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Title: Dictionnaire grammatical du mauvais langage - Recueil des expressions et des phrases vicieuses usitées - en France, et notamment à Lyon
Author: Molard, Étienne
Language: French
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*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Dictionnaire grammatical du mauvais langage - Recueil des expressions et des phrases vicieuses usitées - en France, et notamment à Lyon" ***

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generously made available by the Bibliothèque nationale
de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)



                              DICTIONNAIRE
                              GRAMMATICAL
                          DU MAUVAIS LANGAGE,

                                   OU

                                RECUEIL
                    _Des expressions et des phrases
                    vicieuses usitées en France, et
                           notamment à Lyon._

    «Il est nécessaire d'étudier les défauts de langage et
    de prononciation qui sont particuliers à chaque province
    et quelquefois même aux villes qui se piquent le plus de
    politesse, pour les faire éviter aux enfants.»

                             _ROLLIN, Traité des études._


A.

_À_. Cette préposition est souvent employée deux fois pour un même
régime ou complément[1], et c'est alors une faute. Boileau, si rigoureux
observateur des regles de la langue françoise et du goût, a fait un
solécisme dans le premier vers d'une de ses plus belles épîtres:

    C'est à vous, mon Esprit, _à qui_ je veux parler.

Pour rendre la phrase réguliere, il faudroit dire: c'est à vous, mon
esprit, que je veux parler, en retranchant la seconde préposition qui
tombe sur le même régime. Par la même raison, l'on ne doit pas dire:
c'est à toi _à qui_ je parle, mais c'est à toi _que_ je parle; ni c'est
à vous à qui j'en veux, mais c'est à vous que j'en veux; c'est comme si
l'on disoit: j'en veux à vous.

_Abajoue_. Partie de la tête du cochon, depuis l'œil jusqu'à la
mâchoire; dites, _Bajoue_, s. f.

_Abandon_. Acte par lequel un débiteur transmet à ses créanciers la
propriété de ses biens; dites, _Abandonnement_. L'abandon est l'état
d'une personne ou d'une chose délaissée: il a fait l'_abandonnement_ de
tous ses biens à ses enfans, et ses enfans le laissent dans l'_abandon_.
En un mot, l'_abandonnement_ est un acte; l'_abandon_ n'est qu'un état
passif.

_Aboucher_. _S'aboucher_; pour se pencher en avant. _Aboucher_ signifie
se rencontrer dans un même lieu, pour conférer ensemble ou bouche à
bouche; mais ce mot ne signifie jamais se pencher en avant. Ne dites pas
non plus, tomber _à bouchon_, mais tomber sur le ventre ou sur le
visage. Cette expression manque à notre langue; on ne peut en exprimer
la signification que par une périphrase.

_Abstrait_. Un homme qui ne fait pas attention à ce qu'on dit ou à ce
qu'on fait; dites, _distrait_. On confond, mal à propos, ces deux mots.
Le mot _abstrait_ exprime une qualité considérée à part: la bonté est un
terme _abstrait_; un homme est _abstrait_, quand il est tellement occupé
d'un objet, qu'il ne voit pas ce qui se passe autour de lui: Archimede
étoit _abstrait_, lorsqu'on faisoit le siége de Syracuse, et qu'occupé à
tracer des figures géométriques, il ne s'appercevoit pas que l'on
prenoit la ville. Un homme est _distrait_ quand, sans être occupé, il ne
voit rien, ne fait attention à rien. Cet homme dont parle Mme de
Sévigné, qui, ayant versé dans un fossé, disoit à ceux qui venoient lui
donner du secours: Messieurs, qu'y a-t-il pour votre service? étoit un
homme _distrait_ dans toute l'étendue du mot. C'est la distinction que
l'abbé Girard établit dans ses synonymes.

_À cacaboson_. Se mettre à _cacaboson_; se tenir dans une posture où la
plante des pieds touchant à terre, le derriere touche presque aux
talons; dites, se mettre à _croupeton_.

_Accompagneur_. Celui qui accompagne, lorsqu'on fait de la musique;
dites, _accompagnateur_, s. m.

_Accoucher_. Mettre un enfant au monde: cette femme a accouché; dites,
cette femme est accouchée. Le chirurgien accouche; la femme est
accouchée. Dans le premier cas, le verbe est actif; dans le second, il
est neutre.

_À celle fin que_. Dites, _afin que_.

_À cha un_; _à cha deux_. Pour dire, _un à la fois_, _deux à la fois_.
Autrefois on disoit, _chas deux_, _chas trois_; ce qui tombe deux à
deux; trois à trois.

_Achis_. Mets composé avec de la viande ou du poisson. Ce mot s'écrit et
se prononce avec une _h_ aspirée. Dites, un bon _hachis_. L'_achis_ est
une plante.

_Acquérir_. Obtenir à prix d'argent ou de toute autre maniere. L'_e_
doit être prononcé d'une maniere fermée, et marqué d'un accent aigu;
dites donc, _acquérir_, _acquéreur_. Acquérir est un verbe[2] qui prend
deux _rr_ au futur et au conditionnel: j'acquerrai, j'acquerrois.

_Aculer_. Il se dit des bottes, des souliers qui s'abaissent par
derriere, sur le talon; dites, _éculer_: _éculer_ son soulier. _Acculer_
signifie pousser quelqu'un, le réduire en un coin: il l'a _acculé_
contre le mur.

_Affranchissage_. Payer l'affranchissage d'une lettre; dites,
l'_affranchissement_, s. m.[3].

_Agacin_. Espece de calus ou de dureté; dites, _cor_, s. m.: avoir des
_cors_ aux pieds.

_Age_; _agé_. Dans ces deux mots l'_a_ est fort ouvert, et prend
l'accent circonflexe, _âge_, _âgé_. Il est long sans accent dans sable,
table, fable, rable, diable, délabrement, etc.

_Agi_. Il _en a_ mal _agi_ avec moi; dites, il _en a_ mal _usé_ avec
moi. On _use_ de quelque chose; on _en use_; mais on n'_agit_ pas de
quelque chose; on n'_en agit_ pas.

_Agotiau_, s. m. Espece de pelle creuse, à rebords, dont on se sert pour
vider les bateaux; dites, _écope_, s. f.: ce batelet fait eau; il faut
le vider avec une _écope_.

_Aiguiser_, v. Rendre pointu, rendre tranchant; prononcez l'_u_ et
l'_i_, qui forment une diphtongue, comme dans _aiguille_: _aiguiser_ un
couteau.

    L'un sait d'un trait piquant _aiguiser_ l'épigramme.

                                                              _Boileau._

_Ails_, s. m. pl. Espece d'oignons d'une odeur très-forte. On dit
souvent: craignez-vous les _ails_? Ce substantif et presque tous ceux
qui finissent en _ail_ et en _al_, changent au pluriel cette terminaison
en _aux_, et le mot dont il s'agit fait _aulx_: on a mis des _aulx_ dans
cette salade; on peut dire aussi, des _ails_; cependant je conseille
d'employer de préférence le singulier. _Camail_, _détail_, _sérail_,
_éventail_, _mail_, etc. ne sont point soumis aux principes que nous
venons de poser; ils ne changent point leur terminaison au pluriel; ils
ne prennent que l'_s_.

_Ainsi_, _par conséquent_. Ces deux mots réunis forment un pléonasme
vicieux; c'est-à-dire, que ces deux termes disent la même chose; l'un
des deux suffit.

_Air_. Aller grand _air_ et belle manière; dites, grand'_erre_; ce mot
est féminin. On doit dire, aller grand'_erre_, pour dire, faire trop
grande dépense.

_Air_. Cette femme à l'_air bonne_. Il y a un solécisme dans cette
proposition; car le mot bonne se rapportant, ou devant se rapporter au
substantif _air_, qui est du genre masculin, il faut dire l'_air bon_:
elle a _l'air bon_, et cependant elle n'est pas _bonne_. Dans la
derniere proposition, l'adjectif[4] _bonne_ est en rapport avec la
personne ou le sujet qui est du genre féminin; au lieu que dans la
premiere, _bon_ se rapporte au mot _air_.

    La vertu toute nue a l'_air_ trop indigent;
    Et c'est n'en avoir point que n'avoir point d'argent.

En 1792, il y eut un pari de cent louis, sur la question de savoir s'il
falloit dire: cette soupe _a l'air bonne_, ou cette soupe _a l'air bon_,
M. de Laharpe fut pris pour juge; et M. Domergue nous apprend que cet
Académicien jugea qu'il falloit dire: cette soupe _a l'air bonne_. M.
Morel, qui m'a communiqué cette anecdote, ajoute: «Je ne connois pas les
raisons de M. de Laharpe; j'imagine pourtant qu'il a dû faire une
distinction entre _avoir l'air bon_, et _avoir un air bon_; _avoir l'air
bon_ signifie, _paroître bon_, en latin _videri bonus_; _avoir un air
bon_ se rendroit par _præbere faciem, speciem bonam_. Dans le premier de
ces exemples, _bon_ qualifie le sujet, et dans le second, il qualifie
l'objet, _faciem_, _speciem_. Quand je dis: cette femme _a l'air bonne_,
c'est comme si je disois: cette femme _a l'air d'être bonne_, ou _paroît
bonne_, ou _paroît être bonne_. Le mot l'_air_, dans _cette femme a
l'air bonne_, est pris dans une acception étendue; dans _a un air bon_,
au contraire, le mot _air_ est pris dans une acception restreinte, au
moyen de l'adjectif _un_. Je crois donc, pour les raisons que je viens
d'exposer, qu'il faut dire: cette femme _a l'air bonne_, _spirituelle_;
cette soupe _a l'air bonne_, et qu'il seroit ridicule de dire que la
femme _a l'air bon_, spirituel, et que la soupe _a l'air bon_.»

Malgré ces deux autorités respectables, je persiste à croire que _bon_
qualifie _air_; car j'attribue la bonté à l'_air_, et non pas au
substantif _femme_; et les explications qu'on a données me paraissent
forcées. Dans cet exemple, l'_air_ signifie l'extérieur, les manieres;
on doit donc dire: elle a l'_air décent_, comme on dirait: elle a
l'_extérieur décent_.

C'est encore une faute de dire, cette personne donne _d'air_ à telle
autre. Le mot _air_ signifie bien quelquefois ressemblance; on dit: ce
jeune homme a l'air de son pere; mais il paroît absurde de dire: il
_donne d'air_ à son pere. Cette expression signifieroit toute autre
chose.

_Airé_. Qui est en plein air. Il se dit particulierement d'un bâtiment:
cette maison est bien _airée_; dites, _aérée_, en mettant un accent
aussi sur le premier _e_. Ce qui a donné lieu à la corruption de ce mot,
c'est qu'on le fait dériver du mot _air_, au lieu que les grammairiens
veulent qu'on le prononce comme _aer_, qui signifioit la même chose chez
les Latins. Nous avons adopté cette prononciation dans tous les mots qui
en sont formés, tels que _aérien_, qui est d'air: un corps _aérien_;
_aérometre_, instrument pour mesurer l'air; etc.

_Ais à chaplu_. Petite table sur laquelle on hache les viandes et les
herbes; dites, _hachoir_, s. m. L'_h_ est aspirée, c'est-à-dire, qu'elle
tient lieu de consonne, et ne souffre ni liaison de consonne, ni
suppression de voyelle: servez-vous du _hachoir_.

_Alentours_. Dites, les _entours_ de la place, et, je me suis promené _à
l'entour_. _Entours_ est un substantif; _à l'entour_ est une expression
adverbiale.

_Alicant_. Petite ville d'Espagne. Vin _d'Alicant_; dites, vin
d'_Alicante_.

_Aller_. _Je m'en y vas_, ou _je m'en y vais_, sont des expressions
vicieuses et très-souvent employées; dites, _j'y vais_ ou _j'y vas_, en
supprimant le mot _en_. Il ne faut pas dire non plus: _je m'en vais_ ou
_je m'en vas le trouver_, mais _je vais_ ou _je vas le trouver_. Il
seroit plus régulier de dire, _je vas_, puisque la seconde et la
troisième personnes en sont formées. Ne dites pas, _aller de_ pied, mais
_aller à_ pied. Ne dites pas non plus, j'ai plusieurs endroits _à
aller_; on n'a pas _à aller_ plusieurs endroits, on a _à aller en_
plusieurs endroits. _S'en aller_ est un verbe réfléchi, composé du
pronom _se_, du nom elliptique _en_ et du verbe _aller_. Dans les temps
composés, le mot _en_ doit être séparé du participe par l'auxiliaire:
dites _je m'en suis allé_, et non _je me suis en allé_.

_Almanach_. Calendrier qui contient tous les jours de l'année. Il ne
faut pas faire sentir le _ch_. Il faut prononcer _almana_, s. m. On dit
proverbialement: j'ai beau dire la vérité; on ne prend plus de mes
_almanachs_; c'est-à-dire, on ne croit plus ce que je dis.

_Amadoue_. Meche faite avec une espece de champignon; dites, _amadou_,
s. m. sans _e_ final: du bon _amadou_. Il y a une faute dans le second
de ces deux vers:

    Le briquet frappe la pierre;
    L'_Amadoue_ aussitôt prend.

Il falloit dire, _aussitôt l'amadou prend_.

_Ambre_. Arbrisseau dont les jets sont fort pliants et qui servent à
lier; dites, _osier_: on attache un cercle avec de l'_osier_. L'_Ambre_
est un parfum; mot dérivé de _ambra_, italien; _ambar_, espagnol.

_Amandre_. Fruit de l'amandier; dites, _amande_, s. f.: un lait
d'_amandes_. _Amende_, punition, s'écrit par un _e_. Ces deux mots sont
homonymes; c'est-à-dire, qu'ils ont une prononciation semblable.

_Amasser_. Prendre ce qui est à terre: j'ai _amassé_ son gant; dites,
_ramasser_. Le mot _amasser_ signifie communément _faire un amas_: le
bonheur de l'avare est d'_amasser_ des richesses. _Ramasser_, c'est au
sens littéral relever de terre: on _amasse_ des trésors; on _ramasse_ ce
qui est tombé: il signifie aussi _rassembler_, et traîner dans une
_ramasse_.

_Amoureux_. Cette fille aime bien son _amoureux_; dites, son _amant_.
L'_amoureux_ est celui qui aime sans être aimé ou même connu; il se dit
des choses comme des personnes; l'_amant_ est celui dont l'amour est
partagé et approuvé.

_Anche_. Tuyau de bois, qu'on met aux cuves et aux tonneaux, pour en
tirer le vin; dites, _cannelle_ ou _canelle_: tirer du vin par la
_canelle_.

_Angoises_, s. f. pl. Grande affliction d'esprit: les _angoises_ de la
mort; ce mot s'écrit et se prononce avec deux _ss_: ce malade est dans
les dernieres _angoisses_.

_Anille_. Sorte de bâton, qui a, par le bout d'en haut, une petite
traverse, sur laquelle les vieillards et les infirmes s'appuyent pour
marcher; dites, _béquille_, s. f. Le mot _anille_ est de l'ancien
langage; on le trouve souvent employé dans les livres gothiques.

_Année_. Mesure de vin ou charge d'un âne; dites, _ânée_: une _ânée_ de
vin. Le mot _année_ écrit par deux _n_, a la premiere syllabe breve, et
signifie l'espace de douze mois. À l'égard de cette derniere
signification, il ne faut pas dire, l'_année qui vient_, mais l'_année
prochaine_.

_Ansiere_. La partie supérieure de certains vases ou de certains
ustensiles, par laquelle on les prend pour les porter, et qui est
ordinairement courbée en arc: dites, _anse_, s. f.: prendre un pot par
l'_anse_.

_Antichambre_. Il y a un _antichambre_; dites, _une antichambre_. Ce mot
est féminin, comme chambre dont il est composé. La préposition _anti_
n'en change pas le genre.

_Antipote_. Celui qui habite un endroit de la terre diamétralement
opposé à l'autre; dites, _antipode_. C'est un changement qui s'est fait
par corruption.

_Aoust_. Le huitieme mois de l'année. On a adouci cette prononciation
barbare; on ne fait plus entendre l'_a_, et on supprime l'_s_, en
mettant un accent circonflexe sur l'_u_; prononcez, le mois d'_ou_, et
écrivez le mois d'_août_. On fait toujours sentir l'_a_ dans le mot
_aoûter_, faire mûrir par la chaleur du mois d'_août_. Ce mois étoit
consacré à Auguste, et en portoit le nom.

_Ape_. Morceau de fer pointu par un bout, percé de plusieurs trous, et
recourbé de l'autre; dites, _crampon à patte_.

_Aponse_. Piece qu'on met à une robe ou à un meuble, pour l'agrandir ou
l'_apondre_; dites, _alonge_, et _alonger_, au lieu d'_apondre_.

_Apostiche_, adj. Dites, _postiche_: des dents _postiches_;
c'est-à-dire, ajoutées après coup.

_Apparer_. Dites, _recevoir_.

_Appeser_ sur quelque chose. Dites, _appuyer_.

_Appointer_ une boule. Dites, _pointer_: il _pointe_ bien; il est bon
_pointeur_. Ne dites pas non plus, _appoint_, mais _point_. Le premier
est un terme de banque; _appointé_ est un terme de guerre.

_Aragnée_. Dites, _araignée_, s. f. On disoit autrefois, _aragne_, du
latin _aranea_.

_Arboriste_. Celui qui vend des simples; dites, _herboriste_, s. m.:
vous trouverez cette plante chez tous les _herboristes_. Arboristes a
vieilli; on le trouve cependant dans Trévoux.

_Arbouillures_. Espece de petites élevures rouges, qui viennent sur la
peau; dites, _échauboulures_, s. f.: son corps est couvert
d'_échauboulures_.

_Arçon_ de berceau. Dites, _archet_, s. m.

_Arechal_. Fil d'_arechal_; dites, fil d'_archal_. C'est la
prononciation traînante des Lyonnois qui a fait trois syllabes de ce
mot.

_Arias_. Obstacle, chose qui embarasse; dites, _embarras_, s. m. ou
_obstacle_, s. m.: il a rencontré beaucoup d'_obstacles_.

_Aricot_, s. m. Plante dont les fleurs sont légumineuses; il s'écrit et
se prononce avec une _h_ aspirée: des _haricots_ verts.

_Arjolet_. Petit bouton blanc, qui vient aux yeux; les médecins disent,
_orgeolet_, et l'Académie dit, _orgueilleux_: il a un _orgueilleux_ à
l'œil, qui l'incommode beaucoup.

_Arquebuse_. Eau d'_arquebuse_; dites, eau d'_arquebusade_. L'arquebuse
est une arme à feu.

_Arraper_; _s'arraper_. Ce mot vient d'_arripere_, ou _manu
comprehendere_; il est gaulois; nos peres disoient, _arraper_, mais dans
le sens d'empoigner; dites, _s'attacher_: la poix _s'attache_ aux mains.

_Arthes_. Petits insectes; dites, _teignes_, s. f.: il y a bien des
_teignes_ dans cette armoire. L'encyclopédie dit, _artison_.

_Assassineur_. Dites, _assassin_. Le peuple dit quelquefois, il a commis
un _assassin_, au lieu de dire, _assassinat_; et en fait de langage, il
y a bien des gens qui sont peuple.

_Assez_. On prononce mal cet adverbe, en donnant à l'_e_ le son d'un _e_
ouvert; tandis que le _z_ en fait toujours un _e_ fermé, comme dans
_nez_, _dez_.

_Asthme_. Celui qui a une infirmité qui consiste dans une grande
difficulté de respirer en certain temps. Ce nom est celui de la maladie,
et non celui du malade; dites, _asthmatique_: cet homme est
_asthmatique_.

_Auberge_. Sorte de pêche; dites, _alberge_. Le fruit que nous nommons
_auberge_, doit s'appeler _Pavie_; on ne prononce pas l'_e_. Ce
substantif est masculin: _un bon pavie_; on dit aussi, _un bon pavi_.

_Aucuns_. Ce mot ne prend jamais de pluriel; il signifie _pas un_.
Racine a fait une faute, en disant dans Phedre:

    _Aucuns_ monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui,
    Ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui.

Ce pronom indéfini prenoit autrefois le pluriel. On s'en sert encore
ainsi dans les actes.

_Auparavant_. Mot qui marque priorité de temps: j'arriverai _auparavant_
que vous y soyez, ou _auparavant_ vous. Dans ces deux exemples, le mot
_auparavant_ est également déplacé; parce qu'il n'est ni préposition[5],
ni conjonction[6]; il est toujours adverbe; il conserve, il est vrai, la
même signification que la préposition _avant que_; mais il y a cette
différence entre ces deux mots, qu'_auparavant_, en qualité d'adverbe,
n'exige aucun mot après lui: je l'ai averti un mois _auparavant_; au
lieu qu'_avant_, préposition, veut toujours après lui un mot en régime:
j'arriverai _avant_ lui. Si ce mot est conjonction, il est suivi, ou de
la préposition _de_: on doit réfléchir _avant de_ parler; ou de la
conjonction _que_: il faut une longue expérience, _avant que_ nous
soyons en état de nous conduire par nous mêmes.

_Auprès de_. Ce n'est rien _auprès de_ ce que vous allez voir; dites,
_au prix de_ ce que vous allez voir.

_Autant_. Il est habile _autant_ que vous, ou il est _autant_ habile que
vous; ces deux façons de s'exprimer sont contraires aux regles
grammaticales; elles renferment un barbarisme de phrase; dites, il est
_aussi_ habile que vous. _Autant_ ne se construit bien qu'avec un
participe, ou quand il est suivi d'un autre membre de phrase: je
l'estime _autant_ que je l'aime.

_Autant_ pour lui _comme_ pour moi; Corneille a fait cette faute:

    Qu'il fasse autant pour moi comme j'ai fait pour lui.

Il faut se servir de la conjonction _que_, au lieu de _comme_.

_Auteron_. Dites, _hauteur_, élévation, tas.

_Auteur_. Il est l'_auteur que_ je manque ma fortune; dites, il est
l'_auteur de_ la perte, et non pas l'_auteur que_ j'ai manqué ma
fortune.

_Auvent_. On appelle ainsi une sorte, de fenêtre dont l'appui est en
talus, afin que le jour, qui entre d'en haut, se communique plus
facilement dans le lieu où elle est pratiquée; dites, _abat-jours_,
s. m. À Paris les _abat-jours_ se nomment _persiennes_. L'_auvent_ est
un petit toit en saillie, propre à garantir les boutiques de la pluie.
Les _abat-jours_ font paroître les marchandises plus belles.

_Aval d'eau_. Chûte d'eau impétueuse; dites, _avalaison_ ou _avalasse_,
s. f. Ces mots viennent de _avaler_, _dévaler_, qui signifient
descendre.

_Avaloir_. Grand gosier. Ce mot est du genre féminin; dites, _une belle
avaloire_. Expression familiere.

_Avanglé_. Dites, _avide_.

_Avis_. Ne prononcez pas l'_s_.

_Ayant_. On prononce mal ce verbe; l'_y_ tient lieu de deux _i_; il en
faut joindre un au premier _a_, comme si ce mot était écrit ainsi,
_ai-iant_. Une faute plus remarquable, c'est de donner à ce verbe un
gérondif, comme dans cet exemple: _en ayant_ soin de ce meuble, il vous
servira longtemps. Le verbe _être_, non plus, ne prend jamais devant lui
la préposition _en_. Cette erreur est répandue dans plusieurs
grammaires, sur-tout dans celles qui sont destinées aux étrangers.


B.

_Babouine_. Levre d'un animal; dites, _babine_, s. f.: les _babines_
d'une vache.

_Bacha_. Pierre ou piece de bois creusée, qui sert à donner à boire aux
chevaux et aux animaux domestiques; dites, _auge_, s. f.: donner à
manger aux cochons, dans l'_auge_. Bacha ou Pacha est un titre d'honneur
chez les Turcs.

_Bacchanal_. Grand bruit; ne dites pas, un grand _bacchanal_; ce
substantif est féminin; dites, une grande _bacchanale_. Ce nom signifie
plus particulierement une débauche faite avec grand bruit.

_Bachut_. Espece de coffre percé, qui sert à conserver les poissons;
dites, _banneton_, s. m.

_Bagard_. Il s'est trouvé dans le _bagard_; dites, dans la _bagarre_,
s. f.

_Bague_ d'oreille. Dites, _boucle_ ou _pendant_ d'oreille.

_Baiard_. Civiere à bras, pour transporter; dites, _civiere_, s. f.

_Baignoir_. Vaisseau pour les bains privés; il ne faut pas dire, _un
baignoir_, mais _une baignoire_. Le _baignoir_ est le lieu où l'on
baigne, mais non pas un vaisseau de bois, de tôle ou de cuivre.

_Bailler_ aux corneilles; dites, _bayer_, du latin _badare_; ouvrir la
bouche, ou rester la bouche ouverte d'étonnement; d'où l'on a fait,
_bouche béante_.

_Balan_. Être en _balan_; dites, être en _balance_, en _suspens_.

_Balayette_. Dites, petit _balai_. Nous n'avons pas ce diminutif.

_Balier_, v. Ôter les ordures avec un balai; dites, _balayer_: _balayer_
un appartement.

_Balle_. Panier d'osier: une _balle_ de lessive; dites, un _panier_ de
lessive, ou _manne_. On appelle aussi manne, un grand panier en forme de
berceau, où l'on couche les enfans.

_Balouffe_. Dites, _balle_; et au lieu de balouffiere, dites, _matelas
de balle_.

_Bambane_. C'est un _bambane_; c'est-à-dire, un homme lent, indolent. Ce
mot vient, peut-être, de _bambin_; les enfans se soutiennent mal;
l'homme indolent aussi.

_Bamboche_. Sorte de pantoufle ou de mule de chambre, qui a un quartier
de derriere; dites, _babouche_, s. f.: _babouches_ rouges. _Bamboche_
est une marionnette un peu plus grande qu'à l'ordinaire. Il se dit d'une
personne de petite taille: cette femme est une _bamboche_.

_Bancane_, s. f. Il se dit populairement d'une femme, dans le même sens
qu'on dit _bancroche_, en parlant d'un homme; c'est une personne qui a
les jambes tortues; dites, _bancalle_, s. f.: elle est _bancalle_ depuis
sa naissance.

_Baracan_. Sorte de gros camelot; dites, _bouracan_: un manteau de
_bouracan_. Ce mot ne se seroit-il pas corrompu, par sa conformité avec
_baraca_, poil de bouc?

_Barbot_. Espece de poisson, et plante qui croît dans les blés; dites et
écrivez, _barbeau_, s. m. La plante se nomme _bluet_. La finale _au_ est
plus longue que celle de _ot_ au singulier.

_Barbouillon_. Mauvais peintre, mauvais auteur; dites, _barbouilleur_.

_Bardaniere_. Claie d'osier, dont on garnit les lits, pour prendre les
punaises; dites, _claie_.

_Bardoire_. Dites, _hanneton_; l'_h_ est aspirée.

_Bareille_. Sorte de gros tonneau; dites, _barrique_, s. f.: une
_barrique_ de vin, et par diminutif, _barriquet_. _Bareille_ est une
dénomination locale dont on est comme forcé de faire usage dans les
endroits où elle est reçue. Les marchands disent, _barriquant_; et ce
mot est français. On disait anciennement, _bouchel_.

_Barette_. Espece de petit tombereau; dites, _brouette_: une _brouette_
de vinaigrier.

_Barfouillon_; _barfouiller_; _barfouillage_. Dites, _Barboteur_;
_barboter_; _barbotage_. C'est l'action des Oies, par laquelle elles
cherchent à manger dans des ruisseaux bourbeux, en y fourrant le bec. Au
figuré, c'est mettre les mains dans l'eau, en l'agitant.

_Barricolé_. Peint de diverses couleurs et sans regle; dites, _bariolé_:
un mouchoir _bariolé_.

_Barriere_. Clôture de fer qui est ornée, et qui, dans une maison,
sépare les cours des jardins; dites, _grille_. Une _barriere_ signifie
ce qui sert de borne et de défense, ou un assemblage de planches,
servant à fermer un passage: la _barriere_ qui est devant la porte d'une
ville.

_Baste_. Pan d'habit; dites, _basque_, s. f.

_Batillon_. Instrument de bois, pour laver le linge; dites, _battoir_,
s. m.

_Batillonner_ le linge. C'est encore une de ces façons de parler qui
sont particulieres à certains pays: celle-ci signifie frapper le linge
sale avec un battoir, qu'on appelle mal à propos _batillon_; il faut
dire, _essanger_ le linge; mais cette expression est peu connue; elle
signifie proprement laver le linge sale, avant de le mettre dans le
cuvier à lessive.

_Battre comme emplâtre_. Dites, battre _comme plâtre_; expression
proverbiale.

_Batture_. Querelle où il y a des coups donnés; dites, _batterie_,
s. f.: il fut tué dans une _batterie_. Ce mot signifie plusieurs choses.
Il se dit de plusieurs pieces de canons et de mortiers disposés pour
tirer contre l'ennemi. On dit figurément, qu'un homme dresse de bonnes
_batteries_, pour dire qu'il employe de puissants moyens pour réussir
dans une affaire. On appelle aussi _batterie_, la piece d'acier qui
couvre le bassinet des armes à feu, et contre laquelle donne la pierre
qui est au chien. _Batterie_ se dit encore de la maniere de battre la
caisse. On nomme _batterie_ de cuisine, les ustensiles qui servent à la
cuisine.

_Baucher_ une boule. La déplacer par une autre. Je ne connois que le mot
_tirer_ ou _débuter_ qui puisse remplacer cette expression: c'est un bon
_tireur_. Je pense que le mot _baucher_ vient de _bachari_, _debachari_,
qui signifient ôter de sa place, au sens propre; dont on a fait
débaucher, débauche, au sens figuré.

_Bécasson_. Sorte de bécassine; dites, _bécasseau_, s. m.

_Becfi_. Petit oiseau qui se nourrit ordinairement de figues, et qui est
très-délicat au manger; dites, _becfigue_: manger des _becfigues_.

_Beche_. Petit bateau. Ce mot désigne les _bateaux_ qui sont sur la
Saône, et qui sont couverts d'une toile; dites, _batelet_, s. m.: passer
la riviere dans un _batelet_.

_Bechée_. Ce qu'un oiseau prend avec le bec pour donner à ses petits;
dites, _becquée_, s. f.: cet oiseau porte la _becquée_ à ses petits.

_Bege_. Linge _bege_; dites, linge _bis_.

_Begue_; _il begue_. Dites, _il bégaye_. _Begue_ est adjectif: un homme
_begue_. _Bégayer_ est verbe.

_Belsamine_. Fleur; dites, _balsamine_. L'_s_ se prononce comme un _z_;
ce qui est une exception à la regle générale qui veut que l'_s_ entre
une voyelle et une consonne ait le son fort.

_Benier_. Artisan qui fait des boisseaux et divers ustensiles de bois,
servant au ménage; dites, _boisselier_, s. m.: embrasser le métier de
_boisselier_.

_Bénit_. Le verbe _bénir_ a deux participes[7]; l'un, _bénit_, _bénite_,
pour les cérémonies de l'Église; l'autre _béni_, _bénie_. Le dernier
signifie comblé des biens du Ciel. On dit, de l'eau _bénite_, et de la
mere de J. C., vous êtes _bénie_, et non pas _bénite_.

_Benot_. Vase de bois; dites, _benne_, s. f., et _banneau_, s. m., pour
diminutif: mettez ces raisins dans le _banneau_.

_Berche_; _éberché_. Dites, _breche_; _ébreché_: on a _ébreché_ les
couteaux; on y a fait des _breches_.

_Bergere_. Petit oiseau; dites, _bergeronnete_, s. f.

_Berlan_. Jeu de cartes; dites, _brelan_, s. m.: jouer au _brelan_.

_Berlin_. Coiffe de toile; dites, _coiffe_ de nuit.

_Besson_. Dites, _jumeau_. _Bessonner_ n'est pas françois; dites, _faire
deux enfans jumeaux_. Ce mot est du vieux langage; son étymologie est
_bis sunt_.

_Bétar_. Dites, _bêta_; qui est fort bête.

_Betatouret_. Instrument propre à mettre en perce un tonneau; dites,
_foret_, s. m.

_Bicler_. Regarder louche; dites, _bigler_; v.: cet enfant prend
l'habitude de _bigler_.

_Bileux_. Qui abonde en bile; dites, _bilieux_, adj. Les tempéramens
_bilieux_ sont, pour l'ordinaire, moins disposés à la gaîté, que les
tempéramens sanguins.

_Bisaigre_. Vin _bisaigre_; c'est-à-dire, vin qui s'aigrit; dites,
_besaigre_, adj.

_Blet_. Un fruit _blet_; une poire _blette_; c'est-à-dire trop mûre. Ce
mot manque à notre langue. On s'en servait autrefois. On le trouve dans
le dictionnaire du vieux langage.

_Blette_. Plante potagere, dont les feuilles sont larges et supportées
par une tige épaisse; dites, _bette_, s. f.: manger des _bettes_. On le
nomme aussi _poirée_, s. f.

_Bol_. Petite boule de drogue médicinale. On dit communément, _une bol_.
Ce mot est du genre masculin; dites, _un bol_ ou _un bolus_.

_Bombarde_ ou _guimbarde_. Instrument de fer, avec une languette
d'acier, dont on joue en le tenant contre les dents; dites, _rebute_ ou
_trompe-à-laquais_.

_Bon_. _Plus bon_; _plus bonne_. Fautes communes et grossieres. Jamais
l'adjectif _bon_ ne doit prendre devant lui l'adverbe _plus_, quand il
marque une comparaison. J'ai dit quand il marque une comparaison; car
s'il est pris dans un autre sens, il n'est pas contraire à notre
syntaxe: on dit bien: elle n'est plus _bonne_ à rien. Dans le premier
sens, on se sert de _meilleur_, qui est le comparatif de _bon_.

_Bon à monter_; _bon à descendre_. En ce cas ou en tout autre semblable,
ne liez pas l'_n_ avec la voyelle suivante. Il n'y a liaison qu'autant
que le mot où se trouve l'_n_ finale est inséparablement uni avec un
autre, comme dans, _bon Ange_, _on est venu_, _un auteur_; et alors on
prononce comme s'il y avoit deux _n_. C'est ainsi que prononcent les
meilleurs acteurs de Paris.

_Bonnette_. Coiffe de nuit; dites, _bonnet_, s. m., soit pour homme,
soit pour femme.

_Borgnasse_. Fille borgne; dites, _borgnesse_.

_Borgnasser_. Dites, _regarder de près_.

_Borgnon_. Aller _à borgnon_; dites, _à l'aveuglette_.

_Boucharle_. Bouton qui vient sur la levre; dites, _barbuquet_, s. m.
Les médecins disent, _aphte_, s. m.

_Bougeon_. Dites, _remuant_, adj.: cet enfant est _remuant_.

_Bouis_. Cette prononciation a vieilli; dites et écrivez, _buis_, s. m.

_Bouloir_ ou _bouillotte_. Espece de coquemar, propre à faire bouillir
de l'eau; dites et écrivez, _bouilloire_, s. f., ainsi que presque tous
les noms terminés en _oire_.

_Bourle_. Espece d'enflure qui vient à la suite d'un coup; dites,
_bosse_.

_Bourrée_. Pluie froide; dites, _brouée_, s. f.

_Bousillon_. Qui gâte son ouvrage; dites, _bousilleur_: cet ouvrier est
un _bousilleur_.

_Boutasse_. Lieu où l'on amasse l'eau pour nourrir le poisson; dites,
_mare_, s. f.

_Bouteroue_. Piece qu'on met au coin des rues, pour que les voitures ne
puissent pas se jeter sur les maisons; dites, _borne_: cette voiture a
touché la _borne_.

_Brame_. Poisson d'eau douce; dites, _breme_. _Brame_ signifioit
autrefois un grand cri.

_Branche_. Bois qu'on met au feu; dites, _buche_. Une _branche_ est un
grand rameau d'arbre.

_Branler_. Se branler sur une escarpolette; dites, _se brandiller_, v.

_Branliere_. Espece de siége suspendu par des cordes, pour être poussé
et repoussé dans l'air; dites, _escarpolette_ ou _brandilloire_, s. f.

_Brelue_. Sorte d'éblouissement passager; dites, _berlue_, terme
familier; avoir la _berlue_.

_Breteau_; _le breteau_. Plaine au-delà du Rhône; dites, _Broteaux_:
aller aux _broteaux_. Ce mot est probablement dérivé du mot _brouter_.
C'est une plaine où les bestiaux vont champeyer.

_Bresbille_. Dites, _bisbille_; mot dérivé de l'italien, _bisbiglio_;
mot imitatif.

_Bretagne_. Piece de fonte, qu'on applique au fond de la cheminée;
dites, _plaque_, s. f.

_Bretonner_. Cet arbre bretonne: dites, _boutonne_, v.

_Brignon_. Espece de petite pêche; dites, _brugnon_, s. m.

_Brillant_. Oiseau qui a le bec gros et court; dites, _bréant_ ou
_bruant_.

_Broche_. Petit bâton fendu en deux parties égales, sur lesquelles le
vendeur et l'acheteur font des coches, pour marquer la quantité de pain
ou de vin, que l'un fournit à l'autre; dites, _taille_, s, f.: prendre
la viande à la _taille_. Cependant ce mot exprime plus communément de
petits morceaux de bois sur lesquels on fait des coches, et qui ne
servent qu'à l'acheteur. Voyez, _houche_.

_Broche de bas_. Petite verge de fer; dites, _aiguille_, s. f.:
_aiguilles de bas_; ces _aiguilles de bas_ sont bonnes. _Broche_ et
_brocher_, dans ce sens, vieillissent.

_Brot_. Ce que les jeunes taillis poussent au printemps, et que les
bêtes vont brouter; dites, _brout_. On appelle aussi _brout_, la cocque
verte des noix.

_Brouillard_. Conserver le _brouillard_ d'une lettre; dites, le
_brouillon_, s. m.

_Bruxelles_. Prononcez le _x_ de ce mot, et d'_Auxerre_, _Auxonne_,
comme dans _soixante_.

_Buche_ de paille. Dites, _brin de paille_.

_Buchettes_. Petits bâtons fort menus, avec lesquels on joue; dites,
_jonchets_, s. m. On appelle _buchette_, le menu bois que les pauvres
gens ramassent.

_Bucler_ un cochon. C'est-à-dire, en brûler le poil avec de la paille;
dites, _griller_, v.

_Bugnes_. Sorte de pâte à l'huile; dites, _beugnes_, s. f.: de bonnes
_beugnes_.

_Bugnets_. Sorte de pâte faite à la poêle; dites, _beignets_, s. m.: des
_beignets_ de pommes.

_Busque_. Ce substantif est du genre masculin; écrivez et dites, _un
busc_.

_Buvande_. Dites, _piquette_ ou _boisson_.

_Buyanderie_. Lieu où l'on fait la lessive; dites, _buanderie_, s. f.:
il est dans la _buanderie_.

_Buyandiere_ ou _buandiere_. Femme qui lave la lessive; dites,
_lavandiere_. Le _buandier_ ou la _buandiere_ sont ceux qui font le
blanchîment des toiles; la _lavandiere_ est au bateau de lessive. On
trouve le mot _buyandiere_, dans le dictionnaire du vieux langage.


C.

_Cabosser_. Déformer, v.: il a _cabossé_ la boîte de sa montre. Ce mot
est un vrai barbarisme; dites, _bossuer_: _bossuer_ des assiettes
d'argent.

_Cacaphonie_. Son désagréable à l'oreille; dites, _cacophonie_, s. f. Il
est formé du grec _cacos_, mauvais, et de _phoné_, voix ou son.

_Cache-maille_. Petit vaisseau de terre, ou espece de tronc; dites,
_tire-lire_, s. f.: il tient son argent dans une _tire-lire_. Le mot
_maille_ est un vieux mot qui nous vient du nom d'une petite monnoie
qu'on nommoit _maille_; de là, le mot _pince-maille_, pour dire
_usurier_.

_Cachon_. Dites, _noyau_.

_Cadette_. Sorte de pierre qu'on place le long des boutiques, pour paver
le dehors. Dans beaucoup d'endroits on dit, _dalle_, s. f.; mais il y a
une sorte de pierre _de taille_ qu'on appelle _cadette_; on dit
_cadeter_, pour paver avec des pierres _de taille_.

_Cafetiere_. Maîtresse d'un café; dites, _limonadiere_: s. f.: je
voudrois parler à la _limonadiere_. La _cafetiere_ est un vaisseau dans
lequel on fait le café.

_Caffard_. Insecte hideux, qui se tient ordinairement dans la farine et
s'en nourrit; dites, _blate_, s. f.

_Caffi_. Pain mal travaillé et qui n'est pas troué. Il n'y a point de
mot qui remplace ce barbarisme; il faut se servir d'une périphrase[8].

_Çà haut_, _çà bas_. Ces deux expressions ne sont pas françoises,
quoiqu'il soit permis de dire, _là haut_, _là bas_.

_Caille tortue_. Animal amphibie; dites simplement, _tortue_.

_Calmandre_. Sorte d'étoffe de laine; dites, _calmande_: un habit de
_calmande_.

_Cambuis_. Dites, _cambouis_, s. m.

_Camelotte_. Action de passer les marchandises, sans payer les droits;
dites, _contrebande_, s. f.: faire la _contrebande_.

_Campagne_. Aller _en campagne_; pour dire, quitter la ville, dans
l'intention de se rendre dans une maison de _campagne;_ dites, aller _à
la campagne_. Les soldats vont _en campagne_; on met ses amis _en
campagne_, quand on les fait agir pour le succès d'une affaire; hors de
là on dit, aller _à la campagne_. La préposition _en_ ne doit précéder
un nom de lieu, que lorsque ce nom est celui d'un grand pays, comme,
_en_ Afrique, _en_ France.

_Caneçon_. Sorte de culotte de toile ou de coton; dites, _caleçons_,
s. m.: donnez-moi des _caleçons_.

_Cantine_. Bouteille de verre blanc. Ce terme est pris souvent à
contre-sens; une _cantine_ est un petit coffre disposé en plusieurs
parties, pour mettre des phioles, dans le voyage. Lorsqu'on veut
désigner une bouteille de verre blanc, où l'on met ordinairement de la
liqueur, on se sert du mot _bocal_, s. m.: serrez ce _bocal_.

_Carnier_. Sac où l'on met le gibier; dites, _carnaciere_, s. f.

_Carotte_. Plante potagere, de couleur ordinairement rouge, et qu'on met
dans la salade. C'est encore ici un abus de terme: le mot _carote_
signifie proprement une racine jaune, dont la feuille est dentelée, et
qu'on nomme mal-à-propos _pastonade_ ou _panais_. Ce dernier mot auquel
le peuple a préféré celui de _pastonade_, désigne une plante de couleur
blanche, d'un goût doucereux et bonne à manger. Ce que le peuple appelle
_carotte_, doit se nommer _bette-rave_, et ce qu'il connoît sous le nom
de _pastonade_, doit se nommer _carotte_: _les carottes_ toutes jaunes
sont bonnes dans le bouillon gras; les _bette-raves_ se mangent à la
salade; les _pastenades_ ou _panais_ sont toujours blancs.

_Carquelin_. Espece de gâteau: manger des _carquelins_; dites,
_craquelins_: aller acheter une douzaine de _craquelins_.

_Cartouche_. Sorte d'ornement de sculpture ou de peinture, représentant
un carton roulé; dans cette acception, ce mot est masculin; dites, _un
cartouche_.

_Carville_. Sorte de pomme; dites, _calville_, s. m.: un bon _calville_.

_Casse_. Instrument de cuisine; dites, _casserole_.

_Casson_. Petit espace de terre plus long que large, où l'on fait venir
des fleurs et des légumes; dites, _planche_, s. f.: une planche de
_tulipes_.

_Castonade_. Sucre qui n'est pas entierement raffiné; dites,
_cassonade_, s. f.: il y manque de la _cassonade_.

_Cataplâme_. Espece d'emplâtre propre à fomenter et à fortifier les
parties débilitées; dites, _cataplasme_, s. m.: un _cataplasme_ anodin.
Il faut prononcer l'_s_.

_Catarate_. Dites, _cataracte_, s. f.: lever la _cataracte_. Il se dit
aussi d'une chûte d'eau faisant grand bruit.

_Catolle_. Sorte de tourniquet en bois; dites, _birloir_, s. m.; le
_birloir_ de ce châssis s'est détaché.

_Caton_. Plusieurs parties qui s'amalgament, qui se tiennent assemblées:
_caton_ de farine; dites, _grumeau_, s. m.: des _grumeaux_ de sang.

_Cavon_. Dites, _caveau_, s. m.

_Cayer_. Assemblage de feuilles de papier; écrivez, _cahier_: un gros
_cahier_. On se servoit autrefois de l'_y_ sans _h_.

_Ceinturonnier_. Marchand de baudriers, de _ceinturons_; dites,
_ceinturier_, s. m.

_Cep_. _Une cep_ de vigne. Ce mot est masculin; dites _un cep_; du mot
latin _cespes_.

_Cercifi_. Dites, _salsifis_, s. m.

_Cerf_. Ne prononcez pas l'_f_.

_Cermille_. Dites, _cerfeuil_, s. m.

_C'est eux_. Dites, _ce sont eux_. On dit bien _c'est nous_, _c'est
vous_; mais on doit dire à la troisieme personne du pluriel: _ce sont
nos affaires_, ainsi que l'a décidé l'abbé GIRARD.

_Chacun_. Pronom indéterminé[9]: _un chacun_ pense comme il lui plaît.
Ce n'est plus que dans les livres gothiques qu'on lit _un chacun_; on ne
met pas aujourd'hui le pronom indéfini _un_ devant _chacun_: _chacun_
vit pour soi. Ce mot a donné lieu à une faute qu'on trouve quelquefois,
même dans les bons auteurs; on ne doit pas dire, par exemple: ces femmes
sont très-attachées, _chacune à son_ mari; mais on dira: ces femmes sont
très-attachées _chacune à leur_ mari. Voici la regle qu'il faut
consulter, pour savoir s'il faut mettre _leur_, ou _son_, _sa_, _ses_:
si _chacun_ est placé avant le régime direct du verbe, ou l'objet,
mettez, _leur_: ces deux charrettes ont perdu _chacune_ leur essieu;
s'il est placé après, servez-vous de _son_, _sa_, _ses_: ils ont tous
apporté des offrandes, chacun selon ses moyens.

_Chaillotte_. Espece d'ail; il faut dire _échalotte_, s. f.: couper des
_échalottes_.

_Chaine_ d'oignons. Dites, _glane_ d'oignons.

_Chaircutier_. Dites, _charcutier_. Ce mot vient du verbe _charcuter_.

_Chambellan_ ou _Chamberlan_. Celui qui travaille en chambre, sans
droit; dites, _chambrelan_.

_Chambucle_. Maladie des blés; dites, _nielle_, s. f., ou _charbon_,
s. m.

_Chana_ ou _Chanée_. Conduite des eaux dans une gouttiere; dites,
_chéneau_, s. m.

_Chanin_. Un temps _chanin_. Dites, un temps _sombre et froid_.

_Chapoter_. Dites, _frapper_, v.

_Charasson_. Sorte d'échelle garnie de chevilles qui servent d'échelons;
dites, _rancher_: montez par ce _rancher_, s. m.

_Charbon de pierre_. Sorte de fossile dur et inflammable; dites,
_charbon de terre_: mines de _charbon de terre_.

_Charbonnaille_. Poussiere de charbon; dites, _poussier_, s. m.:
donnez-moi du _poussier_; sans prononcer l'_r_.

_Charpenne_. Dites, _bois de charme_.

_Charpi_. Fil de toile pour les plaies; dites, _charpie_, s. f.

_Charri_. Gros drap qu'on met sur le cuvier, et sur lequel on étend un
lit de cendres; dites, _charrier_, s. m.: un bon _charrier_.

_Chasse_. Le trou d'une aiguille; dites, _chas_, s. m.: un _chas_
étroit.

_Châtagne_. Sorte de fruit; écrivez et prononcez, _châtaigne_, s. f.

_Châtel_. Bail de bestiaux; dites, _cheptel_, sans prononcer le _p_,
s. m.

_Chauderon_ ou _chauderonnier_. Écrivez, _chaudron_, _chaudronnier_,
sans [prononcer l'_e_.]

_Chaudier_. Ouvrier qui fait la chaux; dites, _chaufournier_. Le four où
elle se cuit, se nomme _chaufour_, ou _four-à-chaux_.

_Chauffe-lit_. Bassin ayant un couvercle percé à plusieurs trous, et
servant à chauffer le lit; dites, _bassinoire_, s. f.: une grande
_bassinoire_. Dites, _bassiner_, et non pas _chauffer_ le lit.

_Chauffette_. Espece de boîte doublée et percée de plusieurs trous par
le haut, dans laquelle on met du feu, pour se tenir les pieds chauds;
dites, _chaufferette_, s. f.: une belle _chaufferette_.

_Chercher_. Faut-il prononcer la derniere syllabe de ce verbe comme la
premiere? On ne doit pas faire sentir l'_r_ finale dans les verbes en
_er_, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle; mais on
prononce cette lettre dans les verbes terminés en _ir_.

_Chevillere_. Sorte de ruban fait en fil, et qu'il faut appeler pour
cela, _ruban de fil_: acheter un _ruban de fil_.

_Chiffre_. Caractere dont on se sert pour marquer les nombres: ne dites
pas étudier _la chiffre_, mais _l'arithmétique_. Le nom _chiffre_ est
masculin: le _chiffre_ romain.

_Chipoteur_. Celui qui vétille; dites, _chipotier_: c'est un vrai
_chipotier_.

_Chirat_ de pierres. Dites, _amas_.

_Choisir_. Choisir la salade, ôter ce qui est mauvais; dites,
_éplucher_: on _choisit_ ce qu'on préfere; on _trie_ les herbes, en
faisant un choix, en donnant une préférence; _éplucher_ exprime
seulement l'action d'ôter les parties gâtées.

_Chouer_. Avoir grand soin de sa personne; dites, _choyer_. Les suisses
disent, _cocoler_, qui me paroît fort heureux.

_Chucheter_. Parler bas à l'oreille; dites, _chuchoter_; d'où sont
formés _chuchoteur_, _chuchoterie_.

_Cierger_. Dites, _ciergier_, ou mieux, _cirier_, s. m.

_Cintieme_. Dites, _cinquieme_, nom de nombre, ou nom qui sert à
compter.

_Ciseaux_. Instrument de fer, composé de deux branches tranchantes: de
_bonnes ciseaux_. Ce nom doit toujours prendre le genre masculin: de
_bons ciseaux_.

_Clapir_; _clapissant_. Dites, _glapir_, _glapissant_.

_Claude_. Prononcez le _c_ comme un _g_, ainsi que dans _Claudine_,
_second_, _seconder_, _secondement_, etc.

_Clavelée_. Cendre _clavelée_; Dites, _gravelée_, adj.

_Clé_. Traîner sur la _clé_; dites, _claie_, s. f.

_Cledar_. Ouverture d'un jardin; dites, _claire-voie_, s. f.

_Clergeon_. Dites, _enfant de chœur_.

_Clin_ de paille. Dites, _botte_: la _botte_ de paille est fort chere.

_Clocher_. On _cloche_; cette façon de parler signifie, au sens propre,
_boîter_, et au figuré, aller _mal_: cette comparaison _cloche_. Si vous
voulez dire que l'on tire une sonnette, dites, on _sonne_.

_Coane_. Peau du pourceau; dites, _couenne_, s. f. Le premier _e_ se
prononce comme un _a_, ainsi que dans _solemnel_.

_Cocombre_. Espece de fruit ou légume, de forme longue et de nature
froide et aqueuse; dites, _concombre_, s. m.: ces _concombres_ sont bien
petits.

_Coit_. Cet adjectif signifie, tranquille, en repos; et la diphthongue
_oi_ se prononce à peu près comme _oie_. Ce mot ne prend point de _t_;
le féminin est _coie_.

_Coître_. Lit de plume; dites, _couette_, s. f.; mot qui vieillit. On
dit plus communément, _lit de plumes_.

_Col_. J'ai mal au _col_; dites et écrivez, _cou_. Le _col_ est le linge
qu'on se met au _cou_.

_Colant_. Diamants ou pierreries que les femmes portent au _cou_; dites,
_coulant_.

_Collidor_. Passage étroit d'un appartement à un autre; dites,
_corridor_, s. m.: un long _corridor_.

_Communs_. Aller aux _communs_; dites, _commodités_ ou _cabinet
d'aisance_.

_Companie_. Dites et écrivez, _compagnie_, s. f.

_Confle_. Petite ampoule sur la peau; dites, _vessie_, s. f.: sa brûlure
lui a fait venir une _vessie_. On dit aussi, _cloche_, s. f.

_Conjugaux_. Des liens _conjugaux_. Les adjectifs suivans n'ont point de
pluriel masculin: _conjugal_, _vénal_, _austral_, _boréal_, _pectoral_,
_filial_, _fatal_, _sentimental_, _naval_, _amical_, _magistral_, etc.

_Conséquent_. Important, qui en vaut la peine: c'est une somme
_conséquente_. Ce mot ne s'emploie jamais dans ce sens; on dit bien: une
somme de _conséquence_; mais on ne doit pas dire, une affaire
_conséquente_. Ce dernier mot exprime une idée qui découle d'une autre:
on est _conséquent_, lorsque la conduite est conforme aux principes
qu'on se fait. On est _conséquent_ dans ses raisonnemens, lorsque les
propositions sont bien déduites les unes des autres; au contraire, on
est _inconséquent_, quand on est peu d'accord avec les principes qu'on a
établis. Mais ne dites pas qu'une personne est _inconséquente_, pour
faire entendre qu'elle est frivole et légere. Ces deux expressions ne
sont d'usage que dans le sens expliqué.

_Consulte_. Conférence que l'on tient pour délibérer sur quelque affaire
ou sur quelque maladie; dites, _consultation_: faire une _consultation_.

_Contre_. _Par contre_, si les artisans sont ordinairement pauvres, _par
contre_, ils se portent bien. Cette expression rend mal le sens que
l'esprit a en vue, ou plutôt elle n'en exprime aucun. Le mot _contre_
est une préposition qui veut toujours après elle un complément;
c'est-à-dire un mot qui dépend d'elle. Au lieu de dire, par exemple: je
n'ai pas pu aller à la campagne; mais, _par contre_, je me suis bien
amusé à la ville; on dira, mais _en revanche_, mais _à défaut_, ou
enfin, on se servira simplement de la conjonction _mais_, qui marque
suffisamment l'opposition ou le dédommagement.

_Contrevention_. Action par laquelle on contrevient à une ordonnance;
dites, _contravention_, s. f.: prendre quelqu'un en _contravention_.
Dans ce mot on fait usage de la préposition latine, et non de la
française.

_Cor_. Donner du _cor_; dites, _sonner du cor_.

_Corbillonier_. Ouvrier qui fait des vans et des corbeilles; dites,
_vannier_, s. m.: cet homme est bon _vannier_.

_Corce_. Peau d'arbre ou de fruit; dites, _écorce_, s. f. L'_écorce_ de
cet arbre est bien épaisse.

_Corée_. L'assemblage du foie et du poumon; dites, _fressure_, s. f.

_Corniole_. Conduit par où les alimens descendent du gosier dans
l'estomac; dites, _œsophage_.

_Corporance_. La taille de l'homme considérée par rapport à sa grandeur
et à sa grosseur; dites, _corpulence_, s. f.: il est d'une belle
_corpulence_.

_Corsonnaire_. Sorte de racine médicinale; dites, _scorsonere_. On la
confond mal à propos avec le salsifis, qui est une racine bonne à
manger. Les Espagnols appellent cette plante, _escorsonera_. Son nom lui
vient de ce que son écorce est noire; aussi les Suisses la nomment,
_écorce noire_. Valmond de Bomarre prétend que le _scorsonere_ ou le
_salsifis_ noir est une plante potagère plus saine et meilleure à manger
que le _salsifis_ blanc.

_Cotivet_. Le creux qui est entre la tête et le chignon; dites, _nuque_,
s. f.

_Coudre_. On conjugue mal ce verbe dans quelques-uns de ses tems; dites,
je _couds_, je _cousois_, je _cousis_, et non pas je _cousus_; j'ai
_cousu_, je _coudrai_, que je _couse_, que je _cousisse_, et non pas que
je _coususse_.

_Couple_. Nombre: un _couple_ d'œufs; dites, _une couple_, s. f. Un
_couple_ se dit en parlant d'un mari et d'une femme: voilà un beau
_couple_.

_Coupon de salade_. Espece de plat où l'on sert la salade: dites,
_saladier_, s. m.: un grand _saladier_.

_Courir_. Ce verbe n'adopte que l'auxiliaire _avoir_: il y _a couru_; de
là une faute dans ce vers de Racine:

    Il en étoit sorti, lorsque j'y _suis couru_.

Il faudroit, lorsque j'y _ai couru_.

_Courle_. Sorte de plante rampante; dites, _courge_, s. f.: une bonne
_courge_.

_Courle-bouteille_. Dites, _calebasse_, s. f.

_Courterolle_. Insecte qui mange les racines des laitues; dites,
_courtillere_, s. f.

_Couvert_. La couverture d'un bâtiment; dites, _toit_: monter sur le
_toit_. Dites encore, cette maison a une belle _couverture_; et non pas
une belle _couverte_, ni un beau _couvert_.

_Couverte_. Tapis qu'on étend sur un lit. _Couverte_ de laine; dites,
_couverture_, s. f.: une belle _couverture_. On donne le nom de
_couverte_ à l'émail qui couvre une terre cuite, mise en œuvre. Ce mot
se dit particulierement de la porcelaine: une _couverte_ fine. On dit
aussi _couverte_ de porte, en parlant d'une piece de bois qui se met en
travers, au-dessus de l'ouverture d'une porte ou d'une fenêtre, pour
soutenir la maçonnerie; dites, _linteau_, s. m.

_Craion_. On prononce mal ce mot: comme on doit l'écrire avec un _y_, et
que ce caractere remplace deux _i_, il faut prononcer comme s'ils y
étoient en effet, _crai-ion_.

_Crincer_. Faire que quelque chose se fronce et se racornisse au feu;
dites, _grésiller_: le feu a _grésillé_ ce parchemin.

_Croassement_; _croasser_. Cri des grenouilles; dites, _coasser_,
_coassement_. Le premier signifie le cri des corbeaux.

_Croc_. C'est un _croc_; c'est-à-dire un fripon au jeu; dites, _escroc_.
Ce mot vient de _croc_ et _croquer_, tirer avec un _croc_, ou prendre ce
qui est pendu au _crochet_, comme _accrocher_, _décrocher_.

_Cru_. Augmentation de taille: il n'a pas fait son _cru_; dites, _crue_:
s. f. cet enfant a fait sa _crue_.

_Cublan_. Petit oiseau qui a des plumes blanches sur le croupion; dites,
_vitrec_, s. m.: j'ai tué un _vitrec_.

_Cueillé_. Un _cueillé_ d'argent. On le fait communément substantif
masculin, mais c'est une faute grossiere; ce mot doit toujours être du
genre féminin; il doit se terminer par un _r_, qu'on prononce; ainsi, on
doit dire, une _cueiller_, et non pas un _cueillé_. L'_r_ finale se
conserve pour la formation du mot _cuillerée_, s. f. Il est rare que les
mots terminés ainsi soient féminins.

_Cueillir_. Ne dites pas _je cueillis_, au présent, ni _je
cueillissois_, à l'imparfait; mais _je cueille_, _je cueillois_. On dit
plutôt _je cueillerai_, que _je cueillirai_.

_Cuison_ ou _cuisage_. Action de cuire ou de faire cuire: je lui dois
tant pour la _cuison_ ou le _cuisage_ de mon pain. Ces deux mots sont
également réprouvés par le bon usage; il faut dire _cuisson_, s. f.: la
_cuisson_ des viandes. _Cuisson_ signifie encore la douleur que fait
sentir un mal qui cuit; c'est-à-dire, qui cause une douleur aigue: ma
plaie me fait éprouver une _cuisson_ horrible.

_Curaille_. Le milieu d'un fruit dont on a ôté ce qui est bon; dites,
_trognon_, s. m.


D.

_Dada_. Homme niais, un nigaud, un homme décontenancé; dites, _dadais_:
c'est un _dadais_.

_Darte_, sur la peau. Dites, _dartre_, s. f.

_Davantage_. J'ai _davantage_ d'années que lui. Cette façon de parler
est vicieuse. L'adverbe[10] _davantage_ ne prend jamais après lui la
préposition _de_, ni la conjonction _que_. Vous ne direz pas, il a
_davantage de_ plaisir; il est _davantage_ aimé _que_ vous; cet adverbe
se place toujours immédiatement après le mot qu'il modifie. En
conséquence, vous direz, il en sera aimé _davantage_, et non pas, il en
sera _davantage_ aimé. Ne vous servez point du mot _davantage_ dans le
sens de _le plus_; ainsi, ne dites pas: voilà la femme qui me plaît
_davantage_; dites, voilà la femme qui me plaît _le plus_.

_Débâcle_. La rupture des glaces. On fait souvent ce substantif
masculin, et il est toujours féminin: _la débâcle_. Ce sont les mots
_miracle_, _réceptacle_, _tabernacle_, qui ont donné lieu à cette
erreur.

_Débarras_. Lieu où l'on serre beaucoup de choses; dites, _décharge_,
s. f.

_Décesser_. Il ne _décesse_ pas de parler; dites, il ne _cesse_ pas de
parler. La premiere expression, si elle étoit permise, signifieroit le
contraire de ce qu'on veut dire.

_Déchicoter_. Dites, _déchiqueter_.

_Décrottoir_. Sorte de brosse dont on se sert pour décrotter. On donne
ordinairement à ce nom le genre masculin, et il est du genre féminin;
dites donc, _une décrottoire_. Cette désinence indique ordinairement le
féminin, comme _poire_, _foire_, _moire_.

_Dedans_. Il est _dedans_ la maison. Cette faute ne se trouve que dans
les livres gothiques. _Dedans_ se met sans régime: il est _dedans_.
Quand il faut employer un régime, on met la préposition _dans_: il est
_dans_ le tiroir. _Dedans_ est une préposition elliptique.

_Dédite_. Droit de se _dédire_, peine ou dédommagement. Ce mot ne doit
avoir que deux syllabes, et il est masculin; dites, il lui a donné un
_dédit_ de mille écus. Le _dédit_, c'est la peine attachée au droit
qu'on appelle _congé_; on donne _congé_ à un locataire, et l'on paye le
_dédit_.

_Déhors_. On met et prononce, mal à propos, un accent aigu. L'_e_ est
muet; dites donc et écrivez, _dehors_. Ce mot est formé des deux
prépositions _hors_ et _de_.

_Délice_. Plaisir, volupté. Ce substantif est ordinairement masculin au
singulier, et toujours féminin au pluriel; dites donc, _un grand
délice_, et _de grandes délices_.

_Demain à soir_. Dites, _demain soir_, ou _demain au soir_.

_Demander excuse_. Cette expression ne rend pas le sens qu'on y attache;
_demander des excuses_ à quelqu'un, c'est vouloir qu'il nous en fasse.
On _demande pardon_; on _fait des excuses_.

_Demeurer_. Dans le sens de rester, exige le verbe _être_; de là une
faute dans ces vers de Racine:

          Ma langue embarrassée,
    Dans ma bouche vingt fois a _demeuré_ glacée.

Il faudroit _est demeurée_.

_Demi_, _demie_. _Demie_-heure, et d'autre fois, une heure et _demie_;
voici la regle à suivre à l'égard de ce nom partitif[11]. Quand _demi_
précede le substantif, il est indéclinable, c'est-à-dire qu'il ne change
jamais de terminaison: une _demi_-heure plutôt; une _demi_-journée; mais
s'il vient après le substantif, il en prend le genre: une heure et
_demie_, une journée et _demie_.

_Demoiselle_. J'ai vu une mere de famille, qui se promenoit avec ses
_demoiselles_; dites, avec ses _filles_. Le mot _demoiselle_ est un
terme de qualité, qui distingue ordinairement les filles d'avec les
femmes mariées. Il signifie aussi une fille née de parens nobles; et en
ce sens, il se dit des femmes mariées et des filles: elle est
véritablement _demoiselle_, c'est-à-dire, véritablement née fille de
gentilhomme. Mais ce terme ne remplace jamais celui de _fille_; pas plus
que celui de _monsieur_, ne remplace celui de _fils_. On dira bien:
c'est la _demoiselle_ de compagnie de madame, mais non la _demoiselle_
de madame, pour dire, c'est sa _fille_.

_Dépêchez vîte_. Il y a un pléonasme vicieux dans cette expression;
dites seulement, _dépêchez_. Ce dernier exprime l'idée de vîtesse.

_Dépersuader_. Dites, _dissuader_, v.

_Dépuis_. Ne mettez et ne prononcez point d'accent aigu sur l'_e_ de ce
mot. _Du depuis_ n'est pas françois; ainsi, c'est une faute grossiere de
dire: je ne l'ai pas vu _du depuis_; dites, _depuis_.

_Des_. On dit souvent, _des célebres auteurs_, au lieu de dire, _de
célebres auteurs_, la regle générale veut qu'on retranche l'article,
quand l'adjectif précede le nom; car le nom se trouvant déjà modifié par
le qualificatif, l'esprit rejette l'article, qui modifie aussi, en
limitant la signification du substantif. L'adjectif mis avant le nom,
devient idée principale, et les deux mots semblent n'en former qu'un;
l'adjectif placé après, devient idée accessoire: ce _savant homme_; _cet
homme savant_.

_Désarroir_. Désordre dans les affaires; dites, _désarroi_.

_Desir_; _desirer_. Mettez l'accent, à cause de l'étymologie: _de
sidere_. L'Académie l'écrit ainsi.

_Désondrer_. Enlaidir: ce chapeau vous _désondre_. Cette expression qui
appartient particulierement aux jeunes demoiselles, n'a reçu la sanction
que d'elles. Si on pouvoit leur accorder le titre de législatrices en
matiere grammaticale, ce seroit en faveur des mots qui peindroient la
beauté et les graces, et non en faveur de ceux qui expriment la laideur.
Il faut dire: _ce chapeau vous sied mal_, _ne vous va pas bien_, _vous
dépare_ ou _vous enlaidit_; elles ont donné la préférence au mot
_désondrer_, par une sorte de délicatesse, parce qu'il n'exprime rien de
déterminé, qu'il n'emporte pas tout-à-fait l'idée d'enlaidissement,
quoiqu'il en approche.

_Descendre_. Il a _descendu_; dites, il est _descendu_. Voyez _monter_.

_Dès-de-là_. Chercher _dès-de-là_ l'eau. Cette expression lyonnoise est
tout-à-fait vicieuse; il faut dire, chercher _de l'autre côté_; _par
de-là_ l'eau, ou simplement, _de-là_ l'eau.

_Dessous_.

    Bientôt, lassés de leur belle aventure,
    _Dessous_ un chêne ils soupent galamment.

Il y a une faute de françois dans ces vers. _Dessous_ se met sans
complément; c'est-à-dire, sans régime. Vous le cherchez _sous_ le lit;
il est _dessous_. Dans le vieux style on met _dessous_ avec un régime.

_Deux_. _Tous deux_; _tous les deux_. On se sert indifféremment de ces
deux manieres, et l'on se trompe. _Tous deux_ signifie qu'on est allé
ensemble, en même temps: allons-y _tous deux_. _Tous les deux_ exprime
que l'un et l'autre y sont allés, mais non pas de compagnie: nous y
sommes allés _tous les deux_, mais séparément, et non pas _tous deux_.

_Dévancer_. Aller au devant. Ne mettez point d'accent sur le premier
_e_. Ce mot est formé du mot _devant_, qui n'a point d'accent aigu.

          Quel important besoin
    Vous fait donc _devancer_ l'aurore de si loin?

_Devant_. Il _lui_ est allé _au devant_. Cette façon de parler n'est pas
autorisée par le bon usage; dites, il est allé _au devant de lui_.

_Déviner_. Découvrir une chose cachée. Il ne faut ni mettre d'accent sur
l'_e_, ni en faire entendre la prononciation: _deviner_, v.; _devin_,
s. m., et non pas _dévin_.

_Dévise_. Sans accent: _devise_, s. f.

_Dinde_. Nous avons mangé un bon _dinde_. Ce nom est du genre féminin;
dites donc, _une dinde_; si vous parlez du mâle, servez-vous du mot
_dindon_, et pour exprimer un petit _dindon_, vous emploîrez le
diminutif, _dindonneau_. Pour l'ordinaire les noms d'animaux,
principalement ceux d'oiseaux et de poissons, ne désignent pas les
sexes, ou ne les distinguent pas. _Ainsi_, _carpe_, _brochet_,
_moineau_, etc., expriment indifféremment le mâle ou la femelle. On ne
distingue les sexes qu'à l'égard des animaux qui nous intéressent, ou
que nous avons lieu de craindre; alors, souvent le nom de la femelle
n'est pas le même que celui du mâle: _cheval_, _jument_; _coq_, _poule_.

_Dire_. Il est vrai _de dire_; dites seulement, _il est vrai_. Faute
commune, même à quelques auteurs.

_Dixmier_. Celui qui perçoit les dixmes; dites, _dixmeur_, s. m.

_Donc_. On prononce le _c_ de ce mot, quand il commence la phrase ou
qu'il est suivi d'une voyelle; en tout autre cas, ne le faites pas
entendre.

_Dorse_. Une _dorse_ d'ail; dites, une _gousse_ d'ail.

_Druge_. Se plaindre de _druge_, c'est se plaindre de ce que la mariée
est trop belle; dites, se plaindre mal à propos ou sans raison. Le mot
_druge_ vient, peut-être, du mot _dru_, qui signifie _épais_ ou _gai_,
d'où l'on a formé le verbe _druger_, qui n'est pas françois.

_Duelle_. Planche servant à la construction d'un tonneau; dites,
_douve_, s. f.: de mauvaises _douves_.

_Durant que_. Il est venu _durant que_ j'y étois. On trouve cette faute
dans plusieurs auteurs. Mais _durant que_ ne remplace jamais _pendant
que_. _Durant_ est une préposition qui n'est jamais suivie de _que_. On
dit _durant_ sa vie, et quelquefois, sa vie _durant_; mais jamais,
_durant_ qu'il vivoit. _Durant_ exprime un temps de durée qui s'adapte
dans toute son étendue à la chose à laquelle on la joint; et _pendant_
ne fait pas entendre un temps d'époque, mais seulement quelques-unes de
ses parties: il a dormi _durant_ tout le sermon; on l'a volé _pendant_
son absence.


E.

_Écarrer_ une piece de bois, la rendre carrée, dites, _équarrir_. On dit
bien _carrer_, mais point _écarrer_.

_Échapper_. On ne doit pas dire indifféremment, _échapper à_, ou,
_échapper de_: on a _échappé aux_ poursuites des archers, marque qu'on
n'a pas été pris; il s'est _échappé des_ mains des archers, marque qu'on
a cessé d'être où l'on étoit.

_Échevelé_ et _déchevelé_. Le premier se dit de quelqu'un dont les
cheveux sont épars; et le second, d'une femme à qui on a arraché sa
coiffure, et à qui on a mis les cheveux en désordre.

_Échiffe_. Petit éclat de bois, ou espece d'épine qui entre dans la
chair; dites, _écharde_, s. f.: j'ai une _écharde_ sous l'ongle.

_Éclairer_. L'abus de ce mot est devenu presque universel. On dit de
toutes parts: _éclairez_ le feu, _éclairez_ la bougie, _éclairez_ le
poêle, _éclairez_ le falot. Ce sont autant d'hérésies grammaticales;
dites, _allumer_. Il est encore moins permis de dire, _éclairez_ la
lumiere; car la lumiere éclaire, et n'est pas _éclairée_. On dit aussi,
contre la pureté du langage: _éclairez_ monsieur; dites, _éclairez_ à
monsieur. On _éclaire_ un ignorant, et on _éclaire_ à un homme, pour
qu'il voie à se conduire. Ces fautes donnent lieu d'en faire remarquer
une autre: ce n'est pas français de dire, _faites lumiere_; cette
expression est consacrée à la toute-puissance de Dieu. Un académicien
étant allé rendre visite à M. de Fontenelle, se retira à l'entrée de la
nuit; il s'égara dans l'appartement, et se plaignit de ce qu'ayant
demandé plusieurs fois qu'on lui _fît_ lumiere, la servante le laissoit
dans l'obscurité: excusez-la, dit Fontenelle, elle n'entend que le
françois.

_Économer_. Administrer avec économie; dites, _économiser_, v.: il fera
bonne maison, s'il continue _à économiser_.

_Écosse de pois_. Dites, _cosse_. On dit bien _écosser_, mais non pas
_écosse_.

_Écoupeaux_ ou _Éclapes_. Éclats ou morceaux de bois que la hache ou le
rabot enlevent du bois que l'on travaille; dites, _copeaux_, s. m. pl.:
brûler des _copeaux_.

_Éduquer_. Voltaire se plaignoit qu'on alloit jusqu'à écrire que les
princes sont quelquefois mal _éduqués_. Il paroît que ceux qui parlent
ainsi, ont eux-mêmes reçu une fort mauvaise éducation; dites, _élevé_.
Le peuple, par analogie au mot éducation, a formé _éduqué_, qui n'est
pas françois; cette faute est très-commune en Suisse et à Geneve.
Roubaud prend la défense de ce mot contre Voltaire.

_Effiler_. Donner le fil à un instrument qui coupe; dites, _affiler_:
j'ai _affilé_ mon sabre. _Effiler_ signifie ôter les fils, et non pas
donner le fil.

_Égrafinure_; _égrafiner_. L'action d'entamer la peau légérement avec
les ongles; dites, _égratigner_, v. _égratignure_, s. f.

_Emberlicoter_. _S'emberlicoter_. Dites, _s'emberlucoter_,
_s'embarrasser_.

_Emberner_. Salir de bran ou de matiere fécale; dites, _embrener_, v.

_Embêter_. Rendre bête; dites, _hébêter_ ou _abêtir_, v.

_Emboire_. Ce papier _emboit_. Le mot _emboire_ est un terme de
peinture; il se dit d'un tableau dont les couleurs deviennent mattes et
ne se discernent pas; dites, _ce papier boit_.

_Embûches_. Tendre des _embûches_; cette expression n'est pas exacte: on
tend des _piéges_, des _filets_, et l'on dresse des _embûches_.

_Empare_. Barre de fer pour soutenir les portes; dites, _penture_.

_Emparenter_. Entrer dans une famille: il est bien _emparenté_; dites,
_apparenter_. v.

_Emphasé_. Discours _emphasé_, c'est-à-dire, où il y a de l'emphase;
dites _emphatique_, adj.

_Émuer_, v. _émué_, participe. Dites, _émouvoir_, et au participe,
_ému_: il m'a fait peur; j'en suis encore tout _ému_.

_Encatonner_. _S'encatonner_, se réunir en masse; dites, _grumeler_: la
farine se _grumelle_.

_Enchant_. Dites, _angle de mur_.

_Endéver_. Cet enfant me fait _endéver_ tout le jour. Il semble qu'on
attache à ce mot, qui n'est pas françois, l'idée de _donner au diable_;
mais souvent il s'emploie dans le sens de _contrarier_.

_En erriere_. Dites et écrivez, _en arriere_; de là le verbe _arriérer_.

_Enfant_. C'est un mot adopté pour les deux sexes, et qui prend les deux
genres: un bel _enfant_; une belle _enfant_.

_Enfle_. Il est _enfle_; dites, _enflé_.

_Engencement_; _engencer_. Maniere d'arranger de petites choses chez
soi; dites, _agencement_, _agencer_.

_Énigme_. Chose à deviner: _un énigme_; dites, _une énigme_, s. f.

_Énorgueillir_. _S'énorgueillir_; avoir de l'orgueil. C'est comme s'il y
avait _orgueil en_. La préposition _en_ ne se détache pas, et la
première syllabe a le son nasal; il ne faut point d'accent sur l'_e_
initial, et l'on doit redoubler l'_n_ dans la prononciation. Il en est
de même des mots _enivrer_, _enharmonique_, _ennoblir_; mais si ce
dernier signifie rendre noble, on prononcera et on écrira _anoblir_.

Le dictionnaire de Trévoux et celui de Richelet, disent qu'il faut
prononcer _anivrer_, _anorgueillir_; mais cela n'est pas admis.

_Enreinieres_. J'ai les _enreinieres_; dites, j'ai des douleurs de
_reins_.

_Enseigner quelqu'un_. Dites, _enseigner à quelqu'un_. Ne dites pas non
plus, _montrer_ à lire, mais _apprendre_.

_Enterrement_. Voir passer un _enterrement_. L'_enterrement_ est un acte
de religion, par lequel on met un corps en terre; on ne voit pas cet
acte, mais le convoi; dites, j'ai vu passer le _convoi_.

_Épée_. Instrument de défense: un _épée_; dites, une _épée_, s. f.: une
belle _épée_.

_Épigramme_. Petite piece de poésie: un _épigramme_; dites, une
_épigramme_, s. f.: une fine _épigramme_. J. B. Rousseau a fait
d'excellentes _épigrammes_.

_Épisode_. Une belle _épisode_. On appelle ainsi dans la composition du
poème épique ou dramatique, toute action que le poète emploie pour
étendre l'action principale et l'embellir; ce mot est du genre masculin;
dites, _un épisode_: on dit que le Tasse et l'Arioste ont fait de
très-beaux _épisodes_.

_Épogne_. Sorte de gâteau; dites, _galette_.

_Épurer_ des comptes. Dites, _apurer_: travailler à _apurer_ ses
comptes.

_Équevilles_. Ordures qu'on ôte avec le balai. C'est le _scoviglia_ des
Italiens, qui n'a pas été adopté en françois; dites, _balayures_.

_Espadron_. Large épée; dites, _espadon_, s. m.

_Espadronner_. Dites, _espadonner_.

_Espression_. On dénature ce mot et beaucoup d'autres, en changeant
l'_x_ en _s_; dites, _expression_, _exprimer_, _excuse_, _extravagant_.

_Esquilancie_. Maladie du gosier, qui fatigue souvent au point qu'on ne
peut ni respirer, ni avaler: il a un dangereux _esquilancie_. Il y a
double faute dans cette façon de s'exprimer; 1º, ce nom est du genre
féminin; 2º, il faut dire, _esquinancie_, et non pas _esquilancie_: une
dangereuse _esquinancie_. Presque tous les mots terminés en _ie_ sont
féminins, à l'exception de _génie_, _incendie_, _messie_.

_Estomac_, s. m. On appelle ainsi, dans le corps animal, la partie qui
reçoit les alimens. Il ne faut pas prononcer le _c_, comme font les
Genevois.

_Et_. Beaucoup de personnes ne savent point distinguer la conjonction
_et_ du verbe _est_; celui-ci prend ou peut prendre devant lui le pronom
personnel _il_ ou _elle_, et non pas l'_autre_; d'ailleurs, la
conjonction a presque le son de l'_e_ fermé, et le verbe a celui de
l'_e_ ouvert.

_Étant_. Ce verbe, comme l'auxiliaire _avoir_, n'a point de gérondif, et
n'est jamais précédé de la préposition _en_.

_Éteinte_ de voix. Dites, _extinction_ de voix.

_Étirer_ le linge. Ce mot ne se dit que des métaux qu'on étend sous le
marteau; dites, _détirer_ du linge. Ne dites pas, _étiré_ à quatre
épingles, mais _tiré_ à quatre épingles, en parlant d'une personne
ajustée avec affectation et recherche.

_Étisie_. Maigreur, consomption; dites, _tisie_, et écrivez _phtisie_.
On dit cependant, _étique_, aussi bien que _phtisique_.

_Être_. Ce mot est souvent pris pour _aller_, c'est une faute. Le verbe
_être_ marque le repos ou l'existence, et le verbe _aller_ marque le
mouvement; or, ces deux mots, qui ont une signification si contraire, ne
sauraient être pris indifféremment l'un pour l'autre; on ne dira donc
pas, il _fut_ au spectacle, pour dire, il y _alla_; on pourra bien dire
qu'il a _été_ à Paris, pour dire qu'il y a _demeuré_, mais non pour
marquer l'action de s'y transporter.

_Éviter_. _Éviter_ la peine à quelqu'un. Cette façon de parler est
devenue universelle; on la trouve dans nos auteurs comiques; mais elle
n'en est pas moins vicieuse. Le mot _éviter_ veut dire _fuir_. On
_évite_ quelqu'un, et non pas à quelqu'un; on ne dira donc pas, je vous
_éviterai_ la peine, mais, je vous _épargnerai_ la peine.

_Examen_. La derniere syllabe de ce mot ne se prononce pas comme dans
_demain_, mais comme si l'_n_ étoit suivie d'un _e_ muet, ainsi que dans
_hymen_.

_Excepté que_. Cette expression prise pour _à moins que_, est surannée;
ainsi, ne dites pas, il viendra, _excepté qu'il_ ne soit malade, mais
dites, _à moins qu'il_ ne soit malade.

_Exemple_. _Un exemple_, signifiant un modele d'écriture; dites, _une
belle exemple_; mais dans tout autre cas il est masculin: suivez _ses
bons exemples_.

_Exprès_. _Par exprès_. Je ne l'ai pas fait _par exprès_. Le dernier de
ces deux mots suffit; dites donc, je l'ai fait _exprès_ ou tout
_exprès_; mais n'employez jamais la préposition _par_, devant le mot
_exprès_, à moins que ce mot ne soit pris substantivement: envoyer une
lettre par un _exprès_.


F.

_Facié_. Cet homme est bien _facié_; dites, _facé_.

_Faire une maladie_. Cette expression devenue universelle, et employée
même par quelques écrivains, n'est pas françoise. On dit, _avoir une
maladie_, et non la faire, lors même qu'on se la seroit attirée par sa
faute.

_Falloir_. Ne dites pas, il ne s'en est _fallu de guere_, il s'en est
_fallu de beaucoup_; mais dites, il ne s'en n'est _gueres fallu_, il
s'en est _fallu beaucoup_.

_Fantôme_. Spectre ou chimere: j'ai vu _une fantôme_; ce nom est du
genre masculin: _un fantôme_.

_Farbalas_. Espece de bande plissée, et mise pour ornement; dites,
_falbala_: un joli _falbala_.

_Fayard_. Bois de _fayard_; dites, bois de _hêtre_; l'_h_ est aspirée.

_Fege_. Dites, _foie_, s. m.: un _foie_ de veau.

_Féniere_. Lieu où l'on serre le foin à la campagne; dites, _fenil_,
s. m.: voilà un beau _fenil_; sans prononcer l'_l_.

_Ferlater_ du vin. Y mettre des drogues; dites, _frelater_, v.

_Fermer_. _Fermer_ le linge; c'est un barbarisme. Le mot _fermer_
signifie clorre ce qui est ouvert; on _ferme_ une porte, une chambre;
mais on ne _ferme_ pas du linge; on _ferme_ une chambre, pour qu'on n'y
puisse pas entrer; on _serre_ les habits, le linge, etc.

_Fermer_ quelqu'un dans sa chambre. Dites, _enfermer_.

_Ferratier_. Celui qui vend du fer; dites, _ferronnier_; d'où
_ferronnerie_.

_Fête-à-Dieu_. Dites, _Fête-Dieu_.

_Feu_; _feue_. La _feu_ reine. Il y a un solécisme dans le mot _feu_.
Voici la regle à consulter sur cet adjectif: _feu_ reste invariable,
lorsqu'il n'est pas précédé de l'article: _feu_ ma mere; et lorsqu'il a
devant lui l'article ou le pronom possessif, il prend le genre et le
nombre du substantif qui vient après: la _feue_ reine.

_Fiageoles_. Sorte de légumes; dites, _haricots_, s. m.: de bons
_haricots_; l'_h_ est aspirée.

_Fiageolet_. Instrument à vent; dites, _flageolet_, s. m.

_Fiarde_. Sorte de jouet de bois, en forme de poire, et qu'on enveloppe
d'une corde roulée en spirale, pour le faire tourner sur une pointe de
fer dont il est armé; dites, _toupie_, s. f.: jouer à la _toupie_; de là
on a fait, _toupiller_, aller et venir sans savoir pourquoi.

_Fibre_. De _longs fibres_. Ce nom est féminin; dites, de _longues
fibres_.

_Fievres_. Cet homme a _les fievres_. On n'a pas plusieurs _fievres_ à
la fois; dites, il a _la fievre_.

_Figuette_. Espece de petite bouteille qui se ferme avec un bouchon;
dites _flacon_, s. m.: on met des senteurs dans un _flacon_.

_Filagrame_. Ouvrage d'orfévrerie, travaillé à jour; dites, _filigrane_,
s. m.

_Filleule d'artichaut_. Dites, _œilleton_ ou _rejeton d'artichaut_.

_Filoche_. Dites, _filet_, s. m.

_Fils_. Ne prononcez pas l'_s_, à moins que le mot suivant ne commence
par une voyelle.

_Finir_. Ne dites pas, il faut _en finir_; cette façon de parler, qui
devient très-générale, est vicieuse. On _finit_ une chose; mais on n'_en
finit_ pas.

_Fixer_ quelqu'un. Le mot _fixer_ signifie arrêter; dites, _fixer_ ses
regards sur quelqu'un, ou regarder quelqu'un _fixément_. On _fixe_ un
inconstant.

_Flamboise_. Petit fruit bon à manger; dites, _framboise_, s. m.: un
plat de _framboises_.

_Flamenter_, _flamentation_. Action de mettre des cataplasmes sur une
partie malade, pour l'adoucir, l'amollir ou la fortifier; dites,
_fomenter_, _fomentation_. On dit figurément, _fomenter_ une querelle;
c'est-à-dire, l'_entretenir_.

_Flasque_. Espece de bouteille de cuir, pour mettre la poudre à fusil;
dites, _poire à poudre_.

_Flau_. Instrument à battre le blé; dites _fléau_, s. m. Dites de même,
au figuré, pour les maux que Dieu nous envoie.

_Flene_. Linge qui sert d'enveloppe à un oreiller; dites, _taie_, s. f.:
changer de _taie_.

_Flérer_. Répandre une odeur: il _flere_ comme baume; dites, _fleurer_.

_Fleurir_. Ce verbe est régulier au sens propre; mais au figuré, il
fait, à l'imparfait, il _florissoit_, et au participe présent,
_florissant_, et non _fleurissant_.

_Flotte_ de fil ou de soie. Soie ou fil replié en plusieurs tours;
dites, _écheveau_, s. m.: un _écheveau_ de fil blanc. Le mot _flotte_
exprime un certain nombre de vaisseaux qui vont ensemble: la _flotte_
anglaise. Peut-être le peuple a-t-il ainsi nommé plusieurs tours de soie
ou de laine, parce que, comme une _flotte_ de vaisseaux, ils se suivent
et vont ensemble. Ce qui confirme cette conjecture, c'est qu'il dit une
_flotille_, en parlant d'un petit _écheveau_, ainsi qu'on le dit, en
parlant d'une petite _flotte_.

_Foroncle_. Espece de flegmon enflammé et douloureux, qui se termine par
un abcès; dites, _furoncle_, s. m. On l'appelle vulgairement _clou_.

_Foudre_. Ce mot prend les deux genres:

    Je pourrois t'écraser, et les _foudres_ sont _prêtes_.
    . . . . . . . . . .
    Éteins entre leurs mains les _foudres destructeurs_.

Mais le masculin est d'un style plus relevé, et presque toujours figuré.

_Fourchu_. _Pied fourchu_. Droit qui se paye sur les bêtes qui ont le
pied fendu ou fourché; dites, _pied fourché_.

_Franchipane_. Espece de pâtisserie ou de parfum: pommade à la
_franchipane_; dites, _frangipane_, s. f.: une tourte à la _frangipane_.

_Fricot_. Ce qu'on mange avec du pain; dites _mets_, s. m. _Ragoût_ ou
_mets_: un excellent _mets_, un bon _ragoût_.

_Frissure_. Réunion du foie, du cœur et de la rate de quelques animaux;
dites, _fressure_, s. m.

_Fûte_. _Une fûte_, un tonneau; dites, _fût_, sans _e_ final. Ce mot est
masculin: de vieux _fûts_; en faisant sentir le _t_.


G.

_Gabouiller_. Dites, _barboter_, v.

_Gacer_ du vin dans la bouteille. Dites, _agiter_, v.

_Gadois_. Celui qui transporte la gadoue ou la matiere fécale; dites,
_gadouard_, s. m.

_Gagner la victoire_. On gagne la bataille, et le succès de la bataille
donne la victoire; dites, _remporter la victoire_.

_Galandage_. Muraille en charpente et en maçonnerie; dites, _cloison_,
s. f.

_Gangrene_. Maladie de quelques parties du corps; prononcez, _cangrene_.
Le _g_ prend le son du _c_. C'est le contraire dans les mots _second_,
_cigogne_, _Claude_.

_Garante_. Femme qui sert de caution. C'est un barbarisme. _Garant_ n'a
point de féminin. Il faut dire, elle est _garant_. Il en est de même de
_docteur_, _écrivain_, _témoin_, _orateur_, _peintre_, _poète_,
_auteur_, _érudit_, _rhéteur_, _rhétoricien_, _logicien_, _pharmacien_,
etc. Ces mots n'ont pas de féminin, parce qu'on les attribue rarement
aux femmes.

_Garde_. _Prendre garde à_ et _prendre garde de_, ont deux sens
différens: _prendre garde à faire_, c'est être attentif à faire.
_Prendre garde de faire_, c'est faire attention de ne pas faire; dites,
_prenez garde de tomber_, ou _prenez garde à ne pas tomber_. Après les
verbes _prendre garde_, _craindre_, _appréhender_, etc., on emploie la
négation sans complément: _prenez garde qu'il ne tombe_. L'esprit étant
occupé du désir qu'il ne tombe pas, il se sert de la négation qui
exprime ce désir; mais il n'est pas permis de dire, _prenez garde qu'il
ne tombe pas_.

_Garde_. Ces deux personnes que vous voyez sont deux _gardes
nationales_; dites, _nationaux_. _Garde_ est féminin, quand il exprime
la compagnie; et il est masculin, quand il signifie les individus qui la
composent.

_Garderobe_. Construction en bois, propre à serrer des habits ou du
linge. Il faut se servir du mot _armoire_, soit que cette construction
ait un fond, soit qu'elle n'en ait pas: une belle _armoire_, s. f. Une
_garderobe_, c'est une chambre où l'on renferme les habillemens d'un
prince. On dit d'un simple particulier, qu'il a une riche _garderobe_,
pour dire qu'il a un grand nombre de beaux habillemens; mais en toute
autre circonstance, le mot _garderobe_ s'entend d'une construction qui
regarde le maçon, et non le charpentier. Il désigne aussi les latrines:
aller à la _garderobe_.

_Garenne_. Charger des marchandises _en garenne_, c'est-à-dire, sans les
emballer; cette expression n'est pas françoise.

_Gâte_. Ce fruit est gâte; dites, _gâté_.

_Gaviot_. Dites, _fagot de sarmens_, ou mieux, _javelle_.

_Géane_. Femme dont la taille excede la stature ordinaire; dites,
_géante_, s. f. As-tu vu cette _géante_?

_Geler de froid_. Pléonasme, c'est-à-dire, surabondance de mots
inutiles; dites simplement, _geler_. Je suis _gelé_.

_Genevre_. Extrait de _genevre_; dites, _genievre_.

_Gentil, gentille_. Ce mot ne signifie pas qu'on est laborieux; il veut
dire _joli_, _délicat_: une _gentille_ bergere.

_Gerle_. Grand vase de bois pour la lessive; dites, _cuvier_, s. m.

_Gérofle_. Dites, _girofle_, s. m.

_Gibolée_. Pluie soudaine, mêlée souvent de grêle; dites, _giboulée_,
s. f.

_Gicler_. Faire _gicler_ de l'eau; dites, _jaillir_.

_Gifle_. Coup du plat de la main sur le visage; dites, _soufflet_,
substantif masculin: il lui a donné un _soufflet_.

_Gigauder_. Remuer les jambes; dites, _gigotter_, v.

_Gigue de mouton_. Dites, _gigot_.

_Girarde_. Fleur; dites, _giroflée_, s. f.

_Gisier_. Le second ventricule de certains oiseaux qui se nourrissent de
grains, comme les poules, les pigeons; dites, _gésier_, s. m. Le
_gésier_ d'une poule.

_Gîter_. Ce mot n'est pas françois; dites, _demeurer_. On n'a conservé
que la troisieme personne du singulier de l'indicatif présent:

    Ci-_gît_ ma femme; ah! qu'elle est bien,
    Pour son repos et pour le mien!

On dit encore _gisant_.

_Glissiere_. Dites, _glissoire_, s. f.

_Gloriette_. Lieu près du four, et où l'on pétrit la pâte; dites,
_fournil_, sans prononcer l'_l_.

_Gobille_. Jouet d'enfant, fait de pierre ou de marbre, en forme de
boule; dites, _globule_, s. m.: il m'a pris mon _globule_. C'est du mot
_bille_, sans doute, qu'on a formé _gobille_; mais pourquoi la premiere
syllabe? on pourroit se servir du diminutif _billette_, _petite bille_;
à Paris, on dit _bille_.

_Godiviau_. Certain pâté composé d'andouillettes, de hâchis de veau et
de béatilles; dites, _godiveau_, s. m.: pâté de _godiveau_.

_Gôdron_. Espece de gomme ou poix, servant principalement à calfater les
vaisseaux; dites, _goudron_, et _goudronner_, au lieu de _gôdroner_. Le
_godron_ est une espece de moulure relevée en forme d'œufs.

_Gongoner_. Dites, _gronder_.

_Gorgossel_. Manger à la _gorgossel_, c'est manger sans autre
assaisonnement que le sel; dites, à la _croque au sel_.

_Goubeau_. Dites, _gobelet_, s. m.

_Goulet_. Cou de bouteille: ce mot a vieilli; dites, _goulot_, s. m.

_Goutte_. L'amour n'y voit _goutte_. Il est ridicule que l'usage emploie
l'adverbe relatif _y_, qui n'est nullement nécessaire, ainsi que dans
_je n'y vois pas_. Autant vaudroit-il dire, _je n'y entends pas_. Il
faudroit dire simplement, _l'amour ne voit goutte; je ne vois rien_.
Mais si l'on vouloit parler de l'endroit où l'on ne voit pas, on diroit:
_il fait nuit dans ce bois, je n'y vois rien_; c'est-à-dire, _je ne vois
rien dans ce bois_.

_Graboton_. Se mettre _en graboton_; dites, se tenir _à genoux repliés_.

_Grabotter_. Si c'est le feu, dites, _charbonner_, _tisonner_; si c'est
la terre, dites, _fouiller_.

_Gracieusité_. Civilité, honnêteté, gratification; dites, _gracieuseté_,
s. f.

_Grapin_ de poêle. Dites, _fourgon_, s. m.

_Graspille_. Jeu d'enfant: jeter quelque chose à la _graspille_; le
jeter au milieu d'une troupe d'enfants qui cherchent à s'en saisir;
dites, _gribouillette_, s. f.: jeter quelque chose à la _gribouillette_.

_Grenouille_. Machine formée d'un arbre ou essieu, auquel on attache des
leviers, et qui sert à lever des fardeaux; dites, _treuil_, s. m.

_Grepe_. Oiseau aquatique; dites, _grebe_, s. m.

_Grese_. Soie _grese_; dites, _grege_.

_Gribouiller_. Il _gribouille_; dites, il _barbouille_, v.

_Gril_. Ustensile de cuisine. _La gril_. On le fait féminin quand on le
prononce seul, mais c'est une faute. Il faut dire, le _gril_, s. m.:
apportez _le gril_. On ne fait pas sentir l'_l_ dans le discours
familier, et lorsqu'on la fait entendre, elle est mouillée.

_Grillet_. Plante dont les tiges sont menues, sans feuilles, et portent
un bouquet de fleurs blanches ou bleues, d'une odeur agréable; dites,
_muguet_: le _muguet_ vient de lui-même dans les bois. Le mot _grillet_,
signifie, en terme de blason, une petite sonnette ronde qu'on met au cou
des chiens et aux jambes des oiseaux de proie.

_Grillet_. Insecte; dites, _grillon_, s. m.

_Gringotter_. Être transi de froid; dites, _grelotter_. _Gringotter_
signifie fredonner mal un air; il signifioit autrefois _frissonner_.

_Griveliner_. Jouer mesquinement, faire quelques petits profits
illicites; dites, _grimeliner_ ou _griveler_, d'où l'on a fait,
_griveleur_, _grivelerie_.

_Grognon_. Chagrin, fâcheux; dites, _grogneur_: c'est un _grogneur_.

_Groles_. Dites, _mauvais souliers_.

_Groton_. Morceau de croûte; dites, _crouton_, s. m.: un _crouton_ de
pain.

_Grotte_ de pain béni. Dites, _chanteau_: j'ai eu le _chanteau_; je
ferai le pain béni.

_Guêtes_. Espece de bas qui se boutonnent; dites, _guêtres_, s. f.: de
bonnes _guêtres_.

_Guille_. Petite broche de bois servant à boucher le trou qu'on a fait à
un tonneau pour donner de l'air; dites, _dusil_, s. m. Le fausset est
aussi une broche par où on tire du vin: il faut mettre un _fausset_ à ce
tonneau.


H.

_Haïr_. Ce verbe a deux syllabes au passé simple, _je haïs_; une seule
au présent, _je hais_.

_Hape_. Espece de clou; dites, _patte_, s. f.

_Hardi_. Courageux, assuré; l'_h_ est aspirée; dites, le _hardi_ coquin,
et non pas _l'hardi_.

_Hareng soret_. L'_h_ est aspirée, et le _g_ ne se prononce pas. On dit
indifféremment, _saur_ ou _sauret_. Le premier se dit par contraction,
des _harengs saurs_. Cette espèce est ainsi appelée, parce qu'elle est à
demi salée. Le mot _saur_ signifie, qui est de couleur jaune, tirant sur
le brun: un cheval _saur_.

_Harpie_. Grande perche armée d'un crochet; dites, _croc_ ou _gaffe_.

_Hémorragie de sang_. Pléonasme; dites simplement, _hémorragie_, s. f.

_Hermite_, _hermitage_. Écrivez ces deux mots sans _h_, à cause de
l'étymologie, _eremita_, _eremus_.

_Heure_. Quelle _heure est-ce_? dites, quelle _heure est-il_?

_Heureux: heureux comme tout_. C'est une de ces expressions absurdes et
insignifiantes, qu'on peut facilement remplacer: je suis _heureux autant
qu'on peut l'être_.

_Heurler_. Il se dit d'un cri long que font les loups et les chiens;
dites, _hurler_, en aspirant l'_h_, ainsi que dans _hurlement_.

_Homme de vigne_. Mesure; journée d'un vigneron; dites, _hommée de
vigne_, s. f.: il a acheté trente _hommées de vigne_.

_Honteux_. Qui a de la confusion; l'_h_ est aspirée; prononcez fortement
ainsi que dans _honte_, sans élision ou suppression de voyelle et sans
liaison de consonne.

_Horillon_. Coup sur la tête; dites, _horion_, l'_h_ est aspirée: donner
un _horion_. Ce mot vieillit, et il est familier.

_Horloge_. Ne dites pas, _un bel horloge_, mais _une belle horloge_. Ce
mot est du genre féminin.

_Houches_, _les houches du boulanger_. Morceaux de bois en deux parties
égales, sur chacune desquelles on fait des coches ou entaillures, pour
tenir compte du pain et du vin. Le mot françois est _tailles_,
s. f. pl.: les _tailles_ du boucher. On dit dans un sens différent,
_houcher la tête_, la branler, la secouer, pour marquer son improbation;
dites, _hocher_ la tête.

_Hucher_ sur des perches. Dites, _jucher_, _percher_, v.

_Huile_. _Du bon huile_; dites, _de la bonne huile_, s. f. Les noms
terminés ainsi sont tous féminins, excepté _style_, _péristile_,
_chyle_, _asile_, _reptile_, _évangile_.

_Hurter_. Choquer, toucher ou rencontrer durement; dites, _heurter_: il
m'a _heurté_ en passant, et jamais _hurter_, _frapper_.

_Hypocondre_. Cet homme est _hypocondre_, c'est-à-dire, mélancolique;
dites, _hypocondriaque_. Le premier mot exprime la maladie, et il est
substantif. Le second est adjectif. L'Académie dit que cet abus n'a lieu
que dans la conversation.

_Hymne_. Du genre féminin, s'il s'agit du chant de l'église; masculin
hors de là.


I.

_Imberline_. Étoffe; dites, _iberline_, s. f.

_Imiter l'exemple_. Dites, suivre l'_exemple_: on _imite_ la conduite,
on suit l'_exemple_.

_Immense_. On prononce souvent ce mot comme s'il étoit écrit de la
maniere suivant, _ainmense_; ne prononcez qu'une _m_, c'est-à-dire, que
dans la premiere syllabe, on ne doit entendre que le son de l'_i_, ainsi
que dans _immoler_, _immodestie_, _immuable_, _immanquable_, etc.

_Imposer_. Ce verbe reçoit un grand nombre d'acceptions. Il signifie
mettre à contribution: _imposer_ le peuple; _imposer_ les mains, les
mettre dessus; _imposer_ un fardeau; _imposer_ le silence; c'est-à-dire,
ordonner qu'on se taise; _imposer_ du respect, en inspirer. Il se prend
aussi dans le sens de donner une idée avantageuse de soi, de son mérite,
de sa personne; et c'est dans ce cas que l'on se trompe en disant: cet
homme a une physionomie qui en _impose_; il faut dire simplement, qui
_impose_, en retranchant le mot _en_. Si vous le mettez, cette
expression signifiera alors, ou que vous voulez _abuser_, _surprendre
quelqu'un_: vous voulez nous en _imposer_; ou que l'on _ment_: ne le
croyez pas, il vous _en impose_; mais en parlant d'un homme _imposant_,
vous direz, il _impose_.

_Incan_. Vente publique faite à l'enchere; mot corrompu; dites, _encan_,
s. f.: mettre à _l'encan_.

_Incendie_. Embrâsement d'un bâtiment: une affreuse _incendie_. Ce
substantif est du genre masculin; dites, un grand _incendie_. Ce mot
fait exception, ainsi que _génie_, _messie_.

_Indemnité_. Prononcez _indamnité_. Voyez _Solemnel_.

_Infecter_. Les brigands _infectent_ les grands chemins; dites,
_infestent_, _pillent_ ou _ravagent_. _Infecter_ signifie, répandre
mauvaise odeur.

_Ingrédient_. Ce qui est dans la composition de quelque chose. Prononcez
la derniere syllabe comme s'il y avoit un _a_; _ent_ sonnent toujours
comme _ant_.

_Insecte_. Une _insecte_. Ce mot est masculin; dites, un _insecte_: le
puceron est un _insecte_ curieux.

_Interêt_. Ce mot s'accentue et se prononce mal. Le premier _e_ est
fermé, et marqué d'un accent aigu, le second est très-ouvert, et prend
l'accent circonflexe; dites et écrivez, _intérêt_.

_Interloquer_. Interdire, interrompre: il m'a dit une chose qui m'a tout
_interloqué_. Ce mot n'est françois que lorsqu'il s'agit de donner un
jugement _interlocutoire_; jugement qui ne termine pas une affaire.
Terme de pratique.

_Intervalle_. Distance, espace qu'il y a d'un lieu ou d'un temps à un
autre. Ce mot est du genre masculin. Il faut dire, _un intervalle_, et
non pas _une intervalle_. Il est vrai que cette terminaison indique
ordinairement le féminin, excepté, dans _râle_, _mâle_, _scandale_,
_hâle_, etc.

_Irruption_ de la petite vérole, du Vésuve; dites, _éruption_.
L'_irruption_ est l'entrée soudaine des ennemis. Le mot _éruption_ vient
du mot latin _erumpere_, qui veut dire, _sortir_, _s'échapper_. Le mot
_irruption_ vient d'_irruere_, qui signifie se jeter avec violence et
fureur.

_Ivoire_. Ne dites pas, de l'_ivoire_ blanche. Ce mot est masculin.


J.

_Jaiet_. Pierre noire et luisante: des boutons de _jaiet_; dites,
_jais_.

_Jacquet_. Jeune domestique; dites, _jokey_, mot anglois.

_Jambe-rotte_. Marcher _à jambe-rotte_: Marcher un pied en l'air. Ce mot
_rotte_, qui signifie _rompu_, _cassé_, nous vient des Italiens; ils
disent _banca-rotta_, dont nous avons fait _banqueroute_. Mais
_jambe-rotte_ n'est pas françois; dites, _cloche-pied_: marcher à
_cloche-pied_.

_Je_. Aime-_je_; dites, aimé-_je_. Toutes les fois que les verbes
terminés par un _e_ muet sont suivis du pronom personnel _je_, le
premier _e_ prend un accent aigu, pour éviter la prononciation de deux
_e_ muets de suite. C'est une regle dans notre langue, qu'il ne doit
jamais se trouver deux _e_ muets de suite dans un mot simple. Il n'y a
d'exception que pour les mots, _chevelure_, _ensevelir_. L'_e_
pénultieme dans les autres mots devient _e_ moyen, ainsi que dans
_pere_, _mere_, _frere_, et cet _e_ ne doit pas prendre l'accent grave;
cet accent est inutile et vicieux: je dis qu'il est inutile, puisqu'on
ne peut pas prononcer autrement; il est vicieux, car l'accent grave
annonceroit un _e_ ouvert, comme dans _abcès_, _procès_; au lieu qu'il
faut prononcer un _e_ moyen, qui tient le milieu entre l'_e_ fermé et
l'_e_ ouvert.

_Jeté_. Porte _jetée_; dites, porte _déjetée_.

_Jouin_. Le septieme mois de l'année; dites et écrivez, _Juin_,
monosyllabe.

_Jujube_. Un _jujube_, fruit pectoral et apéritif; dites, une _jujube_,
s. f.


L.

_La_. Êtes-vous malade? Je _la_ suis. Il y a un solécisme dans cette
phrase, malgré l'autorité de madame de Sevigné, qui auroit cru,
disoit-elle, avoir de la barbe au menton, si elle eût répondu à cette
question: je _le_ suis. Êtes-vous mariée? répondez, je _le_ suis, et non
je _la_ suis; mais si l'on vous demande: êtes-vous _la_ mariée? dites,
je _la_ suis; c'est-à-dire, je suis _la_ mariée. Êtes-vous _les_
chasseurs du Roi? nous _les_ sommes. Êtes-vous chasseurs? nous _le_
sommes; c'est-à-dire, nous sommes ce que vous dites, nous sommes
chasseurs; au lieu que si l'on répondoit à cette question, êtes-vous
chasseurs? nous _les_ sommes; cela voudroit dire, nous sommes _les_
chasseurs, et cette réponse ne seroit pas conforme à la demande. Si le
mot devant lequel se trouve l'article est adjectif, l'article est sans
accord dans la réponse; s'il est employé comme substantif, l'article
prend le genre et le nombre.

_Laidron_. Fille ou femme laide. Ce mot est du genre féminin et de trois
syllabes; dites, une _laideron_. J. J. Rousseau a fait cette faute dans
ses confessions.

_Laisser_. Je me suis _laissé dire_; dites, on m'a _appris_, ou on m'a
_dit_.

_Lait de carpe_. Cette partie des entrailles de poissons mâles, qui
ressemble à du lait caillé; dites, _laite_ ou _laitance_, s. f.: cette
_laitance_ n'est pas fraîche.

_Lamperon_, pour _lampion_. Le _lamperon_ est le petit tuyau ou la
languette qui tient la mêche dans la lampe.

_Lancer_. Souffrir comme d'une piqûre; dites, _élancer_. Ce verbe, pris
dans ce sens, ne s'emploie qu'à la troisieme personne. Ne dites pas non
plus des _lancées_, mais des _élancements_.

_Landes_. Œufs dont les poux éclosent; dites, _lentes_, s. f. Le mot
_landes_ signifie une grande étendue de terre où croissent des bruyeres:
les _landes_ de Bordeaux.

_Larmise_. Dites, _lézard gris_.

_Laurelle_. Plante dont les feuilles ont quelque ressemblance avec
celles du laurier; dites, _lauréole_, s. f.: une belle _lauréole_.

_Leur_, _leurs_. Ne dites jamais, je _leurs_ ai avoué. _Leur_ devant un
verbe ne prend jamais d'_s_. Il en peut prendre seulement, quand il est
pronom possessif: _leurs_ enfants; mais non quand il est pronom
personnel.

_Lichefrite_. Ustensile de cuisine, ordinairement de fer, et qui reçoit
la graisse de la viande qu'on fait rôtir; dites, _léchefrite_, s. f.:
petite _léchefrite_.

_Lier les dents_. Dites, _agacer_.

_Lissieu_. Dites, eau de _lessive_.

_Loin_. Je suis allé chez mon ami pour le voir; il étoit déjà _loin_;
pour dire qu'il étoit déjà parti. On peut être parti d'un lieu, sans en
être _loin_.

_Losange_. Figure de géométrie: un _losange_; dites, une _losange_,
s. f. Cette terminaison indique ordinairement le masculin, excepté
_fange_, _frange_, _fontange_, _orange_, _grange_, _louange_,
_phalange_, _vendange_, _vidange_.

_Louette_. Petit morceau de chair au fond de la bouche; dites, _luette_,
s. f.

_Luce_. Bois de _Sainte Luce_; dites, bois de _Sainte Lucie_ ou
_Mahaleb_.

_Lui_, _en_, _y_. En parlant des choses, on emploie le pronom _en_ au
lieu de _lui_, et le pronom _y_ au lieu d'_à lui_. On ne dit pas, en
parlant d'une maison, n'approchez pas d'_elle_; on dit, n'_en_ approchez
pas; et en parlant des sciences: il s'_y_ est adonné et non il s'est
adonné _à elles_.

_L'un l'autre_. _L'un l'autre_ et _l'un et l'autre_ ne doivent pas
s'employer indifféremment. _L'un l'autre_ marque réciprocité, ils se
sont trompés _l'un l'autre_, c'est-à-dire mutuellement. Ils se sont
dupés, ils se sont trompés _l'un et l'autre_, c'est-à-dire, ils se sont
trompés tous les deux; mais non pas que l'un ait trompé l'_autre_. Ces
nuances, pour être délicates et presque imperceptibles, ne doivent pas
moins être senties de ceux qui aspirent à la parfaite connaissance de
leur langue, d'autant plus que ces différences en font la richesse.

_Luna campana_. Plante médicinale; dites, _enula campana_.

_Luquerne_. Ouverture ou sorte de fenêtre pour donner du jour; dites,
_lucarne_, s. f.


M.

_Machiller_. Mâcher avec négligence; dites, _mâchonner_, v.

_Machillere_. Dents _machilleres_; dites, _mâchelieres_.

_Mal de St-Jean_. Dites, _épilepsie_, s. f., ou _mal caduc_.

_Maladier_. Dites, être _malade_; ne dites pas, elle est _maladice_,
mais _maladive_; les adjectifs en _if_, changent l'_f_ en _v_ au
féminin.

_Mâle_. Mettre des marchandises dans une _mâle_. Écrivez _malle_, et
prononcez l'_a_ bref et aigu, à cause de la double consonne.

_Malgré que_. J'y irai, _malgré qu_'il y soit; cette locution n'est pas
françoise. _Malgré_ ne se construit qu'avec le verbe _avoir_: _malgré
qu_'il en ait. Quand je dis, _malgré que_ vous en eussiez, c'est comme
si je disois, _quelque_ mauvais gré _que_ vous en eussiez; par-tout
ailleurs il est préposition.

_Malin_, _maline_. Fievre _maline_; dites, _maligne_, adj.

_Maltois_. Faut-il dire _Maltès_ ou _Maltois_? l'usage a prévalu en
faveur du son de l'_e_ ouvert, comme dans _Anglois_, _Polonois_. Il faut
observer que la diphthongue _oi_ a deux sons: celui de l'_e_ ouvert,
ainsi que dans _François_, _j'aimois_, et le son _oa_, comme dans _loi_,
_foi_, _Chinois_. Voltaire a introduit une nouvelle orthographe à cet
égard. Il a remplacé l'_oi_ par l'_ai_; mais cette réforme est vicieuse,
en ce que l'_ai_ a plusieurs sons, et en a plus que l'_oi_. Il a le son
fermé dans les futurs _j'aimerai_, dans les passés _j'aimai_; le son de
l'_e_ moyen dans il _plait_; le son de l'_e_ muet dans _bienfaisant_; et
le son de l'_e_ ouvert dans _jamais_, _mais_. Pour faire une réforme
complette, il falloit remplacer _oi_ par l'_e_ marqué d'un accent grave,
comme dans _succès_, _procès_. L'orthographe seroit alors conforme au
son; avantage que n'offre pas l'orthographe de Voltaire.

_Mandrille_. Espece de casaque que portoient autrefois les laquais;
dites, _mandille_, s. f.: traîner la _mandille_, c'est-à-dire, être
misérable.

_Manette_, _manillon_. La partie d'un vase ou d'un instrument que l'on
prend à la main; dites, _anse_, s. f. _Manette_ signifioit autrefois
_main pleine_. _Manillon_ se dit mal à propos d'un _trousseau_ de clefs.

_Manicle_. Morceau de cuir que les cordonniers mettent à leur main, pour
qu'elle puisse résister au travail; dites, _manique_, s. f.

_Maniganterie_. Maison où se tiennent les enfans de chœur; dites,
_manécanterie_, s. f. formé de deux mots latins _mane_ et _cantare_.

_Marais_. Poisson de mer. La plupart des Lyonnois prononcent l'_e_ fermé
du mot _marée_ en _e_ ouvert, et ils écrivent _marais_.

_Maraude_. Pillage clandestin des soldats. Ne dites pas, aller _à
maraude_; mais, aller _en maraude_.

_Marc de café_. Ne prononcez pas le _c_, ni dans _poids de marc_; mais
on le fait entendre dans _Marc_, nom propre.

_Marchon_. Piece de bois sur laquelle on met des tonneaux; dites,
_chantier_, s. m.: Avoir du vin sur _chantier_.

_Margotte_. Branche qu'on met en terre, afin qu'elle y prenne racine;
dites, _marcotte_, s. f.: _marcotte_ d'œillets. On dit aussi
_marcotter_, pour exprimer l'action de coucher en terre des branches de
vignes ou d'autres rejetons, et non pas _margotter_. Il est vrai que le
_c_ se prononce foiblement et presque comme un _g_.

_Marte_. Espece de fourrure; dites, _martre_: _martre_-zibeline.

_Martelet_. Espece d'hirondelle; dites, _martinet_, s. m.

_Matinal_. Le _matinal_; dites, _le vent d'est_.

_Matinier_. Dites, _matineux_. Ce mot signifie proprement, qui est dans
l'habitude de se lever matin. _Matinier_ n'est d'usage que dans cette
phrase: l'étoile _matiniere_. On dit aussi _matinal_; mais ce mot
n'exprime que l'idée d'une personne qui s'est levée matin: cette
personne est _matineuse_; Monsieur est _matinal_ aujourd'hui.

_Mècredi_. Troisieme jour de la semaine; dites, _mercredi_.

_Médecinal_. Plante _médecinale_; dites, _médicinale_; formé non de
_médecin_, mais de _medicina_.

_Melise_. Plante dont on se sert pour les affections de la matrice. Il
faut mettre un accent aigu sur le premier _e_, et doubler l'_s_; dites
donc _mélisse_, s. f.

_Mélise_. Petite cerise; dites, _merise_.

_Même_. Adjectif, prend toujours le nombre de son substantif. Voltaire a
donc eu raison de relever un solécisme dans ce vers de Corneille:

    Que les prisonniers _même_ avec lui conjurés.

Il faudroit _même_ avec un _s_, parce qu'il est adjectif de prisonniers.
Mais Voltaire est tombé dans la faute qu'il condamne, lorsqu'il a dit:

    Commandons aux cœurs _même_ et forçons les esprits.

Mais lorsque _même_ est adverbe, il ne prend jamais d'_s_. Racine a
cependant commis cette erreur.

    Jusqu'ici la fortune, et la victoire _mêmes_,
    Cachoient mes cheveux blancs sous trente diadêmes.

Il faut _même_ sans _s_, parce qu'il est adverbe; c'est comme s'il y
avoit, et la victoire _aussi_.

_Menue_. Petites herbes de la salade; dites, _fournitures_, s. f.
_Menue_ est un adjectif.

_Messelier_. Celui qui garde les récoltes; dites, _messier_, s. m.

_Messi_. Expression de remercîment; dites, _merci_: _merci_, Monsieur.

_Midi_. Il est _midi_ précise. Cette expression renferme un solécisme.
Le mot _midi_ est masculin; dites, il est _midi_ précis.

_Mieux_. Il a _mieux_ de cent mille livres de rentes. Jamais l'adverbe
_mieux_ ne s'emploie pour _plus_; dites donc, il a _plus_ de cent mille
livres de rentes. _Mieux_ exprime la manière, et _plus_ la quantité; ne
dites pas: il aime _mieux_ sa fille que son fils; mais dites: il aime
_plus_.

_Mignotise_. Espece de petit œillet; dites, _mignardise_, s. f.

_Mite_. Gants de femme qui n'ont que le pouce; dites, _mitaines_, s. f.:
il m'a donné de jolies _mitaines_.

_Mœurs_. Ne prononcez pas l'_s_, à moins que ce mot qui n'a point de
singulier, ne soit suivi d'un autre qui commence par une voyelle.

_Moi_. Ce pronom de la premiere personne, et les autres, occasionnent
des erreurs dans la place qu'on leur fait occuper: donnez-_moi_-le,
donnez-_lui_-le, sont des fautes communes; il faut savoir, pour les
éviter, que le régime direct exprimé par _le_, _la_, _les_, etc., se
place toujours avant le régime indirect; dites, donnez-le-_moi_;
donnez-le-_lui_. On tombe encore dans une faute à l'égard du pronom
personnel; on dit, menez-m'_y_, pour dire, menez-y-_moi_, ou mieux, il
faut m'_y_ mener, et jamais, menez-_moi-zy_. _Venez-moi voir_ est encore
une expression très-usitée, et qui n'est pas correcte. Quand ce pronom
régime est avant le verbe, il faut employer _me_ au lieu de _moi_;
dites, venez _me_ voir; venez _me_ parler, et non pas venez-_moi_
parler.

_Moine_. Jouet d'enfant, qu'on fait tourner à coups de fouet; dites,
_sabot_, s. m.: faire aller son _sabot_.

_Monter_. Il a _monté_; dites, il _est monté_; ces deux expressions sont
exactes, mais ne se disent pas indifféremment. Le verbe _avoir_ marque
l'action, et le verbe _être_ l'existence ou le repos; si donc vous
voulez n'avoir égard qu'à l'état, sans considérer l'action du sujet qui
l'a faite, dites, il _est monté_. Dans ces deux questions: la procession
_est_-elle passée? la procession _a_-t-elle passé? la seconde differe de
l'autre, en ce que, dans la premiere, je ne fais attention qu'à
l'action, qui a pu être faite ou non: _a_-t-elle passé aujourd'hui? et
non, _est_-elle passée aujourd'hui?

_Monticule_. Ce mot est masculin, ainsi que _mont_, dont il est le
diminutif; dites, _un monticule_, s. m.

_Mordure_. Dites, _morsure_, s. f.

_Mornains_. Sorte de raisins qui ont les graines rondes, et
ordinairement claires; dites, _chasselas_, s. m.: j'aime le _chasselas_.

_Morte_. Endroit d'une riviere où l'eau tourne; dites, _tournant d'eau_.
On dit _morte_, pour _cessation de travail_; le mot _morte_ n'est pas
françois dans ce sens.

_Moucher_. Je _mouche_ beaucoup; dites, je me _mouche_ beaucoup, en
redoublant le pronom de la premiere personne. Ce verbe exprimant une
action, il faut faire connoître sur qui elle se fait: je _mouche_ la
chandelle.

_Mouchon_. Le bout de la mèche d'une chandelle allumée; dites,
_moucheron_, s. m.; et _mouchure_, pour désigner ce qu'on a retranché
d'une chandelle qu'on a mouchée.

_Moudre_. Je _moulus_, je _moulois_, j'ai _moulu_, je _moudrai_, que je
_moule_, que je _moulusse_.

_Moule_. Jeter au _moule_; cette expression n'est pas correcte; dites,
jeter en _moule_.

_Mourve_, _mourveux_. Dites, _morve_, _morveux_.

_Moutardelle_. Gros saucisson qui vient d'Italie; dites, _mortadelle_,
s. f.

_Moyennant que_, n'est pas françois: j'y irai _moyennant que_ vous y
soyez; dites, _pourvu que_.


N.

_Nerte_. Sorte d'arbrisseau toujours verd, dont les feuilles sont
menues; dites, _myrte_, s. m. Le _myrte_ étoit consacré à Vénus. _Nerte_
signifioit autrefois, _noirceur_, _noirâtre_.

_Neuf_. Nom de nombre. Suivi d'un mot qui commence par une voyelle,
l'_f_ finale se change en _v_ dans la prononciation: _neuf_ enfants;
prononcez, _neuv_ enfants.

_Niguedouille_. Sot, niais: vous êtes un _niguedouille_; dites,
_nigaud_, d'où l'on a formé le verbe _nigauder_, action de faire des
_nigauderies_.

_Nioche_. Cette fille est _nioche_; dites, _lâche_ ou _nonchalante_.

_Nogat_. Espece de gâteau où l'on met des amandes; dites, _nougat_,
s. m.

_Nonante_, _nonanter_. Faire quatre-vingt-dix au piquet; dites, faire
_repic_; et au lieu de _soixanter_, dites, faire _pic_.

_Nourriceux_. Mari d'une nourrice; dites, _nourricier_, s. m.

_Nourrissage_ d'un enfant; dites, _allaitement_.

_Nouveau_. Savez-vous quelque _nouveau_? dites, _nouvelle_, qui est
substantif dans ce sens, au lieu que l'autre est toujours pris
adjectivement.


O.

_Observer_. _J'observe_ à la cour. Ce mot signifie _remarquer_; on ne
_remarque_ pas à quelqu'un, on lui fait _remarquer_; dites donc, je
_fais observer_ à la cour; je vous _ferai observer_, et non pas, je
_vous observerai_; à moins qu'on ne veuille dire, je vous _épierai_, je
vous _soignerai_. Cette faute est d'autant plus à remarquer, que nos
meilleurs auteurs ne s'en sont pas garantis.

_Occasion_. Avez-vous _occasion_ de cette marchandise? Cette locution
est vicieuse: on peut bien acheter telle marchandise par _occasion_,
mais on n'a pas _occasion_ d'une chose, on en a _besoin_.

_Oignon_. Ne prononcez pas l'_i_, le _g_ est mouillé. Ne dites pas, une
_liasse_ d'_oignons_, mais un _chapelet d'oignons_, ou plutôt, _une
glane d'oignons_.

_On_. Le pronom indéfini _on_ ne se met pas toujours indifféremment pour
_l'on_. Il faut se servir de _on_ quand il n'y a point de voyelles qui
se heurtent rudement, et autrement mettez _l'on_: _on_ se souvient des
services qu'_on_ a rendus, et _l'on_ oublie souvent ceux que _l'on_ a
reçus. Mais la poésie, en vertu de ses licences, emploie l'un et l'autre
indifféremment.

_Ongle_. Partie dure et ferme qui couvre le dessus du bout des doigts:
de grandes _ongles_. Ce substantif est toujours masculin; dites donc, de
grands _ongles_, des _ongles_ longs.

_Onglet_. Ce qui garantit le doigt; dites, _doigtier_, s. m.

_Oragan_. Grand orage, tempête violente; dites, _ouragan_, s. m.: un
grand _ouragan_.

_Oratoires_. Il y avoit à Lyon une communauté de prêtres qu'on nommoit
_Oratoriens_, et la place où étoit située leur église, s'appelloit et
s'appelle encore, place de l'_Oratoire_, ou place des _Oratoriens_, et
non place des _Oratoires_.

_Orge_. Ce mot est féminin, excepté dans cette phrase: de l'_orge_
mondé.

_Orgues_. Instrument. Ce mot est masculin au singulier, et féminin au
pluriel; vous direz donc, un bel _orgue_, et de belles _orgues_.

_Oubli_. Pâte légere en forme spirale: marchand d'_oublis_, dites,
_oublies_, s. f.: de bonnes _oublies_.

_Ouiller_. Ce mot manque à notre langue. On dit, _remplir_ les tonneaux,
vin de _remplage_; c'est-à-dire, le vin qui sert à remplir le vide des
tonneaux.

_Oursin_. Petit ours; dites, _ourson_, s. m.

_Ouvrier_. Jour _ouvrier_; l'ouvrier est celui qui travaille, qui fait
son métier, son œuvre; dites, jour _ouvrable_, en parlant du jour
consacré au travail.


P.

_Pache_. Faire une _pache_, pour dire, un _marché_, une _convention_.

_Paillasse_. Ouvrage d'osier dans lequel on met le pain pour le porter
au four; dites, _panier à pain_. On ne doit pas se servir du mot
_paillasse_, pour exprimer la toile du lit, dans laquelle on met la
paille; cela s'appelle, _garde-paille_, s. m.

_Pain enchanté_. Dites, _pain à cacheter_. On nomme _pain à chanter_, le
pain que le prêtre consacre à l'autel. De là est venu ce mot, qu'on a
corrompu.

_Paire_. Une chose unique, composée de deux pieces. Ne dites pas, _un
paire_; ce mot est féminin; dites, _une paire_.

_Paniere_. Ouvrage de maçonnerie sur lequel repose l'âtre; dites,
_ceintre_ de la cheminée.

_Panneau_. Piece de bois qui se met en travers au-dessus d'une porte ou
d'une fenêtre; dites, _linteau_, s. m.: le _linteau_ de la porte est
cassé.

_Pantomine_. Sorte de ballet ou d'acteurs qui s'expriment par des
gestes; dites, _pantomime_, s. m. en parlant de l'acteur, et féminin en
parlant de la danse. Ce nom est formé de deux mots grecs, _pantos_,
tout, et _mimos_, imitateur. C'est un adjectif pris ordinairement en
qualité de substantif: un acteur _pantomime_, une danse _pantomime_.

_Pâque_. Ce mot est féminin quand il signifie la fête des Juifs (_la
Pâque_), et masculin quand il exprime celle des chrétiens; alors, il
prend ordinairement un _s_, et n'admet point d'article: _Pâques_ est
venu; et au pluriel, il est toujours féminin: _Pâques fleuries_.

_Par terre_. Mettre _par terre_; dites, mettre _à terre_. Ne confondez
pas tomber _par terre_, et tomber _à terre_: ce qui tombe _par terre_,
tient à la terre, et ce qui tombe _à terre_, n'y tient pas.

_Parapel_. Muraille à hauteur d'appui le long d'un quai; dites,
_parapet_.

_Parasine_. Dites, _poix résine_.

_Pardonnable_. Cette personne n'est pas _pardonnable_; dites,
_excusable_. Le premier ne se dit que des choses.

_Pardonner_. _Pardonner_ quelqu'un. Le mot _pardonner_ signifie donner
le pardon; on donne le pardon à quelqu'un; dites donc, je _pardonne à_
mon ennemi, et non pas, je _pardonne_ mon ennemi.

_Paresol_. Dites, _parasol_; ne dites pas non plus, _parepluie_,
_parevent_; mais _parapluie_, _paravent_.

_Pariure_, _gageure_. Dites, _pari_: faire un _pari_, ou une promesse
réciproque de payer.

_Participe_. Le _participe_ passé est un écueil pour beaucoup de
personnes, et même pour quelques écrivains. Dans cet exemple,

    Pauvre Didon, où t'a _réduite_
    De tes maris le triste sort?
    L'un en mourant cause ta fuite,
    L'autre en fuyant cause ta mort.

Faut-il dire, t'a _réduit_ ou _réduite_? Voici la regle: si le
_participe_ est précédé d'un pronom régi à l'accusatif, ce _participe_
prend le genre et le nombre du pronom. Ainsi, dans le cas dont il
s'agit, je vois que le pronom _la_ est régime de l'auxiliaire placé
devant le _participe_; il faut donc accorder ce dernier mot avec le
pronom féminin, et dire _réduite_. De même, lorsqu'on dit, elle s'est
_tuée_, _le_ est régime direct ou accusatif de l'auxiliaire; c'est comme
si l'on disoit, elle a _tué_ elle. Si au contraire le _participe_ n'a
point devant lui de pronom à l'accusatif, ou qui soit régime direct,
vous ne les ferez point accorder; ainsi, vous direz: je vous ai _ouvert_
les portes; je vous ai _écrit_ des lettres; au lieu que vous diriez,
s'il y avoit un pronom régime direct: les portes que j'ai _ouvertes_,
les lettres que j'ai _écrites_. Si le pronom est regi par le verbe qui
suit le _participe_, il n'y a point d'accord: la maison que j'ai _fait_
faire. Le pronom _que_ est régi par le verbe _faire_, et non pas par le
_participe_. Mais quelle est la raison qui détermine l'accord lorsque
l'objet est avant, et le rejette lorsque l'objet est après le
_participe_? La voici: quand l'objet est énoncé avant, on connoît le
genre et le nombre du nom représenté par le pronom _objet_, et on
assujettit le participe à prendre les accidents de cet objet; mais si le
_participe_ précede cet objet, il ne s'accorde pas avec un mot dont il
ne connoît ni le genre ni le nombre.

_Participer à_; _participer de_. Deux expressions différentes, et que
l'on confond souvent. La premiere signifie, prendre sa part dans une
chose: un associé dans une affaire, _participe aux_ profits et _aux_
pertes. _Participer de_, signifie tenir de la nature _de_; ainsi, on
dit, qu'un minéral _participe du_ vitriol; que le mulet _participe de_
l'âne et du cheval. En conséquence, ne dites pas, comme certain auteur
critique: «Le style de ce discours devoit naturellement _participer au_
vice du sujet»; dites, devoit _participer du_ vice.

_Passer_. _Passer_ du linge; dites, _repasser_.

_Patat_. Ancienne monnoie; dites, _patard_, s. m.

_Pâté_. Mélange de pain et de viande pour les animaux. Ce substantif est
du genre féminin; dites, donner la _pâtée_. _Pâté_ est un mêts que fait
le pâtissier. Ce dernier est masculin.

_Patis_. Le _patis_ d'une poule; dites, le _jabot_.

_Patte_. _Patte_ à briquet, _patte_ mouillée. Ce mot ne se prend plus
dans ce sens; il signifie le pied d'un animal: _patte_ de devant; animal
à quatre _pattes_. _Chiffon_, s. m., _mauvais linge_, sont les seuls
mots qui peuvent exprimer la premiere idée. On trouve cependant dans des
auteurs du quinzieme et du seixieme siecles, et notamment dans Françoise
Labbé, _patte_ mouillée; ce qui prouve que ce terme a été long-temps en
usage, même parmi les écrivains. _Patte_ mouillée est devenue une
expression proverbiale; mais à Lyon, la premiere dénomination a prévalu.

_Pége_. Matiere gluante et noire; dites, _poix_.

_Pêcherie_. Lieu où l'on vend le poisson; dites, _poissonnerie_. La
_pêcherie_ est l'endroit où se fait la pêche.

_Pelosse_. Fruit d'un arbre qui croît dans les buissons; dites,
_prunelle_, s. f., et appelez l'arbre, _prunelier_.

_Pendule_. Signifiant poids d'une pendule, est masculin; et signifiant
horloge, il est du genre féminin: on a ôté le _pendule_ de cette
_pendule_.

_Penser_. Représenter quelques images à son esprit. Le peuple fait
souvent de ce verbe, un verbe passif, en disant, _je me suis pensé_,
pour _j'ai pensé_. Je me suis _pansé_, écrit avec un _a_, signifie qu'on
a levé l'appareil d'une plaie, ou qu'on y a appliqué les choses
nécessaires. C'est dans ce dernier sens qu'un Roi de France fit une
excellente réplique à un de ses sujets qui faisoit de fréquens voyages
en Angleterre: Qu'allez-vous faire si souvent dans ce pays, lui demanda
le Monarque? Apprendre à _penser_, répondit le sujet: les chevaux?
répliqua Louis XV.

_Percerette_. Outil de fer propre à percer; dites, _vrille_, s. f.:
cette _vrille_ est trop petite.

_Perdrigone_. Sorte de prune; dites, _perdrigon_, s. m.: _perdrigon_
blanc.

_Pereroux_. Artisan qui fait et vend des chaudrons et autres ustensiles
de cuisine; dites, _chaudronnier_, s. m.: il est bon _chaudronnier_. Ce
mot vient de _pérole_, usité encore en Languedoc, pour exprimer un
_chaudron_; on disoit autrefois, _perrolier_, marchand de chaudrons. Il
y a à Lyon une rue qu'on appelle de la _Pérollerie_, sans doute, parce
qu'on y vend des ustensiles de cuisine, qu'on nommait autrefois
_pérolleries_.

_Pesanter_. Soutenir un poids pour juger ce qu'il pese; dites,
_soupeser_: _soupesez_ cela.

_Pétriere_. Grand coffre de bois dont on se sert pour pétrir le pain;
dites, _pétrin_, s. m.: il y a assez de farine dans le _pétrin_.

_Picarlat_. Petit faisceau de morceaux de bois liés par les deux bouts;
dites, _cotrets_, s. m.: achetez une charge de _cotrets_.

_Picou_ de cerise; dites, _tige_ ou _queue_.

_Pichon_. Petit chien; dites, _bichon_, et au féminin, _bichonne_.

_Pidance_ ou _pitance_. Le premier de ces mots n'est pas françois; et le
dernier est pris dans une fausse acception; c'est-à-dire, qu'on en
restreint la signification aux mêts, tandis qu'il exprime la portion de
pain, de vin et de viande, qu'on donne à chaque repas dans une
communauté: double _pitance_, s. f. Quelques étymologistes prétendent
que ce mot vient de _pitacium_, tablette enduite de poix ou de cire.
Dans l'Hôtel-dieu, personne ne recevoit sa portion de pain ou de viande,
sans être inscrit sur le catalogue de la maison.

_Pigeon patou_. Oiseau domestique; dites, _pigeon pattu_: une paire de
_pigeons pattus_. Je crois que ce mot _pattus_ vient de _patulus_,
épais; parce qu'en effet ces sortes de pigeons ont les pattes plus
larges et plus épaisses que les autres.

_Pigrieche_. Pie criarde, et au figuré, une femme d'une humeur aigre et
querelleuse; dites, _pie-grieche_, s. f.

_Pilliet_. Piece de toile qu'on met aux enfants, en guise de serviette;
dites, _bavette_, s. f.: cet enfant est à la _bavette_.

_Pillocher_. Manger négligemment; dites, _pignocher_, v.

_Pince_. Instrument de fer pour arranger le feu; dites, _pincettes_,
s. f. pl. La pince est un pli fait au linge. C'est encore une espèce de
tenaille.

_Pincer_. _Pincer_ de la harpe: _pincer_ la harpe me sembleroit plus
exact; c'est, peut-être, par ellipse qu'on dit, _pincer_ de la harpe,
comme on dit _toucher_ du clavecin, au lieu de, _pincer_ les cordes de
la harpe, _toucher_ les touches du clavecin.

_Pine-vinette_. Arbrisseau garni de piquants; dites, _épine-vinette_,
s. f.

_Pipi_. Petite peau blanche, qui vient quelquefois au bout de la langue
des oiseaux, et qui les empêche de boire; dites, _pepie_, s. f. On dit
familierement qu'un homme a la _pepie_, pour dire qu'il a soif.

_Pitrogner_. Écraser et broyer; dites, _patrouiller_, v.

_Platte_. Bateau où l'on lave; dites, _bateau de lessive_: la lavandiere
est déjà revenue du _bateau de lessive_. C'est une dénomination locale
qui signifie un _bateau_ plat, où l'on se tient pour laver; cette usine
ayant une destination particuliere, il faut un terme particulier aussi;
mais ce mot n'est consacré dans aucun dictionnaire.

_Plie_. Dites, _une levée_, une _main de cartes_. On dit souvent au
piquet: j'ai _six plies_; dites, six _levées_, s. f.

_Plotte_. Petit coussinet pour ficher des épingles; dites, _pelote_,
s. f. un _peloton_, s. m.: rendez-moi ma _pelotte_, ou mon _peloton_.

_Plus_; _plus pire_. Cet adjectif n'admet jamais le comparatif _plus_.
_Pire_ est lui-même le comparatif de mauvais: il n'est _pire_ eau que
l'eau qui dort. On ne dit pas non plus: Il est _plus bon_ qu'un autre.

_Pluvigner_. Il _pluvigne_, il tombe une pluie fine. Ce mot n'est pas
françois; dites, _il pleut_, ou servez-vous d'une périphrase, comme dans
l'explication.

_Poche_. Mettez votre mouchoir _à votre poche_; dites, _dans votre
poche_.

_Pochon_. Dites, _tache d'encre_ ou _pâté_. On a fait _pochon_ du verbe
_pocher_. _Pocher_ un œil. _Pocher_, en terme d'écriture, signifie
_barbouiller_.

_Pois gourmands_. Dites, _pois goulus_.

_Pontonier_. Celui qui conduit une barque et qui traverse les personnes;
dites, _passeur_, s. m. Le _pontonier_ est celui qui perçoit les droits
de _pontonage_; mais, pour l'ordinaire, le _passeur_ est aussi le
_pontonier_.

_Portable_. Cet habit n'est plus _portable_; dites, cet habit n'est plus
_mettable_.

_Portant_. Ne dites pas, il est bien _portant_; dites, il se _porte_
bien. Voltaire trouvoit ridicule notre expression, il se _porte_ bien,
pour dire, il jouit d'une _parfaite_ santé; mais on ajoute au ridicule,
en disant, il est bien _portant_. Ce verbe étant actif, il veut un
régime; sans quoi, on pourroit demander: _portant_ quoi? il faut donc le
conjuguer avec deux pronoms personnels. Cette expression cependant est
reçue généralement.

_Portion_. Breuvage. _Portion_ cordiale; dites, _potion_, s. f.:
_potion_ calmante.

_Postume_. Enflure avec putréfaction; dites, _apostême_.

_Potet_. Petit vaisseau où l'on met la mangeaille des oiseaux; dites,
_auget_, s. m., diminutif de _auge_.

_Poture_. Mettre un cheval en _poture_, pour dire, mettre un cheval
saisi, dans une écurie, aux dépens du propriétaire; dites, mettre un
cheval en _fourriere_.

_Poturon_. Espece de citrouille; dites, _potiron_, s. m.

_Poule grasse_. Herbe bonne à la salade; dites, _mâche_, s. f.: de la
_mâche_ ou salade de _chanoine_.

_Poumonie_. Maladie des poumons; dites, _pulmonie_, s. f. On appelle
_pulmonique_ celui dont les poumons sont attaqués, et non _poumonique_.

_Pourpe_; _pourpeux_. Ce fruit n'a point de _pourpe_, c'est-à-dire, de
parties charnues; dites, _poulpe_, s. f., _poulpeux_: poisson
_poulpeux_, qui a de la _poulpe_.

_Pourreau_. Plante potagere, d'un goût fort, et qui est d'un grand usage
pour la soupe; dites, _poireau_ ou _porreau_, s. m.; achetez des
_porreaux_.

_Poutre_. Grosse piece de bois, qui sert à former les planchers, ou
plutôt à les soutenir. Ce substantif est féminin; dites, une grosse
_poutre_.

_Près_, _prêt_. Elle est _prête_ à accoucher. Cette expression n'est pas
correcte et rend mal la pensée. Il faut distinguer l'adjectif _prêt_, de
la préposition _près_. Le premier de ces mots signifie _préparé_,
_disposé_, et demande après lui la préposition _à_: il est _prêt à_
partir. Le second marque l'approche: elle est _près d_'accoucher. Celui
qui est _près de_ mourir, n'est pas toujours _prêt à_ mourir. Cette
faute se trouve souvent dans les vers de Racine, et quelquefois dans les
œuvres de J. J. Rousseau.

_Presson_. Barre de fer; dites, _pince_ ou _lévier_.

_Preuve_. Rejeton d'un cep de vigne, mis en terre pour prendre racine;
dites, _provin_, d'où l'on a formé le verbe _provigner_.

_Prévalue_. J'ai été contraint de payer cent louis, pour la _prévalue_
de mes fonds; dites, pour la _plus-value_.

_Prévenir_. Cela _prévient_ de telle cause; dites, cela _provient_. Le
mot _prévenir_ signifie, aller _au devant_; et le mot _provenir_, veut
dire qui _vient de_, qui _dérive de_: la bonté _provient_ quelquefois du
bonheur.

_Prie-Dieu_. Se mettre à genoux sur un _prie-Dieu_: dites, _prié-Dieu_,
s. m.

_Profiter_ une chose. Je _profiterai_ bien cette étoffe: on _profite_
d'une chose, on en tire bon _parti_, mais on ne _profite_ pas une chose.

_Promener_. Je _promene_ beaucoup. Il faut conjuguer ce verbe, avec deux
pronoms personnels, à moins que le sujet ne soit différent de l'objet,
ou le nominatif de son régime: _je me promene_, _tu te promenes_, _il se
promene_, etc.

_Prorata_. Être taxé _à prorata_ de sa fortune; dites, _au prorata_,
c'est-à-dire, _à proportion_, _à raison_, etc.

_Puer_. Se conjugue ainsi à l'indicatif présent, _je pus_, _tu pus_, _il
put_, et non, _je pue_.

_Purésie_. Douleur de côté, piquante et très-violente, causée par
l'inflammation de la plevre; dites, _pleurésie_, s. f.: il a une
_pleurésie_.


Q.

_Quadrupler_, v. Qui vaut quatre. Il faut prononcer ce mot ainsi:
_quoadrupler_; _quadrupler_ ses rentes. Il faut prononcer de même,
_quadruple_, _quadrupede_, _quadrature_, etc.

_Quand_. Il est arrivé _quand_ vous; dites, il est arrivé _en même
temps_ que vous. Le mot _quand_, pris en qualité d'adverbe, signifie,
_en quel temps_; mais il ne veut jamais dire, _en même temps_.

_Quelqu'un_. _Un quelqu'un_ m'a dit que la paix alloit se conclure. Le
mot _quelqu'un_ ne doit pas prendre le pronom indéfini _un_ devant lui;
dites simplement, _quelqu'un_ m'a dit.

_Quérelle_. Contestation. L'_e_ de la premiere syllabe est muet; dites,
_querelle_, s. f.: une _querelle_. _Quereller_.

_Quina_. Dites, _quinquina_, s. m. Le _quinquina_ est un tonique.

_Quincher_. Crier d'un ton aigre. Nous n'avons point de verbe qui
exprime cette maniere de crier.


R.

_Rabilleur_. Celui qui fait profession de remettre les os rompus ou
disloqués; dites, _bailleul_ ou _renoueur_, s. m.: le _bailleul_ lui a
remis le bras. Ce mot vient de _r'habiller_, _remettre_ les habits, les
_raccommoder_.

_Rablet_; _rablé_. Homme _rablet_, c'est-à-dire, homme fort et robuste,
qui a le rable épais; dites, _rablu_, adj.: un homme _rablu_.

_Rache-pied_. J'ai travaillé six heures de _rache-pied_, c'est-à-dire,
sans relâche; dites, d'_arrache-pied_, expression adverbiale.

_Racle-fourneau_. Celui qui fait le métier de ramoner les cheminées;
dites, _ramoneur_, s. m.: Faites venir le _ramoneur_.

_Radée_. Grosse pluie survenue tout-à-coup; dites, _averse_, s. f. Nous
étions au chemin au fort de l'_averse_.

_Radice_. Sorte de gâteau que font les pâtissiers; dites, _brioche_,
s. f.; voilà une bonne _brioche_.

_Raffouler_ et _raffoler_. Gronder, se fâcher. Le premier de ces mots
n'est pas françois; le second n'exprime point l'idée qu'on y attache.
_Raffoler_, signifie se prendre de passion pour quelqu'un ou pour
quelque chose: il s'est pris de passion pour cet ouvrage, il en
_raffole_ continuellement.

_Rafroidir_. Le dîné se _rafroidit_; dites, _refroidit_, en faisant
l'_e_ muet.

_Raillé_. Il se dit des étoffes, dont le tissu est relâché, ou effilé;
dites, _éraillé_, adj.: mon jupon est tout _éraillé_.

_Ramoulade_. Espece de sauce piquante; dites, _rémolade_, s. f.: cette
_rémolade_ est bien faite.

_Ranche_. Sur la même _ranche_; dites, sur la même _ligne_ ou _rangée_.

_Rancuneur_. Qui garde de la _rancune_; dites, _rancunier_, adj: cet
homme est bien _rancunier_.

_Ranger_. Il y a une différence à faire entre _ranger_ et _arranger_. On
_range_ pour mettre de l'ordre, et on _arrange_, pour donner de
l'agrément. Ne dites pas, cette femme a ses cheveux et son bonnet bien
_rangés_, mais bien _arrangés_: ses robes sont bien _rangées_,
c'est-à-dire, _serrées_ dans une armoire. On _arrange_ un appartement,
pour s'y loger commodément; on le _range_ pour qu'il n'y ait point de
confusion dans les meubles. On _arrange_ une bibliothèque, pour la
mettre en état de recevoir les livres qu'on doit y placer; et on y
_range_ les livres, dans l'ordre qu'ils doivent avoir, pour qu'on les
trouve facilement. Il ne faut pas s'étonner qu'on ait confondu le mot
_ranger_, qui signifie _ordre_, avec le mot _arranger_, qui porte l'idée
d'agrément et de commodité; il n'y a point d'agrément ni de commodité,
sans _ordre_.

_Rappeler_. Je ne _m'en rappelle_ pas. Il y a un solécisme dans cette
phrase: on se _rappelle_ quelqu'un, quelque chose, et non pas, de
quelqu'un, de quelque chose. Ce verbe est actif, comme _appeler_ dont il
est le duplicatif; dites donc, je me le _rappelle_, ou je m'en
_souviens_.

_Rapport_. Ne dites pas, _par rapport que_, mais _par rapport à ce que_.

_Rase_. Il a mis le pied dans la _rase_; dites, _ruisseau_, s. m.: il a
mis le pied dans le _ruisseau_.

_Rassie_. Une miche _rassie_; une femme _rassie_; une humeur _rassie_.
Le mot _rassis_, est le participe passé du verbe _rasseoir_, et ce
participe fait _rassise_ au féminin, comme _assis_ fait _assise_: une
miche _rassise_, une femme _assise_. Un poète a dit:

    Qu'un honnête homme une fois en sa vie
    Fasse un Sonnet, une Ode, une Élégie,
            Je le crois bien;
    Mais que l'on ait la tête bien _rassise_,
    Quand on en fait métier et marchandise,
            Je n'en crois rien.

_Rate-volage_. Espece d'oiseau nocturne, qui a des ailes membraneuses,
et qui ressemble à une souris; dites, _chauve-souris_, s. f.

_Rave_. _Petite rave_, espece de racine; dites, _raifort_, s. m.

_Rayon_. Planche qu'on met dans un buffet ou une armoire, contre un mur,
pour y entreposer quelque chose; dites, _tablette_: les _tablettes_
d'une armoire, d'une bibliothèque, et non pas _les rayons_. Les Suisses
appellent ces _tablettes_, des _tablards_. Remarquez que le mot _rayon_
doit se prononcer comme si l'_a_ étoit un _e_, parce que l'_y_ tient la
place de deux _i_.

_Rebiffade_. Brusquerie; maniere de rebuter; dites, _rebuffade_, s. f.:
j'ai essuyé plusieurs _rebuffades_ de sa part.

_Rebiffer_. Il se _rebiffe_ contre son maître; dites, il se _rebeque_,
v.

_Rebrouer_. Repousser avec rudesse et mépris; dites, _rabrouer_, v.: je
l'ai _rabroué_ de la belle maniere.

_Recolte_. Dites, _récolte_, en mettant et prononçant l'_e_ fermé.

_Recouvrir_. Il a _recouvert_ son bien et sa santé; dites, _recouvrer_,
_recouvré_. _Recouvrir_, c'est _couvrir_ une seconde fois; _recouvrer_,
c'est _récupérer_, _retrouver_, _ravoir_.

_Redonder_. Un son qui _redonde_, un son _redondant_. _Redonder_,
signifie, être _superflu_, être _surabondant_; un son _résonne_; un
lieu, une grotte, une voûte, _retentit_ du son qui la frappe.

_Redouble_. Avoir la fiévre avec des _redoubles_; dites, _redoublemens_,
s. m.

_Refoin_. L'herbe qui repousse après que les prés ont été fauchés;
dites, _regain_, s. m.

_Règle_. On prononce le premier _e_ de ce mot fort ouvert, en le
marquant d'un accent grave. Cette prononciation est vicieuse; cet _e_
est moyen, et rejete, par conséquent, tout signe orthographique: j'en
dis autant des mots, il _achève_, il _soulève_; il faut leur donner le
son du premier _e_ de _pere_, _mere_. _Regle_, _souleve_, _acheve_,
changent la prononciation qu'ils ont à l'infinitif, à cause de l'_e_
muet final.

_Regnicole_. On prononçoit autrefois fortement le _gn_, comme dans
_ignée_, _stagnation_, _inexpugnable_, _gnome_; on prononce aujourd'hui,
comme dans _regne_.

_Regret_. _Faire regret_; cela fait _regret_; c'est une phrase
insignifiante. On a du _regret_, on cause _du regret_; mais on ne fait
pas _regret_. Par cette derniere expression, on veut faire entendre que
cela _répugne_, que cela _fait mal au cœur_.

_Reguelisse_. Faire de la tisanne avec du _reguelisse_; dites et
écrivez, _de la réglisse_. Ce mot est féminin et n'a que trois syllabes.

_Reguingotte_. Espece de casaque plus large et plus longue qu'un habit,
pour se garantir de la pluie; dites, _redingotte_, s. f.: Prêtez-moi une
_redingotte_.

_Reins_. Des _reins_ fortes, dites, des _reins_ forts. Ce nom est
masculin et toujours pluriel.

_Releveuse_; _releverie_. Dites, _sage-femme_.

_Remarquer_. _Je vous remarquerai_; dites, je vous ferai _remarquer_.
Voyez, _observer_.

_Remise_. Sorte de voiture; dites, un _remise_, s. m.: un _remise_ vaut
mieux qu'un fiacre: la _remise_ est l'endroit où l'on met le _remise_.

_Remonder_. Dites, _émonder_.

_Remorier_. Se ressouvenir; dites, _remémorer_ ou se _remémorer_, v. Je
voudrois bien me _remémorer_ ce qu'il m'a dit. Ce mot vieillit.

_Rempailler_. Mettre de la paille à des chaises; dites, _empailler_ une
chaise.

_Remué_. _Remué_ de germain; dites, _issu_ de germain.

_Remuer_. Se _remuer_, changer d'appartement; dites, _déménager_, v.

_Rencontre_. J'ai eu un bon _rencontre_. Ce mot étoit autrefois
masculin. Il y a, à Lyon, une rue, qu'on nomme rue _du Bon-rencontre_.
Ce mot à présent est féminin, excepté dans l'appellation de la rue dont
il s'agit.

_Renette_. Pomme _renette_; dites, _de reinette_. Les pommes _de
reinette_ sont un peu tardives.

_Renvenir_. Ce mot n'est pas françois; dites, _s'en retourner_, _s'en
revenir_. Il _s'est en allé_, est aussi une expression vicieuse; dites,
_il s'en est allé_.

_Repartir_; _partager_, _distribuer_, prend un accent aigu sur l'_e_:
_répartir_, v. _Répartie_, réponse saillante; le premier _e_ est muet;
dites, _repartie_, sans accent, s. f.

_Répentir_. Le premier _e_ est muet; dites, sans accent, _repentir_.

    Dieu fit du _repentir_ la vertu des mortels.

_Repetasser_. Raccommoder grossiérement; dites, _rapetasser_, v.

_Repondre_; _reponse_. Il faut toujours mettre et prononcer un accent
aigu sur le premier _e_ de ces mots: _répondre_ à quelqu'un.

_Reposer_. Prenez la peine de vous _reposer_; expression qu'une fausse
politesse a introduite: il n'y a point de peine à _se reposer_. Les
termes sont en contradiction avec eux-mêmes, ainsi que dans cette autre
locution: _prenez la peine de vous asseoir_; dites, _veuillez vous
reposer; veuillez vous asseoir_. Ce dernier verbe se conjugue ainsi, _je
m'assieds_, _tu t'assieds_, _il s'assied_, _nous nous asseyons_, _vous
vous asseyez_, _ils s'asseyent_; _je m'asseyois_; _je m'assis_; _je
m'assiérai_ ou _je m'asseyerai_; _je m'assierois_, ou _je m'asseyerois_;
_assieds-toi_, _que je m'asseye_, _que je m'assisse_.

_Reprin_. Ce qui sort du son, lorsqu'on le repasse; dites, _recoupe_,
s. f.

_Reprocher_. Les oignons me _reprochent_; dites, me donnent _des
retours_, _des renvois_.

_Requinquiller_. Cette femme se _requinquille_, pour dire qu'elle se
pare plus qu'il ne convient à son âge; dites, _se requinque_.

_Résimoler_. Cueillir dans une vigne, ce qui reste après la vendange;
dites, _grapiller_, v.: j'ai envoyé ces enfants _grapiller_ dans la
vigne.

_Retaper_ les cheveux. Des cheveux _retapés_; dites, _taper_ des
cheveux; des cheveux _tapés_.

_Revange_. Action par laquelle on se venge du mal qu'on a reçu; dites,
_revanche_, s. f.: prendre sa _revanche_. _Revanger_ n'est pas françois;
dites, _revancher_, v.

_Ric-rac_. Expression proverbiale, qui signifie à la rigueur; dites,
_ric-à-ric_, adverbe: traiter avec quelqu'un _ric-à-ric_.

_Rien_. Je n'ai _rien_ dîné. Le mot _rien_ vient du mot latin _rem_,
quelque chose; précédé d'une négation, il signifie _nulle chose_. Cette
phrase, je n'ai _rien_ dîné ou _rien_ soupé, voudroit dire, je n'ai
soupé _nulle chose_, je n'ai dîné _nulle chose_; expression absurde;
dites seulement, je n'ai _pas_ soupé, je n'ai _pas_ dîné. Ces verbes ne
prennent pas de régime direct. On dit: souper _de quelque chose_, et non
_quelque chose_. Ce mot n'admet point la négation _pas_. Ainsi Racine a
eu tort de dire, dans les plaideurs:

    On ne veut _pas rien_ faire ici qui vous déplaise.

Les femmes savantes de Moliere vouloient chasser leur servante, pour
avoir fait cette faute:

    De _pas_ mis avec _rien_ tu fais la récidive:
    C'est, comme on te l'a dit, trop d'une négative.

_Rien_. Cela ne fait _en rien_, cela ne fait _de rien_. Barbarismes de
phrases; dites, cela ne fait _rien_, sans employer aucune préposition
devant le mot _rien_, qui signifie _chose_, et _aucune chose_, quand il
est précédé d'une négation.

_Ripopé_. Ce vin n'est que de la _ripopé_. Ce mot est masculin; dites,
_du ripopé_.

_Risoler_. Faire rôtir. _Risoler_ des marrons; dites, _rissoler_, v.:
vous n'avez pas assez _rissolé_ les châtaignes.

_Robinet_. Dites, _fouet_, s. m.

_Role_. L'_o_ dans ce mot est long et marqué d'un accent circonflexe. On
écrivoit autrefois, _roole_ pour allonger la premiere syllabe. J'en dis
autant du verbe _enrôler_, qui est formé du premier.

_Ruelle_ de veau. Dites, _rouelle_.

_Ruette_. Petite rue; dites, _ruelle_, s. f.


S.

_Sable_. De la _sable_ noire. Ce mot est masculin; dites, du _sable_
noir. L'_a_ est long, ainsi que dans _sablon_.

_Sablier_. Boîte dans laquelle on met du sable ou du poussier, pour
sécher l'écriture; dites, _poudrier_, s. m. Le _sablier_ est une horloge
de verre qui mesure le temps par le moyen du sable.

_Sacristaine_. Celle qui, dans un monastere de filles, a soin de la
sacristie; dites, _sacristine_, s. f.: j'ai remis la chasuble à la
_sacristine_.

_Sade_. Qui a de la saveur: cette sauce est _sade_. Ce mot autrefois
signifioit, _gentil_, _élégant_, dont l'opposé est _maussade_;
aujourd'hui l'on dit d'un fruit, qu'il est _savoureux_, d'une sauce,
qu'elle est _piquante_.

_Sang_. Ne prononcez pas le _g_, à moins que ce mot, ainsi que _long_ et
_rang_, ne soit suivi d'une voyelle, et alors le _g_ se prononce comme
un _c_. Suer _sang_ et eau: un _rang_ élevé, un _long_ ouvrage.

_Sans dessus dessous_, _sans devant derriere_. Écrivez, _sens dessus
dessous_, _sens devant derriere_; c'est-à-dire, que le _sens_ de
_dessus_ se trouve _dessous_, et que le _sens_ de _devant_ se trouve
_derriere_.

_Sardagne_. Royaume; dites et écrivez, _Sardaigne_: le Roi de
_Sardaigne_.

_Sarron_. Mettre du _sarron_ sur l'écriture; dites, _poussiere_, ou
_sciûre de bois_.

_Saulée_. Allée plantée de saules; dites, _saussaie_, s. f. Le premier
seroit plus conforme à l'analogie; mais il est moins conforme au bon
usage, et l'usage est la loi suprême des langues.

_Sauter en l'air_. Pléonasme. On dit fort bien _sauter aux nues_, pour
s'impatienter fort; mais il n'est pas permis de dire, _sauter en l'air_.
Le premier mot suffit, parce que, dès qu'on _saute_, on est en l'_air_.
Je conviens que _sauter en l'air_ marque particulierement qu'on _saute_
en s'élevant; c'est le contraire de _sauter_ en bas. Je ne crois pas
néanmoins que ce pléonasme soit autorisé par le bon usage.

_Savoir à dire_. Je vous le _saurai à dire_; dites, je vous en
_informerai_.

_Savourée_. Herbe dont on assaisonne les sauces; dites, de la
_sariette_, s. f.

_Scarole_. Sorte de chicorée; dites, _scariole_, s. f.: manger des
_scarioles_.

_Secousse_. Prendre sa _secousse_, pour mieux sauter; dites, _son
escousse_, s. f.

_Seille_. Vaisseau de bois, pour laver ou pour d'autres usages, qui a
les bords fort bas; dites, _baquet_, s. m. ou _petit cuvier_. La
premiere de ces dénominations est générale; mais elle n'en est pas moins
vicieuse.

_Sembler_. Il _semble_ à son pere. _Sembler_, signifie _paroître_, et
non pas être semblable; dites donc, il _ressemble_ à son pere.

_Sens_. De _sens froid_; écrivez, de _sang froid_.

_Sentinelle_. Celui qui fait le guet: un bon _sentinelle_. Ce mot est du
genre féminin; dites, une bonne _sentinelle_. Ce mot se prend aussi pour
la fonction de la sentinelle: il fait _sentinelle_.

_Sentir mauvais_. On dit souvent: cette personne _sent mauvaise_; cette
fleur _sent bonne_. Dans ces exemples, l'adjectif devient adverbe, et ne
prend ni genre, ni nombre. On abuse encore de ce mot, quand on dit: je
ne peux pas _sentir_ cette personne, pour faire entendre qu'on la
_déteste_, qu'on ne peut pas la _voir_, ni _vivre_ avec elle.

_Sequelette_. Une _sequelette_. Ce mot est masculin et n'a que trois
syllabes; dites et prononcez, un _squelette_.

_Serbatane_. Long tuyau par lequel on peut jeter quelque chose en
souflant; dites, _sarbacane_, s. f.

_Sercler_. Ôter les mauvaises herbes dites, _sarcler_, du latin,
_sarrire_, _sarculum_.

_Serge d'amende_. Étoffe de laine, qui se fabrique à Mende; dites,
_serge de Mende_.

_Serment_. Bois que pousse le cep; dites, _sarment_, s. m.: un fagot de
_sarmens_.

_Sie_. Cela _sie_ bien; écrivez, _sied_, et prononcez, _sioit_.

_Simouille_. Pâte faite avec la farine la plus fine; dites, _semoule_,
s. f.: une soupe de _semoule_.

_Simple_. En parlant d'une herbe; plante médicinale: la centaurée est
_une simple_; dites, est _un simple_, s. m.

_Soi_. Racine a dit:

    Jeune, charmant, traînant tous les cœurs après _soi_.

Ce vers renferme une faute contre la syntaxe de notre langue. Le pronom
_soi_ est indéfini, et par cela seul, ne convient pas dans une phrase où
le sujet est déterminé. Il falloit mettre: traînant tous les cœurs après
_lui_. Boileau est aussi tombé dans cette erreur. On dit: chacun vit
pour _soi_, et l'égoïste ne vit que pour _lui_. En parlant des choses
inanimées, on dit bien: la science a par _soi_-même beaucoup d'attraits:
mais quand il est question d'une personne désignée, il faut employer
_lui_ et non pas _soi_. Corneille a commis cette faute,

    Qu'il fasse autant pour _soi_, comme j'ai fait pour _lui_.

Et Voltaire en disant:

    Ou mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd'hui,
    Pour l'élever à _soi_ descendroit jusqu'à _lui_.

_Soigner quelqu'un_. Le regarder passer, agir: mon fils m'a dit qu'il
alloit au college; je le _soigne_, pour savoir s'il me trompe; dites, je
l'_épie_, je le _guette_.

_Soin_. Avoir du _soin_; dites, avoir _soin_, sans employer le mot _du_.

_Soiter_. Faire des souhaits. Ce verbe est composé de trois syllabes
qu'il faut prononcer; écrivez et prononcez, _souhaiter_, v.

_Solemnel_. On prononce mal la seconde syllabe de ce mot. Il faut
prononcer l'_e_ et l'_m_ comme dans la seconde syllabe du verbe
_condamner_. Dans _solemnité_, _solemniser_ l'_e_ et l'_m_ ont le son de
l'_a_ bref, comme dans _femme_, _patiemment_, _négligemment_,
_indifféremment_, et autres semblables.

_Sôme_. Dites, _ânesse_, s. f.

_Son_, _sa_, _ses_. Ces pronoms ne peuvent pas être employés en toute
occasion, en parlant des choses. On ne dira pas, cette maison _est_ bien
située, et _ses_ promenades _sont_ belles; mais on dira, les promenades
_en sont_ belles. Ne dites pas non plus, cette ville est belle, j'admire
_ses_ bâtimens; dites, j'_en_ admire _les_ bâtimens. Il faudroit, pour
pouvoir se servir des pronoms _son_, _sa_, _ses_, qu'ils fussent dans un
même membre de phrase.

_Sonnet_. Terme de jeu de tric-trac; dites, _sonnez_, et prononcez l'_e_
fermé, comme l'exige toujours le _z_ final.

_Sorcilege_. Maléfice dont se servent les prétendus sorciers; dites,
_sortilege_. C'est le mot _sorcier_, qui induit en erreur ceux qui
disent _sorcilege_; mais il n'y a gueres que ceux qui croient à la
chose, qui prononcent ainsi le mot.

_Sortir_. J'ai _sorti_ ce matin. Le verbe _sortir_ ne se conjugue avec
l'auxiliaire _avoir_, que lorsqu'il a un régime simple, ou, en terme de
grammaire, lorsqu'il est transitif.

_Soucard_. Piece de toile qu'on met à une chemise; dites, _gousset_.

_Soucis_. Des _soucis_ noirs; poils au-dessus des yeux; dites,
_sourcils_, sans prononcer l'_l_.

_Souillarde_. Endroit où l'on lave la vaisselle; dites, _lavoir_, s. m.:
une _chambre_, une _cuisine_, un _lavoir_, à louer.

_Soupoudrer_. Poudrer avec du sel ou de la farine; dites, _saupoudrer_.
_Saupoudrer_ un poisson.

_Souste_; _souster_. Pour dire qu'une carte est gardée ou défendue par
une autre; j'ai le roi _gardé_, _défendu_ ou _soutenu_.

_Soustraire_. _Je soustrais_, _je soustrayois_, et non pas, _je
soustraisois_. J'en dis autant de _distraire_; _je distrayois_, et non
pas, _je distraisois_.

_Soute_. Se mettre à la _soute_; dites, se mettre à l'_abri_. Il pleut,
mettez-vous à l'_abri_.

_Suel_. Place où l'on bat le bled; dites, _aire_, s. m.: un bel _aire_.

_Suif de cheminée_. Matiere noire qui s'attache au tuyau de la cheminée;
dites, _suie_, s. f.: noir comme la _suie_ de cheminée.

_Suite_. Faites cela de _suite_, pour dire sans délai. Mettre de
_suite_, signifie mettre les choses à la _suite_ les unes des autres;
dites, tout de _suite_, qui veut dire sans retard.

_Surément_. Ne mettez point d'accent sur le premier _e_. Ce mot est
formé de _sûr_. On met l'accent à _assurément_, parce qu'il vient
_d'assuré_.

_Suspente_. Retranchement d'ais, soutenu en l'air, pratiqué dans une
cuisine ou ailleurs, pour loger un domestique; dites, _soupente_, s. f.
Le peuple, qui suit les regles de l'analogie, a fait _suspente_ du mot
_suspendre_.


T.

_Quand_ cette lettre est finale, on ne la prononce pas, ordinairement; à
moins qu'elle ne se lie avec la voyelle suivante. Il ne faut pas la
faire sonner dans _respect_, _aspect_, _circonspect_; le _c_, même, dans
ces trois mots, est nul, ainsi que dans _exact_. Le _t_ ne se fait pas
entendre dans _prompt_, _exempt_, _instinct_, _succint_, mais bien dans
_fat_ et _sot_.

    Le bruit est pour le _fat_, la plainte est pour le _sot_;
    L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot.

Le _t_ se prononce aussi dans _tact_, _contact_, _zénith_, et dans le
corps des mots _arithmétique_, _athlete_, mais non dans _asthme_,
_asthmatique_.

_Tabac_. Plante originaire de l'Amérique; ne prononcez pas le _c_.

_Tac_. Les femmes ont le _tac_ plus fin que les hommes; écrivez et
prononcez, _tact_, s. m. en faisant sentir le _c_ et le _t_.

_Tâcher_. _Tâcher que_, est une élocution vicieuse. Ce verbe demande la
préposition _de_, signifiant _s'efforcer_: _tâcher_ d'arriver à son but.
Quand il est pris pour viser, ou pour aspirer, il est suivi de la
préposition _à_.

_Talent_. Profession; dites, _métier_, s. m. Le mot _talent_ signifie
les dons de l'esprit ou une monnoie ancienne.

_Tambour_. Battre du _tambour_; dites, battre le _tambour_ ou la
_caisse_.

_Tamper_. _Tamper_ une maison; dites, _étayer_, v.

_Tandis que_. Ne prononcez pas l'_s_.

_Tapée_. Quantité, grand nombre; c'est un vrai barbarisme; dites,
_multitude_, ou servez-vous d'un terme équivalent.

_Tarabate_. Un enfant _tarabate_, dites, _turbulent_, _remuant_.

_Taupure_. Petit morceau de terre qu'une taupe éleve en creusant; dites,
_taupiniere_, s. f. La _taupure_ est un instrument propre à prendre les
taupes.

_Tel, telle_; _tel que, telle que_.

    Ne condamnez jamais nos sacrés potentats,
    _Telles que_ soient leurs mœurs, _tels que_ soient leurs états.

Il faut: _quelles que_ soient leurs mœurs, et _quels que_ soient leurs
états. Cette faute est fréquente dans nos écrivains modernes.

_Tergette_. Petite plaque de fer en forme ovale, avec un petit verrou,
qu'on met aux portes et aux fenêtres, pour les fermer; dites,
_targette_, s. f.: tirez la _targette_.

_Termoyer_. Prolonger le temps d'un payement; dites, _atermoyer_, v.: le
désordre de sa fortune l'a forcé d'_atermoyer_.

_Testicoter_. Chicaner: ils sont toujours à se _testicoter_, pour dire,
ils se _querellent_ sans cesse.

_Thériacle_. Du _thériacle_. Ce mot est du genre féminin; dites, de la
_thériaque_.

_Thétiere_. C'est ainsi qu'on nommoit autrefois le vase dont on se sert
pour faire le thé; dites, _théïere_, s. f.

_Tic_. Prendre quelqu'un en _tic_, c'est-à-dire se prendre
défavorablement contre quelqu'un. On dit, se prendre de _grippe_ contre
quelqu'un.

_Tignasse_. Mauvaise perruque; dites, _teignasse_, s. f.

_Tisonnasse_. Charbon mal cuit et qui jete de la fumée; dites,
_fumeron_, s. m.

_Tomber_. Ce verbe ne se conjugue point avec l'auxiliaire _avoir_.
Voltaire a eu tort de dire:

    Où serois-je, grand Dieu! si ma crédulité
    _Eût tombé_ dans le piége à mes pas présenté.

On ne diroit pas, si la pluie _avoit tombé_, mais si la pluie _étoit
tombée_. Il faut le conjuguer avec le verbe _être_.

_Tonne_. Berceau couvert de verdure; dites, _tonnelle_, s. f.

_Toucher_ du clavecin, de l'orgue, du forté-piano, de l'épinette, etc.
On _touche_ l'orgue, le clavecin, et non de l'orgue, du clavecin;
c'est-à-dire, on touche des doigts ces instrumens. Cependant l'usage
l'emporte sur la logique.

_Tour de main_. C'est-à-dire, en aussi peu de temps, qu'il en faut pour
tourner la main; dites; _tournemain_. Le _tour de main_, est un tour de
subtilité et d'adresse.

_Tourner_. _Tourner_ tout le corps; dites, _bouleverser_ tout le corps.

_Tourterelle_. Oiseau qui hante les bois. Quand on parle de cet oiseau,
comme bon à manger, on le nomme _tourtre_: servir des _tourtres_.

_Tra_. Ce mot est dérivé de _trabs_; dites, _solive_, s. f.

_Tranchet_. On dit communément d'une chose qui a été choisie avec soin,
qu'elle a été triée sur le _tranchet_; dites, sur le _volet_. Le _volet_
est un petit ais rond sur lequel on trie les choses menues, telles que
le riz, l'orge, etc. Le _tranchet_ est un outil tranchant dont les
cordonniers se servent pour couper le cuir.

_Transiger_. Observez que la lettre _s_, dans ce mot, quoique placée
entre une voyelle et une consonne, a cependant le son du _z_, ainsi que
dans _transaction_, _transition_, _transitoire_, _Alsace_, _Alsacien_,
_balsamine_, _balsamique_.

_Traque_. Cette fille est bien _traque_; dites, _vive_, _enjouée_ ou
_étourdie_.

_Traquerie_. Ce mot n'est pas françois; dites, _étourderie_, s. f.

_Travers_. Il y a une faute dans ce vers de Boileau:

    Donner de l'encensoir _à travers_ du visage.

_À travers_ veut toujours après lui le régime direct; et _au travers_
doit être suivi de la préposition _de_. Il faudroit _à travers le_
visage, ou _au travers du_ visage.

_Traverse_. On appelle _traverse_, le vent qui vient du couchant et
traverse le méridien; dites, _vent d'ouest_.

_Traverser_ le pont, la rue, pour dire, les _parcourir_ dans leur
longueur. Cette façon de parler ne rend pas l'idée qu'on a: _traverser_
signifie parcourir l'étendue d'un lieu considéré dans sa largeur; ainsi,
traverser la rue, c'est passer d'un côté à l'autre, dans le sens de la
largeur. On peut parcourir une rue dans sa longueur sans la _traverser_:
on _passe_ le pont; on _traverse_ la riviere sur le pont.

_Trémontade_. Cet homme a perdu la _trémontade_; pour dire, qu'il ne
sait plus où il en est; dites, _tramontane_, s. f.

_Trempe_. Il est si mouillé qu'il est _trempe_; dites, _trempé_,
participe passé du verbe _tremper_.

_Trépiter_. Battre des pieds contre terre; dites, _trépigner_, v.: il a
_trépigné_ de colere.

_Tricot_. Une culotte de _tricot_; c'est-à-dire, tricotée; dites,
_tricotage_, soit pour marquer l'ouvrage, soit pour exprimer l'action.
Un _tricot_ est un bâton gros et court.

_Tringue_. Verge de fer; dites, _tringle_, s. f.

_Tromper_. Me _trompe-je_. Il est une regle en françois qui veut que
l'on mette et prononce en pareil cas un accent aigu sur le premier _e_;
dites donc et écrivez, _me trompé-je_. Il n'y a pas deux _e_ muets de
suite à la fin d'un mot.

_Trompeter_. Pour sonner de la trompette: _trompeter_, signifie
annoncer, publier à son de trompe, ou au son de la trompette. On
_trompete_ les accusés décrétés de prise de corps, qui ne sont pas
constitués prisonniers; et lorsqu'on veut exprimer l'action de faire
rendre des sons à la trompette, on dit, _sonner_ de la trompette.

_Trop_. Ne prononcer pas le _p_, à moins qu'il ne soit suivi d'une
voyelle; j'en dis autant de _beaucoup_. L'_o_ est bref, puisqu'il est
suivi d'une consonne qui n'est ni l'_s_, ni l'_x_, ni le _z_; cependant
la plupart des comédiens prononcent _trô_; ce qui est contre les
principes et le bon usage.

_Troupe_. Mon fils est dans la _troupe_; dites, dans les _troupes_. On
dit que tel Officier conduit bien sa _troupe_; mais il n'est pas permis
de dire au singulier, j'ai été dans la _troupe_, pour dire au _service_
ou dans les _troupes_.

_Trousseau_. Le linge, les langes, et tout ce qui est destiné pour un
enfant nouveau né; c'est encore ici un abus de terme; dites, _layette_,
s. f.: ce pere a fait à ses enfans une telle _layette_. Le mot
_trousseau_ signifie un amas de clefs. On dit, un _trousseau_ de clefs.
Il se dit aussi des habits, des hardes, du linge, et de tout ce qu'on
donne à une fille en la mariant, elle a reçu un beau _trousseau_; mais
on n'appelle pas _trousseau_ les hardes d'un nourrisson.

_Truffe_. Plante farineuse; dites, _pomme de terre_, s. f.: des _pommes
de terre_ cuites au jus. La _truffe_ est une autre plante qui ne pousse
ni tige, ni racines. _Truffes_ noires, _truffes_ blanches.

_Tuilliere_. Lieu où l'on fabrique la tuile; dites, _tuilerie_, s. f. Le
palais des Tuileries, à Paris, tire son nom d'une fabrique de tuile, qui
étoit établie sur le terrain où se trouve situé ce palais.

_Turlubrelu_. Cet homme est _turlubrelu_; c'est-à-dire, qu'il ne prend
pas garde à ce qu'il fait; dites, _hurluberlu_, ou _hurlubrelu_.


U.

_Ulcere_. Il a une _ulcere_ maligne; c'est-à-dire une ouverture dans les
chairs, causée par la corruption des humeurs. Ce mot est masculin,
dites, un _ulcere_ malin.

_Urinoire_. Vase où les malades peuvent uriner commodément; dites,
_urinal_, s. m.


V.

On dit, à Lyon, je vais _en Vaise_, je vais _en Serin_, au lieu de dire:
je vais au faubourg _de Vaise_, _de Serin_. Les noms de petits lieux ne
prennent jamais la préposition _en_, mais la préposition _à_; dites
donc, je vais _à Vaise_, _à Serin_, _à Bellecour_.

_Vergette_. Brosse pour les habits. Ce mot doit toujours être employé au
pluriel: voilà d'excellentes _vergettes_.

_Vernoge_. Cet endroit est _vernoge_; c'est-à-dire, qu'il est humide, et
que le soleil n'y donne pas. Nous n'avons point de mot en françois, qui
rende ces deux idées à la fois. Il faut se servir des mots de
l'explication, ou autres semblables.

_Vessicatoire_. Médicament qu'on met sur la peau, pour faire venir des
vessies; dites, _vésicatoire_, en ne mettant et ne prononçant qu'une _s_
qui a le son du _z_ étant placée entre deux voyelles. Elle a cependant
le son fort dans _parasol_, _entresol_, _havre-sac_, _vraisemblance_,
_préséance_, _resaluer_, _présupposition_, _resaisir_, etc. La raison en
est, que chacun de ces mots étant composé, le primitif a gardé le son
fort.

_Vêtir_. On conjugue mal ce verbe. On ne doit pas dire, _je vêtis_, _tu
vêtis_, _il vêtit_, _nous vêtissons_, _vous vêtissez_, _ils vêtissent_;
dites, _je vêts_, _tu vêts_, _il vêt_, _nous vêtons_, _vous vêtez_, _ils
vêtent_; _je vêtois_; _que je vête_; _que je vêtisse_. Le premier _e_
est ouvert et marqué d'un accent circonflexe, ainsi que dans _revêtir_
qui est son composé.

_Vicoter_. Dites, _vivoter_, v.; fournir à peine à ses besoins.

_Vieille_. Instrument; dites, _vielle_, s. f. en retranchant le second
_i_: jouer de la _vielle_.

_Vieuilliers_. Fleurs dont le bouton est gros et applati, dont les unes
sont blanches, marbrées, violettes et jaunes; dites, _giroflées_, s. f.:
de belles _giroflées_. On appelle _violiers_ les fleurs qui croissent
sur les murs, et _giroflées_ celles que l'on cultive dans les jardins.

_Vigoureuse_. Sorte de poire d'hiver; dites, _virgouleuse_, s. f.

_Vilité_. La _vilité_ d'un prix, de la matiere, d'un cœur; dites,
_vileté_, s. f., formé de l'adjectif féminin, _vile_.

_Virebroquin_. Outil d'artisan, qui sert à percer; dites, _vilebrequin_,
s. f.

_Vis_. Le _vis_ d'un pressoir; dites, _la vis_, s. f. L'on fait sonner
l'_s_.

_Vis-à-vis_. _Vis-à-vis_ de cette personne. Cette faute a été condamnée
par Voltaire. _Vis-à-vis_ ne doit jamais se prendre dans le sens
d'_envers_, ni d'_à l'égard_: il est bienfaisant _vis-à-vis_ de lui;
dites, _à l'égard_ de lui. On s'en sert dans les rapport physiques: il
est logé _vis-à-vis_ de votre maison.

_Voilà_. On confond souvent les mots _voici_ et _voilà_. Ce dernier
marque une chose plus éloignée, _voici_, une chose plus près: _voilà_ ce
que j'avais à vous dire; _voici_ ce que j'ai à vous dire. Il en est de
même des mots _ceci_, _cela_. _Ceci_ signifie cette chose-ci; _cela_,
cette chose-là.

_Voir_. _Voyons voir_. Ce pléonasme est absurde; le premier de ces deux
mots suffit.

_Vois-tu-z-en_. Dites, _vois-en_.

_Voui_. Ce mot s'écrit et se prononce sans _v_; dites, _oui_.

_Voyage_ de bois, de charbon. Dites, _une voie_ de charbon, de bois.

_Vuide_. On écrit et prononce maintenant _vide_, _vider_, etc.

_Vuit_. Nombre; écrivez et prononcez _huit_. L'_h_ est aspirée.


X.

Cette lettre se prononce diversement. Elle a le son du _cs_, dans
_Alexandre_; du _gz_, dans _examen_; de l'_s_, dans _Auxonne_; du _z_,
dans _sixieme_, _deuxieme_, etc. On ne doit pas la prononcer dans les
mots _eux_, _ceux_, à moins qu'elle ne se lie avec une voyelle. Elle
sonne comme un _s_ à la fin de _six_, _dix_, si ces mots finissent le
sens. Elle se fait entendre comme _cs_, dans _phénix_, _préfix_,
_Astianax_.


Y.

_Yeux_. Cette expression donna lieu à un pari entre deux négocians. L'un
deux soutint à l'autre qu'il n'étoit pas permis de dire, _entre quatre
zieux_. Celui-ci prétendit que le dictionnaire de l'Académie autorisoit
cette liaison pour la douceur du son. Il ouvrit le Vocabulaire, qui lui
donna gain de cause. Le vaincu voulut prendre sa revanche aux dépens de
quelqu'autre, et il alloit toujours répétant cette locution, en faisant
une liaison défectueuse; enfin, elle fut relevée, et il renouvela son
pari; mais le contestant s'y prit mieux que lui; il s'adressa à Urbain
Domergue, qui décida que _quatre_ n'étant jamais terminé par une _s_, on
ne pouvait pas dire, _entre quatre zieux_; il ajouta qu'on ne prononçoit
pas toujours toutes les lettres; mais qu'on ne faisoit jamais entendre
celles qui n'étoient pas écrites. Il donna le désaveu de l'auteur du
Dictionnaire, prétendu de l'Académie: et le négociant fut condamné pour
avoir dit oui comme pour avoir dit non.



PRÉCIS DES REGLES DE LA PROSODIE.


Puisque la Prosodie est l'art de donner à chaque syllabe le son et la
durée qui lui sont propres, la lecture et la prononciation en supposent
la connaissance. La langue françoise a ses notes, comme le chant; avec
cette différence; que les ports de voix et la durée des sons notés pour
le musicien, ne le sont presque jamais pour le lecteur, et lors même que
nos syllabes seroient notées, qu'elles auroient leurs diezes et leurs
bémols, il seroit impossible d'exprimer par des signes la durée précise
du son, la douceur et la légéreté que peut donner seul un exercice
habituel. La durée d'une syllabe dépend quelquefois de sa position;
l'abbé d'Olivet dit que par le mot Prosodie, on entend la maniere de
prononcer chaque syllabe régulierement; c'est-à-dire, de lui donner un
son grave ou aigu, bref ou long.

_A_, pris pour la premiere lettre de l'alphabet, est long et grave; dans
tout autre cas, aigu. Cette voyelle, marquée d'un accent circonflexe,
est toujours grave et longue, comme dans _âge_, _râle_, _mânes_,
_tâche_, _lâche_, _fâcher_, _lâcher_, _âpre_; elle est souvent longue
sans accent, comme dans _sable_, _fable_, _rable_, _délabré_, _cadre_,
_cable_, _accablement_, _sabre_, _flamme_, _condamner_, _damner_; l'_s_,
l'_x_ et le _z_, terminant un mot, rendent toujours longue cette
voyelle, ainsi que les autres. D'après cette regle, la seconde personne
des futurs et du passé défini, au singulier, sera longue, et la
troisieme breve, _tu chanteras_, _il chantera_; _tu aimas_, _il aima_.
Au commencement des mots l'_a_ est ordinairement bref; il faut en
excepter ceux que nous venons de citer. On le prononcera d'une maniere
aigue et rapide dans _apôtre_, et toujours s'il est suivi d'une consonne
redoublée, comme dans _apprendre_.

Quand une voyelle finit la syllabe, et qu'elle est suivie d'une autre
voyelle, qui n'est pas l'_e_ muet, la syllabe est breve, _créé_, _haïr_,
_féal_, _tué_, _doué_; toute syllabe qui finit par une voyelle suivie de
l'_e_ muet, devient longue, comme _pluīe_, _vraīe_, _haīe_, _vīe_,
_joīe_.

Quand un mot se termine par une _l_ mouillée, la syllabe est breve,
_bétaĭl_, _détaĭl_, _avrĭl_, _vermeĭl_, _fauteuĭl_.

La terminaison _aille_ est ordinairement longue: _paīlle_, _bataīlle_,
_rimaīlle_; excepté, _il détaĭlle_, _il travaĭlle_, _il émaĭlle_,
_médaĭlle_.

La terminaison _aillon_ est breve dans _médaĭllon_, _détaĭllons_,
_travaĭllons_, et longue dans _haīllon_, _baīllon_, _penaīllon_, _nous
taīllons_.

Quand les voyelles nasales sont suivies d'une consonne qui n'est pas la
leur, c'est-à-dire, qui n'est ni _m_, ni _n_, et qui commence une autre
syllabe, elles rendent longues la syllabe où elles se trouvent, _jāmbe_,
_craīnte_, _joīndre_, _hūmble_.

La terminaison _aine_ est longue dans _haīne_, _chaīne_, _guaīne_,
_traīne_, hors de là breve, _capitaĭne_, _fontaĭne_.

Les mots qui finissent en _aire_ sont longs: une _aīre_, une _paīre_,
_chaīre_, on _éclaīre_. Ce qui rend longues ces pénultiemes, c'est l'_e_
muet final, qui étant toujours bref, demande un point d'appui pour la
voix, et l'on se repose sur l'avant-derniere syllabe; cependant on
prononce breves les pénultiemes suivantes, _parfaĭte_, _retraĭte_.

_Ale_, _alle_, toujours bref: _cigăle_, _scandăle_, _intervălle_;
excepté les mots dont l'_a_ prend l'accent circonflexe, comme _māle_,
_pāle_.

_Ame_, toujours bref: _dăme_, _răme_; il en faut excepter, _āme_,
_infāme_, _blāme_, et les passés définis dans ces deux personnes, nous
_aimāmes_, _vous aimātes_.

Toute syllabe qui finit par une _r_, et qui est suivie d'une syllabe
commençant par une consonne, devient breve; _bărbe_, _bĕrceau_, _ŏrdre_.

_Are_, long et grave: _barbāre_, je _prépāre_; mais il devient bref et
aigu, si la derniere syllabe n'est pas muette: _prépăré_.

Quelle que soit la voyelle qui précede deux _r_, quand les deux ensemble
ne forment qu'un son indivisible, la syllabe est toujours longue:
_ārrêt_, _bārre_, _tonnērre_.

L'_s_ entre deux voyelles, dont la derniere est muette, allonge la
pénultieme: _bāse_, _diocēse_, _franchīse_, _rūse_.

_Asse_, ordinairement bref, excepté dans _bāsse_, _clāsse_, _chāsse_,
pour les morts, _māsse_, terme de jeu, _grāsse_, _amāsse_.

_At_, long dans _bāt_ de mulet, _māt_, _appāt_, et à la troisieme
personne du subjonctif _qu'il aimāt_; bref ailleurs, il _băt_,
_chocolăt_, _plăt_.

_Attre_, _atre_, bref dans _quătre_, _băttre_; hors de là, long,
_idolātre_, _théātre_.

_Au_, long, suivi d'une syllabe muette: _aūge_, _aūne_, long, aussi,
quand il y a une consonne après: _chaūd_, _chaūx_; excepté, _paŭl_.


E.

La voyelle _e_, non seulement est tantôt longue et tantôt breve, mais
elle a plusieurs sons, l'_e_ est muet et féminin, quand il n'a qu'un son
sourd, comme dans _gloire_; cette espece d'_e_ ne commence jamais un
mot; il ne se trouve pas dans plusieurs syllabes de suite, à moins que
ce ne soit des mots composés; ainsi que _revenir_, _redevenir_; il faut
en excepter, _chevelure_, _ensevelir_; et jamais, sur-tout, à la fin du
mot. C'est pour cela que les verbes dont la pénultieme est muette à
l'infinitif, comme _appeler_, _concevoir_, prennent dans les temps qui
finissent par l'_e_ muet, ou un _e_ masculin ou la diphthongue _oi_:
_j'appelle_, ils _conçoivent_. Par cette même raison, quoiqu'on dise
_j'aime_, on dira, _aimé-je?_

L'_e_ moyen, comme dans _pere_, ne prend point d'accent, parce que cet
accent seroit inutile, l'_e_ ne pouvant pas se prononcer autrement; il
seroit même vicieux, parce qu'il donneroit un son trop grave, comme dans
_procès_.

On prononce trop ouvert le premier _e_ du mot _acheve_; il est moyen à
cause du voisinage de l'_e_ muet. L'_e_ ouvert se marque d'un accent
grave, ainsi que dans _abcès_. L'_e_ plus ouvert prend l'accent
circonflexe qui indique suppression de lettre et allongement de syllabe,
ainsi que dans _tête_. L'_e_ fermé prend un accent aigu, comme dans
_vérité_; si cet _e_ est suivi de l'_x_, il rejette l'accent, comme dans
_examen_. Dans les verbes en _er_, l'_e_ se prononce fermé, et l'on ne
le fait pas sentir, à moins qu'il ne soit suivi d'un mot commençant par
une voyelle. Dans _item_, _amen_, _hymen_, _examen_, on fait sonner la
consonne finale.

_Ene_, _enne_, longs dans _chēne_, _cēne_, _scēne_, _gēne_, _rēne_,
_frēne_, _arēne_, _pēne_, _Athēnes_, _Diogēne_, _Mécēne_; bref et moyen
dans _phénomĕne_, _ébĕne_, _étrĕnne_, _apprĕnne_, et par-tout où la
consonne est redoublée.

_Er_, bref dans _Jupitĕr_, _Ethĕr_; _Clĕrc_; et plus ouvert dans
_enfēr_, _fēr_, _mēr_, _amēr_, _hivēr_.

_Esse_, long dans _abēsse_, _profēsse_, _confēsse_, _prēsse_,
_comprēsse_, _exprēsse_, _cēsse_, on _s'emprēsse_; hors de là, bref:
_tendrĕsse_, _parĕsse_, _carĕsse_.

L'accent circonflexe rend longs et ouverts tous les _e_, comme dans
_intérēt_, _arrēt_; la double consonne rend la syllabe breve, ainsi que
dans _houlĕtte_, _tablĕtte_.

_Euf_, bref: _veŭf_, _neŭf_, un _œŭf_, un _bœŭf_. Dans tous ces mots on
prononce l'_f_; mais non au pluriel dans les deux derniers; quand
_neuf_, nom de nombre, est suivi d'un mot commençant par une voyelle,
l'_f_ sonne comme un _v_: _neuf ans_.

_Eune_, long dans _jeûne_, bref dans _jeune homme_. Observez que telle
syllabe qui est breve, suivie d'un autre mot qui sert de point d'appui à
la voix, devient longue si elle finit le sens.

Le nombre des breves et des douteuses, étant plus grand que celui des
longues, nous ne parlerons que des dernieres.


I.

_Ie_, long d'après la regle générale: _vīe_, _saisīe_.

_Ile_, long dans _īle_, _huīle_, _tuīle_.

_Ire_; long dans les passés définis, ils _punīrent_.

Les terminaisons _île_, _îmes_, _îtes_, _ître_ sont toujours longues,
quand l'_i_ prend un accent circonflexe, comme dans nous _dīmes_, vous
_dītes_, _épītre_, etc.


O.

Quand cette voyelle commence le mot elle est breve, excepté dans _ōs_,
_ōser_, _ōsier_ et _ōter_, où il est ouvert et long, ainsi que dans
_hōte_.

_Ode_, ordinairement bref.

L'_o_ et l'_a_ étant graves dans les mots simples, demeurent tels dans
les dérivés: _grōs_, _grōssir_, _grōssier_; _grās_, _grāsseyer_; _rōse_,
_rōsier_.

La syllabe _oi_ a deux sons, celui de la diphthongue _oa_, comme dans
_bourgeois_, _danois_; et celui de l'_e_ ouvert, comme j'_étois_, je
_chanterois_, un _François_, les _Anglois_.

_Ole_, toujours bref, excepté dans ces mots, _drōle_, _pōle_, _mōle_,
_contrōle_, il _enjōle_, il _enrōle_.

_Ome_, _one_, long: _atōme_, _fantōme_, _prōne_. Pour les mots où la
consonne est redoublée, ils suivent la regle générale.

_Ore_, _orre_, longs, s'ils ne sont pas terminés par un son masculin;
_encōre_, _aurōre_. Quand cette voyelle est marquée d'un accent
circonflexe, elle est toujours longue, comme dans _apōtre_.


U.

L'_u_ suivi d'une autre voyelle finale, est toujours long, comme dans
_vūe_, _cohūe_.

_Ure_, finissant un mot, toujours long: _murmūre_, _augūre_, _dūre_.

_Usse_, est long dans les verbes, comme je _pūsse_, et dans _ût_, à la
troisieme personne de ce temps.

L'aspiration peut être regardée comme une partie de la Prosodie; mais
elle ne regarde que l'_h_. Cette lettre est aspirée, lorsqu'elle a les
propriétés de la consonne; c'est-à-dire, lorsqu'elle ne souffre ni
suppression de voyelle, ni liaison de consonne. On dit sans élision, une
_haquenée_, et sans liaison, des _haquenées_. Comme il n'y a point de
regles à donner à cet égard, on peut consulter la liste suivante, dont
tous les mots commencent par des _h_ aspirées.

_Ha! habler, hableur, haha, hagard, haie, haie! haillon, haîne, haïr,
haire, halage, halbran, halbrener, hâle, hâler, halener, haleter, halte,
hameau, hampe, hanap, hanche, hangard, hanneton, hanter, happelourde,
happer, haquenée, haquet, harangue, haras, harasser, harceler, hardes,
hardi, hargneux, hareng, haricot, haridelle, harnois, haro, harpailler,
harpe, harper, harpie, harpon, hart, hasard, hâter, have, havresac,
hausser, haut, hé! hennir, hérault, here, hérisser, hérisson, hernie,
héron, héros, herse, hêtre, heurter, hibou, hic, hideux, hoc,
hiérarchie, ho! hola! hobereau, hoche, hochepot, hochet, houpe, honnir,
honte, holle, houblon, houille, houlette, houppe, houppelande, housard,
hussard, houssaie, houspiller, houspillon, housse, housser, houssine,
houssiner, hoyau, huche, hucher, huer, hulotte, humer, hume, huppe,
hure, hutte._

Tous les mots dérivés des précédens conservent leur aspiration, excepté
ceux de _héros_, qui sont: _héroïne_, _héroïsme_, _héroïde_,
_héroïquement_. Dans _enhardir_ l'_h_ est aspirée, mais non pas dans
_exhausser_. On aspire l'_h_ du mot _Henri_, dans un discours oratoire;
mais hors de là, c'est une affectation. _Hollande_, _Hollandois_,
commencent par une _h_ aspirée, excepté dans ces façons de parler: toile
d'_hollande_, fromage d'_hollande_, qui ont passé du peuple dans le
langage ordinaire. _Hongrie_ s'aspire, excepté dans ces phrases: eau de
la reine _d'Hongrie_, points _d'Hongrie_, etc. Quoique onze et onzieme
commencent par une voyelle, on écrit sans élision l'article ou la
préposition qui la précede, et l'on ne lie pas la consonne: de _onze_
enfants il ne leur en reste qu'un; tous les _onze_ du mois.

                   *       *       *       *       *

Pour l'intelligence des signes de quantité prosodique dont on va faire
usage, on croit devoir avertir qu'on ne s'est point assujetti à la
méthode de l'abbé d'Olivet. Quoique par son traité de Prosodie, il ait
rendu un grand service à la langue, il s'en faut bien que son ouvrage
ait été aussi utile qu'il eût pu l'être, s'il eût distingué l'accent
prosodique de la quantité prosodique. En confondant ces deux parties, il
a embrouillé la matiere. Il est bien, difficile, pour ne pas dire
impossible, de comprendre, ce qu'il entend par syllabes longues, breves
et douteuses.

Nous avons des voyelles graves par leur nature, et par conséquent
très-longues. Leur longueur et leur gravité ne changent jamais du
primitif au dérivé, quelque place qu'elles occupent dans un mot. On fait
entendre également, l'_a_, l'_e_ et l'_o_ graves, dans m_â_t, m_â_ter,
il m_â_te; dans pr_ê_t, pr_ê_ter, il pr_ê_te; dans dép_ô_t, dép_o_ser,
il dép_o_se, etc. Ces voyelles sont très-longues dans tous ces mots.

Au contraire, les voyelles aiguës et les muettes deviennent moyennes, si
la syllabe qui vient après commence par une consonne suivie d'une
muette. La syllabe _gé_, par exemple, qui est aiguë et très-breve dans
affli_gé_, est muette et breve dans affli_ge_ra. Elle est moyenne, tant
pour la quantité que pour l'accent prosodique, dans ils affli_ge_rent:
elle tient le milieu entre la longue et la breve, et entre l'aiguë et la
grave.

L'abbé d'Olivet nomme quelquefois douteuses les voyelles qui sont
moyennes quant à la qualité de la voix, et quelquefois il les nomme
breves relativement aux graves, qui sont toujours très-longues. On
pourroit les qualifier de longues, en les comparant aux breves,
puisqu'elles tiennent le milieu, tant pour la quantité que pour la
qualité, entre la grave et l'aiguë, entre la longue et la breve. Mais on
peut les qualifier de moyennes, sous les deux rapports de la quantité et
de l'accent: cette qualification préviendra toute équivoque.

Cela étant convenu, on avertit que les syllabes breves seront annoncées
par le signe suivant (˘); les longues, par celui-ci (¯); et les
moyennes, par (ˇ).

Et comme, dans notre langue, nous avons beaucoup plus de breves que de
longues, pour ne pas surcharger l'écriture de signes inutiles, les
voyelles qui ne porteront aucun signe, seront réputées breves.

On prévient les lecteurs qu'on n'a pas pu indiquer les différentes
qualités de son, parce qu'on auroit hérissé les syllabes de signes
embarassans. On doit se tenir pour averti que l'article _les_, et les
pronoms, _mes_, _tes_, _ses_, doivent se prononcer, comme si l'_e_ étoit
marqué d'un accent grave, et que la conjonction _et_ se prononce comme
un _e_ moyen, au lieu que le verbe _est_ a le son très-ouvert.


LA ROSE ET LE BUISSON.

    Sŭr să tǐge ĕpĭneūse, ūne rōse nāissānte,
    Aīnsĭ qu'ūne beǎuté, jěune, vīve ĕt toŭchānte,
    S'ēlĕvoĭt ă l'ăbrĭ d'ŭn bŭissŏn prŏtĕcteŭr,
    Et dŭ sŏlĕil jămaīs n'ĕprŏuvŏit lă rĭgueŭr.
    Ignoré, māis heŭreūx, ce bouton solitāire
    Ouvroĭt son sein pourpré soūs l'ōmbre tŭtélaīre,
    Impǎtient déjà d'étaler sa beǎuté:
    Pourquoi me retiēns-tu dāns la captivité,
    Dit l'arbǔste orguĕilleūx à l'enceīnte épineūse?
    Jĕ doīs, rēine dēs fleūrs, ētre la plūs heŭreūse.
    La fille du printēmps, condāmnēe aūx soupīrs,
    Pāsseroĭt soūs ton joug la sāison dēs plaǐsirs!
    Le buĭsson lui repart, d'un ton doūx, māis sévěre:
    J'attendoīs de mēs soīns un plūs jǔste sălaīre.
    Si le sŏleĭl brūlănt rĕspěcte tă frǎicheŭr,
    Et si dēs aquilōns tu brǎves la fŭreŭr,
    De mon zěle assidu, n'ēst-ce pās là l'ouvrǎge?
    Et mēs bienfaīts pour toi sont payēs par l'outrǎge?
    Rĕprĭme ton murmūre, arbǔste ingrat, crōis-moi;
    Lēs heǔres du plǎisir n'ont pās sonné pour toi.
    Souvent pour son mălheur, la jĕuněsse indocǐle
    S'obstǐne à repŏussĕr l'ăppŭi le plūs ŭtǐle.
    Le bel āge où tu vīs ēst celui du printēmps;
    Māis s'il a sēs zēphīrs, il a sēs ouragāns.
    L'orgueilleūx arbrisseǎu s'ăigrĭt de la censūre;
    S'il se tăit par dépit, en secret il murmūre.
    Lōrsque le villageois, qu'appěllent sēs travāux,
    Vient dēs ǎrbres touffūs émonder lēs rameāux;
    Il menǎce déjà le gardien fidělle;
    ĕt la rōse sourĭt quand le buisson chancělle.
    Il tǒmbe soūs lēs coūps de l'instrument fatal.
    Le bouton au soleil oūvre un sein virginal.
    Dāns leūrs chānts lēs oiseāux exprǐment leur hommǎge.
    Lēs zéphīrs du mătin agǐtent son feuillǎge;
    Le rōsier, dāns lēs aīrs, balancé mǒllĕmĕnt,
    Répond au rossignol par son frémǐssement;
    L'aŭrōre l'emběllit de sēs pěrles liquǐdes.
    Māis, Dieu! cǒmme l'éclair lēs plǎisīrs sont rapǐdes;
    La chenǐlle, de loin, voit la rēine dēs fleūrs,
    Accourt, rǒnge sa tǐge, ĕt fǎne sēs couleūrs;
    ĕt de l'ǎstre du jour la chaleur dévorānte
    A déjà fait tomber sa tēte languissānte:
    ělle réclǎme en vain, à son dernier moment;
    De son fidělle ami le secoūrs bienfaisant.

    ō toi, qui, par les soīns d'ǔne pruděnte měre,
    Coǔles tes premiers āns soūs un joug salutaīre,
    Défēnds, jeǔne beǎuté, le murmūre à ton cœur,
    Et du bouton nāissant évǐte le mălheur.


NOTES

  [1] On appelle _régime_ un mot gouverné par un autre.

  [2] On appelle verbe un mot qui lie le sujet à l'attribut, en
    affirmant que telle qualité convient ou ne convient pas au sujet.
    _La terre est ronde._ Les deux premiers mots forment le sujet; le
    mot _est_ lie la qualité exprimée par le mot ronde. Tous les autres
    verbes renferment le verbe être.

  [3] On appelle substantif un mot qui désigne le nom d'une substance
    réelle ou imaginaire.

  [4] On nomme adjectif un mot ajouté au substantif pour en exprimer la
    qualité.

  [5] Une préposition est un mot qui annonce le rapport d'une chose avec
    une autre.

  [6] La conjonction est un mot qui sert à lier les mots ou les phrases.

  [7] On appelle participe passé un tems du verbe qui participe de la
    nature de l'adjectif, en ce qu'il prend quelquefois le genre et le
    nombre du substantif auquel il se rapporte.

  [8] C'est-à-dire de plusieurs mots ou d'une expression détaillée. Si,
    au lieu de nommer l'amour, je dis: le Dieu qu'on adore à Cythère, je
    me sers d'une _périphrase_.

  [9] Un pronom est un mot qui tient la place d'un nom.

  [10] Un adverbe est un mot qui se joint ordinairement au verbe, pour
    le modifier; c'est-à-dire, pour ajouter une nouvelle idée au mot
    auquel il se rapporte, comme on le peut voir dans les exemples
    suivans: les uns pensent _beaucoup_ et parlent _peu_; les autres
    parlent _beaucoup_ et pensent _peu_.

  [11] On appelle nom partitif, un mot qui représente plusieurs
    personnes ou plusieurs choses, comme faisant partie d'un tout. Tels
    sont les mots, _plusieurs_, _la plupart_, _une demi-douzaine_.

--------------------------
NOTES SUR LA TRANSCRIPTION

On a corrigé certaines coquilles manifestes (par ex: épiugle > épingle).
Les variantes d'orthographe (avait/avoit, meche/mèche/mêche, ...) sont
conformes à l'original.

À l'article «Chauderon», on propose la reconstitution «prononcer l'_e_»,
le bas de page étant tronqué dans l'original.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Dictionnaire grammatical du mauvais langage - Recueil des expressions et des phrases vicieuses usitées - en France, et notamment à Lyon" ***

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