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Title: La vita Italiana nel Risorgimento (1831-1846), parte III - Seconda serie - Lettere, scienze e arti
Author: Various
Language: Italian
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "La vita Italiana nel Risorgimento (1831-1846), parte III - Seconda serie - Lettere, scienze e arti" ***

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                                   LA
                             VITA ITALIANA
                                  NEL
                              RISORGIMENTO

                              (1831-1846)

                             SECONDA SERIE


                                  III.

                        LETTERE, SCIENZE E ARTI.


      Lamartine, Châteaubriand et l'Italie       DEJOB CHARLES.
      La pleiade musicale                        CHECCHI EUGENIO.
      La elettricità animale                     FANO GIULIO.
        _Appendice_:
      Le Monténégro                              YRIARTE CHARLES.



                                FIRENZE
                          R. BEMPORAD & FIGLIO
            CESSIONARI DELLA LIBRERIA EDITRICE FELICE PAGGI
                         7, Via del Proconsolo
                                 1899.



                          PROPRIETÀ LETTERARIA

                       RISERVATI TUTTI I DIRITTI

      _Gli editori_ R. BEMPORAD & FIGLIO _dichiarano contraffatte
            tutte le copie non munite della seguente firma_:

     [Illustrazione: firma manoscritta]

            Firenze, Tip. Cooperativa, Via Pietrapiana, 46.



LAMARTINE, CHATEAUBRIAND ET L'ITALIE

CONFERENZA DI CHARLES DEJOB


  _Mesdames, Messieurs_,

On a souvent reproché aux Français, dans notre siècle, d'ignorer
systématiquement les langues étrangères. Ce reproche, ils ne l'ont
mérité qu'un moment. Nulle part pendant deux cents ans l'espagnol
et l'italien n'ont été plus à la mode que chez nous; jusque dans le
premier tiers de ce siècle, la France a été un des pays où, je ne
dirai pas seulement on écoutait, mais où l'on imprimait le plus de
livres italiens; et depuis un certain nombre d'années les étrangers
qu'on envoie chez nous en mission pour examiner la manière dont nos
lycées enseignent l'anglais et l'allemand, confessent dans leurs
rapports qu'il est difficile de mieux faire. Il y a toutefois un degré
auquel nous n'atteindrons probablement jamais: hors de France, dans
certains salons, une même personne parle allemand à un interlocuteur,
anglais à un autre, français à un troisième: peu de Français seront
polyglottes à ce point là. Mais faut-il le regretter? Apprendre, non
pas seulement à lire mais à parler plusieurs langues vivantes, c'est
prélever sur sa jeunesse pour apprendre des mots bien des mois qu'il
vaudrait peut-être mieux employer à approfondir sa propre langue et
à penser ou à sentir; puis n'est-il pas bien difficile à un auteur de
se former un idéal s'il est pour ainsi dire, tourmenté par les génies
divers de plusieurs nations qui se le disputent? Ecrire sous la dictée
d'une Muse, c'est fort bien; mais écrire sous la dictée de trois
ou quatre Muses qui nous parlent à la fois, c'est moins commode. En
revanche, la France a toujours été un des pays où l'on trouve le plus
d'hommes voués à l'étude des littératures étrangères et employant leur
existence à écrire, non pas des articles sur des feuilles volantes et
à propos de productions courantes dont tout le monde parle aujourd'hui
et dont personne ne parlera dans vingt ans, mais des volumes sur l'art
ou la poésie des autres nations; et le grand public s'y intéresse
si fort aux chefs-d'œuvre durables de l'étranger, qu'il se presse
au pied des chaires où on les commente: il y a environ cent ans,
Ginguené, le spirituel et perspicace historien de votre littérature,
en inaugura l'enseignement à l'Athénée; cet enseignement, transféré
depuis à la Sorbonne, y a brillé du même éclat entre les mains de
Fauriel, d'Ozanam, de M. Mézières et de M. Gebhart. Enfin la France
est un des pays où les écrivains célèbres, les penseurs, viennent le
plus volontiers en aide aux savants pour faire aimer les nations qui
méritent d'être aimées. Tout le monde sait que Stendhal a pour ainsi
dire passé sa vie à persuader aux Français que Milan, Florence, Rome,
Naples étaient les plus délicieux des séjours: et j'ai eu occasion
de montrer qu'à une époque où tous les voyageurs du Nord de l'Europe
exprimaient le plus profond dédain pour l'Italie contemporaine,
le grand astronome Lalande, Roland le futur conventionnel, surtout
M^me de Staël, prédisaient de la façon la plus claire votre glorieux
relèvement.

Je voudrais rechercher aujourd'hui les sentiments de Châteaubriand et
de Lamartine à l'égard de l'Italie.

Au premier abord, il semble que Châteaubriand n'a pas dû vous être
très-favorable. Je ne parle pas de quelques réclamations passagères
qu'il s'est attirées. Giustina Renier-Michiel a éloquemment réclamé
contre l'épithète de _ville contre nature_ qu'il avait appliquée à
Venise après son premier voyage, et Silvio Pellico s'est plaint avec
raison de ce que Châteaubriand avait confondu les _piombi_ de 1830
avec ceux de 1820. Ce sont là des détails; mais un ancien émigré, un
légitimiste qui avait longtemps été _ultra_, pouvait-il s'intéresser au
véritable bien de l'Italie moderne? L'homme qui a entraîné Louis XVIII
à restaurer en Espagne le pouvoir absolu de Ferdinand VII pouvait-il
avoir quelque sympathie pour les patriotes italiens?

Pourtant ne nous arrêtons pas aux apparences!

D'abord Châteaubriand connaissait fort bien vos classiques, qu'il cite
assez souvent dans le texte. Dans le _Génie du Christianisme_, il
ne parle pas toujours de Dante comme il faudrait: mais songez qu'il
l'écrivait du vivant de Saverio Bettinelli; combien de gens, même
en Italie, malgré tout le parti que Monti venait de tirer pour sa
_Bassvilliana_ de l'imitation du poëme sacre, continuaient à juger la
_Divine Comédie_ sur la foi des _Lettere Virgiliane_! Baretti, qui,
pour faire pièce à Voltaire, a réussi à comprendre Shakespeare, n'a
jamais réussi à comprendre Dante. Du moins Châteaubriand reconnaît-il
que Dante n'a point de maître dans le pathétique et le terrible; et
plus tard, dans son _Essai sur la littérature_ anglaise, il avertit
que Shakespeare, dont nos romantiques étaient idolâtres, a eu moins à
faire que Dante pour fonder la littérature nationale. Son appréciation
sur le Tasse, pour qui vous savez que la France a toujours eu un faible
malgré le mot de Boileau dont on exagère étrangement le sens, est
très-pénétrante; il appelle la _Jérusalem Délivrée_ un chef-d'œuvre
de composition, et, quand il la blâme, c'est en homme que le poète
a conquis à son sujet, et qui voudrait collaborer avec lui pour
atteindre la perfection. Enfin il a pieusement suivi le convoi funèbre
de cet Alfieri dont, par un hasard qui au fond n'en est pas un, les
Français furent les admirateurs décidés à une époque où les Italiens se
partageaient encore sur son compte.

Mais ce sont principalement les beautés naturelles de l'Italie qu'il
nous a comme révélées. Chose curieuse, et qui montre combien, en
dépit d'Horace, la plume est quelquefois supérieure au pinceau pour
la propagation des idées! Parmi les peintres qui ont le mieux fixé sur
la toile le charme du ciel italien, tout le monde place nécessairement
deux Français, Claude Gellée dit le Lorrain et Nicolas Poussin, et ils
ont tous deux vécu il y a deux cents ans; toutefois, la beauté de ce
ciel n'est proverbiale en France, à tous les degrés de la population,
que depuis que Châteaubriand et Lamartine l'ont décrite. Châteaubriand
a visité plusieurs fois l'Italie: dès le premier voyage il est ravi; il
vante les chemins excellents de la Lombardie, ses auberges «supérieures
à celles de France, presque égales à celles de l'Angleterre;» il donne
sur les fouilles de Pompei un excellent conseil qu'on a fini par juger
tel: laisser les objets là où on les trouve, protéger par un toit
les édifices qui les contiennent, mais conserver à chaque chose sa
signification en lui conservant sa place[1], surtout il a senti à ravir
l'attrait de la campagne romaine et du golfe de Naples. Voici comment
il peint le premier des deux tableaux:

«Rien n'est comparable, pour la beauté, aux lignes de l'horizon romain,
à la douce inclination des plans, aux contours suaves et fuyants des
montagnes qui le terminent.... Une vapeur répandue dans le lointain
arrondit les objets et dissimule ce qu'ils pourraient avoir de dur
ou de heurté dans leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes ou
noires; il n'y a pas de masses si obscures de rochers et de feuillages,
dans lesquelles il ne s'insinue toujours un peu de lumière. Une
teinte singulièrement harmonieuse marie la terre, le ciel et les eaux;
toutes les surfaces au moyen d'une gradation insensible de couleurs,
s'unissent par leurs extrémités, sans qu'on puisse déterminer le point
où une nuance finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute admiré
dans les paysages de Claude Lorrain cette lumière qui semble idéale et
plus belle que nature. Eh bien, c'est la lumière de Rome.»[2]

Voici pour Naples:

«Des fleurs et des fruits humides de rosée sont moins suaves et moins
frais que le paysage de Naples sortant des ombres de la nuit. J'étais
toujours surpris, en arrivant au portique, de me trouver au bord de
la mer; car les vagues dans cet endroit faisaient à peine entendre
le léger murmure d'une fontaine. En extase devant ce tableau, je
m'appuyais contre une colonne et, sans pensée, sans désir, sans projet,
je restais des heures entières, à respirer un air délicieux. Le charme
était si profond, qu'il me semblait que cet air divin transformait ma
propre substance, et qu'avec un plaisir indicible je m'élevais vers le
firmament comme un pur esprit.»[3]

Ce qui a principalement aidé à graver ces éloges du sol de l'Italie
dans la mémoire des Français, c'est qu'ils se rattachent souvent
à ce que j'appellerai la philosophie de Châteaubriand. Vous savez
que la grandeur de Châteaubriand tient avant tout à la profondeur
avec laquelle il a ressenti le prodigieux ébranlement de 1789.
Toutes les révolutions postérieures ne sont que des jeux auprès
de celle-là, non seulement à cause des luttes intestines qu'elle
a déchaînées, de l'énergie qu'il a fallu à la France pour rejeter
hors de ses confins l'Europe entière acharnée à la destruction de
la liberté, mais parce que toutes les révolutions ultérieures ne
portent que sur l'extension du principe victorieusement établi par
les hommes de 89, la souveraineté des nations. A cette date, un
monde s'est englouti, un autre monde est sorti du chaos. La notion
du roi sacré par l'Eglise, père de son peuple et propriétaire de son
royaume, de l'Eglise maîtresse des consciences, des intelligences
et dispensatrice privilégiée de la charité publique, de la noblesse
tantôt opulente, tantôt pauvre, mais toujours riche d'honneur, parce
que sa fonction propre est de mourir pour la patrie, toute cette
conception, très-imparfaite assurément, mais brillante et longtemps
glorieuse, s'est abimée. Châteaubriand accepta, en partie du moins, le
monde nouveau, mais ne cessa jamais de pleurer la grandeur du monde
disparu. De là, cette habitude de méditer sur le néant de l'homme
qui tourne quelquefois à la manie, mais qui lui inspire souvent des
pages dignes de Bossuet. Or l'Italie le conviait éminemment à des
méditations de cette nature. Avant lui, la plupart des voyageurs ne
cherchaient dans Rome que l'antiquité ou la Renaissance, ou bien ils
opposaient à la Rome d'autrefois la Rome de leur temps, pour mépriser
celle-ci ou la plaindre. Au contraire, Châteaubriand qui professe,
en véritable Breton, qu'un roi n'est jamais plus grand que quand il a
perdu sa couronne, vénère dans la Ville Eternelle la splendeur qu'elle
ne possède plus. Il la place, dans son imagination et dans son cœur,
à côté de ces Bourbons dont il ne méconnaît pas les fautes, dont il
n'adore pas les caprices, mais que le malheur a transfigurés pour lui:

«Figurez-vous quelque chose de la désolation de Tyr et de Babylone,
dont parle l'Ecriture: un silence et une solitude aussi vastes que
le bruit et le tumulte des hommes qui se pressaient jadis sur ce
sol.... Vous apercevez ça et là quelques bouts de voie romaine dans
des lieux où il ne passe plus personne, quelques traces desséchées des
torrents de l'hiver: ces traces vues de loin ont elles-mêmes l'air
de grands chemins battus et fréquentés, et elles ne sont que le lit
désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple romain.
A peine découvrez-vous quelques arbres, mais partout s'élèvent des
ruines d'acqueducs et de tombeaux, ruines qui semblent être les forêts
et les plantes indigènes d'une terre composée de la poussière des
morts et des débris des empires.... On dirait qu'aucune nation n'a
osé succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale.... Déchue
de sa puissance terrestre, Rome, dans son orgueil, semble avoir voulu
s'isoler....; comme une reine tombée du trône, elle a noblement caché
ses malheurs dans la solitude. Il me serait impossible de vous dire
ce qu'on éprouve lorsque Rome vous apparaît tout à coup au milieu
de ces royaumes vides et qu'elle a l'air de se lever pour vous de la
tombe où elle était couchée. Tâchez de vous figurer ce trouble et cet
étonnement qui saisissaient les prophètes lorsque Dieu leur envoyait la
vision de quelque cité à laquelle il avait attaché les destinées de son
peuple.»[4]

Oui, me direz-vous; mais que pense-t-il des habitants de ces ruines
majestueuses, de cet auguste désert? Messieurs, voici sa réponse dès
l'année 1803 et quand il n'a encore fait que traverser l'Italie.

«Quant aux Romains modernes,... je crois qu'il y a encore chez eux le
fond d'une nation peu commune. On peut découvrir parmi ce peuple trop
sévèrement jugé un grand sens, du courage, de la patience, du génie,
des traces profondes de ses anciennes mœurs, je ne sais quel air de
souverain et quels nobles usages qui sentent encore la royauté.» Notez
qu'il parle ici, non des Italiens du Nord, qui venaient de donner au
monde Alfieri, Parini, Goldoni, où la veille encore Turin et Venise
étaient les capitales d'Etats libres, où l'esprit public s'était
éveillé avec Pietro Verri et Beccaria, mais de cette pauvre Rome si
endormie alors et si infortunée depuis 900 ans qu'à l'époque même où
les papes faisaient et défaisaient les rois, elle était en proie aux
caprices alternatifs de ses barons et de sa populace. Jusque dans les
traits des Romains modernes, Châteaubriand reconnaît la physionomie
du peuple roi, et cela entre Marengo et Austerlitz, c'est-à-dire à une
époque où il fallait à un Français beaucoup d'esprit et de cœur pour ne
pas oublier que l'orgueil est le partage des sots.

Il se prononcera bien plus fortement quand il sera plus complètement
informé. Voici un passage d'un rapport qu'il adresse au gouvernement
français en 1828, en qualité d'ambassadeur à Rome. Ecoutez d'abord
comme il s'exprime sur les Bourbons de Naples, qui pourtant comptaient
alors en France sur les marches du trône la mère du comte de Chambord
et la femme du futur Louis Philippe: «Il est malheureusement trop vrai
que le gouvernement des Deux Siciles est tombé au dernier degré du
mépris.» Ecoutez maintenant ce qu'il écrit sur la persécution de vos
patriotes à une époque où le Spielberg n'avait pas encore rendu ses
proies: «On prend pour des conspirations ce qui n'est que le malaise
de tous, le produit du siècle, la lutte de l'ancienne société avec la
nouvelle, le combat de la décrépitude des vieilles institutions contre
l'énergie des jeunes générations, enfin la comparaison que chacun
fait de ce qui est à ce qui pourrait être. Ne nous le dissimulons
pas: le grand spectacle de le France puissante, libre et heureuse, ce
grand spectacle qui frappe les nations restées ou retombées sous le
joug, excite des regrets ou nourrit des espérances. Le mélange des
gouvernements représentatifs et des monarchies absolues ne saurait
durer; il faut que les uns ou les autres périssent, que la politique
reprenne un égal niveau ainsi que du temps de l'Europe gothique....
C'est dans ce sens et uniquement dans ce sens qu'il y a conspiration en
Italie.»

Loin de flatter ses compatriotes, il ajoutait que c'était seulement
en ce sens que l'Italie était française: «Le jour où elle entrera en
jouissance des droits que son intelligence aperçoit et que la marche
progressive du temps lui apporte, elle sera tranquille et purement
italienne.» Rien de plus honorable que cette loyauté, qui lui interdit
de mettre la main sur le libéralisme naissant de l'Italie, de se
prévaloir, pour le confisquer au profit de la France, du réveil que
nos penseurs du XVIII^e siècle avaient provoqué chez elle. Loin aussi
de renvoyer à une date qui n'arriverait jamais l'accomplissement de
ses prédictions, il disait: «Si quelque impulsion venait du dehors,
ou si quelque prince en deçà des Alpes accordait une charte à ses
sujets, une révolution aurait lieu, parce que tout est mûr pour cette
révolution.»[5]

Vous voyez, Messieurs, que si Châteaubriand a siégé avec M. de
Metternich au Congrès de Vienne, ces deux hommes d'État ne jugeaient
pas de la même façon les affaires de l'Italie.

Ma tâche devient en apparence plus délicate avec Lamartine: car son
nom vous rappelle sur le champ quelques paroles un peu vives qui lui
valurent tout près d'ici un coup d'épée. J'espère que tout à l'heure
vous conviendrez qu'il eût été bien dommage que Gabriele Pepe tuât
Lamartine, et cela non seulement parce que, en vérité, le prix des
deux existences engagées dans le combat n'était pas tout à fait égal,
mais parce que, si un jugement sévère, injuste même, sur une nation
signifiait nécessairement qu'on la méprise ou qu'on la déteste, il
faudrait effacer Dante, Alfieri, Foscolo et beaucoup d'autres, de
la liste des patriotes italiens: peut-être reconnaîtrez-vous dans un
instant que Lamartine a fait au moins autant pour l'Italie que son très
honorable adversaire.

D'abord, par ses premières lectures, par ses amis de France, surtout
par ses fréquents séjours au-delà des Alpes, il avait eu le loisir de
la connaître; il en écrivait, il en parlait la langue. M. Mazzatinti
a retrouvé une lettre de lui écrite en un italien fort satisfaisant
à un Florentin; et j'ai lu, je ne sais plus où, qu'un jour dans sa
vieillesse et devant des auditeurs qu'il savait évidemment capables de
la comprendre, il feignit de lire une scène de mœurs napolitaines qu'en
réalité il improvisait et où des pêcheurs de Mergellina s'exprimaient
dans leur dialecte. Il n'avait pas passé douze ans en Italie, comme
il lui est échappé un jour de le dire: mais, sans compter de courtes
visites, il y avait passé une partie des années 1811 et 1812, de
l'année 1820, et trois ans de 1825 à 1828; si les salons italiens
avaient été assez lents à s'ouvrir pour lui, il s'était lié avec
Niccolini, surtout avec Gino Capponi avec qui, vous le savez, il
resta en correspondance, et il avait été mêlé à vos affaires par ses
fonctions diplomatiques, à Naples d'abord, puis à Florence.

Lui aussi, ce fut la beauté physique de l'Italie qu'il commença
par goûter; nul n'a exprimé avec plus de séduction le charme d'une
promenade nocturne sur le golfe de Baia au milieu des chants que se
renvoient les pêcheurs et des parfums terrestres dont la brise du soir
embaume les eaux. Et, comme, pour la diffusion rapide des idées, la
poésie a sur la prose le même avantage que la prose sur le pinceau, les
vers de Lamartine décuplèrent chez nous en un moment les adorateurs de
la nature italienne. Citons seulement quelques vers:

      Maintenant sous le ciel tout repose, ou tout aime;
    La vague en ondulant vient dormir sur le bord;
    La fleur dort sur sa tige, et la nature même
    Sous le dais de la nuit se recueille et s'endort.
      Vois: la mousse a pour nous tapissé la vallée;
    Le pampre s'y recourbe en replis tortueux,
    Et l'haleine de l'onde à l'oranger mêlée
    De ses fleurs qu'elle effeuille embaume mes cheveux.
      A la molle clarté de la voûte sereine,
    Nous chanterons ensemble assis sous le jasmin
    Jusqu'à l'heure où la lune, en glissant vers Misène,
    Se perd en pâlissant dans les feux du matin.

D'ailleurs Lamartine, comme Châteaubriand, rapporta de l'Italie autre
chose que des impressions, il en rapporta une doctrine; il y avait
découvert pour son compte ce néant de l'homme que Châteaubriand y avait
seulement approfondi. Trop jeune pendant la Révolution française pour
en avoir, comme son prédécesseur, ressenti directement la secousse,
c'est en contemplant du sein de toutes les joies de la vie les ruines
de l'antiquité qu'il avait appris que tout change, tout passe, que
nous passons nous mêmes «hélas, sans laisser plus de trace que cette
barque où nous glissons sur cette mer où tout s'efface.» Il y avait
encore appris, ou plutôt il s'y était enseigné à lui-même par un
commentaire vivant du Tasse qui avait été le premier en date de ses
poètes préférés, sans doute aussi par une réminiscence de Pétrarque,
un nouveau style d'amour. Un a dit en France, et avec raison, que
dès avant lui, la poésie spirituellement, sèchement galante qui
n'avait que trop fleuri chez nous au XVIII^e siècle n'y régnait déjà
plus, que l'amour commençait à y être une passion sincère et, par
moments, mélancolique. Mais ce qu'on n'avait pas encore entendu chez
nous, c'était l'hymne religieux de l'amour: c'était, non pas l'amour
platonique, mais l'amour gravement, pieusement exalté, reconnaissant
à la bonté divine qui prête un instant la beauté à la terre pour en
sécher les larmes, mais qui la rappellera bientôt à lui pour nous
empêcher d'oublier qu'après tout le ciel seul ignore les pleurs. Or
ici Lamartine ne procède d'aucun Français, pas même d'André Chénier
dont les vers les plus touchants demeurent païens. Certes nos
classiques avaient admirablement dépeint les orages du cœur; mais
pour eux, la religion était une chose, l'amour en était une autre,
et ces deux ordres d'idées n'avaient rien à voir entre eux: dans la
tradition française, Dieu ne connaissait que le devoir, il ordonnait
la continence aux célibataires, la fidélité aux époux: quant à l'amour
honnête, il le permettait, mais il ne s'en occupait pas. Lamartine au
contraire procède de l'amant de Laure et du chantre de Tancrède. Il ne
les imite pas; il est moins homme de lettres qu'eux dans le bon comme
dans le mauvais sens; son élocution est moins travaillée; la nature
lui offre autre chose qu'un pré fleuri, une claire fontaine et un chœur
d'oiseaux saluant le mois d'avril.

Mais, pour les avoir relus sous le ciel qui les a inspirés, pour avoir
respiré le bonheur qu'exhale la terre dont les habitants appellent tout
ce qui enchante _grazia di Dio_, il a, comme eux et plus expressément
encore, monté la poésie amoureuse sur le ton des cantiques.

      Celui qui, le cœur plein de délire et de flamme,
    A cette heure d'amour, sous cet astre enchanté,
    Sentirait tout à coup le rêve de son âme
    S'animer sous les traits d'une chaste beauté,
      Celui qui, sur la mousse, au pied du sycomore,
    Au murmure des eaux, sous un dais de saphirs,
    Assis à ses genoux de l'une à l'autre aurore
    N'aurait pour lui parler que l'accent des soupirs,
      Celui qui, respirant son haleine adorée,
    Sentirait ses cheveux soulevés par les vents,
    Caresser en passant sa paupière effleurée,
    Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyants,
      Celui qui, suspendant les heures fugitives,
    Fixant avec l'amour son âme en ce beau lieu,
    Oublierait que le temps coule encor sur ces rives,
    Serait-il un mortel ou serait-il un dieu?
      Et nous, aux doux penchants de ces verts Elysées,
    Sur ces bords où l'Amour eût caché son Eden,
    Au murmure plaintif des vagues apaisées,
    Aux rayons endormis de l'astre élyséen;
      Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde,
    Sur ces rives que l'œil se plaît à parcourir,
    Nous avons respiré cet air d'un autre monde,
    Elvire!... et cependant on dit qu'il faut mourir.

Lisez superficiellement les _Méditations_, vous vous demanderez
pourquoi telle ou telle pièce porte pour titre un site napolitain: vous
n'y trouverez point de ces descriptions qui mettent les objets sous les
yeux; Lamartine regarde beaucoup moins que Victor Hugo, mais il sent
davantage; livrez-vous à lui et les émotions qu'il éveillera en vous
ranimeront celles que deux de vos poètes vous ont jadis données. Le
tour n'est plus le même: il y a déjà un orateur caché sous le poète des
_Méditations_: mais l'accent révèle la parenté du cœur.

De même, cherchez à reconnaître le site de l'abbaye de Vallombrosa
dans la pièce où Lamartine l'a chantée: vous n'y réussirez pas. Mais
il fallait peut-être la splendeur d'une contrée où la solitude fait à
peine sentir son poids, où presque partout, dès qu'on s'élève au-dessus
du sol des villes, on aperçoit les deux spectacles les plus sublimes,
le mer et la montagne, pour découvrir à un jeune Français déjà répandu
dans les salons parisiens les _trésors cachés_ de la vie monastique,
cette joie mystérieuse que le vulgaire admire sans la comprendre, pour
lui faire goûter ce plaisir du recueillement qui ne suffit point pour
vivre parmi le monde, mais qui suffit pour vivre avec le ciel et avec
soi-même.

Mais en comprenant, en aimant l'Italie, aurait-il méconnu, dédaigné les
Italiens?

Messieurs, une opinion assez répandue de ce côté des Alpes veut que
la sympathie de la France pour l'Italie date de 1859, ou même qu'à
cette date encore un seul homme, le chef de la nation, il est vrai,
ait véritablement souhaité la délivrance de votre nation. Ce qui est
exact, c'est que pour que l'Italie entraînât la France avec elle, il
fallait qu'elle eût eu le temps de donner à la masse de notre nation
la preuve palpable, éclatante de sa volonté et de son héroïsme. Il
fallait que le belliqueux Piémont, le premier prêt pour la lutte, eût
osé affronter l'Autriche, il fallait que les bourgeois de Milan après
une lutte de cinq jours eussent chassé leur garnison, que la jeunesse
universitaire, professeurs en tête, se fût fait écraser à Curtatone
et à Montanara, il fallait que le grand Manin eût prouvé une fois
de plus qu'un homme peut quelque temps tenir tête à un empire, et
qu'enfin les plus illustres débris de cette mémorable année, conduits
par un instinct sûr, fussent venus porter chez nous le spectacle de
leur courageuse pauvreté et de leurs indomptables espérances. Mais,
dès l'instant où l'on sut en France que ce n'étaient pas seulement un
Pellico, un Confalonieri qui voulaient au prix de ses jours la liberté
de l'Italie, dès l'instant où il fut manifeste que toute la nation
était disposée à mourir pour son indépendance, la France, qui respirait
pourtant à peine de la sanglante guerre de Crimée, fut acquise à votre
cause; il put y avoir quelque inquiétude chez certains politiques, mais
les ennemis les plus irréconciliables de Napoléon III, les ouvriers de
Paris qu'il avait fallu massacrer en décembre 1851 pour leur imposer le
coup d'Etat, l'applaudirent avec transport à son départ pour l'armée.
Jusque là au contraire, le gros de la nation avait attendu. Rien en
effet n'était plus difficile pour un Français de la génération de 1830
que de comprendre pourquoi les révolutions de Naples, de Piémont, des
Romagnes avaient été si vite comprimées. Figurez-vous un pays uni,
centralisé depuis des siècles, ayant l'habitude de penser, d'agir en
commun, et même, depuis cinquante ans, de se lever tout entier à la
voix d'une ville qui formait comme les Etats Genéraux en permanence
de la nation; figurez-vous ce peuple qui, grâce à cette union, a
brisé un trône séculaire, qui a refoulé et puni sous sa première
République la plus formidable invasion que le monde moderne eût encore
vue, qui, quinze ans après une Restauration imposée pur une invasion
plus formidable encore, a chassé à la face de l'Europe la dynastie
restaurée, et a, pour coup d'essai de sa liberté reconquise, affranchi
la Belgique. Comment comprendrait-il que l'Italie ne peut secouer
le joug aussi aisément? Le paysan, l'ouvrier français savent-ils que
l'Italie morcelée, humiliée depuis quatorze siècles ne peut tout d'un
coup retrouver sa vigueur? Ils voient les Polonais ne succomber que
sur des morceaux de drapeaux enlevés aux Russes. Ils ne se disent pas
que les Polonais qui se battent si bien à Grochow, à Ostrolenka sont
des soldats réguliers aussi aguerris que leurs adversaires; quand ils
voient les tentatives des patriotes italiens avorter si vite, ils en
concluent, à tort mais sincèrement, qu'à part quelques âmes d'élite, le
peuple italien ne désire pas changer de condition.

Mais le langage de Lamartine à la Chambre française va nous montrer
comment les penseurs de notre pays, ceux qui avaient vu l'Italie chez
elle, préparaient la France à mieux juger des sentiments intimes de
leurs voisins. Car non seulement il se déclare personnellement partisan
de l'entière indépendance de l'Italie, non seulement il raconte avec
fierté avoir été mêlé dans sa jeunesse aux négociations où Louis XVIII
lui-même, tout légitimiste qu'il était par métier, et quoique surveillé
par la Sainte Alliance, offrait aux libéraux de Naples et de Turin de
les soutenir contre l'Autriche, pourvu qu'à la Charte espagnole de 1812
ils préférassent la Charte française de 1814 fort préférable en effet;
mais nous allons le voir attaquer de front les préjugés qui rendaient
alors la France moins sensible aux malheurs de l'Italie qu'à ceux des
autres nations esclaves.

Voici comment, avant les _Cinque giornate_, à une époque où l'Italie
ne s'était pas encore mesurée en bataille rangée avec ses tyrans,
il répondait à ceux qui arguaient du calme apparent qui depuis 1815
régnait dans la Péninsule: «Sous ce calme apparent, ne l'oubliez pas,
il y avait un abîme, et dans cet abîme couvait la plus incompréhensible
de toutes les forces morales et matérielles, la nationalité morcelée,
la nationalité comprimée de 26 millions d'hommes.... Il suffit pour
chacun d'entre nous dont l'œil est intelligent, dont le cœur est
sympathique d'avoir traversé cette magnifique Italie pour sentir la
vie sous la mort apparente, pour sentir cette éternelle protestation
de la nationalité qui est la dernière arme d'un peuple.... Nulle part
cette protestation n'est aussi évidente qu'en Italie; nulle part, elle
n'a des droits plus sacrés à la sympathie des peuples. Je ne crains
pas de le dire, je ne serai démenti par personne: il n'y a pas une
race humaine qui ait donné au sol qu'elle habite une consécration
plus grande que celle que la race italienne a donnée pendant tant de
siècles de gloire, de liberté, de vertu, à ce point géographique de
notre globe»[6]. Puis il montre que l'on ne contentera pas l'Italie
par la réforme de quelques abus, par un peu de bien-être. Mais d'autre
part il nie que le _statu quo_ y ait seulement pour ennemis les
révolutionnaires dont l'Europe s'effrayait. Comme Châteaubriand, il
proteste que l'agitation de l'Italie n'est pas le fait de quelques
sectaires; mais ce n'est plus dans une dépêche confidentielle qu'il
dépose cette protestation; il la produit du haut de la tribune, et
il avait en un sens plus de mérite encore que Châteaubriand à ne pas
se tromper; car dans l'intervalle Mazzini avait paru, et bien des
hommes d'Etat personnifiaient en lui seul les aspirations de l'Italie.
«J'affirme ici, s'écriait Lamartine, par la connaissance personnelle
qu'une cohabitation de 12 ans m'a donnée, par la connaissance que
j'ai du caractère, du génie, du libéralisme italien, que le mot même
de radicalisme n'a pas de signification dans la langue, que c'est
une injure qui n'est même pas comprise au-delà des Alpes, que le
mouvement libéral n'est nullement un mouvement perturbateur..., mais
que c'est un mouvement de l'esprit humain et de l'indépendance des
peuples, _qui couve dans tous les siècles au cœur de l'Italie_»[7].
Notez, Messieurs, ces derniers mots; ne fallait-il pas à un homme qui
n'était point un érudit, un vif et intelligent amour de l'Italie pour
deviner en quelque sorte les noms relativement obscurs des Italiens qui
entre Pétrarque et Alfieri empêchèrent la prescription du sentiment
national? Quant à la génération présente, il prouve son affirmation
par l'énergie avec laquelle le pape refuse de céder aux Autrichiens un
pavé de Ferrare, par nombre de faits précis empruntés à une brochure
parue le matin même et qui semble bien émaner du Père Ventura, par
des correspondances particulières qui attestent les espérances que les
plus illustres patriotes de l'Italie plaçaient sur notre poète; il en
extrait les touchantes anecdotes d'un archevêque, d'un curé de Milan
qui protestent chacun à leur manière contre une répression brutale
qui vient d'ensanglanter la ville, du comte Borromeo qui dépouille
la Toison d'Or souillée du sang de ses compatriotes. Enfin, conjurant
Guizot d'appuyer les revendications des peuples italiens, il affirme
avec une confiance excessive peut-être mais généreuse la solidité des
sympathies entre les peuples: «Les traités ne sont signés que par la
main des hommes; mais ces sympathies mutuelles entre les peuples faits
pour s'aimer, pour se soutenir, aspirer ensemble à la civilisation et
à la liberté, ce ne sont pas des traités d'un jour, ce ne sont pas
des traités signés par des diplomates; ce sont des traités préparés
par la Providence, signés et contresignés par la main de la nature
elle-même, non pas sur des parchemins comme ceux de 1815 qu'on nous a
fait signer en tenant la main de la France captive sur un protocole,
mais je le répète, de ces traités contresignés par Dieu et par la
nature, qui durent autant que les siècles»[8]. Ces paroles produisaient
un effet d'autant plus grand que, depuis dix ans, à force d'éloquence
Lamartine avait conquis une grande autorité à la tribune et dans la
nation. Personne ne songeait plus à le renvoyer dédaigneusement à
la poésie, ou, comme aurait dit Musset, à lui jeter toujours sa lyre
au nez. Dès avant que la révolution de 1848 l'élevât au pouvoir, il
étonnait le monde politique par la hardiesse tantôt divinatrice tantôt
imprudente de ses vues. Louis Philippe à qui l'on avait conseillé de
l'appeler dans ses conseils avait répondu: «Lamartine, ce n'est pas
un ministre, c'est un ministère; je le réserve.» Il apportait donc à
l'Italie l'appui d'un véritable homme d'Etat et non d'un simple poète.
D'ailleurs ses sentiments à son égard ne répondaient pas seulement à
ceux des hommes qu'on allait appeler les républicains de la veille,
mais à ceux des catholiques libéraux de notre nation que Silvio Pellico
avait depuis longtemps, pour parler comme Racine, rangé du parti de ses
larmes. Espérons qu'un jeune historien se laissera enfin tenter par un
beau sujet que j'ai cent fois proposé de vive voix et par écrit chez
nous et chez vous, l'histoire des réfugiés italiens en France de 1815
à 1859 et de la transformation de l'opinion des Français, durant cette
période, touchant les affaires de l'Italie. J'ose affirmer que rien ne
serait plus utile, plus glorieux pour les deux nations.

Mais revenons à Lamartine, ou plutôt élevons-nous au-dessus de notre
sujet pour conclure par une considération plus générale à laquelle il
nous conduit. Il y eut un temps où une nation pouvait raffoler de la
littérature, de l'art, des modes d'une autre et demeurer profondément
indifférente à ses destinées, la combattre, l'asservir. Il n'en est
plus ainsi, du moins chez les nations généreuses. (Car chaque peuple a
sa grandeur, mais il y en a dont la grandeur consiste dans la ténacité
prévoyante, hardie, implacable, avec laquelle ils poursuivent leur
perpétuel agrandissement). Aujourd'hui donc, du moins chez certains
peuples, aimer la littérature ou l'art d'un autre nation conduit à
l'aimer elle même. D'où vient ce changement? Serait-ce que l'amour de
la patrie s'affaiblirait et que tout lecteur devient un dilettante?
S'il en était ainsi, il faudrait, non pas féliciter, mais plaindre
l'humanité. Le progrès ne consiste pas à niveler les frontières; c'est
une duperie de ne pas aimer par-dessus tout son propre pays; car on
ne vous rendrait pas partout la pareille. Le jour où les honnêtes
gens s'entendraient pour laisser la nuit la clef sur leur porte,
il y aurait toujours assez de voleurs pour les dévaliser; de même,
la nation qui s'imaginerait que l'ère des guerres, des conquêtes
même est close, serait certaine d'être bientôt envahie et partagée.
Puis, toutes les vertus civiles sont suspendues en quelque sorte à
la vertu militaire, et s'affaissent quand elle tombe; sans doute la
vie civile offre des occasions d'exercer notre courage, mais on s'y
dérobe quand le sacrifice dans sa forme la plus haute n'est plus
pratiqué; l'histoire de tous les peuples qui ont renoncé à la gloire
militaire le prouve. Mais, si un Châteaubriand, un Lamartine passent
de l'admiration pour les grands écrivains et le sol de l'Italie à la
sympathie pour ses aspirations, c'est que l'on commence à comprendre
que la conquête, toujours à redouter, n'est point à louer, et que,
prendre une province malgré elle à un peuple, c'est souffleter sur la
joue de ce peuple le droit du genre humain. Pour peu donc que cette
nation cesse d'être une inconnue pour nous, ses souffrances font
brêche dans notre égoïsme, et nous ressentons l'outrage qu'au fond nous
avons reçu en sa personne. Puis, nous comprenons que de nos jours un
peuple asservi souffre plus qu'autrefois. Jadis une ville se résignait
souvent sans trop de peine à passer d'une nation à une autre, parce
que ce n'était au fond que changer de maître: le nouveau souverain
n'exigeait pas toujours des tributs plus lourds que l'ancien, et, la
conscription n'existant pas, ne demandait point à ses nouveaux sujets
de se battre au besoin contre leurs frères de la veille. Berchet nous a
éloquemment appris, dans _Giulia_, les tortures du conscrit obligé de
revêtir un uniforme abhorré. — Mais, dira-t-on, dans les littératures
modernes, les œuvres des classiques sont en partie nées dans des
époques où l'homme de lettres, au moins dans son cabinet, oubliait
qu'il avait une patrie: comment donc l'étude de ses œuvres, qui nous
attache à lui, nous attacherait-elle à ses compatriotes, surtout à
ses compatriotes d'aujourd'hui? — La réponse est dans les progrès
de la critique. Autrefois on considérait un ouvrage comme une pure
composition littéraire, sortie toute entière du génie de l'auteur et
des principes de l'école à laquelle il appartenait; aujourd'hui nous
considérons un auteur comme un homme qui exprime, sans y penser, tantôt
les vertus ou les défaillances de sa génération, tantôt les traits
dominants de sa race. Notre admiration pour lui excite par conséquent
notre intérêt pour ses compatriotes. Nous goûtons comme nos pères
l'incroyable dextérité avec laquelle Arioste nous fait passer d'une
historiette à une autre, mais nous ne le rendons plus seul responsable
de l'enjouement qu'il garde au milieu des malheurs de sa patrie; quand
Machiavel conseille aux princes d'affecter toutes les vertus, mais de
ne pas les avoir, nous plaignons l'Italie dont l'infortune ne laissait
plus alors d'espoir que dans la cruauté, pour ainsi dire, économique
d'un Cesare Borgia. L'étude des littératures étrangères est le meilleur
préservatif contre les engouements de la mode et contre les velleités
d'une injuste ambition; car, en même temps qu'elle nous fait admirer
le génie des autres peuples, elle nous fait comprendre combien il est
différent du nôtre et par suite quelle folie c'est que de vouloir
l'imiter ou que de prétendre l'asservir. Si, par hasard, ce génie
s'éloigne moins du nôtre parce que c'est celui d'une nation sœur, tout
ce qui nous est permis, c'est de faire ce qu'ont fait Châteaubriand et
Lamartine, à savoir de l'aimer.



LA PLEIADE MUSICALE

CONFERENZA DI EUGENIO CHECCHI


  _Signore e Signori!_

La sera del 3 agosto 1829 — data memorabile per la storia dell'arte
— il pubblico parigino chiamato a giudicare la nuova opera, che fu
anche l'ultima, di Gioacchino Rossini, sentenziò quasi unanime, che
il _Guglielmo Tell_ era una troppo audace innovazione, e accennava
a qualche cosa di troppo rivoluzionario e di troppo anormale nei
tranquilli dominii della musica. E l'opera grande e immortale
fu accolta in quella sera e nelle sere successive con sospettosa
freddezza.

Alla distanza di sessantotto anni, nella sera del 26 dicembre 1897,
il pubblico romano del teatro Argentina riudì ancora una volta il
capolavoro rossiniano, e sentenziò con mirabile disinvoltura che
anche le opere del genio risentono le offese del tempo, e che il
_Guglielmo Tell_ più non risponde ai nuovi bisogni, ai nuovi gusti:
doversi perciò rimandare ai Conservatorii e agli Istituti musicali,
perchè, tutt'al più, sia argomento di studio nelle classi di alta
composizione. E l'opera si trascinò faticosamente per un lieve corso di
rappresentazioni, fra la indifferenza e gli aristocratici sbadigli di
spettatori scarsi di numero.

Oggi dunque, se le manifestazioni della così detta opinione pubblica
hanno da contare per qualche cosa, oggi il Rossini non sarebbe che un
classico: impeccabile quanto si voglia, ma niente più che un classico:
nel 1829 invece un redivivo Voltaire avrebbe potuto ripetere del
Rossini quel che si disse dello Shakspeare, che fu un barbaro non privo
d'ingegno. Come è possibile mandare insieme a braccetto i due giudizi?

Il pubblico di Parigi d'allora e il pubblico di Roma del decorso
anno, ugualmente sinceri, ma ugualmente rei di spropositate sentenze,
subivano la influenza di cause che forse sarebbe curioso ed opportuno
di esaminare e di riassumere, se non temessi di sconfinar troppo dal
tema cortesemente assegnatomi.

Se non che appunto cotesta freddezza del pubblico parigino, a cui
ho accennato, se non fu la principale nè l'unica fu certamente una
delle ragioni per le quali il Rossini spezzò la penna di compositore
melodrammatico. Consapevole della propria gloria, egli si ritirò,
tra sorridente e sdegnoso, dalle battaglie della scena: si ritirò a
trentasette anni: nè i pentimenti troppo tardivi dei pubblici, nè le
cospicue offerte che dalle grandi metropoli dell'Europa gli pervenivano
valsero a vincere quella sua serena pigrizia, in cui si sarebbe
cullato, con tutte le seduzioni fascinatrici della celebrità, per
quarant'anni di seguito.

Iniziatore di una riforma, Gioacchino Rossini non ebbe soltanto il
merito di aprir nuove vie all'arte melodrammatica, ma tutte le percorse
da sovrano conquistatore, in tutte impresse la incancellabile orma
propria. E perchè il genio ha qualità, quasi direi, assorbenti, e la
luce che da lui emana par che riassuma in sè, compenetrandole, tutte
le altre luci minori e le attenui e le spenga, appunto come il sole che
non può esser vinto da nessuna illuminazione artificiale, così accadde
che nel silenzio dell'autore del _Guglielmo Tell_ si credette che la
musica italiana avesse pronunziata l'ultima sua parola.

Di quali altri capolavori si sarebbe arricchito il repertorio
melodrammatico, se nel Rossini la volontà e la fantasia fossero
state in ugual misura obbedienti, è ricerca che a nulla gioverebbe.
L'immortale maestro, che impegni contrattuali col grande teatro di
Parigi obbligavano per un corso non breve di anni, si sentì a un
tratto disorientato in quella rivoluzione del luglio 1830, che dava
alla vita politica, alla vita letteraria ed artistica della Francia
indirizzi nuovi. Come il Mefistofele del Goethe, che non comprende le
classiche finzioni della greca mitologia nella simbolica evocazione di
Elena, così l'autore dell'_Italiana in Algeri_, del _Turco in Italia_,
del _Barbiere di Siviglia_ dura fatica a raccapezzarsi in quel moto
degli spiriti vagheggianti ideali nuovi, in quelle irrequietezze delle
fantasie giovanili che anelano ad orizzonti fino allora inesplorati.
Rimane intatta e splendente la sua musica, perchè segnata col marchio
indistruttibile del genio, ma il suo linguaggio si crede o pare
che non risponda più ai bisogni, alle aspirazioni, ai desiderii
dell'universale. Spira nelle regioni dell'arte un soffio di modernità
che non si acquieta ai facili sorrisi dell'abbondante produzione
dell'opera giocosa; e le menti, fatte serie e cogitabonde, drizzano
per così dire la vela in oceani più sconfinati, dove par che baleni,
tremolando sulle acque, la fata morgana dell'invadente romanticismo.

E frutto del romanticismo, imperante nella Francia degli Hugo, dei
Delavigne, dei De Vigny, è la musica dei maestri italiani succeduti al
Rossini. Ai francesi compositori, come l'Auber e l'Halévy, ai tedeschi
un po' infrancesati come Giacomo Meyerbeer, non valse la imitazione
rossiniana, in principio servile e poi alquanto più libera, per potere
essi raccogliere la eredità creduta giacente. La divina Euterpe spiccò
il volo rivalicando le Alpi, e tornò da Parigi nella sua vera patria
l'Italia, di dove più non si mosse.

Qui era nata, qui aveva raggiunto lo splendore suo massimo, qui erano
sbocciate le immortali cantilene dei Pergolese, dei Paisiello, dei
Cimarosa; e qui avrebbe dovuto fatalmente riallacciarsi la fulgida
tradizione che la partenza del Rossini dalla patria un po' ingrata non
era riuscita ad interrompere. Onde gli occhi di tutti si volsero là
dove nuovi germi sbocciavano, dove le nuove manifestazioni dell'arte
fiorivano, dove il genio della musica ci apparecchiava le nuove grandi
sorprese del periodo che oggi studiamo.

                                   *
                                  * *

Singolari tempi cotesti: quasi ponte di passaggio fra le due rive di
un fiume frettoloso, avviato verso una mèta iperbolicamente lontana.
Dopo un lungo riposo di quindici anni, un riposo conquistato a prezzo
di tanto sangue inutilmente versato nelle guerre del primo Napoleone,
cominciava ora quella feconda evoluzione degli spiriti e delle
menti, che, come dianzi accennavo, prese il nome, anzi rinverniciò a
nuovo quel vecchio nome di romanticismo: e se la Francia, seguitando
l'esempio della Germania del Goethe e dello Schiller, sopravanzò gli
altri popoli nella feconda produzione poetica e prosastica, l'Italia,
non ostante i grandi fulgori del genio manzoniano, si restrinse,
almeno per allora, nel campo della musica: anzi più specialmente della
musica melodrammatica. Fosse mancanza di grandi ingegni letterarii,
che avrebbero dovuto continuare l'opera iniziata nel '27 dal Manzoni
col suo celebre romanzo, fossero le condizioni civili e politiche
della penisola, fosse piuttosto, come io credo, la vivace rimembranza
dei recenti trionfi musicali, fatto sta che l'Italia si restrinse
per allora a una sola arte, e gelosamente custodì e mantenne quel suo
primato invidiato ed invidiabile della musica teatrale.

Chi studiasse un po' attentamente quel periodo di vita sociale, che
si svolse in Italia dal '31 al '46, ne troverebbe rispecchiate alcune
sue manifestazioni nella musica dei maestri d'allora: i nomi dei quali
sono vanto imperituro nell'arte del secolo decimonono. Quella musica
combatte in principio una tenace battaglia, per liberarsi dai fàscini
e dalle seduzioni del grande mago che si adagia sorridente all'ombra
dell'albero della sua gloria, e a poco a poco riesce a vincere: ma
perdurano quelle ragioni, che avevano costretto anche il Rossini ad
improvvisare in poche settimane, qualche volta in pochissimi giorni,
le opere per le quali si era impegnato con le direzioni dei teatri. Il
teatro è la più potente, la più geniale distrazione di quel tempo: è,
per così dire, l'unica manifestazione chiassosa dello spirito pubblico,
che si rivela in una incessante domanda di altre opere. E queste opere
occorre rispondano alla smania di novità che agita le folle, occorre
non interrompano ma anzi alimentino quella produzione artistica che
deve diffondersi da tutti i palcoscenici d'Italia.

La schiera dei maestri, dico di quelli a cui non mancheranno i
favori del pubblico, è troppo esigua al bisogno, perchè ella possa
corrispondere alle richieste che d'ogni parte si affollano: onde la
necessità li costringe a lavorare rapidamente, talvolta con prestezza
fulminea. Accade perciò che non sempre la miniera, quantunque
inesausta, dia metallo purissimo, e che il genio rifulga sempre della
medesima intensità di luce: tormentato e irritato, egli ha ogni tanto
qualche abbandono, qualche cascaggine, qualche annebbiamento che lo
offusca. Ma dalla fredda accoglienza fatta a un'opera nuova, o anche da
un clamoroso insuccesso, l'autore si risolleva e risorge come stimolato
a vendicarsi, e le sue vendette sono spesso capolavori: capolavori
che hanno nome _Sonnambula_, _Norma_, i _Puritani_, _Anna Bolena_,
_Lucrezia Borgia_, _Lucia di Lamermoor_.

C'è dunque un nuovo indirizzo, stavo per dire una nuova scuola che
sorge, florida di giovinezza, ricca di speranze, cercatrice smaniosa
di successi. La musica italiana, che s'era detto aver pronunziata col
_Guglielmo Tell_ la sua ultima parola, riprende il suo fatale andare,
e parla ancora alle menti, eccita ancora le fantasie, commuove ancora
ed esalta milioni e milioni di cuori. Vincenzo Bellini e Gaetano
Donizetti, i due astri più luminosi della pleiade scintillante,
procedenti per vie diverse ad una medesima mèta, con magnanima
ostinazione resistono alle prime avvisaglie della scuola tedesca,
e dimostrano con l'esempio di voler serbare alla nostra musica la
schietta italianità, che vuol dire il sentimento, la passione, la
melodia, il canto.

Nei loro inizii, nelle inevitabili incertezze di chi, incominciando,
sente di non poter camminare spedito se non si appoggia, come l'edera,
a qualche robusto tronco, anche i due maestri s'ispirano e si scaldano
al gran sole rossiniano: ma dopo quei primi esperimenti di una
ginnastica intellettuale, quando la loro fibra si è ringagliardita
nelle molteplici prove, ed essi hanno acquistata la coscienza
sicura del proprio essere, ogni ombra d'imitazione scompare, ed
essi raggiungono in brevissimo tempo la fama, la popolarità, la
gloria. Sono l'uno e l'altro, e sinceramente lo confessano, una
derivazione rossiniana: ma accade di loro, se mi è lecito di rapire una
similitudine alla scienza astronomica, accade di loro come quando un
bolide scoppiando si riduce in parti, e coteste parti, pur descrivendo
ciascuna per conto proprio una traiettoria nello spazio, serbano
in comune il punto primitivo di partenza: così i due grandissimi,
quantunque di grandezza diversa dal loro autore e non ostante
l'individuale cammino percorso, sembrano emanare da un apice comune, da
Gioacchino Rossini.

Ma della serena spensieratezza di quelli anni e di quella generazione,
che affaticata dalle immani lotte napoleoniche cercava un riposo e
una distrazione nelle prime opere del maestro di Pesaro, e rispondeva
acclamando e ridendo alla squillante risata dell'autore del _Barbiere
di Siviglia_, di cotesta spensieratezza non vedremo più che una traccia
fuggevole. Se qualche cosa d'incipriato sopravvive all'ottantanove e ai
trattati del quindici, se nella vita poco o punto affaccendata delle
classi colte c'è ancora come un resto delle mollezze e delle morbide
blandizie del settecento, e c'è una corruzione elegante che non sa
risolversi a rendere le armi, pure aleggia nella parte sana del popolo
un'aura più vivace, e già un concetto delle civili responsabilità a
poco a poco la penetra.

Interprete dei sentimenti e delle aspirazioni nuove sarà l'arte
della musica, che per la sua stessa indeterminatezza del linguaggio
si piegherà volenterosa ad esprimere sentimenti, affetti, passioni
tumultuanti nelle anime.

Una solenne e austera mestizia par che governi il mondo, e di
quella mestizia è raccontatrice e commentatrice fedele la musica.
Sorriderà ancora, in alcune geniali produzioni del Donizetti, la musa
dell'opera giocosa, ma fra quei sorrisi vedremo pure talvolta balenare
scintillando le lacrime, e per arrivare al lieto fine di prammatica
rasenteremo più d'una volta il dramma. L'arte non è più un semplice
diletto, nè una blanda carezza di suoni armoniosissimi; ella deve
invece tradurre tutto quel complesso di aspirazioni che sono tanta
parte nella vita nuova del popolo, deve in certo modo riprendere e
continuare per conto proprio l'opera iniziata altrove con la poesia,
col romanzo, col dramma. Una invisibil catena avvince le genti fra
loro, le genti oramai consapevoli dei propri diritti e dei propri
doveri: e perchè l'arte è il linguaggio che tutti comprendono, toccherà
a lei farsi divulgatrice d'idee e di propositi, che nel segreto
dapprima, poi alla luce aperta del sole maturano.

Chi afferma che la musica di cotesti anni altro non è che la
continuazione di quel che fu fatto nel primo trentennio del secolo,
dà prova di non averne penetrata la intima essenza. Certo nè Vincenzo
Bellini, nè Gaetano Donizetti furono gli antesignani di una rivoluzione
civile e politica, alla quale essi mai non pensarono, e della quale
sarebbe sfuggita a loro, perchè distratti in più serene contemplazioni,
la ragione remota o prossima. Ma un qualche cosa che vibrava e
fremeva intorno dovette persuaderli che sarebbe toccata alla musica
una partecipazione essenziale in quel grande rimescolìo degli animi
e delle menti: e guidati da quell'istinto che è qualità divinatrice
del genio, essi furono gli uomini del loro tempo, furono i gloriosi
portabandiera di un piccolo ed elettissimo esercito, che combatte anche
oggi battaglie non ingloriose nel campo dell'arte.

                                   *
                                  * *

Vincenzo Bellini rappresenta, nella pleiade musicale di cotesti anni,
il luminoso astro fuggitivo che brillerà d'intensissima luce per
pochi anni, poi sparirà quasi consunto dal suo medesimo fuoco. Se
egli ottenesse dalla natura il dono prezioso della fecondità, non è
certo; ma si sa che le opere sue più belle, le tre opere magistrali
che non morranno fintantochè almeno non si capovolgano le leggi eterne
del gusto, rampollarono dall'accesa fantasia del giovane maestro con
meravigliosa rapidità, e si sa pure che dopo il sublime suo canto del
cigno, dopo quei _Puritani_ che sollevarono un grido d'entusiasmo per
tutto il mondo, egli, già colpito dalla fatale malattia che doveva
spegnerlo all'età di trentaquattro anni, meditava sopra due nuovi
soggetti. Di lui veramente, meglio che del Rossini, sarebbe curioso
e opportuno indagare quali nuove forme avrebbe assunte, a quali
diversi atteggiamenti si sarebbe piegato il suo ingegno, se la natura,
dispettosamente crudele, non avesse voluto dare apparenza di verità
all'antica sentenza di Menandro: «Muor giovine colui che al cielo è
caro.»

L'acutezza tutta meridionale della sua mente, in quei brevi mesi
di soggiorno a Parigi, gli servì per penetrare addentro nei nuovi
progressi della musica strumentale, che fu per lui come il dischiudersi
di nuovi orizzonti; e forse non esagerano quei biografi i quali
affermano, che prima di recarsi in Francia il Bellini non conoscesse
che superficialmente la musica di quel maestro che il Rossini non
dubitava di chiamare fra tutti il più grande, e che fu Ludovico
Beethoven. Della profonda mestizia, qualità predominante nell'autore
delle Nove Sinfonie, è facile riscontrare più d'una traccia nell'ultima
opera del maestro catanese, come nè è più ricco, più nutrito, più
vario lo strumentale. Egli che, nell'idilliaca _Sonnambula_, emulò
la greca semplicità e la perfezione di Teocrito, e nella _Norma_
si sollevò a grandezza epica, tocca, io credo, il massimo vertice
del sublime con la dipintura delle cruente lotte fra i _Puritani ed
i Cavalieri_. Dalla favola montanara, tutta impregnata di agresti
profumi, dalle foreste druidiche, di cui indovina, senza neanche darsi
pensiero di approfondirle, le sanguinose tregende, egli trapassa alla
contemplazione e alla riproduzione di un grande quadro storico: ma
nella cozzante varietà dei soggetti che tratta, egli serba pur sempre
lo spiccato carattere della individualità propria, della propria
originalità.

Ascoltando la musica di altri maestri, rimarremo incerti talvolta
nell'attribuire la paternità a questo od a quello: ma Vincenzo Bellini
non è possibile confonderlo mai con altri. Le sue cantilene soavissime,
le sue melodie, quasi tutte di prima intenzione, e una tal quale
morbidezza raffaellesca di contorni, ce lo annunziano e ce lo rivelano
presente sempre.

Egli non somiglia che a sè medesimo. Sentendolo, vien fatto di pensare
che la sua musica, più che dalla fantasia, gli germogli dall'anima, e
che quell'anima riassuma e traduca le troppo fugaci gioie e gli eterni
dolori dell'umanità: vien fatto di dire che i suoi canti, più che col
linguaggio delle note sono composti di lacrime, e sono le lacrime che
raccontano le nostre miserie, le nostre intime ambascie.

Vincenzo Bellini ebbe principalissime, fra tutte le doti musicali, la
schiettezza e la limpidezza, congiunte alla più squisita semplicità
delle forme. C'è stato perfino un tempo, nel quale non si dubitò di
dirlo anche troppo semplice. Venti o venticinque anni fa il direttore
di un teatro parigino, voglioso di rimettere in scena la _Norma_,
propose a Giorgio Bizet, non ancora celebre, di rifare, secondo
le nuove tendenze e il nuovo stile, la strumentazione dell'opera
belliniana, e offrì al giovine maestro, bisognoso di lavorare, qualche
migliaio di lire. Tutto lieto il Bizet portò a casa la partitura della
_Norma_, stimando agevole impresa rimettere a nuovo la vecchia opera,
vecchia allora di più che quarant'anni. Ma di lì a qualche giorno, con
la partitura intatta sotto il braccio, egli andò a trovare il direttore
di quel teatro, e restituendogli lo spartito gli disse che le opere
del genio sono intangibili, che a mettervi le mani e ad alterarle
si commette opera profanatrice e sacrilega. L'autore futuro della
_Carmen_, grande artista veramente, respingeva da sè con ribrezzo la
mostruosa complicità in un reato, rimasto fortunatamente uno sterile
tentativo.

Ogni tempo ha l'arte che si merita e che gli si confà: e l'arte non ha
efficacia immediata, se non in quanto rispecchia i gusti, le tendenze,
le aspirazioni dell'epoca in cui ella sorge e fiorisce. La musica della
prima metà del nostro secolo, discesa in linea retta da quella del
secolo precedente, mantenne intatta la tradizione, ma si arricchì di
forme più belle, ma ebbe intenti più serii e più drammatici, ma penetrò
anche più addentro nei segreti dell'anima umana.

Senza confondere l'arte con la scienza, ma senza ripudiare
quest'ultima, rifiutò tutto quello che non germogliasse direttamente
dalla fantasia. E appunto per questo fu grande e semplice; ed ebbe
nome, per il momento, Vincenzo Bellini e Gaetano Donizetti, Oh non per
loro certamente, non per le loro orchestre destinate ad accompagnare
docilmente o ad abbellire di fregi modesti il canto della scena, non
per le loro orchestre, come doveva accadere più tardi per il mistico
Wagner, tutte le potenze della natura congiurarono favorevoli, nè la
terra regalò quasi tutto il metallo delle sue miniere e il legname
delle sue foreste per fornire le armi sonore destinate agli assalti
irresistibili! La musica di quei nostri grandi, veramente nostri,
scaturita come fonte viva di limpida acqua dalle viscere della
montagna, non ebbe bisogno delle violente arginature artificiali che
ne affrettassero il corso, ma si diffuse allargandosi come in azzurro
tranquillissimo mare tutto bagnato di sole. Era il sole d'Italia, o
signori, e non aveva nulla da invidiare alle nebbie germaniche.

                                   *
                                  * *

Diverso affatto dal Bellini fu Gaetano Donizetti, compagno suo ed
emulo felice in quella gara che durò fino al 1835, fino all'anno in
cui l'autore dei _Puritani_ si spense. Di Vincenzo Bellini, tenuto
conto anche dei primi tentativi melodrammatici, si contano nove opere
soltanto: Gaetano Donizetti invece, fantasia più feconda, ingegno più
vario se non altrettanto peregrino, e agitato dalla febbre continua
del produrre, fornisce durante ventiquattro anni, dal '22 al '46, un
così lungo cammino, e semina quel suo cammino, con una prodigalità che
rasenta la spensieratezza, di così fulgidi capolavori, che basterebbe
lui solo, io credo, a segnare di un'orma indistruttibile la storia
dell'arte.

Egli fu veramente, per la grazia della espressione, per la originalità,
la spontaneità, la vaghezza melodica, per una soavità e una delicatezza
di cantilene non scevre di malinconia, egli fu il Mozart dell'Italia:
non scevre di malinconia, ho detto, come fu divinamente malinconico il
Bellini, sì che l'uno e l'altro pare che rispecchino, nella indole dei
loro ingegni e dei loro animi, il virgiliano _sunt lacrimae rerum_,
che il Manzoni, forse inconsapevolmente, ha tradotto con la mestissima
frase che «del dolore ce n'è, sto per dire, un po' per tutto». Se non
che il Donizetti, fecondo e versatile come pochi, e superiore in questo
al Bellini, ci lascia incerti anche oggi se riuscisse più felicemente
efficace, appunto come Wolfango Mozart, nel melodramma serio o
piuttosto nell'opera giocosa.

La popolarità e la fama rapidamente raggiunte lo avevano già reso
celebre in pochi anni: il nome suo non pure famoso in Italia, ma
nelle principali e più colte città dell'Europa, andava fino dal '37
congiunto ad opere che s'intitolano _Anna Bolena_ e _Elixir d'amore_,
_Lucrezia Borgia_ e _Lucia di Lamermoor_, _Marin Faliero_ e _Parisina_,
per tacer delle altre: e sono opere che rimarranno lungamente vive,
insieme con quelle degli ultimi suoi dieci anni: rimarranno vive anche
nei pervertimenti frenetici del gusto, anche nei periodi delle così
dette rivoluzioni musicali. Perchè il genio ha anche questo di buono,
di salutare, di benefico: che sopranuota a tutti gli errori, a tutte
le aberrazioni, alle storture d'ogni maniera: egli resiste sereno ed
impavido ai mutabili capricci della moda, alle piccole e alle grandi
ostilità, alle guerricciòle degli emuli, alle invidie degli impotenti.

E notate questo, o signori: gli anni in cui il Donizetti imperò
quasi solo nel campo della musica, furono gli anni delle aspettative
pazienti: e perchè, nel silenzio di ogni voce un po' libera, e
nell'abbattimento di ogni aspirazione generosa, gli astuti governanti
d'Italia erano larghissimi nel favorire, nel secondare, nel provocar
quasi i popolari entusiasmi per i grandi spettacoli teatrali, accadde
che le fantasie, private per allora di ogni più vigoroso alimento,
trovassero pascolo sufficiente e distrazione bastante per una nuova
opera, per un giovane maestro che accennasse ad uscire dalla schiera
dei volgari, anche per un artista, uomo o donna, che le imprese e le
direzioni dei varii teatri d'Italia si disputassero.

C'era di mezzo l'arte; ma c'era anche, bisogna pur convenirne, il
superficiale diletto dei sensi: e nel doloroso silenzio di cotesti
anni fu possibile vedere, in quella città che doveva poi scrivere
col proprio sangue una pagina immortale nella storia del risorgimento
italiano, fu possibile vedere preso d'assalto, con manifestazioni quasi
di delirio, il teatro della Scala da una folla tumultuante, perchè
i due astri della danza, la Cerrito e la Essler, comparivano, per il
momento non più rivali, in un medesimo, ballo e nella medesima sera;
e fu anche possibile vedere giovani patrizi e banchieri stagionati
disputarsi non soltanto i favori ed i sorrisi delle danzatrici più
celebri, ma anche i più minuti gingilli abbandonati dalle _dive_
al servitorame degli alberghi; persino le maioliche intime di una
Essler, ridotte in cocci, dividersi come reliquie fra qualche dozzina
di adoratori, perchè potessero fregiarsene i candidi sparati delle
camicie.

Ma non incrudeliamo soverchiamente sopra le debolezze di un tempo,
la cui responsabilità non ricade che in piccolissima parte sulla
cittadinanza italiana. Alle brevi aberrazioni succedevano ben presto
i più durabili e fervorosi entusiasmi per le grandi rivelazioni
dell'arte, e il Donizetti, morto Vincenzo Bellini, fu per allora
l'unico sovrano intellettuale delle folle, l'unico inappellabile
arbitro del gusto.

Nello spazio di ventidue anni, dal '22 al '44, egli scrive
sessantacinque opere: due in ciascun anno, spesso tre, talora anche
quattro. Gli accade più d'una volta di trovarsi a quindici e venti
giorni di distanza dall'epoca fissata per la consegna di un'opera, e
non soltanto non averne scritta neppure una nota, ma neanche sapere
quale libretto gl'invierebbe il poeta: eppure nel giorno fissato egli
mantiene scrupolosamente l'impegno.

Una sua opera fresca e limpida anche oggi come un mattino di primavera,
l'_Elixir d'amore_, egli la scrivo in quindici giorni; scrive in sei
settimane la _Lucia di Lamermoor_, uno dei più squisiti capolavori
musicali del secolo: compone in undici giorni il _Don Pasquale_,
modello insuperato di commedia musicale: improvvisa in otto giorni
la _Maria di Rohan_. Al cognato Vasselli di Roma, col quale mantenne
sempre una fraterna e gioconda corrispondenza epistolare, così scriveva
argutamente da Parigi nel 4 gennaio 1843:

«Il giorno 31 del passato dicembre passò non da questa all'altra vita,
ma da una parte all'altra della Senna, il signor Donizetti, per essere
nominato socio corrispondente dell'Istituto di Francia. E ieri sera, 3
del nuovo 1843, si diede al teatro Italiano la prima recita della sua
nuova opera _Don Pasquale_. Non vi fu pezzo senza applausi: l'autore
chiamato dopo il secondo atto e dopo il terzo. L'opera gli è costata
una pena immensa: undici giorni. Ora a Vienna darà il _Duello sotto
Richelieu_ (che è la _Maria di Rohan_): otto giorni di travaglio:
giorni contati. E siete pregato di non raccontare i miei segreti,
perchè già il pubblico o non li crede, od immagina che sia musica
buttata giù.»

Nove anni prima, nel 1834 a Milano, una grave infermità d'occhi
impedisce al Mercadante di scrivere l'opera che si è impegnato di
consegnare al teatro della Scala. Mancano quaranta giorni allo scadere
dei termini, e il Mercadante chiamato a sè il Donizetti caldissimamente
lo prega di supplirlo, per evitare a se il pagamento di una grossa
penale. Il Donizetti acconsente, in meno di trenta giorni consegna
finita l'opera, e quell'opera ha nome _Lucrezia Borgia_.

Egli è fatto così: la sua produzione è fulminea. Basta che un
soggetto potentemente lo attragga perchè egli se ne innamori, e
subito gli trasfonda la vita immortale della sua arte. Indole arguta
e di giocondissimo umore, lieto di trovarsi nell'amabile compagnia
di parenti e di amici, egli non sfugge le allegre distrazioni della
vita svagolata del palcoscenico, si trattiene perfino un po' troppo
nei camerini delle prime donne; ma il pensiero fisso della sua mente
è sempre rivolto a quell'opera, o meglio ancora a quelle opere che
imprese, direzioni di teatri e pubblici con febbrile impazienza
aspettano. E nei solenni momenti della geniale ispirazione egli si
rinchiude, se così posso esprimermi, in quella parte del mondo ideale
ove sorge il palazzo marmoreo dell'arte. Costì egli evoca intorno a
sè i fantasmi dei tempi e dei personaggi che furono, e scrive opere
di argomento storico: cerca nei romanzieri, nei drammaturghi, nei
commediografi l'abbozzo, la linea rudimentale di personaggi e di
fatti immaginarii, ed egli li veste, li colorisce, dà loro la vita, il
movimento, il colore della sua arte.

A queste due categorie di personaggi egli chiede misteriosamente il
segreto della loro esistenza, dei loro amori, delle loro gelosie,
dei loro odii, delle loro colpe, ed essi, come avrebbe detto Niccolò
Machiavelli, per loro umanità gli rispondono. Nella storia e nella
leggenda, nelle romanzesche avventure che i poeti immaginarono si
svolgessero nelle antiche Corti, nei castelli medioevali, fra le
montagne azzurre o fra le nevose della Savoia, nei poveri paeselli
della campagna, nelle foreste della Scozia, nei grandi parchi
dell'Inghilterra, il Donizetti si foggia per conto suo altrettanti
mondi, e quei mondi, quasi rispondessero alla irresistibile chiamata
di un dio, si risollevano dalle tombe come le suore peccatrici evocate
dalla magìa di Roberto, scuotono la polvere dei secoli, palpitano e si
muovono, perchè il genio di un uomo vi ha soffiato per entro il potente
anelito della vita.

                                   *
                                  * *

Ma «la via lunga ne sospinge» e l'ora si affretta verso il suo termine.
Guardiamo ancora. Ecco che sul nostro cammino.... diciamo meglio,
ecco apparire nel nostro cielo un nuovo astro, non per ora d'intensa
e continua luce come i due che lo precedono, fosco anzi e un po'
tenebroso in principio, ma che scintillerà presto di splendori tutti
suoi. E un giovine di ventotto anni, alto, magro, accigliato, con
i lunghi capelli che gli scendono in ciocche abbondanti sul collo.
La sventura lo ha colpito pochi mesi innanzi con la morte della
giovanissima diletta compagna e di due figlioletti, e l'insuccesso
clamoroso di una sua opera, la seconda scritta da lui, pare lo abbia
allontanato per un pezzo dalla ingannatrice sirena melodrammatica. Dice
a tutti di esser tornato dal nativo paese a Milano, non per cercarvi
una gloria che pare il destino voglia negargli, ma per dar lezioni di
canto e di pianoforte, giacchè egli ha bisogno di vivere.

Non ostante ciò, non può rinunziare a far vita comune con gli artisti,
a discorrere della musica degli altri non avendo niente di bello
da raccontar della propria, e passa le giornate e le sere in quel
mondo così vario, così turbolento, così incontentabile, che svolge
le sue spire attorno alla piazza ove sorge il teatro della Scala:
singolarissimo mondo che è come una Camera di Commercio del canto
e della danza, mondo suddiviso in piccoli quartieri, in minuscole
stanze a pian terreno ed al mezzanino, dove convengono ad ogni ora
artisti, impresari, speculatori, faccendieri, buongustai, abbonati,
pubblicisti, librettisti, maestri di musica, mezzani. Mancava allora
la troppo celebrata galleria Vittorio Emanuele, sotto la cui cupola
bighelloneggiano gl'irrequieti cercatori di scritture teatrali; ma
c'era il portico del teatro della Scala, c'erano gli sgabuzzini degli
agenti, i negozii di musica di Francesco Lucca e di Giovanni Ricordi,
i caffè, le fiaschetterie, i camerini delle imprese, le quinte dei
palcoscenici: e dappertutto era un rimescolìo di offerte e di domande,
una animata, continua, febbrile conversazione, un protestare, un
indignarsi, anche uno scambio di male parole fra chi vantava i propri
meriti, e chi s'ingegnava a disprezzarli per pagar meno: e tutto questo
accompagnato da squassamenti delle lunghe zazzere dei tenori spioventi
sui baveri, da movimenti drammatici dei pizzi prolissi dei baritoni,
da voci cavernose dei bassi profondi, dallo scodinzolare leggiadro dei
soprani, dei mezzi soprani, e dei contralti.

In quel mondo, al quale mancò finora — ed è veramente un peccato
— l'arguto e verace istoriografo, si aggira inquieto e nervoso
quel giovane di ventotto anni, che ascolta tutti e discute animato
ed a scatti, che, nel facile contradire delle conversazioni al
caffè, batte con violenza sul tavolino la mano larga e tozza, e con
l'audacia di certi suoi propositi scandalizza i refrattari parrucconi
del Conservatorio milanese: quei parrucconi che con una farisaica
interpretazione dei regolamenti avevano respinta la sua domanda di
parecchi anni prima per essere ammesso fra gli alunni di quell'Istituto
musicale.

A cotesto giovanotto oramai maturo e già autore di due opere, che dice
a tutti di non volere più scrivere per il teatro, e invece non pensa,
non discorre, non palpita che per cotesto fantasma dei suoi trepidi
sogni, a quel giovanotto occorre si presenti una occasione fortuita,
occorre il mancato adempimento ad un patto contrattuale di qualche
maestro, che so io? la necessità in cui si trovi un impresario di fare
onore in qualsiasi modo agli impegni assunti col pubblico: occorre
questo, perchè gli occhi del giovine si ravvivino di speranze, perchè
il tumulto della fantasia si ridesti, perchè il dio della ispirazione
mandi il tonante grido della riscossa.

E il grido ci fu: la fantasia ebbe un sussulto: l'opera apparve
luminosa nel cielo dell'arte. Quel giovinotto aveva nome Giuseppe
Verdi, quell'opera s'intitolava _Nabucco_.

La storia anedottica del _Nabucco_ l'ha raccontata lo stesso Verdi.
L'opera doveva musicarla il maestro Nicolaj, e in una sera di decembre
del 1841 l'impresario del teatro della Scala, incontratosi col Verdi,
gli raccontò che il libretto della nuova opera non piaceva al maestro,
che per la ristrettezza del tempo non era possibile averne altri,
ma che lui impresario manderebbe al diavolo il Nicolaj se il Verdi
accettasse di scrivere la musica del _Nabucco_.

La resistenza e le proteste furono vane: il giovane maestro, cacciatosi
in tasca il manoscritto di Temistocle Solera, corse a casa: e aperto
così a caso il quaderno, lesse i versi, rimasti celebri, dello stupendo
coro: «Va', pensiero, sull'ali dorate,» che nella musica melodrammatica
del nostro secolo è forse la invocazione più appassionata e più sublime
alla patria lontana, e che fratello maggiore del coro dei _Lombardi_,
meriterebbe con più ragione si ripetesse di lui:

    Che tanti petti ha scossi e inebriati.

Col _Nabucco_ s'iniziano veramente i trionfali successi del Verdi:
continuano con l'opera venuta dopo, _I Lombardi alla prima Crociata_,
raggiungono il massimo dell'entusiasmo con l'_Ernani_: dal '42 al '44,
il «giovane Verdi,» come allora lo chiamavano, avea acquistato in meno
di tre anni un posto d'onore; e raro esempio nella storia dell'ingegno
umano, non solo non ne discese più mai, ma di scalino in scalino, di
tappa in tappa, se così mi è lecito esprimermi, salì alla fama, alla
rinomanza, alla gloria. Egli rimaneva oramai quasi solo (l'astro del
Donizetti si avvicinava rapidamente all'angoscioso tramonto), quasi
solo egli rimaneva a rappresentare la grande, la nobile, la ispirata
arte italiana.

Egli ebbe intenso dalla natura, e lo ha squisitamente affinato nel
corso degli anni, l'istinto prezioso e incomunicabile dell'effetto
teatrale; anche obbedì, in tutte le opere di quella sua prima maniera,
alla foga potente della ispirazione, e fu di un'abbondanza melodica
che somigliò quasi alla prodigalità. Peccò qualche volta per dato e
fatto della sua stessa virtù, peccò di trascuratezza. Simile forse in
questo (me lo perdonino le ascoltatrici gentili) simile a una donna
bella che osi, appunto perchè bella, presentarsi ai suoi ammiratori un
po' scapigliata e in abito disadorno. Ma egli è che allora si scriveva
musica per scriver musica, e con le sette note di Guido Monaco non
s'intendeva di risolvere nè un problema d'algebra, nè un teorema di
meccanica celeste: si voleva soltanto destare la commozione, il grande
e il solo sentimento che possa chiamare le folle in teatro.

E di una commozione, trasportata fino alle regioni del parossismo,
fu causa l'ultima delle opere che ho citata, l'_Ernani_. Il dramma
audace dell'Hugo, simbolo di riscossa per tutta una scuola letteraria,
diventa il vangelo altrettanto audace di tutti gli spiriti liberi.
Venezia, dove la nuova opera fu per la prima volta rappresentata, e in
breve giro di mesi tutta l'Italia acclamano il cantore di _Doña Sol_,
come il rappresentante della musica dei tempi vaticinati. Pare quasi
interrotta la tradizione; si direbbe che il maestro, spezzate le catene
del convenzionalismo, si slanci a scoprire i nuovi orizzonti dell'arte,
illuminata da lui col sole del proprio genio.

_Ernani_ è la protesta magnanima contro le tirannie, è l'odio
della violenza alimentato dalla violenza, è il grido del popolo
che si ribella alla signoria dei grandi e dei sovrani. Come suonano
rimbombanti e armoniosissimi i versi del poeta francese, così l'alata
schiera delle melodie del maestro italiano si libra a volo sul dramma,
e tutto lo penetra e lo investe. C'è in quella musica qualche cosa di
trepido, di convulso, di rapido, d'irrompente. L'ardentissima anima del
Verdi non aveva avuto ancora, e forse non le ebbe mai più, vibrazioni
musicali così gagliarde, non s'era mai slanciata a colorire con tanta
esagerata potenza un immenso quadro drammatico. Io credo sieno pochi
gli esempi di opera che, come l'_Ernani_, mantengano sempre viva,
musicalmente, l'attenzione dalla prima all'ultima scena; e qui il
dramma e la musica mirabilmente si fondono a raccontare in altissimo
metro una pagina della storia eterna del cuore umano.

E così Giuseppe Verdi, con la stupenda produzione che va dal '42 al
'46, schiude veramente le porte dell'avvenire, creando uno stile
suo, manifestando una maniera tutta sua propria di concepire e di
svolgere un violento contrasto di passioni sulla scena melodrammatica.
La fecondità di quelli anni, non dissimile dalla geniale rapidità
donizettiana, nocque forse al maestro di Busseto per la materiale
impossibilità di adoperare la lima: ma giovò alla espressione di una
più grande sincerità in quei subitanei quasi selvaggi scoppi del genio,
preludio ad avvenimenti che maturatisi nel silenzio, dovevano di lì
a poco suscitare i fremiti delle balde giovanili speranze nel cuore
improvvisamente svegliatosi della patria.

In quel medesimo anno, che è l'ultimo del periodo del quale le nostre
Letture si occupano, e sempre nella città di Venezia, un'altra opera
del Verdi scoppiò come fulmine e fu l'_Attila_: musica tempestosa
che entrava difilato per le orecchie nelle anime, e di popolarità
così clamorosa e così diffusa, che sopravvisse di qualche anno alla
morte delle speranze italiane: come uno di quei canti che l'esule con
accorata tenerezza ripete, perchè gli richiama alla mente le dolci
valli della patria lontana.

È naturale quindi che in coteste opere della prima maniera del Verdi
si volesse rintracciare un concetto politico: così nei _Lombardi_ che
sospirano al tetto natio e ricordano con sublime lamento i ruscelli
ed i prati della loro terra, parve di scorgere una anticipazione del
quarantotto, quasi un simulacro di movimento nazionale: e nella celebre
offerta dell'universo che fa Ezio ad Attila, purchè a lui, generale
romano, rimanga l'Italia, c'era più che un pretesto per sollevare a
rumore le platee, per far vibrare la corda dello spirito patriottico.

Si potranno questi chiamare gl'innocenti anacronismi della leggenda,
ma non sono perciò inutili: tanto è vero che di lì a pochi mesi le più
fortunate e popolari opere del Verdi si trasformarono in segnacoli
di riscossa, i suoi canti ispirati furono gl'inni della nazione, e
Gerusalemme diventò Milano con le sue cinque giornate. La musica è così
fatta, che mirabilmente si piega ad esprimere il concetto dominante
negli spiriti; e se un caldo soffio di poesia la ravvivi, ella diventa
preghiera ed imprecazione, espressione d'infinito rammarico e di
giubilante letizia, augurio, speranza, vaticinio. I poeti d'Italia
cantavano in strofe roventi la rivoluzione prossima a trionfare; ma non
bastava il ritmo poetico, ci voleva una risonanza più armoniosa e più
vasta; e il popolo fremente e commosso ripeteva sulle pubbliche piazze
il «Va' pensiero, sull'ali dorate» del _Nabucco_, e l'«Oh, Signore, dal
tetto natìo» dei _Lombardi_. Con un anticipato augurio di cinque lustri
Alessandro Manzoni aveva inneggiato nella lirica patriottica del 1821
alle «giornate del nostro riscatto.»


  _Signore e Signori_,

Attorno a quel gruppo di stelle, onde si compone la pleiade musicale
che brillò nei puri vesperi dell'Italia dal '31 al '46, altri
minori pianeti, come obbedienti satelliti, girarono e modestamente
splendettero; ma la loro luce ebbe bagliori fugaci che ben presto
si dissiparono. Nell'azzurro sconfinato del cielo gli astri di prima
grandezza soltanto rimasero, ad attestare che il primato della musica è
ancora nostro, e uno ancora vi rifulge solitario e lucente, come remota
stella polare, speranza e guida dei naviganti che si affacciano ai mari
inesplorati del secolo nascituro.



LA ELETTRICITÀ ANIMALE

CONFERENZA DEL Prof. GIULIO FANO


  _Signore e Signori_,

Il periodo di vita italiana dal 1831 al 1846, preso in esame dalle
conferenze di quest'anno, è caratterizzato soprattutto dalle idee
di rivendicazione politica e sociale che fermentavano allora nelle
menti di molti fra i migliori, distogliendoli, in parte almeno, dalle
ricerche sui fenomeni naturali. Si capisce che le lotte intestine,
le congiure, i moti e le vicende tormentose della patria possano
conciliarsi coll'inspirazione artistica, anzi spesso eccitarne lo
sviluppo in alte e nobilissime forme che valgano ad esaltare i meno
animosi ed a raccogliere i più sotto la stessa bandiera. Ma per le
scienze esatte, per le ricerche pazienti di laboratorio, per l'esame
accurato della natura si richiedono tempi sereni e tranquilli.
Qualche manifestazione geniale si presenta, è vero, nella storia della
scienza anche nei momenti più torbidi, ma sono forme accidentali di
un carattere che si potrebbe dire vulcanico, e non già il risultato
di quelle forze costanti che agiscono lentamente sulla coscienza
collettiva degli studiosi.

Ciò nonostante, anche in quei tristi, incerti, ma pure gloriosi periodi
della nostra vita nazionale, possiamo con orgoglio ricordare parecchi
notevoli contributi allo sviluppo delle scienze fisiche e naturali.
Fra gli argomenti di carattere biologico allora trattati, uno fra i
preferiti da molti scienziati italiani è l'elettricità animale, e ne
fanno fede i nomi del Nobili, del Marianini, del Santi-Linari, del
Grimelli, del Matteucci, del Savi, del Pacini, alcuni dei quali, e
fra i più illustri, furono onore dell'Ateneo fiorentino. Si direbbe
che i germi lasciati dal Galvani e per lunga serie di anni rimasti
assopiti in una specie di stato latente, portati in questa terra
toscana che ebbe sempre e giustamente il vanto di proteggere i buoni
studi, riprendessero nuova vita dando ricchi e rigogliosi germogli.
Sicchè l'elettricità animale, che nacque come argomento di ricerca
in Italia, e qui ebbe le maggiori e più importanti cure, che ne
assicurarono lo sviluppo, può dirsi a ragione cosa nostra, senza che
per questo si diminuisca il carattere cosmopolita che fa della scienza
l'unico vincolo che ancora raccolga la sminuzzata umanità di questa
tristissima fine di secolo. Quanto vi ho detto, spero sia sufficiente
per giustificare la mia scelta. Debbo però avvertirvi che non posso
restringere il mio dire a ciò solo che in proposito si è osservato nei
tre lustri fissati dal programma, e neppure mi è lecito limitarmi ai
soli risultati dovuti a ricercatori italiani. Voi non mi perdonereste
certamente di sacrificare ad un sentimento nazionale, che in tal
caso sarebbe malinteso, un argomento scientifico che, nato in Italia,
divenne poi per sua natura universale.

Il capitolo della elettricità animale comprende quelle manifestazioni
elettriche date da un animale o da una parte di esso durante la
vita, e che si sviluppano dagli organi come una naturale e necessaria
conseguenza delle loro attività funzionali. Sicchè i fatti elettrici
che si possono ottenere in certi casi, per esempio passando con
forza la mano sul dorso di un gatto vivo come su quello di un morto
o semplicemente su una pelliccia di gatto, appartengono tanto poco
alla elettricità animale quanto ciò che si manifesta collo strofinare
un bastone di resina o di zolfo. Nello stesso modo nessun rapporto
hanno col nostro soggetto le scintille che alcune persone ottengono
passandosi le mani nei capelli o stropicciandosi altre parti del corpo.
Si tratta in questi casi semplicemente di elettricità per strofinamento
e si capisce come condizioni particolari della pelle, dei peli e
dell'ambiente possano dare a questo fenomeno proporzioni veramente
stupefacenti.

A queste osservazioni però, tanto semplici per sè stesse, si
aggiunsero, come troppo spesso accade, i prodotti più o meno sinceri
dell'immaginazione, sicchè si venne ad affermare che alcune persone
erano dotate di vere proprietà elettriche a somiglianza di alcuni
pesci dei quali avremo fra poco occasione di parlare. Numerose sono
le osservazioni citate in proposito. Mi limiterò a ricordare quella
della Signora elettrica di Oxford negli Stati Uniti, perchè è forse
il caso documentato meno peggio. Essa si accorse il 25 gennaio 1837,
mentre in numerosa compagnia osservava un'aurora boreale, che le dita
delle sue mani emettevano scintille elettriche ogniqualvolta essa
accarezzava il volto di un suo fratello. Tutta la società, benchè in
sul principio fosse molto dubbiosa, dovette poi convincersi della
realtà di quello strano fenomeno, ed il dottor Williard Osford,
una specie di san Tommaso, fu condotto alla fede da una scintilla
lunga circa venti millimetri, che quella interessante persona gli
scaricò sulla punta del naso, dai polpastrelli delle dita, facendolo
indietreggiare spaventato. Il marito di quella signora era lontano, in
viaggio, al momento dello sviluppo di quella strana proprietà. Allorchè
in aprile ritornò, la moglie gli andò incontro alla porta di casa, e
presentandogli scherzosamente le mani alla faccia lo sbalordì con una
scarica elettrica. Come vedete, quando un marito torna a casa dopo una
lunga assenza deve essere preparato a qualunque sorpresa!

A me fu raccontato da un medico di Firenze di un caso simile da lui
osservato in queste ultime settimane. Una signora straniera, che abita
la nostra città, si presenta, soprattutto quando domina la tramontana,
come circondata da una nube luminosa, tante sono le scintille che
crepitando scoccano dalla superficie del suo corpo. E le parti più
intime del suo abbigliamento, e le lenzuola del suo letto sono così
cariche di elettricità, che il solo sfregamento di esse dà luogo ad
imponenti manifestazioni elettriche. Anche qui si tratta, è evidente,
di semplici fatti dovuti ad elettricità sviluppata per sfregamento.

Ad ogni nostro movimento noi produciamo calore, fra le molte altre
ragioni, per l'attrito dei piedi contro il suolo o degli indumenti
sulla persona, e nello stesso tempo diamo luogo, per le stesse
cause ad una elettrizzazione della superficie del nostro corpo e
degli oggetti che con essa vengono in contatto. Si capisce come
condizioni particolari di poca conducibilità degli appoggi e delle
parti superficiali dell'organismo debbano provocare i fenomeni
sopra descritti, i quali, benchè possano sembrare meravigliosi, sono
molto più semplici di un battito del nostro cuore o di un movimento
delle nostre labbra. Certamente le condizioni nutritive e nervose di
quegl'individui contribuiscono a dare alla loro cute quelle proprietà
particolari che determinano una elettrizzazione tanto notevole, ma non
per questo possiamo dire che quei fatti appartengono alla elettricità
animale propriamente detta.

Fa parte integrale di essa invece la causa che determina le scosse
risentite toccando un così detto pesce elettrico. È questo anzi il
primo fatto di elettricità animale che sia stato conosciuto, e se ne
parla sin dai tempi più remoti, senza darne però, e si comprende, una
retta interpretazione. I più anticamente noti fra i pesci elettrici,
per quanto ne possiamo sapere noi, sono le torpedini, perchè abitanti
il Mediterraneo. Esse fissarono l'attenzione del volgo prima e dei
naturalisti poi. Come rappresentarci lo stupore e lo spavento di quegli
ingenui pescatori che tirando a terra la rete colma di pesci vengono
colpiti da una scossa che li irrigidì e li paralizzò ad un tempo? Vi
è solo da meravigliarsi che essi, così immaginosi e ricchi di forme
simboliche, non abbiano messo fra le mani poderose di Nettuno una
torpedine invece del tridente o del delfino. Debbo però notare a questo
proposito come in un vaso proto-etrusco del museo archeologico di
Firenze si osservi la figura in rilievo di una torpedine associata ad
una sfinge maschio, e contrapposta ad un felino con criniera irradiata.
Quel pesce, secondo il Milani, rappresenterebbe probabilmente la forza
occulta del mare notturno contrapposta alle forze palesi della natura.

Ai tempi di Aristotile la torpedine si chiamava Narkè, che vuol dire
torpore, ed a questo proposito Platone fa dire a Menone in uno dei suoi
dialoghi: «O Socrate, già prima di conoscerti avevo sentito dire che tu
nelle discussioni non fai altro se non porre te stesso nell'imbarazzo
e metterci gli altri, e anche ora mi pare che tu con ogni sorta di
incantesimi mi abbia ridotto a non trovar via d'uscita; anzi, se è
lecito scherzare, mi sembri affatto simile nell'aspetto e nel resto
alla Narkè marina piatta. Essa infatti fa intorpidire chi le si accosta
e la tocca; ed anche tu hai fatto lo stesso a me. Perchè, in verità, mi
si è paralizzata l'anima e la bocca e non so che risponderti.»

I commentatori, per far comprendere il senso nascosto delle parole
messe in bocca a Menone, rammentano come Socrate avesse il viso piatto
che poteva essere paragonato alla forma schiacciata della torpedine.
Per conto mio trovo che è uno scherzo di assai cattivo genere e tale da
far venire i brividi a qualunque conferenziere che abbia il profilo un
poco camuso.

Molti altri scrittori dell'antichità hanno parlato dei notevoli
fenomeni prodotti dai pesci elettrici, particolarmente Oppiano,
poeta greco dei tempi di Settimio Severo. Galeno poi credette di
poter spiegare la sensazione provata al contatto di quegli animali
attribuendola ad un principio frigorifero, e per motivare la sua
opinione portò i buoni effetti prodotti dalla applicazione delle
torpedini alla medicina, soprattutto contro il mal di capo e la gotta.
Come vedete, non vi è nulla di nuovo sotto il sole, e i Romani facevano
anch'essi della Elettroterapia; ma soltanto la facevano senza saperlo.

Saltando a piè pari molti secoli arriviamo a Francesco Redi, il geniale
accademico del Cimento, primo medico della casa granducale di Toscana,
l'inspirato poeta del vino, il fine, attento, perspicace osservatore
di fatti naturali. Ecco come egli ci intrattiene sulle torpedini, in
quel suo musicale e purissimo stile: «È cosa notissima che quel pesce
marino chiamato tremola, torpedine, ovvero torpiglia, se sia toccato
renda intormentita e stupida la mano ed il braccio di colui che lo
tocca; ed io ne ho fatta la prova più di una volta, per certificarmi di
tal verità e per poterne favellare con certezza di scienza. E voglio
raccontarvi che alcuni pescatori, essendo a mia requisizione andati
alla pesca di questo pesce ne pigliarono uno e portatomelo vivo poco
dopo che l'ebbero preso, appena che lo toccai e lo strinsi colla mano,
che mi cominciò a informicolare e la mano e il braccio e tutta la
spalla con un tremore così fastidioso e con un dolore così afflittivo
ed acuto nella punta del gomito, che fui necessitato a ritirar subito
la mano: e lo stesso mi avveniva ogniqualvolta io voleva ostinatamente
continuar lungo tempo a toccarlo. Egli è ben vero che quanto più la
torpedine si avvicinava alla morte, tanto meno io sentiva il dolore e
il tremore, anzi molte volte io non lo sentiva; e quando ella fu quasi
finita di morire, che pur campò ancora tre ore, io poteva maneggiarla
con ogni sicurezza e senza fastidio veruno: che perciò non è maraviglia
se alcuni stiano in dubbio della verità di questo effetto, e lo tengano
per una favola, avendone essi per avventura fatta l'esperienza non con
le torpedini vive, ma con le morte o vicine a morire.»

Il Redi ed il suo discepolo Lorenzini, che, all'epoca del Rinascimento
delle scienze naturali, furono i primi a studiare la torpedine,
supponevano che questo pesce inviasse da lontano una quantità di
piccoli corpuscoli che s'insinuerebbero nelle parti delle quali
essi determinano l'intorpidimento, e che sarebbero proiettati dalla
contrazione di due organi riputati muscolari, e chiamati, in ragione
della loro forma, muscoli falcati.

Il Borelli, un altro insigne accademico del Cimento, riguarda quella
emissione di corpuscoli stupefacenti come immaginaria, e pensa che
la torpedine, colpita essa stessa da tremiti violentissimi, comunichi
queste vibrazioni all'essere che la tocca e determini così in esso un
intorpidimento.

Non sorridiamo a questi tentativi di rappresentazione di un processo
funzionale, perchè a ben altre forme dottrinarie ci hanno abituati
certuni ai giorni nostri, i quali, essendo tanto più dogmatici
quanto meno vogliono parerlo, pretendono di dar ragione dei fenomeni
presentati non solo da un individuo ma da una intera società umana,
adoperando alcune formule semplicissime, che non sono neppure di loro
invenzione, per mezzo delle quali tutto può essere classificato e
spiegato; tanto meno scusabili inquantochè ogni giorno più si mette in
chiaro l'immensa complessità dei fatti biologici, di quelli anche che
potrebbero a prima vista sembrare di una semplicità primordiale.

Si capisce, del resto, che ai tempi del Redi, del Lorenzini e del
Bellini non si potesse avere un'idea esatta intorno alla natura della
scossa ricevuta dalla torpedine, perchè non si conosceva ancora la
bottiglia di Leida, che sembra datare dal 1745. Dopo ciò si comprese
che l'agente sviluppato da quel pesce è di natura elettrica, e le
osservazioni in proposito, alle quali contribuirono il Volta e il
Galvani, eccitarono entrambi questi illustri nella loro lotta per
la verità. Infatti il Galvani considera la sua preparazione, fatta
di muscoli e di nervi, come un organo elettrico ridotto, e il Volta
si inspira a quell'apparecchio nella costruzione della sua pila, che
egli chiama «organo elettrico artificiale» «per essere (come scrive al
Brugnatelli) fondato sopra i medesimi principi e simile anche nella
forma, secondo la sua prima costruzione, all'organo naturale della
torpedine.»

La scoperta della pila mise nell'ombra le mirabili osservazioni del
Galvani, e le sue affermazioni intorno alla elettricità animale, e
ciò benchè fosse ormai indiscutibile che la torpedine si comporta
come una macchina elettrica, e come una pila insieme, e che lo
sviluppo dell'elettricità è in quegli animali dipendente dalle loro
condizioni vitali. La morte infatti porta con se, come del resto aveva
già osservato il Redi, la cessazione di ogni fenomeno elettrico, e
tutte le osservazioni dimostrano anche che la potenza intorpidente
dei pesci elettrici si indebolisce a misura che diminuiscono le
attività funzionali dell'animale, che essa si esaurisce per ogni
emissione eccessiva, e che, nello stato normale dell'organismo, essa
può ristabilirsi col riposo. Questi esseri singolari sono capaci,
è vero, di dare parecchie scariche successive, ma queste vanno
gradatamente indebolendosi, sino a che quei pesci possono essere
impunemente toccati. Poi, col tempo, soprattutto se bene alimentati,
essi riprendono le loro capacità elettriche, così come si osserva nelle
manifestazioni dell'energia muscolare e nel decorso della fatica. Vi
è insomma, sotto molti aspetti, una completa identità fra la scossa
elettrica della torpedine ed un movimento volontario. Le torpedini e
gli altri pesci elettrici, come il gimnoto ed il siluro, danno una
scossa elettrica come un cavallo darebbe un calcio, un cinghiale
un colpo di zanna, una tigre un morso, un'aquila un colpo d'ala o
d'artiglio. Il meccanismo nervoso volontario pel quale si esplica
l'atto della difesa e dell'offesa è lo stesso in questi casi, non
solo, ma anche gli effetti esteriori che ne risultano hanno molte
analogie fra loro. Ogni giorno di più, infatti, si mettono in chiaro
le somiglianze strutturali fra muscoli ed organi elettrici, non solo,
ma pure quelle funzionali fra scossa elettrica e contrazione muscolare.
Questi due atti si lumeggiano vicendevolmente, inquantochè obbediscono
alle stesse leggi generali; sicchè possiamo dire, per adoperare
un linguaggio tecnico, almeno una volta, che entrambi dipendono
probabilmente, per quanto riguarda l'effetto esterno, da cangiamenti di
tensione superficiale.

L'affinità fra un movimento volontario ed una scossa elettrica mi
richiama alla mente una descrizione dell'Humboldt, che amo ripetervi
in parte, benchè la ritenga universalmente conosciuta. Si tratta
della pesca dei gimnoti, o anguille elettriche, che vivono nelle acque
dell'America meridionale, e che danno, quando siano irritate, scosse
potentissime, molto più energiche di quelle della torpedine. Non
bisogna però credere che il racconto dell'Humboldt si riferisca ad un
modo usuale di pesca; esso piuttosto va considerato come la narrazione
di una accidentale avventura di viaggio. Ecco le parole del celebre
viaggiatore e scienziato tedesco:

«L'anguilla elettrica, benchè tardissima nei movimenti, si prende
difficilmente con reti, perchè simile al serpe si affonda nel fango.
Si potevano in tal caso adoperare le radici di alcune piante che
hanno la proprietà, gettate in uno stagno, di inebriare o stordire gli
animali che vi si trovano. Non volevamo però ricorrere a questo metodo,
perchè le anguille ne sarebbero state indebolite. Allora gli indiani
dichiararono che volevano pescar con cavalli. Corsero nelle steppe ove
sono numerosi i cavalli e i muli selvatici, ne presero una trentina e
li spinsero nell'acqua.

L'inaspettato rumore dello scalpitìo dei cavalli spinge i pesci fuori
della melma e li invita all'attacco. Le grandi anguille gialle nere,
simili ed enormi piante acquatiche, nuotano qua e là presso alla
superficie e guizzano sotto il ventre dei cavalli e dei muli. La lotta
fra animali così differenti forma il quadro più pittoresco.

Gli indiani muniti di giavellotti e di lunghe e sottili canne si
appostano in fitta colonna intorno allo stagno. Alcuni salgono sugli
alberi i cui rami si stendono orizzontalmente sull'acqua. Colle
selvagge loro strida e colle lunghe canne fanno indietreggiare i
cavalli che vogliono risalire le rive.

Le anguille, assordate dal rumore, si difendono con ripetute scariche
delle loro batterie. Per qualche tempo pare che debbano riuscire
vittoriose. Parecchi cavalli soccombono ai colpi invisibili che
minacciano gli organi i più essenziali. Storditi dalle incessanti e
violenti scosse cadono al fondo. Altri sbuffanti, irta la criniera,
gli occhi dilatati per lo spavento, fuggono disperatamente cercando
di sottrarsi alla bufera, ma sono respinti dagli indiani. Alcuni però,
ingannando la vigilanza dei pescatori, giungono alla sponda, vacillano
ad ogni passo, e spossati a morte si gettano sulla sabbia colle membra
irrigidite....

Credevamo che tutti gli animali impegnati in quella lotta dovessero
soccombere l'uno dopo l'altro. Ma a poco a poco il furore scema, e le
anguille affaticate si sparpagliano. Hanno ora bisogno di un lungo
riposo e di un abbondante cibo per riacquistare le forze galvaniche
disperse nel combattimento: esse vengono ora paurose presso la spiaggia
e sono prese mediante piccoli giavellotti raccordati a lunghe funi.

Un uomo non si esporrebbe senza pericolo al primo colpo di una grossa
anguilla elettrica irritata. Se si riceve la scossa prima che il
pesce sia ferito o stanco da una lunga persecuzione, il dolore e
lo stordimento sono tali che non si può dar conto della sensazione.
Non mi ricordo (dice l'Humboldt), di aver provato, dalla scarica di
una gran bottiglia di Leida, uno scrollo terribile al pari di quello
che soffersi quando misi incautamente i due piedi sopra un'anguilla
elettrica che era stata poc'anzi tratta fuori dell'acqua. Per tutto
quel giorno ebbi violenti dolori nelle ginocchia e in tutte le
articolazioni.»

E un giovane tisiologo tedesco, morto da poco, il Sachs, racconta che,
avendo lasciato cadere un gimnoto sul suo piede, fu gettato a terra e
provò tale un dolore, che non potè trattenersi dal gridare.

Ma io non posso indugiarmi sui pesci elettrici, perchè di un altro
argomento voglio parlarvi succintamente prima di lasciarvi. Mi limiterò
per questo a riassumere in poche parole lo stato attuale delle nostre
cognizioni in proposito, ricordando che ad esso hanno contribuito
parecchi italiani, fra i quali amo citare in particolar modo,
limitandomi al periodo storico che ora consideriamo, i nomi del Nobili,
del Matteucci, del Pacini.

Alcuni pesci, appartenenti a tre gruppi molto diversi fra loro, le
torpedini, i gimnoti ed i siluri, hanno la proprietà di dare forti
scariche elettriche, subordinate all'attività del loro cervello.
Questa funzione elettrica è esercitata per mezzo di un apparecchio
speciale, composto di un gran numero di elementi. In ciascuno di questi
ultimi penetra una terminazione nervosa, presso a poco nello stesso
modo col quale un nervo motore si dirama in un muscolo volontario.
È indiscutibile che la forza emanata dall'organo in questione è una
forma di elettricità. Lasciando da parte l'influenza che la energia
sviluppata dai siluri, dai gimnoti, dalle torpedini esercita sopra gli
organismi viventi, ricorderemo come questi pesci abbiano dato scintille
a guisa di una bottiglia di Leida. Inoltre, con quella forma di energia
si ottennero effetti calorifici e di decomposizione chimica, si fece
deviare l'ago magnetico, si provocarono fatti di induzione in un
rocchetto e si accese una lampadina elettrica. Si tratta dunque di vera
elettricità ed in questo caso sembrerebbe proprio che l'organismo ci
desse un esempio, qual meglio non si potrebbe sperare, di una funzione
ridotta ad un semplice fenomeno fisico.

Eppure neanche in questo caso la fisica può da sola servirci, per
ora almeno, a comprendere completamente la scossa di cui è questione,
perchè l'elettricità emessa dai pesci elettrici si trova in condizioni
speciali quali non si ottennero peranco con gli apparecchi raccolti
nelle ricchissime collezioni dei fisici. Infatti essa presenta le
proprietà insieme dell'elettricità statica, della dinamica e della
indotta.

Che dire poi della enorme differenza che esiste fra i nostri mezzi
di sviluppare l'elettricità e quelli adoperati da un pesce elettrico?
Perchè certo nessuno vorrà dare maggior valore di quello che si conceda
ad una figura rettorica al confronto fatto fra gli elementi di una pila
voltaica a colonna e le lamine dei prismi che costituiscono l'organo
elettrico di una torpedine. E come spiegare l'immunità che quei pesci
dimostrano per l'agente potentissimo che essi stessi sviluppano?

Voi vedete dunque come, benchè si tratti in questo caso di un fenomeno
puramente fisico quale è quello di una scarica elettrica, pure la
fisica non può aiutarci completamente a comprendere i mezzi impiegati
dall'organismo per elaborare e sviluppare quella singolare forma di
energia.

Badate inoltre che la scarica di un pesce elettrico implica quasi
sempre un atto volontario che ci conduca a studiare il problema della
coscienza, di quella proprietà per la quale un essere vivo avverte
se stesso e l'ambiente che lo circonda. La fisiologia ha affrontato
questa questione che tocca la intimità stessa della nostra personalità
senziente e pensante, e certo tutte le ricerche anatomiche fisiologiche
e quelle particolari di psicologia hanno gettato un po' di luce sugli
elementi strutturali dai quali quei fatti emanano e sui processi
fisici, chimici e funzionali che li accompagnano e con ogni probabilità
li determinano. Ma io, che pure con speciale amore mi occupo di quegli
studi sono fra quelli, e siamo legione nel campo della fisiologia
sperimentale, che accordano tutto il possibile al meccanicismo,
e si servono di esso per simboleggiare quanto si manifesta da un
essere vivo, ma non sanno comprendere e non saprebbero concepire
una rappresentazione materialistica della coscienza. Confessiamolo
francamente: il problema della coscienza è sempre insoluto e molto
probabilmente insolubile.

Ma, Signore e Signori, le indagini sui pesci elettrici, per quanto
interessanti e benchè ci conducano a discutere di cose fondamentali
per la funzione dei corpi organizzati, sembrano piuttosto oggetto di
studio per un erudito, per un curioso delle stranezze della natura. Vi
è invece nelle ricerche sulla elettricità animale un argomento che ci
dà occasione di penetrare nella intimità funzionale dei nostri organi,
dei nostri tessuti, dei nostri apparecchi, e che ci dà l'immagine di
quel continuo avvicendarsi di fatti distruttivi e di riparazione fra
i quali oscillano in ritmo incessante le parti costituenti il nostro
organismo.

Sarò brevissimo e comincerò per questo col non tener conto dei
precursori di Galvani. Vi sono sempre dei precursori in ogni scoperta,
ma è certo che si deve al biologo bolognese la prima constatazione
di carattere scientifico dell'elettricità sviluppata dal tessuto
muscolare. Non già colla ben nota osservazione della rana appesa ad un
uncino di rame che eventualmente toccò il celebre parapetto di ferro,
bensì colla esperienza eseguita senza l'intervento di alcun metallo.

A questo proposito debbo ricordare come alcuni abbiano voluto sostenere
che la scoperta attribuita al Galvani si debba invece alla sua
dilettissima moglie, la signora Lucia nata Galeazzi, che per la prima
avrebbe avuto occasione di osservare le ormai storiche contrazioni dei
muscoli in certe zampe di rana e di richiamare su queste l'attenzione
del marito. Altri sostengono che le prime osservazioni furono fatte
veramente dal Galvani, ma sopra rane preparate, non vorrei dire
prosaicamente, per fare un brodo che servisse di ristoro a sua moglie
che era allora ammalata. Queste affermazioni furono contestate, ma
non si può del tutto escludere l'influenza, almeno accidentale, della
moglie sulla scoperta del marito. A sostegno di questa tesi sostenuta
da molti in quei tempi, amo citare un sonetto non bellissimo, dedicato
al Galvani dopo la morte prematura della sua Lucia:

      Quella donna gentil, cui d'aureo strale
    Piagata il seno teco amor congiunse,
    Poi morte con quel suo colpo fatale,
    Per farne bello il ciel da te disgiunse:
      Quella, non tu, che novo ardor vitale
    In rana ignuda a disvelar pur giunse,
    Quand'una ed altra man con vanto eguale
    Il conduttor metallo e i nervi punse.
      Nè a te, Signor, questa fedel consorte
    Tacque l'ignoto arcan per cui tuo nome
    Oltre l'italo suolo altero vassi.
      Oh se vedessi di sì bella sorte
    Com'ella esulta dolcemente, e come
    Di te ragiona e dei tuoi chiari passi!

Se anche le cose stanno come afferma l'autore del sonetto, che
voglio credere migliore storico che poeta, benchè parli con tanta
sicurezza di ciò che avviene lassù nelle sfere celesti, non è alla
buona signora Lucia che noi dobbiamo attribuire quella scoperta,
nel vero senso della parola. Certo molti dei più importanti fatti
scientifici furono rivelati all'umanità dal caso, ma quando vennero ad
incontrarsi con una mente adatta a comprenderne il significato. Non per
questo voglio deprimere il merito della signora Galvani. Io vorrei,
anzi, che si scrivesse una storia delle compagne di quegli eroi che
lottarono nel campo delle idee, e credo sarebbe il racconto di intimi
e mirabili drammi combattuti nei cuori femminili per l'uomo amato,
che idealizzato dalle moltitudini si mostra, nel tollerante e sereno
ambiente della casa, spoglio dell'aureola di gloria che lo illumina e
lo nasconde, e vi rivela tutte le debolezze comuni agli altri uomini
e qualcheduna forse in più. Quanta abnegazione, quanto disinteresse,
quale instancabile affetto seppero possedere quelle modeste eroine,
e quale contributo portarono alla gloria del marito, consigliandolo,
sostenendolo, incoraggiandolo, sapendo sottrarsi a tempo agli applausi
meritati, per lasciarli all'idolo che li ambisce.

Per amore di verità, però, non debbo dimenticare che la storia registra
anche molte Santippe.

Dopo la morte del Galvani tutto quanto avesse riguardo coll'elettricità
animale venne circondato di dubbi, di indifferenza e finalmente
dimenticato, ed a ciò contribuì principalmente la scoperta della pila
di Volta ed i rapidi e meravigliosi progressi che ne conseguirono
nel campo della elettrodinamica. Si capisce, infatti, come la povera
elettricità animale, questa specie di cenerentola della elettrologia,
così modestamente raccolta nei tessuti viventi, dovesse cedere il passo
alla sua consorella, la elettricità voltaica, assai più appariscente e
più ricca di applicazioni che essa non fosse.

Fu il Matteucci che la rimise alla luce del mondo. È bensì vero che
il Nobili aveva scoperto la cosiddetta corrente propria della rana
che va dai piedi al capo, ma egli l'aveva attribuita a fenomeni
termoelettrici, sicchè fu soltanto cogli studi del Matteucci che si
riprese nettamente il concetto del Galvani, e si considerarono i fatti
elettrici manifestati da un essere vivente come un'espressione dei
processi che si svolgono nell'intimità degli apparecchi funzionanti.

Il Matteucci era uomo di tale ingegno, da lasciare la sua impronta
su qualunque argomento imprendesse a trattare. Non sta a me di
considerarlo ora nelle sue opere di cittadino; ricorderò soltanto che
fu ambasciadore e ministro della pubblica istruzione e professore
nel nostro Ateneo. Del resto, da questi punti di vista fu già
magistralmente tratteggiato da Nicomede Bianchi, in un libro che ha
appunto per titolo: _Carlo Matteucci e l'Italia del suo tempo_. Per
trattare dell'importanza non solo tecnica ma filosofica del Matteucci,
ci vorrebbero parecchie conferenze. Perchè egli non fu solo uno
scopritore di fatti, ed il restauratore della elettrofisiologia, ma
anche un rinnovatore nel campo delle idee direttrici in biologia. Con
un acume ammirabile sostenne l'importanza dei fatti fisici e chimici
negli esseri viventi, e fu così uno fra i più efficaci fondatori
della fisiologia moderna. Ma non ebbe i fanatismi tanto comuni agli
innovatori, e seppe mantenersi sempre nei limiti del vero, possedendo
una netta percezione dei confini fissati alla applicabilità dei
fatti scientifici ed al loro significato fisiologico. Egli, l'autore
dell'opera sui fenomeni fisico-chimici dei corpi viventi, ed uno fra
i più vivaci oppositori di quella scuola di un vitalismo primordiale,
rappresentata in Italia dal Rasori e dal Tommasini prima, e poi,
benchè in forma più progredita, dal Bufalini, mantenne sempre quella
serenità di giudizio e di linguaggio, che dimostrano in lui un vero
temperamento di scienziato. Egli ben sapeva che la scienza positiva
non ha e non può avere alcun rapporto colle questioni trascendentali,
e deve lasciare al sentimento ed all'intuito individuali di definire,
quando se ne senta il bisogno, che cosa possa essere quello che
si vuol chiamare la verità assoluta. Lo studio dei fenomeni della
natura, provoca, ordinariamente, bisogna riconoscerlo, una speciale
polarizzazione nelle capacità intuitive ed interpretative, ma ciò non
fa parte della scienza propriamente detta. Se l'indagine plasma la
mente dello sperimentatore ad uno speciale ed indulgente scetticismo,
si è perchè il contatto diretto coi fenomeni della natura, e la
sottile ricerca di essi, e l'analisi minuta delle loro particolarità
mentre lo rendono più forte nel discernimento del supposto vero,
gli dimostrano anche l'inanità degli sforzi suoi e degli altri,
nel determinare l'essenza delle cose. Ma l'uomo di scienza è anche
spesso un entusiasta, perchè nessuno meglio di lui è in grado di
apprezzare la meravigliosa armonia dei fatti naturali, l'intimo
legame che li riunisce, gli adattamenti perfettissimi che danno
ai fenomeni una stupefacente parvenza di finalità. Egli è pure un
disilluso, perchè ogni giorno più deve convincersi che ben poco è
quello che sa in confronto di quello che gli resta a sapere, e perchè
si avvede che ogni fatto nuovo che viene alla luce, mentre aumenta
il suo potere sulla natura, allarga pure smisuratamente i confini
della sua ignoranza consapevole. Ma egli possiede anche un concetto
esatto intorno alla relatività dei nostri veri, e se non sempre ha il
coraggio di comunicare i dubbi che lo tormentano, e lo sconforto di
sentirsi legato, per certe questioni generali, al limbo eterno della
ignoranza, sa però che deve essere temperato nelle idee e non scende
nella lizza per opporre ad affermazioni azzardate altrettanta vacuità
di linguaggio; e a rappresentazioni troppo indefinite e vaghe, simboli
troppo schematici e materiali; e a certe nebulosità idealistiche,
costruzioni materialistiche di un meccanismo infantile.

Questa è la rappresentazione psicologica di uno scienziato, quale
sorge spontanea nella mente leggendo le opere del Matteucci, le
quali improntate ad un severo positivismo fanno di lui, che fu il
ricercatore dei fenomeni fisici e chimici dei corpi viventi, uno dei
fondatori di quella scuola biologica che limita i confini della nostra
conoscenza e che alcuni vorrebbero, non capisco il perchè, distinguere
coll'appellativo di neovitalismo.

Dovrei ora parlare in modo speciale intorno alle ricerche del Matteucci
sull'elettricità animale, ma ciò mi obbligherebbe ad entrare in
questioni troppo tecniche, e ad adoperare un linguaggio che è soltanto
espressivo per gli iniziati ai suoi misteri. Credo invece opportuno
di dirvi in poche parole quali siano le nostre cognizioni attuali a
proposito della elettricità dei tessuti, perchè possiate apprezzare
quanto la fisiologia deve a quegli illustri italiani che hanno iniziato
questi studi. È infatti soltanto esaminando il frutto che si può
comprendere l'importanza di un germe, e soltanto l'organismo sviluppato
ci dice quali capacità di evoluzione stavano nascoste in quella cellula
così ricca di potenzialità che noi chiamiamo l'uovo.

Un organismo vivente, considerato in forma schematica, può essere
tenuto in conto di una macchina complicatissima, nella quale materiali
chimici molto complessi, dissociandosi ed ossidandosi, mettono in
libertà una certa somma di energie, in quella guisa che il carbone
combinandosi coll'ossigeno, come si suol dire, bruciando, sviluppa
calore. Ma lo stesso pezzo di carbone, quando si ossida, può darci
semplicemente del calore, se ci limitiamo a bruciarlo nel caminetto,
mentre da esso possiamo trarre del lavoro meccanico, se ne provochiamo
la combustione nel fornello di una locomotiva, o della energia
elettrica e quindi della luce o delle azioni chimiche o altre forme
di lavoro, se la forza messa in libertà dalla fiamma fa poi agire una
dinamo e questa una lampada elettrica, o un bagno galvanoplastico,
o altro. Sicchè lo stesso combustibile bruciando può dare forme
differenti di energia e di lavoro a seconda dei meccanismi ai quali è
applicato.

Nello stesso modo i processi di combustione che si svolgono nelle
singole parti del nostro corpo si manifestano diversamente in
ragione della varia struttura di queste parti. Il muscolo dà il
lavoro meccanico, la glandola, la elaborazione chimica, il nervo, la
trasmissione di un'onda particolare, la cellula nervosa, l'impulso al
movimento o il sottostrato della sensazione, e così via, e tutti questi
atti derivano in modo più o meno diretto da cangiamenti chimici, che
mettono in movimento i diversi ingranaggi del nostro organismo.

Le differenti manifestazioni funzionali del nostro corpo, delle quali
abbiamo fatto parola, sono accompagnate però da fatti collaterali, come
avviene in ogni altra macchina. Abbiamo cioè, oltre il lavoro specifico
dei diversi apparecchi, uno sviluppo di calore che contribuisce,
negli animali che stanno in alto della scala zoologica, a mantenere
la temperatura del loro corpo ad un grado superiore a quello ordinario
dell'ambiente.

Ma oltre il calore si possono discernere altre forme di energia, fra le
quali la luce e le manifestazioni elettriche.

Non avete mai veduto il mare fosforescente? È soprattutto nelle
regioni equatoriali che questo spettacolo si manifesta nel suo massimo
splendore, dando al navigante l'impressione di solcare delle onde
infocate. Non dimenticherò mai le sere passate sull'Oceano indiano,
appunto per la magnifica fosforescenza che vi ho potuto ammirare. Tutta
la superficie del mare, leggermente increspata, era illuminata da una
luce vaga, nebulosa, bluastra, che pareva scaturire dalle maggiori
profondità, mentre il solco aperto dal piroscafo splendeva sin presso
all'orizzonte come una striscia di fuoco, sulla quale risaltavano i
guizzi di fiamme provocati dall'elica che percoteva l'Oceano e dalla
prua che ne squarciava gli attriti. Questo fenomeno è dovuto alla
presenza di innumerevoli esseri assai bassi nella scala dei viventi,
alcuni minutissimi, altri, come le meduse, abbastanza voluminosi, i
quali, quando siano stimolati dagli urti delle onde o dell'elica, per
esempio, rivelano quello stato di eccitamento con manifestazioni di
energia che, in grazia della loro trasparenza, acquistano i caratteri
di vere e proprie funzioni luminose. In questo caso si potrebbe proprio
dire con un illustre fisiologo che noi siamo colpiti direttamente
dalle irradiazioni della fiaccola della vita. Fatti simili, benchè più
complessi e parzialmente sottoposti all'impero dei centri nervosi,
ci vengono presentati fra gli altri da alcuni insetti, dei quali
rammenterò le lucciole, ornamento delle nostre sere di primavera e di
estate, e che furono soggetto di interessantissime ricerche del nostro
Matteucci, e gli elaterii dell'America tropicale, che possono servire
come lanterne per illuminare il cammino, e che sul capo delle signore
splendono di una vivissima luce propria, molto più apprezzabile, mi
pare, di quella riflessa da un diamante.

Come vedete, alcuni fatti che d'ordinario sono semplici accessori, che
si presentano come collaterali di una funzione principale, possono,
in certi casi, raggiungere così grande sviluppo, da acquistare per se
stessi la dignità di una vera e propria funzione. Questo accade per la
luce emessa dagli organi fosforescenti degli insetti, come pure per le
manifestazioni elettriche della torpedine, del gimnoto, del siluro che,
grazie alla evoluzione di organi particolari, si sono resi capaci di
emanazioni elettriche potentissime, mentre, d'ordinario, l'elettricità
che si svolge dagli organi funzionanti, può essere appena avvertita da
apparecchi delicatissimi.

Non per questo essa ha meno importanza pel ricercatore di fatti
biologici, che anzi la corrente tenuissima che si può raccogliere da
un muscolo che si contrae, la così detta corrente d'azione vale a farci
comprendere la potentissima scossa emessa da un pesce elettrico.

Si disse come le manifestazioni funzionali dell'organismo siano
dovute a processi di combustione che si svolgono in seno agli elementi
costitutivi dei nostri organi. Ma il lavoro determina necessariamente
il consumo del combustibile, ed anche, benchè meno rapidamente, della
macchina. Sicchè un organismo non potrebbe presentare una funzione
continuata se ai fatti distruttivi, che sono il fondamento o la
conseguenza delle sue varie forme di lavoro, non facessero equilibrio
fatti antagonistici di reintegrazione, capaci di ricostituire le
forze impiegate nell'attività e le strutture consumate dall'uso, che
in altre parole servono a rimettere nuovo carbone nel fornello, ed a
raccomodare quegl'ingranaggi che vanno di mano in mano sciupandosi. Per
questo un organismo si può considerare come continuamente oscillante
fra due atti chimici opposti: quelli distruttivi, che si manifestano
in forma di movimento, di calore, di luce, di elettricità o d'altro:
e quelli ricostitutivi, che accumulano nuovi materiali combustibili e
reintegrano i tessuti sciupati dalla funzione.

Può accadere che questi due fatti antagonistici corrispondano
perfettamente gli uni agli altri, come può avvenire che l'uno di
essi predomini sull'altro, e voi facilmente comprenderete quanto sia
importante pel biologo di assistere agli avvicendamenti chimici che si
svolgono nell'intima trama degli organi viventi. Questo ci è in parte
concesso quando si raccolga e si registri graficamente, per mezzo
di apparecchi delicatissimi, le variazioni elettriche dei tessuti
che vivono, vale a dire che si nutrono e che funzionano. Infatti, i
processi distruttivi determinano nelle parti che ne sono la sede una
certa condizione elettrica che si chiama negativa; e i fenomeni opposti
di reintegrazione danno luogo a manifestazioni elettriche di segno
contrario, provocando cioè uno stato che si dice positivo.

Si capisce, perciò, come non si ottenga alcuna manifestazione elettrica
da un organo nel quale i processi chimici opposti, distruttivi e
reintegrativi si fanno equilibrio, perchè in esso agiscono due forze
eguali e contrarie che si neutralizzano, mentre vediamo diventare
negativa quella parte nella quale si esagerano i processi demolitori,
o positiva quella nella quale predominano i fatti di riparazione
organica.

Così l'agente misterioso che lungo i nervi è l'intermediario fra il
cervello e le parti del nostro organismo, facendosi il messaggero
delle azioni di senso e di movimento, si rivela a noi come un'onda
di negatività, che percorre i cordoni nervosi; così l'attività di
un muscolo, di una glandola, di un organo di senso danno luogo a
variazioni elettriche negative della parte funzionante. Noi riusciamo
inoltre a raccogliere dalla superficie del nostro corpo cangiamenti
elettrici, variazioni di potenziale, come si dice, che corrispondono
col loro avvicendarsi al ritmico battito del cuore. Per contro,
quest'organo centrale della circolazione, quando sia arrestato da
azioni nervose particolari che ne esagerino gli atti ricostitutivi,
a scapito di quelli che sono la base della sua funzione meccanica,
dimostra questi cangiamenti con variazioni elettriche opposte di
carattere positivo.

Come vedete, le oscillazioni elettriche dei tessuti, raccolte e
registrate coi nostri apparecchi, possono esprimere all'esterno
le intime modificazioni chimiche che si svolgono nei più remoti
recessi del nostro organismo, e possono tracciare dei veri ed
autentici rapporti autografici di esse. Sicchè per mezzo della
elettricità animale ci è concesso di possedere una immagine, per
quanto sfumata e vaga di quel ritmo chimico che forma il sottostrato
delle manifestazioni di un essere vivente; o, se volete, un'eco
assai attenuata, ma pur fedele, dell'armonia della vita. E non è
probabilmente lontano il giorno nel quale indagando le correnti
d'azione dei centri nervosi noi sorprenderemo le cellule cerebrali
nella loro attività elaboratrice della sensazione e del movimento.

Ma non facciamoci troppe illusioni, perchè si capisce che in questo
caso non otterremo che la rappresentazione esteriore di uno dei
sintomi dell'atto mentale, come il sorriso che solleva il labbro della
_Gioconda_ del divino Leonardo non è che il simbolo di uno stato
d'animo di quella vaghissima donna. Ma forse che per questo esso
è meno attraente? Forse che esso non ci affascina tanto più quanto
maggiormente è misterioso ed impenetrabile?


  _Signore e Signori!_

Un filosofo tedesco, celebre nella storia della elettrofisiologia,
Emilio Du Bois-Reymond, in un suo discorso, accennando alla scoperta
del Galvani, esclamava: «È con orgoglio che l'investigatore della
natura, osservando i fili telefonici che attraversano le nostre
strade e le nostre piazze, si rende conto di quanto hanno fatto tre
generazioni umane di genio e di diligenza, partendo da un sì oscuro
principio,» e si domanda col Gherardi, pensando al parapetto di ferro
sul quale il Galvani fece la sua osservazione: «Se quel parapetto
fosse stato di legno o di pietra, chi può assicurarci che avremmo un
galvanismo.... e tutto il resto?»

Certo è incommensurabile l'importanza della scoperta del Volta, e ne
fanno fede le innumerevoli applicazioni che sono tanta parte ormai
delle nostre manifestazioni materiali ed intellettuali, e che sotto
forma di luce, di calore, di movimento, di trasmissione di energia a
distanza, di utilizzazione di forze naturali, di azioni terapeutiche,
e più ancora di nuove ed efficaci dottrine che simboleggiano in forma
scientifica i fenomeni della natura, in quanto hanno di più recondito,
danno alla nostra vita individuale e sociale un particolare indirizzo.

Ma pur prescindendo dal fatto che senza la rana del Galvani non vi
sarebbe forse stata la pila del Volta, mi sarà lecito di affermare che
anche la elettricità animale, che serve a rivelare l'intimo meccanismo
nutritivo dei più remoti ingranaggi di un organismo vivente è, nelle
mani del biologo, un istrumento di conquista non meno efficace di
quello che maneggiato dal fisico ha contribuito potentemente a dare
un'impronta nuova al secolo che muore. E ciò dobbiamo soprattutto
a quelli italiani che, in sullo scorcio della prima metà di questo
secolo, mentre si preparavano le armi della riscossa nazionale,
ripresero e rinnovellarono gli studi del Galvani, quasi per affermare,
una volta di più, che l'Italia non è e non sarà mai la terra dei morti,
perchè nel nostro paese anche i morti resuscitano a maggior gloria di
tutti!



APPENDICE

LE MONTÉNÉGRO

CONFERENZA DI CHARLES YRIARTE


Quelles que soient les destinées réservées au peuple Monténégrin s'il
garde sa persévérance, sa sagesse et sa valeur; il devra conserver à
jamais un culte et une tendresse profonde pour l'étroite vallée et
le cirque de montagnes où il s'est refugié au moment où les Turcs,
déferlant comme une vague sur les Balkans, ont envahi la vieille
Serbie. Laissez-moi marquer ici à grands traits les étapes de son
histoire.

Dans la grande famille Serbe dispersée par l'invasion, les clans
Monténégrins, dès le moyen-âge avaient déjà eu une sorte d'autonomie,
et sa Dynastie qui régnait sur la Serbie, la famille des Némania, avait
même pris naissance dans la Zéta, qu'ils occupaient alors. Après la
sanglante _Bataille de Kossovo_, d'où date la dispersion, le Prince
Cernovich, incendiant le pays qu'il laissait derrière lui, se retira
avec tout ce peuple en armes dans la montagne noire, la Cernagora. Il
s'arrêta d'abord à Rieka, puis à Cettigné. Les Turcs avancent encore,
ils ont déjà pris Constantinople; la Serbie est à eux toute entière;
ils vont s'efforcer de soumettre ces réfractaires. Ils prendront les
Monténégrins à revers, et après avoir chassé les Vénitiens de Scutari,
Soliman pacha pénétrera jusqu'à Cettigné, qu'il livre aux flammes;
c'est l'apogée de la défaite. Les Monténégrins ont désormais perdu
la riche Zéta, le Brda, le Lac de Scutari, deux cents kilomètres de
rivage sur l'Adriatique; et les quatre montagnes rocheuses où ils ont
transporté leurs foyers sont tout leur domaine. Ce sera leur citadelle,
ils y conserveront toujours vivante la flamme du patriotisme, la
confiance dans leur destinée et une énergie indomptable. Alfieri fait
dire à un peuple qui gémit sous le joug: «_Esclaves.... oui, nous
le sommes, mais esclaves toujours frémissants._» Les Monténégrins
n'accepteront jamais le joug; depuis Kossovo, en 1356, jusqu'à la
prise d'Antivari et de Dulcigno en 1878: ce peuple décimé vivra dans
une alerte continuelle, la main sur le kandjiar. C'est avec le premier
des Pétrovich, Danilo, à la fin du 17^e siècle que commence l'ère des
grandes batailles décisives; jusque là, ce sont des incursions rapides,
des razzias, des surprises; les montagnards fondent sur l'ennemi, ils
l'envahissent, prennent des territoires, les perdent pour les reprendre
encore, et harcèlent sans cesse. Mais tel sera désormais l'effort vers
la rédemption et si terrible l'énergie de ce peuple indomptable, que de
grands empires, la Russie et l'Autriche, voient en eux des auxiliaires
hardis, et lui proposent des alliances.

Pierre-le-Grand s'avance le premier: «L'histoire (dit-il dans son
message), nous a appris que vos anciens rois, vos princes, étaient
hautement révérés comme appartenant au noble sang slave, et que les
triomphes de leurs armes les ont rendus célèbres par toute l'Europe
jusqu'au jour fatal de leur défaite. Rendez vous dignes de cette
gloire, imitez vos illustres ancêtres; combattez pour la foi, la
patrie, la gloire, l'honneur, pour votre liberté, votre indépendance et
celle de vos fils.»

On combat en effet. L'année suivante à Carlevatz trente mille Turcs
restent sur le champ de bataille; le Musulman recule; on respire
pendant quelques années, on organise et on vit sans combattre, mais
sans désarmer. Mais prenant sa revanche, l'éternel ennemi attaque
de trois côtés à la fois avec cent-vingt-mille combattants dont les
Monténégrins vont triompher à la journée de Cevo.

Les Pétrovich ont la vie dure; le premier vient de régner soixante ans,
celui qui lui succédera dans l'histoire, Pierre I^er, est un saint et
un héros. Dès les premières années de son règne, Marie Thérèse, étonnée
à son tour de l'énergie et de la persévérance du peuple Monténégrin,
inaugure vis-à-vis de la Cernagora une politique, que n'ont que trop
bien suivi ses successeurs. Le second Pétrovich reçoit son ambassadeur,
et Radonicht, délégué Monténégrin, ira à Vienne même dicter les
conditions du traité d'alliance que l'Impératrice a proposé. Les
conditions du Monténegro sont fières.

«L'alliance sera offensive et défensive; nul servage en échange.
— Si le territoire Serbe venait à être délivré des Turcs, la
Zéta supérieure, Podgoritza, Spuz, Zabliac, le Piperi, la Brda et
l'Herzégovine seraient réunis au Monténegro qui pourra battre monnaie.
Aussitôt que le Cabinet d'Autriche sera en guerre avec la Porte, S. M.
Impériale enverra la poudre, le plomb et les armes. Si l'Autriche fait
la paix avec la Porte, les Monténégrins seront compris dans le traité.»

Après trois ans de combats et de fortunes diverses, les Autrichiens
acceptent la paix; mais comme le territoire n'a pas été délivré des
Turcs: les concessions promises par l'Autriche au Monténégro sont
lettre morte.

Pierre I^er ne se décourage point, et les Monténégrins vont attaquer
tout seuls; ils défont les Turcs sur le Lac de Scutari, dans un combat
naval et plus tard dans une rude bataille où Mohammed pacha trouve la
mort, et l'impression est telle à Constantinople que l'indépendance
pour laquelle les peuples Monténégrins ont versé tant de sang depuis
Kossovo est enfin reconnue.

Mais un nouvel ennemi, plus puissant encore, s'avance. Les Français
sont en Dalmatie; Pierre va se mesurer avec les lieutenants de
Napoléon: avec Lauriston d'abord qu'il défait, puis avec Marmont duc de
Raguse qu'il tient en échec.

Pris d'enthousiasme, le Czar Paul I^er, reprend la tradition de
Pierre-le-Grand, envoie ses présents et ses insignes à tous les
Voivodes, et alloue au Prince un subside de neuf mille ducats annuels.
Mais en acceptant simplement un appui noblement offert, le Vladika
Pierre n'a abdiqué aucun de ses droits; le gouvernement Russe s'étant
un jour immiscé dans l'administration ecclésiastique de la Principauté,
le gouverneur Vuk Radonitch et tous les serdars, voivodes, kneze,
porte-enseignes, prêtres, nobles et autres autorités protestent
respectueusement, mais avec une singulière fermeté.

«Le peuple du Monténegro et de la Brda (dit Radonitch), n'est
aucunement sujet à l'empire Russe, il se trouve seulement sous sa
protection morale, parce qu'il est de la même race, et parce qu'il a
la même foi; mais par aucune autre raison. Nous avons attachement et
fidélité et nous voulons garder ces sentiments éternellement, mais nous
défendrons de toutes nos forces la liberté dont nous avons hérité de
nos prédécesseurs, et nous mourrons plutôt l'épée à la main, que de
subir une servitude honteuse d'une puissance quelconque.»

Pierre I^er le Saint, pouvait seul faire entendre un tel langage au
Czar de toutes les Russies. Ce Vladika, qui règne pendant quarante-huit
ans, n'a connu que des victoires; il fut aussi un civilisateur, et
reste le vrai héros de la Dynastie. Sur la hauteur qui domine Cettigné,
là où se dresse le monument que la piété d'une Monténégrine devenue
Princesse Italienne a dessiné de sa propre main en souvenir de Danilo,
fondateur de la dynastie des Pétrovich, on voudrait voir s'élever la
statue du vainqueur de Kara Mahmoud et le rival heureux de Marmont duc
de Raguse.

La grande tâche n'est pas achevée; après dix ans du règne de Pierre
II, grand poète, pacificateur, qui s'applique à adoucir les mœurs et à
propager l'instruction tout en tenant l'épée d'une main ferme; un fait
important au point de vue du gouvernement va s'accomplir. Jusqu'ici se
confondent dans la personnalité qui dirige et qui règne, le caractère
sacré du Vladika et celui du Prince. Pour devenir Vladika, évêque, il
faut être moine et renoncer au mariage; Danilo I^er qui devait comme
successeur et neveu de Pierre II assumer ce double caractère, avait
fait ses études à S^t Pétersbourg; il renonça à l'église, et inaugura
le pouvoir séculier. Ce règne est court, il finit par un évènement
lugubre, l'assassinat du souverain, victime d'un fanatique: mais il
reste encore inoubliable, car Danilo a la gloire d'avoir protesté
devant l'Europe contre la Turquie, relevée par la guerre de Crimée,
qui a osé dans un document parler du Monténegro comme d'une province
Turque: et aussi, deux années après son avènement, il conduit ses
troupes à Grahovo et met en déroute l'armée Turque dans une bataille
qui eut de tels résultats, qu'on la regarde encore comme la revanche de
Kossovo.

Quand Danilo tombe sous le coup d'un assassin, le prince qui règne
aujourd'hui, Nicolas I^er, son neveu, fils de ce Mirko, le héros de
Giahovo, quitte à la hâte Paris où il achève ses études au Collège
Louis-le-Grand et assume le pouvoir. Il n'a pas encore vingt ans,
mais les Monténégrins, mûris par l'exemple, avant vingt ans sont des
hommes. Chacune des étapes de ce règne, auquel il faut souhaiter la
durée de celui du premier Pétrovich, est marqué par un effort pour
l'indépendance, un progrès dans la culture, une négociation heureuse,
en même temps que Medun, Danilograd, Martinch, Rasina-Clavica,
Nicksich, Antivari et Dulcigno; sont autant de noms de victoires coup
sur coup remportées, qui forcent l'Europe à compter avec le Monténégro.

Le pays ne sera plus réduit à sa plaine étroite et aux quatre
montagnes; vers la vieille Servie il a des plaines fertiles; la Zéta,
la Brda lui appartiennent, il a pris de l'essor du côté de Scutari, et
les princes aux longs règnes ont fini par tailler à coup d'épée dans la
terre Serbe une principauté nouvelle. Cette principauté cependant n'est
point encore le prix du sang, ni le territoire sur lequel on régnait
cinq siècles auparavant. Berlin a effacé San Stefano. Depuis lors on
s'est réfugié dans le travail sans sacrifier ses espérances: l'ère
de la paix est celle des progrès, et une grande œuvre est accomplie.
Le Soldat s'est fait Législateur, le code monténégrin est promulgué.
Un juriste fameux, Bogisïc, sous l'inspiration du Prince, a recueilli
les règles du Droit coutumier, appliquées naïvement jusque là par le
peuple. Cette sagesse du Prince, cette prudence alliées à une énergie
qui n'abdique point; ont eu leur récompense dans de grandes alliances
qui n'ont pas eu seulement la politique et l'intérêt pour base, mais
qui se trouvaient d'accord avec les raisons du cœur.

                                   *
                                  * *

Quelles seront les habitudes, les tendances, l'aspect, le caractère
d'un peuple dont l'histoire n'est qu'une longue «vendetta» et une
perpétuelle revendication?

Le voyageur qui aborde le Monténégro par les bouches de Cattaro, après
avoir gravi les soixante lacets taillés dans le roc qui donnent accès à
la Montagne Rocheuse, s'avance désormais vers Niégouz et Cettigné sans
rouler comme autrefois sur sa selle avec les pierres du chemin. L'homme
a dompté la nature; des routes nouvelles donnent un accès facile
jusqu'à la frontière de Serbie; l'extension de la carte du pays a fait
la vie moins rude. Si la montagne est aride de Cattaro à la plaine,
le pays frontière de la vieille Serbie est fertile: quelques parties
sont même riantes comme une petite Brianza. La Zéta, Vassoacwitz,
Kolaschi, Niksich, et les bords du lac de Scutari, sont des lieux
pleins d'aménité, qui contrastent avec la montagne.

On sait que la terre donne peu de blé, mais le maïs abonde, comme la
pomme de terre, et la sécheresse est toujours le grand ennemi. Au fond
le pays est surtout pastoral et partout où la montagne est verte, le
grand et le petit bétail abondent; aux temps héroïques les clans se
disputaient tel ou tel revers de montagne, où la verdure était grasse
et épaisse.

C'est par le bétail que le Monténégrin vit et s'enrichit; par le tabac,
par le sumak, cet arbuste dont la feuille sert à la tannerie tandis que
son bois est utile à la teinture, par les pêcheries de Stekline au lac
de Scutari, qui produit une sorte de sardine très demandée en Albanie
et qui s'écoule aussi dans l'Italie méridionale et en Serbie.

De ces divers produits, le tabac est le plus avantageux, régulièrement
vendu par le gouvernement à la régie autrichienne qui y trouve son
compte. Mais l'empire d'Autriche a fermé sa nouvelle frontière au
bétail Monténégrin, et établi des cordons infranchissables, il fait
une guerre de tarifs à outrance. Tout bœuf qui passe la frontière paie
dix-huit florins de droits — c'est-à-dire — presque autant que le
prix de l'animal même. Il a fallu s'ingénier, chercher des nouveaux
débouchés. En Italie, à Brindisi et Bari; à Marseille, où s'est créé
une Chambre de commerce.

Au point de vue industriel, les scieries mécaniques fonctionnent là où
l'eau abonde, comme aussi la meunerie, pour la farine. Une fabrique
d'armes pourvoit sinon à l'armement au moins à son entretien, et
les routes, sans parler de la grande voie qui de Cattaro se continue
jusqu'à Pogdoritza, sont amorcées partout à la fois, en même temps que
les anciens forts turcs des Iles de Scutari, démantelés, permettent
un service régulier entre Rieka et Scutari. Un service de poste, très
sérieusement établi, sévèrement surveillé, et d'une parfaite régularité
facilite les relations et les échanges.

                                   *
                                  * *

Voyons l'homme dans le Pays. Toujours soldat au fond, le Monténégrin
est resté fier et d'aspect réservé; riche ou pauvre, il a de la dignité
dans l'accueil et exerce l'hospitalité avec simplicité, son type est
noble et grave. Comme nous nous étonnions de voir dans un clan tant
d'hommes de belle allure, un chirurgien militaire nous fit observer que
la nature ici, fait sa sélection l'hiver, dans la montagne; les faibles
s'en vont, les forts restent seuls et grandissent. Le peuple est
pasteur, agriculteur, éleveur et la culture de la terre ennoblit: il a
horreur du petit commerce, et des petits métiers assis, les brodeurs,
les vendeurs. Il fait fi de certains travaux manuels, ne porte pas
volontiers de fardeaux et laisse les petits négoces aux Albanais venus
de Scutari. Il aime passionnément la musique, les récits faits à voix
basse, il murmure d'une voix gutturale des chants épiques d'un rhytme
triste et d'un ton voilé.

On connait le costume du Pays, élégant, de couleur claire avec quelques
taches sonores, et complété par des armes brillantes.

L'arme exerce sur le Monténégrin une séduction irrésistible, il ne
se sépare jamais de son arsenal. Un fusil, un revolver nouveau modèle
l'enchante, il les convoite et les admire. L'enfant lui-même dès qu'il
est armé se redresse plus fier. Quand j'étais là, on s'efforçait de
recruter une bande de petits musiciens; mais souffler sans gloire
dans un turlututu, et marcher sans fusil à l'épaule ou sans pistolet
à la ceinture répugnait à ces adolescents. On les arma d'un Martini,
et le clairon retentit bientôt dans la montagne. Il est singulier que
toujours armé ainsi, le sang ne coule presque jamais, et les prisons
soient presque vides. Le Pays n'a pas de pauvres, la sobriété est la
règle, l'ivresse est très rare, la porte du logis peut toujours rester
ouverte, car le vol est honteux et impossible par l'absence absolue du
réceleur.

Avec le temps, grâce aux princes qui s'y sont tous appliqué, une
certaine férocité native — reste d'atavisme des époque épiques,
et des combats des ancêtres, qui se développait par les luttes
nouvelles soutenues par chaque génération — peu à peu s'est apaisée et
attendrie. La _Vendetta_, cette plaie des familles, passe au domaine de
l'histoire, comme aussi cette habitude chez les Monténégrins, à l'âge
où on croit à l'amitié éternelle, de se choisir un frère de sang, un
_Pobratim_, union touchante de deux jeunes hommes, qu'aucun lien de
famille unit, qui échangent leur sang et leurs armes en récitant la
prière «_l'Adelfo poisio_» devant le prêtre, et jurent de périr l'un
pour l'autre, et de s'entr'aider même au péril de leur vie. Quand
le pouvoir central existe, c'est la loi qui doit venger l'injure, la
_Vendetta_ est donc devenu un crime. Quant au _Pobratimat_ un voyageur
poète peut le regretter. Mais il faut considérer que contracté entre
deux Monténégrins de deux clans différents entraînait souvent deux
levées de boucliers et déchaînait les luttes fratricides. La vengeance
aujourd'hui est l'œuvre de la justice.

                                   *
                                  * *

La Monténégrina, montagne ou plaine, est-elle belle? ou simplement
jolie? — Un Français répondrait: elle est bien pire. Elle a de l'Orient
l'expression grave qui inspire le respect, une grâce touchante, une
absence complète d'affeterie ou de manière, un teint mat, qui chez la
femme riche ou aisée que la bise et le hâle n'ont pas flétri, garde
souvent une belle pâleur d'ivoire, souvent frêle et délicate, sous des
apparences de faiblesse son énergie a fait de la femme l'auxiliaire de
l'homme dans les combats.

Chez les paysannes de nos champs la démarche est souvent lourde, le
geste gauche, l'expression dénuée de pensée et les yeux sans flamme:
la Monténégrine a souvent dans le regard comme un reflet de la poésie
des légendes de sa patrie, de la tristesse d'une race qui a longtemps
lutté et souffert. Cermak, l'artiste serbe, un patriote qui chaque fois
le Monténégrin passait la frontière et se soulevait contre le joug,
abandonnait Paris pour courir au danger, nous revint un jour mutilé de
la Cernagora, a bien fixé son image et l'a associée aux actes virils de
revendication dans des toiles pleines de talent.

Ferogio, un Italien qui vivait aussi parmi nous, a recueilli tous les
types et illustré tous les actes de la vie du peuple, et mieux que
personne a montré la beauté de la silhouette, les fières attitudes, le
geste simple et toujours noble de la population rurale ou montagnarde.

La femme monténégrine cependant, est douce, résignée, fidèle; tout son
horizon est au foyer, on ne la voit au bras de l'époux que les jours
de fête, elle attend un mot ou un signe, elle le devine et ose à peine
le prévenir. Si on s'en tenait aux apparences on dirait que l'homme, à
côté du respect, lui inspire la crainte, et dans le recueil des dictons
Monténégrins d'un autre âge, qui s'appliquent à la femme, quelques
uns ne sont pas à la louange de l'homme. On reproche aux Monténégrins
du peuple son indolence aux durs travaux, sa tendance à laisser à sa
compagne ceux qui sont les plus pénibles; et les yeux du voyageur au
détour de la route, dans la montagne ou dans la plaine, sont parfois
attristés en les voyant plier sous de lourds fardeaux.

Mais cette femme est respectée et protégée par le droit coutumier,
devenu code civil, plus qu'en aucun pays de l'Europe. Le voyageur
de la Ballade de Schubert, celui «qui passe en chantant et qui part
sans regret», s'il pénétrait dans la famille rurale, assisterait à un
spectacle vraiment touchant. Qui n'a vu chez les peuples qui se piquent
de tenir la tête de la civilisation, à la mort du chef de la famille,
sous la loi du Majorat, ou même dans les maisons moins fortunées, la
veuve en cheveux blancs s'en aller solitaire, et laisser à son fils
et à sa jeune épouse le foyer où sa vie s'est écoulée, dans un luxe
devenu une habitude, dans une affection devenue un besoin? Qui n'a
rencontré sur sa route, surtout dans votre beau pays, où ceux dont
la vie est solitaire essaient de combler par la vue des chefs-d'œuvre
et la clemence du climat, le vide d'une existence, sans amour et sans
hyménée, — une sœur qui a quitté elle aussi le foyer de son frère?

Ici, la loi est la communauté; le père est le chef, chacun doit son
travail à la famille toute entière et la part de chacun est la même.
Tout appartenant à tous, chacun a droit à tout son entretien, et puise
par part égale au bien commun. Si l'un des membres commet un délit
et une faute, tous le réparent, et paient l'amende — sauf à mettre au
compte du coupable, au jour du partage, le dommage qu'il a causé.

Cependant le _Pécule_ est personnel à l'individu, et nous entendons,
par pécule, tout résultat d'un travail fait à moments perdus et
autorisé par tous, comme aussi tout profit qui est acquis sans travail,
c'est-à-dire, un don du père retiré de la communauté après avoir pris
ce qui lui revient en partage et dont il dispose à son gré, un don du
Prince, une arme, une étoffe, une somme d'argent, tout gain enfin qui
est le résultat soit de hasard, soit de la sympathie inspirée, soit
d'une action méritoire et personnelle.

L'âge venu de s'unir à une famille nouvelle, il est permis à la jeune
fille, en dehors du travail en commun pour l'avantage de tous, de
travailler pour elle-même; et on fermera les yeux. A partir de ce jour
on la laisse augmenter son pécule, le père, la mère, le frère peuvent
y ajouter une part du leur, mais du leur seul, selon le penchant que
chacun d'eux a pour celle qui va les quitter.

Dans la nouvelle famille où elle entre elle a le privilège de la même
loi. Et cette fois sa dot, c'est-à-dire son _Pécule_, lui appartient
absolument; elle en dispose sans réserve; elle n'a nulle formalité à
remplir, nulle signature à obtenir; elle est personnalité civile.

Mais nous ne sommes pas dans ces républiques idéales qui ont pour base
la perfection de l'homme. Dans cette communauté nouvelle où elle entre,
toute injustice ou tout outrage à ce nouveau venu déchaînait autrefois
la _vendetta_ de la communauté primitive; alors le sang coulait. Le
pouvoir du prince, centralisé désormais, ayant absorbé le pouvoir du
clan, c'est la loi désormais qui venge. La loi seule, et un Prince au
cœur tendre, à l'âme juste, et à la main ferme.

Cependant cette jeune femme est devenue veuve, le lien est rompu; que
deviendra-t-elle? Elle a le droit de rester dans sa nouvelle famille
sous les mêmes conditions, comme elle peut aussi revenir à l'ancienne
avec le même sort — à moins cependant qu'au moment de contracter le
mariage, son père lui ait donné la part à laquelle il avait droit en
quittant la communauté, s'il s'en est séparé.

Ainsi donc, enfant et jeune fille, la femme est membre de la
communauté. Mariée elle garde les mêmes droits dans la nouvelle, et
pour mieux cimenter cette union, chaque famille ayant un patron, —
prenons St. Pierre puisqu'il a des clefs, et peut ouvrir bien des
portes, ou St. Nicolas, qui aime bien les enfants, — elle abandonne
son patron, celui de la communauté et se fait adopter par celui de sa
famille nouvelle.

                                   *
                                  * *

Après tant de combats, quand tout convergeait vers l'attaque ou la
défense, voyons ce qu'on a fait pour l'instruction publique.

C'est seulement on 1852, quand Danilo II a pris le pouvoir, qu'on a
organisé et décrété l'école d'abord dans les villes et les villages de
la montagne noire, et après la bataille de Grahovo dans les régions
conquises. Tout-à-fait primaires d'abord les écoles ont un cours
de trois ou quatre ans. A Cettigné un gymnase s'est ouvert, qui se
transforme après quatre ans d'étude, et devient école normale. Une
classe de théologie permet de recruter les prêtres dont on limite le
nombre à la seule nécessité du diocèse. Plus tard pour les sujets
avancés, bien doués, avides d'apprendre et assez fortunés pour
promettre au pays des esprits ouverts, capables de faire progresser;
on a la ressource des missions temporaires à l'étranger. L'enfant du
village va à l'école, et c'est un charme de voir partout, dans les
étroits chemins de la montagne, au carrefour des routes, les petits
monténégrins avec le carton et l'ardoise en bandoulière, prenant le
chemin des écoliers et s'arrêtant pour cueillir une fleurette dans la
fente d'un rocher.

Pour les jeunes filles, les demoiselles qui ont des aspirations plus
hautes que le village, filles de Voivodes et de riches propriétaires,
s'ouvre une institution fondée par l'Impératrice veuve d'Alexandre
II, avec des professeurs distingués, six ans de cours, l'internat, un
niveau élevé qui va croissant avec le temps. On y cultive d'office
les trois langues: _le Serbe_, _le Russe_, _le Français_, et la
connaissance des trois littératures, et souvent l'_Italien_: grâce aux
relations de famille et de voisinage.

                                   *
                                  * *

Pour l'instruction militaire, notre école nationale de St.-Cyr fut
parfois celle où des aides-de-camp du Prince ont appris le métier
des armes, et plus tard sont devenus aptes à la direction des divers
services administratifs, toujours prêts d'ailleurs à échanger la
plume contre l'épée aux jours de péril. Aujourd'hui, c'est l'Italie,
Modène, qui est l'école, la pépinière des officiers, fondus au retour
dans l'armée indigène, ils l'encadrent, sans émousser le caractère
offensif du soldat monténégrin et lui faire perdre sa personnalité
de combattant. Trois aides-de-camp, deux officiers d'ordonnance, le
capitaine des Périaniks, ou gardes du corps, forment un Etat major
personnel au Prince. Une grande caserne s'est élevé à Cettigné, une
école militaire à Pogdoritza, pour les sous-officiers, et un bataillon
régulier reste permanent. Le fond de la défense nationale étant la
milice légère, qui se mobilise, pour ainsi dire, d'instinct. On peut
compter à l'effectif, au moins 45 bataillons compacts et bien armés.
Nous nous souvenons d'avoir assisté jadis aux évolutions d'un escadron
bien monté — le noyau subsiste, mais la nature du pays proteste et le
cavalier, comme masse militaire, n'a pas sa raison d'être, vu la nature
du Pays.

                                   *
                                  * *

Nous constaterons encore d'autres innovations, si j'en crois un de mes
jeunes amis, un grand voyageur, nouvellement revenu du Pays dont les
lettres de crédit avaient pour unique objet de saluer de ma part S.
A. le prince Nicolas, et de chanter pour moi le «_Cari luoghi_» à la
montagne Noire. Celui-ci m'a assuré qu'il s'était couvert de gloire
au _Lawn Tennis_ de Cettigné où il avait eu pour partner des dames du
corps diplomatique, des jupes de Laferrière, des manches bouffantes de
M^me Pacquin et des chapeaux de chez Virot. — C'est la loi du progrès.
— Les nouvelles routes de Cettigné à la frontière sont désormais
propices à la byciclette: un jour ou l'autre on importera _le polo_ et
_l'automobile_, qui ne rappelle que de loin les temps de la chevalerie.

Cependant le Pays tient à ses coutumes. Le costume national reste en
honneur partout, le trésor des poésies populaires, des chants épiques,
chants de gloire, de guerre et d'amour, histoire vivante, sont une
source féconde qui ne tarit jamais. Il y a toujours dans chaque ancien
clan quelque Barde errant qui chante au son de la Guzla au détour de
la route ou sous l'orme des vallées et souvent le chantre est aveugle,
comme Homère; il dit et redit des poésies, qui restent presque toujours
anonymes, et semblent portées sur l'aile du vent de montagne en
montagne ou répercutées par un écho comme celles des recueils de Vuk
Stefanovich que Tommaseo vous a fait connaître.

Pierre II Pétrovich, le grand chantre de la Cernagora employait dans
ses poësies le décasyllabe qui ne recherche point la rime mais la donne
parfois, quand la raison l'appelle. Le Prince qui règne aujourd'hui à
la fois soldat, législateur et poëte, auteur de «_l'Impératrice des
Balkans_» devenu populaire, en fixant en vers de huit syllabes, le
caractère de chacune des tribus monténégrines; a faite cette poësie
plus personnelle, c'est la poësie littéraire avec la strophe de quatre
vers de la Poësie Ragusaine, qui garde à ces chants leur caractère à la
fois tendre et épique.

«Si j'avais recueilli toutes les fleurs dont ta main a jonché le chemin
de ma vie (dit le Prince Poëte à celle qui partage son trône, en lui
dédiant son œuvre); si j'en avais respiré tout le parfum: j'en aurais
pu faire un poème si beau, un livre ailé tel que jamais le monde n'en
eût lu de pareil.... j'eus mieux chanté l'amour, l'intelligence et
j'aurais pu écrire un livre tout entier rien qu'en y recueillant toutes
les vertus de ton âme qui resplendissent comme un diadème impérial.»

En entendant parler ainsi le Père, vous reconnaissez l'Épouse et la
Mère, et vous devinez celle dont les destinées sont désormais les
vôtres.

Quelque rapide qu'ait été l'hommage que j'ai voulu rendre aux
Monténégrins, il n'était peut-être pas inutile qu'une voix et un cœur
français vinssent ici confondre dans la même sympathie et les mêmes
vœux de prospérité la Cernagora, l'Italie et.... la France.



NOTE:

[1] V. son _Voyage d'Italie_.

[2] Lettre à Fontanes du 20 janvier 1804, insérée dans le _Voyage
d'Italie_.

[3] _Les martyrs_, V^e livre.

[4] Lettre précitée à Fontanes.

[5] _Mémoires d'outre-tombe_, p. 121, 122, 123 du V^e vol. dans la
récente édition Garnier.

[6] Discours du 2 janvier 1848, p. 122-123 et 144 du V^e vol. de
l'édition de ses Discours publiée par L. Ulbach en 1865.

[7] Discours précité.

[8] Discours précité.



INDICE


  Lamartine, Châteaubriand et l'Italie             Pag. 5
  La pleiade musicale                                  39
  La elettricità animale                               75
    _Appendice_:
  Le Monténégro                                       113



LE CONFERENZE FIORENTINE SULLA VITA ITALIANA

Alcuni giudizi della stampa.


  «Le _Conferenze fiorentine_, che tanto favore incontrarono nel
  pubblico che ascolta e in quello che legge, hanno cambiato di
  editore: sono passate dai fratelli Treves di Milano alla Casa
  R. Bemporad e figlio di Firenze; ma ciò non vuol dire nulla: la
  sostanza è rimasta sempre la stessa, cioè buona.

  «Dopo aver trattato della vita italiana negli albóri, nel trecento,
  nel rinascimento, nel cinquecento, nel seicento, nel settecento,
  nel periodo della rivoluzione francese e dell'impero, le conferenze
  fiorentine hanno ora preso a trattare della _Vita Italiana nel
  Risorgimento_ e sono già state raccolte in volume.» (_La Rassegna
  settimanale universale_, 3 aprile 1898).


  «Alla prima serie di _Conferenze fiorentine_, edite dalla Casa
  Treves di Milano, che ebbero tanta fortuna nel pubblico degli
  ascoltatori e dei lettori, quando furono dette e stampate, segue
  questa seconda intorno al periodo più serio, interessante glorioso
  della nostra storia. Il periodo del risorgimento ci commuove e ci
  fa fremere anco adesso, poichè le più belle energie intellettuali e
  morali ond'esso fu prodotto si vanno spegnendo, e fra le diserzioni
  e le delusioni, lo scetticismo dilaga.» (G. PIPITONE FEDERIGO nel
  _Flirt_ di Palermo, 5 maggio 1898).


  «I volumi, che la Casa E. Bemporad e figlio ha dato alla luce con
  una signorilità eguale a quella dei Treves di Milano, contengono
  la prima, la seconda e la terza serie delle letture tenute l'anno
  scorso sulla _Vita Italiana nel Risorgimento_ e si aggirano su quel
  burrascoso periodo, che va dal 1815 al 1831; periodo in cui gli
  amori più puri e gli slanci più generosi si alternano agli odi i
  più feroci, alle mène più tenebrose e più sozze.

  «Tredici letture fra le più belle e le più attraenti, perchè
  parlano di cose e di uomini il cui ricordo è ancor vivo nella
  mente come fossero d'ieri e perchè toccate dalla mano, non sempre
  maestra, ma spesso sicura del Del Lungo, del Rovetta, del Nitti,
  del Biagi, del Costa di Beauregard, dell'Alfani, del Panzacchi, del
  Bonfadini, della Serao, del Colombo e del Ricci.

  «Io potrei, se volessi, darvene qui un'idea più ampia e farvene
  anche un tantino di critica; ma a che prò, se i giornali della
  città seppero meglio di me, aiutati dalla freschezza delle
  impressioni, darvi, allora, l'una e l'altra?...» (GUIDO RUBETTI nel
  _Corriere italiano_ del 6 giugno 1898).


  «Pochi libri come questo sono degni di essere letti e meditati
  profondamente.... I soggetti che gli autori imprendono a trattare
  con l'usata maestria, non possono, in verità, essere più serii
  ed attraenti, come quelli che ravvivano il culto delle patrie
  memorie, e, tesoro di osservazioni quasi sempre giuste e di
  bellezze peregrine, mirano tutti a dilettare istruendo.» (N. PENNA,
  nell'_Ebe_ di Loreto Aprutino, 1º luglio 1898).


  «In realtà queste Conferenze portano un geniale e utile contributo
  alla coltura nazionale. Non l'aridità dei fatti, non una cifra
  uggiosa, ma un'esposizione facile e limpida, un giudizio equamine
  o sereno danno il quadro più completo e vivo del periodo preso a
  studiare, e rendono con la maggiore schiettezza il pensiero che
  l'ha agitato. Il tema svolto da ciascun conferenziere dice subito
  l'interesse o l'importanza di questi volumi.» (_Il Paese_ di
  Palermo, 8 ottobre 1898).


  «Apprendere senza fatica e senza perdita di tempo è il desiderio
  di quanti assistono a ogni conferenza, ed è quello che pensava
  anche il Giusti prima che le conferenze venissero di moda. A
  un così giusto desiderio rispondono le conferenze tenutesi con
  costante accorrenza di pubblico a Firenze, per cura della Società
  di letture, riguardanti argomenti di letteratura e di storia.
  Raccolte in volumi, questi ebbero lieta accoglienza; ora, gli
  editori fiorentini R. Bemporad e figlio inaugurano le serie delle
  conferenze storiche sul nostro Risorgimento, pel periodo compreso
  dal 1815 al 1831. Anche a coloro che non ignorano le vicende di
  quegli anni, tornerà gradito questo volume, che per la varietà
  degli argomenti, per la vivezza e il colorito della esposizione e
  pel valore degli autori, riesce un interessante e nuovo contributo
  alla storia paesana.» (_Cronaca universitaria_ di Catania, 16
  novembre 1898).


  «V'è da rallegrarsi che le dotte e geniali conferenze tenutesi
  a Firenze per iniziativa della Società di pubbliche letture
  si raccolgano ogni anno in un bel volume che il pubblico legge
  avidamente.

  «Quello uscito ora, il primo della serie storica, non potrebbe
  essere più interessante, per l'indole, la varietà e l'importanza
  degli argomenti trattati. Romualdo Bonfadini discorre dottamente
  della politica degli Stati italiani dal 1831 al 1846; Guglielmo
  Ferrero ci ricorda la vecchia Italia e ne deduce i bisogni della
  «nuova»; F. S. Nitti tratta del brigantaggio meridionale durante
  il regime borbonico; e per ultimo il Masi ci delinea la figura del
  vescovo d'Imola, che fu poi Pio IX, del quale reca notizie inedite
  e rievoca memorie patriottiche. Certo la lettura di questo volume
  giustifica il pregio e l'interesse dei precedenti e conferma il
  favore del pubblico.» (_Il Commercio_ di Milano, 3-4 giugno 1899).


  «En deux volumes la maison R. Bemporad et fils de Florence nous
  donne une série de conférences très intéressantes sur la vie
  italienne pendant le _Risorgimento_. C'est la seconde serie et
  l'accueil fait au premier recueil est mérité par celui-ci.

  «Le premier volume — Histoire — contient quatre études de: MM.
  Bonfadini, Ferrero, Nitti et Masi. Le second volume consacré aux
  Lettres, Sciences et Arts, nous offre des articles d'Antonio
  Fogazzaro, d'Enrico Panzacchi, d'Arturo Linaker et de Guido
  Mazzoni.

  «Chacune de ces études mériterait un article special et l'espace
  nous incite ù renvoyer le lecteur aux deux volumes, dont chaque
  page a une haute valeur littéraire, historique ou philosophique.»
  (_L'Italie_, 19 giugno 1899).



Nota del Trascrittore

Ortografia e punteggiatura originali sono state mantenute, così come le
grafie alternative (Monténégro/Monténegro e simili), correggendo senza
annotazione minimi errori tipografici.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "La vita Italiana nel Risorgimento (1831-1846), parte III - Seconda serie - Lettere, scienze e arti" ***

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