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Title: Le Tour du Monde; Scandinavie - Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Le Tour du Monde; Scandinavie - Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860" ***

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(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)



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Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde:
Journal des voyages et des voyageurs" (2ème semestre 1860).

Les articles ont été regroupés dans des fichiers correspondant
aux différentes zones géographiques, ce fichier contient les articles sur
la Scandinavie.

Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces
articles sont originaires.]



                    LE TOUR DU MONDE



            IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
               Rue de Fleurus, 9, à Paris



                    LE TOUR DU MONDE

               NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

                PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

                 DE M. ÉDOUARD CHARTON

        ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES



                         1860
                   DEUXIÈME SEMESTRE

            LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
         PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
          LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
              LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

                         1860



TABLE DES MATIÈRES.


UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

  Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
    de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
    Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
    Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
    Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
    Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
    (Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
    -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
    Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
    Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
    Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
    Retour à Naples.                                                 1


VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.

  Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
    Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
    roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
    Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
    Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
    Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
    scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
    Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
    Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
    La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
    -- Notre habitation.                                            16

  Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
    Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
    pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
    laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
    -- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
    -- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
    politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
    chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
    drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
    cherche un trésor.                                              34


VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

  L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
    _réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
    Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
    Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
    -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
    sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
    Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
    Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
    Greytown.                                                       49


VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

  LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
    de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
    De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
    ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
    Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
    Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
    chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
    livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
    Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
    Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.                               65

  --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
    Retour à Christiania par Skien.                                 82

  L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
    Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
    Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen.           85


VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

  D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
    -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
    Djambo. -- Djeddah.                                             97


VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

  Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
    L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
    Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
    Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
    Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
    peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff.  103

  Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
    bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
    peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
    Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
    Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
    -- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
    L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes.     114

  La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
    Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
    grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
    bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
    Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
    Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
    pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
    du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur.     130


VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

  L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
    cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
    Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
    cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
    Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
    oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
    tortues de terre; leurs habitudes.                             139

  Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
    plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
    terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
    remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
    habitent les diverses îles. -- Aspect général américain.       146

  LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
    merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
    -- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
    -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
    racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
    Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
    Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
    parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
    Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
    barrières et des barrières en attoles.                         151


BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet.                                          159


VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).

  Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
    paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
    poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
    Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
    Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
    premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
    mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
    Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
    Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
    qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
    Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
    La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
    Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
    Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
    Yakoutsk.                                                      161

  Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
    Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
    -- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
    yakoutes.                                                      177


DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).

  Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
    des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
    Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
    Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
    -- Culture et mines.                                           182


VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).

  Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
    Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
    Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
    Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
    Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
    il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
    de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
    décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
    despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
    girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
    Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
    aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
    de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
    L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
    courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
    de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
    Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad.                       193

  Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
    mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
    Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
    Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
    force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
    Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
    -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
    ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
    Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
    Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
    de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
    pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
    de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
    Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
    Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
    Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
    les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
    savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
    Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres.                     209

  De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
    remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
    -- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
    forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
    Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
    d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
    d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
    -- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
    Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
    Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
    partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
    Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
    Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
    importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
    Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
    Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
    veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
    Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
    -- Gando. -- Kano. -- Retour.                                  226


VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).

  Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
    pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
    solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
    L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
    Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
    -- Délivrance.                                                 242


VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

  Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
    du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
    concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
    exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
    Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
    Amarapoura.                                                    258

  Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
    Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
    roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
    présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
    Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
    dames birmanes.                                                273

  Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
    d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
    poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
    autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
    Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
    congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
    d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
    la Birmanie.                                                   280


VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).

  But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
    Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
    -- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
    de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
    l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
    Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
    arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
    Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
    Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
    Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
    rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
    L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
    indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
    Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
    Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
    Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
    dangereuse.                                                    305

  Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
    Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
    -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
    Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
    Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
    Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
    -- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
    Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
    Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
    Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
    Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
    Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
    Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
    -- Ravissements. -- Kaouélé.                                   321

    Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
    Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
    lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
    hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
    Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
    pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
    -- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
    Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour.  337


FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855)                                               348


VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

  Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
    -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
    -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
    Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
    pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
    Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
    l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
    plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
    -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
    population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
    l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.      353


EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

  Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets.              369

  Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
    forêt de Saou. -- Le col de la Cochette.                       385


EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

  La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
    Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
    de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
    des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
    habitants.                                                     402


LISTE DES GRAVURES.                                                417

LISTE DES CARTES.                                                  422

ERRATA.                                                            427



[Illustration: Costumes norvégiens d'Hitterdal.--Dessin de
Pelcoq d'après le peintre norvégien Tiedeman.]



VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES,

PAR M. PAUL RIANT.


I. LE TÉLÉMARK ET L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN.

1858.--INÉDIT.


LE TÉLÉMARK.

     Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode de voyager. --
     Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen.

En 1736, la France envoya, sous les ordres de M. de Maupertuis, une
expédition scientifique au cercle polaire. L'abbé Outhier, chargé de
la relation du voyage, fait partir l'expédition _en carrosse de
voiture_. On déjeune à Louvres, on soupe à Senlis, et le long du
chemin on ne perd pas une seule des curiosités de la Picardie et de
l'Artois.

En 1860, devant les affiches des chemins de fer qui vous mènent de
Paris à Copenhague en trente-six heures, il faut faire comme la vapeur
et rayer d'un trait de plume ces distances qui n'en sont plus. Bientôt
même la vieille terre des Goths et des Normands aura achevé son réseau
de voies ferrées: les solitudes Scandinaves, à peine troublées par le
«shooting» et le «fishing» britanniques, verront aux vacances
s'abattre par légions les touristes du continent et il ne sera plus
permis d'écrire sur le Nord d'autre livre que le _Guide du voyageur_.
Pour ceux qui aiment à trouver de l'imprévu, à découvrir des sites
ignorés, il faut se hâter: les vieilles idées qui assignaient pour
patrie aux ours la banlieue de Copenhague s'en vont peu à peu et le
canal de Gotha menace de devenir aussi banal que le Rhin ou la Loire.

Seuls, les _fjelds_ (monts, plateaux) norvégiens feront peut-être
exception pendant quelques années: l'âpreté particulière du sol, la
configuration générale des montagnes, la longueur des distances,
l'absence du confort le plus élémentaire, interdiront encore
longtemps, aux touristes pressés, certaines excursions de longue
haleine à la recherche de sites fameux par leur éloignement même.

Les deux parties de la Norvége qui offrent à la fois le plus de
grandeur dans les paysages, le plus d'originalité dans les moeurs,
sont le Télémark et l'évêché de Bergen.

La Norvége, longue et étroite bande de côtes qui étreint la Suède
depuis le golfe de Varanger jusqu'à Gothembourg, se renfle dans la
partie méridionale: c'est le centre de cette presqu'île secondaire
qu'occupe le Télémark, avec ses grands lacs solitaires, ses montagnes
abruptes, ses chutes immenses, et son peuple aux costumes bariolés.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

... Arrivés à Christiania dans les premiers jours de juin après un
voyage assez long à travers les immenses forêts du Vermland et le long
de la noble vallée de la Glommen, nous avions employé près d'un mois à
parcourir les environs immédiats de la métropole norvégienne,
admirablement assise au fond d'un des plus beaux _fjords_ (golfes) de
la côte, au pied de montagnes verdoyantes et à une heure des grands
lacs de l'intérieur, grâce à quelques kilomètres de chemin de fer
qu'on pourra prolonger plus tard.

Christiania, comme Stockholm, comme presque toutes les villes bâties
en panorama, devrait n'être vue que de loin. Au bout de huit jours
passés dans ses rues désertes, le long de ses bazars dégarnis, on a
hâte de quitter cet immense village, aux monuments prétentieux, et on
se prend à en vouloir aux habitants du désenchantement que l'on
éprouve: ils ont presque gâté la nature.

Huit jours pourtant ne sont pas de trop avant de partir pour le
Télémark, surtout si l'on veut, tout en parcourant le pays, se livrer
aux divertissements favoris des Anglais, la chasse et la pêche. Comme
on est sûr d'avance de ne trouver le long du chemin que du lait caillé
et de la farine, il est nécessaire de se pourvoir de tout ce qui doit
suppléer à l'insuffisance de ce menu quotidien.

Une petite voiture nationale non-suspendue, nommée du nom défiguré de
«karriol» (et la seule que l'orgueil norvégien consente à raccommoder
en cas d'accident), doit contenir votre personne et vos bagages. Le
siège, en forme de sabot, repose sur une petite traverse en avant de
l'essieu; le cheval, attelé d'une façon particulière, tire à
l'extrémité des brancards; une forte malle est attachée à l'autre bout
sur une planche, le gamin (skydskarl), qui ramène le cheval de poste,
s'assied dessus. Entre ces deux points d'appui, le voyageur est mieux
suspendu que dans bien des voitures à ressorts et l'on finit par
s'habituer si bien à ce genre de locomotion qu'on arrive à faire des
journées de seize ou dix-huit heures sans excès de fatigue.

On voudrait d'ailleurs voyager autrement qu'on serait obligé forcément
d'y renoncer: les distances sont trop longues pour le voyage à pied;
les petits chevaux, habitués à tirer ces légers véhicules, se refusent
au poids plus gênant du cavalier. Quant aux voitures civilisées, les
routes en feraient bientôt raison.

La poste, du reste, n'est pas d'une cherté exorbitante et, n'étaient
certains règlements parfaitement défavorables aux voyageurs, on
n'aurait aucun droit de s'en plaindre[1].

         [Note 1: Le relais est une ferme tenue de loger les voyageurs
         et de leur fournir des chevaux pour un prix déterminé. Si la
         ferme reçoit une subvention de l'État, le fermier est obligé
         de fournir les chevaux sans faire attendre les voyageurs:
         c'est la station fixe. Mais le plus souvent la station est
         «non fixe.» La fourniture des chevaux est un impôt; chaque
         fermier doit, dans chaque paroisse, le payer à son tour. Il
         faut donc aller à trois ou quatre lieues chercher le cheval
         qui vous arrive au bout de trois heures d'attente, délai
         accordé au fermier. L'animal est fatigué, souvent à peine
         dressé ou vicieux; son maître fait le relais avec vous et le
         défend contre le fouet avec une âpreté naïve qui se traduit
         en apostrophes interminables.]

Aussi, le 27 juin à cinq heures du matin, notre itinéraire étant
arrêté pour huit jours, nos «forbuds[2]» étant envoyés et nos sacs
chargés de la menue monnaie indispensable dans les montagnes, nous
roulions sur la route de Télémark avec le projet d'aller le soir
coucher à Kongsberg, chef-lieu du département de Bratsberg, l'un des
plus riches de la Norvége en mines et en bois. La route qui y mène,
admirablement percée en pleine montagne est, à quelques passages près,
un chef-d'oeuvre, chose rare dans le Nord, où l'on passe subitement de
voies construites à grands frais à d'abominables traverses.

         [Note 2: Quand on veut avoir ses chevaux prêts et faire un
         peu plus de trois relais par jour, il faut envoyer d'avance
         un courrier nommé forbudman, muni d'un certain nombre d'avis;
         il vous précède d'une journée, et vous pouvez voyager à peu
         près tranquillement. Mais gare à vous si vous changez quoi
         que ce soit à votre itinéraire, si vous vous attardez à
         déjeuner; les retards s'accumulent et se traduisent en
         indemnités désagréables.]

La route que nous suivons longe la rive droite du fjord de
Christiania, dans un pays qui partout ailleurs serait un véritable
parc: de grandes prairies semées de bouquets de pins et de frênes
descendent jusqu'à la mer; à droite des fermes rouges et blanches
s'étagent sur la montagne, perdues dans la nappe indéfinie des sapins;
à gauche se découpent les mille bras du fjord. Chaque crique cache un
petit débarcadère de bois avec quelque bateau à demi chargé. Le ciel
est pur comme un ciel du midi, de grands églantiers couverts de fleurs
bordent le chemin et s'accrochent aux rochers. À chaque chaumière, au
bruit des chevaux, des marmots jambes nues accourent pour vous offrir
des fraises. On se croirait sur quelque côte fleurie de la
Méditerranée à deux pas de Nice ou d'Hyères, et l'on est en réalité
sous le soixante-unième degré de latitude.

[Illustration: Carte du HAUT TÉLÉMARK (Norwège méridionale) d'après Mr
Paul Riant. Gravé chez Erhard. R. Bonaparte 42.]

À Sandviken, petit port en miniature avec huit ou dix petits vaisseaux
à l'ancre, la route quitte le fjord, qu'on n'aperçoit plus que dans un
lointain bleuâtre, le paysage est toujours splendide, de longues files
de paysans nous croisent avec de grands seaux pleins de lait et des
charretées de légumes. Ils saluent en passant, mais de cette façon
fière qui distingue les hommes libres des montagnes norvégiennes.

[Illustration: La vallée de Boskesjö.--Dessin de Doré d'après M.
Riant.]

C'est à trois lieues de Sandviken que commence la côte du Paradis,
«Paradise Bakke,» ainsi nommée de l'admirable vue dont on jouit à son
sommet; de là l'oeil embrasse à la fois le fjord et le lac Tiri unis
par la vallée de Drammen, riche, cultivée, animée par des scieries,
par des fermes opulentes.

[Illustration: Costumes du Télémark.--Dessin de Pelcoq.]

Au fond est la ville de Drammen. Après une descente d'une demi-heure,
on en touche les faubourgs. Drammen, bâtie sur les deux rives d'un
large cours d'eau, est un des entrepôts de bois les plus importants de
la Norvége. La ville consiste en deux longues rues parallèles, bordées
pendant trois kilomètres de maisons neuves en bois peint et découpé;
le feu a passé par là, et en Norvége c'est un bienfait. Presque toutes
les villes de Norvége payent à l'élément destructeur un tribut
périodique. Tout brûle, mais tout est assuré, immeuble et mobilier:
les compagnies anglaises payent les victimes en argent comptant,
denrée rare en Norvége. Chacun rebâtit sa demeure au goût du jour, et
Troie renaît de ses cendres, plus florissante que jamais. Le fait est
que Drammen a un aspect fort opulent. Bourse, quais, maisons aussi
vernies que les chalets d'Auteuil, vaisseaux au port, villas dans les
faubourgs, rien n'y manque ... que de quoi manger; c'est ce qui arrive
le plus souvent en Norvége, où l'oeil est toujours satisfait avant
l'estomac. À l'auberge, péniblement trouvée après une heure de
recherche, une jeune et insolente «pige» nous refuse le pain et le sel
sous prétexte que l'heure du dîner est passée.

À une raison aussi péremptoire, il n'y a rien à répondre. Le
Norvégien, être flegmatique et intimement convaincu de sa propre
sagesse, ne connaît point d'objection.


     De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
     ses gisements métallifères.

Nous partons pour des lieux plus hospitaliers; d'immenses chantiers de
planches et de poutres bordent la route. Il semble qu'il y a là de
quoi approvisionner des villes entières: le bois s'élève en énormes
monceaux; sans cesse de nouvelles poutres arrivent le long du fleuve,
sont reconnues, rangées, empilées ou découpées en planches, vendues,
embarquées à bord de gros clippers _ad hoc_, et c'est ainsi que se
construisent les chemins de fer d'Espagne et les villas d'Alexandrie
et du Caire.

Au bout d'une lieue, la vallée se rétrécit, et la route court plate et
poudreuse jusqu'à Haugsund, gros bourg qui est comme la succursale de
Drammen. C'est là qu'aboutissent en hiver les traînages de bois, les
charrois de minerai, qui viennent des montagnes; en été, il y a moins
d'animation.

Haugsund, comme Drammen, est séparé en deux parties qu'un pont de
pierre unit. Un _goestgiver_ plus hospitalier que le premier, nous
offre tout ce qu'il possède, mais, comme dans les posadas de la
Manche, ce tout se réduit à peu de chose: une queue de saumon.

Le saumon est dans le Nord le pain du peuple, qui le mange de toutes
les façons: cru, cuit, fumé, salé; c'est la grande ressource du
voyageur, tant qu'il reste à quelques lieues de la mer.

À Haugsund apparaissent les premiers costumes télémarkiens, les
corsages courts, les hautes jupes et les innombrables bijoux d'argent
qui sont le luxe de ces populations encore un peu barbares.

D'Haugsund à Kongsberg, il n'y a qu'un relais, mais il est long: deux
milles et demi, près de douze lieues de France. On frémit en pensant
aux malheureux quadrupèdes qui font au grand trot ces distances
énormes. Le cheval norvégien est de la hauteur d'un âne, il est
presque toujours jaunâtre, excepté la queue et la crinière qui sont
noires; une raie de la même couleur règne le long du dos; l'habitude
locale est de tailler la crinière en brosse en ne laissant qu'une
grosse touffe qui passe entre les oreilles et retombe jusqu'aux yeux.
Cette crinière hérissée, cette petite tête, ce regard intelligent font
penser aux chevaux naïvement dessinés des anciens bas-reliefs.

Si le cheval norvégien n'est pas d'une apparence satisfaisante au
point de vue hippique, il est doué de qualités solides et d'un certain
fond de gaieté patiente assez voisine du caractère de l'âne. Il répond
plus à la parole qu'au fouet, s'arrête brusquement à ce son fortement
accentué: «prrr,» qui ferait fuir ses congénères d'Europe. Le long du
chemin, il se contente d'un peu de foin; l'avoine est inconnue ou sert
à l'alimentation de l'homme. Quand il a soif, il va de lui-même à la
source qu'il sent de loin au bord de la route et ne se regimbe que si
vous le forcez à déroger à ses habitudes. Arrivé au relais, il
s'étend, se couche et se roule dans la poussière pour sécher la sueur
du voyage. Son maître ne le brutalise jamais et a pour lui une
véritable affection. Malheur au voyageur qui surmène une bête dont le
propriétaire est assis derrière la carriole. Il essuiera un feu
roulant de raisonnements de toutes sortes. Quelquefois même le geste
suivra la parole, et le Norvégien a la main lourde.

La route avant Kongsberg traverse d'admirables forêts, venues on ne
sait comment sur des roches énormes. La mine a joué un grand rôle dans
la construction du chemin, d'immenses quartiers rouges et noirs sont
entassés pêle-mêle sur les flancs de la montagne; d'énormes arbres au
feuillage vigoureux sortent de ces amas monstrueux: c'est un véritable
chaos.

Peu à peu, la roche finit par l'emporter sur la végétation; les pins
se rabougrissent, si bien qu'au sommet d'une interminable côte, il n'y
a plus que des broussailles et des mousses, mais on a atteint la
vallée de la Laagen qui se déroule à vos pieds comme un long ruban. Un
nuage noir, semé de reflets rougeâtres par le soleil couchant, se
balance au-dessus du fleuve. Plus bas encore apparaissent Kongsberg,
ses usines royales et la chute de Larbrö, qui fournit à l'exploitation
minière son puissant moteur.

Kongsberg est la seconde ville minière de Norvége et le centre des
mines d'argent et de cobalt; c'est là que s'élabore le minerai
recueilli à quelques lieues à la ronde.

Les mines d'argent forment une portion importante (un dixième) du
revenu de l'État. Administrées sagement et en prévision d'un
épuisement possible, elles ne rendent qu'une somme fixe par an. Elles
ont été beaucoup plus riches, mais la première veine cessa subitement
au siècle dernier, et ce ne fut qu'après un long intervalle qu'on
trouva la veine actuelle.

Les mines de cobalt situées à quatre milles de Kongsberg sont en
pleine exploitation.

La ville, groupée autour de l'église, domine un peu la chute et les
scieries qu'elle alimente.

Le _Goestgivegaard_, décoré du nom français d'Hôtel des Mines, est
tenu par un jeune homme fort complaisant, qui met à notre disposition
un phaéton pour aller aux puits même de la mine.

Ils sont à trois ou quatre lieues de Kongsberg, dans un pays stérile,
plein de roches et de pins rabougris; la route, à peine faite,
serpente dans ce dédale de pierres et d'arbres.

On se demande comment les équipages à quatre chevaux de la cour de
Suède ont pu conduire par ces horribles sentiers le prince Napoléon
qui, dans ses rapides voyages polaires, a visité les puits de
Kongsberg.

Nous dépassons cinq ou six établissements mus par l'eau et destinés
aux préparations successives du minerai avant son entrée dans l'usine
de Kongsberg. Tout cela est fait avec ce luxe de charpente qu'on ne
peut trouver qu'en Norvége ou en Amérique: de gigantesques viaducs
amènent l'eau d'un côté et le minerai de l'autre. Bientôt les résidus
terreux s'amassent en monceaux énormes et envahissent la charpente
primitive, un second édifice se superpose alors au premier sans qu'on
s'inquiète autrement ni de la matière ni de l'espace. À un détour de
la route, nous reconnaissons enfin la triste maison de bois peinte en
brun et les hangars un peu délabrés que MM. Giraud et Karl Girardet
ont poétisés de leur crayon d'artiste dans le voyage du prince.

Pour le moment, les ouvriers soupent sous le hangar; un gentilhomme,
en chapeau noir, en bottes molles et en lunettes, fume à l'entrée de
la mine une énorme pipe allemande; il se montre poli et prévenant; la
conversation s'engage en anglais, mais au bout de quelque temps les
connaissances un peu superficielles de notre interlocuteur dans
l'idiome britannique nous forcent à parler norvégien. Il nous
introduit dans une salle basse et nue où trois ouvriers, munis chacun
d'une clef, ouvrent un grand coffre plein des échantillons les plus
remarquables d'argent natif, puis on nous invite à descendre dans les
mines.

À part quelques excavations immenses et partout célèbres, rien ne
ressemble à une mine comme une autre mine; des échelles vermoulues, de
longues galeries noires dont le silence n'est troublé que par le
grondement des fleuves souterrains, un brouillard humide et noir, tout
un monde enterré vivant, rien de moins fait pour parler aux yeux et
émouvoir l'imagination; mais en Norvége ce serait humilier
profondément la gloire nationale que de négliger les moindres détails
des exploitations qui font la richesse du pays.

La mine de Kongsberg consciencieusement visitée, nous retrouvâmes avec
satisfaction _la terre d'en haut_.

Le Norvégien en bottes nous attendait pour nous faire entrer dans
l'habitation des mines et nous inscrire sur le registre des voyageurs:
un toast à la vieille Norvége compléta la visite; en sortant, il nous
montra dans une salle une vitrine garnie des échantillons
minéralogiques de la contrée. L'argent se présente sous deux formes
dans la mine: à l'état natif, il sort en longs fils[3] d'une gangue
pierreuse, ou à l'état de sulfure; dans ce dernier cas, une gangue
blanche feuilletée renferme de gros noyaux cristallins noirs. Un
magnifique échantillon de ce genre décorait la cheminée. Nous voulions
nous procurer quelques-uns de ces échantillons, mais ce n'est qu'en
ville qu'on les achète. Là un souper passable, préparé par l'hôte,
nous attendait. Nous devions partir le lendemain de grand matin pour
les montagnes et, quoiqu'il fût dix heures du soir, nous envoyons nos
cartes au fonctionnaire préposé à la vente des précieux cailloux; un
quart d'heure après, nous allons nous-mêmes le trouver et, tout en
exprimant un dévouement sans bornes à la France, il nous vend fort
cher quatre petits morceaux d'argent.

         [Note 3: Les échantillons ressemblent à des chevelures; le
         plus long conservé à Copenhague a 1 mètre 50 centimètres de
         longueur et 50 centimètres de largeur.]

Nous le quittons et, après avoir admiré de plus près la splendeur de
Larbröfoss[4], nous revenons à l'hôtel, où nous trouvons toute
préparée une vaste chambre contiguë à la salle de concert de la ville.
Dans le Nord, où la construction est toujours en bois et par
conséquent peu coûteuse, la poste-auberge, _goestgivegaard_, atteint
dans les petites villes des proportions respectables; au
rez-de-chaussée, il y a cabaret pour le peuple, restaurant et table
d'hôte pour les fonctionnaires; le premier est occupé par une vaste
salle de concert destinée aux solennités musicales ou chorégraphiques
de l'endroit, et flanquée de deux ou trois vastes chambres au parquet
de sapin, semé de petites branches vertes.

         [Note 4: _Foss_ veut dire chute, cataracte.]


     Les montagnes du Télémark. -- Leurs habitants. -- Hospitalité des
     _gaards_ et des _sæters_. -- Une sorcière.

Kongsberg est la dernière étape de la civilisation de ce côté de la
Norvége. À quelques heures seulement de Christiania, elle participe au
mouvement de la capitale. Mais n'allez pas plus loin, si vous voulez
vivre autrement que de vos propres ressources. Là commencent les âpres
montagnes du Télémark qui enlacent les lacs Tinn, Mjös, Totak et
Bandak et vont, s'entassant les unes sur les autres, former vers
l'ouest l'inaccessible barrière du Hardanger fjeld, vaste désert de
neige, où l'indigène même ne s'aventure pas sans horreur.

Pendant quelques milles encore on peut se servir de la carriole;
c'est-à-dire que l'on trouve un ou deux sentiers assez larges pour lui
livrer passage: frayés ou non, peu importe, dès qu'elle entre, elle va
partout.

Le but principal d'une excursion en Télémark est la célèbre _chute
fumante_, Rjukandfoss[5], la plus grande de l'Europe, je dis la plus
grande et non la plus haute ni la plus forte; car la chute du Rhin à
Schaffhausen et les rapides de la Glommen à Kongsvinger l'emportent
sur le Rjukan en puissance d'eau, de même que le filet d'eau qui, à
Gudvangen, dans l'évêché de Bergen, tombe de 4000 pieds dans la mer,
l'emporte en hauteur; mais la célébrité du Rjukan vient à la fois de
la masse imposante de ses eaux et de la hauteur immense d'où elles
tombent, un lac précipité dans un autre, de mille pieds de hauteur.

         [Note 5: _Rjukan_ est le vieux mot, presque islandais; le mot
         moderne est _Rygende_.]

Le lac Mjös, immense nappe à six branches, grossie des eaux qui
tombent du Hardanger fjeld, vient se déverser par le Maan Elv dans le
bassin du Tinn.

La vallée du Maan Elv peut avoir douze lieues; c'est au tiers environ
qu'a lieu la dépression énorme qui produit la chute. Pour aller de
Kongsberg au Rjukan, il faut passer de la vallée de la Laagen dans
celle du lac Tinn et franchir une chaîne de montagnes assez abruptes;
en faisant un coude et les tournant au sud, on suit une route assez
bonne mais insignifiante. Nous devrons prendre le chemin le moins
frayé et le plus pittoresque.

À quatre heures du matin, nous quittions Kongsberg et, après avoir
suivi pendant une heure la Laagen chargée de bois flottés et bordée de
grands sapins écorcés, nous entrons dans la montagne ou plutôt dans la
forêt, car de tous côtés ce ne sont que sapins et rochers, rochers et
sapins à perte de vue.

[Illustration: La vallée de Vestfjordal.--Dessin de Doré d'après M.
Riant.]

Au bout d'une autre heure, les pentes s'adoucissent et l'on entre dans
une vaste prairie traversée par une petite rivière et bordée de
hautes collines: c'est le _sæter_ de Moën. Rien en général n'est
tranquille et poétique comme un sæter; c'est une petite ferme isolée,
inhabitée l'hiver. Là, en été, une famille, quelquefois une jeune
fille seule, garde dans les pâturages de la montagne des troupeaux de
moutons et de vaches. Le mot sæter implique l'absence de culture; il
n'y a autour de la ferme que de verdoyantes prairies.

Les gens de Moën sont doux et n'ont point l'air heureux. Ils nous
vendent une de ces petites broches à pendeloques que, dans les longues
veillées d'hiver, les paysans façonnent avec le filigrane naturel des
mines de Kongsberg.

Après Moën, commence une longue montée sur un de ces plateaux tourbeux
où depuis des siècles les sapins meurent et renaissent de leurs
propres débris. Dans ces déserts marécageux, la route dépasse tout ce
que l'imagination a jamais pu concevoir d'effrayant pour les voitures:
lacets brusques, rochers laissés en travers, ponts vermoulus, pentes à
pic, rien n'y manque.

Après une heure et demie de montée on arrive à Bolkesjö. Bolkesjö est
une ferme de montagne importante, fondée il y a cent ans et encore
tout empreinte du cachet original des vieux _gaards_ norvégiens.

[Illustration: Intérieur d'auberge à Bolkesjö.--Dessin de Lancelot.]

Du haut de la montagne au versant de laquelle les dix ou douze
bâtiments de la ferme sont semés, on jouit d'une vue magnifique sur le
lac Fol qui occupe le fond de la vallée et sur les plateaux boisés de
Hofvin, tandis que vers l'ouest se découpe la cime neigeuse du mont
Gausta.

À Bolkesjö tout est encore vraiment norvégien. La chambre des hôtes,
peinte depuis le parquet jusqu'aux solives d'arabesques rouges et
noires aux tons brunis par le temps, est parée de deux vastes alcôves
aux lits élevés; le long des murs sont des bahuts chargés de vieux
pots danois à couvercle d'argent et de large vaisselle de cuivre et
d'argent; de vieilles chaises de bois peintes comme les solives et de
vénérables tables en racine de bouleau complètent la mise en scène.

C'est dans cet intérieur d'un haut style que le maître de la maison
nous sert une façon d'oeufs au lard. Toute l'argenterie de la famille
est exhibée dans cette occasion solennelle, et s'il est permis de
juger, par ce déploiement de luxe, de l'opulence relative de note
hôte, il doit être fort à son aise. Les paysans norvégiens, s'ils
vivent avec frugalité, aiment à manger dans l'argent le peu qu'ils
mangent: le contenant fait valoir le contenu. De là cette quantité de
pots, de cuillers, d'assiettes fabriquées avec du métal fortement
allié; le tout orné des dates les plus diverses et des formes les plus
capricieuses.

Après le déjeuner continue la descente; la chaleur est toujours
très-forte. La route n'en est plus une; c'est un casse-cou. La grande
nappe au lac Fol apparaît à gauche, mais tout en bas, à deux ou trois
cents pieds au-dessous de soi. On croit à chaque instant qu'on y
roulera à pic, mais le chemin tourne brusquement et rentre dans la
forêt. À droite, d'autres petits lacs tributaires du Fol brillent à
travers les arbres. Tous sont solitaires: pas une barque, pas une
maison au bord. Quelques roches seulement, quelques chevaux en liberté
qui viennent s'abreuver à la rive. Ce silence nous étonne d'abord,
mais on s'y fait. Les routes peuvent être étroites, on ne croise
personne. En huit jours, nous ne trouverons pas une autre voiture que
les nôtres.

Au bas de la montagne de Bolkesjö et presque au niveau du Fol, nous
nous arrêtons un instant à Vik où le pays recommence à devenir
cultivé. De larges prairies resplendissent au soleil et les clôtures
reparaissent en travers des chemins. Dans un pays où il ne passe
personne, à quoi bon clôturer les champs? Le long des routes, on se
borne à construire des haies de bois pour limiter les héritages. Ces
longues haies coupent en général les chemins. Une grande porte de bois
pivotant sur un poteau de sapin barre la route. À chaque clôture, il
faut que le _skydskarl_ qui est assis derrière la carriole saute en
bas pour aller ouvrir. En général, c'est un gros gamin, blond, lent et
lourd. Il faut attendre qu'il ait vu la barrière, qu'il se soit laissé
tomber de la valise, qu'il ait ouvert, puis, refermé la claie et enfin
(ce qui est plus long), qu'il se soit hissé de nouveau à son poste.
Pour peu qu'il y en ait une vingtaine par relai, on fait à peine deux
lieues à l'heure.

À Kopsland, une dernière barrière ouvre sur de magnifiques prairies,
arrosées par le Maan Elv, le même fleuve qui, après être tombé de neuf
cents pieds au Rjukan, a traversé le lac Tinn, puis va se jeter, à
Skien, dans la mer du Nord. Le Maan à cet endroit est fort large,
toujours rapide et blanc d'écume. D'énormes sapins sont emportés avec
une vitesse effrayante. Du reste, les bords du fleuve n'ont rien qui
participe de la nature sévère et presque furieuse de ses eaux. Des
massifs d'aulnes et de frênes s'étagent sur les dernières pentes des
montagnes. Les prairies sont couvertes d'orchidées et de géraniums.
Des bestiaux errent dans ces riches solitudes, conduits par quelque
enfant à demi nu.

Deux petits chevaux commandés par les forbuds du matin nous
attendaient dans le pré. Pendant qu'on les attelle, une misérable
vieille en haillons nous adresse en chantant quelques paroles aiguës.
Une poignée de shillings a peine à l'éloigner. Elle a l'oeil hagard et
l'on ne sait si les refrains qu'elle grince sont des malédictions ou
des souhaits.

Interrogé sur cette apparition insolite, le skydskarl répond que c'est
une sorcière. L'heure malheureusement ne prêtait point au fantastique.
Le soleil brillait dans toute sa gloire; sans quoi, on eût pu se
croire transporté au temps des anciennes «sagor» et des évocations
nocturnes jetées aux quatre vents.

Après avoir côtoyé quelque temps le Maan, la route le traverse. Les
carrioles descendent à pic sur une petite plage de sable.

Cinq ou six sapins bruts, liés en radeau par des cordes d'écorce
attendent au rivage et deux vieux Télémarkiens, coiffés d'un bonnet
rond, viennent prendre les carrioles. On en met une sur le radeau;
puis, l'un de l'aviron, l'autre du croc, dirigent tant bien que mal, à
travers les rapides et les bois flottés, l'édifice chancelant de ce
bac improvisé.

Vient ensuite le tour de la deuxième carriole, puis enfin celui des
voyageurs eux-mêmes et des skydskarls. On vacille en route, on a les
pieds mouillés par l'écume du torrent, mais on passe. (De l'autre côté
du fleuve est la blanche petite église de Grandherred, coquettement
posée sur la rive.)

À l'autre bord, un coup de fouet au cheval: animal et voiture passent
par-dessus le petit banc des rameurs, tombent dans l'eau, se relèvent,
partent, et tout est dit.


     Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La chute de Rjukan. --
     Légende de la belle Marie.

Après deux heures de trot sur une belle route le long du fleuve, on
arrive au lac Tinn où toute voie de communication cesse. À peine y
a-t-il au pied des hautes falaises du lac la place du petit gaard de
Tinoset et du jardin mal soigné qui l'entoure. Un vieillard en
enfance, deux femmes d'une saleté repoussante habitent la chaumière.
Leur faire entendre qu'on veut une barque pour traverser le lac et des
chevaux pour le surlendemain à quatre heures du matin est tout un
travail. Ils comprennent, mais font comme s'ils ne l'avaient point
compris, et, comme les bateaux ne viennent point, nous en sommes
réduits à nous coucher sur l'herbe, à l'ombre d'un magnifique pin, en
vue du lac.

À Tinoset, le Tinn se termine en pointe et se décharge par une chute
dans la vallée inférieure. Les bois que le courant très-lent du lac a
amenés à l'extrémité se forment d'eux-mêmes en un immense cercle qui
occupe le fond du golfe sans toucher aux rives.

Au loin, on dirait sur l'eau une vaste tache d'huile. Peu à peu un
bois, puis un autre, s'en détachent, d'autres les remplacent, mais le
cercle formé par quelque tournant invisible reste le même, toujours
parfait de rondeur.

Le proverbe: «Tout vient à point à qui sait attendre,» devrait être
pris pour la devise du touriste en Norvége. Si vous brusquez le
paysan, il devient malhonnête, grossier, et vous tourne le dos.
Exposez gracieusement votre demande, et, sans vous assurer s'il a
compris, car en général sa pénétration réelle ne répond pas à son
apparente lourdeur, attendez patiemment le résultat de l'affaire; il
prendra son temps, consultera sa maisonnée et finira par arriver à vos
fins. Ce ne sont certes pas les Normands, leurs pères, qui ont importé
en Angleterre le dicton: _Time is money_.

Au bout d'une heure, nos bateliers arrivaient avec le bateau; ils
étaient deux avec un plus jeune, à la figure sympathique. Ils
s'asseyent pour ramer à l'arrière. Un paquet de ramure de bouleau
occupe l'avant. C'est là-dessus que couvertures et sacs de voyage
forment un lit sinon moelleux, du moins assez supportable.

En Norvége, où le voyage en barque est si usuel qu'à chaque relais de
terre (_landskyde_) correspond presque toujours un relais d'eau
(_vandskyde_), pour le lac, la rivière ou le golfe voisin, il n'y a
pas d'autre manière de s'arranger. Si vous voulez apporter de la
variété dans les différentes positions du corps et sortir d'une
horizontalité fastidieuse, les rameurs vous rappellent à l'ordre, sous
prétexte que la charge n'est plus équilibrée.

[Illustration: Église d'Hitterdal (voy. p. 78).--Dessin de Wormser.]

Le lac Tinn inaugure agréablement ce genre de voyage; il a sa
physionomie spéciale qui ne manque pas de grandeur. Enfermé entre deux
murailles de granit de deux mille pieds de haut, sa nappe tranquille
éclairée par le pâle soleil de dix heures du soir, se dore des tons
les plus fantastiques; quelques îles de pins détachent leurs sombres
silhouettes sur l'horizon étincelant; tandis que sur les bords
quelques petites maisons de pêcheurs, accessibles seulement aux
barques, se cachent dans les recoins de la montagne. Nos rameurs
viennent aborder à une de ces cabanes; un homme et une femme en
sortent pour nous offrir des _hores_[6].

         [Note 6: Le höre est une sorte de saumon qui habite les lacs
         et ne va point à la mer.]

Cependant la nuit, ou ce qu'on est convenu d'appeler ainsi en Norvége,
commence à tomber sur le lac: le silence devient encore plus profond
et on n'entend plus que le choc des sapins flottés qui se rencontrent
çà et là sur l'eau. À onze heures nous arrivons à Haakenoes, cap qui
sépare le Tinn du Vestfjord, son bras occidental. Le maître de poste
voudrait bien nous retenir chez lui, mais la nuit est si belle que
nous préférons poursuivre notre excursion. La barque traverse le
Vestfjord et à onze heures nous débarquions au pied de la petite
église de Moel: deux de nos bateliers prennent nos sacs sur leur dos,
le troisième reste pour garder la barque, et nous entrons dans la
vallée de Vestfjordal, formée par la continuation des rives du
Westfjord et occupée par le cours impétueux du Maan.

Rien de calme et de lumineux comme les nuits d'été dans ces montagnes:
le soleil, qui quitte à peine la cime neigeuse du Gausta, effleure en
ce moment la pente nord-ouest, et dans une heure il sera venu blanchir
le versant oriental. Tout le reste de la vallée est noyé dans l'ombre,
mais dans une ombre transparente qui laisse aux objets toute leur
forme et en poétise les contours. Le fleuve gronde à droite derrière
les bouleaux, et ses vagues argentées semblent éclairer la route de
blancs reflets dès qu'elle vient côtoyer les rives.

Nous voulions, la nuit même, atteindre Dal, la ferme la plus
importante et comme le coeur du pays; de Moel à Dal il y a quatorze ou
quinze kilomètres: à une heure du matin, après une véritable promenade
dans cette magnifique vallée, nous frappions à la porte d'un gaard, et
une grosse fille, éveillée en sursaut, nous ouvrait une chambre assez
grande, ornée de deux lits antiques; et dans le Nord, où les auberges
des villes n'ont jamais que des canapés couverts d'une mince
couchette, les alcôves peintes des paysans sont de vraies bonnes
fortunes.

Dal peut servir de centre à un grand nombre d'excursions: il se trouve
à portée des sites les plus célèbres du haut Télémark, et partant est
visité chaque année par un certain nombre d'étudiants de Christiania
ou de touristes britanniques. M. Bayard Taylor, le spirituel voyageur
américain, le seul homme qui ait consciencieusement parlé du caractère
norvégien, y a passé en 1856. Il en fait une peinture charmante.

[Illustration: Le Rjukandfoss.--Dessin de Doré d'après M. Riant.]

Il faudrait, pour bien jouir de la beauté hors ligne du Vestfjordal,
se fixer à Dal trois ou quatre jours: on pourrait au bout de
vingt-quatre heures se procurer les chevaux[7] que nous n'avons pas eu
le temps d'attendre, et faire sans fatigue l'excursion du Rjukan. Au
retour on franchirait les fjeds du Gausta, célèbre par la légende de
la noce pétrifiée, dont on montre toutes les victimes, y compris le
chien et le chat. Pour nous, trompés par des renseignements inexacts,
et forcés d'être de retour le surlendemain à Tinoset sous peine de
manquer à nos forbuds, nous fûmes désagréablement surpris d'apprendre
que, faute de chevaux, il faudrait faire à pied l'excursion du Rjukan.

         [Note 7: En été les chevaux norvégiens errent en liberté sur
         les fjelds déserts du plateau supérieur.]

En somme, à six heures du matin, après avoir pris pour guide un de nos
bateliers, otage salutaire de notre bateau resté à Moel, nous partions
pour le Rjukan, situé à vingt kilomètres de là en remontant la vallée.

La route ombragée de bouleaux côtoie les prairies arrosées par le
Maan. À deux kilomètres de Dal et de sa petite église, nous avons la
bonne fortune de trouver un paysan qui nous promet un cheval pour
revenir le soir de Dal à Moel. La perspective de ne point refaire à
pied le chemin de la veille nous fait paraître moins long celui-ci. À
six kilomètres de Dal commence la côte d'Ingolfsland.

La vallée se rétrécit; au fond le Maan, qu'on domine de plus de trois
cents pieds, n'est plus qu'un large ruban d'écume bondissant ça et là
à travers les sapins qui couvrent les deux pentes opposées de la
montagne. Au sommet de la côte est le sæter d'Ingolfsland, la route le
dépasse pour monter sur le fjeld et gagner la nappe supérieure du
Mjösvand.

Il faut s'arrêter au sæter pour jeter en arrière un coup d'oeil sur la
vue splendide delà vallée qu'on vient de remonter, avec les Fjelds du
Tinn pour horizon et le Gausta à droite en premier plan.

[Illustration: Un chalet à Bamble.--Dessin de Lancelot d'après M.
Riant.]

À gauche, se précipitent du sommet même du Fjeld et serpentent le long
de la montagne les longs bras d'une chute énorme qui tombe de rochers
en rochers sans que l'oeil perde un instant son cours écumant. Le
torrent, passe sous un hardi pont de bois, et roule et court, avant de
grossir le Maan, faire mouvoir une scierie à peine terminée.

Après le pont, jeté sur la chute, commence le sentier spécial du
Rjukan, sorte d'escalier fort roide qui grimpe sur des roches
branlantes. On dit qu'en général les chevaux passent parla, ce qui
peut paraître paradoxal, mais ce qui n'a rien que d'ordinaire pour
quiconque a vu descendre à des bêtes de somme les dix-huit cents
marches de l'escalier de Vöring foss dans le Hardanger.

Pour le moment, c'est à pied que nous escaladons les marches
naturelles qui, de roches en roches, nous mènent en trois quarts
d'heure en vue de la chute qu'on aperçoit à travers les arbres.

Mais pour jouir de toute la grandeur du spectacle, il faut aller un
peu plus loin et suivre, le long de la paroi presque polie de la
montagne, une sorte de cran à peine accessible, véritable casse-cou,
célèbre sous le nom de Maristien (passe de Marie).

Toute une légende se rattache à ce lieu: au temps jadis, on dit que le
sentier fut découvert par la belle Marie de Vestfjordal: c'est par là
qu'à l'insu des siens elle allait retrouver dans le fjeld, au bord du
Mjös, Ejstein Halfoordsen son amant; mais un jour tout fut découvert,
et Ejstein obligé de fuir la vengeance du père de Marie.

Les années s'écoulèrent, et le vieillard mourut. Désormais libre,
Marie rappela l'exilé, qui, pour abréger la distance, voulut descendre
dans la vallée par le sentier de sa bien-aimée, Marie l'attendait de
l'autre côté du Rjukan: à la vue de son amant, elle pousse un cri
joyeux; il veut s'élancer dans ses bras, le pied lui manque et le
Rjukan renferme sur lui son abîme d'écume.

Marie devint folle; et depuis on la vit tous les jours errer le long
de la passe fatale; et là, penchée sur le gouffre, elle semblait
entretenir avec son amant invisible une douce conversation. Ses
cheveux blanchirent: elle devint une vieille femme, et cependant
jusqu'à sa mort elle ne cessa d'errer comme une ombre blanche sur les
rives du Rjukan.

Est-ce elle que, dans les pâles et brumeuses journées d'hiver, les
paysans du Westfjordal voient encore se découper vaguement dans les
nuages de la chute? on ne sait: toujours est-il que Maristien est un
lieu célèbre, et tout bon touriste doit accomplir le périlleux
pèlerinage, au risque de faire comme Ejstein. Du reste, au milieu du
sentier, un gros bouleau, fortement enlacé par ses puissantes racines
aux roches environnantes, permet de faire halte et d'admirer la chute,
qu'on domine d'une hauteur énorme.

Qu'on se figure une immense muraille de granit à parois presque
surplombantes, de dix-huit cents pieds de haut. C'est la fin de la
rive droite du Westfjordal. La rive gauche suit quelque temps,
quoiqu'à une moindre hauteur, cette muraille immense, puis tout à coup
s'élève et en même temps se creuse pour former comme deux puits
énormes dont la section serait deux demi-cercles. Le premier sert
comme d'antichambre à la chute: il est évident que c'est elle qui
autrefois l'a creusé, mais que, dévorant toujours la roche, elle a
fini par quitter cet espace vide pour se retirer en arrière et en
creuser un autre. Celui-ci, elle le remplit tout entier de la masse
énorme de ses eaux, des nuages de vapeur d'écume qui remontent
jusqu'au niveau même du fjeld, et aussi du tumulte des rapides, qui
s'élancent du gouffre pour former le large ruban d'écume qui sillonne
les sapins de la vallée. J'ai dit tumulte, l'expression est inexacte;
ce n'est pas un véritable tumulte, mais plutôt un bruit régulier que
fait entendre le Rjukan. Il se produit six coups distincts suivi d'un
septième plus fort qui fait rebondir la chute tout entière jusqu'à
mi-chemin de sa hauteur, comme si les eaux remplissaient quelque
caverne énorme, et qu'à un instant donné, comprimées à l'intérieur,
elles s'échappassent avec fracas.

En somme, le Rjukand, la reine des chutes du Nord, n'est point
au-dessous de sa réputation. Le volume de ses eaux, un lac tout
entier, la hauteur d'où elles se précipitent, neuf cents pieds, et
surtout le site étrange qui l'encadrent, offrent un de ces spectacles
qu'il est impossible de dépeindre et qu'on n'oublie jamais.

Du bouleau où nous étions accrochés, après une vaine tentative pour
pousser plus loin, nous redescendons vers un rocher inférieur qui
surplombe la chute et d'où l'on est censé voir le gouffre. À gauche,
un petit sentier, frayé par les chèvres, mène on ne sait où, «à la
mort» dit notre guide. Le mieux pour des gens que le sort d'Ejstein ne
tente point est de revenir sur ses pas. Le retour du Rjukan est plus
agréable que l'aller; l'espérance du gîte, la fraîcheur de la soirée
et la sensation agréable de la descente, abrègent le chemin.


     Dal. -- Le livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. --
     L'ivresse en Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs
     Sillegjord et Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.

À Dal, Ole Torgensen et la charmante Aasta, sa fille, nous
attendaient. Pendant qu'on prépare le dîner, fort passable pour un
dîner de Norvége, nous engageons avec le maître de céans une
conversation en norvégien; le livre des étrangers en fait les frais;
mille et un insulaires y ont inscrit leurs réflexions en prose et en
vers; dans un espace de trente ans nous ne voyons que deux noms
français, M. le comte de R. et M. C., de Cherbourg. Tous les voyageurs
n'ont qu'une voix sur la fille du logis, type télémarkien des plus
gracieux, visage avenant, toujours prêt à rire, costume reluisant des
mille bijoux montagnards, longues tresses emprisonnées dans le petit
châle roulé qui fait la coiffure du pays, et, pour compléter la
description, pipe en racine de bouleau fumée le plus naturellement du
monde. Elle nous vend quelques ceintures chargées de cuivre, puis nous
apporte un coffret de bois d'où elle tire une cinquantaine de bijoux
d'argent d'un travail rare. C'est l'hiver que les paysans découpent
ces jolies choses dans l'argent de Kongsberg. Chacun, même le
mendiant, a sa broche et ses boutons de filigrane. Les bijoux d'Aasta
nous tentent: «Combien en voulez-vous?--Je ne veux pas te les vendre,
monsieur.--Seulement ces boutons.--Ce sont des boutons de femme, ils
ne t'iraient pas, monsieur, et puis c'est ma parure de fiancée, je la
mets le dimanche pour aller à Moelkirke, je ne voudrais pas m'en
priver, c'est si long à faire.»

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Cependant le gigh et le cheval attendaient à la porte. Nous quittons
Dal après de vigoureuses poignées de main à Ole Torgensen et à sa
charmante fille. Vers minuit nous étions à Moel; nos lits de feuillage
de bouleau nous attendaient dans la barque, et par une nuit magnifique
nous traversions le Tinn.

À quatre heures du matin un choc violent nous réveille; c'est la
barque qui donne contre un sapin à Tinoset. Nos carrioles étaient là,
et après une toilette sommaire dans l'eau du lac, nous roulions sur la
route d'Hitterdal.

Arrivés à Bamble nous devions faire une pointe sur l'église
d'Hitterdal, un des rares monuments de bois du treizième siècle qui
subsistent encore en Norvége. Hitterdalkirke est à deux ou trois
lieues de Bamble.

Un peu plus loin est Lysthuus, affreuse posada où l'eau même est
inconnue et où l'on nous fait payer 3 francs, quatre oeufs, seul
comestible de l'endroit. Une note adressée au bailli (qui tous les
huit jours visite le livre de poste) est la seule punition que
l'étranger puisse infliger à ce chantage indigène. En repassant devant
l'église d'Hitterdal nous nous arrêtons pour la visiter (voy. p. 75).
C'est une sorte de pyramide de bois à cinq ou six toits superposés
comme ceux d'une pagode. Les murs sont revêtus de tuiles de bois en
forme d'écailles de poisson, et les toits couverts de petites planches
sculptées. Une galerie couverte règne tout autour de l'église pour
abriter le peuple. Un porche sculpté est à l'entrée du cimetière, et
de l'autre côté de la route le clocher en bois à jour se détache sur
les arbres du _proestegjeld_[8]. L'intérieur de l'église vient d'être
sottement restauré à la luthérienne. Un vernis uniforme a remplacé la
fresque naïve et de bons bancs confortables ont été substitués aux
anciennes boiseries sculptées; seule la croix byzantine de l'autel en
argent doré et la chaire du curé ornée des signes du zodiaque ont
échappé au vandalisme local.

         [Note 8: Presbytère.]

Mais l'extérieur est parfaitement conservé et surprend par son
étrangeté. En somme, c'est avec la fameuse crypte de Sanct Mikaêl, sur
le Nordfjord, près de Skien, le monument le plus ancien de
l'architecture catholique dans ces pays.

De retour à Bamble, où nous faisons reposer les chevaux, un vieil
ivrogne endimanché vient nous prononcer un discours interminable. Rien
de triste comme l'ivresse en Norvége, ivresse due à la bière et au
brandevin. Après une surexcitation d'un moment, elle rend les gens
presque idiots: et là, loin d'exciter le dégoût, les gens ivres ont
l'air d'être les bienvenus. Les enfants vont les agacer et jouer avec
eux; les bonnes gens sourient aux refrains grivois qu'ils fredonnent,
et n'était la loi qui depuis quelques années punit de _peines
corporelles_ cet odieux vice, on verrait se reproduire en Norvége les
tristes scènes du dimanche en Suède.

Le paysan est lourd et inintelligent. On pourrait lui appliquer un
dicton propre aux habitants d'une certaine province de France: Habit
de velours, ventre de son. Rien en effet n'est curieux comme le
contraste de ces habits brodés, soutachés, couverts d'oripeaux, et
cette nourriture grossière qui a fait donner au Télémark le surnom de
_Pays du lait caillé_.

La route qui passe à Bamble et à Hitterdal est presque une grande
route. Elle vient de Kongsberg et, traversant tout le Télémark, ne
s'arrête qu'à Gugaard, au pied de l'infranchissable barrière du
Hardanger fjeld.

Nous allons la suivre jusqu'à Sundbo pour tourner vers le sud dans les
vallées plus riantes du Bandak.

Nous sommes au pied du Lid fjeld et nous traversons les vallées de
Hitterdal, de Laurdal et d'Hjertdal, arrosées par l'Hitter Elv.

À Saunland, encore une église antique réservée au marteau des
démolisseurs. Une belle grange neuve, bien peinte va la remplacer, à
la plus grande satisfaction du premier magistrat de l'endroit. Cette
vallée d'Hjertdal est assez animée. Les usines n'y manquent point. De
plus, c'est le temps de l'exercice annuel, et les soldats campent le
long de la route. Ils ont du pain (quel pain!): nous l'achetons avec
bonheur; c'est une rareté en Télémark.

Après Hjertdal, on monte assez longtemps pour gagner la crête dont le
versant opposé descend à Sillegjord. L'oeil, à droite, enfile la
fertile vallée d'Aamotdal. Mais la route tourne à angle droit et
descend à pic en face du mont Scorve, vers le lac Flaa. Rien n'égale
la vue qui se déroule pendant cette descente d'une heure.

De beaux frênes ombragent le chemin. Entre les arbres apparaît la
crête neigeuse du Scorve. Tout au fond de la vallée brille la nappe
tranquille du Flaa. À droite, s'étale la croupe en éventail du Thors
Nutten; à gauche, l'oeil peut suivre à vingt lieues les sinuosités du
lac Sillegjord, presque noyé dans la brume du soir.

À Sundbo, au bout du lac Flaa, on quitte la grande route du Hardanger
pour entrer dans le canton de Sillegjord, tout parsemé de fermes
opulentes, tout émaillé de prairies. C'est avec un plaisir assez
naturel à la suite de trois jours de fatigues que nous entrons dans le
village de Sillegjord.

Le gaard est infime. Où logerons-nous? Il y a là le presbytère, la
maison du landsman, deux ou trois fermes de bonne apparence. Nos
postillons jettent leur dévolu sur une sorte de château de bois dont
l'avenue aboutit perpendiculairement à la route. Un portique à
colonnes en décore la façade. De vastes communs précèdent une manière
de parc anglais dont les pelouses descendent jusqu'au lac.

Nous n'avons que de vagues notions sur la nature du fonctionnaire qui
occupe ce palais. Mais l'aplomb de nos skydskarls nous rassure et nos
carrioles s'arrêtent au perron. Une servante nous reçoit et nous
introduit dans un vaste salon orné d'un piano à queue et de deux
énormes lauriers-roses en pleine fleur. De seigneur, point. Au bout de
trois quarts d'heure, la même servante nous fait monter dans les
mansardes, où deux lits et du thé nous attendent. La fatigue nous fait
profiter sans réflexion de cette silencieuse hospitalité. Le
lendemain, nous nous hasardons à parler de rétribution. On accepte, on
demande même davantage. De seigneur, toujours point. Nous allons aux
remises, nous faisons atteler.

C'était à croire ce castel inhabité, lorsque, tout à coup, au moment
où nous prenions les guides, le piano de la veille rompt le silence et
la Marseillaise, exécutée par des doigts novices, nous révèle
l'existence de quelque princesse, héritière invisible du domaine.

Telle est l'hospitalité norvégienne. Autrefois gratuite, elle se fait
payer (grâce aux Anglais) même chez les gens qui pourraient l'exercer
autrement. Est-ce un excès de fierté qui fait fuir ces hôtes que le
voyageur aimerait à voir? Je ne sais. En tout cas, si ce récit vient à
tomber sous les yeux de la dame du logis, qu'elle y voie un regret
plutôt qu'un reproche.

Nous voulions, de Sillegjord, gagner le Bandak avec l'intention de
passer deux ou trois jours au milieu de ces sites romantiques qui sont
en même temps le premier pays de chasse et de pêche de la Norvége. De
Sillegjord au Bandak il y a quatre ou cinq lieues. La route d'abord
plate et monotone monte bientôt sur un fjeld tout entouré de roches à
pic. De ce cirque naturel où l'on entre par une vaste brèche,
s'échappe une belle chute qui forme un lac. On monte encore, puis on
tourne brusquement pour redescendre dans la vallée du Bandak. Même vue
immense, même paysage splendide qu'à Sundbo. De tous côtés des
prairies prêtes à être fauchées, des pentes fleuries d'églantiers, des
fermes bien bâties et, à l'horizon, la nappe longue et sinueuse des
Bandaks.

La route aboutit dans la cour d'un gaard de la plus belle apparence.
Un monsieur en lunettes fume sa pipe sur le perron; c'est le maître de
poste, et de jeunes élégants arrivent en phaéton pour dîner à Moën.

Le maître de poste est un gentleman fort complaisant. Il nous fait
renoncer à nos projets de séjour qui ne s'accordent point avec la
bizarrerie des départs au _Saint-Olaf_, petit vapeur qui fait le
service du Bandak. Nous convenons de laisser nos carrioles à la poste.
Nos irons en barque jusqu'au bout du lac, à Dalen, où le _Saint-Olaf_
est à l'ancre. Le lendemain nous reviendrons avec lui, et il prendra à
bord nos carrioles qui se trouvent conduites au petit port
d'embarquement. Nous déjeunons, et par une pluie d'orage, nous nous
embarquons sur le lac.

L'orage dure deux heures. Le lac, enfermé entre deux hautes chaînes de
montagnes, résonne des coups multipliés du tonnerre. La pluie tombe à
flots; mais la petite barque glisse sur l'eau et, deux heures après,
aborde à Laurdal.

Rien de ravissant comme ce coin solitaire. Quelque riche bourgeois l'a
choisi pour s'y bâtir une demeure confortable, au milieu d'un grand
parc de sapins. À côté, une chute fait aller quelques scieries. En
face, s'ouvre une vallée fertile; c'est un paradis en miniature.

[Illustration: Vue du lac Bandak.--Dessin de Doré d'après Riant.]

Vers cinq heures du soir, nos bateliers nous déposaient dans une
prairie inondée où finit le lac et où commence la vallée de Bandak.

Un groupe de cinq ou six maisons y forment le hameau de Dalen. _Le
Saint-Olaf_ est à l'ancre en rade. Nous faisons porter nos sacs à une
maison de bois que nos bateliers décorent du nom de restaurant à la
carte (_spise-korter_). En réalité, c'est une maison de paysan, et la
carte se compose de l'höre classique et des pommes de terre qui
constituent en Norvége un repas de première classe. En attendant qu'on
le prépare, nous partons à pied pour le fameux Ravnedjupet, _Ravin des
corbeaux_, qui se trouve dans la vallée, à deux lieues de Dalen.

Le Ravnedjupet est célèbre dans les contes du Télémark; la tradition
prétend que ce gouffre rejette sur ses bords, par la seule force du
vent qui y tourbillonne, tout ce qu'on y jette.

En réalité Ravnedjupet n'est qu'un site horriblement sauvage, surtout
alors qu'il n'est éclairé que par les lueurs tremblotantes du
crépuscule norvégien.

                                   Paul RIANT.

(_La fin à la prochaine livraison._)



[Illustration: VOYAGES DANS LES ÉTATS SCANDINAVES.--Vallée du Flatdal
(voy. p. 79).--Dessin de Doré d'après M. Riant.]



VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES,

PAR M. RIANT.

LE TÉLÉMARK ET L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN.

1858.--INÉDIT.


LE TÉLÉMARK (SUITE[9].)

         [Note 9: Suite et fin.--Voy. page 65.]

     _Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
     Retour à Christiania par Skien.

C'est après une montée de deux heures le long d'Eidsborgskleven et au
sortir d'un bois sombre que l'on arrive sur l'arête étroite du
précipice béant. Un petit garde-fou naturel permet d'en sonder
l'énorme profondeur. Au fond de la fissure gronde le torrent, et les
roches sont disposées de façon que, si le vent d'ouest souffle, il
forme, repoussé par la paroi de la montagne, un tourbillon effroyable.
Le nom de Ravnedjupet vient-il de ce que les corbeaux accourent après
la tempête se repaître des victimes qu'a dévorées l'ouragan, ou bien
était-ce quelque lieu de supplice analogue au Ravnagja de Thingvellir
en Islande? on ne sait; toujours est-il que Ravnedjupet comme le
Rjukandfos est un site exceptionnellement pittoresque et qui
récompense amplement des fatigues de l'excursion. De retour à Dalen où
nous attendaient le souper et les soins obséquieux de l'hôtesse, toute
fière des quelques mots d'anglais qu'elle écorchait horriblement, nous
prenons quatre heures de repos, et à cinq heures du matin, insensibles
aux prières de la bonne femme qui eût voulu nous garder huit jours,
nous allons à bord du _Saint-Olaf_, souverain solitaire du
Bandaksvand. _Le Saint-Olaf_ est un de ces paquebots-omnibus qui
desservent depuis deux ou trois ans les principaux lacs de
l'intérieur. C'est presque toujours quelque vieille coque avariée qui
ne peut plus tenir la mer et qu'un bonhomme de capitaine, fumant,
prisant et chiquant, conduit de village en village; l'avant est rempli
de marchandises et de paysans. Quelques fonctionnaires, un ou deux
bourgeois, un touriste égaré sont assis à l'arrière; point de cabines;
une petite pièce de six pieds sur toutes les dimensions en tient lieu;
au centre traînent sur une table les numéros surannés du journal de la
province, deux ou trois vieux officiers commentent, le verre en main,
les télégrammes de Palestro et de Magenta, et portent un toast à
Napoléon III en fredonnant _la Marseillaise_.

Ces «Dampskib» à volonté n'ont rien de régulier dans leur route; ils
vont d'escale en escale et font le tour du lac pour regagner le
dimanche leur point de départ.

Pour revenir au _Saint-Olaf_, nous passons dessus quatre ou cinq
heures à admirer les sites toujours variés du lac. Vu le matin et en
sens contraire, il affecte des aspects tout différents de ceux de la
veille. De temps en temps, un nuage blanc rase l'eau, un rayon de
soleil le traverse en passant obliquement derrière un promontoire; on
dirait une bande d'argent relevée d'or; tantôt la nappe s'élargit
entre des prairies fertiles, tantôt les montagnes s'élèvent, et le
coup de canon dont _le Saint-Olaf_ les salue, résonne mille fois d'une
paroi à l'autre. À chaque instant on craint que le navire ne puisse
passer entre ces murailles formidables. Nous arrivons au petit quai de
bois où nos carrioles doivent nous attendre; elles n'y sont point,
mais, grâce à la complaisance du capitaine et aussi à la lenteur d'un
troupeau de vaches qui se refusent à venir à bord, notre maître de
poste a le temps d'arriver au petit trot avec les dames de la veille
et les voitures attendues; on hisse le tout à bord et la conversation
s'engage avec les Norvégiennes.

Le paysan norvégien, longtemps annihilé par le Danois, revient peu à
peu, depuis qu'il a recouvré son indépendance, à sa dignité
d'autrefois. Rien de fréquent comme les familles où le grand-père,
encore affublé du costume national, voyage avec ses petits-fils,
parfaits gentlemen élevés en Angleterre et familiarisés avec tous les
raffinements de la civilisation. M. B., qui sert de cavalier à ces
dames, est du nombre: c'est un chasseur déterminé qui regrette le
séjour forcé que ses fonctions l'obligent à faire à Christiania, où il
va retourner. Il nous parle d'ours et nous offre des lettres pour des
montagnards d'Hægland, fameux chasseurs qui habitent à six ou sept
lieues de la pointe orientale du Bandak sur les bords du Langvand.

À midi nous arrivons à Strengnen au bout du lac, et si nous voulions,
nous serions à Christiania le lendemain dans la journée; car une fois
par semaine tous les petits steamers du Télémark se correspondent, et
de lac en lac, de fjord en fjord, on arrive assez vite à destination.
Il ne faut pas croire cependant que cette facilité de communication
ait beaucoup civilisé les contrées qui en jouissent. Le pays est si
abrupte, si sauvage, que ces lacs sont de vraies impasses sans route
qui les longent ou les unissent. Quittez les stations intermédiaires à
peine dignes du nom de villages, et vous retombez dans la barbarie
traduite par l'absence du pain et la présence du lait caillé.

À Strengnen commencent à disparaître ces costumes télémarkiens à
formes antiques, les hautes culottes des hommes, les jupes rayées des
femmes et ces petits châles enroulés en turban sur le front et
descendant en pointe sur les épaules pour cacher les longues
chevelures blondes des paysannes.

[Illustration: Carte de la presqu'île de BERGEN d'après Mr Paul Riant.
_Dressée par A. Vuillemin._ Gravée chez Erhard et Bonaparte.]

Nous entrons dans une baraque où un jeune couple affairé nous sert
dans un salon de bois brut un dîner passable. Mme B. cherche à tirer
d'un piano antique quelques sons harmonieux; puis nous nous séparons
de nos compagnons d'un jour, qui retournent à Christiania après nous
avoir décidés à partir pour la montagne.

Une chasse à l'ours n'a d'intérêt pour le lecteur que par les dangers
mêmes qu'ont pu courir les chasseurs; mais la vérité oblige à déclarer
que sans chien et au mois de juin une expédition de ce genre est
toujours complètement infructueuse.

Deux ou trois jours passés à Hægland sur le Langvand, dans une famille
de chasseurs d'ours, de longues excursions pédestres sur les pentes du
Büfjeld et jusqu'à Drangedal, les explorations minutieuses des hautes
cavernes où dorment en hiver les énormes plantigrades n'eurent donc
d'autre résultat que la découverte des traces fraîches d'une mère
ourse et de ses petits, et les balles explosibles ne purent même
trouver dans ces solitudes quelque élan égaré sur qui s'exercer.
Malgré l'insuccès de la chasse, il est impossible de ne point garder
un bon souvenir de ces montagnards au caractère ouvert et franc, de
ces vigoureux jeunes hommes souvent balafrés dans leurs luttes avec
les terribles bêtes, de leurs récits naïfs, de leur indomptable
dureté à la fatigue.

Le dimanche soir nous quittions Hægland, et après un mille dans la
plus sauvage des forêts de pins, nous débouchions sur la vallée du
Nordsjö; au loin brillaient d'un éclat singulier des toits
resplendissants; nous approchons: c'étaient les toits de grandes
serres; un peu plus loin un château du meilleur style, des pelouses et
des corbeilles de roses, de grands tilleuls et toute une colonie de
femmes élégantes assises sous une véranda ... à trois lieues d'un pays
à ours. Ces contrastes sont perpétuels en Norvége; les propriétaires
d'usine, gens fort riches, condamnés à passer toute l'année dans ces
déserts, s'y installent avec luxe et presque toujours avec goût. Ainsi
Ulefoss, petit village, plein de scieries alimentées par une puissante
chute, a deux de ces habitations princières.

[Illustration: Fjord du Gudvangen (voy. p. 89).--Dessin de Doré
d'après M. Riant.]

Il est onze heures du soir; à deux heures du matin, après avoir côtoyé
le lac, nous entrons à Skien qui dort du plus profond sommeil, quoique
le soleil soit déjà haut sur l'horizon.

Cette ville, placée entre la mer et le lac Nordfsjö, est l'entrepôt de
tous les bois du Télémark. Le mouvement y est plus grand encore qu'à
Drammen. Au pied d'une falaise à pic s'étendent de longs docks de
bois, encombrés de marchandises; de tous côtés les chevaux traînent
des poutres qu'ils ont retirées du fleuve pour les porter aux
scieries. La ville n'a d'autre pavé que la sciure de bois, amassée là
par les années; aussi est-il défendu d'y fumer sous les peines les
plus sévères, un cigare oublié dévorerait des millions.



L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN.

Quand on a vu le Télémark, la vallée de Gudbrandsdal, les villes
commerçantes du sud, et qu'on a fait le pèlerinage moitié historique,
moitié industriel de Frederikstad-Sarpborg, on peut sans regret
quitter Christiania et chercher sous de plus hautes latitudes des
paysages plus admirables encore: la côte ouest de Norvége, depuis
Stavanger jusqu'à Throndjem, offrirait à elle seule un développement
égal à celui des côtes françaises de Bayonne à Dunkerque, si la mer
suivait, comme chez nous, des falaises presque rectilignes, au lieu
d'enfoncer, comme elle le fait là-bas, ses mille bras dans un dédale
de montagnes et de vallées, d'îles et de récifs.

[Illustration: Église de Bakke (voy. p. 89).--Dessin de Doré d'après
M. Riant.]

Quand on quitte la grande mer pour entrer dans le golfe de Hardanger,
à Rövær, il faut faire près de cent cinquante kilomètres avant
d'atteindre Odde ou Eidfjord, l'une des extrémités du fjord.

Si l'on ajoute au caractère tout particulier de la côte occidentale,
la hauteur énorme des falaises ou des pics qui bordent ces golfes
innombrables, on comprendra pourquoi, dans son orgueil national, le
Norvégien met son pays bien au-dessus des sites les plus vantés de la
Suisse; c'est la mer qui anime toutes ces montagnes; c'est la mer qui
vient baigner le pied de tous ces glaciers; c'est la mer dont les
tempêtes viennent s'engouffrer dans ces formidables gorges et ajouter
à leur sublime horreur.

Bergen occupe le centre de ce réseau de fjords; bâtie à l'extrémité
d'une presqu'île montagneuse, elle ne peut communiquer que par mer
avec le reste du pays. Tous les efforts de l'art n'ont pu jusqu'à ce
jour arriver à créer, dans le massif rocheux qui relie au continent la
presqu'île de Bergen, une route carrossable. Comment suspendre un
chemin au flanc de falaises de quatre mille pieds de haut? comment
descendre des pentes où les plus hardis piétons ne s'aventurent qu'en
tremblant?

De la nature toute particulière de ces contrées est résulté un système
de voyage qui n'a pas son pareil en Europe: chaque île, chaque isthme
a son tronçon de route et ses relais de poste; au bord de la mer la
même station fournit, ou des chevaux, ou des bateaux, suivant qu'on
arrive ou qu'on débarque; les carrioles se démontent et sont
abandonnées sur ces esquifs à des tempêtes, comme ou n'en voit que
dans les fjords. Quant au voyageur, on n'en parle point. Pour se
promener dans l'évêché de Bergen et courir la poste d'eau
(Vand-Skyds), il faut avoir la confiance la plus entière dans
l'_élément perfide_ et dans le rameur norvégien, son _dominateur_; de
plus ces excursions sont très-longues, tant à cause des distances en
elles-mêmes que des détours énormes imposés à chaque pas par l'âpreté
des lieux et la naïveté des communications. Aussi est-il impossible en
une saison (l'été est si court en Norvége) de parcourir depuis
Stavanger jusqu'à Bergen et Namsos tous les fjords de la côte; du
reste, les plus vastes et ceux dont le pittoresque est le plus voisin
du sublime se touchent presque; ce sont eux qui étreignent, l'un au
nord, l'autre au sud, la presqu'île de Bergen: le premier est le
Sognefjord, le second le Hardangerfjord. Quiconque les a parcourus
jusque dans leurs dernières profondeurs n'a point à regretter la
fatigue et les privations du voyage. Si l'on voulait faire plus
complètement les excursions côtières, il faudrait disposer d'un yacht
de plaisance, et, partant du Lysefjord, célèbre par un phénomène de
réflexion solaire, aller de golfe en golfe jusqu'aux Lofoden.

Pour le touriste qui arrive de Christiania par terre, soit qu'il ait
pris la route du Hallingdal, soit qu'il ait remonté la vallée de la
Bægna ou Beina et ait passé le Fille fjeld, par le col de Nystuen, il
arrive inévitablement au fond du Sognefjord, le plus septentrional des
deux grands fjords.

Des sommets neigeux du Fille fjeld, à deux pas de Galdhöpiggen et du
Jökul, les pics les plus élevés du massif des Horunger, il descendra
par une pente très-rapide dans la vallée de Lærdal, gigantesque
impasse où vient se perdre le dernier flot du Sognefjord.


     La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le Sognefjord.

.... À Tune commencent les vrais costumes du district de Lærdal: les
hommes ont des culottes de peau jaune; les femmes, un corsage de gros
drap bleu, plissé aux épaules, garni de velours noir au collet, et
fermé par un rang de boutons d'argent; une jupe courte à carreaux et
un large bonnet blanc, plissé par derrière en éventail, complètent le
costume; les jeunes filles, au lieu du bonnet, portent dans leurs
cheveux blonds une couronne formée d'un foulard rouge roulé: rien de
gai comme cette coiffure, dont la couleur vive tranche avec
l'austérité du corsage. D'ailleurs les Lærdaliennes sont en général
fort jolies et portent admirablement ces habits aux formes antiques.

À Qvien commencent d'énormes travaux faits pour endiguer deux torrents
impétueux, puis l'on monte pendant trois heures avant d'atteindre
Nystuen, sorte d'hospice bâti de temps immémorial au milieu des neiges
éternelles, pour la plus grande sûreté du voyageur qui y trouve, sinon
du pain, du moins un abri chaud et des lits immenses.

Sur la route de Christiania à Throndjem, au col du Dovre, il y a aussi
un de ces hospices remontant au treizième siècle; mais il est plus
vaste et rappelle mieux encore, par l'empressement silencieux des
hôtes, par le confort de l'intérieur, par la vénérable antiquité du
mobilier, certains hospices des Alpes.

À Nystuen, une tempête, qui, depuis deux jours, grondait vers la mer,
et dont nous avions à peine, de l'autre côté du Fille fjeld, ressenti
le contre-coup, nous réveille dès le matin par le bruit lugubre des
rafales qui envoyaient contre les vitres des torrents d'eau mêlée de
neige; aussi je ne sais comment nous faisons les deux milles qui
séparent Nystuen de Maristuen, placé un peu plus bas vers la mer, dans
un bois de bouleaux nains.

À Maristuen, la pluie cesse pour faire place à une bourrasque qui
durera toute la journée. Depuis deux ou trois relais, de petits
chiens, dressés en temps de neige à aller chercher du secours aux
relais, courent devant les carrioles, arrêtant les chevaux par leurs
aboiements quand le vent, trop violent aux tournants, pourrait être
dangereux.

Il y a vingt ans, toute cette route, depuis Nystuen jusqu'à la mer,
n'était qu'un casse-cou épouvantable, fameux par de lugubres
accidents. À force d'art, de patience et d'argent, le génie norvégien
a réussi à rendre à peu près sûre la moitié de la descente; la route,
supportée par d'immenses massifs de maçonnerie, percée à la mine à
travers les roches surplombantes du précipice, est presque partout
bordée de barrières en fer; par deux fois elle traverse la vallée sur
des viaducs établis à grands frais, et ce n'est point sans un
sentiment de légitime reconnaissance pour les officiers de l'armée
norvégienne, qu'on contemple, de l'autre côté des précipices, l'étroit
sentier sans garde-fous et les ponts pourris que suivait l'ancienne
voie.

Rien ne saurait peindre la grandeur du paysage: à chaque instant
d'énormes chutes roulant sur les flancs grisâtres du fjeld vont
grossir le torrent qui écume à quinze cents pieds plus bas dans le lit
qu'il s'est creusé lui-même; dans les gorges étroites le vent
s'engouffre avec plus de force encore qu'à Ravnedjupet, et grossit de
ses mugissements la voix tonnante des rapides. Un peu avant Hoegg, on
rejoint la route qui vient d'Hallingdal; à la bifurcation, de longues
files de charrettes dételées attendent, pour monter au fjeld, que
l'ouragan soit passé.

Plus on descend vers la mer, plus la vallée se creuse et, comme le
plateau supérieur garde le même niveau, les montagnes semblent
grandir. Les deux rives se rapprochent et l'on se trouve au fond d'une
sorte d'entonnoir qui semble sans issue; c'est là que, sur le vert
resplendissant d'une prairie en fleurs, se détache la silhouette noire
de l'église, j'allais dire de la _pagode_ de Borgund. Je ne sais si M.
Holmboe, qui a fait sur les traces du bouddhisme en Norvége une
très-savante étude, a établi un rapprochement entre cette vénérable
construction de bois et les temples de l'extrême Orient. Le fait est
que les toits pointus, les gouttières sculptées, les ornements
bizarres de Borgund-Kirke, ont une physionomie tout à fait chinoise.
Plus petite que l'église d'Hitterdal, elle doit être aussi plus
ancienne; tout autour règne une galerie couverte aux piliers noircis
par le temps. Les portes sont couvertes de ciselures naïves, de lions
et de chiens entourés d'arabesques en relief; l'église étant presque
abandonnée, l'intérieur a échappé aux sottes restaurations qui
déshonorent celle d'Hitterdal, et l'oeil suit avec plaisir les
peintures un peu effacées qui couvrent les murs et les formes bizarres
des tribunes et du comble tout à jour; ça et là le chiffre de la
Vierge (S. M.), enlacé comme un rébus, ressort du milieu d'arabesques
rouges et bleues; de grandes lampes d'argent, dues au ciseau de
quelque orfèvre hollandais, pendent du haut de la voûte; tout respire
ce parfum vénérable d'un temps qui n'est plus, et dont chaque jour les
traces vont disparaissant.

On dit qu'un souverain du continent a acheté une de ces rares églises
de bois, et l'a transportée pièce à pièce dans un parc pour la
soustraire au marteau de l'édilité locale. À voir l'abandon où est
laissé Borgund, on se prend à souhaiter que la même fantaisie prenne à
quelque autre royal amateur, qui la sauverait du sort d'Hitterdal.

Quand on sort de la porte sculptée qui ferme le cimetière de Borgund,
on voit la route grimper perpendiculairement jusqu'au bord même de
l'entonnoir montagneux qui ferme la vallée; à droite, au fond, le
torrent passe dans une haute et étroite fissure et disparaît après un
coude.

Au sommet du fjeld s'ouvre vers la mer une longue et étroite vallée.
Pour y descendre, il faut regagner le lit du torrent. La route,
chef-d'oeuvre de hardiesse, suit, sans presque les toucher, les parois
de la montagne. On dirait une vis élevée en l'air. La pente est assez
douce, mais on a bientôt le vertige, après avoir décrit au grand galop
des chevaux quelques tours de l'_Hélice de Vindhellen_.

Les Norvégiens sont fiers, et à juste titre, de ce beau travail. Un
tunnel eût été plus court, peut-être moins coûteux. En tout cas, on
eût perdu un paysage splendide.

Au bas de la côte, un lourd carrosse, traîné par deux des petits
chevaux du pays s'arrête au relais, tant le vent est fort. Le soleil,
du reste, brille de tout son éclat. Le vent soufflant avec violence
sur les chutes qui tombent du plateau, les soulève à mi-chemin en
gerbes étincelantes que le soleil irise en les traversant.

Après trois ou quatre heures de chemin dans la vallée, déjà plus
fertile, nous arrivions à Lærdal. Lærdal n'est pas encore une ville et
n'est plus un village. Si j'osais, je la comparerais à Étretat; mais
ici la grandeur du site jure un peu avec la petitesse de ce qu'y a
bâti l'homme. Tête de la grande route de Christiania à Bergen, Lærdal
deviendra important quand on lui aura creusé un port. Pour le moment,
c'est une longue rue bordée de maisons blanches, alternant avec des
masures. Au bout, est la mer, large d'un kilomètre à peine. C'est ici
qu'on quitte la terre ferme pour prendre, soit le steamer
hebdomadaire, soit la barque de poste qui vous mène à Bergen.

Le steamer ne part que le lendemain, et la tempête interdit toute
espèce d'excursion nautique. En un jour on aie temps de voir Lærdal,
d'explorer les hautes montagnes qui s'y baignent dans la mer, et même
d'assister à la revue que, dans une sorte de champ de Mars, voisin de
la ville, passe le contingent du canton. Les hôtels sont pleins
d'officiers, et les rues de soldats qui jouent, chantent et grignotent
ces biscuits enfilés, aliment ordinaire des robustes charpentes du
Nord.

Un bon bourgeois de la ville, quelque chose comme le maire ou le
sous-préfet, avait consenti à nous donner l'hospitalité, vu
l'encombrement des auberges. Le café le matin, du saumon à midi et du
thé le soir, le tout sans pain: voilà le menu des repas de la famille
pendant une journée entière. Il sera facile, d'après cela, de juger de
la frugalité du peuple.

L'honorable fonctionnaire qui nous traitait ainsi de son mieux,
moyennant une légitime rétribution, ne se doutait point que l'estomac
d'un touriste a besoin d'une alimentation plus solide. Le fait est que
maîtresse et servante furent grandement scandalisées de nous voir
exhiber les provisions de la route tout comme dans un gaard de paysan.
Durdrekke surtout se livrait aux plus judicieuses réflexions.

Après avoir laissé aux Lærdaliennes une triste idée de la voracité
française, nous regagnâmes à minuit le steamer _Framnæs_ qui venait
d'arriver en rade. _Le Framnæs_, bateau tout frais sorti des chantiers
de Liverpool, étincelant de dorures et de glaces, fait depuis l'an
dernier un service régulier entre Bergen et Lærdal. De Lærdal, où il
prend les touristes venus de Christiania, il s'en va faire, de golfe
en golfe, le tour du Sogn entier. Au fond de chacun de ces fjords
secondaires, il s'arrête quelques heures.

Le long de la route défilent devant vos yeux les paysages les plus
splendides, les coins les plus sauvages et les plus retirés du Sogn.
Autrefois, pour faire le chemin qu'il vous fait parcourir en deux
jours, il eût fallu toute une semaine. À chaque station où il
s'arrête, des familles de paysans du Sogn, dans leurs habits de fête,
montent à bord; chevaux et vaches suivent sans plus d'embarras.
L'étonnement de ces bonnes gens, à la vue des splendeurs du paquebot
que beaucoup voient pour la première fois, est indescriptible.

[Illustration: Route de Stalheim.--Dessin de Doré d'après M. Riant.]

Le fait est qu'un ethnographe érudit pourrait faire sur les paysans du
Sogn de curieuses études. Il est impossible de ne pas être frappé de
la ressemblance qui existe entre les plus beaux types anglais et
normands et les types si purs du Sogn. Je dis anglais, je me trompe;
je ne devrais parler que des familles anglaises où l'aristocratie a
conservé la pureté de la race conquérante; plus d'une paysanne du Sogn
porte la tête haute et fière comme les pairesses d'outre-Manche. Yeux
d'un bleu profond, profils olympiens, tailles imposantes, rien ne
manque à la ressemblance. Tous ces gens-là sont, à un degré antique,
cousins[10] des membres de la haute chambre.... et ils le savent. Ils
parlent de leur Ganger Rolf (Rollon de Normandie) comme s'il
s'agissait d'un personnage d'hier; les pirateries de ses collègues
deviennent de splendides conquêtes, et tout cela est raconté dans les
veillées, célébré dans les chansons comme le siège de Troie chez les
Grecs. On s'explique alors la fierté de ces laboureurs, de ces
pêcheurs, qui n'ont pas voulu de nobles dans leur jeune constitution,
par ce qu'étant tous de la même race, ils remontaient tous aux mêmes
héros, à ces contemporains d'Odin, grands guerriers, grands tueurs,
peut-être grands mangeurs de chair humaine.

         [Note 10: Beaucoup de familles norvégiennes tombées en
         paysannerie ont encore leurs écussons et leurs généalogies
         intactes. Un savant professeur de Copenhague, qui possède
         parfaitement l'histoire de notre Normandie, fut étonné de
         retrouver une conformité entière d'armes entre quatre
         familles répondant au nom latin de Sylvius Skog en Norvége,
         du Bois en Normandie, Boice en Angleterre, et Boyis en Suède
         (branche émigrée d'Écosse au seizième siècle).]

Les temps et les hommes se sont adoucis, mais la race sous
l'administration danoise, a changé et d'allures et de but; de son
glorieux passé, il ne lui reste plus que ses _saga_ (traditions), sa
fierté, qui fait du peuple norvégien la démocratie la plus
aristocratique du monde, et certains goûts de vagabondage maritime qui
portent les petits clippers du Sogn à caboter plutôt dans la
Méditerranée ou en Amérique que dans la mer du Nord.

Le matin nous avions pénétré au fond d'Aardalsfjord: des chutes
immenses, de petites cabanes perdues dans les crevasses des falaises,
une mer verte comme l'émeraude, de longues vallées terminées par des
pentes neigeuses, que faut-il de plus pour faire trouver le temps trop
court même sur le pont d'un bateau à vapeur? À midi nous étions au
pied des glaciers du Justedal, devant la coquette église de Lyster.
C'est là qu'aboutit un sentier presque fameux, qui vient de Lom et de
Lourdal en Gudbrandsdal; les excursions annuelles de messieurs les
étudiants de l'Université de Christiania l'ont illustré; les princes
de Suède même en ont fait le but de plus d'une excursion. Pour venir
de Lom à pied, il faut traverser des plateaux neigeux de quarante
lieues de large, sans une habitation, sans un arbre; le vent souffle,
les guides perdent leur chemin et croient voir ça et là les traces des
génies courroucés du fjeld; il faut aller de marais en marais; de
précipices en précipices; enfin l'on arrive (car les nuits sont
courtes et le _flatbrod_ (pain plat, galette) national soutient les
estomacs des jeunes Norvégiens), mais on arrive épuisé, mouillé et
crotté de la tête aux pieds, comme les deux intéressantes casquettes à
gland qui montent en ce moment sur le pont du _Framnæs_. Lyster n'est
pas la seule église de ce fjord. À côté est celle d'Urnæs, qu'une
savante publication allemande a jugée digne d'être comparée aux
églises de Hitterdal et de Borgund; le fait est que l'intérieur de
l'église d'Urnæs a encore été respecté et ne serait point sans intérêt
pour l'archéologue et pour le peintre; mais l'extérieur n'a pas eu
pour architecte l'homme de goût ignoré, le paysan de génie qui a
dessiné les clochetons d'Hitterdal et les sculptures de Borgund.

Au retour, nous touchons de nouveau à Lærdal; nos carrioles, hissées à
bord, seront confiées à l'honnêteté des passagers; une lettre envoyée
d'avance à Bergen préviendra l'aubergiste de leur arrivée solitaire;
nous les retrouverons dans la remise sans que rien manque à nos
provisions, abandonnées à la bonne foi publique. Quel est le pays où
l'on pourrait en faire autant.

[Illustration: Le Vöringfoss.--Dessin de Doré d'après M. Riant.]

Pour nous, légers de bagage, nous laisserons le _Framnæs_ retrouver
Bergen par mer, pour nous enfoncer de nouveau dans les montagnes à la
recherche des sites du Hardanger et de la cataracte du Vöring.

Le steamer, qui a intérêt à emmener avec soi tous les passagers, se
garde bien de les conduire à l'entrée de la route qui mène par terre
du Sogn au Hardanger; il laisse le voyageur au fond d'un fjord voisin,
à Underdal, misérable hameau, où nous trouvons au bout d'une heure une
barque et deux rameurs. Une famille norvégienne, qui se promène dans
le Sogn, navigue de conserve dans une autre barque. La mer est devenue
calme, l'eau est de ce beau vert émeraude qu'on ne trouve que dans le
Nord. Le long des falaises géantes du fjord roulent des chutes sans
nom qui seraient célèbres ailleurs. Tout au haut du fjeld, si haut que
l'oeil a peine à y arriver, apparaissent quelques sæters (chalets)
suspendus à quatre mille pieds au-dessus de la mer. On dit qu'en hiver
de terribles avalanches roulent le long de ces pentes abruptes pour se
perdre en sifflant dans les profondeurs du fjord et que plus d'une
barque a été victime de leur énorme chute.

Le Næröfjord est de tous les bras du Sogn le plus étroit et celui où
les falaises atteignent le plus de hauteur. La barque légère qui file
entre ces murailles de granit doit faire du haut des nuages l'effet
d'une fourmi parcourant le fond d'une tranchée de drainage. Le site
sauvage au milieu duquel est assise l'église de Bakke et les portes de
Gudvangen, à l'extrémité même du fjord, atteignent même ce caractère
de sublime que le crayon rend mieux que toutes les descriptions.

À Gudvangen même la mer n'est pas large comme la Seine. Sur un des
bords sont bâties une douzaine de maisons qui forment le village; en
face, le long de la montagne, se précipite la plus haute chute
d'Europe, celle de Keel, qui d'un seul jet tombe du plateau supérieur
(1000 mètres) sur un rocher d'où elle s'éparpille en écumant dans la
mer.

Gudvangen était encombre de voyageurs. La «madame»[11] qui dirigeait
leur installation, ahurie par cette affluence inaccoutumée, ne savait
auquel entendre; vers le soir elle finit par nous octroyer une tasse
de thé, un matelas et un réduit quelconque pour retendre.

         [Note 11: En Norvége on décore de ce titre tout français les
         femmes de la classe moyenne.]

Le lendemain, deux stolekjærre (charrettes à siège) nous attendaient à
la porte. Quand on n'a plus de carrioles, le maître de poste est tenu
de vous fournir avec le cheval une lourde machine, composée d'une
charrette à deux roues, avec un siège étroit suspendu par un ressort
en bois sur le cadre même du véhicule. Le fond est destiné à vos
bagages, le siège à votre propre personne qui y occupe la position du
monde la plus triste et la plus resserrée. À chaque relai, on change
de stolekjærre; ce n'est qu'une diversion au supplice; quelquefois une
aristocratique courroie remplace le ressort de bois; on jouit alors de
la dernière expression du confortable.

En sortant de Gudvangen nous roulions dans la vallée de Nærödal,
arrosée par un large torrent d'un vert limpide; à l'extrémité de la
vallée, qui n'a pas deux lieues de long, les falaises se rapprochent.
Le torrent de Nærödal est formé par deux énormes chutes qu'on ne voit
point encore, cachées qu'elles sont dans les replis symétriques de la
montagne; une pente abrupte, une sorte de dos d'âne escarpé les
sépare. C'est là-dessus que la route monte en lacet et de telle sorte
qu'à chaque tournant on domine ou la chute de droite ou la chute de
gauche, enfermées dans le puits naturel au fond duquel elles tombent
d'une hauteur immense (voy. p. 88).

À chaque tournant, les ingénieurs qui ont fait en maçonnerie cet
admirable travail, ont posé des bancs de bois. C'est la dernière
recherche de la civilisation dans le site le plus sauvage et le plus
désert qu'il soit possible d'imaginer. Ce travail (Stalheimskleven)
est analogue à l'hélice de Vindhellen, moins saisissant de hardiesse,
plus pittoresque peut-être à cause des deux chutes qui attirent à
chaque instant le regard et qu'on finit, au haut de la montée, par
embrasser d'un même coup d'oeil avec la vallée entière qui fuit
jusqu'à la mer.


     Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le Hardangerfjord.

Une fois hors du bassin du Sogn, l'aspect du paysage et des gens
eux-mêmes change. Le pays, dès qu'on, a dépassé le lac Vinje et ses
maisons aux toits empanachés d'arbustes, paraît plus fertile;
d'immenses fermes se succèdent; on fait les foins dans des prairies
qui s'étendent à perte de vue vers le sud. À droite et à gauche les
montagnes ne sont plus que des croupes boisées, sillonnées d'énormes
torrents. Quant aux costumes, ils changent aussi. Nous sommes dans la
paroisse de Vangen et dans le district de Hardanger.

Vers midi nous arrivons à Vosse-Vangen; encore une petite ville toute
neuve, bâtie, chose rare, au pied de son église (et non pas à deux ou
trois kilomètres plus loin, comme c'est le plus fréquent). Vosse, au
bord d'un lac, dans un pays fertile, à portée des excursions les plus
vantées de l'évêché, est un séjour de prédilection pour les touristes;
un hôtel, un vrai hôtel, y étale son enseigne. Vosse est propre; nous
croisons une noce et nous profitons de la circonstance pour voir
l'église, ancienne, assez curieuse, et assister aux apprêts de la
cérémonie. La mariée, ruisselante de bijoux et d'ornements, est toute
jeune; les gens de la noce sont endimanchés à qui mieux mieux. Du
reste, là, comme partout, les vieux usages, les vieilles chansons,
toutes les cérémonies graves ou burlesques qui entouraient de temps
immémorial l'union des époux, tendent à disparaître, et j'ai peur que
bientôt la présentation anglicane au ministre ne remplace les rites
joyeux contemporains d'Odin.

J'oubliais d'ajouter à l'éloge de Vosse, que la pêche y est
très-abondante, et plus facile peut-être que dans les district du
Nordland, où l'autorité locale abuse de la loi pour pressurer les
étrangers.

C'est de Vosse qu'il est le plus facile d'atteindre le Hardanger,
cette immense artère qui pénètre de cent cinquante kilomètres dans les
terres et n'est desservie par aucun steamer; pas une route, pas un
chemin de traverse n'y aboutit; c'est en barque qu'il faut y voyager
si l'on veut ou y entrer ou en sortir, et encore pour cela il faut
gagner Bergen et arriver au fjord par son embouchure.

Mais si Ton veut visiter les fonds mêmes du Hardanger, les chutes
d'Odde, le Vöringfoss, les glaciers de Justedal, force est de passer à
cheval les montagnes qui bordent la côte septentrionale du Hardanger.

En conséquence, après deux heures passées à Vosse nous tournions le
dos à la grande route pour prendre une sorte de traverse qui unit le
lac Vangen au lac Graven. Au bout de deux milles, franchis en pleine
forêt, on débouche sur une vallée fertile; une ferme considérable est
bâtie au bord d'un torrent endigué sur ses deux rives; des scieries,
des moulins sont joints aux bâtiments du Gaard; c'est tout un village;
un quart d'heure après, par un de ces contrastes si fréquents en
Norvége, le site devient sauvage, une vallée aride, encombrée d'un
chaos de rochers, s'ouvre à l'ouest avec des vues lointaines sur le
Hardanger, la route descend à pic au fond du précipice et traverse le
torrent sur un pont de pierre, jeté en face d'une chute énorme
(Haltingfoss). Le paysage vaudrait à lui seul l'excursion. Du reste,
une lieue plus loin, apparaît la maison blanche de Vasenden au bord du
Gravensvand, petit bassin d'une lieue de large, entouré de collines
verdoyantes; l'église de Graven et une sorte de maison bourgeoise,
entourée d'un parc d'étables, sont de l'autre côté; une barque nous y
dépose et nous attendons deux heures qu'on ait amené les chevaux de
selle et le cheval de bagage (_klövhest_), qui doivent nous conduire
jusqu'à Ulvig sur le Hardanger.

En Norvége les excursions équestres sont toujours à redouter; les
chevaux, petits, fort gros, ont l'allure incommode et lente; ils ne
vont qu'au pas, pour cette bonne raison, que les guides suivent à pied
sans vouloir hâter leur allure tout à fait placide. Je ne parle point
des selles qui ne tiennent qu'à grand renfort de ficelles et de bouts
de cuir. Quant au _klövhest_, il porte deux espèces de bâts en corde
d'écorce de bouleau, on met dessus les menus paquets et les
couvertures de voyage, puis d'autres cordes viennent ficeler le tout
et l'on pousse la bête, qui va toute seule, passant les torrents, se
tirant des marais comme elle peut, n'ayant pour toute aide que son
instinct et la sûreté extrême de son pied.

Enfin nous quittons Graven en songeant à l'histoire d'Halgrim et
d'Hildegunda, qui, au temps de la peste noire, se trouvèrent seuls au
monde dans ce petit coin de montagnes; le fléau n'avait épargné
qu'eux. Halgrim, venant d'Ulvik, trouva Hildegunda folle de frayeur au
milieu des cadavres des siens. «Ils se crurent le dernier homme et la
dernière femme, dit la légende, s'épousèrent devant l'autel de Graven,
et d'eux descendent tous les gens de par là.»

Le trajet de Graven à Ulvik prend quatre ou cinq heures à cheval;
quand on a gravi la montagne et traversé un fjeld assez long, on
descend vers le Hardanger au milieu d'un pays fertile, coupé de
prairies et de grands massifs de chênes, de frênes et de pins.

Au bord de la mer, des fermes entourées de vergers en plein rapport,
de grandes pommeraies, des prairies d'un vert luxuriant, indiquent un
sol beaucoup plus riche que celui du Sogn. En général, le Hardanger,
qui étend ses étroits replis jusque sous les montagnes du même nom,
n'a point le même caractère que le Sogn; entouré de falaises moins
hautes, il offre une foule de petits ports perdus dans les arbres, de
maisons de pêcheurs cachées au fond des criques.

Mais si la nature même de ses rives est parfois moins sublime que
celle du Sogn, les vallées qui y aboutissent sont plus larges et
recèlent, à deux ou trois milles dans les terres, les sites les plus
étranges, les paysages les plus grandioses. C'est sur les bords du
Hardanger que s'ouvrent l'abrupte vallée de l'Heimdal, qui mène au
Vöringfoss, puis les pentes d'Odde, dernier contre-fort du
Hardangerfjeld, et enfin les âpres déchirures du glacier de
Folgefonden, immense amas de glace, d'où sortent des milliers de
chutes, et au pied duquel se cachent les plus fertiles coins de la
Norvége, la ferme de Bondhuus, et l'antique baronnie de Rosendal,
patrimoine des Rosenkrone.

Mais c'était au Vöringfoss (chute tourbillonnante), que nous voulions
juger de la grandeur des scènes du Hardanger. De Ulvik à Eidfjord,
petit port à l'entrée de la vallée d'Heimdal, il n'y a que dix lieues;
quand le temps est calme et la nuit sereine, c'est une promenade sans
rivale; à chaque instant derrière une pointe boisée s'ouvre quelque
long fjord, dont l'oeil, dans la brume bleuâtre, peut à peine
distinguer le fond. Les larges torrents qui courent le long des bois
solitaires troublent seuls le silence du soir, et l'on arrive à
Eidfjord en regrettant presque que le chemin ait été si court. Il est
onze heures du soir: la grande maison qui sert de relais d'eau est
fermée; on réveille les gens, qui nous donnent une vaste chambre où
nous aurions dormi le mieux du monde, sans le voisinage de deux
étudiants norvégiens en humeur de chanter, et de chanter _la
Marseillaise_, avec des voix altérées par le brandevin.

Le lendemain, de bonne heure, un guide, que nous avait procuré l'hôte,
nous attendait, le bâton à la main, et nous partions à pied pour aller
faire le pèlerinage du Vöringfoss.

À ceux qui s'étonneraient qu'on fasse de si longues excursions, de
véritables voyages, pour aller voir une seule chute, nous dirions que
les deux ou trois cataractes renommées en Norvége sont placées dans
des sites exceptionnellement sauvages et retirés, auprès desquels on
passerait sans même les soupçonner, et que, de plus, c'est seulement
au coeur des montagnes, loin des grandes routes, que l'on trouve
encore les costumes et les moeurs norvégiens dans leur antique
originalité. Enfin les chutes du Vöringfoss dans le Bergenstift, comme
le Rjukanfos en Télémark, sont tellement imposantes et surpassent de
si haut ce qu'on peut en dire, qu'à elles seules elles valent le
voyage, récompensant amplement de tous les ennuis, de tous les dangers
de la route.

Pour arriver au Vöringfoss il y a environ cinquante kilomètres à faire
en pleine montagne par des sentiers pierreux; il faut ajouter à cette
distance l'ascension d'un escalier de mille sept cent cinquante
marches, à l'aide de blocs énormes le long d'une pente presque à pic.

À une lieue et demie d'Eidfjord, au bout d'une large vallée, on trouve
un petit lac, l'Eidfjordvand, tranquille miroir d'un vert limpide,
enfermé dans de hautes montagnes. Il y a deux bateaux à la rive, l'un
d'eux appartient au propriétaire d'une cabane bâtie à quelques pas de
là; nous montons dedans, et une heure après nous voyons les gros
tilleuls et l'église rouge de Sæbo: à droite et à gauche, s'ouvrent
d'énormes vallées, dont les torrents se précipitent dans le lac, du
haut du contre-fort qui domine Sæbo, c'est celle de gauche qui mène au
Vöringfoss. On traverse une petite plaine cultivée, puis le sentier
escalade le remblai et vient côtoyer le torrent, qui court sur les
roches et serpente à travers les bouleaux; le site est plus sauvage
encore qu'avant le lac; les blocs de granit sont entassés par amas
immenses: la vallée entière est une moraine. Au bout de sept à huit
kilomètres sur un terrain presque plat, on passe la rivière sur un
frêle pont de sapins, et sur la rive étroite on ne trouve plus pour
sentier qu'une trace blanche laissée par les bêtes de somme sur de
grandes roches polies. Là le torrent se précipite d'une centaine de
pieds.

Un énorme amas de pierres a comblé la vallée. On l'escalade en passant
sous des roches surplombantes, et, au-dessus, on se retrouve dans le
même site qu'en bas. On a mis une heure à monter une marche de cet
amphithéâtre gigantesque, et c'est à peine si d'en haut on aperçoit la
dépression.

[Illustration: Vallée de l'Heimdal.--Dessin de Doré d'après M. Riant]

Au fond, du côté du Vöringfoss, la vallée est complétement fermée: une
pente abrupte part du torrent et monte au fjeld, se creusant en une
sorte de puits énorme; à gauche d'une fissure perpendiculaire, qui
semble la trace d'un glaive géant dans ces murailles immuables, sort
le torrent; c'est par là, à quelques pas, qu'est le Vöringfoss.

Nous voudrions y pénétrer, mais notre guide s'y refuse, prétendant
qu'il n'y a point de chemin[12].

         [Note 12: Même aventure est arrivée à M. Bayard Taylor. Il
         est évident qu'à peu de frais on pourrait faire une route
         pour arriver par là au Vöringfoss, et que, dans l'état actuel
         du passage, des guides plus hardis que les lourds paysans du
         Hardanger frayeraient en quelques heures un sentier
         dangereux, mais praticable.]

[Illustration: Femme du Sogn (voy. p. 88).--Dessin de Pelcoq d'après
une photographie.]

L'habitude du pays étant de monter sur le plateau supérieur pour aller
voir la chute d'en haut, il faut en passer par là et gravir cet
escalier monstrueux formé d'un lacet à tournants brusques. À mi-chemin
de la hauteur se balancent de gros nuages; il faut les atteindre et
les dépasser. La seule distraction en pareil cas, quand on a forcément
le visage tourné vers l'intérieur du puits d'où l'on cherche à sortir,
est de compter les marches et de vérifier les assertions locales, tout
compte fait, il y en a mille sept cent cinquante. En deux heures d'une
vigoureuse ascension on arrive au haut. Eh bien! ce qu'il y a de plus
étonnant, c'est qu'on fait faire aux chevaux du pays, et, qui pis est,
leur changement sur le dos, cette montée ou cette descente horrible.
Au haut du fjeld nous avisons un bonhomme avec son cheval chargé de
foin; la malheureuse bête, qui connaît de quel supplice va être pour
elle la descente, quitte à chaque instant le sentier pour remonter
d'un bond au fjeld; le bonhomme la reprend patiemment par la bride et
finit par l'entraîner assez bas pour qu'elle ne puisse remonter, elle
ne proteste plus alors que par de petits hennissements douloureux.

Il ne faut pas croire qu'après avoir escaladé l'escalier, on soit
arrivé au Vöringfoss; devant vous s'étend une plaine immense bordée à
l'horizon par les hauts fjelds du Jökul; plus près on voit serpenter
le fleuve qui se précipitera de neuf cents pieds au moins dans
l'Heimdal.

Quant à la chute elle-même, un gros nuage, qui, à deux lieues de là,
se balance au flanc d'une montagne, en indique la place précise. Des
détritus séculaires de brimbelles, de rubus, de bouleaux nains, ont
formé sur les roches du plateau une sorte de terre noirâtre, toute
couverte de petites plantes: le _linnea borealis_, les _rubus
arcticus_ et _paludosus_, et des fleurs charmantes du _Krokeboeer_.
Les eaux, en entraînant de larges morceaux de ce sol spongieux, ont
mis à nu les roches, qui apparaissent çà et là par larges taches
blanches. Dans les fonds se sont formées de véritables tourbières, où
la marche est à chaque instant retardée. Aussi n'est-ce qu'au bout de
deux heures qu'on arrive en vue du torrent; quant à la chute, on
l'entend, on en voit la _fumée_, mais il faut toute l'expérience du
guide pour vous amener, dans le dédale des bouleaux nains qui couvrent
les rives, à une pierre surplombante, _seul_ endroit d'où l'on puisse
voir la chute. Le torrent, qui jusque-là coule sur le plateau, trouve
tout à coup la fissure perpendiculaire qui s'ouvre en bas sur le fond
de l'Heimdal, et s'y précipite d'un seul bond. La rive gauche du
précipice est au niveau du fjeld; la rive droite, qui fait face au
spectateur, est de cinq cents pieds plus haute. De là roule une chute
d'un moindre volume, qui, arrivée au niveau d'où s'élance le
Vöringfoss, y est absorbée. La vitesse commune semble s'accélérer
encore après leur réunion.

Le Vöringfoss est peut-être plus puissant que le Rjukandfoss, mais
l'oeil et l'esprit sont moins satisfaits: on ne peut pas contempler
celui-là pleinement comme on fait de celui-ci. Je dirai pourtant que
le Vöringfoss, est entouré d'un cadre plus imposant que le
Rjukandfoss. Le paysage, empreint d'une grandeur plus sauvage, produit
sur l'esprit une impression singulière. La subite disparition de cet
énorme volume d'eau, qui ne laisse de son passage d'autre trace qu'un
nuage léger, a quelque chose qui parle à l'imagination et qu'on ne
saurait oublier[13].

         [Note 13: À l'exposition des beaux-arts de Copenhague, en
         1859, un peintre danois avait exposé une vue admirable du
         fjeld du Vöringfoss. Désespérant de rendre la chute dans
         toute sa puissance, il avait peint seulement la désolation du
         fjeld, les petits lacs sombres bordés de bouleaux, et
         l'horizon blanchâtre du désert, tandis qu'à gauche il
         laissait deviner l'énorme abîme du Vöringfoss au-dessus
         duquel planait un grand aigle de lac d'un effet saisissant.]

Le Vöringfoss à aussi sa légende comme le Rjukandfoss, mais une
légende toute moderne. L'histoire n'est vieille que de deux ans. Un
Anglais, que je ne nommerai point, ennuyé de ne pouvoir contempler à
son aise le Vöringfoss, se fit descendre dans le gouffre avec un
bateau de caoutchouc, une grande brosse et un pot de céruse. Arrivé au
fond du précipice, il chercha un remou en aval, traversa le torrent,
et sur l'autre rive, escaladant une centaine de pieds de roches, il
vint, sur une magnifique paroi de granit, peindre son nom en lettres
de deux mètres de haut; puis, heureux d'être le seul qui jusqu'alors
eût joui du spectacle dans toute sa grandeur, il se fit remonter et
retourna à Eidfjord comme il était venu, laissant ses guides
émerveiller les pêcheurs du récit de cette équipée.

Les mille sept cent cinquante marches sont plus pénibles à descendre
qu'à monter, et c'est avec un plaisir infini qu'on arrive au pont jeté
au pied de la fissure sur l'Heim-Elf; ce pont que nous avions franchi
en venant est d'une hardiesse et d'une solidité surprenantes. Sur les
deux bords du torrent on a jeté un amas de roches; dans chacune de ces
piles naturelles on a planté deux forts sapins inclinés vers le lit du
fleuve, et au-dessus de l'angle laissé entre eux et la rive on a jeté
deux demi-tabliers en bois brut fortement assujettis au rivage par des
roches énormes. Restait à finir l'arche. Un troisième plancher formé
de quatre longs sapins reliés ensemble par des cordes d'écorces est
posé sur les deux premiers, et, pour consolider le tout, des pierres
plates y forment une sorte de pavement général. C'est sur ces sortes
de ponts qu'hommes, chevaux et souvent carrioles, passent le mieux du
monde, si le vent n'est point trop fort dans la vallée.

À quatre heures du soir, après douze heures et plus de marche, nous
étions revenus à Eidfjord-Vik, où du poisson frais et des pommes de
terre nous récompensaient du jeûne de la journée.

Comme je l'ai dit plus haut, le Hardanger est une impasse. On y entre
plus facilement qu'on n'en sort. Le mauvais temps insolite, prématuré,
pressant notre départ pour le cercle polaire, il nous fallait, sous
peine d'un long retard, atteindre en même temps que le paquebot de
Hambourg l'extrémité du fjord, à soixante lieues d'Eidfjord, à Bergen.
Nous avions vingt-quatre heures pour faire le trajet; quatre vigoureux
rameurs se chargèrent de nous y mener.

C'est alors que nous pûmes reconnaître combien la poste d'eau
norvégienne est un moyen barbare de locomotion. Le patient, obligé à
une position horizontale et en tout cas à une immobilité presque
complète, reçoit à plaisir la pluie et la vague. Provisions,
couvertures et voyageurs, tout n'est bientôt plus qu'un triste amas de
choses mouillées. Le brouillard nous ayant pris au sortir d'Eidfjord,
nous ne pûmes traverser le Hardanger, et il fallut côtoyer sa rive
gauche, contre laquelle toute la force de nos rameurs empêchait à
peine les vagues de nous jeter. Le vent, la pluie, les rafales
subites, rien ne manqua à notre odyssée; après douze heures d'efforts
nous avions à peine fait six lieues, et nous abordions ruisselants à
la petite île d'Heransholm, au pied du Folge jeld.

Ce lieu doit être enchanteur quand le soleil éclaire ses hauts sapins
et son quai de pierres grises, ombragé de sorbiers. Aujourd'hui nous
avons hâte d'entrer dans la maison où un vieux marin et sa femme nous
aident à nous sécher. L'insuccès de notre tentative maritime nous fait
renoncer à aller plus loin dans le fjord; nous le traverserons en
droite ligne et nous gagnerons Bergen par les montagnes, comme faire
se pourra.


     De Vikoër à Sammanger et à Bergen.

Plusieurs voyageurs anglais parlent avec enthousiasme de l'hospitalité
que le prêtre de Vikoër leur a largement offerte. J'aime à croire,
pour l'honneur de la véracité britannique, que le fonctionnaire qui
occupait la cure en 1847 a été changé. Le fait est que nos marins
déposent nos paquets sous le porche d'une maison de bonne apparence
qui paraît être la station. La pluie tombe à torrents; nous demandons
du feu pour nous sécher; les servantes se concertent, nous font
attendre une heure, puis enfin ramènent une sorte de bourgeois orné
d'une énorme pipe: «Que voulez-vous?--Du feu pour nous sécher; nous
venons d'essuyer treize heures de gros temps; nous irons ensuite à
Bergen par terre.--Ce n'est pas ici la station (et il nous montre une
maison de l'autre côté de la baie à une lieue de là). Je suis le
prêtre et je ne reçois pas de voyageurs.--Nous ne demandons qu'à
attendre une heure à couvert que la pluie diminue.--Non, non; allez à
la station, ce sera bien mieux.»

En effet, après deux heures passées de nouveau sur le fjord et sous la
pluie, nous débarquions à Sandmoën, transpercés, rompus et affamés.
Voilà comment certains membres du clergé norvégien, clergé bien doté,
bien payé et confortablement logé, entendent les devoirs de
l'hospitalité. Il est heureux pour les voyageurs que le paysan n'imite
point son curé, car je ne sais comment on pourrait traverser certains
districts du pays.

À Sandmoën, tout en maudissant le prêtre de Vikoër, nous nous séchions
au grand poêle du gjoestgifveren, qui mettait à noire disposition tout
ce qu'il avait, pas grand chose il est vrai, car, dans ces vallées si
fertiles dont le climat est celui d'Angleterre, et dont les
productions sont les mêmes que celles de la Normandie, il n'y a pas
même de pain.

Notre hôte cherche à nous détourner d'aller à Bergen par terre; il
nous parle de vingt-quatre heures de chemin. Je mesure la distance sur
la carte, je trouve six milles; j'insiste, il finit par se décider et
nous trouver trois chevaux, deux guides et un chien. À neuf heures du
matin, nous le quittions, comparant sa complaisance et sa franchise
honnête avec l'aigreur du prêtre de Vikoër, et nous disions adieu au
Hardanger, à ses tempêtes et aussi à ses jolis ports pleins de petits
schooners à l'ancre, à ses églises cachées dans les arbres, aux
vallées verdoyantes qui viennent déboucher sur ses rives.

À Sandmoën vont aussi cesser les costumes bariolés du Hardanger, les
tailles courtes et les jupons rouges des femmes; de l'autre côté des
montagnes, vers Bergen, nous trouverons d'autres types moins lourds,
plus gracieux, mais aussi nous ne retrouverons nulle part en Norvége
d'aussi solides gaillards, des charpentes aussi robustes que nos
guides du Vöring et nos rameurs d'Eidfjord.

La vallée de Sandmoën est fort belle; elle contient en outre une
admirable chute, Ostudfoss, derrière laquelle on peut se glisser par
un étroit sentier. Rien d'imposant comme le mugissement des eaux qui
tombent du sommet de l'étroite caverne d'où on les contemple. C'est à
une lieue de Sandmoën, de l'autre côté du fleuve, qu'on passe à gué,
que se trouve Ostudfoss.

Un peu après se dresse au fond de la vallée une énorme croupe en forme
de tour, toute couverte de bouquets de bouleaux et de pins épars sur
une prairie d'un vert tendre. L'ascension de la montagne prend une
heure sous les arbres et par un sentier praticable; au sommet commence
un fjeld interminable qui, pour le moment, est complétement noyé; des
volées de bécassines partent des marais (changés en lacs) qui sont
leur demeure habituelle. Les ruisseaux sont devenus des torrents et
les torrents des fleuves impétueux.

Les chevaux norvégiens traversent tout cela comme ils peuvent,
portant, outre le cavalier, le guide en croupe. Quelquefois l'eau les
emporte, mais ils reprennent pied et touchent la rive sans autre
accident que des bains un peu trop prolongés.

La traversée du fjeld dura quatre heures, et je crois que, sans leurs
chiens, jamais nos guides n'eussent retrouvé le chemin dans les
fouillis de bouleaux nains qui couvraient les roches; de temps en
temps on s'arrêtait sous des abris établis là pour les traîneaux qui
l'hiver font en quelques heures cette route interminable en été.

En face de nous s'ouvrent trois vallées larges, solitaires, couvertes
de grands bois et sillonnées de chutes nombreuses; au-dessus la neige
des fjelds plus élevés se découpe en taches blanchâtres sur le gris
uniforme du ciel. De chemin, plus de traces. Un sæter est perché tout
en haut d'une roche; on y grimpe, et, vérification faite, c'est dans
un marais qu'il faut s'engager, puis côtoyer un lac débordé, puis
traverser une rivière également sortie de son lit, tant et si bien
qu'on arrive à un gaard d'assez pauvre apparence et répondant au nom
d'Ekeland; les gens qui l'habitent parlent patois; au bout d'un quart
d'heure on finit par se comprendre; il s'agit de changer de chevaux;
les nôtres vont s'en retourner; en aurons-nous de nouveaux? Un vieux
bonhomme, qui lit la Bible dans un coin, se mêle à la conversation; il
veut nous prouver que le chemin est long, le temps détestable, et
qu'il vaut mieux coucher sous son toit (une baraque mal jointe
encombrée de dix enfants en bas âge). Voyant que l'on ne se rend pas à
ses raisons, il finit par dire qu'il a deux chevaux, mais que nos
couvertures mouillées étant trop lourdes, il ne faut pas les prendre
en croupe et qu'il nous faut rester ici: «Eh bien! fais-moi un bâton,
j'irai à pied; le cheval portera le bagage....» Un des hommes de la
maison, voyant que la ruse naïve ne réussit point, consent à prendre
le bagage sur son dos pourvu «qu'on le paye comme un cheval,» et nous
partons heureux de n'avoir point à passer la nuit dans cet intérieur
par trop norvégien.

Le site aux environs d'Ekeland commence à être fort beau, et n'était
l'inondation générale qui nous force à monter sur les roches pour
éviter les prairies submergées, nous n'aurions pas à regretter d'être
venus là. Nous traversons une troisième rivière d'une largeur fort
respectable, et nous commençons à descendre une sorte d'escalier qui
aboutit au fond d'un vaste cirque sur le versant opposé des montagnes.

Rien de sévère comme l'aspect de ce coin ignoré où nos guides même ont
peine à trouver un chemin: au fond du cirque une chute d'un volume
énorme, Braten foss, se précipite d'une hauteur d'au moins cinq cents
pieds pour former une petit lac écumant, puis une large rivière que
nous traversons un instant après. Pendant deux ou trois lieues le
chemin est encore problématique; c'est dans l'eau que nous marchons,
mais la vallée se resserre et devient plus profonde; le torrent grossi
se contente de mugir au fond, et, sur sa rive gauche, que nous
atteignons par une passerelle de bois, court un étroit chemin couvert
de roches et suspendu sur l'abîme. Les splendides horreurs de
l'Heimdal sont dépassées. Cette étroite et profonde vallée, à peine
nommée et toujours déserte, gigantesque fissure créée par l'effort des
eaux, atteint les limites du sublime.

À l'extrémité elle vient se réunir à une autre arrosée également par
un torrent écumeux; les deux masses se réunissent et forment en
tombant la chute de Maar Kolum. Sur la rive gauche de la nouvelle
vallée serpente un sentier que nous suivons pendant deux heures, et
vers le soir nous arrivons dans des lieux plus civilisés. Un petit
bonhomme tout de neuf habillé s'en va gaiement, jambes nues, ses
souliers dans la main, et de grosses filles rieuses reviennent des
foins; plus loin est un vrai gaard au bord d'un lac sombre et
solitaire.

Il faut encore en côtoyer les rives; mais la pluie a cessé, et le
paysage est si beau, qu'on peut oublier les fatigues de la journée. Le
chemin suit une chaussée de roche presque partout recouverte par
l'eau; de temps en temps il faudrait pouvoir rester à cheval, les
jambes dans les mains, les brides aux dents, pour n'être point
mouillé; mais l'important est d'arriver. Aussi, vers deux heures du
matin, nous saluions avec bonheur la pauvre petite maison de Tosse,
juchée au haut de la falaise qui borde la rive méridionale de
Sammanger-fjord.

Les gens de Tosse sont pauvres, leur cabane est un galetas; cinq ou
six êtres humains y dorment. Réveillés en sursaut, l'un allume une
longue chandelle, et tous d'ouvrir leurs oreilles au récit animé que
les trois guides font tout à la fois de leur traversée par le fjeld,
des rivières grossies, du chien qui s'est noyé, et de ces Français qui
ont perdu la tête, venant on ne sait d'où, allant on ne sait vers quel
pôle; de feu, point. Les discours terminés, une vieille en haillons
nous montre le chemin d'un grenier fait de planches disjointes; deux
bottes de paille, dans un cadre de bois, y attendent les rares hôtes
de ces lieux; nous y dormons d'un profond sommeil, à côté de saumons
en train de sécher et de morues déjà sèches.

[Illustration: Une noce en Norvége.--Dessin de Pelcoq, d'après le
peintre norvégien Tiedeman.]

Presque parallèle au Hardanger, le fjord de Sammanger s'étend de la
paroisse de Sammanger jusqu'à celle de Oos. Deux milles à peine
séparent Sammanger de Bergen; un ballon les traverserait en quelques
minutes. L'absence de ce moyen perfectionné de locomotion amène
inévitablement le voyageur à rentrer dans le canot national,
c'est-à-dire entre deux eaux.

Rien ne repose des impressions désagréables causées par une
surabondance d'eau de pluie et d'eau de mer, comme un bon feu, des
visages souriants, un gai rayon de soleil par la fenêtre, et aussi la
bonne grosse figure du gjoestgifveren de Hatwiken, qui vous assure
que, dans une heure, chevaux et charrette vont être prêts, et que le
soir vous serez à Bergen.

Je doute que le tronçon de grande route qui court de Oos à Bergen soit
très-fréquenté des touristes; c'est pourtant un beau pays, et le
chemin, qui domine de haut les mille replis des fjords, les myriades
d'îles dont la côte est ceinte, et au loin la ligne bleue de la grande
mer, est certainement un des plus pittoresques de Norvége.

De fort loin on voit Bergen, baignée par les eaux de deux fjords,
appuyée sur deux fjelds, Bergen, après Drontheim, la cité classique
des rois de la mer, vieille comme les antiques Sagas, riche comme la
Hanse dont elle fit partie.

Plus près de la ville, des maisons de campagne, ceintes de grands
parcs, arrosés par les torrents qui bondissent du fjeld, montrent, par
leur élégance presque somptueuse, que les négociants de Bergen courent
parfois le monde et rapportent, qui de France, qui d'Angleterre,
toutes sortes d'idées heureuses et d'inspirations artistiques. N'en
déplaise à Christiania, Bergen, qui n'a ni palais grec, ni église
pseudo-byzantine, Bergen, vue des hauteurs du sud, a presque l'air
d'une capitale, et c'est avec un certain sentiment de respect pour
l'antique métropole commerçante du Nord qu'on pénètre dans l'avenue de
frênes qui lui fait une entrée quasi-royale.

                                   Paul RIANT.



GRAVURES.

                                                      Dessinateurs.
  Chapelle de Sainte-Rosalie (près Palerme)              Rouargue      1
  Types et costumes siciliens                            Rouargue      4
  Ruines à Girgenti (Agrigente)                          Rouargue      5
  Vue de Syracuse                                        Rouargue      8
  Taormine et l'Etna                                     Rouargue      9
  La Marine à Messine                                    Rouargue     12
  Rocher de Scylla                                       Rouargue     13
  Stromboli                                              Rouargue     16
  Pigeonnier près d'Ispahan                         Jules Laurens     17
  Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend-è-Roud,
    à Ispahan                                       Jules Laurens     21
  Collége de la Mère du roi, à Ispahan              Jules Laurens     24
  Une peinture indienne dans le palais des
    Quarante-Colonnes, à Ispahan                    Jules Laurens     25
  Entrée de Kaschan                                 Jules Laurens     28
  Une caravane persane au repos                     Jules Laurens     29
  Types persans                                     Jules Laurens     32
  Faubourg de Téhéran                               Jules Laurens     33
  La porte de Schah-Abdoulazim                      Jules Laurens     36
  Dans une cour, à Téhéran                          Jules Laurens     37
  Types et portraits persans                        Jules Laurens     40
  Groupe de Persans                                 Jules Laurens     41
  Dans l'Enderoun (appartement intérieur
    -- Costumes d'intérieur et de sortie)           Jules Laurens     44
  Choix d'armes, d'instruments et objets divers
    persans                                         Jules Laurens     45
  Le Démavend                                       Jules Laurens     48
  Vue de l'île Saint-Thomas                             de Bérard     49
  Saint-Pierre, à la Martinique                         de Bérard     52
  Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise)              de Bérard     53
  Une sucrerie à la Guadeloupe                          de Bérard     56
  La Pointe-à-Pître, à la Guadeloupe                    de Bérard     57
  Le port d'Espagne, à la Trinidad                      de Bérard     60
  La baie de Panama                                     de Bérard     61
  Vue des Bermudes                                      de Bérard     64
  Costumes norvégiens d'Hitterdal                          Pelcoq     65
  La vallée de Bolkesjö                                      Doré     68
  Costumes du Télémark                                     Pelcoq     69
  La vallée de Vestfjordal                                   Doré     72
  Intérieur d'auberge à Bolkesjö                         Lancelot     73
  Église d'Hitterdal                                      Wormser     75
  Le Rjukandfoss                                             Doré     76
  Un chalet à Bamble                                     Lancelot     77
  Vue du lac Bandak                                          Doré     80
  Le lac Flatdal                                             Doré     81
  Fjord de Gudvangen                                         Doré     84
  Église de Bakke                                            Doré     85
  Route de Stalheim                                          Doré     88
  Le Vöringfoss                                              Doré     89
  Vallée de l'Heimdal                                        Doré     92
  Femme du Sogn                                            Pelcoq     93
  Une noce en Norvége                                      Pelcoq     96
  Le marché aux grains (Suez)                       Karl Girardet     97
  Port de Suez                                      Karl Girardet    100
  Cimetière européen à Suez                         Karl Girardet    100
  Qosséir                                           Karl Girardet    101
  Djeddah                                           Karl Girardet    101
  Port de Souakin                                   Karl Girardet    101
  Mosquée de Salonique                              Karl Girardet    104
  Femmes albanaises, près d'un arabas,
    à Vasilika                                       Villevieille    105
  Un Juif de Salonique                                       Bida    108
  Une Juive de Salonique                                     Bida    109
  Sceau du monastère de Kariès                                       111
  Vue générale de mont Athos                         Villevieille    112
  Le Conseil des Épistates au mont Athos                Boulanger    113
  Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
    Catholicon de Kariès)                                  Pelcoq    116
  Monastère d'Iveron                                Karl Girardet    117
  L'higoumène d'Iveron                                     Pelcoq    120
  La Phiale ou le Baptistère du couvent de Lavra         Lancelot    121
  Croix sculptée en bois dans le trésor de Kariès         Thérond    124
  Coffret dans le trésor de Kariès                        Thérond    125
  Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches  Thérond    128
  La confession                                              Bida    129
  Bas-relief du couvent de Vatopédi                     A. Proust    130
  Albanais, soldat de la garde des Épistates         Villevieille    132
  Vue du couvent d'Esphigmenou                      Karl Girardet    133
  Intérieur de la cour principale du couvent slave
    de Kiliandari                                        Lancelot    136
  La récolte des noisettes au mont Athos             Villevieille    137
  L'île Chatam, dans l'archipel Galapagos            E. de Bérard    140
  Baie de la Poste, dans l'île Floriana
    (archipel Galapagos)                             E. de Bérard    140
  L'île Charles, dans l'archipel Galapagos           E. de Bérard    141
  Aiguade de l'île Charles (archipel Galapagos)      E. de Bérard    144
  Oiseaux et reptile (archipel Galapagos)                  Rouyer    145
  Côtes de l'île Albermale, dans l'archipel
    Galapagos                                        E. de Bérard    148
  Oeno, dans l'archipel Pomotou (îles à coraux)      E. de Bérard    149
  Village de Vanou, dans l'île de Vanikoro
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    149
  Baie de Manevai, dans l'île de Vanikoro
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    152
  Récifs et piton de l'île de Borabora
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    153
  Rade et pic de l'île de Borabora (îles à coraux)   E. de Bérard    156
  Île de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
    (îles à coraux)                                  E. de Bérard    157
  Brun-Rollet                                                Fath    160
  Traîneau yakoute                                    Victor Adam    161
  Une sorcière tongouse                               Victor Adam    164
  Port d'Okhotsk                                      Victor Adam    165
  Bazar de Nertchinsk                                 Victor Adam    168
  Colonie ou village yakoute                          Victor Adam    169
  Voyageur russe en Sibérie                           Victor Adam    172
  Argali (mouton sauvage)                             Victor Adam    173
  Campement de Tongouses                              Victor Adam    176
  Chamans yakoutes                                    Victor Adam    177
  Femme yakoute                                       Victor Adam    180
  Poteaux des frontières du pays des Yakoutes et
    de la Chine                                       Victor Adam    181
  Types indigènes (Australie du Sud)                      G. Fath    184
  Sépultures australiennes dans les bois                 Lancelot    185
  Sépulture australienne au désert                           Doré    189
  Restes d'un voyageur retrouvés par ses compagnons
    dans les déserts du lac Torrens                          Doré    192
  Oasis d'Éderi (Fezzan)                                 Rouargue    193
  Mourzouk (capitale du Fezzan)                          Rouargue    196
  Gorge d'Agueri                                         Lancelot    197
  Vallée d'Auderaz                                       Rouargue    200
  Vue d'Agadez                                           Lancelot    201
  Vue de Kano (entrepôt du Soudan central)               Lancelot    204
  Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou)      Lancelot    205
  Vue du lac Tchad                                       Rouargue    208
  Village marghi                                         Rouargue    209
  Halte dans une forêt du Marghi                         Rouargue    212
  Village mosgou                                         Rouargue    213
  Chef mosgovien                                         Rouargue    216
  Intérieur d'une habitation mosgovienne                 Rouargue    217
  Chef kanembou                                          Rouargue    220
  Entrée du sultan de Baghirmi dans Maséna
    (sa capitale)                                        Rouargue    221
  Une razzia à Barea (Mosgou)                            Rouargue    224
  Vue du marché de Sokoto                                Hadamard    225
  Bac sur le Niger, à Say                                Rouargue    228
  Vue des monts Homboris                                 Lancelot    229
  Village sonray                                         Lancelot    232
  Vue de Kabra (port de Tembouctou)                      Rouargue    233
  Camp touareg                                           Lancelot    236
  Arrivée à Tembouctou                                   Lancelot    237
  Vue générale de Tembouctou                             Lancelot    240
  Portrait en pied du baron de Wogan en costume
    de voyage                                           J. Pelcoq    241
  Grass-Valley                                          J. Pelcoq    244
  Un claim ou atelier de mineur                         J. Pelcoq    245
  Forêt de _taxodium giganteum_ ou pins géants           Lancelot    248
  Un cañon ou passage de la Sierra-Wah                   Lancelot    249
  La case du jugement                                   J. Pelcoq    252
  Le poteau de la guerre                                J. Pelcoq    253
  Types d'Indiennes du Rio-Colorado                     J. Pelcoq    256
  Grande pagode de Rangoun                               Français    257
  Bateau à voile sur l'Irawady                     Cliché anglais    258
  Canot de parade                                  Cliché anglais    259
  Bateau de commerce                               Cliché anglais    259
  Birmans dans une forêt                                J. Pelcoq    261
  Pattshaing ou tambour-harmonica                  Cliché anglais    262
  Pattshaing à baguettes                           Cliché anglais    262
  Harpe birmane                                    Cliché anglais    263
  Harmonica birman                                 Cliché anglais    263
  Pagode à Pagán                                   Cliché anglais    264
  Représentation théâtrale dans le royaume d'Ava         Hadamard    265
  Dagobah ou pagode en forme de cloche             Cliché anglais    266
  Intérieur d'une pagode                           Cliché anglais    267
  Maison de l'ambassade à Amarapoura               Cliché anglais    268
  Vallée des puits de bitume                        Karl Girardet    269
  Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
    birmans                                                 Morin    272
  Le palais du roi et l'éléphant blanc                     Navlet    273
  Sculptures comiques dans le monastère royal à
    Amarapoura                                           Lancelot    276
  Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastère royal à
    Amarapoura)                                          Lancelot    277
  Détails intérieurs du Maha-comiye-peima à Amarapoura     Navlet    281
  Une porte à Amarapoura                           Cliché anglais    284
  Canon birman                                     Cliché anglais    284
  Danse des éléphants                              Cliché anglais    284
  Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava         Cliché anglais    285
  Jeunes dames birmanes                                     Morin    288
  Le temple du Dragon                                    Lancelot    289
  Rives de l'Irawady (près des mines de rubis)     Cliché anglais    292
  Petite pagode à Mengoun                          Cliché anglais    292
  Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
    de terre de 1839)                               Karl Girardet    293
  Vallée de l'Irawady au confluent du Myit-Nge          Paul Huet    297
  Temple ruiné à Pagán                                   Lancelot    300
  Salces ou volcans de boue à Membo                Cliché anglais    301
  Cônes volcaniques dans la plaine de Membo        Cliché anglais    301
  Paysans birmans en voyage                        Cliché anglais    302
  Statue gigantesque de Bouddha à Amarapoura             Lancelot    304
  Zanzibar vue de la mer                             E. de Bérard    305
  Portrait de feu l'iman de Zanzibar                 E. de Bérard    308
  Pont de la ville de Zanzibar                       E. de Bérard    309
  Un village de la Mrima                                Lavieille    312
  Jihoué la Mkoa ou la roche ronde                 Cliché anglais    313
  La fontaine qui bout (source thermale dans le
    Khoutou)                                       Cliché anglais    313
  Sycomore africain                                Cliché anglais    314
  L'Ougogo                                         Cliché anglais    315
  Burton et ses compagnons en marche                    Lavieille    316
  Chaîne côtière de l'Afrique occidentale               Lavieille    317
  Passe dans l'Ousagara                                 Lavieille    320
  Paysage dans l'Ounyamouézi                            Lavieille    321
  Noirs de l'Ousumboua                               G. Boulanger    324
  Huttes à Mséné                                        Lavieille    325
  Nègres porteurs                                    G. Boulanger    328
  Noir de l'Ouganda                                  G. Boulanger    329
  Habitation de Snay ben Amir à Kazeh                   Lavieille    332
  Jeunes dames à Kazeh                               G. Boulanger    333
  Coiffures des indigènes de l'Ounyanyembé         Cliché anglais    334
  Coiffures des indigènes de l'Oujiji              Cliché anglais    335
  Maison des étrangers à Kaouélé                        Lavieille    336
  Navigation sur le lac Tanganyika                      Lavieille    337
  Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika             Lavieille    339
  Habitation au bord du lac Tanganyika                  Lavieille    340
  Le bassin du Maroro                                   Lavieille    341
  Instruments et ustensiles des Ouajiji            Cliché anglais    342
  Riverains du Tanganyika (côté ouest)             Cliché anglais    343
  Riverains du Tanganyika (côté sud)               Cliché anglais    343
  Le bassin du Kisanga                                  Lavieille    344
  Végétation de l'Ougogi                                Lavieille    345
  Passe de l'Ouzagara                              Cliché anglais    346
  Rocher de l'Éléphant près du cap Gardafui        Cliché anglais    347
  Dernier établissement égyptien dans le Fazogl          Lancelot    348
  Contrée des Shelouks sur le Saubat                     Lancelot    349
  Bélénia (village bari sur le fleuve Blanc)             Lancelot    352
  Habitants de la Havane                                    Potin    353
  Coolies chinois à Cuba                                   Pelcoq    356
  Vue générale de la Havane (capitale de Cuba)           Lancelot    357
  Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba   E. de Bérard    360
  Cathédrale de la Havane                                  Navlet    361
  La volante (voiture de la Havane)                   Victor Adam    363
  Vue de Matanzas                                        Lancelot    364
  Paysage dans l'île de Cuba: Loma (coteau)
    de Candela                                          Paul Huet    365
  Paysage dans l'île de Cuba (Loma de la Givora)        Paul Huet    368
  Grenoble et les Alpes dauphinoises                Karl Girardet    369
  Les Grands Goulets                                Karl Girardet    372
  Pont-en-Royans                                             Doré    373
  Sainte-Croix et les ruines du château de Quint    Karl Girardet    376
  Die et la vallée de Roumeyer (vue prise des
    hauteurs de Saint-Justin)                            Français    377
  Le Mont-Aiguille (vu de Clelles)                       Daubigny    380
  Pontaix                                           Karl Girardet    381
  Roumeyer et le mont Glandaz                            Français    384
  Entrée de la vallée de Roumeyer                   Karl Girardet    385
  La vallée de Léoncel                              Karl Girardet    388
  La vallée de la Véoure et de la plaine du Rhône
    (vue prise des hauteurs de la Vacherie)         Karl Girardet    389
  Beaufort                                               Français    392
  La forêt de Saou                                       Sabatier    394
  Poët-Cellard                                      Karl Girardet    395
  Bourdeaux                                         Karl Girardet    396
  Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
    du Ruïdoux)                                     Karl Girardet    397
  Cascade de la Druïse                              Karl Girardet    398
  La gorge de Trente-Pas                            Karl Girardet    400
  Le mont Viso                                           Sabatier    401
  Le pont du Diable                                      Sabatier    405
  Le lac de l'Échauda                                    Sabatier    408
  Le Pelvoux                                             Sabatier    409
  Le mont Aurouze                                        Français    412
  Les montagnes du Devoluy                          Karl Girardet    413
  Ruines de la Chartreuse de Durbon                 Karl Girardet    416



CARTES ET PLANS.


  Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin.                             3
  Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin.                             19
  Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin.         51
  Carte du haut Télémark (Norvége méridionale), d'après
    M. Paul Riant.                                                    67
  Carte de la presqu'île de Bergen, d'après M. Paul Riant.            83
  Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin.                      115
  Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff.                167
  Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin.                         187
  Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
    orientale) d'après M. de Lanoye.                                 195
  Voyage du docteur Barth (Itinéraire de Sokoto à Tembouctou),
    par M. A. Vuillemin.                                             234
  Carte du cours inférieur de l'Irawady comprenant les possessions
    britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'après le
    capitaine H. Yule.                                               260
  Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'après les relevés du
    major Grant Allan.                                               280
  Carte du cours supérieur de l'Irawady et partie nord du royaume
    d'Ava, d'après le cap. Yule.                                     296
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (Itinéraire de Zanzibar à Kazeh).                      307
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (2e partie).                                           338
  Carte de l'île de Cuba, par M. A. Vuillemin.                       355
  Carte du Dauphiné (partie occidentale: Isère et Drôme),
    par M. A. Vuillemin.                                             371
  Carte du Dauphiné (partie orientale: Isère et Hautes-Alpes),
    par M. A. Vuillemin.                                             404



ERRATA.


I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprimé: (1858.--INÉDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu'à la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a été publié en anglais.


II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplacé par celui
d'OCCIDENTALE.


III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'après M. A. Proust.


IV. On a également omis de donner, à la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos représentés
sur la page 145. Nous réparons cette omission:

1º _Tanagra Darwinii_, variété du genre des
_Tanagras_ très-nombreux en Amérique. Ces oiseaux ne diffèrent de
nos moineaux, dont ils ont à peu près les habitudes, que par la
brillante diversité des couleurs et par les échancrures de la
mandibule supérieure de leur bec.

2º _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, où l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulièrement à l'île
Saint-Charles. Des treize espèces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affectée à
une île en particulier.

3º _Pyrocephalus nanus_, très-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mâle de cette variété a une tête de feu. Il hante à la fois les
bois humides des plus hautes parties des îles _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.

4º _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux îles Galapagos.

5º Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveautés rapportées par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-être que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.

Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est décrit dans le texte, page 147.

[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des îles Galapagos.]

       *       *       *       *       *

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris.

       *       *       *       *       *





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Le Tour du Monde; Scandinavie - Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860" ***

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