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Title: Le Tour du Monde; Perse - Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Le Tour du Monde; Perse - Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860" ***

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(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)



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Journal des voyages et des voyageurs" (2ème semestre 1860).

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la Perse.

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                    LE TOUR DU MONDE



            IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
               Rue de Fleurus, 9, à Paris



                    LE TOUR DU MONDE

               NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

                PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

                 DE M. ÉDOUARD CHARTON

        ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES



                         1860
                   DEUXIÈME SEMESTRE

            LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
         PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
          LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
              LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

                         1860



TABLE DES MATIÈRES.


UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

  Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
    de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
    Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
    Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
    Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
    Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
    (Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
    -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
    Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
    Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
    Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
    Retour à Naples.                                                 1


VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.

  Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
    Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
    roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
    Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
    Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
    Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
    scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
    Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
    Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
    La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
    -- Notre habitation.                                            16

  Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
    Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
    pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
    laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
    -- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
    -- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
    politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
    chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
    drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
    cherche un trésor.                                              34


VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

  L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
    _réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
    Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
    Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
    -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
    sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
    Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
    Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
    Greytown.                                                       49


VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

  LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
    de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
    De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
    ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
    Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
    Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
    chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
    livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
    Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
    Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.                               65

  --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
    Retour à Christiania par Skien.                                 82

  L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
    Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
    Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen.           85


VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

  D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
    -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
    Djambo. -- Djeddah.                                             97


VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

  Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
    L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
    Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
    Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
    Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
    peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff.  103

  Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
    bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
    peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
    Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
    Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
    -- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
    L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes.     114

  La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
    Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
    grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
    bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
    Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
    Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
    pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
    du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur.     130


VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

  L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
    cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
    Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
    cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
    Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
    oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
    tortues de terre; leurs habitudes.                             139

  Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
    plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
    terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
    remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
    habitent les diverses îles. -- Aspect général américain.       146

  LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
    merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
    -- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
    -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
    racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
    Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
    Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
    parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
    Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
    barrières et des barrières en attoles.                         151


BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet.                                          159


VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).

  Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
    paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
    poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
    Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
    Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
    premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
    mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
    Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
    Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
    qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
    Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
    La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
    Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
    Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
    Yakoutsk.                                                      161

  Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
    Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
    -- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
    yakoutes.                                                      177


DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).

  Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
    des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
    Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
    Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
    -- Culture et mines.                                           182


VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).

  Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
    Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
    Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
    Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
    Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
    il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
    de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
    décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
    despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
    girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
    Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
    aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
    de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
    L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
    courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
    de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
    Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad.                       193

  Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
    mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
    Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
    Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
    force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
    Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
    -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
    ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
    Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
    Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
    de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
    pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
    de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
    Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
    Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
    Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
    les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
    savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
    Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres.                     209

  De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
    remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
    -- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
    forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
    Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
    d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
    d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
    -- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
    Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
    Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
    partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
    Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
    Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
    importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
    Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
    Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
    veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
    Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
    -- Gando. -- Kano. -- Retour.                                  226


VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).

  Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
    pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
    solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
    L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
    Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
    -- Délivrance.                                                 242


VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

  Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
    du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
    concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
    exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
    Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
    Amarapoura.                                                    258

  Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
    Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
    roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
    présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
    Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
    dames birmanes.                                                273

  Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
    d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
    poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
    autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
    Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
    congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
    d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
    la Birmanie.                                                   280


VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).

  But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
    Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
    -- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
    de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
    l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
    Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
    arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
    Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
    Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
    Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
    rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
    L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
    indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
    Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
    Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
    Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
    dangereuse.                                                    305

  Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
    Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
    -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
    Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
    Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
    Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
    -- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
    Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
    Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
    Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
    Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
    Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
    Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
    -- Ravissements. -- Kaouélé.                                   321

    Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
    Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
    lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
    hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
    Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
    pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
    -- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
    Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour.  337


FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855)                                               348


VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

  Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
    -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
    -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
    Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
    pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
    Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
    l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
    plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
    -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
    population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
    l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.      353


EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

  Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets.              369

  Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
    forêt de Saou. -- Le col de la Cochette.                       385


EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

  La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
    Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
    de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
    des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
    habitants.                                                     402


LISTE DES GRAVURES.                                                417

LISTE DES CARTES.                                                  422

ERRATA.                                                            427



[Illustration: Pigeonnier près d'Ispahan.--Dessin de M. Jules
Laurens.]



VOYAGE EN PERSE,

FRAGMENTS

PAR M. LE C{te} DE GOBINEAU[1].

1855-1858

DESSINS INÉDITS DE M. JULES LAURENS[2].

         [Note 1: M. le C{te} A. de Gobineau, premier secrétaire
         de la dernière ambassade française en Perse, est auteur d'un
         volume intitulé: _Trois ans en Asie_ (de 1855 à 1858) (Paris,
         Hachette). C'est à cet ouvrage estimé que nous empruntons,
         avec l'autorisation de M. de Gobineau, les pages qui
         suivent.--Nous croyons devoir rappeler que MM. Eugène Flandin
         et Pascal Coste ont publié depuis 1851: un _Voyage en Perse_
         (fait en 1840 et 1841); les _Monuments de la Perse ancienne_
         et les _Vues pittoresques de la Perse moderne_ (Paris, Gide
         et Baudry).]

         [Note 2: M. Jules Laurens, attaché par les ministères de
         l'intérieur et de l'instruction publique, comme peintre, à la
         mission en Orient de feu X. Hommaire de Hell, est parti de
         France pour l'Italie, la Grèce, la Turquie, les principautés
         danubiennes, et la Russie méridionale, en mai 1846; il a
         voyagé en Perse depuis le 6 novembre 1847 jusqu'au 15 mars
         1849, et est rentré en France en juillet 1849.]


     Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
     Tchéar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
     roi Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
     Zend-è-Roud.

..... À une heure de la ville, nous vîmes de loin apparaître le
gouverneur, Tchéragh-Aly-Khan, sur un cheval turcoman blanc,
superbement harnaché. Lui-même était vêtu d'un djubbèh ou robe
couverte de cachemire, et à sa ceinture brillait un poignard enrichi
de pierreries. Il s'arrêta d'abord pour faire ses compliments aux
dames[3], ce qui nous parut extrêmement civilisé, et s'informa de leur
santé avec beaucoup de grâce, puis, continuant sa route, arriva
jusqu'à nous. Il y avait devant nous un état-major nombreux d'employés
militaires et civils, beaucoup d'artilleurs, beaucoup de ghoulams
(cavaliers d'escorte), bref, toute une cavalerie qui s'étendait à
perte de vue sur deux ou trois lignes, et formait véritablement un
spectacle d'une variété et d'une richesse merveilleuses.

         [Note 3: M. de Gobineau dit ailleurs que le groupe
         européen se composait, sans parler de sa famille et de lui,
         «du ministre, de deux secrétaires de la mission, d'un
         attaché, de deux drogmans, d'un peintre, d'une femme de
         chambre tourangelle, de cinq domestiques.»]

Tchéragh-Aly-Khan est un fort bel homme, d'une figure intelligente et
distinguée, et de la plus noble politesse. Après avoir rendu ses
devoirs au ministre, il commença la conversation avec aisance et
facilité, ce qui ne l'empêchait pas, tout le long du chemin, de voir
ce qui se passait, et de donner de temps en temps des ordres qui
s'exécutaient immédiatement sans cris et sans trouble. Par son
origine, il appartient à une tribu nomade des environs de Kermanschah,
et comme cette tribu est ancienne, il est bien né. Mais la fortune ne
l'avait pas traité d'abord aussi bien que la naissance, de sorte qu'il
se trouva lancé dans la vie avec beaucoup d'intelligence, d'esprit,
d'ambition, et pas un sou. Il prit le parti que prennent tous ses
compatriotes dans d'aussi graves conjonctures, il quitta son pays pour
voyager, et devint domestique. Sa bonne étoile le fit entrer en cette
qualité au service de Mirza-Taghy-Khan, alors membre persan de la
commission de délimitation des frontières turco-persanes. Il remplit
auprès de ce personnage les fonctions de sa charge, qui consistaient
principalement à tenir le kalian (pipe d'eau); mais il trouva moyen de
se faire connaître comme valant mieux que son emploi, et rendit des
services qui appelèrent sur lui l'attention de son maître. Quand
celui-ci devint premier ministre à l'avènement du roi actuel,
Tchéragh-Aly-Khan fut élevé à une charge publique, et s'en acquitta
avec beaucoup de distinction. Après la chute de son protecteur, il
resta au service du roi, et nous le trouvions gouverneur d'Ispahan,
c'est-à-dire à la tête d'une des plus grandes provinces de l'empire.

Tout en marchant de la sorte en grande ordonnance, nous sortîmes de la
montagne et nous aperçûmes la ville au fond d'un amphithéâtre ouvert
du côté du nord et de l'est, mais entouré de hautes montagnes vers
l'ouest et le sud: ce premier coup d'oeil est très-beau. Ispahan se
présente environné de jardins et tout rempli de bouquets d'arbres que
dominent les dômes d'un assez grand nombre de monuments. Mais au lieu
de regarder en l'air, nous eûmes bientôt assez à faire de regarder à
nos pieds. La foule devenait énorme; toute la population était sortie
à notre rencontre; elle avait infiniment meilleure mine, et paraissait
beaucoup moins frondeuse et moins triste qu'à Schyraz. Nous marchions
dans des chemins abominables, ou plutôt dans un réseau de sentiers,
les uns bas, les autres élevés, tous défoncés. Un lièvre partit dans
nos jambes, à la grande satisfaction des gens du peuple et des
ghoulams, dont plusieurs, malgré la gravité de la circonstance, ne
résistèrent pas à la tentation, et coururent après.

Puis, nous franchîmes la porte, et là nous nous trouvâmes dans les
champs cultivés, car cette porte s'ouvre sur un quartier qui n'existe
plus que par ses ruines, au milieu desquelles poussent maintenant des
légumes et des fruits. Nous arrivâmes au Zend-è-Roud, fleuve fameux où
il y a, je crois, un peu plus d'eau l'été que dans le Manzanarès, mais
guère davantage. Seulement il a la gloire de déborder en hiver et de
se permettre quelquefois d'assez grands dégâts. Nous le passâmes sur
un pont d'une architecture curieuse, et pas en trop mauvais état (voy.
p. 21), puis nous entrâmes dans une longue avenue de platanes, avenue
célèbre qui conduit au Tchéhar-Bâgh, et c'est dans cette réunion de
palais que nous mîmes pied à terre. Nous étions logés dans un des plus
beaux et des plus commodes, l'Imarêt-è-Sadr.

Ispahan est sans doute assez délabré. De six à sept cent mille
habitants qu'il avait au dix-septième siècle, il n'en compte
maintenant, dit-on, que cinquante à soixante mille; partant, les
ruines y abondent, et des quartiers tout entiers ne montrent que des
maisons et des bazars écroulés, où à peine quelques chiens errants se
promènent. Tout a frappé cette ville depuis l'époque qui a mis fin à
sa splendeur. Être prise d'assaut par une armée afghane est assurément
une calamité au premier chef, et traverser toutes les phases de
l'anarchie et de la guerre civile est peu propre à rien réparer.
Malgré de telles destinées, Ispahan est encore une merveille. Cette
réunion de palais, qu'on nomme le Tchéhar-Bâgh, et où nous étions
logés, est probablement un lieu unique dans le monde; il n'est que la
Chine dont les résidences impériales, avec leurs vastes jardins et
leurs constructions multipliées, doivent peut-être beaucoup y
ressembler. Je ne fais pas cette comparaison au hasard. Le style des
plus anciens monuments d'Ispahan, l'ornementation, les peintures,
portent le cachet évident du goût chinois, et rappellent les relations
étroites que la conquête mongole et ensuite le commerce avaient créées
entre les deux empires. Les longues avenues de platanes que décrit
Chardin ont beaucoup souffert certainement, mais ce qui en reste porte
témoignage de la beauté parfaite de ce qui a disparu. Le Tchéhar-Bâgh
en contient encore de belles rangées qui sont comme un boulevard
magnifique bordé de monuments dignes des arbres, et interrompues de
distance en distance par de grands bassins d'eau formant autant de
ronds-points. Le milieu des avenues est dallé, et, suivant l'usage des
jardins persans, s'élève d'un pied environ au-dessus du sol, couvert
de grandes herbes et de rares fleurs. Où l'on aperçoit bien que cette
magnificence n'est plus que l'ombre du passé, c'est d'abord dans la
solitude profonde de ces avenues que la population actuelle a
désertées, et que d'ailleurs elle ne suffirait pas à remplir. Puis les
eaux sont stagnantes dans les bassins où jadis elles couraient vives
et fraîches; enfin, au lieu des jardins qui longeaient des deux côtés
la chaussée principale et la séparaient des deux petites chaussées
établies le long des bâtiments, on ne voit presque plus que des
herbes, comme je l'ai dit, poussant désordonnées, et laissant encore
apparaître ça et là quelques têtes de vieux arbustes à demi morts.
Enfin les dalles de la chaussée sont en grande partie brisées ou ont
disparu. Malgré cette désolation, il y a bien de la grandeur et de
l'élégance dans ces restes du Tchéhar-Bâgh.

[Illustration: CARTE de la PERSE pour servir à l'intelligence du
voyage fait de 1855 à 1858 par le Cte. DE GOBINEAU.--Dressée par A.
Vuillemin.]

Plusieurs des édifices qui longent ce boulevard sont cependant en bon
état. Ils ont échappé à la destruction et on les voit aussi jeunes que
jamais. Il en est ainsi du collége appelé _collége de la Mère du roi_
et fondé par une princesse Séfévy. Ce monument merveilleux a même
conservé, et c'est presque un miracle, sa porte couverte de lames
d'argent ciselées. Autant que je me le rappelle, celui qui a accompli
ce beau travail a écrit son nom dans un coin, et il était de Tébryz.
On ne peut rien admirer de plus élégant que cette orfévrerie
grandiose. Les dessins se composent d'enroulements de feuillages et
d'inscriptions arrangées à la façon arabe, c'est-à-dire de manière à
fournir le principal motif d'ornementation. Je regrette de ne pas me
souvenir du nom de l'auteur de cette oeuvre pleine de goût et de
talent. Il faut dire aussi que l'artiste travaillait pour une personne
qui voulait témoigner grandement de son respect pour la science.

La princesse qui fit faire cette porte et le collége où nous allons
entrer, se proposa de créer pour l'étude et la méditation un lieu
d'asile où rien ne pût les troubler. Elle voulut que les yeux
satisfaits laissassent à l'âme une pleine liberté et tinssent
l'intelligence en joie. Par la splendeur de la porte qui devait
conduire dans le sanctuaire, elle indiquait dès l'abord quel lieu
charmant son collége devait être.

En effet l'entrée n'annonce rien de trop; quand on l'a franchie, on se
trouve dans un petit préau dallé, où se tiennent des marchands de
fruits et des kalians, toujours à la disposition des maîtres et des
étudiants. De grands arbres projettent leur ombre sur l'arcade de la
porte et sur les amoncellements de pêches, d'abricots, de melons, de
pastèques et les monceaux de glace qui remplissent ce vestibule
ouvert. De là on pénètre dans un grand jardin carré, formé de quatre
massifs où dominent d'immenses platanes entourés de rosiers et de
jasmins non moins énormes dans leur espèce. À l'extrémité des allées
se présentent trois portes colossales qui donnent accès dans de vastes
salles couvertes d'un dôme. Elles sont flanquées chacune de deux
petits minarets terminés aussi en dôme, et le tout est revêtu d'émail
bleu, brodé d'inscriptions koufiques et d'arabesques noires, blanches
et jaunes. Pour se faire quelque idée de ses portes, il faut savoir
que leur hauteur égale celle de nos plus hauts portails. Les quatre
angles qui les réunissent sont formés de quatre corps de logis
également revêtus d'émaux, mais beaucoup plus bas que les portes, et
percés, comme des ruches d'une infinité de cellules. C'était là que,
sans rétribution aucune, on logeait les étudiants accourus de toutes
les parties du monde musulman pour entendre les savants professeurs;
et une fois par semaine, la fondatrice venait, accompagnée de ses
femmes, prendre le linge des habitants du collége et en apporter
d'autre. Elle avait soin aussi de se faire rendre compte de tous les
besoins de ses hôtes, voulant expressément qu'aucun souci, aucun ennui
ne pût les distraire du but qu'ils avaient assigné à leur vie; et elle
s'était donné pour tâche de leur en faciliter la poursuite autant
qu'il était en elle. On ne peut s'imaginer, sans l'avoir vu, quel
bijou est ce collége de la _Mère du roi_ (voy. p. 24). C'est un vase
d'émail, c'est un joyau au milieu des fleurs. Je comprends à merveille
qu'on puisse s'y livrer avec passion à la vie contemplative; mais
c'est bien le plus mauvais endroit du monde pour se convaincre que les
biens terrestres ne sont rien; on dirait qu'il a été bâti pour prouver
le contraire. Dans tous les cas, c'étaient et ce sont encore d'heureux
savants que ceux dont l'existence s'écoule dans cet aimable séjour.
Comme je l'ai dit en commençant, ce collége est en son entier, il n'y
manque pas une brique; et quand on songe que tous les monuments
d'Ispahan ont été un jour dans cet état parfait, on est comme ébloui
d'une telle idée.

Il ne faut cependant pas s'imaginer qu'il y ait jamais eu un moment où
cette grande capitale ne renfermât pas de ruines. Ce n'est pas une
chose possible en Asie. Dans les contes qui nous parlent de Bagdad au
temps des khalifes abbassides, à l'époque d'Haroun Arraschyd lui-même,
il est question de quartiers ruinés, compris dans les limites d'une
cité qui n'avait pas alors d'égale dans le monde musulman ni chrétien,
à l'exception de Constantinople et d'Alexandrie. Shah-Abbas le Grand
lui-même, si jaloux de la beauté de sa grande ville et qui l'embellit
de tant de merveilles, s'il fut un infatigable constructeur de palais,
de caravansérails, de mosquées et de colléges, se soucia peu de
relever les édifices de ses prédécesseurs. Seulement il est clair que,
de son temps, les monuments debout dépassaient en nombre ceux qui se
dégradaient, et que les maisons en construction ou nouvellement
construites l'emportaient sur celles qu'on laissait s'écrouler.

Il ne faut pas non plus se plaindre trop amèrement des ruines, quand
toutefois elles sont contenues dans de certaines limites. Leur
présence fait partie nécessaire de la physionomie d'une cité persane,
et je n'ai pas, au point de vue du goût, un culte si passionné pour la
régularité, la symétrie et la belle ordonnance, pour les alignements
corrects, les trottoirs bien raccordés et les coins de rue
irréprochables, que je sois en droit de pousser des soupirs bien
profonds à la vue de quelques bâtiments écroulés.

La mosquée du roi est grande et noble. Son dôme d'émail bleu travaillé
d'arabesques jaunes à grands ramages est d'une rare magnificence.
Cependant le voisinage de la place ou meydan lui fait du tort. Ce
grand quadrilatère est si étendu, que tous les monuments qui le
bordent, et la mosquée du roi comme les autres, semblent petits. C'est
là que se donnaient, sous les Séfévys, et que se donnent encore
aujourd'hui, mais avec beaucoup moins de splendeur, les fêtes
publiques. Les rois, comme Shah-Abbas, assistaient aux solennités du
haut d'une porte immense, appelée Aly-Kapy. C'est un belvédère de
dimensions colossales, où pouvaient tenir toute la cour, les grands
officiers, les grands moullahs, les envoyés étrangers, les chefs des
tribus nomades.

De cette vaste tribune on découvre non-seulement la cité, mais toute
la campagne aux environs. C'est d'un aspect grandiose. Rien ne
m'étonna autant, parmi les tableaux et les objets variés qui
s'étendaient de toutes parts, que de voir, autour du dôme de la
mosquée royale, certains grands échafaudages qui y avaient été
attachés. L'explication qu'on m'en fit acheva de me confondre. Le roi
a ordonné, il y a plusieurs années, de réparer cette mosquée et de lui
rendre sa magnificence première. C'était la seule fois où l'on eût
parlé de restaurer des monuments, et c'est une pensée qui fait
d'autant plus d'honneur au roi, qu'elle est tout à fait nouvelle dans
son pays. Mais malheureusement l'exécution rentrait un peu trop dans
les habitudes nationales. Les mandataires royaux avaient bien fait
élever des échafaudages, mais on ne travaillait pas; seulement on
touchait régulièrement les sommes allouées. Probablement on les touche
encore et on les touchera longtemps après que la mosquée n'existera
plus.

[Illustration: Pont d'Allah-Yerdi-Khan sur le Zend-è-Roud, à
Ispahan.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Les palais d'Ispahan ont été décrits trop de fois pour que j'y
revienne. Je remarquerais seulement que le Tchéhèl-Soutoun, ou les
Quarante-Colonnes, un des plus anciens et des plus splendides, est
doublement intéressant comme offrant les exemples les plus frappants
de l'appropriation du goût chinois à l'ornementation persane, et
contenant les peintures les plus remarquables qu'on puisse voir en
Perse (voy. p. 25). Sur le premier point, il y a beaucoup d'intérêt
pour l'histoire de l'art à observer comment les artistes des Séfévys
s'y sont pris pour associer des motifs d'architecture et un certain
style d'arabesques empruntés au palais de Nanking, avec ce que la
haute antiquité leur avait traditionnellement livré de sujets
assyriens et perses. L'effet est extrêmement riche et heureux, et
c'est là qu'on peut s'assurer plus pleinement qu'ailleurs de cette
grande vérité, qu'en fait d'art, les Persans d'aucun temps n'ont
jamais rien inventé, mais qu'ils ont su tout prendre, tout garder, ne
rien oublier, et fondre leurs acquisitions dans un ensemble si
heureusement lié, qu'il a l'air de leur appartenir, et qu'on en
jurerait, si l'analyse ne venait démontrer le contraire. Ce que les
Persans ont possédé au plus haut degré, c'est l'esprit de
compréhension, la puissance de comparaison, et une sorte de critique
qui leur a permis de combiner avec bonheur des éléments parfaitement
étrangers les uns aux autres. Je suis persuadé que c'est en étudiant
les procédés de l'art persan que l'on arrivera à comprendre beaucoup
de choses encore aujourd'hui parfaitement inconnues en ces matières.
En se plaçant sur ce terrain, on pourrait pénétrer bien des mystères
de l'origine de l'art byzantin et de l'art sarrasin. La Perse est
comme un foyer où les idées et les inventions des pays et des pensées
les plus lointains sont venues se confondre. À lui seul, le
Tchéhèl-Soutoun me paraît fournir bien des révélations.

Pour ce qui est de la peinture, les grandes fresques murales qu'on y
remarque, et qui représentent surtout des batailles, sont d'une beauté
incontestable comme couleur. Pour le dessin de l'agencement des
figures, c'est à peu près complètement le style de nos plus anciennes
tapisseries, ou, pour mieux dire, nos plus anciennes tapisseries se
sont faites d'après ce style-là. J'en verrais volontiers la source
dans les oeuvres de la basse époque sassanide. Ce temps a encore un
droit de paternité sur ce travail maigre et sec, mais de paternité
malheureusement éloignée, et jamais, depuis le troisième siècle de
notre ère, on n'a revu dans l'Asie centrale les oeuvres grandioses et
magnifiques qui ont illustré le règne des premiers descendants
d'Ardeschyr. Telles qu'elles sont, cependant, les peintures du
Tchéhèl-Soutoun ne sont pas méprisables, et on en tiendra grand compte
lorsqu'on aura compris à quel point l'histoire de l'art asiatique, et
je dis l'histoire moderne tout autant que l'histoire antique, est
indispensable et de première nécessité pour l'histoire de l'art
européen.

Toujours au point de vue critique, je signalerai encore à Ispahan un
petit palais qui emprunte à la date de sa construction un intérêt
particulier. Ce palais est moderne. Il existe dans le Tchéhar-Bâgh
depuis une quinzaine d'années environ, et c'est un vrai bijou. Il
contient une salle carrée, éclairée par en haut, formée d'une galerie
circulaire soutenue par des colonnes plaquées de miroirs ajustés en
losanges, ayant au centre un bassin d'albâtre oriental garni d'une
quantité de jets d'eau à filets très-minces, et le tout orné des
peintures, des sculptures en bois, des émaux ordinaires. Dans le plan,
cet édifice est irréprochable. Il reproduit les meilleurs modèles du
seizième et du dix-septième siècle, qui sont restés les prototypes de
l'art national. Seulement, dans l'exécution des détails, on sent
partout que les constructeurs du palais n'ont eu à leur disposition
que des ouvriers adroits, et point d'artistes véritables. La faute en
est à la pauvreté actuelle du pays, qui ne permet pas souvent
d'entreprendre rien de semblable. Il en résulte que peu de gens
habiles peuvent se former, faute d'occasions. Mais le seul fait que de
nos jours on a pu imaginer et créer cette jolie résidence, prouve
suffisamment que le goût n'est pas mort, et que si la situation
présente se soutient et que les fortunes puissent suivre le mouvement
ascendant qu'on remarque en toutes choses, dans une cinquantaine
d'années les bons artistes auront reparu, si toutefois la rage de
l'imitation européenne et d'avoir des appartements soi-disant à notre
mode ne vient pas tout gâter, ce dont il ne faudrait pas jurer.

Nous ne fûmes pas tellement absorbés par l'admiration du Tchéhar-Bâgh
que nous ne prissions aussi le temps d'aller à Djoulfâ. Nous avions
des raisons de premier ordre pour visiter ce faubourg où Schah-Abbas
le Grand avait établi les Arméniens attirés par lui en Perse et
auxquels il accorda de grands priviléges. Nous devions rendre nos
devoirs à Mgr Tylkyan et également au délégué du patriarche
schismatique.

Nous passâmes donc le pont du Zend-è-Roud, avec lequel nous avions
déjà fait connaissance à notre arrivée, et nous nous rendîmes dans
l'ancien couvent des jésuites français. Le gouvernement des Séfévys
avait été très-généreux à l'égard de ces missionnaires. Il leur avait
accordé des maisons et des jardins où les bons pères pratiquaient,
avec leur intelligence ordinaire, d'excellentes méthodes de culture.
Quand les malheurs qui ont accablé la Perse pendant le siècle dernier
se furent déchaînés sur Ispahan, la mission en souffrit naturellement.
Son influence fut perdue. Le désordre du temps rendait sa situation
difficile; elle cessa de se recruter. D'autre part, la population
chrétienne qui l'entourait et qui était uniquement composée
d'Arméniens, fut dispersée. Tout périt. L'établissement fondé avec
tant de peine disparut. Mais l'équité veut aussi qu'on remarque bien
que les musulmans ne souffraient pas moins que les chrétiens au milieu
de cette épouvantable anarchie, et, si Djoulfâ était frappé, Ispahan
n'était pas en meilleur état. Enfin, la dynastie actuelle rétablit la
paix, et, avec la paix, les envoyés de la propagande revinrent. Ils
retrouvèrent les biens des jésuites. On les leur laissa prendre sans
difficulté. Un petit troupeau assez faible se reforma autour d'eux, et
aujourd'hui ils végètent, fort pauvres, mais tout à fait libres. Ce
sont, comme je l'ai dit, des Arméniens catholiques ne sachant aucune
langue européenne. Ils ignorent même le persan, et communiquent avec
les autorités locales au moyen du turc. J'ai vu, entre leurs mains,
l'ancienne bibliothèque des pères jésuites, qui m'a semblé
intéressante, et j'ai regretté que le temps m'ait manqué pour la
visiter en détail. Je dois avouer, à ma honte, que mes vénérables
conducteurs ne paraissaient pas fort tranquilles sur mes intentions,
et désiraient visiblement que j'abrégeasse mon séjour dans ce
sanctuaire mystérieux. Ils ne savaient pas ce que contenaient ces
volumes rangés sur deux tablettes depuis tant d'années sans que
personne les eût jamais ouverts, mais ils se considéraient comme
responsables du dépôt et n'aimaient pas à le laisser voir.


     Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie.

Tchéragh-Aly-Khan et notre Mehmandar[4] nous annoncèrent qu'ils
voulaient nous donner un dîner; mais, pour nous éviter la gêne des
habitudes persanes, trop nouvelles pour nous, ils avaient l'intention
de se régler sur notre mode. La chose convenue ainsi, on dressa le
couvert au milieu du talar de notre palais. Bien qu'il dût y avoir une
vingtaine de convives, la longue table se perdait dans l'immense
espace. Comme d'ordinaire, le devant du théâtre était ouvert, soutenu
par deux hautes colonnes peintes de couleurs vives; le grand voile
d'usage, blanc, à dessins noirs, s'étendait en abat-jour sur la partie
du jardin la plus rapprochée; nous avions vue sur un grand bassin
d'eau courante et sur des massifs de platanes; de nombreux serviteurs
bigarrés, vêtus, armés chacun suivant son caprice, et quelques-uns
portant un arsenal complet, se tenaient par groupes au bas de la
terrasse, ou circulaient dans le talar avec les plats, les kalians, ou
bien servant.

         [Note 4: Personnage chargé par le gouvernement persan
         d'escorter ambassade pour lui faire honneur.]

La table avait été arrangée, avec l'aide de nos domestiques européens,
un peu à la mode d'Europe, beaucoup à la façon persane: la ligne du
milieu était occupée par une forêt de vases, de coupes, de bols de
cristal bleu, blanc, jaune, rouge, remplis de fleurs; il y avait des
fleurs partout; il y en avait à profusion. Pour nous, cet
amoncellement de couleurs variées et désordonnées était un peu
nouveau, mais non sans élégance; pour nos hôtes, la nouveauté
consistait dans les cuillers et les fourchettes qui les attendaient et
dont ils allaient faire l'épreuve. Ce dîner fut très-amusant: j'avais
à côté de moi deux Persans, un frère d'Aly-Khan et un Ispahany; ils
s'escrimaient de leur mieux à saisir quelque chose dans leur assiette
avec les instruments inconnus dont on les avait gratifiés, et se
complimentaient mutuellement lorsqu'ils avaient réussi à porter un
morceau à leur bouche sans se piquer, ou même en se piquant. Ainsi que
le prescrivaient les lois de la politesse, ils s'exclamaient à qui
mieux mieux sur les avantages de notre méthode, sur ses mérites
infinis, et sur la facilité avec laquelle ils la pratiquaient.
Certains mets leur paraissaient surtout excellents, et parmi ceux-ci
ils remarquèrent la moutarde: l'un d'eux en remplit son assiette et
déclara qu'il n'avait jamais rien mangé de si bon. Comme, en somme,
leur dîner se passait en une sorte de gymnastique qui ne devait pas
les nourrir beaucoup, je les engageai tout bas à ne pas pousser la
politesse plus loin et à se servir à leur guise, pour ne pas sortir de
table affamés; ils firent beaucoup de façons, mais enfin ils
adoptèrent un moyen terme: tenant de la main gauche leur fourchette en
l'air, ils saisirent les morceaux avec la main droite, et remarquèrent
que de même que la France et la Perse ne pouvaient que gagner à leur
mutuelle amitié et à leur union, de même, en combinant les deux
manières de procéder, on arrivait à la perfection. Ce qui est certain,
c'est qu'ils dînèrent.

Au milieu du repas, on entendit un bruit argentin comme celui de
petites sonnettes, et l'on vit entrer quatre jeunes garçons, habillés
en femmes, avec des robes roses et bleues semées d'oripeaux; c'étaient
des danseurs: ils portaient les cheveux longs, tombant sur les épaules
et couverts de ces petites calottes dorées, appelées _araktjyns_,
qu'on peut voir sur toutes les peintures persanes à sujets féminins.
Ces danseurs n'étaient pas très-habiles, sans doute; mais je n'avais
pas de point de comparaison, et ce spectacle me parut très-intéressant.
On peut dire des Asiatiques, en général, qu'ils sont gracieux dans
leurs mouvements. Pour les Persans surtout, c'est vrai, et
particulièrement chez les enfants. Une des danses qu'on exécuta
s'appelle la _hératy_, et s'accompagne d'un air portant le même nom et
qui a beaucoup d'agrément; les musiciens, suivant l'usage, s'étaient
assis par terre, dans un coin; l'un jouait d'une espèce de mandoline
appelée _târ_, l'autre du dombeck, ou petit tambour à main, enfin un
troisième du centour, instrument qui consiste en une série de cordes
ajustées sur une table, et d'où l'on tire avec de petites baguettes
des sons assez semblables à ceux de la harpe. Après la _hératy_, ce
que nous vîmes de mieux, c'est une sorte de pantomime rhythmée, qu'on
pourrait intituler _la Journée d'une élégante_. La jeune femme débute
par se quereller avec son mari, puis elle a de l'humeur, puis elle
boude, puis elle s'habille pour sortir, puis elle entre chez une de
ses amies, à qui elle rend visite. On peut deviner que c'était un
thème à déployer beaucoup de coquetterie d'allures et de gentillesse.
Le jeune danseur chargé de ce rôle, ne s'en tira pas trop mal.

Après les danseurs vinrent les farces. Une troupe de comédiens joua
des scènes populaires en patois d'Ispahan. On fut obligé de corriger
et d'abréger beaucoup, car ces espèces de saynètes, qui représentent
d'ordinaire les ruses des moullahs, les concussions des juges, les
perfidies des femmes, les coquineries des marchands et les querelles
de la canaille, sont composées avec une verve qui ne ménage rien et
que rien n'arrête. Je doute que les tréteaux de Tabarin aient approché
de cette liberté, et les plus virulents chapitres de Rabelais sont de
l'eau de rose en comparaison. Cette fois, Tchéragh-Aly-Khan ne permit
pas à la vivacité des acteurs de se donner carrière, et lorsqu'il les
voyait s'échauffer et s'animer un peu, il intervenait; de sorte que
tout resta dans les limites de la convenance. En somme, la soirée fut
charmante, et nous fûmes très-satisfaits du dîner et du divertissement
persans.

[Illustration: Collége de la Mère du roi, à Ispahan (voy. p.
20).--Dessin de M. Jules Laurens.]


     Les habitants d'Ispahan.

Les habitants d'Ispahan, sans être tout à fait aussi mal famés que les
Schyrazys, ne jouissent pas non plus d'une réputation très-brillante.
On dit la lie du peuple de cette ville une des plus mauvaises de
l'empire. Elle fournit à toutes les autres cités les plus rusés et les
plus voleurs des courtiers. Pour exprimer leur opinion sur ce sujet,
les Persans rapportent un _hadys_, une tradition sacrée dont
l'authenticité n'est pas d'ailleurs à l'abri de toute critique. Son
Altesse le Prophète, racontent-ils (Que le salut de Dieu soit en lui
et qu'il soit exalté!), dit un jour: «O Seigneur du monde, faites que
Bahreyn soit ruinée et qu'Ispahan prospère!» Il indiquait par là que
Bahreyn étant une ville habitée par des gens bons et vertueux, il
était à souhaiter qu'elle disparût pour que sa population se répandît
dans le reste de l'univers et y portât l'exemple et la contagion de
ses mérites. Mais Ispahan, au contraire, laissant beaucoup à désirer,
quant aux qualités de ses habitants, il était bon que ceux-ci se
confinassent chez eux, et, contents de leur prospérité, n'allassent
pas troubler le monde.

Il y a à Ispahan beaucoup de gens instruits dans tous les genres, des
marchands riches ou aisés, des propriétaires qui vivent en rentiers et
ne recherchent pas les emplois publics, enfin tout un fonds
d'existences calmes, tranquilles et honnêtes, qui est comme le reflet
de l'ancienne splendeur de la capitale des Séfévys. À beaucoup
d'égards, mais en plus grand, je crois que l'on pourrait comparer
Ispahan à Versailles.

Je garde à cette cité déchue un très-tendre souvenir. Elle n'est pas
belle comme le Caire, mais délicieuse comme un rêve, et si elle n'a
pas le sérieux et la majesté grave d'une ville construite en pierres
de taille, il faut convenir que ces immenses édifices peints, dorés,
couverts d'émaux, ses murs bleus ou à grands ramages, qui reflètent
les rayons du soleil, ses vastes bazars, ses jardins immenses, ses
platanes, ses roses, en font le triomphe de l'élégant et le modèle du
joli. Ispahan n'a pu être conçu et exécuté que par des rois et des
architectes qui passaient leurs jours et leurs nuits à entendre
raconter de merveilleux contes de fées.

[Illustration: Une peinture indienne dans le palais des
Quarante-Colonnes, à Ispahan (voy. p. 20).--Dessin de M. Jules
Laurens.]

Il n'est jamais agréable de laisser un lieu où l'on est bien, mais il
est plus désagréable encore de passer de ce bon logis dans un autre
plus mauvais. En quittant Ispahan, nous allions constater par
nous-mêmes la distance qui sépare les monuments de sa grandeur des
ruines de sa décadence.


     D'Ispahan à Kaschan.

Le jour de notre départ nous ne fîmes que trois heures de marche,
d'après le principe immuable qu'on ne doit jamais s'éloigner beaucoup
au premier début d'un voyage.

La marche du lendemain fut aussi peu attrayante que celle de la
veille. Jamais je n'ai vu désert si laid. Le ciel était couvert et le
vent du sud-est, qui nous poursuivait, ne nous laissait ni la liberté
de parler sans étouffer, ni la possibilité de nous entendre. Nous
eûmes donc cinq heures de route fort désagréables. La nuit le fut plus
encore. L'air était si singulièrement rafraîchi sur les hauteurs où
nous nous trouvions, qu'enveloppés dans des couvertures de laine et
des vêtements ouatés, nous étions transis de froid; pour comble
d'agrément, le vent, ayant redoublé de furie, faisait un vacarme tel
sous les tentes, que nous nous attendions à chaque instant à les voir
emportées. Ce qui ne se réalisa pas pour nous arriva à nos Kavas
arabes. Au petit jour, leur abri leur tomba sur la tête et on les tira
avec peine de dessous l'amas de toile qui les étouffait. Pour
s'habiller, il fallut poursuivre dans la plaine les vêtements dont le
vent s'était emparé. Un des membres de la caravane fit le bonheur
général par son obstination à rattraper à la course un faux-col que
l'aquilon ne voulait pas lui rendre.

Décidément, il faisait moins que chaud, même de jour. Nous étions
transportés soudainement dans un climat du Nord. Il n'y avait pas
d'ailleurs trop à s'en plaindre. Les chevaux n'en marchaient que
mieux. Après six heures, nous arrivâmes à Soôu et nous nous aperçûmes
tout d'abord que notre veine d'infortune était épuisée pour quelque
temps. C'est une charmante petite ville avec des constructions à
plusieurs étages et un beau caravansérail. Le pays est très cultivé
très-boisé.

Presque au sortir de Soôu, nous rencontrâmes la grande caravane
d'Ispahan à Téhéran qui, changeant ses allures ordinaires, celles
d'une sage lenteur, se mit à notre pas et ne nous quitta plus. Tout
cela était irrégulier et avait besoin d'explications. Voici ce qui
arrivait.

Le gouverneur d'Ispahan, Tchéragh-Aly-Khan, avait reçu l'annonce de
son rappel. Il allait quitter sa ville, et ses bagages, confiés à la
caravane, avaient été expédiés sur Téhéran. Mais, à peine parvenu à
Gyat, cette caravane avait appris que deux cents cavaliers bakthyarys
s'étaient réunis dans la montagne pour fêter les bonnes prises que le
ciel leur adressait: d'une part, un envoyé européen avec des caisses
de cadeaux destinés au roi.... et l'imagination, Dieu merci, pouvait
se donner carrière sur la richesse de ce contenu! et de l'autre, les
dépouilles du gouverneur d'Ispahan, sans compter les menus suffrages
représentés par les biens des marchands de la caravane. Notre
Mehmandar, heureusement, avait été également prévenu; et c'était là le
motif de ses préparatifs militaires. À Soôu, on avait craint d'être
attaqué la nuit, et l'on avait retenu le matériel des tentes afin de
tout escorter ensemble; sur la route, même de jour, on redoutait une
embuscade. Enfin nous arrivâmes à Kohroud sans avoir vu l'ennemi. Les
Bakthyarys, informés de la bonne tenue de notre monde, reconnurent que
l'affaire pourrait être plus chaude que fructueuse, et s'en
retournèrent chez eux. Une fois à Kohroud, il n'y avait plus de
risques à courir; on se trouvait hors du rayon de leurs courses.

Le pays que nous traversâmes avait été réellement créé par la nature
pour les expéditions du genre de celle dont nous avions été menacés.
Ce n'est que défilés, descentes, montées, passages rudes et étroits.
Plusieurs fois, nous nous trouvâmes mêlés aux gens de la caravane, qui
croyaient ne pouvoir se tenir trop près de nous. On y voyait des
moullahs sur des ânes, des femmes voilées dans des paniers, des
marchands, des gens de toute sorte sur leurs chevaux. Pendant ce
temps, et malgré la gravité des circonstances, Aly-Khan chassait au
faucon, ce qui était aussi une manière d'observer le terrain. Il prit
quelques perdrix. Nous mîmes pied à terre et nous fîmes une partie du
chemin en marchant, remarquant et cueillant au milieu des rochers et
des pierres de la route toutes sortes d'herbes et de plantes
aromatiques. Nous avions avec nous un enfant arabe d'une dizaine
d'années, Azoub, joli et bien élevé, fils d'un négociant de Bagdad. Il
donnait la main à ma fille, l'aidait dans les petites difficultés du
chemin, en cherchant à causer avec elle. C'étaient des mots français
coupant des phrases arabes, et des rires d'oiseaux connus des enfants
de tous les pays. Ainsi nous arrivâmes à Kohroud.

Toute cette journée avait été très-fraîche. Les Persans, avec leur
amour immodéré pour le froid, étaient enchantés et nous vantaient
Kohroud. Sans nous insurger contre cette opinion, nous en tirions des
pronostics douteux pour le repos de la nuit, et nous eûmes
malheureusement assez raison, car toutes les précautions possibles
furent impuissantes contre la rigueur de la température. Aussi le
signal du départ ne nous trouva pas récalcitrants, et, tout transis,
nous montâmes à cheval, enchantés de nous éloigner de cette zone
glaciale.

Après trois heures de marche employées à tourner dans une espèce de
labyrinthe descendant qui nous conduisait hors des montagnes, nous
débouchâmes à l'entrée d'une plaine sans limites, vaste désert couvert
de cailloux, où nous fûmes pris à partie par un soleil des tropiques.
L'air était pour ainsi dire enflammé. On voyait miroiter l'atmosphère,
comme il arrive vers la fin d'un bal, quand les bougies brûlent sans
que la flamme remue. Mais il n'y avait pas à se plaindre, tout se
passait suivant la règle: nous étions dans la plaine de Kaschan, un
des lieux les plus brûlés et les plus brûlants de l'Asie. Pour
distraction, nous avions à chercher des yeux la grande production du
pays, les scorpions, et, en effet, on en voyait quelques-uns se
promenant entre les pierres qui leur servaient de domicile.

Ainsi éprouvés par un changement de température beaucoup plus complet
que nous ne l'avions désiré, nous sûmes d'abord un gré très-médiocre
au Mehmandar et au gouverneur de Kaschan, Mirza-Ibrahim-Kan, d'une
attention délicate dont le premier acte consista à nous faire faire
neuf heures de marche sous l'oeil de ce soleil. À la vérité, ce fut
une marche triomphale. Tout ce qui possédait un cheval à Kaschan était
venu au-devant de nous, et entre autres le fils du gouverneur,
Mirza-Taghy-Khan, jeune administrateur de la plus belle espérance,
mais peu chargé d'années: il n'avait que six ans.

Malgré la vue de tout le peuple de Kaschan, venu au-devant de nous, y
compris la communauté juive, l'impatience nous prenait un peu d'une
route aussi longue, quand, à la fin, nous arrivâmes, et la première
vue de notre logis dissipa comme une fumée notre mécontentement. Des
murmures nous passâmes à des sentiments de gratitude très-mérités. On
nous avait fait éviter l'air brûlant de la ville et on nous mettait à
une demi-heure de là dans un palais nommé Fyn et appartenant au roi.

Peu de jardins sont comparables à ceux de ce délicieux séjour. Les
plus belles eaux, les plus limpides, les plus fraîches, y courent dans
des bassins et à travers des canaux d'émail bleu. Il ne se peut rien
voir de plus gai. Un de ces bassins est petit, profond de quatre à
cinq pieds, peuplé de poissons rouges et encadré dans un pavillon de
peinture. L'autre, carré, a bien cinquante pas de chaque côté et la
même profondeur. Le tout avec les immenses platanes ordinaires et des
fleurs à profusion. Au milieu du parc, une de ces constructions à jour
que les Persans appellent koulah-é-ferenghy, _un chapeau européen_,
parce que la toiture est en effet bombée et à larges rebords, nous
donnait la fraîcheur de son ombre. Auprès, s'étendaient les vastes
bâtiments du harem.


     Kaschan. -- Ses fabriques. -- Son imprimerie, lithographique. --
     Ses scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége.

Le gouverneur nous avait fort engagés à voir Kaschan. En effet, nous
n'y pouvions manquer, car Kaschan est une des grandes villes de
l'empire.

Sa réputation est très-mélangée de bien et de mal, et il y a beaucoup
de choses à en dire. C'est une des cités les plus manufacturières de
la Perse. On y fabrique, à un bon marché extraordinaire, des soieries
légères d'une si bonne teinture qu'on les lave sans inconvénient. On y
fait aussi beaucoup de chaudronnerie, et, sous ce rapport, Kaschan
partage avec Ispahan l'avantage de fournir la Perse occidentale de
vases de cuivre de toutes les formes et de toutes les grandeurs,
étamés ou non, simples ou gravés de figures et de fleurs. On y
remarque entre autres des tasses et des plats couverts, de formes
très-jolies, très-variées, et ornés de peintures bleues, rouges,
vertes, simulant l'émail. L'inconvénient de ce genre de travail est de
ne pas supporter l'eau. Mais l'effet en est agréable. Tout ce commerce
est bien loin d'être aujourd'hui ce qu'il était il y a cent cinquante
ans. Alors ce n'étaient pas seulement des soieries légères qu'on
fabriquait à Kaschan, mais des damas, des étoffes brochées d'or et
d'argent, surtout des velours d'une grande beauté. Ce qui ajoutait au
singulier mérite de toute cette fabrication, c'était le bon marché
extraordinaire des produits. Aujourd'hui il ne reste guère que
l'échantillon de ce que les Kâschys ont su faire et pourraient faire
encore.

S'ils ont une réputation de bons manufacturiers et d'ouvriers adroits,
ils y ajoutent aussi celle d'être très-aptes à la littérature. Ils ont
fourni beaucoup d'hommes remarquables dans la poésie, la philosophie,
et surtout les sciences théologiques. Il y a à Kaschan une imprimerie
lithographique qui produit d'assez bons ouvrages, et le nombre des
hommes qui s'y occupent de cultiver leur esprit ne laisse pas que
d'être considérable. Enfin, les Kâschys sont essentiellement gens de
bonne compagnie. Mais, comme toute chose en ce monde a un revers, on
les accuse d'être des guerriers plus que médiocres, et les anecdotes
ne tarissent pas sur leur peu de vocation pour le maniement des armes.
Jamais, dit-on, homme de guerre n'est sorti de leurs murs, et le
gouvernement n'oserait pas composer un régiment de Kâschys. Kaschan
est la ville favorite et comme la capitale des scorpions. En aucun
pays de la Perse il ne s'en trouve autant. Ces insectes venimeux
habitent dans tous les murs, y sortent de dessous toutes les pierres,
à moins qu'on n'emploie des moyens particuliers pour s'en débarrasser.
Ainsi, le gouverneur nous montra une maison qu'il venait de faire
construire. Elle était fort belle, très-élégante et très-bien
entendue; mais son principal mérite consistait en ce que les quatre
coins avaient été soumis à un enchantement d'une telle force que
jamais les scorpions ne pourraient y pénétrer sans qu'on le voulût.
C'était assurément un avantage incontestable.

Il y a presque aux portes de la ville un vaste monticule formé par les
décombres d'un édifice écroulé, qui est loin de jouir d'une si
heureuse prérogative. Il a, tout au contraire, le privilége opposé,
les scorpions y pullulent en telle abondance que si l'on y répand une
goutte d'eau, à l'instant même on les voit accourir sortant de leurs
trous par milliers. On raconte à ce sujet qu'un des anciens rois
arabes, Schedad, célèbre dans la légende par sa puissance, sa richesse
et surtout son orgueil, avait imaginé de faire un jardin qui effaçât
les magnificences et les délices du paradis. Le jardin d'Irem, qu'il
créa, fut, en effet, si beau que depuis des siècles il sert de point
de comparaison aux poëtes et a donné lieu à des amplifications sans
fin. Avoir un paradis, c'était un grand pas vers la qualité de Dieu;
cependant cela ne suffisait point encore: pour faire bien les choses,
pour les avoir complètes, il fallait un enfer. Qu'est-ce qu'une
puissance qui ne peut pas châtier? Schedad ordonna donc aux génies,
soumis à son obéissance de lui composer un enfer si parfait, si
complet dans toutes ses parties, que l'imagination la plus exagérée ne
pût y apercevoir ni défaut ni oubli. Tous les instruments de torture y
furent collectionnés, la poix et le bitume y coulèrent en fleuves de
feu, on y organisa des amas d'eaux bourbeuses pour les noyades et des
précipices sans fond pour les chutes. Dans des ronces accumulées de
façon à écorcher les pieds des passants, on lâcha toute la famille des
serpents grands ou petits, n'importe, pourvu qu'ils fussent reconnus
pour bien venimeux, et l'on commença à se féliciter d'avoir fait une
oeuvre au-dessus de toute critique, quand quelqu'un fit observer qu'il
n'y avait pas de scorpions. Un enfer sans scorpions ne pouvant se
tolérer, on envoya un grand diable courir le monde pour en rapporter
une cargaison. Il fit de son mieux. Il en remplit ses sacs en Syrie,
en Afrique, dans l'Asie Mineure, partout où cette gent pullule, et
fier de s'être bien tiré de sa mission, il s'en revenait à
tire-d'aile, quand il apprit que Schedad venait de mourir, et que les
travaux de l'enfer étaient abandonnés. Les scorpions, si précieux un
moment auparavant, devenaient pour le génie un fardeau inutile. Il ne
crut donc pas devoir les porter plus loin. Il secoua ses sacs à
l'endroit où il était alors, et s'en alla. C'était la butte de terre
placée aux portes de Kaschan, et voilà pourquoi il y a tant de
scorpions dans ce lieu. Tout s'explique.

Il faut dire aussi que le mal appelle le remède. Ce fut un homme utile
à son pays, sans aucun doute, celui qui combina un charme capable de
défendre l'accès d'un logis à ces bêtes hideuses; mais il a été
dépassé par l'inventeur du moyen de rendre inoffensif leur mortel
venin. On nous amena un de ces sorciers. Il avait très-mauvaise mine,
soit dit en passant, et plutôt l'air d'un grand coquin que d'un
bienfaiteur de l'humanité; mais enfin, le ciel l'ayant fait ainsi,
peut-être n'en valait-il ni mieux ni pis. On lui apporta des scorpions
noirs et des scorpions blancs. Il se mit à jouer avec eux et nous les
montra suspendus en grappes à ses doigts. Ensuite, il se fit piquer au
visage. Puis, passant à quelque chose de mieux, il tira d'une boîte
une phalange: c'est une énorme et horrible araignée qu'on nomme dans
la langue du pays _Rotayl_, et dont la piqûre est toujours
très-mauvaise et quelquefois mortelle, et il se fit mordre encore par
cette bête. Nous levâmes la séance, enchantés de ses talents, mais
rassasiés de tout ce monde-là.

Pour changer le cours de nos idées, nous allâmes visiter les bazars,
que nous trouvâmes très-actifs et très-vivants. Ce n'est pas un des
moindres charmes des villes d'Asie que ces longues galeries
couvertes, bordées de boutiques où toute la population se porte depuis
le matin jusqu'au soir. Les boutiques de marchands d'étoffes toujours
assiégées par des troupes de femmes, les ateliers de chaudronniers
avec leur tapage étourdissant, les armuriers avec leur public de
cavaliers, les libraires entourés de graves moullahs, les
restaurateurs occupés du soir au matin à faire griller sur des
charbons leurs appétissantes brochettes de _kébab_ ou mouton rôti, et
à cuire, dans des myriades de petits pots noirs, les soupes à la
viande que les gens du peuple idolâtrent, tous ces attraits divers
amènent un monde fou, au milieu duquel circulent lentement les hommes
à cheval, les mulets et les chameaux chargés. Les Persans se
passeraient de tout au monde plutôt que de cesser d'aller au bazar. Je
n'en suis pas surpris, et, si j'étais à leur place, je penserais de
même. C'est le domaine souverain de la conversation, de l'anecdote, du
propos bon ou mauvais, et le grand réceptacle de tout ce qui se dit.
Enfin c'est un lieu qui respire le désoeuvrement et la bonne humeur
d'un peuple heureux de n'avoir à faire que ce qu'il veut, et que la
nature a cependant créé remuant.

[Illustration: Entrée de Kaschan.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Nous admirâmes beaucoup aussi le collége. Je lui trouve le mérite
d'être construit tout nouvellement. L'architecture en est bonne et
curieuse. Les jardins (car, en Perse, la science est assez
péripatéticienne et ne se passe pas de beaux ombrages) sont bien
dessinés et bien entretenus. On nous dit que les professeurs étaient
savants; sans avoir pu en juger, je n'ai pas de peine à le croire, vu
la réputation littéraire de la ville.


     De Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice.
     -- Le pont du Barbier. -- Le désert du Khavèr. -- Houzé-Sultan.
     -- La plaine de Téhéran.

Nous regrettâmes notre jardin de Fyn plus encore que l'Imarêt-è-Sadr
d'Ispahan. Mais comme les regrets ne changent rien au train du monde,
nous n'en partîmes pas moins de ce joli séjour, et nous fîmes dans le
désert une journée que la sévérité des lieux et une chaleur
raisonnable rendirent suffisamment austère. Nous marchâmes quatre
heures, et nous arrivâmes à Schourab, très-triste endroit.

Le lendemain on ne fit que trois heures et demie jusqu'à Pamyngan.

[Illustration: Une caravane persane au repos.--Dessin de M. Jules
Laurens.]

À Koum, tout nous parut fort bien. Les bazars sont vastes, et il y a
de belles maisons avec de grands jardins. La ville a un certain air
provincial qui ne déplaît pas. Koum est une ville sainte. Sa mosquée,
fort grande, est ornée d'un dôme tout doré et de construction moderne
très-élégante. C'est là qu'est enterré Feth-Aly-Schah, en compagnie de
Son Altesse Fathmèh, sainte très-vénérée des Persans. À ce titre, Koum
jouit d'une bonne réputation dévote. Nous avions nos tentes préparées
dans un jardin assez délabré, rempli de chacals, mais agréable. Ce
qui nous amusa infiniment, ce fut le feu d'artifice dont on nous
régala le soir.

En Europe, un feu d'artifice est une espèce de représentation
théâtrale que l'on trouve plus ou moins jolie, mais qui ne produit
guère dans les assistants d'émotion bien vive. En Perse, où il s'en
faut de beaucoup que l'art des artificiers soit poussé aussi loin que
chez nous, un feu d'artifice passionne autant le public que les
courses de taureaux en Espagne. On ne se tient pas à distance
respectueuse. La foule veut être au beau milieu. Chacun s'empresse de
prendre en mains un pétard, une chandelle romaine ou un soleil; j'ai
vu des personnages graves, avec l'air d'hommes sages et _les plus
larges barbes au milieu du visage_, se jeter avec frénésie dans
l'entraînement universel et courir de côté et d'autre en secouant une
pluie de feu qui les ravissait en extase. Il y a bien des moustaches
roussies, des robes brûlées dans ces délicieuses parties; mais on n'y
prend pas garde, et le souverain bonheur est là.

Les Persans tirent des feux d'artifice à propos de tout, et souvent à
propos de rien. Les grands seigneurs les font très-compliqués; les
pauvres se contentent de beaucoup moins, mais encore en veulent-ils.
J'ai connu tel de nos gens qui portait toujours des fusées dans ses
poches. Aussitôt qu'il avait un moment de loisir, il lançait sa fusée,
et se pâmait d'aise.

À partir de Koum, le désert change d'aspect. Il a l'air plus
rébarbatif de beaucoup que du côté d'Ispahan. De grandes roches
apparaissant çà et là dans le paysage, lui donnent quelque faux air de
ressemblance avec les environs du Mokkattam en Égypte. Nous allâmes
coucher à Poul-è-Delak, ou le _pont du Barbier_.

C'est un pont d'une longueur assez considérable, jeté sur un cours
d'eau saumâtre suffisamment large, mais peu profond. À l'autre rive se
présente un caravansérail ruiné, et autour quelques masures; en face,
un mamelon sur lequel étaient nos tentes. Le pays est triste, mais il
a quelque chose de solennel et d'imposant.

Le lendemain, nous entrâmes dans ce qu'on appelle le désert de Khavèr,
autrefois la mer de Khavèr ou d'Orient. La tradition veut qu'elle ait
disparu le jour de la naissance du Prophète, et c'était une des
marques qui devaient annoncer au monde ce grand événement. Il paraît
certain qu'à une époque reculée, cette mer était en communication avec
d'autres vastes amas d'eau qui s'étendaient dans l'ouest jusqu'au lac
Zarèh, et tenaient la place occupée par les déserts de Yezd et de
Kerman. L'hiver, c'est un marécage impraticable aux caravanes, qui
longent alors le pied des montagnes à l'ouest pour gagner Ispahan. À
la fin de juin, le terrain était complétement sec, c'était une boue
raboteuse. Il y restait des flaques d'eau, baignant çà et là quelques
buissons d'épines de chameau d'un vert pâle, et dans cette misère
couraient de gros lézards gris, très-laids, mais se rendant encore
plus ridicules par leur façon de porter la queue en l'air et
légèrement penchée de côté.

Nous mîmes pied à terre à Houzé-Sultan. On n'y voit pas autre chose
qu'un caravansérail en ruines, la maison de poste, et un grand puits
dans une espèce de pyramide. La pyramide n'est pas mal et ne manque
pas de caractère; mais l'eau ne vaut absolument rien. Du reste, pas un
arbuste, pas un brin d'herbe, de la boue desséchée d'un côté, du sable
de l'autre. Pour animer le paysage, il y avait une caravane au repos.
Elle était presque uniquement composée de femmes et de moullahs. Tout
ce monde s'en allait à Koum, non pas précisément en pèlerinage, mais
pour y porter une quantité de grands coffres longs, étendus par terre
au soleil et d'où s'exhalait une odeur fort étrange. C'étaient des
morts. Les Persans ont une telle passion pour les Imans que, riches ou
pauvres, dévots ou incrédules, ils ne se tiennent pas de se faire
enterrer près des tombeaux de ces saints. Les plus riches aspirent à
être envoyés à Kerbela pour avoir une demeure sur le fameux champ de
bataille où furent massacrés les fils d'Aly par les partisans de
Yésyd; d'autres se contentent de Mesched et y restent sous la
protection de l'Iman Riza; enfin, les gens à fortune médiocre du
nord-ouest vont à Koum, près de Baby Fathmèh ou Mme Fathmèh. C'est une
passion universelle et, qui plus est, une mode; peu de personnes
résistent à la fantaisie de stipuler dans leur testament que leurs
héritiers les feront enterrer dans un des lieux sacrés.

Depuis peu, je pouvais remarquer la grande différence qui existe entre
le début et la fin d'un voyage. Nous allions entrer dans deux jours à
Téhéran, et on ne vivait plus comme naguère dans ce complet oubli de
l'avenir, dans cette appréciation délicate et absolue du présent, qui
est le commencement de la sagesse et le seul moyen d'être heureux.
Entre Schiraz et Ispahan, le terme du voyage était si éloigné qu'on y
songeait à peine et on n'en parlait pas. Toute la question était de
savoir ce qui arriverait ou ce qui était arrivé dans la journée. Au
plus on portait sa pensée sur le lendemain. Désormais, tout était
gâté. On s'occupait bien moins de ce qu'on faisait que de ce qu'on
ferait dans huit jours, et on ne jouissait plus de la vie présente. Il
était donc temps d'en finir.

Nous eûmes bientôt un avant-goût de la sensation au-devant de laquelle
se précipitaient tous les esprits.

Nous rencontrâmes le docteur Cloquet avec un secrétaire de la mission
ottomane. Il nous sembla retrouver l'Europe dans la conversation d'un
homme profondément attaché à son pays et dévoué au service du roi de
Perse, dont il était, du reste, on ne peut plus apprécié. Ces
messieurs avaient apporté leurs tentes, de sorte que notre camp fut
encore augmenté cette nuit-là. Le pays n'était pas beaucoup plus beau
que la veille, et il était tout aussi sévère. Kenarégherd a une grande
réputation comme terrain de chasse, et c'est à bon droit, car son sol
saturé de nitre est particulièrement bon à attirer le gibier; mais il
n'a pas d'autre mérite. Les cours d'eau qui le traversent de manière à
en faire, à certains moments de l'année, un grand marécage, sont
saumâtres, et l'air y est étouffant.

Nous partîmes le lendemain matin de bonne heure. Différents membres de
la mission avaient pris les devants. Je fis le chemin presque seul
avec mon kaliandji et deux autres domestiques. Nos chameaux n'en
pouvaient plus: tout marchait lentement.

Je traversai assez indifféremment une série de vallons et de collines
qui se succédaient les unes aux autres, comme la veille, en se
rassemblant, offrant toujours les mêmes caractères de stérilité et
d'abandon; mais à un tournant, j'aperçus tout à coup une plaine
immense, une vallée d'une largeur grandiose courant de l'est à
l'ouest: c'était la plaine de Téhéran.

Au nord s'étendait une chaîne de montagnes dont les sommets
étincelants de neige se relevaient à une hauteur majestueuse: c'était
l'Elbourz, cette immense arête qui unit l'Hindou-Kousch aux montagnes
de la Géorgie, le Caucase indien au Caucase de Prométhée; et au-dessus
de cette chaîne, la dominant comme un géant, s'élançait dans les airs
l'énorme cône pointu du mont Démavend, blanc de la tête aux pieds. On
ne saurait rien imaginer de plus vaste ni de plus beau. À l'est, un
soulèvement du sol, indépendant du reste, jeté dans la même direction,
coupait en deux cette grande arène et venait expirer non loin du
sentier que j'avais à suivre. À l'est encore et par derrière,
commençaient, dans un lointain bleuâtre, ces plaines interminables qui
touchent au Khorassan, conduisant à l'Indus, au Turkestan, à la Chine,
à tout ce que l'imagination rêve et voudrait voir. Pas de détails qui
arrêtent la pensée, c'est infini comme la mer, c'est un horizon d'une
couleur merveilleuse, un ciel dont rien, ni parole ni palette, ne peut
exprimer la transparence et l'éclat, une plaine qui, d'ondulations en
ondulations, gagne graduellement les pieds de l'Elbourz, se relie et
se confond avec ces grandeurs. De temps en temps, des trombes de
poussière se forment, s'arrondissent, s'élèvent, montent vers l'azur,
semblent le toucher de leur faîte tourbillonnant, courent au hasard et
retombent. On n'oublie pas un pareil tableau.

J'avais beau chercher Téhéran, je ne l'apercevais nulle part. En
avançant, mes yeux démêlèrent au loin l'emplacement de Rey, l'ancienne
Rhagès de la Bible, et le sol tourmenté que couvrent les ruines
immenses de cette ville célèbre; je vis ensuite Schahbdoulasym, dont
le dôme doré brillait au soleil au travers des massifs de verdure qui
entourent cette jolie bourgade; mais Téhéran se cachait. C'est que la
capitale persane est comme enterrée dans un pli de terrain qui ne
permet de la découvrir que lorsqu'on y arrive.


     Téhéran. -- Notre entrée dans la ville. -- Notre habitation.

Cependant, à mesure que j'avançais, les détails que l'éloignement
avait d'abord dissimulés se révélaient les uns après les autres. Une
multitude de grands jardins apparaissaient de toutes parts; des
cultures variaient l'aspect du désert; des kanats, grands aqueducs
souterrains, traversaient au loin la plaine; des ruines de villages et
de tours s'accroupissaient çà et là; des arbres isolés s'élevaient sur
les bords de quelques cours d'eau perdus. Enfin, j'arrivai le dernier
à notre station.

On nous avait assigné pour demeure un kiosque appartenant à un des
princes du sang et qu'entourait un jardin très-soigné et tout en
fleurs. Comme, à dater de ce moment, nous n'étions plus en voyage, une
grande tente dressée devant la porte nous servait de salon de
réception pour les visites qui allaient se succéder. Nous devions
faire le lendemain notre entrée solennelle dans la capitale, et nous
savions que le roi, très-désireux de voir la mission, avait renoncé,
pour ne pas retarder ce plaisir, à un voyage projeté dans le
Khorassan. Toutes les attentions que l'on avait eues pour nous sur la
route nous répondaient d'avance que nous serions accueillis avec toute
la pompe imaginable.

Afin de ne pas être pris au dépourvu, dès le point du jour nous étions
en uniforme et prêts à recevoir nos hôtes. Nous vîmes bientôt arriver
à la file la légation ottomane, les quelques Européens résidant à
Téhéran, puis des officiers militaires ou civils qui venaient
complimenter le ministre de la part du roi, du premier ministre et du
ministre des affaires étrangères. La tente était pleine de Persans en
robes de cérémonie, les uns arrivant, les autres partant. Les
kaliandjis circulaient au milieu de la foule, portant ou emportant
leurs pipes, et c'est un spectacle qui ne manque pas d'éclat que de
voir en bon ordre, dans un talar, une douzaine de ces serviteurs ayant
entre les mains de beaux kalians, à la carafe de cristal et à la tête
d'or simple ou d'or émaillé. Les pischkhedmets avec le thé entraient
quand ceux-là sortaient, ou plutôt les précédaient; c'était un
va-et-vient continuel. Quant à la conversation, elle se composait de
souhaits de bienvenue, de compliments sans fin, de remarques sur notre
voyage, de plaisanteries et de beaucoup de rires. Rien n'était plus
différent de ce qu'on suppose en Europe au sujet de la gravité
orientale. Mais c'est en Turquie et dans le contact avec les Turcs
qu'on prend de telles idées, et la nation ottomane n'est pas un miroir
qui montre l'Asie, c'est un rideau qui la cache.

Vers midi on nous informa que tout était prêt; nous montâmes à cheval.
Nous formions un véritable corps de cavalerie. Après une demi-heure de
marche, nous arrivâmes à une vaste tente en soie où différents grands
personnages de la maison du roi nous attendaient. Nous mîmes pied à
terre pour recevoir les compliments dont ils étaient porteurs, et on
nous fit asseoir en face d'une grande table couverte de fleurs et de
sucreries. Autour de la tente étaient rangés les coureurs du roi avec
leurs bonnets pailletés de forme bizarre, les yessaouls en robes
rouges, des ferrachs sans nombre; plus loin, un corps de cavalerie
régulière, le seul qui existe en Perse, et qu'on appelle les ghoulams
de la garde. Il est composé de deux escadrons de lanciers; venaient
ensuite des bataillons d'infanterie et une foule de curieux. Dans ces
sortes d'occasions, les spectateurs ne sont pas tous volontaires;
c'est le gouvernement qui les invite à venir, en donnant avis aux
marchands du bazar et au corps des métiers d'avoir à honorer les hôtes
qui lui arrivent en se portant à leur rencontre. En somme, la
multitude officielle et non officielle était très-grande.

Quand les kalians eurent été de nouveau apportés et remportés, et le
thé de même, on se remit en route. Le roi ayant envoyé des chevaux
richement caparaçonnés pour le ministre et les principaux membres de
la mission, avec les djélodars portant comme de coutume la couverture
brodée sur l'épaule gauche, tout ce train s'ébranla, et au bout de
trois quarts d'heure, allant d'ailleurs avec une lenteur extrême, nous
entrâmes dans Téhéran par la porte Neuve. Nous aperçûmes tout d'abord,
sur la place qui précède la porte, le piquet ou mât destiné à la haute
justice. Ordinairement les têtes y sont attachées en plus ou moins
grand nombre; mais ce jour-là il n'y en avait pas. Un fou, bien connu
de Téhéran, était monté sur la plate-forme et criait de toutes ses
forces: «Ali! Ali!» Pendant trois ans, j'ai rencontré journellement
cet homme dans les rues, qu'il parcourt en hurlant le même mot sans
jamais se reposer. Il est de l'espèce la plus inoffensive, et ne prend
garde à personne. C'est un pauvre diable qui a perdu, jadis, une
petite fille qu'il aimait tendrement, et sa raison n'a pas résisté à
l'excès du chagrin. La foule était grande et compacte sur le
Marché-Vert, que nous traversâmes ensuite. La baguette des ferrachs
n'était pas de trop pour nous frayer un passage. C'étaient des cris,
des rires, un mouvement à ne pas s'entendre, et cependant il était
bien nécessaire de garder son sang-froid, vu l'état habituel des rues
persanes: huit pieds de large, une ravine au milieu, et des trous
profonds irrégulièrement semés tous les trois pas. En Europe, on se
tuerait; en Perse, on n'en éprouve aucun inconvénient. Seulement, il
faut avoir expérimenté cette vérité, qui, au premier abord, semble
paradoxale, pour faire de gaieté de coeur une telle promenade avec
tant de chevaux autour de soi et des cavaliers pareils pour les
conduire.

[Illustration: Louty. Kurde pasteur. Derviche nomade. Bakthyary[5].
TYPES PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

         [Note 5: Louty, Baktyary, noms de tribus; ils désignent
         habituellement des espèces de nomades assez mal famés.]

La ville est longue; notre résidence est fort éloignée de la porte
Neuve, de sorte que la cavalcade mit bien trois quarts d'heure, sinon
une heure pour sortir de ce dédale. Une fois arrivés chez nous, on
apporta de nouveau les kalians et de nouveau le thé, puis nos
introducteurs prirent congé. Nous étions livrés à nous-mêmes.

                                   C{te} A. DE GOBINEAU.

(_La fin à la prochaine livraison._)



[Illustration: VOYAGE EN PERSE--Faubourg de Téhéran.--Dessin de M.
Jules Laurens.]



VOYAGE EN PERSE,

FRAGMENTS

PAR M. LE C{TE} A. DE GOBINEAU,

(1855-1858)

DESSINS INÉDITS DE M. JULES LAURENS[6].

         [Note 6: Suite et fin.--Voy. p. 17.]


     Une audience du roi de Perse.

Notre demeure, à Téhéran, est grande et belle. Assurément, ce n'est
pas un monument de marbre. Il ne s'en fait pas en Perse. Mais elle est
bien construite en briques crues avec des chaînes de briques cuites.
Après avoir passé sous une voûte dans laquelle est pratiquée une
chambre servant de corps de garde aux soldats qu'entretient chaque
légation, on suit un corridor qui aboutit à une grande cour formant un
carré long d'une assez belle étendue. Au milieu est une pièce d'eau en
forme de T, le haut de la lettre longeant la façade; des deux côtés,
une rangée de platanes et des massifs d'arbrisseaux et de fleurs. Le
terrain est dallé de grandes briques carrées. Les bâtiments qui
entourent la cour sont exhaussés de trois ou quatre pieds et composés
d'un rez-de-chaussée seulement; c'est une série de chambres destinées
pour la plupart aux gens de service. Au fond se présente le talar (la
salle principale, le salon), percé de trois fenêtres à l'européenne et
placé entre deux pavillons qui font saillie de chaque côté et sont
ornés de niches garnies de stalactites dans le goût oriental. Les
rebords des toits sont peints de couleurs brillantes et dentelés à la
chinoise. De vastes terrasses en terre battue font le tour de la cour
et recouvrent tous les bâtiments. Près du corps de logis principal,
l'endéroun ou appartement intérieur, s'étend autour d'une cour séparée
et longue un grand jardin, qui n'avait que le défaut de manquer
d'arbres; mais on en pouvait mettre, et c'est ce que nous fîmes
bientôt. Enfin, pour terminer la description de notre demeure, elle
occupe un vaste emplacement dans le quartier le plus salubre de la
ville. Elle possède de l'eau en abondance et est tout au plus à cinq
minutes de la porte de Schymyran, qui conduit aux montagnes. Nous
étions donc très-bien partagés.

La plus importante affaire était désormais d'obtenir l'audience du roi
et de voir le premier ministre. Le souverain ne nous fit pas attendre.
Le troisième jour de notre arrivée, ayant reçu ses ordres, nous nous
rendîmes en gala au palais, précédés des coureurs et des ferrachs
royaux. Nous fûmes d'abord introduits dans un salon où se trouvaient
le ministre des affaires étrangères, Mirza-Say-Khan, le général en
chef de l'armée persane, Azyr-Khan, le beau-frère du premier ministre,
ancien ambassadeur à Pétersbourg, et deux ou trois autres personnes de
marque. On nous offrit le kalian (pipe d'eau) et le thé. Après un
instant de conversation, le grand maître des cérémonies, tenant un
long bâton couvert d'émail et incrusté de pierreries, vint nous
chercher. Il portait, comme le ministre des affaires étrangères, non
pas le bonnet noir ordinaire, qui n'est pas d'étiquette pour les
grands fonctionnaires lorsqu'ils paraissent devant le roi, mais un
turban à forme haute et bombée, jadis en usage à la cour de Séfévys.
Il avait aussi de longs bas rouges en mémoire de ce que, du temps de
Djenghyz, une des marques distinctives des khans mogols de premier
rang était de paraître devant le Khaghan sans ôter leurs chaussures;
or, ces chaussures étaient des bottes rouges.

Après avoir traversé plusieurs cours et couloirs, nous arrivâmes à la
porte d'un vaste jardin rempli de platanes, de fleurs et de bassins
d'eau vive. Les bâtiments du palais, dont ce jardin est entouré, ont
deux ou trois étages et sont ornés au rez-de-chaussée d'une série de
peintures de grandeur naturelle, représentant des soldats réguliers,
en uniforme rose, au port d'armes et le sourire sur les lèvres. Ce
genre d'ornementation, qui rappelle beaucoup, par le style et les
qualités de la peinture, les boutiques de la foire, n'est pas à l'abri
de toute critique. On nous fit mettre là des galoches par-dessus nos
bottes; c'est toujours le traité de Turkmantchay qui le veut, et au
détour d'une allée, le grand maître des cérémonies s'arrêta; il se
tourna vers un talar dont les colonnes étaient très-richement dorées
et peintes, et s'inclina profondément en appuyant ses deux mains sur
ses genoux et en les faisant glisser jusqu'aux pieds. Nous saluâmes à
la manière européenne, et on nous fit quitter nos galoches, tandis que
nos introducteurs quittaient leurs souliers pour marcher simplement
sur leurs bas rouges.

Puis, élevant la voix au milieu de ce jardin, que nous vîmes alors
bordé d'une haie de soldats, tandis qu'au pied du talar se tenaient
des pages, des officiers, des domestiques de tous rangs, dans le plus
profond silence, le grand maître des cérémonies proclama que Son
Excellence le ministre de France demandait la faveur de s'approcher du
roi. Bien entendu, cette requête fut beaucoup plus fleurie que je ne
la donne ici, mais je ne me rappelle pas les termes exacts, et je me
borne à en reproduire le sens.

Le roi, à ce qu'il paraît, car je ne voyais rien, fit un signe, et
nous avançâmes; à quinze pas plus loin, nouveau salut, et alors
j'aperçus Sa Majesté. Elle était assise sur un trône fort élevé, qui
me parut très-brillant. Le monarque lui-même était richement habillé,
mais j'eus à peine le temps de faire cette observation, car sur un
nouveau signe, nous approchâmes davantage et nous montâmes les degrés
d'un escalier bordé de serviteurs du palais, qui nous introduisirent
d'abord sur un petit palier bas et orné de glaces, puis dans le talar
même, en présence du roi.

Sa Majesté avait alors vingt-cinq à vingt-six ans. La figure de
Nasreddyn-Schah est belle et noble. Il porte la barbe coupée
très-court, et de longues moustaches qui rappellent celles du roi de
Sardaigne. Il a de beaux yeux intelligents. Il parle vite et
brusquement pour dissimuler, dit-on, une timidité très-réelle. Le
ministre de France prit place sur un fauteuil en face du roi, à une
douzaine de pas. Le reste de la mission se tint debout. Au milieu du
salon étaient aussi debout trois ou quatre princes du sang, oncles du
roi. L'un tenait le sabre orné de pierreries, l'autre le bouclier,
l'autre la masse d'armes. Ces divers ornements du trône étincelaient
de diamants, d'émeraudes et de rubis. Le roi lui-même, couvert de
pierres précieuses, était vêtu d'un koulydjêh, espèce de tunique
courte en soie de couleur claire bordée de perles. Il portait de
larges bracelets de diamants; la boucle de son ceinturon était de
même, son sabre en avait encore, et encore l'agrafe de l'aigrette
épanouie sur son bonnet.

Sa Majesté parla beaucoup de l'Empereur et de la France, et montra une
grande connaissance de la géographie de notre pays. En sortant de son
audience, nous saluâmes aux mêmes places où nous avions salué en
arrivant, et nous nous rendîmes chez le premier ministre, qui nous
attendait dans une autre cour du palais.


     Nouvelles constructions à Téhéran. -- Température. -- Longévité.

Autrefois, c'est-à-dire il y a trente ans, il était pour ainsi dire
impossible de rester, même au printemps, dans la capitale. La fièvre
ne manquait pas de saisir les résidents obstinés et en faisait prompte
justice. L'air était empesté, l'eau mauvaise, et, quand on sortait des
autres villes de Perse pour venir dans ces lieux décriés, on croyait
aller à la mort. Tout s'est beaucoup amélioré. La ville, naguère sale
et en décombres, s'est nettoyée et relevée; on y construit beaucoup,
et de belles et grandes maisons; les bazars y deviennent magnifiques
et nombreux. Il y a un an à peine que s'est élevé le caravansérail
d'Hadjeb-Eddoouleh, que l'on peut appeler un des beaux monuments de la
Perse, et qui pourrait être cité avec honneur à côté des plus
élégantes constructions d'Ispahan. Enfin, le roi a fait bâtir autour
du Marché-Vert, _Meydân-ê-Sebz_, au centre de la ville, d'élégantes
galeries; cette place même, bien pavée, ornée d'un grand bassin carré,
est rendue plus remarquable par la porte de la forteresse flanquée de
deux tourelles couvertes du haut en bas de mosaïques en émail. Il ne
se passe pas une année qui ne voie s'élever de toutes parts, au dedans
et au dehors de la ville, de beaux édifices. Les ruines existeront
toujours, puisqu'une ville persane sans ruines n'est pas possible,
mais le terrain se déblaye, et la quantité d'eaux courantes et saines
que le roi a fait venir de la montagne, a singulièrement amélioré les
chemins. Les descriptions de Téhéran, publiées jusqu'à 1845, ne sont
plus vraies.

Mais, comme pour lutter contre toutes les améliorations très-grandes
et très-réelles qui se sont introduites sous le nouveau règne, le
choléra, depuis huit ou neuf ans, fait de terribles ravages dans la
Perse septentrionale, et principalement pendant l'été. Ce nous fut une
raison de plus pour gagner la campagne.

Nous allâmes nous établir à Roustamabad, assez joli village à deux
lieues au nord, très-voisin du palais de Niavérân, où le roi était
fixé.

La Perse n'est pas cependant un pays malsain en lui-même. Le choléra
est malheureusement un fléau qui se montre sous toutes les latitudes.
Cependant, en Perse, il ne pénètre pas dans les montagnes, et comme
les montagnes ne sont jamais bien loin, on peut le fuir en s'y
réfugiant. La fièvre, il est vrai, est la souveraine de l'Asie; elle
existe en Perse, et existe partout. Les indigènes la prennent aussi
bien que les étrangers, et on ne peut trop deviner la cause de
l'intensité de ce fléau. Il est seulement à observer que, comme le
choléra, il se guérit généralement sur les hauts lieux. Mais si on a
été touché une fois, on garde une grande disposition à retomber sous
son empire. Les variétés de ce mal sont très-nombreuses, et depuis la
fièvre du Ghylan, qui emporte le malade au troisième accès, jusqu'aux
fièvres intermittentes qui durent pendant des années, il existe des
nuances infinies, mais toutes détestables. Ceci mis à part, les
affections d'autre nature sont rares, et la population présente des
cas très-nombreux de longévité. J'ai vu souvent, dans les villages,
des paysans qui n'avaient guère moins de quatre-vingts à
quatre-vingt-dix ans. Les centenaires ne passent pas non plus pour
introuvables. Je ne puis que répéter ici ce que j'ai déjà dit du sud
de la Perse; tous les gens que j'ai observés dans les villes et dans
les champs m'ont paru forts, bien portants et alertes.


     Les nomades.

Les Persans aiment la locomotion. Les paysans eux-mêmes passent
volontiers d'une province dans une autre. Il suffit qu'un villageois
se trouve trop chargé de contributions pour qu'un beau soir il
déménage. Il met son argent dans sa ceinture, sa femme sur un âne; le
boeuf et le cheval portent le mobilier. On rencontre souvent des
familles rustiques circulant ainsi dans l'empire. Elles sont bien
accueillies par les nouveaux concitoyens qu'elles viennent chercher,
et qui sont bien aises du secours de ces bras pour la culture d'une
terre toujours trop vaste.

Mais ces hommes en quête d'une résidence ne sont que des voyageurs
temporaires. Il existe une classe d'êtres qui fait d'un déplacement
constant à peu près le but de sa vie. Ce sont les derviches, qui,
n'ayant le plus souvent d'autre occupation, ne se bornent pas à
parcourir la Perse, et vont, sans hésiter, à Calcutta, à
Constantinople, au Caire, et cela d'autant plus aisément que leurs
pérégrinations ne leur coûtent absolument rien. J'en ai vu et pratiqué
beaucoup, et je les tiens, en général, pour très-intéressants à
connaître. Il y a sans doute, parmi eux, bon nombre de vagabonds purs
et simples; mais çà et là on rencontre une perle, et c'est assez pour
leur donner de la valeur.

[Illustration: La porte de Schab-Abdoulazim.--Dessin de M. Jules
Laurens.]

À pied, ou monté sur un âne, le philosophe nomade se met en route,
s'arrêtant où il veut pendant des mois, des années, ou traversant les
villes, sans que rien ni personne l'arrête; dans les déserts, il se
joint aux caravanes; dans les pays où il croit n'avoir pas besoin de
protection, il va seul, et personne ne lui demande pourquoi. Un
ruisseau coulant entre deux pierres, avec un saule au dessus, lui
paraît offrir un repos agréable: il s'y assied et y demeure tant que
ce séjour lui convient. J'ai rencontré ainsi, dans une masure en
ruine, aux environs de Reï, l'ancienne Rhagès, un derviche venu de
Lahore, qui passa là plusieurs jours. Le lieu lui avait semblé
agréable. Un matin il disparut et je ne le revis jamais. Le but final
de son voyage était, disait-il, Kerbela. C'était un homme d'une rare
instruction, d'un langage recherché et fleuri, connaissant beaucoup
les livres, ayant au moins soixante ans et l'expérience de beaucoup de
catastrophes qu'il avait heureusement traversées. Son élégance était
tout intellectuelle. Il était vêtu d'une robe de coton blanc tombant
en lambeaux, les pieds et la tête nus, les cheveux flamboyants, la
barbe grise en désordre, la peau calcinée et sillonnée de rides, mais
l'air souriant et les yeux pleins de feu. Dans quelque lieu que ces
gens s'arrêtent, ils racontent aux habitants, qui bientôt les
entourent, ce qu'ils ont vu dans leurs pérégrinations, et les
conclusions qu'ils ont tirées de toutes choses. Souvent ils font
grande impression sur les esprits; et comme la religion est un des
thèmes favoris de leurs entretiens et qu'ils y sont très-hardis, c'est
à ces religieux errants qu'il faut attribuer ce mouvement continuel
d'hérésies dont le monde musulman est tourmenté, surtout en Perse, et
qui, à chaque moment, ranime, réveille, renouvelle ou apporte les
notions de la théologie indienne au milieu de la loi du Koran.

Il est aussi d'autres voyageurs qui, d'après les idées européennes,
paraissent plus dignes d'intérêt; ceux-là parcourent le monde oriental
pour s'instruire. Ils sont assez nombreux. Rien ne les distingue
extérieurement des derviches, si ce n'est qu'ils ne vont point la tête
nue et ne portent point de longs cheveux. Ils sont peu curieux
d'opinions théologiques ou de méditations sur les choses
surnaturelles, ne s'occupent que des moeurs des pays qu'ils parcourent
et des curiosités de l'art ou de la nature qu'ils peuvent y trouver.
Mais les pèlerins les plus curieux que j'aie jamais rencontrés sont
les derniers dont je parlerai ici.

[Illustration: Dans une cour, à Téhéran.--Dessin de M. Jules Laurens.]


     Deux pèlerins. -- Le culte du feu.

Je fus abordé un jour par deux hommes de taille médiocre, d'un noir
bleuâtre, maigres, et ayant, comme tous les gens du sud de l'Asie, qui
n'appartiennent pas aux races militaires, l'air riant, doux et soumis.
Ils me parurent, au premier abord, être des Beloutches. Mais je me
trompais, car l'un d'entre eux se réclama auprès de moi de la qualité
de Français, qu'il attribua aussi à son compagnon. L'aspect de ces
soi-disant compatriotes n'était pas propre à soutenir la validité de
leurs prétentions, je fus bien vite convaincu de leur sincérité. Ils
portaient de longs bonnets pointus en feutre, semblables à ceux des
Ouzbeks. Bien qu'on fût au mois de juillet, ils étaient vêtus des
lambeaux graisseux de ces longues robes fourrées en peau de mouton que
l'on fabrique à Bokhara, et leur saleté dépassait non-seulement tout
ce qu'on peut voir, mais même tout ce qu'on peut imaginer.
Explications faites, j'appris enfin que ces deux hommes, appelés l'un
Kakscha et l'autre Mostanscha, étaient des Tamouls de Pondichéry. Ils
prétendaient appartenir à la caste brahmanique et se donnaient pour
agriculteurs. Dans leur opinion, le feu ayant créé toutes choses et ne
pouvant dès lors être trop vénéré, ils avaient voulu faire acte de
dévotion envers cet élément. Or, c'était une opinion courante parmi
leurs compatriotes du pays de Pondichéry, qu'il existait quelque part
dans le Turkestan un _Atesch-Kédèh_ ou temple du Feu, d'une sainteté
extraordinaire. De temps immémorial, l'usage d'y aller porter ses
prières s'était maintenu, mais aucun de ceux qui avaient fait la route
ne s'étant occupé de donner en détail l'itinéraire des pays traversés
pour y arriver, personne ne savait autre chose de ce voyage, sinon que
l'_Atesch-Kédèh_ existait dans le Nord. Il paraît que ce renseignement
suffisait aux fidèles; car, après bien d'autres, Kakscha et Mostanscha
s'étaient mis en chemin.

Ils commencèrent par aller à Bombay, par terre, et de là, traversant
le Kotch, ils arrivèrent aux bords de l'Indus. Ils remontèrent le
fleuve, tantôt en cheminant sur ses rives, tantôt dans les
embarcations là où ils en trouvèrent et où on voulut bien leur donner
le passage gratis. Ils parvinrent ainsi jusqu'à Peschawer et, s'étant
informés, ils apprirent qu'on ne connaissait pas d'Atesch-Kédèh dans
le pays, mais qu'il n'était pas impossible qu'il y en eût à Kaschemyr.
Ils partirent pour Kaschemyr. Dans cette ville, on leur dit que le
culte du feu était inconnu ou du moins n'avait point de sanctuaire
dans la vallée; mais qu'il était de notoriété publique que Balkh étant
la mère des villes et ayant été fondée par Zerdescht ou Zoroastre, si
un Atesch-Kédèh pouvait exister quelque part, ce devait être
incontestablement là. Ils en tombèrent d'accord et partirent pour
Balkh. Point d'Atesch-Kédèh; c'était à Bokhara qu'il fallait se rendre
pour s'en éclaircir. Ils y allèrent et trouvèrent enfin, non pas ce
qu'ils cherchaient, mais des renseignements positifs. On leur affirma
que le sanctuaire de leur croyance existait à Bakou, sur la rive
occidentale de la Caspienne, dans le pays des Russes (voy. notre
premier volume, p. 125); et, en effet, les feux perpétuels que la
nature y entretient sont un objet constant d'adoration de la part des
sectaires.

Kakscha et Mostanscha reprirent leur route, sans avoir le moins du
monde pensé à perdre patience, et s'acheminèrent vers Asterabad; mais
c'était justement dans le temps que le gouverneur actuel de cette
ville, Djafèr-Kouly-Khan, faisait une campagne longtemps différée, et
devenue indispensable, contre les maraudeurs turcomans; de peur de
tomber dans ce conflit et d'être faits esclaves d'un côté ou décapités
de l'autre, les deux Tamouls se dirigèrent vers Mesched, et de là
passèrent par Téhéran, où j'entendis leur histoire.

Je ne relève pas ce qu'il y a de singulier à voir le culte du feu et
les Atesch-Kédèhs de la Perse en vénération sur la côte du Malabar et
auprès de gens qui se prétendent de caste brahmanique; je constate
seulement que cela est, et c'est une des marques les plus fortes que
j'aie jamais rencontrées de la diffusion, et je puis ajouter de la
confusion des idées persanes avec les idées hindoues. Pour achever ce
récit, les deux pèlerins voyageaient avec une petite tente basse en
toile blanche où l'on pouvait s'asseoir deux, mais non se tenir debout
ni se coucher. Ils possédaient deux vases de cuivre pour faire cuire
leurs aliments; car, circonstance particulièrement gênante dans une
telle entreprise, il ne leur paraissait pas conforme à leurs devoirs
religieux de rien manger qui eût été préparé par d'autres mains que
les leurs, ce qui les privait naturellement des bénéfices de
l'hospitalité commune. Leur mobilier était complété par un de ces jeux
autrefois assez en vogue dans nos salons, et que l'on appelle un
baguenaudier. Ils y paraissaient fort habiles, et les Persans
prenaient plaisir à les voir faire. Ils avaient mis quatre ans pour
arriver à Téhéran et prévoyaient, sans nul ennui, qu'à leur retour de
Bakou, ils auraient à refaire exactement le même chemin et à voir
s'écouler le même espace de temps avant d'arriver chez eux. Lorsqu'on
leur eut expliqué qu'en passant par Ispahan et Schyraz pour
s'embarquer à Bouschyr, leur voyage serait beaucoup plus rapide, ils
ne parurent nullement touchés de cet avantage: un Asiatique comprend
difficilement l'utilité de se hâter. Enfin, lorsqu'ils eurent passé
une journée à répondre aux questions des gens de la maison joyeusement
assis en cercle autour d'eux, et avec lesquels ils s'étaient mis tout
d'abord sur le pied le plus amical, ils témoignèrent le désir de
continuer leur route. On leur demanda quelle aumône pourrait leur être
agréable et leur paraître généreuse, puisqu'ils avaient refusé toute
nourriture, le kalian et même une tasse d'eau; ils se firent un peu
prier et enfin répondirent que si, par l'effet d'une générosité
surhumaine, dont leur coeur conserverait à jamais la mémoire, on
voulait bien leur donner trente schahys, ils se considéreraient comme
comblés. Trente schahys ne représentent pas tout à fait quarante sous.

C'est avec cette facilité, mais aussi cette patience, cette gaieté
continuelle, cette curiosité douce, toujours portée à satisfaire celle
d'autrui en se satisfaisant elle-même, que les Asiatiques circulent
dans les pays les uns des autres, sans même savoir bien positivement
où ils vont, ni souvent où ils sont. Les longs entretiens de tous les
jours, de toutes les heures, où toutes les idées s'expriment, où tout
se dit, où rien n'est considéré comme scandaleux quand la forme ne
choque pas, exercent naturellement une influence irrésistible et
donnent lieu à cette facilité de moeurs, à cette tolérance universelle
dont l'Européen seul, avec ses opinions arrêtées, ses décisions
tranchantes ou ironiques, est rigoureusement exclu, mais qui permet
aux brahmanistes, aux musulmans, aux chrétiens, aux juifs arméniens de
vivre pêle-mêle sans se choquer jamais, sauf les jours de crise
politique.


     La police. -- Les ponts. -- Le laisser aller administratif.

L'État persan n'existe pas en réalité, l'individu est tout. L'État?
comment pourrait-il être, lorsque personne n'en prend aucun souci? La
population, assez semblable, sous ce rapport comme sous beaucoup
d'autres, à celle de l'empire romain, méprise ses gouvernants, quels
qu'ils soient, bons ou mauvais, déprédateurs ou bien intentionnés.
Incapable de fidélité politique et de dévouement, pleine d'adoration
pour le pays en lui-même, elle ne croit à aucun moyen de le conduire.
Aussi tout le monde pillant sans honte comme sans scrupule, et
profitant à qui mieux mieux des deniers publics, il n'existe en fait
que peu ou point d'administration. La police qui se fait dans les
villes est assez bien entendue, il faut le reconnaître, ne serait-ce
que pour la singularité du fait. De toute antiquité, les villes d'Asie
connaissent et pratiquent l'excellent système de surveillance qui
consiste à entretenir des gardiens de nuit dans chaque rue. On
n'entend pas de tapages nocturnes; il n'y a pas de désordres publics.
Mais, en dehors de ce point-là, tous les autres sont réduits à néant.
Une partie de la population urbaine ne paye jamais d'impôt, soit que
des priviléges abusifs que rien ne justifie, sinon le long usage,
aient légitimé un prétendu droit, ou que, par de fausses mesures,
l'autorité royale l'ait consacré, ou enfin que simplement les
contribuables, n'étant pas en humeur de payer, chassent les
percepteurs ou ne consentent pas à les recevoir. J'ai vu des villes se
donner cette position commode, et les gouverneurs n'y pouvaient rien,
faute de troupes, de ressources ou de bonne volonté. Mais personne n'y
prend garde.

Autrefois, la viabilité était très-perfectionnée en Perse. Les rois
sassanides avaient créé, dans les provinces du Sud principalement, de
magnifiques routes, des ponts, des caravansérails en grand nombre. Les
différentes dynasties musulmanes continuèrent ce système, et jusqu'à
la fin des Séfévys, dans le premier tiers du siècle précédent, les
travaux existants furent conservés avec soin, et çà et là augmentés.
Mais, depuis lors, tout est détruit, tout a disparu. Dans l'empire
entier il n'existe plus un chemin, pas même pour aller de Téhéran à la
résidence d'été du souverain, qui en est à deux lieues. À la vérité,
tant que dure la belle saison, la nature du sol et la sécheresse
soutenue du climat permettent de s'en passer en beaucoup d'endroits.
L'habitude et l'adresse font le reste.

Il y a encore quelques ponts, la plupart construits par des
particuliers. Comme on ne les répare point, il est d'usage de les
économiser, en ne passant dessus qu'en cas de nécessité absolue. Un
honnête voyageur me disait que c'était pécher que d'user les ponts
sans besoin. Un homme consciencieux traverse à gué, et les caravanes
n'y manquent jamais.

Il n'y a pas de forteresses; il n'y a pas d'arsenaux sérieux; il n'y a
pas un magasin public; l'administration, quant à son personnel,
n'existe que pour fournir à une partie nombreuse, il est vrai, de la
population, des prétextes pour vivre aux dépens de l'autre; l'armée
cause plus de concussions qu'elle ne rend de services. Cependant elle
est utile encore, car elle peut, dans bien des cas, maintenir l'ordre,
et surtout elle a puissamment contribué à tenir en échec d'abord, à
ruiner ensuite la puissance des tribus nomades. Mais, en somme, en
disant du gouvernement de la Perse qu'il n'existe pas, on n'exagère
que de bien peu.


     Les amusements d'un bazar persan.

Je ne crois pas qu'il y ait de lieu au monde où l'on s'amuse plus
continuellement que dans un bazar de Téhéran, d'Ispahan ou de Schyraz.
C'est une conversation qui dure toute la journée sous ces grandes
arcades voûtées, où la foule se presse perpétuellement aussi bigarrée
que possible. Les marchands sont assis sur le rebord des boutiques, où
les marchandises s'étalent avec un art d'exposition que nous avons
imité et perfectionné. Les loutys coudoient la foule, le bonnet de
travers, la poitrine débraillée, la main sur le gâmâ. Les aveugles
chantent. Un raconteur d'histoire s'est emparé du chemin et hurle à
pleins poumons les douleurs ou les attendrissements, ou les paroles
édifiantes d'un roman. Là, passent des Kurdes avec leur turban énorme
et leur physionomie sombre et sérieuse. Au milieu d'eux se glissent,
semblables à des anguilles, des mirzas, l'encrier à la ceinture,
gesticulant comme des possédés et riant à grands éclats; dans leur
marche précipitée, ils tombent sur une file de mulets chargés de
marchandises, qui sont arrêtés à leur tour par de longs chameaux
venant en sens inverse. La question pour la foule est de passer au
milieu de ce conflit; ce qui est certain, c'est qu'elle y passe. Un
derviche avec ses cheveux épars, son bonnet rouge brodé en soie de
couleur de maximes édifiantes, le corps à demi nu, la hache sur le
dos, et faisant sonner une grosse chaîne de fer, s'entretient
familièrement avec un moullah, marchand de livres, ou un tourneur qui
lui fabrique un tuyau pour son kalyan. Là-dessus passe un gentilhomme
afghan à cheval, suivi d'une troupe de ses stipendiés. C'est la figure
dure, sauvage, intrépide des lansquenets, et c'est aussi leur air
débraillé. Turbans bleus collés sur la tête, habits de couleur sombre
déguenillés, de grands sabres, de grands couteaux, de longs fusils et
de petits boucliers sur l'épaule, de vrais pandours, et dans toute
cette cohue des troupeaux de femmes. Elles errent deux à deux, quatre
à quatre, très-souvent seules, toutes uniformément couvertes d'un
voile de coton, rarement de soie, gros bleu, qui les entoure depuis le
sommet de la tête jusqu'aux pieds. Le visage est étroitement caché par
une bande de toile blanche qui s'attache derrière la tête, par-dessus
le voile bleu, et retombant devant jusqu'à terre, rend impossible
d'apercevoir ni de deviner les traits. Un carré brodé à jour à la
hauteur des yeux, leur permet de voir très-bien et de respirer à
travers ce _rou-bend_ ou _lien de visage_. Sous le voile bleu appelé
_tchader_, qui est surtout destiné à envelopper depuis la tête
jusqu'aux genoux de la personne, se met encore un vaste pantalon à
pied qui contient les jupes et qu'on ne revêt que pour sortir (voy. p.
44). Ainsi calfeutrées, enfermées, les femmes cheminent en traînant
leurs petites pantoufles à talons avec un balancement qui n'a rien de
gracieux, et viennent s'accroupir au bas de la boutique des marchands
d'étoffes, faisant déplier des monceaux de pièces de toile, des
soieries, des cotonnades, discutant, comparant, ne se décidant pas, et
enfin se levant et s'en allant maintes fois sans avoir rien acheté,
comme cela se pratique dans d'autres pays encore, et tout cela sans
avoir soulevé le moindre bout de leurs voiles.

[Illustration: Persane. Guerrier kadjar. Guerrier. Paysan. Bourgeoise
persane. Portrait d'un peintre. Moullah (prêtre, professeur). Chef
wahabite.--TYPES ET PORTRAITS PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Et tandis que les marchands font assaut d'éloquence et de persuasion
pour arrêter ces goûts si incertains et si changeants, tous les propos
et les cancans de la ville débordent de boutique en boutique. Ici on
parle politique et on blâme telle mesure récente du gouvernement ou
telle résolution qu'on dit imminente. On raconte ce qui s'est passé la
veille au soir ou le jour même dans le harem du roi et le point exact
où en est la discussion de telle klanum avec son mari. La chronique
scandaleuse court de bouche en bouche, peu voilée et s'exagérant tous
les quarts d'heure. On emprunte de l'argent et on en prête. On retire
telle pièce de vêtement qui était en gage depuis six mois et on va
engager telle autre. On se querelle, on se menace, mais on ne se
frappe pas, à moins de circonstances rares. C'est un tapage, des cris,
des rires, des gémissements, des poussées à faire tomber les voûtes,
et souvent aussi elles ne résistent pas. Car, bâties en briques crues
en beaucoup d'endroits et cimentées à la grosse, elles s'écroulent
avec fracas, surtout aux approches du printemps, et on ne peut nier
qu'elles n'écrasent çà et là quelques causeurs.


     Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

Les Persans, extrêmement réservés sur la partie féminine de leur
propre famille, sont on ne peut plus goguenards à l'endroit des femmes
qui ne leur sont pas parentes. Ils s'en donnent alors à coeur joie, et
à les entendre on croirait qu'il n'y a de dames respectables dans
l'Iran qu'autant qu'ils ont encore une mère, une femme et des soeurs.

[Illustration: Ferach (homme de police publique ou privée). Kaliandji
(porteur de pipe). Soldat à l'européenne. Pichkadmeth (page).--GROUPE
DE PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Sans m'arrêter à ces rapports, probablement empreints de beaucoup
d'exagération, je dois dire que les femmes persanes se marient
très-jeunes. Dans les familles aisées, le père exige ordinairement du
fiancé trente tomans pour le prix de l'épouse, c'est-à-dire 360 fr.,
ce qui n'est pas énorme, et le plus souvent cette somme est employée
par les parents à l'usage de la jeune femme. Il n'y a donc pas lieu de
dépenser d'éloquence pour plaindre le sort d'une victime vendue par
un père barbare. Avant la cérémonie nuptiale, il s'écoule souvent
plusieurs mois pendant lesquels le fiancé n'est pas censé être admis à
voir sa future à visage découvert; mais, pour concilier sur ce point
l'attitude que la coutume impose au père de famille et la légitime
impatience du jeune homme, il est à peu près convenu que la mère de la
jeune fille veut à celui-ci tout le bien possible, et par faiblesse
lui fournit des occasions d'aller et venir dans la maison. Il en abuse
et se livre à ce qu'on appelle le _namzêd-bazy_, ou _la vie de
fiancé_, _le jeu de fiancé_. C'est-à-dire qu'il pénètre dans
l'endéroun, saute par-dessus les terrasses, et entre et sort par les
fenêtres à son gré.

D'ordinaire, les promis sont très-jeunes; l'homme a de quinze à seize
ans; la fille de dix à onze. Mariés sur ce pied, on serait porté à
croire qu'ils n'ont pas assez de raison pour conduire un ménage; mais
la raison entrant peu en ligne de compte dans les affaires persanes,
on admettra, sans trop d'indulgence, qu'ils sont déjà, sous ce
rapport, à peu près aussi avancés qu'ils le seront jamais: de ce côté,
il n'y a donc rien à dire. J'ai vu un ménage composé du père, de la
mère, de la femme et du mari, livré à des angoisses extrêmes et tout
le monde pleurant, parce que la jeune femme, âgée de quatorze ans,
allait mettre au monde son premier-né. Le père déclamait contre sa
femme, qui l'avait porté à exposer sa fille à un aussi grand danger.
La mère perdait la tête d'inquiétude et courait çà et là, hors
d'elle-même. Quant au mari, il s'était enfui dans un coin obscur pour
échapper aux reproches qui pleuvaient sur lui de toutes parts et il
pleurait à chaudes larmes. Quand les choses furent venues à bien par
l'intervention des commères, il resta huit jours sans oser se montrer.

Dans les hautes classes, cette sorte d'enfantillage existe moins en
réalité, mais on l'affecte. Car, à sept ou huit ans, un garçon épouse
une femme pour avoir soin de lui. Elle lui appartient par un lien
légal. Si, plus tard, elle ne lui plaît pas, il la répudie. C'est donc
l'intérêt de celle-ci de tâcher de se l'attacher de bonne heure par la
reconnaissance qui se forme très-vite, et qui néanmoins n'en est pas
un lien plus solide.

Arrivée à vingt-trois ou vingt-quatre ans, il est assez rare qu'une
femme n'ait pas eu déjà au moins deux maris et souvent bien davantage,
car les divorces se font avec une excessive facilité; pas plus
facilement toutefois que les mariages, car non-seulement on les
conduit sans beaucoup de cérémonie, mais on a encore imaginé de les
faire à terme, pour un an, six mois, trois mois et beaucoup moins; je
n'ai pas besoin de dire que la considération publique n'a rien à voir
avec ces sortes d'unions, qui sont jugées absolument comme on les
jugerait en Europe. La différence est que rien ne fait scandale dans
ce genre: la moralité asiatique ne blâme que ce qui s'affiche en
public, et rien de ce qui se cache derrière les murailles de
l'endéroun, où tout est permis.

Cette extrême facilité de faire et de défaire les alliances ne porte
personne à avoir plusieurs épouses à la fois. On peut dire que les
exemples de polygamie sont rares, et constituent presque des
exceptions. Il y a telle ville, comme Démavend, par exemple, qui
compte trois ou quatre mille âmes, où je n'ai trouvé que deux hommes
ayant chacun deux femmes, et je dois dire qu'on ne leur en savait pas
gré. Je parle des musulmans; car les nossayrys (ou Aly-Illays,
sectaires) sont monogames. Ainsi, en admettant, comme on l'a dit, que
la polygamie soit nuisible à la population, ce qui est un peu
difficile à croire quand on voit les enfants de Feth-Aly-Schah donner
à la troisième génération une tribu d'au moins cinq mille personnes,
encore faut-il avouer que la polygamie ne saurait être comptable de la
dépopulation de la Perse, puisqu'on peut dire presque à la rigueur
qu'elle n'y existe pas. Il arrive quelquefois qu'un Persan, changeant
de ville de temps à autre, aura une femme dans chacune de ces
résidences, mais ces cas sont aussi des exceptions.

Les femmes sont très-rigoureusement cloîtrées dans l'endéroun, en ce
sens que personne du dehors, aucun étranger à la famille n'y est
admis. Mais, d'autre part, elles sont parfaitement libres de sortir
depuis le matin jusqu'au soir et même depuis le soir jusqu'au matin
dans beaucoup de circonstances. D'abord, elles ont le bain; elles y
vont avec une servante qui porte sous son bras un coffret rempli des
objets de toilette et des parures nécessaires, et elles en reviennent
au plus tôt quatre ou cinq heures après. Ensuite, elles ont les
visites qu'elles se font entre elles et qui ne durent pas moins
longtemps. Puis elles ont leurs invitations pour les naissances, les
mariages, les anniversaires, les fêtes publiques et particulières qui
se renouvellent incessamment, sans compter les simples réunions plus
fréquentes encore. Elles ont aussi les pèlerinages à des tombeaux
situés à peu de distance dans de jolis paysages, auxquels elles sont
fort exactes, et qu'elles ne voudraient pas négliger pour rien au
monde.

J'ai rencontré des caravanes de pénitentes montées sur des mulets,
sous la conduite d'un ou deux domestiques, et qui arrivaient du
Mazenderan, c'est-à-dire de plus de quarante lieues. Elles
paraissaient s'amuser beaucoup.

Il ne faut pas oublier que toutes ces femmes sont si exactement
voilées et si semblables dans leurs vêtements extérieurs, qu'il est
impossible à l'oeil le plus exercé d'en reconnaître une seule. L'usage
de prendre un mari pour faire un voyage en pèlerinage à Kerbela ou à
la Mecque, lorsque le vrai mari ne peut accompagner sa femme, existe
encore en Perse; mais, au retour, le mari par occasion cesse de rien
être dans la famille.

Enfin, en mettant même à l'écart les invitations, le bain, les
pèlerinages, les visites au bazar, les femmes sortent quand elles
veulent, d'autant plus que les hommes restent très-peu au logis, et
elles paraissent vouloir toujours sortir, car elles encombrent les
rues en toute saison. À Dieu ne plaise que j'en conclue rien de
défavorable et que je pense que cette perpétuelle locomotion,
l'éducation très-libérale qu'elles reçoivent en certaines matières, la
persuasion où elles sont qu'étant des êtres imparfaits elles ne
sauraient être responsables de rien, enfin, l'incognito impénétrable
qui les suit partout, les induisent à rien de fâcheux. Les Persans le
prétendent, mais ils sont si médisants! et je n'en crois rien. Je me
borne à trouver que cette licence sans liberté, cette absence complète
d'éducation morale est d'un fâcheux effet pour les maris plus encore
que pour les femmes, et leur ôte complétement, dès la jeunesse, le
goût de la vie de famille et d'intérieur.

Les femmes sont absolument maîtresses dans ces maisons où elles
restent si peu. Elles y sont servies par des domestiques des deux
sexes, et on admet libéralement que l'endéroun peut rester accessible
aux visiteurs qui n'ont pas plus de dix-huit à vingt ans. Aucune
inconséquence ne choque dans ce pays, et lorsque en particulier on
fait remarquer celle-ci aux Persans, ils en rient de tout leur coeur
et vous font là-dessus deux mille contes plaisants; mais ils concluent
bientôt sérieusement en disant que c'est l'usage.

Les femmes n'étant, comme je viens de le dire, responsables de rien,
sont extrêmement colères et violentes. Le Prophète avait découvert
qu'il leur manquait quelque chose dans l'entendement, et il s'empressa
d'en conclure, comme elles l'ont trop bien retenu, que leurs faits et
gestes n'avaient pas de conséquence. Plein de cette idée, il déclara
même que le manquement le plus grave qu'on peut avoir à leur reprocher
devrait être prouvé par quatre témoins oculaires. C'était à peu près
donner l'impunité au sexe faible et lui montrer beaucoup d'indulgence.

Les femmes persanes ont pris le jugement du Prophète au pied de la
lettre: il y a plus de maris à plaindre qu'il n'y a de femmes
victimes. Elles ont surtout une tendance marquée à faire usage de leur
pantoufle, et cette pantoufle, toute petite qu'elle soit, est
construite en cuir très-dur et armée au talon d'un petit fer à cheval
d'un demi-pouce d'épaisseur. C'est une arme terrible, dont j'ai vu les
déplorables effets sur la figure labourée d'un malheureux mari qui
s'était attiré la colère d'une petite dame de treize ans.


     La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
     politesses.

Les heures qui ne sont pas données au bazar sont absorbées par les
visites. Comme partout ailleurs, il y en a de toutes sortes d'espèces,
les visites de cérémonie, de convenance, d'affaires, de plaisir.

Quand on veut aller voir quelqu'un, on commence, le plus souvent, par
lui envoyer un domestique pour s'informer de ses nouvelles et lui
faire demander si tel jour, à telle heure, on pourra venir le voir
sans le déranger. Dans le cas où la réponse est favorable, on se met
en route et l'on arrive au moment indiqué, qui n'est jamais
très-rigoureusement défini et qui ne peut pas l'être, vu la manière
dont les Persans calculent le temps. Une heure après le lever du
soleil est une bonne heure pour aller voir quelqu'un, parce qu'il ne
fait pas encore trop chaud; ou bien encore à l'_asr_, c'est-à-dire
tout le temps de la troisième prière, dont, par parenthèse, les
Persans se dispensent très-souvent. Quand quelqu'un doit venir à
l'asr, on peut l'attendre depuis trois heures de l'après-midi jusqu'à
six heures, et il ne se trouve pas en retard. Comme le temps ne compte
pour rien, être en retard ne serait d'ailleurs pas un tort, ou bien
c'en est un que tout le monde partage.

On se met donc en route avec le plus de serviteurs possible, le
djelodâr marchant devant la tête du cheval, la couverture brodée sur
l'épaule; derrière le maître vient le kalyandjy avec son instrument.
On chemine ainsi, au pas dans les rues et les bazars, salué par les
gens de sa connaissance, donnant aux pauvres. Parmi ceux-ci il en est
quelquefois d'espèce singulière. Ainsi un de mes amis se vit un jour
accosté par une femme dont le voile tout neuf et le rou-bend d'une
grande propreté indiquaient l'aisance. Elle lui demandait un schahy
(un sou) d'une voix lamentable. Sur l'observation qu'il lui fit,
qu'elle ne semblait pas en avoir besoin, elle lui répondit qu'en effet
elle était riche, mais qu'ayant un enfant malade, elle s'était réduite
pour ce jour-là à vivre de charités, afin d'obtenir par son humilité
la miséricorde céleste. D'autres mendiants, d'espèce plus réelle, se
lèvent tout droit sur votre passage, criant à tue-tête: «Que les
saints martyrs de Kerbela et Son Altesse le Prophète et le Prince des
croyants (Aly) élèvent Votre Excellence jusqu'au comble de la
prospérité et de la gloire!» Quelquefois Son Excellence est un
très-simple bourgeois, qui n'en donne pas moins son aumône, et qui en
est remercié par une prosopopée digne de l'exorde. Si le passant est
un chrétien, le mendiant ne souffle pas mot du Prophète ni de son
monde, mais invoque à grands cris les bénédictions de Son Altesse Issa
(Jésus) et de Son Altesse Mériêm (Marie), sur le magnifique seigneur,
la splendeur de la chrétienté, qui viendra sans nul doute au secours
du plus petit de ses serviteurs.

On arrive enfin à la porte où l'on doit s'arrêter et l'on met pied à
terre. Les domestiques marchant en avant, on pénètre par différents
couloirs toujours bas et obscurs, et souvent on traverse une ou deux
cours jusqu'à la maison. Êtes-vous d'un rang supérieur, le maître du
logis vient lui-même vous recevoir à la première porte. En cas
d'égalité, il vous envoie son fils ou l'un de ses jeunes parents.
Alors a lieu un premier échange de politesses: «Comment Votre
Excellence ou Votre Seigneurie a-t-elle conçu la pensée
miséricordieuse de visiter cet humble logis?» De son côté, on répond,
en s'exclamant sur l'excès d'honneur qui vous est fait: «Comment
daignez-vous ainsi venir au-devant de votre esclave? Me voici dans une
confusion inexprimable; je suis couvert de honte par ces excès de
bonté.»

En devisant ainsi, on arrive jusqu'à la porte du salon où l'on doit
entrer. Ici on fait assaut de civilités pour ne pas passer le premier.
Le maître vous affirme que vous êtes chez vous, que tout doit vous
obéir dans cette pauvre demeure; vous vous défendez avec modestie,
vous jurez d'être résolu à n'en rien faire, puis vous quittez vos
chaussures, votre hôte en fait de même, et vous entrez.

Vous trouvez généralement réunis tous les hommes de la famille, qui
sont là pour vous faire honneur. Ils se tiennent debout, rangés contre
le mur. Ils s'inclinent à votre arrivée et vous répondent par un
salut général. Puis le maître vous mène dans un coin de la salle, où
il veut vous faire asseoir au haut bout, ce dont vous recommencez à
vous défendre avec un surcroît de protestations. L'assistance sourit à
cet aimable combat, qui prouve, de la part des deux acteurs, une
excellente éducation. Enfin, vous prenez place et votre hôte
également. Sur votre prière, ce dernier fait un signe à son monde, qui
remercie et s'assoit de même. Quand chacun est casé, vous vous tournez
d'un air aimable vers votre hôte et vous lui demandez si, grâce à
Dieu, son nez est gras. Il vous répond: «Gloire à Dieu, il l'est, par
l'effet de votre bonté!--Gloire à Dieu!» répliquez-vous.

[Illustration: Dans _l'Endéroun_ (appartement intérieur). Costumes
d'intérieur et de sortie.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Ensuite, vous vous inclinez vers le plus proche voisin, dont le rang
d'ordre indique assez les droits particuliers à la considération, et,
de la même manière, vous vous enquérez si, grâce à Dieu, sa santé est
bonne. Sur une réponse qui est toujours affirmative et accompagnée
d'un _gloire à Dieu_, d'un _par l'effet de votre faveur_, vous passez
à un troisième, et ainsi de suite, tant qu'il y a d'assistants, ayant
soin toutefois de nuancer votre question de manière à marquer une
différence décroissante d'empressement, à mesure que vous descendez
vers ceux qui sont placés le plus près de la porte. Là, vous ne faites
plus guère de question, et une inclination aimable suffit.

Cette cérémonie ne laisse pas que de durer quelque temps. Quand elle
est finie, vous revenez à votre hôte, et il n'est pas mal de lui
redire avec un air de tête tout à fait caressant, et comme si vous ne
l'aviez pas vu depuis quinze jours: «Votre nez est-il gras, s'il plaît
à Dieu?» Ce à quoi il réplique du même ton: «Il l'est, grâce à Dieu,
par l'effet de votre miséricorde!» J'ai vu répéter la même question
trois et quatre fois de suite par des gens très-polis, et j'ai entendu
citer avec éloge l'exemple du feu Iman Djumé, ou chef de la religion à
Téhéran, qui, lorsqu'il allait chez quelques grands seigneurs, ne
manquait jamais de demander des nouvelles de leur nez, non-seulement
au maître du logis, mais encore à tous les domestiques, et ne
remontait pas à cheval sans s'être assuré de la façon la plus aimable
que le nez du soldat en faction à la porte était tel qu'on pouvait le
désirer. Pour ce motif, ce grand dignitaire ecclésiastique était si
populaire et si chéri de tout le monde, que sa mémoire est encore
vénérée.

[Illustration: 1. Vase à rafraîchir.--2. Debeh (poudrière)--3. Vase à
rafraîchir.--4. Petit couteau.--5. Agrafe.--6. Kamah (petit sabre).--7
et 9. Negare (baguettes et tambour).--8. Kandjar.--10. Debeh
(poudrière).--11. Gâteau.--12. Cuiller.--13. Vase.--14. Verre.--15.
Vase et plat.--CHOIX D'ARMES, D'INSTRUMENTS ET OBJETS DIVERS
PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Enfin, après l'épuisement de cette question, il y a un moment de
silence, et le maître de la maison y met fin en observant d'une façon
générale qu'il est à remarquer que le temps médiocrement beau la
veille est subitement devenu admirable, ce qui ne saurait s'attribuer
qu'à la fortune étonnante de Votre Excellence. Les assistants ne
manquent pas de relever la profonde vérité de cette observation, et
quelqu'un se trouvera là pour dire que ce qui est excellent rend
excellent tout ce qui l'approche ou l'entoure; que l'homme éminent en
perfection doit être également entouré de perfections éminentes, et
que partout où paraît Votre Excellence on ne saurait s'étonner de voir
aussitôt régner l'équilibre complet des choses et le dernier degré du
bien. Cette proposition soulève encore plus d'assentiments, et ce
serait malheur qu'elle ne fût pas appuyée par une citation de quelque
poëte.

On peut se confondre en démonstrations d'humilité, et il n'y a pas
d'inconvénient à le faire. Mais il est mieux de répliquer que le temps
ne s'est vraiment mis au beau que du moment où votre hôte a accepté
votre visite, que ce n'est donc pas votre fortune, mais bien la sienne
qui montre ici son ascendant, et, d'autant mieux, qu'un peu souffrant
en montant à cheval, vous ne l'avez pas plutôt aperçu que vous vous
êtes trouvé admirablement bien. Là-dessus, profitant du brouhaha qui
s'élève pour applaudir au tour que vous avez donné à la conversation,
vous amenez une anecdote qui ne manque jamais de porter les heureuses
dispositions de l'assemblée à son comble. Votre hôte vous serre la
main avec gratitude, vous lui serrez les mains avec tendresse, puis le
kalian, le thé, le café, les sorbets circulent.

Je ne veux pas absolument faire l'éloge de cette manière excessive de
comprendre la politesse; mais j'ai cru m'apercevoir que, spirituels
comme sont les Persans, ils savaient facilement donner à tous ces
compliments un peu exubérants une tournure qui allait à la
plaisanterie; que de proche en proche, de ce terrain d'exagération, il
sortait assez souvent des saillies et des mots qui ne manquaient ni de
finesse ni d'agrément, qu'à force de subtiliser sur des absurdités, on
rencontrait parfois des choses très-spirituelles, et enfin que, dans
les occasions et avec des gens qui rendaient difficile ou impossible
un entretien raisonnable, toutes ces occasions-là étaient, en
définitive, moins plates, beaucoup plus animées et plus gaies que la
conversation qu'on appelle chez nous de la pluie et du beau temps,
bien que le fond en soit le même. Le plus grand mérite consiste donc
dans la broderie, toute extravagante qu'elle soit, et peut-être parce
qu'elle l'est.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'entre personnes qui ont quelque chose
à se dire, ces formules se simplifient tout de suite; cependant, même
d'ami à ami l'extrême courtoisie subsiste toujours, et cela dans
toutes les classes de la société. J'ai vu des portefaix et des paysans
se parler avec des égards qui semblaient bizarres pour nous. Les
nomades seuls s'en dispensent. Aussi les Tadjyks les considèrent-ils
comme des gens grossiers et indignes de vivre. Mais, je le répète, si,
dans une réunion d'amis qui s'assemblent pour se réjouir, on ne se
fait pas de ces interminables compliments, celui qui vous parle est
toujours _votre esclave_; s'il a un bel habit ce jour-là, c'est
toujours par l'effet de votre bonté, et s'il dit quelque chose qui
plaise à la société, c'est par suite de votre miséricorde.


     La peinture et la calligraphie persanes. -- Les chansons royales.
     Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles: drames historiques.

La peinture est extrêmement déchue en Perse. Le roi Mohammed-Schah
avait envoyé à Rome un artiste pour qu'il s'introduisît dans les
secrets et les procédés de l'art européen, que les Persans
reconnaissent volontiers comme très-supérieur au leur. Malheureusement
le choix de l'étudiant ne paraît pas avoir été heureux. Le peintre n'a
été frappé de rien et n'a rien compris. Le seul résultat de son voyage
a été de rapporter une copie de «la Vierge à la chaise» qui a fait
fortune, et est aujourd'hui reproduite partout.

Depuis longtemps on copie des gravures et des lithographies
européennes.

Les Persans ont un goût singulier qui tient en quelque sorte aux arts
du dessin, et qu'ils poussent jusqu'à la frénésie: c'est celui des
beaux modèles de calligraphie. On donne cinq cents francs et au delà
pour une ligne de la main d'un maître ancien, comme Émyry le derviche
ou d'autres. Mais Émyry est le plus célèbre. Les maîtres modernes se
payent naturellement moins cher, et sont cependant fort admirés. Tout
le monde, d'ailleurs, tombe d'accord qu'on n'écrit plus aujourd'hui
avec la même perfection et la même élégance que dans les siècles
passés. Le style a changé. J'ai vu faire des folies pour des oeuvres
anciennes, qui, en effet, étaient fort belles.

Les chansons jouissent d'une grande faveur, mais il faut qu'elles
soient nouvelles, et les dernières connues ont surtout la vogue.
Beaucoup sont satiriques et souvent politiques. Parmi celles qui ne
traitent que des charmes de l'amour et du vin, un grand nombre a la
plus auguste origine. Le roi, sa mère et les dames de l'endéroun royal
en produisent sans cesse, qui sont aussitôt répétées dans le bazar et
dans les autres endérouns. Mais si l'on change les paroles, il est
rare que l'on fasse de nouveaux airs, et c'est pourquoi, au dire des
personnes compétentes, la musique est entrée dans une phase de
décadence. Peu de gens en savent la théorie, et on se contente
d'apprendre par coeur certaines séries de chants qui permettent
pleinement de se tenir au courant des nouveautés.

Dans toutes les rues, on rencontre des conteurs d'histoires ambulants.
Autrefois, les cafés leur servaient surtout de théâtre, comme en
Turquie. Mais les cafés, invention toute récente en Perse, ont été
supprimés par l'Emyr-Nyzam, parce qu'on y parlait politique et qu'on y
faisait trop d'opposition. Ils n'ont pas été rétablis depuis. Dans un
emplacement assez vaste, près du Marché-Vert, on a construit une sorte
de hangar en planches, ouvert de tous côtés et garni de gradins, de
façon à pouvoir contenir deux ou trois cents personnes accroupies sur
leurs talons. Au fond du hangar, s'étend une estrade. C'est là que
depuis le matin jusqu'au soir se succèdent et les conteurs et les
auditeurs. Les _Mille et une Nuits_ sont considérées comme un recueil
classique, fort beau assurément, mais vieilli. On leur préfère les
_Secrets de Hame_, vaste collection en sept volumes in-folio,
contenant les récits les plus bariolés, tous à la gloire des Imans.
C'est la source où l'on puise de préférence. Mais on recherche aussi
beaucoup les anecdotes plaisantes, les répliques ingénieuses, les
récits qui contiennent quelques mauvais propos sur les moullahs et les
femmes, le tout entremêlé de vers et quelquefois de chant. La
population passe en grande partie sa vie à entendre ces récitations,
qui ne coûtent pas cher aux oisifs, quand elles leur coûtent quelque
chose.

Toutefois le charme qu'elles peuvent avoir, si grand qu'il soit, le
cède complétement à celui des représentations théâtrales, avec lequel
rien ne peut rivaliser. C'est une furie dans toute la nation; hommes,
femmes et enfants ont les mêmes entraînements sous ce rapport, et un
spectacle fait courir toute la ville. Dans tous les quartiers et sur
toutes les places, se trouve une sorte d'auvent plus ou moins vaste
destiné à cet usage. C'est là que se mettent certains personnages du
drame, mais l'action se passe sur la place même, de plain-pied avec
les spectateurs. Les femmes sont réunies en foule d'un côté et les
hommes de l'autre, sans que ces deux parties de l'assemblée soient
cependant très-rigoureusement séparées. Le spectacle est toujours un
drame emprunté à la vie des Persans, l'histoire d'une persécution des
califes abbassides. La plus célèbre de ces compositions est celle que
l'on représente au mois de Moharrem et qui a pour sujet la mort des
fils d'Aly et de leurs familles dans les plaines de Kerbela. Cette
déclamation dure dix jours, et pendant trois ou quatre heures chaque
fois. Ce sont des morceaux lyriques souvent fort beaux et
très-pathétiques, ajustés les uns au bout des autres et récités avec
passion. On n'y craint pas les longueurs, et les Persans n'ont jamais
assez de la peinture détaillée des souffrances, des malheurs, des
angoisses, des terreurs de leurs saints favoris. Toute l'assemblée
sanglote à qui mieux mieux et pousse des cris de désolation. Chez le
plus grand nombre ces démonstrations sont sincères, car il est
difficile, en effet, de ne pas être ému, et j'ai vu des Européens
saisis de tristesse; mais, pour quelques-uns, il y a affectation
évidente, et ce ne sont pas ceux qui gémissent le moins haut.

De temps en temps, le moullah, qui est assis en face sur un siége
élevé, prend la parole pour faire mieux comprendre à la foule combien
les Imans ont souffert. Il entre dans les détails de leurs tourments,
il paraphrase le drame, il maudit les califes oppresseurs et il
entonne des prières. Aussitôt les auditeurs, et principalement les
femmes, commencent à se frapper violemment la poitrine en cadence en
chantant une sorte d'antienne et en répétant sans fin, avec des cris
furieux: «Husseyn, Hassan!» Puis, l'entr'acte terminé, la pièce
reprend. Bien que le fond soit le même depuis bien des années, on y
change toujours quelque chose, et généralement on amplifie et
développe les morceaux les plus pathétiques. Il n'est pas mal que les
acteurs qui remplissent les rôles odieux fondent en larmes comme les
spectateurs à l'idée de leur propre scélératesse. J'en ai vu un qui
remplissait le rôle abominable du calife Yézyd et qui était tellement
indigné de lui-même, qu'en proférant les menaces les plus atroces
contre les saints Hassan et Husseyn, il pleurait au point de pouvoir à
peine parler, ce qui portait à son comble l'émotion de la foule. Je ne
sais si ces gens-là traitent une oeuvre d'après les principes de
Longin et autres critiques, mais il n'est pas possible de nier qu'ils
produisent sur le public des effets dont nos plus beaux chefs-d'oeuvre
tragiques n'approchent pas. C'est le théâtre compris un peu à la
manière des anciens Grecs.

Nous avons l'honneur, nous autres Français, de jouer un très-beau rôle
dans la représentation de la mort des Imans, fils d'Aly. Un
ambassadeur du roi Jean (quel roi Jean[7]? C'est ce qu'il n'est pas
très-facile d'expliquer) se trouvait à la cour du calife Yézyd quand
on lui annonça la famille sainte faite prisonnière à Kerbela. Il
chercha à émouvoir le tyran en faveur de ces femmes et de ces enfants.
N'ayant pu y réussir, et transporté d'indignation et de douleur, il se
déclara musulman et schyyte et fut martyrisé.

         [Note 7: Il est probable qu'il s'agit, non d'un roi français,
         mais du fameux _prêtre Jean_, prince tartare, suivant
         quelques auteurs, le grand lama suivant d'autres. On trouve
         une discussion remarquable sur ce mystérieux personnage dans
         l'introduction que le savant M. d'Avezac a mise en tête de la
         _relation des Mongols et des Tartares, par le frère Jean du
         Plan de Carpin_.]

J'ai parlé ailleurs des farces, ou saynètes. Je n'y reviendrai donc
pas.


     Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui cherche un trésor.

J'ai passé quatre mois campé dans le désert au pied du volcan du
Démavend. Nos tentes s'appuyaient à la jolie rivière de Lâr. Un tapis
de hautes herbes et de fleurs agrestes s'étendait sous nos pieds. Des
pics élancés touchaient le ciel de toutes parts. Nous n'avions
d'autres visiteurs dans cette solitude profonde que des nomades qui,
de temps en temps, passaient près de nous, dressaient leurs camps loin
du nôtre et demeuraient là une ou deux semaines. Un jour des Alavends,
tribu turque, vinrent planter trois ou quatre de leurs tentes noires
de l'autre côté du ruisseau. Tandis que les hommes allaient chasser et
que les femmes s'occupaient des travaux domestiques, un enfant de dix
à douze ans, maigre, noirci par le soleil, à demi nu, ayant la figure
la plus intéressante et la plus triste, s'approchait de la rive
opposée à la nôtre. Il ne nous regardait pas, et tous les jours il
revenait de même et ne nous regarda jamais. Il ramassait des pierres
sur le bord, les tenait dans la main, et les considérait avec
attention, puis les rejetait dans l'eau loin de lui. Quelquefois il
examinait plus longtemps un de ces cailloux et, le mettant à part, il
reprenait son travail et continuait à chercher. Le soleil torride, la
pluie, le vent, le froid, rien ne le chassait, rien n'arrêtait son
ardeur fiévreuse, et tant que le jour durait il ne se reposait pas. Il
n'aurait pas cessé même la nuit, si une femme, sa mère sans doute, ou
si son père n'était venu le chercher. On l'emmenait avec un peu de
contrainte et il suivait à regret. Ce petit infortuné avait été frappé
du soleil, et il avait perdu la raison; cet accident arrive
fréquemment chez les nomades. Il ne songeait plus qu'à chercher un
trésor de la nature duquel il ne pouvait rendre compte, mais pour
lequel il oubliait tout ce qui au monde est réel.

[Illustration: Le Démavend.--Dessin de M. Jules Laurens.]

J'oserai dire que cet enfant me représente un peu le génie dominant de
l'Asie; dès l'aurore des âges, moins occupé de la vie positive et des
choses matérielles que d'obéir à un élan qui le pousse d'une force
merveilleuse vers l'inconnu. Il a sans doute ramassé dans le cours des
ruisseaux bien des cailloux sans valeur, quelques-uns par hasard d'une
merveilleuse beauté, mais plus souvent encore il a ramassé des
monceaux de pierres auxquels il sentait qu'il ne devait pas
s'attacher. Il a persévéré toujours, et toujours il persévère, et
c'est là une puissance dont le reste du monde devrait être
reconnaissant, puisqu'il lui doit, en somme, tout ce qu'il possède et
a possédé jamais du haut domaine intellectuel[8],

                                   C{te} A. DE GOBINEAU.

         [Note 8: «La Perse n'a fourni, en 1859, qu'un faible
         contingent de relations et de notices. C'est un pays qui a
         déjà été trop exploré pour donner lieu à des voyages de
         découvertes proprement dits, mais il n'est pas encore assez
         connu pour qu'il ne reste pas à en étudier la topographie,
         l'état économique, les institutions et les ressources. Une
         expédition russe, qui le parcourt en ce moment, promet une
         moisson plus riche que celle qu'avaient recueillie les
         précédents voyageurs. La grande échelle sur laquelle elle a
         été organisée, le mérite des hommes qui la composent ont
         permis un ensemble d'investigations auxquelles ne pouvait
         suffire un voyageur isolé. À la fin de septembre 1858,
         l'expédition avait atteint Hérat; elle avait jusqu'alors
         trouvé près du gouvernement persan le plus favorable accueil.
         À Hérat et aux environs, les voyageurs ont rencontré de
         nombreux restes d'antiquités. Partout se présentaient sur
         leur route des fragments de marbre et de serpentine
         travaillés, des briques émaillées et des vestiges
         d'inscriptions. Pendant le séjour de M. de Khanikoff à
         Téhéran, quelques-uns de ses compagnons avaient été faire
         dans les environs d'Astérabad une course qui n'a pas été sans
         profit pour l'histoire naturelle. Une partie de Mazandéran
         fut explorée, tant sous le rapport topographique que sous le
         rapport botanique et zoologique. On dressa, par des
         opérations géodésiques, un itinéraire détaillé d'Astérabad à
         Téhéran, en passant par Scharoud. Pendant leur séjour à
         Mechhed, les membres de l'expédition en étudièrent avec soin
         les monuments et explorèrent la riche bibliothèque de
         manuscrits que Iman Riza y a réunis. Tout le monde a entendu
         parler des célèbres mines de turquoises du Khoraçan. M.
         Goebel y est descendu et s'y est livré à une exploration
         attentive du minerai qui fournit ces pierres précieuses. Le
         même naturaliste a visité Turbet, Cheïdari, Turmis,
         Kuchimisch, Sebswar et Kudjan ou Kabujan. Nous ne connaissons
         encore que d'une manière sommaire les richesses recueillies
         par l'expédition, mais ce qu'on nous en rapporte ne permet
         pas de douter que l'histoire naturelle n'ait beaucoup à
         gagner du voyage de M. de Khanikoff.» (Rapport de M. Alfred
         Maure sur le progrès des sciences géographiques pendant
         l'année 1859, lu à la grande assemblée générale annuelle de
         la Société de géographie de Paris.)]



GRAVURES.

                                                      Dessinateurs.
  Chapelle de Sainte-Rosalie (près Palerme)              Rouargue      1
  Types et costumes siciliens                            Rouargue      4
  Ruines à Girgenti (Agrigente)                          Rouargue      5
  Vue de Syracuse                                        Rouargue      8
  Taormine et l'Etna                                     Rouargue      9
  La Marine à Messine                                    Rouargue     12
  Rocher de Scylla                                       Rouargue     13
  Stromboli                                              Rouargue     16
  Pigeonnier près d'Ispahan                         Jules Laurens     17
  Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend-è-Roud,
    à Ispahan                                       Jules Laurens     21
  Collége de la Mère du roi, à Ispahan              Jules Laurens     24
  Une peinture indienne dans le palais des
    Quarante-Colonnes, à Ispahan                    Jules Laurens     25
  Entrée de Kaschan                                 Jules Laurens     28
  Une caravane persane au repos                     Jules Laurens     29
  Types persans                                     Jules Laurens     32
  Faubourg de Téhéran                               Jules Laurens     33
  La porte de Schah-Abdoulazim                      Jules Laurens     36
  Dans une cour, à Téhéran                          Jules Laurens     37
  Types et portraits persans                        Jules Laurens     40
  Groupe de Persans                                 Jules Laurens     41
  Dans l'Enderoun (appartement intérieur
    -- Costumes d'intérieur et de sortie)           Jules Laurens     44
  Choix d'armes, d'instruments et objets divers
    persans                                         Jules Laurens     45
  Le Démavend                                       Jules Laurens     48
  Vue de l'île Saint-Thomas                             de Bérard     49
  Saint-Pierre, à la Martinique                         de Bérard     52
  Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise)              de Bérard     53
  Une sucrerie à la Guadeloupe                          de Bérard     56
  La Pointe-à-Pître, à la Guadeloupe                    de Bérard     57
  Le port d'Espagne, à la Trinidad                      de Bérard     60
  La baie de Panama                                     de Bérard     61
  Vue des Bermudes                                      de Bérard     64
  Costumes norvégiens d'Hitterdal                          Pelcoq     65
  La vallée de Bolkesjö                                      Doré     68
  Costumes du Télémark                                     Pelcoq     69
  La vallée de Vestfjordal                                   Doré     72
  Intérieur d'auberge à Bolkesjö                         Lancelot     73
  Église d'Hitterdal                                      Wormser     75
  Le Rjukandfoss                                             Doré     76
  Un chalet à Bamble                                     Lancelot     77
  Vue du lac Bandak                                          Doré     80
  Le lac Flatdal                                             Doré     81
  Fjord de Gudvangen                                         Doré     84
  Église de Bakke                                            Doré     85
  Route de Stalheim                                          Doré     88
  Le Vöringfoss                                              Doré     89
  Vallée de l'Heimdal                                        Doré     92
  Femme du Sogn                                            Pelcoq     93
  Une noce en Norvége                                      Pelcoq     96
  Le marché aux grains (Suez)                       Karl Girardet     97
  Port de Suez                                      Karl Girardet    100
  Cimetière européen à Suez                         Karl Girardet    100
  Qosséir                                           Karl Girardet    101
  Djeddah                                           Karl Girardet    101
  Port de Souakin                                   Karl Girardet    101
  Mosquée de Salonique                              Karl Girardet    104
  Femmes albanaises, près d'un arabas,
    à Vasilika                                       Villevieille    105
  Un Juif de Salonique                                       Bida    108
  Une Juive de Salonique                                     Bida    109
  Sceau du monastère de Kariès                                       111
  Vue générale de mont Athos                         Villevieille    112
  Le Conseil des Épistates au mont Athos                Boulanger    113
  Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
    Catholicon de Kariès)                                  Pelcoq    116
  Monastère d'Iveron                                Karl Girardet    117
  L'higoumène d'Iveron                                     Pelcoq    120
  La Phiale ou le Baptistère du couvent de Lavra         Lancelot    121
  Croix sculptée en bois dans le trésor de Kariès         Thérond    124
  Coffret dans le trésor de Kariès                        Thérond    125
  Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches  Thérond    128
  La confession                                              Bida    129
  Bas-relief du couvent de Vatopédi                     A. Proust    130
  Albanais, soldat de la garde des Épistates         Villevieille    132
  Vue du couvent d'Esphigmenou                      Karl Girardet    133
  Intérieur de la cour principale du couvent slave
    de Kiliandari                                        Lancelot    136
  La récolte des noisettes au mont Athos             Villevieille    137
  L'île Chatam, dans l'archipel Galapagos            E. de Bérard    140
  Baie de la Poste, dans l'île Floriana
    (archipel Galapagos)                             E. de Bérard    140
  L'île Charles, dans l'archipel Galapagos           E. de Bérard    141
  Aiguade de l'île Charles (archipel Galapagos)      E. de Bérard    144
  Oiseaux et reptile (archipel Galapagos)                  Rouyer    145
  Côtes de l'île Albermale, dans l'archipel
    Galapagos                                        E. de Bérard    148
  Oeno, dans l'archipel Pomotou (îles à coraux)      E. de Bérard    149
  Village de Vanou, dans l'île de Vanikoro
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    149
  Baie de Manevai, dans l'île de Vanikoro
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    152
  Récifs et piton de l'île de Borabora
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    153
  Rade et pic de l'île de Borabora (îles à coraux)   E. de Bérard    156
  Île de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    157
  Brun-Rollet                                                Fath    160
  Traîneau yakoute                                    Victor Adam    161
  Une sorcière tongouse                               Victor Adam    164
  Port d'Okhotsk                                      Victor Adam    165
  Bazar de Nertchinsk                                 Victor Adam    168
  Colonie ou village yakoute                          Victor Adam    169
  Voyageur russe en Sibérie                           Victor Adam    172
  Argali (mouton sauvage)                             Victor Adam    173
  Campement de Tongouses                              Victor Adam    176
  Chamans yakoutes                                    Victor Adam    177
  Femme yakoute                                       Victor Adam    180
  Poteaux des frontières du pays des Yakoutes et
    de la Chine                                       Victor Adam    181
  Types indigènes (Australie du Sud)                      G. Fath    184
  Sépultures australiennes dans les bois                 Lancelot    185
  Sépulture australienne au désert                           Doré    189
  Restes d'un voyageur retrouvés par ses compagnons
    dans les déserts du lac Torrens                          Doré    192
  Oasis d'Éderi (Fezzan)                                 Rouargue    193
  Mourzouk (capitale du Fezzan)                          Rouargue    196
  Gorge d'Agueri                                         Lancelot    197
  Vallée d'Auderaz                                       Rouargue    200
  Vue d'Agadez                                           Lancelot    201
  Vue de Kano (entrepôt du Soudan central)               Lancelot    204
  Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou)      Lancelot    205
  Vue du lac Tchad                                       Rouargue    208
  Village marghi                                         Rouargue    209
  Halte dans une forêt du Marghi                         Rouargue    212
  Village mosgou                                         Rouargue    213
  Chef mosgovien                                         Rouargue    216
  Intérieur d'une habitation mosgovienne                 Rouargue    217
  Chef kanembou                                          Rouargue    220
  Entrée du sultan de Baghirmi dans Maséna
    (sa capitale)                                        Rouargue    221
  Une razzia à Barea (Mosgou)                            Rouargue    224
  Vue du marché de Sokoto                                Hadamard    225
  Bac sur le Niger, à Say                                Rouargue    228
  Vue des monts Homboris                                 Lancelot    229
  Village sonray                                         Lancelot    232
  Vue de Kabra (port de Tembouctou)                      Rouargue    233
  Camp touareg                                           Lancelot    236
  Arrivée à Tembouctou                                   Lancelot    237
  Vue générale de Tembouctou                             Lancelot    240
  Portrait en pied du baron de Wogan en costume
    de voyage                                           J. Pelcoq    241
  Grass-Valley                                          J. Pelcoq    244
  Un claim ou atelier de mineur                         J. Pelcoq    245
  Forêt de _taxodium giganteum_ ou pins géants           Lancelot    248
  Un cañon ou passage de la Sierra-Wah                   Lancelot    249
  La case du jugement                                   J. Pelcoq    252
  Le poteau de la guerre                                J. Pelcoq    253
  Types d'Indiennes du Rio-Colorado                     J. Pelcoq    256
  Grande pagode de Rangoun                               Français    257
  Bateau à voile sur l'Irawady                     Cliché anglais    258
  Canot de parade                                  Cliché anglais    259
  Bateau de commerce                               Cliché anglais    259
  Birmans dans une forêt                                J. Pelcoq    261
  Pattshaing ou tambour-harmonica                  Cliché anglais    262
  Pattshaing à baguettes                           Cliché anglais    262
  Harpe birmane                                    Cliché anglais    263
  Harmonica birman                                 Cliché anglais    263
  Pagode à Pagán                                   Cliché anglais    264
  Représentation théâtrale dans le royaume d'Ava         Hadamard    265
  Dagobah ou pagode en forme de cloche             Cliché anglais    266
  Intérieur d'une pagode                           Cliché anglais    267
  Maison de l'ambassade à Amarapoura               Cliché anglais    268
  Vallée des puits de bitume                        Karl Girardet    269
  Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
    birmans                                                 Morin    272
  Le palais du roi et l'éléphant blanc                     Navlet    273
  Sculptures comiques dans le monastère royal à
    Amarapoura                                           Lancelot    276
  Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastère royal à
    Amarapoura)                                          Lancelot    277
  Détails intérieurs du Maha-comiye-peima à Amarapoura     Navlet    281
  Une porte à Amarapoura                           Cliché anglais    284
  Canon birman                                     Cliché anglais    284
  Danse des éléphants                              Cliché anglais    284
  Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava         Cliché anglais    285
  Jeunes dames birmanes                                     Morin    288
  Le temple du Dragon                                    Lancelot    289
  Rives de l'Irawady (près des mines de rubis)     Cliché anglais    292
  Petite pagode à Mengoun                          Cliché anglais    292
  Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
    de terre de 1839)                               Karl Girardet    293
  Vallée de l'Irawady au confluent du Myit-Nge          Paul Huet    297
  Temple ruiné à Pagán                                   Lancelot    300
  Salces ou volcans de boue à Membo                Cliché anglais    301
  Cônes volcaniques dans la plaine de Membo        Cliché anglais    301
  Paysans birmans en voyage                        Cliché anglais    302
  Statue gigantesque de Bouddha à Amarapoura             Lancelot    304
  Zanzibar vue de la mer                             E. de Bérard    305
  Portrait de feu l'iman de Zanzibar                 E. de Bérard    308
  Pont de la ville de Zanzibar                       E. de Bérard    309
  Un village de la Mrima                                Lavieille    312
  Jihoué la Mkoa ou la roche ronde                 Cliché anglais    313
  La fontaine qui bout (source thermale dans le
    Khoutou)                                       Cliché anglais    313
  Sycomore africain                                Cliché anglais    314
  L'Ougogo                                         Cliché anglais    315
  Burton et ses compagnons en marche                    Lavieille    316
  Chaîne côtière de l'Afrique occidentale               Lavieille    317
  Passe dans l'Ousagara                                 Lavieille    320
  Paysage dans l'Ounyamouézi                            Lavieille    321
  Noirs de l'Ousumboua                               G. Boulanger    324
  Huttes à Mséné                                        Lavieille    325
  Nègres porteurs                                    G. Boulanger    328
  Noir de l'Ouganda                                  G. Boulanger    329
  Habitation de Snay ben Amir à Kazeh                   Lavieille    332
  Jeunes dames à Kazeh                               G. Boulanger    333
  Coiffures des indigènes de l'Ounyanyembé         Cliché anglais    334
  Coiffures des indigènes de l'Oujiji              Cliché anglais    335
  Maison des étrangers à Kaouélé                        Lavieille    336
  Navigation sur le lac Tanganyika                      Lavieille    337
  Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika             Lavieille    339
  Habitation au bord du lac Tanganyika                  Lavieille    340
  Le bassin du Maroro                                   Lavieille    341
  Instruments et ustensiles des Ouajiji            Cliché anglais    342
  Riverains du Tanganyika (côté ouest)             Cliché anglais    343
  Riverains du Tanganyika (côté sud)               Cliché anglais    343
  Le bassin du Kisanga                                  Lavieille    344
  Végétation de l'Ougogi                                Lavieille    345
  Passe de l'Ouzagara                              Cliché anglais    346
  Rocher de l'Éléphant près du cap Gardafui        Cliché anglais    347
  Dernier établissement égyptien dans le Fazogl          Lancelot    348
  Contrée des Shelouks sur le Saubat                     Lancelot    349
  Bélénia (village bari sur le fleuve Blanc)             Lancelot    352
  Habitants de la Havane                                    Potin    353
  Coolies chinois à Cuba                                   Pelcoq    356
  Vue générale de la Havane (capitale de Cuba)           Lancelot    357
  Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba   E. de Bérard    360
  Cathédrale de la Havane                                  Navlet    361
  La volante (voiture de la Havane)                   Victor Adam    363
  Vue de Matanzas                                        Lancelot    364
  Paysage dans l'île de Cuba: Loma (coteau)
    de Candela                                          Paul Huet    365
  Paysage dans l'île de Cuba (Loma de la Givora)        Paul Huet    368
  Grenoble et les Alpes dauphinoises                Karl Girardet    369
  Les Grands Goulets                                Karl Girardet    372
  Pont-en-Royans                                             Doré    373
  Sainte-Croix et les ruines du château de Quint    Karl Girardet    376
  Die et la vallée de Roumeyer (vue prise des
    hauteurs de Saint-Justin)                            Français    377
  Le Mont-Aiguille (vu de Clelles)                       Daubigny    380
  Pontaix                                           Karl Girardet    381
  Roumeyer et le mont Glandaz                            Français    384
  Entrée de la vallée de Roumeyer                   Karl Girardet    385
  La vallée de Léoncel                              Karl Girardet    388
  La vallée de la Véoure et de la plaine du Rhône
    (vue prise des hauteurs de la Vacherie)         Karl Girardet    389
  Beaufort                                               Français    392
  La forêt de Saou                                       Sabatier    394
  Poët-Cellard                                      Karl Girardet    395
  Bourdeaux                                         Karl Girardet    396
  Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
    du Ruïdoux)                                     Karl Girardet    397
  Cascade de la Druïse                              Karl Girardet    398
  La gorge de Trente-Pas                            Karl Girardet    400
  Le mont Viso                                           Sabatier    401
  Le pont du Diable                                      Sabatier    405
  Le lac de l'Échauda                                    Sabatier    408
  Le Pelvoux                                             Sabatier    409
  Le mont Aurouze                                        Français    412
  Les montagnes du Devoluy                          Karl Girardet    413
  Ruines de la Chartreuse de Durbon                 Karl Girardet    416



CARTES ET PLANS.


  Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin.                             3
  Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin.                             19
  Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin.         51
  Carte du haut Télémark (Norvége méridionale), d'après
    M. Paul Riant.                                                    67
  Carte de la presqu'île de Bergen, d'après M. Paul Riant.            83
  Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin.                      115
  Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff.                167
  Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin.                         187
  Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
    orientale) d'après M. de Lanoye.                                 195
  Voyage du docteur Barth (Itinéraire de Sokoto à Tembouctou),
    par M. A. Vuillemin.                                             234
  Carte du cours inférieur de l'Irawady comprenant les possessions
    britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'après le
    capitaine H. Yule.                                               260
  Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'après les relevés du
    major Grant Allan.                                               280
  Carte du cours supérieur de l'Irawady et partie nord du royaume
    d'Ava, d'après le cap. Yule.                                     296
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (Itinéraire de Zanzibar à Kazeh).                      307
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (2e partie).                                           338
  Carte de l'île de Cuba, par M. A. Vuillemin.                       355
  Carte du Dauphiné (partie occidentale: Isère et Drôme),
    par M. A. Vuillemin.                                             371
  Carte du Dauphiné (partie orientale: Isère et Hautes-Alpes),
    par M. A. Vuillemin.                                             404



ERRATA.


I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprimé: (1858.--INÉDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu'à la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a été publié en anglais.


II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplacé par celui
d'OCCIDENTALE.


III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'après M. A. Proust.


IV. On a également omis de donner, à la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos représentés
sur la page 145. Nous réparons cette omission:

1º _Tanagra Darwinii_, variété du genre des
_Tanagras_ très-nombreux en Amérique. Ces oiseaux ne diffèrent de
nos moineaux, dont ils ont à peu près les habitudes, que par la
brillante diversité des couleurs et par les échancrures de la
mandibule supérieure de leur bec.

2º _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, où l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulièrement à l'île
Saint-Charles. Des treize espèces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affectée à
une île en particulier.

3º _Pyrocephalus nanus_, très-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mâle de cette variété a une tête de feu. Il hante à la fois les
bois humides des plus hautes parties des îles _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.

4º _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux îles Galapagos.

5º Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveautés rapportées par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-être que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.

Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est décrit dans le texte, page 147.

[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des îles Galapagos.]

       *       *       *       *       *

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris.

       *       *       *       *       *





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Le Tour du Monde; Perse - Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860" ***

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