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Title: Dictionnaire de la langue verte
Author: Delvau, Alfred
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

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Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
n'a pas été harmonisée.



DICTIONNAIRE

DE LA

LANGUE VERTE



A LA MÊME LIBRAIRIE


    ALFRED DELVAU

    LES HEURES PARISIENNES

    Un beau volume grand in-16 sur papier vergé

    ILLUSTRÉ DE 25 EAUX-FORTES ET DU PORTRAIT DE DELVAU

    PRIX: 12 FRANCS


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    Un volume de la collection des «AUTEURS CÉLÈBRES»

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    MÉMOIRES D'UNE HONNÊTE FILLE

    Un volume de la collection des «AUTEURS CÉLÈBRES»

    PRIX: 60 CENTIMES


ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CH. HÉRISSEY



    _ALFRED DELVAU_

    Dictionnaire

    DE LA

    LANGUE VERTE

    NOUVELLE ÉDITION

    _Conforme à la dernière revue par l'Auteur_

    AUGMENTÉE

    D'UN SUPPLÉMENT

    PAR

    GUSTAVE FUSTIER

    PARIS

    C. MARPON & E. FLAMMARION, ÉDITEURS

    _Rue Racine, 26, près l'Odéon._

    Tous droits réservés.



PRÉFACE DE L'AUTEUR


I

Après l'étude des insectes, ces infiniment petits de la création divine,
il n'en est peut-être pas de plus attrayante que l'étude des mots, ces
infiniment petits de la création humaine,--aussi destructeurs les uns que
les autres, les uns du sol, les autres de l'âme. Le jour où l'homme est
devenu savant, il est devenu méchant: la bouche est un arc dont les
syllabes sont les flèches. C'est avec cela que nous nous entretuons
depuis l'invention de la parole et de sa sœur de lait l'écriture.

Qu'on se rassure! Je ne veux pas remettre de béquet au paradoxe usé de
Jean-Jacques, lequel, d'ailleurs, quoique usé, peut marcher encore
longtemps: je me contente de constater en passant l'influence désastreuse
d'un bienfait. Je regrette peut-être de savoir écrire et de savoir
parler, mais je ne regrette pas de savoir lire et de savoir écouter: si
mon esprit n'y a rien gagné en ornements, il y a gagné en autre chose.
J'ai souffert de savoir, j'en souffrirai jusqu'au bout de ma vie
mortelle, mais je suis trop civilisé et trop Parisien pour ne pas aimer
les picotements de mes plaies. Quand je rendrai mon âme au Créateur,--qui
en sera probablement aussi embarrassé que j'en ai été moi-même--je ne me
serai pas beaucoup amusé, mais j'aurai été violemment distrait en ayant
été violemment houspillé. Distraction passe rentes.

Bonne ou mauvaise, la parole--ou l'écriture, car toutes deux marchent de
pair,--est une invention sur laquelle il n'y a pas à revenir. Cela est,
que cela soit! Mais précisément parce que cela est, l'entomologie
littéraire est une science fort attrayante qui a consumé au moins autant
de vaillants cerveaux que l'autre entomologie. Celle-ci compte parmi ses
illustrations Réaumur, Linné, Bonnet, Latreille, Lamarck, Van Geer,
Duméril, etc., etc. Celle-là compte parmi les siennes:--pour ne pas
remonter trop haut:--Érasme, Guillaume Budé, les Scaliger, les Vossius,
Casaubon, Turnèbe, Saumaise, les Estienne, Du Cange, Estienne Pasquier,
P. Borel, le président Fauchet, Gilles Ménage, Dom Rivet, Le Duchat,
Bernard de la Monnoye, Lacurne de Sainte-Palaye, Dupont de Nemours, et,
en se rapprochant davantage de nous, Gabriel Peignot, Roquefort, Charles
Nodier, Francisque Michel, F. Genin, Marty-Laveaux, Burgaud des Marets,
Charles d'Héricault, le comte Jaubert, et d'autres encore. Ah! les
entomologistes littéraires ne manquent pas en France!

Moi, je ne compte pas, bien entendu; je fais nombre seulement,--comme les
zéros. Je n'ai jamais mis ma gloire à écrire un livre utile sur la
matière, comme ont fait la plupart de mes illustres devanciers: j'ai
chassé aux mots comme on chasse aux papillons,--pour mon propre plaisir.
Aux papillons et aux scarabées aussi, aux chenilles aussi, aux
_anoplures_ aussi,--aux anoplures surtout, dirai-je hardiment, sans
vergogne aucune. Pourquoi m'en défendre? Toutes les curiosités sont
permises: les yeux ont le droit de voir, les oreilles de tout entendre;
seules, les lèvres n'ont pas toujours le droit de tout révéler,--ce qui
est un mal. J'ai laissé aux délicats d'en haut, aux aristocrates de la
philologie, le soin de trier, de classer et d'étiqueter leurs trouvailles
de choix. Ravageur littéraire, j'ai obscurément, pendant sept ou huit
ans, battu de mon crochet tous les ruisseaux, promené ma lanterne sourde
dans les coins ténébreux, ramassant sans cesse et sans fin, heureux d'un
tesson comme Rousseau d'une pervenche, et enrichissant chaque jour mon
musée d'un nouveau débris, sans lui enlever un grain de sa poussière, un
atome de sa boue, une parcelle de sa rouille: tel trouvé, tel conservé.
En mouchant une expression malpropre, on s'expose à lui arracher le nez,
c'est-à-dire le caractère, l'originalité.

Ce sont ces mots morveux que je me suis plu à colliger pendant sept ou
huit ans et à réunir en un corps de livre dont je n'espérais jamais tirer
parti que pour moi seul, pour ma propre édification. Le hasard--qui est
le dieu des livres encore plus que des hommes--en a décidé autrement; le
DICTIONNAIRE DE LA LANGUE VERTE a paru et l'empressement du public à en
épuiser la première édition jusqu'au dernier exemplaire m'a prouvé qu'il
y avait de par le monde d'autres curieux que moi. Je m'en réjouis sans
m'en enorgueillir, ayant pour vice capital la modestie, et, quoique mon
nom soit désormais fatalement accolé au DICTIONNAIRE DE LA LANGUE VERTE
comme celui du Florentin Vespuce au Nouveau-Monde, je ne fais aucune
difficulté pour déclarer que je n'ai pas eu l'honneur de découvrir cette
Amérique; il y a eu avant moi de hardis ravageurs parisiens. Je n'ai pas
à leur décerner de remerciements, n'ayant pas jugé bon de me servir
d'eux, ni à leur adresser d'éloges, n'en ayant déjà pas de trop pour moi.
Car enfin, il faut bien que je me décide à le répéter: enfant du pavé de
Paris, et d'une famille où l'on est faubourien de père en fils depuis
cinq ou six générations, j'ai cueilli sur leur tige et ramassé sur leur
fumier natal tous les mots de mon Dictionnaire, tous les termes
bizarres, toutes les expressions pittoresques qui s'y trouvent
accumulées: il n'en est pas une seule que je n'aie entendue de mes
oreilles, cent fois au moins, dans la rue Saint-Antoine ou dans la rue
Neuve-Bréda, dans un atelier de peintres ou dans un atelier d'ouvriers,
dans les brasseries littéraires ou dans les cabarets populaciers, ici ou
là, même ailleurs où beaucoup de délicats n'osent pas aller de peur de
s'y crotter l'oreille et de s'y salir l'esprit, et où je n'ai pas craint
d'aller, moi, parce que nous avons, nous autres moralistes, le double
privilège de la salamandre et de l'hermine, et que nous pouvons traverser
toutes les flammes sans en être roussis, toutes les fanges sans en être
souillés.

Voilà ce qui constitue le mérite, j'oserai ajouter la saveur, du
_Dictionnaire de la Langue verte_, dont je désire qu'on dise--au lieu de
le redouter--ce qu'on a dit du _Tableau de Paris_ de Sébastien Mercier,
qu'il a été pensé dans la rue et écrit sur une borne: cette ironie serait
son éloge et ma récompense, parce qu'elle prouverait qu'il est un fidèle
tableau des mœurs ondoyantes et diverses des Parisiens de l'an 1865-66.
Et puis, qu'on m'en sache gré ou non, j'ai la conviction d'avoir fait
quelque chose d'utile en remuant cette fange, en plongeant résolument
dans les entrailles mêmes de cet océan de boue, d'où, si j'ai rapporté
des madrépores et des polypes monstrueux, j'ai dû rapporter aussi
quelques coraux et quelques perles.


II

Maintenant, pourquoi _Dictionnaire de la Langue verte_? Ce n'est pas là,
qu'on daigne me croire, un titre de fantaisie choisi pour accrocher le
regard du passant et forcer son attention: je ne l'ai pris que parce que
je devais le prendre, parce que les mots de ce _Dictionnaire_
appartiennent à la _Langue verte_.

Je n'ai pas plus inventé cette appellation singulière que je n'ai inventé
les divisions de _cant_ et de _slang_, qui servent à distinguer les
argots anglais, et qui m'aideront à distinguer les argots parisiens. Le
_cant_[1], c'est l'argot particulier; le _slang_, c'est l'argot général.
Les voleurs parlent spécialement le premier; tout le monde à Paris parle
le second,--je dis tout le monde; si bien qu'un étranger, un Russe par
exemple, ou un provincial, un Tourangeau, sachant à merveille «la langue
de Bossuet» et de Montesquieu, mais ignorant complètement la langue
verte, ne comprendrait pas un mot des conversations qu'il entendrait en
tombant à l'improviste dans un atelier de peintres ou dans un cabaret
d'ouvriers, dans le boudoir d'une lorette ou dans le bureau de rédaction
d'un journal. En France, on parle peut-être français; mais à Paris on
parle argot, et un argot qui varie d'un quartier à l'autre, d'une rue à
l'autre, d'un étage à l'autre. Autant de professions, autant de jargons
différents, incompréhensibles pour les profanes, c'est-à-dire pour les
gens qui ne font que traverser _Pantin_, la capitale des stupéfactions,
parce qu'elle est celle des étrangetés. L'argot des gens de lettres ne
ressemble pas plus à celui des ouvriers que celui des artistes ne
ressemble à celui des filles, ou celui des bourgeois à celui des
faubouriens, ou celui des voyous à celui des académiciens,--car les
académiciens aussi parlent argot au lieu de parler français, ainsi que le
prouveront les exemples semés dans ce livre.

  [1] L'argot pur, l'idiome des révoltés, la langue des gens qui
  vivent volontairement on fatalement en marge de la société, a été
  baptisé d'autant de noms différents qu'il y a de nations
  différentes: _cant_ en Angleterre (où, au XVIIe siècle, on
  l'appelait impertinemment «français des colporteurs», _pedlars
  french_), _germania_ en Espagne, _gergo_ en Italie, _bargoens_ en
  Hollande, _calaô_ en Portugal, _rothwalsch_ ou _rothwelsch_
  (italien rouge) en Allemagne, et _balaïbalan_ en Asie.

J'en conviens sans effort, c'est une langue sanglante et impie, le
_cant_, l'argot des voleurs et des assassins; une langue triviale et
cynique, brutale et impitoyable, athée aussi, féroce aussi, le _slang_,
l'argot des faubouriens et des filles, des voyous et des soldats, des
artistes et des ouvriers. Toutes deux, je le sais, renferment une
ménagerie de tropes audacieux, ricaneurs et blasphémateurs, une cohue de
mots sans racine dans n'importe quelle autre langue, sans aucune
étymologie, même lointaine, qui semblent crachés par quelque bouche
impure en veine de néologismes et recueillis par des oreilles badaudes;
mais toutes deux aussi, quoi qu'on fasse et dise, sont pleines
d'expressions pittoresques, de métaphores heureuses, d'images justes, de
mots bien bâtis et bien portants qui entreront un jour de droit dans le
_Dictionnaire de l'Académie_ comme ils sont entrés de fait dans la
circulation, et même dans la littérature[2], où ils se sont si vite
acclimatés et où, de voyous, ils sont devenus bourgeois. Et je ne parle
pas d'un vaudeville isolé, comme les _Deux Papas très bien_, où l'on
«dévide le jar» aussi proprement qu'à Poissy; je parle du _Dictionnaire_
de M. Littré et des œuvres dramatiques les plus importantes de ce temps,
les _Effrontés_ d'Émile Augier, la _Vie de Bohème_ d'Henry Murger, la
_Famille Benoiton_ de Victorien Sardou, etc.

  [2] Pourquoi les littérateurs français ne feraient-ils pas ce que
  n'ont pas craint de faire les littérateurs anglais, Ben Jonson,
  Fletcher, Beaumont et autres dramaturges du cycle shakespearien,
  qui parlaient si correctement «le grec de Saint-Gilles»? Grec de
  Saint-Gilles ou langue verte, c'est tout un, et pendant que j'y
  suis, pourquoi donc oublierais-je Richard Brome, John Webster,
  Thomas Moore et Bulwer qui ont bravement employé le _slang_: le
  premier dans _A jovial Crew, or the merry Beggars_, le second
  dans _The White Devil, or Vittoria Corombona_, le troisième dans
  _Tom Crib's Memorial to congress_, et le dernier dans son roman
  de _Paul Clifford_?

Pour qu'il en soit ainsi, pour que des écrivains de valeur--au théâtre,
dans le roman, dans la fantaisie--se soient laissé raccrocher par ces
expressions hardies, forcées de faire le trottoir parce que, sans
domicile légal, il faut qu'elles aient des séductions, des
irrésistibilités que n'ont pas les mots de la langue officielle, il faut
qu'ils aient reconnu dans cette langue du ruisseau la succulence, le
nerf, le _chien_ de la langue préférée de Montaigne et de Malherbe[3].

  [3] «Le parler que i'ayme, c'est un parler simple et naïf, tel
  sur le papier qu'à la bouche; un parler succulent et nerveux,
  court et serré; non tant délicat et peigné, comme vehement et
  brusque; plustost difficile qu'ennuyeux; esloingné d'affectation;
  desréglé, descousu et hardy: chasque loppin y face son corps; non
  pedantesque, non fratesque, non plaideresque, mais plustost
  soldatesque comme Suetone appelle celuy de Iulius Cesar.»
  (_Essais_, liv. Ier, chap. XXV.)

  «J'apprends tout mon françois des gens du port,» disait
  Malherbe,--qui mentait un peu.

Qui sait d'ailleurs si cette langue parisienne, qui charrie tant de
paillettes d'or au milieu de tant d'immondices,--Flore étrange où tant de
plantes charmantes s'épanouissent au milieu de tant de plantes
vénéneuses--n'est pas appelée un jour à transfuser son sang rouge dans
les veines de la vieille langue française, appauvrie, épuisée depuis un
siècle, et qui finira par disparaître comme le sanscrit? Les puristes du
sérail ont beau la déclarer fixée, immuable, éternelle, cela ne l'empêche
pas de se déliter, de s'effriter, de se lézarder: si l'on n'y prend
garde, elle s'effondrera, malgré les béquilles que lui mettent en guise
d'étais, ses quarante architectes de l'Institut. _Caveant consules!_
Veillez au maintien de la langue parisienne, écrivains qui voulez qu'il y
ait encore une langue française!


III

On s'étonnera peut-être de voir réunis, confondus dans une promiscuité
fâcheuse, le cant et le slang, l'argot des gredins et celui des honnêtes
gens, les adorables mimologismes des enfants et les expectorations
repoussantes des faubouriens. C'était une nécessité née de la confusion
déplorable des classes sociales à Paris, où le crime coudoie le travail,
où le cynisme heurte l'innocence, où le vice flâne en compagnie de la
vertu, où l'esprit emboîte le pas à la bêtise. Frères ennemis, ces
argots, mais frères,--comme les hommes qui les parlent.

On pourrait s'étonner aussi, et tout aussi justement, de voir attribuer à
la langue populaire une foule de mots sortis de la langue du bagne, de la
prison et des mauvais lieux. Au premier abord, cela choque autant que
cela surprend, oui; mais en réfléchissant à la façon dont s'enrichissent
les langues, on comprend et l'on s'incline, attristé. Une expression
tombe des lèvres flétries d'un forçat, non pas au bagne, où il est
défendu aux honnêtes gens d'aller, mais dans un cabaret, dans une rue de
Paris, où il est interdit aux coquins de séjourner et où ils accourent
tous comme des frelons sur un gâteau de miel: dix paires d'oreilles la
ramassent et dix bouches la répètent, sans l'essuyer. Elle fait son
chemin d'atelier en atelier, de faubourg en faubourg, jusqu'au jour où,
tombant à son tour des lèvres d'un ivrogne[4], dans un café littéraire ou
dans une brasserie artistique, elle est alors recueillie par quelque
curieux aux écoutes, par quelque flâneur aux aguets, qui la trouve
accentuée, originale, et la colporte çà et là,--tant et si bien que,
finalement, elle entre dans un article, puis dans un livre, puis dans la
circulation générale. Allez donc maintenant l'en retirer, comme tachée de
boue et de sang! Essayez donc, au nom de la morale et du goût, de la
démonétiser par décret comme une pièce de trente sols! Elle n'est pas
frappée à la Monnaie fondée par Richelieu, elle ne porte pas l'effigie de
l'un des Quarante, elle n'est pas d'un métal très pur, tout cela est
vrai; mais elle sonne bien, argent ou cuivre, et cela suffit pour qu'elle
soit échangée comme monnaie courante de la conversation.

[4] «Il faut voir de quels mots elle enrichit la langue!»
    dit Nicolas Boileau de la femme de Jérôme Boileau, son frère aîné,
    laquelle, au dire de Brossette, «avoit un talent particulier pour
    inventer des noms ridicules et des injures populaires».


Il en est de même des mots à panaches et à images improvisés par des
néologues en haillons ou en blouse, par Gavroche ou par Cabrion. L'esprit
court les rues et les ateliers; l'œil du voyou ou du rapin, toujours
ouvert, comprend plus rapidement que l'œil du bourgeois, toujours
endormi ou toujours affairé: lorsqu'un ridicule ou un vice insolent passe
à la portée de cet impitoyable rayon visuel, il est happé,--gare à la
gouaillerie féroce qui va le fusiller! Ce que, dans mes déambulations
diurnes et nocturnes à Paris, j'ai entendu de phrases énormes, pimentées,
saisissantes, cruelles, appliquées en plein dos comme des coups de pied,
ou en plein visage comme des soufflets, à de pauvres diables de l'un ou
de l'autre sexe, affligés, celui-ci de cette infirmité, celle-là de ce
ridicule; ce que j'ai entendu composerait un gros livre--inimprimable.
Ah! je ne sais pas ce que l'homme a fait à l'homme, mais il se venge bien
odieusement de lui--sur lui!

Il y a mille moyens de contagion pour un mot, et c'est précisément ce qui
universalise l'argot. La rue d'abord, où passe tout le monde; le cabaret,
si diversement peuplé; le mauvais lieu,--une autre rue. Quelque envie
qu'aient les gens les plus chastes de mettre un cadenas à leurs oreilles,
ils entendent--et retiennent--Dieu sait quels vocables excentriques,
bouffons, audacieux, hauts en couleur. Les filles--drôlesses et petites
dames mêlées--ont un jargon bariolé qui participe beaucoup de leurs
relations aussi multiples que fugaces. Toutes les professions masculines
avec lesquelles elles sont en contact permanent donnent à leur langage
une teinte polyglotte très prononcée,--polyglotte et cosmopolite, car
elles gardent volontiers de ces commerces incessants un certain nombre de
mots étrangers qu'elles francisent à leur manière. Un étranger en apprend
plus long qu'un Parisien, en un mois de séjour dans un boudoir ou dans
une antichambre d'actrice,--et il emporte chez lui une singulière opinion
de la «langue de Bossuet». Pauvre Bossuet! Pauvre langue!


IV

Puisque j'en suis au chapitre des étonnements, je dois prémunir mes
lecteurs contre celui qu'ils éprouveront certainement à rencontrer çà et
là, dans ce _Dictionnaire de la Langue verte_, des mots auxquels le
_Dictionnaire de l'Académie_ a donné asile, comme on donne asile aux
gueux et aux vagabonds. Ces mots sont considérés par lui comme bas et
populaciers, et il en défend l'usage aux gens du bel air, aussi bégueules
que lui: à cause de cela, ils me revenaient de droit, puisque je fais le
Glossaire de la langue du peuple parisien, le Compendium du slang. La
langue verte, au rebours de la langue académique, se compose précisément
des mots qui ne s'écrivent pas, mais qui se parlent à certains étages de
la société.

Or, je suis de ceux qui prétendent que «toutes paroles se laissent dire
et tout pain mangier»,--avec d'autant plus de raison que les expressions
proscrites comme indignes, condamnées comme _shocking_ par le
_Dictionnaire de l'Académie_, sont du meilleur français que je connaisse,
d'un français plus étymologique, plus rationnel, plus expressif, plus
éloquent que celles auxquelles ladite Académie a accordé droit de
cité,--le français de Jean de Meung et de Guillaume de Lorris, de
François Villon et de François Rabelais, de Philippe Desportes et de
Bonaventure Des Périers, d'Henri Estienne et de Clément Marot, de Michel
Montaigne et de Mathurin Régnier, d'Agrippa d'Aubigné et de Brantôme, de
Froissart et d'Amyot, etc. Il paraît qu'il est de bon goût, dans les
hautes régions, de renier ses ancêtres et de mentir à ses origines; les
gens distingués se croiraient déshonorés,--savants et gandins,--en
parlant la langue des petites gens, qui, cependant, sont les plus fidèles
gardiens et les plus rigoureux observateurs de la tradition. Oui, il faut
que les gens distingués en prennent leur parti: le peuple est le
Conservatoire du vrai langage[5].

  [5] M. B. Jouvin, un lettré dans la bonne acception du mot, et
  dont la place est marquée depuis longtemps au _Journal des
  Débats_, M. B. Jouvin sait cela aussi bien et mieux que moi.
  Pourquoi donc,--il y a quelque temps,--a-t-il, en plein _Figaro_,
  donné si vertement sur les doigts à M. Peyrat, rédacteur en chef
  de l'_Avenir national_, pour avoir écrit _admonestation_ au lieu
  d'_admonition_, et a-t-il pris occasion de cette prétendue
  «bévue» pour dire son fait au patois et à l'argot, l'un et
  l'autre fort dangereux suivant lui,--mais le premier «mille fois
  plus dangereux encore, parce que c'est un conquérant sournois»?

  Je n'ai pas à défendre M. Peyrat, assez grand et assez fort pour
  se défendre tout seul, ni sa prétendue «bévue» qui se défend
  d'elle-même. L'Académie veut qu'on dise _admonition_: c'est pour
  cela qu'on doit dire: _admonestation_. Les deux mots sont
  français; seulement il y a cette différence entre eux que le
  premier est d'un français moderne et le second d'un français
  ancien. Les vieux écrivains, l'honneur de notre langue, écrivaient
  _admonestation_. De preuves, je fais trop de cas de l'érudition de
  M. Jouvin pour lui en fournir une seule.

  La langue moderne,--celle que le rédacteur en chef du _Figaro_
  écrit si bien,--n'est pas faite d'autre chose que de patois
  étrangers ou autochthones. Parlons-nous grec ou latin, anglais ou
  suédois, allemand ou italien, celte ou thibétain? Sommes-nous une
  langue mère ou une langue fille? Hélas! le français contemporain
  est une langue fille, très fille même,--si fille que les austères
  grammairiens de Port-Royal se refuseraient aujourd'hui à la
  comprendre, et surtout, la comprissent-ils, à la parler. C'est une
  sorte de langue de Corinthe où sont venues se fondre et
  s'amalgamer une foule d'autres langues plus ou moins précieuses,
  du nord et du midi, d'oc et d'oil, d'Orient et d'Occident, or et
  cuivre, fer et argent,--avec beaucoup de scories à la surface.

  Mais ce n'est pas dans une Note que l'on peut traiter comme il
  convient une question de cette importance; d'ailleurs, je
  reconnais volontiers que, pour m'acquitter de cette tâche, je n'ai
  pas les reins assez fermes, et qu'il me serait impossible de
  marcher «front à front» avec les philologues passés, présents,--et
  même futurs: je ne vais «que de loing après». Je n'ai prétendu ici
  que constater l'introduction légitime des patois et l'intrusion
  naturelle de l'argot dans le français moderne, qui n'a pas le
  droit de faire le dédaigneux, car, en se dépouillant de tous ses
  mots d'emprunt, il courrait grand risque de rester nu comme un
  petit saint Jean.

Je comprends, du reste, qu'on regimbe à admettre cette vérité
élémentaire, qui froisse les habitudes d'esprit prises--parce
qu'imposées--dans les collèges, où l'on n'enseigne qu'un français de
convention, soufflé comme une baudruche, désossé comme un roastbeef,
c'est-à-dire privé depuis longtemps de toute racine étymologique, grâce
aux progrès croissants de la Réforme orthographique[6]. Moi aussi, au
début de ma vie, en entendant les vieux de mon faubourg natal employer
des phrases d'antan, je souriais de pitié, presque de mépris, ne
comprenant pas qu'on pût s'exprimer autrement que M. de Campistron en ses
tragédies et M. de Marmontel en ses Contes moraux. J'avais alors de
sourdes révoltes à propos de l'éloquence forcenée de mon aïeul, qui ne
pouvait ouvrir la bouche sans commettre une hérésie, sans se rendre
coupable du crime de lèse-majesté classique. Il me semblait qu'il parlait
là une langue sauvage, une façon d'algonquin ou de topinambou, qui
n'avait jamais été parlée avant lui et ne devait plus l'être après lui,
et, pour un peu, à chaque mot tombé de ses lèvres sibyllines, je me fusse
signé comme devant un blasphème. Hélas! ce vieux faubourien était un
académicien de la bonne roche,--celle d'où jaillit ce français si clair,
si pur, si viril, si expressif, si sonore, si complet, si beau, dont il
semble qu'on ait tout à fait perdu le secret, aujourd'hui que, langue
verte à part, notre littérature est livrée à l'euphuisme, au gongorisme,
aux concetti, à la préciosité et à je ne sais plus quelles autres bêtes
qui la dévorent en la souillant.

  [6] Et comme si ce n'était pas encore assez, comme si la langue
  française actuelle n'était pas suffisamment éloignée de ses
  origines, il se produit à Paris, tous les dix ou quinze ans, des
  cacographes qui, sous prétexte d'en rendre l'étude plus
  accessible, veulent qu'on l'écrive comme on la prononce,
  c'est-à-dire en supprimant toutes les lettres aphones. Je renonce
  aux plaisanteries qu'il me serait facile de faire en objectant
  précisément la prononciation,--que modifient, dit Pascal, trois
  degrés d'élévation du pôle,--et les accents du pays; je me
  contente de demander comment on reconnaîtrait _nuptiæ_ si on
  l'écrivait _noss_, _cor_ si _keur_, _tempus_ si _tan_, _maïus_ si
  _mê_, _testa_ si _tett_, _hostia_ si _osti_, _mansio_ si _mèzon_,
  etc. Refaire en 1865 ce que Marle a fait si inutilement en 1830,
  et Laurent Joubert si vainement en 1859, quelle misère! Et croire
  que cette orthographe nouvelle,--ou plutôt cette absence de toute
  orthographe,--rendrait plus facile l'étude de la langue
  française, quelle sottise!

Comme expiation, ou plutôt comme réparation de mon erreur, qui est encore
celle de bien des honnêtes gens, j'ai dû donner large place dans le
présent livre à cette langue _populacière_, rejetée avec mépris hors de
la littérature et de la conversation. Elle eût été plus convenablement
ailleurs, dans le _Dictionnaire de l'Académie_, par exemple, mais sans
l'étiquette déshonorante et ridicule que vous savez; malheureusement, le
_Dictionnaire de l'Académie_ n'est hospitalier que pour les siens, et,
s'il a consenti à entre-bâiller ses feuillets pour laisser entrer, en
rechignant, quelques-uns des mots du langage populaire, il les a bien
vite refermés de peur d'en laisser entrer un trop grand nombre,--qui
eussent été, pourtant, sa richesse et son orgueil. L'Académie est myope:
de l'or elle ne voit que la gangue.

Et, puisque je tiens l'Académie, je ne veux pas la lâcher sans me
justifier, non pas devant elle, mais devant mes lecteurs, de
l'irrévérence avec laquelle je n'ai pas craint de la traiter en
introduisant dans le _Dictionnaire de la Langue verte_ ce que je n'ai pas
craint d'appeler l'_argot des académiciens_. Ce n'est pas là une
malignité d'écrivain fantaisiste, mais une impérieuse nécessité de
classification. Si les académiciens parlaient comme tout le monde, je
n'eusse jamais songé à leur consacrer une seule ligne dans ce
_Dictionnaire_ impertinemment édifié à côté du leur; mais ces pontifes du
beau langage, s'imaginant sans doute qu'écrire c'est officier, ont de
tout temps employé pour s'exprimer des expressions dont l'emphase
prudhommesque et l'inintelligibilité singulière semblent appartenir à ce
qu'on pourrait proprement appeler une _langue bleue_. Bleue ou verte,
c'est la même chose, puisque ce n'est pas la langue française de nos
aïeux; et, pour ma part, j'avoue ne voir aucune différence entre les
périphrases de Commerson et celles de l'abbé Delille, entre l'argot de la
rue et l'argot de l'Institut. En quoi, je vous prie, _broûter les
pâturages de l'erreur_ est-il plus singulier que le _tube qui vomit la
fumée_? En quoi _la plaine liquide_ est-elle moins burlesque que
_canonnier de la pièce humide_? Et _cet animal guerrier qui inventa le
trident_? Et les _larmes de l'aurore_? Et _les nourrissons du Pinde_[7]?
Au lieu de confectionner ces tropes plus ridicules qu'ingénieux, MM. les
Quarante auraient bien dû, depuis longtemps, s'occuper du Dictionnaire
conçu par Charles Nodier et récemment entrepris par M. Littré.
«L'académie du _Dictionnaire_ (dit l'auteur des _Notions élémentaires de
linguistique_) ne nous doit que la langue littéraire, et la langue
littéraire d'une nation, c'est tout bonnement la langue du peuple. Il ne
faut pas sortir de là.»

  [7] Si j'avais quelque plaisir à remuer le bric-à-brac
  littéraire, je pourrais multiplier à l'infini mes exemples
  académiques; mais comme, au contraire, il s'exhale de toutes ces
  expressions une odeur de rance, de moisi qui m'écœure l'esprit,
  je m'en tiens à ces quelques citations.

  Une dernière cependant qui me revient en mémoire: ce sera le
  bouquet. Je n'aime pas beaucoup les réalistes, mais j'aime la
  vérité, et je dois dire que je préfère M. Champfleury écrivant:
  «Je porte perruque et j'ai cinquante-huit ans,» à Boileau
  écrivant:

    «_Mais aujourd'hui qu'enfin la vieillesse est venue
    Sous mes faux cheveux blonds, déjà toute chenue,
    A jeté sur ma tête, avec ses doigts pesants,
    Onze lustres complets surchargés de trois ans._


V

Toutes les fois que je l'ai pu, j'ai accroché aux mots une étiquette
constatant leur étymologie, leur origine, leur millésime, et disant quels
sont leurs pères ou leurs parrains, afin d'éviter des tourments aux
Saumaise futurs, aux lexicographes distingués ou bas de poil qui
commenteront les livres parisiens du XIXe siècle,--spécialement de la
seconde moitié du XIXe siècle. Nous serions plus avancés que nous ne le
sommes, nous en saurions davantage sur notre langue, si l'on avait pris
soin, dès l'origine, de nous conserver les extraits de baptême de
certains mots, sinon de tous: cette histoire des mots serait l'histoire
des idées, c'est-à-dire l'histoire des mœurs, c'est-à-dire l'histoire de
la nation parisienne écrite jour par jour[8].

  [8] Nous savons que _bibliomanie_ est un mot de la façon de Guy
  Patin, par conséquent du XVIIe siècle, époque de cette passion
  frénétique des livres qui poussait des Hollandais et des Anglais
  à payer des prix fous des bouquins sans autre valeur que leur
  rareté. Nous savons que _contemptible_ appartient à Malherbe,
  _épigramme_ à Baïf, _pudeur_ à Desportes, _coq-à-l'âne_ à Marot,
  _avidité_ à Ronsard, _féliciter_ à Balzac, _généralissime_ au
  cardinal de Richelieu, _débrutaliser_ à la marquise de
  Rambouillet, _burlesque_ à Sarrazin, _désenseigner_ à Montaigne,
  _esprité_ à Saint-Simon, _prosateur_ à Ménage, _escobartin_ à
  Pascal, _offenseur_ à Corneille, _impardonnable_ à Segrais,
  _bravoure_ à Mazarin, _arrangé_ au père Bouhours, _s'acclimater_
  à Raynal, d'autres mots encore à d'autres écrivains; mais le
  reste?

Malheureusement, quant au millésime, malgré l'envie que j'avais de
parler, je suis souvent resté muet,--on comprendra pourquoi.

Quant à la provenance, je l'ai indiquée presque toujours, et fidèlement,
j'ose l'affirmer. Aucun des mots auxquels j'ai cru devoir accorder
l'hospitalité n'est d'origine suspecte ni d'existence douteuse: ce sont
des vagabonds, mais ce ne sont pas des ombres. Chaque fois qu'il m'a été
impossible de savoir à quel argot spécial appartenait une expression, je
me suis abstenu de la ranger dans telle ou telle catégorie, en supposant
qu'elle devait être d'un emploi moins restreint, d'une circulation plus
générale que les autres. Mes attributions ne sont pas arbitraires, pas
plus que les nuances que j'y ai introduites et qui n'échapperont pas aux
lecteurs perspicaces. Si je dis _argot du peuple_ et non _argot des
bourgeois_, c'est que l'expression est plus familière au peuple qu'à la
bourgeoisie et que je l'ai entendue plus souvent dans la rue que dans la
boutique. Lorsque je mets après un mot _argot des voyous_ au lieu
d'_argot des voleurs_, c'est que ce mot, quoique ayant appartenu
peut-être d'abord à la langue des prisons, est d'un usage plus fréquent
sur les lèvres des voyous que dans la bouche des voleurs. De même pour
l'_argot des faubouriens_, qui n'est pas l'_argot des ouvriers_, quoique
les ouvriers habitent ordinairement les faubourgs de Paris. De même pour
l'_argot des filles_, qui n'est pas l'_argot des petites dames_ ou de
_Breda-Street_, quoique les unes et les autres exercent la même
profession,--avec un public différent. Certains argots confinent, comme
certains métiers; ils marchent sur une lisière commune, comme certaines
agrégations d'individus; ils voisinent pour ainsi dire, comme certaines
positions sociales: assurément ils finiront par s'étreindre, par se
mêler, par se confondre; le voyou finira par devenir voleur, la petite
dame par être fille, l'ouvrier par se faire faubourien, etc., mais
jusqu'à ce que la barrière soit franchie, la délimitation effacée, chacun
d'eux aura son accent, sa couleur, auxquels on les pourra reconnaître.
Voilà pourquoi j'ai parqué d'autorité ce mot dans cette catégorie et non
pas dans cette autre, qui a l'air d'être la même,--comme le violet est le
bleu; voilà pourquoi j'ai cloué sur ce mot cette étiquette et non pas
cette autre, assuré que j'étais de ne pas me tromper; je le maintiens et
le maintiendrai jusqu'au feu,--_exclusivé_.

Pour l'étymologie, c'est autre chose. Peut-être, à ce propos,
s'étonnera-t-on de la persistance que je mets à redresser les erreurs et
à corriger les bévues de quelques-uns de mes devanciers, et, de ma part,
à moi, philologue de fraîche date et ignorant de naissance, cela semblera
outrecuidant. Je souscris d'avance à tous les reproches qu'on me fera
l'honneur de m'adresser, même à ceux que je mérite le moins.

L'étymologie,--et je ne prends pas ce mot dans l'acception restreinte et
purement grammaticale que lui donne Charles Nodier, qui en fait la
_norma_, la _ratio scribendi_, l'orthographe enfin de toutes les langues
de dernière formation,--l'étymologie telle que l'entendent tant de
savantes personnes ne doit pas être considérée autrement que comme un pur
et simple exercice d'imagination. Heureux les savants qui ont de l'esprit
et qui n'ont pas d'imagination: ils amusent et, accessoirement,
instruisent. Ceux qui ont de l'imagination, au contraire, en ont trop, et
non seulement ils n'instruisent pas, mais encore,--ce qui est plus grave
et moins pardonnable,--ils n'amusent personne, pas même eux. L'esprit--on
me passera cette fatuité de le définir,--est la raison elle-même, la
raison enjouée, folâtre même, mais la raison: c'est une boussole.
L'imagination, elle, n'est qu'une faculté superfétative, secondaire, qui
joue le rôle de cinquième roue à un carrosse, et qui, si elle n'empêche
pas l'esprit de marcher, ne l'y aide du moins en aucune façon; quand elle
va de conserve avec lui, c'est bien, nul ne s'en plaint; mais quand elle
vole seule, elle perd aisément le nord et s'égare en égarant les autres.

Je ne veux pas me prononcer au sujet de l'esprit ou de l'imagination de
mes devanciers, de peur de les fâcher avec un compliment--ou de leur
faire plaisir avec une épigramme. Ce n'est pas le lieu d'ailleurs. Mes
devanciers ont agi à leur guise, d'après les inspirations de leur génie
particulier: je ne les en blâme--ni ne les en loue. Je regrette
seulement--pour eux--que quelques-uns d'entre eux n'aient pas su éviter
l'écueil contre lequel sont venus échouer avant eux tant d'autres
étymologistes trop savants,--par exemple Ménage, qui fait venir
_canaille_ de _canalis_ quand il avait _canis_ sous la main. M.
Marty-Laveaux le disait très pertinemment: les savants comme Ménage et
quelques-uns de mes devanciers vont chercher trop loin leurs
étymologies[9], et c'est dans ces voyages au long cours qu'ils
rencontrent l'écueil en question. Il est si simple de rester au coin de
son feu, les coudes sur la table, les pieds sur les chenets, comme un
honnête bourgeois sans prétention, qui trouve sans peine parce qu'il
cherche sans effort! L'effort, voilà ce qui a gâté tant de savants
livres!

  [9] «Singulière manie de chercher à mille lieues les origines des
  choses et de faire couler des sources du Nil le ruisseau qui lave
  votre rue!»

    (VICTOR HUGO, Préface du _Dernier jour d'un condamné_.)

L'étymologie, étant une maladie, a sa contagion; moi, parvulissime, j'ai
fait comme les grands docteurs de l'Université de Marburg--et d'ailleurs:
je me suis lancé à fond de train dans le champ des hypothèses, et si je
ne suis pas parvenu à me casser les reins, j'ai du moins donné quelques
entorses au bon sens et à la vérité étymologique. C'est un jeu comme un
autre, amusant pour soi, fatigant pour autrui, dont cependant je n'ai pas
cru devoir abuser, ainsi qu'on s'en assurera en feuilletant ce volume. Il
peut se faire que, dans cette course vagabonde à travers des origines
probables, j'aie quelquefois rencontré juste et que quelques-unes de mes
trouvailles involontaires méritent d'être prises en considération: ces
bonnes fortunes arrivent souvent aux innocents, paraît-il. «Quand on ne
sait que ce qu'on a appris, on peut être un savant et un sot; il faut de
plus savoir ce qu'on a deviné.» J.-B. Say avait raison, quoique
économiste. En tout cas, heureux ou non dans mes devinettes
étymologiques, à mon su ou à mon insu, je m'en tiens à ces premiers
essais et m'engage à ne plus jamais recommencer.


VI

Il me reste à parler de cette seconde édition, qui est une véritable
nouvelle édition, puisqu'elle a été refondue d'un bout à l'autre et
réimprimée en caractères elzéviriens. Aucun des mots de la première ne
manque à celle-ci, qui est en outre enrichie d'environ _deux mille cinq
cents_ expressions soit du cant, soit du slang, soit de la langue
_populacière_, toutes si dédaigneusement mises à la porte par le
_Dictionnaire de l'Académie_, qui semble ne pas savoir qu'Horace a écrit
il y a dix-neuf cents ans:

    _Ut silæ foliis pronos mutantur in annos,
    Prima cadunt; tita verborum vetus interit ætas
    Et juvenum ritu florent modo nata vigentque._

Vous entendez, messieurs les Quarante? Il en est des mots comme des
feuilles des arbres à l'automne, ce sont les premières venues qui sont
les premières parties: de même périt le vieil âge des mots, et d'autres
mots, nés tout à l'heure, fleurissent et s'épanouissent maintenant à la
manière des jeunes gens. Ne balayez pas les vieux, mais faites place aux
jeunes, aux valides, aux vigoureux.

Si le _Dictionnaire de l'Académie_ est incorrigible, je ne le suis pas,
et quand j'ai des torts, j'en conviens de bonne grâce; quand j'ai péché,
je me frappe de bonne foi la poitrine--en me demandant pardon de mes
imperfections et en me promettant bien d'en diminuer le nombre, sans
espérer de les extirper toutes. J'ai donc émendé de mon mieux le texte de
la première édition, ainsi qu'en pourront juger les lecteurs; mais cette
émendation devait avoir des bornes,--et elle en a eu. Malgré les prières
de mon éditeur, qui, par excès de délicatesse, voulait enlever à celui-ci
ou à celui-là de mes devanciers encore vivants tout prétexte à
récrimination et à reproches de plagiat, même aux moins fondés, j'ai cru
de mon devoir et de mon droit de conserver intactes des définitions dont
je répondais, que je savais être miennes, malgré leur ressemblance avec
celles de mon voisin. Ressemblance forcée, fatale, _nécessaire_ même,
tous les gens de bonne foi n'hésiteront pas à le reconnaître. Je ne
voudrais pas avoir l'air de m'abriter derrière la spirituelle et très
juste définition de Charles Nodier: _Les dictionnaires sont des plagiats
par ordre alphabétique_; mais enfin il est tout simple qu'ayant à définir
une expression bizarre--par exemple _appeler Azor_, le premier venu
écrive comme moi: «Siffler un acteur comme on siffle un chien.» On n'a
pas de brevet d'invention à prendre pour cette phrase qui traîne sur
toutes les lèvres. _Appeler Azor_ signifiant pour tout le monde siffler
un acteur, _Azor_ étant pour tout le monde le synonyme de chien, comment
s'y prendre pour ne pas dire: «Siffler un acteur comme on siffle un
chien?» Je ne vois qu'un moyen, mais il est héroïque--de ridicule: c'est
d'imiter le fameux _Marquise, vos beaux yeux me font mourir
d'amour,--D'amour, marquise, vos beaux yeux me font mourir,--Me font,
marquise, vos beaux yeux mourir d'amour,--Mourir vos beaux yeux me font
d'amour, marquise_,--et ainsi de suite jusqu'au jugement dernier. Oui,
plus j'y réfléchis, plus je ne vois que ce moyen: on m'excusera, je
pense, de ne pas l'avoir employé.

Je glisse--de peur d'appuyer.

On remarquera que dans cette nouvelle édition, plus encore que dans la
précédente, je me suis plu à rétablir l'orthographe réelle de vocables
que les puristes déclarent être «du patois de Pipelets». (Voy. Albert
Hétrel, _Code orthographique_.) J'en ai mis beaucoup, je regrette de n'en
avoir pas mis davantage, afin de confondre les ennemis de la bonne
langue, la vieille, et les admirateurs du petit français que l'on parle à
présent. Les puristes du sérail veulent qu'on dise _chirurgien_,
_chercher_, _brebis_, etc. Je le veux comme eux. Mais ils ricanent
lorsqu'ils entendent prononcer _cercher_, _berbis_, _serurgien_, et leurs
ricanements me font sourire: la pelle se moque du fourgon,--la pelle a
tort.

On m'a reproché d'avoir introduit dans la précédente édition un certain
nombre de mots anglais: je réponds en en introduisant un plus grand
nombre encore dans cette nouvelle édition. L'anglomanie fait des progrès
chez nous, peuple simiesque; nous avons tous les mots nécessaires pour
représenter nos idées; mais, par genre, nous habillons ces idées avec des
mots de fabrique étrangère: au lieu de dire _chien courant_ comme leurs
pères,--de rudes chasseurs, pourtant!--nos sportsmen disent, les uns
_buck-hound_, les autres _boarhound_. _Buck-hound_, c'est bien du pur
anglais de l'autre côté du détroit; mais, de ce côté-ci, c'est de la
langue verte.

Cela dit--avec tout le respect que je dois aux gens à qui je le
dis--j'arrive au finale de cette trop longue improvisation. C'est la
partie la plus douce de ma tâche d'aujourd'hui, puisqu'il s'agit de
remercier hautement ceux de mes confrères qui ont bien voulu jouer le
rôle de tibicinateurs en faveur du _Dictionnaire de la langue verte_ et
les personnes connues ou inconnues qui ont bien voulu répondre à l'appel
que je leur avais fait en me signalant les omissions et les attributions
erronées de la première édition. Je remercie donc bien sincèrement ici
MM. Jules Noriac, Léo Lespès, Alphonse Duchesne, A. Ranc, Balathier de
Bragelonne, Jules Claretie, A. de Fonvielle, Gustave Bourdin, le docteur
Stéphen Le Paulmier, Léon Renard, Henri Delaage, Eugène Mathieu,
Coffineau, Alexandre Pothey, Jules Choux--et tous ceux que ma plume sans
mémoire oublie de citer. Jules Choux, un chansonnier parisien d'un accent
original et qui connaît encore mieux que moi les dessous ténébreux de
notre chère ville natale, m'a apporté, à lui seul, une plantureuse
moisson que je n'ai eu que la peine d'engranger. Les soins que j'ai
apportés à cette seconde édition témoigneront mieux que des paroles de
toute ma gratitude pour les encouragements que j'ai reçus de toutes
parts: elle est moins défectueuse que la première, et la prochaine sera
encore un peu plus digne d'intérêt que celle-ci, les livres du genre du
_Dictionnaire de la langue verte_ devant forcément se corriger et se
compléter dans des éditions successives. Quand il en sera à sa dixième,
j'ose espérer que depuis longtemps on aura fait une croix--sur ma tombe!

    ALFRED DELVAU.



  DICTIONNAIRE

  DE LA

  LANGUE VERTE



A


ABADIE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi,
avec mépris, parce qu'ils ont remarqué qu'elle se compose de _badauds_,
de gens qui _ouvrent_ les yeux, la bouche et les oreilles d'une façon
démesurée.

ABAJOUES, s. f. pl. La face,--dans l'argot du peuple.

Il n'est pas de mots que les hommes n'aient inventés pour se prouver le
mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce
dictionnaire est une injure, puisque jusqu'ici l'_abajoue_ signifiait
soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie
latérale d'une tête de veau ou d'un groin de cochon. Nous sommes loin de
l'_os sublime dedit_. Mais nous en verrons bien d'autres.

ABALOURDIR, v. a. Rendre _balourd_, niais, emprunté.

ABAT-FAIM, s. m. Plat de résistance,--gigot ou roastbeef plantureux.

ABATIS, s. m. pl. Le pied et la main,--l'homme étant considéré par
l'homme, son frère, comme une volaille.

_Avoir les abatis canailles._ Avoir les extrémités massives, grosses
mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d'une origine
plébéienne.

ABAT-RELUIT, s. m. Abat-jour à l'usage des vieillards. Argot des voleurs.

ABATTOIR, s. m. Le cachot des condamnés à mort, à la Roquette,--d'où ils
ne sortent que pour être _abattus_ devant la porte de ce Newgate
parisien.

ABATTRE (En). Travailler beaucoup,--dans l'argot des ouvriers et des gens
de lettres.

ABBAYE, s. f. Four,--dans l'argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une
quinzaine d'années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à
plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l'arrivée des
ouvriers chaufourniers.

_Abbaye ruffante._ Four chaud,--de _rufare_, roussir.

ABBAYE DE MONTE-A-REGRET, s. f. L'échafaud,--dans l'argot des voleurs,
qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a
oublié de raser.

ABBAYE DES S'OFFRE-A-TOUS, s. f. Maison conventuelle où sont enfermées
volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de
vestales que dans l'opéra de Spontini.

Cette expression, qui sort du _Romancero_, est toujours employée par le
peuple.

ABCÈS, s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à bubelettes, sur lequel
il semble qu'on n'oserait pas donner un coup de poing,--de peur d'une
éruption purulente.

On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le
visage ressemble comme le sien à une tumeur.

ABÉLARDISER, v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine
Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.

C'est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes
s'imaginent avoir fabriqué; on l'écrivait alors _abaylarder_,--avec la
même signification, bien entendu.

ABÉQUER, v. a. Nourrir quelqu'un, lui donner la _béquée_,--dans l'argot
du peuple, qui prend l'homme pour un oiseau.

ABÉQUEUSE, s. f. Nourrice ou maîtresse d'hôtel.

ABIGOTIR (S'). v. réfl. Devenir _bigot_, hanter assidûment les églises
après avoir hanté non moins assidûment d'autres endroits,--moins
respectables.

Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

ABLOQUER ou ABLOQUIR, v. n. Acheter,--dans l'argot des voleurs, qui
n'achètent cependant presque jamais, excepté en _bloc_, à l'étalage des
marchands.

ABOMINER, v. a. Avoir de l'aversion pour quelque chose et de l'antipathie
pour quelqu'un,--ce que dit clairement l'étymologie de ce mot: _ab_, hors
de, et _omen_, d'_omentum_, estomac.

Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.

ABONNÉ AU GUIGNON (Être). Être poursuivi avec trop de régularité par la
déveine. Argot des faubouriens.

ABOULER, v. a. Donner, remettre à quelqu'un. Argot des voyous.

Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une
_boule_.

ABOYEUR, s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés
ou à la porte des théâtres forains.

ABRACADABRA, adv. D'une manière bizarre, décousue, folle,--dans l'argot
du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle
superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les
vertus magiques de ce mot l'écrivaient en triangle sur un morceau de
papier carré, qu'ils pliaient de manière à cacher l'écriture; puis, ayant
piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise
d'amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le
jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l'ouvrir. Le charme
qu'on attachait à ce petit papier opérait alors,--ou n'opérait pas.

_Faire une chose abracadabra._ Sans méthode, sans réflexion.

ABRACADABRANT, E, adj. Etonnant, extraordinaire, merveilleux,
_épatant_,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette
expression à _l'abracadabra_ du Romantisme.

    «Satan vous verra.
    De vos mains grossières,
    Parmi des poussières,
    Ecrivez, sorcières,
    _Abracadabra_!»

dit Victor Hugo dans la pièce des _Odes et Ballades_ intitulée le
Sabbat.

Cet _abracadabra_ était en effet assez singulier, et je comprends qu'on
l'ait raillé en en faisant un adjectif,--sans se douter que depuis
longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

ABREUVOIR, s. m. Cabaret,--d'où l'on sort plus altéré qu'on
n'y est entré.

D'où l'expression proverbiale: _Un bon cheval va bien tout seul à
l'abreuvoir_, pour dire: Un ivrogne n'a pas besoin d'y être invité
pour aller au cabaret.

ABRUTI, s. m. Élève assidu, acharné à l'étude,--dans l'argot
des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne
pas être un peu fous.

ABS, s. m. Apocope d'_Absinthe_, créée il y a quelques années
par Guichardet, et aujourd'hui d'un emploi général.

Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à
chaque page, presque à chaque ligne: _abs_, _achar_, _autor_, _aristo_,
_eff_, _délass-com_, _démoc_, _poche_, _imper_, _rup_, _soc_, _liquid_,
_bac_, _aff_, _Saint-Laz_, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les
générations modernes soient pressées de vivre qu'elles n'aient pas le
temps de prononcer les mots entiers.

ABSINTHAGE, s. m. Action de boire l'absinthe, ou de la _faire_.

ABSINTHE (Faire son). Verser de l'eau sur l'absinthe, afin de la
précipiter et de développer en elle cette odeur qui grise tant de
cerveaux aujourd'hui.

Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d'un homme de
lettres connu par son bavardage et ses postillons: «X... demande son
absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart
d'heure,--et son absinthe est faite.»

ABSINTHE (Heure de l'). Le moment de la journée où les Parisiens boivent
de l'absinthe dans les cafés et chez les liquoristes. C'est de quatre à
six heures.

ABSINTHER (S'), v. réfl. S'adonner à l'absinthe, faire sa boisson
favorite de ce poison.

ABSINTHEUR, s. m. Buveur d'absinthe.

ABSINTHIER, s. m. Débitant d'absinthe, c'est-à-dire de poison.

ABSORBER, v. n. et a. Manger ou boire abondamment.

ABSORPTION, s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l'Ecole polytechnique,
et «qui a été imaginée, dit Emile de la Bédollière, pour dépayser les
nouveaux, les initier aux habitudes de l'Ecole, les accoutumer au
tutoiement».

Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu'elle précède
ordinairement l'_absorption_ réelle qui se fait dans un restaurant du
Palais-Royal, aux dépens des _taupins_ admis.

ACABIT DE LA BÊTE, s. m. Bonne ou mauvaise qualité d'une chose ou d'une
personne. Argot du peuple.

_Être de bon acabit._ Avoir un excellent caractère, ou jouir d'une
excellente santé.

ACAGNARDER (S'), v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son
_coin_, comme un vieux _chien_ las d'aboyer à la lune et de courir après
les nuages,--ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en
jouir comme Ixion.

J'ai souligné à dessein _coin_ et _chien_: c'est la double étymologie de
ce verbe, que n'osent pas employer les gens du bel air, quoiqu'il ait eu
l'honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres
de ce prince.) _S'acagnarder_ vient en effet du latin _canis_, chien, ou
du vieux français _cagnard_, lieu retiré, solitaire,--coin.

On dit aussi _s'acagnarder dans un fauteuil_.

ACALIFOURCHONNER (S'), v. réfl. Se mettre à califourchon sur n'importe
quoi,--dans l'argot du peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac
écrivait.

ACCENTUER SES GESTES, v. a. Donner un soufflet ou un coup de poing,--ce
qui est une manière de se prononcer suivant les règles de l'accent
tonique.

ACCESSOIRES, s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène; tous les
objets dont l'usage est nécessaire à l'action d'une pièce de théâtre,
depuis la berline jusqu'à _la croix de ma mère_.

Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme
point de comparaison. Ainsi, du _vin d'accessoires_, un _poulet
d'accessoires_, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.

ACCOLADE, s. f. C'était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche
l'homme qu'on ordonnait chevalier; c'est aujourd'hui un soufflet que
peut recevoir tout le monde sur n'importe quelle joue.

ACCOMMODER QUELQU'UN A LA SAUCE PIQUANTE, v. a. Se moquer de lui,--et
même se livrer sur sa personne à des voies de fait désagréables.

ACCOMMODER QUELQU'UN AU BEURRE NOIR, v. a. Lui pocher les yeux à coups de
poing.

ACCORDÉON, s. m. Chapeau Gibus,--dans l'argot des faubouriens, par
allusion au soufflet placé à l'intérieur de ce chapeau.

Se dit aussi d'un chapeau ordinaire sur lequel on s'est assis par
mégarde.

ACCOUCHER, v. n. Avouer,--dans l'argot du peuple.

_Accoucher de quelque chose._ Divulguer un secret; faire paraître un
livre; prendre un parti.

ACCOUFFLER (S'). v. réfl. S'accroupir, s'asseoir sur les talons,--dans
l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l'on
appelle _couffles_ des balles de coton, sièges improvisés.

On dit aussi _s'accrouer_.

ACCROCHE-COEURS, s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les
femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du
piquant à leur physionomie.

Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris,--selon eux
irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe
sont irrésistibles sur nous.

ACCROCHER, v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des
faubouriens.

A CHAILLOT! Exclamation populaire, passée dans l'argot des drôlesses de
Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui gêne.

ACHETOIRES, s. m. pl. Argent,--dans le même argot.

Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et
bien construit. Montaigne n'a-t-il pas écrit: «Je n'ai pas de gardoire»?
Garder, _gardoire_; acheter, _achetoires_.

ACOEURER, v. a. Accommoder, arranger de bon _cœur_. Argot des voleurs.

ACRÉE ou ACRIE, s. f. Méfiance, cousine germaine de l'_acrimonie_. Même
argot.

_Acrée donc!_ Cette interjection, qui signifie «Tais-toi!» se jette à
voix basse pour avertir qu'un nouvel arrivant est ou peut être suspect.
On dit aussi _Nibé donc!_

ACTEUR-GUITARE, s. m. Acteur qui ne varie pas assez ses effets et
n'obtient d'applaudissements que dans certains rôles larmoyants, par
exemple Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.

ACTIONNAIRE, s. m. Homme crédule et simple, qui s'imagine que tout ce
qu'on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu'on lui a faites
sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.

ADDITION, s. f. Ce que nos pères appelaient la _carte à payer_, ce que
les paysans appellent le _compte_, et les savants en goguettes le
_quantum_.

ADJECTIVER QUELQU'UN, v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être
en effet que des adjectifs.

ADROIT DU COUDE, adj. m. Qui a plus l'habitude de boire que celle de
travailler. Argot du peuple.

AFF, s. f. pl. Apocope d'_Affaires_,--dans l'argot des petites dames.

AFFAIRE, s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.

AFFAIRE (Avoir son). Avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un
souper,--être presque tué ou presque gris. Argot du peuple.

AFFAIRE JUTEUSE, s. f. D'un bon rapport. Argot des Mercadets.

AFFAIRES, s. f. pl. Se dit de l'indisposition _menstruelle_ des femmes.
Argot des bourgeois.

AFFALER (S'). Tomber,--dans l'argot du peuple.

AFFE, s. f. La vie,--dans l'argot des voleurs, qui me font l'effet
d'avoir à dessein confondu avec _affres_, leur existence étant un
perpétuel effroi de la justice et des gendarmes.

_Eau d'affe_, Eau-de-vie.

AFFOLER, v. a. Accabler de coups, blesser, endommager,--dans l'argot du
peuple, fidèle à l'étymologie (_à_ et _fouler_) et à la tradition: «Vous
nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr,» dit Rabelais.

    «..... Ce qui me console,
    C'est que la pauvreté comme moi les affole,»

dit Mathurin Regnier.

AFFOURCHER SUR SES ANCRES (S'), v. réfl. Prendre du repos; se retirer du
service. Argot des marins.

AFFRANCHI, s. et adj. Corrompu, qui a cessé d'être honnête. Argot des
voleurs.

AFFRANCHIR, v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur,
faire d'un voyou un grinche.

AFFRANCHIR, v. a. Châtrer,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Couper_.

AFFRANCHISSEUR, s. m. Homme qui rend hongres les animaux entiers.

On dit aussi _Coupeur_.

AFFRES, s. m. pl. Reproches,--dans l'argot du peuple.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

AFFUR, s. m. Profit,--dans l'argot des voleurs.

Le mot vient en ligne droite de _ad furem_ (même signification), qui
vient lui-même du _fur_ (voleur de nuit), de Cicéron.

AFFURER, v. a. Tromper, faire un profit illicite.

AFFUT (D'). Rusé, malin, habile. Argot du peuple.

On dit aussi _homme d'affût_.

AFFÛTER, v. a. Tromper quelqu'un, le surprendre. Argot des voleurs.

AFFUTER SES PINCETTES. Courir, ou seulement marcher. Argot des
faubouriens.

AFFUTIAUX, s. m. pl. Bagatelles, brimborions quelconques,--dans l'argot
des ouvriers, qui ont emprunté cette expression au patois des paysans.

AGATE, s. f. Faïence quelconque,--dans l'argot des voleurs.

AGATER, v. n. Recevoir des coups, être pris,--_étrenner_ de n'importe
quelle façon. Argot des faubouriens.

AGOBILLE, s. f. Outil,--dans l'argot des voleurs.

AGONIR, v. n. Accabler d'injures et de sottises. Argot des bourgeois et
du peuple.

Ne serait-ce pas une corruption d'_abonir_, faire honte, un vieux verbe
français encore employé en Normandie ainsi qu'_agonir_.

On dit aussi _Agoniser_.

AGOUA, s. f. Eau,--dans l'argot des canotiers, qui parlent espagnol
(_agua_) on ne sait pas pourquoi.

AGRAFER, v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple.

_Se faire agrafer._ Se laisser prendre.

AGRIPPER, v. a. Prendre à l'improviste, subitement. Argot du peuple.

Signifie aussi filouter, dérober adroitement.

_Agripper_ (S'). Se prendre aux cheveux avec quelqu'un.

AHURI DE CHAILLOT, s. m. Imbécile, homme un peu _braque_. Argot des
faubouriens.

(V. _A Chaillot!_)

AÏ, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des vaudevillistes de la
Restauration.

AIDE-CARGOT, s. m. Aide de cuisine,--dans l'argot des troupiers, par
corruption d'_aide-gargot_.

AIE-AIE, s. m. Omnibus,--dans l'argot des faubouriens.

AIGLEFIN, s. m. Chevalier d'industrie, escroc du grand et du petit monde,
vivant aux dépens de quiconque l'écoute.

C'est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi
véritable,--c'est-à-dire aussi problématique,--que l'orthographe
officielle, _aigrefin_. Le peuple prononce le nom comme je l'écris:
est-ce par euphonie, est-ce par tradition? je l'ignore, et les savants
n'en savent pas plus que moi là-dessus «_Aigre faim_, faim très vive
(homme affamé)», dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie
dite _aiglefin_, et les escrocs ne sont pas moins affamés d'argent que
d'autre chose.

AIGUILLE, s. f. Clé,--dans l'argot des voleurs.

AILE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens, l'homme étant considéré
par eux comme une oie.

On dit aussi _Aileron_.

AIMANT, s. m. Embarras, manières, _épate_. Même argot.

_Faire de l'aimant._ Faire des embarras, protester hypocritement de son
amitié pour quelqu'un, afin de l'_attirer_ à soi.

AIMER A CRÉDIT, s. a. Être l'amant de cœur d'une femme entretenue,--dans
l'argot de Breda-Street, où cependant,

    «Tout en chantant Schubert et Webre,
    On en vient à réaliser
    L'application de l'algèbre
    A l'amour, à l'âme, au baiser.»

On dit aussi _Aimer à l'œil_.

AIMER QUELQU'UN COMME SES PETITS BOYAUX, v. a. l'aimer
extrêmement.--Argot du peuple.

On dit aussi _Aimer quelqu'un comme la prunelle de ses yeux_.

A LA CLÉ. Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent
fréquemment leur chef d'orchestre leur dire: «Il y a trois dièzes ou
trois bémols à la clé,» et qui ont retenu l'expression sans en comprendre
le sens exact. Ainsi: _Il y a des femmes_, ou _des côtelettes à la clé_,
signifie simplement: Il y a des femmes,--ou des côtelettes.

ALARMISTE, s. m. Chien de garde. Argot des voleurs.

ALÈNES, s. f. pl. Outils de voleur, en général,--sans doute à cause de
leur forme subulée.

ALENTOIR, adv. Aux environs, _alentour_. Argot des voleurs.

ALIGNER, v. n. Mettre le couvert,--dans l'argot des francs-maçons.

ALIGNER (S'). Se battre en duel,--dans l'argot des troupiers.

ALLER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on s'en va
aussi vite que les roses.

ALLER A LA CHASSE AVEC UN FUSIL DE TOILE, v. n. Mendier, porter la
besace. Argot du peuple.

ALLER A LA COUR DES AIDES. Se dit d'une femme qui trompe son mari en
faveur d'un ou de plusieurs amants.

L'expression date de l'_Histoire comique de Francion_.

ALLER A L'ARCHE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des voyous.

ALLER A LA RETAPE, v. n. Attendre quelqu'un sur une route pour
l'assassiner. Argot des prisons.

ALLER A L'ASTIC. Astiquer son fourniment. Argot des soldats.

ALLER A NIORT, v. a. _Nier_,--dans l'argot des voleurs, qui semblent
avoir lu les _Contes d'Eutrapel_.

ALLER A SES AFFAIRES. Ce que les Hébreux appellent _hesich raglaw_, les
Anglais _to shit_, les Espagnols _cagar_, les Flamands _schijten_, les
Italiens _cacare_, et les Grecs [grec: chezein].

«Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires, la chaise percée,
et brevet d'affaires le privilège d'entrer dans le lieu où le roi est sur
sa chaise d'affaires.»

ALLER AU CARREAU, v. n. Aller pour se faire engager,--dans l'argot des
musiciens de barrières, qui chaque dimanche ont l'habitude de se réunir
sur le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs d'orchestre
savent les rencontrer.

ALLER AU PERSIL. Sortir pendant le jour, aller se promener,--dans l'argot
des filles libres, qui, à leur costume de grisettes d'opéra-comique,
ajoutent l'indispensable petit panier pour avoir l'air d'acheter... rien
du tout, le persil se donnant pour rien chez les fruitières, mais en
réalité pour se faire suivre par les flâneurs amoureux.

On dit également: _Cueillir du persil_ et _Persiller_.

ALLER AU POT. Prendre dans des dominos restants. Argot des joueurs.

On dit aussi _Fouiller au pot_.

ALLER AU SAFRAN, v. n. Manger son bien,--dans l'argot des bourgeois qui
disent cela depuis longtemps.

ALLER AU TROT, v. n. Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'une fille en
toilette de combat qui va «faire le boulevard».

ALLER AU VICE. Hanter les mauvais lieux,--dans l'argot des bourgeois.

ALLER AUX PRUNEAUX. Plaisanterie qu'on fait à l'hôpital, à tout nouveau
venu qui paraît un peu naïf; elle consiste à l'engager à aller demander
son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu'on désigne.
Celui qui a l'imprudence d'aller aux pruneaux est alors accueilli à coups
de traversin, comme l'innocent qui va le 1er avril chez l'épicier
chercher de l'huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

ALLER DE SA LARME (Y). Ne pas craindre de se montrer ému, au théâtre ou
dans la vie, à propos d'un événement touchant, réel ou fictif. Argot des
gens de lettres et des faubouriens.

ALLER EN RABATTANT. Vieillir, sentir ses forces s'épuiser. Argot du
peuple.

ALLER FAIRE FAIRE (S'). Expression injurieuse--de l'argot des bourgeois
par laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui vous gêne ou vous ennuie.
Le second verbe _faire_ en remplace un autre qui est tantôt _paître_,
tantôt un autre plus énergique.

ALLER OÙ LE ROI VA A PIED. V. Aller à ses affaires dans l'argot du
peuple.

C'est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement
par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d'affaires.

ALLER QUE D'UNE FESSE (N'). Se dit--dans le même argot--de quelqu'un qui
n'est pas très bien portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas à
souhait de celui qui l'a entreprise.

C'est l'ancienne expression, plus noble: _N'aller que d'une aile_.

ALLER SON PETIT BONHOMME DE CHEMIN. Aller doucement; se conduire
prudemment--pour aller longtemps.

ALLER SUR UNE JAMBE (Ne pas s'en). Boire un second verre ou une seconde
bouteille,--dans l'argot des ouvriers, qui ont une manière à eux de
marcher et de faire marcher les gens.

ALLER VOIR DÉFILER LES DRAGONS. Dîner par cœur, c'est-à-dire ne pas
dîner du tout,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle le temps où, ne
pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la
République, des hussards de la guillotine, et sous l'Empire des dragons
de l'Impératrice. Qui admire, dîne!

ALLER VOIR MORICAUD, v. n. Aller au Dispensaire,--dans l'argot des
filles, qui disent cela depuis une vingtaine d'années, par allusion au
nom de M. _Marécot_, sous-chef du bureau des mœurs, chargé de statuer
sur le sort des visitées, après le rapport du médecin visiteur M. Denis.

Elles disent aussi _Aller à saint_ DENIS.

Les femmes corrompues corrompent naturellement tout--jusqu'aux noms des
gens avec qui elles sont en contact.

ALLEZ DONC VOUS LAVER! Interj. de l'argot des voyous, pour signifier:
Allez-vous-en donc! vous me gênez!

On dit aussi _Allez donc vous asseoir_!

ALLIANCES, s. f. pl. Poucettes avec lesquelles les gendarmes joignent les
mains des malfaiteurs pour gêner leurs mouvements.

ALLONGER (S'). Payer, _se fendre_,--dans l'argot des faubouriens.

ALLUMÉ (Être). Être sur la pente de l'ivresse, soit parce qu'on a bu plus
que de raison, soit parce qu'on a trop regardé une jolie fille. Même
argot.

ALLUMER, v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

ALLUMER, v. a. Provoquer l'admiration; jeter le trouble dans le cœur
d'un homme, comme font certaines femmes avec certains regards.

Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands
forains pour exciter la curiosité des badauds.

L'expression est vieille.

ALLUMER, v. a. et n. Voir, regarder,--dans l'argot des voleurs.

_Allumer le miston._ Regarder quelqu'un sous le nez.

_Allumer ses clairs._ Regarder avec attention.

ALLUMER SON PÉTROLE, v. a. S'enflammer l'imagination,--dans l'argot des
petites dames, qui savent combien l'homme est inflammable.

On dit aussi _Allumer son gaz_,--ce qui, en effet, est une manière de
prendre feu.

ALLUMEUR, s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères,--dans
l'argot des habitués de l'hôtel Drouot.

ALLUMEUSE, s. f. _Marcheuse_, dans l'argot des filles.

ALPAGA, s. m. Habit, dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

ALPHONSE, s. m. Nom d'homme qui est devenu--dans l'argot des
filles--celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer
et payer par elles.

ALPIOU, s. m. Homme qui triche au jeu,--par allusion au nom donné
autrefois à la marque que l'on faisait à sa carte en jouant à la
bassette.

ALTÈQUE, ad. Beau, brave, excellent,--dans l'argot des voleurs, qui ont
emprunté ce mot (_altus_) à Virgile.

AMADOU, s. m. «C'est dequoy les argotiers se frottent pour se faire
devenir jaunes et paraistre malades,»--c'est-à-dire pour amadouer et
tromper les bonnes âmes.

AMADOU, s. et adj. Homme qui prend aisément feu--afin d'être aimé,
_amatus_. Argot du peuple.

AMADOUAGE, s. m. Mariage--dans l'argot des voleurs.

AMADOUÉ, s. m. Homme marié.

AMADOUER (S') v. réfl. Se grimer pour tromper. Même argot.

AMANDES DE PAIN D'ÉPICE, s. f. pl. Dents noires et rares. Argot des
faubouriens.

L'expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le
soir de la 1re représentation du _Cotillon_, au Vaudeville, avait
cassé trois dents à un quidam.

AMANT DE CARTON, s. m. Amant sans conséquence,--dans l'argot des petites
dames.

AMANT DE COEUR, s. m. Jeune monsieur qui aime une jeune dame aimée de
plusieurs autres messieurs, et qui, le sachant, ne s'en fâche
pas,--trouvant au contraire très glorieux d'avoir pour rien ce que ses
rivaux achètent très cher. C'est une variété du Greluchon au XVIIIe
siècle.

On disait autrefois: _Ami de cœur_.

AMATEUR, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers.

AMATEUR, s. m. Homme du monde qui ne fait pas payer sa _copie_. Argot des
gens de lettres.

AMBASSADEUR, s. m. Cordonnier--dans l'argot des voyous.

Se dit aussi pour Souteneur de filles.

AMBES, s. f. pl. Les jambes--dans l'argot des voleurs, qui serrent de
près une étymologie: [grec: amphô] en grec, _ambo_ en latin, d'où
_ambes_ dans l'ancien langage français,--trois mots qui ont la même
signification, _deux_: les jambes vont par paire.

AMBIER, v. n. Fuir, jouer des _ambes_.

AMÉRICAIN, s. m. Compère du _jardinier_ dans le vol appelé _charriage_.

AMÉRICAINE, s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des
carrossiers.

AMICABLEMENT, adv. Avec plaisir, affectueusement, de bonne amitié,--dans
l'argot du peuple, dont les bourgeois auraient tort de rire. Je ne
conseille à personne de cesser de prononcer _amicalement_; mais je trouve
qu'en prononçant _amicablement_, les ouvriers serrent de plus près
l'étymologie, qui est _amicabilis_, amicable. _Amicabilem operam dare_,
dit Plaute, qui me rend un service d'ami en venant ainsi à la rescousse.

AMIS COMME COCHONS, s. m. pl. Inséparables.

AMITEUX, adj. Amical, aimable, doux, bon.

AMOCHER, v. a. Blesser, meurtrir. Argot des faubouriens.

_S'amocher la gueule._ Se meurtrir mutuellement le visage à coups de
poing.

AMOUR D'HOMME, s. m. Homme dont raffolent les femmes--dans l'argot de
Breda-Street, où M. Taine devrait bien aller faire son cours
d'esthétique, car on y a des idées biscornues sur la beauté et sur
l'amour.

AMUNCHE, s. m. Ami,--dans l'argot des voleurs.

AMUSATIF, adj. Drôle, plaisant, _amusant_,--dans l'argot des faubouriens.

AMUSER A LA MOUTARDE (S'), v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou
de sa besogne par des niaiseries, des frivolités--dans l'argot du peuple,
qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.

ANCIEN, s. m. Élève de première promotion,--dans l'argot des
Saint-Cyriens et des Polytechniciens.

ANDALOUSERIE, s. f. Romance mi-cavalière, mi-sentimentale, comme on en
chante dans les cafés-concerts, et où il est toujours question du «beau
ciel de l'Andalousie», des «beaux yeux des brunes Andalouses», et où le
héros s'appelle toujours Pédro et l'héroïne Paquita. Argot des bourgeois.

ANDOUILLE, s. m. Homme sans caractère, sans énergie,--dans l'argot du
peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

ANGE GARDIEN, s. m. Homme dont le métier--découvert, ou tout au moins
signalé pour la première fois par Privat d'Anglemont--consiste à
reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur éviter le désagrément
d'être écrasés ou dévalises--par d'autres.

ANGLAIS, s. m. Créancier,--dans l'argot des filles et des bohèmes, pour
qui tout homme à qui l'on doit est un ennemi.

Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu'il se trouve dans
Marot; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l'oubli
pendant près de trois cents ans, puisqu'il ne paraît être en usage à
Paris que depuis une trentaine d'années.

ANGLAIS, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames, qui donnent
ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu'il soit né sur
les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur
manière des pages nombreuses à notre livre des _Victoires et Conquêtes_.

ANGLAIS (Avoir ses). Avoir ses _menses_,--dans l'argot des filles, qui
font ainsi allusion à la couleur de l'uniforme des soldats d'Albion.

Elles disent aussi: _Les Anglais ont débarqué_.

ANGLAISE, s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans un dîner.
Argot des saltimbanques.

_Faire une anglaise._ Payer chacun son écot.

ANGLAISE, s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun
et à garder pour soi les faces; un second prend les piles qui restent et
rejette, etc.

_Jouer à l'anglaise._ Jouer aux sous.

ANGLUCE, s. f. Oie,--dans l'argot des voleurs.

ANGOULÊME, s. f. La bouche--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce
mot à l'argot du peuple, par corruption du verbe français _engouler_,
avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion
plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de
goinfrerie de la capitale de l'Angoumois.

ANGUILLE, s. f. Ceinture,--dans l'argot des voleurs.

ANGUILLE, s. f. Fouet à sabot,--dans l'argot des enfants.

ANONCHALI, adj. Découragé, abattu par l'ennui ou le chagrin--dans l'argot
du peuple, fidèle à la tradition du vieux langage.

ANSE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens.

_Offrir son anse._ Offrir son bras.

_Faire le panier à deux anses._ Se promener avec une femme à chaque bras.

ANSES, s. f. pl. Oreilles,--parce qu'elles sont de chaque côté de la tête
comme les anses de chaque côté d'un pot.

ANTIF, s. m. Marche,--dans l'argot des voleurs.

_Battre l'antif._ Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.

ANTIFFE, s. f. Eglise,--dans le même argot.

On dit aussi _Antiffle_ et _Antonne_.

ANTIFFLER, v. n. Se marier à l'église.

ANTIPATHER, v. a. Avoir de l'aversion, de l'antipathie pour quelqu'un ou
pour quelque chose. Argot des lorettes et des bourgeoises.

Le mot est de Gavarni.

ANTIQUE, s. m. Élève qui sort de l'Ecole. Argot des Polytechniciens.

ANTONISME, s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre
Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d'_Antony_, et
qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du
sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie,
combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages
aujourd'hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme
il y a eu des voltigeurs de la Charte.

ANTONY, s. m. Un nom d'homme qui est devenu un type, celui des faux
poitrinaires et des poètes incompris.

APASCLINER (S'), v. réfl. S'acclimater,--dans l'argot des voleurs.

(V. _Paclin_.)

APIC, s. m. Ail,--dans le même argot.

APLOMBER, v. a. Étonner, étourdir par son aplomb. Même argot.

APOPLEXIE DE TEMPLIER, s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion
exagérée de liquide capiteux. Argot du peuple.

APOTHICAIRE SANS SUCRE, s. m. Ouvrier qui est mal outillé; marchand qui
est mal fourni des choses qui concernent son commerce.

APÔTRES, s. m. pl. Les doigts de la main,--dans l'argot des voleurs, qui
font semblant d'ignorer que les disciples du Christ étaient douze.

APPAREILLER, v. n. Sortir, se promener,--dans l'argot des marins.

APPAS, s. m. pl. Gorge de femme,--dans l'argot des bourgeois.

APPELER AZOR, v. a. Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des
comédiens.

APPLIQUE, s. f. Partie de décors qui se place à l'entrée des coulisses,
sur les portants. Même argot.

APPRENTI, s. m. Premier grade de la maçonnerie symbolique.

APPRENTIF, s. m. Jeune garçon qui apprend un métier,--dans l'argot du
peuple, fidèle à l'étymologie (_Apprehendivus_) et à la tradition:
«Aprentif jugleor et escrivain marri,» dit le _Roman de Berte_.

APPUYER, v. a. et n. Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur
la scène. Argot des coulisses. (V. _Charger_.)

APPUYER SUR LA CHANTERELLE, v. n. Toucher quelqu'un où le bât le blesse;
prendre la cigale par l'aile: insister maladroitement sur une chose
douloureuse, souligner une recommandation. Argot du peuple.

AQUIGER, v. a. Prendre,--dans l'argot des faubouriens.

Cependant ils disent plus volontiers _quiger_, et quelquefois ils
étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

AQUIGER, v. a. Battre, blesser,--dans l'argot des voleurs.

AQUIGER, v. a. Faire,--dans le même argot.

_Aquiger les brêmes._ Faire une marque aux cartes à jouer, pour les
reconnaître et les filer au besoin.

ARABE, s. et adj. Homme dur, inexorable,--dans l'argot du peuple, qui se
sert de cette expression depuis plus d'un siècle.

ARBALÈTE, s. f. Croix de femme, dite à la _Jeannette_. Argot des voleurs.

_Arbalète d'antonne._ Croix d'église.

Ils disent aussi _Arbalète de chique_, _arbalète de priante_.

ARBIF, s. m. Homme violent, en colère, qui _se rebiffe_. Même argot.

ARCASIEN ou ARCASINEUR, s. m. Voleur qui se sert de l'_arcat_ pour
escroquer de l'argent aux personnes timides autant que simples.

On dit aussi _Arcase_.

ARCAT, s. m. Escroquerie commise au moyen _de lettres de Jérusalem_. (V.
ce mot.)

ARCHE DE NOÉ, s. f. L'Académie française,--dans l'argot des faubouriens,
qui ne se doutent pas qu'ils se permettent une impertinence inventée par
Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève pour moins que cela.

ARCHIPOINTU, s. m. Archevêque.--dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé
plaisant de travestir ainsi le mot _archi-épiscopus_.

ARCHI-SUPPÔT DE L'ARGOT, s. m. Docteur ès filouteries.

ARÇONNER, v. a. Parler à quelqu'un, l'apostropher, le forcer à répondre.
Argot des voleurs.

Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en
l'écrivant ainsi: _arresoner_; je l'ai cherché en vain dans les
dictionnaires. D'un autre côté, les voleurs disent: _Faire l'arçon_, pour
signifier: Faire le signal de reconnaissance ou d'avertissement, qui est,
paraît-il, le bruit d'un crachement et le dessin d'un C sur la joue
droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

ARCPINCER ou ARQUEPINCER, v. a. Prendre, saisir quelqu'un ou quelque
chose. Argot des faubouriens.

ARDENT, s. m. Chandelle,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté
cette expression, avec tant d'autres, à l'argot des Précieuses.

ARDENTS, s. m. pl. Les yeux,--dans le même argot.

ARGENT MIGNON, s. m. Argent destiné à satisfaire des curiosités ou des
vanités,--dans l'argot des bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire,
et qui, plutôt que de s'en passer, le demanderaient à d'autres qu'à leur
mari.

ARGOT, s. m. Imbécile,--dans le langage des voleurs.

ARGOTIER, s. m. Voleur,--dont l'_argot_ est la langue naturelle.

ARGUCHE, s. m. Argot.

_Arguche_, _arguce_, argutie. Nous sommes bien près de l'étymologie
véritable de ce mot tant controversé: nous _brûlons_, comme disent les
enfants.

ARGUEMINE, s. f. Main,--dans l'argot des voleurs.

ARISTO, s. des deux g. Apocope d'_Aristocrate_, qui, depuis 1848,
signifie Bourgeois. Réactionnaire, etc.,--dans l'argot des faubouriens,
qui ne se doutent pas que ce mot signifie le _meilleur_, l'_excellent_,
[grec: aristos].

Ils disent _aristo_ pour aristocrate, comme sous la Fronde les
pamphlétaires disaient _Maza_ pour Mazarin.

ARLEQUIN, s. m. Plat à l'usage des pauvres, et qui, composé de la
desserte des tables des riches, offre une grande variété d'aliments
réunis, depuis le morceau de nougat jusqu'à la tête de maquereau. C'est
une sorte de carte d'échantillons culinaires.

ARMÉE ROULANTE, s. f. La chaîne des forçats,--supprimée depuis une
cinquantaine d'années.

ARNACHE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.

ARNACHE, s. f. Tromperie, trahison, dans l'argot des voyous.

_A l'arnache._ En trompant de toute manière.

_Être à l'arnache._ Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser
tromper par eux.

ARNAU, s. m. Mauvaise humeur,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

C'est une contraction de _Renauder_.

ARNELLE, n. de l. Rouen,--dans l'argot des voleurs.

ARNELLERIE, s. f. Rouennerie.

ARPAGAR, n. de l. Arpajon, près Paris,--dans le même argot.

ARPIONS, s. m. pl. Les pieds de l'homme, considérés--dans l'argot des
faubouriens--comme griffes d'oiseau, à cause de leurs ongles que les gens
malpropres ne coupent pas souvent.

ARQUER (S'). Se courber en vieillissant. Argot du peuple.

ARRACHER DU CHIENDENT, v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime,--dans
l'argot des voleurs, qui n'exercent ordinairement que dans les lieux
déserts.

ARRACHER SON COPEAU, v. a. Travailler courageusement, faire n'importe
quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.

ARRÊTER LES FRAIS, v. a. Interrompre un récit; laisser une affaire en
train; renoncer à poursuivre une entreprise au bout de laquelle on ne
voit que de l'ennui. Argot du peuple.

ARROSER SES GALONS, v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est
reçu sous-officier. Argot des soldats.

ARROSER UN CRÉANCIER, v. a. Lui donner un acompte,--dans l'argot des
bohèmes, assez mauvais jardiniers.

ARROSEUR DE VERDOUZE, s. m. Jardinier, dans l'argot des voleurs.

ARSENAL, s. m. Arsenic,--dans le même argot.

ARSOUILLE, s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son
langage. Argot du peuple.

_Milord L'Arsouille._ Tout homme riche qui fait des excentricités
crapuleuses.

ARSOUILLER, v. a. et n. _Engueuler_,--dans l'argot des faubouriens.

ARTHUR. Amant de cœur,--dans l'argot de Breda-Street.

ARTHURINE, s. f. Femme légère,--la femelle naturelle de l'Arthur. Argot
du peuple.

ARTICLIER, s. m. Homme de lettres parqué dans la spécialité des articles
de petits journaux.

Le mot a été créé par H. de Balzac.

ARTIE, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs, d'aujourd'hui et
d'autrefois, ainsi qu'il résulte du livre d'Olivier Chéreau, _le Langage
de l'Argot réformé_, publié au XVIe siècle.

_Artie de Meulan._ Pain blanc.

_Artie de Gros-Guillaume._ Pain noir.

_Artie de Grimault._ Pain chanci.

On dit aussi _Arton_ et _Lartie_.

ARTILLEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de _canons_. Argot des
ouvriers.

ARTILLEUR A GENOUX, s. m. Infirmier militaire,--dans l'argot du peuple,
qui a entendu parler des _mousquetaires à genoux_ des siècles précédents.

On dit aussi _Artilleur de la pièce humide_.

ARTISTE, s. m. Médecin vétérinaire,--dans l'argot des faubouriens et des
paysans.

ARTON. V. _Artie_.

AS DE CARREAU, s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme.

On l'appelle aussi _Azor_,--à cause de la peau de chien qui le recouvre.

AS DE CARREAU, s. m. Le ruban de la Légion d'honneur,--dans l'argot des
voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.

ASINVER, v. a. Abêtir quelqu'un,--dans l'argot des voleurs, pour qui les
honnêtes gens sont des _sinves_.

ASPERGE MONTÉE, s. f. Personne d'une grandeur démesurée et, avec cela,
maigre. Argot du peuple.

ASPIC, s. m. Avare,--dans l'argot des voleurs.

ASPIC, s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.

ASSEOIR (S'). Tomber.

_Envoyer quelqu'un s'asseoir._ Le renverser, le jeter à terre. Signifie
aussi se débarrasser de lui, le congédier.

ASSISTER, v. a. Porter le _pagne_ à un détenu,--dans l'argot des voleurs
et des filles.

ASSOCIÉE, s. f. Femme légitime. Argot des typographes.

ASSOMMOIR, s. m. Nom d'un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de
tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés
qui le tuent,--sans remarquer l'éloquence sinistre de cette métaphore,
que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant
pour désigner un gourdin sous le nom de _vin de Champagne_.

ASTEC, s. m. Avorton, homme chétif,--dans l'argot du peuple. Adversaire
méprisable,--dans l'argot des gens de lettres.

C'est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces
petits monstres mexicains exhibés sous le nom d'_Aztecs_.

ASTIC, s. f. Epée,--dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas que
ce mot vient de l'allemand _stich_, chose pointue, dont on a fait
_estic_, puis _astic_, et même _asti_.

ASTIC, s. m. Tripoli,--dans l'argot des troupiers, qui s'en servent avec
un mélange de savon, d'eau-de-vie et de blanc d'Espagne, pour nettoyer
les cuivres de leur fourniment.

D'où _Aller à l'astic_.

ASTICOT, s. m. Vermicelle,--dans l'argot des faubouriens.

ASTICOTER, v. a. Harceler quelqu'un, le contrarier, le piquer par des
injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un
mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

ASTIQUER (S'), v. réfl. Se chamailler de paroles avant d'en venir aux
voies de fait.

On dit aussi _Astiquer quelqu'un_, dans le sens d'Agacer.

ATELIER, s. m. L'endroit où l'on se réunit--dans l'argot des
francs-maçons.

ATIGER, v. a. Blesser quelqu'un avec une arme quelconque. Argot des
prisons.

ATOUSER, v. a. Encourager quelqu'un, lui donner de l'_atout_. Même argot.

ATOUT, s. m. Courage,--parce que souvent au jeu de cartes, l'atout c'est
du cœur.

ATOUT, s. m. Aplomb, acquis, assurance,--dans l'argot du peuple qui sait
par expérience que les gens de _cœur_ marchent volontiers le front haut,
comme défiant les lâches.

ATOUT, s. m. Coup plus ou moins grave que l'on reçoit en
jouant--maladroitement--des poings avec quelqu'un.

ATOUT, s. m. Estomac,--dans l'argot des voleurs.

ATOUT, s. m. Argent, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi capacités, talents.

A TOUT CASSER. Extrêmement,--dans l'argot du peuple.

ATTACHE, s. f. Boucle,--dans l'argot des voleurs.

_Attaches d'huile._ Boucles de souliers en argent.

_Attaches d'Orient._ Boucles en or.

ATTAQUE (Être d'). v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage,
de la résolution dans une affaire. Argot du peuple.

_Y aller d'attaque._ Commencer une chose avec empressement, avec
enthousiasme.

ATTENDRIR (S'), v. réfl. Arriver à cette période de l'ivresse où l'on
sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des
faubouriens.

ATTRAPE, s. f. Plaisanterie, mensonge,--dans l'argot du peuple, qui
disait cela du temps de Calvin.

On dit aussi _Graine d'attrape_.

ATTRAPER, v. a. _Engueuler_,--dans le même argot.

_Se faire attraper._ Recevoir, sans l'avoir demandée, une bordée
d'injures poissardes.

ATTRAPER, v. a. _Éreinter_ un livre ou un confrère. Argot des
journalistes.

ATTRAPER, v. a. Siffler. Argot des coulisses.

_Se faire attraper._ Recevoir des pommes crues et des sifflets.

ATTRAPER L'OGNON, v. a. Recevoir un coup destiné à un autre; payer pour
ceux qui ont oublié leur bourse, argot des faubouriens.

On dit aussi _Attraper le haricot_ ou _la fève_,--sans doute par allusion
au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met
celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.

ATTRAPE-SCIENCE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.

ATTRIMER, v. a. Prendre, Saisir. Argot des voleurs.

ATTRIQUER, v. a. Acheter des effets volés.

ATTRIQUEUSE, s. f. Femme qui achète des objets volés.

AUBERT, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs qui connaissent leur
Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des
_hauberts_, comme les enfants avec les _loques_ de cuivre.

AUTEL, s. m. La table devant laquelle est assis le vénérable. Argot des
francs-maçons.

AUTEL DE PLUME, s. m. Le lit,--dans l'argot du peuple, qui dit cela
depuis longtemps, comme le témoigne ce couplet d'une vieille chanson que
nos grand'mères chantaient, en s'accompagnant de l'épinette, sur l'air de
_Le démon malicieux et fin_:

    «A Damon vous avez tout permis
    Pour l'hymen qu'il vous avait promis;
    Mais, Iris, savez-vous la coutume?
    Avez-vous pu l'en croire à son serment?
    Ceux que l'on fait sur un autel de plume
    Sont aussitôt emportés par le vent!»

AUTEUR, s. m. Père ou mère,--dans l'argot des faubouriens et des
vaudevillistes.

AUTEUR BEURRIER, s. m. Ecrivain dont les productions ne se vendent pas en
livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l'épicier, qui
en enveloppent leurs produits.

AUTOMÉDON, s. m. Cocher,--dans l'argot des académiciens et des
vaudevillistes de l'école Scribe, qui se souviennent de l'écuyer
d'Achille.

AUTOR ET D'ACHAR (D'). Apocope d'_Autorité_ et d'_Acharnement_, qu'on
emploie,--dans l'argot des faubouriens,--pour signifier: Vivement, sans
répliquer, en grande hâte.

AUTRE PAIRE DE MANCHES (C'est une). C'est une autre affaire.

Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.

AUVERPIN, s. m. Auvergnat,--dans l'argot des faubouriens, qui donnent ce
nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.

AVALÉ LE PÉPIN (Avoir). Être enceinte,--par allusion à la fameuse pomme
dans laquelle on prétend que notre mère Eve a mordu.

AVALER DES COULEUVRES, v. a. Eprouver des déceptions; essuyer des
mortifications. Argot du peuple.

AVALER LE LURON, v. a. Communier,--dans l'argot des voleurs, qui
appellent la sainte hostie _le luron_, sans doute après l'avoir appelée
_le Rond_.

AVALER SA CUILLER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Avaler sa fourchette_, _avaler sa gaffe_ et _avaler sa
langue_.

AVALER SON POUSSIN, v. a. Recevoir une réprimande, être congédié. Argot
des peintres en bâtiment.

AVALÉ UNE CHAISE PERCÉE (Avoir). Se dit dans l'argot des faubouriens,--à
propos de quiconque a l'haleine homicide.

AVALOIR, s. m., ou AVALOIRE, s. f. Le gosier,--dans l'argot des
faubouriens, dont les pères ont chanté:

    «Lorsque la cruelle Atropos
    Aura tranché mon avaloire,
    Qu'on dise une chanson à boire!»


AVANTAGES, s. m. pl. La gorge des femmes,--dans l'argot des bourgeois.

AVANT-COURRIER, s. m. Mèche anglaise à percer. Argot des voleurs.

AVANT-SCÈNES, s. f. pl. La poitrine, lorsqu'elle fait un peu saillie en
avant du buste,--dans l'argot des petites dames.

Balzac a dit _Avant-cœur_.

AVEINDRE, v. a. Aller prendre un objet placé sur un meuble quelconque,
mais un peu élevé,--dans l'argot du peuple qui a parfois l'honneur de
parler comme Montaigne.

Je sais bien que Montaigne se souciait peu d'écrire correctement; en tout
cas, il avait raison, et le peuple aussi, d'employer ce verbe--que ne
peut pas du tout remplacer _atteindre_,--car il vient bel et bien
d'_advenire_.

AVÈNE, s. f. Avoine,--dans l'argot des faubouriens, qui s'obstinent à
parler plus correctement le français que les gens du bel air: _Avène_ ne
vient-il pas d'_avena_.

AVERGOT, s. m. OEuf,--dans l'argot des voleurs.

AVERTINEUX, adj. m. Homme difficile à vivre, d'un caractère ombrageux à
l'excès,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'_avertineux_
vient d'_avertin_, et qu'_avertin_ vient d'_avertere_ (_a_ indiquant
éloignement et _vertere_, tourner), «mal qui détourne l'esprit».

AVESPRIR, v. n. Faire nuit,--dans le même argot, où l'on retrouve une
multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. _Avesprir!_
Vous voyez aussitôt se lever à l'horizon l'Etoile de Vénus,--_Vesper_ est
venu!

AVOCAT BÉCHEUR, s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou
présents. Argot des typographes.

C'est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

AVOINE, s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l'exciter. Argot des
charretiers.

AVOIR A LA BONNE, v. a. Avoir de l'amitié ou de l'amour pour quelqu'un.
Argot du peuple.

AVOIR CELUI, v. a. Avoir l'honneur de...,--dans l'argot des bourgeois.

AVOIR DE CE QUI SONNE. Être riche,--dans l'argot du peuple.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

AVOIR DANS LE NEZ, v. a. Ne pas pouvoir _sentir_ quelqu'un ou quelque
chose.

AVOIR DANS LE VENTRE. Être capable de...,--dans l'argot des gens de
lettres.

AVOIR DE BEAUX CHEVEUX, v. a. Se dit ironiquement de quelqu'un qui est
mal mis, ou de quelque chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.

AVOIR DE LA CHANCE AU BATONNET, v. a. N'être pas heureux en affaires ou
en amour. Ironiq.--Argot des faubouriens.

On dit aussi _Pas de chance au bâtonnet_!

AVOIR DE L'ANIS DANS UNE ÉCOPE. Façon de parler ironique, du même argot,
où on l'emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir
impossible à satisfaire. _T'auras d'l'anis dans une écope_ équivaut à _Du
vent_!

AVOIR DES AS DANS SON JEU, v. n. Avoir du bonheur, de la chance dans ses
entreprises. Argot du peuple.

_N'avoir plus d'as dans son jeu._ Avoir tout perdu, famille, affection,
fortune, en être réduit à mourir.

AVOIR DES MOTS AVEC QUELQU'UN, v. a. Se fâcher avec lui.

_Avoir des mots avec la Justice._ Être traduit en police correctionnelle.

AVOIR DU BEURRE SUR LA TÊTE, v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou
moins graves,--dans l'argot des voleurs, qui ont certainement entendu
citer le proverbe juif: «Si vous avez du beurre sur la tête, n'allez pas
au soleil: il fond et tache.»

AVOIR DU CHIEN DANS LE VENTRE. v. a. Être hardi, entreprenant, téméraire,
fou même, comme un chien enragé. Argot du peuple.

AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE. Avoir des économies ou des rentes. Argot
des bourgeois.

AVOIR DU SABLE DANS LES YEUX. Avoir envie de dormir.

On dit aussi: _Le marchand de sable a passé._

AVOIR LAISSÉ LE POT DE CHAMBRE DANS LA COMMODE. Avoir l'haleine homicide.
Argot des voyous.

AVOIR LE BRAS LONG. Être en position de rendre des services importants,
de protéger des inférieurs et même des égaux.

AVOIR LE COMPAS DANS L'OEIL, v. a. Voir juste; calculer exactement;
apprécier sainement.

AVOIR LE CASQUE, v. a. Avoir un caprice pour un homme,--dans l'argot des
filles.

AVOIR LE FRONT DANS LE COU. Être chauve comme l'Occasion,--dans l'argot
des faubouriens.

AVOIR LE POUCE ROND, v. a. Être adroit,--dans l'argot du peuple, qui a
constaté depuis longtemps l'adresse avec laquelle les voleurs mettent le
pouce sur la pièce d'argent qu'ils veulent voler.

AVOIR LES CÔTES EN LONG. Être paresseux.

On dit aussi _Avoir les côtes en long comme les loups_, qui en effet ne
peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se
retourner, ne savoir pas se retourner, c'est la grande excuse des
paresseux.

AVOIR L'ESTOMAC DANS LES MOLLETS. Avoir très grand'faim. Argot du peuple.

On dit aussi _Avoir l'estomac dans les talons_.

AVOIR L'ÉTRENNE. Être le premier à faire ou à recevoir une chose.

AVOIR L'OREILLE DE LA COUR. Être écouté avec une faveur marquée par les
juges. Argot des avocats.

AVOIR LA PEAU TROP COURTE, v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au
dieu Crépitus,--dans l'argot du peuple, qui croit que le corps humain n'a
pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l'hiatus de la
bouche se ferme, l'hiatus opposé doit s'ouvrir, d'où l'action de
_crepitare_.

AVOIR MAL AU BRÉCHET, v. n. Souffrir de l'estomac. Argot du peuple.

AVOIR MAL AUX CHEVEUX, v. n. Avoir mal à la tête, par suite d'excès
bachiques. Argot des faubouriens.

AVOIR MANGÉ DE L'OSEILLE. Être d'un abord désagréable, rébarbatif; avoir
la parole aigre, être _grincheux_. Argot du peuple.

AVOIR MANGÉ SES PIEDS. Puer de la bouche,--dans l'argot des faubouriens.

AVOIR PAS INVENTÉ LE FIL A COUPER LE BEURRE (N'). Être simple d'esprit,
et même niais.

On dit aussi _N'avoir pas inventé la poudre_.

AVOIR PAS SA LANGUE DANS SA POCHE (N'). Être prompt à la riposte; savoir
parler. Argot du peuple.

AVOIR SA CLAQUE (En). Avoir assez bu ou assez mangé, c'est-à-dire trop
mangé ou trop bu. Argot des faubouriens.

AVOIR SA CÔTELETTE, v. a. Être chaleureusement applaudi,--dans l'argot
des comédiens.

AVOIR SON CAILLOU. Commencer à se griser,--dans l'argot des faubouriens.

AVOIR SON PAIN CUIT. Être rentier,--dans l'argot du peuple. Être condamné
à mort,--dans l'argot des voleurs.

AVOIR TOUJOURS DES BOYAUX VIDES, v. a. Avoir toujours faim,--dans l'argot
du peuple.

AVOIR UNE ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND, v. a. Être fou, maniaque, distrait.
Argot de Breda-Street.

AVOIR UNE CHAMBRE A LOUER. Être un peu fou et en tout cas très
excentrique,--dans l'argot du peuple, qui suppose que la déraison peut
être produite chez l'homme par la vacuité de l'un des compartiments du
cerveau, à moins qu'il ne veuille faire allusion au _déménagement_ du bon
sens.

Signifie aussi Avoir une dent de moins.

AVOIR UNE CRAMPE AU PYLORE. Avoir grand appétit,--dans l'argot des
faubouriens.

AVOIR UNE ÉCREVISSE DANS LA TOURTE, v. a. Être fou, non à lier, mais à
éviter.

On dit aussi _Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent_, et _Avoir une
hirondelle dans le soliveau_.

AVOIR UNE TABLE D'HÔTE DANS L'ESTOMAC, manger goulûment et
insatiablement.

AVOIR VU LE LOUP. Se dit,--dans l'argot du peuple,--de toute fille qui
est devenue femme sans passer par l'église et par la mairie.

AZOR, s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens,--dans
le même argot. V. _Appeler Azor_.


  B


BABILLARD, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.

Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.

BABILLARDE, s. f. Montre.

BABILLARDS, s. f. Lettre.

On dit aussi _Babille_.

BABILLAUDIER, s. m. Libraire, vendeur de _babillards_.

BABILLER, v. a. Lire.

BABINES, s. f. pl. La bouche,--dans l'argot du peuple, pour qui sans
doute l'homme n'est qu'un singe perfectionné.

_S'en donner par les babines._ Manger abondamment et gloutonnement.

_S'en lécher les babines._ Manifester le plaisir en parlant ou en
entendant parler de quelque chose d'agréable,--bon dîner ou belle fille.

BABOUE, s. f. Grimace, mines plaisantes comme en fait la nourrice pour
amuser le nourrisson.

_Faire la baboue._ Faire la grimace.

L'expression se trouve dans Rabelais--et sur les lèvres du peuple.

BABOUIN ou BABOUA, s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui
vient à la bouche, sur les _babines_.

Le _babouin_ était autrefois une figure grotesque que les soldats
charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu'ils faisaient baiser,
comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à
n'importe quoi. On comprend qu'à force de baiser cette image, il devait
en rester quelque chose aux lèvres,--d'où, par suite d'un trope connu, le
nom est passé de la cause à l'effet.

BAC, s. m. Apocope de _Baccarat_,--dans l'argot des petites dames.

_Tailler un petit bac._ Faire une partie de baccarat.

BACCHANAL, s. m. Vacarme, tapage fait le plus souvent dans les cabarets,
lieux consacrés à _Bacchus_. Argot du peuple.

BACCON, s. m Porc,--dans l'argot des voleurs. _Bacon_, lard, dans le
vieux langage.

BACHASSE, s. f. Travaux forcés. Même argot.

BACHELIÈRE, s. f. Femme du quartier latin, juste assez savante pour
conduire un _bachot_ en Seine--et non en Sorbonne.

BACHOT, s. m. Apocope de _Baccalauréat_,--dans l'argot des collégiens.

BACHOTIER, s. m. Préparateur au baccalauréat.

BACHOTTER, v. n. Parier pour ou contre un joueur. Argot des _grecs_.

On dit aussi _Faire les bâches_.

BACHOTTEUR, s. m. Filou «chargé du deuxième rôle dans une partie jouée
ordinairement au billard. C'est lui qui arrange la partie, qui tient les
enjeux et va chercher de l'argent lorsque la dupe, après avoir vidé ses
poches, a perdu sur parole».

V. _Bête_ et _Emporteur_.

BACLER, v. a. Fermer,--dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un
vieux mot de la langue des honnêtes gens.

On dit aussi _Boucler_.

BADIGEON, s. m. Maquillage du visage,--dans l'argot du peuple.

BADIGEONNER (Se), v. réfl. Se maquiller pour paraître plus jeune.

BADIGOINCES, s. f. pl. Les lèvres, la bouche,--dans l'argot du peuple qui
a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.

_Jouer des badigoinces._ Manger ou boire.

BADOUILLARD, s. m. Coureur de bals masqués,--dans l'argot des étudiants
du temps de Louis-Philippe. Le type a disparu, mais le mot est resté.

BADOUILLE, s. f. Homme qui se laisse mener par sa femme. Argot du peuple.

BADOUILLER, v. n. Courir les bals, _faire la noce_.

BADOUILLERIE, s. f. Vie libertine et tapageuse.

BAFFRE, s. f. Coup de poing sur la figure. Argot du peuple.

BAFRER, v. n. Manger.

BAFRERIE, s. f. Action de manger avec voracité; repas copieux.

BAGNOLE, s. f. Chapeau de femme, de forme ridicule,--dans l'argot du
peuple, qui ne se doute pas que les _bagnoles_, avant de mériter son
mépris, avaient mérité l'admiration des dames de Paris en 1722.

BAGOU ou BAGOUT, s. m. Bavardage de femme; faux esprit. Argot des gens de
lettres et du peuple.

Dans l'argot du peuple. _Avoir du bagout_ équivaut à _N'avoir pas sa
langue dans sa poche_.

BAGOUL, s. m. Nom,--dans l'argot des voleurs.

BAGOULARD, s. m. Bavard.

BAGUE, s. f. Nom propre,--dans le même argot, par allusion à l'habitude
qu'on a de faire graver son nom à l'intérieur des anneaux de mariage.

BAGUENAUDE, s. f. Poche,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui y
laissent quelquefois _flâner_ de l'argent.

BAGUENAUDER, v. n. Flâner, vagabonder,--les mains dans les _poches_.
Argot du peuple.

BAHUT, s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.

BAHUT, s. m. Collège,--dans l'argot des collégiens.

Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par
extension de toute maison où il est désagréable d'aller.

_Bahut spécial._ Saint-Cyr.

BAHUTER, v. n. Faire du vacarme,--dans l'argot des Saint-Cyriens.

BAHUTEUR, s. m. Tapageur.

Se dit aussi d'un élève qui change souvent de pension.

BAIGNE-DANS-LE-BEURRE, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des
faubouriens, qui font allusion aux scombéroïdes du trottoir.

BAIGNEUSE, s. f. La tête,--dans l'argot des voleurs, qui se lavent et à
qui on lave plus souvent la tête que le reste du corps.

BAIGNEUSE, s. f. Chapeau de femme,--dans le même argot qui a conservé des
reflets de l'argot de la mode au XVIIIe siècle. _Baigneuse_ ou
_bagnole_, c'était tout un.

BAIGNOIRE A BON DIEU, s. f. Calice,--dans l'argot des voyous.

BAIN DE PIED, s. m. Excédent de café ou d'eau-de-vie retenu par la
soucoupe ou dans le plateau qu'on place par précaution sous chaque
demi-tasse ou sous chaque petit verre. Il y a des gens qui boivent cela.

BAIN-MARIE, s. m. Personne d'un caractère ou d'un tempérament _tiède_.
Argot du peuple.

BAIN QUI CHAUFFE, s. m. Nuage qui menace de crever quand il fait beau
temps et que le soleil est ardent.

BAISER LE CUL DE LA VIEILLE, v. a. Ne pas faire un seul point. Argot des
joueurs.

BAJAF, s. m. Butor, gros homme qui, sous l'effort de la respiration,
gonfle ses _jaffes_ ou ses _abajoues_, comme on voudra.

Le peuple dit aussi _Gros bajaf_.

BALADE, s. f. Promenade, flânerie dans l'argot des voyous.

_Faire une balade_ ou _Se payer une balade_. Se promener.

BALADER, v. a. Choisir, chercher. Argot des voleurs.

BALADER (Se), v. réfl. Marcher sans but; flâner; et, par extension s'en
aller de quelque part, s'enfuir.

BALADEUR, s. m. Flâneur.

BALADEUSE, s. f. Fille ou femme qui préfère l'oisiveté au travail et se
faire suivre que se faire respecter.

Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.

BALAI, s. m. Agent de police,--dans l'argot des petits marchands
ambulants.

BALAI DE L'ESTOMAC (Le). Les épinards,--dans l'argot du peuple, qui
connaît aussi bien que les médecins la vertu détersive de la _Spinacia
oleracea_.

BALANCEMENT, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des employés.

BALANCER, v. a. Donner congé à quelqu'un, renvoyer un employé, un
domestique,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il emploie
là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre
langue.

On dit aussi _Envoyer à la balançoire_.

BALANCER LA TINETTE. Vider le baquet-latrine,--dans l'argot des
troupiers.

BALANCER QUELQU'UN, v. a. Le faire aller, se moquer de lui. Argot des
faubouriens.

BALANCER SA CANNE, v. a. De vagabond devenir voleur,--ce qui est une
manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l'honneur du
vice.

Signifie aussi Rompre son ban, s'évader.

BALANCER SA LARGUE, v. a. Se débarrasser de sa maîtresse,--dans l'argot
des voleurs.

BALANCER SES ALÈNES, v. a. Quitter le métier de voleur pour celui
d'honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d'assassin.

BALANCER SES CHASSES, v. a. Regarder çà et là, distraitement. Argot des
voyous.

BALANÇOIRE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût,--dans l'argot des
coulisses et du peuple.

_Envoyer à la balançoire._ Se débarrasser de quelqu'un qui ennuie ou qui
gêne.

BALANÇON, s. m. Marteau de fer,--dans l'argot des voleurs.

BALANDRIN, s. m. Paquet recouvert d'une toile; petite balle portative,
dans l'argot du peuple, qui se souvient du _balandras_ que portaient ses
pères.

BALAUDER, v. n. Mendier,--dans l'argot des prisons.

BALIVERNEUR, s. m. Diseur de riens, de _balivernes_. Argot du peuple.

BALLE. s. f. Secret,--dans l'argot des voleurs.

BALLE, s. f. Visage,--dans l'argot des voyous.

_Balle d'amour._ Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments
tendres.

_Rude balle._ Visage caractéristique.

BALLE, s. f. Pièce d'un franc,--dans l'argot des faubouriens.

BALLE, s. f. Occasion, affaire,--dans l'argot du peuple

_C'était bien ma balle._ C'était bien ce qui me convenait.

_Manquer sa balle._ Perdre une occasion favorable.

BALLE DE COTON, s. f. Coup de poing.

BALLERINE, s. f. Danseuse,--dans l'argot des gandins et des journalistes
de première année. Habituée de bals publics,--dans l'argot des bourgeois.

BALLON, s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le
sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde--et de la
bêtise. Argot des faubouriens.

_Enlever le ballon à quelqu'un._ Lui donner un coup de pied dans cette
partie du corps sur laquelle on a l'habitude de s'asseoir.

BALOCHARD, s. m. Type d'un personnage de carnaval, fameux sous le règne
de Louis-Philippe, et complètement oublié aujourd'hui. Il portait un
bourgeron d'ouvrier, une ceinture rouge, un pantalon de cuirassier, et,
sur la tête, un feutre défoncé. Tel le représente Gavarni.

BALOCHER, v. n. Fréquenter les bals publics; se trémousser. Argot des
faubouriens.

BALOCHER, v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.

BALOCHER, v. n. Remuer, pendre,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à
propos des choses.

BALOCHEUR, s. m. Ouvrier qui se dérange, qui déserte l'atelier pour le
cabaret et le bastringue.

BALTHAZAR, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des étudiants, qui se
souviennent du festin biblique.

BALUCHON, s. m. Paquet, petit _ballot_. Argot des ouvriers.

BAMBINO, s. m. Enfant, gamin, _bambin_,--dans l'argot du peuple, qui
parle italien sans le savoir, et seulement pour donner à ce mot une
désinence caressante.

BAMBOCHADE, s. f. Tableau sans prétentions, représentant des scènes
gaies,--dans l'argot des artistes, qui ont conservé le souvenir de Pierre
de Laer.

BAMBOCHE, s. f. Petite débauche, de quelque nature qu'elle soit. Argot
des faubouriens.

_Être bamboche._ Être en état d'ivresse.

_Faire des bamboches._ Faire des sottises plus ou moins graves, qui
mènent en police correctionnelle ou à l'hôpital.

BAMBOCHE, s. f. Plaisanterie; chose de peu de valeur.

_Dire des bamboches._ S'amuser à dire des contes bleus aux hommes et des
contes roses aux femmes.

BAMBOCHEUR, s. m. Fainéant; ivrogne; débauché.

On dit aussi: _Bambochineur_.

BANBAN, s. des deux g. Boiteux, bancal,--dans l'argot des bourgeois, qui
emploient principalement cette onomatopée à propos d'une femme.

BANC, s. m. Lit de camp,--dans l'argot des forçats.

BANCAL, adj. Qui a une jambe plus courte que l'autre. Argot du peuple.

BANCAL, s. m. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.

BANCO! Exclamation de l'argot des joueurs de lansquenet qui signifie: Je
tiens!

_Faire banco._ Tenir les enjeux.

BANCROCHE, s. et adj. Qui a les jambes torses.

BANDE D'AIR, s. f. Frise peinte en bleu pour figurer le ciel. Argot des
coulisses.

BANDER LA CAISSE, v. a. S'en aller, s'enfuir.

BANNETTE, s. f. Tablier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté
ce mot au patois lorrain.

BANNIÈRE (Être en). Être en chemise, dans le simple appareil d'une dame
ou d'un monsieur qu'on arrache au sommeil.

BANQUE, s. f. Paye,--dans l'argot des typographes.

BANQUE, s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper,--dans
l'argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur.

_Faire une banque._ Imaginer un expédient--d'une honnêteté douteuse--pour
gagner de l'argent.

BANQUE, s. f. Tout le monde des saltimbanques, des _banquistes_.

_Truc de banque!_ Mot de passe et de ralliement qui sert d'entrée
gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On
les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d'une autre
spécialité que la leur.

BANQUET, s. m. Dîner,--dans l'argot des francs-maçons.

BANQUETTE, s. f. Menton,--dans l'argot des voyous.

BANQUISTE, s. m. Charlatan; chevalier d'industrie; faiseur. Argot du
peuple.

BAPTÊME, s. m. La tête,--dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent
de leur ondoiement.

BAPTISER LE VIN, v. a. Le noyer d'eau,--dans l'argot ironique des
cabaretiers, qui renouvellent trop souvent, à notre préjudice, le miracle
des Noces de Cana, en changeant l'eau en vin.

BAQUET, s. m. Blanchisseuse,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi: _Baquet insolent_, et l'on a raison,--car je ne connais pas
de créatures plus «fortes en gueule» que les lavandières: il semble qu'il
leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec
lesquelles elles sont en contact permanent.

BAQUET DE SCIENCE, s. m. Baquet où le cordonnier met sa poix et les
autres ingrédients de son métier. Argot du peuple.

BARAGOUINAGE, s. m. Langage incohérent, confus, incompréhensible.--dans
l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des langues étrangères.

On dit aussi _Baragouin_.

BARAGOUINER, v. n. et a. Parler bas; murmurer; marmotter.

BARAQUE, s. f. Maison où les maîtres font attention au service,--dans
l'argot des domestiques. Journal où l'on est sévère pour la copie,--dans
l'argot des aspirants journalistes.

BARAQUES A CAVAIGNAC (Les). Le no 44, dans l'argot des joueurs de loto,
dont l'allusion consacre ainsi le nombre des baraques construites en 1848
au Jardin du Luxembourg, sous la dictature du général Cavaignac.

BARBE, s. f. Ivresse,--dans l'argot des typographes.

_Avoir sa barbe._ Être ivre.

On dit aussi _Prendre une barbe_. Se griser.

BARBEAU, s. m. Souteneur de filles, homme-poisson qui sait nager entre
deux eaux, l'eau du vice et celle du vol.

BARBEAUDIER, s. m. Concierge,--dans l'argot des voleurs.

_Barbeaudier de castu._ Gardien d'hôpital.

BARBEROT, s. m. Barbier,--dans l'argot des forçats.

BARBICHON, s. m. Capucin,--dans l'argot des voyous.

BARBILLE, s. m. Souteneur de filles,--apprenti _barbeau_.

BARBILLON, s. m. Jeune souteneur de filles.

BARBILLONS DE BEAUCE, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot du peuple.

BARBILLONS DE VARENNE, s. m. pl. Navets,--dans l'argot des voleurs, qui
savent que ce légume pousse, volontiers, dans les terres sablonneuses.

Le dictionnaire d'Olivier Chéreau donne: _Babillons de varane_.

BARBISTE, s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.

BARBOT, s. m. Canard,--dans l'argot des voyous.

BARBOTE, s. f. Visite minutieuse du prisonnier à son entrée en prison.

On dit aussi _Barbot_, s. m.

BARBOTER, v. a. Fouiller; voler. Argot des voleurs.

BARBOTEUR DE CAMPAGNE, s. m. Voleur de nuit.

BARBOTIER, s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur
entrée.

BARBUE, s. f. Plume à écrire,--dans l'argot des voleurs.

BARON DE LA CRASSE, s. m. Homme gauche et ridicule en des habits qu'il
n'a pas l'habitude de porter,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de
la comédie de Poisson.

BARONIFIER, v. a. Créer quelqu'un baron,--dans l'argot du peuple, qui a
vu mousser de près la Savonnette Impériale.

BARRE, s. f. Aiguille,--dans l'argot des voleurs.

BARRÉ, adj. et s. Simple d'esprit, et même niais,--dans l'argot du
peuple, qui, sans doute, veut faire allusion à une sorte de barrage
intellectuel qui rend impropre à la _conception_.

BARRER, v. n. Abandonner son travail,--dans l'argot des marbriers de
cimetière.

_Se barrer._ S'en aller.

BARRER, v. a. Réprimander,--dans l'argot du peuple.

BARRIQUE, s. f. Bouteille ou carafe,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disaient autrefois _Gomorrhe_,--du nom d'une mesure juive qui
indiquait la quantité de manne à récolter.

BASANE, s. f. Peau du corps humain,--dans l'argot des faubouriens.

_Tanner la basane._ Battre quelqu'un.

BASANE, s. f. Amadou,--dans l'argot des voleurs.

BAS-BLEU, s. m. Femme de lettres,--dans l'argot des hommes de lettres,
qui ont emprunté ce mot (_blue stocking_) à nos voisins d'outre-Manche.

Alphonse Esquiros (_Revue des Deux Mondes_, avril 1860) donne comme
origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait
assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus.
D'un autre côté, M. Barbey d'Aurevilly (_Nain Jaune_ du 6 février 1886)
en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date
que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre?

BAS-BLEUISME, s. m. Maladie littéraire spéciale aux femmes qui ont aimé
et qui veulent le faire savoir à tout le monde.

Le mot a été créé récemment par M. Barbey d'Aurevilly.

BASCULE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des faubouriens.

BASCULER, v. a. Guillotiner.

_Être basculé._ Être exécuté.

BAS DE BUFFET, s. m. Homme ou chose de peu d'importance. Argot du peuple.

_Vieux bas de buffet._ Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a
encore des prétentions à l'attention galante des hommes.

BAS DE PLAFOND, s. m. Homme d'une taille ridiculement exiguë.

On dit aussi _Bas du cul_.

BASOURDIR, v. a. Étourdir, et, par extension naturelle, Tuer,--dans
l'argot des voleurs, qui ont dédaigné _abasourdir_ comme trop long.

_Basourdir ses gaux picantis_, ou seulement _ses gaux_. Chercher ses
poux--et les tuer.

BAS PERCÉ, s. et adj. Homme pauvre ou ruiné. Argot du peuple.

BASSE, s. m. La terre par opposition au ciel. Argot des voleurs.

BASSIN, s. m. Homme ennuyeux,--dans l'argot des filles et des
faubouriens, qui n'aiment pas à être ennuyés, les premières surtout.

On dit aussi _Bassinoire_.

BASSINANT, adj. Ennuyeux, importun, bavard.

BASSINER, v. a. Importuner.

BASSINOIRE, s. f. Grosse montre,--dans l'argot des bourgeois.

BASTIMAGE, s. m. Travail,--dans l'argot des voleurs.

BASTRINGUE, s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et
danser les dimanches et les lundis.

BASTRINGUE, s. m. Bruit, vacarme,--comme on en fait dans les cabarets et
dans les bals des barrières.

BASTRINGUE, s. m. Scie à scier les fers,--dans l'argot des prisons, où
l'on joue volontiers du violon sur les barreaux.

BASTRINGUEUSE, s. f. Habituée de bals publics.

BATACLAN, s. m. Mobilier; outils,--dans l'argot des ouvriers.

Signifie aussi bruit, vacarme.

BATAILLE DE JÉSUITES, s. f. Habitude vicieuse que prennent les écoliers
et que gardent souvent les hommes,--dans l'argot du peuple, qui a lu le
livre de Tissot.

On ajoute souvent après _Faire la bataille de Jésuites_, cette phrase:
_Se mettre cinq contre un_.

BATEAUX, s. m. pl. Souliers qui prennent l'eau. Argot des faubouriens.

BATELÉE, s. f. Une certaine quantité de gens réunis, quoique inconnus.
Argot du peuple.

BATELIER, s. m. Battoir de blanchisseuse,--dans l'argot des voleurs.

BATH, s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable,--dans l'argot de
Breda-Street.

_Bath aux pommes._ Superlatif du précédent superlatif.

Il me semble qu'on devrait écrire _Bat_, ce mot venant évidemment de
_Batif_. Le papier Bath n'est pour rien là dedans.

BATIAU, s. m. Préparation au _Salé_,--dans l'argot des typographes.

_Aligner son batiau._ S'arranger pour avoir une banque satisfaisante.

BATIF, adj. Neuf, joli,--dans l'argot des voyous.

Le féminin est _batifone_ où _bative_.

BATON CREUX, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.

BATON DE CIRE, s. m. Jambe,--dans le même argot.

BATON DE TREMPLIN, s. m. Jambe,--dans l'argot des saltimbanques.

BATOUSE, s. f. Toile,--dans l'argot des voleurs.

_Batouse toute battante._ Toile neuve.

BATOUSIER, s. m. Tisserand.

BATTAGE, s. m. Tromperie; mensonge; menée astucieuse. Argot des ouvriers.

Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à
un meuble, etc.

BATTANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.

BATTERIE, s. f. Menterie,--dans le même argot.

_Batterie douce._ Plaisanterie aimable.

BATTERIE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Batture_.

BATTERIE DE CUISINE, s. f. Les dents, la langue, le palais, le gosier.
Argot des faubouriens.

BATTEUR, s. m. Menteur; fourbe.

C'est plus spécialement le tiers qui _bat comtois pour lever le pante_.

BATTEUR D'ANTIF, s. m. Indicateur d'affaires, voleur qui ne travaille que
de la langue. Argot des prisons.

BATTOIR, s. m. Main,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert souvent pour
applaudir, et plus souvent pour _battre_.

BATTRE COMTOIS, v. n. Faire l'imbécile, le provincial,--dans l'argot des
voleurs, pour qui, à ce qu'il paraît, les habitants de la Franche-Comté
sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.

BATTRE ENTIFLE, v. n. Faire le niais. Même argot.

BATTRE JOB, v. n. Dissimuler, tromper. Même argot.

BATTRE LA CAISSE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des tambours de
la garde nationale.

BATTRE LA COUVERTE, v. a. Dormir,--dans l'argot des soldats.

BATTRE L'ANTIF, v. n. Marcher,--dans l'argot des voleurs modernes.

C'est le: _Battre l'estrade_ des voleurs d'autrefois.

Signifie aussi Espionner.

BATTRE LE BRIQUET, v. a. Cogner les jambes l'une contre l'autre en
marchant. Argot du peuple.

BATTRE LA SEMELLE, v. a. Vagabonder,--dans l'argot du peuple, qui a
peut-être lu l'_Aventurier Buscon_.

BATTRE L'OEIL (S'en). Se moquer d'une chose,--dans l'argot des
faubouriens.

L'expression a une centaine d'années, ce qui étonnera certainement
beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l'emploient.

On dit aussi, dans le même argot, _S'en battre les fesses_,--une
expression contemporaine de la précédente.

BATTRE MORASSE, v. n. Crier au voleur, pour empêcher le volé d'en faire
autant. Argot des prisons.

BATTRE SA FLÈME, v. n. Flâner,--dans l'argot des voyous.

BATTRE SON QUART, v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des
maisons mal famées,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.

BAUCE ou BAUSSE, s. m. Patron,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
C'est le _baes_ flamand.

_Bauceresse._ Patronne.

_Bauce fondu._ Ouvrier qui s'est établi, a fait de mauvaises affaires et
est redevenu ouvrier.

BAUCHER (Se), v. réfl. Se moquer, dans l'argot des voleurs.

BAUDE, s. f. Mal de Naples,--dans l'argot des voleurs parisiens.

BAUDROUILLER, v. n. Filer,--dans le même argot.

Se dit aussi pour Fouet, s. m.

BAUGE, s. f. Coffre,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas
d'emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les
leurs.

BAUGE, s. f. Ventre,--dans le même argot.

BAUME D'ACIER, s. m. Les outils du chirurgien et du dentiste,--dans
l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'ancienne pharmacopée a eu,
sous ce nom-là, un remède composé de limaille d'acier et d'acide
nitrique.

BAVARD, s. m. Avocat.

BAVARD, s. f. La bouche.--dans l'argot des voleurs.

BAVER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.

BAYAFER, v. a. Fusiller,--dans l'argot des voleurs parisiens, qui ont
emprunté cette expression aux voleurs du Midi, lesquels appellent un
pistolet un _bayafe_ ou _baillaf_, comme l'écrit M. Francisque Michel.

BAZAR, s. m. Maison où les maîtres sont exigeants,--dans l'argot des
domestiques paresseux; maison quelconque,--dans l'argot des faubouriens;
maison de filles,--dans l'argot des troupiers.

BAZAR, s. m. Ensemble d'effets mobiliers,--dans l'argot de Breda-Street.

BAZARDER, v. a. Vendre, trafiquer.

_Bazarder son mobilier._ S'en défaire, l'échanger contre un autre.

BEAU, s. m. Le _gandin_ du premier Empire, avec cette différence que,
s'il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.

_Ex-beau._ Elégant en ruines, d'âge et de fortune.

BEAU BLOND, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent
pas qu'ils font là de la mythologie grecque.

BÉBÉ, s. m. Costume d'enfant (_baby_), que les habituées des bals publics
ont adopté depuis quelques années.

BÉBÉ (Mon). Petit terme de tendresse employé depuis quelques années par
les petites dames envers leurs amants, qui en sont tout fiers,--comme
s'il y avait de quoi!

BÉBÈTE, s. f. Bête quelconque,--dans l'argot des enfants.

BEC, s. m. Bouche,--dans l'argot des petites dames.

BÉCASSE, s. f. Femme ridicule,--dans le même argot.

BÉCHER, v. a. Médire et même calomnier, dans l'argot des faubouriens, qui
ne craignent pas de donner des coups de _bec_ à la réputation du
prochain.

BÉCHEUR, s. m. Le Ministère public, l'Avocat général. Argot des voleurs.

BÉCOT, s. m. Bouche,--dans l'argot des mères et des amoureux.

Signifie aussi Baiser.

BÉCOTER, v. a. Donner des baisers.

_Se bécoter._ S'embrasser à chaque instant.

BEDON, s. m. Ventre,--dans l'argot du peuple qui sait son Rabelais par
cœur sans l'avoir lu.

BÉDOUIN, s. m. Homme dur, brutal,--dans le même argot.

BEDOUIN, s. m. Garde national de la banlieue autrefois,--dans l'argot des
voyous irrespectueux.

Ils disaient aussi _Gadouan_, _Malficelé_, _Museau_, _Offarmé_,
_Sauvage_.

BEEFSTEAK DE LA CHAMAREUSE, s. m. Saucisse plate,--dans l'argot des
faubouriens, qui savent de quelles charcuteries insuffisantes se compose
souvent le déjeuner des ouvrières.

BÈGUE, s. f Avoine,--dans l'argot des voleurs, qui savent à ce qu'il
paraît l'italien (_bavia_, _biada_).

Ils disent aussi _Grenuche_.

BÉGUIN, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.

BÉGUIN, s. m. Caprice, chose dont on _se coiffe_ volontiers l'esprit.
Argot de Breda-Street.

_Avoir un béguin pour une femme._ En être très amoureux.

_Avoir un béguin pour un homme._ Le souhaiter pour amant quand on est
femme--légère.

On disait autrefois _S'embéguiner_.

BEIGNE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple, qui
emploie ce mot depuis des siècles.

On dit aussi _Beugne_.

BÈLANT, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs, qui ne se sont pas mis
en frais d'imagination pour ce mot.

BÉLIER, s. m. Cocu,--dans l'argot des voyous, pour qui les infortunes
domestiques n'ont rien de sacré.

BELLE, s. f. Dernière partie,--dans l'argot des joueurs.

BELLE, s. f. Occasion favorable; revanche. Argot du peuple.

_Attendre sa belle._ Guetter une occasion.

_Être servi de belle._ Être arrêté à faux.

Cette dernière expression est plus spécialement de l'argot des voleurs.

BELLE À LA CHANDELLE, s. m. Femme laide, qui n'a d'éclat qu'aux lumières.
Argot du peuple.

BELLE DE NUIT, s. f. Fille qui hante les brasseries et les bals. Même
argot.

BÉNEF, s. m. Apocope de _Bénéfice_,--dans l'argot des bohèmes et du
peuple.

BENI-MOUFFETARD, s. m Habitant du faubourg Saint-Marceau,--dans l'argot
des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.

BÉNIR BAS, v. a. Donner un ou des coups de pied au derrière de
quelqu'un,--comme ferait par exemple un père brutal à qui son fils aurait
précédemment demandé, avec sa bénédiction, quelques billets de mille
francs pour courir le monde.

BÉNIR SES PIEDS, v. a. Être pendu,--dans l'argot impitoyable du peuple,
qui fait allusion aux derniers _gigottements_ d'un homme accroché
volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.

BÉNISSEUR, s. m. Père noble, dans l'argot des coulisses, où «le vertueux
Moëssard» passe pour l'acteur qui savait le mieux bénir.

BENOITON, s. m. Jeune homme du monde qui parle argot comme on fait dans
_La famille Benoiton_, pièce de M. Sardou.

BENOITON (Mme). Se dit d'une femme sans cesse absente de sa maison.

BENOITONNE, s. f. Jeune fille bien élevée qui parle la langue des
filles.

BEQ, s. m. Ouvrage,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui se partagent
souvent à quatre ou cinq un dessin fait sur quatre ou cinq _morceaux_ de
bois assemblés.

BÉQUET, s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier,--dans l'argot des
cordonniers; petit morceau de bois à graver,--dans l'argot des graveurs;
petit ajouté de copie,--dans l'argot des typographes.

BÉQUETER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui n'oublie
jamais son _bec_.

BÉQUILLARD. s. m. Vieillard,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas
précisément pour la vieillesse le même respect que les Grecs.

BÉQUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs, dont les pères ont eu
l'occasion de remarquer de près l'analogie qui existe entre ces deux
choses.

BÉQUILLER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des faubouriens.

BÉQUILLEUR, s. m. Bourreau,--probablement parce qu'il est le représentant
de la Mort, qui va PEDE CLAUDO comme la Justice.

BERBIS, s. f. Brebis,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(_vervex_, _vervecis_) et à la tradition:

    «Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline,
    Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,»

dit un poème du XIIIe siècle.

BERCEAU, s. m. Entourage de tombe,--dans l'argot des marbriers de
cimetière, qui croient que les morts ont besoin d'être abrités du soleil.

BERDOUILLE, s. f. Ventre,--dans l'argot des faubouriens.

BERGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.

BERGÈRE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des troupiers.

BERLAUDER, v. n. Flâner, aller de cabaret en cabaret. Argot des
faubouriens.

Cette expression est certainement le résultat d'une métathèse: on a dit,
on dit encore, _berlan_ pour _brelan_, _berlandier_ pour
_brelandier_,--et _berlauder_ pour _brelander_.

BERLINE DE COMMERCE, s. f. Commis marchand,--dans l'argot des voleurs.

BERLU, s. m. Aveugle, homme qui a naturellement la _berlue_. Même argot.

BERLUE, s. f. Couverture,--dans le même argot.

BERNIQUE-SANSONNET! C'est fini; il n'y a plus rien ni personne. Littré
dit «_Berniquet pour Sansonnet_: tu n'en auras pas.» C'est une variante
dans l'argot populaire.

BERRI, s. m. Hotte,--dans l'argot des chiffonniers.

BERRIBONO, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Béricain_.

BERRY, s. m. Capote d'études,--dans l'argot des polytechniciens.

BERTELO s. m. Pièce d'un franc,--dans l'argot des voleurs.

BERTRAND, s. m. Compère de filou ou de faiseur,--dans l'argot du peuple,
qui a gardé les souvenir de la légende de Robert-Macaire.

BESOUILLE, s. f. Ceinture,--dans l'argot des voleurs, qui y serrent leurs
_bezzi_, nom italien des _deniers_.

BESSONS, s. m. pl. Les deux seins,--des jumeaux en effet. Argot du
peuple.

BESTIASSE, s. m. Imbécile, plus que bête,--dans l'argot du peuple.

BESTIOLE, s. f. Petite bête, au propre et au figuré,--dans l'argot du
peuple, qui a parfois des qualificatifs caressants.

BÊTA, s. et adj. Innocent et même niais,--dans l'argot du peuple.

BÊTE, s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de
billard proposée au provincial par _l'emporteur_.

BÊTE-A-CORNES, s. f. Fourchette,--dans l'argot des voyous.

BÊTE-A-PAIN, s. f. L'homme,--dans l'argot du peuple.

BÊTE COMME SES PIEDS. Se dit,--dans l'argot populaire,--de tout individu
extrêmement bête.

BÊTE COMME UN CHOU. Extrêmement bête,--dans l'argot des bourgeois qui
calomnient cette crucifère.

BÊTE ÉPAULÉE, s. f. Fille qui, le jour de ses noces, n'a pas le droit de
porter le bouquet de fleurs d'oranger,--dans l'argot du peuple, cruel
quand il n'est pas grossier.

BÊTE NOIRE, s. f. Chose ou personne qui déplaît, que l'on craint ou que
l'on méprise. Argot des bourgeois.

_Être la bête noire de quelqu'un._ Être pour quelqu'un un objet d'ennui
ou d'effroi.

BÊTISES, s. f. pl. Grivoiseries,--dans l'argot des bourgeoises, qui
trouvent très spirituels les gens mal élevés qui en disent devant elles.

BETTANDER, v. n. Mendier,--dans l'argot des filous.

BETTERAVE, s. f. Nez d'ivrogne,--dans l'argot des faubouriens, par
allusion à la ressemblance de forme et de couleur qu'il a avec la _beta
vulgaris_.

BEUGLANT (Le). Café-concert.

BEUGLER, v. n. Pleurer,--dans l'argot du peuple.

BEURRE, s. m. Argent monnayé; profit plus ou moins licite. Argot des
faubouriens. _Faire son beurre._ Gagner beaucoup d'argent, retirer
beaucoup de profit dans une affaire quelconque.

_Y aller de son beurre._ Ne pas craindre de faire des frais, des avances,
dans une entreprise.

BEURRE (C'est un). C'est excellent, en parlant des choses, quelles
qu'elles soient. Même argot.

BEURRE DEMI-SEL, s. m. Fille ou femme qui n'est plus honnête, mais qui
n'est pas encore complètement perdu. Argot du peuple.

BEURRIER, s. m. Banquier,--dans l'argot des voleurs.

BÉZEF, adv. Beaucoup,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi en
Afrique et en ont rapporté quelques mots de la langue sabir.

BIARD, s. m. Côté,--dans l'argot des voleurs, qui voient les choses de
_biais_.

BIBARD, s. m. Vieil ivrogne, ou vieux débauché,--dans l'argot du peuple,
qui cependant ne sait pas que boire vient de _bibere_.

BIBARDER, v. n. Vieillir dans la fange, dans la misère.

BIBASSE, s. f. Vieille femme.

BIBASSERIE, s. f. Vieillesse. On dit aussi _Bibarderie_.

BIBASSIER, s. m. Vieil homme.

Signifie aussi _Ivrogne_,--le vin étant le lait des vieillards.

BIBELOT, s. m. Objet de fantaisie, qu'il est de mode, depuis une
vingtaine d'années, de placer en évidence sur une étagère. Les
porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les
laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots.

Par extension: Objet de peu de valeur.

Ce mot est une corruption de _Bimbelot_, qui signifiait à l'origine jouet
d'enfants, et formait un commerce important, celui de la _bimbeloterie_.
Aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, ce commerce est mort; ce sont les
marchands de curiosités qui ont succédé aux _bimbelotiers_.

BIBELOT, s. m. Havresac, porte-manteau,--dans l'argot des soldats.

BIBELOTTER, v. a. Vendre ses bibelots, et, par extension, ses habits, ses
meubles, etc. Argot des filles et des bohèmes.

Par extension aussi: _Bibelotter une affaire_ dans le sens de _Brasser_.

BIBELOTTER (Se), v. réfl. S'arranger pour le mieux, se _mijoter_. Argot
des faubouriens.

BIBERON, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple, qui cependant ne doit
pas connaître le jeu de mots (_Biberius_) fait sur le nom de Tibère,
impérial buveur.

BIBI, s. m. Petit nom d'amitié,--dans l'argot des faubouriens; petit nom
d'amour,--dans l'argot des petites dames.

BIBINE, s. m. Cabaret de barrière,--dans l'argot des chiffonniers.

BIBON, s. m. Vieillard qu'on ne respecte pas, parce qu'il ne se respecte
pas lui-même.

C'est une corruption péjorative du mot _barbon_.

BICHE, s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l'encre de Guyot; variété
de fille entretenue.

Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

BICHETTE, s. f. Petit nom d'amitié ou d'amour,--dans l'argot des petites
dames et de leurs Arthurs.

BICHON, s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès
de n'importe quels _Vautrin_.

BICHONNER, v. a. Arranger avec coquetterie: friser comme un _bichon_.
Argot des bourgeois.

_Se bichonner._ S'adoniser.

BIDET, s. m. «Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers
à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel
ils sont enfermés; une corde passée à travers les barreaux de leur
fenêtre, et qu'ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière,
porte une lettre et rapporte la réponse.»

BIDOCHE, s. f. Viande,--dans l'argot des faubouriens.

_Portion de bidoche._ Morceau de bœuf bouilli.

BIDONNER À LA CAMBUSE, v. n. Boire au cabaret,--dans l'argot des marins.

BIEN, s. m. Mari ou femme,--dans l'argot du peuple, qui a tout dit quand
il a dit _Mon bien_. C'est plus énergique que _ma moitié_.

BIEN, adj. et s. Distingué,--dans l'argot des petites dames.

BIEN MIS, s. m. Bourgeois,--dans l'argot du peuple.

BIENSÉANT, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,--dans l'argot des
bourgeoises.

BIER, v. n. Aller,--dans l'argot des voleurs.

BIFIN, s. m. Chiffonnier,--dont le crochet sert à _deux fins_, à
travailler et à se défendre.

BIGARD, s. m. Trou,--dans l'argot des voleurs.

D'où _Bigardée_ pour Trouée, Percée.

BIGE, s. m. Ignorant,--dans le même argot.

BIGEOIS ou BIGOIS, s. m. Imbécile, homme _bige_.

BIGORNE, s. m. L'argot des voleurs,--monstre _bicorniger_ en effet, corne
littéraire d'un côté, corne philosophique de l'autre, qui voit rouge et
qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science
philologique.

BIGORNEAU, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple.

BIGOTTER, v. a. Prier Dieu,--dans l'argot des faubouriens.

BIGREMENT, adv. Extrêmement,--dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas
employer un superlatif plus énergique.

BIJOU, s. m. Ornement particulier,--dans l'argot des francs-maçons.

_Bijou de loge._ Celui qui se porte au côté gauche.

_Bijou de l'ordre._ L'équerre attachée au cordon du Vénérable, le niveau
attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire attachée
au cordon du second surveillant.

BIJOUTERIE, s. f. Frais avancés, argent déboursé. Argot des ouvriers et
des patrons.

BIJOUTIER, ÈRE, s. Marchand, marchande d'_arlequins_,--dans l'argot des
faubouriens, à qui ces détritus culinaires «_reluisent_ dans le ventre».

BIJOUTIER SUR LE GENOU, s. m. Cordonnier.

On dit aussi: _Bijoutier en cuir_. Au XVIIe siècle, on disait: _Orfèvre
en cuir_.

BILBOQUET, s. m. Femme grosse et courte,--dans l'argot du peuple.

BILBOQUET, s. m. Homme qui est le _jouet_ des autres.

BILBOQUET, s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures,
têtes de lettres, etc.,--dans l'argot des typographes.

BILLANCER, v. n. Faire son temps,--dans l'argot des voleurs.

BILLANCHER, v. a. et n. Payer, donner de la _bille_. Argot des
faubouriens.

On dit aussi _Biller_.

BILLARD DE CAMPAGNE, s. m. Mauvais billard,--dans l'argot des bourgeois.

BILLE, s. f. L'argent,--dans l'argot des voleurs qui n'ont pas l'air de
se douter que nous avons eu autrefois de la monnaie de _billon_.

BILLE À CHÂTAIGNE, s. f. Figure grotesque,--dans l'argot des faubouriens.

BILLEMON, s. m. Billet,--dans l'argot des voleurs.

BILLET DE CINQ, s. m. Billet de cinq cents francs,--dans l'argot des
bourgeois, qui savent aussi bien que les Anglais que _time is money_, et
qui ne perdent pas le leur à prononcer des mots inutiles.

Ils disent de même: _Billet de mille_.

BINELLE, s. f. Faillite,--dans l'argot des voleurs.

_Binelle-lof._ Banqueroute.

BINELLIER, s. m. Banqueroutier.

BINETTE, s. f. Figure humaine,--dans l'argot des faubouriens, qui me font
bien l'effet d'avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul
instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire
croire M. Francisque Michel, en s'appuyant de l'autorité d'Edouard
Fournier, qui s'appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir
après des étymologies, quand on a la ressource de la génération
spontanée?

BINOMES, s. m. pl. Camarades de chambre à l'École d'application de
Fontainebleau, et compagnons d'études à l'Ecole polytechnique; amis,
copains, frères d'adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent
pas, mais qui n'en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par
- ou par +, et qui n'en forment pas moins à eux deux une quantité.

BIQUE-ET-BOUC, s. m. et f. Créatures des deux genres,--dans l'argot du
peuple, ordinairement plus brutal pour ces créatures-là.

BIRBADE, s. f. Vieille femme,--dans l'argot des faubouriens.

BIRBE, s. m. Vieillard.

_Birbe dab._ Grand'père.

BIRBETTE, s. m. Archi-vieillard,--dans l'argot des petites dames, qui ont
dû connaître plus d'un _birbante_ italien, anglais, russe ou suédois.

BIRLIBIBI, s. m. Jeu de dés et de coquilles de noix. Argot des voleurs.

BISARD, s. m. Soufflet de cheminée,--dans le même argot.

BISBILLE, s. f. Querelle, fâcherie,--dans l'argot des bourgeois, qui sans
doute ne savaient pas que ce mot vient de l'italien _bisbiglio_
(murmure).

Être _en bisbille_. Être brouillés.

BISCAYE, n. de l. Bicêtre,--dans l'argot des voleurs.

BISQUANT, adj. Ennuyeux, désagréable,--dans l'argot du peuple.

BISQUER, v. n. Enrager,--dans l'argot des écoliers.

BISSARD, s. m. Pain _bis_,--dans l'argot des voyous.

BITUMER, v. n. Raccrocher les passants,--dans l'argot des filles
habituées du _trottoir_.

On dit mieux _Faire le bitume_.

BITURE, s. f. Réfection copieuse,--dans l'argot des faubouriens.

BITURER, v. n. Manger copieusement.

BLAGUE, s. f. Gasconnade essentiellement parisienne,--dans l'argot de
tout le monde.

Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce
chastre,--MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc.,--et tous sont rentrés
bredouille. Pourquoi remonter jusqu'à Ménage? Un gamin s'est avisé un
jour de la ressemblance qu'il y avait entre certaines paroles sonores,
entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent,
et la _blague_ fut!

_Avoir de la blague._ Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre
Dumas, Méry ou Nadar.

_Avoir la blague du métier._ Faire valoir ce qu'on sait; parler avec
habileté de ce qu'on fait.

_Ne faire que des blagues._ Gaspiller son talent d'écrivain dans les
petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester.

_Pousser une blague._ Raconter d'une façon plus ou moins amusante une
chose qui n'est pas arrivée.

BLAGUE SOUS LES AISSELLES! Expression de l'argot des ouvriers, pour
signifier qu'ils cessent de plaisanter, qu'ils vont parler sérieusement,
et pour inviter les interlocuteurs à en faire autant.

On dit aussi: _Blague dans le coin_.

BLAGUER, v. n. Mentir d'une agréable manière, ou tout simplement parler.

_Blaguer quelqu'un._ Se moquer de lui.

BLAGUES A TABAC, s. f. pl. Seins plus dignes d'une sauvagesse de la
Nouvelle-Calédonie que d'une femme civilisée. Argot des faubouriens.

«Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues!» ai-je entendu
dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier
que lui.

BLAGUEUR, s. m. Gascon né sur les bords de la Seine, dont le type extrême
est le _baron de Worsmspire_ et le type adouci le _Mistigris_ de Balzac.

BLAIREAU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers.

BLAIREAU, s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes
littéraires et qui, en attendant qu'il les manifeste, mange sa légitime
en compagnie de bohèmes littéraires.

BLAIREAUTER, v. a. Peindre avec trop de minutie.--dans l'argot des
artistes qui n'ont encore pu digérer Meissonnier.

BLANC, s. m. Légitimiste,--dans l'argot du peuple, par allusion au
drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

BLANC, s. m. Vin blanc,--dans le même argot.

BLANCHISSEUR, s. m. Celui qui revise un manuscrit, qui le polit,--dans
l'argot des gens de lettres, par allusion à l'action du menuisier, qui, à
coups de rabot, fait d'une planche rugueuse une planche lisse.

Signifie aussi Avocat.

BLANCHISSEUSE DE TUYAUX DE PIPES, s. f. Fille ou femme de mauvaise
vie,--dans l'argot du peuple.

BLANC-VILAIN, s. m. Distributeur de boulettes municipales destinées aux
chiens errants,--dans l'argot des faubouriens, qui, d'un nom propre
probablement, ont fait une qualification applicable à une profession.

BLANQUETTE, s. f. Argenterie,--dans l'argot des voleurs.

BLASÉ, ÉE, ad. Enflé, ée,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté
cette expression à l'allemand _blasen_ (Souffler).

BLAVIN, s. m. Mouchoir,--dans le même argot.

BLAVINISTE, s. m. Pick-pocket qui a la spécialité des mouchoirs.

BLÉ BATTU, s. m. Argent,--dans l'argot des paysans de la banlieue de
Paris, pour qui blé en grange représente en effet de l'argent.

_Avoir du blé en poche._ Avoir de l'argent dans sa bourse.

_N'avoir pas de blé._ N'avoir pas le sou.

BLEU, s. m. Bonapartiste,--dans l'argot du peuple, rendant ainsi à ses
adversaires qui l'appellent _rouge_, la monnaie de leur couleur.

Les chouans appelaient _Bleus_ les soldats de la République, qui les
appelaient _Blancs_.

BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers; cavalier nouvellement
arrivé,--dans l'argot des élèves de Saumur.

BLEU, s. m. Manteau,--dans l'argot des voyous, qui ont voulu consacrer à
leur façon la mémoire de Champion.

BLEU, s. m. Vin de barrière,--dans l'argot du peuple, qui a remarqué que
ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets.

On dit aussi _Petit bleu_.

BLEU, s. m. Marque d'un coup de poing sur la chair.

_Faire des bleus._ Donner des coups.

BLEU, adj. Surprenant, excessif, invraisemblable.

_C'est bleu._ C'est incroyable.

_En être bleu._ Être stupéfait d'une chose, n'en pas revenir, _se
congestionner_ en apprenant une nouvelle.

_Être bleu._ Être _Étonnamment_ mauvais,--dans l'argot des coulisses.

On disait autrefois: _C'est vert!_ Les couleurs changent, non les mœurs.

BLOC, s. m. La salle de police. Argot des soldats.

_Être au bloc._ Être consigné.

Signifie aussi Prison.

BLOCKHAUS, s. m. Garni,--dans l'argot des chiffonniers, qui parlent
allemand sans le savoir.

BLONDE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.

BLOQUER, v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police,--ce qui
est le _boucler_, vieille forme du verbe _blouquet_.

BLOQUER, v. a. Abandonner,--dans l'argot des voleurs.

BLOQUER, v. a. Jouer à la bloquette,--dans l'argot des enfants.

BLOQUETTE, s. f. Jeu de billes, auquel on _bloque_.

BLOQUIR, v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en _bloc_. (V.
_Abloquer_.)

BLOT, s. m. Prix d'une chose,--dans l'argot des faubouriens.

_C'est mon blot!_ Cela me convient.

BLOUSE (La). Le peuple,--dans l'argot dédaigneux des gandins.

BLOUSER (Se), v. réfl. Faire un pas de clerc, une sottise; se
tromper,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire une allusion à la
_blouse_ du billard.

BLOUSIER, s. m. Voyou, porteur de blouse,--dans l'argot des gens de
lettres.

BOBÊCHON, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, par allusion à la
bobêche qui surmonte le chandelier.

_Se monter le bobêchon._ S'illusionner sur quelqu'un ou sur quelque
chose; se promettre monts et merveilles d'une affaire--qui accouche d'une
souris.

BOBELINS, s. m. pl. Bottes,--dans l'argot des marchandes du Temple, qui
ont l'air d'avoir lu Rabelais.

BOBINE, s. f. Tête, visage,--dans l'argot du peuple, qui a constaté
fréquemment les _bobes_ ou grimaces que les passions font faire à la
figure humaine, d'ailleurs terminée _cylindriquement_.

BOBINO, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Bobine_.

BOBINO. Le théâtre du Luxembourg, qui a disparu. Argot des étudiants.

On disait aussi _Bobinche_ et _Bobinski_.

BOBO, s. m. Mal,--dans l'argot des enfants.

_Il n'y a pas de bobo._ Il n'y a pas de mal,--dans l'argot des
faubouriens, qui parlent ici au figuré.

BOBOSSE, s. m. Vieux galantin bossu,--dans l'argot du peuple.

BOBOSSE, s. f. Fille ou femme affligée d'une gibbosité. Argot des
faubouriens.

BOCAL, s. m. Carreau de vitre,--dans l'argot des faubouriens.

BOCAL, s. m. Estomac.

_Se garnir le bocal._ Manger.

BOCAL, s. m. Logement.

BOCARD, s. m. Mauvais lieu habité par des femmes de mauvaise vie. Argot
des soldats.

BOCHE, s. m. Mauvais sujet--dans l'argot des petites dames, qui le
préfèrent au _muche_. (V. ce dernier mot.)

BOCOTTER, v. n. Murmurer, marmotter entre ses dents; rechigner,--dans
l'argot du peuple.

BOEUF, s. m. Second ouvrier, celui à qui l'on fait faire la besogne la
plus pénible. Argot des cordonniers.

BOEUF, adj. Enorme, extraordinaire,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir un aplomb bœuf._ Avoir beaucoup d'aplomb.

BOGUE, s. f. Montre,--dans l'argot des voleurs.

_Bogue en jonc._ Montre en or.

_Bogue en plâtre._ Montre en argent.

BOGUISTE, s. m. Horloger.

BOHÈME, s. f. Etat de chrysalide,--dans l'argot des artistes et des gens
de lettres arrivés à l'état de papillons. Purgatoire pavé de créanciers,
en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation; vestibule des
honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s'endorment--souvent
pour toujours--une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés
pour enfoncer la porte du Temple.

BOHÈME, s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur
les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant
à l'éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se
réveille un matin à l'hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.

Ce mot et le précédent sont vieux,--comme la misère et le vagabondage. Ce
n'est pas à Saint-Simon seulement qu'ils remontent, puisque, avant le
filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s'en était déjà servie. Mais ils
avaient disparu de la littérature: c'est Balzac qui les a ressuscités,
et après Balzac, Henri Murger--dont ils ont fait la réputation.

BOIRE DU LAIT, v. a. Avoir un joli succès, dans l'argot des comédiens,
assez _chats_.

BOIRE UNE GOUTTE, v. a. Être sifflé,--dans le même argot.

_Payer une goutte._ Siffler.

BOIS POURRI, s. m. Amadou, dans l'argot des voyous.

BOISSEAU, s. m. Schako,--dans l'argot des vieux troupiers.

BOISSONNER, v. n. Boire plus que de raison.

BOISSONNIER, s. m. Ivrogne.

BOIS-TORTU, s. m. Vigne,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce
mot aux poètes du XVIIe siècle.

BOITE, s. f. Théâtre de peu d'importance,--dans l'argot des comédiens;
bureaux de ministère,--dans l'argot des employés; bureau de
journal,--dans l'argot des gens de lettres; le magasin ou la
boutique,--dans l'argot des commis.

BOITE A CORNES, s. f. Chapeau, coiffure quelconque,--dans l'argot des
faubouriens.

BOITE AU LAIT, s. f. La gorge,--dans l'argot du peuple, qui se souvient
de sa nourrice.

BOITE A DOMINOS, s. f. Cercueil,--dans l'argot des faubouriens.

BOITE A SURPRISES, s. f. La tête d'un homme de lettres. Argot des
voleurs.

BOITE AU SEL, s. f. La tête, siège de l'esprit. Argot des faubouriens.

_Avoir un moustique dans la boîte au sel._ Être un peu fou, un peu
maniaque.

BOITE AUX CAILLOUX, s. f. Prison. Même argot.

BOITE DE PANDORE, s. f. Boîte dans laquelle les voleurs renferment la
cire à prendre les empreintes,--et de laquelle sortent tous les _mots_
qu'ils ont avec la justice.

BOITER DES CHASSES, v. n. Être borgne ou être affecté de strabisme,--dans
l'argot des voleurs, qui se sont rencontrés ici dans la même image avec
l'écrivain qui a dit le premier, à propos d'Esope, qu'il _louchait de
l'épaule_.

BOLIVAR, s. m. Chapeau,--dans l'argot du peuple, qui ignore peut-être que
c'est le nom de l'émancipateur des colonies espagnoles, et qui le donne
indistinctement à tout couvre-chef, de feutre ou de paille, rond ou
pointu, parce que c'est une habitude pour lui, depuis la Restauration.

BOMBÉ, adj. et s. Bossu.

BON, s. m. Homme sur lequel on peut compter,--dans l'argot du peuple, à
qui l'adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

BONBONNIÈRE A FILOUS, s. f. Omnibus,--dans l'argot des voyous, qui savent
mieux que personne avec quelle facilité on peut _barboter_ dans ces
voitures publiques.

BON CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme qui ne s'effraye pas aisément, dans
l'argot du peuple.

BON DIEU, s. m. Sabre,--dans l'argot des fantassins.

BONDY-SOUS-MERDE, n. d. l. Le village de Bondy, à cause du dépotoir.
Argot des faubouriens.

Autrefois on disait _Pantin-sur-Merde_.

BONHOMME, s. m. Saint,--dans l'argot des voleurs, et du peuple.

BONICARD, s. m. Vieil homme,--dans l'argot des voleurs.

_Bonicarde._ Vieille femme.

BONIFACE, s. m. Homme simple et même niais,--dans l'argot du peuple,
auprès de qui la bonté n'a jamais été une recommandation.

BONIFACEMENT, adv. Simplement, à la bonne franquette.

BONIMENT, s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa
marchandise, qu'il donne naturellement comme _bonne_; Parade de pître
devant une baraque de «phénomènes».

Par analogie, manœuvres pour tromper.

BONIR, v. n. Se taire,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

BONIR, v. a. Dire, parler,--dans l'argot des voleurs.

BONISSEUR, s. m. Celui qui fait l'annonce, le _boniment_. Argot des
saltimbanques.

BONJOUR (Vol au), s. m. Espèce de vol que son nom désigne clairement. Le
chevalier d'industrie, dont c'est la spécialité, monte de bonne heure
dans un hôtel garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes,
frappe au hasard à l'une de celles-ci, entre s'il n'entend pas de
réponse, et, profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout
ce qui est à sa portée,--quitte à lui dire, s'il se réveille: «_Bonjour_,
Monsieur; est-ce ici que demeure M.***?»

BONJOURIER, s. m. Voleur au _Bonjour_.

On dit aussi: _Chevalier grimpant_,--par allusion aux escaliers que ce
malfaiteur doit _grimper_.

BON MOTIF, s. m. Mariage,--dans l'argot des bourgeois.

BONNE, s. f. Chose amusante ou étonnante, _bonne_ à noter.

_En dire de bonnes._ Raconter des histoires folichonnes.

_En faire de bonnes._ Jouer des tours excessifs.

BONNE AMIE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.

Une expression charmante, presque aussi jolie que le _sweetheart_ des
ouvriers anglais, et qu'on a tort de ridiculiser.

BONNE-GRACE, s. f. _Toilette_ de tailleur.

BONNET DE NUIT SANS COIFFE, s. m. Homme mélancolique,--dans l'argot du
peuple.

BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Le train de derrière d'une volaille. Argot des
bourgeois.

BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Petite loge du cintre. Argot des coulisses.

BONNETEUR, s. m. Filou qui, dans les fêtes des environs de Paris, tient
des jeux de cartes où l'on ne gagne jamais.

BONNETIER, s. m. Homme vulgaire, ridicule,--dans l'argot des gens de
lettres, qui méprisent les commerçants autant que les commerçants les
méprisent.

BONNET JAUNE, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des filles.

BON NEZ, s. m. Homme fin, qui devine ce qu'on veut lui cacher, au figuré,
ou qui, au propre, devine qu'un excellent dîner se prépare dans une
maison où il s'empresse d'aller--quoique non invité.

C'est l'_olfacit sagacissime_ de Mathurin Cordier.

BONNICHON, s. m. Petit bonnet d'ouvrière,--dans l'argot du peuple.

BONO, adj. Bon, passable,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi
dans l'armée d'Afrique.

BON POUR CADET! Se dit d'une lettre désagréable ou d'un journal ennuyeux
que l'on met dans sa poche pour servir de _cacata charta_. C'est
l'histoire du sonnet d'Oronte.

BONSHOMMES, s. m. pl. Croquis,--dans l'argot des écoliers.

Ils disent _Bonhommes_.

BONSHOMMES, s. m. pl. Nom que, par mépris, les filles donnent à leurs
amants, et les gens de lettres à leurs rivaux.

BORDÉE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot des ouvriers, qui se
souviennent d'avoir été soldats de marine.

_Courir une bordée._ S'absenter de l'atelier sans permission.

_Tirer une bordée._ Se débaucher.

BORDEL, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot du peuple, qui parle comme
Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d'autres:

«Miex ne voulsist estre mesel Et ladres vivre en ung bordel Que mort
avoir ne le trespas.»

dit l'auteur du roman de _Flor et Blanchefleur_.

BORDEL, s. m. Petit fagot de deux sous,--dans l'argot des charbonniers.

BORDELIER, s. et adj. Homme qui se plaît dans le libertinage.

Le mot a plus de cinq cents ans de noblesse populaire, ainsi que cela
résulte de cette citation du _Roman de la Rose_:

    «Li aultre en seront difamé,
    Ribaut et bordelier clamé.»

BORGNE, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,--dans l'argot des
faubouriens.

BORGNER, v. a. Regarder,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui
clignent un œil pour mieux voir de l'autre.

BORGNESSE, s. f. Femme borgne,--dans l'argot du peuple.

BORGNIAT, s. m. Homme borgne.

BOSCOT, BOSCO, s. m. Bossu.

Au féminin, _Boscotte_.

BOSSE, s. f. Excès de plaisir et de débauche.

_Se donner une bosse._ Manger et boire avec excès.

_Se faire des bosses._ S'amuser énormément.

_Se donner une bosse de rire._ Rire à ventre déboutonné.

BOSSOIRS, s. m. pl. La gorge d'une femme,--dans l'argot des marins.

BOTTER, v. a. Plaire, agréer, convenir,--dans l'argot du peuple.

BOTTER, v. a. Donner un coup de pied au cul de quelqu'un.

BOTTES DE NEUF JOURS, s. f. pl. Bottes percées,--dans l'argot des
faubouriens,--qui disent aussi _Bottes en gaieté_.

BOTTIER, s. m. Homme qui se plaît à donner des coups de botte aux gens
qui ne lui plaisent pas.

On dit d'un artiste en ce genre: _C'est un joli bottier_.

BOUANT, s. m. Cochon,--dans l'argot des voyous, sans doute à cause de la
_boue_ qui sert de bauge naturelle au porc.

BOUBANE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.

BOUC, s. m. Cocu,--dans le même argot.

BOUCAN, s. m. Vacarme; rixe de cabaret,--dans l'argot du peuple.

_Faire du boucan._ Faire du scandale,--ce que les Italiens appellent _far
bordello_.

_Donner un boucan_. Battre ou réprimander quelqu'un.

BOUCANADE, s. f. Corruption d'un témoin,--dans l'argot des voleurs, qui
redoutent le _boucan_ de l'audience.

_Coquer la boucanade._ Suborner un témoin.

BOUCANER, v. n. Sentir mauvais, sentir le _bouc_,--dans l'argot des
ouvriers.

BOUCANER, v. n. Faire du bruit, du _boucan_.

BOUCANEUR, s. et adj. Qui se débauche et hante les mauvais lieux.

Boucanière, s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers dans les lieux où
l'on fait du _Boucan_ que dans ceux où l'on fait son salut.

BOUCARD, s. m. Boutique,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Boutogue_.

BOUCARDIER, s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.

BOUCHER, s. m. Médecin,--dans l'argot des voleurs, très petites
maîtresses lorsqu'il s'agit de la moindre opération chirurgicale.

BOUCHER UN TROU, v. a. Payer une dette,--dans l'argot des bourgeois.

BOUCHON, s. m. Acabit, genre,--dans l'argot du peuple.

_Être d'un bon bouchon._ Être singulier, plaisant, cocasse.

BOUCHON, s. m. Cabaret.

On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris,
sont ornés d'un rameau de verdure,--_boscus_.

BOUCHON, s. m. Bourse,--dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres
prononçaient _bourçon_.

BOUCLAGE, s. m. Liens, menottes. Même argot.

BOUCLÉ (Être), v. pron. Être emprisonné.

BOUCLER, v. a. Fermer,--même argot.

_Boucler la lourde._ Fermer la porte.

BOUCLEZOZE, s. m. Pain bis. Même argot.

BOUDER, v. a. Avoir peur, reculer,--dans l'argot du peuple.

BOUDER AUX DOMINOS, v. n. Avoir des dents de moins,--dans l'argot des
faubouriens.

BOUDIN, s. m. Verrou,--dans l'argot des voleurs.

BOUDINS, s. m. pl. Mains trop grasses, aux doigts ronds, sans nodosités.
Argot du peuple.

BOUÉ, s. m., ou BOUÉE, s. f. Trou,--dans le même argot.

C'est un nom emprunté au patois manceau.

BOUE JAUNE, s. f. L'or,--dans lequel pataugent si gaiement tant de
consciences, heureuses de se crotter.

L'expression est de Mirabeau.

BOUEUX, s. m. Celui qui ramasse la boue des rues de Paris et la jette
dans un tombereau.

BOUFFARD, s. m. Fumeur,--dans l'argot du peuple, qui a remarqué, sans
doute, qu'en fumant on enfle ou _bouffe_ les joues.

BOUFFARDE, s. f. Pipe.

BOUFFARDER, v. n. Fumer.

BOUFFARDIÈRE, s. f. Estaminet, et, par extension, Cheminée. Argot des
voleurs.

BOUFFE-LA-BALLE, s. m. Gourmet, goinfre,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi d'un Homme dont le visage est un peu soufflé.

BOUFFER (Se). Se battre--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Se bouffer le nez_.

BOUFFER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui aime les mots qui
font image.

BOUFFETER, v. n. Causer, bavarder. Argot des faubouriens.

BOUGIE, s. f. Canne d'aveugle parce qu'elle sert à l'_éclairer_. Même
argot.

BOUGIE GRASSE, s. f. Chandelle. Même argot.

BOUGON, s. et adj. Bourru, grondeur,--dans l'argot du peuple, qui
pourtant ne sait pas que les abeilles sont appelées _bugones_, par
onomatopée sans doute.

On dit aussi _Bougonneur_.

BOUGONNER, v. a. et n. Gronder sans cesse et sans motif.

BOUGRE, s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur,--dans
l'argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu'il a eu
pendant longtemps.

_Bon bougre._ Bon camarade, loyal ami.

_Bougre à poils._ Homme à qui la peur est inconnue.

_Mauvais bougre._ Homme difficile à vivre.

BOUGREMENT, adv. Extrêmement.

BOUI, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous.

BOUIBOUI, s. m. Marionnette,--dans l'argot des fabricants de jouets, qui
ont probablement emprunté ce mot au cri guttural de Polichinelle.

On écrit aussi _Bouis-bouis_,--je ne sais pas pourquoi puisque c'est une
onomatopée. _Bouig-bouig_ serait plus exact alors.

_Ensecreter un bouiboui._ Attacher tous les fils qui doivent servir à
faire mouvoir une marionnette.

BOUIBOUI, s. m. Petit théâtre,--dans l'argot des comédiens. Endroit mal
famé,--dans l'argot des bohèmes.

BOUILLABAISSE, s. f. Confusion de choses ou de gens. Argot des coulisses
et des gens de lettres.

_Faire de la bouillabaisse._ Arranger confusément des choses ou des
idées.

BOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des soldats.

BOUILLIE POUR LES CHATS, s. f. Affaire avortée, chose mal réussie. Argot
des bourgeois.

_Faire de la bouillie pour les chats._ Travailler sans profit pour soi ni
pour personne.

BOUILLON, s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot.

_Boire un bouillon._ Perdre de l'argent dans une affaire.

BOUILLON, s. m. Pluie,--dans l'argot du peuple.

_Bouillon qui chauffe._ Nuage qui va crever.

BOUILLON AVEUGLE, s. m. Bouillon gras qui n'est pas assez gras, dont on
ne voit pas les _yeux_. Même argot.

BOUILLON DE CANARD, s. m. Eau.

BOUILLON D'ONZE HEURES, s. m. Breuvage empoisonné.

_Prendre un bouillon d'onze heures._ Se suicider par le poison.

BOUILLONNER, v. n. Perdre de l'argent dans une affaire, _boire un
bouillon_.

BOUILLON POINTU, s. m. Lavement.

BOUILLON POINTU, s. m. Coup de baïonnette,--dans l'argot des troupiers.

BOUILLONS, s. m. Livres ou journaux invendus.

BOUIS, s. m. Fouet,--dans l'argot des voleurs.

BOUISER, v. a. Donner le fouet ou du fouet,--selon qu'il s'agit d'un
enfant ou d'un cheval.

BOULANGE, s. f. Apocope de _Boulangerie_. Argot des ouvriers.

BOULANGER DES AMES, s. m. Le diable,--dans l'argot des voleurs.

BOULE, s. f. Foire,--dans le même argot.

BOULE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple.

_Bonne boule._ Physionomie grotesque.

_Perdre la boule._ Ne plus savoir ce que l'on fait.

BOULE DE NEIGE, s. f. Nègre,--par une antiphrase empruntée à nos voisins
d'outre-Manche, qui disent de tout oncle Tom: _Snow-ball_,--quand ils
n'en disent pas: _lily-white_ (blanc de lis).

BOULE DE SIAM, s. f. Tête ridicule, figure grotesque, ayant quelque
ressemblance avec le disque percé de deux trous qui sert au jeu de
quilles.

BOULE DE SON, s. f. Pain,--dans l'argot des prisons.

BOULE DE SON, s. f. Figure marquée de taches de rousseur,--dans l'argot
des faubouriens.

BOULENDOS, s. m. Bossu,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Bosco_, _Bossemar_.

BOULER, v. n. Aller, _rouler_,--dans le même argot.

BOULER, v. a. Pousser quelqu'un brusquement, le secouer brutalement.
Argot du peuple.

S'emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d'énergiques reproches.

BOULE ROUGE, s. f. Fille ou femme galante qui habitait le quartier de la
Boule-Rouge, dans le faubourg Montmartre.

Comme les mots ne manqueront jamais aux hommes pour désigner les
femmes,--du moins une certaine classe de femmes,--ce nom, qui succédait à
celui de _lorette_ et qui date de la même époque, a été lui-même remplacé
par une foule d'autres, tels que: _filles de marbre_, _prè-catelanières_,
_casinettes_, _musardines_, etc., selon les localités.

BOULES DE LOTO, s. f. Yeux gros et saillants,--dans l'argot du peuple,
qui ne sait pas que Junon les avait ainsi, et à qui peut-être la chose
est parfaitement indifférente.

BOULET A CÔTES, s. m. Melon,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Boulet à queue_.

BOULET JAUNE, s. m. Potiron,--dans l'argot des voyous.

BOULETTE, s. f. Bévue, erreur plus ou moins grave. Argot du peuple.

BOULEUSE, s. f. Actrice qui joue tous les rôles, et principalement ceux
dont ses camarades, les chefs d'emploi, ne veulent pas. Argot des
coulisses.

BOULINER, v. a. Voler,--quand cela exige qu'on fasse des _boulins_ (ou
trous) aux murs d'une maison ou aux volets d'une boutique.

Les escrocs des siècles passés disaient _bouler_.

BOULINGUER, v. a. Déchirer,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi gouverner, conduire,--dans l'argot des vagabonds, qui
savent si mal se _boulinguer_ eux-mêmes.

BOULINOIRE, s. f. Vilebrequin.

BOULOTER, Assister un camarade,--dans l'argot des voleurs.

BOULOTS, s. m. pl. Haricots ronds,--dans l'argot des bourgeois.

BOULOTTER, v. a. Manger. Argot du peuple.

BOULOTTER, v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du
peuple.

BOULOTTER L'EXISTENCE, v. a. La mener heureuse et douce.

BOULVARI ou BOULEVARI, s. m. Vacarme, tumulte excessif.

BOUQUET, s. m. Accident heureux ou malheureux.

_C'est le bouquet!_ Cela complète mon malheur.

BOUQUET, s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à _L'homme de peine_
qui a voulu s'abstenir; _chopin_ de la première affaire. Argot des
voleurs.

BOUQUET, s. m. Cadeau,--dans l'argot des voyous.

BOUQUIN, s. m. Livre neuf ou vieux,--dans l'argot des gens de lettres.

C'est une corruption ou une ironie du mot anglais _book_.

BOUQUINER, v. n. Faire la chasse aux livres anciens ou modernes.

BOURBE (La). Nom que le peuple s'obstine à donner à l'hospice de la
Maternité de Paris, malgré l'espèce d'infamie cruelle qui semble attachée
à cette appellation.

BOURBILLONS, s. m. pl. Filaments d'encre épaisse qui restent dans le bec
de la plume. Argot des écoliers.

BOURDON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

BOURDON, s. m. Mots oubliés,--dans l'argot des typographes.

BOURGEOIS, s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les
Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans
délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l'_Histoire
comique de Francion_: «Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche
quasi tous ensemble pour m'appeler _bourgeois_, car c'est l'injure que
ceste canaille donne à ceux qu'elle estime niais.»

BOURGEOIS, s. m. Patron,--dans l'argot des ouvriers; Maître,--dans
l'argot des domestiques.

On dit dans le même sens, au féminin: _Bourgeoise_.

BOURGEOIS, s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de
remise,--à quelque classe de la société qu'elle appartienne. Le cocher ne
connaît que deux catégories de citoyens; les cochers et ceux qui les
payent,--et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

BOURGEOISADE, s. m. Action mesquine, plate, écœurante,--dans l'argot des
gens de lettres et des artistes.

BOURGERON, s. m. Petite blouse de toile bleue,--dans l'argot des ouvriers
dont, avec la _cotte_, cela compose le costume de travail.

BOURGUIGNON, s. m. Le soleil, dans l'argot du peuple, qui croit que cet
astre n'a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la
Côte-d'Or.

BOURRASQUE, s. f. Coup de filet policier,--dans l'argot des voleurs.

BOURRE-COQUINS, s. m. pl. Haricots,--dans l'argot du peuple.

BOURRE-DE-SOIE, s. f. Fille ou femme entretenue,--dans l'argot des
voyous.

BOURRÉE, s. f. Bousculade brutale,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Bourrade_.

BOURRICHON, s. m. La tête,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent
les imbéciles pour des huîtres.

_Se monter le bourrichon._ Se faire une idée fausse de la vie, s'exagérer
les bonheurs qu'on doit y rencontrer, et s'exposer ainsi, de gaieté de
cœur, à de cruels mécomptes et à d'amers désenchantements.

BOURRIQUE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui calomnie l'âne.

_Tourner en bourrique._ S'abrutir ne plus savoir ce que l'on fait.

_Faire tourner quelqu'un en bourrique._ L'obséder de reproches ou
d'exigences ridicules.

BOURRIQUE A ROBESPIERRE, s. f. Animal aussi fantastique que la bête du
Gévaudan, que le peuple se plaît à mettre à toutes les sauces, sans qu'on
sache pourquoi. Quand il a dit: _Bête_ (ou _saoûl_, ou _méchant_) _comme
la bourrique à Robespierre_, c'est qu'il n'a pas trouvé de superlatif
péjoratif plus énergique.

BOURSICOT, s. m. Porte-monnaie et l'argent qu'il contient. Même argot.

BOURSICOTER, v. n. Economiser, mettre de l'argent de côté.

Signifie aussi Faire de petites opérations de Bourse.

BOURSICOTEUR, s. m. Courtier marron de Bourse.

On dit aussi _Boursicotier_.

BOURSILLONNER, v. n. Contribuer pour une petite somme à quelque dépense
commune.

BOUSCAILLE, s. f. Boue.--Argot des voleurs.

BOUSCAILLEUR, s. m. Balayeur.

BOUSILLER, v. a. Faire vite et mal,--dans l'argot du peuple, qui sait
avec quel sans-façon et quelle rapidité les maçons bâtissent les maisons
des champs, avec du crachat et de la _boue_, ou mieux de la _bouse_.

BOUSILLEUR, s. m. Ouvrier qui fait de mauvais ouvrage,--parce qu'il le
fait trop vite et sans soin.

BOUSILLEUSE, s. f. Femme qui gaspille volontiers ses robes et l'argent
qu'elle gagne,--sans rien faire.

BOUSIN, s. m. Vacarme, scandale,--dans l'argot du peuple.

_Faire du bousin._ Faire du tapage du scandale; se battre à coups de
chaises, de tables et de bouteilles.

BOUSIN, s. m. Maison mal famée; cabaret borgne. Argot du du peuple.

M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche
et d'aller chercher _bowsing_, cabaret à matelots. C'est, me semble-t-il,
renverser l'ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier
de Henri II. _Bowsing_ n'est pas le père, mais bien le fils de _bousin_,
qui lui-même est né de la _bouse_ ou de la _boue_. Pour s'en assurer, il
suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu'à Restif de
la Bretonne.

BOUSINEUR, s. et adj. Ami du bruit et du scandale.

BOUSINGOT, s. m. Etudiant romantique qui portait des gilets à la
Robespierre et était affilié à la Société des saisons: un type héroïque,
quoique un peu théâtral, qui a complètement disparu.

BOUSINGOTISME, s. m. Doctrines et mœurs des bousingots.

BOUSSOLE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple, qui sait aussi bien que
personne que c'est là que se trouve l'aiguille aimantée appelée la
Raison.

_Perdre la boussole._ Devenir fou.

BOUSSOLE DE SINGE, s. f. Fromage de Hollande,--dans l'argot des
faubouriens.

Ils disent aussi _Boussole de refroidi_.

BOUSTIFAILLE, s. f. Vivres, nourriture, en un mot ce que Rabelais
appelait «le harnois de gueule». Argot du peuple.

BOUSTIFAILLER, v. n. Manger.

BOUT DE CUL, s. m. Petit homme,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Bas du cul_.

BOUTANCHE, s. f. Boutique,--dans l'argot des prisons.

On dit aussi _Boutogue_, _Boucard_.

BOUTEILLE, s. f. Nez,--dans l'argot des faubouriens.

BOUTEILLE, s. f. Latrines,--dans l'argot des matelots.

BOUTEILLE A L'ENCRE (C'est la). Se dit, dans l'argot des bourgeois,--de
toute affaire embrouillée ou de toute personne aux allures ténébreuses.

BOUTEILLER, v. n. Se dit des globules d'air,--des _bouteilles_,--que
forme la pluie dans les ruisseaux lorsqu'elle tombe avec abondance.

BOUTERNE, s. f. Boîte carrée d'assez grande dimension, garnie de bijoux
d'or et d'argent numérotés, parmi lesquels il y a l'inévitable «pièce à
choisir», qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, «d'une valeur
de 600 francs», que la marchande reprend pour cette somme lorsqu'on la
gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la
bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour
cela: les dés sont pipés!

BOUTERNIÈRE, s. f. Femme qui dupe les simples avec la bouterne.

BOUTIQUE, s. f. Ce que les petites filles laissent voir si
volontiers,--comme dans le tableau de _l'Innocence_. Argot du peuple.

S'applique aussi à l'autre sexe.

_Montrer toute sa boutique._ Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la
décolleter trop bas dans un salon.

BOUTIQUE, s. f. Bureau,--dans l'argot des employés; journal,--dans
l'argot des gens de lettres.

_Esprit de boutique._ Esprit de corps.

_Être de la boutique._ Être de la maison, de la coterie.

BOUTIQUER, v. a. Faire à contre-cœur; arranger mal une chose. Argot du
peuple.

BOUTON, s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.

BOUTON, s. m. Louis d'or. Argot des maquignons.

BOVARISME, s. m. Hystérie littéraire, réalisme ægypanesque dans le genre
du roman de G. Flaubert, _madame Bovary_. L'expression a été créée par
Barbey d'Aurevilly, à propos de son étude sur l'_Antoine Quérard_ de Ch.
Bataille.

BOXON, s. m. Mauvais lieu habité par de jolies filles,--dans l'argot des
faubouriens.

BOYAU ROUGE, s. m. Bon buveur,--dans l'argot du peuple qui a emprunté
cette expression à la Bourgogne.

BRADER, v. a. et n. Vendre à vil prix. Argot des marchands de
bric-à-brac.

BRAILLANDE, s. f. Caleçon, _braies_. Argot des voleurs.

BRAILLARD, s. m. Mauvais chanteur. Argot du peuple, qui dit plutôt:
_Gueulard_.

BRAILLER, v. n. Chanter.

BRAIRE, v. n. Pleurer.

C'est un vieux mot. On le trouve dans la _Chanson de Roland_.

BRAISE, s. f. Argent monnayé,--dans l'argot des filles.

_Abouler de la braise._ Donner de l'argent à une fille pour être aimé
d'elle, ou à un voleur pour n'être pas tué par lui.

BRAISER, v. n. Payer, dépenser de la _braise_.

On dit aussi _Braisiller_.

BRAISEUR, s. et adj. Homme riche, ou seulement en train de dépenser de
l'argent.

BRANCARD, s. m. Lorette hors d'âge, qui conduit les jeunes drôlesses dans
les bons endroits, qui les _traîne_ sur la route du vice. Argot de
Breda-Street.

BRANCARDS, s. m. pl. Les jambes,--dans l'argot des faubouriens, qui
savent que c'est avec elles qu'on _traîne_ le corps.

BRANCHE, s. f. Ami, compagnon, _ma vieille branche_,--dans le même argot.

BRANDILLEUSE, s. f. Sonnette,--dans l'argot des voyous.

BRANLANTES, s. f. pl. Dents des vieillards,--dans le même argot.

BRANLE-BAS, s. m. Vacarme, bouleversement; déménagement. Argot du peuple.

_Faire du branle-bas._ Faire du tapage.

BRANLER DANS LE MANCHE, v. n. Se dit d'une chose ou d'une personne qu'on
est menacé de perdre.

BRANQUE, s. m. Ane,--dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres, les
gueux infirmes, étaient portés à l'hospice sur un cacolet, qu'ils
appelaient _brancard_.

BRAQUE, s. m. Original, homme à moitié fou, qui court de-ci, de-là, comme
un chien de chasse,--dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas les
excentriques, et veulent qu'à leur exemple on marche à pas comptés et
d'un air compassé.

On dit aussi _Grand Braque_,--même à propos d'un homme de taille moyenne.

BRAS, adj. m. Grand,--dans l'argot des voleurs, qui exagèrent la longueur
de la _brasse_.

BRASSET, adj. m. Gros,--homme difficile à _embrasser_.

BRAVE, s. m. Vieux soldat,--dans l'argot du peuple.

BRAVE, adj. Beau, bien vêtu,--comme paré pour le combat.

_Brave comme un jour de Pâques._ Richement habillé.

BREDA-STREET, s. m. Cythère parisienne, qui comprend non seulement la rue
Bréda, mais toutes les rues avoisinantes, où s'est agglomérée une
population féminine dont les mœurs laissent à désirer,--mais ne laissent
pas longtemps désirer. Mœurs à part, langage spécial formé, comme
l'airain de Corinthe, de tous les argots parisiens qui sont venus se
fondre et se transformer dans cette fournaise amoureuse. Nous en
retrouverons çà et là des échantillons intéressants.


BRÉDI-BRÉDA, loc. adv. Précipitamment, avec confusion,--dans l'argot du
peuple.

On dit quelquefois _Brédi-bréda taribara_.

BREDOCHE, s. f. Liard,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _brobèche_ et _broque_.

BRELOQUE, s. f. Pendule,--dans l'argot des faubouriens.

D'où est sans doute venue l'expression: _Battre la breloque_, pour
signifier d'abord chez les soldats: «Annoncer à son de tambour l'_heure_
des repas;» puis au figuré, chez le peuple: «Déraisonner comme une
pendule détraquée.»

BRÊMES, s. f. pl. Cartes à jouer, dans l'argot des voleurs et des petites
dames.

_Brême de paclin._ Carte géographique.

_Maquiller les brêmes._ Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.

BRÊMIER, s. m. Fabricant de cartes.

BRIC-À-BRAC, s. m. Choses de peu de valeur,--ou d'une valeur énorme,
selon le monde où on emploie ce mot: Vieilles ferrailles ici, vieux
Sèvres là.

BRIC-A-BRAC, s. m. Revendeur, petit marchand de débris, de _bric-à-brac_.

BRICABRACOLOGIE, s. f. Science, métier du bric-à-brac, des _bibelots_ de
luxe.

Le mot est de Balzac.

BRICARD, s. m. Escalier,--dans l'argot des voyous.

BRICOLE, s. f. Mauvaise affaire, affaire d'un produit médiocre. Argot du
peuple.

BRICOLER, v. a. Faire une chose à la hâte et sans goût.

Signifie aussi faire des choses que pourraient réprouver la conscience et
la morale. Dans ce sens, il a pour parrain Saint-Simon.

BRICOLEUR, s. m. Homme bon à tout faire, les bons comme les mauvais
métiers,--les mauvais surtout.

On dit aussi _Bricolier_.

BRICUL, s. m. Officier de paix,--dans l'argot des voleurs.

BRIDE, s. f. Chaîne de montre,--dans le même argot.

BRIDER, v. a. Fermer,--dans le même argot.

_Brider la lourde._ Fermer la porte.

BRIFFER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de la
vieille et bonne langue.

«O! le bon appétit, voyez comme il briffe!» dit Noël Du Fail en ses
_Propos rustiques_.

BRIGANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.

BRIGEANTS, s. m. pl. Cheveux, dans le même argot.

On dit aussi _Brigands_,--à cause de la physionomie rébarbative que vous
donnent des cheveux ébouriffés.

BRIGETON, s. m. Pain,--dans l'argot des faubouriens.

BRIMADE, s. f. Mauvaise plaisanterie,--dans l'argot des troupiers qui se
plaisent à jouer des tours aux conscrits.

BRIMAR, s. m. Briseur,--dans l'argot des voleurs.

BRIMER, v. a. Faire subir à un conscrit des épreuves désagréables--qu'il
peut toujours s'épargner en n'épargnant pas le vin à ses camarades.

BRINDEZINGUE, s. m. Etui en fer-blanc, d'un diamètre peu considérable et
de douze à quinze centimètres de longueur, dans lequel les voleurs
renferment une lame d'acier purifié, taillée en scie, et à trois
compartiments, qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison.
Comment arrivent-ils à soustraire cet instrument de délivrance aux
investigations les plus minutieuses des geôliers? C'est ce qu'il faut
demander à M. le docteur Ambroise Tardieu, qui a fait une étude spéciale
des maladies de la gaîne naturelle de cet étui.

BRINDEZINGUES (Être dans les). Être complètement ivre. Argot des
faubouriens.

BRINGUE, s. f. Femme maigre, déhanchée,--dans le même argot.

On dit aussi _Grande bringue_.

BRIOCHE, s. f. Grosse bévue, faute grossière,--dans l'argot des
bourgeois.

BRIOLET, s. m. Petit vin suret,--dans l'argot du peuple, que ce vin rend
_ebriolus_ tout comme si c'était du bourgogne.

BRIQUEMON, s. m. Briquet,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Sabre de cavalerie.

BRISER (Se la). Se retirer d'un lieu quelconque, qu'on s'y trouve mal ou
bien. Argot des faubouriens.

BRISEUR, s. m. Variété d'escrocs dont parle Vidocq.

BRISQUE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.

BROBUANTE, s. f. Bague,--dans le même argot.

BROCANTE, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot du peuple.

BROCANTER, v. a. et n. Acheter et vendre toutes sortes de choses, des
tableaux et des femmes, son talent et sa conscience. Argot des gens de
lettres.

BROCHE, s. f. Billet à ordre d'une petite somme. Argot des commerçants.

BROCHES, s. f. pl. Dents. Argot des voyous.

BRODANCHER, v. a. Écrire,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Broder_.

BRODANCHEUR A LA PLAQUE, s. m. Notaire,--à cause de son écusson.

BRODEUR, s. m. Ecrivain public--ou particulier.

BRODEUSE, s. f. Individu appartenant au troisième sexe. Même argot.

BROQUILLE, s. f. Rien, chose de peu de valeur. Argot des cabotins.

Ne s'emploie ordinairement que dans cette phrase: _Ne pas dire une
broquille_, pour: Ne pas savoir un mot de son rôle.

BROQUILLE, s. f. Minute,--qui est un _rien_ de temps. Argot des voleurs.

BROQUILLE, s. f. Bague,--dans le même argot.

Signifie aussi Boucle d'oreille.

BROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

BROSSER, v. a. Donner des coups.

Signifie aussi Gagner une partie de billard.

_Se faire brosser_, v. réfl. Se faire battre,--au propre et au figuré.

BROSSER LE VENTRE (Se), v. réfl. Se passer de manger, et coucher sans
souper.

BROUÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens, qui
parfois se décousent ainsi les _brouailles_.

BROUILLARDS (Être dans les). Être gris à n'y voir plus clair pour se
conduire.

BROUILLÉ AVEC LA MONNAIE, s. et adj. Pauvre, ruiné,--dans l'argot au
peuple.

On disait autrefois _Brouillé avec les espèces_.

BROUSSAILLES (Être dans les). Être en état d'ivresse, à en perdre son
chemin et à en donner du nez contre les haies, au lieu de suivre le pavé
du roi ou de la république.

BROUTE, s. m. Pain,--dans l'argot des faubouriens.

Ne serait-ce pas par hasard une corruption du _Brod_ allemand?

BROUTER, v. a. Manger.

BROUTEUR SOMBRE, s. m. Homme mélancolique, qui mange tout seul.

BROYEUR DE NOIR EN CHAMBRE, s. m. Ecrivain mélancolique; personne qui se
suicide à domicile.

BRUGE, s. m. Serrurier.--dans l'argot des voleurs.

BRUGERIE, s. f. Serrurerie, parce que cela se _ronge_ vite ([grec:
bruchô]), dirait M. Lorédan Larchey dans son ardeur d'étymologiste.

BRÛLAGE, s. m. Déconfiture générale de l'homme _brûlé_.

L'expression appartient à Balzac.

BRÛLANT, adj. Délicat, scabreux, difficile.

_Actualité brûlante._ Actualité on ne peut plus actuelle, pour ainsi
dire.

BRÛLÉ (Être). N'inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l'on
était bien reçu, où l'on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et
des escrocs.

BRÛLÉ (Être). Être déjoué par la police, dans l'argot des voleurs.

BRÛLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

_Foutre une brûlée._ Battre les ennemis dans l'argot des troupiers.

_Recevoir une brûlée._ Être battu par eux.

BRÛLE-GUEULE, s. m. Pipe très courte et très culottée,--dans l'argot du
peuple et des artistes.

BRÛLER, v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une
chose,--dans l'argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent,
les uns qui savent à quoi on s'expose en s'approchant du _feu_.

BRÛLER, v. a. Dépasser une voiture,--dans l'argot des cochers qui se
plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les
règlements de la police.

BRÛLER A LA RAMPE (Se). Jouer pour soi sans se préoccuper de la pièce.
Argot des coulisses.

BRÛLER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans le même
argot.

BRÛLER LA POLITESSE, v. a. Disparaître sans avertir,--dans l'argot des
bourgeois.

BRÛLER LE PÉGRIOT, v. a. Faire disparaître les traces d'un vol. Argot des
prisons.

BRÛLER LES PLANCHES, v. a. Avoir l'habitude de la scène, jouer un rôle
avec aplomb. Argot des coulisses.

BRÛLER SA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS, v. a. Faire des dépenses
extravagantes,--dans l'argot des bourgeois.

BRÛLOT, s. m. Petit punch à l'eau-de-vie.

BRUTAL, s. m. Canon,--dans l'argot du peuple, qui a quelquefois à se
plaindre de cet _ultima ratio regum_.

BU, adj. Ivre,--dans l'argot du peuple.

BUCHE, s. f. Bois à graver,--dans l'argot des graveurs.

BÛCHE, s. f. Pièce à faire,--dans l'argot des tailleurs.

BÛCHE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple.

BÛCHE PLOMBANTE, s. f. Allumette chimique, dans l'argot des voleurs.

BÛCHER, v. n. Travailler avec énergie, avec assiduité. Argot du peuple.

BÛCHER, v. a. Frapper, battre,--dans le même argot.

_Se bûcher._ Echanger des coups.

BÛCHERIE, s. f. Rixe populaire, souvent sanglante, quoique à coups de
pied et de poing seulement.

BÛCHEUR, s. m. _Piocheur._

BULL-PARK. Le jardin Bullier,--dans l'argot des étudiants.

BUQUER, v. n. Voler dans les boutiques sous prétexte d'y demander de la
monnaie.

BURELIN, s. m. Bureau,--dans l'argot des voyous.

BURETTES, s. f. pl. Paire de pistolets,--dans l'argot des faubouriens.

BUSARD, s. f. Niais; homme incapable, paresseux, impropre à quoi que ce
soit. Argot du peuple.

On dit aussi _Buse_ et _Buson_.

BUSTINGUE, s. f. Garni où couchent les bateleurs, les Savoyards, les
montreurs de curiosités. Argot des voleurs.

BUTE, s. f. L'échafaud que doivent gravir ceux qui ont _buté_ quelqu'un.
Même argot.

BUTER, v. a. Assassiner,--dans l'argot des voleurs, qui ont un salutaire
effroi de la _bute_.

BUTEUR, s. m. Le bourreau,--qui tue ceux qui ont tué, et bute ceux qui
ont buté.

BUTRE, s. f. Plat,--dans l'argot des voleurs.

BUVAILLER, v. a. Boire peu, ou à petits coups. Argot du peuple.

BUVAILLEUR, s. m. Homme qui ne sait pas boire.

BUVETTE, s. f. Endroit du mur du cimetière par où passent les marbriers
pour aller chercher des liquides prohibés à la douane du _gaffe_ en chef.

BYRONIEN, adj. et s. Homme fatal, style mélancolique,--dans l'argot des
gens de lettres.

BYRONISME, s. m. Maladie littéraire et morale, à la mode il y a quarante
ans, aujourd'hui presque disparue.


  C

ÇA (Être). Être parfait, comme il faut que ce soit--dans l'argot du
peuple.

CAB, s. m. Apocope de _Cabotin_,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Cabot_.

CABARET BORGNE, s. m. Mauvais lieu, cabaret de mauvaise mine.

CABAS, s. m. Vieux chapeau d'homme ou de femme,--dans l'argot des
bourgeois.

CABASSER, v. n. Bavarder,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Tromper, et même Voler.

CABASSEUR, s. m. Faiseur de cancans.

Signifie aussi Voleur.

CABERMON, s. f. Cabaret,--dans l'argot des voleurs.

CABESTAN, s. m. Officier de paix,--dans le même argot.

CABILLOT, s. m. Soldat,--dans l'argot des marins.

CABO, s. m. Chien,--dans l'argot du peuple, qui a contracté le vieux mot
_Clabaud_.

On dit aussi _Cabe_.

CABOCHE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple, qui s'éloigne bien du
[grec: kephalê] grec et du _caput_ latin, mais ne s'éloigne pas du tout
de la tradition: «D'autant plus qu'il n'avoit pas beaucoup de cervelle en
sa caboche,»--disent _les Nuits de Straparole_.

    «Biau sire, laissiés me caboche,
    Par la char Dieu, c'est villenie!»

disent les poésies d'Eustache Deschamps.

On dit aussi _Cabosse_.

CABOCHON, s. m. Coup reçu sur la tête, ou sur toute autre partie du
corps.

CABOTIN, s. m. Mauvais acteur,--le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est
le Cabotin de la Peinture.

CABOTINAGE, s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être
sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d'être
applaudi à Paris.

CABOTINE, s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le
trottoir.

CABOTINER, v. n. Aller de théâtre en théâtre et n'être engagé nulle part.

CABOULOT, s. m. Boutique de liquoriste tenue par de belles filles bien
habillées, qui n'ont pour unique profit que les _deux sous du garçon_.

Ce mot a une vingtaine d'années. Au début, il a servi d'enseigne à un
petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un
jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de
petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son
chemin.

CABRER (Se), v. réfl. Se fâcher,--dans l'argot des bourgeois.

CABRIOLET, s. m. Petit instrument fort ingénieux que les agents de police
emploient pour mettre les malfaiteurs qu'ils arrêtent hors d'état de se
servir de leurs mains.

CABRION, s. m. Rapin, loustic, mauvais farceur,--dans l'argot des gens de
lettres, qui se souviennent du roman d'Eugène Sue (_Les Mystères de
Paris_).

CACA, s. m. Evacuation alvine,--dans l'argot des enfants; Vilenie,--dans
l'argot des grandes personnes qui connaissent le verbe _Cacare_.

_Faire caca_. Ire ad latrinas.

CACADE, s. f. Reculade, fuite honteuse,--dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter ce mot à Voltaire.

CACHE, s. f. Endroit où l'on se cache. Argot des enfants.

_Jouer à cache-cache._ Jouer à se cacher.

CACHEMIRE, s. m. Torchon,--dans l'argot ironique des faubouriens.

_Donner un coup de cachemire sur une table._ L'essuyer.

CACHEMIRE D'OSIER, s. m. Hotte,--dans l'argot des chiffonniers.

Ils disent aussi _Cabriolet_, et _Carquois d'osier_.

CACHE-MISÈRE, s. m. Vêtement ample, boutonné jusqu'au menton et
dissimulant tant bien que mal l'absence de la chemise. Argot du peuple.

CACHEMITE, s. f. Cachot,--dans l'argot des voleurs.

CACHER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des faubouriens.

CACHET DE LA RÉPUBLIQUE, s. m. Coup de talon de botte sur la figure.
Argot des voyous.

CACHET DE M. LE MAIRE, s. m. Tache breneuse à la chemise. Argot du
peuple.

CACHOTTERIE, s. f. Mystère fait à propos de choses qui n'en valent pas la
peine. Même argot.

CACHOTTIER, s. m. Homme sournois, mystérieux, qui ne confie rien à
personne.

CADAVRE, s. m. Synonyme de corps. Même argot.

_Se mettre quelque chose dans le cadavre._ Manger.

CADAVRE, s. m. Secret qu'on a intérêt à cacher,--faute ou crime,
faiblesse ou malhonnêteté. Argot des gens de lettres.

_Savoir où est le cadavre de quelqu'un._ Connaître son secret, savoir
quel est son vice dominant, son _faible_.

CADÈNE, s. f. Chaîne de cou,--dans l'argot des voleurs, dont les pères
ont jadis fait partie de la _Grande Cadène_ qui allait de Paris à Toulon
ou à Brest.

CADET, s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot.

CADET, s. m. Les parties basses de l'homme, «la cible aux coups de pied».
Argot du peuple.

_Baiser Cadet._ Faire des actions viles, mesquines, plates.

Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à
quelqu'un ou pour clore une discussion qui leur déplaît: «Tiens, baise
Cadet!»

CADET, s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier.

_Tu es un beau cadet!_ Phrase ironique qu'on adresse à celui qui vient de
faire preuve de maladresse ou de bêtise.

CADET DE HAUT APPÉTIT, s. m. Grand mangeur, ou dépensier.

CADET DE MES SOUCIS (C'est le). Phrase de l'argot du peuple, qui
signifie: Je ne m'inquiète pas de cela, je m'en moque.

CADICHON, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs.

CADRAN, s. m. Le derrière de l'homme,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Cadran humain_ ou _Cadran solaire_.

CAFARDE, s. f. La lune,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent les
indiscrétions de cette planète assistant à leurs méfaits derrière un
voile de nuages.

CAGE, s. f. Prison,--dans l'argot du peuple, qui a voulu constater ainsi
que l'on tenait à empêcher l'homme qui _vole_ de s'envoler.

_Cage à chapons._ Couvent d'hommes.

_Cage à jacasses._ Couvent de femmes.

_Cage à poulets._ Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

CAGE, s. f. Atelier de composition,--dans l'argot des typographes.

Ils disent aussi _Galerie_.

CAGETON, s. m. Hanneton,--dans l'argot des voleurs, qui savent qu'il est
impossible de mettre ce scarabée en _cage_, et qui voudraient bien jouir
du même privilège.

CAGNE, s. f. et m. Personne paresseuse comme une _chienne_,--dans l'argot
du peuple.

C'est aussi le nom qu'il donne au cheval,--pour les mêmes raisons.

CAGNOTTE, s. f. Rétribution tacitement convenue qu'on place sous le
chandelier de la _demoiselle_ de la maison. Argot des joueurs du
demi-monde.

CAGOU, s. m. Voleur solitaire,--dans l'argot des voleurs.

CAHIN-CAHA, adv. Avec peine, de mauvaise grâce,--dans l'argot du peuple,
fidèle à l'étymologie: _qua hinc, qua hac_.

CAILLASSE, s. f. Cailloux,--dans le même argot.

CAILLÉ, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.

CAILLE COIFFÉE, s. f. Femme éveillée, un peu plus amoureuse que son mari
ne le voudrait,--dans l'argot du peuple, qui connaît les mœurs du
_Coturnix_.

CAILLOU, s. m. Figure grotesque,--dans l'argot des voyous.

Signifie aussi Nez.

CAISSE D'ÉPARGNE, s. f. La bouche, dans l'argot du peuple, qui a l'ironie
amère, parce qu'il sait que les trois quarts du salaire sont absorbés par
ce gouffre toujours ouvert.

Il l'appelle aussi, en employant une image contraire, _Madame la Ruine_.

CAISSON, s. m. Tête,--dans l'argot des soldats.

_Se faire sauter le caisson._ Se brûler la cervelle.

CALABRE, s. f. Teigne,--dans l'argot des voleurs.

CALAIN, s. m. Vigneron,--dans le même argot.

CALANCHER, v. n. Mourir,--dans l'argot des vagabonds.

CALANDRINER LE SABLE, v. a. Traîner sa misère,--dans l'argot des voyous.

CALÉ, ÉE, adj. Riche, heureux,--dans l'argot du peuple, à qui il semble
qu'un homme _calé_ ne peut plus tomber ni mourir.

CALEBASSE, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé une
analogie quelconque entre l'_os sublime_ et le fruit du baobab, presque
aussi vides l'un que l'autre.

_Grande calebasse._ Femme longue, maigre et mal habillée.

CALEBASSES, s. f. pl. Gorge molle, qui promet plus qu'elle ne tient.

CALÉGE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot des voleurs qui prononcent
_calèche_ à la vieille mode.

CALER, v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux
billes,--dans l'argot des enfants.

CALER, v. n. Céder, rabattre de ses prétentions,--ce qui est une façon de
baisser les voiles. Argot du peuple.

CALER, v. n. N'avoir pas de besogne, attendre de la _copie_,--dans
l'argot des typographes.

CALER L'ÉCOLE, v. a. N'y pas aller, la _lâcher_,--dans l'argot des
écoliers qui ont appris assez de latin et de grec pour supposer que ce
verbe vient de _chalare_ et de [grec: Chalaô].

Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs classes,
veulent qu'on dise _caner_ et non _caler_, s'appuyant sur la
signification bien connue du premier verbe, qui n'est autre en effet que
Faire la cane, s'enfuir. Mais je persisterai dans mon orthographe, dans
mon étymologie et dans ma prononciation, parce qu'elles sont plus
rationnelles et qu'en outre elles ont l'avantage de me rappeler les
meilleures heures de mon enfance. En outre aussi, à propos de cette
expression comme à propos de toutes celles où les avis sont partagés, je
pense exactement comme le chevalier de Cailly à propos de
_chante-pleure_:

    «Depuis deux jours on m'entretient
    Pour savoir d'où vient chante-pleure:
    Du chagrin que j'en ai, je meure!
    Si je savais d'où ce mot vient,
    Je l'y renverrais tout à l'heure...»

CALICOT, s. m. Commis d'un magasin de nouveautés,--dans l'argot du
peuple.

Le mot date de la Restauration, de l'époque où les messieurs de l'aune et
du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les
yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires,
qu'on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

CALICOTE, s f. Maîtresse de commis de nouveautés.

CALIGULER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont
gardé rancune au _Caligula_ d'Alexandre Dumas.

CALINO, s. m. Nom d'une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery
dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez
simples d'esprit, par exemple, pour s'imaginer avoir vu bâtir la maison
où ils sont nés.

CALINOTADE, s. f. Naïveté qui frise de près la niaiserie.

CALLOT, s. m. Teigneux,--dans l'argot des voleurs.

CALME ET INODORE (Être). Se conduire convenablement,--dans l'argot du
peuple.

CALOQUET, s. m. Chapeau.

CALORGNE, s. m. Borgne, ou seulement Bigle.

On dit aussi _Caliborgne_.

CALOT, s. m. Dé à coudre,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi coquille de noix.

CALOT, s. m. Grosse bille avec laquelle on _cale_ en jouant,--dans
l'argot des enfants.

CALOTIN, s. m. Prêtre,--dans l'argot du peuple.

CALOTS, s. m. pl. Yeux ronds comme des _billes_,--dans l'argot des
faubouriens.

_Boiter des calots._ Loucher.

CALOTTE (La). Le Clergé,--dans l'argot des bourgeois.

_Le régiment de la calotte._ La Société de Jésus,--sous la Restauration.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles on avait donné ce nom à une société bien
différente, composée de beaux esprits satiriques.

CALOTTE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple.

CALOTTER, v. a. Souffleter.

CALVIGNE, s. f. La vigne,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Clavigne_.

CALVIN, s. m. Raisin.

On dit aussi _Clavin_.

CAMARADERIE, s. f. Aide mutuelle mais intéressée que se prêtent les gens
de lettres, journalistes ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à
la réputation. C'est la courte-échelle appliquée à l'art et à la
littérature, c'est-à-dire aux deux plus respectables choses qui soient au
monde,--les plus respectables et les moins respectées, «Passe-moi la
casse et je te passerai le séné. Dis que j'ai du génie et je crierai
partout que tu as du talent.»

Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société
de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout
des amis; ils s'aident, mais ils se méprisent. C'est Henri Delatouche,
l'ennemi, et, par conséquent, la victime de la _camaraderie_, qui est le
parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce
Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la
littérature française.

CAMARDE, s. f. La Mort,--dans l'argot des voleurs, qui trouvent sans
doute qu'elle manque de nez.

CAMARO, s. m. Camarade, ami,--dans l'argot des faubouriens.

CAMBOLER, v. n. Se laisser choir. Même argot.

CAMBRIOLE, s. f. Chambre,--dans l'argot des voleurs.

_Cambriole de Milord._ Appartement somptueux.

_Rincer une cambriole._ Dévaliser une chambre.

CAMBRIOLEUR, s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les
chambres de domestiques, en l'absence de leurs locataires.

_Cambrioleur à la flan._ Voleur de chambre au hasard.

CAMBROU, s. m. Domestique mâle. Même argot.

CAMBROUSE, s. f. Gourgandine,--dans l'argot des faubouriens, qui se
rencontrent sans le savoir avec les auteurs du _Théâtre-Italien_.

CAMBROUSIER, s. m. Brocanteur,--dans l'argot des revendeurs du Temple.

CAMBROUSSE, s. f. Banlieue, campagne,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Camplouse_.

CAMBUSE, s. f. Cabaret,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi logis quelconque, taudis.

CAMELLIA, s. m. Femme entretenue,--par allusion à Marie Duplessis, qui a
servi de type à Alexandre Dumas fils, pour sa _Dame aux Camélias_.

C'est par conséquent un mot qui date de 1852. Les journalistes qui l'ont
employé l'ont écrit tous avec un seul _l_,--comme Alexandre Dumas fils
lui-même, du reste,--sans prendre garde qu'ainsi écrit ce mot devenait
une injure de bas étage au lieu d'être une impertinence distinguée: un
_camellia_ est une fleur, mais le _camélia_ est un [grec: kamêlos].

CAMELOT, s. m. Marchand ambulant,--dans l'argot des faubouriens, qui
s'aperçoivent qu'on ne vend plus aujourd'hui que de la _camelotte_.

CAMELOTTE, s. f. Mauvaise marchandise; besogne mal faite,--dans l'argot
des ouvriers; livre mal écrit, dans l'argot des gens de lettres.

Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce
substantif; ils ont dit: _Un mariage camelotte_.

CAMELOTTE, s. f. «Femme galante de dix-septième ordre,»--dans l'argot du
peuple.

CAMELOTTE EN POGNE, s. f. Vol dans la main. Argot des prisons.

CAMELOTTER, v. n. Marchander ou vendre.

Signifie aussi mendier, vagabonder.

CAMOUFLE, s. f. Chandelle,--dans l'argot des voleurs.

_La camoufle s'estourbe._ La chandelle s'éteint.

CAMOUFLEMENT, s. m. Déguisement,--parce que c'est à tromper que sert la
_camoufle_ de l'instruction et de l'éducation.

CAMOUFLER, v. pr. S'instruire,--se servir de la _camoufle_, de la lumière
intellectuelle et morale.

CAMOUFLER (Se), v. réfl. Se déguiser.

CAMOUFLET, s. m. Chandelier.

CAMP DES SIX BORNES, s. m. Endroit du cimetière où les marbriers font
leur sieste aux jours de grande chaleur.

_Piquer une romaine au camp._ Dormir.

CAMPHRE, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier et
funeste à l'estomac, comme on en boit dans les cabarets populaciers ou
assommoirs.

CAMPHRIER, s. m. Marchand de vin et d'eau-de-vie,--dans l'argot des
faubouriens.

Se dit aussi pour buveur d'eau-de-vie.

CAMPO, s. m. Congé,--dans l'argot des écoliers et des employés, qui ne
sont pas fâchés d'aller _ad campos_ et de n'aller ni à leur école ni à
leur bureau.

_Avoir campo._ Être libre.

CAMUS, adj. Etonné, confus, comme quelqu'un qui viendrait de «se casser
le nez»,--dans l'argot du peuple.

CAMUSE, s. f. Carpe,--dans l'argot des voleurs, qui alors n'ont pas vu
les carpes des bassins de Fontainebleau.

CAMUSE (La). La Mort,--dans le même argot.

CANAGE, s. m. Agonie,--dans l'argot des voyous, qui ont vu _caner_
souvent devant la mort.

CANAPÉ, s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon,--dans l'argot des
voleurs, qui ont toutes les corruptions.

CANARD, s. m. Imprimé crié dans les rues,--et par extension, Fausse
nouvelle. Argot des journalistes.

CANARD, s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire,--dans
l'argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des
_blagues_ qu'ils composent.

CANARD, s. m. Mari fidèle et soumis,--dans l'argot des bourgeoises.

CANARD, s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois
donne à sa femme ou à son enfant,--s'ils ont été bien sages.

CANARD, s. m. Chien barbet,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces
chiens-là vont à l'eau comme de simples palmipèdes, _water-dogs_.

CANARD, s. m. Fausse note,--dans l'argot des musiciens.

On dit aussi _Couac_.

CANARDER, v. a. Fusiller,--dans l'argot des troupiers, pour qui les
hommes ne comptent pas plus que des palmipèdes.

CANARDER, v. a. Tromper.

CANARDIER, s. m. Crieur de journaux.

Signifie aussi journaliste.

CANARD SANS PLUMES, s. m. Nerf de bœuf,--dans l'argot du peuple.

CANARI, s. m. Imbécile, _serin_,--dans le même argot.

CANASSON, s. m. Cheval,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que cet
animal se nourrit de _son_ aussi bien que d'avoine: _cane-à-son_.

CANCAN, s. m. Médisance à l'usage des portières et des femmes de chambre.
Argot du peuple.

CANCAN, s. m. Fandango parisien, qui a été fort en honneur il y a trente
ans, et qui a été remplacé par d'autres danses aussi décolletées.

CANCANER, v. n. Danser le cancan;--Faire des cancans.

CANCANIER, adj. et s. Bavard, indiscret. Qui colporte de faux bruits, des
médisances.

On dit aussi _Cancaneur_.

CANCRE, s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux
mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au _Jardin
des racines grecques_ de Lancelot.

CANCRE, s. et adj. Avare, homme qui n'aime point à prêter. Argot du
peuple.

Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par
incapacité, soit par inconduite.

CANER, v. n. Avoir peur, s'enfuir, faire la _cane_ ou le _chien_.

CANER, v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens
de lettres.

_Caner son article._ Ne pas envoyer l'article qu'on s'était engagé à
écrire.

CANER, v. n. Mourir,--dans l'argot des voyous.

CANER LA PÉGRENNE, v. a. Mourir de faim,--dans l'argot des voleurs.

CANICHE, s. m. Chien en général,--dans l'argot du peuple, pour lequel le
caniche est le seul chien qui existe, comme le _dada_ est pour les
enfants le seul cheval de la création.

CANICHE, s. m. Ballot à oreilles,--dans l'argot des voleurs.

CANNE, s. f. Surveillance de la haute police,--dans le même argot.

CANNE, s. f. Congé, renvoi plus ou moins poli,--dans l'argot des gens de
lettres, dont quelques-uns ont une assez jolie collection de ces rotins.

_Offrir une canne._ Prier un collaborateur de ne plus collaborer;
l'appeler à d'autres fonctions, toutes celles qu'il voudra--mais
ailleurs.

CANON, s. m. Verre,--dans l'argot des francs-maçons; petite mesure de
liquide,--dans l'argot des marchands de vin.

_Petit canon._ La moitié d'un _cinquième_.

_Grand canon._ Cinquième.

CANONNER, v. n. Fréquenter les cabarets.

CANONNER, v. n. _Crepitare_,--dans l'argot facétieux des faubouriens,
amis du bruit, d'où qu'il sorte.

CANONNEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons.

CANONNIER DE LA PIÈCE HUMIDE, s. m. Infirmier,--dans l'argot des soldats.

CANONNIÈRE, s. f. Le _podex_ de Juvénal, dans l'argot des faubouriens.
_Charger la canonnière._ Manger.

_Gargousses de la canonnière._ Navets, choux, haricots, etc.

CANT, s. m. Argot des voleurs anglais, devenu celui des voleurs
parisiens.

CANT, s. m. Afféterie de manières et de langage; hypocrisie à la mode.
Expression désormais française.

Le _cant_ et le _bashfulness_, deux jolis vices!

CANTALOUP, s. m. Imbécile, _melon_,--dans l'argot des faubouriens.

CANTIQUE, s. m. Chanson à boire,--dans l'argot des francs-maçons, qui
savent que _chanter_ vient de _cantare_.

CANTON, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.

CANTONADE, s. f. Partie du théâtre en dehors du décor,--dans l'argot des
coulisses.

_Parler à la cantonade._ Avoir l'air de parler à quelqu'un qui est censé
vous écouter,--au propre et au figuré.

_Ecrire à la cantonade._ Ecrire pour n'être pas lu,--dans l'argot des
gens de lettres.

CANTONNIER, s. m. Prisonnier.

CANULANT, adj. Ennuyeux, importun, insupportable,--dans l'argot du
peuple, qui a une sainte horreur des matassins, armés comme l'on sait,
qui poursuivent M. de Pourceaugnac.

CANULE, s. f. Homme ennuyeux, obsédant.

CANULER, v. a. Ennuyer, obséder.

CAPAHUTER, v. a. Assassiner un complice pour s'approprier sa part du
vol.

CAPE, s. f. Écriture,--dans l'argot des voleurs.

CAPET, s. m. Chapeau,--dans l'argot des ouvriers.

CAPINE, s. f. Écritoire.

CAPIR, v. a. Écrire.

CAPITAINE, s. m. Agioteur, dans l'argot des voleurs.

CAPITAINE, s. m. Capitaliste,--dans le même argot.

CAPITAINE BÉCHEUR, s. m. Capitaine rapporteur,--dans l'argot des soldats.

CAPITAINER, v. a. Agioter.

CAPITONNER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe «d'avantages» en
coton,--dans l'argot des petites dames qui, pour séduire les hommes, ont
recours à l'Art quand la Nature est insuffisante.

CAPON, s. m. Lâche,--dans l'argot du peuple, trop coq gaulois pour aimer
les _chapons_.

CAPONNER, v. n. Reculer, avoir peur.

CAPORAL, s. m. Tabac de la régie.

CAPOU, s. m. Ecrivain public,--dans l'argot des voleurs.

CAPRICE, s. m. Amant de cœur,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on a
l'imagination très capricante.

_Caprice sérieux._ Entreteneur.

CAPSULE, s. f. Chapeau à petits bords, à la mode depuis quelques années.
Argot des faubouriens.

CAQUER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot du peuple.

CARABAS, s. m. Vieille berline de comte ou de _marquis_, carrosse d'un
modèle suranné.

CARABAS, s. m. Riche propriétaire de terres ou de maisons.

On dit aussi _Marquis de Carabas_.

CARABIN, s. m. Etudiant en médecine,--dans l'argot du peuple.

_Carabine_, s. f. Maîtresse d'étudiant.

CARABINE, s. f. Fouet,--dans l'argot des soldats du train.

CARABINÉ, ÉE, adj. De première force ou de qualité supérieure. Argot du
peuple.

_Plaisanterie carabinée._ Difficile à accepter, parce qu'excessive.

CARABINER, v. n. Jouer timidement, aventurer en hésitant son argent sur
quelques cartes. Argot des joueurs de lansquenet.

CARAMBOLAGE, s. m. Lutte générale,--dans l'argot des faubouriens.

CARAMBOLER, v. a. Battre quelqu'un, et surtout plusieurs quelqu'uns à la
fois; faire coup double, au propre et au figuré.

CARANT, s. m. Planche, morceau de bois _carré_,--dans l'argot des
voleurs.

CARANTE, s. f. Table.

CARAPATTER (Se). V. réfl. Se sauver, _jouer des pattes_. Argot des
faubouriens.

CARBELUCHE GALICÉ, s. m. Chapeau de soie,--dans l'argot des voleurs.

CARCAGNO, s. m. Usurier,--dans l'argot des faubouriens.

CARCAN, s. m. Vieux cheval bon pour l'équarrisseur. Argot des maquignons.

CARCASSE, s. f. Le corps humain,--dans l'argot du peuple.

_Avoir une mauvaise carcasse._ Avoir une mauvaise santé.

CARCASSIER, s. m. Habile dramaturge,--dans l'argot des coulisses.

On dit aussi _Charpentier_.

CARDER, v. a. Egratigner le visage de quelqu'un à coups d'ongles. Argot
du peuple.

CARDINAL DE LA MER, s. m. Le homard,--dans l'argot ironique des gens de
lettres, par allusion à la bévue de Jules Janin.

CARDINALE, s. f. Lune,--dans l'argot des voleurs.

CARDINALES, s. f. pl. Les _menses_ des femmes,--dans l'argot des
bourgeois.

CARDINALISER (Se), v. réfl. Rougir, soit d'émotion, soit en buvant.

L'expression appartient à Balzac. Déjà Rabelais avait parlé des
«escrevisses qu'on cardinalise à la cuite».

CARE, s. f. Cachette,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

On dit aussi _Planque_.

CARER, v. a. Cacher, se mettre à l'abri.

CAREUR, s. m. Voleur dont la spécialité consiste à s'établir à portée du
tiroir de caisse d'un marchand, sous prétexte de pièces anciennes à
échanger, et à profiter de la moindre distraction pour s'emparer du plus
de pièces possible--anciennes ou nouvelles.

On dit aussi _Voleur à la care_.

C'est le _pincher_ anglais.

CARGE, s. f. Balle,--dans l'argot des voleurs.

CARGUER SES VOILES, v. a. Agir prudemment, prendre ses invalides,--dans
l'argot des marins.

CARIBENER, v. a. Voler à la care.

On dit aussi _Carer_.

CARLINE, s. f. La Mort,--dans l'argot des bagnes.

La carline (_carlina vulgaris_) est une plante qui, au dire d'Olivier de
Serres, prend son nom du roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste.
La vie étant aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la
mort nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu'on lui a donné
ce nom? Ou bien est-ce parce qu'elle nous apparaît hideuse, comme Carlin
avec son masque noir?

CARMAGNOLE, s. m. Soldat de la République,--dans l'argot des _ci-devant_
émigrés à Coblentz.

CARME, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs.

Quelques étymologistes veulent qu'on écrive et prononce
_carle_,--probablement par contraction de _carolus_.

CARME, s. m. Miche de pain,--dans le même argot.

CARMER, v. n. Payer, _faire des effets de poche_.

CARNAVAL, s. m. Personne vêtue d'une façon extravagante, qui attire les
regards et les rires des passants. Argot des bourgeois.

CARNE, s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure,--dans
l'argot du peuple, qui a l'air de savoir que le génitif de _caro_ est
_carnis_.

Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.

CAROGNE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.

CAROTTE, s. f. Prudence habile,--dans l'argot des joueurs.

_Jouer la carotte._ Hasarder le moins possible, ne risquer que de petits
coups et de petites sommes.

CAROTTE, s. f. Escroquerie légère commise au moyen d'un mensonge
intéressant,--dans l'argot des étudiants, des soldats et des ouvriers.

_Tirer une carotte._ Conter une histoire mensongère destinée à vous
attendrir et à délier les cordons de votre bourse.

_Carotte de longueur._ Histoire habilement forgée.

CAROTTE DANS LE PLOMB (Avoir une), v. a. Se dit d'un chanteur qui fait un
_couac_ ou chante faux,--dans l'argot des coulisses; avoir l'haleine
infecte,--dans l'argot des faubouriens.

CAROTTER, v. a. Se servir de carottes pour obtenir de l'argent de son
père, de son patron, ou de toute personne charitable.

_Carotter l'existence._ Vivre misérablement.

_Carotter le service._ Se dispenser du service militaire, ou autre, en
demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins
ingénieux.

CAROTTER, v. n. Jouer mesquinement, ne pas oser risquer de grands coups
ni de grosses sommes.

CAROTTEUR, s. et adj. Celui qui carotte au jeu.

CAROTTIER, s. m. Homme qui vit d'expédients, qui ment volontiers pour
obtenir de l'argent.

_Carottier fini._ Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent
toujours.

CAROUBLE, s. f. Fausse clé,--dans l'argot des voleurs.

CAROUBLEUR, s. m. Individu qui vole à l'aide de fausses clés.

On dit aussi _caroubleur refilé_.

_Caroubleur à la flan._ Voleur à l'aventure.

CARRÉ (Être). Avoir une grande énergie, aller droit au but. Argot des
bourgeois.

CARREAU DE VITRE, s. m. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.

CARREAUX BROUILLÉS, s. m. pl. Maison mal famée, tapis franc,--_abbaye des
s'offre-à-tous_.

CARRELURE DE VENTRE, s. f. Réfection plantureuse,--dans l'argot du
peuple, qui éprouve souvent le besoin de _raccommoder_ son ventre déchiré
par la faim.

CARRÉMENT, adv. D'une manière énergique, carrée.

CARRER (Se), v. réfl. Se donner des airs, faire l'entendu,--dans le même
argot.

On dit aussi _Se recarrer_.

CARRER (Se), v. réfl. Se cacher,--dans l'argot des faubouriens.

CARRER DE LA DÉBINE (Se), v. réfl. Se tirer de la misère.

CARTAUDE, s. f. Imprimerie,--dans l'argot des voleurs.

CARTAUDE, s. m. Imprimé.

CARTAUDER, v. a. Imprimer.

CARTAUDIER, s. m. Imprimeur.

CARTE, s. f. Papiers d'identité qu'on délivre à la Préfecture de police,
aux femmes qui veulent exercer le métier de filles.

_Être en carte._ Être fille publique.

CARTON, s. m. Carte à jouer,--dans l'argot de Breda-Street, où fleurit le
lansquenet.

_Manier le carton._ Jouer aux cartes.--On dit aussi _Graisser le carton_
et _Tripoter le carton_.

_Maquiller le carton._ Faire sauter la coupe.

CARTONNIER, adj. Mal habile dans son métier. Argot des ouvriers.

CARUCHE, s. f. Prison,--dans l'argot des voleurs.

CAS, s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute
(_casus_) est plus ou moins bruyante.

_Faire son cas._ Alvum deponere.

_Montrer son cas._ Se découvrir de manière à blesser la décence.

CASAQUIN, s. m. Le corps humain,--dans l'argot du peuple.

_Sauter_ ou _tomber sur le casaquin à quelqu'un_. Battre quelqu'un, le
rouer de coups.

_Avoir quelque chose dans le casaquin._ Être inquiet, tourmenté par un
projet ou par la maladie.

CASCADE, s. f. Plaisanterie; manque de parole,--_chute_ de promesse.

CASCADES, s. f. pl. Fantaisies bouffonnes, inégalités grotesques,
improvisations fantasques,--dans l'argot des coulisses.

CASCADEUSE, s. f. Fille ou femme qui,--dans l'argot des
faubouriens,--laisse continuellement la clé sur la porte de son cœur, où
peuvent entrer indifféremment le coiffeur et l'artiste, le caprice et le
protecteur.

CASCARET, s. m. Homme sans importance, de mine malheureuse ou d'apparence
chétive. Argot du peuple.

CASE, s. f. Maison, logement quelconque,--dans l'argot du peuple, qui
parle latin sans le savoir.

_Le patron de la case._ Le maître de la maison, d'un établissement
quelconque; le locataire d'une boutique, d'un logement.

CASIMIR, s. m. Gilet,--dans le même argot.

CASQUE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens, pour qui c'est le
mâle de _casquette_.

_Casque-à-mèche._ Bonnet de coton.

CASQUE, s. m. Effronterie, aplomb, _blague_ du charlatan.

_Avoir du casque_, c'est-à-dire parler avec la faconde de Mangin.

CASQUE (Avoir son), v. a. Être complètement gris,--ce qui amène
naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent
_galea_, parce qu'elle vous coiffe comme avec un casque.

CASQUER, v. n. Payer,--dans l'argot des filles et des voleurs, qui, comme
Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière--armée--de déposer votre
offrande dedans.

Signifie aussi: donner aveuglément dans un piège,--de l'italien
_cascare_, tomber, dit M. Francisque Michel.

Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la
seconde que de la première,--celle qui est contenue dans cette phrase
fréquemment employée par le peuple: _J'ai casqué pour le roublard_ (je
l'ai pris pour un malin).

CASQUETTE, s. f. Chapeau de femme,--dans l'argot des faubouriens.

CASQUETTE (Être), v. n. Être sur la pente d'une forte ivresse, avoir son
_casque_.

CASSANT, s. m. Noyer, arbre,--dans l'argot des voleurs; biscuit de
mer,--dans l'argot des matelots.

CASSANTES, s. f. pl. Les dents,--dans l'argot des voleurs.

CASSE, s. f. Ce que l'on casse. Argot des garçons de café.

CASSE-COU, s. m. Homme hardi jusqu'à l'audace, audacieux jusqu'à
l'imprudence, jusqu'à la folie. Argot du peuple.

CASSE-CUL, s. m. Chute qu'on fait en glissant. Argot du peuple. Les
enfants jouent souvent au casse-cul.

CASSE-GUEULE, s. m. Bal de barrière,--dans l'argot des faubouriens qui
s'y battent fréquemment.

CASSE-MUSEAU, s. m. Coup de poing,--dans le même argot.

C'est le nom d'une sorte de pâtisserie dans l'ouest de la France.
Rabelais dit _casse-musel_.

CASSE-NOISETTE, s. m. Figure grotesque, où le nez et le menton sont sur
le point d'accomplir le mariage projeté depuis leur naissance.

CASSE-POITRINE, s. m. Eau-de-vie poivrée,--dans l'argot du peuple.

CASSE-POITRINE, s. m. pl. Individus voués aux vices abjects, _qui
manustupro dediti sunt_, dit le docteur Tardieu.

CASSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des voleurs.

CASSER, v. a. Couper,--dans l'argot des voyous.

CASSER (Se la), v. réfl. S'en aller de quelque part; s'enfuir.

CASSER DU BEC, v. n. Avoir une haleine infecte,--dans l'argot des
faubouriens.

CASSER DU GRAIN, v. a. Ne rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du
peuple.

CASSER DU SUCRE, v. a. Faire des cancans,--dans l'argot des cabotins.

CASSER LA GEULE A SON PORTEUR D'EAU, v. a. Avoir ses _menses_,--dans
l'argot des voyous.

CASSER LA HANE, v. a. Couper la bourse,--dans l'argot des voleurs.

CASSER LA MARMITE, v. a. Se ruiner; s'enlever, par une folie, tout moyen
d'existence. Argot des faubouriens.

CASSER LE COU A UN CHAT, v. a. Manger une gibelotte,--dans l'argot du
peuple.

CASSER LE COU A UNE NÉGRESSE, v. a. Vider une bouteille.

CASSER LE NEZ (Se), v. réfl. Avoir une déception plus ou moins amère,
depuis celle qu'on éprouve à trouver fermée une porte qu'on s'attendait à
trouver ouverte, jusqu'à celle qu'on ressent à voir un amant chez une
femme qu'on avait le droit de croire seule.

CASSER LE SUCRE A LA ROUSSE. Dénoncer un camarade ou plutôt un complice.
Argot des voleurs.

CASSEROLE, s. f. Mouchard,--dans le même argot.

CASSEROLE, s. f. L'hôpital du Midi,--dans l'argot des faubouriens.

_Passer à la casserolle._ Se faire soigner par le docteur Ricord; être
soumis à un traitement dépuratif énergique.

CASSER SON CABLE, v. a. Mourir,--dans l'argot des gens de lettres, qui
ont emprunté l'expression à Commerson.

C'est une allusion à la rupture du câble transatlantique.

CASSER SA CANNE, v. a. Dormir, et, par extension, mourir.

CASSER UNE CROUTE, v. a. Manger légèrement en attendant un repas plus
substantiel. Argot des bourgeois.

CASSER SA CRUCHE, v. a. Perdre le droit de porter le bouquet de fleurs
d'oranger,--dans l'argot du peuple, qui interprète à sa manière le
tableau de Greuze.

CASSER SA FICELLE, v. a. S'évader du bagne ou d'une maison
centrale,--dans l'argot des voleurs.

CASSER SA PIPE, v. a. Mourir, dans l'argot des faubouriens et des rapins.

CASSER SON SABOT, v. a. Perdre le droit de porter un bouquet de fleur
d'oranger,--dans l'argot du peuple.

CASSEUR, s. m. Fanfaron, qui a l'air de vouloir tout casser,--dans l'argot
du peuple.

_Mettre son chapeau en casseur._ Sur le coin de l'oreille, d'un air de
défi.

CASSEUR DE PORTES, s. m. Voleur avec effraction,--dans l'argot des
voyous.

CASSINE, s. f. Maison où le service est sévère,--dans l'argot des
domestiques paresseux; atelier où le travail est rude,--dans l'argot des
ouvriers gouapeurs.

CASSOLETTE, s. f. Bouche,--dans l'argot des faubouriens.

_Plomber de la cassolette._ Fetidum halitum emittere.

CASSOLETTE, s. f. La _matula_ de Plaute, et le «Pot qu'en chambre on
demande» de Lancelot,--dans l'argot du peuple, qui va chercher ses
phrases dans un autre Jardin que celui des Racines grecques.

Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d'immondices et
qu'il s'en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les
fraises.

CASTE DE CHARRUE, s. m. Quart d'un écu,--dans l'argot des voleurs.

CASTILLE, s. f. Petite querelle,--dans l'argot des bourgeois, qui
cependant n'ont pas lu l'_Histoire de Francion_.

_Chercher castille._ Faire des reproches injustes ou exagérés.

CASTOR, s. m. Chapeau d'homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle
ou en paille,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie pas cette expression
précisément en bonne part.

CASTROZ, s. m. Chapon,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Castion_.

CASTU, s. m. Hôpital,--dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que
personne que les premiers établissements hospitaliers en France,
notamment l'hôpital général à Paris, ont été de véritables forteresses,
_castelli_.

CASTUC, s. f. Prison, un autre hôpital, celui des vices, qui sont la
maladie de l'âme.

CAT, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants, qui parlent mieux le vieux
français que les grandes personnes:

      Lou _cat_ a fain
    Quant manjo pain,

dit un fabliau ancien.

CATAPLASME AU GRAS, s. m. Épinards,--dans l'argot des faubouriens.

CATAPLASME DE VENISE, s. m. Soufflet, coup sur le visage,--dans l'argot
du peuple.

CATHAU, s. f. Fille qui n'a pas voulu coiffer sainte Catherine et s'est
mariée avec le général Macadam.

CATHOLIQUE A GROS GRAINS, s. m. Catholique peu pratiquant,--dans l'argot
des bourgeois.

CATIN, s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l'argot du peuple,
qui a bien le droit de s'en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de
Sévigné elle-même.

CATINISER (Se). De fille honnête devenir _fille_.

CAUCHEMARDANT, adj. Ennuyeux, importun,--dans l'argot des faubouriens.

CAUCHEMARDER, v. a. Ennuyer, obséder.

CAUSE GRASSE. Cause amusante à plaider et à entendre plaider,--dans
l'argot des avocats, héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d'œuvre
du genre est l'_affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau_, Me Arouet de
Voltaire plaidant--la plume à la main.

CAUSETTE, s. f. Causerie familière, à deux, dans l'argot du peuple, qui a
eu l'honneur de prêter ce mot à George Sand.

_Faire la causette._ Causer tout bas.

CAUSOTTER, v. n. Se livrer à une causerie intime entre trois ou quatre
personnes.

CAVALCADE, s. f. Aventure galante.

_Avoir vu des cavalcades._ Avoir eu de nombreux amants.

CAVALE, s. f. Course précipitée, fuite,--dans l'argot des voyous.

_Se payer une cavale._ Courir.

CAVALE, s. f. Grande femme maigre, mal faite, déhanchée.

CAVALER (Se), v. réfl. S'enfuir comme un _cheval_,--dans l'argot des
faubouriens.

CAVALOT, s. m. Pièce de menue monnaie,--dans le même argot.

CAVÉ, s. m. Dupe,--dans le même argot.

CAVÉE, s. f. Église,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent les
rhumatismes.

CAYENNE, s. m. Cimetière _extra muros_,--dans l'argot du peuple, pour qui
il semble que ce soit là une façon de lieu de déportation.

Il dit aussi _Champ de Navets_,--parce qu'il sait qu'avant d'être
utilisés pour les morts, ces endroits funèbres ont été utilisés pour les
vivants.

CAYENNE, s. m. Atelier éloigné de Paris; fabrique située dans la
banlieue. Argot des ouvriers.

CÉLADON, s. m. Vieillard galant,--dans l'argot des bourgeois, dont les
grand'mères ont lu l'_Astrée_.

On dit aussi _Vieux céladon_.

CENDRILLON, s. f. Jeune fille à laquelle ses parents préfèrent ses sœurs
et même des étrangères; personne à laquelle on ne fait pas
attention,--dans l'argot du peuple, qui a voulu consacrer le souvenir
d'un des plus jolis contes de Perrault.

CE N'EST PAS A FAIRE! Je m'en garderais bien!

Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par eux à
toutes les sauces: c'est leur réponse à tout. Il faudrait pouvoir la
noter.

CENT COUPS (Être aux). Être bouleversé; ne savoir plus où donner de la
tête. Argot des bourgeois.

CENT COUPS (Faire les). Se démener pour réussir dans une affaire; mener
une vie déréglée.--Argot des bourgeois.

CENTRE, s. m. Nom,--dans l'argot des voleurs, qui savent que le nom est
en effet le point où convergent les investigations de la police, et qui,
à cause de cela, changent volontiers de centre.

_Centre à l'estorgue._ Faux nom, sobriquet.

_Centre d'altèque._ Nom véritable.

CENTRE DE GRAVITÉ, s. m. _Nates_,--dans l'argot des bourgeois, qui ont
emprunté cette expression-là aux Précieuses.

CERBÈRE, s. m. Concierge,--dans l'argot du peuple.

CERCHER, v. a. Chercher,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(_circare_) et à la tradition: «Mes sommiers estoient assez loin, et
estoit trop tard pour les cercher,» dit Philippe de Commines.

    Li marinier qui par mer nage,
    Cerchant mainte terre sauvage,
    Tout regarde il à une estoile,

disent les auteurs du _Roman de la Rose_.

CERCLE, s. m. Argent monnayé,--dans l'argot des voleurs.

CERCLÉ, s. m. Tonneau,--dans le même argot.

CERF-VOLANT, s. m. Femme qui attire sous une allée ou dans un lieu désert
les enfants en train de jouer pour leur arracher leurs boucles d'oreilles
et quelquefois l'oreille avec la boucle.--Argot des voleurs.

CERNEAU, s. m. Jeune fille,--dans l'argot des gens de lettres.

C'EST LE CHAT! Expression de l'argot du peuple, qui souligne ironiquement
un doute, une dénégation. Ainsi, quelqu'un disant: Ce n'est pas moi qui
ai fait cela.--Non! c'est le chat! lui répondra-t-on.

CHABANNAIS, s. m. Reproches violents, quelquefois mêlés de coups de
poing,--dans le même argot.

_Ficher un chabannais._ Donner une correction.

CHACAL, s. m. Zouave,--dans l'argot des soldats d'Afrique, par allusion
au cri que poussent les zouzous en allant au feu.

CHAFOUIN, adj. et s. Sournois, rusé,--dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter cette expression à Saint-Simon, qui l'a employée à
propos de Dubois.

CHAFOFURER (Se), v. réfl. S'égratigner.

CHAFRIOLER (Se), v. réfl. Se caresser, se complaire,--à la façon des
_chats_.

L'expression appartient à Balzac.

CHAHUT, s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la
fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan,--qui a été
lui-même remplacé par d'autres cordaces de la même lascivité.

Quelques écrivains font ce mot du féminin.

CHAHUT, s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups,--dans l'argot des
faubouriens.

_Faire du chahut._ Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret;
tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

CHAHUTER, v. n. Danser indécemment.

CHAHUTER, v. a. Secouer avec violence; renverser; se disputer.

CHAHUTEUR, s. m. Mauvais sujet.

CHAHUTEUSE, s. f. Habituée des bals publics; dévergondée.

CHALOUPE, s. f. Femme à toilette tapageuse,--dans l'argot des voyous.

_Chaloupe orageuse._ Variété de chahut et femme qui le danse.

CHALOUPER, v. n. Danser le chahut.

CHAMAILLER (Se), v. réfl. Se disputer,--dans l'argot du peuple.

CHAMAILLER DES DENTS, v. n. Manger.

CHAMBARDER, v. a. Secouer sans précaution; renverser; briser,--dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

CHAMBRE DES PAIRS, s. f. Bagne à vie,--dans l'argot des prisonniers.

CHAMBRELAN, s. m. Ouvrier en chambre; locataire qui n'occupe qu'une seule
chambre,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Chamberlan_, et ce mot, comme l'autre, est la première
forme de _Chambellan_. Les gens du bel air ont donc tort de rire des
petites gens,--qui parlent mieux qu'eux, puisqu'ils parlent comme
Villehardouin, comme Joinville, comme Froissart, qui parlaient comme les
Allemands (_Kâmmerling_ ou _Chamarlinc_).

CHAMBRILLON, s. f. Petite servante,--dans le même argot.

CHAMEAU, s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect
des hommes.

Le mot a une cinquantaine d'années de bouteille.

CHAMEAU, s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et
s'arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni
de sa personne dans une bagarre.

CHAMP D'OIGNONS, s. m. Cimetière,--dans l'argot des faubouriens, qui
savent que les morts empruntent aux vivants un terrain utilisé pour
l'alimentation de ceux-ci.

CHAMPFLEURISME, s. m. Ecole littéraire dont Champfleury est le chef.
C'est le réalisme.

CHAMPFLEURISTE, s. et adj. Disciple de Champfleury.

CHAMPOREAU, s. m. Café à la mode arabe, concassé et fait à froid,--dans
l'argot des faubouriens qui ont été troupiers en Afrique.

Pour beaucoup aussi, c'est du café chaud avec du rhum ou de l'absinthe.

CHANÇARD, s. m. Homme heureux en affaires ou en amour,--dans l'argot du
peuple.

CHANCELER, v. n. Être gris à ne plus pouvoir se tenir sur ses
jambes,--dans le même argot.

CHANCRE, s. m. Grand mangeur, homme qui _dévore_ tout,--dans le même
argot.

CHANDELIER, s. m. Le nez,--dans l'argot des faubouriens.

CHANDELLE, s. f. Mucosité qui forme stalactite au-dessous du nez,--dans
le même argot.

CHANDELLE, s. f. Soldat en faction. Même argot.

_Être entre quatre chandelles._ Être conduit au poste entre quatre
fusiliers.

CHANDELLE BRÛLE (La). Se dit,--dans l'argot des bourgeois,--pour presser
quelqu'un, l'avertir qu'il est temps de rentrer au logis.

CHANGER DE COMPOSTEUR. Passer à un autre exercice, manger après avoir
causé, rire après avoir pleuré, etc. Argot des typographes et des
ouvriers.

CHANGER SES OLIVES D'EAU, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des faubouriens.

CHANGEUR, s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente
sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en
banquiers, selon leurs besoins du moment.

CHANOINE, s. m. Rentier,--dans l'argot des voleurs.

Au féminin, _Chanoinesse_.

CHANOINE DE MONTE-A-REGRET. Condamné à mort.

CHANTAGE, s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l'argent à des
personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs
turpitudes; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou
moins bien, en les menaçant de les _éreinter_ dans le journal dont on
dispose.

CHANTÉ (Être). Être dénoncé,--dans l'argot des voleurs.

CHANTEAU, s. m. Morceau de pain ou d'autre chose,--dans l'argot du
peuple.

CHANTER, v. a. Parler,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce verbe
qu'en mauvaise part.

_Faire chanter._ Faire pleurer.

CHANTER (Faire). Faire donner de l'argent à un homme riche qui possède un
vice secret que l'on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être
loué dans un feuilleton.

L'expression est vieille comme le vice qu'elle représente.

CHANTER LE CHANT DU DÉPART, v. a. Quitter une réunion, une compagnie
d'amis,--dans l'argot des bohèmes.

CHANTER POUILLE, v. n. Chercher querelle, dire des injures. Argot du
peuple.

CHANTEUR, s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la
morale quand elle est outragée par des gens riches.

CHANTEUR DE LA CHAPELLE SIXTINE, s. m. Homme qui, par vice de
conformation ou par suite d'accident, pourrait être engagé en Orient en
qualité de _capi-agassi_.

CHAPARDER, v. a. Marauder,--dans l'argot des troupiers.

CHAPARDEUR, s. m. Maraudeur.

CHAPEAU EN BATAILLE, s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille.
Argot des officiers d'état-major.

_Chapeau en colonne._ Placé dans le sens contraire, c'est-à-dire dans la
ligne du nez.

CHAPELLE, s. f. Cabaret, buvette quelconque,--dans l'argot des ouvriers,
dévots à Bacchus.

_Faire_ ou _Fêter des chapelles_. Faire des stations chez tous les
marchands de vin.

CHAPI, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens, dont les ancêtres
ont dit _chapel_ et _chapin_.

CHAPITEAU, s. m. La tête,--sommet de la colonne-homme. Même argot.

CHAPON, s. m. Morceau de pain frotté d'ail,--dans l'argot du peuple, qui
en assaisonne toutes les salades.

On dit aussi _Chapon de Gascogne_.

CHAPON DE LIMOUSIN, s. m. Châtaigne.

CHAPSKA, s. m. Chapeau. Argot des faubouriens.

C'est un souvenir donné à la coiffure des lanciers polonais,--de la garde
nationale de Paris.

CHAPUISER, v. n. Tailler, couper,--dans l'argot du peuple, qui emploie là
un des vieux mots de notre langue.

CHARABIA, s. m. Patois de l'Auvergne.

Se dit aussi pour Auvergnat.

CHARCUTER, v. a. Couper un membre; opérer.

CHARCUTIER, s. m. Chirurgien.

CHARDON DU PARNASSE, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des
Académiciens, dont quelques-uns pourraient entrer dans la tribu des
Cinarées.

CHARDONNERET, s. m. Gendarme,--dans l'argot des faubouriens, qui font
allusion au liseré jaune du costume de la maréchaussée.

CHARGÉ (Être). Être en état d'ivresse, dans l'argot des ouvriers.

CHARGÉE (Être). Avoir _levé_ un homme au bal, ou sur le trottoir,--dans
l'argot des petites dames.

CHARGER, v. a. et n. Enlever un décor. Argot des coulisses.

C'est la manœuvre contraire à _Appuyer_.

CHARLEMAGNE, s. m. Sabre-poignard,--dans l'argot des troupiers.

CHARLOT. L'exécuteur des hautes œuvres,--dans l'argot du peuple.

Le mot est antérieur à 1789.

_Soubrettes de Charlot._ Les valets du bourreau, chargés de faire la
_toilette_ du condamné à mort.

Les Anglais disent de même _Ketch_ ou _Jack Ketch_,--quoique _Monsieur de
Londres_ s'appelle Calcraft.

CHARMANTE, s. f. La gale,--dans l'argot des voleurs.

CHARMER LES PUCES, v. a. Se mettre en état d'ivresse,--dans l'argot du
peuple.

CHAROGNE, s. f. Homme difficile à vivre,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Homme roué, _corrompu_.

CHARPENTER LE BOURRICHON (Se), v. réfl. S'enflammer à propos de n'importe
qui ou de n'importe quoi,--dans l'argot des ouvriers.

CHARPENTIER, s. m. Celui qui agence une pièce, qui en fait la
carcasse,--dans l'argot des dramaturges, qui se considèrent, avec quelque
raison, comme des ouvriers de bâtiment.

CHARRIAGE, s. m. Vol pour lequel il faut deux compères, le _jardinier_ et
l'_Américain_, et qui consiste à dépouiller un imbécile de son argent en
l'excitant à voler un tas de fausses pièces d'or entassées au pied d'un
arbre, dans une plaine de Grenelle quelconque.

S'appelle aussi _Vol à l'Américaine_.

CHARRIEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité du _charriage_.

_Charrieur, cambrousier._ Voleur qui exploite les foires et les fêtes
publiques.

_Charrieur de ville._ Celui qui vole à l'aide de procédés chimiques.

_Charrieur à la mécanique._ Autre variété de voleur.

CHARRON, s. m. Voleur.

CHARTRON, s. m. Position des acteurs vers la fin d'une pièce.

_Faire_ ou _Former le chartron_. Ranger les acteurs en ligne courbe
devant la rampe, au moment du couplet final.

CHAS ou CHASSE, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs, soit parce que les
yeux sont les _trous_ au visage, ou parce qu'ils en sont les _châssis_,
ou enfin parce qu'ils ont parfois, et même souvent, la _chassie_.

Ce mot qui ne se trouve pourtant dans aucun dictionnaire respectable, est
plus étymologique qu'on ne serait tenté de le supposer au premier abord.
Je m'appuie, pour le dire, de l'autorité de Ménage, qui fait venir
_chassie_ de l'espagnol _cegajoso_, transformé par le patois français en
_chaceuol_, qui voit mal, qui a la vue faible. Et, dans le même sens nos
vieux auteurs n'ont-ils pas employé le mot _chacius_?

_Châsses d'occase._ Yeux bigles, ou louches.

CHASSE, s. f. Réprimande, objurgation, reproches,--dans l'argot des
ouvriers.

_Foutre une chasse._ Faire de violents reproches.

CHASSE-COQUIN, s. m. Bedeau,--dans l'argot du peuple.

CHASSE-COUSIN, s. m. Mauvais vin,--dans l'argot des bourgeois, qui
emploient volontiers ce remède héroïque, quand ils «traitent» des parents
importuns, pour se débarrasser à jamais d'eux.

CHASSE-NOBLE, s. m. Gendarme,--dans l'argot des voleurs, qui se
rappellent sans doute que leurs ancêtres étaient des grands seigneurs,
des gens de haute volée.

CHASSER, v. n. Fuir,--dans l'argot des faubouriens.

CHASSER AU PLAT, v. n. Faire le parasite,--dans l'argot du peuple.

CHASSER DES RELUITS, v. n. Pleurer. Argot des voleurs.

CHASSER LE BROUILLARD, v. a. Boire le vin blanc ou le petit verre du
matin,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Chasser l'humidité_.

CHASSIS, s. m. pl. Les yeux. Argot des faubouriens.

CHASSUE, s. f. Aiguille,--dans l'argot des voleurs, qui savent que toute
aiguille a un _chas_.

CHASSURE, s. f. _Lotium_,--dans le même argot.

CHAT, s. m. Geôlier,--dans le même argot.

_Chat fourré._ Juge; greffier.

CHAT, s. m. Lapin,--dans l'argot du peuple, qui s'obstine à croire que
les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n'entrent que
par exception dans la confection des gibelottes.

CHAT, s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter,
et même leur fait faire des couacs.

CHAT (Être). Avoir des allures caressantes, félines,--dans l'argot du
peuple, qui dit cela en bonne comme en mauvaise part.

CHATAIGNE, s. f. Soufflet appliqué sur la joue,--dans l'argot des
ouvriers, qui ont emprunté cette expression à des Lyonnais.

CHATAUD, de, adj. et s. Gourmand, gourmande,--dans l'argot du peuple.
«J'étais chataude et fainéante,» dit la _jolie Manon_ de Rétif de la
Bretonne.

CHATEAU-BRANLANT, s. m. Chose ou personne qui remue toujours, et qu'à
cause de cela on a peur de voir tomber. Argot du peuple.

CHATTE, s. f. Autrefois écu de six livres, aujourd'hui pièce de cinq
francs,--dans l'argot des filles.

CHATTEMENT, adv. Doucement, câlinement.

L'expression est de Balzac.

CHAUD, adj. et s. Rusé, habile,--dans l'argot du peuple, assez _cautus_.

_Être chaud._ Se défier.

_Il l'a chaud._ C'est un malin qui entend bien ses intérêts.

CHAUD, adj. Cher, d'un prix élevé.

CHAUD! CHAUD! Exclamation du même argot, signifiant: Vite! dépêchez-vous!

CHAUD DE LA PINCE, s. m. Homme de complexion amoureuse.

CHAUDRON, s. f. Mauvais piano qui rend des sons discordants,--dans
l'argot des bourgeois.

_Taper sur le chaudron._ Jouer du piano,--dans l'argot du peuple.


CHAUDRONNER, v. a. Aimer à acheter et à revendre toutes sortes de choses,
comme si on y était forcé.

CHAUDRONNIER, s. m. Acheteur et revendeur de marchandises d'occasion,--de
la tribu des Rémonencq parisiens.

CHAUFFE LA COUCHE, s. m. Homme qui aime ses aises et reste volontiers au
lit,--dans l'argot du peuple.

J'ai entendu employer aussi cette expression dans un sens contraire à
celui que je viens d'indiquer,--dans le sens d'Homme qui s'occupe des
soins incombant à la femme de ménage. C'est le mari de la femme qui porte
les culottes.

CHAUFFER, v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.

CHAUFFER LE FOUR, v. a. Se griser.

_Avoir chauffé le four._ Être en état d'ivresse.

CHAUFFER UNE FEMME, v. a. Lui faire une cour sur le sens de laquelle elle
n'a pas à se méprendre.

Nos pères disaient: _Coucher en joue une femme_.

CHAUFFER UNE PIÈCE, v. a. Lui faire un succès, la prôner d'avance dans
les journaux ou l'applaudir à outrance le jour de la représentation.

CHAUFFER UNE PLACE, v. a. La convoiter, la solliciter ardemment.

Nos pères disaient: _Coucher en joue un emploi_.

CHAUFFEUR, s. m. Homme de complexion amoureuse.

Se dit aussi de tout homme qui amène la gaieté avec lui.

CHAUFFEUR, s. et adj. Hâbleur, _blagueur_.

CHAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.

CHAUSSER, v. a. Convenir,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas
dire _botter_.

CHAUSSER LE COTHURNE, v. a. Ecrire ou jouer des tragédies,--dans l'argot
des académiciens, qui parlent presque aussi mal que les faubouriens la
noble langue dont ils sont les gardiens, comme les capi-agassi sont ceux
d'un sérail.

CHAUSSETTES DE DEUX PAROISSES, s. f. pl. Chaussettes dépareillées.

CHAUSSETTES POLONAISES, s. f. pl. Morceaux de papier dont les soldats
s'enveloppent les pieds.

CHAUSSON, s. m. Femme ou fille qu'une vie déréglée a avachie, éculée.

_Putain comme chausson._ Extrêmement débauchée. Aurélien Scholl a
spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible à citer,
par cette autre, qui n'écorche pas la bouche et qui rend la même pensée:
_Légère comme chausson_.

CHAUSSON, s. m. Pâtisserie grossière garnie de marmelade de pommes et de
raisiné. Les enfants en raffolent parce qu'il y a beaucoup à manger et
que cela ne coûte qu'un sou.

CHAUSSON, s. m. Boxe populaire où le pied joue le rôle principal, chaussé
ou non.

CHAUSSONNER, v. a. Donner des coups de pied.

CHELINGUER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens.

_Chelinguer des arpions._ Puer des pieds.

On dit plus élégamment: _Chelinguer des arps_.

_Chelinguer du bec._ Fetidum emittere halitum.

L'expression ne viendrait-elle pas de l'allemand _schlingen_, avaler,
ouvrir trop la bouche?

CHEMIN DE FER, s. m. Variété du jeu de baccarat,--où l'on perd plus vite
son argent.

CHEMISE DE CONSEILLER, s. f. Linge volé,--dans l'argot des voleurs, qui
ont voulu, dit M. Francisque Michel, donner à entendre que le linge saisi
servait à faire des chemises à leurs juges.

CHÊNE, s. m. Homme victime,--dans l'argot du bagne.

_Faire suer le chêne._ Tuer un homme.

_Chêne affranchi._ Homme affranchi, voleur.

Les voleurs anglais ont le même mot: _oak_, disent-ils d'un homme riche.
_To rub a man down with an oaken towel_, ajoutent-ils en parlant d'un
homme qu'ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne,--un
bâton.

CHENILLON, s. m. Fille laide ou mal mise,--dans l'argot des bourgeois.

CHENU, adj. Bon, exquis, parfait,--dans l'argot des ouvriers.

CHENUMENT, adv. Très bien. Vadé l'a employé.

CHENU RELUIT, adv. Bonjour,--dans l'argot des voleurs.

_Chenu sorgue._ Bonsoir.

CHERCHE! Rien,--dans l'argot des gamins et des faubouriens.

_Avoir dix à cherche._ Avoir dix points lorsque son adversaire n'en a pas
un seul.

CHERCHER LA PETITE BÊTE, v. a. Vouloir connaître le dessous d'une chose,
les raisons cachées d'une affaire,--comme les enfants les ressorts d'une
montre. Argot du peuple.

Avoir trop d'ingéniosité dans l'esprit et dans le style, s'amuser aux
bagatelles de la phrase au lieu de s'occuper des voltiges sérieuses de la
pensée. Argot des gens de lettres.

CHERCHER MIDI A QUATORZE HEURES, v. a. Hésiter à faire une chose, ou s'y
prendre maladroitement pour la faire,--dans l'argot du peuple, ennemi des
_lambins_.

Signifie aussi: Se casser la tête pour trouver une chose simple.

CHETAR ou JETAR, s. m. Prison. Argot des voleurs.

CHEVAL DE RETOUR, s. m. Vieux forçat, récidiviste.

CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de
cavalerie à la guerre. Argot du peuple.

_Être bon cheval de trompette._

Ne s'étonner, ne s'effrayer de rien.

CHEVALIER DU CROCHET, s. m. Chiffonnier.

CHEVALIER DU LANSQUENET, s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à
n'importe quel jeu de cartes,--dans l'argot des bourgeois, qui ne sont
pas fâchés de mettre au rancart certaines autres expressions sœurs
aînées de celle-ci, comme _Chevalier d'industrie_, etc.

CHEVALIER DU LUSTRE, s. m. Applaudisseur gagné. Argot de théâtre.

On dit aussi _Romain_.

CHEVALIER DU MÈTRE, s. m. Commis de nouveautés.

CHEVANCE, s. f. Ivresse,--dans l'argot des voleurs, qui savent que, dans
cet état, les plus gueux se croient toujours heureux et _riches_.

CHEVELU, s. m. Romantique,--dans l'argot des bourgeois de 1830.

CHEVEU, s. m. Embarras subit, obstacle quelconque, plus ou moins
grave,--dans l'argot du peuple.

Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et
le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de
Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens; mais la
vérité est qu'il sort tout simplement et tout trivialement de la non
moins fameuse soupe de l'Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur
parisien.

_Trouver un cheveu à la vie._ La prendre en dégoût et songer au suicide.

_Voilà le cheveu!_ C'est une variante de: _Voilà le hic!_

CHEVILLARD, s. m. Boucher sans importance,--dans l'argot des gros
bouchers, qui n'achètent pas à la _cheville_, eux!

CHÈVRE, s. f. Mauvaise humeur,--dans l'argot des ouvriers, et
spécialement des typographes.

_Avoir la chèvre._ Être en colère.

_Gober la chèvre._ Être victime de la mauvaise humeur de quelqu'un.
Signifie aussi se laisser berner.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, _Prendre la
chèvre_.

CHEVRONNÉ, s. et adj. Récidiviste,--dans l'argot des prisons.

CHEVROTIN (Être). Avoir un caractère épineux, difficile à manier, qui
amène souvent des _chèvres_.

CHIASSE, s. f. Diarrhée,--dans l'argot du peuple.

CHIASSE, s. f. Chose de peu de valeur; marchandise avariée. Même argot.

_Chiasse du genre humain._ Homme méprisable.

CHIASSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens, disrespectueux
de la femme en général et en particulier.

CHIC, s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte,--dans l'argot des
artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle.

_Faire de chic._ Dessiner ou peindre sans modèle, d'imagination, de
souvenir.

CHIC, s. m. Goût, façon pittoresque de s'habiller ou d'arranger les
choses,--dans l'argot des petites dames et des gandins.

_Avoir du chic._ Être arrangé avec une originalité de bon--ou de
mauvais--goût.

_Avoir le chic._ Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

CHIC (Être). Être bien, être bon genre,--dans le même argot.

_Monsieur Chic._ Personne distinguée--par sa générosité envers le sexe.

_Discours chic._ Discours éloquent,--c'est-à-dire _rigolo_.

CHICAN, s. m. Marteau,--dans l'argot des voleurs.

CHICARD, adj. et s. Superlatif de _Chic_.

Ce mot a lui-même d'autres superlatifs, qui sont _Chicandard_ et
_Chicocandard_.

CHICARD, s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable
commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la
circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de
Mauvais sujet.

CHICARDEAU, adj. m. Poli, aimable,--dans l'argot des faubouriens.

CHICARDER, v. n. Danser à la façon de Chicard, «homme de génie qui a
modifié complètement la chorégraphie française», affirme M. Taxile
Delord.

CHICHE, s. m. Économe, et même Avare,--dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi _Chichard_.--Notre vieux français avait _chice_.

CHICHE! Exclamation de défi ou de menace,--dans l'argot des enfants et
des ouvriers.

CHICHERIE, s. f. Lésinerie.

Notre vieux français avait _chiceté_.

CHICORÉE, s. f. Verte réprimande, reproches _amers_ qui souvent se
changent même en coups. Tout le monde connaît le goût de la
_cichorium_--_endivia_ ou non endivia.

CHICORÉE, s. f. Femme maniérée, _chipie_.

_Faire sa chicorée._ Se donner des airs de grande dame, et n'être souvent
qu'une _petite dame_.

CHICOT, s. m. Petit morceau de dent, de pain, ou d'autre chose,--dans
l'argot du peuple.

CHICOTER (Se), v. réfl. Se disputer, se battre pour des riens. Même
argot.

Ce verbe est vieux: on le trouve dans les Fabliaux de Barbazan.

CHIÉ, part. passé. Ressemblant.

_C'est lui tout chié._ Il a le même visage et surtout le même caractère.

CHIEN, s. m. Entrain, verve, originalité,--dans l'argot des gens de
lettres et des artistes; bagou, impertinence, désinvolture
immorale,--dans l'argot des petites dames.

CHIEN, s. m. Caprice de cœur,--dans l'argot des petites dames.

_Avoir un chien pour un homme._ Être folle de lui.

CHIEN, s. m. Compagnon,--dans l'argot des ouvriers affiliés au
Compagnonnage.

CHIEN, s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant,--dans l'argot
du peuple, qui se plaît à calomnier «l'ami de l'homme». C'est
l'expression anglaise: _Dog-bolt_.

_Vieux chien._ Vieux farceur,--_sly dog_, disent nos voisins.

CHIENDENT, s. m. Difficulté, obstacle, anicroche,--dans l'argot du
peuple, qui sait avec quelle facilité le _hunds-grass_ pousse dans le
champ de la félicité humaine.

_Voilà le chiendent._ Voilà le hic.

CHIEN DE RÉGIMENT, s. m. Caporal ou brigadier,--dans l'argot des soldats.

CHIEN DU COMMISSAIRE, s. m. Agent attaché au service du commissaire;
celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa
clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.

CHIENLIT, s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement,--dans l'argot du
peuple, qui n'a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce
mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause
(_Paradoxes philologiques_), venir de si loin.

Remonter jusqu'au XVe siècle pour trouver--dans _chéaulz_, enfants, et
_lice_, chienne--une étymologie que tous les petits polissons portent
imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une
furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans
se soucier de leur fatigue. Le verbe _cacare_--en français--date du
XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous
occupe, n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu
du XVIIIe siècle; mais il existait tout formé du jour où le verbe
lui-même l'avait été, et l'on peut dire qu'il est né tout d'une pièce. Il
est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si
inutile dépense d'ingéniosité à ce propos; mais aussi, son point de
départ était par trop faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les
gamins de Paris, est _chiaulit_. Les gamins ont raison.» M. Nisard a
tort, qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujours
prononcé _chie-en-lit_. Cette première hypothèse prouvée erronée, le
reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

CHIENLIT (A la)! Exclamation injurieuse dont les voyous et les
faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval,--que ces
masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.

CHIENNER, v. n. Se dit--dans l'énergique argot du peuple--des femmes qui
courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur
sexe.

CHIENNERIE, s. f. Vilenie, liarderie; mauvais tour,--dans le même argot.

CHIER DANS LA MALLE OU DANS LE PANIER DE QUELQU'UN, v. n. Lui jouer un
tour qu'il ne pardonnera jamais,--dans le même argot.

Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la
canaillerie de quelqu'un: _Il a chié dans mon panier jusqu'à l'anse_.

L'expression, qu'on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée,
où on lit: «Cettuy-là a fait caca en nos paniers: il a ses desseins à
part.»

CHIER DANS LE CASSETIN AUX APOSTROPHES, v. n. Devenir riche,--dans
l'argot des typographes, qui n'ont pas de fréquentes occasions de
commettre cette incongruité rabelaisienne.

CHIER DANS SES BAS, v. n. Donner des preuves d'insanité d'esprit,--dans
l'argot du peuple.

CHIER DE GROSSES CROTTES (Ne pas), v. a. Avoir mal dîné, ou n'avoir pas
dîné du tout.

CHIER DE PETITES CROTTES, v. a. Gagner peu d'argent, vivre dans la
misère.

CHIER DES CAROTTES, v. a. Se dit de toute personne _qui non potest
excernere_, ou _difficillime excernit_, ou _excernit sanguinem_.

CHIER DES CHASSES. Pleurer. Argot des voyous.

CHIER DES YEUX. Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.

CHIER DU POIVRE, v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous;
disparaître au moment où il faudrait le plus rester.

CHIER SUR LA BESOGNE. Travailler mollement, et même renoncer au travail.

CHIER SUR L'OEIL, v. n. Se moquer tout à fait de quelqu'un.

CHIER SUR QUELQU'UN ou SUR QUELQUE CHOSE. Témoigner un grand mépris pour
elle ou pour lui; l'abandonner, y renoncer. Brantôme a employé cette
expression à propos de la renonciation du ministre protestant David.

CHIEUR D'ENCRE. Écrivain, journaliste.

CHIFFARDE, s. f. Assignation à comparoir,--dans l'argot des voleurs.

CHIFFARDE, s. f. Pipe,--dans l'argot des faubouriens.

CHIFFE, s. f. Homme sans énergie, _chiffon_ pour le courage,--dans
l'argot du peuple.

On dit aussi _Mou comme une chiffe_, mais c'est un pléonasme.

CHIFFERTON ou CHIFFRETON, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des
faubouriens.

CHIFFON, s. f. Petite fille--et aussi grande fille--à minois ou à
vêtements chiffonnés. Voltaire a employé cette expression à propos de la
descendante de Corneille.

CHIFFON DE PAIN, s. m. Morceau de pain coupé,--dans l'argot du peuple.

CHIFFON ROUGE, s. m. La langue,--dans l'argot des voleurs, qui sont
parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres.

_Balancer le chiffon rouge._ Parler.

Les voleurs anglais disent de même _Red rag_.

CHIFFONNER, v. a. Contrarier, ennuyer,--dans l'argot des bourgeois.

CHIFFONNIER, s. m. Homme qui se plaît dans le désordre.

CHIFFONNIER, s. m. Voleur de mouchoirs,--qui sont des _chiffons_ pour ces
gens-là.

CHIFFONNIER DE LA DOUBLE COLLINE, s. m. Mauvais poète,--dans l'argot des
gens de lettres.

CHIFFORNION, s. m. Foulard; loque; chiffons,--dans l'argot des voyous.

CHIGNER DES YEUX, v. n. Pleurer,--dans le même argot.

CHIMIQUE, s. f. Allumette chimique,--dans l'argot du peuple.

CHINER, v. n. Brocanter, acheter tout ce qu'il y a d'achetable--et
surtout de revendable--à l'hôtel Drouot.

CHINEUR, s. m. Marchand de peaux de lapins,--dans l'argot des
chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et
achète aussi bien un Raphaël qu'un lot de fonte.

CHINFRENIAU, s. m. Ornement de tête ou de cou,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi coup à la tête ou au visage,--au _chanfrein_.

CHINOIS, s. m. Original; quidam quelconque,--dans l'argot des
faubouriens.

On dit aussi _Chinois de paravent_.

CHINOIS, s. m. Petite orange verte, confite dans l'eau-de-vie, qui est, à
ce qu'il paraît, le produit d'un oranger particulier, le _citrus vulgaris
chinensis_, le bigaradier chinois.

CHINOISERIE, s. f. Farce, plaisanterie de bon ou de mauvais goût.

CHIPER, v. a. Dérober,--dans l'argot des enfants; voler,--dans l'argot
des grandes personnes. Peccadille ici, délit là.

Génin donne à ce mot une origine commune au mot _chiffon_, ou _chiffe_:
le verbe anglais _to chip_, qui signifie couper par morceaux. Je le veux
bien; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se
contentant de l'étymologie latine _accipere_, dont on a fait le vieux
verbe français _acciper_! _Acciper_, par syncope, a fait _ciper_; _ciper_
à son tour a fait _chiper_,--comme _cercher_ a fait _chercher_.

CHIPETTE, s. f. Rien ou peu de chose,--dans l'argot du peuple.

CHIPETTE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des voleurs, qui ne connaissent
pas le grec, mais dont les ancêtres ont connu le rouchi.

CHIPEUR, s. m. Enfant qui _emprunte_ les billes ou les tartines de ses
camarades; homme qui vole les porte-monnaie et les mouchoirs de ses
concitoyens.

CHIPIE, s. f. Fille ou femme qui fait la dédaigneuse, qui prend de grands
airs à propos de petites choses,--dans l'argot du peuple, ennemi né des
grimaces.

CHIPOTER, v. n. Faire des façons; s'arrêter à des riens. Ce mot
appartient à la langue romane.

Signifie aussi: Manger du bout des dents.

CHIPOTEUSE, s. f. Femme capricieuse; variété de _Chipie_.

CHIPOTIER, ÈRE, s. m. et f. Celui, celle qui ne fait que chipoter.

CHIQUE, s. f. Église,--dans l'argot des voleurs, qui, s'ils ne savent pas
le français, savent sans doute l'anglais (_Church_), ou le flamand
(_Kerke_), ou l'allemand (_Kirch_).

CHIQUE, s. f. Griserie,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi mauvaise humeur,--l'état de l'esprit étant la conséquence
de l'état du corps.

_Avoir une chique._ Être saoul.

_Avoir sa chique._ Être de mauvaise humeur.

CHIQUE, s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui
ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer
un plaisir--dégoûtant.

_Poser sa chique._ Se taire, et, par extension, Mourir.

On dit aussi, pour imposer silence à quelqu'un: _Pose ta chique et fais
le mort_.

CHIQUÉ (Être). Être fait, peint ou dessiné avec goût, avec esprit, avec
_chic_.

CHIQUE DE PAIN, s. f. Morceau de pain.

CHIQUEMENT, adv. Avec _chic_.

CHIQUER, v. a. Dessiner ou peindre avec plus d'adresse que de correction,
avec plus de _chic_ que de science véritable.

CHIQUER, v. a. Battre, donner des coups,--dans l'argot des faubouriens,
qui _déchiquettent_ volontiers leurs adversaires, surtout lorsqu'ils ont
une _chique_.

_Se chiquer._ Echanger des coups de poing et des coups de pied.

CHIQUER, s. m. Manger.

CHIQUETTE, s. f. Petit morceau.

CHIQUETTE A CHIQUETTE, adv. Par petits morceaux.

C'est évidemment le même mot que _chicot_, qui a lui même pour racine le
vieux mot français _chice_.

CHIQUEUR, s. m. Mangeur, glouton.

CHIQUEUR, s. m. Artiste qui fait de _chic_ au lieu de faire d'après
nature.

CHIRURGIEN EN VIEUX, s. m. Savetier qui répare les vieux cuirs,--dans
l'argot des faubouriens.

CHOCAILLON, s. f. Ivrognesse, chiffonnière,--dans l'argot des bourgeois.

CHOCNOSOFF, s. et adj. Brillant, élégant, beau, parfait,--dans l'argot
des faubouriens et des rapins.

CHOLÉRA, s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure,--dans
l'argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.

CHOLETTE, s. f. Chopine de liquide,--dans l'argot des voleurs.

_Double cholette._ Litre.

CHOPER, v. a. Attraper en courant,--dans l'argot des écoliers.

CHOPER, v. a. Prendre, voler,--dans l'argot des voleurs.

_Se faire choper._ Se faire arrêter.

CHOPIN, s. m. Objet volé; coup; affaire.

_Bon chopin._ Vol heureux et considérable.

_Mauvais chopin._ Vol de peu d'importance, qui ne vaut pas qu'on risque
la prison.

CHOPINER, v. n. Hanter les cabarets,--dans l'argot dédaigneux des
bourgeois, qui, eux, hantent les cafés.

_Chopiner théologalement_, dit Rabelais.

CHOSE. Nom qu'on donne à celui ou celle qu'on ne connaît pas.

On dit aussi _Machin_. Ulysse, au moins, se faisait appeler _Personne_
dans l'antre de Polyphème!

CHOSE, adj. Singulier, original, bizarre,--dans l'argot du peuple, à qui
le mot propre manque quelquefois.

_Avoir l'air chose._ Être embarrassé, confus, humilié.

_Être tout chose._ Être interdit, ému, attendri.

CHOU-BLANC, s. m. Insuccès, le chou blanc étant, dans la classe des
Brassicées, ce que la rose noire est dans la famille des Rosacées: le
désespoir des chercheurs d'inconnu.

_Faire chou blanc._ Echouer dans une entreprise; manquer au rendez-vous
d'amour; revenir de la chasse le carnier vide, etc.

CHOUCHOUTER, v. a. Choyer, caresser, traiter de petit _chou_.

L'expression est de Balzac.

CHOUCROUTER, v. n. Manger de la _sauer-kraut_,--dans l'argot des
faubouriens.

Signifie aussi parler allemand.

CHOUCROUTEUR, s. m. Allemand, mangeur de _sauer-kraut_.

On dit aussi _Choucroutemann_.

CHOUETTE, adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien,--dans l'argot des
ouvriers.

On dit aussi _Chouettard_ et _Chouettaud_,--sans augmentation de prix.

CHOUETTE (Être). Être pris,--dans l'argot des voleurs, qui opèrent la
nuit comme les chats-huants, et, le jour, s'exposent comme eux à avoir
sur le dos tous les oiseaux de proie policiers, leurs ennemis naturels.

CHOUETTE (Faire une). Jouer au billard seul contre deux autres personnes.

CHOUETTEMENT, adv. Parfaitement.

CHOUFFLIQUEUR, s. m. Mauvais ouvrier, _Savetier_,--dans l'argot des
typographes, qui, à leur insu, se servent là de l'expression allemande
_schuhflicker_.

CHOUMAQUE, s. m. Cordonnier,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute
guère qu'il prononce presque bien le mot allemand _Schumacher_.

On dit aussi _Choufflite_: mais ce mot n'est qu'une corruption du
précédent.

CHOURINER, v. a. Tuer,--dans l'argot des ouvriers qui ont lu _les
Mystères de Paris_ d'Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n'ont que de
fort incomplètes et de fort inexactes notions de l'argot des voleurs.

V. _Suriner_.

CHOURINEUR, s. m. Assassin,--par allusion au personnage des _Mystères de
Paris_, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu'il paraît, grand plaisir
à tuer.

L'étymologie voudrait que l'on dît _Surineur_; mais l'euphonie veut que
l'on prononce _Chourineur_.

CHRÉTIEN, s. m. Homme, à quelque religion qu'il appartienne. Argot du
peuple.

_Viande de chrétien._ Chair humaine.

CHRONOMÈTRE, s. m. Montre en général. Argot des bourgeois.

CHRYSALIDE, s. f. Vieille coquette, dans l'argot des faubouriens, qui ont
parfois l'analogie heureuse, quoique impertinente.

CHTIBES, s. f. pl. Bottes,--dans l'argot des voyous.

CHUTER, v. n. Tomber,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,--dans
l'argot des coulisses.

CIBLE A COUPS DE PIED, s. f. Le derrière. Argot du peuple.

CI-DEVANT, s. m. Vieillard,--qui a été jeune.

CI-DEVANT, s. m. Noble.

CIERGE, s. m. Sergent de ville en grande tenue,--dans l'argot des
marbriers de cimetière.

CIGALE, s. f. Cigare,--dans l'argot du peuple, qui frise l'étymologie de
plus près que les bourgeois, puisque _cigare_ vient de Espagnol
_cigarro_, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de _cigara_, cigale,
par une vague analogie de forme.

CIGALE, s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque
«la bise est venue».

CIGALE, s. f. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs, qui aiment à
l'entendre _sonner_ dans leur poche.

Ils disent aussi _cigue_, par apocope, et _Ciguë_, par corruption.

CIGOGNE, s. f. Le Palais de justice,--dans l'argot des voleurs.

_Dab de la Cigogne._ Le procureur général.

CIMENT, s. m. Moutarde.--dans l'argot des francs-maçons.

CINQ-CENTIMADOS, s. m. Cigare d'un sou,--dans l'argot des faubouriens,
qui ont voulu parodier à leur façon les _trabucos_, les _cazadores_, etc.

CINQ SOUS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes.

CINQUIÈME, s. m. Verre de la contenance d'un cinquième de litre,--dans
l'argot des marchands de vin.

Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontiers _cintième_.

CIPAL, s. m. Garde municipal,--dans l'argot des voyous, amis des
aphérèses.

CIREUX, adj. et s. Qui a de la chassie, de la _cire_ aux yeux.

CIRURGIEN, s. m. Médecin, chirurgien,--dans l'argot du peuple, qui parle
comme Ambroise Paré écrivait. C'est le [grec: cheirourgikos] des
anciens.

CITOYEN OFFICIEUX, s. m. Laquais,--dans l'argot révolutionnaire, qu'on
emploie encore aujourd'hui.

CIVADE, s. f. Avoine,--dans l'argot des maquignons et des voleurs, qui
emploient un mot de la vieille langue française. _Civade_, vient de
_cive_, qui venait de _cæpa_, oignon, d'où _cæpatum_ civet, plat à
l'oignon; et l'étymologie n'a rien de forcé, _aimé_ venant bien
d'_amatum_.

Les Espagnols disent _cebada_ pour Orge.

CIVARD, s. m. Herbage.

CIVE, s. f. Herbe.

CLABAUDER, v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de
rien,--comme un chien. Argot des bourgeois.

Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,--et
alors il est verbe actif.

CLAIRTÉ, s. f. Lumière, netteté, beauté,--dans l'argot du peuple, fidèle
à l'étymologie (_claricas_) et à la tradition.

    «Parquoy s'ensuit qu'en toute claireté
    Son nom reluyt et sa vertu pullule,»

dit Clément Marot.

CLAMPIN, s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d'être
fortifié par un _clamp_.--le clamp de l'énergie et de la volonté.

CLAMPINER, v. n. Marcher paresseusement, flâner.

CLAPIER, s. m. Maison mal famée, où l'on élève du gibier domestique à
l'usage des amateurs parisiens.

L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains des XVe et XVIe
siècles.

CLAQUE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui aime les
onomatopées.

_Figure à claques._ Visage moqueur qui donne des démangeaisons à la main
de celui qui le regarde.

CLAQUÉ, s. m. Homme mort.

_La boite aux claqués._ La Morgue.

_Le jardin des claqués._ Le cimetière des hospices.

CLAQUE-FAIM, s. m. Homme sans ressources, qui meurt de faim.

Le peuple dit aussi, dans le même sens, _Claque-soif_,--par compassion,
l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui
meurt de faim.

CLAQUER, v. a. Donner des soufflets.

CLAQUER, v. a. Vendre une chose, s'en débarrasser,--dans le même argot.

_Claquer ses meubles._ Vendre son mobilier.

CLAQUER, v. n. Manger,--dans l'argot des voyous, qui font allusion au
bruit de la mâchoire pendant la mastication.

CLAQUER, v. n. Mourir.--dans l'argot des faubouriens.

CLARINETTE DE CINQ PIEDS, s. f. Fusil,--dans l'argot des soldats.

CLAVIN, s. m. Clou,--dans l'argot des voleurs, plus fidèles à
l'étymologie (_clavus_) qu'à l'honnêteté.

CLICHÉ, s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie
usée,--dans l'argot des gens de lettres.

CLIQUE, s. f. Diarrhée. Argot du peuple.

CLIQUE, s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même
argot.

_Mauvaise clique._ Pléonasme fréquemment employé,--_clique_ ne pouvant
jamais se prendre en bonne part.

CLOPORTE, s. m. Concierge--soit parce qu'il habite une loge sombre et
humide, comme l'_oniscus murarius_; soit parce qu'il a pour fonctions de
clore la porte de la maison.

CLOQUE, s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l'épiderme.--dans l'argot
du peuple, ami des onomatopées.

Les bourgeois, eux, disent _cloche_: c'est un peu plus français, mais
cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules
lorsqu'on les crève.

CLOS-CUL, s. m. Le dernier-né d'une famille ou d'une couvée.

On dit aussi _Culot_.

CLOU, s. m. Le mont-de-piété,--où l'on va souvent accrocher ses habits ou
ses bijoux quand on a un besoin immédiat d'argent.

_Coller au clou._ Engager sa montre ou ses vêtements chez un
commissionnaire au mont-de-piété.

_Grand clou._ Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous
les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

CLOU, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.

CLOU, s. m. La salle de police,--dans l'argot des soldats, qui s'y font
souvent accrocher par l'adjudant.

_Coller au clou._ Mettre un soldat à la salle de police.

CLOUER LE BEC, v. a. Imposer silence à un importun, ou à un mauvais
raisonneur,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _River le clou_.

CLOUS, s. m. pl. Outils,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui
confondent sous ce nom les échoppes, les burins et les gouges.

CLOUS DE GIROFLE, s. m. pl. Dents noires, avariées, _esgrignées_ comme
celles de Scarron.

CO, s. m. Coq,--dans l'argot des paysans et des enfants.

COCANGES, s. f. pl. Coquilles de noix avec lesquelles certains fripons
font des dupes.

COCANGEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité des _Cocanges_ et de la
_Roubignole_.

COCARDE, s. f. La tête,--dans l'argot du peuple.

_Taper sur la cocarde._ Se dit d'un vin trop généreux qui produit
l'ivresse.

_Avoir sa cocarde._ Être en état d'ivresse.

COCARDIER, s. m. Homme fanatique de son métier,--dans l'argot des
troupiers.

COCASSERIE, s. f. Saugrenuïté dite ou écrite, jouée ou peinte,--dans
l'argot des artistes et des gens de lettres.

COCHE, s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude,--dans l'argot du peuple,
qui veut que la femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à
une _scrofa_.

COCHONAILLE, s. f. Charcuterie,--dans l'argot des ouvriers,--qui ne
redoutent pas les trichines.

On dit aussi _Cochonnerie_.

COCHONNER, v. a. Travailler sans soin, malproprement,--dans l'argot des
bourgeois.

COCHONNERIE, s. f. Besogne mal faite; marchandise de qualité inférieure;
nourriture avariée ou mal préparée.--Argot du peuple.

COCHONNERIE, s. f. Vilain tour, trahison, manque d'amitié.

COCHONNERIE, s. f. Ce que Cicéron appelle _turpitudo verborum_.--Argot
des bourgeois.

COCO, s. m. Boisson rafraîchissante composée d'un peu de bois de réglisse
et de beaucoup d'eau. Cela ne coûtait autrefois qu'un liard le verre et
les verres étaient grands; aujourd'hui cela coûte deux centimes, mais les
verres sont plus petits. O progrès!

COCO, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme
pour un _Coco nucifera_.

_Coco déplumé._ Tête sans cheveux.

_Redresser le coco._ Porter la tête haute.

_Monter le coco._ Exciter le désir, échauffer l'imagination.

COCO, s. m. Gorge, gosier,--dans le même argot.

_Se passer par le coco._ Avaler, boire, manger.

COCO, s. m. Homme singulier, original,--dans le même argot.

_Joli coco._ Se dit ironiquement de quelqu'un qui se trouve dans une
position ennuyeuse, ou qui fait une farce désagréable.

_Drôle de coco._ Homme qui ne fait rien comme un autre.

COCO, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.

COCO, s. m. Cheval,--dans l'argot du peuple.

_Il a graissé la patte à coco._ Se dit ironiquement d'un homme qui s'est
mal tiré d'une affaire, qui a mal rempli une commission.

COCO, s. m. OEuf,--dans l'argot des enfants, pour qui les poules sont des
_cocottes_.

COCODÈS, s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour
des drôlesses qui se moquent de lui.

On pourrait croire ce mot de la même date que _cocotte_: il n'en est
rien,--car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont l'a mis en
circulation.

COCODETTE, s. f. Drôlesse,--la femelle du cocodès,--comme la chatte est
la femelle de la souris.

COCO ÉPILEPTIQUE, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de
lettres qui ont lu _la Vie de Bohème_.

COCOS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des enfants.

COCOTTE, s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n'a pas de rentes, et
qui cependant trouve le moyen de bien vivre--aux dépens des imbéciles
riches qui tiennent à se ruiner.

Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient: _Poulette_.

COCOTTERIE, s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent
les _cocottes_.

COCOTTES, s. f. pl. Poules, canards, dindons, etc.,--dans l'argot des
enfants.

Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.

COEUR D'ARTICHAUT, s. m. Homme à l'amitié banale; femme à l'amour
vénal,--dans l'argot du peuple.

On dit: _Il_ ou _Elle a un cœur d'artichaut, il y en a une feuille pour
tout le monde_.

COFFRE, s. m. La poitrine,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se
rencontrer pour ce mot avec Saint-Simon.

_Avoir le coffre bon._ Se bien porter physiquement.

COFFRER, v. a. Emprisonner,--dans l'argot du peuple, qui s'est rencontré
pour ce mot avec Voltaire.

_Se faire coffrer._ Se faire arrêter.

COGNADE, s. f. Gendarmerie,--dans l'argot des voleurs, qui ont de
fréquentes occasions de se _cogner_ avec les représentants de la loi.

COGNE, s. m. Gendarme.

_La cogne._ La gendarmerie.

COGNE, s. m. Apocope de Cognac,--dans l'argot des faubouriens.

COGNER (Se), v. réfl. Echanger des coups de pied et des coups de
poing,--dans le même argot.

Se dit aussi pour: Prendre les armes, descendre dans la rue et faire une
émeute.

COIFFER, v. a. Donner un soufflet, une _calotte_.

COIFFER, v. a. Trahir son mari,--dans l'argot des bourgeoises.

COIFFER (Se). Se prendre d'amitié ou d'amour pour quelqu'un ou pour
quelque chose,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce
mot à La Fontaine.

COIFFER SAINTE CATHERINE, v. a. Rester vieille fille,--dans l'argot des
bourgeois.

COIRE, s. f. Ferme, métairie,--dans l'argot des voleurs.

COLAS, s. m. Cou,--dans le même argot.

_Faucher le colas._ Couper le cou.

On dit aussi _le colin_.

COLAS, s. m. Imbécile, ou seulement homme timide,--dans l'argot du
peuple, qui aime les gens dégourdis.

_Grand Colas._ Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

COLBACK, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers, pleins de
mépris pour les débutants.

COL CASSÉ, s. m. Gandin,--jeune homme à la mode. Argot des faubouriens.

COLLAGE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot du peuple, qui sait que
ces mariages-là durent souvent plus longtemps que les autres.

COLLANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot des petites dames, qui n'aiment pas
les gens qui ont l'air de les trop aimer.

COLLE, s. f. Examen préparatoire à un examen véritable,--dans l'argot des
Polytechniciens.

_Être tangent à une colle._ Être menacé d'un simulacre d'examen.

COLLE, s. f. Mensonge,--dans l'argot des faubouriens.

COLLÉ (Être). Ne plus savoir quoi répondre; être interdit,--dans l'argot
du peuple.

COLLÈGE, s. m. La prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font en effet
leur éducation et en sortent plus forts qu'ils n'y sont entrés.

_Collèges de Pantin._ Prisons de Paris.

Les Anglais ont la même expression: _City college_, disent-ils à propos
de Newgate.

COLLÉGIEN, s. m. Prisonnier.

COLLER, v. a. Donner,--dans l'argot des faubouriens, qui collent souvent
des soufflets sans se douter que le verbe _colaphizo_ ([grec: cholaptô])
signifie exactement la même chose.

_Se coller._ S'approprier quelque chose.

COLLER, v. a. Mettre, placer, envoyer,--dans l'argot du peuple.

COLLER (Se), v. réfl. Se placer quelque part et n'en pas bouger.

COLLER (Se), v. réfl. Se lier trop facilement; faire commerce d'amitié
avec des gens qui n'y sont pas disposés.

COLLER (Se faire). Se faire refuser aux examens,--dans l'argot des
étudiants.

COLLER SOUS BANDE, v. a. Châtier un impertinent; river son clou à un
farceur; tromper un trompeur; sortir victorieux d'un pugilat de paroles.

COLLER UN PAIN, v. a. Appliquer un soufflet ou un coup de poing sur la
figure de quelqu'un.--Argot des faubouriens.

COLLEUR, s. m. Menteur.

COLLEUR, s. m. Examinateur--dans l'argot des Polytechniciens.

COLLEUR, s. m. Homme qui se lie trop facilement; importun bavard qui, une
fois qu'il vous tient, ne vous lâche plus.

On dit plutôt: _Collant_.

COLLOQUER (Se), v. réfl. Se placer, s'asseoir,--dans l'argot du peuple.

COLOQUINTE, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé
dans certains individus grotesques une ressemblance avec le _cucumis
colocynthis_.

COLTIN, s. m. Force, énergie,--dans l'argot du peuple, qui tire du _cou_
dans presque tous ses travaux.

COLTINER, v. n. Traîner une charrette avec un _licol_, comme font les
hommes de peine, qui remplacent ainsi les bêtes de somme.

COLTINEUR, s. m. Homme qui traîne une charrette avec un licol.

COMBERGEANTE, s. f. Confession,--dans l'argot des voleurs.

COMBERGO, s. m. Confessionnal,--dans le même argot.

_Aller à comberge._ Aller à confesse.

COMBLANCE, s. f. Abondance, excès, chose _comble_,--dans le même argot.

_Par comblance._ Par surcroît.

COMBRE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant
de comparer cette coiffure à un _concombre_, et plus plaisant encore de
supprimer la première syllabe de ce dernier mot.

Ils disent aussi _Combriot_.

COMBRIE, s. f. Pièce d'un franc,--dans le même argot.

COMBRIEU, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Cambrieu_, plus conforme à l'étymologie qui est
certainement _cambré_.

COMBROUSIER, s. m. Paysan,--dans l'argot des voleurs.

COMBUSTIBLE (Du)! Se dit, comme Chaud! Chaud!--dans l'argot du
peuple,--pour exciter quelqu'un à faire quelque chose.

COME, s. m. Apocope de Commerce,--dans l'argot des voyous.

COMÈTE, s. f. Vagabond,--dans l'argot des faubouriens.

COMMANDER A CUIRE, v. n. Envoyer à l'échafaud,--dans l'argot des
prisons.

COMMANDITE, s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d'un
tâcheron,--dans l'argot des typographes.

COMME IL FAUT, s. m. Les règles de l'élégance et de la distinction, le
suprême bon ton,--dans l'argot des bourgeois, à propos des gens et des
choses. C'est le _Cant_ des Anglais.

On prononce _comifô_.

COMME IL FAUT, adj. Selon le code du bon goût et du bon ton, du bien dire
et du bien élevé.

_L'homme comme il faut_ des bourgeoises est le _monsieur bien_ des
petites dames.

COMMODE, s. f. Cheminée,--dans l'argot des voleurs, qui y serrent les
objets dont ils veulent se débarrasser comme trop compromettants.

COMMUNE COMME UNE MOULE, adj. Se dit--dans l'argot des Précieuses
bourgeoises--de toute femme, du peuple ou d'ailleurs, qui ne leur
convient pas.

COMMUNISTE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois, qui, en 1848,
donnaient ce nom à tout ce qui n'était pas eux.

COMPAS, s. m. Les jambes,--dans l'argot des ouvriers.

_Ouvrir le compas._ Marcher.

_Allonger le compas._ Précipiter sa marche.

COMPÈRE-COCHON, s. m. Homme plus familier qu'il n'en a le droit,--dans
l'argot des bourgeois.

COMPTE (Avoir son), v. a. Être gris pour avoir trop bu, ou blessé à mort
pour s'être battu en duel.

COMPTER SES CHEMISES, v. a. Vomir,--dans l'argot des marins et du peuple.

Les Anglais ont une expression analogue: _To cast up one's accounts_
(rendre ses comptes), disent-ils.

COMTE DE CARUCHE, s. m. Porte-clés,--dans l'argot des voleurs, qui se
plaisent à occuper leurs loisirs forcés en s'improvisant les Borel
d'Hauterive de leur prison.

COMTE DE GIGOT-FIN, s. m. Beau mangeur,--dans l'argot du peuple, qui ne
craint pas de créer des types comme Molière et d'anoblir des vilains
comme Napoléon.

COMTE DU CANTON, s. m. Geôlier,--dans l'argot des voleurs.

CONDÉ, s. m. Permission de tenir des jeux de hasard,--dans l'argot des
voleurs, qui obtiennent cette permission d'un des _condés_ suivants:

_Grand condé._ Préfet.

_Petit condé._ Maire.

_Demi-condé._ Adjoint.

_Condé franc_ ou _affranchi_. Fonctionnaire qui se laisse corrompre.

Plus particulièrement: Faveur obtenue d'un geôlier ou d'un directeur.

CONFÉRENCIER, s. m. Orateur en chambre, qui parle de tout sans souvent
être payé pour cela.

Mot nouveau, profession nouvelle.

CONFIRMER, v. a. Donner une paire de soufflets.

CONFRÈRE DE LA LUNE, s. m. Galant homme qui a eu le tort d'épouser une
femme galante,--dans l'argot du peuple, trop irrévérencieux envers le
croissant de la chaste Diane.

CONILLER, v. n. User de subterfuges pour échapper à un ennui ou à un
danger, se cacher, disparaître, comme un lapin (_cuniculus_, conil) dans
son trou. Argot du peuple.

CONIR, v. n. Mourir.

CONJUNGO, s. m. Mariage,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire
allusion au premier mot du discours du prêtre aux mariés: _Conjungo_ (je
joins).

CONNAISSANCE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers, qui veulent
connaître une fille avant de la prendre pour femme.

CONNAÎTRE LE JOURNAL. Être au courant d'une chose; savoir à quoi s'en
tenir sur quelqu'un. Argot des bourgeois.

Signifie aussi: Savoir de quoi se compose le dîner auquel on est invité.

CONNAÎTRE LE NUMÉRO, v. a. Avoir de l'habileté, de l'expérience,--dans
l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'expression a appartenu à
l'argot des chevaliers d'industrie. «Les escrocs disent d'une personne
qu'ils n'ont pu duper: Celui-là sait le numéro, il n'y a rien à faire.»
(_Les Numéros parisiens_, 1788.)

_Connaître le numéro de quelqu'un._ Savoir ce qu'il cache; connaître ses
habitudes, son caractère, etc.

CONNU! Exclamation de l'argot du peuple, qui l'emploie pour interrompre
les importuns, les bavards--et même les éloquents.

Signifie aussi: C'est usé! Je ne crois plus à ces choses-là!

CONOBRER, v. a. Connaître,--dans l'argot des voleurs.

Ce verbe ne viendrait-il pas de _cognoscere_, connaître, ou de
_cognobilis_, facile à connaître.

CONQUÊTE, s. f. Maîtresse d'une heure ou d'un mois,--dans l'argot des
bourgeois, Alexandres pacifiques.

CONSCIENCE, s. f. Travail spécial, fait à la journée au lieu de l'être
aux pièces. Argot des typographes.

_Être en conscience_, ou _à la conscience_. Travailler à la journée.

CONSCRIT, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des
Polytechniciens, dont beaucoup se destinent à l'armée.

C'est aussi l'élève de seconde année à Saint-Cyr.

CONSERVATOIRE, s. m. Grand Mont-de-piété,--dans l'argot du peuple.

CONSOLATION, s. f. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple, qui se console à
peu de frais.

_Débit de consolation._ Liquoriste, cabaret.

CONSOLER SON CAFÉ. Mettre de l'eau-de-vie dedans. Habitude
normande,--très parisienne.

CONSOMME, s. f. Apocope de _consommation_,--dans l'argot des
faubouriens.

CONSTANTE, s. f. Nom que les Polytechniciens donnent à l'élève externe,
parce que l'externe sort de l'école comme il y est entré: il n'a pas
d'avancement; il n'est pas choyé, il joue au milieu de ses camarades le
rôle de la _constante_ dans les calculs: il passe par toutes les
transformations sans que sa nature en subisse aucune variation.

CONTRE, s. m. Consommation personnelle, au café, que l'on joue avec une
autre personne _contre_ sa consommation.

CONTRÔLE, s. m. Flétrissure, marque de fer rouge sur l'épaule des
forçats,--dans l'argot des prisons.

CONTRÔLER, v. a. Donner un coup de talon de botte sur la figure de
quelqu'un. Argot des faubouriens.

On dit aussi _mettre le contrôle_.

CONVALESCENCE, s. f. Surveillance de la haute police,--dans l'argot des
voleurs.

_Être en convalescence._ Être sous la surveillance de la police.

COPAIN, s. m. Compagnon d'études,--dans l'argot des écoliers.

On écrivait et on disait autrefois _compaing_, mot très expressif que je
regrette beaucoup pour ma part, puisqu'il signifiait l'ami, le frère
choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait son
pain,--_cum pane_. C'est l'ancien nominatif de _compagnon_.

COPE, s. f. Apocope de copie,--dans l'argot des typographes.

_Avoir de la cope._ Avoir un manuscrit à composer.

COPEAU, s. m. La langue,--dans l'argot des souteneurs de filles.

_Lever son copeau._ Parler, bavarder.

COPIE, s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à
l'imprimeur,--dans l'argot des gens de lettres, qui écrivent
_copiosissimè_ dans l'intérêt de leur _copia_.

_Faire de la copie._ Écrire un article pour un journal ou pour une revue.

_Caner sa copie._ Ne pas écrire l'article promis.

_Pisser de la copie._ Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets.

_Pisseur de copie._ Ecrivain qui a une facilité déplorable et qui en
abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et
de l'étranger, de sa prose ou de ses vers.

COQ, s. m. Cuisinier,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans la
marine, et qui ne savent pas parler si bien latin, _coquus_.

COQUARD, s. m. OEil,--dans l'argot des bouchers.

COQUARD, s. m. OEuf,--dans l'argot des enfants.

COQUARDEAU, s. m. Galant que les femmes dupent facilement,--dans l'argot
du peuple.

Le mot n'est pas aussi moderne qu'on serait tenté de le croire, car il
sort du _Blason des fausses amours_:

    «Se ung coquardeau
    Qui soit nouviau
    Tombe en leurs mains,
    C'est un oyseau
    Pris au gluau
    Ne plus ne moins.»

COQUARDER, v. n. _Alvum deponere._ Argot des faubouriens. (V. _Coquard_
et _Pondre un œuf_.)

COQUER, v. a. Dénoncer,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté à
l'argot lyonnais ce mot qui signifie _embrasser_, comme fit Judas
Iscariote pour Jésus.

COQUER, v. a. Donner,--dans le même argot.

_Coquer la camouffle._ Présenter la chandelle.

_Coquer la loffitude._ Donner l'absolution.

_Coquer le poivre._ Empoisonner.

_Coquer le taf._ Faire peur.

COQUEUR, s. m. Dénonciateur.

COQUEUR DE BILLE, s. m. Bailleur de fonds.

COQUILLARD, s. m. Pèlerin,--dans l'argot des faubouriens.

COQUILLE, s. f. Lettre mise à la place d'une autre,--dans l'argot des
typographes.

COQUILLON, s. m. Pou,--dans l'argot des faubouriens, qui se rappellent
sans doute qu'on donnait autrefois ce nom à un capuchon qui se relevait
sur la tête.

CORBEAU, s. m. Frère de la Doctrine chrétienne,--dans l'argot des
faubouriens, qui ont été frappés de l'analogie d'allures qu'il y a entre
ces honnêtes instituteurs de l'enfance et l'oiseau du prophète Elie.

CORBEAU, s. m. Employé des pompes funèbres,--dans le même argot.

CORBUCHE, s. f. Ulcère,--dans l'argot des voleurs.

_Corbuche-lof._ Ulcère factice.

CORDER, v. n. Fraterniser, vivre avec quelqu'un _toto corde_,--dans
l'argot du peuple.

CORDON BLEU, s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.

CORNARD, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante,--dans l'argot
du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs
grotesques.

CORNEAU, s. m. Bœuf,--dans l'argot des voleurs.

_Corneaude._ Vache.

CORNER, v. a. Publier une chose avec éclat; répéter une nouvelle, fausse
ou vraie,--dans l'argot du peuple.

_Corner une chose aux oreilles de quelqu'un._ La lui répéter de façon à
lui être désagréable.

CORNER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens, qui font probablement
allusion à l'odeur insupportable qu'exhale la corne brûlée.

CORNET, s. m. Estomac,--dans le même argot.

_Se mettre quelque chose dans le cornet._ Manger.

_N'avoir rien dans le cornet._ Être à jeun.

CORNET D'ÉPICES, s. m. Capucin,--dans l'argot des voleurs.

CORNICHE, s. f. Chapeau. Argot des faubouriens.

CORNICHON, s. m. Veau. Argot des voleurs.

CORNICHON, s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les
femmes,--dans l'argot de Breda-Street; parfois imbécile,--dans l'argot au
peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.

CORNIÈRE, s. f. Étable.

CORNIFICETUR, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante et qui le
regrette tous les jours.

CORSER, v. a. Multiplier les péripéties,--dans l'argot des gens de
lettres; augmenter la force d'un liquide,--dans l'argot des marchands de
vin.

CORSER (Se). Se compliquer, devenir grave. Argot des gens de lettres.

CORVETTE, s. f. L'Héphestion des Alexandres populaciers,--dans l'argot
des voleurs.

COSSU, adj. Riche,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des
gens et des choses.

COSTEL, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des voyous.

COSTIÈRES, s. f. pl. Rainures pratiquées dans le plancher d'un théâtre
pour y faire glisser les portants; celles qui avancent sur la scène se
ferment au moyen des trappillons.

On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu'ils sont _tombés dans les
costières_.

CÔTE, s. f. Passe difficile de la vie,--dans l'argot des bohèmes, qui
s'essoufflent à gravir le Double-Mont.

_Être à la côte._ N'avoir pas d'argent.

_Frère de la côte._ Compagnon de misère.

CÔTE-DE-BOEUF, s. f. Sabre d'infanterie,--dans l'argot du peuple.

COTE G, s. f. Objet de peu de valeur innocemment détourné, en vertu d'un
usage immémorial, par les clercs inventoriant une succession. Ce bibelot,
ne figurant à aucune cote de l'acte, passe à la _cote G_, qui me fait
l'effet d'être un jeu de mots (cote _j'ai_).

CÔTELARD, s. m. Melon à _côtes_,--dans l'argot des faubouriens.

CÔTELETTE DE PERRUQUIER, s. f. Morceau de fromage de Brie,--dans l'argot
du peuple, qui suppose que les garçons perruquiers n'ont pas un salaire
assez fort pour déjeuner à la fourchette comme les gandins.

On dit aussi _Côtelette de vache_.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: _A welsh rabbit_
(un lapin du pays de Galles), disent-ils à propos d'une tartine de
fromage fondu.

CÔTELETTES, s. f. pl. Favoris larges par le bas et minces par le
haut,--dans le même argot.

COTERIE, s. f. Compagnon,--dans l'argot des maçons.

COTILLON, s. m. Fille ou femme,--dans l'argot du peuple.

_Aimer le cotillon._ Être de complexion amoureuse.

_Faire danser le cotillon._ Battre sa femme.

COTON, s. m. Douceur,--dans le même argot.

_Elever un enfant dans du coton._ Le gâter de caresses.

COTON, s. m. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens, dont la main
dégaine volontiers.

_Il y a eu_ ou _il y aura du coton_. On s'est battu ou l'on se battra.

COTON, s. m. Travail pénible, difficulté, souci,--dans le même argot.

_Il y a du coton._ On aura de la peine à se tirer d'affaire.

COTRETS, s. m. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _fumerons_.

COTTE, s. f. Pantalon de toile bleue,--dans l'argot des ouvriers, qui ne
le mettent que pour travailler, par-dessus un autre pantalon.

COUAC, s. m. Prêtre,--dans l'argot des voyous, fils des faubouriens, qui,
en croyant dire une plaisanterie et faire une allusion au cri du corbeau,
prononcent sérieusement _quaker_.

COUCHER, s. m. Homme qui s'attarde volontairement dans une maison où il
ne devrait jamais même mettre les pieds.

COUCHER A LA CORDE, v. n. Passer la nuit dans un de ces cabarets comme il
en existait encore, il y a quelques années, assis et les bras appuyés sur
une corde tendue à hauteur de ceinture.

COUCHER BREDOUILLE (Se). Se coucher sans avoir dîné.

COUCHER DANS LE LIT AUX POIS VERTS, v. n. Coucher dans les champs, à la
belle étoile.

COUCHER EN CHAPON (Se), v. réfl. Se coucher repu de viande et de
vin,--dans l'argot du peuple.

COUCOU, s. m. Cocu,--par antiphrase.

_Faire coucou._ Tromper un homme avec sa femme.

On dit aussi _Faire cornette_, quand c'est la femme qui est trompée.

COUCOU, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs, qui confondent à dessein
avec les horloges de la Forêt-Noire.

Ils disent mieux _Bogue_.

COUDE, s. m. Permission,--dans l'argot des voyous.

_Prendre sa permission sous son coude._ Se passer de permission.

COUENNE, s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie,--dans l'argot
des faubouriens, qui pensent comme Emile Augier (dans _la Ciguë_), que
«les sots sont toujours gras».

COUENNE, s. f. Chair,--dans l'argot du peuple.

_Gratter la couenne à quelqu'un._ Le flatter, lui faire des compliments
exagérés.

COUENNE DE LARD, s. f. Brosse,--dans le même argot.

COUENNES, s. f. pl. Joues pendantes.

COULE, s. f. Les dégâts, les petits vols que commettent les employés, les
ouvriers, les domestiques d'une maison, et spécialement les garçons de
café, parce que c'est par là souvent qu'on _coule_ une maison.

On dit aussi _Coulage_.

_Veiller à la coule._ Veiller sur les domestiques, avoir l'œil sur les
garçons de café et autres, pour empêcher la dilapidation.

COULE (Être à la). Être d'un aimable caractère, d'un commerce agréable,
doux, _coulant_,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Savoir tirer son épingle du jeu; être dupeur plutôt que
dupé; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de marteau à
celui d'enclume.

COULER (En). En conter aux gens crédules, dans le même argot.

COULER DOUCE (Se la), v. réfl. Vivre sans rien faire, sans souci d'aucune
sorte,--dans l'argot du peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette
façon-là, pour changer.

COULEUR, s. f. Menterie, conte en l'air,--dans l'argot du peuple, qui
s'est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu'un ment, il rougit,
à moins qu'il n'ait l'habitude du mensonge.

_Monter une couleur._ Mentir.

Au XVIIe siècle on disait: _Sous couleur de_, pour _Sous prétexte de_.
Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge
soit devenu une _couleur_.

COULEUR, s. f. Opinion politique. Même argot.

COULEUVRE, s. f. Femme enceinte,--dans l'argot des voyous, qui,
probablement, font allusion aux lignes serpentines de la taille d'une
femme en cette «position intéressante».

COULIANT, s. m. Lait,--dans l'argot des voleurs.

COULOIR, s. m. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens, qui en lavent
les parois à grands coups de vin et d'eau-de-vie, sans redouter
l'humidité.

_Chelinguer du couloir._ Fetidum halitum emittere.

COUPAILLON, s. m. Coupeur maladroit, inexpérimenté. Argot des tailleurs.

COUP D'ARROSOIR, s. m. Verre de vin bu sur le comptoir du cabaretier.
Argot des faubouriens.

COUP DE BOUTEILLE, s. m. Rougeur du visage, coup de sang occasionné par
l'ivrognerie,--dans l'argot du peuple. COUP DE CANIF, s. m. Infidélité
conjugale,--dans l'argot des bourgeois.

_Donner un coup de canif dans le contrat._ Tromper sa femme ou son mari.

COUP DE CASSEROLE, s. m. Dénonciation,--dans l'argot des voleurs.

COUP DE CHASSELAS, s. m. Demi-ébriété,--dans l'argot du peuple. _Avoir un
coup de chasselas._ Être en état d'ivresse.

COUP DE CHIEN, s. m. Traîtrise, procédé déloyal et inattendu,--dans le
même argot.

COUP DE FEU, s. m. Moment de presse.

COUP DE FEU DE SOCIÉTÉ, s. m. Dernier degré de l'ivresse,--dans l'argot
des typographes.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Déjeuner. Argot des bourgeois.

_Donner un coup de fourchette._ Manger.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Vol à l'aide de deux doigts seulement.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Coup donné dans les deux yeux avec les deux
doigts qui suivent le pouce de la main droite. Argot des faubouriens.

COUP DE GAZ, s. m. Coup de vin. Argot des faubouriens.

COUP DE PIED DE JUMENT, s. m. Maladie désagréable,--dans l'argot du
peuple.

COUP DE PIED DE VÉNUS, s. m. «Trait empoisonné lancé par le fils de
Cythérée au nom de sa mère»,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent
leur mythologie.

COUP DE PISTOLET, s. m. Opération isolée et sans suite, mais destinée
cependant à faire un peu de bruit.

_Coup de pistolet dans l'eau._ Affaire ratée.

COUP DE POING DE LA FIN, s. m. Mot ironique ou cruel, qu'on lance à la
fin d'une conversation ou d'un article. Argot des gens de lettres.

COUP DE RAGUSE, s. m. Traîtrise, acte déloyal, trahison,--dans l'argot
des ouvriers, chez qui le souvenir de la défection de Marmont est
toujours vivant. C'est pour eux ce qu'est le _coup de Jarnac_ pour les
lettrés.

COUP DE RIFLE, s. m. Ivresse,--dans l'argot des typographes.

COUP DE SOLEIL, s. m. Demi-ébriété,--dans l'argot des faubouriens, que le
vin _allume_ et dont il _éclaire_ le visage.

COUP DE TAMPON, s. m. Coup de poing. Argot du peuple.

COUP DE TORCHON, s. m. Baiser,--dans l'argot des faubouriens, qui sans
doute, veulent parler de ceux qu'on donne aux femmes maquillées, dont
alors les lèvres _essuient_ le visage.

COUP DE TORCHON (Se donner un), v. réfl. Se battre en duel ou à coups de
poing, comme des gentilshommes ou comme des goujats.

C'est une façon comme une autre d'_essuyer_ l'injure reçue. Même argot.

COUP DE TRENTE-TROIS CENTIMÈTRES, s. m. Coup de _pied_. Argot
calembourique des faubouriens.

COUP DE VAGUE, s. m. Vol improvisé.

COUP DU LAPIN, s. m. Coup féroce que se donnent parfois les voyous dans
leurs _battures_. Il consiste à saisir son adversaire, d'une main par les
testicules, de l'autre par la gorge, et à tirer dans les deux sens:
celui qui est saisi et tiré ainsi n'a pas même le temps de recommander
son âme à Dieu. (V. la _Gazette des Tribunaux_, mai 1864.)

COUP DU LAPIN, s. m. Coup plus féroce encore, que la nature vous donne
vers la cinquantième année, à l'époque de l'âge _critique_.

_Recevoir le coup du lapin._ Vieillir subitement du soir au lendemain; se
réveiller avec des rides et les cheveux blancs.

Signifie aussi au figuré: Coup de grâce.

COUP DU MÉDECIN, s. m. Le verre de vin que l'on boit immédiatement après
le potage,--dans l'argot des bourgeois, qui disent quelquefois: «Encore
un écu de six francs retiré de la poche du médecin!» Mais dans ce cas,
quelque convive prudent ne manque jamais d'ajouter: «Oui... et jeté dans
la poche du dentiste!»

COUP DUR, s. m. Obstacle imprévu; désagrément inattendu,--dans l'argot du
peuple.

COUPE, s. f. Misère,--dans l'argot des voleurs, qui y tombent souvent par
leur faute (_culpa_).

COUPE-CHOUX, s. m. Sabre de garde national,--dans l'argot du peuple, qui
suppose cette arme inoffensive et tout au plus bonne à servir de
sécateur.

COUPE-CUL (A), adv. Sans revanche,--dans l'argot des faubouriens.

COUPE-FICELLE, s. m. Artificier,--dans l'argot des artilleurs.

COUPELARD, s. m. Couteau,--dans l'argot des prisons.

COUPER, v. a. Passer devant une voiture,--dans l'argot des cochers, qui
se plaisent à se blesser ainsi entre eux.

COUPER (La), v. a. Etonner quelqu'un désagréablement en lui enlevant sa
maîtresse, son emploi, n'importe quoi, au moment où il s'y attendait le
moins.

Le mot date de la maréchale Lefebvre.

On dit volontiers comme elle: _Cela te la coupe!_

COUPER (Se), v. réfl. Faire un _lapsus linguæ_ compromettant dans la
conversation; commencer un récit scabreux à la troisième personne, et le
continuer, sans s'en apercevoir, à la première.

COUPER CUL, v. n. Abandonner le jeu,--dans l'argot des joueurs.

COUPER DANS LE PONT, v. n. Donner dans le panneau, croire à ce qu'on vous
raconte,--par allusion au pont que font les Grecs en pliant les cartes à
un endroit déterminé, de façon à guider la main du _pigeon_ dans la
portion du jeu où elle doit couper sans le vouloir.

COUPER DEDANS, v. n. Se laisser tromper, accepter pour vraie une chose
fausse. Argot du peuple.

COUPER LA GUEULE A QUINZE PAS, v. a. Avoir une haleine impossible à
affronter, même à une distance de quinze pas,--dans l'argot des
faubouriens, impitoyables pour les infirmités qu'ils n'ont point.

COUPER LA QUEUE A SON CHIEN, v. a. Faire quelque excentricité bruyante et
publique, de façon à attirer sur soi l'attention des badauds,--stratagème
renouvelé des Grecs.

COUPER LE TROTTOIR, v. n. Forcer quelqu'un qui vient sur vous à descendre
sur la chaussée, en marchant comme s'il n'y avait personne; ou bien, de
derrière passer devant lui sans crier gare.

COUPER LE SIFFLET A QUELQU'UN, v. a. Le faire taire en parlant plus fort
que lui, ou en lui prouvant clairement qu'il a tort, qu'il se trompe.

Signifie aussi Tuer.

COUPER LES VIVRES. Supprimer tout envoi d'argent ou de pension,--dans
l'argot des étudiants, qui n'en meurent pour cela ni de faim ni de soif.

COUPE-SIFFLET, s. m. Couteau.

COUPLET DE FACTURE, s. m. Composé uniquement en vue de l'effet, avec des
rimes riches et redoublées. Argot des coulisses.

COUPS DE MANCHE, s. m. Mendiant qui va à domicile porter des
lettres-circulaires dans lesquelles il se dépeint comme zouave
pontifical, ancien exilé, artiste sans commandes, homme de lettres sans
éditeurs,--selon le quartier et la victime choisis.

COURAILLER, v. n. Faire le libertin,--dans l'argot des bourgeois.

COURANT, s. m. Truc, secret, affaire mystérieuse,--dans l'argot du
peuple.

_Connaître le courant._ Savoir de quoi il s'agit.

_Montrer le courant._ Initier quelqu'un à quelque chose.

COURANTE, s. f. _Fluxus ventris_,--dans l'argot des bourgeois.

COURBE, s. f. Épaule,--dans l'argot des voleurs.

_Courbe de maxne._ Epaule de mouton.

COUREUR, s. m. Libertin,--dans l'argot des bourgeois.

COUREUSE, s. f. Fille ou femme qui a plus souci de son plaisir que de sa
réputation et qui hante plus les bals que les églises.

COUREUSE, s. f. Plume à écrire,--dans l'argot des voleurs.

COURIR, v. n. Libertiner,--dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi _Courir la gueuse_ et _Courir le guilledou_.

COURIR (Se la). S'en aller de quelque part, s'enfuir,--dans l'argot des
faubouriens.

COURSIER, s. m. Cheval,--dans l'argot des académiciens.

_Coursier de fer._ Locomotive.

COURTANGE, s. f. La Courtille,--dans l'argot des voyous.

COURTAUD DE BOUTANCHE, s. m. Commis de magasin,--dans l'argot des
voleurs.

COUSIN DE MOÏSE, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante,--dans
l'argot du peuple, qui fait allusion aux deux lignes de feu dont sont
ornées les tempes du législateur des Hébreux.

COUSINE, s. f. L'Héphestion des Alexandres de bas étage,--dans l'argot du
peuple.

COUSINE DE VENDANGE, s. f. Fille ou femme qui fait volontiers débauche au
cabaret,--dans le même argot.

COUSSE DE CASTU, s. m. Infirmier d'hôpital,--dans l'argot des voleurs.

J'ai vu écrit _conce de castus_ dans le vieux dictionnaire d'Olivier
Chéreau, avec cette définition conforme du reste à la précédente: «Celuy
qui porte les salletés de l'hospital à la rivière.»

_Cousse_ ne signifie rien, tandis que _conce_ est une antiphrase ironique
et signifie _parfumé_ (de l'italien _concio_).

COÛTER LES YEUX DE LA TÊTE, v. n. Extrêmement cher,--dans l'argot des
bourgeois.

COÛTER UNE PEUR ET UNE ENVIE DE COURIR, v. n. Absolument rien, ce que
coûtent les objets volés. Argot des faubouriens.

COUTURASSE, s. f. Couturière,--dans l'argot des voyous.

COUTURIÈRE, s. f. Courtilière, insecte des _jardins_,--dans l'argot des
enfants, qui ne sont pas très forts en entomologie.

COUVERCLE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent
l'homme pour un pot.

COUVERT DE CONSEILLER, s. m. Couvert d'argent démarqué,--dans l'argot des
voleurs.

On dit de même _Linge de conseiller_ pour linge volé et démarqué.

COUVRE-AMOUR, s. m. Chapeau d'homme, quelque forme qu'il affecte,--dans
l'argot facétieux des bourgeois, qui voudraient faire croire que leur
tête est le siège des passions.

COUVREUR, s. m. Celui qui ouvre et ferme les portes--dans l'argot des
francs-maçons.

COUVRIR LA JOUE, v. a. Donner un soufflet,--dans l'argot des bourgeois.

COUVRIR LE TEMPLE, v. a. Fermer les portes,--dans l'argot des
francs-maçons.

_Faire couvrir le temple à un frère._ Le faire sortir.

COUYON, s. m. Lâche, paresseux,--dans l'argot du peuple, qui mouille
l'_y_ d'une façon partiticulière.

COUYONNADE, s. m. Farce, mauvais tour.

Signifie aussi Niaiserie, chose de peu d'importance.

COUYONNER, v. n. Manquer de courage.

Signifie aussi Se moquer.

COUYONNER QUELQU'UN, v. a. Le faire aller, se moquer de lui.

Signifie aussi: Importuner, agacer,--_probris lacessere_.

CRABOSSER, v. n. Bossuer un chapeau, un carton,--dans l'argot des
bourgeois.

D'aucuns disent encore comme du temps de Rabelais, _Cabosser_.

CRAC-CRIC-CROC, s. m. Onomatopée à l'usage du peuple lorsqu'il veut
rendre le bruit d'une chose qui se déchire pièce par pièce, ou qu'il
broie avec ses dents.

CRACHÉ, adj. Ressemblant,--dans l'argot du peuple, à qui La Fontaine et
Voltaire ont fait l'honneur d'emprunter cette expectoration.

On dit: _C'est lui tout craché._ ou _C'est son portrait tout craché._

CRACHER, v. n. Parler.--dans l'argot des ouvriers.

CRACHER AU BASSINET, v. n. Être forcé de payer,--dans l'argot du peuple.

CRACHER BLANC, v. n. Avoir soif, pour s'être enivré trop la veille,--dans
l'argot du peuple, qui employait cette expression du temps de Rabelais.

On dit aussi _Cracher du coton_ et _Cracher des pièces de dix sous_.

CRACHER SES DOUBLURES, v. a. Rendre ses poumons par fragments, comme font
les poitrinaires. Même argot.

CRACHER SON AME, v. a. Mourir,--dans l'argot des infirmiers, qui ne se
doutent guère qu'ils emploient là une des plus énergiques expressions
latines: _Vomere animam_, dit Lucrèce. _Chrysanthus animam ebulliit_, dit
un des convives du festin de Trimalcion.

CRACHER SUR QUELQUE CHOSE, v. n. En faire mépris,--dans l'argot du
peuple, qui emploie plus ordinairement cette expression avec la négative:
_Il ne crache pas sur la vendange_, c'est-à-dire il aime le vin.

CRACHOIR, s. m. Action de bavarder,--dans le même argot.

_Tenir le crachoir._ Parler.

_Abuser du crachoir._ Abuser de la facilité qu'on a à parler et de
l'indulgence des gens devant qui l'on parle.

CRAMPER, v. n. Courir,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Tirer sa crampe_.

CRAMPER (Se), v. réfl. Se cramponner, au propre et au figuré,--dans le
même argot.

CRAMPON, s. m. Homme ennuyeux qui ne lâche pas sa victime et qu'on
tuerait sur place,--si le Code ne punissait pas le meurtre, même dans le
cas de légitime défense.

CRÂNE, s. m. Homme audacieux,--dans l'argot du peuple.

_Faire son crâne._ Faire le fanfaron.

CRÂNE, adj. Superlatif de Beau, de Fort, d'Eminent, de Bon.

_Avoir un crâne talent._ Avoir beaucoup de talent.

CRÂNEMENT, adv. Beaucoup, supérieurement, fortement.

_Avoir crânement de talent._ En avoir beaucoup.

CRÂNEUR, s. m. Homme audacieux, ou plutôt fanfaron d'audace.

_Faire son crâneur._ Parler ou marcher avec aplomb, comme un homme qui
ne craint rien.

CRAPAUD, s. m. Mucosité sèche du nez,--dans l'argot des voyous.

CRAPAUD, s. m. Cadenas,--dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé là une
image juste.

CRAPAUD, s. m. Petit fauteuil bas,--dans l'argot des tapissiers.

CRAPAUD, s. m. Bourse,--dans l'argot des soldats.

CRAPAUD, s. m. Apprenti, petit garçon,--dans l'argot des faubouriens.

CRAPOUSSIN, s. m. Homme de petite taille et de peu d'apparence,--dans le
même argot.

CRAPULADOS, s. m. Cigare de cinq centimes.--dans le même argot.

CRAQUE, s. f. Menterie,--dans l'argot des enfants et des faubouriens qui
ont vu jouer sans doute le _Monsieur de Crac dans son petit castel_, de
Colin d'Harleville.

CRAQUELIN, s. m. Homme chétif,--dans l'argot des marins, qui d'un coup de
poing feraient _craquer_ les os à de plus solides.

CRAQUER, v. n. Mentir, gasconner à la parisienne.

CRAQUEUR, s. m. Menteur, Gascon,--de Paris.

CRASSE, s. m. Lésinerie, indélicatesse,--dans l'argot du peuple, pour qui
il semble que les sentiments bas soient l'ordure naturelle des âmes non
baptisées par l'éducation.

CRASSE, s. f. Pauvreté; abjection,--dans le même argot.

_Tomber dans la crasse._ Déchoir de rang, de fortune; de millionnaire
devenir gueux, et d'honnête homme coquin.

CRASSE DU COLLÈGE, s. f. Manières gauches, empruntées, mêlées de
pédantisme,--dans l'argot des gens de lettres.

CRASSEUX, adj. et s. Avare.

CRAVATE DE CHANVRE, s. f. Corde,--dans l'argot du peuple.

CRAVATE DE COULEUR, s. f. Arc-en-ciel,--dans l'argot des faubouriens.

CRÉATEUR, s. m. Peintre,--dans l'argot des voleurs, qui ont parfois le
sens admiratif.

CRÉATURE, s. f. Synonyme péjoratif de Fille,--dans l'argot des bourgeois.

CREDO, s. m. Potence,--dans l'argot des voleurs, qu'ils aient voulu faire
soit une anagramme de _Corde_, soit une allusion à la confession du
condamné à mort, qui récite son _Credo_ avant de réciter son _meâ culpâ_.

CREDO, s. m. Aveu,--dans l'argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de
savoir le latin.

_Faire son credo._ Avouer franchement ses torts.

CRÈME, s. f. Superlatif de Bon, de Beau, de Fort,--dans l'argot des
bourgeois.

_La crème des hommes._ Le meilleur des hommes.

CRÊPER LE CHIGNON (Se). Se gourmer, échanger des coups, s'arracher
mutuellement les cheveux,--dans l'argot du peuple.

CRÉPINE, s. f. Bourse,--dans l'argot des voleurs qui savent que les
premières bourses ont été des aumônières et que saint Crépin est le
patron du cuir.

CRÉTIN, s. m. Rival littéraire ou artistique,--dans l'argot des peintres
et des gens de lettres.

Ils disent aussi _goitreux_.

CRÉTINISER (Se), v. réfl. Faire toujours la même chose, avoir les mêmes
habitudes,--dans le même argot.

CREUX, s. m. Voix,--dans l'argot du peuple.

_Bon creux._ Belle voix, claire, sonore.

_Fichu creux._ Voix brisée, défaillante, qui «sent le sapin».

CREUX, s. m. Maison, logis quelconque,--dans l'argot des voyous.

Les voyous anglais disent de même _Ken_, apocope de _Kennel_ (trou,
terrier).

CREVAISON, s. f. Agonie,--dans l'argot du peuple.

_Faire sa crevaison._ Mourir.

CREVANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot des petites dames.

CREVARD, s. m. Enfant mort-né,--dans l'argot des voyous.

CREVÉ, s. m. Homme maigre pâle, ruiné de corps et d'âme,--dans l'argot
des ouvriers.

_Petit crevé._ Synonyme de gandin.

CREVER, v. a. Battre,--à tuer, souvent. Argot des faubouriens.

CREVER, v. a. Congédier, renvoyer,--dans l'argot des typographes.

CREVER (Se), v. réfl. Manger avec excès, à en mourir,--dans l'argot du
peuple.

CREVER L'OEIL AU DIABLE, v. a. Réussir malgré les envieux, faire du bien
malgré les ingrats,--dans le même argot.

CREVETTE, s. f. Petite dame de Breda-Street.

Mot de création tout à fait récente.

CRIAILLER, v. n. Crier toujours, quereller de paroles,--dans l'argot du
peuple.

CRIBLER, v. n. Crier,--dans l'argot des voleurs.

_Cribler à la chienlit_ ou au _charron_. Crier au voleur.

_Cribler à la grive._ Avertir un camarade, en train de _travailler_, de
l'arrivée de la police ou d'importuns quelconques.

CRIBLEUR DE LANCE, s. m. Porteur d'eau.

CRIBLEUR DE MALADES, s. m. Celui qui, dans une prison, est chargé
d'appeler les détenus au parloir.

CRIC, s. m., ou CRIQUE, s. f. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans
l'argot des faubouriens.

CRIC-CROC! A ta, ou A votre santé!--dans l'argot du peuple et des
voleurs.

CRIER A LA GARDE, v. n. Se plaindre mal à propos,--comme les gens qui
font déranger les hommes d'un poste à propos de rien. Argot du peuple.

CRIER AU VINAIGRE, v. n. Appeler au secours. Même argot.

CRIER AUX PETITS PATÉS, v. n. Se dit--dans le même argot--d'une femme en
mal d'enfant, qui se plaint d'abord comme Gargamelle faisant le même vœu
impie qu'elle, et, après remerciant Dieu et son Grandgousier.

CRIGNE, s. f. Viande,--dans l'argot des voleurs et des filles.

Ne serait-ce pas une contraction de _carogne_, mot dérivé du latin
_caro_?

D'un autre côté, je trouve _crie_ et _criolle_ dans le dictionnaire
d'Olivier Chéreau, et Bouchet lui donne la signification de Lard. Auquel
entendre?

CRIGNOLIER, s. m. Boucher.

CRIN, s. m. Personne désagréable d'aspect et de langage.--dans l'argot du
peuple.

_Être comme un crin._ Être de mauvaise humeur.

CRIN-CRIN, s. m. Violon de barrière,--dans l'argot du peuple.

CRINS, s. m. pl. Cheveux,--dans l'argot du peuple, qui n'est pas aussi
irrespectueux qu'on pourrait le croire au premier abord, puisque La
Fontaine a dit:

    «Fille se coiffe volontiers
    D'amoureux à longue crinière.»

CRIQUET, s. m. Homme de petite taille, qui ne compte pas plus qu'un
_grillon_,--dans l'argot du peuple, qui s'incline volontiers devant la
Force et méprise volontiers la Faiblesse.

CRIS DE MERLUCHE, s. m. pl. Cris épouvantables,--comme ceux que poussait
_Mélusine_, la pauvre belle serpente dont Jean d'Arras nous a conservé la
touchante histoire.

On dit aussi _Crier comme une merlusine_.

CRISTALLISER, v. n. Flâner, se reposer,--dans l'argot des
Polytechniciens.

CROCHER (Se), v. réfl. Se battre à coups de poing et de pied, comme les
_crocheteurs_,--dans l'argot des bourgeois.

CROCHER UNE PORTE, v. a. La _crocheter_,--dans l'argot du peuple.

CROCODILE, s. m. Homme de mauvaise foi ou d'un commerce
désagréable,--dans le même argot.

Signifie aussi Créancier.

CROCS, s. m. pl. Dents,--dans l'argot des faubouriens, qui assimilent
volontiers l'homme au chien.

CROIRE LE PREMIER MOUTARDIER DU PAPE (Se). Se donner des airs
d'importance, faire le suffisant, l'entendu,--dans l'argot du peuple, qui
a ouï parler du cas que les papes, notamment Clément VII, faisaient de
leurs fabricants de moutarde, justement enorgueillis.

CROMPER, v. a. Sauver quelqu'un,--dans l'argot des prisons.

_Cromper sa sorbonne._ Sauver sa tête de la guillotine.

CROMPIRE, s. f. Pomme de terre,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté
ce mot à la Belgique.

CROQUE-AU-SEL (A la), adv. Aussi simplement que possible,--au propre et
au figuré.

CROQUE-MORT, s. m. Employé des pompes funèbres,--dans l'argot sinistre du
peuple.

CROQUENEAUX, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens, qui les
font _croquer_ quand ils sont neufs.

_Croqueneaux verneaux._ Souliers vernis.

CROQUER, v. n. Faire crier les souliers en marchant,--dans l'argot des
enfants et des ouvriers.

CROQUER, v. a. Dessiner à la hâte,--dans l'argot des artistes.

CROQUER LE MARMOT. Attendre en vain,--dans l'argot du peuple.

CROQUET, s. m. Homme d'humeur _cassante_,--dans le même argot.

_Être comme un croquet._ Se fâcher sous le moindre prétexte.

CROSSE, s. f. Avocat général, ministère public,--dans l'argot des
voleurs.

Ils disent aussi _Crosseur_.

CROSSER, v. n. Sonner,--dans le même argot.

_Douze plombes crossent_: il est midi ou minuit.

CROSSER QUELQU'UN, v. a. Médire de lui avec violence, user ses _crocs_
contre sa réputation,--ou jouer avec elle comme les enfants avec la
pierre qu'ils chassent devant eux avec la _crosse_.

CROSSEUR, s. m. Sonneur de cloches.

CROTTE, s. f. Misère, abjection,--dans l'argot du peuple.

_Tomber dans la crotte._ Se ruiner, se déshonorer,--se salir l'âme et la
conscience.

_Vivre dans la crotte._ Mener une vie crapuleuse.

_On n'est jamais sali que par la crotte._ On ne reçoit d'injures que des
gens grossiers.

CROTTE D'ERMITE, s. f. Poire cuite,--dans l'argot des voleurs.

CROUPIONNER, v. n. Faire des effets de crinoline,--dans l'argot des
faubouriens.

CROUPIR DANS LE BATTANT, v. n. Se dit d'une indigestion qui se prépare,
par suite d'une trop grande absorption de liquide ou de solide.

CROÛTE, s. f. Tableau mal peint et mal dessiné,--dans l'argot des
artistes, qui doivent employer ce mot depuis longtemps, car on le trouve
dans les _Mémoires secrets de Bachaumont_.

CROÛTON, s. m. Peintre médiocre, qui arrivera peut-être à l'Institut,
mais jamais à la célébrité.

CROÛTONNER, v. n. Peindre détestablement.

CRUCHE, s. et adj. Imbécile,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Cruchon_.

CRUCIFIX A RESSORT, s. m. Poignard ou pistolet,--dans l'argot des
voleurs.

CUCURBITACÉ, s. m. Imbécile,--dans l'argot des vaudevillistes, qui
prennent des mitaines d'érudits pour appeler les gens _melons_, ayant lu
la satire XIV de Juvénal et le chapitre XXXIX du _Satyricon_ de Pétrone.

CUIR, s. m. Peau,--dans l'argot du peuple.

_Tanner le cuir._ Battre.

CUIR, s. m. Liaison brutale de deux mots, emploi exagéré des _t_,--dans
l'argot des bourgeois, qui se moquent du peuple à cause de cela, sans se
douter que cela a fait longtemps partie du langage macaronique.

CUIRASSIER, s. m. Faiseur de _cuirs_, homme qui parle mal.

CUIR DE BROUETTE, s. m. Bois,--dans l'argot du peuple.

_Avoir le dessous des arpions doublé en cuir de brouette._ Avoir le
dessous des pieds aussi dur que du bois.

CUIR DE POULE, s. m. Gants de femme légers,--dans l'argot des ouvriers
gantiers, qui pourtant savent bien que les gants sont faits de peau de
chevreau ou d'agneau.

CUIRE DANS SON JUS, v. n. Avoir très chaud, _jusculentus_,--dans l'argot
du peuple.

CUISINE, s. f. La préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui y
sont amenés sur les dénonciations des _cuisiniers_ ou _coqueurs_.

CUISINE, s. f. Tout ce qui concerne l'ordonnance matérielle d'un
journal,--dans l'argot des gens de lettres.

_Connaître la cuisine d'un journal._ Savoir comment il se fait, par qui
il est rédigé et quels en sont les bailleurs de fonds réels.

_Faire la cuisine d'un journal._ Être chargé de sa composition,
c'est-à-dire de la distribution des matières qui doivent entrer dedans,
en surveiller la mise en page, la correction des épreuves, etc.

CUISINE A L'ALCOOL (Faire sa). Boire souvent de l'eau-de-vie,--dans
l'argot du peuple.

CUISINIER, s. m. Dénonciateur,--dans l'argot des prisons.

(V. _Coqueur_ et _Mouton_.)

Signifie aussi Agent de police.

CUISINIER, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs, qui ont eu de
fréquentes occasions de constater l'habileté avec laquelle leurs
défenseurs savent arranger leur vie avariée, de façon à la rendre
présentable à leurs juges.

CUIT (Être), v. p. Être condamné,--dans le même argot.

CUITE, s. f. Ivresse,--dans l'argot du peuple.

_Avoir sa cuite ou une cuite._ Être saoul.

CUIVRE, s. m. Monnaie,--dans le même argot.

CUIVRES, s. m. pl. Les instruments de cuivre, sax-horn, clairons,
etc.,--dans l'argot des troupiers et des orphéonistes.

CUL A FAUTEUIL, s. m. Académicien,--dans l'argot incongru des
faubouriens.

Ils disent aussi _Enfant de la fourchette_, _Mal choisi_ et _Quarantier_.

CULBUTE, s. f. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.

CULBUTE, s. f. Faillite,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire la culbute._ Faire banqueroute.

CUL DE PLOMB, s. m. Bureaucrate,--dans l'argot des bourgeois.

CUL DE PLOMB, s. m. Employé sans capacité ou sans ambition, destiné à
mourir simple expéditionnaire,--dans l'argot des bureaucrates, qui se
rêvent tous le titre de chef de division comme bâton de maréchal.

CUL GOUDRONNÉ, s. m. Matelot,--dans l'argot du peuple.

CULOTTE, s. f. Nombre considérable de points, au jeu de dominos,--dans
l'argot des bourgeois.

_Attraper une culotte._ Se trouver à la fin d'une partie, à la tête d'un
grand nombre de dominos qu'on n'a pu placer.

CULOTTE (Avoir une). Être complètement ivre,--dans l'argot des
faubouriens, qui, par cette expression, font certainement une allusion
scatologique, car l'ivrogne ne sait pas toujours ce qu'il fait...

On dit aussi _Prendre une culotte_.

CULOTTÉ, adj. Bronzé, aguerri, rompu au mal et à la misère,--comme une
pipe qui a beaucoup servi.

CULOTTÉ (Être). Être complètement gris,--pour s'être donné une _culotte_.

CULOTTER, v. n. Noircir,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe
spécialement à propos des pipes fumées.

CULOTTER (Se). Se griser.

On dit aussi _Se culotter le nez_.

CULOTTER (Se). Avoir, par suite d'excès de tous genres, le visage d'un
rouge brique,--comme cuit au feu des passions.

CULOTTER (Se). S'aguerrir, s'accoutumer au mal, à la fatigue, à la
misère, aux outrages des hommes et de la destinée.

Signifie aussi: Vieillir, devenir hors de service.

CULOTTEUR DE PIPES, s. m. Pilier d'estaminet, rentier suspect,
vaurien,--dans l'argot des bourgeois.

CUL ROUGE, s. m. Soldat,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion
au pantalon garance.

CUL TERREUX, s. m. Paysan,--dans l'argot des faubouriens; Jardinier de
cimetière,--dans l'argot des marbriers.

CUPIDON, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens, qui font
allusion à son _carquois d'osier_.

On dit mieux: _Vieux Cupidon_.

CURIEUX, s. m. Le juge d'instruction,--dans l'argot des voleurs, qui, en
effet, n'aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs
petits secrets.

CYMBALE, s. f. Lune,--dans le même argot. Sans doute par une ressemblance
de forme et de couleur entre cet astre et les gongs de notre musique
militaire.

On l'appelle aussi _Moucharde_.


D


DAB, s. m. Roi, et, plus particulièrement Père,--dans l'argot des
voleurs.

Les Anglais ont le même mot pour signaler un homme consommé dans le vice:
_A rum dabe_, disent-ils.

DAB, s. m. Maître, dans l'argot des domestiques; Patron,--dans l'argot
des faubouriens.

DABESSE, s. f. Reine.

DABICULE, s. m. Fils du patron.

DABOT, s. m. Préfet de police.

DABUCHE, s. f. Mère, nourrice.

DACHE, s. m. Diable,--dans l'argot des voleurs, qui pourtant ne croient
ni à Dieu ni à diable.

_Envoyer à dache._ Envoyer promener, envoyer au diable.

Les ouvriers emploient aussi cette expression.

DADA, s. m. Cheval,--dans l'argot des enfants.

Fantaisie, manie,--dans l'argot des grandes personnes, plus enfants que
les enfants.

DADAIS, s. m. Imbécile, homme qui fait l'enfant,--dans l'argot du peuple,
qui ne se doute pas que le mot a trois cents ans de noblesse.

DAIM, s. m. Monsieur bien mis, et garni d'un porte-monnaie mieux mis
encore, qui se fait gloire et plaisir d'être le mâle de la _biche_,--dans
l'argot des faubouriens, dont la ménagerie s'augmente tous les jours
d'une bête curieuse.

_Daim huppé._ Daim tout à fait riche.

Signifie aussi: imbécile, nigaud.

DALLE, s. f. Pièce de six francs,--dans l'argot des voleurs, dont
l'existence est pavée de ces écus-là.

DALLE, s. f. Gosier, gorge,--dans l'argot des faubouriens. _S'arroser_ ou
_Se rincer la dalle_. Boire.

On dit aussi _la Dalle du cou_.

DAME DU LAC, s. f. Femme entretenue, ou qui, désirant l'être, va tous les
jours au Bois de Boulogne, autour du lac principal, où abondent les
promeneurs élégants et riches. Argot des gens de lettres.

DAMER LE PION A QUELQU'UN, Le supplanter, lui jouer un tour quelconque
pour se venger de lui, lui répondre vertement. Argot des bourgeois.

DAMER UNE FILLE, v. a. La séduire,--ce qui, du rang de demoiselle, la
fait passer à celui de dame, de _petite dame_.

DANDILLER, v. n. Sonner,--dans l'argot des faubouriens.

DANDILLON, s. m. Cloche.


DANDINETTE, s. f. Correction,--dans l'argot du peuple, qui corrige ses
enfants en les faisant _danser_.

DANSE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans le même argot.

_Danse soignée._ Batterie acharnée.

DANSE, s. f. Combat,--dans l'argot des troupiers.

DANSE DU PANIER, s. f. Bénéfice illicite de la cuisinière. Argot du
peuple.

On dit aussi: _Faire danser l'anse du panier_. Quand une cuisinière,
revenue du marché, a vidé les provisions que contenait tout à l'heure son
panier, elle prend celui-ci par l'anse et le secoue joyeusement pour
faire sauter l'argent épargné par elle à son profit, et non à celui de sa
maîtresse.

DANSER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,--dans l'argot des
faubouriens.

_Danser du bec._ Avoir une haleine douteuse.

_Danser des arpions._ Avoir des chaussettes sales.

DANSER, v. n. Perdre de l'argent; payer ce qu'on ne doit pas.

On dit aussi, à propos d'une somme perdue, volée, ou donnée: _La danser_
de tant.

_Faire danser quelqu'un._ Se faire offrir quelque chose par lui.

DANSER (Faire). Battre, donner des coups.

_Faire danser ses écus._ Dépenser joyeusement sa fortune.

DANSER (La), v. n. Perdre son emploi, et, par extension, la vie.

Signifie aussi: Être battu.

DANSER DEVANT LE BUFFET, v. n. N'avoir pas de quoi manger,--dans l'argot
du peuple.

DANSEUR, s. m. Dindon,--dans l'argot des voyous.

DARDANT, s. m. L'amour,--dans l'argot des voleurs, qui aiment la femme
avec excès.

DARDELLE, s. f. Gros sou,--dans l'argot des gamins, qui s'en servent pour
jouer au bouchon.

DARE-DARE, interj. A la hâte,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur
de prêter cette expression à Diderot, qui s'en est servi dans son _Neveu
de Rameau_.

DARIOLE, s. f. Soufflet, coup de poing,--dans le même argot.

DARON, s. m. Père,--dans l'argot des voleurs, qui ont _emprunté_ ce mot
au vieux langage des honnêtes gens.

_Daron de la raille_ ou _de la rousse_. Préfet de police.

DARONNE, s. f. Mère.

_Daronne du Dardant._ Vénus, mère de l'Amour.

_Daronne du grand Aure_, la Sainte Vierge, mère de Dieu.

DAUFFE, s. f. Pince de voleur, dont l'extrémité est en queue de
_dauphin_.

DAUPHIN ou DOS FIN, s. m. Souteneur de filles; homme-poisson _ad usum
Delphinæ_, ou toute autre sainte de même farine ou de même charbon.

DAVONE, s. f. Prune,--dans l'argot des voleurs.

DÉ, adv. Oui,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

DÉBACLER, v. a. Ouvrir,--dans l'argot des voleurs.

DÉBAGOULER, v. a. Parler,--dans l'argot du peuple.

DÉBALLAGE, s. m. Déshabillé de l'homme ou de la femme,--dans l'argot des
faubouriens.

_Être volé au déballage._ S'apercevoir avec une surprise mêlée de
mauvaise humeur, que la femme qu'on s'était imaginée idéalement belle,
d'après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son
corsage, n'a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

DÉBARBOUILLER, v. a. Éclaircir une chose, une situation,--dans l'argot du
peuple.

_Se débarbouiller._ Se retirer tant bien que mal d'une affaire délicate,
d'un péril quelconque.

Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.

DÉBARDEUR, s. m. Type du carnaval parisien, inventé il y a une trentaine
d'années, et dont il ne reste plus rien aujourd'hui que ce léger fusain:

    «Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'incline
    Sous un chapeau coquet l'allure masculine,
    Un corset dans un pantalon.
    Un masque de velours aux prunelles ardentes,
    Sous des plis transparents des formes irritantes,
    Un ange doublé d'un démon.»

DÉBINAGE, s. m. Médisance, et même calomnie,--dans l'argot des
faubouriens.

DÉBINE, s. f. État de gêne, misère,--dans le même argot.

J'ai entendu dire _Dibène_ (pour malaise, dépérissement) sur les bords de
la Meuse, où l'on parle le wallon, c'est-à-dire le vieux français.

_Tomber dans la débine._ Devenir pauvre.

DÉBINER, v. a. Médire,--et même calomnier.

En wallon, on dit: _Dibiner_, pour être mal à l'aise, en langueur.

_Se débiner._ S'injurier mutuellement.


DÉBINER (Se). S'en aller, s'enfuir.

En wallon, on dit _Biner_ pour Fuir.

DÉBINER LE TRUC, v. a. Vendre le secret d'une affaire, révéler les
ficelles d'un tour. Argot des saltimbanques.

DÉBONDER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot du peuple.

DÉBORDER, v. n. Rejeter hors de l'estomac le liquide ou la nourriture
ingérés en excès,--dans le même argot.

_Se faire déborder._ Se faire vomir.

DÉBOUCLER, v. a. Mettre un prisonnier en liberté,--dans l'argot des
voleurs.

DÉBOURRER, v. a. Déniaiser quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

_Se débourrer._ S'émanciper, se dégourdir.

DÉBOUSCAILLER, v. a. Décrotter--dans l'argot des voyous.

DÉBOUSCAILLEUR, s. m. Décrotteur.

DÉBOUTONNER (Se). Parler franchement, dire ce qu'on a sur le cœur ou
dans le ventre. Argot des bourgeois.

DÉBRIDER, v. n. Ouvrir,--dans l'argot des voleurs.

DÉBRIDER, v. n. Manger avec appétit,--dans l'argot du peuple, qui
assimile l'homme au cheval.

DÉBRIDOIR, s. m. Clef.

DÉBUTER, v. n. Viser un but quelconque et s'en approcher le plus
possible, afin de savoir qui jouera le premier aux billes, à la marelle,
etc. Argot des enfants.

DÉCADENER, v. a. Déchaîner, débarrasser de ses liens,--dans l'argot des
voleurs.

DÉCALITRE, s. m. Chapeau rond, en forme de _boisseau_,--dans l'argot des
faubouriens.

DÉCAMPER, v. n. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.

_Décamper sans tambour ni trompette._ S'en aller discrètement ou
honteusement, selon qu'on est bien élevé ou qu'on a été inconvenant.

On dit aussi _Décampiller_.

DÉCANAILLER (Se), v. a. Sortir de l'obscurité, de la misère, de
l'abjection,--dans le même argot.

DÉCANILLER, v. n. Déguerpir, partir comme un _chien_,--dans le même
argot.

On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si
rationnelle (_canis_), M. Francisque Michel a été jusqu'en Picardie
chercher une _chenille_.

DÉCARCASSER (Se), t. réfl. Se démener, s'agiter bruyamment,--dans le même
argot.

DÉCARRADE, s. f. Sortie, départ, fuite,--dans l'argot des voleurs.

DÉCARRER, v. n. S'en aller de quelque part, s'enfuir.--dans l'argot des
voleurs et du peuple.

DÉCARRER DE BELLE. Sortir de prison sans avoir passé en jugement. Argot
des voleurs.

DÉCARTONNER (Se), v. réfl. Vieillir, ou être atteint de maladie
mortelle,--dans l'argot des faubouriens.

DÉCATI, adj. et s. Qui n'a plus ni jeunesse, ni beauté, qui sont le
_cati_, le lustre de l'homme et de la femme.

DÉCATIR (Se), v. réfl. Vieillir, enlaidir, se faner.

DÉCAVÉ, s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes,--dans
l'argot de Breda-Street.

DÉCHANTER, v. n. Revenir d'une erreur; perdre une illusion; rabattre de
ses prétentions,--dans l'argot du peuple, fidèle sans le savoir à
l'étymologie (_decantare_).

DÈCHE, s. f. Pauvreté, _déchet_ de fortune ou de position,--dans le même
argot.

Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d'Anglemont en
attribue l'invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à
Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue: «Quel échec, mon empereur!»
se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que: «Quelle
dèche, mon empereur!»

_Être en dèche._ Être en perte d'une somme quelconque.

DÉCHEUX, adj. et s. Homme pauvre, misérable.

DÉCHIRÉE (N'être pas trop). Se dit--dans l'argot du peuple--d'une femme
qui est encore jeune, jolie et appétissante.

On dit aussi _N'être pas trop égratignée_.

DÉCHIRER (Ne pas se). Se faire des compliments; se vanter.

DÉCHIRER DE LA TOILE. Faire un feu de peloton,--dans l'argot des
troupiers.

DÉCHIRER LA CARTOUCHE, v. a. Manger,--dans l'argot des soldats et des
ouvriers qui se souviennent de leurs sept ans.

DÉCHIRER SON HABIT, v. a. Mourir,--dans l'argot des tailleurs.

DÉCHIRER SON TABLIER, v. a. Mourir,--dans l'argot des domestiques.

DÉCLANCHER (Se), v. réfl. Se démettre l'_épaule_,--dans l'argot des
faubouriens, qui assimilent l'homme au mouton.

DÉCLOUER, v. a. Dégager des effets du mont-de-piété, du _clou_.

DÉCOLLER, v. n. S'en aller de quelque part; quitter une place,--dans
l'argot des ouvriers.

DÉCOLLER LE BILLARD. Mourir.

On dit aussi _Dévisser son billard_.

DÉCOMPTE, s. m. Blessure mortelle,--dans l'argot des troupiers, qui
savent qu'en la touchant il faut quitter le service et la vie.

DÉCONFITURE, s. f. Faillite,--dans l'argot des bourgeois.

_Être en déconfiture._ Avoir déposé son bilan.

DÉCORS, s. m. pl. Cordons, tabliers, bijoux,--dans l'argot des
francs-maçons.

DÉCOUDRE (En), v. n. Se battre en duel ou à coups de poing,--dans l'argot
du peuple et des troupiers.

DÉCOUVRIR LA PEAU DE QUELQU'UN, v. a. Lui faire dire ce qu'il aurait
voulu cacher,--dans l'argot du peuple.

DÉCRASSER UN HOMME, v. a. Lui enlever sa timidité, sa pudeur, sa dignité,
sa conscience,--dans l'argot des faubouriens, qui ont des idées
particulières sur la propreté.

Pour les filles, _Décrasser un homme_, c'est le ruiner, et pour les
voleurs, c'est le voler,--c'est-à-dire exactement la même chose.

DÉCROCHER, v. a. Dégager un objet du mont-de-piété,--dans l'argot des
ouvriers.

DÉCROCHER, v. a. Tuer d'un coup de fusil,--dans l'argot des troupiers.

Ils disent aussi _Descendre_.

DÉCROCHER SES TABLEAUX, v. a. Opérer des fouilles dans ses propres
narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s'y trouver.
Argot des rapins.

DÉCROCHER UN ENFANT, v. a. Faire avorter une femme,--dans l'argot du
peuple.

_Se faire décrocher._ Employer des médicaments abortifs.

DÉCROCHEZ-MOI ÇA, s. m. Chapeau de femme,--dans l'argot des revendeuses
du Temple.

DÉCROCHEZ-MOI ÇA, s. m. Boutique de fripier,--dans l'argot du peuple.

_Acheter une chose au décrochez-moi ça._ L'acheter d'occasion, au Temple
ou chez les revendeurs.

DÉCROTTER UN GIGOT, v. a. N'en rien laisser que l'os,--dans l'argot des
ouvriers, qui ont bon appétit une fois à table.

DÉDURAILLER, v. a. Oter les fers d'un forçat ou les liens d'un
prisonnier.

DÉFARDEUR, s. m. Voleur,--dans l'argot des voyous.

On dit aussi _Doubleur_.

DÉFARGUER, v. n. Pâlir,--dans l'argot des voleurs, pour qui _farguer_
c'est rougir.

DÉFARGUEUR, s. m. Témoin à décharge, assez maître de lui pour mentir sans
_rougir_.

DÉFENDRE SA QUEUE, v. a. se défendre quand on est attaqué,--dans l'argot
du peuple, qui prend l'homme pour un chien.

DÉFIGER, v. a. Réchauffer,--dans le même argot.

DÉFILER LA PARADE, v. n. Mourir,--dans l'argot des troupiers, qui blessés
en pleine poitrine par un éclat d'obus, trouvent encore le temps de faire
le salut militaire à leur chef comme pour lui dire: _Ave, Cæsar, morituri
te salutant_.

DÉFLEURIR LA PICOURE, v. a. Voler le linge étendu dans les prés ou sur
les haies. Argot des prisons.

DÉFOURAILLER, v. n. Courir,--dans l'argot des voyous.

DÉFRIMOUSSER, v. a. Défigurer quelqu'un,--dans le même argot.

DÉFRISER, v. a. Désappointer, contrarier quelqu'un,--dans l'argot du
peuple.

DÉFRUSQUER, v. a. Dépouiller quelqu'un de ses vêtements,--dans l'argot
des faubouriens.

On dit aussi _Défrusquiner_.

_Se défrusquer._ Se déshabiller.

DÉGAINE, s. f. Allures du corps, fourreau de l'âme.--dans l'argot du
peuple, qui n'emploie ordinairement ce mot qu'en mauvaise part.

_Avoir une belle dégaine._ Se dit ironiquement des gens qui n'ont pas de
tenue, ou des choses qui sont mal faites.

DÉGAUCHIR, v. n. Voler.

DÉGELÉE, s. f.--Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens.

DÉGELER, v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion,--dans le même
argot.

Signifie aussi: Mourir.

DÉGINGANDÉ, adj. s. Qui a mauvaise grâce, au propre et au figuré,--dans
l'argot du peuple.

DÉGINGANDER (Se), v. réfl. Se donner des allures excentriques et de
mauvais goût.

DÉGOBILLADE, s. f. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.

DÉGOBILLER, v. a. et n. Avoir une indigestion.

DÉGOMMADE, s. f. Vieillesse, décrépitude naturelle ou précoce,--dans
l'argot du peuple.

DÉGOMMER, v. a. Destituer, casser d'un grade,--dans l'argot des
troupiers.

_Se dégommer._ S'entre-tuer.

DÉGOMMER (Se), v. réfl. Vieillir, perdre de ses cheveux, de son élégance,
de sa fraîcheur,--au propre et au figuré.

DÉGOTTAGE, s. m. Action de surpasser quelqu'un en force ou en talent, en
esprit ou en beauté. Argot des faubouriens.

Signifie aussi: Recherche couronnée de succès.

DÉGOTTER, v. a. Surpasser, faire mieux ou pis; étonner, par sa force ou
par son esprit, des gens malingres ou niais.

Signifie aussi: Trouver ce que l'on cherche.

DÉGOULINER, v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de
la _bouche_,--dans l'argot du peuple.

DÉGOURDIR, v. a. Emanciper l'esprit ou les sens de quelqu'un,--dans le
même argot.

_Se dégourdir._ Se débourrer, se débarrasser de ses allures gauches, de
la timidité naturelle à la jeunesse.

Signifie aussi: S'amuser.

DÉGOUTÉ (N'être pas). Prendre le meilleur morceau, choisir la plus jolie
femme,--dans le même argot.

DÉGRAISSER (Se). Maigrir,--dans l'argot du peuple.

DÉGRAISSER UN HOMME, v. a. Le ruiner,--dans l'argot des petites dames,
qui trouvent alors qu'_il n'y a pas gras_ dans ses poches.

DÉGRINGOLADE, s. f. Ruine, débâcle de fortune,--dans l'argot des
bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d'aujourd'hui.

DÉGROSSIR, v. a. Découper des viandes,--dans l'argot des francs-maçons.

DÉGUEULAS, adj. Dégoûtant,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela
à propos des gens et des choses.

DÉGUEULER, v. a. et n. Avoir une indigestion,--dans l'argot du peuple.

DÉGUEULIS, s. m. Résultat d'une indigestion.

DÉGUI, s. m. Déguisement--dans l'argot des voleurs.

DÉGUISER EN CERF (Se), v. réfl. Se retirer avec plus ou moins
d'empressement,--dans l'argot des faubouriens.

DÉJETÉ, adj. Individu mal fait, laid, maigre, dégingandé,--dans l'argot
des ouvriers.

_N'être pas trop déjeté._ Être bien conservé.

DÉJEUNER DE PERROQUET, s. m. Biscuit trempé dans du vin, qui permet
d'attendre un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.

DE LA BOURRACHE! Exclamation de l'argot des faubouriens, dont il n'est
pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés
sudorifiques de la _borrago officinalis_.

C'est une expression elliptique très raffinée: _Ah! de la bourrache!_
c'est-à-dire: «Tu me fais suer!»

DÉLICAT ET BLOND, adj. Se dit ironiquement d'un gandin, d'un homme
douillet, quelles que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de
son corps. L'expression date d'un siècle.

DÉLICOQUENTIEUSEMENT, adv. Merveilleusement,--dans l'argot des coulisses.

DÉLIGE, s. f. _Diligence_,--dans l'argot des voyous, qui ne parlent pas
toujours _diligentissimè_.

DÉMANCHER (Se). Se remuer beaucoup, se donner beaucoup de mal, souvent
inutilement. Argot du peuple.

DÉMANTIBULER, v. a. Briser, disjoindre. Même argot.

C'est _démandibuler_ qu'il faudrait dire; la première application de ce
verbe a dû être élite à propos de la _mâchoire_, qui se désarticule
facilement.

_Se démantibuler._ Se séparer, se briser,--au propre et au figuré.

DÉMAQUILLER, v. a. Défaire une chose faite ou convenue,--dans l'argot des
voleurs.

DÉMARGER, v. a. S'en aller, disparaître, s'enfuir,--dans le même argot.

On disait autrefois _Démurger_.

DÉMARRER, v. n. S'en aller; quitter une place pour une autre,--dans
l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.

DÉMÉNAGER, v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid,--dans le
même argot.

Signifie aussi: Être vieux, être sur le point de partir pour l'autre
monde.

DÉMÉNAGER A LA FICELLE, v. n. A l'insu du propriétaire, la nuit, avec ou
sans cordes, par la fenêtre ou par la porte,--dans l'argot des bohèmes,
pour qui le dieu Terme est le diable.

On dit aussi _Déménager à la cloche de bois_.

DÉMÉNAGER AVANT LE TERME, Faire un _Lapsus linguæ_, «mettre la charrue
devant les bœufs». Argot du peuple.

DÉMÉNAGER PAR LA CHEMINÉE, v. n. Brûler ses meubles lorsqu'on a reçu
congé,--dans le même argot.

DEMI-AUNE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens.

_Tendre la demi-aune._--Mendier.

DEMI-CACHEMIRE, s. m. Fille ou femme qui est encore dans les limbes de la
richesse et de la galanterie, et qui attend quelque protection secourable
pour briller au premier rang des drôlesses.

Au XVIIIe siècle, en appelait ça _Demi-castor_. Les mots changent, mais
les vices restent.

DEMI-MONDAINE, sub. fém. Femme du demi-monde,--dans l'argot des gens de
lettres.

DEMI-MONDE, s. m. Sphère galante de la société parisienne, dans l'argot
de M. Alexandre Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.

DEMI-VERTU, s. f. Demoiselle qui est devenue dame de son propre chef,
sans passer par l'église ni par la mairie: la chrysalide d'une _fille_.

DÉMOC, s. m. Apocope de _Démocrate_,--dans l'argot du peuple.

_Démoc-soc._ Démocrate-socialiste.

DEMOISELLE DU PONT-NEUF, s. f. Femme banale dans le cœur de laquelle
tout le Paris galant a le droit de circuler.

DÉMOLIR, v. a. Critiquer âprement et injustement,--dans l'argot des gens
de lettres, qui oublient trop qu'il faut quelquefois dix ans pour bâtir
un livre.

DÉMOLIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens, qui oublient trop
qu'il faut vingt ans pour construire un homme.

DÉMONÉTISER, v. a. Attaquer la réputation de quelqu'un et le
ruiner,--dans l'argot du peuple.

_Se démonétiser._ Se discréditer, s'amoindrir, se ruiner moralement.

DÉMORGANER, v. n. Se ranger à un avis, se rendre à une observation,--dans
l'argot des voleurs.

DÉNICHEUR DE FAUVETTES, s. m. Coureur de filles,--dans l'argot du peuple.

DENT (Avoir de la). Être encore beau cavalier ou jolie femme,--dans
l'argot de Breda-Street.

Les petites dames de ce pays cythéréen qui veulent donner à rêver aux
hommes disent aussi: _Seize ans, toutes ses dents et pas de corset_.

_Mal de dents._ Mal d'amour.

_N'avoir plus mal aux dents._ Être mort.

DÉPARLER, v. n. Cesser de parler,--dans l'argot du peuple.

_Ne pas déparler._ Bavarder fort et longtemps.

DÉPARLER, v. n. Ne pas savoir ce que l'on dit, parler d'une chose que
l'on ne connaît pas. Argot des faubouriens.

DÉPARTEMENT DU BAS-REIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on
s'assied, et qui depuis des siècles a le privilège de servir d'aliment à
ce qu'on est convenu d'appeler «la vieille gaieté gauloise».

L'expression appartient à l'argot des ouvriers, loustics de leur nature.

DÉPENDEUR D'ANDOUILLES, s. m. Homme d'une taille exagérée,--dans l'argot
du peuple.

DÉPENSER SA SALIVE, v. a. Parler,--dans le même argot.

On dit aussi _Perdre sa salive_, dans le sens de: Parler inutilement.

DÉPIAUTER, v. a. Enlever la _peau_, l'écorce,--dans le même argot.

_Se dépiauter._ S'écorcher.

Signifie aussi Se déshabiller.

DÉPLANQUER, v. a. Retirer des objets d'une cachette ou du _plan_,--dans
l'argot des voleurs.

DÉPLUMÉ, s. m. et a. Homme chauve,--dans l'argot des faubouriens.

DÉPLUMER (Se), v. réfl. Perdre ses cheveux.

DÉPONER, v. n. _Levare ventris onus_,--dans l'argot du peuple, pour qui
le derrière est le _ponant_ du corps.

DÉPOSER UNE PÊCHE, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des
ouvriers.

Ils disent aussi _Déposer un kilo_.

DÉPOTOIR, s. m. Confessionnal,--dans l'argot des voleurs, qui ont de
rares occasions d'y décharger leur conscience, pourtant bien remplie
d'impuretés.

DÉPOTOIR, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot des
faubouriens.

Signifie aussi Coffre-fort.

DÉPOTOIR, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous.

DÉPUCELEUR DE NOURRICES, s. m. Fat ridicule, cousin germain de l'amoureux
des onze mille vierges,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les
Gascons.

DE QUOI, s. m. Fortune, aisance,--dans le même argot.

_Avoir de quoi._ Être assuré contre la soif, la faim et les autres fléaux
qui sont le lot ordinaire des pauvres gens.

On dit aussi _Avoir du de quoi_.

DER, s. m. Apocope de _dernier_,--dans l'argot des écoliers.

DÉRALINGUER, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins d'eau salée et d'eau
douce.

DÉROYALISER, v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme
monarchique et la remplacer par la forme républicaine.

L'expression date de la première Révolution et a pour père le
conventionnel Peysard.

DÉSATILLER, v. a. Châtrer,--dans l'argot des voleurs.

DESCENDRE, v. a. Tuer, abattre d'un coup de fusil,--dans l'argot des
soldats et des chasseurs.

DESCENDRE LA GARDE, v. n. Mourir,--dans l'argot du peuple.

DESCENTE DE LIT, s. f. Lion que l'esclavage a abruti et qui se laisse
donner des coups de cravache par son dompteur sans protester par des
coups de griffes.

DÉSENBONNETDECOTONNER, v. a. Débourgeoiser, donner de l'élégance à
quelqu'un ou à quelque chose.

Le mot est de Balzac.

DÉSENFLAQUER (Se). Se désem...nuyer,--dans l'argot des faubouriens.

DÉSENFLAQUER (Se). Se tirer de peine, et aussi de prison,--dans l'argot
des voleurs.

DÉSENFRUSQUINER (Se). Se déshabiller,--dans l'argot des faubouriens.

DÉSENTIFLAGE, s. m. Rupture, divorce,--dans l'argot des voleurs.

DÉSENTIFLER (Se), v. réfl. Se quitter, divorcer.

DESGRIEUX, s. m. Chevalier d'industrie et souteneur de _Manons_,--dans
l'argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à
l'abbé Prévost d'avoir poétisé le vice et le vol.

DÉSHABILLER, v. a. Donner des coups, battre quelqu'un à lui en déchirer
ses vêtements,--dans l'argot des faubouriens.

DÉSOSSÉ, adj. et s. Homme extrêmement maigre,--dans l'argot du peuple.

DESSALÉE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans le même argot.

Cette expression, qui a plus d'un siècle, signifie aussi femme rusée,
_roublarde_.

DESSALER (Se), v. Boire le vin blanc du matin,--dans l'argot des
faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.

DESTRIER, s. m. Cheval.--dans l'argot des académiciens, qui ont horreur
du mot propre.

Ils disent aussi _Palefroi_,--dans les grandes circonstances.

DÉTACHER, v. a. Donner,--dans l'argot du peuple.

_Détacher un soufflet._ Souffleter quelqu'un.

_Détacher un coup de pied._ Donner un coup de pied.

DÉTACHER LE BOUCHON, v. a. Couper la bourse ou la chaîne de montre,--dans
l'argot des voleurs.

DÉTAFFER, v. a. Aguerrir quelqu'un, l'assurer contre le _taf_,--dans
l'argot des voyous.

DÉTAIL, s. m. Chose grave que l'on traite en riant,--dans l'argot du
peuple.

_C'est un détail!_ signifie: Cela n'est rien!--même lorsque c'est quelque
chose d'important, d'excessivement important, fortune perdue ou coups
reçus.

DÉTALER, v. n. S'enfuir, s'en aller sans bruit,--dans le même argot.

DÉTAROQUER, v. a. Démarquer du linge,--dans l'argot des voleurs, qui ont
bien le droit de faire ce que certains vaudevillistes font de certaines
pièces.

DÉTELER, v. n. Renoncer aux jeux de l'amour et du hasard,--dans l'argot
des bourgeois, qui connaissent le _Solve senescentem_ d'Horace, mais qui
ont de la peine à y obéir.

On dit aussi _Enrayer_.

DÉTOCE ou DÉTOSSE, s. f. Détresse, guignon,--dans l'argot des prisons.

DÉTOURNE (Vol à la), s. m. Vol dans l'intérieur des magasins ou à la
devanture des boutiques.

On dit aussi _Grinchissage à la détourne_.

DÉTOURNEUR, EUSE, s. Individu qui pratique le grinchissage à la détourne.

DEUX COCOTTES (Les). Le numéro 22,--dans l'argot des joueurs de loto.

DEUX D'AMOUR, s. m. Le numéro 2,--dans le même argot.

DEUX SOEURS, s. f. pl. Les _nates_ de Martial,--dans l'argot des
faubouriens.

DEUX SOUS DU GARÇON, s. m. pl. Le pourboire que chaque consommateur est
_forcé_--sous peine d'être «mal servi»--de donner aux garçons de café,
qui s'achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt
direct.

DEVANT DE GILET, s. m. Gorge de femme,--dans l'argot des faubouriens.

DÉVEINE, s. f. Malheur constant dans une série d'opérations constantes.

_Être en déveine._ Perdre constamment au jeu.

DÉVERGONDÉE, s. f. Fille ou femme qui a toute _vergogne_ bue,--dans
l'argot des bourgeoises, qui quelquefois donnent ce nom à une pauvre
fille dont le seul crime est de n'avoir qu'un amant.

DÉVIDAGE, s. m. Long discours, bavardage interminable,--dans l'argot des
voleurs.

_Dévidage à l'estorgue._ Accusation.

DÉVIDER, v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder.

_Dévider à l'estorgue._ Mentir.

_Dévider le jar._ Parler argot.

On dit aussi _Entraver le jar_.

DÉVIDEUR, s. m. Bavard.

DÉVIERGER, v. a. Séduire une jeune fille et la rendre mère,--dans l'argot
du peuple.

DÉVISAGER, v. a. Egratigner le visage, le meurtrir de coups,--dans le
même argot.

Signifie aussi: Regarder quelqu'un avec attention.

DÉVISSER SON BILLARD, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

DÉVISSEUR, s. m. adj. Médisant, _débineur_,--dans l'argot des gens de
lettres et des faubouriens.

DEVOIR UNE DETTE, v. a. Avoir promis un rendez-vous d'amour,--dans
l'argot des filles, qui sont brouillées avec la grammaire comme avec la
vertu, et qui redoutent moins un pléonasme qu'un agent de police.

DÉVORANT, s. m. Compagnon du Tour de France,--dans l'argot des ouvriers.

DIABLE, s. m. Agent provocateur,--dans l'argot des voleurs, qui sont
tentés devant lui du péché de colère.

DIABLE, s. m. L'attelabe,--dans l'argot des enfants, qui ont été frappés
de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

DIABLE (A la), adv. Avec précipitation, sans soin, sans précaution,--dans
l'argot du peuple.

DIABLE AU VERT (Au). Très loin,--dans le même argot.

Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression
populaire vienne du château de _Vauvert_, sur l'emplacement duquel fut
jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même depuis longtemps remplacé
par le bal de la Grande chartreuse ou Bal Bullier: je le veux bien,
n'ayant pas assez d'autorité pour vouloir le contraire, pour prétendre
surtout être seul de mon avis contre tant de monde. Cependant je dois
dire d'abord que je ne comprends guère comment les Parisiens du XIVEe
siècle pouvaient trouver si grande la distance qu'il y avait alors comme
aujourd'hui entre la Seine et le carrefour de l'Observatoire; ensuite,
j'ai entendu souvent, en province, des gens qui n'étaient jamais venus à
Paris, employer cette expression, que l'on dit exclusivement parisienne.

DIABLE BAT SA FEMME ET MARIE SA FILLE (Le). Il pleut et fait soleil tout
à la fois,--même argot.

DIABLE EN PRENDRAIT LES ARMES! (Le) Expression de l'argot du peuple, qui
l'emploie pour renforcer une menace, pour donner plus de poids à un
ultimatum.

Se dit aussi à propos d'un grand vacarme «où l'on n'entendrait pas Dieu
tonner». Quand on n'entend pas Dieu tonner, c'est qu'en effet le «diable
en a pris les armes».

DIAMANT, s. m. Voix de la plus belle eau,--dans l'argot des coulisses.

DICTIONNAIRE VERDIER, s. m. Lexique fantastique,--dans l'argot des
typographes, qui y font allusion chaque fois qu'un de leurs compagnons
parle mal ou orthographie défectueusement.

DIEU BAT SES MATELAS. Se dit,--dans l'argot du peuple, lorsqu'il tombe de
la neige.

DIEU TERME (Le). Les 8 janvier, 8 avril, 8 juillet et 8 octobre de chaque
année,--dans l'argot des bohèmes.

DIGUE-DIGUE, s. f. Attaque d'épilepsie,--dans l'argot des voyous.

DIJONNIER, s. m. Moutardier,--dans l'argot des faubouriens.

DILIGENCE DE ROME, s. f. La langue,--dans l'argot du peuple, qui sait
qu'on va partout quand on sait demander son chemin.

DIMANCHE, adv. Jamais,--dans le même argot.

On dit aussi _Dimanche après la grand'messe_.

DIMANCHE, s. m. Endroit d'un navire ou d'une maison qu'on a oublié de
nettoyer,--dans l'argot des marins.

DIMASINE, s. f. Chemisette,--dans l'argot des voleurs.

DINDE, s. f. Femme sotte, maladroite, sans aucun des charmants défauts de
son sexe,--dans l'argot du peuple, qui a, du reste, l'honneur de se
rencontrer avec Shakespeare: _Goose_ (oie), dit celui-ci en deux ou trois
endroits de ses comédies.

DINDON, s. m. Imbécile, dupe.

_Être le dindon de la farce._ Être la victime choisie, payer pour les
autres.

DINDONNER, v. a. Tromper, duper.

DINDORNIER, s. m. Infirmier,--dans l'argot des voleurs.

DÎNER EN VILLE, v. n. Manger un petit pain en marchant à travers les
rues,--dans l'argot parfois navrant des bohèmes.

DÎNER PAR COEUR, v. n. Ne pas dîner du tout,--dans l'argot du peuple.

DINGUER, v. n. N'être pas d'aplomb,--dans l'argot des coulisses,--où l'on
emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.

DINGUER, v. n. Flâner, se promener,--dans l'argot des faubouriens.

_Envoyer quelqu'un dinguer._ Le congédier brusquement, s'en débarrasser
en le mettant à la porte.

DIRE, v. n. Plaire, agréer, convenir,--dans l'argot du peuple.

_Cela ne me dit pas._ Je n'ai pas d'appétit, de goût pour cela.

DIRE LA SIENNE, v. a. Raconter son histoire ou chanter sa romance après
que les autres ont chanté ou raconté. Même argot.

DISCUSSION AVEC LES PAVÉS (Avoir une). Tomber sur les pavés et s'y
égratigner le visage, soit en état d'ivresse, soit par accident,--dans
l'argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque tous les
lundis, en revenant de la barrière.

DIX-HUIT, s. m. Soulier ressemelé, c'est-à-dire deux fois neuf (9),--dans
l'argot calembourique du peuple.

DOCTES PUCELLES (Les). Les neuf Muses,--dans l'argot des Académiciens,
qui devraient pourtant se rappeler le

    _... casta quam nemo rogavit_

de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques, tout le
monde y gagnerait,--et surtout la littérature française.

DODO, s. m. Lit,--dans l'argot des enfants et des filles.

_Faire dodo._ Dormir.

DOG-CART, s. m. Sorte de voiture de maître, d'invention anglaise, et
maintenant à la mode française. Argot des gandins et des carrossiers.

DOMINO-CULOTTE, s. m. Le domino restant dans la main du joueur.

DOMINOS, s. m. pl. Les dents,--dans l'argot du peuple, qui emploie là,
s'en sans douter, une expression du _slang_ anglais.

_Avoir le jeu complet._ Avoir toutes ses dents.

_Jouer des dominos._ Manger.

DONDON, s. f. Femme chargée d'embonpoint; servante de cabaret,--dans le
même argot.

DONDON, s. f. Maîtresse,--dans l'argot dédaigneux des bourgeoises.

DONNER, v. a. Dénoncer,--dans l'argot des voleurs.

_Être donné._ Être dénoncé.

DONNER (S'en), v. réfl. Prendre d'un plaisir avec excès,--dans l'argot du
peuple.

DONNER (Se la), v. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot elliptique des
faubouriens.

DONNER A LA BOURBONNAISE (La). Regarder quelqu'un d'un mauvais
œil,--dans l'argot des voleurs.

DONNER CINQ ET QUATRE, v. a. Donner deux soufflets, l'un de la paume de
la main, où les cinq doigts assemblés frappent ensemble; l'autre du
revers de la main, le pouce demeurant alors sans action. Argot du peuple.

On dit aussi _Donner dix-huit_.

DONNER DANS L'OEIL, v. n. Plaire,--dans l'argot des petites dames, qui
l'emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont elles ont
envie.

Les faubouriens disent: _Taper dans l'œil_. C'est plus expressif,--parce
que c'est plus brutal.

Molière a employé _Donner dans la vue_ avec la même signification. J'ai
trouvé dans _le Tempérament_, tragédie-parade de 1755: _Il m'a donné dans
l'œil_, employé dans le même sens.

DONNER DE COUPS DE PIED (Ne pas se). Faire son propre éloge, se dire des
choses aimables, s'avantager dans un récit. Argot du peuple.

DONNER DE LA GROSSE CAISSE. Faire des réclames à un livre ou à un
médicament,--dans l'argot des journaux.

DONNER DE L'AIR (Se), v. réfl. S'en aller de quelque part, non parce
qu'on y étouffe, mais parce qu'on s'y ennuie, ou parce qu'il est l'heure
de se retirer.

DONNER DE LA SALADE. Battre, secouer quelqu'un,--dans l'argot des
faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une
corruption de _Donner la salle_, c'est-à-dire fouetter un écolier en
public.

Ils disent aussi _Donner une chicorée_.

DONNER DU BALAI. Chasser quelqu'un, remercier un employé, congédier un
domestique,--dans l'argot des bourgeois.

DONNER DU BON TEMPS (Se). Se divertir, «cueillir le jour» et la
nuit,--dans le même argot.

DONNER DU CAMBOUIS. Se moquer de quelqu'un, lui jouer un tour, le
duper,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis trois
cents ans: «Ah! très orde vieille truande! vous me baillez du cambouys!»
s'écrie le Diable dans la _Farce du meunier_.

DONNER DU FIL A RETORDRE. Embarrasser quelqu'un, lui rendre une affaire
épineuse, une question difficile à résoudre.

DONNER DU VENT. _Brimer_,--dans l'argot des Saint-Cyriens.

DONNER DU VINAIGRE. Tourner très vite,--dans l'argot des enfants,
lorsqu'ils jouent à la corde.

DONNER LA MIGRAINE A UNE TÊTE DE BOIS, v. a. Être excessivement
ennuyeux,--dans l'argot des gens de lettres.

L'expression appartient à Hippolyte Babou.

DONNER SON BOUT, v. a. Congédier un ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.

On dit aussi _donner son bout de ficelle_.

DONNER UN COUP DE PIED JUSQUE... Aller jusqu'à tel endroit désigné,--dans
l'argot du peuple.

DONNER UN COUP DE POING DONT ON NE VOIT QUE LA FUMÉE, v. a. L'appliquer
sur le visage avec une grande violence,--même argot.

J'ai entendu la phrase, et j'ai frémi pour celui à qui elle s'adressait:
«Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu n'en verras que la
fumée!» disait un robuste Auvergnat à un ouvrier d'apparence médiocre.

DONNER UN PONT A FAUCHER, v. a. Tendre un piège,--dans l'argot des
voleurs.

DONNER UN REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, v. a. Révéler un nouveau méfait à la
charge d'un accusé,--dans le même argot.

DONNEUR D'AFFAIRES, s. m. Celui qui indique les vols à faire.

DONNEZ-LA! Méfiez-vous,--dans le même argot.

DONT AUQUEL, adj. A qui rien n'est comparable,--dans l'argot du peuple.

Il y a plus d'un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.

DONZELLE, s. f. Fille qui préfère la compagnie des hommes à celle des
femmes,--dans le même argot.

Signifie aussi Maîtresse.

Comme les mots déchoient! La _donzelle_ du Moyen Age était la demoiselle
de la maison,--_dominicella_, ou _domina_; la _donzelle_ du XIXe siècle
est une demoiselle de maison.

DOR, s. m. Or, du dor,--dans l'argot des enfants.

DORANCHER, v. a. Dorer,--dans l'argot des voleurs.

DORMIR EN CHIEN DE FUSIL, v. n. C'est,--dans l'argot du peuple,--prendre
en dormant une posture qui donne au corps la forme d'une S ou du morceau
de fer qu'on abat sur le bassinet de certaines armes à feu lorsqu'on veut
tirer.

DORSAY, s. m. Petite jaquette élégante,--dans l'argot des tailleurs et
des gandins.

DORT-DANS-L'AUGE, s. m. Paresseux, homme qui s'endort sur la
besogne,--dans l'argot du peuple.

DORT-EN-CHIANT, s. m. Homme mou, paresseux, lambin.

DOS D'AZUR, s. m. Souteneur de filles.

(V. _Dauphin_.)

On dit aussi _Dos vert_.

DOSSIÈRE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs, qui n'ont
certainement pas voulu dire, comme le prétend un étymologiste, «femme sur
laquelle tout le monde peut s'asseoir». Quelle étymologie alors? Ah!
voilà! _Difficile dictu._ Une dossière, c'est une femme qui joue souvent
le rôle de supin.

DOSSIÈRE DE SATTE, s. f. Chaise, fauteuil,--dans le même argot.

DOUBLAGE, s. m. Vol,--dans l'argot des voyous, qui appellent les voleurs
_Doubleurs_, probablement parce qu'ils témoignent une grande _duplicité_.

DOUBLE, s. m. Sergent-major,--dans l'argot des soldats, qui l'appellent
ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.

DOUBLER, v. a. Voler.

DOUBLER UN CAP, v. a. Passer heureusement une échéance, un 1er ou un
15, sans avoir un billet protesté,--dans l'argot des commerçants, qui
connaissent les écueils de la Fortune.

Henry Murger, dans sa _Vie de Bohème_, appelle ce 1er et ce 15 de
chaque mois le _Cap des Tempêtes_, à cause des créanciers qui font rage à
ce moment-là pour être payés.

DOUBLE SIX, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.

DOUBLE SIX, s. m. Les deux dents au milieu de la mâchoire supérieure.
Argot des faubouriens.

DOUBLEUR, s. m. Voleur.

_Doubleur de sorgue._ Voleur de nuit.

DOUBLURE, s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, de _doubler_ son
chef d'emploi malade ou absent. Argot des coulisses.

DOUBLURE DE LA PIÈCE, s. f. «Ce qu'il y a sous le corsage d'une robe de
femme»,--dans l'argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont
parfois de la famille de Tartufe.

DOUCE, s. f. Étoffe de soie ou de satin,--dans l'argot des voleurs.

DOUCE, s. f. Fièvre,--dans le même argot.

DOUCE (A la), adv. Doucement,--dans l'argot du peuple.

On dit quelquefois: _A la douce, comme les marchands de cerises_.

DOUCETTE, s. f. Lime,--dans l'argot des voleurs.

DOUCEURS, s. f. pl. Choses de diverse nature qu'on porte aux malades ou
aux prisonniers,--aux uns des oranges, aux autres du tabac.

DOUILLARD, s. m. Homme riche, fourni de _douille_.

Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.

DOUILLE, s. f. Argent, monnaie,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

DOUILLES, s. f. pl. Cheveux,--dans le même argot.

_Douilles savonnées._ Cheveux blancs.

DOUILLET, s. m. Crin, crinière.

DOUILLURE, s. f. Chevelure.

DOUSSIN, s. m. Plomb,--dans l'argot des voleurs.

DOUX, s. m. Crème de menthe, anisette, vespétro, etc.,--dans l'argot des
bourgeoises.

DOUX LARCIN, s. m. Baiser,--dans l'argot des académiciens, qui traitent
l'Amour d'«aimable voleur de cœurs».

DRAGÉE, s. f. Balle,--dans l'argot des troupiers.

_Recevoir une dragée._ Être atteint d'une balle.

On dit aussi _Gober la dragée_.

DRAGUE, s. f. Attirail d'escamoteur, tréteaux de charlatan,--dans l'argot
des faubouriens, qui savent avec quelle facilité les badauds se laissent
_nettoyer_ les poches.

DRAGUEUR, s. m. Charlatan, escamoteur, saltimbanque.

DRAPEAU, s. m. Serviette,--dans l'argot des francs-maçons.

_Grand drapeau._ Nappe.

DRAPEAUX, s. m. pl. Couches, langes de nouveau-né,--dans l'argot du
peuple, qui emploie ce mot depuis quelques siècles.

DRINGUE, s. f. _Ventris fluxus_,--dans l'argot des faubouriens.

DROGUE, s. f. Chose de mauvaise qualité, étoffe inférieure,
_camelote_,--dans l'argot des bourgeois, qui se rappellent le _droguet_
de leurs pères.

DROGUE, s. f. Femme acariâtre, et, de plus, laide,--dans l'argot du
peuple, qui a de la peine à _avaler_ ces créatures-là.

Se dit aussi d'un Homme difficile à vivre.

DROGUE, s. f. Jeu de cartes,--dans l'argot des troupiers, qui condamnent
le perdant à porter sur le nez un petit morceau de bois fendu.

_Faire une drogue._ Jouer cette partie de cartes.

DROGUER, v. n. Attendre, faire le pied de grue,--dans l'argot du peuple.

DROGUER, v. n. Demander,--dans l'argot des voleurs, qui savent qu'on
_attend_ toujours, et quelquefois longtemps, une réponse.

DROGUERIE, s. f. Demande.

DROGUEUR DE LA HAUTE, s. m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec
des histoires.

DRÔLE (Pas ou Peu), adj. Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie à
propos de tout et de rien, d'un événement qui l'afflige ou d'une histoire
qui l'ennuie, d'une bretelle qui se rompt ou d'une tuile qui tombe sur la
tête d'un passant, etc., etc.

DRÔLESSE, s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre
Cythère,--dans l'argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver
drôles quand elles ne sont que dévergondées.

DRÔLESSE, s. f. Maîtresse, concubine,--dans l'implacable argot des
bourgeoises, jalouses de l'empire que ces créatures prennent sur leurs
maris, avec leur fortune.

DRÔLICHON, NE, adj. Amusant, _drôle_,--dans l'argot du peuple.

DUC DE GUICHE, s. m. _Guichetier_,--dans l'argot des faubouriens.

DULCINÉE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des bourgeois, qui cependant se
garderaient bien de se battre pour la leur, même contre des moulins.

DUMANET, s. m. Soldat crédule à l'excès,--dans l'argot du peuple, qui a
conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise
d'Alger.

DUR, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Raide_.

DUR, s. m. Fer,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Durin_.

DUR A AVALER, adj. Se dit--dans l'argot du peuple--d'une histoire
invraisemblable à laquelle on se refuse à croire, ou d'un accident dont
on a de la peine à prendre son parti.

On dit aussi, dans le même sens: _Dur à digérer_.

DUR-A-CUIRE, s. m. Homme insensible à la douleur, physique ou morale.


DURAILLE, s. f. Pierre,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Dure_.

_Dure à briquenion._ Pierre à briquet.

Ils disent aussi _Dure à riffle_.

_Duraille sur mince._ Diamant sur papier.

DUR-A-LA-DÉTENTE, adj. et s. Homme avare, qui ne lâche pas volontiers les
ressorts de la bienfaisance ou du crédit,--dans l'argot du peuple, pour
qui ces sortes de gens sont de «singuliers pistolets».

On dit aussi _Dur à la desserre_.

DURE, s. f. La terre,--dans l'argot des voleurs et du peuple.

_Coucher sur la dure._ Coucher à la belle étoile.

DURÊME, s. m. Fromage blanc,--dans l'argot des voleurs.

DURILLON, s. m. Gibbosité humaine,--dans l'argot des faubouriens, que les
bossus feront toujours rire.

Ils disent aussi _Loupe_.

DURINER, v. a. Ferrer,--dans l'argot des voleurs.

DU VENT! DE LA MOUSSE! Phrase de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
fréquemment en réponse à quelque chose qui leur déplaît ou ne leur va
pas.

Ils disent aussi, soit: _De l'anis!_ soit: _Des navets!_ soit: _Des
nèfles!_ soit: _Du flan!_

Qu'on ne croie pas l'expression moderne, car elle a des chevrons: «Si on
la loue en toutes sortes de langues, elle n'aura que du vent en diverses
façons,» dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à
mademoiselle d'Arsy, fille d'honneur de la reine (1638).


  E


EAU BÉNITE DE CAVE, s. f. Vin,--dans l'argot du peuple, qui sait que tous
les cabaretiers font concurrence à saint Jean-Baptiste.

EAU DE BOUDIN, s. f. Chose illusoire.

_Tourner en eau de boudin._ Se dit d'une promesse qu'on ne tient pas,
d'un héritage qui échappe, d'un projet qui avorte.

Ne serait-ce pas plutôt _os de boudin_? Car enfin à la rigueur, on peut
trouver de l'_eau_ dans un boudin, tandis qu'on n'y trouvera jamais
d'_os_.

EAU-FORTIER, s. m. Graveur.

EAUX SONT BASSES (Les). N'avoir plus ou presque pas d'argent,--dans
l'argot des bourgeois.

ÉBASIR, v. a. Assassiner,--dans l'argot des prisons.

ÉBAUBI, adj. et s. Étonné, émerveillé,--dans l'argot du peuple.

ÉBERLUÉ, adj. Surpris, émerveillé, _aveuglé_ par l'étonnement.

ÉBOUFFER (S'), v. réfl. Rire aux éclats.

ÉCACHER, v. a. Écraser en aplatissant.

On disait et on écrivait autrefois _Esquacher_.

ÉCARBOUILLER, v. a. Écraser, aplatir, réduire en miettes, en
_escarbilles_, ou plutôt en _escarres_.

On dit aussi _Ecrabouiller_, et _Escrabouiller_.

ÉCARTER DU FUSIL, v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au
visage de son interlocuteur.

On disait autrefois _Écarter la dragée_.

ÉCHALAS, s. m. pl. Jambes, surtout quand elles sont maigres,--dans
l'argot des faubouriens.

_Avoir avalé un échalas._ Être d'une maigreur remarquable.

ÉCHAPPÉ D'HÉRODE, s. m. Homme innocent, c'est-à-dire niais,--dans l'argot
ironique du peuple.

ÉCHARPILLER, v. a. Briser une chose en mille morceaux.

_Se faire écharpiller._ Se faire accabler de coups.

ÉCHASSES, s. f. pl. Jambes fines, et même maigres. Argot du peuple.

ÉCHASSIER, s. m. Homme long et maigre.

ÉCHAUBOULURE, s. f. Petite élevure rouge qui vient sur la peau à la suite
d'une brûlure.

ÉCHAUDÉ (Être). Trompé par un marchand, volé par un restaurateur, carotté
par un neveu.

ÉCHAUDER, v. a. Surfaire un prix, exagérer le _quantum_ d'une note,--dans
l'argot des bourgeois, qui, depuis le temps qu'il y a des marchands et
des restaurateurs, doivent avoir l'eau froide en horreur.

ÉCHO! Bis,--dans l'argot des goguettiers, qui se plaisent à faire répéter
les couplets des autres, afin qu'on fasse bisser les leurs.

ÉCHOS, s. m. pl. Les bruits de ville et de théâtre,--dans l'argot des
petits journalistes.

ÉCHOTER, v. n. Rédiger des _échos_.

ÉCHOTIER, s. m. Faiseur ou collecteur d'échos.

ÉCLAIRER, v. n. Payer,--dans l'argot du peuple, qui sait, quand il le
faut, montrer pièce d'or _reluisante_ ou pièce d'argent toute battante
neuve.

ÉCLAIRER, v. n. Montrer qu'on a de l'argent pour parier, pour jouer ou
pour faire des galanteries,--dans l'argot de Breda-Street.

ÉCLIPSER (S'), v. réfl. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des bourgeois
frottés d'astronomie.

ÉCLOPÉ, s. et adj. Qui marche difficilement,--dans l'argot du peuple,
fidèle à la tradition.

    «Il n'i a borgne n'esclopé.»

dit le _Roman du renard_.

Se dit aussi pour Blessé.

ÉCLUSER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des ouvriers facétieux.

Ils disent aussi _Lâcher les écluses_.

ÉCONOMIE DE BOUTS DE CHANDELLE, s. f. Économie mal entendue, qu'il est
ridicule parce qu'inutile de faire. Argot des bourgeois.

ÉCOPER, v. n. Boire,--dans l'argot des typographes.

ÉCOPER, v. n. Recevoir des coups,--dans l'argot des gamins.

ÉCORCHE-CUL (A), loc. adv. En glissant, en se traînant sur le
derrière,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi A contre-cœur.

ÉCORCHER, v. a. Surfaire un prix, exagérer le _quantum_ d'une addition,
de façon à faire _crier_ les consommateurs et à les empêcher de revenir.

ÉCORNÉ, adj. et s. Voleur sur la sellette.

ÉCORNER, v. a. Médire de quelqu'un, attaquer sa réputation,--dans
l'argot du peuple.

ÉCORNER, v. a. Injurier, faire les _cornes_,--dans l'argot des voleurs.

ÉCORNER LES BOUCARDS, v. a. Forcer les boutiques,--dans le même argot.

ÉCOSSAIS, s. et adj. Hospitalier,--dans l'argot des gens de lettres, qui
ont conservé bon souvenir des montagnards de _la Dame blanche_.

_Hospitalité écossaise._ Hospitalité gratuite, désintéressée, aimable.

ÉCOSSEUR, s. m. Secrétaire, homme chargé d'ouvrir les dépêches,--dans
l'argot des employés.

ÉCOT, s. m. Part de chacun dans un repas. Argot du peuple.

_Être à son écot._ Payer ce qu'on consomme.

_Être à l'écot de quelqu'un._ Dîner à ses dépens.

ÉCOUTE S'IL PLEUT, s. m. Fadaise, conte à dormir debout,--dans le même
argot.

ÉCRACHE, s. m. Passeport,--dans l'argot des voleurs.

_Écrache-tarte._ Faux passeport.

ÉCRACHER, v. a. Exhiber son passeport. Même argot.

ÉCRASANT, adj. Etonnant, inouï, accablant,--dans l'argot des
littérateurs, qui emploient ce mot à propos des gens aussi bien qu'à
propos des choses.

ÉCRASER DES TOMATES, v. a. Avoir ses _menses_,--dans l'argot des petites
dames.

ÉCRASER UN GRAIN, v. a. Boire un canon de vin sur le comptoir du
cabaretier,--dans l'argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans
l'estomac.

ÉCREVISSE, s. f. Cardinal,--dans l'argot des voleurs, qui ont l'honneur
de se rencontrer avec Jules Janin, lequel a employé le même trope à
propos du Homard, «ce cardinal de la mer». Cardinaux sans doute, ces
crustacés décapodes,--mais seulement lorsqu'ils ont subi la douloureuse
épreuve du court-bouillon.

ÉCRIVASSER, v. n. Ecrire, faire des livres,--dans l'argot des gens de
lettres, qui n'emploient cette expression que péjorativement.

ÉCRIVASSIER, s. m. Mauvais écrivain. Le mot a été employé pour la
première fois en littérature, par Gilbert.

ÉCRIVEUR, EUSE, s. et adj. Qui se plaît à écrire, et, à cause de cela,
écrit à tort et à travers. Argot du peuple.

Madame de Sévigné, qui était une écriveuse d'esprit, a employé le mot
_écriveux_.

ECUELLE, s. f. Assiette,--dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.

    «Et doibt, por grace deservir,
    Devant le compaignon servir,
    Qui doibt mengier en s'escuelle.»

dit le _Roman de la Rose_.

ÉCUME DE TERRE, s. f. Etain,--dans l'argot des voleurs.

ÉCUMOIRE, s. f. Visage marqué de petite vérole,--dans l'argot des
faubouriens.

ÉCURER SON CHAUDRON, v. a. Aller à confesse,--dans l'argot du peuple,
pour qui c'est un moyen de nettoyer sa conscience de tout le vert-de-gris
qu'y ont déposé les passions mauvaises.

ÉDREDON DE TROIS PIEDS, s. m. Botte de paille.

EF, s. m. Apocope d'_effet_,--dans l'argot de Breda-Street.

_Faire de l'ef._ Briller; faire des embarras.

EFFACER, v. a. Boire ou manger,--dans l'argot des faubouriens.

_Effacer un morceau de fromage._

EFFAROUCHER, v. a. Voler,--dans l'argot des voleurs, qui sont si adroits
qu'en effet la chose qu'ils dérobent a l'air de s'enfuir, effarouchée, de
la poche du volé dans la leur.

EFFET, s. m. Impression produite sur le public par une pièce ou par un
acteur. Argot des coulisses.

Se dit en général de l'ouvrage ou du rôle, et, en particulier, d'un mot,
d'un geste, d'une intonation.

_Avoir un effet._ Avoir à dire un mot qui doit impressionner les
spectateurs, les faire rire ou pleurer.

_Couper un effet._ Distraire les spectateurs en parlant avant son tour,
détourner leur attention à son profit et au préjudice du camarade qui est
en train de jouer.

EFFETS DE BICEPS, s. m. pl. Vanité de boucher ou de débardeur,--dans
l'argot du peuple.

_Faire des effets de biceps._ Battre quelqu'un, uniquement pour lui
prouver qu'on est plus fort que lui.

EFFETS DE POCHE, s. m. pl. Étalage de pièces d'or et de billets de
banque.

_Faire des effets de poche._ Payer.

EFFONDRER, v. a. Enfoncer,--dans l'argot des voyous.

EFFONDRILLES, s. f. pl. Les scories du pot-au-feu,--dans l'argot des
ménagères.

ÉGAYER, v. n. Siffler,--dans l'argot des coulisses.

_Se faire égayer._ Se faire envoyer des trognons de pommes.

ÉGLISIER, s. m. Bigot, homme qui hante trop les _églises_. Argot des
faubouriens.

ÉGRAFFIGNER, v. a. Égratigner,--dans l'argot du peuple.

ÉGRUGEOIR, s. m. Chaire à prêcher,--dans l'argot des voleurs, par
allusion à sa forme et à celle du bonnet du prédicateur qui ressemble
assez à un pilon.

ÉGUEULER, v. a. Écorner un vase, l'ébrécher,--dans l'argot du peuple.

ÉGYPTIEN, s. m. Mauvais acteur,--dans l'argot des coulisses.

ELBEUF, s. m. Habit,--dans l'argot du peuple, qui emploie fréquemment la
métonymie.

ÉLIXIR DE HUSSARD, s. m. Eau-de-vie inférieure.

ÉLOQUENT (Être). Faire _sentir_ ses paroles,--dans l'argot facétieux des
bourgeois, qui croient seulement pour eux à la vertu de l'Eau de Botot.

ÉMANCIPER (S'), v. réfl. Se permettre des familiarités déplacées envers
les femmes,--dans l'argot des bourgeoises, à qui leur devoir impose
l'obligation de s'en fâcher.

EMBALLER, v. a. Arrêter,--dans l'argot des voleurs et des filles.

EMBALLER, v. n. Se dit,--dans l'argot des maquignons,--d'un cheval qui
prend le mors aux dents, sans se soucier des voyageurs qu'il traîne après
lui.

_S'emballer_, se dit dans le même sens d'un homme qui s'emporte.

EMBALLER (Se faire). Se faire mettre à Saint-Lazare,--dans l'argot des
filles.

EMBALLES, s. f. pl. Manières, _embarras_,--dans le même argot.

_Faire des emballes._ Faire des embarras.

EMBALLEUR, s. m. Agent de police.

EMBALUCHONNER, v. a. Empaqueter, faire un _baluchon_.

EMBARBOTTER (S'). S'embarrasser dans un discours, bredouiller.--Argot du
peuple.

On dit aussi _S'embarbouiller_.

EMBARDER, v. n. Tergiverser, digressionner,--dans l'argot des ouvriers
qui ont servi dans l'infanterie de marine, et se rappellent combien de
faux coups de barre donnés au gouvernail peuvent retarder le navire.

EMBARQUER SANS BISCUIT (S'), v. réfl. Oublier l'essentiel, ne prendre
aucune précaution,--dans l'argot des bourgeois, d'ordinaire prudents
comme Ulysse.

EMBARRAS, s. m. pl. Grands airs, manières arrogantes, dédaigneuses,--dans
l'argot du peuple.

_Faire ses embarras._ Éclabousser ses rivales du haut de son coupé,--dans
l'argot des petites dames.

EMBAUDER, v. a. Prendre de force,--dans l'argot des voleurs.

EMBÉGUINER (S'), v. réfl. S'éprendre d'amitié pour un homme ou d'amour
pour une femme,--dans l'argot du peuple.

EMBERLIFICOTER, v. a. Embarrasser, gêner, obséder, _entortiller_.

_S'emberlificoter._ Se troubler dans ses réponses, s'embarrasser dans un
discours, comme dans un piège.

EMBERLIFICOTEUR, s. m. Homme rusé, qui sait _entortiller_ son monde.

EMBERLUCOQUER (S'), v. réfl. S'enticher d'une chose ou de quelqu'un,
s'attacher à une opinion sans réfléchir, aveuglément, comme si on avait
la _berlue_.

L'expression se trouve dans Rabelais sous cette forme. Hauteroche a dit
_Embrelicoquer_, et Châteaubriand _Emberloquer_.

EMBÊTEMENT, s. m. Contrariété, ennui,--dans l'argot des bourgeois, qui ne
veulent pas employer le substantif poli des gens bien élevés et n'osent
pas employer le substantif énergique des faubouriens.

EMBÊTER, v. a. Obséder quelqu'un, le taquiner.

_S'embêter._ S'ennuyer.

_S'embêter comme une croûte de pain derrière une malle._ S'ennuyer
extrêmement.

EMBLÈME, s. m. Tromperie,--dans l'argot des voleurs.

EMBLÉMER, v. n. Tromper.

EMBLÈMES (Des)! Se dit,--dans l'argot des faubouriens,--pour se moquer de
quelqu'un qui se vante, qui ment, ou qui ennuie.

EMBOBINER, v. a. Circonvenir, enjôler,--dans l'argot du peuple.

On disait autrefois, et on dit quelquefois encore aujourd'hui,
_Embobeliner_.

EMBOUCHÉ (Bien ou mal), adj. Homme poli ou grossier,--dans l'argot des
bourgeois.

EMBRENER (S'). Se couvrir les doigts ou les vêtements d'ordures,--dans
l'argot du peuple.

Par extension, _S'engluer_.

EMBROCHER, v. a. Passer son épée ou sa baïonnette au travers du
corps,--dans l'argot des troupiers.

_Se faire embrocher._ Se faire tuer.

EMBROUILLAMINI, s. m. Confusion de choses ou de mots,--_embrouillement_.

Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et
se sont le plus corrompus en vieillissant. L'auteur du _Code
orthographique_,--fort bon livre d'ailleurs,--prétend qu'il ne faut pas
dire _embrouillamini_, parce que ce mot n'est pas français, mais bien
_brouillamini_,--qui n'est pas plus français, j'ai le regret de le
déclarer à M. Hétrel et à l'Académie, son autorité. On a commencé par
dire _Bol d'Arménie_, et le bol d'Arménie était un remède de cheval fort
compliqué, fort _embrouillé_; de _Bol d'Arménie_ on a fait
_Brouillamini_, puis _Embrouillamini_: Molière a employé le premier dans
son _Bourgeois Gentilhomme_, et Voltaire s'est servi du second dans sa
_Lettre à d'Argental_.

Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il,
lui,--puisque c'est le Dictionnaire du peuple que je fais ici? Le peuple
prononce _Embrouillamini_. Cela me suffit.

_Embrouillamini du diable._ Confusion extrême, embarras dont on ne peut
sortir.

EMBROUILLER (S'), v. réfl. Commencer à ressentir les atteintes de
l'ivresse,--dans l'argot des ouvriers.

Ils disent aussi _S'embrouillarder_.

EMBU, s. m. Tache à un tableau; ton terne, crasseux,--dans l'argot des
artistes.

ÉMÉCHER (S'), v. réfl. Se griser, être sur la pente de l'ivresse,--dans
l'argot des faubouriens.

ÉMÉRILLONNER (S'), v. réfl. S'égayer en buvant et s'empourprer la face en
s'allumant les yeux.--Argot du peuple.

EMMANCHER UNE AFFAIRE, v. a. L'entamer, la commencer.

EMMASTOQUER (S'), v. réfl. Se bien nourrir,--dans l'argot du peuple, pour
qui c'est une façon de devenir _mastoc_.

EMMERDEMENT, s. m. Profond ennui,--dans le même argot.

EMMERDER, v. a. Ennuyer, obséder quelqu'un.

Les bourgeois disent _Emmieller_.

EMMITONNER QUELQU'UN, v. a. Le circonvenir, l'endormir par des promesses.

EMMITOUFLER (S'), v. réfl. Se couvrir de trop de vêtements,--dans le même
argot.

On dit aussi _S'empaletequer_ et _S'emmitonner_, dans le même sens.

ÉMOTION INSÉPARABLE, s. f. Cliché de l'argot des gens de lettres et de
théâtre, qui sous-entendent toujours: _d'un premier début_.

ÉMOUSTILLÉ, adj. Aiguillonné, égayé, éveillé,--dans l'argot du peuple,
qui connaît l'effet du vin doux, du moût (_mustum_).

ÉMOUSTILLER (S'), réfl. Se remuer, changer de place.

EMOUVER (S'), v. réfl. Se remuer, s'agiter, s'empresser,--dans l'argot du
peuple, fidèle à l'étymologie (_emovere_).

EMPAFFES, s. m. pl. Draps de lit,--dans l'argot des voleurs. _V. Empave._

Ils disent aussi _Embarras_,--parce qu'en effet il leur est assez
difficile de les emporter.

EMPAILLÉ, s. m. Imbécile, homme sans valeur,--dans l'argot des
faubouriens.

Ils disent souvent aussi: _Il est à empailler!_

EMPAUMER, v. a. Circonvenir; tromper,--dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter ce verbe à Corneille.

EMPAVE, s. f. Carrefour, _pavimentum_,--dans l'argot des voleurs.

Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que ce mot, au pluriel,
signifie aussi Draps de lit. Dont acte.

EMPÊCHEUR DE DANSER EN ROND. s. m. Gêneur,--dans l'argot des coulisses.

EMPÊTRER (S'), v. réfl. S'embarrasser dans une affaire, sans savoir
comment en sortir.--Argot des bourgeois.

EMPIFFRER (S'), v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que
comme un homme,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis
longtemps.

EMPIFFRERIE, s. f. Gloutonnerie.

EMPIOLER, v. a. Enfermer, mettre en _piole_,--dans l'argot des voleurs.

EMPLÂTRE, s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste _collé_ en
place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.

EMPLÂTRE, s. m. Empreinte,--dans l'argot des voleurs, oui se garderaient
bien d'en prendre avec du plâtre (comme l'insinue M. Francisque Michel)
et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre
les doigts, _collant_ enfin [grec: enplassô] comme la cire, la
gomme-résine, etc.

EMPLÂTRER, v. a. Gêner comme avec un emplâtre,--dans l'argot du peuple.

_S'emplâtrer de quelqu'un._ S'en embarrasser en s'en chargeant.

EMPOIGNER, v. a. Critiquer vertement un livre,--dans l'argot des gens de
lettres; Siffler un acteur ou une pièce,--dans l'argot des coulisses.

EMPOIGNER (Se faire). Se faire arrêter par un agent de police.

EMPORTAGE A LA CÔTELETTE, s. m. Variété de vol, dont Vidocq donne les
détails. (V. _Les Voleurs_, page 108.)

EMPORTER LE CHAT, v. a. Se mêler d'une chose que l'on ne connaît pas, et
recevoir pour sa peine une injure, ou pis encore.--Argot du peuple.

EMPORTER SES CLIQUES ET SES CLAQUES, v. a. Emporter ses outils, ses
effets.

Signifie aussi Mourir.

EMPORTEUR, s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des
provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un
estaminet borgne, où ils sont plumés par _le bachotteur_ et _la bête_.
(Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)

EMPOTÉ, s. et adj. Paresseux, maladroit,--dans l'argot du peuple, qui
trouve volontiers bêtes comme des _pots_ tous les gens qui n'ont pas ses
biceps et ses reins infatigables.

EMPROSEUR, s. m. Lesbien,--dans l'argot des voleurs.

EMPRUNTÉ, adj. Gauche, maladroit, timide,--dans l'argot des bourgeois.

EMPRUNTER UN PAIN SUR LA FOURNÉE, v. a. Avoir un enfant d'une femme avant
de l'avoir épousée,--dans l'argot du peuple, à qui ses boulangères font
volontiers crédit.

ÉMU (Être). Être gris à ne plus pouvoir parler ni marcher,--comme un
homme à qui l'émotion enlèverait l'usage de la parole et des jambes.

On dit aussi _Être légèrement ému_.

EN AVOIR PLEIN LE DOS. Être excessivement ennuyé de quelque chose ou par
quelqu'un.--Argot du peuple.

ENBOHÉMER (S'), v. réfl. Perdre sa jeunesse, son esprit et son argent
dans les parlottes artistiques et littéraires.

ENBONNETDECOTONNER (S'), v. réfl. Prendre des allures bourgeoises,
mesquines, vulgaires. Argot des gens de lettres.

ENCAGER, v. a. Emprisonner,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Encoffrer_.

ENCAISSER UN SOUFFLET, v. a. Le recevoir sur la joue.--Même argot.

ENCARRADE, s. f. Entrée,--dans l'argot des voleurs.

ENCARRER, v. n. Entrer.

ENCASQUER, v. n. Entrer quelque part ou dans quelque chose,--dans le même
argot.

ENCEINTRER, v. a. Mettre une femme dans une «position intéressante».

Le peuple, qui emploie ce verbe aujourd'hui, a dit autrefois
_Enceinturer_.

ENCENSOIR, s. m. Fressure d'animal,--dans l'argot des voleurs, qui ont
probablement voulu faire allusion au _plexus_ de graisse qui enveloppe
cette partie.

Ils l'appelaient autrefois _Pire_.

ENCHARIBOTTÉ, adj. Ennuyé, chagriné, embarrassé,--dans l'argot du peuple.

Il a dit autrefois _Encharbotté_.

ENCHIFERNÉ, adj. Enrhumé du cerveau.

_Enchifrené_, vaudrait peut-être mieux, mais le peuple est autorisé à
dire comme on disait au XVIIe siècle.

ENCOLIFLUCHETER. (S'), v. réfl. S'ennuyer, être tout je ne sais comment.

On dit aussi _S'encornifistibuler_.

ENCORE UN TIRE-BOUCHON! Se dit,--dans l'argot des coulisses,--lorsqu'un
entr'acte se prolonge outre mesure.

ENCOTILLONNER (S'). Se laisser mener par sa femme ou par les femmes.
Argot du peuple.

ENCROÛTER (S'). S'acagnarder dans une habitude ou dans un emploi.

ENDÊVER, v. n. Enrager, être dépité.

_Faire endêver quelqu'un._ Le taquiner, l'importuner de coups d'épingle.

Caillières prétend que le mot est «du dernier bourgeois». C'est possible,
mais en attendant Rabelais et Jean-Jacques Rousseau s'en sont servis.

ENDIMANCHÉ, adj. Gauchement et ridiculement habillé,--dans l'argot des
bourgeois, impitoyables pour le peuple, d'où ils sont sortis.

ENDIMANCHER (S'), v. réfl. Mettre son habit ou sa redingote du dimanche.

ENDORMI, s. m. Juge,--dans l'argot des voyous.

ENDORMIR, v. a. Etourdir, tuer,--dans l'argot des prisons.

ENDORMIR SUR LE RÔTI (S'), v. réfl. Se relâcher de son activité ou de sa
surveillance; se contenter d'un premier avantage ou d'un premier succès,
sans profiter de ce qui peut venir après.

Cette expression qui s'emploie plus fréquemment avec la négative, est de
l'argot des bourgeois. Le peuple, lui, dit; _S'endormir sur le fricot_.

_Rester sur le rôti._ Agir prudemment, au contraire, en n'allant pas plus
loin dans une affaire sur l'issue de laquelle on a des doutes.

ENDOS, s. m. L'échine du _dos_,--dans l'argot des voyous.

ENDOSSES, s. f. Épaules,--dans l'argot des voleurs.

EN DOUCEUR, adv. Doucement, prudemment, avec précaution,--dans l'argot du
peuple.

ENDROGUER, v. n. Chercher à faire fortune,--dans l'argot des voleurs.

ENFANT DE CHOEUR, s. m. Pain de sucre,--dans l'argot des faubouriens.

ENFANT DE LA BALLE, s. m. Celui qui a été élevé dans la profession
paternelle, comédien parce que sa mère a appartenu au théâtre, épicier
parce que son père a été marchand de denrées coloniales, etc. Argot du
peuple.

ENFANT DE LA FOURCHETTE, s. m. Académicien,--dans l'argot des voyous.

ENFANT DE TROUPE, s. m. Fils de comédien, enfant né sur les
planches,--dans l'argot des coulisses.

ENFILER (S'), v. réfl. S'endetter,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Se laisser entraîner à jouer gros jeu.

ENFLAQUER, v. a. Em...nuyer,--dans le même argot.

ENFLAQUER, v. a. Mettre, revêtir, endosser,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi: Arrêter, emprisonner.

ENFLÉ, s. m. Imbécile, homme dont on se moque,--dans l'argot des
faubouriens.

_Ohé! l'enflé!_ est une injure à la mode.

ENFLÉE, s. f. Vessie,--dans l'argot des voleurs.

ENFLER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple.

ENFONCÉ, adj. Ruiné, blessé mortellement, perdu sans rémission.

Signifie aussi: Avoir perdu la partie, quand on joue.

ENFONCER, v. a. Tromper, faire tort, duper.

Signifie aussi Surpasser.

ENFONCEUR, s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d'affaires
véreuses.

ENFONCEUR DE PORTES OUVERTES, s. m. Faux brave, qui ne se battrait même
pas contre des moulins, de peur de recevoir un coup d'aile.

ENFRIMER, v. a. Regarder quelqu'un au visage,--dans l'argot des voleurs.

Les faubouriens disent _Enfrimousser_.

ENGANTER, v. a. Prendre, saisir, empoigner, voler avec la main qui est
le moule du gant. Même argot.

Signifie aussi: Traiter quelqu'un comme il mérite de l'être.

ENGANTER (S'), v. réfl. S'amouracher,--dans le même argot.

ENGONCÉ, adj. Vêtu sans goût ni grâce,--dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi: Qui a l'air d'avoir le cou dans les épaules.

ENGOULER, v. a. Manger _goulûment_,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Engoulifrer_.

ENGRAILLER, v. a. Prendre,--dans l'argot des voleurs.

_Engrailler l'ornie._ Dévaliser un poulailler.

ENGUEULEMENT, s. m. Injure de parole,--dans l'argot du peuple. Injure de
plume,--dans l'argot des gens de lettres.

ENGUEULER, v. n. Avaler, manger,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Engouler_.

ENGUEULER, v. a. injurier grossièrement; provoquer, chercher querelle.

_Se faire engueuler._ Se faire attraper.

ENGUEULEUR, s. m. Ecrivain qui trempe sa plume dans la boue et qui en
éclabousse les livres dont il n'aime pas les auteurs.

ENJÔLER, v. a. Caresser, endormir la résistance par des discours
flatteurs.

ENJÔLEUR, s. m. Homme qui trompe les hommes par des promesses d'argent et
les femmes par des promesses de mariage.

ENLEVER, v. a. Débiter un rôle ou passage d'un rôle, avec feu, verve ou
aplomb,--dans l'argot des coulisses.

ENLEVER (S'), v. réfl. Souffrir de la faim,--dans l'argot des voleurs.

ENLEVER LE CUL, v. a. Donner un coup de pied au derrière de
quelqu'un.--Argot du peuple.

On dit aussi _Enlever le ballon_.

ENLEVER QUELQUE CHOSE, v. a.--dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas
employer la précédente expression.

ENLEVEUR, s. m. Acteur qui joue ses rôles avec beaucoup d'aplomb.

ENLUMINER (S'), v. réfl. Commencer a ressentir les effets de l'ivresse,
qui colore le visage d'un fard intense.

ENLUMINURE, s. f. Demi-ivresse.

ENNUYER (S'), v. réfl. Être sur le point de mourir,--dans l'argot des
bourgeois, que cela chagrine beaucoup.

ENQUILLER, v. a. Cacher,--dans l'argot des voleurs.

_Enquiller une thune de camelote._ Cacher entre ses cuisses une pièce
d'étoffe.

ENQUILLER, v. n. Entrer quelque part comme une boule au jeu de
_quilles_,--dans l'argot du peuple.

ENQUILLEUSE, s. f. Femme qui porte un tablier pour dissimuler ce qu'elle
vole.

ENROSSER, v. a. Dissimuler les vices rédhibitoires d'un cheval, d'une
_rosse_,--dans l'argot des maquignons.

ENTABLEMENT, s. m. Épaules,--dans l'argot des faubouriens.

ENTAILLER. Tuer,--dans l'argot des prisons.

ENTAULER, v. n. Entrer dans la _taule_, ou ailleurs. Même argot.

_Entauler à la planque._ Entrer dans sa cachette.

ENTENDRE DE CORNE, v. n. Entendre autre chose que ce qu'on dit,--dans
l'argot des bourgeois.

ENTENDRE QUE DU VENT (N'y). N'y rien entendre,--dans l'argot du peuple.

ENTERREMENT, s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de
pain fendu,--comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans
la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout _enterré_ dans
une miche de pain de marchand de vin.

ENTICHER (S'). Se prendre d'affection pour quelqu'un au point de le gâter
de caresses et d'amitiés. Argot des bourgeois.

Se dit aussi à propos des choses.

ENTIFFER, v. n. Entrer,--dans l'argot des faubouriens.

ENTIFFER, v. a. Enjôler, ruser,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Entifler_.

ENTONNER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple.

ENTONNOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens, imitateurs
involontaires des _Beggars_ anglais, qui disent de même _gan_, aphérèse
de _began_ (_begin_ commencer, entonner).

ENTORTILLER, v. a. Circonvenir,--dans l'argot des marchands. Captiver,
_allumer_,--dans l'argot des petites dames. Ennuyer,--dans l'argot du
peuple.

ENTORTILLER (S'), v. réfl. S'embarrasser, s'empêtrer dans ses réponses.

EN-TOUT-CAS, s. m. Parapluie à deux fins, trop grand pour le soleil, trop
petit pour la pluie,--dans l'argot des bourgeoises, qui font toujours les
choses à moitié.

ENTRAÎNEMENT, s. m. Méthode anglaise, devenue française qui s'applique
aux hommes aussi bien qu'aux chevaux, et qui consiste à faire maigrir, ou
plutôt à _dégraisser_ les uns et les autres pour leur donner une plus
grande légèreté et une plus grande vigueur.

ENTRAÎNER, v, a. et n. Soumettre un cheval, un jockey ou un rameur à un
régime particulier, de façon qu'ils pèsent moins et courent et rament
mieux.

ENTRAVAGE, s. m. Conception d'un vol, d'un mauvais coup,--dans l'argot
des voleurs.

ENTRAVER, v. a. Comprendre, entendre,--dans l'argot des voleurs, qui
emploient là un des plus vieux mots de la langue des honnêtes gens, car
ils disent aussi _Enterver_ comme Rutebeuf et l'auteur d'_Ogier le
Danois_.

_Entraver bigorne_ ou _arguche_. Comprendre et parler l'argot.

Signifie aussi: Embarrasser la police.

_Entraver nibergue_ ou _niente_. N'y entendre rien.

ENTRECÔTE DE BRODEUSE. Morceau de fromage de Brie,--dans l'argot du
peuple, qui sait que les brodeuses, ainsi que les autres ouvrières, ne
gagnent pas assez d'argent pour déjeuner à la fourchette comme les filles
entretenues.

ENTREFILET, s. m. Petit article placé dans le corps du journal, entre
deux autres.

ENTREFESSON, s. m. Le périnée,--dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait Ambroise Paré.

ENTRELARDÉ, s. et adj. Homme qui n'est ni gras ni maigre.

ENTRELARDER, v. a. Mêler, farcir, au propre et au figuré.

ENTRER AUX-QUINZE-VINGTS. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
cette facétie à leur disposition chaque fois qu'ils éprouvent le besoin
de fermer les yeux.

ENTRER DANS LA CONFRÉRIE DE SAINT-PRIS, v. n. Se marier,--dans l'argot du
peuple, qui s'y laisse _prendre_ plus volontiers que personne.

ENTRETENEUR, s. m. Galant homme qui a un faible pour les femmes galantes,
et dépense pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour
des rosières.

ENTRETENIR (Se faire). Préférer l'oisiveté au travail, le Champagne à
l'eau filtrée, les truffes aux pommes de terre, l'admiration des
libertins à l'estime des honnêtes gens.

L'expression est vieille comme l'immoralité qu'elle peint.

ENTRIPAILLÉ, adj. Gros, gras, ventripotent.

ENTRIPAILLER (S'), v. réfl. Manger de façon à devenir pansu.

ENTROLER, v. a. Emporter,--dans l'argot des voleurs.

ENVELOPPER, v. a. Arrêter les contours d'un dessin, d'une peinture,--dans
l'argot des artistes.

ENVOYER, v. a. et n. Injurier, se moquer, critiquer,--dans l'argot du
peuple.

_C'est bien envoyé!_ Se dit d'une repartie piquante ou d'une impertinence
réussie.

ENVOYER A LA BALANÇOIRE, v. a. Se débarrasser sans façon de quelqu'un ou
de quelque chose. Argot des faubouriens.

ENVOYER A L'OURS, v. a. Prier impoliment quelqu'un de se taire ou de s'en
aller. Même argot.

ENVOYER FAIRE LAN LAIRE, v. a. Se débarrasser de quelqu'un,--dans l'argot
des bourgeois, qui n'osent pas employer un plus gros mot.

Ils disent aussi _Envoyer promener_.

ENVOYER PAÎTRE, v. a. Prier brusquement quelqu'un de s'en aller ou de se
taire.

ÉOLE, s. m. _Ventris flatus_,--dans l'argot des faubouriens, heureux que
le fils de Jupiter leur fournisse un prétexte à une équivoque.

ÉPAIS, s. m. Le cinq et le six,--dans l'argot des joueurs de dominos.

ÉPARGNER LE POITOU, v. a. Prendre des précautions,--dans l'argot des
voleurs.

ÉPATAGE, s. m. Action d'éblouir, de renverser quelqu'un les _quatre
pattes_ en l'air par la stupéfaction ou l'admiration. Argot du peuple.

On dit aussi _Epatement_.

ÉPATAMMENT, adv. D'une façon épatante.

L'expression appartient à M. Roger Delorme. (_Tintamarre_ du 28 janvier
1866).

ÉPATANT, adj. Étonnant, extraordinaire.

ÉPATE, s. f. Apocope d'_Epatage_.

_Faire de l'épate._ Faire des embarras, en conter, en imposer aux
simples.

ÉPATEMENT, s. m. Étonnement.

ÉPATER, v. a. Étonner, émerveiller, par des actions extravagantes ou par
des paroles pompeuses.

_Épater quelqu'un._ L'intimider.

Signifie aussi: Le remettre à sa place.

ÉPATEUR, s. m. Homme qui fait des embarras, qui raconte des choses
invraisemblables que les imbéciles s'empressent d'accepter comme vraies.

ÉPATEUSE, s. f. Drôlesse qui fait des effets de crinoline exagérés sur le
boulevard, pour faire croire aux passants,--ce qui n'existe pas.

ÉPICEMAR, s. m. Épicier,--dans l'argot des faubouriens.

ÉPICÉPHALE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des étudiants, à qui le grec est
naturellement familier ([grec: epi], sur, et [grec: kephalê], tête).

ÉPICER, v. a. Médire, railler, et même calomnier,--dans l'argot des
faubouriens, à qui le _poivre_ ne coûte rien quand il s'agit
d'assaisonner une réputation.

ÉPICERIE, s. f. Bourgeoisisme,--dans l'argot des romantiques.

Le mot est de Théophile Gautier.

ÉPICE-VINETTE, s. m. Épicier,--dans l'argot des voleurs,

ÉPICIER, s. et adj. Homme vulgaire, sans goût, sans esprit, sans rien du
tout,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes, pleins de dédain
pour les métiers où l'on gagne facilement sa vie.

ÉPINGLE A SON COL (Avoir une). Avoir un verre de vin, payé d'avance par
un camarade, à boire sur le comptoir voisin de l'atelier. Argot des
ouvriers.

On dit aussi _Avoir un factionnaire à relever_.

ÉPIPLOON, s. m. Cravate.--dans l'argot des étudiants, frais émoulus du
grec. Pour ceux, en effet, qui ne sont pas encore gandins, la cravate
_flotte_ sur le cou ([grec: epi] et [grec: plein]) comme le grand repli
du péritoine flotte sur les intestins.

Signifie aussi Chemise.

EPLUCHER, v. a. Examiner avec soin, méticuleusement, soupçonneusement, la
conduite de quelqu'un ou une affaire quelconque.

ÉPONGE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous, qui révèlent ainsi
d'un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n'y a pas longtemps) les
filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de
la police. Ces messieurs consommaient, on inscrivait sur l'ardoise, ces
dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d'un coup d'_éponge_.

ÉPONGE, s. f. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.

ÉPONGE A SOTTISES, s. f. Imbécile, qui accepte tout ce qu'on lui dit
comme paroles d'Évangile.

L'expression sort du _Théâtre Italien_ de Ghérardi.

ÉPONGE D'OR, s. f. Avoué,--dans l'argot des prisons.

ÉPOQUES (Avoir son ou ses). Se dit,--dans l'argot des bourgeois,--des
_menses_ des femmes.

ÉPOUFFER, v. a. et n. Saisir la victime à l'improviste,--dans l'argot des
voleurs.

ÉPOUSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des étudiants, qui se marient
souvent pour rire avant de se marier pour de bon.

ÉPOUSER LA CAMARDE, v. a. Mourir,--dans l'argot des voleurs, qui
préféreraient souvent une autre fiancée.

ÉPOUSER LA FOUCANDIERE, v. a. Se débarrasser des objets volés en les
jetant çà et la quand on est poursuivi.

«_Épouser_ est ici une altération d'_éponter_, qui faisait autrefois
partie du langage populaire avec le sens de _glisser_, de _se dérober_.»
C'est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.

ÉPOUSER LA VEUVE, v. a. Être exécuté,--dans l'argot des malfaiteurs, dont
beaucoup sont fiancés dès leur naissance avec la guillotine.

ÉQUIPE, s. f. Les ouvriers qui composent une commandite,--dans l'argot
des typographes.

ÉREINTER, v. a. Dire du mal d'un auteur ou de son livre,--dans l'argot
des journalistes; siffler un acteur ou un chanteur,--dans l'argot des
coulisses.

ÉREINTEUR, s. m. Homme-merle qui sait siffler au lieu de savoir parler,
et remplace le style par l'injure, la bonne foi de l'écrivain digne de ce
nom par la partialité du _condottiere_ digne de la police
correctionnelle.

ÉRÉNÉ, adj. et s. Éreinté,--fourbu,--dans l'argot du peuple.

Ce mot, du meilleur français et toujours employé, manque au Dictionnaire
de Littré.

ERGOTS, s. m. pl. Les pieds ou les talons.

_Être sur ses ergots._ Tenir son quant-à-soi; avoir une certaine raideur
d'attitude frisant de très près l'impertinence.

_Monter sur ses ergots._ Se fâcher.

ES, s. m. Apocope d'_Escroc_,--dans l'argot des voyous, qui se plaisent à
lutter de concision et d'inintelligibilité avec les voleurs.

Ils disent aussi _Croc_, par aphérèse.

ESBIGNER (S'), v. réfl. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des
faubouriens, à qui Désaugiers a emprunté cette expression.

ESBLOQUANT, adj. Etonnant, ébouriffant,--dans l'argot des soldats, qui
songent au _bloc_ plus souvent qu'ils ne le voudraient, et le mettent
naturellement à toutes sauces.

ESBROUFFANT, adj. Inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple.

ESBROUFFE, s. f. Embarras, manières, vantardises.

_Faire de l'esbrouffe._ Faire plus de bruit que de besogne.

ESBROUFFER, v. a. En imposer; faire des embarras, des manières, intimider
par un étalage de luxe et d'esprit.

Signifie aussi Réprimander.

ESBROUFFEUR, s. et adj. Gascon de Paris, qui vante sa noblesse apocryphe,
ses millions improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du
crédit chez les fournisseurs et de l'admiration chez les imbéciles.

ESBROUFFEUSE, s. t. Drôlesse qui éclabousse d'autres drôlesses, ses
rivales, par son luxe insolent, par ses toilettes tapageuses, par le
nombre et la qualité de ses amants.

ESCAFIGNONS, s. m. Souliers,--dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait ou à peu près, il y a 450 ans, Eustache Deschamps, l'inventeur
de la _Ballade_.

      «De bons harnois, de bons chauçons velus.
    D'escafilons, de sollers d'abbaïe.»

Les écoliers du temps jadis disaient _Escaffer_ pour Donner un coup de
pied «quelque part.»

_Sentir l'escafignon._ Puer des pieds.

ESCANNER, v. n. Fuir,--dans l'argot des voleurs.

_A l'escanne!_ Fuyons!

ESCARE, s. m. Empêchement,--dans le même argot.

ESCARER, v. a. et n. Empêcher.

ESCAREUR, s. m. Homme qui trouve des obstacles à tout.

ESCARGOT, s. m. Homme mal fait, mal habillé,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant
pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de
l'argent.

ESCARPE, s. m. Voleur qui va jusqu'à l'assassinat pour en arriver à ses
fins.--Argot des prisons.

C'était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion
d'exercer leur verve... singulière. Eh bien, non! tous ont gardé de
Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de
risquer ma petite étymologie? Je ne dirai pas: _Escarpe_, parce que le
voleur qui tient absolument à voler, escalade la _muraille_ qui sépare le
délit du crime et la prison de l'échafaud; mais seulement parce qu'il
emploie un instrument tranchant _aigu_,--_scarp_ en allemand. Pourquoi
pas? _escarbot_ vient bien de _scarabæus_, en vertu d'une épenthèse
fréquente dans notre langue.

A moins cependant qu'_escarpe_ ne vienne du couteau d'_escalpe_ (du
_scalp_) des sauvages... (V. _Les Natchez_).

_Escarpe-Zézigue._ Suicide.

ESCARPER, v. a. Tuer, _écharper_ un homme.

On disait autrefois _Escaper_.

_Escarper un zigue à la capahut._ Assassiner un camarade pour lui voler
sa part de butin.

ESCARPINER (S'). S'échapper, s'enfuir en courant légèrement,--dans
l'argot des faubouriens, qui ne savent pas qu'ils emploient un mot du
XVIe siècle.

ESCARPINS DE LIMOUSIN, s. m. pl. Sabots,--dans l'argot du peuple, qui
sait que les Lémovices n'ont jamais porté d'autre chaussure, si l'on en
excepte toutefois des souliers pachydermiques qui ont plus de clous que
l'année n'a de semaines.

On dit aussi _Escarpins en cuir de brouette_.

ESCARPOLETTE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût, interpolation bête
ou spirituelle,--dans l'argot des comédiens.

ESCLOTS, s. m. pl. Sabots,--dans l'argot du peuple, qui se servait déjà
de cette expression du temps de Rabelais.

ESCOBAR, s. m. Nom d'homme, qui est devenu celui de tous les hommes dont
la conduite est tortueuse et dont les paroles semblent louches.

ESCOFFIER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au
provençal escofir.

ESCOGRIFFE, s. m. Homme de grande taille et de mine suspecte,--dans le
même argot.

On dit aussi _Grand escogriffe_--pour avoir l'occasion de faire un
pléonasme.

ESCOUSSE, s. f. Élan,--dans l'argot des écoliers.

_Prendre son escousse._ Reculer de quelques pas en arrière pour sauter
plus loin en avant.

ESPALIER, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.

ESPALIER, s. m. Galérien,--dans l'ancien argot des voleurs.

ESPÈCE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot méprisant des bourgeoises,
héritières des rancunes des duchesses contre les jolies filles qui leur
enlèvent leurs fils et leurs maris.

ESPÉRANCES, s. f. pl. Héritage paternel ou maternel que toute jeune fille
bien élevée doit apporter comme surcroît de dot à son époux, qui ne
craint pas de voir mettre les souliers d'un mort dans la corbeille de
mariage.

_Avoir des espérances._ Avoir des grands-parents riches que l'on compte
voir mourir bientôt,--façon bourgeoise de «tuer le mandarin!»

ESQUINTE, s. m. Abîme,--dans l'argot des voleurs.

ESQUINTER, v. a. Fracturer, briser, perdre, _abîmer_, tuer.

Signifie aussi: Tromper, enfoncer quelqu'un.

ESQUINTER, v. a. Éreinter, battre,--dans l'argot du peuple.

_S'esquinter_, v. pron. Se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer,
à--n'importe quoi de fatigant.

On dit aussi _S'esquinter le tempérament_.

ESSAYER LE TREMPLIN. Jouer dans un lever de rideau; être le premier à
chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de
café-concert.

On dit aussi _Balayer les planches_.

ESSENCE DE CHAUSSETTES, s. f. Sueur des pieds,--dans l'argot des
faubouriens.

ESSUYER LES PLÂTRES, v. a. Habiter une maison récemment construite, dont
les plâtres n'ont pas encore eu le temps de sécher.

Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop
maquillées.

ESSUYEUSE DE PLÂTRES, s. f. Lorette, petite dame, parce que ce type
parisien, essentiellement nomade, plante sa tente où le hasard le lui
permet, mais surtout dans les maisons nouvellement construites, où l'on
consent à l'admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C'est
ainsi qu'on fait essayer les ponts aux soldats.

ESTAFFIER, s. m. Sergent de ville, mouchard,--dans l'argot du peuple,
fidèle à la tradition.

ESTAFFION, s. m. Chat,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Griffard_.

ESTAFFION, s. m. Taloche, coup de poing léger,--dans l'argot du peuple.

ESTAMPILLER, v. a. Marquer du fer rouge,--dans l'argot des prisons.

ESTOC, s. m. Esprit, finesse, malice,--dans l'argot des voleurs, qui
emploient là une expression de la langue des honnêtes gens.


ESTOMAC, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot du peuple, qui parle
comme écrivait Marot:

    «Quant je voy Barbe en habit bien duisant,
    Qiu l'estomac blanc et poli descœuvre.»

ESTOMAQUÉ, adj. Étonné, stupéfait,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Stomaqué_.

ESTOME, s. m. Apocope d'_Estomac_,--dans l'argot des faubouriens.

ESTORGUE, s. f. Fausseté, méchanceté,--dans l'argot des voleurs.

_Centre à l'estorgue._ Faux nom.

_Chasse à l'estorgue._ OEil louche,--storto.

ESTOURBIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens et des voleurs.

Le vieux français avait _esturbillon_, tourbillon, et le latin
_exturbatio_. L'homme que l'on tue au moment où il s'y attend le moins
doit être en effet estourbillonné.

Signifie aussi Mourir.

ESTOURBIR (S'). Disparaître, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

Par extension: Mourir.

ESTRANGOUILLADE, s. f. Action d'étrangler, _strangulare_,--dans l'argot
du peuple.

ESTRANGOUILLER, v. a. et n. Etrangler quelqu'un, étouffer.

ESTROPIER UN ANCHOIS, v. a. Manger un morceau pour se mettre en appétit;
faire un déjeuner préparatoire. Argot des ouvriers.

ESTUQUER, v. a. et n. Donner ou recevoir des coups,--dans l'argot du
peuple.

ÉTAL, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot des faubouriens, qui
appellent la chair de la _viande_.

ÉTALER, v. a. Jeter par terre,--dans l'argot du peuple.

_S'étaler._ Se laisser tomber.

ÉTALER SA MARCHANDISE, v. a. Se décolleter trop,--dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos des marchandes d'amour.

ET ALLEZ DONC! Phrase exclamative, une selle à tous chevaux: on l'emploie
volontiers pour renforcer ce qu'on vient de dire, comme coup de fouet de
la fin.

ÉTALON, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.

ÉTAMINE, s. f. Chagrin, misère,--dans l'argot du peuple, qui sait que
l'homme doit passer par là pour devenir meilleur.

_Passer par l'étamine._ Souffrir du froid, de la faim et de la soif.

ÉTEINDRE SON GAZ, v. a. Se coucher,--dans l'argot du peuple.

Le mot est de Gavarni.

Se dit aussi pour Mourir.

ÉTERNUER DANS DU SON, v. n. Étre guillotiné,--dans l'argot des bagnes.

On dit aussi _Éternuer dans le sac_.

ÉTERNUER UN NOM. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un nom difficile à
prononcer, à cause des nombreuses consonnes sifflantes qui le composent,
par exemple les noms polonais.

ET MÈCHE! Formule de l'argot des faubouriens, employée ordinairement pour
exagérer un récit: «Combien cette montre a-t-elle coûté? soixante
francs?--Soixante francs, et mèche!» c'est-à-dire beaucoup plus de
soixante francs.

ÉTOILE, s. f. Cantatrice en renom, comédienne hors ligne, premier rôle
d'un théâtre,--dans l'argot des coulisses, où il y a tant de nébuleuses.

ÉTOILE DE L'HONNEUR, s. f. La croix de la Légion d'honneur,--dans l'argot
des vaudevillistes, plus académiciens qu'ils ne s'en doutent.

ÉTOILE, s. f. Bougie allumée ou non,--dans l'argot des francs-maçons.
_Etoile flamboyante._ Le symbole de la divinité.

ÉTOUFFER, v. a. Cacher, faire disparaître,--dans l'argot des faubouriens.

ÉTOUFFER UNE BOUTEILLE, v. a. La boire, la faire disparaître jusqu'à la
dernière goutte,--dans l'argot du peuple.

ÉTOUFFEUR, s. m. Libraire qui ne sait pas _lancer_ ses livres ou qui ne
veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.

ÉTOUFFOIR, s. m. Table d'hôte où l'on joue l'écarté,--dans l'argot des
voleurs, qui savent que dans ces endroits-là on _ferme_ tout avec soin,
portes et fenêtres, de peur de surprise policière.

ÉTOURDIR, v. n. Solliciter,--dans le même argot.

ÉTOURDISSEUR, s. m. Solliciteur.

ÉTRANGLER UNE DETTE, v. a. L'acquitter, pour s'en débarrasser lorsqu'elle
est trop criarde,--dans l'argot des bohèmes.

ÊTRE (En), v. n. Faire partie de la corporation des non-conformistes.

ÊTRE (En), v. n. Euphémisme de l'argot du peuple, qui est une allusion
aux _Insurgés de Romilly_. (Voir ce mot.)

ÊTRE (L'). Être trompé par sa femme,--dans l'argot des bourgeois, qui se
plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.

ÊTRE A COUTEAUX TIRÉS AVEC QUELQU'UN. Être brouillé avec lui, ne plus le
saluer ni lui parler,--dans l'argot des bourgeois.

ÊTRE A FEU. Être en colère,--dans l'argot des faubouriens.

ÊTRE A FOND DE CALE. N'avoir plus d'argent,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE A JEUN. Être vide,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à
propos des choses aussi bien qu'à propos des gens, au sujet d'un sac
aussi bien qu'au sujet d'un cerveau.

_Avoir la sacoche à jeun._ N'avoir pas le sou.

ÊTRE A LA BONNE, v. n. Inspirer de la sympathie, de l'intérêt de
l'amour,--dans l'argot du peuple, qui a conservé là, en la modifiant un
peu, une vieille expression française.

Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à propos de M.
Sainte-Beuve, et ils ont cru l'avoir inventée pour lui. «Vous ne poviez
venir à heure plus opportune, nostre maistre est en ses bonnes,» dit
Rabelais.

ÊTRE A LA CAMPAGNE, v. n. Être à Saint-Lazare,--dans l'argot des filles
qui rougissent d'aller en prison et ne rougissent pas d'autre chose non
moins grave.

ÊTRE A LA CHANCELLERIE. Être pris de façon à ne pouvoir se
défendre,--dans l'argot des lutteurs français et anglais.

ÊTRE A LA FÊTE, v. n. Être de bonne humeur;--dans l'argot du peuple.

ÊTRE A LA MANQUE, v. n. Tromper quelqu'un, le trahir,--dans l'argot des
voyous.

ÊTRE A LA PAILLE (En). Être à l'agonie,--dans l'argot des faubouriens,
qui font allusion à la paille que l'on étale dans la rue devant la maison
où il y a un malade.

ÊTRE A L'OMBRE, v. n. Être en prison,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE A PLUSIEURS AIRS, v. n. Faire ses embarras; faire ses coups à la
sourdine,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE A POT ET A FEU AVEC QUELQU'UN. Avoir un commerce d'amitié, vivre
familièrement avec lui.


ÊTRE ARGENTÉ, v. n. Avoir dans la poche quelques francs disposés à danser
le menuet sur le comptoir du marchand de vin.

_Être désargenté._ N'avoir plus un sou pour boire.

ÊTRE A SEC. N'avoir plus d'argent,--dans l'argot du peuple.

C'est la même expression que _Les eaux sont basses_.

ÊTRE A TU ET A TOI AVEC QUELQU'UN. Vivre familièrement avec quelqu'un,
être son ami, ou seulement son compagnon de débauche.


ÊTRE AUX ÉCOUTES, v. n. Faire le guet; surprendre une conversation,--dans
l'argot du peuple.

L'expression sort de la langue romane.

ÊTRE AVEC UNE FEMME, v. n. Vivre maritalement avec elle,--dans l'argot
des ouvriers.

ÊTRE AVEC UN HOMME, v. n. Vivre en concubinage avec lui,--dans l'argot
des grisettes.

ÊTRE BIEN, v. n. Être en état d'ivresse,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE BIEN DE SON PAYS. Avoir de la naïveté, s'étonner de tout et de rien,
se fâcher au lieu de rire. Argot du peuple.

ÊTRE BIEN PORTANT, v. n. Être libre,--dans l'argot des voleurs.

ÊTRE BON LÀ. Demander plus qu'il n'est permis. Manifester des exigences
ou des prétentions,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie cette
expression qu'ironiquement, par antiphrase.

ÊTRE BREF, v. n. _Être à court d'argent._

ÊTRE CHARGÉ A CUL. Être pressé, scatologiquement parlant,--dans l'argot
des commissionnaires.

ÊTRE COMPLET. Être ivre-mort,--dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait,--en vices.

ÊTRE COUSU D'OR. Avoir beaucoup d'argent,--dans l'argot du peuple qui a
l'hyperbole facile.

ÊTRE CROTTÉ. N'avoir pas le sou,--dans l'argot des ouvriers tailleurs.
Ils le disent aussi d'un travail pour lequel il manque la quantité
d'étoffe voulue, ou qui nécessite une économie extraordinaire.

ÊTRE DANS DE BEAUX DRAPS. Se dit ironiquement de quelqu'un qui s'est
attiré une fâcheuse affaire, ou qui est ruiné. Argot du peuple.

ÊTRE DANS LE SIXIÈME DESSOUS. Être ruiné, ou mort,--forme explétive de
_Troisième dessous_, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches
de l'Opéra pour en recéler les machines.

ÊTRE DANS LES PAPIERS DE QUELQU'UN. Avoir sa confiance, son affection.

On dit aussi _Être dans les petits papiers de quelqu'un_.

ÊTRE DANS LES VIGNES. Être complètement ivre,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Être dedans_.

ÊTRE DANS SES PETITS SOULIERS. Être embarrassé, gêné par une observation,
par une question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu'un qui
serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.

ÊTRE DANS TOUS SES ÉTATS. Être très préoccupé d'une chose; se donner
beaucoup de mal, se remuer extrêmement à propos de n'importe quoi et de
n'importe qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du
coche. Même argot.

ÊTRE DANS UN ÉTAT VOISIN. Être ivre,--dans l'argot des typographes, qui
pratiquent volontiers l'ellipse et la syncope.

ÊTRE DE CHÉ, ou d'CHÉ. Être complètement saoul,--dans l'argot des
voleurs.

ÊTRE DE LA BONNE, v. n. Être heureux, avoir toutes les chances,--dans
l'argot des voleurs.

ÊTRE DE LA FÊTE. Être heureux ou hors de danger après avoir été
compromis, menacé. Argot du peuple.

ÊTRE DE LA HAUTE. Appartenir à l'aristocratie du mal,--dans le même
argot. Faire partie de l'aristocratie du vice,--dans l'argot des filles.

ÊTRE DE LA PAROISSE DE LA NIGAUDAIE. Être un peu trop simple
d'esprit,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE DE LA PAROISSE DE SAINT-JEAN-LE-ROND. Être ivre,--dans l'argot des
ouvriers irrévérencieux sans le savoir envers d'Alembert.

ÊTRE DE LA PROCESSION. Être du métier.

On dit aussi _En être_.

ÊTRE DÉMATÉ. Être vieux, impotent,--dans l'argot des marins.

ÊTRE DESSOUS. Être ivre,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE DU BÂTIMENT, v. n. Faire partie de la rédaction d'un journal. Être
feuilletoniste ou vaudevilliste,--dans l'argot des gens de lettres, qui
forment une corporation dont l'union ne fait pas précisément la force.

ÊTRE D'UN BON SUIF. Être ridicule, mal mis, ou contrefait,--dans l'argot
du peuple.

On dit aussi _Être d'un bon tonneau_.

ÊTRE DU QUATORZIÈME BÉNÉDICITÉ. Faire partie du régiment,--ou plutôt de
l'armée des imbéciles.

ÊTRE ENCORE (L'). C'est, pour une femme, avoir encore le droit de
recevoir un bouquet de roses blanches, le jour de l'Assomption, sans être
exposée à considérer le présent comme une épigramme.

ÊTRE EN DÉLICATESSE AVEC QUELQU'UN. Être presque brouillé avec lui;
l'accueillir avec froideur,--dans l'argot des bourgeois.

ÊTRE EN FINE PÉGRAINE, v. n. Être à toute extrémité,--dans l'argot des
prisons.

ÊTRE EN TRAIN, v. n. Commencer à se griser,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE FORT AU BÂTONNET. Façon de parler ironique qu'on emploie à propos
d'une maladresse commise.

ÊTRE LE BOEUF, v. a. Être victime de quelque mauvaise farce, de quelque
mauvais coup,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au dieu
Apis que l'on abat tous les jours dans les échaudoirs sans qu'il
proteste, même par un coup de corne.

ÉTRENNER, v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des
faubouriens.

ÊTRE PAF, v. n. Être en état d'ivresse. Même argot.

ÊTRE PRÈS DE SES PIÈCES. N'avoir pas d'argent ou en avoir peu. Argot du
peuple.

ÊTRE PRIS DANS LA BALANCINE. Se trouver dans une position gênante.

L'expression est de l'argot des marins.

ÊTRE SUR LA PLANCHE, v. n. Comparaître en police correctionnelle ou
devant la Cour d'assises. Argot des voleurs.

ÊTRE SUR LE SABLE, v. n. N'avoir pas de maîtresse,--dans l'argot des
souteneurs, que cela expose à crever de faim.

ÊTRE TROP PETIT. N'avoir pas l'adresse ou le courage nécessaire pour une
chose. Argot du peuple.

_T'es trop petit!_ est une expression souveraine de mépris, dans la
bouche des faubouriens.

ÊTRE VENT DESSUS VENT DEDANS. Être en état d'ivresse,--dans l'argot des
ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

ÉTRILLER, v. a. Donner des coups,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

ÉTRON, s. m. _Stercus_,--dans le même argot.

Signifie aussi: Homme mou, sans consistance, sans valeur.

L'expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais
n'a-t-il pas dit, au chapitre des _Meurs et conditions de Panurge_: «Il
fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz..., d'estroncs tous
chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses?»

ÉTRONNER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot des faubouriens.

ET TA SOEUR! Expression fréquemment employée par les faubouriens à tout
propos et même sans propos, comme réponse à une importunité, à une
demande extravagante, ou pour se débarrasser d'un fâcheux.

On dit quelquefois aussi: _Et ta sœur, est-elle heureuse?_ C'est le
refrain d'une chanson très populaire,--malheureusement.

ÉTUDIANT DE LA GRÈVE, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple.

ÉTUDIANTE, s. f. Grisette,--dans l'argot des ouvriers.

_Etudiante pur sang._ Fille destinée à embellir l'existence de plusieurs
générations d'étudiants.

ÉTUI, s. m. La peau du corps,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de
se rencontrer avec Shakespeare (_case_).

Se dit aussi pour Vêtements.

ÉTUI A LORGNETTE, s. m. Cercueil,--dans l'argot des voyous, qui ont
parfaitement saisi l'analogie de forme existant entre deux choses
pourtant si différentes comme destination.

EUSTACHE, s. m. Couteau,--dans l'argot du peuple, qui dit aussi: Ustache.

ÉVANOUIR (S'). S'en aller de quelque part,--dans l'argot des faubouriens.

ÉVAPORER, v. a. Voler quelque chose adroitement,--dans le même argot.

ÉVENTAIL A BOURRIQUE, s. m. Bâton,--dans le même argot.

ÉVÊQUE DE CAMPAGNE, s. m. Pendu,--dans l'argot du peuple, qui veut dire
que ces sortes de suicidés bénissent avec les pieds.

EXCELLENT (Être). Puer de l'_aisselle_,--dans l'argot des bourgeois, qui
font des calembours par à peu près et pour faire celui-ci sont forcés de
prononcer _essellent_.

EXÉCUTER QUELQU'UN, v. a. Lui interdire l'entrée de la Bourse, parce
qu'il est insolvable,--dans l'argot des coulissiers.

EXPÉDIER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.

EXPERT, s. m. Officier de loge,--dans l'argot des francs-maçons.

EXTRA, s. m. Garçon de supplément,--dans l'argot des cafés et des
restaurants.

EXTRA, s. m. Dîner fin,--dans l'argot des bourgeois qui _traitent_.

EXTRA, s. m. Petite débauche supplémentaire,--dans l'argot du peuple.

_Faire un extra._ Faire une petite noce, une petite débauche de table.

Signifie aussi, seulement: Ajouter un plat à un repas trop spartiate, un
demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.

EXTRA, s. m. Convive,--dans l'argot des tables d'hôte militaires.


F


FACE, s. f. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des faubouriens, qui
peuvent ainsi contempler à peu de frais la figure du monarque régnant.

FACE! Exclamation de l'argot des ouvriers, qui la font entendre lorsqu'au
cabaret ou au café quelque chose tombe et se casse.

FACE DE CARÊME, s. f. Mine fatiguée, pâlie par l'étude ou les veilles
malsaines. Argot du peuple.

FACE DU GRAND TURC, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire
Luc,--dans le même argot.

FACES, s. f. pl. Joues,--dans l'argot des bourgeois.

FACIÈS, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple, qui parle sans s'en douter
comme Cicéron.

FACTIONNAIRE, s. m. _Insurgé de Romilly._ (V. ce mot.) _Poser un
factionnaire_, Alvum deponere.

FACTOTON, s. m. Valet, homme à tout faire,--(_factotum_),--dans l'argot
du peuple, qui n'emploie jamais cette expression qu'en mauvaise part.

FACTURIER, s. m. Vaudevilliste qui a la spécialité des _couplets de
facture_.

FADAGE, s. m. Partage,--dans l'argot des voleurs.

FADARD, adj. et s. Bon, beau, agréable,--dans l'argot des faubouriens.

FADASSE, s. f. Femme trop blonde,--dans l'argot du peuple, qui ne sait
pas que ses grand mères, les Gauloises, avaient les cheveux flaves.

FADE, s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale; Ecot que l'on
paye dans un pique-nique.

Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers. Mais,
avant d'appartenir au _cant_, il appartenait à notre vieille langue:
«Saciés bien que se je en muir, _faide_ vos en sera demandée», dit
Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or _faide_
ici signifie _compte_ et ne peut venir que de _fœdus_, accord
particulier, règlement, _compte_.

FADE, s. m. Fat,--dans l'argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime
bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne.

Les deux mots ont d'ailleurs la même étymologie, _fatuus_, insipide.

FADER, v. n. et a. Partager des objets volés.

FADEURS, s. m. pl. Mensonges ordinaires de la conversation,--dans l'argot
du peuple, payé pour être sceptique.

Il n'emploie ordinairement cette expression que pour se moquer, et à
propos de n'importe quoi. On lui raconte que le roi d'Araucanie est monté
sur son trône «Des fadeurs!» dit-il. On lui assure que la France va avoir
la guerre avec l'Angleterre à propos de Madagascar: «Des fadeurs!» On lui
apprend une mauvaise nouvelle: «Des fadeurs!» Une bonne: «Des fadeurs!»
etc.

FAFFE ou FAFIOT, s. m. Papier blanc ou imprimé,--dans l'argot des
voleurs.

_Fafiot garaté._ Billet de banque autrefois signé _Garat_ et aujourd'hui
_Soleil_.

_Fafiot mâle._ Billet de mille francs.

_Fafiot femelle._ Billet de cinq cents francs.

_Fafiot loff._ Faux certificat ou faux passeport.

_Fafiot sec._ Bon certificat ou bon passeport.

FAFIOTEUR, s. m. Marchand de papiers; Banquier.

Signifie aussi Ecrivain.

FAFIOTS, s. m. p. Souliers,--dans l'argot des revendeuses du Temple.

FAGOT, s. m. Forçat,--Homme qui est lié à un autre homme: en liberté, par
une complicité de sentiments mauvais; au bagne, par des manicles.

_Fagot à perte de vue._ Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

_Fagot affranchi._ Forçat libéré.

FAGOT, s. m. Vieillard,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui
savent mieux que personne ce qu'on fait du bois mort.

FAGOT, s. m. Élève de l'École des eaux et forêts,--dans l'argot des
Polytechniciens.

FAGOTÉ, adj. Habillé, arrangé,--dans l'argot des bourgeois, qui
n'emploient jamais ce mot qu'en mauvaise part.

FAGOTER, v. a. Travailler sans soin, sans goût, maladroitement,--dans
l'argot des ouvriers.

FAGOTER (Se), v. réfl. S'habiller extravagamment, grotesquement.

A signifié autrefois Se moquer.

FAGOTS, s. m. pl. Contes à dormir debout, niaiseries,--dans l'argot du
peuple.

_Débiter des fagots._ Dire des fadaises, des sottises.

FAIBLE, s. m. Penchant, tendresse particulière et souvent injuste,--dans
l'argot des bourgeois.

_Prendre quelqu'un par son faible._ Caresser sa marotte, flatter son vice
dominant.

FAILLOUSE, s. f. Le jeu de la bloquette,--dans l'argot des écoliers.

FAÎNE, s. f. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des ouvriers, qui pour
trouver cette analogie, ont dû se reposer _sub tegmine fagi_.

FAININ, s. m. Liard,--qui est une petite faîne.

FAIRE, s. m. Façon d'écrire ou de peindre,--dans l'argot des gens de
lettres et des artistes.

FAIRE, v. a. Dépecer un animal,--dans l'argot des bouchers, qui _font_ un
veau, comme les vaudevillistes un _ours_.

FAIRE, v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante,
pour y offrir des marchandises,--dans l'argot des commis voyageurs et des
petits marchands.

FAIRE, v. n. _Cacare_,--dans l'argot à moitié chaste des bourgeois.

_Faire dans ses bas._ Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en
enfance; ne plus savoir ce qu'on fait.

FAIRE, v. n. Jouer,--dans l'argot des bohèmes.

_Faire son absinthe._ Jouer son absinthe contre quelqu'un, afin de la
boire sans la payer.

On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

FAIRE, v. n. Travailler, être ceci ou cela,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire dans l'épicerie._ Être épicier.

_Faire dans la banque._ Travailler chez un banquier.

FAIRE, v. a. Voler, et même Tuer,--dans l'argot des prisons.

_Faire le foulard._ Voler des mouchoirs de poche.

_Faire des poivrots_ ou _des gavés_. Voler des gens ivres.

_Faire une maison entière._ En assassiner tous les habitants sans
exception et y voler tout ce qui s'y trouve.

FAIRE (Le), v. a. Réussir,--dans l'argot du peuple, qui emploie
ordinairement ce verbe avec la négative, quand il veut défier ou se
moquer. Ainsi: _Tu ne peux pas le faire_, signifie: Tu ne me supplanteras
pas,--tu ne peux pas lutter de force et d'esprit avec moi,--tu ne te
feras jamais aimer de ma femme,--tu ne deviendras jamais riche, ni
beau,--etc., etc. Comme quelques autres du même argot, ce verbe,
essentiellement parisien, est une selle à tous chevaux.

FAIRE (Se), v. réfl. S'habituer,--dans l'argot des bourgeois.

_Se faire à quelque chose._ Y prendre goût.

_Se faire à quelqu'un._ Perdre de la répugnance qu'on avait eue d'abord
à le voir.

FAIRE (Se). Se bonifier,--dans l'argot des marchands de vin.

FAIRE ACCROCHER (Se). Se faire mettre à la salle de police,--dans l'argot
des soldats.

FAIRE A LA RAIDEUR (La). Se montrer raide, exigeant, dédaigneux,--dans
l'argot des petites dames.

Elles disent de même: _La faire à la dignité_, ou _à la bonhomie_, ou _à
la méchanceté_, etc.

FAIRE ALLER, v. a. Se moquer de quelqu'un, le berner,--dans l'argot du
peuple.

FAIRE A L'OSEILLE (La), v. a. Jouer un tour désagréable à
quelqu'un,--dans l'argot des vaudevillistes.

L'expression sort d'une petite gargote de cabotins de la rue de Malte,
derrière le boulevard du Temple, et n'a que quelques années. La maîtresse
de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l'oseille, où
il y avait souvent plus d'oseille que d'œufs. Un jour elle servit une
omelette... sans œufs.--«Ah! cette fois, tu nous la fais trop à
l'oseille,» s'écria un cabotin. Le mot circula dans l'établissement, puis
dans le quartier; il est aujourd'hui dans la circulation générale.

FAIRE AU MÊME, v. a. Tromper, prendre sa revanche de quelque chose,--dans
l'argot du peuple.

Il dit aussi _Refaire au même_.

FAIRE BAISER (Se). Se faire arrêter ou _engueuler_,--dans le même argot.

On dit aussi _Se faire choper_.

FAIRE BALAI NEUF, v. n. Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se
soutenir,--dans le même argot.

FAIRE BRÛLER MOSCOU. Faire un punch monstre,--dans l'argot des soldats,
qui connaissent tous, par ouï-dire, les belles flammes qui s'échappaient,
le 29 septembre 1812, de l'antique cité des czars, brûlée par Rostopchin.

FAIRE CABRIOLET. Se traîner sur le cul, comme les chiens lorsqu'ils
veulent se torcher. Argot du peuple.

FAIRE CASCADER LA VERTU, v. a. Obtenir d'une femme l'aveu de son amour et
en abuser,--dans l'argot de Breda-Street, d'après _la Belle Hélène_.

FAIRE CELUI QUI... Faire semblant de faire une chose,--dans l'argot du
peuple.

FAIRE CHARLEMAGNE. Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir
donner de revanche,--dans l'argot des joueurs, qui savent ou ne savent
pas leur histoire de France. «Charlemagne (dit Génin en ses _Récréations
philologiques_) garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le
jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires; le joueur
qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne: il fait
Charlemagne:

_Se non è vero_... Je ne demande pas mieux d'en croire Génin, mais
jusqu'ici il m'avait semblé que Charlemagne n'avait pas autant _fait
Charlemagne_ que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu'il y
avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de
Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis... Mais le chevalier de
Cailly avait raison!

FAIRE CORPS NEUF, v. a. _Alvum deponere_,--et le remplir ensuite de
nouveaux aliments.

FAIRE COUCOU. Jouer à se cacher,--dans l'argot des enfants.

FAIRE COULER UN ENFANT, v. a. Prendre un médicament abortif,--dans
l'argot des filles.

FAIRE CUIRE SA TOILE, v. a. Employer les tons rissolés, les grattages,
les ponçages,--dans l'argot des critiques d'art, qui n'ont pas encore
digéré la peinture de Decamps.

FAIRE CUIRE SON HOMARD, v. a. Rougir d'émotion ou d'autre chose,--dans
l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Faire cuire son écrevisse_.

FAIRE DANSER UN HOMME SUR LA PELLE A FEU. Exiger sans cesse de l'argent
de lui, le ruiner,--dans l'argot des petites dames.

On dit aussi _Faire danser sur la poêle à frire_.

FAIRE DE CENT SOUS QUATRE FRANCS, v. a. Dépenser follement son
argent,--dans l'argot des bourgeois, qui ajoutent quelquefois: _Et de
quatre francs rien_.

FAIRE DE LA MUSIQUE. Se livrer à des conversations intempestives sur les
coups. Argot des joueurs.

FAIRE DE LA POUSSIÈRE, v. a. Faire des embarras,--dans l'argot des
petites dames, qui recommandent toujours à leurs cochers d'aller grand
train quand il s'agit de _couper_ une rivale sur le boulevard, ou dans
l'avenue des Champs-Élysées, ou dans les allées du bois de Boulogne.

FAIRE DE L'EAU, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des bourgeois.

Ils disent aussi _Epancher de l'eau_, _Pencher de l'eau_ et _Lâcher de
l'eau_.

FAIRE DE L'OR. Gagner beaucoup d'argent.

Le peuple, lui, dit _Chier de l'or_.

FAIRE DES AFFAIRES, v. a. Faire beaucoup de bruit pour rien, exagérer
l'importance des gens et la gravité des choses,--dans l'argot du peuple,
qui se gausse volontiers des M. Prudhomme.

On dit aussi _Faire des affaires de rien_.

FAIRE DES AFFAIRES (Se), v. réfl. S'attirer des désagréments, des
querelles, des embarras.

FAIRE DES CHOUX ET DES RAVES, v. a. Faire n'importe quoi d'une chose,
s'en soucier médiocrement,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE DES CORDES, v. a. _Difficilimè excernere_,--dans l'argot du peuple,
qui emploie là une expression déjà vieille: _Tu funem cacas?_ dit à
son camarade un personnage d'une comédie grecque traduite en latin.

FAIRE DES CRÊPES, v. a. S'amuser comme il est de tradition de le faire au
Mardi-Gras,--dans l'argot des artistes, gouailleurs de leur nature.

Se dit volontiers pour retenir quelqu'un: «_Rester donc; nous ferons des
crêpes_.»

FAIRE DES GAUFRES. S'embrasser entre grêlés,--dans l'argot du peuple.

FAIRE DES GRÂCES, v. a. Minauder ridiculement.

Signifie aussi: S'étendre paresseusement au lieu de travailler.

FAIRE DES SIENNES, v. a. Faire des folies ou des sottises,--dans l'argot
des bourgeois.

FAIRE DES YEUX DE HARENG, v. a. Crever les yeux à quelqu'un,--dans
l'argot des voleurs.

FAIRE DE VIEUX OS (Ne pas), v. a. Ne pas demeurer longtemps dans un
emploi, dans un logement, etc.

Signifie aussi: N'être pas destiné à mourir de vieillesse, par suite de
maladie héréditaire ou de santé débile.

FAIRE DU LARD, v. a. Dormir; se prélasser au lit,--dans l'argot du
peuple, à qui les exigences du travail ne permettront jamais
d'engraisser.

_Aller faire du lard._ Aller se coucher.

FAIRE DU PAPIER MARBRÉ, v. a. Avoir la mauvaise habitude de se réchauffer
les pieds avec un _gueux_,--dans l'argot du peuple, qui a eu maintes fois
l'occasion de constater les inconvénients variqueux de cette habitude
familière aux marchandes en plein vent, aux portières, et généralement à
toutes les femmes trop pauvres pour pouvoir employer un autre mode de
chauffage que celui-là.

FAIRE ÉCLATER LE PÉRITOINE (S'en). Manger ou boire avec excès,--dans
l'argot des étudiants.

FAIRE ENSEMBLE, v. n. Jouer ou manger ensemble,--dans l'argot des
écoliers, qui prêtent quelquefois cette expression aux grandes personnes.

FAIRE FEU, v. a. Boire,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont des
_canons_ pour verres.

FAIRE JACQUES DÉLOGE, v. n. Partir précipitamment sans payer son terme ou
sans prendre congé de la compagnie,--dans l'argot du peuple.

FAIRE LA BALLE ÉLASTIQUE. Manquer de vivres,--dans l'argot des voleurs,
que cela doit faire _bondir_.

FAIRE LA BARBE, v. a. Se moquer de quelqu'un, lui jouer un vilain
tour,--dans l'argot du peuple.

FAIRE LA BÊTE, v. a. Faire des façons.

On dit aussi _Faire l'âne pour avoir du son_.

FAIRE LA GRANDE SOULASSE, v. a. Assassiner,--dans l'argot des voleurs.

FAIRE LA GRASSE MATINÉE, v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à
rêvasser,--dans l'argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce
luxe.

FAIRE LA MANCHE, v. a. Faire la quête,--dans l'argot des saltimbanques.

FAIRE LA PLACE POUR LES PAVÉS A RESSORTS. Faire semblant de chercher de
l'ouvrage et prier le bon Dieu de ne pas en trouver,--dans l'argot des
ouvriers, ennemis-nés des paresseux.

FAIRE LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS. Être le maître quelque part; avoir une
grande influence dans une compagnie, dans un atelier. Argot des
bourgeois.

FAIRE LA RETAPE, v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des
boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bien _retapée_ en un mot,
pour y faire la chasse à l'homme. Argot des filles et des souteneurs.

FAIRE L'ARTICLE, v. a. Vanter sa marchandise,--dans l'argot des
marchands. Parler de ses titres littéraires,--dans l'argot des gens de
lettres. Faire étalage de ses vices,--dans l'argot des petites dames.

FAIRE LA SOURIS, v. n. Enlever délicatement et sans bruit son argent à un
homme au moment où il doit y penser le moins,--dans l'argot des petites
dames qui ne craignent pas d'ajouter le vol au vice.

FAIRE LA TORTUE. Jeûner,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens,
qui font allusion à l'abstinence volontaire ou forcée à laquelle
l'intéressant _testudo_ est astreint pendant des mois entiers.

FAIRE LA VIE, v. n. Se débaucher, courir les gueuses, ou avoir de
nombreux amants, selon le sexe,--dans l'argot des bourgeois, qui pensent
peut-être que c'est plutôt _défaire sa vie_.

FAIRE LE BON FOURRIER, v. n. C'est, dans un repas, servir ou découper de
façon à ne pas s'oublier soi-même.

_Faire le mauvais fourrier._ Servir ou découper de façon à contenter tout
le monde excepté soi-même.

FAIRE LE BOULEVARD, v. n. Se promener, en toilette provocante et en
tournure exagérée, sur les boulevards élégants,--dans l'argot de
Breda-Street, qui est l'écurie d'où sortent chaque soir, vers quatre
heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc.

On dit aussi _Faire la rue_ ou _Faire le trottoir_.

FAIRE LE CUL DE POULE, v. n. Faire la moue en avançant les lèvres et en
les pressant,--dans l'argot du peuple.

FAIRE L'ÉCUREUIL. Faire une besogne inutile, marcher sans avancer,--dans
le même argot.

FAIRE L'ÉGARD. Détourner à son profit partie d'un vol.

On disait autrefois _Ecarter_,--ce qui est faire son _écart_.

FAIRE LE GRAND, v. a. _Alvum deponere_,--dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussi _Faire le grand tour_.

FAIRE LE LÉZARD, v. n. S'étendre au soleil et y dormir ou y rêver,--dans
l'argot des bohèmes et du peuple.

FAIRE LE MOUCHOIR, v. a. Voler une idée de drame, de vaudeville ou de
roman,--dans l'argot des gens de lettres.

FAIRE LE PETIT, v. a. _Meiere_;--dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussi _Faire le petit tour_.

FAIRE LE PLONGEON, v. a. Se confesser _in extremis_--dans l'argot du
peuple, qui a horreur de l'eau.

C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert: «Sans
moi, dit-il, il faisait le plongeon.»

FAIRE L'OEIL DE CARPE. Rouler les yeux de façon à n'en montrer que le
blanc,--dans l'argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à
penser aux hommes.

FAIRE MAL. Faire pitié,--dans l'argot des faubouriens et des filles, qui
disent cela avec le plus grand mépris possible. _Ah! tu me fais mal!_ est
d'une éloquence à nulle autre pareille: on a tout dit quand on a dit
cela.

FAIRE MOURIR (S'en). Désirer ardemment une chose,--dans l'argot du
peuple.

S'emploie d'ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou
exagérée: _Ah! tu t'en ferais mourir!_ C'est le refrain d'une chanson
récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est
en train de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.

FAIRE NONNE. Prêter la main à un vol,--dans l'argot des prisons.

FAIRE PASSER LE GOÛT DU PAIN. Tuer quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Perdre le goût du pain_, pour Mourir.

FAIRE PATROUILLE. Se débaucher de compagnie, courir les rues après minuit
avec des libertins et des ivrognes.

FAIRE PEAU NEUVE. S'habiller à neuf.

FAIRE PÉTER LE CYLINDRE (S'en). Se dit, dans l'argot des faubouriens, de
toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui
pourrait faire éclater un homme,--c'est-à-dire le tuer.

On dit aussi _S'en faire péter la sous-ventrière_.

FAIRE PETITE CHAPELLE, v. n. Se chauffer comme ont la pernicieuse
habitude de le faire les femmes du peuple, qui s'exposent ainsi à des
maladies variqueuses.

FAIRE PIEDS NEUFS, v. a. Accoucher d'un enfant,--dans l'argot du peuple,
qui se souvient, sans l'avoir lu, du livre Ier, chap. VI, de
_Gargantua_.

FAIRE PLEURER SON AVEUGLE. _Meiere_,--dans l'argot des faubouriens.

FAIRE RAMASSER (Se). Se faire arrêter,--dans l'argot des voleurs et des
filles.

FAIRE SA BALLE, v. a. Suivre les instructions ou les conseils de
quelqu'un,--dans l'argot des prisons.

FAIRE SALUER LE POLICHINELLE. Réussir, faire mieux que les autres,--dans
l'argot des faubouriens. C'est une allusion aux tirs à l'arbalète des
fêtes publiques, où, quand on met dans le mille, on voit sortir et saluer
une tête de Turc quelconque.

FAIRE SA SOPHIE, v. n. Se scandaliser à propos d'une conversation un peu
libre, montrer plus de sagesse qu'il ne convient.

On dit aussi _Faire sa poire_, _Faire sa merde_, et _Faire son
étroite_,--dans l'argot des voyous.

FAIRE SAUTER LA COUPE. Battre les cartes de façon à toujours amener le
roi,--dans l'argot des _grecs_.

FAIRE SAUTER LE SYSTÈME (Se), v. réfl. Se brûler la cervelle,--dans
l'argot des faubouriens.

FAIRE SES CHOUX GRAS DE QUELQUE CHOSE. En faire ses délices, s'en
arranger,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE SES FRAIS, v. a. Emmener un homme du Casino,--dans l'argot des
petites dames, à qui leur toilette de combat coûterait bien cher si elles
étaient forcées de la payer.

FAIRE SES FRAIS, v. a. Réussir à plaire à une jolie femme un peu
légère,--dans l'argot des libertins, qui sèmeraient en vain leur esprit
et leur amabilité s'ils ne semaient en même temps quelques gouttes de
«boue jaune».

FAIRE SES ORGES, v. a. Faire des profits illicites,--dans l'argot du
peuple.

FAIRE SES PETITS PAQUETS, v. a. Être à l'agonie,--dans l'argot des
infirmiers, qui ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les
ramènent vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les
gagne.

FAIRE SON CAMBRONNE. _Cacare_,--dans l'argot dédaigneux des duchesses du
faubourg Saint-Germain, qui disent cela depuis l'apparition des
_Misérables_ de Victor Hugo.

FAIRE SON DEUIL D'UNE CHOSE. La considérer comme perdue, s'en
passer,--dans l'argot du peuple.

FAIRE SON MICHAUD, v. a. Dormir,--dans le même argot.

FAIRE SON TEMPS, v. a. Rester en prison ou au bagne pendant un nombre
déterminé de mois ou d'années, à l'expiration duquel on est libre.

--Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on est
tombé à la conscription.

FAIRE SUER, v. a. Tuer.--dans l'argot des escarpes, qui d'un coup de
surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang.

--_Faire suer un chêne._ Tuer un homme.

FAIRE TOMBER LE ROUGE. Avoir l'inconvénient de la bouche--dans l'argot
des comédiens, à qui _l'émotion inséparable_ donne souvent cette
_infirmité_ passagère.

FAIRE UN DIEU DE SON VENTRE, v. a. Ne songer qu'à bien manger et à bien
boire,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE UNE BELLE JAMBE. Ne servir à rien,--dans l'argot du peuple, qui
emploie cette expression ironiquement et à propos de n'importe quoi. _Ça
lui fait une belle jambe!_

La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le même sens: _J'en
suis bien plus grasse!_

FAIRE UNE COMMISSION, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des
bourgeoises.

FAIRE UNE COQUILLE DE BERGERAC, v. a. Se dit,--dans l'argot des
tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet
ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l'air
et _poignardent le ciel_.

C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.

FAIRE UNE ENTRÉE DE BALLET, v. a. Entrer quelque part sans saluer,--dans
l'argot des bourgeois, amis des bienséances.

FAIRE UNE FEMME, v. n. Nouer une intrigue amoureuse avec elle,--dans
l'argot des étudiants.

FAIRE UNE FIN, v. n. Se marier,--dans l'argot des viveurs, qui finissent
par où les gens rangés commencent, et qui ont lieu de s'en repentir.

FAIRE UNE MOULURE, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des
menuisiers.

FAIRE UNE TÊTE (Se). Se grimer d'une manière caractéristique, suivant le
type du personnage à représenter. Argot des coulisses.

Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.

FAIRE UN HOMME, v. n. Se faire emmener du bal par un noble inconnu,
coiffeur ou banquier. Argot des petites dames.

FAIRE UN PLI (Ne pas). Aller tout seul,--dans l'argot du peuple.

FAIRE UN TASSEMENT, v. a. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu
d'un repas,--dans l'argot des bohèmes.

On dit aussi _Faire un trou_.

FAIRE UN TROU A LA LUNE. Faire faillite, enlever la caisse de son patron
et se réfugier en Belgique. Argot du peuple.

FAISANDER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens, qui ne
se font aucun scrupule d'assimiler l'homme au gibier.

Ils disent aussi _S'avarier_.

FAISANT, s. m. Camarade, copain,--dans l'argot du collège, où l'on
éprouve le besoin d'avoir un second soi-même, un confident des premières
joies et des premières douleurs, un ami qui fasse vos thèmes et de qui
l'on _fasse_ les billes et les confitures.

FAISEUR, s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus,
moitié escroc et moitié brasseur d'affaires, Mercadet en haut et Robert
Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de
Clichy là--coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il
réussit. Argot des bourgeois.

FAISEUR D'OEIL, s. m. Lovelace qui jette l'hameçon de son regard amorcé
d'amour sur toutes les femmes qu'il suppose appelées à y mordre.

L'expression est de Nestor Roqueplan.

FALOURDE, s. f. Le double-six,--dans l'argot des joueurs de dominos.

On l'appelle aussi le _Bateau à charbon_ et l'_Ami_.

FALOURDE ENGOURDIE, s. f. Cadavre,--dans l'argot des voyous.

FAMEUX, s. m. Homme solide de bras et de cœur,--dans l'argot du peuple.

FAMEUX, EUSE, adj. Excessif, énorme, dans le sens péjoratif.

_Un fameux paillard._ Un paillard consommé.

_Une fameuse bévue._ Une bévue colossale.

Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent, en parlant
des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de l'entendre
prononcer ainsi: _P, h, a, pha, fameux!_ C'est le _nec plus ultra_ de
l'admiration populaire.

FANAL, s. m. La gorge,--dans l'argot des faubouriens.

_S'éclairer le fanal._ Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.

On dit aussi _Fanon_, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à l'homme
par l'homme.

FANANDEL, s. m. Frère, ami, compagnon,--dans l'argot des prisons.

_Grands fanandels._ Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée
en 1816, «à la suite d'une paix qui mettait tant d'existences en
question», d'après Honoré de Balzac.

FANFAN, s. f. Jeune fille,--dans l'argot du peuple, qui a parfois la
parole caressante, s'il a la main rude.

Se dit aussi d'un enfant quelconque.

FANFAN BENOITON, s. m. Petit garçon de manières et d'un langage au-dessus
de son âge,--dans l'argot des gens de lettres, par allusion au petit
personnage de la comédie de M. Victorien Sardou (1865-1866). C'est le
pendant de _Fouyou_.

FANFARER, v. n. et a. Faire des réclames à une pièce ou à un livre, à une
danseuse ou à un chien savant,--dans l'argot des gens de lettres.

FANFE, s. f. Tabatière,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Fonfe_.

FANFOUINER, v. n. Priser,--dans l'argot des voyous.

FANFOUINEUR, s. m. Priseur.

FANTAISIE, s. f. Caprice amoureux,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on
est très fantaisiste.

FANTAISISME, s. m. Ecole littéraire antagoniste du Réalisme. C'est le
dévergondage à la quinzième puissance, c'est l'extravagance chauffée à
une douzaine d'atmosphères. La littérature d'autrefois a connu cette
infirmité de l'esprit, cette maladie de l'imagination, mais à l'état
d'exception; la littérature d'aujourd'hui a moins de santé, mais il faut
espérer qu'elle n'en mourra pas.

FANTAISISTE, s. et adj. Ecrivain pyrotechnicien, plus fier de parler aux
yeux que de s'adresser à l'esprit, plus amoureux des fulgurants effets de
style que bon observateur des règles du bien dire, et, comme tel, destiné
à durer autant qu'un feu d'artifice: fusées tombées, fusées mortes!

FANTASIA, s. t. Caprice, lubie, fantaisie,--dans l'argot du peuple.

FARAUD, s. m. Monsieur,--dans l'argot des voleurs et du peuple, qui ont
remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l'air _fiérot_.

A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces
vers cités par Francisque Michel:

    «Monsieur, faut vous déclarer
    Que c'est une femme effrontée
    Qui fit son homme assassiner
    Par son faraud...»

_Faire son faraud_. Se donner des airs de gandin quand on est simple
garçon tailleur, ou s'endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

FARAUDEC, s. f. Mademoiselle,--dans l'argot des voleurs.

FARAUDÈNE, s. f. Madame,--dans l'argot des voleurs, qui disaient
autrefois _faraude_.

FARCE, adj. Amusant, grotesque,--dans l'argot du peuple.

_Chose farce._ Chose amusante.

_Homme farce._ Homme grotesque.

_Être farce._ Avoir le caractère joyeux; être ridicule.

FARCE, s. f. Plaisanterie en paroles ou en action,--dans l'argot du
peuple, qui a été souvent la victime de farces sérieuses de la part de
farceurs sinistres.

FARCES, s. f. pl. Actions plus ou moins répréhensibles, justiciables de
la Morale ou de la Police correctionnelle.

_Faire des farces._ Faire des dupes; tromper des actionnaires par des
dividendes fallacieux.

_Avoir fait ses farces._ Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand
nombre d'amants.

FARCEUR, s. m. Homme d'une moralité équivoque, qui jongle avec les choses
les plus sacrées et se joue des sentiments les plus respectables;
débiteur qui restera toujours volontairement insolvable; amant qui
exploitera toujours la crédulité--et la bourse--de ses maîtresses, etc.,
etc.

FARCEUSE, s. f. Femme ou fille qui ne prend au sérieux rien ou personne,
pas plus l'amour que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui
se dit, comme Louis XV: «Après moi le déluge!»

FARD, s. m. Mensonge, broderie ajoutée à un récit,--dans l'argot du
peuple.

_Sans fard._ De bonne foi.

FARD, s. m. Rougeur naturelle du visage.

_Avoir un coup de fard._ Rougir subitement, sous le coup d'une émotion ou
de l'ébriété.

FARDER (Se), v. réfl. Se griser,--par allusion aux rougeurs que l'ivresse
amène sur le visage en congestionnant le cerveau.

FAR-FAR, adv. Vite, promptement,--dans l'argot des voleurs.

FARFOUILLER, v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour
le trouver. Argot du peuple.

FARFOUILLEUR, adj. et s. Homme qui se plaît, comme Tartufe, à s'approcher
plus qu'il ne convient des robes des femmes, afin de s'assurer que
l'étoffe en est moelleuse.

FARGUE, s. f. Charge, poids,--dans l'argot des voleurs, qui doivent avoir
emprunté cette expression aux marins.

FARGUEMENT, s. m. Chargement.

FARGUER, v. a. Charger.

Signifie aussi Rougir.

FARGUEUR, s. m. Chargeur.

FARIBOLE, s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.

On disait autrefois et on dit encore quelquefois _Falibourde_.

FARINEUX, adj. Excellent, parfait,--dans l'argot des faubouriens, pour
qui il n'y a rien au-dessus du pain, si ce n'est la brioche.

FATIGUE, s f. Le travail du bagne.

FATIGUER, v. n. et act. Salir un livre à force de le consulter,--dans
l'argot des relieurs.

FAUBOURIEN, s. m. Homme mal élevé, grossier, dans l'argot des bourgeois,
qui voudraient bien être un peu plus respectés du peuple qu'ils ne le
sont.

FAUCHANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Faucheux_.

FAUCHÉ (Être). Être guillotiné au bagne.

FAUCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,--dans l'argot des voleurs.

FAUCHER, v. a. Couper,--dans le même argot, où on emploie ce verbe au
propre et au figuré.

_Faucher le colas._ Couper le cou.

_Faucher dans le pont._ Donner aveuglément dans un piège.

_Faucher le grand pré._ Être au bagne.

FAUCHER LE PERSIL, v. a. Se promener, en toilette «esbrouffante», sur les
trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs
souteneurs.

On dit aussi _Cueillir le persil_, _Aller au persil_, et _Persiller_.

FAUCHEUR, s. m. Le bourreau,--dans l'argot des prisons où l'allégorie du
Temps est une sinistre réalité.

FAUCHEUX, s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes du
_Phalangium_,--dans l'argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui
aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d'une injure ou tout au
moins d'une épigramme.

FAUCHURE, s. f. Coupure.

FAUSSE-COUCHE, s. f. Homme raté, sans courage, sans vertu, sans talent,
sans quoi que ce soit,--dans l'argot du peuple.

FAUTER, v. n. Commettre une faute,--dans le même argot.

FAUX-BOND, s. m. Manque de parole,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire faux-bond à l'échéance._ N'être pas en mesure de payer.

FAUX-COL, s. m. La mousse d'une chope de bière,--dans l'argot des
faubouriens.

FAVEURS, s. f. pl. La preuve matérielle qu'une femme donne de son amour à
un homme,--dans l'argot des bourgeois, qui ne se contenteraient pas,
comme les galants d'autrefois, de rubans, de boucles et de nœuds d'épée.

_Avoir eu les faveurs d'une femme._ Avoir été son amant.

FAVORI D'APOLLON, s. m. Poëte estimable,--dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussi _Favori des Muses_.

FAVORI DE MARS, s. m. Guerrier heureux en batailles,--dans le même argot.

On dit aussi _Favori de Bellone_.

FAVORI D'ESCULAPE, s. m. Médecin heureux en malades,--dans le même argot.

FAYOTS, s. m. pl. Légumes en général, haricots, lentilles, ou fèves,
_fayols_,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.

_Le cap Fayot._ Moment de la traversée où l'équipage, ayant épuisé les
provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes secs. C'est ce
qu'on appelle alors _Naviguer sous le cap Fayot_.

FÉCALITÉS, s. f. pl. Laideurs sociales, ordures morales,--dans l'argot
des gens de lettres.

Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.

FÉE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers, qui ne savent pas dire
si vrai en disant si poétiquement.

FÉE-BOSSE, s. f. Femme vieille, laide, acariâtre. On dit aussi _Fée
Carabosse_.

FEIGNANT, s. et adj. Fainéant,--dans l'argot du peuple, qui parle plus
correctement qu'on ne serait tenté à première vue, de le supposer,
_feignant_ venant du verbe _feindre_, racine de _fainéantise_, qu'on
écrivait autrefois _faintise_.

Signifie aussi Poltron, lâche, et c'est alors une suprême
injure,--l'_ignavus_ de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car _fainéant_ ne
rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même énergie et
ne contient pas autant de mépris.

FÊLER (Se), v. réfl. Donner des preuves de folie, faire des
excentricités,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent la boîte
osseuse pour une faïence.

On dit aussi _Avoir la tête fêlée_.

FELOUSE, s. f. Prairie,--dans l'argot des voleurs, qui ont seulement
démarqué la première lettre du mot généralement employé.

FEMELLE, s. f. Femme, épouse,--dans l'argot des ouvriers, qui se
considèrent comme des mâles et non comme des hommes.

L'expression,--toujours employée péjorativement,--a des chevrons,
puisqu'on la retrouve dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa
maîtresse, la petite lingère du Palais, dit:

    «Incontinent, desloyalle femelle,
    Que j'auray faict et escrit ton libelle,
    Entre les mains le mettray d'une femme
    Qui appelée est Renommée, ou Fame,
    Et qui ne sert qu'à dire par le monde
    Le bien ou mal de ceux où il abonde.»

FEMME DE LA TROISIÈME CATÉGORIE, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans
l'argot des faubouriens, qui ont saisi avec empressement, il y a quelques
années, les analogies que leur offraient les divisions officielles de la
viande de boucherie.

FEMME DU QUARTIER, s. f. Grisette qui a la spécialité de l'étudiant et
qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de
peur de déplaire à Paul de Kock.

On dit aussi _Femme de l'autre côté_ (sous-entendu: _de la Seine_).

FEMME DU RÉGIMENT, s. f. La grosse caisse,--dans l'argot des soldats.

FEMME ENTRETENUE, s. f. Fille ou femme qui croit que la vertu est un
«meuble inutile» et qui préfère acheter les siens à _tant par amant_.

Les Belges disent _Une entretenue_.

FENDANT, s. m. Homme qui marche d'un air conquérant, le chapeau sur le
coin de l'oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur
la hanche, et de la droite manœuvrant une canne,--qui n'effraie
personne.

Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve
ce passage de la _Macette_ de Mathurin Regnier:

    «N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,
    Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,
    Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

_Faire son fendant._ Se donner des allures de matamore.

On dit aussi _Fendart_.

FENDEUR DE NASEAUX, s. m. Faux brave, qui fait plus de bruit que de
besogne.

On dit aussi, et plus élégamment, _Casse-gueule_.

FENDRE (Se), v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup
d'argent, _s'ouvrir_,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Se dévouer.

_Se fendre à s'écorcher._ Pousser à l'excès la prodigalité.

FENDRE L'ARCHE, v. a. Importuner, ennuyer,--dans le même argot.

_Tu me fends l'arche!_ est une des exclamations que les étrangers sont
exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.

FENDRE L'ERGOT. S'enfuir,--dans l'argot du peuple, fidèle aux vieilles
traditions.

On dit aussi, mais moins, _Bander l'ergot_.

FENÊTRIÈRE, s. f. Fille qui fait le trottoir par sa fenêtre.

FENOUSE, s. f. Prairie,--dans l'argot des voleurs.

FER CHAUD, s. m. Le pyrosis,--dans l'argot du peuple, qui, ne connaissant
pas le nom grec à donner à cette affection, emploie une expression fort
simple et très caractéristique de la douleur cruelle qu'elle occasionne à
l'estomac.

FERLAMPIER, s. m. Homme à tout faire, excepté le bien,--dans l'argot des
voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des
honnêtes gens, en le dénaturant un peu.

FERLAMPIER, s. m. Pauvre diable, misérable,--dans l'argot du peuple.

FERLINGANTE, s. f. Verrerie, faïencerie,--dans l'argot des voleurs.

FERME, s. f. Décor de fond, dans la composition duquel entre une
charpente légère qui permet d'y établir des portes praticables. Argot des
machinistes.

FERMER, v. a. et n. Attacher solidement, rendre _ferme_,--dans l'argot
des coulisses, où l'on emploie ce verbe à propos de décors.

FERRÉ A GLACE (Être). Savoir parfaitement son métier ou sa leçon,--dans
l'argot des bourgeois.

FERS, s. m. pl. Le forceps,--dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas
le nom latin de l'instrument inventé par Palfyn.

FERTANGE ou FERTILLE, s. f. Paille,--dans l'argot des voleurs.

FERTILLIERS, s. m. pl. Blés,--les graminées _fertiles_ par excellence.

FESSE, s. f. Femme, _moitié_,--dans l'argot des faubouriens.

FESSÉE, s. f. Correction paternelle ou maternelle comme celle dont
Jean-Jacques Rousseau avait conservé un si agréable souvenir.

FESSE-MATHIEU, s. m. Avare, usurier,--dans l'argot du peuple.

FESSER, v. a. et n. Fouetter avec des verges ou avec la main les parties
charnues que l'homme a le plus sensibles et sur lesquelles il ne manque
jamais de tomber quand il glisse.

Le verbe est vieux. On trouve dans les _Chansons_ de Gautier Garguille:

    «Fessez, fessez, ce dist la mère,
    La peau du cul revient toujours.»

Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction
maternelle: Faire promptement une chose.

_Fesser la messe._ La dire promptement.

FESSER LE CHAMPAGNE, v. n. Boire des bouteilles de vin de
champagne,--dans l'argot des viveurs.

Du temps de Rabelais on disait _Fouetter un verre_.

FESSES, s. f. pl. Grosses joues,--dans l'argot des faubouriens.

FESSIER, s. m. Les _nates_,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de
parler comme Mathurin Régnier:

    «Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant,
    Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»

a dit le grand satirique.

FESSU, adj. Qui a de grosses fesses.

FESTILLANTE, s. f. Queue d'animal,--par exemple du chien, qui fait _fête_
à son maître en remuant la sienne.

Le mot est de l'argot des voleurs.

FESTINER, v. n. Boire et manger à ventre déboutonné,--dans l'argot du
peuple.

FESTONNER, v. n. Être en état d'ivresse et décrire en marchant des
zigzags dont s'amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom
de la Raison et de la Dignité humaine outragées.

FESTOYER, v. n. Dîner copieusement en joyeuse compagnie.

FÊTE DU BOUDIN, s. f. Le 25 décembre, fête de Noël,--dans l'argot du
peuple, qui, ce jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Journal littéraire sans autorité,--dans l'argot
des gens de lettres.

On dit aussi _Carré de papier_.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Guêtre de cuir,--dans l'argot des troupiers.

FEUILLES DE CHOU, s. f. pl. Les oreilles,--dans l'argot des bouchers.

On dit aussi _Esgourdes_ et _Maquantes_.

FIASCO, s. m. Insuccès,--dans l'argot des coulisses et des petits
journaux.

_Faire fiasco._ Échouer dans une entreprise amoureuse; avoir sa pièce
sifflée; faire un mauvais article.

Se dit aussi pour Manquer de parole.

FICELER, v. a. et n. Faire avec soin,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: S'habiller correctement, «se tirer à quatre épingles».

FICELLE, s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel
ou tel résultat,--dans l'argot des artistes et des ouvriers.

FICELLE, adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d'affaire,--dans
l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de
Cadet-Rousselle:

    «Cadet Rousselle a trois garçons,
    L'un est voleur, l'autre est fripon,
    Le troisième est un peu ficelle...»

_Cheval ficelle._ Cheval qui «emballe» volontiers son monde,--dans
l'argot des maquignons.

FICELLES, s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper,--dans l'argot du
peuple.

FICELLES, s. f. pl. «Les procédés épuisés et les conventions
classiques,»--dans l'argot des gens de lettres.

FICELLIER, s. m. Homme rusé, retors, qui vit d'expédients.

FICHAISE, s. f. Chose de peu d'importance,--dans l'argot des bourgeois,
qui n'osent pas dire _Foutaise_.

FICHANT, adj. Ennuyeux, désagréable,--en parlant des choses et des gens.

FICHE DE CONSOLATION, s. f. Compensation, dédommagement.

FICHER, v. n. Faire, convenir, importer.

Une remarque en passant: On écrit _Ficher_, mais on prononce _Fiche_, à
l'infinitif.

FICHER, v. a. Donner.

Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.

FICHER (Se), v. réfl. S'habiller de telle ou telle façon.

_Se ficher en débardeur._ Se costumer en débardeur.

FICHER (Se), v. réfl. Se moquer.

_Se ficher du monde._ N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.

_Je t'en fiche!_ Se dit comme pour défier quelqu'un de faire telle ou
telle chose.

FICHER (Se), v. réfl. Se mettre dans l'esprit.

FICHER LE CAMP, v. a. S'en aller, s'enfuir.

Le peuple dit: _Foutre le camp_.

FICHER SON BILLET (En). Donner mieux que sa parole, faire croire qu'on y
engagerait même sa signature.

Le peuple dit _En foutre son billet_.

FICHTRE! Exclamation de l'argot des bourgeois, qui remplace _Foutre_! et
marque l'étonnement, quand elle ne marque pas la colère.

FICHU, adj. Perdu, en parlant des choses; à l'agonie, en parlant des
gens. Même argot.

Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop
bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit fichu de mademoiselle Du
Plessis!»

FICHU, adj. Détestable, archi-mauvais,--en parlant des choses et des
gens.

_Fichu livre._ Livre mal écrit.

_Fichu raisonnement._ Raisonnement faux.

_Fichue connaissance._ Triste amant ou désagréable maîtresse.

FICHU, adj. Capable de.

FICHU, adj. Habillé.

_Être mal fichu_, Être habillé sans soin, sans grâce.

On dit aussi _Être fichu comme un paquet de sottises_ ou _comme un paquet
de linge sale_.

Signifie quelquefois: Être mal fait, mal bâti, et même malade.

FIENTER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot du peuple, toujours rabelaisien.

FIER, adj. Gris, un peu _raide_,--dans l'argot des faubouriens.

FIER, adj. Etonnant, inouï,--dans l'argot du peuple, qui prend ce mot
plutôt dans le sens virgilien (_Sævus Hector_: le redoutable Hector) que
dans le sens cicéronien (_Superbus_).

    «Là véissiés un fier abateis;
    Il n'a el monde païen ne sarasin,
    S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»

dit un poème du moyen âge.

Signifie aussi Habile, malin.

FIER-A-BRAS, s. m. Fanfaron, bravache, qui menace de tout casser,--et qui
est souvent obligé de _se la casser_.

FIÈREMENT, adv. Beaucoup, _étonnamment_.

FIÉROT, adj. et s. Homme un peu fier.

FIEU, s. m. Enfant,--dans l'argot des nourrices.

FIÈVRE CÉRÉBRALE, s. f. Condamnation à mort,--dans l'argot des assassins,
à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le
_delirium tremens_.

FIFI, s. m. Vidangeur,--dans l'argot ironique du peuple, qui tire aussi
bien sur ses propres troupes que sur les autres, le Bourgeois et le
Monsieur.

FIFI-LOLO, s. m. Homme qui fait la bête ou l'enfant,--dans l'argot des
faubouriens.

FIFINE. Réduplication caressante de _Joséphine_.

FIFRELIN, s. m. Monnaie imaginaire fabriquée par le peuple et valant pour
lui cent fois moins que rien.

FIGARO, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des bourgeois qui ont gardé bon
souvenir du _Barbier de Seville_, le premier coup de pioche de la
Révolution.

FIGER (Se), v. réfl. Avoir froid,--dans l'argot du peuple.

FIGNARD, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des voyous.

FIGNOLADE, s. f. Roulade à perte de vue, vocalise infiniment
prolongée,--dans l'argot des coulisses.

FIGNOLER, v. a. Achever avec soin, _finir_ avec amour,--dans l'argot des
ouvriers et des artistes.

Certain étymologiste veut que ce mot signifie: «Exécuter avec _fions_.»
C'est possible, mais j'ai entendu souvent prononcer _Finioler_: or, la
première personne du verbe _finire_ n'est-elle pas _finio_?--V. aussi
_Fionner_.

FIGURATION, s. f. Les figurants,--dans l'argot des coulisses.

FIGURE s. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-feu,--dans l'argot des
faubouriens.

_Demi-figure._ Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.

FIGURE (Ma), pron. pers. Moi, ma personne,--dans le même argot.

FIGURE DE CAMPAGNE, s. f. Celle qu'on ne montre, ou plutôt qu'on ne
découvre, qu'à la campagne, au coin d'une haie bien fournie, ou à l'ombre
d'un hêtre touffu, lorsqu'on se croit bien seul dans la nature. Argot du
peuple.

(V. _Pleine lune_ et _Visage_.)

FIGURE DE PROSPÉRITÉ, s. f. Visage qui annonce la santé.

FIGURER, v. n. Paraître comme comparse sur un théâtre, à raison de vingt
sous par soirée quand on est homme et pauvre, et pour rien quand on est
femme et jolie.

FIGURER, v. n. Être exposé au poteau d'infamie,--dans l'argot des
voleurs, qui paraissent là comme des _figurants_ sur un théâtre.

FIL, s. m. Adresse, habileté,--dans l'argot du peuple, qui assimile
l'homme à un couteau et l'estime en proportion de son acuité.

_Avoir le fil._ Savoir comment s'y prendre pour conduire une affaire.

_Connaître le fil._ Connaître le _truc_.

On dit aussi d'une personne médisante ou d'un beau parieur:

_C'est une langue qui a le fil_.

FILASSE s. f. Cheveux trop blonds,--dans l'argot des faubouriens.

Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la
duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.

«Au deable soit tel filace, Fet li vallés, comme la vostre!»

FILASSE, s. f. Matelas, et même lit,--dans l'argot des faubouriens.

_Se fourrer dans la filasse._ Se mettre au lit.

FIL EN AIGUILLE (De), adv. De propos en propos,--dans l'argot du peuple,
qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Mathurin Régnier:

    «Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,
    De propos en propos et de fil en esguille,
    Se laissant emporter au flus de ses discours,
    Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»

dit le vieux poète en sa _Macette_.

FIL-EN-QUATRE, s. m. Eau-de-vie très forte,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Fil-en-trois_.

FILER, v. a. Suivre un malfaiteur,--dans l'argot des agents de police.
Suivre un débiteur,--dans l'argot des gardes du commerce.

FILER, v. a. Voler,--dans l'argot des voyous.

_Filer une pelure._ Voler un paletot.

FILER, v. n. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

FILER, v. n. _Levare ventris onus_,--dans le même argot.

FILER DOUX, v. n. Ne pas protester,--même lorsqu'il y a lieu; souffrir ce
qu'on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.

    «Comme son lict est feict: que ne vous couchez-vous,
    Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer dous,»

dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.

FILER LE PARFAIT AMOUR, v. n. S'abandonner aux douceurs de l'amour
platonique,--dans l'argot du peuple, qui a des tendresses particulières
pour _Estelle et Némorin_.

FILER SON CABLE PAR LE BOUT, v. a. S'enfuir, et, par extension,
Mourir,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.

FILER SON NOEUD, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans le même argot.

FILER UNE SCÈNE. La conduire avec art,--dans l'argot des vaudevillistes.

On dit de même _Filer une intrigue, une reconnaissance_, etc.

FILER UN MAUVAIS COTON. Être malade et sur le point de mourir,--dans
l'argot du peuple.

Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.

FILER UN SINVE, v. a. Suivre quelqu'un,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Faire la filature_.

FILET COUPÉ (Avoir le). Être extrêmement bavard,--dans l'argot du peuple,
qui, en entendant certains avocats, souhaiterait qu'on ne leur eût pas
incisé le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche.

On dit de même: _Il n'a pas le filet_.

FILET DE VINAIGRE, s. m. Voix aigre et fausse,--dans l'argot des
coulisses.

FILEUR, s. m., ou FILEUSE, s. f. Chevalier dont l'industrie consiste à
_suivre_ les _floueurs_ et les _emporteurs_, et à prélever un impôt de
trois francs par chaque louis escroqué à un _sinve_.

FILLE, s. f. Servante,--dans l'argot des bourgeois.

FILLE, s. f. Femme folle de son corps,--dans l'argot du peuple.

_Fille d'amour._ Femme qui exerce par goût et qui n'appartient pas à la
maison où elle exerce.

_Fille en carte._ Femme qui, avec l'autorisation de la préfecture de
police, exerce chez elle ou dans une maison.

_Fille à parties._ Variété de précédente.

_Fille soumise._ Fille en carte.

_Fille insoumise._ Femme qui exerce en fraude, sans s'assujettir aux
règlements et aux obligations de police,--une contrebandière galante.

FILLE, s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme,--dans l'argot des
bourgeoises, implacables pour les fautes qu'elles n'ont pas le droit de
commettre.

FILLE DE MAISON s. f. Pensionnaire du _prostibulum_.

FILLE DE MARBRE, s. f. Petite dame qui a un caillou à la place du
cœur,--dans l'argot des gens de lettres, qui emploient cette expression
en souvenir de la pièce de Théodore Barrière et de Lambert Thiboust jouée
au Vaudeville il y a une trentaine d'années.

FILLE DE TOURNEUR, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple,
qui a voulu jouer sur le mot _toupie_.

FILOCHE, s. f. Bourse,--dans l'argot des voleurs, qui devraient bien
changer d'expression, aujourd'hui qu'on a remplacé les bourses en
_filet_, à glands et à anneaux, par des porte-monnaie en cuir.

_Avoir sa filoche à jeun._ N'avoir pas un sou en poche.

FILOU, s. et adj. Malin, rusé,--dans l'argot du peuple, qui, quoi qu'en
dise M. Francisque Michel, continue à employer ce mot avec le même sens
qu'au XVIIe siècle.

FILSANGE, s. f. Filoselle,--dans l'argot des voleurs.

FILS-DE-FER, s. m. pl. Jambes grêles,--dans l'argot des ouvriers.

FILS DE L'AUTRE. Nom donné par les bonapartistes, sous la Restauration,
au duc de Reichstadt, fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.

FILS DE PUTAIN! Injure du vocabulaire populaire que les mères adressent
souvent naïvement à leurs propres fils.

FINANCE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.

FINANCER, v. n. Payer.

FINASSER, v. n. Ruser, niaiser.

FINASSERIE, s. f. Finesse grossière, procédé de mauvaise foi.

FINASSEUR, s. m. Homme méticuleux, qui épilogue sur des riens.

On dit plutôt _Finassier_.

FINASSEUSE, s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer les fils du
pantin-homme.

FINAUD, adj. et s. Homme trop malin et pas assez loyal.

FINE-LAME, s. f. Homme habile à l'escrime,--dans l'argot des salles
d'armes.

FINE-MOUCHE, s. f. Femme rusée, experte; homme «malin»,--dans l'argot des
bourgeois.

FINESSES COUSUES DE FIL BLANC, s. f. pl. Finesses grossières, farces qui
sont facilement devinées, trahisons qui sont facilement éventées.

FINI, adj. Qui atteint le plus haut degré en bien ou en mal.

_Troupier fini._ Soldat parfait.

_Coquin fini._ Drôle fieffé.

FINIR EN QUEUE DE POISSON, v. n. Finir désagréablement, fâcheusement,
tristement, platement, bêtement,--dans l'argot du peuple, qui cependant
ne connaît pas le _desinat in piscem_ d'Horace.

FINIR EN QUEUE DE RAT, v. n. finir fâcheusement, tristement,
bêtement,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.

FIOLE, s. f. Bouteille de vin,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas
être si près de la véritable étymologie: [grec: phialê] (vase à boire).

FIOLER, v. a. Boire, vider une ou plusieurs _fioles_ de vin.

_Fioler le rogome._ Boire de l'eau-de-vie.

FIOLEUR, s. m. Ivrogne.

FION, s. m. Dernière main mise à un ouvrage,--dans l'argot des ouvriers
et des artistes.

_Coup de fion._ Soins de propreté, et même de coquetterie.

FIONNER, v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot; mettre
la dernière main à une chose; avoir du fion.

FIONNEUR, s. m. Ouvrier qui s'habille en monsieur, qui fait le bourgeois.

FIORITURES, s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour l'embellir et
souvent pour le dénaturer,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont
emprunté cette expression aux chanteurs et en font le même abus que ces
derniers.

FIOTTE, s. f. Petite fille,--dans l'argot caressant du peuple.

On dit aussi _Fillotte_.

FIQUER, v. a. Enfoncer, _ficher_,--dans l'argot des voleurs.

FIRTS, s. m. _Nates_,--dans l'argot des faubouriens.

FISTON, s. m. Fils, enfant.

Signifie aussi Ami.

FLAC, s m. Sac,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu rendre la
_flaccidité_ de cette enveloppe.

_Flac d'al._ Sacoche à argent.

Ils disent aussi _Flacul_.

FLACONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens, qui en font
des réservoirs à essences.

FLAFLA, s. m. Etalage pompeux, en paroles ou en actions,--dans l'argot du
peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu'il faille voir autre
chose qu'une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d'une
batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l'éclair.

Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux _tapins_ de mon quartier,
lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première
hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que la seconde vaut
mieux,--d'autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même
sens. _Flash_ (éclair), disent-ils; _flash-flash_ (embarras, manières.)

_Faire du fla-fla._ Faire des embarras.

FLAGEOLER, v. n. Trembloter,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce
verbe à propos des jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans
doute allusion aux trémolos ordinaires du _flageolet_ des aveugles.

FLAGEOLETS, s. m. pl. Jambes,--dans le même argot.

On dit aussi _Flûtes_.

FLAMBANT, s. m. Artilleur à cheval,--dans l'argot des troupiers.

FLAMBANT, adj. et s. Propre, net, beau, superbe,--dans l'argot du peuple,
qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes
des gentilshommes et des nobles dames, lesquels

    «... Riches en draps de soye, alloient
    Faisant flamber toute la voye.»

FLAMBANT NEUF (Être tout). Porter des vêtements neufs.

_Toute flambante neuve._ Pièce de monnaie nouvellement frappée.

FLAMBART, s. m. Canotier de la Seine.

Par extension: Joyeux compagnon, loustic.

FLAMBE, s. f. Epée,--dans l'argot des voleurs, qui connaissent l'archange
Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel.

_Petite flambe._ Couteau.

FLAMBÉ (Être). Être ruiné ou atteint de maladie mortelle,--dans l'argot
des faubouriens.

Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien espérer.

FLAMBERGE, s. f. Épée,--dans l'argot du peuple, qui a conservé bon
souvenir du fameux bran d'acier de Renaud de Montauban.

_Mettre flamberge au vent._ Dégaîner.

Se dit aussi pour Montrer «la figure de campagne», et pour Jeter au vent
l'aniterge dont on vient de se servir.

FLAMME, s. f. Amour,--dans l'argot des Académiciens.

_Peindre sa flamme._ Déclarer son amour.

FLAMSIK, s. m. Flamand,--dans l'argot des voleurs, qui ne s'éloignent pas
trop du _vlaemsch_ des honnêtes gens.

FLAN (A la), adj. Au hasard, à l'aventure. Même argot.

FLAN (Du)! Expression de l'argot des faubouriens, qu'ils emploient à
propos de rien, comme formule de refus ou pour se débarrasser d'un
ennuyeux.

Ce _flan_-là est de la même famille que les _navets_, les _emblèmes_, et
autres _zut_ consacrés par un long usage.

Cette expression a signifié quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!»
comme le prouve cet extrait d'une chanson publiée par _le National_ de
1835:

    «J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse;
    J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»

FLANCHE, s. f. La roulette et le trente-et-un,--dans l'argot des voleurs.

_Grande flanche._ Grand jeu.

FLANCHE, s. m. Affaire,--dans le même argot.

S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatif _mauvais_. «C'est un
mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.

FLANCHE, s. m. Truc, secret, ruse,--dans l'argot des faubouriens.

FLANCHER, v. n. Jouer franchement.

FLANCHER, v. n. Se moquer,--dans l'argot des voyous.

FLANCHET, s. m. Part, lot,--dans l'argot des voleurs.

FLANDRIN, s. m. Imbécile; grand dadais,--dans l'argot du peuple, qui
constate ainsi, à son insu, la haute taille des Flamands.

Les Anglais disent aussi dans le même sens _Lanky fellow_.

FLANELLE, adj. et s. Flâneur amoureux,--dans l'argot des filles, qui
préfèrent les gens sérieux.

_C'est de la flanelle!_ disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de
ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon.

_Faire flanelle._ Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur
d'atelier en atelier, pour lorgner les modèles.

FLANOCHER, v. n. Flâner timidement, sans en avoir le droit, à une heure
qui devrait être consacrée au travail. Argot des ouvriers.

On dit aussi _Flanotter_.

FLANQUER, v. a. Lancer un coup, jeter,--dans l'argot des bourgeois, qui
n'osent pas employer le verbe énergique des faubouriens.

_Se flanquer._ Se jeter, s'envoyer.

On disait autrefois _Flaquer_ pour Lancer, jeter avec force un liquide.

FLAQUADER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Aller à flaquada_.

FLAQUADIN, s. m. Poltron, homme mou, irrésolu, sur lequel on ne peut
compter, parce que la peur produit sur lui un effet physique désagréable.

FLAQUER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot des voyous.

Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.

FLAQUET, s. m. Gousset de montre, poche de gilet,--dans l'argot des
voleurs.

FLÊME, s. f. Lassitude d'esprit et de corps,--dans l'argot des
faubouriens, qui, sans s'en douter, emploient là un des plus vieux mots
de notre langue. Qu'est-ce en effet que la _flême_, si ce n'est une
exagération du _flegme_, sa conséquence même, comme la rêverie celle d'un
tempérament lymphatique? Or, dès le XIIIe siècle, _flegme_ s'écrivait
_flemme_.

_Avoir la flême._ Être plus en train de flâner que de travailler.

_Jour de flême._ Où l'on déserte l'atelier pour le cabaret.

FLEUR DU MAL, s. f. Femme à propos de laquelle on peut dire ce que, dans
une de ses épigrammes, Martial dit d'une nommée Bassa, chez laquelle on
ne voyait jamais venir d'hommes: _Hic ubi vir non est, ut sit
adulterium_.

_Fleur du mal_ est une expression toute moderne; elle appartient à
l'argot des gens de lettres depuis l'apparition du volume de poésies de
Charles Baudelaire.

FLEUR DE MARI, s. f. Ce que pleurait sur la montagne la fille de
Jephté,--dans l'argot des voleurs, qui ont rarement autant de
délicatesse.

FLEUR DES POIS, s. f. Le plus brillant causeur d'une compagnie,--dans
l'argot des gens de lettres. Le plus vaillant compagnon d'un
atelier,--dans l'argot des ouvriers. La plus belle fille d'un bal,--dans
l'argot des gandins.

FLEURER, v. a. et n. Respirer, sentir,--dans l'argot du peuple, qui
trouve que _flairer_ n'emporte pas assez avec soi l'idée d'odeurs, de
parfums. C'était aussi l'opinion de Mathurin Régnier, qui a dit:

    «Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
    Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.»

FLEURETTES, s. m. pl. Galanteries,--dans l'argot des bourgeois.

_Conter fleurettes._ Faire la cour à une femme.

_Conteur de fleurettes._ Libertin.

FLEURS BLANCHES, s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes,--dans le même
argot, qui n'est pas la bonne langue.

C'est _Flueurs_ (de _fluere_, couler) qu'on devrait dire, à ce qu'il me
semble du moins,--contrairement à l'opinion de Littré.

FLEURS ROUGES, s. f. pl. Les menstrues féminines,--dans l'argot du
peuple.

FLIBUSTER, v. a. Filouter,--dans le même argot.

FLIBUSTIER, s. m. Escroc.

FLIGADIER, s. m. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des voleurs.

FLINGOT, s. m. Couteau,--dans l'argot des bouchers. Fusil,--dans l'argot
des troupiers.

FLIQUADARD, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot des faubouriens.

FLONFLONS, s. m. pl. Chansons,--dans l'argot du peuple.

_Faiseur de flonflons._ Vaudevilliste.

FLOPÉE, s. f. Foule,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à
propos des choses comme à propos des gens.

FLOPÉE, s. f. Coups de poing et coups de pieds _nombreux_.

FLOTTANT, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.

FLOTTE, s. f. Argent paternel ou avunculaire,--dans l'argot des
étudiants.

_Recevoir sa flotte._ Toucher sa pension.

FLOTTE, s. f. Grande quantité de monde ou de choses,--dans l'argot du
peuple, fidèle à l'étymologie (_fluctus_, flot, chose abondante) et à la
tradition:

      «As noces vint bien atornée,
      Et des autres i ot grand flote,
    Et Renart lor chante une note.»

dit le _Roman du Renard_.

_Être de la flotte._ Être de la compagnie.

FLOTTER, v. n. Se baigner, nager.

FLOTTEUR, s. m. Nageur.

FLOU, s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris
vaporeux,--dans l'argot des artistes.

J'aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu'il n'était
qu'une onomatopée de l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans
François Villon:

    «Item je donne à Jean Lelou.
    Homme de bien et bon marchant,
    Pour ce qu'il est linget et flou,
    Un beau petit chiennet couchant.»

_Flou_, c'est _flo_, et _flo_, c'est _faible_.

_Faire flou._ Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours,
en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable.

Se dit aussi à propos de la sculpture; car Puget ne craignait pas de
_faire flou_.

FLOUCHIPE, s. m. Filou, macaire,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Monsieur de Flouchipe_.

FLOUE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs, qui peuvent s'y _fluer_ et
y _flouer_ à leur aise.

FLOUER, v. a. et n. Jouer,--dans le même argot.

_Flouer grand flouant._ Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.

FLOUER, v. a. Tricher au jeu; voler,--dans l'argot du peuple.

FLOUERIE, s. f. Tricherie; escroquerie, vol pour ainsi dire légal.

Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.

FLOUEUR, s. m. Tricheur; escroc; voleur.

FLOUME, s. f. Femme,--dans l'argot des voleurs et des troupiers.

FLUME, s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite,--dans l'argot du
peuple, qui parle comme écrivait le poète Eustache Deschamps:

    «Dieux scet que ma vieillesse endure
    De froit et reume jour et nuict,
    De fleume, de toux et d'ordure.»

_Fleume_ ou _flume_, c'est tout un.

_Avoir des flumes._ Être d'un tempérament pituiteux. On dit de même
_Avoir la poitrine grasse_.

FLUT'! Expression de l'argot de Breda-Street, où l'on dédaigne d'employer
le _zut_ traditionnel, comme trop populaire.

FLÛTE, s. f. Bouteille de vin,--dans l'argot des ouvriers.

FLÛTE, s. f. L'instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de
Pourceaugnac,--dans l'argot du peuple, Tulou médiocre.

_Avoir toujours la flûte au cul._ Abuser des détersifs.

FLÛTENCUL, s. m. Pharmacien.

FLÛTER, v. a. et n. Boire beaucoup.

FLÛTER, v. n. Parler inutilement.

Le peuple n'emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est
une formule de refus: _C'est comme si tu flûtais_!

FLÛTER (Se faire). Se faire administrer un détersif dans le gros
intestin.

FLÛTES, s. f. pl. Jambes.

_Jouer des flûtes._ Courir, se sauver.

_Astiquer ses flûtes._ Danser.

FLÛTEUR, s. m. Ivrogne.

FOGNER, _Alvum deponere_,--dans l'argot des ouvriers, qui parlent comme
écrivait Bonaventure Des Périers.

FOIN, s. m. Synonyme d'argent,--dans l'argot du peuple.

_Avoir du foin au râtelier._ Avoir de la fortune.

_Mettre du foin dans ses bottes._ Amasser de l'argent, faire des
économies.

On dit aussi _Avoir du foin dans ses bottes_.

FOIRE, s. f. Diarrhée,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(_foria_) et à la tradition:

    «Renart fait comme pute beste:
    Quand il li fu desus la teste,
    Drece la queüe et aler lesse
    Tot contreval une grant lesse
    De foire clere a cul overt,
    Tout le vilain en a covert,»

dit le _Roman du Renard_.

FOIRE D'EMPOIGNE, s. f. Vol.

_Aller à la foëre d'empoigne._ Voler.

On disait autrefois: _Passer à l'île des Gripes_.

FOIRER, v. n. avoir peur,--dans l'argot des faubouriens.

Par extension, Mourir.

On dit aussi _Avoir la foire_.

FOIREUX, s. et adj. Poltron, homme dont le cœur est débilité et l'esprit
dévoyé.

_Foireux comme un geai._ Extrêmement poltron.

On dit aussi _Foirard_.

FOLICHON, s. et adj. Homme amusant, chose agréable,--dans l'argot du
peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle.

_Être folichon._ Commencer à se griser.

Signifie aussi: Dire des gaudrioles aux dames.

FOLICHONNADE, s. f. Amusement plus ou moins décent; farce plus ou moins
drôle.

On dit aussi _Folichonnerie_.

FOLICHONNE, s. f. Femme qui n'est pas assez bégueule; bastringueuse.

On dit aussi _Folichonnette_.

FOLICHONNER, v. n. Folâtrer avec plus ou moins de décence.

Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.

FONCÉ, adj. Riche, en _fonds_.

FONCER, v. n. Donner de l'argent, fournir des _fonds_.

    «S'il plaist, s'il est beau, il suffit.
    S'il est prodigue de ses biens,
    Que pour le plaisir et déduit
    Il fonce et qu'il n'espargne rien.»

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle.

Les bourgeois disent, eux: _Foncer à l'appointement_.

FONCER, v. n. Courir, s'abattre, se précipiter,--dans l'argot des
écoliers.

FONCER (Se). Commencer à se griser,--dans l'argot des ouvriers.

FONDANT, s. m. Beurre,--dans l'argot des voyous.

FOND D'ESTOMAC, s. m. Potage épais,--dans l'argot du peuple.

FONDEMENT, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent
comme écrivait Ambroise Paré.

FONDRE, v. n. Maigrir.

FONDRE LA CLOCHE. Terminer une affaire, en arriver à ce qu'elle a
d'essentiel, de difficile.

Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre
plusieurs.

FONDRIÈRE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas
d'y descendre avec la main.

FONDS (Être en). Avoir de l'argent dans son porte-monnaie.

_Les fonds sont bas._ N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.

FONFE. s. f. Tabatière,--dans le même argot.

On dit aussi _Fonfière_.

FORCIR, v. n. Engraisser, devenir _fort_ et grand,--dans l'argot des
bourgeois, qui disent cela surtout à propos des enfants.

FORMES, s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme.

_Dessiner ses formes._ Se serrer dans son corset et à la taille, de façon
à accuser davantage les reliefs naturels.

FORT, adv. Étonnant, inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple, qui dit
cela à propos de tout ce qui lui semble _amer_ ou difficile à _avaler_.

On dit aussi _Fort de café_, _fort de moka_ et _fort de chicorée_.

_C'est plus fort que de jouer au bouchon._ C'est extrêmement étonnant.

L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort,
locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).

Dans un sens ironique: _Cela n'est pas fort!_ pour Cela n'est pas très
spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.

FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.

_En dire de fortes._ Raconter des histoires invraisemblables; mentir.

_En faire de fortes._ Se rendre coupable d'actions délictueuses.

FORT-EN-GUEULE, adj. et s. Insolent, bavard; homme qui crie plus qu'il
n'agit.

On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru:

    ... Vous êtes, ma mie, une fille suivante
    Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.»

FORT-EN-MIE, s. m. Homme très gras,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent les os pour la croûte du corps.

Les voyous anglais ont la même expression: _Crummy_.

FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune homme qui obtient de brillants succès au
collège. Argot des gens de lettres.

FORTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.

FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.

FORT POUR... (Être). Avoir du goût pour une chose; avoir tendance à faire
une chose. Argot des bourgeois.

FORTUNE DU POT (A la), adv. Au hasard, au petit bonheur,--perdrix aux
choux ou choux sans perdrix.

FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge d'avant-scène, à l'Opéra, où se tenaient, il
y a une trentaine d'années, les élégants du jour, les _lions_.

On disait aussi _La loge infernale_.

FOSSILE, s. m. Académicien,--dans l'argot des Romantiques, qui prenaient
Népomucène Lemercier pour un _Megatherium_ et Andrieux pour un
_Ichthyosaurus_.

FOUAILLER, v. n. Manquer d'énergie, de courage,--dans l'argot du peuple.

FOUAILLER, v. n. Échapper, éclater, manquer,--en parlant des choses.

Signifie aussi Faire faillite.

FOUAILLEUR, s. m. Homme irrésolu et même lâche.

FOUCADE, s. f. Lubie, envie subite, _fougue_ d'un moment, coup de tête.

_Travailler par foucades._ Irrégulièrement.

On prétend qu'il faut dire _fougade_, et même _fougasse_. Je le crois
aussi, mais le peuple dit _foucade_,--comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.

FOUETTE-CUL, s. m. Magister, maître d'école.

FOUETTEUX DE CHATS, s. m. Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.

FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme qui s'occupe plus qu'il ne le devrait des
soins du ménage, qui fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa
femme.

Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.

FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.

Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit,
comme les _goldfinders_.

FOUILLER (Se). Chercher inutilement,--dans l'argot des faubouriens, qui
n'emploient ce verbe que dans cette phrase:

_Tu peux te fouiller._ C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera
inutile.

FOUILLOUSE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.

Le mot est contemporain de François Villon.

FOUINER, v. n. S'occuper de ce qui ne vous regarde pas,--dans l'argot du
peuple.

Signifie aussi S'enfuir.

FOUINEUR ou FOUINARD, s. m. Homme qui se mêle des affaires des autres, et
rapporte chez lui ce qui se passe chez ses voisins. Même argot.

Signifie aussi: Malin, et même Lâche.

FOULAGE, s. m. Besogne pressée,--dans l'argot des ouvriers.

_Il y a du foulage._ Les travaux arrivent en _foule_.

FOULER LA RATE (Ne pas se). En prendre à son aise, ne pas se donner
beaucoup de mal.

On dit aussi absolument: _Ne pas se fouler_.

FOULETITUDE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses.

FOUR, s. m. L'amphithéâtre,--dans l'argot des coulisses.

FOUR, s. m. «Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les
produits de leurs vols.» Argot des voleurs.

FOUR, s. m. Insuccès, chute complète,--dans l'argot des coulisses et des
petits journaux.

M. Littré dit à ce propos:


    «Rochefort, dans ses _Souvenirs d'un Vaudevilliste_, à l'article
    _Théaulon_, attribue l'origine de cette expression à ce que cet
    auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des
    fours, à la manière des anciens Egyptiens, et que son père,
    s'étant chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à
    avoir des œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque
    l'expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il
    est possible qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques
    années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par
    le four de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher
    l'explication: les comédiens refusant de jouer et renvoyant les
    spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est
    là le sens primitif, _faisaient four_, c'est-à-dire rendaient la
    salle aussi noire qu'un four.»

FOUR BANAL, s. m. Omnibus,--dans l'argot des voleurs.

FOURBI, s. m. Piège; malice,--dans l'argot du peuple, qui ne sait
pourtant pas que le _fourby_ (le Trompé) était un des 214 jeux de
Gargantua.

_Connaître le fourbi._ Être malin.

_Connaître son fourbi._ Être aguerri contre les malices des hommes et des
choses.

FOURCHETTE, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des soldats.

_Travailler à la fourchette._ Se battre à l'arme blanche.

FOURCHETTE, s. f. Mangeur,--dans l'argot des bourgeois.

_Belle fourchette_ ou _Joli coup de fourchette_. Beau mangeur, homme de
grand appétit.

FOURCHETTE D'ADAM, s. f. Les doigts.

FOURCHU, s. m. Bœuf,--dans l'argot des voleurs.

FOURGAT, s. m. Recéleur,--dans le même argot.

FOURGONNER, v. a. et n. Remuer le feu avec la pelle ou la pincette, comme
les ouvriers des forges avec le _fourgon_. Argot des bourgeois.

On n'emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif.

Signifie aussi: Remuer les tiroirs d'une commode ou d'une armoire pour y
chercher quelque chose.

FOURGUER, v. a. Vendre à un recéleur des objets volés.

FOURLIGNER, v. a. Voler, détourner «tirer hors de la ligne droite».

FOURLINE ou FOURLINEUR, s. m. Meurtrier,--dans l'argot des prisons.

Signifie aussi Voleur.

FOURLINE, s. f. Association de meurtriers, ou seulement de voleurs.

FOURLOURD, s. m. Malade,--dans l'argot des prisons.

FOURLOUREUR, s. m. Assassin.

FOURMILLON, s. m. Marché, qui _fourmille_ de monde. Même argot.

_Fourmilion à gayets._ Marché aux chevaux.

FOURNÉE, s. f. Promotions périodiques à des grades ou à des distinctions
honorifiques. Argot des troupiers.

Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle quelque part de
«l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.

FOURNIER, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs. Argot
des limonadiers.

FOURNIL, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à la
chaleur qu'on y trouve ordinairement.

FOURNION, s. m. Insecte, de _fournil_ ou d'ailleurs,--dans l'argot des
voyous.

FOURNITURE, s. f. Les fines herbes d'une salade, cerfeuil, estragon,
pimprenelle, civette, ciboulette et cresson alénois. Argot des ménagères.

FOUROBE, s. f. Fouille,--dans l'argot des bagnes.

FOUROBER, v. a. Fouiller les effets des forçats.

FOURRAGER, v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d'une femme,--sa
doublure surtout. Argot des bourgeoises.

FOURRAGEUR, adj. et s. Homme qui aime à chiffonner les robes des femmes.

FOURRER DANS LE GILET (S'en). Boire à tire-larigot. Argot du peuple.

FOURRER LE DOIGT DANS L'OEIL (Se). S'illusionner, se faire une fausse
idée des choses, des hommes et des femmes. Argot des faubouriens.

Superlativement, ils disent aussi _Se fourrer le doigt dans l'œil
jusqu'au coude_. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne
compagnie par le langage disent, eux: _Se mettre le doigt dans l'œil_.

FOURRER SON NEZ, v. a. Se mêler de ce qui ne vous regarde pas,--dans
l'argot des bourgeois.

On dit aussi _Fourrer son nez partout_.

FOURRER TOUT DANS SON VENTRE. Manger sa fortune.

FOUTAISE, s. f. Chose de peu d'importance, morceau de peu de
valeur,--dans l'argot du peuple.

_Dire des foutaises._ Dire des niaiseries.

FOUTIMASSER, v. n. Ne rien faire qui vaille.

FOUTIMASSEUR, s. m. Homme qui fait semblant de travailler.

FOUTRE (Se). Se moquer,--dans l'argot du peuple, qui ne mâche pas ses
mots, et, d'ailleurs, n'attache pas à celui-ci d'autre sens que les
bourgeois au verbe _se ficher_. D'un autre côté aussi, n'est-il pas
autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n'a pas craint d'écrire dans
_Vertu et tempérament_,--un roman fort curieux et fort intéressant sur
les mœurs de la Restauration, où on lit: «Quand un lâche nous trahirait,
nous nous en foutons!»

FOUTRE DU PEUPLE (Se). Se moquer du public, braver l'opinion du monde.

FOUTRE LA PAIX. Laisser tranquille.

FOUTRE LE CAMP. Déguerpir, s'enfuir au plus vite.

Signifie aussi: Disparaître,--en parlant des choses. «Le torchon blanc a
foutu le camp!» s'écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman
cité plus haut.

FOUTRE SON BILLET (En). Donner sa parole qu'une chose sera faite, parce
qu'on y tient beaucoup. Quand un ouvrier a dit à quelqu'un: _Je t'en fous
mon billet!_ c'est comme s'il avait juré par le Styx.

FOUTRE UN COUP DE PIED A QUELQU'UN. Lui faire un emprunt,--le _taper_
d'une somme quelconque.

On dit aussi _Lui foutre un coup de pied dans les jambes_,--mais
seulement lorsqu'il s'agit d'un emprunt plus important. Une nuance!

FOUTRIQUET, s. m. Homme de petite taille.

A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant.

On dit aussi _Fautriot_.

FOUTU, adj. Mauvais, détestable, exécrable.

_Foutue besogne._ Triste besogne.

_Foutue canaille._ Canaille parfaite.

FOUTU, adj. Mal habillé.

_Foutu comme quatre sous._ Habillé sans goût et même grotesquement.

FOUTU (Être). Être ruiné, ou sur le point de mourir.

FOUYOU, s. m. Gamin,--dans l'argot des coulisses, où l'on a gardé le
souvenir de là pièce des Variétés (_le Maître d'École_) où jouait un
enfant de ce nom.

FRACTURER (Se la). S'en aller de quelque part, s'enfuir,--dans l'argot
des faubouriens.

FRAIS (Être). Être dans une situation fâcheuse, à ne pas savoir comment
s'en tirer. Argot du peuple.

FRANC, s. m. Complice,--dans l'argot des voleurs.

_Franc bourgeois._ Escroc du grand monde.

_Franc de maison._ Recéleur d'objets volés--et même de voleurs.

FRANC DU COLLIER, adj. Homme ouvert, loyal, comme on n'en fait plus
assez. Argot du peuple.

FRANCILLON, s. m. Français,--dans l'argot des voleurs.

Les Belges nous appellent _Fransquillons_.

FRANGIN, s. m. Frère,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _fralin_.

_Frangin-Dab._ Oncle.

FRANGINE, s. f. Sœur.

_Frangine-Dabuche._ Tante.

FRANQUETTE (A la). Franchement, tout uniment, loyalement,--dans l'argot
du peuple.

On dit plutôt _A la bonne franquette_.

FRASQUE, s. f. Folie aimable, coup de tête,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire des frasques._ Faire des folies, des escapades.

FRAYER, v. n. Convenir, s'accorder, vivre ensemble. Argot du peuple.

FREDAINE, s. f. Intrigue amoureuse,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire ses fredaines._ Aimer «le cotillon».

FRELOCHE, s. f. Filet à prendre les papillons,--dans l'argot des
écoliers.

FRELUQUET, s. m. Jeune homme, gandin,--dans l'argot du peuple,
probablement par allusion au _parler frelu_ d'autrefois.

FRÉQUENTER (Se). Avoir avec soi-même des relations
habituelles--condamnées par le livre de Tissot.

FRÈRE, s. m. Initié,--dans l'argot des francs-maçons.

_Faux frère._ Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d'un
instrument.

FRÈRE, s. m. Philosophe,--dans l'argot des encyclopédistes. On sait que
Diderot était, en religion philosophique, _frère Platon_, Frédéric II,
roi de Prusse, _frère Luc_, etc.

FRÈRE, s. m. Citoyen,--dans l'argot des Jacobins de la première
révolution.

FRÈRE ET AMI, s. m. Camarade,--dans l'argot des démocrates de 1848.

FRÈRE DE LIT, s. m. Homme à qui l'on a succédé dans le cœur d'une femme,
épouse ou maîtresse. Argot du peuple.

_Sœur de lit._ Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d'un
homme, amant ou mari.

FRÉROT, s. m. Frère,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait
Bonaventure Des Périers.

FRÉROT DE LA CAQUE, s. m. Filou,--dans l'argot des prisons.

FRESSURE, s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs,--dans
l'argot du peuple, qui parle comme écrivait La Fontaine:

    «Telle censure
    Ne fut si sûre
    Qu'elle espéroit;
    De ma fressure
    Dame Luxure
    Jà s'emparoit.»

FRÉTILLANTE, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.

FRÉTILLON, s. f. Grisette, bonne fille, amoureuse garantie bon teint par
feu Béranger. Argot des bourgeois.

FRÉTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Fortin_.

FRIAUCHE, s. m. Condamné à mort qui s'est pourvu en cassation. Même
argot.

FRICASSÉ (Être). Être ruiné, perdu, déshonoré, à l'agonie. Argot des
faubouriens.

Ils disent aussi _Être cuit_.

FRICASSE (On t'en)! Ce n'est pas pour toi! Terme de refus ironique.

FRICASSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

FRICASSER, v. a. Dépenser.

_Fricasser ses meubles._ Les vendre.

FRICASSEUR, s. m. Dépensier, ivrogne, libertin.

FRIC-FRAC, s. m. Effraction de meuble ou de porte,--dans l'argot des
voleurs.

_Faire fric-frac._ Voler avec effraction.

FRICHTI, s. m. Ragoût aux pommes de terre,--dans l'argot des ouvriers,
qui prononcent à leur manière le _früstück_ allemand.

FRICOT, s. m. Ragoût; mets quelconque,--dans l'argot du peuple, qui dit
cela depuis plus d'un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La
Bretonne.

FRICOTER, v. a. et n. Dépenser de l'argent, le boire ou le _manger_;
faire la noce; se régaler.

FRICOTER, v. n. Se mêler d'affaires véreuses; pêcher en eau trouble.

FRICOTEUR, s. m. Homme qui aime les bons repas.

Signifie aussi Agent d'affaires véreuses.

_Le bataillon des fricoteurs._

«S'est dit, pendant la retraite de Moscou, d'une agrégation de soldats de
toutes armes qui, s'écartant de l'armée, se cantonnaient pour vivre de
pillage et fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)

FRIGOUSSE, s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée,--dans l'argot des
faubouriens.

Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.

FRIGOUSSER, v. a. et n. Cuisiner; préparer un ragoût quelconque.

FRILEUX, adj. et s. Poltron, homme qui a _froid_ aux yeux et au
cœur,--dans l'argot du peuple.

S'emploie surtout avec la négative.

FRIMAS, s. m. pl. Le froid, la neige, l'hiver,--dans l'argot des
académiciens.

FRIME, s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte,--dans l'argot des
faubouriens.

_C'est pour la frime._ C'est pour rire.

Le mot a quelques siècles de bouteille:

    «Renart qui scet de toutes frumes
    Luy esracha quatre des plumes!»

dit le _Roman du Renard_.

FRIME, s. f. Apocope de _Frimousse_,--dans l'argot des voyous et des
voleurs.

_Tomber en frime._ Se rencontrer _nez à nez_ avec quelqu'un.

    «Sans paffs', sans lime et plein de crotte
    Aussi rupin qu'un plongeur,
    Un jour un gouapeur en ribote
    Tombe en frime avec un voleur.»

    (_National de 1835._)

FRIMER, v. a. Envisager et dévisager.

FRIMOUSSE, s. f. Visage,--dans l'argot des faubouriens.

_C'est pour ma frimousse._ C'est pour moi.

L'expression a des cheveux blancs:

    «... De tartes et de talmouses,
    On se barbouille les frimouses.»

a écrit l'auteur de la _Henriade travestie_.

FRIMOUSSER, v. n. Tricher au jeu en se donnant les _figures_ à chaque
coup,--dans l'argot des voleurs.

FRIMOUSSEUR, s. m. Tricheur.

FRIPE, s. f. Action de manger ou de cuisiner,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.

FRIPER, v. a. et n. Manger.

L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:

    «Les dieux du liquide élément,
    Conviés chez un de leur troupe,
    Sur le point de friper la soupe,
    Seront saisis d'étonnement.»

S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.

FRIPE-SAUCE, s. m. Cuisinier, marmiton.

Signifie aussi Goinfre.


FRIPOUILLE, s. f. Homme malhonnête et même canaille.

On dit aussi _Frapouille_.

FRIQUET, s. m. Mouchard,--dans l'argot des voleurs.

FRIRE, v. a. et n. Faire; Manger,--dans l'argot du peuple, dont la
cuisine se fait en plein vent, sur le fourneau portatif des friturières.

_N'avoir rien à frire._ N'avoir pas un sou pour manger ou boire.

L'expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans
Mathurin Cordier: Il n'a que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez.
_Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro._» (qui est le «pauvre
comme Job» de Juvénal).

FRIRE DES OEUFS A QUELQU'UN. Lui préparer une mauvaise affaire;
s'apprêter à lui jouer un méchant tour.

J'ai souvent entendu: _Prends garde, Jean, on te frit des œufs_.

FRISÉ, s. m. Juif,--dans l'argot des voleurs.

FRISER COMME UN PAQUET DE CHANDELLES. Ne pas friser du tout, en parlant
des cheveux. Argot du peuple.

FRISES, s. f. pl. Bandes de toiles pendantes qui figurent le haut des
décors en scène. Argot des machinistes.

FRISONS, s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à
la mode portent aujourd'hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur
appartiennent tandis que les frisons en soie qu'elles portent en chignon
ne leur ont jamais appartenu.

FRISQUET, s. m. Froid vif.

_Il fait frisquet._ Il fait froid.

FRISQUETTE, adject. subs. fém. Fille jeune, fraîche et avenante.

Le vieux français avait l'adjectif _frisque_.

FRIT, adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d'une maladie mortelle.

FRITES, s. f. pl. Pommes de terre frites.

FRITURER, v. a. Manger; cuisiner.

FRITURIER, ÈRE s. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de
gras-double à la poêle.

FRIVOLISTE, s. m. Littérateur léger, écrivain de journal de modes,--dans
l'argot des gens de lettres.

Ce mot a été créé par Mercier.

FROID AUX YEUX, s. m. Manque de courage,--dans l'argot au peuple.

_Avoir froid aux yeux._ Avoir peur.

_N'avoir pas froid aux yeux._ Être résolu à tout.

FROIDUREUX, adj. Sujet à avoir froid.

FROLLAU, s. m. Traître, médisant,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Froller sur la balle_.

FROMAGES (Faire des). Se dit--dans l'argot des petites filles,--d'un jeu
particulier qui consiste à imprimer un mouvement de rotation à leur robe
et à se baisser rapidement de façon à former par terre «une belle
cloche».

FROME, s. m. Apocope de _Fromage_,--dans l'argot des voyous.

FRONTIN, s. m. Valet habile, fripon, spirituel,--dans l'argot des gens de
lettres.

FROTESKA, s. f. Correction, _frottée_,--dans l'argot du peuple, qui a
saisi cette occasion de donner un nom de plus à la _danse_ qu'il a
inventée pour son plaisir et pour sa défense.

FROTIN, s. m. Billard,--dans l'argot des faubouriens.

_Coup de frotin._ Partie de billard.

FROTTE (La). La gale,--qu'on guérit en frottant énergiquement le corps.

FROTTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

FROTTER, v. a. Battre, donner des coups.

On dit aussi _Frotter les reins_ et _Frotter le dos_.

FROUFROU, s. m. Bruissement d'une robe de soie,--dans l'argot des
amoureux, à qui cette onomatopée fait toujours bondir le cœur.

Au XVIIe siècle, c'était une autre onomatopée, _frifilis_, mais qui ne
valait pas celle-ci,--n'en déplaise à saint François de Sales.

FROUFROU, s. m. Embarras, manières; effet de crinoline,--dans l'argot du
peuple.

_Faire du froufrou._ Faire de «l'épate».

FROUFROU, s. m. Onomatopée par laquelle les voleurs désignent un
Passe-partout.

FROUSSE, s. m. Peur, frissonnement,--dans l'argot du peuple.

FRUGES, s. f. pl. Bénéfices plus ou moins licites sur la vente--dans
l'argot des commis de nouveautés.

FRUIT, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot des faubouriens, qui, tout
en gouaillant, font ainsi une allusion philosophique au fameux pommier du
Paradis de nos pères.

FRUIT SEC, s. m. Jeune homme qui sort bredouille du lycée ou d'une école
spéciale.

Se dit aussi, par extension, d'un mauvais écrivain ou d'un artiste
médiocre.

«Cette appellation,--dit Legoarant, vient de l'Ecole polytechnique, où un
jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades
pour savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il
répondit: _Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs_. Et en
effet ce fut son lot.»

_Les fruits secs de la vie._ Les gens qui, malgré leurs efforts
ambitieux, n'arrivent à rien,--qu'au cimetière.

FRUSQUE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des marchandes du
Temple.

FRUSQUES, s. f. pl. Vêtements en général,--dans l'argot des faubouriens.

_Frusques boulinées._ Habits en mauvais état.

FRUSQUIN (Saint), s. m. Vêtements; économies serrées dans une armoire, à
même le linge et les habits.

L'expression n'est pas d'hier:

    «J'étois parfois trop bête
    D'aimer ce libertin,
    Qui venait tête-à-tête
    Manger mon saint frusquin,»

dit Vadé.

FRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller.

FRUSQUINEUR, s. m. Tailleur.

FUIR, v. n. Mourir, s'en aller,--comme le vin d'un tonneau défoncé.

FUMÉ, adj. Pris, perdu, ruiné, mort.

FUMELLE, s. f. Femme.

Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot.

    «Le masle n'a la fumelle en mépris,»

dit le père du valet de chambre de François Ier.

FUMER, v. n. Enrager, s'impatienter, s'ennuyer.

On dit aussi _Fumer sans pipe et sans tabac_.

FUMERIE s. f. Science du fumeur, action de fumer.

FUMERON, s. m. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeoises, que la
fumée de la pipe incommode et qui ne pardonnent qu'à celle du cigare.

Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.

FUMERONS, s. m. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens, qui disent
cela surtout quand elles sont maigres.

FUMER SA PIPE. Se dit,--dans l'argot des infirmiers,--«d'un symptôme qui
se présente quelquefois dans les apoplexies: le malade, dont un côté de
la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration;
mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d'un fumeur.»

FUMER SES TERRES. Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois.

Voltaire a employé cette expression.

FUMER SES TERRES. Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain,
riche,--laquelle selon l'expression de Montesquieu, «est comme une espèce
de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride».

FUSEAUX, s. m. pl. Jambes grêles,--dans l'argot du peuple, qui parle
comme a écrit Voltaire.

FUSÉE, s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d'un homme qui en a trop
bu.

_Lâcher une fusée._ Vomir.

FUSER, s. m. _Levare ventri onus_,--dans l'argot des troupiers.

FUSIL, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens.

_Se coller quelque chose dans le fusil._ Manger ou Boire.

_Ecarter du fusil._ Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu'un.

FUSILLER, v. n. Donner un mauvais dîner--dans l'argot des troupiers.

FUTÉ, adj. et s. Malin, rusé, habile,--dans l'argot du peuple qui emploie
souvent ce mot en bonne part.


G

GABATINE, s. f. Plaisanterie,--dans l'argot du peuple, héritier des
anciens _gabeurs_, dont il a lu les prouesses dans les romans de
chevalerie de la _Bibliothèque Bleue_.

_Donner de la gabatine._ Se moquer de quelqu'un, _le faire aller, en s'en
moquant_.

GABEGIE, subst. f. Fraude, tromperie.

Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe _se gaber_?

GABELOU, s. m. Employé de l'octroi, le _Gabellier_ de nos pères.

GACHER, v. n. Se dit à propos du mauvais temps, de la boue et de la neige
qui rendent les rues impraticables.

Cependant, au lieu de _Il gâche_, on dit plus fréquemment: _Il fait
gâcheux_ ou _il fait du gâchis_.

GACHER DU GROS, v. a. _Levare ventris onus_.

GACHEUR, adj. et s. Écrivain médiocre, qui _gâche_ les plus beaux sujets
d'articles ou de livres par son inhabileté ou la pauvreté de son style.
Argot des gens de lettres.

GACHEUSE, s. f. Femme ou fille du monde de la galanterie, qui ne connaît
le prix de rien excepté celui de ses charmes.

GACHIS, s. m. Embarras politique ou financier.

_Il y aura du gâchis._ On fera des barricades, on se battra.

GADIN, s. m. Bouchon,--dans l'argot des voyous.

_Flancher au gadin._ Jouer au bouchon.

GADIN, s. m. Vieux chapeau qui tombe en loques. Argot des faubouriens.

GADOUAN, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des voyous.

GADOUE, s. f. Immondices des rues de Paris, qui servent à faire pousser
les fraises et les violettes des jardiniers de la banlieue.

D'où l'on a fait _Gadouard_, pour Conducteur des voitures de boue.

GADOUE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des
faubouriens, sans pitié pour les ordures morales.

GAFFE, s. f. Les représentants de l'autorité en général,--dans l'argot
des voleurs, qui redoutent probablement leur _gaflach_ (épée, dard).

_Être en gaffe._ Monter une faction; faire sentinelle ou faire le guet.

GAFFE, s. m. Représentant de l'autorité en particulier.

_Gaffe à gail._ Garde municipal à cheval; gendarme.

_Gaffe de sorgue._ Gardien de marché; patrouille grise.

On dit aussi _Gaffeur_.

GAFFE, s. m. Gardien de cimetière,--dans l'argot des marbriers.

GAFFE, s. f. Bouche, langue,--dans l'argot des ouvriers.

Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.

_Coup de gaffe._ Criaillerie.

GAFFER, v. a. et n. Surveiller.

GAGA, s. m. Gâteau,--dans l'argot des enfants, qui, de même que M.
Jourdain faisait de la prose sans le savoir, emploient à leur insu
l'allitération, l'aphérèse et l'apocope. Ouf!

GAGNER DES MILLE ET DES CENTS, v. a. Gagner beaucoup d'argent,--dans
l'argot des bourgeois.

GAGUIE, s. f. Bonne commère d'autant d'embonpoint que de gaieté. Argot du
peuple.

GAI (Être). Avoir un commencement d'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi _Être en gaieté_.

GAIL, s. m. Cheval,--dans l'argot des souteneurs de filles et des
maquignons.

Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrive _gaye_ et d'autres
_gayet_.

GAILLARDE, s. f. Fille ou femme à qui les gros mots ne font pas peur et
qui se plaît mieux dans la compagnie des hommes que dans la société des
femmes. Argot des bourgeois.

GALA, s. m. Repas copieux, fête bourgeoise.

GALANTERIE, s. f. Le mal de Naples,--depuis si longtemps acclimaté à
Paris.

GALAPIAT, s. m. Fainéant, voyou,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi: _Galapiau_, _Galapian_, _Galopiau_, qui sont autant de
formes du mot _Galopin_.

GALBE, s. m. Physionomie, bon air, élégance,--dans l'argot des petites
dames.

_Être truffé de galbe._ Être à la dernière mode, ridicule ou non,--dans
l'argot des gandins.

Ils disent aussi _Être pourri de chic_.

GALBEUX, adj. Qui a du _chic_, une désinvolture souverainement
impertinente,--ou souverainement ridicule.

GALE, s. f. Homme difficile à vivre, ou agaçant comme un _acarus_,--dans
l'argot du peuple.

On dit aussi _Teigne_.

GALERIE, s. f. La foule d'une place publique ou les habitués d'un café,
d'un cabaret.

_Parler pour la galerie._ Faire des effets oratoires;--parler, non pour
convaincre, mais pour être applaudi,--et encore, applaudi, non de ceux à
qui l'on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens,
de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de
leur préoccupation de la galerie?

GALETTE, s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale.
Argot du peuple.

GALETTE, s. f. Matelas d'hôtel garni.

GALIFARD, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des revendeuses du Temple.

GALIFARDE, s. f. Fille de boutique.

GALIMAFRÉE, s. f. Ragoût, ou plutôt _Arlequin_,--dans l'argot du peuple.

S'emploie aussi au figuré.

GALIOTE, s. f. «Complot entre deux joueurs qui s'entendent pour faire
perdre ceux qui parient contre un de leurs compères.»

On dit aussi _Gaye_.

GALIPOT, s. m. _Stercus_ humain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi
dans l'infanterie de marine.

A proprement parler le _Galipot_ est un mastic composé de résine et de
matières grasses.

GALIPOTER, v. n. _Cacare_.

GALLI-BATON, s. m. Vacarme; rixe,--dans l'argot des faubouriens.

GALLI-TRAC, s. m. Poule-mouillée, homme qui a le _trac_.

GALOCHE, s. f. Jeu du bouchon,--dans l'argot des gamins.

GALONS D'IMBÉCILE, s. m. pl. Grade subalterne obtenu à
l'ancienneté,--dans l'argot des troupiers.

GALOP, s. m. Réprimande,--dans l'argot des ouvriers.

GALOPÉ, adj. Fait à la hâte, sans soin, sans goût.

GALOPER, v. n. Se dépêcher.

Signifie aussi Aller çà et là.

Activement, ce verbe s'entend dans le sens de Poursuivre, Courir après
quelqu'un.

GALOPER UNE FEMME. Lui faire une cour pressante.

GALOPIN, s. m. Apprenti,--dans l'argot des ouvriers. Mauvais sujet,--dans
l'argot des bourgeois. Impertinent,--dans l'argot des petites dames.

GALOUBET, s. m. Voix,--dans l'argot des coulisses.

_Avoir du galoubet._ Avoir une belle voix.

_Donner du galoubet._ Chanter.

GALUCHE, s. m. Galon,--dans l'argot des voleurs.

GALUCHER, v. a. Galonner.

GALUCHET, s. m. Valet,--dans l'argot des voyous.

GALURIN, s. m. Chapeau.

Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin _galea_, casque, ou
plutôt de _galerum_, chapeau?

GALVAUDAGE, s. m. Désordre, gaspillage de fortune et d'existence. Argot
des bourgeois.

GALVAUDER, v. a. Gâcher, gâter, dissiper.

GALVAUDER (Se). Vivre dans le désordre; ou seulement Hanter les endroits
populaciers.

GALVAUDEUX, s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du peuple.

GAMBILLARD, adj. et s. Homme alerte qu'on rencontre toujours marchant.

GAMBILLER, v. n. Danser, remuer les _jambes_.

Il est tout simple qu'on dise _gambiller_, la première forme de _jambe_
ayant été _gambe_.

    «Si souslevas ton train
    Et ton peliçon ermin,
    Ta cemisse de blan lin,
    Tant que ta gambete vitz»

dit le roman d'_Aucassin et Nicolette_.

GAMBILLES, s. f. pl. Jambes.

GAMBILLEUR, s. m. Danseur,--dans l'argot des voleurs qui, comme de
simples vaudevillistes, prennent le bien des autres où ils le trouvent.

_Gambilleur de tourtouse._ Danseur de corde.

GAMBRIADE, s. f. La danse, et principalement le Cancan.

GAMET, s. m. Raisin des environs de Paris avec lequel on fait de la
piquette. Argot du peuple.

GAMIN, s. m. Enfant qui croit comme du chiendent entre les pavés du sol
parisien, et qui est destiné à peupler les ateliers ou les prisons, selon
qu'il tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d'Oie de la vie, à
l'âge où les passions le sollicitent le plus et où il se demande s'il ne
vaut pas mieux vivre mollement sur un lit de fange, avec le bagne en
perspective, que de vivre honnêtement sur un lit de misères et de
souffrances de toutes sortes.

Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à
s'introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un
peu auparavant,--bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le premier
dans _Claude Gueux_, c'est-à-dire en 1834.

GAMIN, s. m. Homme trop impertinent,--dans l'argot des petites dames, qui
ne pardonnent les impertinences qu'aux hommes qui en ont les moyens.

GAMINER, v. n. Faire le gamin ou des gamineries.

GAMINERIE, s. t. Plaisanterie que font volontiers les grandes personnes à
qui l'âge n'a pas apporté la sagesse et le tact.

_Faire des gamineries._ Écrire ou faire des choses indignes d'un homme
qui se respecte un peu.

GAMME, s. f. Correction paternelle,--dans l'argot du peuple.

_Faire chanter une gamme._--Châtier assez rudement pour faire crier.

On dit aussi _Monter une gamme_.

GANACHE, s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire; _mâchoire_.

Dans l'argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique,
d'Académicien.

    «Montesquieu toujours rabâche,
    Corneille est un vieux barbon;
    Voltaire est une ganache
    Et Racine un polisson!»

dit une épigramme du temps de la Restauration.

_Père Ganache._ Rôle de Cassandre,--dans l'argot des coulisses. On dit
aussi _Père Dindon_.

GANCE, s. f. Clique, bande,--dans l'argot des voleurs.

GANDIN, s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des
drôlesses,--et qui n'y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant
un appétit d'enfer.

Le mot n'a qu'une dizaine d'années. Je ne sais plus qui l'a créé.
Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux _gants_ luxueux que ces
messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de _Gand_ (des
Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit _gant-jaune_
précédemment.

GANDIN, s. m. Coup monté ou à monter,--dans l'argot des voleurs.

_Hisser un gandin à quelqu'un._ Tromper.

GANDIN, s. m. Amorce, paroles fallaces,--dans l'argot des marchandes du
Temple.

_Monter un gandin._ Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer
pour acheter.

GANDIN D'ALTÈQUE, s. m. Décoration honorifique quelconque,--dans l'argot
des voleurs.

GANDINE, s. f. La femelle du gandin,--un triste mâle et une triste
femelle.

GANDINERIE, s. f. Actions, habitudes de gandin. Peu usité.

GANTER, v. a. et n. Convenir, agréer,--dans l'argot des bourgeois.

GANTER, v. n. Payer plus ou moins généreusement,--dans l'argot des
filles.

_Ganter 5 1/2._ N'être pas généreux.

_Ganter 8 1/2._ Avoir la main large et pleine.

GANTS, s. m. pl. Les _deux sous du garçon_ des filles,--avec cette
différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des
secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes _épingles_, la
_drinkgeld_ des Flamands, le _paraguantes_ des Espagnols et la _buona
mancia_ des Italiens.

GANTS DE... (Avoir les). Avoir tout le mérite d'une découverte, tout
l'honneur d'une affaire, etc.

_Se donner les gants de..._ Se vanter d'une chose qu'on n'a pas faite;
s'attribuer l'honneur d'une invention, le mérite d'une fine repartie,--en
un mot, et il est de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par
un autre.

GARCE, s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des
hommes,--surtout quand ils sont riches.

Un mot charmant de notre vieux langage, que l'usage a défloré et couvert
de boue. Il n'y a plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une
jeune fille chaste: «C'est une belle garce.»

S'emploie fréquemment avec _de_, à propos des choses.

GARÇON, s. m. Voleur,--dans l'argot des prisons.

_Brave garçon._ Bon voleur.

_Garçon de campagne._ Voleur de grand chemin.

GARÇON D'ACCESSOIRES, s. m. Employé chargé de la garde du magasin où sont
renfermés les accessoires. Argot des coulisses.

On dit aussi _Accessoiriste_.

GARÇONNER, v. n. Se plaire avec les petits garçons quand on est petite
fille, et avec les jeunes hommes quand on est femme. Argot des bourgeois.

GARÇONNIÈRE, adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des
garçons qui profitent de cet oubli.

GARDE-MANGER, s. m. _Water-Closet_,--dans l'argot du peuple, moins décent
que l'argot anglais, qui ne fait allusion qu'à l'estomac en disant:
_Victualling-Office_.

GARDE NATIONAL, s. m. Paquet de couenne,--dans l'argot des faubouriens,
irrévérencieux envers l'institution inventée par La Fayette.

GARDER, v. n. Être près du bouchon ou de l'une des pièces tombées. Argot
des gamins.

GARDER A CARREAU (Se). S'arranger de façon à n'être pas surpris par une
réclamation, par un désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple.

Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.

On dit de même _Avoir une garde à carreau_.

GARDER UN CHIEN DE SA CHIENNE A QUELQU'UN. Se proposer de lui jouer un
tour ou de lui rendre un mauvais office.

On dit aussi _Garder une dent_, et, absolument, _la garder_.

GARDER UNE POIRE POUR LA SOIF. Faire des économies; épargner, jeune, pour
l'heure où l'on sera vieux.

GARDIEN, s. m. Variété de _Sentinelle_ ou de _Factionnaire_. (V. _Insurgé
de Romilly_.)

GARE-L'EAU, s. m. «Pot qu'en chambre on demande.»,--dans l'argot des
voleurs.

Ils disent aussi _Reçoit-tout_.

GARGANTUA, s. m. Grand mangeur,--dans l'argot du peuple.

GARGARISER (Se), v. réf. Boire un canon de vin ou un petit verre
d'eau-de-vie.

GARGARISME, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie.

GARGOINE, s. f. Gorge, gosier, [grec: gargareôn].
_Se rincer la gargoine._ Boire.

GARGOT, s. m. Petit restaurant où l'on mange à bon marché et mal.

On dit aussi _Gargote_.

GARGOTAGE, s. m. Mauvais ragoût; chose mal apprêtée,--au propre et au
figuré.

On dit aussi _Gargoterie_.

GARGOTER, v. a. et n. Cuisiner à la hâte et malproprement.

On trouve «Gargoter la marmite» dans les _Caquets de l'accouchée_.

Signifie aussi Hanter les gargotes.

GARGOTER, v. a. et n. Travailler sans goût, à la hâte.

GARGOTIER, s. m. Mauvais traiteur, au propre; mauvais ouvrier au figuré.

GARGOUILLADE, s. f. Borborygmes.

Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.

GARGOUILLER, v. n. Avoir des borborygmes.

On dit aussi _Trifouiller_.

GARGUE, s. f. Bouche,--dans l'argot des voleurs.

C'est l'apocope de _Gargoine_.

GARNAFFE, s. f. Ferme,--dans le même argot.

GARNAFFIER, s. m. Fermier, paysan.

GARNISON, s. f. _Pediculi_,--dans l'argot du peuple.

Naturellement c'est une garnison de _grenadiers_.

GAS, s. m. Garçon, enfant mâle,--dans l'argot du peuple, qui trouve plus
doux de prononcer ainsi que de dire _gars_.

_Beau gâs._ Homme solide.

_Mauvais gâs._ Vaurien, homme suspect.

GATEAU FEUILLETÉ, s. m. Bottes qui se délitent,--dans l'argot des
faubouriens.

GÂTE-MÉTIER, s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l'ouvrage; marchand
qui vend trop bon marché,--dans l'argot du peuple, qui, s'il le
connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand: «Pas de zèle! Pas
de zèle!»

GÂTER LA TAILLE (Se), pour une femme «devenir enceinte».

GÂTE-SAUCE, s. m. Garçon pâtissier.

GATEUX, s. m. Journaliste sans esprit, sans style et sans
honnêteté,--dans l'argot des gens de lettres, qui n'y vont pas de plume
morte avec leurs confrères.

GAU, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.

_Basourdir des gaux._ Tuer des poux.

On a écrit autrefois _Goth_; Goth a été pris souvent pour _Allemand_; les
Allemands passent pour des gens qui «se peignent avec les quatre doigts
et le pouce»: concluez.

GAU PICANTI, s. m. Le _pediculus vestimenti_.

GAUDINEUR, s. m. Peintre-décorateur.

GAUDISSARD, s. m. Commis-voyageur, loustic,--dans l'argot du peuple.

Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman; mais le mot
appartient à la langue du XVIe siècle, puisque Montaigne a employé
_Gaudisserie_ pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.

GAUDRIOLE, s. f. Parole leste dont une femme a le droit de rougir,--dans
l'argot des bourgeois, qui aiment à faire rougir les dames par leurs
équivoques.

GAUDRIOLER, v. n. Rire et plaisanter aux dépens du goût et souvent de la
pudeur.

GAUDRIOLEUR, s. et adj. Bourgeois farceur, qui a de l'esprit aux dépens
de Piron, qu'il a lu sans le citer, et de la morale, qu'il blesse sans
l'avertir.

GAULÉ, s. m. Cidre,--dans l'argot des voleurs et des paysans.

GAULOIS, adj. et s. Homme gaillard en action, et surtout en
paroles,--dans l'argot du peuple, qui a conservé «l'esprit gaulois» de
nos pères, lesquels étaient passablement orduriers.

GAUPE, s. f. Fille d'une conduite lamentable.

GAUPERIE, s. f. Actions, conduite, dignes d'une gaupe.

GAVÉ, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Gaviolé_.

GAVER (Se), v. réfl. Manger,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme
pour un pigeon.

GAVIOT, s. m. Gorge, gosier.

_Serrer le gaviot à quelqu'un._ L'étrangler, l'étouffer.

Autrefois on disait _Gavion_.

GAVOT, s. m. Rival du _Dévorant_,--dans l'argot du compagnonnage.

GAVROCHE, s. m. Voyou,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu _les
Misérables_ de Victor Hugo.

GAZ, s. m. Les yeux, que la passion _allume_ si vite,--dans l'argot des
faubouriens.

_Allumer son gaz._ Regarder avec attention.

GAZ, s. m. _Ventris flatus._

On dit aussi _Fuite de gaz_.

_Lâcher son gaz._ Crepitare.

_Avoir une fuite de gaz dans l'estomac._ Fetidum halitum emittere.

GAZER, v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment,--dans l'argot des
bourgeois.

GAZON, s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner
les crânes affligés de calvitie.

GAZOUILLER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Répondre.

GEIGNEUR, s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux
motifs de plainte,--dans l'argot du peuple, ennemi de ces
hommes-femmes-là.

GEINDRE, v. n. Se plaindre.

GENDARME, s. m. Hareng saur,--dans l'argot des charcutiers.

GENDARME, s. m. Femme délurée et de grande taille,--dans l'argot du
peuple.

GENDARME, s. m. Fer à repasser,--dans l'argot des ménagères, qui ont
constaté que la plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison
de la veuve Gendarme.

_Branleuse de gendarme._ Repasseuse.

GENDARMER (Se), v. réfl. S'offenser.

Signifie aussi: Regimber, résister.

GENDARMES, s. m. pl. Moisissures que le contact de l'air développe à la
surface du vin,--dont cela _arrête_ ainsi le travail de bonification.

GENDELETTRE, s. m. Homme de lettres,--dans l'argot des bourgeois, qui
font de ce mot ce que le peuple a fait du mot précédent, primitivement
écrit _gens d'armes_.

GÊNE, s. f. Pauvreté,--dans l'argot du peuple, dont c'est le vice
principal.

GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES. Ennuyé, agacé par quelqu'un ou par quelque
chose,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et
les «bons enfants».

GÉNÉRAL MACADAM, s. m. Le public, qui est le Salomon de toutes les
_filles_.

On disait _le général Pavé_, avant l'introduction en France du système
d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.

GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement parisien,--comme la punaise.
C'est plus que l'importun, plus que l'indiscret, plus que l'ennuyeux,
plus que le raseur: c'est--le gêneur.

GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.

GENOU, s. m. Crâne affligé de calvitie.

_Avoir son genou dans le cou._ Être chauve.

GENRE, s. m. Manières; embarras; pose,--dans l'argot du peuple.

_Que ça de genre!_ est son exclamation favorite à propos de choses ou de
gens qui «l'épatent».

GENTLEMAN, s. m. Homme d'une correction de langage et de manières à nulle
autre pareille,--dans l'argot des gandins.

On dit aussi _Parfait Gentleman_, mais c'est un pléonasme, puisqu'un
Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.

GERBEMENT, s. m. Jugement, condamnation,--dans l'argot des voleurs.

GERBER, v. a. Condamner.

_Gerber à vioc._ Condamner aux travaux forcés à perpétuité.

_Gerber à la passe_ ou _à conir_. Condamner à mort.

GERBERIE, s. f. Tribunal, Cour d'assises.

GERBIER, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui,
certainement à leur insu, donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge,
le nom du très célèbre avocat au parlement de Paris.

Signifie aussi Juge.

GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance des préjugés, de la routine et des idées
caduques, «sous laquelle tout se flétrit en France»,--où les Gérontes
sont encore plus nombreux que les Scapins.

L'expression est d'Honoré de Balzac.

GERCE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous pour qui, sans doute,
c'est la _vermine_.

GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot du peuple.

_Avoir mal au gésier._ Avoir une laryngite ou une bronchite.

GESSEUR, s. m. Homme qui fait des embarras,--dans l'argot des
faubouriens.

Signifie aussi Grimacier, excentrique.

Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot est _geste_, et que
c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.

GESSEUSE, s. m. Femme minaudière, qui fait sa sucrée--et même «sa
Sophie».

G. G. s. m. Bon sens, _jugeotte_.

_Avoir du g.-g._ N'être pas un imbécile.

G. D. G. Phrase ironique qu'emploient fréquemment les faubouriens, qui
dédaignent d'en dire plus long, affectant de n'en pas savoir davantage.

_Avec ou sans g. d. g._? disent-ils souvent, à propos des moindres
choses. Il est inutile d'ajouter que ce _sans g. d. g._ est l'abréviation
de _sans garantie du gouvernement_.

GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais qui ne tient pas.

GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE, s. f. Chat de toits,--dans l'argot du peuple.

GIBERNE, s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le
volume à grand renfort de jupons et de crinolines.

Ce mot,--de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les
soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.

GIBIER DE CAYENNE, s. m. Voleur, ou meurtrier,--dans l'argot du peuple.

GIBOYER, s. m. Journaliste d'estaminet, homme de lettres à tout
faire,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le
souvenir de la comédie d'Emile Augier. Encore un nom d'homme devenu un
type.

GIFFE ou GIFFLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle
sans doute que ce mot signifiait autrefois _joue_.

GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.

GIGOLETTE, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet
par-dessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer
des _gigues_ dans les bals publics,--surtout les bals de barrière.

Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot,
fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit
ailleurs (_Les Cythères parisiennes_): «La gigolette est une adolescente,
une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la
gandine,--moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe,
elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo,
tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»

GIGOLO, s. m. Male de la gigolette. C'est un adolescent, un petit homme.
Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan,--moitié nigaud et moitié
greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d'autres
observateurs le soin d'observer plus en détail.

GIGOTER, v. n. Remuer les _gigues_; danser.

GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de l'homme,--dans l'argot des faubouriens,
toujours contempteurs de l'humanité.

GIGUE, s. f. Femme maigre et d'une taille élevée.

On dit aussi _Grande gigue_.

GIGUER, v. n. Danser.

GIGUES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert pour
danser la _gigue_ ou la faire danser aux gens qui l'ennuient.

On disait autrefois _gigoteaux_.

GILET, s. m. Estomac; poitrine.

_S'emplir le gilet._ Boire ou manger.

_Avoir le gilet doublé de flanelle._ Avoir mangé une soupe plantureuse.

_Gilet à la mode._ Belle gorge de femme, où le lard abonde.

GILLES, s. m. Nom d'homme devenu celui de tous les hommes dont l'esprit
et le cœur ne se sont pas développés autant que les jambes.

_Faire Gilles._ S'en aller,--s'enfuir.

GILMONT, s. m. Gilet,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Georget_.

GILQUIN, s. m. Coup de poing,--dans l'argot des artistes et des
canotiers.

On dit aussi _Coup de Gilquin_.

GIN, s. m. Genièvre,--dans l'argot des faubouriens, qui s'anglomanisent
par moquerie comme les gandins par genre.

GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,--dans l'argot des écoles de natation.

GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du
cœur,--dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'hypocrisie.

_Faire des giries._ Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie;
refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.

_Faiseuse de giries._ Fausse Agnès, fausse prude,--et vraie femme.

GIROFLÉE A CINQ FEUILLES, s. f. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens,
qui savent très bien le nombre des feuilles du _cheiranthus_, et encore
mieux celui des doigts de leur main droite.

On dit aussi _giroflée à plusieurs feuilles_,--autre ravenelle qui pousse
sur les visages.

GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.--Verbe créé par Balzac.

GIROLLE, adv. Soit,--dans l'argot des voleurs.

GIRON, s. m. La partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux
d'une femme assise,--dans l'argot du peuple, qui a conservé précieusement
ce mot, en souvenir de ce qu'il représente pour lui, fils reconnaissant.

GIRONDE, adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à
voir ou à avoir. Argot des voleurs.

On dit aussi _Girofle_.

GIRONDINE, adj. Femme plus jeune et plus gentille que celle qui n'est que
gironde.

GIROUETTE, s. f. Homme sans conscience et sans moralité, mais non sans
habileté et sans esprit, qui tourne à tous les vents sociaux et
politiques: royaliste avec les Bourbons, républicain avec la République,
napoléonien avec l'Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec
les gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume avec le
peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.

GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.

GIVERNER, v. n. Passer la nuit à vagabonder,--dans l'argot des cochers de
fiacre.

GIVERNEUR, s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.

GLACIS, s. m. Verre,--dans l'argot des voleurs, qui parlent anglais
(_glass_) sans le savoir.

_Un glacis de lance._ Un verre d'eau.

GLACIS, s. m. Ton léger et transparent,--dans l'argot des artistes.

_Se poser un glacis._ Boire,--ce qui amène la transpiration sur le visage
et le fait reluire en le colorant.

GLAÇON, s. m. Homme d'un abord un peu raide,--dans l'argot du peuple, que
la distinction effarouche.

GLAIVE, s. m. Couteau à découper,--dans l'argot des francs-maçons.

GLAS, s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose,--comme la
cloche qui sonne la mort de quelqu'un. Argot du peuple.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: _croaker_,
disent-ils.

GLAUDE, s. m. Innocent, et même niais.

Evidemment le _Glaude_ d'ici est un Claude, comme _Colas_ est un Nicolas,
et _Miché_ peut être un Michel.

GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.

GLAVIOTTER, v. n. Cracher fréquemment et malproprement.

Signifie aussi _Débiner_.

GLAVIOTTEUR, s. m. Homme qui crache fréquemment et abondamment.

GLIER, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.

C'est une syncope de _Sanglier_ probablement.

_Le Glier t'enrôle en son pasclin!_ Le diable t'emporte en enfer (son
pays).

Signifie aussi _Enfer_.

GLISSADE, s. f. Chute plus déshonorante que dangereuse pour la jeune
fille qui la fait: elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux
qu'elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple.

_Faire des glissades._ Changer souvent d'amants.

GLISSANT, s. m. Savon,--dans l'argot des voleurs.

GLISSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s'amusent à glisser.

GLOBE, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui la laissent souvent
osciller sur son axe.

GLOBES ARRONDIS (Les). La gorge,--dans l'argot des Académiciens.
Quelques-uns ajoutent quelquefois: _par la main des Grâces_.

GLORIA, s. m. Tasse de café noir avec un petit verre d'eau-de-vie. Argot
des limonadiers.

GLOUGLOUTER, v. n. Boire, faire des glouglous en buvant. Argot des
faubouriens.

GLOUSSER, v. n. Parler.

GLUANT, s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu'il tette et qu'il laisse
baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque
n'est ni son père ni sa mère.

GLUAU, s. m. Expectoration abondante.

_Lâcher son gluau._ Cracher malproprement.

GNANGNAN, adj. des deux g. Mou, paresseux, sans courage.

GNIAF, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des cordonniers. _Savetier_,--dans
l'argot des ouvriers.

GNIAFFER, v. a. Travailler mal; faire une chose sans soin, sans
goût,--comme un savetier.

GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,--dans l'argot du peuple, qui dit cela
spécialement à propos du vin.

GNOGNOTTE, s. f. Marchandise sans valeur; chose sans importance.

Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,--et dans un sens
péjoratif, naturellement.

GNOLLAIS, s. m. _Batignollais_,--dans l'argot des voyous.

GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux; niais,--dans l'argot des faubouriens.

Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononce
_gniole_.

GNOLLES-CEAUX, n. d. l. Batignolles-Monceaux.

GNOLLES-CHY., Batignolles-Clichy.

GNON, s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot,--dans
l'argot des enfants; et par extension, Blessure que se font les hommes en
se battant.

S'emploie au figuré.

GO (De, ou Tout de), adv. Librement, sans façon, sans obstacle,--dans
l'argot du peuple.

GOBELOTTER, v. a. Aller de cabaret en cabaret.

Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.

GOBELOTTEUR, s. m. Ami des franches lippées, et des plantureuses
réfections.

GOBE-MOUCHERIE s. f. La franc-maçonnerie,--dans l'argot des voleurs.

GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à
ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.

GOBER, v. a. Croire légèrement aux choses qu'on dit, avaler les mensonges
avec autant de confiance que si c'étaient des vérités.

GOBER, v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu'un; ressentir de
l'enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens.

Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,--dans l'argot
des petites dames.

GOBER (La). Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets.

Par extension: Mourir.

GOBER (Se). Avoir de la fatuité; s'écouter parler et se regarder dans une
glace en parlant.

GOBERGER (Se), v. réfl. Se complaire dans un endroit, dans un bon lit,
dans un bon fauteuil, auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.

On sait qu'on appelle _goberges_ les ais du fond sanglé du lit.

GOBER SON BOEUF, v. a. Être furieux, d'une chose ou contre
quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers.

GOBE-SON, s. m. Calice,--dans l'argot des voleurs.

GOBET, s. m. Morceau de viande quelconque,--dans l'argot des bouchers,
qui emploient ce mot à propos de la viande non encore détaillée.

GOBET, s. m. Polisson; ouvrier qui se débauche,--dans l'argot du peuple.

_Mauvais gobet._ Méchant drôle.

GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.

GOBICHONNER, v. n. Courir les cabarets; faire le lundi toute la semaine.
Argot des ouvriers.

GOBICHONNEUR, s. m. Ami des franches lippées.

GOBIN, s. m. Bossu.

GODAILLER, v. n. Courir les cabarets.

Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais,
amateurs de _good ale_.

GODAILLEUR, s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.

GODAN, s. m. Rubrique, mensonge, supercherie,--dans l'argot des
faubouriens.

_Connaître le godan._ Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre
à un mensonge.

_Tomber dans le godan._ Se laisser duper; tomber dans un piège.

GODANCER, v. n. Croire à un mensonge; tomber dans un piège,--dans un
_godan_.

GODDAM, s. m. Anglais,--dans l'argot du peuple, qui a trouvé moyen de
désigner toute une nation par son juron favori.

GODELUREAU, s. m. Jeune homme qui fait l'agréable auprès des «dames» et
les _réjouit_,--dans l'argot des bourgeois qui n'aiment pas les
Lovelaces.

On écrivait au XVIe siècle _gaudelereau_,--ce qu'explique l'étymologie
_gaudere_.

GODET, s. m. Verre à boire,--dans l'argot du peuple.

GODICHE, s. et adj. Niais, ou seulement timide.

On dit aussi _Godichon_.

GODILLER, v. n. Se réjouir, être content.

GODINETTE, s. f. Grisette, maîtresse.

_Baiser en godinette._ «Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la
personne,»--sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de
Kock.

GOFFE, adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier de corps ou d'esprit.

GOGAILLE, s. f. Repas joyeux et plantureux.

GOGO, s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes
les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus
véreuses,--chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de
charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus
fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire.

A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont
partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,--parce
qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut
que _gogo_ vienne de _gogue_, expression du moyen âge qui signifie
raillerie: l'autre trouve _gogo_ dans François Villon et n'hésite pas un
seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu
d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser
une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et
qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet
qu'ils auront tout à _gogo_?

Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.

GOGO (A), adv. A profusion, en abondance.

GOGOTTE, adj. Faible, mou, sans caractère; malpropre, mauvais,
désagréable. Argot des faubouriens.

_Avoir la vue gogotte._ Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne
pas voir de loin.

_Être gogotte._ Être un peu niais; faire l'enfant.

GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,--dans l'argot des troupiers d'Afrique,
qui s'en servent comme casserole et comme gobelet.

GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,--dans l'argot des prisons et des
casernes.

On dit aussi _Goguenaux_.

GOGUETTE, s. f. Société chantante,--dans l'argot du peuple, qui lui aussi
a son Caveau.

GOGUETTE, s. f. Chanson joyeuse.

_Être en goguette._ Être de bonne humeur, grâce à des libations
réitérées.

GOGUETTIER, s. m. Chanteur de goguettes; membre d'une société chantante.

GOÏ, s. m. Chrétien,--dans l'argot des voleurs.

GOINFRADE, s. f. Repas copieux,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Goinfrerie_.

GOINFRE, s. m. Chantre,--dans l'argot des voleurs.

GOINFRER (Se), v. réfl. Boire et manger avec excès,--comme font les gens
qui ne mangent pas tous les jours.

GOÎTREUX, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui se croient
autorisés à l'adresser à leurs rivaux,--qu'ils appellent aussi _crétins_,
pour varier leurs injures.

GOLGOTHER, v. n. Poser en martyr; se donner des airs de victime; faire
croire à un Calvaire, à un Golgotha imaginaire.

Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier--sur bois.

GOMBERGER, v. a. Compter--dans l'argot des prisons.

GONCE, s. m. Homme quelconque du bois dont on fait les dupes,--dans
l'argot des voleurs, qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient
(_concio_).

GONCIER, s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce le _gonce_.

GONZESSE, s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse,
concubine.

GORET, s. m. Premier ouvrier,--dans l'argot des cordonniers.

GORET, s. m. Homme malpropre, _petit cochon_,--dans l'argot du peuple,
qui a appelé la reine Isabeau _la grande gore_.

GORGE, s. f. Étui,--dans l'argot des voleurs.

GORGNIAT, s. m. Homme malpropre, _cochon_,--dans l'argot des faubouriens,
qui emploient cette expression au propre et au figuré.

GOSSE, s. f. Bourde, menterie, attrape,--dans l'argot des écoliers et du
peuple.

Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des
étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient,
et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français _se gausser_,
venu lui-même du verbe latin _gaudere_. On aurait pu le faire descendre
de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit _gosseur_
et _gosseuse_, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens,
inventeurs du mot, n'ont prononcé _gausse_. C'est une onomatopée purement
et simplement,--le bruit d'une _gousse_ ou d'une _cosse_.

_Conter des gosses._ Mentir.

_Monter une gosse._ Faire une farce.

GOSSE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.

Ils disent aussi _Attrape-science_ et _Môme_.

GOSSE, s. m. Enfant, petit garçon,--dans l'argot du peuple.

GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,--dans l'argot des voleurs.

GOSSELINE. Petite fille.

GOSSEMARD, s. m. Gamin,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Goussemard_.

GOSSEUR, adj. et s. Menteur.

GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,--dans l'argot des voleurs.

GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,--dans l'argot du peuple.

GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.

Signifie aussi Coureuse,--dans l'argot des bourgeois.

GOUALANTE, s. f. Chanson,--dans l'argot des voleurs.

GOUALER, v. a. et n. Chanter.

On dit aussi _Galouser_.

GOUALEUR, s. m. Chanteur des rues.

_Goualeuse._ Chanteuse.

GOUAPE, s. f. Vagabondage; fainéantise,--dans l'argot du peuple.

GOUAPE, s. f. Filou,--dans l'argot des faubouriens. Faiseur de
poufs,--dans l'argot des cabaretiers.

On dit aussi _Gouapeur_. Cependant _gouape_ a quelque chose de plus
méprisant.

GOUAPER, v. a. Flâner, chercher aventure.

GOUGE, s. f. Fille ou femme qui vend l'amour au lieu de le donner,--dans
l'argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus
charmants mots de notre langue. _Gouge_, comme _garce_, n'avait pas à
l'origine la signification honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait
dire jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril espousa Gargamelle,
fille du roy des Parpaillos, belle gouge,» dit Rabelais.

GOUGNOTTE, s. f. «Femme ou fille qui abuse des personnes de son
sexe,--d'où le verbe _gougnotter_,» dit Francisque Michel.

On dit aussi _Gusse_.

GOUILLE (A la). A la volée,--dans l'argot des enfants, quand ils jouent à
jeter des billes.

_Envoyer à la gouille._ Renvoyer quelqu'un qui importune,--dans l'argot
des faubouriens.

GOUILLOU, s. m. Gamin, _voyou_,--avec cette différence que le premier est
le père du second, comme la _lorette_ est la mère de la _boule-rouge_.

GOUINE, s. f. Coureuse,--dans l'argot du peuple, qui a un arsenal
d'injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles.

A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais,
probablement. Il y a eu une _Nell Gwynn_, maîtresse de je ne sais plus
quel Charles II. Il y a aussi la _queen_, qu'on respecte si fort de
l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez!

GOUJAT, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeoises.

GOUJON, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des filles, qui ont
pour hameçons leurs sourires et leurs regards;--ainsi que dans l'argot
des _faiseurs_, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.

GOUJONNER, v. a. Tromper, duper quelqu'un.

On disait autrefois _Faire avaler le goujon_.

GOULE, s. f. La gorge, le gosier,--dans l'argot au peuple, qui parle
latin sans le savoir (_gula_).

GOULÉE, s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.

GOULIAFFE, s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre.

Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.

On dit aussi _Gouillafre_, ou _gouillaffe_.

GOULOT, s. m. Bouche, gosier,--dans l'argot des faubouriens.

_Trouilloter du goulot._ Fetidum halitum habere.

GOULU, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.

Se dit aussi pour Puits.

GOUPINER, v. a. Voler,--dans le même argot.

_Goupiner les poivriers._ Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie
publique.

GOUPINEUR, s. m. Voleur.

GOUPLINE, s. f. Litre,--dans le même argot.

GOUR, s. m. Pot à eau ou à vin,--dans le même argot.

Dans la langue des honnêtes gens, le _gour_ est un creux plein d'eau dans
un rocher, au pied d'un arbre, etc.

GOURD, DE, adj. Engourdi par le froid,--dans l'argot du peuple.

GOURDEMENT, adv. Beaucoup,--dans l'argot des voyous.

GOURDIN, s. m. Gros bâton,--dans l'argot du peuple, qui pour le
manœuvrer ne doit pas avoir les mains _gourdes_.

GOURDINER, v. a. Bâtonner quelqu'un.

GOURGANDE, s. f. Apocope de _Gourgandine_,--dans l'argot des faubouriens.

GOURGANDINE, s. f. Fille ou femme qui court plus que ses jambes et la
morale le lui permettent, et qui, en courant ainsi, s'expose à faire une
infinité de glissades. Argot du peuple.

GOURGANDINER, v. n. Mener une vie libertine.

GOURGANER, v. n. _Manger_ de la prison,--dans l'argot des faubouriens.

GOURGANES, s. f. pl. Lentilles ou haricots,--dans l'argot des prisons et
des ateliers, où les hommes sont nourris comme des bestiaux.

_Gourganes des prés._ Celles qui constituent la nourriture des forçats.

Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.

GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure de mécontentement ou de colère,--dans l'argot
des typographes.

GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.

GOURME, s. f. La fougue de la jeunesse,--dans l'argot du peuple, qui sait
que cet _impetigo_ finit toujours par disparaître avec les
années,--malheureusement!

_Jeter sa gourme._ Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls,
des maladies et de la mort.

GOURRER, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs, qui se sont
approprié là un verbe du langage des honnêtes gens. (_Goure_, drogue
falsifiée: _goureur_, qui falsifie les drogues.)

GOURREUR, s. m. Trompeur.

GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune apprenti voleur,--dans l'argot des
faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.

GOUSPINER, v. n. Vagabonder au lieu de travailler.

GOUSSE (La). Nom donné au banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il
a lieu, le premier jeudi de chaque mois, chez Laumônier-Brébant.

GOUSSET, s. m. Aisselle,--dans l'argot du peuple.

_Sentir du gousset._ Puer.

«[Grec: Maschalê], _axila_, aisselle, sale odeur,»

dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de
Port-Royal.

GOÛTER, v. n. Plaire, faire plaisir.

GOUTTE, adv. Peu ou point.

_N'y voir goutte._ N'y pas voir du tout.

On dit aussi _N'y entendre goutte_.

GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des ouvriers et des
soldats.

_Marchand de goutte._ Liquoriste.

GOUVERNE, s. f. Règle de conduite; façon d'agir.

GOUVERNEMENT, s. m. Épée d'ordonnance,--dans l'argot des Polytechniciens,
qui distinguent entre les armes que leur fournit le gouvernement et
celles qu'ils se choisissent eux-mêmes. (_V. Spickel_.)

GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,--dans l'argot du peuple.

GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir, prendre,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Égratigner.

GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.

GRAILLON, s. f. Servante malpropre, cuisinière peu appétissante. Argot du
peuple.

On dit aussi _Marie-Graillon_.

GRAILLONNER, v. n. Cracher fréquemment.

GRAILLONNER, v. n. S'entretenir à haute voix, d'une fenêtre ou d'une cour
à l'autre,--dans l'argot des prisons.

GRAILLONNEUR, s. m. Homme qui crache à chaque instant.

GRAILLONNEUSE, s. f. Femme qui vient laver son linge au bateau sans être
du métier,--dans l'argot des blanchisseuses.

GRAIN, s. m. Pièce de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs.

GRAIN (Avoir un), v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque,--dans
l'argot du peuple.

GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.

GRAINE DE CHOU COLOSSAL, s. f. Amorce pour duper les simples.

C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel
possesseur d'une variété de _brassica oleracea_ fantastique, servant à la
fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage
agréable pendant l'été.

GRAINE D'ÉPINARDS, s. f. Épaulettes des officiers supérieurs,--dans
l'argot des troupiers, dont ce légume est le _desideratum_ permanent.

_Porter la graine d'épinards._ Avoir des épaulettes d'officier supérieur.

GRAISSE, s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et
l'industrie (p. 193).

GRAISSE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, qui sait que c'est avec
cela qu'on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu'elles
tournent sur leurs gonds.

GRAISSER, v. a. Gratter,--dans l'argot des voleurs.

GRAISSER LA PATTE, v. a. Acheter la discrétion de quelqu'un,
principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets.

On dit aussi _graisser le marteau_,--mais plus spécialement en parlant
des concierges.

GRAISSER LES BOTTES, v. a. Donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot
des faubouriens.

Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en
flattant sa vanité.

GRAISSER SES BOTTES, v. a. Recevoir l'Extrême-Onction, être en état de
faire le grand voyage d'où l'on ne revient jamais.

GRAMMAIRE BENOITON, s. f. La grammaire de la langue verte,--dans l'argot
des journalistes, qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la
littérature française, de la pièce de M. Victorien Sardou, _la Famille
Benoiton_ (1865-66).

On dit aussi _le Dictionnaire Benoiton_.

GRAND ARROSEUR, s. m. Dieu,--dans l'argot du peuple, qui devrait pourtant
savoir (depuis le temps!) comment se forment les nuages et la pluie.

GRAND COURT-BOUILLON, s. m. La mer.

On dit aussi la _Grande tasse_,--où tant de gens qui n'avaient pas soif
ont bu leur dernier coup.

GRANDE BOUTIQUE, s. f. La préfecture de police,--dans l'argot des
voleurs, qui voudraient bien dévaliser celle-là de ses sommiers
judiciaires.

GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des ouvriers.

_Petite fille._ Demi-bouteille.

GRAND LUMIGNON, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voyous.

GRAND RESSORT, s. m. La volonté, le cœur,--dans l'argot du peuple, qui
sait quels rouages font mouvoir la machine-homme.

_Casser le grand ressort._ Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour
se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour
rompre une liaison mauvaise, etc., etc.

GRAND TOUR, s. m. Résultat de la digestion,--dans l'argot des enfants et
des grandes personnes timides.

GRAND TROTTOIR (Le). Le répertoire classique,--dans l'argot des
coulisses.

GRAND TURC, s. m. Personnage imaginaire qui intervient fréquemment dans
l'argot des bourgeois.

_S'en soucier comme du Grand Turc._ Ne pas s'en soucier du tout.

_Travailler pour le Grand Turc._ Travailler sans profit.

Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait
allusion si souvent.

GRAPPIN, s. m. Main,--dans l'argot du peuple.

_Poser le grappin sur quelqu'un._ L'arrêter.

_Poser le grappin sur quelque chose._ Le prendre.

GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Cueillir.

GRAS, adj. Gaillard, grivois, et même obscène,--dans l'argot des
bourgeois.

_Parler gras._ Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.

GRAS, s. m. Profit,--dans l'argot des faubouriens.

_Il y a gras._ Il y a de l'argent à gagner.

_Il n'y a pas gras._ Il n'y a rien à faire là-dedans.

GRAS, s. m. Réprimande, correction,--dans l'argot des voyous. C'est le
_suif_ des faubouriens.

GRAS A LARD, s. et adj. Homme chargé d'embonpoint,--dans l'argot du
peuple.

GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb volé et roulé,--par allusion à la ressemblance
qu'il offre ainsi avec les tripes qu'on voit à la devanture des marchands
d'abats.

Les voleurs anglais, eux, disent _moos_, trouvant sans doute au plomb une
ressemblance avec la mousse.

GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge trop plantureuse,--dans l'argot des faubouriens.

L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout
cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le
monde, _le Sourd ou l'Auberge pleine_: «Je ne voudrais pas payer madame
Legras--double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux
robustes appas.

_Castigat ridendo mores_, le théâtre! C'est pour cela que les
plaisanteries obscènes nous viennent de lui.

GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,--dans l'argot des voleurs.

GRATIS, s. m. Crédit,--dans l'argot des marchands de vin.

GRATOU, s. m. Rasoir,--dans l'argot des voleurs.

GRATOUILLE, s. f. Gale,--dans le même argot.

GRATOUSE, s. f. Dentelle,--dans le même argot.

GRATTE, s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe,--dans l'argot des
couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu'elles arrivent à
s'habiller de soie toute l'année sans dépenser un sou pour cela. C'est un
vol non puni, mais très punissable.

Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,--car eux aussi
ont la conscience large.

GRATTE (La). La gale,--dans l'argot des faubouriens.

GRATTE-CUL, s. m. Femme qui a été jolie comme une rose et n'a rien
conservé de sa fraîcheur et de son parfum,--dans l'argot du peuple, qui
ne sait pas que:

    «Si la jeunesse est une fleur,
    le souvenir en est l'odeur.»

GRATTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

_Se donner une grattée._ Se battre à coups de poing.

GRATTE-PAPIER, s. m. Employé, clerc d'huissier, expéditionnaire
etc.,--tous les scribes enfin.

GRATTER, v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur
une pièce d'étoffe,--de façon à pouvoir trouver un gilet dans une
redingote et un tablier dans une robe.

GRATTOIR, s. m. Rasoir,--dans l'argot du peuple.

_Se passer au grattoir._ Se raser.

GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent le tranchet pour un burin.

GREC, s. m. Filou, homme qui triche au jeu,--dans l'argot des ennemis des
Hellènes.

Le mot a une centaine d'années de bouteille.

GRECQUERIE, s. f. Tricherie, art ou science des grecs.

Le mot a été créé par Robert-Houdin.

GRÉER (Se), v. réfl. S'habiller,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi
dans l'infanterie de marine.

GREFFER, v. n. Mourir de faim,--dans l'argot des voyous.

GREFFIER, s. m. Chat,--dans l'argot des faubouriens, qui n'aiment pas les
gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où
l'on sent la griffe.

GRÊLE, s. f. Petite vérole,--dans l'argot du peuple.

On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique:
_Il a grêlé sur lui_.

GRÊLE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des tailleurs.

_Le grêle d'en haut._ Dieu.

_Grêlesse_. Patronne.

GRELOT, s. m. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.

_Faire entendre son grelot._ Parler.

GRELU, s. m. Blé,--dans l'argot des voleurs, qui font sans doute allusion
à la gracilité de cette graminée.

GRELUCHON, s. m. Amant de cœur,--dans l'argot des gens de lettres qui
ont lu _le Colporteur_ de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs
parisiennes du XVIIIe siècle.

GRELUCHONNER, v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent
beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font
de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.

GRENADIER, s. m. _Pediculus_,--dans l'argot des enfants, dont les mères
assurent que c'est «la santé», et qui tous pourraient servir de modèles
au fameux tableau de Murillo.

GRENAFE, s. f. Grange.--dans l'argot des voleurs.

GRENIER A COUPS DE POING, s. m. Femme d'ivrogne,--dans l'argot du peuple.

GRENIER A COUPS DE SABRE, s. m. Fille à soldats.

GRENIER A LENTILLES, s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite
vérole.

GRENIER A SEL, s. m. La tête, siège de l'esprit.

GRENOUILLARD, s. m. Buveur d'eau.

GRENOUILLE, s. f. Prêt de la compagnie,--dans l'argot des troupiers.

_Manger la grenouille._ Dissiper le prêt de la compagnie.

S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser
l'argent d'une société, en dissiper la caisse.

GRENOUILLE, s. f. Femme,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient
cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant
que font les femmes en échangeant des caquets.

GRENOUILLER, v. n. Boire de l'eau.

GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement de bains.

GRÈVE, s. f. Cessation de travail,--dans l'argot des ouvriers, qui
avaient, il y a quelques années encore, l'habitude de se réunir sur la
place de l'Hôtel-de-Ville.

_Faire grève._ Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur
les moyens d'augmenter le salaire.

On dit aussi _Se mettre en grève_.

GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri, reproche,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Gourpline_.

GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture mal formée; dessin confus, incohérent. Argot
du peuple.

On dit aussi _Gribouillis_.

GRIBOUILLER, v. a. et n. Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.

GRIBOUILLETTE, s. f. Objet quelconque lancé au milieu d'enfants,--dans
l'argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s'en emparer. Cela
constitue un jeu.

_Jeter une chose à la gribouillette._ La lancer un peu au hasard,--dans
l'argot du peuple.

GRIF, adj. Froid,--dans l'argot des voleurs.

_Grielle._ Froide.

GRIFFER, v. a. Saisir, prendre, dérober,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Agriffer_.

GRIGNON, s. m. Morceau, de pain spécialement.

GRIGNOTTER, v. n. Faire de maigres profits, et surtout des profits
illicites.

GRIGOU, s. m. Avare, homme qui vit sordidement.

    «Ce grigou, d'un air renfrogné
    Lui dit: Malgré ton joli nez...»

a écrit l'abbé de Lattaignant.

GRIL, s. m. Charpente légère et à jour qui s'étend au-dessus de la scène
et où s'accrochent les frises. Argot des coulisses.

GRILLER UNE (En), v. a. Fumer une pipe ou une cigarette,--dans l'argot
des artistes et des ouvriers.

GRIME, s. m. Rôle de vieux,--dans l'argot des coulisses.

GRIMOIRE, s. m. Le Code pénal,--dans l'argot des voleurs.

_Grimoire mouchique._ Les sommiers judiciaires.

GRINCHE, s. m. Voleur.

On dit aussi _Grinchisseur_.

GRINCHEUX, s. et adj. Homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple et
des gens de lettres.

GRINCHIR, v. a. Voler quelque chose.

On dit aussi _Grincher_.

_Grinchir à la cire._ Voler des couverts d'argent par un procédé que
décrit Vidocq (p. 205).

GRINCHISSAGE, s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses
variétés de grinchissage: _à la limonade_, _à la desserte_, _au voisin_,
_aux deux lourdes_, etc.)

GRINCHISSEUR A LA CHICANE, s. m. Voleur adroit, qui travaille sans
compère.

GRINGALET, s. m. Gamin, homme d'apparence chétive,--dans l'argot des
faubouriens.

GRINGUENAUDES, s. f. pl. Ordures des environs du _podex_,--dans l'argot
du peuple qui sent souvent le faguenat à cause de cela.

GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu'un,--dans l'argot
des bourgeois.

_Avoir en grippe._ Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.

_Prendre en grippe._ Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.

GRIPPER, v. a. Chiper, et même voler,--dans l'argot du peuple.

GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,--dans l'argot des voleurs.

GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier, avare,--dans l'argot du peuple.

GRIS, adj. Cher, précieux,--dans l'argot des voleurs.

_Grise._ Chère, aimable.

GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,--dans l'argot des faubouriens qui
savent qu'on appelle ces saintes filles des _sœurs grises_.

GRISE, s. f. Chose extraordinaire et désagréable,--dans l'argot du
peuple.

_En voir de grises._ Peiner, pâtir.

_En faire voir de grises._ Jouer des tours désagréables à quelqu'un.

GRISERIE, s. f. Ivresse légère,--dans l'argot des bourgeois.

GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME CAPUCINE (Être). Être en complet état
d'ivresse, _à en déborder_,--dans l'argot des troupiers, qui savent que
la troisième capucine est près de la _bouche_ du fusil.

GRISOTTER (Se), v. réfl. Se griser légèrement, honnêtement, pour ainsi
dire,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont
amis de la vie.

GRIVE, s. f. La garde,--dans l'argot des voleurs, qui se rappellent
peut-être que les soldats s'appelaient autrefois des _grivois_.

_Corps de grive._--Corps de garde.

_Harnais de grive._ Uniforme.

GRIVIER, s. m. Soldat.

GRIVOIS, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.

GRIVOISE, s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le commerce des hommes
riches.

GROGNARD, s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse.

L'expression (qui vient de _grundire_, grogner) ne date pas de l'empire,
comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire
de Richelet, édition de 1709.

On dit aussi _grognon_.

GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, chagrin.

GROGNER, v. n. Se plaindre; gronder sans raison.

GROLLER, v. n. Murmurer d'une façon désagréable, gronder, faire un bruit
semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt la _grolle_, une
corneille.

Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,--et
alors c'est un verbe actif.

GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,--dans l'argot des faubouriens.

GROS, adv. Beaucoup,--dans l'argot du peuple.

_Coucher gros._ Dire quelque chose d'énorme.

_Gagner gros._ Avoir de grands bénéfices.

_Il y a gros à parier._ Il y a de nombreuses chances pour que...

_Tout en gros._ Seulement.

GROS LÉGUMES, s. m. pl. Les officiers supérieurs,--dans l'argot des
troupiers.

GROS LOT, s. m. Mal de Naples.

GROS NUMÉRO, s. m. _Prostibulum._

GROS PAPA, s. m. Homme bon enfant, rond de caractère comme de ventre,
ayant ou non des enfants.

On dit aussi _Gros père_.

GROSSE CAVALERIE, s. f. Cureurs d'égout,--dans l'argot des faubouriens,
qui font allusion aux grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.

GROSSE CAVALERIE, s. f. Figurantes du corps de ballet qu'on ne fait
jamais _donner_,--dans l'argot des gandins, à qui cette grosse cavalerie
fait toujours donner.

GROSSIER COMME DU PAIN D'ORGE, adj. Extrêmement brutal, dans l'argot des
bourgeois amis du pain blanc et des discours amènes.

GROUCHY, s. m. Retardataire, flâneur,--dans l'argot du peuple. Passé de
mode.

GROUCHY, s. m. Article qui arrive trop tard à l'imprimerie.--dans l'argot
des journalistes.

L'expression est d'H. de Balzac.

On dit aussi _Rappel de Waterloo_.

GROUILLER, v. n. Remuer, s'agiter,--dans l'argot du peuple.

GROUILLIS-GROUILLOT, s. m. Foule de gens ou d'animaux,--par allusion à
leurs mouvements vermiculaires.

Ce mot fait image et mérite d'être conservé, malgré sa trivialité.

GROUIN, s. m. Visage,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas le
moindre respect pour le «miroir de l'âme».

GROUMER, v. n. Gronder, murmurer,--dans l'argot des ouvriers qui ont
servi dans l'infanterie de marine.

GRUE, s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d'autant de bêtise
que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là.

C'est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre
à l'insolence des filles envers les honnêtes femmes.

_Bécasses_! disaient-elles. _Grues_! leur répond-on.

Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n'est pas né d'hier, il y a
longtemps que le peuple l'emploie pour désigner un niais, un sot, un
prétentieux.

GRUERIE, s. f. Bêtise rare,--comme il en sort tant de tant de jolies
bouches.

GRUGER, v. a. Manger le bien de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

Les gens de lettres écrivent _grue-ger_, par allusion aux mœurs des
_grues_,--ces Ruine-maison!

GRUGEUR, s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si
on avait besoin d'être aidé dans cette agréable besogne.

GUANO, s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des mers du Sud, mais de
l'homme,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses
et remuent volontiers la lie de l'esprit pour en dégager les parfums
nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.

GUELTE, s. f. Bénéfice (_geld_) qu'on abandonne aux commis d'un magasin
qui sont parvenus à vendre un objet jugé invendable. Grâce à la faconde
des gaudissards modernes, il est rare qu'un _rossignol_ reste sur les
rayons, et leur guelte s'en accroît d'autant.

GUENILLON, s. m. Fille ou femme mal habillée,--dans l'argot des
bourgeoises, qui ne tolèrent pas les infractions à la mode.

GUENON, s. f. Femme laide ou corrompue,--dans l'argot du peuple.

C'est la _trot_ des Anglais.

On dit aussi _Guenippe_ et _Guenuche_.

GUÉRETS, s. m. pl. Les blés mûrs,--dans l'argot des Académiciens.

GUÉRITE, s. f. Chapelle,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui
s'y réfugient au moment des averses.

GUETTE, s. f. Gardien,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des
chiens.

_Bonne guette._ Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître.

_Être de guette._ Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.

GUEULARD, s. m. Gourmand.

Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos
de rien.

GUEULARD, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Bissac.

GUEULARDE, s. f. Poche,--dans le même argot.

GUEULARDISE, s.f. Gourmandise,--dans l'argot du peuple.

GUEULE, s. f. Visage.

_Bonne gueule._ Visage sympathique.

_Casser la gueule à quelqu'un._ Lui donner des coups de poing en pleine
figure.

_Gueule en pantoufle._ Visage emmitouflé.

GUEULE, s. f. Appétit énorme.

_Être porté sur sa gueule._ Aimer les bons repas et les plantureuses
ripailles.

_Donner un bon coup de gueule._ Manger avec appétit.

GUEULE, s. f. Bouche.

_Bonne gueule._ Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.

GUEULE DE BOIS, s. f. Ivresse,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
voulu exprimer son résultat le plus ordinaire.

_Se sculpter une gueule de bois._ Commencer à se griser.

GUEULE D'EMPEIGNE, s. f. Homme qui a une voix de stentor ou qui mange
très chaud ou très épicé.

_Avoir une gueule d'empeigne._ Avoir le palais assuré contre l'irritation
que causerait à tout autre l'absorption de certains liquides frelatés.

On dit aussi _Avoir la gueule ferrée_.

GUEULÉE, s. f. Repas.

_Chercher la gueulée._ Piquer l'assiette.

Signifie aussi une grosse bouchée.

GUEULÉES, s. f. pl. Paroles fescennines, et même ordurières.

GUEULE ENFARINÉE (Avoir la). Être alléché par quelque chose, par une
promesse de dîner ou d'amour et se créer par avance une indigestion ou
une félicité sans pareilles.

GUEULE FINE, s. f. Gourmet.

GUEULER, v. n. Crier, gronder.

Signifie aussi Parler.

GUEULETON, s. m. Repas plantureux, ou simplement Repas.

_Fin gueuleton._ Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.

GUEULETONNER, v. n. Faire un gueuleton.

GUEUSAILLER, v. n. Vagabonder, mendier,--dans l'argot des bourgeois.

GUEUSAILLE, s. f. La canaille.

GUEUSARD, s. m. Polisson.

GUEUSE, s. f. Drôlesse qui exploite le plus pur, le plus exquis des
sentiments humains, l'amour, et «s'en fait des tapis de pieds»,--pour
employer l'abominable expression que j'ai entendu un jour sortir, comme
un crapaud visqueux, de la bouche de l'une d'elles.

_Courir les gueuses._ Fréquenter le monde interlope de Breda-Street.

En 1808 on disait: _Courir la gueuse_.

GUEUSERIE, s. f. Action vile, honteuse, comme les coquins en peuvent
seuls commettre.

GUEUX, s. m. Petit pot de terre qu'on emplit de cendres rouges et que les
marchandes en plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs
pieds pour se chauffer.

GUEUX, s. m. Coquin,--dans l'argot du peuple, qui, d'un seul mot, prouve
ainsi éloquemment que le Vice est le fils naturel de la Misère.

GUEUX D'ARGENT! Expression du même argot, qui équivaut à l'_argentum
sceleratum_ (c'est-à-dire _causa omnium scelerum_) de l'argot des
convives de Trimalcion, dans Pétrone. C'est un cri que poussent depuis
longtemps les misérables et qui retentira longtemps encore à travers les
âges.

GUIBES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des voyous.

GUIBOLLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.

_Jouer des guibolles._ Courir, s'enfuir.

GUICHEMAR, s. m. Guichetier,--dans l'argot des voyous.

GUIGNE, s. f. Mauvaise chance,--dans l'argot des cochers qui ne veulent
pas dire _guignon_.

_Porter la guigne._ Porter malheur.

GUIGNE A GAUCHE, s. m. Homme qui louche,--dans l'argot des faubouriens.

GUIGNER, v. a. Viser, convoiter, attendre,--dans l'argot du peuple.

GUIGNON, s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum.

_Avoir du guignon._ Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu'on
entreprend.

GUIGNONNANT, adj. Désagréable.

_C'est guignonnant!_ C'est une fatalité!

On dit aussi--à tort--_guignolant_.

GUIGNONNÉ (Être). Être poursuivi par la déveine au jeu, par l'insuccès
dans ce qu'on entreprend.

GUIMBARDE, s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d'il y a
cinquante ans,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient aussi cette
expression à propos de n'importe quelle voiture.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie à propos
d'une «grande voiture à quatre roues chargée de marchandises».

Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.

GUINAL, s. m. Juif,--dans l'argot des voleurs.

_Grand-guinal._ Le Mont-de-Piété.

GUINCHE, s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.

GUINCHE, s. f. Bal de barrière,--dans l'argot des voyous, qui appellent
de ce nom la _Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins_, le _Vieux chêne_,
rue Mouffetard, le _Salon de la Victoire_, à Grenelle, etc.

GUINCHER, v. n. Danser.

GUINCHER (Se). S'habiller à la hâte,--et mal.

GUINCHEUR, s. m. Habitué des bastringues.

GUINDAL, s. m. Verre,--dans l'argot des bouchers.

_Siffler le guindal._ Boire.

GUINGOIS (De), adv. De travers,--dans l'argot du peuple.

GUINGUETTE, s. f. Grisette,--parce qu'elle hante les bals de barrière.

GUITARE, s. f. Rengaîne; plainte banale, _blague_ sentimentale,--dans
l'argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur
manière envers les beaux vers des _Orientales_ de Victor Hugo.

GY, adv. Oui,--dans l'argot des voleurs.


H

HABILLÉ DE SOIE, s. m. Porc,--dans l'argot des faubouriens et des paysans
des environs de Paris.

HABILLER, v. a. Médire de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

_Habiller de taffetas à 40 sous._ Mettre sur le dos de quelqu'un des
sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

HABILLER, v. a. Préparer un animal pour l'étal,--dans l'argot des
bouchers.

HABILLER DE SAPIN (S'), v. réfl. Mourir,--par allusion au bois dont se
composent ordinairement les cercueils. Argot du peuple.

Les gueux de Londres appellent le cercueil _a wooden coat_ (un habit de
bois ou une redingote en sapin).

HABIN, Chien,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux
langage des honnêtes gens.

On dit aussi _Happin_ et _Hubin_.

_Habin ergamé._ Chien enragé.

HABINER, v. a. Mordre.

HABIT NOIR, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des souteneurs de filles, gens
au peuple, et, à cause de cela, ennemis de l'habit.

_Être habit noir._ Être par trop simple, par trop naïf,--comme les
bourgeois le sont d'ordinaire aux yeux des voyous, qui ont une morale
différente de la leur.

HABITONGUE, s. f. Habitude,--dans l'argot des voleurs.

HACHER DE LA PAILLE, v. a. Parler allemand,--dans l'argot des ouvriers.

HALEINE CRUELLE, s. f. C'est-à-dire fétide--dans l'argot des gens de
lettres, qui ne veulent pas dire _haleine homicide_.

Ils disent aussi _Haleine à la Domitien_.

HALEINER, v. a. Respirer l'haleine de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, au figuré: Flairer, chercher à deviner ce qu'une personne
pense.

HALLE AUX DRAPS, s. f. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.

_Aller à la halle aux draps._ Se coucher.

HALLEBARDE, s. f. Femme trop grande et mal habillée.

On disait autrefois, et plus justement, _Hallebréda_, qui était une
corruption de _Halbrené_ (dépenaillé).

HALOT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des voleurs.

HALOTER, v. n. et a. Souffleter.

Signifie aussi Souffler.

HANNETON, s. m. Manie quelconque, idée fixe,--dans l'argot de
Breda-Street, où les hannetons-hommes viennent d'eux-mêmes s'attacher le
fil à la patte.

_Avoir un hanneton dans le plafond._ Être fou de quelqu'un ou de quelque
chose.

Les voyous anglais ont une expression analogue: _To have a bee in his
bonnet_ (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

HANNETONNER, v. n. Se conduire comme un enfant; avoir des distractions.

HARAUDER, v. n. Crier après quelqu'un, le poursuivre d'injures ou de
moqueries,--dans l'argot du peuple.

J'ai respecté l'orthographe de ce verbe, que j'ai entendu souvent après
l'avoir lu dans les _Matinées du seigneur de Cholières_. Mais, à vrai
dire, on devrait l'écrire _Haroder_, puisqu'il vient de _Haro_. Et, à ce
propos, qui se douterait que ce dernier mot, si connu, est composé de
l'exclamation _Ha!_ et du nom de _Raoul_, premier duc de Normandie?...

HARDES, s. f. pl. Vêtements.

HARDI A LA SOUPE, adj. Homme doué de plus d'appétit que de
courage,--_gulo_.

On dit aussi dans le même sens: _N'avoir de courage qu'à la soupe_.

HARENGÈRE, s. f. Femme du peuple quelconque, «un peu trop forte en
gueule»--dans l'argot des bourgeoises, qui se souviennent des
plaisanteries salées dont les accablaient jadis les Dames de la Halle,
aujourd'hui muselées par ordonnance de police.

HARIA, s. m. Embarras; chose ennuyeuse à faire ou à dire,--dans l'argot
du peuple.

J'ai suivi pour ce mot l'orthographe de Balzac, mais je crois que c'est à
tort et qu'il doit s'écrire sans H, venant probablement de l'italien
_aria_, air,--d'où _arietta_, ariette, air de peu d'importance. A moins
cependant que _Haria_ ne vienne d'_Hariolus_, sorcier.

HARICANDER, v. n. Chamailler quelqu'un sur des vétilles; être de mauvaise
composition.

HARICOTS, s. m. pl. Maison d'arrêt de la garde nationale, où il est de
tradition--fausse--que l'ordinaire de cette prison pour rire se compose
de légumes, comme celui des prisons sérieuses.

On dit aussi l'_Hôtel des Haricots_.

Aug. Villemot prétend que cette expression est une corruption d'_Hôtel
Darricau_. Il a peut-être raison.

HARIDELLE, s. f. Femme maigre et grande.

On dit aussi, mais en moins mauvaise part, _Haquenée_.

HARNACHÉ, adj. Mal habillé.

HARPE, s. f. Barreaux de fer qui garnissent les fenêtres des
prisons,--dans l'argot des voleurs.

_Pincer de la harpe._ Se mettre à la fenêtre.

HARPIE, s. f. Femme acariâtre comme la femme de Socrate,--dans l'argot
des bourgeois, qui ont souvent le malheur d'épouser une Xantippe.

HARPIGNER (Se), v. réfl. Se quereller, se battre,--dans l'argot du
peuple.

HASARD! Expression de l'argot des typographes, qui s'en servent
ironiquement à propos de choses qu'on répète trop souvent devant eux.

Souvent ils se contentent de dire H!

HASARD DE LA FOURCHETTE (Au). Expression proverbiale de l'argot du
peuple, qui, après l'avoir longtemps employée au propre, l'emploie
maintenant au figuré.

C'est l'équivalent de _Au petit bonheur_.

HASARDER LE PAQUET. Tenter une chose, fortune ou danger, après avoir
longtemps hésité.

HAUS, s. m. Nom que les commis de nouveautés donnent à toute personne qui
entre dans le magasin, y marchande plusieurs choses, et s'en va sans rien
acheter.

HAUSSIER, s. m. Spéculateur qui joue plus souvent à la hausse qu'à la
baisse,--dans l'argot des boursiers.

HAUT-DE-TIRE, s. m. Bas,--dans l'argot des voleurs, pour qui ce mot a
signifié originairement Haut-de-chausses.

Ils disent aussi _Tirants_.

HAUTE, s. f. La fraction riche de chaque classe de la société, bourgeois,
lorettes, et même ouvriers.

Cette expression, très employée par le peuple et par le monde interlope,
appartient à l'argot des voleurs, qui se sont divisés en deux grandes
catégories, _Haute_ et _basse pègre_.

HAUTE-BICHERIE, s. f. «Les plus élégantes et les plus connues d'entre les
coureuses parisiennes, reines d'un jour qui ne font que paraître et
disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille.»

HAUT-MAL, s. m. L'épilepsie,--dans l'argot du peuple.

HAUTOCHER, v. n. Monter,--dans l'argot des voleurs.

HAUT-ET-BAS, s. m. pl. Chances diverses de bonheur et de malheur, de
perte et de gain, de tristesse et de joie,--dans l'argot du peuple, qui
connaît le jeu de bascule de la vie.

_Avoir des hauts et des bas._ N'avoir pas de position solide, de
commerce à l'abri de la ruine.

Les Anglais ont la même expression: _the ups and downs_, disent-ils à
propos de ces vicissitudes de l'existence.

HERBE A GRIMPER, s. f. Belle gorge ou belles épaules,--éperons du cœur,
compulsoires d'amour.

HERBE SAINTE, s. f. L'absinthe,--à cause de la désinence, et par
antiphrase.

HERBES DE LA SAINT-JEAN, s. f. pl. Moyens extraordinaires employés pour
faire réussir une affaire, soins excessifs donnés à une chose,--dans
l'argot du peuple, qui a une Flore à lui, comme il a sa Faune.

HIATER, v. n. Bâiller, s'entr'ouvrir comme _hiatus_.

L'expression appartient à J. Janin, qui l'a employée à propos des
guenilles indécentes de Chodruc Duclos.

HIBOU, s. m. Homme d'un commerce difficile et désagréable,--dans l'argot
des bourgeois, incapables de comprendre les susceptibilités sauvages
d'Alceste, qui préférait la nuit avec son silence solennel au jour avec
ses bruits discordants, et le désert avec les loups à la ville avec les
hommes.

HIC, s. m. Difficulté, obstacle, ennui quelconque. _Hic jacet lepus._

_Voilà le hic._ Voilà le difficile de l'affaire, son côté scabreux, ou
périculoseux, ou seulement désagréable.

HIRONDELLE, s. f. Ouvrier récemment débarqué de province,--dans l'argot
des tailleurs.

HIRONDELLE, s. f. Commis voyageur,--dans l'argot des faubouriens.

HIRONDELLE, s. f. Cocher de remise,--dans l'argot des cochers de place.

HIRONDELLE DE GRÈVE, s. f. Gendarme,--dans l'argot des voleurs, qui se
souviennent du temps où l'on exécutait en Grève.

On disait autrefois, avant Guillotin, _Hirondelle de potence_.

Les voleurs anglais disent de même: _gallows bird_.

HIRONDELLES D'HIVER, s. f. pl. Les marchands de marrons, et aussi les
petits ramoneurs, parce que c'est au milieu de l'automne, aux approches
de l'hiver, que les premiers viennent s'installer dans les boutiques des
marchands de vin, et que les seconds font leur apparition dans les rues
de Paris.

HISTOIRE, s. f. Bagatelle, chose de rien, fadaise,--dans l'argot du
peuple, qui donne ce nom à tout ce qui n'en a pas pour lui.

HISTOIRE, s. f. _Visage de campagne_ que découvrent si volontiers et si
innocemment les petits garçons et les petites filles.

HISTOIRES, s. f. pl. Discussion à propos de quelque chose,--et surtout à
propos de rien.

_Faire des histoires._ Se fâcher sans motif raisonnable; exagérer un
événement de peu d'importance.

HOGNER, v. n. Murmurer, se plaindre, pleurer.

HOMARD, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des faubouriens, qui,
sans connaître l'anglais, imitent cependant les malfaiteurs de Londres
appelant les soldats de leur pays _lobsters_, à cause de la couleur rouge
de leur uniforme.

Signifie aussi: Suisse; domestique en grande livrée.

HOMÉLIE, s. f. Discours ennuyeux,--dans l'argot du peuple, qui se soucie
peu des Pères de l'Église, et bâille aussi volontiers devant un sermon
profane que Gil Blas devant les sermons religieux de l'archevêque de
Grenade.

HOMICIDE, s. m. L'hiver,--dans l'argot des vagabonds, pour qui cette
saison est en effet meurtrière.

HOMMASSE, adj. Femme que son embonpoint exagéré rapproche trop de
l'homme,--dans l'argot du peuple.

HOMME, s. m. «Nom que les filles donnent à leur amant de prédilection.»

C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.

HOMME A FEMMES, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.

HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque, dentiste en plein vent, pédicure de
place publique, etc.

HOMME AU SAC, s. m. Personne riche, généreuse,--dans l'argot des petites
dames qui voudraient que l'Humanité ne fût composée que de ces hommes-là.

HOMME DE LETTRES, s. m. Faussaire,--dans l'argot des voleurs.

HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant responsable, machine à signatures,--dans
l'argot des bourgeois.

Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient
inventer le _man of straw_,--et l'homme de paille fut.

HOMME DE PAILLE, s. m. Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre,--dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois
cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords:

    «Jean qui estoit homme de paille,
    N'ayant que mettre sous la dent,
    Prit une vieille et de l'argent:
    Maintenant il vit et travaille.»

HOMME DE PEINE, s. m. Voleur qui a déjà subi une ou plusieurs
condamnations.

HOMMELETTE, s. f. Homme qui n'a rien des qualités et des vices de
l'homme,--dans l'argot du peuple, ami «des lurons».

HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,--dans l'argot des bourgeois.

HÔPITAL, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, dont la conscience est
souvent malade.

HORION, s. m. Coup donné ou reçu.

HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers, qui y
portent volontiers leur montre lorsqu'elle retarde de 20 francs.

HORREUR D'HOMME, s. f. Homme qui fait rougir et que l'on n'ose pas
chasser,--dans l'argot des bourgeoises, qui commencent à se _shockigner_
comme les ladies anglaises.

HORREURS, s. f. pl. Ce que Cicéron appelle _turpitudo verbarum_,--dans
l'argot des bourgeois.

_Dire des horreurs._ Tenir des propos plus que grivois.

_Dire des horreurs de quelqu'un._ L'accuser de choses monstrueuses,
invraisemblables,--par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.

_Faire des horreurs._ Agir trop librement.

HOSTO, s. m. Prison,--dans l'argot des ouvriers.

HÔTEL DE LA MODESTIE, s. m. Hôtel garni, mauvaise auberge,--dans l'argot
des faubouriens, qui savent que les locataires de ces maisons-là n'ont
pas le droit de faire les fiers.

Ils disent aussi _Être logé à l'enseigne des Haricots_.

HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s. m. Cabaret populacier,--dans l'argot des
marbriers de cimetière.

HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.

HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien de fraternité,--dans l'argot des
francs-maçons.

HOURVARI, s. m. Vacarme, dispute bruyante,--dans l'argot du peuple, qui a
emprunté ce mot en l'altérant à l'argot des chasseurs. V. _Boulvari_.

HOUSPILLER, v. a. Maltraiter quelqu'un par paroles ou par action.

HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un, crier après lui.

HUGREMENT, adv. Beaucoup, victorieusement,--dans l'argot des faubouriens.

HUILE, s. f. Vin,--dans l'argot du peuple, qui oint ses membres avec
cette onctueuse liqueur.

_Pomper les huiles._ Boire avec excès.

HUILE, s. f. Soupçon,--dans l'argot des voyous.

HUILE BLONDE, s. f. Bière,--dans l'argot des étudiants, habitués des
brasseries.

HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui
remplace avantageusement l'huile pour graisser les ressorts de notre
machine. Argot du peuple.

On dit aussi _Huile de poignet_.

HUILE DE COTRET, s. f. Coups de bâton,--dans l'argot des ouvriers, qui,
dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers
pour demander un litre de cette huile-là.

La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.

HUILE DE MAINS, s. f. L'argent, qui vous glisse toujours entre les
doigts,--dans l'argot du peuple, plagiaire involontaire des voyous
anglais: _Oil of palms_ disent ces derniers.

HUIT, s. m. Entrechat,--dans l'argot des troupiers.

_Battre un huit._ S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.

HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,--dans l'argot des paysans des environs de
Paris, qui ont voulu faire allusion au chant de cet oiseau.

HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des
mollusques acéphales.

_Faire des huîtres._ Cracher beaucoup et malproprement.

HUÎTRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui jette volontiers ses
coquilles à la tête des gens.

_Le parti des huîtres._ Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux
députés du centre, gens satisfaits,--et attachés à leurs _bancs_.

HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture à la mode, coupé de petite dame.

Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.

HUÎTRIFIER (S'). S'embourgeoiser, se parquer dans une vie
casanière.--Argot des gens de lettres.

HUMECTER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des ouvriers qui avaient
assez de poussières malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu
le palais.

HUMIDE EMPIRE (L'). La mer,--dans l'argot des académiciens.

Ils disent de même _Les plaines humides_.

La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout
collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.

HUMORISTE, s. m. Écrivain de l'école de Swift et de Sterne en Angleterre,
et de Jean-Paul Richter et Henri Heine en Allemagne,--dans l'argot des
gens de lettres, qui ont emprunté le mot (_humourist_) et la littérature
qu'il représente.

HUMOUR, s. m. Mélange d'esprit et de sentiment, de gaieté et de
mélancolie, d'ironie et de tendresse, qui se rencontre à foison chez les
écrivains anglais, et qu'on remarque depuis une quarantaine d'années chez
quelques-uns des écrivains français, Charles Nodier, Gérard de Nerval,
etc. Argot des gens de lettres.

HUPPÉ, adj. Bien habillé,--dans l'argot du peuple.

_Monsieur huppé._ Personne de distinction.

HURÉ, adj. Riche,--dans l'argot des voleurs.

HURLUBERLU, s. m. Homme fantasque, excentrique, étourdi, et même un peu
fou. Argot du peuple.

HURON, s. m. Homme rude d'aspect et de langage,--dans l'argot des
bourgeois, qui n'aiment pas Alceste.

HUS-MUS! Grand merci,--dans l'argot des voleurs.

HUSSARD A QUATRE ROUES, s. m. Soldat du train,--dans l'argot des
troupiers.

HUSSARD DE LA GUILLOTINE, s. m. Gendarme,--dans l'argot des prisons.

On dit aussi _Hussard de la veuve_.

HYDRE DE L'ANARCHIE (L'). Le socialisme,--dans l'argot des bourgeois qui
ont peur de leur ombre.

HYDROPIQUE, adj. et s. Fille ou femme enceinte,--dans l'argot facétieux
du peuple.

HYMÉNÉE, s. m. Mariage,--dans l'argot des académiciens.

_Serrer les liens_ ou _les nœuds de l'hyménée_. Se marier.


I

ICIGO, adv. Ici,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Icicaille_.

IDÉE, s. f. Petite quantité de quelque chose, solide ou liquide,--dans
l'argot du peuple.

Cette expression est de la même famille que _scrupule_, _larme_,
_soupçon_ et _goutte_.

IDÉES, s. f. pl. Soupçons jaloux,--dans l'argot des bourgeoises.

_Se forger des idées._ Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une
femme.

IDIOT, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui l'adressent
volontiers aux confrères qui leur déplaisent.

IDIOTISME, s. m. Bêtise complète; ânerie renversante.

IL A PLU SUR SA MERCERIE. Se dit--dans l'argot des gens de lettres et des
rapins--d'une femme autrefois très _avantagée_ par la Nature, et
maintenant tout à fait désavantagée par la Vie.

On connaît l'effet désastreux de la pluie sur les étoffes--sur les
étoffes de _satin_ principalement.

IL EST MIDI! Exclamation de l'argot des faubouriens, pour avertir
quelqu'un qui parle d'avoir à se méfier des gens devant lesquels il
parle.

On dit aussi _Il est midi et demi_.

ILLICO, adv. Sur-le-champ, tout de suite,--dans l'argot du peuple.

ILLICO, s. m. Potion improvisée,--dans l'argot des pharmaciens, qui
composent ordinairement ce garus de teinture de cannelle, de sucre et
d'alcool.

IL N'Y A PAS DE BON DIEU! Phrase elliptique de l'argot du peuple, qui ne
sent pas le fagot autant qu'on pourrait le croire au premier abord; elle
signifie simplement, dans la bouche de l'homme le plus en colère:
«Malgré tout, je ferai ce que je veux faire, rien ne m'arrêtera.»

IL PLEUT! Terme de refus ironique,--dans l'argot des gamins et des
ouvriers.

IL PLEUT! Exclamation de l'argot des typographes, pour annoncer la
présence d'un étranger dans l'atelier.--Exclamation de l'argot des
francs-maçons, pour s'avertir mutuellement de l'intrusion d'un _profane_
dans une réunion.

IL TOMBERA UNE ROUE DE VOTRE VOITURE! Phrase souvent employée,--dans
l'argot du peuple--à propos des gens trop gais ou d'une gaieté
intempestive.

IMAGE, s. f. Lithographie, gravure, dessin,--dans l'argot des enfants et
du peuple, ce grand enfant.

IMBIBER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des faubouriens.

IMBRIAQUE, s. f. Écervelé, excentrique, maniaque,--dans l'argot du
peuple.

A signifié autrefois Homme pris de vin.

Nous ne sommes pas loin de l'_ebriacus_ de Plaute.

IMMEUBLE, s. m. Maison,--dans l'argot des bourgeois.

IMMORTEL, s. m. Académicien,--dans l'argot ironique des gens de lettres,
qui savent très bien que l'Institut est un Léthé.

_Les quarante immortels._ Les quarante membres de l'Académie à tort dite
Française.

IMPAIR, s. m. Insuccès, _fiasco_,--dans l'argot des artistes.

IMPAVIDE, adj. Impassible, que rien ou personne n'émeut.

J'ai employé cette expression il y a quatre ou cinq ans, quelques-uns de
mes confrères l'ont employée aussi,--et maintenant elle est dans la
circulation.

IMPAYABLE, adj. Qui est d'une haute bouffonnerie, d'un caractère
extrêmement plaisant.--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot à
propos des choses et des gens.

IMPAYABLE, adj. Etonnant à force d'exigences, ennuyeux à force de
caprices,--dans l'argot de Breda-Street.

IMPÈRE, s. f. Apocope d'_Impériale_,--dans l'argot des faubouriens.

IMPOSSIBLE, adj. Extravagant, invraisemblable à force d'être
excentrique.--Argot des gens de lettres.

IMPURE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot des vieux galantins, qui
ont conservé les traditions du Directoire.

INCOMMODE, s. m. Réverbère,--dans l'argot des malfaiteurs, ennemis-nés
des lumières.

INCONGRUITÉ, s. f. _Ventris crepitus_, ou _Ructus_,--dans l'argot des
bourgeois, qui oublient que leurs pères éructaient et même crépitaient à
table sans la moindre vergogne.

_Faire une incongruité._ Crepitare vel eructare.

_Dire une incongruité._ Dire une gaillardise un peu trop
poivrée,--_turpitudo verborum_.

INCONOBRÉ, s. et adj. Inconnu, étranger,--dans l'argot des voleurs.

INCONSÉQUENCE, s. f. Infidélité galante,--dans l'argot de Breda-Street,
où le manque de probité en amour est naturellement considéré comme péché
véniel.

INCONSÉQUENTE, s. f. Femme qui change souvent d'amants, soit parce
qu'elle a la _papillonne_ de Fourier, soit parce qu'ils n'ont pas la
fortune de M. de Rothschild.

INCONVÉNIENT, s. m. Infirmité,--dans l'argot du peuple.

_Avoir l'inconvénient de la bouche._ Mériter cette épigramme de Tabourot
à _Punaisin_:

    «Tu t'esbahis pourquoy ton chien,
    Les estrons de sa langue touche:
    Se peut-il pas faire aussi bien
    Qu'il lesche ta lèvre et ta bouche?»

_Avoir l'inconvénient des pieds._ Suer outrageusement des pieds.

INCROYABLE, s. m. Le gandin du Directoire.

On prononçait _Incoïable_.

INDÉCROTTABLE, adj. Incorrigible,--dans l'argot des bourgeois.

INEXPRESSIBLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des Anglaises pudiques, qui
est devenu celui des gouailleurs parisiens.

INFANTE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des troupiers.

Les infantes étant les filles puînées des rois d'Espagne et de Portugal,
sont supposées belles, et l'on sait que tous les amants jouent volontiers
de l'hyperbole à propos de leurs maîtresses: ils disent «mon infante»
comme ils disent «ma reine». Une couronne leur coûte moins à donner avec
les lèvres qu'une robe de soie avec les mains.

INFECT, adj. Détestable, mal écrit,--dans l'argot des gens de lettres qui
disent cela à propos des articles ou des livres de ceux de leurs
confrères qu'ils n'aiment pas, à tort ou à raison.

INFECT, adj. Peu généreux,--dans l'argot des petites dames, pour qui ne
pas regarder à la dépense c'est sentir bon, et n'avoir pas d'argent c'est
puer.

INFÉRIEUR, adj. Qui est indifférent; qui semble peu important. Argot des
faubouriens.

_Cela m'est inférieur._ Cela m'est égal.

INFIRME, s. et adj. Imbécile,--dans l'argot du peuple et des gens de
lettres.

_Jouer comme un infirme._ Jouer très mal.

INGÉNUE, s. f. Jeune fille innocente et persécutée par les séducteurs
auxquels elle résiste vertueusement--tant que dure son rôle: la toile
baissée, c'est différent. Argot des coulisses.

Cet emploi commence à disparaître des théâtres et des pièces comme trop
invraisemblable et par conséquent ridicule. Les actrices aiment mieux
jouer les _travestis_.

INGLICHE, s. m. Anglais,--dans l'argot des faubouriens, qui prononcent à
peu près bien ce mot, mais qui l'écriraient probablement très mal.

Ils disent aussi _Inglichemann_ (Englishman).

INGRISTE, s. m. Peintre qui fait gris comme M. Ingres et exagère la
sécheresse et la froideur de couleur de ce maître. Argot des artistes et
des gens de lettres.

INGURGITER, v. a. et n. Boire, ou manger, avaler,--dans l'argot du
peuple.

Ce verbe, que n'oseraient pas employer les gens du bel air, est un des
mieux formés et des plus expressifs que je connaisse: _ingurgitare_,--qui
évoque naturellement le souvenir du fameux _ingurgite vasto_, cet abîme
goulu où disparurent les Lyciens, les fidèles compagnons d'Enée.

On dit aussi _S'ingurgiter_ quelque chose.

INGURGITER SON BILAN. Mourir,--dans l'argot des commerçants.

IN NATURALIBUS. En chemise, ou nu.

INODORES, s. m. pl. Water-closets,--dans l'argot des bourgeois.

INQUIÉTUDES, s. f. pl. Démangeaisons,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir des inquiétudes dans le mollet._ Avoir une crampe.

INSINUANT, s. m. Apothicaire,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu
détrôner M. Fleurant.

INSOLPÉ, adj. et s. Insolent,--dans le même argot.

INSURGÉ DE ROMILLY, s. m. Résultat probant de toute bonne digestion.
Synonyme de _factionnaire_, _sentinelle_, etc. Cette expression date de
1848 et est due à une historiette grasse rapportée par le _Corsaire_ de
cette époque.

INTERLOPE, s. et adj. Qui appartient au monde de la galanterie,--où les
_smugglers_ des deux sexes fraudent sans cesse la Morale, la Pudeur et
même la Préfecture de police.

_Le monde interlope._ La Bohème galante.

INTERLOQUER, v. a. Confondre, stupéfier, humilier,--dans l'argot du
peuple.

INTIME, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses.

INVALIDE, s. m. Ancienne pièce de quatre sous,--dans l'argot du peuple.

INVALO, s. m. Apocope d'_Invalide_,--dans l'argot des faubouriens.

INVITE, s. f. Apocope d'_Invitation_,--dans l'argot des joueurs de whist.

INVITE, s. f. Apocope d'_Invitation._--Argot des faubouriens.

_Faire une invite à l'as._ Solliciter quelqu'un de vous offrir quelque
chose.

IRLANDE (En)! Obliquement, à droite ou à gauche,--dans l'argot des
gamins, qui emploient cette expression en jouant au bouchon ou aux
billes.

IROQUOIS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui ne respecte pas
assez les héros de Cooper.

_S'habiller en iroquois._ D'une manière bizarre, extravagante.

_Parler comme un iroquois._ Fort mal.

ISOLAGE, s. m. Abandon.--dans l'argot des voleurs.

ISOLER, v. a. Abandonner.

ITRER, v. a. Avoir,--dans le même argot.

C'est un verbe irrégulier. Ainsi: _Ire-tu picté ce luisant?_ (As-tu bu
aujourd'hui?)

IVOIRE, s. m. Les dents,--dans l'argot des faubouriens.

_Faire un effet d'ivoire._ Rire de façon à montrer qu'on a la bouche bien
meublée.

Les voyous anglais disent de même: _To flash one's ivory_.

IVROGNER (S'), v. réfl. Avoir des habitudes d'ivrognerie,--dans l'argot
du peuple.


J

JABOT, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens, qui savent pourtant
bien que l'homme n'est pas un granivore.

_S'arroser le jabot._ Boire.

_Faire son jabot._ Manger.

On dit aussi _Remplir son jabot_.

L'expression est vieille:

    «De ce vin champenois dont j'emplis mon jabot
    On ne me voit jamais sabler que le goulot!»

dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade _le Tempérament_ (1755).

JABOT, s. m. Gorge de femme.

_Chouette jabot._ Poitrine plantureuse.

JABOTAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple.

JABOTER, v. n. Parler, bavarder.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne:

          «Lise était sotte,
    Maintenant elle jabotte;
        Voyez comme l'esprit
    Dans un jeune cœur s'introduit.»

JABOTEUR, s. m. Bavard.

JACASSE, s. f. Femme bavarde.

Se dit aussi d'un Homme bavard ou indiscret.

JACASSER, v. n. Bavarder.

JACASSEUR, s. m. Bavard, indiscret.

JACOBIN, s. m. Révolutionnaire,--dans l'argot des bourgeois, qui singent
les aristocrates.

JACQUE, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voleurs.

JACQUE, s. m. Geai,--dans l'argot du peuple.

JACQUELINE, s. f. Grisette,--dans l'argot des bourgeois; Concubine,--dans
l'argot des bourgeoises.

    «Notre Jacqueline le fouille,
    Emporte la grenouille.
    Laisse là mon nigaud,»

dit une vieille chanson.

JACQUELINE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des soldats.

JACQUES BONHOMME. Le peuple,--dans l'argot des faubouriens, dont les
pères firent la Jacquerie.

C'est le _John Bull_ anglais, le _Frère Jonathan_ américain, etc.

JACQUOT, s. m. Niais, bavard, importun,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Grand Jacquot_.

JACTER, v. n. Parler,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce
verbe à la vieille langue des honnêtes gens (_jactare_, vanter, prôner).

JAFFE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui s'assimile volontiers
les mots des ouvriers provinciaux transplantés à Paris, et qui a
certainement emprunté celui-ci au patois normand.

JAFFES, s. f. pl. Les joues.

JAFFIER, s. m. Jardin,--dans l'argot des voleurs.

JAFFIN, s. m. Jardinier.

JAFFLE, s. f. Soupe, potage,--dans le même argot.

JALO, s. m. Chaudronnier,--dans le même argot.

JAMBE DE VIN, s. f. Ivresse,--dans l'argot du peuple.

_Faire jambe de vin._ Boire à tire-larigot.

JAMBES DE COQ, s. f. pl. Jambes maigres,--dans l'argot du peuple.

_Jambes en coton._ Flageolantes comme le sont d'ordinaire celles des
ivrognes, des poltrons et des convalescents.

_Jambes en manches de veste._ Jambes arquées, disgracieuses.

JAMBES EN L'AIR, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.

JAMBONS, s. m. pl. Les cuisses,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent l'homme pour un goret, et qui ont quelquefois raison.

Scarron n'a pas été moins irrévérencieux:

      «Aussi fut Pélias le bon
    Fort incommodé d'un jambon.»

dit-il dans son _Virgile travesti_.

JAPPER, v. n. Crier.

JAR, s. m. Argot des voleurs, qui n'est pas autre chose qu'un _jargon_.

_Dévider le jar._ Parler argot.

Le peuple disait autrefois d'un homme très fin, très rusé: _Il entend le
jar._ Et souvent il ajoutait: _Il a mené les oies_,--le _jar_ étant le
mâle de l'oie.

JARDINAGE, s. m. _Débinage_, médisance,--dans l'argot des voyous.

JARDINER, v. a. et n. _Débiner_.

JARDINER, v. n. Parler,--dans le même argot.

JARDINIER, s. m. Complice de l'_Américain_ dans le vol au _charriage_.
C'est lui qui est chargé de flairer dans la foule l'homme _simple_ à
dépouiller.

JARGOLLE, n. d. l. La Normandie,--dans l'argot des voleurs.

JARGOLLIER, s. m. Normand.

JARGONNER, v. n. Babiller, bavarder,--dans l'argot du peuple.

JARGOUILLER, v. n. Parler confusément.

On dit aussi _Gargouiller_.

JARGUER, v. n. Parler argot, dévider le _jar_.

JARNAFFE, s. f. Jarretière,--dans l'argot des voleurs.

_Jeu de la jarnaffe._ Escroquerie dont Vidocq donne le procédé, pages
233-34 de son ouvrage.

JARRET, s. m. Bon marcheur,--dans l'argot du peuple, qui emploie souvent
la métonymie.

JASANTE, s. f. Prière,--dans l'argot des voleurs.

JASER, v. n. Prier.

JASER, v. n. Parler indiscrètement, de manière à compromettre des tiers
ou soi-même,--dans l'argot du peuple.

JASPIN, adv. Oui,--dans l'argot des voleurs.

JASPINEMENT, s. m. Aboiement,--dans le même argot.

JASPINER, v. a. et n. Parler, bavarder.

_Jaspiner bigorne._ Entendre et parler l'argot. V. _Bigorne_.

En wallon, _Jaspiner_ c'est gazouiller, faire un petit bruit doux et
agréable comme les oiseaux.

JAUNE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des chiffonniers.

JAUNE, s. m. Été, la saison mûrissante,--dans l'argot des voleurs.

JAUNE D'OEUF (Avec un). Phrase suffixe que le peuple emploie ironiquement
avec le verbe _Aimer_ ou _Adorer_.

Ainsi _Je t'adore avec un jaune d'œuf_ signifie: «Je ne l'aime pas du
tout», et fait une sorte de calembour, par allusion à l'emploi connu du
jaune d'œuf.

JAUNET, s. m. Pièce d'or de vingt francs,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Jauniau_.

Au XVIIe siècle, on disait _Rouget_.

JAUNIER, s. m. Débitant ou buveur d'eau-de-vie.

JAVANAIS, s. m. Langue de convention parlée dans le monde des coulisses
et des filles, qui consiste à ajouter après chaque syllabe la syllabe
_va_ ou _av_, _ad libitum_, de façon à rendre le mot prononcé
inintelligible pour les profanes.

Les voleurs ont aussi leur javanais, qui consiste à donner des
terminaisons en _ar_ et en _oc_, en _al_ ou en _em_, de façon à défigurer
les mots, soit français, soit d'argot, en les agrandissant.

Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste à
remplacer toutes les premières lettres consonnes d'un mot, par un l et à
reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on coud une syllabe
javanaise. Ainsi pour dire _Papier_, ils diront _Lapiepem_, ou
_Lapiepoc_.

Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder et
suivre par un l, sans oublier de coudre à la fin une syllabe javanaise
quelconque. Par exemple _avis_ se dit _Laviloc_ ou mieux _Lavilour_.
Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter les curieux; ils
disent _nabadutac_ pour _tabac_,--quand ils ne disent pas _néfoin du tré_
pour _tréfoin_, en employant les syllabes explétives _na_ et _né_ qui
sont du pur javanais, comme _av_ et _va_.

JAVARD, s. m. Lin que l'on met en _javelles_,--dans l'argot des voleurs.

JAVOTTE, s. f. Homme bavard, indiscret,--dans l'argot du peuple.

JEAN, s. m. Imbécile; mari que sa femme trompe sans qu'il s'en aperçoive.

On disait autrefois _Janin_.

JEAN-BÊTE, s. m. Imbécile.

C'est le cas ou jamais de citer les vers de madame Deshoulières:

    «Jean? Que dire sur Jean? C'est un terrible nom
    Que jamais n'accompagne une épithète honnête:
    Jean Des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon
    Qu'en si beau chemin je m'arrête.»

JEAN DE LA SUIE, s. m. Savoyard, ramoneur,--dans l'argot du peuple.

JEAN DE LA VIGNE, s. m. Crucifix,--dans l'argot des voleurs.

JEANFESSE, s. f. Malhonnête homme, bon à _fouetter_,--dans l'argot des
bourgeois.

JEANFOUTRE, s. m. Homme sans délicatesse, sans honnêteté, sans courage,
sans rien de ce qui constitue un homme,--dans l'argot du peuple, dont
cette expression résume tout le mépris.

JEAN GUÊTRÉ. Le peuple des paysans.

L'expression est de Pierre Dupont.

JEAN-JEAN, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers, pour qui
tout soldat novice est un imbécile qui ne peut se dégourdir qu'au feu.

JEAN JEAN, s. et adj. Homme par trop simple, qui se laisse mener par le
bout du nez,--dans l'argot du peuple.

JEANLORGNE, s. m. Innocent, et même niais.

JEANNETON, s. f. Fille de moyenne vertu,--dans l'argot des bourgeois, qui
connaissent leur La Fontaine.

    «Car il défend les jeannetons,
    Chose très nécessaire à Rome.»

JEAN-RAISIN. Le peuple des vignerons.

L'expression est de Gustave Mathieu.

JE NE SAIS QUI, s. f. Femme de mœurs plus que légères,--dans l'argot
méprisant des bourgeoises.

JE NE SAIS QUOI, s. m. Qualité difficile à définir; l'inconnue d'un
sentiment ou d'un caractère qu'on chercherait en vain à dégager. Argot
des gens de lettres.

JÉRÔME, s. m. Canne, bâton,--dans l'argot du peuple.

JÉSUITE, s. m. Dindon,--dans l'argot des voleurs, qui doivent employer
cette expression depuis l'introduction en France, par les missionnaires,
de ce précieux gallinacé, c'est-à-dire depuis 1570.

JÉSUS, s. m. Innocent,--dans l'argot souvent ironique du peuple.

D'où le _grippe-Jésus_ de l'argot encore plus ironique des voleurs,
puisqu'ils appellent ainsi les gendarmes.

JÉSUS, s. m. «Enfant dressé au vol et à la débauche,»--dans l'argot des
voleurs.

JET, s. m. Canne, jonc,--dans le même argot.

JETER, v. n. Suppurer,--dans l'argot du peuple.

JETER DES PERLES DEVANT LES POURCEAUX, v. a. Dire ou faire de belles
choses que l'on n'apprécie point à leur juste valeur,--dans l'argot des
bourgeois.

C'est le _margaritas antè porcos_ des Anciens.

JETER DU COEUR SUR DU CARREAU. Rendre fort incivilement son déjeuner ou
son dîner, lorsqu'on l'a pris trop vite ou trop abondant.

JETER LE MOUCHOIR, v. a. Distinguer une femme et lui faire agréer ses
hommages et son cœur,--dans l'argot des vieux galantins.

JETER SA LANGUE AUX CHIENS, v. a. Renoncer à deviner une chose, à la
comprendre,--dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi _Jeter sa langue aux chats_.

JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS. Dire adieu à la pudeur, à
l'innocence, et, par suite au respect des honnêtes gens, et se lancer à
cœur perdu dans la voie scabreuse des aventures amoureuses. Argot du
peuple.

JETER SON LEST, v. a. Se débarrasser involontairement du déjeuner ou du
dîner dont on s'était lesté mal à propos.

JETER UN FROID, v. a. Commettre une incongruité parlée, dire une
inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met
tout le monde sur ses gardes.

JETON, s. m. Pièce d'argent,--dans l'argot des faubouriens.

JEUNE, s. m. Petit enfant ou petit animal,--dans l'argot du peuple.

JEUNE, adj. Naïf, et même un peu sot.

Quand un ouvrier dit de quelqu'un: _Il est trop jeune!_ cela signifie: il
est incapable de faire telle ou telle chose,--il est trop bête pour cela.

JEUNE-FRANCE, s. m. Variété de Romantique, d'étudiant ou de commis--en
pourpoint de velours, en barbe fourchue, en cheveux en broussailles, avec
le feutre mou campé sur l'oreille.

JEUNE HOMME, s. m. Double moos de bière,--dans l'argot des brasseurs
parisiens.

JEUNE HOMME (Avoir son), v. a. Être complètement ivre, de façon à se
laisser mater et conduire par un enfant. Argot des faubouriens.

On dit aussi: _Avoir son petit jeune homme_.

JEUNE SEIGNEUR, s. m. Gandin,--du moins d'après madame Eugénie Foa, à qui
je laisse toute la responsabilité de ce néologisme, que je n'ai jamais
entendu, mais qu'elle déclare, à la date du 1er mars 1840, être «le
titre de bon goût remplaçant ceux de petits-maîtres, beaux-fils,
muscadins, etc..» Greffier fidèle, j'enregistre tout.

JEUNESSE, s. f. Jeune fille,--dans l'argot du peuple.

JEUNET, ETTE, adj. Qui est un peu trop jeune, et par conséquent trop
naïf.

S'emploie aussi à propos d'un vin trop nouveau et que sa verdeur rend
désagréable au palais.

JEUX SANGLANTS DE MARS (Les). La guerre,--dans l'argot des académiciens.

JIGLER, v. a. et n. Sauter en s'éparpillant. Ne s'emploie qu'à propos des
liquides, vin, boue ou sang.

JINGLARD, s. m. Petit vin suret, ou le vin au litre en général,--dans
l'argot du peuple, qui ne veut plus dire _ginguet_, et encore moins
_guinguet_, une étymologie cependant.

JOB, s. m. Innocent, imbécile, dupe,--dans l'argot des faubouriens, qui
parlent comme écrivaient Noël Du Fail en ses _Propos rustiques_ et
d'Aubigné en sa _Confession de Sancy_.

JOB, s. m. Tromperie, mensonge.

_Monter un job._ Monter un coup.

_Monter le job._ Tromper, jouer une farce.

JOBARD, s. m. et adj. Homme par trop crédule, dont chacun se moque, les
femmes parce qu'il est trop respectueux avec elles, les hommes parce
qu'il est trop confiant avec eux.

C'est un mot de vieille souche, qu'on supposerait cependant né d'hier,--à
voir le «silence prudent» que le Dictionnaire de l'Académie garde à son
endroit.

JOBARDER, v. a. Tromper, se moquer; duper.

_Se faire jobarder._ Faire rire à ses dépens.

JOBARDERIE, s. f. Confiance par trop excessive en la probité des hommes
et la fidélité des femmes.

JOBERIE, s. f. Niaiserie, simplicité de cœur et d'esprit.

JOBISME, s. m. Pauvreté complète, pareille à celle de _Job_.

L'expression appartient à H. de Balzac.

JOCKO, s. m. Pain long,--dans l'argot des bourgeois, qui consacrent ainsi
le souvenir du singe Jocko, un lion il y a trente ans.

On dit aussi _Pain jocko_ ou _à la Jocko_.

JOCRISSE, s. m. Mari qui se laisse mener par sa femme,--dans l'argot du
peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.

JOCRISSIADE, s. f. Naïveté,--ou plutôt Niaiserie.

JOINT, s. m. Biais pour se tirer d'affaire,--dans l'argot des bourgeois,
qui découpent mieux qu'ils ne parlent.

_Connaître le joint._ Savoir de quelle façon sortir d'embarras; connaître
le point capital d'une affaire.

JOJO, adj. Joli,--dans l'argot des voyous.

JOJO, adj. et s. Innocent, et même Niais,--dans l'argot du peuple.

_Faire du jojo._ Faire l'enfant, la bête.

JOLI, adj. et s. Chose fâcheuse, désagréable.

_Voilà du joli!_ Nous voici dans une position critique.

JOLI GARÇON, s. m. Se dit ironiquement et en manière de reproche de
quelqu'un dont on a à se plaindre.

JONC, s. m. Or,--dans l'argot des voleurs, qui appellent ainsi ce métal,
non, comme le veut M. Francisque Michel, par corruption de _jaune_, mais
bien parce que c'est le nom d'une bague en or connue de tout le monde, et
qui ne se porte qu'en souvenir de l'anneau de paille des gens mariés par
condamnation de l'Officialité.

JONCHER, v. a. Dorer.

JONCS, s. m. pl. Lit de prison, à cause de la paille qui en compose les
matelas.

_Être sur les joncs._ Être arrêté ou condamné pour un temps plus ou moins
long--toujours trop long!--«à pourrir sur la paille humide des cachots».

JORDONNE, s. m. Homme qui aime à commander, dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Monsieur Jordonne_, et, de même, _Madame_ ou _Mademoiselle
Jordonne_, quand il s'agit d'une femme qui se donne des «airs de
princesse».

JORNE, s. m. Jour,--dans l'argot des voleurs, qui d'ordinaire ne
travaillent pas _a giorno_.

JOSEPH, s. m. Homme par trop chaste,--dans l'argot des petites dames, qui
ressemblent par trop à madame Putiphar.

_Faire son Joseph._ Repousser les avances d'une femme, comme le fils de
Jacob celles de la femme de Pharaon.

JOSÉPHINE, s. f. Mijaurée, bégueule,--dans l'argot des faubouriens, qui
ont voulu donner une compagne à Joseph.

_Faire sa Joséphine._ Repousser avec indignation les propositions
galantes d'un homme.

JOUASSER, v. n. Jouer mal ou sans application, pour passer le temps
plutôt que pour gagner une partie.

On dit aussi _Jouailler_.

JOUASSON, s. m. Joueur malhabile ou distrait, redouté des véritables
joueurs,--qui lui préféreraient volontiers un _Grec_.

On dit aussi _Jouaillon_.

JOUER (se). S'arranger, s'organiser,--dans l'argot du peuple, qui emploie
cette expression à propos d'une foule de choses étrangères à la musique
et au jeu. Ainsi, à propos d'un portefeuille à secret, au lieu de dire:
_Comment cela s'ouvre-t-il?_ il dira: _Comment cela se joue-t-il?_

Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de _faire_, pour marquer
l'étonnement. _Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de
l'argent et maintenant je n'en ai plus!_

JOUER A COURIR, v. n. Se défier à la course,--dans l'argot des enfants.

JOUER A LA MAIN CHAUDE, v. n. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs,
qui font allusion à l'attitude du supplicié, agenouillé devant la
machine, la tête basse, les mains liées derrière le dos.

JOUER A LA RONFLE, v. n. Ronfler en dormant,--dans l'argot des
faubouriens.

JOUER COMME UN FIACRE, v. n. Jouer très mal,--dans l'argot du peuple, qui
sait que les voitures imaginées, au XVIIe siècle, par Sauvage, sont les
plus détestables véhicules du monde.

On dit aussi _Jouer comme une huître_.

JOUER DE LA HARPE. S'assurer, comme Tartufe, et dans le même but que lui,
auprès d'une femme, que l'étoffe de sa robe est moelleuse.

JOUER DE QUELQU'UN, v. n. Le mener comme on veut, en tirer soit de
l'argent, soit des complaisances de toutes sortes,--dans l'argot de
Breda-Street, où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano, Paganini du
violon, Théophile Gautier de la prose, Théodore de Banville du vers,
etc., etc.

JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

JOUER DEVANT LES BANQUETTES. Jouer devant une salle où les spectateurs ne
sont pas nombreux, ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des
coulisses.

JOUER DU COEUR. Rejeter les vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à
propos,--dans l'argot du peuple, à qui les _concetti_ ne déplaisent pas.

Nos aïeux disaient _Tirer aux chevrotins_.

JOUER DU NAPOLÉON, v. a. Payer; dépenser sans compter,--dans l'argot des
bohèmes, à qui ce jeu-là est interdit.

JOUER DU PIANO, v. a. Se dit,--dans l'argot des maquignons, d'un cheval
qui frappe inégalement des pieds en courant.

JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser de l'argent,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Compter de l'argent.

JOUER DU VIOLON, v. a. Scier ses fers,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Jouer de la harpe_.

JOUER DU VIOLON, v. n. Se dit,--dans l'argot des écrivains fantaisistes,
à propos des mouvements de systole et de diastole du cœur humain en
proie à l'Amour, ce divin Paganini.

JOUER LA FILLE DE L'AIR, v. a. S'en aller de quelque part;
s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

JOUJOU, s. m. Jouet,--dans l'argot des enfants.

_Faire joujou._ S'amuser,--au propre et au figuré.

JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,--dans l'argot du peuple.

On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette
expression en pleine Assemblée nationale.

JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire joujou,--dans l'argot des faubouriens, qui
emploient ce verbe au propre et au figuré.

JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Le). Le jour de l'exécution,--dans
l'argot des prisons. C'est une allusion, comprise même des plus ignorants
et des plus païens, à la décollation du Précurseur, dont la belle et
cruelle Hérodiade ne pouvait digérer les mercuriales.

Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils
appellent le _Jour du torticolis_ (wry-neck day).

JOURNOYER, v. n. Ne rien faire de la journée, flâner. Argot du peuple.

JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s. Grimacier, grimacière, qui fait des façons,
des giries.

JUBILATION, s. f. Contentement extrême,--dans l'argot du peuple.

_Visage de jubilation._ Qui témoigne d'un très bon estomac.

JUBILER, v. n. Se réjouir.

JUDAS, s. m. Traître; homme dont il faut se méfier,--dans l'argot du
peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l'infamie
d'Iscariote.

_Baiser de Judas._ Baiser qui manque de sincérité.

_Barbe de Judas._ Barbe rouge.

_Bran de Judas._ Taches de rousseur.

_Le point de Judas._ Le nombre 13.

JUDAS, s. m. Petite ouverture au plancher d'une chambre située au-dessus
d'une boutique, et qui _trahit_ ainsi la présence d'un étranger dans
celle-ci.

Les _judas_ parisiens sont les cousins germains des _espions_ belges et
suisses.

JUDASSER, v. n. Embrasser pour tromper--comme Judas Iscariote fit au
Christ.

Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.

JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration d'amitié; tour, perfidie;
trahison.

JUDÉE, n. de l. Préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui ont
appris à leurs dépens le chemin de la rue de _Jérusalem_.

Ils disent aussi _Petite Judée_.

JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet de marchand de vin, qui condamne à payer
une _tournée_ celui qui perd en amenant le plus petit nombre. Argot des
ouvriers.

JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,--parce qu'il est destiné à mettre le holà.

Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des
faubouriens.

JUGEOTTE, s. f. Jugement, logique, raison, bon sens,--dans l'argot du
peuple, pour qui cela remplace la _judiciaire_.

JUGULER, v. a. Importuner, ennuyer, _égorger_ d'obsessions.

JUIF, s. m. Prêteur à la petite semaine,--dans l'argot des étudiants.

JUIF ERRANT, s. m. Grand marcheur, homme qui va par monts et par vaux,
comme Ahasvérus, que Jésus--«la bonté même»--a condamné à marcher
«pendant plus de mille ans».

JUIFFER, v. a. Tromper en vendant; avoir un bénéfice usuraire dans une
affaire.

JUILLETISER, v. a. Faire une révolution, détrôner un roi,--dans l'argot
du peuple, qui a gardé le souvenir des «glorieuses journées» de 1830.

JULES, s. m. Pot qu'en chambre on demande,--dans l'argot des faubouriens
révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de
saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.

_Aller chez Jules._ C'est ce que les Anglais appellent _To pay a visit to
mistress Jones_.

JUMELLES, s. f. pl. Partie du corps qui constitue la Vénus
_Callipyge_,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses,
lesquelles appelaient cette partie _Les deux sœurs_.

JUS, s. m. Grâce, élégance, bon goût,--dans l'argot des faubouriens, pour
qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la
_sauce_ de certaines qualités de l'âme.

_Avoir du jus._ Avoir du _chic_, de la tournure.

_Être d'un bon jus._ Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un
visage qui prête à rire.

JUS, s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.

JUS DE BÂTON, s. m. Coup de bâton.

JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.

JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre ou mulâtre.

JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A l'excès, extrêmement,--dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos de tout.

JUSTE, s. f. La Cour d'assises,--dans l'argot des voleurs, qui
s'étrangleraient sans doute à prononcer le mot tout entier, qui est
_Justice_.

JUSTE MILIEU, s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du
gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux.

On dit aussi _Centrier_.

JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit consacré par la jurisprudence du
Palais-Royal comme cible aux coups de pied classiques et aux
plaisanteries populaires.

JUTEUX, EUSE, adj. qui donne de grands bénéfices, qui _rend_ un grand
profit, qui a du _jus_ enfin.


K

KIF-KIF, adv. _Ric-à-ric_,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi
dans l'armée d'Afrique.

KINSERLICK, s. m. Autrichien,--dans l'argot des troupiers, qui ont
entendu parler des Impériaux (_die Kaiserlichen_) battus par leurs pères,
les soldats de la Grande Armée.

On dit aussi et mieux _Kaiserlick_.

KLEBJER, v. n. Manger,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui
parlent russe (_kleb_, pain) sans le savoir.

Ils disent aussi _Tortorer_.

KOKSNOFF, adj. Elégant, beau, brillant, _chocnosoff_,--dans l'argot des
bohèmes et des rapins.

KOLBAC, s. m. Coiffure généralement quelconque,--dans l'argot des
faubouriens.

KRAPSER, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens qui ont fait la guerre
d'Orient.

Signifie aussi mourir.

KYRIELLE, s. f. Suite ou procession de gens; famille nombreuse,--dans
l'argot du peuple.

_Avoir des kyrielles d'enfants._ En avoir beaucoup.


L

LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à l'unisson,--dans
l'argot des gens de lettres.

_Donner le la._ Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les
autres doivent faire, dire, écrire.

LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,--dans l'argot des filles, qui n'aiment à
parler qu'allusivement de ce Paraclet forcé.

LABORATOIRE, s. m. Cuisine,--dans l'argot des restaurateurs, chimistes
ingénieux qui savent _transformer_ les viandes et les vins de façon à
dérouter les connaisseurs.

LACETS, s. m. pl. Poucettes,--dans l'argot des voleurs.

_Les marchands de lacets._ Les gendarmes.

LACHE, s. et adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Saint Lâche_.

LACHER, v. a. Quitter.

_Lâcher d'un cran._ Abandonner subitement.

LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

LACHER (Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête,
_ventris flatum emittere_,--dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi _En lâcher un_ ou _une_,--selon le sexe de l'incongruité.

LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de l'importuner,--dans l'argot
des faubouriens.

C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: _Ah! tu vas me lâcher le
coude!_ dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.

LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des voyous.

LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné,--dans
l'argot des bourgeois.

LACHER UNE NAÏADE, v. a. _Meiere_,--dans l'argot facétieux des ouvriers.

Ils disent aussi _Lâcher les écluses_.

LACHER UNE TUBÉREUSE. (V. _Se lâcher_.)

LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme,--dans
l'argot de Breda-Street, où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa
juste valeur.

LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne
les reconduit pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,--dans l'argot des
ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.

_Beau lâcheur._ Homme qui fait de cette désertion une habitude.

LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse
devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on
vous accable. Argot des gens de lettres.

_Lâcheur_ ici est synonyme de Lâche.

LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en l'empoisonnant ou de tout
autre façon,--dans l'argot du peuple, plus cruel que la justice,
puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.

LAFFE, s. f. Potage, soupe,--dans l'argot des voleurs.

LAGO, adv. Là,--dans le même argot.

_Labago._ Là-bas.

LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,--dans l'argot des bourgeois,
dont l'esthétique laisse beaucoup à désirer.

On dit aussi _Vilain laideron_,--quand on veut se mettre un pléonasme sur
la conscience.

LAINE, s. f. Ouvrage,--dans l'argot des tailleurs.

LAINÉ, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs.

LAISSER ALLER (Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût
et même sans soin; se négliger. Argot du peuple.

LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE. Perdre tout droit à porter le bouquet
de fleurs d'oranger traditionnel.

L'expression est vieille,--comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a
même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à
une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le
chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était
pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne
laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne
permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»

LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans une affaire; ne
sortir d'un mauvais pas qu'en finançant.

LAISSER FUIR SON TONNEAU. Mourir,--dans l'argot des marchands de vin.

LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le
résultat d'une affaire, d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.

LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,--dans l'argot du peuple.

LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE. S'arranger de manière à avoir un
bénéfice certain sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.

LAIT, s. m. Encre,--dans l'argot des voleurs.

_Lait à broder._ Encre à écrire.

_Lait de cartaudier._ Encre d'imprimerie.

LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela pour
avoir le droit de _téter_ jusqu'à cent ans.

LAÏUS, s. m. Discours quelconque,--dans l'argot des Polytechniciens, chez
qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours
de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire
à traiter par les élèves avait été l'époux de Jocaste.

_Piquer un Laïus._ Prononcer un discours.

Les Saint-Cyriens, eux, disent _Brouta_ (du nom d'un professeur de
l'Ecole), _broutasser_ et _broutasseur_.

LAMBERT. Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à toute personne dont on
ignore le nom véritable.

_Appeler Lambert._ Se moquer de quelqu'un dans la rue.

LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,--dans l'argot du peuple.

Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si
l'on en croit le _Dictionnaire historique_ de M. L.-J. Larcher, qui le
fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et
lourd dans son style».

Signifie aussi hésitant.

LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti; flâner.

LAME, s. f. Tombeau,--dans l'argot des romantiques, qui avaient
ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle.

_Être couché sous la lame._ Être mort.

LAMINE, n. d. v. Le Mans,--dans l'argot des voleurs.

LAMPE, s. f. Verre à boire,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Canon_.

LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,--dans l'argot du peuple.

LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.

On disait, il y a deux siècles: _Mettre de l'huile dans la lampe_ pour
emplir un verre de vin.

LAMPIE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.

LAMPION, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voyous.

LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens.

    «Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire
    A ton perruquier du bon ton,
    Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,
    Foi d'homme! j'te crève un lampion!»

dit une chanson qui court les rues.

_Lampions fumeux._ Yeux chassieux.

LANCE, s. f. Pluie,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce
mot à l'argot des voleurs.

A qui qu'il appartienne, il fait image.

LANCE, s. f. Balai,--dans le même argot.

LANCE DE SAINT CRÉPIN, s. f. Alène,--dans l'argot du peuple, qui sait que
saint Crépin est le patron des cordonniers.

LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des bastringueuses.

LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.

LANCER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.

LANCER (Se), v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes.
Argot des bourgeois.

LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il édite,--dans
l'argot des gens de lettres.

_Bon lanceur._ Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des
_rossignols_,--par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.

Le contraire de _lanceur_ c'est _Etouffeur_,--un type curieux, quoiqu'il
ne soit pas rare.

LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon,
et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation
galante est cependant suffisamment déclarée.

LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,--dans l'argot des faubouriens.

LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d'années.

_Danser les lanciers._ Danser ce quadrille.

LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la
porte Saint-Martin,--dans l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent
peut-être pas que l'expression est octogénaire.

_Il y a du bruit dans Landernau._ Il y a un événement quelconque dans le
monde des lettres ou des arts.

LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des voleurs, qui ont
conservé le souvenir du _Landit_ de Saint-Denis.

LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.

LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue,--dans l'argot
du peuple.

Le mot sort des poésies de Clément Marot.

LANGUE DES DIEUX (La). La poésie,--dans l'argot des académiciens, dont
cependant les vers n'ont rien de divin.

LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y
a, dans _les Nuits de la Seine_, drame de Marc Fournier, un _professeur
de langue verte_ qui enseigne et pratique les tricheries ordinaires des
grecs. Le sens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.

Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!

LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,--dans l'argot de Breda-Street.

_Faire un petit lansque._ Jouer une partie de lansquenet.

LANSQUAILLER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Lascailler_.

LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,--dans le même argot.

LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.

_Lansquiner des chasses._ Pleurer.

LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot
du peuple.

LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre plus que de raison,
se moquer de lui.

LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et saillants.

LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.

LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,--dans l'argot des faubouriens.

LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une
chose,--dans l'argot du peuple.

LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.

LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.

On disait autrefois _L'Enturlé_.

LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de
trottoir,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le
souvenir de La Palférine de H. de Balzac.

LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,--dans l'argot du peuple.

_Fameux lapin._ Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups
de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

LAPIN s. m. Camarade de lit,--dans l'argot des écoliers, qui aiment à
coucher seuls.

On sait quel était le _lapin_ d'Encolpe, dans le _Satyricon_ de Pétrone.

LAPIN (En), adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher,--dans
l'argot du peuple.

LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.

LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,--dans l'argot des voleurs.

Ils l'appellent aussi _Liège_.

LARBIN, s. m. Domestique,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté
ce mot à l'argot des voleurs.

LARBINERIE, s. f. Domesticité, valetaille.

LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,--dans l'argot du peuple, qui
prend l'homme pour un porc.

_Sauver son lard._ Se sauver quand on est menacé.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _To save his bacon_,
disent-ils.

LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup de sabre,--dans
l'argot des troupiers.

_Se faire larder._ Recevoir un coup d'épée.

LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.

LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense,--dans l'argot du
peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot:

                «.... Ils sçavent bien
    Que vostre père est homme large;
    A souper l'auront, à la charge
    Pour dix buveurs maistres passez.»

    (Traduction du _Colloque d'Erasme_.)

LARGE DES ÉPAULES. Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire
de Leroux, édition de 1786, qui n'est pas la première édition.

LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,--dans l'argot des voleurs et des
souteneurs.

_Larguepé._ Femme publique.

LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami des _largues_.

On dit aussi _Larcottier_.

LARME, s. f. Très petite quantité,--dans l'argot des bourgeois, qui
prennent une larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent
gris.

LARTIF, ou LARTILLE, ou LARTON, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs qui
ne veulent pas dire _artie_.

_Larton brut._ Pain bis.

_Larton savonné._ Pain blanc.

_Lartille à plafond._ Pâté,--à cause de sa croûte.

LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.

LASCAR, s. m. Nom que,--dans l'argot des troupiers et du peuple--on donne
à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé
contre la loi, la morale et les choses établies.

C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui
naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui,
tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes
gens.

LATIF, s. m. Linge blanchi,--dans l'argot des voleurs.

LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.

        «Je suis latine
    Gaiment je dine
    Sur le budget de mon étudiant!»

dit une chanson moderne.

LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.

_Se ficher un coup de latte._ Se battre en duel.

LAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.

LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,--dans l'argot des voyous.

LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu un premier
propriétaire,--dans l'argot des filles et des bohèmes, qui ont l'habitude
de _laver_ précisément les choses les plus neuves et les plus propres,
afin de s'en faire de l'argent comptant.

LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la viande a été trop
épargnée. Argot des bourgeois.

Se dit aussi du mauvais café.

LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier, _canulant_,--dans l'argot du
peuple, qui n'aime pas les détersifs.

LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait achetés pour les
garder.

Pourquoi _laver_ au lieu de _vendre_? M. J. Duflot prétend que cela vient
de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin
qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit
chaque jour. (L'Institution Porcher--la claque--ne fonctionnait pas
encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table
quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités
politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.--«C'est
mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant
vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la
cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet
que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut
obligé de comprendre que _laver_ voulait dire _vendre_. Depuis ce jour,
il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le
blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»

LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et même dire des
injures,--dans l'argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbe
_objurgare_ de Cicéron.

LAVETTE, s. f. Langue,--dans l'argot des faubouriens, qui le disent aussi
bien à propos des hommes que des chiens.

LAVOIR, s. m. Le confessionnal,--dans l'argot des voyous, qui ne vont pas
souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu'elle est le plus
chargée d'impuretés.

LAZAGNE, s. f. Lettre,--dans l'argot des voleurs.

LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à
Lourcine. Même argot.

LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,--dans l'argot du peuple.

LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop minutieusement, à la
hollandaise,--dans l'argot des artistes.

LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se plaît à recevoir et à
donner des baisers,--dans l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de
la tribu des _Amalécites_.

LÉGITIME, s. f. Épouse,--dans l'argot des bourgeois.

LÉGRE, s. f. Foire, marché,--dans l'argot des voleurs.

LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds,--dans
l'argot des faubouriens.

J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre
les doigts de pied de Louis XIV!»

On dit aussi _Champignons_.

LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit
exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a une _Société
des légumistes_.

LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant, _endormi_,--dans l'argot du peuple.

LÉON, n. d'h. Le président des assises,--dans l'argot des voleurs,
renards qui se sentent en présence du _lion_.

LERMON, s. m. Etain,--dans le même argot.

LERMONER, v. a. Etamer.

LEM. Désinence javanaise,--mais d'un javanais spécial aux saltimbanques,
et quelquefois aussi aux voleurs.

_Parler en lem._ Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre
inintelligibles au vulgaire.

On dit aussi Parler en _luch_--et alors on remplace _lem_ par _luch_.

LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent un _gentleman of the
back-door_. Argot de gens de lettres.

LESBIENNE, s. f. _Fleur du mal_, et non du mâle.

LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui ont
grand besoin d'être blanchis.

Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut
dire _Lessiveur_.

LESSIVE, s. f. Plaidoirie,--tout avocat ayant pour mission de blanchir
ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture
de la Cour d'assises.

LESSIVE, s. f. Perte,--dans l'argot des joueurs.

LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de
livres,--dans l'argot des bohèmes et des lorettes.

_Faire sa lessive._ Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres
envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,--dans l'argot des
bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent les _ex-dono_.

LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à
l'examen,--dans l'argot des bourgeois, heureux d'avoir du linge.

_Faire la lessive du Gascon._ Retourner sa chemise quand elle est sale
d'un côté,--ce que font beaucoup de bohèmes.

On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre
vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour
pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»

LESSIVER. Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en
Cour d'assises.

LESSIVER (Se faire). Perdre au jeu.

LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le
détail aux pages 241-253 de son livre.

LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,--dans l'argot des gens de lettres, qui
ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.

LEVAGE, s. m. Escroquerie,--dans l'argot des faubouriens. Séduction menée
à bonne fin,--dans l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de
succès,--dans l'argot des gandins.

LEVÉ (Être). Être suivi par un garde du commerce,--dans l'argot des
débiteurs.

LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,--dans l'argot des voleurs.

LEVER, v. a. Capter la confiance,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi voler.

_Se faire lever de tant._ Se laisser gagner ou «emprunter une somme
de...»

LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon supérieure. Argot des
gandins.

LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance, de l'ancien ou du
nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au
milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot
des coulisses.

LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,--dans l'argot des
typographes.

LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,--dans le même argot.

LEVER LE COUDE, v. a. Boire,--dans l'argot du peuple.

LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.

LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée
au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de
lettres et des commis.

_Lever une femme au crachoir._ La séduire à force d'esprit ou de bêtises
parlées.

LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener
par lui. Argot des petites dames.

_Lever un homme au souper._ S'arranger de façon à se faire inviter à
souper par lui.

LEVEUR, s. m. Pick-pocket.

LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.

LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,--dans l'argot des voleurs.

LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire un coup. Même
argot.

LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins
dépenser,--dans l'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas
riche.

LICHADE, s. f. Embrassade,--dans l'argot des faubouriens.

LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.

_Lichance soignée._ Gueuleton.

On dit aussi _Lichade_.

LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'en _lécher_ les lèvres.

LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.

Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.

LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à manger et à boire.

On dit aussi _Lichard_.

LIE DE FROMENT, s. f. Les _fumées_ humaines,--dans l'argot du peuple.

LIGNARD, s. m. Soldat de la _ligne_,--dans l'argot des faubouriens.

LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,--dans l'argot des voleurs, qui répugnent
sans doute à employer _lignette_, un mot de la langue des honnêtes gens.

Ils disent aussi _Ligotte_.

LIGOTTER, v. a. Lier,--dans le même argot.

LILANGE, n. d. l. Lille,--dans le même argot.

LILLOIS, s. m. Fil à coudre.

LIMACE, s. f. Fille à soldats,--dans l'argot des faubouriens.

LIMACE, s. f. Chemise,--dans l'argot des voleurs et des vendeurs du
Temple.

LIMACIÈRE, s. f. Lingère.

LIMANDE, s. f. Homme _plat_,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»--dans l'argot du peuple.

LIME SOURDE, s. f. Sournois,--dans l'argot des voleurs.

LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,--dans le même argot.

LIMONADE, s. f. Eau,--dans l'argot des faubouriens.

_Tomber dans la limonade._ Se laisser choir dans l'eau.

LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.

LIMONADE, s. f. Assiette,--dans l'argot des voleurs.

LIMOUSIN, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple, qui sait que les castors
qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à
l'antique tribu des Lémovices.

LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.

LIMOUSINE, s. f. Plomb,--dans l'argot des voleurs.

LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.

LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.

LINGE, s. m. Chemise,--dans l'argot du peuple. Jupon blanc de
dessous,--dans l'argot des filles.

_Avoir du linge._ Porter une chemise blanche.

_Faire des effets de linge._ Retrousser adroitement sa robe, de façon à
montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de
dentelles--de coton.

LINGE LAVÉ (Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,--dans l'argot des
voleurs, qui, une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur
blanchisseuse.

LINGRE, s. m. Couteau,--dans l'argot des voleurs, qui savent que
_Langres_ est la patrie de la coutellerie.

_Lingriot._ Petit couteau; canif; bistouri.

LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.

LINGRERIE, s. f. Coutellerie.

LINSPRÉ, s. m. Prince,--dans l'argot des voleurs, qui cultivent
l'anagramme comme le grand Condé les œillets.

LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,--à tort plus souvent qu'à
raison,--a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure,
pendant un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse
de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce
qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela,
et même pour autre chose; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la
queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui,
ou, comme Empédocle,

    Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.

_Être le lion du jour._ Être le point de mire de tous les regards et de
toutes les curiosités.

LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le
successeur du _fashionable_--qui l'était du _beau_--qui l'était de
l'_élégant_--qui l'était de l'_incroyable_--qui l'était du
_muscadin_,--qui l'était du _petit-maître_, etc.

Ce mot nous vient d'Angleterre.

LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,--garçon tailleur qui cherche à se faire
passer pour le comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le
goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.

LIONNE, s. f. Femme à la mode--il y a trente ans. C'était «un petit être
coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache,
montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne
dédaignait point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non, grande
dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu'on
appelle _drôlesse_.

LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.

LIPPE, s. f. Moue, grimace,--dans l'argot du peuple.

_Faire sa lippe._ Bouder.

LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.

_Franche lippée._ Repas copieux.

LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,--et surtout y
boire.

LIQUIDE, s. f. Apocope de _Liquidation_,--dans l'argot des coulissiers.

LIQUIDE, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer
qu'il existe d'autres corps aqueux.

_Avoir absorbé trop de liquide._ Être ivre.

LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au
lieu de regarder par terre,--comme l'astrologue de la fable.

LISETTE, s. f. Gilet long,--dans l'argot des voleurs.

LITHOGRAPHIER (Se). Tomber par terre,--dans l'argot des faubouriens, qui
savent que lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablement _impressionné
par la pierre_.

LITRER, v. a. Avoir, posséder,--dans l'argot des voleurs. V. _Itrer_.

LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a pas toujours la
contenance légale. Argot du peuple.

LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,--une maladie ictérique désagréable
qui a sévi avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une
dizaine d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury,
aujourd'hui (1867) presque guéri.

L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.

LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des gens de lettres.

LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,--dans l'argot des
filles.

LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE (Avoir une), v. a. Se dit,--dans
l'argot des faubouriens, d'une femme richement _avantagée_ par la Nature.

LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les procès-verbaux
d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.

LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.

LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.

LOCATIS, s. m. Cheval de louage,--dans l'argot des commis de nouveautés,
à qui leurs moyens défendent les pur-sang.

LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,--dans l'argot du peuple, qui emploie
ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge,
qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.

LOCHE, s. f. Oreille,--dans l'argot des voleurs.

LOCHER, v. a. et n. Ecouter.

LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,--dans l'argot du peuple.

LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeois, qui, sans
s'en douter emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais:
_Steamer_.

LOFFARD ou LOFF, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,--dans l'argot des
comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des
forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot des marins.

Le _lof_ est le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le
fait crier. Le _loffard_, au bagne, est le forçat frappé par une
condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.

LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.

LOGE, s. f. Lieu de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.

_Loge irrégulière._ Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers
et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.

LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où se mettent par
tradition, les gandins,--imitateurs serviles des _lions_.

Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein
vent comme ceux des Champs-Elysées.

LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le
vent entre comme chez lui.

LOGER RUE DU CROISSANT, v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne
dans le contrat autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.

LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises,--dans l'argot du
peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le _mus nitela_, mange
les meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbe
_loirer_, pour dérober, voler.

LOLO, s. m. Lait,--dans l'argot des enfants.

LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour
aimer. Argot des faubouriens.

LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,--dans l'argot des
ouvriers qui ont travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom
qu'on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur
historique.

LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane,--ou
d'ailleurs.

LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins considérable de gens,--dans
l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne
parlera plus dans quelques années.

LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,--dans l'argot des Polytechniciens.
C'est une cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons
deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant
les heures d'étude.

LONG DU MUR (Le). Avec son argent,--dans l'argot du peuple.

Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment
employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur:

«Combien gagnez-vous chez votre patron?--Trois francs par jour.--Alors
vous êtes nourri?--Nourri et blanchi, oui... _le long du mur_!»

LONGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs, qui tirent volontiers
dessus lorsqu'ils sont en prison.

LONGÉ, adj. Agé.

LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend.
Argot du peuple.

On dit aussi _Saint Longin_.

_Longie._ Nonchalante, paresseuse.

On dit aussi _Sainte-Longie_.

LOPIN, s. m. Morceau.

Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.

LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre,--dans
l'argot des écoliers, qui les recueillent avec soin.

_Jouer aux loques._ Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la
bloquette, à la pigoche, etc.

LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,--dans l'argot des voleurs, qui,
pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de
mettre un _é_ au lieu d'un _a_.

_La Lorcefé des largues._ Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de
Force où l'on renferme les femmes.

LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers
des miettes de la table amoureuse de la lorette.

Le mot appartient à Nestor Roqueplan.

LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au
contraire, aime pour vivre.

Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor
Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces
drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,--le quartier
Notre-Dame-de-Lorette.

LORGNE, s. m. Borgne,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Lorgne-bè_.

LORGUE, s. m. As,--dans le même argot.

LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,--dans le même argot.

LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.

LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,--dans l'argot du peuple.

Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.

LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.

LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,--dans l'argot des voleurs.

LOUCHER (Faire). Donner envie; exciter la convoitise,--dans l'argot du
peuple, où l'on emploie souvent cette expression ironique pour refuser
quelque chose.

LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.

_Loucher de l'épaule._ Être bossu.

_Loucher de la bouche._ Avoir le sourire faux.

LOUCHES, s. f. pl. Les mains,--dans l'argot des voleurs, qui ne savent
pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.

LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,--dans l'argot du peuple.

LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,--dans l'argot des faubouriens.

LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,--dans l'argot facétieux des
faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent
eux-mêmes si volontiers que _marcher dedans c'est signe d'argent_.

On dit aussi _Pièce de vingt francs_.

LOUIS D'OR (N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son
visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme,
soit par son talent quand on est artiste ou écrivain.

C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les
Louis--XV ou non--seront toujours les _bien-aimés_, mais qui ignore les
âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit
nombre d'amis ou de lecteurs de choix.

    _Odi profanum vulgus, et arceo._

LOUISETTE, s. f. Premier nom donné à la guillotine, «en l'honneur» du
docteur _Louis_, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et
inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort.

On l'a appelée aussi _Louison_.

LOULOU, s. m. Petit chien-_loup_,--dans l'argot du peuple.

LOULOU. Terme d'amitié, caresse de femme à amant ou d'amant à maîtresse.

On dit aussi _Gros loulou_.

LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n'en sort que
lorsqu'il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple.

Malgré le _væ soli!_ de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que
le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les
hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.

LOUP, s. m. Créancier,--dans l'argot des typographes.

_Faire un loup._ Faire une dette,--et ne pas la payer.

LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même
argot.

LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,--dans l'argot des tailleurs.

On dit aussi _Bête_ ou _Loup qui peut marcher tout seul_.

LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires d'argent;
_Boursier_,--dans l'argot des gens de lettres.

LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,--dans l'argot des ouvriers, qui ont
emprunté ce mot à l'argot des voleurs.

Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de
savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une
étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie.
«_Loupeur_, dit-il, vient du hollandais _looper_ (coureur), _loop_
(course), _loopen_ (courir). L'allemand a _laufer_... le danois
_lœber_...: enfin le suédois possède _lopare_... Tous ces mots doivent
avoir pour racine l'anglo-saxon _lleàpan_ (islandais _llaupa_), courir.»

L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois
encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps
sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son
feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes
sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les
pois _lupins_ dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et
les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans
le _far niente_ et le _far niente_ ne s'acquérant que dans la
pauvreté;--soit les _Lupanarii_, où l'on ne fait rien de bon, du moins;
soit les _lupilli_, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie,
soit le houblon (_humulus lupulus_) qui grimpe et s'étend au soleil comme
un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (_lupus_), qui passe
son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

LOUPE (Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du
boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette
guinguette était flanquée, d'un côté par un pâtissier nommé _Laflème_,
et, de l'autre, par un marchand de vin, nommé _Feignant_...

LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,--dans l'argot des voleurs.

LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,--dans l'argot des ouvriers.

LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.

LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n'aimant pas le
travail honnête et doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail
de la débauche.

LOUPIAT, s. m. Fainéant, _Loupeur_,--dans l'argot des faubouriens.

LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même argot.

LOURDE, s. f. Porte,--dans l'argot des voleurs.

LOURDIER, s. m. Portier.

LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,--dans l'argot des francs-maçons.

On dit aussi _Louveton_ et _Louftot_.

LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,--dans l'argot des
bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est le _nec plus ultra_
de l'art architectonique.

Ils disent aussi _Petit Louvre_,--pour ne pas scandaliser dans leurs
tombes François Ier, Henri II et Charles IX.

LOVELACE, s. m. Libertin, grand séducteur,--dans l'argot des bourgeois,
qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de
Richardson (_Clarisse Harlowe_).

LUCARNE, s. f. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.

_Crever sa lucarne._ Casser le verre de son lorgnon.

LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du moins,--dans l'argot du
peuple, qui a entendu parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et
qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.

_Faire la Lucrèce._ Contrefaire la prude et l'honnête femme.

LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Luisard_.

LUISANTE, s. f. La Lune.

On dit aussi _Luisarde_.

LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner--dans l'argot
des gandins, qui répudient ainsi notre ancien _goûter_.

Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage
sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,--un troisième
déjeuner ou un premier dîner,--destiné à ravitailler les estomacs épuisés
par les luttes des _hustings_, quand il y a des élections.

LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier
en renom.

LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,--dans l'argot des gens
de lettres.

Ce mot appartient à M. Pierre Véron.

LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.

_Être dans ses lunes._ Avoir un accès de mauvaise humeur, de
misanthropie.

LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé.

On dit aussi _Pleine_ lune.

LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne
découvre jamais en public,--à moins d'avoir toute honte bue.

On dit aussi _Pleine lune_.

LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,--dans l'argot des voleurs.

LUNETTE, s. f. Le cercle de la _trulla_,--dans l'argot du peuple.

LUNETTES, s. f. pl. Les _nates_,--qui sont en effet de petites _lunes_.

LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport, _loques_ de papier,--dans
l'argot des voleurs.

_Porte-luque._ Portefeuille.

_Luque_ signifie aussi image, dessin.

LURELURE (A), loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion
surtout,--dans l'argot du peuple.

LURON, s. m. Homme hardi, déluré.

_Joyeux luron._ Bon compagnon.

LUSQUIN, s. m. Charbon,--dans l'argot des voleurs.

_Lusquine._ Cendre.

LUSTRE, s. m. La claque,--dans l'argot des coulisses.

_Chevaliers du lustre._ Gens payés pour applaudir les pièces et les
acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.

On dit aussi _Romains_.

LUSTRE, s. m. Juge,--dans l'argot des voleurs.

LUSTRER, v. a. et n. Juger.

LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,--dans l'argot du peuple.

LYCÉE, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font leurs
humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de
la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa
Philosophie de la guillotine.

LYONNAISE, s. f. Soierie,--dans l'argot des faubouriens, qui pratiquent
volontiers l'hypallage et la métonymie.


M

MAC, s. m. Apocope de _Maquereau_,--dans l'argot des faubouriens.

MACACHE, adj. Mauvais, détestable,--dans l'argot des ouvriers qui ont été
troupiers en Algérie.

On emploie ordinairement ce mot avec _bono_:

_Macache-bono._ Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.

Signifie aussi _Zut!_

MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.

MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la
boue des boulevards macadamisés.

MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques d'après le système de
Mac Adam.

MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses; saltimbanque,--dans
l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par
Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier au _Charrivari_.

On dit aussi _Robert-Macaire_.

MACARON, s. m. Huissier,--dans l'argot des voyous. Traître,--dans l'argot
des voleurs.

MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.

MACCHABÉE, s. m. Cadavre,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion,
sans s'en douter, aux sept martyrs chrétiens.

_Mauvais macchabée._ Mort de dernière classe, ou individu trop gros et
trop grand qu'on est forcé de _tasser_,--dans l'argot des employés des
pompes funèbres.

MAC-FARLANE, s. m. Paletot sans manche,--dans l'argot des gandins et des
tailleurs.

MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,--dans l'argot des bourgeois.

MÂCHER LES MORCEAUX, v. a. Préparer un travail, faire le plus difficile
d'une besogne qu'un autre achèvera. Argot du peuple.

MACHER LES MOTS, v. a. Choisir les expressions les plus chastes, les
moins blessantes.

_Ne pas mâcher les mots à quelqu'un._ Lui dire crûment ce qu'on a à lui
dire.

MACHIN, s. m. Nom qu'on donne à une personne ou à une chose sur laquelle
on ne peut mettre une étiquette exacte.

On dit aussi _Chose_.

MACHINE, s. f. Chose quelconque dont on ne peut trouver le nom,--dans
l'argot des bourgeois, qui ne connaissent pas exactement la propriété des
termes. Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un d'eux dire à un artiste,
en parlant de son tableau: «Votre petite machine est très jolie.»

_Grande machine._ Grande toile ou statue de grande dimension.

MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle
arme Samson assomma tant de Philistins.

Signifie aussi: Suranné, Classique,--dans l'argot des romantiques,--ainsi
que cela résulte d'un passage des _Jeune France_ de Théophile Gautier,
qu'il faut citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par
la filière d'épithètes qui suivent: _ci-devant_, _faux toupet_, _aile de
pigeon_, _perruque_, _étrusque_, _mâchoire_, _ganache_, au dernier degré
de la décrépitude, à l'épithète la plus infamante, _académicien_ et
_membre de l'Institut_.»

MACHICOT, s. m. Mauvais joueur,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Mâchoire_.

MACHONNER, v. n. Parler à voix basse; murmurer, maugréer.

MACHURER, v. a. Barbouiller, noircir.

MAÇON DE PRATIQUE, s. m. Ouvrier en bâtiment,--dans l'argot des
francs-maçons.

MAÇON DE THÉORIE, s. m. Franc-maçon.

MADAME, s. f. Dame,--dans l'argot des petites filles.

_Jouer à la Madame._ Contrefaire les mines, les allures des grandes
personnes.

MADAME. Nom que les filles de maison donnent à leur maîtresse,--à
l'_abbesse_.

MADAME LA RESSOURCE, s. f. Marchande à la toilette; revendeuse.

MADAME TIREMONDE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des faubouriens.

Les voyous disent _Madame Tirepousse_.

Au XVIe siècle, on disait _Madame du guichet_ et _Portière du petit
guichet_.

MADEMOISELLE MANETTE, s. f. Malle.

MADRICE, s. f. Finesse, habileté, _madrerie_,--dans l'argot des voleurs.

MADRIN, adj. et s. Habile, fin, _madré_.

MAFFLU, adj. et s. Qui a une face large, épanouie,--dans l'argot du
peuple.

_Grosse mafflue._ Grosse commère.

On dit aussi _grasse maffrée_ et _grosse mafflée_.

MAGNEUSE, s. f. «Femme qui se déprave avec des individus de son sexe,»
dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l'étymologie de ce
mot,--dans lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté
religieuse, tandis qu'il l'a sous la _main_, cette étymologie.

MAGOT, s. m. Economies, argent caché,--dans l'argot du peuple.

_Manger son magot._ Dépenser l'argent amassé.

MAGOT, s. m. Homme laid comme un _singe_ ou grotesque comme une figurine
chinoise en pierre ollaire.

MAIGRE COMME UN CENT DE CLOUS, adj. Extrêmement maigre.

On dit aussi _Maigre comme un coucou_, et _Maigre comme un
hareng-sauret_.

MAIGRE (Du)! interj. Silence!--dans l'argot des voleurs.

MAINS DE BEURRE, s. f. pl. Mains maladroites, qui laissent glisser ce
qu'elles tiennent. Argot du peuple.

MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f. Abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des
bourgeois.

MAISON DE MOLIÈRE (La). Le Théâtre-Français,--dans l'argot des
sociétaires de ce théâtre, qui n'y exercent pas précisément l'hospitalité
à la façon écossaise.

Sous le premier Empire c'était le _Temple du goût_, et, sous la
Restauration, le _Temple de Thalie_.

MAISONNÉE, s. f. Les personnes, grandes et petites, qui composent une
famille,--dans l'argot du peuple.

MAÎTRESSE DE PIANO, s. f. Dame d'âge ou laide qui vient chaque matin chez
les petites dames leur faire les cors, ou les cartes, ou leur
correspondance amoureuse. Argot de Breda-Street.

MAJOR, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des soldats.

MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches,
à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui
sert de protecteur aux tripots de la banlieue.

MALADE, adj. et s. Prisonnier,--dans l'argot des voleurs, qui ont perdu
la santé de l'âme.

_Être malade._ Être compromis.

MALADE DU POUCE, adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Avoir le pouce démis pour son argent_.

MALADE DU POUCE, adj. Avare, homme qui n'aime pas à compter de
l'argent,--aux autres. Argot des faubouriens.

MALADIE, s. f. Emprisonnement. Argot des voleurs.

MAL-A-GAUCHE, s. et adj. _Maladroit_,--dans l'argot facétieux et
calembourique des faubouriens.

MALANDREUX, s. et adj. Infirme; malade; mal à son aise,--dans l'argot du
peuple.

On disait autrefois _Landreux_.

MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,--dans l'argot des faubouriens.

MALECHANCE, s. f. Fatalité, _mauvaise chance_,--dans l'argot du peuple.

MAL CHOISI, s. m. Académicien,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
parfois raison.

MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,--dans l'argot des voyous.

MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution de cartes.--dans l'argot des
joueurs.

MALE, s. m. Homme,--dans l'argot des faubouriennes, qui préfèrent les
charretiers aux gandins.

_Beau mâle._ Homme robuste, plein de santé.

_Vilain mâle._ Homme d'une apparence maladive, ou de petite taille.

Signifie aussi Mari.

MAL EMBOUCHÉ, adj. et s. Insolent, grossier,--dans l'argot du peuple.

MAL FICELÉ, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des
faubouriens.

MALFRAT, s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou gamin qui _mal
fera_,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.

M. Francisque Michel donne _Malvas_, en prenant soin d'ajouter que ce mot
est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a
beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les hommes. D'ailleurs, les
livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l'un d'eux que le
peuple parisien disait jadis un _Malfé_ (_malefactus_) à propos d'un
malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.

MALINGRER, v. n. Souffrir,--dans l'argot des voleurs.

MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,--dans l'argot du peuple.

MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse, laide, mal faite,--_malè tornata_.

MALTAIS, s. m. Cabaretier,--dans l'argot des troupiers qui ont été en
Algérie.

MALTAISE, s. f. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voleurs.

MALTOUZE, s. f. Contrebande,--dans l'argot des voleurs, les _maltôtiers_
modernes (_malle tollere_, enlever injustement).

_Pastiquer la maltouze_, Faire la contrebande.

MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.

MANCHE, s. f. Partie,--dans l'argot des joueurs.

_Manche à_ (sous-entendu: _Manche_), Se dit quand chacun des joueurs a
gagné une partie et qu'il reste à faire la _belle_.

MANCHE, s. f. Quête; aumône,--dans l'argot des saltimbanques.

_Faire la manche._ Quêter, mendier.

MANCHE (Avoir dans sa). Disposer de quelqu'un comme de soi-même,--dans
l'argot du peuple.

MANCHON, s. m. Chevelure absalonienne,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir des vers dans son manchon._ Avoir çà et là des places chauves sur
la tête.

MANCHOT, s. m. Homme maladroit comme s'il avait un bras de moins.

_N'être pas manchot._ Être très adroit,--au propre et au figuré.

MANDARIN, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les
criminels timides,--dans l'argot des gens de lettres.

Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de
conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin
de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir
aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu'un roi, parce que
vous supposez avec raison que l'argent fait le bonheur, attendu que vous
avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices
ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en
satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il
y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne
connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger,
sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté, vous pouvez tuer cet
homme et devenir son héritier, sans qu'on sache jamais que vous êtes son
meurtrier.

Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant
Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en
être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce
Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des
mots contemporains. D'ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la
conversation, puisqu'on dit _Tuer le mandarin_. A ce titre déjà, je lui
devais une mention honorable.

MANDIBULES, s. f. pl. Le bas du visage,--dans l'argot du peuple.

_Jouer des mandibules._ Manger.

On dit aussi _Jouer des badigoinces_.

MANDOLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

_Jeter une mandole._ Donner un soufflet.

MANDOLET, s. m. Pistolet,--dans l'argot des voleurs.

MANDRIN, s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la
société qu'il appartienne, sur quelque échelon qu'il se soit posé.

Cette expression--de l'argot du peuple--est dans la circulation depuis
longtemps.

On dit aussi _Cartouche_,--ces deux coquins faisant la paire.

MANGEAILLE, s. f. Nourriture.

MANGEOIRE, s. f. Restaurant, cabaret,--dans l'argot des faubouriens.

MANGER, v. a. Subir, avoir, faire,--dans l'argot du peuple.

_Manger de la misère._ Être besogneux, misérable.

_Manger de la prison._ Être prisonnier.

_Manger de la guerre._ Assister à une bataille.

MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser
des bontés de quelqu'un.

MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne pas). Se refuser à faire une chose que l'on
croit malhonnête, malgré le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à
certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.

MANGER DE LA MERDE. Souffrir de toutes les misères et de toutes les
humiliations connues; en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des
immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par
les hommes et dédaignés même des chiens.

Cette expression--de l'argot des faubouriens--est horrible, non parce
qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue,
cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par
l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon
Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se
sache.

MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de
la soif et de la faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre
enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en
attendant le bonheur.

Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en
sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des
beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête
apocalyptique.

MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être mort.

MANGER DU BOEUF, v. a. Être pauvre,--dans l'argot des ouvriers, qui
savent combien l'_ordinaire_ finit par être fade et misérable.

MANGER DU FROMAGE. Être mécontent; avoir de la peine à se _débarbouiller_
de ses soucis.

On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:

    «Le duc de Parme déménage;
    Plus d'hôtel, plus de courtisan!
    Monseigneur mange du fromage,
    Mais ce n'est plus du parmesan...»

MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,--dans l'argot des habitués
d'estaminet.

Ils disent aussi _Manger du drap_.

MANGER DU PAIN ROUGE, v. a. Vivre d'assassinats impunis,--dans l'argot
du peuple.

MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en jamais trouver,--dans
l'argot des coiffeurs. _Trimer_,--dans l'argot du peuple.

MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans l'argot des
comédiens.

MANGER LA CHANDELLE (Ne pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse
reprocher,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos
des gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit:
_C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle_, cela signifie: Je
n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.

MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le
voler, sans qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.

MANGER LE BLANC DES YEUX (Se). Se dit de deux personnes qui se regardent
avec colère, comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.

MANGER LE BON DIEU, v. a. Communier,--dans l'argot des faubouriens.

MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pas _rapporter_
intégralement l'argent qu'ils ont donné,--dans l'argot des souteneurs qui
disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.

MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations, nommer ses
complices,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Casser le morceau_.

MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter trop tôt une
affaire,--dans l'argot du peuple.

MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,--dans l'argot des
troupiers.

MANGER LE NEZ (Se). Se battre avec acharnement,--dans l'argot des
faubouriens, qui jouent parfois des dents d'une manière cruelle.

Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs
«engueulements»,--qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère,--s'il
leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils
se contentent de _se moucher_.

MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,--dans l'argot du peuple, qui
veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres,
sans se soucier autrement de le gagner.

MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,--dans l'argot des
ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui
existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands
déjeuneurs.

MANGER LES SENS (Se). S'impatienter, se mettre en colère,--dans l'argot
des bourgeois.

MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,--dans l'argot des faubouriens, qui
ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des gens qui parlent la
bouche pleine.

MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la
plus aisée; s'amuser avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir
travaillé.

Cette expression,--de l'argot du peuple, signifie aussi: Se donner du bon
temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.

MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou
atténuer son propre crime,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Manger sur quelqu'un_.

MANGER UNE SOUPE AUX HERBES. Coucher dans les champs. Argot des
faubouriens.

MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,--dans l'argot des
typographes, qui, comme tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le
marchand de vin en revenant du cimetière.

MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,--dans l'argot du peuple.


MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des
faubouriens.

MANGEUR DE BON DIEU, s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers
l'église que le cabaret. Argot du peuple.

MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.

MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de
l'argent.

MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand.

MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.

L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.

MANICLE, s. f. Se dit de toutes les choses gênantes, embarrassantes,
comme le sont en effet les _manicles_ des prisonniers.

Ce mot vient de _manicæ_, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de
savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en
outre, au lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie,
ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il
est passé dans celle de l'atelier.

_Frère de la manicle._ Filou.

MANIÈRE, s. f. Façon de se conduire avec les hommes,--dans l'argot des
drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur
première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et
en actions peut être la première manière d'une courtisane, et la
pudicité, voire l'honnêteté, sa troisième manière,--la plus remarquable
et la plus dangereuse.

MANIÈRES, s. f. pl. Embarras, importance exagérée; mines impertinentes;
simagrées,--dans l'argot des faubouriens.

MANIGANCE, s. f. Intrigue, fourberie,--dans l'argot du peuple.

MANIGANCER, v. a. Méditer une fourberie; préparer une _farce_, un coup,
une affaire.

MANIQUE, s. f. Métier; cuir dont les cordonniers se couvrent la main.

_Connaître la manique._ Connaître à fond une affaire.

_Sentir la manique._ Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier.

MANIVELLE, s. f. Chose qui revient toujours fastidieusement; travail
monotone, ennuyeux.

_C'est toujours la même manivelle._ C'est toujours la même chanson.

MANNEAU, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Mézingaud_ et _Mézière_.

MANNEQUIN, s. m Imbécile, homme de paille,--dans l'argot du peuple.

MANNEQUIN, s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tapecul,--dans
l'argot du peuple.

MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR DES REFROIDIS, s. m. Corbillard,--dans l'argot
des voleurs.

MANNEZINGUE, s. m. Cabaret; marchand de vin,--dans l'argot des
faubouriens, qui n'emploient ce mot que depuis une trentaine d'années.

On dit aussi _Minzingouin_ et _Mannezinguin_.

Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le
concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un mot
plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie:
_Mannsingen_, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon
de la gaieté que contient le cerveau humain.

MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué de cabaret.

MANON, s. f. Gourgandine,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Maîtresse,--dans l'argot des bourgeois.

MANQUE, (A la), adv. A gauche,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Endommagé et Malade.

MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.

Draperie qui entoure le rideau d'avant-scène,--dans l'argot des
coulisses.

«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie
italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux
d'alcôve en glissant sur des tringles; or, comme Arlequin, au dénoûment
de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de
sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un
manteau.»

MAQUA, s. f. Entremetteuse,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot
depuis quelques cents ans.

On a écrit _Maca_ au XVIe siècle.

MAQUECÉE, s. f. Abbesse de l'abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des
voleurs.

MAQUEREAU, s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles,--dans
l'argot du peuple.

Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de
ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi
intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières
de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été
facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas
réduits à la conjecturer.

Il y a longtemps qu'on emploie cette expression; les documents
littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà;
mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi
l'a-t-il employée? Est-ce une corruption du _mæchus_ d'Horace («homme qui
vit avec les courtisanes,» _mœcha_, fille)? Est-ce le [grec: machros]
grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens
natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une
contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français _marcou_
(matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux
habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir
par bandes dans des cabarets _ad hoc_, par exemple les tapis-francs de la
Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les
mers du Nord? Je l'ignore,--et c'est précisément pour cela que je
voudrais le savoir; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je
avec curiosité la prochaine édition des _Etudes de philologie_ de
Francisque Michel.

Au XVIIIe siècle, on disait _Croc de billard_, et tout simplement
_Croc_,--par aphérèse.

MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les
hommes; maquignonnage.

On prononce _Macrotage_.

MAQUEREAUTER, v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivant
elles-mêmes qu'aux dépens des hommes.

On prononce _Macroter_.

_Maquereauter une affaire._ Intriguer pour la faire réussir.

MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti débauché, jeune _maquereau_.

On prononce _Macrotin_.

MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.

MAQUERELLE, s. f. Femme qui trafique des filles.

Au XVIIIe siècle on disait _Maqua_.

MAQUI, s. f. Rouge, fard,--dans l'argot des voleurs.

C'est probablement une apocope du vieux mot _Maquignonnage_.

MAQUIGNON, s. m. Homme qui fait tous les métiers, excepté celui d'honnête
homme,--dans l'argot du peuple.

MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme; tromperie sur la qualité et la quantité
d'une marchandise; abus de confiance.

MAQUIGNONNER, v. a. Faire des affaires véreuses.

MAQUILLAGE, s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur
le visage,--dans l'argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les
uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande
qu'à être trompé.

Blanc de céruse et rouge végétal,--je ne dis pas assez; et pendant que
j'y suis, je vais en dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux,
friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes
de l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes
modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal ou rouge
liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue et pommade de
concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,--sans compter les fausses
nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher;
l'âge et les veilles l'ont jauni, il faut le roser; la bouche est trop
grande, il faut la rapetisser; les yeux sont trop petits, il faut les
agrandir. O les miracles du maquillage!

MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame
enfin,--dans l'argot des faubouriens.

MAQUILLER, v. a. Faire agir, machiner,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.

_Maquiller les brèmes._ Jouer aux cartes,--dans le même argot.

Signifie aussi Tricher à l'écarté.

_Maquiller son truc._ Faire sa manœuvre;

_Maquiller une cambriolle._ Dévaliser une chambre;

_Maquiller un suage._ Se charger d'un assassinat. Même argot.

MAQUILLER (Se), v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de
blanc,--dans l'argot des petites dames, dont la beauté est l'unique
gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que
les années--et la débauche--peuvent y faire.

MAR, Désinence fort à la mode vers 1830,--comme les Osages. On
retranchait la dernière syllabe des mots et on y substituait ces trois
lettres qui donnaient un «cachet» au langage des gens d'esprit de ce
temps-là. On disait _Boulangemar_ pour Boulanger, _Epicemar_ pour
Epicier, etc. C'était une sorte de javanais mis à la portée de tout le
monde. Il en est resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre
langue. (Lire _les Béotiens_ de Louis Desnoyers.)

MARAILLE, s. f. Le peuple, le monde,--dans l'argot des voleurs.

MARAUDER, v. n. Raccrocher des pratiques en route,--dans l'argot des
cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration.

On dit aussi _Aller à la maraude_ et _Faire la maraude_.

MARAUDEUR, s. m. Cocher en quête d'un «bourgeois».

On dit aussi _Hirondelle_.

MARBRE, s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes
posent les _paquets_ destinés à être mis en page.

_Avoir un article sur le marbre._ Avoir un article composé, sur le point
de passer,--dans l'argot des typographes et des journalistes.

MARCANDIER, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là
une expression de la vieille langue des honnêtes gens.

MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,--dans l'argot du
peuple.

MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier.

MARCHAND DE CERISES, s. m. Mauvais cavalier.

MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en mariages.

MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,--dans l'argot des
faubouriens.

MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,--dans l'argot des écoliers.

MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot
du peuple.

MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,--dans l'argot de la cavalerie.

MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le repos,--dans l'argot
des sous-officiers.

MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,--dans l'argot des
typographes.

MARCHER DEDANS. Rencontrer sous son pied un _insurgé de Romilly_,--dans
l'argot du peuple.

MARCHER AU PAS. Obéir, filer doux,--dans le même argot.

_Faire marcher quelqu'un au pas._ Agir de rigueur envers lui.

On dit aussi: _Mettre au pas_.

MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des
souliers usés,--dans le même argot.

MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à quelqu'un,--une querelle
d'Allemand; saisir le moindre prétexte pour se fâcher,--dans l'argot des
bourgeois.

_N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied._ Être très chatouilleux, très
susceptible.

MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,--dans l'argot du peuple.

MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit
H. de Balzac, a vendue le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni
deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de
coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa
jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris de la
fille d'Opéra du XVIIIe siècle.

MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions
«sont d'appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans
la maison qu'elle représente».

MARCO, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent
cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les
_Filles de marbre_, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.

MARDI, S'IL FAIT CHAUD!

Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut
se moquer ou se débarrasser d'un importun.

Ce _mardi-là_ et le _Dimanche après la grand'messe_ font partie de la
fameuse _Semaine des quatre jeudis_.

MARGAUDER, v. n. Dénigrer quelqu'un; décrier une chose. Argot des
bourgeois.

Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la
pie, dite _margot_, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux? Mais
alors il faudrait écrire _margoter_, ou tout au moins _margoder_.

MARGOT, s. f. Pie,--dans l'argot du peuple.

MARGOT, s. f. Fille ou femme qui a jeté son bonnet et sa pudeur
par-dessus les moulins.

On dit aussi _Margoton_.

MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,--dans l'argot des bourgeois.

_Vivre avec des margots._ Vivre avec des filles; passer le meilleur de
son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d'Omphales
d'occasion, sans avoir l'excuse du fils d'Alcmène,--qui du moins était un
hercule.

MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au
propre et au figuré.

MARGOULETTE, s. f. La bouche, considérée comme avaloir.

_Rincer la margoulette à quelqu'un._ Lui payer à boire.

MARGOULIN, s. m. Débitant,--dans l'argot des commis voyageurs.

MARGUERITES, s. f. pl. Poils blancs de la barbe,--dans l'argot du peuple,
qui a parfois des images aussi poétiques que justes.

Il dit aussi _Marguerites de cimetière._

MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot des
ouvriers.

«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille: _Wife
in water colours_ (femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos
d'une concubine.

MARIANNE, s. f. La République,--dans l'argot des démocrates avancés.

_Avoir la Marianne dans l'œil._

Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.

MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop forte en gueule»,--dans
l'argot du peuple.

MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femme _facile_,--trop facile.

MARIER JUSTINE. Précipiter un dénouement, arriver vite au but,--dans
l'argot des coulisses.

Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville des
Variétés, _Thibaut et Justine_, joué sous la direction de Brunet. La
pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public
s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine
qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine
tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria
des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et
l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,--et l'argot théâtral
s'enrichit d'une expression.

MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.

MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,--dans l'argot des mariniers de la
Seine.

MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de Kock»,--dans l'argot
pudibond des bourgeois.

MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,--dans l'argot du peuple.

MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un
peu voleur,--dans l'argot des souteneurs.

J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles
boulotteront.»

MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,--dans l'argot des
faubouriens.

MARIONNETTE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.

MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d'une bastringueuse
du nom de _Maria_, qui florissait en l'an de grâce 1839 à la
Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte
du nom de _Clara_ disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.

Les partisans de cette dernière s'appelaient _Clarinettes_.

MARLOU, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.

Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il
éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le
respectable corps des _marguilliers_? Puisqu'il lui fallait absolument
une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire
anglais! _Mar_ (gâter) _love_ (amour); les souteneurs, en effet,
souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette
étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi
vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux
français _marcou_.

MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.

MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.

Se dit aussi pour Habileté.

MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.

MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Marmaillerie_.

MARMITE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent
aucune répugnance à se faire nourrir par les filles.

_Marmite de cuivre._ Femme qui gagne--et rapporte beaucoup.

_Marmite de fer._ Femme qui rapporte un peu moins.

_Marmite de terre._ Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte
rien.

MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,--dans l'argot du peuple.

MARMITON DE M. DOMANGE, s. m. Vidangeur,--dans l'argot des faubouriens,
qui ne se doutent guère qu'ils ne font que répéter une expression du
XVIe siècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans les _Après-disnées
du seigneur de Cholières_.

Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le _goldfinder_ des
Anglais.

MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air fâché; murmurer,
gronder,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Marmotter_.

MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif.

_Croquer le marmot._ Attendre en vain.

MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,--dans l'argot des
commis-voyageurs.

MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête
pour dormir.

MARMOTTIER, s. m. Savoyard,--dans l'argot des faubouriens.

MARMOUSE, s. f. Barbe,--dans l'argot des voleurs.

MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,--dans l'argot du peuple.

MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.

MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,--dans l'argot des voleurs, par allusion au
_marmousement_ du bouillon.

_Le marmouset riffode._ Le pot bout.

MARNER, v. a. Voler,--dans l'argot des revendeuses du Temple.

MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,--dans l'argot des faubouriens.

MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,--dans l'argot des bourgeois.

MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,--dans l'argot des voleurs.

MARQUANT, s. m. Maître, chef,--dans le même argot.

MARQUE, s. f. Femme,--dans le même argot.

_Marque de cé._ Femme légitime d'un voleur.

_Marque franche._ Concubine.

MARQUÉ, s. m. Mois,--dans le même argot.

_Quart de marqué._ Semaine.

MARQUÉ (Être). S'être battu et avoir l'œil poché. Argot des faubouriens.

MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,--dans
l'argot des typographes.

MARQUÉ AU B, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,--dans
l'argot du peuple.

MARQUER (Ne plus), v. n. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens.

MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en
marquant 4 quand il a dépensé 1,--ainsi qu'il arrive à beaucoup de
cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une
bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise,
plus distraite encore.

MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,--dans l'argot des ouvriers.

MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son adversaire,--dans l'argot
des professeurs d'escrime, boxe, etc.

MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du
peuple.

MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne
pourrait lui rendre que cela,--n'ayant absolument rien autre.

On dit aussi _Marquis de la bourse plate_.

MARQUISE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens.

MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois,--comme le
saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.

MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des voleurs.

MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde,--dans l'argot
des soldats.

MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,--dans l'argot des
typographes.

MARRON (Être). Être la victime de quelque chose, être la dupe de
quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.

_Être servi_ ou _paumé marron_. Être pris sur le fait encore nanti des
objets soustraits,--dans l'argot des voleurs.

Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à
Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de _Bertrand et
Raton_, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus
apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le
singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde
pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette
expression. Le verbe _marronner_, que Francisque Michel ne cite pas,
quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce
verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce
moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est
antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné
naissance à _Être marron_. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il,
qu'on appelle _nègre marron_ un nègre fugitif,--qu'on _reprend_ toujours.
Que le lecteur daigne conclure.

MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur,--dans l'argot du
peuple.

_Faire marronner quelqu'un._ Le faire attendre en murmurant et plus que
la politesse et la raison ne le permettent.

Signifie aussi Faire enrager, taquiner.

MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par maladresse,--dans l'argot
des voleurs.

MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage ridicule,--dans l'argot
du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les
marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine d'années.

On dit aussi _Pomme de canne_.

MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec
le tuyau.

MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.

MARTYR, s. m. Le caporal,--dans l'argot des soldats, qui ont constaté que
ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses
supérieurs et pour une paye moins haute.

MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,--dans l'argot du peuple, qui
ne dit pas cela en trop mauvaise part.

MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.

MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l'ouvrage,--dans
l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.

MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,--dans l'argot du
peuple.

_En masse._ En grand nombre, en grande quantité.

MASSÉ, s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille,--dans
l'argot des joueurs de billard.

MASSER, v. n. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.

MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa masse. Argot des
faubouriens.

MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.

MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des canotiers.

MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de
la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où
souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.

MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des voleurs.

MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,--dans l'argot des francs-maçons.

MASTIQUER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple en général, et en
particulier des francs-maçons, qui se livrent à la _mastication_ comme de
simples profanes.

MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,--dans l'argot du
peuple.

MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens.

Ne serait-ce pas une corruption de _mastoquet_, homme _mastoc_, le
marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?

MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou d'apparence,--dans l'argot du
peuple.

_Faire le matador._ Faire des _embarras_.

MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa
laideur de _singe_.

MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action,--dans
l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.

MATELASSER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton
pour tromper les yeux--des myopes.

MATELOT, s. m. Copain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans
l'infanterie de marine.

MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,--dans l'argot des
francs-maçons, pour qui manger c'est travailler.

Ils disent aussi _Parfums_.

MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,--dans l'argot des voleurs.

_Mathurins plats._ Dominos.

MATIGNON, s. m. Messager,--dans le même argot.

MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses,--dans l'argot
du peuple.

_Mâtine_, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.

MÂTIN! Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la
douleur la plus vive.

On dit aussi _Sacré mâtin_.

MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.

On dit aussi _fin matois_, malgré le pléonasme.

MATOISE, s. f. Intrigante,--ou seulement Femme habile à vendre sa
marchandise.

On dit aussi _Fine matoise_.

MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.

_Bon matou._ Libertin.

MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi
dans l'armée d'Afrique.

Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: _ma traque_
pour _ma trique_, et ils ont pris cela pour du sabir.

MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.

MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond, fainéant,--dans l'argot du
peuple.

Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme,
par exemple, pour convier quelqu'un au départ: _Allons, en route,
mauvaise troupe!_ lui dit-on.

MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande personne d'un tempérament
délicat, d'une apparence chétive.

MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,--dans l'argot des
faubouriens.

Ils disent aussi _Trompe-l'œil_.

MAYEUX, s. m. Bossu,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du type
créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830.

Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.

MAZAGRAN, s. m. Café froid à l'eau de Seltz,--dans l'argot des garçons de
café.

Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre,
au lieu de l'être dans une tasse.

MAZARO, s. m. Prison,--dans l'argot des troupiers.

MAZETTE, s. f. Conscrit,--dans l'argot des troupiers. Homme de petite
taille,--dans l'argot du peuple.

MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un, le tourmenter, se moquer de lui, et
même en médire un peu,--dans l'argot des faubouriens.

Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans un passage des
_Vies des dames illustres_ de Brantôme», et ce germe, c'est
_mœquaniqueté_... Le malheur est que jamais «locution ne fut plus
moderne. Quant à son «germe», le premier _mécanicien_ venu le trouverait
en conduisant sa _machine_.

MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.

MÈCHE, s. f. Possibilité de aire une chose.

_Il y a mèche._ Il y a moyen.

_Il n'y a pas mèche._ Cela n'est pas possible.

On dit aussi elliptiquement: _Mèche!_

MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.

_Découvrir la mèche._ Tenir les fils d'une intrigue, connaître à temps un
dessein fâcheux.

MÈCHE, s. m. Travail, ouvrage à faire,--dans l'argot des typographes.

_Chercher mèche._ Chercher de l'ouvrage.

MÈCHE, s. f. Moitié, demi,--dans l'argot des voleurs.

_Être de mèche._ Partager un butin avec celui qui l'a fait.

Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression des
faubouriens: _Et mèche_.

MÉCHI, s. m. Malheur,--dans le même argot.

C'est assurément le _meschief_ de notre vieille langue.

MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.

MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des
artistes et des faubouriens.

Le mot sort de la _Vie de Bohême_, d'Henry Murger.

_Médaille d'or._ Pièce de vingt francs.

MÉDAILLE DE SAINT HUBERT, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des
marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent de _la
rage de dents_.

MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f. Médaille de Sainte-Hélène,--dans l'argot des
faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.

On a dit aussi _Médaille de commissionnaire_ et _Contre-marque du
Père-Lachaise_.

MÉDAILLON, s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la
culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.

C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant au
_portrait_ de l'argot des faubouriens.

_Médaillon de flac._ Impasse, _cul-de-sac_.

MÉDECIN, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs, qui ont besoin d être
guéris de l'accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.

MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.

MÉDECINE, s. f. Conseil.

_Médecine flambante._ Bon conseil, avis salutaire.

MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à
contre-cœur les discours. Argot du peuple.

MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient au médium.

_Facultés médianimiques._ Celles que possèdent les médiums et qui leur
permettent d'entrer en communication avec les Esprits,--à ce qu'ils
disent.

L'expression a été forgée par Delaage.

MÉDIUM, s. m. Individu qui évoque les Esprits,--les _lémures_, auxquelles
les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens.

Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.

MEG, s. m. Maître, roi,--dans l'argot des voleurs, qui, quoique
_affranchis_, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort,
plus rusé, plus coquin qu'eux.

_Meg des megs._ Dieu.

_Meg de la rousse._ Le préfet de police.

Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire et
prononcer _mec_ et non _meg_.

MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou d'anisette et
d'absinthe,--dans l'argot des faubouriens.

MELET, TE, adj. Petit, petite,--dans l'argot des voleurs.

MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion, mélange chaotique,--dans l'argot du peuple,
qui emploie cette expression au propre et au figuré.

MELON, s. et adj. Imbécile, nigaud.

Cette injure,--quoique le melon soit une chose exquise,--a trois mille
ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui que du temps
d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les
appelle [grec: pepones].»

Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne se souvient
plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié de l'humanité
méprise et conspue l'autre moitié.

MELON, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des Saint-Cyriens.

MEMBRE DE LA CARAVANE, s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,--dans
l'argot du peuple, qui emploie une périphrase pour dire _camelus_.

MENÉE, s. f. Douzaine,--dans l'argot des voleurs.

MENER LARGE (N'en pas). Avoir peur, se faire humble et petit,--dans
l'argot des faubouriens.

MENER LES POULES PISSER. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un homme qui
s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la
culotte.

L'expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston,
duc d'Orléans, on voit _Jocrisse_ qui mène les poules pisser. Jocrisse
est là le type du genre.

MENER PAR LE BOUT DU NEZ, v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on
est homme, d'un homme quand on est femme.

_Se laisser mener par le bout du nez._ Être d'une faiblesse extrême,
faire la volonté des autres et non la sienne propre.

MENER PISSER, v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des
troupiers.

_On ne le mène pas pisser!_ Une phrase de l'argot du peuple, qui
l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que ce qu'il
veut, et non ce que les autres veulent.

Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.

MENESSES, s. f. pl. Filles de maison,--dans l'argot des soldats.

MENESTRE, s. f. Soupe, potage,--dans l'argot des voleurs et des honnêtes
gens.

    «Mon docteur de menestre en sa mine altérée,
    Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»

dit Mathurin Régnier, en sa satire du _Souper ridicule_.

    «L'ingrat époux lui fit tater
    D'une menestre empoisonnée,»

dit Scarron, en sa satire contre Baron.

MENGIN, s. m. Charlatan politique et littéraire.

Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup d'hommes.

MENOTTES, s. f. pl. Mains,--dans l'argot des enfants, des mères et des
amoureux.

On disait _mainettes_ au temps jadis, comme le prouvent ces vers de
Coquillart:

    «Tousjours un tas de petits ris,
    Un tas de petites sornettes.
    Tant de petits charivaris,
    Tant de petites façonnettes,
    Petits gants, petites mainettes.
    Petite bouche à barbeter...»

MENTEUSE, s. f. La langue,--dans l'argot des voleurs, dont M. de
Talleyrand s'est fait le plagiaire prolixe en disant: La parole a été
donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»

Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellent la langue
_prating cheat_ (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).

MENTON DE GALOCHE, s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de
Polichinelle. Argot du peuple.

MENUISIÈRE, s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les
affectionnent les ouvriers, pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le
drap que les bourgeois. Argot des rapins.

MÉQUARD, s. m. Commandant, _mec_, dans l'argot des voleurs.

MÉQUER, v. a. Commander.

MER, s. f. Le fond du théâtre, quel que soit le décor. Argot des
coulisses.

_Aller voir la mer._ Remonter la scène jusqu'au dernier plan.

MER A BOIRE (C'est la). Se dit--dans l'argot du peuple--de toute chose
ennuyeuse ou difficile à faire; et,--dans l'argot des bourgeois--de toute
affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.

_Ce n'est pas la mer à boire._ Se dit, au contraire, de toute chose
facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à bonne
fin.

MERCADET, s. m. Nom d'un personnage de Balzac qui est devenu celui de
tous les brasseurs d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons
en eau trouble.

MERCANDIER, s. m. Boucher qui ne _trafique_ que sur les viandes de
qualité inférieure.

MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ, s. m. Modèle,--dans l'argot des rapins.

MERDAILLON, s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du
peuple.

On dit aussi _Merdeux_.

MERDAILLE, s. f. Troupe importune de petits enfants.

MERDE! Exclamation énergique dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois,
le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours,--dix fois
plutôt qu'une.

_Ah! merde alors!_ Exclamation qui n'échappe que dans les situations
critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on
casse sa pipe, etc.

MERDE, s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de
compter dans les circonstances graves.

MERDEUX (Bâton), s. m. Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux,
désagréable, qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le
faire agir.

MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de
demoiselles--indignes d'orner leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger
traditionnel.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

MÈRE AU BLEU, s. f. La guillotine,--dans l'argot des voleurs, qui veulent
faire croire aux autres que c'est le chemin du _ciel_, sans le croire
eux-mêmes.

MÈRE D'OCCASION, s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui
veut se faire respecter--des gens pauvres. C'est ordinairement une
vieille drôlesse chevronnée par le vice.

    «Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»

et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les
nobles étrangers attirés autour de sa fille--adoptive--comme les
papillons autour d'une lampe.

MÉRINOS, s. m. Personne qui a l'_haleine forte_,--dans l'argot des
faubouriens, qui se plaisent aux calembours.

MERLAN, s. m. Coiffeur,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette
expression depuis l'invention de la poudre à poudrer, parce qu'alors les
perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à
frire. Le _Journal de Barbier_ en fait mention, ce qui lui donne plus
d'un siècle de circulation.

MÉRUCHE, s. f. Poêle,--dans l'argot des voleurs.

_Méruchée._ Poêlée.

_Méruchon._ Poêlon.

MESS, s. m. Table où mangent en commun les officiers d'un même régiment.

Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît: _The Mess_, dit
le Dictionnaire de Spiers; _to mess_, ajoute-t-il. C'est plutôt un mot
que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir,
soit de notre Mense (_mensa_), qui a la même signification, soit de notre
Messe (_missa_), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du
vin.

MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,--dans l'argot des voleurs, qui
sont volontiers athées.

MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,--dans le même argot.

_Messière franc._ Bourgeois.

_Messière de la haute._ Homme comme il faut.

Ne serait-ce pas le _Messire_ du vieux temps?

MESSIRE LUC, s. m. Anagramme facile à deviner,--dans l'argot des érudits
amis de la scatologie.

MÉTAL, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se
sert de la même expression qu'Horace: _Metallis potior libertas_ (La
liberté vaut tout l'or du monde).

MÉTAUX, s. m. pl. L'argent; or, argent ou cuivre,--dans l'argot des
francs-maçons.

MÉTHODE CHEVÉ, s. f. Manière de jouer au billard contraire à l'usage: y
jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des
bohèmes.

S'applique aussi au Bilboquet, quand on le prend par la boule et qu'on
veut faire entrer le manche dedans.

MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution, adresse de main,--dans l'argot des
artistes.

_Avoir un métier d'enfer._ Être d'une grande habileté.

METTRE A L'OMBRE, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot du peuple.
Tuer,--dans l'argot des voleurs.

METTRE A MÊME. Tromper,--dans l'argot des faubouriens.

    «Voyez quel emblême!
    Sa nièc' d'Angoulème
    Nous met tous à même!»

dit une chanson de 1832.

METTRE A PIED, v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus
ou moins de temps. Argot des bourgeois.

METTRE A QUELQU'UN (Le), v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il
accepte pour des vérités,--dans l'argot des faubouriens.

METTRE A TABLE (Se). Être disposé à dénoncer ses complices; être sur le
point de faire des révélations,--dans l'argot des voleurs qui veulent
_manger le morceau_.

METTRE A TOUTES LES SAUCES (Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour
gagner sa vie,--dans l'argot du peuple.

METTRE AVEC QUELQU'UN (Se), v. réfl. Vivre maritalement,--dans l'argot
des ouvriers et des grisettes.

METTRE BIEN (Se), v. réfl. Ne rien se refuser,--dans l'argot du peuple,
qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en
voyant quelqu'un boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»

METTRE DANS DE BEAUX DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire
scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque.

On dit aussi: _Être dans de beaux draps_.

METTRE DANS LA POMMADE, v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des
faubouriens.

Signifie aussi Tromper, jouer un tour.

METTRE DANS LE MILLE, v. a. Réussir dans une entreprise.

Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.

METTRE DANS SON SAC. Recevoir des injures ou des coups sans y répondre;
encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.

METTRE DEDANS, v. a. Mettre en prison.

Signifie aussi Tromper.

METTRE DE L'EAU DANS SON VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant;
reconnaître ses torts.

METTRE DU BEURRE DANS SES ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté
dans sa vie; avoir des chances heureuses.

METTRE EN BRINGUE, v. n. Mettre en morceaux, briser.

METTRE EN PATE, v. a. Renverser un ou plusieurs _paquets_ en les
transportant ou en imposant,--dans l'argot des typographes.

On dit aussi _Tomber en pâte_.

METTRE EN QUATRE (Se), v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour
quelque chose,--dans l'argot des bourgeois.

METTRE EN RANG D'OGNONS (Se). Se placer les uns derrière les
autres,--dans l'argot du peuple.

On disait autrefois d'un homme, qu'il se mettait en rang d'ognons quand
il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition
que lui.

METTRE LA MAIN A LA PATE. Aider à un vol et participer à ses bénéfices.

METTRE LA PUCE A L'OREILLE, v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse
nouvelle.

C'est l'_alicui curam et angorem animi creare_ des Latins.

METTRE LA TABLE POUR LES ASTICOTS. Mourir,--dans l'argot des voyous.

METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE, v. a. Être guillotiné,--dans l'argot des
voleurs.

METTRE LE CHIEN AU CRAN DU REPOS. Dormir,--dans l'argot des soldats.

METTRE LE MOINE, v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un
soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par
petites secousses: les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se
réveiller, sont _très drôles_, au dire des troupiers farceurs.

Au XVIe siècle on disait _Bailler le moine_.

METTRE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour
bien recevoir ses invités,--dans l'argot des bourgeois.

METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT. Ne conserver aucun ménagement, ne prendre
aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant.
Argot du peuple.

METTRE SOUS PRESSE, v. a. Mettre en gage.

METTRE SUR LES DENTS, Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.

METTRE SUR LES FONTS DU BAPTÊME (Se). Se mettre dans une position
difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.

METTRE TOUS SES OEUFS DANS LE MÊME PANIER. Confier toute sa fortune à un
seul banquier; aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des
bourgeois.

MEUBLANT, s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans
ses meubles.

L'expression est toute récente.

MEULARD, s. m. Veau,--dans l'argot des voleurs.

MEULES DE MOULIN, s. f. plur. Les dents, principalement les _molaires_,
qui broient le pain,--dans l'argot du peuple, qui emploie sans s'en
douter une expression tout à fait biblique.

Les ouvriers anglais disent _grinders_ (les broyeuses).

MEUNIER, s. m. Recéleur de plomb volé.

MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable, pauvre diable,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Meurt-la-faim_ et _Crève-la-faim_.

MEURT-DE-FAIM, s. m. Petit pain d'un sou,--dans l'argot des faubouriens.

MÉZIGO, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Mézigue_, _Mézère_, et _Ma fiole_.

MIB ou MIBRE, s. m. Tour de force quelconque, chose où l'on
excelle,--dans l'argot des gamins.

_C'est mon mib!_ C'est mon triomphe!

Signifie aussi Défi. _C'est ton mib_, c'est-à-dire: Tu ne feras jamais
cela.

MICHE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.

MICHÉ, s. f. Gros morceau de pain,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi pour Pain entier.

    «Et moins encor il fait du bien
    Aux pauvres gens, tant il est chiche;
    Si il a mangé de leur miche.»

    (_Les Touches du seigneur des Accords._)

MICHE, s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à
acheter ce qui ne devrait jamais se vendre,--dans l'argot des filles, qui
emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de _michon_
(argent) et de _miche_ (pain).

    «On appelle miché...
    Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
    Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).

_Miché de carton._ Amant de passage, qui n'offre que des gants de
filoselle.

_Miché sérieux._ Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte
entière de gants.

MICHÉ, s. m. Client,--dans l'argot des photographes; homme ou femme qui
achète, qui _paie_,--dans plusieurs autres argots.

MICHETON, s. m. Petit miché, homme à qui les marchandes d'amour font un
rabais.

MIC-MAC, s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue,--dans l'argot du
peuple.

MIDI! Exclamation du même argot, employée pour signifier: Trop tard!

_Il est midi!_ C'est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites;
«Je ne coupe pas dans ce pont-là!»

MIE DE PAIN, s. f. Pou,--dans l'argot des voleurs, qui savent combien une
miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.

MIE DE PAIN, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot des typographes.

Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.

MIEL! Interjection de l'argot des bourgeois, amis de l'euphémisme.

MIEL (C'est un). Phrase de l'argot des faubouriens, qui disent cela à
propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou
belle: _C'est un miel_. Ils entrent dans un endroit qui pue: _C'est un
miel_. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang
coule: _C'est un miel_, etc., etc.

MIETTE (Une). Un peu,--dans l'argot du peuple.

MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu'il convient,--dans
l'argot des bourgeois.

_Faire la mijaurée._ Faire des manières et des façons pour accepter une
chose.

On dit aussi _Minaudière_.

MIJOTER, v. a. Entreprendre à la sourdine; préparer lentement,--dans
l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.

MIKEL, s. m. Dupe,--dans l'argot des saltimbanques.

MILLE-LANGUES, s. m. Personne bavarde, indiscrète,--dans l'argot du
peuple.

MILLERIE, s. f. Loterie,--dans l'argot des voleurs.

MILLIASSES, s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.

MILORD, s. m. Homme riche, en apparence du moins,--dans l'argot du
peuple, qui emploie cette expression depuis l'occupation de Paris par les
Anglais.

MILORD, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames.

Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaient _Milord
pot-au-feu_, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers:

      «Lorsque nous aimons,
        Nous finançons
        Afin de plaire.
      D'où vient qu'en tout lieu
    On dit: «Un milord pot-au-feu.»

MILORD, s. m. Cabriolet à quatre roues,--dans l'argot des cochers.

MIMI, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont
emprunté cette expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred
de Musset.

MINABLE, adj. et s. Pauvre, misérable; mesquin; de mauvaise _mine_,--dans
l'argot du peuple.

MINCE, s. m. De peu de valeur, morale ou physique,--dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. _Mince
alors!_

MINCE, s. m. Papier à lettres,--dans l'argot des voleurs.

MINCES, s. m. pl. Billets de banque,--dans l'argot des faubouriens, qui,
originairement, ont donné ce nom aux assignats.

MINET, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants.

Ils disent aussi _Minon_.

MINOIS, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs.

MINOTAURISER, v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Pâris avec la
femme de Ménélas. Argot des gens de lettres.

L'expression sort de la _Physiologie du mariage_ d'H. de Balzac.

MINUIT, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.

MIOCHE, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, pour qui un nouveau-né est
une _miette_ d'homme, et dont le corps pétri de lait, presque sans os et
sans muscles, ressemble à de la _mie_ de pain.

MIRADOU, s. m. Miroir,--dans l'argot des voleurs.

MIRECOURT, s. m. Nom d'homme qui est devenu celui de tous les
pamphlétaires de plus de passion que de talent.

Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait de ce
nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.

MIRE-LAID, s. m. Miroir,--dans l'argot du peuple.

MIRETTES, s. f. pl. Yeux,--dans l'argot des voyous.

MIRLIFLORE, s. m. Le gandin de la Restauration, qui est toujours le

_Lion_ pour le peuple.

MIRLITON, s. f. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.

_Jouer du mirliton._ Parler, causer.

MIROBOLAMMENT, adv. Merveilleusement.

Cet adverbe appartient à H. de Balzac.

MIROBOLANT, adj. Inouï, merveilleux, féerique.

MIROIR A PUTAINS, s. m. Beau garçon,--dans l'argot du peuple, qui dit
cela depuis longtemps, comme le témoignent ces vers de Scarron:

    «Dis-lui qu'un miroir à putain,
    Pour dompter le Pays Latin
    Est un fort mauvais personnage.»

MISE A PIED, s. f. Privation de fonctions et d'appointements. Argot des
bourgeois.

MIRQUIN, s. m. Bonnet,--dans l'argot des voleurs.

MIRZALES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans le même argot.

MISE (Faire sa). Payer le droit de circulation sur «le pont
d'Avignon»,--dans l'argot des filles.

MISE-BAS, s. f. Vêtements des maîtres qui reviennent de droit aux
domestiques, lesquels se croiraient lésés et réclameraient si l'on
portait trop longtemps ces vêtements.

MISE-BAS, Accouchement,--dans l'argot du peuple.

MISE-BAS, s. f. Grève, chômage volontaire,--dans l'argot des typographes.

MISÉRABLE, s. m. Verre d'eau-de-vie d'un sou,--dans l'argot des ouvriers.

MISÈRE, s. f. Petite quantité; chose de peu d'importance: petite
somme,--dans l'argot des bourgeois.

MISÉRER, v. n. Souffrir de la misère,--dans l'argot du peuple. On dit
aussi: _Ficher la misère_.

MISÈRES, s. f. pl. Taquineries, petites méchancetés,--dans l'argot des
bourgeois.

_Dire des misères._ Taquiner quelqu'un en lui contant des choses qui le
contrarient, qui l'inquiètent.

_Faire des misères._ Agacer quelqu'un, lui jouer un tour plus ou moins
désagréable.

MISLOQUE, s. f. Théâtre,--dans l'argot des voleurs.

_Jouer la misloque._ Jouer la comédie.

MISLOQUIER, ÈRE, s. Acteur, actrice.

MISSISSIPI (Au), adv. Très loin,--dans l'argot du peuple, pour qui
l'Amérique est un pays aussi éloigné de lui que la lune.

C'est l'équivalent de: _Au diable au vert_ (ou _Vauvert_).

MISTI, s. m. Apocope de _Mistigri_,--dans l'argot des brelandières de
brasseries.

MISTIGRI, s. m. Valet de trèfle,--dans l'argot des joueurs.

Se dit aussi d'un Jeu de cartes où l'on a gagné quand on a fait brelan
avec le valet de trèfle escorté de deux autres valets.

MISTIGRIS, s. m. Apprenti,--dans l'argot des peintres en bâtiment.

Balzac a-t-il emprunté son rapin de ce nom aux peintres en bâtiment, ou
ceux-ci à l'auteur de _la Comédie humaine_?

MISTOUFLE, s. f. Farce; méchanceté; trahison,--dans l'argot des
typographes.

MISTRON, s. m. Le jeu de mistigri,--dans l'argot de Breda-Street.

MISTRONEUR, EUSE, s. et adj. Amateur de mistron.

MITAN, s. m. Milieu,--dans l'argot du peuple.

MITE, s. f. Chassie des yeux.

MITEUX, adj. Qui a les yeux chassieux.

MITON-MITAINE, s. m. Remède inoffensif, expédient inutile, secours
inefficace.

On dit aussi: _Onguent miton-mitaine_.

MITONNER, v. a. Préparer de longue main.

MITRAILLE, s. f. Monnaie, gros sous,--dans l'argot des faubouriens, qui
disent cela depuis longtemps.

MITRE, s. f. Cachot,--dans l'argot des voleurs.

MITRON, s. m. Ouvrier boulanger,--dans l'argot du peuple.

_Le petit mitron._ Le Dauphin, fils de Louis XVI,--du _boulanger_, comme
l'appelaient les Parisiens en 1792.

MOBILE, s. f. La garde nationale mobile formée en 1848 avec les fils du
peuple--et aux dépens du peuple.

C'est aussi le nom que portait, en 1830, la légion des Volontaires de la
Charte.

MOBILE, s. m. Soldat de la garde nationale mobile.

MOBILIER, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs, héritiers des
Précieuses qui disaient l'_ameublement de la bouche_.

MOBLO ou MOBLOT, s. m. Garde mobile,--dans l'argot des faubouriens.

MOCASSINS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des ouvriers qui ont lu les
romans américains de Cooper, de Gabriel Ferry et de Gustave Aymard.

MODÈLE, s. m. Homme ou femme qui pose dans les ateliers. Argot des
artistes.

_Modèle d'ensemble._ Qui pose pour l'Académie, pour tout le corps, au
lieu de ne poser que pour la tête, ou pour n'importe quelle partie
spéciale du corps.

MODERNE, s. m. Fashionable,--dans l'argot des faubouriens.

MOINE, s. m. Bouteille de grès que l'on remplit d'eau chaude et que l'on
place au pied du lit. Argot des bourgeois.

MOINE, s. m. Partie d'une épreuve qui n'a pas pris l'encre et vient
blanche au lieu d'être imprimée. Argot des typographes.

On dit aussi _Loup_.

Les typographes anglais ont le même mot; ils en ont même deux pour un:
_monk and friar_. Le _monk_, c'est notre _moine_, c'est-à-dire une
feuille maculée ou imprimée trop noire Le _friar_, c'est un _moine_
blanc, c'est-à-dire une feuille qui est imprimée trop pâle.

MOINEAU, s. m. Se dit par ironie,--dans l'argot du peuple,--d'un homme
dont on a à se plaindre, ou qui se vante mal à propos.

On ajoute un qualificatif pour renforcer l'ironie: _Tu es un joli
moineau!_

C'est le pendant de: _Tu es un joli coco!_

MOINE-LAI, s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns
dans la _Salle de la Victoire_,--l'infirmerie de l'Hôtel des vieux
braves.

MOIS DE NOURRICE, s. m. pl. Les années qu'oublie volontairement de
compter une femme qu'on interroge sur son âge.

Se dit aussi de toute personne qui se trompe dans un calcul et oublie
quelques fractions importantes.

MOISIR, v. n. Rester longtemps à la même place, ou en possession du même
emploi,--dans l'argot du peuple qui emploie surtout ce verbe avec la
négative.

MOITIÉ, s. f. Epouse,--dans l'argot des bourgeois, qui ne disent pas cela
avec le même respect que les Anglais disant _the better half_.

MOLANCHE, s. f. Laine,--dans l'argot des voleurs.

MOLARD, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.

MOLARDER, v. n. Graillonner, expectorer abondamment.

MOLIÈRE, s. m. Décor de salon simple dans lequel peuvent se jouer presque
toutes les comédies de feu Poquelin. Argot des coulisses.

Tous les théâtres, notamment ceux de province, ont un certain nombre de
décors de magasin, d'un emploi fréquent et commun: le _molière_, le
_rustique_, le _salon riche_, la _place publique_, la _forêt_, la
_prison_, le _palais_, et le _gothique_ (intérieur). Avec cela on peut
tout représenter, les tragédies de Racine et les vaudevilles de M.
Clairville.

MOLLASSE, s. f. Femme lymphatique, dolente, sans énergie,--dans l'argot
du peuple.

MOLLUSQUE, s. m. Homme à l'esprit étroit, aux idées arriérées, qui se
renferme dans la tradition comme l'escargot dans sa coquille.

MOLOSSE, s. m. Gros chien,--dans l'argot des bourgeois qui ne sont pas
fâchés de prouver de temps en temps qu'ils ont quelque teinture
d'Histoire ancienne.

MOMAQUE, s. m. Enfant,--dans l'argot des voleurs.

MÔME, s. m. Petit garçon: voyou; apprenti,--dans l'argot des ouvriers.

On pourrait croire cette expression moderne; on se tromperait, car voici
ce que je lis dans l'_Olive_, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à
propos des envieux:

    «La Nature et les Dieux sont
    Les architectes des hômes
    Ces deux (ô Ronsard) nous ont
    Bâtis des mêmes atômes.
    Or cessent donques les mômes
    De mordre les écriz miens...»

MÔME, s. f. Jeune fille; maîtresse,--dans l'argot des voleurs, pour qui
elle ressemble plus à une enfant qu'à une femme.

Ils disent aussi _Mômeresse_.

MÔME D'ALTÈQUE, s. m. Adolescent,--dans le même argot.

MOMERIE, s. f. Hypocrisie; fausse dévotion,--dans l'argot du peuple.

MOMIE, s. f. Homme ou femme sans énergie, qui n'aime pas à se remuer.

MOMIÈRE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Momeuse_ et _Madame Tire-môme_.

MOMIGNARD, s. m. Petit garçon, plus petit encore que le môme.

On dit au féminin _Momignarde_.

MÔMIR, v. n. Accoucher.

MONACO, s. m. Sou de cuivre,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi
le souvenir d'un roitelet, Honoré V, prince de Monaco, mort de dépit en
1841, dit A. Villemot, de n'avoir pu faire passer pour deux sous en
Europe ses monacos, qui ne valaient qu'un sou.

MONANT, s. m. Ami,--dans l'argot des voleurs.

_Monante._ Amie.

MONARQUE, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot du peuple.

_Monarques._ Les rois d'un jeu de cartes.

MONDE RENVERSÉ, s. f. La guillotine,--dans l'argot des faubouriens.

MONFIER, v. a. Embrasser,--dans l'argot des voleurs.

MONNAIE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.

_Plus que ça de monnaie!_ Quelle chance!

MON OEIL! Exclamation ironique et dédaigneuse de l'argot des faubouriens,
qui l'emploient soit comme formule de refus, soit comme marque
d'incrédulité.

MONSEIGNEUR, s. m. Pince de voleur, qui sert à crocheter les portes.

Les voleurs anglais disent de même _Bess_ ou _Betty_.

MONSEIGNEURISER, v. a. Crocheter une porte.

MONSIEUR, s. m. Bourgeois, homme bien mis,--dans l'argot du peuple.

_Faire le Monsieur._ Trancher du maître; dépenser de l'argent; avoir une
maîtresse.

MONSIEUR, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street.

On dit aussi _Monsieur Chose_.

_Monsieur bien._ Homme distingué,--qui ne regarde pas à l'argent.

MONSIEUR, s. m. Verre d'eau-de-vie de quatre sous,--dans l'argot des
ouvriers.

MONSIEUR BAMBOU, s. m. Canne,--dans l'argot des souteneurs, qui en
procurent la connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur
demande d'argent.

MONSIEUR DE PARIS, s. m. L'exécuteur des hautes œuvres,--dans l'argot
des bourgeois.

MONSIEUR LEBON. Bon compagnon qui paye volontiers pour les autres. Argot
du peuple.

MONSIEUR DE PÈTESEC, s. m. Homme un peu roide, un peu orgueilleux.

MONSIEUR DIMANCHE, s. m. Créancier,--dans l'argot des bohèmes, qui jouent
souvent la scène de Don Juan.

MONSIEUR DUFOUR EST DANS LA SALLE. Phrase par laquelle un acteur avertit
un de ses camarades qu'il joue mal et va se faire siffler.

Quelquefois on dit: _Le vicomte Du Four est dans la salle_.

MONSIEUR HARDI, s. m. Le vent,--dans l'argot du peuple.

MONSIEUR PERSONNE. Personne, nul.

MONSIEUR PIGEON. Type du garde national de la Restauration.

MONSIEUR RAIDILLON, s. m. Homme fier et susceptible.

On dit aussi: _Monsieur Pointu_.

MONSIEUR VAUTOUR, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des bohèmes, qui
disent cela depuis l'opéra comique intitulé: _Maison à vendre_, dans
lequel on chante:

    «La maison de M. Vautour
    Est celle où vous voyez un âne.»

MONSIEUR VETO. Louis XVI,--dans l'argot des révolutionnaires de 1792, par
allusion au véto du 19 juin sur les décrets concernant le camp sous Paris
et la déportation des ecclésiastiques.

MADAME VÉTO. Marie-Antoinette.

On connaît la chanson;

    «Madam' Véto s'était promis
    De faire égorger tout Paris;
    Mais son coup a manqué,
    Grâce à nos canonniers!
    Dansons la carmagnole,
        Vive le son
        Du canon!»

MONSTRE, s. m. Les paroles qu'un musicien adapte à un air trouvé par lui,
en attendant les paroles plus poétiques du librettiste.

MONSTRE, adj. Étonnant, colossal,--dans l'argot du peuple.

MONSTRICO, s. m. Personne laide comme un petit _monstre_.

Le mot appartient à H. de Balzac.

MONT, s. m. Établissement du Mont-de-Piété,--dans l'argot des
faubouriens.

_Le grand Mont._ Le Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux.

_Le Petit Mont._ Le commissionnaire au Mont-de-Piété.

MONTAGNARD, s. m. Cheval de renfort destiné à être mis en flèche aux
omnibus pour les montées difficiles.

MONTAGNARD, s. m. Beignet au centre duquel est un peu de confitures de
groseilles.

L'expression date de 1848: elle a été appliquée à cette sorte de beignet,
par les Associations de cuisiniers, et n'a pas plus duré qu'elles.

MONTANT, s. m. Forte saveur; relief bien accusé.

Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du _montant_
quand elle est énergique. Une femme a du _montant_ quand elle a du
cynisme.

MONTANT, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.

MONTANTE, s. f. Echelle,--dans le même argot.

MONTER, v. n. S'emporter, se mettre en colère,--dans l'argot du peuple.

_Faire monter quelqu'un._ L'exaspérer, l'agacer.

MONTER A L'ARBRE, v. n. Être le jouet innocent de quelques farceurs qui
font pour vous, homme, ce que d'autres farceurs font pour Martin, ours,
au Jardin des Plantes,--sans réfléchir que, furieux d'être ainsi joué,
vous pouvez leur casser les reins d'un coup de griffe.

On dit aussi _Monter à l'échelle_.

MONTER EN GRAINE, v. n. Vieillir,--dans l'argot des bourgeois, qui disent
cela surtout à propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.

MONTER LA TÊTE (Se), v. réfl. Se donner un courage factice, soit en
buvant, soit en se répétant les outrages qu'on a subis et dont on veut
tirer raison. Argot du peuple.

MONTER LE COUP (Se), v. réfl. Se faire des illusions à propos de
quelqu'un ou de quelque chose; s'attendre à une félicité improbable ou à
une fortune impossible.

On dit aussi _se monter le baluchon_.

MONTER LE COUP A QUELQU'UN, v. a. Le tromper; lui promettre une chose
qu'il désire et qu'on sait ne pas pouvoir lui donner; mentir.

On dit aussi _Monter des couleurs_ et _monter le Job_.

MONTER QUELQU'UN, v. a. L'exciter par des paroles à faire une chose qu'il
ne ferait pas de lui-même.

MONTER SUR LA TABLE, v. n. Lever le masque,--dans l'argot des voleurs,
qui ne font cela que par bravade, comme Lacenaire s'accusant lui-même
d'un crime pour entraîner dans sa chute un complice.

MONTER SUR SES ERGOTS, v. n. S'emporter, faire de violents reproches à
quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Monter sur ses grands chevaux_.

MONTEUR DE COUPS, s. m. Homme qui vit de mensonges et d'expédients,
chevalier d'industrie; escroc.

MONTEUSE DE COUPS, s. f. Drôlesse qui joue du sentiment avec plus ou
moins d'habileté et s'en fait plus ou moins de revenus.

MONTMORENCY, s. f. Cerises de Montmorency,--dans l'argot du peuple, qui
dit de même _Montreuil_ pour pêche, _Fontainebleau_ pour raisin de
treille, _Valence_ pour orange.

MONTRER LA COUTURE DE SES BAS, Rompre son engagement,--dans l'argot des
cabotins.

MONTRER LES TALONS, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.

MONTRER SON NEZ, v. a. Faire une courte apparition quelque part,--dans
l'argot des employés qui, après avoir montré leur nez à leur ministère,
ne craignent pas de lui montrer aussitôt les talons.

MOQUER COMME DE L'AN QUARANTE (S'en). Complètement, comme d'une année qui
n'arrivera jamais. Argot des bourgeois.

Le peuple dit: _S'en foutre comme de l'an 40_.

MORACE, s. f. Inquiétude, danger, remords,--dans l'argot des voleurs, qui
ont cependant très rarement des «puces à la muette».

_Battre morace._ Crier à l'assassin.

MORASSE, s. f. Dernière épreuve d'un journal,--dans l'argot des
typographes, qui savent mieux que personne être _moracii_, c'est-à-dire
en retard, _morari_.

MORCEAU D'ARCHITECTURE, s. m. Discours lu ou parlé,--dans l'argot des
francs-maçons.

MORCEAU DE GRUYÈRE, s. m. Figure marquée de la petite vérole,--dans
l'argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de
Gruyère.

MORCEAU DE ROI, s. m. Belle fille, jeune et appétissante,--dans l'argot
des bourgeois, parmi lesquels on trouverait sans peine quelques Lebel, si
on en avait besoin pour quelque Parc-aux-Cerfs.

MORCEAU DE SALÉ, s. m. Femme chargée d'embonpoint,--dans l'argot du
peuple.

Se dit aussi de quelqu'un malpropre d'habits ou de discours.

MORCEAU HONTEUX, s. m. Le dernier morceau d'un plat,--dans l'argot des
bourgeois, qui n'osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur
appétit, parce que la «civilité puérile et honnête» le leur défend.

MORDANTE, s. f. Scie, lime,--dans l'argot des voleurs.

MORDRE (Ne pas), v. n. Être sans force, sans esprit, sans beauté,--dans
l'argot des faubouriens et des filles.

On dit aussi, en employant la même ironie: _N'être pas méchant_.

MORDRE (Se faire). Se faire reprendre, réprimander, humilier,
battre,--dans l'argot du peuple.

MORFE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et
ses dérivés à la vieille langue des honnêtes gens.

MORFIAILLER, v. n. Manger,--dans le même argot, plagiaire de la bonne
langue: «Là, là, là, c'est morfiaillé, cela!» dit Rabelais au _Propos des
beuveurs_.

On dit aussi _Morfer_, _Morfier_ et _Morfiller_.

MORFIANTE, s. f. Assiette.

On dit aussi _Limonade_.

MORFILLER LE DARDANT (Se). Se faire du mauvais sang, _se manger le
cœur_.

MORGANE, s. f. Sel,--dans le même argot.

_Flouant de la morgane._ Escroquerie commise au moyen d'un paquet de sel
et d'un mal de dents supposé.

MORGANER, v. a. Mordre,--dans le même argot.

Signifie aussi Nuire, comme le prouvent ces deux vers de la parodie du
_Vieux Vagabond_ de Béranger, par MM. Jules Choux et Charles Martin:

    «Comme un coquillon qui morgane
    Que n'aplatissiez-vous l'gonsier?...»

MORICAUD, s. m. Charbon,--dans le même argot.

Signifie aussi Broc de marchand de vin,--qu'un long usage a noirci.

MORICAUD, s. et adj. Nègre, mulâtre,--dans l'argot des faubouriens.

_Moricaude._ Négresse.

MORILLO, s. m. Chapeau à petits bords que portaient les royalistes au
temps de la guerre entre Bolivar et Morillo, c'est-à-dire entre les
Républiques de l'Amérique du Sud et le roi d'Espagne. Les libéraux, eux,
portaient le bolivar.

MORNANTE, s. f. Bergerie,--dans l'argot des voleurs.

MORNE, s. f. Brebis, mouton.

On dit aussi _Morné_, ou plutôt _mort-né_, qui est la véritable
orthographe, parce que c'est la véritable étymologie du mot.

MORNÉE, s. f. Bouchée.

MORNIER, s. m. Berger.

MORNIFLE, s. f. Soufflet, coup de poing,--dans l'argot du peuple.

MORNIFLE, s. f. Monnaie,--dans l'argot des voleurs, qui se la disputent à
coups de poing.

_Mornifle tarte._ Fausse monnaie.

MORNIFLEUR TARTE, s. m. Faux-monnayeur.

MORPHÉE, s. m. Sommeil,--dans l'argot des académiciens et des bourgeois.

_Se jeter dans les bras de Morphée._ Se coucher.

_Être dans les bras de Morphée._ Dormir.

MORPION, s. m. Gamin, enfant désagréable, _irritant_,--dans l'argot du
peuple.

On dit aussi, par respect humain, _morbaque_; mais la première
expression vaut mieux, parce qu'elle est plus franche. Elle se trouve
avec son sens _entomologique_ dans les _Touches_ du seigneur des Accords,
qui dit à Barbasson:

    «Tu as ta barbe si rude,
    Et les cheveux si épais,
    Qu'il semble avoir deux forêts
    Où loge une multitude
    De morpions et de poux,
    Au lieu de cerfs et de loups.»

MORT, s. m. Partner imaginaire à qui l'on réserve des cartes comme s'il
était vivant,--dans l'argot des joueurs de whist et de mistigri.

_Faire un mort._ Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu
de la quatrième--absente.

_Prendre le mort._ Changer les cartes qu'on vous a données, et qu'on
trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.

MORUE, s. f. Femme sale, dégoûtante,--dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi, comme injure, d'une Femme laide et d'une gourgandine.

MORVEUX, s. m. Gamin; homme sans conséquence,--dans l'argot du peuple,
qui daigne quelquefois _moucher_ ces adversaires-là comme les autres.

MORVIAU, s. m. Le nez,--dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi pour les Mucosités qui sortent du nez.

MOT, s. m. Trait spirituel, repartie plaisante,--dans l'argot des gens de
lettres.

_Faire des mots._ Emailler la conversation de plaisanteries et de
concetti.

MOT DE CAMBRONNE (Le). Ce n'est pas «La garde meurt et ne se rend pas!»
mais tout simplement «Merde!» La phrase propre n'eût peut-être pas été
entendue au milieu du bruit du canon, dans cette mêlée sanglante de
Waterloo; tandis que le mot énergique que tout le monde connaît était la
seule réponse possible en un pareil moment.

MOT DE LA FIN.--La nouvelle à la main, souvent cruelle pour quelqu'un,
par laquelle un chroniqueur doit terminer sa chronique.

MOT DE VALEUR, s. m. Mot ou phrase d'un rôle, qu'un acteur lance avec
finesse ou avec énergie, selon les cas, et qui produit un grand effet sur
le public. Argot des coulisses.

La _Croix de mon père ou de ma mère_,--_Je ne mange pas de ce
pain-là_,--_J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme_, etc.,
etc., sont des mots de valeur.

MOTIF, s. m. Sujet de paysage,--dans l'argot des artistes.

MOTS, s. m. pl. Injures; reproches,--dans l'argot des ouvriers et des
grisettes.

_Avoir des mots avec quelqu'un._ Se fâcher avec lui.

MOTS GRAS, s. m. pl. Gaillardises,--dans l'argot des bourgeois, dont le
langage est taché de ces mots-là.

MOTTEUX, s. m. Ouvrier en mottes à brûler,--dans l'argot des
faubouriens.

Signifie aussi Marchand de mottes.

MOUCHAILLER, v. n. Regarder, observer sans en avoir l'air,--dans l'argot
des voyous.

MOUCHARD, s. m. Agent de police,--dans l'argot du peuple qui a eu
l'honneur de prêter ce mot à Molière.

Se dit aussi de tout individu qui a l'air d'espionner, de tout ouvrier
qui _rapporte_, etc.

MOUCHARD, s. m. Portrait peint, parce qu'il a l'air de vous regarder, où
que vous vous mettiez.

MOUCHARD A BECS, s. m. Réverbère,--dans l'argot des voyous.

MOUCHARDE, s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l'air d'assister
au détroussement ou au meurtre d'un homme sur une route.

MOUCHARDER, v. a. et n. Espionner la conduite de quelqu'un.

MOUCHE, s. f. Agent de police,--en général et en particulier.

MOUCHE, s. f. Mousseline,--dans l'argot des voleurs.

MOUCHE, adj. des 2 g. Mauvais, laid, désagréable, _embêtant comme une
mouche_,--dans l'argot des faubouriens.

MOUCHER, v. a. Attraper, donner une correction, un soufflet,--dans le
même argot.

_Se faire moucher._ Se faire battre.

On dit aussi _Se faire moucher le quinquet_.

MOUCHER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.

MOUCHER DU PIED (Ne pas se). Avoir le geste prompt et le soufflet facile.

Signifie aussi Avoir des allures de bourgeois, et même de grand seigneur.

On dit dans le même sens: _Ne pas se moucher du coude_.

MOUCHER LA CHANDELLE, v. a. Être décidé à mourir sans postérité.

On dit aussi _Effacer_.

MOUCHER SA CHANDELLE. Mourir.

MOUCHER SUR SA MANCHE (Se), v. réfl. N'avoir pas encore l'expérience
nécessaire, la rouerie indispensable; en être à ses débuts dans la vie.

_Ne pas se moucher sur sa manche._ Être hardi, résolu, expérient,
«malin».

Cette expression est la révélation d'un trait de mœurs certainement
oublié, et peut-être même ignoré de ceux qui l'emploient: elle apprend
qu'autrefois on mettait son mouchoir sur sa manche gauche pour se moucher
de la main droite.

MOUCHERON, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.

MOUCHES D'HIVER, s. f. pl. Flocons de neige.

_Il tombe des mouches d'hiver._ Il neige.

MOUCHETTES, s. f. pl. Mouchoir,--dans l'argot des faubouriens, qui s'en
servent pour les _chandelles_.

MOUCHETTES (Des)! Exclamation de refus, de la même famille que _Des
navets!_Du flan!_ etc.

MOUCHIQUE, adj. Extrêmement _muche_,--dans l'argot de Breda-Street.

MOUCHIQUE, adj. Laid, mauvais,--dans l'argot des voleurs, qui, pour
forger ce mot, n'ont pas dû songer aux _moujiks_ russes de 1815, comme
l'insinue Francisque Michel, mais ont eu certainement en vue leurs
ennemis naturels, les _mouchards_.

_Être mouchique à la section._ Être mal noté chez le commissaire de
police de son quartier.

MOUCHOIR, s. m. Aniterge,--dans l'argot des bourgeois.

MOUCHOIR, s. m. La main,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
l'habitude de s'en servir pour _moucher_ les autres et se moucher
eux-mêmes.

Ils s'en servent aussi comme Aniterge.

MOUCHOIR D'ADAM, s. m. Les doigts.

MOUCHOIR DE POCHE, s. m. Pistolet de poche, avec lequel on peut _moucher_
les importuns de nuit à quinze pas. Argot des faubouriens.

MOUDRE, v. a. et n. Jouer de l'orgue de Barbarie ou de la serinette.

On dit aussi _Moudre un air_.

MOUFFLET, s. m. Enfant, gamin, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui a
dit autrefois _moufflard_, dérivé du verbe _mouffler_ (enfler le visage),
inusité aujourd'hui.

MOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des voyous.

MOUILLÉ (Être), v. pron. Être signalé comme suspect,--dans l'argot des
agents de police.

MOUILLÉ (Être), Être ivre,--dans l'argot des faubouriens.

MOUILLER (Se), v. réfl. Boire avec excès.

MOUISSE, s. f. Soupe économique, potage à la Rumfort,--dans l'argot des
voleurs et des troupiers.

MOULE A BLAGUES, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.

MOULE A BOUTONS, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voyous.

MOULE A CLAQUES, s. m. Figure impertinente qui provoque et attire des
soufflets,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les soufflets.

MOULE A GAUFRES, s. m. Figure marquée de trous de petite vérole,--par
allusion cruelle aux dessins capricieux des deux plaques de fer qui
servent à faire la pâtisserie légère et croquante qui nous vient des
Flandres et qu'affectionnent les enfants.

MOULE AUX GUILLEMETS, s. m. C'est l'_Huile de cotrets_ des troupiers.

MOULE DE GANT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens.

MOULE DU BONNET, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait Rabelais.

MOULIN, s. m. Maison du recéleur de plomb volé, qu'on appelle le
_meunier_.

MOULIN A CAFÉ, s. m. Orgue de Barbarie, qui semble en effet moudre des
airs. Argot du peuple.

MOULIN A MERDE, s. m. La bouche,--dans l'argot du peuple.
L'expression est horriblement triviale, j'aurais mauvaise grâce à le
dissimuler, mais le peuple est excusé de l'employer par certaine note du
1er volume de _la Régence_, d'Alexandre Dumas.

MOULIN A VENT, s. m. Le _podex_,--dans l'argot facétieux et scatologique
des faubouriens.

MOULINAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot des voleurs.

MOULINER, v. n. Bavarder.

MOULOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des voleurs.

MOUNIN, s. m. Petit garçon, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSCAILLE, s. f. Le résultat de la digestion,--dans l'argot des voleurs.

MOUSCAILLER, v. a. _Alvum deponere._

MOUSQUETAIRE GRIS, s. m. Pou,--dans l'argot du peuple, qui aime les
facéties.

MOUSSANTE, s. f. Bière de mars,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSSE, s. m. Apprenti commis,--dans l'argot des _calicots_.

MOUSSE, s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique,--dans
l'argot des marbriers de cimetière.

MOUSSELINE, s. f. Fers dont on charge un prisonnier,--dans l'argot des
marbriers de cimetière.

MOUSSELINE, s. f. Pain blanc, léger, agréable au toucher comme au
goût,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSSER, v. n. _Alvum deponere._

MOUSSER, v. n. S'emporter, être en _rage_, de dépit ou de colère,--dans
l'argot des faubouriens.

MOUSSER, v. n. Avoir du succès,--dans l'argot des gens de lettres et des
comédiens.

_Faire mousser._ Préparer le succès d'un auteur ou d'une pièce par des
éloges exagérés et souvent répétés.

MOUSSER (Se faire). Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses
qualités. Argot du peuple.

MOUSSERIE, s. f. _Water-closets_,--dans l'argot des voyous.

MOUSSEUX, adj. Redondant, hyperbolique,--dans l'argot des gens de lettres
et des comédiens.

MOUSSU, s. m. Le sein de la femme, d'où sort le lait,--dans l'argot des
voleurs.

MOUSSUE, s. f. Châtaigne,--dans le même argot.

MOUSTACHU, s. et adj. Homme à moustaches,--dans l'argot des bourgeois.

MOUTARD, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui,
n'en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder
la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.

MOUTARDE, s. f. Le _stercus_ humain.

MOUTARDIER, s. m. Le _podex_.

On disait autrefois _Baril à la moutarde_, et _Réservoir à moutarde_.

MOUTARDIER, s. m. _Goldfinder_.

On dit aussi _Parfumeur_.

MOUTARDIER DU PAPE, s. m. Homme qui s'en fait accroire, imbécile
vaniteux. On dit qu'_il se croit le premier moutardier du pape_.

MOUTON, s. m. Matelas,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à
cause de la laine dont il se compose ordinairement.

_Mettre son mouton au clou._ Porter son matelas au Mont-de-Piété.

MOUTON, s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa
peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.

MOUTONNAILLE, s. f. La foule,--dans l'argot du peuple, qui sait par
expérience personnelle quelle est la contagion de l'exemple.

MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder et dénoncer.

MOUVER (Se), v. réfl. Se remuer,--dans l'argot du peuple.

MOYEN-AGISTE, s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du
moyen âge.

Le mot est de H. de Balzac.

MOYENS, s. m. pl. Richesse,--dans l'argot des bourgeois.

_Avoir des moyens._ Être à son aise.

Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.

MUCHE, s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé,--dans l'argot des
petites dames qui le trouvent trop collant.

MUCHE, adj. Excellent, délicieux, parfait,--dans l'argot des faubouriens,
qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos
d'une soupe à l'oignon.

MUETTE, s. f. La conscience,--dans l'argot des voleurs, qui ont arraché
la langue à la leur.

_Avoir une puce à la muette._ Avoir un remords; entendre--par hasard!--le
cri de sa conscience.

MUETTE, s. f. Exercice muet, c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas
résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des
Saint-Cyriens.

_Donner une muette._ Faire un exercice.

MUFFLE, s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu'humain,--dans
l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents
ans.

Il trouve plus euphonique de prononcer _Muffe_.

MUFFLE, s. et adj. Imbécile, goujat, brutal.

M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s'en va
jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et
il en rapporte _muf_ et _mouf_,--afin qu'on puisse choisir. Je choisis
_muffle_, tout naturellement, autorisé que j'y suis par un trope connu de
tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à
l'individu tout entier le nom donné à une partie de l'individu.

MUFFLE, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas la
blouse.

MUFFLERIE, s. f. Sottise, niaiserie; brutalité.

On dit aussi _Muffletonnerie_.

MUFFLETON, s. m. Petit muffle, jeune imbécile.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononce _Muffeton_.

MULET, s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page,--dans l'argot des
typographes.

MURETTE, s. f. La giroflée des _murailles_,--dans l'argot des paysans des
environs de Paris.

MURGÉRISME, s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde;
affectation de sensibilité; exagération du style et de la manière d'Henry
Murger,--dont les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.

MURGÉRISTE, s. et adj. Qui appartient à l'école de Murger, qui en a les
défauts sans en avoir les qualités.

MURON, s. m. Sel,--dans l'argot des voleurs.

MURONNER, v. a. Saler.

MURONNIER, s. m. Saunier.

MURONNIÈRE, s. f. Salière.

MUSARD, s. et adj. Flâneur, gobe-mouche,--dans l'argot du peuple.

Nous avons, en vieux langage, _Musardie_ pour Sottise.

MUSARDER, v. n. Flâner.

On dit aussi _Muser_.

MUSARDINE, s. f. Habituée des Concerts-Musard,--où n'allait pas
précisément la fine fleur de l'aristocratie féminine.

Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.

MUSCADIN, s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique,--dans l'argot du
peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.

MUSEAU, s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la
loupe,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.

MUSELÉ, s. m. Imbécile, homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,--dans
l'argot du peuple.

MUSETTE, s. f. Gibecière en toile à l'usage des troupiers et des
ouvriers.

MUSETTE, s. f. Sac à avoine,--dans l'argot des charretiers, qui le
pendent au _museau_ de leurs chevaux.

Ils disent aussi _Pochet_.

MUSETTE, s. f. Voix.

_Couper la musette à quelqu'un._ Le forcer à se taire.

MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,--dans l'argot des voleurs.

MUSICIENS, s. m. pl. Les haricots, qui provoquent le _crepitus
ventris_,--dans l'argot du peuple.

MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au fond de l'auge,--dans l'argot des maçons.

Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.

MUSIQUE, s. f. Lots d'objets achetés à l'Hôtel des Ventes,--dans l'argot
des Rémonencqs.

MUSIQUE, s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot
des tailleurs.

MUSIQUER, v. n. Faire de la musique d'amateur,--dans l'argot du peuple.

MUSSER, v. n. Sentir, flairer.

MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.


N

NA! Exclamation boudeuse de l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu
de _Là!_

NABAB, s. m. Homme immensément riche,--qu'il soit ou non gouverneur dans
l'Inde. Argot des bourgeois.

NABOT, s. et adj. Homme de petite taille, _nain_,--dans l'argot du
peuple.

On ait aussi _Nabotin_.

_Nabote._ Naine.

Je n'ai jamais entendu dire _Nabotine_.

NAGEOIR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.

NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,--dans l'argot des faubouriens.

NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,--dans l'argot des voyous qui voient des
poissons partout.

Les voyous anglais ont la même expression: _Fin_.

NANAN, s. m. Friandise, gâteau,--dans l'argot des enfants, qui disent
cela de tout ce qui excite leur convoitise.

NANAN, s. m. Chose exquise, curieuse, rare,--dans l'argot des grandes
personnes.

_C'est du nanan!_ C'est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une
anecdote scandaleuse, ou n'importe quoi alléchant.

NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux, bavardage insipide.

_Faire des narrés._ Faire des cancans.

NASE, s. m. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas
qu'ils parlent latin comme Ovide-_Nason_, et français comme Brantôme.

NASER, v. a. et n. _Avoir quelqu'un dans le nez._

NATURE (Être). Être vrai comme la nature,--dans l'argot du peuple, qui
dit cela à propos des gens et des choses.

NATURE (Faire), v. n. Peindre avec exactitude,--dans l'argot des
artistes, qui savent que l'Art consiste précisément à ne pas faire
nature.

NAUTONIER, s. m. Pilote,--dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussi _Nocher_.

NAVARIN, s. m. Navet,--dans l'argot des voleurs.

NAVARIN, s. m. Ragoût de mouton, de pommes de terre et de navets,--dans
l'argot des restaurants du boulevard. C'est un nom nouveau donné à un
mets connu depuis longtemps.

NAVET, s. m. Flatuosité sonore,--dans l'argot du peuple, qui l'attribue
ordinairement au _Brassica napus_, quoiqu'elle ait souvent une autre
cause.

NAVETS, s. m. pl. Jambes ou bras trop ronds, sans musculature
apparente,--dans l'argot des artistes.

NAVETS (Des)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
toutes les fois qu'ils ont à dire catégoriquement non.

NAYER, v. a. Noyer,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait
Rabelais: «Zalas! mes amis, mes frères, je naye!» s'écrie le couard
Panurge durant la tempête.

NAZARETH, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Nazicot_.

NÈFLES (Des)! Non,--dans l'argot des faubouriens.

On dit plus élégamment: _Ah! des nèfles!_

NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois, homme à son aise,--dans l'argot des matelots,
qui ne connaissent pas de position sociale plus enviable.

NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des
faubouriens.

NÈGRE BLANC, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot des voleurs;
ouvrier,--dans l'argot du peuple.

NÉGRESSE, s. f. Toile cirée,--dans l'argot des voyous.

NÉGRESSE, s. f. Litre ou bouteille de vin,--dans l'argot des faubouriens.

_Étouffer_ ou _Éventrer une négresse_. Boire une bouteille.

On dit aussi _Éternuer sur une négresse_.

NÉGRESSE, s. f. Punaise.

NÉGRIOT, s. m. Coffret, d'ébène ou d'autre bois.

On dit aussi _Moricaud_.

NÉNETS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des grisettes.

Quelques-uns écrivent _nénais_; mais ce mot n'est pas plus français que
l'autre.

NÉNETS D'HOMME, s. m. pl. Les biceps,--dans l'argot des filles.

NEPS, s. m. pl. Nom d'une certaine catégorie de voleurs israélites qui,
dit Vidocq, savent vendre très cher une croix d'ordre, garnie de
pierreries fausses.

NET COMME TORCHETTE, adj. Se dit,--dans l'argot du peuple,--des choses ou
des gens excessivement propres.

NETTOYER, v. a. Voler; ruiner, gagner au jeu; dépenser; battre, et même
tuer,--dans l'argot des faubouriens.

_Se faire nettoyer._ Perdre au jeu; se laisser voler, battre ou tuer.

NETTOYER UN PLAT, v. a. Manger ce qu'il contient,--dans l'argot du
peuple.

On dit aussi _Torcher un plat_.

NEZ, s. m. Mauvaise humeur.

_Faire son nez._ Avoir l'air raide, ennuyé, mécontent.

NEZ (Avoir dans le), v. a. Détester une chose ou quelqu'un.

C'est le _Ne pouvoir sentir_ de l'argot des bourgeois.

NEZ, s. m. Finesse, habileté, adresse.

_Avoir du nez._ Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes
occasions.

_Manquer de nez._ N'être pas habile en affaires.

NEZ (Ce n'est pas pour ton)! Ce n'est pas pour toi.

On dit aussi: _Ce n'est pas pour ton fichu nez_!

On trouve cette expression dans Mathurin Régnier (_Satyre XIII_):

    «Ils croyent qu'on leur doit pour rien la courtoisie,
    Mais c'est pour leur beau nez.»

dit la vieille courtisane à une plus jeune qu'elle veut mettre en garde
contre les faiblesses de son cœur.

NEZ CREUX (Avoir le), v. a. Avoir le pressentiment d'une chose, d'un
événement; flairer une bonne occasion, une bonne affaire.

Signifie aussi Arriver quelque part juste à l'heure du dîner.

On dit aussi _Avoir bon nez_.

NEZ DANS LEQUEL IL PLEUT, s. m. Nez trop retroussé, dont les narines, au
lieu d'être percées horizontalement, l'ont été perpendiculairement.

C'est le _Nez en as de treuffle_ de Rabelais.

NEZ-DE-CHIEN, s. m. Mélange de bière et d'eau-de-vie,--dans l'argot des
faubouriens.

_Avoir le nez de chien._ Être gris,--parce qu'on ne boit pas impunément
ce mélange.

NEZ QUI A COUTÉ CHER, s. m. Nez d'ivrogne, érubescent, plein de
bubelettes, qui n'a pu arriver à cet état qu'après de longues années d'un
culte assidu à Bacchus.

On dit aussi _Nez qui a coûté cher à mettre en couleur_.

NEZ TOURNÉ A LA FRIANDISE, s. m. Nez retroussé, révélateur d'une
complexion amoureuse,--dans l'argot des bourgeois qui préfèrent Roxelane
à la Vénus de Médicis.

NIAIS, s. m. Voleur qui a des scrupules; prisonnier qui a des remords de
sa faute ou de son crime.

NIB ou NIBERGUE, adv. Rien, zéro,--dans l'argot des voleurs.

_Nib de braise!_ Pas d'argent.

NICHÉE, s. f. Réunion d'enfants de la même famille,--dans l'argot du
peuple.

NICHER, v. n. Demeurer, habiter quelque part.

_Se nicher._ Se placer.

NICHET, s. m. OEuf de plâtre qu'on met dans un _nid_ pour que les poules
y viennent pondre.

NICHONNETTE, s. f. Drôlesse à la mode, coiffée _à la chien_. Argot de
gens de lettres.

NICHONS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des enfants.

NICODÈME, s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.

NICOLAS-J'-T'EMBROUILLE! Exclamation de défi,--dans l'argot des écoliers.

NID A PUNAISES, s. m. Chambre d'hôtel garni,--dans l'argot du peuple.

NID D'HIRONDELLE, s. m. Chapeau d'homme, rond et à bords imperceptibles,
tel enfin que les élégants le portent aujourd'hui, ou l'ont porté hier.

NIÈRE, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot des voleurs._Bon nière._
Bon vivant, bon enfant.

_Mon nière bobèchon._ Moi.

NIGAUDINOS, s. m. Imbécile, _nigaud_,--dans l'argot du peuple, qui se
souvient du _Pied de Mouton_ de Martainville.

NIGUEDOUILLE, s. m. Imbécile, _nigaud_,--dans l'argot des faubouriens.

C'est une des formes du vieux mot français _niau_,--le _nidasius_ de la
basse latinité,--dont nous avons fait _niais_. _Gniolle_--qu'on devrait
écrire _niolle_, mais que j'ai écrit comme on le prononce a la même
racine.

N, I, NI, C'EST FINI! Formule qu'on emploie--dans l'argot des grisettes
et du peuple--pour faire mieux comprendre l'irrévocabilité d'une rupture,
l'irrémédiabilité d'un dénouement, en amour, en amitié ou en affaires.

NINI. Diminutif caressant d'_Eugénie_.

On dit aussi _Niniche_.

NIOLE, s. m. Chapeau d'occasion,--dans l'argot des marchandes du Temple.

NIOLEUR, s. m. Chapelier.

NIORTE, s. f. Viande,--dans l'argot des voleurs.

NIQUE DE MÈCHE (Être). Sans aucune complicité,--dans le même argot.

NISCO! interj. Rien, zéro, néant,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Nix_,--pour parodier le _Nicht_ des Allemands.

_Nisco braisicoto!_ Pas d'argent.

NISETTE, s. f. Olive,--dans l'argot des voleurs.

NISETTIER, s. m. Olivier.

NIVET, s. m. Chanvre.--dans le même argot.

NIVETTE, s. f. Chenevière.

NI VU NI CONNU, J' T'EMBROUILLE! Exclamation de l'argot du peuple, qui
signifie: Cherchez, il n'y a plus rien.

NOBLE ÉTRANGÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des
gens de lettres, qui ont lu _la Vie de Bohème_.

NOC, s. et adj. Imbécile parfait.

NOCE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot du peuple.

_Faire la noce._ S'amuser, dépenser son argent avec des camarades ou avec
des drôlesses.

_N'être pas à la noce._ Être dans une position critique; s'ennuyer.

NOCE DE BATONS DE CHAISES, s. f. Débauche plantureuse de cabaret,--dans
l'argot des faubouriens, qui, une fois en train de s'amuser, cassent
volontiers les tables et les bancs du «bazar».

NOCER, v. n. S'amuser plus ou moins crapuleusement.

NOCEUR, s. et adj. Ouvrier qui se dérange; homme qui se débauche avec les
femmes.

NOCEUSE, s. f. Drôlesse de n'importe quel quartier, qui fuit toutes les
occasions de travail et recherche tous les prétextes à plaisir.

NOCTAMBULE, s. et adj. Bohème, qui va des cafés qui ferment à minuit et
demi dans ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits
où l'on soupe.

NOCTAMBULER, v. n. Se promener la nuit, dans les rues, en causant d'amour
et d'art avec quelques compagnons.

NOEUD D'ÉPÉE, s. m. Couennes de lard rassemblées en un petit
paquet,--dans l'argot des charcutiers.

NOIR, s. f. Café noir,--dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi _Nègre_ pour un gloria, et _Négresse_ pour une
demi-tasse.

NOMBRIL, s. m. Midi, le centre du jour,--dans l'argot des voleurs, qui
emploient, sans s'en douter, une expression familière aux Latins: _Ad
umbilicum jam dies est_.(Il est déjà midi), écrivait Plaute il y a plus
de deux mille ans.

NOM D'UN! Juron innocent ou semblant de juron de la même famille que:
_Nom de d'là_! _Nom de çà_! _Nom de deux_! _Nom d'un nom_! _Nom d'une
pipe_! _Nom d'un chien_! _Nom d'un petit bonhomme_! _Nom d'un tonnerre_!

NONNE, s. f. Encombrement volontaire,--dans l'argot des voleurs.

_Faire nonne._ Simuler à huit ou _neuf_ un petit rassemblement afin
d'arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs
poches.

NONNEUR, s. m. Compère du _tireur_ (V. ce mot); variété de voleur.

_Manger sur ses nonneurs._ Dénoncer ses complices.

NORDISTE, s. et adj. Partisan du gouvernement fédéral américain, et, en
même temps, de l'abolition de l'esclavage et de la liberté humaine, sans
distinction de couleur d'épiderme.

Cette expression, qui date de la guerre de sécession aux Etats-Unis est
désormais dans la circulation générale.

NOS VOISINS. Les Anglais,--dans l'argot des journalistes et des
bourgeois.

NOS VOISINS VIENNENT. Se dit, dans l'argot des bourgeoises,--lorsque
leurs _menses_ font leur apparition.

NOTAIRE, s. m. Comptoir du marchand de vin,--dans l'argot des
faubouriens, qui y font beaucoup de transactions, honnêtes ou
malhonnêtes, et un certain nombre de mariages à la détrempe.

NOUNOU, s. f. Nourrice,--dans l'argot des enfants et des mamans.

NOURRICE, s. f. Femme que la nature a _avantagée_,--dans l'argot du
peuple.

NOURRIR LE POUPARD, v. a. Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire,
avant de l'exécuter.

Quelques grammairiens du bagne prétendent qu'il faut dire: _Nourrir le
poupon_.

NOURRIR UN QUINE A LA LOTERIE. Se bercer de chimères, vivre d'illusions
folles. Argot des bourgeois.

NOURRISSEUR, s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses
complices.

NOURRISSEUR, s. m. Restaurateur, cabaretier,--dans l'argot des bohèmes.

NOURRISSON DES MUSES, s. m. Poète,--dans l'argot des académiciens, qui
ont été allaités par des Naïades.

NOUSAILLES, pr. pers. Nous,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Nosigues_.

NOUVEAU, s. m. Elève récemment arrivé au collège,--dans l'argot des
collégiens; soldat récemment arrivé au régiment,--dans l'argot des
troupiers; ouvrier récemment embauché,--dans l'argot du peuple;
prisonnier récemment écroué,--dans l'argot des voleurs.

NOUVEAUTÉ, s. f. Livre qui vient de paraître,--dans l'argot des
libraires, qui souvent rééditent sous cette rubrique de vieux romans et
de vieilles histoires.

NOUVELLE A LA MAIN, s. f. Phrase plus ou moins spirituelle, où il doit
toujours y avoir un _mot_, et que le public blasé lit de préférence à
n'importe quel bon article,--parce que cela se retient facilement comme
les centons et peut se citer dans la conversation.

NOYAUX, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

L'expression est plus que centenaire, comme le prouvent ces deux vers de
Vadé:

    «L'sacré violon qu'avait joué faux
    Voulut me d'mander des noyaux.»

NUMÉRO (Être d'un bon). Être grotesque, ou ennuyeux,--dans l'argot des
artistes.

NUMÉRO CENT, s. m. Water-closet,--dans l'argot des bourgeois, qui ont la
plaisanterie odorante.

NUMÉROTE TES OS! C'est la phrase par laquelle les faubouriens commencent
une rixe. Ils ajoutent: _Je vais te démolir_!

NUMÉRO UN, adj. Très bien, très beau, très grand,--dans l'argot du
peuple.

NYMPHE, s. f. Fille de prostibulum,--dans l'argot des bourgeois.

NYMPHE DE GUINÉE, s. f. Négresse,--dans l'argot des faubouriens.

NYMPHE POTAGÈRE, s. f. Cuisinière.


O

OBÉLISQUAL, adj. Écrasant d'étonnement, «ruisselant d'inouïsme»,--dans
l'argot des romantiques, amis des superlatifs étranges.

OBJET, s. m. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.

OCCASE, s. f. Apocope d'_Occasion_,--dans l'argot des faubouriens.

OCCASION, s. f. Chandelier,--dans l'argot des voleurs.

OCCASION (D'). De peu de valeur, d'un prix très réduit,--dans l'argot du
peuple qui dit cela à propos des choses.

OCRÉAS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des Saint-Cyriens, qui se
souviennent de leur Virgile et de leur Horace. _Ocreatus in nive dormis_,
a dit ce dernier, qui n'était pas fait pour dormir tout _botté_ sous la
neige, comme un soldat, car on sait qu'à la bataille de Philippes il prit
la fuite en jetant son bouclier aux orties.

OEIL, s. m. Crédit,--dans l'argot des bohèmes.

_Avoir l'œil quelque part._ Y trouver à boire et à manger sans bourse
délier.

_Faire_ ou _ouvrir un œil à quelqu'un_. Lui faire crédit.

_Crever un œil._ Se voir refuser la continuation d'un crédit.

_Fermer l'œil._ Cesser de donner à crédit.

Quoique M. Charles Nisard s'en aille chercher jusqu'au 1er siècle de
notre ère un mot grec «forgé par saint Paul» (chap. VII de l'Épître aux
Éphésiens, et chap. III de l'Épître aux Colossiens), j'oserai croire que
l'expression _A l'œil_--que ne rend pas du tout d'ailleurs l'[grec:
ophthalmodouleia] de l'Apôtre des Gentils--est tout à fait moderne. Elle
peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme
actuelle, il n'y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par
_faire de l'œil_ aux dames de comptoir, qui ont fini par leur _faire
l'œil_: une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

OEIL, s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d'être d'une
robe, d'un tableau, d'un paysage, etc.

On dit: _Cette chose a de l'œil._

OEIL, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des faubouriens facétieux.

_Crever l'œil à quelqu'un._ Lui donner un coup de pied au derrière.

OEIL (Avoir l'). Faire bonne garde autour d'une personne ou d'une chose.

On dit aussi _Ouvrir l'œil_.

OEIL (Faire de l'). Donner à penser des choses fort agréables aux
hommes,--dans l'argot des petites dames; regarder langoureusement ou
libertinement les femmes, dans l'argot des gandins.

OEIL AMÉRICAIN (Avoir l'). Voir très clair là où les autres voient
trouble,--dans l'argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion
aux romans de Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui
aurait vu l'herbe pousser.

OEIL BORDÉ D'ANCHOIS, s. m. Aux paupières rouges et décillées,--dans
l'argot des faubouriens.

OEIL DE BOEUF, s. m. Pièce de cinq francs.

OEIL DE VERRE, s. m. Lorgnon.

OEIL EN COULISSE, s. m. Regard tendre et provocateur,--ce que Sénèque
appelle en son langage sévère _oculorum fluxus_.

_Faire les yeux en coulisse._ Regarder amoureusement quelqu'un.

OEIL EN TIRELIRE, s. m. Regard chargé d'amour, provocateur, à demi clos.

OEIL MARÉCAGEUX, s. m. Regard langoureux, voluptueux,--dans l'argot des
petites dames.

OFFICIER, s. m. Garçon d'office,--dans l'argot des limonadiers.

OFFICIER DE LOGE, s. m. Frère chargé d'un office,--dans l'argot des
francs-maçons.

OFFICIER DE TOPO, s. m. Homme qui triche au jeu de la bassette,--dans
l'argot des joueurs.

On dit aussi _Officier de tango_.

OGNON, s, m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe,--dans
l'argot du peuple, ami des mots-images.

On remarquera que, contrairement à l'orthographe officielle, j'ai écrit
_ognon_ et non _oignon_. Pour deux raisons: la première, parce que le
peuple prononce ainsi; la seconde, parce qu'il a raison, _oignon_ venant
du latin _unio_. J'ai même souvent entendu prononcer _union_.

OGNON (Il y a de l'), On va se fâcher, on est sur le point de se battre,
par conséquent de _pleurer_. Argot des faubouriens.

OGNONS (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
comme superlatif de bien, de bon et de beau.

On dit aussi _Aux petites ognons!_ et même _Aux petites oignes!_

Cette expression et celle-ci: _Aux petits oiseaux!_ sont les descendantes
de cette autre: _Aux pommes!_ qu'explique à merveille une historiette de
Tallemant des Réaux.

OGRE, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi: Usurier, Escompteur.

OGRE, s. m. Marchand de chiffons,--dans l'argot des chiffonniers.

OGRESSE, s. f. Maîtresse de tapis-franc, de maison _borgne_,--dans
l'argot des voleurs, qui ont sans doute voulu faire allusion à
l'effroyable quantité de chair fraîche qui se consomme là dedans.

OGRESSE, s. f. Marchande à la toilette, proxénète,--dans l'argot des
filles, ses victimes.

OH! LA! LA! Exclamation ironique et méprisante de l'argot des
faubouriens, qui la mettent à toutes sauces.

OIE DU FRÈRE PHILIPPE, s. f. Jeune fille ou jeune femme,--dans l'argot
des gens de lettres, qui ont lu les _Contes_ de la Fontaine.

L'expression tend à s'introduire dans la circulation générale: à ce
titre, j'ai dû lui donner place ici. Pourquoi le peuple, qui a à sa
disposition, à propos de la «plus belle moitié du genre humain», tant
d'expressions brutales et cyniques, n'emploierait-il pas cette galante
périphrase? Le peuple anglais dit bien depuis longtemps, à propos des
demoiselles de petite vertu, les _Oies de l'évêque de Winchester_ (_The
bishop of Winchester's geese_).

OISEAU, s. m. Auge à plâtre.--dans l'argot des maçons.

OISEAU, s. m. Original; homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple,
qui n'emploie presque toujours ce mot que dans un sens péjoratif ou
ironique. Ainsi il dira, à propos d'un homme qu'on lui vante et qu'il
n'aime pas: «Oui, un bel oiseau!» Ou, à propos d'un homme taré ou
suspect: «Quel triste oiseau!» Ou, à propos d'un homme laid ou ennuyeux:
«Le vilain oiseau!» Ou, à propos d'un homme excentrique: «Drôle
d'oiseau!»

Les Anglais disent de même: _Queer bird_.

OISEAUX (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
comme le superlatif de bien, de beau, de bon. Une femme est aux _oiseaux_
quand elle réunit la sagesse à la beauté. Un mobilier est _aux oiseaux_
quand il réunit l'élégance et la solidité au bon marché, etc., etc.

On dit aussi _Aux petits oiseaux!_

OISEAU DE CAGE, s. m. Prisonnier.

Les ouvriers anglais disent: _Jail bird_ (oiseau de prison).

OLIM, s. m. Suranné, académicien,--dans l'argot des romantiques, qui
cherchaient et trouvaient les injures les plus corsées pour en contaminer
la gloire de leurs adversaires naturels, les classiques.

Celle-ci appartient à T. Gautier, qui, heureusement pour lui et pour
nous, a fait _Émaux et Camées_.

OLIVET, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.

OLIVIER DE SAVETIER, s. m. Navet,--dans l'argot des faubouriens, qui font
sans doute allusion à l'huile qu'on extrait de la _navette_, un _Brassica
napus_ aussi, mais _oleifera_.

OLLA PODRIDA, s. f. Représentation à bénéfice, où l'on fait entrer de
tout, du chant et de la danse, du drame et du vaudeville, de
l'opéra-comique et de la tragédie. _Pot-pourri._ Argot des coulisses.

OMBRE (A l'). En prison,--dans l'argot du peuple.

S'emploie aussi quelquefois dans un sens plus sinistre, celui de: Au
cimetière, et, dans ce cas, _mettre quelqu'un à l'ombre_, c'est le tuer.

OMBRES CHINOISES, s. f. pl. Revue de l'année, jouée à la façon de
Séraphin, par les élèves de l'Ecole polytechnique, le jeudi qui précède
Noël, et dans laquelle on n'épargne pas plus le sel aux professeurs, et
même au général commandant l'Ecole, qu'Aristophane ne l'épargnait à
Socrate dans ses _Nuées_.

OMELETTE, s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens
dessus dessous le lit d'un camarade endormi.

_Omelette du sac._ Autre plaisanterie de même farine qui consiste à
mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac,--ce qui est
une façon comme l'autre de casser les œufs et de les brouiller.

OMNIBUS, s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d'un marchand
de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des
arlequins.

OMNIBUS, s. m. Verre de vin de la contenance d'un demi-setier, la mesure
ordinaire de tout buveur.

OMNIBUS, s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête,--dans
l'argot des garçons de café.

OMNIBUS, s. m. Femme banale,--dans l'argot du peuple, pour qui cette Dona
_Sol_ au ruisseau _lucet omnibus_.

OMNIBUS DE CONI, s. m. Corbillard,--dans l'argot des voleurs.

ONCLE, s. m. Guichetier,--dans le même argot.

ONCLE, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille, qui ont voulu
marier leur _tante_ à quelqu'un.

ONGLE CROCHE, s. m. Avare et même voleur,--dans l'argot du peuple, qui
suppose avec raison que ce qui est bon à garder pour l'un est bon à
prendre pour l'autre.

_Avoir les ongles croches._ Avoir des dispositions pour la tromperie--et
même pour la filouterie.

ONGLES EN DEUIL, s. m. pl. Ongles noirs, malpropres.

ONGUENT, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs, qui savent que l'on
guérit tout, ou presque tout, avec cela.

ON PAVE! Phrase de l'argot des bohèmes, signifiant: «Il ne faut pas
passer dans cette rue, dans ce quartier, à cause des créanciers qu'on
pourrait y rencontrer.»

OPINEUR HÉSITANT, s. m. Juré,--dans l'argot des voyous, piliers de Cour
d'assises.

ORANGE A COCHONS, s. f. Pomme de terre,--dans l'argot des voleurs, qui
apprennent ainsi aux gens honnêtes et ignorants qu'avant Parmentier le
savoureux tubercule dont nous sommes si friands aujourd'hui, pauvres et
riches, était abandonné comme nourriture aux descendants du compagnon de
saint Antoine.

Le peuple dit _Orange de Limousin_.

ORANGER, s. m. La gorge,--dans l'argot de Breda-Street.

M. Prudhomme, dans un accès de galanterie, s'étant oublié jusqu'à
comparer le buste d'une belle femme au classique «jardin des Hespérides»,
et les fruits du jardin des Hespérides étant des pommes d'or,
c'est-à-dire des oranges, on devait forcément en arriver à prendre toute
poitrine féminine pour un oranger.

ORANGER DE SAVETIER, s. m. Le basilic,--dans l'argot des faubouriens, qui
connaissent l'odeur exquise de l'_ocymum_, bien faite pour neutraliser
celle des cuirs amoncelés dans les échoppes de cordonnier.

On le dit aussi du réséda.

ORANGES SUR LA CHEMINÉE (Avoir des). Avoir une gorge convenablement
garnie,--dans l'argot de Breda-Street.

ORDINAIRE, s. m. Soupe et bœuf,--dans l'argot des ouvriers.

ORDINAIRES, s. f. pl. Les _menses_ de la femme,--dans l'argot des
bourgeois.

OR-DUR, s. m. Cuivre,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment à
équivoquer. _Ça, de l'or?_ disent-ils; _de l'ordure (or-dur) oui!_

OREILLARD, s. m. Baudet,--dans le même argot.

ORGANEAU, s. m. Anneau de fer placé au milieu de la chaîne qui joint
entre eux les forçats suspects.

ORGUE. Pronom personnel de l'argot des voleurs.

_Mon orgue_, moi.

_Ton orgue_, toi.

_Son orgue_, lui.

_Leur orgue_, eux.

ORGUES, s. f. pl. Affaires,--dans le même argot.

ORIENTALISTE, s. m. Homme parlant le pur argot,--qui est du sanscrit et
du chinois pour les gens qui n'ont appris que les langues occidentales.

ORIGINAL, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne. Argot des
bourgeois.

On dit aussi _Original sans copie_.

ORLÉANS, s. m. Vinaigre.

ORNICHON, s. m. Poulet.

ORNIE, s. f. Poule,--dans l'argot des voleurs, pour qui cette volaille
est l'oiseau par excellence ([grec: ornis]), au propre et au figuré, à
manger et à plumer.

ORNIE DE BALLE, s. f. Dinde,--«à cause de la balle d'avoine dans laquelle
elle est forcée de chercher sa nourriture, le grain étant réservé aux
autres habitants de la basse-cour.»

ORNIÈRE, s. f. Poulailler.

ORNION, s. m. Chapon.

ORPHELIN, s. m. Orfèvre,--dans l'argot des voleurs.

ORPHELIN DE MURAILLE, s. m. Résultat solide de la digestion,--dans
l'argot des faubouriens.

ORPHELINS, s. m. pl. Bande de camarades, ou plutôt de complices,--dans
l'argot des voleurs.

ORPHIE, s. f. Oiseau _chanteur_ (_Orphicus_). Même argot.

OS, s. m. Argent, or, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir l'os._ Être riche.

OSSELETS, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs.

OSTROGOTH, (on prononce _Ostrogo_) s. m. Importun; niais,--dans l'argot
du peuple.

OUATER, v. a. et n. Dessiner ou peindre avec trop de morbidesse et de
flou,--dans l'argot des artistes, qui prétendent qu'en peignant ou en
dessinant ainsi, on ne peut faire que des _bonshommes en coton_.

OUICHE! adv. Oui,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot
ironiquement.

C'est le _ouais_ des paysans.

OUI, EN PLUME! Expression de l'argot des typographes qui équivaut à cette
autre plus claire: «Tu blagues!»

OUI, GARIBALDI! Expression de dénégation méprisante qui a succédé, dans
l'argot du peuple, depuis les événements d'Italie, à cette autre si
connue: _Oui! mon œil!_

On a dit aussi _Oui! les lanciers!_

OURLER LE BEQ, v. a. Terminer sa besogne,--dans l'argot des graveurs sur
bois.

OURS, s. m. Vaudeville, drame ou comédie qui brille par l'absence
d'intérêt, de style, d'esprit et d'imagination, et qu'un directeur de
théâtre bien avisé ne joue que lorsqu'il ne peut pas faire
autrement,--comme autrefois, aux cirques de Rome on ne faisait combattre
les ours que lorsqu'il n'y avait ni lions, ni tigres, ni éléphants.

On le dit aussi d'un mauvais article ou d'un livre médiocre.

OURS, s. m. Ouvrier imprimeur,--dans l'argot des typographes.

OURS, s. m. La salle de police,--dans l'argot des soldats.

OURSON, s. m. Bonnet de grenadier,--dans l'argot des gardes nationaux.

OUTIL DE BESOIN, s. m. Souteneur de carton,--dans l'argot des filles.

OUTILS, s. m. pl. Ustensiles de table, en général,--dans l'argot des
francs-maçons.

OUTU, adj. Ruiné, perdu, atteint de la maladie mortelle,--dans l'argot
des bourgeois désireux de ménager la chèvre de la décence et le chou de
la vérité.

Il y a longtemps qu'ils parlent ainsi, frisant la gaillardise et
défrisant l'orthographe. On trouve dans les _Contes d'Eutrapel_: «Et
bien, dit-elle, soit! Ce qui est faict est faict, il n'y a point de
remède, qui est outu est outu (quelques docteurs disent qu'elle adjoucta
une F).»

OUVRAGE, s. m. L'engrais humain, à l'état liquide,--dans l'argot des
faubouriens.

_Tomber dans l'ouvrage._ Se laisser choir dans la fosse commune d'une
maison.

OUVRAGE, s. m. Vol,--dans l'argot des prisons.

OUVRIER, s. m. Voleur,--dans le même argot.

OUVRIR SA TABATIÈRE, v. a. _Crepitare_ sournoisement, sans bruit, mais
non sans inconvénient,--dans l'argot du peuple, qui, en parlant de cet
inconvénient, ajoute: _Drôle de prise!_


P

PACANT, s. m. Paysan,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Palot_.

PACHALESQUEMENT, ad. Voluptueusement,--dans l'argot des romantiques.

Cet adverbe oriental appartient à Théophile Dondey, plus inconnu sous le
pseudonyme de Philotée O'Neddy.

PACKET, s. m. Paquebot,--dans l'argot des anglomanes et des créoles.

PACLIN ou PASQUELIN, s. m. Pays natal,--dans l'argot des voleurs.

_Pasquelin du Rabouin._ L'enfer, pays du diable.

PACLINAGE ou PASQUELINAGE, s. m. Voyage.

PACLINER, v. n. Voyager.

PACLINEUR, s. m. Voyageur.

PADOUE, s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les
sacs de bonbons.

PAF, adj. Gris, ivre,--dans l'argot des faubouriens.

PAFFER (Se), v. réfl. Boire avec excès.

PAFS, s. m. pl. Chaussures, neuves ou d'occasion.

PAGE BLANCHE, s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état,--dans
l'argot des typographes.

_Être page blanche en tout._ Ne se mêler jamais des affaires des autres;
être bon camarade et bon ouvrier.

PAGNE, s. m. Provisions que le malade ou le prisonnier reçoit du dehors
et qu'on lui porte ordinairement dans un _panier_. Argot des voleurs.

PAIE (Bonne), s. f. Homme qui fait honneur à sa parole ou à sa
signature,--dans l'argot des bourgeois.

_Mauvaise paie._ Débiteur de mauvaise foi.

Il faut prononcer _paye_, à la vieille mode.

PAÏEN, s. m. Débauché, homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni
diable,--dans l'argot du peuple, qui emploie là une expression des
premiers temps de notre langue.

PAILLASSE, s. f. Corps humain,--dans l'argot des faubouriens.

_Se faire crever la paillasse._ Se faire tuer en duel,--ou à coups de
pied dans le ventre.

On dit aussi _Paillasse aux légumes_.

PAILLASSE, s. f. Femme ou fille de mauvaise vie.

On dit aussi _Paillasse de corps de garde_, et _Paillasse à soldats_.

PAILLASSE, s. m. Homme politique qui change d'opinions aussi souvent que
de chemises, sans que le gouvernement qu'il quitte soit, pour cela, plus
sale que le gouvernement qu'il met.

On dit aussi _Pitre_ et _Saltimbanque_.

PAILLASSON, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus
usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d'une
chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu'a aujourd'hui la
chanson de l'_Assommoir_:

    «Chaque soir sur le boulevard
    Ma petit' femm' fait son trimar,
    Mais si elle s'port' sus l'paillasson,
      J'lui coup' la respiration:
        Je suis poisson!»

PAILLE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.

PAILLE (C'est une)! Ce n'est rien! Argot du peuple.

L'expression est très ironique, et signifie toujours, dans la bouche de
celui qui l'emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.

PAILLE AU CUL (Avoir la). Être réformé, congédié; mis hors de service,
par allusion au bouchon de paille qu'on met aux chevaux à vendre.

PAILLE DE FER, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des troupiers.

Signifie aussi: Fleuret, Epée.

PAILLETÉE, s. f. Drôlesse du boulevard,--dans l'argot des voyous, qui
sont souvent les premiers à fixer dans la langue une mode ou un ridicule.
Pour les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu'en 1866 les
femmes du monde interlope portaient des paillettes d'or partout, sur
leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages, etc. Elle a été
employée pour la première fois en littérature par M. Jules Claretie.

J'ai entendu aussi un voyou s'écrier, en voyant passer dans le faubourg
Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent comment dépenser
l'or qu'elles ne gagnent pas: _Ohé! la Dantzick_.

PAILLOT, s. m. Paillasson à essuyer les pieds,--dans l'argot du peuple.

PAIN, s. m. Coussin de cuir,--dans l'argot des graveurs, qui placent
dessus la pièce à graver, bois ou acier.

PAIN (Et du)! Exclamation ironique de l'argot du peuple, qui la coud à
beaucoup de phrases, quand il veut refuser à des importuns ou se moquer
de gens prétentieux. Ainsi: «As-tu cent sous à me prêter?--Cent sous! Et
du pain?» Ou bien à propos d'un gandin qui passe, stick à la bouche,
pince-nez sur l'œil: «Plus que ça de col! Et du pain?» etc.

PAIN BÉNIT (C'est). Ce n'est que justice, c'est bien fait.

PAIRE DE CYMBALES, s. f. Pièce de dix francs,--dans l'argot facétieux des
faubouriens.

PALABRE, s. m. Discours ennuyeux, prudhommesque,--dans l'argot du peuple,
qui a emprunté ce mot aux marins, qui l'avaient emprunté à la langue
espagnole, où, en effet, _palabra_ signifie _parole_.

PALAIS DU FOUR, s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le
_Figaro_, en l'honneur des victimes malheureuses de la littérature et de
l'art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une
œuvre digne d'admiration, n'ont fait qu'une œuvre digne de risée.

PALE, s. m. As et deux,--dans l'argot des joueurs de dominos.

_Asinet._ As tout seul.

PALETOT, s. m. Cercueil,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

PALETTE, s. f. Guitare,--dans l'argot des musiciens ambulants.

PALICHON, s. m. Double blanc,--dans l'argot des joueurs de dominos.

Ils disent aussi _Blanchinet_.

PALLAS, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot des typographes et des
voleurs.

_Faire pallas._ Faire beaucoup d'embarras à propos de peu de chose.

PALLASSEUR, s. m. Faiseur de discours, bavard.

PALMÉ, s. et adj. Homme bête comme une _oie_,--dans l'argot du peuple.

PALPER, v. a. et n. Toucher de l'argent,--dans l'argot des employés.

PALPITANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.

PALTOQUET, s. m. Drôle, intrus, balourd,--dans l'argot des bourgeois.

PAMEUR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs qui ont remarqué que les
poissons une fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.

PAMURE, s. f. Soufflet violent, à faire pâmer de douleur la personne qui
le reçoit,--dans l'argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de
Paris.

PANACHER, v. a. Mélanger, mêler,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce
verbe au propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.

PANADE, s. et adj. Chose molle, de peu de valeur; femme laide. Argot des
faubouriens.

PANAIS (Être en). Être en chemise, sans aucun pantalon.

PANAMA, s. m. Gandin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela par allusion
à la mode des chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants.

Le mot s'applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.

PANAMA, s. m. Écorce d'arbre exotique qui sert à dégraisser les étoffes.

PANIER A SALADE, s. m. Voiture affectée au service des prisonniers,--dans
l'argot du peuple.

On dit aussi _Souricière_.

PANIER A SALADE, s. m. Petite voiture en osier à l'usage des petites
dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.

PANIER AU PAIN, s. m. L'estomac.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _bread basket_, disent-ils.

PANIER AUX CROTTES, s. m. Le _podex_ et ses environs,--dans l'argot du
peuple.

_Remuer le panier aux crottes._ Danser.

PANIER AUX ORDURES, s. m. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.

PANIER PERCÉ, s. m. Prodigue, dépensier,--dans l'argot des bourgeois.

PANNA, s. m. Chose de peu de valeur, bonne à jeter aux ordures.

PANNE, s. f. Misère, gène momentanée,--dans l'argot des bohèmes et des
ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de
_pain_.

PANNE, s. f. Rôle de deux lignes,--dans l'argot des comédiens qui ont
plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un _pauvre_
rôle.

Se dit aussi d'un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment
valoir le talent d'un acteur ou la beauté d'une actrice.

PANNÉ, s. m. Homme qui n'a pas un sou vaillant,--dans l'argot des filles,
qui n'aiment pas ces garçons-là.

PANNER, v. a. Gagner au jeu,--dans l'argot des faubouriens.

PANOUFLE, s. f. Vieille femme ou vieille chose sans valeur,--dans l'argot
du peuple, qui fait allusion au lambeau de peau qu'on mettait encore, il
y a quelques années, aux sabots pour amortir le contact du bois.

Signifie aussi Perruque.

PANSER DE LA MAIN, v. a. Battre, donner des coups,--dans le même argot.

PANTALONNER UNE PIPE, v. a. La fumer jusqu'à ce qu'elle ait acquis cette
belle couleur bistrée chère aux fumeurs.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que c'est le même verbe que _culotter_, mais
un peu plus décent,--pas beaucoup.

PANTALON ROUGE, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Pantalon garance_.

PANTALONS, s. m. pl. Petits rideaux destinés à dérober au public la vue
des coulisses, qui sans cette précaution s'apercevraient par les portes
ou les fenêtres au fond et nuiraient à l'illusion de la mise en scène.

PANTALZAR, s. m. Pantalon,--dans l'argot des faubouriens.

PANTE, s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et
des voleurs,--volontairement avec les premières, contre son gré avec les
seconds.

_Pante argoté._ Imbécile parfait.

_Pante arnau._ Dupe qui s'aperçoit qu'on la trompe et qui renaude.

_Pante désargoté._ Homme difficile à tromper.

Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent _pantre_.
Francisque Michel, lui, dit _pantre_, et fidèle à ses habitudes, s'en va
chercher un état civil à ce mot jusqu'au fond du moyen âge. Pourquoi
_pante_ ne viendrait-il pas de _pantin_ (homme dont on fait ce qu'on
veut), ou de _Pantin_ (Paris)? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux
sexes de considérer les Parisiens comme leur proie! Si cette double
étymologie ne suffisait pas, j'en ai une autre en réserve: _Ponte_. Le
ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela,
s'expose à _payer souvent_. Pourquoi pas? _Dollar_ vient bien de
_thaler_.

PANTIN, n. de v. Paris,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Pampeluche_ et _Pantruche_. «_Pantin_, dit Gérard de
Nerval, c'est le Paris obscur. _Pantruche_, c'est le Paris canaille.»

_Dans le goût de Pantin._ Très bien, à la dernière mode.

PANTIN, s. m. Homme sans caractère,--dans l'argot du peuple qui sait que
nous sommes cousus de fils à l'aide desquels on nous fait mouvoir contre
notre gré.

PANTINOIS, s. m. Parisien.

PANTOUFLE. Mot que le peuple ajoute ordinairement à _Et cætera_, comme
pour mieux marquer son dédain d'une énumération fastidieuse.

Sert aussi de terme de comparaison péjorative.

_Bête comme ma pantoufle._ Très bête.

_Raisonner comme une pantoufle._ Très mal.

PANTOUFLÉ, s. m. Ouvrier tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
remarqué que ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.

PANTUME, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des voleurs.

Quelques lexicographes de Clairvaux disent _Panturne_.

PAPA, s. m. Père,--dans l'argot des enfants, dont ce mot est le premier
bégaiement.

_Bon-papa._ Grand-père.

PAPA (A la), adv. Avec bonhomie, tranquillement,--dans l'argot du peuple,
qui emploie cette expression avec une nuance d'ironie.

PAPAVOINER, v. a. Assassiner aussi froidement que fit Papavoine des deux
petits enfants dont il paya la vie de sa tête.

L'expression, qui a eu cours il y a une trentaine d'années, a été
employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.

PAPE, s. m. Imbécile,--dans l'argot des faubouriens.

PAPE COLAS, s. m. Homme qui aime à prendre ses aises, à _se
prélasser_,--dans l'argot du peuple.

PAPELARD, s. m. Papier,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu coudre
une désinence de fantaisie au _papel_ espagnol.

PAPIER JOSEPH, s. m. Billet de banque,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Papier de soie_.

PAPIER PUBLIC, s. m. Journal,--dans l'argot des paysans de la banlieue.

PAPILLON, s. m. Blanchisseur,--dans l'argot des voleurs, qui ont
transporté à la profession l'épithète qui conviendrait à l'objet de la
profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans
les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.

PAPILLONNE, s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement
d'amour,--dans l'argot des fouriéristes.

On dit aussi _Alternante_.

PAPILLONNER, v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en
fleur,--dans l'argot du peuple.

Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le
mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d'Ussel, fille de
Vauban: «Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige.» Fourier n'a
inventé ni le nom ni la chose.

PAPILLOTES, s. f. pl. Billets de banque,--dans lesquels les gens aussi
riches que galants enveloppent les dragées qu'ils offrent aux petites
dames.

PAPOTAGE, s. m. Causerie familière; bavardage d'enfants ou d'amoureux.
Argot des gens de lettres.

PAPOTER, v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant
des riens.

PAQUEMON, s. m. Paquet ou ballot,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Paquecin_.

PAQUET, s. m. Compte,--dans l'argot du peuple.

_Avoir son paquet._ Être complètement ivre.

_Recevoir son paquet._ Être congédié par un patron, ou abandonné par un
médecin, ou extrême-onctionné par un prêtre.

_Faire son paquet._ Faire son testament.

_Risquer le baquet._ S'aventurer, oser dire ou faire quelque chose.

PAQUETS, s. m. pl. Médisance, _ragots_.

_Faire des paquets._ Médire et même calomnier.

PARADIS, s. m. Amphithéâtre des quatrièmes,--dans l'argot des coulisses.

PARADIS, s. m. La fosse commune,--dans l'argot ironique des marbriers de
cimetière.

PARADOUZE, s. f. Paradis,--dans l'argot calembourique du peuple, qui dit
cela depuis longtemps, comme en témoignent ces vers extraits du _Roman du
Renart_:

«..... Li sainz Esperiz De la seue ame s'entremete Tant qu'en paradouse
la mete, Deux lieues outre Paradiz, Où nus n'est povre ne maudis.»

PARE-A-LANCE, s. m. Parapluie,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

On dit aussi _En-tous-cas_. Cette dernière expression, dit Vidocq,--et
cela va scandaliser beaucoup de bourgeoises qui l'emploient de confiance,
lui croyant une origine honnête,--cette dernière expression a été trouvée
par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.

PARAPHE, s. m. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se plaît à déposer
son seing sur la joue de ses adversaires.

_Détacher un paraphe._ Donner un soufflet.

PARÉ (Être). Avoir subi la «fatale toilette» et être prêt pour la
guillotine,--dans l'argot des prisons.

Les bouchers emploient la même expression lorsqu'ils viennent de _faire_
un mouton.

PAREIL AU MÊME (Du). La même chose ou le même individu,--dans l'argot des
faubouriens.

PARER LA COQUE, v. a. Echapper par la fuite à un châtiment mérité; parer
habilement aux inconvénients d'une situation, dans l'argot des ouvriers
qui ont servi dans l'infanterie de marine.

PARFAIT AMOUR, s. m. Liqueur de dames,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Crème de cocu_.

PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER. Eau-de-vie d'une qualité au-dessous de
l'inférieure.

PARISIEN, s. m. Homme déluré, inventif, loustic,--dans l'argot des
troupiers.

PARISIEN, s. m. Niais, novice,--dans l'argot des marins.

PARISIEN, s. m. Vieux cheval invendable,--dans l'argot des maquignons.

PARLER BOUTIQUE, v. n. Ne s'entretenir que des choses de l'état qu'on
exerce, de l'emploi qu'on remplit, contrairement aux règles de la
civilité, qui veulent qu'on s'occupe peu de soi quand on cause avec les
autres. Argot du peuple.

PARLER CHRÉTIEN, v. n. Parler nettement, clairement, de façon que
personne ne s'y trompe.

PARLER EN BAS-RELIEF, v. n. A voix basse, entre ses dents. Argot des
artistes.

PARLER LANDSMAN, v. n. Parler la langue allemande,--dans l'argot des
ouvriers.

PARLER PAPIER, v. n. Écrire,--dans l'argot des troupiers.

PARLER ZE-ZE, v. n. Bléser, substituer une consonne faible à une consonne
forte, ou l'_s_ au _g_, ou le _z_ à l'_s_. Argot du peuple.

PARLOIR DES SINGES, s. m. Parloir où les prisonniers sont séparés des
visiteurs par un double grillage. Argot des voleurs.

PARLOTTE, s. f. Lieu où l'on fait des commérages, que ce soit la Chambre
des députés ou le Café Bouvet; tel foyer de théâtre ou telle loge de
danseuse.

Plus spécialement l'endroit où se réunissent les avocats.

PARLOTTER, v. n. Bavarder.

PARLOTTERIE, s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d'idées.

L'expression est d'Honoré de Balzac.

PARLOTTEUR, s. m. Bavard.

PARMESARD, s. m. Pauvre diable à l'habit râpé comme _parmesan_,--dans
l'argot facétieux des faubouriens.

PAROISSIEN, s. m. Individu suspect,--dans l'argot du peuple.

_Drôle de paroissien._ Homme singulier, original, qui ne vit pas comme
tout le monde.

PAROISSIEN DE SAINT PIERRE AUX BOEUFS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du
peuple, qui sait que ce saint est le _patron des grosses bêtes_.

PARON, s. m. Palier de maison, _carré_,--dans l'argot facétieux des
voleurs.

PAROXISTE, s. m. Écrivain qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul
Féval et Ponson du Terrail, recule les limites de l'invraisemblance et de
l'extravagance dans le roman.

Le mot est de Charles Monselet.

PARQUE (La). La Mort,--dans l'argot des académiciens.

PARRAIN, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Témoin.

_Parrain fargueur._ Témoin à charge.

_Parrain d'altéque._ Témoin à décharge.

PARTAGEUSE, s. f. Femme entretenue qui a l'habitude de prendre la moitié
de la fortune des hommes,--quand elle ne la leur prend pas tout entière.
Argot des gens de lettres.

L'expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.

PARTAGEUX, s. m. Républicain,--dans l'argot des paysans de la banlieue.

PARTI (Être). Être gris, parce qu'alors la raison s'en va avec les
bouchons des bouteilles vidées. Argot des bourgeois.

On dit aussi _Être parti pour la gloire_.

PARTICULIER, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers.

PARTICULIER, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot du peuple, qui
prend ordinairement ce mot en mauvaise part.

PARTICULIÈRE, s. f. Maîtresse, _bonne amie_,--dans l'argot des
troupiers.

D'après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon,
c'est-à-dire au XVIIe siècle. «On lit à chaque instant dans
l'_Astrée_: _Particulariser une dame_, _en faire sa particulière dame_,
pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été
transmises par le _Secrétaire des Amants_ à nos soldats, qui n'ont fait
que les abréger.»

PARTIE, s. f. Aimable débauche de vin ou de femmes.

_Partie carrée._ Partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes.

_Partie fine._ Rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier.

_Être en partie fine._ Être avec une dame n'importe où.

PARTIE, s. f. Pièce montée où chacun paie son rôle,--dans l'argot des
acteurs amateurs. C'est une sorte de pique-nique théâtral.

_Monter une partie._ Monter une pièce destinée à être jouée sur un
théâtre de campagne.

PARTIE DE TRAVERSIN (Faire une). Dormir à deux,--dans l'argot des
faubouriens.

Les Anglais ont une expression analogue: _To read a curtain lecture_
(faire un cours de rideaux), disent-ils.

PARTIES CHARNUES (Les). Les _nates_,--dans l'argot des bourgeois.

PARTIR DU PIED DROIT. Bien commencer une affaire, l'engager gaiement et
résolument. Argot du peuple.

Quand on veut décider quelqu'un on dit: «Allons, partons du pied droit!»
C'est un ressouvenir des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte
se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves
de Trimalcion leur crie: _Dextro pede! Dextro pede!_

PASCAILLER, v. n. Prendre le tour de quelqu'un, lui enlever un avantage,
le supplanter. Argot des voleurs.

PAS DE ÇA, LISETTE! Formule de refus ou de négation,--dans l'argot du
peuple, qui connaît son Béranger.

PAS GRAND'CHOSE, s. m. Fainéant; homme sans moralité et sans courage,
_vaurien_.

PAS GRAND'CHOSE, s. f. Drôlesse, bastringueuse, _vaurienne_.

PAS MÉCHANT, adj. Laid, pauvre, sans la moindre valeur,--dans l'argot des
faubouriens et des filles, qui emploient cette expression à propos des
gens comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n'est pas méchant
est un chapeau ridicule--parce qu'il est passé de mode; un livre qui
n'est pas méchant est un livre ennuyeux,--parce qu'il ne parle pas assez
de Cocottes et de Cocodès, etc.

PASSADE, s. f. Feu de paille amoureux,--dans l'argot des bourgeois.

PASSADE, s. f. Action de passer sur la tête d'un autre nageur en le
faisant plonger ainsi malgré lui. Argot des écoles de natation.

_Donner une passade._ Forcer quelqu'un à plonger en lui passant sur la
tête.

PASSADE, s. f. Jeu de scène qui fait changer de place les acteurs,--dans
l'argot des coulisses.

_Régler une passade._ Indiquer le moment où les personnages doivent se
ranger dans un nouvel ordre,--le numéro un se trouvant à la gauche du
public.

PASSE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des voleurs.

_Être gerbé à la passe._ Être condamné à mort.

PASSE, s. f. Situation bonne ou mauvaise,--dans l'argot du peuple.

PASSE, s. f. «Echange de deux fantaisies», dont l'une intéressée. Argot
des filles.

_Maison de passe._ Prostibulum d'un numéro moins gros que les autres. M.
Béraud en parle à propos de la _fille à parties_: «Si elle se fait
suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d'œil furtif, on
la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste; rien
ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête à la porte d'une maison
ordinairement de belle apparence; là elle attend son monsieur, elle
s'explique ouvertement avec lui, et, s'il entre dans ses vues, il est
introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l'on ne rencontre
ordinairement que la dame de la maison».

_Faire une passe._ Amener un noble inconnu dans cette maison «de belle
apparence».

PASSÉ AU BAIN DE RÉGLISSE (Être). Appartenir à la race nègre,--dans
l'argot des faubouriens.

PASSE-CARREAU, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les coutures des
manches. Argot des tailleurs.

PASSE-CRIC, s. m. Passeport,--dans l'argot des voleurs.

PASSE-LACET, s. m. Fille d'Opéra, ou d'ailleurs,--dans l'argot des
libertins d'autrefois, qui est encore celui des libertins d'aujourd'hui.

PASSE-LANCE, s. m. Bateau,--dans l'argot des voleurs.

PASSEPORT JAUNE, s. m. Papiers d'identité qu'on délivre aux forçats à
leur sortie du bagne.

PASSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des bourgeois.

PASSER AU BLEU, v. a. Supprimer, vendre, effacer; manger son bien. Argot
des faubouriens.

On disait, il y a cinquante ans: _Passer_ ou _Aller au safran_. Nous
changeons de couleurs, mais nous ne changeons pas de mœurs.

PASSER AU DIXIÈME, v. n. Devenir fou,--dans l'argot des officiers
d'artillerie.

PASSER DE BELLE (Se). Ne pas recevoir sa part d'une affaire,--dans
l'argot des voleurs.

PASSER DEVANT LA GLACE, v. n. Payer,--dans l'argot des faubouriens, qui
savent que, même dans leurs cafés populaciers, le comptoir est
ordinairement orné d'une glace devant laquelle on est forcé de stationner
quelques instants.

PASSER DEVANT LA MAIRIE, v. n. Se marier sans l'assistance du maire et du
curé,--dans l'argot du peuple.

PASSER LA JAMBE, v. a. Donner un croc-en-jambe.

PASSER LA JAMBE A THOMAS, v. n. Vider le baquet-latrine de la
chambrée,--dans l'argot des soldats et des prisonniers.

PASSER LA MAIN SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le flatter, lui dire des
choses qu'on sait devoir lui être agréables. Argot du peuple.

On dit aussi _Passer la main sur le ventre_.

PASSER L'ARME A GAUCHE, v. a. Mourir,--dans l'argot des troupiers et du
peuple.

On dit aussi _Défiler la parade_.

PASSER LA RAMPE (Ne point). Se dit--dans l'argot des coulisses--de toute
pièce ou de tout comédien, littéraire l'une, consciencieux l'autre, qui
ne plaisent point au public, qui ne le passionnent pas.

PASSÉ-SINGE, s. m. Roué, _roublard_,--dans l'argot des voleurs.

PASSEUR, s. m. Individu qui _passe_ les examens de bachelier à la place
des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes,--parce
qu'ils en sont incapables.

PAS SI CHER! Exclamation de l'argot des voleurs, pour qui c'est un signal
signifiant: «Parlez plus bas» ou: «Taisez-vous.»

PASSIFLEUR, s. m. Cordonnier,--dans le même argot.

PASSIFS, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

Le mot est expressif: des souliers qui ont longtemps servi ont
naturellement pâti, souffert,--_passifs_, _passivus_, passif.

On dit aussi _Passifles_.

PAS TANT DE BEURRE POUR FAIRE UN QUARTERON! Phrase populaire par laquelle
on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons
nombreuses mais insuffisantes.

Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l'a mise dans la bouche de
Mathieu Gareau, du _Pédant joué_.

PASTIQUER, v. a. Passer,--dans l'argot des voleurs.

_Pastiquer la maltouze._ Faire la contrebande.

PATAFIOLER, v. a. Confondre,--dans l'argot du peuple.

Ce verbe ne s'emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la
troisième personne de l'indicatif:--«Que le bon Dieu vous patafiole!»

PATAGUEULE, s. m. Homme compassé, oui _fait sa tête_ et surtout _sa
gueule_,--dans l'argot des sculpteurs sur bois.

PATAPOUF, s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud.

On dit aussi _Gros Patapouf_ mais c'est un pléonasme inutile.

PATAQUÈS, s. m. Faute de français grossière, liaison dangereuse,--dans
l'argot des bourgeois, qui voudraient bien passer pour des puristes.

PATARASSES, s. f. pl. Tampons que les forçats glissent entre leur anneau
de fer et leur chair, afin d'amortir la pesanteur de la manicle sur les
chevilles et le cou-de-pied.

PATARD, s. m. Pièce de monnaie, gros sou,--dans l'argot des faubouriens,
qui ne se doutent pas qu'ils emploient là une expression du temps de
François Villon:

    «Item à maistre Jehan Cotard
    Auquel doy encore un patard...
    A ceste heure je m'en advise.»

    (_Le Grand-Testament._)

PATAUD, s. et adj. Lourdaud, grossier, niais,--dans l'argot du peuple.

PATAUGER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on fait ni ce qu'on dit.

PATE, s. m. Apocope de _patron_,--dans l'argot des graveurs sur bois.

PATÉ, s. m. Tache d'encre sur le papier,--dans l'argot des écoliers, qui
sont de bien _sales pâtissiers_.

On dit aussi _Barbeau_.

PATÉ, s. m. Mélange des caractères d'une ou plusieurs pages qui ont été
renversées,--dans l'argot des typographes.

_Faire du pâté_, c'est distribuer ou remettre en casse ces lettres
tombées.

PATÉ D'ERMITE, s. m. Noix,--dans l'argot du peuple, qui sait que les
anachorètes passaient leur vie à mourir de faim.

PATÉE, s. f. Nourriture,--dans l'argot des faubouriens.

_Prendre sa pâtée._ Déjeuner ou dîner.

PATÉE, s. f. Correction vigoureuse et même brutale.

_Recevoir une pâtée._ Être battu.

PATE FERME, s. f. Article sans alinéas,--dans l'argot des journalistes.

PATENTE, s. f. Casquette,--dans l'argot des faubouriens, qui ont traduit
à leur façon le _patent_ qui se trouve sur tous les produits anglais,
chapeaux, manteaux, etc.

PATIENCE, s. f. Jeu de cartes,--ou plutôt série de jeux de cartes, car il
y a une trentaine de jeux de patience: _la Loi salique_, _la Blocade_,
_la Nivernaise_, _la Gerbe_, _le Crapaud_, _la Poussette_, _la belle
Lucie_, etc., etc.

PATINER, v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe
d'une femme pour s'assurer que l'étoffe de dessous en est aussi moelleuse
que celle du dessus. Argot du peuple.

PATINEUR, adj. et s. Homme qui aime à patiner les femmes.

PATIRAS, s. m. Souffre-douleur de l'atelier.

Les gens distingués disent _Patito_, comme à Florence.

PATOCHE. s. f. Férule,--dans l'argot des enfants, dont les _mains_ en
conservent longtemps le souvenir.

PATOCHES, s. f. pl. Mains.

PATOUILLER, v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.

PATOUILLER, v. n. Barboter, patauger.

On dit aussi _Patrouiller_. Ce verbe est dans Rabelais.

PATOUILLEUR, s. m. _Peloteur_.

PATRAQUE, s. f. Vieille montre qui marche mal; machine usée, sans valeur.

PATRAQUE, adj. Malade ou d'une santé faible, dans l'argot des bourgeois.

PATRES (Ad), adv. Au diable,--dans l'argot du peuple, qui se soucie peu
de ses «pères.»

_Envoyer ad patres._ Tuer.

_Aller ad patres._ Mourir.

PATRIE, s. f. Commode,--dans l'argot des bohèmes, qui serrent leurs
hardes dans les grands journaux comme _la Patrie_, _le Siècle_, etc.,
leurs seuls meubles souvent.

PATRON-MINETTE (Dès), adv. Dès l'aube,--dans l'argot du peuple.

PATRON-MINETTE, s. f. Association de malfaiteurs, célèbre il y a une
trentaine d'années, à Paris comme la _Camorra_, à Naples.

PATROUILLE (Être en). Courir les cabarets, ne pas rentrer coucher chez
soi. Argot du peuple.

PATROUILLER, v. a. et n. _Peloter_.

PATROUILLER, v. n. Faire patrouille,--dans l'argot des bourgeois,
soldats-citoyens.

PATTE, s. f. Main,--dans l'argot des faubouriens.
Le coup de _patte_, au figuré, est plutôt un coup de langue.

PATTE, s. f. Grande habileté de _main_,--dans l'argot des artistes.

_Avoir de la patte._ Faire des tours de force de dessin et de couleur.

PATTE-D'OIE, s. f. Les trois rides du coin de l'œil, qui trahissent ou
l'âge ou une fatigue précoce. Argot du peuple.

PATTE-D'OIE, s. f. Carrefour,--dans l'argot du peuple et des paysans des
environs de Paris.

PATTE-MOUILLÉE, s. f. Vieux chiffon imprégné d'eau, qui, à l'aide d'un
carreau chaud, sert à enlever les marques du lustre sur le drap.

Expression de l'argot des tailleurs.

PATTES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.

_Fournir des pattes._ S'en aller, s'enfuir.

On dit aussi _Se payer une paire de pattes_, et _Se tirer les pattes_.

PATTES, s. f. pl. Pieds,--dans l'argot des bourgeois.

PATTES (A), adv. Pédestrement.

PATTES DE MOUCHE, s. f. pl. Lettre de femme ou grimoire d'avocat. Argot
du peuple.

PATINER (Se). Se sauver, _Jouer des pattes_,--dans l'argot des
faubouriens.

PATTU, adj. Épais, lourd,--dans l'argot du peuple.

PATURER, v. n. Manger,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Prendre sa pâture_.

PATURONS, s. m. pl. Les pieds,--dans l'argot des faubouriens, qui disent
cela au moins depuis Vadé:

    «A cet ensemble on peut connoître
    L'élégant et le petit-maître
    Du Pont-aux-Choux, des Porcherons,
    Où l'on roule ses paturons.»

_Jouer des paturons._ Se sauver.

PATUROT, s. m. Bonnetier, homme crédule,--dans l'argot des gens de
lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.

PAUME, s. f. Perte, échec quelconque,--dans l'argot des faubouriens.

_Faire une paume._ Faire un pas de clerc.

PAUMER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.

_Paumer la sorbonne._ Devenir fou, perdre la tête.

PAUMER, v. a. Empoigner, prendre--avec la _paume_ de la main.

S'emploie au propre et au figuré.

_Être paumé._ Être arrêté.

_Être paumé marron._ Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou
de meurtre.

PAUVRARD, e, adj. et s. Excessivement pauvre.

PAVÉ, s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l'ours de la
Fontaine.

_Réclame-pavé._ Eloge ridicule à force d'hyperboles, qu'un ami,--ou un
ennemi,--fait insérer à votre adresse dans un journal.

PAVÉ, adj. Insensible,--dans l'argot du peuple.

_Avoir le gosier pavé._ Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus
fortes sans sourciller.

PAVÉ MOSAÏQUE, s. m. Le sol de la salle des réunions,--dans l'argot des
francs-maçons.

PAVILLON, s. et adj. Fou,--dans l'argot des faubouriens.

PAVILLONNER, v. n. Avoir des idées flottantes; déraisonner.

On dit aussi _Être pavillon_.

PAVOIS, adj. et s. En état d'ivresse.

_Être pavois._ Être gris, déraisonner à faire croire que l'on est gris.

PAVOISER (Se). S'endimancher. Argot des marins.

_S'endimancher_, pour les faubouriens, a un double sens: il signifie
d'abord mettre ses habits les plus propres; ensuite s'amuser,
c'est-à-dire boire, comme ils en ont l'habitude à la fin de chaque
semaine.

PAYER (Se), v. réfl. S'offrir, se donner, se procurer,--dans l'argot des
petites dames et des faubouriens.

_Se payer un homme._ Avoir un caprice pour lui.

_Se payer une bosse de plaisir._ S'amuser beaucoup.

PAYER BOUTEILLE. Offrir à boire chez le marchand de vin. Argot des
ouvriers.

PAYER LA GOUTTE (Faire), Siffler,--dans l'argot des coulisses.

PAYER UNE COURSE (Se). Courir,--dans l'argot des faubouriens.

PAYOT, s. m. Forçat chargé d'une certaine comptabilité.

PAYS, s. m. Compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

PAYS, s. m. Compatriote,--dans l'argot des soldats.

PAYS-BAS, s. m. pl. Les possessions de messire Luc,--métropole et
colonies.

PAYS BRÉDA. Le quartier Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des
gens de lettres.

PAYS DES MARMOTTES (Le). La terre,--dans l'argot du peuple.

_S'en aller dans le pays des marmottes._ Mourir.

On dit aussi le _Royaume des taupes_.

PAYSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats, qui sont volontiers du
même pays que la bonne d'enfants qu'ils courtisent.

PAYS LATIN. Le quartier des Ecoles, _genus latinum_.

On dit plutôt le _Quartier latin_.

PEAU, s. f. Fille ou femme de très mauvaise vie,--dans l'argot des
faubouriens.

C'est le jeu de mots latins: _pellex et pellis_.

On dit aussi _Peau de chien_.

PEAU D'ANE, s. f. Tambour,--dans l'argot des troupiers, qui ne savent pas
que cet instrument de percussion est plus souvent recouvert d'une peau de
chèvre ou de veau.

_Faire chanter_ ou _ronfler la peau d'âne_. Battre le rappel,--dans
l'argot du peuple, à qui cette chanson cause toujours des frissons de
plaisir.

PÊCHE A QUINZE SOUS, s. f. Lorette de premier choix,--dans l'argot des
gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du _demi-Monde_
d'Alexandre Dumas fils.

PÊCHER UNE FRITURE DANS LE STYX. Être mort,--dans l'argot des faubouriens
qui ont lu M. de Chompré.

_Aller pêcher une friture dans le Styx._ Mourir.

PÉCUNE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(_pecunia_) et à la tradition: «Repoignet-om nostre tresor el champ, et
nostre pecune allucet-om el sachet.»

(_Sermons_ de saint Bernard.)

PÉDÉ, s. m. Apocope de _Pédéraste_,--dans l'argot des voyous, imitateurs
inconscients de ces grammairiens toulousains du VIe siècle, qui disaient
tantôt _ple_ pour _plenus_, tantôt _ur_ pour _nominatur_.

PÉDÉRO, s. f. Non conformiste,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, _Don Pédéro_.

PÉGOCE, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Puce d'hôpital_.

PÉGRAINE, s. f. Faim,--dans l'argot des vagabonds et des voleurs.

A proprement parler, cela signifie, non qu'on n'a rien du tout à manger,
mais bien qu'on n'a pas trop de quoi,--une nuance importante.

_Caner la pégraine._ Mourir de faim.

PÈGRE, s. m. Voleur.

Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère--et
surtout de la fainéantise (_pigritia_,--_piger_).

_Pègre à marteau._ Voleur de petits objets ou d'objets de peu de valeur.

PÈGRE, s. f. Le monde des voleurs.

_Haute pègre._ Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque
partout.

_Basse pègre._ Petits voleurs en blouse, qui n'exercent que sur une
petite échelle et qui ne sont reçus nulle part--qu'aux Madelonnettes ou à
la Roquette.

PÉGRER, v. n. Voler.

Signifie aussi: Être misérable, souffrir.

PÉGRIOT, s. m. Apprenti voleur, ou qui vole des objets de peu de valeur.

PEIGNE, s. m. Clé,--dans l'argot des voleurs.

PEIGNE-CUL, s. m. Fainéant, traîne-braies,--dans l'argot du peuple.

PEIGNE DES ALLEMANDS, s. m. Les cinq doigts.

PEIGNÉE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens, qui se
prennent souvent aux _cheveux_.

On dit aussi _Coup de peigne_.

_Se foutre une peignée._ Se battre.

PEIGNER (Se), v. réfl. Se battre.

C'est le verbe _to pheese_ des Anglais.

On dit aussi _Se repasser une peignée_.

PEINARD, s. m. Vieillard; homme souffreteux, usé par l'âge ou les
chagrins,--dans l'argot du peuple.

PEINDRE EN PLEINE PATE, v. a. Peindre à pleines couleurs,--dans l'argot
des artistes.

PEINTRE, s. m. Balayeur,--dans l'argot des troupiers.

PEINTURLURE, s. f. Mauvaise peinture,--dans l'argot du peuple.

PEINTURLURER, v. a. et n. Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.

PEINTURLURER (Se). _Se maquiller._

PEINTURLUREUR, s. m. Barbouilleur, mauvais peintre.

PÉKIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers, qui ont le plus
profond mépris pour tout ce qui ne porte pas l'uniforme.

On écrit aussi _Péquin_.

PÉLAGO, n. de l. La prison de Sainte-Pélagie,--dans l'argot des voleurs.

PELARD, s. m. Foin,--dans le même argot.

PELARDE, s. f. Faulx.

PELÉ, s. m. Sentier battu.

PELOTE, s. f. Gain plus ou moins licite,--dans l'argot du peuple.

_Faire sa pelote._ Amasser de l'argent.

PELOTER, v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la
main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la
personne d'Elmire.

Par extension, Amadouer par promesses quelqu'un dont on attend quelque
chose.

PELOTER (Se), v. réfl. Se disputer et même se battre,--dans l'argot du
peuple.

On dit aussi _Peloter avec quelqu'un_.

PELOTER SA BUCHE, v. a. Travailler avec soin, avec goût, avec amour du
métier. Argot des tailleurs.

PELOTEUR, adj. et s. Homme qui aime à flatter les femmes--de la main.

PELURE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des faubouriens.

PENDANTES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans l'argot des voleurs.

PENDRE AU NEZ. Se dit--dans l'argot du peuple--à propos de tout accident,
heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé.

On a dit autrefois _Pendre aux oreilles_. (V. _le Tempérament_, 1755.)

PENDU GLACÉ, s. m. Réverbère. Argot des voleurs.

PENDULE A PLUMES, s. f. Coq,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont
lu _la Vie de Bohème_.

PENTE (Avoir une), v. a. Être gris ou commencer à se griser,--dans
l'argot des faubouriens.

PÉPÉE, s. f. Poupée,--dans l'argot des enfants.

PÉPÈTE, s. f. Pièce d'un sou,--dans l'argot des ouvriers; de cinquante
centimes,--dans l'argot des voleurs; d'un franc,--dans l'argot des
filles.

PÉPIE (Avoir la). Avoir soif,--maladie des oiseaux, état normal des
ivrognes.

_Mourir de la pépie._ Avoir extrêmement soif.

PÉPIN, s. m. Vieux parapluie,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Rifflard_.

PÉPIN, s. m. Enfant--dans l'argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare
(_Conte d'Hiver_).

De l'enfant-pépin sort en effet l'homme-arbre.

PERCER D'UN AUTRE (En). Raconter une autre histoire; faire une
plaisanterie d'un meilleur _tonneau_.

PERCHER, v. n. Habiter, loger au hasard,--dans l'argot des bohèmes, qui
changent souvent de _perchoir_, et qui devraient bien changer plus
souvent de chemise.

PERDRE LE GOUT DU PAIN. Mourir,--dans l'argot du peuple.

_Faire perdre à quelqu'un le goût du pain._ Le tuer.

PERDRE LE NORD, v. a. Se troubler; s'égarer; dire des sottises ou des
folies,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas inventé pour rien le mot
_boussole_.

Autrefois on disait _Perdre la tramontane_, ce qui était exactement la
même chose, _tramontane_ étant une corruption de _transmontane_
(_transmontanus_, ultramontain, au delà des monts, d'où nous vient la
lumière).

PERDRE SES BAS. Ne plus savoir ce que l'on fait, par distraction
naturelle ou par suite d'une préoccupation grave.

PERDRE SON BATON. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela
probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour
marcher droit.

PERDRE UN QUART, v. a. Aller au convoi d'un camarade,--dans l'argot des
tailleurs, qui, pendant qu'ils y sont, perdent bien toute la journée.

PERDU (L'avoir). N'avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet
de fleurs d'oranger symbolique. Argot des bourgeois.

On dit de même, en parlant d'une jeune fille vierge: _Elle l'a encore_.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans l'un comme dans l'autre cas, il
s'agit de Pucelage.

PERDU SON BATON (Avoir). Être de mauvaise humeur,--dans l'argot des
coulisses.

L'expression date d'Arnal et du _Sergent Mathieu_, sa pièce de début au
théâtre du Vaudeville. Il s'était choisi, pour jouer son rôle, un bâton
avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup.
Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il
allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique! Arnal
est furieux et surtout troublé; il entre en scène, il joue, mais sans
verve,--et l'on siffle!

PÈRE AUX ÉCUS, s. m. Homme riche,--dans l'argot du peuple.

PÈRE FAUTEUIL, s. m. Le cimetière du Père _Lachaise_,--dans l'argot
facétieux des marbriers.

PÈRE FRAPPART, s. m. Marteau,--dans l'argot du peuple.

PÈRE LA TUILE (Le). Dieu,--dans l'argot des faubouriens, qui ne sont pas
plus irrévérencieux que les peintres qui l'appellent le _Père Eternel_.

PÈRE LA VIOLETTE (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des
bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l'époque où
mademoiselle Mars était forcée d'arracher une guirlande de violettes
qu'elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.

PÉRITORSE, s. m. Paletot ou redingote,--dans l'argot des étudiants, qui,
frais émoulus du collège, n'ont pas de peine à parler grec.

PERLER, v. a. Travailler avec soin, avec minutie,--dans l'argot des
bourgeois.

_Perler sa conversation._ N'employer, en parlant, que des expressions
choisies--et prétentieuses.

PERLOTTE, s. f. Boutonnière,--dans l'argot des tailleurs, qui _perlent_
ordinairement cette partie des vêtements.

PERMISSION DE DIX HEURES, s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé
sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.

PÉROU (Ce n'est pas le). Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie
ironiquement à propos d'une chose qui ne lui paraît pas difficile à
faire, ou qu'on lui vante trop.

Se dit aussi à propos d'une affaire qui ne paraît pas destinée à
rapporter de gros bénéfices.

PERPÈTE, s. f. Apocope de _Perpétuité_,--dans l'argot des forçats.

PERROQUET, s. m. Homme qui ne sait que ce qu'il a appris par cœur. Argot
du peuple.

PERROQUET, s. m. Verre d'absinthe,--dans l'argot des troupiers et des
rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l'on
devrait prononcer à l'allemande: _poison_.

_Étouffer un perroquet._ Boire un verre d'absinthe.

L'expression a été employée pour la première fois en littérature par
Charles Monselet.

PERROQUET DE SAVETIER, s. m. Le merle,--dans l'argot des faubouriens.

On le dit quelquefois aussi de la Pie.

PERRUQUE, s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés,--dans l'argot des
bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.

PERRUQUE, s. f. Détournement de matériaux appartenant à l'Etat,--dans
l'argot des invalides, souvent commis à leur garde.

_Faire une perruque._ Vendre ces matériaux.

PERRUQUE, adj. et s. Vieux, suranné, classique,--dans l'argot des
romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV.

_Le parti des perruques._ L'École classique,--qu'on appelle aussi l'École
du Bon Sens.

PERRUQUEMAR, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des faubouriens.

PERRUQUER (Se). Porter de faux cheveux pour faire croire qu'on en a
beaucoup. Argot du peuple.

Du temps de Tabourot, on disait _une perruquée_ en parlant d'une Coquette
à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels,--comme
faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de
notre temps. D'où vient cette épigramme du seigneur des Accords:

    «Janneton ordinairement
    Achepte ses cheveux, et jure
    Qu'ils sont à elle entièrement:
    Est-elle à vostre advis perjure?»

Vous devinez la réponse: Non, elle n'est point «perjure» parce que ce
que nous achetons est nôtre.

PERSIENNES, s. f. pl. Lunettes,--dans l'argot des voyous.

PERSIL DANS LES PIEDS (Avoir du). Se dit d'une femme qui a les pieds
sales--à force d'avoir marché.

PERSILLER, v. n. Raccrocher,--dans l'argot des souteneurs de filles.

On dit aussi _Aller au persil_ et _Travailler dans le persil_.

Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les
parchemins de mots souvent modernes qu'il ne craint pas, malgré cela, de
faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci,
pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que _Pesciller_, prendre.
En l'absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis
d'insinuer que le verbe _Persiller_ pourrait bien venir de l'habitude
qu'ont les filles d'exercer leur déplorable industrie dans les lieux
déserts, dans les terrains vagues--où pousse le persil?

PERSILLEUSE, s. f. Femme publique.

Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes
de bas étage.

PERTUIS AUX LÉGUMES, s. m. La gorge,--dans l'argot des ouvriers qui ont
servi dans l'infanterie de marine.

D'où: _Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes_, pour:
Etrangler quelqu'un.

PESCILLER D'ESBROUFFE, Prendre de force, d'autorité--dans l'argot des
voleurs.

PÈSE ou PÈZE, s. f. Résultat d'une collecte faite entre voleurs libres au
profit d'un voleur prisonnier; résultat _pesant_.

PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,--dans l'argot des voleurs.

_Pessiguer une lourde._ Ouvrir une porte.

PET, s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de
_Deus Crepitus_, ou dieu frère de _Stercutius_, le dieu merderet.

_Glorieux comme un pet._ Extrêmement vaniteux.

_Lâcher quelqu'un comme un pet._ L'abandonner, le quitter précipitamment.

PET, s. m. Embarras, manières.

_Faire le pet._ Faire l'insolent; s'impatienter, _gronder_.

_Il n'y a pas de pet._ Il n'y a rien à faire là dedans; ou: Il n'y a pas
de mal, de danger.

PÉTARADE, s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crépitus,--dans
l'argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands
amateurs de _ventriloquie_.

PÉTARD, s. m. Derrière de l'homme ou de la femme.

Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.

    «N'bats pas l'quart,
    Crains l' pétard,
    J'suis Bertrand l'pochard!»

dit une chanson populaire.

PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.

PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,--dans l'argot des romantiques, qui
connaissent leur latin (_petasus_).

Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (_Perruque et
Noblesse_, 1837).

PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est
impossible de s'entendre,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent de
réputation la cour du roi Pétaud.

PET A VINGT ONGLES, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot du peuple.

_Faire un pet à vingt ongles._ Accoucher.

PÉTER, v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.

PÉTER DANS LA MAIN, v. n. Être plus familier qu'il ne convient. Argot du
peuple.

Signifie aussi: Manquer de parole; faire défaut au moment nécessaire.

PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une
chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison
exagéré, ruineux.

_Faire le pet plus haut que le cul_, c'est ce que Henry Monnier, par un
euphémisme très clair, appelle _Sauter plus haut que les jambes_.

PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins, pour qui c'est
changer de lof, c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.

Ils disent aussi _Virer de bord_.

PÉTER SUR LE MASTIC, v. n. Renoncer à travailler; envoyer promener
quelqu'un. Argot des faubouriens.

PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit
jamais.

PÉTEUR, adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au
dieu Crépitus.

PÉTEUX, s. m. Messire Luc, l'éternelle cible aux coups de pied.

PÉTEUX, s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.

PETIT, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, qui ne fait aucune
différence entre la portée d'une chienne et celle d'une femme.

PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.

PETIT BONHOMME D'UN SOU, s. m. Jeune soldat.

PETIT BORDEAUX, s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de
Tonneins. Argot du peuple.

PETIT BORDEAUX, s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.

PETIT CAMARADE, s. m. Confrère malveillant, débineur,--dans l'argot des
gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs.

Pour la rendre plus ironique, on dit: _Bon petit camarade_.

PETIT CAPORAL, n. d'h. Napoléon,--dans l'argot des vieux troupiers.

Ils disaient encore: _l'Autre_, _le Petit Tondu_ et _le Père la
Violette_.

PETIT COCHON, s. m. Dame qu'on n'a pu rentrer assez vite et qui se trouve
bloquée dans le camp de l'adversaire. Argot des joueurs de jacquet.

_Engraisser des petits cochons._ Avoir plusieurs dames bloquées.

PETITE BIÈRE (Ce n'est pas de la)! Expression de l'argot du peuple qui
l'emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d'importance
ou qu'on veut faire passer pour importantes.

PETITE CHATTE, s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une
véritable chatte avec une véritable souris,--dans l'argot de M. Henri de
Kock, romancier, élève et successeur de son père.

PETITE DAME, s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou
moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur
par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l'amour.

PETITE FILLE, s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.

PETIT LAIT, s. m. Chose de peu d'importance; vin faible,--dans l'argot
des bourgeois.

PETIT MANTEAU BLEU, s. m. Homme bienfaisant,--dans l'argot du peuple, qui
a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.

PETIT MONDE, s. m. Les membres de la famille, femme et enfants.

Se dit aussi à propos d'une Maîtresse.

PETIT MONDE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.

PETIT NOM, s. m. Prénom, nom patronymique,--dans l'argot du peuple, et
spécialement celui des petites dames.

C'est le _short name_ des biches anglaises.

PETIT-NOMMER, v. a. Appeler quelqu'un par son petit nom.

PETIT PÈRE NOIR, s. m. Broc de vin rouge,--dans l'argot des faubouriens.

_Petit père noir de quatre ans._ Broc de quatre litres.

PETITS PAINS (Faire des). Faire l'aimable, le gentil, afin de se
rabibocher. Argot des coulisses.

PETIT TONDU (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des
invalides.

PÉTONS, s. m. pl. Pieds,--dans l'argot des enfants, des mères et des
amoureux.

PÉTRA, s. m. Paysan, homme grossier,--dans l'argot des bourgeois.

PÉTRIN, s. m. Embarras, position fausse; misère,--dans l'argot du peuple,
qui _geint_ alors.

_Être dans le pétrin jusqu'au cou._ Être dans une misère extrême.

PÉTROUSQUIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus
souvent,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Petzouille_.

Privat d'Anglemont (_Paris-Anecdote_) donne à ce mot la signification de
Bourgeois, public. Il s'est trompé.

PEUPLE, s. m. Public,--dans le même argot.

_Se foutre du peuple._ Insulter à l'opinion reçue, accréditée.

Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu'il est molesté par lui ou
lorsqu'il en reçoit une _blague_ un peu trop forte: _Est-ce que tu te
fous du peuple_?

PEUPLE, s. et adj. Commun, vulgaire, trivial,--dans l'argot des
bourgeoises, qui peut-être s'imaginent être sorties de la cuisse de
Jupiter ou d'un Montmorency.

_Être peuple._ Dire ou faire des choses de mauvais goût.

PHARAMINEUX, adj. Etonnant, prodigieux, inouï,--dans l'argot du peuple.

PHARAON, s. m. Roi de n'importe quel pays,--dans l'argot gouailleur des
gens de lettres.

PHARE, s. m. Lampe,--dans l'argot des typographes.

PHÉNOMÈNE, s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la
visiter,--dans l'argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.

PHILANTHROPE, s. m. Filou,--dans l'argot des voyous.

PHILIPPE, s. m. Pièce de cent sous en argent à l'effigie de
Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon,--dans l'argot des
faubouriens, qui ont voulu avoir leurs _louis_ comme les gentilshommes.

PHILISTIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des romantiques.

PHILISTIN, s. m. Vieil ouvrier abruti,--dans l'argot des tailleurs.

PHILOSOPHE, s. m. Misérable,--dans l'argot du peuple.

PHILOSOPHES, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.

PHILOSOPHES DE NEUF-JOURS. Souliers percés.

PHILOSOPHIE, s. f. Misère.

PHRASEUR, s. m. Beau diseur de _phrases_, c'est-à-dire bavard,--dans
l'argot du peuple.

PIAFFE, s. f. Orgueil, vantardise, _esbrouffe_.

PIAILLER, v. a. Crier.

PIAILLEUR, s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens.

On dit aussi _Piaillard_.

PIANE-PIANE, adv. Doucement, _piano-piano_,--dans l'argot des bourgeois.

PIANOTER, v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non,--dans l'argot du
peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.

PIANOTEUR, adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu
parler et qui tape dessus comme s'il était sourd--et ses voisins aussi.

Au féminin _Pianoteuse_.

PIAU, s. f. Mensonge, histoire, _blague_,--dans l'argot des typographes.

PIAULE ou PIOLLE, s. f. La maison, le logis,--dans l'argot des voleurs,
qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y
_piaillent_ comme autant de moineaux affamés.

_La piaule a l'air rupin._ L'appartement est bon à dévaliser.

PIAUSSER, v. n. Mentir, blaguer,--dans l'argot des typographes.

PIAUSSER (Se), v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvelle
_peau_,--dans l'argot des voyous.

Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent _Peausser_.

PIAUSSEUR, s. m. Menteur, blagueur.

PIAUTRE, s. m. Mauvais garnement,--dans l'argot du peuple.

_Envoyer au piautre._ Envoyer au diable.

Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.

PIC (A), adv. A point nommé, à propos, heureusement.

_Venir_ ou _Tomber à pic_. Arriver au moment le plus opportun.

PICAILLONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

PICHENET, s. m. Petit vin de barrière agréable,--dans l'argot des
ouvriers.

PICHET, s. m. Litre de vin.

PICK-POCKET, s. m. Voleur,--dans l'argot des anglomanes et des gens de
lettres.

PICORAGE, s. m. _Travail_ sur les grandes routes,--dans l'argot des
voleurs.

PICOTIN, s. m. Déjeuner ou souper,--dans l'argot du peuple, qui travaille
en effet comme un cheval.

Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (_peck_).

_Gagner son picotin._ Travailler avec courage.

PICOURE, s. f. Haie,--dans l'argot des voleurs, qui, en leur qualité de
vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y
viennent _picorer_.

_Déflotter la picoure._ Voler le linge qui flotte sur les haies.

_La picoure est fleurie._ Le linge sèche sur les haies.

On dit aussi _Picouse_.

PICTON, s. m. Vin bleu, suret--dans l'argot du peuple, qui se _pique_ la
langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. «Il en boit
comme un _Poitevin_,» dirait un étymologiste en s'appuyant sur les
habitudes d'ivrognerie qu'on prête aux _Pictones_.

PICTONNER, v. n. Boire ferme et longtemps.

On dit aussi _Picter_ et _Pictancer_.

PIÈCE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Entière_ et _Petit Monde_.

PIÈCE A TIROIRS, s. f. Drame à changements à vue, vaudeville à travestis.
Argot des coulisses.

PIÈCE D'ARCHITECTURE, s. f. Discours en prose ou pièce de vers,--dans
l'argot des francs-maçons.

PIÈCE DE BOEUF, s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l'on a le plus de
succès. Argot des coulisses.

On dit aussi _Rôle de bœuf_.

PIÈCE DE BOEUF, s. f. «Grand article de pathos sur les choses du moment
qui ouvre les colonnes de Paris.» Argot des journalistes.

On dit aussi _Pièce de résistance_.

PIÈCE DE DIX SOUS, s. f. Le derrière du corps humain,--dans l'argot des
troupiers.

On dit aussi _Double six_.

PIÈCE D'ÉTÉ, s. f. Vaudeville ou drame médiocre,--dans l'argot des
comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l'hiver.

PIÈCE D'ESTOMAC, s. f. Amant,--dans l'argot des filles.

L'expression a plus d'un siècle.

PIED BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers.

PIED DE BANC, s. m. Sergent,--dans le même argot.

PIED DE COCHON, s. m. Pistolet.

PIED DE NEZ, s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient
déjà les gamins de Pompéi.

_Faire des pieds de nez à quelqu'un._ Se moquer de lui.

_Avoir un pied de nez._ Ne pas trouver ce qu'on cherche; recevoir de la
confusion d'une chose ou d'une personne.

PIED DE NEZ, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voyous.

PIED-PLAT, s. m. Homme du peuple; goujat,--dans l'argot des bourgeois,
qui s'imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel
lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait
réaliser en partie la révolution de Février.

PIEDS A DORMIR DEBOUT, s. m. pl. Pieds plats et spatulés,--dans l'argot
du peuple.

PIEDS DE MOUCHE, s. m. pl. Notes d'un livre, ordinairement imprimés en
caractères minuscules,--dans l'argot des typographes.

Et, à ce propos, qu'on me permette de rappeler le quiproquo dont les
bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l'aîné,
bibliographe, un livre en 6 vol. in-8º, intitulé: _Les Pieds de mouche,
ou les Nouvelles Noces de Rabelais_ (V. _la France littéraire_ de 1769).
Or, savez-vous, lecteur, ce que c'était que ces _nouvelles noces_ de
maître Alcofribas Nasier? C'étaient les _notes_--en argot de typographes,
_pieds de mouche_--qui se trouvent dans l'édition de Rabelais de 1732, en
6 vol. pet. in-8º. Faute d'impression au premier abord, et plus tard
ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.

PIEDS DE PHILOCTÈTE, s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs,--dans
l'argot des gens de lettres, qui font allusion à l'empoisonnement de
l'île de Lemnos par l'exécuteur testamentaire d'Hercule.

_Avoir avalé le pied de Philoctète._ Avoir une haleine digne du pied du
fils de Pœan.

PIE-GRIÈCHE, s. f. Femme criarde et querelleuse,--dans l'argot du peuple,
qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata
_pica pulvinaris_.

PIERRE A AFFÛTER, s. f. Le pain,--dans l'argot des bouchers.

PIERRE A DÉCATIR, s. f. Farce des tailleurs à l'usage de tout nouveau.
C'est leur _huile de cottrets_.

PIERRE BRUTE, s. f. Pain,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Manne_.

PIERRE DE TOUCHE, s. f. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.

PIERREUSE, s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère
de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection. Son nom lui
vient de ce qu'elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux
de démolition, etc.

PIERROT, s. m. Vin blanc,--dans l'argot des faubouriens.

_Asphyxier le pierrot._ Boire un canon de vin blanc.

PIERROT, s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a
rendue classique.

PIERROT, s. m. Couche de savon appliquée à l'aide du blaireau sur la
figure de quelqu'un,--dans l'argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen
pour débarbouiller un peu leurs _pratiques_ malpropres, auxquelles ils
veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir.

Le _pierrot_ n'est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est
une sainte que l'on ne fête pas souvent.

PIERROT! Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui
sert de prologue à beaucoup de rixes,--celui qui est traité de pierrot
voulant prouver qu'il a la _pince_ d'un aigle.

Les femmes légères emploient aussi ce mot,--mais dans un sens
diamétralement opposé au précédent.

PIEU, s. m. Lit, couchette,--dans l'argot des faubouriens.

_Aller au pieu._ Aller se coucher.

_Se coller dans le pieu._ Se coucher.

_Être en route pour le pieu._ S'endormir.

PIEUVRE, s. f. Petite dame, femme entretenue,--dans l'argot des gens de
lettres, qui disent cela depuis l'apparition des _Travailleurs de la
mer_, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un
poulpe monstrueux.

L'analogie est heureuse: jamais les drôlesses n'ont été plus
énergiquement caractérisées.

PIEUVRISME, s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d'amour.

PIF, s. m. Nez, dans l'argot du peuple.

N'en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de
Barbey d'Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois _se
piffer de vin_, ou seulement se piffer:

    «On rit, on se piffe, on se gave!»

chante Vadé en ses _Porcherons_. Se piffer de vin, c'est s'empourprer le
visage et spécialement le nez,--le _pif_ alors!

On dit aussi _Piton_.

PIFFARD, s. et adj. Homme d'un nez remarquable, soit par son volume, soit
par sa couleur.

PIGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.

PIGE, s. f. Défi,--dans l'argot des écoliers.

_Faire la pige._ Se défier à jouer, à courir, etc.

PIGE, s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit
faire dans une heure.

_Prendre sa pige._ Prendre la longueur d'une page, d'une colonne.

PIGEON, s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu
et par les femmes en amour.

_Avoir son pigeon._ Avoir _fait_ un amant,--dans l'argot des petites
dames.

_Plumer un pigeon._ Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à
l'honnêteté des hommes et à celle des femmes.

On dit aussi _Pigeonneau_.

Le mot est vieux,--comme le vice. Sarrazin (_Testament d'une fille
d'amour mourante_, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose
Belvue:

    «.....De mes pigeonneaux
    Conduisant l'inexpérience,
    Je sus, dans le feu des désirs,
    Gagner par mes supercheries
    Montres, bijoux et pierreries,
    Monuments de leurs repentirs.»

PIGEON, s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite,--dans l'argot des
vaudevillistes.

PIGEONNER, v. a. Tromper.

PIGER, v. n. Mesurer,--dans l'argot des écoliers lorsqu'ils _débutent_.

On dit aussi _Faire la pige_.

PIGER, v. a. Prendre; appréhender au collet,--dans l'argot du peuple.

_Se faire piger._ Se faire arrêter, se faire battre.

Signifie aussi S'emparer de... _Piger une chaise. Piger un emploi._

PIGER, v. a. et n. Considérer, contempler, admirer.

_Piges-tu que c'est beau?_ C'est-à-dire: Vois-tu comme c'est beau?

PIGET, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.

PIGNOCHER, v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu'on a sur son
assiette. Argot du peuple.

On disait autrefois _Epinocher_.

PIGNOCHER, v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux,--dans
l'argot des artistes, ennemis de l'art chinois.

PIGNOUF ou PIGNOUFLE, s. m. Paysan,--dans l'argot des voyous.
Voyou,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.
Apprenti,--dans l'argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé,--dans
l'argot de Breda-Street.

PIGOCHE, s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les
gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords.

_Jouer à la pigoche._ Faire sauter un sou en l'air. C'est l'enfant qui le
fait sauter le plus loin qui a gagné.

PILE, s. f. Correction méritée ou non,--dans l'argot des faubouriens.

PILE! Exclamation du même argot, lorsque quelque chose tombe et se casse.

PILER, v. a. Pousser plus ou moins brutalement,--plutôt plus que
moins,--dans l'argot des gamins.

Signifie aussi Battre.

PILER DU POIVRE. Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds,
par suite d'une très longue marche,--dans l'argot du peuple.

Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d'exercices
équestres trop prolongés.

S'emploie aussi pour signifier Médire de quelqu'un en son absence, et
S'ennuyer à attendre.

_Faire piler du poivre à quelqu'un._ Le jeter plusieurs fois par terre,
en le maniant avec aussi peu de précaution qu'un pilon.

PILER LE POIVRE. Monter une faction,--dans l'argot des troupiers.

PILIER, s. m. Homme qui ne bouge pas plus d'un endroit que si on l'y
avait planté. Argot du peuple.

_Pilier de cabaret._ Ivrogne.

_Pilier d'estaminet._ Culotteur de pipes.

_Pilier de Cour d'assises._ Qui a été souvent condamné.

PILIER DE BOUTANCHE, s. m. Commis,--dans l'argot des voleurs.

_Pilier de paclin._ Commis voyageur.

_Pilier du creux._ Patron, maître du logis.

PILONS, s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce,--dans le même
argot.

PILOTER, v. a. Conduire, guider,--dans l'argot du peuple.

PIMBÊCHE, s. f. Femme dédaigneuse,--dans l'argot des bourgeois.

PIMPELOTTER (Se). S'amuser, rigoler, _gobichonner_,--dans l'argot des
faubouriens.

PIMPIONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des voleurs.

PINÇANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans le même argot.

PINCEAU, s. m. Plume à écrire,--dans l'argot des francs-maçons.

PINCEAU, s. m. La main ou le pied,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
entendu parler du peintre Ducornet.

_Détacher un coup de pinceau._ Donner un soufflet.

PINCEAU, s. m. Balai,--dans l'argot des troupiers.

PINCE-CUL, s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.

PINCE-DUR, s. m. Adjudant,--dans l'argot des soldats, qui ont la mémoire
des punitions subies.

PINCER, v. n. Être vif,--dans l'argot du peuple.

_Cela pince dur._ Il fait très froid.

PINCER, v. a. Voler, filouter,--dans l'argot des faubouriens.

PINCER, v. a. Prendre sur le fait, arrêter.

_Pincer au demi-cercle._ Arrêter quelqu'un, débiteur ou ennemi, que l'on
guettait depuis longtemps.

PINCER, v. a. Exécuter.

_Pincer le cancan._ Le danser.

_Pincer de la guitare._ En jouer.

_Pincer la chansonnette._ Chanter.

PINCER DE LA GUITARE, v. n. Être prisonnier,--par allusion à l'habitude
qu'ont les détenus d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou
sur le treillage en fer du parloir grillé.

On dit aussi _pincer de la harpe_.

PINCER UN COUP DE SIROP, v. a. Boire à s'en griser un peu,--dans l'argot
des faubouriens.

PINCE-SANS-RIRE, s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir
l'air d'y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se
dérider.

On dit aussi _Monsieur Pince-sans-rire_.

PINCE-SANS-RIRE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.

PINCETTES, s. f. pl. Mouchettes,--dans l'argot des francs-maçons, qui
disent aussi _Pinces_.

PINCETTES, s. f. pl. Les jambes,--surtout lorsqu'elles sont longues et
maigres. Argot des faubouriens.

PINCHARD, E, adj. De mauvais goût, un peu canaille,--dans l'argot des
gens de lettres.

Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler
haut dans les soupers de garçons.

PINCHARD, s. m. Siège pliant,--dans l'argot des artistes.

PINGRE, s. et adj. Avare; homme qui pousse l'économie jusqu'au vice.
Argot du peuple.

Signifie aussi Voleur.

PINGRERIE, s. f. Ladrerie.

PINTER, v. n. Boire abondamment.

PINXIT, s. m. Peintre,--dans l'argot des artistes, qui font ainsi
allusion au verbe latin qu'ils ajoutent toujours à leur nom au bas de
leurs toiles.

PIOCHE, s. f. Le no 7,--dans l'argot des joueurs de loto.

PIOCHE, s. f. Fourchette,--dans l'argot des francs-maçons.

PIOCHE, s. f. Travail, besogne quelconque,--dans l'argot des ouvriers.
_Se mettre à la pioche._ Travailler.

PIOCHE, s. f. Etude, apprentissage de la science des mathématiques,--dans
l'argot des Polytechniciens.

_Temps de pioche._ Les quinze jours qui précèdent les interrogations
générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement
l'analyse, la géométrie et la mécanique.

PIOCHE (Être). Être bête comme une pioche,--dans l'argot du peuple.

PIOCHER, v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à
passer ses examens,--dans l'argot des étudiants.

_Piocher son examen._ Se préparer à le bien passer.

PIOCHER, v. n. Avoir recours au tas,--dans l'argot des joueurs de
dominos, dont la main _fouille_ ce tas.

On dit aussi _Aller à la pioche_.

PIOCHER, v. a. Battre, donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot des
faubouriens.

_Se piocher._ Se battre.

PIOCHEUR, s. m. Etudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de
Bullier, et des cours de l'Ecole que des demoiselles des bastringues du
quartier.

PION, s. m. Maître d'études,--dans l'argot des collégiens, qui le font
_marcher_ raide, cet âge étant sans pitié.

PION (Être). Avoir bu, être ivre-_mort_,--dans l'argot des typographes.

PIONCE, s. f. Sommeil,--dans l'argot des faubouriens.

PIONCER, v. n. Dormir.

PIONCEUR, adj. et s. Homme qui aime à dormir.

PIOU, s. m. Soldat.

On dit plutôt _Pioupiou_.

PIPE, s. f. Tête, visage.

        «Ils dis'nt en la voyant picter:
    Sa pipe enfin commence à s'culotter!»

dit une chanson qui court les rues.

PIPÉ, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.

PIPELET, s. m. Concierge,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette
expression, qui est une injure, depuis la publication des _Mystères de
Paris_ d'Eugène Sue.

_Chapeau-Pipelet._ Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en
porte, dans le roman d'Eugène Sue, la victime de Cabrion.

PIPER, v. n. Fumer la pipe ou le cigare.

PIPI, s. m. Résultat du verbe _meiere_,--dans l'argot des enfants.

_Faire pipi._ Meiere.

PIPIT, s. m. L'alouette,--dans l'argot des paysans de la banlieue de
Paris.

PIQUANTE, s. f. Epingle,--dans l'argot des voleurs.

PIQUE, s. f. Petite querelle d'amis, petite brouille d'amants,--dans
l'argot des bourgeois.

PIQUÉ DES VERS (N'être pas). Être bien conservé, avoir de l'élégance, de
la grâce,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos
des gens et des choses.

On dit aussi _N'être pas piqué des hannetons_.

PIQUE-EN-TERRE, s. f. Volaille quelconque vivante,--dans l'argot des
faubouriens.

PIQUELARD, s. m. Charcutier.

Le mot sort du _Théâtre italien_ de Ghérardi (_les Deux Arlequins_).

PIQUE-POUX, s. m. Tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu
faire une allusion au mouvement de l'aiguille sur l'étoffe.

On dit aussi _Pique-puces et Pique-prunes_. Pourquoi ne dit-on pas plutôt
_Pique-Pouce_?

PIQUER, v. a. Faire quelque chose,--dans l'argot des Polytechniciens.

_Piquer l'étrangère._ S'occuper d'une chose étrangère à la conversation.

PIQUER EN VICTIME, v. n. Plonger dans l'eau, les bras contre le corps, au
lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.

PIQUER LE NEZ (Se), v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre,--dans
l'argot du peuple.

PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,--dans l'argot des tailleurs.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

PIQUER SON CHIEN. Dormir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi, _Piquer un chien_.

D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot, elle
viendrait de l'argot des comédiens et sortirait de l'_Aveugle de
Montmorency_, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le
rôle de l'aveugle, tenant à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de
son bâton d'une pointe de fer qui, par suite du mouvement
d'appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son
caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait,
c'est qu'il avait _piqué son chien_, c'est-à-dire qu'il s'était laissé
aller au sommeil.

PIQUER UN CINABRE, v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des
oreilles aux mains. Argot des artistes.

PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir subitement,--dans l'argot du peuple.

PIRONIEN, adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la
tristesse; disciple de _Lord Piron_, le poète gaillard. Argot des gens de
lettres.

PIRONISME, s. m. La gaie science--où excellait Piron.

PIS, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot malséant du peuple:

    «Les femmes, plus mortes que vives,
    De crainte de se voir captives,
    Et de quelque chose de pis
    De la main se battent le pis.»

dit Scarron dans son _Virgile travesti_.

PISSAT, s. m. Résultat du verbe _Meiere_.

PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise bière.

PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas
volontiers,--dans l'argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

PISSER (Envoyer). Congédier brutalement un ennuyeux.

On dit aussi _Envoyer chier_.

PISSER A L'ANGLAISE, v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.

PISSER AU CUL DE QUELQU'UN, v. a. Le mépriser.--dans l'argot des voyous.

PISSER CONTRE LE SOLEIL, v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter
vainement.

On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa fouace sans pain,
crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil,» etc.

PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS (Faire). Ennuyer extrêmement
quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus
énergique pour rendre l'agacement que leur causent certaines
importunités.

On dit aussi _Faire chier des baïonnettes_.

PISSER DES OS, v. a. Accoucher,--dans l'argot du peuple. On dit aussi
d'une femme qui met au monde un enfant qu'_Elle pisse sa côtelette_.

PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m. Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.

On dit parfois: _Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre_, pour
désigner un homme qui produit moins de besogne qu'on ne doit
raisonnablement en attendre de lui.

PISSEUSE, s. f. Petite fille.

PISSOTE, s. f. Endroit où l'on conjugue le verbe _Meiere_.

Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n'est pas
désigné autrement par les artistes.

PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence d'urine.

PISTOLE, s. f. Cellule à part,--dans l'argot des prisons, où l'on
n'obtient cette faveur que moyennant argent.

_Être à la pistole._ Avoir une chambre à part.

PISTOLET, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne.

On dit aussi _Drôle de pistolet_.

PISTOLET, s. m. Demi-bouteille de champagne.

PISTON, s. m. Interne ou externe qu'affectionne, que protège le médecin
en chef d'un hôpital. Argot des étudiants en médecine.

PISTON, s. m. Préparateur du cours de physique,--dans l'argot des
lycéens.

PISTON, adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux,--dans l'argot des
aspirants de marine.

PISTONNER, v. a. et n. Diriger, protéger, aider.

PISTONNER, v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.

PITANCHER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis
longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:

    «Le beau sexe lave sa gueule
    Et pitanche tout aussi sec
    Que si c'étoit du Rometsec.»

On dit aussi _Pictancer_.

PITON, s. m. Nez d'un fort volume et coloré par l'ivrognerie. Argot des
faubouriens.

PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque; bouffon de place publique.

Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui
amuse les autres--sans être payé pour cela.

PITRE DU COMME, s. m. Commis voyageur,--dans l'argot des voleurs.

Quant ils veulent être plus clairs, ils disent: _Pitre du commerce_.

PITROU, s. m. Pistolet, fusil,--dans le même argot.

PITUITER, v. d. Médire, faire des indiscrétions, _bavarder_. Argot des
faubouriens.

PIVERT, s. m. Scie faite d'un ressort de montre,--dans l'argot des
voleurs.

PIVOINER, v. n. Rougir,--dans l'argot du peuple.

PIVOIS ou PIVE, s. m. Vin,--dans l'argot des voleurs, qui l'appellent
ainsi peut-être parce qu'il est rouge comme une _pivoine_, ou parce qu'il
est _poivré_ comme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets
infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au
peuple, qui le réclamera un de ces jours.

_Pivois maquillé._ Vin frelaté.

_Pivois de Blanchimont._ Vin blanc.

On dit aussi _Pivois savonné_.

_Pivois citron._ Vinaigre.

PIVOT, s. m. Plume,--dans le même argot.

PLACARDE, s. f. La place où se font les exécutions,--dans le même argot.

Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a été la
barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années, c'est devant la
prison de la Roquette.

On dit aussi _Placarde au quart d'œil_.

PLACE, s. f. Chambre meublée ou non,--dans l'argot des ouvriers qui ont
été travailler en Belgique.

A Bruxelles, en effet, une chambre seule est une _place_; deux chambres
sont un _quartier_. (V. ce mot.)

PLACIER, s. m. Homme qui fait la place de Paris; courtier en
marchandises. Argot des marchands.

PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,--dans l'argot des faubouriens.

_Se crever le plafond._ Se brûler la cervelle.

PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui a dit jadis
_Mouse_ pour Visage.

PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.

_Être en plan._ Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu'un
ami est à la recherche de l'argent nécessaire à l'acquit de la note.

_Laisser en plan._ Abandonner, quitter brusquement quelqu'un, l'oublier,
après lui avoir promis de revenir.

_Laisser tout en plan._ Interrompre toutes ses occupations pour s'occuper
d'autre chose.

PLAN, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.

_Être au plan._ Être en prison.

_Tomber au plan._ Se faire arrêter.

    «Quoi tu voudrais que je grinchisse
    Sans traquer de tomber au plan?»

dit une chanson publiée par le _National_ de 1835.

PLAN, s. m. Arrêts,--dans l'argot des soldats.

_Être au plan._ Être consigné.

PLAN, s. m. Moyen, imagination, _ficelle_,--dans l'argot des faubouriens.

_Tirer un plan._ Imaginer quelque chose pour sortir d'embarras.

_Il n'y a pas plan._ Il n'y a pas moyen de faire telle chose.


PLANCHE (Faire sa). Témoigner du dédain, _faire sa Sophie_,--dans l'argot
des faubouriens.

_Sans planche._ Avec franchise, rondement.

PLANCHE A TRACER, s. f. Table,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Plate-forme_ et _Atelier_.

PLANCHE A TRACER, s. f. Feuille de papier blanc,--dans le même argot.

Signifie aussi Lettre, missive quelconque.

PLANCHE AU PAIN, s. f. Le banc des accusés,--dans l'argot des prisons.

_Être mis sur la planche au pain._ Passer en Cour d'assises.

PLANCHÉ (Être). Être condamné,--dans l'argot des voleurs.

PLANCHER, v. n. Se moquer, rire,--dans l'argot des voleurs et des
faubouriens.

On dit aussi _Flancher_.

PLANCHER DES VACHES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple, à qui
Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce
poltron de Panurge.

PLANCHES, s. f. La scène, le théâtre en général,--dans l'argot des
acteurs.

_Balayer les planches._ Jouer dans un lever de rideau; commencer le
spectacle.

_Brûler les planches._ Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un
entrain excessif.

PLANCHES, s. f. L'établi,--dans l'argot des tailleurs.

_Avoir fait les planches._ Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.

PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,--dans l'argot des coulisses, où l'on a
conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.

PLANQUÉ, s. f. Cachette,--dans l'argot des voleurs.

_Être en planque._ Être prisonnier.

Signifie aussi Être en observation.

PLANQUER, v. a. Cacher.

Signifie aussi Emprisonner.

PLANQUER, v. a. et n. Mettre quelque chose de côté,--dans l'argot des
typographes.

PLANQUER, v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au
_plan_. Argot des faubouriens.

PLANTER LÀ QUELQU'UN, v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu'il vous
ennuie, soit parce qu'on est pressé.

C'est l'ancienne expression: _Planter là quelqu'un pour reverdir_, mais
écourtée et plus elliptique.

PLANTER LE HARPON, v. a. Lancer une idée, avancer une proposition,--dans
l'argot des marins.

PLANTER SON POIREAU, v. a. Attendre quelqu'un qui ne vient pas,--dans
l'argot des faubouriens.

PLAQUER, v. a. et n. Abandonner, laisser là.

PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage peint,--dans l'argot du peuple et des
bourgeois, dédaigneux des choses d'art presque au même degré.

Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que
j'ai entendu sortir de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant
un Corot: «Ça, dit-il, c'est de la salade!»

PLATEAU, s. m. Plat,--dans l'argot des francs-maçons.

PLATÉE, s. f. Grande quantité de choses ou de gens,--dans l'argot du
peuple, par corruption de _Plenté_, vieille expression qu'on trouve dans
le roman d'_Aucassin_:

    »Se je vois u gaut ramé.
    Jà me mengeront li lé,
    Li lion et sengler
    Dont il i a _plenté_.» (beaucoup.)

PLATÉE, PLATELÉE, s. f. La quantité de mets contenue dans un _plat_.

PLATINE, s. f. Faconde, éloquence gasconne,--dans le même argot.

_Avoir une fière platine._ Parler longtemps; mentir avec assurance.

PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,--dans l'argot des voleurs.

PLATUE, s. f. Galette,--dans le même argot.

PLEIN (Être). Être ivre--à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine
de répandre tout ce qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.

On dit aussi explétivement _Plein comme un œuf_ et _Plein comme un
boudin_.

PLEIN DE SOUPE, s. m. Homme dont le visage annonce la santé.

On dit aussi _Gros plein de soupe_.

PLEINE LUNE, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.

On dit aussi _Demi-lune_.

PLEURANT, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.

PLEURER EN FILOU. Hypocritement, sans larmes,--dans l'argot du peuple.

PLEURNICHER, v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.

PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.

PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.

_Pleurnicheuse._ Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.

PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.

S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.

PLEUVOIR A VERSE. Aller mal, très mal,--en parlant des choses ou des
gens. Argot des faubouriens.

S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent: _Il
pleut à verse_.

PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.

Les Anglais ont à peu près la même expression: _To rain cats and dogs_
(Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de:
_Il tombe des hallebardes_.

PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des
voleurs.

PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,--dans l'argot du peuple.

PLIS (Des)! Exclamation faubourienne de la même famille que _Des navets!
du flan!_

PLOMB, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.

L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le _plomb_ (pour
Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides
de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à
renvoyer de mauvaises odeurs.

_Jeter dans le plomb._ Avaler.

PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances,--dans
l'argot du peuple.

PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée décochée par le «divin archerot.»

PLOMBE, s. f. Heure,--dans l'argot des voleurs.

_Mèche._ Demi-heure.

_Méchillon._ Quart d'heure.

PLOMBER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,--dans l'argot des
faubouriens, qui se souviennent des _plombs_ du vieux Paris, plus
funestes que ceux de Venise.

_Plomber de la gargoine._ Fetidum halitum emittere.

PLOMBER, v. n. Donner à quelqu'un des raisons de se plaindre du «divin
archerot».

PLOMBER, v. n. Être lourd, pesant--comme du plomb.

PLONGEUR, adj. et s. Homme misérable, déguenillé,--dans l'argot des
voleurs. Celui qui lave la vaisselle,--dans l'argot des cuisiniers.

PLOYANT, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.

PLUME, s. f. _Monseigneur_,--dans le même argot.

PLUME DE BEAUCE, s. f. La paille,--dans le même argot.

PLUMER UN HOMME, v. a. Le dépouiller au jeu de l'amour ou du hasard.

PLUMET, s. m. Ivresse,--dans l'argot des ouvriers.

_Avoir son plumet._ Être gris.

On dit aussi _Avoir son panache_.

PLUS-FINE, s. f. Le _stercus_ humain séché et pulvérisé.

L'expression est vieille--comme toutes les plaisanteries fécales.

    «Et dit-on que de la plus fine
    Son brun visage fut lavé?...»

    (_Cabinet satyrique._)

PLUS SOUVENT! Jamais! Terme de dénégation et de refus. Argot du peuple.

PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice au Dieu Crépitus.

POCHARD, s. m. Homme qui a l'habitude de s'enivrer.

Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes devanciers et
mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis
forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle--non
d'Allemand, mais de Français. L'un, fidèle à son habitude de sortir de
Paris pour trouver l'acte de naissance d'une expression toute parisienne,
prend le coche et s'en va en Normandie tout le long de la Seine, où il
pêche un _poisson_ dans les entrailles duquel il trouve, non pas un
anneau d'or, mais l'origine du mot _pochard_: des frais de voyage et
d'érudition bien mal employés! L'autre, qui _brûle_ davantage, veut qu'un
pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sa _poche_». Si cette
étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite de n'être pas
tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je croirai que
l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de se _pocher_, on a dû donner
tout naturellement le nom de _pochards_ aux ivrognes.

POCHARDER (Se), v. réfl. S'ivrogner, vivre crapuleusement.

POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.

POCHE, s. f. Ivrognesse,--dans l'argot des faubouriens, qui de _cochon_ a
déjà fait _coche_.

On dit aussi _Poche_, au masculin, à propos d'un ivrogne.

POCHE-OEIL, s. m. Coup de poing appliqué sur l'œil,--dans l'argot au
peuple.

On dit aussi _Pochon_.

POCHER, v. a. Meurtrir, donner des coups.

_Se pocher._ Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.

POÊLE A CHATAIGNES, s. f. Visage marqué de petite vérole,--par allusion
aux trous de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.

POÉTRIAU, s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse.

Le mot est d'H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de dire
_poétereau_,--comme tout le monde.

POGNE, s. f. Apocope de _Poignet_,--dans l'argot du peuple.

_Avoir de la poigne._ Être très fort--et même un peu brutal.

POGNE-MAIN (A), ad. Lourdement, brutalement, à la main pleine.

POGNON, s. m. Argent, monnaie qu'on remue à _poignée_,--dans l'argot des
faubouriens.

POIGNARD, s. m. Retouche à un vêtement terminé,--dans l'argot des
tailleurs et des couturières.

POIGNARDER LE CIEL, v. a. Se dit--dans l'argot du peuple--de tout ce qui
se redresse: cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.

POIL, s. m. Paresse, envie de flâner,--dans le même argot.

_Avoir un poil dans la main_, ou tout simplement _le poil_. N'avoir pas
envie de travailler.

Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un poil dans la
main, et on a oublié de le lui couper.»

POIL, s. m. Réprimande, objurgation,--dans l'argot des ouvriers
_paresseux_.

POIL, s. m. Courage,--dans l'argot du peuple, qui, sans croire, comme les
Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline,
_Histoire naturelle_), a raison de supposer que les gens velus de corps
sont plus portés à l'énergie que ceux a corps glabre. D'où les deux
expressions: _Avoir du poil_, c'est-à-dire du courage, et _Être à poils_,
c'est-à-dire résolu.

POIL (Faire le). Surpasser, faire mieux ou plus vite,--dans le même
argot.

Signifie aussi: Jouer un tour. Supplanter.

Autrefois on disait _Faire la barbe_.

POILS (Être à). Être nu.

_Monter à poils._ Monter un cheval sans selle.

POINT, s. m. Pièce d'un franc,--dans l'argot des marchands d'habits.

POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers gêneur,--celui qui, par exemple, vous empêche,
par sa présence, de _lever_ une femme ou de l'emmener après l'avoir
levée.

Signifie aussi Créancier.

POINT DE JUDAS, s. m. Le nombre _treize_,--dans l'argot du peuple.

POINTE, s. f. Demi-ivresse,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir sa pointe._ Être gris.

_Avoir une petite pointe._ Avoir bu un verre de trop.

POINT GAMMA. Epoque des examens de fin d'année,--dans l'argot des
Polytechniciens, pour qui c'est le temps de l'_équinoxe_ c'est-à-dire
celui où le travail de nuit est égal à celui du jour.

POINT M, s. m. Expression en usage à l'Ecole polytechnique, et qui sert à
indiquer la limite dans laquelle on accepte, soit des faits, soit des
idées. Ainsi, quand un élève demande à un autre: «Aimes-tu la
tragédie?--Euh! répond l'autre, je l'aime jusqu'au _point M_.»

POINT Q, s. m. Le derrière humain,--dans l'argot des Polytechniciens.

POINTU, s. et adj. Homme qui ne plaisante pas volontiers, désagréable à
vivre,--dans l'argot du peuple.

POINTU, s. m. Evêque,--dans l'argot des voyous.

POINTU, s. m. Clystère,--dans l'argot des bourgeois.

POIQUE, s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.

POISON, s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises mœurs,--dans l'argot du
peuple, qui trouve cette _polio_ amère à boire et dure à avaler.

POISSARDE, s. f. Femme grossière,--dans l'argot des bourgeoises, qui
n'aiment pas les gens «un peu trop forts en gueule».

POISSE, s. m. Voleur,--dans l'argot des voyous.

POISSER, v. a. Voler.

_Poisser des philippes._ Dérober des pièces de cinq francs.

POISSER (Se), v. réfl. S'enivrer,--dans l'argot des faubouriens.

POISSON, s. m. Grand verre d'eau-de-vie, la moitié d'un
demi-setier,--dans l'argot du peuple.

Vieux mot certainement dérivé de _pochon_, petit pot, dont on a fait peu
à peu _poichon_, _posson_, puis _poisson_.

POISSON, s. m. Entremetteur, souteneur, _maquereau_.

POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise farce, attrape presque toujours de
mauvais goût, comme il est encore de tradition d'en faire, chez le peuple
le plus spirituel de la terre, le 1er avril de chaque année,--sans
doute en commémoration de la PASSION de Jésus-Christ.

POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des marbriers
de cimetière, qui ont observé que ces sortes de gens _frayaient_
volontiers, eux pas fiers!

POITOU, adj. Point, non, nullement,--dans l'argot des voleurs.

POITOU, s. m. Le public,--dans le même argot.

POITRINAIRE, adj. Femme qui a beaucoup de gorge. Argot du peuple.

POIVRE, s. m. Poisson de mer, parce que _salé_,--dans le même argot,
parfois facétieux.

POIVRE, adj. Complètement ivre,--dans l'argot des faubouriens, habitués à
boire des vins frelatés et des eaux-de-vie _poivrées_.

_Être poivre._ Être abominablement gris.

POIVRE ET SEL (Être). Avoir les cheveux moitié blancs et moitié
bruns,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi de la barbe.

POIVREMENT, s. m. Payement, compte,--dans l'argot des voleurs.

POIVRER, v. a. Payer.

POIVRER, v. a. Charger une note, une addition,--dans l'argot des
consommateurs.

_C'est poivré!_ C'est cher.

On dit de même: _C'est salé_.

POIVRER QUELQU'UN, v. a. Lui faire regretter amèrement la découverte de
l'Amérique par Christophe Colomb et l'expédition de Naples par Charles
VIII. Argot du peuple.

POIVREUR, s. m. Payeur,--dans l'argot des voleurs.

POIVRIER, s. m. Ivrogne,--dans le même argot.

C'est aussi le nom qu'on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.

POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme galante punie par où elle a péché et
exposée à punir d'autres personnes par la même occasion. Argot du peuple.

    «Va, poivrière de Saint-Côme,
    Je me fiche de ton Jérôme.»

dit un poème de Vadé.

POIVROT, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.

POLICHINELLE, s. m. Homme amusant, excentrique,--dans l'argot des
bourgeois.

POLICHINELLE, s. m. Enfant,--dans l'argot des faubouriens et des petites
dames.

_Avoir un polichinelle dans le tiroir._ Être enceinte.

POLICHINELLE, s. m. L'hostie,--dans l'argot des voyous.

_Avaler le polichinelle._ Communier; recevoir l'extrême-onction.

POLICHINELLE, s. m. Grand verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des
chiffonniers, qui aiment à _se payer une bosse_.

_Agacer un polichinelle sur le zinc._ Boire un verre d'eau-de-vie sur le
comptoir du cabaretier.

POLI COMME UNE PORTE DE PRISON, adj. Brutal,--dans l'argot ironique du
peuple, qui sait avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la
porte au nez.

POLISSON, s. m. Gamin.

POLISSON, s. m. Impertinent,--dans l'argot des bourgeois.

POLISSON, s. m. Libertin,--dans l'argot des bourgeoises.

POLISSON, s. m. Amas de jupons pour avantager les hanches.

Le mot est de madame de Genlis.

Aujourd'hui on dit mieux _Tournure_.

POLISSONNER, v. n. Faire le libertin,--dans l'argot des bourgeois.

POLITESSE, s. f. Offre d'un verre de vin sur le comptoir,--dans l'argot
du peuple qui entend la civilité à sa manière.

_Une politesse en vaut une autre._ Un canon doit succéder à un autre
canon.

POLKA, s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes,
parce qu'en 1843-44, époque de l'apparition de cette gigue anglaise
croisée de valse allemande, il était de bon goût de s'habiller à la
polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la
polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel:
ils ont pour fumier la bêtise.

POLKA, s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé
par la Morale. Argot des modèles.

POLKA (A la). Très bien, à la mode du jour.

POLKA, s. f. Correction, _danse_,--dans l'argot des faubouriens.

_Faire danser la polka à quelqu'un._ Le battre.

POLONAIS, s. m. Ivrogne, dans l'argot du peuple.

L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d'être
conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le sang de la langue
parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite parce qu'elle est, à
ce qu'il me semble, une date, une indication historique et topographique.
Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne rue d'Errancis,--depuis rue du
Rocher,--au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de
_la Petite-Pologne_, et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque
du démembrement de la Pologne?

POLONAIS, s. m. Epouvantail dont on menace les perturbateurs dans les
maisons suspectes, mais _tolérées_. Quand la dame du lieu, à bout de
prières, parle de _faire descendre le Polonais_, le tapage s'apaise comme
par enchantement. «Et le plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne
auquel j'emprunte cette expression, le _Polonais_ n'est autre qu'un
pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les
combles de la maison.»

POLYTECHNICIEN, s. m. Elève de l'Ecole polytechnique,--dans l'argot des
bourgeois.

POLYTECHNIQUE, s. m. _Polytechnicien_,--dans l'argot du peuple.

POMAQUER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.

_Être pomaqué._ Être arrêté.

POMMADER, v. a. Battre quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui
_peignent_ ainsi les gens.

POMMADER, v. a. Amadouer, peloter.

POMMADER (Se). Se saoûler.

POMMADIN, s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.

POMMADIN, s. m. Gandin, imbécile musqué,--dans l'argot du peuple.

L'expression a été employée pour la première fois en littérature par M.
Fortuné Calmels.

POMME, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens.

_Pomme de canne._ Figure grotesque, physionomie bouffonne.

POMMÉ, - ÉE. Excessif, exorbitant, remarquable.

_Bêtise pommée._ Grande ou grosse bêtise.

_C'est pommé!_ C'est réussi à souhait.

L'expression ne date pas d'aujourd'hui, puisque je trouve dans _le
Tempérament_ (1755):

    «Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé:
    Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»

POMME-A-VERS, s. m. Fromage de Hollande,--dans l'argot des voleurs.

POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage thyroïde,--que le peuple regarde comme
la marque de la pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à
l'instigation de la première femme, et dont un ou deux quartiers lui
restèrent dans la gorge.

POMMELER (Se), v. réfl. Grisonner.

POMMES (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau.

On dit aussi _Bath aux pommes!_ pour renchérir encore sur l'excellence
d'une chose.

Cette expression est l'aïeule des _petits ognons_ et autres _petits
oiseaux_ en circulation à Paris.

POMMIER, s. m. La gorge.

_Pommiers en fleurs._ Seins de jeune fille.

_Pommier stérile._ Poitrine maigre et plate.

C'est aux poètes poudrés du XVIIIe siècle que nous devons cette
expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes,
rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de
Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve dans le Paradis
terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux
produisissent un pommier. OEuf implique forcément l'idée de poule.

POMPADOUR, adj. Suranné, _rococo_,--dans l'argot des gens de lettres.

Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.

POMPADOUR, adj. Du dernier galant,--dans l'argot des bourgeois.

POMPAGE, s. m. Action de boire, c'est-à-dire de se griser,--dans l'argot
du peuple.

POMPE, s. f. Retouche,--dans l'argot des tailleurs.

_Petite pompe._ Retouche des pantalons et des gilets.

_Grande pompe._ Retouche des habits et des redingotes.

POMPER, v. a. et n. Boire continuellement,--dans l'argot du peuple.

C'est le _to guzzle_ anglais.

POMPER. Travailler dur,--dans l'argot des typographes.

POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,--dans l'argot des
calicots, qui se plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et
à lui faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue
pompe à gaz.

POMPETTE, adj. Gris,--dans l'argot du peuple.

L'expression a des chevrons, car on la trouve dans la première édition du
Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.

POMPIER, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.

POMPIER, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voyous.

POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.

_Pompier d'honneur._ Scie musicale, spécialement chantée le jour des
élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois
de mai.


POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire les _poignards_,--dans l'argot des
tailleurs.

_Pompière._ Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.

POMPON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.

_Dévisser le pompon à quelqu'un._ Lui casser la tête d'un coup de poing
ou d'un coup de pied.

C'est la même expression que _Dévisser le trognon_.

POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.

_A moi le pompon!_ A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont
pu faire.

_Avoir le pompon de la fidélité._ Être le modèle des maris ou des femmes.

POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.

PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot
du peuple.

Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, _poner_ signifiant
_vesser_ dans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.

PONANTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui,
fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet.»

L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des
peintres et des gens de lettres.

_Faire poncif._ Travailler, peindre, écrire sans originalité.

PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,--dans l'argot du peuple.

PONDRE SUR SES OEUFS, v. n. S'enrichir encore, quand on est déjà
suffisamment riche.

PONDRE UN OEUF, v. a. Déposer discrètement, le long d'un mur ou d'une
haie, le _stercus_ humain,--dans l'argot du peuple, ami de toutes les
plaisanteries qui roulent sur les environs du périnée.

On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement
occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, car _omnes
cacant, etiam reges_; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut
se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en
empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie,
j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»

PONIFLE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Magnuce_ et _Ponisse_.

PONIFLE, s. f. Femme,--dans l'argot des voyous.

PONIFLER, v. a. Aimer.

PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,--dans l'argot des gens de lettres,
qui ont gardé rancune à l'auteur de _Lucrèce_ et _d'Agnès de Méranie_.

PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés
qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier.

_Faire le pont._ Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il
y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.

PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des gens de lettres.

PONTER, v. n. Payer,--dans l'argot des bohèmes.

PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs, fripons
réunis,»--dit Vidocq.

PONTEUR, s. m. Entreteneur, _miché_.

PONTIFE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des cordonniers.

PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous les _ponts_.

POPOTE, s. f. Cuisine,--dans l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une
onomatopée heureuse: le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des
sauces dans les casseroles, etc.

Signifie aussi Table d'hôte.

POPOTE, adj. Médiocre,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.

POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.

POPULO, s. m. Le peuple,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela
avec le même dédain que les Anglais _the mob_.

POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,--dans l'argot des
ouvriers.

PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,--dans l'argot des voleurs.

POREAU, s. m. Poireau,--dans l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux
que ceux qui se moquent de lui, _poreau_ venant d'_allium porrum_, comme
légume, ou de [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.

PORTANCHE, s. m. Portier,--dans l'argot des voleurs.

PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée des coulisses et sur
laquelle se placent les appliques.

PORTE-CHANCE, s. m. Le _stercus_ humain,--dans l'argot du peuple, chez
qui il est de tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là
dedans est un signe d'argent et porte bonheur.

PORTEFEUILLE, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion
aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps.

_S'insérer dans le portefeuille._ Se coucher.

PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Porte-mince_.

PORTE-LYRE, s. m. Poète,--dans l'argot ironique des gens de lettres.

PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.

PORTE-MANTEAU, s. m. Epaules,--dans l'argot des faubouriens.

PORTE-PIPE, s. m. Bouche,--dans le même argot.

PORTER (En). Être trompé par sa femme,--dans l'argot du peuple, qui fait
allusion aux _cornes_ dont la tradition orne depuis si longtemps le front
des maris malheureux.

_En faire porter._ Tromper son mari.

PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,--dans
l'argot de Breda-Street.

On dit aussi _Pousser à la peau_.

PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les autres,--dans l'argot des
bourgeois.

PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui
perd le premier les couleurs de la santé,--dans l'argot du peuple, un peu
trop indiscret.

PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,--dans
le même argot.

PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des faubouriens.

On dit aussi _Porter son paquet_.

PORTER UNE CHOSE EN PARADIS (Ne pas). La payer avant de mourir,--dans
l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on
lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou l'autre.

PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être). Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à
travailler,--dans l'argot des bourgeois.

Le peuple--sans connaître le _gulæ parens_ d'Horace--dit: _Être porté sur
sa gueule_.

PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.

PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,--dans l'argot des artistes.

PORTRAIT, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple.

_Dégrader le portrait._ Frapper au visage.

POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,--vices ou vertus;
étalage de choses qu'on ne possède pas,--maîtresses ou châteaux.
Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!

POSE, s. f. Tour,--dans l'argot du peuple qui a emprunté ce mot aux
joueurs de dominos qui _posent_ le leur à tour de rôle.

_A moi la pose!_ dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de
pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.

POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se
vanter de succès et de richesses imaginaires.

Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou
qu'on croit avoir.

_Poser pour le torse._ Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.

_Poser pour la finesse._ Se croire très fin, très malin.

POSER, v. a. Mettre en évidence.

_Se poser._ Faire parler de soi.

POSER (Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer des gens.

POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation, trouver un individu que
l'on cherchait, savoir où il loge et où il fréquente, pour n'avoir plus
qu'à le _grappiner_ à la première occasion. Argot des voyous et des
voleurs.

_Se faire poser un gluau._ Se faire mettre en prison.

POSSÉDER SON EMBOUCHURE. Savoir bien jouer de la parole,--cette flûte
traversière. Argot des faubouriens.

POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,--dans l'argot des marins.

POSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,--dans l'argot des bourgeois.

POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,--discours ennuyeux, _blague_,--dans
l'argot des typographes.

POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,--dans l'argot des
voleurs.

POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,--dans l'argot des
saltimbanques.

POSTILLON, s. m. La première dame mise en circulation,--dans l'argot des
joueurs de jacquet.

POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en
parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête
habitude de parler en mangeant.

    «Ces postillons sont d'une maladresse!»

POSTILLONNER, v. n. Envoyer des _postillons_ au nez des gens,--qui
n'aiment pas à voyager.

POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer
les billes. Argot des gamins.

POT, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Cuiller à pot et Potiron roulant_.

POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot,--dans l'argot des
lycéens. Voir dans un autre sens _Potasseur_.

On dit aussi _Pot-à-chien_.

POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras, avoir des _yeux_ de
graisse, et qui est maigre. Argot du peuple.

POTAGER, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous, pour qui, sans
doute, les femmes sont vraiment les _choux_ sous lesquels poussent les
enfants.

POTARD, s. m. Pharmacien,--dans l'argot des faubouriens.

Plus spécialement Pharmacien militaire.

POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou d'ennui,--dans le
même argot.

POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,--dans l'argot des Saint-Cyriens et
des lycéens.

POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et très mal quant aux
aptitudes militaires.

POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps humain,--dans l'argot
des faubouriens, qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs
plaisanteries et de leurs coups de pied.

POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,--dans l'argot des
petites dames.

_Être pot-au-feu._ Être mesquin.

_Devenir pot-au-feu._ Se ranger épouser un imbécile ou un myope
incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur
leur vie.

POT-BOUILLASSER (Se). Se marier de la main gauche ou de la main
droite,--dans l'argot des troupiers.

POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,--ou plutôt chose cuisinée. Argot des
ouvriers.

Au figuré, _Faire sa petite pot-bouille_. Arranger ses petites affaires
dans l'intérêt de son propre bien-être.

POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la
corde qu'on achèterait pour les pendre.

On dit aussi _Roué comme une potence_.

POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,--dans l'argot des faubouriens.

On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de
partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui
montrent la route de Clichy.»

POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.

On dit aussi _Vieux potet_,--même à un jeune homme.

Ne serait-ce pas une syncope d'_empoté_? ou une allusion à la vieille
toupie qui sert de _potet_ aux enfants?

POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de portières,--dans l'argot du
peuple, qui a emprunté ce mot au patois normand.

_Faire des potins._ Cancaner.

_Se faire du potin._ Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de
médisance ou d'autre chose.

POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des potins.

POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui
veut s'y enrichir en peu de temps.

POUCE (Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement campé, crânement
exécuté,--dans l'argot des artistes.

POUDRE DE PERLINPINPIN, s. f. Remède sans efficacité; graine
d'attrape,--dans l'argot du peuple.

POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.

_Prendre la poudre d'escampette._ S'enfuir.

C'est ce qu'on appelait autrefois _Faire escampativos_.

POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,--dans l'argot des francs-maçons.

On disait autrefois _Huile blanche_.

_Poudre forte._ Vin.

On disait autrefois _Huile rouge_.

_Poudre fulminante._ Eau-de-vie.

_Poudre noire._ Café noir liquide.

POUDRER, v. a. et n. Se moquer,--dans l'argot des gamins, qui font le
geste bien connu par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la
personne dont ils se moquent.

On dit aussi _Poudrer à blanc_.

POUF, s. m. Dette qu'on ne paye pas; crédit qu'on demande et auquel on
ne fait pas honneur. Argot du peuple.

Signifie aussi Banqueroute.

Quoique _pouf_ ait l'air de venir de _puff_, comme la malhonnêteté vient
du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on
aurait tort de les confondre.

POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,--dans l'argot des faubouriens, qui
savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.

On dit aussi plus élégamment: _Gadoûville_.

POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.

POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée--quand on est femme.
Fréquenter avec les drôlesses--quand on est homme.

POUIC! Rien! non!--dans l'argot des voleurs.

POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une
portée. Argot des chasseurs.

POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,--dans l'argot méprisant des
bourgeois.

Signifie aussi Econome--et même avare.

POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond,
ordinairement désignée sous le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.

POULAINTE, s. f. Vol par échange.

POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Poule mouillée_.

POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des S'offre-à-tous.

POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,--dans l'argot du peuple, qui
se sert du même mot que Shakespeare (_capon_).

POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur.

Les gueux de Londres appellent le hareng saur _Yarmouth capon_ (chapon de
Yarmouth).

POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.

POULET D'INDE, s. m. Cheval.

POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.

POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au _cocorico_
des séducteurs bien accrêtés.

_Lever une poulette._ «Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou
ailleurs.

POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de courses.

POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,--dans l'argot des
voleurs.

POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,--dans l'argot du peuple.

_Gros poupard._ Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe,
ressemblant à un nourrisson de belle venue.

On dit aussi _poupon_.

On a dit autrefois _poupin_, comme en témoigne cette épigramme du
seigneur des Accords:

    «Estant popin et mignard,
    Tu veus estre veu gaillard;
    Mais un homme si popin
    Sent proprement son badin.»

POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé.

On dit aussi _Cathau_.

POUPÉE, s. f. Concubine,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces sortes
de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées
par les enfants.

C'est la _mammet_ des ouvriers anglais.

On dit aussi,--quand il y a lieu: _Poupée à ressorts_.

POUPÉE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.

POUPOUILLE, s. f. Cuisine, _popote_,--dans l'argot des faubouriens.

POUPOULE, s. f. Chère amie,--dans l'argot des bourgeois.

POUR, adv. Peut-être,--dans l'argot des voleurs.

POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas,--dans
l'argot des tailleurs.

_Armoire aux Pour-compte._ C'est le _carton aux ours_ chez les
vaudevillistes.

POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,--dans l'argot du peuple.

_Femme pour de vrai._ Femme légitime.

_Ami pour de vrai._ Ami sûr.

On dit aussi _Pour de bon_.

POURRI, adj. et s. Homme vénal, _corrompu_, ambitieux, qui a laissé
pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le
taret de l'égoïsme.

POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la première élégance,--dans
l'argot des gandins et des petites dames.

POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des consciences à Paris, ville
où l'on s'effémine trop facilement,--dans l'argot du caricaturiste
Lorenz, qui affectionne la désinence _isme_.

POUSSE, s. f. Les gendarmes,--dans l'argot des voleurs.

POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,--dans l'argot du peuple.

Substantif bizarre,--mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc
de ce qui se pousse.»

POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement tous les
aphrodisiaques. Argot des voleurs.

POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de rhum pris après le
café,--dans l'argot des bourgeois.

POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,--dans l'argot des faubouriens.

POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple, qui sait que
ces agents de l'autorité ne prennent pas toujours des mitaines pour
faire circuler la foule.

Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là:
_Chien courant du bourreau_.

POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la foule.

Par extension: Reproches, réprimande.

POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,--dans l'argot des
ouvriers.

POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement--dans l'argot du
peuple--d'une chose vantée d'avance et trouvée inférieure à sa
réputation, ainsi que de toute besogne ridicule et sans profit.

On dit mieux: _Une belle poussée de bateaux_!

POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,--dans l'argot des voleurs.

POUSSER, v. n. Surenchérir,--dans l'argot des habitués de l'Hôtel des
ventes.

POUSSER, v. a. et n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi: _Pousser son glaire_.

POUSSER DE L'AIR (Se). S'en aller de quelque part.

On dit aussi: _Se pousser un courant d'air_.

POUSSER DU COL (Se), v. réfl. Être content de soi, et manifester
extérieurement sa satisfaction,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise.

Une chanson populaire--moderne--consacre cette expression; je me
reprocherais de ne pas la citer ici:

    «Tiens! Paul s'est poussé du col!
    Est-il fier, parc'qu'il promène
    Sarah, dont la douce haleine
    Fait tomber les mouch's au vol.»

Signifie aussi S'enfuir.

POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux dames,--dans l'argot du
peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbe _au neveu de Rameau_.

POUSSER DANS LE BATTANT (Se). Boire ou manger, mais surtout boire.

POUSSER LE BOUM DU CYGNE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui
disent cela à propos des garçons de café et de leur fatigant _boum! pas
de crème, messieurs?_

POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une affaire quelconque,--mais
surtout dans une entreprise amoureuse.

    «Que de projets ma tête avorte tour à tour!
    Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»

dit une comédie-parade du XVIIIe siècle (_le Rapatriage_).

POUSSER SON ROND, v. a. _Alvum deponere_,--dans l'argot des maçons.

POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse, inventer une histoire,
mentir. Argot des faubouriens.

On dit aussi: _Monter un bateau_.

POUSSER UNE GAUSSE, v. a. Faire un mensonge,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi: _Pousser une histoire_.

POUSSIER, s. m. Monnaie,--dans l'argot des voleurs.

POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas étage,--dans
l'argot des faubouriens.

POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.

On dit aussi simplement _Poussier_.

POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut plus,--dans l'argot
du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les
infirmités.

POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale que portaient les
Incroyables sous le Directoire.

L'expression est encore employée de temps en temps.

POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE (Ne). Le haïr; le détester
extrêmement,--dans l'argot des bourgeois.

PRANDION, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des artistes, dont
quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le mot latin
(_prandium_) francisé par quelque écrivain fantaisiste.

C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.

PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.

PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.

PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes,
rochers, etc. Argot des coulisses.

PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de deux lames d'ivoire
jointes, à l'aide duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de
Polichinelle.

PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne
paye pas ses dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police,
etc. Quand un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!» c'est
qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.

PRÉ, s. m. Bagne,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi le _Grand pré_.

_Aller au pré._ Être condamné aux travaux forcés.

On dit aussi: _Aller faucher au pré_.

PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse, habituée de bals publics,
du pré Catelan et de Mabille. Hors d'usage.

PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,--dans l'argot du peuple.

PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une femme trop galante.

PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,--dans l'argot des voyous.

PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner la _première_
représentation d'une pièce de théâtre,--dans l'argot des comédiens et des
gens de lettres.

PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.

On dit de même _Secondes_ et _Troisièmes_, pour les voitures de 2e et de
3e classe.

PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait, _numéro un_.

PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal politique où l'on voit,
d'après Alphonse Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui,
semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont
creux».

PRENDRE AU SOUFFLEUR. Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du
souffleur. Argot des coulisses.

On dit aussi: _Prendre du souffleur_.

PRENDRE DE BEC (Se), v. pron. Se dire des injures,--dans l'argot des
bourgeois.

PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions pour dire ou faire
une chose,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec
ironie.

On dit aussi: _Prendre des gants_.

PRENDRE DES TEMPS DE PARIS. Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime
préalable,--dans l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.

PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper de l'Ecole,--dans l'argot des
Polytechniciens.

PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,--dans l'argot
du peuple, qui prend et reprend ce collier-là depuis longtemps.

_Quitter le collier de misère._ Avoir fini sa journée et sa besogne et
s'en retourner chez soi.

PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du commerce,--dans l'argot des
bourgeois.

PRENDRE SES JAMBES A SON COU. Courir.

PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN. Se moquer de lui par parole ou
par action.

PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le dos,--dans l'argot
facétieux du peuple.

PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisser _pincer_ le doigt entre deux pierres
ou deux battants.

PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant--qui est toujours l'héritier présomptif de
quelqu'un.

PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose; empressement.

_Il n'y a pas de presse._ Il n'est pas nécessaire de faire cela,--du
moins pour le moment. Cela ne presse pas.

PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas
faire,--dans l'argot des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout
d'une pièce qu'avec un carreau très chaud.

PRÊT, s. m. Paie,--dans l'argot des soldats.

PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN. Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les
cinq doigts sur le visage,--dans l'argot des faubouriens.

PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille, écouter,--dans l'argot des voleurs.

PREU, s. et adj. Premier--dans l'argot des enfants et des ouvriers.

PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,--dans l'argot des prisons.

PRIANTE, s. f. Eglise,--dans l'argot des voleurs.

PRINCE, s. m. Galeux,--dans l'argot facétieux et elliptique des
faubouriens. Ils disent _Prince_, mais ils sous-entendent _de Galles_.

_Princesse._ Galeuse.

PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,--dans l'argot sinistrement facétieux du
peuple.

PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street, où il
semble que la générosité, comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.

PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de
lettres.

On dit aussi _Princesse du trottoir_.

PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,--dans l'argot du
peuple.

PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.

PRISON DE SAINT-CRÉPIN (Être dans la). Être dans des souliers trop
étroits.

PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,--dans l'argot des bourgeois.

PRODUISANTE, s. f. La terre,--dans l'argot des voleurs, reconnaissants
envers la vieille Cybèle.

PROFANE, s. m. Étranger,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont leurs
mystères comme autrefois les païens, avec cette différence que la
révélation n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre
chose que des _farces_ spéciales aux mystères de la _Bonne Déesse_, ou à
ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.

PROFOND, s. m. Fossé, trou,--dans l'argot des paysans des environs de
Paris.

PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,--dans l'argot des voyous et des
voleurs.

PROFONDE, s. f. Cave,--dans l'argot des voyous.

PROMENER QUELQU'UN. Se moquer de lui,--dans l'argot du peuple.

PROMONT, s. m. Procès,--dans l'argot des voleurs.

PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,--dans l'argot des romantiques, qui
avaient, eux aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques,
leurs ennemis.

Théophile Gautier a le premier employé cette expression, qu'emploient
depuis longtemps les médecins zagorites: [grec: to mpourno].

PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.

_Être propre_: pour lui, est l'équivalent de: _Être dans de beaux draps_.

PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne de la roue,--dans
l'argot du peuple, qui ne connaît pas, après _feignant_, d'injure plus
sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus
brave des hommes.

PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme les autres
ouvriers,--dans l'argot des typographes.

PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une femme galante.

On dit aussi _Milord protecteur_.

Les actrices disent _Bienfaiteur_.

PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.

PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,--dans l'argot des marins.

_Filer le cable de proue._ Alvum deponere.

PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,--dans l'argot des voleurs.

PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.

PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,--dans l'argot du peuple, qui crie
souvent: _Prout! prout!_

Se dit aussi--dans le même argot--des sacrifices faits au dieu Crépitus.
C'est une onomatopée.

PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur.

PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a été inventé par Henry
Monnier. On se rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la
conversation, cette phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les
lèvres duquel elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur,
soyez-le.» _Soyez-le_ pour _soyez heureux_! L'ellipse est un peu forte.

Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de
Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il
ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il
dit _très sérieusement_ dans le _Figaro_ du 7 décembre 1865.

PRUNE, s. f. Balle ou boulet,--dans l'argot des soldats, qui ne se
battent vraiment que pour des prunes.

Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV
des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier
de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il
l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein
de vous préparer une collection de bien autres _prunes_ que celles-ci,
et un peu plus dures à digérer.»

On dit aussi _Pruneau_.

_Gober la prune._ Recevoir une blessure mortelle.

PRUNE, s. f. Griserie,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette
expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux,
c'est-à-dire depuis 1798.

_Avoir sa prune._ Être saoul.

PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,--dans l'argot des faubouriens.

PRUNEAU, s. m. _Alvi dejectio._

_Poser un pruneau._ Levare ventris onus.

PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.

_Boucher ses pruneaux._ Dormir.

PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,--dans l'argot des voleurs, qui
savent que ces prélats sont habillés de violet.

PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. _Fumées_ d'un animal,--dans l'argot des
chasseurs.

PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,--dans
l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous
l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les
reins des soldats prussiens.

On connaît la chanson:

    «Le général Kléber,
    A la barrièr' d'Enfer,
    Rencontra un Prussien
    Qui lui montra le sien.»

C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les
Zingaris, une étymologie--toute moderne.

PUANT, s. et adj. Fat,--dans l'argot du peuple, qui fait peut-être
allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des
élégants.

PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,--_plus sot_ qu'il ne
convient.

PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir
pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.

Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas
étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.

PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des faubouriens.

PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,--dans l'argot du peuple, qui dit
cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.

PUER BON, v. n. Sentir bon.

PUFF, s. m. Charlatanerie.

Vient du verbe anglais _to puff_, bouffer, boursoufler, faire _mousser_.

PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles,
d'élixirs invraisemblables; montreur de _phénomènes_ c'est-à-dire, par
exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une
Malibran noire, de frères spirites, etc.

Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore
allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi
lesquels il faut citer M. Barnum, le _prince de la blague_ (_prince of
humbug_).

PUISSANT, adj. Gros, fort,--dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas
autant du sens latin (_potens_) que seraient tentés de le croire les
bourgeois moqueurs.

PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme _profond_ par son savoir--ou par ses
apparences de savoir.

PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,--dans l'argot des gens
de lettres.

_Encore une punaise dans le beurre!_ Encore une drôlesse qui du trottoir
passe sur les planches d'un petit théâtre pour y _faire_ des hommes plus
_respectables_,--comme argent.

Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à
poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va
droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise!
encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas
écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses
abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation
soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

PUNAISE, s. f. Fleur de _lit_,--dans l'argot des voyous, qui ne sont pas
précisément légitimistes.

PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, _puante_ de méchanceté,--dans
l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression
même employée par le prince des poètes latins: _Cimex_, dit Horace.

PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des
gigolettes et leurs gigolos.

PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.

Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.

PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique
intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses
opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de
Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le
Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le
bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais
regretté d'oublier ce mot et ce type--modernes.

PURÉE, s. f. Cidre,--dans l'argot des voleurs.

PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,--dans l'argot des
faubouriens.

_Faire de la purée de marrons._ Appliquer un vigoureux coup de poing en
pleine figure.

PURGATION, s. f. Plaidoyer,--dans l'argot des voleurs.

PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,--dans
l'argot des cabaretiers.

PUR-SANG, s. m. Cheval de race,--dans l'argot du Jockey-Club.

PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa
beauté--et de ses vices. Argot des viveurs.

PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,--plus
souvent encore le mépris que le doute.

PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour--ou qui le donne trop facilement.
Argot du peuple.

L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est
peut-être pas un seul poète français--un ancien--qui ne s'en soit servi.

_Putain comme chausson._ Extrêmement débauchée.

On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: _C'est une
putain._

_Avoir la main putain._ Donner des poignées de main à tout le monde, même
à des inconnus.

PUTASSIER, s. et adj. Libertin.

PUTINER, v. n. Courir les gueuses.

PUTINERIE, s. f. Libertinage,--en parlant des femmes. Amitié banale,--en
parlant des hommes.

PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,--dans l'argot de
Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.

Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit
_putipharder_.


Q

QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Quand les poules auront des dents_.

QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.

QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.

QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une
charge d'agent de change. Argot des boursiers.

Il y a aussi des _cinquièmes_, des _sixièmes_ et même des _dixièmes
d'agent de change_.

QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de
théâtre. Argot des coulisses.

QUART-D'OEIL, s. m. Commissaire de police,--dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.

QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,--dans l'argot des
ouvriers qui ont été travailler en Belgique.

QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,--dans
l'argot du peuple, qui a lu _Notre-Dame de Paris_.

QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,--dans l'argot des coulisses.

L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux
Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où
paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des
légumes, et celles-là des poissons,--crustacés ou non. Vous avez compris?

QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voleurs.

QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple apprécie la valeur des
choses--qui n'en ont pas pour lui.

_Fichu_ ou _Foutu comme quatre sous_. Mal habillé.

QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.

QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,--dans l'argot des
marchands forains.

_Vendre le quatre-vingt-dix._ Révéler le secret.

QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,--dans l'argot du
peuple.

QUATUOR, s. m. Le quatre,--dans l'argot des joueurs de dominos.

QUELPOIQUE, adv.--Rien,--dans l'argot des voleurs.

QUELQUE PART, Adverbe de _lieux_,--dans l'argot des bourgeois.

QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de
pied,--dans l'argot du peuple.

_Avoir quelqu'un quelque part._ En être importuné,--en _avoir plein le
dos_.

QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de
l'importance.

_Se croire un quelqu'un._ S'imaginer qu'on a de la valeur, de
l'importance.

_Faire son quelqu'un._ Prendre des airs suffisants. _Faire ses embarras._

QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,--dans l'argot du
peuple, qui pourtant n'a pas lu les _Aventures du baron de Fœneste_.

QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.

QUENOTTES, s. f. pl. Dents,--dans l'argot des enfants.

Ils les appellent aussi _Louloutes_.

QUENOTTIER, s. m. Dentiste,--dans l'argot des faubouriens.

QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme
par sa maîtresse.

_Faire une queue à sa femme._ La tromper en faveur d'une autre femme.

QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, _carotte_. Argot des
soldats.

_Faire sa queue._ Tromper.

QUEUE, s. f. Reliquat de compte,--dans l'argot des débiteurs.

_Faire une queue._ Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi
à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue
s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note
formidable.

QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est
_vert_. Argot des faubouriens.

QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,--dans l'argot des bourgeois.

QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une
longue et étroite lanière.

QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs d'un dîner mal digéré.
Argot du peuple.

QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.

QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme
les _loups_.

QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,--dans
l'argot des coulisses.

Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé
par eux.

QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,--dans
l'argot des typographes, dont c'est le _javanais_.

Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l'on pourrait croire
moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma
définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la
trouve _bonne_.» Aussitôt un loustic ajoute _d'enfant_, puis un
autre _ticide_, puis d'autres _de Normandie,--t-on--taine--ton
ton--mariné--en trompette--tition--au Sénat--eur de sanglier--par la
patte--hologie--berne--en Suisse--esse--vous que je vois_, etc., etc.,
etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne
d'enfant,--infanticide,--cidre de Normandie,--dit-on,--ton taine ton
ton,--thon mariné,--nez en trompette,--pétition au Sénat,--hure de
sanglier, etc.

QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour
annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.

QUIBUS, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple.

QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot,
souvent employée pour répondre à une importunité.

QUIGNON, s. m. Gros morceau de pain.

QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui
s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.

QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de
quelqu'un,--par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez
nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.

QUILLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.

QUIMPER, v. n. Tomber,--dans l'argot des voleurs.

QUIMPER LA LANCE, v. a. _Meiere_. Même argot.

QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,--dans l'argot des faubouriens.

_Belle paire de quinquets._ Yeux émerillonnés.

_Allumer ses quinquets._ Regarder avec attention.

_Éteindre les quinquets._ Crever les yeux.

QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital
du Midi.

_Avoir quinte-et-quatorze._ N'avoir pas su écarter la dame de cœur,--ou
plutôt la dame de pique.

QUINTETTE, s. m. Le cinq,--dans l'argot des joueurs de dominos.

QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de
l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et
bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.

QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,--dans l'argot du peuple.

QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de
lapins, cous d'oies, etc.,--dans l'argot des chiffonniers, qui vendent
cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».

QUI-VA-LA, s. m. Passeport,--dans l'argot des faubouriens.

QUI-VA-VITE, s. f. _Ventris fluxus_, courante,--dans l'argot des
bourgeois.

QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,--dans l'argot du
peuple.

QUOQUANTE, s. f. Armoire,--dans l'argot des voleurs.

QUOQUARD, s. m. Arbre,--dans le même argot.

QUOQUERET, s. m. Rideau--dans le même argot.


R

RABACHAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple. Redites inutiles,
vieux clichés,--dans l'argot des gens de lettres.

RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font
d'ordinaire les vieillards.

RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui
raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.

RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,--dans l'argot du
peuple.

On dit aussi _Père Rabat-joie_.

RABIAGE, s. m. Rente,--dans l'argot des voleurs.

RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,--dans l'argot des faubouriens,
qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.

On dit aussi _Rabiautage_.

RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services
à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs
effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent,
des _restes_ de soupe.

RABIAU, s. m. Temps qui _reste_ à faire,--dans l'argot des troupiers.

On dit aussi _Surcroît de punition_.

RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.

Je ne sais pas d'où vient _rabiau_, mais _rabiauter_ vient certainement
de _rebibere_ (boire de nouveau).

RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,--dans l'argot des
enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de
Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent
une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres--à d'autres.

RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,--dans l'argot des
bourgeois.

_Se rabibocher._ Se réconcilier.

RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,--dans l'argot du
peuple.

RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.

RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant
encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à
lapins plutôt que demeures humaines.

RABOUIN, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.

RABOULER, v. n. Revenir, _abouler_ de nouveau,--dans l'argot des
faubouriens.

RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,--dans l'argot du
peuple.

On dit aussi _Rembarrer_.

RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,--_populi
fex_.

C'est le _tag-rag_ des Anglais.

RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,--dans l'argot des
coulisses.

RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,--dans l'argot des paysans des
environs de Paris.

RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,--dans l'argot des voleurs.

On disait autrefois _Raccourcir d'un pied_, ce qui est une longueur de
tête.

On dit aussi _Rogner_.

RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en
bas bien tirés,--dans l'argot du peuple.

RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.

RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,--comme
celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de
Meaux».

RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

RACLER, v. a. Prendre; perdre.

On dit aussi _Rafler_.

RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,--dans l'argot des musiciens.

RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,--dans l'argot des voleurs.

RACONTAINE, s. f. Récit familier, _cancan_.

RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, _échos_,--dans l'argot
des journalistes.

C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui
en laisse la responsabilité.

RADE OU RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les _radis_,--dans
l'argot des voleurs.

Signifie aussi Boutique.

RADE, s. m. Apocope de _Radis_,--dans l'argot des voyous.

RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,--dans l'argot des bohèmes, qui
souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés
célèbres peints par Géricault.

_Être sur le radeau de la Méduse._ N'avoir pas d'argent.

RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,--dans l'argot des voleurs.

_Friser le radin._ Le débarrasser de sa montre.

RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,--dans l'argot des
faubouriens.

_N'avoir pas un radis_: Être tout à fait pauvre.

RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,--dans le langage
des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

On dit aussi: _Passer au grand radoub_.

RADURER, v. a. Repasser sur la meule,--dans l'argot des voleurs.

RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.

RAFALE, s. f. Misère,--dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques
continuelles de la vie.

RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.

Ne faudrait-il pas dire plutôt _affalé_? Je crois que oui. Les marins,
voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au
figuré _Être affalé sur la côte_,--ce qui est, en somme, _être à la
côte_.

RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,--dans l'argot des voleurs, qui savent
mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent
_ravaler_ un homme.

RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,--dans
l'argot du peuple.

RAFFURER, v. a. Regagner,--dans l'argot des voleurs.

RAFFUT, s. m. Tapage,--dans l'argot du peuple.

RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.

RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.

Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent
ainsi tout Bâtiment léger.

RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.

RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses
habits du dimanche.

RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.

RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une
certaine quantité de choses. Argot du peuple.

RAFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_.

RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,--dans l'argot des
troupiers.

On dit aussi: _Se rafraîchir d'un coup de sabre_.

RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,--dans l'argot du peuple.

RAGOT, s. m. Cancan, médisance,--sans doute par allusion aux grognements
des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des
marcassins.

RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.

On dit aussi _Ragonner_.

RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.

S'emploie souvent en mauvaise part:

    «J'aurois un beau teston pour juger d'une urine,
    Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
    Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»

dit Mathurin Régnier en sa satire _la Poésie toujours pauvre_.

RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,--dans
l'argot des artistes.

RAGOÛT, s. m. Soupçon,--dans l'argot des voleurs.

_Faire des ragoûts._ Éveiller des soupçons.

RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,--dans l'argot du peuple, qui
emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.

_Vieillard ragoûtant._ Qui est propre,--et surtout sans infirmités.

_Femme ragoûtante._ Qui excite l'appétit des amoureux.

RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.

RAIDE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Rude_.

RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,--c'est-à-dire à avaler.

Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.

_La trouver raide._ Être étonné ou offensé de quelque chose.

RAIDE, adj. Complètement gris,--parce que l'homme qui est dans cet état
abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se
raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.

On dit aussi _Raide comme la Justice_.

RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.

RAIDIR, v. n. Mourir.

On dit aussi _Raidir l'ergot_, ou _les ergots_.

RAILLE, s. f. Les agents de police en général,--dans l'argot des voleurs.

RAILLE, s. m. Mouchard.

RAISINÉ, s. m. Sang,--dans le même argot.

RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,--dans l'argot du peuple, qui
n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.

RAJOUTER, v. a. Ajouter,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent
le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.

RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien
acheter. Argot des bouquinistes.

RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,--dans
l'argot des boutiquiers.

RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passants pour leur
proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.

RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838,
d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas
et autres Géoramas alors en vogue. C'était leur _javanais_.

_Parler en rama._ Ajouter _rama_ à toutes les phrases.

RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,--dans l'argot des
faubouriens.

_Se faire ramasser._ Se faire arrêter.

RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.

RAMASSER SES OUTILS. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.

RAMASTIQUER, v. a. Ramasser,--dans l'argot des voleurs.

RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.

RAMBUTEAU, s. m. Colonne _ad usum lotii_ des promeneurs, établie le long
de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.

RAME, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.

RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en
_ramenant_ habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête--et
«empruntant ainsi un qui vaut dix».

RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à
la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y
nouer connaissance avec quelque galant homme.

RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés--dans l'argot du peuple.

_Se ramicher._ Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.

RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,--dans l'argot des
faubouriens.

RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en
vient crier: _haut en bas_, par les rues des villes, barbouillé de suie,
raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.

RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,--par allusion
au bruit désagréable que fait le _ramona_ en montant et en descendant
dans la cheminée qu'il nettoie.

RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,--dans l'argot
des coulisses.

Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.

_Princesse de la rampe._ Actrice.

_Se brûler à la rampe._ Jouer pour soi,--s'approcher trop près du public,
sans s'occuper des autres acteurs en scène.

RAMPEAU! Coup nul,--dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux
billes ou à la balle.

Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du
second coup d'une partie en deux coups de boule.

RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.

L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la
Courtille.

RANCART, v. _Rencart._

RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et
quelquefois les ouvriers typographes.

RAPATRIER (Se). Se réconcilier,--dans l'argot du peuple.

RAPE, s. f. Le dos,--dans l'argot des voleurs.

RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.

RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même,--dans l'argot du
peuple.

RAPIN, s. m. Mauvais peintre,--dans l'argot des bourgeois.

RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,--dans l'argot des
faubouriens.

RAPIOTER, v. a. Rapiécer.

RAPIOTER, v. a. Fouiller,--dans l'argot des voleurs.

RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot
des faubouriens.

On dit aussi et mieux _Rappliquer_.

RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des
écoliers.

RASER, v. a. Ennuyer, être importun,--comme le sont ordinairement les
barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur
la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi
vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres.

On disait il y a cent ans: _Faire la barbe_.

RASIBUS, prép. Tout près, tout contre, _au ras_,--dans l'argot du peuple.

RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.

_Rasoir anglais._ Le plus ennuyeux,--les rasoirs qui viennent de Londres
ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.

On dit aussi _Raseur_.

RASOIR! Exclamation de la même famille que _Des navets!_

RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,--dans l'argot des révolutionnaires
de 1793.

_Passer sous le rasoir national._ Être exécuté.

RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa
fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du
logis soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la
porte à ses complices du dehors.

On dit aussi _Raton_.

_Courir le rat._ Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.

RAT, s. m. Caprice,--dans l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à
propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.

Autrefois, _Avoir des rats_ c'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon,
étourdi, escarbillard, farceur et polisson».

RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.

RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On
l'appelle aussi, _rat de cave_.

RAT, s. m. Retardataire,--dans l'argot des Polytechniciens.

_Rat de ponts._ Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son
rang des Ponts-et-Chaussées.

_Rat de soupe._ Celui qui arrive trop tard au réfectoire.

RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est
à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui
devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de
Fanny Essler.

Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes--mal
informées--lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor
Roqueplan.

RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,--dans l'argot des
troupiers.

RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Anisette de barbillon_ et _Bourgogne de cheval_.

RATAPOIL, s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur
aveugle de l'empereur Napoléon.

RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.

RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.

RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,--dans l'argot des marchands de
vin V.--_Rat._

RAT DE PRISON, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs.

RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer une affaire,--amoureuse
ou autre. Argot du peuple.

_Rater une femme._ Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoir
_couchée en joue_.

RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,--dans l'argot des voyous et des voleurs.

_Serpillière de ratichon._ Soutane de prêtre.

On dit aussi _Rasé_ ou _Rasi_.

RATICHON, s. m. Peigne,--dans l'argot des faubouriens.

RATICHONNER, v. a. Peigner.

RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.

RATISSER, v. a. Prendre, _chiper_,--dans l'argot des faubouriens.

_Se faire ratisser._ Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.

RATISSER (En), v. a. Se moquer de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne
de l'indicatif présent.

RATON, s. m. Petit voleur.

RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de
composer (on dit _rattraper_) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la
copie suivante.

RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.

RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine
au-dessous de Paris avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.

Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années,
leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que
charriait la pluie.

RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des vêtements,--dans l'argot du
peuple.

RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose; s'amuser au lieu de
travailler.

RAVIGNOLE, s. f. Récidive,--dans l'argot des voleurs.

RAVIGOTE (A la), adv. D'une façon piquante. Argot du peuple.

RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon état; réjouir.

RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.

RAZZIA, s. f. Rafle,--dans l'argot du peuple, retour d'Afrique.

RÉAC, adj. et s. Bourgeois, _réactionnaire_,--dans l'argot des
faubouriens.

Le mot date de 1848.

REBATIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.

RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec aigreur aux
observations qu'on lui fait,--qui se _rebèque_ en un mot. Argot des
bourgeois.

On dit aussi _Mademoiselle Rébecca_. (Rien de la Bible.)

REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec
colère,--dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait
l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.

REBÉQUER, v. n. Répéter,--dans l'argot des faubouriens.

REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins
énergiquement,--dans l'argot du peuple.

REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,--dans l'argot des
troupiers, tous plus ou moins cocardiers.

REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,--dans l'argot des faubouriens.

REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,--dans l'argot des voleurs.

_Rebonneter pour l'af._ Flatter ironiquement.

REBONNETER (Se), v. réfl. Devenir meilleur,--dans l'argot des
faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.

REBONNETEUR, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.

REBOUIS, adj. Mort, _refroidi_,--dans le même argot.

REBOUISER, v. a. Tuer,--dans le même argot.

A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser
quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.

REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,--dans l'argot des faubouriens.

Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'_Assommoir_
(_o lepida cantio!_) où l'on dit:

    «Faut pas blaguer, le treppe est batte;
    Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.
    Si queuq's gonziers train'nt la savate,
    J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.

REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.

REBOUISEUR, s. m. Savetier,--dans l'argot des revendeurs.

REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,--dans l'argot des voyous. (V.
Vidocq, p. 55.)

REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du
peuple.

REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.

RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.

RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand
on a été malade,--dans l'argot du peuple.

RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.

RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un
emploi.

    «Mon rival, j'en suis convaincu,
    Va recevoir la pelle au cul!»

dit une chanson du temps de l'Empire.

RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,--dans l'argot des troupiers.

RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les
vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des
ouvriers.

RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.

RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne
inspiration venue après coup. Argot du peuple.

Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.

RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des voleurs.

RÊCHE, s. m. Sou,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon
_rude_.

RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,--dans l'argot du peuple.

RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux
décernent--moyennant cinq francs la ligne--à toute œuvre ou à tout
médicament qui est le moins digne d'être loué.

RECONDUIRE, v. a. Siffler,--dans l'argot des coulisses.

RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de pied ou à coups de
poing,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Faire la conduite_.

RECONOBRER, v. a. Reconnaître,--dans l'argot des voleurs.

RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces,
revenir à la santé. Argot du peuple.

RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,--dans
l'argot des voleurs.

RECTA, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,--dans l'argot du peuple.

_Payer recta._ Payer jusqu'au dernier sou.

C'est l'adverbe latin détourné de son sens.

RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.

_Se faire récurer._ Se faire traiter à l'hôpital du Midi.

RÉDAM, s. f. Grâce,--dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient
pas à leur _rédemption_.

REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à
charge,--dans le même argot.

REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne
veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur
refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des
paresseux et des fripons.

_Chevalier de la Redresse._ Industriel qui _carotte_ le vivre et le
couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.

REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,--dans l'argot des
faubouriens.

REFAIRE (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,--dans
l'argot du peuple.

Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.

REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait
précédemment joué quelque méchant tour.

REFAITE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.

_Refaite du mattois._ Déjeuner.

_Refaite de jorne._ Dîner.

_Refaite de sorgue._ Souper.

_Refaite de côni._ Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture
que prend le condamné à mort avant son exécution.

REFAITER, v. n. Manger.

REFILER, v. a. Rendre, restituer,--dans l'argot des voyous.

REFILER, v. a. Suivre, rechercher,--dans l'argot des voleurs.

REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,--dans l'argot des
ouvriers.

_Refouler au travail._ Fêter la Saint-Lundi.

RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes
morales de son temps.

L'expression n'est pas de Jules Vallès,--comme on serait excusable de le
croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre,
attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle _Camp des
réfractaires_ un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins
littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là
est appelé par ses hôtes l'_Hôtel des réfractaires_, les chambres
ressemblant, paraît-il, à des casemates.

REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,--dans l'argot des voleurs.

REFROIDIR, v. a. Tuer.

RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,--dans l'argot du peuple.

_A la régalade._ Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la
bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.

RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.

RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu
quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son
écot.

REGARDANT, adj. Économe, avare,--dans l'argot des domestiques, habitués à
considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,--dans
l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne
veulent pas qu'on le marchande.

RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,--en parlant des choses et des
gens.

_Être régence._ Se donner des airs de roué.

_Souper régence._ Souper où les femmes légères sont spécialement admises.

RÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur
Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le
monde a lue,--quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de
personnes. Argot des faubouriens.

REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse
le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.

REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.

RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses
habitudes. Argot des bourgeois.

C'est le pendant de _Sage comme une image_.

REGON, s. m. Dette,--dans l'argot des voleurs.

REGONCER, v. a. Devoir.

REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,--dans le même argot.

_Faire du regout._ Être arrêté.

RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la
Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.

RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande
pesée par les bouchers.

RELEVANTE, s. f. Moutarde,--dans l'argot des voleurs.

RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,--dans l'argot des faubouriens, à
qui il coûte sans doute de dire _Se relever de la misère_.

On dit aussi _Être à la relève_.

RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.

On dit aussi _Se relicher le morviau_.

RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,--dans
l'argot du peuple.

RELUIT, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Jour.

RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,--dans l'argot du
peuple.

Signifie aussi: Faire les yeux doux.

REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un _débinage_,--dans l'argot des
voyous.

REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.

REMBROQUER, v. a. Reconnaître.

Signifie aussi Regarder.

REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,--dans l'argot du
peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.

REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un
ouvrier,--dans l'argot des bourgeois.

REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Remercier son boulanger_.

REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine
fétide, pour l'empêcher de parler davantage.

REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous
manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des
bourgeois.

REMISER SON FIACRE. Se taire,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise
sur les affaires qu'il procure à un agent de change.

RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, _chineur_,--dans l'argot des gens
de lettres, qui se souviennent de _la Comédie humaine_ de Balzac.

REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,--dans
l'argot des ouvriers.

REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son
bonheur,--dans l'argot du peuple.

REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,--dans l'argot des
faubouriens.

Les Italiens disent _rimorchiare_, donner des regards pour allécher.

REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes--ou des prétextes à
rixe.

REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas--dans l'argot des
ménagères.

REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,--dans l'argot des faubouriens.

REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un
volume,--dans l'argot des gens de lettres.

REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,--dans l'argot des
faubouriens.

RENACHÉ, s. m. Fromage,--dans l'argot des voleurs.

RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de
faire une chose. Argot des faubouriens.

Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.

RENARD, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

RENARD, s. m. Pourboire,--dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés
d'employer toutes les _ruses_ de leur imagination pour en obtenir un des
familles inconsolables, mais «dures à la détente».

RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.

_Piquer un renard._ Vomir.

Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait _Ecorcher le
renard_.

Les Anglais ont une expression analogue: _to shoot the cat_ (décharger le
chat).

RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou
dans de mauvaises dispositions d'estomac.

RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.

RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi: Danger, péril.

RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise
humeur. Argot du peuple.

C'est le verbe _arnauder_ de la langue romane.

_Renauder_ signifie aussi Se plaindre.

RENCART ou RANCART (Au) A l'écart, au rebut.

RENDÈVE, s. m. Apocope de _Rendez-vous_,--dans l'argot des faubouriens.

RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,--dans l'argot des voleurs.

RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,--dans l'argot des
tailleurs.

Au figuré, Mourir,--rendre son âme au _Grêle d'en haut_.

RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. MOURIR,--dans l'argot des troupiers, qui
disent cela à propos des tambours-majors.

RENDRE SA CLEF. Mourir,--dans l'argot des bohèmes.

RENDRE SON CORDON. Mourir,--dans l'argot des rapins, qui disent cela à
propos des concierges.

RENDRE SON LIVRET. Mourir,--dans l'argot des domestiques.

RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit
cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.

RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un
coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup
de poing plus violent. Argot du peuple.

Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers
des gens qui ont montré de la parcimonie.

RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à pied»,--dans l'argot
des faubouriens.

RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.

RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements
d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.

RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis
journalistes ou vaudevillistes,--telles que «l'étoile de l'honneur, la
croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.

RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,--dans
l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.

_Rengraciez!_ Taisez-vous! faites silence!

RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,--dans l'argot des
voyous.

RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,--dans l'argot des
faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.

RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.

Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...

RENIFLER, v. a. et n. Boire.

Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:

    «Renifle, Pierrot,
    Y a du beurre au pot.»

RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,--dans l'argot des joueurs de
billard.

RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,--dans
l'argot des voyous.

RENQUILLER, v. n. Rentrer.

RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,--dans l'argot
des typographes.

RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,--dans l'argot des
canotiers.

_Prendre un renseignement._ S'arrêter au cabaret.

RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des
faubouriens.

RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche
quand on a été pauvre.

RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir _levé_ personne,--dans l'argot des
petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris
soit un pays fort giboyeux.

RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.

RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de
vieillesse,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.

RENTRER SES POUCES. Mourir,--dans l'argot des étudiants en médecine, qui
ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive,
la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se
plaçant en dedans des autres doigts.

RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.--dans l'argot du peuple et des
gandins.

RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à
propos.

RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,--dans l'argot des
bourgeois.

RENVERSER SA MARMITE. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.

RENVERSER SON CASQUE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent
cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux
marchand de crayons Mengin.

RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par
accident, soit parce qu'on est ivre.

L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.

REPASSE, s. f. Mauvais café,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Cafetiau_.

REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,--dans l'argot du
peuple.

_Repasser une taloche._ Donner un soufflet.

REPAUMER, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.

REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,--dans l'argot des voleurs.

RÉPÉTER, v. n. Aimer,--dans l'argot des cabotins.

On dit aussi _Aller à la répétition_.

REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,--dans l'argot des faubouriens.

REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.

Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.

_Repiquer sur le rôti._ En demander une nouvelle tranche.

RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet
quelconque,--dans l'argot des coulisses.

_Envoyer la réplique._ Prononcer ces derniers mots de façon à appeler
l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.

REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,--dans l'argot
du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la
garde nationale.

REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est médecin, à l'enterrement
d'une personne qu'on a t...,--pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des
faubouriens.

REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.

REPOUSSANT, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.

REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac
Stymphale. Argot des faubouriens.

On dit aussi _Repousser du corridor_.

REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches
de la veille. Argot du peuple.

REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,--dans
l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car
on la trouve dans les _OEuvres diverses_ de Cyrano de Bergerac.

REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont
voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est
bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi
bien que le berceau de votre dernier né.

On l'appelle aussi _Macaron_.

REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher,
dans l'argot du peuple.

RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent
quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.

RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle
façon.

RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans
exiger d'explications--et surtout sans demander le supplément de coups de
pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.

RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.

Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.

RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas
d'argent pour payer sa consommation.

RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs
fois.

On dit aussi _C'est de la troisième_ ou _de la quatrième resucée_.

RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,--dans l'argot des
faubouriens.

RETAPE, s. f. Raccrochage,--dans l'argot des filles et de leurs
souteneurs.

_Aller à la retape._ Raccrocher.

On dit aussi _Faire la retape_.

RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,--dans l'argot du peuple.

RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,--dans l'argot
des typographes.

RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son
emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.

RETOURNE, s. f. Atout,--dans l'argot des joueurs.

_Chevalier de la Retourne._ Joueur passionné--jusqu'à en être grec.

RETOURNER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street.

RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension,
Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Rendre son tablier_ et _Retourner son paletot_.

REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une
indiscrétion. Argot des voleurs.

REVENIR, v. n. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui plaît,
choses ou gens.

REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des
sottises,--dans l'argot du peuple.

_Faire_ ou _dire une chose comme en revenant de Pontoise_. La dire ou la
faire mal, gauchement, niaisement.

REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas;
occuper de nouveau l'attention publique.

REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le
plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.

C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient
également à l'argot du peuple napolitain: _Il revescio de la medaglia_,
disent les fils de Mazaniello.

REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs,
les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour
les enlever aux bourgeois.

REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,--dans l'argot des gens de lettres,
qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.

REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,--ce qui est une
façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.

RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.

On disait autrefois _Rhume ecclésiastique_.

RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.

RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.

_Être en ribote._ Être ivre.

RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.

RIBOUIS, s. m. Savetier,--dans l'argot des faubouriens.

Francisque Michel a raison: on devrait dire _Rebouis_, ce mot venant de
l'opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle
en _donnant le bouis_. Le _rebouis_ donne un second _bouis_, ou second
lustre, aux chaussures avariées par l'usage.

RIC-A-RIC, adv. Chichement, morceau par morceau,--dans l'argot du peuple.

_Payer ric-à-ric._ Par acompte.

Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu'au
dernier sou.

RICHE, adj. Bon, agréable, amusant.

S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.

_Ce n'est pas riche!_ Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.

C'est, me semble-t-il, le _luculentus_ des Latins: _hæreditas luculenta_,
riche succession, dit Plaute; _luculentus scriptor_, excellent écrivain,
dit Cicéron.

RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a de belles dents,--dans l'argot des
faubouriens.

_Montrer son ivoire._ Montrer ses dents.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _Flash his ivory_.

RICHE EN PEINTURE, adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu'en
réalité. Argot du peuple.

On dit de même d'un Fanfaron qu'il _est brave en peinture_.

RICHELIEU, adj. Galant, magnifique, entreprenant,--dans l'argot des
bourgeois, dont les grand'mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de
Mahon.

RICHEMENT, adv. Extrêmement.

RICHONNER, v. n. Rire,--dans l'argot des voleurs.

RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle
toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs
rideaux de percale de couleur pourpre.

Les ouvriers anglais disent de même _Red-lattice_, parce que chez eux
c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.

RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl. Rideaux déchirés, _percés_ de trous,--dans
l'argot des bourgeois plaisantins.

On dit de même _Mouchoir de Perse_, _chemise de Perse_, etc.

RIEN, s. m. Garde-chiourme, argousin,--dans l'argot des forçats.

RIEN. Mot de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme selle à tous
chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours.

Ainsi, ils disent: _Il n'a rien l'air de_... pour: Il a extrêmement l'air
de... _Il n'est rien paf_, pour: Il est très gris. _Ce n'est rien
mauvais_, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.

Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une
affirmation, c'est _n'être pas_. Ainsi: _Tu n'es pas blagueur!_ signifie:
«Comme tu es menteur!»

RIEN, s. m. Un peu, très peu,--dans l'argot du peuple.

_En un rien de temps._ En très peu de temps.

_Rien de rien._ Moins que rien.

RIF ou RIFLE, s. m. Feu,--dans l'argot des voleurs.

RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.

RIFFAUDATE, s. m. Incendie.

RIFFAUDER, v. a. Incendier, brûler.

RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.

RIFFLARD, n. m. Bourgeois,--dans le même argot.

RIFFLARD, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple.

Ce mot date de Picard et de sa _Petite Ville_, comédie dans laquelle il y
a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté d'un parapluie.

RIFLER, v. a. et n. Brûler.--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Riffauder_.

RIFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.

RIFOLARD, adj. Amusant, _rigolo_.

RIGOLADE, s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie.

_Coup de rigolade._ Chanson.

RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte,--dans
l'argot des faubouriens.

Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né de l'œuf
ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote--plus
généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de _Rigolboche_--qui a donné
naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné comme
un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers à
admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer
certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer. Quant aux
_Mémoires_ de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c'est elle qui
a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des _Mémoires_ pour
que je ne leur accorde pas la moindre créance.

RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique, amusant, drôle.

RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser, soit en buvant, soit en dansant.

RIGOLE, s. f. Bonne chère,--dans l'argot des voleurs.

RIGOLER, v. n. S'amuser, se réjouir, boire, danser, rire,--dans l'argot
du peuple.

Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j'en
suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents ans! Les gens du
monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de
Meung, par Rabelais, par l'auteur de la _Farce de Maistre Pathelin_ et
par d'autres écrivains qui font autorité.

RIGOLETTE, s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la
gaieté.

RIGOLEUR, adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.

RIGOLO, s. et adj. Bon enfant, homme gai.

_Rigolo-pain-de-seigle_ ou _pain-de-sucre_. Extrêmement amusant.

On dit aussi d'une chose: _C'est rigolo_, pour signifier: c'est plaisant,
c'est drôle.

RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,--dans l'argot du peuple.

RIGUE, s. f. Apocope de _Rigueur_,--dans l'argot des voyous.

RINCÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

RINCER, v. a. Battre, donner des coups.

Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.

RINCER, v. a. Dévaliser, _nettoyer_,--dans l'argot des voleurs.

RINCER (Se), v. réfl. Se purger,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Se rincer le fusil_.

RINCER (Se faire). Recevoir la pluie; se laisser voler; perdre au jeu.

RINCER LA DALLE, v. a. Offrir à boire à quelqu'un,--dans l'argot des
faubouriens.

_Se faire rincer la dalle._ Accepter à boire sans offrir la réciproque.

On dit aussi _Rincer la dent_, ou _le bec_, ou _le fusil_, ou _le tube_,
ou _la gargote_, ou _la corne_.

RINCETTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie pris comme supplément au
gloria,--dans l'argot des bourgeois.

RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,--dans l'argot des voleurs.

RIOLE, s. f. Joie, divertissement, débauche,--dans l'argot du peuple.

_Être en riole._ Être en train de s'amuser, être gris.

_Se mettre en riole._ Se griser.

En wallon. _Être en riolle_ ou _riotte_, c'est Se quereller.

RIPATONNER, v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu'un,--dans l'argot
des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de
l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.

RIPATONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens.

RIPER, v. a. Embrasser tendrement.

RIPEUR, s. m. Libertin.

RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.

Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt
adjectif: _Du ripopé, du café ripopé_.

RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot des
ouvriers.

RIQUIQUI, adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure,--dans
l'argot des ouvrières.

_Avoir l'air riquiqui._ Être ridiculement habillée, ou n'être pas
habillée à la dernière mode.

Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une
contrefaçon de _Rococo_.

RIRE AUX ANGES. Sourire doucement en dormant,--dans l'argot du peuple.

RIRE COMME UN CUL. Rire sans desserrer les dents.

RIRE JAUNE, v, n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de
douleur ou écumer de rage.

RISETTE, s. f. Sourire,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire des risettes._ Faire des avances aimables.

RISQUER LE PAQUET, v. a. Se hasarder à faire une chose délicate,
aventureuse,--dans l'argot du peuple.

RIVANCHER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.

RIVER SON CLOU A QUELQU'UN, v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir
tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.

RIVETTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur militaire,--dans l'argot des troupiers.

ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a
vingt-cinq ou trente ans. C'était une variété de la Chahut.

ROBIGNOL, adj. Très bien, très beau, très amusant,--dans l'argot des
voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.

ROBIN, s. m. Taureau communal,--dans l'argot des paysans de Paris.

ROBINSON, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple, qui a gardé bon
souvenir du naufragé de Daniel de Foë.

On dit aussi _Pépin_.

ROCAMBOLADE, s. f. Farce littéraire dans le goût des _Exploits de
Rocambole_ de Ponson du Terrail.

ROCAMBOLE, s. f. Chose sans valeur; promesse en l'air qu'on sait devoir
n'être pas tenue, gasconnade.

ROCANTIN, s. m. Vieillard libertin.

ROCHET, s. m. Evêque,--dans l'argot des voleurs.

ROCOCO, adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela,--comme
si le goût d'autrefois ne valait pas bien le goût d'aujourd'hui!

Se prend aussi en bonne part.

_Pendule rococo._ Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette
époque.

_Tentures rococo._ Etoffes en vieille perse à ramages.

ROEDERER, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui
tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits
portent cette signature.

ROGNEUR, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.

ROGNONNER, v. n. Bougonner,--dans l'argot des bourgeois.

ROGNURES DE FER-BLANC. (V. _Troupe de fer-blanc_.)

ROGOME, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple.

_Voix de Rogome._ Voix éraillée par l'ivrognerie.

ROGOMIER, s. m. Buveur d'eau-de-vie.

ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.

ROMAGNOL, ou ROMAGNON, s. m. Trésor caché,--dans l'argot des voleurs.

ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.

ROMAIN, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses, sans doute
par allusion aux claqueurs de Néron.

ROMANCIER, s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres
«choses du cœur»,--dans l'argot des cafés-concerts.

_Fort romancier._ Premier chanteur de romances d'un café-concert.

_Forte romancière._ Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de
petites choses sentimentales, très faciles à chanter.

ROMANICHEL, s. m. Bohémien,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Romamitchel_, _Romanitchel_, _Romonichel_ et _Romunichel_.
Suivant le colonel Harriot, «_Romnichal_ est le nom que portent les
hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et
_Romne-chal_, _Romaniche_, est celui par lequel on désigne les femmes».

RONCHONNER, v. n. Être grognon, maussade; bougonner,--dans l'argot du
peuple.

ROND, s. m. Sou, pièce de monnaie,--dans l'argot des voyous.

On dit aussi _Rotin_.

ROND, adj. Ivre,--dans l'argot des faubouriens.

_Rond comme une futaille._ Ivre mort.

On dit aussi _Rond comme une pomme_.

RONDE BOSSE, adj. Hardi, audacieux, frisant l'immoralité,--dans l'argot
des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l'_Aristide
Froissard_ de Léon Gozlan.

RONDELET, s. m. Sein,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Rondin_.

RONDIN, s. m. _Stercus_ (V. _étron_)--dans l'argot du peuple.

RONDIN, s. m. Bâton, _gourdin_.

RONDINE, s. f. Bague,--dans l'argot des voleurs.

RONDINER, v. a. Boutonner,--dans le même argot.

RONDINER, v. n. Dépenser de l'argent, des _ronds_,--dans l'argot des
voyous.

On dit aussi _Se dérondiner_.

RONDINER, v. a. Battre à coups de bâton,--dans l'argot du peuple.

RONDINER DES YEUX, v. n. Faire les gros yeux.

RONDIN JAUNE, s. m. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs.

_Rondin jaune servi._ Or volé, caché par son voleur.

RONFLER DU BOURRELET, v. n. _Crepitare_, ou _alvum deponere_,--dans
l'argot du peuple.

On dit aussi _Faire ronfler le bourrelet_.

RONRONNER, v. n. Faire le joli-cœur auprès d'une femme,--dans l'argot
des ouvriers.

RONRONNER, v. n. Ecrire de petits articles qui ne produisent qu'un bien
petit bruit. Argot des gens de lettres.

ROQUET, s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux.
Argot du peuple.

ROSE DES VENTS, s. f. Le _podex_,--dans l'argot facétieux des
faubouriens.

ROSSARD, adj. et s. Mauvais compagnon.

ROSSE, adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur.

_Il n'est rien rosse!_ Se dit pour: Est-il canaille!

ROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

ROSSER, v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.

ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,--dans l'argot des voleurs.

ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,--dans le même argot.

ROSSIGNOL, s. m. Livre qui ne se vend pas,--dans l'argot des libraires.

Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,--dans l'argot des
boutiquiers.

ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m. Ane,--dans l'argot des académiciens, à qui le
mot propre répugne tant.

Ils disent aussi «_Le patient animal qui_...,» etc.

ROTIN, s. m. Pièce de cinq centimes, sou,--dans l'argot des ouvriers.
C'est sans doute une contrefaçon ironique du _radis_,--à cause de
l'éructation.

RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener une vie obscure et misérable,--dans l'argot
du peuple.

_Avoir rôti le balai._ Se dit d'une fille qui a eu de nombreuses
aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des
sorcières.

ROTOTO, s. m. Coups de bâton, de _rotin_,--dans l'argot des faubouriens.

_Coller du rototo._ Battre quelqu'un.

ROTOTO! Exclamation de refus ou de mépris.

ROUATRE, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs.

ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs
pour faire des dupes. (Voy. _Cocangeur_.)

ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur qui a de la _Roubignole_ et des _Cocanges_,
et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.

ROUBLARD, adj. Laid, défectueux, pauvre,--dans l'argot des voleurs.

ROUBLARD, adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de
l'expérience,--dans l'argot des faubouriens.

Si ce mot vient de quelque part, c'est du XVe siècle et de _ribleux_,
qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d'aventures.

ROUBLARDERIE, s. f. Ruse, astuce, expérience de l'homme qui a vécu et qui
remplace l'argent qu'il n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au
bout de son rouleau.

Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.

ROUCHI, s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou,--dans l'argot
du peuple.

ROUCHIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.

ROUCOUCOU, s. m. Lapin mort-né,--dans l'argot des chiffonniers et de
leurs gargotiers.

ROUE, s. f. Juge d'instruction,--dans l'argot des voleurs.

ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des
cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu'on la
trouve dans les _OEuvres badines du comte de Caylus_.

Les Anglais ont la même expression: _A hind-coach-wheel_, disent-ils à
propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).

ROUE DE DEVANT, s. f. Pièce de deux francs.

Les Anglais disent _A fore-coach-wheel_ pour une demi-couronne.

ROUFFION, s. m. Dernier employé du magasin,--dans l'argot des calicots.

On dit _Mousse_.

ROUFFLE, s. f. Coup de poing ou coup de pied,--dans l'argot des voleurs.

ROUGE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois.

ROUGET, s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux d'un blond ardent.

ROUGET, s. m. Cuivre volé.

ROUGETS, s. m. pl. Les _menses_ des femmes,--dans l'argot du peuple, à
qui le seigneur de Cholières n'a pas craint d'emprunter cette expression
pour un de ses _Contes_.

ROUILLARDE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des voleurs.

ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot du peuple.

ROULANCE, s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que
font entendre les typographes pour accueillir quelqu'un à son entrée dans
l'atelier.

_Donner une roulance._ Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie,
tantôt une marque de sympathie.

ROULANT, s. m. Fiacre,--dans l'argot des voyous.

_Roulant vif._ Chemin de fer.

ROULANTS, s. m. pl. Pois,--dans l'argot des voleurs.

ROULÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens.
_Ereintement_,--dans l'argot des gens de lettres.

ROULER, v. a. Battre quelqu'un.

Signifie aussi: Tromper, agir malignement.

ROULER, v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce.

Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent:
_cela roule_. C'est l'équivalent de: _Cela boulotte_.

ROULER, v. a. Se moquer, lutter d'esprit et d'impertinences,--dans
l'argot des gens de lettres.

_Se faire rouler._ Avoir le dessous dans une affaire, dans une
discussion.

ROULER, v. n. Vagabonder, voyager,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Rouler sa bosse_.

ROULER DANS LA FARINE, v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse
envers des gens trop simples.

ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON, v. a. Se coucher,--dans l'argot des
faubouriens.

ROULEUR, s. m. Vagabond, homme suspect.

ROULEUR, s. m. Chiffonnier.

ROULEUR, s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les
ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.

ROULEUSE, s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à
la recherche de l'homme philosophal. Argot du peuple.

ROULOTIN, s. m. Roulier,--dans l'argot des voleurs.

ROULOTTE, s. f. Voiture.

_Grinchir une roulotte en salade._ Voler sur une voiture.

ROULOTTIER, s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.

ROULURE, s. f. Fille de la dernière catégorie,--dans l'argot des
faubouriens.

ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée, _chipie_.

ROUPANÉ, adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une
mise. Argot des gamins.

ROUPIE, s. f. Punaise,--dans l'argot des voyous.

ROUPIE, s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et
tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des
faubouriens.

ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,--dans l'argot des voleurs.

ROUPILLER, v. n. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce
verbe depuis plus d'un siècle.

Signifie aussi Avoir continuellement une _roupie_ au nez.

ROUPILLEUR, s. m. Grand dormeur--ou grand priseur.

ROUPIOU, s. m. Élève en médecine qui s'essaye au métier dans les
hôpitaux, sans être interne ni externe. C'est lui qui pose les
cataplasmes et les vésicatoires. Argot des étudiants.

On l'appelle aussi _Bénévole_.

ROUSCAILLER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.

ROUSCAILLER BIGORNE, v. n. Parler argot.

ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.

ROUSSE, s. f. La police,--dans l'argot des voyous.

ROUSSE, s. m. Agent de police; sergent de ville.

On dit aussi _Roussin_.

_Rousse à l'arnache._ Agent de police de sûreté, qui reçoit une
gratification proportionnée à l'utilité des renseignements qu'il donne ou
à l'importance des captures qu'il fait faire.

ROUSSIN, s. m. Baudet,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au
dieu Crépitus.

ROUSSINER, v. n. Faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus, sans
plus de façon qu'un baudet.

ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi _Dévaliser_.

ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.

ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des
faubouriens.

ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.

ROUSTISSURE. s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu d'importance,--dans
l'argot des comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot
italien _rostita_, rôtie, maigre chose.

ROYAUME DES TAUPES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple.

_Partir pour le royaume des taupes._ Mourir.

RU, s. m. Ruisseau,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs
de Paris.

On dit aussi _Rio_.

L'expression coule de source: [grec: reô].

    «Or beuvez fort tant que rû peut courir,
    Ne reffusez, chassant ceste douleur,
    Sans empirer un povre secourir,»

dit François Villon à sa maîtresse.

RUBAN DE QUEUE, s. m. Long chemin, route qui n'en finit pas.

RUBIS SUR PIEU, loc. adv. Argent comptant,--dans l'argot des faubouriens.

RUDE, s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable,--dans
l'argot du peuple.

RUDE, adj. Courageux.

RUDEMENT, adv. Extrêmement, remarquablement.

RUE, s. f. L'espace réservé entre deux portants et figurant un chemin
entre deux costières, Argot des coulisses.

RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,--dans l'argot du peuple.

RUE BARRÉE, s. f. Rue où demeure un créancier,--dans l'argot des
débiteurs.

On dit aussi _Rue où l'on pave_.

A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc
d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.

RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f. Bouche à laquelle des dents manquent,--dans
l'argot des faubouriens.

RUINE-MAISON, s. m. Homme prodigue, extravagant,--dans l'argot du peuple.

RUISSELANT D'INOUÏSME, adj. _Extraordinairement inouï._

L'expression appartient à M. Philoxène Boyer,--à qui on fera bien de ne
pas la voler.

RUOLZÉ, adj. Ce qui brille sans avoir de valeur intrinsèque, ce qui a une
élégance ou une richesse de surface,--par allusion au procédé de dorure
et d'argenture découvert par Ruolz.

_Existence ruolzée._ Vie factice, composée de fêtes bruyantes, de soupers
galants, d'amis d'emprunt et de femmes d'occasion, mais dont le bonheur
est absent.

_Jeunesse ruolzée._ C'est notre _Jeunesse dorée_, et elle vaut moins,
quoiqu'elle soit aussi corrompue.

RUP, adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant,--dans l'argot des
faubouriens et des filles.

Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais _rup_ et de
l'indoustan _rupa_, argent,--d'où _roupie_. Pendant qu'il y était,
pourquoi n'a-t-il pas fait descendre ce mot d'un rocher (_rupes_) ou
d'une falaise (_rupina_) quelconque?

On dit aussi _Rupart_.

RUPIN, s. et adj. Homme riche; fashionable, mis à la dernière mode,--ou
plutôt à la prochaine mode. C'est le superlatif de _Rup_.

    «Le rupin même a l'trac de la famine.
    Nous la bravons tous les jours, Dieu merci!»

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin.

On dit aussi _Rupiné_.

RUPINE, s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de toilette et de
manières.

RUSTIQUE, s. m. Greffier,--dans l'argot des voleurs.

RUSTIQUE, s. m. Décor représentant un intérieur villageois. Argot des
coulisses.

RUSTU, s. m. Greffe.

RUTIÈRE, s. f. Fille publique d'une catégorie à part décrite par Vidocq
(p. 73).


S

SABLE BLANC, s. m. Sel,--dans l'argot des francs-maçons.

_Sable jaune._ Poivre.

SABLER, v. a. Tuer avec une peau remplie de sable,--dans l'argot des
voleurs.

SABLON, s. m. Cassonade,--dans l'argot des faubouriens.

SABOCHE, s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite,--dans l'argot du
peuple.

SABOCHER, v. a. Travailler sans soin, avec trop de hâte.

SABOT, s. m. Mauvais billard.

Signifie aussi Mauvais violon.

SABOT, s. m. Homme qui aime à dormir.

SABOT, s. m. Toupie plate,--dans l'argot des gamins.

SABOT, s. m. Canot, barque,--dans l'argot des voleurs.

_Aller au sabot._ S'embarquer.

SABOTER, v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la hâte. Argot des
ouvriers.

SABOULER, v. a. Gronder, faire des reproches, battre. Argot du peuple.

Signifie aussi: Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne.

L'expression a des chevrons:

    «De ton épé' tranchante
    Perce mon tendre cœur,
    Saboule ton amante,
    Ou rends-lui son honneur,»

dit Vadé dans sa chanson des _Gardes françaises_.

SABOULER, v. a. Décrotter,--dans l'argot des voyous.

SABOULEUR, s. m. Décrotteur.

SABRE, s. m. Bâton,--dans l'argot des voleurs.

SABRE (Avoir un). Être gris,--dans l'argot des faubouriens.

SABRENAS, s. m. Savetier,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Mauvais ouvrier, _bousilleur_.

SABRENASSER, v. n. et a. Travailler sans goût, _bousiller_ l'ouvrage.

On dit aussi _Sabrenauder_.

SABRER, v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal
faire.

SABREUR, s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.

SABREUR, s. m. _Bousilleur_, ouvrier qui travaille trop vite pour
travailler avec soin.

SABRI, s. m. Bois, forêt,--dans l'argot des voleurs.

SABRIEU, s. m. Voleur de bois.

SAC, s. m. Argent,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent le
contenant pour le contenu.

_Avoir le sac._ Être riche, ou seulement avoir de l'argent.

_Homme au sac._ Homme qui vient d'hériter.

SAC, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des ouvriers.

_Avoir son sac._ Être renvoyé d'un atelier.

_Donner son sac._ Remercier un patron.

SAC (Avoir dans son). Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple.

_N'avoir rien dans son sac._ N'avoir pas de ressources d'esprit; être
sans imagination, sans talent.

_Avoir une mauvaise pierre dans son sac._ Ne pas jouir d'une bonne santé,
être atteint de mélancolie ou de maladie grave.

SAC (Être ou n'être pas dans le). Être laide ou jolie. Argot des
faubouriens.

Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même
famille:

          «Ell' n'est pas mal
    Pour foutr' dans l'canal.»

SAC-A-PAPIER! Juron bourgeois, qui marque l'ennui qu'on éprouve,
l'embarras dans lequel on se trouve.

SACARD, adj. et s. Homme à son aise, ayant le _sac_.

SAC AU LARD, s. m. Chemise,--dans l'argot des faubouriens, qui se sont
rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais: _flesh-bag_,
disent ceux-ci.

SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.

C'est le _guzzler_ anglais.

SAC PLEIN (Avoir le). Être complètement ivre.

Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.

SACQUÉ (Être). Avoir de l'argent.

SACQUER, v. a. Congédier, renvoyer,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Donner le sac_.

_Sacquer un bœuf._ Renvoyer un ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.

SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier.
Argot du peuple.

On dit aussi _Sacré chien tout pur_.

SACRÉ CHIEN, s. m. _Feu sacré_,--dans l'argot des rapins et des cabotins.

_Avoir le sacré chien._ Jouer d'inspiration et avec succès. Peindre avec
emportement.

SACREMENT, s. m. Le mariage,--dans l'argot du peuple.

_Offrir le sacrement._ Se proposer comme mari, courtiser une fille pour
le bon motif.

SACRER, v. n. et a. Affirmer.

SACRISTAIN, s. m. Mari de l'abbesse du couvent des S'offre-à-tous,--dans
l'argot des filles.

SACRISTI! Juron de l'argot du peuple.

Il dit aussi _Cristi!_

Les bourgeois, eux, disent _Sapristi!_--ce qui les éloigne un peu de
l'étymologie (_sacrarium_.)

SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,--dans l'argot des bourgeois.

_Accommoder au safran._ Tromper son mari en faveur d'un autre homme, ou
sa femme en faveur d'une autre.

On dit aussi _Vouer au jaune_.

SAGE COMME UNE IMAGE, adj. Extrêmement sage,--c'est-à-dire ne parlant
pas. Argot du peuple.

SAGOUIN, s. m. Homme malpropre, grossier,--dans l'argot du peuple, qui
calomnie les callitriches.

_Vilain sagouin._ Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers
à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses,
dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.

SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un volontairement, le tuer même,--dans
l'argot des prisons.

SAIGNER, v. a. Emprunter de l'argent,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Faire_ ou _Pratiquer une saignée_.

_Saigner à blanc._ Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.

On dit aussi _Faire une saignée blanche_.

SAIGNER (Se), v. réfl. Donner de l'argent,--qu'on en doive ou non.

_Se saigner à blanc._ S'épuiser pour fournir aux dépenses d'un enfant ou
d'une maîtresse.

SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute
autre profession.

SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies, _peculium_,--dans l'argot du peuple.

SAINT DE CARÊME, s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.

SAINT-DENAILLE, n. de l. Saint-Denis,--dans l'argot des voleurs.

SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant, et même grande personne faisant la
dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des
bourgeois et du peuple.

SAINTE ESPÉRANCE, s. f. La veille de la _Sainte Touche_.

SAINTE MOUSSELINE, s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou
(_La Famille Benoiton_), et qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les
mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent
les modes... de la Mode. Voici donc l'oraison que murmurent à cette heure
de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline, blanche Mousseline, des
mères ingrates qui te devaient leurs maris t'ont reniée pour leurs
enfants! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui
se noient dans des flots de dentelles!»

_Amen!_

SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille ou femme qui «fait sa sucrée» ou «sa
Sophie»,--dans l'argot du peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les
«giries» des bégueules.

Les ouvriers anglais disent de même: _to sham abram_ (jouer l'innocence
patriarcale, feindre la pudeur révoltée).

Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme timide, mou,
irrésolu, en amour comme en autre chose:

    «Il estoit ferme de roignons.
    Non comme ces petits mignons
    Qui font la Saincte Nitouche,»

dit Mathurin Régnier.

SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin du mois,--dans l'argot des employés. La fin
de la quinzaine,--dans l'argot des ouvriers.

SAINT-JEAN, s. m. Signal,--dans l'argot des voleurs.

_Faire le Saint-Jean._ Lever l'index et le médium pour avertir un
complice.

SAINT-JEAN, s. m. Outils, vêtements, affaires,--dans l'argot des
typographes.

_Emporter son Saint-Jean._ S'en aller d'une imprimerie en emportant
composteur, pinces, etc.

SAINT JEAN-BAPTISTE, s. m. Cabaretier,--dans l'argot du peuple, qui fait
allusion à l'eau baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre digne
d'être bu par des chrétiens.

SAINT JEAN BOUCHE-D'OR, s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne
craint pas de commettre des indiscrétions.

SAINT JEAN LE ROND, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.

SAINT LACHE, s. m. Le patron des paresseux.

SAINT-LAZE. Apocope de _Saint-Lazare_, prison de femmes,--dans l'argot
des voyous.

SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller
ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de
leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire
«bouillir la marmite».

_Fêter la Saint-Lundi._ Se griser--et même se soûler.

SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de
lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de
Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.

SAINT PÈRE, s. m. Tabac à fumer,--dans l'argot des marbriers de
cimetière.

SAINT SACREMENT (Et tout le). C'est l'et _cætera_ de l'argot du peuple:
Il comprend tout--et une foule d'autres choses.

SAISISSEMENT, s. m. Les liens dont l'exécuteur lie les bras et les jambes
du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la
_toilette_.

SAISON, s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21
jours, que l'on passe dans les villes d'eaux par ordonnance de médecin.

_Faire une saison._ Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre
station thermale, et y prendre des bains minéraux.

SALADE, s. f. _Raiponce_ à une question,--dans l'argot des voleurs,
facétieux à leurs heures.

SALADE DE GASCON, s. f. Corde, _ficelle_, dans l'argot du peuple.

A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.

SALADIER, s. m. Bol de vin sucré,--dans l'argot des ouvriers.

SALAMALECS, s. m. pl. Politesse exagérée,--dans l'argot du peuple, qui ne
pratique pas précisément la _Civilité puérile et honnête_.

SALAUD, adj. et s. Enfant malpropre; homme ordurier.

SALBRENAUD, s. m. Mauvais cordonnier; savetier,--dans l'argot des
voleurs.

SALE, adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple.

_Sale intérêt._ Intérêt sordide.

_Sale monsieur._ Individu d'une moralité équivoque ou d'un caractère
insociable.

_Sale pâtissier._ Homme qui n'est ni sale ni pâtissier, mais dont, en
revanche, la réputation aurait grand besoin d'une lessive.

On dit aussi _Sale bête_.

SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,--dans l'argot des typographes.

_Morceau de salé._ Acompte.

Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d'un Enfant venu avant le
mariage.

Les ouvriers anglais disent: _to work for the dead horse_ (travailler
pour le cheval mort).

SALER, v. a. Adresser de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du
peuple.

SALER, v. a. Faire payer trop cher.

_Saler une note._ En exagérer les prix.

On dit aussi _Répandre la salière dessus_.

SALETÉ, s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d'improbité que
de boue,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même
sens que les Anglais leur _sluttery_.

_Faire des saletés._ Faire des tours de coquin, d'escroc.

SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de la clavicule,--dans l'argot du peuple.

_Montrer ses salières._ Se dit d'une Femme maigre qui se décollète trop.

SALIGAUD, E, s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au
figuré,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que
les Anglais leur _slut_.

SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,--dans l'argot des voleurs, qui y
laissent volontiers tomber leur _salive_ pour dégoûter les camarades.

Ils disaient autrefois _Crolle_.

SALLE A MANGER, s. f. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.

_N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger._ N'avoir plus de dents.

SALONNIER, s. m. Critique d'art, chargé du compte rendu du Salon. Argot
des journalistes.

Le mot est de création récente.

SALOPE, s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite de
_drabs_ dans _Winter's Tale_, et que, comme on le voit, le peuple
parisien traite presque aussi mal.

SALOPERIE, s. f. Ordure,--au propre et au figuré, _spucritia_ et
_obscenitas_.

_Dire des saloperies._ Employer un langage ordurier.

_Faire des saloperies._ Se conduire en goujat.

SALOPERIE, s. t. Vilain tour, lésinerie, _crasse_.

SALOPIAUD, s. m. Homme malpropre d'esprit et de costume, en actions et en
paroles.

Au féminin, _Salopiaude_.

SALTIMBE, s. m. Apocope de _Saltimbanque_,--dans l'argot des faubouriens.

SALUER LE PUBLIC, Mourir,--dans l'argot des comédiens, ces gladiateurs de
l'Art. C'est un ressouvenir de l'_Ave, Cæsar, morituri te salutant_.

SANG DE POISSON, s. m. Huile,--dans l'argot des faubouriens.

SANGLÉ, adj. A court d'argent.

SANGLER, v. a. Réprimander vertement, et même Battre.

SANGLER, v. a. _Permolere uxorem quamlibet aliam_,--dans l'argot du
peuple.

On dit aussi _Sauter_.

SANGLER (Se), v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu'un,
par exemple, se ruiner pour élever un entant ou pour entretenir une
maîtresse.

SANGLIER, s. m. Prêtre,--dans l'argot des voleurs.

SANGSUE, s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités; neveu
qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.

SANGSURER, v. a. Faire de nombreuses _saignées_ à la bourse de
quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des
sangsues.

_Se sangsurer._ Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une
drôlesse.

SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.

SANS-BOUT, s. m. Cerceau,--dans l'argot des voleurs.

SANS CANNE (Être). En rupture de ban,--dans le même argot.

SANS-CHASSES, s. m. Aveugle.

SANS-COEUR, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille.

SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois, pour qui
_Terreur_ est inséparable de _République_.

SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine des sans-culottes.

Le mot est de Camille Desmoulins.

On dit aussi _Sans-culottisme_.

SANS DOS, s. m. Tabouret,--dans l'argot des faubouriens.

SANS-FEUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.

SANS-GÊNE, s. m. Homme indiscret, mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.

SANS-LE-SOU, s. m. Artiste, ou Homme de lettres,--dans l'argot des
petites dames.

SAP, s. m. Apocope de _Sapin_, cercueil,--dans l'argot des voyous.

_Taper dans le sap._ Être mort et enterré,--dormir du dernier somme.

M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques
loisirs de sa muse au _Sap_:

    «Avant d'être mis dans le sap,
    Vous voulez, orné de lunettes,
    Me décalquer de pied en cap.»

SAPAJOU, s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris,--dans l'argot des
harengères, qui sont plus «fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.

SAPEUR, s. m. Homme qui ne respecte rien,--dans l'argot des bourgeoises,
qui n'aiment pas les gens barbus.

D'où la fameuse chanson à la mode:

    «Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»

SAPIN, s. m. Fiacre,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces
voitures-là ne sont pas construites en chêne.

SAPIN, s. m. Cercueil de pauvre.

_Sentir le sapin._ Être atteint d'une maladie mortelle.

SAPIN, s. m. Plancher; grenier,--dans l'argot des voleurs.

_Sapin de muron._ Grenier à sel.

_Sapin des cornants._ La terre,--_plancher des vaches_.

SAPINIÈRE, s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils
de _sapin_. Argot des faubouriens.

SAQUET, s. m. Secousse,--dans l'argot du peuple.

Le vieux français avait _Saquer_, tirer l'épée.

SARDINES, s. f. pl. Galons de laine ou d'or aux manches de
l'uniforme,--dans l'argot des soldats.

_Sardines blanches._ Galons de gendarme, ou d'infirmier militaire.

SARRASIN, s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif.
Argot des typographes.

On dit aussi _Faux frère_.

SATISFAIT, s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du
moment--et des gouvernements à venir. Argot des journalistes.

SATOU, s. m. Bois débité,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Bâton.

SATOUSIER, s. m. Menuisier.

SAUCE, s. f. Correction ou simplement Réprimande,--dans l'argot du
peuple.

_Gare à la sauce!_ Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.

_Gober la sauce!_ Être puni pour les autres; recevoir la correction, la
réprimande méritée par d'autres.

SAUCÉ (Être). Recevoir la pluie.

On dit aussi _Être rincé_ et _Être trempé_.

SAUCER, v. a. Réprimander.

On disait autrefois _Faire la sauce à quelqu'un_.

SAUCISSE MUNICIPALE, s. f. Viande empoisonnée que l'on jette dans les
rues pour détruire les chiens errants non muselés.

SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu d'enfants qui consiste à sauter les uns
par-dessus les autres.

On dit aussi _Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton_.

SAUTER (Faire). Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens.

D'où _Faire sauter la coupe_ au jeu.

SAUTER, v. n. Cacher le produit d'un vol à ses complices,--dans l'argot
des prisons.

_Sauter à la capahut._ Assassiner un complice pour lui enlever son
_fade_.

SAUTER A LA PERCHE, v. n. Ne pas savoir où manger,--dans l'argot des
faubouriens, par allusion aux efforts souvent vains des singes de
bateleurs pour atteindre les friandises placées à l'extrémité d'un bâton.

SAUTERELLE, s. f. Puce,--dans l'argot des voleurs.

SAUTERELLE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres qui ont
emprunté ce mot à N. Roqueplan.

C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour désigner ces
femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards,
dont elles sont la plaie.

SAUTERIE, s. f. Danse,--dans l'argot du peuple.

SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit clerc. C'est le trottin de l'avoué, comme le
trottin est le saute-ruisseau de la modiste.

SAUTER LE PAS, v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de
ses conséquences. Argot du peuple.

SAUTER LE PAS, v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir,--dans
l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,--en parlant d'une jeune
fille qui se laisse séduire.

On dit aussi _La sauter_.

SAUTEUR, s. m. Filou.

SAUTEUR, s. m. Homme politique qui change d'opinion toutes les fois que
cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple.

Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on
ne peut pas compter.

SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.

SAUVAGE, s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870--dans l'argot
des faubouriens.

SAUVER BIEN (Se). Bien courir,--dans l'argot des maquignons, qui disent
cela à propos des chevaux qu'ils essayent.

SAUVER LA CAISSE, v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le
gardien,--par allusion au mot d'Odry dans les _Saltimbanques_.

SAUVER LA MISE A QUELQU'UN. Lui éviter une humiliation, un ennui; lui
prêter à temps de l'argent. Argot du peuple.

SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à se _sauver_ et ne pas se
laisser attraper.

On dit aussi _Sauvinette_.

SAUVETTE, s. f. Mannette d'osier,--dans l'argot des chiffonniers.

SAVATE, s. f. Boxe française,--«avec cette différence, dit Th. Gautier,
que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings.»

(V. _Chausson_.)

SAVATE, s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat
coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le
devine, n'a rien à voir là dedans: c'est une petite justice de famille et
de caserne.

SAVATE, s. f. Ouvrage mal fait; chose abîmée, gâchée,--dans l'argot du
peuple.

SAVATER, v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte.

On dit aussi _Saveter_.

SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier; homme qui fait une chose sans goût, sans
soin, à la hâte.

SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A DANS LE VENTRE. Découvrir ses sentiments, ses
projets; connaître le faible et le fort de son caractère. Argot des
bourgeois.

SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE. Connaître l'état financier d'une maison, la
situation morale d'une famille; être au courant des affaires politiques
et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel
ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot.

SAVOIR LIRE. Connaître toutes les ruses du métier,--dans l'argot des
voleurs.

SAVON, s. m. Réprimande,--dans l'argot des domestiques _malpropres_.

_Foutre un savon._ Gronder, objurguer quelqu'un.

SAVONNER, v. a. Réprimander--et même Battre.

SAVOYARD, s. m. Homme mal élevé, brutal,--dans l'argot des bourgeois,
injurieux envers les Allobroges.

SAVOYARDE, s. f. Malle,--dans l'argot des voleurs.

SCÈNE DE L'ABSINTHE (Faire la). Jouer son verre d'absinthe avec un
camarade, ou lui en offrir un. Argot des coulisses.

On dit de même, à propos de toutes les consommations: _Faire_ ou _jouer
la scène du cigare, du café, de la canette_, etc.

SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière, parce qu'à la chute du _Rein_,--dans
l'argot facétieux du peuple, qui connaît la géographie.

SCHLAGUE, s. f. Correction brutale qu'un père donne volontiers à son
enfant, un mari à sa femme, etc.

SCHLAGUER, v. a. Corriger, battre.

Encore un mot allemand,--_schlagen_.

SCHLOFFER, v. n. Dormir, se coucher,--dans l'argot des faubouriens, qui
ont appris cette expression dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou
allemands (_schlafen_).

Ils disent aussi _Faire schloff_.

SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Schnaps_.

SCHNIQUER, v. n. Se griser d'eau-de-vie.

SCHNIQUEUR, s. m. Buveur d'eau-de-vie.

SCIANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot du peuple.

SCIE, s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.

SCIE, s. f. Femme légitime.

_Porter sa scie._ Se promener avec sa femme au bras.

SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie agaçante,--dans l'argot des
artistes.

Le chef-d'œuvre du genre, c'est:

    «Il était quatre jeunes gens du quartier,
            Eh! eh! eh! eh!
    Ils étaient tous les six malades,
            Ade! ade! ade! ade!
    On les mit tous sept dans un lit,
            Hi! hi! hi! hi!
    Ils demandèrent du bouillon,
            On! on! on! on!
    Qui n'était ni salé ni bon,
            On! on! on! on!
    C'est l'ordinair' de la maison,
            On! on! on! on!
    Ça commence à vous embêter,
            Eh! eh! eh! eh!
    Et bien je vais recommencer,
            Eh! eh! eh! eh!»

Et l'on recommence en effet jusqu'à ce que l'importun que l'on scie ainsi
comprenne et s'en aille.

_Faire_ ou _Monter une scie_. Imaginer une mystification contre
quelqu'un.

SCIER, v. a. Importuner, obséder sans relâche.

On dit aussi _Scier le dos_.

SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du violon ou de la contrebasse,--dans l'argot
des faubouriens.

SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste ou contrebassiste.

SCION, s. m. Baguette et même Bâton,--dans l'argot du peuple.

SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un, le bâtonner.

SCIONNER, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.

SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.

SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais style,--style à la Scribe. Argot des gens de
lettres.

SCULPSIT, s. m. Sculpteur,--dans l'argot des artistes.

SCULPTURE RONFLANTE, s. f. Sculpture tourmentée, colorée, entre la
sagesse et l'exagération.

SEC, s. m. Élève qui a passé des examens de fin d'année déplorables.
Argot des Polytechniciens.

On dit aussi, mais moins: _Fruit sec_.

SÉCHÉ (Être). N'être plus gris,--dans l'argot des faubouriens.

SÉCHER, v. n. Être fruit _sec_,--dans l'argot des Polytechniciens.

SÉCOT, s. et adj. Homme maigre et sec,--dans l'argot du peuple.

SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un, et même le battre,--dans le même argot.

On dit aussi _Secouer les puces_.

SECOUER LA COMMODE, v. a. Jouer de l'orgue de Barbarie,--dans l'argot des
faubouriens.

SECRET DE POLICHINELLE, s. m. Secret connu de tout le monde,--dans
l'argot du peuple.

SEIGNEUR ET MAITRE, s. m. Mari,--dans l'argot des bourgeois:
_protecteur_,--dans l'argot de Breda-Street.

SEMAINE DES QUATRE JEUDIS, s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les
mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes
d'être fidèles, les gens avares d'être généreux, etc. C'est la _Venue des
Coquecigrues_ de Rabelais.

On dit aussi: _La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais_.

SEMAINES, s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le
dimanche.--dans l'argot des collégiens.

SEMER QUELQU'UN, v. a. S'en débarrasser,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de poing ou d'un
coup de pied.

SENS DEVANT DIMANCHE. adv. De travers, sens dessus dessous,--dans l'argot
du peuple.

SENTINELLE, s. f. Résultat de la digestion. _Stercus._

_Poser une sentinelle._ Alvum deponere.

SENTIR, v. a. Aimer,--dans l'argot du peuple, qui emploie surtout ce
verbe avec la négative.

_Ne pas pouvoir sentir quelqu'un._ Avoir répugnance à le rencontrer, à
lui parler, le haïr enfin.

On dit aussi _Avoir dans le nez_.

SENTIR LE COUDE A GAUCHE. v. n. Avoir confiance en soi et dans l'amitié
de ses camarades; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.

SENTIR LE LAPIN. Suer abondamment et désagréablement des aisselles.

SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir grave, sérieux; se gâter,--en parlant des
choses.

_Cela sent mauvais_ est une phrase de la même famille que _Le torchon
brûle_.

SEPT, s. m. Crochet,--dans l'argot des chiffonniers.

SÉQUELLE, s. f. Grand nombre de gens ou de choses,--dans l'argot du
peuple, qui n'emploie ce mot que péjorativement.

Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à quelque
chose.

_Toute la séquelle._ Tous les membres de la famille, et surtout les
enfants.

SER, s. m. Signal donné en crachant,--dans l'argot des voleurs. (V.
_Serpent_.)

SERGOLLE, s. f. Ceinture,--dans le même argot.

SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,--dans l'argot des gens de lettres et
des petites dames.

_Homme sérieux._ Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux
hommes--riches.

_Souper sérieux._ Où rien ne manque de ce qui doit en faire l'attrait:
vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, hommes d'esprit, etc.

Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux: _un
beefsteak sérieux_, _un dessert sérieux_, etc.

SERIN, s. m. Gendarme de la banlieue,--dans l'argot des voyous.

S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des
compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements
jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point
qu'en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les
voyant se débander, le maréchal Lobau s'écria: «Fermez donc les grilles,
mes serins vont s'envoler!»

SERIN, s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf,--dans l'argot des
faubouriens.

SERINER, v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu'un, afin de la lui
loger dans la mémoire.

SERINETTE, s. f. Homme qui fait _chanter_ d'autres hommes,--dans l'argot
des voleurs.

SERINGUE, s. f. Voix fausse, aigre, criarde,--dans l'argot du peuple.

_Chanter comme une seringue._ Chanter très mal.

SERPENT, s. m. Ceinture de cuir,--dans l'argot des troupiers, qui y
serrent leur argent.

On dit aussi _Anguille_.

SERPENT, s. m. Crachat,--dans l'argot des voleurs.

SERPENTIN, s. m. Matelas,--dans le même argot.

SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des troupiers.

SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Serpillière à ratichon_.

SERRANTE, s. f. Serrure,--dans l'argot des voleurs.

SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent, momentanément ou par habitude,--dans
l'argot des bourgeois.

Signifie aussi Avare.

SERRER, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot des faubouriens.

SERRER LA VIS. Achever une affaire, presser un travail. Étrangler
quelqu'un. Argot du peuple.

SERRER LE NOEUD. Se marier,--dans l'argot des bourgeois et des
vaudevillistes.

SERRER LES POUCES A QUELQU'UN, v. a. Le presser vivement de questions
pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.

SERT, s. m. Signe fait par un compère,--dans l'argot des saltimbanques.

SERVIETTE, s. f. Portefeuille,--dans l'argot des avocats.

SERVIETTE, s. f. Aniterge en papier,--dans l'argot des bourgeois.

SERVIR, v. a. et n. Trahir, dénoncer,--dans l'argot des voleurs.

_Servir de belle._ Dénoncer à faux.

SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,--dans l'argot des faubouriens.

Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude de
dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs:
«Monsieur, vous êtes servi!...»»

SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui, elle,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Sésigue_ et _Sésingard_.

SEU, s. m. Second,--dans l'argot des enfants, qui pratiquent l'apocope
comme des hommes.

SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante; événement inattendu,--dans l'argot des
faubouriens.

SEXE, s. m. Les femmes en général,--dans l'argot du peuple, qui, sans
tomber à leurs pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu'il leur
doit une mère, la seule créature digne de ses respects.

_Ami du sexe._ Homme de complexion amoureuse.

SHOCKING! Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé
dans l'argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui est _choquant_ de
l'autre côté du détroit cesse de l'être de ce côté-ci.

SHOCKINER (Se), v. réfl. Se scandaliser.

SIBIJOITE, s. f. Cigarette,--dans l'argot des marbriers de cimetière,
parfois trop fantaisistes.

_Orpheline._ Cigarette presque fumée.

SIFFLE, s. f. Voix,--dans l'argot des voleurs.

SIFFLER, v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire,--dans l'argot
du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d'un siècle, comme le
prouvent ces vers d'une chanson du commencement du XVIIe siècle:

        «Lorsque je tiens une lampée
    Pleine de vin, le long de la journée,
        Je siffle autant que trois.»

SIFFLER, v. a. Dépenser.

_Avoir tout sifflé._ Être ruiné.

SIFFLER LA LINOTTE, v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air
convenus; faire le pied de grue.

SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,--entonnoir à air et à vin.

_S'affûter le sifflet._ Boire.

On dit aussi _Se rincer le sifflet_.

_Couper le sifflet à quelqu'un._ Le forcer à se taire, soit en lui
coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant
éloquemment qu'il a tort de parler, ce qui vaut mieux.

SIGNE D'ARGENT, s. m. Le stercus humain,--dans lequel il est bon de
marcher, paraît-il, parce que cela porte bonheur.

SIGNER DES ORTEILS (Se), v. réfl. Se pendre ou être pendu,--dans l'argot
du peuple, qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou
des condamnés.

SILENCE, s. m. Audiencier,--dans l'argot des voyous, habitués de police
correctionnelle ou de cour d'assises.

SIME, s. f. Patrouille,--dans l'argot des voleurs.

SIMON, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des ouvriers viveurs.

_Aller chez Simon._ Aller «où le roi va à pied»,--dans l'argot des
bourgeoises.

SIMPLE, s. et adj. Niais,--dans l'argot du peuple, qui a un faible pour
les _roublards_.

Les Anglais ont la même expression: _Flat_, plat,--nigaud.

SINGE, s. m. Patron,--dans l'argot des charpentiers, qui, les jours de
paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.

SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,--dans l'argot des imprimeurs.

SINGE BOTTÉ, s. m. Homme amusant, gros farceur,--dans l'argot des
bourgeoises.

SINGERIES, s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie de la douleur,--dans
l'argot du peuple, qui n'aime pas les gens simiesques.

SINGULIER PI