucement et liement,
ensi que bien le savoient faire. Messires Jehans de Hainnau fu
promotères de ce mariage et s'en aquita bien, ensi que escript on l'en
avoit, et tant que li contes de Hainnau acorda Phelippe, sa fille, en
cause de mariage, au jone roi d'Engleterre, voires là où li papes les
vodroit dispenser pour le linage, car il estoient moult proçain, lors
deus mères cousines germainnes. En tant que de la dispensation, li
ambasadour d'Engleterre s'en cargièrent, et envoiièrent en Avignon deus
chevaliers et deus clers de droit.

Pour ce temps, resgnoit papes Jehans, qui descendi tantos à la
dispensation faire dou mariage d'Engleterre et de Hainnau. Et li fu avis
et à tout le colège que c'estoit une cose bien prise. Et retournèrent
arrière à toutes les bulles de dispensation, et vinrent à Valenchiennes
deviers les signeurs, l'evesque de Durames et les aultres qui là les
atendoient. Si en orent toutes les parties grant joie. Et fu la
damoiselle espousée par la vertu de une procuration; et puis
retournèrent en Engleterre nonchier ces nouvelles. Pour lors estoit
Phelippe de Hainnau, ou tressime an de son eage. Longe et droite
estoit, sage, lie, humle, devote, large et courtoise; et fu en son temps
aournée et parée de toutes nobles vertus, et amée de Dieu et dou monde.
Fos 21 vo et 22.

P. 74, l. 14: li contes.--_Ms. B 6_: Aimon. Fo 41.

P. 74, l. 14: de Kent.--_Ms. d'Amiens_: ses oncles. Fo 11 vo.

P. 74, l. 19: marier.--_Ms. B 6_: Sy regardèrent où, et dirent adonc
entr'eulx que on ne le povoit mieulx assener ne marier que à l'une des
filles de che vaillant et honnouré prinche, le conte Guillame de Haynau
qui sy grant amour et courtoisie avoit fait à la royne d'Engleterre et à
son filz, et que aydiet luy avoit, quant tout le monde luy avoit failly,
et envoiet son frère et ses gens pour luy aydier à reconquerre son pais,
ou aultrement il estoit perdus. Chel avis et consauls fu tenus, et fut
demandet au jone roy quelle chose il en diroit. Ilz respondy que il n'y
sentoit que tout bien, et que plus vollentiers le prenderoit yl que
aultre part. Et lors luy fu demandé à laquelle il avoit mieus son
plaisir, car le conte de Haynau avoit trois filles à marier. Et le roy
respondy: «à la plus jouène, exsepté unne, qui s'apelle Phelippe,» car
celle luy avoit toudis moustré plus d'amour que nulle des aultres, du
tamps que il fut en Haynau. Fos 41 et 42.

P. 74, l. 19: un evesque.--_Ms. d'Amiens_: l'evesque de Nordvich. Fo 11
vo.--_Ms. B 6_: deus evesques et ung conte et six chevaliers. Fo 42.

P. 74, l. 25: filles.--_Ms. et Amiens_: madammoiselle Phelippe sa fille.
Fo 11 vo.

P. 74, l. 27: lui.--_Ms. B 6_: Adonc passèrent l'ambassade la mer à
Wisant, où le passaige estoit lors tout commun. Fo 43.--_Ms. d'Amiens_:
Chil messagier de par le roy, ensi que je vous di, vinrent à
Vallenchiennes en grant arroy, et trouvèrent monseigneur Jehan de
Haynnau à son hostel de Biaumont; et se traissent premierement deviers
lui, et li disent tout ce dont chargiet estoient: «Chiers sirez, nous
sommes chy envoiiet de par nostre seigneur le jouène roy d'Engleterre et
madamme se mère et tout son consseil de delà. Et vous priient que vous
voeilliéz adrechier à ceste besoingne et estre dallés nous, et priier à
monseigneur le comte vostre frère que il voeille acorder en cause de
mariaige madammoiselle Phelippe sa fille, car il l'aroit plus chier que
nul autre, tant pour l'amour de vous que dou noble sancq dont elle est
extraite.» Fo 11 vo.

P. 74, l. 29: faire.--_Ms. B 6_: Le gentil chevalier respondy que
vollentiers il y seroit pour yauls, et que che n'estoit mie petite chose
de sa nièche, car sa seur ly mainsnée auroit à mari le roy d'Allemaigne
qui jà tiroit à estre empereur de Romme. Fo 43.

P. 74, l. 31: frère.--_Ms. B 6_: le conte qui estoit en la ville de
Valenciennes où adonc il se tenoit. Fo 43.

P. 74 et 75: rechut--_Ms. B 6_: grandement, car bien le savoit faire,
mieulx que nul prinche. Fo 43.

P. 75, l. 16: deus de leurs chevaliers.--_Ms. B 6_: quatre chevaliers.
Fo 44.

P. 75, l. 17: Saint Père.--_Ms. B 6_: pape Jehan. Fo 44.


=§ 39.= P. 76, l. 4: Quant.--_Ms. de Rome_: Qant li contes et la
contesse de Hainnau orent ordonné et entendu à l'estat de madamoizelle
Phelippe lor fille, et aourné ensi comme à lui apertenoit, qui devoit
estre roine d'Engleterre, on pourvei chevaliers et esquiers qui
avoecques lui devoient partir. Adonc prist elle congiet à son signeur de
père et à madame sa mère et à Guillaume de Hainnau, son frère, et à
Jehane et à Issabiel, ses serours, car Margerite, li ainnée, n'estoit
point là; avant estoit en Alemagne et acouvenenchie à l'empereour le roi
Lois de Baivière, roi d'Alemagne et empereour de Ronme. Après tous ces
congiés, la jone roine Phelippe d'Engleterre, en l'eage entre trèse et
quatorse ans, se departi de Valenchiennes en la compagnie de messire
Jehan de Hainnau son oncle, dou signeur de Fagnuelles, dou signeur de
Ligne, dou signeur de Brifuel, dou signeur de Haverech, dou signeur de
Wargni et plus de quarante chevaliers et esquierz de Hainnau. Et servoit
devant lui adonc uns jones esquiers qui se nonmoit Watelès de Mauni, qui
puis fu messires Watiers, vaillans homs et preus as armes, ensi que vous
trouverés ses grans proèces escriptes en ceste histoire, car ce fu uns
homs qui fist en son temps par sens et par proèce le corps et la
cavance. Et se departirent de Hainnau pluisseur jone esquier, en entente
que pour demorer en Engleterre avoecquez la roine. Si cheminèrent tant
que il vinrent à Wissan; si furent esqipé lors chevaus et mis ens ès
vassiaus passagiers d'Engleterre qui là les atendoient. Si furent tantos
oultre, et là estoient li sires de Biaucamp et messire Renault de
Gobehem, liquel avoient atendu la venue de la jone roine bien quatre
jours. Si entra la ditte roine Phelippe de Hainnau en Engleterre à si
bonne heure que tous li roiaulmes en deubt estre resjois et fu; car
depuis le temps de la roine Genoivre qui fu fenme au roi Artus et roine
d'Engleterre que on nonmoit adonc la Grant Bretagne, si bonne roine n'i
entra, ne qui tant d'onnour reçuist, ne qui si belle generation euist,
car elle eut dou roi Edouwart son mari, en son temps, sept fils et cinq
filles. Et tant comme elle vesqui, li roiaulmes d'Engleterre eut grasce,
prosperité, honnour et toutes bonnes aventures; ne onques famine ne
chier temps, de son resgne, ni demorèrent, ensi que vous orés recorder
en l'istore.

Tant esploita la jone roine d'Engleterre et sa compagnie que il vinrent
en la chité de Cantorbie, et alèrent veoir le corps saint Thomas et i
fissent lor offrande, et puis passèrent oultre. Et par toutes les villes
où il passoient, on lor faisoit feste et honnour, dons et presens, et
passèrent à Rocestre et puis à Dardeforde; et vinrent à Eltem, et là
s'arestèrent. Et là estoit li evesques de Durames qui par procuration
l'avoit espousé à Valenchiennes ou nom dou roi, et grant fuisson de
signeurs et de damez d'Engleterre, qui requellièrent doucement la roine
et toute sa compagnie. Et m'est avis que messires Jehans de Hainnau pour
celle fois, ne li chevalier et esquier qui la roine avoient acompagniet,
n'alèrent plus avant, fors chil et celles qui avoecquez lui devoient
demorer, car li rois, pour ces jours, et madame sa mère et li contes de
Qent estoient en la marce de Northombrelande. Si regardèrent li signeur
d'Engleterre que li Hainnuier aueroient trop de painne à aler si lonch,
et en furent deporté, et là donnés et pris li congiés de toutes parties.
Et plora la jone roine Phelippe assés, qant son oncle et li cevalier de
Hainnau le laissièrent. Toutes fois ensi fu fait. Il s'en retournèrent
en Hainnau, et li signeur et les dames d'Engleterre, qui de ce faire
estoient cargiet, ordonnèrent lor jone dame et l'enmenèrent. Et passa
tout parmi Londres, mais adonc point n'i aresta; car on voloit que li
Londriien la rechuissent une aultre fois, qant li rois l'aueroit
espousé, et elle seroit roine d'Engleterre, de tous poins et à telle
solempnité comme il estoient et sont tenu dou faire qant une roine
d'Engleterre, et li rois l'a espousé, entre la première fois en la chité
de Londres.

Tant esploitièrent chil qui la jone roine menoient, que il vinrent à
Evruich. Là fu elle recheute très solempnement et grandement. Et
issirent en bonne ordenance tout li signeur d'Engleterre qui là
estoient, à l'encontre de li, et meismement li jones l'ois qui le trouva
sus les camps montée sus une hagenée très bien amblans et très ricement
aournée et parée, et le prist par la main et puis l'acola et baisa; et
cevauchièrent coste à coste, et à grant fuisson de menestrandies et
d'onnours il entrèrent dedens la chité; et ensi fu amenée jusques au
lieu où li rois et madame sa mère estoient logiet. La roine, mère dou
roi, rechut celle jone roine moult doucement, car elle savoit d'onnours
tout qanq que on en pooit sçavoir. Je n'ai que faire de plus demener ce
pourpos. Li jones rois Edouwars espousa Phelippe de Hainnau en l'eglise
catedral, que on dist de Saint Guillaume. Et les espousa li arcevesques
dou lieu par la vertu de la dispensation que on avoit empetré en
Avignon; et fu le jour de la Conversion saint Pol. Et avoit li rois
disse sept ans d'eage, et la jone roine sus le point de quatorze ans; et
fu en l'an de grace Nostre Signeur mille trois cens vingt sept. Si poés
et devés sçavoir que toutes solempnités et festes, sans riens
espargnier, furent à ces jones, et hiraut et menestrel largement paiiet.
Et se tint depuis ces espousailles li rois Edouwars, madame sa mère et
la jone roine lor fille, à Evruich ou là environ, jusques au temps
Pasqour, que il vinrent à Londres et à Windesore. Et furent de rechief
là toutes festes faites; et i ot ou mois de mai que la roine entra en
Londres, grandes joustes faites. Et i furent grant fuisson de
Hainnuiers; et par especial messires Jehans de Hainnau et messires
Guillaumes de Jullers i furent, et li sires d'Enghien qui fourjousta lez
joustes. Je me tairai un petit à parler de ceste matère, et parlerai des
Escoçois. Fos 22 vo et 23.

P. 76, l. 4 et 5: espousée.--_Ms. B 6_: Lors espousa ly evesque de
Linchelle la fille du conte de Haynau ou non du roy d'Engleterre. Fo 44.

P. 76, l. 10: Wissant.--_Ms. B 6_: Et la convoia l'on parmy Artois
jusqu'à Wissant. Là trouva on les nefs d'Engleterre toute aparlies qui
estoient venus querre toute la compaignie..... Sy arivèrent à Douvres,
et là se reposèrent, tant que les nefs furent toute deschergies. Et puis
se partirent et chevauchèrent devers Saint Thomas en Cantorbye..... Ensy
fu la jone dame, en le aige de quatorze ans, amenée jusques à la cité de
Londres. Fo 45.

P. 76, l. 22: festes.--_Ms. d'Amiens_: Durèrent ces grandes et nobles
festes plus de trois sepmainnes, ainchois que elles se departesissent.
Fo 11 vo.

P. 76, l. 25: s'en parti.--_Ms. d'Amiens_: et fu là en Engleterre
messires Jehans de Haynnau ung grant tierme, ains qu'il s'en peuist
partir. Fo 11 vo.

P. 76, l. 29: damoisiel.--_Ms. d'Amiens_: ung jouène escuyer de Haynnau,
qui s'apelloit adonc Gautelés de Mauny, qui fu puis messires Ghautiers
de Mauny, bons chevaliers, rades, preux, hardis, sages et bachelereux,
et mout amés dou roy et de tout le pays. Fo 12.--_Ms. de Valenciennes_:
ung josne escuier de Haynnau pour ly servir, que on appeloit Watelet de
Maugny, qui puis fu messire Wautier de Maugny, bon chevalier, preux et
hardis, qui moult fu amez en le court et ou pays. Fo 23.--_Ms. B 6_: ung
jone escuiers, qui s'apelloit Wastelet de Masny, que monseigneur son
père luy donna. Fo 46.


=§ 40.= P. 77, l. 16: Galles.--_Ms. de Rome_: Qant il se veirent si
eslongiet des Englois, et il sentirent lors chevaus foullés, il se
logièrent entre montagnes et bois, et furent là toute la nuit. Et ne
mengièrent ne mengiet n'avoient, quinse jour estoient passet, les trois
pars de l'oost, ne pain ne paste, fors que chars, et beu de l'aige; et
se li Englès avoient eu painne de euls poursievir, li Escoçois, pour
euls garder et sauver, avoient eu painne et souffreté de toutes coses au
double. Fo 23.

P. 77, l. 19: Assés.--_Ms. de Rome_: Assés tost apriès ce que les
nouvelles furent venues en Escoce que li jones rois Edouwars estoit
mariés à la fille dou conte de Hainnau, et encore se tenoit ils à
Evruich là où les noces et festes avoient esté, auqun baron d'Escoce et
de Northombrelande se missent ensamble sus asegurances et vinrent sus
une place que on dist la Mourlane, entre Escoce et Engleterre. Et là
parlementèrent tant li un à l'autre que unes trieuvez furent prisses, à
durer trois ans entre Engleterre et Escoce. Et pour ce se tint li jones
rois d'Engleterre si longement à Evruich que li trettié de ces trieuves
estoient. Et qant elles furent données et acordées de toutes parties, li
rois d'Engleterre, contre le mois de mai, retourna en la marce de
Londres, et ma dame sa mère et la jone roine Phelippe. Et furent les
festes adonc à Londres à la venue de la roine, ensi comme il est contenu
ichi desus. Fo 23.

P. 77, l. 23: trois ans.--_Ms. B 6_: pour tant que le roy d'Escoche
quey en grant maladie et ne pooit mais chevaucier, et le roi
d'Engleterre estoit jouènes. Sy furent celle[s] trièves prises six ans
durant, et furent bien tenues le vivant du roy d'Escoche. Fo 47.

P. 77, l. 30: devant lui.--_Ms. de Rome_: Qant il furent devant li, si
leur dist: «Biau signeur, je voi bien que il m'en couvient aler la voie
conmune: à cela n'i a nul remède. Je vous reconmande David, mon fil. Li
enfes est jones et auera mestier d'avoir bon consel. Se li bailliés tel
que li roiaulmes en vaille mieuls, et le couronnés tantos apriès ma
mort, et le mariés en lieu à vostre samblant, dont il vaille mieuls. Et
à vous, messire Guillaume Douglas, compains et trez grans amis, je vous
ai tous jours trouvé fiable, de bon consel et de haute emprise; je vous
pri que vous me voelliés donner un don que je vous demanderai; et qant
vous le m'auerés accordé, j'en morrai plus aise.» Li gentils chevaliers,
tout en plorant, li accorda et li dist: «Monsigneur, dites et demandés:
je le vous accorde, mais que ce soit cose licite, et que je puisse
faire.»--«Oil, respondi li rois. Chiers compains et amis, je voai une
fois à Dieu, et ce veu, je l'ai tous jours tenu en secré, que, se je
pooie jà veoir le temps et les jours que le roiaulme d'Escoce je peuisse
obtenir en paix à l'encontre des Englois, en l'onnour de Jhesu Cris, qui
volt mort recevoir en crois pour nous et son sanch espandre, je voloie
faire un voiage sus les ennemis de Dieu et là exposse[r] mon corps et
mes biens. Or ay je tous jours eu tant à faire encontre les Engloiz,
ensi que vous savés, que je sui devenus vieuls et cheus en debilité de
corps et de maladie, par quoi je ne puis mon veu acomplir. Et puis,
chiers compains et amis, que li corps ne puet faire le voiage d'oultre
mer, ne aler au Saint Sepulcre, ne espanir mes pechiés, sus les ennemis
de Dieu, laquelle cose me touce de trop priès, je vous pri que, qant je
serai trespassés de ce siècle, que vous faites ouvrir mon corps et
prendre le coer et metre en telle ordenance comme il apertient, et que
vous le portés oultre la mer sus les mescreans et jusques au Saint
Sepulcre, et là le laissiez, se l'aventure poés avoir d'aler si avant.
Or me respondés se vous m'accomplirés mon darrain desiriier.» Messires
Guillaumes Douglas respondi tout en plorant et dist: «Monsigneur, puis
que vous me volés cargier de si grant cose, jà soit que point ne le
vaille, j'en ferai mon devoir et mon pooir.» Et li rois respondi et
dist: «Grant merchis.» Fo 23 vo.

P. 78, l. 17: crestienne.--_Ms. B 6_: et visseter le saint mont de
Calvaire, et Dieu merchy les besoignes au lés par dechà de mon royaume
sont assés en bon estat. Fo 48.

P. 80, l. 4: siècle.--_Ms. d'Amiens_: Lui trespasset, on l'ouvri, ensi
que ordonnet l'avoit, et prist on son coer, et fu boulis et enbaumés. Fo
12.--_Ms. de Rome_: Depuis ceste ordenance faite, li rois Robers de Brus
ne vesqui que trois jours. Si fu ouvers et enbaupsumés, et son coer pris
et enbaupsumés et couchiez en un petit vasselet d'or si ricement ouvré
que on ne pooit mieuls, et mis en une chainne d'or. Et tout cela encarga
li gentils chevalier de Douglas, au jour que on fist l'obsèque dou roi
Robert, en l'abeie de Donfremelin en Escoce. Là fu li rois Robers
ensepelis; et, presens les barons, les prelas et les chevaliers,
messires Guillaumes de Douglas encarga la çainne et le vasselet d'or où
li coers dou roi Robert estoit enclos, et le mist en son hateriel; et
dist que jamais de là ne partiroit, de nuit ne de jour, si l'aueroit
porté oultre mer, et sus les mescreans, et laissiet au Saint Sepulcre en
Hierusalem, ensi que proumis avoit. Fo 23 vo.

P. 80, l. 9: Donfremelin.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: d'Estrumelin. Fo 21
vo.

P. 80, l. 9: reveramment.--_Ms. d'Amiens_: et y furent tout li noble de
son pays. Apriès ceste ordonnanche fète, li gentilz chevaliers messires
Guillaumme de Douglas se coummencha à pourveyr et à appareillier pour
mouvoir, quant temps et saison seroit, pour achiever ce que proummis
avoit. Fo 12 vo.

P. 80, l. 11: le septime.--_Ms. B 6_: le neuvième jour de septembre. Fo
49.

P. 80, l. 12: novembre.--_Ms. de Rome_: Et trespassa de ce siècle li
rois Robers de Brus en l'an de grasce Nostre Signeur mil trois cens
vingt huit, le septime jour dou mois de jullé, qui fu la nuit dou Saint
Sacrement. Et le jour saint Jehan Baptiste ensievant, fu couronnés à roi
David ses fils; et li fissent tout li baron d'Escoce feaulté et honmage,
les hommes des chités et des bonnes villes, des pors et des havenes; et
estoit en onsime an de son eage, et demora ou govrenement dou conte de
Moret, de mesire Robert de Versi et d'Arcebaut Douglas. Fo 23 vo.

P. 80, l. 13: contes.--_Ms. d'Amiens_: de Moret d'Escoche. Fo 12 vo.

P. 80, l. 14: d'Escoce.--_Ms. d'Amiens_: Si en furent grandement
afoibli tant dou roy que de ce conte, que de monseigneur Guillaumme
Douglas qui wuidoit le royaumme d'Escoce. Fo 12 vo.

P. 80, l. 15: orilliers.--_Mss. A 20 à 33_: oreilles. Fo 40.--_Mss. A 18
et 19_: coilliers. Fo 22 vo.

P. 80, l. 15: geules.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 33_: d'or. Fo 21 vo.


=§ 41.= P. 80, l. 16: prin tamps.--_Ms. B 6_: au mars ensievant. Fo 49.

P. 80, l. 20: en Escoce.--_Ms. d'Amiens_: ou havene de Haindebourch, Fo
12 vo.

P. 80, l. 25: douze.--_Ms. B 6_: quinze. Fo 50.

P. 80, l. 30: d'Escoce.--_Ms. d'Amiens_: et avoit en se compaignie deux
chevaliers bannerèz et sept autre chevaliers des plus preus de son pays,
et bien vingt cinq escuiers biaux et jouènes, les plus souffissans qu'il
pot eslire en tout son pays, sans l'autre mesnie. Fo 12 vo.--_Ms. de
Rome_: et avoit en sa compagnie un baron et siis chevaliers et trente
esquiers, et tous à sa delivrance, sans l'autre mesnie. Fo 24.

P. 80, l. 30: compagnie.--_Ms. B 6_: luy vingt cinquième, que chevaliers
et escuiers. Et y estoit le conte de Mouret. Fo 49.

P. 81, l. 8: vins.--_Ms. de Rome_: et servis de deus ou trois manières
de vins, et casquns selonch son estat. Et le vinrent veoir de Flandres
pluisseurs chevaliers et esquiers, et de Hainnau et d'Artois, et à tous
il fist bonne chière. Fo 24.

P. 81, l. 11: entendi.--_Ms. de Rome_: il entendi que Alphons, li rois
de Chastelle, avoit guerre contre le roi de Grenade et au roi de Bougie
et au roi de Thunes et au roi de Bellemarie, et tout estoient Sarrasin.
Fo 24.

P. 81, l. 17: l'Escluse.--_Ms. B 6_: et singla devers Castille et tant
esploita que il ariva, en la compaignie de aucuns Espaignos, au port de
Seville. Là se reposèrent par quatre jours. Au cinquième, il se
partirent et puis yssirent des bateaulx, et montèrent à cheval, et
allèrent devers le roy Alphons qui estoit devant Arsesille. Fos 50,
51.--_Ms. de Rome_: et puis se departi de l'Escluse, et orent li
maronnier vent à volenté, et singlèrent sans peril et sans damage, et
vinrent à la Calongne en Galise. Et là, qant il furent issu de lor
vassiel qui estoit grans et biaus, et l'avoit fait faire et ouvrer li
rois Robers de Brus, et il furent sus terre, il se pourveirent de
chevaus, et puis s'en alèrent deviers le roi d'Espagne qui se tenoit à
Burs en Espagne, et s'aquintièrent de li. Li rois avoit bien oï parler
de messire Guillaume Douglas et de ses proèces. Se li fu li très bien
venus, et le rechut à grant joie et toute sa compagnie, et li fist avoir
sa delivrance et son estat bien et grandement, et le plus à ses
coustages. Avint que li rois Alphons d'Espagne entendi que li rois de
Grenade, lui quatrime de rois, estoit venus à poissance logier à
l'entrée de son pais. Jà avoit mandé ses hommes, et se mist aussi à
poissance à l'encontre de ses ennemis. Fo 24.

P. 81, l. 22: pays.--_Ms. d'Amiens_: sept jours apriès ce que li dis
messires Guillaummez de Douglas fu là venus. Fo 12 vo.

P. 81, l. 26: ennemis.--_Ms. de Valenciennes_: et dalez lui estoit venus
aussi en bon arroy le sire d'Engien en Haynnau pour honneur acquerre, et
jà avoit esté grant espasse en Espaigne. Fo 25.

P. 81, l. 28 et 29: batailles.--_Ms. B 6_: et estoient bien trente mille
hommes en trois batailles. Fo 51.

P. 81, l. 30: route.--_Ms. B 6_: ot bien cinq cens armés de fier. Fo 51.

P. 81, l. 32: effort.--_Ms. de Valenciennes_: et aussi fist le dit
seigneur d'Engien sur les costés où il furent ordonné à tout leur
charge. Fo 25.

P. 82, l. 14: meschief.--_Ms. de Valenciennes_: Et aussi y demoura la
banière le seigneur d'Engien, que portoit Gille de Hembisse, et
pluiseurs autres, mais le sire d'Engien se sauva.... et sachiés que
ceulx qui là demourèrent très bien se vendirent. Et parmi le mort il
acquirent très grant honneur et le salvement de leurs ames. Fo 25.

P. 82, l. 15: Espagnolz.--_Ms. B 6_: Les Espaignos qui là estoient, et
qui bien les oïrent assambler as Sarasins, se tinrent tout cois sur leur
pas, ne oncques ne s'en partirent ne firent samblant de conforter les
Escochois. Et les bons chevaliers messire Guillaume de Douglas et le
conte de Mouret et bien dix chevaliers d'Escoche, qui s'estoient mis en
che voyage pour l'amour de messire Gillame, furent tout mors, ne de tout
leur gens n'en escapa nul. Dont che fut pité et domaiges et defaulte, et
tout par les Castelens qui bien les eusent secourut, se il eusent
vollut. Et ensy demoura le cuer du roy d'Escoche en Castille, ne il ne
fu porté plus avant. Fos 51 et 52.

P. 82, l. 16: blasmet.--_Ms. de Rome_: Considerés la grant mauvesté des
Crestiiens qui laissièrent perdre ce vaillant homme ensi et tous les
siens; car il furent là tout mort; ne onques ce jour li rois d'Espagne
ne li sien ne se combatirent. Mais messires Guillaumes Douglas et li
Escoçois i fissent mervelles d'armes, et ocirent et abatirent moult
grant fuisson de Sarrasins. Finablement, il demorèrent là tout mort sus
la place, dont ce fu damages et grant mauvesté pour les Espagnols; mais
li auqun dient que il le fissent tout volentiers et par envie. Ensi
demora li coers dou roi Robert de Brus là, et li gentils chevaliers qui
l'i portoit, et toute la route des Escos, reservé les varlès.

Considerés entre vous qui entendés raison, le povre aventure chils
gentils chevaliers messires Guillaumes Douglas eut et rechut en roiaulme
estragne et lontain, pour bien faire. Pluisseur voellent dire et
supposer que li Espagnol orent envie sur lui et sus ses compagnons, pour
tant que il s'avanchièrent de estre li premier requerant les ennemis et
assallant, et que il vodrent avoir celle honneur devant euls. Qant les
nouvelles furent sceues en Escoce de la mort dou gentil chevalier, tout
chil dou roiaulme en furent courouchié, car il avoient perdu un trop
grant chapitainne, et le regretèrent moult. Et li fissent faire si
parent et li baron et chevalier d'Escoce, son obsèque aussi solempnement
que donc que li corps fust presens. Et chanta la messe, en l'abeie de
Sainte Crois, en l'abeie de Haindebourch, li evesques de Saint Andrieu
en Escoce. Et i furent tout li baron et li prelat d'Escoce.

En cel meisme an, trespassa aussi sus son lit li contes de Moret
d'Escoce. Ensi fu li roiaulmes d'Escoce afoiblis de deus vaillans hommes
et d'un vaillant roi, le roi Robert de Brus, père au roi David. Fo 24.

P. 82, l. 24: trettièrent.--_Ms. d'Amiens_: aucun vaillant homme
d'Escoce. Fo 12 vo.--_Ms. de Valenciennes_: aucuns vaillans seigneurs et
sages. Fo 25 vo.

P. 82, l. 25: fu fais.--_Ms. d'Amiens_: Et envoya li roys d'Engleterre
madamoiselle Ysabel sa soer moult honnerablement deviers le jone roy
David d'Escoche, liquelx le rechupt liement et l'espousa à grant joie.
Fo 12 vo.

P. 82, l. 26 et 27: d'Engleterre.--_Ms. B 6_: mademoiselle Isabiel. Fo
49.

P. 82, l. 28: Bervich.--_Mss. A 11 à 14_: Warvich. Fo 21.--_Mss. A 15 à
19_: Ewruich. Fo 21 vo.

P. 82, l. 28: en Escoce.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 22_: en Gales. Fo 22.

P. 82, l. 29: l'autre.--_Ms. de Rome_: Qant li demorant des barons et
chevaliers d'Escoce veirent que il estoient ensi afoiblis de vaillans
hommes et avoient un jone roi, si orent consel ensamble à savoir là où
il poroient lor roi marier et asener en lieu dont il vausissent le
mieux. Bien sçavoient chil qui congnisoient le roiaulme d'Engleterre,
que li jones rois Edouwars avoit une jone soer à marier. Si regardèrent
et jettèrent lor visée à ce que, se lors sires li rois Davids pooit
avoir à fenme et espeuse la serour le roi d'Engleterre, par ceste
aliance ou temps avenir, il en deveroient mieuls valoir, et que paix
raisonable en poroit bien venir, au pourfit de l'un roiaulme et de
l'autre, car la guerre avoit trop longement duré. Si s'en ensonniièrent
auquns vaillans hommes d'Escoce, prelas et autres, et en tretiièrent
premierement deviers le conte Ainmon de Qent et mesire Rogier de
Mortemer, qui pour lors avoient en gouvrenement le roiaulme
d'Engleterre. Chil doi signeur assés legierement s'enclinèrent as
requestes et tretiés des Escoçois et delivrèrent la serour dou jone roi
d'Engleterre, madame Isabiel, à ambassadours dou roi d'Escoce; et lor fu
menée au Noef Chastiel sur Thin, sans ce que prelas, barons, ne li
consauls des chités et bonnes villes d'Engleterre en seuissent riens, ne
fuissent apellé.

Pour laquelle cose, grant murmuration s'en esleva en Engleterre contre
le conte de Qent et messire Rogier de Mortemer. Et disoit la renonmée
dou pais que il ne deuissent pas cela avoir fait, ne le mariage acordé
si legierement, de la fille d'Engleterre à lor adversaire le roi
d'Escoce, que il n'euissent convoqiet l'especial et general consel dou
pais; et couvenoit que il i euist entre ceuls qui de ce mariage
s'estoient ensonniiet, auqune cautelle secrée qui se descouveroit, qanq
que ce fust. Vous devés sçavoir que pour celi cause pluisseur en
Engleterre entrèrent en doubte et en soupeçon mauvaise, jà n'i euist
nulle cause, à l'encontre des desus dis le conte de Qent et mesire
Rogier de Mortemer, et les [prissent] à grant haine, car Englès sont
mervilleus et croient plus legierement le mal que le bien. Toutes fois,
la jone dame d'Engleterre fu delivrée as barons et prelas d'Escoce, et
le prissent au Noef Chastiel sur Thin et l'enmenèrent en la chité de
Bervich, c'on dist en Escoce. Et là l'espousa li rois Davids d'Escoce,
et vint faire sa feste depuis en Haindebourch en Escoce, et i ot
joustes noncies et publiies tout parmi le roiaulme d'Engleterre; mais
moult petit de chevaliers d'Engleterre i furent, car il considerèrent la
vois conmune dou pais que chils mariages n'estoit pas fais à la
plaisance dou pais d'Engleterre, fors que de eulz deus. Fo 24 vo.


=§ 42.= P. 83, l. 18: estoit.--_Ms. d'Amiens_: et qui en dispenssa le
roy de Franche. Fo 13.

P. 83, l. 26: d'Evrues.--_Ms. d'Amiens_: et fu noummée la damme la bonne
roynne Jehanne. Fo 13.

P. 83, l. 27: au roi.--_Ms. de Rome_: Lois de Navare. Fo 25.

P. 83, l. 30: Quant.--_Ms. de Rome_: Qant il senti et congneut que morir
le cuvenoit, il manda les nobles de son roiaulme, ceuls que en haste on
peut avoir, tant des douse pers de France comme des autres; et qant il
furent en la presence de li, il leur dist: «Biau signeur, vous estes
tout mi obeissant et de mon linage. Je sent bien et congnois que aler
m'en couvient en la conmune voie, ensi que li aultre vont. Je vous
laisse ma fenme la roine enchainte. Se il avient que Dieus li donne un
hoir male, ce que la couronne de France desire à avoir, je vous pri que
vous en faites bonne garde et le couronnés à roi, qant il vous samblera
que il apertiengne à estre; et, se elle est fenme, si ordonnés de la
couronne de France à juste election, car bien sçai, se elle est fille,
par les estatus et ordenance de France, elle ne le poet avoir.» Tout li
orent couvenant que loiaument s'en acquiteroient. Fo 25.

_Ms. B 6_: Quant le roy Carles deubt mourir, il manda les douze pers de
France et les barons; si leur dist ensy: «Signeurs, vous veés que mourir
me couvient, ensy que il plaist à Nostre Seigneur. Je vous rechergeray
ma femme la royne; elle est ençainte de moy. S'elle porte hoir malle,
ilz sera roy. Se c'est une fille, sy ordonnés de la couronne de France à
vostre consienche et avis, et le donnés au plus prochain hoir masle.
Autrement n'en saroie ordonner.» Il respondirent tout que ensy le
feroient.

Et puis après ung pau de temps, le roy Charles morut et fut ensevely à
Saint Denis en Franche. Ne demoura gaire de tamps après, que ly douze
pers et les saiges du royalme de France s'asamblèrent à Paris, et
regardèrent qui seroit manbours, tant que la royne Jehenne seroit
acouchie. Sy ordonnèrent par coumun acort messire Phelippes de Vallois,
filz jadis au conte de Vallois. Fos 52 et 53.

P. 84, l. 8: Paskes.--_Mss. A 8 à 17_: environ la Chandeleur, l'an mil
trois cens vingt sept. Fo 20 vo.--_Ms. d'Amiens_: le dix septiesme jour
dou mois de march, l'an mil trois cens vingt huit. Fo 13.--_Ms de Rome_:
la nuit de la Pentecouste, l'an de grasce mil trois cens vint huit. Fo
25.

P. 84, l. 15: royaume.--_Ms. B 6_: Sy eslurent pour le plus prochain, à
leur avis, de par le coumun acort de tout le royalme. Fos 53 et 54.

P. 84, l. 18: son fil.--_Ms. de Rome_: Et fu bien nouvelle de Edouwart
le jone roi d'Engleterre, fil de sa serour, mais la querelle fu debatue
et point longement soustenue. Fo 25.

P. 84, l. 24: livre.--_Ms. d'Amiens_: Li douze per de Franche et li vois
des haux barons de celi royaumme s'asentirent et acordèrent à courounner
le roy Phelippe de Vallois, fil au comte de Vallois, liquelz comtez de
Vallois avoit estet frères au biel roy Phelippe, pèrez à ce roy Charlon,
par lequelle sucession il eut le royaumme.

Apriès le eslecton fète, gramment ne demoura mies que li nouviaus roy
Phelippes s'en vint deviers Rains pour lui faire consacrer et
courounner, et fist là son mandement à estre y le merquedi de le
Pentecouste; et le jour de la Trenité enssuiwant, il devoit recepvoir se
consacration. Dont s'esmurent tout li grant signeur dou royaumme et
pluiseur de l'Empire; et là vinrent, pour lui honnourer, Carles, li roys
de Boesme, et Phelippes, li roys de Navarre, qui à ce jour
l'adestrèrent. Et là furent li dus de Braibant, li comtez de Haynnau,
messires Jehans de Haynnau, li dus de Bretaingne, li dus de Bourgoingne,
li comtez de Blois, nepveux au roi Phelippe, li comtez d'Alençon, li
comtes de Flandrez, messires Robers d'Artois, qui mis avoit grant painne
à che couronnement, li dus de Lorainne, li comtes de Bar, li comtes de
Namur, li comtez d'Auçoire, li ducs de Bourbon, li sirez de Couchy, li
comtez de Saint Pol, li comtez d'Aumale, li comtes de Halecourt et tant
d'autrez seigneurs que li recorders seroit ungs grans detris.

Avint que, au jour de le Trenitet, ensi que ordonnet estoit, fu li roys
Phelippes courounnés et consacrés en le grant eglise de Nostre Damme de
Rains, present tous ces seigneurs devant noumméz et moult d'autres. Et
là estoient li grant et li hault seigneur qui devoient servir le roy de
leur offisce, li ungs de çaindre l'espée, li autre de li chauchier ses
esperons et enssi de touttes coses. Et bien estoient appareilliet de
faire chacuns son devoir, excepté le comte de Flandres, mès il se
traioit arrière. Dont fu il appelléz en hault, et dist on par deus fois:
«Comtes de Flandres, se vous estes ceens ou personne de par vous, si
venés faire vo devoir;» et li comtes, qui bien oy ces parolles, se tut
tous quois. Lors fu il de rechief apellé le tierche fois et amonestés,
de par le roy, qu'il venist avant, sour quanque qu'il pooit fourfaire.

Adonc, quant il s'oy ensi conjurer, il vint avant et enclina le roy et
dist: «Monseigneur, se on m'ewist appellés Loeys de Nevers et non comtez
de Flandres, je me fuisse très avant.»--«Coumment, dist li rois, non
estes vous comtez de Flandres?»--«Sire, dist il, j'en porte le nom et
non le prouffit.» Dont vot li roys savoir comment che pooit estre.
«Monseigneur, dist li contez, chil de Bruges, d'Ippre, de Popringe et de
Berghes et de le castelerie de Cassel m'ont boutet hors, et ne me
tiennent point à comte ne à seigneur. Encoires assés escarssement m'ose
jou veoir à Gand, tant troeuve jou le pays plain de rebellion.» Dont
parla li roys Phelippes, et dist: «Loeis, biaux cousins, nous vous
tenons pour comtez de Flandres, et par le digne ungction et sacrement
que nous recevons hui, jammais ne renterons en Paris si vous arons mis
en possession paisieulle de le comtet de Flandres.» Lors s'engenouilla
li comtez et dist: «Monseigneur, grant merchis.» Depuis fist li comtez
son devoir, et fu tous resjoys de ceste proummesse, et ce fu bien
raisons. Fo 13.

P. 84, l. 26: Trinité.--_Ms. de Rome_: A celle concordation de la
couronne de France donner et Phelippe de Valois couronner, rendirent
grant painne li contes de Hainnau, li contes Guis de Blois et messires
Robers d'Artois, car chil troi prince avoient ses trois serours
espousées. Fo 25.

P. 84, l. 32: ala.--_Ms. d'Amiens_: et s'en vint à Arras et là se tint
ung tamps; apriès s'en vint il à Aire, car on li dist que li Flamencq
estoient enssamble dessus le mont de Cassiel. Fo 13 vo.--_Ms. de Rome_:
et vint de Rains à Pieronne, et puis à Arras, et là atendi tous ceuls
que il avoit mandés. Li contes de Hainnau, ses serouges, et messires
Jehans de Hainnau, son frère, le vinrent servir par priière et par
amours, et amenèrent belle route de genz d'armes, chevaliers et
esquiers. Aussi fissent li signeur de France, qui estoient tenu de ce
faire.... Li rois Phelippez à poissance s'en vint d'Arras à Lens en
Artois, et de là à Bietune et puis à Aire. Et se loga entre Aire et le
mont de Cassiel, et avoit le plus belle hoost et plus belle gent dou
monde. Et avoient li signeur tendu tentes, trés, auqubes et pavillons
sus lez camps, et sembloit que ce fuissent grandes villes de lors
logeis. Et là estoit li bons rois de Boesme en grant arroi, li contes de
Hainnau et messires Jehans de Hainnau ses frères, li contes Guis de
Blois, li dus de Lorrainne, li dus de Bar, messires Robers d'Artois. Et
tenoient li signeur là grant estat et noble. Fo 25 vo.

P. 85, l. 3: Bruges.--_Ms. de Rome_: non que Gant, Bruges, Courtrai,
Granmont et Ippre en fesissent fait, mais s'en dissimuloient et
consentoient bien que une congregation de fourbanis de Flandres fuissent
à l'encontre dou dit conte. Fo 25.

P. 85, l. 3: d'Ippre.--_Ms. B 6_: et de le chastelerie de Bergues et de
Cassiel. Fo 54.

P. 85, l. 7 et 8: escarsement.--_Ms. B 6_: Sy que, à la complainte du
dit conte, le roy Phelippes esmeut ses gens et fit ung grant mandement.
Et vint logier à Aire et là environ, et puis desoubz le mont de Cassel.
Et là furent les Franchois, je ne say quans jours, à tentes et
pavillons. Fo 54.

P. 85, l. 9: seize mille.--_Mss. A 15 à 17_: environ sèze mille. Fo
22.--_Mss. A 20 à 22 et B 6_: bien quinze mille. Fo 41 vo.--_Mss. A 11 à
14_: dix huit mille. Fo 21 vo.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19, 23, 25 à 36_:
onze mil. Fo 22 vo.--_Ms. A 24_: douze mil. Fo 33.

P. 85, l. 10: chapitainne.--_Ms. d Amiens_: Et avoient fet ung
cappittainne qui s'appielloit Clais de Dennequin[84]. Chilz estoit
mervilleusement orguilleux, hardis et outrageux. Et li proumetoient li
aultre qui à lui obeissoient que, se il pooient desconfire le roy de
Franche, qu'il le feroient ung très grant seigneur. Et bien s'en misent
en aventure, ensi que vous orés. Fo 13 vo.--_Ms. de Rome_: Qant le
chapitainne de ces Flamens, qui se nonmoit Clais Dennequins, entendi que
li rois de France, en sa nouvelleté, avoit juré que jamais il n'enteroit
en Paris, ne entenderoit à aultre cose si aueroit remis en Flandres le
conte Lois et confondus tous ses ennemis et nuisans, si s'en enfellonnia
grandement et dist que chils rois poroit bien fallir à ses pourpos, et
toutes fois pour lui brisier, ils s'en meteroit en painne. Et asambla
tous ceuls des quels il pensoit à estre aidiés, car chil de Bruges,
d'Ippre et de Courtrai l'aidoient couvertement, et avoient banis et mis
hors de lors villes des fors et jones compagnons, tisserans et aultres,
qui tous estoient de l'aliance ce Clai Denneqin. Et s'en vint logier sus
le dit mont de Cassel. Et pooient estre en sa compagnie environ seize
mil hommes, tous des plus crueuls et envenimés de Flandres, et tous as
gages des bonnes villes de Flandres, reservet Gant. Car chil là, tant
que des rices hommes de Gant, s'en dissimuloient et ne faisoient point
partie à l'encontre dou conte. Fo 25 vo.

  [84] _Ms. de Valenciennes_: Clais Zandequin. Fo 27 vo.

P. 85, l. 16: se partirent.--_Ms. de Rome_: Li Flamench estoient sus le
mont de Cassiel et logiet d'aultre part au lés deviers Yppre, et veoient
tout contreval les logeis dou roi de France, et eurent espies qui lor
vinrent raporter tout le couvenant des François, et conment il estoient
logiet espars.... Et s'avalèrent un jour sus l'eure de bassez vespres
dou mont de Cassiel, et s'en vinrent tout droit, sans euls tourner ne
bestourner. Fo 25 vo.

P. 85, l. 21: le roy.--_Ms. de Rome_: Clais Denneqins iroit tout droit
devant lui à la tente dou roi de France; et le trouveroient soupant. Fo
25 vo.

P. 85, l. 22: souper.--_Ms. de Rome_: et furent sus le point li François
que de estre souspris, qant on cria: «A l'arme! Monjoie Saint Denis!»

P. 85, l. 26: de Haynau.--_Ms. B 6_: Le conte de Haynau et messire Jehan
son frère, qui là estoient à tout grant compaignie de Haynuiers, lequel
estoient logiet à l'un des bous de l'ost et furent les prumiers qui
virent les Flamens, sy s'armèrent incontinent et toute leurs gens, et
firent adonc ung très grant secours au roy de France et as Franchois.
Car, se il ne fussent sy tos venus au devant des Flamens qu'il firent,
et que il leur coppèrent la voie, pour certain il euissent au dit roy
porté moult grant damaige. Fo 55.

P. 85, l. 31: assamblet.--_Ms. B 6_: Sy avallèrent le dit mont sy
coyement que oncques nul ne s'en donna garde. Sy furent tous jus et bien
avant en l'ost. Et tuèrent ung chevalier de Franche, en venant, qui
s'apelloit messire Renault de Lore, que d'aventure il encontrèrent. Fo
55.

P. 86, l. 2: de Dieu.--_Ms. de Rome_: Toutes fois Dieus ne volt pas
consentir que li signeur fuissent là desconfi de tel merdaille. Fo 25
vo.

P. 86, l. 5: escapa.--_Ms. d'Amiens_: De tout ces seize mil Flamens n'en
escappa mil; et eurent li Haynnuyer, li comtes de Haynnau et messires
Jehans ses frèrez premiers desconfis leur bataille, car ossi ce furent
li premier assailli. Et les encloirent li Haynnuier par derière
tellement que, quant li Flamencq quidièrent retourner, il ne peurent. Là
y eult grant bataille, grant lancheis et grans fereis, et trop bien s'i
vendirent, car il avoient hacez et espaffus et gros bastons fieréz à
pickot, dont il donnoient grans horions. Et là rechurent li doy frèrez
de Haynnau moult de painne, et y furent trop bien batus. Et y eult li
comtes de Haynnau mors deus coursiers desoubz lui; et à touttes ces deus
fois fu il relevés de monseigneur Jehan de Haynnau, son frère. Et fisent
tant li Haynnuyers, avoecq lor seigneur, qu'il desconfirent celle
bataille dez Flamens tout nettement; et encloirent lez autrez qui le roy
de France avoient assailli, en escriant: «Haynnau! Haynnau!»

Là eut grant ocision et grant mortalité de Flamens, car on n'en prendoit
nul à merchy. Et là fu ocis Colins Dennekins, cappittainne d'iaux, et
ossi fu ungs bons escuiers de Haynnau qui s'apielloit li Borgnes de
Robersart; mès ce fu par son outraige, car il tous seux encachoit six
Flamens qui portoient longhez pickez, et leur escrioit en chasçant:
«Retournés, laron, car je vous ocirai tous.» Enssi les poursuiwy une
longhe espasse; et quant il le virent aseullet et arrière de touttes
aiies pour lui, il retournèrent tout à une fois sour lui. Et le feri li
uns de se picke desous son bachinet, et li enbara le fer en le cervelle,
et le reversa à terre. Ensi fu mors li escuyers, dont ce fu dammaigez,
et mout fu plains de chiaux de son pays.

Ceste bataille fu moult felenesse et moult dure. Et bien se vendirent
Flamencq tant qu'il peurent durer; mès finablement il furent si assailli
de tous costéz et si courageusement combatu, qu'il furent desrout et
desconfi et ocis, et mis par mons ensi que bestes. Et en y eut bien mors
quinze mil. Et furent li Haynnuyer premier qui portèrent les bannierrez
de Haynnau, de monseigneur le comte et de monseigneur Jehan sen frère,
sus le mont de Cassiel; et lez misent sus lez murs de le ville, et haut
sus le tour dou moustier. Depuis y furent aportées les bannièrez dou roy
de France, qui envoiia saisir le ville, et y mist garde de par lui.
Ceste bataille fu en l'an de grace Nostre Seigneur mil trois cens vingt
huit, le jour Saint Bretremieu en aoust. Fo 13 vo.

P. 86, l. 6: mors.--_Ms. B 6_: Adonc le conte de Haynau et messire Jehan
son frère se combatirent moult vaillanment, et rechurent de ces plançon
de Flandres maint pesant horions. Finablement, les Flamens furent
desconfis et près que tous mors. Et demorèrent toute leur capitaines
ochis sur la plache. Et furent les banières du roy de Franche portées
sur le mont de Cassiel. Fo 56.

P. 86, l. 13: Bietremieu.--_Ms. de Rome_: au soir. Fo 26.

P. 86, l. 15: Cassiel.--_Ms. d'Amiens_: se tint li rois de France là
toutte le nuit, et l'endemain ossi. Fo 13 vo.--_Ms. de Rome_: Qant ce
vint à l'endemain, li rois de France envoia ses marescaus, le signeur de
Montmorensi et le signeur de Trie, et ses banières sus le mont. Fo 26.

P. 86, l. 16: Popringe.--_Ms. d'Amiens_: Cez nouvelles vindrent à
Bruges, à Yppre, à Popringhe et ès villez voisinnez, qui rebellez
estoient au conte, que Clays Dennekins estoit mors et desconfis et toute
se routte. Dont baissièrent lez testes chil de se partie, et n'osèrent
moustrer nul samblant d'aler à l'encontre dou roy et de leur seigneur.
Et disent que Clais Dennekins estoit folz et outrageux, et que sans leur
consseil il s'estoit combatus, car il li avoient mandet qu'il ne se
combatesist point encorres; et pour ce qu'il l'a fet oultre leur
deffensce, il l'en est mesavenu. Si n'en fait nient à plaindre. Ensi fu
il plorés des Flamens qui, devant ce, li avoient esqueilli à faire ceste
emprise.

Et li rois de Franche chevaucha, et toutte li os deviers Yppre. Dont
vint li castelains de Berghes; et aporta les clefs dou castel, avoecq
grant fuison des gens de ceste castelerie, au roy de Franche. Et li rois
les prist, et en rendi le seignourie au comte de Flandres. Puis
chevaucha li rois vers Yppre. Et quant cil de Ippre oïrent nouvellez de
se venue, il vinrent contre lui à grant pourcession, et li offrirent les
clefs de le ville. Li roys les prist et les rendi au comte; et fist
jurer chiaus de le ville d'Ippre foy et loyaulté à leur seigneur. Puis
entra li roys dedens Yppre, et y fu très honnerablement recheus. Et tant
s'i tint que cil de Bruges et dou Francq de Brughes furent venu faire
feaulté et hoummaige au comte Loeys, et li jurèrent et proumissent
qu'il le tenroient à pès et à seigneur. Et li contez ossi en tel
mannierre leur jura. Ensi fu il remis en le possession de se terre, et
par le puissanche et confort dou roy de Franche. Fo 14.

P. 86, l. 23: juré.--_Ms. de Rome_: mais depuis le relenqirent et
boutèrent hors de Flandres, ensi que vous orés recorder en l'istore; et
ne le peurent onques parfaitement amer; et disoient que il estoit trop
françois, et que il ne savoit estre en paix et en amour avoecques ses
gens. Fo 26.

P. 86, l. 25: Paris.--_Ms. d'Amiens_: Quant li roys Phelippes entra
premierement en Paris comme roys, il y fu très noblement et
solempnelment recheus et à grant joie. Et furent touttez lez rues par où
il passa, tant qu'il vint au Pallais, couvertes et parées de draps d'or.
Et estoit li rois de France adestré dou roy de Behaingne et dou roy de
Navarre, et acompaigniés de tant de grans seigneurs que sans nombre. Che
seroit unes tanissonz de recorder les festez et les honneurs et les
grans solempnités c'on li fist, tant à Paris comme ailleurs, où il prist
en ceste année le feaulté de ses bonnes villes et le hoummaige de tous
ses hommes. Tout obeyrent à lui comme à roy, et ce fu raisons, car, par
le election et acors des douse pères de Franche et des haulx barons de
celui royaumme, il en fu roys. Fo 14.

_Ms. de Rome_: Qant li rois Phelippes de France eut remis le conte de
Flandres en son pais et desconfi les Flamens, il s'en retourna à Aire et
remercia les signeurs qui l'estoient venu servir, le conte de Hainnau
son serourge et le signeur de Biaumont son frère, le duch de Bar, le
duch de Lorrainne et les lontains, et donna à tout homme congiet de
retourner en son lieu. Et ils meismes prist le cemin de France, et
esploita tant par ses journées que il vint à Compiengne, et là se tint,
car il volt ordonner une grande feste à estre à Paris à sa bien venue,
car encores il n'i avoit point entré comme rois. Et qant il i entra, ce
fu à très haute solempnité. Et fu adestrés dou roi de Boesme et dou roi
de Navare, et cevauça tout premiers à l'eglise Nostre Dame de Paris. Et
de là il retourna au Palais, et là tint son estat; et aussi fist la
roine sa fenme. Et i ot tant de noblèces, ce jour, que mervelles seroit
à penser ne à recorder.

Chils rois Phelippes augmenta grandement l'estat roial de France, et ama
à faire joustes et tournois et tous esbatemens. Et avoit un jone fil,
lequel on appelloit Jehan, et le fist duch de Normendie, et le maria à
la fille dou bon roi de Boesme. Chil rois Phelippes, en son jone temps,
avoit esté uns rustes, et poursievoit joustes et tournois; et encores
amoit il moult les armes, quoi que son estat fust moult aucmenté. Mais
il creoit legierement fol consel, et en son aïr il fu crueuls et
hausters. Et aussi fu la roine sa fenme et perilleuse, la mère dou roi
Jehan, qui fille fu au duch Oede de Bourgongne.

Chils rois fist en son temps tamainte hastieve justice dont il se fust
bien deportés, se il vosist. Il fist pendre à Montfaucon messire
Engherant de Maregni, un très vaillant et sage chevalier, et qui tamaint
bon consel li avait donné. Et tout ce fist faire la roine de France sa
fenme. Qant elle avoit aquellié en haine un baron ou un chevalier, quels
qu'il fust, se il estoit tenus ne trouvés, il en estoit ordonné, [et] il
couvenoit qu'il fust mors. Trop male et perilleuse fu celle roine de
France, la mère dou roi Jehan, et aussi elle morut de male mort. Fo 26.


=§ 43.= P. 87, l. 11: mère.--_Ms. d'Amiens_: monseigneur Henry de
Lancastre au Tors Col. Fo 14.

P. 87, l. 15: Mortemer.--_Ms. de Rome_: Et tout se passoit par ces deus,
liquel avoient esté si bien d'acort ensamble tous jours que nul
different on ni avoit point veu. Or avint que messires Jehans d'Eltem,
frères mainnés dou roi, et que li rois amoit otant que soi meismes, ala
morir assez soudainnement. De laquelle mort on fu moult esmervilliet et
courouchiet. Et en parlèrent pluisseurs gens assés estragnement et
murmurèrent sus le conte Ainmon de Qent, pour tant que li enfes estoit
en sa garde. Et meismement li rois en fu trop grandement courouchiés sus
son oncle.

Avint, assés tos apriès, que discorde et haine s'esmurent entre le conte
de Qent et messire Rogier de Mortemer, et si groses paroles que il
desmentirent l'un l'autre. Et sentoit bien li dis messire Rogiers que li
contes de Qent n'estoit pas bien en la grace dou roi, car se il i euist
esté, les paroles fuissent aultrement tournées; et ne l'euist osé
courouchier li dis messire Rogier. Avoecques tout ce, la roine, la mère
dou roi, portoit trop grandement messire Rogier à l'encontre dou conte
de Qent. Et se moutepliièrent tellement ces haines entre ces deus
signeurs que la conclusion en fu très male; car li rois fu enfourmés de
messire Rogier de Mortemer et d'autrui que li contes de Qent voloit
enpuisonner le roi et faire morir, ensi que il avoit fait messire Jehan
d'Eltem, et pour venir à la couronne d'Engleterre. Li rois crut ces
paroles legierement, et en parla à madame sa mère. La roine Issabiel,
qui mieuls amoit messire Rogier que le conte de Qent, ne l'escusa
aultrement que elle dist: «Ce poroit bien estre, biaus fils, on ne scet
en qui avoir fiance aujourd'ui. On li donne en ce pais povre renonmée de
vostre frère; et se vouz estiés mors, il seroit rois d'Engleterre: c'est
li plus proçains.»

Ces paroles entrèrent tellement ou coer le roi d'Engleterre qui estoit
jones, que onques depuis elles ne li porent issir, et fist prendre son
oncle et mener en la Tour à Londres, et de là au palais de Wesmoustier.
Li contes de Qent, qui avoit esté tenus tous jours à preudomme et sage
et vaillant homme, ot cel incouvenient si grant contre li que morir le
couvint. Et fu decolés ens ès gardins de Wesmoustier, là où li rois
Edouwars, ses frères, en avoit fait decoler des plus grans barons
d'Engleterre jusques à vint deux. Et ce greva et apesa trop grandement
le conte Ainmon de Qent en la grace et renonmée des Londriiens, que il
avoit sa cousine la soer au roi d'Engleterre donné et acordé en mariage
au roi David d'Escoce, sans ce que li pais en seuist riens; et n'en fu
point tant plains que il euist esté et aidiés, se il n'euist fait ce
marcié. De ce conte de Qent mort et decolé, demora une jone fille. Pour
lors, elle pooit avoir sept ans. Se le prist la jone roine Philippe
dalés lui, qui en ot pité et euist volentiers aidié à son père que il ne
fust point mors; mais qant chil qui le haihoient veirent que elle s'en
voloit ensonniier, il le hastèrent, et le couvint morir, ensi que vous
avés oy. Celle jone damoiselle de Qent estoit cousine germainne dou roi
Edouwart d'Engleterre; et fu en son temps la plus belle dame de tout le
roiaulme d'Engleterre, et la plus amoureuse; mais toute sa generation
vint à povre conclusion par les fortunes de ce monde qui sont moult
diversez, ensi que vous orés recorder avant en l'istore.

De la mort et decolation le conte Ainmon de Qent fu li roiaulmes
d'Engleterre moult afoiblis, et li rois en pluisseurs lieus grandement
blamés, qant il avoit fait morir son oncle, et tout chil qui ce consel
li avoient donnet et par especial messires Rogiers de Mortemer. Fo 26
vo.

P. 87, l. 19: empuisonner.--_Mss. A 1 à 10, 15 à 19_: emprisonner. Fo
23.

P. 88, l. 15: enfourmés.--_Ms. de Rome_: et li fu dit pour sen honnour,
il couvenoit que il i pourveist. Fo 26 vo.

P. 88, l. 24: à Londres.--_Ms. d'Amiens_: à Wesmoustier, son palais. Fo
14 vo.--_Ms. de Valenciennes_: en son palais, à Westmenster, hors de
Londres. Fo 30.

P. 88, l. 25: nobles.--_Ms. d'Amiens_: et dez prelas. Fo 14 vo.

P. 88, l. 27: fais.--_Ms. d'Amiens_: Et compta li roys meysmes par
devant tous chiaux qui là estoient mandet et assamblet, les fès et les
oeuvrez le seigneur de Mortemer, ensi que imfourmés en estoit et que
trouvet l'avoit souffissamment, si ques grant partie en apparroit. Fo 14
vo.

P. 89, l. 1: à faire.--_Ms. de Rome_: Adonc entrèrent tout chil signeur
en une aultre cambre et parlèrent ensamble. Fo 27.

P. 89, l. 3 et 4: infourmés.--_Ms. d'Amiens_: et ainchois lonch terme
que li roys en seuwist riens. Fo 14 vo.

P. 89, l. 6: justiciés.--_Ms. de Rome_: car il estoit fauls, mauvais et
traites contre son signeur. Fo 27.

P. 89, l. 8: bahut.--_Ms. de Rome_: et puis amenés en la grande rue de
Cep. Fo 27.

P. 89, l. 13: coraille.--_Ms. d'Amiens_: Et apriès on li coppa le teste,
et puis fu pendus par lez costés. Fo 14 vo.--_Ms. de Rome_: et puis fu
mis jus de l'escelle, et estendus sus un estal de bouchier, et copés la
teste et esquartelés. Fo 27.

P. 89, l. 15: tieste.--_Ms. de Rome_: et la teste de lui fu misse sus
une glave au pont de Londres. Fo 27.

P. 89, l. 20: castiel.--_Ms. B 6_: sur les marches de Galles, moult
belle place. Fo 58.

P. 89, l. 25: revenues.--_Ms. de Rome_: et rentes et revenues et bien
paiies de terme en terme. Fo 27.

P. 89, l. 28: raison.--_Ms. d'Amiens_: Et ordonna li rois que nullement
elle ne vuidast point dou castiel plus avant que à le barrière, mais là
dedens presist ses esbatemens en vergier et en gardins qui mout bel y
estoient, et par lez edefficez dou castiel dont il y avoit grant fuison.
Fo 14 vo.--_Ms. de Rome_: Li rois d'Engleterre, par le consel qu'il ot,
fist ma dame sa mère envoiier en un castiel et là tenir sans point issir
de la pourprise. Fo 27.

P. 89, l. 32: bellement.--_Ms. de Rome_: Depuis vesqui la roine Issabiel
là en cel estat, bien trente quatre ans. Fo 27.


=§ 44.= P. 90, l. 20: feaulté.--_Ms. B 6_: de la duché d'Aquitaine et de
la conté de Pontieu et de la conté de Monstreul. Fo 58.--_Ms. de Rome_:
tant de la ducée de Guienne comme de la conté de Pontieu. Fo 27.

P. 92, l. 24: grandement.--_Ms. d'Amiens_: et les fist sejourner par
l'espasse de quinze jours. Fo 14 vo.

P. 93, l. 23: cité.--_Ms. A 2_: en la bonne chité d'Arras ou d'Amiens.
Fo 25 vo.--_Ms. de Rome_: et que là tenroit li rois son estat, et i
seroient à ce jour li douse per de France ou chil qui i poroient estre.
Fo 27.

P. 94, l. 3: mi aoust.--_Cette date fausse ne se trouve pas dans les
mss. A 11 à 14._ Fo 23 vo.


=§ 45.= P. 94, l. 7: estat.--_Ms. de Rome_: et envoia ses lettres en
Hainnau deviers le signeur de Biaumont, et li manda que il fust à Amiens
en ce jour, car il i seroit. Messires Jehans de Hainnau ne l'euist
jamais laissiet que il n'i fust venus. Fo 27.

P. 94, l. 18: quarante.--_Mss. A 11 à 14_: quarante quatre. Fo 23
vo.--_Mss. A 20 à 22_: cincquante. Fo 45.--_Ms. B 6_: à cinquante
chevaliers. Fo 59.

P. 94, l. 23: monta.--_Mss. A 11 à 14_: à cheval. Fo 24.

P. 95, l. 5: d'Amiens.--_Ms. de Rome_: Che prope jour que le roi vint,
entra en la chité d'Amiens messires Jehans de Hainnau, de quoi li rois
et tout li Englois furent moult resjoi. Fo 27.

P. 95, l. 17: quinze.--_Mss. A 23 à 29_: seize. Fo 31 vo.--_Mss. A 11 à
14_: dix huit. Fo 24.--_Ms. de Rome_: environ huit. Fo 27.

P. 96, l. 1: vorroit.--_Ms. de Rome_: La nature des Englès est telle que
tous jours il se crienment à estre decheu et repliquent tant apriès une
cose que mervelles; et ce que il aueront en couvenant un jour, il le
deliieront l'autre. Et à tout ce les encline à faire ce que il
n'entendent point bien tous les termes dou langage de France; ne on ne
lor scet conment bouter en la teste, se ce n'est tout dis à lor pourfit.
Et encorez en avint adonc ensi. Dont li signeur et li per de France, qui
là estoient venu et asamblé pour celle matère, en furent trop fort
esmervilliet; et en parlèrent especiaument à mesire Jehan de Hainnau, et
li remoustrèrent tous les poins et les articles dou dit honmage conment
il se devoit faire.

Messires Jehans de Hainnau, qui estoit ensi que moiiens entre ces
parties, remoustra ce au consel le roi d'Engleterre, et les paroles des
François, et quel cose il disoient, conment il deuissent estre là venu
aultrement pourveu que il n'estoient. Il respondirent à ce et
s'escusèrent que il apertient et convient que as parlemens qui sont à la
Saint Michiel à Wesmoustier, où tous li consauls generauls d'Engleterre
est, soient remoustrées tels coses, car bonnement il ne le poroit faire
sans le sceu de tout le pais; et se li rois fait l'avoit, il en seroit
blamés, et aussi seroient tout chil qui conselliet li aueroient; et n'en
vodroient riens tenir en Engleterre, et diroient que il aueroient esté
decheu: si ques, sus cel estat, messires Jehans de Hainnau en fist
response à ceuls qui cargiet l'en avoient. Et qant il veirent que
soufrir leur couvenoit, il le portèrent et passèrent courtoisement, et
li rois de France trop plus doucement encores que son consel, car il
avoit en imagination que d'enprendre la crois et aler au Saint Sepulcre
et delivrer des mescreans; ouquel voiage il en menroit avoecques lui, ce
disoit, son cousin le jone roi d'Engleterre; si le voloit tenir en amour
et faire pour li tout che que il poroit. Fo 27 vo.

P. 96, l. 23: s'apertient.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 33_: s'acomparage. Fo
25.--_Mss. A 11 à 14_: ne fait à comparer. Fo 24 vo.


=§ 46.= P. 96, l. 31: à Londres.--_Ms. de Rome_: au palais de
Wesmoustier. Fo 27 vo.


=§ 48.= P. 100, l. 9: Li homs.--_Ms. d'Amiens_: Vous avés bien oy chy
devant dire et recorder le trespas dou roy Charlon de Franche, et
coumment li père et li hault baron del royaumme de Franche eslisirent et
couronnèrent à roy Phelippe, fil jadis au comte de Vallois. Et sachiés
que à celle election faire messires Robiers d'Artois, ses serourges, qui
adonc estoit li ungs des plus grans et mieux oy en parlement del
royaumme de Franche, y mist et rendi grant painne. Fo 19.

P. 100, l. 20: lui.--_Ms. de Valenciennes_: entre le contesse d'Artois
et le duc de Bourgogne. Fo 38.

P. 100, l. 21: d'Artois.--_Ms. d'Amiens_: laquelle comté messires
Robiers callengoit et demandoit contre le duc de Bourgoingne. Fo
19.--_Ms. de Rome_: laquelle comté messires Robers d'Artois proposoit
et calengoit comme sienne, car il en venoit d'estration, mais la male
roine de France, fenme au roi Phelippe, aidoit trop fort son averse
partie et tant que elle li moustra et prouva mervilleusement à fause une
lettre, laquelle li dis messires Robers d'Artois mist avant, et s'en
voloit aidier. Et fu celle lettre condampnée en parlement à Paris, et
une damoiselle d'Artois arse, que on clamoit la damoiselle Divion, et
messires Roberz d'Artois jugiés à morir honteusement, se on l'euist
tenu; ne onques li rois Phelippes ne le volt sousporter, tant fu il dur
enfourmés contre li, et tout par la roine de France. Fo 28 vo.

P. 100, l. 26: remède.--_Ms. B 6_: Et à che avoit la royne de France
grant couppe, car le plait estoit contre le duc Oede de Bourgoigne, son
frère. Sy y bouta sy fort que le roy le fist banir publicquement. Fo 60.

P. 100, l. 29: France.--_Ms. d'Amiens_: Il wuida le royaumme au plus
tost qu'il peult, et s'en vint en Haynnau deviers le comte Guillaume,
qui adonc regnoit et se tenoit en l'ostel de Hollandes, à
Vallenchiennes, maladieus et travilliés par heures de gouttes. Et
recorda au comte sen avenue, et coumment li rois de France l'avoit
aqueilliet en grant haynne. Si l'en demanda à avoir consseil. Li comtes
de Haynnau, qui ses serourges estoit, car il avoient deux serours
espousées, fu durement esmervilliéz de ces nouvelles, et li dist que
vollentiers pour l'amour de lui il envoieroit deviers le roy de Franche,
et li aideroit à faire sa pais. Si em pria monseigneur Jehan de Haynnau,
son frère, et l'evesque de Cambrai, qui estoit pour le temps, que il y
volsissent aller. Cil li acordèrent vollentiers et vinrent en Franche
deviers le roy, pourveu et avisé de lettres de par le comte de Haynnau,
et de biel langaige pour excuser le dit monseigneur Robert, en lui
priant que il lui vosist pardonner son mautalent et li rendre ses enfans
et sa terre. Mès li roys n'y volt oncques de riens entendre, ains manda
au comte de Haynnau, par monsigneur Jehan de Haynnau son frère que, se
il soustenoit ne tenoit ne comfortoit en riens le dit messire Robert, il
n'aroit pieur ennemit, ne plus grant de lui.

De quoy li comtez de Haynnau fu moult corouchiés, quant il oy ces
nouvelles et si fors mandemens dou roy. Et s'en consseilla as pluiseurs
grans barons de son pays qu'il en estoit bon à faire, car il amoit
durement le dit monseigneur Robert; et bien disoit que, se il fuist
hetiés et que il pewist chevauchier, il li cuideroit bien faire se pès,
avoec l'ayde dou duc de Braibant. Dont dissent li baron de Haynnau que
il n'avoit que faire d'entrer en haynne, ne mettre son pays en guerre
contre le roy de Franche pour messire Robert d'Artois; mès, se il le
volloit aidier et comforter de misse secretement, faire le pooit, et le
laissast pourcacher et querre amis là où bon li sambloit, car il avoit
bien des plus prochains qu'il ne li fust. Li comtes crut son consseil et
fist delivrer à messire Robert secretement six mille viés escus pour
paiier ses frès; et li donna draps, chevaux et jeuiaux au departir, et
le recoummanda à Dieu. Et s'en vint adonc le dit messires Robiers
d'Artois à Namur veoir sa soer la comtesse de Namur et le jouène comte
Jehan de Namur, son nepveult et les autrez, Guillaume, Robert et Loeis,
qui estoient adonc mout jone damoizel. Sa serour le rechupt à joie, et
li fist feste ce qu'elle peult; che ne fu nient longement, car li roys
de Franche y mist remède.

Quant li roys Phelippes oy dire que messires Robiers d'Artois se tenoit
à Namur dalés le jouène comte son nepveult, si en fu courouchiéz et
manda et coummanda outreement et très especialement au comte que, se il
ne li faisoit wuidier sa terre, il le courouceroit hasteement, et li
torroit tout ce que il tenoit de lui en Franche, et li feroit ardoir et
courir son pays de ses voisins meysmes. Quant li jouènes comtez de Namur
et ses conssaux oïrent che, si ne vorent pas courouchier le roy, et
obeirent à ses mandemens. Lors se parti messires Robers et s'en vint en
Braibant deviers le duc Jehan son cousin, qui lors se tenoit à le Leuwre
et qui le rechupt à joie, à qui messires Robiers d'Artois dist toutte
sen aventure et coumment li roys le decachoit et faisoit decachier de
pays en pays, et ne savoit mès où aller, s'il li falloit. Dont li dist
li ducs de Braibant: «Biaux cousins, ne vous esbahissiéz de riens, car
j'ai terre et mise asséz pour vous conforter, ne je ne sui de riens tenu
de obeir au roy de Franche. Si vous tenés dallés moy, et je regarderay
et pensseray à vos besoingnes.» Fo 19 vo.

_Ms. de Rome_: Et couvint le dit messire Robert soudainnement laissier
fenme et enfans, des quels li rois de France estoit oncles, et partir
dou roiaulme et venir en l'Empire. Et se tint à Namur un petit de temps,
car la contesse estoit sa serour. Et de là il vint en Braibant, et le
quida li dus de Braibant apaisier au roi de France, mais il ne peut.

Adonc vint il en Hainnau, car li contes et li avoient deus serours
[espousées]. Li contes se mist en painne de remettre à paix messires
Robers d'Artois au roi de France, et i envoia sa feme, qui serour
estoit dou roi Phelippe, et messire Jehan de Hainnau, son frère; mais il
retournèrent sans riens faire.....

Qant messires Robiers d'Artois se vei ensi aquelliés dou roi Phelippe et
de la roine, et que à la priière dou duch de Braibant, dou conte de
Hainnau et dou conte de Blois, il ne pooit venir à paix, et estoient sa
fenme et si enfant enprisonné, il li deubt tenir et tourner à grant
desplaisance, car encores n'avoit il de quoi vivre, se li signeur ne li
aidoient. Si s'avisa, puis que ensi estoit, il honniroit tout, et
meteroit tel tourble et descort en France que les traces i demorroient
deus cens ans à venir. Il prist congiet au conte de Hainnau et à la
contesse. Ce fu li darrains hostels adonc, dont il se parti. Li contes,
qui fut moult amis et honnourables, et qui avoit grant pité de li, et
aussi avoient tout signeur et toutes dames de bien, li fist delivrer et
baillier or et argent pour paiier ses menus frès, car il s'en voloit
aler en Engleterre; mais il s'avisa que il iroit prendre congiet aussi
au duch de Braibant, qui moult l'amoit, et li contes de Hainnau li
consella.

Si se departi de Valenchiennes et vint à Mons, et puis à Halle et à
Brouselles, et là trouva le duch de Braibant. Se li remoustra, quoi que
li dus en seuist assés, toutes ses tribulations. Li dus en ot pité et li
dist: «Biaus cousins, on vous fait tort, et li rois de France est mal
consilliés. Bien veons et entendons qu'il est aournés et parés de
mauvais consel: se l'en pora bien mesceir. Nous avons terre et pais
assés pour vous tenir à l'encontre de tous vos nuisans.» De ces
proumesses se resjoi messires Robers d'Artois et se tint dalés le duch
de Braibant, son cousin, pour tant que il en pensoit mieuls à valoir, et
que li dis dus, qui rices et poissans estoit, le deuist mettre à coron
de tous ses incouveniens, mais non fist; car la poissance dou roi de
France est trop grande et avoit en trop grande haine encargié le dit
messire Robert d'Artois, ensi que il fu apparans. Fos 28 vo et 29.

P. 101, l. 27: soustenroit.--_Ms. B 6_: Sy le soustint le plus longement
le ducq Jehan de Brabant, qui ly presta son chastel d'Argentuelle. Mais
le roy Phelippes fist deffier le duc de Brabant pour celle cause, et
envoia douze prinches qui ardirent le pais. Et y furent les Lygois adonc
jusques à [Hanut][85]. Fo 61.

  [85] _Ms. B 6_: huit. _Mauvaise leçon._

P. 102, l. 2: poroit.--_Ms. d'Amiens_: Li dus de Braibant ne fist comte
de ces manaces et remanda au roy, par ses messagiers meysmez, que
messires Robiers d'Artois estoit ses cousins bien prochainz et ung des
plus nobles de sancq du monde. Si le devoit aidier et conforter par
linage. Et encoires li mandoit il que il ne creoit mies que messires
Robiers d'Artois euist cause nulle à ce dont il l'amettoit, et que il
faisoit mal et pechiet, quant ainssi pour amise il le deshonneroit et
tolloit son hiretaige. Fo 19 vo.

P. 102, l. 9: tant.--_Ms. de Rome_: par son or et par son argent dez
grans amis en Alemagne. Fo 29.

P. 102, l. 11: Liège.--_Ms. d'Amiens_: messire Awous de le Marce, qui
estoit evesque pour le tamps. Fo 19 vo.

P. 102, l. 12: Coulongue.--_Les mss. de Valenciennes et de Rome
ajoutent_: l'arcevesque de Trièves. Fo 40.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: le
arcevesque de Maience. Fo 19 vo.

P. 102, l. 12: li dus.--_Ms. de Rome_: le conte de Gerlles. Fo 29.

P. 102, l. 13: Jullers.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: le comte de le
Marche, le comte des Mons, messire Ernoul de Bakehen. Fo 19 vo.--_Ms. de
Valenciennes_: conte de Jullers. Fo 40.

P. 102, l. 15: tout.--_Ms. de Rome_: sus un jour et à une fois. Fo 29.

P. 102, l. 16: roy.--_Ms. d'Amiens_: et leur donna grant or et grant
argent, affin que il vosissent deffiier le duc de Braibant et le
gueriier; et il s'i asentirent parmy les grans dons qu'il en eurent.
Encoires y vot mettre et bouter li roys le jouène comte de Namur, mais
il s'en excusa bellement et dist qu'il serviroit le roy de France en
touttes autrez manièrez, fors en ceste. Fo 19 vo.

P. 102, l. 18: Hanut.--_Ms. de Rome_: et demorèrent deus jours. Fo 29.


=§ 49.= P. 103, l. 16: Vous avés.--_Ms. de Rome_: Vous sçaves, si com il
est contenu ichi desus en nostre histore, conment les trieuwes furent
prisses et données entre Engleterre et Escoce, et aussi conment li
mariages fu fais dou jone roi David d'Escoce à la serour le roi
d'Engleterre. De quoi li Escoçois en quidièrent trop grandement mieuls
valoir, mais li Englès ne l'entendoient pas ensi, eulz qui ne pueent
amer les Escos, ne ne fissent onques, ne jà ne feront. Qant les
trieuwes furent fallies entre euls et les Escos, qui avoient duret trois
ans, il ne vodrent point sousfrir par nulle voie que les trieuwes
fuissent reprisses, car il voloient avoir la guerre, car li sejourners
lor desplaisoit trop grandement, Englès sont de celle nature: il ne
sèvent, ne pueent, ne voellent longement sejourner sans euls ensonniier
en gerre; et demandent les armes, n'ont cure à quel title, et trop
grandement s'i dilitent et abilitent. Encores estoient les Escoçois
assés au desus de lors besongnes et tenoient la chité de Bervic, que li
rois Robers de Brus, qant il leva le siège de Struvelin, avoit conquis
sus le roi Edouwart, père au jone roi Edouwart, dont il desplaisoit
grandement as Englès. Et pour ce avoient li auqun parlé vilainnement en
Engleterre sus le conte de Qent, qant il acorda si tos sa cousine,
Isabiel d'Engleterre, par mariage, au roi d'Escoce, lor adversaire.

Qant les trieuves furent fallies d'Engleterre et d'Escoce, li Escoçois,
qui quidièrent trouver auqune amour et aliance deviers le roi
d'Engleterre et son consel, pour la cause de ce que lors sirez avoit à
fenme la serour le roi d'Engleterre, envoiièrent ambassadours d'Escoce,
tels que l'evesque de Saint Andrieu, l'evesque d'Abredane, messire
Robert de Versi, messire Arcebaut Douglas, messire Simon Fresel et
messire Alixandre de Ramesai, deviers le roi d'Engleterre et son consel.
Et vinrent chil prelat et chil chevalier d'Escoce, sus bonnes
asegurances, en la chité de Londres. Pour lors, li rois d'Engleterre et
la roine Phelippe tenoient leur hostel, une fois à Eltem, et l'autre
fois à Windesore. Pour ces jours que li Escoçois vinrent, estoient li
rois et la roine à Eltem; si se traissent deviers euls tout
premierement, ensi que pour mieuls valloir. Car au voir dire, il avoient
plus chier à entendre à unes longes trieuves ou avoir paix que la
guerre; car lor poissance en Escoce estoit trop afoiblie, tant dou roi
Robert qui mors estoit, que de mesire Guillaume Douglas et dou conte de
Moret.

Li rois d'Engleterre et la roine et li chevalier d'ostel requellièrent
assez courtoisement ces signeurs d'Escoce, pour la cause de ce que li
rois Davis, lors sires, avoit à fenme leur serour; et remoustrèrent au
roi moult doucement ce pourquoi il estoient là venu et envoiiet de par
tout le pais. Li rois respondi à ce et dist que il fuissent li bien
venu, et que volentiers il meteroit son consel ensamble et là seroit; et
toute l'adrèce que il poroit faire, fust de trieuves ou de paix, salve
l'onnour de li et de son roiaulme, il i meteroit. Ceste response souffi
assés as Escoçois, et retournèrent en la chité de Londres. Fo 29.

P. 104, l. 14: barons.--_Ms. d'Amiens_: Lors assambla tout son consseil,
les nobles et les grans barons d'Escoce et ossi les prelas. Fo 14
vo.--_Ms. de Valenciennes_: Lors assambla tout son conseil, prelas,
barons et citoiens. Fo 30 vo.

P. 105, l. 12: conseil.--_Ms. d'Amiens_: qui desiroient à avoir le
guerre as Escos, et contrevengier le mort de lor proismes, qui furent
ochis devant Struvelin et en le cache qui fu assés dammagable et
honteuse pour les Englès. Fo 15.

P. 105, l. 20 et 21: decaciés.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 22_: de Braibant. Fo
27.

P. 105, l. 25: l'Empire.--_Ms. d'Amiens_: Enssi ne se peult messires
Robiers d'Artois tenir ne en France ne en l'Empire. Si eult avis et
consseil qu'il s'en yroit en Engleterre veoir le jouène roy Edouwart, et
li metteroit avant tel cose dont gaires ne se dounnoit garde, qui
coustèrent au royaumme de Franche. Si prist congiet au duc de Braibant
qui li fist au partir delivrer six mille viés escus pour paiier ses
frès, et se parti couvertement de Braibant et vint en Anwerz. Là entra
il en ung gros vaissiel et toutte se mesnie, et fist tant et naga par
mer qu'il ariva à Zanduch[86] en Engleterre, en ce tamps que li rois
englès estoit en Escoce, ensi que vous avés oy chy devant.

  [86] _Ms. de Valenciennes_: Eurewich. Fo 40.

Quant messires Robiers d'Artois oy ces nouvelles que li roys
d'Engleterre estoit en Escoce, qui gherioit là les Escos, si n'en fu mie
plus liés. Nonpourquant il prist ghides pour lui mener celle part, et se
parti de Zandvich o toutte se routte, et prist l'adrèce pour venir vers
Stanfort et vers Lincelle et tout le droit chemin d'Escoche; et passa
ces villes que je vous nomme et pluiseurs autrez, et vint à Dancastre et
de là à Yorch[87] c'on dist Ebruich, où la roynne Phelippe d'Engleterre
sa cousine et sa nièche estoit toutte enchainte du biau fil, qui depuis
fu noummés Edouwars et princhez de Galles[88]. Quant la roynne seut la
venue de monseigneur Robert d'Artois son oncle, si en eult grant joie,
et le requeilli et festia grandement, enssi que bien le seut faire, et
le retint dalléz lui environ six jours. En ce termine, vinrent
certainnes nouvellez à le roynne que li roys sez maris avoit pris le
castel de Haindebourch, et s'estoient chil dedens rendu au roy, sauve
leurz viez, par les enghiens qui nuit et jour jettoient à le fortrèche.
Ensi eult la roynne double joie.

  [87] _Ibid._: Bervich. Fo 40 vo.

  [88] _Ibid._: qui fu moult vaillans, dont tant avez oy parler.

Lors se parti messires Robiers d'Artois, et dist que il volloit aller
deviers Escoce, et veoir le roy comment il s'i maintenoit. Dont fist la
roynne appareillier grans gens d'armes et bien trois cens archiers, dont
messires Henris de Biaumont fu chiéz, pour aconduire le plus sauvement
jusques au roy monseigneur Robiert son biel oncle, liqués chemina et
esploita tant avoecq se route qu'il vint à Bervich en Escoche qui se
tenoit de par le roy d'Engleterre. Et rechurent chil qui dedens
estoient, par le congnissance qu'il eurent de monseigneur Henry, le dit
monseigneur Robert et touttes ses gens à grant joie, et se rafreschirent
en Bervich trois jours. Là eurent il nouvelles que li roys estoit partis
de Haindebourch, et avoit mis grant garnison ou castel, et en estoit
allés devant Struvelin et l'avoit asegiet. Lors se parti li dis messires
Robiers d'Artois de Bervich, et chevaucha à esploit celle part.

Tant esploita messires Robiers que il approcha l'ost le roy. Et quant il
fu ensi que environ trois lieuwes englesces priès, messires Henris de
Biaumont qui le conduisoit, chevaucha devant, et vint deviers le roy, et
li dist les nouvelles de monseigneur Robiert qui venoit. Liquelx roys fu
moult liés, et fist monter aucuns de ses barons et venir contre lui; et
l'amenèrent tout parlant et devisant en l'ost et en le tente dou roy,
qui vint contre li bien avant et le festia grandement et li demanda:
«Biaux cousins et oncles, quelz besoingnes vous amainnent maintenant en
ce pays?»--«El non Dieu, sire, dist messires Robers, vous le saréz, car
c'est raisons.» Adonc li compta il toutte se fortunne et sen aventure,
et coumment li roys Phelippes, à qui il avoit fait tant de biens, li
avoit tollut sa terre et emprisonnet ses deus fieux, Jehan et Carle, et
bani publiquement du royaumme de Franche. Plus avant il ne le laioit en
nulle place delà le mer demourer; ne il n'estoit comtes de Haynnau, ne
duc de Braibant, ne comtes de Namur, ne autrez sirez qui, pour le
doubtance dou roy de France, le pewist ne osast conforter, ne tenir
dalés li.

De ces parolles et de pluiseurs autres que messires Robiers li recorda,
fu li rois moult esmervilliéz. Si recomforta le dit monseigneur Robiert
et li dist: «Biaux oncles, nous avons assés pour nous et pour vous. Ne
vous sousiiés ne esbahissiés de riens, car se li royammez de France
vous est petis, li royaummes d'Engleterre vous sera grans
assés.»--«Monsigneur, che dist messires Robiers, toutte men esperance
gist en Dieu et en vous, et me confesse chi que, à tort et à pechiet, je
consenti jadis vostre deshiretance. Et[89] fis en partie celui roy dou
noble royaumme de Franche, qui nul gret ne m'en set, et qui pas n'y a si
grant droit comme vous advés. Car, par droit, et par proismetet de le
sucession monseigneur Carlon, roy de Franche, vostre oncle, vous
deveriés tenir l'iretaige et en estes sans cause eslongiés; car cils qui
l'est estoit plus lontains de vous ung point: il n'estoit que cousins
germains, et vous nepveus.» De ces parolles fu li rois tous penssieux,
et touttesfois il les oy vollentiers; mès, tant qu'adonc, il n'en fist
mies trop grant compte, car[90] bien savoit qu'il y retouroit quant il
vouroit. Si fist le dit messire Robert pourveyr de logeis et de toutte
ordonnanche qu'il li appertenoit. Fo 20.

  [89] _Ms. de Valenciennes_: et fis pour celui roy plus que nulx.
  Fo 41.

  [90] _Ibid._: car à ce convenoit grant conseil et advis de le
  laissier pour l'eure ensy.

P. 105, l. 27: Ricemont.--_Ms. de Rome_: De rechief, pour tant que tous
li consauls d'Engleterre estoient là asamblés, li clers meismes, liquels
avoit parlé et remoustré les besongnes qui touçoient au roi et au
roiaulme par le conmandement et ordenance dou roi, parla là pour le
asignation de mesire Robert d'Artois avoir, qui estoit li uns des plus
gentils homs de ce monde. Et remoustra li dis clers tout au lonc conment
Phelippes de Valois l'avoit de fait et de poissance banit et escachiet
hors dou roiaulme de France. Se avoit il sa serour espousée, laquelle il
tenoit en prison et ses enfans. Or voloit li rois d'Engleterre, qui
l'avoit retenu et de son consel, puisque on li avoit osté et pris le
sien en France, que en Engleterre il euist terre et revenue, pour lui
deduire et tenir son estat.

A ceste requeste et ordenance descendirent et s'enclinèrent tout li
signeur legierement. Regardé fu que il i avoit une conté en Engleterre
qui estoit en la main dou roi; et pooit par an valoir la revenue trois
mille mars, et la conté est nonmée Beteforde. Si fu dit et acordé que
il seroit contes de Beteforde, et en leveroit tous les pourfis. Messires
Robers d'Artois remercia le roi de ce don et tous les signeurs, et
devint là homs au roi d'Engleterre de la conté de Beteforde. Fo 34 vo.


=§ 50.= P. 106, l. 8: messages.--_Ms. d'Amiens_: Quant li roys
d'Engleterre eut oy les hommes de bien qu'il avoit envoiiet en Escoche
devers le roy son serourge, et les responsses tellez que li rois li
avoit fait, se li samblèrent d'un lés assés durez contre l'onneur de lui
et de son royaumme, et ossi assés raisonnables tant qu'à fraternité, car
voirement estoit il tenus à souffrir de lui, pour le cause de sa sereur
que il avoit espousée; et assés legierement s'en fust souffers, sauve
l'onneur de lui et de son pays. Mais chil qui dallés lui estoient, et
par qui consseil en partie il ouvroit de ceste besoingne, ne li
laiièrent guairez longement endormir; ains li disent pour lui esmouvoir
et escauffer: «Sire, vous avés juret solempnelment, par dignité de roy,
à tenir, maintenir, soustenir, deffendre et garder et acroistre lez
drois de vostre royaumme. Dont, se vous laissiéz celle bonne chité de
Bervich et ce bel castel de Rosebourch, qui sont sus marce et clefs de
vostre pays à l'encontre del royaumme d'Escoche, ens ès mains des
Eschos, vous ne vos acquittés mies bien contre vo sierment, et en
afoiblissiéz vostre honneur et vostre hiretaige; et mains en seréz
doubtéz et honneréz, qui estes jouène et en vo venir. Et poront dire
tout chil qui parler en oront, que faute de hardement et faintize de
coer, che qui n'est pas bien seans en jouène seigneur, le vous vont
faire. Encorres plus avant tous les jours, li Escochois poevent, par
l'entrée de Bervich et par le castel de Rosebourch, entrer et courir en
vostre royaumme bien avant, ce que pas ne feroient se chil hiretaige,
qui jadis fuirent à vos predicesseurs, estoient racquis à vous, enssi
que de legier le pourés faire se vous vollés, car li forche des Escos
est moult amenrie et afoiblie puis trois ans en enchà. Si sont il grant
et orguilleux, et qui petit amirent ne prisent vostre pays. Encorez tous
les jours sus marche, ensi que nous sommes enfourmet souffissamment par
nos voisins qui les marchissent, chiaux dou Noef Castiel sur Tin, de
Branspes, de Persi, de Urcol et des autres castiaus voisins, li
Escochois les manachent[91] et dient qu'il chevaucheront encorres plus
avant en vostre pays que li roys Robiers ne fist oncques, mais que li
rois David leur sires ait ung peu plus d'eage; et que pour ce que vous
volliés nourir pès à yaux et tenir vostre terre sans guerre, acordastez
vous le mariaige de medamme vo soer à yaux. Dont telx coses et plus
assés que touttes ne poons mies recorder, mès tous les jours en oons
nouvelles par les marchissans, ne font mies à souffrir ne à conssentir.
Si aiiés sour ce bon advis et hastieu consseil, nous vous en prions.»

  [91] _Ms. de Valenciennes_: Car encore est le orgeul des Escos si
  grans qu'ilz ne leur souffist point à ce qu'ilz tiennent de
  vostre heritage, mais menacent. Fo 31 vo.

Quant fu li rois Edouwars d'Engleterre conseillés et enfourmés contre
les Escos que il fist criier une moult belle feste à Londrez, et furent
de trente chevaliers de dedens et ossi de trente escuyers, et manda que
tous nobles et prelas fuissent à Londres ou environ à le Purification
Nostre Damme qui fu l'an mil trois cens trente et un, tout y furent ensi
que ordounnet estoit. Et fu la feste mout noble, bien festiée et bien
joustée; et à celle feste fu messires Jehans[92] de Haynnau, lui douzime
de chevaliers. Et eut adonc, de chyaux de dehors, le pris des joustes li
sires de Fagnoellez, qui estoit de le compaignie monseigneur de
Biaumont; et des escuyers de dehors, Francque de Halle qui encoires
n'estoit mies chevaliers, mès il le fu celle année ens ès armées
d'Escoce, en le compaignie dou roy. Tout les huit jours, on jousta et
festia grandement à Londrez; et grant fuison de seigneurz, de dammes et
de dammoiselles il y eut. Au chief des huit jours, sus le departement de
le feste, li roys assambla tout son consseil, prelas, comtes, barons,
chevaliers et bourgois sagez et honnestes des bonnes villez. Et là leur
fist li roys remoustrer par ce vaillant prelat le evesque de Lincolle,
coumment il avoit fait requerre au roy d'Escoce son serourge que il
volsist oster se main de le chité de Bervich et dou castel de Rosebourch
que il detenoit à tort, et qu'il volsist faire hommaige à lui de son
royaumme d'Escoce, ensi qu'il devoit, et ossi coumment li roys d'Escoce
avoit respondu à ses mesages. Si pria à tous li rois, par le bouche dou
dessus dit evesque, que chacuns le volsist sur chou si consiller que se
honneur y fuist gardée.

  [92] _Ms. de Valenciennes_: et par especial y fu messire Jehan de
  Haynnau, lui douzième de chevaliers, et eut le prix de ceulx de
  dehors. Et estoit avec le dit messire Jehan le seigneur de
  Faigneulles. Fo 32.

Adonc tout li baron, li chevalier, li conssaulx des chités et dez
bonnes villez et tous li communs pays se consseillièrent sur chou, et
raportèrent leur consseil tout d'un acord. Liquelx consseils et rappors
fu telx que il leur sambloit que li roys ne pooit plus porter par
honneur les tors que li rois d'Escoche li faisoit: «car il est bien sceu
et est tout cler que anchiennement li roys d'Escoche faisoit houmage au
roy d'Engleterre, car jà n'ont il en leur pays nulle provinse, mès sont
enexé et conclavé en le provinse de Evruich, qui est archevesquiet et
dou royaumme d'Engleterre. Encoires avant il prendent le fourme de leur
monnoie sus les communez et ordonnanches d'Engleterre, et ont touttez
telx loix et telx coustummez que li Englèz ont, et ung meysme langage.
Dont il appert que li royaummes d'Escoche se depent et descent dou
royaumme d'Engleterre. Et troevent bien li Englèz que ychil doy pays
furent jadis tout à ung seigneur roy d'Engleterre, liquelx rois eut deus
filz. Si departi ens ou lit de le mort, presens tous les noblez des deus
pays qui à ce devoient y estre appellés, les deus royaummes; et donna
l'ainet Engleterre et au maisnet Escoce, parmy tant qu'il le devoit
tenir en fief et hoummaige de son frère le roy d'Engleterre. Or ont li
Escot, qui sont dur à entendre, tenu depuis une aultre opinion, liquelle
ne fet mie à souffrir. Si conseillonz et voullons, chiers sirez, que ces
coses soient encorrez remoustrées au roy d'Escoce et à son consseil, et
y metons cel loisir et grace pour l'onneur et amour de medamme vostre
sereur qu'il a espousée; et s'il ne vient à voie de congnissance des
requestez que on li a faittez et fera, il soit deffiiés; et vous
pourveés si efforchiement que pour entrer ou royaumme d'Escoce apriès
les deffianches faittez, si poissamment que pour ravoir et raquerre le
bonne cité de Bervich, qui est de vostre hiretaige; et ayés tel par
forche et par constrainte le roy d'Escoce qu'il soit tous joians s'il
puet venir à vous à hoummaige et faire satifation des tors et des
outraiges qu'il vous a fès ou li rois ses pères. Et enssi nous sommes
tous desirans d'aller avoecq vous à vostre commandement.»

Quant li rois d'Engleterre eut oy le responce de son consseil, et il eut
veut le bonne volenté de ses hommes, si fu moult liés et les en
remerchia grandement. Dont fu là regardé et avisé qui yroit en Escoce.
La besoingne et li voiaiges fu assis sus l'evesque de Durem et sus le
seigneur de Persi et le seigneur de Moutbray et le seigneur de Felleton.
Chil prelas et chil troy hault baron, qui là estoient presens,
acordèrent, à le priière et requeste dou roy, ce voiaige. Encores pria
li roys à tous que il se volsissent pourveir et appareillier à ung jour
qui adonc fu nommés, chascuns seloncq son estat, à estre au Noef Castel
sur Tin; et il li disent qu'il y seroient bien et volentiers, et n'y
aroit point de deffaulte. Ensi se departi li conssaulx del roy, et s'en
ralla chacuns en son lieu. Et ossi messires Jehans de Haynnau prist
congiet au roy, et se presenta à lui de bon coer et de grant vollenté.
De quoy li roys l'en seut grant gret, et li dist: «Biaux oncles, très
grant merchis à vous, et à vostre aye ne renunche jou pas; et se
besoings me croist ne touche, je vous manderay.» Sur che se parti li dis
messires Jehans del roy et de le roynne, se nièche, qui moult doucement
l'acolla au partir, et li pria qu'il le volsist recoummander à
monseigneur son père et à madamme se mère, et saluer ses bellez soers;
et il li dist qu'il le feroit vollentiers. Sour ce, se parti li dis
messires Jehans et toutte se compaignie, et s'en revint en Haynnau. Fo
15.

_Ms. de Rome_: Depuis ne demorèrent point lons jours que li rois
d'Engleterre auna tous les barons et prelas d'Engleterre qui ordonné
estoient à lui consellier, et les hommes des bonnes chités et villes,
qui par droit estatut y devoient estre convoqiet, car il estoit ensi
acordé que riens ne se devoit ne pooit passer sans euls. Qant tout
furent venu à Londres, li parlement et li consel conmenchièrent à
Wesmoustier, et furent li ambassadour d'Escoce apellé. Il vinrent et
entrèrent tout en la cambre dou consel, et là estoit li rois
d'Engleterre presens. Là lor fu demandé quel besongne les amenoit pour
ces jours en Engleterre. Li evesques de Saint Andrieu d'Escoce, qui fu
uns moult sages et discrés homs, remoustra la parole pour tous, et bien
le sceut faire. Qant il ot parlé, on les fist issir de la cambre, pour
euls consillier et faire response. Il alèrent petiier le parvis et le
clostre, tant qu'il fuissent rapellé.

Or conmenchièrent chil dou consel à parler et à proposer pluisseurs
coses, et ne peurent estre d'acort, et furent li Escoçois appellé; il
vinrent. Qant il furent venu, li archevesques de Cantorbie lor dist que
il ne pooient estre si tos definitivement respondu, mais il le seroient
au plus tos que on poroit, et que lor demande ne requeroit pas si brief
consel. Il n'en porent aultre cose avoir, et se departirent de là et
retournèrent à lors hostels. Et li consauz demora; et parlèrent
d'aultres besongnes qui lor touçoient, car il n'estoient pas asamblé
tout pour une cose. Et li rois s'en vint à Cènes, assés priès de
Wesmoustier, un hostel roial qui sciet sus la Tamise. Chil Escoçois
demorèrent plus d'un mois à Londres et ne pooient estre respondu, car li
consauls ne voloit, et tant que il furent si hodé et si tané que il
requissent et priièrent que, fust pour euls ou contre euls, il fuissent
respondu.

La cause qui metoit detriance ou consel dou roi, je le vous dirai. Il
consideroient generaulment entre euls deus coses: li une si estoit que
lors sires li rois estoit jones et à faire, et ne le voloient pas tenir
ne nourir en wiseuses, mais en painne et en travel d'armes; car, par les
wiseusses que ses pères avoit eu, estoit d'onneur li roiaulmes
d'Engleterre requlés, à laquelle cose il voloient retourner ou tout
parperdre. Li secons articles estoit que li Escoçois tenoient la chité
de Bervich et Struvelin, Dombare, Dalquest, Haindebourch et tout le pais
jusques à un pas que on dist Quinnesferi, où la mer d'Escoce doit
departir les deus roiaulmes, et que li Escoçois l'aueroient trop bon
parti, se uns si grans hiretages lor demoroit pasievlement, et que ce ne
faisoit pas à requerre ne à sousfrir: «Voire, disoient li auqun vaillant
homme ou consel dou roi, li Escoçois sont bien fol et ignorant, qui
quident, pour une fenme qui est serour de nostre roi, que nous doions
cest, que est hiretages à la couronne d'Engleterre, quiter. Il nous
tourneroit à grant blame et reproce, et aussi nous ne le poons faire.
Nous avons cause raisonnable de respondre as Escoçois et dire ensi: Il
nous rendent Bervich et tout le pais, ensi que li bons rois Edouwarz le
tint en son temps; et puis dou sourplus, nous entenderons à lors
tretiés. »

Ensi fu conclu ens ou consel d'Engleterre, et li Escoçois respondu, qant
il orent sejourné à Londres bien un mois. Qant li Escoçois oïrent ceste
response, il furent tout abus et veirent bien que li Englès voloient la
guerre. Toutes fois, il respondirent et dissent que il n'estoient pas
cargié de proceder sus tels trettiés, et que les paroles, que il avoient
oy et entendu, seroient reportées au pais. Si issirent hors dou consel,
et montèrent sus lors cevaus, et se departirent dou palais de
Wesmoustier. Et cevauchièrent au lonch de Londres, et vinrent à Saint
Jehan Lane en Griscerche, là où il estoient descendu. Et fissent par
tout lors hostels compter et paiier, et puis issirent de Londres; et
cevauchièrent tant par lors journées que il retournèrent en Escoce.

On estoit trop esmervillié pourquoi il demoroient tant. Qant il furent
revenu, li baron et li signeur d'Escoce vodrent savoir des nouvelles.
Ils ne les publiièrent pas sitos que il furent revenu, mais fissent
venir à Haindebourc tous ceuls qui tailliet estoient d'en savoir. Qant
tout furent venu en la presence dou roi meismes, li evesques de Saint
Andrieu parla et remoustra toute l'ordenance de lor voiage, et quel et
conment il avoient trouvé le roi d'Engleterre et son consel, et que plus
d'un mois il avoient atendu à avoir response. En la fin il l'eurent
tèle. Adonc lor remoustra li dis evesques toute l'ordenance des paroles
que li consauls d'Engleterre avoient respondu.

Qant chil qui là estoient entendirent que les besongnes se portoient
ensi, si furent tout abus, et dissent li plus sage: «Nous auerons la
gerre, il manque dou pourveir. A celle fois ichi, li Englès nous rueront
jus, ou nous les meterons en ce parti. Nostres rois est jones, et aussi
est le leur. Il fault que il s'asaient. Desous le solel, n'a plus
orguilleus ne presomptieus peuple que le peuple d'Engleterre est.» Li
jone chevalier et esquier d'Escoce, qui amoient les armes, et qui se
desiroient à avanchier, furent tout resjoy de ces nouvelles, car il
avoient assés plus chier la guerre que la paix. Fos 29 vo et 30.


=§ 51.= P. 107, l. 5: Li jours.--_Ms. d'Amiens_: Or revenrons à le
matère des Englès et des Escos. Li jours, qui denommés estoit, aprocha;
et vint li noblez rois Edouwars à tout son ost au Noef Castiel sur Tin,
et encoirez toudis li croissoient gens. Et là se tint par l'espasse de
huit jours, attendans chiaux qu'il avoit envoiiés en Escoche deviers le
jouène roy David et son consseil, liquel revinrent deviers lui au
neuvième jour, comme chil qui ne raportèrent aultre responsce que le
premierre. Et disent bien au roy d'Engleterre que li Escot estoient tout
appareilliet de lui recepvoir, puisque gueriier les voloit: «Dont, sire,
quant nous veysmes l'ordonnanche d'iaux et le affection qu'il ont de
tenir leur oppinion, nous deffiamez le roy et les siens de vous et des
vostrez. Si poés d'ores en avant, et sans fourfet, entrer sur yaux. Or,
regardés de quel costet.» Dist li roys: «J'en aray avis.» Adonc, s'en
consseilla, et on li dist que premiers on alaist deviers Rosebourch
[Bervich], et le assiegast on de tous lés, car c'est ungs castiaus qui
siet sus marche, et que li Escos tiennent pour concquès. Ceste cose fu
acordée.

Dont se parti li nobles roys Edouwars dou Noef Castiel, et fist ses
marescaux chevauchier devant, le comte de Sufforch et monseigneur
Thummas Waghe. Che premier jour, s'en vint li rois jesir à Urcol, ung
castel et une ville qui est au seigneur de Persi. Li ville estoit toutte
gastée des Escos, mais li castiaux n'avoit garde. L'endemain, vint li
roys dinner à Persi, et se tint là tout le jour, en atendant ses os et
ses gens, qui encoires estoient par derière. Fo 15 vo.

_Ms. de Rome_: Environ la Saint Jehan Baptiste, que on compta l'an de
grasce mil trois cens trente et un, li jones rois Edouwars d'Engleterre
et la roine s'en vinrent à Evruich euls tenir et lor estat, et cachier
as cerfs, as dains et as cheviruels. Et entrues se ordonnoient les
pourveances, et se faissoient très grandes et très grosses, pour aler
ens ou roiaume d'Escoce. Et fist li rois faire un mandement que toutes
gens tenans de li, portans armes, fuissent, le premier jour d'aoust, à
Evruich. Li mandemens dou roi s'estendi par toutes les parties
d'Engleterre jusques ens ou fons de Cornuaille, et tout vinrent à
Evruich. Adonc se desloga li rois et vint à Durem; et ensi que il
ceminoit, la roine sa fenme le sievoit. Et vint li rois au Noef Chastiel
et là s'aresta, pour tant que tous ceuls des lontainnes marces
d'Engleterre n'estoient point encores venu.

Ces nouvelles estoient bien sceues en Escoce, conment li rois
d'Engleterre, à poissance de gens d'armes et d'archiers, les venoit
veoir. Les auquns en faisoient grant doubte, et li aultre non. Toutes
fois, ils pourveirent les villes et les chastiaus tenables, et par
especial la chité de Bervic. Et i ordonnèrent li signeur d'Escoce à
chapitainne, mesire Alixandre de Ramesai, un trez vaillant et sage
chevalier, et des aultres chevaliers et esquiers assés avoecques lui. Et
li rois et la roine se tinrent en la marce de Haindebourch. Et n'avoient
pas li Escoçois entension que d'atendre le roi d'Engleterre, et de
combatre à lui poissance contre poissance, car il n'avoient pas gens
pour resister encontre les Englois. Il laisseroient bien perdre une
partie de lor pais et puis le recouveroient; et aussi il poursievroient
les Englès sus lors logeis, de nuit ou de jour, et lor poroient bien par
ce parti porter aucun damage. En ce consel s'arestèrent il. Et li rois
d'Engleterre se tenoit au Noef Chastiel sur Thin, et toutes ses gens
estoient logiet autour de li; mais point n'avoient encores passé la
rivière, pour la doubtance des Escos.

Entrues que li rois d'Engleterre estoit sus ce voiage, vint deviers lui
messires Robers d'Artois, ensi conme uns chevaliers tous desconfortez,
et il le savoit bien où prendre. Li rois d'Engleterre et la roine le
requellièrent moult doucement, car il lor estoit moult proçains de
linage. Et li dist li rois: «Messires Robert, biaus cousins, nous avons
assés pour nous et pour vous. Puis que vostre amic de delà la mer vous
deffallent, nous ne vous faudrons point à vostre besoing.» Et messires
Robers li avoit respondu et dit: «Monsigneur, grant merchis.» Li
intension dou roi et de son consel estoit tèle que, le roi retourné de
ce voiage et venu en la marce de Londres, il [li] asigneroit en
Engleterre terre, rentes et revenues, pour vivre honnourablement et
tenir son estat.

Qant li rois ot sejourné au Noef Chastiel sur Thin environ douse jourz,
et toutes ses gens furent venu, moult i avoit grant peuple. On nombra
les hommez d'armes, chevaliers et esquiers, à siis mille hommes, et les
archiers à chienqante mille. Si passèrent tout oultre la rivière dou
Thin, sus le pont dou Noef Chastiel; ailleurs ne le pooient passer. Et
passèrent chil de l'avantgarde, laquelle li connestables d'Engleterre et
li marescal menoient; et s'en alèrent logier sus le pais encontre la
frontière de Northombrelande, et ne prissent pas le cemin pour aler
viers Bervich, mais viers Rosebourch; et vinrent à Anwich et en la terre
le signeur de Persi.

Ensi que li rois d'Engleterre estoit logiés en la ville de Anwich et
toutes ses gens là environ, uns hiraus d'Escoce, qui s'apelloit Dondée,
vint deviers le roi et deviers les signeurs, et pria que il peuist estre
oïs; il le fu. Il dist au roi, presens ceuls qui le peurent oïr: «Très
chiers sires, je sui chi envoiiés de par aucuns prelas et barons
d'Escoce, qui sont venu jusques à la Mourlane, et là me doient il
atendre tant que je soie retournés deviers euls; et venroient volentiers
parler à vous et à vostre consel, sauf venant et sauf retournant.» Li
rois regarda sus le conte Henri de Lancastre, et sus auquns barons et
prelas qui là estoient. Adonc fist on traire le hiraut arrière, tant que
li rois fu consilliés. Acordé fu que li hiraus les nonmast là par noms,
liquel c'estoient, qui venir voloient: on lor acordoit volentiers la
venue et le retour. Li hiraus les nonma: il en i avoit sept, deus
prelas, et chevaliers jusques à chiench. Tantos, une lettre de sauf
conduit fu escripte et seelée et delivrée au hiraut, qui se departi de
là et retourna à ses mestres, et leur bailla le sauf conduit.

Qant il l'orent, il i ajoustèrent foi; et se departirent de la Mourlane,
et cevaucièrent tant que il vinrent à Anwich. Li rois d'Engleterre, à
l'eure que li Escos vinrent, estoit alés logier ou chastiel, et là
tenoit son estat. Quant li Escoçois furent venu et descendu de lors
chevaus, il furent logiet de par les officiiers dou roi. Adonc vinrent
auqun chevalier d'Engleterre qui les requellièrent, et qui à ce faire
estoient conmis; et les enmenèrent deviers le roi et les signeurs, qui
atendoient lor venue. Tout li signeur d'Engleterre, qui là estoient en
la presence dou roi, s'ouvrirent et laissièrent les Escoçois passer. Il
enclinèrent le roi, et non plus avant. Li rois les requelli de une
parole tant seullement, ce fu que il dist en son langage: «Bien venant.»
De trop petit se disfèrent li uns langage de l'autre.

Or vous nonmerai les deus prelas et les chienc chevaliers, l'evesque de
Saint Andrieu et l'evesque d'Abredane, messire James Douglas, frère à
messire Guillaume qui porta le coer dou roi Robert de Brus en Grenade et
là morut, messire Arcebaus Douglas son fil, le conte de Qarrich, mesire
Robert de Versi et mesire Simon Fresiel. Li evesques de Saint Andrieu fu
chils qui remoustra la parole et dist: «Sire rois, et vous baron et
prelat d'Engleterre, qui chi estes, nous sonmes ichi envoiiés de par
toute la generalité dou roiaulme d'Escoce, et sonmes esmervellié, euls
avoecques nous, et nous avoecquez euls, à quel title si soudainnement
apriès les trieuves fallies entre Escoce et Engleterre, vous estes esmeu
à nous faire gerre, qant nostres sires li rois d'Escoce a, sire rois
d'Engleterre, espousé vostre soer. Nous i adjoustions au dit mariage
grans aliances, et fuimes generaulment en toute Escoce moult resjoi,
qant la dame nous demora roine. Et nous torne à grant mervelle celle
dureté que vous avés empris à faire à vostre frère, nostre roi, et
vostre serour, nostre roine, qant ce tant de petit hiretage que Dieus
lor a donné, vous volés destruire. Si vous prient, par nous, nostres
sires li rois et madame la roine que vous ne voelliés pas faire celle
cruaulté que d'ardoir et essillier lor hiretage; et retraiiés vous et
faites retraire vos hommes, et leur donné[s] congié çasqun de retourner
en son lieu. Et prenés trois ou quatre prelas des vostres et otant des
vostres barons d'Engleterre, et nostres sires li rois en metera otretant
à l'encontre; et ce que chil trouveront ou decré de lor disposition, il
deposeront sus l'ordenance des deus roiaulmes. Et sera tenu à ferme et à
estable, pour tous jours mès, ce que deposé en sera; et demorrés, vous
et vostre frère, en paix, et ensi vostre hiretage. C'est la parole que
nous vous remoustrons, et pour qoy nous sonmes venu, et sur ce nous
demandons à avoir response.»

Qant li evesques de Saint Andrieu d'Escoce ot ensi parlé, il fu moult
bien oïs et entendus. Donc fu dit as Escoçois que il se traissent
arrière, on conselleroit lor parole, et puis aueroient response. Il le
fissent; et s'en alèrent li Escoçois tout ensamble en une aultre cambre
qui estoit ordonnée pour euls. Encores fu conmandé que tout widassent de
la cambre dou roi, reservé ceuls dou consel. Il widièrent chil qui là
n'avoient que faire. Là repliqièrent li signeur, en la presence dou roi,
toutes les paroles et requestez des Escoçois, et demandèrent: «Or sus,
qui fera la response, et qui parlera à point sus che que il ont dit et
proposé?» Donc parla messires Renauls de Gobehen, uns moult sages et
vaillans chevaliers, pères à mesire Renault, qui fu depuis aussi uns
moult preus et vaillans chevaliers, et dist: «A tout ce que chil
Escoçois reqièrent et demandent, ne fault pas trop grant consel. Il
seront respondu ensi, pour ce que il ont demandé à quel title li rois
nostres sires et nous lor faissons gerre: c'est por le mauvesté et
rudèce de euls. Car jà sèvent il et ont sceu leur père, passé sont li
terme de cinq ans, que li rois d'Escoce doit tenir et relever et faire
honmage au roi d'Engleterre de tout le roiaulme d'Escoce, reservé auquns
isles qui marcissent à l'encontre d'Irlande et de Norvègue, les quels
isles sont nonmé les sauvages Escos, et ont un signeur pour euls, qui se
nonme Jehans des Adultilles. Chils obeist au roi d'Escoce, et non à
nous. Et ceste raison, on lor metera en termes tout premiers, car elle
est toute clère; et bien le scèvent, quoi que il en ignorent.
Secondement, pour reconquerre ce qui est nostre, la chité de Bervich et
tout le pais jusques à la mer c'on dist d'Escoce; et se ce il nous
voellent rendre debonnairement, et que li rois viengne à honmage au roi
nostre sire et recongnoise l'onmage à estre lige, presens les barons
d'Engleterre et ceuls d'Escoce, et que de ce soient lettres escriptes et
seelées dou roi d'Escoce et des barons d'Escoce, il demorront en paix.»
Adonc fu dit à messire Renault de Gobehen: «Sire, il plaist au roi que
vous fachiés la response, car avés la matère toute pourveue.» Donc
respondi messires Renauls et dist: «Je le ferai volentiers.»

Adonc furent appellé li Escot. Il vinrent avant et entrèrent dedens la
cambre, et nuls fors euls. Li consauls dou roi se mist sus deus èles, et
les Escoçois enmi euls. Qant il furent tout aquoisié, messirez Renauls
de Gobehem parla et dist: «Entre vous, signeur d'Escoce, vous demandés à
avoir response et non aultre cose, et vous l'auerés, et bien briefment.
Vous avés demandé à quel title nous vous volons presentement faire
guerre. Vous le savés bien, quoi que vous ignorés; mais puis que il faut
que nous renouvellons la parole, je parole pour nostre sire le roi et
pour tout le pais generaument d'Engleterre. Et dissons que vostres rois
est tenus, et ont esté tout si predicessour, roi d'Escoce, et seront li
successour, à faire honmage au roi d'Engleterre, à ceuls qui furent et
seront. Et cela avoech le calenge nous volons tenir en droit, et le
demandons et requerons comme le bon hiretage à la couronne d'Engleterre.
Avoecques tout ce, nous disons, et pour ce sonmes nous logiet sus les
camps, que vous, qui estes d'Escoce des plus grans et li consauls dou
roi, tenés contre l'onnour et majesté roial dou roi d'Engleterre et de
ses hoirs, la chité de Bervich et grant pais qui s'estent jusques à
bonnes de la mer d'Escoce, et volés demorer en celle tenure par manière
de conquès. Sachiés que nostres sires li rois ne le puet sousfrir ne
voelt. Et se il le voloit par auqune dissimulacion, pour tant que avés
mis en termes que il deveroit tenir en pais ce tant de petit hiretage
que son frère le roi d'Escoce et sa serour ont, et tient à present, se
ne le sousferroient pas si homme, et sont tout conforté que toutes ces
coses vous remeterés arrière. Et fera vostres sires li rois foi et
hommage lige à nostre sire le roi d'Engleterre, se il voelt demorer en
paix. Et le feront aussi tout chil qui sont enexsé et conclavé ens ès
terres, qui sont et doient estre tenues et relevées de foi et d'onmage
de nostre signeur le roi d'Engleterre. Et se vous estez fort, de par
vostre roi et les vostres, de acorder toutes ces coses recordées, si
ditez oil; et nous entenderons à la paix.» Donc respondirent li Escoçois
et dissent: «Nennil, ne nous n'en sonmes ne cargié ne introduit.» Donc
respondi li chevaliers englois et dist: «Vous perdés aultrement vostre
langage; et puis que vous volés proceder dou contraire, retraiiés vous
viers les vostres, et lor dites ce que vous avés trouvé en nous, car
vous n'enporterés aultre cose.»

Qant li Escoçois orent entendu messire Renault de Gobehem ensi parler et
soustenir la querelle des Englois par celle voie, si furent tout abus
et ne sceurent que dire, ne que repliqier, mais il prissent congiet dou
retraire; on lor donna. Et issirent dou chastiel, et retournèrent là où
lor cheval estoient; et burent un cop et mengièrent, car des biens de
l'ostel dou roi on lor envoia assés. Et puis montèrent sus lors chevaus,
et partirent de Anwich; et chevauchièrent tant que il trouvèrent le roi
et auquns des signeurs d'Escoce, par lequel consel il estoient venu
deviers le roi d'Engleterre et son consel. Si lor recordèrent tout au
lonch quel cose il avoient trouvé, et la response grande et orguilleuse
que il avoient eu des Englois. Et moustroient bien en lor parole que li
rois d'Engleterre n'avoit en toutes ces coses nulle poissance, et que li
pais et roiaulmes d'Engleterre faisoit fait et partie dou calenge et dou
proceder avant; et avoient bien entendu que, se li rois d'Engleterre se
voloit dissimuler, taire tous quois et quiter l'onmage et le calenge, se
ne le quiteroient pas ses gens. Adonc dissent ils entre euls:
«Confortons nous et faisons dou mieuls que nous poons. Nous auerons la
gerre, et ne l'euimes onques si dure ne si folle que nous auerons pour
le present.»

Ensi demorèrent les coses en cel estat, ne depuis n'i ot trettié nul
quelconques, pour celle saison, entre Engleterre et Escoce; mais se
departi li rois d'Engleterre et toute sa poissance de Anwich et de là
environ, où ses gens estoient logiés. Cil avoient encores cent mille
chevaus; et ensi que il ceminoient, pourveances les sievoient à esfort,
as sonmiers et à charroi. Et prissent li Englois pour celle fois le
cemin de Rosebourch et de Miauros. Encore s'esten toute Engleterre
jusquez à là. Miauros est une abbeie de Saint Benoit; et là se depart, à
une petite rivière qui i court, li roiaulmes d'Escoce d'un lés, et li
roiaulmes d'Engleterre d'aultre. La première ville que on trueve en
alant en Escoce, c'est la Mourlane: là vinrent logier li connestables
d'Engleterre, li contes de Norhanton et li marescal, li sires de
Felleton et messires Thomas Wage. Qant ce vint à l'endemain, toute li
hoos fu logie en Escoce, et laièrent Bervich à la bonne main. Bien
savoient que il i retourneroient qant il aueroient fait lor emprise;
mais il voloient veoir se il trouveroient à qui parler, car il ne
demandoient que la bataille. Si esploitièrent tant li rois d'Engleterre
et ses hoos que il foullèrent grandement la plainne Escoce, et ardirent
et essillièrent moult de villes et de hamiaus.

Moult petit de villes fremées sont en Escoce: il i a grant fuisson de
chastiaus, et non pas tant de diis fois que il i a en Engleterre. Et ont
li Escoçois celle manière et condition, qant il sentent les Englois
venir à poissanche telle que pour lors il avoient, il tiennent les
camps. Et ne s'encloent point li signeur en lorz chastiaus; et dient que
uns chevaliers, qui là est enclos, ne puet non plus faire que un aultre
homme. Li Englois quidièrent trouver le roi en Haindebourc, car c'est
Paris en Escoce, mais non fissent; car il en estoit alés oultre et mené
sa fenme sus la sauvage Escoce. Et li chevalier et esquier dou pais
s'estoient requelliet et mis ensamble, et avoient fait mener tous lors
meubles et cachier lors bestail, dont il ont grant fuisson, ens ès forès
de Gedours qui sont inhabitables; et bien scèvent que les Englès ne les
iroient jamais là querre, car point ne congnissoient les entrées et les
issues, et sont fortes à cevauchier.

Si vinrent li rois d'Engleterre et ses gens en la ville de Haindebourc,
qui est grande et plentiveuse, et point n'est fremée. Si se loga li rois
en l'abeie de Sainte Crois, et tout li signeur là où le mieuls il
peurent; et i furent quinse jours, pour tant que on entendi à prendre le
chastiel, liquels se rendi, salve lors vies de ceuls qui dedens
estoient. Donc le fist li rois d'Engleterre remparer grandement et
ravitaillier et rafresqir de nouvelles pourveances; et i mist un
chevalier à chapitainne, dou pais de Northombrelande. Et fu li entension
dou roi et de son consel que il le tenroient, et en feroient frontière
contre les Escoçois. Aussi prissent li Englois un aultre chastiel fort
assés, à cinq petites lieues englesces de Haindebourc, lequel on clainme
Dalquest, et est hiretages à ceuls [de] Douglas; et en fissent garnison,
et de pluisseurs aultres. Et ardirent li Englois toute l'Escoce jusques
à la ville de Saint Jehan en Escoce, ne nuls ne lor ala au devant; et
ne savoient chil dou pais à dire où li rois et la roine estoient.

Qant li rois d'Engleterre et ses gens orent chevauchié et couru toute la
plainne Escoce et ars, et exsillié tout le plat pais, et n'estoit nulle
nouvelles des Escos qui lor contredesissent lor cemin, et il veirent que
li iviers aproçoit, et il orent pourveu et rafresqi tous les chastiaus
que il pensoient à tenir pour guerriier et heriier le demorant dou pais,
il se missent tout souef au retour. Et fu li rois logiés en une moult
belle petite ville, que on apelle Donfremelin. Et là a une abbeie de
noirs monnes, qui est assés grande et belle; et là dedens celle abbeie
sont les sepultures conmunelment des rois d'Escoce. La ville fu arse,
mais li rois desfendi à non ardoir l'abeie, pour tant que il i avoit
esté logiés. Puis se missent li rois et ses hoos au retour; et ne
prissent pas le cemin que il estoient venu, mais celi desus la marine,
car ce fu lor intension que, de ce voiage, il meteroient le siège devant
Bervich. Et esploitièrent tant les Englois que il vinrent devant
Dombare, qui sciet sus la mer. Et furent là et environ chinq jours; et
se missent en grant painne de le prendre et de l'avoir. Et i fissent li
archier pluisseurs assaus, et ne le peurent avoir. Fos 30 à 32.


=§ 52.= P. 109, l. 14: li rois.--_Ms. d'Amiens_: Li roys d'Engleterre
avoit bien en celle armée dix mil hommez à cheval et vingt mil à piet,
archiers et gallois, sans le autre ribaudaille, qui sieuvoient l'ost. Et
esploita tant li os que il vinrent devant [Bervich][93]. Donc se
logièrent que mieux mieus, et environnèrent le castel et assiegièrent de
tous costés. Et envoiièrent lors foureurs chevaucier, fourer et ardoir
en Escoche, et prendre prisonniers et bestez grant fuison, et ramener en
l'ost. Et fist li rois d'Engleterre drechier enghiens grans et haulx au
plus priès dou castiel qu'il peult, liquel jettoient souvent nuit et
jour sus lez tours du castel et dedens ossi. Et ce durement les
travilloit, car li enghien leur abatirent les offechinnez de laiens et
meysmes lez comblez des sallez et des cambrez; et n'y avoit mès que deux
grosses tours où il se peuissent tenir. Moult furent chil qui le
fortresse gardoient et tenoient, bonne gent et bien deffendant; mais
enfin, quant il parchurent qu'il estoient si cuvriiet dez enghiens, et
que longhement ne pooient souffrir tel assault, car lez grosses pièrez
que on leur jettoit desrompoient et froissoient trop durement leur
castel, si eurent avis de tretier deviers le roy d'Engleterre. Et
traitièrent une souffrance de quinze jours, et que li ungs de chiaux
dedens peuist aller deviers le roy d'Escoche remonstrer en quel parti il
estoient; et se, au seizième jour de le souffranche durant, li roys
d'Escoche ne les avoit confortéz et levet le siège, il devoient mettre
et rendre le castel en le vollenté le roy d'Engleterre, et cil s'en
devoient partir sauve yaus et le leur. Li roys leur acorda ceste
besoingne, et fist cesser les enghiens; et laissa passer et paisivlement
ung escuier des lors qui devoit fère ce messaige.

  [93] Dans ce passage du ms. d'Amiens et dans plusieurs autres qui
  suivent, on lit: _Rosebourch_, au lieu de: _Bervich_. C'est
  cependant de Bervich qu'il s'agit: la fin de ce récit, où le nom
  même de Bervich reparaît, et tout le contexte, ne permettent pas
  d'en douter. Cette erreur, qu'il faut sans doute attribuer à une
  distraction du copiste, se trouve reproduite dans les passages
  correspondants du ms. de Valenciennes; et la reproduction servile
  d'une erreur aussi grossière et purement matérielle est un des
  faits qui donnent lieu de supposer que ce dernier ms. a été fait
  d'après le ms. d'Amiens, auquel il est évidemment postérieur.

Or dist li comtes que chilx escuyers, qui partis estoit de [Bervich],
esploita tant qu'il vint à Saint Jehans Tonne, une bonne vile seant sus
ung brach de mer, où li roys d'Escoce se tenoit et li roynne, et li
jouènes comte de Moret, et messires Guillaumme de Douglas qui estoit
adonc escuiers, nepveux au bon messire Guillaume de Douglas de qui vous
avés oy chy dessus, et messires Robiers de Versi, et messires Simons
Fresel, et grant fuison de jouène bachelerie d'Escoche; car li roys
avoit fet son especial mandement comme chil qui volloit chevauchier
contre lez Englèz et deffendre son pays. Lorsque li escuyers fu venus,
il s'engenilla devant le roy. Et li dist, tout ensi que vous avés oy chy
devant, en quel parti li castiaux de [Bervich] estoit; et se briefment
il n'estoit confortéz dedens le terme qui mis y estoit, on le devoit
rendre. Dont dist li rois d'Escoche: «Oil, s'il plaist à Dieu, nous
chevaucherons celle part.» Adonc renforcha il son mandement, et se parti
de Saint Jehans Tonne, et s'en vint deviers Haindebourch; et touttes ses
gens le sieuwirent, qui mieux mieux et à effort. Lors se parti li roys
de Haindebourch, et se mist as champs o touttez ses os, pour venir
deviers [Bervich]. Tant s'esploita li roys d'Escoce que, l'endemain à
heure de relevée qu'il se fu partis de son castel [de] Haindebourch, il
s'en vint à une grande abbeie de noirs moinnez qui dou tempz le roy
Artus estoit noummée li Noire Combe, pour ce que elle gist en ung val et
sus une noire rivierre qui depart anchiennement Escoce et Engleterre. Et
est celle abbeye exens de le guerre des deux pays, et de ces ont il bien
cartre et bien burle. Là se loga li roys d'Escoche et ses gens tout sus
ceste rivierre, qui est à neuf lieuwes englesses de Rosebourch, à dix
huit de Bervich.

Celle nuit, enssi c'à soleil esconssant, se parti li jouènes messires
Guillaume de Douglas et li jouènes comtes de Moret et messires Robers de
Versi et messires Simons Fresel, à bien quatre cens armurez de fer bien
montéz et bien abilliés. Et chevauchièrent fort par voies couvertez et
landez nient antéez; et vinrent environ mienuit assés priès de
[Bervich], en ung biel pret, environ une petite lieuwe englesce de
l'ost. Là descendirent il et restraindirent leurs armures, et
recenglèrent leurs chevaux et se rabillièrent bien de tous poins; et
puis montèrent et ordonnèrent coumment il se maintenroient. Bien veoient
les feux de l'ost et chiaux que li gait faisoient. Si eurent advis que
point n'yroient celle part, mais s'adrecheroient à l'autre costet; et ne
diroient mot tant qu'il seroient ferut en l'ost. Et quant il seroient
entré dedens, il criroient tout d'une vois: «Douglas! Douglas!»; et si
trestos qu'il veroient les pignonchiaux de Douglas et de Moret
retourner, il les sieuwissent. Tout furent enfourmé de ceste besoingne,
et chevauchièrent autour de l'ost englesce, et si coiement, que oncques
nulz ne s'en donna garde. Si furent li Escot entré dedens, puis
escriièrent d'une vois: «Douglas! Douglas!» et disant: «Tout y morés,
larron d'Engleterre!» Lors coummenchièrent à ferir et à frapper, et à
decopper et reverser tentez et logies, et à abattre, navrer et tuer
Englès et mettre en grant mescief.

Celle nuit, faisoient le gait doi seigneur d'Engleterre, li sirez de
Felleton et li sirez de Moutbray, à cinq cens hommez d'armes et cinq
cens archiers[94]. A le vois et à le huée et à l'abateis des loges, et
au meschiés de chiaux qui crioient où li Escot estoient embatu,
s'estourmy li os; et s'armèrent par tout coumunaument qui mieux mieux.
Meysmes li roys s'arma moult vistement, et se mist devant se tente; et
fist lever bannierres et pignons, et fu moult courchiés des Escos que
ensi souspris l'avoient. Là se rassamblèrent dalléz le roy et en son
logeis li seigneur et li baron d'Engleterre; et li gèz s'efforcha et
avancha che qu'il peult de venir celle part où li noise estoit. Mais
ainchois qu'il y pewissent parvenir, li Escochois qui avoient en partie
achievet leur emprise, se retournèrent tout sagement et enmenèrent bien
quarante[95] prisonniers, dont il y eult sept[96] chevaliers et douze
escuiers; et entrèrent ens ès bois sanz dammaige, comme chil qui
n'avoient garde puisque là estoient, car il savoient tous lez chemins et
adrèches, che que li Englès ne savoient point. Quant che vint au matin,
on regarda en l'ost quel dammaige li Escot y avoient fait. Si fu
trouvet qu'il avoient bien, que mors que navréz, treize vingt[97] hommes
et s'en menoient plus de quarante[98]. Moult en fu li roys courouchiés,
mès amender ne le peut, tant que à celle foix. Si ordonna que, d'orez en
avant, il feroient deux ghais ossi grant chacun que il avoient
acoustummet de faire, et aroient gettes et escouttes pour gettier et
garder les chemins, affin que il ne fuissent plus ainssi souspris. Tout
ce fu ordonné et accordé de par le roy et les mareschaux.

  [94] _Ms. de Valenciennes_: mais il estoient d'aultre part. Fo
  34.

  [95] _Ibid._: soixante.

  [96] _Ibid._: huit.

  [97] _Ms. de Valenciennes_: deus cens. Fo 34 vo.

  [98] _Ibid._: soisante.

Or vous paurai des Escos qui liet et joiant revinrent l'endemain,
environ heure de primme, devers le roy et leurs gens, à qui il
recordèrent leur aventure. Moult acquisent chil quatre jouène seigneur
d'Escoche, de ceste première chevauchie, grant grace de leurs amis; et
ossi fissent il grant renoummée de leurs ennemis, car depuis toudis il
en furent le plus doubtet. Or eult li rois David consseil de deslogier
et d'aprochier lez ennemis. Et chevauchièrent li Escot, le second soir
que li Englèz avoient estet resvilliet, et se partirent de leurs logeis
apriès soleil esconssant; et chevauchièrent tout secretement devers
[Bervich]. Et avoient, très dont qu'il se partirent de l'abbeie,
ordounné coumment il se maintenroient, comme chil qui congnissoient le
pays. Il pooient y estre tout comptet environ seize mille hommes, et
tout à cheval seloncq leur usaige, chevaliers et escuyers montés sus bon
coursiers et gros ronchins, le demourant sus haghenées bien apertez et
bien travillans. Et yaux venus en ung bois, à deus lieuwes en glesces ès
preis de [Bervich], chil devoient partir leurs gens en deus moitiés, le
mendre part envoiier resvillier l'ost et escarmuchier, et leur plus
grosse bataille retenir et mettre sus elle, et venir, apriès ce que li
os seroit esmeute, sur costet et ferir ens; et chevauchoient en cel
estat que je vous di. Or fu leur venue sceue en l'ost par les escoutes
et gettez que li Englès tenoient sus les chemins de touttes pars; et
vinrent en l'ost mout hasteement, en disant: «Armés vous! Armés vous!
car li Escot chevauchent à tout leur effort et seront, s'il voellent,
tantost chy.» Adonc s'estourmy li os de tous costéz. Et li doi get se
missent enssamble, et se tinrent tout quoiement sur les chans tant que
touttes lors gens fuissent armé, et pour requeillier lez Escos, s'il
fuissent venut, enssi que dit leur estoit.

Si tost que li roys d'Engleterre fu armés et toutte li os, il se
partirent de leur logeis tout bellement sans criier et sans noisier, et
vinrent enssus, environ le tretie[99] de trois ars. Et avoient ordonné
qu'il lairoient les Escos entrer en leur logeis, et yaux ensonniier de
prendre et de toursser che que laissiet y avoient; et puis tout à ung
fès venroient acourant sur yaulx. Et enssi comme il l'ordonnèrent, il le
fisent. Et li Escot, d'autre part, prisent le avantaige dou bos et d'une
petitte montaigne dallés le bois; et affin qu'il ne fuissent decheu, il
envoiièrent trois escuiers, montéz sur trois hongres chevaux trop
appers, pour savoir se li gés estoit de ce lés là où il volloient entrer
en l'ost. Chil vinrent à chevauchant jusques as loges des Englès, et si
priès que droit à l'entrée; et ne virent ne oïrent personne: dont il
furent tout esmervilliet, car encoirez dedens l'ost n'y avoit point de
lummierre. Si disent entre yaux: «Ou il s'en sont fui et parti, ou il
sont tous endormy.» Enssi le raportèrent il à leurs gens en le
montaingne où il estoient, dont li pluiseur eurent assés grant
merveille.

  [99] _Ms. de Valenciennes_: bien de longueur de trois trais
  d'arch.

Quant li rois d'Escoche et ses conssaux qui daléz lui estoit, eurent oy
le rapport que li escuier eurent fet, si se consseillièrent l'un par
l'autre coumment il se maintenroient. Si disent li plus anchien, et chil
qui le plus avoient uset les armes, au roy: «Sire, ne penssés jà que si
vaillant chevalier que li roys d'Engleterre a avoecques lui, s'en soient
fui ne parti en tel mannière; mès puet y estre qu'il ont sceu nostre
affaire et venue. Si se tiennent tout armé couvertement dedens leurs
logeis, pour nous atraire où il sont, à bataille rengie, mis sus les
chans, et ont pris leur avantaige. Si aiiés avis sur che.» Adonc demanda
li roys à ses mareschaux qu'il en estoit bon affaire. Il conseillièrent
qu'il se tenissent là tout quoy, tant que clers jours fuist venus et
qu'il veroient entour yaux; et mesissent tous lors chevaux dedens le
bois paistre. Enssi fisent il. Tout se misent à piet et chachièrent lors
chevaux et haghenées ens el bois, et les fisent garder de leurs varlèz;
et se rengièrent et misent tout en une bataille sus le montaingne, qui
n'estoit pas trop grande. Et estoit ceste montaigne, d'un lés, si roste
que nulx ne peuist de che costé venir à yaux; de l'autre part, elle
estoit plus plainne, et touttes voies y avoit grant terre à monter. Au
plus plain par où on les pooit aprochier, il chouchièrent grant foison
d'arbres et de bois, dont trop bien se fortefiièrent. Et ne les pooit
on que par une entrée aprochier ne venir à yaux; et ceste entrée estoit
bien gardée des marescaux de leur ost. Ensi se tinrent il tout quoy,
tant que li jours fu venus biaux et clers, et qu'il veirent environ
yaux, et les Englès tous rengiés et ordonnés sus ung terne, ensi que dit
est chy devant.

Ossi li Englès les pooient bien perchevoir et avisser, si comme il
fisent. Lors eurent consseil entre yaux coument il se maintenroient; et
envoiièrent ung[100] hirault des leurs de par le roy d'Engleterre
deviers le roy d'Escoche, liquelx y vint et li dist ensi comme vous orés
ensuiwant: «Sire, li nobles roys d'Engleterre m'envoie devierz vous et
vous mande que, se li journée d'ui se part sans bataille, et que par
forche vous ne levés le siège à le bonne chité de Bervich, n'atendés
jammais riens, car elle sera sienne toutte liège pour tousjours mès. Et
pour tant que vous y estes venus si avant que vous monstrés que vous
voeilliéz nostre roy combattre, afin que vostre desir et emprise soient
accompli, voeilliés descendre de celle montaigne là où vous estez et li
vostre: il vous laira tout paisieuvlement en ces biaux plains ordounner,
et vous combatera sans avantaige. Et se che vous ne voullés faire,
eslisiés des vostres vingt[101] ou trente ou quarante ou cent ou deux
cens, li roys d'Engleterre otant, et chil se combateront pour son droit
et pour le vostre; et à qui li place demoura il en ait l'onneur, et li
chité li demeure.» A ces parollez respondi bien briefment li consseil le
roy d'Escoche et dist enssi: «Hiraux, vous soiiés li bien venus, qui si
biaux fais d'armes nous aportéz. Mès vous diréz à vostre roy de par le
nostre, qu'il n'a nul droit de sejourner en che pays; mais s'il nous
voelt combattre, il nous voit à yeux: si viègne à nous, et nous le
requeillerons. Car au descendre de ceste montaingne, nous n'en sommes
point maintenant bien conseilliet, ne des vingt[102], ne des trente, ne
des cent, ne des deux cens combattre ossi corps à corps, ne de mettre le
droit que li roys nos sirez [a] à le chité de Bervich en tel pareçon; et
serons chy tant qu'il nous plaira. Et quant bon nous samblera, nous
savons bien voie pour descendre et pour combattre, non à l'entente de
nos anemis, mès de nos amis.» Che fu toutte la responce que li hiraux
eult adonc, et laquelle il raporta au roy d'Engleterre et à son
consseil.

  [100] _Ms. de Valenciennes_: deux heraux. Fo 35.

  [101] _Ibid._: soisante ou cent.

  [102] _Ibid._: ne des soisante ne des cent.

Quant li roys englès vit et oy dire par son hirault que li Escot ne
descenderoient point de le montaingne se bon ne leur sanbloit, si eut
vollenté et coummanda que on lez alast veoir de plus priès et
escarmuchier, car il sont chault et boullant, si lez poroit on bien par
ceste mannière jus atraire. Li advis et commandement dou roy ne fu point
brisés; et furent ordené mil archiers[103], cinq cens d'un lés et cinq
cens d'un autre, et cinq cens hommes d'armes enmy yaux, qui les vinrent
escarmuchier. Et fist là li roys pluiseurs nouviaux chevaliers: le
seigneur de Willebi, le seigneur de Brasetonne[104], le fil le seigneur
de le Ware, messire Edouwart le Despenssier, fil au seigneur Despenssier
darrain mort, le seigneur de Gresop qui là leva bannierre, et pluiseurs
autrez d'Engleterre. Encoires furent là fet chevalier messires Gautiers
de Mauny et messires Guillaumez de Montagut, qui estoient compaignon
enssamble et très appert bacheler. Dont se partirent chil seigneur
englès et chil archier, et aprochièrent les Escos moult vistement; et li
roys et ses bataillez demourèrent là où il estoient ordonné, sans yaux
en riens desroiier. Et fu coummandé de par le roy, et sour le teste, que
nulz ne se partesist de le montaingne, ne se mesist devant lez
bannierrez des marescaux.

  [103] _Ms. de Valenciennes_: cinq cens hommes d'armes, mille
  archiers d'un lez et autant d'aultre lez. Fo 35.

  [104] _Ibid._: Brantonne.

Quant li Escot virrent aprochier les Englès et venir de celle part là où
il estoient le plus ouviers, sachiés que il ne furent pas trop effreet;
mais se misent apertement li plus hardit et li plus bachelereux à cel
lés et ce qu'il eurent d'arciers devant yaux, et fisent leur roy tenir
tout quoy à ses bannierrez. Evous venus les Englèz qui coummenchièrent à
traire as Escos, et li Escos à yaux. Là y eult grant escarmuche et
tamainte belle appertise d'armes, mainte aventureuse prise et mainte
belle rescousce. Et avint ensi que, sus le plus fort de l'assaut, li
marescal d'Engleterre fisent tout à ung fès retourner leurs pignons,
pour yaux faire chachier et les Escos jus atraire. Mais li Escot, et par
especial leurs cappittainnes, qui sont assés sage de guerre et de telx
fès, ne se desroiièrent pour ce noiient; ains se tinrent en leur parti,
enssi qu'il devoient. Et quant li Englès virent qu'il n'en aroient autre
cose, si se sont retret devers leurs grosses bataillez, car à
l'escarmuchier pooient il plus mettre que prendre, yaulx fouller et
faire navrer, et peu grever les Escos.

Enssi se tinrent li Englès, tout le jour, leurs batailles ordounnées, et
li Escochois d'autre part. Et, sus le soir, li roys d'Engleterre se
retraist à ses logeis; et soupèrent en grant haste et tout armet, et
fisent celle nuit leur ost bien escargaitier et priès garder. Quant ce
vint environ mienuit, li Escot, qui sont trop biel resvilleur de gens,
envoiièrent leurs nouviaux chevaliers et aucuns compaignons qui
aventurer se vorent, devers l'ost as Englès, mais bien leur besoingna
qu'il fuissent bien monté, car il furent cachiet et reboutet; et en y
eut des leurs pris, ainschois que il se pewissent estre remis en leur
montaigne. Depuis ceste envaie n'y eut riens fet, car li Escot se
partirent assés tost apriès, car il virent bien qu'il n'estoient mie
fort pour combattre le roy englèz ne se puissance. Si eurent plus chier
à perdre le chité de Bervich[105] à ceste foix que yaux mettre en
l'aventure de plus perdre.

  [105] _Ms. de Valenciennes_: et le chastel de Rosebourch. Fo 36.

Quant ce vint au matin, li Englès regardèrent deviers le montaingne où
li Escot s'estoient tenu le jour devant, et n'en virent nul; si le
nonchièrent au roy. Adonc y envoya li rois veoir se c'estoit verité; et
on trouva qu'il estoient parti et avoient laissiet petit remannant, car
il ne mainnent point de charoy. Si raportèrent ces nouvellez certainnez
au roy, chil qui envoiiet y avoient estet.

Et che jour devant, estoit close li trieuwe à chiaux de Bervich. Si
envoya li roys deviers yaux[106] quatre chevaliers assavoir quel cose il
volloient faire. Chil respondirent qu'il tenroient leur couvent, tel
qu'il l'avoient au roy. Li couvens estoit que il devoient rendre le
chité et le castiel au roy, et il s'en devoient partir tout chil et
celles qui partir s'en volloient, salve leur corps et le leur, enssi
qu'il fisent; et[107] aportèrent les clefs au roy d'Engleterre, et entra
en le ville et puis ou castiel, à grant joie, et tout chil qui entrer y
peurent; et qui n'y peult entrer, si se loga dehors. Enssi concquist li
roys d'Engleterre le chité et le castel de Bervich, et y entra en l'an
de grasce mil trois cens trente trois, le septième jour de jullet. Fo 15
vo à fo 17 vo.

  [106] _Ibid._: devers le fort.

  [107] _Ibid._: et rendirent le forteresse.

_Ms. de Rome_: Si passèrent oultre et ceminèrent tant que il vinrent
devant la chité de Bervich. Si l'asiegièrent, et se logièrent au plus
priès que il porent. Pour ces jours, en estoit chapitainne uns vaillans
chevaliers d'Escoce, qui se nonmoit Alixandres de Ramesai. Et avoit
avoecques lui des aultres chevaliers d'Escoce et esquiers, qui tout
estoient vaillant homme. Si se logièrent les Englois au lonc de la
rivière de Taie, qui rentre en la mer desous Bervich. Et est uns havenes
de mer, et par là par mer venoient moult de pourveances au roi
d'Engleterre et à ses gens, dont il estoient tous les jours rafresqi. Et
sciet Bervich en bon pais et pourveu de bleds, d'avainnes et d'autres
grains et de bons fains; et i trueve on grant fuisson de venissons et de
volilles. Et avoit là li rois d'Engleterre ses chiens et ses oiziaus où
il prendoit ses deduis; ne nuls ne li aloit au devant, ne brisoit ses
esbatemens. Car tous les jours, qant il voloit faire ce mestier, li
connestables d'Engleterre, li contes de Norhanton, avoit bien chinq cens
lances et mille archiers, qui costioient les bois et les rivières toute
jour, tant que li rois retournoit arrière.

Considerés conment les saisons s'i portent et diffèrent de l'une à
l'autre. Vous trouvés ichi desus en ceste histore, le roi Robert de Brus
d'Escoce resgnant, père à ce roi David, que il donna moult à faire as
Englois; et se il euist vesqu, et messires Guillaumes de Douglas qui fu
ocis par sa vaillance en Grenade, et li contes Jehans de Moret, li rois
d'Engleterre n'euist osé avoir ensi pris ses deduis de chiens ne
d'oisiaus en Escoce, ne chevauchiet sans avoir eu des grans rencontres.
Mais les Escoçois conmençoient à doubter ce roi Edowart. Et disoient li
anciien et li sage en Escoce que il feroit un vaillant homme, et en
avoit bien la chière et la manière. Et en celle vaillance si homme
d'Engleterre l'introduisoient et nourissoient: si faissoient bien, car
uns rois, puisqu'il voelt tenir terre et signourir peuple, doit estre de
hardies et grandes emprises.

Encores disoient les Escoçois, liquel congnissoient assés parfettement
la nature des Englois, et l'un à l'autre, par manière de colation: «Et
pensés vous pour ce, se nos rois a à fenme la serour dou roi
d'Engleterre, que nous en doions mieuls valoir et estre deporté à non
estre guerriiet, mais Dieus, nennil! Il fault que li rois d'Engleterre
obeise à son peuple, et face tout ce qu'il voellent. Et s'i[l] fait le
contraire, et qu'il fuie et hée les armes et soit precheus et endormis,
et quière et demande ses deduis, il ne le poront amer, mais le
disfameront et querront sur lui voies et adrèces obliques, jà soit il
preudons en consience, par quoi il le destruiront. Et trop grans perils
est en Engleterre d'un roi qui vient en la posession dou roiaulme, qant
i auera eu un vaillant predicesseur devant lui, car se il n'ensieut ses
oevres, il est tous les jours en peril et en aventure d'estre mors de
son peuple meismes, ensi comme il en est esceu et pris au roi Edouwart,
père de cesti qui resgne en present, que si homme ont fait morir de male
mort ens ou chastiel de Bercler, et ont son fil couronné à roi. Ce sont
grant exemple pour lui, et pour tous les rois qui par succession pueent
avenir et venir à la couronne d'Engleterre.»

Ensi disoient li Escoçois, et non pas euls tant seullement, mais toutes
aultres nations, qui congnoissent la nature et condition des Englois;
car, desous le solel, ne sont gens plus perilleus ne mervilleus à tenir,
ne plus divers que sont Englois. Il sont de belles aquintises et de biau
samblant; mais nulz qui sages est, n'i doit avoir trop grant fiance.

Tant fist li rois Edouwars en celle saison, devant la chité de Bervich,
que par poissance il les constraindi et mena si avant que messires
Alixandres de Ramesai, qui chapitainne en estoit, entra en trettiés
deviers euls, c'est à entendre deviers le roi et son consel, car il vei
que secours ne confors ne li apparoit de nulle part; et estoient fort
amenries lors pourveances et lors artellerie, pour les grans assaus que
on lor avoit bailliet et livrés, car priès que tous les jours i estoient
avenu fait d'armes et escarmucez; et en avoit parlé à ses compagnons,
car sans l'acort et consentement de euls, il n'en euist jamez riens
fait. Si se porta tretiés que il avoient trieuves quinse jours, et
dedens ce terme, il devoient envoiier deus de lors cevaliers deviers le
roi d'Escoce et son consel pour compter lor estat; et se li rois
d'Escoce voloit là venir, si poissans que pour lever le siège, la chité
de Bervich li demoroit; et se dedens les quinse jours il ne venoit, il
se devoient rendre au roi d'Engleterre, et de ce jour en avant demorer
bon Englois; et se pooient chevalier et esquier, qui dedens estoient,
partir segurement sans riens perdre dou leur; et devoient li manant de
Bervich demorer en bonne paix sans estre foullé ne pressé, ne avoir
auqune violense de lors corps et de lors biens. Les trieuves furent bien
tenues; ne onques, tous les quinse jours, il n'i eut assaut ne
escarmuce. Et envoia messires Alixandres de Ramesai deviers le roi
d'Escoce et son consel, qui se tenoit en Abredane, et là environ sus la
sauvage Escoce, deus chevaliers. Je les vous nonmerai: messire
Guillaume de Glaudiguin et messire Robert Bourme. Chil chevalier se
departirent de la chité de Bervich, et cevauchièrent parmi l'Escoce; et
trouvoient en cevauçant tout le pais ars et destruit, et ne savoient à
qui parler. Tant esploitièrent que il vinrent en la chité d'Abredane, et
là trouvèrent le roi et la roine et auquns chevaliers d'Escoce qui lor
faisoient compagnie.

Qant li rois vei les chevaliers venus, il senti tantos que il aportoient
nouvelles; si leur dist: «Bien venant! Conment vous portés vous dedens
Bervich?» Adonc li recordèrent li chevalier toute l'ordenance dou tretié
ensi que il se portoit. Et qant li rois l'ot entendu, si pensa un petit,
et vei bien que il n'i pooit pourveir, si dist: «Il me fault Bervich
perdre, la souverainne chité de mon roiaulme. A ce ne puis je aidier.»
Et puis il dist encores ensi: «Se nous le perdons pour ce temps, uns
aultres retournera que nous le recouverons.» Et dist ensi as chevaliers:
«Messire Guillaume et vous messire Robert, je vous remerchie grandement
de ce que si vaillanment vous vos estes tenu en Bervich. Vous veez bien
que il n'est pas en ma poissance que je puisse amender à ce tretié. Il
n'i a nului en Escoce, depuis la mort de messire Guillaume de Douglas et
dou conte Jehan de Moret; il n'i a gaires de cevaliers qui se doient ne
puissent relever contre la poissance d'Engleterre. Englois sont male
gent. Li baron de ce pais tretiièrent jadis, et n'i a pas encores chinq
ans, dou mariage de ma fenme et de moi, au conte de Qent qui fu uns
vaillans preudons et à la roine Isabiel d'Engleterre, pour tant que il
quidoient que je et toute Escoce en deuissions mieuls valoir, mais
nennil: nous avons plus forte guerre assés que devant. Et chil qui
s'acordèrent au mariage, la roine, la mère ma fenme, li contes de Qent
et messires Rogiers de Mortemer en sont venu à povre conclusion, et tout
par envie et le mauvesté des Englois. Robert et vous, Guillaume, vous
retournerés et ferés dou mieuls que vous porés; je voi bien que il fault
que je perde Bervich.»

Depuis ceste response que li rois David d'Escoce fist à ses chevaliers,
il ne demorèrent que deus jours que il se missent au retour, et
ceminèrent tant par lors journées que il vinrent à Bervich, et passèrent
tout parmi l'oost as Englois paisieuvlement, et rentrèrent en la ville.
Euls revenus, il parlèrent au capitainne et as tous ceuls de la ville,
bourgois et autres, et lor [recordèrent][108] en general tout ce que il
avoient trouvé ou roi d'Escoce et en son consel, et la response tèle que
faite on lor avoit; et sur ce [orent] consel et avis. Donc dissent il
l'un par l'autre: «Il n'i a aultre cose; il nous fault tenir le trettié
tel que nous l'avons deviers les Englès. Aultrement ne poons nous finer.
Et à tout considerer, voirement ne le puet li rois amender, car il n'a
pas à present gens ne poissance pour combatre les Englois.»

  [108] _Ms. de Rome_: recorda. Fo 33.

Les chevalierz d'Escoce retournés sus la fourme et estat que je vous di,
li rois d'Engleterre et sez consaulz vorrent sçavoir quel cose il
avoient raporté. Il leur dissent que Bervich estoit lour, parmi les
couvenances acomplies. Li rois d'Engleterre lor tint et acompli de point
en point. Et s'en departirent tout chevalier et esquier qui en garnison
i avoient esté, et enportèrent tout che qui lour estoit et sans rihote.
Et li bourgois de la ville demorèrent en paix, parmi tant que il
jurèrent solempnement à estre bons et loiaus Englois, à tous jours mès,
et eussent li Englois la posession. Et i entra li rois d'Engleterre à
grant fuisson de trompes et de trompètes et de menestrandies. Et i tint
son tinel et son estat, et la roine Phelippe sa fenme avoecques lui,
laquelle estoit enchainte, et ce fu de Edouwart son ainné fil, qui puis
fu princes de Galles et si vaillans homs, comme vous trouverés dedens
ceste histore, qant temps et lieus seront à parler de lui. Avoecques la
chité de Bervich, ot li rois d'Engleterre le castiel qui est biaus et
fors et oevre sus les camps et en la ville. Et tout fu mis ens ou tretié
dou rendage. Et furent la chité de Bervich et li chastiaus ravitailliet
et rafresqi de pourveances et de gens d'armes et d'archiers et de bon
chapitainne. Et fu toute la marce et la terre de là environ recargie et
mise en garde, de la bouce dou roi, au signeur de Persi qui resgnoit
pour ce temps.

Toutes ces coses faites et ordonnées, li rois d'Engleterre commença à
donner de sa gent congiet. Et se departirent li plus lontain
premierement. Et ils meismes s'en retourna au Noef Chastiel sur Thin, et
i institua à chapitainne le signeur de Noefville; et puis s'en parti, et
vint un jour disner en un chastiel priès de là seant, et la roine aussi.
Et le castel on l'apelle Branspes, et est dou signeur de Persi. Et
furent là li rois et la roine deus jours. Et entrues passoient ses gens,
et se retraioient casquns en son lieu. Et où que li rois et la roine
aloient, messires Robers d'Artois estoit tous jours en lor compagnie.
Qant li dis rois et la roine et ses gens, voires ceuls liquel estoient
ordonné pour son corps, eurent esté en Branspes deus jours, et li sires
de Persi et la dame les orent bien festoiiés, il prissent congiet et se
departirent. Et vinrent à Durem, et là se tinrent trois jours; et puis
s'en departirent, et vinrent à Evruich. Et là furent li rois et la roine
et tous li hostels un temps jusques à la Pasque ensievant, que on compta
l'an de grasce mille trois cens trente deus. Et là fist la roine sa
jesine de Edouwart, son premier fil, qui depuis fu nonmés prinches de
Galles et dus d'Acquitainnes, et qui tant fu preus et vaillans homs,
ensi que vous orés dire en l'istore. Fo 33.

P. 111, l. 10: au chief.--_Mss. A 18 et 19_: en la fin. Fo 30 vo.--_Mss.
A 20 à 36_: au bout. Fo 50 vo.


=§ 53.= P. 112, l. 3: Ensi.--_Ms. d'Amiens_: Apriès le concquès de
Bervich, li roys eult consseil et advis qu'il yroit devant le castel de
Rosebourch, qui estoit à douze lieuwes de là, et qui est de ce costet li
entrée d'Escoche et li departemens dou royaumme d'Engleterre et de
Norhombrelande; car en ce castiel pooient li Escot mettre une grant
garnison, et trop fort grever Bervich, et yaux aidier à deffendre et
garder le marce, s'il estoit de leur accord. Dont fu criiet et
coummandet de par le roy que on s'en allast de celle part, ainssi que on
fist. Et sieuwirent touttes pourveanches l'ost; et s'en vinrent devant
Rosebourq, et l'asegièrent de tous costéz, car c'est ung castiau sus une
roce en plain pays. Et y a fossés assés profons, mès peu d'aighe y
descent ne se tient. Dedens ce castel y avoit ung très bon escuier
d'Escoce, que on clammoit Alixandre de Ramesay, qui dou garder fist bien
son devoir. Et avoit touz les jours l'assault, jusquez as murs, de
traire et de lanchier; et il se deffendoit si bien qu'il en avoit le
grace de chiaux de dedens et de dehors ossi. Or vous dirons ung peu dou
couvenant et de l'ordonnance le roy David d'Escoce et de son consseil,
et coumment il se maintinrent depuis le departement, si comme vous avés
oy.

Quant li Escot se furent parti de le montaigne, si comme il est dit chy
devant, il chevauchièrent ce jour tout à leur aise, car bien sentirent
que li Englès n'avoient nul talent d'iaux pourssuiwir; et se logièrent,
de haulte nonne, sus une petite rivierre, que on claimme ou pays la
Boée[109]. Et là se traissent tout li seigneur d'Escoche à consseil quel
cose il feroient, et coumment le plus honnerablement de ceste guère as
Englès il se maintenroient. Là y eut pluiseur parollez dittez, devisées
et remoustrées. Et ne sambloit pas bonne as aucuns ceste ordonnance
d'ensi fuir devant lez Englèz, et qu'il se metoient en parti de tout
perdre, leur honneur et leur pays. Dont disoient li plus sages que
nullement il ne se veoient fort de combattre le roy englès, qui avoit
avoecq lui bien soixante mille hommes d'eslite, et que il leur valloit
mieux ensi maintenir que tout aventurer et perdre. Dont eurent consseil
et pour le mieux que li jouènes roys leurs sirez s'en alast à Dubretan,
ung très fort castel sus le sauvaige Escoche, et là se tenist, il y
seroit tout aseur, et la roynne avoecq lui; et li jouènes messires
Guillaume de Douglas et li comtes de Moret et li comtez de Surlant[110]
et messires Robiers de Verssi et messires Simons Fresel[111] et tel
route de gens qu'il voroient prendre, se tenissent ens ès forès de
Gedours; et costiaissent lez Englès et les heriassent: par celle voie il
les gueriroient sagement et leur porteroient à le fois grant dammaige;
et li autre se maintenissent au plus bel que il pewissent.

  [109] _Ms. de Valenciennes_: la Bethe. Fo 36 vo.

  [110] _Ibid._: Surlaitre.

  [111] _Ibid._: de Versel.

Chilz conssaux fu creus et tenus. Et se departirent leurs os, et s'en
ralla chacuns en son lieu, sans faire ne moustrer aultre deffensce au
pays, fors par le mannierre que j'ay dit chy devant, fors tant qu'il
envoiièrent grant garnison en Haindebourch, en Saint Jehanston, en
Abredane, en Dondier, en Darquest, en le ville de Saint Andrieu et ensi
par les fortressez, et gastèrent yaux meysmes tout le plain pays. Et se
retraissent hommes et femmez et enfans ens ès montaingnez et ens ès bois
et ens ès forès; et là menèrent tout le leur et s'i amasèrent. Et li
chevalier et seigneur dessus dit, qui estoient estaubli et ordonné pour
gueriier lez Englès, messires Guillaumes de Douglas, li comtes de Moret,
li comtez de Surlant, messires Simons Fresel et pluiseur autre se
retraissent devers le forest de Gedours qui est forte, sauvaige et
grande sans nombre, où nulle gens estranges ne se oseroient ne poroient
embattre, s'il ne voulloit y estre perdu davantaige[112]. Et li roys et
li roynne d'Escoce s'en allèrent à Dubretan, ensi qu'il est dit chy
devant, et laiièrent leur pays gueriier en la mannierre comme vous orés.

  [112] _Ibid._: Les costièrent tousjours par les montaignes et
  passages où il savoient bien les chemins, et leur faisoient grant
  dommage.

Ensi seoit li roys d'Engleterre devant le fort castel de Rosebourch, en
Escoche, et y fu ung grant temps; et le fist par pluiseurs fois
assaillir. Mes li bons escuiers Alixandres de Ramesay s'aquitta très
bien et loyaument dou garder et dou deffendre; et vint avoecq ses
compaignons par pluiseurs fois à le barrière, et escarmuchier et
combattre as Englèz. Et y fissent li Escot pluiseurs belles appertisses
d'armes, de tant que li roys y sist, qui disoit qu'il ne s'en partiroit
mès jusqu'à tant qu'il aroit le castel par deviers lui, et en seroit
sirez. Et là eut devant le castel ung fet d'armes d'un chevalier
d'Engleterre, qui s'apelloit messires Guillaumes de Montagut, et de cel
Alixandre de Ramesay, liquelx ne fait mie à oubliier. Et pour ce ai je
che livre coummenchiet que j'en doie et voeil recorder lez bellez
avenues, et à ce je me sui acouvenenchiéz. Si n'est pas chilx fès
d'armez escrips ne contenus ens ès cronicquez messire Jehan le Bel; mès
j'en fui enfourméz dez signeurs dou pays, quant je fui en Escoche.

Chils messires Guillaume de Montagut, qui puis fu comtes de Sallebrin
par le vasselage et proèce de lui, et qui estoit fès nouviaux
chevaliers, queroit les armes et lez aventurez che qu'il pooit. Dont, le
siège durant devant Rosebourch, à une escarmuche qui estoit une foix à
le barière dou castel, il estoit tout devant, une glaive en son poing,
et faisoit là moult de bellez appertises d'armes; et li cappitainnez de
layens, Alixandres de Ramesay, yssi contre li. Avint que li dis messires
Guillaumez li dist: «Alixandre, Alixandre, nous nos hairions chy tout le
jour au lanchier et au traire; et nous mettons en aventure d'estre ocis,
et sans grant proèce. Si voeilliés faire une cose que je vous diray:
armés vous demain, du mieux que vous poés, et jou ossi; et montés sus
ung cheval, le milleur que vous aiiés. Et, se vous n'en advés nul qui
bon ne vous samble, je vous en feray ung prester, et prendés vostre
targe et vostre glave. Si, vous venés esprouver à moy, en ces biaux
plains, devant le roy men seigneur et les barons d'Engleterre, par
couvent, se vous me conqueréz par vostre proèche, ensi que bien faire
polrés, vous enporteréz devant vous mil nobles; et se je vous conquiers,
je vous feray bonne compaignie.»--«Par me foy, respondi li escuiers, il
ne seroit mies drois hommes d'armes, qui refuseroit che parti, et je le
vous accorde liement.»

Ensi fu li bataille fianchie à l'endemain, et li escarmuche lessie.
Chacuns se pourvey en droit de lui, dou mieux qu'il peult. Et pour
l'amour de le bataille, li rois d'Engleterre donna triewez à tous chiaux
dou castel de Rosebourch, le jour entier, et l'endemain jusques à soleil
levant. Quant ce vint au matin, messires Guillaume de Montagut s'arma
très bien, fort et ablement, pour estre plus legiers. Et tous armés il
monta sus son cheval, le glave ou poing, l'espée au costet et le targe
au col; et s'en vint, ensi qu'il devoit, desus lez camps assés priès dou
castel. Et là estoit li roys et li plus des barons d'Engleterre. Assés
tost apriès, vint Alixandrez de Ramesay, armés fricement et gentement de
touttez pièches seloncq son usaige, montés sus ung bon coursier, le
bachinet en le teste, le glave ou poing, et acompaigniés de chiaux dou
castel. Quant il se virent sur les camps, oncques ne parlementèrent de
riens enssamble, ains abaissièrent les glaives et coindirent les targes
à leurs poitrinnes, et ferirent chevaux des esperons, et s'en vinrent au
plus droit l'un contre l'autre qu'il peurent, sans yaux nient
espargnier. Et s'asenèrent, de premier encontre, de leurs glaives si
roidement que chacun rompi le sienne en plus de troix pièces; et
s'encontrèrent de leurs espaulles si dur que leur targe en passant se
desbouclèrent et leur pendoient contre val assés à malaise; mais chacuns
à se partie mist remède et aye. Et quant on leur eult rebouclé et remis
à leur droit, il sachièrent les espées et ferirent chevaux des esperons;
et vinrent l'un sus l'autre très fierement, et se requisent, sans yaux
espargnier, de grant couraige. Et là mout vassaument et longhement se
combatirent, et donnèrent li ung à l'autre sus leur bachinés à visière
tamaint pesant horion. Et quant des espées il se furent ung grant temps
combatu, il les jettèrent à terre avoecq les fouriaux, et puis se
prisent as bras, et luitièrent sus leur chevaux; et fourmenèrent en
luitant tant yaux et leurs chevaux que moult estoient afoibli de leur
force. Dont dist li roys: «Chil doy bacheler se sont bien esprouvet, et
fricement et vassaument se sont gouverné en leurs armures. Pour riens je
ne vouroie qu'il mescheist à mon chevalier, et que li Escot ewist ossi
trop grant dammaige de son corps. Dittez leur de par moy que je voeil
qu'il cessent, car leur esbatemens nous doit bien souffire.» Dont vint
celle part li sirez de Gresop, li comtes de Sufforch, li sirez de
Ferières; et disent as champions che que li rois leur mandoit, et qu'il
volloit qu'il fesissent. Ensi se departi li bataille des deux bachelers
qui vollentiers fu regardée, car vassaument et hardiement il s'estoient
requis et combatu. Li Escochois en remenèrent leur cappittainne qui
durement estoit travilliéz et lassés; et li Englèz, monseigneur
Guillaumme de Montagut qui n'en avoit mies plentet mains.

Chilz jours passa, la nuit ossi; et l'endemain au matin, à soleil
levant, fu la trieuwe à chiaux de Rosebourch espirée. Si
recoummenchièrent li assault fort et fier au castiel, et chil de dedens
à yaux bien deffendre. Chilz sièges dura de l'entrée d'aoust jusquez à
le Toussaint. Adonc fu li castiaux rendus, car plus ne le peurent chil
qui s'en partirent, tenir. Et se sauvèrent yaux et le leur seullement,
et en peurent aller quel part qu'il veurent, che fu deviers Dubretan li
aucun, et li autre deviers le forest de Gedours, là où li bon chevalier
et escuier d'Escoche se tenoient, qui souvent resveilloient les Englèz,
messires Guillaume de Douglas, li comtez de Moréz et li autres.

Quant li roys d'Engleterre fu entréz ou castel de Rosebourch, il se
reposa à grant joie; et y tint se feste le jour de Tous les Sains, et y
donna grans dons as chevaliers estranges, as hiraux et as
menestrels[113]. Au huitième jour, il s'en parti et laissa bonne
cappittainne et souffissant ou castel, cent hommes d'armez et deux cens
archiers, puis chevaucha deviers Haindebourch, ung très bel castel et
fort, seant sus une haulte roche, pour veoir le pays tout environ, et
priès de le mer; mès, ains qu'il y parvenissent, il eurent mainte envaye
des Escos et maint assault. Et ossi furent li Escot par pluiseurs fois
cachiéz et reboutet de messire Guillaumme de Montagut et de messire
Gautier de Mauni, qui estoient compaignon enssamble, et qui grant painne
et grant soing mettoient et rendoient à yaux avanchir et aloser, et à
adammagier lez Escos qui grant contraire leur portoient.

  [113] _Ms. de Valenciennes_: et as trompettes. Fo 38.

Ainchois que li roys englèz et ses os parvenissent devant le fort castel
de Haindebourch, li marescal de son ost coururent toutte le conté de
Mare et contreval le marinne jusques à Donbare et à Ramesée, et tout
contreval le marine jusques à le ville de Saint Andrieu. Et puis
reprissent ung bras de mer contremont, et s'en vinrent à une ville sur
cel bras de mer que on appelle Kuinnesferri[114], et robèrent et
ardirent le ville, puis s'en partirent; et montèrent contremont, et
vinrent jusques à Donfremelin. Et là eut ung grant assault, car grant
fuisson des gens del pays d'Escoche s'i estoient retret, qui si bien
gardèrent celle ville, parmy l'ayde le seigneur de Lindesée et ses gens,
que elle n'eut garde. Et y fu là durement navrés li comtez de Sufforch
et messires Edouwars li Despenssiers et messires Thummas Bisés et
messires Ostes de Pontchardon. Et s'en partirent[115] li Englèz quant il
virent qu'il n'y feroient riens, et s'en revinrent tout autour par
desoubs Haindebourch; et trouvèrent le roy à siège devant Dalquest, ung
castiel[116] au seigneur de Douglas, qui siet à cinq lieuwes de
Haindebourch.

  [114] _Ibid._: Kinfery.

  [115] _Ms. de Valenciennes_: à grant perte. Fo 38.

  [116] _Ibid._: à messire Guillaume de Douglas.

Chilx castiaux de Dalquest n'est pas trop grans, mès il est bien
herbregiés de cambrez et de edeffices qui sont edeffiiet en une grosse
tour quarée, votée deseures, qui ne crient nul assault d'enghiens ne
d'espringallez; et siet sus une petitte roche bien taillie, environnée
d'une rivierre qui n'est pas trop grans, se ce n'est par habundanche de
pleuves. Et est li basse court ung peu ens sus, laquelle chil de layens
avoient toutte arse et mise par terre, affin que elle ne leur portast
point de dommage. Et avoit dedens le fort de Dalquest mis messires
Guillaumez de Douglas bons compaignons et appers. Et estoient environ
trente six, bien pourveu d'artillerie et de vivres, pour yaux tenir ung
grant temps. Et avoient une cappittaine qui s'appielloit Patris de
Hoclève[117], qui estoit bons hommes d'armes et seurs; et s'armoit
d'argent à trois clés de sablez, car par pluisseurs fois il fu à le
barrière dou castel armés de touttes pièches, escarmuchans as Englès
bien et vassaument; et tant y vint escarmuchier qu'il l'en mesavint, si
comme vous oréz.

  [117] _Ibid._: Honcleno.

Li rois d'Engleterre, qui seoit devant Dalquest, ne s'en volloit
nullement partir si ewist pris le fortrèche; et y fu tout l'iver
enssuivant. Dont il avint sur le printamps que les aighes se
coummenchent à retraire, et plus une saison que une autre, et que li
coraige dez preux bacelers par nature se raverdissent et resjoissent,
adonc se fist ungs assaus des Englès à chiaux de dedens, grans et fiers
et bien ordonnés; et avisèrent li seigneur d'Engleterre coumment il
poroient dechevoir che chastelain. Bien savoient que, à tous les assaus
que on faisoit, il s'abandonnoit moult avant; et entendoit toudis que
il pewist prendre et retenir dez plus grans de l'ost par son advis, que
il veoit devant lui à l'assault. Si lisent yaux huit des plus grans de
l'ost, armer huit de leurs varlès en leurs propres tourniquiaus et
parures d'armes, pour mieux veoir. Et les lisent assés foiblement
acompaigniet de gens venir devant le pont leveis du castiel, et ung
hiraut d'Engleterre, en une rice cote d'armes dou roy, vesti par
parement devant yaux, qui crioit à chiaux dedens: «O Patris! Patris!
regarde le belle aventure d'armes qui vous vient. Vechi ces seigneurs
barons d'Engleterre, qui voèrent her soir après vin qu'il volloient hui
escarmuchier à vous, sans autre ayde que de yaux meysmez. Se vous les
poyés par biau fait d'armes prendre ne retenir, vous y ariés bien de
prouffit cent mil florins[118].»

  [118] _Ms. de Valenciennes_: nobles Fo 38.

Et quant li castelains oy ces parolles et il recongnut les armes au
comte de Lancastre, au comte de Pennebrucq, au comte de Herfort, au
comte de Sufforch, au comte de Warvich, au seigneur de Persi, au
seigneur de Gresop, au seigneur de Nuefville et au seigneur de Felleton,
et il lez vit tant seulement yaux huit à l'entrée dou pont, si quida
bien que li hiraux li deist verité, et qu'il fuissent là venu par voie
de veu. Si dist à ses compaignons: «Seigneur, qui troeve saint Pière à
l'uis, il ne l'a que faire d'aller querre à Romme. Vechy nostre
recouvranche, se eur et fortune y a venue, pour tousjours mès: plus
vassaument ne nous poons nous combattre ne aventurer, que à ces noblez
seigneurs d'Engleterre, qui nous en requièrent. Il en y a tel quatre qui
paieroient deus cens mille florins, sans yaux grever. Avallons le pont,
et nous hastons d'yaux combattre, et de mettre ceens par force d'armez.
Si ferons une des bellez aventurez qui avenist oncques mès en Escoche.»
Et chacuns dist: «Che soit fait.» Dont avallèrent le pont vistement tous
jus, rés à rés de terre, et ouvrirent leur portes; et vinrent de plain
cours sur ces varlès, qu'il cuidoient grans seigneurs. Liquel se
coummenchièrent à deffendre faintement, et à reculer jusques à le
jointure dou pont, et yaux laissier tirer et abattre, et dire: «Rendés
vous» et respondre: «Non ferons.» Entroes qu'il s'ensonnioient ainssi,
Englèz, qui estoient tous pourveu et avisé quel cose il devoient faire,
vinrent à cours de cheval celle part; et montèrent sour le pont si
efforciement que oncques puis ne s'en partirent, et en furent maistre;
et prisent Patris le cappittainne et dix huit[119] de ses compaignons,
et tuèrent tous les autrez. Et entrèrent en le porte qui estoit toutte
ouverte, et se saisirent le castiel; et en rendirent les clés au roy
englès, qui en eult grant joie.

  [119] _Ms. de Valenciennes_: et tous ses hommes. Fo 38.

Tout ainssi comme vous m'avés oy compter, fu li castiaux de Dalquest
pris[120]. Et y mist li roys englès garnison, pour le tenir et deffendre
contre tous hommez, et le rafresqui de pourveanches. Puis s'en parti li
rois et tout sen ost, et s'en vinrent en Haindebourch. Et se loga li
rois en une abbeie de noirs moinnes, assés priès de le ville, que li
Escot avoient toutte arse, pour ce qu'il ne volloient point que li
Englès s'i herbergaissent. Et environnèrent le castel, qui siet hault
sus une roche de tous costés. Et y fist li roys pluisseurs assaulx grans
et fiers et mervilleux, mès peu y conquist, car il y avoit dedens bonne
bachelerie qui bien le deffendoient à tous venans. Lors eult consseil li
roys qu'il le feroit assaillir d'enghiens, enssi qu'il fist. Et fist
deus grans enghiens, haus et bien ordounnés, drechier devant le castel,
qui ouniement nuit et jour y jettoient; et rompirent et debrisièrent
chil enghien toutte le basse court. Ensi estoient chil de Haindebourch
assailli et travillié des Englès. Et li coureur et foureur d'Engleterre,
dont messires Guillaume de Montagut et messires Gautiers de Mauny, qui
nouvelement estoit devenu chevalier, estoient cappittainne, coururent le
plainne Escoche bien souvent jusques à Struvelin[121] et jusques à
Donfremelin; mès noient ne trouvèrent à fourer, car li Escot avoient
yaux meysmes destruit et ars tout leur plain pays, et retret le leur et
leur bestez ens ès foriès. Et euissent eu li Englès mout de malaise et
de povreté de faminne, se il ne leur fuissent venu vivre par mer; mès il
leur en venoit d'Engleterre assés et par raison, qui grandement
recomfortoit leur ost. Or lairons ung peu à parler des gherres del
royaumme d'Escoche, et paurons des avenues de Franche.... Fos 17 vo à
19.

  [120] _Ibid._: Si entra le roy dedens luy rafrescir à grant joie.

  [121] _Ibid._: Estrumelin.

.... Or revenrons au roy d'Engleterre qui estoit devant Struvelin, en
Escoche. Struvelin[122] si est ungs castiaux biaux et fors, seans sus
une roche et haulte assés de tous costés, horsmis de l'un, et est à
vingt lieuwez de Haindebourg, à douze de Donfremelin, et à trente
lieuwes de le ville Saint Jehan. Et fu chilz castiaus anchiennement, dou
tamps le roy Artus, nommés Smandon. Et là revenoient à le fois li
chevalier de le Reonde Table, si comme il me fu dit quant g'i fui, car
ens ou castiel je reposay par trois jourz avoecq le roy David d'Escoche,
si comme je poray bien dire sour le fin de ce livre. Et estoit li dis
castiaux, pour le temps que g'i fui, à messire Robert de Verssi, ung
grant baron d'Escoce, qui l'avoit aidiet à reconcquerre sus les Englès.
Et vous di que li roys d'Engleterre, de tant qu'il y sist, y fist faire
pluiseurs assaulx grans et fors. Et chil de dedens se deffendoient bien
et loyaument, dont il annioit au roy que tant se tenoient; car messires
Robiers d'Artois li disoit souvent: «Sire, laissiés che povre pays. Que
mau feu l'arde, et entendés à vostre plus grant prouffit, le noble
courounne de Franche, dont vous estes drois hoirs, et de quoy on vous
fait tort. Il n'est si grans perilz que de gheriier povres gens. Chy
poés vous bien perdre et nient gaignier.» Li rois entendi vollentiers à
ses parollez, quoyqu'il poursuiwist le guerre d'Escoche, car il l'avoit
empris à toutte destruire jusquez à le sauvage Escoche; et euist fait,
se chilx soings ne li fuist creus.

  [122] _Ibid._: Strumelins. Fo 42.

Endementires que il seoit devant Struvelin, nouvelles li vinrent que la
roynne sa femme estoit acouchie d'un biau fil, en le chité de Ewruich,
et que il y volsist envoiier certains messages et le nom qu'il porteroit
à fons. Mout fu li rois joyans de ces nouvellez; et donna au chevalier,
qui aportées li avoit, cent librez d'estrelins et ung biau courssier. Et
envoya celle part messire Edouwart de Bailloel, ung bon chevalier qui le
tint à fons, et contre qui il eult à non Edouwars, le nom dou roy sen
père. Et fu puis chils enfez prinche de Gallez, et très bons, hardis et
entreprendans chevaliers, et qui durement et fierement guerria tant
qu'il vesqui[123]; mès il mourut dès le vivant le roy son père, ensi
comme vous oréz en ceste histoire.

  [123] _Ms. de Valenciennes_: et fist en France et ailleurs moult
  de beaux fais d'armes, et morut josne du vivant son père. Fo 42.

Tant sist li rois d'Engleterre devant Struvelin que li castiaux fu si
apressés, grevés et demenés d'assaux de grans enghiens qui nuit et jour
y jettoient, que chil de dedens, qui loyaument s'estoient deffendu et
tenu, ne se peurent plus tenir; car il ne veoient apparant point de
comfort de nuls costéz, ne nulle assamblée des Escos qui se fesist pour
combattre le roy ne lever le siège. Si tretièrent unez trieuwes deviers
le roy à durer quinze jours[124]; et se dedens ces quinze jours, autres
comfors ne leur apparroit, il devoient rendre le fortrèce au roy, sauve
leurs corps et le leur. Li rois s'i acorda, et tint le trieuwe bien et
paisivlement; mès oncques n'appari homs vivans, pour combattre les
Englès. Quant li quinzième jours fu passés, li rois fist requerre à
chiaux dou castiel que il tenissent leur couvent, et ossi fissent il.
Dont se partirent dou castiel enssi qu'il devoient; et en portèrent tout
le leur, hors mis les vitailles et le artillerie dou castiel. Tout ce
estoit reservet en le devise. Et s'en allèrent li Escot là où bon leur
sambla. Et li rois prist le possession dou castel de Struvelin, et y
mist bonne garnison de gens d'armes pour le garder et deffendre.

  [124] _Ms. de Valenciennes_: adfin qu'il euissent vivres. Fo 42.

Quant li roys d'Engleterre eut pris le castel de Struvelin et toute le
plainne Escoche courut, et pris et ars pluiseurs villes freméez de
fossés et de palis, si demanda consseil à ses hommes comment il se
maintenroit, car l'imfourmation que il avoit de monseigneur Robert
d'Artois li touchoit moult. Et souvent y penssoit, et en avoit jà parlé
as plus secrès de son consseil et à ses plus prochains de linages, à
telx comme au comte de Lancastre, au comte de le Marce, au comte de
Sufforch, au comte de Herfort, au comte de Warvich, au seigneur de
Perssi et as pluisseurs autres. Si trouvoit en consseil li rois que il
pourveist les fortrèces que il avoit prises en Escoce, bien et
souffissamment, de bonne bachelerie apperte et legière[125], pour les
tenir et garder contre les Escos; et s'en revenist arrière viers le cité
de Londres, et fesist là assambler son parlement des nobles, des prelas
et de ses bonnes villes; et leur remoustrast ou fesist remoustrer sen
intention, et ce dont messires Robiers l'avoit enfourmet. Li roys
s'acorda à ce consseil, et fist de rechief pourveir et rafrescir[126]
Bervich, Dalquest, Rossebourch, Dondieu, Astrebourch, le bastide de le
Mare, le fort Saint Pierre, Haindebourch et Struvelin; et mist en chacun
de ces castiaux grant fuisson de bonnes gens d'armes et de archiers. Et
fist souverains de tous ce pays concquis et de touttes gens d'armes[127]
messire Guillaumme de Montagut et messire Gautier de Mauny. Puis se
desloga et parti, et s'en revint arrierre vers Rossebourc, et dounna ses
gens congiet. Et ordonna ung certain jour de parlement qui seroit à
Londrez, et pria et enjoindi à tous barons, prelas et chevaliers qu'il y
fuissent, et chacun li eut en couvent.

  [125] _Ibid._: de bonne chevalerie et de bons archiers. Fo 42 vo.

  [126] _Ibid._: les villes et places qu'il avoit prinses, jusques
  au nombre de neuf.

  [127] _Ibid._: pour garder toute la marche.

Tant s'esploita li rois englès, apriès che que ses os furent departi,
qu'il rapassa le royaumme de Norhombrelant, Urcol, Persi, le Noef
Chastiel sur Tin, Durem, et s'en vint à Ewruich. Si trouva la roynne sa
femme qui se devoit, dedens cinq jours, relever de sa gesinne. Là
sejourna li rois tant que elle fu relevée; et y eut au jour de se
purification grant feste. Puis se parti li roys assés briefment, et la
roynne et messires Robiers d'Artois et tout leur arroy; et s'en revint
arrière deviers le chité de Londrez. Et se tint à Wesmoustier, et à
Cènes et à Eltem, et là environ Londres; et toudis messires Robiers
d'Artois dallés lui, à qui il faisoit grant feste et moustroit grant
amour. Et fist li rois faire as[128] Augustins, à Londres, les obsèque
et l'offisce de Monseigneur Jehan de Eltem, son frère, qui nouvellement
estoit trespassés. Or vous paurons ung peu des Escos, et de chiaus que
li roys englès avoit laissiet en Escoche.

  [128] _Ms. de Valenciennes_: au moustier des Augustins. Fo 43.

Vous avés bien oy recorder chy devant coumment, à une assamblée des
Escochois qui se fist devant Bervich, là où li roys David d'Escoce fu
presens et que venu y estoient pour lever le siège, que point ne
fissent, car il n'estoient mies fort pour le faire, si ordonnèrent
messire Guillaumme de Douglas et le jouène comte de Moret à gheriier sus
les frontierrez les Englès, et à heriier ce qu'il poroient. De quoy,
tantost qu'il seurent le retour dou roy d'Engleterre, il s'asamblèrent
et coummenchièrent à courre sus chiaux que li roys d'Engleterre avoit
laissiet ou pays; et leur portèrent souvent pluisseurs dommaiges, car il
congnissoient leurs marches et leur pays. Si en avoient de tant plus
grant avantaige et mieux lieu de gheriier, et souvent resvilloient les
Englès et leur portoient doummaige. Ossi à le fois il estoient cachiet
et racachiet mout avant; mès li Escos se tenoient et mettoient en si
fort pays de marès et de crolières et de drus bois, que, quant il
estoient là retret, il estoient assés bien asseur. Et vous di que, de
ces chevauchies et puigneis qui adonc estoient et se faisoient en
Escoce, en avoient toutte le huée et le plus grant renoummée des Escos
quatre chevaliers d'Escoce, messire Guillaumme de Douglas, messires
Robers de Versi, li comtes de Moret, messires Simons Fresel; et de le
partie as Englès, messires Gautiers de Mauny et messires Guillaumme de
Montagut, qui depuis fu comtes de Sassebrin et en eut madamme Aelis à
femme, qui en estoit hoirs et de se jonèce de l'ostel le roynne
d'Engleterre. Et li donna li roys, pour le bien et le proèche de lui,
car en ces gherres il se porta très vassaument. Or lairons à parler des
besoingnes d'Escoche, et paurons dou roy d'Engleterre, et coumment il
parsevera sus le infourmation qu'il avoit de monseigneur Robert
d'Artois. Fos 20 vo et 21.

P. 112, l. 21 et 22: Rosebourch.--_Ms. B 6_: Et fist en che tamps
messire Guillame de Montagu faire une fortresse contre les Escochois qui
se nome de Rosebourcq, qui n'estoit que devant une bastille, qui siet
sur les marches des deux royalmes de l'une partie d'Escoche. Fo 64.


=§ 54.= P. 114, l. 31: Benedic.--_Ms. d'Amiens_: Encorres envoya li roys
de Franche devotement devers le pappe Benedicq en Avvignon, en lui
priant comme ses filx que le voiaige d'outre mer et le croix il li
volsist confremmer, et le fesist preechier parmy sainte Crestienneté. Li
papes li acorda doucement, et fu ceste croix preschie parmy le monde où
li foy de Dieu est creue; et prisent pluiseur vaillant homme et
preudomme le croix, qui devotion avoient d'aller en ce saint voiaige. Fo
20 vo.

_Ms. de Rome_: En ce temps, vint il en devotion au roi Phelippe d'aler
en Avignon veoir le pape Benedich qui resgnoit pour ce temps, et de
parler à lui, et par son consel entreprendre le voiage d'outre mer et
conquerre la Sainte Terre, car pour lorz il n'avoient que faire et ne
savoient à quoi entendre, fors as joustes et as tournois et à tous
aultres esbatemens. Et pour ce li rois Phelippes avoit celle devotion de
convertir ces armes et esbatemens à aler sus les Incredules et conquerre
la sainte chité de Jherusalem et le roiaulme de Surie, et tant faire par
poissance que de oster hors des mains dou Soudan et des Incredules. Fos
35 vo et 36.

P. 115, l. 6: grant arroi.--_Ms. d'Amiens_: Quant li rois de Franche eut
en partie acompli ses vollentés de monseigneur Robert d'Artois[129],
ensi comme vous avés oy, et que il se vit en pès et en repos en ce
noble royaumme de France, si en carga grant estat[130], et bien le pooit
faire. Et tenoit trois roys de son hostel: le roy Carlon de Behaigne, le
roy Phelippe de Navare et le roy de Mayogrez, et dus et comtes et barons
sans nombre; et n'y avoit oncques mès eut roy en Franche dont il
souvenist, qui euist tenu l'estat pareil au dit roy Phelippe. Et faisoit
faire festes, joustes, tournois et esbatemens, et il meismes les
devisoit et ordounnoit. Et estoit ungs rois plains de toutte honneur, et
congnissoit bien que c'estoit de bachelerie; car il avoit estet
bachelers et saudoiiers en son venir en Lombardie, dou vivant le comte
de Vallois son père. Si en amoit encorrez mieux les petis compaignons.
Par especial, il amoit et tenoit le plus dou tamps dalléz lui le gentil
roy de Behaingne et le roy de Navarre, le comte d'Alençon, sen frère,
monseigneur Jehan de France, duc de Normendie, son aisné fil, le duc
Oedon de Bourgoingne, le comte Loeys de Flandrez, le comte Loys de Blois
et messire Charle de Blois, car il estoient si nepveut, le comte de Bar,
le duc de Bourbon et le duc de Lorainne[131]. Et n'estoit oncques li
rois si priveement, fust à Paris ou ou bois de Vicesnes, que chil
seigneur ne fuissent dallés lui, et tout de son hostel à delivrance, et
encoires grant fuisson d'autre baronnie et chevalerie. Moult estoit li
estas dou roy Phelippes de Franche grans et renoummés en tous pays, et
tousdis croissoit sans amenrir. Fo 20.

  [129] _Ms. de Valenciennes_: avoir encachié. Fo 41.

  [130] _Ms. de Valenciennes_: il tenoit plus noble estat que
  onques n'euist fait roy que on sceuist. Fo 41.

  [131] _Ibid._: et moult d'aultres qu'il avoit à sa delivrance.

P. 115, l. 10: Si chevauça.--_Ms. de Rome_: Pour ces jours, estoit li
rois Phelippes jà avalés et venus à Lion sus le Rosne. Qant on li dist
que li rois Robers estoit en Prouvence, si se departi tantos et vint
tout contreval la rivière dou Rosne en une nef en Avignon, pour ceminer
plus aise. Et li aultre, c'est à entendre ses gens, vinrent par terre
une partie; et se logièrent tout à Villenove dehors Avignon, et li rois
de France ausi. Li papes, li cardinal et toute li cours furent
grandement resjoi de la venue dou roi de France et dou roi Robert de
Cecille, quant il estoient là venu; et furent graces ouvertes à tous
clers qui empetrer voloient. Et donna li papes par pluisseurs fois à
diner en son palais, liquels, pour le temps dont je parole, n'estoit pas
si biaus ne si raemplis de cambres et d'edefisces comme il est pour le
present. Fo 36.

P. 115, l. 16 et 17: d'Arragon.--_Ms. de Rome_: Et jà en avoit li rois
de France escript au roi Robert de Cecille, son cousin, et priiet que il
se vosist avaler en Prouvence dont il estoit sires, et que sans faute en
tel temps, se li nonma, il seroit en Avignon. Les quelles nouvelles et
segnefiances furent à ce roi Robert moult plaisans, car il s'escripsoit
rois de Cecille et de Naples et de Jherusalem, dus de Puille et de
Calabre et contes de Prouvence. Si pensoit à recouvrer son hiretage de
la Saincte Terre par la poissance dou roi de France et des Crestiiens,
puis que li voiages de la vermelle Crois seroit empris. Et se departi de
Sesille et de Puille, et esploita tant par ses journées que il vint en
Prouvence. Fo 36.

P. 115, l. 30: Si preeça.--_Ms. de Rome_: Et là furent faites grandes
predications et belles devant les rois, et toutes touchans à la Crois
vermelle emprendre. Et l'emprisent ou nom de Dieu et le jurèrent et
voèrent à porter oultre mer en la Saincte Terre, en la capelle dou pape,
li doi roi desus nonmé, li contes d'Alençon, frères au roi de France, li
contes de Savoie, li contes d'Ermignac, li daufins de Viane, li daufins
d'Auvergne, li dus de Bourbon, li contes de Forois, li cardinauls de
Naples, li cardinauls d'Otun, li cardinaus de Melans et li cardinaus
d'Urgel. Et tant que à ce jour, en issant dou palais, il furent plus de
deus cens grans signeurs qui tous emprisent le vermelle Crois à porter;
et voèrent que, au plus tart dedens deus ans, il seroient en l'ille de
Rodes. Fo 36.

P. 116, l. 14: d'Arragon.--_Le ms. B 6 ajoute_: le roy de Mayogres. Fo
69.

P. 116, l. 26: se partirent.--_Ms. de Rome_: Qant li doi roi desus nonmé
orent assés sejourné en Avignon, tant que bon lor fu, il prissent
congiet au pape et as cardinauls, et aussi li un à l'autre, et se
departirent. Et s'en retourna li rois Robers en Cecille, et li rois
Phelippes en France. Fo 36.


=§ 55.= P. 117, l. 22: pors.--_Ms. d'Amiens_: Et fist li roys, sus le
port de Marselle et de Aiguezmortes, appareillier ses vaissiaux et ses
gallées et pourveir de touttez pourveanches, qui appertenoit à lui et
pour trente mil combatans, parmy les grans seigneurs qu'il en volloit
mener de son hostel. Et estoient de toutte ceste navie souverain li
comtes de [Nerbonne][132] et messire Carles Grimaus, ungs Geneuois[133].
Fo 20 vo.

  [132] _Ms. de Valenciennes_, fo 41.--_Ms. d'Amiens_: Verbonne.

  [133] _Ibid._: ung vaillant Geneuois sur mer.

P. 118, l. 2: Hongerie.--_Ms. d'Amiens_: ossi deviers le roy
d'Allemaigne Loeys de Baivière, qui resgnoit pour le tamps, emperèrez de
Romme, quoy que li Roummain li contredesissent, et liquelx avoit sa
nièche espousée, madamme Margherite, fille au comte de Haynnau. Li quelx
rois d'Alemaigne li accorda le voiaige et se terre à ouvrir jusquez en
Hongrie, se par là volloit passer; et li amenistroit vivrez, et pour
tous ciaux qui le Croix porteroient, et qui les Incredullez voroient
destruire et la foy crestienne essauchier. Fo 20.

_Ms. de Rome_: En ce temps, estoit avenu que messires Lois de Baivière
avoit tenu son siège devant la ville de Aix, en Alemagne, quarante
jours. Et l'avoient li eslisseur esleu à estre emperères de Ronme; mais
li rois Phelippes et li signeur de France i metoient un grant
empecement, et voloient que Carles de Boesme, fils au roi de Boesme et
dus de Lucembourc, fust emperères. Li Alemant se traioient au Baivier,
et ne s'acordoient point à Carle de Boesme. Et très donc se
conmenchièrent à engendrer et nourir haines entre les Alemans et les
François; car li uns voloit d'un, et li aultres d'autre. Et faisoient
partie avoecques le roi de France et les François, li Sains Pères
Benedic et tout li cardinal. Et ne pooit Lois de Baivière, rois
d'Alemagne, finer que li papes envoiast à Ronme un cardinal en legation
et li donnast poissance pour li consacrer, et s'escusoit par voies
obliques.

Qant Loys de Baivière vei ce que il n'en aueroit aultre cose, et que il
estoit dez cardinaus et dou pape menés d'uiseuses et de frivoles, et
veoit tout clerement que li François s'enclinoient à Carle de
Lucembourc, et non à lui, il i pourvei, je vous dirai conment. Il
cevauça à poissance, et à grant fuisson de gens d'armes, parmi la
Lombardie, et vint à Melans; et fist son devoir de tout che que à roi
d'Alemagne apertenoit à faire. Et institua l'arcevesque de Melan, qui
pour le temps resgnoit, à gouvrener Melan et la visconté, parmi une
somme de florins que il en devoit rendre tous les ans, et puis passa
oultre. Et partout où il venoit, il estoit courtoisement requelliés, et
tenoit grant estat et estofé et poissance de gens d'armes, par quoi il
estoit le plus doubtés; et vint à Ronme, et là fu recheus comme rois
d'Alemagne. Et avoit envoiiet en Avignon, son cemin faissant, soufissans
messages pour sonmer le pape et les cardinauls; et lor segnefioit, par
ses lettres et par ses conmissaires, que ils vosissent envoiier à Ronme
un cardinal pour li consacrer à empereour; et de ce il supplioit
affectueusement le pape et les cardinauls. Chil qui i furent envoiiet,
fissent bien lor devoir de faire lor message, mais il ne pooient avoir
nulle response; avant estoient menet de paroles. Et tout lor estat et
couvenant, il escripsoient songneusement à lor signeur le roi Loys de
Baivière. Qant il vei che que il n'en aueroit aultre cose, et que on li
empeçoit sa consacration, il i pourvei, car il fist un pape et douse
cardinauls, par l'acort des Ronmains; et se fist consacrer et couronner
de ce pape et de ces cardinauls, et prononchier à estre emperères. Qant
il ot recheu celle dignité par la voie que je vous di, assés tos apriès,
il se departi de Ronme.

Li Alemant, qui servi l'avoient sus tout son voiage, et as quels il
devoit grant finance, li demandèrent à estre paiiet: il s'escusa et dist
que il n'avoit point d'argent là aporté, fors que pour ses menus frès
paiier. Il li dissent de rechief, tout generaument, que, se il
n'estoient paiiet, il se paieroient. Il lor acorda; et n'avoit cure
conment, mais que il demorast en paix et en lor grace. Sitos que Loys li
Baiviers fu issus de Ronme, li Alemant demorèrent derrière. Il avoient
ordonné à courir Ronme, ensi que il fissent. Et pillièrent et prissent
li Alemant sus les Ronmains tant et oultre ce que on lor devoit, et n'en
porent avoir aultre cose; et retournèrent, tout fouci d'or et d'argent
et de jeuiauls, devierz l'empereour de Baivière qui les atendoit à
Viterbe. Si aquellièrent li Ronmain ce Baivier en grant haine, et
dissent que il lor avoit fait faire; ne onques depuis il ne rentra à
Ronme. Et li papes et li cardinaul, qui le consacrèrent, n'orent point
de durée, et se vinrent rendre au pape d'Avignon; mais ce ne fu pas si
tos.

Loys de Baivière qui s'escripsi, tant que il vesqi, rois d'Alemagne et
empereour de Ronme, maugré tous ses malvoellans, s'en retourna en
Alemagne, et là se tint. Et avoit à fenme madame Margerite, fille au
conte Guillaume de Hainnau; et en ot de li un grant mout de biaus
enfans, fils et filles. Fo 36 vo.

P. 118, l. 6 et 7: recevoir.--_Mss. A 11 à 14_: moult benignement son
cousin. Fo 29 vo.

P. 118, l. 11: Cecille.--_Mss. A 11 à 14_: son cousin. Fo 29 vo.

P. 118, l. 17: Ossi fisent.--_Ms. d'Amiens_: Et fist on garnir et
pourveir touttes les costières de mer de le rivière de Gennes[134],
mouvant jusques en Napplez, et revenant en Venise et en l'ille de
Crette. Et fist li roys de Franche pourveir l'ille de Rodes, et y envoya
le grant prieur de Franche à qui li Templier obeissent. Fo 20 vo.

  [134] _Ms. de Valenciennes_: de le rivière de Jennes jusques à
  Palles en l'ille de Grèce et de Rodes. Fo 41.

P. 118, l. 17 et 18: Geneuois.--_Ms. B 6_: Il avoit donné à entendre
qu'il paseroit, et par espesial as Geneuois, dont il avoit trait avant
sur les costes de Franche grant foison de gallées, de nefs et de barges
toutez apparillies. Fo 70.

P. 118, l. 28: voiage.--_Ms. de Valenciennes_: Mais pau greva aux
Sarrasins, car le roy n'en fist riens. Fo 41.


=§ 56.= P. 119, l. 4: Engleterre.--_Ms. de Rome_: en la marce de
Londres. Une fois tenoit (li rois d'Engleterre) son hostel à Eltem, et
l'autre à Windesore. Et vivoient li rois et la roine en grans
esbatemens; et faisoient faire festes, joustes et behours en Engleterre,
et passoient ensi le temps. Fo 33 vo.

P. 119, l. 5: consilloit.--_Ms. de Rome_: Et disoit ensi et moult
souvent li dis messires Robers d'Artois au roi d'Engleterre: «Monsigneur
et biaus cousins, vous estes jones et à venir: si ne vous devés pas
refroidier de demander vostre droit et de calengier. Vous avés deus ou
trois coses qui grandement vous i pueent aidier et valoir avoecques le
droit. Vous avés mise et cavance assés, et peuple de bonne volenté, qui
desirent les armes, et qui point ne voellent estre wiseus. Si avés très
grant conmencement de requerir et calengier ce qui est vostre. Et si
vous di encores que vous trouverés dez bons amis par delà la mer, qui
vous aideront, conselleront et conforteront en vostre calenge, si tretos
que vous auerés conmenchié la guerre, se guerriier vous en fault. Car il
n'est riens, en ce monde, que li Alemant desirent si que d'avoir auqune
cause et title de guerriier le roiaume de France, pour le grant orguel
qui i est abatre, et pour partir à la riçoise. Très chierz sires et
biaus cousins, soiiés tous segurs: quoi que Phelippes de Valois fust
couronnés à roy de France, et que li douse per de France l'eslisirent
et eslevèrent, si fustes vous bien mis en doubte; et se vous l'euissiés
debatu ou envoiiet debatre, jà on n'euist procedé ens ou couronnement.
Vous en ferés ce que bon vous en samblera; mais se vous perdés vostre
hiretage par estre trop mols, vous qui estes à venir, vous en serés
mains prisiés et doubtés; et se sera à vostre grande confusion et
condampnation de corps et d'ame. A tout le mains, faites asambler vous
honmes et vostre consel; et euls venu, soit chi à Eltem, ou ailleurs,
je, en la presence de vous, leur remousterai et esclarchirai de point en
point le droit que vous avés à la couronne de France. Se orés quel cose
il en diront et responderont, qant vous demanderés à avoir consel sur
ce, par quoi il ne puissent dire ou temps à venir que vous ne vos soiiés
aquités de euls remoustrer le droit que vous avés au calenge de France.
Car se vous estiiés de vostre peuple reprociés que, par defaute de
corage et par paour, vous aueriés laissiet aler le vostre, et vous
seriés endurchis en ce pechiet, il le vous tourneroient en grant
prejudisce et lasqueté de coer, et diroient que vous ne seriés pas
dignes de porter couronne; et demorriés tous jours, le demorant de
vostre vie, soupeçonnables deviers euls et en grant peril encores, se
partant vous poiiés issir de ce dangier.»

Tant dist, tant promeut et tant esploita messirez Robers d'Artois que li
jones rois d'Engleterre ouvri les orelles et se resvilla, et entendi à
ce que il li disoit et remoustroit. Et voellent bien li auqun dire que
il ne l'osa laissier, car jà grande murmuration se montoit en Engleterre
des nobles et dou menu peuple, et disoient: «Nostres sires, li rois, a
trop grant droit à l'iretage et couronne de France. Et messirez Robers
d'Artois li a bien sceu dire, remoustrer et esclarcir de point en point
conment, par droite succession et menbres d'iretage, il deveroit estre
rois de France, dont on l'a arrieré à fraude et par cautèle, car il est
fils de la serour le roi Carle de France; et celi que il eut couronné à
roi, Phelippe de Valois, n'est que cousins germains. Nous verons que il
en vodra dire. Se le demande et calenge demeure en sa proèce, et que il
s'aherde à wiseusses, ensi que fist ses pères, il vivera en peril et en
haine deviers nous; et se il ahert de bon corage son droit à poursievir,
nous l'aiderons de nostres corps et dou nostre.» Si fu dit fiablement au
roi: «Sire, ensi dient li noble de ce pais et li peuples; il fault que
vous aiiés avis. Conmune renonmée qeurt par toutes vos signouries
d'Engleterre que vous devés estre rois de France, se en vous [proesse]
ne demeure. Et sont toutes gens, asquels les paroles viennent,
esmervilliet pourquoi vous detriiés tant que vous n'en faites vostre
devoir, puisque vous en estes soufissanment enfourmés.» Fo 34.

P. 119, l. 8: conseil.--_Ms. d'Amiens_: Li roys avoit ordonné ung grant
parlement à estre à Londres[135], des barons, prelas et bonnes villes
d'Engleterre; duquel parlement tout chil, qui priiet et semons en
furent, y vinrent. Et là fu remoustré et parlementé quel droit et quel
prochainnetet li roys Edouwars avoit à l'hiretaige de France. Et leur
remoustra messires Robiers d'Artois, de point en point et de degret en
degret, coumment et par quelle ordounnanche ce pooit estre. Là eut
pluisseurs paroles dittes, devisées et retournées; car de entreprendre
ung si grant fait que de volloir bouter le possessant de le courounne de
Franche hors del possession dou royaumme, c'estoit fort affaire, et y
couvenoit grans sens, pourcach et advis. Fo 21.

  [135] _Ms. de Valenciennes_: là où furent les trois estas. Fo 43.

_Ms. de Rome_: Adonc li jones rois d'Engleterre, qui veoit le bonne
volenté de ses hommes, par le bon consel qu'il ot, fist une grande
assamblée à Londres pour avoir un parlement, au palais de Wesmoustier,
des prelas, des nobles et des consauls des bonnes villes d'Engleterre,
et pour avoir consel sur ce à savoir que il en poroit et deveroit faire.
Qant tout furent venu, Londres fu moult fort garnie de peuple; car
encores avoecques tous ceuls qui estoient escript et mandé, vinrent
moult d'aultre peuple pour aprendre des nouvelles, car la matère lor
sambloit moult grande.

Or se fist chils consauls ou palais de Wesmoustier; et fu toute la plus
grant sale raemplie de prelas, des nobles et des consauls des chités et
des bonnes villes d'Engleterre. Et là fist on tout honme seoir sus
escamiaus, pour casqun veoir le roi plus aise, liquels estoit assis en
pontificalité, en draps roiiaus, et la couronne en chief, tenant un
septre roial en sa main. Et plus bas deus degrés, seoient prelat, conte
et baron; et encores en desous avoit plus de siis cens chevaliers. Et de
ce rieule seoient les honmes des chienq pors d'Engleterre, et les
consauls des chités et bonnes villes dou pais. Qant tout furent auné et
assis par ordenance, ensi que il devoient estre, on fist silense.

Adonc se leva uns clers d'Engleterre, licensiiés en drois et en lois, et
moult bien pourveus de trois langages, de latin, de françois et dou
langage englès; et conmença à parler moult sagement. Et estoit messires
Robers d'Artois dalés lui, liquels l'avoit enfourmé, trois ou quatre
jours devant, de tout ce que il devoit dire. Si parla atempreement et
remoustra tout en hault, et [en] englois, à la fin que il fust mieuls
entendus de toutez gens, car tous jours sçut on mieuls ce que on voelt
dire et proposer ens ou langage où on est d'enfance introduit qu'en un
aultre, tous les poins et les articles desquels messires Robers d'Artois
les avoit, le roi, le clerc et auquns signeurs, enfourmés; et con
proçains li rois, lors sires, en quelle istance il estoient là venu et
asamblé, estoit de l'iretage et de la couronne de France. Et qant il ot
remoustré la parole tout au lonch, par grant avis et par bon loisir,
tant que tout l'avoient volentierz oï, il demanda ens ou nom dou roi à
avoir consel de toutes ces coses.

Li signeur et li prelat regardèrent l'un l'autre, et fissent silense une
espasse que nuls ne parloit, mais grande murmuration avoit entre euls.
Il m'est avis, selonch ce que je fui enfourmés, que la response à faire
fut cargie et tournée sus le conte Henri de Lancastre pour le plus
proçain que li rois euist là. Il qui fu bien avisés de respondre et
tantos consilliés, dist ensi, en honnourant le roi et tous les signeurs,
ce fu raison: «Je conselle de ma partie que ceste besongne soit mise en
sousfrance, tant que li rois nostres sires ait soufissans hommes de son
roiaulme envoiiet par delà la mer pour parler au conte de Hainnau, qui
fille il a, qui pour le present est nostre chière dame roine
d'Engleterre, et à messire Jehan de Hainnau, son frère, qui sont doi
prince sage, vaillant et de bon consel; et tout ce que chil doi en
conselleront, les ambassadours retournés en ce pais, et nous remis
ensamble et la response et parole des desus dis oïe, nous procederons
sus sans nulle faute.» Qant li contes Henris de Lancastre au Tors Col ot
parlé, il respondirent tout d'une vois: «Il dist bien.» Fo 34 vo.

P. 120, l. 5 et 6: messages.--_Ms. d'Amiens_: as seigneurs telz comme
estoit ly comtez de Haynnau, messires Jehans de Haynnau ses frères, li
ducs de Braibant ses cousins germains, li ducs de Guerlez ses serourges,
et que chil l'en volsissent conseillier et adviser quel cose en seroit
bon affaire; et les mesages revenus et l'intention des dessus dis sceue,
il fesist de rechief ordounner et assambler ung parlement en ce meysme
lieu, et on li donroit tel consseil qui li souffiroit. Fo 21.

P. 120, l. 7: de Haynau.--_Ms. B 6_: lequelz estoit ung prinche saiges
et ymaginatif. Fo 66.

P. 120, l. 20: Adonc pria.--_Ms. d'Amiens_: et fist li roys
d'Engleterre, si comme conssilliés estoit, escripre et fourmer toutte
sen intention et demande par le imfourmation et advis de monseigneur
Robert d'Artois. Et ordonna et eslisi quatre chevaliers sages et
preudommes pour venir en Haynnau, en Braibant et en Guerles, telx que le
seigneur de Biaucamp, le seigneur de Persi, le seigneur de Stanfort et
monseigneur Gobam[136]. Fo 21.--_Ms. de Rome_: Il m'est avis que li
evesques de Lincole i fu nonmés et li esleus d'Asquesufort, clerc en
drois et en lois, mestre Robert Weston, avoecques euls mesires Renauls
de Gobehem et mesires Richars de Stanfort. Chil quatre emprisent le
voiage à faire. Fo 34 vo.--_Ms. B 6_: Adonc y envoia-t-on une esbasade;
et y ala messire Thumas Waghe, marisal de Engleterre, le sire de Persy,
le sire de Neufville, le sires de Mauné et deus clers en droit. Fo 66.

  [136] _Ms. de Valenciennes_: de Gobehem. Fo 43.

P. 120, l. 27 et 28: apparillièrent.--_Ms. d'Amiens_: Quant li baron
dessus noummés et doy clercq de droit[137], avoecq yaux envoiiés de par
le roy d'Engleterre, furent arivet à l'Escluze en Flandres, il eulrent
consseil lequel chemin premiers des trois il tenroient. Si s'acordèrent
et pour le milleur que de venir[138] en Haynnau; si enquissent où li
comtes se tenoit, et on leur dist à Valenchiennes. Lors esploitièrent il
tant par leurs journées qu'il vinrent à Vallenchiennes, et descendirent
sus le marchiet; et eut chacuns des barons son hostel par lui. Et quant
il se furent appareillié et de draps renouvelléz, il s'en vinrent très
ordonneement deviers le comte de Hainnau, qui adonc se tenoit en le
Salle à Vallenchiennes. Et leur chei si bien que messires Jehans ses
frèrez estoit dallés lui, desquelx seigneurs il furent convignablement
recheu, car bien le savoient faire.

  [137] _Ibid._: deux grans clers.

  [138] _Ibid._: premiers.

Quant li baron d'Engleterre eurent le comte salué et encliné, et
monseigneur Jehan son frère, li ungs pour yaux coummencha à parler, en
lui tournant sus le comte, et dist: «Monseigneur, vostre biaus filz li
roys d'Engleterre nous envoie par deviers vous en grant especialité
avoecq ces lettrez que baillies vous avons, pour avoir consseil et advis
de ceste besoingne qui à son honneur grandement li touche, si comme les
lettrez font mention; car il est emfourmés, et de certain et par
pluiseurs clères voies et raisons on li moustre et a on remoustré, que
li royaummes de Franche deveroit de droite hoirie, et par le sucession
dou roy Charlon son oncle, estre siens. Or considère li rois les perilx,
les adventures, les haynnes et les fortunnes qui en puevent naistre et
descendre, car il ne vouroit pas cose esmouvoir qui à sen deshonneur li
peuist venir. Ossi il ne vorroit mies que, par faute de courraige,
d'emprise et de vollenté, ses drois li fust tollus ne ostés; car il
troeve en bonne vollenté et en grant desir tout son royaumme
d'Engleterre de lui aidier. Et bien li ont dit que il ne se delaie mies
de son droit à poursuiwir, pour doubte d'avoir peu de gens et de
chevanche, car il l'en feront assés avoir. Or est li emprise si grande
et si haulte que dou tout seullement il ne se velt mies fonder ne
arester sur lui, ne sur l'envayssement de ses hommes. Si sommes envoiiet
par deviers vous, comme à son père, que de ces besoingnes vous en
voeilliéz dire vostre entente.» Fo 21 vo.

_Ms. de Rome_: Et montèrent en mer à Douvres, et vinrent à Wissan. Et là
issirent des vassiaus, et cevauchièrent toute l'Aleqine; et vinrent à
Tieruane et puis à Aire, et puis à Bietune, à Lens et à Douai, et puis à
Valenchiennes. Il pooient bien faire tout ce cemin sans peril ne
reprise, car encores n'avoit entre France et Engleterre nul mautalent;
et joissoit çasquns de ce que il devoit tenir, c'est à entendre li rois
d'Engleterre tenoit la conté de Pontieu et en levoit lez pourfis, et
ensi en Giane.

Qant chil ambassadour furent venu à Valenchiennez, il se logièrent sus
le marchié à leur aise en trois hostels, au Chine, à le Bourse et à
l'ostel à la Clef. Pour ces jours, estoit li contes de Hainnau en
l'ostel de Hollandes, et gissans au lit de la maladie des goutes. Tantos
il fu segnefiiés que chil signeur d'Engleterre estoient venu; si envoia
deviers son frère qui estoit à l'ostel de Biaumont, et là se tenoit
aussi. Pour l'amour dou conte, messires Jehans de Hainnau vint tantos
deviers son frère, qui li dist la cause pour quoi il l'avoit mandé, et
que il aueroient nouvelles, car là estoient venu ambassadours
d'Engleterre de par le roi son fil. Ensi que li contes le dist, en
avint. Car li evesques de Lincolle et li esleus d'Asquesuforch et li doi
baron, qant il se furent rafresqi et apparilliet, ensi comme à euls
apertenoit, il s'en vinrent en l'ostel de Hollandes. Si trouvèrent le
conte de Hainnau, et son frère, et madame la contesse, ot des chevaliers
dou pais, qui les requellièrent doucement, ensi que bien le sceurent
faire. Et entrèrent chil signeur d'Engleterre en la cambre dou conte, li
quels estoit pour celle heure levés, vestis et parés moult ricement; et
seoit sus une chaière moult bien aournée, car il ne se pooit soustenir
sus ses piés. Si rechut ces signeurs d'Engleterre l'un apriès l'autre
moult humlement. Et aussi tout l'enclinèrent et li fissent la reverense,
et à la contesse aussi et à mesire Jehan de Hainnau; et puis moustrèrent
les lettres de creance que il avoient aporté. Li contes les fist lire
devant li par un sien clerc; et qant il ot oy la creance, il fist toutes
gens widier hors de la cambre, reservé son frère et les Englès. Et qant
il furent à lor requoi, il lor dist: «Or sus dites ce dont vous estes
cargiés, et vous serés oy.»

Li evesques de Lincolle conmença à parler pour tous, et dist: «Très
chiers sires, nous sonmes chi envoiiet de par vostre fil le roi
d'Engleterre et son consel, à savoir que vous dirés de une nouvelleté
qui est promeue en l'ostel d'Engleterre, et que vous en consellerés à
faire. Li rois, nostres sires, est enfourmés moult avant et tout acertes
de mesire Robert d'Artois, qui pour le present se tient et demeure dalés
le roi en Engleterre, que de la couronne de France et de l'iretage, il
deveroit estre escauciers, qui droit et raison li feroit. Et les poins
de la proimeté, il sont tout cler, ensi que bien les savés, car li rois,
vostres fils, est fils de la serour au roi Carle de France,
darrainnement mort. Ensi par ce point est il son neveu, et plus proçains
d'un degré de la couronne de France ne soit li rois Phelippes, fils au
conte de Valois; car il n'estoit que cousins germains au roi Carle, ensi
que bien le savés. Et pour celi cause, nous sonmes envoiiet deviers
vous, pour veoir et sçavoir que vous en responderés; car vostres fils,
nostres sires li rois, est consilliés et esmeus à mettre avant le
calenge de France. Tout si homme li offrent corps et cavance, mais ils
ne voelt pas emprendre si très grant cose que de deffiier le roi de
France, et de renvoiier son honmage de terres que il a relevées à
Phelippe de Valois comme à roi de France, se vous ne le conseillés, car
de ce et de toutes coses il voelt ouvrer par vostre consel.» Fo 37.


=§ 57.= P. 121, l. 13: Quant.--_Ms. de Rome_: Qant li contes de Hainnau
ot oy l'evesque de Lincole ensi parler, si feri sa main sus la poiie de
la chaiière sus laquelle il seoit, et pensa un petit, et puis respondi
et dist: «Vous tout ensi que chi estes, vous nous soiiés li bien venu.
Vous demorrés dalés nous, trois ou quatre jours, et vous rafreschirés;
et nous penserons sus ces besongnes et regarderons, en considerant
toutes coses, lequel en est bon à faire, et adonc vous en serés
respondu.» Il respondirent tout de une sieute: «Monsigneur, nous ferons
vostre plaisir.» Apriès, il entrèrent en aultres paroles; et lor demanda
li contes de l'estat de son fil le roi et de sa fille, et des ordenances
d'Engleterre, et conment on s'i ordonnoit. A toutes ses demandes et
paroles, li evesques de Lincole et li baron respondirent bien et
sagement, et tant que li dis contes s'en contenta. Adonc vint là la
contesse, qui estoit retraite en ses cambres, qant li signeur se missent
ensamble pour parler de consel; et honnoura moult grandement ces
signeurs d'Engleterre, et leur demanda de son fil et de sa fille, et à
tout il respondirent bien et à point. Et demorèrent ce jour au disner
dalés la contesse et messire Jehan de Hainnau, qui leur fist là et
ailleurs la milleur compagnie que il peut; et lor donna deus disners et
deus soupers moult solempnes, sus chienq jours que il furent là. Et tous
les jours, il estoient de disner et de souper ou avoech le conte, ou la
contesse sa fenme, ou messire Jehan de Hainnau.

Au chinquime jour, il furent respondu de la bouce dou conte, qui leur
dist apriès les requestes que fait avoient: «Biau signeur, vous dirés
ensi à nostre fil d'Engleterre que nous li savons bon gré de ce que il a
envoiiet deviers nous fiablement pour remoustrer l'entrée de son
information; et que il poise la matère et fait doubte des avenues, car
ce n'est pas petite cose voirement à desfiier le roiaulme de France.
Mais, en venant au fait, il est tout cler que mon fils li rois
d'Engleterre est plus proçains voirement un degré de la couronne de
France et de l'iretage ne soit Phelippes de Valois. Et plus chier
auerions ce pourfit pour nostre fil, qui a nostre fille, et pour ses
enfans, que nous ne ferions pour Phelippe de Valois; et qui onques riens
n'emprist, riens n'achieva. Vous dirés ensi à nostre fil d'Engleterre,
de par nous, et à son consel, que tout le bon droit que ils sent à
avoir en l'iretage et couronne de France, il le demande et calenge. Nous
le aiderons et conforterons en toutes coses. Nous i sonmes tenu, et le
volons faire si avant que nostre poissance se pora estendre; mais c'est
petite cose, de nous et de nostre pais, encontre la poissance dou
roiaulme de France. Pour ce fault il que vostres sires nostres fils,
avant que il entreprende si grant cose que de renvoiier son honmage au
roi de France et li desfier, que il viengne par deçà la mer, acompagniés
de son consel, et il auera avoecques li Jehan mon frère qui le adrecera
de ce que il pora; et iront deviers le duch de Braibant, cousin germain
à mon fil d'Engleterre, et à son frère de par sa serour le conte de
Gerlles, et aussi au marqis de Jullers, et aquière amour et aliance à
euls. Et se il puet avoir le confort et l'aide des Alemans avoecques la
sienne, il pora bien adonc desfiier le roi de France et demander son
droit; mais toutes fois nous disons et mettons avant que riens n'en
face, si sace la volenté de ceuls que je vous ai nonmés. Et velà le
consel et la response sus vostre demande, que je vous donne.» Chil
signeur d'Engleterre generaument respondirent et dissent: «Grant
merchis, et nous ouverrons apriès vostre consel.»

Si prissent depuis congiet au conte et à la contesse et à messire Jehan
de Hainnau, et se departirent de Valenchiennes, et retournèrent arrière
à la mer par le cemin que il estoient venu; car on quidoit partout que
li rois d'Engleterre les euist envoiiet en Hainnau pour veoir le conte,
liquels n'estoit pas bien hetiés. Si vinrent à Wissan, et entrèrent là
ens ès vassiaus d'Engleterre qui les atendoient; et puis se
desancrèrent, et singlèrent viers Engleterre, et furent tantos à
Douvres. Et esploitièrent tant que il vinrent deviers le roi et son
consel; et leur recordèrent tout ce que il avoient oy, veu et trouvé ens
ou conté de Hainnau. Fo 37 vo.

P. 121, l. 24: grant joie.--_Ms. d'Amiens_: Et escei si bien à point
adonc, pour le roy d'Engleterre, que li dis comtes estoit en grant
haynne contre le roy Phelippe de Franche. Et je vous dirai pour quoy,
car je n'y voeil riens oubliier non qui à recorder face. Li comtez de
Hainnau avoit traitiet ung mariaige de madamme Ysabiel, se fille, à
l'ainnet fil le ducq de Braibant. Et quant li roys de Franche le seult,
il esploita tant que li mariaiges fu deffès; et le fiancha ailleurs, che
fu à sa fille. Pour quoy, li comtes Guillaummes fu durement
courrouchiés sus le roy Phelippe.

Encoires, en ce meysme temps, eschei en vendaige li castiaux et li terre
de Crievecoer. Et l'acata li comtes de Haynnau, et en presta as vendeurs
grans deniers. Et le quidoit tenir et ajouster à le comté de Haynnau,
comme sen bon hiretaige; et en avoit grant joie, car ceste terre li
estoit trop bien seans, pour estre ensi comme clés, sus les frontierres
de Cambresis et le departement de Haynnau. Et quant li roys Phelippes
seut che, il en fu moult courouchiés et manda le vendeur; et li amenda
son marchiet, et li fist[139] renonchier le vendaige. Et le prist pour
lui, et le dounna le duc de Normendie, son fil, liquelx s'en mist en
possession; et fu depuis atribués au royaumme de Franche, comme de
l'hiretaige. Et ensi, par tel mannierre, li fors castiaux de Alues en
Pailluel, sus le marce de Ostrevant et de Douay, fu hostéz au comte de
Haynnau, qui le cuidoit avoir acatet pour acroistre son pays et clore
sus les frontières de France.

  [139] _Ms. de Valenciennes_: par deniers et par parolles. Fo 44
  vo.

Ces trois coses estoient assés nouvellement advenues entre le roy de
Franche et le comte de Haynnau, liquelx en avoit indination, et n'en
amoit mies mieux le roy ne son consseil. Et disoit bien que il li
remousteroit, quant il venroit à point. Fos 21 vo et 22.

_Ms. de Rome_: Pour ce temps, avoit li contes de Hainnau une haine
couverte moult grande deviers son serourge, le roi Phelippe de France;
je vous dirai quelle et pourquoi. La terre et signourie de Crievecoer,
en Cambresis, avoit couru à vendage. Et qant elle i fu mise, les
premières offres en furent données au conte de Hainnau, et ensi de la
terre et signourie dou chastiel c'on dist Alues en Pailluel, seant sus
la rivière de la Sensée, sus les frontières d'Artois et de Douai. Et
quidoit bien li contes de Hainnau ces deux terres avoir acatées; et
estoient li denier tout prest pour les paiier. Qant li rois Phelippes fu
enfourmés de ceste marceandise, Jehans ses fils, qui estoit dus de
Normendie et daufins de Viane, se traist avant et referi sus ce marchié
par le conmandement dou roi son père, et acata en l'Empire ces terres
desus dictes. Dont li contes de Hainnau fut trop grandement courouchiés;
et dist et jura que, de le vilennie que ses serourges li avoit fait, il
l'en souvenroit et li remousteroit durement qant il cheiroit à point.

Et eschei que les nouvelles de ces promotions dou roi d'Engleterre à
calengier l'iretage de France se boutèrent avant; et desquelles coses on
li demandoit le consel, en l'année proprement, qant li vendage et li
achat des hiretages desus dis furent fait. Si en estoit li contes plus
tenres et plus enclins à estre tos courouciés, et lors secretement il
remoustra son mautalent. Car, se il euist aussi bien, ens ou
commencement de ces nouvelles, abatu les paroles et les oppinions des
Englois que il les esleva, pluisseurs gens dient que, de la guerre de
France et d'Engleterre qui tant a duret et coustet, riens net n'euist
esté; mais, ensi que on puet dire et supposer, ce qui doit avenir, nuls
ne puet brisier ne oster. Fo 38 vo.

P. 122, l. 17: respondi.--_Ms. B 6_: Je luy conseille que il se traie en
Allemaigne, et s'acointe de mon filz le roy d'Allemaigne, et du marquis
de Jullers et des barons de l'Empire. Fos 67 et 68.

P. 122, l. 21: dus de Guerles.--_Ms. d'Amiens_: comte de Guerlez. Fo 21
vo.

P. 122, l. 30: volentiers.--_Ms. d'Amiens_: Et vous revenu en
Engleterre, si dittes enssi au roy de par my que, par priière ou par
constrainte, il fache tant qu'il ait à acord et pour comfort le pays de
Flandrez: se li sera ungs très grans avantages. Ossi il ne s'espargne
mies d'aller ou d'envoiier deviers le roy d'Allemaingne, Loeys de
Baivière, qui en ceste besoingne le poelt mout aidier et par pluiseurs
cas. Fo 21 vo.

P. 123, l. 3: consaulz.--_Ms. d'Amiens_: Quant li baron d'Engleterre
eurent oy les responscez dou comte de Haynnau et le consseil qu'il leur
dounnoit, si l'oïrent volentiers; et dirent que grant merchis, et que
par son advis il useroient. Depuis, furent il avoecquez le comte et
monseigneur Jehan son frère, cinq jours, qui trop bien les festiièrent.
Au sixième, il se partirent et s'en vinrent en Braibant; et trouvèrent à
le Leuwre le ducq Jehan de Braibant qui courtoisement les rechupt, pour
l'amour dou roy leur seigneur à qui il estoit cousins germains, et à qui
il contèrent tout leur messaige. Li ducs en respondy que par linaige il
ne devoit mies faillir au roy d'Engleterre, et que il le comforteroit,
aideroit et conseilleroit en tous cas si avant que il vorroit son droit
repoursuiwir, car il y estoit tenus et avoit bonne vollenté de le faire.
De ce furent li messagier tout joyant. Et vinrent depuis en Guerles, et
esploitièrent si bien que li comtez de Guerles s'abandonna dou tout, son
corps, ses hommes et son pays, ou service le roy englès. Lors
retournèrent li baron d'Engleterre arrière, et rapportèrent au roy et à
son consseil tout che que trouvet avoient.

Ainsi se pourveoit li rois d'Engleterre quoiement et secretement, et
aqueroit amis en l'Empire cheux que avoir en povoit. Et souvent parloit
à monseigneur Robert d'Artois, au comte de Lancastre, au comte de le
Marce, au comte de Pennebrucq, au comte de Northantonne et à ses plus
privés et especials amis, coumment de ceste haulte et grande
entrepresure qu'il desiroit et esperoit affaire, il se maintenroit. Si
l'en consseilloient loyaument, chacun selonc son avis. Fo 22.

P. 123, l. 17: France.--_Ms. d'Amiens_: et coumment il le proposoit à
ghueriier, et que il acquerroit amis de tous lés en l'Empire. Si se
doubta ung peu li roys de Franche. Nonpourquant il n'en fist mies trop
grant compte, car[140] ghaires n'amiroit à che donc les Englès ne leur
puissanche. Fo 22 vo.

  [140] _Ms. de Valenciennes_: car il estoit grans et puissans, et
  pau doubtoit la puissance des Englès. Fo 45 vo.

P. 123, l. 25: preecie.--_Ms. d'Amiens_: Ossi li Sains Pères li deffendi
et dispenssa et tous chiaux qui le Croix avoient pris. Fo 22 vo.

P. 123, l. 26: pourveances.--_Ms. d'Amiens_: Et furent les pourveanches,
qui à Marselle, à Aigremortes, à Nerbonne et au port de Lates estoient,
ailleurs emploiiées. Fo 22 vo.

P. 123, l. 29: li rois.--_Ms. d'Amiens_: Et quant li roys d'Engleterre
vit entamet si grandement les coers de telx troix grans seigneurs comme
chil estoient, en recomfortant ses besoingnes, si en fu plus liés et
tous ses conssaux. Et se fondèrent en partie sus les parollez et advis
dou comte de Haynnau, et conseillièrent au roy que, s'il volsist
envoiier hasteement deviers le roy d'Alemaigne ung prelat et deus ou
trois grans barons et sagez, pour aidier à tretier ceste besoingne et
pour savoir quel samblant li dessus dis en feroit, il le fist. Et en fu
cargiés especialment li evesque de Lincolle[141], qui vollentiers et
liement entreprist le voiaige pour l'amour dou roy. Et avoecques lui
allèrent messires Richars de Stamfort, li sire de le Ware et li sires de
Multonne[142]. Et montèrent en mer ou havene de Tamisse à Londres, et
singlèrent tant qu'il arivèrent en Hollandes à Dourdrech; et fissent
mettre lors chevaux et leur harnas hors des nefs, et se rafreschirent
là par deus jours. Au tierch, s'en partirent et chevaucièrent tant par
leurs journées qu'il vinrent à Convalence, là où li Emperères et li
Empereis se tenoient, qui les messagiers le roy d'Engleterre rechurent à
grant joie.

  [141] _Ibid._: Nicolle. Fo 45.

  [142] _Ibid._: Mitonne.

Loeis de Baivière, rois d'Allemaigne et empereurs des Roummains pour le
tamps, n'avoit mies adonc en trop grant chiereté le roy de France, ensi
que li coer sont de divierses oppinions; et se acorda assés tos à
comforter et conseillier le roy d'Engleterre. Et respondi as messagiers
englès, si tost comme il eurent dit et comptet che pour quoy il estoient
là venut, que, seloncq l'ordounnanche d'Allemaigne[143], li roys
d'Engleterre avoit grant droit à le courounne de France; et, puisque li
rois englès se retraioit deviers lui par fiableté, et pour sen droit
aidier à soustenir et à garder, il ne l'en devoit mès faillir: «Si
dirés, ce dist li Emperères, au roy d'Engleterre que fiablement il me
viègne veoir, et juer et esbattre dallés moy; si s'aquintera des
Allemans qui bien en ceste besoingne le polront aidier, et je l'en
aideray à aquintier.» Li evesque de Lincolle et li chevalier
d'Engleterre furent de ces responsces tout joyant, et se partirent
amiablement de l'Empereur et de l'Empereis madamme Margherite de
Haynnau, qui au partir en eurent biaux dons et grans jeuiaux[144]. Et
s'en revinrent arrière en Engleterre, et recordèrent au roy coumment il
avoient esploitié; et donnèrent au roy lettres de par l'Empereur et
aucuns seigneurs de l'Empire, telz que le marchis de Misse et d'Eurient,
le marchis de Blanquebourch et l'archevesque de Maiienche et celi de
Couloigne. Si trouva li roys en leurs escripsions salus et amistés et
touttes proummesses de confort. De quoy il fu moult resjoys, et bien y
eut cause....

  [143] _Ms. de Valenciennes_: selon les drois de l'Empire. Fo 45
  vo.

  [144] _Ibid._: pour l'amour de sa soer, la royne d'Engleterre.

En ce tamps, se tenoit li comtez Loeys de Flandrez à Gand, et tenoit à
amour les Flammens ce qu'il pooit; car li roys de Franche l'en prioit et
li enjoindoit, et qu'il gardast bien les frontières de le mer à che
costet, par quoy li Englès n'y ewissent nul avantaige. Chilx comtes de
Flandres estoit bons Franchois et loyaux, et moult amoit le roy
Phelippe. Et bien y avoit raison, car li roys avoit le comte remis en
Flandres par puissance, quant il desconfi les Flammens à Cassiel, sy
comme vous avés oy chy devant en l'ystoire del couronnement le roy
Phelippe.

Li roys d'Engleterre, qui aqueroit amis à tous lés pour ses besoingnes
enbellir, entendy que li comtes de Flandres tenoit couvertement
saudoiiers et escumeurs sur mer, qui costioient à le foix Engleterre; et
quant il veoient leur plus biel, si s'abandonnoient à gaignier ung
vaissiel ou deux, se il le trouvoient. Dont mist li roys d'Engleterre
gens sur mer, pour son pays et les marcheans deffendre et garder des
perilx as escumeurs de mer. Encoires fist li roys englès, par
l'ordounnanche de son consseil et pour constraindre les Flammens et
mettre en son dangier, clore tous les pas d'Engleterre et deffendre que
nulx ne envoiast, vendesist ne amenast nulles lainnes englescez en
Flandres, ne as Flammens, affin[145] que il n'ewissent de quoy drapper.
Et les fist li roys touttes en son non achater et amener en certains
lieux pour lui et sur lui et ses gens paiier. Mais nulles n'en venoient
en Flandres, dont li drapperie et li gaagne dou mestier commencha moult
à afoiblir et à amenrir et moult de menues gens à apovrir, car on
n'avoit en Flandres de quoy drapper, et sans le drapperie c'est ungs
pays qui petitement se puet deduire. Et wuidoient li honnest homme del
comté de Flandrez et venoient en Haynnau[146], en Artois et en
Cambresis, mendiant par deffaulte dou gaignage. Et mandoit bien li roys
d'Engleterre, tous les jours, as Flammens que il leur toroit leur
prouffit et le marchandise, s'il n'estoient de son accord. De quoy les
bonnes villez de Flandres eurent par pluiseurs fois moult de parlemens
enssanble, assavoir coumment il s'en maintenroient. Et volsissent bien
li aucun que il tenissent à amour le roy d'Engleterre, car plus de
prouffit leur pooit venir de ce costet que de Franche. Mès li comtes de
Flandres leurs sires estoit le plus à leurs conssaux et parlemens, et
brisoit tous les proupos qui bons estoient au commun proufit dou pays,
en tant que d'estre contraire à le courounne de Franche.

  [145] _Ms. de Valenciennes_: affin que le commun, qui n'aroient
  de quoy ouvrer, se courouçaissent. Fo 46 vo.

  [146] _Ibid._: en Haynnau, en Brabant, en Artois.

Encorres n'y avoit entre les deus roys nullez deffianches, fors que
murmurations et suppisions de guerre. Et posessoit encoirez li rois
d'Engleterre le comté de Pontieu, qu'il tenoit de par medamme se mère,
et pluiseurs terrez ailleurs en Gascoingne et en Normendie. Et vous di
bien pour certain que il avoit pluiseurs ymaginasions sus ceste emprise,
quoyque messires Robiers d'Artois li consseillast et fust sus le col
qu'il y envoiast son hoummaige au roy Phelippe et le deffiast
appertement, car li roy d'Engleterre sentoit son royaumme petit ou
regard del royaumme de Franche: si voloit ceste cose faire par grant
deliberation et bon advis de consseil, ainchois que il esmeuist cose où
il pewist recepvoir point de doummage.

Or avint ensi que li papes Benedich et li collèges de Romme, qui lors se
tenoient en Avignon, par le promotion et pourcach d'aucuns bonnes gens,
seigneurs et dammes, de quoy g'i oy noummer le roy de Behaingne, le ducq
de Lorainne, le comte de Bar et le comte de Namur, et medamme Jehanne de
Vallois, comtesse de Haynnau, et madamme la comtesse de Soissons, femme
à monsieur Jehan de Haynnau, et medamme de Garanez, soer au comte de
Bar, qui estoit mariée en Engleterre au comte de Pennebrucq, qui les
perilz et les gherrez redoubtoient entre leur prochains de France et
d'Engleterre et les mesavenues qui venir en pooient, envoiièrent deus
cardinaux à Paris pour tretier deviers le roy Phelippe que il se volsist
acorder à che que uns parlemens des deux roys se fesist et mesist
enssamble de leurs plus grans barons et plus sagez, et oyssent les
Franchois les demandez dou roi d'Engleterre; et se aucuns drois avoient
en l'iretaige de Franche, par le bon avis de chiaux qui cargiet en
seroient, satifation et apaisemens l'en fuissent fais. Tant traitièrent
li cardinal au roy de Franche, avoecq leurs bons moiiens, que il
s'asenti ad ce que parlemens s'en fesist. Et fu ceste cose tant demenée
que li rois d'Engleterre s'i acorda; et devoit envoiier à Vallenchiennes
gens souffissans pour lui, à oyr et respondre as ententes des Franchois.
Et li rois de France devoit ossi là envoiier gens de par lui, bien
fondés et advisés de respondre as oppinions et demandes des Englès. Et
devoient chil y estre puissant d'acorder les deus roys, par l'avis et
consseil dou comte Guillaumme de Haynnau, devant qui touttes les
besoingnes seroient proposées.

Adonc envoya li roys d'Engleterre par dechà le mer dix chevaliers
banerès de sen pays et dix autres et l'evesque de Lincolle et cesti de
Durem; et vinrent à Vallenchiennes, et se representèrent au comte qui
les rechupt à joie. Et faisoient chil seigneur d'Engleterre grans frès
et grans despens, et tenoient bon estat et tant de larghèches qu'il en
acquisent grant grasce. En ce meysme temps, fist li comtez de Haynnau
Guillaumme son fil chevalier, à le Salle, à Vallenchiennes. Et y eut
grant feste et grant joustes des Englès et des Haynnuyers et des
Braibenchons; et fu à une Pentecouste, l'an mil trois cens trente et
six. Assés tost apriès, fu fès li mariaiges de ce jouène seigneur, le
fil dou comte, à medamme Jehanne, ainnée fille au duc Jehan de Braibant.

Enssi se tenoient chil seigneur d'Engleterre en Vallenchiennes et
aloient de l'un à l'autre, et souvent visetant le comte Guillaume de
Haynnau, qui par heures estoit mout agrevés de le maladie des gouttes,
et se logoit en l'ostel de Hollandes. Et atendoient chil signeur les
barons et seigneur de Franche que li roys Phelippes y devoit envoiier et
point ne venoient, dont il estoient durement esmervilliet à quoy ce
tenoit qu'il ne venoient. Si en parlementèrent par pluiseurs fois
ensamble et devant le comte auquel il priièrent que il volsist medamme
la comtesse sa femme et monseigneur Jehan de Haynnau son frère enviers
le roy de Franche envoiier, pour savoir à quoy il tendoit, ne que il
esperoit ne volloit faire. Si empria li dis comtes madamme sa femme et
le seigneur de Biaumont, son frère, que il volsissent aller en che
voiaige; et il li acordèrent vollentiers.

Lors se partirent de Haynnau medamme Jehanne de Vallois et messires
Jehan de Biaumont; et chevauchièrent en bon arroy deviers Franche, et
tant esploitièrent par leurs journées qu'il vinrent à Paris. Et là
trouvèrent il le roy qui lez rechupt à joie; et festia et honnoura moult
madamme sa soer et monseigneur Jehan de Haynnau. Adonc disent il au roy
le matère pour quoy il estoient là venu; et que en partie, pour sen
honneur escuzer et le consseil d'Engleterre apaisier, qui à grans fret
sejournoient en Vallenchiennes et là environ, li comtes de Haynnau les
avoit envoiiés. Dont respondy li roys de France et dist: «Ma belle soer
et vous, sires de Biaumont, voirs est que, par aucuns moiiens et
especialment des gens de l'eglise qui de ce se sont ensonniiet, [je
m'acorday][147] ad ce que d'envoiier à Vallenchiennes aucuns noblez de
mon royaumme, pour parlementer as Englèz. Or me sont depuis autres
nouvellez revenues; et ay eu pluiseurs parlemens de mes plus especiaulx
amis sur ces besoingnes. De quoy, tout consideré et ymaginé lez
affaires, j'ay trouvet en mon consseil que de là envoiier je ne sui en
riens tenus; et que, se je le faisoie ou ewisse fet, che euist estet ou
seroit à mon blamme et grandement au prejudisce de mon royaumme. Car li
roys d'Engleterre n'a nul droit de calenge, ne de partir à mon
hiretaige: j'en sui en possession et y fui mis par l'assent et acord et
le election des douze pères de Franche, des barons, et le consseil et
acord des prelas et bonnes villez. Si tenray pour my, et le deffenderay
à mon pooir contre tout homme. Et ces raisons j'ay envoiies proposer
devant le Saint Père et le collège de Romme, qui assés bien maintenant
s'en contentent; et ne troeve, par nul clercq de droit, que j'en doie
autre cose faire.» A ces parolles respondi madamme Jehanne de Vallois,
qui les perilx doubtoit entre son frère le roy et son fil le roy
d'Engleterre, et dist: «Monseigneur, je ne tieng mies que li roys
d'Engleterre tire ne voeil tendre ne entendre dou tout entirement à le
courounne de Franche. Mès se, par proismeté de medamme se mère, il y a
aucuns droix, et qu'il n'ait point estet bien partis des hiretaigez,
salve vostre honneur amenrir, vous feriés bien se vous y volliéz
regarder, par quoy vous demorissiés bien amic enssamble. Car, se Dieux
me vaille, la gherre et la haynne entre vous, qui estez li doi plus
grant roy de tout le monde, y seroit trop mal seant. Si vous pri
chierement que vous voeilliés descendre ad ce que je soie oïe; et que
vous envoiiés vostre consseil à Vallenchiennes, pour aprochier toutte
bonne amour entre vous et le roy d'Engleterre.» Lors respondi li roys de
Franche qu'il en aroit advis.

  [147] Ms. de Valenciennes: fo 48.--Ms. d'Amiens (lacune).

Sus ceste darrainne responsce, se departirent del roy la comtesse de
Haynnau et messires de Biaumont, et revinrent à leurs hostelx; et
laissièrent depuis le roy de Franche, par l'espasse de trois jours,
adviser et conseillier. Liquelx finablement ne trouva point en son
consseil que il y envoiast, car, se il le faisoit, il donroit à entendre
au roy d'Engleterre que il aioit aucun droit en ceste querelle; et tout
ensi en respondi à sa soer et au seigneur de Biaumont. Et quant il
virent qu'il n'en aroient autre cose, si prissent congiet au roy et se
partirent de lui; et s'en repairièrent arrière en Haynnau, et tout droit
à Vallenchiennes. Et trouvèrent le comte en l'ostel de Hollandes, à qui
il disent et recordèrent leurs nouvellez. Et quant li comtez les oy, il
manda lez Englès et fist, present yaux, à madamme se femme et à
monseigneur Jehan son frère, dire et compter tout che qu'il avoient
trouvet en Franche. Si en furent li Englès bien esmervilliet et
malcontent sus le roy de France et son consseil, mais il ne le peurent
amender. Lors demandèrent consseil au comte de Haynnau qu'il en estoit
bon affaire. Et li comtes leur respondi qu'il savoient bien sur quel
estat il estoient parti dou roy leur seigneur et que seloncq ce il
s'avisasent, ou il desissent touttez leurs ententions ou au plus priès
que dire le poroient, il lez en aideroit vollentiers à conseillier.
Adonc respondi li evesques de Lincolle et dist ensi: «Sire, c'est li
entention del roy nostre seigneur et de son plus especial consseil de
par delà que, se li roys de Franche ewist chy envoiiet barons, prelas et
son consseil de par lui, et nous n'ewissiens estet d'acord, que nous
seuissiens, present vous, quel affection li seigneur de l'Empire, qui
comfort et ayde li ont proummis, ont de lui aidier, par quoy il se
pourveist seloncq che; car, nous revenu en Engleterre, il ne vora point
plentet sejourner qu'il ne guerie. Or en i a chy aucuns de l'Empire; et
tout n'y sont mies chil que nous voullons avoir et veoir. Si verions
volentiers qu'il fuissent mandet au title de vous et de nous ossi, et
ewissiens parlement enssamble, par quoy nostre voie fuist emploiiée en
aucunne mannière.» Lors respondi li comtez de Haynnau et dist: «Vous
parlés bien, et c'est une bonne voie; si le ferons enssi, et sans
sejour.»

Dont escripsirent et d'un acord li comtez de Haynnau et li baron
d'Engleterre, comme messgier de par le roy englès, à aucuns seigneurs de
l'Empire et à telz comme au comte[148] de Guerles, au marchis de
Jullers, à l'arcevesque de Couloigne, à monseigneur Gallerant son frère,
au marchis de Blancquebourch, que il volsissent venir en Haynnau et
jusques à Vallenchiennes devant le comte, à ung parlement qui estre y
devoit. Chil qui priiet en furent, ne se vorent point escuzer; et
rescripsirent qu'il y seroient bien et vollentiers, au jour qui
ordounnés y estoit. Fos 22 et 23.

  [148] _Ms. de Valenciennes_: duc de Guerles. Fo 49.

_Ms. de Rome_: Avisé fu, telle fois fu, ou commencement de lor consel,
que li rois d'Engleterre passeroit la mer à une qantité des nobles de
son pais, et venroit en Hainnau et en Braibant, en Gerles et en Jullers.
Et feroit ils meismes tous ces pourcas par le consel que il aueroit de
son grant signeur le conte de Hainnau. Et puis fu chils consauls
brissiés. Et regardèrent chil qui le consilloient, que il n'i avoit
encores que faire jusques à tant que on aueroit tretié deviers euls, et
que on saueroit la volenté des Alemans. Si furent ordonné li evesques
de Lincolle et li evesques de Durem, li contes de Sasleberi, li contes
d'Arondiel, li contes de Northanton et li contes de Warvich, messires
Renauls de Gobehen, messires Richars de Stanfort, li sires de Felleton
et li sires de Sulli, à passer la mer et venir à Valenchiennes et parler
au conte, et faire apriès son consel, et tretiier au duch de Braibant et
à tous ceuls desquels il poroient estre aidié et conforté.

Si ordonnèrent tout chil signeur lors besongnes, et cargièrent lors
vassiaus sus la rivière de la Tamise de tout ce que il lor besongnoit.
Et estoit lor intension que de prendre terre en Anwiers, car point ne
voloient passer par France. Et en portoient chil signeur, en deniers
tous apparillés, cent mille florins, pour tenir lor estat et pour donner
des dons là où il apertenroient à faire, car bien savoient que Alemant
sont durement convoiteus et ne font riens, se ce n'est pour les deniers.
Qant toutes lors besongnes furent aparillies et li vassiel cargiet, il
entrèrent dedens et esqipèrent en mer, et ancrèrent de ceste marée
devant Gravesaindes. Et qant la mer fu revenue, il desancrèrent et se
departirent; et orent vent à volenté, et entrèrent en la mer et
singlèrent. Et ne furent depuis que deus jours sus mer que il vinrent à
Dourdresc, en Hollandes; et là issirent il des vassiaus, et furent li
bien venu en la ville. On mist hors les chevaus petit à petit, et se
rafresqirent en la ville de Dourdresc quatre jours; et se pourveirent de
chevaus chil qui nuls n'en avoient. Et qant toutes lors besongnes furent
prestes, il se departirent en grant arroi. Et moustroient bien, à
l'estat que il tenoient, que il avoient or et argent assés; et
cevaucièrent à petites journées, et à grans despens. Et ne s'arestèrent
chil signeur nulle part, si furent venu à Valenchiennes; car de tout ce
que il avoient à faire, il se voloient ordonner de par le conte de
Hainnau.

Qant il furent venu à Valenchiennes, il se logièrent à leur aise et i
furent recheu à joie. Et les regardoient toutes gens à mervelles, pour
le grant estat que il tenoient; car il n'espargnoient nulles riens, non
plus que argens lor apleuist des nues, et acatoient toutes coses le pris
que on lor faisoit. Dont il avint que, qant li signeur qui la ville de
Valenchiennes gouvrenoient pour ce temps, en veirent la manière, il
missent par ban et sus painne à toutes coses fuer et pris raisonnable,
et tant que li Englois s'en contentèrent grandement. Et estoit li
evesques de Lincole logiés as Jacobins, et li evesques de Durem as
Frères Meneurs.

Pour ces jours, estoit de tous poins alités li contes Guillaumes de
Hainnau de la maladie des goutes, mais il avoit tous ses sens avoecques
lui; et aussi naturelment donnoit bon consel que onques fait il avoit en
devant sa maladie. Et furent chil signeur d'Engleterre requelliet moult
doucement de li et de la contesse sa fenme, et de Guillaume lor fil et
de messire Jehan de Hainnau. Et aloient li dit signeur, tant des prelas
comme des barons, veoir le conte et parler à lui des besongnes pour
lesquelles il estoient là envoiiet. Et li contes les en consilloit
loiaument à son pooir; et à tous lors consauls estoit apellés messires
Jehans de Hainnau, c'estoit raisons, conme honme de fief et d'onmage et
de foi et sierement au roi d'Engleterre. Fo 38.

P. 124, l. 24: de Haynau.--_Ms. de Rome_: et de la contesse et de son
fil. Fo 38 vo.

P. 124, l. 27: de Lincolle.--_Ms. de Rome_: et li contes d'Arondiel et
li contes de Norhantonne et messires Renauls de Gobehen et messires
Richars de Stanfort et des aultres signeurs d'Engleterre. Fo 38 vo.

P. 124, l. 28: se traisent.--_Ms. de Rome_: à Louvaing, deviers le duch
Jehan de Braibant. Fo 38 vo.

P. 125, l. 1: faire.--_Ms. de Rome_: Et avoit adonc, entre li et le roi
Phelippe de France, un grant disferent. Fo 38 vo.

P. 125, l. 8: florins.--_Ms. de Rome_: que il devoit avoir pour li et
pour ses gens. Fo 38 vo.

P. 125, l. 12: nommés.--_Ms. de Rome_: se en propre personne il passoit
la mer, à mille hiaumes couronnés. Fo 38 vo.

P. 125, l. 15: l'ystore.--_Ms. de Rome_: Chil seigneur d'Engleterre, qui
poissance avoient de tout ce faire, car li rois lors sires lor avoit
donnet, escripsirent et seelèrent touttes ces couvenances et ce que li
dus de Braibant volt. Et retournèrent en la ville de Valenchiennes, et
recordèrent au conte de Hainnau conment il avoient esploitié. Desquels
esplois li comtes fu tous resjois et lor dist: «Biau signeur, puisque
vous avés d'acord le duch de Braibant, c'est uns grans sires et sages,
et bien amés de tous ses voisins. Je espoire que vous auerés assés
legierement le conte de Gerlles, le marchis de Jullers, l'arcevesque de
Coulongne, mesire Ernoul de Baquehen, le signeur de Fauquemont et tous
les Alemans: il couvient tretiier deviers euls.» Fo 38 vo.


=§ 58.= P. 125, l. 19 et 20: l'argent.--_Ms. de Rome_: car ce sont
coses qui moult i vallent et pueent. Fos 38 vo et 39.

P. 125, l. 20 et 21: dus Guerles.--_Ms. d'Amiens_: li comtez de Guerlez.
Fo 23 vo.--_Ms. de Rome_: li contes Renauls de Gerles. Fo 39.

P. 125, l. 23: Faukemont.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: li marchis de
Blancquebourch, li sirez de Duvort, messires Ernoux de Bakehen[149], li
comtez des Mons et li sirez de Kuk ou lieu dou duc de Braibant. Fo 23
vo.--_Ms. de Rome_: et pluisseur aultre chevalier desus le Rin et fort
ruste. Fo 39.

  [149] _Ms. de Valenciennes_: Ernoult de Bakem. Fo 50.

P. 125, l. 24: Valenciènes.--_Ms. d'Amiens_: par l'espasse de trois
sepmainnez. Fo 23 vo.--_Ms. de Valenciennes_: pluiseurs jours. Fo 50.

P. 125, l. 29: France.--_Ms. de Rome_: sitos que il saueroient que li
rois d'Engleterre l'aueroit deffiiet, ou au plus tart un mois apriès. Fo
39.

P. 126, l. 1: couronnés.--_Ms. de Rome_: car pour lors on ne parloit
point de lances ne de bachinés, fors de hiaumez. Or sont les coses
transmuées aultrement, et encores se transmueront. Fo 39.

P. 126, l. 11: le pourquoi.--_Ms. d'Amiens_: Et disent li Allemant que,
ou non de Dieu, li consseil d'Engleterre esmeuissent leur roy à che que
il passast le mer et venist en Anwers, tant que il le pewissent veoir et
oyr; car il en avoient grant desir, et ses besoingnes en vauroient
mieux. Fo 23 vo.

P. 126, l. 12: pays.--_Ms. de Rome_: Vous devés sçavoir, et c'est cose
legière à croire, que de toutes ces besongnes, de ces aliances des
Alemans et des sejours que chil signeur d'Engleterre faisoient en
Valenchiennes, et de l'estat que il i tenoient, li rois Phelippes estoit
enfourmés. Mais il n'en faisoit compte, reservé ce que il li desplaisoit
trop grandement de ce que li voiagez d'outre mer en seroit retardés; et
se contentoit moult mal dou conte de Hainnau, son serouge, de ce que il
soustenoit en son pais ceuls qui li voloient porter damage, et disoit
bien: «Mon frère de Hainnau marceande de avoir son pais de Hainnau ars
et courut.» Fo 39.

P. 126, l. 29: apriès.--_Ms. d'Amiens_: Endementroes que li roix
d'Engleterre sejournoit à Wesmoustier daléz Londrez, dalés lui sen
cousin le comte de Lancastre, messire Robert d'Artois, le comte de
Pennebrucq, le comte de Kent et pluiseurs autres, et par uns paskères
que on compta l'an mil trois cens trente[150] et sept, le treizième jour
d'avril, et avoit adonc tenut court plenière en son palais à
Wesmoustier, le mardi de ceste Pasque assés matin, vint ungs hiraux bien
conneu dou roy et des barons; et estoit englèz, et l'appelloit on
Cardoeil, car li roys meysmez l'avoit jadis fait hiraut en ces voiaiges
d'Escoce, et li avoit dounnet ce non. Chilz hiraux avoit demouré hors
d'Engleterre jà par l'espasse de cinq ans, travillans le monde; et avoit
estet en Prusse, en Ifflant, au Saint Sepulcre, et retourné par ces
biaux voiaiges en Barbarie et revenu en Espaingne. Et avoit demouret
dalléz le roy d'Espaingne, ung grant temps, sus les voiaiges[151] de
Grenade, et raportoit lettres dou roy d'Espaingne au roy d'Engleterre.
Si estoit revenus le droit chemin par Navare et par Gascoingne, et le
terre que li rois englès tient de sen hiretaige en ce pays de
Gascoingne: si avoit ylloec trouvet grans gherrez et grant esmouvemens
de castiaux dez ungs as autrez.

  [150] _Ms. de Valenciennes_: l'an vingt sept. Fo 50 vo. _Mauvaise
  leçon._

  [151] _Ibid._: ès guerres. Fo 51.

Et jà y estoient, de par le roy de Franche, grant fuisson de seigneurs,
telz que le comte d'Ermignach, li comtez de Fois, li comtes de Commines,
li comtez dauffin d'Auvergne, li comtes de Nerbonne, li senescaus de
Toulouse, messires Floton de Reviel, li sires de Biaugeu, li sirez de
Tournon, ly sires de Bays[152], li sirez de Calençon[153] et pluiseurs
autrez. Et avoient fet deus sièges, dont li ungs estoit devant une
fortrèce c'on clamoit Penne[154], et li autres devant Blaves. Et
constraindoient moult chiaux de Bourdiaux par le rivierre de Gironde. Et
disoient enssi li signeur de France que chilx pays estoit fourfès et
raquis au roy de Franche, par sentense ajugie et rendue ou palais à
Paris, ensi comme vous orés chy apriès. Et n'y avoit adonc en Gascoingne
nul homme qui se meuist, ne fesist fet encontre les Franchois, car il
n'estoient mies fort aséz pour resister contre yaux; mès se tenoient les
fortresses touttez closes, et se deffendoient à leur pooir. Et avoient
le dessus dit hirault cargiet et priiet que il volsist faire bien
hastiement ce message deviers le roy son seigneur. Et li avoient li
seigneur de Gascoingne, qui pour Englès se tenoient, et li ville de
Bourdiaux, cargiet lettrez de creance et enfourmet de tout ce fet, ensi
qu'il estoit avenus, et si comme je vous diray. Liquelx hiraux avoit si
bien esploitiet que il estoit montéz en mer en le ville de Baione, qui
se tient englèce; et estoit venus, en cinq jours et en quatre nuis, ou
havene de Hantonne, et puis tant chevauchiet par haghenées que en jour
et demy venus à Londres où li roys estoit, et lui remoustrés et touttes
ses lettrez; et s'engenilla devant le roy, si comme vous avés oy.
Liquelx roys et tuit li baron orent au premiers grant joie, car bien il
savoient qu'il aroient de lui pluiseurs nouvellez.

  [152] _Ibid._: le Baie.

  [153] _Ibid._: Collenches.

  [154] _Ibid._: Peme.

Quant li roys englès vit le hiraut devant lui que, grant temps a,
n'avoit veu, se dist: «A bien viengne, Cardoeil. Or nous dittez de delà
le mer et des lointains pays où vous avés estet, depuis que nous ne vous
veymes, car moult en desirons à savoir.»--«Monseigneur, dist li hiraux,
vous lirés ou ferés lire, s'il vous plest, ces lettrez; et puis je vous
en diray de pluiseurs, car il en y a de tellez qui mout vous touchent.»
Lors ouvri li roys aucunez des lettrez et regarda ens; et vit bien qu'il
y avoit autrez coses qui touttes ne pooient pas estre escriptez, et
desquellez li hiraux portoit creance. Et vit bien li roys que les
besoingnes par de delà, en Gascoingne, n'estoient mies trop bellez pour
lui; si en fu de tant plus hastieus dou demander. Et li hiraux li dist
ensi: «Chiers sirez, il est ungs chevaliers, par de delà le mer, qui
s'apelle li sires de Noielles; et est chilz poitevins. Et dist et
maintient que, pour pluiseurs servicez que chilz fist à vostre signeur
de père, dont on li doit le somme de trente mille escus[155]. Et l'en fu
bailliet en crand et en plège li ville et castelerie de Condon[156],
dont, si comme il dist, il ne pooit avoir nul paiement. Si s'en plaindi
au roy de Franche, et moustra sez lettrez; et fu remis et envoiiés par
le cambre de Parlement. Et li fu jugiés que vous estiés tenus en celle
debte, et à rendre tous frès et tous despens; et fu enssi dit par
sentence en plain Paris. Dont, pour executer ces esplois et lui faire
paiier, il eut une commission generaule à lever, prendre et arester
partout en vostre terre de Gascoingne, tant qu'il seroit satisfès de le
somme dessus dicte, et des frès que fet y avoit. Et y estaubli li roys,
à le priière dou chevalier, ung procureur, liquels s'appielloit maistres
Raiemons[157] Fouchaus. Et esploitièrent tant qu'il vinrent à Condon,
et se veurent mettre en le possession et saisinne dou dit castiel, par
le vertu de le commission dessus dicte. Et en parla li procureur dou
chevalier au castelain si orguilleusement que mautalens y monta, car
d'un baston gros il donna à ce mestre Raymon ung tel horion, present le
seigneur de Noiielle, que il li pourfendi le teste; et prist le
chevalier et le mist en prison, et dist qu'il estoit mout outrageux,
quant en vostre hiretaige il osoit faire telx esplois. De quoy li roys
de France a eut grant indination et despit; et dist que vostre terre par
de delà est par ceste advenue toutte fourfaite. Et y font si grant
gherre chil qui y sont envoiiet de par le roy et si mortelle, qu'il ont
pris Prudaire, Sainte Basille et Saint Malquaire. Et quant je me parti
dou pays, il seoient devant Penne[158] et devant Blaves. Si vous prient
li chevalier et les bonnes villes de Ghascoingne que vous les confortéz
et secourés hasteement; autrement vous poréz moult perdre.»

  [155] _Ms. de Valenciennes_: florins. Fo 51 vo.

  [156] _Ibid._: Courdem.

  [157] _Ms. de Valenciennes_: maistre Remon. Fo 51 vo.

  [158] _Ibid._: Peme. Fo 52.

Quant li roys d'Engleterre eut oy les parollez de l'hirault et les
nouvellez qu'il li apportoit de Ghascoingne, et coumment li Franchois et
à petitte raison li faisoient gherre, et y estoient si efforchiement que
nuls ne pooit resister à l'encontre, si fut mout penssieux une longhe
espasse. Et quant il leva le chief, si se retourna deviers ses barons,
et demanda que ce estoit bon affaire. «En nom Dieu, sire, che
respondirent li plus especial, à cel lés là vous faut envoiier; car,
seloncq que vous avés affaire et entendés à parfurnir, li Gascon, qui
sont bonnez gens d'armes, vous poroient grandement valloir ou nuire en
vostre gherre. Si advisés qui vous en vouléz cargier de faire che
voiaige.» Dont respondi li roys: «Or y regardons l'un par l'autre[159].
J'en priroie vollentiers monseigneur Robert d'Artois, et le feroie chief
de ceste armée. Car en cel estet qui vient, je n'ay nulle affection ne
entention de deffiier le roy de Franche; mès voray touttez pourveanchez
adviser et ordonner par bon loisir, et acquerre encoirez tous les amis
que je pouray delà le mer, car bien me besongneront à gueriier si grant
cose comme le royaumme de Franche.» Lors respondi messires Robiers
d'Artois liement au roy, et dist que ce voiaige il feroit très
volentiers. Et li roys li dist: «Grans merchis.»

  [159] _Ibid._: Donc dist messire Robert d'Artois: «Sire, je m'en
  chargeray, s'il vous plaist.»--«Certes, dist le roy, je vous en
  pensoie prier; or vous pourveez hastivement.»

Depuis ne demoura mies loing tamps que messires Robiers d'Artois se
parti d'Engleterre à cinq cens armures de fier et trois[160] mille
archiers; et montèrent ou havene de Hantonne, bien ordonné et garny de
touttez pourveanches. Et estoient adonc avoecq le dit monseigneur
Robiers d'Artois li comtez de Hestidonne, li comtez de Sufforch, li
comtez de Cornuaille, messires Thummas d'Aghourde, messires Thummas de
Hollande, messires Richart de Pennebrug, li sires Despenssiers, li sirez
de Ferièrez ses serourgez, li sirez de Multonne, li sirez de Brassetonne
et li sirez de Willebi. Si singlèrent tant par mer chil seigneur, à
l'ayde de Dieu et dou vent, qu'il arivèrent parmi le Geronde ou havene
de Bourdiaux, dont cil de le chité eurent grant joie et en furent
grandement reconforté. Et là estoient li doi frère de Pumiers, messires
Helyes et messires Jehans, qui vinrent sus le sabelon contre lez nefs
englesses; et ossi fisent[161] li plus grant partie de chiaus de le
ville, car ce secours il desiroient.

  [160] _Ms. de Valenciennes_: quatre mille. Fo 52.

  [161] _Ibid._: Tous les nobles de la ville, qui moult desiroient
  le secours.

Dont yssirent messires Robiers d'Artois et chil de se route hors des
vaissiaux, et s'en vinrent tout à piet jusques à leurs hostelx où il
fuirent cunvoiiet à joie. Et sus le soir, quant li mers fu retraite, ont
li varlès mis hors leurs chevaux et leur harnois et touttes autres
pourveances. Si se rafreschirent par trois jours en le chité de
Bourdiaux, et puis se consellièrent quel part il se trairoient. Si
eurent consseil et advis que il yroient droit à Penne, pour lever le
siège qui là estoit des Franchois. Si s'ordonnèrent et abillièrent une
matinée, et sonnèrent les trompettes et aroutèrent le charoy et leurs
pourveances. Et fist là messires Robiers d'Artois, marescal de tout son
ost le comte de Sufforch. Dont chevauchièrent deviers le castiel de
Penne, à huit cens hommes d'armes et trois mille archiers tout à cheval,
et quatre mille hommes de piet. Che fu environ l'Assention, l'an mil
trois cens trente et sept.

Quant li comtes de Fois, li comtes de Charmain, li comtes de Pieregorch,
li mareschaulx de Mirepoix, li comtes de Quersi, messires Floton de
Reviel et li autre seigneur, qui là estoient et qui le castiel de Penne
assegiet avoient, oïrent ces nouvellez que Englès et Gascons assés
efforchiement venoient là pour lever le siège, si eurent consseil
coumment il se maintenroient. Tout conssideré entr'iaux, il ne se
sentirent mies assés fort que des Englès atendre, car il estoient trop
enssus de leur grosse ost qui se tenoit devant Blaves, car li rivière de
Dourdonne estoit entre yaux et leur ost: si ne pooient mies legierement
passer. Si eurent consseil que de yaux deslogier, ensi qu'il fissent; et
se partirent dou siège de Penne, et s'en revinrent au plus droit qu'il
peurent vers Blaves. Et les trouvèrent tous partis li Englès et jà
esloigniés plus de une grande journée. Et quant messires Robiers
d'Artois fu là venus, il et li baron d'Engleterre entrèrent ou castiel
où il furent rechupt à joie, et se rafrescierent là par deux jours. Et
au tierch, s'en partirent et chevauchièrent ordeneement deviers Saint
Malquaire, que li Franchois tenoient; et y avoient mis une bonne et
grosse garnison, et le castiel bien pourveu de tout ce qu'il besongnoit,
en vollenté que de tenir contre tout homme. Là vint messires Robiers
d'Artois et toutte se route, et i basti le siège fort et fier, et dist
qu'il ne s'en partiroit jammais, se l'aroit à se vollenté.

Or dist li comtes que, quant messires Robiers d'Artois eult assegiet le
castiel de Saint Malquaire et juret qu'il ne s'en partiroit se l'aroit à
se vollenté, il le fist assaillir vighereusement d'enghiens et ossi de
compaignons archiers, qui tampre et tart y livroient mervilleusement
grans assaux. Et chil dedens se deffendoient ablement et vistement, car
bien leur besongnoit. Ung jour entre les autres, il y eult ung si grant
assaut et de si priès l'aprochièrent li archier, qui si ensonnioient
chiaux dou fort, qu'il ne s'osoient apparoir as deffenscez. Et fisent li
assallant ou mur ung tel trau qu'il y pooient bien entrer de froncq yaux
huit; et fisent lez mures reversser ens ès fossés, et tantost jetèrent
sus tant de bois, de terre et d'autre cose, que il peurent bien entrer
et sans dammaige dedens le ville, si comme il fisent; et rompirent une
porte par où li seigneur y entrèrent. Ensi fu prise li fortresse. Et y
tuèrent grant fuison de gens, et y prissent deus chevaliers et sis
escuyers gentilz hommes, le seigneur de Poupeestain et le seigneur de
Zedulach; et tout le demourant misent à l'espée, excepté femmez et
enfans et vieilles hommes, non tailliet d'iaux deffendre ne combattre.

Apriès le prinse de Saint Malquaire, il eurent consseil et avis qu'il
yroient devant Sebilach[162], ung castel que bidau et Geneuois tenoient;
et y avoient mis en garnison ung escuyer, qui s'apelloit Begos de
Villars. Bien estoit la fortrèce pourveue et rafreschiée de touttez
coses, et chil de dedens en vollenté dou deffendre, maugret que li
manant de le ville en ewissent de le tenir. Là vinrent messires Robiers
d'Artois et li seigneur d'Engleterre et de Gascoingne et touttez leur
routtez; et assegièrent le ville à l'environ, et virent bien que elle
estoit forte et mauvaise à prendre. Nonpourquant il disent qu'il ne s'en
partiroient nullement, se l'aroient; et y ordonnèrent logez et bastidez
et touttez coses appertenans à ost. Et leur venoient souvent
pourveanches de Bourdiaux, par terre et par aige, assés plentiveusement.
Et toudis se tenoit li sièges, devant Blaves, des seigneurs de Franche
dessus noummés: douquel siège je voeil ung petit parler, puis que g'i
sui, pour une aventure qui avint à chiaux de le ville, assés contraire
pour yaux, et de quoy la ville fu gaegnie, ensi comme vous oréz.

  [162] _Ms. de Valenciennes_: Sebliach. Fo 53 vo.

Bien avoient mandés et certainement senefiiet chil de Blaves à chiaux de
Bourdiaux que il estoient en grant destroit de faminne, et que vivre
leur aloient durement defallant, et que il fuissent comforté, ou
longement il ne se pooient tenir. Dont chil de Bourdiaux en avoient jà
escript par pluiseurs fois à monseigneur Robert d'Artois qui estoit en
ceste chevauchie, si comme vous avés oy; mès li dis messire Robiers et
ses conssaux tiroient à che que il pewissent ravoir les fors concquis et
acquis en leur cemin; et mandoient et prioient à chiaux de Bourdiaus que
il comfortaissent et aidaissent chiaux de Blaves, car bien briement il
venroient de celle part apriès le siège de Sebillach; et chil de
Bourdiaux le segnefioient enssi à chiaux de Blaves. Or avint que li
seigneur de Franche, qui seoient devant Blaves et qui bien savoient le
destroit de faminne et le necessité qui dedens le ville estoit,
avisèrent coumment il poroient leur siège acourchier. Si ordonnèrent une
grant cantité de soummiers cargiés de vitaille, et les fissent une
matinée monter sus ung terne assés priès de Blaves, affin que chil de le
ville les veissent, et que il yssissent hors apriès pour yaux
avitaillier. Et fissent encoirez li Franchois armer jusqu'à deus mille
hommez de leur ost; et les fissent enbuscier dedens ung val, entre
vignes et haies, pour sousprendre les yssans. Et de ceste embusche
estoient souverain doy seigneur de Franche, li comtes daufins d'Auvergne
et li mareschaux de Mirepoix avoecq leur routtez; et fisent dou[163]
soir tout enssi comme ordounnet fu. Et s'armèrent li seigneur et li
compaignon, et se misent en leur embusce couvertement. Et droit au point
du jour, li soummier furent tout arouté, dont il en y avoit plus de
cent[164], cargiet de touttes pourveanches pour mengier. Et vinrent troi
homme villain devant, enssi comme marchant, à le porte de Blaves, et
disent: «Seigneur, faittez bonne chière, et vous mettés en aroy; et
venés requeillier le belle provision qui vous vient de Miremont, de
Bourdiaus, de Coignach et des autrez fortrèches de vostre acord.»

  [163] _Ms. de Valenciennes_: de nuyt. Fo 53 vo.

  [164] _Ibid._: deux cens.

Quant chil de Blaves entendirent ces parolles, si en eurent grant joie,
car voirement les veoient il approchier leur ville. Si s'armèrent moult
vistement, et yssirent de leur ville environ deus mille hommes; et se
misent entre le porte et les cans. Et li soummier coummenchièrent à
aprochier, et jà en y avoit entrés en le ville, ne say dis ou douze; et
s'ensonnioient moult et par couvreture à l'entrée de le porte. Evous
l'enbusce grande et grosse qui vient en criant leur cry, li comtez
Daufins et li sirez de Merquel criant: «Fois et Auvergne!» bannierrez et
pignons ventellans par devant yaux. Et quant chil de Blaves lez
perchurent, si furent tout esbahit et se retraissent vers leur ville, et
Franchois apriès abatans gens, navrant et mehaignant. Et chil qui lez
soummiers menoient, affin que li porte fuist tenue et empeschie,
effondrèrent et reversèrent trois de leurs mulés tous chargiéz desoubz
le porte. Là y eut grant pestelit et grant encombrier; car chil qui
dedens estoient ne pooient yssir. Et ossi il n'en avoient mies grant
vollenté; mès rentroient en leurs maisons et prendoient tout le milleur
de leurs coses, et le portoient sus le havene en le Geronde. Et là
entroient femmez et enfans en nefs, en barges et en bacques; et s'en
sauvèrent par celle mannierre pluiseurs, entroes que li autres se
combatoient devant le porte de le ville.

Adonc s'estourmy li os as Franchois, et s'armèrent chacun qui mieux
mieux, et vinrent là moult ordonneement et par connestabliez; et se
ferirent en chiaux de Blavez, qui assés bien se deffendirent et
vendirent seloncq leur pooir. Mais quant li grosse routte des Franchois
fu venue, il ne durèrent point longement; et furent finaulement tout
mort et tout pris, et li ville de Blave prise adonc et gaegnie. Si s'en
partirent et sauvèrent pluiseurs hommes, femmes et enfans, par le
Geronde, qui vinrent à Bourdiaux avoecq le marée comme gens desconfis et
desbaretés. Et recordèrent leur mesavenue, dont Bourdelois furent moult
courouchiés; et segnefiièrent ces nouvelles à monseigneur Robert
d'Artoex qui estoit devant Sebilach, liquelx en fu moult courouchiéz,
mais amender ne le peult tant que à celle fois.

Quant li Franchois eurent pris et concquis le ville de Blaves, et li
pillart l'eurent toutte robée dou demourant de ce que trouvet y avoient,
si eurent consseil li seigneur, tel fois fu, qu'il l'arderoient. Et puis
fu brisiés chilz conssaux, et disent qu'il le tenroient, dont puis se
repentirent, enssi comme vous orés; et prissent consseil de mettre le
siège devant Miremont, qui siet sur le rivière de Dourdonne. Lors se
partirent et deslogièrent de devant Blaves, et vinrent à Miremont, et
misent le siège. Et recoummandèrent le ville de Blaves à deus
chevaliers, à messire Jehan Fouquère et messire Guillaumme de
Tyris[165]. Or vous dirons dou siège de Sebilach, et comment elle fu
prise et par quelle mannierre.

  [165] _Ms. de Valenciennes_: Si y mirent tel garnison qu'il
  appartenoit. Fo 54 vo.

En le ville de Sebilach, avoit adonc une cappittainne, que on appielloit
Begot de[166] Villars. Et estoit ungs fetis escuyers et de linage, ables
et hardis et très bons compains; mais trop vollentiers jeuoit as dés, et
par usaige mout felenès estoit, quant il y perdoit. Li compaignons
sauldoiiers et chil de le ville jeuoient à lui, et avoient souvent de
son argent. Avint que, ung soir entre les autres, il jeuoit à ung jone
homme de le ville, qui s'appelloit Simons Justins. Et avoit chils ung
frère mainnet de lui, que on clammoit Climent; et estoient chil doy li
plus riche de le ville, et des plus grans amis. Debas s'esmut entre che
Simon et ce Begot, par leur jeu de dés, et tant qu'il se desmentirent;
et se levèrent tout doy en piés, et sachièrent leurs espées. Et
escarmuchièrent li uns as autrez, et tant que Begos consievi che Simon
tellement qu'il li fendi toutte le teste et le jeta là mort. Li haros
monta; saudoiier acoururent; gens y vinrent de tous lés. Climens Justins
i vint acompaigniés d'aucuns de ses amis, qui son frère volloit
contrevengier; mais adonc il ne peult, car li saudoiier estoient tout
avoecques Begot; et leur convint encorrez le place wuidier, ou il
ewissent recheu plus grant doumaige. Toudis depuis, Begos n'aloit point
si seuls acompaigniés que il n'ewist soissante ou douze vingt[167]
compaignons avoecq lui, dont chilz Climens et ses linaiges avoient grant
despit. Et regardèrent et parlementèrent enssamble qu'il n'en poient
estre point contrevengiet à leur aise, fors par les Englèz. Si
traitiièrent secretement deviers monseigneur Robiert d'Artois et les
Englès que il les meteroient en le ville, affin que tous les
estraigniers il volsissent mettre à l'espée[168]. On leur acorda liement
che marchiet, et souffrirent de nuit li amic dou mort le ville à
escieller. Et entrèrent ens bien deus cens archiers englès, et furent
maistre de le porte; et le ouvrirent de forche, avoecq l'ayde de
Climenth Justin et des siens. Et entrèrent ens li Englès, et furent tout
li saudoiier mort et Begos de Villars et li autre. Chilz meschiés avint
enssi, et tout par le jeu de dés: ce n'est point li premiers qui en est
advenus, ne li darrains qui encorres en avenra. Maudis soit il, car dou
jeu de dés, c'est toutte ennemie cose.

  [166] _Ibid._: Beghot de Villains.

  [167] _Ms. de Valenciennes_: cinquante ou soixante. Fo 55.

  [168] _Ibid._: et ceulx de la ville fussent sauf.

Apriès le prise de Sebillach, messires Robiers d'Artois le rafreschy de
nouvellez gens et de pourveanches; puis s'en parti et s'en revint vers
Bourdiaux, car li prise de Blaves li annoioit trop fort. Et quant il fu
revenus à Bourdiaux, il fist sus le havene assambler touttes les nefs et
les vaissiaux qui là dormoient à l'ancre; et les fist hasteement
ordonner et pourveir de toutte artillerie. Et puis, sur ung soir, il
fist entrer ens touttes mannières de gens qui combattre se pooient, et
parti dou havene de Bourdiaux; et singla celle nuit avoecq le marée et
vint, ung petit apriès[169] mienuit, devant Blave. Et estoit adonc li
flos de le mer si hauls et si grans qu'il batoit as murs[170]. Adonc
fist il vistement mettre avant eschielles et ordounner archiers, et
aprochier les murs et sounner ses trompettes, et assaillir le ville où
il n'eult mies grant deffensce, car elle estoit wuide de gens d'armes
et de compaignons, pour le deffendre et garder contre tel ost.
Nonporquant li doy chevalier, qui dedens estoient, et leur route en
fisent bien leur devoir; et le deffendirent, tant qu'il peurent durer.
Che ne fu gaires, car archiers traioient si songneusement et si
espessement que chil de dedens n'osoient aprochier as garites ne à
deffenscez; et en y eut là du tret pluiseurs navrés. Que vous feroie je
lonch compte? Eschiellez furent drechies et apoiiées as murs à grans
gravés de fier; et compaignon able et legier, et pour yaux esprouver et
honnourer, rampèrent et montèrent sus; et entrèrent ens, volsissent ou
non li deffendant. Enssi fu la ville gaegnie. Et avoit une eglise moulte
forte à l'un des lés de le ville: là se retrairent li doy chevalier et
leurs gens, et contrebarèrent les huis et lez fenestrez. Et se tinrent
ung jour et une nuit depuis le ville prise; et l'endemain il se
rendirent, sauve lors vies. Et furent prisonnier as compaignons à qui il
fianchièrent leurs fois.

  [169] _Ibid._: devant. Fo 55 vo.

  [170] _Ibid._: Et ne savoient riens de leur venue.

Ensi et par le vasselaige de monseigneur Robiert d'Artois et de ses
aidans, fu li ville de Blaves reprise. Dont li Franchois, qui devant
Miremont seoient, furent moult courouchiet; et trop se repentoient de ce
qu'il ne l'avoient ars. Quant messires Robiers d'Artois se vit en
possession de Blaves, si en fu mout liéz et alla au tour, et regarda se
elle estoit à tenir; et vit bien que oil, mès que elle fuist bien
pourveuwe et avitaillie. Si le fist de rechief pourveir et avitaillier
de tout ce qu'il y besongnoit, et refourbir les fossés, et drechier les
murs et remaçonner, et de tous poins rapareillier; et y fist revenir
hommes, femmes en enfans, qui parti s'en estoient, pour repeupler et
mettre le ville en bon estat.

Encorres que il se tenoit en Blaves, et que li comtez d'Ermignach et li
comtes de Fois et li autre seigneurs seoient devant Miremont, doy
evesque, c'est assavoir chilx de Saintez et chilz d'Anghouloime[171],
aloient de l'un lés à l'autre, traitant ung respit. Et tant le
parlementèrent que il se fist entre les pays et leurs aidans, à durer
jusques au premier jour d'avril que on atendoit, et de ce jour en ung
an. Parmy tant, se deffist li sièges de Miremont; et chacuns se devoit
tenir à ce qu'il tenoit, et que concquis ou reconcquis arroit. Et se
departirent les deus os, et s'en ralla chacuns en son lieu, li
Franchois en Franche et li Gascon en Gascoingne. Et retourna messires
Robiers d'Artois avoecq les Englès arrière en Engleterre deviers le roy,
à qui il recorda coumment il avoit esploitiet. Li roys en eult grant
joie et fu moult liés quant il le vit dalléz lui, parce que il y
trouvoit et avoit trouvet pluiseurs foix grant consseil de ses
besoingnes. Fos 24 à 26.

  [171] _Ms. de Valenciennes_: et de Poitiers. Fo 56.


=§ 59.= P. 126, l. 31: dissention.--_Ms. B 6_: Sy prirent tous ceulx de
Gant leur signeur en telle hayne que depuis il ne s'osa tenir clerement
ne couvertement en la ville de Gant, mais s'en vint tenir à Terremonde.
Fo 87.--_Ms. de Rome_: En ce temps dont je parole, avoit grande
dissention entre le conte de Flandres et les Flamens. Car chils contes
Lois, qui eut à fenme Margerite d'Artois, ne se sceut onques avoir ne
dissimuler, ne estre en paix entre ses gens en son pais; ne sez gens
aussi ne le peurent onques amer. Et le couvint de rechief widier et
partir de Flandrez et venir en France, et là amena sa fenme; et se
tenoient à Paris dalés le roi, liquels les soustenoit de une partie de
son estat. Chils contes fu assés chevalerous; mais ses gens disoient que
il estoit trop françois, et que jà nul bien ne lor feroit. Fo 39.

P. 127, l. 3: un homme à Gand.--_Ms. d'Amiens_: Or revenrons à le matère
des Flamens. Vous avés bien oy compter chy devant coumment li roys
d'Engleterre avoit clos tous les pas de mer, et ne laissoit riens venir
ne ariver en Flandres, et especialment lainnez ne agnelins. De quoy tous
li pays de Flandrez estoit tous esbahis, car la draperie est li plus
principaux membrez de quoy il vivent; et en estoient jà trop de bonnes
gens et rices marchans apovris. Et couvenoit widier hors dou pays de
Flandres pluiseurs honnestez hommes et femmez, qui par le labeur de le
draperie estoient devant ce bien aisiet; et venoient querir leur
chevance en Haynnau et ailleurs là où il le pooient avoir: dont grant
murmuration estoient espars et semés par le pays de Flandrez, et
especialment ens ès bonnes villes. Et disoient bien qu'il comparoient
amerement et dolereusement l'amour que li comtez leur sirez avoit as
Franchois[172], car par lui et par ses oeuvres estoient il en ce dangier
esceut et en le haine dou roy d'Engleterre; et que ce seroit mieux li
communs prouffis de tout le pays de Flandrez, de estre en l'acord et
amour dou roi englès que dou roy de France.

  [172] _Ms. de Valenciennes_: si grande au roy de France. Fo 56.

Voirs[173] est que de Franche leur viennent bien pluiseur blés; mès
quant il ne l'ont de quoy acater ne de quoy paiier, et tout par faute de
gaignier, mal pour eux, car muy de bled a denier; dolent celui qui ne
l'a. Mès d'Engleterre leur viennent lainnes et grans prouffis, qui tenir
leur fait bons estas et vivre en joie. Si ont il de bleds assés dou
costé de Haynnau, puisque li pays est de leur acord.

  [173] _Ms. de Valenciennes_: «Vray est que des François nous
  viennent bleds, mais il convient avoir de quoy à achater et
  paier; et muy de bled a denier; dolant celui qui ne l'a. Mais
  d'Engleterre nous viennent laines et grans prouffis pour avoir
  les vivres, et tenir grans estas et vivre en joie; et du pays de
  Haynnau nous venroit assez blez, nous à eulx d'accord.» Fo 56.

Ensi esmeut et de pluiseurs autres parolez pour le commun prouffit,
murmuroient souvent les gens par le pays de Flandres, et especialment en
le ville de Gand; car c'est li ville de tout le pays de Flandrez où on
drappe le plus, et qui le mains puet vivre sans draperie, et ossi adonc
à qui li contrairez estoit plus grans. Si s'asambloient par places, par
mons et par fouquiaux, et là en parloient et devisoient en tamainte
diverse mannière; et en parloient villainnement, ensi que commune gens
ont usage de pledier et parler, sus le partie le comte Loeys, leur
seigneur. Et disoient entr'iaux que ce ne faisoit mies à souffrir et
que, se ceste povreté duroit longement, tous li plus grans et plus rices
s'en doleroit, et en yroit li pays de Flandres à destruction.

Bien savoit li comtes de Flandres que ses gens coummuniment murmuroient
sur lui et contre se partie. Si les appaisoit il, et faisoit appaisier
ce qu'il pooit; et leur disoit et faisoit dire: «Me bonne gens, sachiés
que ceste cose ne poet durer longement, car j'ay oy nouvelles certainnes
de par aucuns de mes amis que j'ay en Engleterre. Et dient ensi que li
Englès sont en plus grant estrif contre le roy, affin que il puissent
faire leur prouffit de leurs lainnes, que vous ne soiiés en desir de
l'avoir. Il ne les peuent vendre ne aloiier ailleurs que à vous, se ce
n'est à trop grandement leur dammage. Si vous appaisiés, car g'i voy et
sens pluiseur biaux remèdes pour vous et dont vous seréz temprement
resjoys; et ne penssés ne ne dictez nul contraire ne nulle mauvaistié
de ce noble pays de Franche, d'où tant de biens vous habondent.»

Ensi, pour yaux reconforter et apaisier, leur disoit ou faisoit dire li
comtez. Mais nientmains tout li plus estoient si batu de celle disette
et povreté, et tous les jours leur recroissoit, qu'il ne s'i pooient
apaisier; car, quoy que on leur desist, il ne veoient nul apparrant de
recomfort ne de prochain waignage. Pour quoy, il s'esmouvoient et
s'enmençonnoient de jour en jour et de plus en plus. Et si n'estoit
entre yaux si hardis qui osast emprendre le fet pour le cremeur dou
comte.

Si demoura ce ung grant tempz et tant comme enssi qu'il s'asambloient
par fouquiaux, en places et en quarefours. Et venoient enssamble
parlementer de deviers lieux et de pluiseurs rues, parmy le ville de
Gand, aucun compaignon[174], qui oy avoient trop sagement parler à leur
agrée ung bourgois, qui s'apelloit Jaquèmes d'Artevelle, et estoit
brassèrez de miéz. Si reprissent chil compaignon dessus dit ses parolles
entre les autrez; et dirent que c'estoit ungs très sages homs, et que il
li avoient oy dire que, se il estoit oys et creus, il quideroit dedens
brief temps tellement remettre Flandrez en bon estat que il raroient
tout leur waignaige et seroient bien dou roy de Franche et dou roy
d'Engleterre. Ces parollez coummenchièrent à moutepliier, et tant
allèrent des ungs as autrez que bien li quars[175] de le ville en furent
enfourmet, especialment petittes gens et communs asquelx li meschiéz
touchoit le plus. Lors se coummenchièrent à rassambler des rues et des
quarefours, et leurs assamblées à remettre enssamble.

  [174] _Ms. de Valenciennes_: En ce temps avoit ung bourgois à
  Gand, brasseur de mier, lequel par pluiseurs fois parloit bien
  sagement au gré de pluiseurs. Si l'appelloit on Jaquemon
  d'Artevelle. Fo 56 vo.

  [175] _Ibid._: ly quars ou la moitié de le ville. Fo 57.

Et avint que, ung jour[176] apriès disner, il s'en partirent plus de
cinq cens[177] sieuwans l'un l'autre; et appelloient leur compaignon de
maison en maison, et disoient: «Alons, alons oïr le consseil dou saige
homme.» Et vinrent enssi jusques à le maison Jakème d'Artevelle, et le
trouvèrent apoyant à son huis. De si loncq qu'il le perchurent, il
ostèrent leurs capperons, et l'enclinèrent, et li disent: «Ha! chiers
sirez, pour Dieu merchi, voeilliés nous oyr. Nous venons deviers vous à
consseil, car on nous dist que li grans biens de vous remetera le pais
de Flandres en boin point. Or nous voeilliés dire coumment: si ferés
aumounne, car il est bien mestiers que vous avés considéré nostre
povreté.» Lors s'avancha Jaquèmes d'Artevelle et dist[178]: «Seigneurs
compaignon, bien est voirs que j'ay dit que, se j'estoie de tous oys et
creus, que je meteroie Flandres en boin point, et se n'en seroit nos
sires de riens grevés.» Dont l'acollèrent qui mieux mieux, et
l'enportèrent entre yaux, et disent: «Oil, vous serés creus, oïs, cremus
et servis.»--«Signeur, seigneur, ce dist d'Artevelle, il besoingne bien
que au remoustrer toutte li plus sainne partie de le ville de Ghand soit
et que vous me jurés, vous qui chy estez et tout chil qui de vostre
acord sont ou seront, que vous me conforteréz et aiderés en tous kas
jusques à morir.» Et il dient tout d'unne vois: «Oil.» Dont leur dist
que, l'endemain à primme, il fuissent en ung lieu que on apelle le
Biloke; et le fesissent à savoir à tous parmy le ville de Ghand; et que
là, presens tous, il leur remousteroit publiquement che dont toutte la
ville seroit resjoie. Et il respondirent tout d'unne vois: «C'est bien
dit, c'est bien dit.»

  [176] _Ibid._: une feste.

  [177] _Ibid._: plus de mille.

  [178] _Ms. de Valenciennes_: «Seigneurs compaignons, je sui natif
  et bourgois de ceste ville, si y ay le mien. Sachiés que de tout
  mon pooir je vous vorroie aidier et tout le pays. Et s'il estoit
  homme qui vosist emprendre le fais, je vorroie exposer mon corps
  et biens à estre dalez lui; ou se vous aultres me voliés estre
  frère, amy et compaignon en toutes choses pour demourer dalez my,
  nonobstant que je n'en soy mie dignes, je l'enprenderois
  volentiers.» Alors dirent ilz, tout d'un assens et d'une voix:
  «Nous vous prometons lealment à demourer dalés vous en toutes
  choses, et d'y aventurer corps et biens, car nous savons bien
  qu'en toute le conté de Flandres n'y a homme, se non vous, qui
  soit dignes de ce faire.» Fo 57.

Enssi ces nouvelles s'espardirent parmy le ville de Gand, et en furent
les trois pars de le ville tout sage. L'endemain à heure de prime,
toutte li place de le Biloke fu plainne de gens, et le rue où il
demouroit toutte plaine ossi. Et l'aportèrent mouvant de se maison,
entre leurs bras, et fendans touttes mannières de gens jusquez en le
place de le Biloke; et li avoient ordounnet ung biel escaufaut sus
lequel il le misent. Et là coummencha il à preschier si bellement et si
sagement qu'il converti tous coers en son oppinion[179]. Et estoit sen
entente que li pays de Flandrez seroit ouvers et appareilliés pour
requellier le roy d'Engleterre et tous lez siens, se venir y volloient,
pour paiier tout ce qu'il y prenderoient, car li gherre ne li haynne des
Flamens as Englèz ne leur pooit pourfiter, mais trop couster. Et leur
remoustra voies et conditions, lesquelles ne puevent mies estre touttes
escriptez, car trop y fauroit de parollez. Mès la fin fu telle que il li
eurent en couvent, et li jurèrent que de ce jour en avant il le
tenroient pour souverain; et se ordonnèrent tout par lui et par son
consseil. Et fu rammenés à son hostel si amiablement que à merveilles,
et de jour en jour mouteplioit en grant honneur. Che fu environ le Saint
Michiel, l'an mil trois cens trente et sept, que li grans parlemens
devoit estre à Londres en Engleterre, et dou quel nous vous compterons
maintenant et coumment il se porta....

  [179] _Ibid._: Par plusieurs jours il fist grans consaulx et
  grandes assambléez de gens, en remonstrant qu'il tenissent le
  partie des Englès à l'encontre de ceulx de France; et que il
  savoit bien que le roy de France estoit si occupez en moult de
  manières qu'il n'avoit pooir ne loisir d'eulx faire mal; et avec
  ce le roy d'Engleterre seroit joieux d'avoir leur amour, et aussi
  feroit enfin celui de France. Et leur remonstroit qu'il aroient
  Haynnau, Brabant, Hollandes et Zellandes avec eulx. Et tant les
  mena de parolles que toute la communalté et grant plenté de la
  bourgoisie se tirèrent avec luy et habandonnèrent de tous poins
  leur seigneur, sans riens plus convertir ne aler devers lui. Mais
  le compaignoient à si grant puissance que tous les jours
  dormoient en sa maison, buvoient et mengoient mille ou douze cens
  personnes; et le compaignoient à aler par la ville ou ailleurs
  leur bon lui sambloit. Fo 57.

Or revenions as Flammens pour mieux entendre le elevation Jaquemon
d'Artevelle, qui gouvrena le comté de Flandrez par le tierme de neuf ans
et fist en partie ses vollentéz, enssi que vous orés chy apriès. Vous
avés bien oy chy dessus coumment il preecha en le ville de Gand et eult
l'acort de toutte le ville, especialment de toutte le coummunalté, à
faire ce qu'il voroit.

Quant li roys de France entendi lez nouvellez de lui, se li despleurent
durement. Car il suposa assés que, se li Flamencq estoient contraire et
ennemit à lui ne à son royaumme, que trop leur poroit grever et mettre
le roy d'Engleterre en son royaumme par leur pais. Si manda au comte de
Flandrez qui se tenoit à [Bapesmes[180]], que nullement il ne laiast
resgner ne vivre ce Jaquemon d'Artevelle, car il estoit trop à son
prejudisse, et que par lui, se il duroit longement, il perderoit se
terre.

  [180] _Ms. d'Amiens_: Vipennes _ou_ Bipennes. _Mauvaise leçon._

De quoy li comtez, qui bien sentoit tous ces mesciéz, acquist amis des
plus grans de linage de le ville de Gand; et les jurés avoit il pour
lui, car il li devoient foy par sierement. Si fisent pluiseurs aghès et
embuscez sus d'Artevelle; mès oncques ne le peurent avoir à leur aise,
car toutte li coummunaulté de Gand estoit si appareillie pour lui que,
qui li volsist mal faire, il couvenist estre plus fort que de trente
mille ou quarante mille hommes. Et estoient touttes mannièrez de gens
wiseux, pour lui mieux servir à gré et li deffendre, se mestiers fuist.
Fos 26 vo et 27.

_Ms. de Valenciennes_: Or avint que le conte de Flandres en sot à
parler. Si le manda qu'il alast parler à lui en son hostel; mais il y
ala à si grant compaignie que le conte n'avoit pooir de resister
encontre lui là present. Le conte lui remoustra, par pluiseurs poins,
qu'il volsist tenir la main à tenir le peuple en l'amour et pour le roy
de France, comme celuy qui en avoit plus d'auctorité que nul autre, et
lui offry pluiseurs biens à faire; et entre deulx lui disoit parolles de
souppeçon de manaces. Lequel Jaquemon n'avoit nulles doubtes de sa
manace leur il estoit; et au surplus, en son corage, il amoit les
Englès. Si respondi qu'il feroit ce qu'il avoit promis au commun, comme
celui qui n'avoit point de peur, et au plaisir de Dieu il n'en venist
bien à chief. Et ainsi se parti dou conte.

Nientmains, le conte se conseilla à ses plus privez comment il feroit de
ceste besongne, lequel avoit avec luy aucuns des bourgois de la ville,
qui avoient des grans amis et lingnages dedens la ville. Si lui
conseillièrent de les laissier convenir, et il le tueroient secretement
ou aultrement. Et sur ce s'en misrent en paine par pluiseurs fois, et
firent pluiseurs agais sur le dit Jaquemon. Mais riens n'i valoit, car
toute le communalté estoit pour luy, tant que on ne lui pooit mal faire,
qu'il ne convenist estre puissant de conbattre contre toute la ville et
le Franc. Fo 58.

_Ms. B 6_: Et le roy d'Engleterre, qui tiroit à atraire à amour et à sa
cordelle ceulx de Flandres, et qui bien savoit que le conte n'y estoit
point bien amés pour le grande justiche que il y avoit fait, et par
especial en la ville de Gant, adonc manda à ceulx de Gant que, se il
volloient estre de son acort, il leur renderoit l'estaple et la
marchandise des lainnes sans lequel il ne povoient vivre, et que la
conmunaulté de la ville de Gant estoit, pour la deffaulte de wagnage, en
grant dangier.

Or se resveilla et leva ung bourgois de Gant, qui s'apelloit Jaques
d'Artevelle, saige homme et ymaginatif durement, et qui tantost eult
tout le comunaulté de son acort, pour faire et deffaire tout che que
ordonner et entreprendre volloit. Cheluy Jaques d'Artevelle estoit
durement bien enlangaigiet. Sy fist pluiseurs sermons, et sy s'y porta
que par lui fu le conte enchachiés et boutés hors du pais de Flandres.
Et disoit bien à son commenchement que plus proufitable leur estoit
estre de le partie des Englès que de le partie de Franche, car tous
proufis et toutes bonnes marchandises, profitables et necessaires pour
eulx, leur venoit d'Engleterre ou par le dangier d'Engleterre, tant que
laines pour drapper, dont tout le pais de Flandres estoit soustenus, car
sans draperie et marchandise communaument il ne pouroient vivre.

Che Jaques de Hartevelle, en peu de temps, monta en sy grant fortune et
en telle grace des Flamens, que c'estoit tout fait quanques il volloit
deviser et commander par toute Flandres. Et estoit sy bien enlangaigiet,
et de sy saiges parolles et sy vives, que, par sez langaiges et pour che
que il moustroit verité, che estoit bien avis à ceux de Gant. Et le
firent mestre et souverain prumierement d'eux, et puis de tout le pais
de Flandres; car en son commenchement ceux de Bruges, de Ypre et de
Courtray furent rebelles à ses oppinions. Mais ceulx de Gant, qui toudis
ont esté mestre et souverain de toutes les villes et les pays de
Flandres, de forche les firent obeir et estre enclins et obeissant à
eulx, et à Jaques de Hartevelle, qui emprist le gouvernement de
Flandres. Et convint le conte Lois widier et partir; et s'en vint en
Franche dallez le roy Phelippes, son cousin, qui le rechut liement et
luy assina rentes, pour luy et madame sa femme vivre et entretenir leur
estat; car en le conté de Flandres, le vivant de Jacques de Hartevelle,
eurent ilz moult petit. Fos 87 et 89.

_Ms. de Rome_: Chil de Gand conmencièrent premierement à faire le
mauvais, et à voloir suspediter tout le demorant dou pais de Flandres;
et avoient de lor aliance Tenremonde, Alos et Granmont. Pour ces jours
dont je parole, et entrues que chil signeur d'Engleterre se tenoient à
Valenchiennez et faisoient lors pourcas, ensi que che chi desus est dit,
avoit à Gant un bourgois qui se nonmoit Jaquemon d'Artevelle, hauster
honme, sage et soutil durement; et fist tant par sa poissance que toute
la ville de Gand fu encline à lui et à ses volentés. Chil signeur
d'Engleterre, qui se tenoient à Valenchiennez, jettèrent lor visée, par
le consel et introduction que il orent dou conte de Hainnau et de son
frère, que il envoieroient deviers che Jaquemart d'Artevelle et les
bourgois de Gand, afin que il vosissent estre de l'aliance et acord dou
roi d'Engleterre: par quoi, se il li besongnoit, il peuist avoir, ils et
ses gens, entrée en Flandres. Si i envoiièrent l'evesque de Durem et le
conte de Norhanton et messire Renault de Gobehem.

Euls venu à Gand, il furent recheu très grandement, conjoi, honnouré et
festoiié. Et se portèrent si bien li trettié, par le moiien Jaquemon
d'Artevelle, qui i rendi grant painne et qui haioit le conte, que chil
de Gand generaument s'acordèrent à ce que, se li rois d'Engleterre
passoit la mer et voloit prendre son chemin parmi le pais de Flandres,
fust à gens d'armes ou sans gens d'armes, lors deniers paians de toutes
coses des quelles on lor feroit aministration, il trouveroient le pais
ouvert. Nequedent que chil de Bruges, d'Ippre et de Courtrai lor
fuissent contraire et rebelle, il pensoient bien tant à esploitier, et
dedens briefs jours, que li pais seroit tous en une unité.

Ces aliances et concordances de Jaquemon d'Artevelle et de ceuls de Gand
plaisirent grandement bien à ces signeurs d'Engleterre qui là avoient
esté envoiiet; et prisent de toutes ces couvenances lettres seelées dou
seel à causes de la ville de Gant. Et puis retournèrent à Valenchiennes,
deviers le conte de Hainnau et lors compagnons; et moustrèrent de
parole, et par les lettres que il avoient, en quoi et conment chil de
Gand estoient de bonne volenté obligiet. Donc dist li contes de Hainnau
à ces signeurs d'Engleterre: «Biaus signeurs, vostres besongnes
s'avancent grandement, se vous avés les pais de Flandres et de Braibant
d'acort. Dites à mon fil d'Engleterre que ce li sera uns grans confors,
et que sa gerre en sera plus belle; mais il couvient que il passe la mer
à la saison qui retourne, pour aprendre à congnoistre les signeurs et
les pais qui le vodront aidier et servir: si ques, vous revenu en
Engleterre, esmouvé[s] le à ce que, à une qantité de gens d'armes et
d'archiers, il viengne deçà la mer et face venir de la finance; car
Alemant sont convoitous et ne font riens, se li denier ne vont
premierement devant, car ce sont gens moult convoitous.» Fo 39.

P. 127, l. 11: quatre vingt.--_Ms. d'Amiens_: six vingt ou sept vingt
varlèz arméz, entre lesquelx il y en avoit cinq ou six especialment
outrageux et dont il faisoit se bourle, et qui savoient ses secrèz et
quel cose il volloient faire. Fo 27 vo.

P. 127, l. 29: au soupper.--_Ms. d'Amiens_: et faisoient de nuit bon get
devant son hostel; car bien savoit qu'il n'estoit mies bien amés de tous
et especialment dou comte, car jà en avoit il veu pluiseurs appairans,
dont il s'estoit bien sceu oster. Fo 27 vo.

P. 127, l. 30: quatre.--_Ms. B 6_: six. Fo 90.

P. 128, l. 22: longement.--_Ms. d'Amiens_: le tierme de neuf ans ou
environ le pays de Flandres. Fo 27 vo.

P. 128. l. 26 et 27: maletotes.--_Ms. B 6_: Sy en despendoit la moitié à
sa vollenté, et l'autre moitié metoit en tresor. Fo 92.

P. 130, l. 1: prester.--_Ms. d'Amiens_: Ensi estoit il fortunés de ses
besoingnes. Fo 27 vo.--Ms. B 6: tant estoit redoubtés par my le pais de
Flandres. Fo 92.


=§ 60.= P. 129, l. 22: des nues.--_Ms. d'Amiens_: Et tenoient grant
estat et faisoient grans frèz, et donnoient biaux disners ens ès bonnes
villes où il venoient, affin qu'il en fuissent plus aloset, et li rois
d'Engleterre mieux recoummandés. Et faisoient semer parolles parmy le
pays et les bonnes villez que, s'il estoient amic et acordant au roy
d'Engleterre, il seroient très riches et paisieule, et aroient lanagez
et drapperie à grant fuison. Fo 23 vo.

P. 130, l. 1: le Courtrisien.--_Ms. d'Amiens_: monseigneur Simon le
Courtrissien, anchien homme et riche, et qui vollentiers faisoit feste,
honneur et compaignie à touttez gens estraingiers, especialment as
baronz et chevaliers d'onneuret de nom. Fo 23 vo.--_Ms. B 6_: En che
temps, fist justichier le conte de Flandres monseigneur Simon le
Courtrisien, qui estoit de Gant; et le fist morir, sans cause de rayson.
Et fut pour ce que il avoit compaigniet les Englès en Brabant et en
Haynau, et ossi en Flandres. Dont ceulx de Gant furent durement
courouchiés sur le conte, car chilz sires Simon Courtrisien estoit
bourgois de grant linage, et durement vaillans et saiges homme, et de
bonne renommée. Fo 87.

P. 130, l. 19: decolés.--_Ms. d'Amiens_: li comtes de Flandres le manda
en ung certain lieu. Lui venut au mandement dou comte, il fu pris et
saisis et delivrés au connestable de Flandrez, et depuis à celui de
Franche; et fu assés tost apriès decolés. Fo 23 vo.--_Ms. de Rome_: Li
contes de Flandres, pour ce temps, se tenoit à Compiengne, et la
contesse sa fenme. Si entendi que li Englois, li evesques de Durem et
grant baron d'Engleterre avoient esté à Gand et moult bellement recheu;
et par la promotion et enort d'un bourgois de Gant qui s'apelloit
Jaquemart d'Artevelle, toutes gens, en Gant et en pluisseurs villes de
Flandres, s'enclinoient assés à l'opinion des Englois; et tant que ses
rentes et revenues en estoient esconsées, et çanceloient tous les jours.
Et encores en oultre, li contes de Flandres fu enfourmés que uns
chevaliers de Flandres, vaillans homs durement, et lequel li contes
avoit toujours tenu à loial homme et prudent, qui se nonmoit le
Courtrissien, avoit tousjours compagniet et fait feste et honnour, en la
ville de Gant où sa residense estoit, ces signeurs d'Engleterre.
Desquelles coses, li contes de Flandres fu durement courouchiés sus le
chevalier, tant que il li remoustra, et le manda couvertement en France
où il se tenoit. Li sires Courtrissiens ala deviers li, qui nul mal n'i
pensoit. Sitos que li contes le tint, il li fist remoustrer en la
presence de li ce pourquoi il l'avoit mandet. Onques li chevaliers ne se
peut esquser, mais le fist decoler. Fo 40 vo.

P. 131, l. 16: à Valenciènes.--_Ms. d'Amiens_: Depuis le mort dou
seigneur Courtrissien, li chevalier d'Engleterre n'osèrent mies si
plainement aller ne venir par le pays de Flandrez qu'il faisoient; car
ils se doubtèrent que soudainement il ne fuissent pris ou de nuit à lors
hostelx, et mort par le puissanche du roy de Franche et dou comte, qui
très loyaux Franchois estoit. Si se tinrent en avant en Haynnau dalléz
le comte Guillaume, qui bonne chière leur faisoit. Fo 23 vo.

P. 131, l. 22: En ce temps.--_Ms. B 6_: En cel esté, entretant que les
Englès estoient à Vallenchiènes. Fo 84.

P. 131, l. 22: trespassa.--_Ms. d'Amiens et ms. B 6_: en l'ostel de
Hollandez, à Vallenchiennez. Fo 24.

P. 131, l. 23: sept jours.--_Mss. A 23 à 29_: le sixième jour de juing.
Fo 41 vo.--_Ms. de Rome_: vingt jours ou mois de jun, le jour de la
Pentecoste. Fo 40 vo.

P. 131, l. 24: trente sept.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: trente huit. Fo 33
vo.

P. 131, l. 26: obsèque.--_Ms. d'Amiens_: De le mort dou comte furent
pluiseur coer courouchié, car il fu larges, noblez, preux, hardis,
courtois, humbles, piteux et debonnaires à touttez gens. Si le
plaindirent moult si enfans, messires Guillaummez ses filz, li roynne
d'Allemaigne, li roynne d'Engleterre, li comtesse de Jullers, medamme
Ysabiel, se maisnée fille, qui depuis eut monseigneur de Namur espouset.
Et trop le plaindi et regreta messires Jehans de Haynnau ses biaus
frèrez, car il y perdi grant comfort et grant amour, car moult amoient
l'un l'autre. Fos 24 et 25.

_Ms. de Rome_: Qant li rois d'Engleterre et la roine furent segnefiiet
de la mort dou conte, lor signeur de père, si en furent grandement
courouchié, mais passer lor couvint. Et s'en vestirent de noir; et li
fissent faire son obsèque en Engleterre, ens ou chastiel de Windesore,
là où il se tenoient. Fo 41.

P. 131, l. 29: de tous.--_Ms. B 6_: Et avoit le conte ung filz que on
nomoit Gillame, lequel fut conte de Hainau après son père et regna
poissanment, tant qu'il vesquy. Et ot quatre filles, dont le comte en
avoit mariée[s] les trois. Li aisnée ot non Margrite, et estoit pour che
tamps roynne d'Allemaigne et empereis de Romme. Le seconde ot nom
Jehanne, qui estoit contesse de Jullers. Le tierche ot nom Phelippe, la
bonne et noble royne d'Engleterre, et le maisnée Yzabel qui estoit
encores à marier, et fu ung grant tamps depuis le trespas son père; et
de puis ot elle à marit messire Robert de Namur, et fu dame de Renais en
Flandres et de Bieaufort sur Meuse. Fos 84 et 85.

P. 131, l. 32: de Braibant.--_Ms. d'Amiens_: Et li fissent li noble des
trois pays, li prelat et les bonnes villes, foy et sierement et
hoummaige; et il leur jura à tenir as us et as coustummes anchiennes. Fo
25.

P. 132, l. 4: sus Escaut.--_Ms. d'Amiens_: une abbeie de dammez dalléz
Valenchiennes. Fo 25.


=§ 61.= P. 132, l. 20: Gagant.--_Ms. de Rome_: Vous savés conment li
contes de Flandres avoit mis et establi garnison de gens d'armes en
l'ille de Gagant, liquel fissent pluisseurs destourbiers et grans anois
à ceuls qui voloient par mer venir prendre port à l'Escluse, et tant que
tous li pais de Flandres s'en contentoit malement. Car li pourfis de la
marceandise en estoit ensi que tous perdus, et especiaulment la
draperie, car nulles lainnes ne venoient ne issoient hors d'Engleterre.
Jaquèmes d'Artevelle, liquels voloit aidier le roi d'Engleterre, et à
che faire il estoit obligiés et avoit fait obligier generaument la ville
de Gand, n'estoit pas courouchiés de ce que chil qui herioient la ville
de Brugez et le pais de Flandres se tenoient à Gagant; et fist semer
paroles à Brughes, à Ippre et à Courtrai et ou Franch de Bruges que, se
on voloit entendre à ce que il conselleroit et tout acertes, on en
deliveroit le pais. La ville de Bruges et la ville dou Dan et la ville
de l'Escluse, qui trop grandement perdoient, car sans la marceandise de
la mer il ne pueent avoir çavance ne sèvent vivre, s'enclinèrent à
entendre à ses paroles. Et envoiièrent çasqune des dites villes de lors
hommes par deviers li à Gant, en li priant que il i vosist pourveir et
donner consel conment li wagnages peuist retourner en Flandres. Il lor
respondi que aussi feroit il bien et volentiers; et celle response
raportèrent à lors gens, chil qui i furent envoiiet. On s'apaisa pour
veoir conment se feroit ce que d'Artevelle offroit.

Jaquèmes d'Artevelles, liquels fu moult soubtieus en son temps, envoia
messages et lettres deviers le roi d'Engleterre et son consel; et lor
segnefia que, se il voloient avoir l'amour dou pais de Flandres et
l'entrée generaulment, il envoiassent delivrer le pas et l'ille de
Gagant, que les gens dou conte tenoient à l'encontre de euls et des
Alemans, et qui là roboient la mer; et n'osoit nuls aler ne venir, ne
ariver à l'Escluse. Li rois d'Engleterre et ses consauls regardèrent à
ce, et sentirent assés que tout ce estoit raisonnable, et que voirement
i pourveroient il. Si fu ordonnés li contes Derbi à estre chiés de ceste
armée à tout six cens lances, chevaliers et esquiers, et deus mille
archiers. Et li fu dit que il s'en venist par la Tamise à toute sa carge
à Gagant, et delivrast l'ille et le pas de ceuls qui le tenoient. Fo 41.

P. 132, l. 21: garnison.--_Ms. de Valenciennes_: jusques au nombre de
deux cens chevaliers et escuiers et bien quatre mille combatans;
lesquelx se misrent en l'ille de Gagant, où la ville et toute l'ille
leur obeissoit. Et sachiés qu'ilz firent mains maulz et mainte
destrousse sur les Englès. Et bien tenoient en cremeur toute le coste
d'Engleterre, en monstrant qu'il estoient bonne gent de guerre; et
tinrent grant temps le pays en grant subjeccion. Fo 58 vo.

P. 132, l. 23: de le Trief.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: messire Guis,
bastars de Flandres, frères au conte, messires Gilles de le Trief[181],
messires Jehans et messires Simons de Bruquedent[182]. Fo 28 vo.

  [181] _Ms. de Valenciennes_: Gille de le Triest. Fo 58 vo.

  [182] _Ibid._: les deux frères de Brugdem.


=§ 62.= P. 133, l. 17 et 18: durement.--_Ms. d'Amiens_: et bien
enlangagiet. Fo 30.

P. 134, l. 3: Et quant.--_Ms. B 6_: Quant ces seigneurs d'Engleterre
furent retournés arière en leur pais devers le roy, il luy recordèrent
de point en point comment ilz avoient esploitiet; et se escusèrent de
che que il avoient tant demouret, car en alant et en venant il avoient
bien sejourné neuf mois, mais trop sejournèrent: les raisons y sont et
longues à demener, car vous les avés oyes. Mais à ung grant parlement
qui se fist à Londres, le roy fut consilliés que il envoiast gens
d'armes en Flandres pour combatre aucuns chevaliers et escuiers qui
gardoient l'ille de Quagant, les quelz avoient rués jus pluiseurs
Englès. Fos 83 et 84.

_Ms. d'Amiens_: Quant li prelat et li baron d'Engleterre furent
retournet en leur pays, il trouvèrent le roy leur seigneur qui les
rechupt à joie, monseigneur Robert d'Artois, le comte de Lancastre et
les autres barons et seigneurs d'Engleterre, à qui il recordèrent
touttes les avenues qui avenu leur estoient et coumment il avoient
sejournet à Vallenchiennes, atendans le consseil le roy de Franche, qui
point n'estoit venus, et coumment et par priière il envoiièrent
monseigneur Jehan de Haynnau et madamme de Valois parler au roy
Phelippe, et les responsces telles qu'il eurent del roy, et si comme il
leur raportèrent: «Apriès, quant nous veimes que li roys de Franche
s'escusoit et que il n'envoieroit point son consseil ne de ses hommes
deviers nous, nous eummes advis de mander les seigneurs d'Allemaigne,
chiaux qui par bonne alianche se sont mis et acordé à vous. Et vinrent
bien et liement; et nous ont juret qu'il vous aideront et conforteront
en tous kas, si avant ossi que vous leur tenrés leur couvens. Et vous
prient que vous voeilliés ordonner vos besoingnes et passer le mer, par
quoi il vous puissent veoir et oïr. Si en esploiteréz, che dient, le
miés en touttes vos besoingnes. Encoires, sirez, vous disons nous et
segnefions que li comtes de Flandres tient couvertement garnison en
l'ille de Gaiant, chevaliers et escuiers et gens d'armes qui gardent le
pays de ce costet; et ont jà fait pluiseurs despis et contraires à vos
gens, dont bien il vous doit desplaire.»

Quant li roys d'Engleterre oy ces nouvellez, si fut moult penssieux, et
n'en y eult nulles qui le peuissent resjoyr, fors celles des Allemans
qui li prioient que il volsist passer le mer. Si demanda consseil sus
ces besoingnes. Dont respondirent si plus especial amy que, seloncq ce
que il pooient entendre et oïr, li roys de France ne quidoit mies que jà
il l'osast geriier: «Si vous conseillionz et mettons avant pour vostre
honneur que vous voeilliés faire ung parlement, et que nuls parmy vostre
royaumme ne s'escuze qu'il ne soit à ceste Saint Michiel à Londrez,
prelas, chevaliers et li conssaux des bonnes villez. Et adonc, seloncq
ce qu'il vous conseilleront, vous vous ordonnerez.» Li roys s'acorda à
che et manda et coummanda à tous comtes, barons et chevaliers, prelas et
consaux des bonnes villes, qu'il fuissent à ceste Saint Michiel à
Londres, c'om comptera l'an mil trois cens trente sept[183]. Tout
obeirent au coummandement dou roy, car ce fu raisons. Et pour ce que
riens je n'oublie, car j'ay dit et mis en terme ou coummenchement dou
livre que je feray mention de touttes les avenues petites et grandes qui
sont avenues où que soit, si vous en paray d'unes qui advinrent en
Gascoigne auquez en ce tamps que je vous compte....

  [183] _Ms. de Valenciennes_: l'an vingt sept. Fo 50 vo. _Mauvaise
  leçon._

A le Saint Michiel, comme dit est, furent li grant parlement à
Wesmoustier dehors Londrez, et durèrent troix sepmainnes. Et là furent
tout li plus grant et plus sage d'Engleterre, prelat, comte, baron,
chevalier et li conssaulx des bonnes villez. Là remoustrèrent li doi
evesque, c'est assavoir de Lincelle et de Durem, et li baron et chil qui
à Valenchiennes avoient estet, comment il s'estoient maintenu, atendans
le consseil de Franche qui oncques ne vot venir, et tout enssi de point
en point com vous avés chy dessus oy. Et quant li prelat eurent proposet
touttez leurs parollez, li roys se leva en estant, et requist que on le
volsist conseillier si à point que ce fust à l'onneur de lui et de son
royaumme. Adonc respondirent li plus saige par avis et disent que, tout
consideret et imaginet les requests, les voies, les offrez, lez pourkas,
les tretiés et lez parlemens que li roys avoit fais et representéz, dont
li Franchois ne faisoient nul compte, il ne pooit nullement y estre ne
demourer que il ne rendesist son hommage au roy de Franche et le
deffiast de lui et de tous ses aidans. Chilx conssaux fu tenus et
arestés, et li evesques de Lincelle priiés que de passer le mer et
porter les deffianches, liquelx, à le priière et ordounnanche dou roy et
des seigneurs, dist que il feroit ce vollentiers.

Encoires fu il dit et arestet que, pour aidier le roy à avoir finance et
ses gherres à parmaintenir, chacuns sas de lainne paieroit double
imposision, et à durer tant que les gherrez du[re]roient. Et fu là
regardé de quel somme on li remforcheroit se mise. Si en respondirent
six bourgois, li doi de Londres, li doi de Evruich et li autre doy de
Conventre, que on li remforch[er]oit ceste coustumme de trois cens mille
nobles par an, et que six cens mille noblez en renderoient il chacun an
à trois paiemens.

Encoires fu il consseilliet et arestet que on deffendesist, et sus le
teste, parmy le royaumme d'Engleterre, que nuls ne jeuast ne s'esbaniast
fors que de l'arch à main et des saiettez, et que tout ouvrier ouvrant
ars et saiettes fuissent francq et quittez de touttes debittez.

Encorres fu il ordounnet et aresté que tout chevalier et escuyer et
compaignons, servans le roy en se gherre, aroient les saudées dou roy et
chacun presist de son paiement seloncq se quantité de demi an; et que
tout prisonnier et concquest qu'il poroient faire ne prendre, ce leur
demourast à leur prouffit.

Encorres fu ordonné que, sus lez yllez telz que de Cornuaile, de
Gernesie, de Wisk, de Hantonne et de Copée, nullez gens d'armes ne de
deffensce ne se meuissent, pour semonsce ne mandement que li roys
fesist, mais gardaissent leurs marchez et leurs frontières, et
presissent et abilitassent leurs enfans à maniier armes et à traire de
l'arch, parmy chacun deus estrelins le jour qu'il aroient de pencion sus
lez coustummez des lainnez demorans en leurs marchiés.

Encorres fu il ordonné et aresté que tout seigneur, baron, chevalier et
honnestes hommes de bonnes villes mesissent cure et dilligence de
estruire et aprendre leurs enfans le langhe françoise, par quoy il en
fuissent plus able et plus coustummier ens leurs gherres.

Encoires fu il ordonné et deffendu que on ne laisast passer nul cheval
outre mer à nulz des lés d'Engleterre, sans le congiet dou cancelier,
sus à estre en le indignation dou roy.

Encorres fu il ordonnet que de envoiier gens d'armes et archiers en
l'ille de Gaiant à l'encontre des Flamens, qui là se tenoient en
garnison de par le comte de Flandrez, de quoy messires Guis, bastars de
Flandrez, frères au comte, messires Ducrez de Halluin, messires Jehans
de Rodes, messires Gillez de le Trief, messires Jehans et messires
Simons de Bruquedent estoient chief avoecq pluiseurs autrez. Si en fu
priiés messires Henris de Lancastre li jones, qui fu là fès comtes
Derbi, cousins germains dou roy, et li comtez de Sufforch, li sires de
Bercler, messires Guillaummes Fils Warine, messires Loeis de Biaucamp,
messires Richars de Stanfort, messires Gautiers de Mauni qui
nouvellement estoit revenus d'Escoce, où pluisseurs bellez baceleries et
appertisses d'armes y avoit fait tant qu'il en avoit le grace et
l'onnour dou roy et de tous les seigneurs d'Engleterre. Et le retint là
li comtez Henris Derbi pour son chevalier et le plus prochain de lui, et
fu mis et escrips à estre dou consseil dou roy.

Encoirres fu là ordounnés et confremmés li mariaiges de monseigneur
Guillaume de Montagut, qui loyaument avoit servi le roy ens ès gherres
d'Escoche et tellement reboutet les Escos avoecq l'ayde de monseigneur
Gautier de Mauni, que il ne s'osoient mès apparoir clerement fors en
fuiant et en cachant. Et pour lui remunerer ses bons services, li rois
li donna le jone contesse de Sassebrin, madamme Aelis, dont il tenoit la
terre en se main et en garde, et estoit li une des plus belles jones
dammes del monde.

Encoirez y eut pluiseurs ordonnances faittez, devisées et acordées, le
parlement seant, qui touttes ne puevent pas estre registrées ne
escriptez, et qui furent bien tenues, avoec celles dessus-dittez. Fins
de parlemens fu que tout seigneur, comte, prelat, baron, chevalier et
bonnes villez se departirent sur l'estat que de yaux pourveir et
appareillier, quant requis et semons de par le roy en seroient. Si se
parti li evesques de Lincelle pour porter les deffianches par lettrez
seellées au roy de Franche, et [fu] enfourmés quel cose il devoit
dire....

Or paurons de l'evesque de Lincelle, coumment il vint deffiier le roy de
Franche de par le roy d'Engleterre; et puis retourons encore à le matère
des Flamens, pour mieux ataindre nostre histoire. Tant esploita li
evesques de Lincelle par ses journées que il passa le mer, et chevaucha
parmy le royaumme de Franche, et vint à Paris. Et trouva le roy Phelippe
bien accompaigniés dou roy de Behaygne, dou roy de Navare, de ducs, de
comtez et de baron grant fuison, car che fu à une solempnité de le
Toussains, l'an mil trois cens trente sept. Et n'atendoit li roys de
France de jour en jour autre cose que de oyr telz nouvellez, seloncq le
relation que il avoit oy d'aucuns de ses amis de l'Empire. Et entra li
dis evesques de Lincelle en le cambre dou roy, car on li fist voie. Si
salua le roy et l'enclina, et tous lez autrez rois enssuiwant; et bailla
ses lettrez au roy de France, liquels les rechupt et brisa ung petit
signet qui estoit deseure en avant. Elles estoient à ung grant seel
pendant, et en parchemin, touttes ouvertez. Si lez regarda li rois ung
petit et puis lez bailla à ung sien clercq secretaire; et le fist là
lire, lesquellez faisoient mention enssi ou assés priès, si comme j'ay
oy recorder depuis chiaux qui aucune cose en devoient savoir, et
especialment le seigneur de Saint Venant qui y fu presens:

«Edouwars, par le grace de Dieu roy d'Engleterre et d'Irlande, à
Phelippe de Vallois escripsons. Comme ensi soit que par le sucession de
nostre chier oncle monseigneur Charlon, roy de France, nous soiions
hiretier de l'hiretaige et couronne de Franche par trop plus prochain
degré que vous ne soiiés, qui en le possession de nostre hiretaige vous
estes mis et le tenés et tenir voulléz de force, si le vous avons nous
par pluiseurs fois moustret et fet remoustrer par si digne et si
especial avis comme celui de l'Eglise et le saint collège de Romme, et à
l'entente del noble Empereour, chief de touttes juriditions; asquelx
coses et demandez vous n'avés mies vollut entendre, mais vous estes tenu
et tenés en vostre oppinion fondée sus tort. Pour quoy nous vous
certefions que le nostre hiretaige de Franche nous requerrons et
concquerrons par le puissance de nous et des nostrez; et de ce jour en
avant deffions vous et les vostrez de nous et des nostrez, et vous
rendons foy et hoummaige que sans raison vous avons fait; et remetons le
terre de Pontieu avoecq nostre autre hiretaige en le garde de Dieu, non
en le vostre, qui ennemy et adverssaire vous tenons. Donné à nostre
palais à Wesmoustier, present nostre general consseil, le dix neuvième
jour dou mois de octembre.»

Et quant li rois Phelippes eut oy lire ces lettrez, si se retourna viers
l'evesque de Lincelle; et n'en fist par samblant mies trop grant compte,
et coummença à sourire et dist: «Evesque, vous avés bien fet che pour
quoy vous estiéz chy venus. A ces lettres ne convient point rescripre.
Vous vous povés partir quant vous voulléz.»--«Sire, dist li evesque,
grans merchis!» Dont prist congiet et retourna à son hostel, et se tint
là tout le jour. Sus le soir, li roys li envoya ung bon sauf conduit
pour lui et pour tous lez siens, sus lequel sauf conduit il rapassa
parmy le royaumme de Franche sans peril; et revint en Engleterre deviers
le roy et les barons, à qui il recorda comment il avoit esploitiet. Si
en eurent li Englès grant joie.

Or vous dirons dou roy de Franche. Quant il eut veut lez deffianches dou
roy d'Engleterre, il les fist coppiier et les envoya en pluiseurs lieux
par son royaumme et hors de son royaumme, affin que li seigneur ewissent
advis et consideration sus, et especialment au comte de Haynnau, son
neveult, et au duch de Braibant. Et leur manda estroitement que il
n'ewissent nulle alianche au roy d'Engleterre; et se il l'avoient ou
faisoient, il leur arderoit leur pays, ensi au comte de Bar et au duch
de Lorainne; mès de cheux n'estoit il nulle doubte, car il estoient bon
Franchois et loyal. Et envoya tantost li roix pourveir et regarder en
ses garnisons, sus lez frontières de l'Empire, car des Allemans n'estoit
il mies trop asseuret. Et manda à chiaux de Tournay, de Lille, de
Bietune, d'Arras et de Douay qu'il fuissent sus leur garde, et
pourveissent et fortefiassent les villez, pour atendre siège ou assaut,
se mestier faisoit; et ossi que il presissent garde as castiaus et ens
ès casteleries d'entour yaux, et renouvelassent officiiers, et les
rafresquissent de touttez coses necessaires pour le gherre.

Et envoya li roys à Saint Ommer, à Gines, à Kalais, à Boulongne et là
environ gens d'armes, pour garder les frontièrez, ossi à Abeville[184],
au Crotoi, à Saint Waleri, à Eus, à Dieppe, à Harflues, à Honneflues et
en toutte le Normendie, jusques en Bretaigne et Pontorson et mouvant de
le Bretaingne jusquez en le Rocelle, et [de] le Rocelle à Saintongle et
tout le Poitau en revenant en Limozin, en Roherge, en Aginois et en
Thoulousain et tout le Nerbonnois, le Charcasonnois, Bedarioiz,
Aigemortes, Biaukaire, Montpellier et Nimes, et jusques as portes
d'Avignon et toutte le rivière de Rosne, le Pont Saint Esperit,
Viviers, Tournon, Salière, le bourch d'Argental, Viane, Lions et toutte
le comté de Foriest, le terre le seigneur de Biaugeu, le comté de
Mascons, Tournus et tout jusqu'à Challon sus le Sone, et toutte le comté
et le duchié de Bourgoingne, costiant l'Alemaigne, l'Ausay et le terre
de Montbliart jusques en l'evesquet de Lengres, et toutte le Campaigne
costiant le Lorraine; l'evesquet de Thoul et l'evesquet de Mièz,
revenans jusques à Rains et à Chaalons et toutte le comté de Rethers,
Doncheri et Massièrez et cez fors castiaux sour le rivière de Meuse,
costiant l'Ardenne, l'evesquet de Liège et Flimain et le Haynnau et le
terre monseigneur Jehan de Haynnau et toutte le comté de Roussi, de
Porsiien, de Brainne et l'evesquet de Laon.

  [184] _Ms. de Valenciennes_: Et aussi envoia il amont en
  Bretaigne en revenant jusques à Harfleu, et en le Rocelle, ralant
  tout autour jusques en Avignon et toute la rivière du Rosne. Et
  pour bien abregier ce compte, il fist pourveir à tous costez. Fo
  59 vo.

Et escripsi ammiablement et fiablement à ciaus de Cambray que il li
fuissent amic et bon voisin en tous cas, et il leur seroit, se mestiers
en avoient; et envoya messire Godemar dou Fai à Tournay demourer et
sejourner, pour regarder à le chité et ou pays d'environ; et mist le
seigneur de Biaugeu en Mortaigne sus Escaut, pour garder che passaige.
Et mist encoires sour mer grant cantitet de Normans et de Geneuois, de
quoy messires Hues Kierés, messires Pières Bahucés et Barbevaire
estoient cappitainne; et leur coummanda et enjoindi que il ardissent en
Engleterre, au plus tost qu'il poroient. Et dounna à son chier cousin
monseigneur Jaquemon[185] de Bourbon, le comté de Ponthieu et touttes
les appendances, en foi et en hommaige et à tenir de lui; liquelx en
prist le possession, et y amena medamme sa femme.

  [185] _Ms. de Valenciennes_: Jaque de Bourbon. Fo 60.

Quant li rois de France eut ensi ordonnet et fet pourveir, rapareillier
et rafrescir touttez les frontières de son royaumme, tant sur mer comme
par terre, si escripsi il et manda fiablement au comte de Flandre sen
cousin que il ratresist et tenist à amour ses gens, par quoy li Englès
n'ewissent nulle aliance à yaux; et y envoya de par lui le comte de
Vendome et le seigneur de Montmorensi, pour tretier à yaux qu'il
fuissent amic et bon voisin au royaumme de Franche, et il leur tenroit
toudis les pas ouviers de Tournay, de Bietune, d'Aire, de Saint Omer et
dou Warneston sus le Lis[186], et aroient à leur vollenté bleds et tous
grains pour comforter leur pays. Et allèrent chil seigneur de bonne
ville en bonne ville remoustrer touttes ces coses, de par le roy de
Franche. Li aucun s'i asentoient, mès li plus non; car li waignages de
le drapperie leur touchoit plus au ravoir avoecq les lainnes
d'Engleterre, que il ne fesissent adonc bleds ne avainnes[187], car de
tout ce avoient il assés et à grant marchiet. Touttes fois lisent tant
chil seigneur de Franche que, quant il se partirent de Flandres, il
laiièrent le comte Loeys à Gand assés aimablement dalés Jakemon
d'Artevelle et chiaux de Gand; mès depuis n'y demoura il mies longement,
ensi comme vous oréz. Fos 24, 27 et 28.

  [186] _Ibid._: et par toute la rivière de l'Escault.

  [187] _Ms. de Valenciennes_: car il amoient mieulx la marchandise
  d'Engleterre. Si ne les pooit on rapaisier; et ossy Jaquemon
  d'Artevelle ne s'i acordoit point. Fo 60.

P. 134, l. 5: Valenciènes.--_Ms. de Rome_: Chil signeur d'Engleterre
sejournoient en Valenchiennes si honnourablement que vous avés oy. Et
qant il veirent que il avoient en partie achievé ce pour quoi il estoit
venu à Valenchiennes, car il ne faisoient riens que ce ne fust par le
consel dou comte et de son frère, qant il orent esté à Valenchiennes
plus de demi an et despendut biau cop d'argent, tant en dons pour avoir
l'amour des signeurs de l'Empire que en lors menus frès, il prissent
congiet au comte et à son frère, et se missent au retour et vinrent à
Louvain. Et là trouvèrent le duch [de Braibant] qui lor fist très bonne
chière, et les tint ung jour tout aise dalés li; et parlèrent ensamble
de biau cop de coses. Et puis s'en partirent, et vinrent en Anvers; et
trouvèrent vassiaus d'Engleterre tous prês pour euls, qui là les
atendoient. Li pluz de ces signeurs laissièrent lors cevaus au sejour en
Anwiers, car bien savoient que il en aueroient encores à faire; et li
auqun passèrent les lours, et li aultre les vendirent. Si entrèrent tout
ens ès vassiaus, qui estoient ordonné pour euls; et retournèrent sanz
peril et sans damage en Engleterre, et trouvèrent le roi à Windesore et
la roine. Si lor recordèrent conment il avoient esploitié, et les bons
amis que il avoient delà la mer.

A toutes ces paroles et remoustrances estoit et fu toutdis messires
Robers d'Artois, qui trop grandement fu resjois de ces nouvelles, et
dist ensi au roi: «Monsigneur, je le vous ai bien tous jours dit: vous
trouverés plus d'amis et de bon confort delà la mer que vous ne quidiés,
car onques Alemant ne peurent amer les François; il vous feront roi de
France, car chils qui l'est, n'i a nulle juste cause. Et les poins et
les articles com prochains vous estes de la couronne, je vous ai
pluisseurs fois remoustré: se les calengiés et mettés oultre. Puis que
on vous voelt aidier à esclarcir vostre droit, ne soiiés pas negligens,
mais diligens à demander ce qui est vostre; si en serés prisiés et amés
de vostre peuple, car il demandent la guerre. A ce que je puis veoir et
percevoir, en Engleterre il ne desirent que la gerre. Et vous avés biau
et grant conmencement pour vous, car jà avés vous si sousmis les
Escoçois que il ne se poront aidier ne relever en grant temps. Ce sont
segnefiances de tous biens, et que les bonnes fortunes seront pour vous.
Fo 39 vo.

P. 134, l. 12: disoit.--_Ms. de Valenciennes_: pour doubte d'estre ruez
jus des escumeurs, qui estoient là de par le conte de Flandres. Fo 50.

P. 135, l. 4: Si ordonna.--_Ms. d'Amiens_: Si en fu priiés messires
Henris de Lancastre li jones, qui fu là fès contes Derbi, cousins
germains dou roy, et li comtez de Sufforch, li sires de Bercler,
messires Guillaummes Filz Warine, messires Loeis de Biaucamp, messires
Richars de Stanfort, messires Gautiers de Mauni qui nouvellement estoit
revenus d'Escoce où pluisseurs bellez baceleries et appertisses d'armes
y avoit fait, tant qu'il en avoit le grace et l'onnour dou roy et de
tous les seigneurs d'Engleterre. Et le retint là li comtez Henris Derbi
pour son chevalier et le plus prochain de lui; et fu mis et escrips à
estre dou consseil dou roy. Fo 27 vo.--_Le ms. de Rome ajoute à ces
noms_: messires Renauls de Gobehen, messires Rogiers de Biaucamp. Fo 41.

P. 135, l. 12: à Londres.--_Ms. B 6_: Sy se partirent de Gravesaindes,
sur le Tamise, là où il avoient fait toute leur pourveanche et leur
asamblée. Fo 85.

P. 135, l. 15: cinq cens.--_Ms. de Valenciennes_: huit cens. Fo 60
vo.--_Ms. B 6_: mille hommes d'armes. Fo 85.--_Ms. de Rome_: six cens.
Fo 41.

P. 135, l. 18: Gravesaindes.--_Ms. d'Amiens_: devant Gravesande[188],
bien pourveus et abilliés de naves, de vaissiaus, de bourses, de scutes
et de hokebos armées et fretées. Fo 28 vo.

  [188] _Ms. de Valenciennes_: Gavres. Fo 60 vo.

P. 135, l. 19: devant Mergate.--_Ms. d'Amiens_: De le seconde marée, il
vinrent devant Mergate et furent là un soir; et, le nuit et environ
mienuit, il se desancrèrent et tendirent leurs voillez au plain, car il
avoient vent à souhet; et se boutèrent en mer et singlèrent tout jour,
et vinrent assés priès de Gaiant à heure de nonne. Fo 28 vo.--_Ms. de
Rome_: A l'endemain, il s'en departirent qant la mer fu revenue, et
vinrent devant Mergate et là ancrèrent et furent deus jours, car il
avoient vent trop contraire pour entrer en la mer. Au tierch jour, li
vens lor revint; si desancrèrent et se boutèrent en la mer et prissent
le chemin de Flandres. Fo 41.

P. 135, l. 25: trente sept.--_Ms. A 1_: trente huit. Fo 34 vo.--_Mss. A
20 à 22_: trente neuf. Fo 58 vo.


=§ 63.= P. 136, l. 4 et 5: en Gagant.--_Ms. d'Amiens_: et sur le mer
estoient. Fo 28 vo.

P. 136, l. 10: jusques à seize.--_Ms. de Valenciennes_: bien dix huit.
Fo 60 vo.

P. 136, l. 10 et 11: cinq mil.--_Ms. de Valenciennes et ms. B 6_: quatre
mille. Fo 60 vo.

P. 136, l. 16: de Halluin.--_Ms. de Rome_: messires Jehans nonmés Ducres
de Halluin. Fo 41 vo.

P. 136, l. 20: Pières.--_Mss. A 20 à 22_: Jehans. Fo 59.--_Le ms. de
Rome ajoute à ces noms_: messire Pière d'Ippre, messires Lois Vilains,
messire Bauduin Barnage, mesire Robert Marescal, messire Ernoul de Vors.
Fo 41 vo.

P. 136, l. 25: des Englès.--_Ms. de Rome_: Evous venus les Englois en
ordenance de bataille, les archiers tous devant. Qant li vassiel
aprochièrent, li chevalier qui dedens Gagant se tenoient, conneurent que
chil qui les venoient combatre, c'estoient Englois, car il veirent les
banières, les pennons et les estramières des lupars d'Engleterre qui
voloient amont sus ces nefs et baulioient au vent. Qant li Englès
aprochièrent, il i ot grant noise de tronpètes et de claronchiaus. Donc
conmenchièrent archier à traire de grant randon et ensonniier gens, et
gens d'armes entre euls à aprochier pour prendre terre. Là ot fort
hustin et dur, et traioient arbalestrier à pooir, mès Englès n'en
faisoient compte, car archier sont trop plus isniel au traire ne sont
arbalestrier. Et furent en cel estat un grant temps, et tant que la mer
fu toute retraite, et que les vassiaus d'Engleterre demorèrent tout
aresté sus le sabelon. Fo 41 vo.


=§ 64.= P. 137, l. 31: filz Warine.--_Mss. A 11 à 14_: fil Vastier. Fo
34.--_Editions de Vérard et de D. Sauvage_: fils au comte de Warvich.
_Ed. de Sauvage de 1559_, p. 41.

P. 138, l. 5: main à main.--_Ms. de Rome_: Au voir dire, li archier
ensonnioient trop grandement les asallans et desfendans Flamens; et
furent en cel estat bien quatre heures, tousjours desfendans et
asallans. Fo 41 vo.

P. 138, l. 8 et 9: plus de trois mille.--_Ms. de Valenciennes_: de deux
à trois mille. Fo 61.--_Mss. A 20 à 22 et ms. B 6_: trois mille. Fo 59
vo.--_Mss. A 8 et 9, 15 à 17_: plus de quatre mille. Fo 33.

P. 138, l. 13: Gilles de le Trief.--_Mss. A 11 à 14_: Guillaume de
Lestrief. Fo 34.--_Mss. A 15 à 17_: Jehan de le Trief. Fo 36.--_Ms. de
Valenciennes_: Gille de le Triest. Fo 61.

P. 138, l. 14: vingt six.--_Ms. B 6_: dix huit. Fo 86.--_Ms. de Rome_:
jusques à douse chevaliers et bien trente esquiers, tous gentils hommes,
que de Flandres, que d'Artois. Et i ot grande occision des aultres
hommes; et les caçoient les Englois jusques à la mer et les faisoient
sallir dedens, et plus chier ils avoient à noiier que à morir de glave.
Fo 41 vo.

P. 138, l. 18: Et retournèrent.--_Ms. de Rome_: Qant les Englois furent
signeur de l'ille et de la ville de Gagant, il le fustèrent et coururent
toute et puis boutèrent le feu dedens, qant il s'en deurent partir; et
rentrèrent en lors vassiaus, et dormirent là à l'ancre tant et si
longement que vens lor revint. Et bien le savoient chil de Bruges, dou
Dan et de l'Escluse, mais il estoient tout resjoy de che que on lor
avoit delivré le pasage de ceuls qui trop longement l'avoient tenu. Qant
li Englois orent vent pour ceminer, il se desancrèrent de là et
retournèrent viers Engleterre, et enmenèrent lor butin et lors
prisonniers. Et fissent tant par l'esploit dou vent que il entrèrent en
la rivière de la Tamise, et prissent terre au kai à Londrez. Et acquist
li jones contes Henri Derbi en sa nouvelle chevalerie grant grasce et
grant renonmée de celle besongne. Et aussi fissent tout chil qui
avoecques li avoient esté, et par especial messirez Gautelés de Mauni.
Fo 42.

P. 138, l. 19: en Engleterre.--_Ms. de Valenciennes_: à tout leur
gaignage, nonobstant que ce ne fu point sans perdre de leur gens. Fo 61.

P. 138, l. 20: au roy.--_Ms. B 6_: en ou palais de Wesmoustier. Fo 86.

P. 138, l. 23: prison.--_Ms. B 6_: et l'onnoura assés selonc son estat,
et le laissa aler parmy Londres recreu sur sa foy. Fo 86.

P. 138, l. 23: li quels.--_Ms. de Valenciennes_: par les promesses que
les Englès lui firent. Fo 61.

P. 138, l. 24 et 25: d'Engleterre.--_Ms. de Valenciennes_: par
convoitise. Fo 61.


=§ 65.= P. 138, l. 27: Apriès.--_Ms. d'Amiens_: Apriès le desconfiture
de Gaiant, ces nouvellez s'espardirent en pluisseurs lieux. Si en furent
chil de le partie le comte courouchiet, et chil de le partie le roy
d'Engleterre tout joiant. Et disoient bien [cil de Flandres] que, sans
raison ne leur volenté, li comtes les avoit là mis. Et eurent advis en
Flandrez li conssaulx des bonnes villez, par le pourkac et enort de
Jaquemon d'Artevelle, que il envoieroient douze bourgois des six
meilleurs villez de Flandrez deviers le roy d'Engleterre, escuzer le
pays de ceste besoingne de Gaiant, et que nullement il ne se
consentirent oncques que là il se tenissent de leur acord. Et plus
avant, se il plest au roy d'Engleterre ariver en Flandrez, où que soit,
il en seront tout joiant; et il presteront et ouveront le pays pour
passer, sejourner, demourer, partir et retourner par paiier touttes
coses, dont il en seront servi et aisiet. Chil douze bourgois partirent
enformet et adviset sus le mannière que j'ay dit: et vinrent en
Engleterre et trouvèrent le roy adonc à Eltem, liquelx les rechupt assés
liement, car il en quidoit grandement mieux valloir, ensi qu'il fist. Et
li dissent comment Jacquèmes d'Artevelle et tous li especialz conssaulx
de Flandres se recommandoient à lui, et s'escusoient de le ville de
Gaiant et des gens d'armes qui trouvet y avoient estet, que ce n'avoit
estet point li fais ne li acors dou pays de Flandrez, mès dou comte
seullement et dou roy de Franche.

Que vous feroie je loing compte? Tant parlèrent, et si bellement et si
sagement remoustrèrent leur messaige, que li rois s'en contenta. Et leur
respondi que, dedens le jour dou Noel prochain venant, il seroit en
Anwers, car là faisoit on ses pourveanches: si y amenaissent le comte
leur seigneur deviers lui, pour savoir quel cose il volloit faire; ou
que li pays de Flandrez fust tellement advisés et conseilliéz, se li
comtes n'y volloit estre, que jà pour ce ne demorast que il ne fuist
leurs boins amis. Et il donnoit parmy tant respit à tous allans et à
tous venans, jusques au premier jour de jenvier. Ensi le raportèrent li
douze bourgois à Jaquemon d'Artevelle, et au consseil des bonnes villez
de Flandres, en le ville de Gand. Si en furent tout liet, quant il
seurent que li roys d'Engleterre passeroit, et supposèrent assés que il
le trouveroient tretable et aimable; mès, qui en fuist liés, li
comtes de Flandres n'en eult point de joie. Fo 29.

_Ms. B 6_: Tantost après (l'affaire de Cadzand), le roy d'Engleterre
fist clore tous les pas de mer, afin que nulles laines ne venissent en
Flandres. Adonc le pais de Flandres fut en grant tribulacion, et la
draperie toute perdue.... Fo 86 et 87.

Cheluy Jaques d'Artevelle avoit le cuer plus englès que françois, et
pressa tant la querelle du roy d'Engleterre par my Flandres que tout le
pais fut englèz. Et manda et escripsy au roy d'Engleterre, par my grans
consauls et traitiers qui furent entre les Flamens et les Englès, que il
venist seurement en Flandres ensy que il luy plaisoit: les Flamens le
verroient moult vollentiers, et moult le desiroient à veoir. Le roy
d'Engleterre, qui moult desiroit que par moien de aquerre en Flandres,
en Haynau, en Brabant des amis, adonc fut moult resjois de l'aliance que
il avoit en Flandres; et tint Jaques de Hartevelle en grant amour, car
bien savoit que c'estoit par le dit Hartevelle. Sy fist le roy
d'Engleterre rendre à Flamens tout les droitures de mer, et laissa
courir toute marchandise par my leur pays, et remist l'estaple de
laignes à Bruges quy eslongiet leur estoit. Dont les Flamens en eurent
grant joie.

Assés tos après, le dit roy d'Engleterre s'avisa, par my le consail et
enhort qu'il eut de messire Robert d'Artois, que il vendroient prendre
port en Flandres ou en Brabant, auquel lés il plairoit au duc de Brabant
son cousin, au duc de Gherdres, au conte de Mons, au marquis de Julers,
au seigneur de Faulquemont et à Jaques de Hartevelle et à ceulx qui
devoient aydier à faire sa guerre. Fos 92 et 93.

_Ms. de Rome_: Or s'espardirent ces nouvelles en Flandres, en France et
ailleurs, que chil qui en garnison s'estoient tenu un grant temps en
l'ille de Gaant, estoient tout desconfi, et la ville tellement arse que
on ne savoit où retraire: li contes de Flandres en fu durement
courouchiés, et Jaquèmes d'Artevelle et tout chil de sa sexste resjoy.

Pour ce, se l'ille de Gaant fu delivrée des Flamens, chevaliers et
esquiers, qui gardé l'avoient un lonch temps au conmandement dou comte
de Flandres, ne se retourna pas si tos li wagnages ne la marceandise ou
pais de Flandres, car Jaquèmes d'Artevelle i mist empecement, je vous
dirai conment. Voirs est que li englois marceant, liquel avoient sus le
qai à Londres et ailleurs pluisseurs nombres de sas de lainnes, en
desiroient à avoir lor delivranche, pour atraire à euls les deniers.
Aussi li marceant de Flandres et de Braibant et li drapier lez
desiroient à avoir et à acater, pour faire ouvrer et mettre en la
draperie, ensi que usages est que tout pais vivent et s'estofent et
gouvernent l'un de l'autre. Et tout ce sentoit et savoit bien de la
necessité Jaquèmes d'Artevelle. Et tantos apriès la bataille de Gaiant,
il escripsi au roi d'Engleterre et son consel que point ne se hastassent
de envoiier en Flandres ne à l'Escluse les marceandises d'Engleterre; et
les tenist encores closes, jusques à tant que on aueroit aultres
nouvelles de li. Li rois d'Engleterre et ses consauls, qui se voloient
rieuler de tous poins par sen ordenance, entendirent à ces lettres et
segnefiances dou dit d'Artevelle, pour veoir quel cose il vodroit dire
et faire.

Qant chil de Bruges, dou Dan, de l'Escluse, d'Ipre et de Courtrai et dou
tieroit dou Franc veirent que la mer n'estoit non plus ouverte apriès la
bataille de Gaiant comme en devant, si conmenchièrent à murmurer
generaulment, et à dire li uns à l'autre, ens ès villes: «Jaques
d'Artevelle nous donnoit anten à entendre que il avoit le wagne de la
draperie en la main, et le nous feroit avoir toutes fois qantes fois que
il vodroit. Nous quidions que la maladie iessist dou lés deviers Gaiant,
et par ceulz qui là se tenoient en garnison. Or en est li pas delivrés,
et se ne retourne point la marceandise en Flandres. Ce seroit bon que on
alast à Gaind parler à lui, et savoir à quoi il perist.»

Sus cel estat, tout s'acordèrent. Et se quellièrent des bonnes villes de
Flandres auquns notables honmes, et vinrent à Gaind; et parlèrent à
d'Artevelle, et proposèrent toutes les paroles desus dittes. Il respondi
à celles et dist: «Il est verité que je di ensi et encores le dis je. Se
vous volez que li proufis et li wagnages vous retourne, il fault que
vous aiiés aliances grandes et fortes au roi d'Engleterre, dont li
proufis vous puet venir, et qui vous a, des ennemis de la mer qui se
tenoient à Gaiant, delivré le pais. Par celle voie, l'ai je toutdis ensi
entendu et non aultrement. Et se vous, qui chi estes envoiiet de par la
grignour partie des bonnez villes de Flandres, volés venir avoecques moi
en Engleterre parler au roi et à son consel, nous esploiterons tellement
que nous remeterons le wagnage et le pourfit ou pais de Flandres.» Donc
respondirent li plus sage de la compagnie et dissent: «Sire, nous ne
sonmes pas cargiet si avant que nous vous acordons le voiage. Nous
retournerons casquns en sa ville, et meterons les bonnes gens ensamble,
et leur recorderons ce que nous avons oy de vous; et ce que il en
vodront faire, on le vous segnefiera et bien briefment.»--«A la bonne
heure,» respondi d'Artevelle.

Il prissent congiet; il se departirent de Gaind, et retournèrent casquns
en lors lieus. Et missent les consauls des bonnes villes ensamble, et
remoustrèrent tout ce que vous avés oy. Euls consilliés bien et par
grande deliberation et pour le conmun pourfit de Flandres, avoecques ce
que li contes estoit trop grandement haïs ou pais, tant pour l'amour dou
signeur Courtrissien lequel il avoit fait decoler que pour aultrez
souffissans honmes, ens ès bonnes villes acordé et ordonné fu que,
avoecques Jaquemon d'Artevelle, de toutes les bonnes villes de Flandres,
iroient en Engleterre deus honmes; et chil qui là seroient envoiiet
prieroient au roi d'Engleterre que les marceandises des lainnes, les
quelles lor sont moult necessaires, il vossist consentir que elles
retournassent en Flandres, tant que il en fuissent aisiet et servi, ensi
que dou temps passé avoient esté; et il tenroient generaument par toute
Flandres l'ordenance et le trettié que chil de Gaind avoient juret à
tenir et proumis par lettres et seelés à l'evesque de Durem et à ses
conmis, qant darrainnement il furent à Gaind.

Sus cel estat, s'ordonnèrent chil qui esleu furent, d'aler en Engleterre
avoecques Jaquemon d'Artevelle. Et li dis d'Artevelle estoit jà tous
pourveus de son estat, grant et estofé aussi bien conme uns contes; et
s'en vint à Bruges, et fu là requelliés ensi conme uns sires dou pais.
Tout li aultre bourgois des bonnes villes de Flandres vinrent à Bruges,
et là s'asamblèrent. Et qant tout furent venu, il vinrent à l'Escluse;
et trouvèrent deus vassiaus tous prês, pour euls porter, et deus
hoquebos pour lors pourveances. Si entrèrent ens ès dis vassiaus, et se
desancrèrent et se departirent de l'Escluse; et esploitièrent tant, à
l'aide de Dieu et dou vent, que il entrèrent en la Tamise, et vinrent à
Londres. Et issirent sus le qai hors de lors vassiaus, et se logièrent
tout à lor aise en la rue de la Riole.

Pour ces jours, se tenoient li rois et la roine à Eltem, à sept lieues
englesces de Londres, liquel furent tantos enfourmé de la venue des
Flamens. Li rois, qui desiroit à savoir lor entente et pourquoi il
estoient venu, leur segnefia que il venissent parler à lui; et si
escripsi et envoia ses lettres et ses messages deviers son consel, et
lor manda que tantos et sans delai il venissent à Londres. Jaquèmes
d'Artevelle et li Flamench vinrent à Eltem tout premierement veoir le
roi et la roine, liquel les requellièrent moult courtoisement. Et là lor
remoustra li dis Jaques, en la presence de tous ses compagnons, ce pour
quoi il estoient venu et là envoiiet. Et prioient les conmunautés des
bonnes villes de Flandres que ce fust la plaisance et l'acort dou roi
que l'estaple et la marceandise des lainnes peuist venir en Flandres,
ensi que aultre fois avoit fait. Li rois respondi à ce et dist que il en
aueroit avis et consel, et en seroient de lor demande et requeste
respondu dedens un jour que il lor nonma, et seroit la response faite
ens ou palais de Wesmoustier. De cez paroles il se contentèrent assés.

Si disnèrent ce jour tout chil Flamenc en la cambre dou roi et de la
roine. Et lor fu moustrée la plus grant amour conme on pot, et par
especial à Jaquemon d'Artevelle, car bien sentoient li rois et la roine
que il estoit tous souverains des aultres, et aussi que de bonne amour
il les amoit. Et parla aussi li rois à li, à part, de pluisseurs coses.
Et d'Artevelle, qui voloit l'augmentation dou roi d'Engleterre, li
remoustra tout bellement la voie et la manière conment il poroit entrer
en la grasce dou pais de Flandres, avoech ce que il i rendoit et
renderoit grant painne. Qant il orent assés parlé ensamble, li Flamenc
prissent congiet pour celle heure; et retournèrent à Londres, et
atendirent que li rois vint à Wesmoustier, et que tous ses consauls fu
venus à Londres.

Adonc furent li Flamenc mandé au palais; il vinrent. Là furent oy de
tout ce que il vodrent dire; il furent respondu si courtoisement que il
s'en contentèrent, car il empetrèrent tout ce que il vodrent avoir. Et
aussi il proumissent au roi là, ou cas que il vodroit passer la mer à
une qantité de gens d'armes et d'archiers, il seroit requelliés en
Flandres bellement et doucement. Et se li dus de Braibant, son cousin,
et li contes de Gerlles son serouge et li marqis de Jullers et les
Alemans qui avoecques lui s'estoient aliiet, voloient desfiier le roy de
France, il trouveroit les communautés de Flandres tout apparilliet pour
aler, fust devant Tournai ou Cambrai, là où il les vodroit mener. Li
rois d'Engleterre, qui très grant desir avoit de faire sen emprise, les
oy volentiers parler, et les remercia; et lor dist que sans faute,
dedens la Saint Jehan Baptiste, il seroit oultre la mer.

Ensi se portèrent ces ordenances. Li Flamenc eurent dou roi tout ce que
ils desiroient à avoir, et retournèrent arrière en Flandres et i
raportèrent le wagnage, car la mer fu ouverte. Et vinrent les lainnes en
Flandres, à l'Escluse, au Dam et à Bruges; et là les venoient querre et
acater li marceant drapier de Braibant, et tout chil qui les voloient
avoir. Fo 42.

P. 139, l. 17: grosses.--_Ms. d'Amiens_: Et jà estoient ses pourveances
faitez en Anwiers, car il desiroit à là venir pour savoir bien
parfaitement l'entention dou duch de Braibant, son cousin, dou duch de
Gerlles et de celi de Jullers et des Allemans. Fo 29.--_Ms. de Rome_:
Tout cel ivier, ordonna li rois d'Engleterre ses pourveances grandes et
grosses. Et, qant ce vint à l'esté que on compta en l'an de grasce
Nostre Signeur mil trois cens trente et huit, environ la Saint Jehan
Baptiste, il prist congiet à la roine Phelippe sa fenme; et li ot en
couvenant par sa foi que, se il veoit que sejourner le couvenist
longement par deçà la mer, que il le remanderoit. La bonne dame
s'apaissa sur ce et demora à Windesore, et là tint son hostel, et jà
avoit son fil qui portoit le nom dou père, Edouwart, et fu puis princes
de Galles. Et demora la roine ençainte et priès que sus ses jours: ce fu
de une fille, qui ot nom Issabiel, et puis fu dame de Couci, ensi que
vous orés recorder avant en l'istore.

Qant tout chil que li rois voloit mener avoecquez lui furent venu à
Londres, et la navie toute preste, et chil ordonné qui garderoient le
pais et la frontière d'Escoce, li rois entra en son vassiel; et tout li
aultre entrèrent ens ès vassiaus, qui estoient ordonné pour euls, sus la
rivière de la Tamise. Si levèrent li maronnier les voillez, et
sachièrent les ancres à mont, et se departirent dou havene de Londres;
et entrèrent dedens la mer, et avoient le vent et la merée pour euls. Fo
43.

P. 139, l. 19: acompagniés.--_Ms. d'Amiens_: le roynne avoecq lui, qui
toutte enchainte estoit, messires Robiers d'Artois, li comtez Derbi, li
comtez de Warvich, li comtez de Pennebrucq, li comtez de Sufforch, li
comtez d'Arondiel, li comtez de Kent, li evesques de Lincolle[189], li
evesques de Durem, messires Regnart de Gobehen, messires Richars de
Stamfort, li sirez de le Ware, messires Guillaummes Filz Warine, li
sirez de Biaucamp, messires Gautiers de Mauni, li sirez de Ferières,
messires Phelippes de Hastingez, li sirez de Basset, li sirez de
Willebi, li sirez de Brasseton et pluiseur autres; et eurent vent à
souhet et arrivèrent ou havene de Anwiers, environ le Saint Obert et
Sainte Luce. Fo 29.--_Ms. B 6_: En sa compaignie fu madamme sa femme,
avecques luy messire Robert d'Artois, quy s'apelloit conte de Richemont.
Fo 94.--_Ms. de Rome_: En la compagnie dou roi, avoit grant fuison de
barons et de chevaliers d'Engleterre. Et i estoit messires Robers
d'Artois, qui toutes ces coses avoit atisies et eslevées. Et esploita
tant ceste navie que, sans peril et damage, il arivèrent en Anwiers, la
nuit Saint Jaque et Saint Cristofle. Fo 43.

  [189] _Ms. de Valenciennes_: Nicolle. Fo 62.

P. 139, l. 23: gens vinrent.--_Ms. d'Amiens_: Ensi se detria ceste cose
ung grant temps, et tant que li roys d'Engleterre assambla ung grant
parlement à estre à Anwers. Et y furent li dus de Braibant, li
comtez[190] de Gerllez, ses serourges, li marchis de Jullers, li comtez
de Clèves, li comtez de Saumes, li marchis de Blancquebourc, li sirez de
Fauquemont[191], messires Jehans de Haynnau; mès li comtez de Haynnau
n'i fu point, car il dist que il n'y avoit que faire, de quoy li roys de
Franche li seult grant gret de ceste excusanche. Fo 30.

  [190] _Ibid._: le duc de Guerles. Fo 64.

  [191] _Ibid._: Franquemont.

_Ms. B 6_: Quant le duc de Brabant sceut la venue de son cousin le roy
d'Engleterre, sy envoia devers luy de ses chevaliers, à cause de les
bien vignier. Et ly jones conte de Haynau, ses serouges, le vint veoir.
Et osy fist Jaques de Hartevelle. Entre les quelz et le roy il eult
grans alianches et aprochemens d'amours. Depuis, vinrent ces seigneurs
d'Alemaignes les uns après les autres, qui moult le desiroient à veoir.
Sy eult là grant parlement ensamble, as quelz le jone conte de Haynnau
ne volloit point estre; mais disoit à che commenchement qu'il demouroit
franchois et delés le roy son oncle. Fo 94.

_Ms. de Rome_: Et chils qui premierement i vint, ce fu messires Jehans
de Hainnau, dont li rois li sceut grant gret, car par li et par son
consel en partie il se voloit ordonner. Apriès, vint li dus de Braibant,
son cousin germain, et puis li contes de Gerlez et li marchis de
Jullers. Fo 43.

P. 140, l. 1: Anwiers.--_Ms. d'Amiens_: Assés tost apriès che que li
roys englès fu arivéz en Anwiers, la roinne sa femme ajut d'un fil qui
fu appeléz Lions[192], et y eut grant feste à le relever. Et y fut li
comtez de Haynnau, frères à le roynne, messires Jehans de Haynnau,
onclez de la damme et que li roys en ce tamps amoit mout, et grant
plenté de chevalerie de Haynnau qui estoient alé veoir le roy et le
roynne et qu'il n'avoient veut, trop grant temps avoit.

  [192] _Ms. B 6_: et fu de puis duc de Clarense, sy comme vous
  orés chy avant en ces croniques. Fo 96.

Endementroes, tretoit Jaquèmes d'Artevelle enviers le conte de Flandrez
que il se volsist aviser et aler avoec son plus especial consseil
deviers le roy d'Engleterre, et fesist tant que il demouraist ses amis.
Mais li comtes n'y avoit nulle plaisanche ne affection de venir ne
d'aller, et disoit bien que, pour aperdre toutte le revenue de Flandrez,
il ne s'acouvenencheroit jà ne aloieroit au roy d'Engleterre, pour
gheriier le roy de Franche son cousin ne le royaumme. Et se doubta li
comtez que de forche on ne l'i menast, et li fesist on faire cose dont
il fuist courouciés apriès. Si se parti[193] de Flandrez, et enmena le
comtesse madamme Margherite sa femme et Loeis leur fil; et s'en vint en
France[194] dalléz le roy Phelippe, qui très vollentiers le rechupt, et
le[195] asigna d'une somme de florins tous les mois à recepvoir, pour
son estat tenir et aidier à parmaintenir.

  [193] _Ms. de Valenciennes_: de nuyt. Fo 62 vo.

  [194] _Ibid._: à Paris.

  [195] _Ibid._: et leur assena leur ilz prenderoient finances,
  pour leur estat maintenir.

Quant chil de Flandrez virent que li contez leurs sirez estoit
secretement partis et widiéz le comtet et trèz deviers le roy de
Franche, et que il n'avoit nulle volenté de y estre de l'alianche des
Englès, si se conseillièrent enssamble coumment il poroient parseverer.
Et eurent consseil par l'acord de d'Artevelle, qui au voir dire estoit
plus favourables au roy englès que il ne fuist au roy de Franche, que il
s'en yroit, bien acompaigniés des plus richez et honnerablez bourjois
de Flandrez, deviers le roy d'Engleterre qui estoit en Anwiers, et
saroient une partie de sen entente.

Et s'en vint adonc d'Artevelle, lui acompaigniés de soissante bourgois
des plus grans de Flandrez, en Anwiers deviers le roy, qui liement
rechupt d'Artevelle et tous les autres pour l'amour de lui, car on li
avoit bien dit qu'il estoit souverains en Flandres, et que deseure lui
n'y avoit nul plus grant. Pour ce le festia et requelli li roys
amiablement; et li dist que, pour l'amour de lui, toutte Flandrez en
vauroit mieux. Et rendi là adonc li roys d'Engleterre as Flammens
l'estaple et le marchandise dez lainnez que jà leur avoit tolut plus de
troix ans, parmy tant que il pooit et tout li sien aller, armet et
desarmet, parmy le comté de Flandre, et ariver où qu'il li plairoit. Et
de ce furent faittez lettrez seellées dou roy et des bonnes villes de
Flandres.

Encorres requist li roys as Flammens que il volsissent avoecq lui
gheriier le royaumme, et entrer en Tournesis et en le castelerie de
Lille et de Douay et ardoir; mès li Flammens s'escusèrent à ce donc au
roy d'Engleterre. Et dissent que il estoient si fortement obligiet
enviers le roy de Franche que il ne le pooient grever, ne entrer de fet
en son royaumme, que il ne fuissent ataint d'une si grant somme de
florins que à malaise en poroient il finer. Et li priièrent que ce li
volsist souffire, jusques à une autre fois, qu'il y aroient mieux cause.
Et li roys s'en appaisa, et leur donna au partir grans dons et biaux
jeuiaux; et ossi fist li roine.

Si se partirent li Flammencq, et s'en rallèrent chacuns en leurs lieux.
Et Jaquèmes d'Artevelle revint à Gand, qui souvent alloit et venoit
jusquez en Anwiers viseter le roy Edouwart; et li proummetoit qu'il le
feroit seigneur de Flandrez. Et quoyque li Flammencq desissent
maintenant, se l'en feroit il avoir cent mille tous armés, quant il
vorroit, pour ardoir sus le royaumme auquel lés qu'il li plairoit. De
quoy li rois d'Engleterre avoit grant joie; et atendoit de lui grant
confort, et ossi de tout le pays de Flandres.

Moult estoit chilz Jaquèmes d'Artevelle prochains et amis dou roy
d'Engleterre, cremus et doutés par toutte Flandrez. Car, depuis que li
comtez en fu partis, enssi comme vous avés oyt, il y resgna comme sires;
et n'y avoit avant lui nul plus grant seigneur, et tenoit grant estat et
puissant entre le ville de Gand....

Vous avés oy chy dessus recorder coumment li roys de Franche avoit
mandet et escript au comte de Haynnau et au duch de Braibant que nulles
alianches il n'ewissent au roy d'Engleterre; et se il les y avoient, il
leur arderoit leur pays. Nonobstant ce que cil seigneur s'escusaissent
deviers le roy de Franche, si estoient il as parlemens le roy
d'Engleterre, et par especial li ducs de Braibant, car il s'estoit jà
acouvenenchiés au roy d'Engleterre, mais li jones contes de Haynnau non,
et disoit bien que il ne gheriroit jà le roy de Franche son cher oncle,
se il ne li faisoit desplaisir devant. Fos 29 vo et 30.

P. 140, l. 5: humlement.--_Ms. de Valenciennes_: doulcement. Fo 64.

P. 140, l. 14: par samblant.--_Ms. d'Amiens_: Si estoit che (li dus de
Braibant) li ungs de ciaus pour quoy li roys d'Engleterre avoit adonc le
plus assamblé sen parlement. Fo 30.

P. 141, l. 3: Saint Bernard.--_Ms. d'Amiens_: Li roys d'Engleterre
demoura tous quoys en Anwers, en l'abbeie Saint Bernart[196], et la
roynne sa femme avoecq lui, qui nouvellement estoit relevée d'enfant
d'un biau fil, que on clamoit Lion; et fu puisedi ducs de Clarence et
mariés en Lombardie, ensi comme vous orés avant en l'istoire. Li comtez
Guillaummes de Haynnau et messires Jehans de Haynnau venoient à le foix
veoir le roy et le roynne; et se tenoient dalléz lui deux jours ou
trois, et puis s'en retournoient. Fo 30.

  [196] _Ms. de Valenciennes_: Et là demoura le roy et la roynne en
  l'abbaie Saint Michiel en Ampvers. Fo 64 vo.

P. 141, l. 9: bonnes villes.--_Ms. d'Amiens_: à Brouxelles, à Malinnez,
à Gand, à Brugez et partout où il leur plaisoit à aler. Fo 30.

P. 141, l. 10: de Braibant.--_Ms. d'Amiens_: Vous avés bien oy aucunes
fois dire et compter que on saut bien si avant dont on ne poelt
reculler. Ossi on se oblège bien et acouvenenche tellement que par
honneur on ne s'en poet partir. A ce pourpos, li dus Jehans de Braibant
s'estoit acouvenenchiés, juréz et obligiéz si avant et si expresseement
au roy d'Engleterre que il ne pooit reculler, ne enfraindre ce que
proummis li avoit; et, au voir dire, c'estoit ses cousins germains: si
le devoit par linaige aidier.

Or avoit à ce donc li dus de Braibant en son pays aucuns barons et
chevaliers qui estoient plus enclin, li ung as Englès, et li autre as
Franchois, enssi que li coers sont de divierses conditions. Et touttes
fois, li plus estoient favourable au roi d'Engleterre, et especialment
les bonnes villes de Braibant. Et volsissent bien li plus que, sans
arriest, li rois d'Engleterre fust autrement comfortéz qu'il n'estoit.
Mès li dus, qui estoit sages et avisés, ne se volloit mies mettre en
gherre contre le roy de Franche, sans deliberation de plus grant
consseil, car il resongnoit les perils à quoy il en pooit venir; et
disoit bien en son secret que il ne seroit jà Englès, se Haynuyers et
Flamens ne l'estoient ossi avant comme il.

De legier, Flammencq[197] s'i accordoient, car, au voir dire,
d'Artevelle, qui estoit adonc tout en Flandrez, estoit plus enclins et
favourablez au roi englèz sans comparison que il ne fust as Franchois.
Si prechoit tous les jours chiaux de Gand, de Brugez, de Ippre, de
Courtray et de Audenarde et des bonnes villez de Flandres; et leur
remoustroit tant de si bellez raisons que il estoient enssi que tout
appareilliet, au coummandement d'Artevelle, que de servir le roy
d'Engleterre en ceste besoingne.

  [197] _Ms. de Valenciennes_: Tant que de Flandres, avoit beau
  commencement le roy d'avoir l'accord, car tous li communs estoit
  pour luy; et aussi Artevelle les presçoit souvent, et remonstroit
  tant de belles raisons que il estoient auques tout prest. Fo 65.

Ossi ens ès bonnez villez de Haynnau, estoit li rois d'Engleterre trop
plus recoummandéz, loés, améz et honnouréz que ne fust li roys de
France. Et volsissent bien les coummunaultéz que li comtes de Haynnau,
leurs sirez, ewist alianche et faveur au roy d'Engleterre; mès il n'en
avoit nul desir et disoit que li roys de France, ses biaux onclez, li
estoit plus prochains, et li royaummez de Franche plus amis[198], que li
roys d'Engleterre ne ses pays. Et à che premiers li roys de Franche l'en
savoit très bon gret, et disoit que il s'en portoit belement et
sagement. Fo 30 vo.

  [198] _Ibid._: plus voisins et amis.


=§ 66.= P. 141, l. 17: escuser.--_Ms. de Rome_: Li contes de Gerles, li
marqis de Jullers, li sirez de Fauquemont, li arcevesques de Coulongne,
messire Ernouls de Baquehem et li Alemant envoiièrent, casquns endroit
de soi, à la journée euls escuser souffissanment. Fo 43.

P. 141, l. 20: plus proçains.--_Ms. d'Amiens_: de linaige et de conseil
dou roy, et à qui tout li autre se atendoient et regardoient. Fo 30 vo.

P. 141, l. 26: responses.--_Ms. d'Amiens_: Et quant li roys englès oy
ces nouvelles, si fu plus penssieux que devant. Si s'en conseilla à
monseigneur Robert d'Artois son cousin et au comte Derbi quel cose il
estoit bon à faire de ceste besoingne. Il li disent que il mandaist le
duc de Braibant et li remoustrast touttez ces escusances. Adonc le manda
li rois: il vint en Anwiers parler à lui. Fo 30 vo.

P. 142, l. 6: consilliés.--_Ms. de Valenciennes_: il dist au roy: «Sire,
je n'ay mie conseil que, ainchois que je vous en aye plus avant en
convent, je feray ainchois reparler à ces seigneurs d'Alemaigne, et
adonc je vous feray response finable.»--_Ms. de Rome_: Li dus de
Braibant respondi et dist: «Sires et biaus cousins, il ne sont que faire
d'esquser par mi, car je sui tout prês; et faites que une journée de
parlement soit à Halle, et que tout i viengnent. Et je serai là; et,
qant nous serons tout l'un devant l'autre, et vous nous requerrés que
nous façons ce en quoi nous sonmes obligiet deviers vous, vous verés
adonc ceuls qui ont la plus grande affection à la besongne.» Fo 43.

P. 142, l. 8; signeurs.--_Ms. de Valenciennes_: d'Alemaigne. Fo 65 vo.

P. 142, l. 15: qu'il fuissent.--_Ms. d'Amiens_: à Halle ou à Destre[199]
encontre lui, au jour de Nostre Damme my aoust, s'il ne volloient venir
plus priès de lui pour acorder avant de leur emprisse, et pria au duch
que il y volsist y estre et que il se pourveist et appareillast dedens
ce jour si souffissamment que chil seigneur ne se pewissent excuzer
parmy lui. Fo 30 vo.

  [199] _Ms. de Valenciennes_: à Diest, à l'encontre de lui et du
  duc de Brabant. Fo 65 vo.

P. 142, l. 21: à Halle.--_Ms. d'Amiens_: à Diestre, le jour Nostre Dame
mi aoust, l'an mil trois cens trente et huit. Fo 30 vo.--_Ms. de Rome_:
à Halle, à un parlement qui là se tenroit. Tout obeirent et i vinrent,
et se logièrent dedens la ville ou ens ès fourbours. Qant tout furent
venu, li rois d'Engleterre les remerchia de lor diligense. Et estoit li
dis rois d'Engleterre logiés ou chastiel de Halle que li jones contes
de Hainnau, son serourge, li avoit presté. Fo 43 vo.


=§ 67.= P. 142, l. 26: Halle.--_Ms. B 6_: Entreuls que madame la royne
d'Engleterre gisoit, s'en ala le roy de Engleterre à Gant, et fu là
environ quinze jours. Et là eult ung parlement. Se i fu le duc de
Brabant, le conte de Haynau, ses oncles, le duc de Gueldres, le marquis
de Julers, le seigneur de Fauquemont et messires Wallerans de Ligny. Là
ne savoient les seigneurs tant consillier ne trouver voie ne manière
comment il peuissent avoir cause de guerrier le roy de France ne aydier
le roy d'Engleterre, quant uns clers du duc de Brabant, quy s'apelloit
Jehan de le Maiière, y trouva voie.

Et fu ses consail creus et oïs, car il dist ensy: «Mes seigneurs, je
vous voy trestous arester et abuser sur ung estat que je vous
escla[r]chiray vollentiers, se vous vollés, et je vous le declarray.
Vechy le roy d'Engleterre, qui chy est en vostre presenche, et demande
avoir le confort et ayde de vous. Et vous ne luy povés bonnement donner
ne acorder pour guerrier le roy de Franche, se che n'est par ung point
que je vous diray: il s'en voist par devers le roy d'Allemaigne, lequel
est empereur de Romme, et faiche tant envers luy qu'il le establise es
parties de chà vicaire ou envoiez. Son vicaire [a] par deça et devers
vous, ou non de l'Empereur, toute obeissance, et il vous menra là où il
luy plaira.» Les seigneurs regardèrent adonc l'un l'autre, et puis
dirent: «Il dist verité.»

Ensy fut l'avis et consail de Jehan le Maiière. Alors s'arestèrent tout
ces seigneurs de l'Empire qui là estoient; et ordonnèrent que le roy
d'Engleterre s'en yroit devers le roy d'Allemaigne et espleteroit tant
que, par dechà le Rin, seroit vicaires de l'Empereur. Fos 96 et 97.

P. 143, l. 7: de par lui.--_Ms. de Valenciennes_: pour vostre cause. Fo
66.

P. 143, l. 20: Alues.--_Ms. d'Amiens_: et toutte le terre et le castiel
de Aluez en Pailluel. Fo 31.

P. 143, l. 23: France.--_Ms. A 2_: et l'Empereur ne l'a mie attribuée au
royaume de France. Fo 38.

P. 144, l. 2: detriemens.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: ung
detriement pourpensé et venu du duc de Braibant plus que de nul autre.
Fo 36 vo.

P. 144, l. 8: signeur.--_Mss. A 11 à 14_: quant je vins ci. Fo 35 vo.


=§ 68.= P. 144, l. 19: de Jullers.--_Ms. d'Amiens_: Li marchis de
Jullers s'esmeut o toute se compaignie pour aller vers l'empereur de
Romme. Si le trouvèrent à Norenbergh[200], et li comptèrent tout ce pour
quoy il estoient là venu. Li Emperères, qui mout estoit amis au roy
d'Engleterre, les rechupt liement et les festia, et leur accorda touttes
lors requestes. Et les fist demourer et sejourner li Emperères avoecq
luy, ung grant temps. Endementroes, manda il les eslisseurs de l'Empire
et plus hauls barons, telx que le duc de Sassoingne, le marchis de
Blancquebourch, le marchis de Misse et d'Eurient, l'arcevesque de
Couloingne, l'arcevesque de Trèves et l'arcevesque de Maience. Encorrez
manda il le comte de Gerllez et le ducq de Braibant, mès il s'escuza et
y envoya le seigneur de Kuk en son lieu. Fo 31.

  [200] _On peut lire aussi_: Woreborgh.

_Ms. de Rome_: Donc furent là esleu et ordonné li contes de Gerles et li
marquis de Jullers, de par ceuls de l'Empire; et li evesque de Lincolle
et messires Renauls de Gobehen et messire Richart de Stanfort, de par le
roi d'Engleterre. Et furent cargiet chil signeur esleu de tant
esploitier et faire deviers l'Empereur, par priière et par tretiez, que
li Emperères ordonneroit le roi Edouwart d'Engleterre à estre son
vicaire; et chils vicaires à l'Empereour requerroit ces signours de
l'Empire, sus la foi et honmage que il ont à l'Empereour, que tout li
fesissent service. Fo 43 vo.

P. 144, l. 23 et 24: envoiier.--_Ms. d'Amiens_: Mais li ducs de Braibant
n'y devoit point envoiier, car il souffissoit assés des dessus dis. Fo
31.

P. 144, l. 25: l'estet.--_Ms. d'Amiens_: l'ivier enssuiwant. Fo 31.

P. 144, l. 27: en Engleterre.--_Ms. d'Amiens_: si aroit fait aucune
chevauchie en Franche. Fo 31.

P. 145, l. 13: Floreberg.--_Chronique de Jehan le Bel_: Norumberch. _Ed.
Polain_, _t._ I, _p._ 144.--_Ms. B 6_: Le roy d'Engleterre s'en ala
devers l'Empereur, et pria son serouge, le marquis de Jullers, qu'il
volsist aller en sa compaignie, et il luy acorda vollentiers. Sy se
party le roy d'Engleterre de Gant, et en mena aucuns barons d'Engleterre
avec luy et messire Robert d'Artois; et passa tout parmy Brabant et
Hazebain, et vint à Tret et à Jullers; là trouva le marquis qui se mist
en sa route. Et s'y esploitèrent tant par leur journées que il vinrent à
Convalenche, là où l'Empereur estoit, qui le rechut liement. Fo 98.

P. 145, l. 21: Jullers.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 29_: Et furent
adoncques le marquis de Julliers, et le duc de Guerles, qui adonc estoit
conte, fait duc de Guerles; et le marquis, qui paravant estoit marquis,
fut fait conte. Fo 36 vo.

P. 145, l. 26: commission.--_Ms. d'Amiens_: Quant chil seigneur furent
venut et assamblé à Norenbergh au mandement de l'Empereur, il fist une
feste moult solempnelle, et tint court ouverte par troix jours. Et sist
en siège imperial, vestis de draps imperialz; et là renouvella il les
estatus de l'Empire, et lesquelz on doit tenir. Et là ordonna il et fist
le roy d'Engleterre son vicaire; et li dounna puissance imperial et
congiet de forgier parmy l'Empire touttes mannières de florins et de
autres mounnoies. Et commanda à tous ses subgès que il obeyssent à lui
comme à son propre corps meysmez, et que tout fuissent appareilliet à se
semonse sans delay, et pour deffiier le roy de France. Et fist de ce
certains procureurs et commissairez, pour renouveller le roy
d'Engleterre ces estatus, et lui assir en siège imperial. De quoy li dus
de Gerlles, qui devant ce jour estoit noummés comtes, fu li uns, et li
comtes de Jullers, qui devant ce estoit noummés marchis, fu li seconds,
et li comtes de Warvich et messires Richars de Stanfort et doy clercq de
droit. Et avoient chil six coummission, par instrumment publicque, de
faire et aemplir tout ce qui dessus est dit. Et enssi se departirent il
de l'Empereur, et revinrent au roy d'Engleterre qui lez rechupt à joie.
Or vous conterons d'aucunes coses qui avinrent sus mer en Franche et
ailleurs, entroex que cil parlement et pourkas se faisoient, qui
durèrent plus d'un an, affin que riens je n'y oublie. Fo 31.

_Ms. de Valenciennes_: En l'an dessus dit, le samedi devant le Nostre
Dame en septembre, comme empereur de Romme, Loys de Baivière, en cel
jour assis en Convelence en siège imperial, sur ung escafaut de douze
piés de hault, vestis de drap de soie cangant, par dessus ces draps
d'un daumatique, en ses bras phanons, et estolle devant croisie, à
manière de prestre, tout estoffé des armes de l'Empire; et avoit ses
piés d'otel drap comme le corps, et avoit son chief atourné de mittre
reonde; et sur celle mittre il avoit couronne d'or moult riche; en ses
mains avoit deux blancs wans de soie, et en ses dois aneaux moult
riches. Si tenoit en sa main destre une pomme d'or, une crois vermeille
dessus. En l'autre main, tenoit il le septre. Dalez l'Empereur, à
destre, seoit le marquis de Misse, auquel l'Empereur bailla à tenir le
pomme d'or. Et assez près seoit le roy d'Engleterre, vestis d'un drap
vermeil d'esquerlatte, à ung chastel de broudure en le poitrine. Et au
senestre des empereurs, seoit le marquis de Jullers, à qui l'Empereur
bailla à tenir le septre. Et environ deux degrez plus bas de l'Empereur,
seoient li esliseur. Et deseur de l'Empereur seoit le sire du Cuk, ou
lieu du duc de Brabant, en preseance de tous, en se main une espée toute
nue.

Donc parla l'Empereur ensi: «Je demande à vous se ung roy d'Alemaingne,
esleus et promeus à Empereur, peut amenistrer aucuns des biens de
l'Empire sans le confirmacion du pappe.» Ce jugement fu tournez sur
l'arcevesque de Coulongne. Lui conseillié de ses pers dist par jugement
que oyl. Le seconde demande fu: se ung fievé d'Alemaingne fourfaisoit en
l'Empire en amenrissant l'Empire, à quelle amende il doit estre. Ce
jugement fu tournez sur le duc de Sasongne. Lui conseillié respondi que
celui estoit en le volenté de l'Empereur, de corps et d'avoir. Le tierce
demande si fu que: se robeurs estoient sur chemins d'Alemaingne, à
quelle amende et à quelle penance il doivent estre. Ce jugement du
tournez sur l'arcevesque de Trièves. Lui conseillié dist qu'ilz estoient
à le volenté de l'Empereur, de corps et d'avoir, et tous ceulx qui les
soustenoient. Le quarte demande fu: comment tous ceulx qui tenoient de
l'Empire, le devoient servir. Ce jugement fu tournez sur l'arcevesque de
Maience. Lui conseilliet de ses pers dist que tous les hommes de
l'Empire doivent servir l'Empereur de leurs corps et de leurs biens, et
doivent aler partout où l'Empereur les vorra mener, ou ses lieuxtenans,
pour les drois de l'Empire garder. Et la quinte demande fu: comment le
tenable de l'Empire doivent deffier l'un l'autre en cas de guerre. Ce
jugement fu tournez sur le marquis de Brandebourc. Lui conseillet dist
que celui qui deffie, ne peut ne doit porter dommage au deffié dedens
trois jours; et où il feroit du contraire, il doit estre deshonourez et
mis hors de toutes lois.

Après ces choses ainsi faictes, tantost l'Empereur dist, oyant tous:
«J'ay esté couronnez roy d'Alemaigne grant temps, et à Empereur, comme
vous savez. Et croy que je n'ay sur nulles de mes gens mespris, ne
envers sainte Eglise ne ses menistres; et se nulx pooit faire apparoir
que fait l'euisse, je le volroie rendre jusques raison. Si vous dy que
je me sui aloiez avec pluiseurs prelas et barons d'Alemaingne au roy
d'Engleterre qui cy est, et l'ay fait pour le mieulx faire que laissier.
Et cy, en vostre presence, je fay et establi le roy d'Engleterre mon
vicaire et lieutenant, partout et en toutes causes. Si veul que tous
tenans voisent, aydent et confortent ce roy comme vicaire, partout où
mener les volra.» Après ces jugemens ainsi fais, l'Empereur appella
tabellions publiques, et leur commanda à faire instrumens, et que toutes
ces choses fussent mises ès drois des Empereurs, tenues fermes et
estables en temps advenir. Et aussi lui donna puissance impereal de
forgier parmi l'Empire toutes manières de florins et aultres monnoies;
et commanda à tous subgès qu'ilz y obeyssent comme à son propre corps,
et que tous fuissent apparilliés, à sa sommonsse, sans delay, de deffier
le roy de France. Et fist de ce certains procureurs et commissaires,
pour renouveller le roy d'Engleterre tous estas, et lui i assir en siège
imperial. De quoy le duc de Guerles, que paravant on appelloit conte, fu
nommez et fais duc, et le conte de Jullers, qui paravant estoit nommez
marquis. Ainsi ces choses faictes, prinrent congiet, et en rala chascun
en son lieu; et le roy d'Engleterre revint en Brabant. Fos 67 et 68.

_Ms. de Rome_: Li rois d'Engleterre s'en revint à Anwiers dalés ses
gens, et là atendi tant que chil qui furent envoiiet deviers l'Empereour
retournèrent, liquel le trouvèrent en Alemagne en une ville que on
appelle Florenberghe. Lesquels signeurs il requella moult liement, et
fist à tous feste et honnour, tant pour l'amour dou roy d'Engleterre que
pour ce que chil de l'Empire estoient si honme. Il esploitièrent sus ce
voiage si bien que mesires Lois de Baivière, rois d'Alemagne et
emperadour de Ronme, ordonna et institua à estre son vicaire le roi
Edouwart d'Engleterre par tout l'Empire; et conmanda à tous signeurs,
soubjès à lui, que tout obeisissent à lui conme à son vicaire. Et de
ceste ordenance et institution furent ordonnées et levées lettres
autentiques, seelées des seauls dou roi d'Alemagne et des esliseurs de
l'Empire qui là furent present, et avoech tout ce instrument publique
tabellionnet si fort et si bien conme faire se pooient. Et retournèrent
avoech toutes ces coses, chil signeur qui en legation avoient esté
envoiiet, deviers le roi d'Engleterre qui se tenoit pour ces jours à
Malignez; et moustrèrent conment il avoient esploitié. Li rois
d'Engleterre, messires Roberz d'Artois, messires Jehans de Hainnau et
tous li consauls en furent grandement resjoy, et disent que il avoient
bien esploitié.

Or s'espardirent ces nouvelles partout que li rois d'Alemagne instituoit
et ordonnoit le roi d'Engleterre à estre son vicaire. Qant chil de la
chité de Cambrai entendirent ce, pour tant que Cambrai est la cambre à
l'Empereour et est terre de l'Empire, il furent tout abus; et
envoiièrent de lors honmes deviers le roi de France pour recorder ces
nouvelles. Pour ces jours, estoit li evesques de Cambrai à Paris,
liquels s'apelloit Guillaumes d'Ausonne; et estoit de nation de Berri et
de la Salongne, et bons françois. Si se representa et ces honmes de
Cambrai au roi; et recordèrent les besongnes, ensi que par renonmée
elles se portoient en l'Empire, et dou roi d'Engleterre que li rois
d'Alemagne avoit ordonné à estre son vicaire; et faisoient doubte que,
par ceste institution, il ne vosist venir à Cambrai et saisir la chité,
pour faire ent frontière et garnison sus le roiaulme de France. Donc lor
fu demandé, en la presence dou roi, se il avoient bonne volenté de
requellier en lor ville le roi d'Engleterre conme vicaire à l'Empereur.
Il respondirent que nennil, et que, se il vosissent ou se il voloient
faire ce tretié, il ne fuissent point là venus; mais il remoustroient ce
au roi conme loial et bon François que il sont et voellent estre; et
aussi, se li cas cheoit que il fuissent oppresset des Englois et
Alemans, que il fuissent secouru et conforté des François. Li rois de
France lor ot en couvenant et bien lor tint, ensi que vous orés recorder
avant en l'istore.

Quant li signeur de l'Empire furent retourné deviers le roi d'Engleterre
qui pour ces jours se tenoit en la ville de Malignes, uns parlemens fu
convoqiés à estre là en la dite ville, de tous les signeurs qui
couvenance et aliance avoient au roi d'Engleterre. Et tout i vinrent, et
aussi Jaquèmes d'Artevelle ne s'i oublia point à estre, tant pour veoir
le roi d'Engleterre, que point il n'avoit encores veu par deçà la mer,
que pour sçavoir de l'ordenance des signeurs, ne quelle la conclusion
dou parlement se mit. Fos 43 vo et 44.


=§ 69.= P. 146, l. 5: En ce.--_Ms. d'Amiens_: Or vous parlerons dou roy
David d'Escoche et de son consseil coumment il se maintinrent en celle
meysme saison. Vous avés bien oy chy devant coumment li rois
d'Engleterre avoit tellement menet et ghueriiet Escoche et les Escos que
ars et perdut toutte le plainne Escoce et pris et saisi touttes les
fortrèces; et encoires les faisoit il de jour en jour gueriier. Et leur
portoit messires Guillaumez de Montagut, contez de Sallebrin, trop de
contrairez et de dammaige, et se tenoit en Haindebourcq. Et quant il
sentoit les Escos chevauchier, il assambloit chiaux des garnisons
environ, dont li Englès estoient signeur, et reboutoient trop durement
lez Escos. Si se tenoient li roys d'Escoce, li comtez de Moret, messires
Guillaummez de Douglas, messires Robers de Verssi, messires Simons
Fresiel, messires Alixandres de Ramessay et pluiseurs autrez ens ès
foriès de Gedours; et estoit leur souverainne garnison et resors, li
fors castiaux de Dubretan. Là estoit li roys d'Escoce ouniement et le
roynne d'Escoce sa femme avoecq lui.

Or seurent chil seigneur que li roys englès avoit defiiet le roy de
Franche et le volloit gueriier. Si eurent avis et consseil l'un par
l'autre que messires Guillaumes de Douglas, li comtez de Surlant[201] et
messire Robiers de Versi amenroient le roy leur seigneur en France
deviers le roy, et remousteroient le guerre que li Englès leur font; et
s'aloieroient à lui et li roys de Franche à yaux, parmy tant qu'il en
seroient aidiet et comfortet. Chilx conssaux fu tenus, nefs furent
appareillies. Et vinrent li roys d'Escoce et la roynne et li seigneur
dessus dit à Abredanne. Et là pourveirent il et cargièrent leurs
vaissiaus, et entrèrent en mer; et singlèrent tant, par l'ayde de Dieu
et dou vent, que il vinrent à l'Escluse. Mès point ne se nommèrent; ains
disent que il estoient pellerin, qui s'en alloient à Saint Jaquème de
Galisce, et marchans de Norvèghe avoecq yaux. Sur ce, il ne furent nient
plentet examinet. Ossi il ne descendirent point à terre, ains se
partirent, quant il se furent rafresqui, et la marée leur revint; et
singlèrent, et prisent le parfont, pour aller deviers Bouloingne[202].

  [201] _Ms. de Valenciennes_: le conte de Mouret. Fo 69 vo.

  [202] _Ms. de Valenciennes_: ou à Calaix. Fo 69 vo.

Ensi comme li Escochois nagoient par mer, uns vens d'amont si fors et si
ounis les prist et les bouta, volsissent ou non, à l'entrée de le
Tamisse, encontre Mergate en Engleterre; et ad ce dont estoient li
Normant et li Geneuois, waucrant par mer, à savoir se il trouverroient
nul Englès; et quant il virent les nefs escoçoisses, si furent tout
joiant, et quidièrent que ce fuissent nefs englesses. Si misent hors
leurs bannièrez et leurs pignons, et coummenchièrent à cachier forment
vers yaux. Et quant li Escot les virent, si furent tout esbahi, car il
quidièrent que ce fuissent Englès. Si ne seurent que dire, et n'y avoit
si hardi qui ne volsist estre en Jherusalem. Et demandèrent consseil li
ungs à l'autre qu'il feroient; car il n'estoient que quatre vaissiaux,
et il en veoient bien soissante et quinze. Si n'y avoit nulle parchon,
fors que d'iaux bien vendre. Lors s'armèrent il vistement et dissent que
il n'y aroit nul d'iaus qui jà se rendesist prisonniers, mais
du[re]roient tant que durer poroient; et enssi l'eut là li roys en
couvent. Lors se misent à l'ancre, car fuir ne leur valloit noiient; et
boutèrent hors, comme bonnes gens, les bannierrez d'Escoce et leurs
pignons.

Evous les Normans venus qui demandent quel gens. Che respondi messires
Guillaumes de Douglas: «Nous sommes Escochois et au roy d'Escoce; et
vous, qui estes, qui le demandéz?» Adonc vint avant messires Hue Kierés
et dist: «Et quelx gens estes vous d'Escoce? Noummés vous: autrement
vous estes tout mort, car nous mescreons que vous ne soiiés Englès.» Et
quant li seigneur d'Escoce oïrent ceste parolle, si furent auques
aseuret, car il congnurent bien, par le langaige et à leurs bannierres,
qu'il n'estoient mies Englès. Si disent: «Nous sommes telz et telz et li
roys meysmes, et en allons en France veoir le roy de Franche. Si nous
avés fait grant esmay, car nous quidions ores que vous fuissiés li
Englès, nostre ennemy.»

Et quant messires Hues Kierés et si compaignon entendirent et congnurent
qu'il disoient voir, si furent moult joyant, et les fissent desancrer;
et disent que il les conduiroient jusques à Calais ou à Bouloingne, car
il estoient leur amy, et saudoiier au roy de Franche. Lors se
desancrèrent et singlèrent tout enssamble, et vinrent ce soir ou havene
de Calais. Là ancrèrent li Escot, et li Normant non. Si entra li roys
d'Escoche en le ville de Callais et toutte se routte, et y fu rechupt à
joie, et s'i rafresci par deus jours; et au tierch, il s'en parti, et
prist le chemin pour venir à Tieruanne. Si passa à Tieruanne, Arras,
Bapaummes, Peronne en Vermendois; et fist tant par ses journées qu'il
vint à Paris, où il trouva le roy de Franche et grant fuison de dus, de
contes et de barons avoec lui, car il y avoit ung grant parlement. Pour
ce, y avoit estet faite ceste assamblée.

Moult fu li rois de le venue le roy David d'Escoce resjoys, et envoya
contre lui des barons et des chevaliers qui l'amenèrent au palais là où
li roys se tenoit adonc et li dist: «A bien viègne li rois d'Escoce et
toute sa compaignie pour l'amour de lui.» Li roys d'Escoce li respondi:
«Chiers sires, vostre bonne merchy.» Lors parlementèrent enssamble de
pluiseurs coses, et furent moult tost aquinté et privet l'un de l'autre.
Car li roys de France desiroit bien à avoir l'amour et l'aquintance de
lui, pour ce qu'il se veoit deffiiés dou roy d'Engleterre et le sentoit
dechà le mer en l'Empire, procurans et acquerans seigneurs et amis à
tous lés; et entendoit bien que il enteroit temprement en son royaumme.
Se li sambloit grans [con]fors, se li roys d'Escoce et li seigneur
d'Escoce qui marcissent à Engleterre, le volloient tellement aidier que
ensonniier les Englès et ardoir leur pays: se gherre en seroit plus
belle. Si offri et delivra li roys de France au roy d'Escoce
chastiaux[203] et argent, pour son estat parmaintenir, à celle fin que
il n'ewist nulle pès ne trieuwes ne respit au roy englès, fors que par
lui et par sa vollenté. Ensi li jura li roys d'Escoche, presens ducs,
comtes, prelas, barons et chevaliers. Se le retint li roys de Franche de
ses draps et son compaignon, et ses chevaliers de son hostel; et la
roynne de France, ensi la roynne d'Escoche, qui estoit soer germaine au
roy englès. Et leur fist li roys delivrer tout quant qu'il leur
besongnoit.

  [203] _Ms. de Valenchiennes_: forteresces sur marches. Fo 69 vo.

Et fu renvoyéz assés briefment apriès ce, de par ces deux rois, messires
Robiers de Versi, en Escoce. Chils y reporta les alianches comfremmées
et seelléez des roys dessus dis. De quoy li seigneur d'Escoce et tous li
pays fu moult joyant; et commencièrent à gueriier plus fort et plus
asprement que devant. Et quant li roys d'Engleterre le seut, si renvoya
l'evesque de Durem et le seigneur de Lussi et le seigneur de Moutbray;
et leur pria que il desissent au comte de Sallesebrin, au seigneur de
Persi, au seigneur de Noefville, au seigneur de Grisop, à messire
Edouwart de Bailloel, cappittainne de Bervich[204], que il
entendesissent bien à garder lez frontières contre les Escos et le pays
concquis. Chil seigneur dessus dit revinrent en Engleterre et
chevaucièrent deviers Iorch, pour faire ce que li roys leur avoit
enjoint. Fo 32.

  [204] _Ms. de Valenciennes_: Ewruich. Fo 70.

_Ms. de Rome_: Apriès ce que li rois d'Engleterre eust couru tout ou en
partie le roiaulme d'Escoce et pris et saisis dedens le pais pluisseurs
chastiaus et mis en garnisons pour guerriier le demorant, et que il se
fu partis de la chité de Bervich, laquelle il avoit conquis par lonch
siège, et que il l'ot rafresquie et ravitallie de gens d'armes et de
pourveances, et que il fu retrais en Engleterre, li rois David d'Escoce,
qui se tenoit en la chité d'Abredane et là sus la sauvage Escoce, demora
tous esbahis et considera que de sa poissance singulière il ne poroit
amender les damages que li Englois li avoient fais. Et jà avoit il
entendu, ensi que renonmée court et vole moult tos de pais en aultre,
que messires Robers d'Artois enortoit le roi d'Engleterre à calengier la
couronne de France, et li metoit en l'orelle par ses informations que li
roiaulmes de France li estoit devolus par la mort dou son chier oncle le
roi Carle darrain trespasset, et que Phelippes de Valois qui en tenoit
la possession, n'avoit pas juste cause à l'iretage de France, selonc ce
que messires Robers d'Artois disoit. Si n'estoit pas cose pour le roi
d'Engleterre et les Englois legière à esclarcir, car jamais li rois
Phelippes, pour lors paroles, demandes ne menaces, ne s'en delairoit dou
non tenir et remetre arrière; ne li per et baron de France, qui couronné
l'avoient et qui estoient si homme devenu, ne le soufferroient point. Li
rois d'Escoce, imaginans ces coses, pensoit bien que, ou temps à venir,
se li rois d'Engleterre voloit proceder en ces demandes, guerre
s'esmouveroit entre France et Engleterre: pour quoi, de li et de son
roiaulme, se bonnes aliances estoient faites entre les Escos et les
François, ils et ses pais en seroient grandement reconfortés; et aussi
ceste ordenance venroit bien à point au roi de France et as François,
car par le roiaulme d'Escoce poroient li François aisiement entrer en
Engleterre et faire lor gerre.

Sus ceste imagination, li rois d'Escoce, com jones que il fust, fist
asambler auquns prelas et barons d'Escoce et venir en Abredane, là où il
se tenoit et sa fenme; et lor remoustra, qant chil furent venu lesquels
il avoit mandés, moult sagement de point en point, les articles de ses
imaginations. Qant il l'eurent oï et entendu, euls, qui sont de nature
et ont esté tousjours plus enclins à estre François que Englois,
respondirent et dissent au roi: «Sire, à toutes vos paroles nous ne
veons que tout bien; car, ou cas que les Englois nous voellent
suspediter par la manière et fourme qu'il moustrent, il nous fault
pourveir à l'encontre de euls. Et creons proprement que Dieu vous a
envoiiet ceste inspiration pour nous oster dou dangier des Englois; car
jà n'avenra, pour retourner toute Escoce ce que desus est au desous, que
nous aions roi qui soit hommes au roi d'Engleterre, ne le tiengne à
signeur souverain, ne reliève de li; car la couronne d'Escoce et li
roiaulmes est de si noble condition que il est tenus de Dieu et de
l'Eglise saint Pierre. Si ne vous volons pas brisier vostre imagination
et pourpos de aler en France veoir le roi et les estas. Vous estes jones
et à venir. Si vous aquointerés des barons et chevaliers de France, et
euls de vous; et tousjours ferons nous, à nostre pooir, gerre as
Englois. Il ne tenront jà journée paisieuvlement, en ce pais, ce qu'il i
tiennent. Se nous l'avons perdu onques, nous le recouverrons, uns temps
venra. Onques nous ne pusmes amer les Englois, ne euls, nous; et ont
tousjours esté les terres en different, et les hommes, l'un contre
l'autre, très le premier temps que elles furent abitées.»

Moult fu pour ces jours li rois d'Escoce resjois, qant il vei ses hommes
concordans à son pourpos. Et ordonna ses besongnes au plus bellement et
quoiement qu'il peut; et fist au port de Morois en Escoce cargier et
apparillier ung vassiel de ce que besongnier lor pooit à lui et à sa
fenme et à lor estat. Et qant il furent tout prês, il vinrent là et
entrèrent dedens, ils et la roine et messires Guillaumes Douglas, neveus
au bon messire Guillaume. Et enmena avoecques lui vingt siis chevaliers
et esquiers, tout de son eage; et la roine aussi, des jones dames et
damoiselles d'Escoce. Et demorèrent ou pais pour le garder, messires
Arcebaus Douglas, messires Robers de Versi, messires Alixandres de
Ramesai et messires Simons Fressiel. Et nagièrent li rois et la roine
et lor compagnie, et orent vent à volenté, et costiièrent Frise et
Hollandes; et eslongièrent toutdis de Engleterre, dou plus qu'il porent.
Et s'en vinrent ferir ou havene de l'Escluse, et là issirent de lor
vassiel; et ne dissent pas que ce fust li rois d'Escoce ne la roine,
mais pelerins et pelerines qui aloient à Saint Mor des Fossés. Et ne
sejournèrent pas longement à l'Escluse, mais vinrent à Bruges et tout
par aigue; et furent là tant que lors chevaus furent amené, car il les
avoient esqipés avoecques euls en lor vassiel, tous ou en partie; et ce
que il lor besongna, tant de monteures que d'abis, il s'en pourveirent à
Bruges. Et puis si s'en departirent, et vinrent à Lille et de là à
Arras, et puis à Esclusiers et à Lihons en Santhers et à Roie et à Qanni
et à Reson, et puis à Crai et à Luserches, et là s'arestèrent. Et envoia
li rois d'Escoce deus de ses chevaliers, pour segnefiier sa venue au roi
de France, et pour sçavoir et veoir quel samblant li rois en feroit. Li
chevalier furent messires Guillaumes Douglas et messires David de
Lindesée; et s'en vinrent à Paris, et passèrent oultre jusques au bois
de Vicènes, car pour ces jours s'i tenoient li rois et la roine et li
dus de Normendie leur fils. Et trouvèrent des chevaliers dou roi qui les
requellièrent moult doucement, pour tant que il les veirent estrangiers;
et les menèrent deviers le roi, auquel il comptèrent tout l'afaire, et
conment li rois d'Escoce et la roine le venoient veoir, et avoient pris
ombre et escusance de venir à Saint Mor.

De ces nouvelles fu li rois de France trop grandement resjois; et dist
as chevaliers d'Escoce que il fuissent li bien venu, et que moult
volentiers les veroit et tenroit avoecques li. Li chevalier d'Escoce
disnèrent à l'ostel dou Bois. Et tantos apriès disner, il fist monter le
signeur de Montmorensi et le signeur de Garensières, et dist:
«Chevauchiés avoecques ces chevaliers d'Escoce, et alés à Luserces
querre le roi et la roine d'Escoce qui nous viennent veoir; et les
amenés ichi, sans entrer en Paris.» Li chevalier respondirent:
«Volentiers.» Si se departirent tout quatre dou Bois, et cevauchièrent
ensamble, et vinrent à Luserces. Et trouvèrent là le roi d'Escoce et
toute lor compagnie, laquelle n'estoit pas trop grande; et leur dissent
ce que li rois de France avoit ordonné. Sus les paroles des chevaliers
de France, li rois et la roine d'Escoce se partirent de Luserces et
cevauchièrent; et vinrent ce jour jesir à Saint Denis. Et à l'endemain,
devant la messe dou roi, il furent venu au Bois, et mené deviers le roi
et puis deviers la roine, qui grandement furent resjoi de lor venue. Là
furent les aquointances de ces deus rois et de ces deus roines moult
grandes. Et depuis, demorèrent en France, sus le point de neuf ans. Et
leur fist li rois delivrer la ville et le chastiel de Nemouses, pour
tenir lor estat. Et estoit ordonné de par le roi de France que, de mois
en mois, il auroient mille esqus et bien paiiés, pour paiier lors menus
frès. Et venoit à le fois li rois d'Escoce veoir le roi Phelippe, fust à
Paris ou aillours; et se tenoit dalés li trois ou quatre jours, et se
devisoient de lors besongnes. Et s'enamoura li rois de France dou roi
d'Escoce, et li rois d'Escoce de lui. Encores n'estoit il nulles
nouvelles en France que li rois d'Engleterre vosist renvoiier son
honmage au roi de France ne li desfiier, pour faire calenge de la
couronne de France. Fos 34 et 35.


=§ 70.= P. 148, l. 10: parlement.--_Ms. de Valenciennes_: l'Empereur. Fo
70 vo.

P. 148, l. 12: manda.--_Ms. d'Amiens_: et y fist venir la roynne et tout
son hostel. Fo 32 vo.

P. 149, l. 4: de Jullers.--_Ms. d'Amiens_: li ducs de Gerlez, li comtez
de Jullers et chil que li roys avoit envoiiés deviers l'Empereur. Fo 32
vo.

P. 149, l. 9: Saint Martin.--_Ms. d'Amiens_: en yvier, en Braibant. Fo
32 vo.

P. 149, l. 15: à Tret.--_Ms. d'Amiens_: Tret sur Meuse, où li Allemant
l'avoient adviset. Fo 32 vo.

P. 149, l. 18: à Herkes[205].--_Ms. de Rome_: En la ville de Malignes
vinrent biau cop de signeurs, pour tant que li rois d'Engleterre i
estoit. Or s'avisa li dus de Braibant, qui se voloit dissimuler de ces
besongnes, et ordonna et i trouva une cautelle nouvelle; et dist que li
parlemens ne se pooit tenir, pour celle fois, à Malignes ne à Trec. Se
euist il esté là moult bien, et pour l'aise des signeurs de l'Empire. Il
li fu demandé dou roi et dou conte de Gerles où il voloit donc que il se
tenist. Il respondi: à Herkes en Hasbain, qui sciet priès de son pais.
Fo 44.

  [205] _Ms. de Valenciennes_: Horles en le conté de Los. Fo 70 vo.

P. 149, l. 24: vinrent.--_Ms. de Rome_: Et vinrent là tout li signeur,
tant de l'Empire conme d'autre pais, qui aliance avoient au roi
d'Engleterre, et pluisseur de la conté de Hainnau qui n'i avoient que
faire, fors que pour veoir l'estat. Fo 44.

P. 149, l. 27: plainne de signeurs.--_Ms. de Rome_: et se logièrent
moult de signeurs à nu chiel, ou desous fuellies, et contre les haies et
les buissons et ens ès jardins au dehors de la ville. Fo 44.

P. 149, l. 29: halle.--_Ms. de Valenciennes_: grande vielle halle. Fo 70
vo.

P. 150, l. 1: cinq piés.--_Ms. d'Amiens_: plus hauls ung piet que nuls
dez autres. Fo 32 vo.

P. 150, l. 29: li signeur.--_Ms. de Rome_: en aucgmentacion de title et
de nom le conte de Gerles fu transmués en duc, et li marquis de Jullers
en conte, et puis grant temps apriès fu il nonmés dus de Jullers. Donc
descendi li dis rois d'Engleterre, nonmés vicaires à l'Empereour. Et
aussi fissent tout li signeur, et issirent de la halle; et vinrent en
une aultre place moult grande, laquelle on avoit apparillie pour euls,
et là disnèrent ensamble. Et fu ordonné que de là on se departiroit
casquns en son lieu; et, cel ivier passet, sus l'estet, qant li vicaires
de l'Empereour semondroit ses honmes, tout se remeteroient ensamble et
le venroient servir, et iroient partout où il les menroit. Fo 44.

P. 150, l. 30: creantèrent.--_Ms. de Valenciennes_: là où ilz se
trairoient à l'esté pour guerroier. Fo 70 vo.


=§ 71.= P. 151, l. 5: à Louvaing.--_Ms. d'Amiens_: Adonc s'en revint li
roys englès à Louvaing dalés le roynne se femme; et se tint là tout
l'ivier, et à grant fret; et se faisoit partout appeller vicaire de
l'Empereur. Et manda au comte de Haynnau que ses pays li fuist ouvers et
appareilliés, pour recepvoir lui et ses gens, et passer parmy comme
vicairez de l'Empire. Li comtez, qui bien volloit obeir à l'Empereur si
avant que tenus y estoit, et garder ossi sen honneur au roy de Franche,
respondi qu'il en aroit avis. Si mist en Mons en Haynnau ung grant
parlement enssamble des barons et des chevaliers et des hommes de se
terre. Et fu trouvet que il ne pooit contredire à l'Empereur, ne à son
vicaire, que[206] il ne le servesist et ouvresist se pays, pour lui et
ses gens recevoir. Et enssi le raportèrent au roy d'Engleterre chil qui
par lui chargiet en estoient, liquelx roys en fu tous joians et se tint
à Louvaing, ensi que je vous ay dit, toudis acquerans amis en l'Empire.
Fo 32 vo.

  [206] _Ms. de Valenciennes_: qu'il ne meffesist. Fo 71.

P. 151, l. 6: venue.--_Ms. de Rome_: Si se departirent chil signeur et
prissent congiet au roi d'Engleterre, et li rois à euls, sus l'estat et
ordenance que de retourner à l'estet. Et vint li rois d'Engleterre à
Louvaing et se loga ou chastiel, car li dus son cousin li presta. Et
manda li dis rois d'Engleterre la roine Phelippe sa fenme en Engleterre,
laquelle fu moult resjoie de ces nouvelles; et se apparilla dou plus tos
conme elle pot. Et se mist en la mer, et monta ens son vassiel au palais
de Wesmoustier, et tout chil et toutes celles qui de sa route furent. Et
estoit la roine bien acompagnie de dames et de damoiselles d'Engleterre,
de chevaliers et d'esquiers. Et nagièrent tant li maronnier, à l'aide de
Dieu et dou vent, que il vinrent en Anwiers; et là issirent des
vassiaus, et se missent en la ville. Si fu la roine requelloite moult
honourablement de ceuls de la ville.

Les nouvelles s'espardirent tantos sus le pais que la roine d'Engleterre
estoit venue. Si vinrent contre li, et pour acompagnier et amener à
Louvaing deviers le roi, pluisseurs barons et chevaliers d'Engleterre
qui estoient espars sus le pais de Braibant; et entra la roine en
Louvaing à plus de deus mille chevaus. Se vint li rois contre li et le
rechut liement. Si furent moult belles et moult amoureuses les
aquintances dou roi et de la roine; et se logièrent ou chastiel de
Louvaing tout cel ivier, et tinrent lor estat. Assés tos apriès ce que
la roine fu venue à Louvaing, le vinrent veoir li jones contes
Guillaumes de Hainnau son frère, et la jone contesse sa fenme. Et aussi
fist madame de Valois sa mère, car elle l'amoit de tout son coer plus
tenrement que nulles de ses filles. Si fu la roine visetée des
chevaliers et des dames de Hainnau et de Braibant; et elle qui estoit
pourveue toute sus, les requelloit liement et doucement, et les
remercioit de lor bonne visitation. Vous devés sçavoir et croire
legierement que li rois d'Engleterre gissoit à grans frès et as grans
coustages deça la mer; car il tenoit plus de deus mille chevaliers et
esquiers, et environ huit mille archiers. Et tous les mois estoient
paiiet de lors gages, sans les grans coustages et frès qui li venoient
de costé, à tenir ces signeurs d'Alemagne à amour, car il n'en fesissent
riens, ne pour linage ne aultrement, se li denier n'alaissent toutdis
devant. Fo 44 vo.

P. 151, l. 13: de Cranehen.--_Ms. B 6_: Le roy d'Engleterre gisoit en
la ville d'Anvers à grant frait et y fu plus d'un an, car le duc de
Brabant son cousin le deffreoit che qu'il povoit, et nooit entre deus
yawe, car il donnoit à entendre bien souvent au roy d'Engleterre qu'il
luy aideroit, et au roy de France que jà ne seroit fors que bon
Franchois. Et pour luy escuser et tenir en amour le roy de Franche, il
envoia en Franche ung sien chevalier, le plus secret qu'il euist,
messire Loys de Granchon, et l'ordonna là demourer et estre tous quoy
delés le roy de Franche: lequel chevalier s'en aquita lealment. Car,
quant il venoit nouvelles en la court, et le roy Phelippes estoit
enfourmés que le duc de Braibant son cousin estoit à tous les parlemens
du roy d'Engleterre, et qu'il volloit soustenir la querelle du roy
d'Engleterre, le dit chevalier Loys l'escusoit et aloit au devant et
disoit: «Ha! chier sire et nobles roy, ne creés nulles parolles, car le
duc de Brabant vous est leal, car jà ne sera Englès, quel samblant que
il moustre au roy d'Engleterre. Et se il se tient delez luy, c'est pour
brisier son opinion; et se luy est sy proçain de sanc et de linage qu'il
couvient à le fois que il luy faiche compaignie.» Fo 95 et 96.

_Ms. de Rome_: Renonmée couroit en Flandres et ailleurs, quoique li dus
Jehans de Braibant fust cousins germains au roi d'Engleterre, si se
faindoit ils de li aidier, ensi que faire deuist, et estoit moult pesans
à esmouvoir. Et disoient auqunez gens que les secrès de ces parlemens
estoient par lui sceu en France, car il avoit un sien chevalier le plus
secré de tous les aultres et que le plus il amoit, lequel on nonmoit
messire Lois de Cranehen, envoiiet à Paris, et là se tenoit tous quois
dalés le roi et les signeurs. Et estoit li dis messires Loys cargiés de
par le duc, que de li esquser au roi de toute[s] informations senestres
qui poroient venir. Et grandement bien s'en aquita li chevaliers. Et
tous les jours venoient lettres et nouvelles dou duch de Braibant au
chevalier, par quoi il sçavoit tous les secrès qui se faisoient en
Braibant.....

Encores se dissimuloit ce qu'il pooit li dus de Braibant, quel amour ne
compagnie que il fesist ne moustrast au roi d'Engleterre son cousin. Et
faisoit tout quoi tenir son chevalier, messire Lois de Cranehen, à
Paris, dalés le roi, qui tousjours esqusoit le duch de toutes
imformations senestres qui venoient en la presence dou roi, et disoit au
roi: «Sire, n'en creez riens, car monsigneur de Braibant, quel samblant
que il moustre ne face à son cousin le roi d'Engleterre, ne vous fera
jà guerre pour lui.» Et li rois de France le creoit, et crei tant que on
en vei tout le contraire. De quoi li dis chevaliers prist si très grande
merancolie, qant li rois Phelippes li dist que il estoit mençonnables,
et li dus de Braibant ses mestres aussi, que il en morut d'anoi; ne
onques depuis ne retourna en Braibant. Fo 44 ro et vo.


=§ 72.= P. 152, l. 10: à Vilvort.--_Ms. d'Amiens_: Or revenons au roy
d'Engleterre, qui très grant desir avoit que li saisons venist que il
pewist faire se emprise. Et se tenoit à Louvaing, et parloit souvent de
son voiaige au duc de Braibant son cousin, au duc de Guerles son
serourge, au comte de Jullers et à monseigneur Jehan de Haynnau, qui le
visetoient. Et quant li estés fu venus, li Pasques et li Pentecouste
passée et li Sains Jehans Baptiste ossi, et li aoust aprocha, il s'en
vint à Vilvort et se loga en la ville. Et là s'asambloient li Englès,
qui le mer avoient rappasset; et se logoient en le ville, qui logier s'i
pooient, ou ens ès marès sour le rivierre. Fo 33.

_Ms. de Rome_: Li rois d'Engleterre, toute celle saison, petit à petit,
fist par deçà la mer et par de delà apparillier ses pourveances. Et qant
la Pentecouste fu passée, il se departi de Louvaing; et laissa là la
roine sa fenme. Et s'en vint logier à Villevort, à une lieue priès de
Brousselles; et remanda toutes ses gens, qui estoient espars en Hainnau
et en Braibant. Et là furent tendu, en ces biaus prés qui sont grant et
large, au lonc de la rivière, tentes, trefs, auqubes et pavillons, et
toutes ordenances de logeis. Et escripsi deviers ces signeurs
d'Alemagne; et leur manda conme vicaires de l'Empire, et les semonst,
sus lors fois, que tout venissent. Chil signeur s'ordonnoient tout par
grant loisir, et ne se delivroient point ensi que li rois d'Engleterre
vosist; et prendoient piet sus le duch de Braibant. Et de ces detriances
li rois d'Engleterre estoit tous merancolieus, et couvenoit que il
portast ce dangier. Fos 44 vo et 45.

P. 152, l. 19: s'attendoient.--_Ms. d'Amiens_: Lors manda il
estroitement à tous ces seigneurs d'Allemaigne que il venissent et
avalaissent, ensi que juret et proummis li avoient; et il li remandèrent
que il estoient tout appareilliet, mès que li dus de Braibant
s'esmeuist. Encorrez detria li dus de Braibant, de le Madelainne à li
mouvoir jusque en septenbre; et avoit renvoiiet en France monseigneur
Loeys de Cranehen, le plus secret chevalier qu'il ewist, liquelz
chevaliers escuzoit toudis le duc de Braibant envers le roy contre
touttes imfourmations qui pooient venir. Nonobstant ce, si faisoit li
dus de Braibant son mandement, et retenoit chevaliers et escuiers là où
il les pooit avoir. Et le detriance qu'il y metoit, elle estoit assés
raisonnable, car il veist vollentiers que entre ces deux roys aucuns
bons tretiés d'acort se fust fais, ainchois que gherre ne arsins s'en
fust esmeus ne commenchiés. Et bien disoit que, se li comtez Guillaummes
de Haynnau, qui nouvellement estoit trespassés, vesquesist, il les ewist
appaisiéz et mis à acord. Et se li estoient chil doy roy si prochain que
à envis s'en mesloit et à envis s'en demoroit; mès il s'estoit jà si
avant acouvenenchiéz que par honneur il ne pooit reculler. Ossi li plus
grant partie de tous ses chevaliers estoient en coer Englès, qui bien
avanchoient et aidoient le roy englès en ses besoingnes. Fo 33.

P. 152, l. 29: seize cens.--_Mss. A 11 à 14_: dix huit cens. Fo
38.--_Ms. B 6_: deux mille. Fo 104.

P. 152, l. 31: dix mille.--_Ms. d'Amiens_: huit mille. Fo 33.--_Ms. B
6_: quatre mille. Fo 104.

P. 153, l. 9: les passages.--_Mss. A 11 à 14_: contre les Anglois qu'ilz
n'apassassent d'Angleterre par deça la mer pour venir en France. Fo 38.

P. 153, l. 13: France.--_Mss. A 11 à 14_: avecques ses aliez
d'Allemaingne. Fo 38.


=§ 73.= P. 153, l. 16: Quant cil signeur.--_Ms. de Rome_: Bien sentoient
et congnissoient li signeur d'Alemagne que li dus de Braibant se
dissimuloit et se portoit de ces besongnes assés froidement. Et se
savoient bien li pluisseur que il avoit envoiiet son chevalier, mesire
Lois de Cranehen, à Paris, deviers le roi de France, et le faisoit là
tenir tout quoi, pour li escuser de toutes informations senestres qui
pooient venir. Nequedent, toutes ces coses misses avant, il se
departirent de lors lieus, qant il orent pourveu lors gens; et s'en
vinrent à Villevort deviers le roi d'Engleterre et vicaire à
l'Empereour. Et ensi que il venoient, il se logoient sus celles belles
praieries qui sont entre Brouselles et Villevort; et s'estendoient lors
logeis et comprendoient bien avant joindant Brouselles. Et vinrent tout
premierement li dus de Gerlles, serouges dou dit roi, li contes de
Jullers, li contes des Mons, li contes de Saumes en Saumois, li
archevesques de Coulongne et messires Gallerans ses frères, li sires de
Fauquemont, messires Ernouls de Baquehen, et pluisseur chevalier et tout
ruste d'Alemagne. Messires Jehans de Hainnau estoit tous jours dalés le
roi et son consel.

Qant il furent venu, li rois d'Engleterre lor requist que il vosissent
escrire et seeler avoecques lui lettres de desfiances à Phelippe de
Valois, qui se nonmoit rois de France. Chil signeur d'Alemagne
respondirent generaument que il estoient tout prest, mais que li dus de
Braibant vosist ce faire; et bien apertenoit que il le fesist, car il
estoit li plus proçains de sanc et de linage qui fust là au roi
d'Engleterre. Adonc requist li rois d'Engleterre au duch de Braibant,
par honmage et par linage, que il vosist seeler. Li dus de Braibant fu
consilliés de respondre: si respondi et dist que point pour l'eure il ne
escriroit ne seeleroit nulles desfiances avoecques euls, et pas ne
s'escusoit que il ne le deuist faire; mais ce que fait en seroit, il le
feroit de soi meismes, sans nului mettre en sa lettre.

Donc regarda li rois d'Engleterre sus les signeurs d'Alemagne, et leur
dist: «Biau signeur, je me tieng assés contens de ce que mon cousin de
Braibant en fera. Nous sonmes en son pais; et qant nous serons dehors,
il auera mieuls cause de escrire et seeler les desfiances que il n'ait
presentement. Si vous pri chierement que vous ne vos voelliés pas
arester sus ce, et seelés avoecques moi.» Il regardèrent tout l'un
l'autre. Donc dist li dus de Gerlles: «Contes de Jullers, et vous,
contes des Mons, biaus cousins, nous i metons trop de detris sans
raison: il le nous fault faire, et à ce nous sonmes aloiiet et obligiet
de trop grant temps.» Donc respondirent li Alemant tout de une vois:
«Dus de Gerles, vous dittes verité.»

Là fu conclu et acordé que tout seeleroient avoecques le roi
d'Engleterre les desfiances à Phelippe de Valois, ensi que il fissent.
Li rois d'Engleterre en chief escripsi et seela, pour lui et pour tous
ses tenaules d'Engleterre; et puis seelèrent tout li aultre, reservé le
duch de Braibant. Chils volt faire son fait à par lui. Les desfiances
escriptes et seelées, li evesques de Lincole fu cargiés de la porter et
faire le message. Il l'emprist avoecques un hiraut d'Engleterre, liquels
cevauça tout devant pour impetrer un sauf conduit pour le dit evesque
alant et retournant, et l'atendi à Valenchiennes. Li hiraus qui chevauça
devant, esploita si bien que il ot le sauf conduit pour l'evesque de
Lincolle et toute sa famille alans et retournans, et l'aporta à
Valenchiennes là où li evesques l'atendoit.

Qant li dis evesques l'ot, il se departi de Valenchiennes et vint au
Chastiel en Cambresis et puis à Saint Quentin et à Hem et puis à Noion;
et fist tant par ses journées que il vint à Paris et se loga au Chastiel
Festu, en la rue dou Tiroi, derrière les Innocens. Pour ces jours,
estoit li rois Phelippes à l'ostel c'on dist de Neelle, oultre la
rivière de Sainne. Et là ala li evesques de Lincolle faire son message
et parla au roi, car on li fist voie, et li rois le volt veoir et oïr.
Si mist les desfiances avant: adonc regarda li rois la lettre et les
seauls qui i pendoient. Si fist dire à l'evesque que il pooit bien
partir qant il voloit, car il se tenoit pour tous desfiiés. Et aussi li
evesques de Lincole, pour plus deuement faire les desfiances, avoit
rendu au roi de France, avant ce que il moustrast ses lettres, l'onmage
tout entier et tel que il le tenoit de li, et li rois l'avoit repris.
C'estoit la conté de Pontieu, et en Giane auqunes terres, qui
s'estendent entre la rivière de la Dourdonne et la Geronde; car ce qui
est par de delà, les rois d'Engleterre ont tous jours tenu quitement et
liegement, et ensi conme l'iretage d'Engleterre.

Qant li evesques de Lincole ot fait ce pour quoi il estoit venus, il se
departi et retourna arrière. Et tantos li rois Phelippes envoia saisir
la conté de Pontieu et la conté de Monstruel et toutes les terres que li
rois d'Engleterre avoit relevé de la couronne de France, et qu'il tenoit
au jour que les desfiances vinrent. Et transmuèrent li officiier, qui
conmis i furent de par le roi, tous officiiers, et i remissent aultres
selonch les ordenances des lieus; mais il ne tint pas longement la conté
de Pontieu, qant il le donna à mesire Jaquème de Bourbon, un sien cousin
moult proçain, et liquels estoit issus, et li dus Pières de Bourbon, ses
frères, de la droite coste dou roi saint Lois de France. Et ne tenoit
pas li dis messires Jaquèmes de Bourbon, au jour que li rois li donna la
conté de Pontieu, trop grant terre, et pour ce li augmenta il son
hiretage; et bien l'emploia, car li gentils chevaliers fu ausi pourveus
de nobles conditions que nuls chevaliers peut estre. Or se tint li rois
Phelippes pour desfiés dou roi d'Engleterre et des conjoins et aliers
avoecques li en celle gerre. Fo 45.

P. 154, l. 8: Jehan de Braibant.--_Ms. B 6_: Quant toutes ces choses
furent faites et du consail et consentement de l'Empereur, et osy des
aliés qui là estoient presens et qui tout y furent appellés; alors le
roy d'Engleterre prist congiet et s'en retourna arière en la ville
d'Anvers où madamme sa femme estoit encore. De là eult de rechief à sa
revenue ung grant parlement, et nus ne s'y oublia de y venir. Et Jaques
de Hartevelle, qui soustenoit grandement le partie du roy d'Engleterre,
là y fu, le duc de Brabant, le conte de Haynau, messire Jehan de Haynau,
le duc de Gueldre, le conte de Jullers, le sire de Fauquemont et tout ly
alliés. Et là remoustra le roy d'Engleterre ses lettres et tout che que
il avoit enpietré devers l'Empereur. Et requist le dit roy à tous ses
seigneurs que il le volsissent servir, ensy que ses lettres contenoient.

Là n'en y eult nul qui se peuist escuser ne volsist, fors le duc de
Brabant: mais encore canchela il ung petit et dist: «Sire, nous serons
tous aparellié pour aller là où il vous plaira en l'Empire au
commandement de l'Empereur, mais només où vous vollés aller?» Et dit le
roy de Engleterre: «Devant la cité de Cambray, car elle est de l'Empire,
dont elle deuist obeir à l'Empereur; et elle est contraire et obeist au
roy de France. Et là vous voel jou là mener, et le conquerrons, sy plest
à Dieu, se nous poons.» Che fu bien l'acort de tous. Lors respondy le
duc de Brabant et dist encores, qui envis se tournoit Englès et envis le
laissoit; mais il avoit là parlet et agambé sy avant que il ne povoit
reculler, et avoit tant recheu d'or et d'argent du roy d'Engleterre que
il ne s'en povoit escuser; lor dist: «Chier cousin, puis que ensy est
que là vous nous vollés mener, sy deffiiés le roy de France bien
hastivement et vous traiés celle part. Et sy trestost que je saray que
vous serés devant Cambray, je vous y v[e]nray servir à douze cens
lanches.» Le roy d'Engleterre, qui veist vollentiers que ses besoingnes
fuissent avanchies, dist: «Je le feray vollentiers.»

Ensy se departy le parlement sur cest estat. Et s'en vint adonc le dit
roy à Brouselles, avec le duc son cousin, où il fu recheus joieusement.
Et s'acointa sy bien de Brusselois et des chevaliers et escuiers de
Brabant que tout se mirent à son commandement, mais que leur syre le
volsist. Quant le roy d'Engleterre eult là esté bien ung mois, il s'en
departy et s'en retourna vers Gant, sur cel estat que pour esmouvoir ses
gens et pour aller avant et venir devant Cambray, ensy que l'ordonnanche
portoit. Lui venu à Gant, il y trouva la royne sa femme, en l'abeie de
Saint Pière, que jà y estoit venue, et là tinrent leur ostel. Sy estoit
souvent vissetés de Jaques de Hartevelle et des bourgois de Gant, et
madame la royne des bourgoises.

En che temps, envoia deffiier le roy d'Engleterre le roy de France par
l'evesque de Lincelle, qui fist bien son messaige en la ville de Paris,
et fist que le roy de Franche se tint bien pour deffiiet. Et retourna
arière à Gant vers le roy son seigneur, qui le vey vollentiers, et ly
demanda au retour quel samblant le roy Phelippe avoit dit ne fait.
«Certes, dist l'evesque, il n'en fist que rire, et dist que vous avés
songiet que cuidiés estre roy de Franche.» Fos 99 à 102.

P. 154, l. 17: à Malignes.--_Ms. B 6_: Or reviens au roy d'Engleterre
qui se tenoit en la ville de Gant. Osy tost que il eult deffiiet le roy
Phelippe, et que le roy Phelippe se tint pour deffiiet, et qu'il eult
fait saysir le conté de Poitau par son connestable et le conte de
Ghines, le dit roy d'Engleterre cuida tantost partir et venir devant
Cambray; mais il n'eut mie ses gens sy tost prest, espesialment le duc
de Brabant, et detria les Allemans à venir de le Saint Jehan Baptiste
jusques en my aoust et plus avant. En che detriement, fist ung grant
envaisement mesire Gautier de Mauny, car il se party de Gant du roy
d'Engleterre.... Fos 102 et 103.

P. 154, l. 19: Gautiers de Mauni.--_Ms. d'Amiens_: qui avoecquez le roy
d'Engleterre estoit apassés le mer par dechà et qui en Anwiers se
tenoit. Fo 31 vo.--_Ms. de Rome_: uns bacelers et chevaliers de la conté
de Hainnau et tousjours vrais et loiaus Englois. Fo 45 vo.

P. 154, l. 20: fu deffiiés.--_Ms. de Valenciennes_: Or estoit le roy
d'Engleterre revenus en Ampvers. Si vint messire Gautier de Maugny
devant le roy; et prist congié de luy et aucuns compaignons, d'aler
faire aucune appertise. Fo 69.--_Ms. de Rome_: le roi d'Engleterre et
ses hoos estans à Villevort. Fo 45 vo.

P. 154, l. 23: quarante.--_Ms. d'Amiens_: environ soixante. Fo 31 vo.

P. 154, l. 23 et 24: compagnons.--_Ms. de Rome_: hainnuiers et englois.
Fo 45 vo.

P. 154, l. 26: Blaton.--_Ms. d'Amiens_: dallés Condet sus Escaut. Fo 31
vo.--_Ms. de Rome_: et se boutèrent ens ès bos de Blaton. Li gentils
chevaliers avoit voé en Engleterre, oant dames et signeurs, et dit ensi:
«Se la guerre s'esmuet entre le roi d'Engleterre, mon signeur, et
Phelippe de Valois qui se dist rois de Franche, je serai li premiers qui
s'en armera et qui prendera chastiel ou ville sus le roiaume de France.»
Et de ce veu point il n'en defalli, car il s'en vint de nuit bouter ens
ès bois de Wières, moult priès de Mortagne. Fo 45 vo.

P. 155, l. 7: levant.--_Ms. B 6_: à Mortaigne sus l'Escaut, à quatre
lieues de Tournay. Fo 103.

P. 155, l. 8: à Mortagne.--_Ms. de Rome_: La ville de Mortagne sus la
rivière d'Escaut, quoi que elle soit moult priès gardée, pour ce jour fu
en très grande aventure de estre prise, car messires Gautiers de Mauni
et sa route vint sus l'ajournée si priès que il se boutèrent en enbusqe
ens ès haies et buissons dalés Mortagne. Et orent pourveu cotes et abis
de fenmes, les quelles il prissent en un village sus lor cemin, et grans
cretins plas, là où ces fenmes qui vont au marchiet mettent bures, oefs
et froumages. Et abituèrent quatre de lors honmes de l'abit de ces
fenmes et loiièrent entours lors testes belles blances loiures de
toille; et prissent ces cretins couvers de blances napes, et moustroient
que elles venissent au marchiet vendre lors bures et froumages. Et
vinrent sus l'eure de solel levant à la porte, et la trouvèrent close et
le guichet entre ouvert, et un homme qui le gardoit; et quida
veritablement que ce fuissent fenmes d'un village là priès, qui
venissent au marchiet, et ouvri le guichet tout arrière, pour elles
entrer et lors cretins. Qant chil honme en abit de fenmes furent dedens,
il se saisirent dou portier et traissent lons coutiaus que il portoient
desous lors gonnes, et li dissent: «Se tu sonnes mot, tu seras mors.»
L'ome fu moult effraé et doubta la mort, et se tint tous quois dalés
euls.

Evous messire Gautier de Mauni venu et ses compagnons, qui les
poursievoient de lonch; et avoient laissiet lors chevaus, en haies et en
buissons, assés priès de Mortagne, en la garde de lors varlès. Et
veirent que lor compagnon estoient signeur de la porte; si se hastèrent
dou plus qu'il porent, et entrèrent dedens le guichet tout à lor aise.
Et s'en vinrent deviers la tour et le dongnon, et le quidièrent trouver
mal gardée; mais non fissent, car elle estoit fremée. Adonc se tinrent
euls tout quoi, et veirent bien que il avoient fali à leur entente, et
que la ville, sans le chastiel, ne lor valloit noient à tenir. Si se
retraissent tout le pas là par où il estoient venu, et ne portèrent
aultre damage à la ville de Mortagne que il boutèrent le feu en deus ou
trois maisons; et puis issirent et montèrent sus leurs chevaus, et se
departirent sans aultre cose faire. Moult de gens de la ville de
Mortagne estoient encores en lors lis, et ne sceurent riens de celle
aventure. Fos 45 vo et 46.

P. 155, l. 8: guicet.--_Ms. de Valenciennes_: le wiquet de la porte
ouvert. Si rompirent le flaiel, et en furent maistre. Fo 69.

P. 155, l. 26: bouter le feu.--_Ms. d'Amiens_: affin que il souvenist
chiaux de le ville que il y avoit estet, et que une autre fois il
fuissent plus songneux de garder leur ville. Fo 31 vo.

P. 156, l. 12: Thun l'Evesque.--_Ms. d'Amiens_: Dont se parti messires
Gautiers et toutte se routte, et vint passer l'Escault et le Haynne à
Condet; et cevaucha encorres plus avant deviers Cambresis, ensi comme
vous orés. Encorres ne se doubtoit on de riens, ens ou pays de
Cambresis. Bien supposoit li evesques de Cambrai que li roys
d'Engleterre feroit en France se premier voiaige par là; mais il leur
estoit encorrez si lontains que ses pays n'en estoit de riens effraés ne
pourveus. Or chevaucha li sires de Mauni en celle entente que pour faire
y aucune envaye, car bien savoit que li pays de Cambresis estoit et
seroit ennemis à yaux. Touttesfois en ceste chevauchie, il s'avisa que
il envoieroit deffiier souffissamment l'evesque de Cambray, afin que il
ne fuist repris de villain fet. Li evesques n'en fist nul compte, car il
ne le cuidoit mie si priès de lui qu'il estoit. Ossi chilz qui porta les
deffianches ne li dist mies. Si chevauça li sirez de Mauni, à le
couverte, deseure Valenchiennes; et vint à Denaing où il disna, car
l'abesse estoit sa cousinne. Et vint à Bouchain et passa là l'Escaut, et
ne dist mies à chiaux de Bouchain quel cose il volloit faire; et vint
une matinée si à point à Thun l'Evesque, ung castiel seant sour
l'Escaut, qui se tient de Cambresis, que de venue, parmy l'ayde de ses
gens, il prist le pont, le porte et le castiel et le castelain dedens.
Fo 31 vo.

_Ms. de Rome_: Messires Gautiers de Mauni, pour acomplir son emprise, il
et si compagnon, chevaucièrent et rentrèrent en Hainnau; et passèrent
l'Escaut à un ponton au desous de Condet. Et vinrent ce jour disner en
l'abeie de Vicongne; et là rafresqirent lors chevaus, et s'i tinrent
jusques à la nuit. Encores n'estoit li pais de riens effraés. Et
montèrent sus lors cevaus à la vesprée, et cevauchièrent amont; et
passèrent les bois de Walers, et entrèrent en Ostrevant. Et avoient
gides qui les menoient; et vinrent, entre Douai et Cambrai, passer la
rivière de la Sensée, qui rentre en l'Escaut à Bouchain. Et
cevauchièrent tant que, sus l'eure de solel levant, il vinrent à un
chastiel, que on dist Thun l'Evesque, seant sus la rivière d'Escaut; et
si à point que les mesnies dou dit chastiel mettoient hors le bestail,
pour pasturer ens ès prées qui sont priès de là, et encores estoit li
chastellains en son lit. Fo 46.

P. 156, l. 19: Gilles.--_Ms. de Valenciennes_: Willame. Fo 69.

P. 156, l. 21: destourbiers.--_Mss. A 11 à 14_: Et faisoit ses courses,
trois ou quatre fois la sepmaine, jusques devant la bonne cité de
Cambray; et venoit escarmouchier jusques aux barrières, où il faisoit
moult grandes et belles appertises d'armes. Fo 39.--_Ms. d'Amiens_: Or
furent chil de Cambray courouchiet et especialment li evesques; et manda
au roy de Franche le fet, et coumment ses castiaus li estoit tolus et
emblés. Si en fu li roys courouchiés, et bien y eut cause. Fo 31 vo.

P. 156, l. 24 et 25: en Braibant.--_Ms. B 6_: Et puis s'en retourna le
dit Gautier à Gant devers le roy son seigneur, qui le vey vollentier et
qui jà avoit oit parler de ses adventures: se luy en savoit bon gré, et
le tenoit pour ung des plus aventureus de son ostel et vaillans. Fo 104.

P. 156, l. 25: le roy englès.--_Ms. d'Amiens_: qui encorres estoit en
Anwiers. Fo 31.

P. 156, l. 26: à Malignes.--_Ms. de Rome_: et i avoit un parlement. Fo
46.


=§ 74.= P. 157, l. 8: et envoia.--_Ms. d'Amiens_: Si y envoya grans
pourveanches de gens d'armes pour le garder et deffendre contre tous
venans, premiers monseigneur Loeys de Savoie, monseigneur le Galois de
le Baume, le seigneur de Groulée, le seigneur de Biaugeu, messire
[Mille][207] de Noyers; le seigneur de Saint Venant, le seigneur
d'Aubegny, le seigneur de Basentun et le seigneur de Roye, et avoecq
cheux bonne bachelerie et grant fuison de Geneuois et d'autres
saudoiiers. Chil y fissent tous vivres d'environ amener et akariier, et
emplir les greniers de bleds et d'avainnes. Et fisent chil seigneur
entierer trois des portes de Cambray, qui point n'estoient necessaires à
l'ouvrir. Encorres envoya li roys de France au Castel en Cambresis
messire Thieubaut de Moreil, le marescal de Mirepois et le seigneur de
Rainneval. Et fist li roys bien garnir Bohaing, le Male Maison,
Crievecoer, Aloes et Oizi en Cambresis; et fist son mandement par tout
le royaumme de Franche à estre à Peronne en Vermendois, à Bapaummes[208]
et à Arras. Fo 33.

  [207] _Ms. de Valenciennes_, fo 72 vo.--_Ms. d'Amiens_: Gille.

  [208] _Ms. de Valenciennes_: Compiengne. Fo 72 vo.

P. 157, l. 11: de Roie.--Le _ms. B 6 ajoute_: le sire de Neufchastel,...
le sire de Coucy, le sire de Raineval. Fo 102.

P. 157, l. 12: deux cens.--_Ms. B 6_: cinq cens. Fo 102.

P. 157, l. 15: manda.--_Ms. B 6_: Or avint que, quant le roy Phelippe se
vit deffiiet du roy d'Engleterre, il n'en fist mie grant conte. Et fist
coppiier tantost les lettres de deffianche, et les envoya par tout les
hauls seigneurs qu'il pensoit avoir à ende et confort, est à savoir
devers le roy de Behaigne, l'evesque de Liège, le duc de Loraine, le
conte de Bar et ensy deviers les autres. Fo 102.


=§ 75.= P. 158, l. 26: Li rois.--_Ms. de Rome_: Li rois d'Engleterre
estoit venus à Malignes à un parlement qui là se tint, car li Alemant,
qui le roi d'Engleterre voloient servir, et qui deffiet avoient le roi
de France, s'esmervilloient grandement entre euls, de ce que li dus de
Braibant ne se apparilloit aultrement pour aidier son cousin germain, le
roi d'Engleterre. Et fu là dit, aresté et consellié que tout se
departiroient de Villevort, où logiet il estoient, et cemineroient
oultre et passeroient parmi Hainnau. Tout ce ne pooit deveer li contes
de Hainnau: puis que il en estoit requis dou vicaire à l'Empereour, il
couvenoit que il fust en obeissance. Et fu remoustré au roi d'Engleterre
que il s'adreceroit parmi Brousselles et iroit parler au duch son
cousin, puis que il n'estoit venus au parlement à Malignes, et li
remousteroit ces desfautes et aultres, desquelles on estoit tout
esmervilliet.

Ensi se conclut li parlemens. Et retournèrent li signeur à Villevort, et
se conmenchièrent à deslogier et à tourser tentes et très, auqubes et
pavillons et toutes manières de logeis portatis, et à metre sus chars et
sus charettes. Tout fu deslogiet et mis à voie et à chemin; et passèrent
au dehors de Brousselles. Li rois d'Engleterre, li dus de Gerlles, li
contes de Jullers, li arcevesques de Coulongne, li marqis de Misse et
d'Eurient, mesires Robers d'Artois, messires Jehans de Hainnau et li
sires de Fauquemont entrèrent en Brousselles, et i disnèrent et jurent
une nuit; et entrues lors gens passèrent oultre. Fo 46 vo.

P. 158, l. 26: de Malignes.--_Mss. A 11 à 14_: où il avoit longuement
séjourné à grans fraiz et despens, en attendant de jour en jour ces
grans seigneurs d'Allemaingne qui point ne venoient, ainsi que promis
lui avoient, dont moult lui ennuioit, mais passer il lui en convenoit.
Fo 39.--_Ms. d'Amiens_: de Vilvort. Fo 33.

P. 158, l. 27: à Brousselles.--_Ms. B 6_: à Willevort. Fo 104.

P. 158, l. 30: marcis de Jullers.--_Ms. d'Amiens_: duc de Jullers. Fo
33.

P. 159, l. 1: de Saumes.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: le conte de
Los. Fo 39.--_Ms. A 1_: de Sannes. Fo 40.--_Ms. de Valenciennes_: de
Salmes. Fo 72 vo.

P. 159, l. 2: Bakehen.--_Ms. A 1_: Brakehen. Fo 40.--_Ms. de
Valenciennes_: Blanquenhem. Fo 72 vo.

P. 159, l. 7: son neveut.--_Ms. d'Amiens_: qui estoit semons que d'estre
en celle chevauchie devant Cambray. Fo 33.--_Ms. de Valenciennes_: qui
faisoit son mandement à Valenchiennes. Fo 72 vo.

P. 159, l. 14: douze cens.--_Mss. A 11 à 14_: deux cens. Fo 36 vo.--_Ms.
de Rome_: douse cens hiaumes et vint mille hommes des villes de
Braibant, Fo 46.

P. 159, l. 23: seize ou vint.--_Mss. A_ 8 et 9: quinze ou vingt. Fo 38
vo.--_Mss. A 1 à 6_, 18 et 19: seize. Fo 40.--_Mss. A 11 à 14_: vingt.
Fo 39 vo.

P. 159, l. 30: festiiés.--_Ms. de Rome_: pour deux raisons: la première
estoit pour che que il avoit sa serour espousée; et l'autre raison:
faire li couvenoit, car li rois d'Engleterre estoit vicaires à
l'Empereour, ensi que vous savés; se le devoit recevoir, puis que requis
en estoit, conme son signeur et faire toute honnour, reverense et
obeisance. Si se rafresqirent li rois d'Engleterre et li signeur qui
avoecques lui estoient, deus jours en la ville de Mons; et entrues
passèrent lors gens et li charois. Ce fu mois de septembre, et avoit on
partout miessonné. Et s'avalèrent toutes ces gens d'armes en la marce de
Valenchiennes; et se logièrent ens ces villages, et trouvoient des biens
assés. Li auqun paioient moult volentiers ce que il prendoient, et li
aultre non; car Alemant ne sont pas trop bon paieur, là où il le pueent
amender.

Li rois d'Engleterre, lui trentime de signeurs d'Engleterre et
d'Alemagne, entra en Valenchiennes; et avoit, la nuit devant, jeu à
Saint Sauve en la priorié. Et là vinrent li contes de Hainnau et mesires
Jehans de Hainnau, son oncle, et pluisseur baron et chevalier de
Hainnau, en la compagnie dou conte. Et le jour encores que il entra à
Valenchiennes, li rois avoit disné à Saint Sauve, à demi lieue de
Valenciennes. Et entrèrent li rois et li signeur en la ditte ville, par
la porte Montoise. Et amena li contes le roi en son hostel que on dist
en la Salle; laquelle Salle et hostel on avoit ordonnet et apparilliet
très ricement, ensi que pour le corps le roi.

Et avint que, en montant les degrés de la Salle, li evesques de Lincole,
qui là estoit presens, esleva sa vois et dist: «Guillaumes d'Ausone,
evesques de Cambrai, je vous amoneste, comme procureur de par le vicaire
au roi d'Alemagne et à l'empereour de Ronme, que vous voelliés ouvrir la
chité de Cambrai, et requellier dedens le roi d'Engleterre, vicaire à
l'empereour.» A ceste requeste et parole ne respondi nuls. Apriès,
tourna li dis evesque sa parole sus le conte de Hainnau, et dist:
«Contes de Hainnau, je evesques de Lincolles, procurères dou roi
d'Engleterre, vous amoneste de par le vicaire de l'Empereour, que vous
le venés servir, là partout sus l'Empire, là où il vous menra, pour lui
aidier à corrigier les rebelles.» Li contes respondi et dist: «Je
obeirai volentiers si avant que je sui tenus.» Donc respondi li rois
d'Engleterre qui estoit d'encoste li: «il nous soufist.»

Apriès ces monitions et requestes, il montèrent les degrés de la Salle.
Et fu menés dou conte de Hainnau li rois d'Engleterre en sa cambre, et
ensi tout li aultre signeur en lors cambres. Et fu li ostez de la Sale
de Valenchiennes ordonnés seullement pour le roi d'Engleterre et son
tinel. Et li contes de Hainnau et la contesse furent logiet à l'ostel de
Hollandes. Et vint la jone contesse de Hainnau, bien acompagnie de dames
et de damoiselles de son pais, veoir le roi d'Engleterre; et li rois le
rechut moult doucement, ensi que chils qui bien le sceut faire. Si fu li
soupers grans et biaus et bien estofés, et li rois d'Engleterre
grandement bien requelliés et honnourés du conte, son serouge, et des
chevaliers dou pais.

A l'endemain apriès disner, il se departi de Valenchiennes; et vint à
Fontenelles l'abeie, veoir madame de Valois sa grande dame. Et fu
avoecques lui li dis rois bien deus heures, et là aussi estoit li
contes de Hainnau. Si prist li rois d'Engleterre congiet à la bonne
dame, et puis s'en departi; et vint ce soir, au souper et à la giste, à
Haspre. Et li contes de Hainnau retourna à Valenchiennes; et jà avoit
fait tous ses conmandemens et semons ses honmes, pour venir au serviche
le roi d'Engleterre devant Cambrai. Fos 46 vo et 47.

P. 160. l. 7: li douzime.--_Mss. A 11 à 14_: à tout vint chevaliers et
trente escuiers tant seulement. Fo 39 vo.--_Ms. B 6_: lui quarantième
tant seullement. Et toute ses gens prirent le chemin de Haspre, et se
logèrent sur la rivière d'Escaillon. Fo 105.

P. 160, l. 17: d'Ausonne.--_Ms. B 6_: d'Ausoire. Fo 105.

P. 160, l. 19: vicaire.--_Ms. B 6_: de par monseigneur Lois de Baivière,
roy d'Alemaigne et empereur de Romme. Fo 105.

P. 160, l. 23: presens.--_Ms. B 6_: Ensy fu il requis et amonnesté par
trois fois. Fo 106.

P. 160, l. 27: Cambrai.--_Ms. B 6_: comme homs de l'Empereur, pour
aydier et constraindre le dit evesque, qui est en desobeissanche, et
tous les rebelles d'icelluy pays. Fo 106.

P. 160, l. 32: ordonnés.--_Ms. d'Amiens_: et passèrent le nuit en joie.
Fo 33.--_Ms. B 6_: et soupa le roy che soir en la Salle du Conte, et y
jut celle nuit. Et l'endemain s'en party, et fu aconvoiiés jusques à
Haspres où ses gens l'atendoient. Adonc prist congiet le conte de Haynau
au roy et de son oncle; et au prendre congiet luy dirent que il fust
tout prest, dedens trois jours, et venist devers luy à tout cinq cens
lanches. Fo 106.

P. 161, l. 4: grant fuison.--_Ms. d'Amiens_: Et devés savoir que tout
chil signeur de l'Empire avoient fait suffisamment deffiier le roy de
Franche, horsmis li dus de Braibant, qui encorrez estoit derière, et li
comtez de Haynnau qui disoit que il serviroit le roy englèz à cinq cens
armurez de fier tant qu'il seroit en l'Empire; mais si tost qu'il
passeroit sus le royaumme, il yroit deviers le roy de Franche, son
oncle, pour lui servir. Fo 33.

P. 161, l. 5: d'Alemagne.--_Mss. A 11 à 14_: de Hainault et Braibant. Fo
40.


=§ 76.= P. 161, l. 6: Quant.--_Ms. de Rome_: Vous savés, si conme il est
contenu ichi desus en nostre histore, que chil de la chité de Cambrai
avoient esté deviers le roi Phelippe, pour li remoustrer conment il
avoient entendu que li rois d'Engleterre, conme vicaires à Loys de
Baivière, roi d'Alemagne et empereour de Ronme, venroit à poissance
mettre le siège devant lor ville; et avoient priiet au dit roi, conme
chil qui se voloient de tous poins tenir avoecques lui, pour tant que il
ne se sentoient pas pourveu assés de gens d'armes, que ils lor en vosist
envoiier. Li rois estoit descendus à ceste priière et avoit envoiiet en
garnison en la chité de Cambrai messire Amé de Genève, le Galois de la
Baume, savoiien, messire Jehan de Groulée, le signeur de Vinai, messire
Loys de Chalon, mesire Tiebaut de Moruel, le signeur de Roie, le signeur
de Fosseur, le signeur de Biausaut, et bien deus cens lances de bonnes
gens d'armes, chevaliers et esquiers; et avoit fait pourveir et
rafresqir tous les castiaus de Cambresis de bonnes gens d'armes, à la
fin que il ne fuissent souspris de nulle male aventure. Li sires de
Couci avoit envoiiet à Oisi en Cambresis environ quarante lances de bons
compagnons, desquels li sires de Clari estoit chiés. Li pais estoit tous
pourveus sus les frontières d'Artois, de Cambresis et de Vermendois.
Avoecques tout ce, li rois Phelippes faisoit un mandement très grant par
tout son roiaulme et hors, et prioit ses amis et conmandoit à ses
subjets, car li intension de li estoit telle que il venroit combatre le
roi d'Engleterre, fust devant Cambrai ou ailleurs, et que jamais ne
retourneroit à Paris, si l'aueroit combatu, car pour lors il se tenoit à
Compiengne et faisoit là son mandement. Fo 47.

P. 161, l. 7: Haspre.--_Ms. d'Amiens_: et que moult de ses gens furent
passé et venu à Avenne et là environ. Fo 33 vo.

P. 161, l. 8: à Nave.--_Le ms. de Rome ajoute_: à Cacongle Fo 47.

P. 161, l. 9: à Yvuis.--_Ms. de Rome_: à Iwis en Cambresis. Tout chil
signeur d'Alemagne par ordenance passèrent oultre, et vinrent mettre le
siège devant Cambrai. Fo 47.

P. 161, l. 11: Là vint.--_Ms. de Rome_: Le second jour apriès. Fo 47.

P. 161, l. 12: arroy.--_Ms. de Rome_: à grant compagnie et belle de
Hainnuiers. Et estoient plus de cinq cens lances, chevaliers et
esquiers, et s'en vinrent logier devant Cambrai. Fo 47.

P. 161, l. 13: apriès.--_Les mss. A 11 à 14 omettent_: li contes des
Mons, _et ils ajoutent_: les comtes de Vaudemont et de Los. Fo 40.--_Le
ms. B 6 omet_: li marcis de Blankebourch, li contes de Saumes, _et il
ajoute_: le sire Duvort. Fo 107.

P. 161, l. 14: marchis de Jullers.--_Mss. d'Amiens et B 6_: comtez de
Jullers. Fo 33 vo.

P. 161, l. 22: de Braibant.--_Ms. B 6_: Et encores n'estoit point le duc
de Brabant, de quoy tous les autres seigneurs s'esmervilloient pour quoy
il demouroit tant, quant il avoit jurés et en convenent par sa foy que
il y v[e]nroit sy tost que les seigneurs seroient venus devant Cambray.
Adonc renvoia le roi d'Engleterre devers luy, et luy mandant qu'il
tenist che qu'il avoit promis et juré. Quant le duc de Brabant vey que
c'estoit acertes que aller devant Cambray luy convenoit, ou aultrement
il seroit trop reprochiés de son honneur, lors fist son mandement que
tous chevaliers et escuiers de son pais venissent à Brouselles; et
envoia devant son compaignon le sire de Kuck, pour aviser plache devant
Cambray et là où le duc se trairoit et ossy ses gens. Fo 107 et 108.

P. 161, l. 23: neuf cens.--_Ms. de Valenciennes_: huit cens. Fo
73.--_Ms. B 6_: douze cens. Fo 108.

P. 161, l. 27: deffiier.--_Ms. de Rome_: Si environnèrent ces gens
d'armes englois, alemans, hainnuiers, tiessons, la chité de Cambrai.
Assés tos apriès ce que li dus de Braibant fu venus à hoost devant
Cambrai, il fu priiés et requis dou roi d'Engleterre que il envoiast
deffiier le roi de France. Li dus respondi à ce et dist que il le feroit
tout à temps; et n'en volt encores pour lors riens faire, jusques adonc
que il veroit que on vodroit chevauchier sus le roiaume de France. Et
demora la cose en cel estat, mais li intension dou roi d'Engleterre
estoit bien telle que jamais ne retourneroit arrière si aueroit ars et
brui ou roiaume de France. Fo 47.

P. 161, l. 28: à Compiègne.--_Ms. d'Amiens_: à Peronne. Fo 33 vo.

P. 161, l. 29: Cranehen.--_Ms. de Valenciennes_: Carennem. Fo 73.

P. 162, l. 2: et paletis.--_Ms. de Rome_: Et avoient chil de l'oost fait
un pont sus la rivière d'Esqaut, pour aler de l'un en l'autre. Et
couroient tous les jours les Englois et les Alemans ens ou Cambresis et
jusques à Bapaumes. Tous li pais estoit avisés, avant ce que li sièges
venist devant Cambrai. Si avoient retrait li plus dou peuple lors biens
ens ès forterèces, et lor bestail cachiet devant euls bien avant en
Artois et en Vermendois, car ce qui estoit trouvé sus le plat pais
estoit perdu. Fo 47 vo.

P. 162, l. 4: Fauquemont.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: li sirez de Mauni.
Fo 33 vo.--_Ms. de Rome_: et auquns chevaliers de Gerles et de Jullers.
Fo 47 vo.

P. 162, l. 12: damage.--_Ms. de Valenciennes_: mais si bien fu deffendus
par les gens le seigneur de Couchy qui dedens estoient qu'ilz n'y
gaingnèrent c'un pau; mais y perdirent assez de bonne gent, car on ne
peut assalir et retraire sans perte. Fo 73 vo.


=§ 77.= P. 162, l. 16: samedi.--_Ms. de Valenciennes_: bien matin. Fo 73
vo.

P. 162, l. 19: porte de Saint Quentin.--_Ms. de Rome_: et descendirent
ils et ses gens à piet. La porte desus nonmée estoit gardée des
Savoiiens, desquels messires Amé de Genève et li Galois de la Baume
estoient souverain. Fo 47 vo.

P. 162, l. 24 et 25: Jehans de Saint Digier.--_Ms. d'Amiens_: et se
combati vallamment au seigneur de Biaugeu.

P. 162, l. 29: Gerars de Wercin.--_Ms. d'Amiens_: et li sirez de Ligne,
li sires de Gommignies, li sirez de Briffoeil, li sirez de le Hammaide,
li sirez de Mastain, li sirez de Roysin, messires Henris de Hufalise, li
sirez de Berlaimont. Fo 33 vo.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 19_: aussi
estoient ses mareschaulx appellez messire Erart de Werchin et messire
Henry d'Antoing. Fo 41.

P. 163, l. 1: estoient.--_Ms. de Rome_: aussi en armes li dus de Jullers
et li dus de Gerles et lors gens. En la garde de la porte, estoient li
sires de Vinai et messires Lois de Chalon et lors gens, et fissent
contre ces Alemans à la deffense tamainte appertisse d'armes. A la porte
de Douay, estoient li sires de Roie et messires Tiebaus de Moruel; et
eurent l'asaut de mesire Jehan de Hainnau et dou signeur de Fauquemont
et de messire Weri de Wallecourt. Et furent ce jour trez vaillans gens
li assallant et li desfendant, et tant que point ne prissent de damage.
Li hoos dou roi d'Engleterre et des signeurs qui là estoient, n'avoient
nulle defaute de vivres ne de pourveances; car il lor en venoit grant
fuisson pour euls rafresquir, et tous les jours, de la conté de Hainnau
et de Braibant, car chil pas là lor estoient ouvert. Fo 47 vo.

P. 163, l. 3: Gautiers de Mauni.--_Les mss. A ajoutent_: li sires
d'Anghien.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: li sirez d'Enghien et messires
Ernouls de Bakehen[209]. Fo 33 vo.

P. 163, l. 6: envoiiés.--_Ms. d'Amiens_: Et endementroes c'on asailloit,
vint li comtez Raoux d'Eux à tout deux cens[210] lanches, et entra en le
chité par le porte deviers Bapaumez, et recomforta et rafreschi durement
chiaux de Cambray. Si dura chilz assaux jusques à basses vespres[211],
que li assallant se retrayrent à leur logeis. Fo 33 vo.

  [209] _Ms. de Valenciennes_: Blanquenhem. Fo 74.

  [210] _Ibid._: à deux mille armures de fer.

  [211] _Ibid._: du matin jusques à le nuyt.

P. 163, l. 12: par priière.--_Mss. A 11 à 14_: sanz prière qui lui en
eust esté faicte, mais seulement par la grant amour qu'il avoit à lui.
Fo 40 vo.--_Ms. d'Amiens_: à deux cens lanches. Fo 33 vo.

P. 163, l. 19: France.--_Ms. d'Amiens_: et s'envoya excuzer par le
seigneur d'Antoing et le seigneur de Faignuellez au roy de France sen
oncle, qui estoit à Peronne en Vermendois, li quelx roys prist bien en
gré l'escuzanche et oy vollentiers les messaigez. Fo 33 vo.

P. 163, l. 21: à bien quarante mille.--_Ms. de Valenciennes_: à plus de
quarante mille hommes bien armez. Fo 74.


=§ 78.= P. 163, l. 30: consilla.--_Ms. d'Amiens_: Or eult li roys englès
consseil de chyaux où plus il s'afioit, de monseigneur Robiert d'Artois,
de monseigneur Jehan de Haynnau, dou comte Derbi son cousin et des
barons d'Engleterre. Fo 33 vo.

P. 164, l. 6: Li signeur.--_Ms. de Rome_: Qant li signeur veirent que
riens il ne faisoient devant Cambrai et que li iviers aproçoit et les
longes nuis, si se avisèrent que il se departiroient de là et
cevauceroient en France, et bouteroient le duch de Braibant en la guerre
qui encores n'avoit desfiiet le roi de France; et puis que il estoit si
avant venus, blame trop grant li seroit, se il ne faisoit ensi que li
aultre. Toutes ces coses furent remoustrées à part au roi d'Engleterre
et à mesire Robert d'Artois et à mesire Jehan de Hainnau, par lesquels
consauls il s'ordonnoit le plus. Et tout respondirent que ce seroit bon
de faire ensi; mais tout consideré, il apertenoit que li dus de Braibant
en fust segnefiiés, afin que il euist pourveance de desfiier le roi: à
tout le mains on oroit sa response, et veroit on quelle chière il en
feroit.

Si manda li rois d'Engleterre en sa tente tous les chiés des signeurs,
et leur fist dire que il voloit avoir parlement à euls. Tout i vinrent.
Qant tout furent venu, li dis rois d'Engleterre les remercia des
services que il li faisoient; et puis entra en la matère moult sagement,
et leur dist: «Biau signeur, je ne sui pas venus en ce pais et faire les
frès et les coustages si grans que vous veés que je fac et ai fais
jusques à chi, pour tenir le siège devant Cambrai. C'est li intension de
moi et de ceuls qui ont desfiiet le roi de France que nous nos
departirons de chi dedens quatre jours, et chevaucerons en France, et
verons se nostre adversaire Phelippe de Valois venra sus les camps à
l'encontre de nous; si ques, biau cousins de Braibant, vous n'avés pas
encore desfiiet le roi de France, et tous jours avés vous dit que vous
le desfierés tout à temps. Je le vous remoustre, car il est heure que
vous le desfiés, se le desfiier le devés.» Li dus de Braibant se vei
pris en parole; et couvenoit que il respondesist, ne plus ne pooit
requler, ne faire nulle disimulation; te si estoit li plus proçains que
li rois d'Engleterre euist là. Et li fu avis trop grant blame li seroit
de dire non; si respondi et dist si hault que tout l'oïrent: «Che que je
me sui sousfers jusques à chi à non deffiier le roi de France, la cause
principaus estoit tèle que je quidoie et supposoie tous les jours que
auquns bons moiiens se deuissent ensonniier de ceste guerre apparant
entre France et Engleterre, par quoi casquns des rois euist eu son
droit. Et puis que li contraires est, et que vous, biaus cousins
d'Engleterre, volés proceder en la guerre, je escrirai et penderai à mes
lettres mon seel et ferai pendre les seaus de tous les barons de ma
tère, certefians la desfiance qui s'adrecera à Phelippe de Valois qui se
dist rois de France.» Tout respondirent: «C'est bien dit et bien parlé,
et nous demorrons tout avecques vous.»

Ensi s'espardi chils parlemens, liquels fu en la tente dou roi
d'Engleterre devant Cambrai. Et escripsi li dus de Braibant unes lettres
de desfiances au roi de France, et seela et fist seeler avecques lui le
signeur de Quq, le signeur de Berghes, le signeur de Baudresem, le
signeur de Pietresen et tous les barons de son pais. Et furent ces
lettres, escriptes et données devant Cambrai, aportées à Pieronne en
Vermendois où li rois de France se tenoit, et faisoit là son mandement
de toutes parties de son roiaulme.

Qant la congnisance des desfiances vinrent au roi de France, il n'en
fist nulle compte et dist que il n'en atendoit aultre cose; mez il
demanda: «Où est li chevaliers de mon cousin de Braibant qui tous jours
l'a si loiaument escusé, Loys de Cranehen?» On li dist: «Sire, il est
demorés à Paris.» Adonc ordonna li rois un de ses cevauceours et dist:
«Va à Paris et porte ces lettres à Lois de Cranehen.» Li varlés les
prist et monta à ceval et ne cessa, si vint à Paris et trouva le
chevalier à son hostel. Si fist son mesage bien et à point, ensi que
cargiet li estoit. Qant mesires Lois de Crenehen vei che, si fu si
confus que il en entra en merancolie et maladie et en morut. En si grant
virgongne prist il ce que son signeur li dus de Braibant l'avoit fait
mençonnable.

Or retournons au siège de Cambrai et comptons conment, depuis les
desfiances faites et envoiies au duc de Braibant, le troisime jour
apriès, tout se deslogièrent et requellièrent tentes et trefs, et mist
on tout à charoi et à voiture. Et s'en vint li rois d'Engleterre logier
au Mont Saint Martin, une abbeie de blans monnes, laquelle est moult
belle et moult bien edefiie. Fos 47 vo et 48.

P. 164, l. 15: frait.--_Ms. B 6_: Sy fu là le siège devant Cambray
environ cinq sepmaines, et près que tous les jours il y avoit escarmuche
ou assault. Et travilloient les Haynuiers plus cheulx de Cambray que
tous les autres. Fo 109.

P. 164, l. 17: royaume.--_Ms. B 6_: en requerant bataille, se avoir le
povoit, à son adversaire le roy Phelippe. Sy se deslogèrent de devant
Cambray. Et donna à Jaques de Hartevelle congiet et as Flamens de
retourner en Flandres. Et les remerchya grandement de che que tant
s'estoient travilliet de là venir à sa prière. Fo 110.


=§ 79.= P. 165, l. 4: congiet.--_Ms. B 6_: Le jone conte de Haynau dit
au roy d'Engleterre que, sy avant que l'Empire le porteroit, il yroit.
Et quant il deut entrer en Franche, il luy dist: «Sire roy d'Engleterre
et bieau frères, je croy que je me suis bien acquités devers vous du
commandement de l'Empereur. Vechy delà ceste rivière le royalme de
Franche, et le roy est mes oncles, et est à neuf lieues près de chy, et
a fait son mandement, et m'a jà mandet et escript que je luy doy
serviche et homage: se l'yray servir.»--«Bieau frère, respondy le roy
d'Engleterre, vostre compaignie me plaisoit grandement; mais je ne voel
pas que vous vos desloyautés pour mon serviche: adieu vous dy jusques au
revoir.» Ensy se departirent li uns de l'autre. Le conte de Haynau prist
congiet et prist le chemin de Peronne en Vermendois, et le roy
d'Engleterre cheluy du Mont Saint Martin. Et osy tost que il furent
passez la rivière, ilz entrèrent en Franche. Fo 110 et 111.

P. 165, l. 9: l'Empire.--_Ms. de Rome_: car il estoit homs au roi de
France, voirement estoit de la terre d'Ostrevant, de laquelle madame sa
mère estoit doée, se ne li voloit faire point de gerre. Fo 48.

P. 165, l. 13: congiet.--_Ms. de Rome_: et rentra en son pais et s'en
vint à Valenchiennes dalés madame sa fenme. Fo 48.

P. 165, l. 21: de Flandres.--_Ms. B 6_: de Mauny. Fo 111.

P. 165, l. 24: en Engleterre.--_Ms. B 6_: en Flandres. Fo 111.

P. 165, l. 26: deux.--_Ms. B 6_: quatre. Fo 111.

P. 165, l. 26: jours.--_Ms. d'Amiens_: et li dus de Braibant dallés lui,
penssans et ymaginans lequel chemin il tenroient pour entrer en Franche.
Fo 34.

P. 166, l. 2: à Saint Quentin.--_Ms. d'Amiens_: Quant chil de Cambray se
sentirent dessegiet, si en furent tout joiant et remerciièrent
grandement le comte Raoul [d'Eu][212] et de Ghinnes qui comfortés les
avoit. Liquelx comtez, assés tost apriès le deslogement, s'en parti et
toutte se routte, et s'en vint à Peronne, et compta au roy de France des
nouvellez, et coumment Englèz et Allemans estoient entré el royaumme et
prendoient leur cemin pour entrer en Vermendois. Adonc envoya li roys de
France le comte de Blois, sen neveut, à deux cens lanches, à Saint
Quentin, pour garder le ville et le frontière contre les Englès; et
envoya monseigneur Carlon de Blois à Laon, pour garder le cité et le
pays d'environ, et le terre de Guise qui est de leur hiretaige. Fo 34.

  [212] _Ms. de Valenciennes_, fo 75.--_Ms. d'Amiens_: de Deus.
  _Mauvaise leçon._

P. 166, l. 4: terre.--_Ms. d'Amiens_: pour regarder à ses fortrèches. Fo
34.

P. 166, l. 4: de Hen.--_Ms. d'Amiens_: et envoya le signeur de Roye à
Hem, en Vermendois, à tout quarante lanches, pour garder le ville. Fo
34.

P. 166, l. 6: à Bohain.--_Ms. d'Amiens_: et envoya monseigneur Moreau de
Fiennes à Bohain, pour garder le fortrèche; et renvoya monseigneur
Ustasse de Ribeumont à Ribeumont, pour garder le fortrèce. Fo 34.


=§ 80.= P. 166, l. 24: de Berghes.--_Le ms. d'Amiens omet_: li sires de
Berghes, _et il ajoute_: messires Gautiers de Mauni et li sires de
Vauselare[213]. Fo 34.

P. 166, l. 25: Baudresen.--_Ms. d'Amiens_: Bodresse.--_Ms. de
Valenciennes_: Bodrehem.--_Ms. de Rome_: messires Gerars de Baudresem.
Fo 48.

P. 166, l. 26: combatans.--_Mss. d'Amiens et B 6_: lanches. Fo 34.--_Ms.
de Rome_: armeures de fier. Fo 48.

P. 166, l. 27 et 28: Honnecourt.--_Ms. B 6_: Honnencourt, une ville non
pas trop grande, mais bien frumée. Fo 112.--_Ms. d'Amiens_: Et là eut
ung très fort et très grant assault, et dura priès ung jour toutte jour.
[Là estoient][214] li sirez de Honcourt et li sires de Jocourt[215] et
li sirez de Wallaincourt et li sires d'Estrumiel et mout bonne
bachelerie avoecq yaux, qui trop bien le deffendirent et trop
vassaument. Et bien leur estoit mestier, car il furent si dur et si roit
assallit qu'il pardirent leurs bailles et furent [ramponnet][216]
jusques as portes et as murs. Fo 34.--_Ms. de Rome_: c'est une abbeie,
mais il i a une petite ville bien fremée de portes, de murs et de
fossés; et dedens la ville de Honnecourt estoient requelliet moult de
gens dou plat pais, et avoient mis et bouté le leur. Fo 48.

  [213] _Ms. de Valenciennes_: le sire de Volclore. Fo 75.

  [214] _Ibid._, fo 75.--_Ms. d'Amiens_ (lacune).

  [215] _Ms. de Valenciennes_: le sire d'Alaincourt.

  [216] _Ibid._: rampoient.

P. 167, l. 7 et 8: apparut.--_Ms. de Rome_: Li abbes avoit fait armer
tous ses honmes, voires ceuls dont on se pooit aidier; et avoit mandé à
Saint Quentin des arbalestriers à ses deniers, pour aidier à garder la
ville. Fo 48 ro et vo.

P. 168, l. 31: trettai.--_Mss. A_: escrisi.--_Ms. A 7_, fo 39 vo.


=§ 81.= P. 169, l. 3: Ce jour.--_Ms. d'Amiens_: Enssi toutte jour dura
li assaux à Honnecourt. Et vous di, se ce n'euissent estet li gentil
homme qui dedens estoient, li ville ewist estet prise. Si y avoit dedens
grant avoir, car tous li pays d'environ s'i estoit requeilliéz. Et quant
che vint au soir, li assailant s'en partirent tout lasset et pluiseurs
navrés, et s'en revinrent arrière logier vers Goy en Aruwaise. Et
l'endemain, se desloga li roys englès dou Mont Saint Martin, et prist le
chemin deviers l'abeie de Vaucelles[217], et pour venir sus le Mont
Saint Quentin. Et messires Jehans de Haynnau et li dessus noummet qui
faisoient leur routte à par yaux, chevauchoient le pays et vinrent
bouter les feux jusques bien priès de Saint Quentin, tant que les
flamescez en volloient en le ville. Et vinrent passer le Somme desous
l'abbeie de Vermans de blans moinnez, et ardirent mout de pays de delà,
qui estoit cras et drus; et se logièrent ung soir sus celle meysme
rivierre. Et l'endemain vinrent à Oregni, et y livrèrent grant assault
et moult felenès. Chil de dedens se deffendirent ce qu'il peurent; mais
ce ne fu gairez, car il n'y avoit que vilains et hommes nient
acoustumméz de combattre. Dont che fu leur dammaiges, car la ville fu
prise d'assault et toutte robée et l'abbeie moult amenrée et violée[218]
par les Alemans et lez gens le seigneur de Fauquemont. De quoy messire
Jehan de Haynnau fu mout courouchiéz; mès il ne le peult amender, car il
deffendoit et gardoit les eglisez à son pooir.

  [217] _Ms. de Valenciennes_: Vacelles l'abbaye. Fo 75.

  [218] _Ibid._: et les femmes violéez par les Almans.

Apriès la destruction de Oregny Sainte Benoite, li Englès chevauchièrent
le chemin de le Tieraisse. Et s'en vint li roys englès logier à
Behories[219], attendans que il ewist nouvelles dou roy de Franche quel
part il se trairoit, car il avoit entention que dou combattre. Liquelx
roys de Franche se parti de Peronne et s'en vint à Saint Quentin, à si
grant gent que li douzième partie des seigneurs ne se peurent mies
logier en le ville. Et toudis li venoient gens; et disoit que, se il
plaisoit à Dieu, il combateroit le roy englès. Dont se desloga li roys
englès de Behories, et vint à Farvaques et vers Moustroeil les Dammes,
et li evesquez de Lincolle et messires Renaus de Gobehem et messires
Guillaume Filz-Warine et li sirez de le Ware et li sires de Felleton et
messires Richars de Stanfort, à deus cens lanchez et trois cens[220]
archiers. Et tout à ceval passèrent Oise, et entrèrent en le terre le
seigneur de Couchy; et ardirent Saint Goubain, hors mis le fortrèce, et
tous li ammiaux d'environ. Et vinrent vers Nisi et vers Saint Lambert,
et passèrent outre jusques desoubs Laon; et fisent en Laonnois moult de
destourbiers. Et vinrent à Cresci sus Selle[221], qui estoit une bonne
grosse ville sans fremure; et le prissent et pillièrent de tout ce qu'il
y trouvèrent, et puis l'ardirent. Fo 34 vo.

  [219] _Ibid._: Borgnies. Fo 76.

  [220] _Ms. de Valenciennes_: quatre cens. Fo 76.

  [221] _Ibid._: Crespy.

_Ms. de Rome_: Chils assaus dura bien trois heures, et n'i fissent riens
li assailant fors euls travillier. Qant il veirent ce, il sonnèrent la
retrète, et se departirent de l'assaut; et retournèrent à lors chevaus
et montèrent sus, et s'en vinrent en lors logeis.

Aussi ot en ce jour un grant assaut au chastiel de Ronsoit, liquels est
à l'entrée de Vermendois et sus le pasage de Saint Quentin en biau plain
pais, dou conte de Warvich, connestable d'Engleterre. Et est li dis
chastiaus au signeur de Fosseur, voires estoit pour le temps; et i eut
des bleciés des Englois asallans, et aussi ot de chiaus de dedens. Et
s'en departirent li Englois, sans riens faire, et retournèrent à lors
logeis.

Tous les jours ooit nouvelles li rois de France, qui se tenoit à
Pieronne en Vermendois, dou couvenant des Englois; et avoit intension
très grande et affection que il les combateroit, ne jamais ne
retourneroient sans estre combatu. Et sus cel espoir, li rois avoit fait
estendre ses mandemens par tout son roiaulme, et asambloit grant gens
d'armes. Et en estoient li camp tout cargiet entre Saint Quentin et
Pieronne, et entre Bapaumes et Lihoms en Santhers; et tout au lonch de
la rivière de Sonme, li rois d'Engleterre. Se deslogièrent dou Mont
Saint Martin ils et toutes ses gens et de là environ, et cevauchièrent
en trois batailles moult ordonneement, la bataille des mareschaus
première, et puis le roi et le duch de Braibant et messire Robert
d'Artois, après, le duch de Gerlles, le conte de Jullers, l'arcevesque
de Coulongne et mesire Gallerant son frère. En l'arrière garde estoient
li marqis de Misse et d'Eurient, li marqis de Blanquebourc, li contes de
Mons, li contes des Èles, li contes de Mours, li contez de Saumes,
messires Jehans de Hainnau, li sires de Fauquemont, li sires de Quq,
messires Ernouls de Baquehem, messires Guillaumes de Duvort. Et estoient
bien en l'aide dou roi d'Engleterre quarante mille honmes, toutes gens
de fait et d'emprise, à ce que il moustroient. Et ardoient li coureur le
pais, et vinrent chil de l'avant garde courir devant les portes de Saint
Quentin. Et pour tant que li François savoient bien que li voiages des
Englois se tailloit et ordonnoit à passer par là, la ditte ville estoit
pourveue de bonnes gens d'armes. Et s'i tenoient li sires de Couchi, li
contes de Danmartin, li sires de Montmorensi, li sires de Hangiers, li
sires de Qanni, li sires de Saucourt, et tant que il estoient bien chinq
cens armeures de fier. Et passèrent les batailles dou roi d'Engleterre à
Font Sonme, et costiièrent Saint Quentin; et s'avalèrent à Oregni Sainte
Benoite, pour venir sus la rivière d'Oise.

Ces nouvelles vinrent à Pieronne à Vermendois, où li rois Phelippes se
tenoit et tous li mondes de gens d'armes avoecques lui, que li Englois,
à ce que il moustroient, s'en raloient, et que point il ne se logoient
ne logeroient devant Saint Quentin, et ne faisoient autre esploit que de
ardoir le plat pais. Donc dist li rois Phelippes: «On face conmandement
de par nous que tout honme soient prest, car nous volons aler combatre
ces Englois.» Chils conmandemens s'estendi partout les lieus où li
Englois estoient logiet; si s'ordonnèrent tantos pour mettre au cemin.
Et se departi li rois de Pieronne en grant arroi, et cevauça viers Saint
Quentin.

Et li rois d'Engleterre s'avala sus la rivière d'Oise, et vint passer à
un village que on dist Brenot; et li avant garde et messires Jehans de
Hainnau et li sires de Fauquemont et lors routes, ou bien avoit deus
mille armeures de fier, s'en vinrent à Oregni Sainte Benoite. L'abesse
d'Oregni et les dames, qui sentoient la venue des Englois, estoient
retraites en la forte ville de Ribeumont qui sciet à une lieue de là; et
avoient fait mener et chariier tout lor reliquiaire et les biens de
l'abeie; aultrement il euissent esté tout perdu. Li avant garde dou roi
d'Engleterre entrèrent en Oregni et passèrent oultre, mais à lor
departement elle fu toute arse; et par le grant feu qui fu en la ville,
li abbeie d'Oregni et la mantion des dames prist grant damages, et fu
priès li moustiers tous ars. Chil de l'avant garde passèrent oultre et
cevauchièrent jusques à Ribeumont, et l'aprochièrent de si priès que li
signeur vinrent devant les barrières; mais point n'i arestèrent ne
asallirent, car il veirent bien que il perderoient lor painne, car là
dedens s'estoient requelliet auqun chevaliers et esquiers dou pais, pour
garder la ville et la tour et lors corps meismes. Si furent tous les
foursbours de Ribeumont ars. Il n'i prisent aultre damage, et ne
passèrent point oultre Ribeumont li Englois; mais retournèrent viers
Behories où li rois d'Engleterre estoit logiés en l'abeie proprement, et
li dus de Braibant à Wandaincourt, et tout li signeur là environ selonch
la rivière d'Oise.

Li sires de Fauquemont, messires Ernouls de Baquehem, messires
Guillaumes de Duvort, et une route d'Alemans où il i avoit bien chinq
cens armeures de fier, s'en alèrent à Tupegni, et livrèrent un grant
assaut au chastiel. Mais li sires estoit dedens et avoit des bons
compagnons avoecques lui, qui li aidièrent à desfendre et à garder, si
bien que il n'i prisent point de damage. Et n'i fissent aultre cose li
asalant fors que travillier lors corps, car li chastiaus est biaus et
fors, mais la basse cours fu toute arse et la ville osi. Si s'en
departirent li desus dit Alemant, qant il orent fait lor envaïe; et s'en
vinrent à une ville assés priès de là que on dist Esqielles, seans sus
la rivière d'Oise.

Et encores se tenoit li rois d'Engleterre à Behories, car ses gens
avoient trouvé l'abeie garnie et pourveue de tous vivres, vins et chars,
assés fains et avainnes pour lors chevaus batus et à batre, car ceste
cevauchie se fist en la plus plentieveuse saison de l'an, ou mois de
octenbre. Fos 48 et 49.

P. 169, l. 4: vespre.--_Ms. B 6_: Sy dura cel assault toute jour
ajournée. Fo 113.

P. 169, l. 7: Hamans.--_Ms. de Valenciennes_: ung bon chevalier almant,
qui estoit de le route monseigneur de Beaumont, appellé monseigneur
Bernard. Fo 75.--_Ms. B 6_: Herman Bisses. Fo 113.

P. 170, l. 29: de Bakehen.--_Le ms. B 6 ajoute_: monseigneur Henry de
Flandres. Fo 114.

P. 171, l. 7: Guise.--_Ms. B 6_: Sy chevauchèrent tout bellement devers
Femy et devers Farvacque, pour venir à Lesquelles et à Guise. Fos 114 et
115.

P. 171, l. 17: de Lincolle.--_Le ms. B 6 ajoute_: messire Renault de
Gobehen et mesire Gautier de Mauny. Fo 114.

P. 171, l. 28: Creci sus Selle.--_Ms. B 6_: où bien avoit trois cens
hostelz. Fo 114.--_Mss. A 11 à 14_: Crecy sur Delle. Fo 43.


=§ 82.= P. 172, l. 1: Jehan de Haynau.--_Ms. d'Amiens_: Et d'autre part,
messires Jehans de Haynnau, à tout deus cens lanches, couroit le pays;
et avoit pris un autre chemin, et vint à Marle et ardi le ville et tout,
hors mis les fortrèces, et ardi les villiaus d'environ sus le rivierre
d'Oise. Et prist son tour, et rapassa Oize à Guize, où madamme de Blois
sa fille estoit; mès pour ce ne laissa il mies la ville à ardoir, et les
moulins à abattre. Et d'autre part, li sirez de Fauquemont chevauchoit à
six vingt[222] lanches, et autres compaignons, qui environ Ribeumont
fissent moult de doummaiges; et s'en vint autour, costiant leur grosse
ost qui aprochoit Buironfosse. Et entendi que li homme[223] dou Louvion
en Tieraisse estoient retret ens ès bois, et i avoient là mis et atrait
le leur, et s'estoient assés bien fortefiés, en tant que de rouillies et
de bois. Si chevaucièrent li Alemant celle part. Et y sourvint messires
Ernous de Bakehem chiaux dou Louvion[224] qui en le forest dou Louvion
s'estoient boutet, liquel se deffendirent ce qu'il peurent. Che ne fu
nient gramment, car il ne peurent à le longhe durer contre tant de
bonnes gent d'armes. Si furent ouvers, et leurs fors concquis et mis à
cache; et en y eut bien mors que navrés quarante, et perdirent tout ce
que là aporté avoient.

  [222] _Ms. de Valenciennes_: deux cens lances. Fo 76.

  [223] _Ibid._: les bons hommes.

  [224] _Ibid._: Nouvion, grosse ville sans frumure, fors qu'ils
  l'avoient fortifié de barrières et de hayes.

Ensi estoit et fu chils pays adonc courus et sans deport. Et li roys
d'Engleterre et toutte se grosse os, où bien avoit plus de quarante
mil[225] hommes, estoient parti de Farvaques et venu logier à Moustroel
les Dames; et l'endemain il chevauchièrent tout souef, et vinrent à le
Flammengherie. Et là eut li roys englès consseil qu'il se logeroit et
atenderoit le roy Phelippe, qui vistement et de grant volenté le
sieuwoit à plus[226] de cent mil hommes; et toudis li croissoient gens à
forche. Fo 34 vo.

  [225] _Ibid._: à quarante mille hommes armez. Fo 76 vo.

  [226] _Ibid._: à bien cent mille hommes.

_Ms. de Rome_: Le roi d'Engleterre estant à Behories, li avant garde
estoit logie oultre le roi une grande lieue; si s'en vinrent à Guise. Et
là en celle cevauchie estoient messires Jehans de Hainnau, li sires de
Fauquemont, li sires de Quq et mesires Ernouls de Baquehem. Pour lors la
ville de Guisse, reservé le chastiel, n'estoit fremée que de palis et
de bailles. Et se confioient chil de la ville sus lor dame la contese de
Blois, pour tant que elle estoit fille à messire Jehan de Hainnau, que
il ne deuissent point estre assalli, mais si furent. Car qant chil de
l'avant garde et li chevalier desus nonmé furent venu devant les
barrières, il missent tout piet à terre et prissent les lances, et s'en
vinrent asallir à ceuls qui as barrières estoient; et tantos furent
conquisses, car la force des desfendans n'estoit point parelle as
asallans; et toutes fois il s'i portèrent assés bien, et se retraissent
petit à petit dedens le fort, et ne prissent point trop grant damage.
Tant que de lors honmes, fenmes, enfans et tous lors meubles, il avoient
tout retrait ou fort, et tout le bestail cachiet oultre viers Saint
Goubain et en la terre de Couchi.

La contesse de Blois entendi que son signeur de père estoit en celle
cevauchie; si quida trop bien besongnier, et que pour l'amour de li, son
père deuist respiter de non ardoir la ville de Guise. Si descendi aval
dou chastiel, et vint à la première porte; et fist tant par priières et
par paroles que messires Jehans de Hainnau son père vint parler à lui,
et li demanda tout ireusement: «Que voes tu, monsigneur, que ceste ville
soit deportée de non estre arse? cela poés vous bien faire, et tout pour
l'amour de moi qui sui vostre fille.»--«Et pour ce que tu es ma fille,
respondi mesires Jehans de Hainnau, sera elle arse; et remonte là sus ou
dongnon, que la fumière ne te face mal.» La contesse de Blois n'en pot
aultre cose avoir, car la ville de Guise fu arse.

D'autre part, li evesques de Lincolle et li marescal d'Engleterre et
messires Gautiers de Mauni, à bien cinq cens lances, entrues que li rois
d'Engleterre estoit à Behories, cevauchièrent oultre viers Venduel et
ardirent Clari, sus la rivière d'Oise, Moy et Venduel, le Fère et un
grant mout de villages là environ, et la ville de Saint Goubain, mais au
chastiel ne portèrent il nul damage. Et s'en vinrent corir jusques à
Vaus desous Laon, et l'ardirent et Bruières, car pour lors il n'i avoit
nulle fremeté, et s'en retournèrent par Cresci sus Sèle et l'ardirent,
et le Pont au Nouvion, et tous les hamiaus de là environ, et la ville de
Marle. Et li rois d'Engleterre et toute li hoos, celle cevauchie
faisant, se departirent de Waudaincourt et de Behories et de l'Esqielle,
et s'en vinrent viers Femi l'Abeie et viers la Capielle en la Tierasse
et la Flamengrie. Fo 49.

P. 172, l. 2: à Guise.--_Ms. B 6_: Et s'en revinrent à Guise. et là
trouvèrent il monseigneur Jehan de Haynau et le seigneur de Fauquemont à
tout ses gens. Et alors se combatoient à aulcuns Franchois qui gardoient
le pont et la rivière de par monseigneur Charles de Blois à qui la ville
estoit: si ques, quant ces Englès vinrent de l'autre costé, les François
se retrairent ou castel. Et passèrent adonc l'evesques de Lincolle et
leur route au pont. Fos 114 et 115.

P. 172, l. 4: sa fille.--_Ms. B 6_: qui seur estoit à messire Jehan de
Haynau, qui là estoit present. Fo 115.

P. 172, l. 13: Femi.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18 à 39, et ms. B 6_:
Farvaques. Fo 43.--_Mss. A 8 et 9, 15 à 17_: Femy. Fo 41.

P. 172, l. 15: d'Alemans.--_Ms. de Rome_: Une route d'Alemans, desquels
li sires de Fauquemont estoit chiés et conduisiries, chevauchièrent
devant hors de l'avant garde, car il ne trouvoient nului qui lor
contredesist lor cemin; et vinrent sus un vilage que on apelle Irçon, et
le pillièrent et ardirent, et puis Bonwes. Et chevauchièrent oultre
jusques au Louvion en Tierasse, car on lor avoit dit que il i avoit un
gros village et rice, liquels estoit hiretages au conte de Blois. Qant
il furent venu jusques à là, il ne trouvèrent à qui parler, car toutes
gens estoient retrait en la haie dou Louvion et avoient là mené à
sauveté, et copé et haiiet le bois de tel manière que on ne pooit venir
à euls fors à grant malaise; mais quoi que il se fuissent ensi
fortefiiet, pour ce ne se abstinrent pas les Alemans que il ne les
alaissent veoir, ensi que gens convoiteus qui sont tous jours enclin au
gaegnier.

Messires Ernouls de Baquehem et sa route avoient chevauchiet d'un aultre
lés. Si trouvèrent le signeur de Fauquemont et ses gens en la ville dou
Louvion qui mengoient et buvoient, car des vins et des pourveances il
avoient trouvé assés; si ques par acord il dissent que il iroient ens ou
bois, et escarmuceroient cheuls qui i estoient retrait, et lor torroient
ce que il i avoient porté. Tant fissent que il trouvèrent le trace et
vinrent jusques à euls; et costiièrent tant le bois haiiet et abatu, que
il trouvèrent la voie par quoi il vinrent à euls. Qant il furent là
venu, il asallirent ces honmes dou Louvion qui se missent à desfense
tant que il porent, mais plenté ne fu ce pas. Si en i ot biau cop de
navrés et de bleciés, et s'enfuirent et s'espardirent parmi le bois, li
uns chà et li aultres là. Chil Alemant ne les poursievirent point
plenté, mais prisent et toursèrent tout ce de bon que dou lour il
trouvèrent; et retournèrent arrière et poursievirent l'oost le roi
d'Engleterre qui estoit logiés à la Flamengrie. Fo 49 vo.

P. 172, l. 29: quarante.--_Mss. A 11 à 14_: quarante quatre. Fo 43.

P. 173, l. 4: le Flamengrie.--_Ms. d'Amiens_: à le Chapelle en Tierasse
et à le Flamengherie. Fo 34 vo.--_Ms. de Valenciennes_: à le Cappelle et
à le Flamengerie en Teraice. Fo 76 vo.

P. 173, l. 5: quarante mille.--_Mss. A 11 à 14_: quarante quatre mille.
Fo 43.


=§ 83.= P. 173, l. 12: effort.--_Ms. de Rome_: et avoit plus de cent
mille hommes. Fo 49 vo.

P. 173, l. 18: deus liewes.--_Ms. d'Amiens_: deux petitez lieuwez. Fo 34
vo.

P. 173, l. 19: Si tretost.--_Ms. d'Amiens_: ce meysme soir (que le roi
de France vint à Buironfosse), vint en l'ost de Franche li comtez
Guillaume de Haynnau. Fo 34 vo.

P. 173, l. 24: lances[227].--_Ms. de Rome_: de Hainnuiers et de
Hollandois. Fo 49 vo.

  [227] _Ms. de Valenciennes_: hommes d'armes, chevaliers et
  escuiers. Fo 76 vo.


=§ 84.= P. 174, l. 7: Or sont.--_Ms. d'Amiens_: Mout desiroit li roys
englès à avoir le bataille, car messire Robert d'Artois et messires
Jehans de Haynnau et li contez Derbi li consseilloient, ossi li dus de
Braibant, li dus de Gerllez, li dus de Julle[r]s et li seigneur
d'Allemaigne. Et disoient bien entre yaux que ce seroit grans dammaigez
et grans confusions que se si bellez gens d'armes, qui là estoient dez
deux costéz, se departoient sans riens faire. Ossi li roys de Franche
n'avoit autre entension que dou combattre et que de vengier l'arssin et
le doummaige que li [rois] englès et li aloiiés avoec lui li avoient
fait. Si demanda à son connestable Raous le comte d'Eu et de Gui[n]e et
à ses marescaux, le marescal Bertran et le marescal de Trie, quel nombre
de gens il pooit bien avoir; et il li respondirent que il en avoit bien
six vingt mille, et tout adrechiet pour combattre. Fo 34 vo.

_Ms. B 6_: Tant esploita le roy d'Engleterre et tout son ost où bien
avoit quarante mille hommes, et s'en vint à la Cappelle en Terrache; et
ardirent ses gens toute la ville du Lovio[n], qui estoit au conte de
Blois. Et osy ardirent la ville de la Cappelle, et puis s'en vinrent à
le Flamengherie. Entre le Flamengrie et Buierfosse, s'en vint logier le
roy d'Engleterre. Et dist que il n'yroit plus avant, sy aroit veu ses
ennemis et combatu le roy de Franche et sa puissance, qui le sievoient
moult efforchiement. Et s'en vint che soir logier le roy de France entre
le Cappelle en Terrasse et Buironfosse. Fo 115 et 116.

P. 174, l. 16: nombre.--_Ms. de Rome_: Li rois Phelippes de France avoit
là tout le monde de gentils homes; et furent nombrés les banières en son
hoost à deus cens et soissante barons. Fo 50.

P. 174, l. 18: le Capelle.--_Ms. de Rome_: à la Flamengrie et à la
Capelle en Tierasse. Fo 50.

P. 174, l. 21: petites liewes.--_Ms. de Rome_: et tout plain pais. Fo
50.--_Ms. B 6_: à mains de deus lieuwes. Fo 116.

P. 174, l. 24: de Jullers.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: le marquis de
Misse et d'Eurient...., le comte Derbi,.... le seigneur de Fauquemont,
messire Guillaume de Duvort, le comte de Saumes. Fo 34 vo.--_Les mss. A
11 à 14 ajoutent_: le conte de Los. Fo 43 vo.

P. 174, l. 26: Robert d'Artois.--_Mss. A 11 à 14_: conte de Richemont en
Angleterre, que le roy Edouart lui avoit donnée. Fo 43 vo.


=§ 85.= P. 175, l. 29: doi chevalier.--_Ms. de Rome_: deus jones
chevaliers et de grant volenté. Fo 50.

P. 176, l. 14: prisonniers.--_Ms. d Amiens_: et le retint li sirez de
Horsteberch[228] comme sen prisonnier. Fo 35.

  [228] _Ms. de Valenciennes_: de Hoteberch. Fo 77 vo.

P. 176, l. 14: sis.--_Ms. de Rome_: et fu prisonniers à euls siis;
çasquns i clama part. Fo 50.

P. 176, l. 15: rançonnèrent.--_Ms. d'Amiens_: Dont furent il d'acort
qu'il se mist à finanche parmy mil viés escus que il devoit porter ou
envoyer, dedens le jour dou Noel prochain venant, à Tret sus Meuse, ou
là venir tenir prison. Ensi le jura li sirez de Faignuellez. Fo
35.--_Ms. de Rome_: et se rançonna à douse cens florins et le cheval
perdu. Fo 50.

P. 176, l. 16 et 17: de Haynau.--_Ms. de Rome_: de France et de Hainnau.
Fo 50.

P. 176, l. 24: messe.--_Ms. de Rome_: et le trouvèrent que il
s'aparilloit pour aler deviers le roi d'Engleterre. Fo 50.

P. 176, l. 28: Byaumont.--_Ms. d'Amiens_: Si fist disner le seigneur de
Faignuellez et le chevalier allemant dallés lui; et apriès disner
encorrez parlèrent il de la raenchon. Et dist li sirez de Biaumont à
l'Alemant: «Sire, sire de Hosteberch, soiiés ung petit plus doulz au
seigneur de Faignuelles, car vous savés en quel convention vous l'avés
pris.» Adonc fu li chevaliers d'Alemaigne tous honteux et dist:
«Monseigneur, se Dieux le m'amena, j'en avoie bien mestier; car er soir
j'avoie perdu tout mon argent as déz.» Dont coumenchièrent li chevalier
à rire, et meysmement messires de Biaumont. Lors coummenchièrent li
chevalier à aller entre deux, et à brisier le premierre marchandise; et
tellement amoiienèrent le besoingne que il le dubt quiter de foy et de
prison parmy six cens viés escus que messires de Biaumont li devoit
paiier tantost, lesquelx il li fist delivrer dedens le viespre, et les
presta au seigneur de Faignuellez. Fo 35.

P. 177, l. 4: courouciet.--_Ms. d'Amiens_: et especialment li comtes,
car moult l'amoit. Fo 35.

P. 177, l. 8: renvoiiet.--_Ms. de Rome_: et le fist raconvoiier par ses
gens meismes jusques bien priès de l'ost as François. Fo 50.

P. 177, l. 10: coursiers.--_Ms. de Rome_: lequel li Alemant ne li
voloient rendre; et disoient que il l'avoient gaegnié. Fo 50.


=§ 86.= P. 177, l. 25: contes de Jullers.--_Ms. de Valenciennes_: duc de
Jullers. Fo 78 vo.

P. 177, l. 26: Blankebourch.--_Mss. A 11 à 14_: Frankebourc. Fo 44.

P. 177, l. 27: des Mons.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: li contes de
Los. Fo 44.

P. 177, l. 28 et 29: Guillaumes.--_Ms. de Valenciennes_: Gilles. Fo 78
vo.

P. 177, l. 29: de Duvort.--_Mss. A 11 à 14_: du North. Fo 44.

P. 177, l. 29: Ernoulz de Bakehen.--_Mss. A 11 à 14_: Guillaume de
Kakehan. Fo 44.

P. 177, l. 30: bataille.--_Ms. d'Amiens_: et avoit en cèle route vingt
cinq bannières et quinze pignons, et estoient bien huit mille hommes et
de bonne estoffe. Fo 35.

P. 177, l. 31: soissante.--_Mss. A 1 à 6_: quarante. Fo 44 vo.--_Mss. A
15 à 17_: soissante deus. Fo 46 vo.

P. 178, l. 5: son pays.--_Le ms. d'Amiens ajoute_: li comtes des Mons.
Fo 35.

P. 178, l. 5: Kuk.--_Ms. de Valenciennes_: Buck. Fo 78.

P. 178, l. 6: Berghes.--_Mss. A 11 à 14_: Berguettes. Fo 44.

P. 178, l. 7: Vauselare.--_Ms. d'Amiens_: Wasenare. Fo 35.--_Ms. de
Valenciennes_: Voscler. Fo 78 vo.

P. 178, l. 8: Sconnevort.--_Mss. A 11 à 14_: Stonnenorth. Fo 44.

P. 178, l. 9: Boukehort.--_Mss. A 11 à 14_: Bourquenbourch. Fo
44.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 29_: Boukebourc. Fo 44 vo.

P. 178, l. 12: Gilles.--_Mss. A 11 à 14_: Jehan. Fo 44.

P. 178, l. 14: Gautiers.--_Mss. A 11 à 14_: Jehan. Fo 44.

P. 178, l. 18 et 19: Halluin.--_Mss. A 11 à 14_: Jehan de Halluin. Fo
44.

P. 178, l. 21: Strates.--_Mss. A 11 à 14_: Trasces. Fo 44 vo.

P. 178, l. 23: vint et quatre.--_Ms. d'Amiens_: vingt et deux. Fo 35.

P. 178, l. 24: quatre vint.--_Ms. d'Amiens_: dix sept. Fo 35.

P. 178, l. 24: sept mille.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22 et ms.
d'Amiens_: huit mille. Fo 44 vo.

P. 178, l. 30: Lincolle.--_Le ms. d'Amiens omet_: li evesques de
Durem,... li sires de Persi,... li sires de Montbrai,... li sires de
Lantonne,... li sires de Basset,... messires Jehans de Lille;--_et il
ajoute_: li coens de Warvich...., li comtes de le Marche, li comtes de
Pennebrucq, monseigneur Richart de Stanfort, messires Jehans viscontez
de Biaumont...., li sirez de Salich[229], li sirez de Felleton[230]....,
li sires de Ferierres[231], li sirez de Brasseton[232]...., li sires de
Multonne. Fo 35.

  [229] _Ms. de Valenciennes_: Salmel. Fo 79.

  [230] _Ibid._: Falencon.

  [231] _Ibid._: Strier.

  [232] _Ibid._: Brasenton.

P. 178, l. 31: Sallebrin.--_Ms. d'Amiens_: qui estoit marescaux de
l'ost. Fo 35.

P. 178, l. 32: Clocestre.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: le conte de
Norhantonne et de Lancastre. Fo 44 vo.

P. 179, l. 1: Kenfort.--_Mss. A 11 à 14_: Kainforth. Fo 44 vo.--_Ms. A
2_: Kerfort. Fo 46 vo.--_Mss. d'Amiens et de Valenciennes_: Herfort. Fo
35.

P. 179, l. 2: Ricemont.--_Mss. A 11 à 14_: en Angleterre, car voirement
la lui avoit le roy anglois donnée. Fo 44 vo.

P. 179, l. 3: de Ros.--_Ms. d'Amiens_: de Northonbrelant qui fu là fès
chevalier et leva bannière. Fo 35.

P. 179, l. 5: Lantonne.--_Mss. A 11 à 14, 20 à 22_: Hantonne. Fo 44 vo.

P. 179, l. 6: li sires de Filwatier.--_Ms. d'Amiens_: Guillaummes Filz
Warine[233]. Fo 35.

  [233] _Ms. de Valenciennes_: Fil Warnier. Fo 79.

P. 179, l. 10: nouviaus.--_Ms. de Rome_: Mais je Froissars et actères de
ces croniques, oï dire plus de une fois le gentil chevalier messire
Jehan Caindos que il fu fais nouviaus chevaliers de la main le roi
Edouwart d'Engleterre ce venredi que li assamblée fu à Buironfosse; et
pour tant que il fu plus vaillans que nuls aultres quiconques s'armast
de la partie des Englois, j'en fac enarration. Fo 50.

P. 179, l. 11: Chandos.--_Ms. de Valenciennes_: qui fu l'un des bons
hommes d'armes des deux royalmes. Fo 79.

P. 179, l. 15: vint et huit banières.--_Ms. d'Amiens_: Et avoit li roys
trente deux bannierrez et bien otant de pignons. Fo 35 vo.

P. 179, l. 15: quatre vint et dix.--_Mss. A 15 à 17_: quatre vint et
douze. Fo 46 vo.

P. 179, l. 16: six mille.--_Mss. A 1 à 6, 20 à 22_: environ huit mille.
Fo 45.--_Ms. de Valenciennes_: dix mille. Fo 79.

P. 179, l. 17: six mille.--_Mss. A 20 à 22_: huit mille. Fo 73 vo.

P. 179, l. 18: bataille.--_Ms. d'Amiens_: Et fu là ordounnés à tenir sus
destre en une bataille, pour reconforter sus elle lez plus lasséz,
messires Robiers d'Artois. Et avoit dalléz lui monseigneur Gautier de
Mauny[234], monseigneur de Bercler, le seigneur de Clifort, messire
Richart de Pennebruge[235], messire Bietremies de Bruech[236]. Et
estoient[237] trois mil hommes d'armes, douze bannières et deus mille
archiers. Fo 35 vo.

  [234] _Le ms. de Valenciennes ajoute_: monseigneur Henri de
  Flandres,... le sire de Neufville.

  [235] _Ms. de Valenciennes_: Penebrouch. Fo 79.

  [236] _Ibid._: Bertremieu de Bruves.

  [237] _Ibid._: environ.

P. 179, l. 23: trois mille.--_Mss. A 11 à 14_: environ quatre mille
hommes d'armes et deux mille archiers. Fo 44 vo.--_Mss. A 15 à 17_:
environ deux mille. Fo 46 vo.


=§ 87.= P. 180, l. 5: honneur.--_Ms. d'Amiens_: car il retenoit sus sen
ame que il se combatoit sus son droit. Fo 35 vo.

P. 180, l. 8: apertenoit.--_Ms. d'Amiens_: ainsi se tinrent il toute le
matinée, attendant les Franchois. Fo 35 vo.

P. 180, l. 15: avisèrent.--_Ms. d'Amiens_: les hiraux qui eurent en
escript tous les bannerèz. Fo 35 vo.

P. 180, l. 16: il y eut.--_Ms. d'Amiens_: onze vingt et sept banièrez,
quatre roys, cinq dus, trente six comtes et vingt sept cens et cinq[238]
chevaliers, quatre vingt mil hommes d'armes, sans les communes dont il y
avoit plus de soixante mille. Fo 35 vo.

  [238] _Ibid._: six.

P. 180, l. 16 et 17: onze vint et sept.--_Mss. A 8 et 9, 23 à 33_: onze
vingt bannières. Fo 43.--_Mss. A 11 à 14_: onze vingt et dix huit. Fo
45.--_Mss. A 1 à 6_: six vingt et sept. Fo 45.--_Ms. B 6_: onze vingt et
quinze. Fo 118.

P. 180, l. 17: cinq cens.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: six cens.
Fo 45.

P. 180, l. 17: et soissante.--_Mss. A 11 à 14_: et quatorze. Fo 45.

P. 180, l. 19: quatre mille.--_Mss. A 1 a 6, 20 à 22_: quatre cens. Fo
45.--_Ms. B 6_: dix sept cens. Fo 118.

P. 180, l. 20: plus de soixante mille.--_Ms. B 6_: Le roy de Franche, à
ce que on disoit, avoit bien deus cent mille hommes, que à piet, que à
cheval. Fo 117.

P. 180, l. 27: de Bar.--_Le ms. d'Amiens omet_: li contes de
Valentinois,... li contes de Genève, li contes de Dreux;--et il ajoute:
li comtez de Pontieu, .... li comtez de Tankarville, li comtez de
Waudimont, .... li comtes de Jeni[239], .... li contez de Porsiien[240],
li comtez de Brainne, .... li comtez de Biaumont, li comtes de
Montfort, li comtez de Nerbonne, li comtes de Pieregort, li comtes de
Villemur, li comtes de Conmignes, .... li comtez de Murendon[241], li
comtez Douglas d'Escoce et li comtez de Moret.... Fo 35 vo.--_Les mss. A
11 à 14 ajoutent_: le conte de Namur, ... le conte de Joingny. Fo 45.

  [239] _Ibid._: Joingny. Fo 79 vo.

  [240] _Ibid._: de Poitiers.

  [241] _Ms. de Valenciennes_: Mirendon.

P. 181, l. 5: à recorder.--_Ms. d'Amiens_: Environ heure de tierche,
vint li dus Oedes de Bourgoingne à plus de cinq cens lanches[242], et se
mist d'un léz sour les camps; et avoit dix neuf banerèz, tous de
Bourgongne et de le comtet de Bourgoingne. Là estoient li jonez comtez
Guillaummes de Haynnau en très bon arroy et forche, et faisoit se
bataille à par lui; et avoit dix huit banerès, tous à bannierre de son
pays dallés lui. Fo 35 vo.

  [242] _Ibid._: hommes d'armes. Fo 80.

P. 181, l. 5 et 6: biautés.--_Ms. d'Amiens_: Moult fu ceste journée
belle et clerre et sans bruine; et resplendisoit li solaux en ces
armoiriez, tant que c'estoit grans depors de l'imaginer et veoir. Fo 35
vo.

P. 181, l. 7: couvers.--_Ms. d'Amiens_: jusqu'au fallon.

P. 181, l. 10: quinze mille.--_Mss. A 1 à 6_: seize mille. Fo 45
vo.--_Mss. A 20 à 22_: seize mille hommes à cheval et trente mille
hommes à pié. Fo 74.

P. 182, l. 11: dou lièvre.--_Ms. d'Amiens_: Apriès ceste avenue, les
nouvelles vinrent au roy de France comment uns lièvres avoit estourmy
ses gens et estoit passés parmy sen ost. Dont li pluiseur eurent sus
grant ymagination et dissent que ce n'estoit pas ungs bons signes quant
uns lièvres, qui est encontréz de povre estrinne, les avoit ensi
estourmis et courut par devant yaux; et quoy que fuist dou samedi, che
venredi on ne li consseilloit niens à lui combattre. Ensi parlans et
ymaginans pluiseurs paroles et diviers oppinions, s'avancha mout li
jours tant que nonne fu passée. Fo 36.

P. 183, l. 8: detriiés.--_Ms. B. 6_: Ensy furent ches seigneurs tant
englès comme franchois, et aloient l'un devant l'autre par ung venredy,
et point ne se combatirent. Dont on s'en peult moult esmervillier pour
quoy il le laissèrent, car il y avoit de toutes parties grans foison de
gens d'armes. Et à che que j'ay depuis ouit recorder, il tint plus en la
partie du roy de Franche que en chelui du roy d'Engleterre, car il y
avoit tant de fouré chapprons qui estoient du conseil du roy de
Franche, les quels brissèrent la journée. Car qui euist crut le roi
Phelippe, on se fust combatus sans faulte, et ne desiroit aultre chose.
Sy se departy ensy celle journée sans riens faire, qui fu à Buironfosse
l'an mil trois cens trente neuf, le vingt cinquième jour du mois
d'octobre. Fos 118 et 119.

P. 183, l. 10: Haynau.--_Ms. d'Amiens_: Quant li comtes Guillaumme de
Haynnau, qui estoit sus les camps en bon arroy et friche, vit que nonne
passoit et que nulx ne s'aprochoit pour combattre, si appella le
seigneur d'Enghien et monsigneur Henry d'Antoing et leur dist: «Alléz
deviers monseigneur mon oncle, et li demandéz quel cose il voelt que je
fache.» Il respondirent: «Vollentiers.» Dont partirent li doy baron et
vinrent deviers le roy de France qui jà se retraioit, et i avoit une si
espesse route de seigneurs que jammais ne l'ewissent brisiet. Si
trouvèrent monseigneur d'Alençon à qui il adrechièrent leur messaige. Et
il respondi: «Ditez à mon nepveut qu'il s'en voist, de par Dieu, car
nous n'arons point de bataille.» Ensi le raportèrent li seigneur dessus
dit au comte de Haynnau qui se parti de le place et toutte se routte, si
tost qu'il oy ces nouvelles; et s'en revint cevauchier[243] vers le
Kesnoy. Fo 36.

  [243] _Ms. de Valenciennes_: jusques en Haynnau. Fo 81.

P. 183, l. 12: englès.--_Ms. d'Amiens_: Quant li roys d'Engleterre et si
aloiiet, qui avoient estet rengiéz enmy les camps tout à piet, dou matin
jusques à nonne, sans boire et sans mengier, veyrent bien que li roys de
Franche ne ses gens ne descenderoient point jusqu'à yaux pour combattre,
si se traisent enssamble pour avoir avis et consseil coumment il se
maintenroient. Pluiseurs oppinions et grant estoient eut entre yaulx
ossi bien comme entre les Franchois. Et volloient li roys et li baron
d'Engleterre, messires Robers d'Artois, messires Jehans de Haynnau et li
sires de Fauquemont, chevauchier encorres avant sour le royaumme et
nient partir sans combattre. Li ducs de Braibant et pluiseurs de son
accord disoient ensi que il ne pooient avoir blasme ne reprochement del
partir à tous bons entendeurs; car il avoient offert, à l'entrée del
royaume, le bataille au roy de Franche qui leur avoit acordé. Avoecq
tout ce, il s'estoient là tenu, enssi que gens d'armes se doient tenir,
attendans leurs ennemis qui point n'estoient venus; et se passoit li
heure et li tiermes de combattre ossi. D'autre part, vitaille leur
coummenchièrent à defallir; et ne savoient mies bonnement, s'il
chevauchoient plus avant, coumment il en seroient pourveu: si ques
d'iaux enclore ne bouter trop avant et sus l'ivier ou royaume de
Franche, il n'y veoient point de bon, car mieux leur en valloit partir à
honneur que d'atendre nulle aventure à leur deshonneur. Tout comsideret
et regardet l'un contre l'autre, li darrains acors fu que d'iaux
departir. Si se deslogièrent et vinrent la nuit gesir bien tart environ
Avesnes à tout leur caroy et leur concquès. Fo 36.

_Ms. de Rome_: Ce venredi au soir, il fu ordonné en l'oost le roi
d'Engleterre que on se deslogeroit sus le point de mie nuit, et se
retrairoit on tout bellement en Hainnau et en Braibant, et que pour
celle saison on en avoit fait assés; car au voir dire, tant que pour la
bataille, la pareçon n'estoit pas parelle, car li François estoient trop
plus fort et plus poissant sus les camps ne fuissent les Englois. Celle
doubte et nulle aultre, ensi que il fu supposé et consideré depuis, i
missent li dus de Braibant, li dus de Gerles et li contes de Jullers et
auquns aultres de lor aliance; non li rois d'Engleterre et les Englois,
car il se fuissent volentiers combatu et pris l'aventure et se tenoient
à tout conforté, mais là pour celle fois il les couvint croire consel,
car il n'estoient pas signeur des Alemans et des estrangiers. Sus le
point de mienuit, sans faire trop grant noise, toutes gens en l'ost le
roi d'Engleterre se deslogièrent, et cargièrent chars et charètes,
tentes, très, auqubes et pavillons. Fo 50 vo.

P. 183, l. 13: de Braibant.--_Ms. B 6_: A minuit, le roy d'Engleterre
mist tout son consail ensamble pour savoir quel chose il feroit, et
comment il se maintenroit. Le duc de Braibant, qui estoit là ses cousins
germains, et qui estoit le plus grant de tout son consail, dist et
conseilla que on se retrairoit, et que pour celle saison on avoit assés
ghuerriiet, car l'yvier aprochoit, et que le roy d'Engleterre avoit fait
bien son devoir, et allé et chevauchiet ou royalme de Franche et ars et
moult gasté le pais et atendu ses ennemis, et puis avoir esté tous
rengiés et ordonnés et mis en bataille, l'un devant l'autre; et point ne
furent ses ennemis sy hardis de les venir combatre. Pour laquelle cose,
on doit tenir à grant honneur l'emprise d'un roy d'Engleterre. Adonc fut
creut le consail du duc de Brabant. Fo 119 et 120.

P. 183, l. 15: ce venredi.--_Ms. B 6 et ms. de Rome_: le semmedi au
matin. Fo 120.

P. 183, l. 15: d'Avesnes.--_Ms. B. 6_: Le roy d'Engleterre et toute sa
compaignie passèrent devers Avenues, et tout à travers le pays de
Haynau, et desoubz Bieaumont et le Sambre, et au pont à Avesne. Fo 120.

P. 183, l. 19: en Braibant.--_Ms. B 6_: à Brouselles d'enprès son cousin
le duc de Brabant, et là sejourna quinze jours. Fo 120.--_Ms. de Rome_:
Et s'en vint li rois à Louvaing, et là trouva la roine sa fenme; et
s'espardirent chil signeur d'Engleterre aval Braibant, ensi que fait
avoient en devant celle cevauchie. Et murmuroient li auqun Englois l'un
à l'autre et disoient: «On fait bien le roi nostre sire despendre et
alever son argent pour noient et perdre le temps: il nous fault faire
moult de tèles cevauchies avant que nous aions conquis le roiaulme de
France.» Fo 50 vo.


=§ 88.= P. 183, l. 22: venredi.--_Ms. A 7_: samedi. Fo 43.

P. 183, l. 24: Phelippes.--_Ms. d'Amiens_: Quant li roys de Franche,
ensi que vous avés oy, se fu tenus tout le jour jusquez à basse nonne
sus lez camps en divierses oppinions, parlans et devisans à ses plus
haus et grans amis et barons, et il vit que on ne lui consseilloit nient
de combattre, tous mautalens et enflammés d'aïr, il retourna vers
Buironfosse; et avoit entention que l'endemain, coumment qu'il fust, il
se conbateroit. Si appella ses deux marescaux, monseigneur Robert
Bertran et le seigneur de Trie, et leur dist: «Ordonnés et coummandés de
par nous que nulz ne se parte, et que chacuns se loge, car demain nous
nos combaterons, coumment qu'il soit.» Et li marescal le fissent ensi.
Et quant il ne trouvèrent le comte de Haynnau, se le disent au roy,
affin que il ne fuissent repris.

Adonc regarda li roys sus le comte d'Allenchon son frère et li dist: «De
nostre nepveut de Haynnau savés nulles nouvelles?»--«En nom Dieu,
monseigneur, oyl, che respondi li comtes d'Allenchon, [car] il
[envoia][244] orains le seigneur d'Enghien et le seigneur d'Antoing
assavoir quel cose volliéz qu'il fesist. Il ne peurent parler à vous; si
me trouvèrent d'aventure. Et quant je les euch oïs, je leur dis que il
n'estoit appairant de combattre, et qu'il s'en allast de par Dieu.»
Adonc penssa li rois ung petit et puis dist: «Or le mandéz apertement,
car demain nous nos combattrons.» Lors fist on monter ung sergant
d'armes et venir vers le Kesnoy, et y vint si à point que li comtes se
desarmoit. Et jà estoient tout li baron et li chevalier retrait as
hostelx, et li autre partit et rallet vers leurs maisons. Si vint li
messaigez dou roy deviers le comte, qui estoit ou castiel, et li dist:
«Sire, li roys vous sallue et vous mande que, demain à soleil levant,
vous soiiés à Buironfosse, car on se combatera as Englèz.»

  [244] _Ms. de Valenciennes_, fo 81 vo.--_Ms. d'Amiens_:
  envoieoit.

Et quant li comtes oy ces nouvelles, si fist sounner ses trompettes et
reuvillier chevaliers, et renseller chevaux, et mander apriès chiaux que
il cuidoit le mieux ravoir. Et se parti en grant haste dou Quesnoy
environ mienuit, et chevaucha tant avoecq ses gens que, le samedi au
matin, il fu sus les camps et ou lieu ou auques priès dont il estoit
partis le venredi. Et quidoit bien li comtes que on se dewist combattre;
mais li roys ses oncles et li Franchois avoient oy autres nouvelles, car
le venredi au soir li coureur et li foureur de Franche estoient revenus
en leur ost et avoient dit pour certain que li Englès estoient party et
jà retret en l'Empire et en le comté de Haynnau, et s'en ralloient
arrière; et n'estoit mies apparans que il en fesissent plus ceste
saison. Dont disent li baron de France au roy: «Sire, il faura le roy
d'Engleterre faire mout de telx chevauchies, ainchois qu'il ait concquis
le royaumme de Franche»: si ques li roys avoit jà ordounné et coummandé
à deslogier et de raller chacun en son lieu.

Ces nouvelles vinrent jusques au comte de Haynnau qui se tenoit sour les
camps, que li roys de Franche se devoit partir, et jà avoit dounnet
congiet à touttes mannières de gens, car li Englès estoient esloingiet.
Adonc s'en vint li comtes de Haynnau et toutte se routte où bien avoit
quatre cens lanches[245], sus ung certain pas où li roys de Franche
devoit passer. Et quant li roys vint là et il le vit ensi ordonnet, il
demanda à chiaux d'entours lui dou comte qui c'estoit, et on li dis