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Title: Glossaire du patois normand
Author: Bois, Louis François Du
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

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project.)



       GLOSSAIRE
       DU
       PATOIS NORMAND.



ABRÉVIATIONS

_Qui indiquent les localités où les mots
patois ont été recueillis:_

       A.      --      Alençon.
       B.      --      Bayeux.
       C.      --      Cherbourg,--Coutances.
       H.-N.   --      Haute-Normandie.
       L.      --      Lisieux.
       M.      --      Manche.
       R.      --      Rouen.
       S.-I.   --      Seine-Inférieure.
       V.      --      Valognes.

_N. B._ Ces _Abréviations_ ne s'appliquent point au SUPPLÉMENT.

Tiré à 150 Exemplaires.



GLOSSAIRE
DU
PATOIS NORMAND,


PAR M. LOUIS DU BOIS;


AUGMENTÉ DES DEUX TIERS, ET PUBLIÉ
PAR M. JULIEN TRAVERS.

CAEN,
TYPOGRAPHIE DE A. HARDEL, ÉDITEUR,
RUE FROIDE, 2.

1856.



PRÉFACE DE L'ÉDITEUR.


La dernière fois que je visitai dans sa retraite de Mesnil-Durand le
savant Louis Du Bois (en octobre 1854), ce laborieux vieillard, plus
qu'octogénaire, me montra un _Glossaire du Patois Normand_ qu'il avait
commencé vers la fin du dernier siècle, et me pria de lui chercher un
éditeur. Je parcourus ces pages, je les emportai, et bientôt un homme
d'intelligence et de goût prit à ses risques et périls les frais de
l'impression.

L'auteur n'avait pu y mettre la dernière main, occupé qu'il fut toute sa
vie d'autres compositions, et il avait vu avec peine sa publication
devancée par le _Dictionnaire du Patois Normand_ que firent paraître, en
1849, MM. Édélestand et Alfred Duméril. La douleur qu'il en ressentit le
rendit injuste envers ces philologues si distingués, et il s'attacha,
dans une révision de son Glossaire, à critiquer durement ce qu'il
prenait pour des erreurs dans leur Dictionnaire. Comme il est mort
pendant le tirage des premières feuilles de son livre, il m'a été
loisible d'effacer à peu près toutes les traces de son dépit. Que font
au mérite, qu'importent à la vérité les petites taquineries de
l'érudition?

J'avais pensé d'abord qu'à cela seul se bornerait la révision du
travail; mais à mesure que je lisais les feuillets pour les envoyer à
l'impression, je m'apercevais des fautes communes à MM. Du Bois et
Duméril, qui avaient rangé parmi les mots patois des mots admis dans le
_Dictionnaire de l'Académie française_, et qui semblaient avoir ignoré
une foule d'expressions usitées dans toute la Basse-Normandie.
J'écrivais celles qui me revenaient à la mémoire; je doublais certaines
pages du manuscrit; j'ajoutais des mots nouveaux sur les _épreuves_; je
regrettais, en voyant les feuilles _tirées_, des omissions fort graves;
je me résignais enfin à provoquer, par un travail dont je reconnaissais
toute l'imperfection, des travaux analogues qui grossiraient ces
premières études, ces premières collections. Je sentais bien que, quoi
qu'on fasse, on n'arrivera jamais au complet dans ce genre de
nomenclature. Quand la liste de mots patois la plus longue aura paru, le
plus mince écolier signalera, en la parcourant, l'omission de mots qui
lui sont familiers. Résignons-nous à collectionner avec une telle
perspective.

C'est qu'en effet rien n'est peut-être plus difficile à faire qu'un
Glossaire, sans lacunes, d'un patois usité dans une contrée étendue
comme la Normandie. Le propre de cet idiome, sans règles fixes ou du
moins apparentes, est la mobilité. Pour le saisir dans ses formes
multiples, il faudrait passer des mois, peut-être des années dans chaque
canton de la province qui le parle. Plusieurs vies d'hommes n'y
suffiraient pas! Il faudrait l'étudier dans les villages et dans les
hameaux, car il change plus ou moins de commune en commune; il faudrait
comparer les mêmes vocables, dont toute la différence, si tranchée au
premier abord, consiste assez fréquemment dans de simples variétés de
prononciation; il faudrait remarquer les acceptions nouvelles dues aux
lieux que l'on habite, aux impressions que l'on reçoit de la nature
physique, aux formes politiques, aux croyances religieuses, aux
préjugés, aux superstitions de toute sorte qu'imposent les circonstances
et les climats; il faudrait tout voir, tout saisir, tout noter,
puisqu'il est vrai qu'il n'est aucune de ces causes qui n'influe sur le
langage, et que toute pensée, tout sentiment veut son expression et la
trouve. Qui donc entreprendra cette tâche immense? Et cependant, pour
l'accomplir, des philosophes de bonne volonté ne suffiraient pas; il est
besoin, pour de telles recherches, d'hommes de beaucoup de sens et
d'érudition. Que de connaissances en linguistique sont nécessaires pour
vérifier les éléments natifs de tant d'agrégats, roulés de rivages en
rivages pendant des siècles, et modifiés par tant d'influences, sous
tant de latitudes! Que de sagacité pour en saisir les traits primitifs,
voilés sous des transformations successives qui ont altéré leur
physionomie et souvent changé leur constitution!

Il ne nous appartient pas d'entrer dans cette voie ardue et d'afficher
des prétentions que rien ne justifierait; mais nous sentons l'importance
des Glossaires patois pour un Dictionnaire historique de notre langue,
et la justesse des réflexions de Génin sur ces «immortelles archives de
la langue française» comme il les appelle. Écoutez ce philologue
incisif: «Il s'en va grand temps de les recueillir? La civilisation
disséminée par le réseau des chemins de fer entame partout la tradition,
l'écrase sous les roues des locomotives, et aura bientôt fait d'absorber
et de confondre toutes les originalités locales dans l'océan de
l'uniformité. Dans un temps donné, il n'y aura plus de patois; il n'y
aura plus que le français littéraire, le français du théâtre et des
romans, compliqué (et non pour une petite dose!) du français industriel.
Dieu sait ce que c'est, et surtout ce que ce sera!» (Préface des
_Récréations philologiques_).

Dieu sait et nous ignorons ce que sera ce français du théâtre, des
romans et de l'industrie, cette langue future de nos descendants, et peu
nous importe à nous qui serons morts quand on la parlera et qu'on
l'écrira; mais nous tenons à son origine et nous désirons en percer
quelques mystères, en surprendre quelques secrets. Les patois en
recèlent, étudions les patois.

Et d'abord faisons d'amples herbiers de cette flore de la linguistique,
pour laquelle, si nous ne nous en occupons, tant d'espèces seront
perdues. Hâtons-nous, car si les anneaux que nous tenons encore
disparaissent, la chaîne entre l'avenir et le passé sera pour jamais
rompue; il n'y aura plus de tradition.

Heureusement qu'il existe çà et là des esprits curieux, éclairés,
patients, qui herborisent à leur façon dans des excursions intelligentes
à travers nos villages, au sein de nos foires et de nos marchés où
afflue la population de nos campagnes. En contact d'affaires et
d'intérêts, quelquefois même de plaisirs, avec cette population au vieux
langage, ils en notent tous les mots, toutes les acceptions, toutes les
nuances de prosodie, et amassent, sans autre but que le botaniste qui
fait sa récolte, de précieuses nomenclatures, pour l'unique et solitaire
bonheur de les posséder.

Pendant que s'imprimait notre _Glossaire du Patois Normand_, alors que
nous arrivions à la lettre M, nous avons rencontré dans un de nos amis,
M. Lepingard père, ancien chef de bureau à la préfecture de la Manche,
un de ces intrépides et modestes collectionneurs, qui, frappé des essais
de feu Lamarche[1], était parti de ce premier travail pour se composer
un Dictionnaire, sous le titre simple de: _Notes sur quelques mots
usités à St.-Lo ou dans les environs de cette ville_. En voyant nos
feuilles imprimées, il fut surpris de n'y pas trouver une foule de
vocables qu'il avait consignés dans son recueil.

[Note 1: Jérôme-Frédéric Perrette-Lamarche, capitaine de vaisseau,
ancien major de la marine à Cherbourg, né à la Meauffe le 20 juillet
1779, mort à St.-Lo le 26 décembre 1847, s'était occupé, dans les
dernières années de sa vie, d'un _Dictionnaire du vieux langage ou
patois des habitants des campagnes des arrondissements de Cherbourg,
Valognes et St.-Lo_. Deux _Extraits_, chacun de 185 à 190 articles, en
ont paru: l'un dans les _Mémoires de la Société académique de Cherbourg_
(1843); l'autre dans les _Notices, mémoires et documents publiés par la
Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du
département de la Manche_, Ire partie du Ier vol. (1851). Il est
probable qu'il y aurait beaucoup à glaner dans le grand _Dictionnaire
manuscrit_ de feu Lamarche. Ce manuscrit appartient à son neveu, M.
Lemennicier, homme d'un mérite égal à sa modestie, très-capable de
l'enrichir et de l'éditer, et dont nous attendons ce service dans
l'intérêt du Patois Normand.]

Sur nos instances, il nous montra ses _Notes_; sur nos instances, il
nous autorisa à y puiser ce qui nous conviendrait, et dès-lors nous
attachâmes plus d'importance à enrichir notre Glossaire, et de mots
vieillis ou inconnus, et de mots altérés par la prononciation. Nous
résolûmes de faire un _Supplément_ pour la première partie de
l'alphabet, et nous mîmes dès-lors à contribution, outre la manuscrit de
M. Lepingard, le _Dictionnaire du patois du pays de Bray_, par M. l'abbé
Decorde, ainsi que le Glossaire que M. Alph. Chassant a rédigé pour _la
Muse Normande de Louis Petit, de Rouen, en patois normand_ (1658),
publié en 1853.

Nous avons regretté de ne pouvoir faire un dépouillement de
l'_Inventaire général de la Muse normande_, par David Ferrand (1655), et
du poème intitulé: _Le coup-d'œil purin_, par Gervais (1773). Il y a là
force mots, force locutions, force articulations à recueillir pour le
patois de la Haute-Normandie; car nous en croyons M. Chassant: «Le
patois de la _Muse Normande_ est en partie celui du pays de Caux; et,
loin d'être restreint, comme le pense M. Duméril, aux quartiers
St.-Vivien et Martainville de Rouen, il est parlé bien au-delà des murs
de cette ville. Un grand nombre de mots et de locutions contenus dans
les poésies de Ferrand se retrouvent jusque dans la campagnes de
Louviers.» Mais il faut être de la Haute-Normandie, ou y vivre, pour
faire avec fruit ce dépouillement.--A d'autres ce travail.

Notre tâche, à nous, a été de réviser le Glossaire de Louis Du
Bois;--d'en retrancher les mots qui, se trouvant dans le _Dictionnaire
de l'Académie_, ne peuvent être aujourd'hui réclamés par aucun
patois;--d'y ajouter ceux qui sont dans MM. Duméril, et que l'auteur
n'avait point admis, malgré l'autorité de ces philologues;--de puiser
largement dans le _Patois du Bessin_, par Frédéric Pluquet; dans les
_Extraits_ de feu Lamarche; dans le _Dictionnaire du Patois du pays de
Bray_, par M. l'abbé Decorde; dans le _Glossaire de la Muse Normande_,
par M. Chassant; dans les _Notes manuscrites de M. Lepingard père_;
enfin dans quelques autres sources moins abondantes;--d'ajouter tout ce
que notre mémoire a pu nous fournir de mots patois employés autour de
nous depuis plus d'un demi-siècle, lesquels appartiennent à des idiomes
ou très-anciens, ou perdus, et qui attestent le passage, ou le séjour,
ou l'établissement de divers peuples dans nos contrées;--de signaler une
foule d'altérations de prononciation, qui ne sont point le patois
proprement dit, qu'à la rigueur on en pourrait retrancher, mais qui
semblent en faire partie, et qu'admettent en proportion plus ou moins
grande la plupart de recueils de la nature de celui que nous publions.

Il nous a semblé toutefois que, pour cette dernière classe, qui se
serait démesurément étendue, si nous avions voulu tout prendre, il
fallait se borner aux mots les plus usités. Pour suppléer à des
nomenclatures qui embrasseraient le plus grand nombre de ces
altérations, nous avions fait des remarques sur les changements de
lettres et d'articulations qui se produisent le plus fréquemment en
Normandie. Ces remarques se sont tellement multipliées que nous avons
cru devoir y renoncer. D'ailleurs ce qui est vrai dans un canton ne
l'est pas dans le canton voisin, à plus forte raison dans un département
séparé d'un autre par un ou deux départements.

A défaut de ces observations qui s'accroîtraient indéfiniment, si l'on
tenait compte de tous les changements que multiplie, comme à plaisir et
sans motif, le caprice de nos villageois, nous pourrions dire quelque
chose des étymologies qu'on est tenté naturellement de chercher aux mots
patois. Mais nous ne connaissons pas de terrain plus glissant, et nous y
avons vu les hommes les plus instruits y faire à l'envi les plus lourdes
chutes. Louis Du Bois s'y était aventuré; nous avons respecté son texte.
Pour nous, nous avons résisté à tout entraînement, nous souvenant
d'avoir lu, dans la Préface de M. Decorde, ces phrases judicieuses,
copiées par lui dans une œuvre inédite de M. Auguste Le Prevost: «La
science étymologique est une arme à deux tranchants, qui ne doit pas
être abandonnée à des mains novices. On peut encore la comparer à ces
flambeaux qui jettent de la fumée et de l'obscurité sur leur passage
quand ils n'éclairent pas. Elle demande non-seulement la connaissance
approfondie et la comparaison continuelle d'un grand nombre de langues,
de dialectes, d'idiotismes, une faculté d'observation et de
rapprochement exquise; mais encore beaucoup de sobriété, de loyauté, de
circonspection, dans l'exercice de cette faculté; sans quoi l'on arrive
par une pente très-rapide à faire venir _alfana_ d'_equus_; on se
décrédite soi-même, et l'on décrédite l'une des recherches les plus
piquantes et les plus utiles à la satisfaction de la raison humaine, qui
puisse occuper les loisirs d'un érudit. Nous insistons d'autant plus sur
la nécessité d'une grande réserve à cet égard, que, débarrassé de cette
grave responsabilité, le travail que nous désirons voir entreprendre
dans chaque arrondissement n'offrira plus qu'une tâche facile à chacun
de nos collaborateurs.»

Cette tâche _facile_ est si longue, si minutieuse, elle demande dans une
localité quelconque tant de patience et de sagacité, qu'étendue à toute
une province comme la Normandie, elle devient pénible, ardue, immense,
et c'est surtout à lui susciter des travailleurs que notre _Glossaire_
est destiné. C'est un essai après d'autres essais, que d'autres suivront
sans doute pour la plus grande gloire de ces vieux idiome d'où est
sortie à la longue, et par les efforts du génie de nos pères, cette
noble et limpide langue française, la seule à laquelle soit permis
l'espoir de l'universalité. A nos yeux, l'étude des patois a pour
premier et pour principal avantage d'éclairer nos origines, et nous
disons, avec Génin: «Ces _Glossaires_ patois avanceraient tout d'un coup
la besogne du _Dictionnaire historique_; l'Académie prendrait là ses
éléments sur le vif. Tant de mots dépareillés, barbouillés,
méconnaissables, errant à travers le langage comme des mots sans aveu,
le _Glossaire patois_ fournirait sur-le-champ de quoi leur constituer
une famille, rétablir leur vraie physionomie, et les remettre dans le
monde sur le pied d'honnêtes et légitimes citoyens du vocabulaire, sur
le pied de leur naissance, avec restitution de leur antique apanage. Les
écrivains du moyen-âge seraient appelés à déposer comme témoins et à
confirmer la possession d'état par preuves écrites et irrécusables. La
langue française se trouverait tout-à-coup restaurée: ce serait un
monument simple et grandiose dont chacun pourrait mesurer l'intérieur et
examiner toutes les assises depuis les plus anciennes jusqu'aux plus
récentes, éclairé par le flambeau du génie même qui a présidé à la
fondation» (Préface des _Récréations philologiques_).

Telle est, en réalité, la principale utilité des patois, le véritable
intérêt qui doit exciter à leur étude. Quant à les considérer comme des
langues par excellence, quant à nous associer à l'enthousiasme de leurs
admirateurs plus ou moins érudits, comme un Schnakenburg, un Pierquin de
Gembloux, un Charles Nodier, le bon sens nous l'interdit et nous
tâcherons de n'avoir pas d'autre maître. Nous ne dirons pas du patois
avec ce dernier: «Presqu'inaltérable dans la prononciation, dans la
prosodie, dans la mélopée, dans l'orthographe même quand on l'écrit, il
rappelle partout l'étymologie immédiate et souvent on n'y arrive que par
lui. Jamais la pierre-ponce de l'usage et le grattoir barbare du puriste
n'en ont effacé le signe élémentaire d'un radical. Il y conserve le mot
de la manière dont le mot s'est fait, parce que la fantaisie d'un faquin
de savant ou d'un écervelé de typographe ne s'est jamais évertuée à
détruire son identité précieuse dans une variante stupide. Il n'est pas
transitoire comme une mode. Il est immortel comme une tradition. Le
patois, c'est la langue native, la langue vivante et nue. Le beau
langage, c'est le simulacre, le mannequin.»

Voilà de ces paradoxes comme savait les tourner Charles Nodier, et comme
il aimait à les développer aux Parisiens, qui ne s'inquiètent pas assez
du fond quand on les charme par la forme. Quinze à dix-huit pages de ce
style sur le patois font un chapitre assez piquant de ses élégantes
_Notions de linguistique_. Mais quel homme réfléchi donnera son
assentiment à de si étranges assertions? La conséquence naturelle de ce
bel article et du livre tranchant de M. Pierquin de Gembloux, et de tout
ce qu'écrivent ceux qui s'éprennent d'un trop vif amour pour les patois,
c'est que les Vaugelas, les Patru et tous les hommes de goût qui se sont
consumés en utiles et féconds efforts, dans la première moitié du XVIIe
siècle, pour épurer notre langue et donner aux grands hommes un
instrument que leurs chefs-d'œuvre devaient porter à la perfection, ont
le tort grave d'avoir dénaturé des patois qu'ils ont cru polir. «Les
patois en effet, dit Charles Nodier, ont une grammaire aussi régulière,
une terminologie aussi homogène, une syntaxe aussi arrêtée que le pur
grec d'Isocrate et le pur latin de Cicéron.»

Et plus loin:

«Pour trouver une langue bien faite, et j'entends par là, comme tout le
monde, une langue bien grammaticale et bien syntaxée, qui n'est
inconséquente avec elle-même, ni dans la déclinaison ni dans la
conjugaison, qui est toujours fidèle à elle-même, à la prononciation
dans le mot, à une forme donnée dans la locution, on ne court donc aucun
risque de remonter à un patois. J'irai plus loin, car je ne recule pas
devant les conséquences expérimentales: ce serait le parti le plus sûr.»

Ainsi la langue harmonieuse et pure de Racine et de Boileau est
inférieure à celle des rustres du moyen-âge. Pour la réformer, nous ne
courons aucun risque en remontant au patois; là seulement nous
trouverons une grammaire bien fixée, sans inconséquence avec elle-même
ni dans la déclinaison ni dans la conjugaison; les siècles de barbarie
sont ceux de la politesse du langage, et les siècles de la politesse des
mœurs et de la civilisation en progrès sont ceux où le langage est
tombé dans la barbarie!

Les exagérations de Grégoire à la tribune de la Convention nationale,
dans son fameux Rapport sur l'extinction des patois et les moyens
d'universaliser l'usage du français, nous semblent beaucoup plus
raisonnables; car si c'est une croisade stérile que celle que l'on
entreprendrait contre la ténacité de certaines populations, attachées à
leur jargon comme à l'air de leurs vallées ou de leurs montagnes, il est
désirable que l'intelligence de notre langue se propage sur tous les
points de notre territoire; l'unité de cette langue importe à l'unité
politique, religieuse, administrative. La fusion d'une foule de
peuplades voisines dans une grande nation n'est complète qu'autant
qu'elles entendent le même idiome, et l'Assemblée constituante qui
ordonna, le 14 janvier 1790, de traduire ses décrets en dialectes
vulgaires, prit une mesure moins logique que la Convention décrétant, le
8 pluviose an II (27 janvier 1794), qu'il serait établi des instituteurs
primaires pour enseigner la langue française dans les départements où
elle était le moins répandue, notamment dans ceux de la Bretagne et de
l'Alsace.

Ces vues patriotiques ont été secondées par les guerres de la République
et de l'Empire, et, quand la paix est venue, les mesures législatives et
les intérêts nouveaux des populations ont continué la propagation du
français dans les provinces. Chaque jour les patois perdent du terrain,
et nous sommes loin de nous en plaindre. Si nous nous montrons curieux
de les recueillir, ce n'est point pour substituer leur indigence à nos
richesses. Nous imitons les antiquaires qui remplissent leurs musées de
vieilleries de toute espèce pour l'art, non pour l'usage; et ceux-là
seuls nous blâmeraient, qui proscriraient toute recherche sur le premier
des arts, celui de la parole.

Nous tenions à nous expliquer sur l'objet d'un livre que nous avons
grossi des deux tiers, et sur l'intérêt qu'il peut avoir aux yeux des
linguistes, intérêt relatif, que nous croyons apprécier à sa valeur.
Maintenant nous allons laisser l'auteur du _Glossaire_ parler du patois
et des patois dans une Préface qui est son dernier ouvrage. Il l'écrivit
en 1854, quelques mois avant sa mort.

Nous ferons suivre cette Préface de la Biographie de Louis Du Bois.

       Julien TRAVERS.
       Caen, le 25 juillet 1856.



PRÉFACE DE L'AUTEUR.


§ I.

Le sol de la Normandie, son histoire, ses usages, ses préjugés, ses
locutions particulières, ses divers patois devinrent de bonne heure le
sujet de mes recherches et de mes méditations.

A peine sorti du collége, dans les divers emplois que j'occupai, dans
tous les lieux que j'eus occasion d'habiter, je ne perdis jamais de vue
mon objet. Toutefois ce fut principalement en 1795, que je commençai à
recueillir et à classer par ordre alphabétique les mots du patois
normand.

C'est surtout quand j'eus à Alençon des fonctions publiques, que je fis
une ample moisson de mots patois normands dans l'Orne, le Calvados et la
Manche. J'y ajoutai un peu plus tard un très-grand nombre de mots des
autres départements de la province, pendant mes voyages plus ou moins
répétés et mes séjours plus ou moins prolongés sur tous les points de
leur territoire. Là, je m'attachai avec un soin scrupuleux à constater
la véritable acception de chaque vocable, l'orthographe propre à en
fixer la prononciation exacte, et j'établis la ressemblance de ces
expressions avec celles de la langue romane et des principaux patois de
la France.

Ce travail que, depuis 1830, mes divers emplois administratifs
m'empêchèrent de publier, fut au moment de voir le jour en 1843. Le
libraire Dumoulin, de Paris, annonça qu'il le publierait après mes
_Recherches sur la Normandie_, qu'il venait de mettre sous presse.

Quelques fragments de l'ouvrage avaient déjà paru, en 1807, dans les
_Mémoires_ de l'Académie celtique, t. V, et, en 1823, dans les
_Mémoires_ de la Société des Antiquaires de France, t. IV. En 1829, M.
Quérard en fit mention dans le tome II, p. 601 et 602 de _La France
littéraire_.


§ II.

La publication de mes patois, suspendue en 1830, le fut de nouveau en
1844, par l'effet de la mise au jour et les soins d'impression de mon
_Histoire de Lisieux_ (2 vol. in-8º, 1845) et de ma _Traduction de
l'Agriculture de Columelle_ (3 vol. in-8º, 1846).

Depuis ce temps, les événements politiques et beaucoup d'embarras
domestiques et de chagrins ont dû nécessairement absorber les jours que
j'aurais consacrés à mes travaux littéraires. J'ai même renoncé à mon
_Histoire de Normandie_, et c'est pour moi une véritable douleur
aujourd'hui que j'ai dépassé 80 ans.


§ III.

Nos patois, dont l'étude peut fournir tant de secours à la linguistique,
à la philologie, nos patois, tels qu'ils sont conservés dans la classe
ignorante, dédaignés par les classes instruites, rebutés par les
dictionnaires de la langue officiellement admise dans le discours soit
oral, soit écrit, sont des débris des idiomes jadis parlés par les
habitants de la Gaule et les peuples qui l'ont conquise, ou qui y ont
passé et plus ou moins séjourné. Ces peuples sont les Celtes ou Welches,
les Romains, les Cimbres ou Kimris, les Burgondes, les Francs, les
Saxons, les hommes du Nord ou Normands, et les Arabes ou Sarrasins.

Les Italiens, qui firent la conquête des Gaules et les tinrent plus de
quatre siècles sous leur gouvernement civilisateur, sont de tous ces
étrangers ceux dont on a dû naturaliser chez nous la plus grande
quantité de vocables et de locutions. Les Phocéens avaient déjà, de
Marseille qu'ils fondèrent en 599 avant l'ère vulgaire, importé dans le
midi des Gaules beaucoup de mots grecs faciles à reconnaître.

Les conquêtes des Francs, des Saxons[2], des Normands, et plus tard nos
relations avec les Orientaux, avec les Italiens, les Espagnols et nos
autres voisins, introduisirent quelques expressions qui se mêlèrent à la
langue vulgaire, et contribuèrent à altérer de plus en plus le latin
qui, après les modifications qu'il subit, devint le roman et plus tard
le français.

[Note 2: Les Danois vinrent plusieurs fois en Normandie au secours de
nos ducs Richard Ier et Richard II, pendant les Xe et XIe siècles.]

On pourrait étendre considérablement les recherches à cet égard; mais ce
travail a été tant de fois et généralement si bien exécuté, qu'il est à
peu près inutile de s'y livrer de nouveau, à peine de compiler sans
ajouter ici rien d'important à ce qu'on a déjà dit d'incontestable. Au
surplus, c'est l'ouvrage des écrivains qui s'occupent de dictionnaires
étymologiques de la langue française. C'est une œuvre spéciale et
nécessaire. Ici ce serait une œuvre de luxe, comme le serait, à propos
des annales d'une ville ou d'une province, l'histoire des peuples
primitifs de divers pays.


§ IV.

Quelques savants distingués, tels qu'Etienne Guichard, Court de Gebelin,
Bullet, Bergier, sentaient tellement l'importance des patois et la
nécessité de conserver nos vieilles expressions, qu'ils avaient témoigné
le désir de voir composer un _Glossaire Patois_ pour chacune de nos
provinces. Ce désir judicieux a été entendu et a reçu un commencement
d'exécution.

Les idiomes, avant de descendre au rang de simples patois, résistent
long-temps à l'envahissement de la langue des conquérants. En effet,
quoique depuis six siècles (l'an 201 avant l'ère vulgaire), les Romains
eussent conquis la Numidie, saint Augustin fut obligé de se servir
d'interprètes pour se faire entendre, dans son évêché d'Hippone, par les
paysans qui ne parlaient encore que la langue de leurs pères. En Égypte,
malgré l'occupation des Grecs, des Romains, des Arabes et des Turcs, les
Coptes ont gardé, de nos jours encore, l'usage de leur ancien idiome.
Grégoire de Tours assure que, même au milieu du VIe siècle, peu de
personnes comprenaient le latin, et que le plus grand nombre parlait la
langue rustique. Aussi, dans le VIIe et le VIIIe, les conciles
prescrivirent-ils de traduire en ce langage les homélies latines que les
peuples ne comprenaient pas; et c'est pourquoi, vers l'an 800, on était
forcé d'expliquer dans les églises la vie des Saints.

Ainsi s'avançaient vers leur plus complète décadence le latin et les
dialectes gaulois absorbés, dans un amalgame croissant, par la nouvelle
langue, appelée le roman, triomphant même du franc-teusch des derniers
conquérants. C'est effectivement en roman que, dans l'année 842, fut
écrit et prononcé le serment de l'empereur-roi Louis-le-Germanique[3].

[Note 3: Charles-le-Chauve prononça le sien en langue thioise ou ancien
allemand (tudesque).]


§ V.

Quoi qu'il en soit, il existait dans les Gaules divers dialectes du
celtique, ou diverses langues, dont les ruines, les débris se trouvent
dans nos patois.

A la fin du IIe siècle de l'ère vulgaire, saint Irénée, évêque de Lyon,
écrit qu'il fut obligé d'apprendre la langue des Gaulois. On voit, par
une ordonnance rendue en 230 par Septime-Sévère, que l'on parlait une
langue différente du grec et du latin; il l'appelle langue gallicane[4].
Dans le Ve siècle, l'historien Sulpice-Sévère[5] distingue la langue
celtique de la langue gauloise.

[Note 4: _Lingua gallicana_. Digest, l. XXXII, t. i.]

[Note 5: Dialogue I.]

A propos de langues parlées dans les Gaules, M. Amédée Thierry (dans le
tome Ier de son _Histoire des Gaulois_) regarde le basque ou dialecte
néo-latin et le bas-breton ou dialecte néo-celtique comme des langues
originales, primitives et non importées. Quant au celtique, MM. Pictet,
Eichoff et autres orientalistes ont cru reconnaître évidemment l'intime
affinité de ce dialecte avec le sanscrit. Au surplus, suivant M.
Pierquin de Gembloux, qui dit que c'est une vérité acquise (ce qui n'est
pas aussi certain qu'il se l'imagine) «le sanscrit, le gothique,
l'allemand, l'irlandais, etc., sont singulièrement facilités par les
dialectes de la Bretagne, tandis que le zend l'est par celui de l'Alsace
et de la Lorraine, le grec et le latin par ceux de la Provence et du
Languedoc, le celte par les dialectes de la France centrale et de
l'Armorique, les troubadours par le languedocien, les trouvères par le
picard.»


§ VI.

Le plus célèbre des _Glossaires patois_ est celui que La Monnoye fit, en
1701, imprimer avec ses _Noëls bourguignons_[6]. Plusieurs érudits en
composèrent aussi pour d'anciens ouvrages qu'ils mirent au jour.

[Note 6: _Noel Borguignon_ de Gui Barosai.]

En 1629, la _Bibliothèque bleue_, que donnait à Troyes le fameux Oudot,
vendait un petit dictionnaire d'_argot_, d'après lequel Grandval fit un
lexique à la fin de son poème de _Cartouche_, en 1723.

En 1649, un petit poème en vers normands parut à Rouen.

On eut, en 1655, le recueil de Ferrand.

En 1672, Moisant de Brieux fit imprimer à Caen ses _Origines de quelques
coutumes anciennes et façons de parler triviales_.

En 1780, Harduin lut à l'Académie d'Arras des _Recherches sur le langage
artésien_.

En 1786, le _Dictionnaire du vieux langage_, contenant aussi la langue
romance ou provençale et la normande, fut mis au jour en deux volumes.

En 1841, les patois et dialectes de la langue d'Oil (bourguignon,
normand, picard et walon) fournirent la matière de plusieurs articles
dans les _Mémoires_ de l'Académie de Douai.


Quant à l'origine des patois, le savant Jérôme-Jacques Oberlin, qui
composa, en 1775, un _Essai_ fort abrégé _sur le patois lorrain des
environs du comté du Ban de La Roche_, reconnut judicieusement que «le
patois des provinces de la France, fort différent en lui-même, remonte,
quant à son origine, partout aux changements que la langue latine,
introduite autrefois par les Romains et corrompue ensuite en rustique et
romane, eut à essuyer depuis le XIe ou le XIIe siècle environ».
L'altération du langage des Gaules et l'amalgame de la langue latine
commença bien plus tôt, presque dès la conquête, sous l'administration
de Rome, par la fréquentation et le mélange des vaincus avec les
vainqueurs. Oberlin qui avait été précédé par Dom Jean-François en 1773,
et par Gabriel en 1777, trouva encore à glaner après eux en 1794, et
remarqua que «les termes les plus obscurs du moyen-âge se retrouvent
dans le langage usuel des habitants de la campagne.»

C'est chez les paysans, encore aujourd'hui, qu'il faut surtout aller
chercher, étudier et constater les patois; et c'est ce que nous avons
fait pendant un grand nombre d'années.

Contrairement au désir de la Convention nationale en 1794[7], on avait
depuis long-temps, ainsi que nous l'avons dit plus haut, senti la
nécessité de conserver ce qui nous restait de nos anciens patois.
Ronsard, auquel Boileau a précisément reproché son hellénomanie, Ronsard
suppliait les poètes de n'être plus tant latiniseurs et grécaniseurs, et
de prendre pitié, comme bons enfants, de leur pauvre mère naturelle. Le
savant Henri Estienne dit que nous devrions faire notre profit des mots
et des façons de parler que nous trouvons dans notre pays: opinion
très-sage que Malherbe émit aussi peu de temps après.

Les savants lexicographes anglais[8] n'ont pas, comme notre Académie
française, dédaigné les patois de leur pays. Fléming et Tibbins les ont
admis dans leur excellent dictionnaire de la langue anglaise; et Burns,
Walter-Scott, entre autres écrivains distingués, se sont servi avec
succès de ces pittoresques vocables.

[Note 7: 16 prairial, an 11 (4 juin 1794).]

[Note 8: La langue romane, importée par la conquête de notre duc
Guillaume en 1066, fut bannie des tribunaux anglais, où elle s'était
maintenue pendant près de trois siècles, par un arrêt du Parlement de
1361.]


§ VII.

Enfin l'Académie celtique, qui devint l'Académie des antiquaires de
France, s'adressa à notre ministre de l'intérieur; il s'empressa
d'écrire, le 13 novembre 1807, une circulaire aux préfets pour leur
recommander de faire recueillir et de lui adresser ce qu'il serait
possible de rassembler de mots patois conservés dans leur département.
C'était réparer le mal fait par le rapport de Grégoire.

L'appel de l'Académie celtique et du ministre fut entendu et fit naître
plusieurs recueils de ces termes jusqu'alors dédaignés, tels que le
_Patois roman du pays de Vaud_[9], le _Vocabulaire vendéen_, etc.

[Note 9: Emmanuel Déveley fit imprimer, en 1824, la seconde édition de
ses _Observations sur le langage du pays de Vaud_.]


§ VIII.

Pendant le XVIIIe siècle et au commencement du XIXe, les ouvrages sur
les patois se multiplièrent. Nous n'allons citer que les principaux:

1753. _Essai d'un Dictionnaire franc-comtois_, publié par Mme Brun.
Réimprimé en 1755.

1756. _Dictionnaire languedocien_, par l'abbé De S. (De Sauvage);
nouvelle édition, 1785. 2 vol. in-8º.

1777. _Dictionnaire roman, walon, celtique et tudesque_, par Gabriel.

1787. _Dictionnaire walon_, par l'abbé Cambresier.

1807. _Dictionnaire lorrain_, par Michel.

1809. _Nouvelles recherches sur le patois ou idiomes vulgaires de la
France, et en particulier sur ceux du département de l'Isère_, par J.-J.
Champollion-Figeac.

1822. _Dictionnaire du patois du Bas-Limousin_, par Béronie; augmenté et
publié par Vialle.

1835. _Patois de l'arrondissement de Bayeux_, par F. Pluquet; deuxième
édition, 1834.

1826. _Dissertation sur la langue basque_, par Lécluse.

1834. _Dictionnaire rouchi_, par Hécart; troisième édition.

1840. _Tableau synoptique et comparatif des idiomes populaires ou patois
de la France_, par J.-F. Schnakenburg. Berlin.

1841. _Des patois et de l'utilité de leur étude_, par M. Pierquin de
Gembloux.

1842. _Vocabulaire du Berry et des provinces voisines_; seconde édition.

1849. _Dictionnaire du patois normand_, par MM. Duméril.

1851. _Glossaire étymologique et comparatif du patois picard ancien et
moderne_, par M. l'abbé Jules Corblet.

1852. _Dictionnaire du patois du pays de Bray_, par l'abbé Decorde.


§ IX.

Nous ne nous sommes pas borné aux simples vocables patois; nous avons
rassemblé les différentes façons de parler, certains proverbes
particuliers à notre province, divers jurons, beaucoup d'articulations
et de lettres euphoniques ou prétendues telles, que le peuple introduit
parfois au gré de son caprice plutôt qu'en vertu de principes fondés sur
l'usage ou la raison.

C'est après avoir étudié, dans les différentes localités de la
Normandie, le sens de chaque mot employé, que nous nous sommes attaché à
en donner une définition précise autant qu'exacte, et à faire connaître
sa véritable acception. Quant à l'orthographe, nous avons tâché de
concilier la prononciation reçue actuellement avec l'étymologie
évidente, en nous écartant le moins possible de la manière d'écrire les
mots français admis dans le _Dictionnaire de l'Académie_.

       Mesnil-Durand, 1854.
       Louis DU BOIS.



BIOGRAPHIE DE LOUIS DU BOIS.


Il faut avoir vécu dans l'intimité de Louis Du Bois, l'avoir, comme
nous, visité dans sa retraite de Mesnil-Durand, avoir reçu ses
confidences, parcouru ses manuscrits, feuilleté ses livres des genres
les plus divers, chargés de notes savantes, de rectifications
innombrables, d'additions précieuses; il faut avoir assisté, comme nous,
à son inventaire, pour se faire une idée nette de la variété de ses
connaissances et de la multiplicité de ses travaux. Peu d'hommes
étudièrent avec la même ardeur les diverses branches de l'arbre
encyclopédique, et cueillirent plus de fruits sur un plus grand nombre
de ses rameaux. Histoire et antiquités; politique et religion;
agriculture, horticulture et économie domestique; biographie et
bibliographie, romans et poésies dans presque tous les genres; critique,
commentaires, philologie, traductions exercèrent tour à tour sa plume
laborieuse et facile, et ses nombreux ouvrages imprimés ne font pas le
tiers des ouvrages qu'il avait faits, commencés ou projetés. En publiant
l'une de ses œuvres posthumes, nous croyons devoir esquisser sa vie que
d'autres pourront écrire un jour avec plus de détails.

Du Bois ou Dubois[10] naquit à Lisieux le 16 nov. 1773, et reçut les
prénoms de Louis-François; mais sa signature ne fut jamais accompagnée
que du premier. Fils d'un marchand de frocs qui éprouva des pertes dans
son commerce, il avait pour grand-oncle maternel M. de Plainville, dont
la généalogie remontant au célèbre Alpin, compagnon de Fingal, se trouve
dans le treizième volume du _Dictionnaire de la Noblesse_, par La
Chesnaye-Desbois. Cet oncle l'avait pris en amitié; il le recevait
souvent chez lui, et s'émerveillait de son goût prématuré pour la
lecture et les conversations sérieuses.

[Note 10: Il ne fit long-temps qu'un seul mot de son nom; mais comme il
l'écrivit en deux mots pendant la seconde moitié de sa vie, conformément
aux anciens titres de sa famille, nous suivrons l'orthographe qu'il
avait adoptée.]

M. de Plainville mourut, et M. Du Bois père, s'étant retiré à
Coupesarte, mit d'abord son fils en pension chez le curé d'une paroisse
voisine, chez cet abbé Dufresne, qui, peu d'années après, fut député du
clergé aux États-Généraux. L'enfant n'y demeura que quelques mois. Comme
il était d'une complexion faible, on lui donna un précepteur; puis il
reçut des leçons de latin chez l'abbé Fougère, vicaire de
St.-Julien-le-Faucon.

Sa mère, passionnée pour l'horticulture, lui inspira le goût de cette
science, goût qui s'étendit à tous les travaux de la campagne, et qui
explique le succès de plusieurs ouvrages de Louis Du Bois, notamment de
son _Cours complet d'agriculture_, dont la quatrième édition est en 9
volumes; et de sa _Pratique simplifiée du jardinage_, qui eut six
éditions.

Les dispositions qu'annonçait le joli petit Louis, comme on l'appelait
alors, ses essais en vers français et en vers latins[11], ses
connaissances prématurées en histoire et en géographie, lui firent faire
des offres, et pour entrer dans le cloître, par le prieur de
Ste.-Barbe-en-Auge, et pour entrer dans la diplomatie, par Rosey de
Plainville, frère aîné de Mme. Du Bois et ami de Gravier de Vergennes,
ministre des affaires étrangères. En attendant, le petit Louis fit avec
un succès d'éclat sa rhétorique au collége de Lisieux; et la Révolution,
en lui enlevant ses protecteurs laïques et en expulsant les religieux de
leurs couvents, le força bientôt à chercher une autre carrière.

[Note 11: Dès 1786, il avait composé une _Louisiade_ en vers français,
dont Louis XIV était le héros, et en vers latins plusieurs livres d'un
poème sur la croisade de saint Louis. Il avait aussi compilé, à cet âge
de 13 ans, une _Géographie de la Normandie_, qu'il détruisit, avec ses
premiers vers, en 1790.]

Ses parents désirèrent qu'il étudiât la jurisprudence, et, en 1791, il
devint l'élève de l'avocat Plancher qui joignait, à Lisieux, le goût des
vers à la pratique du barreau. Louis Du Bois, qui connaissait déjà
l'italien et dont les idées nouvelles et les événements politiques qui
s'accomplissaient, exaltaient la vive imagination, négligea ses études
en droit pour traduire le _Traité de la tyrannie_, par Alfiéri, et se
livrer à la lecture des journaux et des brochures qu'enfantait l'esprit
révolutionnaire. Cet esprit réformateur s'empara de toutes ses facultés.
Les principes généreux de 1789 n'eurent point de plus zélé défenseur, et
il glissa sur leur pente jusqu'au républicanisme des Girondins.

Lisieux avait son club. Un pot-pourri de Louis Du Bois sur
Ancastrœm qui assassina, le 13 mars 1792, le roi de Suède, y fut chanté
dans l'une des séances, et l'auteur admis avant l'âge de 20 ans. Plus
tard il en devint l'un des secrétaires. Au mois d'octobre il était à
Paris. Lié d'amitié avec Rouget de Lisle, il lui avait fait corriger
deux vers de la _Marseillaise_. Il eut à son tour un moment
d'inspiration et composa le couplet des enfants, à l'imitation du chant
des Spartiates cité par Plutarque. Ce couplet ne s'est plus séparé,
depuis, de l'hymne patriotique de Rouget de Lisle.

Une curiosité bien naturelle à son âge lui fit faire un second voyage à
Paris en avril et en mai 1793. Il vit une séance des Jacobins de la
capitale, avec lesquels le club de Lisieux avait rompu, et il revint
indigné et plein de l'aversion la plus motivée pour le parti Montagnard.
Il reçut les proscrits du 31 mai qui se retiraient à Caen, alla les
rejoindre dans cette ville dévouée à leur cause; vit Charlotte Corday
chez sa tante, Mme de Bretteville, et ne soupçonna pas les projets de
cette héroïne, fut persécuté pour sa modération, et échappa aux
vengeances des terroristes par sa jeunesse, son état maladif et le
dévouement de ses amis.

Le 27 janvier 1794, la Convention décréta que l'on ferait un recensement
des livres enlevés des couvents et des châteaux pour en former une
bibliothèque dans chaque chef-lieu de district. Louis Du Bois, qui avait
des connaissances bibliographiques étendues et bien rares alors, fut
l'un des cinq commissaires chargés du travail à Lisieux, et il y
consacra plus de deux années. Enfin, il consentit à reprendre ses études
de jurisprudence, par déférence pour son père plus que par inclination,
et ce fut à Alençon qu'il alla les continuer en octobre 1797, sous Le
Fourdrey, de Cherbourg, ancien avocat au Parlement de Normandie.

Peu de mois s'étaient écoulés depuis son arrivée à Alençon, lorsque
Louis Du Bois concourut pour la chaire de bibliothécaire de l'Ecole
centrale, place qu'il obtint par un mémoire sur l'histoire littéraire en
général, sur la bibliographie proprement dite, sur la formation d'une
bibliothèque et sur son classement raisonné, mémoire qui réunit les
suffrages de Daunou, de Capperonnier, de Clément de Ris, de Garat et de
Ginguené. Nommé le 3 mars 1799, le jeune bibliothécaire remplit ses
fonctions jusqu'à la suppression de l'établissement au mois de mars
1805.

Sa santé s'était fortifiée par l'usage du café, son ardeur s'accrut avec
elle. En attendant que la bibliothèque pût être ouverte au public, il
professa un cours d'histoire littéraire et de bibliographie raisonnée
(de 1799 à 1801); il occupa aussi la chaire d'histoire et de géographie,
pendant que d'autres fonctions retenaient loin d'Alençon M. Posté qui en
était le titulaire.

Louis Du Bois fondait en même temps une Société littéraire sous le nom
de _Lycée des sciences, des lettres et des arts_, qui devint la _Société
d'émulation_, en 1802. Il composa pour cette Compagnie, dont il rédigea
les statuts, et qu'il présida le premier, quoique le plus jeune de tous
les membres, une foule d'opuscules en vers et en prose qui pour la
plupart ont vu le jour, soit dans le _Journal de l'Orne_ (politique,
statistique et littéraire) qu'il créa le 24 janvier 1803, soit dans
l'_Annuaire de l'Orne_ qu'il publia de 1807 à 1812.

Dans le temps qu'il préparait l'ouverture de la bibliothèque publique
d'Alençon, où, grâce à ses soins, les livres devaient être reçus par la
riche menuiserie que les Chartreux du Val-Dieu (arrondissement de
Mortagne) avaient fait sculpter à grands frais avec le plus beau bois de
chêne qu'on puisse trouver en France, Louis Du Bois, sauvait, à Laigle,
de précieux manuscrits venus de St.-Évroult, notamment un autographe
d'Orderic Vital contenant des parties inédites de cet historien. A Séez,
il achetait des parchemins venus de la Trappe, et commençait l'histoire
de ce monastère, qui ne parut qu'en 1824. Il imprimait en même temps le
prospectus d'une publication mensuelle (L'_Esprit des journaux_), auquel
il fallut renoncer, parce que cette ancienne compilation se continuait à
Bruxelles.

A l'époque de la destruction des écoles centrales, Louis Du Bois refusa
une chaire de latin à l'école secondaire d'Alençon, et peu après les
fonctions de sous-préfet d'Acqui dans le département du Tanaro. Sa ville
d'adoption avait pour lui trop de charmes. Une liaison de cœur l'y
retenait, et aux jouissances de l'amour il réunissait toutes celles de
l'amour-propre; il avait des ennemis, des polémiques (une entre autres
avec l'avocat Laigneau-Duronceray, qui publia ses _Tablettes_ en 1804);
et, reçu franc-maçon, parvenu rapidement au grade de rose-croix, il
était chargé comme orateur de sa loge, de prononcer tous les discours
d'apparat. Il fut aussi le poète de cette loge, et composa pour dix
solennités dix cantiques imprimés à Alençon et réimprimés à Paris dans
divers recueils.

Quand le préfet de l'Orne, La Magdelaine, mit sur pied les amis de Louis
Du Bois pour lui faire accepter les fonctions de son secrétaire intime,
il n'éprouva point de refus. Le poste était lucratif, et ses goûts
retenaient à Alençon notre jeune et actif écrivain. La Magdelaine était
maladif et paresseux; il remit le fardeau de sa préfecture à son
secrétaire, qui se livra à l'administration avec le zèle qu'il portait
dans toutes ses études. Un fort volume in-fo. qu'il composa sur la
statistique du département de l'Orne pour répondre aux désirs du
Gouvernement, valut au préfet qui ne l'avait pas lu en entier, des
titres et des dotations. Quant à l'auteur, il en tira de bons articles
pour ses annuaires de 1808-1812.

Ces annuaires, le _Journal de l'Orne_ et l'administration n'occupèrent
encore qu'une partie de son temps. Une autre était consacrée aux
plaisirs de la société, une autre à des compositions sérieuses ou
frivoles. Ainsi dans l'année 1810, nous le voyons publier un _Traité des
melons_, 1 vol., et le roman de _Geneviève et Siffrid_, 2 vol. in-12. A
l'occasion de ce dernier ouvrage, Mme de Staël lui écrivait: «Je vous
remercie de m'avoir envoyé votre spirituel roman. Il est un peu moderne
pour le VIIIe siècle, et sert mieux à faire connaître le temps présent
que le passé; mais c'est la manière française de tout transporter dans
le point de vue du siècle actuel. Je suis fâchée que vous demeuriez si
loin de moi: nous parlerions ensemble, et de votre ouvrage, et de ceux
que vous ferez.» Deux mois après, Boufflers lui écrivait, à son tour:
«Je trouve, après un assez long voyage, le joli roman (si on peut
appeler joli ce qui fait pleurer) que vous avez bien voulu m'envoyer,
avec des vers dont je ne suis assurément pas digne, mais dont je
voudrais au moins être capable. Autant je dois me défier de tout ce que
vous me dites de flatteur, autant vous devez croire au témoignage que
j'aime à rendre à un talent exercé et distingué dont j'ai sous les yeux
une double preuve.» A nos yeux, ce roman philosophique et moral est un
des ouvrages les mieux écrits de Louis Du Bois. On y trouve un résumé de
ses réflexions personnelles, des systèmes les plus chers à son esprit,
qui sentait le besoin de créer quelque chose après les ruines entassées
par la Révolution. Aussi quand, l'année suivante, le fameux comte de
Saint-Simon, qu'il avait connu précédemment, vint passer un assez long
temps à Alençon (en apparence pour se livrer dans la solitude de la
province à des études sur l'ordre social, en réalité pour inquiéter
l'allemand Redern, son ancien associé, qui avait acheté le château de
Flers), le futur fondateur d'une école devenue trop célèbre eut-il des
entretiens fréquents et prolongés avec l'auteur de _Geneviève_.
Toutefois l'esprit plus pratique de celui-ci reconnut le vide et le
ridicule des utopies qu'enfantait le comte; il lui prêta de l'argent qui
ne lui a jamais été rendu, et ne tarda pas à suivre en Italie, en
qualité de secrétaire intime, le jeune fils du sénateur Rœderer, nommé
préfet du Trasimène.

Ce départ ne permit pas à Louis Du Bois de donner suite au projet qu'il
avait conçu dès-lors de rappeler ses contemporains à l'amour de notre
vieille Normandie. Plus d'une fois il revendiqua la priorité de ce
retour aux études historiques sur notre illustre province, et l'on ne
saurait sans injustice lui en refuser l'honneur. Nous avons, en effet,
sous les yeux un prospectus de 1810 ou 1811 intitulé: _Archives
Normandes, ou Répertoire complet d'ouvrages et d'extraits, imprimés et
inédits, soit en prose, soit en vers, sur les antiquités, l'histoire
politique, civile et ecclésiastique, la topographie, la statistique,
l'agriculture, le commerce, la navigation, l'histoire naturelle et
médicale, l'histoire littéraire, les sciences, les lettres, et les arts
de la ci-devant province de Normandie; par une société de gens de
lettres; publiées par M. Louis Du Bois, ex-bibliothécaire, etc._
L'ouvrage devait se publier par volumes trimestriels tirés in-12 et
in-8º. Les deux volumes _d'Archives_ publiés, le premier en 1824, le
second en 1826, en sont une sorte de spécimen.

Quoi qu'il en soit, le départ de l'auteur interrompit ses travaux sur la
Normandie; il y revint avec bonheur de 1820 à 1830.

Le sol romain ne fut point sans inspiration pour Louis Du Bois, qui
malheureusement eut peu le temps de s'y livrer à la littérature.
L'agonie de l'empire et la marche des alliés le forcèrent de rentrer
dans sa patrie; le préfet du Trasimène, nommé préfet de l'Aube, emmena
dans sa nouvelle préfecture son secrétaire intime, à qui l'envahissement
des troupes étrangères ne permit pas plus qu'à son chef d'arriver à
Troyes. La Restauration le rendit à la vie privée. Marié depuis trois
ans, père d'une charmante petite fille, il vint philosopher et planter à
Mesnil-Durand, et se préparer cette humble retraite où nous l'avons vu
dans les dernières années de sa vie.

Le 20 mars 1815 le surprit au milieu des champs. Rœderer, rappelé à la
préfecture de l'Aube, rappela son secrétaire intime, qui, après la
seconde chute de l'empire, se retira deux ans, d'abord à Troyes, ensuite
à Châtillon-sur-Seine. C'est dans cette dernière ville qu'il édita les
_Noëls Bourguignons de La Monnoye_, à très-peu d'exemplaires, uniquement
pour établir le texte d'une 14e édition de ces poésies dont il
s'occupait, et dont l'introduction, les notes et le glossaire furent
malheureusement perdus chez l'imprimeur Jules Didot. Charles Nodier
parle ainsi de ce travail qu'il avait eu entre les mains: «M. Louis Du
Bois en a préparé une édition exécutée avec le soin extraordinaire que
cet excellent philologue porte dans ses moindres études.» (_Mélanges
tirés d'une petite bibliothèque_.)

Au milieu de l'année 1817, Louis Du Bois revint à Lisieux, et désira y
fonder un établissement de librairie. Il voulut même y joindre une
imprimerie pour le service de la cause libérale dont il était l'un des
plus intrépides défenseurs. Il tenait surtout à publier une édition de
Voltaire, son auteur favori, plus complète qu'aucune des précédentes et
enrichie de notes et de commentaires. Il a donné plus tard le prospectus
d'un _Supplément aux diverses éditions des œuvres complètes de
Voltaire_, qui devait être en 4 ou 5 volumes, tirés in-4º, in-8º et
in-12.

On se demande où notre lexovien-alençonnais avait pu trouver tant
d'œuvres inédites du philosophe de Ferney, de même qu'on s'est demandé
comment il pouvait avoir tant de manuscrits et de livres venus des
couvents. Nous, qui n'avons pas craint de l'interroger, en 1854, sur la
provenance de tant de richesses qu'il avait vendues (il n'était pas
riche!) et qui furent l'occasion des bruits les plus fâcheux sur sa
probité, nous l'avons entendu donner les explications les plus claires
et les plus convaincantes, et répondre à chacune de nos questions de
manière à ne nous laisser aucun doute sur la légitimité de la
possession.

La génération contemporaine ne sait pas assez ce qu'elle doit aux rares
amateurs qui ont arraché aux acquéreurs ou aux pillards de 1793 à 1800
des milliers de manuscrits qui, sans eux, seraient perdus. D'immenses
dépôts ont été pendant des années à l'abandon. Des ignorants y puisaient
pour leurs besoins les plus vulgaires. Le plus beau vélin, conservateur
d'œuvres rares et précieuses, était vendu au poids pour habiller des
grammaires et des psautiers destinés aux écoles. Louis Du Bois, au fort
de la Révolution, était un jeune littérateur en qui l'amour de la
science ne fut jamais étouffé par les opinions politiques. Il attacha du
prix à ce que tous dédaignaient, administrateurs comme administrés; il
sauva de la destruction une foule d'ouvrages, imprimés ou manuscrits,
qu'il trouva presque pour rien chez les libraires de nos villes de
l'Orne, de l'Eure et du Calvados.

Mais les œuvres inédites de Voltaire, comment avait-il pu se les
procurer?--Nous le tenons de sa bouche: il fit, jeune, la connaissance
d'un vieil acteur du Théâtre-Français, qui avait joué les pièces de
Voltaire du vivant de l'auteur, dont il était idolâtre. Cet homme de
goût avait recueilli une foule de pièces inédites, de lettres, de
variantes du génie qu'il révérait et pour lequel Louis Du Bois
partageait son enthousiasme. Le vieil acteur vendit à son jeune ami ce
qu'il avait recueilli du grand homme, et des corrections et additions
ont été faites, au moyen de ces manuscrits, aux éditions de Voltaire que
prépara en partie Louis Du Bois, savoir celle de Mme. Perronneau en 56
vol. in-12 et celle de Delangle en 96 vol. in-8º.

Une fois établi dans sa ville natale, qu'il ne devait pas tarder à
quitter pour sa petite maison de campagne de Mesnil-Durand, l'ancien
secrétaire de deux préfets de l'empire devint le champion de
l'opposition libérale. Ami de Dupont (de l'Eure) et de Bignon, il
imagina la souscription de cent mille francs, au moyen de laquelle le
premier put rester sur la liste des éligibles; il fut le promoteur de la
fête donnée à ces deux députés lorsqu'ils vinrent à Lisieux, en
septembre 1820, époque où Bignon s'y maria.

Une polémique avec l'avocat Lemoinne, qui avait attaqué, dans
l'_Observateur Neustrien_, journal de Caen, une pétition rédigée par
Louis Du Bois et signée par 400 à 500 électeurs lexoviens; deux
brochures qui ne réussirent pas à sauver Monique Sacquet de l'échafaud,
mais qui firent réformer par une loi un article trop sévère du Code
criminel; quelques articles de biographie, de littérature et de
politique dans des journaux de Paris, n'empêchèrent pas notre ardent
libéral de revenir à ses études de prédilection sur la Normandie. De
1820 à 1830, il donne une édition d'_Olivier Basselin_, enrichie d'un
choix d'anciennes chansons normandes inédites, l'_Histoire civile,
religieuse et littéraire de l'abbaye de la Trappe_; les _Archives de la
Normandie_; un _Résumé philosophique_ de l'histoire de cette province;
l'_Itinéraire descriptif, historique et monumental_, etc.; la traduction
d'_Orderic Vital_ en 4 vol., pour la collection des Mémoires sur
l'histoire de France, publiée par M. Guizot.

L'illustre historien qui, lui aussi, abrite une partie de sa verte
vieillesse dans une campagne de l'arrondissement de Lisieux, parlait
ainsi de l'œuvre de son collaborateur, dans une notice préliminaire:
«L'histoire d'Orderic n'avait jamais été traduite. La version que nous
publions est l'ouvrage de M. Louis Du Bois, de Lisieux, savant aussi
laborieux que modeste, qui s'est voué à l'étude de tout ce qui peut
intéresser la Normandie, sa patrie, et déjà connu par d'utiles travaux
sur les antiquités et la statistique de cette belle province. L'une des
principales difficultés que présente la lecture d'Orderic Vital réside
dans le grand nombre de petits faits, d'allusions et de noms
géographiques qui appartiennent à la Normandie: il importait donc que la
traduction fût faite sur les lieux mêmes, au milieu des souvenirs, et
par un homme capable d'expliquer, dans des notes courtes, mais
multipliées, les obscurités pour ainsi dire locales du texte. M. Du Bois
a bien voulu se charger de ce minutieux travail, etc.»

Mais peut-être de semblables éloges paraissent-ils un peu suspects de la
part d'un éditeur. Voici en quels termes un juge non moins compétent, le
judicieux Daunou, s'exprime dans le _Journal des savants_ du mois de
mars 1838: «Dans la série des 29 volumes des Mémoires relatifs à
l'histoire de France, publiés par M. Guizot de 1833 à 1828, les 4
volumes d'Orderic nous paraissent les plus importants, soit par
l'étendue de l'ouvrage, soit surtout par les recherches et l'exactitude
que le traducteur, M. Louis Du Bois, s'est prescrites: on peut même
dire, à beaucoup d'égards, que c'est une publication nouvelle.

«Pour presque tous les lecteurs, cette excellente traduction peut tenir
lieu du texte: elle en représente avec une fidélité scrupuleuse toutes
les idées, tous les détails, quoique en les revêtant d'une diction plus
pure et beaucoup plus élégante. Elle suppose toutes les corrections
faites et à faire à l'édition latine de 1619; les variantes qui ont
quelque intérêt sont indiquées dans les notes; les lignes et les paroles
latines dont il peut importer d'avoir quelque connaissance immédiate
sont à la fois transcrites et traduites, particulièrement lorsque le
sens n'en est pas très-certain, ou bien encore lorsqu'il se présente des
jeux de mots qui ne passent que trop imparfaitement dans notre langue.
Ces remarques sont très-concises, ainsi que celles qui concernent
l'histoire, la chronologie et plus souvent la géographie. Le traducteur,
qui a visité la plupart des lieux dont l'auteur parle, éclaircit par des
dénominations actuelles celles qui ne sont plus en usage; et, quand il
ne trouve aucun moyen d'opérer ce rapprochement, il ne manque pas d'en
faire l'aveu. Nous devons ajouter que les manuscrits de St.-Évroult et
de Rouen l'ont mis en état de remplir des lacunes, quelquefois assez
longues, qui existaient dans l'édition de 1619 et qui restaient même
dans les 200 pages d'extraits, imprimés par les éditeurs du grand
recueil des historiens de France. Ainsi non-seulement l'ouvrage
d'Orderic Vital est pour la première fois traduit en français, mais on
peut dire encore qu'il n'avait jamais été aussi exactement et
complètement publié.

«... C'est donc un véritable service que M. Louis Du Bois vient de
rendre aux études historiques, en publiant une traduction de cet
ouvrage, plus complète et plus exacte que les éditions du texte.»

L'auteur préparait encore l'_Histoire de Lisieux_, celle de _Charlotte
de Corday_, son _Glossaire du patois normand_, interrompu si fréquemment
par ses travaux, ses plaisirs et ses voyages. Il mettait sous presse la
première édition de son _Cours complet et simplifié d'agriculture_
(1825), d'abord en 6 volumes; il collaborait à la _Biographie_ des
frères Michaud, à l'_Encyclopédie_ de Courtin, à des recueils de tout
genre qui réclamaient des plumes faciles et érudites. Au commencement de
1830, il avait traité avec un libraire pour 20 volumes de pièces
imprimées ou manuscrites sur la révolution de 1789. Celle de juillet
vint mettre obstacle à l'entreprise. Les amis de Louis Du Bois prirent
la plus grande part au mouvement; chacun eut sa récompense: plusieurs
furent ministres, ambassadeurs, préfets; on l'oubliait. Je ne sais qui
s'en souvint, et le fit appeler, malgré ses répugnances, à la
sous-préfecture de Bernay.

Tant que Dupont (de l'Eure) fut aux affaires, la conduite politique de
Louis Du Bois se trouva naturellement conforme aux principes qu'il avait
professés sous la Restauration. Il n'en dévia point après la retraite de
son stoïque ami; mais il dut se résigner à n'avoir aucun avancement. Son
indépendance déplut même assez pour qu'on l'envoyât à Vitré, au mois de
février 1833.

Là, pendant sept ans environ qu'il fut sous-préfet, il déploya un vrai
talent d'administrateur. Au milieu de partis ardents, il se montra
tolérant, conciliant, juste, prudent et ferme. Il eut à soutenir des
luttes de plus d'une espèce, surtout des luttes de presse, et sa plume
exercée fit toujours triompher l'administrateur des attaques d'une
opposition plus que libre. Le _Vitréen_, feuille hebdomadaire qu'il
fonda et rédigea du 1er septembre 1837 au 3 novembre 1839 renferme dans
ses 114 nos une foule d'articles de statistique, d'histoire et de
littérature sur Vitré et son arrondissement. Nous signalons ces articles
enfouis dans une feuille inconnue, comme nous croyons devoir en signaler
beaucoup d'autres qui sont perdus dans le _Journal de l'Orne_ de 1803 à
1812. Assurément les meilleurs sont dignes d'en être exhumés, et tous
méritent qu'on les consulte[12].

[Note 12: _Le Journal de l'Orne_, rédigé par Louis Du Bois, se compose de
6 vol. in-8º publiés, le premier, en 1803, les cinq autres de 1806 à
1812.]

Le 7 juillet 1836, Louis Du Bois perdit l'une de ses filles, mariée à M.
Abraham, conservateur des hypothèques. Cette mort prématurée lui rendit
odieux, ainsi qu'à son épouse, le séjour de Vitré. La décoration de la
Légion-d'Honneur, qu'il reçut le 2 avril 1837, sans l'avoir sollicitée,
n'adoucit point sa douleur. Il demanda une sous-préfecture normande, et,
à la fin de 1839, on lui donna celle de Châteaulin. La haine d'un député
ministériel lui valut cette disgrâce qu'il ne voulut point accepter.

Il eut en échange, au commencement de 1840, une place de secrétaire aux
Archives du royaume, retraite honorable et d'accord avec ses goûts
studieux; mais il fut atteint d'une infirmité incurable (une paralysie
de la vessie); mais sa femme ne pouvait vivre de l'air de Paris; mais sa
seconde fille était mariée à M. Nouvel, de Florensac; mais il avait plus
de 70 ans: il quitta la capitale, avec une retraite de 500 francs, le 27
mars 1844, et arriva le 28 à Mesnil-Durand.

Là, entre autres ouvrages, il compila ses _Recherches archéologiques,
historiques, biographiques et littéraires sur la Normandie_; il acheva
l'_Histoire de Lisieux_, commencée depuis long-temps; il traduisit
_Columelle_ pour la 2e série de la collection des classiques latins,
éditée par Panckoucke; il ajouta à son _Glossaire du Patois normand_; il
revit plusieurs de ses ouvrages imprimés ou manuscrits, et tint la plume
jusqu'aux derniers mois de sa longue carrière. Peut-être eût-il vécu
quelques années encore; mais l'infirmité qu'il avait apportée dans sa
retraite lui devint fatale. La sonde dont il se servait se brisa, et
tout espoir de le sauver fut perdu. Il vit son état, et s'y résigna sans
murmure; il expira, vers huit heures du matin, le 9 juillet 1855.

Nous n'avons pu, dans les pages qui précèdent, énumérer toutes les
œuvres de Louis Du Bois. Dans la liste qu'il nous en remit lui-même en
1854, il en oublia quelques-unes. Nous ne nous flattons pas d'avoir tout
recueilli; mais enfin nous aurons fort avancé la bibliographie de ses
productions. Nous possédons les moindres opuscules que nous mentionnons
ici; collection rare, peut-être unique: on laisse si facilement perdre
les bluettes de circonstance!


_Ancastrœm_, poème lyrique. Lisieux, 1792, in-8º.

_L'existence de l'Être Suprême_, en vers. 1794, in-8º.

_Discours publics et programmes à l'École centrale de l'Orne_. Alençon,
1799 et années suivantes, in-8º.

_Voyage à Mortain_, opuscule en prose et en vers. Alençon, 1800, in-12.

_La Concorde_, ode. Alençon, 1800, in-8º.

_La délivrance de l'Italie_, ode imitée de l'italien de Monti. 1801,
in-8º.

_La Paix_, ode. 1801, in-8º.

_Couplets chantés au banquet des membres du lycée d'Alençon, réunis pour
célébrer la paix générale, 20 germinal an X_ (29 mars 1802). Alençon,
1802, in-8º.

_Notice historique et littéraire sur Du Frische de Valazé, député à la
Convention nationale_. Paris, 1802; 2e éd., 1811, in-8º.

_Du pommier, du poirier, du cormier et des cidres_, etc. Paris, 1804,
in-12, 2 vol., fig.

_Cantique maçonnique, improvisé pour le banquet du 18 frimaire, an XIII,
et chanté dans la Loge de la Fidélité, à l'Orient d'Alençon_. Alençon,
in-8º.

_Les Frères, vaudeville maçonnique, chanté au banquet de la St.-Jean
d'été, dans la Loge de la Fidélité, à l'Orient d'Alençon, le 2 messidor
an XIII_. Alençon, in-8º.

_Contes en vers_. Paris, 1805, in-8º.

_Les triomphes de nos frères d'armes, cantique maçonnique, chanté le 8
nivôse an XIV_ (29 décembre 1805). Alençon, 1805, in-8º.

_Dissertation sur les échecs_. 1803, in-8º. Réimprimé, avec des
additions, dans le _Magasin encyclopédique_ de Millin; 1806.

_Mabile d'Alençon_, romance. 1805, in-32. Réimprimée dans le _Journal de
l'Orne_ et dans les _Archives normandes_.

_Réponse de Lucius Dubitator à Laigneau-Duronceray, auteur des Tablettes
littéraires, à l'occasion d'un article inséré dans le Journal de Paris,
du 21 frimaire an XVI_. 1805, in-8º.

_Hommages à Duronceray_ (poésies critiques). Caen, 1805, in-8º.

_Les Visiteurs, vaudeville maçonnique_. Alençon, 1807, in-8º.

_Cupidon corrigé ou l'Amour devenu franc-maçon;--pot-pourri_, 1806,
in-8º.

_Les Loges, vaudeville maçonnique_. Alençon, 1808.

_Des melons, de leurs variétés et de leur culture_. In-12, Paris, 1810.

_Célébration solennelle de la fête de la Fenderie. Chantier de la forêt
d'Écouves_, 26 juin 1808. Alençon, 1808, in-8º.

_La Fidélité, hommage maçonnique à la loge de la Fidélité (Orient d
Alençon)_. Alençon, 1808, in-8º.

_Notice biographique et littéraire sur Odolant-Desnos_. Alençon, 1810,
in-8º.

_Les Mystères, vaudeville maçonnique_. Alençon, 1810, in-8º.

_Geneviève et Siffrid_, roman. Paris, 1810, in-12, 2 vol.

_Notice sur M. le baron de Maupetit_. Alençon, 1811, in-8º.

_Le barde neustrien, hommage poétique à Napoléon visitant la Normandie_.
1811, in-8º.

_L'avenue des Châtelets_, élégie. Alençon, 1812, in-8º.

_Dissertation sur les bains de Bagnoles (Orne)_. 1813, in-8º.

_Dissertation sur le camp du Châtelier, prés de Séez, considéré comme
n'étant pas un monument romain_. 1813, in-8º.

_Des moyens de diminuer la consommation des subsistances par l'emploi
économique des substances alimentaires_. Châtillon-sur-Seine, 1817,
in-12.

_Réponse à M. Lemoinne, avocat à Lisieux_. Caen, 1820, in-8º.

_Dissertation sur les chansons, le vaudeville et Olivier Basselin,
auteur des Vaux-de-Vire_. Caen, 1820, in-8º.

_Notice sur M. Losier, ancien curé de Moyaux (Calvados), décédé le 15
avril 1820_. Paris, in-8º.

_Arrivée et séjour à Lisieux de MM. Dupont (de l'Eure) et Bignon,
membres de la Chambre des députés, depuis le 17 septembre 1820 jusqu'au
24 du même mois_, Paris, 1820, in-8º.

_Notice sur Monique Sacquet, veuve de P.-L. Othon, condamnée à mort pour
empoisonnement, à Caen, le 2 décembre 1820_. Paris, 24 décembre 1820,
in-8º.

_Recours en grâce pour Monique Sacquet, veuve de P.-L. Othon, condamnée
à mort, à Caen, le 2 décembre 1820, et dont le pourvoi en cassation a
été rejeté le 28 du même mois_. Paris, 29 déc. 1820, in-8º.

_Mémoire sur la nécessité de donner à la route de Rouen et Bernay à
Falaise la direction par la ville de Vimoutiers de préférence aux bourgs
voisins_. Alençon, 1820, in-8º.

_Mémoire sur la nécessité de l'établissement d'un tribunal de commerce à
Vimoutiers, département de l'Orne_. Alençon, 1820, in-8º.

_Addition au mémoire publié, le 12 mai 1820, sur la nécessité de
l'établissement d'un tribunal de commerce dans la ville de Vimoutiers_.
Paris, 1821, in-8º.

_Adhésion des marchands et négociants des villes de Lisieux et Bernay
aux mémoires de la ville de Vimoutiers pour l'obtention d'un tribunal de
commerce_. Lisieux, 1821, in-8º.

_Pratique simplifiée du jardinage_. Paris, 1821, in-12; 2e éd. 1822; 3e
éd. 1824; 4e éd. 1825; 5e éd. 1828; 6e éd. 1846, in-18, revisée et
augmentée considérablement, fig.

_Étrennes d'économie rurale et domestique_. Paris, 1822, in-16.

_Étrennes libérales_. Paris, 1822, in-18, avec le portrait de Dupont (de
l'Eure).

_Histoire civile, religieuse et littéraire de l'abbaye de la Trappe_.
Paris, 1824, in-8º, fig. et portrait de Rancé.

_Archives de la Normandie, historiques, littéraires et statistiques_,
Caen, in-8º, 2 vol.: 1re année, 1824; 2e année, 1826.

_Résumé philosophique de l'histoire de Normandie_. Paris, 1825, in-18.

_Cours complet et simplifié d'agriculture et d'économie rurale et
domestique_. Paris, 1825, in-12, 6 vol, fig.; 4e éd., 1830-32, in-12, 8
vol., fig.--_Supplément_ ou tome IX, 1843.

_Histoire de Normandie par Orderic Vital, traduite en français avec des
notes et des corrections inédites_ (dans la collection des _Mémoires sur
l'histoire de France_ de M. Guizot). Tirée à part. Paris et Caen, 1826
et 1827, in-8º, 4 vol.

_Itinéraire descriptif, historique et monumental des cinq départements
qui composent la Normandie; précédé du Précis historique et de la
Géographie tant ancienne que moderne de cette province; et suivi_ 1º.
_du Dictionnaire de toutes les communes normandes;_ 2º. _de la
Biographie alphabétique de tous les auteurs et artistes normands_. Caen,
1828, in-8º, 2 vol., cartes et fig.

_L'amateur des fruits, ou l'art de les choisir, de les conserver et de
les employer_. Paris, 1829, in-12.

_Aux mânes de Mme. Caroline Focet, née Le Bertre_; improvisation
élégiaque. Bernay, 1831, in-8º.

_La roche aux Fées, galerie druidique_. Vitré, 1837, in-8º.

_Madame de Sévigné et sa correspondance relative à Vitré et aux Rochers.
Recherches nouvelles sur les lieux, les faits et les personnages dont
elle a parlé; suivies de sept lettres qui ne se trouvent pas dans les
recueils de ses œuvres_. Paris, 1838, in-8º.

_Charlotte de Corday; essai historique offrant enfin des détails
authentiques sur la personne et l'attentat de cette héroïne_. Paris,
1838, in-8º.

_Essai sur la ville de Vitré et ses seigneurs jusqu'à l'époque de la
révolution de 1789_. Vitré, 1839, in-8º.--_Supplément_, 1845.

_Notice sur la ville de La Guerche_. Vitré, 1839, in-8º.

_L'enfance et la mort de ma fille_, élégies. Rambouillet, 1842, in-18.

_Recherches historiques et physiologiques sur la guillotine, et détails
sur Samson_. Paris, 1843, in-8º, fig.

_Réponse aux articles de M. Buchon intitulés: Détails inconnus sur
l'affaire du duc d'Enghien, extraits d'une conversation du roi
Joseph-Napoléon, lesquels ont été insérés dans les feuilletons du
journal_ La Presse _des_ 9 _et_ 10 _septembre et_ 1er _octobre 1843_.
Paris, 1843, in-8º.

_Recherches archéologiques, historiques, biographiques et littéraires
sur la Normandie_. Paris, 1843, in-8º.

_De Mlle Le Normand et de ses deux biographies récemment publiées_.
Paris, 1843, in-18.

_Histoire de Lisieux et de son territoire_. Lisieux, 1845 et 46, in-8º.
2 vol., fig.

_Économie rurale de Columelle, traduite du latin_ (dans la collection de
Panckoucke, 2e série). Paris, 1846, in-8º, 3 vol.

_De la conduite de l'évêque Jean Le Hennuyer, évêque de Lisieux, en
1572_. Lisieux, 1846, in-8º, 7e éd.

_Notice sur la Marseillaise de Rouget de Lisle_. Lisieux, 1848, in-8º.

_Ballades normandes_. 1853, in-12.

_Notice sur le chevalier de Clieu et bibliographie du café_. Caen, 1855,
in-8º.

_Guide du voyageur sur le chemin de fer de Paris à Caen, par Mantes,
Évreux, Bernay et Lisieux; avec une notice sur chaque station_. Lisieux,
1855, in-8º.


Outre ces ouvrages, Louis Du Bois a donné au public, dans les recueils
périodiques et dans diverses collections, une foule d'opuscules soit en
prose, soit en vers; il a fourni, comme collaborateur, beaucoup
d'articles à diverses grandes publications, telles que:

       Le _Cours complet d'agriculture_, en 1809.
       La _Biographie universelle_ de Michaud, et son _Supplément_.
       Le _Dictionnaire des anonymes et des pseudonymes_ de Barbier. 2e éd.
       L'_Encyclopédie moderne_ de Courtin.
       Le _Dictionnaire de la conversation_.


Membre correspondant de beaucoup d'Académies et de Sociétés savantes de
la France et de l'Etranger, il a revu, avec soin, et publié, avec des
observations et des notes:

Les _Fables_ de La Fontaine, nouvelle édition plus complète que les
précédentes. Paris, 1801, 2 vol. in-12, fig. de Godard.

Les _Noëls bourguignons_ de La Monnoye, seule édition complète et
correcte, tirée à très-peu d'exemplaires, pour servir de spécimen d'une
14e. édition de ces poésies, dont il s'occupait. 1817,
Châtillon-sur-Seine, in-12.

_Les Vaux-de-Vire_ d'Olivier Basselin, suivis d'_Anciennes chansons
normandes_ soit inédites, soit très-rares, avec des dissertations et des
notes. Caen, 1821, in-8º.

_Le duc d'Alençon ou les Frères ennemis_, tragédie inédite de Voltaire,
avec un discours préliminaire. Paris, 1821, in-8º.

L'_École du jardin potager_, par De Combles, mise en ordre et enrichie
d'une notice et d'annotations. Paris, 1822, 6e éd., in-12, 3 vol.

_Culture du pêcher_, par De Combles; avec notice et annotations. Paris,
1822, in-12.

_Lettres sur l'Italie_, par Du Paty; avec notice, notes, corrections et
appendice. Paris, 1824, in-18, 2 vol., 32 cartes et fig.

_L'art de la guerre_, poème de Frédéric-le-Grand; avec préface,
arguments, notes et variantes; suivi de poèmes sur le même sujet. Paris,
1830, in-24, 1 vol.

_Projet, rédigé par Robespierre, du rapport fait à la Convention
nationale par Saint-Just, contre Fabre d'Églantine, Danton, etc.;
manuscrit inédit, publié sur les autographes: avec des notes, des
rapprochements et un fac-simile; suivi d'une lettre de Mlle de
Robespierre._ Paris, 1841, in-8º.


Louis Du Bois avait recueilli beaucoup de pièces inédites des meilleurs
auteurs français. Aussi en a-t-il fourni à Verdière pour ses _Œuvres de
Thomas_; à Brissot-Thivars pour son _Mirabeau_; à Guillaume pour son
_Chénier_; à Renouard, à Mme Perronneau et surtout à Delangle pour leurs
éditions de _Voltaire_; à Jules Taschereau pour sa _Revue
rétrospective_; au _Mercure de France_, etc.

D'après une note qu'il nous avait communiquée, il avait en portefeuille
plusieurs ouvrages, soit terminés, soit fort avancés dans leur
composition, soit enfin à l'état de simple ébauche, savoir:

_Origines et histoire des religions chrétiennes_.--_Encyclopédie des
amateurs du café_.--_Traité du châtaignier, de son bois et de ses
fruits_.--_Traité du sarrasin et de sa culture_.--_Considérations sur la
révolution de 1789, ses causes et ses effets_.--_Voyage en Italie_ (en
vers et en prose), dont il a paru des fragments dans le _Mercure_ et
dans le _Moniteur_.--_Lydie_, poème en six chants (en vers de dix
syllabes).--Plusieurs petits _Poèmes historiques_.--Quatre livres
d'_Élégies_.--_Les quatre âges de la femme_, poème en quatre
chants.--_Le bonheur_, poème.--_Inès et Pédre_, tragédie en trois
actes.--_Traduction en vers de petits poèmes attribués à Virgile et à
Sévérus_.--_Manuel du bibliothécaire et de l'amateur de livres_.--Un
grand nombre de _Fugitives_.

Nous sera-t-il permis, à présent, de porter un jugement général sur tant
d'œuvres qu'il nous est impossible d'apprécier en particulier, sans
dépasser les bornes que nous nous sommes imposées? Louis Du Bois a trop
écrit et sur trop de matières pour n'être pas sur quelques-unes léger et
superficiel. Ses préjugés ont aussi parfois offusqué son intelligence,
et ses ouvrages historiques sont parfois gâtés par l'expression de ses
principes, qui se ressentent du milieu révolutionnaire dans lequel il a
passé ses premières années. Les religions qu'il avait étudiées avec les
préventions de Voltaire, son maître, son poète et son philosophe de
prédilection, en avaient fait un déiste consciencieux et tolérant dans
ses relations privées, mais trop désireux de faire partager ses
convictions et prêt à combattre celles d'autrui, la plume à la main. Son
style se ressent aussi de la rapidité de ses compositions. En vers, il
manque souvent de verve et de coloris, et sa prose n'a pas toujours la
correction et l'élégance des écrivains supérieurs. Toujours est-il qu'il
se fait lire avec intérêt et profit, car il a souvent du trait; il est
instruit, clair et méthodique, et il porte la lumière sur tous les
sujets qui l'occupent. Nous ne croyons pas trop dire en avançant qu'il a
fait honneur, non-seulement à Lisieux, sa ville natale, mais à la
Normandie, sur laquelle il a tant écrit, et à la France qui a demandé
aux libraires jusqu'à six éditions de plusieurs de ses traités.

       Julien TRAVERS.
       Langrune, août 1856.



GLOSSAIRE.


A.


A: ce, cette. A matin: ce matin. L.

A: elle. Vient-a? Lit-a? Vient-elle? Lit-elle?

A QUANT ET: Avec.

A SEULE FIN; A CELLE FIN QUE: Afin que. On ne trouve _A celle fin_ que
dans nos vieux auteurs.

ABAISSE: table _abaissée_; tablette d'un buffet. Du qualificatif ou
adjectif _bas_. Ce mot n'a pas de rapport avec l'abaisse de la
pâtisserie qui est la _base_ des substances culinaires qui composent un
pâté.

ABAT: désordre qui met les choses _à bas_. B.

ABATER: embaucher; raccrocher. A.

ABATTRE DE L'OUVRAGE: faire beaucoup d'ouvrage. Par allusion au travail
des bûcherons qui abattent beaucoup de bois.

ABAUBER (corruption d'_ébaubi_: étonné, surpris). Voyez BAUBE.
_Abauber_, c'est, à proprement parler, étonner quelqu'un, au point de
lui rendre la parole difficile, comme il arrive aux bègues. (Baubes, en
patois.)

ABAUMIR: affadir. De l'effet que produisent certaines substances
odorantes, comme le _baume_. C.

ABELLIR. MM. Du Méril assurent que ce verbe est usité dans le
département de l'Orne. Je ne l'y ai jamais entendu. Suivant eux, ce mot
signifierait: «trouver beau, plaire». C'est le sens que Roquefort lui
donne dans son _Glossaire de la langue romane_. En italien _abbellire_
signifie embellir.

ABET: appât, amorce. Suivant MM. Du Méril, _abet_ est tiré de
l'islandais _beita_, nourriture. Il est plus vraisemblable que c'est par
métaplasme qu'on a dit _abet_ pour _appet_, du verbe français _appéter_,
désirer vivement.

ABÊTER: amorcer; par extension, tromper.

ABIBOTER un enfant: lui faire _boire_ du lait, au lieu de l'alaiter.

ABIÉNER: mettre en _bon_ état une culture, une récolte, une préparation.
En roman, _abienneur_: «l'homme préposé à un bien; qui mettait _à bien_
un héritage», dit Roquefort dans le Supplément de son Glossaire. L.

ABIMER: gâter. Ce verbe appartient aussi au patois Walon et au patois
Rennais. Au surplus, c'est dans ce sens figuré que Boileau a dit:

       Abîme tout plutôt: c'est l'esprit de l'Église.

ABITER A: toucher à. On écrivait autrefois _habiter_: témoin ce passage,
cité par l'abbé Carlier dans son _Histoire du duché de Valois_: «Le
prêtre disait aux lépreux: Je te défends que tu ne _habites à_ aultre
femme que à la tienne.»

ABLET: piége. Roquefort dit que l'_ableret_, mot roman, est un «filet
pour la pêche des petits poissons», tels que les ables ou ablettes.

ABLETTER (verbe réfléchi): se laisser aller, céder. C'est, à proprement
parler, tomber dans le piége. V.

ABLOT: petite pièce de bois, chantier que le charpentier place sous
l'arbre abattu qu'il équarrit, pour l'élever au-dessus du sol.

ABOFFRER: déprécier, _mésoffrir_. C'est l'opposé de surfaire. B.

ABOLIR: humilier; anéantir. L.

ABOMINER: détester, on le trouve dans Nicot et dans les Psaumes de
Marot. Du verbe latin _abominari_.

ABOT: sorte de cadenas que l'on attache au paturon d'un cheval pour
l'empêcher de s'éloigner.

ABOTER: attacher un _abot_. Par métaplasme, du grec πούς, pied;
en changeant le _p_ en _b_.

ABORDER: toucher, heurter. L.

ABOULER: apporter, envoyer. De _boule_, par allusion à la boule du jeu
de quilles qu'on renvoie en la faisant rouler rapidement.

ABRIER: abriter, mettre à l'abri. Roman.

ABRE: arbre. Par syncope, le roman a dit _abre_ pour arbre. On lit dans
le roman de Blanchandin:

       La pucele descent sos l'abre;
       Si le trova froit come mabre.

Un proverbe du moyen-âge, reproduit par M. Le Roux de Lincy, disait:

       Pour l'amour du buisson va la brebis à l'abre.

ABREAU ou ABROT: petit arbre enduit de glu pour prendre des oiseaux.

ABROUTOUT: qui brise tout, qui brouille tout, mauvais ouvrier.

ABSOLUTEMENT: absolument. Ce mot est roman.

ACA; ACARD; D'ACARD: très-abondamment. La pluie tombe d'_aca_. De
l'islandais _kat_, averse, inondation. On trouve _aca_ en composition
dans _acabasser_, ci-après, et dans les verbes accabler et
_accravanter_, mot roman. Voyez CRAC. A.

AÇA: faites attention à cela. En roman, _aga_, que Roquefort tire du
grec άγάω.

ACABASSER: accabler. Le drapier dit dans la Farce de Pathelin, p. 75:

       Mesmement les bergers des champs
      Me cabassent; ores le mien
       A qui j'ay tousjours faict du bien.

L'auteur de cette Farce emploie plus loin, p. 82, le verbe _cabasser_
dans les vers suivants:

       L'aignelet! maint aigneau de laict
       Tu as cabassé à ton maistre.

ACAGNARDIR (S'): devenir paresseux. L'Académie écrit s'_acagnarder_. En
patois Lorrain on dit, comme en Normandie, s'_acagnardir_.

ACANCHIER: avoir du succès, de la _chance_. Usité dans la Manche, comme
le verbe suivant.

ACATER: acheter.

ACAUCHIER: _causer_ avec quelqu'un; l'appeler. A.

ACCESSEUR: assesseur. L.

ACCIPER: escroquer, prendre, dérober. Roman. Du latin _accipere_, d'où
on a tiré aussi, par aphérèse, le verbe _chiper_ qui a la même
signification.

ACCLAMPER: attacher, fixer. De l'islandais _klampi_: agraffe, cheville.
Voyez CLAMPIN. A.

ACCLASSER: s'assoupir, _clore_ les yeux. Dans le patois Provençal,
_aclusar_ a le même sens.

ACCOINTER: fréquenter. Roman.

ACCORGER: accoupler, réunir deux objets. A.

ACCOTE-POT: petit meuble en fonte de fer que l'on place derrière un
_pot_ pour le soutenir, l'_accoter_. Roquefort s'est évidemment trompé
en donnant à acote-pot la signification d'_accoudoir_. L.

ACCOUER: attacher à la queue (en vieux français _coue_ de _cauda_), en
parlant des bêtes de somme que l'on attache à la queue les unes des
autres. Voyez COUÉE. A.

ACCOUFLER (S'): s'accroupir. A.

ACCOUPLÉE: linge, bas, ou autres effets assujettis par _couple_ ou même
en plus grande quantité, pour être blanchis. L.

ACCOUPLER: mettre en accouplée.

ACCOURSER: achalander. _Accoursé_, celui qui est en _cours_ de bonne
vente. A. Du roman _accoursier_, _accoursin_: chaland.

ACCOUT: appui sur lequel on s'accoude. Voyez COUTE.

ACCOUTER (S'): s'accouder. L.

ACCOUVER (S'): s'accroupir comme l'oiseau qui _couve_. On dit en patois
Troyen s'_écouver_.

ACCRAVANTER: écraser, accabler. Roman.

ACCRUCHE (Madame Sainte-): femme qui a l'habitude de dérober, d'attirer
les choses à elle. L.

ACCRUCHER: attraper subtilement quelque chose. D'_accrocher_. Voyez
AGRIPPER. L.

ACERTAINER: affirmer, certifier. L.

ACHÉE: ver de terre. A. On dit _ache_, à Blois.

ACHOCRE: difficile à vivre; hargneux; obstiné. Usité dans le patois
Rennais. Dans la Manche, il a le sens de _maladroit_.

ACHOPPER: heurter. Voyez CHOPPER.

ACHUQUETÉ: obstiné; entêté. B.

ACCLABOT: acclamation. De _clabauder_. B.

ACCLAS: clas; barrière. Du latin _claudere_: clore. O.

ACCOMICHER: faire en commun. B. Voyez SOUATER.

ACLUFER: accroupir.

ACMODER: accommoder. C'est une syncope, comme _racmoder_ pour
raccommoder. L.

ACO: encore. On dit _aico_ dans le patois des Vosges. Voyez CO.

ACONDIRE. Ce verbe qui, suivant Oberlin, veut dire dans le patois Messin
«mettre obstacle aux publications», signifie, à Alençon, _éconduire_.
C'est un simple métaplasme.

ACOQUETÉ: rouge comme la crête d'un _coq_. Voyez ÉCOQUETÉ. B.

ACQUITTOIRE; ACQUITTOURE: travail dont on s'_acquitte_ à la hâte et sans
soin. L.

ACRACO: adverbe. D'occasion; de hasard; de _raccroc_. B.

ACTONNER. Voyez HAQUETONNER.

ACUCER: mettre _à quia_.

ACULER: éculer, en parlant des souliers.

ADELAISI: fainéant, qui prolonge trop son loisir. A. Se trouve aussi
dans le patois Rennais.

ADENS: sur les dents, en parlant d'un vase mis sur son ouverture, sur
_ses dents_. On dit aussi d'une personne: elle est tombée _adens_. C'est
le mot roman _adanz_, _adens_, _adent_.

ADENTER un vase: le placer sur son ouverture. En roman, _endenter_.

ADET: entièrement. A.

ADORÉMUS (faire des): faire des révérences multipliées.

ADOULER: rendre plus _douloureux_; être souffrant.

ADOUS: parures; ornements. Roman. On lit ce vers dans la Chevalerie
Ogier de Dannemarche:

       Tos lor adous furent à or battus.

Du verbe islandais _at dubba_: décorer, disposer, apprêter.

ADRECHIR: adresser. B.

ADRET, adverbe: vis-à-vis. Du substantif endroit. Voyez LENDRET.

ADREUGER: arranger mal.

ADROGER: ce verbe a la même signification que le précédent. Du roman
_aréger_, _arroier_: arranger, disposer. A.

AFFAIRE: quantité. J'ai eu une bonne affaire de grain, de fruits, etc.,
etc. On retrouve ce mot avec le même sens dans le patois Lorrain.

AFFAUTURER: priver. De faillir, faire faute. V.

AFFECTER: s'appliquer; se forcer. B.

AFFETTEMENT: assaisonnement d'un mets. L.

AFFETTER: assaisonner. Dans quelques cantons ce verbe signifie embellir,
nourrir, etc. On trouve ce verbe employé par Wace, dans le _Roman de
Rou_:

       Haubers et helmes afaitier.

AFFICHE; AFFIQUE: branches de clôture sèche que l'on fiche en terre et
que l'on assujettit au moyen de certaines gaules appelées liures,
serrées par des harts.

AFFICOT: petit instrument de buis tourné et troué, dans lequel on appuie
ou _fixe_ une des aiguilles à tricoter. L.

AFFISTOLER. Voyez RAFFISTOLER.

AFFLATRER: renverser, terrasser. Du roman _flatir_, dérivé du latin
_flectere_. M.

AFFLUBER: affubler, envelopper. Du latin _infulare_, dans la basse
latinité, _affibulare_. On lit dans _le Roman de Rou_:

       La fist d'un mantel afluber.

AFFOLER: devenir fou. Roman. On lit dans le _Roman de la Rose_:

       Il m'a faict, pour mieux m'affoler,
       La tierce flesche au corps voler.

Rabelais emploie souvent ce verbe dans le sens de rendre fou. A.

AFFONGRER: briser, défoncer. Altération du verbe _effondrer_: enfoncer.
O.

AFFOUER: enflammer, exciter. Du roman _affœr_: faire du feu. M.

AFFOURCHER: enfourcher. Ce verbe, en roman, signifiait: «se mettre à
cheval sur un bâton pour aller au sabbat», dit Roquefort.

AFFOURRÉE: fourrage. De feurre, _fodrum_, dans la basse latinité.

AFFOURRER: donner l'affourrée aux bestiaux.

AFFRAI: effroi. Du français affres.

AFFRANCHIR: châtrer. Affranchir, affranchissement, affranchisseur sont
des mots romans.

AFFRANCHISSEUR: celui qui exerce la profession de châtreur.

AFFRIBOURDIR: engourdir de froid. A.

AFFROC (s. m.): fréquentation. Voyez HANT. Ces substantifs masculins se
prennent en mauvaise part.

AFFRONTER _une fille_: lui faire l'_affront_ de la séduire.

AFFROQUER (S'): se mettre en _affroc_ avec quelqu'un.

AFFURER: voler, dérober. Du verbe latin _furari_; en roman, _furt_
signifie vol, comme _furtum_ en latin.

AFFUTER; RAFFUTER: ajuster, disposer. L.

AFRION: parcelle de pâte qui reste aux doigts en pétrissant. O.

AGA, interjection, comme: bon! da!

AGALI, sorte d'interjection ou d'exclamation pour se moquer de
quelqu'un. Ordinairement on prononce ce mot, en se frottant avec l'index
droit le creux de la main gauche. En roman, _agali_ signifie dur. Dans
certains cantons de la Manche, _agali_ signifie _regarde-le_.

AGENOILLONS (A): à genoux. Roman.

AGER; AGIER: suppléer l'_âge_; émanciper.

AGET: petite coulisse dans une porte que l'on ouvre pour faire le
_guet_. Ce mot s'emploie, à Vire, dans le sens d'habitude, de manière
d'_agir_.

AGETER: acheter. L. Se trouve dans le patois Lorrain.

AGIOS (s. m. pluriel): répétitions ennuyeuses, comme dans les litanies
grecques où le mot αγιος, saint, est toujours répété, ainsi que
le mot latin _sancte_ l'est dans les litanies de l'Église romaine. Les
_agios_ signifient aussi dans le patois normand, des façons d'_agir_
cérémonieuses et affectées.

AGOBILLES: menus meubles et ustensiles de peu de valeur et d'utilité. Le
rouchi emploie ce mot dans le même sens.

AGOGONNER: amadouer. Voyez GOGON. A.

AGOHÉE; GOHÉE: accueil joyeux et bruyant. Du latin _gaudium_, joie. Du
verbe grec Αγω, conduire.

AGONIR DE; AGONISER DE: accabler, en parlant d'injures, de mauvais
propos. De la basse latinité _acanizare_, injurier; _acaner_, roman.

AGOSER: se repaître outre mesure. De _gosier_. On dit dans le Calvados
_s'en mettre jusqu'au nœud Gabriel_.

AGOUCER: exciter contre quelqu'un. Du verbe latin _acuere_. Corruption
d'agacer. _Agoucé_ signifie aussi refrogné.

AGOUT: assaisonnement propre à aiguiser l'appétit, à relever le _goût_.
Du latin _gustus_.

AGOUTER: donner de l'agoût, l'opposé de dégoût.

AGRACOT (d'). Voyez ACRACO (d').

AGRAT; AGRAP. Voyez ÉGRAT.

AGRATIER: se rendre agréable. Du latin _gratus_.

AGRIOCHES: mines pour se rendre agréable.

AGRIOTTE: griotte, sorte de cerise.

AGRIOTTES: caresses. B.

AGRIPPER; AGUCER; ACUCHER: _aiguiser_ l'appétit. On dit plus souvent
_ragucer_. Voyez ce mot. D'_acuere_.

AGUIANNEU; AGUILANNEU: étrennes. Des mots; _au gui l'an neuf, au gui de
l'an nouveau_. D'origine gauloise. L'expression _aguianneu_, avec
plusieurs variantes, appartient à la langue romane. Dans une lettre de
1473, citée par D. Carpentier, on lit: «Trouva des varlets qui alloient
querant aguillenneu le dernier jour de décembre.» Suivant une lettre de
Grentemesnil, rapportée par Moisant de Brieux dans ses _Origines de
quelques coutumes anciennes_, on disait à Rouen _hoguignettes_ pour
_haguignettes_, termes qui sont une altération d'au gui l'an neuf. Voyez
HAGUIGNETTES. On a donné une étymologie bretonne, très-vraisemblable,
d'AGUIANNEU.

AGUILAN. C'est, par apocope, _au gui l'an neuf_. M.

AHAN: effort qui essouffle.

AH-ÇA! interjection. «Ah-ça! voulez-vous venir.» Assa en roman. L.

AHEURT: heurt.

AHONNIR: honnir. Ces A sont là par épenthèse.

AHOQUER: accrocher, heurter. La Fontaine emploie le mot _hoquet_ pour
heurt, pierre d'achoppement, dans la fable intitulée: _Le Pot de fer et
le Pot de terre:_

       L'un contre l'autre jetés,
       Au moindre hoquet qu'ils treuvent.

AHOURDI DE FROID: _engourdi_ de froid. M.

AHUBIR; HUBIR: honnir, huer. Crier sur quelqu'un hu! hu!

AIGRAS: verjus. D'_aigre_, employé pour vinaigre.

AIGREDON; AIGLADON: édredon.

AIGRE: vinaigre.

AIGUILLE A EMPAINTER: aiguille d'emballeur.

AILETTE: partie du rouet à filer, appelée ailleurs volier. Les deux
ailettes de la tête du rouet sont comme deux petites ailes tournantes
qui portent le fil sur le fuseau. Roquefort a considéré le mot _ailette_
comme roman.

AIMER (S'): se plaire. On trouve cette façon de parler dans Molière
(Mélicerte; acte Ier, scène Ire). Éroxène dit à Tirène:

       Je m'aime où tu n'es pas.

AINCHI; AINCHIN: ainsi.

AINDE: aide; AINDER: aider.

AINGUE: s. m. hameçon. Voyez HAIM.

AIRAGE: air, ressemblance.

AIRAI, AIREZ, AIRIEZ: aurai, aurez, auriez.

AIRE: planche de jardinage. C'est aussi la place vide, soit des
appartements de la maison, soit de la grange. D'_area_.

AIRER: aérer.

AIRETTE: petite planche de terre dans un jardin, diminutif d'_aire_.

AIRGALÊTE ou ERGALÊTE: raboteux. A Vimoutier, on dit _un chemin
airgalête_. Du radical celtique _arg_. Voyez ERGALÊTU.

AIRIE. Voyez AIRE. C.

AIRIÉE: quantité. _Airiée de toux_, accès de toux.

AIRIÈRE ou ERRIÈRE: arrière. _Airier_, en patois messin a la même
signification. Consultez l'_Histoire de l'Académie des Inscriptions_, t.
I et V.

AIRSES. Voyez ERRUSÉE et ERSE. MM. Duméril se sont évidemment trompés
sur l'orthographe et l'étymologie de ce mot, qui ne vient ni de
l'_azers_ des troubadours, ni du latin _erigere_.

AIRURE: façon donnée au labour. Du latin _arare_. C.

AJAMBÉE: enjambée. L.

AJAMBER: enjamber. L.

AJEU: enjeu. A.

ALEINIER: mauvais sujet.

ALÉMONE: anémone.

ALERME: alarme. Ces six expressions sont de simples métaplasmes.

ALIPAN: soufflet. D'_alapa_. Voyez JAFE.

ALISE; ALISÉE: bourbier, ornière fangeuse. V.

ALLÉLUIA: oxalide (_oxalis acetosella_). Ainsi appelée parce qu'elle
fleurit à l'époque où l'Église chante _alleluia_. D'autres plantes
tirent aussi leur nom de l'époque de leur floraison, comme la
Pâquerette, la Pentecôte. Voyez ces mots.

ALEU: Voyez ALOU.

ALLUCHER: nourrir, élever. D'_alere_. En roman, ce verbe signifiait
planter, semer. On lit dans le Testament de J. de Meung:

       Nul ne doit aluchier mal arbre ne male herbe.

ALLURE: nom donné à une marche particulière du cheval, dans laquelle il
fait entendre quatre battues, et qui diffère du trot et de l'amble. Ce
genre de locomotion, fort usité au moyen-âge pour les chevaux de route,
s'est conservé plus long-temps en Normandie qu'ailleurs, et paraît même
être spécial à cette contrée. (Note communiquée par M. Éphrem Houël,
inspecteur des haras.)

ALUMELLE: lame de couteau. Du latin _lamella_. En roman _alemelle_ et
_alemiele_:

       Et l'alemele d'un poitevin acier,

dans la Chevalerie Ogier de Danemarche.

AŒUVRÉ: actif. D'œuvre, ouvrage. A.

ALOGNE; ALOIGNE: retard. Du verbe éloigner.

ALOGNER: alonger. Dans le roman, _alogner_, différer, prolonger.

ALOSEMENT: louange. Du latin _laus_; en vieux français _los_. L.

ALOSER: louer. On lit dans le roman de toute Chevalerie (Biblioth. imp.,
ms. 7,190):

       Jerosme le dict et Solin l'alosée.

On dit aussi _éloser_, _loser_.

ALOU: travail du journalier, donné à l'entreprise.

ALOUER: donner ce travail à l'entreprise, à forfait.

ALOURDIR: ennuyer, étourdir. A.

ALOUVI: affamé comme un loup. En patois vendéen _aloubri_. L.

ALOVIR (S'): s'endormir. De l'allemand. A.

AMADOUE; s. f.: amadou.

AMAIN. Être placé à son amain, être commodément placé pour l'exercice de
la _main_.

AMALADIR; EMMALADIR: devenir malade. Du roman. En patois du Berry,
_amalader_, _emmalader_.

AMBRON: essor. Des verbes latins _ambire_, _ambulare_. D'AMBRON: sans
réflexion, tout à coup, de dépit.

AMBRONCHER: prendre son ambron.

AMÊCHES; AMÈGUES: cerises acides. On comprend sous le nom générique
cerises ce fruit et les griottes, les guignes ainsi que les bigarreaux.

AMELETTE: omelette. L.

AMENIVÉ A: empressé à.

AMEUILLANTE; AMOUILLANTE (vache): vache avancée vers son terme de
gestation et dont la mamelle se développe.

AMEUILLER; AMOUILLER (v. n.): faire de la mamelle, développer sa
mamelle.

AMICE: ami.

AMIDONER: disposer dans l'amidon, empeser.

AMIGNONER: caresser. C'est à peu près l'_amignarder_, l'_amignoter_ de
la langue romane. De _mignon_. L.

AMIGRANER: bouillir à petits bouillons.

AMIN: ami. M'NAMIN: mon ami. M.

AMOMI DE: fou de, épris de. De _Momus_, dieu de la folie. Voyez MOMON.
A.

AMONTER: gravir un coteau, un mont; arriver à un endroit élevé.
_Admont_, en langue romane: plus haut. ROQUEFORT.

AMOROCS, camomille romaine. Voyez AMOURETTE DES CHAMPS. L.

AMORPHOSÉ: absorbé dans ses pensées, au point d'être immobile, comme ces
personnages des contes de Fées qu'elles _métamorphosent_ en statues.

AMOURETTE DES CHAMPS: camomille commune. (_Anthemis arvensis_).

AMOURETTE DES PRÉS (_Briza media_).

AMPRÈS; ENPRÈS: près, auprès. Cette préposition signifie aussi en
comparaison de.

AMUSER; muser. L.

ANCHIAS: enfant de mauvaise mine, qui n'acquiert pas de forces. A.

ANCIAN: ancien.

ANCINES (Guignes d'): merises noires, propres à faire des ratafias. Ce
nom vient d'_Ancines_, commune du département de la Sarthe, voisine de
la ville d'Alençon, où l'on transporte la plus grande partie de ces
fruits. A.

ANDAIN: intervalle entre deux pas. Du verbe italien _andare_, aller,
marcher. Dans la basse latinité, _andena_ signifie l'espace que
contiennent entre elles les deux jambes écartées. Consultez Nicot,
Monet, Ménage et Furetière. A.

ANDAIN: foin mis en rayons sur le pré où il passe la nuit. Voyez ONDIN.
L'Académie définit l'andain «l'étendue de pré qu'un faucheur peut
faucher à chaque pas qu'il avance.» Cette définition semble peu exacte.

ANDOUILLE: fusée de terre et de foin que l'on dépose et assemble pour
former un plancher.

ANEMI: ennemi. Alexandre de Bernai a dit, dans le XIIe siècle:

       Des anemis grever...

ANEMI QUE: à moins que.

ANERTER: défricher, essarter. D'_iners_: oisif. C'est, en effet, rendre
à la culture et à la production un terrain oisif. A.

ANGARIER (v. réfl.): s'égarer. C.

ANGE: papillon de nuit, du genre pyrale. B.

ANGE-CHRIST: Antechrist. R.

ANGELOT: sorte de fromage. Dans le moyen-âge, on appela _angelon_, puis
_angelot_, un fromage fabriqué dans le Pays-d'Auge. C'est angelon pour
augelon et même augeron. On lit dans le roman de la _Rose_:

       Ou de tartres ou de flaons,
       Ou de fromages angelons
       Qu'aussi est se moult bel jouel.

ANGLAGE: côtes et rades d'Angleterre. B.

ANGOISSER: faire éprouver des _angoisses_ et en éprouver. Montaigne
l'emploie dans le premier sens, et la _Chronique de saint Denis_ dans le
second. M.

ANGOLA; CHAT ANGOLA; LAPIN ANGOLA. Corruption d'_angora_: en effet, ces
animaux à poils longs et soyeux viennent d'Angora (l'ancienne Ancyre),
ville d'Asie, et non pas d'Angola, en Afrique.

ANH: ah! L.

ANHUI; ANI; ANIEUT. En roman _anuit_. Voyez ENHUI.

ANILLE: béquille. Du latin _anus_: vieille femme. Anille se trouve dans
le roman.

ANNELER: attacher un fil de fer dans le groin d'un porc pour l'empêcher
de fouir.

ANOUILLÈRE (vache): vache que l'on n'a pas fait saillir, ou qui n'a pas
conçu et qui continue de donner du lait.

ANSERÉE, s. f.: plantin, _plantago lanceolata_.

ANTENAIS: poulain d'au moins un an, _natus ante annum_.

ANTIVEILLE: surveille. _Anti_ pour _ante_.

AORÉ; BLÉ AORÉ: blé dont l'épi se _dore_ et mûrit.

AORIBLE; AVORIBLE: précoce. L.

APIÉ ou APIER: ruche. D'_apis_: abeille.

APIÉGER (S'): prendre _pied_, s'établir.

APIPER: attirer subtilement, par ruse. _Piper_, tromper. L.

ARGÉLATRE (s. f.): argile. A.

ARGENTÉ, ARGENTU: pourvu d'argent, riche.

ARGOUÊME: repu, rassasié. B.

ARGUILLE et ERGUILLE: argile.

ARGUILLON: ardillon. L.

ARISMÉTIQUE: arithmétique.

ARJETOURE: reginglette, repenelle. D'_arc_ qui _jette_ l'oiseau dans la
boucle de la ficelle où il se trouve pris par les pattes.

ARMELLE: alumelle.

ARMENA: almanach. Ce mot se retrouve dans le patois Troyen.

ARODIVER: ennuyer. En islandais, _at reida_ signifie irriter, fâcher. V.

ARQUELIER. Voyez HAIREQUELIER. A.

ARREGARDER: regarder. Brantome s'exprime ainsi dans ses _Dames
galantes_: «Parmi les grands, on n'arregarde pas à ces règles et
scrupules.» A la fin du XIVe siècle, on disait _agarder_ pour regarder.

ARRÊT: durée. Les jours d'hiver n'ont pas d'arrêt, ne s'_arrêtent_ pas
dans leur marche, n'ont pas de durée sensible.

ARRIAS: embarras, tracas, obstacle. Dans le _Roman de Rou_, Wace dit:

       Pur li grant arias kil reciet.

_Arrayé_, dans l'ancien français, signifiait occupé. D'arrie. _Arrias_
se trouve aussi dans le patois Lorrain.

ARRIE: crête de fossé, talus de fossé. D'_orée_, vieux mot qui a la
signification de bord, rebord, comme le substantif latin _ora_.
_Arrius_, que nous dérivons d'arrie, signifie obstacle, empêchement, qui
s'oppose au passage. Suivant Du Cange, l'_aria_ de la basse latinité est
un lieu qui n'est ni labouré, ni cultivé. Roquefort dérive arrie du mot
latin _restare:_ s'arrêter, résister. On retrouve le radical celtique
_arr_ dans le nom de la ville basque de _Biarritz_ (double roche).

ARROCHER. Voyez RUCHER. A.

ARROLE: arroche. A.

ARROQUER: accrocher. Corruption d'accroquer.

ARROSSIR, en parlant d'un cheval ou de toute autre bête de travail: en
faire une _rosse_, en l'excédant de fatigue. A.

ARROUSER, ENROUSER: arroser. L.

ARROUSSE (s. f): vesce. Voyez JAROSSE.

ARROUTÉE: quantité de chanvre mise au _routoir_.

ARROUTER: mettre en train de marcher, de faire _route_. Dans le patois
Walon, _roter_ signifie marcher. Froissard emploie _arrouter_ dans le
sens d'acheminer.

ARROUTER: mettre au routoir.

ARROUTOIR: routoir.

ARROUCHER. Voyez RUCHER. A.

ARRUNER: mettre en ordre; arranger. Ce verbe se trouve encore dans
Nicot.

ARSEI pour ARSOIR: hier au soir. _Arser_ en provençal.

ARSELET: vairon, espèce d'able. Voyez DARSELET. V.

ARSOUILLE: femme très-malpropre. Par aphérèse, de garse et de souiller.
Ce mot est rouchi. En patois du Berri, _garsouiller_ signifie gâter.

ARUSMÉTIQUE: arithmétique. L.

ASPERGÈS: goupillon; arrosoir. Du verbe latin _aspergere_. Clément Marot
dit:

                   Il y avoit dedans
       Pour aspergès une rose fennée.

ASSAISONNER; ENSAISONNER: mettre à la saison qui convient, en parlant
des terres labourables. En parlant d'une vache, c'est la faire saillir
en saison convenable. Dans la première de ces acceptions, ce mot
appartient aussi au patois du Berri.

ASSASIN: assassin, et assassinat.

ASSAUTER: attaquer. D'_assalire_. Ancien verbe du substantif _assaut_,
qui est resté dans notre langue.

ASSAVER; FAIRE ASSAVER: faire savoir; informer.

ASSÉGRIR: se tranquilliser. Du latin _securus_.

ASSEÏ: ce soir. M.

ASSEMBLEMENT: réunion. Roman.

ASSENS; ASSENT: raison, bon sens. B.

ASSICHER; ASSIÉCHER: asseoir. S.-I.

ASSIESSER (S'): s'asseoir. Je m'assiesserais; s'assiessant;
assisez-vous; qu'ils s'assisent. Assiessous, pour assiessez-vous.

ASSOIRANT: approche du _soir_. L.

ASSOLEILLER: exposer au soleil. Antoine Baïf a dit:

       Orangers soleillés fleurissans y fruitissent. A.

ASSOT; ASSOTEMENT: ennui propre à rendre _sot_. En roman, _asotie_ et
_asotement_ signifient folie, sottise et même débauche. L.

ASSOTER: ennuyer profondément. L.

ASSOTIR: même sens; et, dans le sens neutre: devenir _sot_. L.

ASSOUIR: assommer; étourdir. On dit _assabouir_ dans les patois du Berri
et du Nivernais. B.

ASTHEURE: maintenant. Par contraction, pour _à cette heure_.

ASTICHER; ASTIQUER: taquiner.

ASTICOTER: tracasser, tourmenter, piquer sans relâche. D'_astic_, os
creux rempli de suif, dans lequel les cordonniers enfoncent fréquemment
leur alène. A.

ATACHER: donner un travail à la tâche.

ATELLE: bûche. Du celtique breton, _astell_; en roman, _attelle_,
_estelle_. Il signifie aussi bâton; d'où le proverbe: _maigre comme une
âtelle_.

ATIGNOLE: boulette de viande hachée que vendent les charcutiers.

ATORI: taché, moisi. B.

ATOUCHER: toucher. L'auteur du Testament de Pathelin fait dire à cet
avocat:

       Jamais à telz gens n'attouche. L.

ATOUT: avec.

ATOUT: coup, blessure.

ATRA: _à travers_. Roman. Roquefort écrit _atras_, qu'il définit
derrière, et dérive de _retro_. C'est une simple apocope.

ATTÉDIER: affliger. De _tædere_, et non pas de _tepescere_, comme le dit
Roquefort. Employé par Basselin, vaudev. 39e. Nous avons, à ce sujet,
dit dans la note 224 de notre édition de 1821: «Ce verbe, dans Nicot,
est défini ennuyer ou fâcher..... Bourgueville de Bras l'emploie pour
signifier fâcher (part. I, p. 113).»

ATTENDIS (EN): en attendant. On disait en roman: _entandis_ ou
_entendis_, pour cependant, pendant ce temps-là. L.

ATTENTIONNÉ: attentif. A.

ATTICHER: agacer, exciter. On trouve en ce sens _atticier_ dans le
_Roman de la rose_. Voyez ASTICOTER.

ATTICOCHER: corruption d'asticoter. B.

ATTINCHER: agacer. S.-I.

ATTITONNER: caresser, dorloter. A.

AU: avec. Voyez O.

AUBET: aubier. Voyez AUBEUR.

AUBETTE: le point du jour, le commencement de l'aube. Du latin _albus_:
blanc.

AUBEUR: aubier. D'_albus_, parce que l'aubier est plus blanc que le
cœur de l'arbre.

AUBOUFEIN: bluet, aubifoin. De la couleur blanchâtre de son feuillage:
_album fenum_.

AUCHE. Voyez OCHE.

AUDIVI: autorité. Se trouve aussi dans le patois de la Corrèze.

AUGERON, NE: habitant du pays d'Auge.

AULIÈRE ou OLIÈRE: oreille. L.

AULUE: promesse qu'on ne réalise pas, retard.

AULUER ou OLUER: tromper, faire attendre, différer.

AUMAILLES: animaux, bestiaux. D'_animalia_. En roman _almèle_ et
_amaille_.

AUMIA pour AUMEAU: jeune bœuf. M.

AUNE (Sainte-): Sainte-Anne.

AUQUEMENTER: augmenter.

AUTE: autre.

AUVARE: avarie.

AUVEC: avec. On trouve _awech_ dans la langue romane; témoin ce vers du
Chevalier du Cisne:

       Awech li ert un des enfans remés. L.

AVALASSE: inondation; grande averse. Du substantif français _lavasse_.
En patois walon, _walai_ signifie ondée, grosse pluie. Dans le patois
des Vosges, _laivasse_ et _laivesse_ ont aussi cette signification.

AVALER; DEVALER: descendre. On lit dans les Essais de Montaigne:
«Jusqu'à ce qu'un homme de cheval l'alla saisir au corps et l'_avalla_
par terre», liv. III, chap. 6; et dans la 1re scène de l'_Iphigénie_ de
Rotrou:

       Quelle prompte frayeur dans le sein me devale!

AVANGER (v. n.): fournir avantageusement. Les légumes _avangeront_,
produiront beaucoup. En roman, _avenger_ et _avangier_ signifient
avancer, arriver.

AVAS: le long de. Avas le chemin. L. A Bayeux, on dit _avau_. En roman,
_avault_, _avaux_ signifient parmi, dans. En français, _aval_. Nous
avons cité, à la fin de notre édition de Basselin, p. 233, une ancienne
chanson normande dans laquelle on dit:

       Passementée avaud les gambes
       D'un biau nerfil.

AVEINDRE: atteindre.

AVENAT: balle d'avoine; paille d'avoine.

AVER: avoir, fortune, bien. _Avé_, en roman. _Avei_, en patois de
Grenoble. L.

AVER ou AVET: porc. Du latin _aper_. A.

AVÉRAS: volailles de basse-cour. D'_avis_: oiseau. En roman, _avers_
s'entend des bestiaux et des instruments aratoires. Du substantif de la
basse latinité _averium_, _averia_.

AVERLAND: grossier, brutal. En roman, _averland_ signifie maquignon. De
l'allemand, _haverling_.

AVERNANT: agréable à voir. D'_avenant_.

AVERNON: surnom, sobriquet.

AVERON ou HAVRON: _avoine_ stérile.

AVERSAT: fou, dont la cervelle est _renversée_. Du roman, _avertie_:
épilepsie, folie.

AVETTE: abeille. Ancien français. Du latin _apis_.

AVEUC: avec. Roman. S.-I.

AVEUR: précoce. Voyez AORIBLE. On dit proverbialement: «L'aveur ne doit
rien au tardif.--L'aorible n'a rien à demander au tardif». _Aveur_ vient
d'avant heure, avance.

AVIAS; AVIAUX: oiseaux. D'_avis_. B.

AVISION: invention, bonne idée.

AVISOURE: invention, etc. Du roman _avisoire_. On lit dans les Heures
perdues d'un Cavalier françois: «Pardy, je m'avisis hier au soir d'une
bonne avisoire!» L.

AVOLÉ: aventurier. Qui a pris sa volée d'un pays vers un autre.
Froissard dit (t. I, ch. 39): «Et ceux qui estoient ainsi bannis se
tenoient à Saint-Omer le plus, et les appeloit-on Avolez». B.

AVOLER: faire effort pour lancer loin ce qu'on envoie. S'AVOLER: prendre
son élan. M.

AVOMES (NOUS): nous avons. Roman. A.

AVONDER ou AVONDIR: gorger d'aliments en _abondance_, engraisser.

AVORIBLE: précoce. Voyez AORIBLE, et AVEUR.

AVOU: où. D'AVOU: d'où.

AVOUER: épuiser. A force de bouillir, cette eau s'est _avouée_.

AVOUS: Avez-vous? Dans la Farce de Pathelin, p. 88:

       Avous mal aux dents, maistre Pierre?

AVRILLER (v. n.), IL AVRILLE: il tombe une pluie fine et tiède comme en
avril.

AVRONER: apostropher insolemment.


B.


BABINOUX. Voyez BOBINOUX.

BABOTIER: babillard.

BABOUIN. Ce mot se prend en mauvaise part, comme qui dirait: mine de
singe. De _babine_: lèvre.

BABOUIN: sorte de statue en neige, que les enfants pétrissent dans les
rues.

BACHEROLLE: vaisseau de bois pour porter de l'eau. Du roman _bachoue_,
_bachole_, tine ou vase de bois propre à transporter la vendange.

BACHEAU ou BACHOT: petite bâche pour pêcher les écrevisses. En roman,
_bagau_.--Dans les marais du Cotentin, un bachot est une petite barque.

BACON: porc salé. De la basse latinité _baco_, cochon.

BACOUETTE: hoche-queue; lavandière. De _bat_, et de _coue_, dont le
diminutif est _couette_. C'est la même signification, en termes
équivalents, que hoche-queue.

BACUL: traverse de bois pour attacher par derrière les chevaux attelés.
Ce mot, dans l'arrondissement de St.-Lo, employé pour désigner une
personne qui a les cuisses et les jambes courtes, doit s'écrire
_bas-cul_, et n'est pas l'exact homonyme de _bacul_ (_bat-cul_).

BACULOT; BAGULOT: petit bâton qui sert à jouer. Du latin _baculus_.

BADER (SE): mouiller ses vêtements par le bas; se crotter. _Badé, e_,
crotté et mouillé. De _bad_ (bois, eau), expression celtique, de
laquelle sont venus les noms des villes de _Baden_ en Allemagne, et de
_Bath_ en Angleterre, qui, toutes deux, ont des bains célèbres; et même
le mot _badaud_ appliqué aux Parisiens, parce que leur ville,
naturellement humide, était fréquemment enveloppée dans les brouillards
de la Seine et des marais. En islandais, _bada_, se baigner.

BADINOUX: petit rouet dont le travail très-facile n'est qu'une sorte de
_badinage_. B.

BADOCHET (s. m.): entremetteur ou entremetteuse de mariages. On
l'appelle aussi _rouche-croûte_, parce que ce sont ordinairement de
vieilles femmes (pouvant à peine ronger leurs croûtes) qui se chargent
de ce ministère officieux et lucratif. A.

BAFFE: tape, soufflet. Roman. Du mot _paf_.

BAFRE et BAFRÉE (s. f.): régal ignoble de gourmands _Bafrée_ se dit
également en patois Lorrain.

BAFRER: faire une bafre. Se trouve aussi dans le patois Troyen.

BAFREUR: qui aime la bafre; goinfre.

BAGLE: bague.

BAGNE (SUER A): suer abondamment, comme dans un _bain_ chaud.

BAGOU ou BAGOUL: fécondité de paroles stériles. Ce mot existe aussi dans
le patois du Berri. De _gula_, gueule, _goule_.

BAGOULARD: bavard.

BAGOULER: bavarder.

BAGUER (v. n.): se dit d'une couture qui fronce désagréablement.

BAHUYER: bahutier.

BAICHIN, NE: nigaud. De _Baissin_, parce que les Baissins sont regardés
comme moins civilisés que les habitants de la Haute-Normandie. Voyez
BAISSIN.

BAILLE-LA-GOULE: bavard, sujet à manquer de parole. C'est ce que la
_Farce de Pathelin_, p. 110, appelle

           Des bailleurs
       De paroles en payement
       A rendre au jour du jugement. L.

BAILLOUX: fainéant et maladroit, qui semble _bâiller_ toujours et ne
donner aucune attention à son ouvrage. B.

BAINE (s. f.): mauvais cabaret, où l'on ne peut se procurer que de
mauvaise _boisson_. A.

BAISEUL: partie de la croûte d'un pain qui, dans le four, a touché un
pain voisin (l'a _baisé_). Dans plusieurs cantons de la Manche, on dit
_du baisé_ dans le même sens.

BAISSE-MINE: sournois; décontenancé.

BAISSIN: habitant du _pays de Bas_, du _Bas pays_. Ce sont des
manœuvres qui viennent du Bas-Maine et des arrondissements normands
contigus, pour travailler dans la Haute-Normandie. Ce mot _baissin_ n'a
nul rapport avec le Bessain ou Bessin (le territoire de Bayeux): il a la
même origine que _baissière_, liqueur qui reste au bas d'une futaille.

BAITE: ivre. A.

BAITER (SE): s'enivrer. A.

BALÈQUE: bavarde. De _bat_ et de _langue_.

BALIATTE; BALIETTE: petit _balai_.

BALIER: balayer. Se dit aussi dans le patois Lorrain.

BALIURES: balayures.

BALLANNER: rôder, ne rien faire.

BALLANT, TE: pendant, les bras ballants. Au figuré, fainéant. B.

BALLAS (s. f.): commère, fainéante.

BALLER: être pendant. Du roman _baller_, danser. En italien, _ballare_.

BALLIÈRE: sorte de paillasse remplie de _balle_ d'avoine. Se trouve
aussi dans le patois Lorrain. Voyez PAILLOT.

BALVAUDER: rester les bras ballants. Ce verbe signifie aussi faire mal
un ouvrage; galvauder.

BAMBOCHER: faire des bamboches, de mauvaises farces; se livrer à la
débauche.

BAMBOLER ou BANVOLER: gesticuler et se balancer d'une manière
désordonnée, comme les cloches que l'on sonne à toute volée.

BANCELLE (s. f.): petit _banc_.

BANLOCHER: balancer, branler.

BANNE (s. f.): grand banneau. Du celtique _benna_. En français, la
_banne_ est une sorte de panier.

BANNEAU: tombereau; petite _banne_.

BANNELÉE: ce que contient un _banneau_.

BANNELER: charrier en _banneau_.

BANNIE: enchère publique. De _ban_.

BANNIR: publier solennellement, louer en bannie.

BANON: cuvier pour recevoir le cidre dans le pressoir. On l'appelle
aussi _bêleron_.

BANON (DE): en liberté de paître après la récolte. Se dit des bestiaux
qui ont cette faculté après le _ban_, ou simplement après l'époque
déterminée par l'autorité. Ce terme de l'ancienne Coutume de Normandie
s'emploie en parlant des bestiaux qui paissent sans être attachés, à
l'abandon.

BANON: enfant pleureur.

BANONNER: pleurer comme un enfant.

BANQUE: élévation de terre en forme de _banc_; crète de fossé.

BANQUÉ, E: celui ou celle dont les _bans_ de mariage sont publiés.

BANVOLE: sorte de girouette, d'étendard, de petit moulin à vent, pour
jouet d'enfants.

BAQUER: céder, plier.

BAR ou BARD: forte pièce de bois sur laquelle on assujettit un arbre,
pour le scier en madriers ou en planches.

BAR: civière. B.

BARAI; BARAIS: baillerai, baillerais. S.-I.

BARATTÉ: babeurre, liquide qui reste au fond de la _baratte_, quand le
beurre en est extrait. A.

BARATTON: sorte de pilon, avec lequel on fait le beurre dans certaines
barattes. L.

BARBACROC: moustaches qui font le _crochet;_ homme qui les porte.

BARBAUDIER: bavard.

BARBELÉE (GELÉE): frimas qui couvrent les plantes d'une sorte de
_barbe_.

BARBISTRAL: barbier.

BARBOT: bourbier. _Barboter_ en vient.

BARBOTTEAU: caparaçon.

BARBOUILLER: bredouiller. _Babouï_, dans le patois Walon.

BARÈTE: baratte. L.

BARETÉE: mesure de cinq décalitres, demi-hectolitre. Ce mot vient de ce
que le demi-hectolitre offre à peu près la contenance de la baratte
commune, que le peuple appelle _barète_.

BARETER: baratter; agiter dans une baratte la crème que l'on veut
convertir en beurre.

BARGE (s. f.): foin ou paille empilée en forme de cône.

BARGOUILLARD: babillard importun.

BARILLER: barbotter. Valognes.

BARILLIER: fabricant de _barils_; tonnelier. Ce mot se trouve dans la
nomenclature des métiers du commencement du XIVe siècle.

BARRACAN: bourracan, étoffe de poil de chèvre. Expression de l'ancien
français, prise de la basse latinité _barracanus_.

BARRETEL. Voyez BARATTON. A.

BARRETOUX: querelleur, tapageur. De la basse latinité _barra_, bâton.

BARRIQUE (AVOIR LA): être ivre. L.

BASSE: servante. De _bachelette_, jeune fille. B.

BASSÉE: basque d'habit. C.

BASSETILLE: basque d'habit. Valognes.

BASSICOTER; BACIQUOTER; BACHICOTER: marchander d'une manière mesquine.
De _bassicot_, cage en charpente, au moyen de laquelle on élève les
ardoises du fond de leur carrière. Au propre, _bassicoter_ signifie
tirer à soi; au figuré, c'est attirer un objet en l'agitant, en le
tiraillant. C'est ainsi que _tribulation_, peine morale, souffrance de
l'âme, vient du latin _tribulum_, machine à battre le blé. Suivant
Borel, baciquoter signifie tromper.

BASSICOTIER, ÈRE: celui ou celle qui bassicote.

BASSIN: renoncule des prés (_Ranunculus pratensis_), parce que la
couleur de cette fleur ressemble au poëlon de cuivre jaune qu'on appelle
bassin.

BATACLAN: attirail, meubles, ustensiles, bruit confus. _Pataclan_ dans
le patois Troyen. Sorte d'onomatopée.

BATIAUX: vieux meubles; vieilles pièces de mauvais _bois_.

BATIÈRE: bât. De Βασταζω, porter.

BATTAISON: pente ou inclinaison donnée à une construction pour la rendre
plus solide. Roman. Val.

BATTELESSIVE: hoche-queue; lavandière.

BATTERIE: lieu où l'on bat les céréales.

BATTONER: manger avidement.

BATTU (lait): caillé égoutté, puis écrasé avec du lait frais et de la
crême. C'est cette préparation que, dans d'autres parties de la
Normandie, on appelle de la piquette. A.

BAUBE: bègue. Du latin _balbus_; du verbe grec Βαμβαινω,
balbutier.

BAUBER: bégayer.

BAUCHIER: ouvrier en _bauge_ ou pisé. On lit, dans les _Chansons
Normandes_ que nous avons recueillies à la suite de notre édition des
_Vaux-de-Vire de Basselin_, p. 182:

       A la compaignye d'un bouchier
       Venus sommes du Vau de Vire.

BAUDE: engourdi par le froid. Il a les mains _baudes_, comme on dit à
Lisieux: il a les mains _pottes_. C'est le B pour le P, et le P pour le
B.

BAUDOUR: joie; réjouissance. Roman.

BAUME: menthe coq (_Tanacetum balsamita_). Par extension, toute plante
aromatique.

BAVE (s. f.): bavardage. Villon dit, dans ses _Repues franches_:

       Qui sçavez si bien les manières,
       En disant mainte bone _bave_,
       D'avoir du meilleur de la cave.

BAVE DE COUCOU: cercops écumeuse, insecte. B.

BAVER: bavarder. Le juge dit au drapier, dans la _Farce de Pathelin_:

       Paix, par le Dyable! vous _bavez_.

BAVERESSE: bavarde.

BAVERETTE: bavette au-dessus du tablier.

BAVETTE: petite bavarde.

BAVOL (adv.): filer bavol, filer négligemment, inégalement. Voyez
BAVOQUER.

BAVOLETTE: bavolet; femme qui porte cette élégante et riche coiffure du
village.

BAVOQUER: filer un fil inégal. C'est à peu près le verbe bavocher, qui
signifie imprimer grossièrement.

BAVOT: partie du fil où il est grossier et inégal.

BAVREULE; BAVROLE: bluet.

BAYON; BÉION: cuvier du pressoir, dans lequel on recueille le cidre que
la pression du marc fait couler. Cette cuve s'appelle aussi béron et
bélon. Du celtique-breton _béol_, cuve.

BÉ: bien. De _bene_. Les Basques disent bey.

BEAUBELLE (s. f.): hypocrisie. Faire la beaubelle, agir en tartufe. De
_beau_, _belle_, qui affecte d'être beau de caractère.

BEAU-PERDU (ŒIL): œil qui n'y voit pas, mais qui a une belle
apparence.

BÉBÉE; BÉBÊTE (s. f.): bête malfaisante. Mot enfantin.

BEC DE CORBIN: renoncule des champs (_Ranunculus arvensis_). B.

BÉCAILLER: bavarder. De bec. Voyez BEQUERELLE.

BÉCANCIÈRE: bavarde revêche qui, comme on dit, a bec et ongles.

BÉCANETTE: sorte de chantepleure de bois, ordinairement en sureau;
petite cruche, vase à _boire_. De _bec_.

BÉCARD: jeune mouton d'un an, dans le patois Bayeusain; de deux ans,
dans le patois de l'Orne.

BÉCASSON: oiseau le dernier éclos de la couvée. Voyez ÉCLOCU.

BÊCHEVÊCHE: en sens contraire. Voyez BÉJUEL et TÊTE-BÊCHE.

BÊCHEVÉCHER; BÊCHEVÉLER: mettre en sens inverse, en sens opposé. A.

BÉCLÉ, en parlant du lait: caillé. _Clé_ pour _clair_. Voyez TRUTER. A.

BÉCO (DE): de plus ou de moins d'un nombre déterminé ou proposé. Un gant
de béco: un gant dépareillé. Voyez ÉTIPE. Dans le celtique-breton,
_besk_ signifie la privation d'un membre.

BÉCOT: baiser sur la bouche, de _bec_. L.

BÉCOTER: donner des _bécots_. L.

BÊCU: maladroit, malavisé. De _besk_, écourté.

BÉDANGOUX: bègue. M.

BÉDANGUER: bégayer.

BEDÉE (DE): tout à coup; étourdiment.

BEDEIN: jeune veau. Peut-être du latin _bis_ et _dens_, qui a deux
dents. A.

BÉDIÈRE (s. f.): lit, couche. De l'islandais _beder_, de l'anglais
_bed_. Pont-l'Évêque.

BEDONDON (s. m.); BÉDONDAINE (s. f.): bedaine. L.

BÉDOT ou BÉDROT: le dernier né. B.

BÉDOU: rouge-gorge.

BÉGAS: sot, qui ne sait que dire. De _bègue_, sans doute parce que celui
qui bégaie a l'air d'un niais, par l'effet de la difficulté qu'il
éprouve pour s'exprimer.--On appelle _begas_, dans la Manche, cette
pièce de bois portative, où l'on suspend la lampe pour les repas du soir
ou pour les veillées; et _grand begas_, métaphoriquement, un grand
garçon, immobile par bêtise ou par maladresse.

BÉGAUD: nigaud. Roman.

BÉGAUDER: dire des niaiseries; balbutier.

BÉGAUT: chandelier de bois avec une bobèche de fer-blanc, à ressort. A.

BEGUË; TRUITE BEGUË: truite saumonnée.

BEGUER: bégayer.

BEIGE, en parlant des laines: de couleur mélangée de noir et de blanc.

BEILLÉE ou BAYÉE: ventrée à pleins boyaux. De _boille_, gros ventre;
panse. _Beil_, ventre, dans le patois Vendéen.

BÉJUEL ou BÉJUET: en sens inverse. Être couché béjuet se dit des
personnes qui, dans le même lit, sont couchées en sens opposé l'une de
l'autre, comme il arrive chez les paysans pauvres, dans certains
cantons, où l'on établit dans une même couche les garçons et les filles
de la maison. _Béchouet_, en patois du Jura. Voyez BÊCHEVÊCHE et
TÊTE-BÊCHE. A.

BÊLE: berle, ou ache d'eau. Du celtique-breton _beler_, cresson d'eau,
parce que la berle a un peu l'apparence de cette crucifère (_Sium
latifolium_).

BÉLIANE: canard tadorne. B.

BELIN: bélier.

BELLEMENT: grandement. L.

BELOSSE ou BLOCE: fruit du prunellier. A.

BÉLUETTE: bluette; étincelle.

BELZAMINE: balsamine. Id. dans le patois Lorrain.

BEN: bien. De _bene_. C'est une simple crâse qui supprime l'_i_ de
l'adverbe bien, comme ren est celle de rien dans plusieurs patois. A.

BÉNAMEN: assurément. C'est approuver, en disant: _bien_! _amen_!

BÈNE: ruche ou panier. De _benne_ ou _banne_, hotte de vendangeur.
Avranches.

BÉNÊQUE: oie sauvage. De _bernache_, oie du Nord.

BÊNI: escargot. Avranches.

BÊNIR, en parlant du linge: sécher un peu; cesser d'être complètement
mouillé.

BENOM: surnom, sobriquet. De _bis nomen_. B.

BÉQUERELLE: bavarde acariâtre et querelleuse. Du roman _becquerelle_,
mauvais propos.

BÉQUET: petit clou que l'on met sous la semelle des souliers.

BER. Voyez BERS.

BÈRAT: bec d'un vase, par où l'on verse le _bère_.

BÉRANGUIER: marchand de fromages et de fruits. A.

BERBIS: brebis. Du latin _vervex_.

BERCA: brebis.

BERDAILLER ou BREDAILLER: bredouiller; faire un bruit importun, en
parlant d'un rouet.

BERDALE: femme de mauvaise conduite. V.

BERDANCIER: inconstant.

BERDANSER (SE): se balancer. De _danse_. A.

BÈRE: boire. Je bérai, tu béras, etc. De même pour les autres modes de
ce verbe. Je bés, ils bèvent. _Bès_ ou _beu_, à l'impératif. Appartient
également au patois du Jura.

BÈRE: cidre ou poiré. Corruption de boire. C'est une sorte d'euphémisme.
_Maûre bère_, _gros bère_: cidre pur et fort.

BEREAU: tuyau de bois ou de métal, dont on se sert pour dépoter le cidre
et le tirer du tonneau;--broc. On lit ce vers dans Basselin:

       Les pipes, les bereaux pleins de liqueurs vermeilles.

BÉRÉE (s. f.): frigilla, sorte d'oiseau. Au figuré, _petite bérée_,
jolie petite fille, bonne et gracieuse. L.

BERELLE: dispute entre buveurs.

BERGE: estomac des oiseaux. B.

BERGEAS: moutons, brebis. A.

BERLAN: brelan. Id. patois Lorrain.

BERLANDE: cuillère de bois.

BERLICOQUET: jeune coq; cochet.

BERLINGUETTE: petite sonnette. Onomatopée.

BERLOQUES: breloques. Id. patois Lorrain.

BERLOT: coq-d'Inde. Onomatopée tirée de son cri, lorsqu'il fait la roue.

BERLUETTE: bluette, étincelle.

BERNE: berme de chemin.

BERNICLES: besicles.

BERNOUSER ou BRENOUSER: salir par des excréments. Du celtique _brenn_,
son, la partie du grain qui enveloppe la farine. A.

BERNOUX: brenneux.

BEROUASSE; BROUASSE: bruine, pluie fine qui brouille le temps.

BEROUÉE: brouée; brouillard pluvieux. Dans le patois du Jura, brouée
signifie une ondée. Du latin _pruina_; du celtique-breton _brumen_,
brume, brouillard épais.

BÉROUETTE: brouette. En patois Walon, _berwette_.

BERQUE (s. f.): vieille brebis. Voyez GERCE.

BERQUER: berger. S.

BERQUERIE: bergerie. S.

BERQUIGNOT: homme mal bâti.

BERRICHON: femme dont la toilette est en grand désordre.

BERRUCHON; BERRICHON: roitelet.

BERS: berceau. On lit dans Cretin:

       Car soubz l'enfant gisant au bers.

Wace avait dit dans le _Roman de Brut_, v. 13, 895:

       Enfans em bers esboeler.

BERTELLES; BERDELLES: bretelles.

BERZOLE: femme étourdie, qui ne songe qu'à se divertir. Du
celtique-breton _berza_, défendre, chômer une fête. Voir le Dict. de Le
Gonidec.

BESCOCER: se troubler. Ce verbe est employé dans le même sens par
Froissard (_Poésies_, p. 338).

BESEAU: l'oiseau dernier éclos d'une nichée. Voyez ÉCLOCU.

BESER, en parlant des vaches en rut: courir çà et là.

BESIN: demi-ivre. B.

BESOT (porter): porter malheur. Parce que le besot, le double-as, est le
plus faible point que puissent amener les dés.

BESTIAL: bétail. On a conservé en français le pluriel _bestiaux_.

BESTOURNER: déranger, renverser. De la basse latinité _bistornare_.

BÊTAS: même sens que _bêta_: bête; sot; imbécille.

BÊTASSE (s. f.): grosse bête, imbécille. De l'italien _bestiaccia_.

BÉTELER (v. n.): cailler sur le feu, en parlant du lait. Voyez
CALEBOTTER, et TRUTER.

BÊTISER (v. n.): dire des niaiseries, des bêtises.

BÊTON: petit sot, petite bête.

BEUCHONNIER: ivrogne qui fréquente les mauvais cabarets, les bouchons.
B.

BEUCLÉ. Voyez BÉCLÉ. A.

BEUGUER: roter. M.

BEURGUER; BURGUER: pousser. B.

BEURRÉE (soupe à la beurrée): panade. L.

BEZOT: le dernier né d'une couvée. S.-I.

BIANC: blanc. C'est l'_i_ pour l'_l_, comme en italien après A, B, P, V.

BIANCHET: blanchet, sorte de corset. A.

BIARD ou BLARD: sorte de civière pour transporter les morts. De _Bière_.

BIAU (DE): Mettre ses chaussures de biau. C'est les mettre au pied,
auquel elles ne sont pas destinées.

BIAUCOUP: beaucoup.

BIBE: bube, petite tumeur survenue à la peau. Du grec βουβων,
tumeur.

BIBERONNER (v. n.): faire biberonner un enfant, lui faire boire du lait
avec un biberon.

BIBELLE: petite bube à la figure.

BIBET: moucheron. L'auteur d'une des _Chansons Normandes_, que j'ai
recueillies à la fin de mon édition de Basselin, dit, p. 210:

       L'araigne, qui tous les ans
       Fesoit son nid au dedans,
       Avec mouches et bibets
       Qu'elle prenoit dans ses rets.

Voyez GUIBET.

BIBETTE: petite bube. Diminutif de _bibe_. B.

BIBI: bobo; mal léger.

BIBRETEUX: rouge. A.

BICACOIN: en zig-zag; de côté et d'autre. A.

BICLE; BICLESSE; BIGLE; BIGLESSE: louche. Le poëte normand, Elis de
Bons, dit à Camus, évêque de Séez:

       Que son renom sera universel
       Malgré l'effort de la biglesse envie.

L'Académie a conservé _bigle_ et _bigler_.

BICLER: regarder du coin de l'œil.

BICOIN: de côté et d'autre; en zig-zag. Voyez BICACOIN.

BICOQUET: sorte de coiffure de femme, favorable à la _coquetterie_.

BIDAILLON: mauvais bidet; petit cheval de peu de valeur. L.

BIDOCHE (s. f.): cheval de bois ou de carton, pour les amusements
populaires. Nous en avons parlé dans nos _Archives Normandes_ (année
1826, p. 374), à l'art. _Cérémonies des Mariages dans la partie
occidentale du département de l'Orne_.

BIDOQUE (s. f.): vieux cheval, mauvais _bidet_. V.

BIE: cruche; par extension, toute sorte de vase. De _buie_ ou _buire_,
espèce de broc pour les liqueurs de table. Ces mots, ainsi que burette
(contraction de buverette), busse, botte, que Du Cange dérive du grec,
viennent du primitif celtique _bauc_ et _baot_, qui signifie antre et
généralement tout ce qui est creux. Bocal, boucaut, et (suivant Bullet)
bouteille, ont la même origine, de même que bouche et poche, le dernier
mot ayant changé le _b_ en _p_; ce qui est fréquent dans ces sortes de
dérivés et de composés. A.

BIEF: biez, canal qui conduit l'eau au moulin.

BIENVENUE. Voyez VENANTISES.

BIÈRE: fantôme échappé de sa bière. Val.

BIEU: biez; ruisseau.

BIEU: bleu. L'_i_ pour l'_l_, comme on a vu ci-dessus dans bianc, etc.

BIGARNOISE (A LA): coiffé à la bigarnoise; d'une manière effrontée.

BIGNE: tumeur; enflure produite par un coup. Dans le patois Lorrain on
dit _beugne_, et _geugne_. En roman _bugne_, _buigne_.

BIGNET: beignet. Patois Lorrain.

BIGNOCHE. Voyez BIGORGNE.

BIGORGNE (s. f.): partie d'un arbre, ou morceau de bois _biscornu_,
_raboteux_. En français, la bigorne est une sorte d'enclume qui a deux
pointes ou cornes (de _bis_ et de _cornu_). Au figuré, on dit des
lettres bigorgnes, pour des lettres mal conformées.

BIGRE: bougre, juron grossier. Du latin _apiger_ (qui regit apes) on a
fait _biger_, _bigrus_, garde forestier, chargé du soin des ruches.
Plusieurs chartes du moyen-âge offrent ces _biger_, _bigrus_ et _bigre_.
Un aveu, rendu en 1479 par le seigneur de Bémécourt au comte de
Breteuil, s'exprime ainsi: «Ai droict..., quand on met des mouches en la
dite forest de Breteuil, d'envoyer mon bigre avec les bigres du roi,
lequel doit être juré devant le chastelain de Breteuil de bien et
fidellement querre les abeilles et le miel pour en faire mon besoing.»
On trouve aussi ce qui suit dans un aveu de la seigneurie de Neaufle,
rendu également au comte de Breteuil en 1465: «Et du dict fief
d'Auvergni despend un hostel, appellé l'Hostel de la Bigrerie ou Hostel
aux Mousches.»

BIGUENETTE: dévote acariâtre. De bigotte. A.

BIHAN: rouet. A.

BIHORAGE (s. m.): plantation en désordre; terrain mal cultivé. A.

BIHOT. Voyez BUHOT.

BIHUTTE: mauvaise cabane. De hutte. L.

BIJAUDER: faire le plaisant. Orne.

BIJUDE. Voyez BIHUTTE.

BILANDER: être bilent. V. ce mot. A.

BILANGE (s. f.): bande étroite d'étoffe. De _lange_ ou linge.

BILENT: lent, très-lent, fainéant. De _bis_ et de _lentus_. En Roman
_bilant_.

BILLOT: «C'est comme la noblesse du _Billot_; va te coucher, tu souperas
demain!» parce que les gentilshommes de cette petite contrée de
l'arrondissement de Lisieux étaient en général fort pauvres, par
comparaison avec la noblesse normande.

BINDER: s'impatienter. S.-I.

BINEL: guignon. Jouer de binel. Orne.

BINET. Voyez BIGNET.

BINGOT: stalle de lavoir. Val.

BINGOT: panier en paille nattée.

BINOT: monceau; tas. B.

BIOCHE (s. f.): petite bie; petite cruche. A.

BIONNER: travailler avec redoublement d'efforts. De _bis_. En vieux
argot, _bier_ signifie aller. A.

BIQUETTE: petite chèvre; jeune bique, qu'en patois de Courtisols on
appelle _bica_.

BIRETTE (s. f.): verge d'enfant. Du latin _veretrum_. A.

BIRINGUE: rosse; mauvais cheval. A.

BIROQUE: rosse. B.

BIROU; BIRUCHET: roitelet. A.

BIS (s. m.): recoupe de blé.

BISCANTINE ou PISCANTINE: boisson mauvaise et plate. Voyez CLACUSSE. L.

BISET. Voyez BISEUL. A.

BISETÉ (caillou): Voyez BISEUL. A.

BISETTE (s. f.): pain _bis_.

BISETTE: macreuse (_Anas nigra_).

BISEUL: gros caillou; bloc de silex brut. Suivant Bochart, biset, pour
bisec, vient du grec βιζαπιον qui signifie une petite pierre.
Meursius le prouve au mot βιζαπιον. Les Chaldéens disaient
_biseca_. A.

BISIEUTRE (s. m.): calamité, malheur. Orne.

BISQUE (s. f.): poiré fait avec des poires jetées simplement avec de
l'eau dans une futaille; par extension, mauvaise boisson. A.

BISQUE (s. f.): haridelle, mauvais cheval. A.

BISQUE ET DE COIN (DE): de travers. Voyez BICACOIN.

BISQUER: éprouver du dépit. Comme celui qui boit de la bisque ou bien
est monté sur une bisque.

BISSAQUET (Bourgeois): paysan décrassé qui fait le fier, et semble
oublier qu'il a porté le _bissac_.

BITER A: toucher à. L.

BITOT: bientôt. L.

BLAGUE (s. f.): bavardage de fanfaron. Parce que la blague, proprement
dite, paraît une bourse bien garnie, et ne renferme qu'un peu de tabac.

BLAGUER (v. n.): bavarder pour se vanter, hâbler.

BLAGUEUR, SE: celui ou celle qui blague.

BLAIS (St.): St.-Blaise. A Alençon, le peuple dit le faubourg St.-Blais.

BLANC: on ne dit plus que six blancs. Le blan ou blanc valait cinq
deniers. Nos six blancs représentent donc 2 sous 6 deniers, ou 12
centimes et demi.

BLANC-MUGUET: aphtes qui surviennent à la bouche des petits enfants, et
ressemblent à la fleur du muguet dont ils ont la couleur.

BLAUDE (s. f.): espèce de blouse. Se trouve aussi dans le patois du
Jura. On disait dans notre ancienne langue _bliaud_, de la basse
latinité _blialdus_, _bliaudus_, _blisaudus_, et même _blidalis_ dans Du
Cange. Les Lyonnais en ont fait blauda, les Picards bleude, les Normands
blaude et plaude, les Troyens biaude.

BLEC; BLÈQUE; BLÈCHE: mou, molle, en parlant de fruits. En patois
Rennais, _blet_. Ce qualificatif est dérivé du grec βλαξ, qui
signifie mou. _Blèque_ en roman.

BLÉCHIR (v. n.): mollir, en parlant de fruits, tels que la poire, la
nèfle, la corme. Les Lorrains disent blessir et blettir.

BLÉRIE ou BLAIRIE (s. f.): champ couvert du _blé_ qu'on y a semé.

BLESSE (s. f.): blessure produite par l'effet d'une chûte, d'un coup
violent ou d'un effort.

BLET (s. m.): image. Avranches.

BLÊTE ou BLÊTRE (s. f.): motte de gazon. _Bleite_ en roman signifie
toupet, touffe de cheveux, comme notre blête est une touffe de gazon de
graminées. Dans la langue romane, dit Roquefort, on désigne par blotte
et bloutre «une petite motte de terre renversée par le soc en
labourant.»

BLETTER (v. n.): rester immobile comme une _blête_. Val.

BLEU-BLEU: barbeau, _bluet_. B.

BLEUS (s. m. plur.): linges de couleurs qu'à la lessive on établit sur
le cuvier pour les laver les premiers, parce qu'ils n'ont pas besoin d'y
séjourner aussi long-temps que le reste du linge. C'est ce qu'à Alençon
on appelle _la tournée_. L.

BLOCHE ou BELOSSE. Voyez BLOSSE.

BLOQUE (s. f.): pièce de 2 sous (10 centimes). _Bloquer_ signifie vendre
dans l'argot récent. A.

BLOQUET: souche, pièce de bois, billot. Manger au bloquet, manger sur le
billot.

BLOQUET: fuseau de dentellière. C.

BLOSSE: prune sauvage, fruit du prunellier des haies. Du roman _baloce_,
_belloche_.

BLOSSES: yeux.

BLOUQUE: boucle. C'est une métathèse qui n'est pas particulière à la
Normandie.

BOBAN: luxe, _bombance_. De _pompa_.

BOBILLON, NE: minutieux, méticuleux. En patois Rennais, _bobillon_
signifie bavard. A.

BOBINETTE: loquet, cheville qui ferme la porte. Employé par Perrault,
dans le conte du _Petit Chaperon Rouge_.

BOBINOUX: dévidoir qui sert pour les bobines.

BOBON: bonbon. L.

BOCAIN: paysan du Bocage.

BOCHE: bouche. Puer la bôche, avoir l'haleine fétide. Valognes.

BOCHER (v. n.): paraître volumineux, comme s'élève une _bosse_. Voyez
BOSSER.

BOCHET ou BOCHETTE: élévation ou _bosse_ que fait le fil sur le fuseau.
En roman, _bochette_. L.

BOCHU: bossu. Dans le XIIIe _siècle_, on disait bochu pour boçu ou
bochu:

       On m'appelle bochu, mais je ne le suis mie,

dit Adam de La Halle, poète d'Arras, qui, vers 1250, donna la première
comédie française et la première pastorale (_Le jeu de la Feuillée_, et
_Le jeu de Marion et Robin_). Voir M. Paulin, Paris, _Cabinet de lecture
du 24 janvier 1836._

BOE: boue. Roman. Gautier de Coinsi dit:

       Boe et venin tout environ
       De totes pars en sailloit fors.

BOEL (s. m.): cour près de l'habitation.

BOÊME: il a l'air d'un boême, d'un boêmien (bohémien); il a l'air noir
et sale d'un sorcier. En roman, _boem_ signifie sorcier; _boêmé_,
ensorcelé; _boesmien_, vagabond. Les Bohémiens du XVe siècle sont,
suivant le baron de Bock, originaires des Grandes-Indes, et
appartenaient à la caste méprisée des Sudders. Le mot bohême est passé
récemment dans la langue française, où il désigne une portion notable de
la jeunesse parisienne, dont ce mot indique métaphoriquement les mœurs
relâchées.

BOGUE (s. f.): hérisson ou enveloppe de la châtaigne. La bogue tire son
nom de sa conformation: elle s'ouvre comme les paupières sur un œil.
Roquefort n'a pas connu ce mot ni les deux acceptions qu'il a. A.

BOGUES (s. f.): les paupières, et, par extension, les yeux. Du grec
βοωπις, qui a de grands yeux. Le poisson que l'on nomme bogue ne
porte ce nom, suivant l'ichtyologue Rondelet, qu'à cause de la grandeur
de ses yeux, du mot grec βοωψ. A.

BOGUÉYE: chassie. P. R. _Boguille_. A.

BOGUÉYEUX, SE: chassieux, se. P. R. _Boguilleux_. A.

BOILLE (s. f.): gros ventre. Du vieux substantif français _boel_, boyau.
En roman, _beuille_ signifie le nombril, et, par extension, ventre; d'où
boillu, ventru. A.

BOIRAILLER: boire à tort et à travers. A.

BOIRE (s. m.): petit boire, cidre mêlé d'eau.

BOIRE (s. f.): abreuvoir. A.

BOIS-DOUX: réglisse. A.

BOIS A FUMER: clématite des haies. B.

BOIS-JAN: ajonc, jonc marin (_Ulex Europæus_).

BOIS DE MARAIS: reine des prés (_Spiræa ulmaria_).

BOIS-PIANT ou PUANT: cornouiller, parce que sa sève a une odeur
désagréable. L.

BOIS-PUANT: douce-amère (_Solanum nigrum_). Dans le patois Lexovien, le
bois-puant est le cornouiller (_Cornus mas_).

BOISE: pièce de bois. En roman, _boise_ signifie bûche; rondin. De la
basse latinité _boisia_.

BOISETTE: petite boise.

BOISSON (s. f.): cidre pressuré avec mélange d'eau, dont on fait la
boisson habituelle. L.

BOISSON (s. m.): poignée ou _bouchon_ soit de paille, soit de foin, dont
on se sert pour fourbir. L.

BOISSONNER (SE): s'enivrer. BOISONNÉ: ivre.

BOISSONNIER: ivrogne d'habitude.

BOÈTE, et non pas BOUÈTE: mangeaille pour les cochons, laquelle est
presque toujours plus ou moins liquide. Du verbe _boire_.

BOITE: ivre. Patois Rouchi. En Roman, _être en boite_, être ivre.

BOITON ou BOUETON: gros sabot, peu évidé, arrondi par le bout. Les
_bouêtons_ sont convenables pour garantir de la _boue_.

BOL (s. m.): boulette de viande hachée. L.

BOLUMÉ (s. m.): couvre-feu. Sonner le _bolumé_. L.

BON (DE): sérieusement, tout de bon.

BONDAS: bouchon, _bondon_. En roman, _bondail_.

BONDER: bondonner.

BONDERÉE (s. f.): femme trapue et courte comme une _bonde_.

BONE-BONE: Colin-Maillard, jeu où l'on se couvre les yeux, où l'on se
_bône_.

BONER: masquer, couvrir le visage; à proprement parler, c'est couvrir
les yeux. Du grec βοωψ. A.

BONIAU: sorte de machine en bois tressé, pour barrer un ruisseau; pour
_bôner l'iau_ (l'eau).

BONIER: fermer. Corruption de bôner. Vire.

BONNE (adv.): chèrement, beaucoup. Cet objet m'a coûté _bonne_, je l'ai
payé _bonne_. L.

BONNE-DA: exclamation, comme bon! dame! A.

BONTIF: bonasse, débonnaire. On lisait dans l'épitaphe de l'évêque Jean
Hennuyer, en 1578, ce vers alexandrin qui emploie en bonne part le
qualificatif _bontif_ appliqué à ce prélat:

       Envers Dieu et chascun _bontif_ et amiable.

BONTIVEMENT: avec simplicité.

BOQUE: coquille de noix, de noisette. De _bois_. Voyez BOGUE.

BOQUET, TE: bocager, non cultivé. Des pommes bôquettes. C'est à tort que
MM. Du Méril écrivent bauquet. Ce mot vient de _boscus_, bois.

BORAN ou BAURAN: rebord de fossé, relevé en talus; crête de fossé.

BORD: ruban de fil ou de laine qui sert à border on travail de couture.
Voyez LISETTE.

BORDAGE: petit domaine champêtre. Du vieux mot _borde_, habitation à la
campagne. On lit dans le _Dictionnaire de Trévoux_ que _bordage_, en
terme de coutume, était un «droit seigneurial dû sur une _borde_, loge
ou maison baillée pour faire les vils services du seigneur.» Dans la
basse latinité, _boaria_, _borda_, _bordellum_, etc. A.

BORDAGER: qui occupe un bordage. A.

BORDER: heurter. Voyez BOURDER.

BOS ou BOSC: bois. On lit le vers suivant dans le _Dict du Cerf_:

       Le cerf estoit par _bos_, par prés, par plaine.

_Bos_ appartient aussi au patois des Vosges. Nous retrouvons _bos_ et
_bosc_ dans la dénomination de plusieurs communes.

BOS: bah! S.-I.

BOSCO: bossu.

BOSQUIER (v. a.): pousser.

BOSSELER: bossuer un vase de métal.

BOSSER: paraître volumineux, faire saillie comme une bosse,--bossuer.
Voyez BOCHER.

BOTTER: en parlant de la neige qui s'attache aux pieds, comme une botte,
et embarrasse la marche. C'est évidemment de ce verbe et de cet accident
que vient le substantif pied-bot.

BOU: bouleau. B.

BOUJOU: bonjour! C'est par l'effet de cette tendance à changer _on_ en
_ou_, que nous disons mouceau pour monceau, la commune de Mouceaux pour
Monceaux, couvent pour convent.

BOUAILLE: anneau, bague. De _bouel_, boyau (creux et rond). Bouailles se
dit aussi pour entrailles. M.

BOUBANE: perruque. Bernai.

BOUBIQUE (adj.): hermaphrodite, qui est à la fois bouc et bique, mâle et
femelle. A.

BOUBIQUE (s. f.): cidre fait d'un mélange de pommes et de poires. Voyez
HALBI.

BOUCAN: mauvais lieu, tapage. Le boucan est un lieu dans lequel les
Sauvages et les Flibustiers fumaient leurs viandes pour les dessécher et
les conserver. C'est, par conséquent, un lieu sale, enfumé et bruyant.

BOUCANER: gronder sans mesure ni raison.

BOUCHAS: bondon. Du verbe boucher. A.

BOUCHILLON: pommier ou poirier sauvage. De _boscus_, bois. Voyez BOQUET.

BOUCLE: baie. La _boucle_ de Port-en-Bessin. B.

BOUCLÉ: se dit en parlant du lait. Voyez BÉCLÉ. A.

BOUDE: bouderie. Faire la boude, bouder. L.

BOUDE: vessie. A.

BOUDIN: boyau, intestin. Du roman _baudan_; en provençal, _baoudan_. Du
latin _botulus_.

BOUDOUFLÉ: boursouflé d'orgueil blessé. A.

BOUDRE: bouillir.

BOUDRE: bougre! S.-I.

BOUERQUIN: sorte de muselière que l'on met à la _bouche_ des moutons
pour les empêcher de brouter.

BOUESSON: bouchon ou poignée, soit de paille, soit de foin, dont on se
sert pour frotter.

BOUESSONNER: brouiller, mettre en désordre. B.

BOUESSONNIER: brouillon. B.

BOUFFAILLER: abondance de grosse viande.

BOUFFARD: gourmand.

BOUFFE-LA-BALLE: gourmand qui, à force d'emplir sa bouche, rend ses
joues bouffies comme une _balle_.

BOUFFER: manger avec avidité. En roman, bouffard signifie gourmand. Du
grec βουφαγος. Dans notre ancien français, bouffer signifie
enfler ses joues en soufflant. Ainsi notre verbe patois bouffer voudrait
dire: manger à pleine bouche, de manière à ce que les joues en
paraissent enflées. Au reste, bouffer pourrait bien être l'altération du
verbe brifer: manger avidement.

BOUFFON: gros morceau de pain qui fournit de quoi _bouffer_.

BOUFFON: sorte de Lychoris dont la fleur rose, très-double, forme des
touffes _bouffantes_.

BOUFRE: bougre.

BOUGES: culottes.

BOUGIE: vessie. Mortain.

BOUGON: morceau de bois gros et court. L.

BOUGUENETTE (s. f.): maraude, pillage. R.

BOUGUES: terrain sablonneux et mouvant sur le bord de la mer. De
l'anglo-saxon _bog_, marais. Manche.

BOUIAS: boyaux.

BOUILLE (s. f.): boucle faite sur un nœud, soit de fil, soit de
ficelle.

BOUILLON: boue liquide, l'eau qui tombe en abondance et qui fait, pour
ainsi dire, bouillonner le sol.

BOUILLONNIÈRE (s. f.): ornière, passage rempli de _bouillon_ ou boue
liquide.

BOUL: poignée de verges de _bouleau_ pour fouetter les enfants.

BOUL-BOUL: taureau. De l'anglais _bull_.

BOULE: tête. Perdre la boule: perdre la tête.

BOULEMENT: vertige, qui fait tourner la _boule_, la tête. L.

BOULER: pousser comme une _boule_, déprécier, maltraiter. Envoyer
bouler: envoyer promener. L.

BOULET: bouleau. L.

BOULEUX: gros sabot, dont le bout est rond comme une boule. Voyez
BOITON.

BOULEVARI: tumulte, désordre où tout est _bouleversé_. On dit en
français hourvari. Voyez HOULEVARI. Boulevari se trouve dans le patois
Lorrain.

BOULIEUX: mangeur de bouillie, comme les villageois de cantons pauvres.
Se prend en mauvaise part.

BOULICOT: petite pelotte de fil ébouriffée. Du substantif _boule_ et du
qualificatif _gâté_: petite boule gâtée, difforme. Ce substantif
signifie aussi morceau de bois gros et court.

BOULOIR: terrain disposé pour jouer aux quilles, sur lequel doit rouler
la _boule_.

BOULOT: gros et rond comme une _boule_.

BOULOTTER: équilibrer à peu près sa dépense avec sa recette.
Vulgairement on dit en ce sens: parvenir à joindre les deux _bouts_. L.

BOUQUET (s. m.): grosse salicoque.

BOUQUETÉ (adj.): paré d'un beau bouquet.

BOUQUETS: plantes de parterre, qui produisent des fleurs propres à faire
un bouquet. L.

BOUQUETTE: houpette. L.

BOURBIQUET: voyez BROUBIQUET.

BOURBITON (s. m.): plante crucifère à fleurs jaunes, qui se multiplie
dans les blés. Voyez SENVRE.

BOURDE: sorte de tourte aux poires ou aux pommes. Voyez BOURDELOT;
BOURDIN; DOUILLON.

BOURDELOT: tourte aux fruits. Ce mot, comme bourdin, est roman.

BOURDER: être arrêté par un obstacle. Cette voiture est bourdée.

BOURDIN: tourte aux fruits, cuite au four. On dit aussi _chausson_,
_douillon_, etc.

BOURE: cane, femelle du canard. En roman, _bour_, _bourette_,
_bourotte_, signifient aussi bien le canard que la cane. Du vieux
français _bour_, boue, parce que cet oiseau aime à barboter dans la
_boue_, afin d'y chercher des vers pour sa nourriture.

BOURET; BOUROT: caneton.

BOURETTE: petite boure, jeune cane.

BOURETTE: sorte de gâteau ou de petit pain. Probablement parce qu'il
avait la forme de l'oiseau appelé boure, bourette. Manche.

BOURGAUT: mauvais sujet. De la basse latinité _burgator_, voleur,
brigand.

BOURGEOLEINE: bourdène (_Rhamnus frangula_). B.

BOURGOGNE (s. f.): sorte de coiffure des filles du Bessin. B.

BOURGUELÉE (s. f.): feu de joie. C'est ce que dans le Dauphiné on
appelle bordalunéiri, et dans le Jura beurdifaille.

BOURGUIGNOTTE (s. f.): sommet de la coiffure des filles du Bessin.
Suivant Roquefort, la bourguignotte était autrefois «une sorte de
calotte à oreilles, un ancien casque fort léger.»

BOUROT ou BOUREAU: petit canard.

BOUROTER: marcher à petits pas pressés, comme font les _bourots_ ou
canetons. L.

BOURRELLE: cruelle. De bourreau. L.

BOURRETTE: étoupe. De bourre.

BOURRI: hamac. Manche.

BOURRI: âne. Abréviation de bourrique, qui vient de l'espagnol
_borrico_.

BOURRIER: plantes parasites que l'on enlève par le sarclage. Du latin
_burra_, employé par Ausone pour signifier des riens; d'où sont venus
_bourre_, mauvais poil, et _bourrée_, fagot fait de branches de peu de
valeur. Par extension, ordures: c'est dans ce sens qu'on l'emploie en
Bretagne. Dans une de ses stances, Regnier place ainsi le mot bourrier:

       Et cependant tu vas dardant
       Dessus moi ton courroux ardent,
       Qui ne suis qu'un bourrier qui vole, A.

BOURROCHE: bourriche. Roman. L.

BOURROT: flocon de laine qui se forme de celle que les épines des champs
arrachent aux moutons.

BOURSETTE; BROUSSETTE: mâche (_Valeriana locusta_).

BOURSICOT; BOURSIQUET: petite bourse. Il se trouve également dans le
patois du Berri et du Nivernais.

BOURSICOTER: se cotiser, tirer de sa _bourse_. S.-I.

BOURSILLER. Même sens que BOURSICOTER.

BOUSÉE: fiente du gros bétail faite en une fois.

BOUSER: faire une ou plusieurs bousées.

BOUSET: bouse consistante.

BOUSIN: mauvais lieu, tripot. Patois Lorrain.

BOUSINE: musette. De _buccina_; ou de βους, bœuf, parce qu'elle
était faite primitivement du cuir de cet animal. En roman, _bozine_
signifie trompette.

BOUSSACRE: mauvais ouvrier.

BOUSSACRER: exécuter mal un travail.

BOUSTOC: homme ou enfant gros et court. On dit communément un gros
boustoc. De _buste_.

BOUT (Être sur bout): être debout.

BOUTE-TOUT-CUIRE: prodigue.

BOUTICLE: boutique. S.-I.

BOUTIFAILLE (s. f.): profusion d'aliments.

BOUTIQUER (v. a.): mettre dans un mauvais ordre, déranger.

BOUTRE (v. a.): placer, poser. De bouter: mettre. Se trouve aussi dans
le patois Troyen.

BOUVARD: jeune _bœuf_. Du latin _bovellus_.

BRAGUE; BRAGUETTE: culotte. Du celtique _braya_, d'où est venu le
substantif latin _bracca_. La Gaule Narbonnaise était appelée par les
Romains _Gallia Braccata_, c'est-à-dire la Gaule culottée, à cause de
cette sorte de vêtement dont se servaient les habitants de cette
ancienne province. Brage et braie viennent aussi de _bracca_.

BRAGE; BRAIE (s. f.): instrument pour _broyer_ le lin. Corruption de
broie. A.

BRAIHAUD ou BRÉHAUD: braillard.

BRAIHAUDER: brailler, crier fortement et mal à propos.

BRAIRE: pleurer fort, crier haut, brailler comme fait un âne. Patois des
Vosges. En patois Walon, _breïâ_ signifie brailleur.

BRAN: son du blé. Du celtique _bren_. Pline (l. XVIII, c. 7) dit que les
Gaulois appelaient _brance_ une sorte de farine de froment.

BRANGÉ: bête à cornes dont le poil est rayé de fauve et de noir ou de
brun foncé.

BRANLE; BRANLOURE ou BRANLOIRE: pièce de bois du pressoir, qui sert à en
mettre les roues en mouvement, en _branle_.

BRANNÉ: taché de rousseurs qui ressemblent au _bran_ ou son. Voyez
SONNU. B.

BRANNÉE: ration de son mouillé pour les animaux de la ferme, quelquefois
avec addition d'herbes, de feuillages, etc.

BRASILLÉ (s. m.) galette, cuite au four; elle se fait principalement sur
le littoral du Calvados.

BRASILLER: cuire dans la _braise_ ardente du foyer ou du four. Basselin
emploie ce verbe.

BRASQUER; BRASSETIQUER: bâcler; faire à la hâte et sans égard à l'ordre.

BRASSAGE: pressurage de fruits, soit à cidre, soit à poiré.

BRASSAISON: temps du brassage.

BRASSE-CORPS (A): à bras-le-corps.

BRANCTIQUER: Voyez BRASQUER.

BRASSEYER: marcher les _bras_ pendants.

BRAUDER: enduire de choses sales. L.

BRAVE: bien paré; bien habillé. Du celtique-breton _brav_, beau,
gracieux.

BRÊCHE (s. f.): lie, sédiment.

BRÉDALLER: promener. S.-J.

BREHAIN: stérile. Il n'est plus usité en français qu'au féminin. On
trouve _brehains_ dans Wace (Établissement de la Conception).

BREHAINE: perdrix qui n'a pas encore couvé.

BREHOLIÈRE (s. f.): mauvaise bruyère, mauvais terrain. L.

BRÊLE (s. f.): bricole pour les bêtes à cornes. Voyez BREULE.

BRELETTE (s. f.): rosse. Val.

BREMAN: porte-faix faisant partie d'une association, sur laquelle M. de
Formeville a écrit un mémoire curieux. De l'islandais _ber_, porter, et
_man_, homme.

BRENÈCHE (s. f.): petite ordure. De bren ou bran. A.

BRENÉE. Voyez BRANNÉE.

BRÈNES ou BRANNES: mamelles de la truie. Du celtique-breton _brennid_.

BRESI ou BRESIL: bois de Fernambouc. Sec comme bresil. Dans cette
locution, _sec_ s'est changé en _salé_, et l'on dit souvent: salé comme
bresi. Dans le Jura, on donne ce nom à de la «viande de vache que l'on
fait boucaner pour la conserver», dit M. Monnier, dans le _Vocabulaire
de la langue rustique et populaire du Jura_.

BRESILLER (v. a.): mettre en pièces, écraser, pulvériser comme du bois
de Brésil. En picard, _bersiller_; en languedocien, _brésilla_.

BREUIL: nom de plusieurs communes de Normandie. De l'ancien français
_broil_ (_broilum_, dans la basse latinité), qui signifie bois,
broussaille. Le vieux poète Alexandre de Bernai disait, dans le XIIe
siècle:

       El val de Josaphat y est un brouil foillu.

Thibaut, roi de Navarre, emploie dans ses _Chansons_ le mot _broil_. En
roman, _breuil_ et ses synonymes signifient un bois, un buisson.
_Brogilus_ est employé dans un Capitulaire de Charlemagne (_De villis_,
cap. 46) dans le sens de bois ou bocage.

BREUILLE (s. f.): duvet des oiseaux nouvellement éclos. Expression
métaphorique tirée de breuil. B.

BREUILLER: rôder dans les bois, les _breuils_. A.

BREULE: bricole. Voyez BRÊLE.

BREUME: obscurité. De _bruma_. C'est _eu_ pour _u_, comme preune pour
prune, eune pour une, etc.

BRICHE (s. f.): ordure, excréments, être ou objet de nulle valeur et
méprisable. Roman.

BRICHET; BRUCHET: creux de l'estomac, le sternum. En roman, _brechet_.

BRICOLI: brocoli, jets de choux montés en fleurs. Du celtique-breton
_caul_ ou _col_, chou.

BRICOLIQUE: ramas d'objets divers. Corruption du mot bucoliques.

BRICON: mauvais sujet. En italien, _bricone_. Dès le XIIe siècle, Wace
avait employé ce mot dans son _Roman de Rou_ (v. 4184):

       Blasmez en seriez, et tenu por bricon.

BRIDESAVIAU (s. m.): ruban étroit de fil écru. Nicot définit par _nugæ_,
bagatelles, le vieux mot brides-à-veaux, dont Piron s'est servi dans une
de ses épigrammes.

BRIE: machine de bois pour _broyer_ la pâte.

BRIÉ (Pain): pain de pâte ferme, _briée_ (broyée) et fortement maniée.
Brieu en patois Bourguignon. Dans le patois du Jura, brier signifie
presser en foulant aux pieds. En effet, pour brier le pain dont il
s'agit, un homme en presse dans le pétrin la pâte sous ses pieds
couverts d'un sac de toile.

BRIÈRE: bruyère (_erica_), lande.

BRIFFONNIER: marchand de volailles et de menues denrées. Du celtique
_dibrif_, manger, ou de _brifa_, manger avec avidité; mots d'où l'on a
tiré briffer, briffaud, débrider. Ainsi le briffonnier est un marchand
de comestibles, tels que volailles, œufs, etc.

BRIGANDINE (s. f.): planches minces dont on fait ordinairement les
cercueils. B.

BRIGANT: hanneton, mans. Manche.

BRIMBALLER: traîner çà et là. Du vieux mot _baller_, danser, sauter.
Voyez TRIMBALLER.

BRIMBORIONNER: écrire ou parler sans raison. S.-I.

BRIN (s. m.): petite quantité, un petit brin; donnez-m'en un brin.

BRIN (adv.): rien, pas du tout. Je ne vous en donnerai brin.

BRINCANDER: remuer minutieusement _brin à brin_. Orne.

BRINDELLE: brindille, menue branche.

BRINDESINGUES: ivresse gaie.

BRINGE: petite branche. L.

BRINGÉ: même signification que BRANGÉ. B.

BRINGÉE: bon nombre de coups de bringe. L.

BRINGER: fouetter avec des _bringes_. Ce verbe est roman, ainsi que le
substantif bringe.

BRINGUE (s. f.): brebis. A. Voyez BIRINGUE.

BRINGUES: morceaux, pièces brisées menu. Mettre en bringues: mettre en
pièces. Id. en patois Lorrain.

BRINGUET: bœuf de couleur bringée. Voyez BRANGÉ.

BRINOTTER: mâcher lentement, _brin à brin_.

BRISAS: qui _brise_ tout, maladroit. L.

BRISCOT: canard. Mortain.

BRISÉ (s. m.): jachère récemment brisée par le labourage. B.

BRISION (s. f.): grand _bruit_.

BRISTONNER: divulguer, _ébruiter_.

BRIT: bruit. L.

BROCHE: aiguille à tricoter.

BROCHER: se faire jour, pénétrer à travers une haie ou des
_broussailles_. De l'ancien français _brocer_, parcourir les bois, les
broussailles. Roman. En patois Walon, _broki_ signifie fondre sur,
foncer.

BROCHON: bourgeon, bouts de jeunes branches garnis de leur feuillage,
qui tombent brisés sous les coups de gaules, lorsqu'on cueille les
fruits.

BROCSON (s. f.): femme grossière et malpropre. Voyez TOCSON.

BRODER: tricoter. A.

BRODURE: broderie. M.

BROE; BROUE (s. f.): écume de la bouche.

BROIL. Voyez BREUIL.

BROILLE (s. f.): gros ventre. Hydropisie chez les animaux, surtout chez
les lapins domestiques. Voyez BOILLE.

BROILLU: qui a un gros ventre.

BRONBRON: rouet. Onomatopée. A.

BRONCHAS; BRONCHIOUS: hanneton. Onomatopée, à cause du bruit que cet
insecte fait en volant.

BRONDIR: brandir; faire bruire une pierre qu'on lance avec la fronde.

BRONFIOUS: hanneton. De _brou_, feuilles,--parce qu'il dévore le
feuillage des arbres.

BROQUE: broche.

BROQUETTE: pénis d'enfant. M.

BROTER: écumer, jeter de la _broue_.

BROTILLON: broutille.

BROU: feuillages que l'on donne à _brouter_ aux bestiaux; jeunes
feuillages des arbres.

BROUBIQUET: chèvre-feuille. C'est la même idée, puisque _brou_ signifie
feuille, et biquet, chevreau.

BROUE: écume à la bouche.

BROUÉE: brouillard épais. A.

BROUER: écumer de la bouche, jeter de la _broue_.

BROUER; BROUIR: roussir, _brûler_. En patois Walon, _brouler_: brûler,
havir.

BROUETTEUX (s. m.): mésange à longue queue. B.

BROUSSE (s. f.): terrain inculte, couvert de _broussailles_.

BROUSSETILLES ou BROUSTILLES: menues branches brisées. Roman. Du
celtique _broust_, hallier, buisson.

BRUCHET. Voyez BRICHET.

BRULE-BOUT; BRULE-TOUT: binet sur lequel on _brûle_ les _bouts_ de
bougie ou de chandelle.

BRULIN: brûlé. Sentir le brûlin, avoir goût de brûlin.

BRUMAN: nouveau marié. En roman, ce mot signifie gendre.
Étymologiquement, c'est l'homme de la bru.

BU: bouleau. Falaise.

BUAN: brouillard épais. Roman. Du celtique _Bu_.

BUCAILLE (s. f.): fourré de bois, bocage.

BUCHER: tailler, couper dans une pièce de _bois_. L'Académie n'emploie
ce verbe que dans le sens de faire des bûches.

BUÉE: vapeur de l'eau _bouillante_. Lessive. Ménage déraisonne
longuement sur l'origine de ce substantif, que Huet fait avec raison
venir du grec βυω, d'où est tiré le verbe latin _imbuo_ et le
mot français _imbu_. En effet, le linge est imbu par la lessive qui
l'abreuve. Dans une de ses ballades, Villon dit:

       La pluye nous a buez et lavez.

_Bua_ en patois du Jura. _Bouaie_ en patois des Vosges.

BUETTE: bûchette. Manche.

BUFFE: coup ou soufflet qui fait enfler ou _bouffir_ la joue.

BUFFET DE SERVICE: buffet. L.

BUHOT: sorte de tube en bois pour prendre les taupes. Il est un autre
buhot dont les faucheurs se servent pour placer et humecter la pierre à
aiguiser la faulx. A Vire, on appelle buhot un gros sabot qui ressemble
un peu au buhot du taupier. L.

BUHOTTE (s. f.): petite limace.

BUNÉE: caprice. B.

BUNETTE (s. f.): fauvette traîne-buisson ou fauvette d'hiver (_Motacilla
modularis_). Bunette, probablement pour brunette, à cause de sa couleur.
Dans le patois Troyen, la bunette est la mauviette.

BUOTTE: piége à taupes. Voyez BUHOT.

BUR ou BURE: habitation de village. De la basse latinité _burum_.

BURAS: sorte de bure, étoffe.

BURET: porcherie. De _bur_. En Auvergne, on appelle une vacherie buron.
Le bure, en français, est un puits profond dans les mines. B.

BURET ou plutôt BURRET: première mue des jeunes oiseaux dont la plume
n'est alors qu'une sorte de _bourre_.

BURGUER: heurter brutalement, _brusquer_, pousser rudement. Raynouard
(_Lexique roman_, II, 27) dit que les troubadours employaient le mot
_burs_ dans le sens de choc ou coup.

BUSOQUER: agir en buse, oiseau stupide; perdre son temps à de niaises et
sottes occupations.

BUSOT: poil follet, plumes naissantes; brin de paille, fétu.

BUSSE: petit tonneau. En basse latinité, _bossex_; en roman _bosse_.

BUTAS: homme grossier, lourdaud. En roman, _butau_.

BUTÉE: butte, côte, chemin montueux et rapide.

BUTER: broncher, comme lorsqu'on heurte avec le pied une petite _butte_.

BUTILLÉE (EN): en masse. De butte. B.

BUTILLON: panier à tissu clair, et allongé en bouteille. V.
_Butiglionus_ dans Du Cange.


C.


CABAGÉTIS: CABAJITIS: dépôt désordonné de vieux effets, de vieux _cabas_
sans valeur, jetés dans un _cabinet_. En patois du Jura, _cajabiti_,
_cajibiti_. De _cage_: _cavea_. A.

CABARET: avant-toit. A.

CABAS: vieux meuble grossier.

CABAS: tromperie. Employé en ce sens par Jean Joret.

CABASSER: tromper. Ancien français.

CABIET: chat.

CABIN: petit cabinet malpropre. A.

CABINE: ravin.

CABINET: petite armoire. A.

CABLER: fermer bruyamment une porte ou toute autre ouverture. En roman,
_cable_ signifiait un arbre ou une branche que le vent a cassée. On dit
dans le patois du Bessin: «Cette porte ou fenêtre _cable_», c'est-à-dire
est agitée bruyamment par le vent.

CABOCHE (s. f.): tête de vieux clou. De _caput_, tête.

CABOT: ancienne mesure contenant un demi-boisseau. Du grec καβος, mesure. Aux environs de St.-Lo, de Bayeux, etc., cabot signifie
tas, monceau. Mettre le foin en cabots, c'est le réunir en petits
monceaux.

CABOT; CHABOT: petit poisson de rivière à grosse tête. De _caput_.

CABOURE: mauvaise maison délabrée. B.

CABOUSSAT: soupe au babeure. O.

CABRE: bruit. A. Voyez CABLER.

CABREUX: conducteur de bestiaux. B.

CACAPHONIE: cacophonie.

CACHARD, DE: qui aime à dissimuler; paresseux, qui ne va qu'à force de
coups. Bête cacharde.

CACHE: chasse. S.-I.

CACHE-PUCE (chasse-puce): menthe poivrée (_Mentha piperita_).

CACHER: chasser devant soi. En roman, _cachier_. Dans la _Dance aux
aveugles_ on emploie l'expression cacher pour chasser. L.

CACHEUX: celui qui _cache_ ou chasse devant lui les bêtes à cornes aux
marchés. L.

CACHOTTER: faire des _cachotteries_, faire un mystère de choses peu
importantes.

CACHOTTIER, IÈRE: qui fait des cachotteries.

CACOUARD: frileux, souffreteux. B.

CACOUE (s. f.): roseau à balais (_Arundo phragmites_). B.

CADELER: soigner avec grande affection. En roman, _cadeler_, _chadeler_,
signifient conduire; _cadeau_ et _cadel_, jeune chien. Ainsi cadeler un
enfant, c'est le traiter comme un petit chien chéri.

CAFOUIN: café faible et léger, mauvais café.

CAGÉE: plein une cage. Une cagée de volailles grasses.

CAGNARD: sorte de réchaud en fonte. L.

CAGNET: paille de sarrasin. O.

CAGNOLLE: nuque. La _Muse Normande_ désigne sous ce nom la mort. En
islandais, _kenni_ signifie mâchoire.

CAGNON (de morue): _chignon_ de la tête de ce poisson salé. Roman, comme
_cagnolle_. Roquefort pense que ces mots viennent du latin _catena_,
chaîne, «parce que la nuque ressemble à un chaînon.» L.

CAHUHAN: chat-huant.

CAIAMAN: grand coquillage spirivalve. Voyez CALIN. B.

CAIGNOT: petit enfant. De _canis_, chien. On dit, par mignardise,
caignot pour mon petit chien, comme d'autres disent: mon petit chat, mon
minet. A.

CAILLE: mêlé de blanc et de couleur foncée. Un bœuf caille, une vache
caille; qui a le poil tacheté par masses de blanc et de fauve, ou de
noir et de blanc. A Bayeux et dans la Manche, on dit _cailli_ et
_caillé_.

CAILLES; CAILLE-BOTTES: grumeaux de lait caillé.

CAILLOU: noyau d'un fruit tel que l'abricot, la cerise, etc. L.

CAIMAND, DE. Voyez QUÊMAND. Roman.

CAIN ou CAHIN (LA SEMAINE): la semaine-sainte. B.

CAINE: chaîne. Id., dans le patois Picard.

CAINGEON. Voyez CAIGNOT. A.

CAIGNOT: jeune chien.

CAIR: clair. A.

CARAILLER: ne boire que le bouillon de la soupe, que le cair (le clair)
du potage. A.

CAIRÉE: curée. De _caro_, chair. A.

CALAMISTRER: ajuster, parer avec recherche. Dans la basse latinité,
_calamistrare_.

CALARD, DE: paresseux, poltron. B.

CALEBOTTER (en parlant du lait): cailler. V. TRUTER. Ce verbe, en
parlant des sauces, signifie se coaguler sur le feu en grumeaux, comme
les caillebottes du lait caillé.

CALÉ: bien établi; solidement riche et remarquablement habillé. De
_cale_.

CALÉE: grande quantité. Valognes.

CALEHEAU: caniveau. La lettre _h_ s'aspire. L.

CALENGER: discuter un prix, stipuler dans un marché avant de conclure.
En roman, disputer, quereller. Autrefois _challengier_, que M. Paulin
Paris fait venir de _calumniari_, chicaner, et M. Pierquin de Gembloux
de l'anglais _to challenge_, prétendre, réclamer, verbe qui plus
vraisemblablement fut porté en Angleterre par les Normands[13]. Roquefort
dit que le verbe calenger, en Normandie, signifie barguigner, et, avant
M. Paris, il l'a dérivé de _calumniari_.

[Note 13: La conjecture de M. Louis Du Bois est confirmée par ce court
article: «callenge, _an accusation_», p. 34 de l'ouvrage précieux et
rare intitulé: _A Dictionary of the norman or old french language..._;
by Robert Kelham. London, 1779; in-8º. J. T.]

CALER: refuser un défi. C'est ce que l'on appelle (figurément aussi)
saigner du nez.

CALESENIER: nonchalant, fainéant.

CALEUX: paresseux. R.

CALIBARAUD: entre deux vins, à demi-ivre. Evreux.

CALIBAUDÉE: feu de fagot ardent et clair.

CALIBORGNETTES: lunettes. Valognes.

CALIBORGNON: qui a la vue très-basse. L.

CALIBREDA (A): à califourchon. A.

CALIFOURQUETTE; CALIFOURCHETTE (A): à califourchon. L.

CALIMAÇON et CALIMACHON: colimaçon.

CALIN: petit coquillage spirivalve que l'on mange cuit. B.

CALIN et CALUN: suite d'éclairs sans tonnerre, qui illuminent l'horizon.
De _calor_, chaleur. B.

CALINER (v. n.): éclairer. B.

CALINER: dorloter. L.

CALOBRE: sorte de robe, vêtement de drap grossier. De la basse latinité
_colobium_, employé par Orderic Vital, t. I, p. 233. En roman, _calobe_:
vêtement long sans manches. Le substantif roman _caltre_ signifie
draperie.

CALORET: petit bonnet de mauvais goût. De calotte. A.

CALORGNE: louche.

CALOT: petit trésor, magot.

CALOT: morceau de bois, provenant de débris des arbres employés à faire
des sabots. _Calots_: gros copeaux. Bale ou son du sarrasin.

CALOT: sorte de bonnet d'enfant. De _calotte_.

CALOTIN: terme de mépris, en parlant d'un prêtre qui n'a de
recommandable que sa _calotte_.

CALOTTE (s. f.): coup de la main sur le derrière de la tête, sur la
partie de l'occiput, où les ecclésiastiques placent leur _calotte_.

CALOTTER (v. a.): donner un coup sur le derrière de la tête. Le sens de
ce mot s'est étendu aux claques sur la figure.

CALUCHOT: mauvais bonnet. A.

CALVET: sommet de la tête, qui est le plus exposé à la _calvitie_.
Valognes.

CAMAIL: travail à l'extérieur. Cette domestique est peu propre aux
travaux de l'intérieur du ménage, mais elle est bonne pour le _camail_.
L.

CAMBOT: petit enfant débile.

CAMBOTTES (s. f. pl.): espèce de paniers qu'on place sur les côtés du
bât pour porter le fumier. A.

CAMBRE: chambre, chanvre.

CAMBROUSE: mauvaise _chambrière_. Ce mot appartient à l'argot ancien.

CAMELOTTE: pacotille, marchandise. Argot récent.

CAMIÈRE: camomille (_Anthemis_). B.

CAMIOLÉE, ou plutôt CAMIONNÉE: charge d'un camion.

CAMIONNER: charrier dans un _camion_, petite charrette à bras, dont le
nom vient du roman.

CAMPOUSTAIN, NE: affecté dans sa marche, et qui se _cambre_ pour se
donner bonne grâce.

CAMPUNELLE: clochette d'église. De _campana_, cloche. Voyez TINTENELLE.
En roman, _campanelle_, _campenelle_.

CANAILLON; QUENAILLON: enfant.

CANCHELER: chanceler. Roman. S.-I.

CANCHIÈRE (s. f.): «sillon transversal par lequel on entre dans le
champ.» Pluquet.

CANCHON: chanson. S.-I.

CANEBOTTE: chenevotte. De _cannabis_.

CANEÇON: caleçon. Appartient au patois Lorrain.

CANEHOTTE: oie sauvage. Valognes.

CANESRE (s. f.): mélange d'eau et de jus de réglisse, dont se régalent
les enfants.

CANET: caneton, jeune canard. D'_anas_.

CANETTE: petite boule de marbre avec laquelle jouent les enfants.

CANI. Voyez CHANI.

CANISSURE. Voyez CHANISSURE.

CANIVIÈRE: chenevière.

CANIVIEUX: chenevis.

CANIVOTTE: chenevotte.

CANJON: petit enfant. A.

CANNE: cruche. Roman. Voyez CHANNE. L.

CANNE-PÉTOIRE et CANNE-PÉTOUSE: sorte de tube en sureau, pour lancer
soit de l'eau, soit de menus projectiles.

CANNÉE: contenu de la canne.

CANNETTE: bobine à rebords sur laquelle on enroule, avec le dévidoir, le
fil pour les toiliers. Du celtique _kanel_.

CANT: côté, _champ_. Dans ce sens, l'Académie appelle _champ_ le côté le
moins large des pièces carrées, soit charpente, soit briques, soit
pierres de taille. De l'islandais _kant_, côté.

CANTER: pencher sur le côté.

CANTET. Voyez CHANTEAU.

CANVERSER: renverser sur le côté.

CAPE; TÊTE DE CAPE: chaperon noir que les femmes portaient autrefois,
avant que les parapluies fussent devenus communs, et qui couvrait la
tête et les épaules. De _caput_, tête. Peut-être de _capella_, chèvre,
parce que ce vêtement était fabriqué avec du poil de cet animal.

CAPENDU: court-pendu. Sorte de pomme très-bonne à manger.

CAPER: se renfrogner sous _cape_. Valognes.

CAPET et CAPIAU: chapeau. De _caput_.

CAPET-TAGNEUX: bardane (_Arctium Lappa_), parce que les enfants en
jettent dans les cheveux les graines qui s'y attachent comme la
_teigne_.

CAPIFAUT: Colin-Maillard, sorte de jeu qui, couvrant les yeux, fait
_faillir la tête_. S.-I.

CAPINE-CAUCHE. Voyez CHAPIN.

CAPOGNER (v. a.): donner des coups de _poing_ sur la tête de quelqu'un.
En patois Walon, _k'pougn'té_ signifie gourmer, battre à coups de poing.
Voir le Dict. de Cambresier.

CAPON: poltron. De chapon, coq rendu lâche par sa mutilation.

CAPONNER: agir en poltron, reculer devant tout défi.

CAPRICORNE (s. m.): le scerambix musqué. B.

CAPUCHER. Voyez CAPOGNER. B.

CAPUCIN: c'est l'insecte appelé _Oryctese nasicornis_. B.

CAQUETOIRE (s. f.): larynx, la luette, qui produit le caquet.

CAQUEUX: couteau pour ouvrir, _écaler_ les huîtres, les extraire de leur
_caque_. B.

CARABAS: mauvaise voiture, vieux carrosse.

CARABIN: sarrasin (_Polygonum fagopyrum_).

CARAPON: sorte de bonnet d'homme, fabriqué avec une peau de renard, de
chat, etc. B.

CARAS: sorcier, déguenillé. De la basse latinité _charogus_ et
_charogius_: sorcier.

CARCAN: mauvaise bête, homme méchant qui mériterait d'être mis au
carcan.

CARDON: nom donné, sur le littoral de Caen, à une espèce de crevette qui
s'y pêche en abondance.

CARDON-LANIER: chardon à foulon, à bonnetier (_Dipsacus fullonum_).

CARETTE: charrette. Voyez QUERETTE. S.-I.

CARÊME-PERNANT; CARÊME-PRENANT: crêpe de farine de blé que l'on fait aux
Jours-Gras, lorsque le _carême_ va _prendre_ ou commencer. L.

CARI: rosse. Manche.

CARIMALOT: charivari. Du patois Rouchi _caramara_, masque. B.

CARME: vers, poésie. Du latin _carmen_. Employé par Basselin qu'il ne
faut pas citer comme le pseudonyme de Le Houx. On trouve _carme_ pour
vers dans le _Trésor_ de Nicot.

CARNASSIER, IÈRE: avide; friand. L.

CARNE (s. f.): mauvaise viande, mauvais cheval, charogne. De _carnis_,
génitif de _caro_, chair. L.

CAROU: lâche, corps sans âme. De _caro_, chair. L.

CARRE (s. f.): angle d'un carré; bûche fendue et présentant des carrés
ou angles aigus, droits ou obtus.

CARRÉE: _quartier_ d'une localité.

CARRELET: petit carré de papier. Vire.

CARRIER (v. a.): charrier. S.-I.

CARROSSE: stalle dont se servent les laveuses. Voyez BINGOT; CASSOT. C.

CARRUÉE: quantité de terre que la _charrue_ peut labourer en un jour. De
la basse latinité _carrucata_. Pont-Audemer.

CARRIEUR: carrier, ouvrier qui travaille à l'exploitation d'une
carrière.

CARSOGNE: demi-boisseau.

CARTE: pinte, quatrième partie de l'ancien pot. Vire. A Caen, c'est la
pinte, d'un litre environ.

CARTELÉ (Pain), pain d'élite, coupé en le pétrissant de manière à offrir
au four plus de croûte sur sa surface divisée en quatre. B.

CARTER: faire place, s'écarter. En patois du Jura, _se carer_.

CARTEYER: c'est le même sens que _carter_. A.

CAS: chose, affaire, avoir.

CAS: chaud. S.-I.

CAS: fêlé. Sonner le _cas_, en parlant d'un vase fêlé. L.

CASCARINETTES: cliquettes. Se trouve dans le patois Lorrain. De l'ancien
français _cascagnettes_, dont on a depuis fait castagnettes.

CASSE; CASSE A ROT: léchefrite. Dans le patois Troyen, la casse est un
poëlon de cuivre. Du latin _capsa_ et _cassa_. Voir Du Cange. A.

CASSEAU: étui pour déposer les aiguilles, les épingles. Du celtique
_caezed_, cassette. Dans le patois du Jura, on dit cachet, cachot. A.

CASSE-MUSEAU: sorte de petit gâteau, fait avec de la farine, des œufs
et du lait caillé par la présure. Dans le département des Vosges, le
_casse-museau_ est un pâté fait avec des pommes cuites. _Cache-musiau_,
dans un ancien réglement des juges de la cité de Metz. En Roman,
_cachemuseu_. A.

CASSER: fendre. Casser du bois, le fendre en bûches. En bon français,
casser signifie briser, rompre.

CASSERIAU: petit ravin. A.

CASSET et CASSETIER: même signification que CASSEAU. Voy. ce mot.

CASSINE: maison de peu de valeur. Roman. De la basse latinité _cassina_.
Ce mot se trouve dans nos vieux poètes:

       Or voilà le trésor de ma pauvre cassine.
                                        Belleau.

CASSOT: stalle en bois dans laquelle s'agenouillent les laveuses et qui
a l'air d'une _caisse_.

CASTAFOUINE: excréments humains.

CASTARAT: écervelé, étourdi. Quel castarât! L.

CASTILLE: petite groseille; groseille à grappe. Ménage dit qu'en Anjou
on appelle castille la petite groseille qu'à Caen on nomme gade. Voyez
GADE; GARDE et GRADE. Rouchi.

CASTILLIER: groseiller à grappes.

CASTONADE: cassonade. Se trouve aussi dans le patois Lorrain et dans le
patois Rouchi.

CASTROLE: casserole.

CASUEL: fragile. Du verbe _casser_.

CAT; CATTE: chat, chatte. De la basse latinité _catus_. Du
celtique-breton _caz_. Roman.

CATAU (s. f.): femme de mauvaise conduite; _catin_. De quelque femme,
nommée Catherine, qui se comportait mal. A.

CATAUD; CATAS: dissimulé, sournois.

CATÉCHIME; CATICHIME: catéchisme.

CATÉFUT: souricière.

CATELINETTE: le grèbe huppé. B.

CATERRE (s. m.): convulsions et coliques des enfants. A.

CATICÈME (s. m): catéchisme.

CATIGNER (v. a.): serrer, _cacher_ dans un coin. O.

CATINER (v. a.): flatter comme fait un chat. B.

CATIS: doucereux, _calin_. Manche.

CATONNER: marcher à quatre pattes, comme le _chat_ vers la souris. L.

CATONS (marcher A). Voyez CATONNER. L.

CATRE (s. m.): cadre.

CATTIR (SE): se pelotonner, se blottir, comme font les _chats_. L.

CATUNE (s. f.): sourcil. B.

CATUNER et SE CATUNER: froncer le sourcil et baisser la tête. B.

CAUCHE: bas. Corruption de _chausse_. Roman. D'où _caucher_, chausser.

CAUCHER: chauler. De _calx_, chaux.

CAUCHIN: sable de chaussée. Du latin, _calcare_.

CAUCHON: chausson. Roman.

CAUCHURE: chaussure.

CAUDELÉE: restes de laitages, conservés dans une barrique, pour faire de
la soupe. De _chaudeau_, bouillon. B.

CAUDIOT (s. m.): feu de joie. De _gaudium_.

CAUFFER: chauffer.

CAUFFETTE: chaufferette.

CAUMONI: fané, flétri.

CAUNIR: flétrir. Un visage _cauni_ est un visage devenu livide. De
_canus_, blanc. En Roman, _caurit_ signifie trépassé.

CAUQUE-SOURIS: chauve-souris. Voyez SOURIS-GAUDE.

CAUSER (v. a.): blâmer. A.

CAUSETTE: petit entretien familier, sans conséquence.

CAUT: artificieux, rusé. _Cauteleux_. Roman.

CAUTÈLE: ruse, perfidie. Ancien français.

CAUTON (s. m.): tige principale d'une planche. Du latin _caulis_, tige.
MM. Du Méril.

CAUVET: espiègle, malicieux, dont il faut se défier. De _cavere_.

CAUVETTE: petite corneille. Au figuré, femme babillarde. Du
celtique-breton _kavan_; du roman _kawe_ ou _kauwe_.

CAVEL: dévidoir.

CAVÉREAU (s. m.): entrée de _cave_ recouverte d'une trappe. A.

CAVIN (s. m.): fossé. De _cavus_, creux, comme le français _cavée_. MM.
Du Méril.

CÊME (s. f.): première crême du lait, crême fine.

CÉMITIÈRE: cimetière. En Roman, _semetière_; en patois Walon,
_simitière_.

CEMPLE: métier à cemple: métier à fleurir l'étoffe. S.-I.

CENAS: grange, grenier: par extension, chambre, cabinet ou lit mal
tenus. De _cellarium_, d'où est venu cellier, celle. En Roman,
_chenail_. En patois Walon, _sinat_ signifie un fenil. A.

CENELLE (s. f.): fruit de l'aubépine, du houx; fruit en baie; prunelle.
On lit dans les fabliaux cynelle, sanelle et cenèle.

CENGLES ou SENGLES. Suivant Pluquet, on appelait ainsi de «petites rues
qui formaient une ligne de circonvallation autour des faubourgs de
Bayeux. On disait: les sengles de St.-Patrice, les sengles de
St.-Floxel, etc.». De _cingulum_, ceinture. B.

CENSÉMENT. Il y a _censément_ une douzaine d'œufs: il est _censé_ qu'il
y a une douzaine d'œufs. L.

CENTINE (s. f.): centime.

CÉPIAU. Voyez SEPEAU.

CERGE (s. f.): charge, fardeau. S.-I.

CERNEAU: sorte de couperet recourbé par le bout.

CERSIFIS: salsifis (_Scorzonera purpurea_).

CÊTRES (s. m. pl.): gestes, façons affectées, manières ridicules.

CETTE-LA; CETI-LA: celle-là; celui-là. L.

CETUI-CI; CETUI-LA: celui-ci; celui-là. Roman. Voyez STI-LA.

CHA: ça. S.-I.

CHABERNALE: négligence. Valognes.

CHABERNAU: savetier. Valognes.

CHACOUTER: coudoyer. L.

CHACOUTER: parler bas, _chuchotter_. En anglais, _to chawter_ signifie
murmurer. B.

CHAI: chair, viande. On dit proverbialement: «La chai nourrit la chai»,
pour dire: la viande nourrit l'homme mieux que tout autre aliment.

CHAI: cher, d'un prix élevé. _Pu chai_, plus cher.

CHAIRE: chaise. Id. dans le patois du Jura.

CHAIRE ou CHÊRE: tomber, _choir_.

CHAIRU: charnu.

CHALETTE: pantoufle.

CHALIT: bois de lit.

CHALOINE: chanoine. Patois Lorrain. L.

CHALON: chalan, sorte de petit bateau plat. Roman. De la basse latinité
_chalonnium_. A.

CHALUMIN: couteau d'enfant A.

CHALUT: sorte de filet. B.

CHAMBRE (s. m.): chanvre.

CHAMBRILLON: petite servante de peu de service, petite chambrière.
Roman.

CHAMPÉIÈRE (s. f.): sillon transversal. De _champ_.

CHAMPLEURE; CHAMPELURE: chantepleure. Roman.

CHANDELEUR (s. f.): la galanthe des neiges (_Galanthus nivalis_);--parce
qu'elle fleurit en hiver, vers l'époque de la Chandeleur, 2 février. L.

CHANDELLE (s. f.): pistil, en forme de battant de cloche. Du
Pied-de-Veau (_Arum maculatum_). L.

CHANGLER: sangler. De _cingulum_. S.-I.

CHANI: _chanci_, moisi. On dit aussi _cani_. De _canus_, blanc.

CHANIR: moisir.

CHANISSURE; CANISSURE: moisissure.

CHANNE: cruche. Roman. Dans le Jura, la _channe_ est une mesure de deux
litres, ce qu'en Normandie on appelait un _pot_. Voyez CANNE.

CHANNÉE: ce que contient une _channe_.

CHANTERONNER: chanter sans soin, ou fredonner quelque refrain. L.

CHANTUSER: chanter désagréablement quelques vers d'une chanson.

CHAOLORE: paresseuse. Voyez CHOULE.

CHAPE (s. f.): garniture de cuir pour le fléau.

CHAPEAU: écume qui a pris quelque consistance et qui se forme dans le
tonneau sur le cidre. L.

CHAPER (v. n.): marcher en allant et en revenant fréquemment sur ses
pas, comme font les _chapiers_ pendant l'office religieux.

CHAPIN; CHAPINE-CHAUSSE et CAPINE-CAUCHE (adv.): à bas bruit, tout
doucement. B.

CHAPLEUSE; CHARPLEUSE; CHARPELEUSE: chatte-peleuse. C'est à tort que MM.
Du Méril tirent ce nom de chair velue: il vient de _chatte poilue_,
parce que la chenille dont il s'agit ici ressemble à une _chatte_ à
longs _poils_. En zoologie, on appelle _chatte-peleuse_ la calandre qui
ronge les blés.

CHAPON DE LIERRE: hibou. B.

CHAPPES; BAISSER SES CHAPPES: tirer ses chausses, tirer ses grègues. A.

CHARABIAH: langage inintelligible. On dit: _parler charabiah_. Cette
expression vient, suivant M. Pierquin de Gembloux, «du nom de
Scharakiah, ville d'Arabie, qui donna son nom aux Sarrasins.»

CHARAIE: puérilité, bagatelles. D'où est venu peut-être _charade_, dont
on ne trouve pas l'étymologie. Roman.

CHARBONNETTE (s. f.): braise.

CHARDRONNET: chardonneret.

CHARGEAGE (s. m.): action de charger. Id. en patois Lorrain.

CHAROUET (s. m.): charrier. De _charrée_.

CHARPI (s. m.): charpie. Id. en patois Lorrain. L.

CHARRÉE: femme dissolue.

CHARRER: babiller, jaser. De l'espagnol _charlar_.

CHARTERIE: remise dans laquelle on met les _charrettes_ à l'abri.

CHAS: chaud.

CHAS (s. m.): colle de farine. A.

CHAS: mauvais bouillon. Du vieux mot _chaudeau_. B.

CHAS: choir, tomber. Il va _chas_: il va tomber. Voyez CHAIRE. A.

CHASSE: rut, en parlant des vaches. Cette vache est en chasse.

CHASSE: chemin rural.

CHASSE-PUCE. Voyez CACHE-PUCHE.

CHAT (PETIT): écureuil. D.

CHATEL: biens mobiliers. On lit dans les _Établissements de Normandie_:
«Se aucuns est qui n'ait point d'eritage, et il promet à sa fame or ou
argent en doère, quant vendra la mort à s'omme, li doère soit pris del
commun _chatel_.»

CHATELET: dévidoir. A.

CHATONNER: mettre bas, en parlant de la _chatte_.

CHATOURNE: taloche, soufflet.

CHATREUX: sorte de mollusque du genre des poulpes. B.

CHAUBERT: rhume. A.

CHAUDET: lit où il fait _chaud_.

CHAUDIN: fraise de veau. L. A Alençon, on appelle _chaudin_ les
entrailles du porc. Nicot et Ménage font venir le chaudeau du latin
_calidus_, «parce qu'on le prend chaud». Je crois que _chaudin_ a la
même origine, parce que c'est un mets que l'on mange _chaud_ et cuit
dans la _chaudière_. En Roman, _chaudun_.

CHAUFFE-PIED: pièce d'une maison qui a une cheminée. A.

CHAULE (s. f.): renom, réputation, vogue. B.

CHAUSSE (s. f.): bas.

CHAUSSON: tourte aux fruits. Voyez BOURDIN.

CHAUVIR: dresser les oreilles d'un air sournois et malveillant. Chauvir
de l'œil: regarder en dessous d'un air ironique. Le satirique Regnier
(sat. VIII) rend le _demitto auriculas_ d'Horace par:

       Je chauvy de l'oreille.

Oudin traduit chauvir, en italien, par _chinare dimenando le orecchie_.
A.

CHAVARIN: charivari.

CHEINTURE: ceinture. S.-I.

CHELA: cela. S.-I.

CHEMER: désoler. S.-I.

CHEMICHER: pleurer à bas bruit.

CHEMINEAU: sorte de petit pain. Voyez QUEMINEL. Roquefort définit ainsi
le chemineau: «pain qu'on mangeait dans le carême en Normandie. De la
basse latinité _simenellus_.» Voici ce qu'on lit dans les _Mélanges
d'hist. et de litt._ de Vigneul Marville (Bon. d'Argonne), t. II, p. 92:
«_Siminellus. Panis similaceus, ex similâ._ Græcis σεμιdαλιτης.
C'est ce que l'on appelle en Picardie _seminiaux_, selon la remarque de
Du Cange, à laquelle on peut ajouter que les Normands, qui changent
aisément _se_ en _che_, disent chemineaux. S.-I.»

CHEMISE DE LA BONNE-VIERGE: sorte de liseron (_Convolvulus arvensis_).
B.

CHENIVIEUX: chenevis. Voyez CANIVIEUX.

CHENOLLE (s. f.): nuque, et par extension, le col. Voyez CAGNOTTE du
cou. De _chignon_. A.

CHENT: cent. S.-I.

CHENTUPLE: centuple. S.-I.

CHENU: bon, de qualité supérieure. En français, ce qualificatif signifie
blanc de vieillesse. Du latin _canus_; parce que l'on se figure qu'en
vieillissant hommes et choses se bonifient, se perfectionnent: ainsi un
bonhomme, une bonne femme, le bon vieux temps.

CHER ou plutôt CHEF: botte de chanvre qui n'est pas encore mis au
routoir. De _caput_. B.

CHERBON et QUERBON: charbou.

CHERBONNIER et QUERBONNIER: charbonnier.

CHÈRE-ÉPICE: qui vend très-cher sa marchandise. Les _épices_, venant de
l'Inde, étaient autrefois rares et _chères_. L.

CHERET: rouet. Du celtique-breton _kerr_. Vire.

CHERFEU: cerfeuil. En Roman, _cherfuel_. Du latin _cerefolium_.

CHÉRIR: caresser; faire _chère_ à quelqu'un; lui faire bonne mine, bon
accueil. Du grec καρα, tête, visage.

CHERPENTE: charpente. L.

CHERPENTIER: charpentier. L.

CHÉTRIN: rachitique. De _chétif_. _Chérot_, en patois du Berri.

CHEUX: chez. Roman. Patois Lorrain. L.

CHEUX: ceux. S.-I.

CHEUX-CHITES: ceux-ci. S.-I.

CHEVERNE (s. m.): meunier, sorte de poisson de rivière. A.

CHEVIR: venir à bout. SE CHEVIR: s'aider, jouir de. Roman. Patois
Troyen.

CHÈVRE: treteau, chevalet pour recevoir le linge mouillé.

CHIASSE (s. f.): rebut; scories de métaux. Du latin _cacare_.

CHIBATRÉE: troupe ou réunion de personnes ou de choses embarrassantes.
On dit à Lisieux: «Va que c'est qu'ou va chiboller çte _chibâtrée_
d'éfans»: où va-t-elle traîner cette troupe d'enfants?

CHIBOLER: traîner çà et là. En patois des Vosges, _quibauler_ signifie
renverser. Voyez GUIBOLE et QUIBOLE.

CHIBOT; CIBOT (s. m.): ciboule.

CHIBOT: personne sale et dégoûtante.

CHIC: intelligence, industrie, _chicane_. Roman.

CHICON: guignon.

CHIE-VENT: pétrel (_procellaria pelargica_). B.

CHIEURET. Voyez CHURET.

CHIEZ: fléau. Avranches.

CHIGNOLLE (s. f.): manivelle. Mauvais couteau. M.

CHIGNON DE PAIN: _quignon_ de pain. L.

CHIMBRE: fantaisie. De _chimæra_. S.-I.

CHIMES (s. f.): rejetons de chou. _Cimes_. B.

CHINCHOUX: passable, médiocre. Se dit aussi des branches que l'on a de
la peine à rompre. M.

CHINELLE: fruit du prunellier. Voyez CENELLE. B.

CHINGRE: chiche, avare. Voyez PINGRE.

CHINQ: cinq. S.-I.

CHINQUANTE: cinquante. S.-I.

CHINTURE-SAINT-MARTIN: arc-en-ciel. De _ceinture_.

CHIOT: jeune chien. Roman.

CHIPÉE: cépée. L.

CHIPER (v. n.): pousser des rejetons; former une _chipée_.

CHIPER: (v. a.): dérober adroitement. Du latin _capere_.

CHIPIE (s. f.): femme acariâtre.

CHIPOTET: soufflet de cheminée. Blague ou sac à tabac.

CHIPOTTER: marchander outre mesure. Voyez HARIQUOTER. L.

CHIPOTTIER, ÈRE: qui chipotte. L.

CHIQUER: mâcher. Chiquer du tabac, mâcher des chiques de tabac. _Chiquer
les vivres_: manger. En Roman, manger et même boire. En Provençal,
_chica_. En patois Lorrain, on emploie le verbe chiquer.

CHIQUETAILLER (_Tailler par chiquettes_); CHIQUAILLER: déchiqueter.
Voyez COUPASSER.

CHIQUETTE: petit morceau, gros comme une chique de tabac. Donner
chiquette à chiquette: donner _chichement_, donner à regret.

CHIRE: chassie. De cire. En Roman, _chire_. L.

CHIROUÊNE (s. m.): poix dont les cordonniers font usage. De ciroène,
emplâtre dans lequel il entre de la _cire_.

CHIROUX: chassieux. En Roman, _cirons_. L.

CHITE-CI; STI-CHITE; CHEUX-CHITES: celui-ci, ceux-ci. S.-I.

CHITTE (s. f.): saisissement d'effroi. Avoir la chitte.

CHLÉ: mou. Vire.

CHOAN ou CHOUAN: chat-huant, hibou. Ronsard écrivait choan (Odes, I.
II):

       Si nous oyons crier la nuit quelque choan,
                 Nous hérissons d'effroi.

CHOINE (s. m.): sorte de pâtisserie. En roman, c'est un pain blanc et
d'élite. Du celtique-breton _choanen_.

CHOLER: tourner. B.

CHON: chat-huant.

CHON: grande cuiller de bois. A.

CHONCHONNER (v. n.): opérer ensemble.

CHONETTE: Fanchonette. Diminutif de Fanchon: Françoise. C'est une
aphérèse, comme Goton pour Margoton. L.

CHOPE (s. f.): entretien, conversation. De l'anglais to _chop_,
disputer.

CHOPER: broncher. Voyez BUTTER.

CHOQUER: trinquer; _choquer_ les verres.

CHOQUET: petite cruche à large ouverture. Le _coketa_ du bas latin
signifiait un vase de mesure comme pot, pinte, etc. L.

CHORER (v. n.): sommeiller péniblement, en se plaignant. De l'islandais
_korra_, respirer avec peine. A.

CHORER (v. a.): exciter un chien contre.....

CHOU! CHOU!: cri dont on se sert pour exciter un chien. C'est aussi le
cri par lequel on appelle les cochons. On s'en sert dans le Jura pour
chasser les poules. Voyez TIOT.

CHOUAN: chat-huant. En roman, _chouant_, _chouen_. Voyez HUAIN.

CHOULE. Voyez SOULE.

CHOUPPE (s. f.): houppe de bonnet, houppette. A.

CHOUQUARD: entêté; qui a la tête dure comme une _chouque_. A.

CHOUQUE: souche. Roman.

CHOUQUET: souchet, petite ente de peu de valeur. C'est aussi le nom
d'une sorte de pomme douce, à chair ferme, tardive, de moyenne grosseur.

CHU: ce, cet. Voyez SU. S.-I.

CHUCHER: sucer. S.-I.

CHUCOTTER: chuchotter.

CHUCRE: sucre. Roman.

CHUE: ciguë (_Conium maculatum_).

CHUILER: ménager, économiser. A.

CHUNTRE (s. m.): sentier.

CHURET: vaurien.

CHUTER: tomber. Du verbe choir, faire une chute. En roman, _cheoiter_.
A.

CHUTRIN: mauvais lit, grabat A.

CIBO: ciboulle. _Cibo_, comme _cive_, est un substantif roman. Du latin
_cæpa_, oignon, et de l'italien _cipolla_.

CICOT: chicot. A.

CIDRAILLER: boire du _cidre_ à coups répétés. Roman.

CIEURTAIN: certain. S.-I.

CIEUS: chez.

CIGNOGNE: sorte de pâtée d'orties et de son, pour les canetons et les
dindonneaux.

CINCÉE (s. f.): fustigation. Donner une _cincée_ à un enfant: lui donner
le fouet. A.

CINGLÉE: même sens que _cincée_.

CIRUGIE: chirurgie.

CIRUGIEN: chirurgien. Dans le XIIIe siècle, _cyrugien_.

CITADELLE (Poire de): poire de livre.

CITRE: cidre. Pathelin a dit dans son _Testament_, p. 126:

       Je ne veuil _citre_ ne péré.

CIVE: ciboule; petite ciboule. Appartient aussi au patois Troyen. Du
Roman, _céves_.

CLACASSE ou plutôt CLACUSSE: boisson plate et de saveur désagréable.
Voyez BISCANTINE. O.

CLAI (s. m.): jus, bouillon. De _clair_. L.

CLAIRE (s. f.): ampoule. L.

CLAIRINETTE: clarinette.

CLAMPIN: lambin. Dans le patois Troyen, _clampet_ signifie demi-boiteux.
De l'islandais _klampi_, cheville, attache. Le clampin est en effet lent
comme un estropié, et ne peut pas plus bouger que s'il était attaché.

CLAMPINER (v. n.): agir nonchalamment.

CLANCHE: clinche, bascule de loquet; partie extérieure du loquet, sur
laquelle on appuie pour l'élever.

CLANCHER (une porte): faire jouer la _clanche_ pour ouvrir.

CLANCHON: animal ou enfant qui ne devient pas aussi grand qu'il devrait
être. Tels sont les oiseaux qui éclosent les derniers. Voyez ÉCLOCU. A.

CLAPER: gémir, se plaindre.

CLAPOTTAGE: agitation bruyante de l'eau. Au figuré, bavardage.
Onomatopée.

CLAPOTTER: agiter l'eau mal à propos. En roman, _éclabotter_: couvrir de
boue. C'est un de ces mots que les marins normands du moyen-âge,
notamment des XVe et XVIe siècles, ont empruntés à leur langue
maternelle pour les introduire dans la marine.

CLAPOTTIER, ÈRE: tripotier, bavard, brouillon.

CLAPURE. Voyez CLACASSE ou CLACUSSE.

CLAQUARD: bavard. B.

CLAQUARD ou CLAQUE: sorte de grive. Crabe.

CLAQUE: bavarde.

CLAQUE: espèce de grive.

CLAQUET: _Rhinantus crista galli_. Voyez FLAQUET.

CLAS: sorte de barrière de branchages liés, _claie_. Du verbe _clore_.

CLATRÉE: quantité surabondante.

CLAVAU; CLAVIOT: bâton pour serrer la corde qui assujettit la charge
d'une voiture.

CLÉRON (s. m.): espèce de sonnette que l'on attache au col du cheval ou
des bêtes à cornes, pour les retrouver plus facilement dans les bois.

CLIAIS: fléau. _Clas_ en patois du Berri.

CLICHE (s. f.): forme à fromages. Du mot _éclisse_, autrefois employé.
Voyez FOISSELLE.

CLICHE (s. f.): foire, diarrhée. L.

CLICHER: foirer.

CLIFOIRE (s. f.): petite seringue de sureau, dont les enfants se servent
pour lancer de l'eau. Onomatopée. A.

CLIMUCHETTE; CLIMUSETTE (s. f.): cligne-musette, jeu d'enfants. De
cligne-mussette ou cligne-musette: _cligner_ et _musser_ les yeux, ou
_cligner_ le _museau_.

CLINCAILLERIE: quincaillerie. L.

CLINCAILLIER: quincaillier. L.

CLINCHER: clisser. S.-I.

CLINE: brebis en mauvais état.

CLINQUE: coqueluche.

CLIOCHER: _clocher_, boiter.

CLIOUCIR (v. n.): souffler.

CLIPE: foire. Voyez CLICHE. L.

CLIPÉE: jet de boue liquide.

CLIPER: jaillir, faire jaillir, en parlant de boue liquide ou d'eau. L.

CLIPER: foirer. L.

CLIPOT: bavardage médisant.

CLIPOTTIER, ÈRE: bavard, de, qui médit.

CLIQUETTE: petit poisson de mer, plat.

CLOCHETTE: liseron (_Convolvulus arvensis_); à cause de sa fleur qui a
la forme d'une petite cloche. C'est la plante qu'en patois on appelle
LIOT. Voyez ce mot, et CHEMISE DE LA BONNE-VIERGE.

CLOPOING: sorte de crabe, qui ressemble au _poing clos_ ou fermé. B.

CLOQUER (v. n.): glousser. Du latin _glocire_. Onomatopée.

CLOSERIE; CLOUSERIE: petite ferme. De _clos_. A.

CLOSIER: fermier d'une closerie. A.

CLOUQUETER: glousser. Voyez CLOQUER. C'est la traduction plus fidèle de
_glocire_.

CLUCHER: glousser. De _glocire_. En Roman, _closser_; en Provençal,
_cloucho_.

CLUCHON: petit clou, clou à soufflet. L.

CMENT ou QUEMENT: comment, comme. _Cment la_, comme cela.

ÇMITIÈRE (s. m.): cimetière.

CMODE; CMODITÉS: commode, commodités. L.

CO; ACO: encore. Roman.

CO: col. En roman, _cos_.

COAS (s. f.): corneille. Onomatopée. A.

COCALINCOT: coquelicot (_Papaver rheas_). A.

COCANE (s. f.): narine. O.

COCHELIN: fruit de l'églantier. A.

COCHELIN: tourte aux fruits, gâteau long. Par extension, un cadeau. Le
coquelin ou la cocheline, dans l'Eure-et-Loir, est une sorte de gâteau
pour le premier jour de l'an. Voyez BOURDIN.

COCHÊNE; COQUÊNE (s. m.): viorne, que l'on appelle aussi mansienne
(_Viburnum lantana_).

COCHON: cloporte.

COCHONNÉE: cochonnerie; ordures. A.

COCHONNET: fruit de l'églantier (_Rosa canina_).

COCI. Voyez COSSI.

COCO: œuf. Terme enfantin.

COCO: mignon. Voilà un joli coco: voilà un plaisant mignon.

COCO: garçon mal fait, mal tourné, sale: quel vilain coco!

COCODRILLE: crocodile.

COCONNIER: marchand d'œufs. Roman.

COCOPONETTE: tâtillon. On dit dans ce sens: c'est un metteur de poules
couver.

COCOTTE: poule. Terme enfantin. De _coq_, dont elle est la femelle.

COCOU ou COUCOU: primevère des champs (_primula veris_), qui fleurit au
retour du _coucou_.

CŒUR (JOLI): il fait le joli cœur: il fait l'agréable. Il est comme
joli cœur goûte de rien: il fait le difficile, il ne goûte d'aucun
mets.

CŒURAILLER: éprouver des nausées, des maux de _cœur_. Dans le patois
de Grenoble, on dit _corailli_: avoir la corailli.

CŒURÉE: curée, proie, charogne dont l'aspect est propre à soulever le
_cœur_, à faire _cœurailler_. Altération du mot _curée_. Voyez PRAE.
En patois Walon, _curéïe_.

CŒURIAL, E: qui a bonne mine, qui fait plaisir au _cœur_; cordial.

CŒURU, E: courageux, qui a du cœur.

COFERT et COFI: meurtri, chiffonné, soulevé inégalement, bossué, etc.

COFIN: cornet de papier. Roman. Du grec κοφινος.

COFIR: meurtrir, écraser, se bossuer inégalement. Du grec κοπτειν, frapper. A.

COFFRET: meuble de planches, stalle formant une sorte de petit _coffre_
ouvert, dans lequel les laveuses s'agenouillent pour leur travail, sur
le bord de l'eau. L.

COGER A: déterminer à. Roman. Du latin _cogere_. A.

COHAN: pot de terre, dont l'anse est en dessus, est dans la partie
supérieure, comme dans le panier appelé _butillon_.

COIMELER: gémir. Voyez CUSSER.

COIS: paquet de chanvre roui. B.

COITE ou COUETTE (s. f.): lit de plume. Autrefois on disait coète,
couate et coute. On lit dans le roman de _Garin-le-Loherain_:

       Li messagiers autres le Flamant vint,
       Iluec trova sur une _coute_ assis.

M. Pierquin de Gembloux, qui a remarqué que M. Paulin Paris n'a pas
entendu le mot coute, n'a pas lui-même mieux entendu l'expression
couate, qu'à ce sujet il dit être «une mesure de capacité très-connue
dans l'idiome néo-celtique du Jura.» Nous pensons que la coite, lit de
plume, carreau, oreiller, est un mot qui vient du latin _quies_,
_quietus_, dont nous avons fait coi, se tenir coi; coite, lit de repos;
et coutil, sorte de toile à tissu très-serré, dans laquelle on enferme
et contient la plume dont il s'agit.

COITI: coutil. De coite.

COLAPHISER: souffleter. Du latin _colaphus_: soufflet. Voyez JAFE.

COLAS (s. m.): corbeau, corneille. Voyez COAS.

COLIDOR: corridor.

COLIFAMÉ: efféminé. Corruption de Colin-femelle.

COLIN: sorte de poisson, du genre des Gades. B.

COLIN-FEMELLE; COLIN-FEMMETTE (s. m.): homme minutieux, qui s'occupe de
travaux de femmes. Voyez COLIFAMÉ; NIGON; TATE-MINETTE.

COLLE (s. f.): bourde. C'est une colle; c'est bon pour la colle.

COLLER (v. a.) interloquer, embarrasser, mettre dans l'impossibilité de
répliquer, comme si on _collait_ la bouche.

COLLETONNER: colleter, lutter, se reprendre au _col_. L.

COLURE: toilette soignée. L.

COMBIEN QUE: combien. Combien que le blé se vend: combien le blé se
vend-il? L.

COMBLER A: à force d'instances déterminer à. L.

COMME; COMME ÇA: il m'a dit comme ça que: il m'a dit que.--COMME DE
juste; COMME DE raison: comme il est juste, comme le veut la
raison.--COMME PAR LEQUEL: on lui a délivré un certificat _comme par
lequel_ il a satisfait: certificat attestant qu'il... L.

COMME TOUT: beaucoup. Se dit aussi dans le patois Lorrain et dans le
patois Troyen.

COMMÉRIAL: affable. Vire.

COMONI: fané, flétri. C'est une épenthèse. De _cauni_. Voyez CAUNIR.

COMPAGNÉE: compagnie, société. Ancien français. _Vie de Bayard._

COMPÈRE (s. m.): gilet. A.

CONARD: fou, sot. Il y avait une confrérie des Conards à Evreux, où on
disait:

       Conards sont les Buzots et non les Rabillis;
       _O Fortuna potens, quam variabilis!_

CONDITION: domesticité; place de domestique.

CONFIÈRE (s. f.): consoude (_symphitum officinale_). En anglais,
_comfrey_.

CONFLEURIE: confrérie. S.-I.

CONFONDRE: gâter, détériorer considérablement.

CONFUSION: abondance désordonnée. L.

CONGNOITRE; CONGNOISSANCE: connaître, connaissance. Roman. Du verbe
latin _cognoscere_. O.

CONRAYEUR: corroyeur. De l'ancien français _conreur_, _conréeur_. L.

CONROI: glaise. A.

CONSÉQUENT: considérable, de conséquence.

CONSOMMER: anéantir. Le froid me consomme; je suis consommé de coliques.

CONTEOR: avocat, défenseur en justice. L'ancienne Coutume de Normandie
s'exprime ainsi: «conteor est que aucun establit pour conter pour lui en
cort.»

CONTREBOCHE (s. f.): surabondance.

CONTRE DE: contre. Contre de lui: contre lui.

CONTREMONT; CUCONTREMONT: violette de chien, violette inodore.

CONTREPORTEUR: colporteur. L'Estoille employait ce mot, en 1609. Des
Perriers (_Nouv. IV_) écrit contreporter pour colporter.

CONTR'HUS; CONTREHUIS: petite porte en treillage ou en lattes, ménageant
l'entrée de la lumière et ne permettant pas aux volailles de pénétrer
dans la maison; treillage en paille pour garantir du vent.

COQ: renoncule pivoine; à cause de sa couleur qui est rouge comme la
crête d'un coq.

COQ-ANGUILLE: insecte aquatique. C'est l'_Hydrophylus picæus_. B.

COQ A DINDES: coq-d'Inde.

COQ A POULES: coq, mâle de la poule.

COQCIDROUILLE (s. f.): qui fait l'importante. S.-I.

COQUELOURDE; COUQUELOURDE: julienne (_Hesperis matronalis_). La
véritable coquelourde est l'_Agrostemma coronaria_.

COQUER et non pas CAUCHER: cocher, en parlant du coq ou de toute autre
volaille qui féconde sa femelle.

COQUÉRAN: hermaphrodite. Coutances.

COQUET: cochet, jeune coq.

CORBICHÉE: cabriole.

CORDER (v. a): cordeler, disposer en corde le bois de chauffage.

CORE: encore. Par aphérèse. Voyez ACO.

CORÉE: fressure. Du latin _præcordia_; de l'italien _corata_. App. au
patois Bourguignon. Voyez HATILLE.

CORIEU: courlis, oiseau de passage. En Roman, _courlioux_.

CORNARD (cheval): cheval poussif, atteint de cornage (sifflement de sa
respiration qui imite le son d'un _cor_).

CORNEBICHET: Bernard-l'Ermite, sorte de coquillage univalve.

CORNEILLE (s. f.): orchis.

CORNICHE: planche ou tablette de cheminée. L.

CORNIER: tuile creuse et anguleuse pour les coins des couvertures. Du
Roman, _cornée_, coin.

CORNIFLER: épier. Du verbe écornifler.

CORNU (Pain): petit pain blanc, de pâte ferme, fendu, en quatre cornes à
sa surface, pour obtenir plus de croûte.

CORPORAL: caporal. S.-I.

CORPORENCE: corpulence. L.

CORSÉ: qui a du corps, étoffé.

CORSÉE; CURÉE: _corps_ devenu charogne.

CORSELET: corset. Patois Lorrain.

CORSER: lutter corps à corps. Dans l'ancien français, _cosser_
signifiait lutter.

CORSIR: racornir. A.

CORSU. Voyez CORSÉ.

CORTINE: rideau de lit. Du latin, _cortina_.

COSSEAU ou COSSET (s. m.): plume à écrire non encore taillée. B.

COSSI: courbattu, meurtri.

COSSIAU (s. m.): sorte de petit vase, dans lequel les faucheurs placent
leur pierre à aiguiser pour l'humecter. En usage aussi dans le
département de la Mayenne. Du latin, _cos_, nominatif inusité de
_cautis_, pierre.

COSSON (s. m.): sorte de ver blanc, qui ronge les végétaux; charançon.

COTE (s. f.): côté. _Mettre de côte_: mettre de côté. A COTE: à côté.
PAR A COTE: par à côté.

COTÉE (s. f.): rangée.

COTILLAGE (s. m.): terrain en petits _coteaux_. L.

COTIN (s. m.): maisonnette. Employé par Wace. En anglais, _cottage_. De
l'islandais _kot_. En celtique-breton, _koat_, _koad_, signifie bois.
Ainsi, le _cotin_ était vraisemblablement d'abord une cabane en
charpente, comme on en voit tant en Normandie.

COTIR; FAIRE COTIR: jaillir, faire jaillir.

COTIR (SE): s'échauffer en parlant du bois qui se gâte. Du
celtique-breton _koat_, bois.

COTIR. Voyez COFFIR. A.

COTON et non CAUTON (s. m.): nervure d'une feuille ou d'une tige; sorte
de _côte_. De _costa_ et non pas de _caulis_.

COTONNETTE: cotonnade, étoffe de coton. L.

COTTER: jaillir. Roman. Voyez COTIR.

COUAILLE (s. f.); COUAILLON (s. m.): queue de jupon ou de robe en
mauvais état. Du vieux français _coue_, queue. Par extension, mauvais
chiffon. Voyez LOUÊPE. A.

COUANNE: couenne. En patois Walon, _koinne_ signifie corne. La couenne,
en effet, a l'air de la substance des cornes.

COUCOU: primevère jaune à grappes. _Cocu_, en patois Troyen. Tire son
nom de l'époque de sa fleuraison, qui a lieu à l'arrivée du coucou.

COUE: queue. Du latin _cauda_.

COUE DE PRÊTRE: blé de vache (_Melampyrum arvense_). B.

COUÉE (s. f.): queue de jupon ou de robe crottée, ou salie. Expression
de mépris. De _coue_. A.

COUÊMES (s. f.): crottin de cheval. Du latin _equus_, cheval, dont nous
avons tiré écurie, écuyer. _Couêmes_ pour _écouêmes_, par aphérèse. A.

COUESPEAU: copeau.

COUER: couver.

COUET: ruban de fil. Vire. Voyez LISETTE.

COUETTE: petite queue. Diminutif de _coue_.

COUETTE. Voyez COITE. L.

COUIE (s. f.): sorte de vase en bois, dans lequel le faucheur met sa
pierre à aiguiser. Du latin _cos_, nominatif inusité de _cotis_, pierre.

COUIER: villageois grossier. En Roman, _coullier_, poltron.

COUILLÈRE: cornet de parchemin servant de tabatière. B.

COUENCHE: sournois, poltron; qui regarde du _coin_ de l'œil. L.

COUINER: pleurer en criant. Même signification en Roman.

COUINETTER (v. n.): crier comme un lapin qui a peur. C'est peut-être
plutôt une onomatopée qu'un dérivé du substantif latin _cuniculus_,
lapin; en vieux français, _connil_. En Roman, _couinner_ signifiait
pleurer en criant. A.

COULAGE (s. m.): gaspillage continué. L.

COULANDAGE (s. m.): gaspillage. A.

COULANDIER, ÈRE: qui occasionne le gaspillage par une mauvaise
administration. A.

COULER (EN): en faire accroire. S.-I. Se dit aussi en patois Lorrain.

COULINE ou COLINE: torche de paille, brandon. Roman.

COUP (A): à temps, à propos, promptement.

COUPASSER: couper maladroitement.

COUPEAU; COUPET: cime, sommet. Le coupeau de la tête: le haut de la
tête. En Roman, _coupel_, _couplet_, hautes branches d'un arbre;
_coupet_, chignon du cou. De _caput_.

COUPER: découper, en parlant d'une pièce de viande.

COUPÈRE (s. m.): compère.

COUPLÈRE (s. f.): pièce de cuir qui consolide les chapes du fléau.

COUPLÉE (s. f.): linge attaché ou assujetti par _couple_, ou en plus
grande quantité. A.

COUPLER: mettre en couplée, accoupler.

COUPLETTE: culbute. Voyez SAUCUBLETTE.

COURANDIER, ÈRE: qui aime à flâner, à _courir_ hors de sa maison pour
trouver avec qui parler. A.

COURANTE: diarrhée, _cours_ de ventre.

COURCAILLET: instrument pour appeler les _cailles_; sorte de sifflet qui
imite leur cri.

COURCHER: courir. Voyez COURSER. S.-I.

COURÉE. Voyez CORÉE.

COURGE (s. f.): sorte de joug qu'on met sur les épaules pour porter deux
seaux.

COURGET (s. m.): escourgée, fouet en courroies de cuir; coups donnés
avec ce fouet. En Roman et dans le patois du Jura, _courgie_. A.

COURJOT: tige de chou. De _jet_ ou tige de cette plante. Vire.

COURRAIE: courroie.--Voyez COURÉE.

COURSER: aller, courir sans utilité. A.

COURTIL: jardin potager. De la basse latinité _curtile_. En Roman,
_cortil_. On lit dans _le Roman du Renard_:

       La bone fame du maisnil
       A ouvert l'huis de son courtil.

_Corti_, dans le patois Walon.

COURTIN. Même signification que COURTIL.

COURTINE (FAIRE): relever devant le feu le bas des jupons, pour se
chauffer les jambes et les genoux.

COUSETTE: mauvaise couturière. L.

COUSINE: belle-mère.

COUSINET: œilletin. Œillet mignardise. L.

COUSINETTE: passe-pomme. Ailleurs, pomme de Saint-Contest.

COUTAGEUX: coûteux.

COUTE QUI COUTE: coûte que coûte; quoi qu'il en coûte. L.

COUTE (s. m.): coude.

COUTE-PIED: coude-pied.

COUTEMENT: coût, dépense. En Roman, _coustement_.

COUTET; COUTIAU: couteau. Du latin _cultellus_.

COUTIBLE: coûteux, difficile, pénible. L.

COUTRE: coudre. L.

COUTRE (s. m.): bédeau. S.-I.

COUVERCHE (s. m.): couvercle.

COUVERT: bien couvert, bien habillé. On lit dans les _Épigrammes de De
Cailly_:

       De ces lieux Philémon partit à demi-nu;
       Bien suivi, bien couvert le voilà revenu.

       S.-I.

COUVERTEAU: couvercle. L.

COUVRARGE: couvercle de marmites, de plats.

COUVRE-PLAT: couvercle de plat. Patois Lorrain.

CRABLOT: enfant rachitique.

CRAC: fruit du prunellier sauvage ou épine noire. Sans doute, parce que
son noyau _craque_ sous la dent.

CRAC (A): en grande abondance. Pleuvoir à crac: pleuvoir à verse. Voyez
ACA. Aflac, en Roman, signifie en abondance.

CRACHIN; CRASSIN (s. m.): _crasse_ durcie au fond d'un vase. Du latin
_crassitudo_. L.

CRACHINAGE (s. m.): bruine, pluie fine. Voir CRASSINAGE. B.

CRACHINER: bruiner. Voyez CRASSINER.

CRACOTIN: enfant qui commence à avoir des dents, des _cracottes_. L.

CRACOTTE: dent d'enfant. De _craquet_. L.

CRAHAGNEUX, EUSE: qui chipotte en marchandant minutieusement.

CRAISSET: lampe qu'on accroche. Roman.

CRALÉE (s. f.): grappe, surabondance. B.

CRAMAIL: la gorge. Prendre ou saisir au cramail: prendre à la gorge.

CRAMPIR (SE): s'attacher à, se _cramponner_. En patois du Jura, se
cramper.

CRANCHE (qualificatif): souffreteux; malade. A.

CRANNIÈRE; CRASNIÈRE: vieille masure. De l'anglais _cranny_, crevasse.

CRANQUE: crampe. S.-I.

CRAPAS: crapaud. L.

CRAPAUD-VOLANT, ou TÊTE-CHÈVRE: engoulevent. B.

CRAPE (s. f.): crabe. Au figuré, femme ou fille de mauvaise vie. L.

CRAPOTTER: se traîner sur les pieds et les mains, comme un crapaud.

CRAQUE (s. f.): hâblerie, mensonge.

CRAQUELIN: cartilage. L.

CRAS: baiser désagréable. L.

CRASSE: bassesse, lésinerie. Faire une crasse.

CRASSIER: ordures, balayures réunies pour engrais. De _crasse_. _Cras_,
en Roman, signifie graisse.

CRASSINAGE (s. m.): pluie fine et serrée. De _crassus_. Voyez
CRACHINAGE. S.-I.

CRASSINER (v. n.): pleuvoir à gouttes fines et serrées. S.-I.

CRAU: pierre pulvérulente des premières couches d'une carrière. B.

CRAULER: bouillir à l'eau. MM. Du Méril.

CRÉATURE; CRÉIATURE: femme. La femme est, en effet, la créature par
excellence. Toutefois, le mot créature, dans ce sens, se prend souvent
en mauvaise part.

CRÉDENCE (s. f.): petite armoire dont les tiroirs sont au-dessus des
portes. Du verbe latin _credere_, confier. La crédence est le meuble
auquel on confie les objets les plus précieux. On trouve crédenciers
pour buffetiers dans Rabelais, liv. IV, ch. 64. Roman. De la basse
latinité _credentia_. Patois Rouchi.

CRELLIER: frémir, frissonner. Voyez CRETIR. A.

CREMILLÉE: crémaillère. De _cremare_, brûler. Roman.

CRÉPIR (SE): se dresser, se raidir, pour paraître grand.

CRÉPONNER; CRÉPONSER; CRÉPOUSSER: presser, pétrir avec le poing.

CRÈRE ou CRAIRE: croire. De _credere_. Patois du Jura.

CRESSANE: crassane, sorte de poire.

CRESSIR: presser violemment, mourir. Voyez KERSIR.

CRETÉ, E: propre et soigné. L.

CRÉTELER (v. n.): gloucer d'un cri aigu, en parlant des poules. Voyez
CLUCHER.

CRÉTINE: crue subite d'eaux. De _crescere_. Roman. De la basse latinité
_cretina_.

CRETIR ou CRETER (v. n.): frissonner. En Roman, _craitir_ signifie
sécher sur pied.

CRÉTONS: restes concrets de morceaux de lard que l'on a fait frire, pour
en extraire le saindoux. De _crusta_, croûte. Roman. L.

CROUSTILLANT: croquant. Du verbe _croustiller_, ou du substantif
_croûte_, _crusta_.

CROUTTE (s. f.): terrain enclos et cultivé autour de l'habitation du
cultivateur. De la basse latinité _crota_. Du vieux français _cropte_ et
_crotte_. On trouve, près de la ville de Vimoutiers, une commune appelée
_Crouptes_. Dans notre _Itinéraire de la Normandie_, p. 435, nous avons
cité les communes de _Croth_, _la Croupte-les-Bois_, etc.

CRUCHÉE et CRUCHETÉE (s. f.): ce que contient une _cruche_.

Ç'TUI-CI; Ç'TELLE-CI: celui-ci, celle-ci.

Ç'TUI-LA; ÇTELLE-LA: celui-là, celle-là. De l'ancien pronom _cettui_.

ÇU: ce.

CU-FOURCHÉ: perce-oreille. Ce mot vient de la pince, en forme de
_fourche_, dont est armé le cul de cet insecte. A.

CU-ROUGE: oiseau, ainsi nommé parce que sa queue est rouge.

CU-TERREUX; CU-TERROUX: qui a de la terre en propriété; fille riche. En
patois du Jura, _cu-tarru_.

CUCONTREMONT. Voyez CONTREMONT.

CUEVER et CUEUVER: fermer la porte.

CUIRASSO: curaçao, que l'on prononce curaço. Cette liqueur tire son nom
de l'île de Curaçao dans les Antilles, où on la fabrique avec des
oranges amères.

CUIROT: sorte de bourse. De cuir. En Roman, _cuiret_. Hugues de Piaucèle
dit, dans son _Fabliau d'Estourmi_:

       Je les vois mettre hors du coffre
       Et les deniers et le cuiret.

CUISSE (s. f.): cuisson de pain. Le pain de _cuisse_ est celui que l'on
fait _cuire_ soi-même. A.

CUISSON (de pain): fournée de pain.

CUISSOT (s. m.): petite cuisse. De _coxa_.

CULES (s. f. pl.): jeu pour lequel on pousse le palet avec le pied.

CULIER (boyau): le rectum.

CULOINER (v. n.): différer trop long-temps.

CULOUPE (s. f.): femme laide et de mauvaise conduite. Ce mot a quelque
rapport avec la _charoupa_ de Grenoble, terme patois que M. J.-J.
Champollion-Figeac définit simplement: expression injurieuse. L.

CUMBLET (s. m.): culbute, cabriole. Voyez CORBICHÉE et SAUCUBLETTE. B.

CUREAU: enfant de chœur.

CUROT: emplâtre. De _cura_, soin, ou plutôt de _cuir_, parce que c'est
souvent sur un morceau de cuir que l'on étend les emplâtres.

CURURE d'un fossé, d'une mare: produit de son curage.

CUSSER: gémir long-temps, se plaindre beaucoup. Du grec κυων,
chien, parce que parfois les chiens poussent de longs hurlements. A.

CUSTAUD: sacristain. Du latin _custos_, gardien. En roman, _custode_.

CUT. Voyez GUT.

CUVE: cuvier pour faire la lessive.


D.


DABÉE: averse, forte pluie. Du verbe dauber.

DACER (v. a.): donner de gré ou de force. De _daces_, sommes levées
comme contributions; restituer. L.

DADA: cheval. Terme enfantin.

DAILOT et DAILLOT (LL mouillées): doigtier, espèce de calotte dont on
enveloppe un doigt malade.

DAIT: doigt. Id. dans le patois du Jura.

DALE (s. f.): vallée. Roman.

DALLE: table de pierre creusée, ou construction en briques et ciment,
pour laver la vaisselle. Roquefort dit que «en Normandie la dalle est un
évier, un égout, trou par où les eaux s'écoulent». Cet égout est ce que
l'on appelle le dallot, le trou de la dalle.

DALLÉE: flaque d'eau, eau répandue; puis, comme disent MM. Du Méril,
«urine d'un animal, assez abondante pour remplir une dalle.»

DALLER: pisser à terre. A.

DALLOT: petit conduit pour diriger au-dehors les eaux de la _dalle_.

DANS. On emploie souvent à contre-sens cette préposition. Ainsi l'on
dit: mettre ses bas dans ses jambes, ses souliers dans ses pieds, ses
gants dans ses mains, etc.; au lieu de: mettre ses jambes dans ses bas,
ses pieds dans ses souliers, ses mains dans ses gants. A.

DANS: sur. Grimper dans un arbre: grimper sur un arbre.

DANSE: volée de coups. Donner une danse. On dit aussi faire danser la
malaisée.

DANSPAROU (locut. adv.). Arr. de Valognes. On ne l'emploie que dans la
phrase: _Tout laisser dansparou_, qui signifie: _laisser un ouvrage dans
l'état où il se trouve, sans rien achever_. MM. Du Méril.

DARD: petit poisson blanc, un peu plus gros que le goujon.

DARDÈNE (s. f.): pièce de 2 liards (deux centimes et demi) en cuivre
jaune. B.

DARNE (s. f.): pièce, tranche, morceau. Du celtique-breton, _darn_.

DARRE ou DARE (s. f.): bedaine. D'où est venu _daron_, ventru.

DARSELET: petit dard. Sorte de petit poisson d'eau douce.

DARRER (SE): se heurter.

DASÉE (s. f.): _tas_, monceau. B.

DATE (s. m.): urine humaine. Roman. L.

DÉBACLER: ouvrir, en parlant d'une clôture. Voyez BACLER. A.

DÉBAGAGER: débarrasser. Débagagez la table: débarrassez-la des objets
qui l'encombrent. Dans le patois Lorrain, débagager signifie déménager.

DÉBAGOULER (v. n.): crier, bavarder. S.-I.

DÉBALTAFRISER: voyez DÉBISLOQUER. (Manche).

DÉBARBELOTTER: débarbouiller. Le Drapier dit dans l'_Avocat pathelin_,
p. 71:

       Par le corps bieu! il barbelote
       Ses mots, tant qu'on n'y entend rien.

DÉBARRAS: délivrance d'embarras. Du mot Roman _baras_: obstacle; d'où
est venu embarras. Rutebeuf dit dans le fabliau de _Charlot-le-Juif_:

       Qui baras quiert, baras li vient.

DÉBAUCHER (SE): se désespérer, se désoler. Voyez DÉBAUT.

DÉBAUT: désespoir. Il s'est pendu de débaut, de désespoir. Du substantif
débauche.

DÉBERNÊQUER: débarrasser, dépêtrer. Voyez DÉPATOUILLER. B.

DÉBERRIONNER (SE): se débarrasser. A.

DÉBESAILLÉ: débraillé, en désordre.

DÉBET: dégel (Manche).

DÉBÉTER (v. n.): dégeler.

DÉBÉTILLER: débarrasser, dépétrer; «tirer, disent MM. Du Méril, d'une
position qui rendait bête.»

DÉBIAIS: biais.

DÉBINE (s. f.): détérioration, ruine. Argot récent.

DÉBINER: décrier, avilir, détériorer. Vire. Tomber en débine; s'en
aller. St.-Lo.

DÉBISLOQUER: disloquer, démonter, défaire.

DÉBLAI (s. m.): déconvenue.

DÉBOULER: partir, décamper. Usité dans le patois Walon. L.

DEBOUT (DE): debout. L.

DÉBRAGUÉ: mari séparé civilement, qui au figuré a remis sa _brague_ (sa
culotte) à sa femme.

       Du côté de la _brague_ est la toute-puissance.

DÉBRAGUER: déculotter.

DÉBRAGUER (v. n.): se développer, sortir de son enveloppe. Arr. de
Bayeux. _Brag_ signifie, en breton: qui germe, qui fait saillie. Ce mot
ne se dit que d'un écusson qui commence à pousser. MM. Du Méril.

DÉBRAIGER: débarrasser, dépouiller. De _braie_. On dit déberger dans le
département de la Mayenne.

DÉBRAILLÉ: qui a ses vêtements en désordre. De _braie_. Le _Dictionnaire
de l'Académie_ n'emploie le verbe se débrailler que comme signifiant «se
découvrir la gorge, l'estomac avec quelque indécence.»

DÉBRENÊQUER: en désordre. De _bren_. S.-I.

DÉBREULER: débricoler. Voyez BREULE.

DÉBRIDER (v. n.): manger avidement. Du celtique-breton _dibri_. Voyez
BRIFFONNIER.

DÉBUCHE: fausse couche.

DÉCABOCHER: marcher lourdement, de manière à arracher les _caboches_
(têtes de clous) de ses chaussures.

DÉCADUIRE (SE): tomber en ruines. Du verbe latin _cadere_, tomber.

DÉCADUIT, ITE: délabré. L.

DÉCALENGER: calomnier. Voyez CALENGER. B.

DÉCALOPPER: découvrir de sa couverture ou enveloppe. Décalopper une
noix, un bouton qui s'use.

DÉCANILLER. Voyez DÉQUENILLER.

DÉCAPITER (SE): se dépiter au point d'en perdre la tête (_caput_). L.

DÉCARÊMER (SE): manger de la viande pour se refaire des privations du
carême.

DÉCASSER (SE): se dépêtrer.

DÉCESSER: cesser. Se trouve dans le patois Lorrain et dans le patois
Troyen. L.

DÉCHAFRE: gourmand. Voyez SAFRE.

DÉCHAIRER: retirer à quelqu'un le siège sur lequel il est assis. De
_chaire_. L.

DÉCHAOLER: traîner çà et là, calomnier. Cherbourg.

DÉCHARBOUILLIR: débarbouiller.

DÉCHARGEAGE (s. m.): action de _décharger_ une voiture ou une bête de
somme. Patois Lorrain.

DÉCHAUBERTÉ: désenrhumé. Voyez CHAUBERT. A.

DÉCHIBOLER. Voyez CHIBOLER.

DÉCHILER: tomber du ciel. B.

DÉCHIPLÉ: couvert de haillons, déguenillé. L.

DÉCHIPLE-PENDU: mauvais sujet déguenillé, qui déshabillerait les pendus
pour se vêtir. Peut-être disciple de pendu; car, en Roman, _déciple_
signifie disciple.

DÉCLAINCHE (s. f.): diarrhée.

DÉCLAINCHER: lever la clinche. Voyez CLANCHE.

DÉCOCTION: maladie imprévue. L.

DÉCOMMANDER: contremander. L.

DÉCONNAITRE (SE): être présomptueux, affecter un mérite qu'on n'a pas.
L.

DÉCORSE (s. f.): diarrhée.

DÉCORSER: donner la diarrhée. En parlant des bestiaux, dire qu'ils sont
décorsés, c'est souvent exprimer l'idée qu'ils ont le ventre vide;
qu'ils n'ont plus le _corps_ rempli.

DÉCRAPITER (v, a.): déchirer, égratigner. Au figuré, calomnier. A.

DÉCROUER: tomber de haut, dégringoler.

DÉCULER (v. n.): quitter enfin son siége. L.

DEDANS: mettre quelqu'un dedans, le tromper. Id., patois Lorrain.

DÉDIRE (SE): se détériorer; ne pas conserver la bonne apparence qu'on
avait donnée.

DÉDRAGEONNER (v. a.): détacher les _drageons_, les rejets de l'artichaut
ou d'une autre plante. L.

DÉDUIT: espiègle. Voyez INVECTIF. Manche.

DÉFAÇON. Voyez FAÇON.

DÉFAIRE: délayer. Défaire de la farine dans du lait pour faire de la
bouillie. L.

DÉFENSABLE (en parlant des bois et des arbres): qui, par sa force de
résistance, est en état de se _défendre_ contre les attaques des
bestiaux.

DÉFELER: jeter son fiel, décharger sa colère.

DÉFERMER: déchoir. A.

DÉFICELER: délier, ôter la _ficelle_. Patois Lorrain.

DÉFINER: finir.

DÉFLUXION: fluxion. Du verbe _defluere_, donné par Nicot.

DÉFRANER: diminuer, dépérir.

DÉFRIPER (v. a.): rendre uni un linge ou un vêtement fripé.

DÉFUBLER; DÉSAFUBLER: enlever un vêtement dont on était affublé.

DÉGAIEUX: difficile, dégoûté. Voyez GAIEUX.

DÉGALONNER: mettre à mal. Que le diable te dégalonne!

DÉGANNER: contrefaire quelqu'un dans sa parole ou dans ses gestes. De
_regeminare_, ou plutôt de _regannire_. On dit, en patois Bourguignon,
_rejanner_.

DÉGELÉE: volée. Dégelée de coups de bâton.

DÉGESTÉ: qui _gesticule_, étourdi.

DÉGOINER (SE): se contrarier, se disputer. A.

DÉGOIS: caquet. Roman.

DÉGOSILLER: vomir, rendre gorge, rejeter par le _gosier_.

DÉGOTTÉ: spirituel, avisé, rusé. B.

DÉGOTTER (v. a.): supplanter. Patois Lorrain. Ce verbe signifie aussi en
Normandie désappointer.

DÉGOTTER (SE): se dégourdir, perdre de sa gaucherie et de sa timidité.

DÉGOUGINER: déniaiser. En Roman, _desgougener_, ôter les chevilles ou
_goujons_ de fer d'une porte.

DÉGOULINER: couler goutte à goutte. MM. Du Méril.

DÉGOUT: point où l'eau tombe goutte à goutte. Du latin _gutta_. En
Roman, _dégoust_ signifie le suc de la viande qui rôtit. On lit les vers
suivants dans un _mystère_, ou tragédie de madame Sainte-Barbe (c'est le
bourreau qui s'adresse à son valet, en parlant des seins de cette
martyre):

       Fais les rostir, toi Godifer;
       Trempe ton pain dans le _dégoust_.

DÉGOUTATION: objet de dégoût.

DÉGRABOLISER: médire de quelqu'un. B.

DÉGRAMIR (SE): souffrir à l'aspect d'une chose qu'on désire et dont on
est privé. L.

DÉGRAVINER (v. a.): dégraper l'enduit d'un mur. Voyez RAVINE.

DÉGRÊLER (SE): se disposer à chanter; chanter, en parlant des oiseaux.
Au figuré, en parlant des personnes, chanter avec prétention.

DÉGRÊLER ou DÉGRÊLIR (SE): s'égayer, se divertir. A.

DÉGRIOLER ou DÉGRILLOLER: glisser sur une surface polie comme la glace.
Voyez GRILLER.

DÉGROUER: dégeler. Voyez GROUE. A.

DÉGROULER: dégringoler. Du verbe crouler.

DEHAIT: affliction. Du roman _deshet_; du celtique-breton _dihet_.

DEHAUMER: décoiffer, battre. De _heaume_, casque.

DEILLOT: doigtier. Voyez DAILOT.

DÉJETER (v. a.): jeter, repousser çà et là.

DÉJUQUER: descendre du _juchoir_. Voyez JUC.

DÉLABRE (s. m.): mauvais sujet, qui aime à mettre les choses en
_délabrement_. B.

DÉLAITER: enlever du beurre frais, par plusieurs lotions successives, le
babeurre dont il recèle encore une partie. Ce babeurre s'appelle _lait
de beurre_, parce qu'en effet il a la couleur du lait.

DELANDOUX: éteignoir.

DÉLÉCHER (SE): se _lécher_ les lèvres avec délectation, quand on a mangé
ou bu quelque chose qui flatte le goût.

DÉLIER: délayer.

DÉLIGENCE: diligence.

DELLAGE (s. m.): réunion de plusieurs delles.

DELLE (s. f.): portion de terre labourable. De l'anglais _deal_, partie.

DÉLOUSER (SE): se plaindre avec amertume. Du verbe latin _dolere_. S.-I.

DÉLURÉ: luron, madré. Id. en patois Lorrain.

DÉLURER: déniaiser. L.

DÉMAIN (A). Être à _démain_, c'est être mal placé pour l'exercice de la
_main_. A main et à démain: de tous côtés, à tort et à travers. Voyez
AMAIN.

DÉMANICLAQUER: disloquer. L.

DÉMARCHER (SE): marcher avec affectation de belles manières. De
_démarche_.

DÉMARRER (v. a.): faire quitter un lieu. Démarrer les bestiaux d'un
herbage, c'est les en faire sortir. Il se prend aussi dans le sens
neutre, et signifie partir.

DEMAUNE: demi-aune. L.

DÉMENCE: ruine. Ce pont est tombé en démence.

DÉMENÉ ou DÉMENET: travaux du ménage.

DÉMENEURES (s. f.): promenoir de petit enfant auquel on veut apprendre à
marcher.

DÉMEN: démenti. S.-I.

DÉMENTER (SE): s'occuper de, se mêler de. En Roman, se démenter
signifiait se tourmenter. Roman.

DEMEURÉ: paralysé. Demeuré d'un bras, etc. L.

DÉMION (s. m.): moitié de la chopine. Roman. Du mot français _demi_.

DEMOISELLE (s. f.): petite mesure d'eau-de-vie. A peu près le seizième
d'un litre. L.

DEMOISELLE (s. f.): le grèbe huppé. B.

DEMOISILLON (s. m.): jeune fille de peu de conséquence, qui affecte les
manières d'une _demoiselle_.

DÉMON: éteignoir d'église pour les cierges.

DÉMUCHER: mettre au jour ce qui était _muché_, caché. En roman,
démusser: cacher, couvrir. Voyez MUCHER.

DÉPARTEMENT: départ. On disait autrefois dans le même sens _départie_,
comme dans ces vers de Henri IV:

       Cruelle départie!
         Malheureux jour!
       Que ne suis-je sans vie,
         Ou sans amour!

DÉPATOUILLER: tirer de la boue une personne qui y a enfoncé ses _pieds_,
ses _pattes_. Se dépatouiller.

DÉPERSUADER: dissuader.

DÉPÉTRAILLER: découvrir sa poitrine avec indécence. Roman. De _pectus_.

DÉPÉTRASSER. Même sens que le verbe dépétrailler. On dit à Rennes, être
dépétraillé; se dépétrasser y signifie tomber de son long.

DÉPÉTRONNER un arbre: extirper les rejetons qui ont poussé à son pied.
A.

DÉPIAUTRER: enlever la _peau_, écorcher.

DÉPICHER: mettre en pièces.

DÉPIT: mépris. Du verbe latin _despicere_.

DÉPITER: _défier_. Je t'en dépite: je te défie.

DÉPITEUX, EUSE: méprisant, dédaigneux. Basselin dit p. 54:

       La belle alors me respond, despiteuse.

DÉPOTER: vendre pot à pot du cidre ou du poiré; faire passer du cidre
d'un fût dans un autre.

DÉPOTÉYER. Même sens que dépoter.

DÉPOTÉYEUR: celui dont le commerce consiste à dépoter ou dépotéyer.

DEPUIS (DU): depuis. S.-I.

DÉQUENILLER: sortir en hâte, partir au plus vite, comme les chiens qui
quittent le _chenil_. En Roman, _décaniller_: décamper. Dans le patois
Lorrain, dégueniller.

DÉRACLÉE. Voyez DÉRATELÉE.

DÉRACLER: développer. Même sens que dérangler.

DÉRAIN; DERIN; DRIN: le dernier.

DÉRANGLER: détailler, développer. S.-I.

DÉRAT; DÉRAIL: portions de graisse qui tiennent aux boyaux, et qu'on
_râcle_ pour les employer.

DÉRATELÉE: grande quantité rassemblée comme avec un _râteau_. Se prend
en mauvaise part.

DÉRÊNER (v. n.): ne cesser de parler, raconter. Ce verbe, dans la
_Coutume de Normandie_, signifie se défendre en justice.

DÉRÊTILLER: agiter les membres en mourant, s'étendre convulsivement. L.

DÉREUNGER (v. n.): ruminer.

DÉRI: en dérive. Du latin _rivus_, ruisseau. A.

DÉRIS (s. m.): ce que laissent en se retirant les eaux débordées.

DERLINGUER: faire du bruit, comme la sonnette: derlin, derlin. On dit,
en patois Berruyer, _derliner_, qui vient aussi de l'onomatopée.

DÉROMPRE: cesser, discontinuer.

DÉROUTER (SE): se déranger, en parlant soit du temps qui devient
mauvais, soit de personnes dont la conduite se déprave. De route,
déroute.

DERRAIN. Voyez DÉRAIN. S.-I.

DERRAINEMENT: dernièrement, S.-I.

DERRUNER: déranger. C'est l'opposé d'ARRUNER. Voyez ce mot.

DÉRUSIONNÉ: fin, espiègle, _rusé_ (Vire).

DERTRE: dartre. L.

DÉSERTER: essarter. Du celtique _eyssart_, lieu inculte. En Roman,
_asserter_.

DÉSHABILLÉ: sorte de robe de femme.

DÉSOREILLER: enlever l'oreille, essoriller.

DESPUIS; DÉCEPUIS: depuis. On dit aussi _du depuis_. En Roman,
_dendespey_: depuis le temps.

DESSAISINE (s. f.): grand nombre, troupe. D'_essaim_.

DESSAISONNER: changer l'assolement d'un champ; faire hors de _saison_.

DESSAIVER: désaltérer, étancher la soif. A.

DESSERGER: décharger.

DESSEULER: isoler, rester _seul_. Patois Rouchi.

DESSOIVER. Voyez DESSAIVER. A.

DESSOULER: cesser d'être ivre, ou saoul. En patois Walon, _d'sôlé_.

DESSOUR: sous, dessous. A.

DESSUR: dessus.

DÉTAMER: perdre son étamure par l'usage ou accidentellement. Ce vase est
détamé; il faut le faire rétamer. Ce vase a perdu son étamure; il faut
lui en faire appliquer une nouvelle. Id. patois Lorrain.

DÉTÉ; DÉTEUL: fruits tombés avant terme, et qui, peu loin de leur
maturité, sont recueillis pour le pressoir. Voyez QUIS. MM. Du Méril
écrivent _detteuses_ (sans doute en sous-entendant pommes).

DÉTEINDRE (v. a.): éteindre. En Roman, _desteindre_.

DÉTEUNER (SE): sortir de sa maison pour prendre l'air. Voyez TEUNE. A.

DÉTEURD (s. m.): _entorse_. Déteurd de reins, effort dans les reins. A.

DÉTEURDRE: détordre, tordre. A.

DÉTIÉDIR: tiédir. L.

DÉTOURBER: déranger, troubler dans le travail. En Roman, _destourber_:
troubler, empêcher. Dans le _Roman de Rou_, Wace dit:

       Por çon se doit li rois pener
       Del dur Willaume _destorber_:
       Qu'il ne puisse plus haut monter,
       Ne en Angleterre passer.

Du verbe latin _turbare_, _disturbare_. L.

DÉTOURBIER (s. m.): empêchement. On trouve dans Nicot, destourber et
destourbier.

DÉTRAT (s. m.): sentier. Des substantifs latins _stratum_ et _tractus_.
A.

DÊTRE (A): à droite. Du vieux mot français dextre; en latin, _dextra_.

DÉTRUIRE (SE): se suicider. L.

DEUL: peine. Faire deul: attrister, faire peine. En Roman, _dœul_. En
celtique-breton, _dol_. Du latin _dolor_.

DEUMET. Voyez DUMET.

DEVALLÉE: pente, descente. Roman. Du celtique-breton _deval_. Du latin
_vallis_, vallée.

DEVALLER: descendre d'un point élevé vers une _vallée_. En Roman,
_adevaler_. _Devaller_, en patois Walon. _Avaller_, en patois du Jura.
Regnier (sat. XI) employait le verbe _devaller_:

       Ils contrefont le guet et de voix magistrale:
       «Ouvrez de par le roi!» Au diable un qui dévalle!

DEVANT QUE: avant que. Encore usité au XVIIe siècle.

DEVANTEAU; DEVANTIAU; DEVANTET: tablier;--parce que ce vêtement se place
_devant_ la personne. _Devantie_, _devanté_, en patois du Jura. En
patois Walon, _devaintri_.

DEVANTÉE; DEVANTELÉE (s. f.): plein un tablier, ou devanteau.

DEVANTELIÈRE (s. f.): sorte de jupon ample et long, que les femmes
portent à cheval pour ne pas recevoir d'éclaboussures. De DEVANTEAU. B.

DEVANTIÈRE. Voyez DEVANTELIÈRE. L.

DÉVARUBLE; DÉVORABLE: qui déchire, use et détruit ses vêtements. De
_varou_. Voyez DEVOURER et VAROU.

DÉVÊLER (v. a.): seconder une vache qui vêle. L.

DEVIGNON: dessein, projet.

DEVINADE (s. f.): énigme. En langue romane, _devignaille_,
_adevinaille_, _advinal_. En patois Walon, _advinat_. Du latin
_divinatio_.

DEVINAILLE (s. f.). Voyez DEVINADE.

DEVISE (s. f.): borne de champ. Roman. Du latin _divisio_. B.

DEVOURER: dévorer, mettre en pièces. M.

DIA: mot dont on se sert pour faire tourner à gauche les chevaux ou les
bœufs de trait. Roman. En patois du Jura, _guia_. Du grec δια,
de côté.

DIABLE: poisson de mer, d'un aspect hideux, lequel porte en Normandie
divers noms, tels que lièvre-de-mer, mollet, et seigneur. B.

DIABLE: le _Cyclopterus lumpus_. B.

DIAIBLE ou DIÈBLE: diable. S.-I.

DICHENAVANT: désormais, _dorénavant_.

DIDASSER ou DIDACER: redire, rabâcher. De _dicere_.

DIEULEVERD. Voyez BADOCHET. Orne.

DIFFAMER: gâter, salir. A.

DIGARD: petit poisson de mer, appartenant au genre Gastérostées.

DIGOURE (s. f.): instrument pointu, épée; mot pris en mauvaise part. En
Roman, _digoire_. Voyez DIGUER.

DIGUE; VIEILLE DIGUE: vieille femme désagréable.

DIGUER: se servir du diguet, piquer, aiguillonner. En Roman et en
Français, donner de l'éperon.

DIGUET: morceau de bois pointu, pour aiguillonner. L.

DINANT (DÉJEUNER) ou DÉJEUNER DINATOIRE: déjeûner de précaution qui
tient lieu de _dîner_. Id. en patois Lorrain.

DINDANDERIE (s. f.): dinanderie.

DINDEAU ou DINDOT: dindonneau.

DIOLEVERD ou DIOLEVÈRE. Voyez BADOCHET.

DIRE: jouer. Faire _dire_ une flûte ou autre instrument de musique.
Roman.

DISPUTER (v. a): gronder vivement. M.

DO: avec. Voyez O.

DOBICHE (s. f.): vieille femme désagréable.

DOBICHER (SE): s'habiller de haillons.

DOCHE (s. f.): patience (_Rumex patientia_). De l'anglais _dock_.

DODEIGNE (s. f.): tête qui branle.

DODINER (de la tête): branler la tête légèrement et fréquemment. On
trouve dans Rabelais (l. I, ch. 8): «Lui-mesme se bersoit en
_dodelinant_ de la teste.» Le Duchat fait venir dodeliner de l'italien
_dondolare_, ou de notre mot _dodo_, parce que, dit-il, «on remue le
berceau des enfants, afin qu'ils fassent _dodo_.» Dans plus d'un canton
normand, dodiner signifie dorloter. Id. dans le patois Walon.

DODO: lit, terme enfantin. Faire _dodo_: dormir. Du latin _dormire_.

DODO: lambin, paresseux, qui a l'air de faire dodo, de dormir. En Roman,
_dodin_.

DOGUE (s. f.). Voyez DOCHE.

DOGUER. Voyez TOQUER. Roman.

DOLE-LA-BOISE: flatteur.

DONA; DONAS: homme sans esprit, imbécile.

DONAISON (s. f.): donation. En Roman, _donazon_.

DONDON (s. f.): grosse fille. Du qualificatif roman _dondé_: gros et
gras.

DONE: poupée. Au figuré, fille de mauvaise vie. Du latin _domina_; de
l'italien _donna_, femme.

DONNEUR D'ANTIENNES: homme qui manque souvent à sa parole.

DONRAI (JE): je donnerai. Tu _donras_, il _donrait_.

       Et je vous _donray_, par ma foy!

dit Pathelin, dans son _Testament_.

DORÉE (de beurre, de confitures, de miel, etc.): tartine ou morceau de
pain _doré_ (métaphoriquement) de beurre, de confitures, etc. En Roman,
_dorée_: tarte, pâtisserie. L.

DORER: étendre sur une tartine de pain, soit des confitures, soit du
miel, soit du beurre. Ces deux dernières substances sont de couleur
d'_or_. L.

DOUCIEUX: doucereux, fade.

DOUDOUX: dragées, bonbons. Redoublement de l'adjectif _doux_. M.

DOUELLE (s. f.): douve de tonneau; petite douve. Contraction de
_douvelle_, par syncope. De _dolium_.

DOUET: ruisseau, lavoir, lieu où on lave le linge; _conduit_, aquéduc.
Du latin _ductus_, ou du celtique-breton _douvez_ et _douez_: fossé
rempli d'eau.

DOUILLANT: douloureux, très-sensible à la douleur. De _dolens_. B.

DOUI: _doué_ ou _douet_, lavoir. M.

DOUILLARD: doucereux, fade.

DOUILLETER: dorloter.

DOUILLON: Voyez BOURDIN. Roman.

DOULIANCHE (s. f.): plainte amère, _doléance_. S.-I.

DOURDÉE (s. f.): volée de coups.

DOURDER: frapper rudement quelqu'un.

DOUTANCE (s. f.): doute.

DOUVE (s. f.): étang, fossé plein d'eau autour d'une habitation. Roman.

DRAGLER: godailler. S.-I.

DRAGONNER: transporter de colère. S.-I.

DRAINER: parler lentement. Du verbe _traîner_. B.

DRAIT, E: droit, e. Dret: c'est cela.--Tout fin drait: c'est tout-à-fait
cela. Patois du Jura. De _directus_.

DROIT (AU): vis-à-vis, en comparaison de. S.-I.

DRAMER: battre. De _ramus_, branche, verge, ou du breton _dramen_,
poignée de ce que l'on coupe avec la faucille.

DRANGÉE: dragée, bonbon.

DRAS: vêtement. Wace dit (Etablissement de la Conception):

       Dras de dolor et de plor prist.

DRAPET; DRAPEL; DRAPEAU; DRAPIAU: linge. De _drap_.

DRENŒUD; DRENOU: _double_ ou triple _nœud_. Ce cordon est noué à
drenou. Dans quelques cantons de la Manche, un nœud à drenou est un
nœud mal fait, et qui se dénoue parfois de lui-même. Voyez NOU.

DRÈS: dès. Roman.

DRETTEMENT: directement. S.-I.

DRIÈRE: derrière; le derrière.

DRIGAN: petite toupie. B.

DROGUER: faire droguer quelqu'un; le faire attendre ennuyeusement;
croquer le marmot. Id. Patois Lorrain.

DROIT EN GOUT: d'un goût net et sans mélange, en parlant des boissons
dont la saveur est irréprochable. B.

DROUE (s. f.): espèce d'avoine. A.

DRUGER: s'amuser bruyamment; cabrioler; courir çà et là. Du vieux
français _druges_; avoir les _druges_: faire des mouvements désordonnés.

DRUGIR. Voyez DRUGER.

D'S: des. D's asperges; d's hommes: des asperges, des hommes. C'est une
syncope. Patois Lorrain.

DUMER: perdre son poil; muer.

DUMET ou DEUMET: duvet. Du latin _dumatum_. Roman.

DURCEUR (dans le corps): obstruction.

DURER: _endurer_ l'ennui, patienter. De la basse latinité, _durare_. Il
faut _durer_: il faut patienter.


E.


É: elle, elles. Ne s'emploie que devant les consonnes. É dit; é disent:
elle dit; elles disent.

ÉANSER; ÉHANSER: briser l'anse d'un vase.

ÉBARE (s. f.): cri; faire ébare: jeter un cri.

ÉBAUBIR: étonner; surprendre, au point de faire balbutier ou bégayer.
Voyez BAUBE.

EBBE: flot montant. Dans les langues du Nord, _ebb_. Moisant de Brieux
rapporte ce vieux proverbe normand: tout ce qui vient d'ebbe s'en
retournera de flot.

ÉBÉLUER: troubler la vue, donner la _berlue_. B.

ÉBERLUETTE; ÉBERLOUETTE: berlue, éblouissement.

ÉBLAQUER: écraser comme une poire bléche. Voyez BLEC.

ÉBLÉTER: rompre les mottes de terre. Voyez BLÊTES.

ÉBLÉTEUX: sorte de petit maillet à long manche pour pulvériser les
mottes.

ÉBLINER: écobuer.

ÉBLOUIR. Voyez ÉGALIR. O.

ÉBOÊTER; ÉBOUDINER; ÉBOUINER: écraser; étriper; faire sortir les boyaux.

ÉBOGUILLER (et non ÉBOQUILLER): éblouir, empêcher de voir. Voyez BOGUES
et BOGUÉYE.

ÉBOUQUETER: épointer; casser le _bout_. L.

ÉBOUSSER ou plutôt ÉBROUSSER: enlever les feuilles, les fleurs ou les
graines d'une plante ou d'un rameau, en les pressant dans la main que
l'on tire. Du vieux mot _brou_, feuillage. A.

ÉBOUTER. Voyez ÉBOUQUETER.

ÉBRAI: cri aigre et fort. Du verbe _braire_.

ÉBRAIRE (S'): pousser des cris aigres et hauts.

ÉBRAYER (S'): Même sens.

ÉBRÉCHÉ: privé d'une ou de plusieurs dents incisives, dont l'absence
fait une _brèche_ dans la bouche.

ÉBRÉSILLER. Voyez BRÉSILLER.

ÉBRITER: ébruiter, divulguer.

ÉBROTTÉ: ÉBROSTÉ, ébréché. (Manche.)

ÉBROYER: _broyer_, écraser.

ÉCACHER: écraser. De l'ancien français esquacher. En patois Walon,
_écasser_: fouler. S.-I.

ÉCAILLOUER: enlever les cailloux sur des terrains cultivés.

ÉCALE (s. f.): écaille d'huître, de moule; coquille d'œuf. Œuf à
l'écale: œuf à la mouillette. En patois Troyen, _écale_ signifie brou
de noix.

ÉCALER: ouvrir des huîtres, etc. Par extension, écosser. _Eichallier_,
en patois de Grenoble, c'est dépouiller les noix de leur brou.

ÉCALER (v. n.): éclater, se briser avec bruit, avec éclat.

ÉCALOPPER. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCALOTTER, ou DÉCALOTTER. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCAME: barrière de cimetière, souvent ayant la forme d'un échalier,
servant d'une espèce de banc où l'on s'assied pour causer en attendant
l'office de l'église. Du latin _scamnum_.

ÉCAMION: camion, petite épingle.

ÉCANCHON. Voyez CANJON.

ÉCAPPER: échapper. De l'italien _scappare_.

ÉCARBOTTER; ÉQUERBOTTER (en parlant du feu de la cheminée): éparpiller
mal à propos les _charbons_. En patois de Grenoble, _eicharbota_:
éparpiller. Rabelais dit (_Garg._, liv. I, ch. 28), que «Grandgousier
avoit au foier un baston dont on _escharbotte_ le feu».

ÉCARBOUILLER: écraser et réduire en _bouillie_. Roman. Dans la Mayenne,
on dit _écabouir_.

ÉCARER: impatienter. B.

ÉCAUCHER. Voyez ÉCACHER.

ÉCAUCHETTE (s. f.): casse-noisette. B.

ÉCAUPÉRER (S'): regagner ce que l'on avait perdu. Ce verbe signifie
aussi se goberger, prendre trop ses aises, se donner des airs. De
_récupérer_. A.

ÉCHAFOURÉE: échaufourée.

ÉCHALARD: échalas pour soutenir et protéger de jeunes arbres.

ÉCHALARDER: placer des _échalas_.

ÉCHALER: écorcer, écosser. Voyez ÉCALER. A.

ÉCHALIER: sorte de petit _escalier_, pratiqué dans une haie pour aller
d'une pièce dans une autre. C'est à tort que La Monnoye dérive ce mot du
substantif échalas; échalier vient du latin _scala_. L.

ÉCHALOURÉ ou ÉCHALOURI: échauffé. De _calor_, chaleur. A.

ÉCHAMPIR: se débarrasser.

ÉCHANGER (en parlant du linge): le laver avant de le mettre à la
lessive.

ÉCHANTILLON: déversoir d'un moulin.

ÉCHARDE (s. f.): écaille de poisson; petit éclat de bois. Dans cette
dernière acception, ce mot est roman. Du grec εσχαρα.

ÉCHARDER: enlever les écailles du poisson. _Eichaca_, dans le patois de
Grenoble.

ÉCHAUBOUILLER (S'): s'exténuer de chaleur et de fatigue. C'est, à
proprement parler, _bouillir_ de _chaleur_. A.

ÉCHAUFFAISON; ÉCHAUFFURE, (s. f.): maladie provenant de froid après
s'être échauffé[14].

[Note 14: Ce mot se trouve, ainsi que quelques autres, dans le
_Dictionnaire de l'Académie_; il n'en appartient pas moins au patois
Normand, puisqu'il y est pris dans un sens différent, spécial,
particulier. J. T.]

ÉCHAUGUETTE: guérite, sentinelle. On fondit en 1818, à Lisieux, une
vieille cloche, fondue pour la première fois en 1285 pour le clocher de
la cathédrale, et connue sous le nom d'_Echauguette_, parce qu'elle
avait été destinée aux cas d'alarmes. De l'islandais _gaeti_: épier,
surveiller.

ÉCHAUGUETTER: surveiller, espionner. Du roman _échauguette_, poste
d'observation (en latin, _escubiæ_). On lit dans le _Roman d'Auberi_:

       Car les eschargaites le voient
       Qui l'est _eschargaiter_ dévoient;

et dans le _Roman de Rou_:

       Aillors deust on hebergier
       Et faire tous _eschargaitier_.

       A.

ÉCHAUMETRER; ÉCHAUMITRER: effaroucher à force de coups. A.

ÉCHELETTES, (s.f.): sorte de petites _échelles_ à échelons saillants et
pointus d'un bout, que l'on fixe momentanément au bât d'un cheval pour
transporter des bottes de foin, ou des bourrées. L.

ÉCHERDANT, E: envieux, jaloux.

ÉCHÉRE: jalousie. Avoir échère sur quelqu'un: en être jaloux.

ÉCHERPILLER: mettre en pièces. De charpie.

ÉCHINEUX: sorte de couperet, pour dépecer la viande. «Il signifie aussi
un homme qui a une longue échine.» MM. Du Méril.

ÉCHOIR ou ÉCHOUER: assommer.

ÉCHOITE: ce qui _échoit_ par succession ou par acquisition. _Eschoites_
dans les _Établissement de Normandie_, p. 9.

ÉCLAME, (s. m.): homme chétif et de mauvaise mine, grand et flandrin.

ÉCLICHE: esquille; éclat. Voyez ÉCLIPE.

ÉCLINCHER: écliper, éclabousser; faire jaillir.

ÉCLIPE (s. f.): petite seringue de sureau. Du verbe _cliper_. L.

ÉCLIPÈQUE; ÉCLIPET: tiroir latéral dans les vieux coffres. B.

ÉCLIQUETTE (s. f.): batte dont se servent les masques en carnaval. De
_cliquetis_: bruit d'armes.

ÉCLOCU: culot, oiseau dernier éclos. Ce mot est employé aussi dans la
Mayenne. En Roman, _clocu_, _éclocu_. Ce substantif semble avoir quelque
rapport avec le mot du patois Vitréen, _équerbiton_: avorton.

ECMICHER: excommunier. S.-I.

ÉCOCHE (s. f.): grand couteau de bois pour détacher les menues
chenevottes qui sont restées dans le chanvre que l'on vient de broyer.

ÉCOCHER (v. a.): détacher les débris de chenevottes avec l'_écoche_.

ÉCŒURANT: dégoûtant

ÉCŒURER: décourager, dégoûter. En Roman, _acueurer_. Dans le patois
Troyen, _écœur_ signifie dégoût. L.

ÉCOFFIR. Voyez ESCOFFIER.

ÉCOINCETER; ÉCOINTER: ébrécher, casser le _coin_ d'un vase ou de tout
autre meuble.

ÉCOMANT: affadissant.

ÉCOPIR: cracher, vomir. Voyez RÉCOPIT.

ÉCOQUETÉ, E: rouge comme la crête d'un coq. L.

ÉCORNIFLER (v. a): voler. D'écorner; le sens du français est bien plus
restreint. MM. Du Méril.

ÉCOTUAU: oiseau qui a éclos le dernier de la couvée. Voyez ÉCLOCU. A.

ÉCOUDRER: sécher à demi. Voyez BÊNIR. L.

ÉCOUÊMELER: ébrécher, écorner. L.

ÉCOUER: couper la queue. Du vieux mot _coue_.

ÉCOUESSIN: fourrage composé de paille, d'herbes et de quelques épis de
céréales. B.

ÉCOUFFE; ÉCOUFLE (s. f.): cerf-volant. L'écoufle est un gros oiseau avec
lequel a de la ressemblance, pour le vol, ce cerf-volant L.

ÉCOUPÈLE (s. f.): cime d'arbre que l'on abat. De _coupeau_, tête.

ÉCOUPELER: couper la cime, le coupeau. En terme de jardinage,
escoupeler: tailler les branches. L.

ÉCOURRE; ÉCOUTRE: secouer. Du latin _succutere_. En ancien français,
_escousser_ signifiait battre le blé; _escoussoir_, _escoussour_, fléau.

ÉCOUSSE (PAR): par intervalle.

ÉCOUSSIN: moitié de la botte de foin, laquelle se forme de deux
écoussins.

ÉCOUTER: attendre.

ÉCRABOUILLER. Voyez ÉCARBOUILLER.

ÉCRASE (s. f.): abondance excessive. Il pleut à toute écrase. Voyez CRAC
(A). L.

ÉCREUTÉ: à demi-cuit Voyez GROISELÉ. B.

ÉCRIÈRE; ÉCRELLE: petit crustacé des ruisseaux, plus petit que
l'_écrevisse_.

ÉCRILLER: glisser en marchant.

ÉCRIVACHER; ÉCRIVASSER: écrire très-mal; écrire sans raison.

ÉCRIVAILLER: écrire à tort et à travers.

ÉCRIVIN: sorte de crabe. B.

ÉCUIRIE: écurie. Du latin _equus_, d'où est venu aussi le mot écuyer. A.

ÉCUISSETER: arracher la cuisse. Au figuré, ôter une branche.

ÉDUCHIR: adoucir, en parlant d'un outil qu'on affile.

ÉFANT: enfant. Roman, ainsi que le mot _afant_. Patois Forésien. Patois
Walon. Patois d'Alais.

ÉFESTOUI: enjoué, gai. De fête, qu'autrefois on écrivait et prononçait
_feste_. A.

EFFABI: pâle, déconcerté, effronté. Vire.

EFFORBIR: reprendre des forces.

ÉFLOQUETER (en parlant de la laine): l'étirer et la nettoyer. Du latin
_floccus_, flocon, anciennement floc. _Floket_, en patois Walon,
signifie nœud, enlacement de choses flexibles.

EFFONDRER: enfoncer. Effondrer une volaille, c'est la vider. Effondrer
une maison, c'est en enfoncer les portes ou les fenêtres. Roman.

EFFOUCAS (s. m.): homme ou femme évaporés, dont l'air est propre à
_effoucher_.

EFFOUCHER: effaroucher, effrayer. Syncope. L.

EFFOUDRER: foudroyer. Au figuré, écraser. S.-I.

EFFOUILLE (s. f.): bestiaux produits ou engraissés durant l'année, dans
une ferme, et dont on fait la vente. Cette année, l'effouille n'a
presque rien produit A.

EFFOUQUETER: effaroucher, battre. L.

EFFRAISER (en parlant du pain): émier. Du roman _effrester_; du latin
_effringere_.

EFFRITER: effrayer. Du mot _effroi_. B.

EFFRITÉ: décomposé, tout blême, tout défait.

ÉGACHIR: écraser, faire en quelque sorte du _gâchis_. A.

ÉGAILLER: éparpiller. «Egaillez-vous, mes gars!» C'était une locution
familière aux chouans, en présence d'un danger, et qui signifiait:
«Dispersez-vous, mes garçons!» _Aiguaïer_ s'employait autrefois dans le
sens de tremper dans l'eau. D'_aqua_, eau; aigue, en vieux français, et
encore aujourd'hui aiguière: vase à contenir de l'eau. Ainsi s'égailler
doit signifier se répandre comme l'eau d'un vase renversé.

ÉGALIR: faire éprouver un engourdissement momentané par l'effet d'un
coup. C'est ce que produit le toucher de la torpille, ainsi que la
fracture d'une branche de certains bois, tels que l'érable.

ÉGALUER: éblouir. Valognes.

ÉGAMELER; ÉGAMELIR: écraser.

ÉGAUGER: _jauger_, échantillonner; vérifier un poids, une mesure.
D'_æqualis_, égal.

ÉGLAVÉ: mort de faim. M.

ÉGLU: glu. L

ÉGOHINER: égorger, couper le cou; blesser gravement. Au figuré,
maltraiter de propos. D'_égohine_, petite scie. A.

ÉGOULER (S'): s'égosiller. Voyez ÉGUEULER (S').

ÉGRAT: petit endroit dont on a _gratté_ la neige, pour y attirer les
oiseaux.

ÉGRILLAS: déversoir d'un moulin.

ÉGRIMER; ÉGRINFLER: égratigner. En patois du Jura: _égraffiner_. On dit
aussi, en patois Normand, _égrincher_, _égrinfer_, _griffer_. Voyez
GRIN.

ÉGRINFLURE: égratignure. M.

ÉGRIPILLONNER: débarrasser un arbre de son _gripillon_. Voyez ce mot. L.

ÉGROUGE (s. f.): instrument à un rang de dents, qui sert à séparer de sa
tige la graine de lin. Du verbe _gruger_. A.

ÉGRUGETTE (s. f.): égrugeoir.

ÉGUENÉ: avare; qui est ou a l'apparence d'être pauvre. D'_egenus_.

ÉGUEULER (S'): s'égosiller. Voyez ÉGOULER (S'). S.-I.

ÉHERNER: éreinter. Couteau éherné: qui a perdu son ressort. De rein. A
Bayeux, un homme éherné ou érené est un homme insolvable. C'est le mot
pris au figuré.

ÉJAPPER: aboyer, _japper_. Onomatopée. (Coutances).

ÉLAVARE: petite digue pour élever le niveau de l'eau.

ÉLÉNU: homme mal bâti, décharné, déguenillé.

ÉLEXIR: élixir.

ÉLIANÇOURE; ÉLIENÇOURE (s. f.): tube de sureau pour lancer de l'eau.
Voyez CLIFOIRE.

ÉLIGNER: élaguer. Du mot ligne.

ÉLIMER: user, en parlant du linge.

ÉLINDER: glisser sur la glace, sur le feu. Voyez RINGLER. A.

ÉLINGUE: fronde. De l'anglais _sling_. L.

ÉLINGUER: lancer, jeter au loin. Des vieux mots _eslingueur_,
_eslinguir_.

ÉLOQUETER: mettre en pièces, en _loques_.

ÉLOSSER: ébranler, secouer. Voyez LOCHER. A.

ÉLUGEMENT: ennui causé par de sots propos.

ÉLUGER: ennuyer. Du latin _lugere_. En roman, _élugir_, être troublé.

ÉLUITE: élite, choix.

ÉLUITER: éliter, choisir.

ÉLUNÉ: privé de la vue.

ÉMAQUER: écraser. En patois du Jura, _émacher_.

ÉMAYER (S). Voyez ÉMOYER.

EMBABOUINÉ: mal tenu; dont les vêtements sont en désordre et de mauvais
goût. De _babouin_. A.

EMBAQUETER: mettre une sorte de bâton ou de carcan aux animaux, pour les
empêcher de passer à travers les clôtures. B.

EMBARLIFICOTER; EMBERLIFICOTER: embarrasser. Du verbe roman
_emberlucoquer_ ou _embureliquoquer_: couvrir la tête, et, au figuré,
amuser de vaines paroles. C'est à peu près _l'emberlicoquer_ ou
_emberlucoquer_ du patois Lorrain, verbe qui signifie coiffer de: par
exemple, au figuré: coiffer d'une idée ridicule; au propre:
_embarrasser_ la tête _d'affiquets_.

EMBARNIR (S') (v. n): prendre de l'embonpoint.

EMBARRAS (FAIRE SON): se donner de l'importance. Patois Lorrain. On dit
aussi: faire de ses embarras.

EMBATÉE: ce que l'on place sur un bât. L.

EMBÉRIONNÉ: embarrassé. A.

EMBERNOUSER: salir avec des excréments. En Roman, _embresner_. Voyez
BERNOUSER. A.

EMBERON: embarras. A.-M. Du Méril écrit embront, et le traduit par
essor.

EMBÊTANT: ennuyeux.

EMBÊTER: ennuyer.

EMBLAIER: emblaver. Semer du _blé_.

EMBLER: dérober, enlever.

EMBOBELINER: envelopper avec grand soin. Suivant Cotgrave, ce verbe, en
Roman, signifie séduire par des mensonges. Dans ce cas, c'est une
expression figurée.

EMBOFETER: emboîter; faire entrer dans une rainure ou une entaille.

EMBRÊLER ou EMBREULER: embricoler.

EMBRENINQUER: envelopper et embarrasser.

EMBROQUER: embrocher. S.-I.

EMBROUILLIAMINI; BROUILLIAMINI: confusion, _embrouillement_.

EMBRUNCHIR (S'): s'assombrir, devenir _brun_.

EMEILLÉ, adj. (Orne): inquiet, qui est en _émoi_; en vieux français
_émoie_. MM. Du Méril.

EMENER: agiter. A.

ÉMERAS: joyeux, B.

ÉMET: tablier du pressoir, sur lequel on dresse la motte de marc B.

ÉMEULETER ou DÉMOULETER: déboîter une articulation, la luxer. V. et L.

ENCONTRE; A L'ENCONTRE: contre. Je ne vas pas à l'encontre: je ne dis
pas le contraire. Dans la langue romane, la préposition _alencontre_
signifie envers, à l'égard.

ENCOVIR: convoiter.

ENCRÉPI: invétéré. Mains encrépies: mains calleuses, comme si elles
étaient enduites d'un _crépi_.

ENCRÉTINÉ (moulin encrétiné): qui ne peut fonctionner à cause de la
_crétine_, grande _crue_ des eaux. Voy. CRÉTINE. A.

ENCROUER: accrocher. Rester encroué: rester accroché. Roman.

ENCRUCHER: accrocher. Du Roman _encrouer_. A.

ENDAGNÉ: invétéré. A.

ENDAGNER: inviter. B.

ENDÉMENÉ: turbulent, désordonné, évaporé. Brantôme s'est servi de ce
qualificatif pour désigner les femmes dont la conduite est reprochable.
(_Dam. Gal._, t. II). Du latin _demens_. A.

ENDÊVER: endiabler. De l'italien _diavolo_; de l'anglais _devil_, mots
qui signifient diable. On trouve _desvé_ pour fâché dans les chansons de
Thibaut, roi de Navarre; et le vers suivant dans la _Farce de Pathelin_,
p. 63:

       Il semble qu'il doye _desver_.

Dans la langue romane, _endesver_, c'est enrager, être égaré. Roquefort
dérive ce verbe du latin _deviare_.

ENDEVERS: vers, devers.

ENDITER: indiquer, annoncer, faire connaître. Du Roman _addicter_,
désigner; ou d'endicter, faire savoir. _Enditier_ dans Joinville. L.

ENDORMOIR (s. m.): grande tasse de grès, qui tient le milieu entre la
tasse ordinaire et l'écuelle. A.

ENDREIT; ENDREIT DE: envers, à l'égard de.

ENDREIT; ENDRET: endroit, lieu.

ENFALÉ se dit des volailles qui n'ont pu digérer les aliments contenus
dans leur _fale_, leur jabot. L.

ENFANTOMER: ensorceler. B.

ENFLE (s. f.): tumeur, _enflure_. L.

ENFLUME: enflure. Du roman _enfleume_, que Borel tire du latin
_inflatio_.

ENFONCER: tromper, faire dupe.

ENFONTUME. Voyez MORFONTURE.

ENFOUILLER: enfouir.

ENFOURSURE: enfonçure, fonçailles; fond de sangles d'un châlit.

ENFROIDURÉ: _refroidi_, frileux; qui grelotte. Roman. D'_infrigescere_,
selon Monet. L.

ENFRONTER: affronter. S.-I.

ENGAGNER: irriter, mettre en colère. S.-I.

ENGALU: goulu. Du latin _gula_.

ENGASER (S'): s'embourber. De _vase_.

ENGAVER (S'): se bourrer d'aliments jusqu'au _gavion_. Voyez GAVION.

ENGELÉ: qui éprouve l'effet de la gelée. L.

ENGELEAU, et non pas ANGELOT: fromage _engelé_, c'est-à-dire dont le
froid, la _gelée_, a empêché le sérum ou petit-lait de s'égoutter
suffisamment.

ENGIGNIER: tromper, user d'engin.

ENGIN: moyen de ruse. Dans la vieille langue française, il signifiait
industrie.

ENGOULER: saisir avec sa _gueule_, en parlant d'un animal. De _gula_. L.

ENGROULIR: engourdir de froid.

ENGRUGER: se passionner pour. Roman.

ENGUEUSER: duper.

ENHAIR: _haïr_, fuir, abandonner: en parlant d'oiseaux qui quittent leur
nid, lorsqu'ils s'aperçoivent qu'on l'a visité. Dans le patois Roman, ce
verbe signifie haïr fortement. L.

ENHANNER: ahanner. De la basse latinité, _ahannare_, _anhelare_.

ENHASÉ: affairé, pris en mauvaise part. Par extension, homme qui fait
l'important; enflé d'orgueil. On trouve ce mot dans Henri Estienne.
Nicot dit qu'il signifie affairé. De la particule _en_ et du substantif
_hâte_. Ainsi l'enhâsé serait un homme qui affecte de l'empressement
pour faire croire qu'il a de grandes affaires. A.

ENHATER: _hâter_, presser. Du Roman _enhâtir_.

ENHARSÉ: enraciné, invétéré. B.

ENHEUDÉ: fixé par des _heudes_, liens pour empêtrer. Valognes.

ENHIEU; ENNIEU; ENGNEU: aujourd'hui. Voyez ENHUI. B.

ENHUI: aujourd'_hui_. Roman, ainsi qu'_ennuia_. Des mots latins _in hoc
die_, _hodie_. Dans le _Testament de Pathelin_, ce mot est écrit ennuict
(dans cette nuit), quoiqu'il y signifie simplement aujourd'hui:

       Fauldray-je ennuict? Las! quel reproche!

ENLARGIR: élargir. En Roman, _enlarger_ signifie étendre, augmenter. L.

ENLEUDER (S'): s'embarrasser, s'empêtrer. Voyez HEUDES. A.

ENLEUGIR: alléger. S.-I.

ENLISER: embourber. Voyez GLISE.

ENMITOUFLER (v. réfl.): s'envelopper la tête comme avec un _amict_; on
dit aussi _amitoufler_. MM. Du Méril.

ENORDIR. Voyez ORDRE (Mettre en). L.

ENOSSER (S'): avaler un _os_ qui embarrasse le gosier.

ÉNOTER: _ôter_ les feuilles, les _nœuds_ d'une branche.

ÉNOULER: moudre grossièrement.

ENQUÉRAUDER: ensorceler. Du Roman _caraude_, sortilége.

ENQUERCAUCHÉ; ENCARCAUCHI: empêtré. Vent encarcauché ou encarcauchi:
vent qui souffle sourdement dans les arbres comme à l'approche d'un
orage, et qui y semble arrêté, enchevêtré.

ENQUERVOISER: accrocher.

ENRAUDER (v. a.): ranger en _raude_ les émondes que l'on a coupées. L.

ENROUSER: arroser. L.

ENRUBISQUEUX, SE: amoureux. De _rut_. A.

ENS: céans, dans, dedans. Alain Chartier dit (_Œuv._, p. 532):

       Je pleure ens et me ry par dehors.

ENSANGMÊLER (Faire): irriter, mettre en colère. Voyez SANG-MÊLER. B.

ENSAQUER (v. a.): mettre dans un sac. L.

ENSASINEMENT: assassinat.

ENSASINER: assassiner.

ENSEMBLÉE: assemblée. L.

ENTEL: tel. MM. Du Méril.

ENTENTE: intelligence, faculté de bien entendre, de bien saisir;
jugement. S.-I.

ENTEUNÉ: enfermé chez soi. Voyez TEUNE. A.

ENTEURI. Voyez ENTURI.

ENTICULÉ: articulé. S.-I.

ENTOMBIR. «Mot encore en usage en Normandie», dit Roquefort, qui assure
que ce verbe signifie étonner, surprendre.

ENTORS: tortu. A.

ENTOUR: environ, à peu près. Roman.

ENTREBAT: la partie du _bât_ qui est entre ses deux atelles.

ENTRE-CI-ET: entre ce moment-ci et tel autre; d'ici à.

ENTRETENANT (de bâtiments): bâtiments réunis qui s'_entretiennent_. L.

ENTRETRIPLER (S'): se battre à _triple_ outrance. En Roman, _atribler_
signifie accabler de coups. Dans le patois Walon, _triplé_, c'est
«battre les terres afin qu'elles s'affaissent moins», dit l'abbé
Cambresier dans son _Dict. walon-français_. A.

ENTROMPER: mettre le soc en terre; l'y enfoncer.

ENTROUBLIER (S'): perdre la mémoire; oublier. Dans les _Chansons du roi
de Navarre_, _entrobli_ signifie étourdi, troublé. En Roman,
_entroblier_, _entroblir_: suspendre, troubler. On lit dans le _Roman de
Troye_:

       Ki set, et n'ensoigne et ne dit,
       Ne peut estre ne s'_entroblit_:
       Science, qui est bien oïe,
       Germe, florist et fructifie.

ENTURI: gâté par un long séjour dans la saleté. M.

ENVELIMER: envenimer. Voyez VELIN. Roman. Un ancien proverbe disait:

       Paroles rapportées
       Sont envelimées.

ENVIER: envoyer. En patois Walon, _invier_.

ENVIRON: à. Il est environ son ouvrage: il est occupé à son ouvrage. Des
Perriers (_Nouvelle_ 129, intitulée: _D'une jeune fille surnommée
Peau-d'Ane_) dit: «Comme elle était _environ_ ces grains d'orge, ses
père et mère fesoient soigneuse garde.»

ÉPAMI: absorbé, interloqué. S.-I.

ÉPANTABLE: épouvantable, monstrueux, très-gros. En patois Bourguignon,
_éponter_; dans le patois Troyen, _épanter_ signifie épouvanter.
Molinet, dans ses poésies, semble avoir tiré de l'espagnol _espantar_ le
verbe français _épanter_, qu'ilemploie pour épouvanter.

ÉPAPLOURDIR: étourdir, éblouir d'un coup inattendu.

ÉPARÉ: clair, serein. Le temps est éparé. L.

ÉPARTIR: répandre, éparpiller, repartir. Guil. Guiart dit:

       Ribaces qui de l'ost se partent
       Par les champs ça et là s'épartent.

       L.


ÉPASSE ou ESPACE (s. f.): pièce de la maison au rez-de-chaussée, et qui
a une porte de communication avec le chauffe-pied. Voyez CHAUFFE-PIED.

ÉPATER: détacher un drageon du _pied_ d'un arbre.

ÉPATTE: étoupe. Vire.

ÉPAVILLER: disperser, éparpiller. D'_épave_.

ÉPÉ; EPEC; EPEU: pivert. Du latin _picus_.

ÉPELLIR: démêler. En parlant de la laine.

ÉPERNE-MAILLE (s. f.): tire-lire. En patois Walon, _spâgn'mâ_. D'épargne
et de maille, petite monnaie. A.

ÉPESTOUI: qui court çà et là; étourdi. Voyez PESTER.

ÉPÉTER: éclore, en parlant des éruptions cutanées. L.

ÉPEUFIR: ébouriffer. L.

ÉPICOCURE DES PRÉS: _Cynosurus cristatus_.

ÉPIETTER (S'): se meurtrir les pieds en marchant, au point de ne pouvoir
s'en servir. B.

ÉPIFRA (s. m.) (Orne): éclat de bois. MM. Du Méril.

ÉPIGNOCHE; ÉPINOCHE (s. f.): faucet, brochette de bois. Voyez PIGNETTE,
PIGNOCHE. B.

ÉPILER: extirper les broussailles, comme du poil (_pilum_).

ÉPINE (NOBLE): aubépine, épine-blanche. B.

ÉPINE-NOIRE: prunellier.

ÉPINETTE: guimbarde.

ÉRINFLURE: égratignure. L.

ÉRIVIÈRES: étrennes. S.-I.

ERJU (s. m.): ennui. L.

ERJUER: ennuyer, vexer,

ERLIGION: religion.

ERLISER; ERLUISER: briller, _reluire_.

ERMÉNA: almanach.

ÉRONCE: ronce. Id. en patois Troyen.

ÉRONCER: extirper les _ronces_.

ERQUEMANDER: recommander. S.-I.

ERRENÉ: éreinté. On lit dans la _Satire Ménippée_: «Le sort tomba sur un
pauvre malotru, meneur d'âne, qui, pour hâter son misérable baudet, tout
_errené_ de coups et du fardeau, dit tout haut: Allons, Gros-Jean, aux
États!»

ERREUR: différence.

ERRIÉE (s. f.): accès, abondance. Il a été pris d'une erriée de toux. B.

ERRIÈRE: arrière.

ERRUSÉE; ÉRUSÉE: essor, volée. Prendre son errusée. Du vieux substantif
_erre_, course, venant d'_errare_: errer, divaguer. A.

ERSAI ou ERSEI: _hier_ au _soir_. En Roman, _erseir_.

ERSE: facilité, espace. Avoir l'erse de.

ERSINCHER: fripier. S.-I.

ERSOURCE: source d'eau. Ressource.

ÉRU; ÊRU: lierre. De _hedera_. L.

ÉRUSSER: effeuiller une branche à pleine main, comme lorsque l'on
cueille les feuilles de l'_éru_, lierre. A.

ÈS: aux, dans les. Roman.

ESBIGNER: tuer. S'esbigner: disparaître, fuir.

ESBROUF: embarras, affectation. Faire esbrouf, de l'esbrouf. Voyez
EMBARRAS.

ESCACHETTE: casse-noisette. Voyez ÉCAUCHETTE. Manche.

ESCANDIE (Sucre D'): sucre _candi_. Voyez SCANDI.

ESCARGAITE ou ESCARGUETTE: sentinelle. Voyez ÉCHAUGUETTE.

ESCARBILLARD: étourdi, éventé. Cette fille est coiffée à
l'_escarbillard_. En Roman, _escarbillard_ signifie gai, plaisant, rusé.
Dans le patois Toulousain, _escarbilhat_, dispos. En espagnol,
_escarapela_ se traduit par dispute et par nœud de ruban à la coiffure.
On trouve _escarbilhat_ dans la _Nouvelle_ 52 de Des Perriers. En patois
Lorrain, _escarbouillette_, étourderie.

ESCARBOUILLER. Voyez ÈCARBOUILLER.

ESCOFFIER (v. a.): égorger. De l'italien _scuffia_, coëffe. C'est une
sorte de litote. Escoffier: décoiffer, pour ôter la tête.

ESCOFFION: nippes de femmes. De _scuffia_.

ESCORNIFLER: écornifler. Id. en patois Lorrain.

ESCOT: promenade; espace que parcourt une sentinelle.

ESCOUER: secouer. Du latin _excutere_. S.-I.

ESCOURRE. Voyez ÉCOURRE.

ESCOUSSE. Voyez ÉCOUSSE.

ÉSERAIS: _esquille_, éclat.

ÉSERGOTER: blesser le pied, les ergots; arracher les ergots. Esergoter
un bœuf, c'est lui blesser le pied, au point de lui faire perdre un ou
plusieurs ergots. Voyez ÉRIGOT. A.

ÉSIQUIÉ: chétif, _exigu_. Du latin _exiguus_.

ESPADRON: espadon.

ESPADRONNER: espadonner.

ESPAIGNER: épargner. Employé par Basselin.

ESPÊCHE: épingle. De l'islandais _spick_; du latin _spiculum_.

ESPÉCIAUTÉ: belle apparence. (Valognes.)

ESPÉRER: attendre. Patois du Midi. L.

ESPRANGNER: détruire, briser. De l'islandais _sprangia_.

ESPRITÉ: spirituel. L'Académie admet le verbe familier _espriter_ pour
donner de l'esprit. On lit, dans le _Vogage de Chapelle et de
Bachaumont_, ce vers sur Mme d'Osneville:

       Elle est jeune, riche, espritée.

ESQUAINTER: tuer; mettre en pièces.

ESQUÈLETTE (s. f.): squelette.

ESQUIPOT: enjeu. Dans l'Académie, l'esquipot est la tire-lire.

ESSAIMAGE: action d'_essaimer_ en parlant des abeilles.

ESSART: terrain inculte. Voyez DÉSERTER.

ESSAVER: écorcher l'épiderme.

ESSEMER: essaimer.

ESSENILLER (v. a.): disperser, éparpiller. A.

ESSENTE: bardeau, petit ais mince dont on couvre les maisons.

ESSERBER; ESSERPER: élaguer au moyen de la _serpe_. (Vire.)

ESSIAUX ou ESSAUX: digue par laquelle le trop plein du bief prend son
cours. Du vieux verbe _issir_, sortir; ou bien d'_ais_, planches, parce
que la digue admet dans sa construction plusieurs madriers.

ESSOINE: excuse. MM. Du Méril.

ESSOUDRE ou ESSOURDRE: élever en l'air; s'élever. De _surgere_.

ESSUI ou ESSUYEUX: torchon.

ESTAMPER: fouler, écraser. De l'islandais _stappa_.

ESTOMAQUER: fâcher. Du verbe anglais _to stomach_, qui vient du latin
_stomachor_, se dépiter. B.

ESTORER. Voyez ÉTORER.

ESTRAGAUCHINES: hypothèques. MM. Du Méril. O.

ET PIEUS: et puis, ensuite.

ÉTAMPIR: suffoquer.

ÉTAQUER: peler le gazon.

ÉTAU. Voyez ÉTOUBLE.

ÉTAUDIR: assommer. Voyez ATOUT.

ÉTAUPINER: rabattre la terre des _taupinières_.

ÉTEI: aussi. Du latin _item_. Voyez ITOU. S.-I.

ÉTÉLET: hirondelle de mer (_Sterna hirundo_).

ÉTERCELET: tiercelet.

ÉTERMINE; ÉTERMAIGNE (s. f.): état de dépérissement. Ce mot vient de ce
que le malade, qui est ordinairement un enfant, reste _indéterminé_,
c'est-à-dire ne croît pas, n'obtient pas de guérison, et de ce que sa
maladie n'augmente pas.

ÉTERSE (s. f.): brosse. Du verbe latin _extergere_, nettoyer.

ÉTEURDRE: manier la pâte, la _tordre_. Tordre, en patois, _teurdre_.

ÉTIBOQUER: agacer comme avec un étibot. Voyez ASTICOTER.

ÉTIBOT: petit éclat de bois. Arbre rabougri.

ÉTIPE: somme ou pièce de monnaie restant au-delà d'un paiement effectué,
ou d'une somme ronde. Un liard d'étipe. Voyez SUBRÉCOT.

ÉTIQUENARD: sorte de canard sauvage (_Anas acuta_). B.

ÉTIQUER: éplucher. Voyez EFFLOQUETER.

ÉTOCURE (s. f.): grosse pierre ou maçonnerie employée pour _étoquer_ une
construction. Voyez ÉTOQUER.

ÉTOMIE (s. f.): squelette. D'anatomie. Dans le patois Walon, _atomeie_.

ÉTOQUER (v. a.): soutenir une construction par une forte pierre, ou par
de la maçonnerie.

ÉTOQUER: attacher. S.-I.

ÉTORER (en parlant des noix, des châtaignes: leur enlever leur brou,
leur hérisson). Voyez ÉCALER.

ÉTORER: pourvoir. Dans l'ancien français, _estorement_ signifiait
provisions, meubles. De l'anglais _stord_.

ÉTOT: racine du chaume.

ÉTOU: aussi. Voyez ITOU.

ÉTOUBLE; ÉTEULE; ÉTAU: chaume laissé debout et dans lequel il se trouve
des herbes réservées aux bestiaux. Dans le patois de Grenoble, on dit
_eitoublo_, chaume. Du latin _stipula_. _Etouble_ appartient au patois
Lorrain; en patois Walon, _steûle_. A.

ÉTOUPAS: bouchoir de four. Ce mot vient, par corruption, d'_étouffer_ le
four, ou de ce que le bouchoir le ferme comme ferait un bouchon
d'étoupes sur toute autre ouverture. En patois Walon, _ristopé_ signifie
boucher, fermer.

ÉTOUPER: mettre l'étoupas. Ce verbe signifie aussi essarter, couper les
broussailles.

ÉTRAIN: paille. Du latin _stramen_.

ÉTRALLER: étaler.

ÉTRAMILLER: éparpiller, disperser.

ÉTRAQUER: suivre l'_étrat_, la trace.

ÉTRASE: ombre qui ne laisse pas de trace; objet chétif.

ÉTRAT: sentier tracé et frayé dans la neige. Du latin _stratum_.

ÊTRE (s. m.): bâtiment. Autrefois on écrivait aitres, ce qui se
rapprochait davantage de l'étymologie, puisque ce substantif vient du
latin _atrium_, maison, logis.

ÉTREULER: entasser confusément, écraser.

ÉTRILLER (v. a.): arracher en déchirant.

ÉTRIPER: éventrer.

ÉTRIVARD: hargneux. L.

ÉTRIVER: débattre. Faire étriver: taquiner, faire endiabler. Cretin
l'emploie dans le sens de disputer (p. 47):

       A quoi tient-il qu'aujourd'hui n'_estrivez_
       Contre la Mort?

Du vieux mot français _étrif_, débat. Martin Franc, auteur du _Champion
des Dames_, a composé un traité, en vers et en prose, intitulé: _L'étrif
ou le débat de Fortune et de Vertu_.

ÉTROGNER: émonder. Voyez ÉPROGNE.

EU: heure. Jusqu'à ç't'eu: jusqu'à cette heure. L.

ÉU (pour _eu_): participe du verbe avoir. ÉUT; ÉUSSENT, etc. En Roman
_éhu_. En parlant des Géants renversés par Jupiter, Jean Regnier, poète
du XVe siècle, dit:

       Se ne fust Jupiter, à la foudre bruyant,
       Qui tous les desrocha, ja n'_éussent_ garant.

EUCRIRE: écrire. S.-I.

EUNE: une. En général on dit, en patois: _auqueune_ pour aucune;
_preune_, pour prune; _pleume_ pour plume; _feumer_, _il feume_, pour
fumer, il fume, etc. Id. Patois lorrain. L.

EURE (rivière): il devrait se prononcer Ure, comme dans _gageure_, _nous
eûmes_; c'est ce que nous avons dit dans nos _Archives normandes_ de
1824, p. 247 et 248.

EURIBLE. Voyez AORIBLE.

ÉVACHÉ: déformé, habillé négligemment. Du verbe s'avachir.

ÉVALINGUER (v. a.) (arr. de Valognes): jeter, lancer, _élinguer_. De
_af_, en islandais. MM. Du Méril.

ÉVAR: mouvement d'impatience. B.

ÉVARER: épouvanter, rendre _effaré_.

ÉVELISÉ: à demi-usé, râpé en parlant d'une étoffe. Voyez ÉLIMÉ.

ÉVESTOUI, même sens qu'ÉPESTOUI.

ÉVIPILLON. Voyez VIPILLON.

ÉVRASQUER: arracher en déchirant (Valognes).

EXEMPLE (PAR): vraiment (employé souvent dans le sens d'une opposition
ou d'une réclamation ironiques).

EXPERTISER: procéder à une expertise.

EXPOSITION: péril, accident fâcheux auquel on est exposé.

EXPOSOIR: reposoir.

EXPRÉS (PAR): exprès.


F.


FABIN: espion, rapporteur. Du latin _fari_, _fabula_.

FACE: boucle de cheveux tortillée sur les tempes et que les hommes
fixaient avec de longues épingles noires. Cette mode de la coiffure a
cessé, en 1792, d'être en usage, ainsi que la pommade et la poudre.

FACHON: façon. S.-I.

FACILISER: faciliter.

FAFELU: bouffi, dodu. Employé en ce sens par Des Periers, dans sa 29e.
_Nouvelle_.

FAFIGNER: hésiter, tergiverser. S.-I.

FAGUELIN: _faible_ de complexion. A.

FAGULTÉ: faculté. Le _g_ pour le _c_, comme dans ganif pour canif.

FAIGNIANT, TE: fainéant, te. Du vieux mot _nyent_; _niente_, en italien:
néant, rien. Dans les actes rapportés par Lobineau (_Hist. de Bretagne_,
t. II, p. 769), on trouve souvent _nyent_ pour néant. L'auteur du
_Testament de Pathelin_, p. 121, dit:

       Fut present Mathelin le sourt,
       Attourné de Gaultier _faict nyent_.

FAILLERA (IL); IL FAILLERAIT; IL FAILLIRA; IL FAILLIRAIT: il faudra; il
faudrait. L.

FAILLETTE: feinte.

FAILLIR. Voyez FIAILLIR.

FAIMVALIER: qui a la faimvalle. L.

FAIMVALLE: fringalle, appétit désordonné. Dans le français actuel, la
faimvalle est une maladie des chevaux.

FAIS (s. f.): fois.

FAIT: avoir, affaire, effets. Du latin _factum_.

FAIT: faîte.

FAITELAIT: lait caillé.

FAITIER: faîtière, tuile creuse pour couvrir le haut du toit.

FAITURIER: syndic d'une confrérie.

FALE (s. f.): jabot des oiseaux. L.

FALLIPOUX: homme décharné et de mauvaise apparence.

FALMÊCHE (s. f.): flammèche, étincelle.

FALU: oiseau qui a un gros jabot. Au figuré, orgueilleux qui se
rengorge. L.

FALUE (s. f.): sorte de gâteau plat, cuit rapidement à l'entrée du four,
pendant qu'on le chauffe. De _fale_, parce que cette galette gonfle
l'estomac (la fale, au figuré). C'est ce qu'on appelle ailleurs galette
à la fouée. B.

FALUMÈCHE. Voyez FALMÊCHE.

FAMEUSEMENT: beaucoup.

FAMINOT: pain de sarrasin, pain grossier qu'on n'emploie qu'en temps de
famine. O.

FAMULER: devenir _familier_. O.

FANFLUE: berlue.

FANGUE: boue, _fange_. Du Roman _fanc_.

FANIL: fenil, grenier à foin.

FAQUIN: celui qui affecte de s'habiller avec élégance. L.

FARACHE ou FARAGE (s. m.): communauté d'une chose entre deux personnes
qui en usent comme _frères_. Farage est la corruption de _frérage_. A.

FARAUD, E: celui ou celle qui affecte avec recherche une mise élégante
et prétentieuse. En patois du Jura, _farot_.

FARAUDER: faire le faraud.

FARBALAS: falbalas.

FARCER: se moquer de. Employé dans la _Dance aux Aveugles_.

FARETTE: moisissure sur le cidre ou le vin dans un fût en baissière. B.
Ailleurs, on dit fleurette, mot dont farette est la corruption.

FARS (s. m.): farce pour les préparations culinaires. On trouve ce mot
dans le poème de Pibrac, intitulé _Les plaisirs de la vie rustique_:

       Et d'un _fars_ bien menu lui fait un autre ventre,

dit-il, en parlant d'une oie préparée pour la table. Du verbe _farcir_.
En celtique, _fars_ signifiait pâte de farine, soit de blé, soit
d'autres céréales. En latin, _far_. A.

FATIQUE: fatigue. L.

FATIQUER: fatiguer.

FATRAIN: chanvre chétif. Du français _fretin_.

FAU; FOUTEAU; FOUTIAU: hêtre. En celtique-breton, _fao_.

FAUCHARD; FAUCHET: sorte de serpe pourvue d'un crochet pour enfoncer les
affiches dans les haies sèches. En français, le fauchet est un râteau.
L.

FAUCILLON, synonyme de fauchard. L.

FAUQUET; FAUCHET: sorte de serpe. Du latin, _falx_.

FAUQUET: croc en jambe qui fait porter à _faux_ le pied de l'adversaire
et le fait tomber comme d'un coup de fauchet.

FAUTER: manquer, faire une faute.

FAUTIBLE: coupable d'une _faute_. L.

FAUTOISET: émouchet, oiseau de proie.

FAVAT: tige sèche des _fèves_. De _faba_.

FEILLURE: feuillure.

FEIN: foin. De _fenum_. Ancien français.

FEINDRE: fléchir, s'affaisser.

FEL, E: _faible_, rude, méchant. A Bayeux, ce qualificatif signifie
courageux. De _fallene_; de félon. Dans les _Chansons du roi de
Navarre_, _fel_ est synonyme d'aigre et de dur.

FÉLER: palpiter dans un membre malade. L.

FÉNAISON: fanaison.

FÉNER: faner. Id. patois Walon.--Ce verbe, en parlant du chat, signifie
faire ses ordures. De _fienter_.

FÉNEUX: faneur.

FERLAMPIER, FRELAMPIER: vaurien, fainéant. B.

FERLANDE: mauvaise pièce de monnaie. A.

FERLUCHES: copeau léger qu'enlève la varlope. Objet de peu de valeur,
d'où on a formé le mot fanfreluches.

FERLUQUET: freluquet. Id. dans le patois Walon.

FERMAIGNE (s. f.): meuble propre à _renfermer_ quelques effets. Par
extension, des meubles. A.

FERMINE, synonyme de fermaigne.

FÉROUESSES; FÉROUSSES: jambes; terme de mépris comme croches, flûtes,
triques. A.

FERRER (v. a.): carder, en parlant du chanvre et du lin.

FERRET: sorte de tonneau.

FERREUX: cardeur de chanvre et de lin.

FERRIER: grande tonne à cidre.

FERSIR (v. n.): trembloter, transir, frémir. A.

FERTILLON; FEURTILLON: frétillon. Du verbe _frétiller_. A.

FÉRU: fort et fier. Du celtique-breton.

FERZAIE: fresaie. Belon a dit:

       Le hideux cri de la _fresaie_ effraie.

FESTAMPER: battre, fesser. O.

FESSE-LARRON: houx fragon (_Ruscus aculeatus_). B.

FÊTRE: espèce de panaris. B.

FEUGÈRE: fougère (_Polypodium filix_). L.

FEUILLON: frêlon. B.

FEUILLOT: feuillet. L.

FEUILLOTER: feuilleter.

FEUPERIE: friperie. Voyez PEUFE.

FEUPES: guenilles, propres au fripier.

FEURRER: empailler. Feurrer une chaise, c'est la rempailler. De
_feurre_.

FEUVE: fève.

FÈVE (petite): haricot (_Phaseolus_). On désigne, en Normandie, la
véritable fève (_Vicia faba_) sous les noms de grosse fève, et de
gourgane. Voyez POIS. Dans le patois Walon, fève signifie haricot.

FIAH: fi!

FIAILLIR (v. n.): se faner, se flétrir. En patois Walon, _flawi_:
_faillir_, tomber en défaillance. Dans le patois Rennais, faillir
signifie maigrir, se faner. A.

FIAMBÉE; FLAMBÉE: feu brillant et de peu de durée.

FIAMME: flamme. Patois Walon. B.

FIANCE: confiance. L.

FIANCHAILLES: fiançailles. S.-I.

FIANT: mouillé.

FIARACHE; FIARAGE: communauté; _frérage_. A.

FIAT: confiance, foi. B.

FIAU: fléau à battre le grain. Voyez FLOIS.

FIAUTÉ: foi, confiance.

FICET (diminutif de _fils_): fils chéri. Manche.

FICHANT: désolant, ou du moins très-contrariant.

FICHER et FICHIER: donner, placer. Dans l'ancien Argot, _ficher_
signifie donner.--Ficher le camp: décamper.

FICHER (SE) de: se moquer de.

FICHTRE! juron. Patois du Jura.

FICHU: détruit, perdu. Fichu pour: fait pour, capable de. M.

FIDÈLE: sensible. A.

FIDÉLION (Faire un): faire un cadeau.

FIÉE: multitude, abondance. Fiée de monde: affluence de monde. B.

FIÉGE: roseau pour empailler les sièges. Voyez LAICHE.

FIELLU: fort, puissant, courageux. C'est le synonyme de _fêle_. B.

FIENT (s. m.): fumier. De _fiente_, qui vient du latin _fimus_. Patois
Troyen.

FIÉRISER: irriter. S.-I.

FIEUR: fleur. A.

FIEUX: fils. Patois Picard. S.-I.

FIFOLLET. Voyez FOLLOT, et FOURLORE.

FIFOTTE (s. f.): frai de poissons agglutiné, que la mer laisse parfois
sur la grève. B.

FIGNOLER (v. n.): s'habiller avec recherche; affecter des airs gracieux.
Voyez FION.

FIGNOLEUR: recherché dans sa parure.

FIL (Avoir le): avoir de la ruse, de la finesse. C'est être comme un
outil bien _affilé_. Voyez TRUC.

FIL-EN-TROIS: eau-de-vie. L.

FILANDRE: filament.

FILEBERT, ou plutôt PHILBERT: noisette, aveline. Peut-être du nom de
quelque anachorète, qui faisait de ce fruit sa nourriture; d'où
probablement vient, par ironie, la dénomination de _pâté d'ermite_.

FILETTE (du jour): point du jour.

FILEUX: épervier (_Falco nisus_).

FILOIRE: fileuse, ouvrière que l'on emploie à _filer_ le chanvre. A.

FILOTIER: tisserand, fabricant de toile. Du mot fil. A.

FILTER: tiercer ou repiler pour la troisième fois un marc de pommes.

FIN dans A LA FIN DES FINS: enfin.

FINARÉ: astucieux, fin.

FINASSIER: finasseur, qui finasse, rusé, dissimulé.

FINER: trouver. De l'islandais _finna_.

FINGUE: foi. Par ma fingue: par ma foi. On dit aussi: par ma finguette.

FINOT: fin-or, sorte de poire d'été, jaune comme de l'_or fin_.

FIOLER (v. n.): boire au point de s'enivrer. _Fioula_, en patois de
Grenoble. De fiole.

FIOLER. Voyez FÉLER.

FION: tournure, bonne façon. Id. en patois Lorrain.

FIQUER: mettre. De ficher. _Fiqu'ous là_: mettez-vous là. Fiquer un
clou: l'enfoncer.

FIRLIT: petit poisson, fretin de mer, dont on se sert pour appât. B.

FIROU (Noblesse à Martin): va te coucher, tu souperas demain: noblesse
indigente, pauvres hobereaux.

FISSET; FISSIA; FISSIAU: petite barre qui sert à fixer (Manche).

FISTEAU: barre de treillage. Fuseau. C.

FISTON (diminutif de fils): petit enfant chéri.

FLAFLA: entretien, fréquentation. S.-I. Dans d'autres départements, on
dit: faire du flafla, pour faire des embarras.

FLAGEOLET: sorte de haricot. Corruption du vieux français _faseols_. De
_faseolus_.

FLAINDRE. Voyez FEINDRE.

FLAIS; FLAIT; FLET: fléau pour battre les céréales. Patois Troyen.

FLAMBE: flamme. Roman.

FLAMBÉE; FLAMBINE: feu brillant de courte durée. L.

FLAMMICHE: pain ou _miche_ mal cuit, comme à une simple flamme. O.

FLANCHET; FLANCHIN (de mouton): pièce de cet animal, coupée entre
l'épaule et le flanc. L.

FLANER: perdre un temps considérable en causeries, en bavardages.

FLANIER: avare.

FLANIER, ÈRE: qui va flaner.

FLANNER (v. a.): flatter bassement. A.

FLANNEUR: bas flatteur. A.

FLANQUER: donner, appliquer.

FLAQUET: petite flaque d'eau. S.-I.

FLAQUET: digitale dont les fleurs claquent, pressées d'une certaine
façon. FLAQUET se dit, dans la Manche, pour CLAQUET. Voy. ce mot.

FLAQUIN: maigre. D'_efflanqué_. A.

FLARIES: réjouissances prolongées. De _frairie_. A.

FLAS. Voyez FLAIS.

FLÉLER (v. n.): faire du bruit, en parlant d'une porte ou d'un auvent
qui bat avec force. «Dans l'arrondissement de Rouen, disent MM. Duméril,
ce verbe est aussi actif; _fléler des fruits_ y signifie les _agiter
avec violence_, et par suite les _abattre_.»

FLET. Voy. FLAIS.

FLEU: farine; pour fleur de farine. Fleu de pois, fleu de blé. En
anglais, _flour_.

FLEUMES. Voyez FLUMES. B.

FLEURER: flairer.

FLEURETTE: première crême qui s'élève sur le lait; _fleur_ de crême. L.

FLEURETTE: moisissure sur la baissière d'un tonneau. De fleur,
efflorescence. Voyez FARETTE. L.

FLEURIE: confrairie. S.-I.

FLEUTRIR: flétrir.

FLIAIS: fléau à battre le blé. (Manche.)

FLIE; FLION: petit coquillage univalve; la patelle commune.

FLIGER: figer. L.

FLIPE (s. m.): cidre doux, chauffé avec un mélange d'eau-de-vie et de
sucre, et dans lequel on met des tartines ou rôties. De l'anglais
_flip_, boisson cordiale. Une note sur le _Redgauntlet_ de Walter Scott,
ch. XIII, trad. de M. de Montemont, définit ainsi le flip: «Boisson
composée de bière, d'eau-de-vie et de sucre, en usage parmi les gens de
mer.»

FLIPSAUCER: manger avec voracité.

FLO; FLIO: multitude (Manche). B. L.

FLON: diarrhée épidémique. Vire.

FLONDRE: poisson de la Basse-Seine, et que, dans la mer Baltique, on
appelle _flunder_ et _flundra_. C'est le flez (_Flessus_). S.-I.

FLONER (SE): se pâmer de colère ou de surprise. Du Roman _enfelonnir_:
s'irriter. L.

FLONER (v. n.): flaner. A.

FLONEUR: flaneur. De l'islandais _flanni_: désordonné, débauché.

FLONISE (s. f.): pamoison par l'effet d'une grande colère ou d'une
surprise excessive. L.

FLOPER, ou plutôt FLAUPER: frapper, battre. _Fipla_: battre. En Roman,
_flauber_. A.

FLOQUER (v. n.): vaciller, chanceler, en parlant d'une chose mal fixée.
Onomatopée. B.

FLOQUET: incertain, vacillant, indécis. De flot. S.-I.

FLOUEUR: trompeur, escroc, fripon. De l'ancien Argot, _afluer_: tromper;
et de l'Argot nouveau, _flouer_: voler.

FLOUER: voler. Du verbe latin _fraudare_.

FLOUETTE: girouette. Du latin _fluctuare_.

FLUBER: agiter les épaules pour les frotter. Voyez FRIPER.

FLUMES: flegmes; glaires; pituite. L'apothicaire Aliborum s'exprime
ainsi dans le _Testament de Pathelin_, p. 133:

       User vous fault de sucre fin,
       Pour faire en aller tout ce flume.

Du grec φλεγμα; en latin, _phlegma_.

FLUTER: boire avec excès.

FO: fou. Du Celtique _fol_.

FOCHE: fouace, gâteau salé et poivré sans autre assaisonnement. Voyez
FOUÉE. B.

FOCHETTE (s. f.): (_Lotus Corniculatus_). B.

FOICELLE, ou FOISSELLE (s. f.): forme en terre cuite, percée de beaucoup
de petits trous, pour faire égoutter le fromage. En patois de Grenoble,
_faicella_ signifie un «vase pour faire cailler le lait»; en patois du
Jura, «moule de bois à faire des fromages.» Faisselle, en français.
Voyez CLICHE. A.

FOIS: moment. Il y a des fois où j'en perds la tête. Patois Lorrain.

FOISIL: briquet, _fusil_ avec lequel on battait un morceau de silex pour
en obtenir du feu. Le _fuisill_, dans Partonopeus de Blois. L.

FOISILLER: remuer la cendre mal à propos. Par extension, déranger. Du
latin _focus_, foyer. A.

FOITER (v. a.): donner, appliquer. «Je li foiterais le fouet.» Ce mot
semble un adoucissement du mot foutre employé dans le même sens par les
gens grossiers.

FOLE: filet dont on se sert en haute mer, principalement pour prendre
les raies. B.

FOLE, ou FOLLE: trombe. De _follis_, soufflet de foyer.

FOLIER: être atteint de folie. _Foloier_, dans les _Chansons du roi de
Navarre_. L.

FOLIO: habillements surannés et ridicules. Elle a l'air d'un folio. De
folle, ou d'un volume in-folio devenu bouquin. A.

FOLLOT: feu-follet.

FOLUMÈQUE. Voyez FALMÊCHE.

FONCÉE: gestation, portée d'une femelle. Voyez FORCÉE.

FONCER: entrer de force; se jeter brusquement sur. Il a foncé dans la
maison: il a foncé sur moi. L.

FONDELER: brûler la terre et la disposer pour l'ensemencement du
sarrasin. C'est, à proprement parler, préparer le _fonds_. A.

FONDELERIE: action de fondeler. A.

FONDRILLE (s. f.): effondrilles, dépôt ou sédiment au _fond_ d'un vase.

FONDRILLON (s. m.): petite fondrille.

FONGE ou FONGUE (PAR MA): par ma foi.

FONTAISIE: fantaisie, caprice.

FORANGUE (s. f.): croûte sur les lèvres d'un malade. B.

FORBAITURE: fourbure.

FORBANNIR: exiler, bannir. De _foras_, dehors, et de bannir. Employé par
Basselin.

FORBU: fourbu.

FORCÉE: portée d'une femelle qui produit plusieurs petits. Une forcée de
lapins. De _foras_, dehors. L.

FORCIR (v. n.): acquérir de la force. L.

FORIÈRE: portion de terre en dehors de la partie labourée. De _foris_.

FORMAGE: fromage.

FORMAT: furoncle, anthrax, bouton, mal extérieur. De _foris_.

FORTAN (fort temps): mauvais temps. Faire avoir _fortan_ à quelqu'un: le
faire vexer. On dit aussi: faire porter mauvais temps à quelqu'un.

FOU: enragé. Chien fou, chien attaqué de la rage.

FOU (en parlant du lait): lait fou, lait caillé.

FOUADRAILLER: fouailler; faire claquer le fouet à tort et à travers.

FOUAH! fi. Cri de huée et de dégoût. B.

FOUAILLE: feu brillant sans durée.

FOUAILLÉE: fustigation complète.

FOUAILLEUR: libertin.

FOUATIN: tâton, qui s'occupe de riens. Voyez NIGON. L.

FOUATINE. Voyez FOUAILLE, FLAMBINE.

FOUATINER (v. n.): s'occuper de riens, de vétilles. Voyez NIGONNER.

FOUATINES: verges. Du verbe fouetter.

FOUATINER (v. n.), se dit de quelque chose que le vent enlève (Orne).
MM. Duméril.

FOUCADE: _fougade_, emportement fougueux.

FOUCADER (v. n.): éprouver une foucade.

FOUCARAS; FOUGARAS: écervelé.

FOUCHIBLE: facile à effaroucher.

FOUDRER: écraser, en parlant du corps, du buste surtout. En patois du
Jura, _effoudrai_: froissé, moulu.

FOUDRER: s'emporter. S.-I.

FOUÉE (s. f.): feu clair et brillant, fait de branches menues ou de
pailles; feu de la bouche du four. Une galette à la fouée est un petit
gâteau que l'on fait cuire à la bouche du four pendant qu'on le chauffe.
Des mots feu, foyer.

FOUÈNE, FOUINE (s. f.): instrument de pêche. _Funa_, en patois de
Grenoble.

FOUETTER LE CHAT: donner un repas des restes d'un festin. A.

FOUI: four, fournil. O.

FOUILLARD: feuillage.

FOUILLIS: confusion, désordre d'objets. C'est le _farrago_ des Latins.

FOUINER (v. n.): fuir lâchement.

FOUINER, FOUINETER: fureter. A.

FOUINILLARD: qui _fouine_, rôdeur malfaisant.

FOULON: frelon. L.

FOUR: fournil, pièce dans laquelle ouvre le four et se trouve la
boulangerie.

FOURBANCER: toucher à tout, comme pour _fourbir_.

FOURC: fourchet. Le _fourc_ (dont on ne prononce pas le _c_) est,
suivant Nicot, «toute chose qui fait un angle aigu. Ainsi dit-on le
fourc d'un arbre, des doigts, du chemin, des rues: d'où vient ce mot
quarre-fourc par composition de quarré et fourc. De ce mot sont dérivés
fourches, et semblables». On ne l'emploie, en patois, que dans ces
locutions: le fourc du derrière, le fourc d'une culotte. On dit le
fourchet d'un arbre. Du substantif latin _furca_, fourche. A.

FOURCELLE: estomac. En Roman, _forcel_. Sur ce mot, nous avons donné une
note détaillée dans notre édition de Basselin, p. 50.

FOURE (s. f.): foire. L.

FOURÉE ou FOURRÉE: filet attaché sur les bancs de sable, pour y former
un parc où le poisson puisse venir se _fourrer_.

FOURÉE; POIRE-FOURÉE: poire molle. Au figuré, qui a la foure, la foire.
Voyez BLET.

FOURER: foirer.

FOURET, TE: petit foireux; petite foireuse. L.

FOURFIÈRE (s. f.): _fourche_ de fer à deux fourchons ou dents,
longuement emmanchée. L.

FOURGOTTER, FOURGOUÊNER: remuer avec bruit sans utilité. Dans la
Mayenne, on dit fourgâner pour fureter. De _fourgon_.

FOURLORE (s. f.): sorte de revenant qu'on croit apparaître la nuit le
long des eaux, sous la forme d'une flamme errante, qui cherche à égarer
les passants pour les perdre. Peut-être de l'ancien mot _frelore_:
vicieux, méchant. Dans Pathelin, p. 60, sa femme lui dit:

       Notre fait seroit tout frelore.

       L.

FOURNAQUER: c'est, comme _fourgouêner_, remuer en désordre et avec un
bruit importun. L.

FOURNIT: babillard.

FOUROLLE: torche. Voyez COULINE.

FOUROUX, SE: foireux, se. L.

FOURQUE: fourche. Altération d'un juron très-commun dans la bouche des
gens grossiers.

FOURRAIGNE (s. f.): fourrage. A.

FOUTAISE: bagatelle.

FOUTEAU: hêtre. Patois Rouchi.

FOUTELAIE: lieu planté de hêtres.

FOUTILLE (s. f.): faine, fruit du fouteau. O.

FOUTIMASSER: faire des niaiseries. Voyez NIGONNER. De fou.

FOUTINER. Voyez FOUATINER.

FOUTINETTE: chose de peu de valeur; bagatelle.

FOUYER: âtre, _foyer_. Marot dit, dans l'_Épitaphe d'Ortis, le more du
roi_:

       Aussi gris qu'un fouyer cendreux
       Et noir comme un beau diable ou deux.

FRAINVALE (s. f.): boulimie. Voyez FAIMVALE et FRINGALE. B.

FRAINVALIER: qui éprouve la frainvale.

FRAISER. Voyez EFFRAISER.

FRAMBÉYER (v. a.): nettoyer, en parlant des étables; les débarrasser de
fumier. Nettoyer les petits enfants.

FRAMBIER; FRAMBISSEUX: qui touche à tout.

FRAMBIR, v. n.: fureter. A.

FRAMBOYER. Voyez FRAMBÉYER. A.

FRANC-LIARD: franc-réal, sorte de poire.

FRARIN: piteux, chétif.

FRÉ ou FREI, FRÈDE: froid, froide. En patois Walon, _freu_.

FRÉDURE: froidure.

FREMAILLES: affaires.

FREMEUR: peur, motif de _frémir_.

FRÉMI (s. f.): fourmi. Patois Bourguignon. _Frumihe_, en patois Walon.

FRÉNAILLER: faire un bruit agaçant.

FRÉRAGE: association étroite. MM. Duméril.

FRÉREUX (cousin): cousin germain.

FRÉSER: émier. De _fresus_, moulu.

FRETTE (s. f.): long bâton. De _fretus_, appuyé. A.

FRETTE (s. f.): bande de toile pour emmailloter un enfant. L.

FRETTER (v. a.): fixer un enfant dans le maillot. L.

FREULÉE: volée de coups (Vire).

FREULER: _froler_, battre.

FREULIER: garnement. B.

FREUMENT: durement, rudement. B.

FRICAMPOÊLER: mal préparer un mets. De _fricasser en poêle_.

FRICOT: plat de viande, apprêté pour un repas.

FRICOTER: faire bombance.

FRICOTEUR: celui qui _fricote_.

FRIGOUSSE (s. f.): mauvais mets. Du mot populaire _fricot_.

FRIME. C'est bon pour la frime: c'est bon pour l'apparence.

FRIMOUSE; FRIMOUSSE: grosse figure. Du vieux mot _flimouse_. Patois
Lorrain. Patois Troyen.

FRINGALE: boulimie. L.

FRINGALIER: qui a la fringale. L.

FRINOT: garçon meunier. Du latin _farina_, _farinarius_.

FRIOLER: affrioler; et, dans le sens neutre, avoir grande envie.

FRIOLET: haricot prédome. De _phaseolus_.

FRIPE (s. f.): vêtement en mauvais état, bon pour la _friperie_. Au
figuré, le corps. Donner sur la fripe: battre.

FRIPER (SE): se frotter, s'agiter comme les gens qui ont des poux.

FRIPERIE. Voyez FRIPE.

FRIQUENELLE: jeune fille friande et _fringante_.

FRISDU: terre en _friche_.

FRISON (s. m.): ruban _frisé_ que produit la varlope. L.

FRISON (s. m.): boucle de cheveux qui _frisent_ par art.

FROE (s. f.): sciure de bois. _Frou_ ou _froux_, en patois Lorrain.

FROLÉE: pain émié dans du cidre ou du poiré.

FROMER; FRUMER: fermer.

FRONTEAU: bandeau ou bourrelet d'enfant. De _front_.

FROU-FROU (Madame): femme ou fille prétentieuse. Frou-frou est une
onomatopée comme taffetas (autrefois tafe-tafe), tirée du bruit que
produisent les robes de soie. Id. Patois du Jura. L.

FRU, E: avide. A.

FRUSQUIN. Voyez SAINT-FRUSQUIN.

FULON; FAILON; FOULON; FURON: frelon.

FUMELLE: femelle. L.

FUMELLIER: coureur de femelles, de filles.

FUMER (v. n.): être contrarié. Voyez BISQUER.

FURIEUSEMENT: beaucoup, très.

FURIEUX: gros et fort. On dit d'un enfant qui est fort et gros: il est
furieux et grossier. En patois Rouchi, furieux signifie fort. L.

FURLUCHÉ: hérissé, _furieux_, comme un coq en colère.

FURLUFFER (v. a.) (arr. de Rouen): fâcher, pousser à bout:

       Chest pour nous faire furluffer.

       FERNAND, _Muse normande_, p. 26.

Peut-être le même mot que le précédent. MM. Duméril.

FUT: bélier du pressoir à cidre. Tonneau, barrique.

FUTANT: ennuyant. L.

FUTÉ: rassasié, qui en a son soûl. Il signifie aussi avisé, rusé.

FUTER: fatiguer, ennuyer, rassasier, blaser.


G.


GABASSER: sautiller. Du vieux verbe _gaber_: rire, se moquer. A.

GABEGIE: manœuvre secrète et astucieuse; intelligence avec quelqu'un
dans un but coupable. On dit aussi _capegie_. Dans le patois Lorrain,
_gabgie_ signifie un profit illicite. Du Celtique-Breton _guap_:
moquerie, et du Roman _gaber_. B.

GABELOU: employé des _gabelles_, maltôtier; sobriquet des douaniers au
bord de la mer.

GABERIEN: moqueur, trompeur de femmes. De _gaber_: plaisanter, se
moquer. B.

GABLE (s. m.) (arr. de Vire): pan de mur, pignon; _gafl_, en islandais.
MM. Duméril.

GABOTTER: se balancer en dansant. De l'ancien mot _gambe_, jambe. On a
dit d'abord _gambotter_: agiter les jambes. A.

GACHARD: sale, malpropre (Manche).

GACHE: pain grossier, _gâché_.--Gâteau improvisé, cuit à la bouche du
four.

GADE (s. f.): jatte. De l'islandais _jata_. A.

GADE; GARDE; GRADE: groseille à grappes (_Ribes rubrum_). L.

GADELLE (s. f.): groseille à grappes. L.

GADELIER; GARDELIER; GRADEILLIER: groseiller à grappes. L.

GADEUIL: celui qui, sans être précisément borgne, ne voit, _ne regarde_
que d'un _œil_; qui a un œil vairon. L.

GADOLIER: garnement, vaurien. B.

GAFFÉE (s. f.): morsure de chien. S.-I.

GAFFER, en parlant d'un chien: saisir brutalement et mordre; manger
avidement.

GAGE: avoir, propriété.

GAGIER: gager, parier.

GAGNE (s. f.): gain. L.

GAI: geai.

GAIEUX, SE: trop délicat, dégoûté. Dans le patois de Grenoble,
_gaillosa_ signifie glouton. Voyez DÉGAIEUX. L.

GAIL: geai.

GALAFRE. Voyez GOULAFRE.

GALAIGNIE (s. f.): ce que peuvent contenir les deux mains réunies. Voyez
JOINTÉE. B.

GALAPIAN ou GALOPIAN: vagabond, galopin. B.

GALAPIAS; GALOPIAS: galopin. B.

GALATINE (Être en): garder la chambre, garder le lit.--Dans la Manche,
_être en galatine_ signifie fort endolori, même en état de pourriture,
ressemblant, en quelque sorte, à la gélatine. B.

GALER: contraindre, forcer, maltraiter.

GALES: joie, divertissement. J'ai donné, sur ce mot, une note dans mon
édition de Basselin (_Vau-de-Vire_ LIII).

GALETER (v. n.): trembler de froid; carillonner avec une ou plusieurs
cloches. B.

GALETOIRE: galetière, sorte de poêle à frire, sur laquelle on fait cuire
les _galettes_ ou crêpes de sarrasin.

GALETTE: sorte de crêpe, ordinairement de sarrasin, mal à propos nommée
_galette_ par ceux qui en font usage. La _galette_ proprement dite est
un gâteau cuit au four.

GALFRETIER: gourmand, gorge à tout grain. S.-I.

GALIFRE: gourmand, vorace. S.-I.

GALIMOT: crêpe de sarrasin. O.

GALIR, en parlant du sarrasin: le _jeter_ sous le fléau, pour le battre.
Du Celtique-Breton _gwalen_: fléau (Manche).

GALLET: levier. De _gwalen_.

GALLINE (s. f.): jeu d'enfants. Voyez QUILLEBOCHE.

GALLOCHE (s. f.): même jeu.

GALLOIS, SE: gaillard. De l'islandais _gala_, se divertir.

GALLON: ancien vase ou cruche à large ouverture, contenant environ 4
litres. Porté en Angleterre par les Normands dans le XIe siècle. De la
basse latinité _galo_. Voy. Du Cange.

GALLONNÉE: plein un gallon.

GALMIN: petit valet. De _gamin_. Voyez GOUGEARD.

GALON ou plutôt GALOP: réprimande. Donner un _galop_.

GALOT: tourte aux pommes. Voyez BOURDIN.

GALOTTER: carillonner.

GALUE: louche. Voyez BICLE, ÉGALUER.

GALVADAIRE: vagabond. B.

GALVAUDER (v. a): tripoter, ne pas ménager une chose; gâcher de
l'ouvrage. L'Académie définit ce verbe: réprimander durement.

GAMACHE (s. f.): sorte de guêtre de coutil ou de toile, assujettie
ordinairement autour de chaque _jambe_ par des cordons. Du Cange dérive
ce mot de _campagus_. En italien, _gamascia_: c'est de là que vient
_gamache_. Les Languedociens disent _gamacho_. Je préfère considérer ce
substantif comme une altération de _gambache_, vêtement des _gambes_,
jambes.

GAMBE: jambe.

GAMBÊLER: agiter les _jambes_ presque convulsivement. Voyez GAMBILLER.
B.

GAMBET: croc-en-jambe.

GAMBETTE: petit couteau, dont la forme était primitivement celle d'une
petite _jambe_.

GAMBIER: pièce de bois à laquelle les bouchers suspendent la viande. B.

GAMBILLER (v. n.): remuer désagréablement les _jambes_ en marchant.

GAMBU: qui a de longues jambes.

GAME (s. f.): écume de la bouche d'un animal. Voyez BROUE. A.

GAME: soufflet sur la joue.

GAN (s. m): gain, bénéfice. Voyez GAGNE. A.

GANDOLER: balancer, remuer désagréablement B.

GANIPION: garnement. En patois de Grenoble, on appelle _ganippa_ une
personne couverte de haillons. Voyez GALAPIAN.

GAPAS: balle d'avoine.

GARCE; GARSE: fille. C'est le féminin de _gars_. Patois du Jura.

GARCETTE: petite fille, fillette. En patois du Jura, _garçotte_,
_gachotte_.

GARCHONN: garçon. S.-I.

GARÇONNIÈRE: fille qui court après les garçons et les fréquente trop. Du
verbe _garçonner_: hanter les garçons.

GARCU ou plutôt GARE-CU: jupe, cotillon.

GARDE-HEURT: borne, appui. De _garder_, préserver, et de _heurt_.

GARDE-ROBE: aurone (_Artemisia abrotanum_); parce qu'on croit que cette
plante éloigne les teignes d'une _garde-robe_. B.

GARDE; GARDELLE. Voyez GADE. S.-I.

GARDIN: jardin.

GARDINIER: jardinier.

GARE: de couleur bigarrée. Bœuf gare, vache gare. Du latin _varius_,
varié.

GAREAU: bœuf ou taureau gare ou bigarré.

GARGACHE: culotte. Du vieux mot _gargaisse_. V. mes _Chansons
normandes_, p. 233.

GARGOTIER: ouvrier employé au blanchissage des toiles. De _gargote_,
mauvais cabaret, dans lequel ces ouvriers vivent trop souvent.

GARIR; GUARIR: guérir. Ancien français.

GARISON (s. f.): guérison.

GARREAU: sorte de pain de froment, de qualité supérieure. A.

GARROT: levier. L'Académie définit ce mot: un bâton pour serrer. Le
_garrot_ de nos vieux auteurs est à peu près le _pedum_ ou la houlette
du berger. A.

GARROUAGE: vagabondage. Ces bestiaux sont en _garrouage_: sont errants
et causant du dommage. Du vieux mot _garrou_, _loup-garrou_ (loup
errant). Voyez VAROU.

GARSAILLES (s. f.): enfants. P.

GAS: garçon. De l'ancien mot _gars_, conservé en Bretagne et en
Franche-Comté. A.

GASE (s. f.): vase, bourbier. C'est le _g_ pour le _v_. Voyez ENGASER.

GASPIL (s. m.): gaspillage. A Valognes, on dit _gaspille_ (s. f.); jeter
à la gaspille.

GASTOUSER: couper mal les cheveux. De _gast_, dévastation, et de
_touser_, tondre. L.

GATER: répandre, en parlant des liquides. Gâter de l'eau: uriner.

GATON: levier court.

GATONNER: se servir du gaton pour serrer la corde sur une charrette.

GATTE: jatte. Voyez GADE.

GATTE: marelle, sorte de jeu.

GATTECOFVE: sorte de gâteau, autrefois en usage à Dieppe, suivant
Moisant de Brieux (_Orig. de quelques Cout. anc._, p. 65).

GAU: coq. De _gallus_. Dans l'ancien Argot, _gau_ signifie pou. B.

GAUBERGER; GOBERGER (SE): se carrer.

GAUD: niais. De _nigaud_, par aphérèse.

GAUDENCES: contes réjouissants. De _gaudere_, se réjouir.

GAUNE: jaune. S.-I.

GAUNETER: perdre son temps à babiller. O.

GAUPAILLER: avaler avec voracité.

GAUPLUMÉ: celui dont les cheveux sont ébouriffés comme les plumes d'un
_gau_ (coq); chiffonné. L.

GAURE: grosse femme désagréable; truie. Les ennemis d'Isabeau de Bavière
l'appelaient la _grande Gaure_.

GAURER: se pavaner avec orgueil. Du grec γαυρος.

GAUSANT: dégoûtant. O.

GAUT: bois, forêt.

GAUTIER: oison, le mâle de l'oie. A.

GAVAILLER: gaspiller. B.

GAVAS: brutal. En espagnol, _gavacho_ signifie lâche, et _gavasa_, fille
publique. B.

GAVER: gorger. S.-I.

GAVIAU; GAVION: gosier. S.-I.

GAVIGNOLE (s. f.): gaîté désordonnée, provenant d'une ivresse enjouée.
Du latin _gavisus_, réjoui.

GAVIGNON; GAVIGNOLLE: ivresse folle. Du latin _gavisus_.

GAVILLEUX, SE: mauvais, dangereux. Du celtique-breton _gwall_ (Vire).

GEALE (s. f.): engelure. Dans le Roman, _enjallé_ signifie gelé.
_Ejallé_, dans le patois Walon. Du latin _gelu_, gelée. A.

GEALLEUX, SE: qui a des engelures.

GEARSE (s. f.): brebis pleine. Du verbe latin _gerere_, d'où notre
substantif _gestation_. Voyez GERSE. A.

GÈBE: gale du chat. B.

GÉGIGNE (s. f.): ventre. De _gésine_. A.

GENCER (v. a.): arranger, disposer. D'_agencer_, par aphérèse.

GÉNISSON (s. m.): génisse. L.

GENISSON: seneçon (_Senecio vulgaris_). B.

GÊNOTTE (s. f.) (_Bunium denudatum_). B.

GENOTTE (s. f.) (_Œnanthus pimpinelloïdes_). Voyez JANOTTE. A.

GENOUILLET (_Veronica hederæfolia_). B.

GENOUILLONS (A): sur les genoux, comme _à ventrillons_: sur le ventre.

GENS; NOS GENS: mon père et ma mère. Les gens par excellence. L.

GÉOTE: arroche (_Atriplex hortensis_). A.

GERGAUD (s. m.): fille qui folâtre avec les garçons. Voyez SERGAUD.

GERGAUDER: folâtrer en gergaud.

GÉROFLÉE: giroflée (_Hesperis violaria_).

GERQUE: brebis. Du latin _vervex_.

GERSE: brebis dans l'état de gestation. Voyez GEARSE. A Bayeux, _gerse_:
vieille brebis. A.

GERZIAU (s. m.): espèce de lentille sauvage, qui croît dans les blés et
infeste les sillons. A.

GESTÉ: arrangé. Il se prend en mauvaise part.

GESTÉE (s. f.): quantité, abondance. Du verbe latin _gerere_. Voyez
VESTÉE.

GHÉROUÉSELLE (s. f.): groseille à maquereau (_Ribes uva crispa_).

GIBLOU. Le bon Dieu de Giblou: divinité dérisoire. On appelait la
Chronique de Sigebert de Gemblours Chronique de Sigebert de _Giblou_. L.

GIÈVRE: harle hupé. Voyez VIAR. B.

GIFE; GIFLE: soufflet. Voyez JAFE.

GIGALER. Voyez GINGLER.

GIGNOSSÉS: curiosités introuvables. L.

GIGORGNE; GIGORNE: pièce de bois très-noueuse. De _gigot_ et du latin
_cornu_.

GILER; GILOIRE. Voyez JILER, JILOIRE. A.

GIMER: pleurer, _gémir_. Du latin _gemere_.

GINGEOLE (LA): étourdi qui saute et _gingue_. L.

GINGLER; GINGUER: sauter, folâtrer. De gigue, gigot.

GINGUETTE: jeune fille qui aime à _ginguer_.

GIPOUTRER, ou plutôt JIPOUTRER. Voyez JIFER.

GIRIE: farce, fausseté, supercherie.

GIRONNÉE (s. f.): plein un tablier. Voyez GRONNÉE.

GIROT, pour GILOT: sot, grimacier. De _Gilles_; _Gire_.

GISIER: gésier. Id. patois du Jura. A.

GITRE; GIÈTE; GITE: madrier, solive, poutrelle.

GLAM (_Frutercula arctica_). B.

GLAM: crêpe, carême-prenant. Eure.

GLAM: Guillaume. Contraction du latin _Willelmus_ ou de l'anglais
_Williams_. B.

GLAMET; GLAUMET: logette pyramidale de menues branches pour prendre les
oiseaux. Du nom de quelque individu nommé Guillaume, qui l'aura inventé.

GLAMOT: Guillaume. B.

GLANE (s. f.): sorte de bouquet d'ognons, de tiges de blé, recueillis et
liés ensemble. Du verbe _glaner_.

GLATIR: japer, hurler. Du verbe _glapir_.

GLAUDE: dupe, imbécille. De l'empereur romain Claude. Dans le patois du
Jura, _englauder_: duper.

GLEU; GLU: glui, paille de seigle. En Champagne, on dit: _glu_. On lit,
dans une chanson anonyme du XIIIe siècle:

       Robin a d'autruy de mi
         Pris chapel de glui.

GLEUMER: engloutir. S.-I.

GLISE: glaise.

GLONDAT: ajonc (_Ulex europæus_). Manche.

GLORER: sommeiller, dormir en ronflant. Onomatopée. A.

GLOT: ver blanc, qui attaque la viande et le fromage. Voyez GUILLOT.

GLOT, TE; TERRE GLOTTE: terre mal brisée par le labourage. De _glu_.

GLOUTE (qual.): gâté. De l'islandais _glata_, perdre.

GNIAF: mauvais cordonnier.

GNIAGNIAN: lambin, tâton. De _fainéant_ prononcé _faigniant_. Dans le
patois Berruyer, _gniogniot_.

GNIAQUÉE (s. f.): morsure de chien. Voyez GAFFÉE. Du Roman, _gnac_: coup
de dent. B.

GNIAS: enfant à la mamelle.

GNIEU: œuf laissé dans le nid pour y rappeler la pondeuse. Voyez
NICHET.

GNIOLLE. Voyez NIOLLE.

GNIOLLER: niaiser; faire ou dire des riens. De _nihil_, rien.

GNIOT: nigaud. Voyez GNIAGNIAN.

GO: essor, élan. Tout de go: d'emblée. En anglais, _go_ signifie aller.

GOBANT: gourmand. De _gober_, manger avec avidité. MM. Duméril.

GOBELIN; GOBLIN; GOUBELIN: sorte de revenant ou d'esprit follet, plus
espiègle que malveillant. Du celtique-breton _gobilin_: feu-follet,
lutin, etc. Orderic Vital parle du _Gobelin_ dans le livre V de son
Histoire, et le cite comme un démon qui apparaissait à Evreux. MM.
Duméril dérivent le mot _gobelin_ du grec κοβαλος, ou de
l'allemand _kobold_. Je croirais plutôt que, comme notre vieux verbe
_gaber_, il pourrait venir de la basse latinité _gabbatina_,
plaisanterie. _Gobelin_ serait tout simplement l'altération de ce mot ou
du _gobilin_ celto-breton. Nous avons parlé du _gobelin_ avec quelque
détail dans le t. I de nos _Archives normandes_.

GOBELOTER: faire les froncements ou plis que les blanchisseuses
impriment au linge fin. Froncer. L.

GOBET: petit morceau de pain, de bois, etc.

GOBINE (s. f.): repas de gourmands. Du verbe _gober_. Voyez GUEULETON.
A.

GOBINER: manger avec friandise. Diminutif de gober. Il signifie aussi se
rengorger.

GOBINETTE (s. f.): petit régal entre enfants.

GOBINONNER (v. a.): se moquer de. S.-I.

GOCE: aise, aisance. De l'islandais _gots_, richesse. B.

GODAILLER: s'enivrer dans un mauvais cabaret, et en mauvaise compagnie.
L'Académie définit ce verbe: boire avec excès. De _godet_, vase pour
boire. Peut-être (comme le pense M. Bastide, de l'Académie de Prusse)
godailler vient du mot _goodale_ (_good ale_), bonne bière. Il arrive
souvent qu'en passant d'une langue dans une autre, les mots changent
d'acception et prennent un sens de mépris: c'est ainsi que nous
employons en mauvaise part le substantif hère, qui vient du latin
_herus_, et de l'allemand _herr_, maître; et le mot rosse, quoiqu'en
allemand, d'où nous l'avons tiré, il signifie un cheval. L.

GODAN: discours ennuyeux et rebattu; bavardage inintelligible. De _God
dem_, juron anglais qui choquait tant nos aïeux, pendant l'occupation du
XVe siècle. _Godan_ signifie raillerie, en patois Lorrain, et vient
probablement du mot latin _gaudium_. Il paraît que, dans
l'arrondissement de Valognes, on dit: donner dans le _godan_, pour
donner dans le _guêpier_.

GODANDARD: très-grande scie dont se servent les charpentiers.

GODE: gade, genre de poissons jugulaires de la famille des
Auchénoptères.

GODICHE: nigaud, emprunté. De _gauche_.

GODIONNER: arranger avec beaucoup de soin. Du patois Vitréen _godin_,
gentil, lequel emploie _godinement_: doucement, avec mignardise. M. de
Montmerqué, dans une de ses notes sur les _Lettres de Mme de Sévigné_
(Lettre du 22 juillet 1685), s'est trompé lorsqu'il a dit que godinement
signifiait gaîment.

GODON: ventru. Dans son XLe sermon de l'Avent, Olivier Maillart crie
beaucoup contre les gros godons, et, dans son XXIVe sermon, il dit: «Le
mauvais riche _erat unus grossus_ godon, _qui non curabat nisi_ du
ventre.»

GODONNER: jurer. De _goddam_.

GODRON: goudron.

GOGAIL: niais, sot. B.

GOGAILLE (s. f.): repas de gourmands, où l'on se met en _goguette_. L.

GOGON: doux, mignon. Voyez AGOGONNER. A.

GOGUE (EN), expr. adv. (arr. de Mortagne): être en joie, de _jocus_,
comme goguette. MM. Duméril.

GOGUER: folâtrer, en parlant des animaux. De _jocare_.

GOHANNIER: valet qui apporte dans le champ les aliments des
moissonneurs. De l'anglais _go_: aller, et d'_ahan_: peine, fatigue.

GOHÉE: grande joie, rires bruyants. De _gaudium_. Voyez AGOHÉE.

GOLEAU: ivrogne _goulu_.

GOMER (s. m.): palais de la bouche; gorge.

GOMION: gourmand, vorace. Dans le patois Troyen, un _régomion_ est le
reste d'un bon repas. L.

GOMIONNER: manger en gourmand.

GOMIONNERIE: gourmandise.

GORE (s. f.): truie. Du latin _gorretus_. On disait autrefois une
gorrière pour une truie. Court de Gebelin dérive ce mot du celtique
_gawri_, crier. Dans le patois du Jura, _gouri_ signifie un petit
cochon, un _goret_. A.

GOREAU: ulcère. De _gore_, mal vénérien. B.

GORER: languir. MM. Duméril lui donnent aussi le sens de regarder manger
avec envie d'en faire autant.

GORGE (GROSSE): goître.

GORGE-ROUGE: rouge-gorge. Voyez ROUGE-POUQUE.

GORGÈRE; GORGERETTE; GORGETTE: ce qui sert à attacher la coiffure à ou
sous la _gorge_.

GORIN: goret, jeune porc. De _gore_, truie.

GORNINFLER (v. n.): écornifler. L.

GORRHE; GORE (s. f.): mal vénérien. S.-I.

GOSER: _gaver_, soûler. Au figuré, ennuyer.

GOSILLER: éprouver des nausées; vomir. L.

GOSSE, ou GAUSSE: mensonge plaisant. Du verbe _gausser_.

GOSSER, ou GAUSSER (v. n.): jouer ensemble, en parlant des enfants. Il
signifie aussi donner des gosses. A.

GOSSIER: paille de sarrasin.

GOTTON: Margotton, qui signifie Marguerite, par aphérèse. L.

GOUAILLE (s. f.): raillerie de mauvais ton. Patois Troyen.

GOUAILLER: se moquer, railler. Patois du Jura. Patois Lorrain.

GOUAILLERIE. Voyez GOUAILLE.

GOUAILLEUR: plaisant, facétieux, goguenard. En patois du Jura,
_gouailloux_.

GOUAPER: jaser, plaisanter (Valognes).

GOUBELIN. Voyez GOBELIN.

GOUBELINÉ: qui a des visions; qui croit voir le Goubelin ou Gobelin.
(Valognes).

GOUGEARD; GOUJARD: gamin. Petit valet de ferme. De goujat.

GOULAFRE; GOULAFRIER; GOULIAFRE: gourmand. De _gulafer_, dans la basse
latinité.

GOULARD. Voyez GOULIBAN.

GOULE: mâchoire; gueule. Du latin _gula_. Dans le département de l'Orne,
le mot goule n'a rien d'offensant. Les nourrices appellent les enfants:
chère goule; ma petite goule. On dit d'une personne friande: c'est une
goule fine. A.

GOULER: vomir; rendre _gorge_.

GOULÉYANT: appétissant. A.

GOULIAS: goguenard, bavard.

GOULIBAN: gourmand. B.

GOULICHONNER: baiser indécemment sur la bouche. A.

GOULIMAUD. Voyez GOULIBAN.

GOULINE: sorte de bonnet de femme, qui enveloppe le bas de la figure, la
_goule_. A.

GOUNELLE: cotte, jupe. De l'ancien français gonelle, et gone: robe.

GOUORFOULER: meurtrir. Voyez GOURFOULER. B.

GOURAS: gourmand. L.

GOURCIR: écraser. De _gourd_. _Gourcir_, c'est _engourdir_ à force de
coups, ou par une violente pression.

GOURER: tromper. C'est le verbe dont le substantif _goureur_ est dans le
Dictionnaire de l'Académie.

GOURFOULER: presser; fouler au point de meurtrir. B.

GOURGOUSSER: faire du bruit dans la gorge; gargariser. Par extension,
bouillir à bouillons gros et sourds.

GOURMACHER: mâcher malproprement, en gourmand. A.

GOURMAND; GOURMAS: goéland. B.

GOURMELER (v. n.): grommeler.

GOURMITON: gourmand.

GOUROUFE; GOUROUFLE: sorte d'insecte (_Blatta orientalis_). B.

GOUSPILLER: houspiller, maltraiter. L.

GOUSPIN: gamin.

GOUSSON: gousset.

GOUSSON: gratte-cul, fruit de l'églantier.

GOUVILLER (v. n.): se moquer de quelqu'un en face.

GOUVILLON: sorte d'anneau, de bague. Du Roman _govion_.

GOUYÈRE: petite mesure pour la crême. (Pont-Audemer).

GRAANTER: accorder. De la basse latinité _graantare_. Roman.

GRABOTTE: tête du silique de graine de lin. A.

GRACIER: remercier, rendre grâces.

GRADE: petite groseille. S.-I. M.

GRADÈLE: petite groseille. B.

GRADELIER: groseillier à grappes. B.

GRADILLE: petite groseille.--A St.-Lo, _gradille_ signifie oseille,
selon MM. Duméril.

GRADILLIER: groseillier à grappes.

GRAFFINER: gratter légèrement. On trouve ce verbe dans Rabelais.

GRAILLONNÉ: sal, malpropre; qui sent le _graillon_. MM. Duméril.

GRAILLOT: miette, reste.

GRAINIR: grener; monter en graine.

GRAISSET: sorte de lampe en fer. Ferrand dit, dans sa _Muse normande_:

       De malheur je n'avions ni graisset ni candèle.

GRANCHE: grange. Du latin barbare _granchia_, dans une charte latine de
1294, rapportée par Vallois (_Notit. Gall._, Præf., p. 17).

GRAND, E: grand-père; grand'mère. _Mon grand_, pour mon grand-père.

GRANMENT: _grandement_, beaucoup.

GRANGE (s. f.): pièce de toile, sur laquelle on bat le sarrasin, dans le
canton de Carrouges. A.

GRANGETTE: sorte de cage ou de piége pour prendre des oiseaux.

GRAPE FRANCHE: crabe de la meilleure qualité. B.

GRAPE ENRAGÉE: crabe commun. B.

GRAPPER (SE): s'attacher à. B.

GRASSE-POULETTE (_Chenopodium album_). B.

GRAU (s. m.): boue liquide. Voyez BOUILLON. B.

GRAVÉ, en parlant des effets de la petite vérole: marqué de petite
vérole.

GRAVOIS: gros gravier.

GREC, QUE: avare, rusé. B.

GRECQUERIE: trait d'avarice. B.

GREDIL: gril. Du latin _craticula_. S.-I.

GREDIR: frissonner. Voyez CRÉTIR.

GREDIN: avare, ladre.

GREDINER: faire les choses avec une excessive mesquinerie. _Gredinerie_
en est le substantif.

GRÉDOLE: branche sèche tombée d'un arbre. M.

GRÈGE (s. f.): affinoir. (Manche.)

GRÉGIR: froncer.

GRÊLAIRE: malheureux. De grêle, _gracilis_. S.-I.

GRÊLÉ (de petite vérole). Voyez GRAVÉ.

GRÊLÉ: ruiné comme un champ que la grêle a dévasté.

GREMIR: écraser. Peut-être de _grain_. Alors l'origine de ce verbe
serait la même que celle d'un _Lithospermon_ qu'on appelle _gremil_, et
que Ménage dérive de _granum milii_: grain de mil ou de millet. En
effet, _gremir_ c'est, pour ainsi dire, réduire en grains aussi petits
que ceux du mil. En patois du Jura, _gremer_. A.

GRENONS; GUERNONS: moustaches. De _crinis_.

GRESILLE (s. f.): grésil; petite grêle. A.

GRESILLÉ DE: tout couvert de.

GRÉSILLON: grillon.

GRÉSIR (v. n.): grelotter de froid. L.

GRESSET: petite grenouille verte, qui monte sur les arbres.

GRETTE (s. f.): chenevotte. De _cannabis_, chanvre. A.

GRÈVE: grive. B.

GRIAU (s. m.): ce qui reste du lard, dont on a fait fondre et extrait la
graisse. Voyez CRETON et RILE.

GRIBICHE (s. f.): grigou féminin. Voyez GRIPI. L.

GRIBICHON: même sens que GRIBICHE.

GRICHE (s. f.): grimace de mécontentement. Du verbe _grincer_. B.

GRICHER: faire la griche; témoigner du mécontentement par une attitude
boudeuse.

GRICHET; GRINCHET: grincement de dents, pour exprimer la moquerie.

GRICHEUX: grondeur.

GRICHIR: pleurer. (Manche.)

GRICHU, E: dont la figure exprime la mauvaise humeur. B.

GRIFFER: égratigner. De _griffe_. Voyez ÉGRIMER; ÉGRINFLER.

GRIGER: froncer. Voyez GRÉGIR.

GRIGNE (s. f.): partie de la croûte du pain qui est la plus brisée et la
plus savoureuse. En patois du Jura, _gregnon_: croûton. Voyez BAISEUL.

GRIGNER: grincer.

GRILLER (v. n.): glisser.

GRIMAUD: refrogné, e; de mauvaise humeur. Dans notre français actuel,
grimaud est un terme de mépris, que l'on applique ordinairement aux
écoliers paresseux. Furetière le dérive de _grammaticus_, élève de
grammaire. Ménage, qui ne s'arrête pas en si beau chemin, dit que
l'italien _grimaldo_, qui vient du latin _rimari_, chercher, est la
source du mot français _grimaud_. Je ne partage pas ces opinions. Comme
le grimaud est refrogné, se ride le front, je pense qu'il faut en
chercher l'étymologie dans le substantif italien _grimo_, ride, d'où
vient aussi grimace, etc.

GRIMELIS: mélange, fouillis.

GRIMELOTÉE (s. f.): œufs brouillés. On dit aussi des œufs à la
grimelotée.

GRIMELU, E: marqueté de petite vérole. C'est ce qu'en Suisse on appelle
_cretu_ (voir la _Nouvelle-Héloïse_, part. IV, lettre 8). _Grimm_, en
celtique-breton, signifie grimace, et a donné naissance au _grimo_ des
Italiens. C'est de _grimm_ que nous avons tiré notre vieux mot
_grimelin_, qui voulait dire un polisson; mais, comme notre mot patois
_grimelu_ ne se prend pas en mauvaise part, il y a lieu de présumer
qu'il vient du celtique-écossais _gram_ (en composition, grim), qui
signifie raboteux: tel est, en effet, le visage marqué de petite vérole.
En patois du Jura, _gremoulu_: raboteux, couvert d'aspérités. A.

GRIMER: égratigner. De _grin_, ci-après.

GRIN: griffe; ongle. Enfoncer ses grins dans: enfoncer ses ongles dans.

GRINCHER: égratigner; donner des coups de grin.

GRINDEAU: tourne-pierre (_Strepsilus interpres_). B.

GRINGALET: homme chétif de corps et d'esprit. Patois du Jura.

GRIPER: grimper. Par syncope. Patois Walon.

GRIPI: la femme du Diable; méchante femme. De _grip_, l'une des filles
du géant Géirrod, dans la mythologie scandinave.

GRIPILLON (s. m.): touffe de petites branches provenant d'une végétation
extravasée; branches chiffonnées qui se forment en bouquet dans le
poirier et dans le pommier, à peu près comme fait le gui.

GRIPONNER: voler, dérober. S.-I.

GRISON: quartz; caillou d'une excessive dureté.

GRIVELOTÉ: grivelé, tacheté de blanc et de roux ou de noir, comme la
grive. L.

GROBIS: important, fier (_bis grossus_). MM. Duméril.

GROC; GROG (s. m.): aspérités que présente la boue durcie par la gelée,
qui rendent le chemin raboteux et la marche difficile. A.

GROISELÉ: demi-cuit, en parlant d'un fruit. A.

GROISELLE: groseille, fruit du groseillier épineux; groseille à
maquereau. Marot a dit:

       De ses traités non valant deux groiselles.

GROISELIER: groseillier épineux.

GROLLE (s. f.): corneille; corbeau. _Grailli_, dans le patois de
Grenoble.

GROLLER: tousser; expectorer; remuer.

GROLLES (s. f.): mauvais souliers. Ce mot est usité en Savoie.

GROMACHER; GROMENCHIER; GROMENCHER: grommeler.

GRONNÉE: plein un tablier. De _giron_. En patois Lorrain, on dit
_gironnée_. Syncope. L.

GROS, en parlant du cidre: pur, sans addition d'eau. L.

GROSSET: rondin.

GROSSIER: gros et fort.

GROU: eau fétide, eau bourbeuse. Du bas latin _groua_, marais.

GROUAIGE. Voyez GARROUAGE. A.

GROUCER: réprimander;--remuer légèrement _Groa_, disent MM. Duméril,
signifie à la fois _mettre en mouvement_ et _se mettre en colère_.

GROUE: gelée, glace. Voyez GROC. A.

GROUÉ; GUÉROUÉ: gelé en parlant de linge mouillé qu'a frappé la gelée.
On dit aussi la boue est _grouée_.

GROUÉE (s. f.): fruits à pressurer, tombés avant leur maturité et que
l'on recueille. Voyez DÉTÉ et TUIS. S.-I.

GROUER: égrainer; faire tomber les fruits d'un arbre. De _crouler_.

GROUET; GROUETTE: gros gravier. Terre de grouette: terre mêlée d'une
grande quantité de gros gravier.

GROULONNER: renâcler. (Manche.)

GROUSSER; GROUCER: murmurer, gronder. C'est dans ce dernier sens que
l'emploie l'auteur de la _Danse aux aveugles_. Du latin _glocitare_,
glousser. L.

GROUSSER: remuer légèrement B.[15]

[Note 15: C'est le même mot que nous avons mis plus haut: GROUCER. MM.
Duméril et Louis Du Bois diffèrent ainsi quelquefois par l'orthographe.
J. T.]

GRULÉE: bouillie de gruau d'avoine. A.

GUAI: grivois. S.-I.

GUAI: glui. Voyez GLEU.

GUAITER: soigner, s'occuper de. S.-I.

GUANCHER (v. n.): dévier; aller de travers; broncher.

GUÉ, E: ruiné, e. De gueux. A.

GUÉDÉ: farci, rempli de, gonflé. B.

GUÉDER (SE): se mouiller et se crotter. Voyez BODER, GUÉNÉ, VADELER.

GUÉDINER, ou plutôt, GRÉDINER: frissonner de froid. Voyez CRÉTIR.

GUÉDOT: porc; qui aime à être _guédé_ de nourriture.

GUÉNÉ: crotté et mouillé. Voyez GUÉDÉ.

GUÉNER (SE): se crotter et se mouiller. A.

GUENETTE: femme ou fille de mauvaise vie. Du français _gouine_.

GUENIPPE: femme déguenillée. De _guenon_.

GUÉNONNER (v. n.): se morfondre; croquer le marmot. L.

GUERBIÈRE: bouche démesurément grande, dans laquelle on pourrait faire
entrer une gerbe.

GUERDONNER: récompenser. Joinville écrit _guertedonner_. Basselin
(Vau-de-Vire IV de mon édition) dit:

                 Fi de beauté
       Qui son amant de desplaisir guerdonne!

GUÉRIGAT (s. m.): gaîté folle; rut des animaux. L.

GUERMENTER (SE): se mêler de. Voyez DÉMENTER.

GUERNE (s. f.): poule. Employé dans un vieux recueil d'anciennes
chansons normandes inédites, que nous publiâmes, en 1821, à la suite des
_Vaux-de-Vire_ de Basselin (p. 155-196). Du latin _gallina_. Voyez GAU.

GUERNEMENT: garnement S.-I.

GUERNIR: garnir. S.-I.

GUERNOTTER; GRENOTTER: grelotter.

GUEROUÉE: gelée. Voyez GROUE.

GUERPELÉ: qui a peu de cheveux; qui n'est _guère poilu_. Homme de
mauvaise mine.

GUERVÉ: gruau. (Vire.)

GUÉSETTE: fillette inconséquente et légère, de conduite équivoque,
courant partout. Du celtique-breton _ghezett_, jument.

GUESTES: façons prétentieuses. De gestes. L.

GUESTIER, ÈRE: façonnier prétentieux.

GUÊTRUER: gazouiller. (Manche.)

GUEU: Dieu. De _got_, dans les langues du Nord.

GUEULATION: repas de gourmands voraces. De _gula_. L.

GUEUSARD: mauvais sujet; homme sans probité. De _gueux_.

GUIAFFE: soufflet. En patois Lorrain, _gaffe_ et _giffe_. Voyez JAFFE.
L.

GUIAFFER: souffleter; donner une GUIAFFE. L.

GUIAMAIS: jamais. L.

GUIBET: moucheron. _Wibez_, en Roman. Voyez BIBET. A.

GUIBOLE: jambe mal faite. A.

GUIBRAIE (s. f.): cadeau venant de la foire de _Guibray_.

GUICHON: sorte de tasse ou de bol, soit en terre cuite, soit en bois de
hêtre: cette dernière est une jatte. B.

GUICHONNÉE: quantité contenue dans un guichon.

GUIDOT: sorte de filet.

GUIE: diarrhée. Voyez JILE. A.

GUIENLEU: étrennes. C'est la corruption des mots druidiques: Au gui l'an
neuf.

GUIFRE (s. f.): bouche, gueule. S.-I.

GUIGNE (s. f.): but où se place celui qui guigne au jeu de
cligne-musette. L.

GUIGNER: regarder du coin de l'œil. Le verbe _guigner_ signifie se
cacher les yeux aux jeux de cligne-musette et de Colin-Maillard. Du
vieux verbe _cuigner_: regarder du coin de l'œil; du latin _cuneus_,
coin. On trouve _cuin_ dans Nicot. Voyez BONER, et GUINCHER. L.

GUIGNER: jeter des pierres. (Valognes.)

GUIGNETTE (s. f.): obscurité. Marcher à guignette; flâner à guignette.
Du verbe _cligner_.

GUIGNEUR; GUIGNEUX: qui se moque, en regardant du coin de l'œil.

GUILDROU; GUILLEDOU (Courir le): courir les mauvais lieux. En patois du
Jura, _guilledru_.

GUILÉE: averse. De _gîler_: jaillir.

GUILER: crier d'une voix perçante. Voyez VIPER.

GUILLEMUCHE, GUILLEMUCHETTE: le jeu de la _climusette_ ou
_cligne-musette_. L.

GUILLER: crier d'une voix perçante. A.

GUILLOT: ver blanc qui attaque la viande, le fromage et quelques fruits.
A.

GUIMBELET: gibelet; vrille.

GUIN: pou. A.

GUINCHER: regarder du coin de l'œil; cligner. Dans l'Orne, le verbe
_guincher_ exprime l'action de lancer ridiculement des œillades
amoureuses. En patois de Grenoble, _guinchié_ signifie viser pour tirer
un coup de fusil. Voyez GUIGNER.

GUINCHOTTER: guincher fréquemment.

GUINE (s. f.): croûton. Voyez GRIGNE. B.

GUITIS; GUITUS: gosier.

GUT; CUT (s. m.): cligne-musette, jeu d'enfants. Le but où il faut se
rendre. Du Roman _cute_: cachette, lieu secret. A.


H.


H. L'aspiration rude de cette lettre est employée mal à propos dans
quelques cas. Par exemple: _c'ment hla_; _donne-moi hla_: comment cela;
donne-moi cela.

HA: haut. En patois Walon, _hais_. Villehardouin écrivait: _halz murs_
et _haltes teres_. L.

HACHET: petite barrière dont les barreaux sont perpendiculaires. Voyez
HÉ.

HAGER: déchirer, détériorer, gâter. De _hacher_.

HAGNETTE: béquille. D'_anus_, vieille femme. Il signifie aussi mauvais
couteau. B.

HAGUE (s. f.) (arr. de Valognes): fruit de l'aubépine, qui s'appelle
_hôgan_, en breton. C'est aussi le nom que l'on donne à l'extrémité du
Cotentin, où les pirates normands s'étaient fortifiés au moyen d'un
fossé dont les restes sont connus sous le nom de _Haguedik_. C'était,
comme on sait, leur usage: «Normanni, devastata ex maxima parte
Hlotharici regni regione, prope fluvium Clyla, loco qui dicitur
_Lovonium_, sepibus (more eorum) munitione capta, securi consederunt.
_Annales Fuldenses_, année 891, dans Du Chesne, _Scriptores
Normannorum_, p. 18.

       Rous ne li suen qui od lui erent,
       Defenses firent e fossez
       Granz e parfunz e haux e lez,
       Clos environ cume chastel.

       BENOIS, _Chronique rimée_, l. II, v. 3442.

Voyez aussi Dudon de Saint-Quentin, l. II, dans Du Chesne, loc. cit., p.
77; Guillaume de Jumièges, l. II, ch. 10, _ibid._, p. 228, et le _Roman
de Rou_, l. I, p. 64. Selon Ihre, l'islandais _hagi_ aurait signifié
haie; nous ne le connaissons qu'avec le sens de pâturage, mais
probablement _clos_; au moins le vieil allemand _hag_ et l'anglo-saxon
_hacg_ nous portent à le croire. La racine de _haie_ pourrait même être
celtique; car dans le patois de l'Isère, _agi_ signifie haie, buisson;
dans celui des Vosges, _haigis_ signifie bosquet, et le vieux français
_haie_ avait le plus souvent la signification de bois: la Haie de
Valognes, la Haie d'Ectot, St.-Germain-en-Laye, etc. MM. Duméril.

HAGUIGNÈTES; HOGUIGNÈTES: étrennes. C'est la corruption de: Au gui l'an
neuf. Dans le XVIe siècle, on chantait à Rouen:

       Donnez-moi mes haguignètes
       Dans un panier que voici.
       Je l'achetai samedi.
       D'un bonhomme du dehors.
       Mais il est encore à payer.
               Hoguinelo!

Ce refrain est à peu près le même que celui de cette autre chanson du
même crû et de la même époque:

       Si vous veniez à la despence,
       A la despence de chez nous,
       Vous mangeriez de bons choux;
       On vous servirait du rost.
             Hoquinano!

HAGUIGNOTER: couper mal à propos par petits morceaux. De _hacher_.

HAHI-HAHA; MOITIÉ HAHI, MOITIÉ HAHA: d'un sexe équivoque. _Virago_.
Homme efféminé et qui a une voix grêle.

HAI. Voyez, HÉ et HEISE.

HAIE; HAIE-CI: va; va par ici (en parlant à un cheval). On dit à un
mauvais cheval: haïe-ci, quatre sous! Et va donc! Il semble qu'on
devrait écrire: aille! aille-ci! c'est-à-dire qu'il aille!

HAILOCHER: marcher en se balançant. Du verbe locher.

HAIM ou AIN: hameçon. Du latin _hamus_. Le _h_ de haim ne s'aspire
point. L.

HAINGEUX: méchant, remuant, _hargneux_. B.

HAINGRE: malingre; souffreteux. D'_æger_, malade.

HAION (s. m.): broussailles disposées pour clore la brèche d'une _haie_.
A.

HAIR (s. m.): chevelure. De _hure_. (Vire.)

HAIRE et non pas HÈRE. Voyez HURE.

HAIRE: hargneux, hargneuse. L.

HAIREQUELIER: mauvais sujet avec lequel il est difficile de traiter;
fainéant. Des substantifs haire et querelleur. En langue romane,
_arquellier_ et _harquelier_. Ces mots désignaient, dit Roquefort, «un
homme gagé par un religieux pour le mener faire la quête». Comme ces
mendiants voyageaient loin de la surveillance de leurs supérieurs, ils
se comportaient parfois assez mal pour exciter de justes plaintes.
Aussi, dans le moyen-âge, on donnait le nom de harquelier ou
hairequelier aux vagabonds et aux vauriens. Comme, pour la même cause,
on parlait mal des pélerins, parmi lesquels se mêlaient des fainéants,
des débauchés et des pillards, on fit le proverbe: Je connais le
pélerin; c'est-à-dire: ce vaurien, ce faux pélerin ne me trompera pas.

HAIRGANE ou ERGANE: hargneux. B.

HAÏS (Je); tu HAÏS; il HAÏT: je hais, tu hais, il hait.

HAISET (s. m.): partie inférieure d'une porte coupée en deux. Du bas
latin _haisellus_. En vieux français ainsi que dans l'Orne, _haise_:
Comme Pierre Playart... vouloist mettre en une cour de la maison où il
demeuroit, une _haise_ qu'il avoit faite pour obvier que le bestail de
la ville n'entrast en sa court. _Lettres de grâce_ de 1371, citées dans
Du Cange, t. III, p. 616, col. 1. On dit proverbialement des amoureux:

       S'ils n'entrent par le haiset,
       Ils entrent par le viquet.

Ce mot signifiait sans doute originairement une petite porte comme
l'_huiselet_ du vieux français. MM. Duméril.

HAISIER ou plutôt HEISIER: ridelle. Voyez HÉ.

HAITER (v. n.): travailler à une haie.

HAITER: plaire.

HAITIER (s. m.): galetière pour frire les crêpes de sarrasin.

HALABRE: homme déguenillé et de mauvaise mine. Du latin _helluo_,
gourmand.

HALAISER: respirer avec peine. D'_haleine_. B.

HALAS: hélas! M.

HALBATTÉ: évaporé; mauvaise tête.

HALBI (s. m.): liqueur composée de pommes et de poires pressurées
ensemble. De l'anglais _half_, moitié, et du latin _bibere_, boire.

HALER: tirer à soi; exciter. Haler un chien sur quelqu'un: le lâcher et
l'animer contre quelqu'un.

HALER (en parlant des animaux): être essoufflé; avoir l'_haleine_
embarrassée. Voyez HALAISER.

HALÉSER: trembler de peur. De l'interjection _halas_! pour hélas!

HALFESSIER: mauvais sujet, de mauvaise mine; qui tire ou traîne, ou
_hale_ le derrière (les _fesses_).

HALIPRE: gerçure des lèvres, produite par le froid ou par le _hâle_. B.

HALITRE. Même sens que HALIPRE. L.

HALITRÉ: gercé par le _halitre_. L.

HALLIER: moissonneur loué à la halle.

HALMÊCHE: dispute. B.

HALOT: petit garçon de campagne. Voyez HANNOT.

HALOTTER: remuer le crible, de manière à amasser la paille sur le
devant. C. Voyez HALER. A.

HALUMEAU: groupe. Un _halumeau_ de fruits. L.

HAMBIN: boiteux, paresseux, _lambin_.

HAMBINER: marcher ou travailler comme un écloppé; boiter. On dit aussi
_hambouiner_. Voyez GAMBILLER. L.

HAMMÉE: cépée.

HAN: fantôme.

HANAP; HANAR: vase à boire. Une commune, près d'Alençon, s'appelle
Vingt-Hanaps. Par extension, un vase quelconque. En patois Walon,
_henat_. A.

HANE (s. f.): vieille femme.

HANNEAU ou HANNOT: jatte. De _hanap_.

HANGUERLINE; HANGRELINE (s. f.): mauvais habillement, haillons.

HANELLE: branches menues dont on se sert pour faire les bourrées.

HANILLE (s. f.): branche de bois, propre à faire le charbon des forêts.

HANNE (s. f.): culotte, pantalon. P. R.

HANNEBANE; HANNEBONNE: jusquiame (_Hyosciamus niger_).

HANNEQUIN: petit enfant mal bâti. De _hinnulus_, petit mulet.

HANNEQUINER (v. n.): travailler avec peine. Du vieux mot _ahan_. En
patois Walon, _halkiné_ signifie tergiverser.

HANNOT: petit garçon. De _hanne_. Sans doute parce qu'il est depuis peu
vêtu d'une _hanne_, d'une culotte.

HANOCHE (s. f.): forte aspérité sur les arbres; bois raboteux. On dit,
en patois Walon: _henne di boi_, pour une bûche. Patois Rouchi.

HANOCHE (s. f.): fève de marais (_Vicia faba_).

HANON (_Centaurea nigra_).

HANSARD: couperet.

HANT: fréquentation, accointance.

HANTE (s. f.): verge de fouet; manche de faux; _hampe_. En Roman,
_hanste_.

HANTÉ: fréquenté par de la canaille, en parlant d'une maison où se
réunit un mauvais _hant_. On dit aussi d'un lieu qu'il est _hanté_,
c'est-à-dire qu'il y vient des _hans_ ou fantômes.

HANTIER (s. m.): butte. B.

HAPPE (s. f.): capture, prise. On dit: la bonne ou la belle happe, par
dérision, dans le sens du mot fameux de Ninon de Lenclos: «Ah! le bon
billet qu'a La Châtre!»

HAPPELOPIN: pauvre diable qui, mourant de faim, se jette sur ce qu'il
peut attraper.

HAQUEMASSER (v. a.): tourmenter. Espèce d'onomatopée, comme micmac,
trictrac. A.

HAQUENAILLER: marcher lentement et pesamment comme une mauvaise
haquenée. Voyez HAMBINER. A.

HAQUETER: caqueter.

HAR: sorte de chien de mer. Voyez HAS. L.

HARANGUET: petit _hareng_. C'est ainsi que parle Pluquet sur le patois
bayeusain. Je crois qu'il faut écrire _hareng gué_ ou _hareng gueux_,
comme on appelle à Lisieux le hareng qui n'a ni œufs, ni laitance, qui
n'est ni _œuvé_, ni _laité_.

HARASSE (s. f.): sorte de grand panier à claire-voie.

HARASSÉE: préparation de châtaignes ou de marrons dans une harassoire.
Ce que contient cette harassoire.

HARASSER (des châtaignes): les torréfier dans une harassoire. Suivant
Lancelot, ce verbe vient du grec et signifie agiter, remuer; ce qui se
trouve d'accord avec l'acception commune.

HARASSOIRE (s. f.): sorte de poêle à frire, percée de plusieurs trous,
dans laquelle on grille ou torréfie les châtaignes.

HARDÉ; HARDELÉ: qui n'a pas de coquille. Ces mots se disent des œufs
sans coquille, pondus par les coqs. L.

HARDELLE: jeune fille. Ce substantif, employé par Basselin, et resté en
usage à Courtomer dans le voisinage d'Alençon, appartient à l'ancien
français. Un hardeau était une jeune branche, un scion: il venait de
_hart_. Depuis on a dit, au figuré, un hardeau pour un jeune garçon, et
une hardelle pour une jeune fille. Cette étymologie, tirée de Nicot, fut
suivie par Monet, et plus tard par La Monnoye. On peut consulter à ce
sujet les _Contes et nouvelles de Bonaventure des Perriers_ (Nouv.
17e.), et la note 144 de mon édition de Basselin (Vau-de-Vire XLIV).

HARDER (v. a.): troquer. MM. Duméril citent, à l'appui de ce mot, un
vers de Le Houx.

       Que de bon cueur mes livres harderois.

J'avais imprimé ce vers, d'après les manuscrits, dans mon édition de
Basselin:

       ... Que de bon cueur mes livres arderois.

Je ne sais si les savants auteurs du _Dictionnaire du patois Normand_
ont trouvé cette leçon quelque part, ou si elle n'est qu'une conjecture.
Nous l'admettrions volontiers dans une nouvelle édition d'Olivier
Basselin. J. Travers.

HARDOUINE: vieille, entremetteuse de mariages. Voyez BADOCHET et
DIOLEVERT.

HARÉE: averse de pluie. Du Celtique-Basque _vria_. En Roman, _orez_. L.

HARER, sans doute pour haler: exciter (Vire).

HARGAGNEUX: hargneux.

HARGOTER. Voyez HARIQUOTER.

HARGUIGNER, et non pas arguigner: agacer, rendre hargneux. (Manche.)

HARICOT: haricot pris en vert. On appelle mal à propos le haricot sec,
petite fève, pois de mai et pois blanc. L.

HARIGACHER: disputer; taquiner; provoquer. B.

HARIGNEUX: rétif, indocile. De hargneux.

HARILLEUR: homme dont la conduite est suspecte.

HARIN: petit cheval de peu de valeur. De haridelle. A.

HARIPOULOT (A LA): à la boule-vue, au hasard, sans ordre.

HARIQUE (s. f.): haridelle.

HARIQUOTER: tracasser; marchander outre mesure. Disputer.

HARIQUOTIER: homme avec lequel on traite difficilement, comme avec la
_harique_ qu'on ne saurait faire marcher. A Bayeux, ce mot signifie, en
outre, un marchand de bestiaux dans les foires.

HARIVELIER: marchand de bestiaux. B.

HARLAN; HARLENT; HERLENT: tracassier. Voyez CHIPOTTER, BASSICOTER et
HARIQUOTIER. S.-I.

HARMONER: gronder. B.

HAROUSSE (s. f.): haridelle. _Harotte_ en patois Walon.

HARQUELER: marchander à l'excès; chicaner.

HARRACHES (s. f.): tiges du chanvre, brisées en menues chenevottes. A.

HAS: chien de mer. Voyez HAR. B.

HASIÉ: chétif (Valognes).

HAT, E: haut, haute.

HATE (s. m.): côtelettes de porc frais, réunies en une seule pièce que
l'on sale et que, peu de jours après, on fait rôtir. Du substantif latin
_hasta_, broche à rôt. Dans le patois Walon, ainsi que dans ceux du
Nivernais et de la Lorraine, on appelle hâte cette broche. Dans le
_Roman de la Rose_ et dans nos vieux écrivains, le hâterel était le col
que, dans les animaux égorgés, il faut se _hâter_ de faire cuire, parce
qu'il se corromprait promptement à cause du sang extravasé dont il est
rempli. Dans les cuisines royales, le _hâteur_ est chargé du soin des
broches et des rôts. A.

HATELET. Voyez HATE. L.

HATELLE: bûche. Voyez ATELLE. Du Cange dit au mot HASTELLE: «... Tenant
une busche de bois, qui se nomme au pays (de Normandie) une hastelle.»

HATI: haine. De l'Islandais, _hata_: haïr.

HATILLE (s. f.): fressure. _Astille_, en Roman, signifie tranches de
viande grillées. Voyez CORÉE. Dans ses _Notes sur Rabelais_
(_Pantagruel_, liv. IV, chap. LIX), Le Duchat réfute Ménage, et dit
qu'on appelle _hâte_, _hâtereaux_ et _hâtille_ les intestins, le foie et
les poumons, et qu'il croit que ce nom leur vient de ce qu'ils se
corrompraient promptement, «si l'on ne se _hâtait_ de les manger.» On
lit aussi, dans le _Pantagruel_: «Panurge lui-mesme feit les nopces à
belles testes de mouton, bonnes _hastilles_ à la moutarde.» L.

HATIVET: orge _hâtif_.

HAUBE (s. f.): buse, oiseau de proie. D'où est venu _hobereau_. L.

HAUCHIER; HAUCHIR: hausser; élever.

HAULE ou HOLE: fosse, vallée étroite. De l'islandais _hol_.

HAUT: avancé. Cette femme est haut-grosse: avancée dans sa grossesse.
Notre vache est haut-pleine: est près de vêler.

HAUTAINETÉ: hauteur. Se trouve dans Montaigne.

HAVENET: filet pour prendre les oiseaux.

HAVERDA. Voyez HAVET. L.

HAVERON: folle avoine.

HAVET: sorte de petit instrument de fer, de fourche pour attiser le feu.
En patois Walon, ce substantif signifie un croc, soit de fer, soit de
bois. En Normandie, le _havet_ offre une fourche par un bout, et un croc
par l'autre. L.

HAVET (arrondissement de Vire): femme malpropre; c'est une figure; havet
signifiait, en vieux français, ustensile de cuisine qui était sali par
la fumée..... HAVET (BÊTE) (s. f.) (arrondissement de Valognes): bête
imaginaire dont on fait peur aux enfants pour les empêcher d'approcher
de l'eau. MM. Duméril.

HAVINAGE: blâme répété, fait à demi-voix, très-fatigant pour celui qui
en est l'objet.

HAVINER: exercer l'action indiquée par le _havinage_.

HAVIR; HAVRIR: dessécher, en parlant d'un rôti, pris de feu ou trop
cuit.

HAVRON (s. m.): folle avoine; _hafrar_, en islandais; _habaro_, en vieil
allemand; _wild haber_, en allemand moderne. _C'est havron et pois
percé_ est une locution populaire, qui signifie: _L'un ne vaut pas mieux
que l'autre_. MM. Duméril.

HAZET: marécage, terrain bourbeux. A.

HÉBÉTÉ: étourdi. A.

HÉBÉTÉR: ennuyer.

HÉBEURGIR (v. n.): s'agiter avec bruit, en parlant des bestiaux qui se
menacent ou se battent dans l'étable ou l'écurie où ils sont _hébergés_.
A.

HÉBRAIT: cri éclatant. De _Hé!_ et de _braire_.

HÉ; HEC: porte ou petite barrière de lattes ou de palissades, ou de
jeunes branches. Du vieux mot _huis_, porte. Pièce du pressoir, composée
de pièces assemblées comme un _huis_. Voyez HUS.

HÉDRIR. Voyez HOUDRIR.

HECQUET: ridelle de charrette. Voyez HEC.

HECQUETER: bégayer.

HÉGUIR: haïr (Avranches).

HEISE (s. f): la même chose que le _hec_.

HEISET: petite _heise_.

HÉLASER: soupirer. De l'exclamation: hélas! A.

HÉMÉE (s. f.): tapage, grand bruit.

HÊMER (v. a.): faire semblant de vouloir frapper.

HÉMORUITES: hémorrhoïdes. L.

HENÊQUER: bégayer; hésiter.

HÊNU (s. m.): brouillard épais.--Tournis des oiseaux.

HÊNUER: tournoyer, tergiverser; balancer.

HÉRASSER: peiner; chicaner; _harasser_.

HÉRENG: hareng.

HERBAILLES: herbes de rebut; sarclures de jardin.

HERBE A LA COULEUVRE: orchis.

HERBE A PICOT: mille-feuilles (_Achillea millefolium_). De ce que les
feuilles de cette plante servent à nourrir les picots ou dindons. B.

HERBE A ROBERT (_Geranium Robertianum_). Voyez ROBERDE.

HERBE AUX FEUILLONS (_Bugula reptans_). Voyez FEUILLON: frelon. B.

HERBE ROYALE: mâche (_Valeriana locusta_). Voyez BOURSETTE. L.

HERBE SAINT-JEAN: armoise (_Artemisia vulgaris_).

HERBE SURE: (_Aïra cespitosa_).

HERBE TERRÉE: (_Glecoma hederacea_). B.

HERBIÈRE (s. f.): planche de jardinage.

HERBIERS: herbes parasites, qu'il faut arracher. L.

HERCAHA: nez-à-nez; vis-à-vis; de très-près. A.

HERCANSER: chicaner; badiner grossièrement avec les filles.

HERDRE (v. a.): garder.

HERDRE: possesseur intéressé; avare.

HÈRE: d'humeur difficile.

HERGNE: hargneux.

HÉRI: lièvre. Mot islandais.

HERLAN: tracassier.

HERLINQUIN: arlequin. Orderic Vital (liv. VIII) appelle _Herlechinus_ un
chef des démons de la bande noire, qui effraya, en 1091, le prêtre
Gauchelin à St.-Aubin-de-Bonneval, dans l'arrondissement d'Argentan.
C'est évidemment de ce Herlequin qu'on a plus tard fait le mot
_Arlequin_, donné à un personnage théâtral, à figure noire, comme on
représente le Diable. Cette étymologie nous semble bien préférable à
celles qu'ont données Ménage et Roquefort.

HERMONER: remuer à tort et à travers (Manche).

HERNUER: remuer; changer, en parlant du temps qui va devenir pluvieux.
A.

HERNUEMENT: temps embrouillé que les paysans ont mal à propos cru
arriver aux changements des phases de la lune; ce qu'ils appellent aussi
le débat de la lune. A.

HERPER (v. a. et n.): saisir de feu; cuire trop vite. B.

HERPIN: fripon. S.-I.

HERQUELER; HERQUELIER: tracasser.

HERQUELOT: chétif (Manche).

HERQUER: heurter; accrocher.

HERQUETTE: rateau. De herse (Vire).

HÉRU (adj.): mal peigné; qui a les cheveux comme du crin (Orne). _Har_,
en islandais. On dit aussi _hérupé_. Voyez HURÉ. MM. Duméril.

HET: gaîté, plaisir.

HETER. Voy. HAITER.

HETÉ: coiffé de, au figuré. Je ne suis pas _heté_ de cet homme: je ne
suis pas bien prévenu en sa faveur.

HEUDE (s. f.): bricole pour retenir un animal; entrave.

HEUDRI: échauffé; gâté, en parlant du bois. L.

HEULARD: souffreteux, maladif.

HEUMAS: opiniâtre.

HEUNAS: têtu, opiniâtre.

HEUNE: tête.

HEUQUET: hoquet. L.

HEUREUSETÉ: bonheur. De l'ancien mot _heur_.

HEURU: qui a les cheveux hérissés. De _hure_.

HEUSE: botte. On avait surnommé le duc de Normandie Robert,
Courte-Heuse. Du Celtique-Breton _heuz_.

HIDRE: hère, malheureux. S.-I.

HIE: joie. D'hilarité, par apocope.

HIÈRE; HIERRE: lierre, autrefois _li erre_. De _hedera_.

HIGNER (v. n.): crier par intervalle, comme font les petits enfants.
Voyez PIGNER.

HIMER: gémir, pleurer, _gimer_.

HINCHE: haine.

HIVERNAGE; LIVERNAGE (s. m.): plantes cultivées en champ pour nourrir
les bestiaux, durant l'_hiver_.

HLA: cela.

HO! interjection pour faire arrêter les bêtes de somme ou d'attelage. En
patois Walon, _hoo_ ou _hôra_!

HOBER (des fruits): les gauler. A.

HOCLASSER: travailler avec quelque peine.

HOCTONNER ou HAQUETONNER: bégayer, balbutier en lisant. MM. Duméril
citent ACTAIGNER dans le même sens. A.

HOË (s. f.): houe.

HODINER: remuer, _dodiner_. B. S'amuser niaisement M.

HOELLAND: vallée profonde. De _hol_ et de _land_: basse terre.

HOGU: hautain, arrogant. Comme nos mots _hogue_ et _hougue_, _hogu_
vient du _haug_ des langues du Nord, qui signifie pointe, élévation. A.

HOGUIGAGNÈS. Voyez HAGUIGNÈTES. B.

HOIGNE (s. f.): fâcherie, murmure, ainsi que nous l'avons expliqué, dans
une note de nos _Chansons normandes_, à la suite de Basselin, p. 177.

HOIMBREUX: ombrageux; qui hennit inquiet.

HOLBLEU! HOLBLAU--HOLBLEU! interjections dont on se sert pour engager
les bœufs ou les vaches à boire.

HOLOS! cri jeté à l'occasion d'une douleur physique.

HOLINER: hocher la tête. Voyez HODINER.

HOMICIDE DE: cause de. Je n'en suis pas l'homicide: je n'en suis pas la
cause.

HOMME: mari. Mn'homme: mon mari. En patois Walon, on dit: _om_.

HOMMÉE (s. f.). Une hommée de pré est l'étendue que peut en faucher un
homme, dans un jour. A.

HONER: chanter en étouffant sa voix.

HONTEUX: timide. L.

HORÉ: venu à temps, à son _heure_. C.

HORGNE: horion, coup sur la tête.

HORGNER: donner une _horgne_.

HORION: gros rhume.

HORION: épidémie; fièvre causée par les marécages. Roman. B. Voir les
_Chroniques de Monstrelet_.

HORIQUE (s. f.): maladie régnante. B.

HORSAIN; HORZIN: étranger, homme du _dehors_.

HOSTIER: mendiant, qui assiége les portes. D'_ostium_, porte.

HOTTU: voûté; un peu bossu, comme quelqu'un qui porterait une _hotte_.
L.

HOUAILLER: crier haut. Des interjections: ho! oh!

HOUALER: appeler. Du verbe hêler. A.

HOUBILLE (s. f.): mauvais habillement; guenilles. A.

HOUC (s. m.): poussière âcre du chanvre et du chenevis. B.

HOUDRI: transi. M.--HOUDRIR: tacher; moisir. B.

HOUESNEVILLER: se faire inquisiteur de la conduite d'autrui.

HOUHOU: hibou ou chat-huant. De son cri, comme le nom du coucou est une
onomatopée en grec, en latin et en français.

HOUHOUTER: appeler, hêler en imitant le cri du hibou.

HOUINER: geindre. En anglais, _to whine_ signifie se plaindre. _Houiner_
se dit aussi du cri des chevaux ardents, qui s'appellent.

HOUIVET: habitant du Bocage. Voyez OUIVETTE. B.

HOULER: hurler; lancer; exciter; _hêler_. B.

HOULET: ouverture, brèche.

HOULETTE: nid ou gîte de lapins. De _houler_.

HOULEVARI: tumulte. De _houle_: vague, flot. Voyez les mots BOULVARI et
VOULEVARI.

HOULOTTER: soigner négligemment, comme des lapins dans une _houlette_.
A.

HOUMARD: homard. A.

HOUQUER: dérober. De l'anglais _hook_, croc. B.

HOURDER: enduire ou garnir soit d'argile, soit de ciment.

HOURET: homme malpropre.

HOURI; HOURIN: petit cheval de peu de valeur. Voyez HARIN.

HOURTICOT; HOURTIGUAU: bourriquet. L.

HOUSÉ, E: effronté.--HOUSSER: mordre. S.-I.

HOUSTA (s. f.): virago, femme hommasse. B.

HOUTER: appeler de loin; héler. Onomatopée. (Vire.)

HOUVE: houe. En ancien allemand, _houwa_.

HOUVER: employer la _houve_; piocher. Au figuré, donner à regret.

HU! HUIO! interjections pour faire tourner à droite les bêtes de somme
ou de trait. En patois Walon, _huot!_

HU (s. m.): moue, abattement dont les signes sont visibles.

HUAIN: hibou, chat-huant. L.

HUANT: hibou. Aphérèse de chat-huant.

HUARD: lutin, farfadet occupé à _huer_. B.

HUBIR: huer, injurier. Ce verbe a, dans l'ancien français, une
signification bien différente. Nicot, Monet, Oudin l'interprètent par:
gouverner si bien une chose qu'on en vient souvent à bout.--_Se hubir_,
se hérisser en se défendant.

HUCHER: _jucher_, percher; placer en haut; se dérober aux recherches.
Dans l'ancien français, hucher signifiait crier comme un chien qu'on
blesse.

HUE: fi! interjection de blâme.

HUGUENOT: solitaire, qui fuit la société, comme les protestants
lorsqu'ils étaient proscrits et persécutés.

HUGUENOTTE (s. f.): sorte de fourneau ou de réchaud en fonte. Par
allusion aux protestants, ou _huguenots_, qui, à cause de leurs opinions
religieuses, étaient livrés au feu et brûlés vifs, dans quelques pays.

HUHAN: chat-huant. Voyez HUAIN et HOUHOU. B. Métaphoriquement, ce mot
désigne un homme qui fuit la société et qui vit solitairement comme un
hibou.

HUHO! HUIO: terme de charretier, pour faire aller les chevaux à droite,
tandis qu'on dit DIA! pour leur faire prendre la gauche. Dans le patois
Walon, on dit _har_ pour _dia_, et _hote_ pour _huîo_. Au lieu de ce
dernier mot, on se sert de l'interjection _hurhaut_ dans quelques pays.

HULER; HEULER: huer. Du latin _ululare_. Onomatopée.

HUNAUD: qui fuit le monde comme un _huhan_; taciturne.

HUPER: appeler quelqu'un en criant haut et de loin. De hu! hu! A.

HUPET (s. m.): distance à laquelle peut parvenir la voix de celui qui
_hupe_. A.

HUPÉ: fier, riche.

HURE: peau de loup, de chèvre ou même de mouton, dont les paysans
croyaient que le loup-garou se couvrait, dans ses courses nocturnes.
Nous en avons parlé dans nos _Recherches sur la Normandie_, p. 296.

HURÉ; HUREPÉ: ébouriffé, hérissé.

HURI, en parlant d'un oiseau malade: hérissé.

HURIF, VE: précoce. Voyez AORIBLE. A.

HURLUFÉ; HURLUPÉ: ébouriffé. S.-I.

HURON: sauvage, étourdi qui ne respecte ni les usages ni les
convenances; qui est toujours _huré_. MM. Duméril.

HURT; HUET; HEURT: petite saillie de terre, petit promontoire contre
lequel les vagues viennent se _heurter_.

HUS (prononcé U): porte. Du vieux substantif _huis_, d'où nous avons
conservé le mot _huissier_, placé à la porte des audiences pour faire
faire silence. Du latin _ostium_.

HUT: chapeau. De l'anglais _hat_.


I.


I: il, ils. I court, i marchent, etc.: il court, ils marchent. Il
s'emploie explétivement: _ch'est-i-me?_ est-ce moi?

IAN: gland. Par aphérèse. Voyez ENS.

IANS; IAS: eaux. C'est comme _taurias_ pour taureaux. On trouve cette
sorte de pluriel dans nos vieux écrivains; par exemple, dans le fabliau
du _Tonneau_ que La Fontaine a imité dans son conte du _Cuvier_, on lit
ces vers:

       Au valet vint, et li proya
       Qu'une partie li prestast
       De sa maison, et li gardast
       Ses dix _toniax_ en son celier.

Dans ses _Dictons du XIIIe siècle_, Crapelet rapporte ces questions
(page 76), faites en Normandie: _Qui estiaus?_ _où aliaus?_ _dont
veneaus?_ orthographiées ainsi dans les meilleurs manuscrits: _où
aliax?_ _que quériax?_ _dont veniax?_

IARD: liard.

IAU: eau.

IAU DE MOURET: jus de fumier; parce qu'il a la couleur des morets ou
baies d'airelle. (Manche.)

IAULOUX: plein d'_eau_, très-humide, marécageux. (Vire.)

IAUSSIR: pisser.

ICHIN: ici. B.

ICHITE: ici. S.-I.

ICI: ci. Ce temps ici pour ce temps-ci.

IDLO (D'): d'ici, de là. (Avranches.) Voyez ILO.

IDOUX, SE: maladif, qui éprouve de fréquentes douleurs.

IÈBE: gale du chat.

IETTE. Aphérèse de liette. Voyez LIETTE.

IEU! IEU! cri dont on se sert pour appeler les cochons. Voyez TIOT.

IEUCOLIER: écolier. S.-I.

IEUTUDIANT: étudiant. S.-I.

IEUN: un. S.-I.

IEUX: leur, à eux. S.-I.

IGNAU; IGNOT (adv.): sans cérémonie. A.

IGNORE (s. f.): ignorance d'une chose. Être en _ignore_: ignorer. A.

IGRE (s. f.): griffe, ongle. Voyez INGRE. A.

ILA: là. Martial d'Auvergne dit:

       Quand les conducteurs _ilà_ virent.

ILEC (adv.): ici, là.

ILET: îlot, petite île. Métaphoriquement, pâté de maisons, groupe
formant une sorte d'île.

ILEU: là. B.

ILO: là. B.

IMMENSE (s. f.): très-grande quantité. J'en ai une immense pour j'en ai
beaucoup. L.

IMPORTUNATION: importunité.

IMPOTHÈQUE: hypothèque.

INBERLIAN: Irlandais. Du latin _Hibernia_: Irlande. B.

INDE: terne, noirâtre, de couleur bise ou sale.

       Ne fleur inde, jaune ne blanche.

       (_Rom. de la R._)

INDITER: indiquer, instruire. Voyez ENDITER.

INDOINE: privé d'aptitude. _In_ négatif. C'est l'opposé d'_idoine_.

INDUQUER: éduquer.

INEL: alerte. Du Roman _isnel_. Brunetto-Latini a dit, dans le XIIIe
siècle: «D'un home pereceus je dirai: ce est une tortue; de un _isnel_,
je dirai: ce est un vent.» A.

INGRE: griffe. Voyez IGRE.

INNOCENT: idiot, fou. Walter-Scott, dans son _Waverley_ (t. I, ch. 9),
dit qu'en Écosse on donne aux fous le nom d'_innocents_.

INN'TOUT: non plus; pas davantage.

INSOUFFRABLE: insupportable, qu'on ne saurait _souffrir_.

INTÉ; INTEL: tel, pareil, semblable, égal.

INTERGIE (s. f.): léthargie, S.-I.

INTERGODER ou INTERGOUDER: interloquer, intimider. S.

INTERMINE. Voyez ÉTERMINE. A.

INTRODUIRE (v. a.): interrompre. L.

INTROPIQUE: hydropique. L.

INTROPISIE: hydropisie. L.

INVECTIF: vif et remuant. De _invectus_: emporté. L.

IORD: sale. De _ord_. Voyez ce mot.

IOU (prononcé _i-iou_): où, en quel lieu.

IOUSOUX: aqueux, en parlant des fruits et des légumes.

IOUSQUE: où.

IQUEUL, E: quel, quelle.

IRAGNIE; IRAIGNÉE; araignée.

ITIEUL (TOUT): tout d'un coup, tout entier. A.

ITOU: aussi. De l'adverbe latin _item_. _Too_, en anglais.

IU: pièce de rapport qui fait disparate avec l'étoffe sur laquelle on
l'applique. (Coutances.)

IVRER; S'IVRER: s'enivrer.

IXE (s. m.): chevalet pour scier le bois à brûler.


J.


J'; JE: nous. _J'l'erons_: nous l'aurons.

JACA: paille de sarrasin. A.

JACASSE: bavarde. Dans le patois Rennais, _jacasse_ s'entend d'une femme
dont le caractère est contrariant.

JACASSER: jaser à tort et à travers. De l'italien _gazza_ (pie), d'où
nous avons tiré notre vieux mot _agace_, que La Fontaine a employé dans
la fable de _l'Aigle et la Pie_:

       L'agace eut peur; mais l'aigle, ayant fort bien dîné,
       La rassure et lui dit: Allons de compagnie.

JACQUEDALE; JOCQUEDALE: imbécile, jocrisse.

JACQUET: écureuil. De _Jacques_, petit Jacques. Ces noms de saints
donnés aux animaux ne sont pas rares dans nos usages, comme _Margot_
(Marguerite), à une pie; _Samsonnet_ (petit Samson), à l'étourneau et au
maquereau; _Richard_, au geai; _Martin_, à l'âne; _Coco_ (Jacquot), au
singe. On dit: _dès le pétro_ ou _pétron Jacquet_, pour: _à la pointe du
jour_.

JADE (s. f.): jatte. A.

JAFFE (s. f.): soufflet. Voyez GUIAFFE et GUIAFFER.

JAFFER: souffleter. L.

JALET; JALÉE: propos inconvenant, bavardage. De l'islandais _jula_:
crier à tort et à travers.

JALOUSIE: œillet de poète (_Dianthus barbatus_).

JAMAIS (A): beaucoup. Il a des fruits, des écus à jamais: à n'en finir
_jamais_.

JAMBILLER: remuer les _jambes_ convulsivement, les agiter outre mesure.

JANOTTE: bulbe du _Bunium bulbo-castaneum_. En Roman, _anote_.

JANGLER: habler, mentir, railler, plaisanter. Du vieux français
_jangler_, _joculari_. Voyez le _Glossaire de Roquefort_.

JANNIÈRE: plant d'ajoncs. Voyez BOIS-JAN et JION.

JANS: dedans. B.

JAP; JAPE: babil, bavardage. De japper. Dans le patois Lorrain, on dit
de la _jappe_. S.-I.

JAR: langage, _jargon_. S.-I.

JARD: écailles de poisson. Voyez ÉCHARDE.

JARDIAU. Voyez GERZIAU. A.

JARDRIN: jardin. A.

JARNICOTON. Juron.

JARNIDIEU. Juron. C'est-à-dire: je renie Dieu. L'auteur de _Pathelin_,
p. 62, dit:

       Il a mon drap, ou je r'gnie Dieu.

       B.

Dans les jurons, pour atténuer l'énormité de l'expression, on dit _bleu_
et _dié_. D'où parbleu, morbleu, jarnidié.

JAROSSE; JAROUSSE (s. f.): vesce, gesse cultivée (_Dathyrus sativus_),
qu'Olivier de Serres appelait _jarrus_. Dans la basse latinité,
_jarrossia_. Les cultivateurs du département du Gers donnent le nom de
_jarosses_ aux différentes espèces de vesces. (_Annuaire du Gers pour
l'an XII._) A.

JARRETELER: attacher les jarretières. P. R.

JARRETER: se heurter les mollets en marchant. O.

JALOT: baquet, petit cuvier.

JARROTIN: jarret de veau. Terme de boucherie. A.

JAS: jars, oison. C'est le mâle de la _pige_. Voyez ce mot. _Jas_, par
suppression de l'_r_, comme dans gas pour gars.

JASCARDER: jaser mal à propos, bavarder. A.

JASPINER: babiller, taquiner, jaser, plaisanter.

JASSETOISER: jaser sans mesure. L.

JATÉ: gentil. BÉ JATÉ: bien gentil. L.

JAU: coq. De _gallus_. Voyez GAU.

JAUNET: renoncule des prés (_Ranunculus pratensis_). Voyez BASSIN.
L.--Un peu jaune.--Pièce d'or. H.-N.

JAVOTER: jaboter, jaser, babiller, caqueter.

JAVRELINE: javeline, dard. S.-I.

JE pour nous. _Je_ ferons; _je_ sommes arrivés. Patois Walon. Voyez ONS.
L.

JEAN-QUIN: mélange de café, de sucre et d'eau-de-vie. Voir sur l'origine
de ce mot le Dict. de M. l'abbé Decorde.

JEMENT: jument.

JENNE: Jeune.--JENNESSE: jeunesse.

JÉNOTTE. Voyez JANOTTE. A.

JENS! mot exclamatif. S.-I.

JERGIR: sarcler. Du latin _sarcire_.

JERGONNER: jaser, babiller. De jargon.

JERQUÉ: perché, juché, placé désagréablement.

JÉSUET: hypocrite. De jésuite. L'abbé Furetière prononça ainsi sur la
question de savoir si on devait écrire _jésuiste_ ou _jésuite_: «Il faut
dire jésuite, comme on dit hypocrite, sodomite.» B.

JÉSUITE: dindon; parce qu'on attribuait aux _Jésuites_ l'introduction de
cet oiseau en Europe. L.

JETER (v. n.): suppurer. En patois Walon, _jeté à matière_. L.

JEU (FAIRE SON): jouer son rôle, paraître, figurer. Voilà une belle
robe, elle fera son jeu à la prochaine fête.

JEU D'EAU: jet-d'eau. Patois Lorrain. L.

JEUN (A CŒUR): à jeun. L.

JEUNDI: jeudi. A.

JEUNESSE: jeune fille.

J'VA; J'VAL: cheval. L.

J'VEU: cheveu. L.

JIFAILLER: folâtrer mal à propos. Voyez JIFER.

JIFALIER, ÈRE: qui aime à jifer. L.

JIFER: jouer en folâtre. L.

JIFFE: soufflet.

JIFFER: donner une _jiffe_, jifle ou soufflet.

JIFLE (s. f.): soufflet. Patois du Jura.

JIFLER (v. a.): souffleter.

JILE, s. f.: diarrhée des animaux. L.

JILÉE (s. f.): eau ou tout autre liquide qu'on a fait jaillir.

JILER: lancer, faire jaillir un liquide. A.

JILOIRE: petite seringue de sureau. Voyez ÉCLIPE. A.

JION (s. m.): jomarin (_Ulex Europæus_). A.

JOB (BATTRE LE): perdre son temps, ne rien faire.

JOCER: se moquer, _jaser_, niaiser. Du latin _jocari_.

JODANE (s. m.): sot, niais, jocrisse. B.

JODU: sourd, au propre; inintelligent, au figuré. De _j'ouïs dur_:
j'entends ferme. M.

JOE: joue.

JOFIN: poupée ou mannequin que l'on met par amusement dans un lit, pour
faire croire qu'une personne y est couchée. Du latin _jocus_, jeu. A.

JOGANE: espèce de coiffure d'enfant composée d'un fond et d'une passe
sans papillon. Comme la jogane laisse la joue (la _joe_) à découvert,
c'est du mot patois _joe_ qu'elle tire sa dénomination A.

JOJO: cheval. Comme _dada_. De _jo_ et de _jor_ des anciennes langues du
Nord.

JOLET: jeu, mouvement. O.

JONFIEUX, SE: oppressé, e. Du verbe patois _jonfler_. _Jonfieux_ pour
jonfleux, comme _bieu_ pour bleu, _fieur_ pour fleur.

JONFLER: respirer avec peine; _ronfler_; souffler de l'haleine en
expirant l'air. Probablement de _sufflare_, comme le conjecturent MM.
Duméril.

JONQUERAIE: terrain où l'on fait croître du jonc.

JONQUETTE: fleurs qu'on jette dans les fêtes et dont on _jonche_ la
terre. C.

JONQUIÈRE: terrain où le jonc croît spontanément.

JORER: se parer avec luxe, avec affectation.

JOSTER: joûter, folâtrer, plaisanter. De _jocus_, jeu.

JOSTEUR: gai, amusant et farceur.

JOUBIBOT; JOUBJEOT: tasse de café. De _joué_: guère, et de _bibere_:
boire. O.

JOUCET: soufflet, claque sur la _joue_. O.

JOUÉ (adv.): guère, peu. Cet homme n'a _joué de pommiau_, guère de gras
de jambe. Voyez POMMIAU. A.

JOUG-A-COUE: joug double pour deux bœufs attelés côte à côte à une
charrue. Ce joug tient à la charrue au moyen d'une longue pièce de bois,
nommée coue (queue) et chevillée dans le joug.

JOUGLER: gambader. Se dit des chevaux reposés qui sortent de l'écurie en
gambadant.

JOUGUET: petit joug pour un seul bœuf.

JOUIR DE: venir à bout de. On ne saurait jouir de cet enfant indocile:
on ne peut en venir à bout. Voyez CHEVIR.

JOUJOUTE (FAIRE): se jouer.

JOUQUAY; JOUQUÉ: juché, perché. S.-I.

JOUR-FAILLI (A): au soir.

JOURNAL (de terre): ce qu'on peut labourer de terre pendant une journée
de travail. A.

JOUSTE; JOUXTE: auprès de, attenant à. Du latin _jaxia_.

JOUTER: toucher à. Cet herbage _joûte_ à la rivière.

JOUVEUX, SE: aquatique. L.

JUC (s. m.): perchoir du poulailler. En Roman, _joc_. Ce mot, qui vient
de _jugum_, perche, se trouve dans Des Perriers (_Nouvel._ 16 et 31). L.

JUDAS (BRAN DE): taches furfuracées qui paraissent, surtout au
printemps, sur le visage de certaines personnes. M. Decorde.

JUGAIN: jomarin. Voyez JION. A.

JUIF: espèce d'hirondelle, le martinet.

JUIS: juif, israélite. De _judæus_. Dans le _Pédant joué_ de Cyrano de
Bergerac (acte II, scène 3), Matthieu Gareau s'exprime ainsi: «Ous
équiais un vrai _jui_ d'Avignon.» L.

JUPÉE: courte distance. Interrogés sur la distance d'un lieu à un autre,
les paysans répondent souvent au voyageur: «Il n'y a qu'une _jûpée_.» La
jûpée peut varier d'un à cinq ou six kilomètres.

JUPER. Voyez HUPER. A.

JUPET. Voyez HUPET.

JUQUER; JUQUIER: percher, jucher.

JUQUOUX: juchoir. Sembler tomber du _juquoux_: paraître tout étonné.

JUS (adv.): à terre.

JUS D'OCTOBRE: liqueur préparée avec un mélange d'eau-de-vie et de poiré
doux, réduit en sirop. L.

JUSÉE (de fumier): liquide qui s'écoule du fumier, en forme de _jus_.

JUSER: sortir par compression, en parlant des fruits.

JUSEUX: juteux, en parlant des fruits. L.

JUSSE: juste. H.-N.

JUTER: produire du jus.

J'VA: cheval. J'VAS; J'VAUX: chevaux.


K.


KAFIGNONS: corne qui se trouve à l'extrémité du pied des animaux qui
l'ont fourchu, tels que la vache, le porc, le mouton, etc. M. l'abbé
Decorde.

KAINE: chaîne.

KALIPÈTE: sorte de bonnet de nuit, qui couvre les joues des femmes, et
qu'elles conservent le matin jusqu'à ce qu'elles fassent leur toilette.

KARAS: berger.

KARUE; KAIRUE: charrue.

KÉ: quoi. _Bé de ké_: bien de quoi! se dit ironiquement pour peu de
chose.

KERDER: carder.

KERMINNE: charogne.

KÉROIX: croix.

KERSIR: mourir. Voyez CRESSIR. A.

KEVRON: chevron.

KIA VALET! KIA VALET! Cri pour appeler les porcs à la mangeoire. C'est
la corruption de _tiot_, qui est l'abréviation par aphérèse de _petiot_,
diminutif de petit. Voyez TIOT.

KIEF: pièce de bois à laquelle on assujettit le soc de la charrue.

KIEN: chien. Du grec κυων.

KIGNE-EN-COIN (DE): d'un coin à l'autre.

K'MINAIE: cheminée.

K'MINSE: chemise.

K'VA: cheval.

K'VILLE: cheville.


L.


L': le. _L'bout_: le bout. _L'sé_: le soir.

LA: elle.

LABIT: douleur, peine. S.-I.

LABITER; SE LABITER: pleurer; se plaindre; tourmenter. De _lacrymari_.
S.-I.

LABOUOROUX: laboureur.

LACHERON: laiteron.

LACHET: lacet.

LACHON; LAÇON: lacet pour prendre le gibier.

LAGNE (s. f.): bois de cotret, rondin de bois pelard. Ce mot signifie
aussi mauvais bois. De _lignum_.

LAGUE (s. f.): espèce, qualité, acabit. B.

LAICHE: glaïeul (_Gladiolus communis_). Du Celtique _hesk_, mot auquel
on a réuni l'article, comme dans lierre, _hedera_.

LAICHE (s. f.): lé, du latin _latus_. V. LÈCHE.

LAID (FAIRE): faire la moue; témoigner à quelqu'un qu'il déplaît.

LAIDURE (s. f.): fille ou femme _laide_. L.

LAIQUER; LÉQUER; LIQUER: lécher.

LAIRON; LAIROT: loir.

LAIRRAI; LAIRRAIS; etc.: laisserai, laisserais. Ancienne manière de
conjuguer le verbe laisser. Maleville disait encore, dans le milieu du
XVIIe siècle:

       Si mes forces, Daphnis, égaloient mon courage,
       A tes discours flatteurs je me _lairrois_ tenter. A.

_Lairroient_ est employé par Descartes dans le _Discours de la méthode_.
Il est vrai que les éditeurs modernes corrigent Descartes. C'est une
fantaisie qu'ils se passent et qu'on a tort de leur passer.

LAIS: témoignages de mécontentement. Faire des _lais_: grogner; agir de
mauvaise grâce; bougonner.

LAISANDER: faire le _laisant_. V. LAISANT.

LAISANT: oisif, paresseux. Voyez LAISI. R.

LAISE (s. f.): lé d'une étoffe. P.

LAISI: loisir. S.-I.

LAISSE-TOUT-FAIRE (s. f.): fille de mauvaise conduite. A.

LAIT BATTU: lait de beurre.

LAIT DE BEU (lait de bœuf): mystification. Donner du lait de _beu_:
mystifier; faire des promesses mensongères; dire des absurdités.

LAIT DE BEURRE: babeurre.

LAIT (GROS): lait caillé. Voyez CAILLES; CAILLE-BOTTES. L.

LAIT DE PIE (_Euphorbia sylvestris_). B.

LAITICHE (s. f.): belette à poil blanc. On dit à Alençon _laitice_,
sorte de revenant qui apparaît sous la forme d'un petit animal blanc
comme du _lait_. De _lait_, et non pas de _lætitia_, joie. B.

LAITON; LAITERON: veau ou poulain qui tète. De _lait_.

LA-LOIN: ici près. A Bayeux, on dit _là-lain_. On lit dès le XVe siècle,
dans les _Cent nouvelles antiques_: «Ma foi, dit-elle, velà sa place
_là-loing_ montrant le bord du lit.» A.

LAMPÉE (s. f.): boisson prise à grandes gorgées et en grande quantité.
Du verbe _laper_. L.

LAMPER: prendre des lampées. L.

LANCEMENT: élancement dans une partie du corps.

LANÇON ou ÉQUILLE: petit poisson de mer (_Ammodyta Tobianus_).

LANCRET: gamin, vaurien. B.

LANDES (f. pl.): jomarin. Voyez JION et JUGAIN.

LANDON: cordon. B.

LANDON: rabâchage, bavardage. L.

LANDONNIER: bavard, rabâcheur. L.

LANDONNER: agir lentement;--rabâcher, bavarder. Les Bretons disent
_randonner_, _randonneur_. L.

LANDORE: endormi, fainéant, lambin.

LANDORER: lambiner, _s'endormir_ sur le travail. B.

LANER: écorcher, arracher le poil, comme le _lanneur_ tire la _laine_ du
drap. S.-I.

LANEUX: ouvrier qui fait ressortir la _laine_ du drap. S.-I.

LANFAIS; LANFOIE: filasse fine. Boivin et de Brieux dérivent ce mot de
_lanificium_, expression qui désigne toute matière propre à être filée.
Il s'emploie métaphoriquement pour langage entortillé, difficile à
saisir, ou abondant et stérile. M.

LANFRONAGE: linge lavé ou savonné à la hâte. A.

LANFRONER: laver sans nécessité et sans soin. A.

LANGET: _lange_ d'enfant au berceau. L.

LANGREUX: chétif, valétudinaire.

LANGUE DE BREBIS (_Ranunculus flammula_): petite douve. B.

LANGUE D'ÉPEC ou DE PEC (Pivert) (_Carex glauca_). B.

LANGUET: landier.

LANGUETER: bavarder. De _langue_. A.

LANGUETEUR, SE: bavard, e. A.

LANIER: lambin, paresseux. De _lent_.

LANRAIT. Voyez LENDRET.

LANTIPOUNER: marchander. S.-I.

LAPIER: rucher. Incorporation de l'article au mot _apier_, du latin
_apiarium_, rucher.

LAQUE: tique, sorte de pou des animaux.

LAQUER; LAQUIER: lâcher.

LAQUEULLE: laquelle. B.

LARCI (FAIRE) ou plutôt FAIRE LA RESSIE. Voyez RESSIE.

LARD: chair de porc. Le _lard_ n'en est que la partie grasse. L.

LARDÉ (s. m.): sorte de pâté gras, de forme semi-circulaire.

LARMER: répandre des _larmes_, larmoyer.

LARMETTE (s. f.): petite quantité de liqueur, goutte. De _larme_. L.

LAS-D'ALLER: fainéant, nonchalant. Un des personnages de _Gargantua_
s'appelle Las-d'aller (liv. I, ch. 38). Nachor dit au valet Maucourant,
dans la _Passion à personnages_, p. 139:

       Ça, hau! saoul-d'aller.

Ce _saoul-d'aller_ est le synonyme de _las-d'aller_.


LASSON: lacs, filet pour prendre les oiseaux. De _laqueus_. En
bas-breton, _lacz_; en italien, _laccio_; en espagnol, _lazo_.

LATINEUX: latiniste. S.-I.

LATINIER: écolier qui étudie la langue latine. Dans l'ancien français,
_latinier_ signifiait interprète. Wace (_Roman de Rou_) dit que
l'archevêque de Rouen

       A Rou et à sa gent par latinier parla. L.

LATON: laiton.

LATUSÉE: être fantastique, dont on menaçait les enfants pour arrêter
leurs cris ou leurs pleurs.

LAUDÉE (s. f.): volée de coups. A.

LAUDER (v. a.): frapper, battre. A.

LAUFFRÉE: repas copieux d'un animal. Du vieux mot _luffre_, vorace.
Rabelais appelle _lifrelofres_ les gourmands.

LAUMER: regarder de travers.

LAUNER: avoir l'esprit paresseux; fainéanter; dire toujours la même
chose; radoter.

LAURETTE (s. f.): Daphné Lauréole (_Daphne Laureola_). B.

LAUSANGIER: donneur de louanges, flatteur.

LA-VA (adv.): là, aux environs. Il se promène _là-va_. On dit aussi
_là-ava_.

LAVECHINER: laver mal, ou peu, ou des objets de peu de valeur.

LAVERIE: pièce près de la cuisine, où on lave la vaisselle.

LAVETTE: gros linge emmanché pour laver la vaisselle.

LAVIER: évier, égoût de cuisine.

LAVOUX: lavoir.

LAVURER: laver mal. Voyez LANFRONER. A.

LÉ: elle. De l'italien _lei_.

LÉ: les.

LÉCHARD. Voyez LÉCHEUR.

LÈCHE (s. f.): petite quantité. Une _lèche_ de pain. En patois de
Grenoble, _leichi_ signifie «un morceau de pain long et mince.» Patois
Rouchi.

LÈCHERIE: friandise. Du verbe lécher. A.

LÉCHETTE (s. f.): friande.

LÉCHEUR, SE: friand, e. Dans la _Nef des fols du monde_, les gourmands
sont appelés _lichards_. Du vieux mot roman _lechéor_. A.

LÉCHOUX; LICHOUX. Voyez LÉCHEUR.

LEICAN: nigaud.

LÉGUME: importance. C'est de la grand'légume: c'est une personne
d'importance.

LÉMAGES (s. m.): fourrage de plantes légumineuses, telles que vesces,
pois. B.

LEMAN; LEMAU: vaurien, bandit.

LENDEDÉMAIN: lendemain. L.

LENDRET; LENRET: ici. C'est l'altération de la locution romane _là
endroit_, _là endret_: là directement, précisément là. L.

LÉNIER: doux, patelin, intrigant. De _lenis_.

LENVERS: envers. _Le lenvers_: l'envers. Du latin _inversus_.

LEREBOURS (A): à rebours, au rebours.

LERME: larme. Il se prend dans le même sens que goutte. _No n'y vait
lerme_: on n'y voit goutte.

LERMER. Voyez LARMER.

LERRU; LIERRU: lierre.

LÉS: les. Très-fermé, dans certaines contrées, devant une consonne.

LESANT (arr. de Mortagne): pesant, tardif. MM. Duméril.

LESSIVEUSE: femme qui conduit une lessive et celle qui la lave.

LESSIVIÈRE. Voyez LESSIVEUSE. L.

LET: lit. De _lectum_.

LETICE: âme d'un enfant mort sans baptême, qui paraît la nuit sous la
forme d'un animal d'une blancheur éclatante; en islandais, _læda_
signifie fantôme. MM. Duméril. Voyez LAITICHE.

LÉTISSE (Orne): enfant espiègle, amusant. Du latin _lætus_. _Ib._

LEU: lu, participe passé de lire.

LEUC: lieu. D'où _ileuc_, le lieu où vous êtes.

LEUMIER: flandrin, efflanqué.

LEUX: leur, à eux. S.-I.

LI: lui.

LIAGE: couverture de chaume _liée_ avec des harts.

LIAINIER; LIÊNIER: mendiant qui affecte un ton plaintif en demandant
l'aumône.

LIAIS: fléau. Voyez FLAIS.

LIAN: gland. Par aphérèse.

LIANNE: glane.

LIARD D'UN SOU: pièce d'un sou (5 centimes). A.

LIAU; LIOT: liseron (_Convolvulus albus_). L.

LIBODEUX; LIBODOUX; LIBOUDEUX: gluant. B.

LIBOREUX; LIBOUREUX: gluant, visqueux. De _lie_. L. Voyez LIVARDEUX.

LICHER: faire festin; manger avec sensualité. Voyez LÈCHERIE.

LICHOINER: embrasser amoureusement. De lécher. O.

LICHOIRE (s. f.): bouche, langue; facilité d'élocution.

LICHON: leçon. S.-I.

LICO: licol, licou.

LIDER: glisser. De l'islandais _lida_. Vire.

LIÉ: elle. Ce pronom ne s'emploie que comme complément: par exemple,
_Chest por lié_: c'est pour elle.

LIÉNARD; LIÉNOR: Léonard; Léonor.

LIÉPARDE: animal imaginaire qui hante les carrefours pendant la nuit.
Peut-être est-ce une corruption de léopard.

LIERD: liard. Un rouge lierd: un misérable liard. L.

LIERRUT: lierre. B.

LIET: lit.

LIETTE: layette; petit coffret, tiroir. On trouve ce mot dans la 48e.
_Nouvelle_ de Des Perriers. En patois Walon, _lietta_.

LIETTE: petit lien, ou cordon qui serre la ceinture d'une culotte, une
chevelure de femme, etc. L.

LIEURE: liure, câble de charrette, etc.

LIEU DE (EN): au lieu de. L.

LIEUTRIN: lutrin. L.

LIEUX: leur, à eux. L.

LIÈVRE DE MER. Voyez DIABLE. B.

LIGER; LIGIER: léger. L.

LIGOCHE (s. f.): limace. A.

LIMAGES. Voyez LÉMAGES.

LIMAS: limaçon. A.

LIME: fossé plein d'eau qui borne souvent les herbages de bas-pays et
leur sert de limite. Du latin _limes_.

LIMER: pleurer à demi; crier sans répandre de larmes, comme font les
enfants contrariés. A.

LIMONIÈRE: ornière. De _limus_: limon, boue. O.

LIMOUSINE: manteau de roulier, en poil et en grosse laine.

LIN: rut de la brebis.

LINCHARD: élancé, grand, mince, effilé.

LINETTE: graine de lin.

LINGARD: efflanqué. Voyez ÉLINGUER.

LINGUE: langue.

LINGUER: parler; jaser. S.-I.

LINOTIER: ouvrier qui peigne et prépare le lin ou le chanvre.

LIONE: chèvre-feuille; parce qu'il se lie aux arbres. Voyez VIONE.

LIOPE (s. f.): bande de toile pour assujettir les enfants dans le
maillot. Du verbe _lier_. A.

LIOPER (v. a.): employer les _liopes_ pour assujettir les petits enfants
dans le maillot. B.

LIOT: enveloppe de gluis dont on abrite les ruches.

LIOTROPE: héliotrope (_Heliotropium Peruvianum_). Aphérèse. L.

LIPE (s. f.): grosse lèvre. Faire la lipe: faire la moue. L.

LIPU, E: qui a de grosses lèvres. L.

LIQUE-PLAT: lèche-plat, parasite.

LIQUER; LIQUIER (v. a.): lécher. L.

LIQUERET: friand. De _liquer_. B.

LIQUETTE: loquette; petite loque, lambeau.

LIQUEUREUX: liquoreux.

LIQUIFOIRÉ: Lucifer.

LIRE (s. f.): cane. Lire! lire! est le cri dont on se sert pour appeler
les canards. L.

LIRETTE (s. f.): petit caneton. L.

LIRLAS: lilas.

LIROT (s. m.): caneton. De là ce cri pour appeler les jeunes canards:
_lirotes! lirotes! lirotes!_ L.

LIROT: mauvais couteau.

LIROTTER: couper péniblement avec un mauvais _lirot_. O.

LIS; LISET: lisière d'étoffe.

LISA: Élisa.

LISE: portion de grève, de marais, etc., où le sol déliquescent n'offre
aucune résistance.

LISETTE (s. f.): ruban de fil. Du substantif lisière, parce que ce ruban
sert souvent à border. Voyez BORD. A.

LISETTE: couteau d'enfant. A.

LISSEAU de fil: peloton de fil. L.

LISOUX: liseur.

LITÉ (PAIN): pain dont la pâte a mal levé. (Valognes.)

LITOINE: nonchalant, paresseux. C.

LITRANTAN: niaiseries, balivernes. De l'article _li_ ou _le_ et de
_trantran_. (Vire.)

LIU: _glu_, glui.--LIU: lieu.

LIURE (s. f.): branche ou gaule, souvent fendue en deux et qui, dans les
clôtures sèches, sert, au moyen de harts, à contenir les affiches et à
consolider la haie. Voyez AFFICHES.

LIVARDEUX, SE: gluant, visqueux. A.

LIVERNAGE: pour l'hivernage. Voyez HIVERNAGE.

LIZAIS: liserés. S.-I.

LO: là.

LOBER: sommeiller. A.

LOBET. Voyez GOBET. De _lopin_.

LOCATIS (s. m.): cheval de louage; homme de peine.

LOCHER (v. n.): vaciller, menacer de tomber.

LOCHER (v. n.): secouer, en parlant d'un arbre dont on veut faire tomber
les fruits. Du Roman _eslocer_; _eslochier_: agiter, remuer.
D'_elocare_.

LOCLASSER: peiner, souffrir en travaillant. Voyez HOCLASSER.

LODÉ: mouillé. Du latin _lotus_.

LODER: marcher. De la basse latinité _lobia_ ou _lodia_: promenoir,
galerie.

LODER: marcher; se mouvoir; se traîner avec peine.

LODORIE (s. f.): supériorité. Avoir _lodorie_ sur quelqu'un: lui être
supérieur en force. A.

LOGANE (s. f.): chaumière. De _loge_. B.

LOISER: être permis. Ce verbe neutre a pour adjectif _loisible_, qui est
resté dans notre langue.

LOJAIS: léger. S.-I.

LOLO: lait.--LOLO: veau, et, par extension, grand garçon qui a des
manières enfantines.

LONER: rabâcher. Voyez LAUNER. B.

LONGIN; LONGIS: lambin.

LONGUE: longe.

LOQUE: là. S.-I.

LOQUETS: petites portions de laine qui tombent à terre, à la tonte des
moutons. M. Decorde.

LOQUETONNER: agiter le loquet dans la serrure; _clancher_ coup sur coup
sans succès.

LORINER; LORCINER: diriger. La _Muse normande_ dit:

       Devant çu quai je lorine mes pas.

LORIOT: bouton qui s'élève sur les paupières; sorte d'orgelet.

LORIQUE; LORIQUETTE: loque, petit lopin. O.

LOSENGIER: adulateur. Du vieux mot _los_: louange. Du latin _laus_.
Voyez ALOSER.

LOSSER: jaser. Du grec γλωσσα: langue. Par aphérèse. A.

LOSTRE (arr. de Mortagne): sale, malpropre. MM. Duméril.

LOT A FRÈRE, en parlant de l'ancien partage des successions normandes.
Elle a _lot à frère_: elle a égalité de lot avec son frère.

LOUCE ou LOUSSE (s. f.): mensonge, tromperie. Peut-être du vieux mot
_lobe_, qui a la même signification dans le glossaire qui est à la fin
de l'_Histoire de Bretagne_ de Dom Morice. Wace, dans le _Roman de Rou_,
emploie _leusse_.--LOUSSER se dit pour mentir.

LOUCHE (s. f.): cuiller à pot ou à potage.

LOUCHET: sorte de bêche, en forme de _louche_, ou cuiller à pot. C.

LOUDIER; LODIER: courte-pointe de lit.

LOUÊPE (s. f.): chiffon usé; mauvais lambeau d'étoffe. L.

LOUÊPIAUX; LOUIPIAUX: oreillons; sorte de maladie des oreilles. Pour
_oripeaux_. Voyez ce mot.

LOUIS DE SIX FRANCS: pièce ou écu de six livres tournois; parce que,
comme le louis d'or, cette pièce de monnaie portait l'effigie du roi
Louis. A.

LOUISOT: Louis.

LOULOU: loup. Mot enfantin.

LOURD: grossier, brutal. De _balourd_. A.

LOURDER (v. n.): être balourd: dire des balourdises.

LOURE (s. f.): cornemuse, musette.

LOURER: pleurer lâchement. (Vire.)--Chanter. S.-I.

LOUSSE. Voyez. LOUCE.

LOUSSE: vesse. Du celtique-breton _lou_.

LOUSSER: vesser.

LOUSSET: soufflet.

LOUSTER (v. n.): s'insinuer frauduleusement.

LOUSTRE; LOSTRE: sale personnage. O.

LOUVETTE: tique, ainsi nommée parce que cet insecte attaque souvent les
loups.

L'QUEUL: lequel.

L'S: les, devant une voyelle ou une H muette.

L'SIVIÈRE. Voyez LESSIVIÈRE. L.

LUBIN: lupin.

LUBINS: sorte de loups-garoux. De _lupus_.

LUBRE: difficile à manier, à travailler; compacte. Voyez RUFLE.

LUE: lieue.

LUEURE: lire.

LUGAN: homme bizarre, boudeur, sournois. _Luganner_ se dit des premières
gouttes de pluie qui annoncent le mauvais temps.

LUIRE: lire. S.-I.

LUMELLE: allumelle, par aphérèse.

LUNER; LEUNER: lorgner; regarder de travers.

LUNETIER: homme qui porte des lunettes dont il n'a pas besoin.

LUQUE: luth. S.-I.

LUQUE: lampe. (Manche.) De _lux_, lumière.

LUQUER (v. a.): reluquer, regarder. Du latin _lux_. Souvent _lûquer_
emporte l'idée qu'on regarde de côté, en évitant que l'on s'en
aperçoive. De là sans doute le sens de _loucher_, qu'il a dans M.
Decorde.

LUQUERNE: lucarne.

LURASSER. Voyez LURER.

LURE (s. f.): vers ou refrain d'une chanson, répété jusqu'à satiété. De
_loure_: musette. On l'emploie, au figuré, pour signifier des promesses
que l'on réitère souvent et qu'on ne tient jamais. La _lure_ alors est
une _leurre_.

LURER: fredonner; répéter la même chose; rabâcher; grommeler. L.

LURETTES: fredons, répétitions de chansonnettes sans suite.

LUREUX, SE: qui grommèle, qui rabâche. L.

LURIER: homme qui dit des sornettes. B.

LUROTIER. Voyez LUREUX. A.

L'Z: les. Courir _l'z_ uns après _l'z_ autres.


M.


M': ma; me. L'_a_, l'_e_ disparaissent parfois devant une consonne.

MA; MAS: mal; maux.--MA (s. m.): sas, tamis.

MACABRE: inepte. De la fameuse _Danse macabre_, dont les personnages ne
savent que répondre à la Mort qui les entraîne.

MACAILLE: nourriture, ce qu'on mâche.

MACELET; MACHELET: groupe de fruits tenant au même pédoncule. Un
_macelet_ de noisettes.

MACHACRE: massacre. M.--Viande. S.-I.

MACHACRE: ouvrier maladroit.

MACHET (s. m.): mâchoire.

MACHICOTER: mâcher en tournant et retournant ce qu'on a dans la bouche,
sans l'avaler.

MACHIN; MACHINOT: _machine_; chose; objet dont on cherche le nom. Patois
Lorrain.

MACHIS (s. m.): aliment mâché.

MACHON: maçon. Au figuré, ouvrier inhabile.

MACHOQUER: bossuer.

MACHOTER: mâcher lentement et avec une sorte de répugnance.

MACHU (adj.): en forme de massue. M.

MACHUE: massue. On disait _macue_, dans le XIIIe siècle: ce mot est
employé par le roi de Navarre dans ses _Chansons_. Tête de _machue_:
entêté, opiniâtre. L.

MACHURER: noircir, décrier.

MACOT: cachette; l'argent qu'elle contient. A.

MACRIAU: maquereau. En patois Picard, _macrieu_.

MADELEINE (POIRE DE): poire de Cuisse-Madame; parce qu'elle mûrit vers
la fête de sainte Madeleine (22 juillet).

MAFONGUE. Même sens que _Par ma fingue_. Voyez FINGUE.

MAGNAN; MAGNEN; MAIGNEN: chaudronnier ambulant, dont on faisait peur aux
enfants comme du prétendu Croquemitaine. Du vieux mot _maignen_:
chaudronnier, et de l'italien _magnano_. Nicot et Monet écrivent
_maignen_, comme dans le moyen-âge. En patois Bourguignon, _maignié_.
_Magnin_ en patois Walon. On prononce aussi _maïan_.

MAGOSSE (s. f.): amas d'argent; petit trésor. Voyez MACOT. A.

MAGOT. Voyez MACOT. L.

MAGOUANER: mâcher lentement et désagréablement. A.

MAGOUSSE (s. f.). Voyez MACOT.

MAGROLLE (s. f.): somme d'argent. A.

MAGUE (s. f.): estomac de veau, dans lequel on prépare la présure pour
faire le fromage. L.

MAGUE: gros ventre; bosse. S.-I.

MAHON: coquelicot.

MAHON: qui parle avec difficulté; bègue. O.

MAHONNER: parler avec difficulté; balbutier; bégayer. Voyez BAUBE.

MAI: moi.

MAIGNETS ou MÉGNETS: petits enfants. Du celtique _man_: homme.
_Maignets_ est le diminutif de _man_, d'où viennent aussi _manant_ et
_manoir_, etc. Le vieux mot _meignie_, ou plutôt _maignie_, signifiait
maisonnée, toutes les personnes d'une maison. Dans le patois Gascon, on
dit _maynat_ pour un petit garçon. A.

MAIGRASSIER: grand, mince et approchant de la maigreur.

MAIGRIER: maigre.

MAILLOCHE (s. f.): petit maillet.

MAILLOT: maillet.

MAINDRE: moindre. S.-I.

MAININE: petite main.

MAINS; MEINS: moins. S.-I.

MAIN-TACHE: à peu près, au hasard, sans que l'on compte. Prendre, donner
_à main-tâche_.

MAINTAIN; MAINTIÉ: manche de fléau. O. et M.

MAIRERIE: mairie. Voyez MARIE. A.

MAIS: plus; jamais. _Mei_, en patois de Grenoble. De l'adverbe latin
_magis_. Je n'en peux mais: je n'en peux plus.

MAIS DE CE TEMPS: désormais. L.

MAISI PLUS: désormais.

MAISON: la cuisine d'un paysan. C'est en effet la pièce importante, la
pièce par excellence de son habitation.

MAIS QUE: lorsque; après que; pourvu que. Employé par le roi de Navarre,
dans ses _Chansons_, et par L'Estoille, dans son Journal.

MAIS QUE (POUR): lorsque. L.

MAITE: maître.

MAITIA; MAINTIEN: pain composé de blé et d'orge, par moitié; cidre
pressuré avec de l'eau, par moitié. Voyez MITOYEN.

MAITRE-CIDRE: cidre pur.

MAITRE-PIERRE: pomme à couteau, qui se conserve très-long-temps.

MAITRIAL, E: impérieux; qui agit en maître arrogant. L.

MAL DE L'AN: coliques et convulsions des petits enfants. Voyez CATERRE.
A.

MAL (HAUT): épilepsie; mal caduc.

MAL (PRENDRE): mourir. Pris de mal: atteint de maladie. Il lui a pris
mal: il est tombé malade. L.

MAL (TOMBER DE): être attaqué d'épilepsie.

MALAISE (A): à plus forte raison. H.-N.

MALAISÉE (DANSER LA): recevoir une volée. Voyez DANSE. L.

MALANDRE: pustule, ulcère; coup, blessure.

MALANDRIN: malade ayant des _malandres_.

MALARD: canard, mâle de la cane. L.

MALAUCŒUREUX; MALAUCURIEUX: dégoûtant; dégoûté. L.

MALE: marne.

MALE; MALAIS: fumier consommé, et plus particulièrement celui des bêtes
à cornes.

MALEMENT: mal, méchamment, avec malice, à tort. M.

MALENDURANT: difficile à vivre. Du verbe _endurer_. L.

MALENDURER: souffrir impatiemment.

MAL-EN-HIE ou HIS: mal portant, souffrant; mal en gaîté, de mauvaise
humeur.

MALENTENTE (s. f.): mal-entendu.

MALER: engraisser avec de la marne.

MALER: fatiguer, exténuer. De _malum_: mal.

MALGRÉ QUE: quoique. Patois Lorrain.

MALIÈRE (s. f.): fosse dans laquelle on dépose les mâles ou fumiers pour
qu'ils s'y consomment. C.

MALIN: petit poisson de rivière. B.

MALINE: maligne.

MALON; MALUN: escarre, croûte qui se forme sur la peau lorsqu'une plaie
se guérit; cicatrice. De _malum_.

MALHERBE; MALLE-HERBE: mauvaise herbe, qui donne le vertige et empêche
de retrouver son chemin.

MALHEURÉ: malheureux; homme à qui il arrive un malheur.

MALHEURETÉ: malheur, accident. On dit aussi _malhuré_; _malhureté_.

MALHUR: malheur.

MAL INCOMMODE: fort incommode. H.-N.

MALONNER: se former en malon.

MALPIÉTÉ: qui a de mauvais pieds; inhabile aux longues marches.

MAL St.-MEIN: croûtes laiteuses des enfants. L.

MALUSER: mésuser.

MAN: larve du hanneton (_Mélolontha_).

MAN: mon. Man kien: mon chien.

MANCHÉE: nid de lapins; leur terrier où sont déposés leurs petits. De
_manere_: demeurer.

MANCHERON; MANCHON; MANÇON; MANQUETIN: manche de charrue.

MANDALE (s. f.): soufflet sur la joue, sur la mâchoire, les
_mandibules_.

MANDRE: moindre. S.-I.

MANDRILLE: espèce de manteau vieux et en mauvais état.

MANET: manoir; habitation distinguée, inférieure toutefois au château;
gentilhommière. L.

MANETTE: Marie-Anette; diminutif de Marie-Anne. A.

MANGEARD: dépensier, prodigue qui gaspille. L.

MANGER L'ORDRE: oublier. Patois Lorrain.

MANGÉRIAU, au pluriel MANGÉRIAS: gens du fisc, sangsues du peuple. S.-I.

MANGERIES: vexations fiscales.

MANGE-TOUT (DES): petites fèves qui se mangent en entier, lorsque le
grain commence à se former.

MANGEUX DE FOIN SUR LE BAT: parasite.

MANGNER; MANGNIER: manger. Mangniez donc! vous ne mangniez pas; gnia que
me qu'mangne: mangez donc! vous ne mangez pas; il n'y a que moi qui
mange. L.

MANGNIETS. Voyez MAIGNETS.

MANGUER: manger.

MANIERS ou MANIETS. Voyez MAIGNETS.

MANIFACTURE: manufacture.

MANIFIQUE: magnifique. Patois Lorrain.

MANIQUET: selle de femme, couverte d'une peau de mouton. H.-N.

MANJURE: démangeaison. J'ai _manjure_ à la tête. H.-N.

MANJURIAU. Voyez MANGÉRIAU. L.

MANJUSSER; MANJUCER: manger. B.

MANNETTE: petite manne. L.

MANSAIRE; MANSÈRE: misérable; déguenillé; mal vêtu.

MANSEL: manoir, habitation. Du latin _mansio_.

MANTAIN: manche de fléau.

MANUYENGE: possession, jouissance.

MAQUAILLE (s. f.): aliments mal préparés. Du verbe _mâcher_.

MAQUE-ÉPAIS: goinfre, gourmand. H.-N.

MAQUER; MAQUIER: mâcher désagréablement.--Manger. S.-I.

MARAILLER: se salir dans l'eau bourbeuse. De la basse latinité _mara_:
mare. A.

MARAS ou MARAT: maraud, mauvais sujet. Du grec μιαρος: scélérat,
qui a produit _marrans_, vieille expression qui signifiait juif. En
patois Walon, _maraïe_ signifie canaille. L.

MARCACHA: gamin; petit homme mal bâti. On disait autrefois _margajat_:

                     Que nous ririons tretous
       De voir un _margajat_ fagotté comme vous.

dit Boursault en parlant d'Esope. Parler _margajat_. Voyez CHARABIAH.

MARCAPIÉ: raisiné. (Manche.)

MARCAU; MARCOU: matou, gros chat mâle. O. En patois Walon, _markou_; en
patois Troyen, _marcoux_.

MARCELOTTE: petite masse au bout d'un bâton. Corruption de _masselotte_:
petite massue. Voyez RABOTTE. A.

MARCHÊQUE; MARCHESSE (s. f.): fête de la Notre-Dame de _Mars_
(l'Annonciation). _Marcesche_, dans une charte de 1407. On dit
proverbialement, en parlant des veillées pour le travail:

           La bonne veilleresse
       Commence à la septembresse
       Et finit à la marchesse.

Voyez SEPTEMBRESSE. L.

MARCHER: parcourir. _Marcher_ une propriété.

MARCIÈRE (s. f.): dépôt de marc dans une fosse. (Manche.)

MARCOU. Voyez MARCAU.

MARÉCHAL: oiseau de l'ordre des passereaux. B.

MARÉE (s. f.): flaque d'eau. De _mare_. L.

MARÉE (s. f.): denrée. Porter la _marée_ au marché. L.

MARETTE: petite mare.

MARGANE (s. f.): sèche. Du celtique-breton _morgaden_.

MARGANNER. Voyez DÉGANNER.

MARGAS, ou MARGASSE (s. f.): petite flaque d'eau bourbeuse. Du
substantif _mare_ et du verbe _gâter_. Au figuré, embarras. Le
substantif _margane_ (excréments humains) du département
d'Ille-et-Vilaine pourrait bien avoir la même origine. Dans le patois du
Jura, _gouillat_ et _gouille_ signifient boue et le lieu où elle
séjourne. De là, _margouillis_. Voyez ce mot. A.

MARGASSER (SE): se salir dans un _margas_. A.

MARGAU: fille de mauvaise vie.

MARGOT (s. f.): pie. On dit Margot pour une pie, comme Richard pour un
geai, Martin pour un âne, etc. La Fontaine dit (Fables, XII, 11):

       L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie.

MARGOT (s. f.): fourche. Du latin _merga_.

MARGOT-PINTON: femme ivrogne. On dit proverbialement:

                       Margot Pinton,
       Qui aime mieux sa _pinte_ que son demion.

Voyez DEMION.

MARGOTTE: marcotte.

MARGOTTER: marcotter. C'est le G pour le C, comme _ganif_ pour canif.

MARGOUAIS: fond de carrière, de marnière. Du celtique _marga_ (marne),
que le naturaliste Pline (liv. XVII, ch. 4) cite comme un excellent
engrais.

MARGOUILLER: bredouiller; manger malproprement; salir.

MARGOUILLIS. Voyez MARGAS.

MARGOULETTE: mâchoire (terme de mignardise); petite bouche. En Roman,
_gargate_. Dans le patois Walon, _gargolette_: gosier, gorge.

MARGOULINE: bonnet de femme. Voyez GOULINE.

MARGRÉ: malgré. S.-I.

MARGUITE: Marguerite.

MARIANNE: Marie-Anne. Voyez MANETTE.

MARICAUDER: noircir le visage, les habits. H.-N.

MARICHAL; MARICHA: maréchal. L.

MARIE: mairie. La rue de la _Marie_. A.

MARIE-SOUILLON (s. f.): femme malpropre. On dit aussi _Marie-Salope_;
_Marie-Torchon_.

MARIE-SURELLE: femme acariâtre. De _surelle_, oseille.

MARINGOTE (s. f.): sorte de charrette que l'on commença à employer peu
après notre célèbre victoire de Marengo, en 1800.

MARINGOUIN: cousin, sorte d'insecte.

MARIN-ONFROY. Nom d'une espèce de pommes dont l'introduction, d'après
Pluquet, est due à Marin-Onfroy, seigneur de Veret et de
St.-Laurent-sur-Mer, qui apporta des greffes dans le Bessin, au
commencement du XVIIe siècle. Cette espèce s'est propagée dans le
département de la Manche, et on la prise beaucoup aux environs de
St.-Lo, où l'on comptait encore, il y a peu d'années, plusieurs familles
des noms de Marin et d'Onfroy. La _tisane de Marin-Onfroy_ est le cidre
_gracieux_ qu'on obtient de l'espèce de pommes dont on vient de parler.
Le fruit est généralement petit, dur; il mûrit très-tard. Son aspect est
loin d'être séduisant comme le goût du cidre qu'il produit. M.
Lepingard.

MARION: Marie. C'est de là qu'est venu le mot _Marionette_, diminutif de
Marie. L.

MARJOLET: élégant. De joli. L.

MARJOLLES: caroncules qui pendent sous le bec des coqs et des poules;
et, par métaphore, le double ou le triple menton des personnes
très-grasses.

MARMIONNER; MARMONNER: murmurer sourdement; mal prononcer.

MARNÉ. On appelle à Vimoutiers pain marné celui qui n'est pas
complètement blanc. De _marne_, terre de couleur blanc-grisâtre.

MARNET: le grand guillemot, oiseau de mer. B.

MARONNER: grommeler.

MAROTTE: Marie. Le nom de la _marotte_ de la folie vient de ce
diminutif. L.

MAROUAU: matou. Voyez MARCOU.

MAROUILLAGE (s. m.): eau bourbeuse. De _mare_. A.

MAROUILLER: agiter de l'eau bourbeuse; se salir dans le _marouillage_.
Voyez VAROUILLER. A.

MARPAS: sale, bas.

MARQUE-A-LA-VIELLE: iris, arc-en-ciel. (Coutances.)

MARRINE: marraine. L.

MARRUBLER: meurtrir fortement. Peut-être de marrube (_Marrubium
vulgare_), plante médicinale que l'on écrase. L.

MARTAFLU. Voyez MASTAFLU.

MARTE; MATTE: petite boulette de terre cuite, pour jouer, comme avec la
canette et les osselets. L.

MARTINET: grimpereau. L.

MASCAPIÉ: raisiné de poires ou de pommes. B.

MASS: _masure_. De la basse latinité.

MASSACRANTE (HUMEUR): mauvaise humeur; humeur très-bourrue. Patois
Lorrain.

MASSAIS (s. m.); MASSÉE (s. f.): argile pétrie avec du foin, pour faire
les planchers. B.

MASTAFLU, E: gros et mal bâti. De l'ancien qualificatif _maflu_. La
Fontaine a dit (Fable III, 17), en parlant d'une belette:

       Grasse, _maflue_ et rebondie.

MASTAPIN: gros, bouffi.

MASTAS: homme très-replet. De _masse_. Voyez TARIBONDIN.

MASURÉ, E. Terre masurée: terre pourvue de bâtiments d'exploitation et
d'habitation. De _masure_.

MAT: flèche. S.-I.

MATE (ENFANT DE LA): escroc, filou. Du nom d'une place de Paris
fréquentée par les voleurs, suivant Moisant de Brieux, p. 15 de ses
_Origines de coutumes anciennes_.

MATE: lait caillé. S.-I.

MATE; MATRE (s. f.): extrémité de l'os du tarse du mouton, de la brebis.
Le _jeu de mâtes_ se compose de ces petits os qu'on jette sur une table.
Les _mâtes_ qui sont tombées sur le côté, doivent être redressées par le
joueur dans l'intervalle de temps qu'une balle ou tout autre objet,
qu'il a lancé en l'air et qu'il doit recevoir, met à retomber dans sa
main. M. Lepingard.

MATEREAUX: matériaux. De _matière_. Patois Lorrain. L.

MATES (s. f. pl.): lait caillé. En patois Lorrain, _maton_. S.-I.

MATHIEU-SALÉ: Mathusalem. Vieux comme _Mathieu-salé_.

MATIÈRE (s. f.): pus. Patois Walon.

MATIFAS: mortier de chaux, de sable et de bourre, pour enduire.

MATRASSER: assommer. De _matras_, sorte de trait qui ne perçait pas,
mais meurtrissait cruellement. Du latin _mactare_. B.

MAUFAIT: mal fait, contrefait.

MAUGONNER: mâcher, mordre, ronger vilainement. Au figuré, grommeler. A.

MAUGRÉ: malgré.

MAUGREBLEU. Juron. De l'arabe _maghrabi_. Dans le midi de la France,
d'où _maugrebleu_ nous est venu, et qui fut quelque temps au pouvoir des
Sarrasins, on dit _magrabiou_, qui est plus rapproché de son origine.
Peut-être _maugrebleu_ vient-il de malgré Dieu.

MAUGRENÉ: maudit. Quelle _maugrenée_ affaire!

MAUMINÉ: blême, qui a mauvaise mine. A.

MAUPAS: mauvais passage, lieu dangereux, soit par la difficulté du
passage, soit par le danger des rencontres. Ce nom a été donné à des
lieux, à des gués de rivière, etc., qui n'offrent présentement aucun
danger.

MAUPITEUX: souffrant, malheureux. De mal et de pitié. S.-I.

MAUTALENT: ignorance; mauvais _vouloir_; disposition à mal faire. Ce mot
est dans Montaigne.

MAUTE (s. f.): fresaie.

MAUTÉ: méchanceté. L.

MAUTURE (adj.): méchant, malin, espiègle, vaurien, d'une probité
suspecte.

MAUTURE (subst.): blessure grave; plaie considérable, tenant en général
au vice du sang.

MAUVAISETÉ: méchanceté. Dans Nicot, _mauvaistié_.

MAUVE: mouette, oiseau. B.

MAUVI; MAUVIARD (s. m.): mauviette. En patois Walon, _mâvi_ signifie un
merle.

MAXI; MAXIS: méchant. B.

MÉ: moi.--MÉ: maintenant.

MÉCANIQUE: souffrant, faible, d'une santé délabrée; d'une chétive
constitution;--insuffisant.

MÉCHANT: pauvre, digne de pitié. Ce _méchant_ enfant; cette _méchante_
petite bête. Une paysanne dit: J'ai eu tant à faire, que je n'ai pas eu
le temps de peigner ma _méchante_ tête.

MÉCHANT: difficile. Terre _méchante_: terre difficile à travailler.

MÈCHE: moitié. De _mèche_: de moitié. Argot.

MÈCHE: moyen, possibilité. Il y a _mèche_, ou: il n'y a pas _mèche_: on
peut, ou: on ne peut pas.

MÉCHER: pocher. (Vire.)

MÉCREDI: mercredi. Patois Lorrain. L.

MÉDIN: mauvaise couche. O.

MÉGAUGIER (v. a.): désappointer. D'égayer; mégayer: mal égayer.

MÈGUE (s. m.): serum, petit-lait. De _mesga_, dans la basse latinité. On
appelle aussi _mègue_ l'agglutination qui se forme au fond d'un vase par
les dépôts du cidre, du vinaigre, et autres liquides.

MÉJAMBIÉ; MÉJAMBIER: qui a les jambes en mauvais état, couvertes
d'ulcères en suppuration.

MEILLE; MÊLE: nèfle. On lit, dans Cretin, p. 205:

       Raisins, pruneaux, pommes, poires et _mesles_.

MEILLER: néflier. En latin, _mespilus_.

MÉLAN: merlan.

MÈLE: «flocons mucilagineux au fond des bouteilles de cidre», suivant
Pluquet. On dit ailleurs: _mère_. V. MÈGUE.

MÊLE: merle.

MÊLEAU; MÊLO: paquet de fil, de laine, de soie, _mêlé_.

MELER (v. n.): s'altérer. Se décomposer, en parlant des pommes. De
_malus_: pommier, et de _malus_: mauvais. La pomme _melée_ est celle
dont la chair trop mûre a pris à sa surface une teinte brun-clair et une
consistance molle. En patois Walon, _melaie_ signifie un pommier.

MÊLIER; MESLIER: néflier. En anglais, _medlar-tree_.

MÉLIEU: milieu.

MÉLIMÉLOT: mercuriale (_Mercurialis annua_). B.

MÊLI-MÊLOT: objets confus, mêlés, en désordre.

MELLE (s. f.): anneau d'une chaîne. De _maille_. L.

MELLETON: prunelle, mauvais petit fruit. De _malum_.

MÊLURE: petites herbes qu'on _mêle_ à la salade pour l'assaisonner.

MÉMARCHURE: entorse. De _marcher mal._ L.

MEMBRÉ: membru. Patois lorrain.

MENACHE; MENACHER: menace, menacer.

MÉNAGÈRE: femme de campagne. De _ménage_. En patois Walon, _menadzira_.
Voyez CRÉATURE.

MENDRE: moindre.

MÉNESTRIEUX: ménétrier. S.-I.

MÉNOM: sobriquet; surnom. De _mé_: mauvais, et de _nom_.

MÉNOMMER (SE): prendre un nom qui n'appartient pas.

MENOUX: menin, conducteur, cicerone.

MENT: comme, comment. _Ment hla_: comment cela? _ment tout_: comme tout.
De _comment_, par aphérèse. Voyez C'MENT. L.--A Pont-l'Évêque,
_mentêche_ pour comment est-ce?

MENUISE (s. f.): petit plomb pour tuer les oiseaux. De _minutus_.

MÊNUIT: minuit. L.

MÉQUIÉ: moitié. L.

MÉQUIER: métier.

MERC; MERQUE (s. m.): _marque_ sur la peau; lentille ou petite verrue;
borne en pierre qui marque les limites dans les champs. B.

MÈRE: dépôt glaireux dans le vieux cidre; substance que l'on croit
propre à faire naître le vinaire (à en devenir la _mère_).

MERELLE: cidre dans lequel on a mis beaucoup d'eau. B.

MÉRIAISE: merise.

MÉRIENNE: méridienne. Par syncope. Sieste, sommeil de _midi_. Faire
_mérienne_: faire la sieste.

MERLUS (s. m.): sorte de petite morue sèche; _merluche_.

MERNUCHON. Plante; la _stella media_ des oiseaux.

MEROLLE: brebis. O.

MÉROTTE: petite-mère. L.

MERQUE: marque. MERQUIER: marquer, tracer, etc.

MESANGLE; MESETTE: mésange.

MÉSAISE: gêne, au propre et au figuré.

MÉSAISÉ: qui est dans le _mésaise_. Ne se dit qu'au figuré: _mésaisé_
dans son commerce.

MÉSHUI: aujourd'hui, tantôt, désormais, dorénavant. Dans le _Testament
de Pathelin_, p. 131:

       Ne viendra _meshuy_ Guillemette?

MESEAU; MEZEL: lépreux.

MESCHIEF: malheur.

MESCHEOIR: échouer, ne pas réussir.

MESCHEU (part. passé de _mescheoir_). Il en est _mescheu_: il en est
arrivé malheur.

MESÉ: atteint d'une lèpre appelée méselerie. Métaphoriquement,
insensible.

MESHAGNÉ; MESHAIGNÉ (l'S ne se prononce pas): estropié, mutilé.

MESHAING: mutilation, malheur, accident, mécompte.

MESIGUE: mésange.

MESIRAGNE; MESIRAIGNE: musaraigne.

MESIRE: merise.

MESIRETTE: petite musaraigne.

MESIRIER: merisier.

MESM'ORAINS: même naguère. H.-N.

MESNIE: maison, maisonnée, famille.

MESNIL: maison dans la campagne et champ y attenant.

MESSINE; MÊCINE: espèce de coussin en foin ou en paille, dont les
paysans garnissent la partie supérieure de l'entrée des sabots, pour
qu'ils ne blessent pas le coude-pied.

MESSIONAL: qui a lieu pendant les vacations, fixées anciennement au
temps de la moisson. De _messis_.

MESURE: convenance, sagesse. C'est la _mesure_: c'est ce qui convient.
Dans le XIIIe siècle, mesure signifiait sagesse, bonté. C'est le _quid
deceat, quid non_, d'Horace; et l'emploi qui en est fait dans les
_Chansons du roi de Navarre_ et le _Glossaire_ de La Ravallière. En
Roman on disait _amesuré_, pour sage; en Provençal, _amesurat_. L.

MESURETTE (s. f.): huitième partie de l'aune. L.

MET (s. f.): huche, pétrin, _maie_. On trouve _met_ dans les vieux
fabliaux. Du verbe _mettre_. _Met_ était encore en usage dans le XVIe
siècle. En effet, Du Bartas dit, dans le second jour de sa _Semaine_, v.
1129:

       L'un sur un ais flottant hasardeux se commet;
       L'autre vogue en un coffre, et l'autre en une _met_.

_Mèe_, en patois Lorrain; _mai_, en patois Walon. Dans le patois de
Grenoble, _mata_ signifie pétrir, faire du pain.

MÉTANT: moitié du boisseau; environ 20 litres.

MÉTIER: à propos, urgent, important, nécessaire. Il était métier d'agir:
il était important d'agir; il n'y avait pas de temps à perdre. Il en
avait métier: il en avait besoin. C'est un idiotisme normand.

MÉTIR (SE): s'amollir en séchant; se flétrir comme les plantes coupées,
les fruits moissonnés, etc.

MÉTIÉ: moitié. L.

MÉTOYEN: mitoyen. Cidre trempé de _moitié_ d'eau pendant le pressurage.
L.

METTEUX DE POULES A COUVER: qui s'amuse à des riens. Voyez
COLIN-FEMMETTE. L.

MEU, E; mûr, mûre.

MEULER: beugler, mugir. L.

MEULON: tas de bois, de fagots, de bourrées, etc.

MEURDRE: meurtre. MEURDRI: contusionné.

MEURDRIR: meurtrir. En patois Walon, _moudri_. L.

MEURISON; MEURISSON: maturité qui s'effectue.

MEURON: maturité avancée. Des fruits perdus de _meuron_ sont des fruits
passés.

MEU; MEUR; E: mûr, e.

MEUX. Même signification.

MEUSA. Voyez MURAS.

MIAILLON (s. m.): enfant. De _mion_ qui, en Roman, signifie plus petit.
Du grec μειων.

MIANDER; MIANER: miauler. Onomotapée tirée du cri du chat. A. L.

MIANDOUX: hypocrite.

MIAU: morceau.

MIAULÉE: mélange de pain et de lait, ou de cidre, ou de vin, etc.

MIAUTÉE: petit morceau, petite partie d'un _miau_.

MICAMAU (s. f.): mélange de café et d'eau-de-vie.

MICHEL-FILLETTE. Voyez COLIN-FEMELLE.

MICHER: pleurer. De _pleurmicher_ pour pleurnicher.

MICHETTE: sein de jeune femme. De _miche_, pain. L.

MICHOTTER: chiffonner les _michettes_. L.

MICHOTTIER: celui qui michotte. L.

MIE: point.

MIÉE; ÉMIÉE. Même sens que MIAULÉE.

MIELLE: terre sablonneuse sur le bord de la mer. Cherbourg.

MIÈRE: médecin. C'est une manière de prononcer le mot roman _mire_,
médecin.

MIET (s. m.): petite quantité; _miette_. De _Mica_.

MIETTE (UNE): un peu.

MIETTE: pas, point. Particule négative. Je ne suis _miette_ content: je
ne suis pas content, nullement content.

MIGAUT; MIGOT; MIGEOT: fruiterie; réserve de fruits pour l'hiver. On
trouve _migôt_ dans le _Formulaire des Élus_ du président de La Barre.
Voyez MURAS.

MIGEOTER: faire bouillir doucement, à petit feu. S.-I. A Bayeux,
_migeoter_ signifie dorloter.

MIGNARD, E: plaintif avec mignardise. L.

MIGOTER: mûrir dans le fruitier.

MILGRET (s. m.): _Calamagrostis arenaria_. B.

MILGREUX: sorte de jonc qui croît dans les sables. Dans Du Cange,
_Melogarium_. _De Crescentiis_, ch. 26. Voyez MILGRET.

MILICE (ÊTRE): être la dupe. M. l'abbé Decorde.

MILLAUD: mendiant A.

MILLAUDER: mendier. A.

MILLAURAINE ou MILLARAINE (s. f.): sorte de loup-garou. (Valognes.)

MILLE-SOUDIER: homme dont la richesse est inépuisable. De mille et de
sou.

MIMI: chat. Voyez MIANDER. _Mira_ signifie une chatte dans le patois de
Grenoble.

MIN: mon.

MINABLE: qui a la mine hideuse, l'aspect sinistre. Patois Lorrain.

MINCE (s. f.): mèche de fouet. O.

MINCÉE: choses coupées _mince_. Une _mincée_ de choux: choux coupés en
petits morceaux et mêlés avec du son et du lait caillé pour
l'engraissement des porcs.

MINCER: réduire ou briser en petits morceaux (_minces_). A.

MINDRAILLE: menue monnaie; chose de peu de valeur.

MINDRE: moindre. S.-I.

MINDRER: amoindrir, mincer, couper en petits morceaux.

MINDRÉE: masse d'objets mincés, rompus, écrasés menu.

MINE (GRANDE-): mesure de 8 boisseaux. La petite mine est de 6. H.-N.

MINEAU; MINON; MINOT: minet, chat.

MINEAUX; MINOTS: fourrures. De minet.

MINET, TE: joli petit garçon, jolie petite fille. Métaphore de minet:
petit chat.

MINETTE: _Lotus corniculatus_. B.

MINGRELET; MINGRELIN (corruption de _maigrelet_): maigre et chétif.
_Mingrâlin_, dans le patois Troyen.

MINGROLLE (s. f.): moustache de chat. De _minet_ et de _grouin_, pour
museau.

MINIEUT; MIGNIEUT; MESGNIEUT: minuit.

MINON: chat.

MINS, E: mis, mise. S.-I.

MINUTE: patience! attendez un peu!

MIOCHE (s. m.): petit enfant qui ne mange encore que de la _mie_. L.

MIOCHÉE; MIOLÉE; MIOTÉE: pain _émié_ dans du cidre, du poiré ou du lait.

MIONNER: manger avidement.

MIOT: gros morceau de mie; oiseau dernier éclos. Du vieux mot _mion_:
plus petit. Voyez ÉCLOCU.

MIOTS: miettes.

MIQUER: ajuster. B.

MIRE: vue, regard, exposition. Mettre en _mire_: exposer aux regards, à
la vue, à l'attention.

MIRABOULIA FECI (IL A L'AIR DE): hableur. Sans doute de _mirabilia
feci_: j'ai fait des merveilles.

MIRETTE (s. f.): germe de l'œuf--Petit miroir.

MIREUX; MIROUX: miroir.

MIRLIFICHÉ: enjolivé minutieusement. _Mistifrisé_, dans le patois Walon.

MIROTER: ajuster avec un soin minutieux.

MIROTER (SE): se mirer long-temps et avec coquetterie.

MIROUX: merveilleux. De _mirus_. B. Voy. MIREUX.

MISÉRABLE (s. m.): le quart d'un petit-pot d'eau-de-vie, la
trente-deuxième partie d'un litre. L.

MISÉRER: macérer, rendre misérable; le devenir par excès de travail ou
de privations. _Misérer_ son corps.

MISERETTE: musaraigne. En patois Walon, _misuette_ signifie un
souriceau. B.

MISTANFLUTE. Terme d'amitié trivial et un peu dédaigneux.

MISTANFLUTE (A LA): de travers. Patois Troyen.

MISTAU: jeune garçon de belle venue. O.

MITAINES A QUATRE POUCES: objet qui sert à plusieurs emplois. L.

MITAN: milieu, moitié. De _medietanus_.

MITER (v. a.): user, gâter. O.

MITEUX: chassieux. Voyez BOGUÉYEUX.

MITON: chat; MITON: morceau de mie.

MITONNÉE (s. f.): panade.

MITOURIES (s. f. pl.): cérémonies, façons. Que de _mitouries_!
c'est-à-dire, que de cérémonies! que de façons! que d'embarras! Les
Dieppois appelaient _Mitouries_ (des mots _mi août_) une procession
solennelle fondée, en commémoration de la victoire signalée remportée
par eux, le 14 août 1443, sur les Anglais, après 23 ans passés sous leur
domination. Comme ce jour était la veille de la fête de l'Assomption,
quelques personnes ont cru que les _Mitouries_ étaient uniquement en
l'honneur de la Vierge. L.

MITOYEN: cidre pressuré avec de l'eau par moitié. L.

MITTON: petit morceau. De miette.

M'N: mon. _M'n_ ami: mon ami; _m'n éfant_: mon enfant. Devant les
voyelles, au lieu de _m'n_, on dit _man_. Voyez MAN. On dit aussi _m'n_
pour m'en. Je _m'n_ allais: je m'en allais.

MOCHE (s. f.): petit pain. On dit aussi une _moche_ de beurre. De
_motte_.

MOCHE: paquet de vers pour pêcher l'anguille; agglomération de.

MOCHI-MORA: pas trop, suffisamment.

MOCHON: grumeau, morceau de pain. Dans le département de la Mayenne, on
appelle _mottons_ les grumeaux qui se forment dans la pâte ou dans la
bouillie.

MODEUSE (s. f.): modiste, marchande de _modes_. A.

MOGNON: moignon.

MOIGNEAU: moineau.

MOINDREMENT (LE): le moins, très-peu, la _moindre_ quantité.

MOINE: poisson de mer. B.

MOI-S'EN: m'en. Donnez-_moi-s'en_; donnez-m'en. L.

MOISILLON: paysanne qui singe la demoiselle de ville pour sa toilette.

MOISON: maison. L.

MOISSE: ce qu'on trait d'une fois.

MOISSERON: pinçon. O.

MOISSON (s. m.): moineau. Voyez PASSE. L.

MOISSON D'ARBANIE: moineau friquet. B.

MOLLACHE: mollasse, mou. De _mollis_.

MOLLAIN (s. m.); MOLLIÈRE (s. f.): terrain marécageux et mou, où l'on
peut s'embourber. Voyez EMMOLER. L.

MOLLE: botte de cercles dont le nombre diminue en proportion que les
cercles sont plus grands. M. Decorde.

MOLLET. Voyez DIABLE. B.

MOLLETTE: couverture de molleton pour lit.

MOLLETTEMENT: très-mollement. L.

MOMON: farceur qu'on introduit le jour des noces dans l'assemblée pour
amuser la société. Voyez BIDOCHE. A Dijon, les _momons_ sont des
farceurs masqués durant le carnaval. A.

MONCHAIS; MONCHÉE; MOUCHÉE: monceau.

MON: moi. Donnez-_mon_; écoutez-_mon_: donnez-moi; écoutez-moi. Dans les
_Nouvelles_ de Des Périers XVII et XLVIII, on lit: «Regardez-_mon_»,
pour regardez-moi. A.

MONCORNE: mélange de pois, de vesce, d'orge et d'avoine qu'on sème au
printemps. H.-N.

MON DIEU (ÊTRE HORS DES): n'être ni beau ni laid.

MONÉE ou MONNÉE (s. f.): quantité de grain livrée au _monier_ (meunier)
pour être convertie en farine. M. Dureau de La Malle s'est trompé en
écrivant _monnaie_ et en partant de là pour expliquer savamment ce mot
qu'il n'a pas entendu.

MONER: hésiter, être irrésolu. Du grec μονος: seul.

MONGNAN: chaudronnier ambulant. Voyez MAGNAN.

MONGNE: soufflet, taloche, coup.

MONGNER: donner des _mongnes_.

MONIER: meunier;--cheverne, poisson de rivière qui se plaît dans le
voisinage du moulin.

MONT: tas, monceau.

MONTAIN: verdier, oiseau. B.

MONTARDE: moutarde.

MONTEUX (PIED): pied gauche du cheval, du côté qu'on _monte_.

MONTON: mouton.

MONTOUS: montez-vous? Contraction.

MONTOUX: escabot pour monter, chemin en pente.

MONSIEUR: cochon. Antiphrase qui se trouve dans le patois du Vendomois
et du Berry, où cet animal est appelé _un noble_. Dans l'arrondissement
de Cherbourg, on dit _un monsieur de Tréauville_, et dans presque toute
la province, _un vêtu de saie_. C'est sans doute une allusion satirique,
faite par la classe des travailleurs à la vie oisive des gentilshommes
et des habitants des villes. MM. Duméril.

MOQUE (s. f.): bol, vase de terre plus grand que la tasse.

MOQUE: mouche. _Mohc_, en patois Walon.

MOQUÉE; MOQUIE: le contenu d'une _moque_.

MOQUET: lumignon, petite lampe; partie calcinée de la mèche. M.

MOQUETONNER: donner un baiser à la manière des vieillards, en ayant
l'air de mâcher. Ce verbe a la même origine que le verbe _moquer_. A
proprement parler, _moquetonner_, c'est donner un baiser ridicule, qui
excite à la _moquerie_.

MOQUETTE: tromperie par plaisanterie. De _moquer_.

MOQUOUS: moquez-vous. Contraction.

MOQUOUX: moqueur.

MORCÉ: morceau.

MORCUI (mort-cuir): _peau_ calleuse et _morte_, soit aux mains, soit aux
pieds. L.

MORDIENNE (A LA GROSSE): _grossièrement_; à la hâte; sans soin; vaille
que vaille.

MORDURE: morsure.

MOREL: noir. Cheval _morel_: cheval dont la robe est noire.

MORELLE: le jeu de la _merelle_. A.

MORET; MOURET: airelle ou myrtille (_Vaccinium myrtillus_), ainsi que la
mûre de la ronce, qui en effet est noire ou moresque. On appelle aussi
_moret_ cette partie de la paille brûlée qui est noire et légère, et qui
est, en quelque sorte, le charbon de la paille.

MORFILER (v. n.): décliner, décheoir. Corruption de _mal filer_, ou,
comme on dit vulgairement, _filer_ un mauvais coton.

MORFLON (s. m.): la _Centaurea nigra_.

MORFONTURE (s. f.): maladie occasionnée par refroidissement, que les
paysans de l'Orne désignent aussi par le nom d'_enfontume_.

MORGUE; mine. Bonne _morgue_: bonne mine. S.-I.

MORHENNÉ: fort triste; fort abattu.

MORIAUCHEMIN: marrube blanc. B.

MORIGINER: morigéner.

MORINE (s. f.): ruche abandonnée de ses abeilles. B.

MORINE; MOUAURINE (s. f.): mouches à miel qui sont mortes dans les
ruches lorsqu'on en a extrait le miel.

MORMULER: _murmurer_, grommeler.

MORNIFLE; MORNINFLE: soufflet sur le _nez_. Dans le patois Troyen,
_morniau_ signifie museau.

MOROSIF: morose, sournois.

MORS DE PAIN: morceau de pain. Du verbe _mordre_. Patois Lorrain.

MORT (A): beaucoup, à l'excès. Charger _à mort_. Il y avait du monde _à
mort_.

MORTIR: se faner, en parlant d'une plante ou fleur.

MORVAILLON: petit morveux, enfant.

MORVELIÉ: petit morveux. S.-I.

MORVETTE: petite morveuse, enfant.

MORZIEU: mordieu! Juron.

MOTTIER: grossier, matériel comme une _motte_. (Vire.)

MOTTIN: pain.

MOU: poumons d'un animal.

MOUAURETER; MOUAUTRER: montrer.

MOUCEAU: monceau.

MOUCHE (s. f.): guimbarde; à cause du son de cet instrument, lequel
ressemble au bourdonnement des mouches. On l'appelle aussi _môque_, nom
patois de la mouche.

MOUCHE D'EAU (_Geris paludosa_). B.

MOUCHE DE MARS (_Crysops quadratus_). B.

MOUCHÉE (s. m.): monceau.

MOUCHET: monceau.

MOUCHE TANTALIQUE: Cantharide (_Cetonia aurata_, et non pas la
_Cantharis vesicatoria_). L.

MOUCHETÉE: plein un mouchoir.

MOUCHETTE (s. f.): petit mouchoir d'enfant, que l'on pend ordinairement
à son côté.

MOUCHEUX (s. m.): mouchoir, fichu.

MOUCHEUX DE CO: mouchoir de cou, cravate.

MOUCHIAU: monceau. S.-I.

MOUCHIER: moucher.

MOUÉRAUQUE: chrysanthème des champs.

MOUETTE (s. f.): échardonnoir. L.

MOUFINER: remuer les babines, en parlant des lapins.

MOUFFLE (s. m.) (arrondissement de Valognes): gros gant fourré sans
autre doigt que le pouce, dont on se sert pour couper les broussailles.
MM. Duméril.

MOUFLE: visage gros et rebondi.

MOUFLER: faire la moue. De mufle.

MOUFLU se dit d'un pain ou d'un gâteau bien levé. M. l'abbé Decorde.

MOUGEAILLE: mangeaille.

MOUGIER: manger. _Moujussez_ donc: mangez donc. En patois Walon,
_moudzi_.

MOUILLASSE: mouillure désagréable. C'est une augmentatif de mépris, de
même nature que ceux des Italiens: _casaccia_: mauvaise maison;
_salaccia_: vilaine salle, venant de _casa_ et de _sala_. A.

MOUILLASSER: mouiller mal à propos. A.

MOUILLE (s. f.): bouillon. N'avoir ni soupe ni _mouille_.

MOUILLES: moules.

MOUISSON; MOISSON: moineau.

MOUJUER: manger. Voyez MANJUSCER.

MOULANT: garçon meunier.

MOULÉ: imprimé en lettres moulées, en caractères d'imprimerie.

MOULÉE: sciure de bois.

MOULÉE (s. f.): quantité de grain, ordinairement la charge d'un cheval,
ou deux hectolitres, livrée au _moulin_ pour être convertie en farine.
C'est aussi la quantité de farine et de son qu'on en rapporte.

MOULÉE (s. f.): excréments de petit enfant qui ont pris de la
consistance.

MOULETIER: marchand de _moules_.

MOULETTE: moule, coquillage. Porter à _moulette_: porter sur le dos un
enfant (qui s'y tient à califourchon) comme on porterait une hotte de
moules.

MOULINAIRE: fabricant de moulins.

MOULINER: être toujours en mouvement, comme les ailes d'un _moulin_.

MOULT: beaucoup.

MOUNIER: meunier.

MOUQUE ou MOQUE: mouche, guimbarde.

MOUQUE ou MOQUE A MIÉ: abeille.

MOUQUER: moucher. S.-I.

MOUQUERON: moucheron.

MOUQUET: petit bout de chandelle ou de bougie, qui ne vaut pas la peine
d'être _mouché_. Peut-être de l'italien _moccolo_, bougie.

MOURBÊCHE (s. f.): ronce (_Rubus fruticosus_). A.

MOURE (s. f.): mûre de la ronce.

MOURET: fruit de l'airelle myrtille, petit arbuste qui croît dans les
bois. On donne aussi ce nom au fruit de la ronce. Vient peut-être du
latin barbare _mourellus_, noirâtre. En effet, ces deux espèces de
fruits sont noirs, et noircissent les lèvres et les dents quand on les
mange. Feu Ragonde.

MOURILLE: morille.

MOURINER: brûler si lentement que le feu semble toujours près de
s'éteindre.

MOURMAUD: morose, sournois.

MOURME: morose, indolent, insensible.

MOURON (s. m.): salamandre dont le ventre est tacheté de jaune et de
noir.

MOURONNÉ: tacheté de diverses couleurs, comme l'est le ventre du mouron
ou sourd. L.

MOURONNET (s. m.): mouron (_Anagallis_).

MOURUE: morue.

MOUSE: gueule, langue. S.-I.

MOUSETTE: petite fille mal élevée, impertinente.

MOUSSIEU: monsieur.

MOUSSINER: s'agiter de désir ou de convoitise.

MOUSTILLE (s. f.): excréments. De l'ancien Argot _mousse_.

MOUTE (CHASSE-): garçon de moulin, qui va chez les pratiques chercher le
grain à _moudre_.

MOUTE. Voyez MOULÉE.

MOUTE; MOUTE-MOUTE: chatte douce comme un _mouton_. Au figuré, _petite
moute_: jolie petite fille bien douce.

MOUTON: grosse pièce de bois mobile d'un pressoir. La poutre
correspondante, qui est immobile sur le sol et sur laquelle on élève ou
l'on abaisse le _mouton_, s'appelle _brebis_.

MOUTURE: orge ou avoine, moulus grossièrement pour les animaux à
l'étable.

MOUVER (actif et neutre): mouvoir, agiter, remuer. _Mouvous_ de là:
ôtez-vous de cet endroit. De _movere_.

MOUVETTE (ŒUFS A LA): œufs brouillés. Voyez GRIMELOTTÉE. L.

MOUVETTE: petite fille qui est toujours en mouvement.

MOUVETTE: cuiller de bois pour la cuisine.

MOYENNER: faire en sorte. Employé en ce sens dans la _Danse aux
aveugles_.--Être en mesure de procurer un résultat.

MOYEU: noyau de noix, de cerises, etc. S.-I.

M'S: mes. _M's éfants_: mes enfants.

MUCER: murmurer.

MUCHE (s. f.): cachette. L.

MUCHE-POT (A): en cachette, en parlant du cidre et des autres liqueurs
que l'on débite en fraude. L.

MUCHER; MUCHIER: cacher. Du vieux verbe _mucer_ ou _musser_. Joinville
dit que «Louis IX se _mussait_ de sa mère.»

MUCHETTE: cachette. Voyez GUILLEMUCHE.

MUCRE: moite; un peu humide; exposé à _moisir_; moisi. _Muck_, en
anglais. L.

MUCREUR (s. f.): légère humidité. L.

MUCRIER: avare qui laisse tout _mucrir_, moisir, plutôt que d'y toucher.

MUCRIR: devenir _mucre_; prendre odeur ou goût de mucre.

MUE: cage où l'on engraisse la volaille.

MUE: mieux.

MUGAS: vaurien, _mauvais gas_. B.

MULARD: boudeur, entêté, qui _mule_.

MULER: bouder; garder rancune.

MULETTE: estomac des oiseaux; gésier. Estomac du veau, dans lequel on
prépare la présure pour faire le fromage. Voyez MAGUE.

MULON (s. m.): meule de foin qui vient d'être fané.

MURAS (s. m.): fruiterie; fruits conservés pour l'hiver; fruits placés
pour qu'ils _mûrissent_. Peut-être du vieux mot _mure_: fourrure; parce
que souvent ils sont placés dans un lieu fourré de paille, qui les
préserve de la gelée. Voyez MIGEOT.

MUREUR: maturité. Ce fruit est passé de _mureur_: ce fruit est trop mûr.
L.

MURISON: maturité. S.-I.

MUSE (s. f.): prison. De _musser_. S.-I.

MUSEL; MUSET: museau, figure. S.-I.

MUSEMAN: retard, délai. S.-I.

MUSIQUER: faire de la musique, jouer d'un instrument.

MUSIQUOUX: musicien.

MUSOTER: muser; perdre son temps à des riens.

MUSSE: argent; loge pour les oies; chenil. Malgré ces significations
différentes, c'est probablement un seul mot qui vient de _mucher_, et
signifie ce que l'on cache et l'endroit où l'on cache. MM. Duméril.

MUSSOTIER; MUCHOTIER: qui aime excessivement à _musser_, à cacher. Voyez
CACHOTTIER.

MUYEU: meilleur.

MYRTRE: myrthe (_Myrthus communis_).


N.


NA: à. On lit, dans le _Coup-d'œil purin_:

       J'avonn d'qué sifler deux pots d'cidre
       Nà la santé d'not parlemann.

       S.-I.

NA (particule comme _da_). Je n'en veux pas, _na_! C'est moi, na! L.

NAFLARD: nasillard.

NAFRE; NAFREURE: blessure considérable. Du verbe roman _navrer_:
blesser. Wace se sert du mot _nafre_ dans le _Roman de Rou_ (t. II, p.
257). _Nafra_, dans le patois de Grenoble. B.

NAGRE: traître.

NAH! juron affirmatif, susceptible de bien des nuances par le ton et par
l'accent.

NAITÉ: nativité, naissance, origine.

NAIER (un lit, quand on le dresse): le border par le repli de la
couverture pour le contenir avec les draps.

NAIN. Voyez HAIM. L.

NAMPS (m. pl.): gage, nantissement.

NAN PUS: non plus; pas plus. S.-I.

NANAN (s. m.): bonbon, friandise, etc.

NANETTE; NANNON (s. f.): Anne. L.

NAPERON: essuie-main. De nappe. L.

NAPIN: petit garçon.

NAQUETER (v. n.): grelotter; claqueter des dents; frissonner de froid.
Onomatopée. _Naques_, en patois Remois, signifie les dents.

NAQUETS: yeux.

NAR (A): à cru. Monter un cheval _à nar_.

NARÉ: rusé. Voyez FINARÉ. L.

NARER (v. n.): se morfondre dans l'attente.

NARIAU: mouchoir. De _nares_, les narines.

NARREUR, SE: parleur prolixe.

NAS (s. f.): fourgon; torchon attaché au bout d'un long bâton pour
nettoyer le four. Au figuré, fille de mauvaise vie. En patois Walon,
_nahi_ signifie fouiller, et fourgon.

NASIAUX: naseaux; narines des chevaux, des bœufs, etc.

NATER: nettoyer.

NATRE: avare. Voyez NAGRE.

NAU: feuille de plomb ou de zinc, qui se place à l'angle rentrant d'une
couverture en ardoises, pour servir de gouttière. M. l'abbé Decorde.

NAU: partie centrale de la portion du pressoir qu'enceint l'auge
circulaire dans laquelle sont écrasés les fruits, sous les meules que
soutient un rayon, partant d'un pilier dressé au milieu du _nau_. C'est
dans le _nau_ que l'on dépose les fruits pour les verser dans l'auge, au
fur et à mesure du pilage. M. Lepingard.

NAUNON: Nanette, Anne.

NAVÉE: charge d'un navire, d'un bateau. Ce mot est fort employé, sur les
bords de la Vire, pour la charge de tangue que porte une _gabare_.

NAVIAU: navet. S.-I.

NAVIÈRE: champ de navets.

NAYER: noyer.

NE TOUT: non plus. De _non_ et d'_itout_.

NÉ; NÈCHE; NER: noir. De _niger_, ou de l'italien _nero_.

NÉFILE; NEUFILE (s. f.): ruban de fil.

NELLER (v. a.): calfeutrer.

NENNIN: _nenni_, non.

NENTILLE (s. f.): lentille (_Ervum lens_). Patois Lorrain.

NÉQUIER; NÉTIER; NÉTIR: nettoyer.

NERCHIBOT: moricaud.

NÉRET (s. m.): ordure noire.

NÉRET: légèrement noir; noirâtre.

NERFIL: cordonnet. Dans les chansons anciennes que j'ai recueillies à la
fin de mon édition de Basselin, p. 233, on trouve ce couplet:

       J'avais une belle gargache (culotte)
               D'un fin coutil,
       Passementée avaud les gambes
               D'un biau nerfil.

NERPIN, E: désagréablement noir, moricaud. L.

NERVENT: vent froid par un temps couvert. De _noir_ et de _vent_.

NET: et.

NÉTIER; NÉTIR: nettoyer. _Nêttie_, en patois Walon. L.

NEU: neuf.

NEUCHE; NEUCHER; NEUCHIER: noce, nocer. S.-I.

NEUCHERON: le personnage principal de la _neuche_; le nouveau-marié.

NEUCHOUX: noceur, dissipateur.

NIACOTER: mâchonner; presser avec les dents sans broyer.

NIAFFE: savetier.

NIAN: rien. De _néant_.

NIANMOINS; NIANMAINS: néanmoins.

NIAU. Voyez NICHET.

NIC: nid. _Nic-à-rats_: mauvaise habitation. L.

NICHET; NICHEUX; NICHOT: mauvais œuf, ou pain de craie en forme d'œuf,
ou même un bout d'os arrondi, que l'on place dans le _nid_ de la poule
ou des autres oiseaux de basse-cour, pour les engager à venir pondre
dans le même endroit. En patois Walon, _niau_.

NICHOT: nigaud.

NIÉMAINS: néanmoins.

NIER (v. a.): noyer.

NIET; NIEU. Voyez NICHET.

NIEUCHE: nièce. S.-I.

NIEULE (s. f.): nielle. B.

NIEUT: nuit L.

NIFE: clair. Cidre _nife_; vin _nife_.

NIGAISE: Nicaise. S.-I.

NIGE (s. f.): neige. De _nix_.

NIGEOTTER: s'occuper de bagatelles. De _nugari_.

NIGER: nicher, cacher comme dans une _niche_.

NIGON, NE: qui s'amuse à des niaiseries; lambin, tâtillon. Dans l'Orne
et en Bretagne, on dit _nigeon_. Du latin _nuga_. Autrefois, _niger_:
badiner. _Nige_, _nigeon_, _niger_, dans la Mayenne. L.

NIGONNAGE: travail minutieux. L.

NIGONNER: s'amuser à des riens; niaiser.

NIGUE A NIGUE: but à but A.

NIGUEDOUILLE: niais, _nigaud_. _Nicdouille_, en patois Troyen;
_niquedouille_, dans le patois des Vosges.

NIJOTER: vétiller, _nigonner_. Voir ce mot.

NIO; NIOLE: niais, timide, nonchalant.

NIOLLE ou GNIOLLE: niaiserie. Au figuré, taloche, tape. Aphérèse de
_tourniolle_. Voyez ce mot.

NIOT: nigaud.

NIQUET: délicat.

NITOUT: non plus.

NIVELER: niaiser; faire des nivelleries.

NIVELLERIE: travail minutieux, consacré à des bagatelles.

NIVELOTER: s'amuser à des riens.

NIXE: non pas!

NO: nous; nos; notre. Les paysans disaient autrefois: «Noblesse _no_
blesse». _Nos_, en patois Walon.

NO: on. _No dit_: on dit; _no-s a_: on a.

NOBLE (s. m.): porc. Ancienne expression moqueuse des paysans, parce que
le porc n'est bon qu'après sa mort. On disait aussi: Notre gentilhomme;
notre vêtu de saies.

NOBLIAU: pauvre _noble_; gentillâtre.

NOC (s. m.): conduit pour l'écoulement de l'eau. Suivant Pluquet, le
_noc_, dans le Bessin, est «un espace formé par l'auge circulaire des
pressoirs à cidre». _Noc_ signifie encore pale d'un moulin.

NOCE: morceau. Couper son pain par petites _noces_.

NOCER: faire des bombances.

NOCEUR: qui fait des bombances.

NOE; NOUE: sorte de gouttière, formée par la rencontre de deux pans de
couverture, et par laquelle s'écoulent les eaux des toits de bâtiments
situés dans des directions différentes. M. Lepingard.

NŒUD GABRIET: le cartilage tyroïde, que quelques personnes appellent la
pomme d'Adam, avec autant de fondement qu'elles prétendent que l'homme a
une côte de moins que la femme.

NOIRCHIBOT: petit homme moricaud. _Chibot_: ciboule. Voyez NERCHIBOT. B.

NOIRET; NOIROT: tirant sur le noir.

NOIRQUIN: celui dont le teint est un peu noir.

NOLÉE (_Avena precatoria_). B.

NOMBLE (s. f.): ventre des bêtes à cornes. Du latin _ombilicus_,
nombril. Par épenthèse. L'Académie entend par _nomble_ la proéminence
qui se trouve entre les cuisses du cerf. A.

NOMBLET: filet de porc. A.

NOM-DES-OS! Juron. M. l'abbé Decorde.

NOMMANCE: baptême d'un enfant. De _nom_.

NON FAIT; NON FERA: non pas. Locutions elliptiques.

NOQUE (s. f.): flèche du timon d'une charrette; entaille à un bâton;
coche.

NOROLE; NUROLE (s. f.): sorte de petite brioche. L.

NORRETURE: nourriture. De _nutritio_. A.

NORRETURIAU: jeune porc sevré et qu'on nourrit avec soin. Dans le Berry,
_nourrin_. V. GOURIN, au _Supplément_.

NOSTRUM (PERDRE LE): ne plus savoir où l'on en est de ce qu'on fait. M.
Decorde.

NOT'E: notre.--NOT'E: ma. _Not'e_ mari; _not'e_ femme.

NOU: on. _Nou_ fera: on fera.

NOU; NOUC; NOUD: nœud. _Nouk_, en patois Walon.

NOUE; NOE: rigole, vallon étroit. Du Celtique-Breton _naoz_: canal. Du
latin _navis_.

NOUETTE (DRAPS A LA): draps d'un lé et demi.

NOUIS: noix.

NOULER. Voyez ANNELER.

NOUQUE; NONQUE: impair. _Pair_ ou _nouque_: pair ou non.

NOURRITURE: bétail que l'on élève.

NOURTIER: veau qu'on achète pour l'engraisser.

NOURTURE: nourriture.

NOUSILLARD: espèce excellente de châtaigne, qui n'est guère plus grosse
qu'une noisette (_nousille_). A.

NOUSILLE (s. f.): noisette. En patois Walon, _nésille_.

NOUTE: notre. A.

NOUVELLIÈRE: femme qui fait et répand des nouvelles.

NOUVIAU: nouveau.

NU (FIN FRAIS): complètement nu. Il est tout _fin frais nu_.

NU: nul. L.

NUEURE: nuire; NUEUSIBLE: nuisible.

NUILE; NEUEULE; NIEULE: charbon du blé; _nielle_.

NUILÉ; BLÉ NUILÉ: blé _niellé_.

NUISANCE: ce qui peut nuire.

NUIT (SE METTRE A LA): s'anuiter. L.

NUNNE PART: nulle part.

NU-NU (s. m.): niaiserie; bagatelle insignifiante. Il ne s'emploie guère
qu'au pluriel. De _nuga_.

NUNUE: chose nulle; riens dont on s'occupe par absence ou bizarrerie
d'esprit.

NYANT: néant, rien.


O.


O; OL: elle. O devant une consonne, _ol_ devant une voyelle.

O: avec. On lit dans plusieurs vieux auteurs _o_ pour avec; les deux
vers qui suivent sont tirés d'une romance du XIIIe siècle:

       Dont moult me tarde
       Qu'il m'ait _o_ soi.

O: où. _O_ allez-vous?

OBICHE: habileté, intelligence.

OBLIER: oublier.

OCCIS: gauchi, en parlant d'un vase de terre cuite. Dans l'ancien
français, _occire_, _occis_ signifiaient tuer, et tué. L.

OCHE (s. f.): coche, entaille, brèche faite à un outil. Du Roman
_ouche_, pris du Celtique _ask_. L.

OCHER: ébrécher, en parlant d'un outil. L.

OCHETTE: bossette de fil sur le fuseau. Voyez BOCHET.

OCORE: encore.

OCQUER; OQUER: tuer. Du vieux verbe _occire_, tiré du latin _occidere_.

ŒCONOMIQUE (s. f.): quart de tasse de café. L.

ŒILLÉE; ŒILLIE: coup-d'œil à la dérobée.

ŒU: œuf.

ŒUVRE: tissu en lin, chanvre ou coton; habillement travaillé; pièce de
table fabriquée en haute ou basse-lice.

OHI: défaut. B.--OHIN. L.

OHIER: souffrir de; être contraint à; supporter. La femme est obligée
d'_ohier_ des défauts de son mari, et le mari de ceux de sa femme.

OIE BUNETTE: espèce d'oie sauvage. B.

OIGNE. Voyez HOIGNE.

OIN: oui.

OINSIGNOLEMENT: bruit que produit l'agitation de pièces mal assemblées,
mal jointes ensemble.

OINSIGNOLER: produire l'_oinsignolement_.

OIR: oie mâle;--OIRESSE: oie femelle.

OISEAU DE SAINT-MARTIN: martin-pêcheur.

OISET: oiseau. C'est aussi le nom d'une planche sur laquelle les maçons
mettent leur mortier.

OISIAS; OISIAX: oiseaux.

OLIBRIUS: bavard, vantard, orateur fanfaron. Du nom d'un personnage de
_Mystère_, ou souvenir de l'empereur Olybrius.

OLUE; OLUS: subterfuge, délai. Il me mène d'_olus_ en _olus_. De
_dolus_.

OMBRETTE: ombrelle. De l'italien _ombrella_.

OMES pour ONS, à la première personne du pluriel de quelques verbes,
comme _j'aviomes_: nous avions. A.

OMOBILE: immobile.

ONBLIER: oublier.

ONCHE: once.

ONCHET: bout de paille qui sert à jouer au jeu des onchets ou jonchets.

ONCORE: encore. S.-I.

ONDIN: andain; rangée d'herbe, de froment, de trèfle, etc., coupée avec
la faux. Du latin _unda_, onde. Voyez ANDAIN. L.

ONGLET: onglée; grand froid aux mains ou aux pieds.

ONGUES: ongles.

ONIÈRE; OSNIÈRE: ornière. L.

ONNI: uni.

ONS: nous. _Ons allîmes_: nous aliâmes. Voyez JE.

ONZIN: réunion de onze gerbes.

O Q'C'ET: quelque part; _où que c'est_. Je l'ai mis _o q'c'et_, mais je
ne le trouve pas. M. Decorde.

ORBIAU (s. m.): planchette attachée devant les yeux d'un animal pour
l'empêcher de voir devant lui, et de faire du mal. Du latin _orbus_.

ORBILLON (s. m.): bouton sur la peau. Du latin _orbis_, à cause de sa
forme arrondie.

ORD, E: sale. Les reptiles surtout sont appelés _ordes_ bêtes. De
_sordes_, par aphérèse.

ORDEMENT: salement.

ORDIR: salir. Le substantif _ordure_ est resté.

ORÉE: crête de sillon; entrée. De _ora_. Voyez ARRIE.

ORFANTÉ: moulu de fatigue.

ORGAGNE: récalcitrant, difficile. L.

ORGERI: champ où l'on récolte de l'orge.

ORGUEIL (TENIR EN): tenir à distance; interdire. Appliqué aux objets
matériels, le mot _orgueil_ signifie arc-boutant.

ORGUYEUX: orgueilleux.

ORIBUS (s. m.): chandelle de résine de mélèze. Ménage dit que poudre
d'_oribus_ se dit, par raillerie, au lieu de poudre d'or. Chandelle
d'_oribus_ pourrait bien avoir la même signification railleuse, à cause
de sa couleur d'or terne et de son peu de valeur. Voyez PÉTOCHE. A.

ORIÈRE: bord; lisière d'un champ, d'un bois.

ORIGNE: sorte, espèce. Crâse d'_origine_.

ORILLER: oreiller.

ORINER: prêter l'_oreille_; écouter.

ORIPEAUX; ORIPIAS; OUÊPIAUX: maladie des _oreilles_; oreillons. Voyez
LOUÊPIAUX.

ORMOIRE: armoire. Patois Rouchi.

ORO (N'AVOIR NI REPOS NI): n'avoir ni repos ni trève. _Oro_, de _hora_:
heure de relâche.

ORTHOGRAPHER: orthographier.

ORTILLER: frotter avec des orties.

ORTILLONS: doigts des pieds. Diminutif d'_orteil_.

ORVÈRE: orvet (ophidien homoderme).

OS: vous. _Os_ êtes bien curieux. M. Decorde.

OSCUR; OSCURITÉ: obscur; obscurité.

OSQUIN (s. m.): argent, monnaie. A.

OSSAILLES: os de rebut. L.

OSSET: osselet.

OSTELLER; HOSTELLER: loger; héberger.

OSTINATION; OSTINÉ: obstination; obstiné.

OSTOGRAPHE: orthographe.

OT: eut--OT; OIE: écoute.

OTOUT: avec. Il est parti _otout_ ou _dotou_ un tel.

OTURE (s. f.): espèce, acabit, nature.

OU: elle.

OUAICHE: aille. Il faut que j'_ouaiche_: il faut que j'aille.

OUBLIANCE: oubli.

OUÉLET: ourlet.

OUÊTCHE: où est-ce?

OU QUE C'EST: où c'est; où est-ce?

OU QUE C'EST QUE: où est-ce que? L.

OU SINON: sinon. L.

OUICHE: oui, par dérision; par étonnement, etc.

OUIN: non; oui ironique et négatif.

OUINCHER: grommeler.

OUINER: crier, en parlant d'un chien. Au figuré, se plaindre; gémir.

OUIVETTE; OUYVETTE: jeune fille étourdie. De _huvet_, sorte de coiffure
recherchée.

OUL: elle, devant les voyelles, comme _ou_ devant les consonnes. _Ou_
mange; _oul_ arrive: elle mange; elle arrive.

OUS: vous. _Vl'ous_: voulez-vous? _parl'ous_: parlez-vous? _part'ous_:
partez-vous? L.

OUSQUE: où. _Ousque v's allez_: où allez-vous? L.

OZ ou OS: eus. _Oz-je grand poux_: j'eus grand peur.


P.


PACADET (s. f.): sorte de pigeon dont les yeux sont bordés de rouge. De
_bagdadala_.

PACAMMENT: en pacant, lourdement.

PACAN: paysan grossier. De _paganus_. Patois Walon. L.

PACHOT: pas des gros bestiaux empreint profondément dans le gazon L.

PAER: balayer (Cherbourg). C'est le _p_ pour le _b_.

PAGÉE; PAGIE: espace entre deux colombes, que l'on remplit d'argile,
dans les constructions en bois.

PAGNE (adj.): bête à cornes, à poil blanc et fauve.

PAGNIANT: lourdaud. Voyez PACAN.

PAGNOLÉE: luzerne (_Medicago sativa_). B.

PAHOUR: lourdaud.

PAICRE: aigre.

PAIE (s. f.): débiteur. D'une mauvaise _paie_ on tire ce qu'on peut.

PAILLE: balle des céréales. Balle d'avoine.

PAILLETOT; PAILLOT: petite paillasse remplie de balle d'avoine, à
l'usage des petits enfants. En patois de Grenoble, suivant
Champollion-Figeac, la paillassière est un «lange dont on enveloppe un
enfant nouveau-né».

PAIMPALETTE (EN) (locution adverbiale). Lorsqu'un enfant est placé sur
le dos d'une personne, de manière que ses mains entourent le cou de
cette personne, et que les mains de celle-ci, tournées en arrière,
retiennent, en se croisant, les jambes de l'enfant, l'enfant est porté
_en pimpalette_. Feu Lamarche.

PAIN DE COUCOU: Alléluia (_Oxalis acetosella_). Patois Walon.

PAIN DE CRAPAUD: sorte de champignon. B.

PAIN-M'NIT: pain bénit. M. l'abbé Decorde.

PAINE (s. m.): quartier de lard qu'assez généralement on suspend au
plancher, et dont on coupe des morceaux au fur et à mesure du besoin.

PAIR (s. m.): pis de la mamelle. _Pé_, en patois Walon.

PAIRE: poire. L.

PAIRER: égaliser. L. De pair, qui vient de _par_.

PAIRIER; PÉRIER: poirier. _Perî_, en patois Walon. L.

PAIROTTER (v. a.): pairer minutieusement; arranger avec une symétrie
recherchée.

PAIS: pays. Le bas-_pais_: le bas-pays.

PAISSER: poisser; enduire de poix, de résine, etc.

PAISSON: poisson.

PAISSU: pu. Du verbe paître.

PAITER: bouger. O.

PAITIS: pâtis. Du latin _pascere_.

PALEDI (interj.): parle, dis! pardieu!

PALÉE: plein une _palle_; pelletée.

PALER: parler. En Roman, _ampallerie_ signifiait fonction d'avocat;
action de parler. S.-I.

PALET (s. m.): petite pièce de bois d'environ 30 centimètres de longueur
sur 3 centimètres de diamètre, qu'on place sur les rouis pour supporter
le _massais_ ou la _massée_ dont on garnit les planchers. M. Lepingard.

PALETTE: petite pelle; pelle à feu.

PALLE (s. f.); PALIS (s. m.): pelle.

PALEUX: parleur. _Biau paleux_: orateur. S.-I.

PALMAN: empan (Cherbourg). De _palma_, paume.

PALME; LAURIER-PALME (s. m.): laurier-cerise (_Cerasus_,
_Lauro-Cerasus_). A.

PALOT: ami, camarade. S.-I.

PAMI: flétri par défaut d'eau, en parlant des fleurs et des plantes.
Dans le patois de Grenoble, _paimo_ signifie accablé de fatigue. A.

PAN! (interj.). Onomatopée. Se dit à propos d'une explosion bruyante, ou
d'un coup appliqué.

PANAGER: négliger; soigner mal. C'est le contraire d'_apanager_.

PANCHE: panse.

PANCHÉE (S'en donner une): manger avec excès.

PANCHU: qui a une grosse _panche_.

PANÉE: pan d'un habit. H.-N.

PANÉE (s. f.): foie de porc. Peut-être parce que ce foie, étant cuit,
s'émie comme le _pain_; peut-être parce qu'il offre la forme d'un petit
pain; peut-être aussi cette expression vient-elle d'_offa penita_, qui
était un ragoût de porc, mentionné dans Festus. A.

PANETTE: tache de rousseur.

PANI. Le bois _pâni_ est le bois mort, arrivé à une sorte de pourriture
sèche. En cet état, il projette dans l'obscurité une lueur
phosphorescente.

PANLAIRE; PANLÈRE: fainéant, lâche. M. Duméril définit ainsi ce
qualificatif: «double voleur; du vieux français _pan_: vol, et _lère_
(latro): voleur». Ajoutons qu'en Celtique-Breton _laër_ signifie larron.

PANNAS; PENNAS: plumeau, _penne_ de volaille. Ce mot se retrouve dans
les divers patois de la France.

PANNÉ: ruiné.

PANNET; PANNEAU: sorte de bât ou de selle. Du vieux français _pennel_;
du latin _panellus_.

PANNETÉE: plein un panier.

PANTOISE (s. f.): terrain marécageux dont la surface paraît solide. A.

PAPER: ouvrir la bouche pour respirer, en parlant des poissons.
Onomatopée.

PAPI: coquelicot (_Papaver rhæas_). B.

PAPIN: bouillie pour les enfants.

PAPOT: groin de cochon. De l'onomatopée _pap pap_, bruit que fait cet
animal quand il prend quelque liquide.

PAPOTER: donner un baiser bruyant, d'une manière désagréable.
Mimologisme qui exprime bien cette action. Le simple mouvement des
lèvres rend le son: _pap pap_. C'est pour cela que le premier mot
qu'articulent les enfants est papa; cette expression purement labiale
n'exige l'emploi que du plus agile des instruments vocaux. A.

PAPOUTE (s. f.): soupe bouillie que l'enfant reçoit en faisant _pap
pap_. La _pâpoute_ se nomme _pana_, en patois Bourguignon. Nonnius,
citant Varron, se sert du mot _papa_.

PARTIR: expédier; envoyer. L.

PARTIR (EN): venir de faire. J'en pars: j'en viens.

PAS: marche d'escalier. A Valognes, on dit: _pâret_ ou _pasret_.

PASCARADE: carotte, panais. De _pastinago_. Du Celtique-Breton
_pastounadez_.

PASCRIRE: prescrire; frapper de prescription. Au figuré, _pascrit_:
perdu, anéanti, mort. L.

PAS-DE-CAT: lierre terrestre;--gaffe à trois dents.

PAS-DE-LION (_Ranunculus repens_). R.

PAS-FILS: fils d'un premier lit. Expression dont se servent le beau-père
et la belle-mère. Jacques est le pas-fils de Louis: Jacques est sorti
d'un premier lit de la veuve que Louis a épousée. Ailleurs on dit
_fillâtre_. A.

PAS GUÈRE: fort peu.

PAS MOINS: cependant. L.

PAS PLUTOT: au contraire.

PASQUENADES: carottes. L'expression: _tirer des carottes_ mène de
_pasquenades_ à _pasquinades_.

PASSAGER, ÈRE: où l'on passe fréquemment. Rue _passagère_.

PASSE (s. f.): moineau. Du latin _passer_. Apocope de passereau.

PASSE-DIABLE: espiègle; malin; qui surpasse le Diable en malice. L.

PASSÉE (s. f.): passage.

PASSÉE (s. f.): cellier près de la cuisine.

PASSER (v. n.), en parlant du fromage: se parfaire. En patois Lorrain,
on dit, dans le même sens, que des fruits sont _passés_, pour signifier
qu'ils sont mûrs et bons à manger.

PASSIER (s. m.): _passage_ devant la maison.

PASSIER: paille pourrie et devenue fumier devant la maison et les
bâtiments d'exploitation.

PASTOU; PATOUR: pâtre, berger.

PATAFIOLER. On dit proverbialement: Que le bon Dieu vous _patafiole_!
C'est à peu près, mais ironiquement: Que le bon Dieu vous bénisse!

PATARAPHE (s. f.): paraphe.

PATARAUD: vaurien, coureur.

PATARD: sou. _Grospatard_: deux sous. Ancienne monnaie.

PATARER: marcher; courir dans l'eau, dans la boue.

PATARET (s. m.): espèce de soupe faite avec des pommes. Dans la Manche,
c'est une soupe de pain et de lait caillé, bouillis ensemble.

PATAST: pataud, lourdaud.

PATATRAS! PATACLAN! Cette interjection est une onomatopée pour exprimer
le bruit d'une chute avec fracas. On dit, dans le Midi, _pataflasc!_ et,
dans le patois des Vosges, _patafrô_ et _patatra!_ Regnard, dans ses
_Folies amoureuses_, fait dire par Lisette à Albert:

       Je n'y fus pas longtems qu'aussitôt, patatras!
       Avec un fort grand bruit voilà l'esprit à bas.

PATAUDÉE: mélange d'aliments réunis sans plus de façon que pour un
chien.

PATAUDER (SE): s'enivrer ignoblement, comme un _pataud_.

PATAUT ou PATAUD: pied. De patte. Au figuré, _lourdaud_. Les Chouans
donnaient aux patriotes le sobriquet de _patauds_ par une sorte de
calembourg. Au surplus, pris dans son acception usitée, ce sobriquet
appartenait plus exactement aux Chouans, généralement _lourdauds_,
grossiers et brutaux. A.

PATEGAUD; PATIGAUD: secret. VENDRE LE PATIGAUD. On dit ailleurs: vendre
la calebasse. C'est à peu près la même chose que: découvrir le pot aux
roses. A.

PATENOTES: patenôtres. De _Pater noster_.

PATENOTRICE: amas d'objets sans valeur.

PATERONNER: manier malproprement. De _patte_.

PATICHON: qui aime à _patichonner_.

PATICHONNER: porter sans cesse la main à; caresser incessamment.

PATIGOUSSER: patauger. Voyez PATOUILLER. O.

PATIRAS (s. m.): souffre-douleur. Du latin _pati_. A.

PATOCHER. Voyez PATERONNER.

PATOIRE (s. f.): pâtis. Du latin _pascere_, paître.

PATOUF: _pataud_, lourdaud.

PATOUILLAGE (s. m.): action de _patouiller_.

PATOUILLE; PATROUILLE: torchon mouillé, fixé au bout d'un long manche,
et qui sert à nettoyer le four.

PATOUILLER: patauger; marcher dans la boue liquide. _Pag'dié_, en patois
Walon. Voyez CLAPOTTER. L.

PATOUILLIS (s. m.): boue liquide.

PATRAFIAS: bruit d'une chute. Voyez PATATRAS.

PATRAILLÉE: quantité surabondante.

PATRAILLER (v. n.): travailler péniblement; se donner beaucoup de peine.
C'est peut-être une altération de _batailler_, dans les luttes de la
vie.

PATRAQUES: paperasses.

PATRASSER: tomber bruyamment. De _patatras_.

PATRÉE: farine délayée dans de l'eau pour garnir le _viquet_ d'un
tonneau, et empêcher le liquide de fuir.

PATTE-D'OIE (_Heracleum Spondilium_). B.

PATTE DE RAINE (_Ranunculus repens_). On l'appelle aussi pied-de-chat.
L.

PATTÉ: pattu, dont les pattes sont garnies de plumes.

PATURE: entrave qu'on met au pâturon des animaux, pour les retenir.

PAUCHE: chaussée.

PAULE (s. f.): longe de cuir, forte courroie pour contenir une charge.

PAUPER (v. n.): perdre son temps à attendre; tomber de fatigue.

PAUPILLES: cils, paupières.

PAUPILLER: agiter les _paupilles_.

PAURE: pauvre.

PAUT ou POT: pôteau. Id., en patois Walon.

PAUTONNER: manger avec gloutonnerie, en réservant toutefois des aliments
pour le lendemain; en emporter même chez soi. M. Lepingard.

PAUVERTÉ: pauvreté.

PAVAT: collier de harnais fait de glaïeul, ou iris des marais.

PAVE (_Iris pseudo-acarus_).

PAVOT: nénuphar (_Nymphæa alba_). A.

PAYS D'AMONT: la plaine de Caen et la Haute-Normandie. B.

PAYS DE BAS: le Bocage et le Cotentin. Voyez BAISSIN. L.

PEC: but; point de départ. B.

PEC; PECQUE: acariâtre, qui a _bec_ et _ongles_.

PÊCAILLE (s. f.): mauvais petit poisson. Du Celtique _pesk_: poisson. Du
latin _piscis_. L.

PÉCANCIÈRE. Voyez BÉCANCIÈRE. L.

PÉCAUDER, ou plutôt PATAUDER: mettre les mains (les _pattes_) dans le
plat.

PÊCHARD: gris tirant sur la couleur de la fleur du _pêcher_.

PECQUE: cheval de rebut.--Vieille brebis;--vieille femme de mauvaises
mœurs.

PECQUIER: mesurer; se mettre au point, à la distance déterminée. As-tu
_pecquié_: as-tu mesuré? _Pecque-toi_: mets-toi à la distance voulue.

PÉCUN (s. m.); PÉCUNE (s. f.): argent, monnaie. Du latin _pecunia_. On
lit, dans une ballade du XVe siècle:

       Or est ainsy que, durant ma pécune,
       Je fus traité comme amy précieux. A.

PÉELE: poêle de cuisine.

PÉELIER: fabricant de _péeles_.

PÉELON: petite _péele_; poêlon.

PEIGNE (s. m.): cardiaire des prés (_Dipsacus pratensis_).

PEIGNÉE (s. f.): coups donnés à quelqu'un; batterie. Patois Lorrain. L.

PEIGNER (v. a.): battre; maltraiter. L.

PEINE. J'ai eu peine de: j'ai été obligé de. L.

PEINER: donner la peine de faire; affliger.

PÉIOT (s. m.): ligne dormante. B.

PEISSON; PEISSONNERIE: poisson; poissonnerie. L.

PEISSONNIER, ÈRE: poissonnier, poissonnière.

PELAUDER; PELOTTER: battre; secouer la peau. De _pellis_.

PELÉE: ce qu'on peut porter sur une pelle.

PÈLERON (de l'épaule): l'omoplate.

PELETTE, ou PELLETTE (s. f.): morceau de peau de mouton, garnie de sa
laine, que l'on place sur les sabots pour garantir le coude-pied, et
tenir les pieds chauds. L.

PELEURE: pelure.

PELEUTRE. Voyez PLEUTRE.

PELICHE: petite peau; portion de gazon. Enlevez _c't'e peliche_ de
terre.

PELICHON: petite _pelette_ pour le sabot.

PELLE: bêche; parce qu'en effet la bêche est une sorte de _pelle_.
_Pale_, en patois Walon. A.

PELLE-FERRÉE: pelle de bois, garnie de fer. Voyez TRUBLE. L.

PELLE-FRUTIÈRE; PELLE A MARC: pelle en bois d'une seule pièce, qui sert
à remuer les grains, les fruits et le marc du pressoir. L.

PELLERESSE: la forbicine, insecte qui ronge le papier.

PELOTTER (FAIRE) une chienne: la faire couvrir.

PELOT: palet.

PELOUQUE (s. f.): perruque de laine.

PELLOUE: sorte de houe; écobue pour peler le gazon.

PELUET (s. m.): le derrière, les fesses. A.

PELUNE: légère chiquenaude sur le nez.

PELURER: _peler_; enlever la _pelure_ d'un fruit, d'une branche.

PENDANTÉE. Voyez EMPANDANTÉE.

PENDRE QUE DE (NE): rester à faire. Exemple: La table est servie, il _ne
pend que de_ dîner. M. Decorde.

PENTECOTE (s. f.): _orchis_ fleurissant vers la fête de la _Pentecôte_.

PENT'OREILLES: _pendants d'oreilles_; boucles d'oreilles. En patois
Lorrain, _pend'oreilles_. L.

PENTOIR (s. m.): perche fixée à une fenêtre pour y attacher du linge à
sécher. L.

PEPIN-FAVART: pomme à couteau, espèce de Calville.

PÉPINIER: pépiniériste.

PÉPION: excroissance de chair fongueuse.

PÉQUE (s. f.): bec.

PÊQUE; PÊQUER; PÊQUEUX: pêche; pêcher; pêcheur.

PÊQUE (s. f.): chiffon.

PÉQUENCER: bavarder.

PÉQUER; PÉQUIER. Voyez PECQUER.

PÊQUIÈRE (s. f.): femme qui ramasse les chiffons. B.

PÉRANCUNE (s. f.) (_Hypericum androsæmum_). B.

PERCE: trou dans le linge. Ce vêtement n'a ni trou, ni _perce_. Du verbe
percer. On dit aussi: il y a de la _perce_ pour il y a des trous.

PERCE-POUQUE (s. f.) (_Scandix pecten_). B.

PERCETTE: vrille. De _percer_.

PERCHOUX: fainéant; immobile comme l'oiseau sur son perchoir.

PERCIES (s. f. pl.): grand dîner, donné à tous ceux qui ont aidé à faire
la moisson.

PERCOT: petit perchoir.

PERDRIAS (s. m. pl.): pertes de jeu et autres.

PERDROLE (s. f.): perdrix. A.

PÈRE: poire.

PERÉ, ou PRÉ: poiré.

PÉRÉMONIE; PERMONIE: pulmonie. L.

PÉRÉMONIQUE; PERMONIQUE: pulmonique. L.

PERFAIT: parfait. De _perfectus_. S.-I.

PÉRI: péril.

PERICAUCHÉE: paresse. B.

PERJOU! Juron. C'est un reste de paganisme. _Per Jovem_: par Jupiter. B.

PERMINS: permis. S.-I.

PERLICOQUET: objet placé sur un point élevé et détaché, où il se balance
à la moindre secousse, et semble y être placé par coquetterie. _Le
vais-tu là-hât, affouorqui su c'te branque, comme un perlicoquet_? M.
Lepingard.

PERLIFICOQUET. C'est le superlatif de _perlicoquet_.

PERNE: perle. C'est l'_n_ pour l'_l_, comme dans _nentille_ au lieu de
lentille.

PERNE-MAILLE (s. f.): tire-lire. D'épargne maille. A.

PEROSINE: poix-résine. B.

PERQUE: perche.

PERRÉ; PERREI; PERREY: lieu plein de pierres; chaussée pavée de pierres.
Beaucoup de voies romaines ont conservé le nom de chemin _perré_.

PERRETTE: femelle de l'oie.

PERRETTE: femme dont saint Pierre est le patron. _Perronelle_.

PERRÉYEUR: ouvrier qui extrait de la pierre et qui la taille.

PERRIÈRE (s. f.): carrière de pierre. _Peréiro_, dans le patois de
Grenoble.

PERROQUET-DE-HAIE: le dur-bec.

PERSIR: presser. Déplacement de consonnes. _Persir_, c'est _pressir_
pour presser.

PERSIN: persil.

PERSONNERIE (s. f.): association, communauté de _personnes_. A.

PERSOU; PERSOUX: pressoir. Par métathèse. (Vire.)

PERTU: trou, _pertuis_. _Pertuisier_, en patois de Grenoble, signifie
_percer_.

PÉSACHIS: semailles et récoltes de pois, vesce, etc.

PÉSAS; PÉSAT: tige sèche des pois. De _pisum_. L.

PÉSERI: champ où l'on a récolté des pois.

PESROUETTE: fillette évaporée. (Vire.)

PESTER (v. n.): courir sans raison.

PÉTEPETUN (s. m.): cri et nom de la caille.

PÉTER: mesurer. S.-I. MM. Duméril.

PÉTERELLE: étincelle qui jaillit du feu qui pétille.

PÉTÉRIAS (s. m. pl.): sauts et gambades des animaux dans les herbages.

PÉTÉRIAU; PÉTERON: rejetons du _pied_ d'un arbre.

PÉTEUX: péteur; mal élevé; poltron.

PETIOT; PETIOTE: petit, petite;--peu.

PETIOTIN, E: tout petit, toute petite. On dit même: PETIOTINET, et
PETIOTINETTE.

PETIT (UN): un peu.

PETIT-HOUX (_Ruscus aculeatus_). Voyez VERGANDIER.

PETOCHE (s. f.): chandelle de résine de mélèze. Se dit métaphoriquement
de toute lumière qui éclaire mal. De la basse latinité _petiuncula_:
futilité; peu de chose. En effet, la _petoche_ est un objet de peu de
valeur. Voyez ORIBUS, et ROUSINE. A.

PÉTOIRE. Voyez CANNE-PÉTOIRE.

PÉTONNIÈRE. Voyez CANNE-PÉTOIRE.

PÉTOUIN: cause de souci, d'inquiétude. On dit: Un bon _pétouin_ donne un
bon _tintouin_.--PÉTOUINER: être agité d'inquiétude.

PÉTOUIN: écarrisseur, écorcheur.

PÉTRA; PÉTRAS; PÉTRAT: villageois grossier. _Pétra_ est le nom d'une
ancienne ouverture à la partie postérieure de la ceinture des culottes
et des pantalons, ouverture munie d'un cordon qui permettait de
l'agrandir ou de la diminuer.

PÈTRE: paresseux; qui ne se meut, ni ne s'émeut. De _piger_. Peut-être
de _petra_, pierre.

PÉTRON-JACQUET; PÉTRON-MINET: aube du jour.

PÉTRO; PÉTROT; PRÊTROT: rossignol de muraille. Ce sont aussi les noms du
pistil, fait comme le battant d'une cloche, du pied-de-veau (_Arum
maculatum_). L.

PETUN: tabac. C'est l'ancien nom de la _Nicotiana tabacum_. A.

PEU: moins. Un liard _peu_ de 2 sous: 2 sous moins 1 liard. Un écu _peu_
de 100 fr.: 97 fr. Un _petit peu_: très-peu.

PEUFFE; PEUFFRE: friperie; boutique de fripier. De l'islandais _pelf_:
dépouilles.

PEUFI: flétri, fripé.

PEUFIER; PEUFRIER: fripier. L.

PEUFRIE; PEUFERIE: commerce de la _peuffre_.

PEULIE: gauche, maladroit, décontenancé. De _peu_ et de _lie (lætus)_:
joyeux.

PEUPLE: peuplier. H.-N.

PEUS; PEUX; POUX (s. f.): peur. L.

PEZET: étoupe.

PHÉBÉ (s. m.): pécule, bien. Peut-être de l'islandais _fé_: troupeau,
qui avait pris la signification d'argent, parce qu'on ne connaissait pas
d'autre richesse. MM. Duméril.

PHILOMIE: physionomie. L.

PHLIPOT (s. m.): bouton d'or champêtre;--Philippe.

PHLIPS (s. m.): sorte de punch, composé d'eau-de-vie, de cidre et de
sucre, bouillis ensemble.

PHORMACIEN: pharmacien, apothicaire. L.

PIACRAS: aliments mal apprêtés, indigestes; boue épaisse. De _plâtras_.

PIAFFEUR, SE: qui se pare avec recherche.

PIANCHE; PIANCHON: enfant, fillette.

PIANER: crier, en parlant des dindons. Onomatopée.

PIANOPIAN: _piane-piane_, lentement.

PIANT; PIANTEUR; PIANTIR: puant; puanteur; devenir puant.

PIAR (s. m.): précipité rouge de mercure pour tuer les poux. Rouge comme
_piar_.

PIARD (cheval): blanc et noir, comme la _pie_.

PIAU: peau.

PIAUCÉ: couché. MM. Duméril.

PIAUCER: pleurer; piailler; crier;--écorcher; enlever la _piau_ d'un
animal.

PIAUCER (v. n.): embrasser avec force accolades.

PIAULARD; PIAULER: pleurnicheur; pleurnicher;--glousser.

PIAUME; PIOMME: pivoine.

PIAUSSER (SE): se mettre au lit. De _piau_ ou _piot_, lit, dans l'ancien
Argot. A.

PIAUTER (en parlant d'une fleur): l'effeuiller pétale à pétale. A.

PIAUTRE: chenil. Va-t-en aux _piautres_: va te coucher.

PIC (PAR) ET PAR MIC: par petites pièces données à regret. De _mica_,
miette. B.

PIC (ŒUFS AU): œufs à la mouillette. L.

PIC. Voyez PIQUETTE et PIQUOIS.

PICANE (s. f.): bruyère, lande. (Pont-Audemer)

PICANIÈRE (s. f.): mauvais terrain inculte. L.

PICARDE: espèce de coiffure de femme.

PICAUDÉE (s. f.): mauvais mets mal préparé, bon pour la _pie_. Du latin
_pica_.

PICHET: petite cruche de terre cuite pour servir le cidre ou le poiré.
Du Celtique _picher_. _Pitcher_, en anglais. A.

PICHETER: boire à coups redoublés. A.

PICLER: parler aigu. Voyez VIPER.

PICOT: coq-dinde. De son cri _piau!_ _piau!_ L.

PICOT: espèce de pholade, qui _pique_ dans la pierre calcaire pour s'y
creuser un trou. B.

PICOT: filet pour prendre les poissons plats.

PICOT: poisson plat, du genre des plies. De quelques points colorés dont
la peau de son dos est tachetée, _picotée_.

PICOT-DINDON: imbécille; bête comme un _dindon_, un _picot_. L.

PICOTTE (s. f.): femelle du _picot_;--imbécille.

PICTRIE (s. f.). Ce mot ne s'emploie que dans la phrase: être dans la
_pictrie_, qui signifie être ivre. MM. Duméril.

PIE (s. f.): tourte aux fruits. Voyez BOURDIN.

PIEÇA: depuis cela, depuis long-temps.

PIE-CRUELLE: pie-grièche. B.

PIÈCE; PIÈCHE: nul, aucun;--point. L.

PIEDSENTE: sentier par lequel on ne passe qu'à _pied_.

PIÉGNER; PIÉGNIER; PIÉGNIR: peigner. L.

PIENCE; PIENCHE: fille ou femme maligne, hargneuse, etc., que l'on
qualifie par cette épithète, souvent renforcée d'une seconde.

PIÉRE; PIÈRE: pire.

PIERRER (v. a.): jeter des pierres à.

PIERROT: espèce de coiffure de femme.

PIÉTÉ: pourvu de pieds. _Malpiété_: qui a de mauvais pieds. _Épiété_:
dont les pieds ne peuvent continuer de marcher.

PIÈTRE; PIÉTRESSE: boiteux; boiteuse. De l'ancien français _piètre_;
mesquin. Il s'entend ici d'un individu qui a le _pied_ contrefait au
point d'être forcé de boiter. Argot. A.

PIF; PIFE (s. m.). Voyez PIFRE.

PIFFET, TE: qui aime trop la parure. De _piaffe_. A.

PIFFETER (SE): piaffer; s'habiller avec prétention.

PIFFETEUSE ou PIFFETTE. Voyez PIFFET. A.

PIFRE (s. m.): gros nez désagréable.

PIFUS; PIPHUS: troëne.

PIGACHE (s. f.): pointe de terre. B.

PIGACER; PIGACHIER: écrire en formant des lettres maigres, allongées,
enchevêtrées, peu lisibles.

PIGE (s. f.): oie, femelle du jars. Voyez PIROTE.

PIGEONNER: germer; pousser; pulluler;--faire l'aimable auprès d'une
femme;--convoiter. B.

PIGLER: pousser des cris perçants. Voyez PIGNER.

PIGNARD: celui qui _pigne_; qui pleure et se plaint.

PIGNER: geindre; se plaindre à petits cris comme font les enfants. De
_plangere_. Dans le patois Rennais, _pigner_ signifie grogner. Voyez
CUSSER. A.

PIGNETTE (s. f.): fausset au propre et au figuré. L.

PIGNEUX: peigneur de laine. S.-I.

PIGNOCHE. Voyez ÉPIGNOCHE. L.

PIGNOLE (TOURNER): tourner le dos; fuir. On dit, à Bayeux: _retrousser
pignole_.

PIGNONNER: percer.

PIGNOTER; PIGNOCHER: manger peu, à petits morceaux, avec dégoût.

PIGRAS; PIGRAT (s. m.): boue visqueuse. De _pied_ et _gras_; gras au
pied.--A PIGRAS: en grand nombre. O.

PIGUENETTE: fillette acariâtre, méchante.

PIHOUE: femme débauchée.

PILAGE: brassage du cidre.

PILAUDER: marcher sur; fouler sans précaution. A.

PILE (s. f.): volée de coups. Patois Berruyer. L.

PILÉCHE; PILÈGE: farine d'avoine torréfiée; gruau; grain pilé et _grué_.
(Manche.)

PILER SUR: marcher sur; effacer avec les pieds.

PILER: pressurer des fruits au pressoir.

PILETTE: ancienne pièce de billon de 10 centimes.

PILORI: lieu où l'on a long-temps stationné, où l'on a long-temps
marché, _pilé_.

PILTETE: pistil de la fleur de l'_Arum_ ou pied-de-veau. Ce pistil
ressemble à un _pilon_.

PIMAILLER: chicaner; s'agacer comme des _pies_ qui ont _maille_ à
partir.

PIMENT (s. m.): mélisse ou citronnelle (_Melissa officinalis_). L.

PIMPERLOTTÉ: tacheté de points divers. Ce mot vient de _pimpant_. O.

PINCES; PINCHES: pincettes de cheminée. L.

PINCHARD: pinson.

PINCHÉE: pincée;--PINCHIER: pincer.

PINELLES: bas, chausses. S.-I.

PINGE: propre, lisse. A.

PINGER: plonger; mouiller; puiser. A.

PINGEON: pigeon. H.-N.

PINGET; PINGEOT: sillage circulaire que fait la chute d'un corps sur la
surface de l'eau.

PINGRE: avare sordide. En patois des Vosges, _pingre_ signifie
acariâtre, sournois, railleur. A.

PINGUIER: étui pour déposer les _épingues_ (épingles).

PINGUIER: plonger. PINGUET: plongeon.

PINTON: sorte de cruche à cidre. Du mot _pinte_. Du grec πινειν:
boire. Du latin _potus_. L.

PINVOLE (s. m.): hanneton. Les enfants, en faisant voltiger un hanneton
attaché, chantent:

                   Pinvole,
                 Vole, vole!
       Fais trois tours, et puis t'envole,
                 Tintaribaud!         L.

PION: ivre. De _potus_.

PIONE (s. f.): pivoine (_Pœonia officinalis_). On dit en anglais
_piony_. Voyez PIAUME.

PIOT: ivre;--boisson. De _potus_. A.

PIOT: pivot d'un dévidoir.

PIOTER (SE): s'enivrer.

PIOU: poussin, le plus petit de la couvée.

PIPER: aspirer avec un chalumeau; boire; aimer à boire.

PIPERNEAU; PIMPERNEAU; PIPERNET: anguille de mer.

PIPET: chalumeau employé pour aspirer un liquide;--sorte de sifflet.
C'est dans ce dernier sens qu'en patois Walon, on dit: _pipé_ pour
siffler.

PIPIE: pépie.

PIQUÉ: debout comme un piquet. A.

PIQUER: planter non avec la bêche, mais en faisant des trous pour
planter avec un _piquet_.

PIQUERAI: terrain couvert de galets roulés.

PIQUERÉE: ce qu'enlève une fourchette en s'enfonçant dans un plat de
comestibles.

PIQUEREULE; PIQUEROLE: petite vérole.

PIQUET: dard de l'épine du rosier, etc.; pieu.

PIQUETONNER: raccommoder une vieille étoffe qui l'a déjà été plusieurs
fois. Voyez RABOUÊNER. A.

PIQUETTE: lait caillé et séparé du _sérum_, dans lequel on met du lait
frais et de la crême. Voyez BATTU (LAIT).

PIQUETTE: mouillette. Œufs à la _piquette_ ou œufs au _pic_: œufs à
la mouillette.--PIQUETS, dans la Haute-Normandie.

PIQUETTES (s. f. pl.): dettes criardes, qui font l'effet des _piquets_
enfoncés dans les chairs.

PIQUOIR: outil pour _piquer_ ou mettre en terre les plantes qui ne
peuvent pas y être placées à la bêche.

PIQUOUX: celui qui _pique_ les plantes. Voyez PIQUER.

PIRE: pis. _Tant pire_: tant pis. _Aussi pire_: aussi mal; aussi
mauvais.

PIRETTE: jeune oie. A.

PIRIPI: marionnette. A.

PIRLI: petit bâton pour jouer. A.

PIRO: petite lessive. MM. Duméril.

PIROT: jeune oison. A.

PIROT: eau ou sang qui coule à gros filets. Suer _à pirots_: suer
excessivement. Le sang lui coule du nez _à pirots_: comme le lait du
_pis_ de la vache.

PIROTON: petit oison. A.

PIROTTE: oie. Dans la Mayenne, on dit _pire_ et _pirette_. A.

PIRVIRE (s. f.): sorte de tabatière longue, en forme de _poire_. A.

PIS; PITS: puits.--PIS: puis. DU DEPIS: depuis.

PISCALE (s. f.): terme de mépris, en parlant d'une femme.

PISCANTINE. Voyez BISCANTINE et CLACASSE.

PISQUE: puisque. L.

PISSAT; PISSON; PISSOT: urine. On dit proverbialement: rouge comme
_pissat_ d'âne. L.

PISSE (s. f.): urine humaine. A.

PISSE-VINAIGRE: acariâtre, aigre. De _vinaigre_, liqueur sure. Voyez
MARIE-SURELLE. L.

PISSOUIN (s. m.): urine humaine. L.

PITANCHIER: s'impatienter. De _dépit_. B.

PITER. Le fil ou la toile _se pitent_ quand ils blanchissent
inégalement. O.

PITIEUX: qui excite la _pitié_; sensible. A.

PITOIS; PITOU: putois. Patois Lorrain. L.

PITONNER: piétiner;--vêtir; orner; rechercher les moyens de fixer
l'attention d'autrui.

PIVAT: boue liquide. S.-I.--Urine. Voyez PISSAT.

PIVELLIER: fourreau du _penis_ d'un verrat. A.

PIVOLETTE (s. f.): papillon. Voyez BAVOLETTE. M.

PLACE (s. f.): le plancher, l'aire d'un appartement. Balayer la _place_.
L.

PLACHE; PLACHER: place; placer.

PLACHEUX: offrant des places où il n'y a rien. Ce blé est _placheux_. M.
Decorde.

PLAFIER; PLAFRIER: celui qui prépare les peaux de mouton, les tanne, les
blanchit, etc.

PLAIDEUX: plaideur.

PLAISI (AU): au plaisir (sous-entendu: de vous revoir)!

PLANCHE DU PIED: plante du pied. H.-N.

PLANCHÉ: planchéié.

PLANCHET; PLANTIAU: coquelicot (_Papaver rhæas_).

PLANCHON: sauvageon; branche de saule ou de peuplier propre à pousser de
bouture. De _plant_.

PLANITRE: place où l'on s'assemble; esplanade; lieu plane en avant d'une
église, d'un château, etc.

PLANQUE; PLIANQUE: planche; pont de bois. On dit aussi PLANQUETTE.

PLANTE (s. f.): haie vive.

PLANTÉ (A): en abondance.

PLANTIÈRE: nœuds coulants, en crin pour prendre les oiseaux.

PLAQUE (s. f.): pièce de 2 liards. Je n'en donnerais pas une _plaque_.

PLAQUER: mettre; _placer_. S.-I.

PLATÈNE: patène.

PLATINE: langue qui ne cesse de parler.

PLAUDE; PLAUDER. Voyez BLAUDE; PIAUCER.

PLEIGER: protéger; excuser; faire fort pour.

PLEIN (TOUT): beaucoup.

PLESSE: branche à moitié coupée et que l'on garnit de terre pour faire
épaissir une haie, ou boucher une brèche.

PLESSER: entrelacer des branches pour faire une clôture. Du latin
_plexus_. A.

PLESSIS (s. m.); PLESSE (s. f.): clôture faite de branches
entrelacées;--bois taillis; forêt.

PLEU-PLEU (s. m.): pivert, parce qu'on prétend que son cri annonce des
_pluies_ prochaines. L.

PLEURE; PLEUVER; PLOUVER: pleuvoir.

PLEURMICHE. Voyez PLEURNICHE.

PLEURMICHER: pleurnicher. Voyez MICHER.

PLEURNICHE: pleurnicheur; qui fait semblant de _pleurer_, ou qui pleure
pour peu de chose.

PLEUROUX, SE: pleureur, se. A.

PLEUTRE: homme de mauvaise mine; misérable sans considération; indigne
d'égards. De _pelé_.

PLIACOUX: sol humide.

PLIE: pluie. S.-I.

PLIÈCHE: place. L'_l_ se mouille et fait entendre le son de l'_i_, et
même d'_ie_ dans quelques mots dont nous citerons les suivants: _plien_
pour plein; _plieume_ pour plume; _plieurer_ pour pleurer; _pliomb_ pour
plomb.

PLIÉCHERON: ouvrier qui se loue, sur la place, pour la journée,
principalement au temps de la moisson.

PLION: pièce de bois qui sert à maintenir le coutre d'une charrue dans
la position nécessaire. On change le _plion_ de côté à chaque sillon. M.
Decorde.

PLOMBÉE, PLOMMÉE: machine pour peser, composée d'une verge en bois,
d'anneaux, d'un crochet et d'un _plomb_ mobile;--instrument où se trouve
une balle de plomb suspendue à un fil pour déterminer l'aplomb.

PLOQUER (en parlant d'une fleur): la fatiguer au point de l'effeuiller.
A.

PLOUFRE: bouffi. S.-I.

PLOUTRE: pêne d'une serrure.

PLUC: ce que l'on peut éplucher. On dit aussi: _pluquette_ pour
épluchure; _plucoter_, _pluchoter_ pour éplucher. MM. Duméril.

PLUMAS: plumeau. A.

PLUMÉE. Voyez PLOMBÉE.

PLUQUETTE. Voyez ÉPLUQUETTE.

PLURER pour PELURER: ôter la _pelure_; peler.

POCANE (s. f.): mot pour rire. L.

POCHARD (s. m.): pâté d'encre sur le papier;--ivrogne.

POCHARDER (SE): s'enivrer habituellement d'une manière ignoble.

POCHAS: pâté d'encre. A.

POCHER (v. n.): faire un pâté d'encre. L.

POCHER: espèce de jeu de pair ou non, où l'on gagne des noix et du pain
d'épice aux fêtes de village. M. Decorde.

POCHET: pâté d'encre. L.

POÇONNET: petit pot. _Possinet_, en patois Walon.

POCRAS: gâchis.

POCRASSER: manier avec des mains crasseuses. Voyez POQUE. A.

POCRASSIER: qui pocrasse. A.

POE; PO: peur. Autrefois, _paour_.

POETÉ: puissance, autorité.

POÈLE A LAIT: terrine où on le verse pour l'y laisser élaborer sa crême.
L.

POGNAFLER; POGNASSER; POIGNASSER: manier salement à _poignée_; pétrir
avec les poings.

POGNE; POIGNE (s. f.): poignet; main; main qui serre. Patois Walon.

POGNÉE; POGNIE: poignée.

POICRINIER; POUCRINIER (v. a.): coiffer mal; mêler les cheveux.

POIGEAT; POUGEAT. Voyez POUJAS.

POINE: peine.

POINTE DE COTÉ: point de côté. L.

POIRE DE TERRE: topinambour (_Helianthus tuberosus_).

POIRETTE; PORETTE: poireau; jeunes poireaux à repiquer.

POIRIONS: verrues.

POIS. On confond généralement sous ce mot unique les pois (_Pisum
sativum_) et les haricots (_Phaseolus_). On appelle les haricots pois
blancs, et plus communément pois de mai (à Alençon, pois de mer); on les
nomme encore petites fèves. Confusion fâcheuse et ridicule, tandis qu'il
est si simple de désigner par leur véritable nom les _fèves_, les
_haricots_ et les _pois_. Voyez FÈVES.

POIS ANGLAIS: haricot grimpant ou à rames. En Dauphiné, on appelle les
haricots pois lombards. B.

POIS CHAUD: pois _Michaux_. Par aphérèse.

POIS DE MAI; POIS DE MER: haricot, soit nain, soit grimpant. _Mai_ est
le mois où on les sème.

POIS DE PIED: haricot nain. L.

POIS A RAMES: haricot grimpant.

POIS ROND: pois.

POISON (s. f.): chose ou personne mauvaise, capable de produire les
pernicieux effets du poison. _C'est de la poison_: ce mets, cette
boisson est détestable. _C'est une poison_: c'est une femme dont le
contact est dangereux.

POISSON DE St.-PIERRE: dorade commune. B.

POITIT, E: petit, e. A.

POITRINER: vêtir, habiller sans goût

POIVRIER (_Daphne mezereon_): parce que ses fruits ont le piquant du
_poivre_.

POLACRE (s. f.): gilet.

POLETTE: courroie de cuir, servant à maintenir le chargement d'une bête
de somme.

POLITEMENT: poliment, proprement. S.-I.

POLITIQUE: dissimulé. L.

POLON: Napoléon. POLYTE: Hippolyte.

POMMAGE: espèce, nature, qualité de _pommes_ ou de poires à pressurer.
Ces fruits sont d'un même pommage: sont d'une même variété. Voyez
SOLAGE.

POMMELIÈRE (s. f.): ellébore noir, pied-de-griffon (_Elleborus niger_).

POMMEAU; POMMET; POMMIAU: gras de jambe; mollet. Cet homme n'a _joué_ de
_pommiau_: cet homme n'a guère de mollet. A.

POMMEROLLE; POMEROLE: primevère jaune, non rameuse. Voyez COUCOU. L.

POMON: poumon.--POMONIQUE: pulmonique.

PONCEL; PONCHET: coquelicot. De _ponceau_.

PONCER; PONSER: presser; exprimer. _Poncez_ ce citron dans l'eau pour en
obtenir le jus.

PONCEUX: sorte de petit pressoir en plein air.

POND: pondu. La poule _a pond_ pour a pondu.

PONE: ventre, bedaine.

PONICHER: ajuster sans goût.

PONNELÉE: fumier de _poule_, et, par extension, des autres volailles.

PONNELER: pouliner.

PONNENT: pondent;--PONNU: pondu. Au figuré ironiquement: _bien ponnu_
pour mal inventé, mal arrangé! On dit: Les poules _ponnent_ pour
_pondent_. _Ponnu_ est dans Rabelais; _ponnent_, dans Amyot.

PONSOUX: petit pressoir facile à changer de place.

POPOT: poupon; petit garçon. Féminin, _popote_.

POQUARD, E; POQUET; POQUETON: celui ou celle qui a la main estropiée;
qui se sert difficilement de ses mains. De _poque_.

POQUE (s. f.): grosse et vilaine main. _Pocre_, dans la Mayenne et dans
l'Ille-et-Vilaine. A.

POQUER: pocheter (Valognes.)

POQUETON: qui a des _pocres_, de grosses mains maladroites.

POR: pour.

PORCHET: morceau de porc frais, ou récemment salé. _Pourchet_, dans le
patois de Grenoble. L.

PORCHIN; PORCHAIN: cochon d'un an.

PORE (qualif.): pauvre. Ce _pore éfant_: ce pauvre enfant. Du Celtique
_paur_. L.

PORÉE (s. f.): légumes. Jardin à _porée_: potager. A.

PORÉSINE: poix-résine.

PORFRIRE: enduire de mortier. Voyez POULFRIR.

PORICHINEL: polichinel. De l'italien _pulchinello_.

PORIE: bouquet de porions.

PORION: narcisse jaune. Du latin _porrum_, poireau; parce que cette
plante ressemble par sa feuille à celle des poireaux.

PORJET; PORGET: revêtement, avec du mortier, des interstices d'un mur.

PORJOLER (SE): prendre ses aises, ses ébats.

PORMAIS QUE: lorsque, après que.

PORQUER; PORCHER: celui qui garde les porcs.

PORQUERIE: porcherie, étable à porcs. Voyez SOU.

PORRETTE (s. f.): jeune porreau pour transplanter. L.

PORSUIVRE: poursuivre. D'où _porsuisi_, _porsueusi_: poursuivi.

PORTAIL: porte-cochère. Patois Rouchi. A.

PORTE-COS: espèce de joug qui sert aux servantes de ferme à porter des
seaux. M. l'abbé Decorde.

PORTEMENT: manière dont on se porte; état de la santé. Il lui a demandé
le _portement_.

PORTER A: ressembler à. L.

PORTEUX: porteur. _Porteux_ de lettres: facteur.

POT: pièce de charpente qui supporte les sommiers. H.-N.

POT, TE: engourdi de froid. Main _potte_: main qui a l'onglée. Il a la
goule _potte_: il ne sait que dire. L.

POT-BOUILLE (s. f.): petite et mauvaise cuisine, composée ordinairement
d'un chétif pot-au-feu et de quelques légumes. C'est là que je fais ma
_pot-bouille_: c'est là que je prépare mes aliments. L.

POTABLE: praticable, en parlant d'un chemin.

POTARÉE; POTICHE (s. f.): _potage_ fait sans soin; cuisine de pauvres
gens; mauvaise bouillie. L.

POTAYE: potée.

POTIN (s. m.): fonte de fer pour ustensiles de cuisine, etc.

POTIN (s. m.): babil, rabâchage. L.

POTINE: pot de terre à bords rentrants, qui sert de chaufferette. De
poterie.

POTINER (v. n.): rabâcher; faire des remontrances à contre-temps. L.

POTINIER, ÈRE: qui potine. L.

POTONNER (v. a.): manier salement. A.

POTS: trous que les pieds des gros animaux font, d'enjambée en enjambée,
dans les mauvais chemins.

POTTE (s. f.): sorte de chaufferette en terre cuite comme les
pots;--petite fosse. O.

POTUIT: porte d'une cour placée entre deux pots, et surmontée d'une
petite couverture par laquelle on ne passe qu'à pied. M. Decorde.

POU: peur. _Pour_, dans les _Chansons du roi de Navarre_. Du Latin
_pavor_; du Roman _paour_. _Poü_, dans le patois de Grenoble. L.

POU: pour. S.-I.;--élévation. De _podium_.

POUACRE: sale, dégoûtant Patois Lorrain. De _pouah_.

POUAMMENT: puissamment.

POUANT: puant; faiseur d'embarras; malpropre.

POUAS: noyau, parce qu'il est souvent rond comme un pois. B.

POUCEROT: doigtier de cuir pour contenir un pouce malade.

POUCHE (s. f.): sac. Du vieux mot _poucha_: pou-d'avoine. _Pouch_, en
anglais.

POUCHIN: poussin. _Puzi_, _piouzi_, à Grenoble.

POUCHINÉE (s. f.): couvée d'une poule; poussinière. L.

POU-D'AVOINE (s. m.): balle d'avoine. De _poucha_, qui, dans les anciens
monuments de notre langue, signifie une poche. En effet, le _pou_ dont
il s'agit ici est une sorte de petit sac ou poche qui renferme le grain
d'avoine. A.

POUEIL (s. m.): poil. A.

POUEILLU: poilu, velu. A.

POUFFI: bouffi. C'est le _p_ pour le _b_, comme dans _pénancière_,
_pèque_ et _piscantine_. L.

POUI, IS: pou, poux. L. On disait autrefois _pouils_; on a retranché
l'_i_, et l'on a dit _pouls_; enfin on a retranché l'_l_, et l'on a trop
arbitrairement substitué l'_x_ à l'_s_.

POUILLARD, E: pouilleux; misérable; vaurien:--perdreau trop jeune pour
être tué.

POUILLER: vêtir. A.

POUILLERIE: misère profonde, sale et dégoûtante. De _pou_, insecte. On
appelle aussi _pouillerie_ un taudis habité par des _pouilleux_, et, par
extension, tout logement pauvre et sale.--_Pouillerie de gueux_: objets
de nulle valeur.

POUILLES: injures. Chanter _pouilles_, comme il arrive dans un
_pouillis_ ou _pouillier_ (mauvais cabaret).

POUILLOT: petit vêtement de laine pour enfant; sorte de
corset;--l'oiseau troglodyte.

POUILLU: nonchalant, fainéant. Voyez POUILLARD.

POUJAS (s. m.): poix noire, non épurée.

POULAILLES: volailles.

POULAIN. On nomme ainsi ce qui s'échappe d'un œuf cuit dans les
cendres, quand la chaleur fait crever la coque. M. Decorde.

POULAIN: châssis en bois, sur lequel on fait glisser les tonneaux pour
les changer de place.

POULENÉE (s. f.). Voyez PONNELÉE.

POULET: noyau; amande du noyau; pepin. M.

POULETTE AU BON DIEU: roitelet. Voyez REBETTE.

POULETTE: petite ampoule. L.

POULETTE (GRASSE-): arroche sauvage; arroche puante (_Chenopodium
vulvaria_).

POULFRI: enduit d'argile, de chaux, etc. De _poul-pri_ (fosse d'argile),
mots bretons, cités par Lobineau, dans son _Hist. de Bret._, t. II, p.
1814.

POULFRIR: enduire. De _poulfri_, ou du verbe latin _perfricare_.

POULFRISSEUR: plafonneur.

POULGINÉE (s. f.): poussinière. De _poule_ et de _génération_: famille
de poulets; ou de l'italien _pulcinello_: poulet.

POULIER: poulailler.

POULIER (v. a.): élever au moyen d'une _poulie_.

POULIER (v. a.): promener mal à propos. Voyez CHIBOLLER.

POULINÉE: fiente des poules. H.-N.

POULIOT: pièce de bois mobile, placée à l'extrémité d'un chariot ou
d'une charette, sur laquelle s'enroule la _liache_. M. Decorde. Voyez
LIACHE et COMBLE, au _Supplément_.

POULOT, TE: jeune enfant. De _pullus_.

POULS; POULCES; POUSSES (s. m. pl.). Dans l'arrondissement de Cherbourg,
on appelle de ce nom la bouillie faite avec de la farine de sarrasin et
cuite à l'eau; et, dans les environs de St-Lo, surtout vers Torigny, une
bouillie faite avec de la farine d'avoine et cuite à l'eau ou au lait.
On donne aussi à cette dernière bouillie le nom de _craolle_. Feu
Lamarche.

POULTON: poltron. S.-I.

POULTRAIT: portrait. L.

POULTRE (s. f.): pouliche qui n'a pas encore porté.

POULTRON: poltron. Du Celtique-Breton, _pouilltron_: lâche. L.

POULVAISÉ: couvert de pustules.

POUMON: terrain fangeux, mou comme le poumon.

POUMONIQUE: pulmonique; malade du _poumon_. L.

POUPÉE (s. f.): chanvre peigné et préparé en cordons pour être filé.

POUPINEMENT (adv.): avec affectation. La Fresnaye disait, dans ses
_Foresteries_:

       Et frisé par devant assez poupinement

POUPINER (v. a.): attifer comme un _poupin_, caresser comme un _poupon_.

POUPRE: humide.

POUQUE (s. f.): sac. Dans le XIIIe siècle, on appelait _pouqueteurs_ les
marchands de sacs.--_Faire la pouque_ (en parlant des oiseaux): laisser
tomber et traîner les ailes et hausser le dos; ce qui annonce la
maladie, le dépérissement de l'animal. De l'islandais _poki_: sac,
poche. L.

POUQUET: petit sac.

POUQUETTE: petite poche; poche d'un vêtement. Faire _pouquette_: cacher
dans sa poche.

POUQUIE: le contenu d'une poche.

POURCACHER: poursuivre. En français, _pourchasser_ signifie rechercher
ardemment. Il se dit, dans la S.-I., des animaux qui poursuivent les
autres pour les empêcher de manger.

POURE. Voyez PORE.

POUREUX: peureux. Autrefois, _paoureux_.

POURFRIS. Voyez POULFRI.

POURGUILLER: promener un enfant. O.

POURJET: bûcher. O.

POURJOLER: porter mal à propos quelque chose d'un lieu dans un autre.
Voyez CHIBOLLER et POULIER. L.

POURLÉQUER (SE): se lécher les lèvres, après avoir mangé quelque chose
de bon. M. Decorde.

POURPE: pourpre, suette miliaire.

POURPORTE (SE): se comporte; se trouve; est ou existe.

POURVANNE (s. f.): ration d'avoine ou de son pour un animal. De l'ancien
mot _provende_, employé dans une ordonnance royale de 1317: «Deux
provendes d'avoine».

POUS (s. m. pl.): bouillie. _Pous lavés_: gruau et coulis d'avoine. Du
latin _puls_; de l'italien _pulta_. A.

POUS: balle sèche du sarrasin.

POUSSÉE: épouvante. Donner une _poussée_: inspirer de l'épouvante. A.

POUSSIER (s. m.): poussière; ordures sèches.

POUTRAIT: portrait. S.-I.

POYER; POUIER: payer. Ancien français.

PRAE: proie; charogne; personne très-dégoûtante. Terme d'extrême mépris.

PRANNE; PRANNEZ: prenne; prenez. L.

PRANSEU: pressoir.

PRASSE (s. f.): mauvais poiré. A.

PRATÉ; PRATON: petit pré.

PRATICIEN, NE: laborieux, se. L.

PRÉ: poiré. _Chenu pré_: excellent poiré.

PRÊCHEUX: prédicateur.

PRÊCHIER: prêcher;--parler.

PRÉCI (en parlant du bois): gâté, pourri. B.

PRÉFÉRER: être plus élevé en naissance, en dignité, etc.

PREMIER: avant, auparavant.--PREMIER QUE: avant que.

PRENRE: prendre.

PRÈS A PRÈS: rapprochés. Ces arbres sont trop _près à près_: trop près,
trop rapprochés les uns des autres.

PRESSES; PAIRE DE PRESSES: espèce d'armoire, pourvue d'un tiroir
au-dessus de chacune de ses deux portes.

PRESSEUX; PRESSOUX; PRINSEUX; PRINSSEUX: pressoir.

PRESSIMÉ, ou PRINCIMI: très-près, bientôt. Du latin _proxime_. O.

PRÉSUMER (SE): s'enorgueillir.

PRÊTE: prêtre.

PRÊTROT: rossignol de muraille.

PREUCHE: proche, voisin, parent.--PREUCHE: près, auprès.

PREUMIER: premier. S.-I.

PREUNE; PREUNIER: prune; prunier. L.

PREUX: près.--AUPREUX: auprès.

PRIMEROLLE; PROMEROLLE; PRUMEROLLE: primevère des prés. Voyez COUCOU et
POMMEROLLE.

PRINRENT: prirent.

PRINS, E: pris, e. On dit qu'une fille est _prinse_, quand elle est
enceinte. M. l'abbé Decorde.

PRINSE: écluse. De _prise_ d'eau.--PRINSE: prise (de tabac).

PRINZURE (s. f.): rhume. A.

PROCULTEUX: procureur. H.-N.

PROGNER; ÉPROGNER: élaguer. Voyez ÉPROGNE.

PROMETTRE: assurer. Je vous _promets_: je vous assure.

PRONONCHIER: prononcer.

PROUSTER: péter. A.

PROUVABLE: probable. B.

PRUNELLE; PUNELLE: petite prune sauvage.

PRULER. Voyez PELURER.

P'TÊTRE: peut-être. En réponse à quelqu'un qui annonce son doute par ce
mot, celui qui affirme dit, pour confirmer son allégation: C'est tout
_p'têtré_.

P'TIOT; PETIOT; PIOT: enfant.

PU: plus. _Pu ché_ (plus cher): beaucoup plus. L.

PU: pour. S.-I.

PUANT, E: d'une avarice sordide; que l'on fuit à cause de l'odeur
détestable que sa passion répand autour de lui.

PUCETIER: qui a des puces et ne s'en débarrasse pas. A.

PUCHER; PUCHIER: puiser. _Pucher la lessive_: verser de l'eau bouillante
sur le linge placé avec ordre dans une cuve, et sur lequel on a mis une
couche de cendre.

PUCHE: puce.

PUCHERIE: lieu où l'on _puche_.

PUCHET; PUCET: pot de terre contenant un à deux litres. Voyez PICHET.

PUCHOIR: lavoir; partie des pièces d'eau où l'on puise.

PUCHOT: lieu où l'on puise de l'eau dans une mare;--altise, coléoptère
funeste au colza. L.

PUERVE: poulpe. Au figuré, femme méprisable.

PUET (s. m.); PUETTE (s. f.): fausset de tonneau. A.

PUETTE: chandelle de résine; lampe qui éclaire mal. Voyez ORIBUS;
PÉTOCHE. B.

PUFINE (s. f.): excréments humains. L.

PUINE (s. m.): troëne (_Ligustrum vulgare_). L.

PULENTIN: petit _puant_. Du Roman _pulent_. A.

PUMEROLE (s. f.): primevère des prés. Voyez POMMEROLE. B.

PUPU (s. f.): huppe, oiseau. Onomatopée, comme dans le latin _upupa_. En
patois Walon, _boud-boud_. A.

PUR: pus d'une plaie. L.

PUR; PURE: peur.

PURÉE (PORTER LA): être grondé pour un autre, sans l'avoir mérité. M.
Decorde.

PURER (v. a.): presser pour faire égoutter;--(v. n.): couler doucement,
goutte à goutte.

PURIN: suint.

PURIN, E. On appelle, à Rouen et à Lisieux, _purins_ les ouvriers en
laine.

PURINERIE (s. f.): corps des ouvriers en laine. S.-I.

PUROTER (v. n.): s'écouler par gouttes dont l'intervalle annonce un
complet épuisement.

PUS: plus. Patois Bourguignon, et autres.

PUTEAU; PUTET: mare qui reçoit l'égoût du fumier.

PUTEL (s. m.): petite mare, formée par le liquide écoulé d'un fumier.
S.-I.

PUTIER: homme débauché. M. l'abbé Decorde.

PUTOT: plus tôt; plutôt. L.

PUTTE-PUTTE: huppe. Du cri de cet oiseau.


Q.


QUAI: quoi; quelque chose. J'ai de _quai_. V. QUÉ.

QUAILOQUE (s. f.) (_Sinapis arvensis_). V. SANVRIN.

QUAIRE; QUERRE (s. f.): cordeau servant à attacher les bestiaux au
piquet dans les pâtures. B.

QUAIRE: chaise, chaire. De _cathedra_.

QUAIRE: tomber; choir. S.-I.

QUAIS: chu. De _quaire_. Nous trouvons dans le ms. de M. Lepingard cette
phrase singulière, dont le sens est difficile à saisir quand on l'entend
prononcer pour la première fois: _Qu'est qu'est quais?--Ch'est l'ais
qu'était quais, qui r'est aco quais_: Qu'est-ce qui est tombé?--C'est
l'ais qui était tombé, qui est encore tombé de nouveau.

QUANT ET QUANT: en même temps. On trouve cette locution dans Amyot. En
Roman, _catacan_ signifiait incontinent. L.

QUANTE: quand, lorsque.

QUANT ET: avec. On dit aussi: _A quant et moi_: avec moi. Voir les
auteurs du XVIe siècle.

QUAPENDU: espèce de poire;--espèce de pomme grosse, un peu plate et de
couleur vert foncé.

QUARQUELOT: maigre; de mauvaise mine. O.

QUARSONNIER: mesure pour les grains. Du vieux mot _quartonnier_: quart
de boisseau.

QUART-D'HEURE: un moment quelconque. _Pour le quart-d'heure_: pour le
moment.

QUARTE (s. f.): mesure de six verres. B.

QUART-MOINS. Le quart-moins de minuit, de deux heures: minuit moins un
quart, deux heures moins un quart.

QUAS. Voyez CAS.

QUASIMENT: presque. De _quasi_. Patois Walon.

QUATE: quatre.

QUATRE FERS D'UN CHIEN (NE PAS VALOIR LES): ne rien valoir.

QUATRE-VINGT-DIX-NEUF COUPS (AVOIR FAIT LES): avoir mené une vie
bruyante et déréglée.

QUÉ: quoi.--GRAND QUÉ: beaucoup. _Qué qu'ous avez_: qu'avez-vous? _Qué
qu'o dites_: que dites-vous?

QUÉDOLE (s. f.): horloge.

QUÉLETTE: petite queue.

QUÉLOT: moutarde (_Sinapis arvensis_).

QUÉMAND: mendiant L'Académie admet _quémandeur_.

QUEMENCER; QUÉMENCHER: commencer.

QUEMIN; Q'MIN: chemin.--QUEMINER: cheminer. Q'MINAYE: cheminée.

QUEMINEL: chemineau, sorte de pâtisserie. Voyez CHEMINEAU. S.-I.

QUÊNAIE: chênaie. S.-I.

QUENAILLE: canaille. L.--QUENAILLES: enfants. M.

QUENAILLEAU; QUENAILLON: enfant. L.

QUENASSES (s. f.): troupe d'enfants pauvres, mal élevés; mauvais sujets.
_Quenasse_ s'emploie aussi comme substantif singulier: _c'est de la
quenasse_: c'est de la populace. Feu Lamarche.

QUÊNE: chêne.--QUÊNEAU; QUÊNOT: jeune chêne. QUÊNÉE: chênaie, lieu
planté de chênes.

QUÉNEAU; QUÉNOT; QUENAU; Q'NAU ou Q'NOT: jeune chien. L.

QUENELLE: cannelle en bois pour tirer les liquides. L.

QUENET: chenet.

QUENOLLE: gosier. Voyez CHENOLLE, et CAGNOLLE.

QUENOTTER: faire ses _quenots_ (chiens); mettre bas.

QUENOTTES: petites dents d'enfant;--oreilles de _quenot_ ou chien.

QUENOUILLETTES (s. f. pl.): palets entourés de torchis, en forme de
quenouilles, qu'on place en travers sur les chevrons pour
l'établissement d'une aire ou d'un plancher. M. Lepingard.

QUÉOLLES; QUIOLES: jambes contrefaites.

QUÉQUE; QUÉQU'UN; QUÉQUEFOIS: quelque; quelqu'un; quelquefois. Dans le
XIIIe siècle, _queque_ signifiait quoique. L.

QUERAS: guignon.

QUERAUT: résine.

QUERBON (_Chrysomica tenebrica_), insecte. B.

QUERBON: charbon.--QUERBONNIER: charbonnier.

QUERBONNETTE: charbonnette.

QUERCAN: carcan.

QUÉRÉE: personne ou animal maigre ou sale. MM. Duméril.

QUERELLOUX: querelleur.

QUÉRÉMONIES: monitoires. L.

QUÉRIATURE: créature; femme ou fille. Elle est en effet la _créature_
par excellence. L.

QUÉRIER: charrier.

QUERIR: trépaner. (Vire.)

QUERMINE: mauvaise viande. Au figuré, canaille.

QUERPENTIER: charpentier.

QUERQUE (s. f.): torchis composé d'argile et de foin, pour la
construction des maisons en bois. B.

QUERRAI: trace que laissent les roues des charrettes.

QUERRETERIE; QUERTRIE: charretterie; lieu où l'on remise les charrettes.

QUERRETIER; QUERTIER: charretier.

QUERRETTE: charrette.--QUERRETÉE; QUERTÉE: charretée.

QUERRIAGE: charriage.

QUERRIER: tranche de bœuf dans le haut de la fesse. On dit ailleurs:
_talon de queue_. De _queue_.

QUERRIÈRE: chemin que suivent pour aller aux champs d'une même ferme les
_querrettes_, _querrues_, etc.

QUERRUE; QUIÉRUE: charrue.

QUERTER: attifer; parer. Voyez CRETÉ. O.

QUÉRU: vigoureux; capable de faire un travail très-pénible.

QU'EST-CE QUE C'EST: qui est-ce? qu'est-ce?

QUÉTER: ruiner; ne rien laisser; mettre à sec par le jeu. D'où QUETTE:
qui a tout perdu au jeu. Il est _à quette_.

QUETILLER ou CATILLER: rosser; frapper. Du latin _quassare_.

QUÊTINES (s. f.): fruits à pressurer, recueillis sous les arbres où ils
sont tombés avant leur maturité.

QUÉTONNER: bégayer. A.

QUETOU: porc.--QUETOUS! QUETOUS: cri pour appeler les porcs.

QUETTE: jambe; partie inférieure d'un animal.

QUETTES: point, nullement. Je n'entends _quettes_.

QUEU: quel, quelle. Au pluriel, _queus_, _queues_: quels, quelles.

QUEU; QUEUX: chez. S.-I.

QUEUE: pierre à affiler. Du latin _cos_.

QUEUE AU LOUP (A LA): l'un derrière l'autre.

QUEUE DE COQ (_Lolium multiflorum_). B.

QUEUE DE RENARD: prêle (_Equisetum fluviatile_). L.

QUEUE DE RENARD (_Amaranthus rubens_).

QUEULÉE: assemblée de gens qui font _queue_; famille.

QUEUQUE: quelque. L. QUEUQU'UN: quelqu'un.

QUEUQUEFOIS: quelquefois. L.

QUEURIE (s. f.): proie, _curée_; personne très-dégoûtante.

QUEUSSE: cuisse. L.

QUEUTINER: remuer de la queue.

QUEUTRE (s. m.): mauvais couteau. De _culter_. O.

QUEVEU: cheveu.--QUEVÈS; QU'VÈS: cheveux.

QUÈVRE; QUIÈVRE: chèvre.

QUÉVRON: chevron.

QUI: qu'il, qu'ils.

QUIACHE: chiasse; scories. S.-I.

QUIAFFE (s. f.): mauvaise chaussure. A.

QUIAULÉE, qui se prononce _t'chiaulée_. V. AQUIAULÉE.

QUIAULOGIE; QUIOLOGIE: généalogie.

QUIBOLLE: jambe mal faite. De _quille_.

QUIEN, QUIENNE: chien, chienne. S.-I.

QUIENQUIEN: pinçon. B.

QUIENS DE TERRE: mans, larves des hannetons.

QUIÉ QUE CÉ; QUI QUE CÉ ou QUI QUE SÉ: quoi que ce soit; quelque chose.

QUIEU: cuir. L.

QUIEUS: quel? lequel?

QUIGNON DE PAIN: morceau du coin du pain. Du Roman _cuin_, _cuignet_:
coin. Voyez CHIGNON.

QUILLEBOCHE: jeu d'enfants, qui se joue avec un bouchon et une grosse
pièce de monnaie. De _quille_ et de _bouchon_. Voyez GALLINE.

QUILLERÉE: cuillerée.

QUINJOURS: quinze jours. L.

QUINOCHE (s. f.): béquille. Voyez CRIOCHE.

QUINQUEUX (mot normand, suivant Roquefort): déguenillé. Du Roman
_chincheux_. De _quinqueux_ vient _requinquer_.

QUIOLE: diarrhée. H.-N.

QUIOLLE (s. f.): jambe mal faite. De _quille_, pris, comme _flûte_, pour
jambe sans mollet.

QUIORON (s. m.): chose chétive. S.-I.

QUIOT, QUIOTE. Voyez PIOT.

QUIQUAMPOIX (sorte d'adverbe). Altération de _quoi qu'en poie_ (paie):
quoi qu'il en coûte.

QUIS: fruits tombés avant leur maturité, mais déjà bons à recueillir
pour le pressoir, et qu'on va _quérir_ sous les arbres. Du verbe latin
_quærere_. On trouve l'expression _quis_ dans les _Chansons du roi de
Navarre_. L.

QU'O: que vous. _Je veux qu'o partiez._ _Où qu'o-z-allez?_ La
conjonction est régulière. Toute la contraction est dans _o_, qui aurait
dû être placé à l'article O avec la signification de _vous_ qu'il a ici.

QUOI: quelque chose; quelque fortune; quelque argent.

QUOI (s. m.): poignée de filasse peignée.

QUOIQUE-ÇA: malgré cela. L.

QUOUANE (s. f.): galon. C'est le mot français _couenne_, pris au figuré.
Quant à _quouanne_: imbécile, nigaud, usité à Caen, ce mot est
l'altération de _coion_. _Coglione_, en italien.

QU'VA; Q'VA: cheval.--QU'VAS: chevaux.

Q'VEUX: cheveux.--Q'VILLE: cheville.


R.


RABABOUINER (v. a.): frotter la figure à contre-sens; rabattre le
_babouin_;--rabâcher. Du mot _babouin_, employé par Marot dans le sens
de sot babillard. L.

RABAUBINER: répéter dérisoirement les paroles de quelqu'un. De _balbus_.
Voyez DÉGANNER.

RABETTE (s. f.): espèce de choux dont la graine contient de l'huile;
littéralement, _petite rave_. MM. Duméril.

RABIBOCHER: rajuster; rétablir la concorde.

RABIENNER: réconcilier.

RABILLEUX: rabâcheur.

RABIS (s. m. pl.): révérences et compliments affectés et exagérés.

RABISTOQUER: raccommoder.

RABLET: petit couteau.

RABOTER: répéter les mêmes choses à satiété.

RABOTTE (s. f.): masse d'un bâton.

RABOUDINER (v. n.): se recoquiller; se recroqueviller.

RABOUÊNER: raccommoder grossièrement. En patois Rennais, _dabonner_.
C'est toujours rendre à peu près _bon_. A.

RABOUÊNEUSE (s. f.): mauvaise couturière. A Rennes, _dabonneuse_. A.

RABOULER: renvoyer une boule vers son point de départ.

RABUQUER: remuer une chose mal à propos et la heurter. Au figuré,
traiter quelqu'un rudement. L.

RABUSQUIER; RABUSCHIER: gronder vertement et ouvertement.

RACACHÉE; RACACHIE: bande nombreuse et sans ordre.

RACACHER; RACACHIER: faire revenir un animal au point de départ, en le
chassant devant soi; _rechasser_.

RACATER: racheter; acheter de nouveau.

RACCOURCI; RACCOURCHI: chemin qui accourcit. Prenez par le _raccourci_.

RACCROC; RECROC: repas à la suite d'un plus grand, et presque toujours
composé des restes de celui-ci. Faire le _raccroc_ des noces; des repas
de confrérie.

RACE (s. f.): canaille. Petite _race_: enfant.

RACHICOT (s. m.): grosse racine sortant de terre et donnant des rejets.

RACHINE: racine.

RACLÉE; DÉRACLÉE: volée de coups.

RACLER (v. a.): rosser; battre. L.

RAC'MODER: raccommoder.

RACOIN: coin, recoin. L.

RACOQUILLER (SE): se resserrer comme certains animaux dans leur
coquille.

RACOUET: chaume.

RACRAMACHI, E (en parlant d'un visage): chiffonné, disgracieux et
difforme.

RACRAMPIR. Voyez CRAMPIR (SE). L.

RACRO (s. m.): coude d'un chemin, détour, circuit, crochet. Ce chemin
fait un _racro_ à tel endroit. Ce lièvre a fait un _racro_, c'est-à-dire
un circuit; il est revenu près du lieu d'où il était parti. Feu
Lamarche.

RADAS (s. m. pl.): chiffons, guenilles. O.

RADOUBLER: redoubler; revenir sur ses pas; parcourir de nouveau le même
chemin. O.

RADRECHER; RADRESSER: redresser;--recommencer.

RADRESSES: endroits qu'il faut connaître dans la distribution d'une
maison ou d'une localité; ses êtres. L.

RAFAITS: objets vieux, usés et gardés en tas. Voyez RAFUT.

RAFALER: ravaler; ruiner.

RAFFILER: redonner le fil; aiguiser de nouveau.

RAFISTOLER: raccommoder à la hâte. En Roman, _affistoler_ signifiait
tromper; plus tard, ce verbe a été employé pour _se parer_. L.

RAFOURÉE: portion de fourrage pour un repas.

RAFOURER: donner à manger aux vaches et aux moutons dans l'étable. M.
Decorde.

RAFULER: coiffer; donner un soufflet. H.-N.

RAFLIER: râfler.

RAGEUR, EUSE: qui fait rage; qui est d'un caractère difficile.

RAFECILLER: chercher parmi les _rafaits_; fureter.

RAFOI: Raphaël.

RAFOUER: chasser; gronder. C.

RAFOUET: feu follet. Voyez FOURLORE.

RAFOUGUER: examiner minutieusement.

RAFREUX: objet de rebut. B.

RAFUT: vieux meuble. Presque toujours employé au pluriel pour des
vieilleries de toute espèce, restes de linge, d'habits, etc.

RAFUTER: raccommoder.

RAGACHE: qui agace, menace, provoque.

RAGACHER: agacer. S.-I.

RAGOT: bavardage; balivernes; propos; conte sans suite.

RAGOT; RAGOTE: cheval, jument, aux jambes courtes, à la taille moyenne,
au cou fort, à la croupe large, très-capable d'un bon service.

RAGOTTER: rabâcher; dire des sornettes.

RAGOUASSE (s. f.): mauvais ragoût. A.

RAGRIBONNER (SE): se rassembler; se raccourcir en boule.

RAGUCER; RAGUCHER: ragoûter; exciter l'appétit, l'_aiguiser_. En langue
romane, _agucher_, _aigucher_: aiguiser.

RAGUÊNER. Voyez RAGUÊNUCHER.

RAGUÊNU (s. m.): fruits restés aux arbres après la récolte. Du
substantif _regain_. A.

RAGUÊNUCHER: recueillir les fruits restés aux arbres après la
cueillette.

RAGUIN: insolent; emporté; vif, fort, portant au cerveau. Cidre
_raguin_: qui enivre promptement.

RAGUISER: aiguiser.

RAHOUER (SE): se rendormir.

RAICHER. Voyez RÊQUER.

RAIDILLON (s. m.): partie de terrain difficile à gravir, raide à monter.
L.

RAILE: raie; sillon de charrue.--RAILE DU DOS: épine dorsale.

RAILER: faire des raies; rayer.

RAILES (s. f. pl.): branches disposées pour former une clôture sèche. De
l'anglais _rail_: barrière. B.

RAILETTE: raie des cheveux séparés sur la tête.

RAIMBINIER: fainéant; mauvais ouvrier; littéralement qui s'amuse avec
des bâtons; _rains_, en vieux français. MM. Duméril.

RAINCÉE; RAINCHÉE: rossée.--RAINCER; RAINCHER: rosser.

RAINCIE: collation, goûter.

RAINE; RENNE (s. f.): grenouille. Une commune de l'arrondissement de
Domfront s'appelle Raines-en-Grenouilles. Du latin _rana_.

RAISONNER: gronder; mettre à la raison.

RAISONNERIE: mauvais raisonnement. S.-I.

RAISONS: propos déplacés; altercations. Patois Lorrain. L.

RAITON (s. m.): petite raie;--poisson de rebut. L.

RALE: rare. L.

R'ALLER: aller de nouveau. H.-N. Je _r'vais_; je _r'allais_; j'ai
_r'été_; je _r'irai_, etc. M. Decorde.

RALLIAS: réunion de plaisir entre gens qui se conviennent.

RALLONGE (s. f.): allonge.

RAMACHARD (s. m.): sorte de chasse aux oiseaux, qui se fait la nuit, à
deux personnes ordinairement, avec une couline ou brandon de glui
enflammé. Celle qui porte la couline va le long de la haie où sont
juchés les oiseaux, et les effraie par du bruit et par la flamme de la
couline. Les oiseaux s'enfuient du côté opposé; mais ils y trouvent
l'autre chasseur, armé d'une _rame_ ou _ramée_, qui les _machacre_,
c'est-à-dire les assomme et les tue. _Ramachard_ vient de l'acte et de
l'instrument. M. Lepingard.

RAMARRER: rejoindre par un nœud les deux bouts d'une
corde;--réconcilier; rapatrier.

RAMASSE (s. f.): volée de coups. Du verbe _ramasser_.

RAMBU: Rambures, sorte de grosse pomme acide qu'à Paris on appelle
_Rambour_, mal à propos, puisque ce fruit tire son nom de la commune de
Rambures. (Somme.)

RAMENDER (v. n.): amender; s'améliorer; se mieux porter; diminuer de
prix.

RAMENDEVER: rappeler. Même sens que _ramentevoir_.

RAMENER: mettre à sa place un arrogant. V. REMENER. L.

RAMENTIR: remémorer.

RAMERRA: ramènera. H.-N.

RAMIAULER: amadouer. Se _ramiauler_: se refaire; réparer ses pertes; se
raccommoder avec quelqu'un. Du verbe _rendre_ et du substantif _ami_. L.

RAMICHER: regagner au jeu ce qu'on y avait perdu.

RAMIR: brandir. _Ramir_ son bâton sur: lever son bâton sur; menacer de
son bâton.

RAMON: grondeur; rabâcheur;--RAMON: fracas; tapage. C.

RAMONER (v. a.): traiter quelqu'un rudement, comme la cheminée qu'on
_ramone_; gronder. L.

RAMOUCHELER: mettre de nouveau en _mouchet_.

RAMOUDRE: ramoner;--aiguiser.

RAMOULEUX: émouleur;--ramoneur.

RAMPONER (SE): se vêtir sans grâce, _à la Ramponeau_.

RAMPOS: rameaux.

RAMPRONER. Voyez RAPRONER.

RAMUCRIR: rendre mucre.

RAN: bélier. Du Celtique-Basque _arra_: mâle, ou mieux du grec αρρην, qui a la même signification.

RANCANGNÉ: qui regarde en dessous.

RANCE. Voyez RAUDE.

RANCER; RANSER: avoir la respiration gênée;--fléchir sous un fardeau.

RANCLE (s. m.): fièvre occasionnée par un rhume, accompagnée de mal de
gorge.

RANCŒURIR: être presque pourri par la salissure, en parlant du linge à
blanchir. De _rancœur_. C'est ce qu'on appelle, en Lorraine, du linge
_encueugné_.

RANDIR: rôder; tourner autour.

RANDOIN; RANDOUIN: randon.

RANDON: babil qui a toujours le même objet;--graillon brûlé, gratiné par
l'excès de la cuisson.

RANDONNAGE: action de randonner.

RANDONNÉE (s. f.): abondance. L'auteur du _Vocabulaire_, à la fin de la
_Danse aux aveugles_, dérive avec raison ce substantif du mot _randon_.
A grand _randon_: avec violence, avec impétuosité, «Se plaindre à fière
randonnée, c'est-à-dire hautement et avec aigreur». _Randonnée_ signifie
aussi tournée, petit voyage.

RANDONNER: aller et venir dans le même lieu;--bouillir jusqu'à
l'épuisement;--prendre goût de _randon_.

RANDOUILLER; RANDOUINER; RANTOUINER. V. RANDONNER.

RANGAIS (s. m.): terre, champ, sillon, où les lignes des charrues sont
mal rangées, mal rabattues.

RANGER; RANGEAIS: labour préparatoire.

RANGUIE: rangée.

RANIÈRE: masure; vieille maison habitée par les _rats_.

RANQUEUX: animal de rebut.

RAPAPILLOTER: rajuster des papillottes; raccommoder ses affaires.

RAPAPIOLE (s. f.): passage rapide de la main sur un visage, en montant
et en descendant. C'est une sorte de pénitence que l'on inflige, dans
les petits jeux innocents. V. RABABOUINER.

RAPARAT: fantôme qui _apparaît_. B.

RAPAREILLER; RAPARILLER: trouver un objet _pareil_ à un autre; assortir.

RAPARPOINTER: réparer; remettre bien en point. B.

RAPASSER A (SE): se borner à. L.

RAPENSER (SE): se rappeler; se souvenir.

RAPIAMUS (FAIRE): emporter tout ce qu'on veut enlever. De _rapere_,
ravir.

RAPIN: homme qui vit de _rapine_, Du latin _rapere_.

RAPINEUX. Voyez RAPIN.

RAPOILER: s'occuper de choses de la valeur d'un poil; de riens, de
bagatelles.

RAPOUSSER: rendre ce qu'on avait reçu. M. Decorde.

RAPPORT A: par rapport à; à cause de.

RAPRONAGE: rabâchage.

RAPRONER: blâmer; gronder; rabâcher. De l'ancien verbe _ramposner_, ou
_remprosner_: injurier; blâmer; quereller.

RAPSAUDER: rapsoder.

RAPTI: tiges de colza dont on a enlevé la graine. M. l'abbé Decorde.

RAQUILLON: reste d'herbe, rebut des bestiaux; trognon de poire ou de
pomme.

RASE: rez. A _rase_ de terre. L.

RASEUX: rasoir.

RASI (qual.): curé; nettoyé.

RASIÈRE: sorte de boisseau; mesure d'un demi-hectolitre.

RASSEROTER: réconcilier; rapatrier.

RASSIER; RASSIR: rasseoir.

RASSOTER: raffoler.

RASSOAUTER: rapetasser. O.

RATABEU; RATANBEU: arrête-bœuf (_Ononis spinosa_).

RAT-A-RAT: rez. Coupez cette branche _rat-à-rat_ du tronc: rez le tronc.
L.

RATATIBOUÊNER: raccommoder grossièrement.

RATATOUILLE (s. f.): viande de rebut, telle que la _rate_, les poumons,
etc. A.

RAT-BAILLOT: lérot.

RATELLE: rateau pour recueillir les épis perdus.

RATER: mesurer ras. C'est le contraire de COMBLER.

RATIER: ruisseau des rues. Corruption de _radier_. B.

RATIER: qui fait métier de détruire les rats.

RATIER: radier, ligne du chemin que suivent les animaux et qui est la
plus sûre.

RATILLON. Voyez RAQUILLON. B.

RATIMITI: ras; rasé de très-près. (Valognes.)

RATIRE (s. f.): lieu où l'on serre, où l'on cache;--lieu où l'on se
retire, où l'on est dans la retraite.

RATIRER: attirer chez soi. Presque toujours en mauvaise part.

RATOIRE (s. f.): ratière. On ne trouve ce mot ni dans Nicot, ni dans
Monet; mais il a été admis dans le _Dictionnaire des rimes_ de La Noue,
et dans le _Dictionnaire espagnol_ d'Oudin. L.

RATOUR: détour, au propre et au figuré.

RATROTTER: revenir sans cesse sur ce qu'on a dit ou fait; rabâcher.
(Manche.)

RATROTTOUX: ratrotteur, celui qui _ratrotte_. La vieillesse est
_ratrottouse_.

RATRUCHE: ratissoire.--RATRUCHER: ratisser.

RATUANGE (s. f.): rabâchage; redites ennuyeuses. A.

RAT-VAIRET: sorte de mulot, de couleur brune et fauve.

RAUCHER: hausser; _rehausser_. S.-I.

RAUCOUER: rôder;--observer avec une indifférence qui n'est qu'apparente.

RAUDE (s. f.): amas de branches, rangées en attendant qu'on les emploie.
L.

RAUT (s. m.): _rut_ des chats. L.

RAVALER: ruiner. Voyez RAFALER.

RAVAT: gaule ou long bâton avec lequel on _ravage_, on agite la vase, on
trouble l'eau, etc.

RAVAUDER: fouiller; remuer une chose sans utilité et désagréablement.
L.--Travailler. H.-N.

RAVEIGNE (s. f.): la tête. Ce mot se prend en mauvaise part. A.

RAVEINDRE: ratteindre; retirer de.

RAVELUCHE: rave sauvage, qui croît surtout dans le sarrasin.

RAVENELLE (s. f.): violier ou giroflée jaune. De _rave_, parce que la
feuille et les tiges de la _ravenelle_ ont la saveur des _raves_. Dans
le patois de Grenoble, _ravenella_ signifie _radis_ et _petites raves_.

RAVENET: filet pour prendre les oiseaux.

RAVER: sauver; retirer. H.-N.

RAVEUGLER: confondre; bouleverser en cherchant.

RAVEUGUIER: _ravauder_; ennuyer par les mêmes propos; revenir sur le
passé, etc.

RAVIGOUREY: remise, consolidée. M. Chassant, dans son _Glossaire de la
Muse Normande de Louis Petit_.

RAVILER (v. n.): baisser de prix. Voyez RAMENDER.

RAVILLER: brouiller; mettre sens dessus dessous. De _ravager_. (Manche.)

RAVINÉ-COQUIN: coquin consommé. Corruption de _raffiné_. A.

RAVIRÉES (PAR LES): de temps en temps.

RAVIRER: se raviser; revenir sur son assertion. De _virer_. O.

RAVISION: changement d'avis; action de se raviser.

RAVOIR. Ce verbe n'a que l'infinitif. Le patois Normand le conjugue dans
tous ses temps: je _rai_, je _ravais_, j'ai _reu_ ou _ru_, je _rerai_,
je _rerais_, que je _raie_, etc.

RAVOUER: réparer la voie, le chemin; remplir avec de la terre, des
débris, etc.

RAYÉE (en parlant du soleil): apparition momentanée de quelques rayons
de cet astre.

RAYONNOIR; RAYONNEUX; RAYONNOUX: sorte de petite houe on binette pour
ouvrir les _rayons_ qui doivent, dans le jardin, recevoir certaines
semences. L.

RÉ; REY: roi.--RÉ: ruisseau.

RÉBARBARATIF: rébarbatif. Patois Lorrain.

REBARBER (v. réfl.): se montrer _rébarbatif_.

REBECCA (s. f.): femme revêche. Ce mot vient de _bec_, comme
_bécancière_, et n'a nul rapport avec l'épouse d'Isaac.

REBETTE (s. f.): roitelet; troglodyte. L.

REBETTIN: petit roitelet L.

REBIFFER (SE): se défendre vivement; regimber.

REBINDER; REBLINDER (v. n.): recommencer. L.

REBINGER (v. réfl.): se venger.

REBLOT: roitelet.

REBOGNE (A): à tâtons. Voyez BONE-BONE.

REBOISSER: contredire; contrarier.

REBOUILLEUX: rejeton. C.

REBOULER: redonner, renvoyer une boule. Voyez ABOULER et RABOULER.

REBOUQUER: repousser; rebrousser. Il se dit d'un outil dont le tranchant
rebrousse; puis de l'homme qui renonce à, qui cesse par satiété. On dit,
en patois Troyen: _à rebouque-nez_: à satiété. _Rebouquer_ signifie
aussi céder; fléchir, dans la Seine-Inférieure.

REBOURS (A LA): à rebours.

REBOURS, E: revêche; rétif. Cheval _rebours_. Marot, dans ses
_Épigrammes_:

       Madame, je vous remercie
       De m'avoir été si rebourse.

REBOUTER: réduire une fracture. L.

REBOUTEUR; REBOUTEUX: empirique qui remet les membres disloqués. De
_bouter_: mettre. A.

REBRASSER: revêtir les bras.

REBROQUER: réparer un toit, un vêtement.

REBROUER: rabrouer; rudoyer.

REBULET: recoupes de farine. L.

REBUS (CHEMINS): raffermis après la pluie, _rebus_ par le sol.

RECACHER: chasser; poursuivre. S.-I.

RECAT (s. f.): assemblée qui se tient dans la huitaine d'une fête. C'est
en quelque sorte le _réchauffé_ de cette fête.

RÉCART: écart, rebut. Mettre au _récart_.

RÉCAUFFER: réchauffer.

RECAUSER: parler de nouveau.

RÉCENT: qui a son bon sens; qui n'est point ivre. Reprendre son
_récent_: reprendre connaissance après une syncope.

RECÉPER (v. a.) (Orne): scier un morceau de bois; littéralement
_recouper_. On le dit ailleurs des arbres à moitié morts, qu'on est
obligé de couper pour leur faire repousser des _cépées_. MM. Duméril.

RECHARGEAGE (s. m.): action de recharger. Patois Lorrain.

RÊCHER; RÊQUER: faire tomber les fruits à pressoir, à coups de gaule.
Voy. RÊQUER; RÊQUET.

RECHEU: reçu, participe passé de RECHEVER: recevoir.

RECHEVEUX: grand cuvier qu'on place sous le canal de la _faiselle_, pour
recevoir le cidre nouvellement brassé. M. Decorde.

RECHINCHER: revendeur.

RECHIPPER: pousser de nouveau en _cépées_.

RÉCIPER: recevoir. C'est le verbe latin _recipere_. O.

RÉCLER (v. n.): recueillir les fruits oubliés dans ou sous les arbres.

RÉCOMPÉRER: ne pas conserver le respect dû aux supérieurs; leur parler
comme à un compère.

RÉCOPÉRER: récupérer.

RÉCOPILLÉ (TOUT): tout _craché_. Voyez RÉCOPI.

RÉCOPI; RÉCOPIT: peint trait pour trait; parfaitement ressemblant. Du
verbe _copier_. Voyez ÉCOPIR.

RECOQUET: oiseau de la seconde ponte.

RÉCOQUILLER: rendre la santé. H.-N.

RECOUER (v. a.): sauver; conserver. A.

RECOUPER: mélanger. _Recouper_ du cidre: y mettre moitié d'eau;--du blé:
le remuer à la pelle pour l'empêcher de se gâter;--de la chaux: remuer,
pelletée à pelletée, une masse de terre où l'on a mis de la chaux à
s'éteindre pour former un bon engrais.

RECOUVRIR: recouvrer. _Recouvrir_ la santé.

RECROCHILLER: rendre croche; courber; tordre.

RECUIT (BLÉ AU): blé qu'on n'a pu vendre et qu'on a mis dans un coin à
l'écart.

RECULÉE (FEU DE): grand feu qui force à se _reculer_.

RÉCURER: curer; écurer; fourbir.

RÈDE (adv.): très; tout-à-fait; vite. _Rède_ bon: très-bon. Courir
_rède_: courir vite.

RÉDILLON: sentier escarpé. H.-N.

REDINGUER: rebondir. (Valognes.)

REDOT: enfant né long-temps après celui qui l'a précédé, et quand on ne
s'y attendait plus.

REFAIRE: tromper; attraper.

REFAITS: récits sans importance. Voyez RAFAITS.

REFALX; REFAUX: regain, herbe de la première pousse après la fauchaison.

REFILER: refendre au moyen de la scie.

RÉFORCEMENT: renforcement. Cet homme est bête par réforcement, imbécile
_renforcé_, bête à l'excès. L.

RÉFORCER; RÉFORCHER: engager à manger; presser avec instances réitérées
de manger, de boire. _Réforcez-vous_: mangez donc; excitez-vous à
manger. L.

RÉFOUI: usufruit. O.

REFREINDRE (v. n.): baisser de prix, en parlant des objets de commerce
courant. Voyez RAMENDER. B.

REGADER: regarder. L.

RÉGALER: payer la goutte.

REGARDANT: intéressé, un peu avare. L.

REGAUDIR: réjouir. De _gaudere_. S.-I.

RÉGENCE: petit pain au levain de bière. H.-N.

REGENCER: rajuster. D'_agencer_. Voyez GENCER. L.

REGINGUER: regimber.

RÉGLER: avoir la respiration gênée et faire du bruit en respirant. M.
l'abbé Decorde.

RÉGNON: léger bruit du chat avant de s'endormir. H.-N.

RÉGOLICE, ou RÉGOLISSE. Voyez RIGOLICE.

REGRACIER: rendre grâces; remercier. C'est l'ancien mot français.

REGUCER. Voyez RAGUCER.

RÉGUISER: aiguiser.

REHAUCHE (s. f.): accroissement de qualités; avantage. S.-I.

REIDERIE: engouement pour certaines choses.

REIDEUX: qui a des _reideries_.

REINE-BOITE (PORTER A LA): porter quelqu'un, à deux personnes, qui
entrelacent leurs mains pour en faire un siége.

RELANNER: rosser. De _lanière_.

RELANQUIR: renoncer à. De _relinquere_. S.-I.

RÊLE (s. f.): raie tracée sur le papier, le bois. On appelle parfois
l'arc-en-ciel la _Rêle-St.-Martin_.

RELICHÉE: rossée.--RELICHER: rosser.

RELICHER: lécher de nouveau; savourer en mangeant; chercher ce que les
autres ont laissé; courir après un objet que l'on convoite.

RELIÉE: rossée.--RELIER: rosser.

RELINGUER: redresser; remettre quelqu'un à sa place, le rappeler à
l'ordre.

RELIPPER: boire la part d'un autre.

RELIQUER; RELIQUIER. Voyez RELICHER.

RELIRE; RELURE: reluire.

RELUQUER: regarder en clignant les yeux. Du latin _lux_.

REMAIT (IL): il reste; il _demeure_.

REMANCER; REMANCHER; REMANCHIER; ROMANCHIER: gronder.

REMBRAILLER: donner suite à une fête le lendemain de cette fête ou le
jour de l'octave; peut-être remettre ses _braies_ de fête. M. l'abbé
Decorde.

REMBRAILLER (SE): remettre ses _braies_. Id.

REMEMBRAME (s. m.): reste; petit morceau. O.

REMEMBRANCE: souvenir.

REMEMBRER: se souvenir.

REMENER: rabrouer. On dit à quelqu'un dont on a sujet de se plaindre:
«D'où viens-tu, que je te remène?»

REMETTOUX: _rebouteur_. Voir ce mot.

REMEUIL: commencement de dégel. L.

REMEUILLER (v. n.): commencer à dégeler. L.

RÉMIAGE (s. m.): action de _rémier_, de pressurer un marc déjà travaillé
et étreint. Le _rémiage_ est aussi la liqueur qui provient de cette
seconde pression. D'_émier_ pour la deuxième fois. L.

RÉMIER (v. a.): exécuter l'opération du _rémiage_. L.

REMINER A: songer à. Du verbe _ruminer_. L.

RÉMIOUX: ouvrier qui _rémie_.

REMIRER: regarder avec attention. H.-N.

REMONTÉE: après-midi. H.-N.

REMONTER: reprendre son travail après midi.

REMOTTER: former une motte de terre au pied de certaines plantes, telles
que la pomme de terre. H.-N.

REMOUDRE; REMOULER: repasser sur la _meule_.

REMOULETTE: petite meule pour émoudre. O.

REMOUTI (s. m.): miroton. L.

REMPIÈCETER: rapiécer.

REMPIÉTER: refaire le pied d'un bas.

REMPLI: repli.

REMPLIER: replier.

REMUCRE; REMUQUE: _mucre_. Sentir le _remucre_. V. MUCRE.

REMUÉ DE GERMAIN: issu de germain. Cousin _remué_ de germain.

REMUER: replanter, en parlant de jeunes plantes.

RENAFLER: respirer bruyamment par le nez.

RENALLER (SE): s'en aller de nouveau.

RENARD: nausée, vomissement. Dans le patois Walon, on dit _renardé_ pour
vomir. De _nasus_. A.

RENARDER: vomir. Patois Berruyer.

RENARÉ: fin comme un _renard_. (Vire.) Être _renaré_: trouver plus rusé
que soi. H.-N.

RENASELLE: grenouille. De _rana_, _raine_, dans l'ancien français.
Patois Troyen. En patois Walon, _rane_, _ranotte_.

RENASQUER: renifler. En patois Walon, _naque_ signifie excrétion du nez.
A.

RENCEINT; RENCHEINT: ligne qu'on décrit en marchant, pour enceindre dans
un espace de plus en plus resserré l'animal ou l'objet dont on veut se
saisir.

RENCHAINT: surcroît. S.-I.

RENCHARGER: recommander.

RENCHIN: circuit de manière à revenir au point de départ. Faire un
_renchin_.

RENCOIGNER: pousser un animal dans un _coin_, où il est plus facile de
le saisir. L.

RENCONTRE: sorte de coiffe «dont les barbes, disent MM. Duméril, sont
faites de dentelles, cousues par le pied, qui se rencontrent.»

RENCONTRÉ: pourvu. Cette fille, qui s'est mariée, est bien _rencontrée_.
BIEN RENCONTRER: faire un mariage sortable.

RENDOUBLE; RENDOUBLÉ: double. _Rendouble-coquin_: double coquin.
_Rendoublée-catin_: coureuse consommée. L.

RENDOUBLER (v. a.): redoubler; replier de manière à former un double. Ce
linge, ce papier est _rendoublé_. L.

RENDUIRE: enduire.

RENDUIT: enduit. Voyez POULFRI. L.

RENELLE: ruelle d'un lit. H.-N.

RENEUCHIER: renouveler un repas de noce.

RENEUCHON: renouvellement du repas et des fêtes d'une noce. L.

RENÉTIR: nettoyer.

RENFILER: redonner le _fil_; affiler.

RENFRAICHIR: rafraîchir. De l'italien _rinfrescare_.

RENFRAICHISSEMENT: rafraîchissement.

RENGAGNE (s. m.): esprit irritant. Voyez ENGAGNER.

RENHAITER: exciter; encourager. H.-N.

RENLARGIR: élargir de nouveau.

RENMESSER: faire dire une messe d'actions de grâces, le lendemain de son
mariage. M. l'abbé Decorde.

RENONCHER; RENONCHIER: renoncer.

RENOUVIAU: renouveau, printemps.

RENOUVELÉE (VACHE): vache qui vient de vêler.

RENTIQUÉES: reparties; répliques.

RENTRAITE: reprise des mailles d'un tissu percé.

RENTRAITÉ: effrayé. S.-I.--Vêtement _rentraité_: auquel on a fait des
_rentraites_.

RENVERSER: vomir. (Mortain.)

REPAIRER (v. n.): habiter un lieu, s'y retirer habituellement. Le roi de
Navarre fait usage de ce verbe, dans ses _Chansons_, et La Ravallière,
dans le _Glossaire_ qui les accompagne, cite ces vers d'un vieux poète
anonyme:

             J'ai un joli sovenir
       Qui en mon cœur maint et _repaire_.

Wace avait donné à ce verbe le sens de revenir; retourner:

       Quant j'eu de France _repairai_.

Dans le patois de Grenoble, se _repairé_ signifie se retirer; rentrer
chez soi. De _repaire_. L.

REPAISSANT: dont on se dégoûte promptement; dont on est promptement
_repu_.

RÉPANDOUX, SE. Voyez NOUVELLIÈRE, qui a probablement le masculin
_nouvellier_.

REPARAPOINTER; REPARPOINTER: _pointer_ du glui dans une couverture pour
la réparer.

REPASSÉE D'AOUT: repas que le maître donne aux ouvriers qui ont concouru
à faire sa moisson.

REPASSEUX; REPASSOUX: émouleur.

RÉPER: avoir des répets.--RÉPET: rot. H.-N.

REPILE (s. f.): pied d'arbre arraché, séparé du tronc. L.

REPIMPER (SE): faire toilette.

REPLUMETTE (s. f.). Voyez REPASSÉE D'AOUT. L.

REPOISSU: repu. A.

REPONNEZ; REPONNU; REPONNANT; REPONNONS: répondez; répondu; répondant;
répondons. Dans les _Chansons_ du roi de Navarre, on lit _reponnez_ pour
répondez. L.

REPOSETTES (s. f. pl.): loisir, _repos_. Vous m'écrirez à vos
_reposettes_: dans vos moments de loisir. L.

REPOUILLER (v. a.): rhabiller; _pouiller_ de nouveau. A.

RÉPREUME (s. m.): réflexion; retour au principe, au premier point de la
question. _Au répreume_, je suis d'avis de. M. Lepingard.

RÊQUE: d'un goût âpre. Air _rêque_: air revêche.

RÊQUELER: recueillir les fruits oubliés aux arbres. Du verbe _rêquer_.
B.

RÊQUER; RÊQUIR: gauler des fruits à pressoir;--frapper.

RÊQUET (s. m.): petite gaule à _rêquer_.

REQUILLER: renvoyer la boule vers les joueurs de quilles. Au figuré,
_requiller_ quelqu'un, c'est le tancer, le rabrouer. L.

RÉQUILLONS; RÊQUILLONS: restes.

REQUIR: _requérir_. H.-N.

RESAN: serein, air du soir.

RESAQUER: retirer. H.-N.

RÉSIPÈLE: érysipèle. H.-N.

RÉSOLU; RÉSOU: dispos. L.

RESSASSIER. Voyez SASSAIRE.

RESSE (s. f.): sorte de panier long et peu profond, sans anse. C'est ce
que, dans l'Ille-et-Vilaine, on appelle _grelle_. O.

RESSERRE: serre; lieu où l'on _serre_ des objets. L.

RESSOURCE: source. L.

RESSOURDRE (v. a.): relever; activer; réveiller;--se gonfler; se
développer. Ces pois, ce vin, ce pain ont beaucoup _ressourd_ en
cuisant: ont beaucoup augmenté de volume. De _surgere_.

RESSUER; RESSUYER: cesser d'être humide. Il se dit aussi des murs qui se
couvrent d'eau, par suite de l'humidité de l'atmosphère.

REST-CHE: est-ce de nouveau?

RESTILLON (s. m.): petit _reste_ de peu de valeur. A.

RÉSURRECTIONNIER: celui qui, la veille de Pâques, va de porte en porte
chanter la Résurrection.

RESSUSER: aller à reculons.

RÉTAMER: étamer de nouveau.

RETAPER (SE): s'habiller mieux qu'auparavant.

RÊTILLER: agiter les membres convulsivement. L.

RETINTON: petit reste. De _retentum_.

RETIRE (s. f.): lieu où l'on place les objets dont on n'a plus ou dont
on a rarement besoin. De _retirer_, ou plutôt de l'adverbe latin
_retro_. Ce substantif est masculin dans le patois des Vosges. L.

RETOQUER: faire de nouveaux efforts pour soulever un poids. M. l'abbé
Decorde.

RETOQUET: bavard et entreprenant.

RÉTOUPER: boucher; réparer.

RÊTRE: être de nouveau. Il _rest_ parti.

RETRUC: expédient. Voyez TRUC.

RÊTU, E: en bonne santé; bien conservé; actif, en parlant d'un
vieillard.

RETUIT: lieu où l'on dépose le grain non vendu, pour l'exposer au marché
suivant. On dit, en patois Troyen, _retuyer_: serrer pour le marché
prochain. De _réduit_.

REUE: roue.--REULIÈRE: ornière.

REUNGE (s. m.): action de ruminer; réflexion. Revenir au _reunge_:
revenir à la pensée par rancune.

REUNGER: ronger;--ruminer, en parlant des animaux. En patois Walon,
_rouingi_. A.

REUNGIS. Voyez REUNGE.

REUX: confondu; étonné. B.

REVALIN: reste. B.

REVANGE: revanche. Patois Lorrain. S.-I.

REVANGER: remuer; brouiller. A.

REVANGER (SE): prendre sa revanche.

RÊVE (s. m.) (en parlant du miel). Un _rêve_ de miel: un rayon de miel.

REVÊCU: ressuscité. A.

RÉVEILLE-MATIN: tithymale (_Euphorbia_). B.

RÉVEILLONNER (v. n.): faire _réveillon_; et, par extension, faire après
minuit un repas extraordinaire.

RÉVÉRENT, TE: respectueux, se. L.

REVERTERIS (AVOIR UN): changer de résolution. H.-N.

REVEUGER. Voyez REVANGER. A.

REVÊVRE: ressusciter; _revivre_. A.

RÉVOIL; REVOUIN: regain. Voy. VOUIN.

REVOLIN: reste. B.

REVOUINER: repousser comme le _vouin_ (regain);--pulluler. Voyez VOUIN.
L.

RHABILLER: rétablir; remettre en bon état. _Rhabiller_ un chemin: le
réparer.

RHEUME; RHIÈME: rhume.

RHINOCÉROS (_Oryctère nasicornis_) insecte. Voyez CAPUCIN. B.

RIAL; RYAL: royal. S.-I.

RIBALET: bord d'un ruisseau; petit sentier qui s'y trouve. De _ripa_:
rive, bord. B.

RIBAN: ruban.

RIBLE (s. m.): vent froid et pénétrant. B.

RIC (TOUT): tout près. (Mortagne.)

RICHOINE: homme joyeux, comme un _riche_ à qui rien ne manque.
(Avranches.)

RICHOLER: _ricaner_; rire en secret.

RIDELER: produire de petites rides; flétrir.

RIDIAUX: rideaux.

RIÉE: rayon du soleil qui semble, en paraissant, rire ou sourire à la
terre.

RIEN-QUI-VAILLE: vaurien.

RIEU: ruisseau. De _ré_.

RIFAU: canal. Du latin _rivus_, ruisseau.

RIFLE: morceau de bois qui se place au bout du _hanse_, et dont les
faucheurs se servent pour aiguiser leur faux. M. Decorde.

RIFLE (s. f.): gourme des enfants.

RIFLER: rafler; voler; enlever;--se servir du _rifle_; effleurer.

RIFOUR. Voyez RIFAU.

RIGNALER: _rognoner_; murmurer.

RIGNON: rognon.

RIGOLET: grand gobelet. Du vieux français _se rigoler_; se régaler.
Vire.

RIGOLET: rigole;--harin, mauvais cheval.

RIGOLICE; RINGOLISSE (s. m.): réglisse. Patois Walon, _régolice_.

RIGOLLER: railler. Ce verbe a été employé en ce sens par l'auteur d'une
ancienne chanson normande, que nous avons publiée à la suite de notre
édition de Basselin, p. 182:

       Ne venez plus ainsy m'y _rigoller_.

J.-B. Rousseau donne un autre sens au verbe _rigoller_. Il dit:

       Se _rigollant_, menant joyeux déduit,
       Et jusqu'au soir faisant le diable à quatre.

RILE; RILETTE: restes rissolés de lard, que l'on découpe et frit pour en
tirer le saindoux, et que l'on conserve salés et poivrés en pot pour
l'hiver. A.

RILE (s. m.): hâle.

RIMOUSQUETTE (s. f.): fille dégourdie, qui agace les garçons. A.

RIMÉE: gelée blanche.--RIMER: geler blanc.

RIN: rien.

RINBIN: objet de peu de valeur (_rien_ de _bien_). A.

RINBINER: revendre des objets de peu de valeur. L.

RINBINIER: celui qui _rinbine_. L.

RINCÉE; RINCHÉE; RINCHIE: volée de coups. L.

RINCER; RINCHIER; battre quelqu'un; le rosser. L.

RINCER; RINCHIER: aiguayer; rincer du linge.

RINCETTE; RINCHETTE: verre d'eau-de-vie ou de liqueur qu'on prend après
le café.

RINCHI: rincé, nettoyé. Des bouteilles bien _rinchies_.

RINCHURETTE: verre qu'on prend après la _rinchette_.

RINGARD: fourgon du four. Voyez NAS.

RINGLER: glisser sur la glace. A.

RINGLOIR: eau gelée propre à _ringler_. A.

RIO: petite raie, poisson;--petite rigole. H.-N.

RIOCHER; RIOCHINER: rire à petit bruit, en se moquant.

RIOCHEUX: qui _rioche_.

RIOLET: bord ou trottoir. De _rivus_ ou de _ripa_. Voyez RIBALET.

RIOLET: petit ruisseau. De _rivulus_. B.

RION: _rayon_; petit sillon. L. Un _rion_: un brin. H.-N.

RIOTER. Voyez RIOCHER.

RIOTEUX: instrument qui sert à faire des _rios_ pour planter des pois,
des fèves, etc.

RIPER: tourner un objet bout pour bout. _Riper_ un tonneau: le placer en
équilibre sur un chantier et lui faire faire volte-face. M. Lepingard.

RI-PIERRE; RI-TERRE: rez-pierre; rez-terre.

RIQUET: mesquin, _étriqué_.

RIQUIEU: troglodyte de l'ordre des Sylvains, roitelet.

RIQUIQUI (Famille de): composée d'un grand nombre de membres.

RIQUIQUI (s. m.): eau-de-vie. De _rikiki_: toute liqueur spiritueuse
chez les Arabes, qui appellent kiki le ricin, que M. Pierquin de
Gembloux croit être le kikajou de Jonas.

RIRIE (s. f.): ris continués, aux éclats; partie de rire.

RISQUATOUT: animal qu'on _risque à tout_, qu'on épuise, sans craindre
que mort s'ensuive.

RISQUIPÈTE (A LA): à la coque; œufs cuits dans les cendres, _à la
risque qu'ils pettent_. M. Decorde.

RISTOURAS: mauvais _restes_ d'étoffes, de linge. A.

RITELET: roitelet.

RIVE: côté extérieur d'un lit.

RIVER: parer la _rive_ (d'un lit); arranger le bord de la couverture, la
replier sous le matelas de manière que ce bord ne soit point aperçu. M.
Lepingard.

RO! RO! haro. De Hrolf (Rollon), premier duc de Normandie. S.-I.

ROBERDE (s. f.): herbe-à-Robert (_Géranium Robertianum_). B.

ROBIN: taureau. H.-N.

ROBINIÈRE (VACHE): qui tourmente les autres et est impropre à la
reproduction.

ROC: réprimande, semonce. Donner un _roc_ à quelqu'un. B.

ROCHIER: rocher.

ROCHER. Voyez BUCHER.

RODEUR: celui qui _rôde_ pour voler; et, par extension, voleur.

ROE (s. f.): roue.

ROGATONNER: parler entre ses dents, en revenant sur des faits accomplis,
en grommelant.

ROIGNER: rogner.

ROGNONEMENT: action de rognoner.

ROINCER: grogner. Dans l'arr. de Mortagne, il exprime le cri des chevaux
qui veulent se battre. MM. Duméril.

ROISNER; ROUESNER; ROINASSER: murmurer entre ses dents, de manière à
rappeler un peu le bruit d'une roue mal graissée.

ROITER: tourner; décrire en courant des traces circulaires. Terme de
chasse.

ROMACHER; ROMANCHIER: murmurer; grommeler.

ROMANCER: raconter.

ROMATIQUE: rhumatisme.

ROMPUMENT: rondement. Travailler _rompûment_: sans s'interrompre.

RONCE COCHONNIÈRE: églantier (_Rosa canina_).

RONCEUX: noueux.

RONCHAILLES: lieu où il y a beaucoup de _ronches_, ou ronces.

RONDEAU: rondin.

RONDIR L'ŒIL: ouvrir les yeux d'une manière remarquable, en témoignant
de la surprise et du mécontentement. A.

RONÉ, E: enluminé; rouge, en parlant de la figure. A.

RONSSE (s. f.) (Orne): chêne dont on coupe la tête tous les ans pour
l'empêcher de donner de l'ombre. On dit aussi _rosse_ et _rousse_. MM.
Duméril.

ROPIDOLLER: _roupiller_; sommeiller. A.

ROQUELAURE; ROQUELAUSE (s. f.): houppelande. L.

ROQUES: mottes de terre.

ROQUET: jupon court. De l'allemand _roke_: robe en général;--pomme à
cidre tardive.

ROS: roseau commun;--lame du métier de tisserand, dont les dents sont en
roseau.

ROSEAU: glui. De la ressemblance des tiges ou chalumeaux du blé avec les
tiges des roseaux. L.

ROSELET; ROSELEU: belette.

ROSIÈRE (s. f.): terrain planté de roseaux; où ne poussent guère que des
roseaux. Titres de 1361.

ROSSÉE: volée de coups. Du verbe rosser.

ROSSOLI, E: rissolé, e.--ROSSOLIR (v. n.): rissoler.

ROTE: corde qui retient la charge d'une voiture.

ROTE (s. f.): sentier. De _route_, mot qui vient du verbe latin
_rumpere_, au participe passé _ruptus_, parce que les routes ne sont que
des terrains _rompus_. Patois Rouchi. A.

ROTER: _ôter_; reprendre ce qu'on a donné. On dit proverbialement:

       Donner et roter,
       C'est pis que voler.       L.

ROTEUX: lieu qui reçoit l'égout du fumier. H.-N.

ROTILLON (s. m.): pépinière de jeunes arbres à cidre, poiriers ou
pommiers;--petit _rôton_.

ROTON (s. m.): trognon de choux, de pomme, etc.

ROTTE: cordeau.--ROTTER; lier avec une _rotte_.

ROUAGE: rouge.

ROUAGÉ: défoncé par les roues des voitures.

ROUANER: manger désagréablement, malproprement. Du verbe _ronger_. A.

ROUAUDER (v. n.): crier, en parlant des chats en _rut_. Voyez RAUT. O.

ROUCE (s. f.): buisson, hallier. De _ronce_, parce que les buissons se
composent principalement de cette plante. C'est l'_u_ substitué à l'_n_,
comme dans _mouceau_ pour monceau, couvent pour convent.

ROUCHAS. Voyez ROUCHON. A.

ROUCHE: glaïeul, dont on fait de petits liens.

ROUCHE-CROUTE. Voyez BADOCHET. A.

ROUCHER: ronger. Patois Rouchi.

ROUCHON: reste d'un morceau rongé. A.

ROUELLE (s. f.): petite _roue_. Civière à _rouelle_: civière montée sur
une roue. Se coucher en _rouelle_: en rond, comme le chien. Du latin
_rota_. Feu Lamarche.

ROUET (s. m.): solive. A.

ROUFLE. Faire la _roufle_ ou roue, comme le dindon: se pavaner.

ROUGE-BRIERE: pomme à cidre tardive.

ROUGE-POUQUE (s. f.): rouge-gorge. L.

ROUGET: grondin, poisson.

ROUGET (s. m.): dartre des chiens. B.

ROUGEULE: rougeole. L.

ROUGNE: teigne. Glossaire de M. Chassant.

ROUIL (s. m.): rouille. On trouve _rouil_ pour rouille, dans _Lucrèce_,
tragédie de Filleul, au milieu du XVIe siècle.

ROUINASSER: grommeler; grogner. Voyez ROISNER.

ROUINCER (v. n.): crier d'une manière importune et vibrante, en parlant
du cheval (_ross_, en allemand); et, par extension, des autres animaux,
même des hommes. A.

ROUINE (s. f.): soliveau.

ROULÉE: volée de coups de bâton;--ce que l'on peut rouler de fil sur un
fuseau.

ROULER: donner une _roulée_;--Se moquer de quelqu'un en le _roulant_
entre les extrêmes; abuser de sa folle confiance ou de sa sotte
crédulité.

ROULET: rouleau pour écraser les mottes de terre appelées
_roques_;--râle des agonisants.

ROULIÈRE: blouse de roulier.

ROUIPIAUX. Voyez ORIPEAUX.

ROUOLOUX: rouleau.

ROUPIEUX: qui baisse le nez, comme s'il avait la _roupie_; décontenancé;
honteux. S.-I.

ROUPILLER: pleurnicher;--rabâcher;--faire le moins de bruit
possible;--avoir la roupie.

ROUQUELOUSE: espèce de houppelande.

ROUSÉE: rosée.

ROUSINE: _résine_ de mélèze, dont on fait des chandelles. Voyez PETOCHE.
A.

ROUSSE (s. f.): tête d'arbre soumise à un émondage périodique,
ordinairement tous les six ans.

ROUSSI (s. m.): _Roussin_, par apocope. Péter comme un _roussi_. De
l'espagnol _roncino_.

ROUSSOLÉ: rissolé.

ROUTER: vomir.

ROUTOUX: _routoir_.

ROUVIEU: maladie de peau qu'ont les chiens.

ROUVROUX (s. m.): dartre des chiens. Voyez ROUGET.

ROUX: glui. Voyez ROSEAU. (Vimoutiers.)

ROUX-VENTS: vents qui, à l'époque de la _lune rousse_, brûlent les
jeunes pousses des plantes.

ROYALE; HERBE ROYALE: mâche (_Valeriana locusta_). Voyez BOURSETTE. L.

ROYAU: fuseau sur lequel le fil s'enroule. O.

RU; RUÉ: ruisseau. Du grec ρυσις; de ρεω, couler.

RUCHE: panier;--plante. Voyez RAVELUCHE.

RUCHEAU ou RUCHOT; RUCHETTE: petit panier. L.

RUCHER: ruer; lancer, en parlant des pierres et autres projectiles.
Marot s'exprime ainsi, dans une épître au roi sur la mort de son père
(Jean Marot):

       Par plaiderie on peut manger son bien,
       Par médecine on se peut bien tuer:
       Mais ton bel art ne peut tels coups _ruer_.       L.

RUCHI: cheval qui rue. MM. Duméril.

RUDE: entravé dans ses mouvements par l'âge, ou par la fatigue.

RUETTE: petite rue.

RUFLE: fort, vigoureux.

RUISSÉ; RUSSÉ: ruisseau. Voyez RU.

RUN: surpris, étonné, abasourdi.

RUNGE; RUNGER. Voyez REUNGE; REUNGER.

RUPIN: rusé; fécond en joyeux tours. Être _en rupin_: être en gaîté;
faire le goguenard.

RUQUE: ruche.--RUQUER: rucher.

RUQUER: sommeiller; dormir à demi.

RUSE-CROCHE (s. f.): croc-en-jambe.

RUSSE (s. m.): navet sauvage.

RUSTIQUE: grossier; solide.

RUTAFIAN: paysan débauché.


S.


SABIET: pou.

SABOT: chaussure fragile. Se prend métaphoriquement pour l'honneur d'une
fille. Celle qui _casse son sabot_, faillit, perd son honneur.

SACCAGE (s. m.): grande quantité. De _sac._ L.

SACCOUTER: chuchoter; parler bas à quelqu'un. Vauquelin de La Fresnaye
emploie ainsi ce verbe: «Luy saccouter souventefois en l'oreille.»
(_Oraison de ne croire legerement à la calomnie_, page 13) Caen, Jn. Le
Bas, 1587, in-4º.

SACLER: sarcler. H.-N.

SACQUE-SA-VIE: mendiant; parasite obstiné.

SACQUESONNER: tirer; agiter par saccades continuelles.

SACQUIER: tirer brusquement, avec secousse violente.

SACRELOTTE! juron. L.

SACREMENT DE LA MESSE: l'élévation de l'hostie. L.

SACRESTI! SACRISTI! jurons.

SADE: savoureux. A. _Sado_, dans l'Isère.

SADOT (s. f.): femme sale et de mauvaises mœurs. En patois des Vosges,
_sadrouille_ signifie une fille ou une femme malpropre. A.

SAFREMENT: goulument. De l'adj. _safre_, vorace.

SAFRETÉ (s. f.): gourmandise; voracité. L.

SAGOUIN: malpropre. L.

SAI (s. m.): soir;--(s. f.): soif;--pron.: _soi_.

SAIE: soie, poil; _saie_ de cochon. Du latin _seta_. Se coucher sur la
_saie_ du dos: s'aliter par maladie.

SAINE: filet de pêcheur.

SAINT-CRÊPIN: argent en réserve. _Prison de Saint-Crêpin_: souliers trop
petits. L.

SAINT-FRUSQUIN: argent réservé. En patois Lorrain, _Saint-Frisquin_. En
Argot, _frusquin_ signifie habit. L.

SAINTIR: _suinter_. Les mains _saintissent_ par l'effet des gerçures
produites par les engelures. De là le sens de défaillir. Ses mains
_saintissent_: faiblissent et ne peuvent plus garder ce qu'elles
tenaient.

SAIR ou SER (s. m.): soir.

SAIRANGE (s. f.): chute du jour, soirée.

SAIS; SINS: chez. Mortagne.

SAIT: soit.

SALADIÉ! juron.

SALAINE: saline; salaison.

SALEBUTE. Voyez CANNE-PÉTOIRE.

SALEUX; SALOUX: saloir; _saleu_, en patois Walon.

SALOPIN: enfant malpropre. _Salop_: sale, en Walon.

SALS; SAS: saule.

SAMSONNET: maquereau, poisson;--étourneau. L.

SAN: son. Pronom possessif. L.

SANG-DE-DRAGON (_Rumex sanguineus_).

SANGLEAU (s. m.): petite sangle. De l'ancien français _cengliau_, venant
du latin _cingulum_.

SANG-MÊLER: troubler fortement. _Sang-mêler de peur_. _Peur sang-mêlée_:
peur à bouleverser le sang. L.

SANGLE; SANGLIE (GLI se mouille): pur, seul. _De l'iau sanglie_: de
l'eau pure; de l'eau seule. De _singulus_.

SANGUINÉE (s. f.): pus mêlé de _sang_ corrompu.

SANGSURE; SANSURE: sangsue.

SANGSURER (quelqu'un): l'épuiser, comme ferait une sangsue.

SANS (DE): privé de. As-tu de l'argent?--Je suis _de sans_.--Moi je ne
suis pas _de sans_. L.

SANVRE; SANRIETTE: sarriette.

SANVRIN ou SENVRIN: sénevé, graine de moutarde. Voyez QUAILOQUE.

SAONNER: recuser; reprocher.

SAP: _sapin_. Ce mot était encore d'usage dans le XVe siècle. Le bourg
du _Sap_ tire, suivant Orderic Vital, son nom d'un antique sapin. Patois
Walon.

SAPAIE; SAPÉE: sapinière, lieu planté de _sapins_.

SAPAS: sale, malpropre.

SAPAUDER: se salir.

SAPÉE (s. f.): régal à profusion.

SAPER (la parole): couper la parole; interrompre. On dit aussi: _saper
dur_ pour boire beaucoup. C'est _saper_ pour _super_. Voyez SUPER.

SAPERLOTTE! juron. Voyez SACRELOTTE.

SAPRE: safre, glouton, gourmand, vorace.

SAPREMENT: avec ardeur et voracité.

SAQUE-FEU: briquet. De _saquet_ et de _feu_. Voyez FOISIL.

SAQUER: tirer brusquement. De _saccade_.

SAQUET (DE) ou DE SAQUÉE: tout à coup; par un effort brusque. De
saccade. Du Roman _assacquier_: tirer dehors. En patois Rennais,
_sacquer_ signifie arracher. L.

SARCET (s. m.): gaule. Voyez RÊQUET.

SARCHE (s. f.): trépied en bois pour placer le cuvier à lessive.

SARCIR: dessécher, en parlant de la viande que l'on fait cuire, soit à
la broche, soit au four. Ce morceau est _sarci_. Du Roman, _charci_:
décharné.

SARCLES (s. m. pl.): plantes parasites dans les cultures, et qu'il faut
sarcler. B.

SARRER (v. a.): meurtrir. (Vire.)

SAS; SAT: saut. De _saltus_.

SAS: saule. _Sa_, en patois Walon. L.

SAS: ivre, _saoul_.

SASSAIRE; SASSIER; SASSIÈRE: fabricant ou marchand de _sas_, de tamis.

SASSONNER. Voyez SACQUESONNER.

SATANÉ: diabolique, endiablé.

SATANN-QUIEN! juron. De Satan et de chien. S.-I.

SATIDIÉ! juron. _Sacredié!_ S.-I.

SATIDIENNE! juron. _Sacredienne!_ S.-I.

SATROUILLE: poulpe de mer. Au figuré, femme sale et dégoûtante.

SATYRE-CHIEN! juron.

SATYRE-MATIN! juron.

SAUCÉ: bien mouillé par une grande pluie.

SAUCUBLETTE; SAUSSUBLETTE; SAUTUBLETTE: cabriole que font les enfants.
De _saut_ du _cu_ sur la _blête_.

SAUFFETIER: psautier.

SAUGE (MENUE-): sauge (_Salvia officinalis_). L.

SAUGRENÉE: mélange sans apprêt.

SAULER: _saouler_, enivrer. S.-I.

SAULX; SAUX: saule.

SAUNIER: saunière, boîte où l'on met le sel.

SAUTÉE (s. f.): _saillie_ d'une femelle. L.

SAUTELICOT: sauterelle. (Coutances.)

SAUTER (v. a.): saillir une femelle. L.

SAUTEROLLE: engin pour prendre les oiseaux. Voyez ARJETOURE.

SAUTICOT: petite sauterelle des champs;--crevette grise. De _salicoque_.

SAUTIER: psautier. Roman.

SAUVADIN; GOUT DE SAUVADIN: goût étrange; saveur d'animal _sauvage_. A.

SAUVAGINE: lieu où se retire le gibier sauvage.

SAVENIAU: verveux, espèce de filet qui sert à prendre le poisson. M.
l'abbé Decorde.

SAVER: savoir.

SAVETER: user désagréablement, comme une vieille _savate_. Cet habit est
tout _saveté_.

SAVIGNI; SAVIGNIER: sabine (_Juniperus Sabina_). L.

SAVIN: bedeau. S.-I.

SAVOUS: savez-vous? Cette contraction se trouve dans l'épitaphe de Guyon
Précy par Étienne Forcadel:

       Savous qui repose ceans?
       C'est Guyon mort assez vieux d'ans.

SCANDI: candi. Sucre _scandi_. Voyez ESCANDIE.

SCIAU: seau.

SCIENCE; SCHIENCE: feinte, dissimulation, semblant. Faire des
_sciences_: dissimuler son désir; affecter de refuser, en laissant
entrevoir qu'on finira par accepter.

SCIONNÉE: coups de _scion_, de verges. L.

SCIONNER: frapper avec un scion;--couper avec difficulté.

SCIO; SCIOT (s. m.): petite scie.

SCOLTE (s. f.): secours d'escorte. L.

SCOLTER: secourir. L.

SCORNES: scories. A.

SCORPION. Cet insecte, qui n'a pas de rapport avec le véritable scorpion
qu'on ne rencontre que dans les pays chauds, est la taupe-grillon ou
courtillière (_Grillo talpa_). B.

SÉ: sel.

SÈCHE: sec. SÈQUE: sec, sèche.

SÈCHE (s. f.): sou-marqué, vieille pièce de monnaie.

SECOUÉE: quantité de fruits qu'une secousse a fait tomber d'un
arbre;--fustigation; réprimande.

SÉCRAN: homme très-maigre, sec de corps, ou d'esprit, ou d'argent. On
appelle aussi _sécran_ un veau qui a tété sa mère.

SEIGLERI: champ où l'on a récolté du seigle.

SEIGNEUR. Voyez DIABLE. B.

SEIGNEURERIE ou SEIGNEURIE: surnom, sobriquet; parce que les _seigneurs_
avaient plusieurs noms et qualités.

SEILLE (s. f.): seau. En Roman, _seigle_. A.

SEILLÉE: plein une _seille_. B.

SÉLIAIS: fléau pour battre le blé.

SÉLIEUSET: sifflet. (Manche.)

SÉLIOT: champ. (Manche.)

SÉLIOUSIR: souffler; siffler. (Manche.)

SEMEUX: homme qui sème;--espèce de nappe qu'il passe en bandoulière pour
porter la semence. M. Decorde.

SEMINÉ: sorte d'échaudé, fait de fine fleur de froment.

SEMON: invité.--SEMONER: inviter.

SEMOUILLE: semoule. L.

SENGLES (s. f. pl.): ruelles qui entouraient la ville de Bayeux, comme
une ceinture (_cingula_).

SEN; S'N: son. _Sen_ bâton: son bâton. _S'n_ ami: son ami. _S'n_ aller:
s'en aller. Patois Walon.

SÉNILLE; CÉNILLE: fruit de l'épine. Voyez HAGUE.

SENRIETTE: sarriette (_Satureia hortensis_).

SENT-NAVET: parasite. L.

SENTE (s. f.): sentier. Patois Walon.

SENTEUX de filles: libertin, qui court après les filles.

SENTINE (s. f.): baie de l'airelle. Voyez MORET. A.

SENTU: senti. On trouve ce participe dans une chanson de Henri III, duc
de Brabant, au XIIIe siècle:

       J'ai _sentu_
       De quel manière ele fu.   L.

SENVRE (s. f.): crucifère à fleurs jaunes, qui croît dans les blés.
Voyez BOURBITON.

SÉPEAU (s. m.): serrure de bois. A.

SEPTEMBRESSE: fête de Notre-Dame de septembre (la Nativité de la
Vierge). Voyez MARCHESSE. L.

SÉQUERESSE: sécheresse. _Secchezza_, en italien.

SÉQUER; SÉQUIER: sécher.

SERAINE (s. f.): vase de terre pour recevoir le lait dans la laiterie.
De _serum_. A.

SÉRANGE: chute du jour, soir, soirée.

SERCELLE: sarcelle. En Roman, _cercèle_.

SERCHER; CERCHER: chercher.

SERCI: gercé.--Lèvres _sercies_: gercées.

SERCLER: sarcler. Patois Lorrain. L.

SERCLEUR, SE: sarcleur, se. Patois Lorrain. L.

SERCLOIR: sarcloir. Patois Lorrain. L.

SÉRÉE: soirée.

SERENCE: soirée. B. Du latin _serus_.

SERGALE (s. f.): fille qui court après les garçons.

SERGAUT (s. f.): fille évaporée et inconséquente. A.

SERGE; CHERGE: charge. S.-I.

SERGE (s. f.): couverture de lit. De la basse latinité _sargia_. Dans le
XIVe siècle, il s'en fabriquait beaucoup à Caen. Cette couverture, dit
M. Lepingard, est maintenant en droguet (trame en fil remplie de laine);
la doublure en toile, garnie de laine, de coton ou de filasse, est
piquée de manière à ce que cette garniture ne puisse se déranger.

SERGENT: le carabe cuivré, insecte. B.

SERGOLE: mauvais couteau.

SÉRINGLE: seringue;--SÉRINGLER: seringuer.

SERPER: interrompre brusquement; couper le fil d'un discours. De
_serpe_, instrument tranchant. B.

SERRER: cueillir; récolter.

SERT-FEMME (s. f.): sage-femme, accoucheuse. L.

SERTE (s. f.): époque des termes du service des domestiques; leur durée.
L.

SÉRUGIEN: chirurgien.

SERVANTE (s. f.): sorte de grille en fer, attachée momentanément à la
crémaillère et qui sert à supporter la poêle à frire. On l'appelle aussi
_chambrière_. L.

SERVIR: saillir. Se dit des taureaux et des étalons.

SET (s. f.): soif. _Seï_, en patois de Grenoble; _seu_, en patois Walon.
L.

SET (s. m.): tamis, _sas_. De _seta_, soie. B.

SEU; SEUE: sien; sienne.

SEU; SEUS: sureau (_Sambucus nigra_). En patois de Grenoble, _seu_; en
patois Walon, _sou_. B.

SEULLE (s. f.): magasin. Du latin _cella_. (Caen.)

SEUR: sûr, certain;--SEURETÉ: sûreté.

SÉYANT: séant.

SIAU: seau. Voyez SEILLE.

SIDONE (s. m.): linceul, suaire. M. Travers nous a fait connaître, dans
son édition des _Vaux-de-Vire_, une pièce inédite, dans laquelle est
employé le mot _sidone_.

SIEN (LE); LA SIENNE; LES SIENS; LES SIENNES: celui; celle; ceux;
celles. Souvent avec _à_: c'est _le sien à_ un tel: c'est celui d'un
tel.

SIERGETTE. Voyez SERGETTE.

SIESSER (SE). Voyez ASSIESSER (S'). L.

SIENCE (s. f.): sens, côté. Aller dans une _sience_: aller dans un sens.
A.

SIÉTEZ-VOUS; SIEUSEZ-VOUS: asseyez-vous.

SIEU: suis. Je _sieu_, ou _sieus_: je suis.

SIEU: suif, graisse. (Valognes.)

SIEUTE: suite.

SI FAIT: _si_ affirmatif, opposé à une négative. Vous n'avez pas
déjeûné?--_Si fait_. Si: au contraire. MM. Duméril ont remarqué que,
dans les poëmes de _Roswitha_, _si_ est une particule négative.

SIGNE (s. m.): seing, signature.

SILÉE ou SCILÉE (s. f.): coups de _scion_;--SILER: frapper avec un
_scion_; et, par extension, avec un fouet. L.

SIMENET. Voyez CHEMINEAU.

SIN: son de cloche, pour appeler aux offices religieux. De _signum_,
cloche.

SINAT: plancher d'une grange. Voyez CENAS.

SINE (s. m.): signature;--SINER: signer. L.

SINELLE. Voyez SÉNILLE.

SINS: chez. O.

SIQUENON: sinon. L.

SIROTEUX: qui a la consistance du sirop. H.-N.

SIS: participe passé du verbe _se seoir_.

SISSITE (FAIRE): s'asseoir; terme enfantin. H.-N.

SIT: suint. Laine en _sit_.

SLEAU, prononcé _esseleau_: pièce de la charrue en forme d'S.

SLIAQUETER: parler à grand bruit; clabauder. Du verbe _claquer_.
(Manche.)

SNÊQUEUX: scrupuleux, _sensé_.

SŒU: sœur. BONNE-SŒU: bonne-sœur, religieuse. L.

SŒURETTE; SŒUROTTE: petite sœur. Patois Walon. L.

SOIFARD; SOIFFEUR: ivrogne; qui a toujours soif. L.

SOINIR: flairer; chercher avec grande attention. A.

SOIRANTE (A LA): vers le soir.

SOLAGE (s. m.): espèce, variété, en parlant des fruits. Ces pommes sont
d'un bon solage. Crû. De _solum_: sol. L.

SOLDAR: soldat. Vieux mot qu'on rencontre dans Du Bartas (_Semaine_, Ve.
journ., v. 813):

       ...........et montrer aux _soldars_
       Par son beau réglement le dur métier de Mars.

SOLÉ; SOLAI: soleil.

SOLIER: galerie, porche, premier étage, dernier étage ou
grenier.--SOLIERS (VENTRE A QUATRE): très-gros ventre; ventre à quatre
étages. Du Celtique _solier_: grenier. En patois des Vosges, _solier_ et
_soulier_ signifient étage supérieur. L.

SOLINAGE: maçonnerie qui se trouve sous la sole.

SOMMÉLER: effrayer. H.-N.

SOMPTIER: psautier. L.

SONGEARD; SONGEAT: songeur, préoccupé, taciturne, dangereux.

SONNU, E: taché, e, sur la figure, de rousseurs qui ressemblent au son
du blé. Voyez BRANNÉ. L.

SORCILÉGE: sortilège.

SOROBINER: regarder; chercher sans en avoir conscience.

SOTTISES: injures, outrages.

SOTTISIER: qui dit des injures sanglantes ou des paroles obscènes.

SOU, LE: seul, seule. Il est tout _sou_.

SOU; SOUE; SOUILLE: étable à porcs. En Champagne, une _seu_. Voyez
SOUETTE. A.

SOUANER: prendre du tabac malproprement. O.

SOUATER: emprunter d'un voisin des bœufs pour le labourage, à charge de
revanche.

SOUBAUD: triste; abattu; sournois.

SOUCER: flairer. O.

SOUCILLE (s. f.): sourcil. _Sourcille_, dans l'Isère. L.

SOUCISE: soucie. Ce n'est pas que je m'en _soucise_. A.

SOUDRE (FAIRE): faire partir; lever. Il a fait _soudre_ un lièvre. Vient
peut-être de _surgere_. M. Decorde.

SOUEF: doux. Du latin _suavis_, suave.

SOUETTE (s. f.): étable à porcs. Voyez SOU. L.

SOUFFAQUER: _suffoquer_; oppresser.

SOUFFLE (s. f.): soufflet. Voyez JAFFE.

SOUFFLIER: souffler.--SOUFFLIET: soufflet.

SOUI, E: malpropre. A.

SOUIL (s. m.): ordure, cochonnerie. A.

SOUILLE (s. f.). Voyez SOU.

SOUIN: sournois.--_En souin_ se dit d'une truie en chaleur.

SOUINER: fureter comme la truie qui est _en souin_.

SOULARDISE: habitude de l'ivrognerie.

SOULAS (s. m.): consolation. Du latin _solatium_.

SOULASSER: pousser de gros soupirs. O.

SOULAU; SOULOT; SOULOUX: soulard, ivrogne.

SOULE, ou SOLE, ou CHOULE (s. f.): sorte de jeu, autrefois en usage à
l'époque du Mardi-Gras. C'était une sorte de mêlée (_sull_, en
islandais); une lutte brutale entre jeunes garçons qui se disputaient
une balle ou _éteuf_. Il en résultait de graves blessures, qui
déterminèrent l'autorité à interdire cet amusement dangereux. Il fut
défendu, en Normandie, par arrêt du Parlement, du 27 janvier 1494, sous
peine de 100 livres d'amende pour la première fois, et du carcan en cas
de récidive. On courait la _soule_, encore pendant le siècle dernier, à
la Lande-Patri et autres communes de l'arrondissement de Domfront et de
son voisinage.

SOULÉ: soulier.

SOULER; SOULOIR: avoir coutume.

SOULEUR (s. f.): saisissement; frayeur subite.

SOULEVIDER: ôter le trop plein d'un vase. L.

SOUMÉ: sommeil.

SOUPAU. Voyez SÉPAU. A.

SOUPIRETTE (s. f.): petite quantité de liqueur spiritueuse. Goutelette
que l'on _aspire_.

SOUPLE: moite. M. l'abbé Decorde.

SOURBIQUET: sobriquet. Des Perriers écrit _soubriquet_. L.

SOURCIER: lieu où l'eau _sourd_ constamment.

SOURCIN: nom par lequel on désigne les souris, les mulots, les rats,
etc. M. l'abbé Decorde.

SOURCONNAITRE: reconnaître à peu près quelqu'un.

SOURCOUER. Voyez SURCOUER.

SOURGE (en parlant de la terre): soulevée, gonflée à sa surface, comme
il arrive après une gelée.

SOURGER. Voyez SURGER.

SOURGUER (v. a.): surprendre. De _surgere_. B.

SOURIS-CHAUDE; GAUDE ou GAUGUE: chauve-souris. B.

SOURMITE: sournois. Air _sourmite_: mine sournoise; figure hypocrite. Du
latin _sub_: sous, et de _mitis_: doux. A.

SOURVIDER. Voyez SOULEVIDER.

SOUS (votre respect): _sauf_ votre respect. Patois Lorrain.

SOUSÉE; SOUZÉE. Cet adjectif s'entend du trousseau d'une femme, et veut
dire bien nippée. «C'te fille était bien _sousée_ en se mariant.» Feu
Lamarche. MM. Duméril disent que _sousé_ signifie, littéralement, qui a
un cochon.

SOUTINT: soutenu.

SOUTON: dissimulé, sournois. B.

SPARSIER: estafier. De l'italier _staffiere_.

SPÉCIAUTÉ: beauté remarquable; rareté. Se construit ordinairement avec
_par_: _par spéciauté_.

ST': ce, cet, cette devant un mot commençant par une voyelle.

STASERAN, ou plutôt ST'ASSERANT: cet assoirant; ce soir. Voyez
ASSOIRANT.

STE: cette, celle.--STELA: celle-là. Du latin _ista_. En italien, _sto_,
pour _questo_. _Stu_, en patois Bourguignon. L.

STABULER: étaler sa marchandise en plein vent.

STICHI; STICHIN; STICHITE: celui-ci.

STI-LA; STILO: celui-là. L.

SU: ce. _Su_ chien; _su quien_: ce chien. L.

SUBLER: siffler. Le _sibler_ de Des Perriers (Nouv. LXXI) est plus
rapproché du verbe latin _sibilare_. La Monnoye dit _subler_, dans les
notes de ses _Noëls bourguignons_. _Sibla_, en patois de Grenoble;
_subier_, en patois des Vosges. A.

SUBLET: sifflet. _Subicot_, en patois des Vosges.

SUBOUT; SURBOUT: debout. De _sur_ et de _bout_. A.

SUBRECOT (s. m.): au-delà de l'_écot_. De _super_ et d'_écot_.

SUCHES (s. m.): chèvre-feuille, dont la fleur est sucrée et que les
enfants aiment à _sucer_. B.

SUCRER (SE): mettre du _sucre_ dans sa boisson. Patois Lorrain.

SUÉE: ce qui produit l'apparence de la sueur et la sueur elle-même;
ondée; volée de coups.

SUELLE: ciguë. Voyez CHUE.

SUER: subir. Il faut la _suer_: il faut subir cette perte, cette
condamnation.

SUET: seuil. A.

SUÉTINER: épier; se placer sur son _seuil_ pour guetter.

SUEU: suif;--seuil.

SUEURE: suivre.--SUEUSI, E: suivi, suivie.

SUEUTIN: homme qui vous suit et dont il faut vous défier comme
dangereux.

SUEUTINER: agir comme le _sueutin_.

SUFFLER; SUFFLIER: siffler.--SUFFLET; SUFFLIET: sifflet.

SUI: suivi.--SUIRE: suivre.

SUIN (ÊTRE): être privé de tout. Du latin _sine_.

SUINÉ: ruiné par le jeu, ou autrement.

SUINER: enlever tout à quelqu'un au jeu, ou autrement.

SULARD, E: enfant qui a l'habitude de téter, de _sucer_ son doigt.

SULER (en parlant des enfants): téter, ou sucer son doigt ou sa langue.
Comme cette action produit quelque bruit, il y a lieu de croire que, si
_sûler_ ne vient pas de _sucer_, il a pour source _subler_: siffler. On
trouve _sûler_ dans le _Dictionnaire_ d'Oudin. L.

SUMELLE: semelle. L.

SUMENCE; SUMENCHE: semence. SUMER: semer. L.

SUMETIÉRE; SUMITIÈRE: cimetière. V. CEMITIÈRE.

SUMEUR; SUMOUX: semeur;--tablier du semeur.

SUP (s. m.): jus, suc. Onomatopée. De l'anglais _sup_.

SUPER: boire en aspirant vivement et en resserrant les lèvres de manière
que l'aspiration produise une espèce de sifflement que le mot exprime.
Dans le patois Troyen, _super_ signifie sucer, et humer, dans le patois
des Vosges. _Super_ vite sa fortune, c'est la manger promptement.
_Super_ la parole se dit, comme _saper_, pour interrompre, empêcher de
parler.

SUPERIO (s. m.): terme extrême. Le dernier _superio_: la mort.

SURANGÉE; SURANGIE: rapport aigre de l'estomac; déboire. De _sur_:
acide, et d'_angi_: souffrir.

SURCOUÉ: dont la queue est coupée.

SURCOUER (v. a.): couper la queue; la _coue_, en ancien français. L.

SURCOUPER se dit d'un animal qui mange la nourriture des autres. M.
Decorde.

SURCROISSEMENT (de chair): excroissance. V. PÉPION.

SURE: sureau.

SURELLE: oseille (_Rumex acetosa_). De _sur_: acide. En patois Rouchi,
_surielle_; en patois Walon, _sural_.

SURELLE (MARIE-). Voyez PISSE-VINAIGRE.

SURET: pommier non greffé qui ne donne que des fruits _surs_, à ce qu'on
croit à tort.

SURETIÈRE: pépinière de _surets_, destinés à la greffe. B.

SURGER; SURGUER; SURQUER: surveiller; être aux aguets. Se dit du chat
guettant la souris. De _surgere_.

SURGET: espèce d'ourlet.

SURGETTE; SURGUETTE; SURQUETTE (s. f.): petite machine garnie de trous
avec lacets à ressorts pour prendre les souris; _quatre-en-chiffre_.

SURIAUX: aigreurs.

SURIN: plante de _suret_, propre à passer de la pépinière dans la
_suretière_.

SURIR: devenir aigre.

SURLURINE: femme acariâtre, _sure_.

SUROT: espèce de tumeur au pâturon des chevaux.

SURPETER: saisir quelqu'un qui cherche à nous éviter. Du latin _petere_,
ou du français _surprendre_.

SURPRINSE: surprise.

SURQUETTE (PRENDRE UNE): marcher sur un terrain spongieux, de manière à
faire jaillir l'eau dans les chaussures. M. Decorde.

SUR-SEMAINE ou SOUR-SEMAINE: après coup; dans le courant de la semaine.
L.

SURVEILLE: avant-veille. L.

SU; SUS: sur; à; au. _Su_ ou _sus_ le moment: au moment.

SUS: sureau. Voyez SEU. L.

SUSER: reculer.

SUSON: Suzanne.

SYNCOPÉ: ébahi, stupéfait.


T.


TA (s. m.): larve du hanneton.

TABELLIER: tablier.

TABIER: _tablier_ d'un pressoir où l'on dresse le marc.

TABLER (SE): se mettre à table.

TABUT: tapage. (Valognes.)

TAC: ancienne maladie épidémique, qui était presque toujours mortelle.
On dit proverbialement: On meurt comme du _tac_. De l'islandais _tac_:
pleurésie.

TAC: chenille du _Sphynx Atropos_. B.

TACOTER: tapoter.

TAFE (s. f.): peur. (Argentan.)

TAFETIN: caquet. Onomatopée comme taffetas, qu'on écrivait autrefois
_tafetaf_. L.

TAFETINER: marchander outre mesure. B.

TAFETINER: babiller. L.

TAFETINEUX; TAFETINOUX: celui qui _tafetine_.

TAGNARD, E: teigneux, se.

TAGNE (s. f.): teigne. _Tigne_, en patois Lorrain. L.

TAGNE: cuscute, plante parasite qui pousse dans les prairies
artificielles. M. l'abbé Decorde.

TAI: te; toi.

TAIAUDER: brailler. Du cri des chasseurs, _taïaud!_

TAIE! TAIE! appel à un chien. D'où est venu _taïaud!_

TAIGNER ou TÉGNER: tousser.

TAILLE (s. f.): baguette sur laquelle on marque les coches ou entailles.
L.

TAILLEUSE: couturière. L.

TAION: aïeul, grand-père.

TAIOO (s. m.): mou de bœuf.

TAIS! TAIS! TAIS! Cri pour appeler les chiens.

TAISI, TAISANT: tout doucement; à bas bruit. Du verbe _taire_.

TAISOIR. Voyez TRAISOUET.

TALANDER: frapper.

TALBOT: noir ou suie qui s'attache aux marmites, poêles, chaudrons, etc.

TALBOTER: noircir; tacher. _Se talboter_: s'enivrer.

TALER: prendre du développement; pousser en _cépées_.

TALIARD: sale.--TALIAUDER: salir.

TALOCHER (v. a.): frapper; donner des _taloches_, des tapes. Dans le
patois des Vosges, _taler_ signifie meurtrir. L.

TALVASSER: se heurter rudement. Du vieux mot _talvas_: sorte de
bouclier. Guillaume, comte de Bellesme, était surnommé Talvas, à cause
de sa dureté, disent les historiens du moyen-âge.

TAMPONNE (s. f.): aliments qui nourrissent bien et à bon marché. L.

TAMPONNER: remuer sans cesse; manier sans utilité. De _taper_,
_tapoter_, dont on a fait _taponner_, _tamponner_, _tauponner_. Du latin
_tangere_. A.

TAN: ton. Prends _tan_ bâton. L.

TANGUE; TANQUE: sable de mer propre à l'_engrais_ des terres. On évalue
à 1,500,000 mètres cubes la quantité de _tangue_ extraite annuellement
sur le littoral du département de la Manche. La valeur de cette _tangue_
est d'au moins trois millions.

TANGUIÈRE: lieu où l'on trouve la _tangue_ en abondance.

TANNÉ: tourmenté; accablé de chagrin.

TANNER: frapper à coups de poing. Je vais te _tanner_ la peau; je vais
te rosser.

TANOUIS: clair-semé. Du latin _tenuis_.

TANTALIQUE (MOUCHE): mouche cantharide. Mot altéré. L.

TANT A TANT; TANT QU'A TANT: quitte à quitte; à égalité. S.-I.

TANTET; TANTINET: un peu et son diminutif. De _tantum_, _tantillum_.

TANTINE: tante. Terme d'enfant. Dans le patois Walon, _tantin_ (s. f.).

TANTOT (LE): l'après-midi.

TANTOUILLER: agiter d'une manière désagréable dans un liquide. Voyez
TOUILLER. L.

TANVÉE (s. f.): galette cuite à la bouche du four. Du Celtique-Breton
_tan_: feu. Voyez FALUE. A.

TAPÉE (s. f.): grande quantité; surabondance. L.

TAPI (EN): à l'abri de la pluie, en parlant des hommes et des animaux.

TAPIN (A): en tapinois.

TAPINER: frapper sans cesse et à petits coups.

TAPON (s. m.): petite masse en désordre. Dans le patois Walon, _tapon_
signifie une bonde, un _tampon_. L.

TAPONNER. Voyez TAMPONNER.

TAQUE: pelote où l'on attache les épingles.

TAQUET: emplâtre. B.--Jallon; verrou.

TAQUETTE (A LA): à la tâche au point de ne pouvoir se distraire un
moment de son travail. L.

TAR: goudron. Mot anglais. B.

TARABUQUER; TARABUSQUIER: tarabuster.

TARALE: femme évaporée. (Vire.)

TARANE: sorte de revenant qui, dans le Pays-d'Auge, effrayait beaucoup
les paysans et surtout les jeunes filles. Ce nom vient de celui d'un
ancien Dieu des Gaulois, dont parle Lucain, dans la _Pharsale_, l. I, v.
446:

       Et Taranis Scythicæ non mitior ara Dianæ.

Nous avons parlé de Tarane, dans nos _Recherches sur la Normandie_, p.
311.

TARDILLON: volaille éclose à l'arrière-saison; enfant né long-temps
après les autres. M. Decorde.

TARGER; TARGIER; TERGIER: tarder.

TARGINER: mettre de la lenteur dans les affaires. De _tard_. A.

TARIBONDIN: homme gros et court. L.

TARINER: marchander; hésiter.

TARINER: tarder; _flâner_. O.

TARINIER: employé du _Tarif_;--qui veille tard.

TARISETTE (s. f.): pain de sarrasin.

TARLARIGO (A): à tire la Rigault, et non _à tirelarigot_, comme l'écrit
le _Dictionnaire de l'Académie_.

TARLATANER: babiller bruyamment pour dire des balivernes. C'est, en
quelque sorte, _charlataner_.

TARLÉ (en parlant du blé): avarié. De _tare_: défaut, altération.

TAROUFLE; TAROUPE (s. f.): jonction des sourcils, difformité que les
anciens regardaient comme une beauté. L.

TAROUFLÉ: personne dont les sourcils se joignent.

TARUCHE: taloche.

TASSE; TASSÉE: cépée; touffe des plantes. Une _tasse_ ou _tassée_
d'oseille, d'œillets. De _tas_. L.

TASSÉ (s. m.): tasseau.

TASSERIE: partie de la grange où l'on entasse les gerbes.

TATANT (s. f.): tante, terme enfantin. V. TANTINE.

TATE-MINETTE (s. m.): qui s'amuse à des riens. V. NIGON.

TATIN: tape. On lit, dans la _Déposition de Richard II_:

       Par eux fut là mainte buffe donnée
       Et maint _tatin_...

TATINER. Voyez TAFETINER.

TATOUILLER: salir; barbouiller. _Tatouiller_ de boue.

TATON: lent; lambin; qui hésite, comme celui qui _tâtonne_.
_Marie-Tâton_: épithète des lambins de l'un comme de l'autre sexe.

TAUDION: taudis. L.

TAULOCHER. Voyez TALOCHER.

TAUNIQUE: femme insipide. MM. Duméril.

TAUPETIER: taupier; qui prend des taupes. A.

TAUPIN; BŒUF-TAUPIN: bœuf noir; ainsi nommé à cause de cette couleur,
qui est celle des _taupes_.

TAUPONNER. Voyez TAMPONNER.

TAURE: femelle du taureau, vache; jeune vache qui cherche le _taureau_.

TAURÉ; TAURIAU: taureau.

TAURÉ: mal vêtu; vêtu désagréablement. Voyez TORER.

TAUREAU: criocère merdigère, insecte. B.

TAURELIÈRE (vache): attaquée de fureurs utérines et qui est inféconde.

TAUTAU: sabot grossier. Voyez BOITON. O.

TAVELÉ: taché, piqué, en parlant de la chair de certains fruits altérés.

TAVELURE: tache dans l'intérieur des fruits.

TAVÉYOLLE (s. f.): le poêle que l'on étend sur la tête de ceux qui se
marient à l'église. A.

TAYAUD: braillard.--TAYAUDER brailler; crier _taïaud!_

TAYON: aïeul.

T'CHIEN: chien. Dans quelques contrées de la Normandie, beaucoup de mots
commençant par ch ont cette sorte de prononciation qu'on retrouve dans
la langue anglaise: _t'chiboler_; _t'chièvre_, etc.

TÉ: toi; te.

TÊGLER; TÊGUIER; TEIGLER: tousser fréquemment.

TÊGOT: tête de poterie. O.

TEIGUER; TEIQUER; TEUQUER; TEUQUIER: tousser; être oppressé. H.-N.

TÉLE; TÈLE; TELLE: toile.

TELIER; T'LIER: toilier.

TEMPLE: tempe.

TENTE: sorte de filet de pêcheur.

TENUE (s. f.): renouée (_Polygonum maritimum_). B.

TENVRE: mince. Du latin _tenuis_.

TÊPE: peut-être. B.

TÈQUE: balle pour jouer; éteuf; paume. L.

TÊQUER: tousser. B.

TÉRAGNE; TÉRAIGNE: petit lézard, qui fait dire d'un enfant toujours en
mouvement: il remue comme une _téragne_.

TÉRASPIC: thlaspi. C'est l'_Ibéride ombellifère_.

TERDAME! Voyez TREDAME!

TERGER; TERGIER: tarder.

TÉRIÈRE (s. m.): tarière. _Teré_, en patois Walon.

TERLING: pomme un peu acide, qui se conserve long-temps.

TERLOT: sabot. C'est aussi une espèce de galoche, ayant le dessus en
cuir et la semelle en bois. M. Lepingard.

TERLU (s. m.): hallucination.

TERLUIRE (_ter lucere_): luire triplement; briller.

TERMER: fixer; déterminer un _terme_.

TÉROITE; TÉRUITE: truite.

TÉROUIE: truie.

TERPENNE: dévidoir.

TERQUE: espèce de brai ou goudron.

TERQUÉ: sali, crotté.

TERQUER: faire une croix avec du _terque_ sur la porte des étables, dans
la pensée de préserver les bestiaux des maladies contagieuses et
épidémiques. M. Decorde.

TERQUER; TEURQUIER: tordre. S.-I.

TERRAGE: inhumation; enterrement. O.

TERRASSIS (s. m.): argile détrempée et mêlée avec du foin haché, pour
faire des cloisons dans les constructions en charpente.

TERRINÉE (s. f.): sorte de flanc, cuit au four dans une terrine. B.

TERTOUS; TRETOUS; au féminin TERTOUTES: tous, toutes, sans exception. On
dit, dans les Vosges, _tortous_, _tortoutes_.

TERVE: mince. On retrouve ce mot dans le Maine et dans l'Anjou. Voyez
TENVRE. A.

TESI (ÊTRE): avoir l'estomac plein. H.-N.

TET, toit. Du latin _tectum_. A.

TÊT (s. m.): choc. Faire _têt_: donner un baiser.

TÊTARD: arbre _étêté_ que l'on soumet à des coupes périodiques. Voyez
ROUSSE. L.

TÉTE: tête.

TÊTE-BÊCHE (adv.): en sens inverse. V. BÉJUEL. L.

TÊTE-D'ANE (_Jacca pratensis_). B.

TÊTE-DE-CAPE: capuchon noir des femmes.

TÊTE-DE-CHAT (_Dactylis glomerata_). B.

TÊTE-DE-LOUP: scabieuse. B.

TÊTE-D'OREILLER: taie d'oreiller.

TÉTET: téton. Mot enfantin.

TÉTE; TÉTOS: téton; tétons. M. l'abbé Decorde.

TÉTEUX: chien. Mot enfantin. Voyez TAIE! TAIE! L.

TETIN-DE-SOURIS (_Sedum minus_). B.

TEUMBER; TUMBER: tomber.

TEUNE: mauvaise maison. De _tectum_, toit. A.

TEURDRE; TEURTRE: tordre. Je _teursais_, _teursant_, _teursé_.

TEURQUE ou TEURQUETTE: lien de foin _tordu_ pour les bottes de ce
fourrage.

TEURQUET: manche de fouet, fait de branches _tordues_.

TEURQUETTE: torquette. Sorte de pain ou de pâtisserie qui ressemble à un
collier. En latin, _torques_.

TEURS, E: tors, e; tordu, e.

TEURSER: tordre.

TEURTE; TEURTRE (s. f.): tourterelle. Autrefois _tourtre_.

THÉ-DES-JARDINS: herbe aux perles (_Lithospermum officinale_). B.

THÉRÈSE (s. f.): calèche;--sorte de coiffe noire, signe de deuil. L.

THIERS: pieu auquel on attache les animaux pour les faire pâturer. H.-N.
Voyez QUAIRE.

TIBI A TABA (A): à tort et à travers. _Ab hoc_ et _ab hac_. L.

TIC. Voyez ÉTIPE. B.

TIÉ: tiède. Le bouillon est _tié_. L.

TIÈPE. Voyez TYÈPE.

TIESSER: tisser.

TIESSÊRAND; TIESSERAND: tisserand. En ancien français, _texerrant_:
tisserand.

TIESSEUX: tisserand.

TIÈTRE: tisser. Voyez TISTRE.

TIEUL, LE: tel, telle. S.-I.

TIFAIT: croûte de lait. MM. Duméril.

TIGNASSE: chevelure malpropre.

TIGNON: acariâtre. S.-I.

TIMONER: remuer sans cesse.

TIN: ton. H.-N.

TINETTE: vase ou petit coffre dans lequel on met du sel ou du lard salé.

TINS: glas; coups de cloche isolés. Pour annoncer la mort d'un homme, on
sonne 9 ou 13 _tins_; pour la mort d'une femme, on n'en sonne que 7 ou
11. M. Decorde.

TINSONNER: presser; activer. O.

TINT: tenu. Jean ne m'a pas _tint_ parole; je _li_ ai _retint_ ses
gages.

TINTARIBAUT. Voyez PINVOLE.

TINTENELLE; TINTERELLE: clochette d'église. De _tintinnabulum_. Souvent
c'est une petite cloche annexée à une horloge publique, et qui fait
entendre un tintement à des intervalles réglés. Voyez CAMPUNELLE. L.

TINTON: petit fausset avec lequel on bouche l'orifice du bas des
terrines à lait, dans les cantons où elles sont percées. De _tenere_:
tenir; retenir; au participe passé, _tentum_. A.

TIOT; TIOTE: petit; petite.--TIOT! TIOT! en certains endroits; TIAS!
TIAS! dans d'autres; TIOU! TIOU! dans d'autres; TITS! TITS! mots dont on
se sert pour appeler les porcs. De _petiot_: petit. Par aphérèse.

TIPONNER: attifer avec recherche.

TIQUER: avoir une toux sèche.

TIRANDER: tirailler. H.-N.

TIRÉE: extraction. Avant nos grandes routes, la _tirée_ de nos
productions était très-difficile.

TIRER: peindre. En patois Lorrain, on dit _retirer_. De l'italien
_ritratto_: portrait.

TIRER: traire.

TIRER AU CŒUR: avoir des nausées; vomir.

TIREUX: tiroir.

TIRLITANTAINE: jeu où l'on se tiraille les uns les autres.

TISANE DE MARIN-ONFROY: cidre. Voyez MARIN-ONFROY.

TITI: petit, par mignardise. _Tittie_ est un nom familier qu'en Écosse
on donne à une sœur.

TITONNER. Voyez TIPONNER.

TITOUX: lent, _tâtillon_. MM. Duméril.

TIU! TIU! TIU! cri pour appeler les vaches. H.-N.

TISTRE (v. a.): tisser. On lit, dans Marot:

       Ains en sçauras meilleur ouvraige _tistre_.

T'N: ton. _T'n_ oncle; _t'n éfant_: ton oncle; ton enfant.

T'NIN: tenez.

TOAILLE; TOUAILLE: linge de table; torchon. Du latin _tela_.--TOAILLON;
TOUAILLON: torchon.

TOCSON: vieux radoteur; homme grossier et mal élevé; vieille femme mal
bâtie, mal vêtue, malpropre. Patois Rennais.

TOIGNÉE: volée de coups; peignée.

TOIN ou TOUIN: traître, perfide.

TOINE; TOINOT: Antoine.

TOINETTE: Antoinette.

TOLLIR: enlever. Du latin _tollere_.

TOMBE: chute. Faire une _tombe_. H.-N.

TOMBES: arbres fruitiers qui tombent ou sont tombés. On laisse
ordinairement, dit M. Decorde, les _tombes_ au fermier, qui est tenu de
les remplacer par de bonnes _entes_.

TONDELIER: tonnelier. H.-N.

TONDRE (s. m.): amadou. De l'islandais _tundr_: allumer.

TONIQUE: femme ennuyeuse. (Vire.)

TONTON: oncle. Terme enfantin.

TONTURE: élagage des arbres.

TOQUANT; TOQUARD: têtu; qui a la tête assez dure pour en frapper ce
qu'il rencontre, pour _toquer_. On dit aussi du cidre qui porte à la
tête, qu'il est _toquard_.

TOQUE: coup à la tête, comme on dit aussi _calotte_.

TOQUE: vieille femme qui est _toquée_, qui radote.

TOQUÉ: qui a le cerveau dérangé. Il est _toqué_: il a une idée fixe; il
est un peu fou.

TOQUER: frapper de la tête. L'Académie admet _doguer_, qui est
l'altération de _toquer_, et lui donne la signification de toucher.
N'approchez pas de ce bélier; il _toque_. L.

TOQUET: _toque_, casquette, bonnet.

TORCHE: selle de femme. Voyez MANIQUET.

TORCHER: mettre la _torche_ sur le cheval.

TOREAU: salisson. _Marie-Tôreau_: Marie-Salope; Marie-Torchon. Elle est
faite comme _tôreau_.

TORER: habiller mal et ridiculement. Voyez-vous comme elle est _torée_.
_Se torer_: s'ajuster, n'est pas _s'étorer_: se pourvoir de.

TORQUE. Voyez TEURQUE.

TORQUETTE: petite branche qui porte des fruits en grande quantité.

TOSSER: souffler; éteindre. _Tosse la luque_; éteins la lampe. En terme
de maçonnerie, fixer; assurer. _Tosse_ cette pierre: assujettis-la;
frappe dessus de manière à la fixer solidement. M. Lepingard.

TOTÉE: rôtie. Du latin _tostus_.

TOTON (s. m.): tige ou tronc de chou. Voyez TROU. On appelle aussi
_toton_ une personne qui tourne et remue beaucoup sans rien faire.

TOTTE: morceau de toile qui enveloppe du sucre et de la mie de pain, et
qu'on donne à sucer aux enfants, pour les empêcher de pleurer. H.-N.

TOUBAC: tabac. H.-N.

TOUFFLETTE: houppe. H.-N.

TOUIGNER: battre; donner une _peignée_.

TOUILLER: frotter; barbouiller; salir; mêler dans un vase.

TOUIN: marmot, petit enfant. De _ouen_, prononcé _ouin_. De petit _ouen_
on a fait petit _touin_. A Bayeux, un _touin_ est un homme sale et
dégoûtant.

TOUINE: tabatière de bois, faite en forme de petite fiole aplatie. De
_petun_: tabac, on a d'abord fait _petouine_; puis, par aphérèse,
_touine_. A.

TOUINE: vieille perruque; chevelure en désordre.

TOUINTOUIN: petit morceau qui échappe au _toucher_. O.

TOULAID; TOUTLAID: homme d'une grande laideur.

TOUNIEUX; TOURNIOUS: coureur, vagabond. B.

TOUO; TOUOR (s. f.): tour, clocher.

TOUONIER. Voyez TOURNIER.

TOUONIERESSE: femme qui _touônie_.

TOUORNOUX: tourneur.

TOUORTILLER: tortiller.

TOUPIN (s. m.): petite toupie;--sorte de sabot.

TOUPINER: tourner en rond comme un _toupin_. Sa tête _toupine_: il a des
vertiges.

TOUQUER; TOUQUIER: toucher.

TOUR (FICHER LE): donner le dessous à quelqu'un; l'attrapper, le
vaincre, le battre, etc. L.

TOURNE (s. f.): retourne; carte qu'on retourne.

TOURNÉE (s. f.): volée de coups. L.

TOURNÉE (s. f.): linge du dessus dans le cuvier à lessive. Voyez BLEUS.
A.

TOURNER (en parlant des cartes): retourner. L.

TOURNERESSE: petite pelle avec laquelle on tourne la galette sur la
tuile; ou plutôt ustensile qui tourne ou avec lequel on tourne quelque
chose. On dit, en effet, _barette_ (baratte) _tourneresse_; _tourneresse
à galette_. M. Lepingard.

TOURNETTE: dévidoir. L.

TOURNIER: tournoyer;--aller perdre son temps à courir, à flâner, prêt à
faire de mauvais coups.

TOURNIOLE; TOUORNIOLE; TORNIOLE: coup, taloche, soufflet;--espèce de
panaris. O.

TOURNIRESSE: femme désœuvrée, qui va tuer le temps à courir et flâner.

TOURNOUS: rouet.

TOURNURE: présure. L.

TOURTE: pain de six kilogrammes, rond, aplati, et de pâte ferme. L.

TOURTEL (s. m.): tourteau, sorte de pain. S.-I.

TOURTILLER: tortiller. H.-N.

TOUSER (v. a.): tondre; couper les cheveux ou le poil.

TOUSERIE: tonte de moutons.

TOUSEUX: celui qui tond.

TOUS LES JOURS: jours ouvrables. Vêtement _de tous les jours_; il est
habillé _à son tous les jours_. L.

TOUSSAILLER: tousser très-fréquemment.

TOUSSOTER: avoir une petite toux très-fréquente.

TOUT (Il est joli COMME): il est joli comme tout ce qu'il y a de plus
joli. L.

TOUT DRAIT, DREIT ou DRET: précisément, à l'instant, etc.

TOUT (EN): du tout. _Poinentout_; _point en tout_: point du tout. A.

TOUT (N'): non; non plus.

TOUT-PARTOUT: partout.

TOUT-PLEIN; TOUT FIN PLEIN: beaucoup. L.

TOUTON; TOUTONS; TOUTONT: oncle. V. TONTON.

TOUTRE: tousser.

TOUYAU: partie du chou qui touche à la pomme.

TRABUQUER: mettre une bûche en travers; faire obstacle; traverser une
entreprise.

TRAC (TOUT A); TOUT A TRA; TOUT A TRAS: tout au travers.

TRACHER; TRACHIER: chercher. _Tracher_ sa vie: mendier. C'est l'ancien
verbe _tracer_. L'auteur du _Roman de la Rose_ dit, en parlant des
hypocrites:

       Ils vont _traçant_ les grands pitances.

TRACNASSER (v. n.): trotter mal, d'un pas désordonné.

TRACULER: différer trop. Voyez CULOINER. L.

TRADA; TRADAT: portion; ce qu'on reçoit pour un travail; ce que l'on
perçoit comme commission dans une affaire de commerce. De _tradere_:
livrer.

TRAIE: truie. _Troïe_, en patois Walon.

TRAIL: cylindre sur lequel s'enroule une corde pour tirer de l'eau d'un
puits, ou de la marne d'une marnière. M. l'abbé Decorde.

TRAIME: trame de tisserand. Patois Lorrain. Dans le XIIIe siècle, on
appelait _tremeur_ l'ouvrier qui disposait les trames.

TRAIN (s. m.): pis de la mamelle des vaches.

TRAINÉE: fille de mauvaise vie, tout-à-fait crapuleuse.

TRAIRE: tirer en avant. De _trahere_.

TRAISONNER: prendre, gagner par des caresses perfides et de traîtreuses
flatteries.

TRAISOUET ou TRESSOIR: vase à traire les vaches. De _trahere_.

TRAITE (s. f.): le lait qu'on trait en une fois.

TRAITRE: brutal; cruel. A.

TRAITRISE (s. f.): trahison, perfidie.

TRAMER: aller et venir. Voyez TRIMER.

TRAN. Voyez TRAIN. B.

TRAPIN: sorte de grand panier à deux anses; _trapu_ en quelque sorte,
car il n'est pas plus haut que large. Le _trapin_ est un panier
grossier, solide, qui sert à porter des objets lourds et peu délicats:
de la terre, du sable, etc.

TRAPINÉE: le contenu d'un _trapin_.

TRAPINER: transporter à _trapinées_.

TRAQUET: oiseau de l'ordre des passereaux.

TRAQUETTE: crécelle. O.

TRASONÉE; TRAVONÉE: dévidoir.

TRASQUER: marcher dans l'eau sans précaution.

TRAT: culbute. Faire le _trât_: culbuter.

TRATTES: jambes. (Pont-l'Evêque).

TRAU: pétrin.

TRAULIER: enrouler le fil, le mettre en pièce au moyen du _traut_.

TRAUT; TRAS: petite machine, sorte de dévidoir pour enrouler le fil, la
laine, etc., et les mettre en échevaux.

TRAVERGUER; TRAVEUCHER: traverser; embarrasser. O.

TRAVERS (s. m.): sillon _transversal_. (Eure.)

TRAVIAU: incommode; turbulent; qui se met en travers et agit dans un
sens opposé.

TRAVOUET ou TRAVOUIL: dévidoir. A.

TRÉBAR: carcan pour empêcher les porcs de traverser les haies.

TRÉBARDER: chanceler; aller en zig-zag, comme font les ivrognes.

TRÉBÉ: très-bien; beaucoup. O.

TRÉCIR; TRESSIR: tressaillir; frémir; trembler.

TRÉDAINE: refrain populaire, conservé par la tradition; bagatelle, etc.

TREDAME! (exclamation): pour Notre-Dame!

TRÉDAME: ancre de secours qu'emploient les pêcheurs.

TREDANCHE! Voyez TREDAME. S.-I.

TREDEUX; TREDEX: entre deux; entre vous deux.

TRÉEPLÉE: cloporte.

TREF: poutre. Du latin _trabs_.

TRÉFEU: bûche de Noël.

TRÈFLERI: terre où vient d'être faite la récolte du trèfle. H.-N.

TRÉFOUET: grosse bûche, qui autrefois était mise au feu pour y servir
pendant les _trois_ fêtes de Noël. Le _triforcalium_ était un siége où
_trois_ personnes pouvaient s'asseoir pour se chauffer au _foyer_. L.

TRÉIAN. Voyez TRAN.

TREIZEAU; TREZET (s. m.): réunion de _treize_ gerbes, réunion de
_treize_ batteurs de blé.

TREIZELER: placer les gerbes par tas de treize.

TRÉJE (s. f.): sentier pratiqué dans la neige. De _trace_; ou mieux, de
_trajectus_, passage.

TRÉJOT: tige ou trognon de chou. O.

TRÉMAINE (s. f.): trèfle. _Trinblaine_, dans le patois Walon.

TREMAIS: travail et ensemencement de la terre, au printemps, pour les
semences qui viennent en tres _mais_ (trois mois).

TREMBLEMENT (s. m.): grande quantité. Dans sa _Troisième journée de la
Révolution_, M. Barthélemy a donné ce même sens au mot _tremblement_:

       Il fait trembler le sol sous un _tremblement_ d'hommes.

TREMBLERIE: frisson.

TREMBLOT: tremblement; frisson causé par le mal physique ou par une vive
émotion de l'âme.

TREMÈS: espèce de blé, qui se récolte au bout de _trois mois_.

TREMEUR: effroi. Du latin _tremor_.

TRÉMONE: grosse cloche. De _tremere_, _tremendus_.

TREMONTADE (s. f.): tramontane. Patois Lorrain. _Tramontance_, en patois
Walon.

TREMPETTE: pain que l'on trempe dans sa boisson.

TREMPETTE DES MARIÉS: rôtie qu'on donne aux nouveaux époux, le jour de
leur noce.--En patois Walon, _trempotte_, _trempusse_.

TRÉMUE: trémie.

TREMUER: trembler. Du latin _tremere_.

TRÉPONSER: presser avec une triple force, c'est-à-dire très-fortement.

TRÉSALÉ: piqué, en parlant du linge moisi. L.

TRESLE: tresse.

TRESSAT; TRESSAUT: vif et fort tressaillement.

TRESSAUTER: tressaillir.

TRESSELER: tresser.

TRESSIR: frémir; éprouver un léger tressaillement. L'eau qui _tressit_
est près de bouillir.

TRESSOIR: sceau. MM. Duméril.

TRESSUER: suer extrêmement. (Valognes.)

TRETINS: bottes de paille formées de petites tiges de blé produites par
le _gluage_. M. Decorde.

TRETOTE: toute, dans les _Chansons du roi de Navarre_. En patois Walon,
_tretous_ et _tretui_.

TRETOUS: tous, sans qu'il en manque. Du Roman _trestuit_. En patois
Bourguignon, _tretô_.

TREU: pétrin.--TREU: trou.--TREUER: trouer.

TREULER: faire un vent en point d'orgue. M. Decorde.

TREULIER: qui _treule_ souvent.

TREULLARD: lambin, flâneur.

TREULLER: perdre son temps à courir de porte en porte pour babiller,
pour flâner. Ce verbe signifie aussi mendier, vagabonder.

TREULLIER. Voyez TREULLARD.

TREUNER ou TRANER. Se dit de la poule qui annonce, par son cri, qu'elle
va pondre ou qu'elle vient de pondre.

TREUTER: péter.

TRIAS: embarras. Voyez TRIORI. B.

TRIBOLÉ; TRIBOULÉ: tombé; affaissé par négligence. Bas _triboulés_: mal
tirés, ravalés.

TRIBOUIL (s. m.): tribulation.

TRIBOUILLER: brouiller; troubler;--éprouver des
tribulations;--gargouiller.

TRICOTER: marcher vite;--frapper d'une _trique_ avec la rapidité des
aiguilles qui _tricotent_.

TRICOUSE; TRICOUSSE (s. f.): guêtres de toile. En Roman _trique-houses_.
Dans les Vosges, les _tricouses_ sont, suivant M. Richard, «une espèce
de guêtres ou de bas de laine _tricotés_, sans pieds, et qui descendent
depuis le genou jusqu'à la cheville du pied. Ce sont les _traque-houzes_
ou bottines de drap, encore en usage dans la Flandre». A.

TRIEFFE: poutrelle. Voyez TREF.

TRIFOIRE; TRIFOUET. Voyez TRÉFOUET.

TRIFOUILLER: fouiller mal à propos; _farfouiller_. _Trifoui_, en patois
Walon. L.

TRIGALLE; TRINGALE: bureau de péage[16].

[Note 16: _Trigale_ (_tres calles_) est la rencontre de trois chemins. On
trouve dans le bois de Queverue un carrefour de ce genre, appelé la
_Trigale_. On nomme _Tringale_, sur la route impériale de Paris à
Cherbourg, un lieu où se rencontrent les routes de St.-Lo, de Carentan
et d'Isigny.]

TRIGOT: trognon. _Trigot_ de chou: tronc. L.

TRIGOULIS: mauvais bas. De _tricot_.

TRILAIS: cloison, haie, _treillis_.

TRILLER: teiller;--trier.

TRILLEROT: loriot. B.

TRIMAUD, E: traître, traîtresse. De _trigaud_.

TRIMBOLE ou TRIMBOUELLE: cabriole.

TRIMBOUELLER: culbuter.

TRINGUE: sérum, petit-lait.--TRINGUE: tringle.

TRINGUET: moyen qui réussit, comme le _tringuet_ du marin. Basselin dit,
p. 52 de l'édition de 1821:

       N'ayant plus rien, sinon
       Le _tringuet_ qui soit bon.

TRIOLÉE: grand nombre.

TRIOLLIER; TRIOLLY: tribune au-dessus des fonts baptismaux, dans
quelques églises de campagne.

TRION: trayon, pis.

TRIORI: embarras, désordre. En patois Bourguignon, _trigori_. Le
_trihori_ est une danse bretonne, vive et gaie, dont Jean Tabourot a
parlé, dans son _Orchésographie_.

TRIPÉE: entrailles pour préparer les tripes.

TRIPER: danser; trépigner;--faire des plis; ne point prendre à juste, en
parlant d'un vêtement.

TRIPHANER: faire le beau parleur; se moquer et se rire de tous et de
tout.

TRIPHANOUX: celui qui _triphane_.

TRIPOT: halle au blé; marché; échange; ménage; cuisine.

TRIQUE (s. f.): bâton. Au figuré, jambe sans mollet.

TRIQUEFARER: agir étourdiment; déranger. (Vire.)

TRIQUENIQUE: noise; débat pour des riens.

TRIQUER: bâtonner;--courir; jouer des _triques_ ou jambes sans mollet.

TRIQUOT: gros bâton; gourdin; grosse _trique_.

TRISON: trahison.

TRITE: traître.

TROCHE (s. f.): groupe de cercles à futaille, d'ordinaire au nombre de
six.

TROCHE: bouquet d'arbres; par extension, _hêtraie_. Voyez FOUTELAIE.

TROGNE: ventre.

TROIS-PIEDS (s. m.): trépied.

TROITE: truite. H.-N.

TROMPE (s. f.): erreur, méprise.

TRONCHE (s. f.): tête;--tronc d'arbre.

TROP A COUP: trop tôt. (Valognes.)

TROQUE (s. f.): échange. Faire une _troque_.

TROS: trois, _tros quatre_: trois ou quatre.

TROS: pétrin. Voyez TREU.

TROTTERIE: place où l'on fait _trotter_ les chevaux, dans les foires,
avant de les vendre. M. l'abbé Decorde.

TROTTIN: petit trottoir. A.

TROU; TROU DE CHOU: _tronc_, ou tige de cette plante potagère. Patois
Lorrain. Patois Troyen.

TROUBLÉE: eau trouble, sortie du lit des rivières, et qui, en inondant
les prairies, y laisse un dépôt vaseux qui les engraisse.
(Pont-l'Évêque.)

TROU (FAIRE UN): boire un petit verre d'eau-de-vie entre deux services.

TROU-FIGNON: anus. A.

TROUIE; TRUE: truie.

TROUIL; TREUIL; TROUS: dévidoir. Voyez TRAUT.

TROUILLE (s. f.): grosse femme, mal tournée.

TROUILLER: salir; souiller; chiffonner en pressant.

TROUINE (s. f.); TRUIN (s. m.): peau de cochon tannée. De _truie_.

TROUSSEPIN: gamin. Voyez GOUSPIN.

TROUTER: Voyez TRUTER.

TROVER: trouver.

TRUBLE: pelle de bois, ordinairement garnie de fer, employée pour remuer
le marc du pressoir, et le porter sur le tablier où on le dresse en
motte. Le _truble_ est aussi une forte bêche pour fouir la terre.

TRUBLER: troubler.

TRUC (s. m.): savoir-faire; habitude de bien faire; habileté astucieuse.
Dans le Celtique-Breton, _trok_ signifie échange, ainsi que _truck_, en
anglais.

TRUCHER: mendier;--TRUCHEUR, SE: mendiant, e.

TRUCIEN: trusquin, instrument dont se servent les menuisiers pour tracer
des parallèles.

TRUE-BÈRE (s. f.): jeu d'enfants. L.

TRUFFE; TRUFLE (s. f.): pomme de terre.

TRUMUTU: vacarme. Du latin _tumultus_.

TRUPER (NE PAS): ne pas demeurer long-temps dans le même lieu. H.-N.

TRUSCAIN; TRUSCAN: qui a l'air de faire tout; qui se mêle de tout mal à
propos. A.

TRUTÉ (LAIT): caillé; lait dont on a enlevé la crême. Voyez FRETELAIT,
au _Supplément_.

TRUTÉ, E, pris au figuré: fou, folle, parce qu'alors la cervelle est
considérée comme tournée ou _truitée_. A.

TRUTELER. Voyez TRUTER.

TRUTER (v. n.): tourner en petits grumeaux. Il se dit d'une sauce ou de
lait cuit. De _truite_, parce que le lait _truté_ offre, dans le mélange
de son sérum et de son caillé, diverses nuances, comme le dos de la
truite.

TRUTRU (s. m.): brouillon; évaporé, dont la cervelle est _trutée_. A.

T'S: tes. _T's éfans_: tes enfants.

TUAT; TUÊT: tuyau de roseau ou tige de fève, dont se servent les
fileuses pour enrouler leur laine sur la canette.

TUE-TACHE (A): à la boule-vue. On dit, dans d'autres provinces, _à
dépêche-compagnon_. L.

TUÉ; TUET: tuyau qui conduit l'eau de lessive de la cuve où est le linge
au vase qui est sur le feu et dans lequel elle se réchauffe;--extrémité
extérieure d'une cheminée.

TUER (SE), en parlant du cidre: noircir dans le verre.

TUETTE (s. f.): épée. De _tuer_. S.-I.

TUILE (s. f.): sorte de poêle à frire, forte et évasée; _galetière_ pour
cuire les _galettes_ (crêpes) de sarrasin. En Bretagne, on dit _tèle_.
De _tôle_: fer battu. Voyez GALETOIRE; HAITIER.

TUILÉE: ce que contient la tuile pleine ou du moins couverte d'un mets
qu'on y apprête.

TUIT: tous.

TUL: tu. S.-I.

TULMUTE (s. f.): tumulte.

TUMBER: tomber.

TUNDRE (s. m.): amadou. Voyez TONDRE.

TURBENTINE: térébenthine. L.

TURELURE! Exclamation ironique et négative.

TURELURER: fredonner. Du vieux refrain: _Turelure_. Dans le patois de
Grenoble, _turlura_ signifie jouer de la flûte.

TURET: pilon pour battre le beurre. Voyez BARATTON.

TURLUETTE: cornemuse, musette.

TURLUTER: fredonner. En patois Lorrain, la serinette s'appelle une
_turlutaine_. Des vieux refrains: _Lanturelu_ et _Turlututu_. L.

TURNE (s. f.): mauvaise cabane. Voyez TEUNE.

TUTAYER: tutoyer.

TUTÉE: longue et abondante libation.

TUTER: boire à l'aide d'un fétu; boire à longs traits.

TUTEUX; TUTOUX: chalumeau avec lequel on _tûte_;--celui qui _tûte_.

TU! TU! appel aux vaches. C'est aussi le nom que leur donnent les
enfants. L.

TYÈPE: dépareillé. Ne s'entend que des choses qui vont par paires. «J'ai
un bas de _tyèpe_; les blanchisseuses m'ont perdu l'autre bas.»
Corruption probable de _type_, parce que, lorsqu'il ne reste plus que
l'un des deux objets qui forment la paire, celui qui reste peut servir
de type. Feu La Marche.


U.


U remplace EU, dans la prononciation d'un grand nombre de mots: _Ugène_,
_Urope_, etc., pour Eugène, Europe, etc.

U; US: œil, yeux.--UEUILLIE; EUILLIE: œillade.

URES (s. m. pl.): yeux. (Valognes.)

URSÉLINE: ursuline, religieuse. L.

US: porte. De huis. _Guette-à-l'us_: curieux qui est toujours à sa
porte. Du latin _ostium_.

USAGÉ A: accoutumé à; qui a l'habitude de. L.

USAI: usé.

USANCE: usage, habitude, coutume.

USIBLE: précoce. Voyez AORIBLE. O.

USTUCE; USTUCE POT-A-L'EAU. Sorte de sobriquet dérisoire.

UVER (v. a.): mouiller. Du qualificatif latin _uvidus_. humide.


V.


VACA; VACAT; TERRAIN EN VACAT: terre vaine et vague, inculte. Du verbe
latin _vacare_. B.

VACABOND; VACABONDAGE; VACABONDER. C'est le _c_ pour le _g_.

VACHICOTER: barboter. On dit aussi _bachicoter_.

VACHIER: salir; couvrir de fange.

VACHOT; VACHOTTE: génisse. Terme d'affection.

VADELER (SE): se mouiller et se crotter. V. BADER.

VADET: bâton des chantepleures de bois. Du latin _vado_.

VAIANCE: faïence. L.

VAICHE, 3e per. sing. subjonctif prés. de _voir_.

VAIE: _voie_; sentier chemin. De _via_. _Tire-te de ma vaie_: tire-toi
de mon passage.

VAILLANT: qui travaille avec courage. H.-N.

VAIN: loupe; enflure molle.

VAIN: mou, sans énergie. Dans le XIIIe siècle, _vains_: maigre, défait.
L.

VAIROUILLER: labourer grossièrement.

VAIS: voir. Tu vas _vais_: tu vas voir. L.

VAISCHE: aille. Veux-tu que j'y _vaische_, ou _vaîche_: veux-tu que j'y
aille. M.

VAISIN; VÉSIN: voisin.--VAISINER: voisiner.

VAISSÉ: vaisseau; plat; soupière; objet quelconque de la vaisselle.

VALANDIER: pivert. (Manche.)

VALENTIN: galantin, petit galant. En Angleterre, les amoureux fêtent la
saint Valentin. B.

VALETER: être toujours à courir.

VALIANCE: vouloir, volonté. S.-I.

VALISSENCE (s. f.): prix, _valeur_. L.

VALOT: gaule, long bâton.

VALOTER: gauler; bâtonner;--lancer des _valots_ à un coq, dans ce jeu
barbare où la mort de cet animal est le but des concurrents.

VANNET: vanneau.

VANQUIERS BEN: volontiers bien; volontiers. A.

VANTIERS: volontiers. A.

VA-NU-PIEDS: pauvre diable déguenillé et sans ressources, qui est forcé
d'aller les _pieds nus_. En 1639, quelques révoltés, ruinés dès
long-temps par les vexations du fisc, avaient, en Normandie, pris ou
reçu le nom de _Nu-pieds_. A ce sujet, le Parlement de Rouen fut
interdit pour n'avoir pas sévi assez cruellement contre ces malheureux.

VANVOLE: futilité; objet sans valeur.

VAPAIL: pièce de bois, en forme de volée, à laquelle on attache les
_baculs_ ou les _traciers_ des deux derniers chevaux d'un chariot. M.
l'abbé Decorde.

VAPIER: bourbier. L.

VA QU'C'EST? VA QU'EST? où est-ce? _Va qu'c'est qu'ou va chiboler ç'te
chibâtree d'éfants?_ où va-t-elle mener mal à propos cette bande
d'enfants? L.

VAQUE: vache.--VAQUETTE: petite vache.

VAQUER: vacher.

VAQUER: agiter un liquide dans un vase.

VAQUETTE (s. f.): le pied-de-veau (_Arum vulgare_). B.

VAQUETTES (FAIRE DES): laisser de la boisson au fond de son verre. H.-N.

VAQUIE (s. f.): bouillie ou soupe trop claire. B.

VAR; VARRÉ: gris foncé, gris-blanc pommelé comme le _vair_ du moyen-âge.
On désigne ainsi, par leur couleur, les bœufs attelés, que l'on excite
au travail par ces mots: _D'gia_ ou _dia_, _var_.

VARAND: vaurien.

VARET: guéret. De _warectum_. Voyez VORET.

VARETAGE: action de _vareter_; l'opération elle-même.

VARETER: faire du _varet_.

VARIBOT: bourbier. Voyez VARVOT.

VARI-VARA: en désordre. B.

VARLOPURE (s. f.): ruban de bois que produit la varlope du menuisier. L.

VAROQUE: gros bâton qui sert à entourer la _liache_ d'un chariot ou
d'une charrette autour du pouliot, afin de serrer les gerbes sur la
voiture. M. l'abbé Decorde.

VAROQUER: serrer au moyen de la _varoque_.

VAROU: loup-garou. _Garval_, en ancien français. L.

VAROUAGE (s. m.): course du loup-garou. Au figuré, rut. En parlant des
chats en rut, on dit qu'ils sont en _varouage_, en _garouage_. Voyez
RAUT. B.

VAROUILLÉ: crotté et mouillé comme on suppose que doit l'être le
loup-garou, le _varou_. L.

VAROUILLER (SE): se crotter comme un _varou_. L.

VARPOT; VERPOT: petit bourbier. H.-N.

VARVA; VERVA (s. m.): boue claire; eau sale. Feu Lamarche rapporte que
le savant Huet ayant dit qu'il composerait une phrase entière, sans
qu'il y entrât un mot de français, et qui serait intelligible pour un
paysan de Basse-Normandie, récita celle-ci, dans laquelle entre le mot
verva: «_Cliaque ilo çu guerbé d'étrain por supper çu verva_: jette là
cette gerbe de paille pour assécher cette boue.»

VARVASSIER: bourbier, endroit fangeux. A.

VARVOT; VARVOTER. Voyez BARBOT. C'est le _v_ pour le _b_.

VARVOTER: chercher dans le _varva_.

VAS-JE (QU'IL): qu'il aille. L.

VASPASIAN: mauvais sujet. Cette expression vient probablement de quelque
vieux _mystère_ du moyen-âge, dans lequel l'empereur Vespasien jouait un
rôle fâcheux. L.

VASSAU (s. m.): valet; vassal. Pour être ainsi à ses ordres, est-ce que
je suis son _vassau_? De _vassal_. L.

VASTIBOUSIÈRE: servante sale, _gâtée_ par les _bouses_ de ses vaches;
fille débauchée.

VASTRIGUER: courir de côté et d'autre.

VATON: garrot, sorte de levier ou de gros _bâton_.

VATONNER: serrer une corde avec un _vaton_.

VATRE (s. f.): boue, fange. De l'anglais _water_: eau. B.

VATRER (SE): se crotter à l'excès; se rouler dans la _vâtre_. C'est de
là qu'est venu notre verbe _vautrer_. B.

VATRERIE: lieu où la _vâtre_ abonde.

VATROUILLER (SE): se couvrir de _vâtre_, de boue.

VA-T-Y-EN: vas-y.

VAUBOIRE (s. f.): varech (_Fucus_). B.

VAUCRE (s. f.): crue subite d'un cours d'eau; eau débordée; inondation.

VAUCRUER: faire cuire à demi des substances qui restent presque _crues_.

VAU-DE-VIRE. Ce titre de chacune des chansons d'Olivier Basselin, qui
les composa dans le _val_ de la rivière de _Vire_, a donné son nom au
vaudeville.

VAUDOISE: trombe.

VAUDRÉE (s. f.): fourgon du four. Voyez NAS.

VAULE (s. f.): gaule. Du Celtique-Breton _gwalen_. B.

VAULER (v. a.): gauler.--VAULETTE: gaulette.

VAULIARD: qui chancelle en marchant. Parce qu'il est comme une _vaule_
ou gaule. B.

VAULIER: chanceler. B.

VAULOT: petite _vaule_. Aller au _vaulot_: recourir à la gaule contre
les animaux qui font tort aux récoltes.

VAULOTER: gauler légèrement, à petits coups.

VAUPAS: balle des céréales. B.

VAUPILLER: inventorier; scruter; examiner.

VAUQUIER. Voyez VANQUIERS.--_Vauquier_ ou _vautier_; adverbe, signifie,
d'après MM. Duméril, vraisemblablement, peut-être, dans l'arrondissement
de Mortagne.

VAUSSIR: valoir.

VA-VITE (s. f.): diarrhée. L'auteur du _Testament de Pathelin_, p. 125,
appelle cet accident la _va-tost_; il fait dire Pathelin:

       N'apportez point de vin nouveau;
       Car il fait avoir la _va-tost_.     L.

VÉ: gué. Du latin _vadum_. En patois Walon, _wé_. B.

VECHI; VECHIN: voici.

VÉCINER: rôder autour d'un objet. De _vicinus_. B.

VÉE: veau. Du vieux français _véel_.--VELLE: génisse.

VEIGE (QUE JE); QU'ILS VEIGENT; QUE VOUS VEIGIEZ; etc.: que je voie;
qu'ils voient; que vous voyiez. L.

VEILLATIF: qui _veille_ avec soin; vigilant.

VEILLERI: étable où l'on se réunit le soir pour _veiller_ et travailler.
De _veillée_.

VEILLIE (s. f.): liseron (_Convolvulus arvensis_).

VEILLON (s. m.): poupée composée d'argile et de foin pour garantir
l'aire des jeunes greffes. B.

VEILLOTTE (s. f.): foin ramené en petits tas pour passer la nuit, la
_veille_.

VELA ou V'LA: voilà.

VELADE: surtout, blouse. (Manche.)

VELIN: venin. De l'italien _veleno_. Froid comme _velin_.

VÉLIN: point ou dentelle d'Alençon et d'Argentan. Faire du _vélin_. De
vélin, peau de _veau_ préparée en parchemin, sur laquelle on dessine le
modèle de cette belle dentelle, et qui sert de guide à l'ouvrière. A.

VELIMEUX: venimeux.

VÉLINEUSE: ouvrière qui fait la dentelle appelée _vélin_. A.

VELOPER: battre. Voyez FLOPER.--VELOPÉE en est le substantif; on dit:
donner une _velopée_. M.

VELOUSSEUX: libertin, débauché. B.

VELOUSSER: s'accoupler pour la reproduction.

VELOUX: velours.

VENAILLES; VANAILLES: criblures du _van_;--herbes parasites, qui ne
viennent que trop vite et trop abondamment.

VENANTISES (s. f. pl.): permission qu'obtient un aspirant à l'hymen, de
_venir_ à la maison de celle qu'il recherche en mariage. A.

VENASSE: mou; sans force et sans énergie. M.

VENDUE: vente publique à l'enchère. L.

VÊNE: vesse. L.

VÊNER: vesser. L.

VENETTE: diarrhée; grande peur qui la donne.

VÊNEUX; VÊNOUX: qui vesse.

VENTRE (ÊTRE SUR SON): être gourmand. L.

VENTRIÈRE: soubassement d'appui d'une fenêtre.

VENTRILLONS (A): sur le _ventre_. Se mettre à _ventrillons_.

VENUE (s. f.): abondance.

VÊPE; VÊPRE: guêpe. Du latin vespa. Le _doux-aux-vêpes_ (et non pas
_doux-au-vêque_ ni _doux-évêque_) est une pomme que les _vêpes_ ou
guêpes attaquent à cause de sa _douceur_ sucrée. B.

VÊPRE: soir.--VÊPRÉE: soirée; veillée. De _vesper_.

VÊQUIR: vivre. _Je vêquis_, _tu vêquis_, _il vêquit_, _nous vêquissons_,
_vous vêquissez_, _ils vêquissent_. _Je vêquissais_... _Je vêquirai_...
_Vêquis_, _vêquissez_, _qu'ils vêquissent_. _Vêquissant_.

VER: voir. H.-N.

VÉRARD: verrat. H.-N.

VERASSE (s. f.): mauvais lit.

VERCOUET: jeune porc châtré. _Vercout_, en patois de Grenoble. Au
figuré, petit homme sans énergie.

VERDALLER: agiter bruyamment.

VERDANSÉE: bastonnade; fustigation où l'on fait _danser_ avec du bois
vert.

VERDAUX: faiseur de mariages. Voyez BADOCHET. O.

VERDÉE; VREDÉE: correction avec les verges.

VERDER; VREDER: battre; frapper; fustiger.

VERDOT: fausset.

VERDRIX: le bruant de plaine, oiseau. B.

VÈRE: oui. De _verum_. Voyez VOIR. L.

VÈRETTE (s. f.): petite-vérole; variole. Ces noms viennent des boutons
de couleur _variée_ que produit cette éruption cutanée. Suivant Turnèbe,
on appelait _vari_ toutes sortes de pustules qui s'élèvent sur la peau
et principalement sur la figure. A.

VÉRETTE (VACHE): vache noire et blanche. H.-N.

VÉREU (s. m.): sorte de broche de fer que l'on fait rougir au feu pour
percer quelque pièce de bois. Du latin _veru_, broche. A.

VÉREULE (s. f.): variole, petite-vérole. L.

VÉREULÉ: marqué de petite-vérole. L.

VERGANDIER: fragon, ou houx-frelon (_Ruscus aculeatus_). B.

VERGE (s. f.): sorte de dé à coudre, qui n'a pas de fond.

VERGÉE; VERGIE: mesure agraire d'environ 20 ares.

VERGONDER; VERGONGNER; VERGOUGNER: grogner; gronder; disputer; faire
honte; faire _vergogne_. De _verecundia_.

VER-GOUTTE (A): à tâtons. H.-N.

VERGUE: verge, branche.

VERGUIE. Voyez VERGÉE.

VERGUES: verges.

VERHAULE: le courant, le fil de l'eau. B.

VÉRILE: reptile. B.

VERJUS-AU-DIABLE: la brione (_Bryonia alba_), et aussi la douce-amère
(_Solanum dulcamara_). B.

VERMÉE: paquet de vers au bout d'une ligne, pour la pêche, surtout pour
la pêche de l'anguille.

VERMEIL (s. m.): vers et vermisseaux. Les volailles recherchent le
_vermeil_. L.

VERMINÉE.: amas de vermine.

VERMINER: produire de la vermine.

VERMINEUX: miné par les vers; vermoulu.

VERMINIER (s. m.): vermine; souris, rats, etc. Il y a dans cette pièce
beaucoup de _verminier_: les rats et les souris y abondent. L.

VERNAILLER (v. n.): s'agiter; bondir comme les animaux au printemps
(_vernali tempore_). A.

VERNAT: verrat. Du latin _verres_. L.

VERRINE (s. f.): verre de montre; petite vitre d'horloge, de placard, de
boîte, etc.

VÉROLE: variole.

VÉROT: ver de terre. H.-N.

VÉROU: verrat.

VÉROUILLER: donner un léger labour; remuer la superficie de la terre
comme avec un _vérou_ qui fouille. M. Decorde.

VERROT: verrat. A.

VERSAINE: chacun des deux versants d'un sillon.

VERT-DE-POMMIER: gui. Voyez VI. B.

VERTE-BONNE: Reine-Claude, excellente prune. L.

VERTEVELLES: chaînes en fer qui attachent les unes le _joug à coue_ à
l'_esseleau_ de la charrue, les autres l'_esseleau_ lui-même à la
_haie_. M. Lepingard.

VERTOT: bonde de futaille; cheville avec laquelle on bouche le trou où
se met la chantepelure des tonneaux que l'on entame.

VERT-SUCRÉ: sucré-vert, sorte de poire excellente.

VERTUEUX: _fort_, vigoureux, vert. De _virtus_, dérivé de _vis_.

VERVARD: grondeur. L.

VERVE: gronderie. L.

VERVER: gronder. L.

VERVETTE (s. f.): grondeur, grondeuse. L.

VERVETTE: petit espiègle. O.

VERVOUSTER: tourner bout pour bout.

VESCHE; VEUCHE: vesce.

VÉSÉE: force. Tu n'as pas plus de _vésée_ qu'une puce.

VÉSILLANT: alerte, remuant.

VÉSINER; VESSINER: voisiner; rôder dans le voisinage.

VESON: femme débauchée.

VESONNER: s'agiter; se remuer sans faire beaucoup de besogne. Du latin
_vesanus_. S.-I.

VESOUS: objet de raillerie; jouet. S.-I.

VESPASIEN. Voyez VASPASIAN.

VESSAI; VESSIAU: futaille;--vase de cuisine.

VESSARD: qui vesse. H.-N.

VESSE: tisserand.

VESSE DE COQ: baliverne. _Vesse_ de coq, probablement pour _vessie_ de
coq, organe dont cet oiseau n'est point pourvu.

VESSIAX (s. m. pl.): vases, vaisseaux.

VESSICATOIRE (s. m.): vésicatoire.

VESSIÉ: couvert de pustules ou petites vessies. L.

VÊTU-DE-SAIE; VÊTU-DE-SOIE: cochon.

VEUE: vue; lampe; lumière quelconque. Atteinds-_mé_ la _veue_: donne-moi
la lampe.

VEUVIER: veuf.

VESTÉE: abondance; quantité. Une _vestée_ de pluie, de grêle. Voyez
GESTÉE.

VESTON: corset. De veste. Du latin _vestis_.

VESTONNER: courir çà et là. Voyez VROUSTER.

VETTE (s. f.): le pénis. De _veretrum_. S.-I.

VEULE: grêle; frêle; étiolé; sans consistance.

VEULER: mugir. De _beugler_.

VEUVE: veuf. C'est un homme _veuve_. H.-N.

VEY. Voyez VÉ.

VEYOUX; VOYOUX: cheval qu'on emploie pour reconnaître si une jument est
en saison;--l'homme qui espionne et cherche à connaître ce qui ne le
regarde pas.

VIAGE: voyage. De _viagium_, mot de la basse latinité qu'on rencontre
dans une charte de 1298, que Lobineau a recueillie dans son _Histoire de
Bretagne_. _Viageo_, dans le patois de Grenoble. L.

VIAGE: fois. C'est une crâse de voyage, disent MM. Duméril, et, au lieu
de: la première fois que j'irai, on a dit: à mon premier voyage.

VIAGER (v. n.): faire de fréquents et inutiles _voyages_.

VIAIS; VIONS: voyez; voyons. H.-N.

VIAR: harle huppé. Voyez GIÈVRE. B.

VIAU: veau.--VIAULER: vêler.

VIC; VI: gui. Du latin _viscum_. V. VERT-DE-POMMIER.

VICE: libertinage. Il est du _vice_: c'est un libertin.

VICOT: bécasse.

VIDANGES: déblais. (Avranchin.)

VIE (FAIRE LA): faire du tapage.

VIELLEUX: joueur de vielle.

VIEILLOCHE; VIEILLOTTE. Voyez VEILLOTTE. Ici nous emprunterons de
précieux détails à M. Lepingard: «Les _vieillottes_ sont des amas de
foin en forme conique. Ces tas de foin sont de diverses grosseurs selon
leur état de siccité, et prennent différents noms: _ondin_, quand
l'herbe qui vient d'être fauchée est restée par rangs, comme la faux l'a
placée; _cabot_ ou _boisson_, quand l'herbe a été étendue, qu'elle a été
exposée une première fois à l'air; _bastard_ ou _bâtard_, quand elle est
bientôt sèche; _vieillotte_ enfin, quand l'herbe est tout-à-fait sèche
et en état d'être mise au fenil.»

VIENGE (QU'IL): qu'il vienne. L.

VIENRA; VIENRAIS; VIENREZ: viendra; viendrais; viendrez. S.-I.

VIENT (QUI): prochain. La semaine _qui vient_; l'an _qui vient_: la
semaine prochaine; l'an prochain. Patois Lorrain. L.

VIÉS: vieux; _vieil_. On trouve _viés_ pour vieux dans les _Chansons du
roi de Navarre_. L.

VIÉTOU! VIÉTOU! VIÉTOU! pour appeler les vaches: _viens tôt_. M. l'abbé
Decorde.

VIETTE (s. f.): petit chemin pour les piétons. Diminutif de _voie_,
_via_. B.

VIEUILLARD: vieillard.--VIEUILLE: vieille.--VIEUILLESSE: vieillesse. L.

VIEUILLE: trombe de poussière. H.-N.

VIEUTURE (s. f.): vieilleries, en parlant de meubles, d'habillements. A.

VIÈVE: Geneviève.

VIGNE (s. f.): jomarin (_Ulex Europæus_). B.

VIGNET; VIGNETTE: lieu couvert de jomarins. B.

VIGNOLEMENT: action de _vignoler_.

VIGNOLER. Se dit d'un assemblage mal joint, dont les tenons jouent dans
les mortaises. Voyez OINSIGNOLER.

VIGNON; VIGNOT: ajonc épineux à fleurs jaunes; jomarin. Voyez
VIGNE.--_Vignot_ est aussi le nom d'une coquille du genre des sabots.

VIGNON: le siffleur, sorte de canard sauvage.

VIGUETTE: petite cheville. Voyez PIGNETTE.

VILANNER: faire souffrir. Mon soulier me _vilanne_. H.-N.

VILER: crier. Se dit du cri des porcs.

VILLAS; VILLIAS: veillée.

VILLE. Ce nom (qui n'a pas de rapport avec ville, cité) vient de la
basse latinité _villa_, et, comme en Écosse, signifie une maison, une
habitation. Ainsi, Plainville est une maison en plaine; Ouville, une
habitation sur l'eau, etc. C'est de ce mot _villa_ qu'est venu
_village_: réunion d'habitations.

VILLÉ (BŒUF): bœuf gras que les bouchers promènent solennellement à
l'époque du Carnaval. On disait autrefois à Paris le bœuf _viellé_,
parce que, le jeudi-gras, il était conduit au son de la _vielle_; et
c'est de là, et non pas de ville, qu'en Normandie on a, par une crâse,
fait le mot _villé_ pour _viellé_.

VILLONNER: mettre un _veillon_. Voyez VEILLON.

VILLOTTE. Voyez VEILLOTTE.

VILVOQUER: ballotter. D'où _bilboquet_.

VIMBLET: vrille, tarière. Voyez GUIMBELET.

VINETTE: oseille (_Rumex acetosa_).

VINT: venu.

VIOGE: violent, irritable, dont la colère sourde paraît dans
l'altération de ses traits.

VIOLONNEUX; VIOLONNOUX: joueur de violon.

VIONDIR. Onomatopée du bruit du vent, d'une toupie, d'une balle lancée,
etc.

VIONE (s. f.): clématite des haies (_Clematis sepium_).

VIONNÉE: châtiment violent, infligé d'abord avec des scions dont le
bruit, en déchirant l'air, a pu faire donner le nom à la correction.

VIONNER: donner une _vionnée_;--faire entendre le bruit sifflant d'une
pierre lancée par une fronde.

VIPARD; VIPEUX; VIPOUX: qui _vîpe_.

VIPEMENT: substantif du verbe VIPER.

VIPER (v. n.): produire avec la voix, et même avec un instrument, un son
très-aigu, qui siffle désagréablement aux oreilles, qui perce le tympan.

VIPILLON: goupillon. De _vulpes_: goupil ou renard, parce que, pour
donner l'eau bénite, on se servait autrefois d'une queue de cet animal.
L.

VIQUET: guichet; ouverture faite à l'un des bouts d'un tonneau et par
laquelle on peut s'y introduire pour le préparer à recevoir le cidre. B.

VIRARD: petit brochet.

VIRET: jouet d'enfants, garni de plumes. B.

VIRLI: petite _vive_, poisson. B.

VIRON: environ. Par aphérèse.

VIROUSSE: _virée_, jet d'eau ou de tout autre liquide, lancé avec
force;--diarrhée.

VIROUSSER: lancer de l'eau. Fréquentatif de _viret_.

VIRVOUCHER: tournoyer désagréablement. De _virer_, tiré du latin
_gyrare_. En Roman, _bireboute_ signifie détour, volte-face. A.

VIRVOUSSER: aller de côté et d'autre. Voyez VIRVOUCHER.

VISI: louche. De voir, _viser_. L.

VISQUES, pron. _vîques_: mauvaises idées.

VITAILLE: victuaille.

VI-T-EN: viens-t-en.

VITOUARD: source d'eau. Suivant Huet (_Origines de Caen_), _vitouard_
vient de l'anglais _white water_: eau blanche.

VIVAGE: terrain pierreux. M.

VIVATURE (s. f.): vivres. L.

VLA: voilà. On disait autrefois _vela_ et _veci_.

VLAUDÉE: volée de coups. M.

VLAUDER: donner une _vlaudée_.

V'LER: vouloir. _V'lais_; _v'lait_; _v'lous_: voulais; voulait;
voulez-vous? Il ne s'agit que de _v'ler_: il ne s'agit que de vouloir.
L.

VLO: voilà.

VOCHER: appeler. On a dû prononcer _voquer_. De _vocare_.

VOICHE (QUE JE): subjonctif présent des verbes _voir_ et _aller_.

VOIDERIL: partie égrainée, grossière et pulvérulente de la surface des
carrières de pierre. B.

VOIR; VOIRE: vrai! On lit, dans les _Poésies du roi de Navarre_: pour
_voir_, au lieu de: pour le vrai; et, dans _Pathelin_, p. 74:

       Par le corps bieu! a dire _voir_
       Vous y avez très-bien ouvré.

Wace dit, dans le _Roman de Rou_:

       Ne sai c'est _voir_; mais ce dit-on.

VOIRAI (JE): je verrai. C'était le futur régulier de _voir_, qui s'est
conservé pendant une partie du XVIIe siècle.

VOIREMENT: vraiment.

VOIRRÉE: verrée. H.-N.

VOIS (JE M'EN): je m'en vais. C'est par une sorte de compensation que
l'on dit: _vais_-tu pour vois-tu. Malherbe, qui était Normand, écrit,
dans ses _lettres_: je _vois_ pour je _vais_.

VOISE: aille. Il faut que je m'en _voise_: il faut que je m'en aille.
_Pathelin_, p. 50:

       Dictes, afin que je m'en _voise_.

VOIT-D'UN: borgne; qui ne _voit_ que _d'un_ œil. A.

VOITON: levier. Voyez VATON.

VOLET (s. m.): nénuphar (_Nymphæa alba_).

VOLET: ruban.

VOLETTE: tirasse, filet.

VOLIER: partie de la tête du rouet à filer qui forme les deux ailes
tournantes. Voyez AILETTES.

VOLONTÉ (A): en grande abondance. L.

VORET: guéret. Voyez VARET.

VOS: vous.--VOT': votre.

VOSTER; VOUSTER: courir de côté et d'autre, sans motifs plausibles.
Voyez VROUSTER. B.

VOTRER: _vousoyer_; le contraire de tutoyer. _Votrez_-vous? vous
servez-vous de _vous_ pour _toi_, dans vos relations?

VOU: où. _Vou_ que c'est: où est-ce? Patois Bourguignon et Lorrain. L.

VOUDER: enrouler; mettre en peloton; manger avec avidité. H.-N.

VOUGE (s. f.): serpe, croissant.

VOUI: oui.

VOUIN; VOIN: regain. _Waïen_, en patois Walon. L.

VOULENTÉ: volonté.

VOULEVARI (corruption de _boulevari_): bouleversement, tumulte. De
_volvere_, d'où est venu bouleverser. Voyez HOULEVARI. L.

VOUSOYER; VOUSSETER: ne pas tutoyer.

VRA; VRAC: varech. C'est une crâse.

VRA ou VRAC (EN): en masse; en monceau confus, comme le varech, que l'on
entasse au moment de la récolte. B.

VRAI; VRÉ: varech.

VRAI (DE): véritablement; en vérité.--_vrai-dà_: oui-dà.

VRAMENN: vraiment. S.-I.

VRÉDINE: homme de peu de tête.

VRÉDINER: s'exalter trop facilement; ne pas être maître de soi.

VÊPRES: guêpes.

VRONDE: fronde.

VRONDER: agiter une _vronde_ ou fronde. Le bruit d'une pierre lancée par
la fronde fait dire que cette pierre _vronde_.

VRONDRE (v. n.): bourdonner. M.

VRONNER: faire résonner une _vronde_; lui faire rendre un bruit répété
de _vron_, _vron_. _Vronde_, _vrondre_, _vronder_, _vronner_ sont des
onomatopées.

VROU (s. m.): eau qui sourd d'un rocher. On lit dans Pluquet: «Les
_vrous_ de Port (Port-en-Bessin) fournissent de l'eau douce aux
habitants». Par figure sans doute, disent MM. Duméril, on donne le même
nom à la diarrhée.

VROUSTE: course inutile. L.

VROUSTER: entreprendre des courses inutiles, pour aller flâner;--marcher
vite, d'un pas leste et délibéré.

VUER: enrouler. _Vuer_ de la laine: l'enrouler sur un _tuêt_. Du latin
_volvere_.

VUEUDIER; VUEUGUIER: vider. Jadis on écrivait _widier_.

VUEUILLE: vieille.--VUEUILLESSE: vieillesse. L'abstrait se prend parfois
pour le concret. On dit: c'est une _vueuillesse_, pour une personne
âgée.

VUEUILLIR: vieillir.--VUEUX: vieux.

VULGUER, ÈRE ou VULGAI, E: évident. Apocope de _vulgaire_. Du verbe
divulguer. L.


X.


XALBI. Voyez HALBI.

XUEU ou SUEU: graisse pour faire de la soupe. De _xeu_ qui, en vieux
français, signifiait suif, graisse de porc ou de mouton.


Y.


Y. C'est mal à propos qu'on prononce quelquefois comme _i_ l'_y_ entre
deux voyelles; il n'a rien de grec, et représente deux _i (i-i)_ qui se
partagent entre les deux syllables qu'ils divisent. Ainsi on doit
prononcer: _ai-iant_, _citoi-ien_, _moi-ien_ (ayant, citoyen, moyen) et
non pas _a-ïant_, _cito-ïen_, _mo-ïen_.

YAUSAUX; YAUSOUX; YOUSOUX: aqueux; saturé d'eau; ayant goût d'eau. Voyez
IAULOUX.

YETTE. Voyez LIETTE.

YEUXTRÊME: extrême. H.-N.

YMAGIER: qui fait ou vend des images; enlumineur; modeleur en plâtre ou
en terre cuite.

YTEL; INTEL: tel, pareil, semblable. _Ytal_, dans le vieux français.

YU (s. m.) (arr. de Coutances): vêtement raccommodé avec un morceau de
couleur différente. MM. Duméril.

YVRER: enivrer. Il s'est _yvré_.


Z.


ZIGUER: faire jaillir de l'eau avec une seringue. Voyez JILER.

ZIGUET (s. m.): diguet.

ZIGUEZONNER: faire des zigzags en marchant.

ZOZO: bouffon. De Joseph (_Joso_).



SUPPLÉMENT.


L et D sont placés après un grand nombre d'articles. D indique ce que
nous avons pris dans le _Dictionnaire du patois du pays de Bray_, par M.
l'abbé Decorde, curé de Bures (Neufchâtel, 1852, in-8º.); L, une partie
de ce que nous avons emprunté aux _Notes sur quelques mots usités à
St.-Lo ou dans les environs de cette ville_, par M. Lepingard, ancien
chef de bureau de la préfecture de la Manche. Nous avons laissé de côté
beaucoup de mots qui n'offrent que des différences de prononciation.
Quant à ceux du GLOSSAIRE qui se retrouvent dans notre SUPPLÉMENT, ils y
figurent pour des additions plus ou moins importantes, des sens
particuliers, des acceptions nouvelles, qu'il nous a semblé utile de
recueillir. Nous n'avons toutefois accepté aucun des mots populaires
enregistrés par Bescherelle. Leur admission dans son Dictionnaire les
exclut d'un glossaire spécial du patois normand.

       Julien TRAVERS.


A: elle. A veut: elle veut.--A: aux. Dites _à_ charretiers de dételer.
D.--_A_ pour _de_ très-fréquemment: la maison _à_; le cheval _à_, etc.

ABAISSE: assiette en terre cuite. L.

ABANDER: courber.--ABANDÉ (D'): détendu, courbé, n'ayant pas la force de
se soutenir. Aller _d'abandé_. L.

ABAT: (Pluie d'): grosse pluie abondante et verticale.

ABATAISON.: inclinaison donnée aux murs par les lois de l'art.

ABÉCHER; ABÉTER: tendre des _abets_. Voyez ce mot.

ABIBOCHER. Même sens que RABIBOCHER. Voy. ce mot.

ABILLOTER (S') se dit de la bouillie qui s'agrège en se délayant.

ABIMER: gronder; rouer de coups; salir. L.

ABIVALER: descendre; mettre en pente douce. L.

ABLO: différence entre la valeur des anciennes pièces et leur cours. 5
sous étaient l'_ablo_ des écus de 3 livres.

ABLOTIS (s. m.): lot d'objets qu'on prend au hasard et sans compte.

ABOLIR: salir;--perdre de réputation. L.

ABOMIR: affadir; exciter au vomissement. Cela m'_abômit_ le cœur: cela
me rend le cœur malade.

ABRIAS: grand paillasson qui sert d'_abri_ contre le soleil. On dit
encore: _s'abrier_, qui est plus près de sa racine que le français
_s'abriter_.

ABUTIR: abrutir.

ACABOUILLIR: mettre en bouillie, en pâte; écraser par un effort, par un
mouvement subit. L.

ACAMASSER: entasser;--écraser, au propre et au figuré.

ACANTER: incliner; pencher.

ACCLAQUER (S'): s'affaisser en s'aplatissant. L.

ACCLATRER: aplatir par une pression subite. L.

ACCOINGNETER; pousser; serrer dans un _coin_. L.

ACCOUFLER (S'): s'accroupir; s'affaisser sur soi-même.

ACCOURSER: courir sans cesse; n'être jamais chez soi.

ACCOUT: cale; ce qui sert à _accoter_.

ACHABRIR: accabler. _Achabrir_ de coups. L.

ACHEVALER (S'): se mettre à cheval, à califourchon sur.

ACHITRER: assener un coup de poing. (Granville.)

ACIMENTER: unir par le _ciment_;--unir fortement, au figuré.

ACONNAITRE (SE FAIRE): se faire reconnaître de.

ACONDUIRE (SE FAIRE): se faire conduire.

ACRANQUI: atteint de la _cranque_ (crampe); dès-lors, arrêté dans ses
mouvements et ses développements. D'où enfant _acranqui_; légume
_acranqui_; etc.

ADIRER (S'): s'égarer. Du latin _ire ad._ H.-N.

ADVINER: deviner.

AFFAITEMENT: assaisonnement. AFFAITER: assaisonner.

AFFAITIR: faire à; accoutumer à; rendre propre à.

AFFECTER A (S'): se livrer avec _affection_ à; s'appliquer à.

AFFLATER: flatter; caresser avec la main. D.

AFFUBER: envelopper. Cette liqueur m'_affube_ le cœur. D.

AFFULER (S'): mettre son bonnet. D.

AFROQUEMENT: compagnie. H.-N.

AGA: vois; regarde; voyez donc! D'αγαμου: j'admire.

AGAI (_Gai à_): bonne mine. _Fais agai_: souris.

AGALÊTRER: exciter; irriter.

AGERS: distribution, places. Je connais les _agers_ de la maison. D.

AGÉSINER: donner des soins comme à une femme en _gésine_; traiter avec
sollicitude.

AGNAI; AGNÉ: agneau. _Ognai_, en Walon.

AGRABATAIRE: grabataire.

AGRAPPINS: espèce de grappins, qu'on s'ajuste aux jambes pour monter aux
arbres et les ébrancher. D.

AGRIPPER: prendre en secret. H.-N.

AGUIGNÈTES. Voyez HAGUIGNÈTES.

AHANIER: laboureur, homme de peine. D'AHAN.

AHI: mot par lequel on excite les animaux de trait.

AHOQUER: accrocher.

AIGACHER; ÉGACHER: émousser un tranchant.

AIGUCHER; ÉGUCHER: aiguiser.

AIGUE; AINGUE: aide.--AINGUIER: aider.

AINCHAIN: ainsi, de même.--AINLA: ainsi, aussi bien.

AIRER: faire de _l'aireure_, terre labourée pour froment.

AISSAI; AISSEAU; AISSIAU: bardeau;--vanne placée sur un déversoir pour
arrêter l'eau.

AJET: achat. D.

AJETER (S'): se jeter; se réfugier; prendre l'habitude d'aller à ou
chez.

AL: à la. _Al_ St-Jean.--AL: elle, elles. D.

ALAS! hélas!

ALLÉE: partie de jeu; tournée. Faire une _allée_; jouer encore une
_allée_: faire une partie, jouer encore une fois, faire une dernière
_tournée_, de façon que les cartes soient successivement données par
tous les joueurs. L.

ALLIER: échafaudage destiné à porter les ouvriers en bâtiments et leurs
matériaux, lorsqu'ils sont obligés de s'élever au-dessus du sol. L.

ALLIQUIER: allécher. On a dit encore: _allachir_.

ALLOTIR: faire des lots et les assigner aux ayant-droit.

A MAIS: à moins.

AMARI: maladie de langueur. H.-N.

AMBLECHINER: marcher difficilement.

AMENUCIER: amincir.

AMÉTRER: mettre des cailloux par monceaux d'un mètre cube. D.

AMICABLE; AMICABLEMENT: amical; amicalement.

AMIGNARDER: apprivoiser par des mignardises. Roman.

AMITIEUX: caressant. D.

AMITOUFLER (S'): s'envelopper la tête pour se préserver du froid. D.

AMONT: parmi, dans, au milieu de, aux environs. Ils sont là _amont_.
_Amont_ la journée. _Amont_ les champs.

AMUNITION: munition. Pain d'_amunition_.

ANATER; ANNATER (S'): se réunir comme en nattes; s'agglomérer.

ANDIER: grand chenet. H.-N. On a dit: l'_andier_, puis _le landier_,
usité en Basse-Normandie.

ANGE: espèce. Donnez-moi de l'_ange_ de vos pois. D.

ANGER DE: pourvoir de; fournir.

ANGLIOUSE: sensible à la douleur corporelle. L.

ANGUSTER: placer une pièce de bois dans la mortaise d'une autre pièce;
l'y ajuster. L.

ANGUYNANES et HOGUYNANES. V. HAGUIGNÈTES.

ANIEUTONNER: attarder mal à propos. L.

ANNE: hélas! H.-N.

ANNELÉE: volée qu'on sonne pour les défunts. D.

ANNELER: agneler.

ANNOUÉ: privé de développement. Enfant _annoué_: qui n'acquiert ni
force, ni taille. De _nodus_.

ANNOUILLÈRE: vache qui n'a pas conçu dans l'année, et qui continue à
donner du lait. Du latin _annus_. Feu Lamarche.

ANNOUS-EN: allons-nous-en. (Pays-d'Auge.)

ANTE: tante. H.-N.

ANTAN: veau de l'année précédente.

ANTENOIS (Moutons): âgés de moins d'un an. D.

ANTOMI: engourdi. Se dit substantivement d'un squelette humain. D.

APATELLE: nourriture que les oiseaux portent à leurs petits.--APATELER:
porter l'_apâtelle_. D.

APLÉGER: cautionner; garantir.

APPELOTER (S'): se disposer en pelote. L.

APPENSER: réfléchir profondément.

APPESONNER: surcharger de poids, afin d'aplatir, ou de prévenir tout
dérangement. L.

APPIAT; APPUAT: appui. L.

APPIPER; APIPER: attirer; séduire.

APPOYAS: longues fourches de bois qui soutiennent les branches trop
chargées de fruits. D'_appui_.

APPROISIER: apprécier; estimer; évaluer. L.

ARASER: passer tout près de. Sa voiture a _arasé_ la muraille. D.

ARANCER (S'): s'appuyer en arrière; s'appuyer avec son fardeau sur, ou
contre, pour se reposer.

ARCAIL (FIL D'): fil d'archal.


BANNETTE: berceau en osier pour les nouveaux-nés. H.-N.

BANONNIER: public, commun. Le taureau _banonnier_ était celui que les
seigneurs avaient le droit de laisser parcourir les terres de leurs
vassaux. L.

BANQUIER: faire ou réparer une _banque_ (épaulement, revers, crête d'un
fossé);--publier des bans de mariage;--installer un nouveau marié dans
son banc à l'église, le premier dimanche après la noce. L.

BARBOUQUET: bouton aux lèvres. H.-N.--_Faire un barbouquet_: remplacer
la bride d'un cheval au moyen de sa longe qu'on lui passe dans la
bouche, et dont on lui entoure la mâchoire inférieure. D.

BARER: donner. H.-N.

BARETÉE: quantité de lait mise dans la _barette_ (baratte); quantité de
beurre qu'on en a obtenu. L.

BARRE: barrière.--BARRETTE: petite barrière.--BARRURE: barrage. D.

BASENCULÉ; BASSET: de petite taille. D.

BASSURE: vallée. D.

BASTANT: suffisant. L.--Personne agile et vigoureuse. D.

BATARD. Voyez VIEILLOCHE.

BATISTÈRE: acte de baptême extrait des registres. D.

BATTE: seconde pièce du fléau, qui sert à battre le blé.

BATTEMARE: bergeronnette. H.-N.

BATTEUX: battoir;--batteur.

BATTIÈRE. Voyez BATTERIE.

BATTRE: égrener le blé, en frappant les épis.

BAUBE: engourdi par le froid. L.

BAVAROISE: pont de culotte ou de pantalon.

BAYETTE: baguette. H.-N.

BAYOTTE (Vache): rouge et blanche. H.-N.

BÉATILLES: petits morceaux de viande, rejetés dans l'apprêt des mets, et
dont tire parti une économie bien entendue.

BEBAIS: moutons. BEBÊTE: bête (termes enfantins). D.

BEC (Donner un): baiser. D.

BECAR: pou. H.-N.

BÉCHON: boisson. H.-N.

BÉCU: qui a du bec, grand parleur, mauvaise langue.--Truite _bécue_:
truite saumonée. L.

BECVÉCHIER. Voyez BÊCHEVÉCHER.

BÉDAN: espèce tardive de pommes à cidre. H.-N.

BÉDON: espèce de tambour;--gros ventre;--femme de mauvaise vie.

BÉDONNÉE (S'en donner une): manger avec excès. D.

BÉGIN: dentelle étroite dont on garnit les bonnets d'enfant. L.

BÉGU; BÉGUË: personne dont la mâchoire inférieure s'avance plus que la
supérieure. D.

BÉGUER: bégayer.

BÉ HASARD: probablement, peut-être. D.

BEILLE: ventre. Percer la _beille_. (Avranchin.)

BEL (s. m.): cour.

BELINER se dit de l'acte du _belin_ qui saillit. L.

BELLE HEURE (A): très-tard. D.

BELLENÉE. Voyez BANNELÉE.

BÉNONI: favori, particulièrement chéri.

BÉQUETTES. Voyez ÉBÉCHETTES.

BERCAILLES: moutons maigres et de mauvaise qualité.

BERLAFE: coupure. H.-N.

BERLANDER: flâner.

BERLIFUMER; BERLUFUMER; EMBERLIFUMER: s'emparer captieusement de
l'esprit de quelqu'un.

BERLIN; BRELIN; VERLIN: petit limaçon de mer.

BERLINGOT: petit panier.

BERLINGUER: vaciller aux yeux. H.-N.

BERLUBERLU: par échange ou don réciproque. L.

BERNEUX: petit enfant qui ne sait pas encore être propre. D.

BERS: ridelles d'un chariot. H.-N.

BESINDE: ivresse gaie et légère. L.

BESOQUE (ALLER DE SOQUE ET DE): aller d'une chose à une autre, sans
esprit de suite et comme au hasard.

BESOT. Voyez BÉDOT.

BÉ SU: bien sûr; certainement.--BÉTOT: bientôt.

BÊTONNER: dire des bêtises. D.

BEUCHONNER: aimer à boire.

BEUGUER: roter; rendre un vent de l'estomac. L.

BEULONNER: pousser des cris sourds, des beuglements rauques, comme le
taureau qui s'irrite.

BEUVÉE: breuvage.

BI; BIT (s. m.): grosse corde qu'on place au point des roues le plus
rapproché de l'arrière d'une charrette, pour contenir le tonneau qu'on
en veut descendre. L.

BIBER: boire; avaler sans goûter. L.

BIBOT: propre à rien, comme si l'on avait les deux pieds bots, les deux
mains liées. L.

BIDELER (SE): se reposer; se tranquilliser après des tourments, des
soucis de toute espèce. L.

BILAUDES: gros et longs bâtons servant à divers usages, à faire des
cercles, des barrages, etc. D.

BILLARD: boiteux, qui marche la pointe des pieds en-dedans. D.

BILLETTE: petite cheville pour fermer un bissac.

BILLOCHE: grosseur, durillon.

BILLOT: agrégation de grains pulvérulents. L.

BINGUE: huche en paille.

BINGUER: rouler comme une _bingue_ par suite d'ivresse. L.

BIROQUE: double rosse.

BISCOIN: opposition des coins. _De biscoin_: d'un coin à un autre, de
biais, en travers. On dit, dans la Haute-Normandie, _de bisc-en-coin_.

BITER: toucher; mordre. M. Chassant.

BLAI BIS: méteil. D.

BLAIRER: regarder.

BLAIRI: champ où l'on a récolté du blé. D.

BLANCHET: _apolon_, brassière, camisole. L.

BLASER: panser une plaie avec un liquide. D.

BLASPHÊME: blême. H.-N.

BLINDER; BLINGUER: action de jeter des palets pour voir lequel des
joueurs sera le plus près du but et jouera le premier. D.

BLO: pièce de bois qu'on met sous une autre pour l'éloigner de terre. D.

BLOUGUE: boucle.--BLOUGUER: boucler. H.-N.

BOBOS: sabots (terme enfantin). H.-N.

BOËTER; BOTER se dit d'un chemin dont la _boe_ (boue) s'enlève par
plaques en marchant.

BOILLONNIÈRE: lieu dangereux par les _boillons_ ou _bouillons_; endroits
du sol où l'eau bouillonne et sourd.

BOISE: gros morceau de bois; poutre. H.-N.--Petite règle ou bâton de
bois, mince et large. _Doler la boise_: chercher à capter les bonnes
grâces à force de souplesse. H.-N.

BOISIQUIER: faire du menu bois; en chercher. L.

BOISSONNER: s'occuper de _boissonneries_.--BOISSONNERIES: choses de peu
de valeur, de mince importance. L.

BONETTE: coiffure de femme. De la partie antérieure s'avance une sorte
de visière, souvent garnie de dentelle.

BOQUILLON: bûcheron.

BORDILLER: être près de. _Bordiller_ 60 ans. D.

BOUCANE: maison de chétive apparence. D.

BOUCAR: bocal, carafe. H.-N.

BOUCHEROT: mauvais boucher. H.-N.

BRIQUET: tête, cervelle. H.-N.

BRONGNES: tétins de truie. D.

BROQUE-A-Z-YEUX (NE VOIR): être dans une obscurité complète. H.-N.

BROSQUIN: brodequin.

BROSSE: effet métaphorique de la _brosse_ qui enlève et fait
disparaître. Ça fait _brosse_: c'est une affaire manquée ou une
espérance déçue.

BROTILLONS: petites broutilles.

BROU: gui H.-N.

BROUACHINAGE: bruine.--BROUACHINER: bruiner.

BROUAS: Enfant qui a la figure sale. D.

BROUASSE: _brouée_ passagère. BROUASSER en est le verbe.

BROUET: épidémie. D.

BROUILLARDER: bruiner. H.-N.

BROUIR: aller trop vite. H.-N.

BRUCHER: broncher. H.-N.

BRUILLE. Voyez BREUILLE.

BRUILLOT: oiseau qui n'a que la _bruille_.

BRULÉE (s. f.): rossée.

BRULEUSE: diarrhée.

BU: qui a beaucoup bu. Homme _bu_: homme ivre.

BUETTE: petite ouverture dans un mur, dans un toit.

BUEUILLIER: beugler.

BUIE. Voyez BIE.

BUNE: bouchon qui sert de but au petit palet.

BUQUETTE: courte paille. H.-N.

BUQUILLÉE; BUQUILLIE: amas de bûchettes sans consistance. Tomber comme
une _bûquillie_: tomber sans soutien.

BUQUILLIER: ramasser des _bûquettes_ (des bûchettes). L.

BUTIN: mobilier de peu d'importance. D.

BUTTE: bouchon qui sert au jeu de la _butte_. H.-N.

BUTTÉE: argent placé sur la _butte_ ou _bouchon_.


CABEUIL: crasse produite par la graisse et l'huile qu'on met entre
l'essieu et la roue d'une voiture. D.

CABO: têtard. Feu Lamarche.

CABOCHARD: entêté. H.-N.

CABORET: espèce de pois nommée _cabot_.

CABROUET: espèce de petite charrette sans ridelles. D.

CABUS: espèce de choux assez fades. L.

CACHE: avenue;--troupe d'animaux;--_touche_ d'un fouet;--rut des vaches.

CACHE-MONÉE: garçon meunier qui va chercher les _monées_. Voyez MONÉE.

CACHE-MOUTE. Voyez CACHE-MONÉE.

CACHE-POUQUE: garçon meunier qui conduit les mulets chargés de grains,
ou qui porte la farine chez les particuliers. _Cache-pouque_ est la
corruption de _chasse-poche_: nos villageois disent _cache_ pour chasse,
et _pouque_ pour poche. Feu Lamarche.

CACHES (N'être pas au bout de ses): avoir encore beaucoup à faire ou à
souffrir. D.

CACHETTE: petite avenue, petit sentier qui conduit de la cour à des
pièces de terre de la ferme. L.

CACHEUX: chasseur; _cache-moute_. D.

CACHOIRE (Coup de): dernier verre de liqueur qu'on offre à ses convives
au moment où ils partent. D.

CADELER: se donner du bon temps; vivre sans soin. L.

CADESSIME: catéchisme. D.

CAFIGNONS: corne qui termine les pieds des vaches, chèvres, porcs, etc.
D.

CAFOURET: petit appartement sale. H.-N.

CAFUTER: éloigner, chasser un animal. H.-N.

CAGE: casanier, apathique, maladif. Il est _cage_: il est souffrant. L.

CAGNE (Vache): de couleur gris-clair. D.

CAGNOLE: espèce de carcan pour les jeunes porcs. D.

CAHOUETTE: petite corneille. H.-N.

CAILLARD: caille trop jeune pour être tuée. D.

CAILLOUER; CALOUER: jeter des cailloux à.

CAIRDRON: chardon.--CAIRDRONNET: chardonneret. CAI est pour CHA au
commencement d'un grand nombre de mots.

CALE (s. f.): projectile dont on menace de frapper quelqu'un, en lui
criant: _Fi de cale!_ mets-moi au défi. L.

CALEFESSIER: homme décidé, toujours prêt pour les parties de plaisir. L.

CALER: faire ses petits.

CALEUSER: se livrer à la paresse.--CALEUSETÉ: paresse.--CALEUX:
paresseux. H.-N.

CALIBERDAS: grand bruit. H.-N.--Aller à _caliberda_: aller à
califourchon. B.-N.

CALIHOISNE: assemblée vers le mois de mai. L.

CALIMACHON-A-HOTTE: limaçon à coquille. H.-N.

CALIN: lieu où les vaches _calinent_.--CALINER se dit des animaux qui se
reposent à l'ombre, dans les grandes chaleurs. D.

CALINAGE: action, effet du _calin_. L.

CALIT: mauvais lit dans les écuries, les étables, etc. D.

CALLIBRISTIS: mot vague, employé d'une manière quelque peu grivoise,
comme le _cœur_ de Boufflers.

CALOGE: loge à chien. H.-N.

CALOT: brou de la noix.

CAMAILLER (SE): se culbuter en jouant. H.-N.

CAMBRE: chanvre.

CAMO: tasse de café. _Mi-camo_: demi-tasse.

CAN pour CHAN au commencement de beaucoup de mots.

CANETTE: petite bobine, originairement de _canne_ ou roseau. L.

CANGEON: enfant cagneux, dont le développement physique est
prématurément arrêté. L.

CANGNON (s. m.): chaîne qui attache le _bacul_ à la _haie_ de la
charrue. L.

CANIVET: petit canif. L.

CANNEBUTE. Voyez CANNE-PÉTOIRE.

CANNER: pleurer fort. D.

CANTÉ: chanteau.

CANTELLE: ruse, tromperie. Du latin _cantus_, ensorcellement. L.

CANTER: perdre l'aplomb; tourner.

CANTINETTE: criocère, espèce de coléoptère. D.

CAPELER: se couvrir d'un _capet_ ou chapeau, en parlant d'un liquide
dont la surface s'épaissit par suite de la fermentation. L.

CAPPE: cuiret qui retient la _batte_ et le _maintient_ du _flais_. Jean
de Garlande mentionne ainsi les parties du fléau: _flagellorum partes
sunt manutentum, virga et cappa_. D.

CARAS: bergers. D.

CARCAILLOT: appeau pour appeler les cailles. D.

CARDINER: s'impatienter jusqu'à perdre la raison. L.

CARLUSER: parler de tout; babiller continuellement. L.

CARNAGE: charogne. H.-N.

CAROTTER: attraper; tromper. CAROTTIER en est le substantif.

CAROUGE (CRIS DE): cris fortement proférés.

CARPELOUSE; CAIRPELOUSE: _charpeleuse_, chenille.

CARRABIN: sarrasin.

CARREAU; CARRIAU: carré; portion de jardin consacrée à un
légume;--obstructions des enfants que certaines familles, d'après
l'opinion, ont le privilège de guérir par l'attouchement.

CARTE: le quart du boisseau. L.

CARTELER: fendre; gercer. L.

CARTI: corps d'un chariot sans ridelles. D.

CARTIER (Faire): diriger les chevaux de manière à ce que les roues de la
voiture ne suivent pas les ornières. D.

CASSETTE: ustensile en bois qui sert à retenir la crème dans les
terrines, tandis qu'on laisse écouler le petit lait. D.

CASSIS: caniveau découvert pour l'écoulement des eaux.

CASSISIER: cassis, arbrisseau. H.-N.

CASTELOGNE: couverture de lit, tissue en laine.

CASTILLE: querelle, dispute;--chaux qui donne le blanc le plus pur.

CASTUIS: case d'_huis_; réduit près de l'_huis_ ou la porte.

CATAS; CATAUD: timide, caché, fourbe, sournois. L.

CATÉCHISSE; CATÉQUISSE: catéchisme.

CATINER: caliner; flatter. L.

CATIR: baisser; coucher. _Catir_ les oreilles: les abaisser comme les
_cats_. Ses oreilles _catissent_ (l'effet pour la cause): son impatience
est près d'éclater. L.

CATONNER (SE): se ramasser à la façon du chat prêt à s'élancer sur sa
proie. L.

CATONNIER: qui aime beaucoup les chats. L.

CATONS: chatons, fleurs du saule. L.

CATREUX: mauvais couteau;--homme qui châtre les porcs. D.

CATUNAS: sournois, hypocrite.--CATUNER: froncer le sourcil; regarder
en-dessous; méditer quelque ruse. L.

CAUDÉ: lieu chaud. Se mettre au _caudé_: là où il fait chaud.

CAUDRÉE: bouffée de chaleur;--contenu d'une chaudière.

CAUDROLE: pluie d'averse par un temps très-chaud. L.

CAUFFE: _chauffe_, quantité de bois nécessaire pour chauffer pendant un
temps déterminé. L.

CAUQUE: portion, surface. Tourner une _cauque_ de terre. L.

CAUQUIN: talon, pied. _Tiens-té bi sur tes cauquins_: tiens-toi bien sur
tes pieds. De l'italien _calcagno_, talon. L.

CAUSAIR: fabricant, marchand de chaux. L.

CAVÉE: chemin creux.

CAVILLEUX: défiant, soupçonneux. L.

CEINTEINE: centaine, le fil qui _ceint_, lie une pièce de fil. On dit,
au figuré: j'en ai trouvé la _ceinteine_: j'ai trouvé la solution de la
difficulté. L.

CELLERIER; CELLERI: cellier.

CÉRAINE: Voyez CHAIRAINE.

CERNE: cercle. H.-N.

CHAFETER: mal appliquer une couleur; y faire des taches plutôt que des
teintes régulières.

CHAFOUINER: travailler intérieurement à la sourdine, comme les fouines
et les chats. L.

CHAINETTE: ligature d'une pièce de fil. Il s'applique à d'autres
ligatures: _chaînette_ de cotillon. L.

CHAIRAINE; CHAIRENNE: vase en terre dans lequel on conserve de la crême,
du lard salé, etc.

CHAISIER: percepteur de la location des chaises, dans les églises.

CHALEMIE: chalumeau. H.-N.

CHALETTES: chaussure aplatie par l'usure. L.

CHANDELIER: partie circulaire du pressoir où l'on dépose les pommes à
brasser. L.

CHANNETTE ou CANNETTE: pot de terre long et de petit diamètre, dans
lequel on met le miel. L.

CHAOLER: pousser; aller d'un coin et de l'autre. L.

CHAPIN: pied;--ancienne chaussure. L.

CHAPOTER. Voyez CHACOUTER. Toutefois _chapoter_ indique un bruit
continuel, comme celui de l'eau agitée qui _clapote_. L.

CHARLOT; CHARLOT-GOURAS: geai.

CHARME: cerne; cercle décrit par la toupie.

CHASSER: aller; _chasser_ droit (au propre et au figuré).

CHAULAIR: marchand ou fabricant de chaux. L.

CHAULATTE: volige, planche mince sur laquelle on cloue l'ardoise. L.

CHECHITTE: ceci. H.-N.

CHEIGNEUX: tablier de femme. De _cheindre_ pour ceindre.

CHELEAU; CHELO: cela qui est là où vous êtes.

CHELOQUE: cela. H.-N.

CHEN: ce. M. Chassant.

CHÊNÉE: lieu planté de chênes.

CHENELLES: fruits de l'épine-blanche. H.-N.

CHENNE-CHIN: celle-ci.--CHENNE-LA: celle-là.

CHENIOMAINS: ce néanmoins. H.-N.

CHER: enceinte de pieux fichés en terre pour courber les gaules à
cercles. L.

CHÉRÈNE: syrène. _Chérène de mé_: syrène de mer. L.

CHÉS: ces, CH'EST: c'est.

CHEUR: choc.--CHEURQUIER: heurter.

CHEURAQUE: femme de mauvaise vie.

CHEVERÉE: charge d'une _chevière_ (civière).

CHEVILLE: mesure de 12 pouces de bois cubes. D.

CHIBOULER: marcher sans précaution et renverser ce qu'on trouve sur son
passage. D.

CHICON: gros morceau de pain. D.

CHIFFETIRÉE: discussion vive et serrée.

CHIFFETIRER: ne se faire aucune concession, pas plus que ceux qui
_tirent_ à eux la moindre _chiffe_, dans un partage.

CHICOTER: marchander; importuner. D.

CHICOTIN: blague à tabac. H.-N.

CHIEN DE TERRE: larve du hanneton. H.-N.

CHIGORNE: grosse souche. L.

CHILÉE: grande quantité. _Chîlée_ d'eau, de coups, etc.

CHILER: pleuvoir en fouettant. La pluie nous _chîlait_ le visage: nous
fouettait le visage.

CHIMETTES: pousses des choux, après que les premières, la tête surtout,
ont été coupées. L.

CHIN: ci;--cinq.

CHINCHE: qui n'a que la peau; flasque.

CHINCHÉRE: mendiant. L.

CHINCHORIÉ: homme qui néglige sa tenue;--dont la conduite et la capacité
sont de mince valeur. L.

CHIPOTER: se jeter d'une affaire dans une autre pour éloigner le
dénouement de ses embarras;--mélanger des liquides sans règle et sans
raison.

CHIPOTOUX: celui qui _chipote_. L.

CHIQUE: gros morceau de pain ou de viande. D.

CHIRE: caresse du chien. Faire la _chire_: faire bon accueil, souvent
par hypocrisie et pour trahir. L.

CHIRE-POIX: poix qui sert aux cordonniers pour cirer leur fil. D.

CHIRETTE: rire gracieux des petits enfants.

CHISÉ: ciseau de menuisier. L.

CHŒURET: petit enfant de chœur. L.

CHO: cela. L.

CHOISNOLE: manivelle.

CHOLE: chopine. CHOLETTE: petite _chole_.

CHOQUE: petit vase. L.

CHORBER: broncher. H.-N.

CHOUAIR: marchand de choux.

CHOULE: fête populaire qui se tient, pendant le carême, dans les
communes rurales. D.

CHOULER: remuer; faire avancer. D.

CHOUQUE; CHOUQUETTE: petite souche.

CHU: ce.--CHUEUR: choc.

CHUTÉ; CHUTEAU; CHUTIAU: rayon de miel.

CIVELLE: lanière de cuir pour attacher un manteau à la selle d'un
cheval.

CLAPER: branler dans le manche. On dit aussi d'un homme maigre ou
malade: il _clape_ dans ses habits. D.

CLAPOT: petite lessive hebdomadaire. H.-N.

CLAPOTER: faire un _clapot_. D.

CLAQUER: jeter avec force, de manière à faire aplatir ou s'évaser la
chose ainsi lancée.

CLAQUETER se dit du bruit que font les dents par suite du froid. Les
mâchoires, en se rapprochant convulsivement, rappellent le _claquet_
d'un moulin.

CLATRI: couché, caché dans l'herbe. H.-N.

CLATRIR (SE): se coucher dans l'herbe en s'effaçant. H.-N.

CLAVETTE: mauvaise langue. On dit, en parlant d'une femme bavarde:
Quelle _clavette_! D.

CLÉ (AVOIR PERDU LA): avoir la diarrhée. D.

CLERGEAU: enfant de chœur. H.-N.

CLIAIRIBOT (s. m.): substance trop délayée. C'est du _cliairibot_. L.

CLICHARD: habitant de la ville.

CLICHER: frapper rudement. H.-N.

CLIERGI: clergé.--CLINCHIER: cligner. L.

CLIOCHIER: clocher.--CLIOQUE: cloche. L.

CLIOUSETS: soufflets. L.

CLIOUSSER; CLOUSSER: souffler.

CLIQUETER: agiter la _cliquette_ ou les _cliquettes_. H.-N.

CLIQUETTE: _clinche_.

CLIQUETTES: clochettes des frères de Charité. D.

CLONGNE: quenouille à filer. H.-N.

CLOQUETEUX: celui qui marche en tête de la procession, en agitant les
_cloquettes_ (clochettes). D.

CLOTIGE: hermétiquement fermé. La porte n'est pas
_clotige_.--CLOTIGEMENT: hermétiquement. L.

CLOUPPER: glousser. H.-N.--CLOUQUETER a le même sens, et se dit aussi du
cri du crapaud.

COCAR: œuf (terme enfantin). D.

COCATRER: chanter comme le coq. L.

COCHONNIÈRE (RONCE): églantier.

COCOTIER: coquetier, soutien de l'œuf qu'on mange à la coque.

CŒUR DE JOUR (A): du matin au soir; sans relâche.

COFFI: gauchi, déjeté.

COFFRAILLE: le corps sans les membres.

COFFRER: cercueil.

COFICHE: coquillage bivalve. L.

COING: cri de certains animaux que l'on maltraite. L.

COIPÉ; COIPEL; COIPEAU: copeau. Au pluriel, _coîpiâs_.

COISME: fiente du cheval.--COISMER: fienter. L.

COLÉRER: exciter la colère de.

COMPOST: engrais mélangés.

COMPTES (RENDRE SES): vomir. D.

CONDOS: accident du sol entre deux pièces de terre. H.-N.

CONTENS: qui est en contestation, en procès.

CONTEPET: rapporteur de nouvelles. H.-N.

COPIN: anciennement fabricant de serges, à St.-Lo;--dindon, dans la
Haute-Normandie. D.

COPINIER: celui qui garde les _copins_ ou dindons.

COQUENNE: espèce de viorne;--érable. H.-N.

COQUERON: petit _coquet_. D.

COQUET: petite veillote; petit coq. D.

CORAPRENANT: _carême-prenant_, crêpes. H.-N.

CORET: entrailles. M. Chassant.

CORPÉE: quantité d'aliments propres à bien remplir le corps.--SE CORPER:
se gorger.

CORNAILLES: pommes à cidre précoces, de mauvaise qualité;--toute espèce
de corneilles et de corbeaux. D.

CORNOITE: sorte d'échaudé. H.-N.

CORPORÉ: qui a du corps, fortement constitué. L.

COS: cou. _Tirer du cos_: vomir. D.

COSNARDISE; COSNES: excès de luxe dans l'habillement.

COSNER: prendre une mise trop recherchée pour sa fortune.

COSNIÈRE: coin, morceau.

COSSART: colza. H.-N.

COTIÈRE: mur latéral d'un bâtiment, qui supporte le _larmier_. Ce mur
est ordinairement plus long que le _gable_ ou mur de chaque extrémité,
terminé généralement en pointe. L.

COTIR: _côtoyer_; se tenir près de. _Côtir_ une personne: chercher à
gagner ses bonnes grâces. L.

COUCHETTES: langes. D.

COUCOU (BRAN DE): gomme qui découle du mérisier. Les enfants s'imaginent
que c'est l'excrément du coucou. D.

COUENNE: sot, abasourdi, stupéfait. L.

COUÉTINER: remuer; agiter la _couette_ (la queue).

COUIER: coïon. Par une association de significations opposées, un _bon
couier_ est, à la campagne, un fort gaillard, prêt au travail, fidèle à
sa parole. L.

COUILLON; COUYON: coïon, capon.--COUILLONNER; COUYONNER: caponner;--en
imposer; mentir. Tu me _couyonnes_: tu me débites des mensonges.

COULANT-D'EAU: fossé pour l'écoulement des eaux. H.-N.

COULEUX: toile de crin ou de chanvre à travers laquelle on fait passer
le lait qu'on vient de traire. H.-N.

COUOTAGE: coût, ce qu'une chose coûte. Le _couôtage_ retient: la dépense
empêche. L.

COUP: portion, avantage. Grand _coup_ de terre: grande étendue. Cela
fait un bon _coup_: cela est avantageux, ou vient à point.--A _coup_: en
temps opportun. _Si à coup_: si tôt. _Tout-à-coup_: tout d'une fois. L.

COUR: enclos dans lequel se trouvent les bâtiments et les bestiaux d'une
ferme. H.-N.

COUREUX: porc en liberté avant l'engraissement. H.-N.

COURIACHE; COURIAS: coriace, fort, vigoureux. D.

COURIANTE: courante (danse). M. Chassant.

COURIETTE: lanière de cuir qui sert de cordon aux souliers, ou qui se
trouve à la poignée d'un bâton. D.

COURIR: laisser échapper un liquide. Le pot _court_.

COURTE: pénis de l'homme fait.--COURTINE: celui de l'enfant. L.

COURVASSER: aller courir de tous côtés, cherchant le plaisir, la
dissipation et s'y livrant sans mesure. L.

COURVASSOUX: celui qui _courvasse_.

COUTELER: sécher à demi le linge d'une lessive. L.

COUTEUX: irritable, d'une humeur difficile. D.

COUTIAUX: rayons de cire et de miel. H.-N.

COUTRE: coude; sacristain.--COUVETTE: chaufferette.

COUVAIS-VOU: croyez-vous? M. Chassant.

CRACHE: crasse.--CRACHOUX: crasseux.

CRAILLER: cracher épais.--CRAILLOT: crachat épais.

CRAIRE: croire.--CRAYABLE: croyable.

CRAITRE: croître.

CRANQUIÉ: atteint de la _cranque_ (crampe). Enfant _cranquié_: celui
dont le développement est arrêté.

CRAPE: salissure.--CRAPEUX: sale. H.-N.

CRAPU: trapu.--CRASSETTE: pomme à cidre.

CRAULER: balancer; donner, prendre le plaisir de la balançoire. L.

CRAVACHONNIER: prunier non greffé, dont les fruits s'appellent
_cravachons_.

CRÉMET (s. m.): première couche de crême.--CRÉMEUX: qui se couvre d'une
couche ayant l'apparence, sinon la couleur de la crême. L.

CRÉMILLON: petite _crémillie_ (crémaillère).

CRÉPETTES: pâte très-délayée, composée de farine, d'œufs et de lait,
qu'on fait cuire dans une poêle, à l'époque des Rois et du Mardi-Gras.
D.

CRÈQUES: fruits de l'épine-noire. H.-N.

CRÉTONNER: raccornir; gaufrer. L.

CRÉVON: chevron, pièce de charpente.

CRÉVONNER: placer des _crévons_. L.

CRIGNIE: poignée de cheveux; crinière. L.

CRIQUES: paupières, yeux.

CROCHER: se donner le bras à la promenade. D.

CROCHILLER; CROCHUIRE: rendre croche; devenir croche. H.-N.

CROULÉE: quantité de fruits qui tombent en secouant l'arbre. L.

CROULER: faire commerce de pigeons. L.

CROULER (SE): se balancer.--CROULEUSE: balançoire.

CROULEVER: lever; boursoufler; se détacher.

CROUTTE: passage détourné, caché. L.

CRUCHE: croissance. Cet enfant a fait sa _cruche_ trop vite. D.

CRUCIR: crucifier; torturer (au moral). L.

C'TÉ: cette.--C'TÉ-CI; C'TÉ-CHIN: celle-ci.--C'TÉ-LA:
celle-là.--C'TI-CHIN; C'TI-CHITTE: celui-ci, celle-ci.--C'TI-LA:
celui-là.

CUIROT: morceau de cuir qui supporte le battant d'une cloche. D.

CU; CUEU: chez.--CUIT: cuir, peau.

CULAS: bâtiments à usage de granges. H.-N.

CULÉE: chute sur le cul.--CULIÈRE: croupière.

CULOTTE: ivresse. Se donner une _culotte_: s'enivrer.

CUMBELI-BORDAINE (adv.). Expression par laquelle on indique un désordre
qui dépasse toutes les bornes. L.

CUMBELOTER; CUMBLOTER: culbuter.

CURAILLE: produit du nettoyage des grains.

CUREAU: melle en cuir dans laquelle tourne la broche en fer du rouet. L.

CURINS; CURURES: produits du curage. L.


DA: Dieu. _Men Da_: mon Dieu. S.-I.

DALINÉE: querelle, dispute.--DALINER: quereller.

DAMAGE: dommage.

DANDELINER; DAUDINER: dandiner; se dandiner.

DARDILLON: aiguillon d'une boucle. D.

DARRE-DARRE (Aller): se presser sans réflexion.

DARRÉE: le contenu de la _darre_ ou bedaine.

DARU: qui a de la _darre_ ou du ventre.

DATER: pisser.

DAUBÉE: volée de coups.--DAUBER. Voyez CABLER.

DÉBAGOULER: vomir; dire; conter. H.-N.

DÉBALLER (SE): se décourager. D.

DÉBATISER (SE): se donner beaucoup de peine pour faire croire ou
comprendre une chose. D.

DÉBILLER: déshabiller.--DÉBISTRAC: en mauvais état.

DEBLOUGUER: déboucler. D.

DÉBREULER; DÉBREULIER: enlever le _breû_; dégager l'essieu. On dit d'un
homme dont la culotte ne tient pas qu'il est _débreûlé_. L.

DÉBRICOLER: ôter la bricole d'une vache. D.

DÉBUCHER: transporter les _composts_ dans les champs qu'ils doivent
fertiliser.

DÉCALIFOTER; DÉCALOTER: ôter une noix de son enveloppe.

DÉCANNETER: déplacer, au jeu de la _bune_, le palet de son adversaire.
L.

DÉCARCANER: ôter un _carcan_. H.-N.

DÉCARPILLER: séparer; démêler. D.

DÉCAUCHER; DÉCAUCHIER: déchausser.

DÉCENAILLER: déguerpir au plus vite et contre son attente.

DECHIBOLER: porter çà et là, sans précaution.

DÉCLAQUER: tomber rudement; parler sans ménagement. D.

DÉCLAVER: ôter la clef d'un tombereau et le décharger par ce moyen.

DÉCOMPOTER: changer le temps de l'engrais des terres et le mode des
semences. D.

DÉCONFORTER (SE): s'affliger outre mesure. H.-N.

DÉCRAMPIR (SE): se délasser. H.-N.

DÉCRAPÉ: nettoyé.--DÉCRAPER: nettoyer. H.-N.

DÉCRET (EN) se dit des terres mal cultivées, comme celles qui, dans
l'ancienne jurisprudence, étaient _en décret_, c'est-à-dire _saisies_.
Le propriétaire les négligeait.

DÉCULER: faire quitter à quelqu'un sa place, et s'en emparer par force,
adresse ou ruse. L.

DEDANS: en prison. Il est, on l'a mis _dedans_.

DÉDRAGUER: délayer; réduire en marmelade. D.

DÉFAIRES: habits de rebut et qu'on donne. H.-N.

DÉFAISIBLE: susceptible d'être défait. L.

DÉFECTI; DÉFECTIF: espiègle, ingénieux en ressources, en _défaites_.
L.--Dissimulé, qui a des défauts. D.

DÉFI, DÉFI, DÉFI: de file, de suite et très-rapidement. L.

DÉFICELER: délier ce qui est lié par une ficelle. D.

DÉFILOQUÉ: usé jusqu'à la corde ou jusqu'au _fil._ H.-N.

DÉFONCER (une rente): l'amortir.

DÉFOUR: lieu attenant à l'habitation rurale, qui sert de cour, et
très-planté, où circulent librement les animaux domestiques. L.

DÉFOURURES: gerbées épluchées par les moutons. D.

DÉFULER: décoiffer; ôter; défaire. H.-N.

DÉGAILLER (SE): prendre ses ébats. L.

DÉGANCER: tirer de l'argent de sa bourse. D.

DÉGOULER: vomir. H.-N.

DÉGOULER (SE): se dédire; manquer à sa parole, à _ce que sa goule_ a
promis. L.

DÉGOULINER: rendre par la bouche. Se dit d'un flux de paroles qui
ressemble à un vomissement involontaire. L.

DÉGOUTINS: eau qui tombe d'une couverture. D.

DÉGRAIS: objets de laine qu'on va laver ou qu'on a lavés dans de l'eau
de lessive. L.

DÉGRÊDOUILLÉ: parti, délogé. H.-N.

DÉGRILLER: dégringoler; glisser. D.--Glisser involontairement. L.

DÉGRILLOUSE: trace faite en _dégrillant_. L.

DÉGUILGANDÉ: dégingandé. L.

DÉHAGNOLER: disloquer. Membre _déhagnolé_; barrière _déhagnolée_. L.

DEHAIT: indisposition, malaise. L.

DÉHALLER (SE): se tirer d'affaire. L.

DÉHOQUER: décrocher. H.-N.

DÉHOUSILLER (SE): sortir d'un lieu. H.-N.

DÉJOUQUER: faire descendre du juchoir, et, par métaphore, faire sortir
du lit.

DÉLOUSÉ; DÉLOUSEY: triste, affligé. H.-N.

DEMANDE (A LA): à mesure.

DEMANDER APRÈS (quelqu'un): demander quelqu'un.

DEMAQUER: vomir. H.-N.

DÉMARRE: manière d'aller; tournure, etc.

DÉMEMBRER (SE): se donner un grand mouvement des bras en marchant L.

DÉMENCE (EN): en ruine.

DÉMENÉ (s. m.): ménage villageois; travail et soin qu'il
entraîne.--Participe passé, il signifie excité par. On dit: _démené_ du
Diable; _démené de la poule à Simon_. Tous ceux qui appelaient cette
poule agissaient, se _démenaient_, sans avoir conscience de _ce_ qu'ils
faisaient.

DEMEURANCE: abattement: espèce de paralysie.

DEMIANNE: demi-aune. H.-N.

DEMIARD: quart de chopine. H.-N.

DEMI-GROS: quatre muids. H.-N.

DEMOISELLE: petite _veillotte_. Voyez VEILLOTTE.

DÉNOQUER (SE): se développer; grandir. H.-N.

DÉOINSIGNOLER: disjoindre. V. OINSIGNOLEMENT.

DÉORNÉ: mal coiffé; mal vêtu; négligé.

DÉPATICHER: défricher un _pâtis_. D.

DÉPENDANTÉE: réunion de faisceaux destinés à être
appendus.--DÉPENDANTER: détacher d'un faisceau destiné à être appendu.
L.

DÉPENSE: lieu où l'on serre le laitage. D.

DÉPIAUCER: écorcher.

DEPIÉS: depuis.--DÉPIET: dépit.

DÉPIÉTÉ; ÉPIÉTÉ: privé de l'usage des pieds.

DÉPIQUIER: soulever la charrue; la dégager quand elle est arrivée au
bout de la raie, ou quand elle pénètre trop dans le sol. L.

DÉPITAYÉ: fâché. H.-N.

DÉPOITRAILLER: découvrir la poitrine avec affectation.

DÉPORTER DE SA PAROLE (SE): se dédire. H.-N.

DÉPOTEUX: grosse chantepleure pour _dépoter_.

DEPUEUS; DEPUEUX: depuis.

DÉPURER: couler; tomber. V. PURER.

DERLIND: bruit de la vaisselle qui se brise en tombant.--DERLINDER:
faire ce bruit en se brisant;--agiter une sonnette.

DERRIÈRE (EN): en cachette.--DERRIÈRE (FAIRE DU): dépenser en secret;
tromper ses maîtres. D.

DÉSAILLÉS (Habits): usés. H.-N.

DÉSEMPENDANTER (SE): se détacher d'un ensemble _empendanté_.

DÉSENNUER: désennuyer.

DÉSENQUÉRAUDER: désensorceler. L.

DÉSIGNALEMENT: signalement. H.-N.

DÉSORCELÉ: désensorcelé. N.-N.

DESSAISONNER: changer l'assolement. H.-N.

DESSAQUETER: tirer d'un sac. D.

DESSENAILLER: descendre; s'enfuir effrayé. L.

DÉTENIR: médire; mal parler de. Feu Lamarche.

DÉTOMBIR (FAIRE): faire chauffer un liquide jusqu'à ce qu'il soit tiède.
D.

DÉTREINDRE: desserrer; diminuer l'étreinte. L.

DÉTRIER: trier; choisir. H.-N.

DEUGIR (SE): s'user; s'altérer par l'usage. L.

DEULER: souffrir; languir. D.

DEVAI; DEVER: dette; devoir.

DEVALAISON: avalaison.--DEVALOUX: descente.

DÉVARUBLE: qui dévore, use promptement ses habits.

DEVENIR (BIEN OU MAL SE): se développer. D.

DEVRAQUE: ce qui est brisé, délayé, en _vra_.

DEVRAQUER; DEVRAQUIER: mettre en _vra_. L.

DÉVUER: dévider. L.

D'HEURE: temps opportun. Il est _d'heure_; il n'est pas _d'heure_: il
est temps; il est trop tard. H.-N.

DIGONNER: piquer (au propre et au figuré). B.-N.--importuner; travailler
lentement. H.-N.

DIGUE: petite dague. Les menuisiers qui mettent une pointe _en digue_,
la chassent obliquement de manière à unir deux planches, deux morceaux
de bois, etc. L.

DIGOUX: qui digue. DIGUSSER: exciter avec le _diguet_. L.

DINDAN: bruit des cloches _avolées_. Aller à _dindan_: aller aux offices
(terme enfantin). L.

DIOT: idiot, simple.--DIOTISE: bêtise, simplicité. H.-N.

DISCOMPTE: escompte. DISCOMPTER: escompter. H.-N.

DODELINER. Voyez DODINER.

DOGUE; DOQUE. Voyez DOCHE.

DOLICHE: petite _dolure_ très-mince.

DOLOROUX: douloureux.

DOLU: brisé par la douleur physique ou morale.

DOLURE: ruban de bois enlevé par la doloire, la varlope ou le rabot. L.

DORMAILLER; DORVAILLER; DORMASSER: dormir à demi.

DOTOUT: avec lui ou avec elle. L.

DOUBLIER: grande nappe de table.

DOUCETTE: mâche, bourse.

DOUCHINER: entourer de petits soins. H.-N.

DRAGIE: mélange de vesce et d'avoine qu'on sème au printemps. D.

DRAGUE-DRAGUE (ALLER): aller hardiment, sans précaution, sans réflexion.

DRAISNER: parler beaucoup et inconsidérément. L.

DRAME: prise. DRAMER: priser; aspirer par le nez. D.

DRAQUIER: manger goulûment. L.

DRIAN; DRIEN: Adrien. H.-N.

DRISSER: foirer; avoir la diarrhée. L.

DROUILLE: boue;--sauce trop claire. D.

DRUIRE: pousser, en parlant des premières plumes des oiseaux. H.-N.

DUIRE: coûter. Il lui en _duit_.--Amener; réduire. Je l'ai _duit_: je
l'ai contraint; je l'ai soumis. L.

DUM; DUN. Voyez DUMET.

DUR: foie et cœur de cochon tué. On donne au poumon le nom de _mou_. L.


ÉBAQUER: effondrer. D.

ÉBÉCHETTES: petites pinces dont les mâchoires ressemblent à un bec. L.

ÉBERDOUILLER: écraser entièrement. D.

ÉBERLUCHER: élever. D.

ÉBERNER: nettoyer un enfant _berneux_. H.-N.

ÉBIVALÉ: éboulé. Terres _ébivalées_.

ÉBIVALER: mettre les terres en glacis.

ÉBLAIRER: regarder avec une sotte curiosité ce que font les autres. D.

ÉBLUER: éblouir; s'échapper sans être vu. H.-N.

ÉBOIRE: extraire ce qui a été bu. Mettre du linge à _s'éboire_, c'est le
mettre à _s'épurer_. L.

ÉBONDÉE: éclusée;--barrage de l'eau.

ÉBOUDINER: presser de manière à faire sortir les _boudins_.

ÉBOUILLI: très-échauffé. D.

ÉBOUQUETER: rompre le bout. _Ébouqueter_ une branche: enlever l'œil qui
la termine. L.

ÉBRAIHOLER (S'): crier haut; s'emporter contre. L.

ÉBRANCAGES: branches coupées en _ébranquant_. D.

ÉBRÉDINÉ; ÉVRÉDINÉ: évaporé; qui a le vertige. Courir comme un
_évrédiné_: comme un homme qui n'a pas sa tête.

ÉBREUILLER: écraser; faire sortir les _breuilles_. D.

ÉBREULER: ôter le _breû_.

ÉBROUER: renvoyer; chasser; effrayer. D.

ÉCABOCHER: donner un coup à la tête. D.

ÉCAILLER: chasser; renvoyer. _Écaillez_ ces gamins. D.

ÉCALES: cosses.--ÉCALER: écosser.

ÉCALIFOTER: ôter les noisettes de leur écale.

ÉCALIN: petite coquille. L.

ÉCALOT: petite écale; petite coque. L.

ÉCALOTER: enlever l'écale. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCALUER: ôter les cailloux d'un champ.

ÉCALURE: déchirure.

ÉCARBOUILLER: étendre la braise et les charbons de l'âtre pour mieux se
chauffer. Le temps qui _s'écarbouille_ se couvre de nuages menaçants.
H.-N.

ÉCARDONNER: arracher les _cardons_ ou chardons.

ÉCARDONNETTE: chardonneret. D.

ÉCARFOUILLER: écarquiller. L.

ÉCARPILLER: démêler, diviser des flocons de laine, de crin, etc. D.

ÉCAUDRÉ: échauffé, brûlé par le soleil. Blé _écaudré_: frappé de
sécheresse avant sa maturité. L.

ÉCHARPE: écharde. H.-N.

ÉCHERTER: essarter.--ÉCHETER: éparpiller. H.-N.

ÉCHETTE: chose échue par héritage ou par donation. L.

ÉCHIGNÉ; S'ÉCHIGNER: échiner; s'échiner.

ÉCHIMER: essaimer. H.-N.

ÉCLÉIER (S'): se disjoindre par la chaleur. H.-N.

ÉCLETTES. Voyez ÉCHELETTES.

ÉCLINCHIE: éclusée; éclaboussure.--ÉCLINCHIER en est le verbe.

ÉCLIODRER: répandre. L.

ÉCLIPE: éclipse, éclisse. L.

ÉCLIPER: éclipser;--éclater;--enlever une éclisse. L.

ÉCOCHETTE: casse-noix.

ÉCOCHIER: _écacher_; écraser. L.

ÉCŒURÉ (Bois): auquel on a enlevé l'aubier. D.

ÉCŒURER: ôter le cœur, dans le sens d'exciter un grand dégoût.

ÉCŒURPER: extirper de la gorge, en toussant. L.

ÉCOLETER: décolleter.

ÉCONDIRE: nier ce que dit une personne; _dire contre_. D.

ÉCORE: côte à pic. L.--ÉCORER: étayer. _S'écorer_: employer toutes ses
forces à une chose. D.

ÉCOSSINS: bottes de paille formées des tiges de blé qui ne sont point
propres à faire des gerbées. D.

ÉCOUCHER: briser le chanvre ou le lin. H.-N.

ÉCOUÉE: réprimande sévère.

ÉCOUER: secouer; fustiger; excuser. L.

ÉCOUETTE (s. f.): petit balai pour épousseter.

ÉCOUTOUX; ÉCOUTERESSE: écouteur, euse.

ÉCRANCHIER: échancrer. ÉCRANCHURE: échancrure.

ÉCRÉMILLONS: vestiges de crême qui restent sur le lait écrémé et qu'on
enlève à part.

ÉCREULÉ: cuit ou cru à moitié. L.

ÉCRIGNIÉ: qui a les cheveux mal peignés, en désordre.

ÉCRI: cri perçant.

ÉCRIN: grand coffre ou l'on met ses hardes et son linge, à la campagne.
Feu Lamarche.

ÉCROITRE: accroître; agrandir.

ÉCURFAIRE: lancer de la salive en parlant.

ÉCURINS; ÉCURAINS. V. ÉGROUAINS.

ED: de.--EDPIS: depuis.--EDSOUS: dessous. D.

ÉDOUCE: correction. Donner une _édouce_: fustiger. L.

ÉDUMER: ôter le _dum_;--fustiger;--élaguer.

EFFARFAILLER: effrayer; disséminer par la peur. On dit d'un homme dont
les vêtements sont en désordre, qu'il est _effarfaillé_. L.

EFFILOTER: effiler.--EFFORCHIER: efforcer.

EFFONDRÉE: effondrement. H.-N.

EFFOUQUER: effaroucher. H.-N.

EFFOUTAILLER: chasser; effrayer. H.-N.

EFFRONTER: intimider pour obtenir un aveu. H.-N.

EFFROUER: émietter. D.

ÉGALIR: unir; aplanir. D.

ÉGASILLER (S'): écarter les jambes. D.

ÉGRÉDINER LA VIE: ne pas donner le nécessaire. L.

ÉGRÉNOTER; ÉGUENOTER: égrener lentement. L.

ÉGRINCHER: égratigner.

ÉGROUAINS: grains qui se sont d'eux-mêmes détachés de la gerbe;--rebut
du battage, de l'écossage, plus souvent désigné par le nom d'_écurins_.
L.

ÉGROUER: égrener.

ÉGUAIRER; ÉGUÉRER: égarer.

ÉGUENILLÉ: en guenilles, très-négligé dans sa mise.

ÉHOUPER: battre le bout d'une gerbe sans la délier;--enlever la
_fleurette_ dès qu'elle est formée sur le lait. H.-N.

EJ': je. _Ej'_ veux: je veux.

ÉLACRÉ: amaigri; long et fluet.

ELÇON: leçon. H.-N.

ÉLIGNIER: élaguer; élancer. Un homme bien _éligni_ est long; il a filé
comme une ligne. L.

ÉLINGOIRE: fronde.--ÉLINGUIE: jet de la fronde.

ÉLUNER: perdre sa raison par l'ivresse;--aboyer à la lune.

ÉMACHOQUER: meurtrir en mâchonnant.

EMBAGUEMENT: action d'_embaguer_.--EMBAGUER: faire les achats de bagues
et autres joyaux pour sa future. H.-N.

EMBARQUÉ se dit d'un animal qui a trop mangé. H.-N.

EMBERNÊQUER: salir; encombrer; couvrir. H.-N.

EMBLAYER: embarrasser; emplir. H.-N.

EMBOISSONNER (S'): s'enivrer habituellement. H.-N.

EMBOUCHÉ (MAL): qui tient des propos grossiers. H.-N.

EMBOUGRIR: impatienter au dernier degré. L.

EMBOURBANDER: mettre ou tomber dans la _bourbe_, dans l'embarras, sans
pouvoir en sortir. L.

EMBRELUCOQUER (S'): s'embarrasser. H.-N.

EMBRENASER: enthousiasmer. _Embrenasé_ de. L.

EMBU: imbibé. Terre _embue_: saturée d'eau. L.

ÉMÉ; ÉMOUET. Voyez ÉMET.

ÉMEU: excrément des oiseaux de proie. L.

ÉMEUCHER: épointer. H.-N.

ÉMEULETER: enlever, crever la mulette; éventrer. L.

ÉMEUTIR: rendre des excréments.

ÉMIÉE (s. f.): pain émietté dans un liquide.

EMN': mon, ma. _Emn'_ homme, _emn'_ épouse.

ÉMOLENTER: ébranler. Se dit des constructions.

ÉMOQUIER: _émoucher_; enlever la partie carbonisée d'une mèche de
chandelle, de lampe, etc. L.

ÉMOULETTE: meule d'émouleur montée.

ÉMOUTURAGE: produit que le meunier retire des grains portés au moulin.
D.

ÉMOUTURER se dit du grain que prend le meunier pour se payer en nature
des droits qui lui sont dus par ceux qui font moudre à son moulin. D.

EMPAFFER (S'): manger au point d'en avoir la respiration gênée.

EMPALER: rendre noir. D.

EMPANCHER (S'): remplir sa panse outre mesure. L.

EMPARÉ (s. m.): emplâtre. L.

EMPAROLÉ (MAL): qui dit de mauvaises paroles. D.

EMPATÉ (Coq): auquel on a donné la pâtée. H.-N.

EMPENDANTER: faire une _empendantée_.

EMPOCHEMENT: trou dans un mur pour l'extrémité d'une poutre. L.

EMPOUQUIER: mettre en poche; engloutir dans son estomac. L'animal
_empouqui_ a le ventre si plein que ses fonctions semblent arrêtées.

EMPREUX: après; auprès.

EMPUNANTE: remplir de mauvaises herbes. H.-N.

ENASER: couper le nez. _Enasé_: enchifrené. L.

ENBONNEMENT: en vérité; avec sincérité. L.

ENCAGNOLER: mettre aux porcs une _cagnole_. H.-N.

ENCARVALER: mettre à califourchon. D.

ENCAUCHUMER; ENCHAULER: chauler. H.-N.

ENCHERVELEY: hébété. M. Chassant.

ENCORNAILLER: encorner. _S'encornailler_: épouser une femme de mauvaise
vie. On dit des animaux qui se donnent des coups de cornes qu'ils
_s'encornaillent_ ou qu'ils _cornaillent_.

ENCORSER: manger ou boire avec répugnance; se mettre en _corps_. Il n'a
pu _encorser_ sa médecine. D.

ENCRAPER: rendre crasseux. D.

ENCROUÉE: réunion d'objets placés les uns sur les autres et que le
moindre choc peut faire tomber. L.

ENCROUETTE: petite _encrouée_, encore moins solide que l'_encrouée_. L.

ENDIZELER: mettre en dizeau. H.-N.

ENDODINER: affubler, coiffer comme une _done_. L.

ENDOS: sillon bombé, en forme de _dos_. H.-N.

ENFENOUILLER: envelopper; enfoncer dans. D.

ENFÉRONNER: passer un _féron_ dans le groin. H.-N.

ENFILOQUER (S'): pousser en tige menue comme un fil.

ENFIQUER: ficher en terre. H.-N.

ENFIQUES: branches sèches pour foire une haie. H.-N.

ENFISTOLER: habiller sans goût. D.

ENFOND: profond. Vase _enfond_. Il y a _enfond_ dans cet étang.

ENFONDRER: tomber ou faire tomber dans une fondrière. L.

ENGAGNE: contrariété; chagrin mêlé de haine. D.

ENGAGNER: endéver. D.

ENGLIOUSE: engelure. L.

ENGUERGOTER: faire entrer de force dans le _guergât_. L.

ENGUEULER: dire des injures. D.

ENGUILGANDER: entortiller; empétrer. L.

ENHAIR: prendre en haine. Souvent l'oiseau _enhaït_ son nid quand on y a
touché.

ENHEULIER: oindre d'_huile_ bénite; administrer. H.-N.

ENHOQUE: accroc.--ENHOQUER: accrocher. H.-N.

ENJERQUIER: jucher; placer haut. L.

ENLEVÉE: bruit, renommée, enlèvement des suffrages. L.

ENLICOTER: mettre un licou.

ENNERSER: irriter un chien contre. H.-N.

ENNUEU: ennui.

ENQUAIRER; ENQUERRER: mettre au _quaire_. Voy.

ENQUILFÊTRER: embarrasser; empétrer. L.

ENRAQUÉ: embourbé. H.-N.

ENROUTER: mettre en route. H.-N.

ENSOUILLURE: enveloppe de lit, de matelas, de fauteuil, etc. L.

ENSURMONTER: _monter au-dessus_ de ce qui est raisonnable. Il est
_ensurmonté_ de faire: il est déterminé, malgré la raison, à faire. Il
m'a fait _ensurmonter_: il m'a fait perdre toute patience.

ENTAME: entamure.

ENTAUPINER: enterrer; mettre avec les taupes.

ENTER: entre, au milieu. _Enter_ deux: entre deux.

ENTINCHER. Voyez ATTICHER. L.

ENTIQUE: manière de réussir.--ENTIQUER: jeter dans; adresser. D.

ENTOMBI; ENTOMMI: engourdi. D.

ENTOUR: autour.

ENTREVÊQUIER: enchevêtrer. L.

ENVALOIRE: partie du harnais qui sert au cheval pour retenir la voiture,
dans les descentes. D.

ENVASER: jeter; tomber dans la vase. L.

ENVOICHE (QUE JE M'): que je m'en aille. H.-N.

ENVOLÉ: aventurier, étranger. H.-N.

ÉPAIGNE; ÉPEIGNE: épargne.

ÉPALER: mettre à part le lait d'une vache pour savoir combien elle
produit de beurre par semaine. D.

ÉPAMPILLER: épandre avec un certain ordre. L.

ÉPARER: élaguer; couper des branches, des broussailles. L.

ÉPARTIR: éparpiller. H.-N.

ÉPATONS: grosse filasse; ce qui reste après avoir obtenu la 1re et la 2e
qualité de la filasse en la passant au peigne. Feu Lamarche.

ÉPAUPILLER: éparpiller;--arracher le poil des paupières.

ÉPÉ; ÉPEU: pivert.

ÉPERSINGLER: frapper dans l'eau, pour mouiller ceux qui en sont
rapprochés. D.

ÉPÊQUETER: effiler. L.

ÉPÊQUEVINER: donner à regret, morceau à morceau.

ÉPERLUQUIER: nettoyer; approprier. L.

ÉPEUTER: effrayer. H.-N.

ÉPIAUTER: enlever la peau.

ÉPIFFRER: égratigner; érailler légèrement.

ÉPIGACHIER: _épiloguer_ sur tout; taquiner sans relâche. L.

ÉPIONS. Voyez BRICOLI.

ÉPLÉTER: travailler vite. Travail _éplétant_: qui se fait vite. H.-N.

ÉPLINGUER: éclabousser. H.-N.

ÉPORTÉ: qui a été porté. Habit _éporté_. H.-N.

ÉPOUFFER: essouffler.

ÉPRÉE: cloison.--ÉPRINS: épris.

ÉPRIVIER: épervier.

ÉPUQUIEURES: épluchures.

ÉPURER (S') se dit du linge qui s'égoutte.

ÉPURINS: dernières gouttes d'un mélange dont on croyait avoir obtenu
tout le liquide. L.

ÉQUARRÉE: ouverture; encadrement d'une porte, d'une croisée.

ÉQUERDER: carder.

ÉQUERMUCHER: escarmoucher; chercher noise. L.

ÉQUÊTE: éboulis; masse _quaie_ (chue).

ÉQUIBOQUIER: équivoquer.

ÉQUIBOT: outil d'un usage équivoque; mauvais outil.

ÉQUILBOURDIE: humeur, fantaisie. H.-N.

ER pour RE au commencement de plusieurs mots.

ERBOURQUIER ou REBOUQUIER: refuser davantage. _Erbourquier_ sur le
travail, sur la mangeaille. L.

ÉRAIGNE: gobe-mouche, ainsi nommé parce qu'il se sert de toiles
d'_éraigne_ (araignée) pour faire son nid. H.-N.

ERCHEVER: recevoir. Participe passé, ERCHU.

ERDRE: adhérer; s'attacher; saisir; se cramponner à.

ÈRE: aile. H.-N.

ÉRÉ pour ERDRÉ: attaché à; appliqué à. L.

ÉRIEN: rien. Je n'en sais _érien_.

ERLAND: échauffé, faisandé.

ERLISER: reluire.

ERMONTER: remonter.--ERMETOUX; ERBOUTOUX: qui remet les membres
fracturés.

ERRE: dame, maîtresse. H.-N.

ESCLOTS: sabots. L.

ESSAVEURE: écorchure de l'épiderme.

ESSELEAU: pièce de la charrue tenant à l'essieu. L.

ESSENAILLER: se disperser comme un essaim.

ESSEU; ESSI: essieu.--ESSEULÉ: isolé. H.-N.

ESSOMMELER: effrayer. D.

ESSUER; ESSUEURE: essuyer.

ESTAMPERCHE: perche étayant l'échafaudage d'un maçon. L.

ESTIMATION: estime.

ESTOMAC (Mettre dans son): entre sa chemise et sa poitrine. H.-N.

ESTRAMONTADE: tramontane. H.-N.

ÉTAMPI: couché à terre. H.-N.

ÉTAUPINAGE: dispersion de la terre des taupinières.

ET'CHUELLE: écuelle.--ET'CHURER: écurer. L.

ÉTENTE: toile carrée aux coins de laquelle sont de forts cordons. On
s'en sert pour transporter du linge, de la pâte, etc.--_Étente_ se dit
encore pour étendue, et pour le lieu où l'on étend la lessive.

ÉTEURSE: étreinte, crise;--farine que l'on délaie. L.

ETN': ton, ta, devant une voyelle.

ÉTOQUIER: faire disparaître les _étots_, en les enfouissant par un
labour après la récolte;--se servir de l'_étoquoir_. L.

ÉTOQUOIR: tamis de grande dimension, avec lequel on sépare le grain des
pailles ou balles les plus grosses. L.

ÉTOQUOUX: _étoquoir_;--ouvrier qui _étoque_.

ÉTOUPÉE. H.-N. Voyez ÉTOUPAS.

ÉTRAMILLER: éparpiller.

ÉTRÉPINES (s. f. pl.): dévidoir.

ÉTREQUILLONNER: faire recueillir, enlever des _étrequillons_, restes de
peu de valeur d'une récolte. L.

ÉTREULÉE: chute peu dangereuse, dont on se rit.

ÉTREULER: tomber; renverser; _étraller_.

ÉTRILLONS: herbes sèches; branches mortes; _étrequillons_. L.

ÉTRILLONNER: enlever les _étrillons_.

ÉTRIPER: égratigner.--ÉTRIQUER: extraire; traire.

EUCHE: clé de l'essieu. H.-N.

ÉVACUERESSE: débauchée, qui a _évacué_ la vertu. L.

ÉVAN: élan. Prendre _s'n'évan_: prendre son élan.

ÉVERTUER (S'): reprendre du vif; surmonter son accablement. _Évertué_ se
dit des vieillards verds et bien conservés.

ÉVILLOTÉ: éveillé, espiègle. H.-N.

ÉVIPILLON. Voyez VIPILLON.

ÉVRÉDER: effrayer. Courir comme un _évrédé_: comme un homme qui a perdu
la tête.

ÉVRÉDINÉ: à peu près le même sens qu'_évrédé_.

EXPECTER: établir par un essai préliminaire l'ordre des joueurs.

EXPOSOIR: reposoir.

EXTREMONTER: mettre hors de soi-même. C'est plus qu'_ensurmonter_.

EYER: regarder; voir; remarquer. _Eyez_: regardez. L.


FAICHIEZ (QUE VOUS): que vous fassiez. L.

FAILLANT: menteur; qui fait une _faille_ envers la vérité.

FAILLE: défaut, faute, tromperie. Vieux français.

FAILLES: herbes; pailles de nulle valeur.

FAISIBLE: faisable.

FAIT: capacité. Il n'est pas d'un grand _fait_: propre à grand'chose, ou
faisant beaucoup de besogne.

FAITIPOE: _fait-il peur_; homme de mauvaise mine, qui relève de maladie
et dont le seul aspect effraie. L.

FALE ou FALLE: extérieur de la gorge ou de la poitrine. Pour réchauffer
un oiseau dans sa _falle_, on le place entre sa chemise et sa poitrine.

FALLÉE: ce que contient la _falle_ ou l'estomac.

FALX; FAS: faux, dont l'Académie supprime à tort l'_l_ étymologique.

FAMELOTTE: petite femme. H.-N.

FAMEUX: gros. Voilà un _fameux_ fruit. D.

FANCHON: Françoise.

FANGES: fanes. H.-N.

FAQUENIT: faguenas, odeur d'échauffé insupportable.

FARIGAND (s. m.): inutilité; objet de nulle valeur. Conversation pleine
de _farigands_: de riens. Boisson pleine de _farigands_: de corps
étrangers. L.

FAUGARD: serpe plus grande que le FAUQUET.

FAUDE: lieu où se fait le charbon de bois. D.

FÉDÈRISER: fêter; fraterniser; faire une fédération. L.

FÊNOQUE: débris de foin, de paille, etc. Un homme _dans les fênoques_
est un homme qui commence à déraisonner par ivresse. L.

FENTE: terrain qui reste à labourer entre deux _endos_. D.

FERLÉE: gelée-blanche. H.-N.

FERLOQUÉS. Voyez DÉSAILLÉS.

FERMILLE: fourmi. H.-N.

FÉRON: fil de laiton. H.-N.

FESSU: _Féru_. N'être pas _fessu_: être faible et souffrant H.-N.

FÊTUER: s'amuser en quelque sorte avec des fétus; tuer le temps en
niaiseries.

FEUILLOT: rouleau de laine préparé sous la forme d'un cylindre, au moyen
de cardes, pour être filé au rouet. Feu Lamarche.

FEUILLOTER: feuilleter;--faire des _feuillots_ de laine.

FEUMIÈRE: fumée qui sort du _tuet_. H.-N.

FIAUTÉ: confiance dans la parole de.

FI DE CALE. Voyez CALE.

FIÊLER (v. n.): frapper contre. Une porte _fiêle_, _cable_, _daube_. V.
CABLER.

FIÉRAUT; FIÉROT: un peu fier.

FIERCIR (SE): se mettre en colère. H.-N.

FIÈREMENT: beaucoup.

FIESME (BATTRE SA): aller de coin et d'autre au hasard.

FIÈVES (Avoir, trembler les): avoir une fièvre intermittente.

FIFOLET: feu-follet.

FIGNOLER: viser à un fini recherché dans son travail.

FIGUIER: figer.

FILEAU: petit bout de fil; fil des cosses de pois.

FILER DE BAS: s'échapper furtivement. H.-N.

FILLOLE: filleule. FILLOT: filleul. H.-N.

FINER: ruser; faire le fin. H.-N.

FINITE: finie. Ma tâche est _finite_. D.

FINOIN: poire à manger excellente. D.

FINOTER: tricher au jeu; être fin et rusé dans les affaires. L'habitude
d'un finaud, c'est de _finoter_. L.

FIQUET: espèce de cheville pour _ficher_.

FIQUIER: ficher.

FISÉE: fusée;--espèce de poire.

FISQUER: fixer.

FLABIN. Voyez CONTEPET. H.-N.

FLAC: vent H.-N.

FLACHE: déprimé, peu serré, flasque. L.

FLACHE (s. f.): dépression; inégalité dans des surfaces.

FLAINDRE: reculer; ne pas aller franchement. _Flaindre du pied_:
l'appuyer avec précaution, de peur de se blesser. D.

FLAIR: mauvaise odeur. Cette viande a du _flair_. H.-N.

FLAMENCHE; FLIAMMÈQUE: flammèche. H.-N.

FLAMMER: ouvrir un abcès avec une flamme. H.-N.

FLANÉE: causerie familière.

FLANQUET: portion du bas de la chemise. H.-N.

FLATTER: dénoncer pour faire reprendre ou punir. D.

FLAUDRÉE: rossée. FLAUDRER; FLOBER: rosser. H.-N.

FLÉCHIR: dégeler légèrement. D.

FLEURS (d'orage): petits nuages qui l'annoncent. H.-N.

FLIAMME: flamme.--FLIEUR: fleur.--FLIEURIR: fleurir. L'i est souvent
introduit après la liquide _l._

FLIOQUE; FLOQUE: petit flocon de laine, de soie, etc.;--objet léger que
l'on met à la ligne, et qui, en _floquant_ (Voy. FLOQUER) indique que le
poisson mord.

FLON: furieux. De _félon_.

FLOTTE: espèce d'anneau plat qui se mettait entre la roue et l'anche,
avant que celle-ci fût remplacée par un écrou. D.

FLOUQUE: surprise, mécompte, malheur, déception, défaut. Cela fait
_flouque_: cela trompe l'attente. L.

FO: fou. _Fo!_ pour _fi!_ dans l'Avranchin.

FOCHE: fouace. L.

FOIRÉE (Langue): qui glisse partout ses discours empressés et perfides.
L.

FOIRET: forêt. H.-N.

FONÇU: creux et plus ou moins profond. H.-N.

FONDRÉE: fondrière.

FORBEURE; FORBÉCHON: fourbure; courbature.

FORGES: forces qui servent à tondre les moutons. H.-N.

FORGIONS: habitants du canton de Forges. H.-N.

FOSSÉ: masse de terre; portion saillante, aussi bien que la partie
creuse d'une division entre deux champs.

FOUAILLES: petites branches brisées; primitivement débris de _fau_
(hêtre). L.

FOUAILLIT: bûcher; lieu où l'on dépose les _fouailles_.

FOUATIN: quantité d'objets sans valeur et dédaignés.

FOUATINER: fouiller; fureter jusque dans le _fouâtin_.

FOUAU: four.--FOUAUNET: fourneau.--FOUAUNETTE: petit fourneau. L.

FOUÉTRAILLER: donner le _fouet_; faire du tapage.

FOULER (SE): s'user; s'affaiblir; s'affaisser. L.

FOUORMENT; FOURMENT: froment. L.

FOUORQU: fourchu. L.

FOURMILLER: chercher comme dans un _fourmil_.

FOURQUEFILE: fourche à deux dents de fer, qui sert à donner les gerbes
ou les bottes au chargeur. H.-N.

FOURQUET: entre-deux des cuisses. L.

FOURQUETTE: fourche de bois pour faner. H.-N.

FOURQUIER: rendre fourchu; travailler avec la fourche. L.

FOURRE: excrément plus solide que la _foire_. L.

FOURRER (SE): _bléchir_. Voyez ce mot.

FOUTRE: donner. Il m'a _foutu_ un coup de poing. D.

FOUTRE. Juron. D.

FOUTRE LE CAMP: s'en aller. D.

FOUTU: perdu sans ressource. D.

FOYER (Mouton): agneau d'un an, nourri dans l'herbage. D.

FRAIQUE: fraîche, mouillée.--FRAIQUIR: fraîchir. H.-N.

FRAIS: mouillé par la pluie. H.-N.

FRANQUE: franche. _Franque raie_: sillon qui sépare deux propriétés et
que doivent laisser intact les deux riverains.

FRAUX ou FROS: sciure de bois. Du frottement de la scie.

FRECHON: frisson. H.-N.

FRÉMILLER: fourmiller.--FRÉMILLONS: petites fourmis.

FRESSURE: individu. M. Chassant.

FRÉTAILLER; FRÉDAILLER: faire du tapage; en venir aux coups. Il va y
avoir _frédaillé_: on va se quereller, se battre peut-être. L.

FRETELAIT: lait caillé.--FRETELER: cailler.

FREULER (SE): se frotter; se gratter contre.

FRIBLE: chatouilleux (au physique ainsi qu'au moral).

FRIGOUSSE (FAIRE): _fricoter_. Voyez ce mot.

FRINE: farine.--FRINAS: meunier, qui fait de la farine.

FRINÉE: _émiée_. Voyez ce mot--FRINER: _émier_; émietter.

FRITEL: hareng saur. H.-N.

FRUITAGER; FRUITAGIER: qui aime à manger des fruits.

FRUMENT: crument, sans ménagement.

FU: feu.--FRU: vif, fort, vigoureux.

FUEULON: frelon.--FUEULONER: bourdonner.

FUEURGON; FURGON: gaule avec laquelle on remue le bois dans le four. L.

FUEURGONER: agiter avec un _furgon_.

FUNQUER (FAIRE): mettre du bois à sécher sur le feu, afin qu'il brûle
mieux;--faire attendre. H.-N.

FUNQUIÈRES: fougères. H.-N.

FUROLE: espèce de feu-follet, créé par la superstition.

FUTEUX: fâcheux dans le boire et dans le manger. D.


GA (s. m.): gage, gain, bénéfice. L.

GABILLER: gaspiller. H.-N.

GACHE: galette, tourteau de colza, de lin ou de chanvre, dont l'huile
est extraite. L.

GAGE: gai, joyeux.--GAGEANT: délicat, difficile. L.

GAGNAGE: gain, profit retiré de son travail. D.

GAINER; GAISNER: glaner; ramasser; peut-être _gagner_.

GALEFRETIAIS: gueux, misérables. M. Chassant.

GALÊNIE; GALINÉE: jointée, plein les deux mains.

GALETER: faire de la galette. L.

GALETIER: gril ou corbeille en bois, où l'on dépose la galette au sortir
de la _tuile_. L.

GALI: paresseux à faire le bien et prompt à faire le mal;--sali, gâté.
Habits _galis_: souillés. L.

GALIBIER: polisson; homme maigre et sans valeur. D.

GALICHON: petite galette, ordinairement la dernière faite avec ce qui
restait de _détrempe_. L.

GALIGAST: réjouissance désordonnée. Jeter à la _galigast_: à la volée,
au hasard, parmi une foule qui se dispute les objets ainsi abandonnés à
sa convoitise. L.

GALLEFESSIER: amateur de fêtes, de réjouissances, de ribotes. L.

GALLEFUTIAU: garnement à fustiger. L.

GALOCHE: bouchon sur l'une des extrémités duquel on place de l'argent,
et que l'on cherche à renverser avec de petits palets. Jouer _à la
galoche_.

GALOCHIER (s. m.): sorte de vaisselle en terre, que des colporteurs
échangent contre des _galoches_, des savates et de vieux chapeaux. L.

GALOP (DONNER UN): adresser une forte réprimande.

GALU; GALUS. Même sens que GALUE. Voyez ce mot.

GAMBERGER (SE): prendre des attitudes affectées, assis ou debout, pour
attirer l'attention.

GAMBETTE: épée. M. Chassant.

GAMBETTES: soutiens du linteau d'une cheminée. D.

GAMBIER: qui a des plaies aux jambes;--boiteux. L.

GAMBIÈRES: guêtres en cuir pour protéger les jambes des faiseurs de
bourrées. L.

GAMBRÉ (s. m.): morceau de bois cambré, aux deux bouts duquel on suspend
certains objets, et qui lui-même est appendu par son centre. L.

GAMEU (s. m.): petite bille.

GANCIR (SE) se dit du bois qui pourrit par l'humidité. H.-N.

GANDOLER (SE): se balancer en marchant. D.

GANGNOUX: celui qui gagne. Les _gagnoux_ (Joinville).

GANNE: jaune. D.

GANNET: renoncule âcre, dont la fleur est _ganne_. D.

GAQUÈRES: jachères. H.-N.

GARDE-MESSIER: gardien de la moisson, garde-champêtre. De _messis_. D.

GARDINER: jardiner.

GARGAILLETTE (s. f.): gosier, gorge.

GARGAMELLE: bouche.

GAROU: sorcier, coureur de nuit. Voyez VAROU.

GARRER: loucher; avoir la vue incertaine. De _varius_. L.

GARS: jars, mâle de l'oie.

GASSEAU; GASSIAU; GASSIOT: petit vase; gamelle de petite dimension.
Gassot, maire de Bourges, au XVIIe siècle, prescrivit l'usage de ce vase
qui prit son nom. L.

GASSIOTÉE: le contenu d'un _gassiot_.

GATE: jatte.--GATÉE: le contenu d'une jatte. H.-N.

GATELOT: petite jatte. H.-N.

GATTE (s. f.): jeu où les enfants tracent une figure qui ressemble à une
porte. Le bas est partagé en plusieurs divisions horizontales; le milieu
en X; le haut est subdivisé perpendiculairement en deux parties. Chaque
joueur, à son tour, jette un palet dans la division du bas, puis dans
celle d'au-dessus, et ainsi successivement, faisant sortir avec le pied,
en allant toujours à cloche-pied, le susdit palet, sans marcher sur les
traces de la _gatte_, etc. L.

GAUDIAMUS: gaudrioles. De _gaudeamus_. D.

GAUGUES: grosses noix.--GAUGUIER: noyer. H.-N.

GAVÉE: ce que contient le _gavion_. Voyez ce mot.

GAVELLE: javelle.--GAVELER (LAISSER): laisser long-temps en javelles. D.

GAVELOTER: mettre en javelles. L.

GÉANE: géante.

GEIGNEUX; GÉNIARD: qui geint et se plaint sans raison.

GEINDRE (s. m.): ouvrier boulanger. L.

GÊNER; GERNER: germer.

GÉNICES: gouttelettes de salive qui échappent en parlant. L.

GENOUILLER: presser avec le genou. L.

GÉRER (v. n.): jeûner; être privé d'une chose désirée; être forcé
d'attendre. L.

GERGON: jargon.--GERGONNER: quereller sans raison. D.

GERNER (LAISSER): laisser attendre. H.-N.

GEULU; GUEULU: gourmand. D.

GIBLET: vrille. H.-N.

GIEFFREY; GUIEFFROY: Geffroy; Geoffroy.

GIFFER; GIFFLER, GIFFETER: souffleter.

GIMOUX: qui _gime_ et pleurniche.

GINGEOLER: sauter et folâtrer étourdiment.

GINGUIER: enlever; hisser avec effort. L.

GIPOUTRER: jouer; lutter; s'_atticher_; s'agiter, de manière à soulever
force poussière.

GIROFLÉE ou GÉROFLÉE à cinq branches: soufflet.

GLAIMIR; GLÉMIR: languir. M. Chassant.

GLANES (Rabattre le _feurre_ de ses): répéter souvent la même chose; en
parlant d'un prédicateur, d'un avocat, etc., obligé à des redites pour
ne point rester muet, semblable à celui qui donne de nouveaux coups de
fléau à ses _glanes_, afin de faire jaillir encore quelques grains de
froment. D.

GLEUMER: manger des œufs crus. H.-N.

GLIAJEU: glaïeul. L.--GLAGEUX: glaïeuls. H.-N.

GLIÈCHE: glace.--GLIÉCHIER: glacer. L.

GLINNES: excréments des poules. H.-N.

GLORIEUSETÉ: satisfaction orgueilleuse; contentement; situation dont on
aime à faire parade. L.

GLOU DE (ÊTRE): avare de. H.-N.

GLU: glui.--GLUAGE: action de _gluer_.

GLUER: séparer les tiges faibles des gerbes de blé ou de seigle battu,
et réserver les plus fortes pour faire des liens ou des couvertures. D.

GLUIACHES: gerbées faites avec les _défourures_. D.

GNOGNOTE (_gn_ mouillé): rien, bagatelle;--mensonge.

GOBE: grosse bouchée. D.

GOBET: diminutif de _gobe_. D.

GOBIER: sot. Tais-toi, grand _gobier_. D.

GOBITONS: petits morceaux d'étoffe, de pain, etc. H.-N.

GOBLOT: gobelet.--GOBELOTER: boire avec excès. D.

GODETS: cahots, secousses dans les ornières. D.

GOSILLOT: cartilage thyroïde. D.

GOSSE: joie, plaisir. M. Chassant.

GOSSEUX: qui _gosse_. Voyez GOSSER.

GOT (TOUT DE): soudain, brusquement, sans égard.

GOUBELINER: inspirer la peur du _Goubelin_;--sortir soudain d'un lieu
secret, comme un fantôme, pour effrayer. L.

GOUGES: gourdes. Avoir les mains _gouges_. H.-N.

GOUIDRON: goudron.--GOUITRON: goître. L.

GOULET: passage long et étroit. L.

GOULIPIAS: gourmand, goinfre.

GOULON: goulot. H.-N.

GOURAUD: gourmand éhonté. L.

GOURGANE: mauvaise drogue.

GOURGANNES: fèves de marais. D.

GOURGOUSSER: grogner; murmurer; _marronner_. L.

GOURIN; GOUORIN: cochon.

GOURMACHIER: gronder entre ses dents. L.

GOUTTE-MILITAIRE: verre à cidre à demi plein d'eau-de-vie. D.

GRABUGE: désordre dans l'administration d'une maison.

GRAFFIGNER; GRAFFOUILLER. H.-N. V. GRAFFINER.

GRAGEOIR; GRAGEUX: espèce de mortier en bois pour écraser le sel. H.-N.

GRAILLOT: graillon.

GRAMION: gorge, cou, poitrine. L.

GRANAISON; GRENAISON: rendement des gerbes. H.-N.

GRANDIER: fier, hautain. H.-N.

GRAS-BOUDIN: grande consoude. D.

GRASSET; GRASSI. Voyez GRAISSET.

GRASSETS: repas qu'on donne avant le Carême. H.-N.

GRASSIER: grasseyer.

GRAVACHON; GRÉVACHON: prune sauvage.

GRÊLER: griller; rôtir. L.

GRÉMIR (FAIRE): faire frissonner. H.-N.

GRENADE. Voyez GADE.--GRENADIER. Voyez GADELIER. H.-N.

GRENOT: tremblement causé par le froid ou la peur. L.

GRENOTTER: grelotter; avoir le _grenot_.

GRIBLETTE: riblette. H.-N.

GRIBOUILLONNER: gribouiller. H.-N.

GRIGE: peigne servant à détacher de sa tige la graine du lin.--GRIGER:
égrainer le lin. L.

GRIGET: point où viennent aboutir les plis d'un vêtement et où la
couture les a fixés. L.

GRIGEUR: ouvrier qui _grige_, fronce, fait des _grigets_.

GRIGNARD: enfant qui pleure sans cesse. H.-N.

GRIGNE: mâchoire. _Alloignier la grigne_: allonger la mâchoire; faire la
moue. L.

GRIGNER: faire mauvaise mine; pleurnicher. H.-N.

GRIGNOCHE: portion de pâte que la chaleur du four a fait saillir, et
qui, par sa couleur dorée, semble meilleure que le reste du pain. L.

GRIGNON (Enfant): chagrin et de mauvaise humeur. D.

GRILLETTE A GRILLETTE: petit à petit. H.-N.

GRILLOUSE: glissoire.

GRIMELU: rempli de _grumelots_. Voyez ce mot.

GRIMPLET: grimpereau. H.-N.

GRINDENTS: écornifleur, sournois. L.

GRINDRE: grincer des dents. L.

GRINGOTER: fredonner, chantonner. M. Chassant.

GROLLES: mauvais chevaux. H.-N.

GROSSIER: botte de paille très-allongée dans laquelle on met le _halot_
pour les chevaux. D.

GROUER: s'égrainer par maturité.

GROULER: crouler; bouder. D.

GROUMOULER (SE): grommeler. D.

GRUMÉ: son du sarrasin.

GRUMELOT: petite agrégation d'un volume inférieur à celui du grumeau. L.

GRUMELOTÉ: agrégé en _grumelots_.

GUAISNOTER; GUESNOTER: placer grain à grain la semence dans le sillon.
Se dit surtout des pois. L.

GUENADER (SE): se donner des airs d'importance. L.

GUENOLE: jambe paresseuse, infirme;--homme faible, irrésolu, inutile. L.

GUERBIÈRE: espèce de niche dans le _tas_, où se place une personne pour
recevoir les gerbes. D.

GUERGAT: gorge, gosier.--GUERGEOLER: ramager.

GUERNIER: grenier.--GUERNU: grenu.

GUÉRITE: guérie. H.-N.

GUERTIER; GUERRETIÈRE: jarretière.

GUÉSÉ: guédé, échauffé par la boisson. L.

GUESIONNER: désirer vivement et témoigner extérieurement son impatience.
Il en _guesionne_.

GUETTE-SI-BOUIT: propre à rien, paresseux,--capable tout au plus de
regarder si l'eau bout.

GUEULETONNER: prendre part à un _gueuleton_.

GUEVEU; G'VEU: cheveu.

GUIAME: Guillaume.--GIAMET: petit Guillaume. H.-N.

GUIFFE: bouche. H.-N.

GUILLE: diarrhée. H.-N.

GUILLEBAUDE (GRANDE): femme haute et maigre, aux manières communes. D.

GUILLEBAUDES: très-longues jambes. D.

GUILLEFOUTE: plaisanterie, mensonge. L.

GUILLEMUCHER; GUILLEMUSSER: jouer à cacher. L.

GUINCHOUX: qui a l'habitude de _guincher_.


HACHOT (s. m.): petite hache.

HACHOTER: hacher à petits coups avec le _hachot_.

HAGNETTE: morceau de bois fléchi en forme de _melle_ dont on garnit
l'extrémité du manche du fléau et une extrémité de la verge de ce fléau.
Une _couplère_ en cuir, passée dans les deux _hagnettes_, réunit ainsi
le manche et la verge. L.

HAGUE: gros bâton de bois à brûler. D.

HAGUER: hacher. On dit au figuré: _haguer_ de sottises. D.

HAGUETTES: petites _hagues_ mises en corde. H.-N.

HAING: manche de la faux. L.

HAINGUE: haine.--HAINGUEUR: haineux.

HAIS: interjection pour appeler de loin.

HALBI: mortier de chaux et d'argile par moitié. L.

HALBRENER: prendre le sec; être saisi par le sec. L.

HALEISER; HALEISIER (v. n.): souffler; respirer avec force après un rude
travail. Se dit surtout des bœufs. L.

HALOT: grains de blé encore couverts de leur paille, qu'on amasse dans
le van, en _halotant_. D.

HALOTER: agiter le blé dans le van pour réunir le _halot_. D.

HALLOT: soufflet;--souffle. N'avoir plus que le _hallot_. L.

HALLOTER: souffler;--n'avoir plus que le souffle.

HAMBREQUINER: marcher difficilement, en se portant avec effort d'une
jambe sur l'autre. V. AMBLECHINER. L.

HAMES: mancherons de la charrue. H.-N.

HANIAS: soufflet de cheminée. Voyez HALLOT. L.

HANNE: mauvais cheval. H.-N.

HANSE: hampe à laquelle la faux est ajustée. H.-N.

HANN'T'CHINER. Voyez HANNEQUINER.

HANTIMENT: compagnie (en mauvaise part). H.-N.

HAOUTER; HAUTER: chanceler par suite de fatigue, de sommeil ou
d'ivresse. L.

HARACLE; HARAQUE; HÉRAQUE. Voyez HARRACHES.

HARASSER: aller de foire en foire; faire commerce de _harins_ et
d'autres animaux de peu de valeur, commerce où l'on se _harasse_ à
l'excès.

HARDI (sorte d'interjection): courage!

HARÊQUE DU DOS: épine dorsale. H.-N.

HARÊQUES: arêtes. D.

HARICOTER: commercer sur les _harins_, etc.;--se servir de mauvais
chevaux;--ne point avancer dans son travail. D.

HARICOTIER: celui qui _haricote_.

HARIGACHIER: agacer; taquiner; poursuivre, etc. L.

HARLAND: qui _harlande_.

HARLANDER: réussir mal dans son travail. On dit qu'un cultivateur
_harlande_, quand il n'a pas assez de chevaux pour faire ses travaux en
bonne saison. D.

HARNAS: pieds et intestins de mouton cuits dans l'eau. D.

HARRACHES: civières pour porter les morts. H.-N.

HASTIQUER: travailler long-temps sans réussir. H.-N.

HAULO: manière d'être. Il est fait à son _haulo_: il est fait à ses
habitudes, à son humeur, à ses façons.

HAVELER: ramasser; extirper avec un croc, avec un râteau, des herbes qui
obstruent.

HAVENET: filet de pêche qu'on fixe au fond de l'eau. L.

HAVIGNOLER: chanceler par suite d'ivresse. L.

HAUVELER: mettre en _hauviaux_. D.

HAUVIAU: javelle d'orge, d'avoine, etc., qu'on réunit par petites
portions en _hauviaux_, à l'aide d'un râteau, avant de les mettre en
gerbes. D.

HAYEUR: ouvrier qui fait et répare les haies. D.

HAYURE: haie. H.-N.

HENNIOT: plaintif, souffreteux, gémissant. L.

HENNIOTER: soupirer; se plaindre; gémir.

HÉPÉE. H.-N. A peu près le même sens que _jupée_.

HÈQUE. H.-N. A peu près le même sens que _hé_.

HÉQUETER: hésiter; balancer; être indécis;--avoir une sorte de
bégaiement.

HERBINÉE: atteinte, lutte, discussion. L.

HERCAILLES: mauvaises brebis. H.-N.

HERCHE-CUL (A): sur le derrière. D.

HERCHELLE: branche de bois torse qui sert à lier les bourrées.
H.-N.--HERCHER: herser.

HERDRE: Voyez ERDRE.

HERMON: tracassier, qui _hermonne_.

HERNU: tonnerre. H.-N.

HERPE: harpon.--HERPER: saisir; accrocher. L.

HESQUER: Voyez HÉNÊQUER.

HÊTREAU: petit hêtre. H.-N.

HEURE (D'): de bonne heure. Il n'est pas _d'heure_: il est tard. D.

HEURÉ (BIEN): régulier dans l'emploi de ses heures. H.-N.

HEURIBLE: précoce;--levé de grand matin. H.-N.

HEUZE: trou d'un mur pour le bout d'une poutre. L.

HEUZON: _han_ qui se plaît auprès du foyer.

HIE! exclamation pour faire marcher un animal. H.-N.

HIVE: ruche. H.-N.

HIVERNACHE: vesce d'hiver. H.-N.

HOCSONNER: ébranler une porte pour l'ouvrir. H.-N.

HOIMBRER. C'est le verbe de l'adj. _hoimbreux_. V. ce mot.

HONESTÉ: honnêteté.

HOQUER: accrocher; suspendre. H.-N.

HORS: malpropre. D. Probablement pour _ord_. V. ce mot.

HOS! exclamation lente pour faire arrêter les chevaux. D.

HOTONNER: ébranler en secouant. D.

HOTTELÉE: ce que contient une hotte ou un _hottiau_.

HOTTIAU: banneau. D.

HOUBILLER; HOUBILLONNER: souffler fort; soulever la poussière en
tournoyant. H.-N.

HOUBRESAT; HOUBRESALT; HOUBRESAUT: soubresaut.

HOUGNER: grogner.

HOUPER: appeler de loin en hélant. H.-N.

HOURDER: prendre; saisir. H.-N.

HOUSÉ (MAL): mal habillé. H.-N.

HOUSES: grandes guêtres. H.-N.

HOUSIAUX; HOUSIAS: houseaux.

HUCHE: grand _hottiau_ pour transporter les fumiers. D.

HUCHÉE; HUCHIE: mobilier d'une nouvelle épousée, que l'on transporte au
domicile de son mari. L.

HULER; HUQUER. Voyez HOUPER.

HULINER se dit des bœufs, des vaches, des taureaux qui, dans leur
furie, déchirent la terre en mugissant. L.


IAUSOUX; IEAUSOUX: Voyez IOUSOUX.

IDÉE (UNE): très-peu.

IMPOSSIBLE (EN AVOIR L'): avoir en grande quantité.

IMPUNANTER: remplir; infester. H.-N.

INCAMO: intelligence. D.

INFIQUER: ficher en terre. D.

INTIAU: linteau de cheminée. D.

ISQUE: prononciation de la lettre _x_. H.-N.

IVIRE: ivoire. H.-N.


JAN: ajonc, genêt épineux. L.

JAQUARD: qui _jacasse_, bavard. L.

JEAN-CLAIR: poire tardive. D.

JEAN-FOUTRE: mauvais drôle; homme peu stable. D.

JIGUER; JOUGLER: ruer; gambader. H.-N.

JOSTOISER. Voyez JOSTER.


KAIRE. Voyez QUAIRE.


LANDIER. Voyez ANDIER.

LARRIS: landes; pâturages de mauvaise qualité. H.-N.

LEU: loup.--LÈVE: louve. H.-N.

LEU (PAURE): pauvre diable. _Paure lève_, en parlant d'une femme. D.

LEUS: leurs.

LIARD; LIART: gris-pommelé, gris-brun. Feu Lamarche.

LIBAUDER: geindre; se plaindre pour avoir de meilleures conditions en
faisant un marché.

LIÈGE (FEUILLES DE): feuilles de lierre. H.-N.

LIORNES: lianes.

LIRE: répétition des mêmes plaintes, des mêmes reproches. C'est toujours
la même _lire_ avec lui. Feu Lamarche.

LISET: petit ruban de soie. D.

LOQUENCE: voix forte. S.-I.


MACHET. Voyez MACELET.

MAGUETTE: quatrième cavité de l'estomac des veaux, dont on extrait la
présure qui sert à faire cailler le lait avant de le transformer en
fromage. D.

MAILLARD. H.-N. Voyez MALARD.

MALON: morceau de marne. D.

MARS (LES): ellipse pour: les travaux du mois de mars.

MASIÈRE: bord d'un bois, d'un fossé, etc. D.

MASURE: herbage attenant à une habitation. D.

MASTOQUE: lourdaud. D.

MATTES: lait coagulé par la chaleur de l'été. D.

MATTONNÉ (TEMPS): temps couvert de petits nuages arrondis. H.-N.

MAUCŒURANT: qui fait mal au cœur. H.-N.

MED'CHIN; MER'CHIN: médecin.

MÊME CHOSE: de même. J'irai _la même chose_.

MÈRE-MAQUETTE (BAPTÊME DE LA): _angélus_ de midi, dont le son annonce
l'heure du dîner. D.

METT' pour mettez: _Mett' vot'_ chapeau.

MEUROU. Voyez MEURON.

MI: moi. H.-N.--A MI: parmi. A _mi_ les champs.

MIÉE. Voyez ÉMIÉE.

MITON: sorte de poire précoce. H.-N.

MOLLET (UN PETIT) (locution adverbiale): un peu. D.

MULOT: pomme à cidre, précoce. D.

MUSETTE: musaraigne. H.-N.


NACHE: morceau de fesse de bœuf ou de vache. D.

NANÉS ou NANINS: mot vague, «réponse pour ainsi dire stéréotypée à toute
demande faite sans discrétion.» D.

NAULIÈRE; NOLIÈRE: nouvelliste femelle; commère. Feu Lamarche.

NÊLE: nielle. H.-N.

NEYER: noyer.

NIOMAINS: néanmoins. S.-I.

NITÉ (DE): de naissance, _a nativitate_. Sourd de _nité_. D.


OMEINS: au moins. M. Chassant.

ORILLÈRE: perce-oreille, insecte. Feu Lamarche.

OSIÈRE: osier. H.-N.

OSSIER: chirurgien sans titre, qui a une certaine connaissance de
l'ostéologie et une certaine habileté pratique pour les opérations.

OSSITE: aussi. M. Chassant.

OURDON: javelle. H.-N.


PARBOUQUET: coup de poing sous le menton ou sur la joue. Feu Lamarche.

PARMENDA: par mon Dieu. Pardieu! S.-I.

PASCATIZER: faire ses pâques. Se trouve dans Huet, évêque d'Avranches.

PASSEUX: espèce de barrière immobile qu'il faut _passer_. S.-I.

PELLUCHE: pelle en fer. H.-N.

PELOTS; PETOTS; PINOTS: petits pieds.

PERPOINT: pourpoint. S.-I.

PESOU: paysan grossier.

PÉTIÈRE: ouverture au haut de la culotte, par derrière.

PÉTOCHER se dit du bruit que les enfants font en marchant. D.

PEUGUET: fier, cossu. M. Chassant.

PEUS: cheveux. M. Chassant.

PI: puis. M. Chassant.

PIROTTE: femelle du coq-d'Inde. Feu Lamarche.

PISSE: puisse. S.-I.

PITIABLE: digne de pitié, H.-N.

PLUCHON. Voyez PELETTE.

PLUCOTER: _pluchoter_. H.-N.

PRÉTINTAILLES: grelots aux colliers des chevaux. H.-N.

PROMENOLLE: primevère.

PURAIN; PURIN: fabricant de serge; tisserand. Les paysans étendent le
sens de cette épithète injurieuse à tous les habitants de St.-Lo. Feu
Lamarche.

PURGE: purgation. H.-N.


QUEMINET: petit chemin. Diminutif de _quemin_. V. ce mot.

QUERBONNER: charbonner.

QUEUS: chez. M. Chassant.

QUIARD: _berneux_. Voyez ce mot.

QUI QUE SAIT: quelque chose que ce soit; n'importe quoi.


RAFAITER; RAFAITIER. Voyez RAFUTER.

RATON. Voyez CORAPRENANT, et l'étymologie donnée par M. Decorde, p. 116
de son _Dictionnaire_.

REGOUÊME (adv.): à satiété. Feu Lamarche.

REMIR: lever le bâton en menaçant. Feu Lamarche.

RONCHAILLES: lieu où il y a beaucoup de ronces. D.


SANS-CULOTTE: vêtement des petits garçons, qui comprend la veste et le
pantalon. D.

SAUMELLER: être saisi, bouleversé. M. Chassant.

SELLE A LESSIVE: espèce de tréteau sur lequel on bat et on laisse
égoutter le linge lessivé. D.

SÉ; SER: soir.--SÉ; SES: sois.

SUGRÉGEON: épautre.

SURBEU: qui a trop bu; complètement ivre.


T'CHUMBLET. V. CUMBLET.

T'CHUMBLOTER: faire des _cumblets_.

TERC: goudron. S.-I.

TERVER: tromper. S.-I.

THÉRÈSE: espèce de capuchon de deuil. H.-N.

TI (particule interrogative). J'irai-_ti_? D.

TOUQUE-A-TOUT: homme ou femme qui touche indiscrètement à tout, qui
furette partout.

TROUAIS: trois.

TUFFER (s. m.): crasse de la tête, qui ressemble au tuf en poussière ou
au calcaire appelé tuffer en minéralogie.


VAILLIRAIT: vaudrait.

VARTER: tourner la terre avec la charrue; donner le premier labour. Se
dit partout pour l'orge. Feu Lamarche.

VÉCHITTE: voici S.-I.

VERRINE: œil. M. Chassant.

VRÊPES voir VÊPRES: guêpes. De _vespa_.


WERTAGES: récolte de la vesce et des pois mêlés. D.

WOINGNARD: qui _woingne_.

WOINGNER: pleurnicher; crier sans raison. D.

WOUAIRAS: pois et vesce récoltés séparément. D.


ZIUS: yeux. D.


       FIN.





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