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Title: Hokousaï - L'art japonais au XVII Siècle
Author: Goncourt, Edmond de, 1822-1896
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Hokousaï - L'art japonais au XVII Siècle" ***

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(This file was produced from images generously made
available by the Bibliothèque nationale de France
(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)



                                  HOKOUSAÏ

                       L'art japonais au XVIIIe siècle


                                    par

                             EDMOND DE GONCOURT



                        POSTFACE DE M. LÉON HENNIQUE
                           de l'Académie Goncourt

    Édition définitive publiée sous la direction de l'Académie Goncourt
             ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR, 26, Rue Racine, 26

           EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 11, Rue de Grenelle, PARIS


    Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés
                          pour tous les pays



                                  PRÉFACE


_L'Écho de Paris_ publiait, sous ma signature, le 7 juin 1892, cet article.

La vie littéraire, en ses duretés, a parfois d'aimables surprises, mais au
bout de bien des années.

Cet hiver, je recevais cette lettre du Japon:


                                           Yokohama (Hôpital général).

     Monsieur,

     Voulez-vous permettre à un jeune Français de vous exprimer tout le
     plaisir que lui a causé _Outamaro_, mieux placé que tout autre pour
     le comprendre puisque je suis au milieu des Japonais...

     J'avais quinze ans quand j'ai lu Soeur Philomène et j'ai voulu être
     interne, et je suis médecin... _La Maison d'un Artiste_ m'a fait
     venir au Japon. En un mot, comme cette étoile qui guide le marin,
     ignorante elle-même des destins qu'elle mène, vous avez eu une
     influence dominatrice sur toute ma vie.

     Je vous le dis, pourquoi ne vous l'ai-je pas dit plus tôt,--cette
     timidité bête qui fait qu'on est muet devant la femme qu'on aime,
     fait aussi qu'on renferme en soi ses amours littéraires;--c'est
     peut-être la raison qui fait que je n'ai jamais osé aller vous rendre
     une seule visite quand j'étais à Paris.
     . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

     Permettez-moi de me mettre à votre disposition. Je suis au Japon,
     j'aime le Japon, je parle le japonais et, comme on dit dans les vieux
     drames: «Profitez, usez de moi...»

                                                 Docteur MICHAUT.


Cette lettre me faisait demander au docteur, sans grand espoir de réussite,
la traduction de la biographie d'Hokousaï tirée du livre manuscrit:
Oukiyoyé Rouikô, par Kiôdén, complété successivement par Samba, Moumeiô,
Guekkin, Kiôsan, Tanéhiko, traduction que je n'avais pu obtenir des
Japonais habitant Paris, et je la reçois aujourd'hui, cette traduction,
de l'aimable docteur, en collaboration avec le Japonais Ourakami.

Cette traduction, j'ai le projet de la faire entrer dans l'étude annoncée
en un volume sur Hokousaï, mais, à mon âge, on n'est jamais sûr du
lendemain, et je veux que cette étude biographique des Vasari japonais sur
le grand artiste qui préoccupe si vivement le monde de l'art européen,--et
qui n'a encore été ni imprimée, ni traduite en français, paraisse dans
l'_Écho de Paris_ pour la première fois.



                                  HOKOUSAÏ.

Né à Yédo, Hokousaï est, dit-on, le fils d'un fabricant de miroirs de la
cour de Tokougawa.

Son nom d'enfance est Tokitaro; plus tard, il le changea contre celui de
Tétsoujiro.

Il entre d'abord comme élève chez Katsoukawa Shunshô et, pour nom
d'artiste, il prend le nom de Katsoukawa Shunrô. Là, il peint des acteurs
et des scènes de théâtre dans le style de Tsoutzoumi Tô-rin et produit
beaucoup de dessins sur des feuilles volantes, appelés _Kiôka Sourimono_.

Chassé de la maison de son maître pour des raisons restées inconnues, il
va prendre la succession du peintre Tawaraya-Sôri, et se fait reconnaître
pour le successeur de ce peintre.

Depuis, il change son style, en crée un tout nouveau, qui lui est
personnel. Alors il repasse son nom de Sôri à son élève Sôji, et rend à la
famille Tawaraya la signature qu'il avait reçue d'elle.

C'est seulement à la dixième année de l'ère Kwanseï (1789) que le public,
pour la première fois, lit, au bas des impressions du maître, le nom
d'Hokousaï (Hokousaï, Tokimasa Taïto) nom qu'il prit, dit-on, à cause de
sa profonde vénération pour le dieu Hokoushin-Miôkén. Quant au nom de
Taïto, il l'abandonna plus tard à son gendre Shighénobou.

Le style appelé _Hokousaï-riou_ est le style de la vraie peinture Oukiyoyé,
la peinture _naturiste_, et Hokousaï est le vrai et le seul fondateur
d'une peinture qui, prenant ses assises dans la peinture chinoise, est la
peinture de l'école japonaise moderne.

Et son oeuvre, lorsqu'il a paru, a eu la bonne fortune, non seulement
d'exciter l'admiration de ses confrères les peintres, mais encore de
séduire le gros public, tant il était une nouveauté particulière.

Durant les années de l'ère Kwanseï (1789-1800) Hokousaï écrit de nombreux
contes et romans pour la lecture des femmes et des enfants: romans dans
lesquels il fit lui-même des illustrations, romans où il signe comme
écrivain Tokitaro-Kakô, et comme peintre Gwakiôjin-Hokousaï. Et ce fut
grâce à ses pinceaux spirituels et précis que les contes populaires et les
romans commencèrent à se répandre dans le public.

Il fut aussi un excellent poète dans la poésie Haï-Kai (poésie populaire).

Dans ce temps, il habita Asakousa où de nombreux élèves-peintres de Kiôto
et d'Ohsaka vinrent le trouver et entrèrent dans son atelier, et, dans ce
temps où il y avait bien des peintres dans les villes de Nagoya, de Kiôto,
d'Ohsaka, aucun ne put le surpasser.

C'est alors que sortent, de dessous ses pinceaux, des livres ou modèles de
gravures, et des impressions, et des dessins innombrables.

Bientôt (c'est l'habitude là-bas, pour les peintres, de changer
perpétuellement de noms), le maître léguait sa signature d'Hokousaï à un
de ses élèves qui tenait un restaurant dans le Yoshiwara, le quartier des
maisons publiques, et qui peignait dans son établissement des peintures
de 16 ken (32 mètres) chaque fois que Hokousaï faisait l'ouverture de
réunions d'artistes pour l'adoption de nouvelles signatures.

À partir de ce temps, il signa ses impressions Sakino Hokousaï, Taïto
(ancien Hokousaï Taïto). Il changea encore une fois son nom propre et
s'appela Tamé Kazou ou I-itsou.

N'ayant pas eu assez de temps pour donner les modèles de la peinture à ses
élèves, il en fit graver des volumes qui, plus tard, obtinrent beaucoup de
succès.

Il fut encore très habile dans la peinture dite Kiokou yé, peinture de
fantaisie, faite avec des objets ou des services de table trempés dans
l'encre de Chine, tels qu'une boîte servant de mesure de capacité, des
oeufs, des bouteilles[1].

    [Note 1: Hokousaï affirmait par là que l'exécution d'un beau dessin ne
    tient pas aux instruments de la peinture, à d'excellente pinceaux, mais
    est tout entière dans l'art de dessiner du peintre.]

Il peignait encore admirablement bien avec sa main gauche, ou bien de bas
en haut. Et sa peinture faite au moyen des ongles de ses doigts était tout
à fait étonnante et, quant à ce fait particulier, il fallait être témoin
soi-même du travail de l'artiste, sans quoi on eût pris ses peintures à
l'ongle pour des peintures faites avec des pinceaux.

«Après avoir étudié, dit-il quelque part, pendant de longues années,
la peinture des diverses écoles, j'ai pénétré leurs secrets et j'en ai
recueilli tout ce qu'il y a de meilleur. Rien n'est inconnu pour moi en
peinture. J'ai essayé mon pinceau sur tout, et je suis parvenu à réussir
tout.» En effet, Hokousaï a peint depuis les images les plus vulgaires,
nommées _Kamban_[2], c'est-à-dire les images-réclames pour les théâtres
ambulants, jusqu'aux compositions les plus élevées.

    [Note 2: _Kamban_, me dit Hayashi, n'est que l'enseigne ou l'affiche
    d'un marchand quelconque.]

Ses productions furent même très recherchées par les étrangers, et il y
eut une année où l'on exporta ses dessins et ses gravures par centaines,
mais presque aussitôt cette exportation fut défendue par le gouvernement
de Tokougawa.

Durant les années de l'ère Témpô (1830-1843), Hokousaï publia, en nombre
immense, des nishikiyé, impressions en couleur, et des _dessins d'amour_
ou images obscènes, dites _shungwa_, d'une coloration admirable, qu'il
signait toujours du pseudonyme de Goummatei.

Le plus grand honneur que cet artiste obtint, durant sa vie, fut que sa
célébrité parvint jusqu'à la cour de Tokougawa, et qu'il put étaler son
talent sans rival devant le grand prince. Une fois, pendant que le shôgoun
faisait sa promenade dans la ville de Yédo, Hokousaï fut invité par le
prince à peindre devant lui. Et, sur une immense feuille de papier, avec
une brosse à colle, il commença d'abord à tracer des pattes de coq, puis,
transformant soudainement le dessin par une couleur d'indigo mis sur les
pattes, il en faisait un paysage du fleuve Tatsouta qu'il présentait au
prince étonné[3].

    [Note 3: Hayashi s'indigne de la mauvaise traduction de ce passage,
    et me communique la note suivante:   la suite d'un retour de chasse
    aux faucons, le Shôgoun sur sa route prit plaisir à voir dessiner
    deux grands artistes du temps, Tani Bountchô et Hokousaï. Bountchô
    commença et Hokousaï lui succéda. Tout d'abord il dessina des fleurs,
    des oiseaux, des paysages, puis, désireux d'amuser le Shôgoun, il
    couvrit le bas d'une immense bande de papier d'une teinte d'indigo,
    se fit apporter par ses élèves des coqs, dont il plongea les pattes
    dans la couleur pourpre, les fit courir sur la teinte bleue, et le
    prince eut l'illusion de voir la rivière Tatsouta avec ses rapides,
    charriant des feuilles de _momiji_.

    L'anecdote était racontée par Bountchô à Tanéhiko.]

Hokousaï avait la manie de changer perpétuellement d'habitation et ne
demeura jamais plus d'un ou de deux mois dans le même endroit.

Hokousaï mourut le 13 avril de la deuxième année de Kayei (1849)[4],
à l'âge de 90 ans. Il fut enterré au cimetière du Temple Seikiôji, dans
le quartier de Hatchikendera-matchi à Asakousa, où se lit encore son
épitaphe.

    [Note 4: Erreur. Hokousaï mourut le 10 mai 1849.]

La poésie de la dernière heure, qu'il laissa en mourant, fut celle-ci,
presque intraduisible en français:

«Oh! la liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d'été pour y
laisser son corps périssable»[5]!

    [Note 5: Je donne une traduction plus littérale d'Hayashi de «cette
    poésie de la dernière heure» au chapitre de la mort d'Hokousaï.]

Hokousaï eut trois filles, dont la plus jeune devint un peintre très
habile. Elle épousa Minamisawa, mais divorça. Des nombreux élèves qu'eut
Hokousaï, ceux dont les noms furent inscrits dans les chronologies, et
connus du public, montent à seize ou dix-sept.

En 1860, j'ai découvert, et publié d'après le manuscrit des _Séances de
l'Académie Royale de Peinture_, provenant de la bibliothèque d'un portier,
ramassée sur les quais, la biographie inédite de Watteau par le comte de
Caylus: biographie qu'on croyait perdue et qui manque aux MÉMOIRES INÉDITS
SUR LES MEMBRES DE CETTE ACADÉMIE, éditée en 1854. Aujourd'hui je donne
pour la première fois, dans une langue de l'Europe, la biographie inconnue
d'Hokousaï, le plus grand artiste de l'Extrême-Orient.

Pour la biographie de ce grand peintre de l'Extrême-Orient, complètement
inconnue en Europe, cette brève notice était quelque chose, mais ce
n'était vraiment pas assez.

C'est alors que, dans la patrie d'Hokousaï, se publiait par le Japonais
I-ijima Hanjûrô: _Katsoushika Hokousaï dén_, une biographie du peintre,
illustrée de dessins et de portraits, contenant des renseignements du plus
haut et du plus intime intérêt.

Or, la traduction de cette biographie japonaise, était-ce suffisant encore
pour faire connaître l'Homme et son OEuvre? Non! Il fallait tenir entre
ses mains cette oeuvre presque complète,--et, soit au Japon soit en Europe,
il n'existe cette oeuvre, je crois, que chez Hayashi qui, depuis nombre
d'années, collectionne son peintre favori. C'est donc sur cette oeuvre,
contenant les impressions les plus belles, les petits livres les plus
rarissimes, les illustrations des romans, en 90 volumes, les plus
complètes, les dessins les plus authentiques, que j'ai pu écrire cette
biographie, aidé de l'érudition de ce compagnon de travail qui s'est mis
obligeamment à ma disposition et qui, dans de longues et laborieuses
séances où j'ai eu l'idée de lui faire traduire les préfaces que Hokousaï
a jetées en tête de ses albums, m'a fourni toute la documentation ne se
trouvant pas dans le _Katsoushika Hokousaï dén_, ou dans le _Oukiyôyé
Rouikô_[6] de Kiôdén.

      Auteuil, 20 décembre 1895.

                                    EDMOND DE GONCOURT.

    [Note 6: Voici la décomposition des cinq mots _Oukiyoyé Rouikô: Ouki_
    «qui flotte, qui est en mouvement»--_yo_ «monde»--_yé_ «dessin»
    --_roui_ «même espèce»--_kô_ «recherche». Et _rouikô_, devenu un seul
    mot, signifie: «Étude d'ensemble d'une même espèce de choses.»]



                               HOKOUSAÏ



                                  I


Dans les deux hémisphères, c'est donc la même injustice pour tout talent
indépendant du passé! Voici le peintre qui a victorieusement enlevé la
peinture de son pays aux influences persanes et chinoises et qui, par
une étude pour ainsi dire religieuse de la nature, l'a rajeunie, l'a
renouvelée, l'a faite vraiment toute japonaise; voici le peintre universel
qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l'homme, la femme,
l'oiseau, le poisson, l'arbre, la fleur, le brin d'herbe; voici le peintre
qui aurait exécuté 30 000 dessins ou peintures[7]; voici le peintre qui
est le vrai créateur de l'_Oukiyô yé_[8], le fondateur de l'ÉCOLE VULGAIRE,
c'est-à-dire l'homme qui ne se contentant pas, à l'imitation des peintres
académiques de l'école de Tosa, de représenter, dans une convention
précieuse, les fastes de la cour, la vie officielle des hauts dignitaires,
l'artificiel pompeux des existences aristocratiques, a fait entrer, en son
oeuvre, l'humanité entière de son pays, dans une réalité échappant aux
exigences nobles de la peinture de là-bas; voici enfin le passionné,
l'affolé de son art, qui signe ses productions: _fou de dessin_... Eh!
bien, ce peintre--en dehors du culte que lui avaient voué ses élèves,--a
été considéré par ses contemporains comme un amuseur de la canaille, un
bas artiste aux productions indignes d'être regardées par les sérieux
hommes de goût de l'Empire du Lever du Soleil. Et ce mépris, dont
m'entretenait encore hier le peintre américain La Farge, à la suite des
conversations qu'il avait eues autrefois au Japon avec les peintres
idéalistes du pays, a continué jusqu'à ces derniers jours où, nous les
Européens, mais les Français en première ligne[9], nous avons révélé à la
patrie d'Hokousaï le grand artiste qu'elle a perdu il y a un demi-siècle.

    [Note 7: _L'Art Japonais_, par GONSE. Paris, Quantin, 1883.]

    [Note 8: Hokousaï a pour précurseur Matahei au XVIIe siècle.]

    [Note 9: Voir les articles de Burty et de Duret.]

Oui, ce qui fait d'Hokousaï l'un des artistes les plus originaux de la
terre: c'est cela qui l'a empêché de jouir de la gloire méritée pendant
sa vie, et le DICTIONNAIRE DES HOMMES ILLUSTRES DU JAPON constate que
Hokousaï n'a pas rencontré près du public la vénération accordée aux
grands peintres du Japon, parce qu'il s'est consacré à la représentation
de la _Vie vulgaire_[10], mais que, s'il avait pris la succession de Kano
et de Tosa, il aurait certainement dépassé les Okiyo et les Bountchô.

    [Note 10: Je me conforme à la traduction consacrée, mais _Oukiyô yé_
    serait plutôt traduisible par: _la vie courante, la vie telle qu'elle
    se présente rigoureusement aux yeux du peintre_.]



                                      II


Hokousaï[11] est né le dix-huitième jour du premier mois de la dixième
année de Hôréki, le 5 mars 1760.

    [Note 11: Les Japonais mangent le _ou_ du nom et le prononcent
    _Hok'saï_. Maintenant encore, les Japonais aspirent très fort l'_H_
    du commencement du nom du peintre, et il faudrait peut-être, pour
    conserver au nom l'aspiration de là-bas, redoubler l'_H_, mais ce
    serait changer trop complètement l'orthographe à laquelle le public
    français est habitué.]

Il est né à Yédo, dans le quartier Honjô, quartier de l'autre côté de la
Soumida, touchant à la campagne, quartier affectionné par le peintre et
qui lui a fait un temps signer ses dessins: _le paysan de Katsoushika_,
--Katsoushika étant le district de la province où se trouve le quartier
Honjô.

D'après le testament de sa petite fille Shiraï Tati, il serait le
troisième fils de Kawamoura Itiroyémon qui, sous le nom de Bounsei, aurait
été un artiste à la profession inconnue. Mais, vers l'âge de quatre ans,
Hokousaï, dont le premier nom était Tokitaro, était adopté par Nakajima
Issé, fabricant de miroirs de la famille princière de Tokougawa: adoption
qui lui faisait faussement donner pour père ce Nakajima Issé.

Hokousaï, encore garçonnet, entrait comme commis de librairie chez un
grand libraire de Yédo où, tout à la contemplation des livres illustrés,
il remplissait si paresseusement et si dédaigneusement son métier de
commis qu'il était mis à la porte.

Ce feuilletage des livres illustrés du libraire, cette vie dans l'image,
pendant de longs mois, avait fait naître chez le jeune homme le goût,
la passion du dessin, et nous le trouvons vers les années 1773, 1774,
travaillant chez un graveur sur bois, et en 1775, sous le nouveau nom de
Tétsouzô, gravant les six dernières feuilles d'un roman de Santchô. Et le
voilà graveur jusqu'à l'âge de dix-huit ans.



                                    III


En 1778, Hokousaï, alors dit Tétsouzô, abandonne son métier de graveur,
ne consent plus à être l'interprète, le traducteur du talent d'un autre,
est pris du désir d'inventer, de composer, de donner une forme personnelle
à ses imaginations, a l'ambition de devenir un peintre. Et il entre à
l'âge de dix-huit ans dans l'atelier de Shunshô où son talent naissant
lui mérite un nom: le nom de Katsoukawo Shunrô sous lequel le maître
l'autorise à signer ses compositions représentant une série d'acteurs,
dans le format en hauteur des dessins de comédiens de Shunshô son maître,
et où commence à apparaître chez le jeune Shunrô un rien du dessinateur
qui sera plus tard le grand Hokousaï.

Et, avec la persévérance d'un travail entêté, il continue à dessiner et à
jeter dans le public, jusqu'en 1786, des compositions portant la signature
de Katsoukawo Shunrô ou simplement Shunrô.

Les compositions de ces années d'Hokousaï, ainsi que les premières
compositions d'Outamaro, étaient gravées dans des petits livres à cinq
sous, ces livres populaires, au tirage en noir, à la couverture jaune,
d'où ils tirent leur nom: _Kibiôshi_, LIVRES JAUNES.

Le premier livre jaune qu'il illustrait, en 1781, à l'âge de vingt et un
ans, était un petit roman en trois volumes, intitulé: _Arigataï tsouno
itiji_, GRÂCE À UN MOT GALANT, TOUT EST PERMIS, roman que ni Hayashi,
ni les biographes du peintre japonais n'ont rencontré, et dont le texte,
à l'époque de la publication, a été attribué à Kitao Masanobou, plus
tard le célèbre romancier Kiôdén, tandis que le texte et les dessins
sont d'Hokousaï qui avait publié cette plaquette sous le pseudonyme
de Koréwasaï, sobriquet signifiant: «Est-ce cela?» le refrain d'une
chansonnette du temps.

L'année suivante, en 1782, Hokousaï publie les COURRIERS DE KAMAKOURA,
deux fascicules dont il fait le texte et les dessins et qu'il présente au
public sous le nom de Guioboutsou pour le texte, et de Shunrô pour les
dessins.

C'est le récit d'un fait historique, d'une tentative au XVIIe siècle du
renversement du troisième shôgoun par Shôsétsou. Et l'on voit, dans la
succession des planches, le jeune ambitieux complotant presque enfant,
se livrant aux exercices militaires, apprenant d'un tacticien mystérieux
l'art de la guerre,--et le moyen magique d'être vu par le regard
des hommes, sous son apparence sept fois répétée. Et il organise la
conspiration, qui fait égorger les courriers, et il rêve la protection
d'un dieu favorable à ses desseins, et a l'illusion de se voir dans un
miroir, en shôgoun, et un de ses affidés en premier ministre, et il tient
conseil avec ses partisans, et il bataille bravement avec les soldats
envoyés pour le prendre, et enfin, fait prisonnier, il s'ouvre le ventre,
tandis qu'au milieu de ses complices enchaînés, sa mère, sa femme et ses
enfants sont soumis à la torture,--sa mère à la torture de l'_enfumage_.

Il publie encore, la même année, un roman en deux volumes: _Shiténnô
Daïtsou jitaté_, LES QUATRE ROIS CÉLESTES DES POINTS CARDINAUX, HABILLÉS
À LA DERNIÈRE MODE, avec l'annonce d'un texte de Koréwasaï qui est bien de
lui, ainsi que les dessins signés: Shunrô.

Cette année ou la suivante, il publie un autre livre jaune qu'il signe
exceptionnellement Katsoukawa Shunrô, et qui est l'histoire de Nitirén,
prêtre bouddhique, le créateur d'une nouvelle secte.

C'est le baptême, le commencement des études, la contemplation de la
nature, la vie d'ascète dans une grotte de la montagne, l'expulsion de
partout du prêtre révolutionnaire pour la nouveauté de ses opinions, sa
retraite dans un temple, l'apparition d'une comète annonçant de tragiques
évènements, sa défense avec un chapelet contre un guerrier qui veut le
tuer, le pouvoir de son influence mystérieuse amenant le naufrage de la
flotte mongole, sa condamnation à mort où le sabre du bourreau est brisé
par un éclair, son exil dans une île éloignée, ses prédications, ses
pèlerinages, sa mort au milieu de ses disciples en pleurs.

En 1784 Hokousaï illustre deux ouvrages: 1° _Kaï-oun Aughino Hanaka_,
LE PARFUM DES FLEURS D'ÉVENTAIL (2 volumes); 2° _Nozoki Karakouri
Yoshitsouné Yama iri_. EXPÉDITION DE YOSHITSOUNÉ À LA MONTAGNE VUE DANS
LA BOITE À SPECTACLE (2 volumes). Texte de Ikoujimonaï (propre à rien)
et illustration de Shunrô. Cet Ikoujimonaï pourrait bien être Hokousaï.

En 1785 Hokousaï publie deux livres jaunes où il n'est pas parlé du texte,
et où seulement est annoncé que l'illustration est de Shunrô. Ce sont:
1° _Onnén Oujino Hotaroubi_, TRANSFORMATION DE LA HAINE EN FEU DES LUCIOLES
DE OUJI (3 volumes).--2° _Oya Yuzouri Hanano Kômiô_ L'HÉRITAGE DU PARENT,
LA GLOIRE DU NEZ (3 volumes). Dans ce dernier ouvrage Shunrô devient
Goummatei.

Oui, en ces premiers temps, souvent Hokousaï est à la fois l'illustrateur
et l'écrivain du roman qu'il publie, et sa littérature est goûtée, grâce à
des observations intimes de la vie japonaise, est même parfois attribuée,
comme on l'a vu pour son premier roman, à des romanciers de la réputation
de Kiôdén. Selon Hayashi, la littérature du peintre a un autre mérite:
l'esprit railleur de l'artiste en aurait fait un parodiste de la
littérature de ses contemporains, de leur style, de leurs procédés, et
surtout de l'entassement des aventures, et du méli-mélo des bonshommes
modernes en contact avec des personnages du XIIe et du XIVe siècle,
et ce serait très sensible dans LES COURRIERS DE KAMAKOURA, où il aurait
employé, sur une légende du XIIe siècle, tous les faits fabuleux et
invraisemblables de l'histoire du vieux Japon.

Ce double rôle d'écrivain et de dessinateur ne dure guère que jusqu'en
1804, où il n'est plus que peintre.



                                   IV


En cette année 1789, où le jeune peintre a vingt-six ans, une circonstance
particulière le fait quitter l'atelier de Katsoukawa. Il avait peint une
affiche d'un marchand d'estampes, et le marchand en avait été si satisfait
et si glorieux qu'il l'avait fait richement encadrer et placer devant sa
boutique, lorsqu'un jour passe devant la boutique un camarade d'atelier,
d'une réception plus ancienne que lui, et qui trouve l'affiche mauvaise,
et la déchire pour sauver l'honneur de l'atelier Shunshô. De là une
dispute entre l'ancien et le nouvel élève, à la suite de laquelle il
quitte l'atelier avec la résolution de ne plus s'inspirer que de lui-même,
de devenir un peintre indépendant des écoles qui l'ont précédé et, en ce
pays où les artistes semblent changer de noms presque autant que d'habits,
il abandonne la signature de Katsoukawa pour prendre la signature de
Mougoura, qui signifie _buisson_, et disait au public que le peintre
portant ce nouveau nom n'appartenait à aucun atelier. Et, secouant
complètement le joug du style de Katsoukawa, les dessins signés Mougoura
sont plus libres, plus vus sous une optique personnelle.



                                    V


En 1786 Hokousaï publie le _Zénzèn Taïkeiki_, un fragment de l'histoire
de Minamoto, où commencent à apparaître chez le jeune dessinateur les
chevauchées terribles, les corps à corps homicides de son oeuvre future.

En 1792 Hokousaï, toujours sous le nom de Shunrô, illustre un CONTE POUR
LES ENFANTS de Kiôdén, se rapportant à la légende de Momotaro où ses
dessins, mettant de la vie humaine sous des figurations d'animaux, ont
quelque chose des SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE DES ANIMAUX de Grandville.

Une méchante vieille femme, au visage _aigre comme du vinaigre_,
surprenant un moineau qui mangeait l'empois préparé pour empeser du linge,
lui coupe la langue, et c'est une envolée comique des moineaux fuyant à
tire-d'aile dans une bousculade de peur.

Mais, à côté de la méchante femme, il y a un bon ménage qui aimait ce
moineau, et le mari et la femme s'en vont criant dans les champs et
les bois: «Qui a vu le moineau à la langue coupée? Cher petit moineau,
qu'es-tu devenu?» Enfin ils trouvèrent le pauvre petit blessé dans la
maison des moineaux où la mère avait déjà pansé la langue de son enfant
et où il était soigné avec amour par ses frères et soeurs. Oh! l'aimable
accueil fait à ces bons vieux: le père leur dansa la _Souzoumé odori_,
la vraie danse des moineaux et, quand ils partirent, on leur apporta une
boîte dans laquelle ils trouvèrent, à leur rentrée à la maison, un marteau,
un marteau dont chaque coup miraculeux faisait tomber une pièce d'or.

Or, la méchante voisine avait vu cela par la fenêtre. Elle obtient d'être
invitée par les moineaux, se fait donner par eux une boîte dont sort,
lorsqu'elle soulève le couvercle, une collection de monstres cornus qui
la mettent en pièces.

Par contre, la bonne femme trouve encore la pêche d'où sort Momotaro, le
conquérant du royaume des monstres.

En 1793 Hokousaï illustre _Himpoukou riôdô dôtchûki_, LA ROUTE DE LA
RICHESSE ET DE LA PAUVRETÉ, un curieux livre dont le texte est de Kiôdén,
et qui est, côte à côte, l'exposition de deux vies comme aimait à les
représenter le peintre Hogarth.

La première planche représente le lavage de l'enfant pauvre par le père,
près du lit de la femme couchée, tandis que la planche, en contre-partie,
nous montre le lavage de l'enfant riche sous les yeux du médecin, de la
sage-femme, des servantes.

Arrive pour le jeune riche et le jeune pauvre, à quinze ans, le _guén
boukou_, la majorité, l'entrée dans la vie de l'homme, indiquée là-bas
par le rasement du front et qui, chez le riche, est fait par un grand
personnage, chez le pauvre par sa mère.

Et ici commencent vraiment les deux routes: la route du riche dans son
norimon au milieu de ses serviteurs, la route du pauvre où il est tout
seul et mal vêtu sous la pluie; la route du riche dans des paysages
d'arbres à fleurs, tenant sa pensée dans les beautés de la peinture, la
route du pauvre dans des paysages désolés, au milieu des montagnes, comme
cette montagne près de Kiôto où les excavations forment comme le mot père,
près de rochers comme ceux d'Isé, semblables aux mamelles desséchées de la
mère du pauvre, peuplant sa pensée du souvenir de leurs privations.

Et les allégories continuent. C'est pour le riche la réception dans une
auberge par de charmantes _mousmés_ avec, dans le lointain, des
lignes de paysages formant ainsi que des armoiries des femmes du Yoshiwara,
tandis que le pauvre, qui est entré dans le commerce, passe sur un pont
qui est un _soroban_ (une machine à compter), se trouve sous des temples
aux tours faites de pièces de monnaie, près d'une pagode au toit couvert
d'un livre de caisse, et fait la rude route de sa vie _en allumant le bout
de ses ongles_, ce qui veut dire en japonais: en supportant d'atroces
souffrances.

Et, à la fin des deux routes, le pauvre devenu riche, monté sur un cheval
traîné par un singe,--la volonté menée par l'intelligence,--rencontre tout
dépenaillé le riche honteux de se trouver sur son chemin, tandis que
disparaissent dans le lointain, sous des haillons de mendiants, deux de
ses familiers au temps de sa richesse.

Et, comme apothéose du pauvre, la dernière planche le montre adossé à des
caisses d'or surmontées de bouteilles de saké.

En 1794 Hokousaï, sous le nom de Tokitarô Kakô, illustre _Mousoumé no Tomo
zouna_, LE CORDON D'UNE FILLE, petit livre dont le texte est de Kiorori.

Une histoire assez obscure, où se voit une jeune fille achetant un journal
dont la lecture lui fait quitter la maison qu'elle habite, après avoir
laissé une lettre qui met en larmes l'homme et la femme de la maison. En
route, elle est attaquée par de mauvais samouraïs, et délivrée par un
passant qui lui donne l'hospitalité. Elle serait partie dans l'idée de
venger son père qui aurait été assassiné. Puis, au moment où elle va tuer
l'assassin, elle apprend qu'il est le père de son sauveur, amoureux
d'elle. Et Hokousaï la représente lâchant sa chevelure qu'elle tient dans
sa main, prête à le tuer, et se contentant de lui faire perdre sa qualité
de guerrier.

Peut-être cette année, ou les années qui suivent, paraît _Seirô niwaka
zénseï asobi_, FÊTE IMPROVISÉE AU QUARTIER DES MAISONS VERTES, une série
d'estampes en couleur, réunies en un album, montrant le Carnaval des rues
du Yoshiwara où l'on voit des femmes théâtralement costumées et couronnées
de chapeaux de fleurs, exécutant des danses, jouant de petites scènes
dramatiques, représentant des revues de l'année.

En 1795 Hokousaï, alors dit Shunrô, change encore une fois de nom, prend
la succession de l'atelier de Tawaraya Sôri de l'école de Sôtat-sou, et
signe Sôri.

C'est l'époque où il met au jour ces innombrables séries de merveilleux
sourimonos.



                                     VI


Les sourimonos, les impressions moelleuses où la couleur et le dessin
semblent tendrement bus par la soie du papier japonais, et qui sont ces
images à la tonalité si joliment adoucie, si artistement perdue, si
délavée, de colorations pareilles aux nuages à peine teintés que fait
le barbotage d'un pinceau chargé de couleur dans l'eau d'un verre, ces
images qui, par le soyeux du papier, la qualité des couleurs, le soin du
tirage et des rehauts d'or et d'argent, et encore par ce complément du
_gaufrage_--obtenu, le croirait-on, par l'appuiement du coude nu de
l'ouvrier sur le papier,--ces images n'ayant rien de similaire dans la
gravure d'aucun peuple de la terre, font une grande partie de l'oeuvre
d'Hokousaï.

Ces impressions, dont le nom vient de _souri_ (empreinte prise au moyen
d'un frottement), et _mono_ (chose), ne sont point faites pour le
commerce. C'est une carte du Jour de l'An qu'on offrait à un petit nombre
d'amis, c'est un programme de concert, c'est la commémoration d'une fête
en l'honneur d'un lettré, d'un artiste mort ou vivant.


                                    1793

Le premier sourimono qu'on connaît d'Hokousaï est à la date de 1793, avec
la signature de _Mougoura Shunrô_. Il représente un jeune marchand d'eau
fraîche, assis sur le bâton qui lui sert à porter ses deux barillets, à
côté d'un petit dressoir où sont des pots de sucre, des bols de porcelaine,
des bols de métal.

Ce sourimono porte, au dos, le programme d'un concert organisé au mois de
juillet pour faire connaître le changement de nom d'un musicien, avec les
noms des exécutants et avec l'invitation suivante qu'il est peut-être bon
de donner:

      «Malgré la grande chaleur, j'espère que vous êtes en bonne santé,
      et je viens vous informer que mon nom est changé, grâce à mon succès
      près du public, et que, pour célébrer l'inauguration de mon nouveau
      nom, le quatrième jour du mois prochain, j'organise un concert chez
      Kiôya de Riôgokou, avec le concours de tous mes élèves, un concert
      de dix heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, et qu'il fasse
      beau ou pluie, je compte sur l'honneur de votre visite.

                                             «TOKIWAZOU MOZITAYU.»


                                    1794

En 1794, on connaît de Hokousaï quelques petites feuilles pour le Jour de
l'An, de la grandeur de nos cartes à jouer.


                                    1795

En 1795, des sourimonos de femmes mêlés à des sourimonos d'objets intimes,
comme celui-ci, où se voient accrochés à une grille une serviette brodée,
un sac de son, un parapluie, objets indiquant, que la maîtresse de la
maison vient de prendre un bain.

Ces sourimonos sont signés Hishikawa Sôri, ou simplement Sôri.


                                    1796

En 1796, un assez grand nombre de sourimonos dont les plus remarquables,
deux longues bandes, sont une réunion d'hommes et de femmes sur ces
tables-lits aux pieds plongeant dans la rivière, et sur lesquelles on
prend le frais, le soir.

                                    1797

En 1797, des sourimonos tirés de la reproduction d'objets de la vie
familière, comme des enveloppes de paquets de parfums avec une branche
fleurie de prunier; des sourimonos où il y a une femme riant du kami
Fokorokou auquel elle a mis une cocotte en papier sur le crâne; ce
sourimono où se voit un bateau dans lequel il y a un montreur de singe; et
toute une série de sourimonos d'ironies contre les dieux de là-bas, sur
papier jaune, avec coloration des sujets en violet et en vert.

En cette année qui, dans l'almanach japonais, est une année sous le signe
du serpent, un joli petit sourimono représentant une femme que la vue d'un
serpent a fait tomber sur le dos, une jambe en l'air.

Puis des bandes de grands sourimonos où se voient des promenades de femmes
dans la campagne.


                                    1798

En 1798, de nombreux sourimonos où, particularité curieuse, le cheval
revenant avec l'élément de la terre dans le calendrier japonais, beaucoup
des sourimonos représentent un cheval, et cette représentation du cheval
va dans les sourimonos jusqu'à la figuration d'une tête de cheval faite
par les doigts d'un enfant à travers un châssis.

Ce sont: un vendeur d'un joujou marchant sur une natte et que regardent
des Japonais; deux enfants dont l'un fait danser, par-dessus un paravent,
un pantin que l'autre accroupi à terre contemple, les deux mains sous le
menton; un marchand de thé devant le temple d'Ouyéno à Yédo, avec un
groupe de femmes et d'enfants; des hommes et des femmes se déguisant en
dieux et en déesses de l'Olympe japonais; une course de chevaux; un grand
paysage au bord de la Soumida, avec de tous petits personnages. Puis des
sourimonos de femmes: la cérémonie du thé _Tchanoyu_ entre femmes; deux
femmes lisant couchées à terre, l'une la tête penchée sur le papier,
l'autre lisant avec un joli mouvement de tête de côté, deux femmes roulées
l'une sur l'autre sur le plancher, s'arrachant une lettre.

Et, dans ces grands sourimonos de femmes de cette année et des années
qui vont suivre, Hokousaï échappe à la grâce mignarde, poupine,
conventionnelle de ses premières années; il arrive dans des créatures
plus amples, plus en vraie chair, à la véritable grâce féminine donnée par
l'étude d'après la nature.


                                    1799

En 1798 est apparu pour la première fois le nom d'_Hokousaï_ joint à
celui de Sôri. Mais ce n'est qu'au jour de l'an 1799 qu'il annonce
officiellement son changement de nom, _Sôri, changé de nom en Hokousaï_.
Il a cédé son nom de Sôri à son élève Sôji et, avec le nom d'Hokousaï, il
prend le prénom de _Tokimasa_. Et l'année suivante, en 1800, il signe dans
les premiers mois _Hokousaï précédemment Sôri_ et, dans les derniers mois,
_Hokousaï fou de dessin_, en japonais, GWA-KIOJIN HOKOUSAÏ.

L'année 1799 est une année où le mouton du zodiaque est revenu dans le
calendrier japonais et où nombre de sourimonos ont, dans quelque coin
de la composition, cet animal. Un de ces sourimonos même représente un
Japonais tenant en ses bras un mouton, et c'est peut-être une allusion à
ceci. Le Japonais d'autrefois, me disait le docteur Michaut, étonné de
voir les Hollandais faire la traversée du Japon sans femmes, s'était
persuadé que les moutons qu'ils avaient à bord les remplaçaient, et se
l'était si bien persuadé qu'à l'heure présente les Japonaises qui ont
commerce avec les étrangers sont appelées par leurs compatriotes
_moutons_.

Des sourimonos curieux d'industries: la marchande de poudre dentifrice
en train de façonner un bout de bois de camphrier noir pour en faire une
brosse à dents; la fabricante de perruques et de nattes; la rouleuse de la
soie et sa fabrication à la campagne.

Une série de femmes en buste.

Une série de petites femmes, à la grâce tortillarde: une femme qui balaie
la neige; une femme qui debout plie une étoffe de sa hauteur avec une
retraite du corps du plus joli contournement.

Un sourimono représentant le plus pustuleux de tous les crapauds.

Un grand sourimono d'une facture surprenante: un store à moitié relevé sur
une branche en fleur dont une partie se voit obombrée à travers le tissage
du store.


                                 1800

Une série de quinze sourimonos: L'ENFANCE DES PERSONNAGES HISTORIQUES.

Une série de sept sourimonos: LES SAGES DES BAMBOUS, de vieux sages
représentés par des femmes modernes.

Une série de vingt-quatre sourimonos intitulée: PIÉTÉ FILIALE, parmi
lesquels un charmant dessin d'une femme lavant, le haut du corps nu, et
dont le torse est tout étoilé des pétales d'un prunier en fleurs secoué
par le vent au-dessus de la laveuse.

Une série des douze mois de l'année, représentés par des femmes, où est un
gracieux dessin de fillette japonaise frottant un plancher et que regarde
paresseusement sa maîtresse.

Trois musiques représentées par trois musiciennes.

Une série intitulée: HUIT CHAMBRES, qui sont huit figurations de petites
femmes dont l'une, le torse nu, fait sa toilette devant un singe sur
lequel elle a jeté sa robe; le singe étant cette année le dénominateur
de l'année et revenant dans un certain nombre de planches.

Une jolie petite impression représentant un miroitier repassant sur une
pierre un miroir de métal, à côté d'une femme dont le visage est reflété
dans le miroir qu'elle tient à la main.

Une série un peu caricaturale de sourimonos, dans le genre des _Otsouyé_:
cette imagerie industrielle d'Épinal du Japon se fabriquant à Otsou près
de Kiôto.

Parmi les grandes pièces, qui sont en général des bandes ayant une hauteur
de 19 centimètres sur une largeur de 51:

Tortues en marche avec leurs petits sur la carapace.

Une enceinte de lutteurs, formée de sacs de sable dans des enveloppes
historiées, avec, au milieu, sur une petite table, deux bouteilles de saké
destinées à être offertes aux génies du Japon, aux Kami, dans une
cérémonie religieuse précédant la lutte.

L'entrée du temple Hatiman Foukagawa.

La récolte du thé dans un jardin.

La visite chez un horticulteur.

Des femmes regardant du pont Yeitaï, l'île Tsoukouda.

Trois femmes dont l'une, à l'occasion du Jour de l'An, écrit sur un
paravent une pensée, dont l'autre peint un éventail, dont une troisième
illustre une poésie.

Trois femmes en train de plier et de repasser une robe en plumes de paon,
avec le fer japonais qui ressemble à une petite bassinoire dans laquelle
est un charbon incandescent.


                                    1801

Une série de douze petites pièces en hauteur intitulée: UNE PAIRE DE
PARAVENTS.

Une série de petites femmes modernes ayant à leurs pieds des vieillards
historiques d'autres siècles.

Quelques planches représentant des femmes faisant jouer des marionnettes
sur un petit théâtre.

Parmi les pièces séparées, des acteurs et des scènes théâtrales, dont
l'une représente Daïkokou faisant pleuvoir des pièces d'or sur une femme
puisant de l'eau.

Cette année, commencent à paraître des sourimonos de natures mortes qui
vont fournir à Hokousaï de si originales compositions et de si admirables
impressions. Ce sont, dans les petites pièces, un canard mort et un bol de
porcelaine sur un plateau de laque; une cage où est un oiseau et un vase
de fleurs.

Dans les grandes planches:

L'arrivée des _manzaï_ dans un palais où éclate la joie d'un groupe
d'enfants qui les acclament et où, derrière des stores, s'aperçoivent les
ombres chinoises des princesses prises de curiosité mais ne se montrant
pas.

Des femmes dans un jardin, l'une s'éventant avec un écran, l'autre
poursuivant des papillons avec un filet.

Des femmes donnant la liberté à des grues, le jour de l'anniversaire d'une
mort qui leur a été à coeur.

Et, parmi ces grandes pièces, deux très beaux sourimonos:

Une énorme et noueuse branche d'un de ces vieux pruniers appelés là-bas:
_dragon couché_, toute fleurie de rose et de blanc.

Un chapeau de femme en paille, au fond de crêpe rouge, laissé au milieu
d'une allée de jardin et dans lequel sont tombées de feuilles d'arbres.


                                    1802

Une petite série de trois planches représentant un jeu japonais par
gestes, où il y a un juge, un chasseur, un renard et où, dans une des
planches, la femme fait le renard avec ses mains rapprochées de sa figure
et recourbées devant elle.

Une série de douze planches donnant un simulacre des scènes des rônins par
des femmes et des enfants.

Une série en l'honneur de la Lune représentée par des femmes, et dans
laquelle rien de plus gracieux que cette petite femme, la tête renversée
en arrière et d'une main retenant sur sa gorge un fichu-fanchon de crêpe
noir, un _bôshi_, tout envolé autour d'elle et, de l'autre main, tenant
contre son côté un parasol fermé.

Une série sur Yédo, représentée par des industries et de petits paysages.

Une série intitulée: LES DOUZE ANIMAUX DU ZODIAQUE, qui y figurent en
général sous la forme de jouets entre des mains d'élégantes petites
femmes.

Parmi les grandes planches:

Une promenade de femmes près d'un cours d'eau où sont entrés des enfants
dont l'un élève en l'air une petite tortue qu'il vient de prendre.

Une grande langouste à la teinte rougeâtre, du savant dessin d'un
naturaliste, un sourimono fait pour le Jour de l'An aux frais d'une
société de vingt personnes.

Des passants dans la brume: des hommes porteurs d'instruments de travail,
des femmes, des enfants.


                                    1803

Une série de trente-six planches: LES TRENTE-SIX OCCUPATIONS DE LA VIE.
Parmi ces compositions, une charmante impression: un petit Japonais qui
apprend à écrire et dont la mère guide la main armée du pinceau.

Une autre série de cinq planches: LES CINQ FORCES, figurées par des
femmes.

Une autre série de dix planches: LES CINQ CHEVALIERS ÉLÉGANTS: les cinq
chevaliers élégants toujours représentés par des femmes.

Une série de sept planches: LES SEPT KOMATI, les sept périodes de la vie
de la poétesse. Cette poétesse à la vie accidentée et si populaire au
Japon, eut un moment l'ambition de devenir la maîtresse de l'Empereur,
en même temps qu'un sentiment tendre pour un seigneur lettré de la cour,
nommé Foukakousa-no-Shôshô, avec lequel on raconte qu'elle fit le pacte
suivant:

Il viendrait causer avec elle amour et poésie quatre-vingt-dix-neuf nuits,
et, à la centième nuit, elle lui appartiendrait. L'amoureux remplit les
conditions imposées par la poétesse mais, à sa sortie de chez elle, la
quatre-vingt-dix-neuvième nuit,--c'était par un hiver très froid,--il fut
gelé. Au Japon une femme et un homme ont la réputation d'être morts
vierges: la femme c'est Komati, l'homme c'est Bénkéi.

Parmi les grandes planches:

La danse d'une jeune fille avec un double parasol dans un palais où,
derrière un store, est l'orchestre et derrière un autre store sont les
princesses.

Des scènes de théâtre, entre autres Kintoki et sa mère.

Quelques sourimonos dans la facture un peu brutale des sourimonos de Kiôto,
parmi lesquels une cantine en laque sur son tapis rouge, surmontée d'une
branche de cerisier en fleurs.


                                    1804

Une série intitulée: LES DOUZE MOIS DE L'ANNÉE. Rappelons une fois pour
toutes que, sous tous ces titres, ce sont toujours de petits dessins de
femmes.

Une série sans titre, et sans doute de dix, représentant les femmes de
différentes classes: la femme de la noblesse, la grande courtisane, la
_yotaka_, l'oiseau de nuit, raccrochant autour des chantiers et des
entrepôts.

Une série d'une dizaine de planches: CONTEMPLATION DES BELLES VUES DE
YÉDO.

Une série de dix planches ayant pour titre: LES DIX ÉLÉMENTS.

Dans les planches parues séparément, un jeu de jeune fille où l'on
prononce des noms d'animaux et où l'on pince le dessus de la main de
celle qui se trompe,--et des branches d'arbustes fleuris sur un papier
ressemblant à notre basin,--et une curieuse nature morte rappelant un peu
la simplicité des sujets traités par Chardin: sur des feuilles de bambou
une tranche de saumon et une tranche de katsouô, un autre poisson très
estimé des Japonais.

Parmi les grandes planches:

La cour du temple Ohji, avec son concours de monde.

La maison de thé d'été, provisoirement établie sur une route, où la mousmé
remplit la tasse de thé d'un voyageur sur un banc; à la porte, une femme à
cheval et un garçonnet se rafraîchissant.

La coulisse d'une représentation dans un palais: l'ouverture du manuscrit
de la pièce, les apprêts de la toilette des acteurs, les essais des
instruments.

Cette année, étant sous le signe zodiacal du rat, un sourimono du Jour de
l'An représente un énorme rat en neige, auquel un peintre peint l'oeil
dans un attroupement d'hommes et de femmes.

L'année 1804 est l'année où Hokousaï a publié un nombre de sourimonos tel
que Hayashi dit que personne ne pourrait en publier le catalogue complet.

À ce catalogue de sourimonos, qui me sont presque entièrement fournis par
la collection de Hayashi, et un rien par la mienne, je voudrais joindre
quelques-uns des plus beaux, des plus originaux parmi les grands, parmi
ceux qui mesurent comme largeur 50 centimètres sur 18 de hauteur, et qui
se trouvent dans les autres collections.

Et, tout d'abord, je citerai parmi ceux de la collection Manzi, qui sont
en grandissime nombre, et tous hors ligne, comme beauté d'épreuves:

Un vol de sept grues sur le rouge d'un soleil couchant.

Un prunier en fleurs, au pied duquel sont deux faisans, et dont les
rameaux s'étendant sur une rivière laissent voir sous la verdure fleurie
la perspective de deux bateaux.

Trois femmes agenouillées au bord d'une baie, le regard à la mer, pendant
qu'une servante souffle avec le vent d'un écran le feu d'un réchaud sur
lequel chauffe le saké.

Au-dessus de la neige d'un cerisier tout fleuri, le vol de deux
hirondelles au col rouge. Rien ne peut donner une idée de la douceur de
cette planche et, dans le nuage de l'impression, le charme effacé de ces
fleurs, où presque un imperceptible gaufrage détache les pistils.

Je citerai parmi les sourimonos de la collection de M. Gonse:

Un bouquet d'arbres sur une rivière, et la devanture d'un intérieur de
maison où deux hommes travaillent à la fabrication de poupées. Ce serait
l'habitation de Toyokouni, le voisin d'Hokousaï, dans le Katsoushika, en
le temps où Toyokouni n'était pas encore peintre, mais fabricateur de
poupées.

Un paysage tout blanc, tout rose, qui par la floraison des arbres
fruitiers est comme le jaillissement du printemps dans un paysage d'hiver.

Je citerai parmi les sourimonos de M. Vever:

La promenade, dans un temple, de Japonais et de Japonaises examinant les
tableaux accrochés au mur, et où est représenté un groupe de deux Japonais
arrêtés devant un kakémono, dont l'un regarde la peinture et l'autre
regarde les femmes.

Un Japonais dans une «Maison Verte» en train de fumer. Sa maîtresse, à
côté de lui, fait essayer, pour l'amusement de son amant, un pas de danse
à sa _kamouro_, à sa fillette de service, dont un maître de danse,
agenouillé devant elle, guide les mouvements.

Je citerai, dans le format moyen, parmi les sourimonos de M. Haviland:

Un dieu du tonnerre se précipitant au milieu des éclairs dans le bain
d'une femme à moitié déshabillée; un lutteur ou un kami, dont une femme
remplit de saké la coupe, une coupe grande comme un plat, tandis que deux
autres femmes accroupies à ses pieds rient de sa grosse bedaine poilue,
prenant l'air.

Dans les grandes bandes:

Une vue de la Soumida couverte de bateaux.

Des tisseuses de soie, au métier établi en pleine campagne, et dont l'une
se voit à travers les fils d'un compartiment du métier.

De petits Japonais jouant auprès d'un pont. Impression signée: _Gwakiôjin
Hokousaï, en état d'ivresse_.

Citons en dernier lieu, dans la collection de M. Chialiva:

Un sourimono unique, le plus grand sourimono qu'on connaisse (L. 100)
et qui représente un pont dans le genre du grand pont de la Soumida
d'Outamaro et où, dans un personnage de profil, au petit bonnet noir, à
la robe bleuâtre, on croit reconnaître Hokousaï. C'est, sur ce pont, des
promeneurs et des promeneuses dans une halte de repos et de contemplation.
Il y a un groupe de trois femmes dont la tête penchée de l'une en dehors
de la balustrade, regarde dans la rivière; un autre groupe d'hommes est en
train de disserter; un Japonais, qui a accroché à une traverse une branche
d'arbuste fleuri, est à demi couché sur la barrière tandis qu'au bout du
pont une femme cause avec une amie, les deux mains appuyées contre la
rampe dans une attitude charmante de vérité.

Ce sourimono qui est la réunion de deux grands sourimonos est signé:
_Hokousaï Sôri_.



                                       VII


Mais revenons en arrière; revenons à ces années où, en même temps que
Hokousaï publie de nombreux sourimonos, il illustre un certain nombre
d'ouvrages.

En 1797, paraît _Hatsou Wakana_, LES PRIMEURS DES LÉGUMES VERTS.

Un volume rarissime, illustré en tout d'une seule planche d'Hokousaï, qui
signe: _Hokousaï Sori changé de nom._

Une paysanne en train de cueillir des herbes, à laquelle un enfant indique
que le soleil se couche, et qui se retourne une main devant les
yeux.

La même année paraît: _Yanaghi-no-ito_, CORDELETTES DU SAULE PLEUREUR, un
volume de poésies, dont l'illustration était due à Yeshi, Kitao Shighémasa,
 et à Hokousaï, qui représente la rive de la mer, à Yénoshima, où déferle
une grosse vague, une planche qui a le doux coloriage et le joli gaufrage
d'un sourimono.

La même année paraît _Shunkiô-jô_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, un volume de
poésies dont Hayashi n'a jamais rencontré qu'un seul exemplaire, un volume
aux nuances douces, amorties des planches, annonçant une publication faite
par une société d'amateurs.

Une impression charmante est la planche en couleur où Hokousaï a
représenté une collation dans la campagne, et où des femmes s'amusent à
faire flotter sur un cours d'eau des coupes à saké, et l'homme auquel le
courant l'apporte est obligé d'improviser une phrase poétique, sous peine,
s'il ne peut l'improviser, de boire trois coupes.

La même année paraît encore _Sandara Kasoumi_, LA BRUME DE LA CAMPAGNE, un
volume fait en collaboration avec Shighémasa et Tsoukané.

La planche qu'Hokousaï signe _Hokousaï Sôri_ nous fait voir une habitation
de la campagne dont sort une paysanne, un enfant à la main, un autre
enfant lié sur son dos par sa ceinture, tandis que dans le fond arrivent
des femmes de la ville suivies d'un porteur.

Des roses, des gris, des jaunes, qui sont comme l'aube de ces couleurs, et
au milieu desquelles éclate le rouge de la robe de l'enfant que la
paysanne tient par la main.



                                      VIII


En 1798, paraît _Dan tóka_, CHANSONS DE DANSE POUR HOMMES[12].

    [Note 12: Le titre est trompeur, car le volume ne contient que des
    poésies qui ne peuvent pas se chanter.]

Un volume de poésies où collaborent les dessinateurs Yékighi Tôrin, Yeishi,
Shighémasa, Outamaro, Hokousaï: chaque artiste apportant le dessin d'une
planche.

Une impression très soignée ressemblant à de la vraie aquarelle, avec le
marron comme couleur dominante dans les robes des femmes.

La même année Hokousaï publie, sous la signature _Kakô_, l'HISTOIRE
NATURELLE DES MONSTRES, _Wakémono Yamato Honzô_, dont le texte était donné
par Kiôdén.

Un livre aux allusions ironiques, sans doute à propos de la publication
d'un sérieux ouvrage sur l'histoire naturelle, et où l'imagination du
dessinateur se donne toute liberté dans la création de ses monstres, les
faisant, tour à tour, ridicules ou terribles. C'est dans l'effroi de
femmes se cachant la figure, d'hommes couchés à terre, un monstre aux
ailes de toile d'araignée, à la queue formée par le déroulement d'une
lettre japonaise, à la tête faite par des besicles jouant l'appareil
visuel de la libellule; c'est une tête de femme flottant sur l'eau, dont
les épingles de la chevelure lui donnent l'aspect d'un crabe; c'est un
arbre dont les feuilles sont des pièces d'or; c'est un oiseau à deux têtes,
un dessin faisant revivre la légende des deux oiseaux si amoureux l'un de
l'autre qu'ils semblaient ne faire qu'un oiseau.



                                       IX


En ces années, en cette fin du XVIIIe siècle, le talent d'Hokousaï n'a pas
seulement fait sa popularité chez ses compatriotes, ce talent commençait à
être apprécié par les Hollandais faisant leur visite d'office, tous les
cinq ans, à Yédo, et l'un d'eux, que l'on croit être le capitaine Isbert
Hemmel, avait eu l'intelligente idée de rapporter en Europe deux rouleaux
dus au pinceau de l'illustre maître, représentant, le premier, tous les
épisodes de l'existence d'un Japonais depuis sa naissance jusqu'à sa mort,
le second, tous les épisodes de l'existence d'une Japonaise, également
depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

Le prix convenu de ce curieux historique de la vie japonaise était de 150
rios d'or (le rio d'or vaut une livre sterling). Et Hokousaï recevait du
médecin hollandais attaché à l'expédition une commande d'un double des
deux rouleaux.

Hokousaï apporta tous ses soins et sa science à la confection des quatre
rouleaux, terminés au moment du départ des Hollandais. Et, quand Hokousaï
livra ces rouleaux, le capitaine, très enchanté, lui remit l'argent
convenu, mais le médecin, sous prétexte qu'il avait un traitement
inférieur à celui du capitaine, ne voulut payer que la moitié du prix.
À quoi Hokousaï se refusa, aussi bien qu'à lui laisser un rouleau à 75
rios.

Mais la somme que le peintre devait toucher était déjà escomptée pour
payer des dettes, et la femme d'Hokousaï lui reprochant de n'avoir pas
cédé un rouleau au médecin, dont les 75 rios auraient sauvé le ménage de
la grande misère, Hokousaï laissant parler sa femme, après un long silence,
lui disait qu'il ne se faisait aucune illusion sur la misère qui les
attendait, mais qu'il ne pouvait supporter le manque de parole d'un
étranger les traitant avec si peu d'égards, ajoutant: «J'ai préféré la
misère à un _piétinement_ (humiliation).»

Le capitaine, mis au fait du procédé du médecin, envoyait son interprète
avec l'argent et faisait prendre les deux rouleaux commandés par le
médecin.

Maintenant, sont-ils arrivés en Europe ces quatre rouleaux? Le capitaine
Isbert Hemmel mourait en 1798, dans la traversée de Yédo à Nagasaki. Ce
qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne sont pas au musée de la Haye, dont
M. Gonse a fait une étude.

Hokousaï continua de vendre un certain nombre de dessins aux Hollandais,
jusqu'au jour, où il lui fut interdit de livrer aux étrangers les détails
de la vie intime des Japonais.



                                    X


Si vraiment il a été versé 300 rios d'or à Hokousaï par le capitaine
hollandais, Isbert Hemmel, pour les quatre makimonos sur la vie japonaise,
je crois bien que c'est la seule fois où sa peinture a été richement payée,
 car ses dessins pour l'illustration des livres--le revenu le plus clair
de l'artiste,--sont misérablement rétribués par les éditeurs, et au moment
où l'artiste jouit de toute sa célébrité. Je donnerai, comme preuve, ce
fragment d'une lettre, adressée en 1836, d'Ouraga, à l'éditeur
Kobayashi.
 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
_Je vous envoie trois feuilles et demie des Poésies de l'époque des Thang.
Sur 42 mommés_ (le mommé vaut 10 sous), _que j'ai à toucher, retranchez un
mommé et demi que je vous dois; et veuillez remettre le reste, 40 mommés
et demi, au porteur de la lettre_.

D'après cette lettre, ça mettrait le payement des dessins d'Hokousaï de
six à huit francs.

Et il se conserverait au Japon des billets où Hokousaï empruntait de
misérables sommes pour le payement des choses de la vie journalière, près
des fruitiers, des marchands de poissons, et c'est ainsi que j'entendais
conter à M. Bing que, parmi les documents qu'il avait réunis sur Hokousaï,
il existait la demande par le peintre à un éditeur d'un emprunt d'un riô
(25 francs), le priant de lui payer ces 25 francs dans la plus petite
monnaie possible, afin de solder ses infimes dettes criardes près des
fournisseurs de son quartier.

Oui, ainsi que le témoigne une autre lettre, où Hokousaï se plaint de
n'avoir qu'une robe pour défendre son vieux corps de 76 ans contre le
froid d'un hiver rigoureux, l'artiste a vécu, toute sa vie, dans une
misère noire, par suite des bas prix payés au Japon par les éditeurs aux
artistes, et l'effet d'une indépendance d'esprit qui lui faisait accepter
seulement le travail qui lui plaisait, et aussi à l'occasion des dettes
qu'il eut à payer pour son fils Tominosouké et son petit-fils, né de sa
fille Omiyo,--du reste tirant une espèce de vanité de cette pauvreté.



                                  XI


En 1799 Hokousaï publie _Azouma Asobi_, PROMENADE DE L'EST (Promenade de
la capitale de l'Est, qui est Yédo), un volume en noir, republié en trois
volumes en couleur, l'année 1802.

Des intérieurs de ville et des paysages vilainement coupés de langues
de nuages rouges, couleur de soleil couchant, dissimulant tout ce que
l'artiste ne trouve pas d'intérêt à dessiner, procédé qu'abandonna plus
tard Hokousaï.

Dans le premier volume: la vue intéressante du temple sinthoïste Shimméi
avec sa sobre architecture, et le pont de Nihon-bashi avec la foule
grouillante qui l'emplit tout le jour.

Dans le second volume: une boutique de _nori_, la plante marine comestible
dont il se fait au Japon une grande consommation; une maison de thé où
se tient sur la porte une _guésha_; une rue du quartier marchand de
Sourouga-tebô; une boutique de poupées à Jikkendana, avant la fête des
filles, avec les pyramides des caisses, le petit monde de ses vendeuses,
la queue interminable des acheteurs allant jusqu'au bout de la rue;
une teinturerie à la porte de laquelle un teinturier tend ses étoffes;
une tuilerie; l'hôtel des Hollandais, Nagasakiya, devant lequel un
rassemblement de curieux regarde trois habitants de l'hôtel à une fenêtre;
la boutique du libraire Tsoutaya, l'éditeur d'Outamaro, avec sa marque
faite d'une feuille de vigne vierge surmontée du pic de Fouzi-yama, sur
une lanterne, et ses piles d'images, et ses commis en train de faire des
rangements, et l'annonce de ses albums nouveaux sur les planches de bois
de la devanture.

Dans le troisième volume: la cour du temple Asakousa emplie de la presse
des acheteurs et des acheteuses devant les petites boutiques de la cour;
un atelier d'armurier où un ouvrier martèle une pièce et où sont suspendus
une selle, des étriers, des gants pour l'escrime du sabre.



                                     XII


Avec les livres et les sourimonos mis au jour par Hokousaï depuis 1778
jusqu'à la fin du siècle, il est de toute nécessité de cataloguer les
planches publiées séparément par l'artiste pendant ces vingt années.

D'abord, dans ces planches publiées séparément,--quoique souvent réunies
en albums,--ce sont vers 1778, avons-nous déjà dit, des impressions
d'acteurs ressemblant tout à fait à des Shunshô, et tirées dans des tons
jaunes avec un rien de coloration rosâtre, d'une harmonie un peu
triste.

Et parmi les rarissimes estampes de ces années, il y a un Kintoki entre
un singe et un chien portant son coffre; un petit Japonnais riant d'un
pêcheur auquel une pieuvre s'est attachée; des têtes caricaturales
destinées à être découpées pour l'amusement des enfants; des promenades
de Japonaises dans des campagnes désagréablement coupées par ces nuages
rouges qui sont des imitations malheureuses des bandes de poudre dorée des
anciens rouleaux. Au fond, des reproductions assez grossières de dessins
que ne recommande pas encore aux éditeurs un nom connu.

Vers 1793, une belle planche représentant le corps à corps de deux
lutteurs aux anatomies éléphantines.

Dans les années suivantes, un _bateau de bonheur_ sur lequel l'Olympe
japonais pêche à la ligne; deux diptyques, l'un représentant une
procession d'enfants, l'autre, une réunion d'enfants dessinant d'après
des images; un triptyque de l'attaque du château de Kôzouké par les
ronins.

Parmi ces compositions, un dessin tout à fait capital, signé _Shunrô_, et
où s'annonce la maîtrise future de l'artiste. Un dessin, où Kintoki est
représenté une main autour du cou d'un ours, un aigle sur l'épaule, et où
le corps couleur de brique de l'enfant herculéen, entre le noir de l'aigle
et le fauve de l'ours, fait de la coloration toute-puissante.

Une autre impression d'un grand caractère, représentant l'impératrice
Dakki qui, d'après une légende japonaise, serait un _renard à neuf
queues_: cette impératrice ayant le goût du sang, faisant ouvrir le ventre
des femmes enceintes, et que l'on voit à une fenêtre, regardant un enfant
qu'un bourreau tient suspendu en l'air par le collet de sa robe, prêt à
lui couper la tête avec son sabre.

Une autre impression vous montre la déesse du Soleil, née du mariage
de Isanagui et de Izanami, les premières divinités mâles et femelles
créatrices du Japon, retirée dans la grotte fermée par un immense rocher,
et laissant le ciel et la terre plongés dans les ténèbres au moment où le
dieu Tatikara, _aux bras puissants_, va la tirer, charmée qu'elle est par
le chant d'Ousoumé, va la tirer hors de sa grotte.

En 1796 Hokousaï apprend la perspective de Shiba Kôkan, qui la tenait des
Hollandais, et cette étude amène, cette année, la publication d'une suite
de douze paysages qui ont, sous le pinceau du maître japonais, comme un
sentiment hollandais, et où Hokousaï signe son nom horizontalement, ainsi
que dans l'écriture de l'Europe.

De cette série qui renferme la première idée de «la Vague», M. Mauzi
possède un tirage extraordinaire qui a l'air d'une suite d'aquarelles
tirée sur un papier torchon.

Vers cette époque Hokousaï publie encore une série de huit feuilles
représentant huit vues du lac Biwa, dans une teinte de grisaille violacée
où bien certainement existe une influence européenne.

Ici il faut énumérer les séries de Tókaïdô, la route principale reliant
Yédo à Kiôto, et qui traverse les villes servant de stations. De là le nom
des 53 _stations_ qui, ajoutant celles de Yédo et Kiôto, forme une suite
de 55 planches.

On compte cinq séries, car cette route de Tôkaïdô a été un des sujets
préférés par le pinceau d'Hokousaï qui, d'après Hayashi, en aurait dessiné
quatre avant 1800.

Une première série est du format in-4 en largeur avec un médaillon:

De petits croquetons spirituels.

Une deuxième série également du format in-4 en largeur, tirée sur le
papier des sourimonos, et où, comme ton, domine le bistre.

Une jolie impression: un enfant faisant du trapèze à la branche d'une
ancre.

Une troisième série d'un petit format carré et où Yédo et Kiôto font des
diptyques.

Coloriage d'une publication à bon marché.

Une quatrième série in-12 en hauteur. De beaux dessins anatomiques.

Une cinquième série de format in-12, tirée en sourimono, et qui a paru
seulement en 1801.

Dans cette série il y a sept planches en format double et en largeur.
Série d'une grande finesse dans le trait et d'une remarquable douceur de
couleur.

Deux planches charmantes: une femme se coiffant accroupie à terre et
tenant d'une main derrière elle sa natte qu'elle peigne de l'autre, tout
en se regardant dans un miroir; et une femme faisant du filet, qui se
retourne dans sa marche vers un petit enfant se traînant derrière elle,
attaché par une corde à sa robe.

Il y a encore des séries de paysages.

La série des SIX TAMAGAWA, série de six paysages d'un faire un peu brutal.

Une seconde série des SIX TAMAGAWA, avec le médaillon.

Une série des TROIS SOIRÉES, série de trois petits paysages animés par des
promenades de femmes.

Une grande vue panoramique des deux rives de la Soumida (H. 25, L. 65),
aux maisons et aux arbres minuscules, commençant à la fin d'un pont qui
réunit les deux rives, et où se voit dans le haut du ciel un imperceptible
cerf-volant.

Et sans doute il existe d'autres, bien d'autres de ces feuilles de
passages séparées, que peut-être la publicité donnée au nom d'Hokousaï
fera retrouver au Japon ou ailleurs. Pour ma part je possède seize de ces
paysages en largeur, réunis en un album qui porte sur la couverture le
titre écrit à la main: _Tòto Meisho shû_, COLLECTION DES ENDROITS CÉLÈBRES
DE YÉDO, ILLUSTRÉS PAR DES POÉSIES: seize feuilles au tirage le plus
rapproché des sourimonos et qui ont dû être publiés à la fin du dernier
siècle, ou au commencement de celui-ci.

1. Le coucher du soleil sur la mer à l'embouchure de la Soumida.

2. Dans la campagne, un grand cercle en paille entre deux bambous, un
cercle sacré où un prêtre fait passer les enfants d'après la croyance que
ce passage évite aux enfants les épidémies.

3. Un coup de vent forçant deux femmes à ramener sur elles leurs robes
enroulées dans un enveloppement plein de grâce.

4. Admiration de Japonais et de Japonaises devant les pruniers en fleurs
de l'autre côté de la Soumida.

5. Terrasse de Ouyéno où un enfant laisse tomber des feuilles de papier en
bas.

6. Japonais flambant le fond d'un bateau qu'il vient de construire.

7. Promenade de trois femmes de la société suivies d'un serviteur au bord
de la Soumida.

8. Le grand sapin sacré du temple de Miôkén à Yanaghishima, entouré de
paille.

9. Terrasse du temple d'Inari à Mimégouri, où un Japonais porte sur ses
épaules son petit garçon.

10. Maison de paysan à Sékiya, un endroit renommé pour la quantité de ses
lucioles que les Japonais s'amusent à enfermer dans une petite cage de
soie.

11. Deux femmes, suivies d'un serviteur porteur d'une plante et de deux
bouteilles de saké, se promenant au bord de la Soumida, en vue d'un grand
bateau d'où un homme puise de l'eau avec un seau.

12. Jardinier arrosant des légumes à Ayasé, près d'un petit pont sur
lequel sèchent des bottes de paille de riz.

13. Une femme apportant une tasse de thé à un Japonais, jouissant à
l'endroit, appelé autrefois Mattiyama, de la belle vue de la rivière.

14. Une barque où sont embarquées deux Japonaises.

15. Effet de neige à Mouméwaka.

16. Et la promenade se termine, comme pas mal de promenades de Hokousaï,
par la descente de deux Japonais dans une «Maison Verte» du Yoshiwara.


Parmi d'autres impressions de collections parisiennes.

Une promenade dans le Yoshiwara.

Une vue de l'entrée d'un théâtre, avec les têtes de la foule d'hommes et
de femmes rassemblés pour entendre le boniment des acteurs sur
l'estrade.

Des teinturières, cette composition de deux femmes coupées par une bande
d'étoffe, qui a tenté successivement Outamaro, Toyokouni.

Des bûcheronnes, la tête chargée de fagots.

Une série de caricatures amusantes par le changement de place du nez, de
la bouche, des yeux.

Une série de SIX POÈTES, série de six feuilles, avec le portrait du poète
accompagné d'un paysage ou d'une fleur. Imagerie un peu vulgaire.

Une représentation d'un théâtre chantant où les acteurs ne font que les
gestes et où les paroles sont dites par des récitateurs aux bouches
immenses.

Une planche de trois musiciennes, l'une jouant du _koto_, l'autre du
_schamisén_, la dernière du _kokû_ (espèce de violon).

Une planche d'une femme passant en barque sous un pont.

Une planche d'une femme se promenant sur un boeuf, dans la province de
Yénoshima.

Deux planches d'hommes et de femmes, la marée retirée, pêchant avec des
paniers le poisson resté dans les anfractuosités de la plage.

Une planche représentant la réunion des six poètes sur une terrasse.

La plantation du riz.

La cueillette du thé.

Une charmante impression est une impression où un amoureux joue de la
flûte à la porte d'une habitation, et où l'on voit une servante, envoyée
par sa maîtresse qui l'entend de son balcon, traverser le jardin et lui
ouvrir la porte.



                                   XIII


En 1800 Hokousaï publie encore un petit livre jaune, avec son titre bien
japonais, _Kamado Shôgoun_, LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU, un petit
livre dont les dessins et le texte sont fournis par le peintre.

Il est curieux, ce petit livre, par la figuration de l'auteur présentant
son livre à l'éditeur, agenouillé, les deux mains posées à terre dans une
attitude de supplication, curieux par la modestie de la préface de
l'écrivain-dessinateur.

Voici à peu près la préface de ce volume, qui va être un des derniers
volumes dont Hokousaï écrira le texte:

    Je viens de faire un travail maladroit, si cependant, après examen, ça
    faisait votre affaire? Et comme je ne suis pas habitué à écrire, pour
    les passages non réussis, faites-les retoucher par le maître Bakin.
    Or, si j'ai la chance d'avoir le moindre succès cette année, je
    travaillerai mieux l'année prochaine.

Maintenant si l'on veut avoir une idée de la littérature du peintre, voici
un bout de traduction du livre jaune:

    Dans une lointaine province de l'Ouest, il y avait un grand seigneur,
    nommé «le grand coeur», ayant un revenu d'un million de tonnes de riz.
    On le surnomma Dadara Daïjin, le Seigneur Désordonné, comme grand
    amateur de voluptés et fort buveur de saké. Et, non content du plaisir
    de la chasse dans les montagnes, de la pêche dans la mer, il s'amusait
    à faire nager les gens avec de lourdes pierres attachées à leurs corps,
    ou à les faire courir, pieds nus, sur la glace; et le monde de son
    entourage, il voulait qu'il fût habillé de chaude ouate, en été, et de
    toile claire, en hiver. Enfin il aurait fallu, pour la distraction de
    ce seigneur, que les poules chantassent et les roues tournassent de
    côté. C'est dire que l'argent et l'or étaient entre ses mains, comme
    l'eau de la rivière.

    Or, il se trouvait dans la province voisine un autre seigneur appelé
    «l'Eau de riz», habitant le château des Créanciers...

Mais ici, le traducteur s'est arrêté, déclarant que le texte, se
composant, d'un bout à l'autre, de jeux de mots et d'allusions seulement
compréhensibles pour des Japonais, est intraduisible en français.



                                     XIV


La même année, en 1800, Hokousaï illustre les trois volumes de _Soumida
gawa Riôgan itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA, un
panorama des deux rives pouvant se déplier. Dans le premier volume,
c'est à Takanava la vue de la baie où l'on voit contre le vieux mur des
fortifications de Yédo, à la porte d'une maison de thé improvisée sous
des nattes attachées à des bambous, une _mousmé_ invitant les passants
à se rafraîchir. Puis, en remontant la rivière, en face de l'île de
Tsoukoudajima, ce sont des enfants enlevant un cerf-volant près d'un
porteur de ballots de ouate, de cette ouate dont la mariée se voile le
visage dans les cérémonies du mariage. A Ohhashi, une femme, à demi
couchée sur un grand banc, prend le frais avec ses enfants.

Dans le second volume, voici le pont de Riôgokou, qui joint les deux rives
de la Soumida, et que traverse une foule compacte au-dessus de laquelle
s'élèvent les lances de l'escorte d'un daïmio. Plus loin, à Shubino Matzou,
d'élégantes femmes en bateau pêchent à la ligne, avec des hameçons en
forme de tridents. A Ohkavabashi, un saltimbanque fait des tours de force
devant des enfants.

Dans le troisième volume, c'est la toiture élancée du temple d'Asakousa
dans une nuée volante de corbeaux. Plus loin, toujours en remontant la
rivière, nous sommes sur la colline Mattiyama d'où l'on découvre la
campagne paysanne et maraîchère de Katsoushika. Enfin nous voilà à
Invinado, le quartier de la tuile et de la céramique. Là, nous abandonnons
la Soumida, et Hokousaï nous mène à l'entrée du Yoshiwara et nous promène
devant les maisons aux grilles de bois, et dans les rues tout égayées de
la musique des flûtes et des tambourins, la veille du Jour de l'An.

Car ce spectacle des deux rives de la Soumida, Hokousaï le commence au
printemps d'une année et l'achève à la fin de cette année.



                                     XV


En 1801 Hokousaï, qui quitte la signature Shunrô pour prendre la signature
Goummateï, publie:

UN TÉNGOU TOMBÉ DU HAUT DE SON NEZ DANS LE MONDE BÊTE D'ICI-BAS, un petit
livre fantaisiste dont le texte est de Jakouseï. C'est l'histoire d'un de
ces esprits aériens, de ces génies bons ou mauvais à l'interminable nez
pointu, aux ailes de chauve-souris, si souvent représentés dans les albums
japonais.

Du haut du ciel, un Téngou aperçoit une Japonaise, en devient amoureux,
descend sur la terre et, tant bien que mal dissimulant son nez sous
l'envolée d'un cache-nez, file le parfait amour avec elle, est réduit à
vendre ses ailes à un marchand de plumes pour subvenir aux caprices de la
femme, enfin tout à fait ruiné devient un vendeur de _sarasins_ (de pâtes
en forme de macaronis et de nouilles), tombe malade, a la vision, en un
rêve, d'un acteur représenté dans un kakémono, qui a un nez comme les
Téngou, obtient qu'il le soigne, le médicamente, lui fasse revenir le
pouvoir mystérieux qu'il avait autrefois comme Téngou et qu'il a perdu
dans le commerce de la courtisane, retourne enfin chez les Téngous,
inquiets de sa disparition et qui lui ont dépêché un messager pour le
ramener.

Et la dernière planche le représente écrivant les Mémoires de sa vie sur
la terre.

La même année paraît le _Onna Sanjû rokkasén_, LES TRENTE-SIX POÉTESSES,
illustré par Yeishi: un album renfermant peut-être les plus originales
impressions en couleur existant dans les livres japonais, et au milieu
d'une calligraphie jetée sur des espèces de nuages teintés des nuances
du ciel, de l'aube au coucher du soleil. Et Hokousaï peint, en tête de
l'album, une promenade de personnages de la cour dans la campagne.

La même année paraît encore _Hitori Hokkou_, CHACUN UNE PENSÉE, deux
volumes contenant, en leurs cent pages et leurs cinquante dessins, de la
littérature et des croquis de presque tous les lettrés et les artistes du
temps.

Hokousaï n'a qu'un croquis, mais un croquis merveilleux: une oie sauvage,
volant la tête en bas, une aile repliée, une aile éployée, les pattes
rebroussées sur le ventre. C'est, pour ainsi dire, un instantané dont le
cliché a été gardé au fond d'une mémoire.



                                    XVI


Hokousaï publie, en 1802, _Isosouzou-gawa Kiôka-Gourouma_. CINQUANTE
POÈTES MODERNES, album en couleur signé _Hokousaï Tokimasa_, où l'artiste
a donné à ces poètes modernes un caractère ancien, les a comme travestis
dans un carnaval archaïque. Une jolie planche est la première où les
danseuses vierges d'un temple sinthoïste tournent autour d'un petit
simulacre de torï-i, avec leurs couronnes en métal doré aux boules de
cristal, et ayant en main des grelots, des branches de pin, de petits
bâtons blancs traversés de papier portant des prières.

La même année Hokousaï publie le _Yéhon Tchûshin goura_, MAGASIN DES
FIDÈLES VASSAUX, une suite de scènes de l'histoire des 47 ronins, tirées
de la pièce jouée un an après l'événement.

Ce sont deux petits volumes en couleur, d'une exécution assez peu soignée,
signés _Hokousaï Tokimasa_, ajoutant des épisodes peu connus aux épisodes
connus. Ainsi la première planche vous donne la raison de la haine secrète
entre le daïmio Takoumi no Kami et Kôzouké le maître de l'Étiquette près
du shôgoun. Takoumi no Kami avait la garde d'un casque porté par l'aïeul
du shôgoun vivant, et une planche montre la femme du daïmio le montrant
dans une caisse à Kôzouké, envoyé pour l'inspecter. Dans cette entrevue
Kôzouké devenait amoureux de la femme, écrivait une déclaration qu'elle
traitait avec le mépris d'une honnête femme. De là sans doute la raison
qui faisait mettre le sabre à la main à Takoumi no Kami contre Kôzouké,
dans le palais du shôgoun.

Le bruit a couru au Japon que Hokousaï n'aimait pas à dessiner les
épisodes de l'histoire des 47 ronins parce qu'il était un descendant d'un
vassal de Kôzouké, mais il n'en est rien: Hokousaï ayant dessiné un grand
nombre de scènes de cette dramatique histoire[13].

    [Note 13: En effet nous avons une série en largeur, publiée, vers 1798,
    signée Kakô, puis deux séries en hauteur chacune de 12 feuilles en
    couleur, portant toutes deux le même titre _Tchûshin-goura_, LE MAGASIN
    DES VASSAUX FIDÈLES, une série de 11 feuilles en largeur.]

La même année, sous le titre de _Itakoboushi_, le nom d'une chanson à la
mode dans ce temps, Hokousaï illustre deux volumes consacrés à la femme
japonaise et la montrant saisie sur le vif, dans tous les abandonnements
de ses poses et les coquets accroupissements de son être quand une pensée
amoureuse l'occupe.

La série commence par une planche vous donnant à voir une jeune femme
penchée sur un papier qu'elle déroule et sur lequel elle va écrire une
lettre avec le pinceau dont elle tient le bout dans sa bouche. Suivent
d'autres femmes, l'une arrangeant sa chevelure avec ce gracieux mouvement
où la tête est de face et où les deux bras disposent la coiffure sur le
côté; une autre, étendue à terre, une main sous le menton, lit un roman
d'amour pendant qu'un enfant lui grimpe sur le dos; une dernière, dans un
affaissement désolé, pleure sur le retard d'un amoureux qu'on aperçoit au
bas de l'escalier. Et des attitudes de recueillement amoureux, et des
causeries sur l'amour, entre deux femmes penchées en dehors d'un balcon
sur des arbustes en fleurs, et encore des confidences d'amie à amie où,
étendues tout de leur long à terre, l'une contre l'autre, deux autres
femmes réfléchissent, un moment silencieuses: l'une d'elles, dans sa
préoccupation, jouant avec un bout de fil.

Mais l'une des compositions les plus intimement charmantes est celle-ci:
près d'une lanterne encore allumée, qui a dû servir à la reconduite de
quelqu'un, c'est le ramassement à la fois heureux et accablé de la femme
que vient de quitter son amant.

La même année paraît encore un volume de poésies, sans titre, illustré
par Hokousaï d'une seule planche, mais d'une planche qui est une petite
merveille et qui n'est qu'une branche de prunier fleuri passant sur
l'argent oxydé d'une pleine lune.



                                   XVII


En 1803, au commencement de l'année, c'est encore un petit livre jaune
que publie Hokousaï, et qui a pour titre: _Boutchôhô Sokouséki-riori_,
LA CUISINE IMPROVISÉE, une histoire de ménage éditée en 3 volumes dont
le peintre fournit encore une fois et l'illustration et le texte et la
préface, que voici:

    Cette année, vous avez bien voulu me commander un livre, mais vous
    savez bien que je ne suis pas habile, et ça n'a pas marché, d'autant
    plus que vous m'avez pressé. J'ai commencé par le dessin et, seulement
    après, j'ai écrit le texte, ce qui pourrait bien avoir amené du
    décousu dans certaines parties du livre. Toutefois, si vous trouvez
    l'ouvrage présentable au public, je vous serais obligé de le faire
    graver.

Le volume est curieux, parce qu'il traite d'une manière fantaisiste des
choses de la cuisine: Du riz.--Des soupes.--Des sakés.--Du thé et des
gâteaux.--Des légumes frais.--Des légumes secs.--Des crustacés.--Des
oeufs.--Des plats au vinaigre.--Des rôtis.--Des bouillis.--Des poissons
grillés.--Des sarasin, macaroni, vermicelle.

Il est aussi question de choses qu'on ne mange pas en France, de pommes de
caladium, de sésame brûlé, d'aubergine salée, d'ignames, de pieuvre, de
bêche de mer, d'algues, de pousses de bambou, de racines de lotus.

Et voilà le morceau humoristique jeté par Hokousaï en tête du chapitre du
saké:

    S'il y a le moraliste qui dit qu'à la première coupe c'est l'homme
    qui boit le saké, qu'à la seconde coupe c'est le saké qui boit le saké,
    qu'à la troisième coupe c'est le saké qui boit l'homme, il en est
    d'autres moins sévères qui déclarent qu'il n'y a pas de limite pour
    boire du saké tant que ça n'amène pas du désordre. C'est ainsi que
    nous avons les gens qui avalent une grande quantité de saké pour se
    vanter de leur capacité, aussi bien que nous avons les gens qui se
    retiennent, pour vanter leur modération et proclamer qu'une petite
    quantité de saké est le meilleur des médicaments. Et nous avons
    les gens qui succombent tout de suite, et les gens qui se grisent
    indéfiniment. Au fond, la limite est le mal de coeur, aussi bien pour
    les grands buveurs que pour les apôtres de la modération. L'équilibre
    du buveur qui tient debout, le ventre vide de saké n'est-ce pas
    l'inverse de l'équilibre de la bouteille toute droite quand elle est
    pleine, et qui chute à terre quand elle est vide?

Puis Hokousaï décrit les différentes qualités des boissons fermentées,
depuis l'esprit d'alcool qui brûle, jusqu'au _mirin_ qui est doux comme
du muscat.

La même année Hokousaï publie sous la signature de _Tokitarô Kakô_
L'INVENTAIRE DES MENSONGES, _Mouna-zanyô Ousono Tana-oroshi_, un livre
ironique où le texte et l'illustration, qui sont tous deux encore du
peintre, semblent se moquer des affirmations mathématiques et qui
pourraient bien être exagérées et aller au delà de la vérité, dans
l'arpentage d'un champ, le mesurage d'un arbre, le pesage d'un éléphant.
Et cela sous une forme blagueuse dont voici un échantillon, à propos d'une
planche toute noire de rats: «Il est établi qu'un ménage de rats met au
monde douze rats dans un mois, et au bout du douzième mois, chaque couple
produisant 12 rats, il en existe 908, et la naissance continuant dans la
même proportion, on arrive à la fin de la seconde année, au chiffre
colossal de 27.682.574.402.

Enfin, la même année, Hokousaï illustre encore _Ada-déhon Tsoushin-mouda_,
ALLUSION À LA PIÈCE DES 47 RONINS. Deux volumes contenant de petits bois
sans importance.



                                    XVIII


En 1804 paraît une publication importante d'Hokousaï, trois volumes aux
images en couleur portant le titre de _Yama mata yama_, MONTAGNES ET
MONTAGNES (paysages), qui sont une suite de vues prises autour de la baie
de Yédo et qu'annonce ainsi la préface:

    «Ceux qui ont rendu la beauté de ces paysages en peinture ou en poésie
    sont le dessinateur Hokousaï et le poète Taïguéntei.»

La première planche du premier volume représente la colline du temple
Hatiman d'Ityaga, et l'on y voit deux femmes avec un enfant porteur d'un
cerf-volant sur son dos, au moment de passer sous un tori-ï: une de ces
portes à jour à l'entrée d'un temple sinthoïste.

La seconde planche est une vue du quartier Horino-outi, que traverse une
femme portée dans un kago sur le toit duquel est une branche d'arbuste en
fleurs; puis c'est à Ohji, devant une maison de thé, des hommes en train
de laver des plateaux à une fontaine; puis à Asouka, c'est un porteur d'un
barillet de saké en compagnie d'un camarade, dont la titubation d'ivrognes
fait sourire deux femmes; puis à Hongo, c'est un balayeur grotesque
balayant le chemin que prennent deux promeneuses. Et c'est sur la colline
de Takata, d'où l'on voit le Fouzi-yama, trois femmes de la société,
reconnaissables au rouleau de soie qui entoure leur chevelure, faisant
collation auprès d'un arbre dans l'entre-deux des branches duquel est posé
un télescope dirigé vers la montagne; et c'est dans la chute d'eau de
Dondo, nommé ainsi à cause du bruit, des gens pêchant avec des charpagnes.
Et c'est à Yédogawa, endroit célèbre par sa fraîcheur et d'où vient dans
un conduit l'eau excellente baptisée _eau pour le thé_, des pêcheurs dans
leurs barques.

Le second volume nous montre dans une planche des hommes et des femmes que
surprend une pluie d'orage à Ohkido, contre l'enceinte de la fortification
du shôgoun, et leurs attitudes comiques ou gracieuses pour s'en défendre;
dans une autre planche, des jeunes femmes sur une terrasse d'Atago, en
contemplation du vert paysage qu'elles ont sous leurs pieds; dans une
autre planche à Shinjikou, un homme, le jour de la fête des Étoiles,
attachant des lanternes et des papiers de couleur à un bambou; dans une
autre planche à Foukagawa, une femme qui achète, à un marchand d'oiseaux
et de poissons vivants, un oiseau qu'elle emporte dans une cage.

Nous trouvons dans le troisième volume une vue de la statue en pierre de
Niô et l'entrée du temple à Zôshigaya; une vue de la terrasse du temple
à Akasaka où sont des femmes et des enfants; une vue d'un paysage où un
homme souffle devant des promeneurs des caramels pour les enfants, en
forme d'oiseaux, de théières; une vue en pleine neige de Koudan, où une
Japonaise est si joliment encapuchonnée de noir; une vue d'Asouka, où un
Japonais est en train de tirer, sur une feuille de papier étendue sur
l'inscription d'un monument commémoratif d'un artiste ou d'un lettré
(sékihi), une épreuve de cette inscription dont une autre épreuve est
tenue, séchant devant elle, par une femme.

La femme qui peuple les promenades de ces trois livres, c'est la femme
très reconnaissable que dessine l'artiste vers ses quarante ans, la
gracieuse petite femme longuette, au haut échafaudage de la chevelure
traversée d'épingles, aux traits mignons rendus par trois points pour les
yeux et la bouche et trois petites lignes pour le nez et les sourcils, à
l'ampleur des manches et de la ceinture, au placage contre le ventre et
les cuisses de la jupe étroite, s'évasant et se répandant en vagues à ses
pieds: un type de femme élégant, fluet, gentillet, mais un peu mièvre.

La même année Hokousaï illustre encore _Misoka Tsouzoura_, LE PANIER À
PAPIER, un petit album de la plus grande rareté, contenant des pensées,
des réflexions de Hokousaï.

Une jolie planche, dans ces colorations délavées des impressions de ce
temps, est une planche où se voient deux jeunes Japonaises jouant avec une
souris blanche.



                                    XIX


Fantasque comme tous les grands artistes, Hokousaï avait parfois l'humeur
pas commode et trouvait un malin plaisir à se montrer désagréable aux gens
qui ne lui témoignaient pas la déférence qui lui semblait due ou dont
l'aspect lui était tout bonnement antipathique.

Onoyé Baïkô, un grand acteur des premières années du siècle, reconnaissant
le talent tout particulier de Hokousaï pour inventer des revenants, avait
l'idée de s'adresser à l'imagination du peintre pour qu'il lui dessinât
un être de l'autre monde devant servir à la figuration d'une scène dans
son théâtre. Et l'acteur invitait le peintre à venir le voir, ce que se
gardait bien de faire Hokousaï. Alors l'acteur se décidait à lui faire
visite mais, trouvant l'atelier d'une saleté telle qu'il n'osait s'asseoir
à terre, il faisait apporter sa couverture de voyage sur laquelle il
saluait Hokousaï. Mais le peintre froissé ne se retournait pas, continuait
à dessiner, et l'illustre Baïkô, tout à fait mécontent, se retirait.
Toutefois il tenait tant à son dessin qu'il avait, un jour, la faiblesse
de faire des excuses à Hokousaï pour l'obtenir.

Vers la même époque Hokousaï recevait la visite d'un fournisseur du
Shôgoun qui venait lui demander un dessin. On ne sait ce qui déplut du
visiteur à Hokousaï, mais on sait que, dans ce moment, le peintre était à
prendre, en plein soleil, des poux sur sa robe, et qu'il jeta brutalement
au visiteur qu'il était très occupé et qu'il ne pouvait être à lui.
Le visiteur se résignant à attendre la fin de la chasse d'Hokousaï, il
obtenait le dessin qu'il désirait. Mais le visiteur avait à peine passé
la porte que Hokousaï, courant après lui, lui criait d'une voix railleuse:
«_Ne manquez pas, si l'on vous demande comment est mon atelier, de dire
qu'il est très beau! très propre_[14]!»

    [Note 14: Biographie d'Hokousaï Katsoushika Hokousaï dén. par I-ijima
    Hanjurô.]



                                   XX


Le roman japonais est toujours un roman d'aventures,--d'aventures
tragiques, le plus souvent amenées par la vengeance ou la jalousie,
les deux mobiles du roman de l'Empire du Lever du Soleil. De là, presque
à chaque page, des batteries, des assassinats, des scènes de torture,
des suicides, des _hara-kiri_ (ouvertures de ventre), des expositions
de têtes coupées: épisodes mêlés, dans le roman historique, aux tueries
universelles de la lutte des Taïra et de Minamoto, prêtant à un
dessinateur de la vie en action la bonne fortune de faire, dans une
illustration, de beaux dessins mouvementés de la Guerre et du Crime.
C'est dire, n'est-ce pas, que l'illustration de tels romans devait tenter
Hokousaï, qui s'y absorbe presque tout entier, en 1805, 1806, 1807, etc.,
et lui donne, pendant près de vingt ans, les plus longues heures de son
travail quotidien.

Puis, pour Hokousaï, il y avait encore une autre séduction dans cette
illustration. Le Japon est amoureux du surnaturel, et ses romans sont
pleins d'apparitions. Or l'artiste appelé là-bas _le peintre des fantômes_,
le peintre qui a dessiné ces têtes des CENT CONTES qui vous laissent dans
la mémoire un souvenir d'épouvante, le peintre auquel les directeurs de
théâtres venaient demander des maquettes de visions d'effroi, le peintre
près duquel les conférenciers macabres sollicitaient des figures de mortes,
devait aimer à traduire, avec les imaginations de son art, les rêveuses
imaginations dans le noir des lettrés de son pays, et c'est ce qui
explique les longues années où une partie de son talent appartint à
l'illustration des romans.

En 1805 Hokousaï illustre _Yéhon azouma foutaba nishiki_, LE BROCARD
(l'éclat) DES DEUX POUSSES DE LA PLANTE DE L'EST, roman en cinq volumes
dont le texte est de Kohéda Sighérou et dont l'illustration est, par
volume, de six planches doubles.

Ce sont deux enfants d'un riche paysan des environs de Yédo, dont l'aîné
est assassiné et que le cadet venge avec l'aide de sa femme et de la veuve
de son frère.

Un dessin plein de mouvement: le dessin de l'assassin passant, dans sa
fuite précipitée, sur le corps d'une femme couchée qui le
reconnaîtra.

Une foule de péripéties et un tas de comparses prenant part à la
fabulation, au bout de laquelle le cadet, à la recherche de l'assassin de
son frère, arrive à une habitation mystérieuse où il retrouve la femme de
son aîné, qui n'a pas cédé à l'assassin, toute suppliciée, tout attachée
qu'elle est au milieu de cadavres, jetés la tête en bas sur le revers
d'une colline et dont les côtes traversent les chairs pourries de la
poitrine, et dont les figures ont les orbites vides des têtes de mort.
Une horrifique planche!

Et le roman se termine par un jugement de Dieu, devant un tribunal où, en
champ clos, les deux femmes, soutenues par le cadet, combattent et tuent
l'assassin, à la suite de quoi le valeureux frère est fait samouraï par
un daïmio.

L'année suivante, en 1806, Hokousaï illustre un autre roman dont le texte
est également de Kohéda Shighérou, roman publié en dix volumes, dont les
cinq premiers paraissent en 1806 et les cinq autres en 1808.

Ce roman, qui a pour titre: _Yéhon Tamano Otiho_, L'ÉPI DE PERLES TOMBÉ
À TERRE, est l'histoire de Tokou-jumarou, le jeune prince de Nitta, un
moment dépossédé de ses États.

Un roman illustré par nombre de dessins d'un grand intérêt pour l'histoire
des moeurs du Japon, dessins de la réalité la plus absolue, entremêlés de
dessins fantastiques, comme l'apparition d'un esprit à une mariée, la nuit
de ses noces, apparition la faisant accoucher d'un monstre que le mari
étrangle; comme l'étrange vision, en un paysage, la nuit, de milliers de
renards dans la lumière d'un clair de lune: roman dont le dénouement
montre, au milieu d'un noir ciel sillonné d'éclairs, le prince agenouillé
devant la tombe de son père, la tête de son assassin posée sur un
présentoir.

En 1807 Hokousaï illustre _Shin Kasané guédatsou monogatari_,
LA CONVERSION DE L'ESPRIT DE KASANÉ, un roman en cinq volumes, du célèbre
et populaire romancier Bakin.

Bakin, un romancier dont tous les romans ont, comme point de départ, une
légende ou un fait historique et qui, dans son ambition de donner près du
lecteur un caractère de vérité à ses récits, s'est fait un descripteur
très fidèle, un géographe merveilleux, selon les Japonais, des paysages où
se passe l'action de ses romans;--et la première planche d'Hokousaï offre
la vue du village qu'habite Kasané.

Kasané est une femme laide et mauvaise, tuée par son mari et dont l'esprit
hante la seconde femme de l'assassin: tel est le sujet du roman.

Et, dans les images, c'est tout d'abord la femme du passé, la femme
jalouse devenue une religieuse, dont la légende a servi à la fabrication
du roman, et qui est représentée près d'un plateau assailli par des volées
d'oisillons! un symbole de là-bas pour exprimer le payement des
péchés.

Le mari assassin, lui, est figuré montrant, au-dessus de sa tête, un écrit
japonais qui se contourne et se termine en un serpent, tandis que sa
vilaine femme à la tête pareille à une calebasse brandit un écran où se
voit un crapaud.

Un dessin des plus spirituels: le père de Kasané, un marchand de
marionnettes, qui en a de suspendues tout autour d'un parasol ouvert
au-dessus de sa tête, et tient une espèce de pelle où les mouvements de
sa main font danser un pantin aux articulations attachées à cinq ou six
ficelles.

Une planche d'un grand effet est l'assassinat où la femme, jetée à l'eau,
et se cramponnant des deux mains à la barque, se voit assommée par son
mari à coups de rame.

Une autre planche curieuse montre la seconde femme se tuant par la
souffrance qu'elle éprouve de la hantise de la femme assassinée: et, au
moment où elle meurt, sort d'elle l'esprit qui la hante, sous la forme
d'une fumée surmontée de la tête de la laide femme.

Et la dernière planche étale, dans une grisaille, une vision de l'enfer
bouddhique avec un luxe de supplices inimaginable.


Dans cette année 1807 Hokousaï illustre _Sou mida gawa Baïriû Shinsho_,
NOUVEAU LIVRE SUR LE PRUNIER ET LE SAULE DE LA SOUMIDA, un roman en six
volumes dont le texte est de Bakin.

C'est le roman de deux jeunes frères de la noblesse, Matsouwaka et
Ouméwaka, deux enfants que la mère, après la mort du prince son mari tué
à la guerre, a fait cacher et, suivant une légende du XIIe siècle, à la
recherche desquels elle se met quand il n'y a plus à craindre pour leur
vie, et ne trouve que leur tombeau: un roman sentimental qui a eu un grand
succès au Japon.

En tête de la table des matières est représenté, ainsi que c'est
l'habitude dans les romans quasi historiques de Bakin, le paysage sur la
rive de la Soumida où se trouvait le tombeau des deux frères. Et, dans une
planche d'Hokousaï, l'on voit cette mère, en la recherche de ses enfants,
sous la robe d'une mendiante jouant la folie, entourée d'une troupe
d'enfants se moquant de la princesse Hanako devenue méconnaissable, et
portant une branche d'arbuste où est pendu un éventail sur lequel est
écrite une phrase qui doit seulement la faire reconnaître par ses enfants.

Puis, dans une autre planche, on voit la pauvre mère arrivée à l'endroit
où est mort son plus jeune fils, avoir la vision, à travers les branches
d'un saule, du cher mort, dans une robe lumineuse éclairant le paysage.


Dans cette même année 1807 Hokousaï illustre _Kataki-outi Ourami
Kouzou-no-ha_, LA VENGEANCE DE KOUZOU-NO-HA, un roman en cinq volumes
dont le texte est de Bakin.

Dans ce roman fabuleux qui se passe au temps de la guerre de Minamoto et
des Taïra, le guerrier Tadanobou, parti en campagne, a laissé à la maison
une femme et un tout jeune enfant. Pendant la guerre, au moment où un
vieux renard allait être tué d'un coup de flèche par un de ses compagnons
d'armes, Tadanobou l'a sauvé et le renard est resté reconnaissant au
guerrier. Dans ce temps meurt assassinée la femme de Tadanobou. Or, le
vieux renard qui a vécu mille ans et qui, d'après les croyances de là-bas,
a le pouvoir de se changer en ce qu'il veut, se métamorphose en femme et
va élever l'enfant de Tadanobou. Et une planche ingénieuse d'Hokousaï
montre la femme qu'est devenu le renard se regardant dans la rivière et
se voyant reflétée en renard.

Puis, au retour du mari, qui trouve son enfant tout élevé, la femme-renard
disparaît, mais le père et le fils vont à sa recherche, et la femme-renard
leur apparaît dans une de ces visions, semblables aux visions de Rembrandt,
en un coin d'eau-forte à peine mordue, et apprend à l'enfant l'homme qui
a assassiné sa mère--et que l'enfant tue.

Dans cette même année 1807 Hokousaï illustre: _Sono-no-Yuki_, LA NEIGE DU
JARDIN: un roman de Bakin en six volumes, qui est l'histoire du guerrier
Sonobé Yoritsouné et de la princesse Ousouyuki.

Cette illustration, supérieure à l'illustration des autres romans publiés
cette année, pourrait faire supposer que les dessins d'Hokousaï, qui ont
été gravés en 1807, sont, quelques-uns, de plusieurs années antérieurs à
cette année et que ces dessins attendaient un éditeur.

L'illustration d'Hokousaï débute par la représentation d'animaux
fantastiques et d'animaux réels, mais d'une grandeur, d'une puissance,
d'une force qui les fait un rien surnaturels. C'est une araignée
gigantesque, une araignée à la tête d'une pieuvre, au corps pustuleux d'un
crapaud, ayant un chapelet de crânes d'hommes autour d'elle, une araignée
montrée à la lueur de la torche de Yoritsouné qui a pénétré dans sa
caverne; c'est une carpe du format d'un cachalot, soulevée au-dessus des
flots; c'est un tigre chevelu, aux poils en forme de flamme, enchevêtré
dans les replis d'un dragon interminable; c'est un ours aux griffes
terribles dans des emmanchements de mastodonte; c'est un aigle, en le
vigoureux et tressautant déploiement de ses ailes, avant de monter dans
les airs:--des animaux qui ont des solidités de sculptures de bronze.

À côté de ces bêtes sorties d'une réalité imaginative, des dessins de
femmes, tantôt d'une délicatesse de rêve, comme cette longue femme dans sa
robe blanche, avec le flottement autour d'elle de sa noire chevelure,
tantôt d'une originalité gracieuse, comme ces deux femmes dans un coup de
vent qui les courbe presque à terre, avec l'envolée derrière elles de
leurs cheveux et de leurs robes.

Une planche curieuse est un cimetière japonais avec ses tombes en pierre
et ses longues et hautes planchettes portant écrites des prières:
cimetière où la princesse et sa suivante sont cachées sous une tente de
papier et qu'envahit une troupe d'hommes armés.

Et la dernière planche représente le traître écartelé par des boeufs,
auxquels sont attachées ses deux jambes.

Hokousaï publie encore, en 1807, l'illustration de _Thinsétsou Yumihari
Zouki_, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU CAMÉLIA, roman de
Bakin, en six parties, dont la première et la seconde partie paraissent
en 1807, la troisième vers 1808, la quatrième, la cinquième et la sixième
en 1811: ces six séries forment vingt-huit volumes.

Ce roman est l'histoire de Tamétomo, un héros du XIe siècle, prenant
parti pour un empereur dépossédé à la suite d'une révolte, et qui tente
de reprendre le pouvoir. Au fond, ce roman est, comme une série de contes
des Mille et une Nuits, une suite de voyages fabuleux dans l'île de
Lieou-Khieou, Formose, les Pescadores, et autres îles de la mer du Japon,
par ce Tamétomo, à l'arc irrésistible et où la topographie des endroits
est entremêlée de toutes les croyances des localités et de toutes les
légendes merveilleuses de ces îles dont quelques-unes passaient pour être
habitées seulement par des femmes, et dont l'imagination de l'artiste a
peut-être donné une habitante dans cette voluptueuse femme montée sur un
boeuf, jouant d'une flûte où est posé un oiseau. Et Tamétomo terrorise
et dompte ces populations sauvages,--représentées par Hokousaï assez
semblables aux Aïnos couverts de poils,--par la puissance de son arc, avec
lequel il coule un navire, fait sauter un quartier de rocher, et qu'aucun
des hommes des contrées qu'il traverse ne peut tendre. Le roman n'a peur
d'aucune invraisemblance: le fils de Tamétomo tombe malade, le père fait
fabriquer un immense cerf-volant pour le transporter au Japon, tandis que
l'empereur dépossédé, devenu dans un coup de foudre un Téngou,--un de ces
génies du bien et du mal, si accrédités au Japon, un de ces génies au nez
en vrille,--et qu'on voit tenir un conseil de guerre avec des généraux qui
sont tous des Téngous, sauve par leur entremise Tamétomo d'un naufrage; et
l'on voit à la fin Tamétomo dans une apothéose, entouré de flammes sur son
cheval qui prend feu.

Et ce roman fabuleux, où se trouve un méli-mélo de géographie exacte et
de récits impossibles, et de planches dignes d'une icthyologie sérieuse à
côté de sirènes, finit par une interminable généalogie de Tamétomo dont
les rois de l'île de Lieou-Khieou seraient des descendants.

Toujours en cette année 1807, Hokousaï publie l'illustration des cinq
premières séries du _Shimpèn Souikuo Gwadén_, NOUVEAU COMMENTAIRE
ILLUSTRÉ DE SOUIKO: un roman historique chinois, écrit sous la dynastie
des Song par Sétaï-an, et présenté au public japonais dans une traduction
arrangée par Bakin et Ranzan, publiée en neuf suites de dix volumes, dont
la sixième, la septième, la huitième n'ont vu le jour, après un intervalle
de trente ans, qu'en 1838 et années suivantes;--ces neuf séries composant
un roman de quatre-vingt-dix volumes dont Ranzan a écrit quatre-vingts
volumes.

L'illustration de ce roman célébrant les exploits guerriers de cent
huit héros chinois, qui meurent tous l'un après l'autre, et qui n'est
qu'une suite de duels mortels, de combats, de batailles, débute par
la portraiture effrayante de neuf de ces héros, portraiture suivie du
renversement d'un monument sacré d'où sortent, comme d'une éruption de
volcan, toutes les dissensions et les guerres de ces années.

En même temps que le roman est une glorification de ces cent huit héros,
c'est déjà un pamphlet contre la corruption gouvernementale de la Chine
de ce temps, et un prêtre, qui revient dans toutes les pages, une barre
de fer à la main comme bâton, apparaît comme le grand justicier de cette
épopée. Une des planches de l'illustration qui a une réputation au Japon,
et dont les artistes s'entretiennent comme d'un tour de force, est la
composition où l'artiste représente ce prêtre poursuivant un fonctionnaire
prévaricateur qui s'est jeté sur un cheval que, dans sa terreur de la
barre de fer, il n'a pas vu attaché, et dont l'effort impuissant pour
prendre le galop a fourni le Géricault le plus mouvementé qui soit.

C'est aussi, dans cette pile de livres, un étonnement, même pour les
Chinois de trouver une Chine si exactement rendue avec ses costumes, ses
types, ses habitations, ses paysages, chez un artiste qui ne l'a pas vue
et qui a eu à sa disposition d'assez pauvres éléments de reconstitution
du pays.

Et tout le temps, dans ces trois premières séries de puissants dessins,
comme le dessin du guerrier Boushô étranglant un tigre, d'une grandeur
telle qu'on le voit porté par plus de vingt hommes dans une autre planche;
le dessin du même guerrier jetant par-dessus sa tête un colosse à terre,
dont la chute forme la courbe d'un corps brisé, déjà mort; le dessin du
même guerrier, deux têtes coupées à côté de lui, et écrivant sur un mur,
avec le sang de ces têtes, que c'est lui qui a tué ces malfaiteurs.

Un dessin, d'un caractère indicible, montre un assassin, vu de dos, une
main tenant son sabre prêt à frapper derrière lui, son autre main serrant
à la gorge sa victime, un dessin où il n'y a d'ombré que ses cheveux et où
le reste de l'assassin est dans la lumière d'un croquis esquissé seulement
avec des traits.

Un autre dessin, d'une grâce douloureuse, est une scène de torture
représentant une femme suspendue en l'air, les bras attachés derrière le
dos, sa tête tombée de côté contre une de ses hanches, ses pieds dans le
vide cherchant la terre.

Dans ces séries, Hokousaï tente--et je crois là seulement,--de tirer un
parti pittoresque, dans ces compositions, de l'escalier, de l'escalier
extérieur des habitations chinoises et japonaises, tente de représenter
des scènes d'intérieur coupées par la montée ou la descente au premier
plan d'un homme ou d'une femme dans un de ces escaliers aériens,--et
c'est vraiment d'un très joli effet.

Dans la quatrième série, après un dessin représentant un médecin pansant
la blessure faite dans le corps du guerrier Liô par une flèche qu'il vient
de retirer et qu'il tient dans sa bouche, c'est une suite de violents, de
colères, d'homicides dessins. Ici c'est un guerrier qui tombe avec son
cheval dans un précipice, le cheval cabré dans le vide du trou noir sans
fond, un dessin où il y a la _furia_ d'un croquis de Doré réussi; là c'est
l'herculéenne cavalière Itijôsei faisant un prisonnier qu'elle immobilise
emprisonné dans son _lasso_; plus loin, un homme qu'un guerrier décapite
d'un coup de sabre, et dont le tronc s'affaisse, pendant que sa tête,
projetée en l'air, retombe d'un côté, son chapeau de l'autre.

L'amusant, chez Hokousaï, c'est la variété des sujets. Au milieu de ces
féroces épisodes de la guerre, voici tout à coup, dans la sixième série,
un palais féerique au haut d'un rocher auquel on arrive par des ponts,
des escaliers, une montée d'un pittoresque charmant: palais né dans
l'imagination du peintre au fond de son atelier. Et, à côté de cette
architecture poétique, des dessins d'un naturel, comme cet homme qui
dort la tête sur une table, visité par un rêve paradisiaque; comme cette
société sur un pic de montagne, saluant le lever du soleil, les robes et
les cheveux flottants et soulevés derrière eux par l'air du matin.

Et, jusqu'au bout, jusqu'à la fin de la neuvième série, toujours des
images différentes ne se répétant pas. C'est la danse d'une femme au
moment où, après s'être inclinée, elle se relève avec cette flexibilité
des reins qu'Hokousaï sait si bien rendre, les bras étendus, la tête
amoureusement renversée en arrière; c'est la vue d'un vaisseau de guerre
japonais avec son architecture de pagode; c'est l'incendie d'un convoi
militaire de vivres; c'est enfin une des dernières planches où, dans une
nuit éclairée par une lune qui rend les vagues toutes blanchissantes, sur
une barque que fait avancer un marinier, penché sur un long bambou, Roshûn,
un des cent huit victorieux, boit une coupe de saké que lui verse une
élégante femme, et la légende de la gravure est celle-ci: _Roshûn buvant
sous la belle lune dans la rivière de Waï_.

L'illustration de ce roman en quatre-vingt-dix volumes est en général de
trois images doubles par volume, ce qui fait avec les frontispices, pour
l'ouvrage entier, près de trois cents estampes.

Une autre publication a été faite d'estampes se rapportant à
l'illustration de Souiko par Hokousaï, mais d'estampes différentes de
celles du roman, éditées en 1829 sous le titre: _Yèhon Souikodèn_,
ILLUSTRATION DES PERSONNAGES DE SOUIKODÉN.

Nous y retrouvons le prêtre à la barre de fer, Rotishin, le tueur de tigre,
Boushô, et Itijôsei la femme forte, à côté de Kiumonirô Shishin, l'homme
au corps entièrement tatoué de dragons, et de Rosénsho, ce mortel qui
avait le pouvoir de produire des orages pour terrifier l'ennemi;--tous
deux faisant partie des cent huit héros de l'épopée chinoise.


En 1808, Hokousaï illustre _Yûriakou Onna Kiôkoun_, L'ÉDUCATION D'UNE
FEMME HÉROÏQUE, un roman écrit par Ikkou sur une légende du XVe siècle,
racontant ce qui s'est passé, dans le temps, au château du daïmiô
Kitabataké, où l'une des planches vous montre une femme s'exerçant au
maniement du sabre.

La même année 1808 Hokousaï illustre _Kataki-onti Miyorino Miôgô_,
LA GLOIRE D'UNE VENGEANCE.

Un roman du romancier Bakin, un roman en six volumes très chargé
d'incidents, où il est question d'une méchante femme représentée dans un
beau dessin, un sabre dans les dents, des malheurs d'un garçon de marchand
de saké, d'une femme possédée par un esprit, d'un papier volé à un
samouraï assassiné, d'une fille sauvée par le fils de l'assassin des mains
de la méchante femme, de tueries nombreuses, de la retrouvaille du papier
rapporté au prince, et du mariage du jeune homme avec la jeune fille qu'il
a délivrée.


En 1808 Hokousaï publie l'illustration de _Shimoyo-no-Hoshi_, LES ÉTOILES
D'UNE NUIT, OÙ IL GÈLE, un roman de Tanéhiko en cinq volumes.

La jalousie de la femme est un des sujets le plus souvent traités par le
roman japonais, et il s'agit encore--comme dans le roman de la CONVERSION
DE L'ESPRIT DE KASANÉ, de Bakin,--de la jalousie d'une femme contre une
rivale et de son assassinat par son mari.

La préface de Tanéhiko est gravée sur un éventail blanc jeté sur une
page noire: l'imagination de Hokousaï trouvant à tout un ingénieux motif
d'ornementation et, dans un autre roman, mettant la table des matières
contre un cadre attaché sur un treillage de bambous tout garnis de
feuillages et de fleurs.

C'est donc, comme première planche, Osawa, la femme jalouse, qui se
regarde dans un miroir, en un mouvement de retraite du corps en arrière,
les cheveux envolés d'où tombent son peigne et ses épingles, et sa
ceinture aux fleurs de glycine se tordant autour d'elle comme la vraie
image d'un serpent,--qui se regarde, effrayée de la laideur future que
la jalousie va apporter à sa figure et qu'elle voit d'avance.

Puis une autre figuration de la jalousie de cette femme, sous la forme
d'un monstre échevelé, un enfant attaché la tête en bas sur son dos, dont
les deux pieds passant dans ses cheveux ébouriffés lui font deux cornes de
diablesse, tandis que ses paroles de colère, à la sortie de sa bouche, se
changent en une légion de rats et de souris qui se jettent à la gorge de
son mari Itoyé.

Alors une autre planche, où le mari a mis à la torture sa femme qu'on voit
battre des pieds dans sa souffrance et qui est après jetée à l'eau.

Cet assassinat est l'occasion d'une composition curieuse où l'on voit,
dans le courant d'une rivière, une planche arrêtée sur laquelle est un
fourneau allumé et un coq, d'après une croyance du Japon, qui veut que la
planche, ainsi chargée, s'immobilise là où il y a un cadavre sous l'eau.

Et l'esprit vengeur de la femme assassinée pénètre sous la forme d'un
serpent dans la chambre nuptiale où se trouve Itoyé avec sa nouvelle et
charmante femme Ohana. Mais bientôt, dans un état de fureur étrange, il
tirera son sabre, que cherche à rabattre Ohana,--elle, n'apercevant pas
l'effrayante vision que voit seul son mari. Oh! une terrible vision! une
tête de toute la grandeur de la page, où sont les traits reconnaissables
de la morte, apparaît dans une broussaille de cheveux mêlés de terre, avec
d'inquiétants yeux de gnome, un nez qui n'est plus qu'un trou nasal, des
dents noires aux gencives rongées par les vers.


En 1808 Hokousaï publie l'illustration de _Kana-déhon Gonitino Bounshô_,
HISTOIRE DES FIDÈLES VASSAUX APRÈS LA VENGEANCE, un roman en cinq volumes,
dont le texte est dû à Tanshûrô Yémba.

Un roman dont l'intérêt artistique est tout entier dans la première
composition, représentant les quarante-sept rônins qui déposent la tête
de Kira sur le tombeau d'Asano.

Le reste du roman a l'air de se rapporter à des incidents de la vie
d'Amanoya Rihei, le marchand qui a fourni les armes et les équipements
militaires pour l'attaque du château fortifié de Kira. Tout au plus, dans
l'illustration, une gravure amusante vous donnant, je ne sais à quel
propos, la vue très détaillée de la cuisine d'une «Maison Verte»,--tout
comme dans les ÉTOILES D'UNE NUIT OÙ IL GÈLE se rencontre également le
jardin d'une «Maison Verte», dans lequel se profile sur le fond une
longue galerie au travers de laquelle les femmes de l'intérieur se voient
reflétées, sur les châssis de papier, en de caractéristiques ombres
chinoises.

En 1808 Hokousaï publie l'illustration d'_Onna-moji Nouyé Monogatari_,
L'HISTOIRE DE NOUYÉ ÉCRITE EN LETTRES DE FEMMES (en langue vulgaire),
roman dont le texte est de Shakou yakoutei et forme cinq volumes.

Un roman écrit d'après une légende du XIe siècle et où l'empereur Toba
prend sur une de ses femmes un petit sabre avec lequel il croit qu'elle va
l'assassiner. Alors des scènes de torture et la mort. Mais la femme est
innocente et le sabre a été mis dans ses vêtements par une rivale, jalouse
d'elle. Le juge qui a prononcé sa condamnation, on le voit se réveiller
d'un cauchemar où il a été visité par l'esprit de la morte dans une peau
de tigre.

Est-ce avec la morte une résurrection du _nouyé_, cet animal fantastique
qui a la tête d'un tigre, le corps d'un taureau, la queue d'un serpent,
et qui est tué dans une image par Yozimasa?


La même année 1808 Hokousaï publie _Yuriwaka Nozouyé no Taka_, LE FAUCON
DE YURIWAKA, un roman en un volume dont le texte est de Mantei-Sôsa.

Un roman dans lequel le prince Yuriwaka, un prince du XIIe siècle, met
à mort Beppou, l'ennemi de sa famille, un roman où se trouve un puissant
dessin du faucon qui a donné son nom au roman, et un caractéristique
dessin de Beppou qui, tombé à terre, se tient la tête, se bouche les
oreilles sous le sifflement d'une flèche qui passe au-dessus de lui.

Dans ce roman il y a d'élégantes planches d'amour entre le prince Yuriwaka
et la belle Nadéshiko dans leurs robes fleuries, pour l'homme de fleurs de
cerisier, pour la femme de fleurs d'iris, et la gravure, qui traduit dans
ce livre les dessins d'Hokousaï, différente, plus précieuse que les autres,
a sur le bois des fonds ressemblant à l'aquatinte obtenue sur le cuivre
et l'acier.


En 1808 Hokousaï publie l'illustration de _Raïgô Ajari Kwaïso Dén_,
LE RAT MONSTRE DU PRÊTRE RAIGO; un roman de Bakin se passant au XIIe
siècle, et où il a introduit la légende des rats du prêtre Raïgô dans
l'histoire de la tentative de vengeance du prince Minamoto Yoshitaka
contre Yoritomo: un roman édité en huit volumes.

Ce sont d'abord deux figurations en pied de ce prêtre Raïgô, qui est
représenté dans l'une élevant en l'air un rouleau magique, avec des mains
qui ressemblent, ainsi que ses pieds, à des pattes griffeuses de rats;
dans l'autre, en train d'exercer son pouvoir sur ces animaux destructeurs,
entouré de millions, de milliards de rats passant et repassant autour de
l'estrade où il fait ses invocations, agite une sonnette: une planche
extraordinaire par le rendu de l'infinie et grouillante multitude, en sa
presque effrayante perspective à la cantonade. Et d'autres compositions
nous montrent le prince Minamoto Yoshitaka, dans un pèlerinage, faisant la
rencontre de Raïgô, et le prêtre lui communiquant son pouvoir surnaturel,
si bien qu'un jour le prince, poursuivi par un ennemi, fait un appel aux
rats dont le flot montant entre eux deux empêche de l'atteindre. Et une
planche vous montre le roi de ces rats, le rat monstre du prêtre Raïgô,
un rat qui, comparé à l'homme monté sur lui, est de la grandeur d'un
éléphant.

Mais il se trouve que l'homme protégé par les rats a un adversaire protégé
par les chats, un homme dans la famille duquel on a trouvé, en creusant la
terre, un chat en or.

Des voleurs ont dérobé le chat en or, et la recherche de ce chat
porte-bonheur par les anciens possesseurs, tombés dans la misère et la
détresse, recherche mêlée à l'action d'une femme méchante nommée Karaïto,
mêlée à l'organisation d'un complot et à quelques tueries, met mille
incidents, mille complications dans ce roman où apparaît, çà et là
l'élégante figure de Masago, la maîtresse de Yoritomo.

Au dénouement, sur l'ouverture d'un panier où se retrouve le chat d'or,
tous les rats prennent la fuite, et le prêtre Raïgô, qui s'était engagé
à tuer Yoritomo, se contente d'un assassinat allégorique, en perçant de
son sabre le manteau du prince qui l'a gracié; et dans ces circonstances
l'homme du chat, réduit à ne pouvoir mettre à mort l'homme des rats,
perce également de son sabre le casque de ce dernier.


En 1808 Hokousaï publie l'illustration de _Foutatsou Tchôtcho Shiraïto
Zôshi_, LES DEUX PAPILLONS OU LES DEUX LUTTEURS, roman dont le texte est
de Shakouyakoutei, édité en cinq volumes.

C'est l'histoire de deux lutteurs, Nourégami et Hanarégoma, en une
illustration très coloriste dans le noir.

L'une des planches représente Hanarégoma déracinant des rochers à la force
de ses bras tirant une corde. Puis l'on voit les deux lutteurs mesurer
leurs forces et, à quelques planches de là, se constituer volontairement
prisonniers et comparaître devant un tribunal qui les déclare innocents
d'un crime commis par d'autres.

Pourquoi ce titre: LES DEUX PAPILLONS? L'explication n'en est guère donnée
que par un jardin où l'on voit de nombreux papillons, parmi lesquels est
un papillon mort, tombé à terre.


En 1808 et 1811, Hokousaï publie l'illustration de _Sanshiti Zéndén Nanka
no Yumé_, LE RÊVE DU CAMPHRIER DU SUD, un roman en dix-sept volumes,
divisé en deux parties, et dont le texte est de Bakin.

Un roman contenant l'histoire de trois générations, commencée avec
l'histoire du ménage Sankatou et Hanshiti, et finissant à Onono Otzou, la
célèbre femme de lettres du XVIe siècle, qui a écrit au Japon la première
pièce de théâtre sous une forme moderne.

L'illustration du roman commence par l'abatage d'un très vieux camphrier
poussé sur la montagne de Yonédani-Yama, l'abatage d'un camphrier sacré,
où les bûcherons, dans leur oeuvre sacrilège, se blessent en tombant des
branches. Et la chute des bûcherons amène l'image d'un vendeur de pommade
pour les blessures, qu'on voit accroupi sur une peau d'ours, à côté d'un
grand pot où, après s'être fait une entaille à la peau, il puise de la
graisse d'ours et montre aux assistants que l'application de cette graisse
arrête le sang.

Hanshiti, auquel est apparu l'esprit du camphrier, un jour qu'il dormait
sous son ombre amie, n'éprouve plus que des malheurs depuis l'abatage de
l'arbre. Sa femme Sankatsou est obligée de se faire chanteuse de la rue, à
jouer du _kokiû_, espèce de violon-guitare, sur les places publiques, et
ils tombent dans une telle misère, lui, sa femme et sa fille, la femme de
lettres future, déjà grandelette, que le malheureux est au moment de se
suicider, quand l'inspiration lui arrive de fabriquer des chignons pour
femmes,--les Japonaises portant de faux cheveux tout comme les Européennes,
--et nous voyons le ménage installé dans une boutique où commence pour ces
pauvres gens la bonne fortune. Mais ils sont accusés de vilaines actions,
et obligés de quitter la province où les vrais coupables, après leur
départ, avouent leurs méfaits en se suicidant dans un cimetière.

Au fond, Hanshiti est d'origine noble, mais descendu à l'état de rônin en
sa détresse; seulement, s'il retrouve un sabre dont il était le détenteur,
il redeviendra noble, et la seconde partie du roman se passe à la
recherche de ce sabre, au milieu de toutes sortes d'aventures dans le
genre de celle-ci: dans une attaque de malfaiteurs, la jeune fille a perdu
une de ses chaussures en bois, un malfaiteur la lui rapporte et, enflammé
par sa beauté, veut la violenter:--elle le tue.

En ce roman, qui commence par la description du camphrier, qui passe à la
fabrication des chignons de femmes, se termine par une pièce de vers pour
arrêter la sécheresse d'un été caniculaire, et la retrouvaille du sabre de
Hanshiti, qui rentre dans la classe des guerriers,--toutes ces péripéties
diverses du roman amenant à la fin, on ne sait trop comment, le salut de
la princesse Yénju.

En 1810, Hokousaï publie l'illustration de _On-yô Imoséyama_, LES FIANCÉS
ISOLÉS SUR DEUX MONTAGNES EN FACE, roman dont le texte est de Shinrotei,
édité en six volumes.

Un roman où deux familles, séparées par des dissensions politiques,
habitent deux montagnes voisines, et où le fils d'une de ces familles
devient amoureux de la fille de l'autre famille et, plus heureux que Roméo,
arrive à se la faire accorder: roman dans lequel l'intérêt amoureux est
associé à l'intérêt dramatique d'une conspiration du prince Irouka contre
l'empereur régnant.

Des planches représentant les palais des deux familles vous apprennent,
par des cordes reliant les toitures et sur lesquelles glissent des
cerfs-volants, les ingénieux moyens de communication qu'ont trouvés les
amoureux.

Une autre planche, où Hokousaï donne un curieux échantillon de son
imagination fantomatique, est la gravure de la salle où a lieu la
conspiration, salle ayant la réputation d'être hantée par les mauvais
esprits et qu'a choisie exprès Irouka pour n'être pas dérangé dans ses
conciliabules.

Une salle éclairée par une lampe faite par l'assemblage de fémurs au haut
desquels une tête coupée crache de la flamme; une salle qu'escaladent du
dehors les branches d'un arbre à l'apparence d'ailes de chauve-souris. Là,
court à quatre pattes un squelette d'enfant, au milieu de femmes qui ont
des mufles de bouledogues, deux ou trois dents leur saillant hors la
bouche, toutes avec les deux petites mouches au front des femmes de la
noblesse; et cela sur des fonds de toile d'araignée derrière lesquelles
s'entrevoient vaguement des visions d'êtres surnaturels.


En 1812 Hokousaï publie l'illustration de _Matsouwô Monogatari_, HISTOIRE
DE MATSOUWÔ, roman dont le texte est de Koyéda Shiguérou, édité en six
volumes.

Un roman qui est une suite d'apparitions, parmi lesquelles l'apparition de
la jeune morte Yokobouyé, apparaissant, dans un éclair, au pied du lit de
son amoureux Tokiyori, est d'un effet saisissant.


En 1812, Hokousaï publie l'illustration de _Aoto Foujitsouna Moriô-an_,
LES DESSEINS DU JUGE AOTO (ancien juge célèbre du XIIIe siècle), un roman
dont le texte est de Bakin, édité en dix volumes.

Une des premières planches représente le juge sur un pont, assistant à la
recherche, dans une rivière, de quelques pièces de monnaie par des
plongeurs. Et, comme on se moque de lui, et qu'on lui dit que cette
recherche de l'argent dans l'eau coûte beaucoup plus cher que l'argent
perdu, il répond que l'argent dans la rivière ne profite à personne,
tandis que l'argent donné pour le retrouver profite à des gens.

Et ce sont de beaux dessins du juge lisant un papier, du juge jugeant dans
son tribunal des criminels attachés les mains derrière le dos par une
corde que tient un garde, et dont on voit les têtes dans une autre planche
fixées sur les cornes des taureaux que ces animaux promènent.

Une idée ingénieuse: sur une des planches, ce que lit un homme, c'est la
légende de la gravure.

Une planche caractéristique représente le terrible Shôki, le tueur des
diables, venant rechercher chez eux un pauvre petit enfant qui pleure au
milieu d'un paysage où, dans le fond, les loups mangent des cadavres.

Une planche singulière représente un chat monstre, en robe, tenant par le
cou un médecin.

Une planche curieuse montre à gauche une chambre où se passe une scène
de roman, et à droite une grande galerie vide, dessinée d'après les
lois de la perspective la plus rigoureuse, et qui fait tomber absolument
l'allégation que la peinture japonaise n'a pas le sentiment de la
perspective.

Enfin, comme dénouement de l'histoire du juge Aoto, on voit une place
d'exécution où un bourreau se dispose à trancher la tête à un homme
attaché à deux pièces de bois croisées, liées par le haut, quand apparaît
providentiellement, dans le fond, le juge auquel une femme parle et
innocente le condamné, qui va avoir sa grâce.


En 1813 Hokousaï publie l'illustration de _Ogouri Gwaïdén_, LA LÉGENDE SUR
LE PRINCE OGOURI, roman de Koyéda Shighérou, dont l'action se passe sous
Ashikaga Yoshimitsou, au XIVe siècle, roman paru en deux séries de cinq
volumes, la première publiée en 1813, la seconde en 1828.

Le prince Soukéshighé, l'héritier de la famille Ogouri, a pour fiancée la
princesse Térouté. Une intrigue politique fait perdre au père du héros du
roman ses dignités et sa fortune, tandis que la même aventure arrive à la
famille de la princesse, et les deux fiancés se perdent de vue.

Dans sa ruine le prince Ogouri épouse Hanako, la fille d'un richissime
Japonais, où la princesse Térouté est servante, chargée du service du
bain. Les deux anciens fiancés sont repris d'un sentiment amoureux. Et une
planche représente Hanako se regardant dans un miroir où se reflète la
jalousie qui la dévore. Oui, la jalousie au Japon est signifiée, chez la
femme, par des cornes au front.

Térouté, battue dans la maison d'Hanako, s'est sauvée, et, au moment où
elle erre désolée dans une forêt, la déesse Kwannon lui apparaît sous la
figure d'un petit flûteur monté sur un boeuf, et la console.

Alors, Ogouri la rencontre, lui donne un rendez-vous la nuit, mais Hanako
avertie la précède et prend sa place.

Sur ces entrefaites, et sans doute sur les ordres d'Hanako, Térouté est
enlevée et vendue à une «Maison Verte»; mais un ancien sujet de sa famille,
qui lui est resté fidèle, apporte une lettre au prince Ogouri, qui lui
enseigne où est Térouté qu'il aime, insensible à l'amour de Hanako.

Et une des dernières planches montre Kotarô, le sujet dévoué de Térouté,
précipitant à l'eau le maître de la «Maison Verte», tandis que Hanako
vient s'y jeter.


En 1815 Hokousaï illustre _Beibei Kiôdan_, CONTE VILLAGEOIS DES ASSIETTES,
histoire de deux jeunes filles portant des noms d'assiettes, dont le texte
est de Bakin, roman publié en huit volumes et auquel l'artiste japonais a
donné peut-être ses dessins les plus rembranesques.

La première composition représente un dignitaire japonais tendant à une
femme qui pleure, et qui a un enfant sous elle, une tige de magnolia,
tendant à une autre femme qui sourit, et qui a un enfant sous elle, une
branche de prunier en fleurs. Ce dignitaire est un Chinois qui, sous la
dynastie des Ming, à la suite d'une conspiration avortée, s'est sauvé au
Japon, laissant en Chine, avec un enfant, la femme qui pleure, puis est
devenu, grâce à sa science de lettré, un homme d'État au Japon, a épousé
la Japonaise souriante, dont il a eu un fils, s'est laissé envoyer comme
ambassadeur en Chine où, dans les recherches de sa première femme et de
son fils, il a été reconnu comme l'ancien conspirateur, et exécuté.

Ceci n'est que le préambule du roman, qui est l'histoire du fils que
l'ambassadeur chinois a eu de la femme japonaise,--roman où il y a, chez
Bakin, la tentative de montrer que cet enfant, au sang mêlé de deux races,
n'a pas l'énergie du caractère japonais.

La femme japonaise est morte à la nouvelle de l'exécution de son mari en
Chine, et l'enfant est resté orphelin et sans ressources; mais un daïmio
du Shôgounat des Ashikaga a pitié de l'enfant, le prend sous sa protection,
et l'enfant, devenu un jeune homme, épouse une Japonaise, en a deux
filles, l'aînée appelée Karakousa (le Rinceau), la cadette appelée
Bénizara (l'Assiette rose).

En ce temps, le daïmio qui l'avait pris sous sa protection entre en guerre
avec un autre daïmio, est battu et se fait exterminer, lui et tous les
siens, ainsi que cela se pratiquait dans les guerres entre les Taïra et
les Minamoto. Quant au jeune protégé, très légèrement blessé, et rappelé à
la vie par un prêtre que tue aussitôt une flèche, il ne songe pas à mourir
et se met à la recherche de sa femme et de ses deux filles, en cette
contrée pour le moment pleine de combats, du matin au soir et du soir au
matin. Traversant à toute heure de petits champs de bataille, une nuit il
entend un cri d'enfant, va à ce cri, aperçoit un guerrier blessé tenant
une petite fille dans ses bras, achève le blessé, s'empare de l'enfant,
n'a pas le temps de le reconnaître devant le bruit d'une troupe de
guerriers qu'il croit à sa poursuite, se met à se sauver à toutes jambes
jusqu'à l'instant où, épuisé de fatigue, il se laisse tomber sur un tronc
d'arbre. C'est alors que l'officier de la troupe s'approche de lui et le
remercie d'avoir sauvé la princesse, la fille de son maître. «Mais c'est
mon enfant! s'écrie le fils du Chinois.--Votre enfant? regardez-la bien!»
Et le père de «l'Assiette rose» s'aperçoit que, quoique du même âge et lui
ressemblant, ce n'est pas sa fille.

L'officier met ses soldats à sa disposition pour rechercher sa femme et
ses filles, recherche inutile et qui lui donne la croyance qu'elles ont
été égorgées dans la mêlée. Et il est amené par l'officier, qui l'a pris
en amitié, au père de la princesse qui en fait son vassal.

Quelques années se passent, au bout desquelles, après de nouvelles
recherches infructueuses, il se décide à se remarier à une seconde
femme et a une fille qui sera «l'Assiette cassée». Alors qu'il vivait
tranquillement dans son ménage, il a la mission de détruire un repaire de
diables (brigands) près d'un temple au milieu d'une forêt, mais il est
battu, ses soldats tués, et le sabre que lui avait donné le prince pour
couper la tête du chef des brigands est pris. Le prince veut le disgracier,
mais l'officier qui le protège, devenu premier ministre, fait observer au
prince que c'est lui qui l'a choisi, ce qui serait un aveu public qu'il
s'est trompé sur sa capacité. Et, sur le conseil du ministre, le voilà
parti à la recherche de sa femme et de ses enfants, recherche qui dure
trois ans.

Une seconde expédition avait été envoyée contre le chef des brigands du
temple bouddhique, et avait eu l'insuccès de la première: ce chef de
brigands ayant une force invincible, et voici à quoi il la devait. Il
avait joué avec Niô, la statue colossale de l'entrée du temple, il avait
joué une partie par laquelle, s'il perdait, il serait privé de la chance
de tout gain au jeu pendant trois ans; mais, si Niô perdait, il lui
donnerait sa force physique pendant trois ans. Et Niô a perdu. Et l'image
d'Hokousaï représentant Niô en pierre, ayant quitté son piédestal et
accroupi sur la table de _go_, à côté de son partner en chair et en os,
évoque, dans votre souvenir, la scène de don Juan et de la statue du
Commandeur.

Dans l'espace de ces trois ans, le joueur a rencontré dans ses voyages le
fils du Chinois, n'a pas été reconnu par lui, est entré même en relations
intimes avec celui-ci, qui lui a donné une lettre pour annoncer son retour
à sa femme.

Or les trois ans sont expirés, il est au bout du bail de sa force
mystérieuse, et poussé à cette visite par l'influence occulte de la statue
qui veut se venger. Et le jour où il arrive, la femme du Chinois a rêvé
que son mari a été assassiné par un malfaiteur et que ce malfaiteur lui
apportera une lettre dans la journée. Un serviteur fidèle a fait le même
rêve. Donc, si un homme vient, un homme semblable à l'homme du rêve, ce
sera bien l'assassin du mari. Le brigand apporte la lettre. Aucun doute.
Et la femme et le serviteur se jettent sur lui et le tuent avec l'aide
invisible de la statue de Niô, qui lui tord le cou.

Au moment même où le malfaiteur vient d'être tué, le mari rentre chez lui
et s'indigne de ce que sa femme et son serviteur ont égorgé un ami qu'il
leur avait envoyé, et le serviteur et la femme, reconnaissant qu'ils
ont été victimes d'un rêve, ne trouvent pas autre chose, pour désarmer
l'indignation du mari,--le serviteur que de s'ouvrir le ventre, la femme
que de s'ouvrir la gorge.

Mais ne voilà-t-il pas qu'au milieu de ce carnage entre dans la maison le
ministre qui, dans une tournée, vient de faire arrêter deux brigands, qui
dans le mort reconnaissent leur chef!

Alors le ministre, prenant la tête du brigand et le sabre retrouvé,
rassure le mari en lui disant qu'il racontera au prince que c'est lui qui
a tué le brigand, après qu'il avait assassiné sa femme et son serviteur.

À peine le ministre a-t-il passé la porte,--les incidents se précipitent
dans le roman japonais,--qu'il rencontre une femme et deux jeunes filles
demandant aux allants et venants s'ils connaissent un Japonais dont
personne ne sait le nom. Le ministre leur apprend qu'il a changé de nom,
leur donne son nouveau nom indiquant de la main une maison où il y a un
grand arbre. Ce sont la première femme et les filles du descendant chinois,
renseignées sur l'existence de leur mari et père par les fiches qu'il
a laissées, pendant ses trois ans de pèlerinage, dans tous les temples
bouddhiques, et, de temple en temple, ces femmes ont été amenées au temple
de Niô où la fiche déposée dans les autres temples, manquant, elles ont
supposé qu'il habitait dans le voisinage.

Et la première parole de la femme au mari, est: «Tu es remarié, tu as
une fille, il faut mettre ta seconde femme à la porte.» Il lui montre le
cadavre de cette seconde femme. Cette vue la radoucit, et elle consent à
ce qu'il garde près de lui «l'Assiette cassée».

Mais presque aussitôt il se fait chez cette femme, jusque-là très bonne,
très excellente, une révolution morale surnaturelle qui la transforme en
une très méchante créature, hantée qu'elle est par l'esprit de la femme
chinoise du père de son mari, venant se venger de son abandon, et de sa
mort, sur la famille japonaise. Et cette méchanceté s'exerce à l'endroit
de la fille de la seconde femme, qui était jolie, intelligente, et qui
s'appelait Kahédé (Feuille d'érable) et qu'elle baptise du nom d'«Assiette
cassée», par opposition au nom de sa fille «l'Assiette rose», lui répétant
à tout moment: «Tu n'es que l'Assiette cassée!» Mal nourrie, mal vêtue,
reléguée dans un bâtiment de ferme, condamnée aux tâches les plus
fatigantes, occupée, jour et nuit, à coudre les robes de soie de ses
soeurs, elle a la vie la plus triste, la plus humiliante, une vie de
Cendrillon, où jamais elle n'obtient l'assistance de son père manquant de
tout caractère.

En ces temps, il venait l'idée à la mère de «l'Assiette rose» de la
marier au fils du ministre, mais il se trouvait qu'il était amoureux de
«l'Assiette cassée» et qu'une correspondance existait entre eux sans qu'on
le sût. A la fin, la mère se doute de cet amour et charge un mauvais
prêtre d'enlever «l'Assiette cassée» et de la noyer. Et, s'en croyant
débarrassée, elle persiste dans l'idée du mariage de «l'Assiette rose»
avec le fils du ministre, et cherche à mettre dans ses intérêts un ami du
jeune homme et qui passait pour avoir une grande influence sur son esprit.
Malheureusement pour elle, cet ami était amoureux d'une jeune fille qui
vivait avec «l'Assiette cassée», et était tout dévoué à l'amie de son
amoureuse. Que fait-il? Il représente à la mère que le fils du ministre
est d'une grande famille, que son mari n'est rien, que le mariage est bien
disproportionné, qu'il n'y a qu'un moyen de réussir: c'est que sa fille
ait une entrevue qui permette de croire à des rapports secrets entre eux,
et que, dans ces conditions, le père ne voudra pas s'opposer au mariage.
Il est donc convenu que la mère laissera la porte du jardin ouverte, la
nuit; et, dans l'ambition de ce puissant mariage, elle arrive à décider sa
fille, qui n'aime pas du tout ce jeune homme, à le recevoir. Mais l'homme
reçu, la nuit, par «l'Assiette rose», n'est pas le fils du ministre.
C'est, dans le dessin d'Hokousaï, le plus laid des hommes, le plus camus
des Japonais. Et quand la mère a vu l'homme à la lueur de sa lanterne, et
qu'elle s'étonne, c'est l'homme qui lui fait une scène, affirmant qu'on
lui a assuré que sa fille était amoureuse de lui, qu'on lui a tendu un
piège, qu'il va être ridiculisé s'il n'obtient la main de la jeune fille.

À quelques mois de là la nouvelle court le pays que le fils du ministre se
marie, et le père et la mère de «l'Assiette rose» sont invités aux fêtes
du mariage. Désespérée, la mère se rend sur la route pour savoir quelle
est cette mariée et la voit arriver en _norimon_, mais elle est tellement
troublée que, voulant la saluer, elle fait un faux pas, la couvre de boue
et se sauve sans la connaître.

Le lendemain elle est en retard avec sa fille pour le service religieux
qui a lieu exceptionnellement, pour ce mariage, dans un temple bouddhique,
et ce n'est que le service fini qu'elle se trouve en présence de la
mariée, qui est «l'Assiette cassée». Et «l'Assiette cassée» pardonne à
la première femme de son père ses mauvais traitements, sa méchanceté
attribuée à la hantise de la mère chinoise. Or le service religieux n'a
été commandé que pour débarrasser la famille de cette hantise, la cause de
toutes les vicissitudes de la famille, par une bénédiction sur tous les
défunts de cette histoire,--dont Hokousaï montre les têtes fantômatiques
au bas de cette dernière gravure;--mariage qui condamne «l'Assiette rose»
à se marier avec le Japonais camus.

En 1845, après des années d'interruption dans l'illustration des livres,
Hokousaï publie l'illustration de _Kan-So-Goundan_, LA GUERRE DES DEUX
ROYAUMES DE KAN ET DE SO, roman historique en trente volumes formant trois
séries, dont la première et la deuxième ont paru en 1815, et la troisième
à une époque inconnue.

Ce roman chinois, traduit en japonais par Shôriô Sadakata, est l'histoire
de la chute de l'empereur Shikô, l'empereur qui fit construire la grande
muraille de la Chine, et de l'avènement de l'empereur Kôso, de la dynastie
des Hang, 202 ans avant Jésus-Christ.

C'est, tout d'abord, la planche où se voit ce sujet si souvent représenté
sur les gardes de sabre, ce vieillard mystérieux rencontré sur un pont,
qui, pour éprouver la patience d'un jeune homme, se fait trois fois
repêcher sa sandale,--au bout de quoi il lui donne un rouleau dont les
instructions lui servent à faire le nouvel empereur de Chine.

Et, dans ce roman racontant la lutte pour l'Empire, de Kôso et de Kô-ou
qui se perdit par ses cruautés, une terrible planche est celle où il a
commandé la mort de cinq mille paysans fidèles à l'ancien empereur, et où
défilent des gens pliant sous des filets remplis de têtes humaines.

Enfin, en 1846, trois ans avant sa mort, Hokousaï publie _Guénji Ittôshi_,
LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO, roman historique dont
le texte est de Shôtei Kinsoui et dont on ne connaît qu'une partie, éditée
en cinq volumes.

La planche capitale est celle où l'on voit Minamoto dormant en l'état
d'inquiétude où il est chaque nuit par le _kokori_, la hantise dans son
sommeil de cette terrible araignée, grande comme une pieuvre, filant une
toile qui tient tout le fond de la chambre, et que son sabre de chevet,
sortant de sa gaine,--un sabre miraculeux,--va tuer.



                                      XXI


Parmi tous les romans illustrés par Hokousaï de 1805 à 1808,
l'illustration du RÊVE DU CAMPHRIER DU SUD eut un immense succès, succès
dont se montra jaloux le romancier, et un refroidissement se fit entre
Bakin et Hokousaï et, avec ce refroidissement, la volonté chez chacun
d'eux de ne plus travailler ensemble. Toutefois les éditeurs furent si
habiles à ménager les amours-propres des deux hommes qu'ils obtinrent
d'eux de collaborer encore pour la fin de l'ouvrage qui parut en 1811.
Mais quand les dessins furent terminés et communiqués à Bakin, il trouva
que les dessins ne correspondaient pas avec le texte, demanda qu'ils
fussent modifiés, et Hokousaï, auquel on fit part de cette prétention de
l'écrivain, répondit que c'était le texte qui avait besoin d'être modifié.
Et les éditeurs ayant fait graver le texte et les dessins tels qu'ils leur
avaient été livrés, une brouille éclata entre les deux hommes.

Du jour de ce dissentiment entre Hokousaï et Bakin, il entra dans la
pensée du peintre de publier des dessins se passant du texte d'un
littérateur, et d'une vente égale à un volume où avait associé à son nom
le nom de Bakin.

C'est dans cette disposition d'esprit qu'à quelques années de là, prit
naissance la MANGWA, dans des circonstances jusqu'ici tout à fait
inconnues, et que nous révèle la préface de Hanshû en tête du premier
volume, et que j'ai eu l'idée de faire traduire par Hayashi: «Hokousaï,
le peintre d'un talent si extraordinaire, dit Hanshû, après avoir voyagé
dans l'Ouest, s'est arrêté dans notre ville (à Nagoya), et là il a fait
connaissance avec notre ami Bokousén, s'est amusé à s'entretenir du
dessin avec lui et, dans ces conversations, a dessiné plus de trois cents
compositions. Or, nous avons voulu que ces leçons profitassent à tous ceux
qui apprennent le dessin et il a été décidé d'imprimer ces dessins en
un volume, et quand nous avons demandé à Hokousaï quel titre il fallait
donner au volume, il a dit tout simplement: _Mangwa_, que nous avons
couronné de son nom,

                             HOKOUSAÏ MANGWA,

dont la traduction littérale est _Man_: au gré de l'idée; _gwa_,
dessin, et la traduction serait peut-être: «_le dessin tel qu'il vient
spontanément_.»

La _Mangwa_, cette profusion d'images, cette avalanche de dessins, cette
débauche de crayonnages, ces quinze cahiers où les croquis se pressent sur
les feuillets, comme les oeufs de la ponte des vers à soie sur une feuille
de papier, une oeuvre qui n'a pas de pareille chez aucun peintre de
l'Occident! La _Mangwa_, ces milliers de reproductions fiévreuses de ce
qui est sur la terre, dans le ciel, sous l'eau, ces magiques instantanés
de l'action, du mouvement, de la vie remuante de l'humanité et de
l'animalité, enfin, cette espèce de délire sur le papier du grand _fou de
dessin_ de là-bas!

Alors tout de suite, le premier volume entr'ouvert, dans ces libres
croquis où un peu de rose fait la chair, un peu de gris les demi-teintes
sur le papier crème, des enfants, des enfants, des enfants, dans tous
leurs jeux, leurs amusements, leurs poses, leurs gamineries, leurs gaietés;
puis les dieux, les génies, les prêtres bouddhistes et sinthoïstes,
moqués en mille petites caricatures rieuses; puis tous les métiers, toutes
les professions dans le travail, et l'exercice de la profession; puis le
monde des faiseurs de tours de force en l'effort de l'adresse et de la
force; et encore des Japonaises dans les gracieux accroupissements de leur
vie à quatre pattes, dans les coquetteries de leur toilette, dans les
anatomies de leurs sveltes personnes aux bains; et encore le Japonais
dormant, réfléchissant, priant, lisant, jouant, pérorant, s'éventant,
cuisinant, se grisant, se promenant, cavalcadant, pêchant à la ligne, se
battant, en un rendu de tous ces actes de la vie, spirituel, joliment
ironique; et encore tous les animaux, même ceux que ne possède pas le
Japon, comme l'éléphant et le tigre, et tous les oiseaux, et tous les
poissons, et tous les insectes, et toutes les plantes: voici ce qui
remplit les cinquante feuilles de ce premier volume dont la première
planche représente le couple Takasago, le type du vieux ménage parfait
au Japon, la femme portant un balai pour balayer les aiguilles des pins,
l'homme une fourche pour les ramasser.

À la fin de ce premier volume paru en 1812, Hokoutei Bokousén (l'artiste à
la conversation qui a fait naître la _Mangwa_) et Hokou-oun (qui deviendra
le professeur d'architecture du Maître), dont la collaboration a consisté
tout simplement à fac-similer les dessins réduits d'Hokousaï, se déclarent
les élèves du Maître.

Le second volume de la _Mangwa_ paraît seulement en 1814, deux ans après
la publication du premier volume, avec une préface de Rokoujuyén, et la
collaboration pour le fac-similé des dessins de Toyenrô Bokousén et de
Todoya Hokkeï, qui deviendra le meilleur élève et approchera le plus du
talent de Hokousaï.

Dans la multiplicité des motifs, c'est toujours la même variété, une page
de métiers à côté de supplices de l'Enfer bouddhique; une page entière
d'attitudes de femmes en face d'une page d'attitudes d'hommes; une page
de masques en face d'une page d'ustensiles de ménage; enfin une page
de morceaux de rochers pour décors du jardinage, en ce pays de jardins
pittoresques où les morceaux de rochers se payent plus cher qu'en aucun
lieu de la terre, en face d'une page d'animaux fantastiques qui mangent
les mauvais rêves.

Le troisième volume paraît l'année suivante, en 1815, avec une préface
de Shokousan qui jette carrément à l'eau la vieille école et déclare que
les anciens artistes, qui ont illustré les manuscrits de Quénji, doivent
céder la place aux artistes des _images rouges_ (les dessins de l'École
vulgaire).

Plusieurs planches de ce volume représentent les durs et laborieux travaux
de l'industrie minière. Viennent après deux amusantes doubles planches:
l'une consacrée à la lutte, vous faisant assister à ces empoignements
colères, à ces musculeux corps à corps, à ces broiements de torses, à ces
brusques déracinements du sol, à ces culs sur tête d'un vaincu jeté à bas;
l'autre vous montrant des danseurs dans toute l'épilepsie d'entrechats
d'une danse endiablée. Suivent les portraits préhistoriques des deux
premiers rois de la Chine, une bande de nègres drôlatiques, à l'aspect
d'ombres chinoises, trouvés dans l'imagination d'Hokousaï; et en face l'un
de l'autre, la figuration du dieu du Tonnerre figuré dans un nimbe formé
de tambourins, et du dieu du Vent, tenant fermées de ses deux mains, sous
son menton, les deux ouvertures de l'outre des vents qu'il a sur le dos.

Le titre de ce volume, toujours gravé en ces belles grosses lettres
ornementales de la Chine qui ont l'air de morceaux de jade sculpté, et
dans un cadre que soutiennent sur leurs cous deux petits Japonais à la
figure rieuse sous les houppes de leur front et de leurs tempes, et c'est
un charmant frontispice.

Le quatrième volume paraît l'année suivante, en 1816, avec une préface
d'Hôzan. Ce volume est tout plein de sujets de l'histoire mythologique et
préhistorique. On y voit Kintoki chassant un diable; on y voit le dragon à
neuf têtes venant boire aux neuf coupes où il trouvera la mort; on y voit
un sennin chevauchant une carpe monstrueuse, etc., et au milieu de cela
des planches de légumes, des planches d'herbes, des planches de branches
d'arbustes en leurs tons roses et gris, d'une douceur d'impression
inexprimable. Deux feuilles curieuses sont deux feuilles d'hommes et de
femmes barbotant joyeusement, se soutenant dans l'eau avec des appareils
natatoires, nageant, plongeant, détachant des plantes marines, prenant des
poissons à la main.

La dernière planche représente un homme et une femme, gras à lard,
aux bajoues tombantes, au ventre redondant, qui ont sur la figure
le gaudissement canaille de ce qu'ils vont trouver à manger dans une
marmite dont le mari soulève le couvercle; c'est le bon ménage aux joies
crapuleuses de la basse classe, le bon ménage _Wagôjin_, le ménage en
opposition avec le ménage Takasago, le ménage de l'homme à la fourche,
de la femme au balai.

Le cinquième volume paraît, l'été de cette même année 1816, avec une
préface de Rokoujuyén.

Un volume qui est presque un cours d'architecture, et qui débute par
les portraits en costume officiel, et la planchette de leur nomination à
la main, de Tatihoo-no-mikoto et de Amano-hikosati-no-mikoto, les deux
premiers architectes qui ont appris aux Japonais l'art de construire
des temples, des châteaux, des habitations, et c'est suivi de _tori-i_,
d'une tour à la grosse cloche, de la bibliothèque hexagonale et tournante
inventée par le prêtre Foudaï, de l'entrée du bâtiment où sont enfermés
les livres bouddhiques, de toits ornementés de bonzeries. Parmi ces
planches, une composition curieuse est une demande faite au ciel par un
homme tout au haut du pic d'une montagne, les deux mains réunies dans un
geste de prière autour d'un bâton au bout duquel est sa demande sur une
bande de papier que le vent soulève dans l'air. Et le volume se termine
par la représentation de personnages mythiques et historiques, comme la
déesse Ousoumé, comme Saroudashiko, le dieu qui a rendu la lumière à la
terre, comme le guerrier chinois Kwan-on qui est en adoration en Chine et
dont l'image se rencontre dans les plus pauvres intérieurs.

En la même année 1816 paraît encore le sixième volume qui a pour
frontispice un arc symbolique sur lequel la flèche est tendue par deux
dragons.

Ici les exercices du corps, dans un prestigieux rendu du déploiement de
la force et de l'adresse. Ce sont d'abord les tireurs d'arc, et le tirage
de l'arc à la hauteur de l'oreille au-dessus de la tête, en bas de la
ceinture, avec une dernière planche donnant les détails de l'arc, du gant
de cuir, du canard en bois servant de cible. Après les lutteurs, les
cavaliers, et le trot, et l'amble, et le galop, et le mors aux dents de
ces petits chevaux chevelus, à l'aspect de larves, sous le cavalier en
selle, et toujours avec une dernière planche donnant la selle ornée,
les guides, les lourds étriers. Mais la merveille de ce volume, comme
figuration d'un corps humain en mouvement, c'est l'étude de l'escrime
pour la lance ou le sabre, où soixante-douze petits croquis d'homuncules,
et une vingtaine de plus grands vous mettent, comme sous les yeux, les
avances, les retraites, les torsions de corps, la volte des pieds, les
parades, les ripostes de ce simulacre de la guerre. Une planche, tout
entière de bras et de mains, indique la manière de s'empoigner dans une
lutte à main plate. Enfin, des planches reproduisent le maniement des
lourds mousquets introduits par les Hollandais, et même Hokousaï, dans
une note, précise la date de leur introduction au Japon, qui est de
l'année 1542.

En 1816, paraît encore le septième volume de la _Mangwa_.

Un volume pour ainsi dire entièrement rempli de paysages, par le soleil,
le brouillard, l'orage.

Toujours en 1816 paraît le huitième volume, avec un titre fait à
l'imitation d'un morceau d'étoffe brodée.

En tête, la figuration de Waka-mousoubi-no-Kami, la femme qui a inventé
les tissus faits avec les fibres du bois, et près d'elle la princesse
Seiriô, la femme du roi, qui a eu l'idée de l'élevage de vers à soie,
2614 ans avant l'ère chrétienne et, à sa suite, des métiers à tisser, qui
ont tout l'air d'être dessinés par un ingénieur. Et soudain l'album saute
à des gymnastes faisant du trapèze autour d'un bambou, à des acrobates
jonglant avec un sabre, portant sur le front, au bout d'un long bâton,
un vase plein d'eau en équilibre, ôtant debout leur chapeau avec un pied,
buvant à la renverse une tasse de thé placée à terre derrière eux. Deux
planches de têtes d'aveugles sont de la plus frappante vérité. Et en
dernier lieu, des études sur les _gras_ et les _maigres_ d'une fantaisie
et d'un drôlatique à mourir de rire. Il faut voir ces massives Japonaises
en leurs lourdes promenades, les voir en l'avachissement de leurs charmes,
dans le sommeil ou dans le bain, il faut voir leurs pléthoriques
compatriotes dans l'essoufflement de la marche, dans l'épongement de la
sueur, dans l'effondrement et l'anéantissement de leur repos sur leurs
pesantes fesses. Et, la page des _gras_ retournée, vous êtes en présence
de ces torses que percent les côtes, de ces dos où se comptent les noeuds
de la colonne vertébrale, de ces cous décharnés, de ces bras étiques, de
ces jambes de phtisiques, de ces anatomies ridicules qui vous rappellent à
la fois les macabres et comiques écoles de natation de Daumier.

Il y a un intervalle de trois ans entre la publication du huitième et du
neuvième volume, qui paraît seulement en 1819.

Ce volume est plein d'anecdotes relatives à la vie intime de Kiyomori.

Cette voyageuse qui marche rapide à travers la campagne, se dirigeant vers
deux femmes à la porte d'une habitation, au loin, au loin, c'est Hotoké,
la maîtresse de Kiyomori, la plus belle et la meilleure danseuse de
son temps. Deux soeurs ont sollicité de danser devant Kiyomori et, par
bienveillance pour leur jeunesse et leur grâce, elle a fait accueillir
leur demande par son amant. Mais le prince s'est épris d'elles et a
voulu en faire ses maîtresses. Elles ont refusé et, pour se soustraire
à sa toute-puissance, elles se sont faites religieuses, et Hotoké,
reconnaissante de cette délicate conduite à son égard, va les rejoindre
dans leur couvent.

Plus loin encore, c'est le sensuel Kiyomori, en présence de la femme de
Minamoto, une main sous la joue, tristement réfléchissante dans une pose
d'accablement. Kiyomori a vaincu Minamoto et veut exterminer sa famille
dont il s'est emparé dans sa fuite et qui est composée de sa femme et de
ses trois enfants. Mais, au moment d'ordonner leur mort, il a la curiosité
de voir la femme de Minamoto et, soudainement séduit par sa beauté, il lui
demande de lui appartenir, ce à quoi elle se résigne sur la promesse qui
lui est faite que ses enfants seront épargnés. C'est ce marché qui fait le
sujet de l'estampe. Or, un jour, ces trois enfants vengeront leur père,
anéantiront la famille Taïra, et l'aîné des trois enfants sera Yoritomo,
le premier shôgoun de Kamakoura.

Une autre composition: c'est Okané, femme, à la réputation d'une force
herculéenne, qu'un musculeux guerrier a cru pouvoir arrêter dans sa marche
et qui, d'un bras tenant un barillet sur sa tête, continue à s'avancer
tranquillement, entraînant, de l'autre bras, l'homme aux deux sabres.

Et ce sont encore des représentations de musiciennes japonaises; d'une
année de bonne récolte, avec la joie et l'engraissement subit des paysans;
et, on ne sait pourquoi, le portrait d'un astronome hollandais.

La même année 1819 paraît le dixième volume avec une préface vantant la
persévérance dépensée par Hokousaï pour arriver à la publication de ces
dix volumes.

Des saltimbanques, des faiseurs de tours, des prestidigitateurs, des
équilibristes, des avaleurs de sabres, des vomisseurs d'essaims d'abeilles,
des thaumaturges se rendant la tête invisible.

Mais je ne veux décrire dans ce volume que deux compositions, deux
compositions d'un fantastique macabre dépassant tout ce que l'Europe a
imaginé en ce genre, et méritant bien à Hokousaï l'appellation de _maître
dessinateur des fantômes_. Ce sont deux apparitions de femmes mortes.
L'une, c'est Kasané, la femme laide, assassinée par son mari, qu'il
représente avec son front de foetus hydrocéphale, sous la broussaille de
ses cheveux, un oeil fermé et l'autre grand ouvert, où est une prunelle de
poisson cuit, le cartilage dénudé de son nez, ses mâchoires sans gencives,
entr'ouvertes dans un hiatus allant jusqu'aux oreilles, ses deux mains de
squelette rapprochées de sa tête dans le tressautement de la danse idiote
d'un naturel de la Terre-de-Feu. Une apparition à faire peur, regardée le
soir à la lueur d'une lampe.

L'autre apparition a l'apparence, dans le ciel ténébreux, d'une longue et
courbe et molle larve blanche enveloppée d'une chevelure; c'est l'âme de
la petite servante Okikou. Elle était dans une maison où il y avait dix
précieuses assiettes, et elle eut le malheur d'en casser une. Et le
propriétaire des assiettes adressa des reproches si durs à la fillette
qu'elle se jeta dans un puits. Or, depuis ce jour, elle revient toutes
les nuits au-dessus du puits et, de la maison où est le puits et des
maisons voisines, on l'entend dire, l'une après l'autre, les légendes
des assiettes, puis, arrivée à la dixième, à celle qu'elle a cassée, on
l'entend, cette fois, pousser un sanglot si déchirant, si déchirant que
le voisinage a dû charger un prêtre de la faire monter au ciel par ses
prières.

La _Mangwa_ semble terminée en 1819 avec le dixième volume, et quinze ans
se passent sans qu'il y soit donné une suite, quand, en 1834, il paraît
un onzième volume avec une préface dans laquelle Tanehiko dit: «que la
_Mangwa_ a été terminée au dixième volume, mais que les éditeurs avides
ont tellement pressé notre vieillard qu'il a consenti à reprendre son
pinceau, qu'il vient de dessiner ce volume qu'il se propose un jour
d'arriver au vingtième volume.»

Dans ce onzième volume, toujours la variété des premiers. Des poses, des
attitudes de la vie intime, des croquetons de gens assis ou en marche,
de gens dans la flâne ou l'effort du travail, de gens dans le calme des
passions ou les fièvres de la colère, des planches, des planches de gras
lutteurs, et des petits coins de paysages, et des modèles de canons et
de pistolets, et deux peintres peignant la jambe d'un Niô sculpté, d'une
dimension telle qu'elle semble le tronc d'un vieux chêne, et une Japonaise
disant la bonne aventure à un guerrier en laissant, selon la méthode de
là-bas, tomber son peigne à terre.

En la même année 1834 paraît le douzième volume.

Un volume très poussé à la caricature, où l'Olympe japonais est ridiculisé
à outrance, un volume de chutes ridicules, de nez interminables de Téngous,
sur lesquels se fait de la prestidigitation; de silhouettes, en ombres
chinoises, d'épouvantables vieilles; de figures de femmes devenues
monstrueuses, à travers une loupe posée sur leurs visages; d'allongements
de cous pendant le sommeil, qui, selon une superstition du Japon et des
îles Philippines, permettent aux têtes de ces possesseurs de cous d'aller
visiter des contrées et des planètes étrangères; de corps de naturels d'un
pays où les hommes ne sont possesseurs que d'un bras et d'une jambe, et où
ils sont accotés deux par deux.

Et même, pour aider à l'antithèse des sujets qu'il offre au public, il
arrive à Hokousaï de recourir parfois à la scatologie. Ainsi, dans le
onzième volume, nous voyons une Japonaise, retroussée jusqu'à la ceinture,
jeter à terre un de ses compatriotes par la violence d'un pet, et dans ce
douzième volume apparaît par la lucarne d'un étroit _privé_, le profil
péniblement contracté d'un _samouraï_ entre ses deux sabres remontés
au-dessus de sa tête, et au dehors trois Japonais se bouchant le nez avec
leurs doigts et leurs robes.

Le treizième volume paraît seulement en automne 1849, après la mort
d'Hokousaï, arrivée au printemps de cette année.

Dans le treizième volume: deux beaux dessins, la divinité Kwannon sur une
de ces carpes monumentales comme seul Hokousaï sait les dessiner, et un
tigre traversant une cascade au milieu de dessins représentant, dans la
montagneuse province de Hida, _la passe au panier_: un pont fait d'une
corde, le long de laquelle on se fait glisser à la force des bras; de
dessins représentant des modèles d'habitations rustiques; de dessins
représentant la préparation de ce melon qu'on dessèche et dont on fait
des soupes; de dessins représentant le décorticage du riz.

Le quatorzième volume, tout moderne, paraît seulement en 1875, et est
fabriqué avec des dessins laissés par Hokousaï après sa mort.

En dehors de quelques dessins divers, il ne contient pour ainsi dire que
des animaux, des animaux réels et des animaux fantastiques; c'est un chat
mangeant une souris, un chien aboyant à la lune, un renard dans la pluie,
des lions de mer, des chèvres, un écureuil mâtiné de chauve-souris, un
sanglier traversant une rivière, un ours dans la neige, des ânes, des
chevaux, un lion de Corée, un conciliabule de rats.

Le quinzième et dernier volume paraît en 1878 avec un avertissement où
l'éditeur dit que «propriétaire de tous les bois de la _Mangwa_, il a
été convenu avec Hokousaï, avant sa mort, qu'on poursuivrait jusqu'au
quinzième volume, et qu'il a fait graver les dessins destinés à la
publication, qui ne l'étaient pas». Mais l'éditeur ment, car la plupart
des dessins qui ont une valeur sont repris au volume intitulé: _Hokousaï
Gwakiô_, MIROIR DES DESSINS D'HOKOUSAÏ.

Les dix premiers volumes, en leurs tirages primitifs, et lorsque les bois
sont à Yédo, ont pour éditeurs trois éditeurs de cette ville et un éditeur
de Nagoya; à partir du dixième volume les bois sont cédés à l'éditeur
Yeirakouya de Nagoya.

Un seul volume, le douzième, porte le nom du graveur, et ce graveur est
Yégawa Tomékiti.



                                     XXII


En 1806, à la suite du bruit qu'avait fait l'improvisation en public d'une
grande peinture d'un Darma par Hokousaï, deux ans auparavant, il venait au
shôgoun de Tokougawa la curiosité de le voir travailler.

Donc un jour d'automne, au retour d'une chasse au faucon, le shôgoun le
faisait appeler devant lui et s'amusait à lui voir exécuter des dessins.
Puis, tout à coup, Hokousaï couvrant la moitié d'une immense bande de
papier d'une teinte d'indigo, faisait courir dessus des coqs aux pattes
plongées dans de la couleur pourpre, et le prince étonné avait l'illusion
de voir la rivière Tatsouta, avec ses rapides charriant dans leurs eaux
des feuilles pourpres de momiji.

L'intérêt de cette entrevue: c'est que sous les Tokougawa, jusqu'à ce jour,
un homme du peuple ne pouvait se présenter devant le shôgoun.



                                     XXIII


En 1811 Hokousaï publie, en collaboration avec Hokousou qui dessine le
premier volume, _Jôdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DE DEUX JOURS, une série
de dessins comiques.

Dans l'illustration du second volume, dont il s'est chargé, il nous
montre des porteurs ivres que regardent des enfants, et vraiment il
est impossible de rendre mieux l'hilarité bête de ces visages, avec la
demi-fermeture des yeux et l'égueulement de la bouche entr'ouverte de côté.

Une autre planche très amusante de ces scènes, qui se passent la veille et
le jour même du Jour de l'An: c'est l'entrée dans un intérieur, d'un vieux
prêtre pochard, à la tête impossible, travesti en manzaï, escorté d'une
espèce d'enfant de choeur faisant du tapage avec un instrument pour
appeler au service divin et, devant ces deux ivresses de la vieillesse et
de l'enfance, le rire du bourgeois japonais, l'attention dédaigneuse de la
femme, l'ahurissement d'un ami.

Enfin la dernière planche: dans une chambre décorée de feuilles de fougère
et de branches de sapin, le décor des intérieurs de Jour de l'An, a lieu
une terrible bataille à coups de balais, entre deux hommes que trois
autres ne peuvent séparer.

La même année Hokousaï publie l'illustration de _Hokou-yétsou Kidan_,
LES LÉGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE YÉTIGO, édité en 6 volumes,
avec un texte par Tanéhiko.

Un ouvrage dans lequel se trouve reproduite par Hokousaï une carte
de cette province où il neige beaucoup, au milieu d'un méli-mélo
d'hommes-bêtes, de coraux, de plantes marines, de monnaies, d'objets
usuels, de serpents d'une grandeur fabuleuse, enfin de choses réelles et
de choses surnaturelles.

La même année Hokousaï publie encore l'illustration de _Tawara-Tôda Rôko
dén_, CONTE D'UN VIEUX RENARD ET DU GUERRIER TAWARA TODA, pièce de théâtre
par Tanéhiko, éditée en trois volumes et gravée avec une écriture plus
grande, plus facile à lire que l'écriture du roman, de l'histoire.

Cette pièce de théâtre a pour principal personnage Hidésato, le guerrier
qui, trouvant une femme pleurant aux bords du lac Biwa, lui demandait
la cause de son chagrin. La femme qui était la reine du lac Biwa lui
répondait que, depuis des années ses enfants étaient mangés par un
scolopendre géant. Hidésato de s'informer où se trouvait ce monstre. Elle
lui indiquait la montagne Ishiyama où son corps, lui disait-elle, faisait
sept fois et demie le tour de la montagne et lui montrait, dans le moment,
une masse brillante qui luisait au soleil comme un bloc de diamant:
c'était l'oeil de l'insecte colossal dans lequel Hidésato mettait une
flèche mortelle.

L'illustration de cette pièce par Hokousaï est intéressante. Dans le
dessin de la reine de Biwa, de la femme d'Hidésato, de la fille d'Hidésato,
l'amoureuse de Sadamori, le dessinateur a abandonné la mignonnesse un peu
petite, un peu miniaturée de ses premières années; et, tout en leur
laissant leur première grâce, il arrive à leur donner de l'ampleur, de
la grandeur, à les varier et à ne plus toujours faire la même longuette
petite femme de ses débuts. Dans l'oeuvre d'Hokousaï, les femmes de ces
années ont une parenté avec les femmes de Hokouba.

En 1812, il n'illustre aucun livre.

En 1813, dans le _Katsoushika Zoushi_, PLAN ET TRADITIONS DE KATSOUSHIKA,
dans ce volume contenant un plan de cette partie de la ville de Yédo, de
l'autre côté de la Soumida, de ce quartier maraîcher et plein de salines
aimé par le peintre, Hokousaï dessine, près de deux pêcheurs au jupon de
roseaux, une femme puisant dans un petit tonnelet, emmanché à un grand
bâton, l'eau d'une source célèbre.



                                    XXIV


En 1814 paraît une illustration d'Hokousaï qui mérite d'être signalée à
part et décrite pièce par pièce. C'est le _Shashin gwafou_, ÉTUDES D'APRÈS
NATURE[15], publié en 1814, avec une préface de Hirata, sans nom d'éditeur,
ce qui ferait supposer qu'il a été dessiné et gravé en couleur pour une
société d'amateurs. Un livre composé de quinze planches où Hokousaï
donne quinze échantillons divers de son talent multiple, au moment de
sa plus grande puissance, dans les légères et délicates colorations des
sourimonos: un livre dont les beaux exemplaires complets sont de la plus
grande rareté et se vendraient en vente de douze cents à deux mille francs.

    [Note 15: _Sha:_--copier; _shiu:_--vérité; _gwa:_--dessin;
    _fou:_--album.]

I. Hotei fumant. Le dessin caricatural du dieu de l'enfance, au triple
menton, au ventre bedonnant, ramassé à terre, la tête renversée dans la
jubilation de la fumerie d'une longue pipe.

II. Contemplation de deux papillons par un Japonais. Un disciple du
philosophe chinois Sôshû, son éventail tombé à terre, près d'un bol de
saké vide, les deux coudes sur un escabeau et les deux mains croisées sous
le menton, suit des yeux le vol de deux papillons dans une rêverie qui lui
fait regarder la vie humaine comme la vie éphémère de ces insectes d'un
jour.

III. Un peintre de _tori-i_. Un homme, la tête en bas, une brosse dans
une main, une écuelle pleine de noir dans l'autre, enduit de couleur la
base d'un pilastre, le corps plié en deux, les reins cassés dans une
dislocation toute-puissante.

Ces deux dessins, le philosophe et le peintre de _tori-i_, ont une parenté
extraordinaire avec le beau _faire_ brutal de Daumier et avec ses
indications à la fois vigoureuses et comiques du muscle dans ses
anatomies.

IV. La déesse Kwannon sur un dragon. Cette déesse, dont les prières ont
pour but de faire arriver à la rive des bienheureux, les âmes pécheresses
retenues de l'autre côté du fleuve, est représentée dans une glorieuse
image avec la sérénité bouddhique de son visage se détachant d'un nimbe
d'or pâle, et toute volante dans sa robe d'un rose mourant éparpillée sur
la nuit du fond.

V. Paysage couvert de neige, avec une montagne dans le fond, et au premier
plan un sapin s'élevant au-dessus des habitations rustiques de Tsoukouba
dans la baie de Yédo[16].

    [Note 16: M. Bing possède des épreuves, tirées à part de cette planche
    et de la suivante, tout à fait extraordinaires.]

VI. Une branche de prunier rose sur une pleine lune indiquée seulement par
un gaufrage presque invisible.

VII. Une branche de cerisier double au coeur de la fleur jaune; une espèce
où les feuilles viennent en même temps que les fleurs et qui est appelée
au Japon _Shiogama_.

VIII. Une tige de navet à l'élégant déchiquetage lyré de la feuille,
employée souvent au Japon comme motif décoratif et vers laquelle vole une
guêpe qui est un vrai trompe-l'oeil.

IX. Deux pivoines dans un panier, dessinées avec ce style que les Japonais
mettent à la fleur; un style parent du style que nos vieilles écoles de
peinture de l'Europe mettaient à la représentation de l'humanité.

X. Des tiges d'iris violacés, ces fleurs à la découpure héraldique.

XI. Un faucon sur une branche de chêne, une patte rebroussée contre lui
dans un mouvement de prise de vol, avec le regard d'un oeil qui semble
percevoir une proie dans le ciel.

XII. Un faisan qui s'épouille au milieu des traces que ses pattes ont
laissées sur une terre rouge.

XIII. Deux canards mandarins, dans des mouvements de nage où le dessin
cartilagineux de leurs pattes semble exécuté par un dessinateur
spécialiste du canard.

XIV. Un renard fuyant dans une fuite où est exprimé le détalement sournois
de la bête avec l'inquiétude du regard.

XV. Deux lapins, un lapin jaune à l'oeil noir, un lapin blanc à l'oeil
rouge.

Une étude amusante de ces animaux affectionnés par les Japonais qui,
par des croisements, cherchent à en faire des animaux phénomènes, comme
longueur des oreilles, comme couleur des yeux, si bien que le gouvernement
a frappé ces animaux, il y a une dizaine d'années, de l'imposition d'un
dollar. La peinture les représente d'habitude, sous un rayon de lune,
comme dans le rayonnement d'une lumière natale: les taches qu'on y
aperçoit étant formées, dans l'imagination japonaise, par deux lapins, et
encore aujourd'hui les gens du peuple croient que deux lapins, exposés
la nuit dans une cage aux rayons de la lune, on ne les retrouve pas le
lendemain, délivrés qu'ils sont par l'intervention de leurs confrères de
là-haut.

Citons du _Shashin Gwafou_ un exemplaire d'un tirage extraordinaire
rapporté en Europe par Siebold, et peut-être acheté à Hokousaï en
personne. Siebold avait rapporté six exemplaires, dont quatre ont été
donnés aux bibliothèques de Paris, de Vienne, et deux étaient conservés à
La Haye. M. Gonse a été assez heureux de pouvoir en obtenir un, par suite
d'un échange.



                                   XXV


En 1815 Hokousaî publie, avec la collaboration de Hokoutei Bokousén, le
_Jôrouri Zekkou_, MORCEAUX DE DRAMES: une suite de scènes tirées des
pièces les plus célèbres du XVIIe et du XVIIIe siècle, en cinquante-six
impressions en noir, avec de très délicates demi-teintes, comme lavées.

Cette femme, la tête renversée, les deux mains s'étreignant au bout de ses
bras tendus dans un geste de désespoir: cette femme est la maîtresse d'un
Japonais marié que vient trouver le père de son amant et qu'il décide à le
quitter, en lui exposant qu'elle est la ruine de son ménage: pauvre femme
qui bientôt, ayant à subir les scènes de l'homme qui se croit quitté pour
un autre, se tue.

Une autre planche curieuse est la représentation de la scène d'une pièce
du XVIIIe siècle intitulée OHANA-HANSHITI, où deux femmes, deux apparentes
amies, sont sommeillant l'une contre l'autre; l'une la femme d'un prince,
l'autre sa maîtresse; et il se trouve que l'ombre portée par les cheveux
de la maîtresse dessine sur le châssis de papier comme l'enlacement de
deux serpents qui se battent. Et le prince, à la vue qu'il a de ces
serpents à travers le châssis, pensant aux scènes que cette rivalité
sourde a déjà amenées dans son intérieur, et des scènes qui suivront,
abandonne son palais et se fait prêtre. Une pièce qui serait, au dire des
Japonais, une étude psychologique de la femme très intéressante.

Une autre planche est la représentation d'une femme de la campagne parlant
à une courtisane qui pleure à chaudes larmes. Or, voici le sujet. Une
jeune fille dont le père a été tué par un malfaiteur, a été vendue au
Yoshiwara, est devenue une grande courtisane, sans connaissance de son
passé. Or, sa soeur cadette venue d'une province lointaine, apprend à
l'aînée son histoire, et les deux soeurs se mettent à la recherche du
malfaiteur et, comme autre fois existait au Japon le _droit à la
vengeance_, le duel devant Dieu de l'ancienne Europe, les deux soeurs
arrivent à tuer l'assassin de leur père.

Une autre planche vous montre un prêtre bouddhique devant un kakémono
représentant une femme, et sa tête aux cheveux rebroussés et semblable à
celle d'un diable, appuyée réfléchissante sur une main, est toute pleine
d'une pensée fixe, soucieuse. Oui, ce prêtre de Bouddha, ce vertueux, ce
savant, est devenu amoureux de l'image qui est devant lui et, indifférent
au culte et ne remplissant plus ses devoirs religieux, est renvoyé de
l'église et rencontre dans sa nouvelle vie une femme ressemblant à la
femme du kakémono, qui dédaigne son amour et le rend le plus malheureux
des hommes.

Cet album est vraiment l'album où les tristesses, les pleurs, les
désolations, les crispations nerveuses, les affaissements, les désespoirs
de la femme sont merveilleusement rendus avec toutes les grâces, les
charmes, les coquetteries de la douleur féminine théâtrale.

La même année paraît _Odori hitori keiko_, LEÇONS DE DANSE PAR SOI-MÊME,
un album représentant le dessinateur Hokousaï s'étirant les bras au
réveil d'un rêve qui s'éloigne derrière lui et laisse entrevoir, dans
l'effacement de sa vision, deux danseurs et une danseuse. Et c'est, après
l'impression de chants pour accompagner les danses, une série de planches
représentant chacune quatre ou cinq petites figurines de danseurs avec, à
la droite ou à la gauche de leur bras ou de leur pied, une ligne droite ou
courbe indiquant le développement complet du geste commencé par ce bras ou
ce pied.

L'album débute par la _Danse du Batelier_, qui a 43 figures. Suit une
danse comique, très gymnastiquement mouvementée. Puis une danse intitulée:
la _Danse du marchand d'eau fraîche_. Mais la danse la plus originale,
c'est la _Danse du mauvais esprit_, une danse diabolique avec des
mouvements d'un disloquage anti-humain, et des expressions de têtes
méphistophéliques, un moment sous des masques carrés aux caractères
mystérieux, désignant les génies du mal, danse qui a 67 figures.

A la dernière page de l'album, Hokousaï, avec son ironie habituelle, dit:
_Si dans l'exécution des mouvements et des mesures il y a des erreurs,
veuillez m'excuser. J'ai dessiné ainsi que j'ai rêvé, et comme le rêve
d'un spectateur ne peut pas exactement tout donner, si vous voulez bien
danser, apprenez-le près d'un maître. Or, si mon rêve ne peut pas faire
un vrai danseur, ça fait tout de même un album. Mais, au fond, ce que je
vous recommande quand vous voudrez danser, c'est de mettre en sûreté le
tabako-bon (fumoir) et les bols à thé, car, même en les sauvant, vous
aurez toujours dans vos nattes un dégât bien suffisant_.

Et Hokousaï signe: _Katsoushika Oyaji_ (papa Hokousaï).


En 1817, dans un album édité par Yeirakouya Tôshiro d'Owari et intitulé
_Yéhon Riôshitzu_, ALBUM DE DESSINS PAR DEUX PINCEAUX, Hokousaï collabore
avec Rikkosaï de Osaka,--lui se chargeant des personnages, animaux,
oiseaux, et Rikkosaï dessinant les paysages et les arbres.

Un album où les personnages disparaissent dans le paysage, mais où
peut-être Hokousaï s'est représenté léchant son pinceau dans la dernière
planche.



                                    XXVI


En 1817, pendant un voyage d'Hokousaï à Nagoya, le peintre recevait la
commande de nombreuses illustrations de livres et, comme ses élèves
vantaient l'exactitude de la représentation des êtres et des choses dans
les dessins du maître, dessins d'un format relativement très petit, les
adversaires de la _peinture vulgaire_ déclaraient que les petites choses
que produisait le pinceau d'Hokousaï étaient du métier, n'appartenaient
pas à l'art. Propos qui blessaient Hokousaï et qui lui faisaient dire que,
si le talent du peintre consistait dans la grande dimension et les grosses
touches d'une oeuvre, il était prêt à étonner ses adversaires. Et c'est
alors que son élève Bokousen et ses amis lui vinrent en aide pour exécuter
en public une formidable peinture,--un Darma d'une bien autre proportion
que celui déjà peint en 1804.

Ce fut le cinquième jour du dixième mois de l'année que cette peinture
eut lieu devant le temple de Nishighakéjo, et la biographie japonaise
d'Hokousaï en donne la relation illustrée d'après un récit avec dessins de
Yénko-an, un ami du peintre.

Au milieu de la cour du nord du temple, défendue par une palissade, avait
été développé un papier fait exprès et ayant plusieurs fois l'épaisseur du
papier servant à couvrir les manteaux au Japon. Et ce morceau de papier
sur lequel Hokousaï devait peindre avait la superficie de 120 nattes. Or
la natte japonaise mesure 90 centimètres de largeur sur 180 de hauteur, ce
qui faisait à l'artiste un champ de peinture de 194 mètres. Et, pour que
le papier pût rester tendu, il avait été fait dessous un lit de paille de
riz d'une grande épaisseur et, de distance en distance, des morceaux de
bois, servant de presse, empêchaient le vent de soulever le papier. Un
échafaudage avait été monté contre la salle du conseil et faisant face au
public: échafaudage au haut duquel des poulies étaient attachées à des
cordes pour soulever l'immense dessin dont la tête était fixée à un
madrier de bois gigantesque. Des pinceaux de grande dimension se voyaient
tout prêts, des pinceaux dont le plus petit était de la grosseur d'un
balai, et l'encre de Chine était préparée dans des cubes énormes et
transvasée dans un tonneau. Ces préparatifs occupaient toute la matinée où,
dès les premières lueurs du jour, se pressaient dans la cour du temple,
pour voir exécuter le dessin, une foule de nobles, de manants, de femmes
de toutes sortes, de vieillards, d'enfants.

Dans l'après-midi Hokousaï et ses élèves, dans une tenue demi-cérémonieuse,
les jambes et les bras nus, se mettaient à l'oeuvre, les élèves puisant
l'encre dans le tonneau et la mettant dans un bassin de bronze avec lequel
ils accompagnaient, là où il allait, le peintre peignant. Tout d'abord
Hokousaï prit un pinceau de la grosseur d'une botte de foin et, après
l'avoir trempé dans l'encre, dessina le nez, puis l'oeil gauche du Darma:
alors il fit plusieurs enjambées et dessina la bouche et l'oreille. Après
il courut tracer la ligne de la configuration du crâne. Cela fait, il
exécuta les cheveux et la barbe, prenant pour les dégrader un autre
pinceau fait de filaments de coco et qu'il trempa dans une encre de Chine
plus claire. A ce moment ses élèves apportèrent, sur un immense plateau,
un pinceau fait de sacs de riz, tout imbibé d'encre. A ce pinceau était
attachée une corde et, le pinceau posé à l'endroit que Hokousaï indiqua,
il attacha la corde à son cou, et on le vit traîner le pinceau attaché à
la corde, le traîner à petits pas et faire ainsi les gros traits de la
robe du Darma.

Quand les traits furent achevés et qu'il fallut mettre le rouge à la robe,
les élèves prirent dans des seaux la couleur, la jetèrent avec des pelles,
tandis que quelques-uns d'eux pompaient avec des linges mouillés les
endroits où il y avait trop de couleur.

Ce ne fut qu'à la tombée de la nuit que l'exécution complète du Darma fut
terminée et qu'on put soulever, au moyen des poulies, la grande machine
peinte, et il y eut encore une partie du papier traînant au milieu de la
foule qui, selon l'expression japonaise, semblait une _armée de fourmis
autour d'un morceau de gâteau_. Et ce ne fut que le lendemain qu'on put
surélever l'échafaudage et accrocher complètement en l'air la peinture.

Cette séance fit éclater le nom d'Hokousaï comme _un coup de tonnerre_,
et pendant quelque temps, dans toute la ville, on ne vit dessiné sur les
châssis, sur les paravents, sur les murs, et même sur le sable par des
enfants, rien que des Darma, rien que l'image de ce saint qui s'était
imposé la privation du sommeil et dont la légende raconte qu'indigné de
s'être endormi une nuit il se coupa les paupières, les jeta loin de lui
comme de misérables pécheresses et que, par suite d'un miracle, ces
paupières prirent racine où elles étaient tombées, et qu'un arbrisseau,
qui est le thé, poussa donnant la boisson parfumée qui chasse le
sommeil.

Ce ne fut pas la seule grandissime peinture que peignit Hokousaï. Plus
tard il peignit, à Honjô, un cheval colossal, et plus tard encore à
Riôgokou un Hôteï géant, Hoteï qu'il signa _Kintaïsga Hokousaï_, ce qui
veut dire «Hokousaï de la maison au sac de brocart», par allusion au sac
de toile qui est toujours l'accessoire de ce dieu. Le jour où il peignit
le cheval de la grandeur d'un éléphant, on raconte qu'il posa son pinceau
sur un grain de riz et, quand on examina ce grain de riz à la loupe, on
eut l'illusion de voir dans la tache microscopique du pinceau l'envolée de
deux moineaux.



                                   XXVII


En 1818 Hokousaï illustre _Hokousaï Gwakiô_, LE MIROIR DES DESSINS
D'HOKOUSAÏ ou _Dénshin Gwakiô_, MIROIR DES DESSINS QUI VIENNENT DE
L'ÂME.

Ce livre qui contient cinquante pages de dessins est avec le _Shashin
gwafou_ l'album où Katsoushika Hokousaï se montre le plus magistral, le
plus en possession de tout son talent.

La préface dit: «Les anciens ont dit que pour faire un grand peintre, il
fallait trois conditions:

    L'élévation de l'esprit;
    La liberté du pinceau (l'exécution);
    La conception des choses.

Et généralement il est difficile de trouver un artiste qui possède une
de ces conditions. Eh! bien, il y a un homme de Yédo, appelé Hokousaï,
adonné depuis de longues années à la peinture, et qui remplit ces trois
conditions.»

Et la préface n'exagère pas.

D'abord le titre dans un bel encadrement michelangesque, représentant des
_oni_, des mauvais génies:--un encadrement qui a l'air de la première page
d'un de nos beaux livres du XVIe siècle.

Alors une série d'images du plus puissant dessin anatomique, où tous les
muscles sont indiqués dans la chair comme par une calligraphie savante où
se voit, dans le carré de leur forme, le rondissement des mollets, où dans
les pieds, dans les mains, transperce l'ossature du squelette: du nu qui
a quelque chose d'un Mantegna animé par une fièvre de la vie. Et défilent,
sous vos yeux, ces anatomies bossuées et ressautantes de Bénkéi, le
représentant de la force, montant une cloche au haut de la montagne
Ishiyama; tuant à coups de hache un ours; de Momotaro écrasant sous lui
un diable; de ces deux aveugles se battant à coups de bâton, etc., etc.

Et le mouvement et la trépidation des muscles chez Hokousaï s'étend aux
vêtements, ainsi que dans cette aérienne apparition d'un Darma au haut
d'un rouleau de papier et chez lequel, de la courbe de son corps sous sa
tête rejetée en arrière, sous ses pieds en retraite, l'envolée derrière
lui de sa robe ressemble à des lanières de fouet.

Et à côté de ces représentations de la force, en sa tourmente musculaire,
les jolies images de la grâce des enfants, de la gentillesse éveillée de
ces petits Japonais aux figures rondelettes, aux trois houppes de cheveux
sur le front et les tempes. Il y a une charmante planche d'enfants faisant
de la musique, une autre délicieuse planche d'enfants jouant à une espèce
de jeu de dames; mais la planche qui est tout à fait un chef-d'oeuvre
est la réunion de quatre gamins japonais faisant du trapèze après les
traverses d'une barrière et dont l'un, la tête en bas, a son petit
derrière à l'air: un dessin qui est le vrai dessin de la grâce gymnastique.

Une autre composition intéressante est un gras Hôteï renversé sur le dos
et riant aux larmes, et qui fait danser au haut de ses pieds levés, ainsi
que dans la _Gimblette_ de Fragonard, un petit Japonais. Au milieu de ces
dessins de l'humanité petite ou grande, des croquis d'animaux, comme ces
deux grues penchées sur l'eau, comme ce groupe d'une poule et d'un coq,
où le croquis n'a jamais été plus loin, par cette connaissance qu'a
maintenant Hokousaï de ce qu'on doit mettre et de ce qu'on doit omettre
dans un dessin, pour que ce dessin ait tout son effet. Et encore des
planches de poissons de toutes les formes, au milieu desquels un cuisinier
est renversé, cul sur tête, par la décharge d'un poisson électrique.

Et la grandeur et la puissance du dessin du maître, conservées dans des
riens, comme une tige d'iris.



                                   XXVIII


Hokousaï publie en 1819, avec la collaboration de ses élèves d'Osaka,
Senkwkoutei, Hokouyô, Sekkwatei Hokoujoû, Shungôtei, Hokkei (un autre
que le Hokkei connu), publie _Hokousaï Gwashiki_, MÉTHODE DE DESSIN PAR
HOKOUSAÏ, un volume aux dessins en noir teintés d'une coloration rose et
bleuâtre.

À côté du gros et gras Yébis ou pêchant à la ligne, c'est une assemblée
de Rakans, de prêtres bouddhiques, dont l'un fait sortir de sa coupe
une vapeur qui se change en un gigantesque dragon; c'est le malheureux
prince Ohtô en sa noire prison, dans une anfractuosité de rocher; c'est
l'hallucination de Yorimitso devant cette gigantesque araignée dont
la toile ferme la sortie d'une pièce; c'est la lutte corps à corps de
Kawazou-no-Sabouro et de Matano-no-Gorô, ces deux formidables guerriers du
XIIe siècle, c'est Bishamon tuant un diable. Et ce sont des pêcheurs de
crabes, des laveurs d'ignames, des bûcherons, des portefaix, des humains,
si vivants, si parlants, si gesticulants, qu'il y a chez eux comme une
ivresse de la vie et une joie gaudriolante, non seulement des physionomies
aux bouches fendues en tirelire, mais encore des torses, des bras, de
toute la musculature qui semble remuée, agitée, secouée par un rire
comique[17].

    [Note 17: En 1849, a paru un recueil en trois volumes de _Hokousaï
    Gwashiki_, avec les planches réduites et teintées grossièrement
    de rose et de bleu: chaque volume précédé d'un prêtre du culte Kami.]


Et de cette mimique du dessin, parfois un peu caricaturale mais qui n'est
pas absolument particulière à Hokousaï, mais presque générale chez tous
les peintres japonais, il est une explication. Le Japon est le pays où
le masque d'Okamé, la déesse de la grosse joie, figure dans le vestibule
de toutes les habitations: où le proverbe: «Le sourire est la source du
bonheur et de la fortune» est à l'état d'axiome; où l'on n'entend jamais
pleurer un enfant; où la femme est la seule femme de l'Orient qui ait une
nature rieuse; où la bataille de la vie n'est pas âpre; où, dans ce pays
de gais paysages et de ciel bleu, la mélancolie ne semble pas exister;
enfin où les atteintes prolongées de chagrins chez les peuples
septentrionaux ne sont que momentanées.



                                    XXIX


En 1822 paraissent _Kiôka Moumazoukouski_, POÉSIES SUR LES CHEVAUX,
poésies où une seule planche double signée _Hokousaï, fou de la Lune_,
représente trois de ces chevaux chevelus, à la crinière hirsute, dont
l'un, les fers en l'air, se roule à terre en détachant de terribles
ruades.

En 1826, dans _Hankon Shirio_, LES VIEUX PAPIERS JETÉS, deux volumes
de Tanéhiko, il existe un curieux fac-similé d'Hokousaï d'après Tori-i
Kiyonobou, peintre du XVIIe siècle, représentant un fameux marchand de
_caramels de longévité_ pour les enfants, si populaire que sa personnalité
fut mise au théâtre par le fameux acteur Nakamoura Kitibei.



                                    XXX


De 1800 à 1826, les feuilles séparées, publiées par Hokousaï, sont
nombreuses et de toute nature. Un jour c'est une estampe industrielle,
un autre jour une estampe de l'art le plus pur.

Dans les années qui suivent 1800, ce sont deux séries de petites bandes,
au nombre d'une vingtaine, contenant des sujets variés.

Vers le même temps, une suite d'impressions caricaturales, parmi
lesquelles une assez drôlatique: un garçon d'un marchand de saké remettant
la facture à une bonne qui, prenant la facture pour une lettre d'amour,
se sauve et que le garçon est obligé de rattraper par ses jupes: une série
d'une dizaine de planches presque entièrement consacrée, avec la série des
CENT PROVERBES COMIQUES, aux aventures amoureuses des bonnes et à leur
engrossement.

Dans cette série existe une autre planche où un Japonais, dans un saut
périlleux, passant par-dessus une femme lavant du linge, la trousse.
Les yeux émerillonnés, le nez en as de trèfle, la bouche entr'ouverte
de poisson cuit de la laveuse, ça ne peut se dire!

Vers 1802, voici des images à composer pour enfants, faites de deux
planches au moyen de la découpure desquelles les enfants doivent
constituer une maison avec les personnages du dedans et de l'extérieur.
Et cette maison qu'ils doivent composer, est une «Maison Verte». Une
constitution plus compliquée est un établissement de bains qui se fabrique
avec la découpure de cinq planches et où vous avez tout le détail de
l'établissement, avec les hommes et les femmes à l'état de nudité dans
les deux bains.

Cette «Maison Verte» et ce bain sont publiés, en même temps que deux
suites sur les rônins, une petite série à l'imitation des sourimonos, et
une grande série datée de 1806; puis une belle suite de paysages, donnant
dans une planche, pour ainsi dire, la gaîté d'une habitation de femme
noble, en ces légères constructions à jour toutes remplies de branches de
cerisier en fleurs dans de grandes potiches, et avec ces galeries courant
sur un petit lac.


Vers 1810, c'est dans un grand format, les six impressions des six poètes
qui sont:

    Onono Komati (une femme de la cour);
    Ariwara-no Narihira (un seigneur);
    Sôjô Hénjô (un grand prêtre);
    Kisén Hosshi (un prêtre);
    Ohtomo-no Kouronoushi (un lettré noble);
    Boun-ya-no Yasouhidé (un poète de la bourgeoisie).

Et les contours du corps des six poètes, par une chinoiserie fort à la
mode dans ce pays, sont faits avec les lettres de leurs noms, et parmi ces
poètes se trouve une Komati d'une très belle couleur au milieu d'espèces
de crêtes de vagues violettes et vertes courant si joliment dans une de
ses poésies.

Vers ce temps c'est une série de personnages, de paysages, d'oiseaux, de
poissons tirés en bleu, contenant une dizaine de planches.

Dans les mêmes années, paraît la représentation d'une «Maison Verte» avec
tous ses détails en cinq planches.

Sous l'escalier, l'emmagasinement des barillets de saké; à gauche, le
petit bâtiment contre l'incendie, vers lequel il y a une allée et une
venue incessante de porteuses de choses. Dans la première pièce, le
patron et la patronne assis devant un chibatchi et une théière de thé, et
entourés d'un cercle de femmes accroupies. Derrière eux, une petite pagode,
avec ses lions de Corée, ses petits Darma, et ses deux bouteilles de saké
en laque, comme offrande aux dieux,--et aussi, comme offrande, sur les
marches du petit escalier, un moment déposé, l'argent reçu par les femmes,
mais qu'elles reprennent bientôt après. Une galerie où, à travers le
jardin, on entrevoit des femmes faisant leur toilette. Une pièce où les
femmes nettoient des plateaux de laque et enferment dans des coffres des
bols et des assiettes. Puis la cuisine où un homme souffle le feu d'un
grand fourneau, près d'une colossale marmite de riz, surmonté de quatre
petites pyramides de riz et de deux petites bouteilles de saké, toujours
comme offrande à Bouddha.

Maintenant un jeu de cartes, le jeu de cartes des poésies de Guénji, se
composant de 110 cartes minuscules décorées d'un éventail, d'une bouteille
de saké, d'un vol de deux papillons, d'une écritoire, d'une branchette
d'arbre, d'un chapeau de paille, d'un panier de légumes, etc.

Et encore un écran où sont représentés deux esprits du saké, ces petits
êtres fantastiques aux cheveux rouges, dont l'on porte sur l'épaule le
gobelet à queue avec lequel on puise le saké dans la terrine, et l'autre
qui joue de la flûte.

Trois curieuses impressions d'écrans en camaïeu bleu, avec les figures et
le nu des corps, réservés en blanc, et dans le ciel le rouge d'un soleil
couchant, signées: _Manji_ (vers 1834), font partie de la collection de M.
Vever. L'un représente un établissement thermal dans la province de Kahi;
l'autre, un lac sur la route de Kiso; le dernier un rocher pittoresque
dans la province de Jôshû. Deux autres impressions d'écrans faisant partie
de la même suite, sont tirées en couleur: l'une, c'est la représentation
de pêcheurs tirant leurs filets, l'autre, un parcours de voyageurs le long
de la mer par un temps de neige.

Des dessins d'écrans, M. Bing en possède aussi une intéressante suite. Un
faisan et un serpent; une réunion de sept coqs, impression très originale;
une femme apportant une tasse de thé,--le tirage en noir de l'impression
primitive; des teinturières; des pêcheuses de sel au bord de la mer qui
moutonne et se brise autour d'elles.

Un aigle volant au-dessus d'un nuage est dans la collection Manzi.

On connaît aussi, publiées vers ce temps, un certain nombre d'impressions
d'éventails dont je ne veux citer que le plus remarquable, qui est dans la
collection de M. Bing. C'est la tête d'un aigle tenant dans ses serres un
petit ourson, dont les ailes étendues remplissent, de la manière la plus
heureuse, l'hémicycle de l'éventail.

Enfin, en l'année 1823, l'année où Hokousaï va publier ses plus belles
feuilles séparées, va faire paraître ses premières planches des TRENTE-SIX
VUES DE FOUGAKOU (Fouzi-yama), il met au jour une curieuse impression.
C'est une très grande planche, du format de nos plans de ville: un paysage
imaginaire contenant cent ponts dans une seule vue, un paysage d'un
pittoresque indescriptible. Et voilà ce que Hokousaï a écrit, comme
légende de l'estampe: «_Pendant l'automne dernier, j'étais tristement
rêveur, et soudain j'ai imaginé de me promener dans un paysage pittoresque,
 en passant un nombre innombrable de ponts, et je me suis trouvé tellement
heureux de ma longue promenade dans ce paysage que j'ai pris de suite mon
pinceau et l'ai dessiné, ce paysage, avant qu'il ne se perdît dans mon
imagination_.»



                                  XXXI


Cette note sur le _Paysage à cent ponts_ est un témoignage du tempérament
poétique du peintre, et la biographie de Kiôdén affirme en effet que
Hokousaï fut un excellent poète dans la poésie Haï-kai (la poésie
populaire).

A propos du goût d'Hokousaï pour la poésie, on raconte qu'il était membre
d'une société de poètes, nommés les _sociétaires de Katsoushika_ et,
en raison de sa supériorité sur ses confrères, y exerçant une sorte de
présidence. Or dans cette société il y avait des gens de service, ignorant
que le peintre et le poète étaient le même homme, et il arriva qu'un
soir on lui apporta une lanterne dont le papier était blanc, sans aucune
ornementation; Hokousaï demanda un pinceau et dessina des tiges de
fougères, d'un trompe-l'oeil si extraordinaire que le domestique qui avait
apporté la lanterne ne put s'empêcher de crier: «Oh! vraiment, monsieur
Hokousaï, quelle disposition vous avez pour le dessin!»

On entend l'éclat de rire des _sociétaires de Katsoushika_ en train de
regarder Hokousaï peindre.



                                  XXXII


De 1823 à 1829 paraît, sous le titre de: LES TRENTE-SIX VUES DE FOUGAKOU
(Fouzi-yama), une série d'impressions célèbres, qui dans le principe
ne devait compter que 36 planches, et dont le nombre a été porté à 46
planches.

Cette série en largeur, aux couleurs un peu crues, mais ambitieuses de
se rapprocher des colorations de la nature sous tous les aspects de la
lumière, est l'album inspirateur du paysage des impressionnistes de
l'heure présente.


1. _Yéjiri_ (de la province de Sourouga).
        Un coup de vent.

2. _Ohno-shindén_ (de la province de Sourouga).
        Transport de fagots par des boeufs.

3. _Champs de thé de Katakoura_ (de la province de Sourouga).
        Un homme ferrant un cheval.

4. _Foujimi-no-hara_ (de la province d'Owari).
        Un Japonais agenouillé dans le cercle d'une immense cuve qu'il
        assemble et où l'on voit dans le fond le Fouzi-yama.

5. _Un matin de neige à Ko-ishikawa_ (à Yédo).
        Femme indiquant, d'un kiosque, le Fouzi-yama.

6. _Todo-no-Oura_.
        Des tori-i dans l'eau, au bas desquels sont des pêcheurs de
        coquillages.

7. _L'autre côté du Fouji, vu de Minobougawa_ (nom de rivière).
        Chevaux au bord de la rivière.

8. _Beau temps par un vent du Sud_ (daté 1825).
        Le Fouzi-yama, en la coloration rouge d'une brique, avec quelques
        lézardes de neige à l'extrémité de son pic, et se détachant sur
        un ciel d'un bleu intense tout rayé de nuages blancs stratifiés
        qui donnent au ciel le caractère d'une plage dont la mer vient de
        se retirer. Une impression de la plus grande originalité et où
        l'artiste japonais eu la bravoure de rendre l'effet qu'il a vu,
        dans toute sa vérité invraisemblable.

9. _Orage au pied de la montagne_.
        Le Fouzi-yama vu tout pourpre à la clarté d'un éclair.

10. _Ascension des hommes_.
        Montée de Japonais, par des échelles, à la caverne de Fouzi-yama
        déjà toute pleine de pèlerins.

11. _Naroumi de la province de Kazousa_.
        Grand bateau couvert de nattes.

12. _Oushibori de la province de Hitati_.
        Aménagement d'un grand bateau japonais dont on ne voit que la
        moitié.

13. _Le lac de Souwa, de la province de Shimano_.
        Une hutte sous un arbre.

14. _Dans la montagne de la province de Tôtômi_.
        Des scieurs de bois débitant une énorme solive s'élevant dans
        le ciel portée sur quatre poutres. Une des planches les plus
        harmoniques aux colorations simplement vertes et bleues sur le
        jaune du papier, avec quelques rehauts d'encre de Chine.

15. _La roue hydraulique de Ondén_.
        Une femme, un baquet sous le bras, une autre en train de laver,
        dans la chute d'eau un panier rempli d'herbages.

16. _Inoumé-tôghé de la province de Kahi_.
        Le Fouzi-yama, d'un rouge brun à la base, d'un bleu d'outremer au
        milieu, puis blanc de neige au sommet.

17. _La surface de l'eau de Sansaka de la province de Kahi_.
        Le Fouzi-yama jaune d'ocre, reflété dans le bleu de la rivière.

18. _La passe de Mishima de la province de Kahi_.
        Un gigantesque cèdre dont trois hommes sont en train de mesurer
        le tronc de leurs bras étendus. Encore une de ces harmonieuses
        planches faites de colorations bleues et vertes sur papier jaune:
        au fond les colorations de nos grisailles amoureuses du XVIIIe
        siècle.

19. _L'Aube de Isawa de la province de Kahi_.
        Au-dessus de toits de chaume d'habitations de paysans,
        le Fouzi-yama tout noir, sauf l'extrémité du pic.

20. _L'intérieur du flot en face de Kanagawa_ (à Tôkaïdô).
        Planche qui devrait s'appeler _la Vague_ et qui en est comme le
        dessin un peu divinisé par un peintre sous la terreur religieuse
        de la mer redoutable entourant de toute part sa patrie: dessin qui
        vous donne le coléreux de sa montée dans le ciel, l'azur profond
        de l'intérieur transparent de sa courbe, le déchirement de sa crête
        qui s'éparpille en une pluie de gouttelettes ayant la forme de
        griffes d'animaux.

21. _Hodogaya sur le Tôkaïdô_.
        Le passage d'un pont de bateaux par des piétons et un Japonais
        à cheval par un temps de neige.

22. _Yoshida sur le Tôkaïdô_.
        Maison de thé où hommes et femmes prennent du thé, fument,
        se reposent sur le banc intérieur de la maison d'où par une grande
        baie on aperçoit le Fouzi-yama. Dans un coin un voyageur ramollit
        sa chaussure à coups de maillet.

23. _Kanaya sur le Tôkaïdô_.
        Norimon porté dans l'eau.

24. _Plage de Tago près de Yéjiri sur le Tôkaïdô_.
        Une barque, au-dessus le Fouzi-yama, tout bleu.

25. _Yénoshima de la province de Sagami_.
        Maison rustique dans une île.

26. _Nakabara de la province de Sagami_.
        Porteurs près d'un petit monument bouddhique.

27. _Shitiri-ga-hama de la province de Sagami_.
        Un bouquet d'arbres bleuâtres.

28. _Le lac de Hakoné de la province de Sagami_.
        Paysages montant au-dessus de sommets d'arbres au bas de la
        planche.

29. _Menesawa de la province de Sagami_.
        Assemblées de grues.

30. _Tatékawa de Honjô_ (à Yédo).
        Le quartier des chantiers de bois à Yédo, avec d'un côté ses piles
        de bois et de l'autre ses assemblages de planches debout.

31. _Le pont Mannén-bashi de Foukagawa_ (à Yédo).
        Un bateau à l'avant.

32. _La pagode des 500 Rakan_ (à Yédo).
        Sur la terrasse de la pagode.

33. _Le pin de Aoyama_ (à Yédo).
        Pin à l'étendue des branches couvrant un terrain immense,
        branches que soutient une forêt de tuteurs.

34. _Kajika-sawa de la province de Kahi_.
        Homme retirant, du haut d'un rocher, un filet jeté dans un lac.

35. _Mégouro inférieur_ (à Yédo).
        Faubourg de Yédo où se fabriquent les meules pour écraser le riz.

36. _Sénjû_ (un faubourg de Yédo).
        Homme préparant pour un cheval la sandale de paille employée avant
        l'adoption du ferrage.

37. _Vue du Fouji à travers la ville des fleurs_ (Yoshiwara)
    _du côté de Sénjû_.
        Une marche de porteurs de fusils dans des gaines rouges.

38. _Tsoukouda-zima_ (une île à l'embouchure de la Soumida).
        Barque chargée de ballots de coton.

39. _Tamagawa_ (nom de rivière) de la province de Mousashi.
        Petite barque sur cette belle et claire rivière alimentant Yédo
        d'eau potable.

40. _Fouzi vu de Shinagawa à travers Gotènyama_ (à Yédo).
        Montée de gens dans le paysage; à droite collation sur un tapis.

41. _Le pont Nihonbashi de Yédo_.
        La perspective des entrepôts.

42. _Les magasins de Mitsui de Yédo_.
        Magasins d'objets de luxe.

43. _Sourougadaï de Yédo_.
        Colline au centre de Yédo, porteurs gravissant un chemin.

44. _Le temple bouddhique Hongwanji d'Asakousa de Yédo_.
        Le fronton de la toiture d'un des plus grands temples bouddhiques.

45. _Le soir du pont Riôgokou, vu du quai des Écuries_.
        Une barque où un homme laisse flotter un linge dans l'eau.


46. _Le village de Sékiya, au bord de la Soumida_
        Trois cavaliers galopant sur la route.


À cette série des TRENTE-SIX VUES DU FOUZI se joignent, comme impressions
de la même facture, la série des CASCADES et la série des PONTS.

La première série intitulée: _Shokokou Takimégouri_, VOYAGE AUTOUR DES
CASCADES, publiée vers 1827, se compose de huit planches en hauteur. C'est
sans doute, vu le nombre des cascades célèbres qui existent au Japon, une
série qui devait être continuée.


1. _Cascade Kirifouri_ (de la rosée tombante) _dans la montagne
kourokami-yama_ (montagne de cheveux noirs) _de la province de Shimozouké_.
        Trois Japonais en contemplation devant la cascade.

2. _Cascade de Ono sur la route de Kiso_.
        Cinq porteurs sur un pont.

3. _Kiyotaki_ (cascade pure) _de Kwannon de Sakanoshita, sur la route de
    Tôkaïdô_.
        Montée de gens vers un temple de Kwannon.

4. _Mouma aroïnotaki, cascade à Yoshino, dans la province d'Izoumi_.
        Cascade où le guerrier Yoshitsouné a lavé son cheval et où, par
        une allusion à ce souvenir historique, il est représenté dans
        cette impression un cheval rouge qu'un homme est en train de laver.

5. _Amida-ga-taki_ (cascade de Bouddha) _au fond de la montagne de Kiso_.
        Trois Japonais en train de faire une collation, au bas de cette
        cascade dans la chute de laquelle le Japon voit une ressemblance
        avec la tête d'un Bouddha.

6. _Cascade de la colline des mauves_ (Aoyégaoka) _à Yédo_.
        Un homme s'épongeant le front, appuyé sur le bâton de ses paniers.

7. _Cascade de Rôbén_ (nom d'un ancien prêtre), _dans la montagne Ohyama,
    province de Sagami_.
        Gens se baignant dans la cascade.

8. _Yôrô-no-taki_ (cascade de Yôrô) _dans la province de Mino_.
        Un groupe de Japonais assis, se reposant au bas de la cascade.


La série des PONTS intitulée: _Shokokou Meikiô Kiran_, vues pittoresques
des ponts de diverses provinces, et publiée de 1827 à 1830, se compose de
onze planches en largeur.


1. _Le pont de la Lune crachée_ (reflétée) _dans la montagne Arashiyama de
    la province de Yamashiro_.
        Pont sur pilotis de bois.

2. _Pont de bateaux de Sano, de la province de Kôzouké_.
        Pont sur un cours d'eau très variable relié avec des cordages sur
        lesquels sont jetées des planches.

3. _Koump-no-kakéhashi_ (le pont du nuage) _dans la montagne Guiôdôsan
    à Ashikaga_.
        Pont reliant les deux pics d'une montagne.

4. _Tsouribashi_ (pont suspendu) _sur la frontière des deux provinces de
    Hida et de Yettchû_.
        Un pont de cordage avec un filet dessous: un vrai pont d'acrobates.

5. _Kintaïbashi dans la province de Sou-wô_.
        Pont avec des piles en pierre et un tablier de bois.

6. _Yahaghi-no-hashi de Okazaki, sur la route de Tôkaïdô_.
        Pont courbe en bois sur piliers très élevés, forme nécessitée
        par la fonte des neiges au printemps.

7. _Taïko bashi_ (pont de tambour) _du temple de Tènjin de Kameïdo à Yédo_.
        Pont à la forme surélevée de terre et rondissante d'une moitié
        de tambour.

8. _Les ponts de Tempôzan sur la rivière Kazikawa dans la province de
    Settsou_.
        Deux ponts, près de Ohsaka, reliant une petite île pittoresque
        à la terre ferme.

9. _Temma bashi_ (à Ohsaka) _province de Settsou_.
        Représentation sur ce pont de la fête des Lanternes.

10. _Le pont de Foukouï de la province de Yétizén_.
        Un pont moitié en pierre d'un côté, moitié en bois de l'autre,
        séparant deux districts de la même province dont l'un était régi
        par un daïmio riche, l'autre par un daïmio pauvre.

11. _Yatsou-hashi_ (le pont en 8 parties) _de la province de Mikawa_.
        Un pont aux compartiments zigzaguant sur un vaste marais, de la
        forme de ces châssis mobiles sur lesquels les enfants font avancer
        des soldats, un pont élevé pour aller voir dessus la floraison
        des iris du marais.



                                   XXXIII


Tout peintre japonais, disais-je, dans mon étude sur Outamaro, a une
oeuvre érotique, a ses _shungwa_, ses peintures de printemps.

Et je parlais alors de la peinture érotique de l'Extrême-Orient, «de ces
copulations comme encolérées, du culbutis de ces ruts renversant les
paravents d'une chambre, de ces emmêlements des corps fondus ensemble, de
ces nervosités jouisseuses des bras, à la fois attirant et repoussant le
coït, de ces bouillonnements de ventres féminins, de l'épilepsie de ces
pieds aux doigts tordus battant l'air, de ces baisers bouche-à-bouche
dévorateurs, de ces pâmoisons de femmes, la tête renversée à terre, la
_petite mort_ sur leur visage, aux yeux clos, sous leurs paupières fardées,
 enfin de cette force, de cette énergie de la linéature qui fait du dessin
d'une verge un dessin égal à la main du Musée du Louvre, attribuée à
Michel-Ange.»

Ces lignes, je les écrivais d'après trois albums d'impressions
merveilleuses dont j'ignorais encore l'auteur, et que je sais maintenant
être Hokousaï, et avoir pour titre: _Kinoyé no Komatsou_, LES JEUNES PINS,
dont la publication est de 1820 à 1830.

C'est dans ces albums qu'existe cette terrible planche: sur les rochers
verdis par des herbes marines, un corps nu de femme, évanoui dans le
plaisir, _sicut cadaver_, à tel point qu'on ne sait pas si c'est une
noyée ou une vivante, et dont une immense pieuvre, avec ses effrayantes
prunelles, en forme de noirs quartiers de lune, aspire le bas du corps,
tandis qu'une petite pieuvre lui mange goulûment la bouche.

C'est dans ces albums que se trouve cette planche d'un voluptueux
indescriptible: sur les ondulations d'une étoffe de pourpre, le bas d'un
ventre de femme, où s'est introduit un doigt de sa main, d'une main au
poignet nerveusement cassé, aux longs doigts contournés, à l'attouchement
doucement titillant, d'une main qui, dans sa courbe, a l'élégance volante
d'une main du Primatice.

Je laisse là la description des autres albums, je veux seulement signaler
une série de petits sourimonos, dont quelques-uns sont _à cache_, et ont
été sans doute publiés vers les dernières années du XVIIIe siècle, et dans
lesquels, au milieu des frénésies animales, on trouve des affaissements
béats, des brisements de cous de nos primitifs, des attitudes mystiques,
des mouvements d'amour presque religieux.



                                  XXXIV


En 1828 paraît le _Yèhon Teikinwôra_, CORRESPONDANCE TRAITANT DU JARDIN DE
FAMILLE, un des plus parfaits livres illustrés par Hokousaï et gravés par
Yégawa Tomékiti: trois volumes où les compositions d'Hokousaï, prenant
tantôt le milieu, tantôt le haut de la page, sont encastrées dans une
ancienne écriture d'une grasse calligraphie admirablement rendue par le
graveur calligraphe Bountidô.

C'est l'ancienne éducation intellectuelle du Japon faite dans la maison
paternelle et pas dans les écoles. Et ce livre, où le mot _tei_ veut dire
jardin, et le mot _kin_ éducation, nous fait connaître un traité dont
le texte écrit en langage courant, usité dans les correspondances
journalières, a pour but de donner une éducation morale aux enfants dans
la famille, même pendant qu'ils jouent au jardin.

L'intérêt de ces volumes, où une illustration, toute moderne, et sans
rapport avec le texte, est intercalée au milieu de cette écriture du XIVe
siècle, c'est surtout la représentation des industries et des métiers du
pays.

Voici une cuisine: la cuisine officielle du souverain où les cuisiniers
ne peuvent toucher à rien qu'avec des baguettes; voici l'atelier d'un
sculpteur sculptant une chimère colossale; voici deux planches de
forgerons, dans l'une desquelles un vieux ciseleur, aux lourdes besicles,
est en train d'entailler une garde de sabre; voici une teinturerie avec le
teinturier aux bras teints jusqu'à la saignée; voici des brodeurs brodant
la soie étendue sur un châssis; voici les métiers à tisser de la ville et
de la campagne; voici la faiseuse de chapeaux de paille, et la faiseuse de
papier à l'usage domestique; voici le fabricant de parapluies, voici le
faiseur de petites boîtes en lames de bois roulées; voici le peintre de
kakémonos; voici le sculpteur spécialiste des statues et statuettes de
Bouddha, voici le diseur de bonne aventure offrant de la rue à des femmes
dans leur intérieur son petit faisceau de cinquante baguettes révélatrices
de bonne ou mauvaise chance de leur vie; voici enfin la boutique du
libraire avec l'annonce des derniers livres.

Et, dans cette représentation des industries et des métiers, une merveille
que le _d'après nature_ des attitudes, la vérité des mouvements,
l'attentionnement des hommes et des femmes à la chose qu'ils font, et la
tranquillité calme de l'application pour les besognes délicates, et la
violence des anatomies pour l'effort des gros ouvrages.

Dans le second volume c'est le fabricant de nattes, _tatami_; c'est le
modeleur de théières en métal; c'est le chandelier, à la main enduisant de
cire une tige de bambou, qu'on retire; c'est le vendeur d'huile; c'est un
entrepôt de saké; c'est un marchand de légumes frais; c'est un marchand de
légumes secs; c'est un préparateur de plantes marines comme l'_aonori_, le
_kombou_, et qu'on mange bouilli, grillé ou séché; c'est une faiseuse de
filets; c'est un séchoir de pieuvres dont la chair séchée sert à faire des
soupes très délicates.

Le troisième volume contient un très petit nombre de planches
d'industries. Il n'y a guère qu'un tourneur de meules avec lesquelles on
blanchit le riz; un broyeur de thé en poudre, pour le genre de cérémonie
dite Tcha-noyu, et se divisant en Koïtcha et Mattcha; un faiseur de
macaronis de sarrasin, représenté à côté des figures comiques de deux
avaleurs de macaroni, tout à la joie gloutonne de leur occupation. Et,
parmi ces industries, un industriel particulier, un conteur d'histoires,
jouant un peu les personnages qu'il met en scène et toujours entouré d'un
nombreux public de gens qui ne savent pas lire et, ainsi que dans nos
feuilletons, arrêtant son récit au moment le plus intéressant et faisant
revenir les gens avec la _suite à demain_.

Plusieurs planches sont consacrées à la célébration de légumes phénoménaux
de certaines provinces du Japon. Ici une rave de la province d'Ohmi qu'il
faut deux hommes pour porter, là une pousse de bambou de la province
de _Iyo_ qui a l'air d'un mât de navire, plus loin encore, deux navets
gigantesques de la province Owari, enfin un petasite d'Akita, cette petite
plante grande comme une laitue qui sert dans l'image qui la représente de
parasol à un homme et à une femme.

Et dans les trois volumes, mêlées aux planches représentant des métiers et
des industries, des planches de toutes sortes: l'audience d'un daïmio;
une rue de Yédo; un intérieur d'un temple bouddhique; une salle de
tribunal avec les trois juges sur une estrade, et le public assis à terre;
le frappement sur un taï en bois pour annoncer un service religieux;
la récolte des _kaki_; la pêche au cormoran; et encore des planches,
comme les quatre classes de la société japonaise: le guerrier, le
paysan, l'ouvrier, le marchand, la dernière classe dans cette société
aristocratique.

Mais, de toutes ces images, les plus charmantes sont des sortes de
culs-de-lampe, représentant celle-ci, une femme vue de dos à sa toilette
qui se met une épingle dans les cheveux devant un miroir reflétant sa
figure, abaissée avec le plus gracieux mouvement du cou, et l'abandon
derrière elle d'une main tenant un écran; et celle-là, formée tout
simplement du groupement d'une chimère, de deux peignes, d'une coupe à
saké, d'une pipe, d'une fleur.

Le premier volume est publié en 1828, le second en 1848, le troisième est
sans date, mais tous les dessins sont de 1828.


Le baron de Hubner, dans sa PROMENADE AUTOUR DU MONDE, raconte qu'à
Odawara, après le repas dans la grande maison de thé de la ville, un
homme s'est présenté, porteur d'une boîte divisée en quatre compartiments
contenant du sable rouge, bleu, noir, blanc, et qui, en le jetant sur le
plancher comme un cultivateur jette la semence, dessinait et peignait à la
fois des fleurs des oiseaux, et à la fin,--au milieu des rires bruyants
des hommes et des femmes, des sujets érotiques dignes de la _Chambre
secrète_ de Pompéi.

En 1828, un livre qui est, pour ainsi dire, le manuel de cet art, mais
pour les femmes, et sans aucun modèle obscène, paraissait sous ce titre:
_Bongwa hitori keiko_, ÉTUDE PAR SOI-MÊME DU DESSIN SUR PLATEAU, par Mme
Tsu-kihana Yei, avec une illustration due pour la plus grande part à
Hokousaï.

La première planche représente, à côté de boîtes de sables de différentes
couleurs, deux jeunes femmes accroupies par terre devant un plateau: l'une,
une cuiller à la main, l'autre, une planchette, toutes deux en train de
composer un tableau.

Et l'album contient, représentés en deux couleurs,--une couleur grisâtre,
une couleur rougeâtre,--d'abord des motifs élémentaires comme une tige de
bambou, une fleur d'iris, des lapins éclairés par la lune, puis des motifs
plus compliqués, comme une tortue, un faisan doré, un paon.

Et dans le texte de petits croquetons donnent la figuration de la
planchette, de la cuiller, et la manière dont la main doit les tenir et
laisser tomber le sable.



                                    XXXV


En 1830, paraissent en planches séparées:

_Hiakou monogatari_, LES CENT CONTES: une série d'estampes fantômatiques,
d'un caractère terrifique tout à fait extraordinaire et dont il n'a paru
que cinq planches, peut-être à cause de l'effroi qu'elles causaient.

La plus effrayante, c'est une lanterne fabriquée sur le modèle d'une tête
de mort, avec les cheveux hérissés sur le haut de la tête, et flasques et
pendants sur les tempes, avec les fibrilles de sang du blanc des yeux,
avivés par la lueur intérieure de la lanterne, avec la couture ou le
collage du papier, imitant d'une manière invraisemblable les sutures d'un
crâne; et cette tête de mort, produit d'une imagination ingénieusement
macabre, se détachant sur le bleu noir de la nuit.

Une autre estampe: une femme ogresse, aux cheveux ressemblant à une
crinière, aux yeux demi-fermés remplis d'une noire prunelle, au nez busqué
d'un bouc, aux crocs bleuâtres saillant des deux côtés d'une bouche tachée
de sang, à la main de squelette avec laquelle elle tient, derrière son dos,
une tête d'enfant qu'elle a commencé à dévorer.

Une autre estampe: une femme fantôme soulevant une moustiquaire où dort un
sommeil tranquille une femme, moitié à l'état de squelette, moitié à
l'état anatomique dénudé de la peau, et dont les osselets de la main sont
verts dans l'ombre et couleur de chair dans la lumière.

Une autre estampe: une pâle tête de morte chevelue, à la bouche ouverte
d'où un soupir se dessine sur le ciel noir comme le dessin d'un souffle
sur de l'air glacé, et le haut du corps sortant d'un puits formé comme des
anneaux d'un serpent et qui sont un enchaînement d'assiettes vertes. C'est
l'apparition de la petite servante Okikou dont j'ai raconté l'histoire
dans la MANGWA.

Une autre estampe simplement allégorique représentant la fiche d'un mort,
la feuille où sont inscrites la date de sa naissance, la date de sa mort,
avec au milieu son nom et, à côté, les bonbons apportés pour
l'anniversaire de son décès, une feuille d'un bouquet tombée dans un bol,
un présentoir autour duquel s'enroule un serpent.



                                     XXXVI


En cette même année 1830, ou dans des années qui la touchent de très près,
paraît _Shika Shashinkiô_, IMAGES DES POÈTES, une série de dix grandes
impressions en couleur (H. 50, L. 22 centimètres) qui, selon moi, est la
série révélatrice du grand dessinateur et du puissant coloriste qu'est
Hokousaï.

Dans ces dix compositions, du plus fier dessin, de la plus savante
assurance dans le trait, la coloration de l'aquarelle qui les recouvre a
une solidité, pour ainsi dire, un _gras_ qui vous enlève toute impression
d'un coloriage sur du papier, mais vous fait regarder ces images ainsi que
vous regarderiez des panneaux recouverts de la plus sérieuse peinture à
l'huile. Non, rien ne peut donner une idée de la grandeur, du pittoresque,
de la couleur à la fois réelle et poétique des paysages en hauteur où se
passent ces scènes lyriques.

Les titres de cette série de la plus grande rareté tantôt portent le nom
d'un poète, tantôt le titre d'une poésie.

I. Dans un paysage montagneux, au bord de la mer, un poète chinois, une
branche de saule lui servant de cravache, chevauche sur un cheval blanc à
la selle toute garnie de houppes écarlates: un cheval dont la blancheur se
détache merveilleusement sur le bleu intense du lointain de la mer.

II. Le poète chinois Lihakou, appuyé sur un long bambou, avec deux enfants
dans les plis de sa robe, est en contemplation devant une cascade qui a
l'air de tomber perpendiculairement du haut du ciel, une cascade aux bleus
transparents, aux violets transparents de l'eau dans sa chute. Une planche
d'une coloration sourde et comme patinée, d'un effet admirable.

III. Dans une anse de la mer, où est remisé un bateau, en face d'un rocher
rose à moitié perdu dans les nuages et à la forme d'une architecture
féerique, entouré de ses disciples, le poète chinois Hakou-rakou-tén, à
qui l'on doit des poésies descriptives célèbres, est penché vers un
batelier qui d'en bas, semble le renseigner sur le site.

IV. Un Japonais qui traverse un pont, portant sur l'épaule une perche aux
bouts de laquelle sont attachés deux bouquets de la plante qui remplace au
Japon le papier de verre. Les grands arbres du haut du paysage, éclairés
par la lune, dans une fin de jour crépusculaire, sont d'une tonalité verte
indicible, d'un vert tendrement assoupi sur les hachures ombrées des
roseaux de la rivière.

V. Sous un immense pin, au bord de la mer, au-dessus de rochers rouges
ayant la forme accidentée de congélations, adossé à la balustrade d'une
haute terrasse, dans un élégant mouvement de retournement de la tête en
arrière, un homme contemple le ciel où brille la lune.

C'est le poète japonais Nakamaro, devenu ministre en Chine, qui a fait, en
sa nouvelle patrie, un poème où il dit que, lorsque son âme se promène
dans le ciel et qu'il voit cette lune qu'il a vue aux flancs de la
montagne de Mikasa, près de Kasouga, cette lune le console, lui fait
oublier les misères de l'existence, lui rappelle son Japon,--une pièce
qui fut cause de sa disgrâce, par le témoignage qu'elle apportait de son
attachement pour son ancienne patrie.

VI. Un épisode de l'histoire de la Chine: un homme monté sur un arbre, une
porte que deux soldats chinois sont en train d'ouvrir, près d'un coq qui
chante sur un toit. Voici l'explication de l'estampe. Un prince, après
une défaite, au moment d'être fait prisonnier dans un pays étranger, a pu
arriver, poursuivi de très près, à la porte de la frontière. Mais il fait
encore nuit et la barrière ne s'ouvre qu'à l'heure où les coqs chantent,
lorsqu'un fidèle du prince a l'idée de monter sur un arbre, d'imiter le
chant du coq, que reprennent tous les coqs de l'endroit, et la porte
s'ouvre.

VII. Un poète japonais se dirigeant dans la campagne vers une montagne à
la cime d'un fauve volcanique.

VIII. Un poète japonais des vieux siècles, dans sa robe jaune, tenant sur
son épaule l'éventail aux palettes de bois en usage avant l'invention du
papier, sous le bleu limpide d'un ciel où se voit le premier croissant de
la lune au-dessus d'une bonzerie. Au-dessous du poète, des branches
d'arbres toutes remplies d'oiseaux roses.

IX. Un bord de rivière où une femme à la clarté de la lune blanchit avec
son garçonnet de la toile, à grands coups de battoir.

C'est l'illustration d'une poésie de Narihira sur le désespoir d'une femme
quittée par son mari, et dont le battement désolé, sous cette lune, que
contemplait à la même heure, dans un autre pays, son mari, lui était
apporté comme un cri du coeur de sa femme.

X. Un paysage couvert de neige où un poète chinois, monté sur un cheval
rouge, se détache sur le blanc de la terre, sur le bleu pâle du ciel.



                                     XXXVII


Ces années, c'est le temps des plus belles, des plus colorées impressions
paraissant en feuilles séparées.

Signalons, en première ligne, la suite de ces cinq planches (H. 37, L. 17),
à la signature d'_Hokousaï I-itsou_.

Un faucon sur son perchoir au milieu de la floraison de pruniers: une
impression à la belle tourmente du trait, au fier contournement de la tête
de l'oiseau de proie.

Trois tortues, dont l'une nage en pleine lumière et se voit comme dans la
clarté cristalline d'un aquarium.

Deux carpes: l'une remontant le rapide d'une cascade, l'autre en sortant.

Deux grues dans la neige où le pourpre de la tête et le rose des ailes se
détachent du triste neutralteinte d'un ciel neigeux. Une merveilleuse
impression dont il n'y a à Paris que trois ou quatre épreuves, parmi
lesquelles une épreuve admirable est dans la collection Manzi: une épreuve
qui vient de la collection Wakaï et qui, hélas! comme toutes les épreuves
qui viennent de cette collection, font mépriser les autres; une épreuve où
le vert des bouquets d'aiguilles des sapins, le brumeux du ciel, le blanc
de la neige, le doux rose et le doux bleu des ailes des grues sont rendus
dans une harmonie que nulle impression d'aucun pays au monde n'a jamais pu
attraper,--et n'a jamais pu, à la fois, en donner le détachement et la
fonte.

De cette série ferait encore partie l'impression de deux chevaux et d'un
poulain, d'une furie, d'un emportement, d'un mors aux dents du dessin si
extraordinaire, et la plus rare des cinq impressions faisant partie de la
collection de M. Vever.

Une autre suite, dont on ne connaîtrait que deux planches (H. 50, L. 28),
et qui semble une série des Mois de l'année, à deux planches, que j'ai
rencontrées seulement dans la collection Hayashi.

Le premier mois. Deux femmes passant devant un temple suivies d'un
serviteur portant un enfant.

Le dixième mois. Un balayeur tendant un gâteau à un singe que regarde un
enfant.

Une autre suite de dix grandes planches (H. 20, L. 38), représentant des
fleurs signées: _Hokousai I-itsou_.

Des fleurs violettes.--Des camélias rouges.--Des volubilis.--Des
pivoines.--Des chrysanthèmes.--Des fleurs étoilées.--Des iris.--Des
hortensias.--Des datura.--Des pavots.

Les Chrysanthèmes, les Iris et les Pivoines, sous un coup de vent dans
lequel vole un papillon, les ailes retournées: des planches admirables par
le style apporté à la fleur par les Japonais seuls!

Il existe encore une série de dix autres planches de fleurs, d'un format
plus petit.

Parmi les planches isolées, citons encore:

Une série de petits paysages, dont il y a neuf planches dans la collection
de M. Vever, signées _I-itsou, précédemment Hokousaï_, d'une perfection
d'exécution merveilleuse, et parmi lesquelles la représentation d'une
pêche, par une nuit étoilée, est un petit chef-d'oeuvre.

Une déesse Kwannon montée sur un éléphant blanc, avec dans des cartouches
un sanglier, un coq, des petits chiens; une impression qui pourrait bien
faire partie d'une suite encore inconnue.

Le lac Souwa pendant l'hiver et que des piétons et des gens à cheval
traversent sur la glace.

Matsoushima, une baie semée de rochers couverts de pins, un des sites les
plus pittoresques du Japon.

Une carpe dressée toute droite, traversant dans l'eau des courants de
lumière.

Un roseau avec des fleurettes.

Des pivoines rouges au milieu desquelles est une pivoine blanche, joliment
gaufrée.

Enfin, dans une impression en couleur de la collection Bing (H. 45, L. 60),
 la plus grande impression en couleur que l'on connaisse et que le
propriétaire regarde comme unique, une poule, ses poussins, et le plus
ornemental des coqs à la queue en faucille.

Citons encore six pièces capitales faisant partie de la collection Vever.

La première, un diptyque reproduisant un épisode de métamorphose du renard
à neuf queues en Impératrice du Japon, signée: _Hokousaï_ (vers 1800).

La seconde, une très grande pièce d'un format tout à fait extraordinaire
(H. 40, L. 51), dans la facture large et libre des sourimonos de Kiôto,
représentant la danse de _nô_ où figurent deux hommes et une femme qui
joue du tambourin. Signé: _Hokousaï, fou de dessin_.

Enfin, une troisième impression, une merveille. Une des planches les plus
mouvementées du maître, dans le coloriage le plus délicatement harmonique,
une planche en forme de kakémono (H. 64, L. 14). C'est un groupe de
danseurs de la rue, présenté d'une façon pyramidale, et que surplombe en
haut un danseur faisant de la musique avec son éventail contre le manche
de son parasol ouvert, se continuant dans la gesticulation forcenée de
quatre hommes vus de dos et de face, et se terminant en bas par deux
femmes dont l'une, les deux bras jetés derrière elle, avec un retournement
de la tête en arrière, offre la plus belle attitude mimodramatique. Signé:
_Hokousaï, fou de dessin_.



                                   XXXVIII


Tout en publiant ces planches séparées, Hokousaï a continué, depuis 1804,
à publier de nombreux sourimonos, dont nous donnons un catalogue bien
incomplet, mais en signalant les plus beaux, les plus importants, les plus
originaux.


                                    1805.

Une série des Poétesses de six planches.

Une série des CINQ ÉLÉMENTS.

Une série appelée _Téjin_, du nom d'un Kami, où une mère élevant, avec des
bras de tendresse, un enfant au-dessus de sa tête, lui fait cueillir des
fleurs de prunier.

Une série: LES DISTRACTIONS AU PRINTEMPS, série d'un format un peu plus
grand que le format ordinaire des séries de femmes, et du _faire_ le plus
raffiné.

Cette année étant l'année du boeuf, des représentations de toute sorte de
cet animal, comme un rocher qui en a la forme.

Parmi les grandes planches:

L'entrée d'un temple où, à la porte, un homme offre de l'eau aux fidèles
pour faire leurs ablutions.

Un marchand forain présentant, sur le seuil d'une habitation, des objets
de toilette à des femmes.

La fête des poupées, avec une nombreuse exposition sur un dressoir de ces
figurines en carton, et au milieu desquelles est dressé un _taï_ pour la
collation.


                                    1806.

Une série de sept courtisanes, parmi lesquelles l'une d'elles, jouant du
schamisén, est du plus heureux mouvement.

Une série intitulée: LES DIFFÉRENTS PAYS, pays imaginaires, dont une
estampe vous montre: _le Royaume des Femmes_, où un certain jour de
l'année, sous l'influence d'un vent d'Ouest, les femmes deviennent
enceintes,--et toutes sont tournées vers le souffle de ce vent.

Et, comme cette année 1806 est l'année du tigre, il y a des femmes qui
portent des robes brodées de tigres.

Parmi les grandes planches:

Les sept dieux de l'Olympe japonais, sous la peau d'un immense lion de
Corée dont ils font les mouvements.

Le paysage de l'autre coté de la Soumida, et où se voit le temple
d'Asakousa.

Un bateau chargé de barriques de saké.


                                    1807.

Deux enfants qui luttent.

Deux amoureux étendus l'un à côté de l'autre, la femme fumant une pipette.

Des natures mortes: deux poissons attachés à une tige de bambou; un masque
en carton, la face et le revers.


                                    1808.

Un très petit nombre de sourimonos, parmi lesquels une grande planche
représentant un écran, un bol, une épingle à cheveux sur un plateau de
laque.


                                    1809.

De petits sourimonos où sont des poissons, des coquilles, des plumes de
faucon pour épousseter les choses délicates.

Parmi les grandes planches:

La confection d'un étendard dont la devise est en blanc sur fond bleu, et
à laquelle travaillent six femmes, dans de jolies poses: un étendard qui
va être offert à Yénoshima, au temple de la déesse Bénten.


                                   1810.

Quelques petites natures mortes, entre autres un sourimono représentant
des bâtons d'encre de Chine et une boîte à cachet.


                                   1812[18].

Une nature morte représentant une coupe et un présentoir en laque.

    [Note 18: Les années non inscrites, sont des années où l'on ne
    connaît pas de sourimonos.]


                                   1813.

Okamé lisant une lettre.


                                   1816.

Kintoki jouant avec des animaux.


                                   1817.

Des femmes habillées d'étoffes à damier le damier étant à la mode cette
année.

Une dame de la noblesse, accompagnée d'une suivante, passant devant une
grille où sont affichés des programmes de concert.


                                   1818.

Deux planches d'un format carré qui va devenir le format habituel des
sourimonos.


                                   1819.

Daïkokou se promenant au bord d'une rivière peuplée de lézards
fantastiques.


                                   1820.

Réapparition de nombreux sourimonos dont la production était devenue
assez rare dans les années précédentes, et sourimonos où, chose curieuse,
apparaît l'influence de Gakoutei et de Hokkei, les deux élèves supérieurs
de Hokousaï.

Une série de monuments roulants de fêtes qu'on traîne dans les rues.

Une série de cinq poétesses.

Une série intitulée: COMPARAISON DE LA FORCE DES HÉROS DE LA CHINE ET DU
JAPON.

Parmi les planches détachées: une jeune fille en train de tirer une
épreuve près d'un graveur entaillant une planche; un Japonais tenant
contre lui, posée sur une table de _go_, une élégante poupée japonaise aux
colorations merveilleuses se détachant d'un fond d'or harmonieusement
vert-de-grisée. Et nombre de natures mortes, comme un bol de laque noire
et une boîte de baguettes à manger; comme une grande planche où sont
groupés un barillet de saké, une jonchée d'iris et de chrysanthèmes, un
panier d'oranges,--un sourimono exécuté pour un banquet donné à un
lettré.


                                   1821.

Une série intitulée: LES FRÈRES DES SUJETS GUERRIERS DE LA CHINE ET DU
JAPON; une série rappelant les ressemblances entre les faits héroïques de
l'un et de l'autre pays.

Une grande série de métiers dont on ne sait pas le nombre.

Une série d'industries des bords de la mer.

Des natures mortes, parmi lesquelles une série de coquilles.

Une feuille isolée représentant un grand serpent blanc, ce serpent
porte-bonheur qu'on dit être l'annonce d'un évènement heureux pour celui
qui a la chance de l'apercevoir.


                                   1822.

Une impression curieuse. Deux énormes perles jetant comme des rayons, deux
perles apportées à la reine Jingô par la déesse de l'Océan sortie de son
palais du Dragon: des perles qui avaient le pouvoir de faire baisser la
marée et qui lui ont permis de s'emparer de la Corée.

Une série de quatre planches intitulée: QUATRE NATURES, parmi lesquelles
un dessin de corbeau d'un grand caractère.

Et comme cette année où au bout de dix ans est revenu le cheval dans
le calendrier japonais, ce retour a incité Hokousaï à faire une de ses
séries les plus parfaites. Cette série en l'honneur du cheval, où dans
l'association des bibelots les plus divers, un objet comme un mors, une
selle, rappelle le cheval, porte la marque d'une petite gourde imprimée en
rouge. Et ce rappel du cheval va jusqu'à faire représenter à Hokousaï la
rue des Étriers où l'on vend des images, le quai des Écuries où, sauf le
nom, le cheval n'a rien à faire.


                                   1823.

Une série d'acteurs de cinq planches, d'acteurs à l'imitation de Toyokouni,
et qu'Hokousaï signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika faisant la
singerie d'imiter les autres_.


                                   1825.

Deux grues au bord de la mer.


                                   1826.

La princesse Tamamo-no-mahé, le renard à neuf queues métamorphosé en femme
et dont les neuf queues sont figurées par le gaufrage de l'impression dans
la traîne de sa robe.


                                   1829.

Une femme à cheval sur un boeuf.


                                   1835.

Un pêcheur au bord de la mer, la pipette à la bouche, une ligne entre
ses jambes croisées l'une sur l'autre. Hayashi, dans ce vieillard chauve,
au nez retroussé, à la bouche railleuse, à la physionomie d'un Kalmouck
ironique, serait disposé à voir un portrait d'Hokousaï. Et il serait amené
à cette hypothèse par la légende de la planche, qui est celle-ci: _Quelle
nouvelle chose que de voir pousser la jeune mariée_ (le nom d'une espèce
de salade de là-bas) _dans le sable de la plage!_ Or, cette impression
en couleur est faite pour le Jour de l'An de l'année qui a suivi celle
où l'on verra que Hokousaï est parvenu à arrêter les fredaines de son
petit-fils et à le marier, et dans ce mot à double sens il exprimerait la
joie que lui a causée l'entrée dans la maison de la «jeune mariée» de son
petit-fils.



                                   XXXIX


À propos de ce portrait hypothétique d'Hokousaï, avouons l'incertitude
où l'on se trouve relativement à un portrait bien authentique du Maître.
Le portrait d'Hokousaï, en compagnie du romancier Bakin, donné dans le
catalogue Burty, d'après une estampe de Kouniyoshi, n'est pas plus un
portrait que le croquis le représentant agenouillé, offrant à l'éditeur
son petit livre jaune de LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU OU DE LA CUISINE
AU HASARD.

On n'aurait du grand artiste ni un portrait de sa jeunesse, ni un portrait
de son âge mûr; il n'existerait que le portrait donné par la biographie
japonaise de I-ijima Hanjûrô, un portrait de sa vieillesse conservé dans
la famille et qui aurait été peint par sa fille Oyéi, qui signe Ohi.

C'est un front sillonné de rides profondes; des yeux à la patte d'oie, aux
poches de dessous tuméfiées et où il y a, en leur demi-fermeture, comme un
peu de cette buée que les sculpteurs de nétzkés mettent dans le regard de
leurs ascètes; c'est un grand nez décharné; c'est une bouche démeublée à
la rentrée sous le pli de la joue; c'est le menton carré d'une volonté
résolue, attaché au cou par des fanons. Et, à travers la coloration de
l'image qui imite assez bien le ton d'une vieille chair, ce sont les
blancheurs anémiées des poches des yeux, de l'entour de la bouche, des
lobes de l'oreille.

Ce qui vous frappe dans cette tête d'homme de génie, c'est la longueur du
visage, des sourcils au menton, et le peu d'élévation et la fuite cabossée
du crâne,--un crâne qui n'est pas du tout européen, avec sur les tempes de
rares petits cheveux ressemblant aux herbettes de ses paysages.

Un autre portrait d'Hokousaï, dont un fac-similé a été également publié
dans le _Katsoushika dén_, nous le représente vers l'âge de 80 ans, près
d'un pot à pisser, accroupi sous une couverture, laissant voir un bout de
profil d'une vieille tête branlante et que dépassent des jambes ayant la
maigreur de jambes de phtisique. Et voici quelle serait l'origine de ce
portrait. L'éditeur Souzambô ayant commandé à Hokousaï l'illustration
des CENT POÈTES, l'artiste, avant de commencer son travail, envoyait un
spécimen, à l'effet de déterminer le format de la publication et, sur ce
spécimen, son pinceau jetait ce _portrait-charge_.



                                    XL


En 1833 Hokousaï publie _Tôshisén Yéhon_, LES POÉSIES (de la dynastie)
DES THANG.

La première série, éditée en cinq volumes, comprend les poésies chinoises,
en cinq caractères chinois par ligne, littéralement cinq mots.

La seconde série, éditée également en cinq volumes, et parue en 1836,
contient le recueil des poésies en sept mots par ligne.

Un sujet d'étonnement pour les Chinois, c'est l'exactitude avec laquelle
Hokousaï, qui n'a jamais été en Chine, s'est assimilé le costume, le port
du corps, le caractère de la tête des habitants du Céleste Empire.

Ces dix volumes contiennent des dessins du meilleur temps d'Hokousaï:
ainsi la femme chinoise dans le somptueux luxe de ses robes; ainsi une
carpe panachée monumentale, qui a la puissance et la solidité d'un dessin
fait d'après une sculpture; ainsi un amusant croquis de trois ivresses:
l'ivresse de l'ivrogne qui rit, l'ivresse de l'ivrogne qui se fâche,
l'ivresse de l'ivrogne qui pleure.

Mais peut-être, parmi ces dessins, les plus réussis, ce sont des croquis
rendant, d'une manière fidèle, l'admiration de la nature chez ces peuples
de l'Orient: des renversements, la tête en arrière, d'hommes couchés,
appuyés sur leurs coudes; des rêveries en face de paysages, d'hommes
debout, les mains dans les manches de leurs bras, derrière le dos.

Parmi ces planches admiratives, il est une vue de dos d'un homme, appuyé
sur la traverse d'une baie qui donne sur un lac, disant toute la
jouissance intérieure de cet amoureux de la nature.



                                   XLI


En 1834[19] Hokousaï illustre le _Yéhon Tchûkiô_, DEVOIRS ENVERS LE MAÎTRE,
texte chinois avec commentaires de Ranzan.

    [Note 19: À la date présumée de cette année, auraient paru en feuilles
    séparées:

    Une série d'écrans, avec le titre dans un médaillon.

    Une série intitulée _Skôkei-Kiran_, VUES PITTORESQUES DES PAYSAGES
    DISTINGUÉS, série tirée en bleu clair, où se rencontre une curieuse
    vue d'un bain public sur une route.

    Une série intitulée _Shôkei Sétsou guekkura_, VUES DISTINGUÉES DE LA
    NEIGE, DE LA LUNE, DES FLEURS. Série probablement de 9 feuilles en
    largeur, dont 3 pour la Neige, 3 pour la Lune, 3 pour les Fleurs.
    Jolie coloration. Série, qui aurait été précédée deux ans avant, en
    1832, de Ruikiù Hakkei, réunion de huit paysages, d'une facture un peu
    maigriote.]

Un volume de morale, tout rempli d'exemples d'héroïsme et d'abnégation,
et où une planche représentant des courtisans saluant un roi donne une
idée du respect des fronts et des échines courbés, en cette patrie de la
vénération.

Les gravures, à l'incision à la fois très douce et très nette, sont de
Souguita Kiûsouké.

En 1834 Hokousaï illustre le _Yéhon Kàkiô_, LA PIÉTÉ FILIALE, un ancien
traité de morale chinoise entré dans l'éducation japonaise: un traité
publié en deux volumes, avec texte chinois et japonais.

La première planche portraiture Confucius, la seconde son disciple
bien-aimé Sôshi.

Une planche curieuse, c'est la figuration des quatre classes du Japon
représentées par un membre de la première classe, un guerrier en train
de lire un livre posé sur un pupitre;--un membre de la seconde classe,
un paysan, en train de lire un livre attaché à sa bêche;--un membre de
la troisième classe, un ouvrier, un graveur, faisant sauter à coups de
maillet des morceaux de bois d'une planche qu'il entaille;--un membre
de la quatrième classe, un marchand, un libraire faisant ses comptes.

Puis, un peu à la diable à travers l'illustration, ce sont des tireurs,
des jongleurs, des danseuses, au milieu desquelles se trouve, comme
dernière planche, une composition tout à fait amusante: une grande lettre
ayant l'air d'un monument de pierre et en forme d'une croix à double
branche sur laquelle sont montés, grimpés, accrochés, un tas de petits
bonshommes qui, dans toutes les attitudes, la nettoient, la grattent, la
brossent, l'inondent de l'eau d'une pompe.

Cette grande lettre, c'est le caractère signifiant la piété, et ce
nettoyage veut dire qu'on doit _nettoyer sa piété_, ainsi que nous disons
chez nous qu'il faut garder sa conscience pure.



                                    XLII


En 1834 paraît le premier livre des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, _Fougakou
Hiakkei_, un premier livre suivi d'un second, d'un troisième volume et où
Hokousaï a apporté dans ses dessins une science, un art, une observation
humoristique tout à fait supérieure, et dont les gravures, exécutées par
Yégawa, le graveur préféré par Hokousaï, sont de petits chefs-d'oeuvre.

Cette célébration par l'illustration du grand artiste de la montagne
vénérée du Japon, de la montagne aux 12 450 pieds, n'est pas tant une
représentation des ascensions qui ont lieu, chaque année, pendant les
grandes chaleurs, que cent fois la montre de la montagne, vue de Yédo, et
des campagnes au nord, au sud, à l'est, à l'ouest du Fouzi-yama.

La première planche est la figuration de la déesse du Japon,
Konohana-Sakouya-himé (_princesse de la fleur épanouie_), la divinité du
Fouzi-yama: dessinée sa noire chevelure épandue dans le dos et tenant
d'une main un miroir, de l'autre une branche d'arbuste, dans une ample
robe dont les cassures font à ses pieds comme des vagues.

La seconde planche nous fait voir des groupes de Japonais accroupis ou
agenouillés, se montrant dans la stupéfaction la grande montagne, là où il
n'y en avait pas: planche faisant allusion au jaillissement de la montagne
sous l'empereur Kôrei (285 ans avant Jésus-Christ), au moment où, à cent
lieues de là, se creusait le lac Biwa.

Dans la troisième planche, c'est le premier ascensionniste de la montagne,
le prêtre bouddhique Yennoguiôja, tenant contre un bras le bâton à la
poignée noire, ayant l'autre enlacé dans un chapelet, et représenté dans
les nuages du sommet de la montagne.

Et commencent les planches de la première série. Dans celle-ci, la montée
en une gorge étroite d'une armée de pèlerins dont on ne voit que les
grands chapeaux de jonc, portant deux caractères signifiant Fouzi et, dans
celle-là, leur descente vertigineuse sur les grands bâtons en une
dégringolade mouvementée.

C'est suivi d'une planche représentant, avec une furia extraordinaire, une
éruption de 1707 semblable à l'explosion d'une mine, et jetant dans le
noir du ciel des poutres, des tonneaux, des cadavres brisés.

Cette éruption qui a fait pousser sur la droite du Fouzi-yama un petit
mamelon, amène une planche caricaturale où un Japonais explique à un
Japonais, affligé d'une énorme loupe à la joue, qu'il est arrivé à la
montagne ce qui est arrivé à sa joue. Et cela est dit dans un groupe de
Japonais qui se tordent de rire.

Puis des planches où commence la représentation de vues actuelles: la vue
du Fouzi-yama vu dans le brouillard, une planche merveilleuse d'effet,
comparable à la planche du brouillard de Gakoutei. Et c'est la vue du
Fouzi-yama à travers le grêle feuillage de saules pleureurs,--la vue du
Fouzi-yama, entrevue une fois du petit balcon existant sur le toit de
toutes les habitations de Yédo pour observer les incendies, entrevue au
milieu d'un ciel coupé par les banderoles de la fête des Étoiles; entrevue,
une autre fois, d'une rue de Yédo, emplie de la promenade joyeuse des
Manzaï, un premier Jour de l'An;--la vue du Fouzi-yama, d'Ohmori, de la
baie de Yédo, au-dessus des roseaux de la Soumida;--la vue du Fouzi-yama,
d'une hutte de la campagne pour surveiller et éloigner les oiseaux;--la
vue du Fouzi-yama, avec le coucher d'un soleil, au rayonnement remplissant
le ciel;--la vue du Fouzi-yama, parmi la floraison des cerisiers du
printemps sous lesquels, à la porte d'une maison de thé, une Japonaise
fait de la musique au milieu d'une collation en plein air;--la vue du
Fouzi-yama, à travers les champs de riz de l'automne.

Dans le second volume, il est des compositions où des noirs rembranesques,
admirablement rendus par le graveur, en font des planches du plus grand
caractère. Ainsi, la navigation dans un de ces curieux bateaux primitifs
sur un lac de la province de Shinano, ainsi, l'ascension du dragon montant
au ciel pendant l'orage, ainsi «la Vague» avec, pour ainsi dire, les
griffes de sa crête, ainsi le faucon étripant un faisan, ainsi l'averse
avec un éclair mettant son zigzag dans la nuée qui va crever, ainsi le
Fouzi-yama dans la nuit, au-dessus d'un chien hurlant à la lune.

Et, opposées à ces planches de nuit et de pénombre, les jolies planches
de clarté lumineuse, comme celle qui a pour titre: _Les trois blancs_;
le blanc du Fouzi-yama, le blanc d'une grue, le blanc de la neige sur les
sapins.

Et encore le paysage du dessous des grands bambous, le paysage des sept
ponts, le paysage maritime de Shimada-ga-hana aux pilotis pittoresques si
spirituellement croqués; enfin la planche curieuse où bien certainement
Hokousaï s'est représenté en train de peindre le Fouzi-yama, accroupi sur
un carton pendant que deux de ses compagnons ouvrent des caisses et qu'un
troisième fait chauffer du saké dans un chaudron accroché à trois bambous
noués dans le haut.

Et au milieu de ces paysages, de savantes études d'hommes et de femmes;
l'étude des bûcherons attachés par le milieu du corps à des branches
d'arbres qu'ils coupent au-dessus de leurs têtes; l'étude de ces deux
Japonais dont l'un montre à l'autre par un châssis relevé une vue du
Fouzi-yama, étude qui a pour titre: _La première idée d'un kakémono_;
l'étude des pèlerins dans une des grottes du haut du Fouzi-yama servant
d'endroit à coucher pour l'ascension; l'étude du poète antique s'inspirant
devant la célèbre montagne et assis sur un terrain à la végétation de
fantaisie toute différente du réel paysage du fond; l'étude puissante de
Nitta tuant le sanglier monstre; enfin l'étude charmante de ce Japonais
fatigué de la lecture, regardant, la tête renversée entre l'étirement de
ses deux bras, la reposante montagne.

Et toutes ces représentations vous donnant à voir, dans chaque planche, le
Fouzi-yama de tous les côtés, et à travers des filets, des grillages, une
toile d'araignée, et non seulement dans son altitude droite, mais encore
dans le renversement de cette altitude. Ainsi, dans le premier volume, une
planche le montre, la tête en bas dans les eaux d'un lac où une troupe
d'oies sauvages est en train de prendre son vol. Dans ce second volume,
ce renversement a fourni à l'imagination du peintre un motif tout à fait
joli. Un Japonais qui va boire une coupe d'eau s'arrête un moment étonné
et charmé devant le microscopique cône de la montagne reflété dans l'eau
qu'il porte à ses lèvres.

La première planche du troisième volume, c'est la lutte corps à corps, au
IIe siècle, des deux guerriers, Kawazou et Matano, en vue du Fouzi-yama.
Et tout le volume continue à être la représentation de la montagne, à
l'aube, par la pluie, par la brume, par la tombée de la neige, et vue de
la grande cascade, et vue d'un monument sinthoïste où jaillit du creux
d'un arbre l'eau pour la purification de la prière, et vue de
l'observatoire de Yédo, et vue enfin, de la Corée.

Et dans ces planches: le beau dessin d'un cerf bramant; le dessin
mouvementé de la cavalcade de l'ambassade coréenne apportant son tribut;
le dessin curieux de ces deux gigantesques sapins de la province Yashiû
se rejoignant dans le ciel, et sur la tête desquels, par la neige, se fait
un chemin parcouru par des voyageurs trouvant au milieu de la route une
auberge; et la dernière planche, comme le dit l'inscription en tête:
c'est le _Fouzi-yama fait d'un seul coup de pinceau_.

Le premier volume de la première édition appelée l'édition à _la plume de
faucon_, par suite de la représentation d'une plume de cet oiseau sur la
couverture, édition rare, a paru en 1834, le second volume en 1835. De
cette édition on ne connaît pas le troisième volume.

Cette première édition était tirée en noir, mais peu de temps après
paraissait une édition alors composée des trois volumes où le tirage en
noir était teinté d'une teinte bleuâtre dont le léger azurement sur le
papier crème du Japon fait le passage le plus harmonique des blancs aux
noirs des gravures.

Les deux éditions sont signées: _la Vieillard fou de dessin, précédemment
Hokousaï-I-itsou âgé de 75 ans_.



                                  XLIII


Vers la fin de 1834 de graves ennuis tombèrent dans la vie du vieux
peintre. Hokousaï avait marié sa fille Omiyo, qu'il avait eue de sa
première femme, avec le peintre Yanagawa Shighénobou. Du mariage naquit un
vrai vaurien dont les escroqueries toujours payées par Hokousaï furent une
des causes de sa misère pendant ses dernières années. Même peut-être, par
suite d'engagements pris par le grand-père pour empêcher son petit-fils
d'aller en prison, engagements qu'il ne put tenir, il se trouva obligé de
quitter Yédo en cachette, de se réfugier à plus de trente lieues de là en
la province Sagami, dans la ville d'Ouraga, cachant son nom d'artiste sous
le nom vulgaire de _Miouraya Hatiyémon_, et même de retour à Yédo, n'osant,
dans les premiers temps, donner son adresse et se faisant demander sous
la dénomination du prêtre-peintre emménagé dans la cour du temple Mei-ô-in,
au milieu d'un petit bois.

Cet exil, qui dura de 1834 à 1839, nous a valu la publication de quelques
lettres intéressantes du peintre à ses éditeurs. Ces quelques lettres
nous font entrer dans les tribulations causées au vieil homme par les
coquineries de son petit-fils, nous peignent le dénuement de ce grand
artiste se plaignant, par un rude hiver de n'avoir qu'une seule robe pour
tenir chaud à son corps de septuagénaire, nous dévoilent ses tentatives
d'attendrissement des éditeurs par la mélancolique exposition de ses
misères illustrée de gentils croquetons, dévoilent quelques-unes de ses
idées sur la traduction de ses dessins par la gravure, nous initient à la
langue trivialement imagée avec laquelle il arrivait à faire comprendre
aux ouvriers chargés du tirage de ses impressions, le moyen d'obtenir des
tirages artistiques.

En 1834 Hokousaï adresse cette lettre à ses trois éditeurs, Kobayashi,
Hanabousa et Kakoumarouya:

_Étant en voyage, je n'ai pas le temps de vous écrire séparément, et vous
adresse à vous trois cette seule lettre que je vous prierai de lire tour
à tour. Je ne doute pas que vous voudrez bien accorder au vieillard les
demandes qu'il vous adresse, et j'espère que dans vos familles vous vous
portez tous bien. Quant à votre vieillard, il est toujours le même, la
force de son pinceau continue à augmenter et à faire, plus que jamais,
diligence. Quand il aura cent ans, il entrera dans le nombre des vrais
dessinateurs_.

Alors le vieux peintre signe longuement: _l'ancien Hokousaï_,
_le vieillard fou de dessin_, _le prêtre mendiant_, et sa lettre est pour
ainsi dire tout entière dans ce post-scriptum:

    Pour le livre des GUERRIERS (sans doute le _Yéhon Sakigaké_, imprimé
    et gravé par Yégawa), je vous prie, vous trois, de le donner à Yégawa
    Tomékiti. Quant au prix, vous vous arrangerez directement avec lui.
    La raison pour laquelle je tiens absolument que la gravure soit de
    Yégawa, c'est que, soit la Mangwa, soit les Poésies, certes les deux
    ouvrages sont bien gravés, mais ils sont loin d'avoir la perfection
    des trois volumes du Fouzi-Yama, gravés par lui. Or, si mon dessin est
    gravé par un bon graveur, ça m'encourage à travailler et, si le livre
    est réussi, c'est aussi à votre avantage, parce qu'il vous rapporte
    plus de bénéfices. De ce que je vous recommande si chaudement Yégawa,
    n'allez pas croire que c'est pour toucher une commission: ce que
    je recherche, c'est la netteté de l'exécution, et ce serait une
    satisfaction que vous donneriez au pauvre vieillard qui n'a plus bien
    loin à aller. (_Ici le peintre se dessine, sous l'aspect d'un vieillard
    marchant appuyé sur deux pinceaux au lieu de béquilles_.) Quant à
    l'HISTOIRE DE ÇAKYAMOUNI (publiée en 1839), Souzanbô m'a promis de la
    faire graver par Yéyawa, et j'ai dessiné en me basant sur ce choix:
    le tournant des cheveux chez les Indiens étant très difficile à graver,
    et même la forme des corps, et il n'y a absolument que Yégawa qui
    puisse exécuter ce travail.

    Hanabousa, lors de sa visite, il y a déjà quelque temps, m'a dit,
    en me commandant les GUERRIERS, qu'il ne me laisserait plus dans
    l'inoccupation, et je lui rappelle sa bonne parole.

    Vous avez commandé à ma fille une illustration des CENT POÈTES, mais
    j'aime mieux dessiner ce livre, que j'entreprendrai moi-même après
    avoir fini les GUERRIERS. Pour le prix, nous nous entendrons, tant
    par poète, mais n'est-ce pas? il est convenu d'avance que ce sera
    Yegawa qui gravera le livre.

Et la lettre se termine par un croqueton où il salue ses éditeurs.

Une autre lettre d'Hokousaï, adressée à l'éditeur Kobayashi, et qui serait
datée du dixième mois de l'année 1835:

    Je suis resté sans vous demander de vos nouvelles, mais je suis
    heureux de savoir que vous êtes en bonne santé. Quant à moi, j'ai vu
    le délinquant, l'incorrigible qui va retomber sur moi. Et depuis il
    m'a fallu réunir des conseils d'amis et de famille; enfin j'ai
    trouvé un répondant (_quelqu'un qui a pris la responsabilité de le
    surveiller_). Nous allons lui faire tenir une boutique de poissons,
    et nous lui avons aussi trouvé une femme qui va arriver ici dans deux
    ou trois jours. Mais tout cela est toujours à mes frais. C'est par ces
    empêchements que je suis en retard, pour dessiner le SOUÏKODÉN et
    TÔSHISÉN (les poésies des Thang), dont j'ai commencé seulement les
    esquisses; je vous enverrai cependant, quelques dessins, et dans ce
    cas-là je compte sur... _Ici, le peintre dessine une main tenant une
    pièce d'argent_.

Une autre lettre sans date, adressée à l'éditeur Kobayashi:

    Dans les tons clairs de l'encre de Chine, je supprime toutes les
    dégradations. Car, si ça va tout seul au bout du pinceau, pour le
    peintre, l'ouvrier tireur des planches peut à peine faire deux cents
    exemplaires dégradés: au delà de ce nombre c'est impossible sur le
    même bois. Et pour ce ton de l'encre claire, faites-le le plus clair
    possible: la tendance au foncé rendant le tirage désagréable à l'oeil.
    Dites à l'ouvrier que le ton de l'encre claire doit être de même que
    la soupe aux coquilles c'est-à-dire claire comme tout. Maintenant,
    pour le ton de l'encre demi-foncée, si on tire trop clair, ça ôte de
    la puissance à la teinte et c'est le cas de dire à l'ouvrier tireur
    que la teinte demi-foncée doit avoir une tendance épaisse, un peu
    semblable à la soupe aux haricots. En tout cas, j'examinerai les
    essais mais, dès à présent je recommande ces détails parce que je veux
    arriver à avoir une bonne cuisine de mes dessins.

Une dernière lettre d'Hokousaï, écrite au commencement de l'année 1836, et
adressée à l'éditeur Kobayashi d'Ouraga. Cette lettre, écrite à propos du
Jour de l'An, a en tête un croqueton où le peintre en costume officiel,
entre deux branches de sapin, fait une grande révérence.

    Il y a plusieurs portes où je dois exprimer mes souhaits du Jour de
    l'An, donc je reviendrai un autre jour, et au revoir, au revoir...
    Mais, en attendant, pour ce qui regarde les dessins à graver,
    adressez-vous pour les détails à Yégawa, toutefois vous trouverez
    plus loin une recommandation pour les autres graveurs.

    Je vous remercie de vos prêts fréquents. Je pense qu'au commencement
    du second mois de l'année je serai épuisé de papier, de couleurs, de
    pinceaux, et que je serai forcé d'aller à Yédo, en personne, alors je
    vous rendrai visite en cachette et je vous donnerai, de vive voix,
    tous les détails dont vous pouvez avoir besoin. Par cette rude saison,
    surtout dans mes voyages, que de choses dures, et entre autres, passer
    ce grand froid avec une seule robe, à mon âge de 76 ans. Je vous prie
    donc de songer aux tristes conditions dans lesquelles je me trouve;
    mais mon bras (_ici un croqueton de ce bras_) n'a nullement faibli,
    et je travaille avec acharnement. Mon seul plaisir c'est de devenir
    un habile artiste.

Ici, sa lettre finie, il la date du dix-septième mois, et se représente,
dans un croquis microscopique, saluant humblement entre son chapeau et son
dessin posés à terre.

Mais Hokousaï aime les _post-scriptum_, et la lettre continue:

    Je recommande au graveur de ne pas ajouter la paupière en dessous
    quand je ne la dessine pas; pour les nez, ces deux nez sont miens
    (_ici le dessin d'un nez de profil et de face_) et ceux qu'on a
    l'habitude de graver sont des nez d'Outagawa que je n'aime pas du tout,
    et qui sont contraires aux règles du dessin. Il est aussi de mode de
    dessiner les yeux ainsi (_et ce sont des dessins d'yeux avec un point
    noir au milieu_), mais je n'aime pas plus ces yeux que les nez.

Hokousaï termine sa lettre par cette phrase: _Comme ma vie, dans ce moment,
n'est pas au grand jour, je ne vous écris pas ici mon adresse_.

Enfin une lettre de 1842, adressée aux éditeurs Hanabousa Heikiti et
Hanabouza Bounzô, après son retour à Yédo où il continue à se tenir caché:

    Je vous remercie mille fois de votre dernière visite amicale, et aussi
    de ne pas abandonner le vieillard, et encore de vos bonnes étrennes.
    Depuis le printemps dernier, mon débauché de petit-fils a eu une
    conduite déplorable, et j'ai dû, tous les jours, m'occuper à nettoyer
    les suites de sa sale vie, et j'étais au moment de le mettre à la
    porte. Mais il s'est trouvé, comme toujours, des personnages bien trop
    indulgents qui m'ont fait patienter jusqu'au jour d'une dernière et
    plus grosse faute. Toutefois, au commencement de cette année, j'ai dû
    le faire prendre par son père Yanagawa Shighenobou et conduire dans la
    province de Montzou (_une province du Nord_) mais il est bien capable
    de s'être échappé en route. En attendant, ça me donne à respirer un
    peu. Voici les raisons qui m'ont empêché d'aller vous remercier du
    livre de SOGA MONOGATARI (_livre ancien prêté_). Ce nouvel an, je n'ai
    ni sou ni vêtement, et j'arrive seulement à me nourrir tant bien que
    mal, ne voyant mon vrai nouvel an de cette année qu'au milieu de son
    second mois.

    Au deuxième mois de l'année dernière, quand Yeiboun est venu me voir,
    j'avais déjà deux volumes terminés du SOUIKO (_roman en 90 volumes
    commencé en 1807_), mais je n'ai pu avancer davantage. En somme, j'ai
    perdu une année tout entière grâce à mon coquin de petit-fils, et je
    regrette cette précieuse année perdue.

    Je garde longtemps votre SOGA MONOGATARI, mais je vous prierai de
    me laisser jusqu'au second mois, où je vous rendrai visite. Autre
    recommandation. Envoyez-moi, le plus tôt possible, la soie pour peindre
    la déesse Daghinitén (_la déesse représentée montée sur un renard_)
    car le temps passe rapide comme la flèche, et vous m'avez demandé que
    cette peinture vous soit livrée dans le second mois.

    Si le texte de GWADÉN est prêt, envoyez-le-moi, et quand vous
    m'enverrez la soie, joignez-y le prix de l'illustration des deux
    volumes de GWADÉN. Quand vous viendrez, ne demandez pas Hokousaï, on
    ne saurait pas vous répondre, demandez le prêtre qui dessine et qui
    est emménagé récemment dans le bâtiment au propriétaire Gorobei,
    dans la cour du Temple Mei-ô-in, au milieu du buisson (_petit bois
    d'Asakousa_).



                                    XLIV


Tant de représentations de combats, de luttes corps à corps, de duels
héroïques éparpillés dans tout l'oeuvre d'Hokousaï, racontant le passé
militaire du Japon, ne satisfaisaient pas le maître. Sur la fin de sa vie,
il voulut des albums particuliers consacrés tout entiers à ces hommes de
guerre à la fois terribles et doux, dont les ANNALES DU JAPON nous
décrivent le type dans ce portrait de Tamoura-maro:

«C'était un homme très bien fait; il avait 5 pieds 8 pouces de haut, sa
poitrine était large de 1 pied 2 pouces. Il avait les yeux comme un faucon
et la barbe couleur d'or. Quand il était en colère, il effrayait les
oiseaux et les animaux par ses regards; mais, lorsqu'il badinait, les
enfants et les femmes riaient avec lui.»

Oui, Hokousaï voulut dessiner des albums montrant uniquement ces guerriers
armés de sabres au dire des légendes coupant des boeufs en deux, sous des
masques de métal, dans des cuirasses, des épaulières, des brassards, des
gantelets, des jambières, comme fabriqués sur le moulage du corps et que
l'acier le plus souple uni à la soie la plus résistante--et plus tard
les pièces articulées, sortant de l'atelier de la famille Miôtchin,
--enfermaient dans un vêtement de fer laissant aux membres toute la
liberté des mouvements que jamais ne donna l'armure moyenageuse de
l'Europe.

Donc en 1835 Hokousaï publia un premier album, bientôt suivi de deux
autres, où la mythologie guerrière se mêle à l'histoire batailleuse
des premières dynasties de la Chine et du Japon. Ce premier album a
pour titre: _Wakan Homaré_, LES GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON, et
devrait avoir en tête la curieuse préface que Hokousaï a écrite pour
l'ILLUSTRATION DES PERSONNAGES DE SOUIKODÉN, et que voici:

    «Je trouve que dans toutes les représentations japonaises ou chinoises
    de la guerre, il manque la force, le mouvement, qui sont les caractères
    essentiels de ces représentations. Attristé de cette imperfection je
    me suis brûlé à y remédier et à y apporter ce qui manquait... Il y a
    indubitablement dans mes dessins des défauts, des excès, mais tout de
    même mes élèves veulent s'en servir comme modèles.»

Sur la première page des GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON est un Mars
bouddhique, aux cheveux droits sur la tête, aux sourcils et aux moustaches
coléreusement retroussés, se détachant d'un grand nimbe dans son armure
ornementale.

Puis se succèdent les gravures d'Isanaghi, le premier homme de la terre du
Japon tuant Kagoutsouti, le mauvais génie de la contrée; de Foumeitchôja,
mettant en fuite le renard à neuf queues; du soldat Sadayo, tout percé de
flèches et mourant en enfonçant des deux mains son sabre dans le corps
d'un ennemi étendu sous lui; du Dieu du tonnerre s'humiliant devant la
hache monstrueuse de Kintoki; de Yorimitsou, qui vient de trancher la tête
du géant de la montagne de Ohyéyama: tête qui est en train de retomber
et d'aller se ficher sur les cornes du casque du jeune guerrier; de
l'intrépide explorateur qui entra le premier dans la grotte du Fouzi-yama
et que l'on voit la parcourir la torche à la main; du cavalier Ogouri
Hangwan, faisant assembler les quatre pieds de son cheval sur la tablette
d'un étroit jeu de _go_; du général Yoshisada demandant au génie de
l'Océan, dans la logette faite par la courbe d'une vague, demandant de
retirer la marée pour laisser passer son armée.

Sur la dernière page se voit un peintre qui élève en l'air, d'une seule
main, une masse ficelée de rouleaux de sapèques au bout desquels est fiché
son pinceau--une allusion d'Hokousaï, je crois bien, à la force qu'il
dépense dans ses dessins.


L'année suivante, en 1836, un jour de printemps... mais écoutez Hokousaï
lui-même: «_Pendant que je profitais d'un beau jour de printemps, dans
cette année de tranquillité, pour me chauffer au soleil, j'eus la visite
de Souzambo_ (son éditeur), _qui venait me demander de faire quelque chose
pour lui. Alors j'ai pensé qu'il ne fallait pas oublier la gloire des
armes, surtout quand on vivait en paix et, malgré mon âge qui a dépassé
soixante-dix ans, j'ai ramassé du courage pour dessiner les anciens
héros qui ont été des modèles de gloire_.»

Le livre pour lequel Hokousaï ramasse sa vieille énergie s'appelle
_Yéhon Sakigaké_, LES HÉROS.

Et tour à tour défilent l'Hercule mythologique Tatikarao-no-mikoto,
portant un rocher sur sa tête; le premier Empereur du Japon regardant son
héritier dormant entouré d'un énorme dragon; le ministre Moriya, battant
un prêtre bouddhique, après avoir jeté à terre la table et les écrits
religieux qu'elle portait; le guerrier Hiraï-no-Hôshô tuant l'araignée
monstre ressemblant à une énorme pieuvre; le guerrier Shôki en train
d'étrangler un diable; le mangeur d'enfants Mashukoubô, tenant par les
pieds un enfant dont il ouvre le ventre au-dessus d'une marmite qui
recueille le sang; le guerrier Bénkei portant une cloche au haut de la
montagne Ishiyama; la divinité bouddhique Foudô, symbolisant la fermeté de
la conviction que ne peuvent ébranler ni le feu ni l'eau où son corps est
à la fois plongé; la guerrière Hangakou qui écrase un guerrier sous un
tronc d'arbre.

Une suite des HÉROS paraît, la même année, 1836, sous le titre de: _Yéhon
Mousashi Aboumi_; LES ÉTRIERS DU SOLDAT, une suite où l'effort d'Hokousaï
est d'étudier l'armure sur le corps du guerrier et de montrer la vie, le
mouvement, communiqués à cet habit de fer par l'attaque et la défense de
la vie: conquête que se vantait d'avoir faite Hokousaï dans le dessin.

Et rien, dans les ÉTRIERS DU SOLDAT, que des hommes et des femmes sous
l'armure. C'est l'impératrice Jingô, une tête coupée à ses pieds, en train
de tendre son formidable arc; c'est le prince Yamatodaké qui vient de tuer
le chef ennemi sous un déguisement de femme; c'est un général japonais
blessé par une flèche qui est à ses pieds, et qui envoie dans le camp
ennemi, à celui qui l'a blessé, un colossal _taï_ et une cruche
monumentale de saké: un acte de courtoisie militaire très commune en
ces temps; et ce sont des combats où, sous le harnachement de fer des
cavaliers, se cabrent des chevaux hirsutes et échevelés, aux yeux de feu,
à la robe toute noire, pareils à des coursiers de l'Érèbe.

À ces planches consacrées à la guerre il faudrait encore ajouter cinq
feuilles de guerrier sur fond bleu, avec des verts, des rouges, des jaunes
un peu criards, sur les armures.

    Kamakoura Gongoro tuant Torino-oumi Yasabrô.
    Watanabé-no-Tsouna tuant Yénokouma aïyemon.
    Kousounoki Tamomarou se battant avec Yaono Bettô.
    Ohtomono Soukouné arrêtant Ohtomono Mahtori.
    Onikojima Yatarô disputant une cloche avec Saïhô-in.



                                     XLV


En 1835 Hokousaï illustrait le _Yéhon Sénjimon_, MILLE LETTRES ILLUSTRÉES,
un ancien ouvrage chinois entré dans l'éducation japonaise et dont la
traduction japonaise est donnée en regard du texte chinois.

Deux espèces de jolis culs-de-lampe: des enfants, dont l'un est sur le dos
de sa mère, en contemplation devant les ombres chinoises d'une lanterne,
et deux enfants entrevus sur une barque à moitié cachée par les nénuphars
d'un étang. A côté de ces culs-de-lampe, un beau dessin représente la
veuve de Kousounoki Masashighé, élevant en l'air le rouleau où est le
testament de son mari et arrêtant son fils au moment où il va se tuer.

En 1837, dans le _Nikkô sanshi_, GUIDE DE NIKKÔ, la montagne où sont
enterrés les premiers shôgouns de Tokougawa, un recueil de 5 volumes dont
l'illustration est due à la collaboration de plusieurs artistes, Hokousaï
publie deux paysages d'après la cascade de Riûdzou (tête de dragon): deux
grandes planches, où la fusée blanche de l'armature des arbres se détache,
d'une manière remarquable, sur le noir de la feuillée.



                                     XLVI


Tous les arts descendant du dessin, Hokousaï veut que son imagination
aille à ces arts, que son pinceau y touche, que sa main en donne des
modèles. C'est ainsi qu'en 1836, le vieux peintre qui signe: _le vieillard
fou de dessin_, publie le _Shin-Hinagata_, NOUVEAUX MODÈLES DE DESSINS
D'ARCHITECTURE, et écrit en tête cette préface:

    Depuis l'antiquité, l'homme a copié la forme des choses: ainsi dans le
    ciel il a pris le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les
    montagnes, les arbres, les poissons, et puis les maisons, les champs;
    et ces images simplifiées, modifiées, dénaturées, sont devenues les
    caractères de l'écriture. Mais celui qui se fait appeler un dessinateur
    doit respecter la forme originale des choses, et, ce dessinateur,
    quand il dessine les maisons, les palais, les temples, il est de toute
    nécessité qu'il sache comment les charpentes sont agencées.

    Il existait un ouvrage fait par un architecte, sous ce titre: LES
    MODÈLES DE L'ARCHITECTURE, mon éditeur m'a demandé de dessiner le
    second volume. Le premier a été fait par un homme du métier, avec des
    données techniques. Moi, ce que j'ai fait dans ce volume est plutôt
    du domaine de l'art; toutefois si, grâce à mon enseignement, les jeunes
    dessinateurs arrivent à ne pas faire un chat à la place d'un tigre,
    un tombi à la place d'un faucon, quoique mon travail ne soit qu'un
    caillou à côté d'une montagne, je serai glorieux de ce résultat
    devant la postérité.

Et, à l'appui de la préface, après la représentation du fil à plomb,
ce sont des modèles de constructions en bois à la légère et élégante
menuiserie; ce sont des terrasses aux balcons complètement ajourés, aux
escaliers aériens; ce sont des toits aux souplesses courbes d'une toile de
tente, avec de jolis auvents de bambous; ce sont des modèles de cloches
pour bonzeries, au bronze sillonné de dragons fantastiques de la mer; ce
sont de riches frontons formés de deux énormes _taï_ et affrontés; ce sont
des ponts de cordage passant au-dessus des arbres; ce sont des lanternes
de jardin faites de la pyramide de trois enfants japonais montés l'un sur
l'autre; ce sont les développements d'un temple bouddhique dans toute sa
hauteur:--dessins précédés de la figuration, en son riche et nobiliaire
costume, de l'architecte officiel du palais impérial et des charpentiers
travaillant sous ses ordres. Le volume gravé par Yégawa, l'habile
graveur des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, eut une seconde édition, faite
postérieurement et teintée de rose. A la fin de l'édition en noir
l'éditeur annonçait la publication de trois volumes qui devaient suivre et
qui n'ont pas paru.

Détail curieux, le professeur d'architecture d'Hokousaï fut un des élèves
de son atelier, nommé Hokou-oun, qui s'assimila tellement la manière de
son maître qu'il publia une MANGWA où des pages de croquis seraient
données par les plus fins connaisseurs à Hokousaï.


Mais ce n'a pas été seulement de la forme et du contour de l'habitation
qu'a été préoccupée la pensée artistique d'Hokousaï, il a donné des heures
de son pinceau à la décoration des objets de la vie intime de son temps,
cherchant à faire, ainsi que cela a été dans notre société du moyen âge,
un objet d'art de tout objet servant à la vie usuelle, et sur la pipe et
le peigne, ces deux choses où les Japonais ont dépensé les plus jolies
imaginations et associé à leur ornementation les plus belles et délicates
matières, il a laissé deux merveilleux petits livres sous le titre: _Imayô
Koushi Kisérou Hinagata_, MODÈLES DES PEIGNES ET DES PIPES À LA MODE
D'AUJOURD'HUI. Trois volumes, dont deux consacrés aux peignes, avaient
paru en 1822, et dont le troisième, consacré aux pipes, paraissait en 1823.

Le volume des peignes, qui a pour frontispice une Japonaise en train de
polir des peignes sur une meule, contient les plus variés et les plus
divers motifs d'ornementation de ce joli objet de toilette où la laque,
l'ivoire, la nacre, l'écaille, les pierres dures, se mêlent et se marient
pour le décor.

Et le goût dépensé sur ces peignes! Ici, ce semis de pétales de fleurs,
là, cette jonchée d'iris, là, cet enguirlandement par un volubilis, là, ce
couronnement par une fleur de nénuphar. Et des envolées à tire d'aile de
grues, et des nages de canards mandarins, et des batailles de moineaux. Et
encore, en leur petitesse minuscule, des coins de village, des plages, des
aspects du Fouzi-yama, des vues panoramiques aux grands horizons. Et enfin
des choses qu'aucun peuple n'a fait servir à la décoration des objets
usuels et familiers, comme les cassures du charbon de terre, le treillis
d'une vannerie, le fouillis enchevêtré de clous, les crêtes des vagues,
les rayures de la pluie.

À la suite de la préface, Hokousaï écrit ces quelques lignes.

    La fabrication des objets change selon le temps. Des objets qui
    étaient carrés, on les fait ronds et le monde trouve cela plus beau:
    ça s'appelle la mode. Tous les objets sont soumis à cette modification,
    à plus forte raison les peignes et autres objets de toilette servant
    aux femmes dont les caprices se plaisent au changement. Si je ne
    dessinais que pour la mode présente, mes dessins ne seraient d'aucune
    utilité pour les fabricants de l'avenir; donc les dessins de ce petit
    volume ont été faits avec l'idée de créer un décor pouvant s'appliquer
    à des formes variables. Ainsi, si la mode exige que les peignes
    soient épais, les artistes devront augmenter le dessin pour couvrir
    l'épaisseur. Dans le cas contraire, ils n'ont, ce qui leur sera plus
    facile, qu'à simplifier le dessin. Donc j'ai tâché de prévoir, autant
    que possible, ces variations.

Et il signe: _Précédemment Hokousaï Katsoushika I-itsou_.

Le volume des pipes a, pour frontispice, un Coréen qui fume une pipe
interminable; et commence une suite de petits carrés où se trouve le motif
dessiné de la ciselure entre un fourneau et un tuyau de pipe: motif en
général exécuté sur une pipe toute en argent, ou sur une pipe en bambou
avec des revêtements partiels en argent, ou sur une pipe en bronze avec
des parties en ivoire. Et les motifs représentent tout un monde: un tigre,
un ascète, une cascade, un enfant enlevant un cerf-volant, un Hotei, des
chauves-souris, le porteur du bâton aux morceaux de bambous pour battre le
thé, une biche, une branche de sapin, un acrobate, un Darma, une assemblée
de renards au clair de la lune, une grenouille, une mouche, des flammes,
des bulles de savon.


De ces volumes sur l'architecture, sur les peignes et les pipes, on
pourrait rapprocher le _Shingata Komon-tchô_, ALBUM DE PETITS DESSINS POUR
NOUVEAUTÉS, publié en 1824.

Une série de planches où l'ingénieuse combinaison de l'enlacement, de
l'entre-croisement, de l'enchevêtrement de carrés, de ronds, de losanges,
fait le décor de robes, et qui devait être suivi d'un autre volume
consacré aux broderies qui n'a pas paru.

En tête de ce volume, la préface de Tanéhiko dit: «Les artistes qui
dessinent librement sont d'ordinaire maladroits avec le compas et la
règle, et ceux qui font des dessins géométriques ne savent pas dessiner
librement. Hokousaï, lui, fait tout bien, et il arrive à faire avec sa
règle et son compas, non pas seulement des dessins artistiques, mais
encore des dessins d'une invention infinie.»



                                   XLVII


À la suite de trois mauvaises récoltes du riz, pendant les années 1836,
1837, 1838, l'année 1839 fut une année de disette pendant laquelle les
Japonais restreignant leurs dépenses n'achetaient plus d'images, et où les
éditeurs se refusaient à faire les frais de publication d'un livre, d'une
planche séparée. En cette grève des éditeurs, Hokousaï comptant sur la
popularité de son nom, eut l'idée de composer des albums _au bout de son
pinceau_, et il trouva à vivre à peu près cette année de la vente de ces
dessins originaux vendus sans doute très bon marché.

Un de ces albums, composé de douze dessins, existe dans la collection de
M. Hayashi. Un demi-quarteron de lavis rapides, au coloriage brutal, lavis
où, sous le barbouillage hâtif, se sent le maître, dans la silhouette des
êtres et des choses. C'est Foukorokou déroulant un makimono sur lequel une
tortue vient se promener, c'est le diable déguisé en prêtre faisant sa
prière. Et ce sont aussi bon nombre de motifs déjà publiés par lui, et
qu'il répète sans pudeur: ainsi le hoche-queue sur un rocher, qui revient
si souvent dans ses dessins, ainsi le Japonais regardant s'envoler des
papillons, du _Shas-hin gwafou_.

L'album est signé: _Gwakiô rôjin manji_ (vieillard fou de dessin à l'âge
de 80 ans).



                                   XLVIII


En cette mauvaise année pour l'art, Hokousaï a cependant la chance
de trouver un éditeur pour une grande série de planches séparées, et
cette date de 1839 est non seulement appuyée par la signature _Manji,
précédemment Hokousaï_, mais certifiée par une lettre d'Hokousaï, datée de
cette année, où il est question de la commande de cette série faite par
l'éditeur Yeijudô, lettre que Hayashi aurait eue entre les mains, au
Japon.

Cette série renfermant une suite de paysages en largeur, tirés en couleur,
de la même facture que les TRENTE-SIX VUES DU FOUGAKOU est intitulée:
_Hiakounin isshu Ouwaga Yétoki_, LES CENT POÉSIES EXPLIQUÉES PAR LA
NOURRICE.

Des 100 planches, qui devaient former la collection, 27 seulement ont paru.


1. _Poésie de l'empereur Tenti_.
      La récolte du riz.

2. _Poésie de l'impératrice Jitò_.
      Un bord de rivière l'été, avec lavage de linge.

3. _Poésie de Kakinomoto-no-Histomaro_.
      La nuit auprès d'un feu allumé, des pêcheurs tirant un filet.

4. _Poésie de Yamabé-no Akahito_.
      Le n° 4 manque.

5. _Poésie de Saroumarou Duyù_.
      À l'automne, retour de paysans de la cueillette, leurs pelles
      fourchues sur l'épaule. Au haut d'une montagne, un cerf bramant,
      qui fait songer aux paysans à l'attente de leurs femmes.

6. _Yakamoti_.
      Un bateau à la forme de gondole, sur une rivière baignant une ville
      bâtie sur un rocher.

7. _Abéno Nakamaro_.
      La lune rappelant en Chine au poète japonais son pays.

9. _Onono Komati_.
      Paysanne en train de nettoyer une étoffe sur une porte détachée de
      ses gonds.

11. _Sanghi Takamoura_.
      Pêcheuses de coquilles, appelées _awabi_.

12. _Sôjô Henjô_.
      Danseuse de temple, dansant la nuit, en grand costume, les cheveux
      épars, un éventail à la main. Le poète dans la poésie, en tête de
      la planche, dit au vent d'empêcher les nuages de couvrir la lune.

17. _Ariwarano Narihira_ (aux environs de Kiôtô).
      Gens traversant un pont sur une rivière dont les eaux roulent la
      pourpre de nombreuses feuilles de momiji.

18. _Foujiwara Toshiyuki_.
      Bâtiment de commerce japonais.

19. _Issé_ (une poétesse).
      Sur l'avance d'une petite terrasse, deux femmes regardant la
      campagne.

20. _Motoyoshino Shinnô_.
      Un boeuf chargé de roseaux, au milieu de promeneurs autour d'une
      baie.

24. _Kwanké_.
      Voiture aux roues énormes, ayant l'air d'un temple portatif et à
      laquelle est attelé un boeuf: voiture dans laquelle, seul, le
      souverain peut monter.

26. _Teijinkô_.
      Noble visitant le temple d'Ogouroyama, célèbre pour ses momiji.

28. _Minamoto-no-Mounéyuki_.
      Chasseurs faisant du feu dans la neige.

32. _Haroumiti-no-Tsouraki_.
      Scieurs de bois au bord d'une rivière.

36. _Kiyowarano Foukayabou_.
      Bateaux de promenades à Yédo, au milieu desquels un bateau-restaurant
      va de l'un à l'autre.

37. _Boun-yano Asayasou_.
      Sur un bateau, de jeunes garçons de la noblesse cueillant des pousses
      de lotus: un mets dont les Japonais sont très friands.

36. _Sanghi Hitoshi_.
      Un daïmio, accompagné de serviteurs, parcourant la campagne.

46. _Ohnakatomi Norinobou_.
      Serviteurs japonais attendant leur maître à la porte d'un jardin
      impérial.

50. _Foujiwarano Yoshitaka_.
      Établissement de bains où l'on voit des femmes en peignoir sur une
      terrasse d'où sort un jet de vapeur d'eau chaude.

52. _Foujiwarano Mitinobou_.
      Porteurs de cago descendant une route.

68. _Sanjô-no-in_.
      L'intérieur d'un temple sinthoïste.

71. _Dainagon Tsounénobou_.
      Fontaine où des femmes remplissent des baquets.

97. _Gontûnagon Sada-iyé_.
      Au bord de la mer, un four à sel.


Enfin, à cette série il y aurait encore à rattacher la série ayant pour
titre: _Sétsouguekkwa_, NEIGE, LUNE ET FLEURS, composée de trois planches.

1. _La neige de la Soumida à Yédo_.

2. _La lune de Yodogawa_ (nom de rivière) _à Ohsaka_.

3. _Les Fleurs de Yoshino_ (nom d'une montagne toute rose de ses arbres
      en fleurs) _aux environs de Kiôto_.



                                     XLIX


Oui, cette année 1839 où Hokousaï au bout de ces quatre ans d'exil passés
à Ouraga revient à Yédo, est une année vraiment malheureuse: une année
fatale pour l'artiste. A peine s'est-il logé, établi à nouveau dans le
quartier Honjô, le quartier campagnard, affectionné par le peintre, qu'un
incendie brûle sa maison, détruit un grand nombre de ses dessins, et les
esquisses et les croquis qu'il a pris tous les jours de sa vie,--et de la
maison où brûle son oeuvre le peintre n'emporte que son pinceau.



                                       L


De 1840 à 1849, l'année de sa mort, Hokousaï illustre _Wakan Inshitsoudén_,
TRADITIONS CHINOISES ET JAPONAISES SUR LES CONSÉQUENCES DE LA CONDUITE
INVISIBLE (sur les bonnes ou mauvaises actions secrètes, non connues), et
où le bien et le mal se trouvent récompensés dans la personne des gens
bons ou mauvais ou dans leurs descendants. Dans ce petit livre, chaque
personnage, dont on rapporte un acte de la vie, a son nom imprimé près de
la représentation de cette action.

Peut-être cette année ou une des années suivantes, Hokousaï illustre le
_Yéhon Onna Imagawa_, le LIVRE ILLUSTRÉ DE L'ÉDUCATION DES FEMMES.

Dans les environs de l'année 1840, Hokousaï publie encore quatre estampes
en hauteur représentant le travail en paille exposé dans la cour du temple
d'Asakousa.

Ces planches représentent les douze signes du zodiaque, les deux guerriers
Kôméi et Schûsô, une femme sur un éléphant blanc, une cage de grues, une
arme d'une longueur de 23 mètres.

Vers le même moment paraît encore _Shimpan Daïdô Zoui_, NOUVELLES PLANCHES
DES DESSINS SUR LA VOIE PUBLIQUE, une série de douze feuilles en largeur.

Une série d'un mouvement diabolique: un défilé de pèlerins sous des
masques de Téngous, de garçons de marchands de saké ayant trop goûté à
leurs marchandises, de marchands de savon faisant des bulles au bout d'un
chalumeau, de forgerons d'ancres, d'aveugles masseurs, de mendiants criant,
chantant, dansant en brandissant des écrans, menant une bacchanale folle,
épileptique, bras et jambes en l'air, et qui serait la fin des étudiants
paresseux de là-bas.

Sous la même date, on classe aussi _Tiyénooumi_, L'OCÉAN D'IDÉES, une
série rarissime.

En 1843 Hokousaï publie le _Shoshin gwakan_, ALBUM DE DESSINS POUR LES
COMMENÇANTS, un album qui a une certaine parenté par le faire avec le
_Shashin gwafou_.

Des dessins de premier coup, de la brutalité la plus savante, faisant
mépriser le joli et le fini du petit art.

D'abord un dessin comique d'Hotei, le dieu des enfants, s'ouvrant de ses
deux mains la bouche jusqu'aux oreilles, avec devant lui un petit Japonais
qui lui tire la langue.

Puis des riens du tout, comme des champignons, comme un morceau de bambou,
etc., etc., des merveilles d'un rendu comme produit par la fièvre du
dessin.

Et, au milieu de ces croquis, le dessin du dialogue d'un ministre retiré
des affaires et d'un pêcheur où, dans l'épine dorsale et la gesticulation
gouailleuse des mains de ce pêcheur, est donné comme l'accent de la phrase
qu'il jette au ministre démissionnaire, disant qu'il a quitté le ministère
parce que le monde a l'esprit à l'envers: «N'est-ce pas vous qui êtes à
l'envers? Moi, quand la rivière est trouble, je me lave les pieds dedans
et, quand elle est claire, je la bois!»

Les gravures de cette publication ont été republiées plus tard en couleur,
en mauvaise couleur, sous le titre de _Hokousaï Gwayén_, LE JARDIN DES
DESSINS d'HOKOUSAÏ.

En 1847, deux ans avant la mort de l'artiste, paraît _Rétsoujo
Hiakouninshû_, CENT PENSÉES DE CENT FIDÈLES FEMMES, dont les cent figures
sont de Toyokouni, mais dont les dix premières pages sont d'Hokousaï.

Il semble qu'alors l'artiste, qui a 87 ans, redoute la responsabilité de
l'illustration d'un livre tout entier, et il se contente d'une espèce
d'introduction dessinée, faite par de petits croquis jetés dans un trait,
mais des plus spirituels.

En 1848, c'est _Shûga hiakounin shû_, LES CENT POÈTES, publication due à
la collaboration de Kouniyoshi, Shighénobou, Yeisén, mais dont les dix
premières pages sont d'Hokousaï.

Une planche d'un beau sentiment: un Empereur exilé, regardant
mélancoliquement du bord de la mer une volée d'oiseaux se dirigeant vers
son pays.

Cette même année 1848, Hokousaï donne une grande planche en largeur,
représentant une opération topographique faite avec nos instruments
d'arpentage et qui a presque le caractère d'un dessin européen. Elle est
signée: _Manji rôjin à l'âge de 89 ans_.

Au printemps de 1849, l'année de la mort d Hokousaï, c'est _Yokou yeiyû
hiakounin shû_, CENT POÉSIES DE HÉROS, illustration due à plusieurs
artistes, et où Hokousaï a encore dix feuilles de dessins dont la première
est une planche de détails d'armures.



                                    LI


En 1848, un an avant sa mort, Hokousaï publie _Yéhon Saïshiki-tsou_,
LE TRAITÉ DU COLORIS, sur la couverture duquel on voit Daïkokou déroulant
un kakémono où sont gravés le titre du volume et le nom de l'auteur, et
où la première planche représente, au-dessus d'un petit rapin japonais
préparant l'encre de Chine, le peintre dans une espèce de danse de
Saint-Guy picturale, peignant un pinceau dans la bouche, un pinceau dans
chaque main, un pinceau dans chaque pied.

Le traité qui est rédigé par Hokousaï, sous le nom d'Hatiyémon, mérite
d'être traduit dans quelques-unes de ses parties. Il commence ainsi:

    L'ignorant Hatiyémon dit: J'ai fait ce petit volume pour apprendre aux
    enfants qui aiment à dessiner la manière facile de colorier... publiant
    ce petit volume à bon marché, dans l'espoir que tout le monde pourra
    l'acheter et donner à la jeunesse l'expérience de mes quatre-vingt-huit
    ans.

    Dès l'âge de six ans, j'ai commencé à dessiner, et pendant
    quatre-vingt-quatre ans j'ai travaillé dans l'indépendance des écoles,
    ma pensée, tout le temps, tournée vers le dessin. Or donc, comme il
    m'est impossible de tout exprimer en un si petit espace, je voudrais
    seulement apprendre que le vermillon n'est pas la laque carminée,
    que l'indigo n'est pas le vert, et aussi apprendre, d'une façon
    générale, le maniement du rond, du carré, et des lignes droites ou
    courbes; et si j'arrive, un jour, à donner une suite à ce volume,
    je mettrai les enfants en état de rendre la violence de l'Océan,
    la fuite des rapides, la tranquillité des étangs, et chez les vivants
    de la terre, leur état de faiblesse ou de force. En effet, il y a des
    oiseaux qui ne volent pas très haut, des arbres à fleurs qui ne
    produisent pas de fruits, et toutes ces conditions de la vie autour
    de nous méritent d'être étudiées à fond, et si j'arrive à persuader
    les artistes de cette vérité, j'aurai le premier _traîné ma canne_ sur
    le chemin[20].

    [Note 20: J'aurai le premier indiqué le chemin.]

Puis, c'est un tableau d'une cinquantaine de couleurs employées par
le maître, et à la page suivante, au-dessus de deux mains qui tiennent
un pinceau penché, délayant de la couleur dans une soucoupe, ces
recommandations:

    Les couleurs ne doivent être ni trop épaisses, ni trop claires, et le
    pinceau doit se tenir couché; autrement il produit des malpropretés;
    --l'eau du coloriage plutôt claire que foncée, parce qu'elle durcirait
    le ton;--le contour jamais trop net, mais très dégradé;--n'employer la
    couleur que lorsqu'elle a reposé et qu'on a rejeté la poussière montée
    à la surface;--la couleur fondue avec le doigt, et jamais avec le
    pinceau; ne passer la couleur que sur les lignes noires de l'ombre,
    où seulement la couleur peut se superposer.

Et ce sont les couleurs spéciales qu'il faut employer pour colorier les
animaux et les plantes, représentés en noir dans les planches qui se
succèdent,--pour colorier le hoho, le coq, l'aigle, les canards, les
poissons.

Le noir lui fait dire:

    Il y a le noir antique et le noir frais, le noir brillant et le noir
    mat, le noir à la lumière et le noir dans l'ombre. Pour le noir
    antique, il faut y mêler du rouge; pour le noir frais, c'est du bleu;
    pour le noir mat, c'est du blanc; pour le noir brillant, c'est une
    adjonction de colle; pour le noir dans la lumière, il faut le refléter
    de gris.

À propos de fleurs, Hokousaï nous révèle un curieux ton de l'aquarelle de
là-bas: c'est le _ton du sourire_. Mais écoutez le vieux maître:

    Ce ton appelé le ton du sourire, Waraï-gouma, est employé sur la figure
    des femmes pour leur donner l'incarnat de la vie, et aussi employé pour
    le coloriage des fleurs. Pour le fabriquer ce ton, voici le moyen:
    il faut prendre du rouge minéral, _shôyén-ji_, fondre ce rouge dans
    de l'eau bouillante, et laisser reposer la dissolution: c'est un secret
    que les peintres ne communiquent pas.

Hokousaï ajoute:

    Pour les fleurs, on mêle généralement de l'alun à cette dissolution:
    mais ce mélange brunit le ton. Moi, j'emploie bien aussi l'alun, mais
    d'une manière différente, due à mon expérience. Je le bats longtemps
    dans un godet et le tourne sur un feu très doux jusqu'à ce que le
    liquide soit desséché complètement. Cette matière ainsi obtenue, on
    la conserve à sec, pour s'en servir, en la mélangeant avec du blanc.
    Et pour obtenir ce blanc teinté d'un soupçon de rouge, j'étends le
    blanc d'abord, et ensuite en délayant le _shôyén-ji_ dans beaucoup
    d'eau, et le laissant précipiter au fond de cette eau à peine teintée,
    passée sur la gouache, j'obtiens la coloration voulue.

Ce qu'il y a de curieux dans le professorat d'art d'Hokousaï, c'est
l'indépendance que prêche à ses élèves le maître indépendant, leur
déclarant _qu'ils n'aient pas à croire qu'il faut se soumettre servilement
aux règles indiquées, et que chacun, dans son travail, doit s'en tirer
selon son inspiration_.

La même année, il publie un second volume portant le même titre, où il
dit: _Dans le premier volume, j'ai indiqué les couleurs à l'état général,
dans celui-ci, je m'occupe des couleurs à l'état liquide_; et ce sont des
procédés, comme dans l'autre volume, pour peindre un lion de Corée, un
sanglier, des lapins.

Dans le premier volume, un moment, il nous entretient du procédé
hollandais de la peinture à l'huile de l'Europe, disant: Dans la peinture
japonaise, _on rend la forme et la couleur, sans chercher le relief, mais
dans le procédé européen on recherche le relief et le trompe-l'oeil_, et
Hokousaï conclut, sans parti-pris, qu'on peut admettre les deux procédés.

Dans ce second volume, faisant sans doute allusion à des planches de
Rembrandt qu'un critique américain l'accusera d'avoir transportées dans le
vieux sacro-saint dessin japonais, Hokousaï parle du procédé hollandais de
l'eau-forte, du procédé qui consiste à dessiner sur le cuivre recouvert
d'un vernis, et annonce qu'il dévoilera ce procédé dans le volume suivant.
Mais ce second volume du TRAITÉ DU COLORIS devait être la dernière
publication du peintre.


Un second livre, où Hokousaï professe longuement, est le _Riakougwa-haya
shinan_, LEÇON RAPIDE DE DESSIN ABRÉGÉ, ouvrage paru en trois volumes, le
premier en 1812, le second en 1814, le troisième sans date.

Dans le premier volume, aux croquis assez brutaux, il y a une chose
curieuse: que chaque dessin soit un Darma, soit un scolopendre, il est
reproduit dans les contours de sa forme par les lignes courbes de moitiés
de circonférences, de quarts de circonférences, et de temps en temps par
un carré.

Dans la préface[21], Hokousaï blaguant les anciens, s'exprime ainsi:

    [Note 21: La préface est de Kiôrian, mais elle est répétée dans le
    _Shoshin Yédéhon_, MODÈLES DE DESSINS POUR LES COMMENÇANTS, sous
    le nom d'Hokousaï.]

    Les anciens ont déclaré que la montagne se fait avec la hauteur de dix
    pieds, les arbres avec la hauteur d'un pied, le cheval avec la hauteur
    d'un pouce, l'homme avec la grosseur d'un haricot, et ils ont proclamé
    que c'est la loi de la proportion dans le dessin. Non, les lignes du
    dessin, ça consiste en des ronds et des carrés... Maintenant notre
    vieil Hokousaï, lui, a pris une règle et un compas, et c'est avec cela
    qu'il a dessiné toutes les choses pour en bien déterminer la forme:
    un procédé qui ressemble un peu à ce vieux moyen de tâtonner avec le
    pinceau-charbon (_morceau de bois brûlé, du fusain_). Or, celui qui
    apprendra à bien manoeuvrer la règle et le compas, il pourra arriver
    à exécuter les dessins les plus fins et les plus délicats.

Et à la fin du volume, ces lignes sont encore d'Hokousaï:

    Ce livre apprend la manière de dessiner au moyen du compas et de la
    règle, et celui qui travaillera à l'aide de ce moyen apprendra par
    lui-même la proportion des choses.

Dans le second volume, Hokousaï se représente peignant avec la bouche, les
mains, les pieds, dessin que nous trouvons répété en 1848 dans le TRAITÉ
DU COLORIS, et c'est une série de dessins assez semblables aux dessins
géométriques du premier volume, mais qui seraient inspirés par la
contexture des mots de la langue japonaise. Dans ce volume en une langue
impossible, aux localités invraisemblables, et sous des noms imaginaires,
moquant le style de rivaux et de concurrents, Hokousaï plaisante ainsi:

    En aimant le style prétentieux de Hé-ma-mousho-Niûdô, le peintre
    Yama mizou Téngou, de Noshi-Koshi yama, s'est approprié l'art
    incompréhensible de ses dessins. Or, moi qui ai étudié ce style près
    de cent ans, sans y rien comprendre plus que lui, il m'est cependant
    arrivé ceci de curieux, c'est que je m'aperçois que mes personnages,
    mes animaux, mes insectes, mes poissons ont l'air de se sauver du
    papier. Cela n'est-il pas vraiment extraordinaire? Et un éditeur, qui
    a été informé de ce fait, a demandé ces dessins de telle façon que je
    n'ai pu lui refuser. Heureusement que le graveur Koizoumi, très habile
    coupeur de bois, s'est chargé, avec son couteau si bien aiguisé, de
    couper les veines et les nerfs des êtres que j'ai dessinés et a pu les
    priver de la liberté de se sauver. Ce petit volume, je l'affirme, sera
    un bijoux précieux pour la postérité, et les personnes entre les mains
    desquelles il se trouvera, doivent l'étudier avec toute confiance.

Et il signe: _Yamamizou Téngou Téngoudo Nettétsou_ (fer chaud).

Dans le troisième volume, qui est toujours une suite de dessins cherchés
d'après la forme des mots, et où en haut des pages il y a la figuration de
ces mots au-dessus des sujets dessinés, la première image représente le
peintre qui a signé la préface du second volume Téngou Téngoudo,
présentant un dessin à un Téngou, à un de ces génies aux cheveux en poils
de bête, au nez en vrille[22], et Hokousaï met en tête de ce volume:

    Ce livre apprend le dessin sans maître. On a emprunté les lettres,
    les caractères de la calligraphie pour faire l'étude plus facile à
    l'élève. Dans chaque dessin, la marche du pinceau est indiquée par le
    numérotage, afin que les enfants puissent retenir l'ordre de la marche.

    Mais ce livre n'est pas pour l'enfant seulement; les grandes personnes,
    les poètes par exemple, qui veulent exécuter un dessin rapide dans une
    société, seront aidées par ce livre. C'est donc les préliminaires du
    dessin cursif.

    [Note 22: La tête de Téngou est formée par les mots Yama (montagne)
    et Mizou (eau), et la tête du peintre par une réunion de caractères
    faisant hé-ma-mou-sho.]

À la fin du volume, Hokousaï ajoute:

    L'idée qui m'a fait faire ce volume vient de ce que, un soir, chez moi,
    Yû-yû Kiwan _nom fantaisiste_ m'a demandé: Comment peut-on apprendre à
    faire un dessin d'une manière rapide et facile? Je lui ai répondu que
    le meilleur moyen était un jeu qui consistait de chercher à former
    les dessins d'après les lettres, et j'ai pris mon pinceau, et lui ai
    montré comment on peut facilement dessiner. Quand j'ai eu exécuté deux
    ou trois dessins l'éditeur Kôshodô, qui était là, n'a pas voulu laisser
    perdre ces dessins, et il m'a fait dessiner tout un volume, qu'on doit
    regarder, au fond, comme une distraction, comme un amusement pour rire.


Autour de ces deux traités techniques écrits par Hokousaï, il n'est
peut-être pas sans intérêt de grouper les albums d'Hokousaï traitant
spécialement du dessin et du coloris, dont les préfaciers ont été sans
doute inspirés dans leurs préfaces par les théories, les idées, les
ironies d'Hokousaï.

Ainsi dans l'album intitulé _Hokousaï Sogwa_, DESSINS GROSSIERS D'HOKOUSAÏ,
publié en 1806, et dont la première planche représente le génie
fantastique de l'encre de Chine, le préfacier Sakaudô, se faisant
l'interprète des conversations du peintre, s'exprime dans ces termes:
«Il n'est pas difficile de dessiner des monstres, des revenants, mais,
ce qu'il y a de difficile, c'est de dessiner un chien, un cheval, car ce
n'est qu'à force d'observer, d'étudier les choses et les êtres qui vous
entourent, qu'un peintre représente un oiseau qui a l'air de voler, un
homme qui a l'air de parler. Or, le talent extraordinaire du vieillard
Taïtô (Hokousaï) n'est que le résultat de ce travail, de cette observation
dans laquelle il a apporté cette attention infatigable que j'ai toujours
admirée et qui a fait de lui le grand artiste indépendant et le maître
unique.»


Ainsi l'album _Shosin Yédéhon_, MODÈLES DE DESSIN POUR LES COMMENÇANTS,
sans date (deux volumes dont le second est en couleur), où la succession
des coups de pinceau à donner est indiquée par un numérotage venant
d'Hokousaï, et où, pour une étude de tête de profil, la marche du pinceau
est ainsi indiquée: 1, le front; 2, la ligne du nez; 3, la narine;
4, le dessus de la bouche en partie cachée par la robe; 5, l'oeil;
6, le sourcil; 7, l'intérieur de l'oreille; 8, le contour, et les cheveux
de 9 à 16.

Ainsi le RÉPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN, sous le titre de _Yéhon hayabiki_,
qui a suivi la LEÇON RAPIDE DE DESSIN ABRÉGÉ, et qui a paru en deux
volumes publiés en 1817 et 1819.

Ces albums, qui contiennent par page 50 ou 60 silhouettes humaines de la
grosseur d'un insecte, sont une sorte d'inventaire et de catalogue de tous
les motifs de dessin classés sous la première lettre de leurs noms: le
premier volume commençant à la lettre i et le second finissant à la lettre
_sou_, la quarante-septième et dernière lettre de l'alphabet japonais.

Dans ce recueil, la tête est presque toujours indiquée seulement par le
contour de l'ovale. Et ce mode de dessin, adopté par Hokousaï, vient à
la suite d'une discussion avec un ami du peintre, qui soutenait que la
physionomie d'un être humain ne pouvait être reproduite qu'avec le dessin
de ses yeux et de sa bouche: discussion dans laquelle Hokousaï se fit fort
de rendre l'expression, la vie d'un visage, en ne les y dessinant pas[23].

    [Note 23: Le _Mousha Bouri_, RÉPERTOIRE DES GUERRIERS, est un
    recueil dans le même genre que le RÉPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN, et
    qui donne la nomenclature des guerriers célèbres. A la fin de ce
    volume, publié en 1841, Hokousaï annonce qu'il prépare un volume sur
    les poètes et les artistes célèbres, mais ce volume n'a pas paru.]

Ainsi, dans l'album d'_Ippitzou gwafou_, LE DESSIN A UN COUP DE PINCEAU,
album publié en 1823, et où un seul coup de pinceau donne si curieusement
la silhouette d'oiseaux qui volent, de tortues qui nagent, de lapins qui
digèrent, et de Japonais et de Japonaises dans toutes les actions de leur
vie. Ici, le préfacier avoue que ce mode de dessin n'a pas été inventé par
Hokousaï, qu'il est de l'invention de Foukouzénsaï de Nagoya, et que, dans
un séjour dans cette ville, Hokousaï a été intéressé par ce procédé de
dessin et, craignant qu'il ne se perdît, il a dessiné différents sujets de
la même façon, pour que, plus répandu, il soit connu par la postérité[24].

    [Note 24: Un autre album, intitulé _Sôhitsou gwafou_, ALBUM DE
    DESSIN CURSIF, publié par Hokousaï en 1843, est fabriqué un peu dans
    le même esprit de coloriage.]

Ainsi l'album intitulé _Santaï gwafou_, ALBUM DE TROIS DIFFÉRENTES SORTES
DE DESSINS, imprimé en 1815, où Hokousaï signe Taïto, et dans lequel le
préfacier Shokousan-jïn, traduisant la pensée du peintre, dit: «Dans
la calligraphie il y a trois formes, et ce n'est pas seulement dans la
calligraphie que ces trois formes existent, c'est dans tout ce que
l'oeil de l'homme observe. Ainsi, lorsqu'une fleur commence à s'épanouir,
sa forme est, pour ainsi dire, une forme rigide; lorsqu'elle est
défleurie, sa forme est comme négligée; lorsqu'elle tombe à terre, sa
forme est comme abandonnée, désordonnée.» Et au milieu de différentes
images, une planche d'orchidée, trois fois répétée, est comme la
confirmation de l'idée un peu paradoxale du peintre.

Ainsi l'album _Hokousaï Gwashiki_, MÉTHODE DE DESSIN D'HOKOUSAÏ, publié
avec la collaboration de ses élèves, d'Ohsaka, Sénkwakou-teï, Hokouyô,
Sekkwatei, Hokoujû, Shunyôtéi, Hokkei, et où le préfacier fait ainsi
l'éloge d'Hokousaï: «La peinture est un monde à part et celui qui veut y
réussir doit connaître par coeur les diversités des quatre saisons et
avoir au bout des doigts l'habileté du créateur. Le Katsoushika Hokousaï
de Yédo aima cet art dès l'enfance, eut pour unique maître la nature, et
il a pénétré le mystère de l'art; enfin c'est l'unique grand peintre de la
peinture ancienne et de la peinture moderne. Depuis des années il a donné
des albums pour servir aux élèves, mais des albums insuffisants aux
demandes. Et aujourd'hui l'éditeur Sôyeidô a demandé au maître un nouvel
et plus complet album qui servira de méthode pour la jeunesse.»

Et à la fin de toutes ces révélations sur l'art du maître, qu'elles
émanent de ses amis ou de lui-même, donnons la plus curieuse de toutes,
que Hokousaï, en 1835, jeta en tête des CENT VUES DU FOUZI-YAMA:

    Depuis l'âge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des
    objets. Vers l'âge de cinquante ans, j'avais publié une infinité de
    dessins, mais tout ce que j'ai produit avant l'âge de soixante-dix ans
    ne vaut pas la peine d'être compté. C'est à l'âge de soixante-treize
    ans que j'ai compris à peu près la structure de la nature vraie,
    des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des
    insectes.


    Par conséquent, à l'âge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus
    de progrès; à quatre-vingt-dix ans je pénétrerai le mystère des choses;
    à cent ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et
    quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne,
    tout sera vivant;

    Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens ma
    parole.

    Écrit à l'âge de soixante-quinze ans par moi, autrefois Hokousaï,
    aujourd'hui Gwakiô Rôjin, le vieillard fou de dessin[25].

    [Note 25: _L'Art Japonais_, par Gonse. Quantin. 1883, t. I.]



                                  LII


À l'âge de 68 ou 69 ans, Hokousaï avait eu une attaque d'apoplexie, dont
il s'était tiré en se traitant par la _pâtée de citron_, un remède de la
médecine japonaise et dont la composition était laissée par le peintre à
l'ami Tosaki, avec, dans la marge de l'ordonnance, des croquetons de la
main du peintre représentant le citron, le couteau à couper le citron, la
marmite où on le fait cuire.

Voici la composition de cette _pâtée de citron_:

«Avant que vingt-quatre heures japonaises (48 heures) se soient écoulées
depuis l'attaque, prenez un citron, découpez-le en petits morceaux, avec
un couteau de bambou et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron,
ainsi découpé, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un _go_ (un quart de
litre) de saké extra bon, et laissez cuire au petit feu jusqu'à ce que le
mélange devienne épais.

«Alors il faut avaler, en deux fois, la pâtée de citron dont on a retiré
les pépins, dans de l'eau chaude; et l'effet médical se produit au bout de
vingt-quatre ou trente heures.»

Ce remède avait complètement guéri Hokousaï et semble l'avoir mené bien
portant jusqu'en 1849 où il tombait malade de ses 90 ans, dans une maison
d'Asakousa, le _quatre-vingt-treizième_ logis de cette existence
vagabondante d'une habitation à l'autre.

C'est alors, sans doute, qu'il écrivit à son vieil ami
Takaghi cette lettre ironiquement allusive:

    Le roi Yemma[26] est bien vieux et s'apprête à se retirer des affaires.
    Il s'est fait construire, dans ce but, une jolie maison à la campagne
    et il me demande d'aller lui peindre un kakémono. Je suis donc obligé
    de partir et, quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi.
    J'irai louer un appartement au coin de la rue d'Enfer, où je serai
    heureux de vous recevoir, quand vous aurez occasion de passer par là.

                                                              HOKOUSAÏ.

    [Note 26: Yemma, roi des Enfers, le Pluton japonais. Cette lettre
    a été publiée par M. Morse, dans l'Art Review, et reproduite, par
    Gonse, dans l'_Art Japonais_.]


En cette dernière maladie où Hokousaï eut les soins de sa fille Oyei,
qui avait divorcé avec son mari et habitait avec son père, et où il fut
entouré de l'affection filiale de ses élèves, la pensée du mourant _fou de
dessin_, toujours toute à l'ajournement que le peintre sollicitait de la
Mort pour le perfectionnement de son talent, lui faisait répéter d'une
voix qui n'était plus qu'un soupir: _Si le ciel me donnait encore dix
ans_... Là, Hokousaï s'interrompait, et après un silence: _Si le ciel me
donnait seulement encore cinq ans de vie... je pourrais devenir un vrai
grand peintre_[27].

    [Note 27: D'après la biographie de _Oukiyo yé Ronikô_, par Kiôdén,
    qui le fait mourir le 13 avril 1849, la poésie de la dernière heure,
    que Hokousaï aurait formulée en mourant, est celle-ci:

      Oh! la liberté, la belle liberté, quand on va se promener aux champs
      d'été, en âme seule, dégagée de son corps.]

Hokousaï mourait à l'âge de 90 ans, le dix-huitième jour du quatrième mois
de la deuxième année de Kayéï (le 10 mai 1849).

Un tombeau lui a été élevé, par sa fille Shiraï Tati dans le jardin du
Temple Seikiôji d'Asakousa, à côté de la pierre tombale de son père,
Kawamoura Itiroyémon.

On lit sur la face de la grande pierre tombale: _Gwakiôjin Manjino Haka_
(Tombeau de Manji, vieillard fou de dessin). Sur la base: _Kawamoura Ouji_
(Famille Kawamoura).

Sur le côté gauche de la pierre tombale, en hauteur, trois noms religieux:
1° _Nansô-in kiyo Hokousaï shinji_ (Le chevalier de la foi, Hokousaï à la
gloire pittoresque), _Nansô_ (religieux du sud de Sô)[28]; 2° _Seizen-in
Hö-okou Miôju shin-nio_, un nom de femme morte en 1828, qui pourrait être
sa seconde femme; 3° _Jô-oun Miôshin Shin-nio_, un autre nom de femme
morte en 1821, qui serait celui d'une de ses filles.

    [Note 28: Le mot Sô est l'abréviation du mot Shimofousa, où se trouve
    Katsoushika.]



                                  LIII


Hokousaï s'est marié deux fois, mais on ignore les noms de ses deux femmes;
on ne sait pas même si la séparation avec chacune d'elles a été amenée
par la mort ou le divorce; seulement on a la certitude que le peintre
vivait seul à partir de 52 ou 53 ans.

De sa première femme Hokousaï avait eu un fils et deux filles.

Le fils, c'est Tominosouké qui prit la succession de la maison du
miroitier Nakajima Issé, et qui mena une vie de désordres, causant mille
ennuis à son père.

Les filles, ce sont: Omiyo qui devint la femme de Yanagawa Shighénobou, le
peintre, morte quelque temps après son divorce, et qui avait mis au monde
ce petit-fils qui fut une source de tribulations pour son grand-père; et
Otétsou, douée d'un vrai talent de peintre, qui mourut toute jeune.

De sa seconde femme Hokousaï eut également un fils et deux filles.

Le fils, c'est Takitiro, un petit fonctionnaire de Tokougawa, un peu poète,
devenu le fils adoptif de Kasé Sakijiurô, qui éleva le tombeau d'Hokousaï
et dont il prit le nom. Le petit-fils de Takitiro qui s'appelait Kasé
Tchôjirô a été le camarade d'école de Hayashi, en l'étude de la langue
française, dans la classe de M. Fontaine, actuellement maire d'Asnières.

Les filles, ce sont: Onao, qui mourut dans son enfance, et Oyei, qui se
maria avec un peintre nommé Tômei, mais divorça et vécut, comme nous
l'avons dit, la fin de la vie d'Hokousaï, avec son père. C'était un
artiste, qui fit l'illustration de _Onna tchôhôki_: un livre d'éducation
pour la femme, qui traite de la civilité.

Hokousaï avait deux frères aînés et une soeur cadette, tous morts dans
leur jeunesse.



                                    LIV


En l'année 1850, l'année qui suit la mort d'Hokousaï, paraît _Guirétsou
hiakoninshu_, CENT EXEMPLES DE COURAGE, une illustration due à plusieurs
artistes, mais où une planche d'Hokousaï représentant une terrible tempête
nous montre Tatiwana-himé, la femme du prince Yamatodaké, se jetant dans
la mer pour apaiser les flots par le sacrifice de sa vie.

Trente ans après la mort d'Hokousaï, en 1879, on a publié en deux volumes
d'après ses dessins, le _Yéhon Tôshisén Gogon-zekkou_, ILLUSTRATION DES
POÉSIES DES THANG, COMPOSÉES DE QUATRE VERS DE CINQ MOTS.

Les deux premières pages vous montrent: l'une, le poète écrivant à main
levée, au pinceau, tandis qu'un enfant lui prépare l'encre de Chine;
l'autre, le peintre peignant à l'encre de Chine sur un kakémono des oies
sauvages, dans l'étonnement de ses disciples.

Après ces deux planches, les compositions les plus diverses: un homme qui
nettoie un miroir de bronze; une abandonnée qui se désole dans son lit;
une collation à la fin de laquelle l'amphitryon donne son sabre à son ami
qui part pour une expédition militaire; des cygnes nageant à l'ombre de
grands camélias.

Enfin, comme pendants aux deux premières planches, les deux dernières
représentant la fabrication de l'encre de Chine: le ramassement de la suie
dont elle est faite, et le moulage de cette suie en bâtons.



                                    LV

                       KAKÉMONOS--MAKIMONOS--PANNEAUX


Ici, sous ce titre qui comprend tout ce qui touche à l'encre de Chine ou
à l'aquarelle, la peinture japonaise de son pinceau, je vais essayer de
signaler, bien incomplètement, les précieux morceaux de papier ou de soie,
signés du glorieux maître, existant à l'heure présente en Europe, en
Amérique, en Asie.


                                 KAKÉMONOS

Une carpe dont le milieu du corps est traversé dans l'eau, où elle nage,
par un rayon lumineux.
      Signé: _Hokousaï I-itsou manji_. (Hokousaï à 75 ans).
      H. 29.--L. 34.
      Collection Hayashi.


Shishin, l'un des 108 héros du roman de Souikô.
      De profil, tourné à droite, la tête levée en l'air, tenant un bâton
      d'une main rejetée derrière le dos, Shishin est habillé d'une robe
      de dessous bleue, sa robe de dessus tombée autour des reins; il a,
      aux pieds, des espèces de bottes de cuir lui montant jusqu'aux
      genoux, et ses bras nus sont tatoués de neuf dragons.

      Un dessin à l'aquarellage noyé, mettant autour des contours et des
      plis des teintes délavées, semblables à celles des bords de mers et
      d'océans dans nos atlas.
      Signé: _Manji, vieillard fou de dessin à 80 ans_.
      H. 120.--L. 52.


Riki, un autre héros des 108, surnommé le _Tourbillon noir_, à cause de la
rapidité avec laquelle il faisait tourner sa hache.
      De face, debout, les traits farouches, le menton appuyé sur sa
      main gauche, sa main droite tenant sa hache homicide. Une anatomie
      rocheuse, comme inspirée par les statues de pierre des Niô à la
      porte des temples, avec des chairs couleur brique, et quelques
      touches de bleu dans le noir de l'encre de Chine des vêtements.
      Même signature et même grandeur que le premier.
      Les deux pendants font partie de la collection Hayashi.


Un faisan, la tête retournée près d'une tige de pissenlit.
      Signé: _Hokousaï_ (de 1800 à 1806).
      H. 31.--L. 54.
      Un faisan.
      Signé: _Manji, vieillard fou de dessin à 80 ans_.
      H. 29.--L. 57.
      Ces deux dessins font partie de la collection de M. Hayashi.


Kwakou Shighi, le ministre populaire de la Chine, le ministre a la plus
nombreuse famille de tous les ministres de la terre, représenté assis sur
une chaise tournante, la tête penchée vers sa femme, et entouré de plus de
vingt-quatre enfants.

Un kakémono d'une facture dure, mais avec un effort chez Hokousaï de faire
plus portrait qu'il ne fait d'ordinaire, dans ces têtes d'enfants, au ton
rose de la pêche, et avec des rehauts de blanc sur le nez et les paupières.
      Signé: _Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousaï changé de
      nom, vulgairement Nakashima Tetzouzô Fouji-wa-no Tamékazou, à l'âge
      de 88 ans_.
      H. 100.--L. 43.

      Le même sujet vers 1807, plus ancien de 40 ans.
      H. 61.--L. 55.


Ces deux compositions font partie de la collection Hayashi.


«Le Lever.» Femme habillée d'une robe grise semée de fleurettes blanches,
tenant en main un _yutô_, une cafetière en laque semée de pétales de
fleurs d'oranger, servant au transport de l'eau chaude, qu'elle s'apprête
à verser dans un bol de porcelaine décoré de paysages bleus, posé sur un
plateau à pied, près d'une brosse à dents en bois.
      Signé: _Hokousaï_.
      H. 114.--L. 44.

«Le Coucher.» Femme qui va se coucher, en train de changer le papier de
son oreiller, sa tête sortant du rose de sa robe de dessous, et son corps
flottant dans les plis d'une robe de dessus d'un gris mauve, sillonné de
petits oiseaux de mer appelés au Japon _miyakodori_.
      Même signature et même dimension que le _Lever_.

Ces deux kakémonos font partie de la collection de M. Hayashi.
Un troisième kakémono: la moustiquaire de cette série, est chez M. Gonse.


Tchôriô, conseiller d'État, rencontrant sur un pont Kosékikô, vieillard
mystérieux qui lui remet un rouleau avec l'étude duquel il met en état le
prince, son maître, de renverser l'Empereur qui a fait la grande muraille
de la Chine.
      Dessin de premier jet, avec quelques légères colorations dans le
      barbotage de l'encre de Chine.
      Signé: _Sur la demande de Yeisai Soshû; Hokousaï Sôri a fait ce
      dessin_. Le dessin n'est pas signé, mais porte un cachet où il y a
      le nom de _Tokimasa_ (vers 1798).
      H. 115.--L. 47.
      Collection Hayashi.


Sur un fond brunâtre, une grande branche tortillarde de prunier en fleurs,
rien qu'à l'encre de Chine avec les fleurs gouachées de blanc: un kakémono
d'un relief extraordinaire, où le noueux, l'excorié, le liégeux d'un vieux
bois, sont rendus d'une manière miraculeuse.
      Signé: _Katsoushika Hokousaï_ (1806-1807).
      H. 126.--L. 52.


Trois grandes lanternes posées l'une à côté de l'autre. De la peinture
décorative enlevée rapidement.
      Non signé.
      H. 118.--L. 51.


Ces deux kakémonos appartiennent à M. Hayashi. Ils faisaient partie d'un
paravent de six feuilles, dont deux maintenant sont en possession de M.
Vever, et deux en possession de M. Monnet, paysagiste.


Femme lisant une pièce de théâtre, dans un mouvement de tête abaissée, au
cou cassé. Coloration de la figure avec le blanc d'une face de pierrot,
mais une robe aux tons changeants, semés de fleurettes de _lespedèze_, sur
laquelle tranche le ton d'une ceinture verdâtre aux dessins jaune d'or. Un
oiseau volant au-dessus de la tête de la liseuse.
      Signé: _Hokousaï_.
      H. 119.--L. 51.
      Collection Hayashi.


Femme de profil tournée à droite, à la tête de face surmontée de
l'étoilement des épingles de sa chevelure, et avec le délicat ovale de
sa figure sortant du rose d'une robe de dessous. Un dessin d'une grâce
contournée charmante; la robe ayant aux épaules comme le renflement d'un
dolman et se creusant à la rentrée des reins sous la ceinture, toute
bouffante en avant et se répandant et s'étalant aux pieds en un large
ondoiement. Des colorations, comme si le papier _buvard_ sur lequel elles
sont posées trempait dans l'eau; et un noir assoupi des cheveux, et un
incarnat du visage, pour ainsi dire imperceptible, et un nuageux des
plis de la robe qui semble impossible à obtenir. Un des plus désirables
kakémonos d'Hokousaï.
      Signé: _Taïto_ (1887).
      H. 107.--L. 29.
      Collection Hayashi.


Handaka, un disciple de Bouddha, élevant en l'air un bol d'où sort une
fumée qui se change en dragon.
Dessin d'un déchiquetage personnel à Hokousaï, et où les étoffes ont
l'air de lanières volantes, comme si cette animation un peu exagérée, que
l'artiste met dans les corps, il voulait la porter dans les étoffes. Lavis
à l'encre de Chine sur un ton rosâtre.
      Signé: _Hokousaï Taïto_ (1815).
      H. 100.--L. 43.
      Collection Hayashi.


Un prêtre shintoïste tenant un arc auquel sont attachées des poésies.
Facture tout à fait grossière, barbouillage inharmonique.
      Signé: _Manji, vieillard de 85 ans_ (1844).
      H. 95.--L. 29.
      Collection Hayashi.


Un aigle, au moment où il se pose sur le rocher d'un écueil.
Un des kakémonos d'Hokousaï, à la coloration la plus puissante, et qui
porte en haut cette curieuse note: «L'année dernière, le 28 du 11e mois,
l'oiseau était vu à Kazousa et, le 18 du mois suivant, il fut pris à
Sounamoura, et l'ordre de le dessiner fut donné à Hokousaï, 6e mois
1848.»
      Signé: _Manji autrefois Hokousaï, vieillard fou de dessin,
      vulgairement Nakashima Tétsouzô_ (et en vérité) _Foujivara no
      Tamékazou, à l'âge de 88 ans_.
      H. 123.--L. 52.
      Collection Hayashi.


Kakémonos des six Poètes, panneaux détachés d'un paravent:

            Ariwara no Narihira,
            Ohtomo no Kouronoushi,
            Boun-ya no Yasouhidé,
            Sôjô Hénjô.

      Peintures décoratives enlevées d'un pinceau rapide.
      Signé _Katsoushika Hokousaï_ (1806-1812).
      H. 130.--L. 53.
      Collection Hayashi.

            Omono Komati,
            Kisén Hosshi.

      Ces deux panneaux complétant les six Poètes, et de la même
      dimension, et portant la même signature que les quatre autres,
      nous les retrouvons dans la collection de M. Vever.


Un _Katsouo_ (poisson ressemblant au maquereau), dont une tranche a été
enlevée, posé sur une tige d'oeillet; un autre avec un navet: ce poisson
se mangeant avec du navet râpé.
      Signé: _I-itsou Hokousaï_ (vers 1823).
      H. 92.--L. 27.
      Collection Hayashi.


Un vol de pluviers au-dessus d'un cours d'eau, par un jour de neige.
Kakémono d'une exécution poussée au fini.
      Signé: _Hokousaï Tokimasa_ (1799-1800).
      H. 110.--L. 26.
      Collection Hayashi.


Un shôjô, un petit génie du saké, à la chevelure rouge envolée derrière
lui, soulevant de ses deux bras en l'air un barillet de saké.
      Signé: _Hokousaï, fou de dessin_ (1801-1805).
      H. 84.--L. 26.
      Collection Hayashi.


Apparition de monstres. Une tête énorme, à côté d'une tête de vieille
femme, au long cou d'un serpent, sortant d'une boîte.
      Non signé.
      H. 31.--L. 57.
      Collection Hayashi.


Apparition. Derrière une lanterne de tombeaux, décorée de feuilles de
nénuphar (un symbole bouddhique), une femme, d'une main appuyée sur un
bâton, la tête enveloppée d'une chevelure épaisse, les yeux creux, le nez
décharné, les dents se détachant en blanc d'un trou noir, les chairs
livides éclairées par la blafarde lueur de la lanterne.
      Dessin fait pour une audition de Hayashiya Shôzô, conteur d'histoires
      de revenants, au moment où l'on éteignait les lumières et où ne
      restait éclairé que le dessin d'épouvante.
      Signé: _Manji, vieillard fou de dessin, à l'âge de 80 ans_ (1839).
      H. 56.--L. 27.
      Collection Hayashi.


Deux têtes coupées, aux traits contractés, au blanc de l'oeil injecté de
sang, attachées par une cordelette à une tige de bambou. Peinture qu'on
sent faite d'après nature, sur un morceau de soie entièrement recouverte
de gouache, et qui joue la peinture à l'huile.
      Signé: _Manji, vieillard de 88 ans_ (1847).
      H. 32.--L. 53.


Lanterne de cimetière avec la planchette de prière; un serpent sortant de
la lanterne renversée.
      Non signé.
      H. 32.--L. 53.


Ces deux kakémonos, qui appartiennent à Hayashi, faisaient partie d'un
paravent de 18 feuilles, que, sauf ces deux sujets, Hayashi a refusé
d'acheter: les seize autres représentant des cadavres en liquéfaction.


Femme habillée d'une robe à l'imitation d'une queue de paon et sur
laquelle neige un prunier en fleurs.

Peinture à la gouache, jouant la peinture à l'huile, sur une planchette
destinée à être attachée par un clou à un pilastre ou à une colonne.
      Non signé.
      Collection Hayashi.


Un homme, un masque de Téngou, sur la figure, dansant et chantant, mène le
branle de trois petits Japonais, aux joyeuses gambades.
      Dessin du faire le plus léger et le plus spirituel.
      Signé: _Manji, vieillard fou de dessin_ (80 ans).
      H. 91.--L. 29.
      Collection Hayashi.


Daïkokou et Yebisou en voyage.
      Dessin caricatural en une aquarelle très pochée.
      Signé: _Hokousaï, fou de dessin_.
      H. 75.--L. 28.
      Collection Hayashi.


Paysage représentant, très modifiée, la vue de Tsou-kouba du _Shashin_.
      Non signé, mais portant le cachet d'Hokousaï.
      H. 29.--L. 45.
      Collection Hayashi.


Shôki en marche, un chapeau-parasol sur son sombre visage, les mains
croisées sous ses larges manches.
      Un dessin à l'encre de Chine sur un fond brunâtre, qui a quelque
      chose de farouche dans sa noire tonalité.
      Signé: _Manji, vieillard de 88 ans_.
      H. 67.--L. 26.
      Collection Hayashi.


La poétesse Seishônagon, la première romancière du roman d'amour au Japon,
et qui a écrit, au VIIIe siècle, LE CAHIER DE L'OREILLER. Elle est
représentée, ainsi que toutes les femmes de la noblesse dont sont sorties
les poétesses, avec les deux mouches à l'encre de Chine sur le front,
appelées, je crois, _hòshi_ et les cheveux épars sur le dos, lisant un
rouleau sur une petite table devant laquelle elle est accroupie.
      Signé: _Hokousaï Taïto_ (1817).
      H. 99.--L. 39.
      Collection Hayashi.


Yébisou rapportant un _taï_ dans un panier accroché derrière son dos.
      Dessin à l'encre de Chine avec quelques colorations rouges et bleues:
      gai dessin aux traits spirituels et au lavage léger.
      Signé: _Sôri_ (1795-1798).
      H. 91.--L. 25.

Shôki, en train de lire, derrière le dos d'une femme, la lettre qu'elle
vient de recevoir.
      Même facture que le kakémono précédent.
      H. 85.--L. 27.


Ces deux kakémonos font partie de la collection Hayashi.

Cascade de Nounobiki (de la Toile accrochée), chute d'eau dont les ondes
ont les ondulations horizontales d'une toile mollement suspendue en l'air,
et qui sont dans le dessin rehaussées de gouache, avec la poussière de
l'eau sur les rochers rendue dans une imitation parfaite par une poussière
de blanc d'argent.
      Signé: _Hokousaï_ (1800).
      H. 102.--L. 27.
      Collection Hayashi.


Une _guésha_ en promenade, de profil, tournée à gauche, une lanterne
derrière elle. Elle est habillée d'une robe noire ocellée de plumes de
paon.
      Signé: _Gwakiôjin Hokousaï_.
      H. 82.--L. 28.
      Collection Bing.


Une vieille blanchisseuse, son panier sous le bras. Lavis à l'encre de
Chine.
      H. 86.--L. 27.
      Collection Bing.


Un bord de rivière. Encre de Chine.
      Signé: _Hokousaï_
      H. 34.--L. 56.
      Collection Bing.


Diable à la figure verte, accroupi devant une pipe et une tasse de saké.
Aquarelle.
      Signé: _Manji à 88 ans_.
      H. 18.--L. 15.
      Collection Bing.


Une femme versant du saké à un vieillard.
Kakémono à la finesse d'un sourimono.
      Signé: _Gwakiôjin_.
      H. 38.--L. 38.
      Collection Bing.


Un Shôski en pied, tout peint à l'encre rouge, sauf les yeux, et le trait
serpentant de la bouche. Ces peintures sont, je crois, considérées au
Japon comme des préservatifs des maladies.
      Signé: _I-itsou à 75 ans_.
      H. 64.--L. 27.
      Collection Bing.


Ouvrier nettoyant la neige sur un tonneau, se détachant d'un ciel d'hiver,
tout _ouateux_ de neige[29].
    [Note 29: Kakémono qui a été reproduit dans une petite impression
    en couleur.]
      Signé: _Hokousaï Taïto_.
      H. 98.--L. 30.
      Collection Bing.


Réunion d'une tortue de longévité, de la perle sacrée, d'une lettre de
bonheur: dessin d'un groupement plein de style.
      Signé: _Manji_.
      H. 95.--L. 33.
      Collection Bing.


Le pèlerin Saïghiô, ayant quitté la cour, assis sur un tertre, et
contemplant la campagne avec des yeux contemplatifs d'ascète.
      Signé: _Hokousaï_.
      H. 64.--L. 27.
      Collection Bing.


Un prunier en fleurs, sous le clair de lune. Encre de Chine qui a
l'admirable papillotage de la lumière sur ces arbres, en leur floraison.
      H. 136.--L. 21.
      Collection Bing.


Une langouste dessinée avec la science ichthyologique du Maître.
      Signé: _Hokousaï_.
      H. 85.--L. 29.
      Collection Bing.


Un vieillard, fait avec le lavage brutal des vieilles années du peintre.
      Signé: _Hokousaï_,--bien certainement une signature fausse sur un
      dessin vrai, mais du temps où Hokousaï signe _Manji_.
      H. 74.--L. 20.
      Collection Bing.


_Guésha_, habillée d'une robe noire, aux transparences de la plus grande
habileté, et marchant de profil tournée à gauche, ainsi que presque toutes
ses études de courtisanes.
      H. 119.--L. 29.
      Collection Bing.


Un kakémono, divisé en trois compartiments. Entre une poésie chinoise et
une poésie japonaise, dans la bande étroite du milieu, un paon, la tête
soulevée pour attraper une araignée, pendant au bout d'un fil. Une
aquarelle extraordinaire, où le maître a rendu la vie remuante de la
plume: l'un des plus merveilleux kakémonos d'Hokousaï que j'aie vus.
      Signé: _Gwakiôjin Hokousaï_.
      Collection Bing.


Diables s'abritant sous le chapeau de Shôki. Peinture aux anatomies
fragmentées, et aux colorations brutales non fondues, et ressemblant à des
morceaux de mosaïque: peinture typique du _faire_ des dernières années
d'Hokousaï.
      Signé: _Manji_.
      H. 80.--L. 55.
      Collection Gonse.


Un faucon sur une branche de sapin. Aquarelle.
      Signé: _Manji_. Mais je crois le dessin antérieur à cette signature,
      qui y aurait été postérieurement apposée.
      H. 68.--L. 21.
      Collection Gonse.


Un coq et une poule. Aquarelle de la plus grande intensité.
      Signé: _Gwakiô rôjin, à l'âge de 80 ans_.
      H. 36.--L. 56.
      Collection Gonse.


Hotei couché à terre, enfonçant les mains dans son sac. Peinture d'un
grand relief, aux délicats détails du costume vert et bleu perdus dans
la masse, et aux belles lignes du sac.
      Non signé.
      H. 29.--L. 46.
      Collection Gonse.


Tige de bambou où vont se poser deux moineaux: la tige de bambou à l'encre
de Chine, les moineaux pochés de ces rougeâtres et brunâtres taches
qui font des moineaux d'Hokousaï de petites oeuvres de la plus grande
maîtrise.

Ce kakémono, qui vient de la vente de l'atelier de Kiôsaï, et qui est
signé: _Katsoushika-tiyémon, à l'âge de 85 ans_, a, en tête, une lettre
d'envoi autographe du peintre, avec un croqueton de salutation semblable
à ceux qu'il jette en tête de ses lettres à ses éditeurs, et l'envoi est
fait à un ami habitant près du pont de Nakabashi, qu'il appelle dans sa
lettre: _Fleur de Nakabashi_.
      H. 90.--L. 33.
      Collection Gonse.


Femmes ramassant des coquillages et les portant dans un bateau. Amusante
scène se détachant de profonds lointains, mais d'un faire un peu miniaturé,
un peu petit.
      Signé: _Hokousaï Katsoushika_.
      H. 42.--L. 45.
      Collection Gonse.


Kiyomasa, en son costume de guerre précieusement travaillé, sous son
casque à cornes, se voit superbement piété, une main appuyée sur le manche
de son sabre, dans l'enveloppement turgide de ses épaulières.
      Signé: _Hokousaï I-itsou_.
      H. 70.--L. 27.
      Collection Gonse.


Princesse dans une tempête de neige, au bord de la mer, suivie de deux
serviteurs, dont l'un tient un parapluie au-dessus de sa tête. Une magique
représentation du floconnement de la neige dans l'air avec, dans un coin
du ciel, la fonte lumineuse de fleurs roses de pruniers, sous cette tombée
de blancheur. Ce serait la mise en scène de la légende de Komati réclamant
du ciel la pluie.
      Non signé.
      H. 79.--L. 27.
      Collection Gonse.


Un chasseur qui vient de tuer un sanglier, en train de le lier avec une
corde. Aquarelle au doux lavage, amorti, assoupi.
      H. 33.--L. 42.
      Collection Gonse


Guésha, la tête de trois quarts, baissée dans un penchement à gauche, et
habillée d'une robe de soie noire brodée de fleurettes aux transparences
rendues par la plus habile aquarelle.
      Signé: _Hokousaï_.
      H. 105.--L. 27.
      Collection Gonse.


Un prunier en fleurs. Lavis où l'arbuste est traité à l'encre de Chine, et
les fleurs gouachées de blanc, de la plus parfaite exécution artistique.
      Signé: _Hokousaï Sôri_.
      H. 120.--L. 35.
      Collection Gonse.


Yoshitsouné, sous son casque à cornes, et revêtu d'une armure rouge, que
dépassent derrière les flèches de son carquois et le manche d'un de ses
deux sabres. Spécimen d'une des peintures les plus parfaites et les plus
travaillées d'Hokousaï.
      Non signé.
      H. 81.--L. 40.
      Collection de M. Gonse, qui a donné le pendant au Louvre, faisant
      partie d'un paravent composé de trois compartiments.


Blanchisseuse agenouillée, battant le linge, dans un paysage montagneux.
      Signé: _Hokousaï Sôri_.
      H. 105.--L. 42.
      Collection Gonse.


Femme sous une moustiquaire, agenouillée, et d'une main tendue en l'air en
train de brûler, avec une petite mèche enflammée, des moustiques, dans un
mouvement de grâce qui dessine la molle et ressautante ligne de son dos.
Très originale peinture où, dans la pénombre verdâtre de la moustiquaire,
la femme en sa robe à fleurettes apparaît, ainsi que dans la coloration
glauque d'un aquarium, au jour tombant, tandis que, comme opposition, se
voit tout lumineux un petit morceau de sa robe fleurie, sur laquelle est
relevée la moustiquaire.
      Signé: _Hokousaï Sôri_.
      H. 122.--L. 43.
      Collection Gonse.

Ce kakémono est le complément du «Lever» et du «Coucher», les deux
kakémonos en possession de M. Hayashi.


Tête de Darma. Lavis d'une beauté tout à fait singulière. Une noyade
d'encre de Chine où, dans le _flou_ du lavis, les traits du saint
apparaissent avec quelque chose de la solidité d'une sculpture qu'on
apercevrait au fond de l'eau.
      Non signé.
      H. 59.--L. 28.
      Collection Gonse.


La marchande de fagots. Un boeuf sur lequel est un abri en roseaux et que
conduit par la bride une femme fumant sa pipette. Une aquarelle où, sur la
massivité sombre de l'animal, se détache l'éclatant bariolage de la robe
de la conductrice.
      Signé: _Taïto Hokousaï, changé de nom_.
      H. 85.--L. 31.
      Collection Gillot.


Un vieux marchand d'écumoires en bambou pour la poudre de thé, appelées en
japonais _tchasén_, accroupi à terre, au milieu de l'étalage des objets de
sa vente. Un barbouillage d'encre de Chine, rehaussé de blanc, avec un ton
de chair sur la figure et les mains; et où les petits yeux écarquillés, le
nez en point d'interrogation, la bouche égueulée du marchand, montrent,
sous quatre coups de pinceau, toute la narquoiserie d'une physionomie
japonaise.
      Signé: _Katsoushika Mousén hôshi, ou le prêtre sans le sou de
      Katsoushika, à 65 ans_ (1824).
      H. 65.--L. 35.
      Collection Gillot.


Sur un mortier du riz, un coq qui n'est pas l'éternel coq de profil
d'Hokousaï, mais un coq de trois quarts, piété de côté dans une attitude
batailleuse; un coq au rouge vineux de sa crête s'enlevant sur le noir de
sa queue et de son poitrail: le coq le plus artistique des coqs du maître,
et dont la pochade prend, à distance, le trompe-l'oeil de l'aquarelle la
plus achevée.
      Signé: _Taïto, autrefois Hokousaï_.
      H. 80.--L. 29.
      Collection Gillot.


Un sanglier détalant dans la neige. Une merveille que ce déboulement
galopant, où sont si bien dessinées les délicates pattes en mouvement, du
lourd animal.
      Signé: _Manji, vieillard de 88 ans_ (1847).
      H. 32.--L. 32.
      Collection Gillot.


Le prêtre Saïguio, poète voyageur, regardant, sur un pont, une grue
volante dans le haut du ciel. L'homme, la main appuyée sur un bâton, est
penché à droite, la tête cachée par son chapeau. Un dessin aux dessous
solides, ressentis, sous des colorations éteintes, où se voient une besace
au vert joliment passé, une robe jaunâtre aux cassants des plis relevés de
filées de gouache. Un des beaux kakémonos que j'aie vus et qui, exécuté
dans les dernières années de sa vie, a le doux enveloppement du beau temps
de son talent.
      Signé: _Manji, vieux de 85 ans_.
      H. 95.--L. 28.
      Collection Gillot.


Deux canards mandarins à l'aquarelle: l'un, la tête levée, l'autre
fouillant la vase.
      Signé: _Manji_.
      H. 97.--L. 27.
      Collection Vever.


_Sékizoro_. Trois danseurs du Jour de l'An, tenant dans chacune de leurs
mains un bâton. Un dessin à l'habile groupement, et où un danseur de face
se voit entre deux danseurs de dos, comme dans une ascension pyramidale.
      Signé de la signature de ses derniers temps.
      H. 125.--L. 52.
      Collection Vever.


La poétesse Ono Komati, avec ses deux mouches au front des femmes de la
noblesse et sa belle chevelure noire dépassant par derrière la traîne de
sa robe, d'une main tenant un grand éventail qui lui masque la gorge et le
bas du visage. Elle est vêtue d'une robe de dessous rouge, sur laquelle
est jetée une robe de dessus à fleurettes.
      Non signé.
      H. 132.--L. 55.
      Collection Vever.


Le prêtre Kisén. Il est vu de dos, avec sa calvitie au milieu de la
couronne de ses cheveux, et un bout de profil perdu qui ressemble à un
profil de gorille. Appuyé sur un bâton, il est habillé d'une robe noire,
sur laquelle est jetée comme une couverture à larges bandes, couleur de
rouille.
      Non signé.
      H. 132.--L. 55.
      Collection Vever.


Ces deux kakémonos de Komati et du prêtre Kisén faisaient partie de la
collection des six Poètes, dont quatre sont encore dans la collection de
M. Hayashi.

Une chute de cascade, dans laquelle remontent deux carpes, avec des
parties visibles et des parties noyées par la chute d'eau, dont le
rejaillissement de l'écume est fait, à s'y tromper, au moyen de
gouttelettes éclatées de gouache.
      Signé: _Gwakiôjin_.
      H. 109.--L. 48.
      Collection Vever.


Un piège à oiseau. Un baquet appuyé sur un bout de bambou que le moindre
contact doit faire chuter et sous lequel il y a du grain. Vers le baquet
descend une volée de moineaux dont l'un, sur le bord du baquet, est prêt
à s'y glisser. Facture large.
      Signé: _Gwakiôjin_.
      H. 125.--L. 52.
      Collection Vever.


Sur la nuit noire d'un ciel dans lequel un éclair fait une éclaircie, le
terrible Yorimasa, le général de Minamoto, contorsionné dans un mouvement
de force qui dessine toute son anatomie herculéenne, tend un gigantesque
arc dont la flèche va tuer le Nouyé, animal fantastique à la tête d'un
tigre, au corps d'un taureau, à la queue d'un serpent.
      Signé du cachet: _Svastica_[30].
      H. 100.--L.42.
      Collection Vever.

    [Note 30: Svastica, un mot qui viendrait du sanscrit, et dont le
    signe est la représentation, en forme de tourniquet, du croisement
    de deux morceaux de bois, l'un sur l'autre, par allusion au feu
    des temps primitifs. Ce signe exprimerait le nombre dix mille, ou
    plutôt un nombre indéfini, que les Japonais prononcent _man_ ou
    _manji_--et ce signe, Hokousaï l'a adopté un temps pour sa
    signature.]


Au-dessus de feuilles de _momiji_, une théière suspendue au bout d'une
longue attache de fer passant sur une inscription contenue dans la
figuration d'une sorte de tablette appelée, au Japon, papier à poésie
(_tansakou_).

Voici ce que raconte cette théière à saké suspendue à un arbre. Sous
l'Empereur Takakoura (XIIe siècle), un souverain poète, dans le jardin
impérial, un jour de la fin d'automne, trois domestiques balayeurs
avaient fait chauffer du saké pour se mettre un peu de chaleur au corps.
L'Empereur, sorti de son palais pour admirer le coucher du soleil dans le
bois d'érable, alors tout rouge, arriva seul, là où se tenaient les trois
balayeurs. Le sans-gêne de ces domestiques du palais valait leur renvoi
mais, avant que quelqu'un de sa suite pût les punir, l'Empereur s'écria
sur un ton de bonne humeur: «Quel plaisir de voir ces pauvres gens
partager mon inspiration poétique! Cela me rappelle la célèbre ligne
ancienne qui dit: «Dans ce bois chauffant le saké, en brûlant les rouges
feuilles d'érable...» Et les balayeurs furent pardonnés. Généralement le
sujet est représenté avec les trois balayeurs habillés en blanc et coiffés
de chapeaux noirs. Mais ici Hokousaï supprime les personnages.


Le _tanzakou_, placé au milieu, porte: «Le plaisir de la vie est d'admirer
les vues des quatre saisons, avec la lune, la neige, les fleurs, la
montagne verte, le bois à feuilles rouges, dont une partie tapisse la
terre.»
      Signé: _Sajimoti_.
      Le papier en large, placé en tête du kakémono, est une lettre
      d'Hokousaï qui recommande un élève au docteur Sanghino, lettre
      signée: _Le paysan Hatiyémon, habitant en face de la pharmacie
      Jôsaï_. Datée le 12e jour du 7e mois (probablement de la même année
      1843).
      H. 78.--L. 23.
      Collection Haviland.


Oiseaux sur un baquet renversé, près d'un oeillet et de marguerites: les
marguerites gouachées de blanc avec un tel art qu'elles semblent brodées.
      Signé: _Katsouskika Hokousaï_.
      H. 25.--L. 32.
      Collection Haviland.


À demi abritée par un paravent, une femme en train de se coiffer, les deux
mains élevées au-dessus de sa tête, et soulevant par derrière sa natte à
l'aide d'une grosse épingle à cheveux. Accroupie dans un mouvement plein
de grâce, son miroir, qu'on ne voit pas, est posé sur le genou d'une jambe
remontée; dans ce mouvement, un sein sort de sa robe et, sous la robe,
s'entrevoit un rien du dessous de la cuisse et du pied de la jambe qui
porte le miroir.

En ce kakémono, certainement un des plus soignés, et des plus parfaits du
maître, Hokousaï a cherché une opposition entre la finesse de la linéature,
pour ainsi dire graphique, faisant le contour des mains, du visage, du
sein, de la cuisse, du pied, et le ton neutre et le lavage un peu brutal
de la robe.
      Signé: _Gwakiôjin Hokousaï_.
      H. 97.--L. 32.
      Collection Haviland.


Au-dessus d'une cascade, au milieu de fleurs de cerisier, un aigle, le
corps ramassé, la tête tendue et projetée en bas comme s'il s'apprêtait à
fondre sur une proie. Peinture au cruel dessin de la tête, au solide noir
et au beau fauve de la plume hérissée, et comme soulevée par l'instinct
carnassier. C'est la même étude mais, je crois, plus poussée que celle de
l'aigle pris à Sounamoura, en 1848, et qui est dans la collection de M.
Hayashi.
      H. 106.--L. 54.
      Collection Manzi.


Sous la pleine lune, une courtisane en marche vers la droite; elle est
dans une robe de dessous jaunâtre étoilée de fleurs rouges, sur laquelle
est rabattue une robe de dessus bleuâtre décorée de glycines blanches.
      Signé: _Gwakiôjin Hokousaï_ (1801-1805).
      H. 115.--L. 30
      Collection de Goncourt.


Une courtisane, vue de trois-quarts dans une robe décorée de branchettes
de sapin lavées d'encre de Chine, sur lesquelles se détachent des grues
volantes, gouachées de blanc.

En haut est jetée cette poésie, signée Méjiro Sanjin:

«Le Bouddha exploita la loi religieuse. Le premier prêtre exploita le
Bouddha, les prêtres de la postérité continuent à exploiter leur ancien
maître, et toi tu exploites ton corps. Ton commerce consiste à calmer la
fièvre des passions. Au fond la réalité c'est le néant, et le néant c'est
la réalité. Le feuillage offre sa verdure et la fleur sa couleur. La lune
se baigne dans le lac, mais ce n'est là que son image.»
      Kakémono signé: _Gwakiôjin Hokousaï_ (1801-1805).
      H. 115.--L. 30.
      Collection de Goncourt.


En Hollande, au musée ethnographique de Leyde, M. Gonse cite trois
kakémonos représentant des courtisanes, kakémonos non signés mais dignes
de lui être attribués.

En Angleterre, au British Museum, venant de la collection Anderson,
un kakémono en couleur sur soie (Sise 21-5/8 x 32-3/8) représentant:
«Tamétomo et les diables dans l'île des diables.» Le héros est assis
sur un rocher, près de trois diables qui essayent avec de grands efforts
son arc. M. Anderson dit dans son catalogue que c'est une peinture d'une
grande vigueur et très expressive dans les figures: peinture exécutée dans
l'année où Hokousaï illustrait la sixième partie du CROISSANT DE L'ARC,
roman qui est l'histoire fabuleuse de Tamétomo.

Il est signé: _Katsoushika Hokousaï_.

Ce dessin, en haut duquel est une poésie de Bakin, l'auteur du roman, est
datée: _Une nuit d'hiver de 1811_. La boîte du kakémono porte une
inscription du petit-fils de Bakin, disant que cette peinture, conservée
dans sa famille, avait été exécutée au moment où Bakin écrivait son roman.


Dans la collection de M. Ernest Hart, à Londres, se trouvent cinq
kakémonos:

1° Des oies sauvages: kakémono signé _Manji à 88 ans_.

2° Okamé lapidant un diable avec des haricots. Aquarelle cursive,
légèrement colorée en rose et bleu. Ce kakémono, où l'opposition est
charmante entre la grâce d'Okamé et la hideur du diable épouvanté, est
une des plus remarquables peintures du maître en Angleterre. Il est signé
_Manji_, et provient de l'ancienne collection Wakai.

3° Trois chiens jouant. Signé: _I-itsou_.

4° Guerrier chinois. Signé: _Gwakiô-rôjin Hokousaï_.

5° Une Japonaise. Signé: _Hokousaï Taïtô_.

Dans la collection de M. S. M. Samuel, un kakémono, que le propriétaire
considère comme un chef-d'oeuvre.

Une femme debout s'habillant et se regardant dans un miroir: Signé:
_Hokousaï_.


En Amérique, dans la collection de M. Morse de Boston, dit M. Gonse dans
son ART JAPONAIS, est conservé un kakémono (H. 17 pouces) représentant un
guerrier japonais au milieu d'un passage montagneux, qui serait d'une
harmonie exquise dans les rouges, les verts, les gris.

De nombreux kakémonos existeraient encore chez M. Fenellosa.


Enfin, voici plusieurs kakémonos d'Hokousaï qui font partie de la riche
collection du Japonais Homma Kôsô, à Sakata, et dont les reproductions
photographiques ont été publiées dans le _Magazine of Art Japanese_,
paraissant en japonais et en anglais, à Tôkiô.

Le premier est un grand arbre penché sur les rapides d'une rivière, au
milieu duquel est assis un petit berger qui, de là, regarde le
Fouzi-yama.

Le second est une courtisane entre ses deux petites accompagnatrices,
appelées _Kamourô_.

Les autres, au nombre de douze, et formant les panneaux d'un paravent, ont
pour titre: LES PEINTURES DES SIX TAMAGAWA (des six rivières du même nom,
dans six provinces différentes).

1° Une cascade.

2° Un bûcheron qui se repose sur son fagot.

3° Le poète Nô-in-hôsshi s'inspirant de la nature.

4° Une envolée de pluviers au-dessus d'un bord de rivière tout couvert de
   neige.

5° Un village de la province de Mousashi au bord de l'eau.

6° Des femmes blanchissant du linge.

7° Le cours d'une rivière de la province d'Ohmi, coupé par le feuillage
   des arbres de la rive.

8° Un poète ancien en contemplation devant la lune.

9° Une carpe, traversée dans l'eau de la rivière de la province de Ki-i,
   par des rayons lumineux.

10° Un coin de jardinet de la province de Settsu, au milieu duquel est
    du linge à laver.

11° [La description n'est pas donnée par l'auteur]

12° La princesse-poétesse Sagami composant une poésie.


Au Japon, Wakai posséderait encore une dizaine de kakémonos et une
collection d'esquisses et d'études, parmi lesquelles un fragment d'un
dessin à moitié brûlé, peut-être arraché à l'incendie de son atelier en
1839. Ce dessin exécuté au trait d'encre de Chine, à un _seul coup de
pinceau_, sur plusieurs morceaux de papier assemblés, serait la _première
pensée_ du «Bain» et l'enfant tenu par sa mère aurait presque un tiers de
sa grandeur naturelle.

Wakai cite dans une lettre, comme collectionneurs d'Hokousaï au Japon,
MM. Houki, Kaivasaki, Masouda; mais le Japonais n'aime pas la publicité
autour de ce qu'il possède, et le catalogue de l'oeuvre d'un peintre est
très difficile à établir en ce pays artistique.


                              MAKIMONOS[31]

    [Note 31: Rouleau de peinture qui, contrairement au kakémono, se
    déroule dans sa largeur et contient un certain nombre de motifs.]


Makimono contenant:--une feuille de lotus et son bouton,--une branche
de pin,--un paysage par un jour de neige,--une feuille de _tônabasou_,
un potiron du Japon de la grosseur de nos melons,--un sanglier,--une
aubergine,--un renard habillé en Japonais,--un morceau de saumon salé,
--un narcisse,--des poissons,--un rapide où flottent des fleurs de momiji,
--un bol,--une racine de lotus,--un chat,--une anguille,--une traversée de
renards sur la glace d'un lac: un dessin curieux, parce qu'il nous laisse
voir, sous l'aquarelle, les restes d'une esquisse au bois brûlé, au
charbon de polonia, le fusain du Japon, dont Hokousaï se servait parfois,
et surtout quand il dessinait en présence de quelqu'un.
      Ce makimono aux nombreux dessins est signé: _Manji, vieillard fou de
      dessin, âgé de 80 ans (hiver de Tempo X)_ (1839).
      Collection Hayashi.


Un autre makimono intéressant, c'est un panorama des bords de la Soumida,
fait au temps de ses livres illustrés, avec des seconds plans qui son
des merveilles de délicatesse, et où il y a une recherche du reflètement
des choses dans l'eau, tout à fait nouvelle, et où, dans des arbres
d'un centimètre, sont des réserves pour les branches. Je n'ai jamais vu
d'Hokousaï une aquarelle aussi travaillée, aussi poussée au fini. Et la
dernière aquarelle est une assemblée d'hommes et de femmes dans un salon.
      Ce makimono est signé: _Koukoushin Hokousaï_ (1805) et avec la
      signature se trouve cette note: _En souvenir d'une promenade que
      Hokousaï a faite avec ses amis sur la Soumida; et à la demande de
      Tausiûrô Yémba_ (un lettré qui a fait le récit de la promenade)
      _Hokousaï a dessiné sur place à Yoshiwara, ses amis avec les
      courtisanes d'une Maison Verte: quatrième mois_ (le mois de mai).

Et il est à croire que le buveur, au crâne socratique, au petit nez relevé,
aux yeux railleurs, habillé d'une robe d'un brun fauve, et qui montre sa
coupe de saké vide, pour la faire remplir à nouveau, est Hokousaï.
      Collection Hayashi.


Un autre makimono d'une grande beauté, provenant de la vente de l'atelier
de Kiôsaï, et contenant 46 sujets, fait partie de la collection de
M. Gonse.

C'est une langouste posée sur un morceau de charbon, dessin symbolique des
cadeaux du Jour de l'An,--une envolée de moineaux,--quatre croquetons de
poètes, lisant à la lumière d'une lampe,--la jetée, sur une page, d'une
tortue, d'un faisan, d'un crabe à l'encre de Chine, au milieu desquels est
un pigeon modelé entièrement avec du blanc de gouache et dont le bec et
les pattes sont roses,--des processionnaires et des bégonias,--un rat
mangeant une tranche de pastèque,--des plantes de mer et des coquillages,
--deux canards dormant, enlevés d'un coup de pinceau, à la façon des
dessins de l'album _Ippitzou_,--des fizalis et une épingle à cheveux,--une
poule d'eau,--un cyprin dans un vase de cristal,--une plieuse d'éventails,
--la _danse des moineaux_, avec une amusante et infinie perspective des
derniers petits danseurs, etc., etc.


            PANNEAUX, DESSINS ENCADRÉS ET FEUILLES DÉTACHÉES


Dans la collection Hayashi.


Un diable, lapidé avec des pois, se met à l'abri sous le tableau de Shôki.
Un barbouillage tout à fait lâché.
      Non signé.
      H. 65.--L. 48.


Un guerrier tenant à la main une tête coupée.
      Non signé.
      H. 53--L. 26.

Un pigeon perché sur le haut d'un tori-i.
      Dessin de premier coup, fait avec un nuage d'aquarelle.
      Non signé, mais portant le cachet d'Hokousaï.
      H. 29.--L. 27.

Sous un énorme pot de saké, Hokousaï et ses élèves déguisés en _shôjô_, en
train de boire. Hokousaï, au milieu, avec l'aspect d'un homme gris, à sa
droite Hokouga faisant de la musique avec un balai; et derrière Hokouga, à
la gauche d'Hokousaï, Shinshaï, la tête tombée dans ses mains; et, contre
le pot de saké, Hiromaro.
      Chaque peintre dessiné et signé par lui.
      H. 38.--L. 39.


Une répétition de la «Vague» du Fouzi-yama, avec des pluviers volant
au-dessus.
      H. 30.--L. 52.


Enfant japonais ramassant des feuilles de pin.
      Signé: _Manji, vieillard de 85 ans_.
      H. 30.--L. 52.


Un tigre à la tête un peu humaine, comme les fait Hokousaï, qui n'en avait
jamais vu.
      Une encre de Chine pleine de furie.
      Signé: _Hokousaï_.
      H. 55.--L. 27.


Paysage, au lever du soleil éclairant sur le premier plan un rocher dans
la mer, au fond de montagnes bleuâtres.
      Signé: _Hokousaï, fou de dessin_.
      H. 26.--L. 28.


Cuvette de cuisine, dans laquelle est un pilon sur lequel est posé un
oiseau et, derrière la cuvette, une tige de cerisier fleuri.

La cuvette et le pilon lavés d'un ton rosâtre, l'oiseau et la tige de
l'arbuste à l'encre de Chine. Effet original.
      Non signé.
      H. 27.--L. 44.


Une oie sauvage fendant l'air.

Un dessin très légèrement aquarellé.
      Signé: _Manji, vieillard fou de dessin_.
      H. 29.--L. 56.


Une grenouille sur une feuille de lotus.
      Non signé.
      H. 20.--L. 26.

Deux enfants de paysans, dont l'un, couché sur le ventre, écoute l'autre.
      Non signé.
      H. 26.--57.


Hotei mettant un petit Japonais dans son sac.
      Non signé.
      H. 27.--L. 42.


Dans la collection Bing.

Une tête coupée de femme, entourée d'un serpent.

Une encre de Chine très délavée, avec dans des parties un ton rougeâtre,
et où le peintre a mis comme de la volupté dans le dessin des yeux
demi-fermés, de la bouche entr'ouverte.
      H. 20.--L. 22.


Un pigeon sur un perchoir fait en forme de racine d'arbre. Encre de Chine,
relevée de blanc, et lavée de rose au bec et aux pattes.
      Signé: _Gwakiôjin_.

Une perspective de sapins d'un lavis aux parties réservées dans les
parties lumineuses, d'un art stupéfiant.
      H. 150.--L. 54.

Ce grand panneau aurait pour pendant un panneau d'égale grandeur,
représentant un paysan qui, la tête entre ses jambes, chercherait avoir
les feuilles en dessous.

Indépendamment de ces panneaux, M. Bing possède un certain nombre de
feuilles détachées, dont je donne les feuilles principales.

Hotei, pour amuser les enfants, faisant danser un pantin attaché par des
fils à un écran.

Des têtes de femmes publiées dans le JAPON ARTISTIQUE.

Pêcheur, un feu allumé au bout d'une gaule pour attirer le poisson.

Un serpent s'enroulant autour d'une branche, dessin qui rend, à la fois,
et l'élasticité et la rigidité du reptile.

Une femme de profil, sur laquelle il y a un peu de bleu et de rose, comme
bu par un papier buvard, dessin d'une délicatesse, d'une fluidité sans
pareille.

Une guésha accroupie, vue de dos, jouant du schamisén, à la riche coiffure
vue par derrière: dessin à la ligne sculpturale.

Un guerrier sur un cheval cabré, un de ces dessins où il y a comme
l'emportement d'un pinceau.

Un groupement de poissons.

Une femme surplombant un Téngou auquel elle indique quelque chose de la
main, dessin où la tête de la femme a une grâce voluptueuse indicible.

Une tête de profil d'apparition, qui n'a pas été gravée dans les CENT
CONTES.

Une belette guettant deux oiseaux perchés sur une branche.

Quatre femmes couchées à terre, dans des allongements d'une élégance
adorable.

Une étude à l'aquarelle d'une tige de soleil.

Un cerf couché.

Une femme, avec, au bout du bras levé, une raquette.

Une promenade de femmes et d'enfants préparée pour la gravure, qui n'a pas
la sécheresse habituelle de ces sortes de dessins.

Une femme qui fait sa toilette devant un miroir où se voit sa figure, et
dont le bras droit tient, derrière elle, un autre miroir où se reflète le
derrière de sa coiffure.


Dans la collection Gonse.

L'entrée de la Soumida. Une double rangée de rochers émergeant de l'écume
des flots. Un des plus beaux et des plus importants paysages à l'aquarelle
d'Hokousaï.
      H. 30.--L. 130.

Une étude de tête coupée de supplicié, la bouche et les yeux entr'ouverts,
avec un filet de sang qui, semblable à un rameau de corail, se répand de
l'oreille sur le pâle visage.
      Signé: _Hokousaï I-itsou_.


À ces deux dessins encadrés, il faut joindre trois feuilles détachées,
trois merveilles provenant de la vente de l'atelier Kiôsaï.

Skôki jouant de la flûte. Une tapageuse encre de Chine, avec coloration en
rouge de la tête et des mains.
      H. 40.--L. 28.

Deux canards mandarins, dans le sillage que leur nage met dans l'eau.
Aquarelle où la blancheur des deux canards se détache, de la façon la plus
harmonieuse, sur le bleuâtre de l'eau.
      H. 40.--L. 39.

Un aveugle appuyé sur un bâton, son chapeau tombé sur le dos, traversant
un gué. L'encre de Chine la plus largement traitée, et où est une tête du
dessin le plus savant.
      H. 38.--L. 28.


Dans la collection Vever.

Un grand dessin librement jeté dans un trait représentant le viol d'une
femme, prise entre les jambes d'un homme, le haut du corps retombé de côté,
 d'une main repoussant la main qui veut s'introduire dans sa gorge, de
l'autre main égratignant la figure de l'homme.

Ce grand et ce très beau dessin de la collection Vever (H. 30--L. 30) a
été reproduit, ainsi qu'à peu près tous les dessins d'Hokousaï, en une
réduction de 10 centimètres en hauteur, dans une gravure publiée parmi
l'illustration de SOUIKÔ.


Dans la collection de M. Gillot.

La grande étude (H. 54--L. 53) de l'aigle, pris l'année 1848, et dont il y
a un kakémono chez Hayashi, et un autre chez Manzi. Une étude de toute
beauté, où se voit la cruelle courbe de ce bec déchireur de chairs
palpitantes, et la grandeur morne de cette prunelle qui peut fixer le
soleil.

Et une étude curieuse, parce qu'elle vous révèle des procédés d'aquarelle
pareils aux dessous que nous faisons en Europe à la peinture à l'huile,
dessous sur lesquels nous revenons avec des glacis, et nous avons ici,
avant que ces colorations soient perdues et peut-être un peu assombries
dans les kakémonos, le bleu du tronc d'arbre, le rougeâtre des ailes,
enfin toute la variété des tonalités qui doivent dormir sous la couverte
dernière.

Une femme brandissant une branche de fleurs au-dessus d'un guerrier couché
à terre, sa hache entre les jambes.

Un certain nombre de paysages où, tout en haut d'une
colline dominant la mer, se voit un homme portant sur l'épaule une perche
où sont attachés deux paquets d'herbes.

Une tête de supplicié dans un plat. Un crâne où le sommet se termine par
une grosse loupe, d'où pendent de longs cheveux mouillés de sueur, des
paupières fermées, une bouche entr'ouverte dans un rictus sur lequel se
détachent, dans une blancheur effrayante, les dents. La tête et le fond,
comme éclairés par une lumière lunaire, où il tomberait de la neige.


Dans la collection Duret.

Deux aquarelles relevées de gouache et signées (H. 40.--L. 120)
représentant des vues de la Soumida. Dans l'une, deux femmes, aux robes
soulevées par le vent, font des signes au passeur dont le bateau est au
milieu de la rivière; dans l'autre, c'est la marche, le long de la rivière,
de cinq hommes et de deux femmes avec des enfants en promenade pour une
partie de campagne.

Dessins très poussés, très finis, et ayant le caractère de ses dessins
appliqués de la Soumida dans les dernières années du siècle dernier.


Dans la collection Edmond de Goncourt.

Deux crevettes à l'encre de Chine, trois à l'encre carminée.
Dessin, dans son jet rapide, d'une science extraordinaire.
      Signé: _Katsoushika Hokousaï_, avec le cachet de _Tokimasa_
      (vers 1812).
      H. 30.--L. 18.


La lune, vue au travers de deux branches d'un prunier. Grand effet de
cette pâle lune sur le bleu nocturne d'où se détachent les blanches fleurs
du prunier. Un dessin de poète.
      Non signé.
      H. 39.--L. 38.


En Angleterre, au British Museum, cinq croquis:

1. Un renard métamorphosé en prêtre.

2. Une grenouille nageant au-dessus de l'eau.

3. Rats et piments.

4. Décoration symbolique du Jour de l'An: sardine desséchée, orange,
fougères, papier découpé.

5. Kousounoki Masashigé, le type du courage et de la loyauté, avant sa
dernière campagne, remettant à son fils le rouleau ancestral.

Croquis signés avec le Svastica, la marque adoptée
par l'artiste en son vieil âge,--et des croquis n'ayant
pas la lourdeur des dessins de ce temps, et se rapprochant
du _faire_ des dessins de Korin.

Le British Museum possède encore un dessin en couleur sur soie, non monté
(17 5/8x24) représentant un oiseau.
      Signé: _Tame-ichi autrefois Hokousaï_.


Chez M. S. M. Samuel.

Jeune femme portant une lanterne. Croquis à l'encre
de Chine.

Jardinier fumant sa pipette. Aquarelle.


Chez M. Anderson.

Un coq, aquarelle lavée à grande eau de bleu et de
rouge, exécutée vers 1810.

Trois esquisses à l'encre de Chine. Deux dragons.--Un coq.--Un aigle.
Croquis dans le _faire_ du maître, vers 1840.


Chez M. Ernest Hart.

Deux dessins inédits de la série des CENT POÈTES RACONTÉS PAR LA NOURRICE,
dessins destinés à être gravés; quatorze dessins de la même illustration,
venant de la vente de l'ancienne collection Hart, sont chez M. Samuel, et
un certain nombre encore chez M. Tomkinson[32].

    [Note 32: M. Anderson me signale encore des dessins d'Hokousaï
    dans les collections de MM. Marcus, B. Hinsh, W.-C. Alexander,
    J.-M. Suran, du sir Frederic Leigton, de lord de Saumarez.]


En Allemagne, le Musée de Berlin, d'après M. Gonse, posséderait deux
feuilles d'albums provenant de la collection Gierke. Ces dessins à
l'aquarelle représenteraient comiquement un moine mendiant volant des
pêches, puis surpris par le propriétaire au moment où il les cache dans
ses manches.

En outre le Cabinet des estampes de Berlin se serait enrichi de trois ou
quatre études à l'encre de Chine, rapportées par le prince Albert de
Prusse de son voyage au Japon.


En Amérique la collection de M. Morse de Boston, renfermerait,
indépendamment du kakémono déjà cité, une feuille de croquis pleins de
mouvement, d'après la reproduction qu'en a fait L'ART JAPONAIS.



                                   LVI

                       ÉVENTAILS, ÉCRANS, PARAVENTS,
                          PEINTURES DE PARDESSUS


Un album de douze dessins d'éventails, dont quelques-uns sont des petites
merveilles. Je citerai des oiseaux, une sauterelle sur une lanterne aux
ombres chinoises, un champignon tombé sur des feuilles de momiji, etc.

Ces dessins d'éventails, portant la signature d'_Hokousaï_, appartiennent
à M. Hayashi, qui en possède d'autres, comme:

Un marchand d'écumoirs de thé en bambou. Signé: _Hokousaï Taïto_.

Un chrysanthème, large dessin, un peu lavé de rose sur l'encre de Chine.
Signé: _I-itsou! Hokousaï changé de nom_.

Deux moineaux. Signé: _Hokousaï_.

Des maigres se grisant de saké. Dessin caricatural. Signé: _Taïto_.

M. Bing possède également une série importante de dessins d'éventails:

Un oiseau et une araignée.

Une tige de nénuphar.

Un Japonais qui lit, couché à terre.

Des crevettes.

Une tortue et un poisson rouge dans un vase de cristal à la transparence
presque invisible.

Sur un papier crépon fait particulièrement pour les éventails, un
hochequeue sur une pierre où, d'un côté est une fleurette bleue, et de
l'autre côté une tige de plante couverte de neige. Éventail signé:
_Gwakiô rôjin Manji_ (Manji, vieillard fou de dessin), 1839-1840.

Cet éventail fait partie de ma collection.

Dans la collection Haviland se trouve un éventail représentant un coq qui
s'enlève de la manière la plus heureuse sur une poule blanche.

La collection Odon de Mussy contiendrait un certain nombre d'éventails.

Dans la collection de M. Ernest Hart, à Londres, le possesseur me signale
un éventail sur lequel est peint à la sépia un faisan, de la facture la
plus artistique.


Il est aussi passé, entre les mains de MM. Hayashi et Bing, un certain
nombre de dessins d'écrans, aujourd'hui dispersés et passés dans des
collections inconnues. Je citerai cependant chez M. Gillot un écran où se
voit le Fouzi-yama derrière un saule pleureur, et coupé par les mailles
de filets de pêche mis à sécher.


Parmi les paravents, je n'en citerai qu'un, qui est de la plus belle
qualité, et formé de deux panneaux (H. 170.--L. 80). Il représente, sur
le panneau de droite, la déesse Béntén planant au milieu des nuages; un
dessin très légèrement lavé d'aquarelle; sur le panneau de gauche, un
dragon largement enlevé à l'encre de Chine.

Ce paravent aux panneaux sur papier fait partie de la collection Blasini,
qui contiendrait des kakémonos et des makimonos intéressants.


Enfin, comme destination originale, le dessin d'une courtisane en train
d'arracher les cheveux blancs d'un Darma dont la tête fumante est
recouverte d'un mouchoir mouillé.

Kakémono ironique, enlevé par les rapides coups d'un pinceau chargé
d'encre de Chine, avec quelques tons de chair dans la tête du Darma.
      Signé _Katsoushika Hokousaï Taïto_ (vers 1817).
      H. 39.--L. 68.


Sait-on d'où vient cette curieuse pochade? De l'entre-deux d'épaules,
enlevé d'un pardessus appelé _haori_ au Japon, où l'on aime à avoir la
peinture d'un homme célèbre dans le dos, et qui se voit seulement au
moment où on le donne aux servantes pour l'accrocher?

Ce dessin, monté en kakémono, est possédé par M. Hayashi.



                                    LVII

                    ALBUMS DES PREMIÈRES PENSÉES D'HOKOUSAÏ


Mais, mieux encore que ces kakémonos, que ces makimonos, que ces panneaux,
des documents plus révélateurs pour étudier Hokousaï, pour se rendre
compte de ses procédés, pour pénétrer le secret de son art, se trouvent
dans trois ou quatre albums appartenant à Hayashi, et renfermant les
projets, les croquis, les esquisses de ses dessins terminés--de tout cela,
que le XVIIIe siècle français appelait les _premières pensées_ d'un
peintre.

Voici, dans un album, des études de femmes ressemblant à nos _griffonnis_
à la plume et, à côté d'une petite femme à peine formulée, sa reprise au
carreau en grand, avec des parties lavées à l'encre de Chine. Quelques
croquis, au contour légèrement vermillonné, prennent l'aspect de dessins
aux dessous de sanguine. Ici un _repentir_, montrant sur le haut d'un
temple de Yédo un petit morceau de papier sur lequel le peintre a ajouté
des grues. Comme Watteau, comme Gavarni, Hokousaï fait de nombreuses
études de mains, de mains en toute l'énergie de leurs mouvements. Il a
aussi des études de jambes, où il cherche le carré des muscles à l'instar
de Bandinelli, ne faisant jamais rond, mais voulant toujours dans son
dessin l'accentuation et le ressaut du muscle, ayant même une tendance à
mettre dans l'anatomie du corps humain les reliefs plats et les lignes
cassées de la sculpture. Et toujours des dessins où, dans le premier jet,
il saisit la mimique d'un corps qui danse, la gesticulation de bras et de
jambes qui bataillent, et jusqu'à la gymnastique plongeante d'une pêcheuse
de coquilles au fond de la mer. Et vraiment, en la verve et la fièvre de
ce dessin, vous avez de ce cheval, le cabrement, de cet oiseau, l'envolée,
de ce singe, le prenant et l'agrippement de la patte.

Voilà un autre album presque tout rempli de projets de titres de livres
faits de kakémonos que déroulent des femmes, des enfants, Foukorokou et
Yébisou. A la suite de ces projets, des déhanchements d'hommes prêts à
donner un coup de sabre, des indications de vêtements de Shôki, qui sont
comme les vagues d'une tempête; et, mêlés à ces croquis de la force et
du mouvement, des pivoines doucement lavées d'une eau rose, et un dessin
érotique représentant le dieu du Tonnerre violant une danseuse vierge
d'un temple, mais de l'érotisme se passant, comme disent les Japonais,
_dans le nuage_.

Puis, c'est encore des dessins de grande proportion (H. 39--L. 28), des
dessins où, au milieu d'éclaboussures de l'encre de Chine, quelques
contours délicats sont finement tracés comme avec une encre pourpre. Et
beaucoup de dessins, à la plus grande partie au trait, avec un morceau
terminé, ainsi que dans ce coq et cette poule, où seulement la queue du
coq est lavée. Et des chevaux galopants qui ont l'air de licornes
volantes.

Un album très curieux et un album contenant presque toutes les esquisses
des impressions en couleur du SHASHIN GWAFOU, comme le faisan doré, les
canards mandarins, la tige de navet, l'homme en contemplation devant le
vol de deux papillons, et encore les esquisses de la caverne du Fouzi-yama,
des pêcheuses d'_awabi_ du _Fougakou_, et l'esquisse du grand faucon sur
son perchoir.

Enfin un album qui est, pour ainsi dire, la représentation héroïque des
guerriers en lutte, en _empoignade_ de corps: dessins au trait avec,
par-ci par-là, dans les violences des membres, quelques écrasements
rageurs de pinceaux. Et des épilepsies d'ivrognes et des désarticulations
d'acrobates: des anatomies admirables de vie vivante. Et des études de
jambes et de pieds en marche qui donnent l'illusion de leur avancement sur
le papier, et des physionomies faites de rien,--comme dessin des yeux,
du nez, de la bouche,--et ayant, je ne sais comment, l'expression de la
passion humaine, ou gaie, ou triste, ou colère.


M. Bing possède, ainsi que Hayashi, quelques albums de croquis, très
révélateurs des procédés du Maître.

Un album, formé par Isaï, renfermant des _premières pensées_ de ses
illustrations de Bouddha, des romans chinois: dessins au premier coup,
tout pleins de repentirs, d'effacements, de raturages: croquis dans
lesquels, aux larges traits du pinceau écrasé, sont opposés des traits
d'une finesse, à croire qu'ils sont tracés avec une plume de corbeau. Une
feuille d'un grand caractère: l'exposition d'une tête coupée, regardée par
toute une foule.

Un album très curieux, dont les dessins n'ont pas été gravés, et qui
représentent huit vues (H. 28--L. 40) de la Soumida, aux rives peuplées de
différents corps d'ouvriers en leur travail du bord de l'eau: de larges et
puissants croquis à l'encre de Chine, dont un seul est lavé d'un rien de
teinte bleue.

Un album presque entièrement consacré à des personnages mythologiques, à
des guerriers, aux lavages à grande eau, aux beaux noirs d'encre de Chine,
dans lequel est un musicien qui fait danser un crapaud, d'un velouté
extraordinaire. A la fin de cet album est une lettre d'Hokousaï signée:
_Gwakiôjin_.

Un album ayant une parenté avec la variété des dessins de SHASHIN GWAKIO,
et où M. Bing faisait remarquer justement l'art particulier avec lequel le
pinceau d'Hokousaï représentait la matière de l'objet dessiné: le duveteux
de la plume d'un oiseau, le soyeux d'une étoffe, la transparence du verre,
le tiqueté d'un fruit.

Un autre album de croquis, et des plus désirables, est aujourd'hui en
la possession de M. Gillot. C'est une série de ces étourdissants lavis à
l'encre de Chine, sabrés de gouache, parmi lesquels est un danseur, à
la tête baissée que masque son chapeau, aux mains tressautantes au bout
de ses bras tendus dans l'espace, un pied levé devant lui à la hauteur
de la poitrine, dans le plus savant raccourci: le danseur le plus
extraordinairement dansant qui se puisse voir. Puis, à côté de ces oeuvres
à l'encre de Chine, des aquarelles de premier coup, grandes ou petites,
d'un _faire_ inimitable, comme ce papillon bleu dont les ailes ont l'air
d'être faites avec l'azur qui habille les papillons du Brésil, et une
grappe de raisin où le safranement de l'automne est en germe dans l'encre
de Chine des feuilles, et où les grains de la grappe semblent des bulles
de cristal contenant l'eau bleuâtre du raisin noir, et des tortues qui
ont cette couleur qui leur est propre, la couleur de la patine de vieux
bronzes. Et, au milieu de ces petits chefs-d'oeuvre semés sur les
feuillets qu'on retourne, une grande grue qui mériterait d'être encadrée,
une grue lavée de teintes verdâtres et bleuâtres, impossibles à décrire
dans leur charme harmonique,--et cet au-delà de la couleur qui met un peu
du rêve dans une reproduction, par la peinture, d'un être.

À Londres, chez M. S. M. Samuel, il y aurait un album de croquis d'Hokousaï
consacrés uniquement à la représentation du Yoshiwara, du quartier de la
prostitution.

À côté de ces albums de _premières pensées_ de l'artiste, donnons
l'indication d'un album de dessins terminés, de dessins pour la gravure,
faisant partie de ma collection.

Réunion de cinquante dessins à l'encre de Chine (H. 14--L. 14), dont la
plupart sont rehaussés d'une petite teinte rose, pour être exécutés en
gravure, comme les impressions de la Mangwa et autres livres gravés.
Quelques-uns de ces dessins sont, avec des changements, des reproductions
de compositions publiées ailleurs.

Tous ces dessins auraient été faits au temps où il signe Katsoushika Taïto
(vers 1816) et sont enfermés dans une double circonférence formée par
l'allongement des deux caractères _Hokou_ avec deux cartouches sur les
côtés, contenant, répété, le caractère saï.

L'OUKIYÔ YÉ ROUIKÔ, par Kiôdén, en célébrant le talent d'Hokousaï, parle
de l'adresse de sa main, s'étend sur le _virtuosisme_ de l'artiste,
qualité appréciée au Japon où l'on tient compte du dessin fait sans la
reprise d'un trait, sans _repentir_, du dessin fait dans un temps donné.
Et Kiôdén affirme que Hokousaï peignait admirablement bien avec sa main
gauche, et de bas en haut. Il ajoute: «Et sa peinture, au moyen de ses
ongles, était tout à fait étonnante et, quant à ce faire particulier,
il fallait être témoin soi-même du travail de l'artiste, sans quoi on
eût pris sa peinture à l'ongle pour de la peinture avec un pinceau.»
J'avoue que j'avais une certaine défiance à l'endroit de ces tours de
force, et j'avais tort cependant. Je trouve d'abord, dans la collection
d'Hayashi, un panneau (H. 44--L. 19) représentant un danseur, qui a été
dessiné de manière que la personne qui regardait le peintre dessiner le
vît dans son sens. En effet il est signé: _Dessiné dans le sens inverse
par Hokousaï_.--Et un kakémono (H. 26--L. 25) représentant, dans un
aquarellage léger et très large, un pigeon sur une branche de saule
pleureur, est signé: _Hokousaï a fait ce dessin avec l'ongle_.



                                  LVIII

            LES GRANDES COLLECTIONS DE SOURIMONOS ET D'ESTAMPES
                     EN NOIR ET EN COULEUR DE HOKOUSAÏ


Après les collections dont j'ai cité des épreuves remarquables dans
l'énumération des sourimonos, des planches séparées, des illustrations de
livres, il faut citer les trois collections de MM. Camondo, Koechlin,
Rouart, comme renfermant des épreuves de premier tirage hors ligne.

En outre Hayashi me signale comme d'importantes et intéressantes
collections d'estampes et de livres les collections suivantes:


                                EN FRANCE:

Les collections de MM. Blasini, Odon de Mussy, Georges Hugo, Bermond,
Jacquin, Blondeau, Raphaël Collin, Gélis Didot, Gallimard, Grasset,
Houdard, Migeon, Isaac, Vian, Paul Schmidt.

Et, parmi les collections publiques, la collection Guimet, et la
collection commencée du Louvre, avec les dons des collectionneurs.


                               À L'ÉTRANGER

Les collections, en Belgique, de Mmes Michotte, de Pachtère et de
M. Van den Brock, de Bruxelles; en Allemagne, de Mme Meyer de Presburg,
de M. Oeder de Dusseldorf, du Dr Brinckmann, directeur du Musée de
Hambourg; en Espagne, de MM. Mausana de Barcelone, et Aspeztenia de Cuba;
en Amérique, de MM. Havemeyer, Dana, Laffin, Baumgarten, Weir, Herter,
Wason, Lafarge, tous collectionneurs de New-York et de MM. Nickerson et de
Gonkin de Chicago.

En outre, le musée de Chicago, indépendamment de peintures originales,
renferme une nombreuse réunion de livres et d'estampes provenant de la
collection faite par M. Gavard au Japon.



                                   LIX


C'est vraiment curieux, dans la vie d'un peintre japonais, les changements
de noms et de signatures, et je crois qu'il est de toute nécessité, pour
l'étude de l'oeuvre d'Hokousaï, chez lequel ces changements sont plus
fréquents que chez tout autre peintre du Japon, de les indiquer, de les
signaler.

De 1778 à 1785, Hokousaï, alors dit Tétzouzô, signe ses compositions du
nom de _Katsoukawo Shunrô_ ou simplement _Shunrô_.

En 1785, il signe un des deux livres, qu'il publie dans l'année:
_Goummatei_.

En 1786, à la sortie de l'atelier Shunshô, il abandonne complètement la
signature _Katsoukawa Shunrô_, pour prendre la signature _Mougoura Shunrô_,
faisant comprendre par le nom de Mougoura (buisson) qu'il est indépendant
de toute école. Il signe ainsi jusqu'en 1795.

En 1795 il signe _Hishikawa Sôri_ ou simplement _Sôri_. Mais, avant
d'adopter le nom de Hokousaï pour plusieurs années, un grand diptyque
en couleur représentant un défilé d'hommes, de femmes, d'enfants, se
promenant devant le temple d'Asakousa: planche qui est un mélange de
Kiyonaga et d'Outamaro, nous le montre signant, peut-être quelques
semaines: _Tôshû Shunrô, changé de nom_.

En 1796 il signe: 1° _Hishihawa Sôri_; 2° _Sôri_ tout court; 3° _Hokousaï
Sôri_; 4° _Hokousaï_.

C'est donc à partir peut-être des derniers mois de l'année 1795, mais
bien positivement à partir du Jour de l'An de 1796, qu'il prend le nom
d'Hokousaï (l'atelier du Nord) entremêlé d'autres noms.

En 1797 il signe: 1° _Hishikaw Sôri_; 2° _Sôri_; 3° _Hokousaï Sôri_.

En 1798 il signe: 1° _Sôri_; 2° _Hokousaï Sôri_; 3° _Hokousaï_.

Cette année, il donne son nom de _Sôri_ à son élève _Sôji_, et il signe:
_Sôri changé en Hokousaï_.

En 1799 il signe: _Sôri changé en Hokousaï_ et _Hokousaï_.

En 1800 il signe: _Hokousaï, précédemment Sôri_, et _Gwakiôjin Hokousaï_
(_Hokousaï fou de dessin_) pour la première fois.

La même année il signe le COUP D'OEIL SUR LES DEUX BORDS DE LA SOUMIDA
et le COUP D'OEIL SUR LES ENDROITS CÉLÈBRES DE YÉDO, et les POÉSIES
ILLUSTRÉES SUR LES RÔLES DES RÔNINS, publiées en 1802: _Hokousaï Tokimasa_.

En 1801, 1802, 1803, 1804, il signe: _Gwakiôjin Hokousaï_ (_Hokousaï fou
de dessin_).

Il y a vers ce temps des estampes signées de lui _Kakô_, signature qu'il
a mise au bas de sa prose, signant _Tokitaro Hakô_ la TACTIQUE DU GÉNÉRAL
FOURNEAU et autres livres jaunes.

En 1805 il signe: _Koukoushin Hokousaï Gwakiôjin Hokousaï_.

En 1806 il signe: _Gwakiôjin Hokousaï, Katsoushika Hokousaï_.

En 1807 il signe: _Katsoushika Hokousaï_. Ce nom, il le prend par amour
pour ce quartier campagnard qu'il habita une partie de sa vie et qui le
faisait se faire annoncer chez ses amis comme le paysan de Katsoushika.

En 1808 il signe: _Hokousaï_ (tout court).

En 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, peut-être 1814 et 1815, il signe:
_Katsoushika Hokousaï_.

En ces années, quand il peint à Riôgokou un formidable Hotei, il signe:
_Kintaïsha Hokousaï_ (Kintasha voulant dire la maison au sac de brocart,
qui est une allusion au sac de toile d'Hotei).

En 1816 il change de nom et signe: _Hokousaï, changé en Taïto_.

En 1817, sur la résistance du public à accepter le nom de Taïto, il signe:
_Hokousaï Taïto_, dans les premiers mois de l'année: _Taïto, précédemment
Hokousaï_.

En 1818 et 1819 il continue à signer: _Taïto, précédemment Hokousaï_.

En 1820 il change encore de nom, et signe: _Katsoushika I-itsou,
changement du nom de Hokousaï Taïto_.

En 1821 il signe: _Katsoushika I-itsou_ (celui qui ne fait qu'une chose),
comme s'il voulait exprimer le regret de n'avoir fait que de la peinture
depuis sa jeunesse; il signe encore: _Guetti rôjin I-itsou_ (I-itsou
vieillard fou de la lune).

En 1822 il signe: _Fouzénkio I-itsou_ (I-itsou, celui qui ne fait qu'une
chose, sans se laisser influencer par les autres).

En 1823 il signe: _I-itsou_. Hayashi dit que Hokousaï, voulait qu'on
prononçât ce mot _Tamekazou_ ou _I-itsou_, et que c'est une erreur de
prononcer _Tamé-itchi_.

En 1824 il signe: _I-itsou, le vieillard de Katsoushika_, et le _vieux
fou I-itsou_.

En 1826 il signe: _le vieillard de Katsoushika I-itsou_.

En 1829 il signe: _le vieillard I-itsou_, et cependant comme le public a
l'habitude de son ancien nom, il signe cette année, les HÉROS DE SOUIKO:
_le vieillard I-itsou de Katsoushika, précédemment Hokousaï_.

En 1834 il change une dernière fois de nom et signe: _Manji changement de
nom de Hokousaï_, et _Svastica_ [Symbol: svastika], le signe de _Man_
(dix mille).

En 1835 il signe: _Manji_.

À partir de 1836, jusqu'à sa mort, il signe: _Manji vieillard fou de
dessin_.

Hokousaï a usé encore d'autres signatures; de 1799 à 1800 il a signé:
_Shinsai_, nom qu'il a quitté pour le donner à son élève Hanji, et encore
vers 1800 il a signé: _Raïto_ et _Raïshin_, le mot tonnerre, à la suite
d'un terrible coup de tonnerre qui l'avait fait tomber de la chaussée dans
une rivière.

Enfin, ainsi que l'annonce l'Oukiyo-yé Rouikô de Kiôdén, a-t-il signé des
DESSINS D'AMOUR du nom de _Goumma_ ou _Gounmatei_?



                                     LX


Une étude sur Hokousaï serait incomplète sans une brève énumération de
ses élèves, qui sont:

TODOYA HOKKEI, vulgairement Iwakoubo Kinyémon, et sortant d'une maison
qui avait le privilège de fournir le poisson aux daïmios. De là, le nom
de _Todoya_ (marchand de poissons). Il porte aussi les noms Aohiga-oka,
Kiôsaï.

C'est l'élève au talent le plus inspiré par le maître, et qui parfois
l'imite si bien, que le _Dôtchûgwafou_, ALBUM DE DESSINS DE VOYAGE, par
Hokousaï, lui a été attribué par quelques-uns.

Il est l'auteur d'une Mangwa publiée vers 1830, où il y a des compositions
dignes de son maître. De charmants et spirituels livres d'Hokkei sont:
_Foujin gwa zo shou_, PORTRAITS DES FEMMES POÈTES DU JAPON, ACCOMPAGNÉES
D'UN CHOIX DE LEURS POÉSIES RÉUNIES, PAR GWURIUYÉN, publiés en 1806.
_Kioka Santo Meishô zouyé_, LES ENDROITS CÉLÈBRES DES TROIS CAPITALES AVEC
LES POÉSIES, publiées en 1812; _Tôto jûnikei Kiôkashû_, POÉSIES SUR LES
DOUZE VUES DE YÉDO, publiées en 1819; _Fûsô meishô, Kioka-shû_, POÉSIES
SUR LES ENDROITS CÉLÈBRES DE FUSO (nom poétique du Japon), publiées en
1824; _Gakoumen Kiôka Siû_, LES POÉSIES DANS DES CADRES ORNEMENTÉS,
publiées en 1826. Un des beaux et rares livres d'Hokkei est le _Shôkokou
Meishô_, LES ENDROITS CÉLÈBRES DES CONTRÉES DU JAPON, et encore _Yoshiwara
juninotoki_, LES DOUZE HEURES DU YOSHIWARA, et encore: _Kiôka Sonikodeiô_,
trois volumes en couleur.

Indépendamment des livres, il a publié nombre de sourimonos de la plus
belle couleur.

Deux cahiers d'esquisses au trait, que Duret a acquis à Londres, et un
certain nombre de croquis du cabinet d'estampes de Berlin, montrent
l'habile dessinateur qu'il était.

On n'a aucun détail sur la vie de cet artiste qui aurait été un
littérateur distingué. La date de sa mort est ignorée et, si M. Gonse
n'avait eu la bonne fortune de découvrir dans l'exemplaire de
_Rokoujouyén_, POÉSIES ET PORTRAITS DE 120 POÈTES MODERNES, ayant
appartenu à Hokkei, une note indiquant qu'il avait 31 ans en 1811,
nous ne saurions pas qu'il est né en 1780.

GAKOUTEI, l'admirable artiste des sourimonos, le dessinateur de la femme
de l'aristocratie, de la femme à l'aspect sacerdotal, et qui, dans un
petit livre intitulé: _Itirô Gwafou_, ALBUM DES DESSINS D'UN VIEILLARD, a
un paysage dans le brouillard, merveilleux de vérité. Indépendamment de la
signature Gakoutei Harounobou, il se servait de la signature Sada-oka ou
Teikô.

Gakoutei serait un littérateur qui aurait traduit du chinois les 75
volumes du _Sangokoushi_, HISTOIRE DES TROIS ROYAUMES, un littérateur
donnant ses inspirations à Hokousaï et qui, à la fin, fut si charmé, si
séduit par son talent, qu'il devint peintre, et se fit son élève.

TEISAI HOKOUBA. Son nom vulgaire est Arisaka Gorohati. Il signifie
quelquefois Shushunsaï. Il se reconnaît à la grâce contournée de ses
femmes. M. Anderson donne comme son oeuvre principale _Hoshi-zoukiyo
Kénkwaïrokou_, OMBRES ET LUEURS DES ASTRES DE LA NUIT, publié en 28
volumes à Yédo, en 1809. Hokouba avait la réputation de dessiner aussi
bien de la main gauche que de la main droite.

SHINSHAÏ. Son nom vulgaire est Hanjiro, propriétaire à Kanda. Il signe
quelquefois Riûriûki. Il travaillait en 1800 et 1810.

KATSOUSHIKA TAÏTO. Ce nom, porté par Hokousaï pendant cinq ans, de 1815
à 1819, il le donna à un élève nommé Kameya Kisabro, d'une habileté hors
ligne. Les biographies disent que ce nom a été cédé par Hokousaï à Kameya
en 1816, mais il y a une erreur, car en 1819, le Maître signe encore Taïto
dans le second volume d'_Hayabiki_, où Ikkou, un ami d'Hokousaï, parle
dans sa préface du talent du vieux Taïto; ce n'est donc qu'en 1819 ou 1820
qu'a eu lieu cette cession, car c'est à l'automne de l'année 1820 que
Hokousaï signe: _I-itsou autrefois Hokousaï_.

Le Hokousaï Taïto a illustré des livres et publié des estampes en un assez
grand nombre, mais sa signature est toujours accompagnée soit d'un cachet,
soit d'un autre nom et, pour éviter la confusion avec le maître, voici ses
noms: Guénriûsai, Beikwa, Kankwan, Foumiô Yatikou, Shôzan.

Son exécution ressemble tellement à son maître qu'il est de toute
nécessité d'étudier la signature si l'on ne veut pas se tromper. C'est
ainsi que, parmi ses estampes, on a pris pour des Hokousaï les pièces
suivantes:

1° La carpe dans l'eau; 2° Deux cigognes et deux pins; 3° Femme en
promenade, dans le format en hauteur, et dans les autres formats des
fleurs et oiseaux, des paysages, des personnages, et un paysage de nuit où
il y a un pont éclairé par la lune.

HOKOUSÉN, qui signe Toyénrô, et qui collabora à la Mangwa.

HOKOUSOU, qui signe aussi Souiteisaï ou Kankanrô, ou Ransaï, et qui
illustra des romans entre 1804 et 1805.

HOKOUJU, signant aussi Shôteï, et qui publia des paysages dits _de l'école
hollandaise_.

HOKOU-OUN, qui signe au-dessus de son nom: Tonasé, et passe pour avoir
beaucoup aidé Hokousaï dans la Mangwa. De son premier état architecte; il
apprit l'architecture à Hokousaï.

BOKOUSÉN portait aussi les noms de Hokouteï, Quekkôteï, Hiakousaï, Tokôrô,
etc. C'était l'artiste de Nagoya chez lequel descendit Hokousaï, quand il
se rendit dans cette ville, et ce fut chez lui que le premier volume de la
Mangwa fut dessiné. On a de lui _Hokousén sogwa_, un recueil de planches
en couleur publiées en 1815.

SÔJÏ, qui signa successivement Tawarayo, Hishikawa, et en 1799 Sôri, le
nom qu'avait porté un moment son maître, et qu'il lui abandonna. Il est
célèbre par ses fleurs, ses oiseaux, ses paysages, dessinés à l'encre de
Chine.

HOKOUTAÏ, signant Yeisaï, Hokoutaï, et qui illustra quelques romans aux
environs de 1805.

HÔTEI HOKOUGA, un illustrateur de livres.

KODAÏ, un fabricant de saké de la province de Shinano, en même temps qu'un
artiste. Hukousaï resta chez lui plus d'un an.

YANAGWA SHIGHÉNOBOU, né vers 1778 et mort en 1832. Il signa d'abord Raïto,
nom que lui donna Hokousaï dont il devint le gendre, ayant épousé sa fille
Omiyo qui divorça et mourut assez jeune. À la suite d'une dispute avec son
maître et son beau-père, il abandonna son _faire_ et imita Toyokouni.

Il a collaboré avec Sadahidé et Keisaï Yeisén à l'illustration de _Satomi
Hakkendén_, et a publié en 1821 deux albums: le _Riûsén gwa-jô_ et le
_Riûsén gwa-fou_.

Les autres élèves sont:

Raïshiù,--Raïsén,--Hokouga (autre que Hôtei Hokouga),--Hokoumokou,
--Hokoushiû,--Hokonyén--Hokouguiou,--Katsoushika Hokouriou,--Hokouitsou,
--Hokoumei,--Hokoudô,--Hôkkô,--Hokouyô (Faucon du Nord),--Hokouyei,
Hokouyô (Océan du Nord),--Hokojiû,--Hokoushiû (Nord distingué),
--Hokkei--(Nord respectueux; ne pas le confondre avec celui du même nom,
Todoya Hokkei),--Hokousén,--Hokou-i,--Taïgakou,--Taï-itsou,--Shimrei,
--Hakouyei,--Raijin,--Taïsô,--Isaï,--Masahisa,--Guessaï Outamasa,
--Gwasanjin.

On remarquera l'appropriation que les élèves d'Hokousaï ont faite du
premier caractère de son nom, le caractère _Hokou_.



                              BIBLIOGRAPHIE


M. Hayashi auquel je dois la traduction des préfaces d'Hokousaï, et la
documentation de ce volume, a bien voulu rédiger la bibliographie des
livres et des albums du grand peintre japonais[33].

    [Note 33: La difficulté de traduire en langue française la pensée
    japonaise a parfois amené quelques différences entre la traduction
    des titres des livres et romans, improvisée dans le travail du
    tête-à-tête et la traduction longtemps réfléchie du travail
    solitaire.]



                CATALOGUE DES LIVRES ET ALBUMS DE HOKOUSAÏ


                             Livres jaunes.

Petits volumes de 17 centimètres de hauteur sur 12 centimètres et demi
de largeur, avec texte et dessins. Chaque volume est généralement de 5
feuilles. On les a ainsi appelés à cause du ton de la couverture jaune:
_Kibiôshion Aohon_.

_Arigataï Tsouno Itiji_, GRÂCE À UN MOT GALANT.--Texte de Koréwasaï
(pseudonyme de Hokousaï). 2 vol. 1781.

_Kamakoura Tsoushindén_, LES COURRIERS DE KAMAKOURA.--Texte de Guioboutsou
(pseudonyme de Hokousaï) et dessins de Shunrô (ancien nom de Hokousaï).
2 vol., 1782.

_Shiténnô Daïtsou-jitaté_, LES QUATRE HÉROS ANCIENS (COMPARÉS AUX ROIS
DES POINTS CARDINAUX) HABILLÉS À LA DERNIÈRE MODE. Texte de Koréwasaï et
dessins de Shunrô. 2 vol., 1782.

_Nitirén Itidaïki_, LA VIE DE NITIREN.--Texte de Mariko et dessins de
Katsoukawa Shunrô. 2 vol., 1782.

_Kaï-oun Ohghino Hanaka_, PARFUMS DES FLEURS DE L'ÉVENTAIL.--Dessins de
Shunrô. 2 vol., 1784.

_Nozoki-Karakouri Yoshitsouné Yama-iri_, EXPÉDITION DANS LA MONTAGNE DE
YOSHITSOUNÉ VUE DANS UNE BOÎTE À SPECTACLE.--Texte d'Ikoujimonaï
(pseudonyme probable de Hokousaï) et dessin de Katsoukawa Shunrô. 2 vol.,
1784.

_Onnén Oujino Hotaroubi_, LA HAINE TRANSFORMÉE EN FEU LES LUCIOLES
D'OUJI.--Dessins de Shunrô. 3 vol., 1785.

_Oyayuzouri Hanano Kômyô_, LA GLOIRE DU NEZ VENANT DE L'HÉRITAGE D'UN
PARENT.--Dessin de Goummatei, Shunrô changé de nom. 3 vol., 1785.

_Ni-iti ténsakou Nisshinno isshin_, LA DIVISION DE L'ARITHMÉTIQUE.--Texte
de Tsoushô et dessins de Shunrô. 3 vol., 1786.

_Zénzén Taïheiki_, HISTOIRE ANTÉRIEURE À L'HISTOIRE DE LA PAIX. (La paix
qui a suivi la lutte des Taira et Minamoto.)--Texte d'Ounoboré-Sanjin et
dessins de Shunrô. 4 vol., 1786.

_Waga-iyé rakouno Kamakoura-Yama_, MON INSOUCIANCE À MA MAISON DE CAMPAGNE
DE KAMAKOURA.--Texte de Goummatei. 2 vol., 1786.

_Jiwara-mompino Nakanotchô_, LA RUE DU MILIEU AUX JOURS DE GRANDES
TOILETTES.--Texte de Hakousek et dessins de Goummatei. 3 vol., 1786.

_Jhinkôki Nihiki Moutsouzouki_, LES DEUX RATS DANS LE PREMIER MOIS D'APRÈS
L'ARITHMÉTIQUE POPULAIRE, LE JHINKÔKI.--Texte de Tsoushô et dessins de
Goummatei, nombre de volumes inconnu, 1788.

_Foukou kitarou Warô Kadomatson_, LE PIN À LA PORTE DU VISAGE SOURIANT OÙ
ARRIVE LE BONHEUR.--Texte de Tsoushô et dessins de Shunrô, 2 vol., 1789.

_Kousakimo Nabikou shirikourabé_, L'ODEUR ALLÉCHANTE DU CONCOURS DES
FESSES.--Texte de Kéntô et dessins de Shunrô. 2 vol., 1789.

_Rekkasén Kiojitson Ténzan_, LE CALCUL DES VÉRITÉS ET DES MENSONGES
DES SIX POÈTES.--Dessins de Shunrô. 3 vol., 1789.

_Rûgou séndakou Banashi_, CONTE D'UNE BLANCHISSEUSE DU PALAIS DES DRAGONS.
--Dessins de Shunrô, 2 vol., 1791.

_Mibouri kawaïro Nadaïno Fourisodé_, L'IMITATION DE LA VOIX ET DES GESTES
D'UN CÉLÈBRE ACTEUR EN SA BELLE ROBE.--Texte de Shinkô et dessins de
Shunrô. 2 vol., 1791.

_Nouyé Yorimasa Meikano Shiba_, LA POPULARITÉ DE LA POÉSIE SUR LA LÉGENDE
DU GUERRIER YORIMASA ET DU MONSTRE NOUYÉ.--Dessins de Shunrô. 3 vol., 1792.

_Moukashi-moukashi Momotaro Banashi_, L'ORIGINE DU CONTE DE MOMOTARO.
--Texte de Kiôdén et dessins de Shunrô. 3 vol., 1792.

_Himpoukou Foutamata Dôtchû-no Ki_, CONTE DU VOYAGE DES DEUX ROUTES DE LA
PAUVRETÉ ET DE LA RICHESSE.--Texte de Kiôdén et dessins de Shunrô, 3 vol.,
1793.

_Ti-yé shidaï Hakoné-zoumé_, AVEC L'INTELLIGENCE ON SURMONTE LES
DIFFICULTÉS DE LA PASSE DE HAKONÉ.--Texte de Haroumitino Kousaki et
dessins de Shunrô. Nombre de volumes inconnu, 1793.

_Azouma Daïboutsou Momiji Meisho_, LA CÉLÉBRITÉ DE L'ÉRABLE ET DU GRAND
BOUDDHA DE YÉDO.--Texte et dessins de Hakousanjin Kakô (pseudonyme et
autre nom de Hokousaï)... vol., 1793.

_Foukouju-Kaï Mouriôno Shinadama_, UNE ÉTOILE DE L'OCÉAN DU BONHEUR ET DE
LA LONGÉVITÉ SANS LIMITE.--Texte de Bakin et dessins de Shunrô. 3 vol.,
1794.

_Nozokimi Tatoyéno Foushi-ana_, LES PROVERBES VUS À TRAVERS UN TROU DE
MUR.--Texte de Tsoubohira et dessin de Shunrô. 2 vol., 1794.

_Mousouméno Tomozouna_, LE CORDON D'UNE FILLE.--Texte de Kiorori et
dessins de Tokitarô Kakô (Tokitarô, prénom de jeunesse de Hokousaï).
2 vol., 1794.

_Asahina Ohighéno-tiri_, LA POUSSIÈRE DE LA BARBE D'AHAHINA.--Texte de
Jihinari et dessins de Hokousaï... vol., 1796.

_Bakémono Yamito Honzô_, HISTOIRE NATURELLE DES MONSTRES DU JAPON.
--Texte de Kiôdén et dessins de Kakô. 3 vol., 1798.

_Kamado Shôgoun Kanriakou no-maki_. LA TACTIQUE DU GÉNÉRAL FOURNEAU.
--Texte et dessins de Tokitarô Kakô. 3 vol., 1800.

_Guékaïno baka Hanano-ouyé Oiti-Téngou_, TÉNGOU TOMBÉ DU HAUT DE SON NEZ
DANS LE MONDE BÊTE D'ICI-BAS.--Texte de Jakousei et dessins de Goummatei,
Shunrô changé de nom. 3 vol., 1801.

_Tigo Monju Osana-kiôkoum_, L'ÉDUCATION DES ENFANTS D'APRÈS L'ENFANCE DE
BODHI-SATTAWA MONJU.--Textes et dessins de Kakô. 3 vol., 1801.

_Mouna zannyô Ousono Tana-oroshi_, L'INVENTAIRE DES MENSONGES DRESSÉ PAR LE
COEUR.--Texte et dessins de Tokitarô Kakô. 3 vol., 1803.

_Boutchôhô Sokouséki riôri_, LA CUISINE AU HASARD.--Texte et dessins de
Tokitarô Kakô. 3 vol., 1803.

_Sangokou Wakaran Zatsouwa_, LA CONVERSATION INCOMPRÉHENSIBLE EN TROIS
LANGUES (japonais, chinois et hollandais).--Texte de Onitaké et dessins de
Kakô. 2 vol., 1803.

_Ahah Shinkirô_, LE PALAIS DU MIRAGE OU LES VICISSITUDES HUMAINES.
--Texte et dessins de Kakô. 3 vol., 1803.

_On-aï Sarouno Ada-outi_, LA VENGEANCE D'UN SINGE AFFECTIONNÉ.--2 vol.,
dont le premier dessiné par Toyokouni et le second par Kakô; texte de
Kiorori, 1804.

_Ouwaki-zôshi_. LE ROMAN DES CAPRICES AMOUREUX.--Texte de Ran-i et dessins
de Hokousaï. 3 vol., 1806.

_Yûkoun misao Rénrino Motibana_, LA FLEUR DE FIDÉLITÉ D'UNE COURTISANE
ENVERS SON AMANT.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 2 vol., 1807.

_Kataki-outi Migawari Miôgô_, LA VENGEANCE ACHEVÉE GRÂCE À UNE PROTECTION
MYSTÉRIEUSE.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1808.

_Yûriakou Onna Kiôkoun_, L'ÉDUCATION DE LA FEMME DANS L'HÉROÏSME.--Texte
de Ikkou et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1808.

_Kataki-outi Moukouhino Aoyaghi_, LE SAULE PLEUREUR DANS UNE HISTOIRE DE
VENGEANCE.--Auteur inconnu et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1808.

_Shimpén Tsoukino Koumasaka Banashi_, NOUVEAU CONTE SUR KOUMASAKA, BRIGAND
DE LA LUNE.--Texte et dessins de Tokitarô Kakô... vol., 1811.

_Tamakoushighé Ishidômarou Monogatari_, CONTE SUR ISHIDÔ-MAROU OU LA BOITE
AU PEIGNE DE JADE.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 3 vol., sans
date.

_Tokoyémou_ (nom d'un personnage de ce roman, dont le titre, le nombre de
volumes et la date sont inconnus).--Texte de Tsoushô et dessins de
Shunrô.


                             Romans illustrés.

Le format de 23 centimètres de hauteur sur 16 centimètres de largeur.
Chaque volume contient de 30 à 40 pages, et de 3 à 5 dessins en planches
doubles, sauf le 1er volume toujours embelli de 4 ou 5 planches extra,
tirées avec soin sur papier de luxe.

_Yéhon Azouma foutaba nishiki_, LE BROCART DES DEUX POUSSES D'UNE PLANTE
DE L'EST.--Texte de Kobéda Shighérou et dessins de «Hokousaï, fou de
dessin», 5 vol., 1805.

_Shimpén Souiko Gwadén_, LA NOUVELLE TRADUCTION DE SOUIKO-DÉN AVEC
ILLUSTRATIONS.--Ouvrage en 90 vol., paru dans l'ordre suivant:

1e section, 10 vol. traduits par Kiokoutei Bakin et illustrés par
Katsoushika Hokousaï, 5 vol. en 1805 et 5 autres en 1807.

2e section, 10 vol. traduits par Takaï Ranzan et illustrés par Hokousaï,
parus seulement en 1829.

3e à 9e sections; sections également traduites par Takaï Ranzan et
illustrées par Hokousaï, parues successivement par série de 10 vol. la
section, mais nous n'avons pas les dates.

_Tamano Otiho_, L'ÉPI DE PERLES TOMBÉ.--Texte de Hohéda Shighérou et
dessins de Hokousaï. 10 vol. dont 5 parus en 1806, et 5 en 1808.

_Kataki-outi Ourami Kouzounoha_, LA VENGEANCE D'UNE RENARDE HAINEUSE OU LA
LÉGENDE DE KOUZOUNOHA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 5 vol.,
1807.

_Sonono Yuki_, LA NEIGE DU JARDIN.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï.
5 vol., 1807.

_Soumidagawa Baïrû Shinsho_, LE PRUNIER ET LE SAULE PLEUREUR DE LA RIVIÈRE
SOUMIDA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1807.

_Tchinsétsou Yamihari Zouki_, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU
CAMÉLIA.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 28 volumes en 5 sections
dont la 1re, 6 vol, en 1807; les 2e et 3e, 6 vol. de chaque, en 1808;
les 4e et 5e, 5 vol. de chaque, en 1811.

_Shin Kasané Guédatsou Monogatari_, LA CONVERSION DE L'ESPRIT DE
KASANÉ.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1807.

_Sanshiti Zéndén Nankano Yumé_, LE RÊVE DU CAMPHRIER DU SUD OU L'HISTOIRE
DE SANKATSOU ET HANSHITI.--Texte de Bakin et dessins de Hokousaï. 16
volumes en 3 sections: la 1e, 6 vol., 1808; les 2e et 3e, 10 vol. ont paru
en 1811, sous le nouveau titre de _Nanka Kôki_, LE CONTE SUPPLÉMENTAIRE DU
RÊVE DU CAMPHRIER DU SUD.

_Raîgô-Ajari Kwaïso-dén_, LE RAT MONSTRE DU PRÊTRE RAÏGO.--Texte de Bakin
et dessins de Hokousaï. 8 vol. en 2 sections. 1808.

_Yuriwaka Nozouyèno Taka_, LE FAUCON DE YURIWAHA.--Texte de Mantei Sôba et
dessins de Hokousaï. 5 vol., 1808.

_Awano Narouto_, LES GOUFFRES D'AWA.--Texte de Rûtei Tanéhiko et dessins
de Hokousaï. 5 vol., 1808.

_Shimoyono Hoshi_. LES ÉTOILES D'UNE NUIT OÙ IL GÈLE.--Texte de Tanéhiko
et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1808.

_Ounamoji Nouyé Monogatari_, LE CONTE SUR NOUYÉ, écrit en lettres de
femme.--Texte de Shakouyakoutei et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1808.

_Kanadéhon Gonitino Bounshô_, L'HISTOIRE DES FIDÈLES VASSAUX APRÈS LA
VENGEANCE.--Texte de Tatékawa Yémba et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1808.

_Hidano Takoumi Monogatari_, L'HISTOIRE DE L'ARCHITECTE DE HIDA.--Texte de
Rokoujuyén et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1808.

_Foutatsou Tchôtcho Shiraïto Zôshi_, LES DEUX PAPILLONS ET LA SOIE BLANCHE
OU LES DEUX LUTTEURS. Texte de Shakouyakoutei et dessins de Hokousaï
Tokimasa (un des prénoms de Hokousaï). 5 vol., 1809.

_Nouréghinou Zôshi_, LE ROMAN D'UNE ROBE MOUILLÉE.
--Texte de Shakou-yakoutei et dessins de Hokousaï.
--Le nombre de volumes et la date inconnus.

_Kohino Oukihashi_, LE PONT IMAGINAIRE DE L'AMOUR.--Texte de
Rakou-rakou-an Tôyei et dessins de Hokousaï, 1re section, 3 vol., 1809.

_On-yô Imos-yama_, LES FIANCÉS ISOLÉS SUR DEUX MONTAGNES EN
FACE.--Texte de Shinrotei et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1810.

_Tiyosaki-himé Shitihénghé Monogatari_, LES SEPT TRANSFIGURATIONS DE LA
PRINCESSE TIYOSAKI.--Texte de Shinrotei et dessins de Hokousaï. 5 vol.,
sans date.

_Sétano-Hashi Riûjo Hondji_, LA FEMME-DRAGON DU PONT DE SÉTA ou _Tawara
tóda Rôkoden_, LE VIEUX RENARD DU GUERRIER TAWARA TÔDA.--Texte de Rûtei
Tanéhiko et dessins de Hokousaï. 3 vol., 1811.

_Hokou-itsou Kidan_, LES LÉGENDES FANTASTIQUES DE LA PROVINCE DE
YÉTIGO.--Texte et dessins de Tatibana Shighéyo, augmenté des dessins de
Hokousaï Raïshin (un des noms portés par Hokousaï), 6 vol., 1811.

_Matsouwô Monogatari_, L'HISTOIRE DE MATSOUWÔ.--Texte de Kohéda Shigérou
et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1812.

_Aoto Foujitsouna Moriô-an_, LES DESSINS DU JUGE AOTO.--Texte de Bakin et
dessins de Hokousaï Raïshin. 10 vol., en 2 sections, 1812.

_Ogouri Gwaïdén_, LA LÉGENDE SUR LE PRINCE OGOURI.--Texte de Kohéda
Shighérou et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1814.

_Beibei Kiôdan_, LE CONTE VILLAGROIS DES DEUX ASSIETTES.--Texte de Bakin
et dessins de «Taïto, précédemment Hokousaï». 8 vol., 1815.

_Tâkó Tchôrai Foushi_, LA MORALITÉ DES CHANSONNETTES ITAKO-BOUSHI.--Texte
de Yémba et dessins de Hokousaï. 5 vol., 1817.

_Shakouson Itidaïki Zouyé_, LA VIE DE ÇAKIAMOUNI.--Texte de Yamada Isaï
et dessins de Hokousaï. 6 vol., 1839. Cet ouvrage est d'un format de 18
centimètres de largeur sur 25 centimètres de hauteur.

_Yéhon Kan-So Goundan_, LA GUERRE DES DEUX ROYAUMES DE KAN ET DE SO.
--Texte de Shôriô Sadataka et dessins de Katsoushika I-itsou Manjirôjin
(Le vieillard Manji ou Katsoushika I-itsou noms divers de Hokousaï).
20 vol., en 2 sections. 1845.

_Guénji Ittôshi_, LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO.
--Texte de Shôtei Kinsoui et dessins du vieillard «Hatiyémon, Hokousaï
I-itsou». 5 vol., 1846.

Sanshodayû, nom du personnage du roman pris pour le titre.--Texte de
Oumébori Kokouga et dessins Hokousaï.--Le nombre de volumes et la date
d'édition sont inconnus. L'auteur a écrit autour de 1800.


                           Livres de dessins.

Les _Yéhon_, littérairement _livres de dessins_, ainsi appelés à cause de
la reliure semblable aux livres ordinaires, et par opposition aux _Jô_,
albums faits avec du beau papier replié dans une couverture de luxe.

Il y a 3 formats dans les livres de dessins:

1° Le _grand_ ou _Oh-hon_, 26 centimètres de haut sur 18 de large.

2° Le _moyen_ ou _Tchûhon_, 23 centimètres de haut sur 16 de large.

3° Le _petit_ ou _Kohon_, 18 centimètres de haut sur 13 de large.


LIVRES DU GRAND FORMAT.

_Yéhon Riôhitsou_, LE LIVRE DE DESSINS AUX DEUX PINCEAUX.--Les paysages
et les plantes par Rikkosaï de Ohsaka, les personnages et animaux par
Hokousaï Taïto de Yédo. 1 vol., 1817.

_Riôhitsou Gwafou_, LE RECUEIL DE DESSINS AUX DEUX PINCEAUX.--Le titre
donné aux seconds tirages de l'ouvrage ci-dessus.

_Hokousaï Gwakiô_, LE MIROIR DU DESSIN DE HOKOUSAÏ--1 vol., 1818, signé:
«Katsoushika Taïto».

_Dénshin Gwakiô_. LA TRANSMISSION DE L'ESPRIT DU DESSIN QUI EST LE REFLET
DU COEUR.--Signé: «Katsoushika Taïto, autrefois Hokousaï». Titre du second
tirage, dans la même année, de l'ouvrage ci-dessus.

_Shûywa Itiran_, UN COUP D'OEIL SUR LES DESSINS REMARQUABLES.--Titre que
porte le tirage en couleurs, du Hokousaï Gwakiô, tirage très postérieur
dans lequel on supprima 4 folios (18 à 21).

_Hokousaï Gwashiki_, LA MÉTHODE DU DESSIN DU HOKOUSAÏ.--Signé:
«Katsoushika Taïto, ci-devant Hokousaï». 1 vol., 1819.

_Hokousaï Sogwa_, LES DESSINS GROSSIERS DE HOKOUSAÏ.--Signé: «Katsoushika
Taïto». 1 vol., 1820.


LIVRES DU FORMAT MOYEN.

_Hokousaï Mangwa_. LES ÉTUDES LIBÉRALES DE HOKOUSAÏ--15 vol., parus dans
l'ordre suivant:

1er vol., 1812; 2e vol., 1814; 3e vol., 1815; 4e vol., 1816; 5e vol., 1816;
6e vol., 1817; 7e vol., 1817; 8e vol., 1818; 9e vol., 1819; 10e vol., 1819;
11e vol., 1834; 12e vol., 1834; 13e vol., 1849; 14e vol., 1875; 15e vol.,
1879.

_Odori Hitori Keiko_, LA LEÇON DE DANSE PAR SOI-MÊME.--Invention et
dessins par Katsoushika Hokousaï, et revus et corrigés par Foujima
Shinzabro, maître de danse. 1 vol., 1815. Il y a le tirage de 1835 en 2
vol.

_Santaï Gwafou_, LES TROIS FORMES DE DESSIN.--Signé: «Taïtô, Hokousaï
changé de nom». 1 vol., 1816.

_Ippitsou Gwafou_, LE RECUEIL DE DESSINS À UN SEUL COUP DE PINCEAU.
--Invention de Foukouzénsaï et l'idée continuée par Hokousaï Taïto,
1 vol., 1823.

_T'chûgki souikodén Yéhon_, LES PERSONNAGES DE SOUIKODEN.--Signé: «I-itsou,
autrefois Hokousaï». 1 vol., 1829.

_Dôtchû Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS DU VOYAGE (de Yédo à Kiôto).
--Signé: «I-itsou, autrefois, Hokousaï». 1 vol., 1830.

_Feugakou Hiakkei_, LES CENT VUES DE FOUZI-YAMA.--Signé: «Manji, vieillard
fou de dessin.» 3 vol., la 1re, 1834; la 2e. 1835, et la 3e, sans date.

_Shin Hinagata_, LE NOUVEAU MODÈLE POUR LES OUVRIERS.--Signé: «Manji,
vieillard fou de dessin, autrefois Hokousaï». 1 vol., 1836.

_Yéhon Sakigaké_, LES HÉROS DE LA CHINE ET DU JAPON.--Signé: «Manji,
vieillard fou de dessin, autrefois Hokousaï». 1 vol., 1836.

_Yéhon Mousashi Aboumi_, LES ÉTRIERS DU SOLDAT ou le _2e volume de
Sakigaké_.--Signé: «Manji, vieillard fou de dessin, autrefois Hokousaï».
1 vol., 1836.

Yéhon Wakan Homaré, LES GLOIRES DE LA CHINE ET DU JAPON.--Signé: Manji,
vieillard fou de dessin, autrefois Hokousaï». 1 vol., 1850.

_Manjiwô Sôhitson Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS CURSIFS DU VIEILLARD
MANJI.--Signé: «Le vieillard Manji, autrefois Hokousaï». 1 vol., 1843.
Ce volume a été dessiné en 1833, et porte une préface de 1834; mais on ne
connaît que l'édition de 1843.

_Shoshin Gwakan_, LES MODÈLES DE DESSINS POUR LES COMMENÇANTS.--1 vol.
Le titre qui porte le retirage du _Sôhitsou Gwafou_ ci-dessus avec huit
dessins de moins.

_Hokousaï Mangwa Sohitsouno-bou_, LA PARTIE DIT PINCEAU CURSIF DE LA
MANGWA DE HOKOUSAÏ.--Le titre que porte un autre retirage très postérieur
de _Sôhitsou Gwafou_. Les sept dessins y manquent également. Le tirage est
colorié médiocrement.

_Hokousaï Gwafou_, LE RECUEIL DES DESSINS DE HOKOUSAÏ.--3 vol., 1849.

Cet ouvrage n'est qu'une réimpression, en format réduit, de _Hokousaï
Gwashiki_ et de _Hokousaï Sogwa_, avec un dessin de moins, et quatorze de
plus.

_Hokousaï Gwayén_, LE JARDIN DES DESSINS DE HOKOUSAÏ.--3 vol.

Ces 3 volumes ne sont qu'une réimpression tout à fait moderne
de diverses pages des livres de Hokousaï, de Hokkei,
de Hokou-oun, de Hiroshighé, de Keisaï-Yoisen, etc.


LIVRES DU PETIT FORMAT.

_Imayô Kouishi Kisérou Hinagata_, MODÈLES DE PEIGNES ET DE PIPES À LA
MODE.--Signé: Katsoushika, I-itsou, autrefois «Hokousaï». 3 vol. dont 2 de
peignes, 1822 et 1 de pipes, 1823. Ces volumes sont en largeur.

_Riakougwa Haya Shinan_, LEÇON RAPIDE DU DESSIN CURSIF.--Signé:
«Katsoushika Taïto, précédemment Hokousaï». 2 vol., 1812 et 1814.

_Gwadô Hitori Keiho_, LEÇON DE DESSIN PAR SOI-MÊME.--1 vol. 1815. Ce
volume fait le 3e du _Haya Shinan_.

_Yéhon Hayabiki_, RÉPERTOIRE RAPIDE DE DESSIN.--Signé: «Taïto, autrefois
Hokousaï. 2 vol., 1816 et 1819. Ces deux volumes constituent les 4e et 5e
vol. de _Hayashinan_.

_Nagashira Moushabouroui_, RÉPERTOIRE DES SUJETS GUERRIERS.--Signé
«I-itsou autrefois Hokousaï». 1 vol., 1841. Ce vol. fait le 3e vol. de
_Hayabiki_ et 6e vol. de _Hayashinan_.

_Hokousaï Mangwa Hayashinan_, LEÇON RAPIDE DU DESSIN ARBITRAIRE DE
HOKOUSAÏ.--Titre que porte un retirage d'un certain nombre de pages des 3
premiers volumes de _Hayashinan_. 1 vol.

_Shingata Komantchô_, NOUVEAUX DESSINS POUR LES IMPRESSIONS D'ÉTOFFE.
--Signé: «Hatsoushika I-itsou». 1 vol., 1824.

_Hokousaï Moyô Gwafou_, RECUEIL DES DESSINS D'ÉTOFFE DE HOKOUSAÏ.--Titre
porté par un retirage moderne de l'ouvrage ci-dessus.

_Yéhon Saïshiki-tsou_, TRAITÉ DU COLORIS.--Signé: «Manji, vieillard fou de
dessin». 2 vol., 1848.

_Soshin Yédéhon_, MODÈLES DE DESSIN POUR LES TOUT COMMENÇANTS.--Non signé
et sans date. 1 vol.

Ce petit volume est en forme d'album, et imprimé en couleur. D'après le
style, il paraît avoir été fait en 1812, comme supplément du 1er volume de
_Hayashinan_.


                  Ouvrages divers illustrés par Hokousaï.

_Adadéhon Tsoushin Mouda_, ALLUSION À L'ÉPISODE DES 47 RÔNINS.--Texte de
Kogané Atsoumarou et dessins de Hokousaï. 1 vol. (format petit), 1803.
Le second volume de cet ouvrage annoncé n'a pas paru.

_Jôdan Foutsouka Yehi_, IVRESSE DES DEUX SOEURS.--Texte de Jippénsha
Ikkou. 2 vol., petit format: le premier illustré par Hokousou et le
deuxième par Hokousaï, 1811.

_Jôrouri Zekkou_, PRINCIPAUX SUJETS DES DRAMES.--Auteur inconnu et dessins
de Hokousaï, avec collaboration de Bokousén. 1 vol., format moyen, 1815.

_Yéhon Teikin Ohraï_, L'ÉDUCATION DANS LA FAMILLE SOUS FORME DE
CORRESPONDANCE.--Ouvrage ancien, aux dessins signés: «I-itsou, autrefois
Hokousaï». 3 vol., format moyen, le premier 1828, le deuxième 1848, et le
troisième sans date.

_Tôshisen Yéhon_, LES POÉSIES DES THANG ILLUSTRÉS.--Commentaire par Takaï
Ranzan. 10 vol. en deux sections: les premiers 5 vol. signés: «I-itsou
autrefois Hokousaï», format moyen, 1833; les deuxièmes 5 vol. signés:
«Man-ô, le vieillard fou de dessin», 1836.

_Yéhon Tôshisen Gogon-zékkou_, ILLUSTRATION DES POÉSIES DES THANG, _partie
de cinq caractères par ligne_.--2 vol., format moyen, signé: «I-itsou,
autrefois Hokousaï» (signature de 1883), publié en 1880.

_Yéhon Koboun Kôkiô_, LA PITIÉ FILIALE ILLUSTRÉE.--Texte en chinois
ancien et dessins du «vieillard Manji, autrefois Hokousaï», 2 vol., format
moyen, 1835.

_Yékon Tchûkiô_, ILLUSTRATION DE LA FIDÉLITÉ ENVERS LE MAÎTRE.--Ouvrage
chinois, 1 vol., format moyen, 1834. Dessins «de Manji, autrefois
Hokousaï».

_Yéhon Sénjimon_, LE POÈME EN MILLE CARACTÈRES DIFFÉRENTS.--Ouvrage
chinois illustré par «Katsoushika I-itsou autrefois Hokousaï». 1 vol.,
format moyen, 1834.

_Wakan Inshitsoudén_, EXEMPLES CHINOIS ET JAPONAIS DES CONSÉQUENCES DES
BONNES OU MAUVAISES ACTIONS INAPERÇUES.--Texte de Fouji-i Raïsaï et
dessins de «Manji le vieillard fou de dessin». 1 vol., format moyen, 1840.

_Yéhon Onna Imagawa_, L'ILLUSTRATION DE «IMAGAWA» POUR L'USAGE DES
FEMMES.--Exemplaire où la signature et la date manquent. 1 vol., format
moyen (1844?).


        Ouvrages divers renfermant un ou deux dessins de Hokousaï.

_Hitori Bokkou_, RECUEIL D'AUTOGRAPHES ET DE DESSINS.--Une planche de
«Hokousaï, fou de dessin» dans le second volume. 2 vol., grand format,
1801.

_Katsoushika Zoushi Tégouri-bouné_, LE PAYS DE KATSOUSHIKA.--Un dessin de
Hokousaï.--1 vol., format moyen, 1813.

_Hwankon Shiriô_, PAPIERS JETÉS.--Texte de Tanéhiko avec quelques dessins
et fac-similé de I-itsou. 2 vol., grand format, 1826.

_Bongwa Hitori Keiko_, LEÇON DU DESSIN AU SABLE.--Texte de Mme Tsouskihana
Yei, avec un dessin de I-itsou. 1 vol., petit format en largeur, 1828.

_Nikkô Sanshi_, DESCRIPTION DE LA MONTAGNE DE NIKKÔ.--Au quatrième vol.
2 planches de cascades par «Manji, vieillard, fou de dessin». 5 vol.,
grand format, 1837.

_Rétsoujo Hiakounin Isshu_, CENT POÉTESSES.--Portraits par Toyokouni et
petits dessins par «le vieillard Manji de Katsoushika». 1 vol., petit
format, 1847.

_Shûga Hiakounin Isshu_, CENT POÈTES ARTISTES.--Les dix premiers folios
par «Manji le vieillard de 88 ans». 1 vol. petit format, 1848.

_Zokou Yeigu Hiakounin Isshu_, CENT POÈTES GUERRIERS.--Les quinze premiers
folios par «le vieillard Manji autrefois Hokousaï». 1 vol., petit format,
1849.

_Guirétsou Hiakounin Isshu_, CENT POÈTES HÉROS.--15 dessins du vieillard
Manji. 1 vol. petit format, 1850.

_Kwatchò Fougaétsow_, RECUEIL DES POÉSIES KIÔKA SUR LES FLEURS, LES
OISEAUX, L'AIR ET LA LUNE.--Ouvrage illustré par Hokousén avec quelques
dessins de Hokousaï. 1 vol., format moyen, 1824.

_Ressén Gwazôshú_, POÈTES COMPARÉS AUX HERMITES.--Recueil des poésies
Kiôka, avec dessins de «I-itsou, autrefois Hokousaï» 3 vol., format moyen,
1829.


                      Livres de dessins en couleur.

_Tôto Meisho Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES VUES CÉLÈBRES DE YÉDO, par
Hokousaï Tokimasa. 2 vol., grand format, 1808.

_Tôto Shôkei Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES BELLES VUES DE YÉDO, titre que
portent les seconds tirages de l'ouvrage ci-dessus. 2 vol., grand format,
avec la même date.

_Yéhon Azouma Asobi_, PROMENADE DE YÉDO.--Hokousaï. 2 vol., grand format,
1802.

Cet ouvrage n'est autre que le tirage en couleur des dessins seuls du
_Azouma Asobi_, imprimé en noir, en 1800, avec beaucoup de poésies, et
formant un seul volume.

_Yama Mata Yama_, MONTAGNES ET MONTAGNES.--Hokousaï. 3 vol. grand format,
1804.

_Soumidagawa Riôgan Itiran_, COUP D'OEIL DES DEUX RIVES DE LA SOUMIDA.
--3 vol. grand format, 1806.

_Isosouzou-gawa Kiôka gourouma_, CINQUANTE POÈTES DE KIÔKA, par Hokousaï
Tokimasa.--1 vol. grand format, 1802.

_Shûgwa Itiran_, COLLECTION DE BEAUX DESSINS, titre que porte le tirage en
couleur et postérieur de _Hokousaï Gwakiô_, avec 8 pages de moins.

_Itakouboushi ou Tchôraï-zekkou_, CHANSONNETTES SUR L'AIR DU BATELIER.
--2 vol. petit format, 1801.

_Yéhon Tchûshin goura_, MAGASIN DES VASSAUX FIDÈLES, par Hokousaï
Tokimasa.--2 vol. moyen format, 1802.

_Misoka Kouzoukago_, PANIER À PAPIER, AU 30 DU MOIS.--Recueil de poésies
et de dessins, dont 4 par Hokousaï, fou de dessin». 1 petit vol. mince,
1804.

_Kiôka Mouma Zoukoushi_, POÉSIES POPULAIRES SUR LES CHEVAUX.--Recueil de
Kiôka, avec un dessin de «I-itsou, le vieillard fou de la lune». 1 petit
vol. mince, 1822.

_Onna Itidaï Yeigwashû_, AGRÉMENTS DE LA VIE DES FEMMES.--Recueil de
poésies, avec deux planches de «I-itsou, autrefois Hokousaï, et âgé de 72
ans». 1 vol. format moyen, 1831.


          Albums de poésies Kiôka avec des planches en couleur.

                     Ces albums sont du grand format.

_Shunkiôjo_, DISTRACTIONS DU PRINTEMPS, 2 vol., 1791 et 1798.--Un dessin
par volume signé: «Sôri et Hokousaï Sôri.»

_Hatsou Wakana_, LE PREMIER LÉGUME VERT.--1 vol. Une planche de «Hokousaï,
Sôri changé de nom», 1798.

_Sandara Kasoumi_, BRUME DE SANDARA.--1 planche de Hokousaï Sôri. 1 vol.,
1797.

_Yanaghino Ito_, CORDELETTES DE SAULE PLEUREUR.--1 planche de Hokousaï
Sôri. 1 vol., 1797.

_Dantôka_, CHANT DE DANSE D'HOMME.--1 planche de Hokousaï Sôri. 1 vol.,
1798.

_Haïkaï Shijikou zôshi_, CAHIER DES QUATRE SAISONS.--1 planche de
«Hokousaï Tokimasa, Sôri changé de nom». 1 vol., 1798.

_Hananoyé_, L'AÎNÉE DES FLEURS.--2 planches signées: «Hokousaï, Sôri
changé et Hokousaï Tokimasa». 1 vol., 1798.

_Onna Sanjû Rokkasén_, TRENTE-SIX POÉTESSES, par Yeishi, et une
composition par «Hokousaï, fou de dessin». 1 vol., 1801.

_Harouno Fouji_, FOUZI-YAMA AU PRINTEMPS.--Recueil de Kiôka, dont le
titre est perdu, mais paraît, selon le texte, porter ce nom. 2 dessins
de «Hokousaï, fou de dessin». 1 vol. 1803.


                            Albums de dessins.

_Hokousaï Shashin Gwafou_, ALBUM DES ÉTUDES D'APRÈS NATURE DE HOKOUSAÏ.
--15 planches en largeur. 1 vol. grand format, 1814.


                Albums de dessins originaux avec titre imprimé
                      et vendus chez les libraires.

_Nikoushitsou Gwajô_, ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX ou _Zén Hokousaï Manji-ô
Nikoushitsou Gwajô_ ALBUM DE DESSINS ORIGINAUX DU VIEILLARD MANJI,
AUTREFOIS HOKOUSAÏ.--Signé: «Manji, le vieillard fou de dessin, âgé de 80
ans.» Format en largeur. 29 centimètres de largeur sur 19 1 2 de hauteur,
1 vol. renfermant 12 dessins cursifs, coloris léger, 1839.

Cet ouvrage a été inventé, exécuté et vendu par Hokousaï, à la suite des
années de famine.


                 Albums et livres de dessins du printemps.

_Kinohéno Komatsou_, JEUNES POUSSES DE PINS.--Livres en couleur de format
moyen, 3 vol.

_Tsouma Kasané_, DOUBLE OCCUPATION.--Livres en format moyen, 3 vol.

_Foukoutokou Wagôjin_, LES DEUX DIEUX D'UNION ET DE BONHEUR.--Livres en
couleur du format moyen, 3 vol.

SANS TITRE.--Album à couverture aux planches de bois laqué noir et dessin
or. 12 grandes feuilles en largeur, pliées en deux, grands dessins tirés
sur un fond micacé et coloriés à la main, 1 vol.

NOTA.--Les autres albums ou livres érotiques attribués à Hokousaï, sont de
ses élèves.


                             Albums d'amateurs.

Il existe nombre d'albums faits par des amateurs, avec des estampes, ou
des sourimonos parus par série, tels que les Poètes, les Attributs du
Cheval, les Scènes des rônins, les Tôkaïdo, les 36 Vues de Fouzi-yama, les
Ponts célèbres, les 8 Vues de Liou-Kiou, les cent Poésies expliquées par
la nourrice, les Fleurs, les Fleurs et Oiseaux, les Caricatures,
etc.

Ces dessins n'ayant pas été édités en albums, ils entrent dans la
classification des estampes et des sourimonos.

Les noms arbitrairement donnés à ces albums, ne sont pas acceptés par nous.


                            Livres parus ou non,
      mais dont on ne connaît que le titre annoncé dans des ouvrages.

_Gwatsétsou_, ESTHÉTIQUE DU DESSIN, 1 vol.

_Hokousaï Ringwa_, LE CALQUE, 1 vol.

_Hokousaï Zankô_, LA COMPOSITION ET LE DESSIN, 1 vol.

_Hokousaï Gwakau_, MODÈLES DE DESSINS DE HOKOUSAÏ. 3 vol.

_I-tsou gwafou_, ALBUM DE DESSINS D'I-ITSOU.

_Shônin Kagami_, ENCYCLOPÉDIE DES COMMENÇANTS. 3 vol.

_Meizan Shokei Shinzou_, PAYSAGES VRAIS DES MONTAGNES CÉLÈBRES. 1 vol.

_Yédou Hakkei Shinzou_, VRAIS DESSINS DES HUIT VUES DE YÉDO. 1 vol.

_Mitino Shiori_, INDICATEUR DU CHEMIN DES BEAUX PAYSAGES. 1 vol.

_Azouma Hiakounin Isshu Tamazousa_, LETTRES DES CENT POÈTES DE YÉDO. 1 vol.

_Mandaï Hiakounin Isshu Misao Bounshô_, EXPLICATION DES CENT POÉSIES.
1 vol.

_Taïsei Hiakounin Tiyékagami_, L'ESPRIT DE CENT PERSONNES. 1 vol.

_Riôsandô Itiran_, COUP D'OEIL SUR LES DEUX ROUTES DES MONTAGNES. 3 vol.

_Tchûshingoura Jûnidan_, LES DOUZE TABLEAUX DES SCÈNES DES RÔNINS.
1 vol.

_Yéhon Katsoushika-bouri_, LE FAIRE DES DESSINS DE KATSOUSHIKA.

_Kiôgwa Katsoushika-bouri_, DESSINS COMIQUES A LA MANIÈRE DE KATSOUSHIKA.

_Yéhon Nakouté Nanakousé_, LES SEPT MANIES DE LA PERSONNE QUI N'EN A PAS.

_Riakougwa Mousha Kagami_, DESSINS CURSIFS DES GUERRIERS.

_Noui-moyô Tébikino Ito_, DESSINS DE BRODERIE.

_Yéhon Tokibano Matsou_, LE PIN TOUJOURS VERT.

_Yéhon Tiyéno Ita_, LE JEU DES PLANCHES GÉOMÉTRIQUES.

_Yéhon Irohagoura_, MAGASIN DE L'ALPHABET.

_Yéhon Hitori Annaï_, GUIDE POUR SOI-MÊME.

_Iitsou Sensei Keirokou Gwafou_, ALBUM DE DESSINS DU MAÎTRE I-TSOU.

_Fougakou Hattaï_, HUIT ÉTATS DU FOUZI-YAMA.

_Gwato Fou-ou Sessôhén_, DESSINS DU VENT, DE LA PLUIE, DE LA GELÉE ET DE
LA NEIGE.

_Yéhon Oyakogousa_, MÈRES ET ENFANTS.

_Katsoushika Gwariôbaï_, LA STRUCTURE DU DESSIN.

_Yéhon Kounizoukoushi_, GÉOGRAPHIE DES PROVINCES.

_Yéhon Hana-shikishi_, FLEURS DES QUATRE SAISONS.

_Yésô Hiakkwasén_, CENT FLEURS D'HERBES.

_Hiakka Hijitsou_, ART PITTORESQUE DES CENT MAÎTRES.

_Kiôgwa Sôshitsou Hiakouyan_, DESSINS COMIQUES ET CURSIFS DE CENT YEUX.

_Hiakouju Hiakoufoukou_, CENT LONGÉVITÉS ET CENT BONHEURS.

_Onsén Hiakkei_, CENT VUES THERMALES.

_Ippiakou Jinén-zouyé_, CENT DESSINS VENUS TOUT SEULS.

_Hiakouba Hiakouguiou_, CENT CHEVAUX ET CENT BOEUFS.

_Hiakkin Hikoujû_, CENT ANIMAUX ET CENT OISEAUX.

_Guioka Hiakkei_, CENT VUES DES VILLAGES DE PÊCHEURS.

_Yéhon Katsoushika Bounko_, LA MALLE DE PAPIERS DE KATSOUSHIKA.

_Yéhon Gwaïdén_, LES TRADITIONS.

_Hanékomi Ousou-zaïshiki_, LE COLORIS CLAIR.

_Gokou Soshitsou_, DESSIN EXTRÊMEMENT CURSIF.

_Jinboutsou Dompitsou_, DESSIN NÉGLIGÉ DES PERSONNAGES.

Livres et Albums sont illustrés de planches en couleur ou en noir, mais
très souvent les tirages en noir sont harmonisés à l'aide d'une teinte
grise, d'une teinte rose.



                                 POSTFACE

                            Par Léon Hennique


Qui remarque une paille dans l'oeil d'autrui n'aperçoit pas toujours la
poutre qui crève le sien. Nous allons le montrer une fois de plus. J'ai
entre les mains (_Feuilles de Momidzi_, page 287) une vieille étude de
M. Léon de Rosny: «Un mot aux amateurs de Japoniaiseries», étude où, après
avoir déclaré qu'il se refuse à écrire un article sur _Hokousaï_, le
nouveau livre d'Edmond de Goncourt, il en écrit un, désagréable, avec
tranquillité; étude où il accuse pédantesquement ledit Edmond de Goncourt
d'avoir appelé un poète chinois Lihacou, lorsqu'il se nomme Li-Taï-peh.

«Le terrible empereur Tsin-chi Hoang-ti, ajoute M. de Rosny, qui fit
construire la grande muraille et brûla les livres et les lettrés de son
heureux pays, lui aussi est cité par M. de Goncourt sous le nom de Shiko!»

Il n'y a point à barguigner, je suis tenu de découvrir la paille dans
l'oeil du yamatophile incriminé. Yamatophile signifie, paraît-il, amoureux
du Japon. Comment Edmond de Goncourt et son habituel conseiller, le
Japonais Hayashi, ont-ils pu se tromper de la sorte?... Coupables, oui,
plaidons coupables, je ne demande pas mieux... Cependant, pourquoi, en
même temps, vois-je là-bas, au diable, malgré moi, un M. de Rosny coiffé
d'un bicorne, et, le coupe-chou au poing, veillant sur ce qu'il croyait
être son domaine?...

M. de Rosny fut un galant homme et un ethnographe. De son vivant, il
déchiffrait assez bien trois langues: la chinoise, la japonaise et la
coréenne. Elles se ressemblent comme trois soeurs, du reste. Je consulte
quelquefois ses livres, quelquefois seulement, parce que les savants tels
que lui sont des rocs abrupts, lourds, ennuyeux, et que, pauvre ignorant,
j'aime à rencontrer à droite et à gauche, au cours de mes lectures,
les simples, les jolies fleurettes d'une rhétorique choisie; mais j'ai
consulté ses livres, je les consulterai peut-être derechef, tout est
possible... Et cela est un pont de M. de Rosny à ma personne; et cela
m'autorise à le joindre dans l'Empyrée, une minute, et à lui affirmer, en
mon nom et en d'autres noms, que, s'il s'agit de l'art ou d'un artiste, ce
n'est, le cas échéant, ni à lui, qui n'est pas artiste, ni à son érudition
que nous nous adresserons. Ce sera, de préférence, à Edmond de Goncourt,
plus averti, plus affiné, ou à Philippe Burty, à Théodore Duret, Henri
Vever, Gustave Geffroy, ou à MM. Revon, Focillon Louis Aubert, au groupe
serré de nos peintres et de nos dessinateurs. Car, vis-à-vis de la paille
dévolue à M. de Goncourt, voici la poutre que je trouve aux yeux de
M. de Rosny--va pour les à peu près médiocres,--à la fin de l'étude
«Un mot aux amateurs de Japoniaiseries»,--poutre devant écraser net
l'illustre Hokousaï et ses thuriféraires. Nous en sommes.

Je cite, textuellement:

      «Qu'on me permette un mot sur ce fameux Hok'saï, le peintre japonais
      «fou de dessin» dont M. de Goncourt est le panégyriste enthousiaste
      et au char de triomphe duquel il espère atteler le public amateur
      des grandes cocasseries artistiques.»

Ouf!... Récitons:

      «J'aurais sans doute mauvaise grâce, moi qui ai dit plus d'une fois,
      comme saint François Xavier, que les Japonais étaient les délices
      de mon coeur, de médire sur n'importe lequel de leurs artistes et
      surtout sur ce brave Hok'saï dont j'ai le premier fait une courte
      mention dans la biographie générale de Firmin Didot, il y a une
      vingtaine d'années...»

Oh! si courte, si incomplète, la mention, M. de Rosny! Poursuivons:

      «Hok'saï est, à coup sûr, caricaturiste drôle par moments, bizarre
      presque toujours. Ses nombreuses charges à outrance amusent un
      instant. On s'arrête quelques minutes avec plaisir sur les premiers
      cahiers de la Mangwa, on parcourt les autres un peu plus vite, on
      examine les derniers avec le pouce...»

On, c'est M. de Rosny. Poursuivons encore:

      «Je n'ignore pas qu'une telle déclaration est de nature à arracher
      des cris d'horreur à certains bibliophiles, et, pour cause, à un bon
      nombre de marchands de curiosités. Aussi bien qu'eux tous, j'apprécie
      parfois l'ancien art japonais, mais je juge qu'on a beaucoup surfait,
      chez nous, quelques-uns de ses choryphées... Mais, en feuilletant les
      oeuvres d'Hok'saï, on a parfois la velléité de dire qu'il a réalisé
      l'idéal du grotesque. Hok'saï, d'ailleurs, n'est devenu un artiste
      hors ligne aux yeux de ses compatriotes que depuis le jour où nous
      nous sommes avisés _de rire un peu, pas bien longtemps_, de ses
      croquis fantaisistes et ensuite de les admirer _par genre, sans
      mesure et à tort et à travers_.»

Halte! Brisons-là cette mauvaise humeur, l'épilogue ne nous apprendrait
rien de neuf. On a lu et on a déjà haussé les épaules. De quel côté
sont l'ignorance et la niaiserie? Du côté des Japonisants ou du côté de
l'ethnographe?... Je me demande, pour ma part, si, lorsqu'il voulut écrire
son étude, M. de Rosny, traducteur d'un traité sur l'éducation des vers à
soie, connaissait à fond Katsushika Hokousaï. Et je me hâte de répondre:
non, puisqu'il ne s'occupa que du moindre aspect de ce Protée, _du
caricaturiste qui le faisait rire un peu, pas bien longtemps_. Ce _bon_
M. de Rosny n'a donc pas l'air de se douter que le _brave_ Hokousaï est
l'inventeur d'une oeuvre immense, qu'il a tout essayé et tout réussi sous
des appellations diverses: Shiunrô, Tokitaro, Tokimasa, Seshin, Taïto,
Katsushikano, Iitsou et Manrôdjin, le vieillard fou de dessin. Il n'a
pas l'air de savoir davantage que nos impressionnistes ont enrichi leur
technique de celle que nous apportèrent les artistes nippons, à commencer
par Hokousaï.

Je n'ai pas l'intention de narrer l'existence de ce grand homme; maints
critiques l'ont racontée avec ferveur, avec talent. Edmond de Goncourt
les précéda, fut disert et renseigné autant qu'il pouvait l'être en 1896.
Mentionnons néanmoins qu'Hokousaï, noué à un labeur formidable jusqu'au
terme de sa très longue carrière, fut une sorte de nomade archiméconnu par
les plus titrés, les plus magnifiques de ses contemporains, regardé par
les autres comme un maître sans doute, mais comme un maître adonné à un
petit art, à l'art _vulgaire_, indigne de l'art noble et de l'Histoire,
ce jardin où s'étaient épanouis les rosiers de Tosa et de Kano. Grave
injustice à l'égard d'un semblable historien, d'un peintre aussi
parfaitement distingué de la femme, de l'oiseau, de la fleur et du
paysage! C'est elle qu'avait enfourchée M. de Rosny lorqu'il s'avisa de
vilipender Hokousaï. Au nom de qui, au nom de quoi osa-t-il être plus
Japonais que les Japonais d'à présent? Eux, ont oublié les préventions de
naguère, de l'époque où leur archipel était clos de fils barbelés, et ils
admirent comme nous Français, Anglais, Hollandais.

Hokousaï illustra seul plus de cent vingt ouvrages, dont l'un, le
_Souiko-Gwaden_, compte quatre-vingt-dix tomes; il a collaboré à une
trentaine de volumes. Le tas se forme avec les livres jaunes, livres
populaires; le tas grossit avec des promenades orientales et occidentales,
des coups d'oeil aux lieux célèbres, des manuels pratiques pour
décorateurs et artisans, une vie de Çakiamouni, une conquête de la Corée,
des contes, des légendes, des romans, des biographies de héros, d'héroïnes,
des trente-six et des cent poètes, avec des recueils de chansons; et
le faîte se couronne par de multiples albums d'oiseaux, de plantes, de
patrons à la mode nouvelle, par des livres d'éducation, de morale,
d'anecdotes, de croquis fantaisistes ou d'après nature, etc... etc...
Hokousaï a tout abordé, tout réussi, je le répète. Il fut abondant, varié,
génial, n'en déplaise à M. de Rosny; il accumula dessins sur dessins,
estampes sur estampes, nous y enseigna ses compatriotes, leurs travaux
et leurs plaisirs, le peuple de la rue, celui des champs et de la mer.
Il nous mena des brillantes courtisanes, soies et broderies, à large noeud
de ceinture étalé contre la poitrine et le ventre, au loqueteux sordide,
estropié; puis vers des apparitions, des imaginations fantastiques, les
plus terribles et les plus émouvantes que je sache. Le meilleur, selon moi,
des Tchou-Chin-Goura, série de planches où l'on assiste à la vengeance
et au triomphe des quarante-sept fidèles Ronins, est de lui. Quel pieux
hommage il rendit à la montagne sacrée du Japon, au Fuji, par le moyen
du livre et de la gravure! J'ai vu d'Hokousaï quantité de sourimonos
charmants, gaufrés, rehaussés d'ors et d'argentures, nombre d'éventails
fragiles et délicieux, de kakémonos pleins de grâce ou d'une puissance
inattaquable. L'un d'eux nous présentait Yama-Uba, mère de Kentoki,
l'enfant rouge, une Yama-Uba échevelée, bleue et verte, rayon de soleil,
joie du regard et de l'esprit. L'autre, chez Octave Mirbeau, figurait un
aigle robuste, fauve, l'oeil implacable. Debout sur un pic, la bête avait
mine d'empereur, inspectait l'horizon; elle attendait; elle était prête
à jaillir, à déchirer et à dévorer toute proie. Je me souviens en outre
d'avoir vu, du même Hokousaï, encadrées d'une étoffe rosâtre, deux têtes
fraîchement coupées. La première, celle d'un barbon, gisait blafarde,
ruisselante de sang, et la deuxième était celle d'un jeune homme, les
paupières fermées, la mâchoire à peine tachée de pourpre, une mâchoire sur
laquelle un petit lézard avait élu domicile, se complaisait à la dernière
tiédeur du mort. Je jure aux mânes de M. de Rosny que ces trois pièces ne
sentaient point la caricature, le grotesque, ne dilataient aucune rate,
pas plus que les précédentes.

Pour comprendre d'ailleurs, l'art d'un peuple lointain, très particulier,
il ne suffit guère d'apprendre plus ou moins bien la langue de ce peuple:
il faut avoir pénétré son âme, son goût; il faut s'être fait l'écolier
docile de cette âme et de ce goût. Quelques privilégiés, par hasard, don
naturel, ont eu la chance d'éviter l'école, mais ils sont rares. Aux gens
que hante le Japon et qui le recherchent, je conseillerai, s'ils veulent
aller vite, de lire d'abord les oeuvres de Lafcadio Hearn, ce professeur
anglais échoué, un matin, aux rivages du Soleil Levant, ce vigoureux
observateur qui, frappé d'admiration pour la force et le vouloir japonais,
devint Japonais, puis épousa une indigène. La lecture terminée,--nul ne
s'y morfondra une seconde,--on peut fréquenter les artistes du précieux
empire, les anciens à l'aveuglette et les quasi-modernes avec prudence.
On y constatera qu'ils abandonnèrent tout à coup leurs initiateurs, les
Chinois. La raison de cette volte-face?... L'amour, l'extase profonde
qu'ils ressentirent à exprimer la patrie. Ils l'ont aimée passionnément;
ils ont chéri sa beauté, sa clarté, ils se sont ingéniés à «reproduire
sa vie par le coeur»--l'expression est de Toriyama Sekiyen, au sujet des
_Insectes_ d'Outamaro;--ils ont peint leur Japon quand il pleut, quand il
vente, quand il neige, lorsqu'il s'éveille dès l'aube, ou s'agite ivre de
lumière, ou dort gavé de nuit noire et au clair de lune. Les cerisiers y
dressent perpétuellement leurs bouquets radieux, les pins et les bambous y
foisonnent sous la brise ou dans la tempête. Affection heureuse, travail
incessant! Hokousaï est le résumé d'une foule. On me désignera des
peintres plus élégants, plus coloristes: il n'en est pas un de plus mâle,
ayant mieux accompli ce qu'il jugea utile de nous offrir.

Pour quel but, avec, derrière eux, de tels guides, certains Japonais
modernes s'acharnent-ils à nous imiter, à copier notre manière et notre
plastique?... Artistes nés au pays de Kôrin et de Sharakou, gardez-vous
ferme de vos cosmopolites: ils en sont à fabriquer des portraits de jolies
mondaines et de messieurs tout-le-monde; ils suivent d'un pas léger les
moindres de nos fabricants habituels. Ne les cultivez point: vous perdriez
le contact des ancêtres, vous ne seriez plus qu'une filiation bâtarde.
Visitez-nous, parbleu! continuez à nous visiter! Nonobstant, la visite
bâclée, dépêchez-vous de regagner le Japon; persistez, en vue de l'effet,
à ne vous servir que du trait nécessaire, à ne flanquer d'ombres ni vos
personnages, ni vos maisons, ni vos arbres. Ils n'en ont pas plus besoin
aujourd'hui qu'hier: absurde est le progrès qui dépouille les êtres
de leurs origines. Appréciez plutôt, appréciez comme se conduisent
actuellement beaucoup de vos nationaux, malgré leurs marins, leurs soldats
à l'européenne, malgré leurs nouveaux riches, leurs automobiles. Le soir
tombé, rentrés au logis, en famille, à la lueur des douces lanternes
de chez vous, des lanternes polychromes, ne reprennent-ils point les
traditions, les moeurs et les costumes d'antan?... Demeurer soi, ne
demeurer que soi, pas d'idéal supérieur à cet idéal.

Artistes japonais, je vous souhaite de rester vous-mêmes. Et c'est encore,
je pense, la grâce que vous souhaiterait Edmond de Goncourt, s'il devait
revivre, Edmond de Goncourt, un de vos plus indubitables, de vos plus
vieux amis, en France.

                                                 LÉON HENNIQUE,
                                            de l'Académie Goncourt.

_Ce livre parut en mars 1896 dans la "Bibliothèque Charpentier".
Il en fut tiré 30 exemplaires sur japon et 25 sur hollande._--N. D. E.



                          TABLE DES PARAGRAPHES


                                     I

La mésestime des Japonais pour le fondateur de _l'École Vulgaire_.


                                     II

La naissance d'Hokousaï (5 mars 1760).--Son entrée comme commis dans une
librairie. Son renvoi.--Il prend l'état de graveur.


                                    III

Hokousaï abandonne la gravure pour la peinture.--Ses premières
illustrations, sous le nom de Shunrô, des Livres Jaunes, dont le premier
est: _Grâce à un mot galant_.--Puis il illustre les _Courriers de
Kamakoura. Les quatre Rois célestes des points cardinaux, habillés à la
dernière mode; Les parfums des fleurs d'éventail; Expédition dans la
montagne de Yoshitsouné, vue dans une boîte à spectacle_, etc.


                                    IV

Hokousaï, à la suite d'une affiche, qu'il avait faite pour un marchand
d'estampes, déchirée par un camarade de l'atelier Shunshô, quitte
l'atelier et signe sous le nom de Mougoura des compositions tout à fait
indépendantes du style des anciennes écoles.


                                     V

De 1786 à 1794, Hokousaï illustre un _Fragment de l'Histoire de Minamoto,
un Conte pour les enfants, Conte du voyage des deux routes de la Richesse
et de la Pauvreté, le Cordon d'une fille, la Fête improvisée au quartier
des Maisons vertes_.


                                    VI

Les Sourimonos d'Hokousaï de 1793 à 1804, dans lesquels apparaît pour la
première fois seulement en 1798, le nom d'_Hokousaï_.


                                   VII

En 1797 Hokousaï publie: les _Primeurs des légumes verts_, les
_Cordelettes du saule pleureur_, la _Distraction du Printemps_, la
_Brume de la Campagne_.


                                  VIII

En 1798 Hokousaï publie: _Chansons de danse pour hommes, Histoire
naturelle des Monstres du Japon_.


                                   IX

Vente par Hokousaï de deux makimonos au capitaine de vaisseau hollandais,
Isbert Hemmel.


                                    X

Le prix payé au maître pour ses dessins par les éditeurs japonais.


                                   XI

En 1799 Hokousaï illustre: _Promenade de la capitale de l'Est_ (Yédo).


                                  XII

Feuilles séparées, publiées depuis 1778 jusqu'à la fin du siècle.


                                  XIII

En 1780, publication de la _Tactique du Général Fourneau_, avec
l'illustration, le texte, et la préface d'Hokousaï.


                                  XIV

_Coup d'oeil sur les deux rives de la Soumida_.


                                  XV

En 1801, publication du _Téngou, tombé du haut de son nez dans le monde
bête d'ici-bas_, les _Trente-six poétesses_, _Chacun une pensée_.

                                  XVI

En 1802, publication des: _Cinquante poètes modernes_, _Magasin des
fidèles vassaux_, _Chansonnettes d'Hakoboushi_.


                                  XVII

En 1803, publication de la _Cuisine au hasard_, de _l'Inventaire
des Mensonges_.


                                 XVIII

En 1804, _Montagnes et Montagnes_, et le _Panier à papier_.


                                  XIX

Le caractère fantasque d'Hokousaï.


                                  XX

L'illustration des romans japonais de Bakin, de Shighérou, de Tanéhiko,
de Shakougakoudei, Mandei-Sôsa, Shôtei-Kinsoui, etc., de 1805, à 1846.


                                  XXI

La _Mangwa_.


                                 XXII

Peinture d'Hokousaï exécutée sous les yeux du Shôgoun de Tokougawa.


                                XXIII

En 1811, publication de _l'Ivresse de deux jours_, _des Légendes
fantastiques de la province de Yétigo_, etc.


                                XXIV

En 1814, le _Shashin Gwafou_.

                                 XXV

En 1815 Hokousaï illustre les _Morceaux de drames_ et les _Leçons de danse
par soi-même_.


                                XXVI

La peinture du Darma de 194 mètres, exécutée à Nagoya, en présence de
toute la ville, et peinture du cheval colossal à Honjô, et de l'Hoteï
géant à Riôgokou.


                                XXVII

En 1818: _Le Miroir des dessins qui viennent de l'âme_.


                               XXVIII

En 1819: _Méthode de dessin_.


                                XXIX

En 1822: _Poésies sur les chevaux_, et en 1826: les _Vieux papiers jetés_.


                                XXX

Les feuilles séparées d'impressions, publiées de 1800 à 1826.


                                XXXI

Hokousaï, président de la Société des poètes appelés les _sociétaires de
Katsoushika_.


                               XXXII

Les _Trente-six vues du Fouzi-yama_, les _Cascades_, les _Ponts_.


                               XXXIII

Les Peintures _du printemps_ d'Hokousaï.


                               XXXIV

En 1828: _Correspondances traitant du Jardin de famille_, et _Leçon du
dessin au sable_.


                               XXXV

En 1830, les cinq apparitions des _Cent Contes_.


                               XXXVI

_Image des Poètes_.


                              XXXVII

Les cinq grandes planches des «Grues dans la neige», du «Faucon sur
son perchoir», des «trois Tortues», des «deux Carpes dans la Cascade»,
des «deux Chevaux et du poulain» et les autres grandes planches des
collections particulières.


                             XXXVIII

Les sourimonos d'Hokousaï de 1805 à 1835.


                              XXXIX

Les portraits d'Hokousaï.


                               XL

_Poésies de la dynastie des Thang_.


                               XLI

En 1834: _La Fidélité envers le maître_ et la _Piété filiale illustrée_.


                               XLII

Les _Cent vues du Fouzi-Yama_.

                               XLIII

La retraite d'Hokousaï à Ouraga. Ses lettres: lettres où il fait ses
recommandations aux éditeurs pour la gravure de ses dessins, et où il se
plaint des coquineries de son petit-fils.


                               XLIV

Les albums guerriers: _Les gloires de la Chine et du Japon_, et les
_Héros_ et les _Étriers du Soldat_.


                                XLV

En 1835: _Mille lettres illustrées_, et en 1837: _Guide de Nikko_.


                                XLVI

_Nouveaux modèles d'architecture_, _Modèles des peignes et des pipes à la
mode d'aujourd'hui_, _Album de petits dessins pour nouveautés_.


                                XLVII

À la suite de trois années de mauvaises récoltes du riz, en 1839, Hokousaï,
sans éditeurs, obligé de vivre de la vente d'albums de dessins rapidement
jetés _au bout de son pinceau_.

                                XLVIII

Les: _Cent poésies expliquées par la nourrice_.


                                 XLIX

Incendie de la maison d'Hokousaï et de ses dessins.


                                   L

De 1840 à 1849 Hokousaï illustre: _Traditions chinoises et japonaises
sur les conséquences de la conduite invisible_, le _Livre illustré de
l'Éducation des Femmes_, les _Nouvelles planches de dessins sur la voie
publique_, et _l'Océan d'idées_, et encore: _Cent pensées de cent fidèles
femmes_, etc.


                                   LI

Les albums de professorat sur le dessin et la peinture: le _Traité du
coloris_, _Leçon rapide de dessin abrégé_, _Dessins grossiers d'Hokousaï_,
_Modèles de dessins pour les commençants_, _Répertoire de dessins_,
_le Dessin à un coup de pinceau_, _Album de trois différentes sortes de
dessins_, _Méthode de dessins d'Hokousaï_.


                                   LII

Attaque d'apoplexie d'Hokousaï à 68 ans. La _Pâtée de citron_. Son
rétablissement. Nouvelle maladie à 90 ans. Sa mort (le 10 mars 1849).
Le tombeau élevé par sa petite-fille Shiraï Tati, dans le jardin du temple
Seikiôji d'Asakousa.


                                   LIII

Les deux mariages d'Hokousaï, et les enfants nés de ces mariages.


                                   LIV

Livres publiés après la mort d'Hokousaï, et où il y a des planches de lui:
_Cent exemples de courage, Illustration des poésies des Thang, composées
de quatre vers de cinq mots_.


                                    LV

Kakémonos, Makimonos, et dessins montés ou non montés en France, des
collections de MM. Hayashi, Bing, Gonse, Gillot, Vever, Haviland, Manzi,
de Goncourt; en Hollande, du Musée de Leyde; en Angleterre, du British
Museum, et de MM. Hart, Samuel; en Prusse, du Musée de Berlin; en Amérique,
de MM. Morse de Boston et Fenellosa; au Japon, de M. Homma Kosô de Sakata,
de Wakai.


                                    LVI

Éventails, Écrans, Paravents, Peintures de pardessus, des collections de
MM. Hayashi, Bing, Haviland, de Goncourt, Hart.


                                    LVII

Albums des _Premières Pensées_ d'Hokousaï, des collections de MM. Hayashi,
Bing, Gillot, de Goncourt. Samuel. Les dessins _faits à l'ongle_ par
Hokousaï.


                                    LVIII

Les grandes collections de sourimonos, d'estampes en couleur et en noir,
et de livres illustrés.


                                     LIX

Changements de noms et de signatures d'Hokousaï, établissant la date de
ses dessins.


                                      LX

Liste des élèves d'Hokousaï.


BIBLIOGRAPHIE.

POSTFACE.


ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY. 414

5857.--Paris.--Imp. Hemmerlé, Petit et Cie. 12-22





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