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Title: De la télépathie - Étude sur la transmission de la pensée
Author: Hureau, Émile, 1877-1922
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "De la télépathie - Étude sur la transmission de la pensée" ***

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by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))



           Publications de L'IDÉE LIBRE.--Brochure n° 30.



                           Emile HUREAU



                              DE LA
                           TÉLÉPATHIE



                              ÉTUDE
                 SUR LA TRANSMISSION DE LA PENSÉE



                    Éditions de l'IDÉE LIBRE
         (A. Lorulot, à Conflans-Honorine, Seine et Oise)

                               1920



                         DE LA TÉLÉPATHIE


    Cette étude est parue d'abord, en partie, dans l'IDÉE LIBRE.
    Certes, on peut faire des réserves à l'égard de ces phénomènes
    curieux et de leur interprétation; on peut exiger des garanties
    et vouloir conserver un esprit scrupuleusement scientifique--il
    n'en reste pas moins nécessaire d'aborder franchement et
    avec indépendance l'étude des phénomènes dits occultes. C'est
    pourquoi nous croyons ne pas sortir de notre rôle d'éducateurs
    en publiant le texte complet du travail de notre collaborateur
    M. E. Hureau. L'IDÉE LIBRE

On désigne sous ce nom un ensemble de phénomènes qui révèlent une
communication de pensées ou d'images, ou une apparition, à distance,
sans intermédiaire matériel et sans le concours des sons ordinaires.

A l'heure où l'on échange des messages par la télégraphie sans fil,
entre l'Europe et l'Amérique, à l'heure où le professeur Cessebotani a
construit un appareil que l'on peut porter dans la poche et qui sert de
«poste-récepteur de télégraphie sans fil»: sorte de chronomètre pourvu
d'un cadran rond portant des signes et avec lequel on peut expédier et
recevoir des télégrammes dans un rayon de 30 kilomètres;

Alors que l'instituteur F. Duroquier, dans le petit village d'Anché,
près de Chinon, a réduit le poste récepteur de télégraphie sans fil à
sa plus simple expression, sans antenne extérieure ni complication, et
qu'il reçoit dans sa classe, ou plutôt dans le grenier au-dessus, les
communications émanant des postes européens, à la grande distraction des
petits garçons et petites filles;

Alors que l'on a même songé à utiliser les grenouilles (Voir le rapport
de M. Ch. Lefeuvre, à la Société de Biologie du 25 mai 1912) pour
enregistrer les signaux horaires que lance chaque jour le poste de T.
S. F. de la Tour Eiffel, car la grenouille, dit le savant, est un
galvanoscope extrêmement sensible;

Il serait invraisemblable, qu'après toutes ces découvertes, on se
refusât à admettre la communication par ondes volontaires entre deux
cerveaux, chacun d'eux formant, par le fait, un véritable «poste»
qui vaut bien une cuisse de grenouille. Il est certain que de pareils
messages sont à tout instant échangés, mais notre ignorance complète
de la télépathie nous rend aussi incapable d'utiliser ce moyen de
communication qu'un homme du siècle de Louis XIV serait incapable de
comprendre ce que veulent dire les signes mystérieux imprimés sur la
bande de papier d'un appareil Morse.

Pour nous qui savons que le progrès se fait par la science, par les
découvertes et par le perfectionnement de nos sens, nous attribuons
à cette question une importance capitale et nous pensons comme le
professeur Georges Pouchet, qui écrivait dans le _Temps_ du 12 août
1893:

«Démontrer qu'un cerveau, par une sorte de gravitation, agit à distance
sur un autre cerveau, comme l'aimant sur l'aimant, le soleil sur les
planètes, la terre sur le corps qui tombe, arriver à la découverte d'une
vibration nerveuse se propageant sans conducteur matériel!...

«Le prodige, c'est que ceux qui croient peu ou prou à quelque chose
de la sorte, ne semblent même pas, les ignorants! se douter de
l'importance, de l'intérêt, de la nouveauté qu'il y aurait là-dedans
et de la RÉVOLUTION _que ce serait pour la science, pour le monde de
demain_.

«Trouvez-nous donc cela, prouvez-nous cela, et votre nom ira plus haut
que celui de Newton dans l'immortalité, et je vous réponds que les
Berthelot, les Darwin, vous tireront leur chapeau bien bas.»

Pour communiquer véritablement, il faut s'entraîner et se placer dans un
état spécial.

L'Unité de processus est mathématiquement nécessaire dans la nature, et
quelles que soient les différences existant entre la force psychique
et la force électrique, quelle que soit la différence existant entre
la volonté et la matière, toutes ces choses obéissent aux mêmes lois
générales. Les courants psychiques, les ondes de pensées engendrent
des attractions, des répulsions et des phénomènes analogues à ceux qui
s'exercent entre les courants électriques.

La téléphonie sans fil est la transmission à distance de la parole, sans
voie spéciale utilisée, ni fil conducteur, ni tube acoustique. Les ondes
émises restent invisibles; étant sans sonorité, la parole n'est pas
perceptible pendant le parcours. Il faut que le récepteur soit accordé
et c'est lui qui prend la vibration, silencieuse en elle-même, et la
transforme, pour notre sens auditif, en paroles, en sons.

Henri Hertz a démontré que la propagation des effets électro-dynamiques
et d'induction, a lieu d'une façon analogue à celle des ondes sonores et
lumineuses à travers l'espace. Deux diapasons étant à l'unisson, touchez
l'un d'entre eux, l'autre résonnera aussitôt par sympathie. De même les
deux appareils émetteur et récepteur, de la T. S. F., doivent être dans
un accord électrique parfait.

Le cerveau émet des ondes particulières plus complexes, qui constituent
une pensée qu'un autre cerveau en harmonie avec le premier peut
recevoir. Aussi les exemples de télépathie se produisent le plus souvent
entre des êtres liés par la sympathie, entre une mère et son enfant, des
frères et des soeurs, entre jumeaux surtout.

Les vibrations de la pensée se propagent dans l'éther, ce fluide subtil,
expansif, idéal, qui remplit les espaces et qui est le milieu, le médium
transporteur de toutes les vibrations: de la chaleur, de la lumière,
comme de la pensée. Quand je pense fortement avec mon cerveau physique,
à une forme concrète et simple, je reproduis cette forme dans la matière
éthérique et j'émets autour de moi des ondes éthériques. Quand les ondes
mentales frappent un autre cerveau, elles tendent à reproduire en lui
la même image. Ce n'est pas l'image qui est projetée, mais une série de
vibrations qui reproduiront l'image. Cela ressemble au téléphone dans
lequel ce n'est pas la voix elle-même qui est transmise, mais un certain
nombre de vibrations électriques produites par la voix, et qui sont
transformées en son dans le récepteur. Si l'on coupe le fil et qu'on
écoute sans récepteur, on n'entend rien. Chaque espèce de pensée a un
mode vibratoire propre, comme chaque son. C'est ainsi que les vibrations
de la pensée, projetées avec intensité, se propagent au loin et peuvent
influencer des organismes en affinité avec le nôtre. Des images, des
messages flottent dans l'atmosphère, impressionnent les cerveaux ayant
un rythme vibratoire semblable dans leurs pensées. De là, beaucoup
d'idées, d'inspirations qui nous viennent, que, dans notre orgueil,
nous nous attribuons, dont nous voulons nous croire les créateurs, les
propriétaires, alors que nous les avons prises au vol, dans l'océan
infini des connaissances, où règne le plus parfait communisme, tout le
monde y puisant gratuitement.

Dans la T. S. F., l'étincelle électrique de l'appareil émetteur qui
répand autour d'elle des ondes vibratoires, correspond au cerveau du
suggestionneur; le tube de limaille du récepteur, qui est influencé par
ces ondes occultes qui se transmettent instantanément sans souci des
distances, c'est le cerveau du lecteur, du sujet, du médium; et pour
qu'il y ait transmission, il faut que, dans l'une ou l'autre de ces
télépathies, les deux postes soient accordés à l'unisson.

En somme, après avoir nié la télépathie, on s'apercevra que tout est
télépathie, c'est-à-dire que tout est une transmission vibratoire à
travers le fluide éthérique: qu'il s'agisse du transport de la lumière
entre les astres, de l'influence de l'aimant à distance, du transport de
la voix humaine ou de la pensée.

_Télépathie_: le vin qui fermente dans les caves au moment où les vignes
sont en fleur et qui revient bientôt à l'état normal.

_Télépathie_: les sourciers, les baguettisants, dont le fluide
nerveux est influencé par les cours d'eau souterrains ou les dépôts
métallifères, cours d'eau et minerais qui émettent des radiations
capables de faire osciller la baguette de coudrier que ces hommes
tiennent en main.

_Télépathie_: l'expérience suivante: une femelle de papillon bombyx
du Japon fut placée dans une cage en plein air aux États-Unis où
ce papillon est inconnu; un mâle marqué fut lâché à 4 kilomètres de
distance. Ce mâle fut, dès le lendemain, capturé près de la cage.
(Piéron, maître de conférences.)

_Télépathie_ aussi le terrible engin construit par l'ingénieur Gabet:
torpille que l'on peut diriger à volonté au moyen d'ondes invisibles.
Longue de près de 9 mètres et pesant 4.000 kilogs, la torpille
automobile, au moyen d'organes électriques très compliqués, placés dans
l'engin même, reste constamment sous l'influence du poste qui la projeta
dans l'Océan, et dont les ondes, selon la façon dont elles sont émises,
agissent différemment sur l'appareil de l'engin qui peut ainsi changer
de direction à volonté et éclater lorsqu'on le désire. Mais il y
a mieux. Non seulement la torpille obéit à des ordres lointains et
occultes, mais elle n'obéit qu'à eux, et les ondes hertziennes lancées
par les navires qui tenteraient d'éloigner un aussi gênant voisin
n'auraient aucune influence sur le terrible engin.

Reconnaître et admettre partout la télépathie entre les radiations de
la matière et nier la télépathie possible entre êtres vivants, est un de
ces paradoxes permis seulement à la faiblesse mentale de nos académies
savantes...

C'est à Edmond Gurney que nous devons le premier essai d'expérimentation
systématique du phénomène télépathique. Et c'est grâce à la _Société
de Recherches Psychiques_, de Londres, composée des hommes les plus
distingués de l'Angleterre, soit savants, soit philosophes, que
l'attention des penseurs a été ramenée sur ces phénomènes. Cette société
a publié un volume, sous le titre: _Phantasms of the Living_, où elle a
groupé près de 1.500 faits dont elle a pu vérifier l'authenticité.

M. Mariller, maître de conférences à la Sorbonne, en a fait une
traduction abrégée en français, précédée d'une magistrale préface de Ch.
Richet.

Dans les expériences de la _Société de Recherches Psychiques_,
l'opérateur et le percipient étaient placés dans deux salles
différentes, ensuite dans deux maisons éloignées. Les pensées à
transmettre étaient inscrites par les membres témoins et tirées au sort.

Les cerveaux se perfectionnant et se sensibilisant par l'évolution,
le sens télépathique, sorte de sixième sens, sera aussi général et
ordinaire que le sens visuel ou le sens de l'ouïe. Il paraîtrait que
c'est la glande pinéale qui est l'ébauche de cet organe nouveau, de ce
nouveau récepteur vibratoire.

La glande pinéale est un petit organe qui se trouve à peu près au
milieu du cerveau. Sa place importante, son enchâssement entre les deux
tubercules quadrijumeaux, sa construction, en font un organe mystérieux
pour nos anatomos-physiologistes. Que vient-il faire au centre du plus
noble organe? L'examen microscopique semble révéler les éléments
d'un oeil bizarre: en avant, une sorte de cristallin; en arrière du
cristallin, une cavité centrale remplie de liquide; une fausse rétine et
comme les rudiments d'un choroïde. Cet oeil pinéal est relié au cerveau
par un ensemble de faisceaux nerveux, appelés pédoncules.

Les anatomistes ont voulu y voir un organe atrophié, un sens
dégénéré. Un organe déjà en décadence au centre même du cerveau envoie
d'évolution, représente une anomalie qui ne nous permet pas de nous
incliner si vite devant les conclusions de l'anatomie comparée,
mal interprétée dans ce cas. La glande pinéale nous paraît être, au
contraire, l'organe télépathique en voie d'évolution. Une forte pensée
concentrée entraîne un léger frisson dans la glande pinéale, un courant
magnétique s'établit à travers l'éther cérébral et gagne l'éther
extérieur pour aller atteindre un cerveau harmonisé, et l'image ou la
pensée apparaît à l'oeil pinéal du sujet récepteur.

A l'exemple du docteur Gibert et de Pierre Janet, dont le sujet, Léonie,
obéissait à la suggestion à un kilomètre de distance, le docteur Balme
avait le pouvoir de transmettre mentalement sa volonté à une demoiselle
de Lunéville. Il l'obligeait ainsi à venir dans son cabinet, à Nancy,
réclamer ses soins. Un jour, ayant concentré et dirigé vers elle sa
pensée, il prononça les paroles suivantes: «Venez, je vous attends par
le train de midi.» A l'heure dite, la jeune fille entrait chez lui,
disant: «Me voici.»

Le docteur Balme n'était pas arrivé à un tel résultat sans travail. Les
premiers essais ne donnèrent aucun résultat. Tous les jours, à la même
heure, et pendant longtemps, ils poursuivirent leur tentative. Les
pensées échangées furent d'abord contradictoires. Un jour cependant un
mot fut perçu avec exactitude; puis, par la suite, des phrases de quatre
à cinq mots. Enfin, au bout de deux ans, ils communiquèrent à distance,
à n'importe quel moment de la journée, en frappant d'abord quelques
coups dans leurs mains[1].

[Note 1: _Bulletin de la Société des Études psychiques de Nancy_, avril
1901.]

Les entraînements ne sont pas toujours aussi longs, cela dépend des deux
cerveaux en présence. Dans l'avenir, on commencera jeune, et il y aura
dans les écoles de la «Société Future», un cours de télépathie pratique.
La fonction crée l'organe. Une fois l'organe télépathique suffisamment
développé, nous recevrons les ondes de pensée par la glande pinéale
comme nous recevons les ondes sonores par le tympan.

Emile Boirac, correspondant de l'Institut et recteur de l'Académie de
Dijon, a écrit un très bon ouvrage sur la _Psychologie Inconnue_. Il y
cite (page 269) quelques faits de transmission de pensée, improvisée en
quelque sorte, car il n'y a pas eu d'entraînement préparatoire.

C'est en faisant quelques expériences sur la transposition des sens
qu'il fut amené à constater la transmission de pensée.

    «_Lud S..., les yeux bandés, endormi, venait de déchiffrer les
    premiers mots d'une carte postale en promenant les doigts sur
    le texte. Je lui mets entre les mains une photographie qu'il
    me décrit exactement.--Savez-vous son nom?»--«Pas du
    tout.»--«Donnez-moi la main et je vais vous le dire
    mentalement.» Presque aussitôt, il me donna le nom. Je
    renouvelai cette expérience sur d'autres noms et nous réussîmes
    très bien._»

Le docteur von Mautner-Marknof a rapporté le cas de «deux époux qui
correspondaient entre New-York et Copenhague, chacun d'eux écrivant les
nouvelles que l'autre lui communiquait par la pensée.»

Des cas de télépathie accidentelle se produisent fréquemment, et
aujourd'hui le nombre relevé en est considérable. Les journaux, il y a
quelques années, ont rapporté le fait suivant. Je reproduis ici le récit
que le _Rappel_ en a fait en son numéro du 14 janvier 1909, sous le
titre: _Un miracle dans les décombres_. Ce rapport est le plus bref. Le
récit donné par le _Matin_ du 10 janvier est plus circonstancié. C'était
durant le dernier tremblement de terre de Messine.

    «_Le député Italien Casciani a raconté, à son retour de Messine,
    un très curieux cas de télépathie dont il a été témoin.

    «Un soldat rêva que sa fiancée, qu'il croyait perdue, et qu'il
    pleurait, disait qu'elle était vivante et lui demandait de
    la sauver. Il fit part de son rêve à son capitaine, qui, très
    obligeamment, lui donna des compagnons et, après de fatigantes
    fouilles, on trouva, au bout de dix jours, la jeune fille bien
    vivante.

    «M. Casciani, qui est un médecin de talent, a examiné la
    rescapée et l'a reconnue en bonne santé.

    «Elle avait été trouvée couchée dans son lit, à moitié
    recouverte par les décombres; un seul oeil était libre par
    lequel elle distinguait très bien le jour et la nuit, mais
    elle ne pouvait faire aucun mouvement et ne pouvait crier pour
    appeler au secours. Enfin, elle a pu compter les jours de
    son ensevelissement et a eu l'intuition qu'elle ne devait pas
    mourir.

    «Dans l'horrible position où elle se trouvait, la jeune fille
    avait toute sa lucidité d'esprit et sa pensée se reportait
    naturellement vers son fiancé, qui devait être son sauveur. Ce
    fut l'amour qui fut son viatique.

    «Gageons que l'Eglise verra là un miracle et qu'elle s'en
    servira pour exalter la foi religieuse des malheureuses
    populations de la Sicile et de la Calabre, qui n'ont pas encore
    compris, au milieu des malheurs qui les ont si cruellement
    frappées, que le Dieu qu'elles adorent serait le plus abominable
    des criminels s'il existait réellement._»

Un fait curieux s'est produit sous l'autorité judiciaire même, en 1888,
au tribunal de Paimboeuf, avec le juge d'instruction H.-G. de Penenpron.

Un vol avait eu lieu, on avait arrêté le voleur, mais l'argent n'avait
pu être retrouvé. Le juge d'instruction mit le voleur en communication
avec un télépathe, Zamora, qui lut dans le cerveau du coupable
la cachette de l'argent dérobé. Les recherches faites d'après
ses indications amenèrent la découverte de la somme. Ce fait
est judiciairement authentiqué, sous la signature même du juge
d'instruction[2].

[Note 2: Voir récit plus détaillé de ce fait dans l'_Hypnotisme_, de
Nizet, p. 132.]

Il se produit souvent des cas de télépathie sous forme d'apparitions
au moment de la mort. Au milieu de centaines de ces faits contrôlés,
je publierai, à titre d'exemple, un seul cas. Ce cas a été complètement
authentiqué.

    «_Le 14 février 1888, à Londres, Mme Florence Bruce se présenta
    dans les bureaux de l'India-Office, vers dix heures du matin,
    pour s'informer de son mari, le capitaine Arthur Bruce, en
    garnison habituelle à Peshawur, en mission accidentelle devant
    la passe de Khyber, sur la frontière de l'Afghanistan. Au
    fonctionnaire qui la reçoit, elle rapporte une apparition
    qu'elle a eue la veille au soir, au moment de se mettre au lit.

    «Son mari s'est brusquement dressé devant elle pour disparaître
    presque aussitôt. Mais elle avait eu le temps de voir le
    capitaine vêtu seulement d'une chemise, de son pantalon
    d'uniforme et d'une paire de bottes. Il n'avait ni armes, ni
    tunique, ni coiffure. Sa poitrine et ses bras étaient couverts
    de sang.

    «On rassura Mme Bruce en lui assurant que son mari ne pouvait
    avoir été tué ou blessé sans que l'administration en ait été
    avertie, et elle rentra chez elle à demi-réconfortée. Mais la
    nouvelle de la mort de M. Bruce arriva le surlendemain. Il avait
    été surpris avec sa petite troupe par une bande d'Afridis, au
    moment où il procédait à sa toilette et il était tombé frappé de
    plusieurs coups de lance aux bras et à la poitrine. Seulement,
    la dépêche officielle n'était pas d'accord avec la veuve sur la
    date de ce triste événement. Mme Bruce plaçait la mort de son
    mari à la date du 13 février, à une heure correspondant avec
    celle de son coucher, tandis que le rapport militaire adressé à
    l'India Office mentionnait que le capitaine avait été tué le 12,
    soit la veille, à une autre heure.

    «L'aventure était déjà extraordinaire, mais le ministre de
    l'Inde--c'était alors M. Arthur Cross--eut la curiosité de
    demander une expérience de contrôle et, finalement, il se trouva
    que c'était Mme Bruce qui avait raison et que le rédacteur du
    rapport s'était trompé. Le capitaine avait été tué devant
    la passe de Khyber au moment précis où sa femme l'avait vu
    apparaître à Londres dans sa chambre à coucher._»

Une dame, à Londres, qui n'avait jamais été sujette à des rêves
prophétiques, rêva que son enfant tombait en jouant devant la terrasse
de sa maison du Northumberland, et restait étendu comme mort avec un
bras cassé. Elle fit part de ce rêve à son mari. On sut bientôt par
l'institutrice que le garçonnet était tombé sur un tas de pierres,
s'était cassé le bras et était resté étendu sans connaissance[3].

Trousseau soignait chez un jeune homme une ophtalmie rhumatismale, et
celui-ci lui dit: «Mon frère jumeau, qui est à Vienne, doit avoir en
ce moment la même maladie que moi.» Le médecin rit, mais une lettre de
Vienne vint confirmer ce dire quelques jours plus tard[4].

[Note 3: Crowe. _Nightside of Nature_, I, 54.]

[Note 4: Ruxel. _Histoire et philosophie du magnétisme_.]

Je pourrais citer des expériences personnelles. J'ai eu la chance d'être
souvent en présence de personnes, femmes particulièrement, ayant grande
sensibilité mentale.

Mme F..., sur laquelle j'avais entrepris une étude que des circonstances
regrettables m'ont obligé d'abandonner, présentait des facultés vraiment
merveilleuses. Sans la prévenir, je lui transmis plusieurs fois ma
pensée, qu'elle me redit.

Je l'ai vue souvent présenter des faits comme celui-ci, que je garantis
authentique: Mme F..., cause avec une dame sur le trottoir et, au milieu
de la conversation, s'écrie: Mais, Madame, je vois votre mari blessé,
qu'a-t-il donc?

--Oh! non, répond la dame, mon mari est parti ce matin à son travail et
il se porte bien.

--Oui, mais je le vois blessé en ce moment, il saigne, on l'emporte.»

La dame rentre chez elle où on ne tarde pas à lui amener son mari dont
l'oeil avait été atteint dans le Métro par une épingle à chapeau.

Lorsque je causais avec Mme F..., chez elle, elle interrompait souvent
la conversation pour me dire: «Je vois telles personnes qui viennent
me voir; je vais être forcée de les recevoir, cela va nous déranger.»
Quelques instants après, elle recevait la visite des personnages
annoncés.

Plus tard la sonnette d'entrée retentit de nouveau; en même temps Mme
F... dit à son mari: «On va te demander au téléphone». Le mari va ouvrir
et le concierge en effet dit: «On vous demande au téléphone.» Pendant
que son mari descendait, Mme F... me dit: «C'est Mme Mélo qui demande
par le téléphone que j'aille la voir.»

Après quelques minutes, M. F... remonte et, s'adressant à sa femme:
«C'est Mme Mélo qui veut que tu te rendes chez elle; j'ai répondu que tu
étais grippée et ne pouvais sortir.»

Ces faits sont à l'état constant chez Mme F... Toute la journée,
elle reçoit des messages télépathiques, et je m'étais chargé de les
contrôler, d'en vérifier le plus grand nombre.

Un soir que je faisais avec Mme F... des expériences de visions astrales
ou fluidiques, ou par le sixième sens (peu importe le nom), elle me dit:

«Je vois un _incendie_. Cet incendie provient d'une _explosion_, je sens
comme une _odeur_ d'eau jetée sur de la cendre chaude; ce n'est pas à
Paris, mais aux _portes de Paris_, dans la direction de Nanterre, mais
pas à Nanterre, c'est dans la direction _Nord-Ouest_; il s'agirait d'une
_usine_ et je vois d'autres usines à proximité.»

Le lendemain, on pouvait lire dans le _Matin_ (7 décembre 1911):

«Hier soir, une _explosion_ a causé d'importants dégâts dans une _usine
de Courbevoie_, 49, rue de Bitche.

«Des vapeurs d'essence de pétrole répandues par mégarde dans l'étuve
servant à déshuiler la farine de moutarde prirent feu et une formidable
explosion se produisit. Les portes et fenêtres de l'immeuble volèrent en
éclats et _l'incendie_ s'alluma immédiatement dans l'usine.»

D'après ce simple reportage, nous constatons que la voyante avait vu
juste:

1° L'incendie; 2° par explosion; 3° hors Paris; 4° direction N.-O., aux
portes de Paris; 5° dans une usine; 6° dans un pays où il y a d'autres
usines.

Quant à l'odeur ressentie par Mme F..., elle peut s'expliquer par
l'action de l'essence de pétrole enflammée sur la farine de moutarde.

Olivier Lodge, le grand savant américain, dans son discours à la
réunion pour l'avancement des sciences, s'exprime ainsi, au sujet de ces
phénomènes:

    «_La découverte d'un nouveau mode de communication par une
    action plus immédiate, peut-être à travers l'éther, n'est
    nullement incompatible avec le principe de la conservation de
    l'énergie, ni avec aucune de nos connaissances actuelles, et ce
    n'est pas une preuve de sagesse que de se refuser à examiner
    des phénomènes, parce que nous nous croyons sûrs de leur
    impossibilité. Comme si notre connaissance de l'Univers était
    complète!

    «Est-il donc impossible qu'une pensée ou image puisse être
    transportée d'une personne à une autre par un processus auquel
    nous ne sommes pas accoutumés, à travers un intermédiaire
    immatériel, éthéré peut-être?_

    «Ici, j'ai l'évidence pour moi, j'affirme que j'ai vu et je suis
    parfaitement convaincu du fait. D'autres ont vu aussi. Pourquoi
    alors parler de cela à voix basse comme d'une chose dont il faut
    rougir? De quel droit rougirions-nous donc de la vérité?»

Au temps de la conquête de l'Algérie, les cheiks arabes initiés à
ces procédés, étaient avisés de l'issue des engagements avant que le
télégraphe ait pu en apporter la nouvelle aux autorités françaises. M.
de Lesseps en rapporte des exemples curieux.

Les Anglais en fournissent de nombreuses preuves à propos de la guerre
qu'ils engagèrent avec les Cipayes.

Il y a un ensemble considérable de phénomènes dans notre vie dont le
déterminisme n'est pas connu et que l'on attribue au hasard. Un grand
nombre de ces phénomènes sont dus à cette cause: l'influence réciproque
que les individus exercent les uns sur les autres par leurs vibrations
cérébrales.

«On ne saurait nier _a priori_, écrit M. Fouillée, que certaines
ondulations cérébrales ne puissent se transmettre au loin et produire un
effet sensible sur les cerveaux en sympathie[5]».

[Note 5: _Psychologie des Idées-Forces_, t. II, p. 394.]

D'ailleurs, on a réussi à photographier la pensée elle-même, confirmant
ainsi qu'elle est bien un mode vibratoire.

Une personne se place devant un appareil renfermant une plaque sensible
et pense fortement à quelque chose dont elle essaie de se figurer
le plus exactement possible les contours et l'image, à un chien, par
exemple, et lorsqu'on révèle cette plaque on voit apparaître un chien.
Le docteur Baraduc, qui s'est fait une spécialité de ces expériences,
avait une collection remarquable de ces photographies de l'invisible.
Le cliché qui m'a le plus impressionné est celui qui a été obtenu en
plaçant devant l'appareil une mère qui avait perdu son petit bébé et qui
se le représentait cérébralement avec force. Le cliché reproduit le bébé
étendu mort sur sa couchette comme la mère l'avait vu lorsqu'il
expira et comme elle se le représentait au moment de reproduire sa
photographie.

La photographie de la pensée prouve objectivement que la pensée est un
mouvement vibratoire, comme la parole est un mouvement vibratoire, comme
la lumière, la chaleur et tous les phénomènes naturels. Nous savons
scientifiquement que tout mouvement vibratoire est transmissible par les
atomes fluides qui se le repassent de l'un à l'autre. Nier la télépathie
est faire preuve d'ignorance.

Ce qui a empêché de concevoir ces choses plus tôt, ce sont les
philosophies subjectivistes par lesquelles on niait l'objectivité des
phénomènes. Or, la vérité est inverse, non seulement le monde extérieur
est objectif, composé d'une substance réelle en mouvement (même
lorsqu'elle ne tombe pas sous nos sens actuels), mais le plus profond de
nous-même, notre entendement, notre être intime, notre conscience même
est objective, car il n'y a pas de conscience en dehors de la sensation
et il n'y a pas de sensations sans vibrations d'une substance. Notre
pensée est un mouvement vibratoire aussi réel que la parole, mais mille
fois plus complexe, et si l'humanité était plus savante, elle ramènerait
ainsi l'Idée, la Pensée, la Conscience à la mathématique et à la
mécanique avec autant de précision qu'on le fait pour la parole.
En attendant, la plaque photographique confirme déjà ce que nous
avançons[6].

[Note 6: Les lecteurs studieux qui voudront arriver à comprendre la
possibilité et la mécanique de ces phénomènes, ainsi que d'autres faits
étranges dont _L'Idée Libre_ pourra entretenir ses lecteurs plus tard,
devront faire une étude du «Secret de l'Univers devant la Science
officielle», par E. Hureau.--En vente à _L'Idée Libre_ (5 francs).]

On a dit: «le cerveau secrète la pensée comme le rein secrète l'urine».
Si choquante, si puérile, si fausse que soit une telle comparaison, elle
a fait école. Mais une secrétion est quelque chose de matériel, toute le
monde voit l'urine. Mais quel savant a vu la pensée dans son laboratoire
et en a fait un examen dans des tubes d'analyses? Un histologiste
anglais, plus sérieux, disait au contraire que, bien qu'ayant passé
une partie de sa vie à regarder au microscope des fragments de matière
cérébrale, à suivre les formes des cellules, les trajets des fibres, le
groupement des faisceaux, cela ne lui avait rien appris sur la pensée et
il ajoutait que celui qui se borne à regarder des structures matérielles
reste aussi étranger aux phénomènes de l'esprit que le cocher de Londres
qui parcourt sans cesse avec son cab les rues de la grande cité est
ignorant de ce qui se dit et se fait à l'intérieur des maisons.

Un savant qui découpe des tranches de cerveau pour y trouver
l'explication des systèmes de la pensée est aussi ridicule qu'un enfant
qui découperait les fils, bobines et ressorts d'un sonnette électrique
pour comprendre son fonctionnement. Il n'y trouverait jamais le fluide
impondérable qui l'anime et il pourrait dire que l'appareil secrète le
son comme le foie secrète la bile.



              La Télépathie au point de vue pratique

Pour pratiquer la télépathie, deux conditions sont nécessaires. Ce sont,
d'une part, chez l'opérateur, la concentration et l'extériorisation de
la pensée. Pour agir mentalement à distance, il faut se recueillir ou
diriger sa pensée avec persistance vers le but choisi. On provoque ainsi
un dégagement partiel de l'être psychique et l'on crée un courant de
vibrations qui nous unit à notre correspondant. Chez celui-ci, un degré
suffisant de sensibilité est nécessaire. Là, comme en tout, le succès
dépend de la persévérance.

Quand vous avez trouvé une personne de bonne santé, mais sensitive,
impressionnable, vous pouvez essayer avec elle la transmission de
pensée.

Bandez-lui les yeux, qu'elle tende un moment tous ses muscles, chasse
toute préoccupation extérieure, qu'elle crée le vide en son cerveau.
Alors elle devra prendre vos mains entre les siennes, les porter une ou
deux minutes à ses tempes pendant que vous pensez mentalement: «Je veux
que tu obéisses».

Le sujet ainsi préparé, vous lui ferez savoir que vous allez lui
transmettre une des deux injonctions mentales suivantes: en avant ou en
arrière. Il posera très légèrement les doigts de sa main gauche sur la
face interne de votre main droite, votre bras droit replié à 90 degrés,
sans raideur.

Après quelques séances de répétition, le sujet devra se sentir entraîné
et pencher du côté que vous avez voulu mentalement.

Ensuite, vous essaierez avec les injonctions de le pencher à droite ou à
gauche. Puis vous réunirez les quatre injonctions: en avant, en arrière,
à droite, à gauche.

Le suggestionneur doit être énergique, convaincu, capable d'effort
mental. Il peut graduer les entraînements d'après son intelligence
personnelle. Le sujet doit prendre comme suggestionneur une personne
très sympathique, la sympathie étant la conséquence de deux fluides
qui s'attirent, s'accordent. Commencer les entraînements seuls, car les
pensées des assistants troublent l'atmosphère mentale, à moins qu'ils
soient solidaires de vos expériences.

Ensuite, vous entreprenez, par exemple, l'expérience suivante:

Vous faites asseoir votre sujet dans une chaise confortable, la figure
tournée vers un coin de la chambre. Vous pouvez lui bander les yeux et
lui remettre crayon et papier. Vous prenez un paquet de cartes à jouer
et allez vous placer à quelque distance derrière le sensitif. Tirez une
carte. Attachez-vous d'abord à la couleur: rouge ou noire; puis trèfle,
pique, coeur ou carreau; ensuite, vous essayerez de transmettre la
valeur de la carte: as, roi, dix, etc. La personne qui doit recevoir le
message notera l'information qui lui viendra. Après quelques essais, on
transmettra des messages très exacts. Dès que les organisations mentales
des deux personnes sont en harmonie, on peut expérimenter avec des
pièces de monnaie, des mots isolés, de courtes phrases et plus tard des
messages de n'importe quelle longueur.

En prenant du sel, du sucre, du vinaigre, etc., dans la bouche, on peut
transmettre le goût à la personne qui joue le rôle de récepteur. En
demandant à une personne éloignée de se rendre passive à une certaine
heure, et de prendre note des pensées qui lui viendront, on obtiendra
les mêmes résultats.

On a fait aussi les expériences suivantes: on plaçait un sujet dans un
angle de la pièce, face au mur et les yeux voilés; les opérateurs réunis
autour d'une table, à trois mètres derrière lui, fixaient intensément
leurs regards sur un objet quelconque placé sur la table en pleine
lumière, et le sujet impressionné par la volonté des opérateurs nommait
ou dessinait l'objet.

Pour les sujets qui voudraient pousser plus loin ces expériences, un
régime devient nécessaire, végétarisme de préférence, du thé
plusieurs fois par jour, et, matin et soir, une heure d'isolement, de
concentration, de méditation. Alors, un sixième sens, que l'on peut
appeler le sens astral, se développe.

Puisque les anarchistes veulent surtout se modifier eux-mêmes avant de
modifier les autres, c'est en développant des facultés nouvelles qu'ils
s'individualisent.

La télépathie ou sixième sens va enrichir le cerveau d'images nombreuses
venant du plan astral qui actuellement échappent à nos cinq sens
comme échappent à un aveugle les vibrations spéciales ou images qui
n'impressionnent que le sens de la vue. Tout sens ne répond qu'à un
certain ordre de vibrations, tout ce qui est en dehors de ce mode est
obscurité, néant, pour ce sens. Toutes les vibrations d'une certaine
forme et vitesse sont néant pour l'ouïe, mais affectent l'oeil, sans
lequel un aspect de l'univers serait inexistant; toutes les vibrations
plus lentes à larges amplitudes sont néant pour l'oeil, mais affectent
l'ouïe. Chaque sens nous révèle une partie de l'Univers ou un _plan_ de
l'Univers: le plan auditif, le plan optique, etc. Un nombre infini de
vibrations, c'est-à-dire d'images, d'êtres et de choses échappent
encore à l'organisme humain dont l'évolution n'est pas terminée. Le
sens télépathique nous révélera les images d'un autre plan, qu'on peut
appeler le plan astral.

La faculté de voir à distance et à travers les corps opaques ne nous
paraît extraordinaire, incompréhensible, que parce qu'elle constitue un
sens dont nous ne jouissons pas encore dans l'état normal. Les
aveugles de naissance ne comprennent pas qu'un fluide lumineux est
l'intermédiaire qui nous met en rapport avec les objets éloignés et
nous en apporte l'image. Sans la connaissance des propriétés du fluide
odique, magnétique ou nerveux (atomes vitaux renfermés dans les conduits
nerveux et les plexus organiques, atomes suréthérés, moins denses et
plus vibrants), nous ne comprenons pas la vue sans le secours des yeux.
Pourtant, en nous plaçant dans certains états, actuellement provoqués et
artificiels, mais naturels pour l'avenir, nous pouvons voir comme avec
les rayons Roentgen et mieux encore. C'est ce qui a lieu dans le vrai
somnambulisme.

«Une somnambule douée de la vision à travers les corps opaques fut mise
à notre disposition, écrit le docteur J. Charpignon dans son admirable
traité de _Physiologie du Magnétisme_, dont nous recommandons la
lecture. Nous lui collâmes les yeux avec plusieurs bandes de papier
collant, nous recouvrîmes cet appareil d'un bandeau qui descend
jusqu'aux narines et les bords de ce bandeau sont aussi collés sur
la peau des ailes du nez, fermant la plus minime fissure. Alors nous
donnâmes à la somnambule des objets divers, elle les nomma aussitôt,
nous ouvrîmes un livre, elle lût très couramment, etc.».

Le somnambulisme dont nous parlons n'a rien à voir avec ces femmes aux
yeux mal bandés que l'on voit dans Paris, sur les places ou dans les
fêtes. Il s'agit là de mots conventionnels employés par le camelot qui
joue le rôle de magnétiseur et la réponse de la prétendue somnambule
est contenue dans la question de son associé. Ces méthodes sont en vente
dans les commerces de prestidigitation et ne demandent que quelques
semaines d'entraînement.

En nous isolant du monde physique, en fermant chaque jour nos sens
extérieurs pendant un temps régulier, à heure fixe, nous permettrons au
nouveau sens de fonctionner, de recevoir les images invisibles.

La science est arrêtée dans une impasse, elle ne peut plus dans l'étude
des phénomènes supérieurs de la vie, de la pensée, de la clairvoyance,
du spiritisme, se baser sur l'observation qui est sa méthode. Les
méthodes employées jusqu'ici ne peuvent aller plus loin, puisque nos
sens actuels ne répondent pas à la délicatesse, à la subtilité des ondes
d'un autre ordre, des vibrations d'un rythme plus complexe. Sous nos
sens matériels et grossiers pouvait tomber la matière dense, mais
l'autre: la matière subtile et ce qui s'y reflète, s'y photographie, y
palpite, n'est plus de leur domaine. Alors le progrès est fini?--Non.
Car un sixième sens s'élabore pour nous montrer des choses, occultes
aujourd'hui, mais objectives quand nous les verrons.

Aussi commençons-nous seulement aujourd'hui à pouvoir comprendre cet
aphorisme, dédaigné, incompris:

    «_Aphorisme 255.--Si l'extension d'un sens (du sens de la
    vue par le télescope) a pu produire une révolution dans non
    connaissances, quel champ plus vaste encore va s'ouvrir à notre
    observation, si, comme je le pense, l'extension des facultés de
    chaque sens, de chaque organe peut être portée par le magnétisme
    aussi loin et même plus loin que les lunettes n'ont porté
    l'extension de la vue; si cette extension peut nous mettre à
    portée d'apprécier une multitude d'impressions, de les combiner,
    et par là de parvenir à une connaissance intime et particulière
    des objets qui les produisent._»

    (_Mémoires et Aphorismes_, par Mesmer).

Ces connaissances et vibrations nouvelles enrichiront notre système de
pensées, notre mental, notre corps mental: combinaison d'atomes spéciaux
vibrants distribués en conduits et circonvolutions. Nous avons chacun
notre corps mental siégeant dans le cerveau, comme chacun notre
intestin, notre estomac; il a été constitué par l'ensemble des images
photographiées dans son sein et disposées, comparées, arrangées par
notre entendement.

Nous appelons «lumière» certains mouvements affectant l'oeil; nous
appelons «pensée» certains mouvements affectant le mental. Ce sont
toujours des vibrations.

Chaque mental a sa constitution propre, résultat de ses opérations
antérieures; aussi chacun de nous contemple-t-il le monde extérieur à
travers son mental. Bien que vivant dans le même Univers et dans la même
société: les images, les événements, les phénomènes étant extérieurement
les mêmes--nous voyons tous différemment. Les syndicalistes, les
socialistes, les catholiques regardent les mêmes choses et voient
souvent le contraire.

«Empruntons une comparaison à la lumière, écrit Annie Besant. Si nous
mettons un morceau de verre rouge devant nos yeux et si nous regardons
des objets verts, ils nous paraîtront noirs. De même si nous regardons
un objet bleu à travers un verre jaune». Notre sphère mentale étant déjà
en activité, ayant déjà sa couleur (du rouge révolutionnaire au
blanc royaliste) le panorama social se teinte pour chacun de nous
différemment. Il existe des individus qui, mis en présence, n'ont aucune
vibration qui puisse se répondre: ils se haïssent du premier coup.

Le mental est comme un aimant, il attire et il repousse. Si nous avons
donné à notre corps mental une nourriture intellectuelle choisie,
s'il vibre d'un mode sage, scientifique, élevé, tout ce qui est faux,
hypocrite, viendra se choquer contre ce corps mental et rebondira «comme
une pierre qui heurte une roue en mouvement.» Nous ne pourrons plus
recevoir que ce qui est juste, raisonnable, sage, et toutes les
incohérences, toutes les folies, seront chassées. Ainsi les Garnier,
Bonnot, Valet, Callemin, n'auraient pas été accessibles à de tels
égarements. Ils ont privé l'humanité de leur superbe énergie en pleine
jeunesse. Je crois qu'ils auraient plus fait pour l'éducation des
hommes, en s'efforçant d'acquérir et d'apporter des connaissances; et
par la parole, l'écrit, l'éducation, l'invention, ils auraient pu faire
évoluer des cerveaux.

Je connais un jeune anarchiste qui a failli se laisser aveugler par le
banditisme: qui même s'est laissé entraîner à certaines actions qu'il
regrette. Un jour il assiste à une véritable révélation scientifique.
Son mental prend conscience de l'évolution substantielle des choses et
des êtres. Il s'aperçoit que lui qui croyait tout savoir parce qu'avec
des «copains» audacieux on paraphrasait des sentences narquoises,
il s'aperçoit qu'il ne sait rien et que les «pontifes» étaient des
imbéciles. Aujourd'hui, il regarde avec pitié ces pauvres têtes faibles
qui se croient fortes parce qu'elles se laissent hypnotiser par quelques
poseurs de l'anarchie, fiers de faire cénacle, et qui se croient des
chefs parce qu'ils manifestent une volonté faite d'incompétence, têtue
et brutale.

Maintenant que le mental de ce jeune homme s'est enrichi, qu'il est
constitué d'atomes plus nombreux, plus vibrants, plus riches, ces
suggestions malsaines ne pourront plus jamais pénétrer, pas plus que les
doigts d'un éphèbe dans le biceps solide d'un athlète. Son mental
est réceptif pour la science et le vrai; il est répulsif pour la
phraséologie des vaniteux, des ambitieux et des arrivistes.

C'est à ce perfectionnement mental que coopère actuellement _l'Idée
Libre_, et je crois les résultats déjà obtenus intéressants.

    «_Trop longtemps, écrit admirablement Lorulot, dans l'Idée Libre
    de décembre 1911, nous nous sommes contentés de répondre par des
    clichés pompeux ou par des phrases retentissantes. Nous pensons
    qu'il est temps de substituer aux formules abstraites et aux
    déclamations puériles, des conceptions basées sur les faits,
    l'expérience et la connaissance._»

Ce que nous pouvons recevoir de l'Univers, ce que nous pouvons admirer
et comprendre, marque, non pas les limites de cet Univers, mais le stade
de notre évolution. La réalité est constamment agrandie par l'apparition
et le développement des sens. Pour chaque être, la réalité est
un rapport, une relation entre son organisation et les effets qui
l'impressionnent. La vérité est toujours au-delà de ce qui pour nous est
réel, car elle est au-delà de ce que nous révèle notre organisation qui
n'a pas atteint les limites du perfectionnement. Nous nous rapprochons
donc de la vérité, nous atteignons de plus en plus la réalité objective
et certaine des choses en essayant de développer des sens et des
facultés qui nous manquent. C'est ce qui se produit dans l'état
merveilleux du somnambulisme. Cet état nous révèle un aspect invisible
de la réalité. L'impondérable, l'éther devient luminescible, devient
fluide éclairant pour l'être en somnambulisme, et par conséquent toutes
les images qui vibrent dans ce fluide invisible, peuvent lui apparaître
comme apparaissent à nos yeux les images matérielles des objets
lointains lorsque la lumière physique, en les baignant, établit un
rapport possible entre eux et nous.

Perfectionnons nos sens et surtout notre corps mental et nous pourrons
voir et utiliser de plus en plus de forces. L'Univers ne peut rien
ajouter à lui-même, c'est nous qui devons sans cesse développer des
pouvoirs perceptifs en sensibilisant nos nerfs par l'entraînement,
l'étude, l'isolement et la méditation, afin d'atteindre de lui une
portion toujours plus étendue. Voilà pourquoi l'étude ou la conquête
d'un sixième sens nous paraît un problème majeur.


ÉMILE HUREAU.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "De la télépathie - Étude sur la transmission de la pensée" ***

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