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Title: Experiments and observations on electricity. French - Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique
Author: Franklin, Benjamin, 1706-1790
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Experiments and observations on electricity. French - Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique" ***

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generously made available by the Bibliothèque nationale
de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)



                            EXPÉRIENCES
                                ET
                           OBSERVATIONS
                               SUR
                          L'ÉLECTRICITÉ
                              FAITES
                  _À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE_
                               PAR
                      M. BENJAMIN FRANKLIN;
     & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON,
                 de la Société Royale de Londres.

                    _Traduites de l'Anglois._


                         SECONDE ÉDITION

_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même
Auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._

                      _Par M._ d'ALIBARD.



                          TOME PREMIER.

                           A PARIS
             Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.

                         M. DCC. LVI.

            _Avec Approbation & Privilége du Roi._



À SON ALTESSE
SÉRÉNISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE LA MARCHE.

MONSEIGNEUR,

_La permission que VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME veut bien me donner de
faire paroître cette Traduction sous son auguste nom, est une suite des
bontés dont Elle a daigné m'honorer dès sa plus tendre jeunesse. Cet
hommage public est en même tems un tribut de ma reconnoissance & de
l'ancien & très-respectueux attachement que j'ai toujours eu pour la
personne de VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME. Son amour pour les Sciences, la
protection qu'Elle accorde ouvertement aux Lettres & à ceux qui les
cultivent, l'application qu'Elle donne Elle-même à l'Étude, son goût
pour la Physique, l'attention avec laquelle Elle se fait rendre compte
des nouvelles découvertes, sont autant d'autres motifs qui m'en imposent
la loi. Trop heureux, MONSEIGNEUR, de pouvoir aujourd'hui réunir un
devoir avec les vrais sentimens de mon coeur._

Je suis avec un très-profond respect,

MONSEIGNEUR,
DE VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME,
Le très-humble & très-obéissant serviteur, D'ALIBARD.



AVERTISSEMENT.


Monsieur Franklin, habitant de Philadelphie dans la Colonie Angloise de
Pensylvanie en Amérique, est l'Auteur des Lettres suivantes sur
l'Électricité. M. Collinson son ami & son correspondant à Londres, à qui
elles sont adressées, les a jugées dignes de l'impression. Elles étoient
sous la presse, lorsqu'il en informa M. Franklin; celui-ci, qui ne les
avoit pas écrites à cette intention, se pressa d'envoyer à son ami
quelques changemens, qui n'étant pas arrivés à tems, ne purent être mis
que comme additions & corrections à la fin de l'ouvrage. Il pria en même
tems M. Collinson d'en envoyer un des premiers exemplaires à M. de
Buffon, qui jugea de ces Lettres, comme on en avoit jugé en Angleterre
où elles ont eu un applaudissement général. Occupé d'ouvrages bien plus
importans dont il ne veut pas se distraire, M. de Buffon m'a engagé à
les faire paroître en François. Il ne s'agissoit que de rendre
exactement des choses simples, aussi ne s'est-on attaché qu'à les
traduire littéralement, à bien rendre le sens de l'Auteur & à éclaircir
les endroits qui ont paru un peu obscurs dans l'original. Pour la
commodité des lecteurs, on a rapporté en notes au bas des pages, les
changemens que Mr. Collinson avoit fait imprimer comme additions &
corrections à la suite des Lettres.

Quoique la plupart des Physiciens se soient exercés depuis plusieurs
années sur la matière de l'électricité: quoique leur zèle ait été
récompensé par des succès assez brillans, on verra par les recherches &
par les découvertes de M. Franklin, que cette matière est encore neuve à
bien des égards. On sentira en même tems qu'il y a cependant lieu
d'espérer qu'en multipliant, à son exemple, les expériences & les
observations dans des vûes nouvelles, on parviendra un jour à pénétrer
un mystère qui n'importe peut-être pas moins à l'utilité commune qu'à la
la curiosité de l'esprit. On y arrivera même d'autant plus vite & plus
sûrement, qu'on se hâtera moins de hazarder des systèmes. On n'a pas
encore assez de faits sur ce sujet pour qu'il soit permis d'y joindre
des hypothèses.

«C'est (dit M. de Buffon[1]) par des expériences fines raisonnées &
suivies que l'on force la nature à découvrir son secret; toutes les
autres méthodes n'ont jamais réussi, & les vrais Physiciens ne peuvent
s'empêcher de regarder les anciens systèmes comme d'anciennes rêveries,
& sont réduits à lire la plupart des nouveaux comme on lit les Romans.
Les recueils d'expériences & d'observations sont donc les seuls livres
qui puissent augmenter nos connoissances. Il ne s'agit pas, pour être
Physicien, de sçavoir ce qui arriveroit dans telle ou telle hypothèse,
en supposant, par exemple, une matière subtile, des tourbillons, une
attraction, &c. Il s'agit de bien sçavoir ce qui arrive, & de bien
connoître ce qui se présente à nos yeux; la connoissance des effets nous
conduira insensiblement à celle des causes, & l'on ne tombera plus dans
les absurdités qui semblent caractériser tous les systèmes; en effet
l'expérience ne les a-t-elle pas détruits successivement? ne nous
a-t-elle pas montré que ces élémens que l'on croyoit autrefois si
simples, sont aussi composés que les autres corps? ne nous a-t-elle pas
appris ce que l'on doit penser du chaud, du froid, du sec & de l'humide,
de la pesanteur & de la légèreté absoluë, de l'horreur du vuide, des
loix du mouvement autrefois établies, de l'unité des couleurs, du repos
& de la sphèricité de la terre, & si je l'ose dire des Tourbillons?
Amassons-donc toujours des expériences & éloignons-nous, s'il est
possible, de tout esprit de système, du moins jusqu'à ce que nous soyons
instruits, nous trouverons assûrément à placer un jour ces matériaux, &
quand même nous ne serions pas assez heureux pour en bâtir l'édifice
tout entier, ils nous serviront certainement à le fonder, & peut-être à
l'avancer au-delà même de nos espérances.» C'est cette méthode que M.
Franklin a suivie à l'imitation du grand Newton & des plus excellens
Physiciens, méthode qui doit suffire pour prévenir le public en faveur
de l'ouvrage qu'on lui présente.

[Note 1: Fréf. de la Statiq. des Végét.]

Mais il ne suffit pas de s'attacher uniquement à la voye de
l'expérience, à moins que d'être, comme notre auteur, fécond en moyens,
ingénieux en découvertes & heureux en applications; il ne faut pas,
comme tant d'autres Physiciens sans génie, se permettre de tirer des
inductions qui ne sont ni justes ni naturelles, déduire des conséquences
qui ne sont fondées que sur des suppositions vagues & étrangères au
sujet. Il faut au contraire dans une matière aussi nouvelle que l'est
celle-ci, se contenter de considérer les faits sous de nouveaux points
de vûe, pour tâcher de les généraliser & d'en former un ordre
systématique & suivi. C'est ce qu'a fait M. Franklin. Instruit, par
exemple, des effets surprenans de la bouteille électrique, le premier
objet qu'il s'est proposé, a été d'examiner comment elle acquiert la
vertu électrique, comment elle la conserve, quoiqu'on la touche, &
comment elle la communique. Ayant toujours l'expérience & l'observation
pour guides, il a bientôt reconnu que l'électricité est inhérente &
inséparable de la matière: que le verre en contient autant qu'il en peut
contenir, & toujours la même quantité: qu'électriser la bouteille, ce
n'est pas y faire entrer plus de matière électrique qu'elle n'en avoit
auparavant, mais accumuler sur une de ses surfaces autant de cette
matière qu'il y en a dans les deux surfaces ensemble, ce qui ne se fait
que parce que l'une en rejette précisément la même quantité que l'autre
en reçoit: que les deux surfaces de la bouteille électrisée sont
toujours prêtes l'une à rendre ce qu'elle a de plus, & l'autre à
recevoir ce qu'elle a de moins que sa quantité naturelle: qu'elles ne
peuvent le faire l'une sans l'autre: que l'équilibre ne sçauroit se
rétablir entr'elles par la communication intime de l'une à l'autre, mais
seulement par une communication extérieure non électrique: qu'ainsi la
bouteille reste chargée tant que cette communication extérieure n'est
pas établie, & qu'enfin l'électricité ne sçauroit être communiquée par
la bouteille, qu'autant que cette bouteille reçoit par une voye la même
quantité de matière électrique qu'elle donne par l'autre.

Ces premières connoissances ont conduit notre auteur à trouver les
moyens de faire paroître l'électricité de deux manières tout-à-fait
opposées, l'une en augmentant l'électricité naturelle dans les corps que
nous nommons non-électriques, & il appelle cette augmentation
électricité _positive_; l'autre en diminuant l'électricité naturelle; il
nomme celle-ci _négative_. De là sont venus les termes nouveaux
électriser _en plus_, électriser _en moins_, dont les significations
répondent assez bien à celles qu'ils ont dans l'algèbre.

L'analyse de la bouteille électrique à achevé de confirmer M. Franklin
dans l'opinion où il étoit dès auparavant que l'électricité dans cette
bouteille est attachée au verre précisément comme verre, & que les corps
non-électriques qu'on y ajoute ne servent que, comme l'armure d'une
pierre d'aimant, à unir les particules de la matière électrique
surabondante, & à les tenir rassemblées sur l'une des surfaces du verre,
étant toujours prêtes à s'échapper par le premier endroit où elles
trouveroient passage pour aller à l'autre. En conséquence de ces
découvertes; il a imaginé quantité d'autres expériences dont
l'enchaînement & le résultat sont la confirmation des premières &
l'apologie de son jugement. Néanmoins quelques justes que soient ses
idées, quoiqu'elles soient toutes appuyées sur des faits, l'auteur ne
les propose que comme des conjectures, & l'on verra que sa modestie est
égale à sa pénétration. Mais ce seroit s'écarter de la retenuë dont il
donne l'exemple, que de chercher à faire valoir son mérite par des
louanges dont il n'a pas besoin, & qui ne pourroient être que suspectes
de la part d'un traducteur. Il vaut mieux le laisser lire & s'en
rapporter au jugement du public.

Le pays qu'abite M. Franklin est des plus favorables pour les
expériences électriques; autant les chaleurs y sont excessives en été,
autant le froid y est rigoureux en hyver; l'on passe subitement de l'un
à l'autre sans presque s'appercevoir ni de la douceur du printems, ni de
la température de l'automne. Le vent sud ou nord amène les deux saisons
opposées; mais dans l'une & dans l'autre on y jouit presque toujours du
plus beau ciel. Les nuages épais y dérobent rarement la vûe du soleil &
des étoiles: les pluyes n'y sont jamais de longue durée, & les
brouillards y sont presque inconnus. Ainsi la sécheresse du tems & la
froideur du vent du nord contribuent beaucoup à y rendre plus sensibles
la force & les effets de l'électricité. On en trouvera des preuves
incontestables dans plusieurs endroits cet ouvrage. Malgré la différence
de climat, je n'ai pas voulu publier cette traduction, sans avoir du
moins essayé de répéter les expériences qui y sont rapportées; après
avoir parfaitement réussi à faire celles que j'ai jugées les plus
intéressantes & les plus difficiles dans l'exécution, quelques-unes
m'ont paru mériter que j'en fisse hommage à l'Académie Royale des
Sciences. Je lui rendis compte le 22. Décembre 1751. de mon succès dans
les expériences du tableau magique & de la fusion des métaux; j'y fis
voir des lames de verre sur lesquelles on distinguoit aisément l'or,
l'argent, le cuivre & l'étain que l'électricité avoit par sa violence
incorporés dans la substance même du verre. J'avois employé pour me
procurer le puissant dégré d'électricité nécessaire, une bouteille de
verre blanc & mince tenant environ deux pintes dont j'avois fait
argenter extérieurement le fond jusqu'au milieu de sa hauteur, & j'y
avois mis à peu près quinze livres de menu plomb bien sec. Ces métaux
sont sur ces lames dans un état de vitrification, inattaquables à l'eau
forte & à l'eau régale, suivant les épreuves que j'en avois faites
auparavant d'après les assurances de M. Franklin. Enfin ces expériences
aussi bien que beaucoup d'autres, avoient si pleinement satisfait à mes
désirs, eu égard au tems, à la saison & au climat, qu'elles ne
laissoient nullement lieu de douter de la certitude de celles que je
n'avois pas encore tentées.

Dès que la première édition de cette traduction fut achevée, j'en
envoyai un exemplaire à M. Franklin, ce qui me mit en correspondance
directe avec lui. Je lui fis part dans le tems, du succès de mon
expérience sur le tonnerre, & lui envoyai le mémoire que j'en avois
donné à l'Académie Royale des Sciences le 13. Mai 1752. tel qu'il est
dans le second volume de cet ouvrage; il en fut charmé & m'envoya avec
sa réponse, son premier supplément, dont je vérifiai pareillement les
expériences. Le second ne m'a été rendu que long-tems après.

J'ai trouvé dans cette dernière brochure d'excellentes observations à
opposer aux critiques qui avoient paru contre mon auteur, & auxquelles
j'avois entrepris de répondre; c'est ce qui m'a engagé à resserrer ce
que j'avois écrit dans ce dessein, pour ne pas multiplier les êtres sans
nécessité. Je me suis contenté d'ajouter à la suite des principales
expériences critiquées quelques-unes des réponses dont j'avois eu
intention de faire un ouvrage séparé. Au lieu d'être mises en notes,
elles y sont distinguées par des guilmets, ce qui m'a semblé plus
commode pour les lecteurs. Les expériences contenuës dans ce second
supplément ne sont pas moins sûres que celles qui avoient été publiées
auparavant. Elles ont été répétées avec le même succès. Sans avoir égard
aux dates des lettres, je les ai arrangées tout différemment de ce
qu'elles étoient dans la première édition de cet ouvrage; j'en ai même
partagé quelques-unes en plusieurs fragmens que j'ai placés suivant
l'ordre des matières: c'est dans la même vûe que j'ai mis une suite
uniforme aux paragraphes.

Enfin je n'ai rien négligé pour répandre dans cette seconde édition
toute la clarté qui a pû dépendre de mes soins. Ils se trouveront bien
récompensés, si les changemens que j'ai faits du consentement de Mr.
Franklin, sont approuvés du public.

Au reste j'ai pensé que ceux qui n'ont pas fait une étude particulière
de l'électricité seroient bien-aises d'en connoître les progrès depuis
son origine jusqu'aux découvertes de M. Franklin. L'histoire qu'en a
faite M. de Secondat pour l'Académie de Bordeaux en 1748. me rendoit ce
travail facile; on verra que j'ai profité de cet excellent ouvrage; j'y
ai ajouté des choses ou qui n'étoient pas venuës alors à la connoissance
de M. de Secondat, ou qu'il avoit crû devoir négliger, & j'y ai joint
les découvertes qui ont été faites sur le même sujet depuis son histoire
jusqu'à présent. J'espère qu'en allant par cette voye à mon objet
principal, qui est de mettre les Lecteurs en état de mieux juger du
mérite de mon auteur, & de la valeur de son ouvrage, je ne leur
laisserai rien à désirer sur les faits principaux de l'électricité.



HISTOIRE ABRÉGÉE
DE
L'ÉLECTRICITÉ.


La première chose qui a fait reconnoître l'Électricité, est la vertu
d'attirer que l'on a remarquée en certains corps, après qu'ils ont été
frottés. Le premier de tous, dans lequel ont ait observé cette vertu,
c'est l'ambre jaune connu des anciens sous le nom d'_Electrum_; c'est de
ce nom que cette vertu a retenu celui d'Électricité, & l'on appelle
corps électriques ceux qui en sont pourvûs. Il seroit difficile &
peut-être impossible de déterminer le tems où l'on a observé pour la
première fois que l'ambre-jaune, après avoir été frotté, attire les
brins de paille dont on l'approche. Ce qu'en disent quelques-uns des
auteurs anciens qui en ont fait mention, comme Thalès de Milet,
Plutarque, Pline, &c. prouve que l'observation de ce phénomène est
très-ancienne, aussi ne se trouve-t-il guères de traités de Physique où
il n'en soit parlé; mais personne que l'on sçache ne s'étoit avisé de
faire sur ce sujet des recherches suivies avant Gilbert médecin Anglois
qui vivoit vers l'an 1600. après avoir recueilli sur l'aimant les
découvertes de ceux qui l'avoient précédé & avoir fait lui-même un grand
nombre d'observations nouvelles sur les propriétés de cette merveilleuse
pierre, il crut devoir considérer les propriétés de l'_Electrum_ qui
paroissent avoir du rapport à celles de l'aimant. Il avoit pû d'abord
regarder cette résine comme une espèce d'aimant dont la vertu a besoin
d'être excitée par le frottement. Quoi qu'il en soit, il parle de cette
vertu comme d'une chose que l'on connoissoit de tout tems. On avoit
aussi reconnu la même propriété dans le Jayet, mais cette remarque étoit
récente. Il s'agissoit de la chercher encore dans d'autres corps, c'est
à quoi il s'appliqua. L'ambre-jaune étoit mis alors au rang des choses
les plus précieuses; il servoit à l'ornement des autels & aux parures
inventées par le luxe. Le Jayet étoit aussi une matière fort estimée;
avant l'invention des glaces on l'employoit à faire des miroirs.

Gilbert, qui avoit tant étudié toutes les propriétés de l'aimant, avoit
sans doute remarqué qu'il falloit une moindre force pour mettre en
mouvement une aiguille mince & légère posée en équilibre sur un pivot
bien poli, comme sont les aiguilles aimantées, que pour élever d'une
seule ligne un corps beaucoup plus léger. C'est pourquoi il se servit
habilement de ce moyen pour reconnoître l'électricité dans les
substances où elle est trop foible pour se manifester d'une autre
manière. «Faites, dit-il, une aiguille de quelque métal que ce soit, de
la longueur de deux ou trois pouces, légère & très-mobile sur un pivot,
à la manière des aiguilles aimantées: approchez d'une des extrémités de
cette aiguille de l'ambre jaune ou une pierre précieuse légèrement
frottée, luisante & polie, l'aiguille se tournera sur le champ.» Ce fut
vraisemblablement par ce moyen qu'il reconnut que non-seulement l'ambre
& le jayet ont cette propriété d'attirer, mais qu'elle est commune à la
plupart des pierres précieuses, comme le diamant, le saphir, le rubis,
l'opale, l'améthyste, l'aigue-marine; le cristal de roche: qu'on la
trouve aussi dans le verre, la bélemnite, le soufre, le mastic, la cire
d'Espagne, la résine, l'arsenic, le sel-gemme, le talc, l'alun de roche.
Toutes ces différentes matières, quoiqu'avec différens dégrés de force,
lui parurent attirer non-seulement les brins de paille, mais tous les
corps légers, comme le bois, les feuilles, les métaux en limaille ou en
feuille, les pierres, les terres, & même les liqueurs comme l'eau &
l'huile.

La Physique est encore redevable à Gilbert de beaucoup d'autres
observations sur l'Électricité. C'est lui qui nous a appris qu'elle est
plus facilement excitée par un frottement léger & rapide que par un
frottement plus rude: que le tems le plus sec & le vent de nord le plus
froid sont les plus favorables pour l'Électricité: que l'humidité de
l'air & à plus forte raison le souffle des animaux l'affoiblissent &
même la détruisent en peu de tems: que l'eau produiroit le même effet,
si l'on moüilloit le corps électrique: qu'une toile mise entre ce corps
& celui qu'on veut attirer, empêche totalement l'attraction: qu'une
étoffe de soye placée de même ne l'empêche pas entièrement: que les
corps électriques n'attirent point la flamme d'une bougie, mais attirent
fortement la fumée de cette bougie éteinte.

Pour expliquer les phénomènes de l'électricité, ceux de l'aimant, & ceux
de la pésanteur, Gilbert imagina des hypothèses ingénieuses, auxquelles
pourtant il se fioit moins qu'à ses expériences. L'attraction, suivant
son opinion, est causée par des écoulemens très-subtils; l'air est
l'écoulement électrique de la terre & l'instrument de la pésanteur.
C'est peut-être sur cette idée de Gilbert que le célèbre Otto de Guerike
s'avisa de faire des observations sur un globe de soufre qu'il excitoit
à l'électricité par un mouvement qui imitoit en quelque forte celui de
la terre.

Otto de Guerike, dit l'ingénieux M. Dufay dans son premier mémoire sur
l'électricité, a imaginé de faire tourner sur son axe par le moyen d'une
manivelle, une boule de soufre grosse comme la tête d'un enfant. Cette
boule étant muë avec rapidité, si l'on applique la main dessus elle
devient électrique & attire les corps légers qui lui sont présentés; si
on la détache de la machine sur laquelle elle a dû être posée pour la
faire tourner & qu'on la tienne à la main par l'axe, non-seulement elle
attire une plume, mais elle la repousse ensuite, & ne l'attire plus de
nouveau que la plume n'ait touché quelqu'autre corps. Il remarque que la
plume ainsi chassée par le globe attire tout ce qu'elle rencontre, ou va
s'y appliquer, si elle ne peut pas l'attirer vers elle; mais que la
flamme d'une chandelle la chasse & la repousse vers le globe.... Si l'on
suspend un fil dessus du globe, ensorte qu'il ne le touche point, &
qu'on approche le doigt du bout inférieur de ce fil, on verra le fil
s'éloigner du doigt. Il a aussi remarqué que la vertu électrique du
globe se transmettoit par le moyen d'un fil jusqu'à la distance d'une
aune, & que lorsque le globe avoit été rendu électrique par la rotation
& par la main appliquée au-dessus, il conservoit sa vertu pendant
plusieurs heures. Tenant l'axe de ce globe dans une position verticale,
il promenoit une plume par toute la chambre; sans qu'elle s'appliquât au
globe.» Il remarqua aussi que le globe frotté dans l'obscurité répandoit
de la lumière.

Otto de Guerike avoit pour contemporain & pour émule le fameux Boyle à
qui nous avons obligation d'un si grand nombre de belles découvertes. Ce
dernier chercha & trouva la vertu électrique dans un grand nombre de
corps où Gilbert ne l'avoit point cherchée, & dans quelques-uns de ceux
où il l'avoit cherchée inutilement. Pour éprouver si l'air avoit quelque
part à l'électricité, il suspendit dans une fiole au-dessus d'un corps
léger un morceau d'ambre-jaune excité à l'électricité; ayant ensuite
pompé l'air de la fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune près du corps
léger, qui fut attiré. Il reconnut par-là que la vertu électrique une
fois excitée se conserve dans le vuide, & que son action ne dépend point
de l'air.

M. Boyle avoit fait beaucoup de recherches sur les corps qui donnent de
la lumière dans l'obscurité, en particulier sur le ver luisant; y
ayant emprunté un diamant qu'on disoit avoir la propriété d'être
lumineux dans les ténèbres, il observa que ce diamant étant frotté dans
l'obscurité contre quelqu'étoffe que ce fût, devenoit en effet
non-seulement lumineux, mais encore électrique, comme l'avoit observé
Gilbert. Il reconnut bientôt les mêmes propriétés dans plusieurs autres.

L'Électricité resta long-tems négligée après Boyle; mais les grandes
découvertes de Newton sur les propriétés de la lumière & sur le système
de l'attraction engagèrent vraisemblablement Hauksbée de la Société
Royale de Londres à faire des recherches sur les mêmes sujets & sur
l'électricité. Ayant inventé une machine pour faire tourner rapidement
un corps sous le récipient de la machine pneumatique, il s'en servit
pour faire frotter dans le vuide un morceau d'ambre jaune contre de la
laine. Ce frottement produisit une lumiére beaucoup plus vive que le
même frottement dans l'air; après l'opération l'ambre jaune, aussi bien
que la laine lui parurent un peu brûlés.

On avoit sans doute remarqué que de tous les corps électriques, le verre
est un de ceux en qui le frottement excite une plus forte électricité.
Hauksbée s'avisa d'employer dans ses expériences un tube ou cylindre
creux de verre. En le frottant rapidement dans sa main, un papier
entre-deux, il le rendoit électrique, & faisoit par son moyen toutes les
expériences qu'Otto de Guerike avoit faites avant lui avec un globe de
soufre. Il observa de plus qu'un tube dont on a pompé l'air, ne
s'électrise que très-foiblement, & que si on y laisse rentrer l'air il
acquiert beaucoup d'électricité sans être frotté de nouveau. Quand on
frotte un tube dans l'obscurité, une lumière fuit la main qui frotte, &
si l'on approche de ce tube ainsi excité une autre main, ou quelqu'autre
corps, comme du métal, de l'yvoire, du bois, &c. il en sort une
étincelle accompagnée d'un bruit assez semblable au pétillement d'une
feüille verte jettée au feu, mais moins fort. Quand on frotte le tube
vuide d'air, la lumière est plus vive, mais toute dans son intérieur, &
l'on n'en peut tirer d'étincelle.

Hauksbée imagina aussi de faire tourner sur son axe un globe creux de
verre par le moyen d'une rouë & d'une corde qui passe sur la
circonférence de cette rouë & sur une poulie fixée sur l'axe du globe.
Il excita l'électricité en frottant ce globe, mais il n'en tira pas de
plus grands effets que de son tube. L'électricité qui jusques-là ne
s'étoit manifestée que par le frottement, Hauksbée la découvrit dans une
substance qui n'avoit point été frottée; il remarqua que si on laisse
refroidir de la résine qui a été fondüe, & que, si, avant qu'elle soit
tout-à-fait refroidie, on en approche du cuivre en feüilles, elle
l'attire à la distance d'un pouce ou deux, sans aucun frottement
précédent.

M. Gray continua avec succès les recherches électriques de Boyle & de
Hauksbée; ayant voulu éprouver s'il y avoit quelque différence dans
l'attraction du tube lorsqu'il étoit bouché par les deux bouts &
lorsqu'il ne l'étoit pas, il n'en apperçut aucune; mais comme il tenoit
une plume ou duvet au-dessus du bouchon de liége dont le bout supérieur
du tube étoit bouché, il remarqua que cette plume étoit attirée &
ensuite repoussée par le liége de la même manière qu'elle a coutume de
l'être par le tube. Cette observation le confirma dans une pensée qu'il
avoit euë autrefois, que, comme le tube frotté dans l'obscurité
communique de la lumière aux autres corps par l'attouchement, il pouvoit
bien aussi leur communiquer de l'électricité. Le liége effectivement
n'avoit cette vertu attractive que par communication du tube excité à
l'électricité. Il s'en assura encore d'une autre façon: ayant fixé au
bout d'un bâton de sapin d'environ quatre pouces de long une boule
d'yvoire d'un peu plus d'un pouce de diamètre, il enfonça l'autre bout
du bâton dans le bouchon de liége: ayant ensuite frotté le tube, il vit
avec plaisir que la boule attiroit & repoussoit le duvet avec plus de
force que n'avoit fait le liége. Il répéta cette expérience avec des
bâtons plus longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva
toujours les mêmes effets.

Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis
d'un fil de laiton, & eut encore le même succès; mais comme les
vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causées par le frottement du
tube, étoient incommodes, surtout lorsque les fils étoient longs de deux
ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule à l'extrémité d'une
ficelle nouée au tube par son autre extrémité; étant sur un balcon élevé
de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attachée au tube
par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube étant frotté, la
boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui étoit au-dessous
d'elle.

M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'électricité
à de bien plus grandes distances; il y réussit d'abord en se servant
pour cela d'une ficelle soutenuë horizontalement à quelque distance de
terre sur des fils de soye, & transmit l'électricité à cent quarante
pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son expérience, les fils
de soye s'étant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la même
finesse; car il s'imaginoit que le succès de l'expérience dépendoit de
la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir
intercepter une partie sensible de la force électrique communiquée par
le tube à la ficelle & à la boule. Quand il vint à frotter le tube,
l'électricité ne fut point transmise à l'extrémité de la ficelle. Il
reconnut de là que le succès de la première expérience ne venoit pas de
la finesse des fils de soye, puisque les fils-d'archal de la seconde
étoient aussi minces, mais qu'il venoit de la nature même de la soye.
Instruit par ce contre-tems M. Gray vint depuis à bout de transmettre
l'électricité à une distance de sept cens pieds.

Il découvrit encore que la communication de l'électricité pouvoit se
faire par la seule approche du tube, sans qu'il touchât le corps auquel
on vouloit la communiquer. Ayant suspendu horizontalement un enfant sur
des cordons de crin, en approchant de ses pieds le tube bien frotté, il
l'électrisa au point que son visage & ses mains attirèrent des feüilles
de cuivre. Il plaça cet enfant debout sur deux pains de résine d'environ
huit pouces de diamètre & deux pouces d'épaisseur, un sous chaque pied.
Ayant ensuite approché le tube bien frotté des cuisses de l'enfant, ses
mains attirèrent & repoussèrent alternativement des feüilles de cuivre
que l'on avoit mises au-dessous.

Mr. Dufay de l'Académie Royale des Sciences, informé des découvertes de
M. Gray, se mit aussi à travailler sur l'électricité. Après un nombre
infini d'expériences dont on n'indiquera que les principales, il nous a
appris qu'il n'y a point de corps, à l'exception des métaux & des
animaux qui ne soit électrique. Les métaux & les animaux s'électrisent
fortement ou deviennent fortement électriques, lorsqu'étant soutenus sur
des cordons de soye ou de crin, sur des gâteaux de résine, sur du verre,
&c. on en approche le tube excité à l'électricité. On doit donc entendre
par corps électriques ceux qui le sont naturellement qui n'ont besoin
que d'être frottés pour en donner des preuves, & par corps
non-électriques ceux qui ne peuvent devenir électriques que par
communication, comme sont les métaux.

En répétant avec un tube de verre & des feüilles d'or une expérience
d'Otto de Guerike, dans laquelle une petite plume avoit été attirée,
repoussée & soutenuë en l'air au-dessus du globe de soufre, M. Dufay
observa que la feüille d'or alla s'attacher à un morceau de gomme-copal
qu'il lui présentoit & y demeura. Cela lui fit soupçonner que
l'électricité de la gomme-copal étoit différente par sa nature de
l'électricité du verre, puisque l'une attiroit ce que l'autre
repoussoit. Cette observation le porta à faire plusieurs autres
expériences, d'où il crut pouvoir conclure qu'il y avoit en effet deux
sortes d'électricités. Il nomma l'une vitrée & l'autre résineuse; mais
les Physiciens n'ont pas admis cette distinction. On verra cependant
dans la suite de cet ouvrage qu'elle est bien fondée, & qu'un globe de
soufre détruit l'effet d'un globe de verre.

M. Dufay répétant de même l'expérience de M. Gray, dans laquelle on
électrise un enfant suspendu sur des cordons de crin ou de soye, &
s'étant mis lui-même à la place de l'enfant; quelqu'un voulut ramasser
une feüille d'or qui s'étoit attachée à sa jambe; dans l'instant ils
sentirent l'un à la jambe & l'autre au doigt une douleur comme une
piqûre, & l'on entendit un pétillement semblable à celui du tube
lorsqu'on en approche le doigt. Cette douleur & ce pétillement sont
accompagnés d'une étincelle visible même en plein jour.

Cette étincelle n'avoit été regardée jusques-là que comme la lumière de
certains phosphores qui ne brûlent point, tels que le bois pourri & les
vers luisans: mais la douleur fit penser à M. Dufay que l'électricité
étoit un véritable feu. On s'est appliqué depuis à en rendre les effets
plus sensibles.

Les Physiciens d'Allemagne profitant de tout ce qui avoit été découvert
avant eux sur le sujet de l'électricité, imaginèrent de reprendre le
globe de verre, dont Hauksbée n'avoit pas tiré un meilleur parti que du
tube & qu'il avoit abandonné trop légèrement. Ce qui les y engagea fut
sans doute la réflexion que le verre étant plus électrique, un globe de
cette matière doit produire de plus grands effets que le globe de soufre
d'Otto de Guerike, & qu'étant susceptible d'une friction plus rapide &
plus long-tems continuée, l'usage de ce globe devoit être plus facile &
plus avantageux que celui du tube de Hauksbée. Ils employèrent des
globes & des rouës plus grandes & les disposèrent de la même manière que
la meule & la rouë dont se servent les Couteliers. Par ce moyen ils
réussirent d'abord à rendre beaucoup plus sensibles tous les phénomènes
de l'électricité déjà connus. Ils firent encore de très-belles
découvertes dont les Journaux d'Allemagne de 1745. ont rendu compte, &
dont on ne rapportera ici qu'une seule.

Si, en faisant tourner & frotter le globe de verre, on en approche le
bout d'un grand tuyau de fer blanc, sans qu'il touche le globe, & qu'une
personne montée sur un gâteau de résine tienne d'une main ce tuyau par
l'autre extrémité, cette personne est électrisée, & acquiert après deux
ou trois révolutions du globe une puissance flammifique assez forte pour
allumer avec un de ses doigts, avec une canne ou avec une épée de
l'esprit de vin un peu échauffé. Le même effet s'ensuit lorsque la
personne électrisée tient dans sa main le vase qui contient la liqueur,
& la fait toucher par une autre personne est sur le plancher. Dès que le
doigt approche de la liqueur, il en sort une étincelle bruyante qui
enflamme l'esprit de vin. On peut de même enflammer de la poix, de la
résine, de la cire d'Espagne, du soufre & même de la poudre à canon,
pourvû que ces matières soient en fusion, & conséquemment échauffées.
Cette expérience réussit aussi quand on électrise avec le tube, mais les
étincelles sont foibles & l'effet n'en est pas si sûr qu'avec le globe.

L'année 1746. est l'époque la plus marquée de l'Électricité.

Ce fut au commencement de cette année que MM. Muschenbroek & Allaman
illustres citoyens de Leyde communiquèrent à l'Académie Royale des
Sciences de Paris l'expérience suivante que le hazard avoit fait trouver
à M. Cuneus, lorsqu'il s'amusoit à revoir chez lui les phénomènes
électriques qu'il avoit admirés chez M. Muschenbroek. Suspendez sur des
cordons de soye dans une situation horizontale une verge de fer ou un
canon de fusil dont un des bouts soit près du globe, pour en recevoir
l'électricité par communication: laissez pendre à son autre bout un
fil-d'archal ou de laiton; pendant qu'on électrise la verge de fer,
tenez d'une main un vase de verre rond & en partie plein d'eau dans
laquelle plonge le fil de métal suspendu: avec l'autre main essayez
d'exciter une étincelle à tel endroit que vous voudrez de la verge de
fer ou du fil de métal qui pend au bout & qui plonge dans l'eau du vase;
vous ressentirez une commotion très-forte & très-subite dans les deux
bras, dans la poitrine & dans tout le corps. Le coup est plus fort quand
le globe est plus gros, plus frotté, quand le vase qui contient l'eau
est plus large, quand la verge de fer qui conduit l'électricité, est
plus grande, ensorte qu'on pourroit blesser, peut-être même tuer
quelqu'un qui s'y exposeroit imprudemment.

Le bruit de cette expérience se répandit bientôt dans tout le monde
sçavant: elle exerça l'industrie des Physiciens, & tout le monde voulut
être Physicien. Chacun la répéta, & fit tout son possible pour y
ajouter. On trouva bientôt le moyen d'en rendre l'appareil plus simple &
plus commode; au lieu de suspendre la verge de fer près du globe & à la
même hauteur, on la tient plus élevée, & on laisse pendre de son
extrémité voisine du globe une bande de métal bien mince ou un fil de
fer qui touche l'équateur du globe pendant qu'il tourne sur son axe &
qu'il est frotté. La verge s'électrise aussi promptement & aussi
fortement par cette méthode que par celle de M. Muschenbroek, & le globe
est plus en sureté.

On se sert d'une bouteille de verre mince: on la remplit d'eau jusqu'au
collet, & on la bouche d'un bouchon de liége traversé d'un fil-d'archal,
qui y reste fixé de telle manière qu'une partie de ce fil-d'archal est
plongée dans l'eau de la bouteille, & une autre partie est au-dessus du
bouchon, courbée en crochet. Par ce moyen on peut suspendre la bouteille
à la verge de fer, en l'y accrochant, ou l'en séparer à volonté, quand
elle est chargée d'électricité.... On peut aussi l'électriser à la main,
sans la suspendre à la verge de fer, & même sans se servir de cette
verge. Il ne s'agit que d'en présenter le crochet ou auprès de la verge
ou auprès du globe dans le temps qu'il est en mouvement & qu'il est
frotté.... On peut de même décharger la bouteille électrisée sans le
secours de la verge de fer, en tenant la bouteille dans une main, & cela
de trois manières, par l'expérience de Leyde, par l'approche d'un corps
non-électrique, ou par l'opposition d'une pointe non-électrique. Dans le
premier cas il ne faut que tirer une étincelle du fil-d'archal avec
l'autre main: l'on reçoit la commotion, & la bouteille est déchargée à
l'instant; dans le second l'on approche le fil-d'archal d'un corps
non-électrique pour tirer l'étincelle; mais il faut avoir attention à ne
pas tenir ce corps de l'autre main, car on seroit frappé; dans le
troisième cas il ne s'agit que d'opposer à quelques pouces de distance
du crochet une pointe de métal, comme celle d'une aiguille, d'un
poinçon, &c. la bouteille se déchargera lentement & insensiblement sans
bruit, sans explosion & sans commotion. On voit dans les tems favorables
la pointe d'une aiguille tirer le feu électrique à plus de six pieds de
la bouteille, & cela s'apperçoit par une petite lumière qui paroît dans
l'obscurité à la pointe de l'aiguille.

Quand la bouteille préparée, comme on vient de le dire, est bien
électrisée, on peut la transporter fort loin, ou la garder plusieurs
jours dans cet état, sans qu'elle perde beaucoup de sa force électrique;
il n'y a point d'autre précaution à prendre que de la déposer sur un
corps électrique, dans un endroit qui ne soit pas trop exposé à
l'humidité de l'air ou à la poussière.

L'on a trouvé ensuite que dans l'expérience de Leyde, si au lieu d'une
seule personne, on forme un grand cercle ou une chaîne de plusieurs, en
quelque nombre que ce soit, qui se tiennent tous par la main: que le
premier de la chaîne soutienne par le fond la bouteille électrisée, &
que le dernier tire une étincelle du fil-d'archal, ils sentiront tous au
même instant la commotion dans les bras & dans la poitrine. Cette
expérience a été faite à Versailles devant le Roi sur deux cens quarante
personnes à la fois. Le même effet s'ensuivroit encore si les acteurs,
au lieu de se tenir par la main, étoient joints ensemble par des fils ou
des chaînes de métal, par l'eau tranquille d'un grand vase ou même d'un
bassin, dans laquelle ils auroient les mains plongées.

L'on a de même découvert que la force de l'électricité est plus grande,
lorsque la verge de fer, que l'on nomme le _premier conducteur_, est
plus longue; que l'étenduë en superficie du premier conducteur contribuë
davantage à l'augmentation de cette force que son étenduë en solidité &
que la longueur est celle des trois dimensions qui lui est la plus
favorable.

Il n'y a presque personne qui ne sçache que la propagation du son n'est
point aussi rapide que celle de la lumière. Si l'on voit tirer une pièce
de canon de quelques centaines de toises, on apperçoit la flamme sortir
de son embouchure long-tems avant d'en entendre le coup; en général plus
l'on est éloigné, plus on remarque de distance entre l'un & l'autre. Il
est cependant certain que dans ce cas la lumière & le son partent en
même tems; mais l'air qui nous en transmet les sensations est plus
facilement ébranlé par l'un que par l'autre; & l'on est venu à bout de
connoître cette différence. C'est dans la même vuë qu'un sçavant
Physicien[2] a voulu éprouver comment se fait la propagation de
l'électricité dans les corps à qui on la communique; si cette
propagation est instantanée du moins sensiblement, ou si elle se fait
dans un temps perceptible.

[Note 2: M. le Monnier, médecin, à qui on est redevable de la plupart
des découvertes précédentes, _Hist. de l'Acad. R. des Scienc._ 1746.]

»Pour s'en assurer, après quelques tentatives, dont le résultat ne lui
parut pas assez décisif, M. le Monnier disposa deux fils de fer
parallèles autour d'un grand clos; chacun d'eux avoit neuf cens
cinquante toises, & leurs quatre extrémités se trouvoient à un des
angles de ce clos, voisines les unes des autres; un homme prit un bout
de chacun de ces fils de chaque main; par ce moyen il se forma une
communication de l'un à l'autre, & ils ne firent plus qu'un seul corps
de 1900. toises de long, au milieu duquel étoit placé l'homme qui tenoit
les deux bouts des fils.

»Par l'arrangement que nous venons de décrire, cet homme, quoique placé
au milieu de la longueur totale du corps à électriser, étoit très-voisin
des deux autres bouts, & pouvoit juger aisément s'il sentiroit la
commotion au moment qu'il verroit éclater l'étincelle: ce fut
effectivement ce qui arriva. M. le Monnier ayant pris d'une main le bout
d'un des fils de fer, approcha de celui de l'autre fil, le fil-d'archal
de la bouteille électrique qu'il tenoit de l'autre main; & dans le même
instant que parut l'étincelle, lui & l'homme placés au milieu de la
longueur des fils de fer, ressentirent la commotion, sans qu'il fût
jamais possible d'appercevoir le plus petit intervalle de tems entre
l'étincelle & le coup, quoiqu'il eût été facile de discerner jusqu'à un
quart de seconde s'il s'y étoit trouvé.

Le même Physicien, pour acquérir une preuve encore plus complette de ce
phénomène, fit quelque tems après une autre expérience un peu
différente, dont le succès lui confirma celui de la précédente. Ayant
choisi un endroit commode dans une plaine des environs de Paris, il
l'entoura d'un fil de fer de quatre mille toises de longueur qui font
deux lieuës. Les deux extrémités de ce fil furent disposées à six ou
sept pieds de distance l'une de l'autre. Pendant que M. le Monnier
tenoit dans sa main l'un des bouts de ce fil de fer, un autre
observateur qui portoit la bouteille électrique approcha le fil-d'archal
de cette bouteille de l'autre bout du fil de fer. Dans le même instant
les deux observateurs ressentirent la commotion dans les bras dont ils
tenoient l'un le fil de fer & l'autre la bouteille. La commotion est
moins forte dans cette expérience qu'elle ne l'est dans la précédente,
parce que sa violence est partagée entre les deux observateurs; chacun
n'éprouve qu'environ la moitié de la commotion qu'il ressentiroit, si le
cercle de communication de l'un à l'autre étoit achevé; mais le résultat
n'en est pas moins sûr pour le but qu'on s'étoit proposé. L'expérience
fut répétée, & le même effet s'ensuivit toujours également, sans qu'on
pût trouver le moindre instant saisissable entre l'apparition de
l'étincelle & la sensation du choc. Ainsi l'électricité parcourut une
espace de deux lieuës dans un instant imperceptible. On ne remarqua pas
non plus la moindre différence de force entre la commotion qui se fit
sentir à l'un des observateurs & celle qui se fit sentir à l'autre,
quoiqu'ils ne se communiquassent que par le fil de fer de quatre mille
toises de longueur.

Si ces expériences ne prouvent pas que la propagation de l'électricité
est instantanée, elles font voir du moins que les écoulemens de la
matière électrique se portent avec une rapidité inconcevable, &
apparemment égale à celle de la lumière le long des corps
non-électriques: elles servent de confirmation à la première découverte
de Boyle, que l'air n'y a point de part: & elles ajoutent beaucoup à
l'analogie que M. Hales[3] a trouvée entre les effets de l'électricité &
ceux du tonnerre. On verra bientôt ce que l'on doit penser de cette
analogie.

[Note 3: Considérations sur la cause Physique des tremblemens de terre.]

Il arrive souvent, lorsqu'on électrise la bouteille avec excès, ou qu'on
la soutient par le fond étant trop fortement électrisée, qu'elle se
décharge d'elle-même dans la main de celui qui la tient, sans qu'il
approche son autre main du fil de fer de cette bouteille, ni du premier
conducteur. Il sort alors une forte étincelle du fond de la bouteille, &
il se fait une puissante commotion. Il est arrivé à plusieurs de
recevoir de cette manière un choc si violent qu'ils en ont été
renversés, & qu'il leur en est resté dans toutes les parties du corps un
tremblement qui a duré trois ou quatre jours. Ils ont aussi ressenti
pendant long-tems l'impression que la violence de l'étincelle leur avoit
faite au doigt, & en ont porté long-tems temps une marque noire
semblable à celle d'une brûlure.

Il arrive encore quelquefois qu'en chargeant la bouteille auprès du
globe, elle fait explosion & se casse; celui qui la tient reçoit dans
cet instant une violente commotion: après cette explosion la bouteille
se trouve percée au côté d'un trou exactement rond ordinairement sans
fêlure, dont on est averti par l'écoulement de l'eau qu'elle contenoit.
Il est aussi arrivé plus d'une fois que le globe lui-même a fait
explosion & s'est brisé en même tems que la bouteille; quelques-uns de
ses fragmens ont paru avoir été lancés avec autant de force que des
éclats de bombe. Il est plus sûr de ne charger la bouteille qu'auprès du
premier conducteur.

Si un homme est si rudement frappé d'un coup d'électricité qu'il puisse
même en être renversé, & en ressentir les effets pendant plusieurs
jours, doit-on s'étonner que de petits animaux puissent en être tués?
Presque tous ceux qui ont répété l'expérience de Leyde, en ont fait
l'épreuve avec succès.

La médecine à sçu plusieurs fois tirer parti des choses qui sembloient
les plus opposées à son but, & convertir en remèdes salutaires des
substances qui avoient de tout tems été reconnuës pour des poisons
dangereux; la philosophie à son exemple a essayé de faire servir à
l'utilité des hommes ce qui peut leur être nuisible ou qui paroît tout
au moins inutile pour la santé: elle a tenté d'appliquer à la guérison
des maladies, ce qui peut donner la mort. Quel but plus noble les
Sciences peuvent-elles se proposer? l'extrait d'une lettre de M.
Jallabert célèbre Professeur de Philosophie à Genève inséré dans le
Journal des Sçavans pour le mois de Mai 1748. fait foi du dessein, de
l'épreuve & du succès.

»On m'amena, dit M. Jallabert, le 26. Décembre un nommé Nogués
paralytique du bras droit depuis près de quinze ans; outre la perte du
sentiment & du mouvement, le bras & l'avant-bras étoient extrêmement
maigres. Nous exposâmes d'abord, Mr. Guiot Chirurgien & moi à l'épreuve
de la commotion, la main paralytique attaché au vase; la violence du
coup porta principalement au haut de l'épaule. Je fis ensuite découvrir
le bras paralytique, & l'homme étant placé sur de la poix, & vivement
électrisé, je vis sortir des étincelles de divers endroits du bras; nous
aperçûmes d'abord que les muscles d'où elles partoient, étoient agités
de mouvemens convulsifs: bientôt après nous les vîmes mouvoir
successivement & en différens sens l'avant-bras, le carpe & les doigts,
suivant que nous tirions l'étincelle de tel ou tel muscle.»

»Je me mis à la place du paralytique, & j'observai que les muscles & les
parties auxquelles ils aboutissent se mouvoient quand on en tiroit une
étincelle, sans qu'il fût en mon pouvoir de l'empêcher, & que suivant
que l'on tiroit une étincelle, par exemple, des muscles extenseurs ou
fléchisseurs du carpe ou des doigts, ils se baissoient ou s'élevoient en
sens opposés. Cette observation me donna quelqu'espérance pour le
paralytique, & après l'avoir souvent exposé aux étincelles électriques &
quelquefois à la commotion, je remarquai des changemens en bien, & le
10. Janvier le bras paralytique avoit beaucoup d'embonpoint, le malade
commençoit à étendre les doigts. Le 24. Janvier les mouvemens de
l'avant-bras & du bras se faisoient mieux, il approchoit la main de son
chapeau. Le 30. Janvier il avoit tiré son chapeau; l'avant-bras affecté
étoit aussi rempli de chair que l'avant bras sain, & le bras augmentoit
considérablement; le poignet pouvoit faire les différens mouvemens, lors
même que la main étoit chargée d'une bouteille tenant un pinte.» Une
lettre de Genève du 28. Février porte que le paralytique tiroit son
chapeau sans peine, qu'il manioit de gros marteaux, & qu'il comptoit
pouvoir forger en peu de jours.

Il a été soutenu[4] en l'année 1751. dans l'Université de Prague en
Bohême, une Thèse de médecine sur l'utilité de l'électricité pour la
guérison des maladies. Quoique les expériences & les observations dont
cette thèse est remplie, n'ayent pas toutes le mérite de la nouveauté,
elles sont trop intéressantes par leur objet & par l'ordre dans lequel
elles sont rapportées, pour ne pas trouver place dans cette histoire.
Après avoir examiné les effets de l'électricité tant sur les corps
fluides, que sur les corps solides en général qui ont été exposés à son
action, & après avoir prouvé par des expériences suivies & comparées que
l'électricité augmente l'évaporation naturelle de la plupart des uns, &
la transpiration insensible des autres: après avoir expliqué comment &
pourquoi l'électricité accélère l'écoulement des liqueurs dans les
tuyaux capillaires dont elle rend les jets continus & divergens, &
qu'elle ne produit pas le même effet dans des tuyaux d'un plus grand
diamètre[5]: après avoir fait voir par une expérience déjà connuë que la
végétation des plantes est avancée par l'électricité: enfin après avoir
démontré par le résultat de quantité d'expériences combinées & répétées
de différentes manières en différens tems sur des corps animés de
différens genres, que l'électricité augmente la transpiration des
animaux en favorisant en eux le mouvement des fluides & l'action tonique
des solides, l'auteur de cette thèse pour rechercher les maladies
auxquelles l'_électrisation_ pourroit servir de remède, prend pour
exemple la paralysie dont il examine en détail les différens symptômes &
les différens effets. Après avoir cité l'opinion d'un fameux
Professeur[6] en médecine de Montpellier, qui prétend que le fluide
nerveux n'est autre chose que le fluide électrique. Il rapporte les
raisons qui appuyent cette conjecture & adopte son sentiment. Il ne
doute même pas que ce fluide qui parcourt les nerfs avec une vîtesse
incompréhensible, pour mettre les muscles en mouvement au premier ordre
de la volonté, n'ait la plus grande part à l'origine, à la vigueur & à
l'entretien de la chaleur naturelle. De là il passe aux diverses
méthodes de traiter les paralysies, & n'oublie pas celle d'y appliquer
l'électricité. Il en prouve l'efficacité par le traitement
circonstancié, par le changement en mieux & par la guérison parfaite de
quatre paralytiques, par le soulagement d'un rhumatisme très-douloureux,
par la résolution des nodus & le rétablissement des forces d'un gouteux
& d'un autre malade privés l'un & l'autre de l'usage de leurs membres.
Enfin il termine sa dissertation par les positions suivantes.

[Note 4: Par M. J. Bohadsch.]

[Note 5: Il est vraisemblable que cette différence ne vient que de ce
que les écoulemens de la matière électrique ne sont pas aussi abondans
que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux. Si l'électricité étoit
assez forte & assez abondante, elle accéléreroit, diviseroit & rendroit
divergens les jets de toute sorte de tuyaux également.]

[Note 6: M. de Sauvages.]

I. _Electricitas in arte medicâ est adhibenda._

II. _Electricitas auget naturalem animalium transpirationem._

III. _Hæc acceleratio transpirationis in hominibus fit per vasa
capillaria exhalantia, & non per glandulas subcutaneas._

IV. _Fluidum nerveum fluidum electricum dici potest._

V. _Nervi sensorii à motoriis non sunt distincti._

VI. _Hemiplegiæ causa proxima est immeabilitas fluidi nervei per
nervos._

VII. _Hemiglegia præ reliquis_ _morbis electrisatione curanda._

VIII. _Etiam febris intermittens electrisatione debellari potest._ &c.
&c.

Il a paru dans les nouvelles publiques des années 1753. & 1754. des
relations détaillées de diverses guérisons opérées par l'électricité sur
des sourds & des aveugles en différentes contrées de l'Europe. Malgré
les autorités dont elle étoient revêtuës, quoique quelques-unes de ces
guérisons m'ayent été attestées par un jeune médecin Suédois[7] qui
avoit apporté à Paris un excellent globe dans l'intention d'y faire des
miracles, elles n'ont point assez gagné ma confiance pour me paroître
mériter d'avoir place dans cette histoire.

[Note 7: M. Lindulf.]

La persuasion où l'on est que la matière électrique pénètre les corps
auxquels on la communique, de même que ceux qui la contiennent
naturellement, a encore donné occasion d'imaginer des moyens pour en
tirer de l'utilité. On a pensé que si elle pénètre les parties du corps
humain, auxquelles elle n'est par elle-même capable que de donner de
l'ébranlement, elle pourroit servir de véhicule à des remèdes que l'on
voudroit faire passer dans l'intérieur de ces parties. De quel avantage
ne seroit pas cette propriété, si elle se trouvoit avoir quelque
réalité? On trouvera dans la suite de cet ouvrage ce que l'on doit
attendre de cette idée.

M. Bose célèbre Professeur de Physique à Wittemberg rapporte une
expérience qui a vainement occupé la plupart des Physiciens. Un enfant
ou un adulte placé sur un gâteau de résine touche de la main le globe ou
la poignée d'une épée actuellement électrisée par sa pointe auprès du
globe, il acquiert en peu de tems une si grande quantité de feu
électrique que d'abord ses pieds, ensuite ses jambes, ses genoux & enfin
tout son corps paroissent dans l'obscurité en être environnés de tous
côtés comme d'un nuage lumineux semblable à la gloire dont les peintres
entourent le portrait d'un saint. C'est pour cette raison que l'auteur a
nommé cette expérience la _Béatification_. Tous ceux qui l'ont tentée se
plaignent de ce que M. Bose n'en a pas donné un détail assez
circonstancié. Il avouë aussi lui-même qu'elle lui a souvent manqué.
L'on conçoit en effet qu'il faut un tems & des circonstances bien
favorables pour pouvoir accumuler sur un homme une assez grande quantité
de feu électrique pour l'environner depuis les pieds jusqu'à la tête
d'une atmosphère lumineuse & bien visible.

Le même M. Bose avoit avancé dans son quatriéme commentaire sur
l'électricité qu'il désespéroit que l'on pût trouver une mesure exacte
des forces de l'électricité. L'on a reconnu que sa conjecture étoit
hazardée. Quand on n'auroit pas l'ingénieux instrument que MM. d'Arcy &
le Roy ont inventé & exécuté pour mesurer la force de l'électricité,
auquel ils ont pour cette raison donné le nom d'_Électromètre_,[8] on
trouveroit dans les expériences de M. Franklin de quoi y suppléer. Cet
auteur a donné (Lettre V. §. 55. & 56.) la description de deux fortes de
rouës électriques qui, quoiqu'elles n'ayent pas été imaginées à cette
intention, peuvent être regardées comme d'excellens Électromètres. Il
fait servir dans chacune de ces machines la seule vertu attractive de
l'électricité de deux manières différentes activement & passivement. Ces
deux effets se succèdant alternativement contribuënt également au
mouvement circulaire des rouës. Il seroit inutile d'en rapporter ici la
construction & le détail que l'on trouvera tome premier, pag. 172-183.
Il suffit de dire que ces rouës sont mises en mouvement par la seule
force de l'électricité, & qu'elles font chacune sur leur axe plus ou
moins de révolutions, à proportion que ces rouës ou les bouteilles sont
plus ou moins chargées d'électricité. Ainsi sans être, comme le dit M.
Bose _audaculus_ & [Grec: achômerutos], on pourra assurer que tel ou tel
degré de force électrique est double, triple, quadruple de tel ou tel
autre. Quel privilège lui paroissoit avoir l'électricité, pour être la
seule chose physique qui ne fût pas soumise à l'empire du calcul?

[Note 8: Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc. 1749. pag. 63.]

Ainsi depuis l'expérience de M. Cuneus vulgairement appellée expérience
de Leyde, les connoissances sur l'électricité ont plus fait de progrès
qu'elles n'en avoient fait auparavant. Les Physiciens ont travaillé &
travaillent sans relâche à ajouter aux découvertes qui ont été faites
sur ce sujet. Les uns, sans songer que la matière n'est point encore
assez préparée, & qu'il n'y a pas encore assez de faits connus, font
tous leurs efforts pour pénétrer les mystères de l'électricité & pour en
expliquer la nature; d'autres s'appliquent à lui chercher de nouvelles
propriétés, & pour cela s'en tiennent modestement aux expériences,
d'autres enfin en proposant leurs conjectures, font voir des rapports
évidens entre les phénomènes les plus communs des météores & ceux de
l'électricité.

M. Franklin, sans prétendre à la première de ces classes, occupe une
place de distinction dans les deux dernières avec les Physiciens qui se
sont le plus avancés dans cette carrière; mais il les laisse bien loin
derrière lui. Une seule des découvertes qu'il a faites dans cette
nouvelle terre, suffira pour donner une idée de la sagesse, de la
grandeur & de la finesse de ses vûes. Étant venu à bout de fondre, &
même de vitrifier les métaux d'un coup d'électricité, il compare ce
phénomène avec un effet tout semblable du tonnerre; c'est celui de
fondre l'argent dans une bourse & une lame d'épée dans le fourreau.
Conduit par cette observation & par une infinité d'autres rapprochées
avec sagacité, il découvre une analogie surprenante entre l'électricité
& la foudre: il fait voir par des raisons solides que le feu électrique
& le feu du ciel sont le même élément bien différent du feu commun,
quoiqu'il puisse le produire. Celui-ci ennemi de l'eau ne subsiste que
dans l'air libre, & n'agit que par sa chaleur; celui-là au contraire
s'unit à l'eau, se maintient dans le vuide, & opère sans chaleur. Il y a
beaucoup d'apparence que c'est le véritable feu élémentaire, dont le feu
commun n'est que l'image imparfaite.

Convaincu lui-même par la force de ses preuves, sans pourtant en être
ébloüi, notre auteur développe en conséquence la nature & la formation
du plus redoutable des météores. Se rappellant ensuite le pouvoir
admirable qu'ont les pointes de tirer imperceptiblement le feu
électrique des corps où il se trouve dans un mouvement actuel, &
profitant adroitement de cet avantage, il va jusqu'à indiquer des moyens
par lesquels on pourroit dissiper le tonnerre, & par-là nous garantir de
ses funestes effets.

En suivant les principes de M. Franklin que je me suis rendus propres,
en examinant ses observations que j'ai répétées & approfondies, en
déférant à ses conjectures auxquelles j'ai ajouté les miennes, en
joignant à ses probabilités celles que j'ai recueillies d'ailleurs, en
un mot en entrant dans toutes ses vuës, je me suis persuadé que la
matière du tonnerre devoit être la même que celle de l'électricité. Le
feu S. Elme & la lumière que l'on aperçoit sur des pointes métalliques à
l'approche des orages, celle entr'autres dont il est dit dans les
Commentaires de César, _eâdem nocte quintæ legionis pilorum cacumina suâ
sponte arserunt_, m'ont semblé être la même chose que l'aigrette que
montre une pointe dans les expériences électriques. Enfin mes réflexions
m'avoient tellement affermi dans cette opinion, que quand même le succès
n'eût pas répondu à mon attente, je n'aurois pû y renoncer. Il
s'agissoit d'en avoir une confirmation tirée de l'expérience; je ne fus
pas long-tems à l'attendre.

Après avoir fait dresser en Avril 1752. l'appareil dont on trouvera la
description dans le second tome de cet ouvrage pag. 67. & suiv. Il
arriva le 10. Mai suivant un orage qui auroit pleinement satisfait à
tous mes désirs, si j'avois pû être témoin occulaire des observations
qui s'y firent en mon absence. Ceux à qui j'avois laissé le soin de mon
expérience avec les instructions nécessaires, virent l'électricité
naturelle & furent les premiers à recueillir le feu du ciel. La nouvelle
m'en fut apportée dès le soir même, & j'en rendis compte deux jours
après à l'Académie Royale des Sciences. La plupart des Membres de cette
célèbre Compagnie eurent la politesse de me faire compliment sur mon
mémoire & de m'assurer que jamais il n'en avoit paru aucun qui eût été
écouté avec autant d'attention ni aucune expérience dont le rapport eût
donné autant de satisfaction; elle prit dès-lors le nom du lieu de sa
naissance, & un Physicien des plus renommés vaincu par des observations
générales ne put s'empêcher de publier quelque tems après que
l'expérience de Marly-la-Ville, de même que celle de Leyde, feroit
époque dans l'histoire de l'électricité.

Le bruit de cette découverte se répandit bientôt dans toute l'Europe &
même dans toute la terre. L'expérience fut répétée avec le même succès
dans tous endroits où elle fut tentée. On imagina des moyens fort
ingénieux pour dresser en l'air des pointes métalliques, & pour les
faire communiquer dans les appartemens sans rien perdre de la matière
dont elles se chargeroient; la petite sonnerie qu'on y ajoûta, est
l'expédient le plus simple & le plus sûr pour être averti en tous tems
de la présence de cette matière & de l'approche des nuages qui en
occasionnent l'apparition. Le carillon procure encore un autre avantage
plus important dont nous allons parler.

Les précautions que j'avois prises pour me garantir de tout accident
fâcheux dans la première tentative de cet expérience, ne touchèrent pas
sans doute également tous ceux qui entreprirent de la répéter. Le
malheur d'un célèbre Professeur de Physique à Petersbourg montra en même
tems combien il est dangereux de les négliger, & combien en général nous
devons être redevables à ceux qui ont cherché à étendre nos
connoissances par les premiers essais des choses.

Les relations de la mort de M. Richman qui furent mises dans les
nouvelles publiques de 1753. nous ont bien appris qu'il avoit été tué
d'un coup d'électricité naturelle; mais on ignore si le tonnerre est
réellement tombé sur son appareil électrique, ou s'il n'a été frappé que
par l'explosion de la matière dont sa barre de fer trop bien isolée se
trouva surchargée. L'exemple de ce qui est arrivé à plusieurs autres en
pareilles circonstances, me fait pancher vers ce dernier sentiment. Dans
l'un & l'autre cas; sans cesser de plaindre son malheur, je ne puis en
attribuer la cause qu'à son défaut d'attention & de précaution. S'il y
eût eu une décharge métallique à un ou deux pouces de l'appareil, elle
en auroit reçu la matière électrique surabondante, & n'y en auroit
laissé qu'autant qu'il en falloit pour faire les expériences
nécessaires, & jamais assez pour frapper à une distance de quatre
pouces, qui est celle où l'on dit que M. Richman a reçu le coup fatal.
Le carillon dont nous avons parlé ci-devant, eût été une décharge plus
que suffisante pour lui sauver la vie.

Dans le tems que la Physique récompensoit si mal les soins d'un Sçavant
empressé à pénétrer ses secrets, je continuois à faire mes observations
tant sur l'électricité naturelle que sur l'artificielle. Je n'y étois
pas plus encouragé par mes premiers succès & par le commerce de Mr.
Franklin que par le vif intérêt qu'y prenoient plusieurs amis du premier
ordre qui travailloient souvent avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit prié
de lui aider à former un cabinet électrique complet; je n'avois rien
épargné pour lui donner satisfaction. Le premier fruit qu'il en retira,
fut le succès de mon expérience du tonnerre artificiel sur une glace de
1200. pouces quarrés, dont il fut enchanté.

Cette glace est des plus parfaites & des plus minces, bien polie, en
quarré long, étamée des deux côtés & affermie sur un fort cadre de bois.
Sur le teint de sa surface antérieure, j'ai tracé tout autour une
bordure d'environ trois pouces de largeur, & avec un cizeau de cuivre
j'en ai enlevé l'étain, en observant d'arrondir les angles & de ne point
laisser de bavures en pointes dans tout le circuit. En voilà toute la
préparation.

L'expérience consiste à électriser cette glace ainsi préparée, en
laissant tomber une petite chaîne du premier conducteur sur le milieu de
sa surface antérieure. Si le tems est favorable & que l'on soit dans
l'obscurité, après douze ou quinze tours de rouë on apperçoit sur les
bords de l'étain quelques étincelles, qui augmentant peu à peu en nombre
& en force, représentent assez bien un ciel tout enflammé, tel que celui
qui précède les grands orages. En continuant & même en forçant
l'électrisation, tout cela se termine par une violente explosion qui
fait avec le plus brillant éclair un bruit aussi éclatant que celui du
plus fort coup de fouet.

Après cette explosion, l'on trouve à l'endroit où elle s'est faite sur
la glace une trace blanchâtre plus ou moins apparente assez
ordinairement en zic-zac, qui traverse la bordure découverte depuis le
bord de l'étain jusqu'au cadre sous lequel elle va se perdre. En passant
le doigt ou l'ongle dessus on sent que la glace est dépolie & raboteuse
en cet endroit, ce qui prouve évidemment que la matière électrique
pénètre le verre sans le traverser.

Si, immédiatement après l'explosion on approchoit le nez de l'endroit où
elle s'est faite, l'on y sentiroit une odeur de soufre très-frappante.
Cette odeur est si volatile qu'elle s'exhale en peu de tems, & il ne
faut que deux ou trois explosions pour en remplir toute la chambre,
quelque grande qu'elle puisse être. Il n'y a personne qui ne reconnoisse
à tous ces traits le plus redoutable des météores; c'est la raison pour
laquelle on a donné à cette expérience le nom de tonnerre artificiel. Il
est très-possible d'en tirer des effets aussi surprenans que ceux du
tonnerre naturel.

C'est avec cette glace que j'ai percé d'un coup d'électricité jusqu'à
cent soixante feüilles de papier fin; elle m'a aussi servi à enflammer
la poudre à canon froide; mais je trouve plus commode l'usage des grands
vases de verre bien armés.

Dans la première idée que M. Franklin s'étoit formée de la nature du
tonnerre, il avoit supposé que les nuages orageux étoient électrisés
positivement, & c'est sur cette hypothèse qu'il avoit établi sa première
Théorie; dès qu'il a reconnu que l'électricité des nuages est négative
bien plus souvent qu'elle n'est positive, il n'a pas hésité à changer
d'opinion; loin d'être plus attaché à sa nouvelle conjecture qu'il ne
l'avoit été à la première, il la donne pour ce qu'elle est & propose
lui-même les objections qui peuvent l'embarrasser.

C'est avec la même franchise qu'il se rend aux découvertes d'autrui. On
lui apprend que l'électricité du soufre paroît d'une nature différente
de celle du verre; il se met sur le champ à répéter les expériences qui
peuvent constater le fait, & convaincu par lui-même de la vérité, il en
laisse toute la gloire à son émule.

Avec le secours des grands vases multipliés, M. Franklin est parvenu à
aimanter des aiguilles, à en changer les pôles à volonté, & à démontrer
par ces merveilles que la vertu magnétique n'est qu'un effet
d'électricité. Peut-être la pierre d'aimant elle-même n'est-elle devenuë
aimant que par un pareil effet de l'électricité naturelle. Quoi qu'il en
soit, le magnétisme a été communiqué par les expériences faites à Paris,
de même qu'il l'avoit été par celles de Philadelphie.

On s'attend bien que ces dernières découvertes feront reprendre la plume
aux critiques de M. Franklin. Pourquoi auroient-elles plus de privilége
que toutes les autres du même auteur? Dès que son premier ouvrage parut,
il fut vivement attaqué; & comme l'on trouvoit peu de prise sur le fond,
on n'épargna rien pour tourner en ridicule ceux qui en étoient les
partisans. Cette guerre littéraire n'est point encore éteinte, &
vraisemblablement ne finira pas sitôt, puisque le plus ardent de nos
adversaires abandonnant sa première attaque est forcé de revenir sur ses
pas, de changer de batterie & de recommencer sur nouveaux frais. Il n'en
est encore qu'à l'examen des étincelles électriques. S'il suit l'ordre
des expériences, quand il arrivera à ces dernières, elles ne seront plus
nouvelles que pour lui.



PRÉFACE
DE
L'ÉDITEUR ANGLOIS.


_Il est à propos d'avertir le Lecteur que les observations & les
expériences suivantes n'ont pas été faites dans le dessein d'être
données au public. Elles avoient été communiquées en divers tems à
quelques amis particuliers, & n'étoient destinées qu'à leur servir
d'amusement, la plupart même se trouvent dans des lettres écrites sur
différens sujets._

_Mais ayant été luës à quelques personnes fort versées dans les
recherches électriques, toutes ont jugé qu'elles contenoient tant de
particuliarités curieuses & intéressantes, relativement à la matière en
question, que ce seroit faire une espèce d'injustice au public, de les
renfermer dans les bornes d'un petit cercle d'amis._

_C'est pourquoi l'Éditeur avoit pris sur lui de faire imprimer ces
extraits de lettres & autres pièces détachées dans l'état qu'elles lui
étoient tombées entre les mains, sans avoir demandé à l'ingénieux auteur
la permission d'en user de la sorte. Il avoit fait cette démarche avec
d'autant moins de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de
l'auteur dans d'autres affaires plus importantes ne lui laissassent pas
le loisir de donner au public ses réflexions, & ses expériences sur
l'électricité retouchées avec ce soin & cette précision dont il n'est
pas moins jaloux que capable, comme il est facile de s'en convaincre par
le traité que nous avons sous les yeux._

_On ne l'instruisit de la liberté qu'on avoit prise, que lorsque les
premières feüilles étoient sous la presse, & il n'eut que le tems
d'envoyer quelques nouvelles remarques avec un petit nombre de
corrections & d'augmentations, qui ont été placées à la fin de
l'ouvrage, & que l'on peut consulter dans l'occasion._

_Ces expériences sont presque toutes en propre à notre auteur; il les a
conduites avec jugement, & les conséquences qu'il en déduit sont
évidentes, & décisives, quoique proposées quelquefois sous les termes
modestes d'hypothèses, & de conjectures._

_En effet la scène qu'il ouvre à nos regards, nous surprend
agréablement, tandis qu'il nous mène par un enchaînement de faits, & de
réfléxions judicieuses à une cause probable des phénomènes les plus
terribles & qui ont été expliqués jusqu'ici avec le moins de
vraisemblance._

_Il nous découvre une matière invisible, subtile, répanduë dans toute la
nature en différentes proportions, qui avoit échappé à nos observations,
& qui est incapable de nuire lorsque tous les corps auxquels elle est
adhérente, en sont également chargés. Il prouve néanmoins que si par
quelque moyen que ce soit, il s'en fait une distribution inégale, s'il y
a accumulation sur une partie de l'espace, & qu'il y ait sur l'autre une
moindre proportion, un vuide, un épuisement, à l'approche immédiate d'un
corps capable de conduire la partie accumulée à l'espace altéré, cette
matière devient peut-être l'agent le plus formidable, & le plus
irrésistible qui soit dans l'univers. Les animaux en sont subitement
frappés à mort: les corps impénétrables à la plus grande force que nous
connoissions, en sont criblés, & les métaux fondus en un instant._

_Les effets analogues de la foudre & de l'électricité ont conduit notre
auteur à avancer quelques conjectures fort vraisemblables sur la cause
du tonnerre, & à proposer en même tems quelques expériences raisonnées
pour nous préserver de ses effets pernicieux & garantir les choses qui
sont le plus exposées à en ressentir les atteintes: circonstance
assurément très-importante pour le public & digne par conséquent de la
plus sérieuse attention._

_Il étoit passé en mode depuis quelque tems d'attribuer à l'électricité
toutes les grandes & extraordinaires opérations de la nature; telles que
la foudre & les tremblemens de terre; ce n'est pas (comme on pourroit se
l'imaginer par la manière dont on raisonne sur ces événemens) que les
auteurs de ces systèmes eussent découvert quelque connéxion entre la
cause & l'effet, ou donné la raison de leur dépendance réciproque, mais
seulement (à ce qu'il paroit) parce qu'ils ne connoissoient aucun autre
agent dont la liaison avec les effets ne pût être positivement démontrée
impossible._

_Mais le lecteur sera pleinement satisfait sur ces circonstances, & sur
plusieurs autres non moins intéressantes, par la lecture des lettres qui
suivent, & auxquelles l'Éditeur n'hésite point de le renvoyer avec
confiance._



APPROBATION.

J'ai lû par l'ordre de Monseigneur le Chancelier, un Ouvrage intitulé:
_Expériences & Observations sur l'Électricité faites à Philadelphie en
Amérique par M. Benjamin Franklin, &c. traduites de l'Anglois par M.
D'Alibard; deuxiéme édition, &c._ & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru
devoir en empêcher l'impression. À Paris ce 30.

Mai 1755. PICQUET.



PRIVILÉGE DU ROI.

Louis, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: À nos amés &
féaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des
Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil, Prevôt de Paris,
Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos Justiciers
qu'il appartiendra, SALUT. Notre amé _le Sieur D'Alibard_, Nous a fait
exposer qu'il desireroit faire imprimer & donner au Public un Livre qui
a pour titre _Expériences & Observations sur l'Électricité faites à
Philadelphie en Amérique par M. Benjamin Franklin de Philadelphie &
communiquées dans plusieurs Lettres à M. Collinson à Londres_, s'il nous
plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége pour ce nécessaires. À
CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous lui avons
permis & permettons par ces Présentes, de faire imprimer ledit Livre en
un ou plusieurs volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de le
vendre, faire vendre & débiter partout notre Royaume pendant le tems _de
six années consécutives_, à compter du jour de la date des Présentes:
Faisons défenses à toutes personnes de quelque qualité & condition
qu'elles soient, d'en introduire d'impression étrangere dans aucun lieu
de notre obéissance: Comme aussi à tous Libraires & Imprimeurs
d'imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter, ni
contrefaire ledit Livre, ni d'en faire aucun extrait sous quelque
prétexte que ce soit d'augmentation, correction, changement ou autres,
sans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui
auront droit de lui, à peine de confiscation des exemplaires
contrefaits, de trois mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, &
l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, & de
tous dépens, dommages & interêts; à la charge que ces Présentes seront
enregistrées tout au long sur le registre de la Communauté des Libraires
& Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles; que
l'impression dudit Livre sera faite dans notre Royaume, & non ailleurs,
en bon papier & beaux caractéres, conformément à la feüille imprimée,
attachée pour modéle sous le contre-scel des présentes; que l'impétrant
se conformera en tout aux réglemens de la Librairie, & notamment à celui
du 10. Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, l'imprimé qui aura
servi de copie à l'impression dudit Livre, sera remis dans le même état
où l'approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher & féal
Chevalier Chancelier de France le Sr. de Lamoignon, & qu'il en sera
ensuite remis deux exemplaires dans notre bibliothéque publique, un dans
celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notredit très-cher &
féal Chevalier Chancelier de France le sieur de Lamoignon, & un dans
celle de notre très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de France le
sieur de Machault Commandeur de nos Ordres, le tout à peine de nullité
des présentes; du contenu desquelles, vous mandons & enjoignons de faire
jouir ledit Exposant & ses ayans causes pleinement & paisiblement, sans
souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que
la copie des présentes qui sera imprimée tout au long ou au commencement
ou à la fin dudit Livre, soit tenuë pour dûement signifiée; & qu'aux
copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers &
Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original: Commandons au premier
notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution
d'icelles, tous actes requis & nécessaires, sans demander autre
permission, & nonobstant clameur de Haro, charte Normande & lettres à ce
contraires. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles le huitiéme
jour du mois d'Octobre, l'an de grace mil sept cens cinquante-un, & de
notre regne le trente-septiéme. Par le Roi en son Conseil. _Signé_
SAISON.

_Registré sur le Registre douze de la Chambre Royale des Libraires &
Imprimeurs de Paris, Nº. 688. fol. 547. conformément au Réglement de
1723. qui fait défense, art. 4. à toutes personnes de quelque qualité
qu'elles soient, autres que les Libraires & Imprimeurs, de vendre,
débiter & faire afficher aucuns Livres, pour en vendre en leurs noms,
soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou autrement, & à la charge de
fournir à la susdite Chambre, huit exemplaires prescrits par l'article
08. du même Réglement. À Paris, ce 24. Décembre 1751._ LE GRAS, Syndic.



LETTRES
SUR L'ÉLECTRICITÉ
DE
M. BENJ. FRANKLIN
_de Philadelphie en Amérique_,

À

M. P. COLLINSON
_de la Société Royale de Londres_.



LETTRE I.


_29, Juillet 1750_.

MONSIEUR,

Comme vous nous avez engagés dans les Expériences électriques, en
envoyant à notre Société Littéraire un Tube avec les instructions
nécessaires pour s'en servir; & comme notre respectable Fondateur nous a
mis en état de porter ces Expériences à une plus grande perfection par
le magnifique présent qu'il nous a fait d'un Laboratoire électrique
complet, il est convenable que vous soyez l'un & l'autre informés de
tems en tems des progrès que nous faisons à cet égard. Ce fut dans cette
intention que j'écrivis, & que je vous envoyais mes premières réfléxions
sur ce sujet, desirant, puisque je n'ai point l'honneur d'être en
correspondance directe avec ce généreux Bienfaiteur de notre Société
littéraire, qu'elles pûssent lui être communiquées par votre entremise.
C'est dans cette même vûë que j'écris encore, & que je vous envoye ces
nouvelles observations. Si vous n'y trouvez rien d'intéressant (ce qui
est très-possible, attendu la multitude de sçavans en Europe qui sont
continuellement occupés aux mêmes recherches) elles vous prouveront du
moins que nous n'avons pas négligé les instrumens qui nous ont été mis
entre les mains, & que, s'ils ne nous ont pas servi à faire des
découvertes intéressantes, quelle qu'en puisse être la cause, ce n'est
pas manque de zêle ni d'application.

Je suis, &c. B. FRANKLIN.


OPINIONS
ET
CONJECTURES

_Sur les propriétés & sur les effets de la matière électrique qui
résultent des Expériences & observations faites à Philadelphie. 1749._

§. 1. La matière électrique est composée de particules extrèmement
subtiles, puisqu'elle peut traverser la matière commune, même les métaux
les plus denses, avec tant de facilité & de liberté qu'elle n'éprouve
aucune résistance sensible.

2. Si quelqu'un doutoit que la matière électrique passât à travers la
substance des corps, mais seulement sur & le long de leur surface,
l'expérience de Leyde faite avec un grand vase de verre électrisé, dont
le coup seroit tiré à travers son propre corps suffiroit probablement
pour le convaincre.

3. La matière électrique diffère de la matière commune en ce que les
parties de celle-ci s'attirent mutuellement, & que les parties de la
première se repoussent mutuellement; de-là vient la divergence apparante
dans un courant d'écoulemens électriques.

4. Mais quoique les particules de matière électrique se repoussent l'une
l'autre, elles sont fortement attirées par toute autre matière[9]: ceci
doit s'entendre de celle qui en est susceptible.

[Note 9: Voyez les ingénieux essais sur l'Électricité par M. Ellicot
dans les Transact. Phil.]

5. De ces trois choses, sçavoir l'extrême subtilité de la matière
électrique, la mutuelle répulsion de ses parties, & la forte attraction
entr'elles & une autre matière, il en résulte cet effet, que quand une
quantité de matière électrique est appliquée à une masse de matière
commune d'une grosseur & d'une longueur sensibles, qui n'a pas déjà
acquis sa quantité, elle se répand aussitôt également dans la totalité.

6. Ainsi la matière commune est une espèce d'éponge pour le fluide
électrique; une éponge ne recevroit pas l'eau, si les parties de l'eau
n'étoient plus petites que les pores de l'éponge: elle ne la recevroit
que bien lentement, s'il n'y avoit pas une attraction mutuelle entre ses
parties & celles de l'éponge: celle-ci s'en imbiberoit plus promptement,
si l'attraction réciproque entre les parties de l'eau n'y mettoit pas un
obstacle, puisqu'il doit y avoir quelque force employée pour les
séparer: enfin l'imbibition seroit très-rapide, si au lieu d'attraction
il y avoit entre les parties de l'eau une répulsion mutuelle qui
concourût avec l'attraction de l'éponge. C'est précisément là le cas où
se trouvent la matière électrique & la matière commune.

7. Mais dans la matière commune il y a (généralement parlant) autant de
matière électrique qu'elle peut en contenir dans sa substance. Si l'on
en ajoûte davantage, le surplus reste sur la surface, & forme ce que
nous appellons une Atmosphère électrique, & l'on dit alors que le corps
est électrisé.

8. On suppose que toute sorte de matière commune n'attire pas ni ne
retient pas la matière électrique avec une égale force & une égale
activité pour les raisons que nous donnerons dans la suite, & que les
corps appellés originairement électriques, comme le verre, &c.
l'attirent & la retiennent plus fortement, & en contiennent la plus
grande quantité.

9. Nous sçavons que le fluide électrique est dans la matière commune,
parce que nous pouvons le pomper & l'en faire sortir par le moyen du
globe ou du tube: nous sçavons que la matière commune en a à peu près
autant qu'elle en peut contenir, parce que, quand nous en ajoûtons un
peu plus à une portion quelconque, cette quantité ajoûtée n'y entre
point, mais forme une atmosphère électrique: & nous sçavons que la
matière commune n'en a pas (généralement parlant) plus qu'elle n'en peut
contenir; autrement toutes ses parties détachées se repousseroient l'une
l'autre, comme elles font constamment, lorsqu'elles ont des atmosphères
électriques.

10. Nous ne sommes pas encore instruits des usages avantageux attachés à
ce fluide électrique dans la création, quoique nous ne puissions douter
qu'il n'y en ait, & même de très-considérables; mais nous pouvons
apercevoir quelques pernicieuses conséquences, qui résulteroient d'une
plus grande proportion de ce fluide; car si ce globe où nous vivons, en
avoit autant à proportion que nous en pouvons donner à un globe de fer,
de bois, ou autre chose semblable, les particules de poussière, ou
d'autre matière légère, qui en sont détachées, non-seulement se
repousseroient l'une l'autre par la vertu de leurs atmosphères
électriques séparées, mais encore seroient repoussées de la terre &
seroient difficilement amenées à s'y réunir. Dès-là notre air seroit
continuellement & de plus en plus embarrassé de matières étrangéres, &
cesseroit d'être propre pour la respiration. Cette réfléxion nous
présente une nouvelle occasion d'adorer cette souveraine Sagesse qui a
fait toutes choses avec poids & mesure.

11. Si l'on suppose une portion de matière commune entièrement dépourvûë
de matière électrique, & que l'on en approche une simple particule de
cette dernière, elle sera attirée, entrera dans le corps, & prendra
place dans le centre, ou à l'endroit dans lequel l'attraction est égale
de toutes parts; s'il y entre un plus grand nombre de particules
électriques, elles prennent leur place dans l'endroit où la balance est
égale entre l'attraction de la matière commune & leur propre répulsion
mutuelle. On suppose que ces particules forment des triangles dont les
côtés se raccourcissent à proportion que leur nombre augmente, jusqu'à
ce que la matière commune en ait tant attiré que tout son pouvoir de
comprimer les triangles par l'attraction, soit égal à tout leur pouvoir
de s'étendre elles-mêmes par la répulsion, & alors cette portion de
matière n'en recevra plus.

12. Lorsqu'une partie de cette quantité naturelle de fluide électrique
est chassée d'une portion de matière commune, on suppose que les
triangles formés par le reste s'élargissent par la répulsion mutuelle
des parties jusqu'à ce qu'ils occupent cette portion en entier.

13. Lorsque la quantité de fluide électrique qui a été enlevée à une
portion de matière commune, lui est renduë, elle y entre, les triangles
dilatés étant comprimés de nouveau, jusqu'à ce qu'il y ait place pour la
totalité.

14. Pour expliquer ceci, prenez deux pommes ou deux boules de bois, ou
d'autre matière, chacune ayant sa quantité naturelle de fluide
électrique; suspendez-les au plat-fond par des fils de soye: appliquez
le fil d'archal d'une bouteille bien chargée que vous tiendrez à la
main, à l'une de ces boules A. (Fig. 1.) & elle recevra du fil d'archal
une quantité de fluide électrique, mais elle ne s'en imbibera point, en
étant déjà pleine. C'est pourquoi le fluide volera autour de sa surface,
& y formera une atmosphère électrique. Amenez A en contact avec B, &
elle lui communiquera la moitié du fluide électrique qu'elle a reçû; de
sorte que toutes deux auront une atmosphère électrique, & par conséquent
se repousseront l'une l'autre: supprimez ces atmosphères en touchant les
boules, & laissez-les dans leur état naturel, alors ayant attaché un
bâton de cire d'Espagne au milieu de la bouteille pour lui servir de
manche, appliquez-en le fil d'archal à A, & qu'en même-tems les parois
de cette bouteille touchent B; de cette sorte une quantité de fluide
électrique sera chassée de B, & poussée sur A, ainsi A aura un excès de
ce fluide électrique qui forme une atmosphère autour de lui, & B sera
privé éxactement de cette même quantité: maintenant ramenez les boules
en contact, & l'atmosphère électrique ne sera pas divisée entre A & B
dans deux plus petites atmosphères comme ci-devant, car B absorbera
toute l'atmosphère de A, & les deux boules se retrouveront dans leur
état naturel.

15. La forme de l'atmosphère électrique est celle du corps qu'elle
environne. Cette forme peut être renduë visible dans un air calme, en
excitant une fumée de résine séche, que l'on versera dans une cuillier à
caffé sous le corps électrisé; elle sera attirée & s'étendra d'elle-même
également sur tous les côtés, couvrant & cachant le corps. Elle prend
cette forme, parce qu'elle est attirée de tous les côtés de la surface
du corps, quoiqu'elle ne puisse entrer dans sa substance qui est déjà
remplie; sans cette attraction, elle ne demeureroit pas autour du corps,
mais elle se dissiperoit en l'air.

16. L'atmosphère des particules électriques qui environnent une sphère
électrisée, n'est pas plus disposée à l'abandonner, ni plus aisément
tirée d'un côté de la sphère que de l'autre, parce qu'elle est également
attirée de toutes parts. Mais ce cas n'est pas le même pour les corps
d'une autre figure. Dans un cube elle est plus facilement tirée des
angles que des surfaces planes, & ainsi des angles d'un corps de toute
autre figure, & toujours plus facilement de l'angle le plus aigu. Si
donc un corps figuré comme A B C D E dans la Fig. 2. est électrisé, ou à
une atmosphère qui lui soit communiquée; & si nous considérons chaque
côté comme une base sur laquelle les particules électriques reposent, &
par laquelle elles sont attirées, on peut voir en imaginant une ligne de
A en F, & une autre de F en G, que la portion d'atmosphère enfermée dans
F A E G, a la ligne A E pour base. De même la portion d'atmosphère
enfermée dans H A B I, a la ligne A B pour base, & pareillement la
portion enfermée dans K B C L, a B C pour appui, & de même sur l'autre
côté de la figure. Maintenant si vous tirez cette atmosphère avec
quelque corps poli & émoussé, & que vous l'approchiez du milieu du côté
A B, il faut venir fort près avant que la force de votre attracteur
excède la force ou le pouvoir, avec lequel ce côté maintient son
atmosphère: mais il y a une petite portion entre I B K, qui a moins de
surface pour s'y appuyer & en être attirée que les portions voisines,
tandis qu'il y a d'ailleurs une répulsion mutuelle entre ses particules
& les particules de ces portions; vous pouvez donc venir à bout de la
tirer avec plus de facilité, & à une plus grande distance. Entre F A H,
il y a une plus grande portion qui a encore une moindre surface pour s'y
appuyer & pour en être attirée; c'est pourquoi vous pouvez toujours
l'enlever plus facilement. Mais la plus grande facilité se rencontre
entre L C M, où la quantité est la plus abondante, & où la surface pour
l'attirer & la retenir est la plus petite. Lorsque vous avez enlevé une
de ces portions angulaires du fluide, une autre prend sa place, par un
effet de la fluidité naturelle & de la répulsion mutuelle dont nous
avons parlé ci devant; & ainsi l'atmosphère continuë de couler vers cet
angle comme un courant, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. Les extrémités
de ces portions d'atmosphère sur ces parties angulaires sont
pareillement à une plus grande distance du corps électrisé, comme on le
peut voir, en jettant les yeux sur la figure. La pointe de l'atmosphère
de l'angle C étant beaucoup plus loin de C qu'aucune partie de
l'atmosphère sur les lignes C B, ou B A; & outre la distance qui résulte
de la nature de la figure, là où l'attraction est moindre, les
particules doivent naturellement s'étendre à une plus grande distance
par leur mutuelle répulsion.

Sur ces principes fondamentaux nous supposons que les corps électrisés
déchargent leur atmosphère sur les corps non électrisés avec plus de
facilité & à une plus grande distance de leurs angles & de leurs pointes
que de leurs côtés unis. Les pointes la déchargent aussi dans l'air,
lorsque le corps a une trop grande atmosphère électrique, sans qu'il
soit besoin d'approcher quelque corps non-électrique, pour recevoir ce
qui est chassé; car l'air, quoiqu'originairement électrique, a toujours
plus ou moins d'eau, ou d'autres matières non-électriques mêlées avec
lui, lesquelles attirent & reçoivent ce qui est ainsi déchargé.

17. Mais les pointes ont la propriété de _tirer_, aussi bien que de
_pousser_ le fluide électrique à de plus grandes distances que ne le
peuvent faire les corps émoussés; c'est-à-dire, que comme la partie
pointuë d'un corps électrisé déchargera l'atmosphère de ce corps, ou la
communiquera plus loin à un autre corps, de même la pointe d'un corps
non électrisé tirera l'atmosphère électrique d'un corps électrisé de
beaucoup-plus loin qu'une partie plus émoussée du même corps
non-électrisé ne le pourroit faire. Ainsi une épingle tenuë par la tête,
& présentée par la pointe à un corps électrisé, tirera son atmosphère à
un pied de distance; mais si la tête étoit présentée au lieu de la
pointe, le même effet n'en résulteroit pas. Pour concevoir ceci, nous
pouvons considérer que, si une personne debout sur le plancher, tiroit
l'atmosphère électrique d'un corps électrisé, une pince de fer & une
aiguille à tricoter émoussée tenuës alternativement dans la main, &
présentées à cette intention ne l'attireroient pas avec des forces
différentes, à proportion de leurs différentes masses. Car l'homme, & ce
qu'il tient dans la main, soit grand, soit petit, sont unis avec la
masse commune de la matière non-électrisée; & la force avec laquelle il
tire, est la même dans les deux cas, puisqu'elle consiste dans la
différente proportion d'électricité dans le corps électrisé & dans cette
masse commune. Mais la force avec laquelle le corps électrisé retient
son atmosphère en l'attirant, est proportionnée à la surface sur
laquelle les particules sont placées. Par éxemple, quatre pieds quarrés
de cette surface retiennent leur atmosphère avec quatre fois autant de
force qu'un pied quarré retient son atmosphère; & comme en arrachant les
crins de la queuë d'un cheval, un degré de force insuffisant pour en
arracher une poignée à la fois, suffiroit pour la dépouiller crin à
crin; de même un corps émoussé que l'on présente, ne sauroit tirer
plusieurs parties à la fois; mais un corps pointu, sans une plus grande
force, les enléve aisément partie par partie.

18. Ces explications du pouvoir & de l'opération des pointes,
lorsqu'elles se présentèrent à moi pour la première fois, & tandis
qu'elles rouloient dans mon esprit, me parurent satisfaire à toutes les
difficultés; cependant depuis que je les ai mises par écrit & rapellées
à un examen plus sévère & plus réfléchi, j'avouë de bonne foi qu'il me
reste quelque doute à cet égard. Mais n'ayant rien de mieux pour le
présent à vous offrir à leur place, je ne les rejette pas absolument;
car une mauvaise solution que l'on lit, & dont on découvre les défauts,
donne souvent occasion à un Lecteur ingénieux d'en trouver une plus
parfaite.

19. Le plus important pour nous n'est pas de sçavoir de quelle manière
la nature exécute ses loix; il nous suffit de connoître les loix
elles-mêmes. C'est un avantage réel de sçavoir qu'une porcelaine
abandonnée en l'air sans être soutenuë, tombera & se brisera
immanquablement; mais de sçavoir _comment_ elle tombe & _pourquoi_ elle
se brise c'est une matière de pure spéculation. Ces connoissances sont
agréables à la vérité, mais sans elles nous pouvons garantir notre
porcelaine.

20. Ainsi dans le cas présent il pouroit être de quelque usage pour le
genre humain de connoître le pouvoir des pointes, quoique nous ne
fussions jamais en état d'en donner une explication précise. Les
expériences suivantes montrent ce pouvoir. J'ai un premier conducteur
fort large, composé de plusieurs feüilles minces de carton, ajusté en
forme de tube d'environ dix pieds de longueur & d'un pied de diamètre.
Il est couvert de papier d'Hollande relevé en bosse & presque tout doré.

Cette large surface métallique soutient une atmosphère électrique
beaucoup plus grande que n'en soutiendroit une verge de fer cinquante
fois plus pesante. Il est suspendu par des fils de soye; & lorsqu'il est
chargé, il frappe à environ deux pouces de distance, un coup assez fort
pour causer de la douleur aux articulations du doigt. Qu'un homme sur le
plancher présente la pointe d'une aiguille à 12. pouces ou plus de
distance; tandis que l'aiguille est ainsi présentée, le conducteur ne
sauroit être chargé, la pointe tirant le feu aussi promptement qu'il est
poussé par le globe électrique: chargez-le, & présentez alors la pointe
à la même distance, & il sera déchargé en un instant. Dans l'obscurité
vous pouvez voir une lumiére sur la pointe, lorsqu'on fait l'expérience,
& si la personne qui tient la pointe est sur un gâteau de cire, elle
sera électrisée en recevant le feu à cette distance. Essayez de tirer de
l'électricité avec un corps émoussé, tel qu'un morceau de fer arondi &
poli à l'extrémité (je me sers du poinçon d'un Orfévre, de l'épaisseur
d'un pouce) il faut que vous l'approchiez à la distance de trois pouces,
avant de pouvoir faire l'opération, & elle se fait alors avec un coup &
un craquement. Comme le tube de carton pend librement sur des fils de
soye, lorsque vous en approchez le morceau de fer, il s'avance
pareillement vers ce morceau de fer, étant attiré pendant tout le tems
qu'il est chargé; mais si au même instant la pointe est présentée comme
auparavant, il se retire, parce qu'il est déchargé par la pointe.

«On ne doit pas prendre à la rigueur tout ce que M. Franklin dit ici du
pouvoir & de l'effet des pointes, comme l'ont observé plusieurs de ses
Critiques; mais aussi il s'en faut beaucoup qu'on doive tirer de leurs
observations toutes les conséquences qu'ils prétendent en résulter. L'un
accorde un avantage considérable aux corps pointus sur ceux qui sont
arondis ou émoussés, soit pour pousser, soit pour tirer la matière
électrique; & veut que la première observation de cet effet soit
attribuée à un Européen, comme si notre auteur cherchoit à s'en emparer
lui-seul; un autre pour avoir remarqué qu'une pointe d'aiguille
présentée à un pied de distance d'un conducteur n'empêche pas qu'on n'en
tire quelques étincelles, s'imagine avoir fait une des plus importantes
découvertes: que le pouvoir des pointes est une chimère, & que toute la
Théorie du Tonnerre est détruite par cette seule observation; d'autres
enfin se laissant emporter au gré de leur imagination, vont s'égarer
dans des sistêmes dont l'obscurité fait le seul mérite. Mais il n'est
pas encore tems de parler de ces différens sentimens; le détail en
trouvera mieux sa place dans la suite de cet ouvrage.»



LETTRE II.
DE B. FRANKLIN,
Écuyer _de Philadelphie_,

À C. C. Écuyer à la nouvelle York. 1751.
MONSIEUR,


Je fais aux principales questions contenuës dans votre lettre du 28. du
courant, une réponse telle que l'embarras de mes affaires présentes me
le permet, & je vous demande la permission de vous renvoyer à la
dernière piéce du recueil imprimé de mes écrits, pour vous expliquer
plus amplement la différence entre ce qui est apellé _électrique par
soi_ & _non électrique_. Quand vous aurez eu le tems de lire &
d'examiner ces écrits, je tâcherai de faire quelques-unes des nouvelles
expériences que vous proposez, & que vous croyez plus capables de nous
éclairer & de nous satisfaire l'un & l'autre sur ce sujet. Je vous serai
toujours fort obligé de me communiquer les remarques, objections, &c.
qui peuvent se présenter à vous.

Je suis avec un sincère respect, Votre très-humble & très-obligé
serviteur,

B. FRANKLIN.


QUESTIONS
ET
RÉPONSES;

_Auxquelles on renvoye dans la Lettre précédente._

1e. _Question_. En quoi consiste la différence entre un corps électrique
& un corps non-électrique?

§ 21. _Réponse_. Les termes _électrique par soi_ & _non-électrique_
furent d'abord employés pour distinguer les corps dans la fausse
supposition que les seuls corps apellés électriques par soi, contenoient
dans leur substance la matiére électrique qui pouvoit être excitée par
le frottement, être produite & en être tirée, & communiquée à ceux que
l'on apelloit _non-électriques_, que l'on supposoit dépourvûs de cette
matière; car le verre, &c. étant frotté, donnoit des signes qu'il
contenoit de cette matière en piquant le doigt, en attirant &
repoussant, &c. & qu'il pouvoit communiquer cette vertu aux métaux & à
l'eau.

On découvrit dans la suite que le frottement du verre ne produisoit pas
la matière électrique, à moins que l'on ne conservât une communication
entre le corps frottant & le plancher; & les expériences suivantes
prouvèrent que la matière électrique étoit réellement tirée de ces
corps, que l'on avoit cru d'abord n'en contenir aucune: alors on douta
que le verre & les autres corps apellés électriques par soi, eussent
réellement en eux-mêmes quelque matière électrique; puisque, selon les
apparences, ils n'en fournissoient aucune autre que celle qu'ils
tiroient d'abord de ces corps qui avoient été appellés non électriques;
mais quelques-unes de mes expériences prouvent que le verre en contient
une grande quantité; & je soupçonne à présent qu'elle est répanduë assez
également dans toute la matière du globe terrestre.

Dès-lors on peut abandonner, comme impropres, les termes _électrique par
soi_, & _non-électrique_; & puisque la seule différence est que quelques
corps conduisent la matière électrique, & que les autres ne la
conduisent pas, on peut mettre en leur place les termes _conducteurs_ &
_non-conducteurs_.

Si quelque partie de matière électrique est appliquée à un morceau de
matière conductrice, elle le pénètre, coule au travers, ou se répand
également sur sa surface; si elle est appliquée à un morceau de matière
non conductrice, elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il n'y a de
conducteurs parfaits de la matière électrique, que les métaux & l'eau;
les autres corps ne le sont qu'à proportion qu'il entre dans leur
composition du mêlange de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus ou moins, ils
ne seront point du tout conducteurs.[10] Ceci, soit dit en passant,
montre entre les métaux & l'eau un nouveau rapport que l'on ignoroit
jusqu'à présent.

[Note 10: Cette proposition a été trouvée depuis trop générale: M.
Wilson ayant découvert que la cire fonduë & la résine sont aussi
conducteurs. On pourroit y ajoûter beaucoup d'autres exemples
semblables, comme celui de l'eau qui est un des plus excellens
conducteurs d'électricité tant qu'elle conserve sa fluidité, & qui cesse
de l'être, dès qu'elle la perd.]

Je vais tâcher d'éclaircir cela par une comparaison, qui cependant n'en
peut donner qu'une foible analogie. La matière électrique passe au
travers des conducteurs, comme l'eau passe au travers d'une pierre
poreuse, ou se répand sur leur surface, comme l'eau se répand sur une
pierre moüillée; mais quand cette matière est appliquée à des corps non
conducteurs, c'est comme l'eau qui dégoutte sur une pierre grasse; elle
ne la pénétre point, ne passe point à travers, ne s'étend point sur sa
surface; mais elle reste par gouttes sur les endroits où elle tombe.
Voyez à cet égard ma dernière piéce imprimée.

2e. _Question_. Quels sont les effets de l'air dans les expériences
électriques?

22. _Réponse_. Voici tous ceux que j'ai remarqués jusqu'à présent; l'air
humide reçoit & conduit la matière électrique à proportion de son
humidité; l'air parfaitement sec ne le fait point du tout; l'air doit
donc être mis dans la classe des non-conducteurs. L'air sec aide à fixer
l'atmosphère électrique autour du corps qu'elle environne, & en empêche
la dissipation; car dans le vuide elle se dissipe aisément, & les
pointes agissent plus fortement; c'est-à-dire, elles poussent ou
attirent la matière électrique plus librement & à de plus grandes
distances; en sorte que l'air survenant met quelque sorte d'obstacle à
ce qu'elle passe d'un corps à un autre. Une bouteille électrique bien
propre garnie de son fil-d'archal, remplie d'air au lieu d'eau, ne se
chargera, & ne donnera pas plus de choc que si elle étoit remplie de
verre pulvérisé; mais étant vuide d'air, elle produit autant d'effet que
si elle étoit remplie d'eau. Cependant une atmosphère électrique & l'air
ne semblent pas s'exclure l'un l'autre, car nous respirons librement
dans une pareille atmosphère, & l'air sec passeroit au travers de cet
atmosphère, sans la déplacer ni la disperser. Je doute que le vent
Nord-ouest, le plus sec & le plus fort, pût la dissiper.

23. J'électrisai une fois une grosse boule de liége suspenduë au bout
d'un fil de soye, long de trois pieds, dont je tenois l'autre bout dans
mes doigts: je la fis tourner cent fois en rond comme une fronde, le
plus rapidement qu'il me fut possible: elle n'en conserva pas moins son
atmosphère électrique, quoiqu'elle eût nécessairement traversé 800.
verges[11] d'air, en supposant que dans la rotation mon bras augmentoit
d'un pied le demi-diamètre du cercle.

[Note 11: Environ 400. toises.]

Par l'air parfaitement sec, j'entens le plus sec, que nous puissions
avoir; car peut-être n'en avons-nous jamais qui soit parfaitement purgé
d'humidité. Une atmosphère électrique formée autour d'un gros
fil-d'archal introduit dans une grosse bouteille pleine d'air, n'en fait
pas sortir la moindre partie de cet air; & si on détruit cette
atmosphère, aucun air ne s'y précipite, comme je l'ai découvert par une
expérience très-curieuse, faite avec soin; d'où nous avons conclu que
l'élasticité de l'air n'en est point du tout affectée.



LETTRE III.


18. _Juillet_ 1747.

MONSIEUR,

La peine indispensable de copier de longues lettres, qui peut-être,
lorsqu'elles vous sont renduës, ne contiennent rien de nouveau ou
d'intéressant pour vous (tant est rapide le progrès que l'on a fait en
Europe dans l'Électricité) me décourage presque de vous en écrire
davantage sur ce sujet. Je ne puis cependant me dispenser de vous
communiquer encore quelques observations sur la merveilleuse bouteille
de M. de Muschenbroek.

§. 24. Le corps non-électrique contenu dans la bouteille, étant
électrisé, diffère du corps non-électrique électrisé hors de la
bouteille, en ce que le feu électrique du dernier est accumulé à _sa
surface_, & forme librement à l'entour une atmosphère électrique d'une
étenduë considérable; au lieu que le feu électrique est comprimé dans la
substance du premier que le verre borne de toutes parts. [12]

[Note 12: Nous avons découvert depuis que le feu de la bouteille n'est
pas contenu dans le corps non-électrique, mais dans _le verre_.]

25. En même-tems que le fil-d'archal & le dedans de la bouteille, &c.
sont électrisés _positivement_ ou _plus_, le dehors de la bouteille est
électrisé _négativement_ ou _moins_ dans une éxacte proportion;
c'est-à-dire, que telle que soit la quantité de feu électrique qui passe
dans l'intérieur, il en sort de l'extérieur une égale quantité. Pour
concevoir ceci, supposez que la quantité commune d'électricité dans
chaque surface de la bouteille, avant le commencement de l'opération
soit égale à 20; supposez encore qu'à chaque coups de tube, ou à chaque
tour du globe il y entre une quantité égale à 1; alors après le premier
coup la quantité contenuë dans le fil-d'archal & le dedans de la
bouteille sera 21, dans le dehors elle ne sera plus que 19: après le
second la partie intérieure aura 22, l'extérieure 18: & ainsi après le
le vingtième coup, la partie intérieure aura une quantité de feu
électrique égale à 40; celle de la partie extérieure sera égale à zero,
& l'opération finit là, car il n'en peut plus être poussé dans la partie
intérieure, lorsqu'il n'en peut plus être tiré de la partie extérieure.
Si vous essayez d'en introduire davantage il est rejetté par le
fil-d'archal, ou casse la bouteille avec un craquement sensible.

26. L'équilibre ne sauroit être rétabli dans la bouteille par la
communication _intime_ ou le contact des parties, mais seulement par une
communication formée au dehors de la bouteille entre l'intérieur &
l'extérieur, par le moyen de quelque corps conducteur qui les touche
tous deux, soit en même-tems, auquel cas l'équilibre est rétabli avec
une violence & une rapidité inexprimables; soit alternativement, auquel
cas il est rétabli par dégrés.

27. Comme il ne peut plus être poussé de feu électrique au dedans de la
bouteille, lorsque tout celui du dehors est épuisé; de même dans une
bouteille non encore électrisée, on ne sauroit en pousser dans le
dedans, lorsqu'il n'en peut sortir du dehors: ce qui arrive ou quand le
fond est trop épais, ou quand la bouteille est placée sur un corps
originairement électrique. Et réciproquement lorsque la bouteille est
électrisée, on ne peut tirer de son intérieur, qu'une assez petite
quantité de feu électrique, en touchant le fil-d'archal, à moins qu'une
quantité égale ne puisse en même-tems être renduë à l'extérieur. Ainsi
posez une bouteille électrisée sur un verre net, ou sur de la cire
séche, & vous aurez beau toucher le fil-d'archal, vous n'en pourrez
tirer d'étincelle. Posez-la sur un corps non électrique, touchez le
fil-d'archal, & le feu en sortira en très-peu de tems; mais il sortira
beaucoup-plus vîte encore, si vous formez une communication directe,
comme il a été dit ci-dessus, tant ces deux états d'électricité le
_plus_ & _le moins_ sont merveilleusement combinés, & balancés dans
cette bouteille miraculeuse; ils sont disposés & proportionnés entr'eux
d'une manière qui surpasse mon intelligence. La bouteille électrisée est
en sens contraire comme le récipient de la machine pneumatique, dont on
a vuidé l'air: si l'on ouvroit le robinet l'équilibre seroit rétabli
dans un instant au dedans & au dehors du récipient; mais ici, nous avons
une bouteille qui contient en même-tems un _plein_ de feu électrique, &
un _vuide_ de ce même feu; & quoique le passage de l'un à l'autre
paroisse libre, que le plein presse violemment pour se dilater, & que le
vuide affamé semble attirer avec une égale violence pour se remplir,
_l'équilibre_ ne peut cependant être rétabli entr'eux que par le moyen
d'une communication au dehors de la bouteille.

L'ébranlement des nerfs, ou plutôt la convulsion est occasionnée par le
passage subit du feu à travers le corps qui le transmet du dedans au
dehors de la bouteille: le feu prend la voye la plus courte, comme M.
_Watson_ l'a judicieusement observé; mais il ne paroît par aucune
expérience, qu'afin qu'une personne reçoive le coup, la communication
avec le plancher lui soit nécessaire. Car celui qui tient la bouteille
d'une main, & qui touche de l'autre le fil-d'archal, sera également
frappé, quoique ses souliers soient secs, ou même qu'il soit sur un
gâteau de cire, comme dans toute autre circonstance. Pour ce qui est de
l'attouchement du fil-d'archal ou du canon du fusil (car cela revient au
même) le feu ne passe point du doigt qui touche au fil-d'archal, comme
on le suppose, mais du fil-d'archal au doigt; de là traversant le corps,
il passe à l'autre main, & ainsi jusqu'à l'extérieur de la bouteille.


EXPÉRIENCES

_Qui confirment ce qui vient d'être avancé._


EXPÉRIENCE I.

Placez une fiole électrisée sur de la cire; tenez à la main une petite
boule de liége suspenduë par un fil de soye séche: approchez-la du
fil-d'archal, elle sera d'abord attirée & ensuite repoussée. Lorsqu'elle
est dans cet état de répulsion, baissez la main, afin que la boule se
trouve vis-à-vis le fond de la bouteille; elle sera promptement &
fortement attirée jusqu'à ce qu'elle ait communiqué son feu.

Si la bouteille avoit repris, comme son fil-d'archal, une atmosphère
électrique, le liége électrisé seroit également repoussé par l'une comme
par l'autre.

«Quand on tient dans sa main une bouteille bien électrisée, on aperçoit
sur tout dans l'obscurité une aigrette lumineuse au haut du crochet, &
on entend le sifflement de la matière électrique qui s'échape dans l'air
par cette voye. Si dans cet état l'on pose la bouteille sur un support
électrique de verre, de résine, &c. l'aigrette disparoît & le sifflement
cesse. Cette observation suffiroit seule pour prouver que la bouteille
doit se décharger plus lentement quand elle est sur un support
électrique, que quand elle est sur un non-électrique. Un célebre
Physicien a cependant cru remarquer le contraire; & c'est sur sa parole
que le critique de M. Fr. sans s'être assûré par lui-même de la vérité
du fait, lui adresse cette question[13]: _Pourquoi dans vos expériences
la posez-vous toujours_ (cette bouteille) _sur de la cire ou sur du
verre? Ne savez-vous pas_, continue-t-il, _qu'étant ainsi placée sur un
corps originairement électrique, elle perd promptement sa vertu?_

[Note 13: Lettre sur l'Electr. pag. 99.]

»Voici les précautions que j'ai prises pour faire cette expérience.

1º. J'ai choisi deux bouteilles les plus égales qu'il m'a été possible
de trouver en matière, en forme, en dimensions, en poids & en capacité:
2º. Les tenant toutes deux à la main, je les ai électrisées également &
en même tems au même conducteur; & pour m'assûrer qu'elles étoient
également chargées, j'ai fait toucher le crochet de l'une à celui de
l'autre: 3º. Je les ai ensuite posées en même-tems l'une sur un plateau
de verre, l'autre sur un plateau de bois à peu près égal, placés sur une
table l'un à un bout, & l'autre à l'autre, au milieu d'une chambre. 4º.
Après les avoir laissées en cet état pendant plusieurs heures, j'ai fait
l'expérience de Leyde avec chacune de ces deux bouteilles, & j'ai trouvé
que la commotion donnée par la bouteille posée sur le support
électrique, étoit la plus forte.

»Après avoir recommencé plusieurs fois la même expérience, tantôt de la
même façon, & tantôt en changeant les bouteilles de place, j'ai toujours
eu le même succès. On doit en conclure que notre Critique n'a pas raison
d'éxiger de M. Fr. que la bouteille électrisée soit placée sur un
support non électrique pour faire la première expérience.

»Objecter que _si l'on veut de bonne foi savoir & montrer l'état naturel
& véritable de la surface extérieure ou du bas de la bouteille, il ne
faut la poser ni sur de la cire ni sur du verre, puisque cela-seul peut
faire changer d'état à l'une des deux surfaces, & qu'il convient de la
laisser dans toutes les circonstances où elle étoit lorsqu'on la
chargeoit d'électricité, &c._ c'est faire connoître qu'on n'entend pas
ce dont il s'agit, ou tout au moins que l'on perd son point de vûe;
c'est oublier que la bouteille électrisée est dans un état tout opposé à
celui de la bouteille qu'on électrise. Celle-ci reçoit sur une de ses
surfaces, & perd d'autant sur l'autre; ce qui se passe en celle-là est
précisément le contraire, & encore quelque chose de plus, si la
bouteille est soutenuë sur un support électrique. M. Fr. a donc raison
de la mettre dans la situation la plus favorable à ses vuës, lorsqu'il
veut éprouver la force, l'effet, la différence & la manière d'être de
chacune de ses surfaces. L'on sent bien que s'il traitoit la bouteille
électrisée comme on veut le lui enseigner, il trouveroit en pure perte &
la force & l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux comme l'est cet
illustre Américain, consommé dans les recherches électriques, où il a
fait lui-seul plus de progrès que tous les autres physiciens ensemble,
pouvons-nous douter qu'il n'ait tenté des moyens aussi simples que ceux
qu'on veut lui apprendre?»


EXPÉRIENCE II.

Fig. 3. D'un fil-d'archal courbé (_a_) & affermi sur une table, faites
pendre un fil de lin (_b_) à ls distance d'un demi-pouce du ventre de la
fiole (_c_) électrisée & posée sur de la cire: touchez avec le doigt le
fil-d'archal de la fiole à plusieurs reprises; & à chaque attouchement
vous verrez le fil aussitôt attiré par la bouteille. (Cette expérience
réussit encore mieux avec un vinaigrier, ou tel autre vase bombé qu'on
voudra.) Dès que vous tirez du feu de la partie intérieure en touchant
le fil-d'archal, la partie extérieure de la bouteille en attire une
égale quantité par le fil.


EXPÉRIENCE III.

Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal dans le plomb dont le bas de la
bouteille est armé (_d_), de sorte qu'en faisant un coude pour se
relever perpendiculairement, l'anneau qui le termine se trouve de niveau
avec le haut ou l'anneau du fil-d'archal qui entre dans le liége (_e_) à
trois ou quatre pouces de distance. Alors électrisez la bouteille &
posez-la sur de la cire. Si un morceau de liége suspendu par un fil de
soye tombe entre les deux fils-d'archal, il jouëra continuellement de
l'un à l'autre jusqu'à ce que la bouteille ne soit plus électrisée: la
raison en est qu'il charrie & apporte le feu du dedans au dehors de la
bouteille jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.

«Les objections que l'on fait contre cette troisiéme expérience, ou
plutôt les faits que l'on oppose aux conséquences qui en résultent,
doivent être partagés en deux classes. Je vais répondre à ceux de la
premiere, & ceux de la seconde trouveront place ailleurs; notre auteur
ayant examiné à fond la différence que l'on a remarquée entre un corps
électrisé par un globe de verre, & un autre électrisé par un globe de
soufre.[14].

[Note 14: Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 & 9.]

»Comment notre critique, si clairvoyant d'ailleurs, a-t-il pû
méconnoître l'effet des pointes dans l'expérience qu'il propose pour
objection, pag. 102 & 103? Il avoit déjà déclaré dans la page précédente
qu'il préféroit une petite feuille de métal aux boulettes de liége dont
s'est servi M. Franklin: il s'en sert encore ici pour prouver que la
surface extérieure de la bouteille électrisée n'attire pas ce que sa
surface intérieure a repoussé, sans faire attention qu'en vertu du
pouvoir des pointes, cette feuille métallique est dépouillée de son
atmosphère électrique avant de pouvoir être attirée; je dis plus, c'est
qu'elle est alors dans un état d'électricité négative, aussi bien que
l'extérieur de la bouteille, & c'est pour cela qu'elle est repoussée. Il
ne lui arrive en cet endroit que ce qui lui est arrivé auprès du
fil-d'archal plongé dans la bouteille. La feuille du métal s'y est
souvent électrisée sans toucher le crochet, de même elle se
_désélectrise_ sans toucher le ventre; après quoi elle en est repoussée;
car c'est une vérité reconnue que les corps électrisés négativement se
repoussent de même que ceux qui le sont positivement. Que notre critique
substituë à sa feuille de métal ou une petite boule de liége, à
l'imitation de notre auteur, ou une balle de métal,[15] comme je l'ai
souvent éprouvé, je lui serai garant d'un succès aussi complet que celui
qu'il entreprend de contester.

[Note 15: On peut en avoir d'aussi légéres que du liége.]

»Quant à l'expérience que l'on nous oppose, pag. 104. & suivantes, le R.
P. Beccaria m'a dispensé de me mettre en frais pour y répondre. _Voy.
son Liv. I. de l'Électricité Artificielle, chap. II._»


EXPÉRIENCE IV.

Fig. 5. Placez une fiole électrisée sur de la cire: prenez un
fil-d'archal (_g_) qui ait la forme d'un C: que ses extrémités,
lorsqu'il est bandé, soient tellement éloignées, que la supérieure
puisse toucher le fil-d'archal de la bouteille, tandis que l'inférieure
en touche le ventre. Attachez-en la partie extérieure sur un bâton de
cire d'Espagne (_h_), qui servira comme de manche: appliquez d'abord son
extrémité inférieure au fond extérieur de la bouteille, & approchez par
dégrés son extrémité supérieure du fil-d'archal qui est dans le liége,
vous y verrez les étincelles se suivre successivement jusqu'à ce que
l'équilibre soit rétabli; touchez d'abord le haut, & en approchant
l'autre extrémité du fond, vous aurez un courant de feu continuel du
dedans au dehors de la bouteille: touchez le haut & le bas en même tems,
& l'équilibre sera bientôt rétabli, le fil-d'archal courbé formant la
communication de l'intérieur à l'extérieur.

»Il est raisonnable en général de faire des questions pour s'instruire
de ce que l'on n'entend pas; mais il ne l'est guères de les accompagner
d'objections; c'est déclarer d'avance que l'on est déterminé à
contredire. Que notre critique demande à Mr. Franklin ce qu'il prétend
prouver par sa quatriéme expérience; à la bonne heure; mais qu'il ajoute
tout de suite: _Ne sçait-on pas qu'on fait cesser l'électricité d'un
corps quand on en tire des étincelles? Ce que vous faites ici sur la
bouteille de Leyde, vous l'éprouverez de même sur une barre de fer,.....
Faudroit-il dire aussi que vous lui rendez par un côté le feu que vous
lui ôtez par l'autre?_ C'est faire connoître qu'il n'entend pas l'état
de la question; l'état d'une bouteille électrisée, & celui d'une barre
de fer aussi électrisée, ne peuvent guères se comparer tant il se trouve
de différence de l'un à l'autre: différence dans la charge, différence
dans la situation, différence dans la décharge, différence dans l'effet;
pour l'expliquer il faudroit un trop long détail, qui se trouvera
d'ailleurs dans toute la suite de ce livre. Revenons à l'expérience dont
il est question.

»Il est certain qu'en touchant successivement avec le fil de fer préparé
comme il est expliqué, le fil-d'archal & le bas de la bouteille
électrisée, l'on transporte le feu du dedans au dehors; quoiqu'en dise
la critique, l'on rend peu à peu à la surface extérieure ce qu'on ôte à
l'intérieure, ce que celle-ci a de trop, & ce qui manque à celle-là,
jusqu'à ce qu'elles soient remises chacune dans leur état naturel. Il y
a même un moyen de rendre ces effets si sensibles qu'on ne puisse plus
les contester; il ne s'agit que de faire l'expérience suivante: tenez
près du ventre de la bouteille une balle de liége suspenduë à un fil de
soye; quand vous toucherez le fil-d'archal de la bouteille avec le fil
de fer, le liége s'approchera de la bouteille; quant après cela vous
toucherez le bas de la bouteille, si vous êtes dans l'obscurité, vous
appercevrez au haut du crochet l'aigrette qui paroîtra & disparoîtra à
chaque attouchement ainsi répété. Si on applique en même tems les deux
bouts du fil de fer, l'un au fil-d'archal de la bouteille, & l'autre au
bas de la même bouteille, l'équilibre sera dans l'instant rétabli entre
les deux surfaces, comme l'a judicieusement avancé notre Américain.»


EXPÉRIENCE V.

Fig. 6. Entourez une bouteille (_i_) d'une bande de plomb laminé ou même
de papier, à quelque distance au-dessus du fond: de cette bande
circulaire faites monter un fil-d'archal jusqu'à ce qu'il touche le
fil-d'archal du bouchon de liége (_k_). Il n'est pas possible
d'électriser un bouteille disposée de la sorte: l'équilibre n'est jamais
détruit; car tandis que la communication entre les parties intérieure &
extérieure de la bouteille est continuée par le fil-d'archal du dehors,
le feu ne fait que circuler, & ce qui sort du bas est constamment
remplacé par le haut; il suit de là qu'on ne sçauroit électriser une
bouteille qui est sale ou humide en dehors, surtout si cette humidité
monte jusqu'au liége ou au fil-d'archal.

»À prendre les choses à la rigueur, Mr. L. N. a raison de dire, contre
l'assurance de Mr. Franklin, qu'il n'est pas impossible de charger une
bouteille préparée comme on vient de l'expliquer; j'en avois fait
l'expérience de diverses manières long-tems avant d'avoir vû les lettres
de l'académicien; je l'avois même poussée plus loin, puisque j'étois
venu à bout de charger & de décharger la bouteille par parties,
c'est-à-dire à plusieurs reprises, il ne s'agit pour cela que d'avoir
une fiole fort allongée, de l'entourer de plusieurs bandes ou ceintures
de métal parallèles, & assez éloignées pour que l'étincelle électrique
ne puisse sauter de l'une à l'autre, & de ne pas forcer en
l'électrisant. L'expérience qu'on nous oppose revient au même, elle
réussit quand la main qui soutient la bouteille ne touche pas à la
ceinture métallique, & qu'on ne force pas l'électrisation au point que
le feu puisse franchir l'espace vuide qui se trouve entr'elles, elle ne
réussiroit pas autrement.

»Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas que le succès de cette expérience
prouve beaucoup contre la proposition de Mr. Franklin: il n'en reste pas
moins vrai que la bouteille ne se chargera point tant qu'il y aura une
communication exactement établie entre son intérieur & sa doublure
extérieure. Il faut toujours regarder la main qui lui est appliquée,
comme faisant partie de cette doublure; si elle est assez écartée de la
ceinture métallique pour que le feu ne puisse passer de l'une à l'autre,
la bouteille pourra se charger foiblement; mais ce ne sera jamais mais
que dans la partie qui est couverte par la main, & point du tout dans la
partie qui est couverte par la bande de métal.»


EXPÉRIENCE VI.

Placez un homme sur un gâteau de cire, & donnez-lui à toucher le
fil-d'archal de la fiole électrisée, que vous tiendrez à la main
demeurant debout sur le plancher; à chaque fois qu'il le touchera, il
sera électrisé de _plus_ en _plus_, & quiconque sera sur le plancher
pourra tirer de lui une étincelle. Le feu dans cette expérience passe du
fil-d'archal dans son corps, & passe en même tems de votre main dans la
partie extérieure de la bouteille.


EXPÉRIENCE VII.

Donnez-lui à tenir la fiole électrisée, & touchez le fil-d'archal; à
chaque fois que vous le toucherez, il sera électrisé de _moins_ en
_moins_, & pourra tirer une étincelle de chacun de ceux qui sont sur le
plancher. Ici le feu passe du fil-d'archal dans vous, & de lui dans la
partie extérieure de la bouteille.


EXPÉRIENCE VIII.

Couchez deux livres sur deux verres dos à dos, à la distance de deux ou
trois pouces; mettez sur l'un la fiole électrisée, & touchez le
fil-d'archal, ce livre sera électrisé _négativement_; le feu électrique
en étant tiré par le fond de la bouteille, ôtez la bouteille, & la tenez
à la main, touchez l'autre livre avec le fil-d'archal, ce livre sera
électrisé positivement: le feu passant du fil-d'archal dans le livre, &
votre main en refournissant en même tems à la bouteille; une petite
boule de liége suspendue à un fil de soye jouëra entre ces deux livres
jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.


EXPÉRIENCE IX.

Lorsqu'un corps est électrisé _positivement_, il repousse une plume, ou
une petite boule de liége électrisée; lorsqu'il est électrisé
_négativement_, ou qu'il est dans l'état commun, il les attire, mais
plus fortement lorsqu'il est électrisé _négativement_ que lorsqu'il est
dans l'état commun, la différence étant plus grande.


EXPÉRIENCE X.

Quoique, comme dans l'expérience VI. un homme debout sur de la cire
puisse être électrisé nombre de fois, en touchant à plusieurs reprises
le fil-d'archal de la bouteille électrisée que tient quelqu'un aussi
debout sur le plancher, parce qu'il reçoit à chaque fois le feu du
fil-d'archal; cependant en la tenant lui-même dans sa main, & touchant
le fil-d'archal, quoiqu'il tire une forte étincelle, & qu'il soit
violemment frappé, il ne reste point en lui d'électricité, le feu le
traverse seulement en passant de la partie intérieure à la partie
extérieure de la bouteille. Observez, avant le coup, de le faire toucher
par quelqu'un qui soit debout sur le plancher, afin de rétablir
l'équilibre dans son corps; car en empoignant le bas de la bouteille, il
devient quelquefois un peu électrisé _négativement_, ce qui continuë
après le coup, de même qu'il conserveroit l'électricité _positive_, qui
pourroit lui avoir été communiquée avant le coup; car le rétablissement
de l'équilibre dans la bouteille n'affecte point du tout l'électricité
dans l'homme que le feu traverse; cette électricité n'est ni augmentée
ni diminuée.


EXPÉRIENCE XI.

Voici une jolie expérience qui rend extrêmement sensible le passage du
feu électrique de la partie intérieure à la partie extérieure de la
bouteille, pour rétablir l'équilibre. Prenez un livre dont la couverture
soit ornée de filets d'or: courbez un fil-d'archal de 8 ou 10 pouces de
long dans la forme (_m_), fig. 7. glissez-le & l'affermissez à
l'extrémité de la couverture du livre sur le filet d'or, de sorte que le
coude de ce fil-d'archal puisse presser sur une extrémité du filet d'or,
l'anneau étant en haut, mais directement au-dessus de l'autre extrémité
du livre: couchez ce livre sur un verre ou sur de la cire, & posez la
bouteille électrisée sur l'autre extrémité des filets d'or: alors
courbez le fil-d'archal élastique, en le pressant avec un bâton de cire;
jusqu'à ce que son anneau soit proche de l'anneau du fil-d'archal de la
bouteille; à l'instant vous appercevez une forte étincelle & un coup, &
tout le filet d'or qui complette la communication entre l'intérieur &
l'extérieur de la bouteille, paroît une flamme vive comme un éclair
très-brillant. L'expérience réussira d'autant mieux que le contact sera
plus immédiat entre le coude du fil-d'archal & l'or à une extrémité du
filet, & entre le fond extérieur de la bouteille & l'or à l'autre
extrémité. Il faut faire cette expérience dans une chambre obscure. Si
vous voulez que tout le contour des filets d'or sur la couverture
paroisse en feu tout à la fois, faites en sorte que la bouteille & le
fil-d'archal touchent l'or dans les angles diagonalement opposés.


_DE LA LETTRE VI._

_1. Septembre 1747._

Nous avions été quelque tems dans l'opinion que le feu électrique
n'étoit pas produit, mais rassemblé par le frottement, étant en effet un
élément répandu partout, & attiré par d'autres matières, spécialement
par l'eau & par les métaux: nous avions aussi découvert & démontré son
affluence au globe électrique, aussi bien que son effluence par le moyen
des roues d'un petit moulin à vent[16], dont les aîles sont de gros
papier placées obliquement, & tournant librement sur un axe délié de
fil-d'archal, & aussi par de petites roues de la même matière, mais qui
ont la forme des roues de moulin à eau. Je pourrois, si j'avois le tems,
vous remplir une feuille de papier de la disposition & de l'application
de ces roues, & des différens phénomènes qui en résultent.

[Note 16: Nous avons découvert depuis que le mouvement des roues n'étoit
pas causé par l'affluence ou l'effluence du feu électrique, mais par
diverses circonstances d'attraction & de répulsion.]

L'impossibilité de s'électriser soi-même, quoique placé sur un gâteau de
cire, en frottant le tube & en tirant le feu, & la manière d'y réussir
en approchant le tube d'une personne ou d'une chose placée sur le
plancher, &c. s'étoient également présentées à nous quelques mois avant
d'avoir lû l'ingénieux ouvrage (_Sequel_) de M. _Watson_; elles font
même partie de ces nouvelles découvertes que je me proposois de vous
communiquer..... Il ne s'agit maintenant que de rapporter certaines
particularités qui ne se trouvent point dans cet ouvrage, en y joignant
nos réfléxions, quoiqu'il fût peut-être plus à propos de vous les
épargner.

28. Une personne sur un gâteau de cire ou de résine & frottant le tube,
une autre personne aussi sur un gâteau de cire & tirant le feu; ces deux
personnes paroîtront électrisées à une troisiéme sur le plancher, pourvû
qu'elles ne soient pas assez près pour se toucher; c'est-à-dire que
cette troisiéme personne appercevra une étincelle en approchant son
doigt de chacune des deux premières.

29. Mais si celles qui sont sur la cire se touchent l'une l'autre
pendant que le tube est frotté, aucune des deux ne paroîtra électrisée.

30. Si elles se touchent l'une l'autre, après que l'on aura excité le
tube, & tiré le feu, comme ci-devant, il y aura une plus forte étincelle
entr'elles, qu'elle ne l'étoit entre l'une d'elles & la personne qui est
sur le plancher.

31. Après cette forte étincelle, on ne découvre dans l'une ni dans
l'autre aucune trace d'électricité.

Voici de quelle manière nous tâchons de rendre raison de ces phénomènes.
Nous supposons, comme ci-dessus, que le feu électrique est un élément
commun, dont chacune des trois personnes susdites a une portion égale
avant le commencement de l'opération avec le tube: A, qui est sur un
gâteau de cire, & qui frotte le tube, rassemble de son corps dans le
verre le feu électrique; & sa communication avec le magazin commun étant
interceptée par la cire, son corps ne recouvre pas d'abord ce qui lui en
manque. B, qui est pareillement sur la cire, alongeant son doigt près du
tube, reçoit le feu que le verre avoit tiré de A; & sa communication
avec le magazin commun étant aussi interceptée, il conserve de surplus
la quantité qui lui a été communiquée. A & B paroissent électrisés à C,
qui est sur le plancher; car celui-ci ayant seulement la moyenne
quantité de feu électrique, reçoit une étincelle à l'approche de B, qui
en a _de plus_, & il en donne à A, qui en a de _moins_. Si A & B
s'approchent jusqu'à se toucher l'un l'autre, l'étincelle sera plus
forte, parce que la différence entr'eux est plus grande. Après cet
attouchement il n'y aura plus d'étincelle entre l'un des deux & C, parce
que le feu électrique est réduit dans tous les trois à l'uniformité
primitive. S'ils se touchent pendant qu'on électrise, l'égalité n'est
point détruite, le feu ne faisant que circuler. De-là quelques termes
nouveaux se sont introduits parmi nous. Nous disons que B (& les corps
dans les mêmes circonstances) est électrisé _positivement_, & A
_négativement_; ou plutôt B est électrisé _plus_, A l'est _moins_; &
tous les jours dans nos expériences nous électrisons les corps en _plus_
& en _moins_, selon que nous le jugeons à propos..... Pour électriser en
_plus_ ou en _moins_, il faut seulement savoir que les parties du tube
ou du globe qui sont frottées, attirent dans l'instant du frottement le
feu électrique, & l'enlevent par conséquent à la chose frottante. Les
mêmes parties, aussitôt que le frottement cesse, sont disposées à donner
le feu qu'elles ont reçu, à tout corps qui en a moins. Ainsi vous pouvez
le faire circuler, comme M. _Watson_ l'a enseigné: vous pouvez aussi
l'accumuler sur un corps ou l'en soustraire, selon que vous liez ce
corps avec celui qui frotte ou avec celui qui reçoit, la communication
avec le magazin commun étant interrompuë. Nous croyons que cet ingénieux
auteur s'est trompé lorsqu'il a imaginé dans son ouvrage que le feu
électrique descend par le fil-d'archal du lambris au canon de fusil,
de-là au globe, & électrise ainsi la machine & l'homme qui tourne la
roue, &c. Nous supposons au contraire qu'il est chassé & non introduit à
travers le fil-d'archal, & que la machine & l'homme, &c. sont électrisés
en moins; c'est-à-dire, qu'ils ont en eux moins de feu électrique que
les choses dans l'état commun.

Comme le Vaisseau est sur le point de faire voiles, je ne puis vous
rendre sur l'électricité de l'Amérique, un compte aussi étendu que je me
l'étois proposé, je me bornerai donc à quelques autres
particuliarités.... Nous trouvons le plomb granulé meilleur que l'eau
pour remplir la bouteille, parce qu'il est aisément chauffé, & qu'il
conserve la chaleur & la sécheresse dans un air humide.... nous
enflammons les liqueurs spiritueuses avec le fil-d'archal de la fiole...
nous rallumons une chandelle qui vient d'être éteinte, en tirant une
étincelle dans la fumée entre le fil-d'archal & les mouchettes.... nous
imitons les éclairs en passant le fil-d'archal dans l'obscurité sur un
plat de porcelaine qui a des fleurs d'or, ou en l'appliquant au câdre
doré d'un miroir, &c.... nous électrisons une personne plus de vingt
fois de suite par l'attouchement du doigt au fil-d'archal, de cette
manière: placez quelqu'un sur de la cire; mettez-lui à la main la
bouteille électrisée, touchez du doigt le fil-d'archal; touchez ensuite
sa main ou son visage, il y paroîtra des étincelles à chaque fois...
nous augmentons excessivement la force des baisers électriques. Ainsi
placez A & B. sur un gâteau de cire,[17] mettez à la main de l'un des
deux la fiole électrisée; faites empoigner à l'autre le fil-d'archal, il
en sortira une petite étincelle; mais s'ils approchent leurs lèvres ils
seront frappés & étourdis. La même chose arrive, si un autre homme & une
autre femme C & D se tenant aussi sur de la cire, & joignant les mains
avec A & B, viennent à se baiser ou à se prendre les mains.... nous
suspendons par un fil de soye une figure d'araignée faite d'un petit
morceau de liége brûlé avec les pates de fil de lin, & lestée d'un ou de
deux grains de plomb pour lui donner plus de poids sur la table où elle
est suspenduë; nous attachons un fil-d'archal perpendiculairement, aussi
haut que le fil-d'archal de la fiole, & éloigné de l'araignée de deux ou
trois pouces: alors nous l'animons en mettant la fiole électrisée à la
même distance, mais de l'autre côté; elle volera sur le champ au
fil-d'archal de la fiole, & bandera ses pattes, en le touchant;
s'élancera de ce fil, & volera au fil-d'archal de la table, de-là encore
au fil-d'archal de la fiole, joüant avec ses pattes contre l'un &
l'autre d'une manière tout à fait amusante, & paroîtra parfaitement
animée aux personnes qui ne seront pas instruites. Elle continuëra ce
mouvement une heure & plus dans un tems sec.... nous électrisons sur de
la cire dans l'obscurité, un livre entouré d'un double filet d'or sur la
couverture, ensuite nous appliquons le doigt à la dorure; le feu paroît
partout sur l'or comme un faisceau d'éclairs, & nullement sur le cuir,
quand même on toucheroit le cuir au lieu de l'or.... nous frottons nos
tubes avec une peau de chamois, & nous observons de présenter toujours
le même coté au tube, & de ne jamais salir le tube en le maniant. Ainsi
l'on travaille avec vitesse & facilité, sans la moindre fatigue, surtout
si l'on a soin de l'enfermer proprement dans un étui de carton doublé de
flanelle, dont la capacité réponde exactement au volume du tube...[18]
J'entre dans ce détail, parce que les écrits d'Europe sur l'électricité
parlent souvent du frottement des tubes, comme d'un éxercice pénible &
fatiguant. Nos globes tournent sur des axes de fer qui les traversent: à
une extrémité de l'axe il y a une manivelle avec laquelle nous tournons
le globe comme une meule ordinaire, ce que nous trouvons d'autant-plus
commode, que la machine ocupant peu de place, est portative, & peut être
renfermée dans une boëte propre lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est
vrai que le globe ne tourne pas aussi vîte que lorsqu'on y employe une
grande rouë; mais cet inconvénient est de peu de conséquence, puisque
quelques tours suffisent pour charger la fiole, &c.

[Note 17: Nous reconnumes bientôt qu'il n'étoit besoin d'y placer que
l'un ou l'autre.]

[Note 18: Nos Tubes sont ici de verre verd, longs de 27. à 30. pouces,
et aussi gros qu'on puisse les empoigner. L'Électricité est si fort en
vogue, que depuis quatre mois il en a été vendu plus d'un cent.]


AUTRES EXPÉRIENCES

_Qui prouvent que la bouteille de Leyde ne contient pas plus de feu
électrique, lorsqu'elle est chargée, ni moins, lorsqu'elle est
déchargée, qu'auparavant: que dans la décharge le feu ne sort point du
fil-d'archal & des côtés en même-tems, comme quelques-uns l'ont pensé;
mais que les côtés reçoivent toujours ce qui est déchargé par le
fil-d'archal, ou une égale quantité; la surface extérieure étant
toujours dans un état négatif d'électricité, tandis que la surface
intérieure est dans un état positif._

32. Placez sous le coussin, frottant une lame de verre assez épaisse
pour couper la communication du feu électrique entre le plancher & le
coussin; alors s'il n'y a pas de pointes déliées ou de fils capillaires
qui sortent du coussin ou des parties de la machine opposées au coussin
(ce à quoi vous devez bien prendre garde) vous ne pourrez tirer du
premier conducteur que peu d'étincelles, qui seront tout ce que le
coussin en pourra donner.

33. Suspendez alors une fiole sur le premier conducteur, & elle ne se
chargera pas, quoique vous la teniez par le côté; mais formez par une
chaîne une communication des côtés de la fiole au coussin, & la fiole se
chargera, car alors le globe tire le feu électrique de la surface
extérieure de la fiole, & le pousse à travers le premier conducteur, &
le fil-d'archal de la fiole dans sa surface intérieure.

Ainsi la bouteille est chargée avec son propre feu, nul autre ne pouvant
y entrer, tandis que la lame de verre est sous le coussin.

«M. L. N. conteste cette expérience, en assurant qu'il l'a répétée, &
que dans le premier cas; c'est-à-dire, quand on tenoit la bouteille à la
main, elle s'est chargée de même que dans le second cas, où l'on avoit
établi une communication de l'envelope de cette bouteille au coussin. Je
ne sçai pas précisément la différence qui a pû se trouver entre sa
manière d'opérer & celle de M. Franklin; mais sur l'exposé du Physicien
François, je soupçonne ce qui a pû l'induire en erreur; il s'est
apparemment persuadé que d'épuiser le coussin de son électricité,
c'étoit une opération toute simple & de facile éxécution. Il s'en faut
beaucoup que je ne l'aye regardée du même oeil; plus j'y ai réfléchi
avant de l'entreprendre, plus elle m'a paru difficile; & depuis que j'en
suis venu à bout, j'estime qu'il n'y a point d'expérience électrique
plus délicate, & qui éxige tant de précautions. Voici quelques maximes
générales tirées de mes remarques sur les différentes expériences que
j'ai tentées pour épuiser le coussin, qui pourront le faire connoître.
Il faut:

»1º. Que le carreau de glace ou de verre, qui porte le coussin l'excéde
au moins de 7. à 8. pouces de chaque côté.

»2º. Que ni le carreau ni le coussin ne soient attachés par des ligamens
extérieurs, pas même avec des cordons de soye, à moins qu'ils ne soient
préparés, comme je le dirai ci-après.

»3º. Que les mandrins mastiqués au globe soient au moins à 6. ou 7.
pouces du coussin.

»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou 4. pieds tout autour aucune pointe, de
quelque nature qu'elle soit.

»J'ai d'abord essayé d'épuiser au coussin d'environ 7. pouces de
diamètre, sous lequel j'avois mis une glace plane d'un pied quarré, le
tout attaché avec des cordons de soye; l'expérience n'a point réussi.

»J'ai substitué à cette glace une capsule sphérique de 10. pouces de
diamètre, dans laquelle j'avois fixé le coussin avec des cordons de
soye, qui en passant par-dessus les bords de la capsule, les attachoient
ensemble sur le support destiné à porter le coussin. Cette expérience
n'eut pas plus de succès que la première; mais j'apperçus que les petits
poils qui sortoient tout autour des cordons de soye se dressoient vers
le coussin. Je jugeai de-là que c'étoient autant de pointes qui lui
fournissoient de nouveau feu à mesure que le globe en tiroit. Après
avoir remédié à ce défaut en cirant bien éxactement les cordons de soye,
je répétai l'électrisation; mais je ne fus pas plus heureux. Le feu
électrique parut sortir du conducteur presqu'aussi abondamment que si le
coussin n'eût point été isolé. J'y apperçus cependant un changement
marqué qui me donna bonne espérance; quand je présentois mon doigt à 3.
ou 4. pouces du coussin, j'y sentois une espéce de suction, &
j'entendois sur le coussin un bruit assez semblable à celui que l'on
fait en retirant son haleine, les lèvres serrées, comme pour piper un
petit animal. Cela me fit conjecturer que j'apercevrois dans l'obscurité
une aigrette lumineuse au bout de mon doigt, & peut-être l'endroit d'où
sortoit le feu qui étoit fourni au coussin.

»Dès-que la nuit fut venuë, & que j'eus recommencé l'opération, je vis,
1º. un courant de feu qui sortant en nappe d'un des mandrins du globe,
se précipitoit jusques sur le coussin à l'endroit de sa jonction avec le
globe; 2º. de petites aigrettes lumineuses à tous les poils de mes
habits qui se dirigeoient vers le coussin; 3º. une longue aigrette mince
& peu divergente qui partoit de mon doigt, lorsque je le présentois au
coussin à 3. ou 4. pouces de distance, & qui se changeoit en un courant
continu, pour peu que je l'approchasse davantage. M'étant aperçû que le
coussin étoit plus près d'un des pôles du globe que de l'autre, &
l'ayant remis le plus éxactement qu'il me fut possible, à égale distance
des deux mandrins, je vis le courant de feu, qui auparavant sortoit de
l'un d'eux, partagé en deux nappes à peu-près égales, une de chaque
côté: Ayant fait cesser la rotation du globe, je remarquai que la vertu
attractive du coussin s'y conserva encore long-temps. Plus d'une
demi-heure après l'avoir laissé dans cet état, il suçoit & pipoit encore
à l'approche du doigt.

»En réfléchissant sur ces observations, j'ai imaginé qu'il falloit avoir
un coussin plus étroit & un globe plus gros, ou du moins dont les
mandrins fussent plus éloignés de l'Équateur. J'essayai un globe de 14.
pouces de diamètre; mais il se trouva un peu trop dur, ayant trop
d'épaisseur de verre. D'ailleurs, quelque solide que fût la machine dont
je me servois, il y causa par sa rotation un ébranlement qui m'inquiéta.
Ces considérations me déterminérent à donner la préférence à un globe de
cristal de 13. pouces que je fis monter exprès. Les goulots en sont
minces, & les mandrins qui y sont mastiqués n'ont guère plus d'un
demi-pouce d'empattement tout autour. En faisant rouler ce globe sur un
coussin de 3. pouces de diamètre, les bords de celui-ci se trouvent
éloignés des mandrins de plus de 7. pouces. Ma grande capsule au fond de
laquelle j'ai fixé ce coussin avec du mastic, met encore un plus grand
éloignement entre lui & le plateau de bois qui porte le tout.

»Ce n'est qu'après toutes ces précautions que je suis venu à bout
d'épuiser la matière électrique du coussin, & de faire les expériences
que M. Franklin nous a indiquées sur ce sujet. Je suis d'autant-moins
étonné du peu de succès de ceux qui disent les avoir tentées
inutilement, que je suis sûr qu'il est impossible d'y réussir sans
toutes ces précautions. Sans entrer dans une discussion qui seroit trop
longue & ennuyeuse, on trouvera dans cet exposé des réponses plus que
suffisantes aux questions & objections de nos critiques, & la raison de
la différence de leurs succès. _Lisez Lettres sur l'Électricité_, _pag._
112-115. Pour les trois questions qui terminent la page 115, pourra-t-on
apprendre, sans étonnement, qu'elles nous viennent d'un homme instruit?
Je vais pourtant y satisfaire comme si elles le méritoient. Sur la
dernière conséquence de M. Franklin qu'il n'entre dans la bouteille que
le feu électrique qui vient de sa surface extérieure, on lui demande:
_Et quelle certitude en avez-vous? La matière électrique n'est-elle pas
répandue dans l'air de l'atmosphère? Et pourquoi ne voulez-vous pas que
la chaîne & le globe y trouvent ce feu électrique qui passe par le
conducteur dans l'intérieur de la fiole? Il faut montrer que cela est
impossible, ou que cela n'est pas, si vous voulez que votre conséquence
soit reçuë._ Soit, Monsieur, on s'en tient à votre parole. Voici la
certitude que nous en avons, indépendamment de ce que nous voulons ou ne
voulons pas. Écoutez bien. Si la chaîne & le globe trouvoient dans l'air
de l'atmosphère ce feu électrique qui passe par le conducteur dans
l'intérieur de la fiole, ils l'y trouveroient aussi bien avant qu'on eût
établi une communication de l'extérieur de la bouteille au coussin,
qu'après, & dans ce cas on l'apercevroit en touchant au conducteur. Il
est cependant très-certain que dès-que le coussin est épuisé on ne tire
pas la moindre étincelle des conducteurs: tirez, s'il vous plaît, la
conséquence vous-même, & ne refusez plus de la recevoir.»

34. Suspendez deux balles de liége par des fils de lin attachés au
premier conducteur; touchez alors le côté de la bouteille, & elles
seront électrisées, & elles s'éloigneront l'une de l'autre.

Car autant que vous donnez de feu aux côtés, autant précisément il s'en
décharge à travers le fil-d'archal sur le premier conducteur, d'où les
balles de liége reçoivent une atmosphére électrique.

Mais prenez un fil-d'archal courbé en forme de C, avec un bâton de cire
d'Espagne fixé à la partie extérieure de la courbure, afin de le tenir
par-là, & appliquez une extremité de ce fil-d'archal aux côtés, &
l'autre en même temps au premier conducteur, la fiole sera déchargée; &
si les balles ne sont pas électrisées avant la décharge, elles ne
paroîtront pas l'être après; car elles ne se repousseront pas l'une
l'autre.

Maintenant si le feu déchargé de la surface intérieure de la bouteille à
travers son fil-d'archal restoit sur le premier conducteur, les balles
seroient électrisées & s'éloigneroient l'une de l'autre.

Si la fiole faisoit une explosion réelle aux deux extrémités &
déchargeoit le feu tant des côtés que du fil-d'archal, les balles
seroient électrisées en _plus_ & s'éloigneroient _plus loin_, car aucune
portion de feu ne peut s'échaper en étant empêchée par le manche de
cire.

Mais si le feu, dont la surface intérieure est surchargée, est
précisément la quantité qui manque à la surface extérieure, il passera
circulairement à travers le fil-d'archal attaché au manche de cire,
rétablira l'équilibre dans le verre, & ne causera aucune altération dans
l'état du premier conducteur.

Nous avons trouvé conformément que si le premier conducteur est
électrisé, & que les balles de liége soient dans un état de répulsion
avant que la bouteille soit chargée, elles continueront d'y être après,
sinon elles ne seront point électrisées par cette décharge.

«Tout ce qui est dans la critique, pag. 116. 117, & 118. contre cette
expérience, me paroît tout-à-fait hors de propos; notre auteur, comme on
vient de le voir, prouve incontestablement que l'expérience de Leyde
n'électrise point les corps qui reçoivent la commotion, ou qui ont
communication avec ceux qui la reçoivent, & M. L. N. en convient; mais
après cela il se perd dans une discussion qui n'a aucun rapport au sujet
dont il s'agit.»



LETTRE IV.

_Nouvelles expériences & observations sur l'Électricité._

1748.


MONSIEUR,

35. Il y aura la même explosion & le même choc, si la bouteille
électrisée est tenue d'une main par le _crochet_, & touchée de l'autre
par les _côtés_[19], que si elle est tenue par les _côtés_ & touchée au
_crochet_.

[Note 19: M. Franklin s'est servi dans la plupart de ses expériences, &
surtout dans les suivantes, de bouteilles garnies de métal en dedans &
en dehors: il faut donc entendre par le terme _côtés_, la surface
extérieure couverte d'une enveloppe métallique depuis le fond jusqu'au
collet, ou jusqu'à deux ou trois pouces près du goulot.]

36. Pour prendre impunément par le _crochet_ la bouteille chargée, & en
même tems ne pas diminuer sa force; il faut d'abord la placer sur un
corps originairement électrique.

37. La fiole sera électrisée aussi fortement, si elle est tenue par le
_crochet_ & les _côtés_ appliqués au globe ou au tube, que si elle est
tenue par les _côtés_, & que le _crochet_ leur soit appliqué.

38. Mais la direction du feu électrique étant différente dans la charge,
elle sera aussi différente dans l'explosion; la bouteille chargée par le
_crochet_ sera déchargée par le _crochet_; la bouteille chargée par les
_côtés_ sera déchargée par les _côtés_, & jamais autrement; car le feu
doit sortir par la même voye qui lui a donné entrée.

39. Pour prouver cela, prenez deux bouteilles qui soient également
chargées par les _crochets_, une dans chaque main; approchez leurs
_crochets_ l'un de l'autre, il n'en résultera ni étincelle ni choc,
parce que chaque _crochet_ est disposé à donner du feu, & ni l'un ni
l'autre ne l'est à en recevoir. Posez une des bouteilles sur le verre,
levez-la par le _crochet_, & appliquez son _côté_ au _crochet_ de
l'autre; il y aura alors une explosion & un choc, & les deux bouteilles
seront déchargées.

»Sur l'assertion de Mr. Franklin que, si l'on approche l'un de l'autre
les crochets des deux bouteilles également chargées, il n'en résultera
ni étincelle, ni choc: _Ho! voilà_, s'écrie M. L. N.[20], _ce dont je ne
conviendrai pas; car dès la premiere fois que j'en fis l'épreuve, je vis
très-distinctement éclater le feu électrique entre les deux crochets, &
je ressentis un coup assez vif dans les deux bras_. Cela peut être, & je
crois que cela est, pour l'avoir éprouvé de même; mais la proposition de
M. Franklin n'en est pas moins vraie, & il faudra que le physicien
François en convienne malgré sa protestation, car il faut se rendre à
l'évidence; il doit sçavoir qu'après l'expérience de Leyde, la bouteille
n'est plus chargée, & qu'il n'y reste plus de feu: si les deux
bouteilles dont il s'agit restent chargées après en avoir approché les
deux crochets l'un de l'autre, c'est une preuve incontestable qu'elles
n'ont pas produit tout leur effet. Celui que M. L. N. a ressenti n'est
venu que de ce que l'une des bouteilles étoit plus chargée que l'autre,
& le feu qu'il a vû si distinctement entre les deux crochets, n'est que
ce qui en a passé de l'une à l'autre pour les remettre toutes deux en
équilibre: elles n'en restent pas moins chargées l'une & l'autre après
cette légère commotion, qui d'ailleurs n'est pas différente de celles
qu'on ressent dans la main à chaque étincelle que l'on tire d'un peu
loin du conducteur, quand on charge une bouteille.

[Note 20: Lett. sur l'Électricité, pag. 123.]

»Pour avoir sur ce sujet une conviction encore plus complette, il ne
s'agit que de varier l'expérience: prenez deux bouteilles dont l'une
soit bien chargée & l'autre ne le soit point du tout; en approchant
leurs crochets l'un de l'autre, vous verrez une étincelle & vous
recevrez un coup; mais après cela les bouteilles seront toutes deux à
demi chargées; preuve certaine que le feu est sorti par le crochet de
celle qui étoit électrisée, comme il y étoit entré.

»Cette erreur de M. L. N. ne vient donc que de ce qu'il n'a pas fait
attention que pour cette expérience les deux bouteilles doivent être
_également_ chargées. Quand elles le sont, il n'y a réellement ni
étincelle, ni choc, comme l'a judicieusement avancé M. Franklin.

40. Variez l'expérience en chargeant deux fioles également, l'une par le
_crochet_, l'autre par le _côté_; tenez par les _côtés_ celle qui a été
chargée par le _crochet_, & tenez par le _crochet_ celle qui à été
chargée par le _côté_; appliquez le _crochet_ de la première au _côté_
de la seconde, il n'y aura ni choc, ni étincelle: posez sur le verre
celle que vous tenez par le _crochet_, levez-la par les _côtés_, &
présentez les deux _crochets_ l'un à l'autre, il y aura une étincelle &
un choc, & les deux bouteilles seront déchargées.

»Cette expérience étant attaquée dans le même endroit & de la même
manière que la précédente, trouve aussi la même défense.

Dans cette expérience les bouteilles sont totalement déchargées, &
l'équilibre y est rétabli: l'excès du feu dans un des crochets, (ou
plutôt dans la surface intérieure d'une bouteille,) étant exactement
égale à ce qui manque de feu dans l'autre, & par conséquent comme chaque
bouteille a en elle-même l'excès aussi bien que le défaut, le défaut &
l'excès doivent être égaux dans chaque bouteille. Voyez §. 42. 43. 44.
45. Mais si un homme tient en main les deux bouteilles, dont l'une soit
pleinement électrisée, & l'autre ne le soit point du tout; s'il
rapproche leurs crochets, il ne sentira que la moitié du coup, & les
bouteilles resteront à demi électrisées, l'une étant à demi déchargée, &
l'autre à demi chargée.

41. Placez deux fioles également chargées sur une table à 5. ou 6.
pouces de distance; suspendez une petite boule de liége par un fil de
soye, qui tombe entre les deux bouteilles: si les fioles ont été toutes
deux chargées par leurs crochets, lorsque le liége aura été attiré &
repoussé par l'un, il ne sera pas attiré par l'autre, mais il en sera
également repoussé; mais si les fioles ont été chargées l'une par le
crochet & l'autre par le côté,[21] le liége après avoir été attiré, &
repoussé par un crochet, sera aussi fortement attiré & ensuite repoussé
par l'autre, & jouëra ainsi avec force entre les deux, jusqu'à ce que
les deux bouteilles soient à peu près déchargées.

[Note 21: Pour charger commodément une bouteille par le côté, mettez-la
sur un verre: établissez une communication du premier conducteur à
l'enveloppe métallique de cette bouteille, & une autre de son crochet à
la muraille ou au plancher. Quand elle sera chargée, supprimez cette
derniere communication avant que d'empoigner la bouteille, autrement une
grande partie du feu s'échapperoit par cette voye.]

42. Lorsque nous employons les termes de _charger_ & _décharger_ les
bouteilles, c'est pour nous conformer à l'usage, & par disette d'autres
termes plus convenables; puisque nous sommes persuadés qu'il n'y a
réellement pas plus de feu électrique dans la bouteille après ce qu'on
appelle sa _charge_, ni moins après sa _décharge_ qu'il n'y en avoit
auparavant, excepté seulement la petite étincelle que l'on peut donner
ou enlever à la matière non-électrique, si elle est séparée de la
bouteille: étincelle qui ne peut pas égaler la cinquantiéme partie de
celle qui fait l'explosion.

Car si dans l'explosion le feu électrique sortoit de la bouteille par un
endroit, & qu'il ne rentrât pas par un autre, il s'ensuivroit que si un
homme placé sur de la cire & tenant la bouteille d'une main, tiroit
l'étincelle en touchant avec l'autre le crochet de fil-d'archal, la
bouteille étant par là déchargée, l'homme seroit chargé; ou que la
quantité de feu perduë par l'une se retrouveroit dans l'autre, puisqu'il
n'y a aucune issue pour la laisser échaper; mais il arrive le contraire.

43. D'ailleurs la fiole ne souffrira pas ce que l'on appelle une charge,
à moins qu'il n'en puisse sortir autant de feu par une voye qu'il en
entre par une autre. Une fiole placée sur la cire ou sur le verre, ou
bien suspenduë sur le premier conducteur d'électricité, ne peut être
chargée à moins qu'il n'y ait une communication établie entre ses côtés
& le plancher pour servir de décharge.

»De toutes les expériences de Philadelphie, il y en a peu qui soient
contestées avec autant de confiance que celle-ci. Dès le premier rapport
que je fis à l'Académie royale des sciences en 1751. du succès des
expériences de M. Franklin, on me soutint avec vivacité que cette
observation étoit contraire à l'expérience. N'étant allé à l'Académie
que pour y rendre compte de ce que j'avois fait & vû, & non pas pour
disputer; je me contentai de répliquer que j'étois sûr de ce que
j'avançois d'après mon auteur: je suis surpris qu'on n'en ait pas encore
reconnu la vérité. Cette communication que l'on établit des côtés de la
bouteille au plancher, est ce que nous appellons une décharge: quand on
électrise une bouteille à la main, c'est la main qui en tient lieu; mais
si la bouteille est suspenduë au conducteur sans décharge, & que l'air
soit bien sec, je suis sûr pour l'avoir éprouvé cent fois, qu'elle ne se
charge point: j'ai de même éprouvé que quand elle est appuyée sur un
support électrique, plus ce support est large & élevé & moins elle se
charge. J'ai cependant vû la bouteille de Leyde se charger quoique
suspenduë au conducteur sans décharge, mais très-lentement &
très-difficilement, dans des tems où l'air de l'atmosphère est chargé
d'humidité, (c'est apparemment celui où notre critique a étudié son
objection) mais cela ne vient que de ce que les particules d'humidité
répanduës dans l'air font l'office de décharge: l'on peut d'autant moins
se prévaloir de cette observation contre M. Franklin, qu'il est moins à
portée de la faire par lui-même. La saison où il se livre plus
particulierement à l'électricité, comme la plus favorable aux
expériences, est l'hyver, & c'est le temps où la Pensylvanie jouit du
ciel le plus beau & le plus pur; quoi qu'il en soit, des objections, la
proposition de notre auteur restera dans toute sa force pour quiconque
voudra se mettre dans sa position, & consulter l'expérience sans
prévention.

44. Mais suspendez deux ou plusieurs fioles sur le premier conducteur
d'électricité, l'une pendante à la queuë de l'autre, & un fil-d'archal
de la derniere au plancher, un égal nombre de tours de rouë les chargera
également, & chacune le sera autant que si elle seule eût été soumise à
l'opération: ce qui est chassé de la queuë de la premiere servant à
charger la seconde, ce qui est chassé de la seconde chargeant la
troisiéme, & ainsi de suite; par ce moyen une quantité de bouteilles
peuvent être chargées par la même opération, & aussi pleinement que s'il
n'y en avoit qu'une seule; si ce n'est que chaque bouteille reçoit de
nouveau feu, & abandonne son ancien avec quelque réticence, ou plutôt
apporte à la charge quelque foible résistance, qui dans un nombre de
bouteilles devient plus égale à la puissance chargeante, & repousse
ainsi le feu sur le globe plus vite qu'une simple bouteille ne le
pourroit faire.

45. Lorsqu'une bouteille est chargée par la voye ordinaire, ses surfaces
intérieure & extérieure sont prêtes, l'une à donner le feu par le
crochet, l'autre à le recevoir par le côté: l'une est pleine, & disposée
à pousser, l'autre est vuide, & extrêmement affamée; & cependant comme
la premiere ne chassera point, que l'autre ne puisse au même instant
recevoir, de même la dernière ne recevra point, que la première ne
puisse donner au même instant; lorsque l'un & l'autre peut se faire en
même-tems, cela se fait avec une vitesse & une violence inconcevables.

46. Ainsi lorsqu'on bande un ressort avec violence (quoique la
comparaison ne convienne pas dans tous les points) il doit, pour se
rétablir de lui-même, resserrer le côté qui avoit été étendu en le
bandant, & étendre celui qui avoit été resserré. Si l'une de ces
opérations rencontre des obstacles, l'autre ne sauroit avoir son
éxécution; mais on ne dit point que le ressort soit chargé d'élasticité,
lorsqu'il est bandé, & déchargé, lorsqu'il est débandé; sa quantité
d'élasticité est toujours la même.

47. Le verre a pareillement toujours dans sa substance la même quantité
de feu électrique, & une fort grande quantité, par rapport à la masse du
verre, comme il sera prouvé dans la suite.

48. Cette quantité proportionnée au verre, il la retient avec force &
opiniatreté; il n'en aura ni plus ni moins, quelque changement qu'il
éprouve dans ses parties, & dans sa situation; c'est-à-dire, que nous en
pouvons tirer une partie de l'un de ses côtés, pourvû que nous en
rendions à l'autre une égale quantité.

49. Néanmoins lorsque la situation du feu électrique est ainsi dérangée
dans le verre, lorsque quelque partie a été retranchée de l'un des
côtés, & que quelque partie a été ajoûtée à l'autre, il ne reste point
en repos ou dans son état naturel, jusqu'à ce qu'il ait été rétabli dans
son uniformité primitive .... & ce rétablissement ne peut être fait à
travers la substance du verre, mais il doit se faire par une
communication non électrique, établie au dehors, de surface à surface.

50. Ainsi la force totale de la bouteille, & le pouvoir de donner un
choc est dans le verre-même; les corps non-électriques en contact avec
les deux surfaces ne servant qu'à donner & à recevoir des différentes
parties du verre; c'est-à-dire, à donner à un côté, & à recevoir de
l'autre.

51. Nous avons fait ici cette découverte de la manière suivante. Nous
proposant d'analyser la bouteille électrifiée pour sçavoir où réside sa
force, nous la plaçâmes sur un verre, & nous ôtames le liége & le
fil-d'archal, que l'on avoit eu attention de ne pas trop enfoncer. Alors
prenant la bouteille d'une main, & approchant un doigt de l'autre main
auprès de l'orifice, une forte éteincelle s'élança de l'eau, & le choc
fut aussi violent que si le fil-d'archal n'eût point été dérangé, ce qui
nous fit connoître que la force électrique ne résidoit point dans le
fil-d'archal. Ensuite pour découvrir si elle résidoit dans l'eau, y
étant comprimée & condensée, parce que le verre la serre de toutes parts
(ce qui avoit été notre première opinion,) nous électrisâmes de nouveau
la bouteille; & l'ayant mise sur un verre, nous otâmes, comme ci-devant,
le liége & le fil-d'archal; levant alors la bouteille, nous versâmes
toute l'eau dans une autre bouteille vuide qui étoit pareillement sur un
verre; & levant cette derniere fiole, nous comptâmes, si la force
résidoit dans l'eau, d'entendre partir un coup; mais il n'y en eut
point. Nous jugeâmes donc qu'il falloit ou que la force se fût perduë en
transvasant, ou qu'elle fût restée dans la première bouteille; & nous
trouvâmes que notre derniere conjecture étoit juste. Car cette bouteille
mise à l'épreuve donna un coup, quoique remplie, sans la déplacer, avec
de l'eau fraîche, & qui n'étoit point électrifiée... Alors pour
découvrir si le verre avoit cette propriété précisément comme verre, ou
si la forme y contribuoit en quelque chose, nous prîmes un carreau de
verre; & le posant sur la main, nous mîmes une plaque de plomb sur sa
surface supérieure; ensuite nous électrisâmes cette plaque, & à
l'approche du doigt il y eut une étincelle & un choc. Nous prîmes
ensuite deux plaques de plomb de dimensions égales, mais plus petites
que le verre qui les débordoit de deux pouces de tous côtés, & nous
électrisâmes le verre entr'elles en électrisant la plaque de dessus.
Après cela nous séparâmes cette plaque du verre, & par cette opération
le peu de feu qui pouvoit être dans le plomb fut enlevé, & le verre
touché avec le doigt sur les parties électrisées, ne donna que quelques
petites étincelles piquantes; on peut cependant en tirer un grand nombre
de différent endroits. Après avoir remis adroitement le verre entre les
deux plaques, & achevé un cercle; c'est-à-dire, pratiqué une
communication entre les deux surfaces, il s'ensuivit un choc violent
.... ce qui démontre que le pouvoir réside dans le verre comme verre, &
que les corps non-électriques en contact servent uniquement, comme
l'armure de l'aimant, à unir les forces des différentes parties, & à les
rassembler dans tel point qu'on désire. Car c'est une proprieté des
corps non-électriques, que tout le corps reçoit ou donne dans un instant
tout le feu électrique qui est donné ou enlevé à quelqu'une de ses
parties.

»L'expérience de Leyde est sans contredit une des plus belles
découvertes qui ayent été faites en Physique. C'est elle qui a donné
lieu aux profondes recherches qui occupent si généralement les
Physiciens depuis 1745. Chacun d'eux a fait ses efforts pour déveloper
la merveilleuse bouteille qui en est le fondement; mais on ne voit pas
qu'aucun y ait réussi avant M. Franklin. L'analyse de cette bouteille
étoit, ce semble, la chose la plus aisée à imaginer & la plus simple à
éxécuter, & cependant personne n'y a songé, comme si cette idée n'eût pû
venir que du nouveau monde; mais à peine a-t-elle pénetré en Europe, à
peine le succès en est-il connu qu'on entreprend de le contester; on
veut documenter l'auteur, changer le procedé, & nier le résultat.
Examinons chacune de ces choses.

»_Si vous voulez_, dit le Physicien françois à l'Américain[22], _répéter
cette expérience_ (l'analyse de la bouteille) _de bonne foi & sans
prévention, je vous dirai en quoi vous avez manqué; & je vous promets
qu'en procédant, comme il convient, vous trouverez des signes
très-marqués de la vertu électrique dans votre eau transvasée._ Voici le
procedé.

[Note 22: Lettre sur l'Électricité, pag. 91.]

»_Je vous avertis donc qu'il faut faire cette expérience avec une
électricité passablement forte, éviter les longueurs... que le nouveau
vase qui reçoit l'eau, ne soit pas d'un verre fort épais, & qu'au lieu
d'être posé sur du verre, comme vous le faites, il le soit au contraire
sur la main d'un homme ou sur quelqu'autre corps non-électrique. Si vous
procedez ainsi, je vous réponds du succès._ Pour moi je pense qu'en
procedant ainsi, on ne feroit point l'analyse de la bouteille. Mais ni
le critique, ni celui qui s'est laissé surprendre par cette expérience,
ne se sont apperçus qu'ils manquoient dans le point essentiel. C'est ce
défaut de sagacité qui paroît avoir assuré la défaite de l'un & la
victoire de l'autre que l'on a fait sonner si haut.

»D'après ce résultat vrai en lui-même, mais faux dans son principe, on
argumente contre M. Fr. on le presse: on le poursuit: on se persuade
qu'il ne lui reste pas plus de ressource qu'à celui qu'on a nommé son
plus zèlé partisan.

»Sans entreprendre de réfuter tout ce que l'éloquence étale en 8. ou 10.
pages de la critique, & sans rétorquer tous les argumens adressé à notre
Américain, je crois que quelques réflexions fondées sur l'expérience
suffiront pour en effacer les impressions.

»Quand une personne tient dans sa main la bouteille électrisée, &
qu'elle en verse l'eau dans une autre bouteille tenuë dans la main d'une
autre personne, il arrive la même chose que si l'on faisoit toucher le
crochet de la premiere bouteille à celui de la seconde qui seroit armée,
la charge se partage entre les deux bouteilles.[23] Cela est si vrai que
si la même personne fait seule cette expérience en tenant les deux
bouteilles, une en chaque main, elle ressentira une commotion, qui ne
sera pourtant que la moitié de celle qu'elle recevroit, si elle faisoit
tout simplement l'expérience de Leyde. Donc en versant l'eau de cette
façon on fait passer avec elle dans la seconde bouteille la moitié de la
matière électrique contenuë dans la première. La preuve s'en tire encore
d'une autre observation que voici. Si la matière électrique qui passe
ainsi avec l'eau d'une bouteille dans l'autre, étoit précisément
attachée à la liqueur, la quantité en seroit proportionelle à la
quantité de l'eau transvasée: or cela n'est point; car que l'on vuide
toute la liqueur, ou que l'on n'en vuide que la moitié, la seconde
bouteille qui l'aura reçuë se trouvera également chargée, c'est-à-dire
électrisée au même degré; & si toutes choses étoient égales des deux
cotés: si les bouteilles étoient égales en capacité, en matiére, en
forme, & leur intérieur également moüillé, ce degré seroit éxactement le
même dans chacune. Donc notre critique n'a pas raison de dire que l'on
ne sauroit lui objecter que les circonstances dont il fait dépendre le
succès de l'expérience, changent l'espèce. Et pourquoi ne sauroit-on lui
faire cette objection, dès qu'on voit évidemment que son procédé est
erronné: que n'en apperçevant pas le défaut, il en tire avantage, pour
combattre la doctrine d'un Physicien consommé dans cette partie, où il
donne des leçons à tout le monde sçavant?

[Note 23: V. pag. 125. §. 40.]

»S'il restoit encore quelques doutes sur l'analyse de la bouteille
électrisée, qui est regardée avec raison comme une des plus belles
expériences de M. Franklin, quoiqu'elle ne soit pas une des plus
brillantes, & sur laquelle j'ai entendu un des Physiciens les plus
experimentés en cette partie, se reprocher de ne l'avoir pas imaginée;
si, dis-je, il restoit encore quelques doutes sur ce sujet, on pourroit
les lever, en s'y prenant d'une autre façon que j'ai imaginée, & que je
rapporte ici, pour répondre à ceux qui prétendent que la matière
électrique ne paroît attachée au verre de la bouteille qu'en vertu de
l'adhérence de l'eau à ses parois intérieures. Au lieu d'eau, je mets
dans la bouteille du menu plomb, comme du plomb à perdreaux, ou de la
cendrée: après l'avoir armée de son crochet, & l'avoir électrisée, j'en
fais l'analyse, suivant la méthode de M. Franklin, & je trouve toujours
que le plomb en étant vuidé, n'a point emporté l'électricité, mais que
cette matière est restée presque toute entière en la bouteille où je
l'avois fait entrer d'abord, puisque de nouveau plomb, ou à sa place de
l'eau, ou toute autre substance non-électrique, ou même rien autre chose
qu'un fil-d'archal, pourvû qu'il touche au fond intérieur, lui rend le
pouvoir de donner la commotion à quiconque veut la tenter. J'ai même
éprouvé qu'elle étoit, toutes choses égales d'ailleurs, toujours plus
forte avec le plomb qu'avec l'eau, C'est en conséquence de cette
observation, que depuis long-tems je ne me sers presque plus d'eau dans
mes expériences électriques. J'ai trouvé que le métal, & sur tout le
plomb granulé est bien préférable à la liqueur pour analyser la
bouteille: il n'est pas sujet à l'évaporation: on peut le sécher
aisément; il n'éclabousse point en le traversant: il ne s'attache ni aux
parois ni au goulot de la bouteille, toutes choses qui font souvent
manquer l'expérience, quand on opére avec de l'eau. L'usage de la
limaille pour remplir la bouteille est aussi très-bon; mais si l'on veut
en faire l'analyse, il faut avoir attention que la limaille soit bien
séche, & qu'elle ne fasse point de poussière quand on la verse.

Il résulte de toutes ces observations que j'ai faites & répétées avec
tout le soin & l'éxactitude possibles, qu'en s'y prenant comme
l'enseigne M. L. N. on ne fait point l'analyse de la bouteille
électrisée. Car, qu'est-ce que faire cette analyse? N'est-ce pas tout
simplement séparer chacune des parties dont elle est composée, pour voir
à laquelle de ses parties la matière électrique restera attachée? Or en
suivant la route indiquée par M. Fr. on arrive sûrement à ce but; si
l'on entreprend de m'en montrer une autre, il faudra me prouver qu'elle
y conduit aussi sûrement, ou tout au moins me mettre dans
l'impossibilité d'en découvrir l'erreur. Notre critique ne fait ni l'un
ni l'autre, & malgré ses argumens spécieux, je n'y aurai pas plus de
confiance que si, pour me prouver que l'électricité n'est pas attachée
au verre, il commençoit par décharger la bouteille avant d'en faire
l'analyse; il n'y a pas plus de raison à vouloir que la seconde
bouteille dans laquelle on verse l'eau électrisée, soit dans la main
d'un autre homme, qu'il y en auroit à éxiger que la premiere y fût
aussi, quand on en ôte le fil-d'archal avec les doigts. Il y a donc,
quoiqu'en dise la critique, des circonstances d'où on fait dépendre le
succès de l'expérience, qui en changent l'espéce; & celles-ci sont du
nombre. C'est pour cela que je prétens qu'en s'y prenant de cette façon,
l'on ne fait point du tout l'analyse de la bouteille.

»Que notre adversaire au reste ne s'imagine pas que je n'aye en vûe que
de le contredire. La recherche de la verité est mon seul objet. Aucune
considération ne sauroit m'en détourner. Quand nous avons dit que l'eau
ou le métal que l'on met dans la bouteille de Leyde n'emportent point
avec eux d'électricité, dans le temps qu'on les verse dans un autre vase
soutenu sur un support électrique; il ne faut pas prendre cette
proposition à la rigueur. Je sçais par expérience que ces corps
non-électriques ne se dépoüillent pas absolument, en sortant de la
bouteille, de toute l'électricité dont ils étoient chargés. Cela se voit
évidemment quand on se sert de limaille pour faire l'analyse de la
bouteille. Notre auteur estime que la quantité qu'ils retiennent de
cette matière n'équivaut peut-être pas la cinq-centiéme partie de ce qui
fait la charge de la bouteille; mais cette petite quantité n'est pas ce
dont il s'agit ici; quand elle seroit beaucoup plus considérable dans
les circonstances établies, elle ne mettroit jamais la seconde bouteille
en état de donner la commotion.»

52. Sur quoi nous avons fait ce que nous appellons une _batterie
électrique_, consistant en onze grands carreaux de vitre garnis de lames
de plomb appliquées sur chaque côté, placés verticalement, & soutenus à
deux pouces de distance sur des cordons de soye, avec des crochets épais
de fil de plomb, un de chaque côté, dressés en ligne droite, éloignés
l'un de l'autre, & des communications convenables de fil, & une chaîne
depuis le côté _donnant_ d'un carreau jusqu'au côté _recevant_ de
l'autre, de sorte que le tout puisse être chargé ensemble, & par la même
opération, comme s'il n'y avoit qu'un seul carreau. Nous avons fait
encore une autre machine pour amener les côtés _donnans_ après la
charge, en contact avec un long fil-d'archal, & les côtés _recevans_
avec un autre. Ces deux longs fils-d'archal donneroient la force de tous
les carreaux de verre à la fois à travers le corps de quelque animal qui
formeroit le cercle avec eux. Les carreaux peuvent aussi être déchargés
séparément, ou tel nombre ensemble que l'on voudra; mais cette machine
n'a pas été mise beaucoup en usage, comme ne répondant pas parfaitement
à notre intention, relativement à la facilité de la charge par la raison
donnée §. 44. Nous avons fait aussi avec de grands carreaux de vitre des
tableaux magiques & des roues animées qui se meuvent d'elles-mêmes, &
dont nous allons bientôt faire la description.

53. Je m'apperçois par le dernier livre de l'ingénieux Mr. Watson que
j'ai reçu dernièrement, que le docteur _Bevis_ s'est servi avant nous de
carreaux de verre pour faire l'expérience de Leyde, & jusqu'au moment
que ce livre m'est parvenu, je me proposois de vous communiquer cela
comme une nouveauté. Si j'en fais mention ici, je vous dirai pour excuse
que nous avons tenté l'expérience différemment, que nous en avons tiré
des conséquences différentes, (car M. Watson paroît toujours persuadé
que le feu est accumulé sur le corps non électrique, qui est en contact
avec le verre, pag. 72.) & nous l'avons même poussé plus loin, autant
que j'en puis juger jusqu'à présent.



_LETTRE V._

PREMIÈRE PARTIE.


27. Juillet 1751.

MONSIEUR,

Je crois que M. Watson a fait à la hâte ses observations sur mon dernier
écrit, avant d'avoir bien considéré les expériences rapportées dans le
§. 51. qui me paroissent toujours décisives dans cette question: _Si
l'accumulation du feu électrique est sur le verre électrisé, ou sur la
matière non-électrique jointe au verre_; je crois qu'elles démontrent
que l'accumulation est réellement sur le verre.

Quant à l'expérience dont parle cet ingénieux physicien, & qu'il regarde
comme concluante pour le parti opposé; je me flatte qu'il changera de
façon de penser à cet égard, lorsqu'il considérera que, comme une
personne qui applique le fil-d'archal de la bouteille chargée à une
liqueur spiritueuse échauffée dans une cuillier que tient une autre
personne, toutes deux étant sur le plancher, en enflammera les esprits,
& que cependant une pareille inflammation ne peut pas décider si
l'accumulation étoit sur le verre ou dans le corps non-électrique; de
même si l'on place une troisiéme personne sur un gâteau de cire entre
les deux premières, qu'elle tienne d'une main un bassin dans lequel on
verse l'eau de la bouteille, & qu'à l'instant de l'effusion elle
présente un doigt de l'autre main à la liqueur spiritueuse; cette
circonstance ne change rien du tout à l'état des choses, le filet d'eau
tombant de la fiole, le côté du bassin, les bras & le corps de la
personne placée sur le gâteau n'étant tous ensemble que comme un long
fil-d'archal qui s'étend de la surface intérieure de la fiole à la
liqueur spiritueuse.

54. Voici de quelle manière se fait le tableau magique. Ayant un grand
portrait avec un cadre & une glace, (supposez que ce soit celui du Roi)
ôtez-en l'estampe, & coupez-en une bande à la distance d'environ deux
pouces du cadre tout autour; quand la coupure prendroit sur le portrait
il n'y auroit pas d'inconvénient. Avec de la colle légere ou de l'eau
gommée, fixez sur le revers de la glace la bande du portrait séparée du
reste, en la serrant & l'unissant bien: alors remplissez l'espace vuide
en dorant la glace avec de l'or ou du cuivre en feuille: dorez
pareillement le bord intérieur du derrière du cadre tout autour, excepté
le haut, & établissez une communication entre cette dorure & la dorure
du derrière de la glace: remettez la planche ou le carton sur la glace,
& ce côté est fini. Retournez la glace, & dorez exactement le côté
antérieur sur la dorure de derrière, & lorsqu'elle sera séche
couvrez-la, en collant dessus le milieu de l'estampe qui avoit été
séparé de la bande; observant de rapprocher les parties correspondantes
de cette bande & du portrait; par ce moyen le portrait paroîtra tout
d'une piéce comme auparavant; seulement une partie est derrière la glace
& l'autre devant....... tenez le portrait horizontalement par le haut, &
posez sur la tête du Roi une petite couronne dorée & mobile. Maintenant
si le portrait est électrisé modérément, & qu'une autre personne
empoigne le cadre d'une main, de sorte que ses doigts touchent la dorure
postérieure, & que de l'autre main elle tâche d'enlever la couronne,
elle recevra une commotion épouventable, & manquera son coup. Si le
portrait étoit puissamment chargé, la conséquence pourroit bien en être
aussi fatale[24] que celle du crime de haute trahison: car lorsque
l'étincelle est tirée à travers une main de papier couchée sur le
portrait par le moyen d'un fil-d'archal de communication; elle fait un
trou à travers chaque feuillet, c'est-à-dire à travers 48. feuilles,
(quoique l'on regarde une main de papier comme un bon plastron contre la
pointe d'une épée; ou même contre une balle de pistolet,) & le
craquement est excessivement fort. L'opérateur qui tient ce portrait par
l'extrémité supérieure, où l'intérieur du cadre n'est pas doré, à
dessein d'empêcher la chute du portrait, ne sent rien du coup, & peut
toucher le visage du portrait sans aucun danger, ce qu'il donne comme un
témoignage de sa fidélité..... Si plusieurs personnes en cercle
reçoivent le choc, on appelle l'expérience _les conjurés_.

[Note 24: Nous avons trouvé depuis qu'elle est fatale à de petits
animaux, mais que l'action n'est pas assez violente pour en tuer de
grands; le plus gros que nous ayons tué est une poule.]

«Avec une glace de 1200. pouces quarrés étamée sur ses deux faces, j'ai
plusieurs fois percé jusqu'à 160. feuilles de papier commun.»

55. Sur le principe établi dans le §. 41. que les crochets des
bouteilles différemment chargées attireront & repousseront différemment,
on a fait une rouë électrique, qui tourne avec une force extraordinaire.
Une petite fléche de bois élevée perpendiculairement passe à angles
droits à travers une planche mince, & de figure ronde d'environ 12.
pouces de diamétre, & tourne sur une pointe de fer fixée dans
l'extrémité inférieure, tandis qu'un gros fil-d'archal dans la partie
supérieure traversant un petit trou dans une feuille de cuivre,
maintient la fléche dans sa situation perpendiculaire. Environ trente
rayons d'égale longueur faits d'un carreau de vitre coupé en bandes
étroites sortent horizontalement de la circonférence de la planche, les
extrémités les plus éloignées du centre excédant les bords de la planche
d'environ 4. pouces; sur l'extrémité de chacun est fixé un dé de cuivre.
Maintenant si le fil-d'archal de la bouteille électrisée par la voye
ordinaire est approché de la circonférence de cette rouë, il attirera le
dé le plus proche, & mettra ainsi la rouë en mouvement. Ce dé dans le
passage reçoit une étincelle, & dès-lors étant électrisé, il est
repoussé & chassé en avant, tandis qu'un second étant attiré, approche
du fil-d'archal, reçoit une étincelle, & est chassé après le premier, &
ainsi de suite jusqu'à ce que la rouë ait achevé un tour: alors les dez
déjà électrisés approchant du fil-d'archal, au lieu d'être attirés comme
auparavant, sont au contraire repoussés, & le mouvement cesse à
l'instant... mais si une autre bouteille qui a été chargée par les côtés
est placée auprès de la même rouë, son fil-d'archal attirera le dé
repoussé par le premier, & par là doublera la force qui fait tourner la
rouë, en enlevant non-seulement le feu qui a été communiqué aux dez par
la première bouteille; mais leur en dérobant même de leur quantité
naturelle, au lieu d'être repoussés lorsqu'ils reviennent vers la
première bouteille, ils sont plus fortement attirés; de sorte que la
rouë accélère sa marche jusqu'à fournir avec une grande rapidité 12. ou
15. tours dans une minute, & avec une telle force que le poids de cent
rixdales dont nous la chargeâmes une fois, ne parut en aucune manière
ralentir son mouvement..... C'est ce que l'on nomme une broche
électrique; & si un gros oiseau étoit embroché à la fléche
perpendiculaire, il tourneroit devant le feu avec un mouvement capable
de le rôtir.

«Au lieu de faire cette roue de bois, & d'y rapporter des rayons de
verre, comme l'enseigne M. Franklin, j'ai imaginé qu'il étoit plus
simple & plus commode de la faire d'une seule piéce de verre; j'ai
choisi pour cela un carreau de verre de Bohême, le plus uni & le plus
plane que j'ai pû trouver: je l'ai fait couper en plateau rond de 18.
pouces de diamètre: j'ai collé sur chacune de ses surfaces une feuille
de papier marbré en couleur de bois, qui n'approche pas de la
circonférence du plateau plus près que de deux pouces: j'ai ensuite
mastiqué sur son centre de chaque côté deux gros-fils-d'archal qui
servent d'axe, dont l'un est terminé en pointe pour servir de pivot &
pour tourner sur une petite crapaudine de cuivre, & l'autre plus long
pour passer dans un trou rond pratiqué dans une traverse de bois. On
pourroit faire l'axe tout d'une piéce en perçant la rouë au centre pour
les recevoir. Cette roue étant ainsi mise à peu près en équilibre sur
son axe, j'ai mastiqué sur ses bords 30. balles de cuivre creuses, à
égales distance les unes des autres, & également éloignées du centre.
L'on conçoit que cette roue est bien plus légère, & par conséquent plus
mobile que celle de M. Franklin; aussi a-t-elle mieux réussi que celles
qui ont été exécutées suivant sa méthode.»

56. Mais cette roue, ainsi que celles qui sont poussées par le vent,
l'eau ou les poids, reçoit son mouvement d'une force étrangère, à
sçavoir celle des bouteilles. La roue qui tourne d'elle-même, quoique
construite sur les mêmes principes, paroîtra encore plus surprenante;
elle est faite d'un carreau de verre mince & rond de 17. pouces de
diamètre, dorée en entier sur les deux côtés, excepté 2. pouces vers le
bord. On arrête alors deux petites hémisphères de bois avec du mastic au
milieu des côtés supérieur & inférieur opposés à leur centre, & sur
chacune une forte verge de fil-d'archal longue de 8. ou 10. pouces qui
font ensemble l'axe de la roue. Elle tourne horizontalement sur une
pointe à l'extrémité inférieure de son axe, qui pose sur un morceau de
cuivre cimenté dans une salière de verre. La partie supérieure de son
axe traverse un trou fait dans une lame de cuivre cimentée à un fort &
long morceau de verre qui le tient éloigné de 5. ou 6. pouces de tout
corps non-électrique; & l'on place à son sommet une petite boule de cire
ou de métal pour conserver le feu. Dans un cercle sur la table qui
soutient la roue sont fixés douze petits pilliers de verre à la distance
d'environ 4. pouces, avec un dé sur le sommet de chaque pillier. Sur le
bord de la roue est une balle de plomb communiquant par un fil-d'archal
avec la dorure de la surface supérieure de la roue; & à 6. pouces
environ est une autre balle communiquant de la même manière avec la
surface inférieure. Lorsque l'on veut charger la roue par sa surface
supérieure, il faut établir une communication de la surface inférieure à
la table. Lorsqu'elle est bien chargée, elle commence à s'ébranler; la
balle la plus proche d'un pillier s'avance vers le dé qui est sur ce
pillier, l'électrise en passant, & dès-lors est forcée de s'en éloigner;
la balle suivante qui communique avec l'autre surface du verre, attire
plus fortement ce dé, par la raison que le dé a été électrisé auparavant
par l'autre balle, & ainsi la roue augmente son mouvement jusqu'à ce
qu'il vienne au point d'être réglé par la résistance de l'air. Elle
tournera une demi-heure, & fera l'un portant l'autre vingt tours dans
une minute, ce qui fait 600. tours dans une demi-heure. La balle de la
surface supérieure donnant à chaque tour 12. étincelles aux dez, ce qui
fait 7200. étincelles, & la balle de la surface inférieure en recevant
autant des mêmes dez; ces balles parcourent dans ce tems près de 2500.
pieds.... les dez sont bien attachés, & dans un cercle si exact, que les
balles peuvent passer à une très-petite distance de chacun d'eux.... Si
au lieu de deux balles vous en mettez huit, quatre communiquant avec la
surface supérieure & quatre avec la surface inférieure, placées
alternativement; lesquelles huit étant environ à six pouces de distance,
complettent la circonférence, la force & la vitesse seront de beaucoup
augmentées, la roue faisant cinquante tours dans une minute, mais elle
ne continuera pas à tourner si long-tems...... On pourroit peut-être
appliquer ces roues à la sonnerie d'un petit carillon[25], & faire par
leur moyen mouvoir de petits planétaires fort légers.

[Note 25: On l'a exécuté depuis.]

57. Courbez un fil-d'archal circulairement avec un tenon à chaque
extrémité; appuyez-en une extrémité contre la surface inférieure de la
roue, & amenez l'autre extremité à la surface supérieure, il en
résultera un craquement terrible, & la force sera déchargée.

58. Chaque étincelle ainsi tirée de la surface de la roue fait un trou
rond dans la dorure, perçant, lorsqu'elle sort, une partie de cette
dorure, ce qui montre que le feu n'est pas accumulé sur la dorure, mais
qu'il est contenu dans le verre même.

59. La dorure étant vernissée avec un vernis à la térébentine, le
vernis, quoique dur & sec, est brûlé par l'étincelle que l'on tire au
travers, & répand une odeur forte, & une fumée visible. Lorsque
l'étincelle est tirée à travers le papier, tout autour du trou qu'elle a
fait, le papier se trouve noirci par la fumée, qui quelquefois même
pénètre plusieurs feuilles. On trouve aussi une partie de la dorure
emportée, après avoir été poussée avec force dans le trou fait au papier
par le coup.

60. On remarque avec étonnement la quantité de feu électrique qui peut
résider dans la plus petite portion de verre. Une bouteille de verre des
plus minces d'environ un pouce de diamètre, pésant seulement six grains,
à demi-pleine d'eau, en partie dorée sur le dehors, & garnie d'un
crochet de fil-d'archal, donne, lorsqu'elle est électrisée, un aussi
grand coup qu'un homme puisse le supporter. Comme le verre a le plus
d'épaisseur vers l'orifice, je présume que la moitié inférieure, qui
étant dorée, a été électrisée, & a donné le coup, n'excède pas 2.
grains; car il paroît, lorsqu'elle est rompue, qu'elle est beaucoup plus
mince que la moitié supérieure. Si une de ces bouteilles minces est
électrisée par le côté, & que l'étincelle soit tirée à travers la
dorure, le verre sera brisé au dedans en même temps que la dorure le
sera au dehors.

61. En supposant (pour les raisons ci-dessus alléguées §. 42. 43. 44.)
qu'il n'y a pas plus de feu électrique dans la bouteille après sa charge
qu'auparavant, combien grande ne doit pas être la quantité de feu dans
cette petite portion de verre? On seroit tenté de croire qu'il fait
partie de sa nature & de son essence; peut-être que si la quantité
requise de feu électrique retenue par le verre avec tant d'opiniâtreté,
en étoit séparée, il cesseroit d'être verre. Il pourroit bien perdre sa
transparence, ou son éclat, ou son élasticité.... Il n'est pas
incroyable que l'on puisse trouver dans la suite des expériences qui
conduiront à cette découverte.

«Pour peu que l'on force l'électricité en chargeant une bouteille de
verre mince, il s'y fait à l'endroit le plus foible un petit trou
ordinairement de figure ronde & sans félure; après cette explosion la
bouteille est déchargée, & le petit trou paroît assez souvent bordé d'un
petit cercle blanchâtre, plus ou moins large, dont le verre a perdu sa
transparence, & semble brûlé par l'étincelle qui l'a pénétré. Si cette
explosion se faisoit dans la main, le trou se trouveroit vis-à-vis d'un
des doigts, & l'on y sentiroit une piqûre très douloureuse, sans pour
cela recevoir la commotion proprement dite.»

62. Nous sommes surpris de lire dans le livre de M. _Watson_ qu'un choc
ait été communiqué à travers un grand espace de terre séche, & nous
soupçonnons qu'il devoit y avoir quelque qualité métallique dans le
gravier de cette terre, ayant trouvé que la simple terre séche pressée
dans un tube de verre ouvert par les deux bouts, & un crochet de
fil-d'archal inséré dans la terre à chaque extrémité, la terre & les
fils-d'archal faisant partie d'un cercle, ne conduisoient pas le moindre
choc sensible; & qu'en effet, lorsqu'un des fils-d'archal avoit été
électrisé, l'autre donnoit à peine quelques signes de sa connéxion avec
le premier..... & même une ficelle bien humide manque quelquefois de
conduire un choc, quoique d'ailleurs elle conduise parfaitement bien
l'électricité. Un morceau de glace sec, ou une chandelle de glace[26],
que l'on tient entre deux bouteilles dans un cercle, empêche
semblablement le choc, ce que l'on ne devroit pas attendre, puisque
l'eau le conduit avec tant de perfection.... La dorure sur un livre
neuf, qui d'abord conduit le choc avec beaucoup de régularité, le manque
après 10. ou 12. expériences[27], quoiqu'elle paroisse toujours la même
à tous égards; c'est de quoi nous ne sçaurions rendre raison.[28]

[Note 26: C'est le nom que l'on donne aux glaçons qui pendent aux
goutières en forme de stalactites pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y
gèle en coulant goute à goute.]

[Note 27: C'étoit avec une petite bouteille; nous avons trouvé depuis
qu'elle manque également avec un grand verre.]

[Note 28: On verra dans la suite que l'Auteur, après de nouvelles
observations, en donne une raison très satisfaisante.]

63. Il y a encore une expérience qui nous a étonnés, & que jusqu'ici on
n'a pas expliquée d'une maniere satisfaisante; la voici. Placez un
boulet de fer sur un verre, & qu'une balle de liége humide, suspendue
par un fil de soye, vienne toucher le boulet: prenez une bouteille dans
chaque main, l'une électrisée par le _crochet_ & l'autre par le _côté_:
appliquez le fil-d'archal _donnant_ au boulet qu'il électrisera
positivement, & le liége sera répoussé. Ensuite appliquez le
fil-d'archal _recevant_, qui tirera l'étincelle donnée par l'autre;
alors le liége retournera au boulet: appliquez-le même une seconde fois
& tirez une autre étincelle; alors le boulet sera électrisé
négativement, & le liége dans ce cas sera repoussé comme auparavant;
appliquez encore le fil-d'archal _donnant_ au boulet, pour lui rendre
l'étincelle dont il a été privé, & la balle de liége retournera;
donnez-lui en une autre, qui sera une addition à sa quantité naturelle,
& le liége sera repoussé une seconde fois.

L'expérience peut être répétée de la sorte aussi long-tems qu'il y a
quelque charge dans les bouteilles. D'où il résulte que les corps qui
ont moins que la quantité commune d'électricité, se repoussent l'un
l'autre, aussi bien que ceux qui en ont plus.

Étant un peu mortifiés de n'avoir pû jusqu'ici rien produire par nos
expériences pour l'utilité du genre humain, & entrant dans la saison des
grandes chaleurs, pendant lesquelles les expériences électriques sont
moins agréables, nous avons pris la résolution de les terminer pour
cette saison un peu gayement par une partie de plaisir sur les bords de
la Skuylkill[29]. Nous nous proposons d'allumer les esprits des deux
côtés en même-tems, en envoyant une étincelle de l'un à l'autre rivage à
travers la rivière sans autre conducteur que l'eau, expérience que nous
avons exécutée depuis peu au grand étonnement de plusieurs spectateurs.
Nous tuerons un dindon pour notre dîner par le choc électrique, il sera
rôti à la broche électrique devant un feu allumé avec la bouteille
électrisée, & nous boirons les santés de tous les fameux Électriciens
d'Angleterre, de Hollande, de France & d'Allemagne dans des tasses
électrisées[30], au bruit de l'artillerie d'une batterie électrique.

_29. Avril 1749._

[Note 29: Rivière qui baigne un côté de Philadelphie, comme le Delaware
baigne l'autre côté. Les bords de ces deux rivières sont ornés des
maisons de campagne des bourgeois, & des charmantes demeures des
principaux habitans de cette colonie.]

[Note 30: Une tasse électrisée est un petit vase de verre fin, presque
rempli de vin, & électrisé comme la bouteille. Cette tasse étant portée
adroitement aux lèvres, donne un coup, si le bord de la lèvre est rasé
de près, & si l'on ne respire pas sur la liqueur.]


SUITE

_Des opinions & des conjectures sur les propriétés & sur les effets de
la matière électrique._

64. Il est dit dans le §. 8. que toutes les espèces de matière commune
sont supposées ne pas attirer le fluide électrique avec une égale
activité, & que les corps appellés originairement électriques comme le
verre, &c. l'attirent & le retiennent avec plus de force, & en
contiennent la plus grande quantité.

Cette dernière thèse pourroit avoir l'air d'un paradoxe pour quelques
personnes étant contraire à l'opinion dominante; c'est pourquoi je vais
faire ensorte de l'expliquer.

65. Pour le faire avec ordre, il faut d'abord considérer que nous ne
pouvons par aucun moyen connu jusqu'à présent faire passer le fluide
électrique au travers du verre. Je n'ignore pas que le sentiment commun
est qu'il traverse aisément le verre, & qu'on allégue en preuve
l'expérience d'une plume suspenduë par un fil dans une bouteille scellée
hermétiquement, & qu'on la met en mouvement en approchant un tube frotté
de la surface extérieure de la bouteille; mais si le fluide électrique
traverse si aisément le verre, comment la fiole devient-elle chargée
(pour me servir de l'expression usitée,) lorsque nous la tenons dans nos
mains? Le feu poussé dans la bouteille par le fil-d'archal ne la
traverseroit-il pas pour venir jusqu'à nos mains, & pour s'échapper
ainsi sur le plancher? En ce cas la bouteille ne demeureroit-elle pas
toujours dans le même état, c'est-à-dire sans être chargée, comme nous
sçavons que demeureroit une bouteille de métal qu'on essayeroit de
charger de la sorte? Assurément s'il y a la moindre fêlure, la plus
petite solution de continuité dans le verre, quoiqu'il reste si serré
que rien autre chose que nous sçachions n'y puisse passer; cependant le
fluide électrique, à cause de son extrême subtilité, volera à travers
cette fêlure avec la plus grande liberté; & nous sommes sûrs qu'une
telle bouteille ne peut jamais être chargée. Quelle est donc la
différence entre cette bouteille & une autre bien saine, si ce n'est que
le fluide peut traverser l'une, & ne sçauroit traverser l'autre?[31]

[Note 31: Voyez les §. 35-50.]

66. Il est vrai qu'il y a une expérience, qui à la première vûe, seroit
capable de persuader à un observateur superficiel que le feu poussé dans
la bouteille par le fil-d'archal, passe réellement à travers la
substance du verre. La voici: placez la bouteille sur un verre sous le
premier conducteur: suspendez un boulet par une chaîne depuis le premier
conducteur jusqu'à ce qu'il soit à un quart ou à un demi-pouce au-dessus
du fil-d'archal de la bouteille: mettez le revers du doigt précisément à
la même distance du côté de la bouteille que celle du boulet à son
fil-d'archal: maintenant faites tourner le globe, & vous verrez une
étincelle frapper du boulet au fil-d'archal de la bouteille, & au même
instant vous verrez & sentirez une étincelle exactement égale frapper du
côté de la bouteille sur votre doigt, & ainsi de suite étincelle pour
étincelle. Il sembleroit que la totalité reçûe par la bouteille en a été
déchargée une seconde fois, & cependant par ce moyen la bouteille est
chargée,[32] & par conséquent le feu qui abandonne ainsi la bouteille,
quoique dans la même quantité, ne sçauroit être le même feu qui est
entré par le fil-d'archal, car si c'étoit le même, la bouteille
resteroit sans être chargée.

[Note 32: Voyez le §. 54.]

67. Si le feu qui abandonne ainsi la bouteille n'est pas le même que
celui qui est poussé à travers le fil-d'archal, ce doit être le feu qui
résidoit dans la bouteille (c'est-à-dire dans le verre de la bouteille)
avant le commencement de l'opération.

68. Si cela est ainsi, il doit y en avoir une grande quantité dans le
verre, parce qu'une grande quantité est déchargée de la sorte même d'un
verre très mince.

69. Que ce fluide ou feu électrique soit fortement attiré par le verre,
nous le reconnoissons à la rapidité & à la violence avec lesquelles il
est repris par la partie qui en a été privée, dès qu'elle en trouve la
facilité, & il suit de là que d'une masse de verre nous ne pouvons tirer
une quantité de feu électrique, ou électriser _moins_ la masse totale,
comme nous pouvons le faire à l'égard d'une masse de métal; nous ne
pouvons diminuer ni augmenter sa quantité totale, car il tient bien la
quantité qu'il a, & il en a autant qu'il en peut tenir; ses pores en
sont gorgés aussi pleinement que la répulsion mutuelle des particules le
peut comporter; & ce qui est déjà dedans, refuse ou repousse fortement
toute quantité surnuméraire. Nous n'avons qu'un seul moyen de mettre en
mouvement le fluide électrique dans le verre, qui est de couvrir une des
deux surfaces d'un verre mince avec des corps non-électriques, & de
pousser sur une surface une quantité surnuméraire de ce fluide, qui se
répandant sur le corps non-électrique, & étant limitée par lui à cette
surface, agit par sa force répulsive sur les particules du fluide
électrique contenu dans l'autre surface, & les chasse du verre dans le
corps non électrique sur ce côté, d'où elles sont déchargées, & alors
ces parties ajoutées sur le côté chargé peuvent y entrer; mais après
cette opération il n'y en a dans le verre ni plus ni moins
qu'auparavant, en ayant laissé échapper précisément autant de dessus un
côté qu'il en a reçu sur l'autre.

70. Ici les expressions me manquent, & je doute beaucoup si je pourrai
rendre cette partie de mon ouvrage intelligible. Par ce mot _surface_
dans le cas présent, je n'entens pas simplement longueur & largeur sans
épaisseur; mais lorsque je parle de la surface supérieure ou inférieure
d'un morceau de verre, de la surface extérieure ou intérieure de la
bouteille, j'entens longueur, largeur, & moitié de l'épaisseur; & je
demande la grace d'être entendu en ce sens. Maintenant je suppose que le
verre dans ses premiers principes & dans la fournaise n'a pas plus de ce
fluide électrique que toute autre matière commune; que lorsqu'il est
soufflé, qu'il se refroidit, & que les particules de feu commun
l'abandonnent, ses pores deviennent un vuide. Que les parties
composantes du verre soient extrêmement petites & déliées, je le
conjecture de ce que ses parties brisées ne sont jamais raboteuses, mais
toujours lisses & polies; & de la ténuité de ses particules, j'infére
que les pores entr'elles sont excessivement petits; de là vient que
l'eau forte, ni aucun autre menstruë connu n'y peut entrer pour les
séparer, & en dissoudre la substance; nous ne connoissons même aucun
fluide assez délié pour les pénétrer, excepté le feu commun & le fluide
électrique. Maintenant le feu par sa retraite laissant un vuide, comme
il a été dit ci dessus, entre ces pores que l'air ou l'eau ne sont pas
assez fins pour pénétrer, ni remplir, le fluide électrique y est attiré,
car il est toujours prêt dans ce que nous appellons les corps
non-électriques & dans les mixtions non-électriques qui sont dans l'air;
cependant il ne se fixe point avec la substance du verre, mais il y
séjourne comme l'eau dans une pierre poreuse, retenu seulement par
l'attraction des parties fixées, restant toujours fluide & sans
adhérence; mais je suppose de plus que dans le refroidissement du verre,
son tissu devient plus serré au milieu, & forme une espèce de séparation
dans laquelle les pores sont si étroits que les particules du fluide
électrique qui entrent dans les deux surfaces en même tems, ne peuvent
les traverser, ou passer & repasser d'une surface à l'autre, & ainsi se
mêler ensemble. Néanmoins quoique les particules du fluide électrique,
imbibé par chaque surface, ne puissent d'elles-mêmes passer à travers
pour se joindre à celles de l'autre, leur répulsion le peut faire, & par
ce moyen elles agissent l'une sur l'autre. Les particules du fluide
électrique ont une mutuelle répulsion, mais par le pouvoir d'attraction
dans le verre, elles sont condensées, ou plus rapprochées l'une de
l'autre. Lorsque le verre a reçu, & que par son attraction il a condensé
autant de ce fluide électrique, que la force d'attraction & de
condensation dans l'une est égale à la force d'expension dans l'autre,
il ne peut plus s'en imbiber, & cela reste constamment sa quantité
totale. Mais chaque surface en recevroit plus, si la répulsion de ce qui
est dans la surface opposée ne résistoit à son entrée. Les quantités de
ce fluide dans chaque surface étant égales, leur action répulsive l'une
sur l'autre est égale, & par conséquent celles d'une surface ne
sçauroient chasser celles de l'autre.

Mais si l'on en pousse dans une surface une quantité plus grande que le
verre n'en tireroit naturellement, elle augmente le pouvoir répulsif de
ce côté, & surmontant l'attraction de l'autre, elle chasse la partie du
fluide qui a été imbibée par cette surface, s'il se trouve un corps
non-électrique prêt à la recevoir, ce qui arrive dans tous les cas où le
verre est électrisé pour donner un choc. La surface qui a été ainsi
vuidée, pour avoir chassé son fluide électrique, en reprend avec
violence une quantité égale aussitôt que le verre trouve l'occasion de
décharger cette quantité excédente au-delà de ce qu'il peut retenir par
l'attraction dans son autre surface, dont la répulsion additionnelle a
occasionné le vuide; car les expériences favorisant, je dirois presque
confirmant cette hipothèse, je dois, pour éviter les répétitions, vous
prier de revoir ce qui a déjà été dit de la fiole électrique dans mes
précédentes lettres.

71. Voyons maintenant l'usage que nous en pouvons faire pour expliquer
plusieurs autres phénomènes..... Le verre qui est un corps extrêmement
élastique, (& peut-être qu'il doit son élasticité jusqu'à un certain
point à la grande quantité de ce fluide répulsif qu'il renferme dans ses
pores,) le verre doit, lorsqu'il est frotté, avoir sa surface frottée un
peu élargie, ou ses parties solides un peu écartées, de sorte que les
interstices dans lesquels réside le fluide électrique, deviennent plus
larges, laissant de la place pour une plus grande quantité de ce fluide,
lequel y est immédiatement attiré du coussin, ou de la main frottante
qui se refournissent toujours au magazin commun; mais aussitôt que les
parties du verre ainsi ouvert & rempli ont essuyé le frottement, elles
se referment, & obligent la quantité surnuméraire de sortir sur la
surface où elle doit rester jusqu'à ce que ces parties retournent au
coussin, à moins que quelques corps non-électriques, comme le premier
conducteur, ne se présente d'abord pour les recevoir.[33]

[Note 33: Dans l'obscurité on peut voir le fluide électrique sur le
coussin en deux demi cercles ou croissans, l'un sur le devant, l'autre
sur le derrière, précisément dans l'endroit où le globe & le coussin se
séparent. Dans le croissant antérieur le feu passe du coussin dans le
verre: dans l'autre il quitte le verre & retourne dans la partie
postérieure du coussin. Quand on applique le premier conducteur pour
tirer le feu du verre, le croissant de derrière disparoît.]

Mais si la partie intérieure du globe est doublée d'un corps
non-électrique, la répulsion additionnelle du fluide électrique ainsi
rassemblé par le frottement sur la partie frottée de la surface
extérieure du globe, chasse une égale quantité de la surface intérieure
dans cette doublure non-électrique, qui la reçoit, & l'entraîne de la
partie frottée dans la masse commune à travers l'axe du globe & le cadre
de la machine; le fluide électrique nouvellement ramassé peut entrer &
demeurer dans la surface extérieure, & le premier conducteur n'en
recevra rien ou en recevra fort peu. Lorsque cette partie chargée du
globe en tournant revient au coussin, la surface extérieure dépose son
feu excédant dans le coussin, la surface intérieure opposée en recevant
en même tems une quantité égale du plancher. Il n'y a point
d'Électricien qui ne sçache qu'un globe mouillé intérieurement ne rend
que peu ou point de feu, mais jusqu'ici on n'a pas essayé d'en donner la
raison, ou du moins je l'ignore.

72. Si donc un tube doublé d'un corps non-électrique[34] est frotté, il
ne rend que peu ou point de feu, ce qui est rassemblé de la main dans le
coup qui se donne en frottant de haut en bas, entrant dans les pores du
verre, & en chassant une égale quantité de la surface intérieure dans la
doublure non-électrique; la main en repassant du bas en haut pour donner
un second coup, rechasse ce qui a été poussé dans la surface extérieure,
& alors la surface intérieure reçoit une seconde fois ce qu'elle a donné
à la doublure non-électrique. Ainsi les parties de fluide électrique
appartenant à la surface intérieure, pénètrent & ressortent de leurs
pores à chaque coup donné au tube. Mettez un fil-d'archal dans le tube,
l'extrémité intérieure en contact avec la doublure non-électrique, il
représentera la bouteille de _Leyde_. Qu'une seconde personne touche le
fil-d'archal tandis que vous frottez, & le feu chassé de la surface
intérieure, lorsque vous donnez le coup, passera à travers la personne
dans la masse commune; ensuite il reviendra au travers de la personne
lorsque la surface intérieure reprendra sa quantité. Par conséquent
cette nouvelle espèce de bouteille ne sçauroit être chargée de la sorte;
mais elle peut l'être ainsi: après chaque coup, avant que vous passiez
la main pour en donner un autre, faites appliquer le doigt de la seconde
personne au fil-d'archal, & prendre l'étincelle, ensuite retirer son
doigt, & ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle ait tiré un nombre
d'étincelles; de cette façon la surface intérieure sera épuisée & la
surface extérieure sera chargée; alors enveloppez ferme une feuille de
papier doré autour de la surface extérieure, & l'empoignant avec la
main, vous pourrez recevoir un coup par l'application du doigt de
l'autre main au fil-d'archal; car alors les pores vuides dans la surface
intérieure reprennent leur quantité, & les pores surchargés dans la
surface extérieure déchargent leur surplus, l'équilibre étant rétabli à
travers votre corps, lequel ne le seroit pas à travers la substance du
verre.[35]

[Note 34: Le papier doré, dont on présente la dorure au verre, fait fort
bien.]

[Note 35: Voyez les nouvelles expériences §. 49.]

Si le tube est épuisé d'air, une doublure non-électrique en contact avec
le fil d'archal n'est pas nécessaire, car dans le _vuide_ le feu
électrique volera librement de la surface intérieure sans avoir besoin
d'un conducteur non électrique. Mais l'air résiste à son mouvement, car
étant lui-même un corps originairement électrique, il ne l'attire point,
ayant déjà sa quantité suffisante. Ainsi l'air ne tire jamais une
atmosphère électrique d'aucun corps qu'à proportion des particules
non-électriques qui se trouvent mêlées avec lui; il conserve plutôt &
resserre une atmosphère qui par la répulsion mutuelle de ses parties
tend à se dissiper, & se dissiperoit immédiatement dans le _vuide_.....
Ainsi voilà l'explication de la plume enfermée dans un vaisseau de verre
scellé hermétiquement, & qui se meut à l'approche du tube frotté.
Lorsqu'une quantité surnuméraire du fluide électrique est appliquée au
côté du vase par l'atmosphère du tube, une quantité est repoussée &
chassée de la surface intérieure de ce côté dans le vase, & y affecte la
plume, retournant ensuite dans ses pores, lorsque le tube avec son
atmosphère est retiré; mais les particules de cette atmosphère ne
passent point elles-mêmes au travers du verre à la plume..... tous les
autres phénomènes qui se sont présentés à nous, & qui concernent le
verre & l'électricité sont, si je ne me trompe, expliqués avec une égale
facilité par la même hypothèse; elle peut bien néanmoins n'être pas
vraye, & je serai fort obligé à quiconque m'en fournira une meilleure.

73. Ainsi je prétens que la différence entre les corps non-électriques &
le verre, qui est un corps originairement électrique, consiste en ces
deux particularités; la première que le corps non-électrique souffre
sans peine un changement dans la quantité du fluide électrique qu'il
contient. Vous pouvez diminuer sa quantité totale, en en chassant une
partie que le corps entier reprendra; mais quant au verre, tout ce que
vous pouvez faire, c'est de diminuer la quantité contenuë dans une de
ses surfaces, encore n'en viendrez-vous à bout qu'en fournissant en même
tems une quantité égale, à l'autre surface, de sorte que le verre entier
puisse avoir la même quantité dans les deux surfaces, leurs deux
quantités différentes étant ajoutées ensemble, ce qui ne peut même
s'exécuter que dans un verre fort mince; nous ne connoissons jusqu'ici
aucun moyen d'opérer ce changement au-delà d'une certaine épaisseur.

La seconde que le feu électrique se transporte aisément d'un endroit à
un autre, dans & à travers la substance d'un corps non-électrique, mais
non à travers la substance du verre. Si vous en présentez une quantité à
l'extrémité d'une longue baguette de métal, elle la reçoit, &
lorsqu'elle y entre, chaque particule qui étoit auparavant dans la
baguette pousse vivement sa voisine à l'extrémité la plus éloignée où le
surplus est déchargé, & cela dans un instant lorsque la baguette fait
partie du cercle dans l'expérience du choc; mais le verre à cause de la
petitesse de ses pores ou de l'attraction plus forte de ce qu'il
contient ne se prête pas à un mouvement si libre. Une baguette de verre
ne conduira pas un choc, & le verre le plus mince ne laissera entrer
aucune particule dans aucune de ses surfaces pour traverser de l'une à
l'autre.

74. De là nous voyons l'impossibilité du succès dans les expériences
proposées, de tirer les _effluves_ salutaires d'un corps non-électrique,
de la canelle par exemple, & de les mêler avec le fluide électrique pour
les faire passer avec lui dans le corps, en l'enfermant dans le tube, &
le soumettant au frottement, &c. Car quoique les effluves de la canelle
& le fluide électrique fussent mêlés dans le globe, ils ne sortiroient
jamais ensemble à travers les pores du verre, & ainsi n'iroient point au
premier conducteur; car le fluide électrique lui-même ne sçauroit passer
au travers, & le premier conducteur est toujours fourni par le coussin,
& celui-ci par le plancher; & d'ailleurs lorsque le globe est rempli de
canelle ou d'un autre corps non-électrique, le fluide électrique ne peut
être tiré de la surface extérieure par la raison ci-dessus énoncée. J'ai
essayé un autre moyen que je croyois plus efficace pour obtenir un
mêlange de fluide électrique & d'autres effluves, si un tel mélange eût
été possible.

Je plaçai une lame de verre sous mon coussin pour couper la
communication entre le coussin & le plancher; alors je conduisis une
petite chaîne du coussin dans un vase d'huile de térébentine, & j'amenai
une autre chaîne de l'huile de térébentine au plancher, prenant garde
que la chaîne du coussin au verre ne touchât aucune partie du cadre de
la machine; une autre chaîne fut attachée au premier conducteur, & tenue
dans la main d'une personne qui devoit être électrisée. Les extrémités
des deux chaînes dans le verre étoient environ à un pouce de distance
l'une de l'autre, l'huile de térébentine entre deux. Les choses ainsi
disposées, je ne pus tirer le feu du plancher à travers la machine, la
communication étant interceptée par l'épaisseur de la lame de verre sous
le coussin; il fallut donc le tirer à travers les chaînes, dont les
extrémités étoient enfoncées dans l'huile de térébentine; & comme cette
huile étant un corps originairement électrique, ne pouvoit conduire ce
qui sortoit du plancher, il étoit donc obligé de sauter de l'extrémité
d'une chaîne à l'extrémité de l'autre à travers la substance de cette
huile, ce que nous voyions dans de grandes étincelles; ainsi le feu
électrique eut une belle occasion de saisir quelques-unes des particules
les plus déliées de l'huile dans son passage, & de les entraîner avec
lui; mais cet effet ne s'ensuivit pas, & je n'apperçus pas la moindre
différence entre l'odeur de ces écoulemens électriques ainsi rassemblés,
& celle qu'ils ont lorsqu'ils sont rassemblés d'une autre manière, & ils
n'affectent pas autrement le corps d'une personne électrisée.

Je mis pareillement dans une fiole au lieu d'eau une liqueur fortement
purgative, & alors je chargeai la fiole, & j'en tirai des coups à
plusieurs reprises. Dans ce cas il falloit que chaque particule de
fluide électrique, avant que de traverser mon corps, eût premièrement
traversé la liqueur, lorsque la fiole se chargeoit, & qu'elle la
traversât de nouveau lorsque la fiole se déchargeoit, & cependant il ne
s'ensuivit pas d'autre effet que si la fiole eût été chargée avec de
l'eau. J'ai aussi senti le feu électrique lorsqu'il avoit traversé l'or,
l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, le bois & le corps humain, sans y
appercevoir aucune différence: l'odeur est toujours la même lorsque
l'étincelle ne brûle pas ce qu'elle frappe, c'est pourquoi j'imagine
qu'elle ne prend son odeur d'aucune qualité des corps qu'elle traverse,
& en effet comme cette odeur abandonne si rapidement la matière
électrique & s'attache au revers du doigt qui reçoit les étincelles,
ainsi qu'aux autres choses, je soupçonne qu'elle n'a aucune connexion
avec elle, mais qu'elle se forme sur le champ de quelque chose dans
l'air, que l'air même pousse sur elle; car si elle étoit assez déliée
pour passer avec le fluide électrique à travers le corps d'une personne,
pourquoi s'arrêteroit-elle sur la peau d'une autre?

Mais je n'aurois jamais fait, si je vous entretenois de toutes mes
conjectures, pensées & imaginations sur la nature & sur les opérations
de ce fluide électrique, & si je vous rapportois les diverses petites
expériences que nous avons essayées. Cet écrit n'est déjà que trop long;
je vous en demande pardon; je n'ai pas eu le tems de le faire plus
court. J'ajouterai seulement que, comme il a été observé ici que l'on
peut enflammer en été les esprits par le moyen d'une étincelle
électrique sans les avoir chauffés, lorsque le thermomètre de
_Farhenheit_ est au-dessus de 70. Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si
l'opérateur met une petite bouteille platte dans son sein ou dans son
gousset avec la cuillier quelque tems avant d'en faire usage, la chaleur
de son corps leur en communiquera une plus que suffisante pour le
dessein qu'il se propose.

«L'imperméabilité du verre étant contestée par M. L. N. Lettre IV. il
seroit dans l'ordre de rapporter ici les réponses que lui a faites Mr.
David Colden. Mais comme les remarques de ce dernier embrassent
plusieurs objets qu'il eût été embarrassant de séparer, pour les mettre
chacun à sa place, il a paru plus convenable de les laisser comme il les
a écrites sous le titre de Lettre XIV.»



_LETTRE VI._


_1er. Septembre 1747._

MONSIEUR,

Je vous ai appris dans ma derniere lettre qu'en continuant nos
recherches électriques, nous avions observé quelques Phénomènes
singuliers que nous avons regardé comme nouveaux; je me suis engagé à
vous en rendre compte, quoique j'appréhende qu'ils n'ayent pas pour vous
le mérite de la nouveauté. Tant de personnes ont travaillé en Europe sur
les expériences électriques, que quelqu'un se sera probablement
rencontré avec nous sur les mêmes observations.

Le premier Phénomène est l'étonnant effet des corps pointus tant pour
tirer que pour pousser le feu électrique. Par exemple.

75. Placez un boulet de fer de trois ou quatre pouces de diamètre sur
l'orifice d'une bouteille de verre bien nette & bien séche: par un fil
de soye attaché au plat-fond précisément au-dessus de l'orifice de la
bouteille, suspendez une petite boule de liége environ de la grosseur
d'une balle de mousquet: que le fil soit de longueur convenable pour que
la boule de liége vienne s'arrêter à côté du boulet; électrisez le
boulet, & le liége sera repoussé à la distance de 4. ou 5. pouces plus
ou moins, suivant la quantité d'électricité...... Dans cet état si vous
présentez au boulet la pointe d'un poinçon long & délié à 6. ou 8.
pouces de distance, la répulsion sera détruite sur le champ, & le liége
volera vers le boulet. Pour qu'un corps émoussé produise le même effet,
il faut qu'il soit approché à un pouce de distance, & qu'il tire une
étincelle. Afin de prouver que le feu électrique est _tiré_ par la
pointe, si vous ôtez de son manche le côté applati du poinçon, & que
vous le fixiez sur un bâton de cire à cacheter, vous présenterez en vain
le poinçon à la même distance, ou l'approcherez encore de plus près, le
même effet n'en résultera point; mais glissez le doigt le long de la
cire, jusqu'à ce que vous touchiez le côté applati, le liége alors
volera sur le champ vers le boulet..... Si vous présentez cette pointe
dans l'obscurité, vous y verrez quelquefois à un pied de distance &
plus, une lumière brillante, semblable à un feu follet, ou à un ver
luisant.[36] Moins la pointe est aiguë, plus il faut l'approcher pour
appercevoir la lumière, & à quelque distance que vous voyiez la lumière,
vous pouvez _tirer_ le feu électrique, & détruire la répulsion.... Si
une boule de liége ainsi suspenduë est repoussée par le tube, & que la
pointe lui soit brusquement présentée, même à une distance considérable,
vous serez étonné de voir avec quelle rapidité le liége revole vers le
tube. Des pointes de bois feroient le même effet que celles de fer,
pourvû que le bois ne fût pas sec; car un bois parfaitement sec n'est
pas meilleur conducteur d'électricité que la cire d'Espagne.

[Note 36: Quand l'Électricité est forte & la pointe bien fine, la
lumière paroît jusqu'à la distance d'une toise.]

76. Pour montrer que les pointes _poussent_ aussi bien qu'elles _tirent_
le feu électrique, couchez une longue aiguille pointuë sur le boulet, &
vous ne pourrez assez électriser le boulet pour lui faire repousser la
boule de liége... ou bien faites tenir à l'extrèmité d'un canon de fusil
suspendu, ou d'une verge de fer, une aiguille qui pointe en avant comme
une espèce de petite bayonnette, dans cet état le canon de fusil ou la
verge ne sauroit par l'application du tube à l'autre extrèmité, être
électrisé au point de donner une étincelle; le feu s'échape ou s'écoule
continuellement en silence par la pointe. Dans l'obscurité vous pouvez
lui voir produire le même effet que dans le cas dont nous venons de
parler.

La répulsion entre la balle de liége & le boulet est pareillement
détruite, 1°. en sassant dessus du sable fin, ce qui la détruit par
dégrés; 2°. en soufflant dessus, 3°. en faisant autour, de la fumée de
bois brulé;[37] 4°. par la lumière d'une chandelle[38] quand même la
chandelle seroit à un pied de distance. Par ces moyens la répulsion est
détruite subitement.... La lumière d'un charbon de bois allumé & la
lueur d'un fer rouge produisent le même effet; mais non pas à une si
grande distance. La fumée de résine séche, fonduë sur un fer rouge, ne
détruit pas la répulsion; mais elle est attirée & par la balle de liége
& par le boulet, formant autour d'eaux des atmosphères proportionnées, &
les rendant agréables à la vûë, & presque semblables à quelques-unes des
figures qui sont dans la Théorie de la terre de _Burnet_ ou de
_Whiston_.

[Note 37: Nous supposons que chaque particule de sable, d'humidité ou de
fumée étant d'abord attirée, & ensuite repoussée, emporte avec elle une
portion de feu électrique, mais que cette portion subsiste toujours dans
ces particules, jusqu'à ce qu'elles la communiquent à quelqu'autre
corps, & qu'elle n'est jamais réellement détruite; ainsi quand on jette
de l'eau sur du feu commun, nous n'imaginons point que ce dernier
élément soit par-là détruit & anéanti, mais seulement dispersé, chaque
particule d'eau emportant en vapeurs la portion de feu qu'elle a attirée
& qu'elle s'est attachée.]

[Note 38: Quelques observations que j'ai faites depuis me portent à
penser que ce n'est pas la lumière, mais la fumée, ou les écoulemens
non-électriques de la chandelle, du charbon ou du fer rouge, qui
emportent le feu électrique, parce qu'ils sont d'abord attirés & ensuite
repoussés.]

N. B. Cette expérience doit être faite dans un cabinet où l'air soit
fort tranquille.

77. La lumière du Soleil poussée avec force & long-tems de suite par le
moyen d'un miroir ardent sur la boule de liége, que sur le boulet, ne
diminuë aucunement la répulsion. Cette différence entre la lumière du
feu & la lumière du Soleil est une autre découverte qui nous semble
nouvelle & extraordinaire.


EXPÉRIENCES,

78. Prenez de grandes balances de cuivre dont le fleau soit au moins
long de deux pieds, & dont les cordons soient de soye; suspendez-les par
une ficelle attachée au plat-fond, de sorte que le fond des bassins
puisse être environ à un pied du plancher; les bassins tourneront
circulairement par le détortillement de la ficelle; plantez le poinçon
sur le plancher, de manière que les bassins puissent passer au-dessus de
sa tête en décrivant leur cercle; électrisez alors un bassin en lui
communiquant une étincelle du fil-d'archal de la fiole chargée; comme
les balances tournent toujours, vous verrez ce bassin s'avancer plus
près du plancher, & s'abaisser davantage, lorsqu'il vient sur le
poinçon; & s'il est placé à une distance convenable, le bassin
étincellera, & déchargera son feu sur cet instrument. Mais si on attache
une aiguille sur l'extremité du poinçon, la pointe en haut, le bassin au
lieu de s'approcher de l'instrument & d'étinceller en le frappant,
déchargera son feu en silence à travers la pointe, & s'élevera plus haut
que le poinçon; & même si l'aiguille est placée sur le plancher auprès
du poinçon, la pointe en haut, l'extremité de l'instrument, quoique
beaucoup plus élevée que l'aiguille, n'attirera point le bassin, & ne
recevra point son feu, car l'aiguille le prendra & le dissipera avant
qu'il vienne assez près pour agir sur le poinçon. C'est une observation
constante dans ces expériences, que plus la quantité d'électricité sur
le conducteur de carton est grande, plus il frappe de loin, & décharge
son feu aisément; & la pointe pareillement le tirera toujours à une plus
grande distance.

_Fin du premier Volume._



                             EXPÉRIENCES
                                 ET
                            OBSERVATIONS
                                SUR
                           L'ÉLECTRICITÉ
                               FAITES
                    A PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE
                                PAR
                      M. BENJAMIN FRANKLIN;
     & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON,
                 de la Société Royale de Londres.

                     _Traduites de l'Anglois._


                          SECONDE EDITION.

_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même
auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._

                        _Par_ M. D'ALIBARD.



                            TOME SECOND.


                             _A PARIS_
                Chez DURAND, ruë du Foin, au Griffon.

                             M. DCC. LV.

                _Avec Approbation & Privilège du Roi._



LETTRES
SUR L'ÉLECTRICITÉ
DE
M. BENJ. FRANKLIN
_de Philadelphie en Amérique_,

A

M. P. COLLINSON
_de la Société Royale de Londres_.



_LETTRE VII._

_Contenant des observations & des suppositions tendantes à former une
nouvelle hypothèse pour expliquer les différens phénomènes des éclats de
tonnerre._[39]

[Note 39: Les éclats de tonnerre sont des coups soudains de tonnerre &
d'éclairs qui sont ordinairement de peu de durée, mais qui produisent
quelquefois de funestes effets.]


MONSIEUR,

§. 79. Les corps non-électriques, lorsqu'ils ont été chargés de feu
électrique, le retiennent jusqu'à ce qu'on en approche d'autres corps
non-électriques qui en ayent moins, & alors il est communiqué avec
craquement, & se trouve également distribué.

80. Le feu électrique aime l'eau, il en est fortement attiré, & ces deux
élemens peuvent subsister ensemble.

81. L'air est un corps originairement électrique, & lorsqu'il est sec,
il n'est point conducteur du feu électrique, il ne le reçoit point des
autres corps, & ne leur donne point; autrement aucun corps environné
d'air ne pourroit être électrisé positivement & négativement; car si on
essayoit de l'électriser positivement, l'air emporteroit aussitôt le
surplus, ou si c'étoit négativement, l'air suppléeroit à ce qui
manqueroit.

82. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent seront
également électrisées, & flottant dans l'air sous la forme de nuages ou
autrement, elles retiendront cette quantité de feu électrique jusqu'à ce
qu'elles rencontrent d'autres nuages ou d'autres corps qui ne soient pas
électrisés au même point, & alors elles le communiqueront, comme il a
été dit ci-devant.

83. Chaque particule de matière électrisée est repoussée par chaque
autre particule également électrisée; ainsi le courant d'une fontaine
également serré & continu, dès qu'il sera électrisé, se séparera &
s'étendra sous la forme d'une vergette, chaque goute faisant effort pour
s'éloigner de chaque autre goute; mais lorsque le feu électrique leur
est enlevé, elles se raprochent & se rejoignent.

84. L'eau qui est fortement électrisée (aussi bien que celle qui est
échauffée par le feu commun,) s'éleve en vapeurs plus abondamment,
l'attraction de cohésion entre ses particules étant considérablement
affoiblie par la puissance opposée de répulsion introduite avec le feu
électrique; & lorsque quelque particule est dégagée par quelque moyen
que ce soit, elle est immédiatement repoussée, & s'envole ainsi dans
l'air.

85. S'il arrive que les particules soient situées comme A & B, elle sont
plus aisément dégagées que C & D, parce que chacune est en contact avec
trois seulement, au lieu que C & D sont chacune en contact avec neuf.
Lorsque la surface de l'eau éprouve la moindre agitation, les particules
sont continuellement poussées dans l'état représenté par la figure VIII.

86. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps
originairement électrique produit le feu électrique, non en le _créant_,
mais en le _rassemblant_: car il est également répandu dans nos murs,
dans nos chambres, dans la terre & dans toute la masse de la matière
commune; ainsi le globe de verre tournant, tandis qu'il frotte contre le
coussin, tire le feu du coussin, lequel en est dédommagé par le cadre de
la machine, & ce cadre par le plancher sur lequel il est posé. Coupez la
communication par le moyen d'un verre épais ou d'un gâteau de cire placé
sous le coussin, le feu ne peut plus être produit, parce qu'il ne peut
plus être rassemblé.

87. L'Océan est un composé d'eau, corps non-électrique, & de sel, corps
originairement électrique.

88. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
surface, le feu électrique est rassemblé des parties inférieures; il est
alors manifestement visible dans la nuit, il paroît à la pouppe & dans
le sillage de chaque vaisseau qui fait route; on l'apperçoit à chaque
coup de rame, dans l'écume des vagues & dans les parties d'eau élevées
par le vent.... Dans une tempête toute la mer paroît en feu.... Les
particules d'eau étant alors repoussées de la surface électrisée
entrainent continuellement le feu tel qu'il a été rassemblé, elles
s'élèvent & forment des nuages, & ces nuages fortement électrisés
retiennent le feu jusqu'à ce qu'ils aient occasion de le communiquer.

89. Les particules d'eau s'élevant en vapeurs s'attachent elles-mêmes
aux particules d'air.

90. On dit que les particules d'air sont dures, rondes, désunies &
éloignées l'une de l'autre, chaque particule repoussant fortement chaque
autre particule; par ce moyen elles s'éloignent autant que leur gravité
commune le permet.

91. L'espace entre trois particules qui se repoussent également l'une
l'autre, sera un triangle équilatéral.

92. Dans l'air comprimé ces triangles sont plus resserrés, dans l'air
raréfié ils sont plus étendus.

93. Le feu commun associé à l'air augmente la répulsion, élargit les
triangles, & par là rend l'air spécifiquement plus léger; cet air
s'élevera au-dessus d'un air plus dense.

94. Le feu commun aussi bien que le feu électrique donne de la répulsion
aux particules d'eau, & détruit leur attraction de cohésion; de-là le
feu commun, aussi bien que le feu électrique, facilite l'élévation des
vapeurs.

95. Les particules d'eau qui ne renferment point de feu s'attirent
mutuellement. Trois particules d'eau étant donc attachées aux trois
particules d'un triangle d'air, & s'opposant par leur attraction
réciproque à la répulsion de l'air, racourciroient les côtés, &
diminueroient le triangle; delà cette portion d'air étant rendue plus
dense tomberoit à terre avec son eau, & ne s'éleveroit point pour
contribuer à la formation d'un nuage.

96. Mais si chaque particule d'eau, s'attachant elle-même à l'air, amène
avec elle une particule de feu commun, la répulsion de l'air étant
plutôt favorisée & fortifiée par le feu, qu'embarrassée & rallentie par
l'attraction réciproque des particules d'eau, le triangle s'étend, &
cette portion d'air devenue plus rare, & spécifiquement plus légère
s'éleve.

97. Si les particules d'eau amènent du feu électrique, lorsqu'elles
s'attachent elles-mêmes à l'air, la répulsion entre les particules d'eau
électrisées se joint à la répulsion naturelle de l'air, afin de pousser
avec force ses particules à une plus grande distance; par là les
triangles sont dilatés, & l'air s'élève emportant l'eau avec lui.

98. Si les particules d'eau amènent avec elles des portions du feu
commun & du feu électrique, la répulsion des particules d'air se
fortifie & s'accroît de plus en plus, & les triangles sont de beaucoup
élargis.

99. Une particule d'air peut être environnée par douze particules d'eau
d'un volume égal au sien, toutes en contact avec elle, & de plusieurs
autres ajoutées à celles-là.

100. Les particules d'air ainsi chargées seroient plus rapprochées
ensemble par l'attraction mutuelle des particules d'eau, si le feu, soit
commun, soit électrique, ne favorisoit pas leur répulsion.

101. Si l'air ainsi chargé est comprimé par des vents contraires, s'il
est poussé contre des montagnes, &c. ou condensé par la perte du feu qui
favorisoit son expansion, les triangles se resserrent: l'air avec son
eau descend comme une rosée; ou si l'eau environnant une particule
d'air, vient en contact avec l'eau qui en environne une autre, elles se
réunissent & forment une goute, ce qui nous donne la pluye.

102. Le soleil fournit, ou semble fournir le feu commun à toutes les
vapeurs qui s'élèvent tant de la terre que de la mer.

103. Ces vapeurs qui ont en elles du feu électrique & du feu commun,
sont mieux soutenuës que celles qui n'ont que du feu commun. Car lorsque
les vapeurs s'élèvent dans la région la plus froide au-dessus de la
terre, le froid, s'il diminue le feu commun, ne diminuera point le feu
électrique.

104. Delà les nuages formés par des vapeurs élevées des eaux fraîches de
la terre, des végétaux, de la terre humide, &c. déposent leur eau & plus
vîte & plus aisément, n'ayant que peu de feu électrique pour repousser
les molécules, & les tenir séparées, de sorte que la plus grande partie
de l'eau élevée de la terre est abandonnée & retombe sur la terre. Les
vents qui soufflent sur la mer sont secs. La mer ayant peu besoin de
pluye, paroîtroit-il raisonnable de priver la terre de son humidité,
pour la donner à la mer en pure perte?

105. Mais les nuages formés par les vapeurs élevées de la mer, ayant les
deux feux, & surtout une grande quantité de feu électrique soutiennent
fortement leur eau, l'élèvent à une grande hauteur, & étant agités par
les vents peuvent l'amener du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste
continent.

»Quoique cette hypothèse du tonnerre soit contestée par M. L. N. je
n'entreprendrai point de la défendre. On ne doit la regarder que comme
les premières idées que M. Franklin a euës sur la nature de ce météore;
il ne les donne lui-même que pour des conjectures qu'il abandonnera dès
que d'autres observations lui feront connoître qu'elles sont mal
fondées. C'est cependant à ces conjectures que la physique est redevable
des importantes découvertes qui font autant d'honneur à leur premier
auteur qu'elles en font peu à quiconque cherche à tourner en ridicule
ceux qui sont entrés dans ses vûes.

106. Nous allons examiner présentement ce qui oblige les nuages de
l'Océan qui soutiennent leur eau avec tant de force à la déposer sur les
terres qui en manquent.

107. Si ces nuages sont poussés par des vents contre des montagnes, ces
montagnes étant moins électrisées les attirent, & dans le contact
emportent leur feu électrique; & comme elles sont froides, elles
emportent aussi leur feu commun; delà les molécules pressent vers les
montagnes, & se pressent l'une l'autre. Si l'air est peu chargé, le
nuage tombe seulement en rosée sur le sommet & sur les côtés des
montagnes; il forme des fontaines & descend dans les vallées en petits
ruisseaux, qui par leur réunion font les grands courans & les rivières.
S'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois d'un nuage
entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & craque avec
violence: les particules se réunissent d'abord faute de ce feu, &
tombent en grosses ondées.

108. Lorsque le sommet des montagnes attire ainsi les nuages & tire le
feu électrique du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il
approche du premier nuage actuellement dépouillé de son feu, lui lance
le sien, & commence à déposer son eau propre. Le premier nuage lançant
de nouveau ce feu dans les montagnes, le troisiéme nuage approchant, &
tous les autres arrivant successivement agissent de la même manière
d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut être sur une
étendue de pays de quelques centaines de lieuës.

109. Delà les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs perpétuels
sur la côte orientale des _Andes_, qui courant nord-sud & étant
prodigieusement hautes, interceptent tous les nuages amenés contre elles
de l'Océan atlantique par les vents de mer, & les obligent à déposer
leurs eaux, qui forment les rivières immenses des Amazones, de la Plata,
& d'Oroonoke, lesquelles renvoyent ces eaux dans la même mer, après
avoir fertilisé un pays d'une étenduë fort considérable.

110. Quoiqu'un pays soit uni & sans montagnes qui interceptent les
nuages électrisés, il y a cependant encore des moyens pour les obliger à
déposer leurs eaux; car si un nuage électrisé, venant de la mer,
rencontre dans l'air un nuage élevé de la terre, & par conséquent
non-électrisé, le premier lancera son feu dans le dernier, & par ce
moyen les deux nuages seront contraints de déposer subitement leurs
eaux.

111. Les particules électrisées du premier nuage se resserrent
lorsqu'elles perdent leur feu, les particules de l'autre nuage se
resserrent aussi en le recevant. Dans l'un & l'autre elles ont ainsi la
facilité de se réunir en goutes..... La commotion ou la secousse donnée
à l'air contribuë aussi à précipiter l'eau, non-seulement de ces deux
nuages, mais des autres qui les avoisinent, delà les chutes de pluyes
soudaines immédiatement après la lumière des éclairs.

112. Pour le montrer par une expérience facile, prenez deux cercles de
carton de deux pouces de diamètres; du centre & de la circonférence de
chaque cercle, suspendez par des fils de soye longs de dix-huit pouces,
sept petites boules de bois ou sept poids de grosseur égale. Les boules
ainsi suspenduës à chaque carton formeront trois à trois des triangles
équilatéraux, une boule étant dans le centre & six à égale distance de
celle-là & les unes des autres; dans cette situation elles
représenteront les particules d'air; enfoncez les deux bandes dans
l'eau, alors cette liqueur s'attachant & tenant un peu à chaque boule,
elles représenteront l'air chargé. Electrisez adroitement une bande, &
ses boules se repousseront l'une l'autre à une plus grande distance en
élargissant les triangles. Si l'eau soutenuë par les sept boules venoit
en contact, elle formeroit une ou plusieurs goutes assez pésantes pour
rompre la cohésion qu'elle avoit avec les boules, & ainsi elle se
précipiteroit... Que les deux bandes représentent donc deux nuages;
l'une un nuage de mer électrisé, & l'autre un nuage de terre. Amenez-les
dans la sphère d'attraction, elles s'attireront l'une l'autre, & vous
verrez ainsi les boules désunies se resserrer. La première boule
électrisée qui approche d'une boule non-électrisée, la joint par
attraction, & lui donne de son feu: aussitôt elles se séparent &
revolent chacune à une autre boule de sa bande, l'une pour donner,
l'autre pour recevoir du feu. Cela se continuë ainsi à travers les deux
bandes, mais avec une telle vîtesse quelle est presque instantanée. Dans
la collision elles secouent & font tomber leur eau en goutes, ce qui
représente la pluye.

113. Ainsi lorsque les nuages de mer & de terre passent à une trop
grande distance pour étinceller, ils sont attirés l'un vers l'autre
jusques dans cette distance, car la sphère d'attraction électrique
s'étend beaucoup au-delà de la distance ou les corps étincellent.

114. Lorsqu'un grand nombre de nuages de mer rencontre une quantité de
nuages de terre, les étincelles électriques paroissent s'élancer de
différens côtés; & comme les nuages sont agités & mêlés par les vents,
ou rapprochés par la force de l'attraction électrique, ils continuent à
donner & à recevoir étincelles sur étincelles, jusqu'à ce que le feu
électrique soit également répandu dans tous.

115. Lorsque le canon de fusil (dans les expériences électriques) ne
contient que peu de feu électrique, il faut en approcher fort près le
doigt avant de pouvoir en tirer une étincelle. Donnez lui plus de feu, &
il donnera une étincelle à une plus grande distance. Deux canons de
fusil unis, & aussi fortement électrisés, donneront une étincelle à une
plus grande distance. Mais si deux canons de fusil électrisés frappent à
deux pouces de distance, & font un éclat sensible, à quelle distance
énorme ne doivent pas être portés le coup & le feu d'un nuage de 10000.
acres électrisé, & combien son craquement ne doit-il pas être
épouvantable?

116. C'est une chose ordinaire de voir des nuages à différentes hauteurs
tenir différens chemins, ce qui prouve différens courants d'air l'un
au-dessus de l'autre. Comme l'air entre les tropiques est raréfié par le
soleil, il s'élève; l'air du nord & du sud plus dense presse à sa place;
l'air ainsi raréfié & contraint de monter passe du coté du nord & du
côté du midi, & est forcé de descendre dans les régions polaires, s'il
n'a point d'autre issuë avant que la circulation puisse être continuée.

117. Comme les courants d'air avec les nuages suivent des routes
différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passans l'un
sur l'autre peuvent s'attirer réciproquement, & ainsi s'approcher
suffisamment pour le choc électrique & de même comment les nuages
électriques peuvent être emportés sur les terres fort loin de la mer,
avant d'avoir aucune occasion de frapper.

118. Lorsque l'air avec ses vapeurs élevées de l'Océan entre les
tropiques, vient à descendre dans les régions polaires, & à être en
contact avec les vapeurs qui y sont élevées, le feu électrique qu'elles
amènent commence à être communiqué, & se fait appercevoir dans de belles
nuits, étant d'abord visible où il commence à être en mouvement,
c'est-à-dire où le contact commence, ou dans les régions les plus
septentrionales: delà les courans de la lumière semblent s'élancer au
sud, même jusqu'au zénith des contrées septentrionales. Mais quoique la
lumière paroisse s'élancer du nord au midi, le progrès du feu est
réellement du midi au nord. Son mouvement commence dans le nord, & voilà
pourquoi il y est d'abord apperçu.

Car le feu électrique n'est jamais visible que quand il est en mouvement
& qu'il saute de corps en corps, ou de parcelle en parcelle au travers
de l'air; lorsqu'il traverse des corps denses il est invisible. Lorsque
le fil-d'archal fait partie du cercle dans l'explosion de la fiole
électrique le feu, quoiqu'en grande quantité, passe dans le fil-d'archal
invisiblement, mais en passant le long d'une chaîne il devient visible,
parce qu'il saute de chaînon en chaînon. En passant le long d'une
feuille d'or il est visible, parce que la feuille d'or est pleine de
pores; tenez-en une feuille à la lumière elle vous paroîtra comme un
réseau, & le feu est vû tandis qu'il saute sur les interstices.....
Comme lorsqu'on ouvre à l'une de ses extrémités un long canal rempli
d'eau pour le vuider, le mouvement de l'eau commence d'abord auprès de
l'extrémité ouverte, & continue vers l'extrémité fermée, quoique l'eau
elle-même avance de l'extrémité fermée vers l'extrémité ouverte; ainsi
le feu électrique déchargé dans les régions polaires, peut-être sur une
longueur de mille lieuës d'air évaporé, paroît d'abord où il est d'abord
en mouvement, c'est-à-dire dans les parties les plus septentrionales, &
l'apparition s'avance du côté du midi, quoique le feu avance réellement
du côté du septentrion. Cela pourroit passer pour une explication de
_l'aurore boréale_.

119. Lorsqu'il y a une chaleur excessive sur la terre dans une région
particuliere, (le soleil ayant brillé dessus peut-être pendant plusieurs
jours, tandis que les contrées circonvoisines ont été couvertes par les
nuages,) l'air inférieur est raréfié, & s'élève: l'air supérieur plus
frais & plus dense descend. Les nuages dans cet air se rencontrent de
tous côtés, & se réunissent aux endroits échauffés, & si les uns sont
électrisés, & que les autres ne le soient pas, les éclairs & le tonnere
succèdent, & la pluye tombe; delà les éclats de tonnerre après les
chaleurs, & l'air frais après les orages. L'eau & les nuages qui
l'amènent venant d'une région plus élevée, & par conséquent plus
fraîche.

120. Une étincelle électrique tirée d'un corps irrégulier à quelque
distance, n'est presque jamais droite, mais elle paroît courbée &
ondoyante dans l'air; ainsi paroissent les faisceaux d'éclairs, les
nuages étant des corps fort irréguliers.

121. Quand les nuages électrisés passent sur un pays, les sommets des
montagnes & des, arbres, les tours élevées, les pyramides, les mâts des
vaisseaux, les cheminées, &c. comme autant d'éminences & de pointes
attirent le feu électrique, & le nuage entier s'y décharge.

122. Ainsi il est dangereux de se mettre à l'abri sous un arbre pendant
le tonnerre. Cette retraite a été funeste à plusieurs tant hommes que
bêtes.

123. Il est plus sûr d'être en pleine campagne par une autre raison.
Lorsque les habits sont moüillés, si un tourbillon dans son chemin vers
la terre vient à toucher votre tête, il courra dans l'eau sur la surface
de votre corps, au lieu que si vos habits sont secs, votre corps en sera
traversé.

C'est pour cette raison qu'un rat mouillé ne peut être tué par
l'explosion de la bouteille électrique, ce qui peut arriver à un rat
dont la peau est séche.

124. Le feu commun est dans tous les corps, plus ou moins, aussi bien
que le feu électrique. Peut-être ne sont-ils l'un & l'autre que les
modifications du même élément: peut-être aussi que ce sont des élémens
distingués. Quelques auteurs ne s'éloignent pas de ce dernier sentiment.

125. Si ce sont des matières différentes, ils peuvent subsister &
subsistent ensemble dans le même corps.

126. Lorsque le feu électrique traverse un corps, il agit sur le feu
commun contenu dans ce corps, & met ce feu en mouvement; & s'il y a une
quantité suffisante de chaque espèce de feu, le corps sera enflammé.

127. Lorsque la quantité du feu commun dans le corps est petite, il faut
que la quantité du feu électrique (ou le choc électrique) soit plus
grande; si la quantité du feu commun est plus grande, une moindre
quantité du feu électrique suffit pour produire l'effet de
l'inflammation.

128. Ainsi les esprits doivent être êchauffés[40] avant que l'on puisse
les enflammer par l'étincelle électrique; s'ils sont fort échauffés, il
ne faudra qu'une petite étincelle, s'ils le sont peu, il faudra une plus
forte étincelle.

[Note 40: Nous avons depuis enflammé des esprits sans les chauffer,
lorsqu'il faisoit un temps chaud.]

129. Jusqu'ici nous n'avions pû enflammer que des vapeurs chaudes, mais
à présent nous pouvons brûler de la colophone séche. Lorsque nous
pourrons nous procurer de plus grandes étincelles électriques, nous
seront en état d'enflammer non-seulement les esprits froids, comme fait
la foudre, mais même le bois, en donnant une agitation suffisante au feu
commun qu'il contient, ce que nous sçavons que le frottement peut faire.

130. Les vapeurs sulphureuses & inflammables qui s'élèvent de la terre
sont aisément allumées par la foudre. Outre ce qui s'exhale de la terre,
de pareilles vapeurs sont envoyées par des tas de foin humide, de bled
ou autres végétaux qui s'échauffent & qui fument. Le bois pourri des
vieux arbres & des vieux bâtimens fait le même effet, c'est pourquoi ces
matières sont souvent & aisément enflammées.

131. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, quoiqu'ils ne le
soient peut-être ni par la chaleur de la foudre, ni même par l'agitation
du feu dans les mêmes métaux..... Car tout corps qui peut s'insinuer
lui-même entre les particules du métal, & surmonter l'attraction par
laquelle leur cohésion subsiste, (ce que peuvent faire les menstruës)
changera le solide en fluide aussi bien que le feu, même sans
l'échauffer. Ainsi le feu électrique ou la foudre causant une répulsion
violente entre les particules du métal à travers duquel il passe, le
métal est mis en fusion.

132. Si vous vouliez fondre à un feu violent l'extrémité d'un clou à
demi-enfoncé dans une porte, la chaleur communiquée au clou entier,
avant d'en fondre une partie, brûleroit la planche où il est enfoncé, &
la partie fonduë brûleroit le plancher où elle tomberoit. Mais si la
foudre peut fondre une épée dans le fourreau & l'argent dans la bourse,
sans brûler ni le fourreau ni la bourse, il faut que la fusion soit
froide.

133. La foudre déchire quelques corps: l'étincelle électrique perce
aussi un trou à travers une main de gros papier. (§. 54.)

134. Si l'origine de la foudre assignée dans cette feüille est la
véritable, on entendroit fort peu de tonnerre en mer, lorsque l'on
seroit fort éloigné de la terre, & en effet quelques vieux Capitaines de
vaisseaux que l'on a consultés sur cet article, assurent que le fait
s'accorde parfaitement avec l'hypothèse. Parce qu'en traversant le vaste
Océan on n'entend guères le tonnerre qu'on ne soit arrivé près des côtes
dans des endroits où l'on peut se servir de la sonde, & que les isles
éloignées du continent y sont fort peu sujettes. Un observateur curieux
qui a vécu treize ans aux Bermudes, remarque qu'il y a eu moins de
tonnerre pendant tout le tems qu'il y a séjourné, qu'il n'en a
quelquefois entendu dans un mois à la Caroline.

Maintenant si le feu de l'électricité & celui de la foudre sont le même,
comme j'ai tâché de le prouver, notre conducteur de carton & les bassins
de l'expérience de la balance (78.) peuvent représenter les nuages
électrisés. Si un tube long seulement de dix pieds frappe & décharge son
feu sur le poinçon à deux ou trois pouces de distance, un nuage
électrisé qui est peut-être de dix mille acres, peut frapper & décharger
son feu sur la terre à une distance proportionnellement plus grande. Le
mouvement horizontal des bassins sur le plancher, peut représenter le
mouvement des nuages sur la terre, & le poinçon élevé, les montagnes &
les plus hauts édifices, & alors nous voyons comment les nuages
électrisés passant sur les montagnes & sur les bâtimens à une trop
grande hauteur pour les frapper, peuvent être attirés en bas jusques
dans la distance qui leur est nécessaire pour cet effet; & enfin si une
aiguille est fixée sur un poinçon, la pointe en haut, ou même sur le
plancher au-dessous du poinçon, elle tirera le feu du bassin en silence
à une distance beaucoup plus grande que la distance requise pour
frapper, & préviendra ainsi sa descente vers le poinçon; ou si dans sa
course le bassin étoit venu assez près pour frapper, il ne le pourroit,
parce qu'il auroit été d'abord privé de son feu, & par-là le poinçon est
garanti du choc.

Je demande, cette supposition admise, si la connoissance du pouvoir des
pointes ne pourroit pas être de quelque avantage aux hommes pour
préserver les maisons, les églises, les vaisseaux, &c. des coups de la
foudre, en nous engageant à fixer perpendiculairement sur les parties
les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en forme
d'aiguilles & dorées pour prévenir la rouille, & du pied de ces verges
un fil-d'archal abaissé vers l'extérieur du bâtiment dans la terre, ou
autour d'un des aubans d'un vaisseau, ou sur le bord jusqu'à ce qu'il
touche l'eau? Ces verges de fer ne tireroient-elles pas probablement le
feu électrique en silence hors du nuage, avant qu'il vint assez près
pour frapper? & par ce moyen ne pourrions-nous pas être préservés de
tant de désastres soudains & effroyables?

135. Pour décider cette question, sçavoir si les nuages qui contiennent
la foudre sont électrisés ou non. J'ai imaginé de proposer une
expérience à tenter en un lieu convenable à cet effet. Sur le sommet
d'une haute tour ou d'un clocher, placez une espèce de guérite (comme
dans la fig. IX.) assez grande pour contenir un homme & un tabouret
électrique: du milieu du tabouret élevez une verge de fer, qui passe en
se courbant hors de la porte, & delà se relève perpendiculairement à la
hauteur de vingt ou trente pieds, & se termine en une pointe fort aiguë.
Si le tabouret électrique est propre & sec, un homme qui y sera placé,
lorsque des nuages électrisés y passeront un peu bas, peut être
électrisé & donner des étincelles, la verge de fer lui attirant le feu
du nuage. S'il y avoit quelque danger à craindre pour l'homme (quoique
je sois persuadé qu'il n'y en a aucun) qu'il se place sur le plancher de
la guérite, & que de tems en tems il approche de la verge le tenon d'un
fil-d'archal, qui a une extrémité attachée aux plombs de la couverture,
le tenant par un manche de cire; de cette force les étincelles, si la
verge est électrisée, frapperont de la verge au fil-d'archal, & ne
toucheront point l'homme.

136. Avant d'abandonner le sujet de la foudre, je puis citer quelques
autres rapports entre les effets de ce météore & ceux de l'électricité.
On sçait que la foudre a souvent rendu des personnes aveugles. Un pigeon
que nous croyions avoir frappé à mort par le choc électrique, recouvrant
la vie, languit quelques jours dans la basse cour, ne mangea rien,
quoiqu'on lui eût jetté des miettes de pain, s'affoiblit, & mourut. Nous
ne fîmes point attention qu'il avoit été privé de la vûe; mais ensuite
un poulet tué de la même manière étant ressuscité en soufflant à
plusieurs reprises dans ses poumons; lorsqu'il fut posé sur le plancher,
il alla donner de la tête contre la muraille, & après l'avoir examiné
nous reconnûmes qu'il étoit parfaitement aveugle; delà nous conclûmes
que le pigeon avoit aussi été entiérement aveuglé par le choc. Le plus
grand animal que nous ayons tué ou essayé de tuer par le choc électrique
est un fort gros poulet.

137. En lisant dans la relation que l'ingénieux Docteur _Hales_ a donnée
d'un orage arrivé à _Stretham_, l'effet de la foudre qui avoit dépouillé
toute la peinture qui couvroit la moulure dorée d'un panneau de
boiserie, sans avoir endommagé le reste de la peinture, il me vint dans
l'idée de mettre une couche de peinture sur les filets d'or de la
couverture d'un livre, & d'essayer l'effet d'un grand coup électrique
porté à travers cet or par un carreau de verre chargé; mais n'ayant
point de peinture sous la main, je collai dessus une bande étroite de
papier, & lorsqu'elle fut séche, je portai le coup au travers la dorure;
alors le papier fut renversé d'un bout à l'autre avec une telle force
qu'il fut déchiré en plusieurs endroits, & qu'en d'autres il emporta une
partie des grains du maroquin sur lequel il étoit collé. Je suis
persuadé que s'il eût été peint, la peinture auroit été enlevée, de la
même manière que celle de la boiserie de _Stretham_.

138. La foudre fond les métaux, & j'ai avancé dans ma lettre sur ce
sujet que je soupçonnois que c'était une fusion froide; je n'entens pas
dire une fusion produite par la force du froid, mais une fusion sans
chaleur. Nous avons aussi fondu l'or, l'argent & le cuivre en petites
quantités par le coup électrique. Voici de quelles manière. Prenez une
feuille d'or, d'argent ou de cuivre doré, communément appellé feüille de
cuivre ou or d'Hollande: coupez de cette feuille des bandes longues &
étroites de la largeur d'une paille: placez une de ces bandes entre deux
lames de verre poli, qui soient environ de la largeur de votre doigt; si
une bande d'or de la longueur de la feuille n'est pas assez longue pour
le verre, ajoutez-en une autre à son extrémité; de sorte que vous
puissiez avoir une petite partie qui déborde à chaque extrémité du
verre: attachez ensemble les deux piéces de verre d'un bout à l'autre
avec un bon fil de soye: alors placez-les de manière qu'elles fassent
partie d'un cercle électrique, les extrémités de l'or qui pendent au
dehors servant à faire l'union avec les autres parties du cercle: portez
le coup au travers par le moyen d'un grand vase ou d'un carreau de verre
électrisé. Si vos lames de verre demeurent entières, vous verrez que
l'or manque en plusieurs endroits, & vous trouverez à la place des
taches métalliques sur les deux verres. Ces taches sur le verre
supérieur & sur le verre inférieur sont éxactement semblables jusques
dans le moindre trait, comme on le peut distinguer en les tenant à la
lumière. Le métal nous a paru avoir été non-seulement fondu, mais même
vitrifié ou autrement, si enfoncé dans les pores du verre qu'ils
paroissent le défendre contre l'action de la plus puissante eau forte &
eau régale. Je vous envoye dans une boëte deux petites piéces de verre
couvertes de ces taches métalliques, lesquelles ne peuvent être effacées
sans enlever une partie du verre. Quelquefois la tache s'étend un peu
plus que la largeur de la feuille, & paroît plus brillante sur le bord,
comme vous pouvez l'observer sur celles-ci en les examinant de près.
Quelquefois le verre se brise en morceaux; une fois le verre de dessus
se cassa en mille piéces qui paroissoient comme des grains de gros sel.
Ces morceaux que je vous envoye, ont été tachetés avec l'or d'Hollande;
le vrai or fait une tache plus obscure & un peu rougeâtre, l'argent fait
la tache verdâtre. Nous prîmes une fois deux morceaux de verre de miroir
fort épais, larges d'environ un pouce & demi & longs de six pouces, &
plaçant la feuille d'or entr'eux, nous les mîmes entre deux piéces de
bois bien uni, nous les serrâmes dans une petite presse de relieur de
livres, & quoiqu'ainsi serrées l'une contre l'autre, la force du choc
électrique brisa le verre en plusieurs morceaux.... l'or fut fondu & fit
des taches dans le verre à l'ordinaire. Les circonstances de ce
brisement de verre varient beaucoup en faisant l'expérience, &
quelquefois même le verre n'est point du tout brisé; mais il est
constant que les taches des morceaux de dessus & de dessous sont
exactement des contre parties les unes des autres. Et quoique j'aie pris
les morceaux de verre entre mes doigts immédiatement après la fusion, je
n'y ai jamais senti la moindre chaleur.

139. J'ai dit dans une de mes précédentes lettres que la dorure sur un
livre, quoique d'abord elle communiquât parfaitement bien le choc, le
manquoit néanmoins après un petit nombre d'expériences, sans que nous
pussions en donner la raison. Nous avons trouvé depuis qu'un choc
violent rompt la continuité de l'or dans le filet, & le fait paroître
comme de la poussière d'or, quantité de ses parties étant rompuës &
écartées; il ne sçauroit guères conduire plus d'un choc dans toute sa
force. En voici vraisemblablement la raison, lorsqu'il n'y a pas une
parfaite continuité dans le cercle, il faut que le feu saute pardessus
les intervalles; il y a une certaine distance qu'il est capable de
franchir proportionnellement à sa force; si un nombre de petits
intervalles, quoique chacun soit excessivement petit, pris ensemble
excèdent cette distance, il ne peut sauter pardessus, & ainsi le choc
est empêché ou du moins fort affoibli.

140. En conséquence de la loi de l'Électricité dont nous avons parlé
ci-devant, que les pointes; selon qu'elles sont plus ou moins aiguës,
tirent & poussent le fluide électrique avec plus ou moins de force, à de
plus grandes ou à de moindres distances, & dans de plus grandes ou de
plus petites quantités en tems égal, nous pouvons trouver la manière
d'expliquer la situation de la feuille d'or suspenduë entre deux lames
métalliques, celle d'en haut étant continuellement électrisée, & celle
d'en bas dans la mains d'une personne qui est debout sur le plancher.
Lorsque la lame supérieure est électrisée, la feuille est attirée &
élevée vers elle, & voleroit à cette lame, si elle n'étoit arrêtée par
ses propres pointes; l'angle qui se trouve le plus haut, lorsque la
feuille s'élève, ayant la pointe fort aigue à cause de l'extrême ténuité
de l'or, tire & reçoit à une certaine distance une quantité suffisante
de fluide électrique, pour se donner à lui-même une atmosphère
électrique par laquelle son progrès à la lame supérieure est arrêté, &
il commence à être repoussé de cette lame, & seroit renvoyé jusqu'à la
lame inférieure sans que son angle le plus bas est pareillement une
pointe, & pousse ou décharge le surplus de l'atmosphère de la feuille
aussi promptement que l'angle supérieur l'attire; si la finesse de ces
deux pointes étoit parfaitement égale, la feuille se placeroit
exactement dans le milieu de l'espace, car la pésanteur n'est rien
comparée au pouvoir qui agit sur elle; mais elle est généralement plus
près de la lame non-électrisée, parce que quand la feuille est présentée
à la lame électrisée à une certaine distance, la pointe la plus aiguë
est communément affectée la première & élevée vers elle; ainsi cette
pointe par sa plus grande finesse recevant le fluide trop tôt pour que
son opposée puisse le décharger à distances égales, elle se retire de la
lame électrisée, & s'avance plus près de la lame non-électrisée, jusqu'à
ce qu'elle vienne à une distance où la décharge puisse être exactement
égale à la charge. Cette dernière étant diminuée, & la première
augmentée; & elle y demeure aussi long-tems que le globe continuë à
fournir de nouvelle matière électrique. Ceci paroîtra évident, lorsque
la différence de la finesse dans les angles sera devenuë fort grande.
Coupez un morceau d'or d'Hollande (qui est le meilleur pour ces
expériences, parce qu'il est plus fort) dans la forme de la figure X.
que l'angle d'en haut soit un angle droit, les deux suivans des angles
obtus, & le plus bas un angle fort aigu, & amenez cet or sur votre lame,
qui est sous la lame électrisée, de manière que la partie coupée à angle
droit puisse être d'abord élevée, ce qui se fait en couvrant la partie
aiguë avec le creux de la main, & vous verrez la feüille prendre place
beaucoup plus près de la lame supérieure que de la lame inférieure,
parce que sans être plus près, elle ne peut recevoir aussi promptement à
la pointe de son angle droit, qu'elle peut décharger à la pointe de son
angle aigu. Tournez cette feüille de façon que la partie aiguë soit la
plus élevée, & alors elle se placera tout auprès de la lame
non-électrisée, parce qu'elle reçoit plus promptement à la pointe de
l'angle aigu qu'elle ne peut décharger à la pointe de l'angle droit;
ainsi la différence de distance est toujours proportionnelle à la
différence d'accélération. Prenez garde en coupant votre feuille de ne
pas laisser de petits lambeaux sur les extrémités, qui forment
quelquefois des pointes où vous ne voudriez pas les avoir; vous pouvez
faire cette figure si aiguë dans sa partie inférieure, & si obtuse dans
sa partie supérieure, qu'il ne soit pas besoin de lame inférieure, se
déchargeant d'elle-même assez promptement dans l'air. Si elle est plus
étroite, comme on le voit dans la figure comprise entre les lignes
ponctuées, nous l'appellons le _poisson d'or_, à cause de sa manière
d'agir. Car si vous le prenez par la queuë, & que vous le teniez à un
pied, ou à une plus grande distance horizontale du premier conducteur,
lorsque vous le laisserez aller, il volera à lui avec un mouvement vif,
mais ondoyant, semblable à celui d'une aiguille dans l'eau; il prendra
place alors sous le premier conducteur, peu-être à un quart ou à un demi
pouce de distance, & remuëra continuellement sa queuë comme un poisson,
de sorte qu'il paroît animé. Tournez sa queuë, vers le premier
conducteur, & alors il vole à votre doigt & semble le grignoter. Si vous
tenez sous lui une lame à six ou huit pouces de distance, & si vous
cessez de tourner le globe, lorsque l'atmosphère électrique du
conducteur diminuë, il descendra sur la lame, & nagera encore en arrière
à plusieurs reprises avec le même mouvement de poisson, ce qui fait un
jeu amusant pour les spectateurs. Par une legère pratique d'émousser ou
d'aiguiser les têtes, ou les queuës de ces figures, vous pouvez leur
faire prendre la place que vous desirez, plus près ou plus loin de la
lame électrisée.


MÉMOIRE
_Lû à l'Académie Royale des Sciences, le 13. Mai 1752. par M.
D'ALIBARD._


EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
SUR LE TONNERRE,
_Relatives à celles de Philadelphie._

Le tonnerre est un de ces phénomènes dont tous les physiciens ont éssaye
de découvrir la nature, mais dont aucun n'a encore donné d'explication
satisfaisante. Rien de plus commun que les effets de ce redoutable
météore, rien de plus ignoré que leur cause; il semble même que plus on
a fait d'efforts pour en approfondir le principe, plus on s'est écarté
de la voye qui pouvoit y conduire. Les connoissances physiques n'étoient
point encore assez avancées pour que l'on pût pénétrer un mistère dont
l'intelligence étoit réservée à un siécle plus éclairé. Ce qui a causé
la difficulté, ce qui a retardé jusqu'à présent l'explication de ce
phénomène, c'est qu'on ne lui voyoit point de rapport à aucune chose
connuë, & ce n'est que par l'enchaînement des rapports que l'on peut
arriver d'une connoissance à une autre; il étoit impossible de rapporter
le tonnerre à son vrai principe, puisque le principe même étoit inconnu.
Les plus sages physiciens en sont restés à admirer les effets, sans
pouvoir presque rien dire des causes; ou s'ils en ont hazardé
quelqu'explication on reconnoît aisément dans leurs écrits que ce n'est
que par des conjectures relatives ou à leurs préjugés, ou à leurs
affections, ou aux systèmes qu'ils avoient embrassés, ou aux différentes
sciences qu'ils avoient le plus cultivées. Les premiers philosophes
regardoient le tonnerre comme un attribut des Dieux, ou comme un esprit,
& ne poussoient pas plus loin leurs recherches à ce sujet; d'autres
philosophes imaginèrent que les corps célestes se renvoyoient
mutuellement des influences dont la rencontre produisoit ce météore: la
plupart des physiciens en ont cherché la cause dans les exhalaisons des
matières inflammables de la terre. Les chimistes ont prétendu en avoir
découvert le principe dans le mêlange du nitre, du souffre & du fer, des
esprits acides & des huiles essentielles; enfin chaque physicien a saisi
le moindre rapport qu'il a pû appercevoir entre ce phénomène & ce qu'il
connoissoit d'ailleurs pour en développer la nature, & chacun l'a
expliquée à sa façon, mais cette matière est toujours demeurée en
problême.

Ce n'est que depuis peu d'années que l'on a commencé à avoir sur ce
sujet des soupçons mieux fondés.

M. Gray[41] est le premier à qui le tonnerre & les éclairs aient paru
tenir beaucoup de la nature du feu & de la lumière électrique. Cette
première opinion a été plus approfondie par MM. l'Abbé Nolet,[42]
Hales,[43] & Barberet[44]; ils ont trouvé une analogie surprenante entre
les effets du tonnerre & ceux de l'électricité; mais tout ce qu'ils en
ont dit les uns & les autres n'étoit encore qu'une conjecture, il
falloit des observations suivies, des expériences certaines, des faits
bien constatés; tout cela se trouve dans les lettres de M. Franklin. Il
ne manquoit à cet ingénieux physicien qu'une dernière preuve pour
achever de le convaincre que la matière du tonnerre est absolument la
même que celle de l'électricité; n'étant pas apparemment trop à portée
d'acquérir cette preuve par lui-même, il nous a enseigné le moyen d'y
parvenir.

[Note 41: Lettre à M. Mortimer du mois de Mars 1735.]

[Note 42: Leçons de physique, tom, 4. p. 314.]

[Note 43: Considérations sur la cause physique des tremblemens de
terre.]

[Note 44: Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les phénomènes
du tonnerre & ceux de l'électricité, par M. Barb. Méd. à Dijon. Bordeaux
1750.]

Après avoir répété avec un succés plus que complet toutes les
expériences de Philadelphie, après m'être confirmé dans la confiance
entière que j'ai aux sçavantes propositions qui y sont établies &
démontrées, j'ai entrepris de vérifier jusqu'aux conjectures de mon
auteur; & j'en suis venu à obtenir cette dernière preuve qui manquoit à
sa conviction. L'importance du sujet m'a paru mériter l'attention de
l'Académie. Le résultat de l'expérience dont je vais rendre compte, ne
va pas moins qu'à faire connoître la nature du tonnerre, à le soumettre,
pour ainsi dire, au pouvoir des hommes, à dissiper ce redoutable
météore, & à prévenir ses funestes effets.

Mais pour me faire mieux entendre, sur tout de ceux qui ne sont point
assez au fait des expériences de Philadelphie, j'en vais rapporter un
extrait de ce qui est relatif à mon objet, & j'y ajouterai quelques
autres observations dont je ne suis pas moins sûr.

1. La matière électrique est un fluide, une espèce de feu répandu dans
toute la nature en différentes proportions.

2. Quoique les corps contiennent chacun une certaine quantité de ce feu,
on les a distingués en corps électriques & corps non-électriques. Ces
distinctions sont assez connuës.

3. Les premiers sont propres à communiquer ce feu, & non à le conduire:
les derniers le reçoivent & le transmettent, sans pouvoir le communiquer
par eux-mêmes.

4. En ce sens l'air est naturellement électrique, & l'eau ne l'est pas.

5. Les corps non-électriques retiennent le feu dont ils ont été une fois
chargés, jusqu'à ce qu'il en approche d'autres corps qui en ayent moins;
alors le feu se communique avec bruit, & se distribue également
entr'eux.

6. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent le sont aussi.

7. Les particules de matière électrisée se repoussent mutuellement; delà
vient apparemment que l'électricité, aussi bien que la chaleur, augmente
l'évaporation des liqueurs.

8. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps originairement
électrique produit le feu électrique, non en le créant, mais en le
rassemblant.

9. La mer est un composé d'eau corps non-électrique, & de sel corps
originairement électrique.

10. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
surface, la matière électrique y est rassemblée des parties inférieures
& y devient apparente. C'est ce qu'on remarque dans le sillage d'un
vaisseau, sous les coups de rames, dans l'écume & dans les parties d'eau
agitées par le vent. Enfin dans une tempête toute la mer paroît en feu.

11. Les particules d'eau détachées étant alors repoussées de sa surface
électrisée, emportent avec elles le feu électrique qui a été rassemblé,
& en s'élèvant elles s'attachent elles-mêmes aux particules d'air
qu'elles rencontrent.

12. Les particules d'air ainsi chargées & appésanties par les particules
d'eau qui y sont adhérentes, retomberoient bientôt sur la terre, si le
feu électrique attaché à ces dernieres ne les rendoit spécifiquement
plus légères. La chaleur du soleil contribuë encore à les alléger.

13. Aidées de ces deux puissances le feu électrique & le feu commun, les
vapeurs de la mer s'élèvent fort haut dans l'air, & y forment des nuages
chargés comme elles de l'un & l'autre feu.

14. Quand même ces nuages fortement électrisés viendroient à s'élever
dans la région la plus froide au-dessus de la terre, le froid qu'ils y
rencontreroient pourroit diminuer leur feu commun; mais loin de diminuer
leur feu électrique, il ne feroit qu'en augmenter la force.

15. Les nuages formés des exhalaisons de la terre, ayant peu de feu
électrique, ne s'élèvent pas beaucoup, & déposent leur eau promptement &
aisément; c'est de là que les vents de terre qui soufflent sur mer se
font facilement reconnoître par leur sécheresse.

16. Il en est tout autrement des nuages formés des exhalaisons de la
mer; ayant beaucoup de feu électrique, ils soutiennent fortement leur
eau, s'élèvent à une grande hauteur, & poussés par les vents peuvent la
conduire du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste continent.

17. Ces nuages électrisés étant poussés par les vents, sont attirés par
les montagnes auxquelles ils communiquent leur feu électrique: alors les
particules d'eau se rapprochent & tombent en rosée, si l'air est peu
chargé; mais s'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois
d'un nuage entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & fait
un bruit violent; dans ce cas les particules d'eau se réunissent faute
de ce feu, & tombent en grosses ondées.

18. Lorsqu'une montagne attire ainsi les nuées, & tire le feu électrique
du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il approche du
premier actuellement dépouillé de son feu, lui lance le sien, & commence
à déposer son eau propre. Le premier nuage communiquant ce nouveau feu à
la montagne, un troisiéme nuage survient, & tous les autres arrivant
successivement agissent de la même manière sur ceux qui les précèdent &
sur la montagne, d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut
être sur une étendue de pays de quelques centaines de lieuës.

19. Delà viennent les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs
presque perpétuels sur les montagnes les plus élevées, du pied
desquelles les plus grands rivières tirent leurs sources.

20. Quoique les endroits voisins des hautes montagnes soient ceux où le
tonnerre est le plus fréquent, ce ne sont pas les seuls qui y soient
sujets; il se fait aussi entendre dans les pays plats & unis, & les
nuages de mer y déposent leurs eaux sans y être arrêtés par les
montagnes. Mais dans ce cas ce sont les nuages de terre qui font
l'office des montagnes. Ceux-ci non-électrisés & beaucoup moins élevés
venant à passer sous ceux-là qui sont électrisés & fort élevés, les
attirent, en reçoivent le feu électrique, & par ce moyen sont contraints
les uns & les autres de laisser tomber subitement les eaux dont ils
étoient chargés.

21. Personne ne doute que les corps électrisés ne soient entourés d'une
atmosphère électrique d'une étenduë considérable & précisément de la
même figure que ces corps. On peut même rendre cette atmosphère visible
en excitant au-dessous du corps électrisé une fumée de résine bien
séche. L'attraction & la répulsion se font dans toute l'étenduë de cette
atmosphère, quoique le feu électrique ne puisse se communiquer de si
loin, du moins avec bruit; c'est pour cette raison qu'un nuage de terre
non-électrisé venant à passer au-dessous d'un nuage de mer fort
électrisé, l'attire à une très-grande distance.

22. Quand plusieurs nuages de mer rencontrent plusieurs nuages de terre,
le feu électrique s'élance de différens côtés, & les élancemens
continuënt jusqu'à ce que le feu électrique soit également répandu dans
tous ces nuages.

23. La distance où se font les élancemens du feu électrique étant
relative à l'étenduë des corps électrisés, si dans les expériences
électriques deux canons de fusil électrisés frappent à deux pouces de
distance & font un éclat & un bruit sensible, à quelle distance énorme
ne doivent pas être portés le coup, le bruit & le feu d'un nuage de dix
mille arpens électrisé?

24. Comme les courans d'air avec les nuages suivant des routes
différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passant les uns
sous les autres peuvent s'attirer réciproquement & s'approcher
suffisamment pour le choc électrique. On conçoit de même comment les
nuages électrisés peuvent être emportés sur les terres fort loin de la
mer sans aucun obstacle.

25. Le feu électrique n'est visible & ne se fait entendre que quand il
traverse l'air pour sauter d'un corps à un autre; on ne l'apperçoit
point le long d'un fil de fer dans les expériences électriques; & on le
voit le long d'une chaîne, parce qu'il saute de chaînon en chaînon. De
même le feu du tonnerre ne brille que quand il saute d'un nuage à un
autre. Quoique l'éclair & le coup partent en même tems, l'on ne voit le
premier avant d'entendre le second, que parce que la lumière vole plus
rapidement que le son; d'où il suit naturellement que l'on peut juger de
l'éloignement du tonnerre par la distance de l'éclair au bruit, & qu'il
n'y a jamais rien à craindre d'un éclat de tonnerre dont on a vû
l'éclair.

26. Une étincelle électrique tirée à quelque distance d'un corps
irrégulier par un autre corps pareil, paroît courbée & ondoyante dans
l'air; delà vient l'apparition de l'éclair en zic-zac.

27. Les éminences, les grands arbres & les édifices élevés sont les plus
exposés à être frappés du tonnerre; ainsi il est dangereux d'y chercher
un abri pendant l'orage.

28. Une autre raison pourquoi il vaudroit mieux être en rase campagne,
c'est que le feu électrique, s'il y atteignoit quelqu'un, pourroit
glisser sur ses habits mouillés, sans lui faire de mal. Un rat mouillé
ne peut être tué par l'explosion de la bouteille électrique.

29. Le feu électrique & le feu commun peuvent subsister, & subsistent
ensemble dans le même corps. Le premier agit sur le second; & une
quantité suffisante de l'un & de l'autre en différentes proportions
produit l'inflammation.

30. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, & ces sortes de
fusions sont froides ou chaudes. La fusion froide ou sans chaleur n'est
qu'une désunion des particules métalliques qui détruit l'attraction par
laquelle leur cohésion subsistoit. C'est la même manière dont les
menstruës agissent sur le métal. Quand une épée est fonduë dans son
fourreau, & l'argent dans une bourse, sans que le fourreau & la bourse
soient brûlés, il faut nécessairement que ce soit par une espèce de
fusion froide. Je pourrois citer plusieurs autres exemples de faits tout
semblables; mais pour abréger je dirai seulement que l'on imite cet
effet dans une des expériences électriques de Philadelphie.

Il y a aussi des exemples que la foudre opère quelquefois des fusions de
métaux par chaleur, ce sont alors de véritables fusions, des fusions
brûlantes. Quoiqu'on n'ait pas encore poussé les expériences électriques
jusqu'à des opérations pareilles, je ne doute point qu'on n'y parvienne
dans la suite.

31. Comme il y a des corps qui ont été déchirés par la foudre, il y en a
de même qui sont déchirés par l'étincelle électrique. En répétant
l'expérience où l'on perce une main de papier, & où j'en ai souvent
percé jusqu'à 96. feüilles, j'ai remarqué que les dernières feüilles ont
quelquefois souffert une déchirure telle qu'on pouvoit y passer le
doigt.

32. Il s'ensuit des observations précédentes qu'on devroit entendre
très-rarement le tonnerre en pleine mer, lorsque l'on est fort éloigné
de la terre. Quelques anciens officiers de marine qui ont été consultés
sur ce sujet, assurent que le fait s'accorde parfaitement avec la
conjecture, & que les isles éloignés du continent sont fort peu sujettes
à l'orage. Un observateur judicieux a remarqué qu'il avoit moins entendu
de tonnerre pendant treize ans qu'il a demeuré aux Bermudes, qu'il n'en
a quelquefois entendu dans un mois à la Caroline.

33. M. Franklin ajoute à toutes ces observations celles de quelques
effets singuliers du tonnerre, & rapporte à ce sujet des effets tout à
fait semblables de l'électricité: par exemple des aveuglemens causés par
l'un aussi bien que par l'autre: des filets dorés sur lesquels on avoit
mis de la peinture, qui ont été découverts par l'électricité, de même
que par le tonnerre; il y a une infinité d'autres effets de ce météore
que l'on pourroit rappeller ici, & dont le rapport avec ceux de
l'électricité peut se démontrer aussi facilement. Mais pour ne point
quitter M. Franklin, je passe à une de ses expériences, qui paroît bien
décisive pour le sujet dont il est question.

Si l'on suspend au plat-fond d'une chambre par une ficelle de grandes
balances de cuivre, dont le fléau ait au moins 2. pieds de longueur, de
manière que les bassins attachés à des cordons de soye soient environ à
un pied de terre, ces bassins tourneront circulairement par le
détortillement de la ficelle. Si l'on plante sur le plancher un poinçon
de métal, dont la tête soit arrondie & polie, de façon que les bassins
puissent passer pardessus en décrivant leur cercle; si dans cet état on
électrise un des bassins en lui appliquant le fil-d'archal de la
bouteille électrique, on verra ce bassin s'abaisser en passant sur le
poinçon, & même décharger son feu sur cet instrument, s'il est à une
distance convenable.

Si après cela on attache une aiguille la pointe en haut sur le plancher
auprès du poinçon, la tête de cet instrument, loin d'attirer comme
auparavant le bassin électrisé, semblera le repousser, parce que la
pointe de l'aiguille, quoique beaucoup plus basse, aura tiré le feu
électrique dont le bassin étoit chargé, avant qu'il soit venu à portée
d'être attiré par la tête du poinçon.

Ces deux bassins peuvent nous représenter deux nuages, l'un un nuage de
mer, & l'autre un nuage de terre; leur mouvement horizontal sur le
plancher sera dans la même hypothèse, celui des nuages au-dessus de la
terre, & le poinçon élevé représentera une montagne, une éminence ou un
grand édifice; on comprendra alors comment les nuages électrisés, en
passant au-dessus des montagnes ou des bâtimens à une trop grande
hauteur pour les frapper, en peuvent être attirés jusqu'à la distance
qui leur est nécessaire pour cet effet.

Comme d'ailleurs l'aiguille fixée la pointe en haut sur le plancher au
dessous du poinçon tire en silence le feu électrique du bassin à une
distance beaucoup plus grande que la distance requise pour frapper, &
prévient ainsi la descente vers le poinçon: comme le bassin électrisé,
quand même il viendroit par son propre mouvement assez près pour
frapper, ne pourroit le faire, parce qu'il auroit alors été dépoüillé de
la plus grande partie de son feu: comme enfin dans ces deux cas le
poinçon seroit toujours garanti du choc, il est plus que probable que la
connoissance du pouvoir des pointes peut être d'un très-grand avantage à
l'humanité pour préserver des atteintes de la foudre des maisons, les
églises, les vaisseaux, &c.

Il ne s'agiroit, pour y parvenir, que de fixer perpendiculairement sur
les parties les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en
forme d'aiguilles, & dorées pour prévenir la rouille, & d'abaisser du
pied de ces verges, un fil-d'archal au dehors des bâtimens, jusqu'à ce
qu'il touchât la terre ou l'eau de la mer. Ces verges de fer bien
pointuës tireroient probablement & tireroit sans bruit le feu électrique
hors du nuage, avant qu'il vint assez près pour frapper & pour causer
aucun désastre.

Mais avant que d'en venir à cet expédient il restoit un problême à
résoudre. Toutes les observations pouvoient paroître bien faites, toutes
les réflexions naturelles, tous les raisonnemens suivis, toutes les
inductions justes, sans que pour cela le succès répondît à la
vraisemblance. Il étoit question de décider avant tout si les nuées qui
contiennent la foudre sont électrisées ou non; c'est ce doute qui a
empêché M. Franklin de prononcer hardiment sur toute cette matière. Ce
que sa pénétration & la justesse de son raisonnement lui ont fait
reconnoître, sa droiture & sa sincérité n'ont osé l'assurer. Tout ce
qu'il a pû faire dans cette circonstance embarrassante, ç'a été de
proposer sa conjecture, & de nous enseigner les moyens de décider la
question. En suivant la route qu'il nous a tracée, j'ai obtenu une
satisfaction complette. Voici les préparatifs, le procèdé & le succès.

1º. J'ai fait faire à Marly-la-Ville, situé à six lieuës de Paris, au
milieu d'un belle plaine, dont le sol est fort élevé, une verge de fer
d'environ un pouce diamètre, longue de quarante pieds & fort pointuë par
son extrémité supérieure; pour lui ménager une pointe plus fine, je l'ai
fait armer d'acier trempé & ensuite brunir, au défaut de dorure, pour la
préserver de la rouille; outre cela cette verge de fer est courbée vers
son extrémité inférieure en deux coudes à angles aigus quoiqu'arondis;
le premier coude est éloigné de deux pieds du bout inférieur, & le
second est en sens contraire à trois pieds du premier.

2º. J'ai fait planter dans un jardin trois grosses perches de vingt-huit
à vingt-neuf pieds disposées en triangle, & éloignées les unes des
autres d'environ huit pieds; deux de ces perches sont contre un mur, &
la troisiéme est au-dedans du jardin. Pour les affermir toutes ensemble
l'on a cloué sur chacune des entre-toises à vingt pieds de hauteur, &
comme le grand vent agitoit encore cette espèce d'édifice, l'on a
attaché au haut de chaque perche de longs cordages, qui tenant lieu
d'aubans, répondent par le bas à de bons piquets fortement enfoncés en
terre à plus de vingt pieds des perches.

3º. J'ai fait construire entre les deux perches voisines du mur, &
adosser contre ce mur une petite guérite de bois capable de contenir un
homme & une table.

4º. J'ai fait placer au milieu de la guérite une petite table d'environ
un demi pied de hauteur, & sur cette table j'ai fait dresser & affermir
un tabouret électrique. Ce tabouret n'est autre chose qu'une petite
planche quarrée portée sur trois bouteilles à vin; il n'est fait de
cette manière que pour suppléer au défaut d'un gâteau de résine qui me
manquoit.

5º. Tout étant ainsi préparé, j'ai fait élever perpendiculairement la
verge de fer au milieu des trois perches, & je l'ai affermie en
l'attachant à chacune de ces perches avec de forts cordons de soye par
deux endroits seulement. Les premiers liens sont au haut des perches
environ trois pouces au-dessous de leurs extrémités supérieures: les
seconds sont vers la moitié de leur hauteur. Le bout inférieur de la
verge de fer est solidement appuyé sur le milieu du tabouret électrique,
où j'ai fait creuser un trou propre à le recevoir.

6º. Comme il étoit important de garantir de la pluye le tabouret & les
cordons de soye, parce qu'ils laisseroient passer la matière électrique
s'ils étoient mouillés, j'ai pris les précautions nécessaires pour en
empêcher: c'est dans cette vûe que j'ai mis mon tabouret sous la
guérite, & que j'avois fait courber ma verge de fer à angles aigus, afin
que l'eau qui pourroit couler le long de cette verge ne pût arriver
jusques sur le tabouret. C'est aussi dans le même dessein que j'ai fait
clouer sur le haut & au milieu de mes perches à trois pouces au-dessus
des cordons de soye, des espèces de boëtes formées de trois petites
planches d'environ 15. pouces de long, qui couvrent pardessus & par les
côtés une pareille longueur des cordons de soye sans leur toucher.

Il s'agissoit de faire dans le tems de l'orage deux observations sur
cette verge de fer ainsi disposée; l'une étoit de remarquer à sa pointe
une aigrette lumineuse semblable à celle qu'on apperçoit à la pointe
d'une aiguille, quand on l'oppose assez près d'un corps actuellement
électrisé: l'autre étoit de tirer de la verge de fer des étincelles,
comme on en tire du canon de fusil dans les expériences électriques.
J'étois bien assuré du succès de la première de ces observations,
m'étant rappellé que cette aigrette est connuë il y a deux ou trois
mille ans. Les plus anciens auteurs, Homère, Aristote, Plutarque,
Horace, &c. en ont parlé sous le nom d'astre d'Hélène, quand il n'en
paroissoit qu'une, & sous les noms de Castor & Pollux, quand on en
voyoit deux.

Il n'est point rare aux navigateurs d'appercevoir ces aigrettes
lumineuses au haut des mâts, au bout des vergues, en un mot dans les
endroits élevés, où il y a des pointes dressées en l'air, surtout
pendant la nuit, à l'approche & dans le tems des orages; c'est ce qu'ils
appellent le feu S. Elme. Outre cela un de mes amis de province m'a
mandé avoir remarqué plusieurs fois dans des orages de nuit un feu
follet à la pointe de la verge de fer d'une girouette qui se trouvoit
devant la fenêtre de son appartement.

La certitude de cette première observation me donnoit aussi beaucoup de
confiance pour la seconde; j'ose même dire que je n'étois pas moins
assuré de son succès. Il me paroissoit impossible que la verge de fer
étant bien isolée de tous corps non-électriques, ne donnât pas des
étincelles, dès qu'elle tiroit & recevoit la matière électrique par sa
pointe, mais il falloit voir ces étincelles.

Après avoir ainsi dressé toute la machine, ne pouvant pas toujours
rester à la campagne pour attendre l'orage, j'ai chargé de faire les
observations en mon absence un habitant du lieu, nommé Coiffier, qui a
servi quatorze ans dans les dragons, & sur qui je pouvois également
compter pour l'intelligence & pour l'intrépidité. Je lui avois donné
toutes les instructions nécessaires, soit pour observer l'aigrette
lumineuse qui devoit paroître à la pointe de la verge de fer, soit pour
tirer les étincelles de cette verge avec le tenon d'un fil-d'archal que
j'avois attaché au collet d'une longue fiole pour lui servir de manche,
& par ce moyen le garantir des piqûres de ces étincelles qui pouroient
être trop fortes.

Je lui avois encore recommandé de faire venir auprès de la machine
quelques-uns de ses voisins, & même de faire avertir M. le Prieur Curé
de Marly, qui m'avoit promis de s'y trouver sitôt que le tems paroîtroit
disposé à l'orage.

Le Mercredi 10. Mai 1752. entre deux & trois heures après midi, mon ami
Coiffier entendit un coup de tonnerre assez fort: il vole à la machine,
prend la fiole avec le fil-d'archal, présente le tenon du fil à la
verge, en voit sortir une petite étincelle brillante, & en entend le
pétillement; il tire une seconde étincelle plus forte que la première &
avec plus de bruit: il appelle ses voisins, & envoye chercher M. le
Prieur: celui-ci accourt de toutes ses forces; les Paroissiens voyant la
précipitation de leur Curé, s'imaginent que le pauvre Coiffier a été tué
du tonnerre; l'allarme se répand dans le village: la grêle qui survient
n'empêche point le troupeau de suivre son Pasteur. Cet honnête
Ecclésiastique arrive près de la machine, & voyant qu'il n'y avoit point
de danger, met lui-même la main à l'oeuvre, & tire de fortes étincelles.
La nuée d'orage & de grêle ne fut pas plus d'un quart-d'heure à passer
au zénith de notre machine, & l'on n'entendit que ce seul coup de
tonnerre. Sitôt que le nuage fut passé, & qu'on ne tira plus
d'étincelles de la verge de fer, M. le Prieur de Marly fit partir le
sieur Coiffier lui-même pour m'apporter la lettre suivant qu'il
m'écrivit à la hâte.

«Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez; l'expérience est
complette. Aujourd'hui à deux heures vingt minutes après midi le
tonnerre a grondé directement sur Marly; le coup a été assez fort.
L'envie de vous obliger & la curiosité m'ont tiré de mon fauteüil, où
j'étois occupé à lire: je suis allé chez Coiffier, qui déjà m'avoit
dépêché un enfant que j'ai rencontré en chemin pour me prier de venir,
j'ai doublé le pas à travers un torrent de grêle. Arrivé à l'endroit où
est placé la tringle coudée j'ai présenté le fil-d'archal, en avançant
successivement vers la tringle à un pouce & demi ou environ; il est
sorti de la tringle une petite colonne de feu bleuâtre sentant le
souffre, qui venoit frapper avec une extrême vivacité le tenon du
fil-d'archal, & occasionnoit un bruit semblable à celui qu'on feroit en
frappant sur la tringle avec une clef. J'ai répèté l'expérience au moins
six fois dans l'espace d'environ quatre minutes en présence de plusieurs
personnes, & chaque expérience que j'ai faite a duré l'espace d'un
_pater_ & d'un _ave_. J'ai voulu continuer; l'action du feu s'est
rallentie peu à peu; j'ai approché plus près, & n'ai plus tiré que
quelques étincelles, & enfin rien n'a paru.»

«Le coup de tonnerre qui a occasionné cet événement n'a été suivi
d'aucun autre; tout s'est terminé par une abondance de grêle. J'étois si
occupé dans le moment de l'expérience de ce que je voyois, qu'ayant été
frappé au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c'est en
touchant au fil-d'archal ou à la tringle: je ne me suis pas plaint du
mal que m'avoit fait le coup dans le moment que je l'ai reçu; mais comme
la douleur continuoit, de retour chez moi j'ai découvert mon bras en
présence de Coiffier, & nous avons apperçu une meurtrissure tournante
autour du bras, semblable à celle que feroit un cou de fil-d'archal si
j'en avois été frappé à nud. En revenant de chez Coiffier j'ai rencontré
M. le Vicaire, M. de Milly & le maître d'école à qui j'ai rapporté ce
qui venoit d'arriver; ils se sont plaint tous les trois qu'ils sentoient
une odeur de soufre qui les frappoit davantage à mesure qu'ils
approchoient de moi: j'ai porté chez moi la même odeur, & mes
domestiques s'en sont apperçus sans que je leur aie rien dit.»

«Voilà, Monsieur, un récit fait à la hâte, mais naïf & vrai que
j'atteste, & vous pouvez assurer que je suis prêt à rendre témoignage de
cet événement dans toutes occasions. Coiffier a été le premier qui a
fait l'expérience, & l'a répétée plusieurs fois; ce n'est qu'à
l'occasion de ce qu'il a vû qu'il m'a envoyé prier de venir. S'il étoit
besoin d'autres témoins que de lui & moi, vous les trouveriez. Coiffier
presse pour partir.»

«Je suis avec une respectueuse considération, Monsieur, votre, &c. signé
Raulet, Prieur de Marly. 10. _Mai_ 1752.»

On voit par le détail de cette lettre que le fait est assez bien
constaté pour ne laisser aucun doute à ce sujet. Le porteur m'a assuré
de vive voix qu'il avoit tiré pendant près d'un quart-d'heure avant que
M. le Prieur arrivât, en présence de cinq ou six personnes, des
étincelles beaucoup plus fortes & plus bruyantes que celles dont il est
parlé dans la lettre. Ces premières personnes arrivant successivement
n'osoient approcher qu'à dix ou douze pas de la machine, & à cette
distance, malgré le plein soleil, ils voyoient les étincelles & en
entendoient le bruit.

Il ne parut point d'aigrette lumineuse à la pointe de la verge de fer;
il y en avoit cependant une, & Coiffier m'a dit y avoir apperçu une
très-foible lueur; mais d'abord la lumière du soleil, & ensuite
l'opacité de la grêle la dérobèrent bientôt à la vûe; d'ailleurs il y a
toute apparence que l'aigrette seroit plus visible à la pointe d'une
verge de fer qui ne seroit point isolée.

La comparaison des odeurs du tonnerre & de l'électricité n'a point
échapé à mes recherches pour en tirer une preuve de leur identité; mais
comme je ne connois point assez l'odeur du météore, je n'ai pas voulu
m'y arrêter. Pour l'odeur de soufre dont il est parlé dans la lettre,
elle pourroit bien être la même que celle de phosphore que l'on sent
après de violentes explosions dans certaines expériences électriques.
Quand on ne connoît pas bien distinctement l'une & l'autre, il est fort
aisé de s'y méprendre.

Enfin il me paroît évidemment prouvé par l'expérience de Marly que le
tonnerre est pour le moins aussi propre que le globe de verre à
communiquer l'électricité aux corps non-électriques, & que les corps
originairement électriques, comme le verre & la soye, retiennent aussi
bien cette électricité naturelle que celle qu'on excite
artificiellement. Je ne doute même point, & je crois que personne n'en
doutera, que si l'orage duroit quelque tems, on ne pût faire avec cette
électricité naturelle toutes les mêmes expériences que l'on fait avec
l'artificielle.

Il résulte de toutes les expériences & observations que j'ai rapportées
dans ce mémoire, & surtout de la dernière expérience faite à
Marly-la-Ville, que la matière du tonnerre est incontestablement la même
que celle de l'électricité. L'idée qu'en a euë M. Franklin cesse d'être
une conjecture; la voilà devenuë une réalité, & j'ose croire que plus on
approfondira tout ce qu'il a publié sur l'électricité, plus on
reconnoîtra combien la Physique lui est redevable pour cette partie.

Il ne me reste plus qu'à dire quelque chose des avantages qu'on peut
retirer de cette importante découverte. Puisqu'il est bien reconnu
qu'une pointe métallique présentée à quelque distance vis-à-vis d'un
corps actuellement électrisé en tire le feu, & le décharge entiérement
sans bruit, sans explosion & sans commotion: puisqu'il est également
vérifié qu'une verge de fer présentant sa pointe bien acérée vers un
nuage chargé de tonnerre, tire en silence la matière électrique de ce
nuage, dès qu'il est assez proche pour que la verge se trouve dans on
atmosphère électrique, cette verge suffira pour le décharger entiérement
de tout le feu qui y est retenu, & elle opérera ce bon effet d'autant
plus surement & plus facilement que la nuée orageuse sera plus près &
plus long-tems à passer à portée de la pointe.

Delà résultent les avantages infinis de dissiper presque à volonté la
matière du tonnerre, & de préserver de ses atteintes les édifices tant
publics que particuliers. Je suis persuadé que, si au lieu de terminer,
comme on le fait ordinairement, les toits des pavillons, des tours, des
clochers & les mâts des vaisseaux &c. par des giroüettes, par des coqs,
par des croix, par des perroquets, &c. On y dressoit des pointes
métalliques de la manière dont il a été expliqué ci-devant, on
garantiroit ces édifices de la foudre. Dans la supposition même où ces
pointes ainsi élevées, en tirant le feu des nuages orageux, en seroient
assaillies par une quantité excessive, ou, pour me servir des
expressions usitées, quand ces pointes fendroient la nuë, & attireroient
sur elles un orage tout entier, le fil de fer attaché à leur extrémité
inférieure suffiroit pour conduire ce feu jusqu'à la terre ou à l'eau au
dehors des édifices, sans que la foudre pût leur toucher; la raison m'en
paroît évidente. Comme le métal est moins électrique, & par-là plus
perméable à l'électricité que les pierres, les bois & les autres
matériaux qui entrent dans la construction d'un bâtiment; le feu
électrique ne quittera point cette route que quand elle lui manquera.

Pour calmer les craintes de ceux qui, malgré ces raisons, pourroient
appréhender que les pointes élevées sur leurs maisons n'y attirassent le
feu du ciel, j'ajouterai ici un autre moyen de les mettre tout-à-fait en
sureté. Il consiste à élever dans le voisinage autour de leurs châteaux
ou maisons plusieurs de ces mêmes verges métalliques sur de grands
arbres, sur des tours, sur des éminences, &c. ou simplement à les
planter en terre, pourvû qu'elles ayent assez de longueur pour
surpasser, ou tout au moins pour égaler la hauteur des édifices que l'on
voudra préserver. S'il pouvoit arriver que le tonnerre tombât sur ces
verges, il ne pourroit y faire aucun désordre. Il ne faudroit peut-être
pas une centaine de verges de fer ainsi dressées & disposées dans les
différens quartiers & dans les endroits les plus élevés, pour préserver
de la foudre toute la Ville de Paris.

«Dès que ce mémoire eut été lû à l'Académie Royale des Sciences, où il
avoit été écouté avec la plus grande attention, & reçu avec l'accueil le
plus obligeant, le bruit s'en répandit; cette découverte fut mise dans
toutes les nouvelles publiques, & l'expérience fut repétée avec le même
succès dans toutes les parties de l'Europe. On imagina différens moyens
pour élever des verges de fer pointuës suivant la situation des lieux, &
il s'en trouva de très-ingénieux. Celui par exemple de dresser une
pointe métallique au-dessus d'un cerf-volant que l'on élève en l'air à
l'approche d'un orage, a fait voir des phénomènes très-singuliers. La
matière électrique y étoit si abondante qu'elle faisoit à chaque instant
des explosions assez bruyantes pour être entenduës à des distances
considérables. Ces explosions doivent être regardées, & sont réellement
autant de petits coups de tonnerre dont les effets pourroient être aussi
funestes pour ceux qui se trouveroient à portée d'en être frappés.
L'exemple de M. Richman, professeur de physique à Petersbourg & martyr
de l'électricité, suffiroit seul pour avertir qu'il est quelquefois
dangereux de s'approcher sans beaucoup de précaution de la verge de fer
électrisée par le tonnerre. Il paroît par la relation de sa mort,
arrivée le 6. Août 1753. & insérée dans les gazettes d'Hollande & de
France du mois de Septembre suivant, qu'il n'a pas été tué par le
tonnerre tombé directement du ciel, mais par l'explosion de la matière
électrique dont la barre de fer trop bien isolée se trouva surchargée au
moment que sa tête en approcha pendant qu'il faisoit ses observations.»

«Il est encore arrivé deux accidens du même genre, quoique moins
tragiques, à deux célèbres physiciens, dont l'un[45] est associé &
l'autre[46] correspondant de l'Académie Royale des Sciences. Tous les
deux furent renversés par le coup dont ils furent frappés en voulant
tirer des étincelles de leur appareil électrique. Un degré de plus dans
la charge de cet appareil leur eût vraisemblablement fait éprouver un
sort aussi funeste qu'au physicien Moscovite. Mais je suis sûr que les
précautions dont je me suis presque toujours servi en pareil cas,
auroient pû les en garantir, & j'exhorte tous ceux qui voudront faire de
pareilles observations sur le tonnerre, à mettre en usage ces mêmes
précautions.»

[Note 45: M. le Monnier, Médecin de S. Germain en Laye.]

[Note 46: Le R. P. Bertier de l'Oratoire, à Montmorency.]

«Peu de jours après la publication du mémoire ci-dessus, j'imaginai
adapter un petit carillon à une pointe métallique que j'avois fait
élever au jardin du Roi pour M. de Buffon; ce carillon est composé de
deux petits timbres, dont l'un est attaché au fil de fer correspondant à
la pointe, & l'autre à la muraille, avec une petite boule de métal
suspenduë entre deux par un fil de soye pour servir de battant. Dès le
premier orage qui arriva le jour même, le carillon sonna plus d'une
demi-heure avant que le tonnerre grondât & avant que les éclairs
parussent. Par ce moyen nous avons toujours été avertis depuis de
l'approche des nuages orageux; il nous est même arrivé plusieurs fois, à
M. de Buffon & à moi, d'entendre sonner le carillon sans aucune
apparence de tonnerre. Quand un nuage chargé d'électricité vient à
passer au-dessus de la pointe métallique à une grande distance, il met
le carillon en mouvement, & soit qu'il n'y ait point assez de matière
pour causer un véritable orage, soit que la pointe en dissipe assez pour
en empêcher, tout se passe sans fracas.»

«Ce carillon ainsi adapté à la machine du tonnerre sert à plusieurs
usages importans; 1°. il avertit de l'approche ou de la présence d'un
nuage orageux tant la nuit que le jour; 2°. il fait connoître
l'abondance de la matière électrique dont un nuage est chargé, par la
fréquence plus ou moins grande de ses battemens, & même par son silence,
comme on le verra dans la suite; 3°. étant une décharge continuelle de
la matière électrique, qui s'accumule sur la machine du tonnerre, il est
suffisant pour en prévenir les funestes accidens. Je suis très-persuadé
que ni M. Richman ni les autres n'auroient point été frappés si
rudement, s'il y avoit eu de pareilles décharges aux machines dont ils
se sont servis.»


DE LA LETTRE II.

_29. Juin 1751._

Dans la relation que le capitaine Waddel a donnée des effets de la
foudre sur son vaisseau, je ne puis m'empêcher de remarquer les grosses
lampes _comazants_, (comme il les appelle) qui parurent sur les pointes
du haut des perroquets toutes en feu comme de grosses torches (avant le
coup de tonnerre); suivant mon sentiment le feu électrique étoit alors
tiré de la nuée comme par des pointes, la grosseur de la flamme marquant
la grande quantité d'électricité dans la nuée; & s'il y avoit eu un bon
fil-d'archal de communication des pointes du sommet des perroquets à la
mer, qui eût conduit plus librement que des cordes goudronnées ou des
mâts de bois résineux, j'imagine qu'il n'y auroit point eu de coup de
foudre, ou que s'il y en eût eu, le fil-d'archal l'auroit conduit tout
entier dans la mer sans endommager le vaisseau.

Ses boussoles perdirent la vertu de l'aiman, ou les pôles en furent
changés; la pointe du nord se tourna vers le sud. Par le moyen de
l'électricité nous avons souvent ici (à Philadelphie) donné aux
aiguilles la direction au pôle, & nous en avons changé les pôles à notre
gré.

À Londres M. Wilson a essayé cette opération sur de trop grosses masses
& avec une force trop foible.

«MM. Wilson & Franklin ne sont pas les seuls qui ayent conjecturé que le
magnétisme devoit être un effet de l'électricité; M. de Buffon doit
partager avec eux la gloire, non-seulement d'avoir eu la même opinion,
mais d'en avoir porté un jugement décisif long-tems avant d'apprendre
les conjectures de ces deux sçavans. Dès le commencement de l'année
1752. il me pria de lui faire faire six aiguilles d'acier pour essayer
de les aimanter d'un coup d'électricité. Ses affaires ne lui permirent
pas d'en faire l'épreuve; & comme par déférence je ne voulus pas la
faire sans lui, l'expérience fut retardée jusqu'en 1753. tems auquel je
reçus le supplément ou deuxiéme partie des écrits de M. Franklin, où
j'en trouvai la réussite avant de l'avoir tentée moi-même.»

«Ayant aussitôt fait armer, suivant la méthode de Mr. Franklin, une
grande cucurbite de verre, je la joignis à un gros matras aussi préparé
pour l'expérience de Leyde; je mis ensuite une de mes aiguilles, dont
j'avois ôté la chape, entre deux lames de verre, l'une plus longue &
l'autre plus courte, afin que les deux bouts de l'aiguille débordassent
cette dernière: pour affermir ces trois piéces, je les mis dans une
petite presse faite exprès & disposée de façon que l'aiguille touchât
par l'un de ses bouts une feüille de métal sur laquelle étoient posés
les deux vases: ayant ensuite chargé ces deux vases ensemble, & achevé
le cercle par le moyen d'un fil de fer, dont j'appuyai l'une des
extrémités sur le bout de l'aiguille, je tirai le coup fulminant au
travers de cette aiguille. Ayant après cela démonté l'appareil, rajusté
la chape & suspendu l'aiguille sur son pivot, elle prit la direction
nord & sud, & fut vivement attirée par le fer que je lui présentai; en
un mot elle se trouva très-bien aimantée. J'essayai sur le champ de
changer ses pôles en lui donnant le coup en sens contraire; cette
seconde expérience ne me réussit pas moins bien que la première, & je la
répétai plusieurs fois. Cette aiguille a conservé sa vertu magnétique
pendant plusieurs mois. Mais je n'ai pas été long-tems à m'appercevoir
que sa force diminuoit imperceptiblement, présentement il faut en
approcher une clef à trois ou quatre lignes, pour qu'elle puisse en être
attirée.»

«J'ai aimanté par le même moyen deux autres aiguilles qui me paroissent
conserver toute leur force depuis plusieurs mois. Elles ont été frappées
d'un coup donné en même tems par deux grandes cucurbites de verre
revêtuës en dedans & en dehors de fëuilles d'étain & bien armées pour
l'expérience de Leyde, & par deux gros matras dorés.»

«Les expériences électriques développent tous les jours des mystères,
qui sans elles seroient peut-être toujours demeurés impénétrables dans
la physique; le succès de celle-ci nous apprend pourquoi les vieux fers
qui ont été long-tems exposés aux injures de l'air sur le haut des
édifices fort élevés, non-seulement se trouvent aimantés, mais même
semblent convertis en véritable aiman. (_Voyez Mém. de l'Acad. R. des
Sc., tom. X. pag._ 734.) Cette observation qui parut si surprenante en
1691. cesse de l'être dès que l'on sçait que la matière du tonnerre &
celle de l'électricité sont la même, & que le magnétisme n'est qu'un
effet de la matière électrique. Personne n'aura de peine à se persuader
que les clochers de Chartres à cause de leur grande élévation au milieu
d'une vaste plaine ont été & sont souvent frappés du tonnerre. _Feriunt
altos fulmina montes._ Les fers qui ont été employés dans ces édifices
étant moins électriques que les pierres & les autres matériaux qui sont
entrés dans leur construction, sont par-là plus susceptibles des
impressions de ce météore. C'est de là qu'ils ont acquis la vertu
magnétique; & peut-être l'aiman lui-même n'est-il aiman que parce que
c'est une pierre qui contient beaucoup de fer, & qui a été frappée de la
foudre.»

«Cette propriété qu'a la matière électrique de s'attacher de préférence
aux corps les moins électriques, & surtout aux métaux, nous apprend
l'utilité d'un ancien usage presque général, dont on n'a peut-être
jamais connu ni le fondement ni le principe, c'est celui de mettre dans
les tems d'orage une piéce de fer sur les tonneaux de vin & dans le nid
des poules & autres volatils que l'on fait couver. On dit que c'est pour
empêcher le tonnerre de faire tourner le vin & les oeufs, ou de faire
mourir les jeunes poulets dans leurs coquilles. S'il est vrai que le
tonnerre puisse produire ces mauvais effets; il est assez vraisemblable
qu'un morceau de fer ou d'autre métal peut les prévenir. Le matière
électrique qui se répand de tous côtés pendant l'orage, sera attirée par
la substance métallique, & y fera son impression bien plutôt que sur les
autres substances qui en sont moins susceptibles.»

Un choc donné par quatre grands vases de verre en forme de jarres à une
fine aiguille à coudre flottante sur l'eau, lui donne la direction
magnétique, & la traverse aisément. Si l'aiguille est posée Est & Ouest
dans le tems qu'elle est frappée, le bout par lequel le feu électrique
est entré se tourne au nord.

Si l'aiguille est posée nord & sud, le bout qui est vers le nord
continuëra de marquer le nord quand elle sera mise sur l'eau, soit que
le feu soit entré par ce bout ou par le bout opposé.

«Dans quelque direction que mes aiguilles fussent posées, lorsqu'elles
ont reçu le coup fulminant, j'ai toujours remarqué que le bout de
l'aiguille par lequel le feu y est entré, est constamment celui qui se
tourne au nord, & conséquemment celui par lequel le feu est sorti, se
tourne au sud. Pour changer les pôles d'une aiguille aimantée de cette
manière, il ne s'agit que de donner le coup en sens contraire. M.
Franklin à qui j'ai communiqué cette observation, m'a répondu que
n'ayant pas eu le tems de répéter plusieurs fois cette expérience, il
n'avoit pû l'approfondir, & que delà il pouvoit être arrivé que ses
observations à cet égard ne fussent pas tout-à-fait justes.»

Le magnétisme qu'elle acquiert est plus fort quand l'aiguille est
frappée étant tournée au nord & au sud; il est plus foible quand
l'aiguille est Est & Ouest; si la force du coup étoit beaucoup plus
grande, peut-être que, l'aiguille étant nord & sud, si le feu entroit
par le bout sud il deviendroit nord, autrement nous serions embarrassés
de rendre raison du renversement des pôles des boussoles par le coup de
foudre, puisqu'il n'a jamais pû trouver leurs aiguilles que dans cette
position, & que selon nos petites expériences, soit que le feu
électrique entre par le bout du nord & sorte par celui du sud de
l'aiguille, ou au contraire, le bout tourné vers le nord continuëroit
toujours à le marquer.

Dans ces expériences les bouts des aiguilles reçoivent quelquefois de la
flamme électrique, une légère teinte de bleu comme celle que l'on voit à
un ressort de montre. Cette couleur donnée par le coup de deux vases
seulement se dissipera, mais quatre vases la fixent, & fondent souvent
les aiguilles; je vous en envoye quelques-unes qui ont eu leurs têtes &
leurs pointes fonduës par notre tonnerre artificiel, & une épingle dont
le feu électrique a fondu la pointe & fait couler quelques parties de sa
tête & de son collet. Il arrive quelquefois que la surface du corps de
l'aiguille coule aussi un peu & paroît soulevée en forme de vésicules
quand elle est examinée avec une loupe. Les vases dont je me sers
contiennent sept ou huit gallons,[47] & sont doublés de feüilles d'étain
au dedans & au dehors, il faut à chacun d'eux mille tours d'un globe de
neuf pouces de diamètre pour être chargé.

[Note 47: Gallon, mesure d'Angleterre qui contient quatre quartes; la
quarte équivaut environ pinte de Paris.]

Je vous envoye deux échantillons de feüilles d'étain fonduës entre des
verres par la force de deux vases seulement.

Je n'ai point appris qu'aucun de vos Électriciens d'Europe ait pû
jusqu'ici enflammer la poudre à tirer par le feu électrique. Nous le
faisons ici de cette manière. On remplit de poudre séche une petite
cartouche; on la bourre assez fort pour en écraser quelques grains; on y
enfonce ensuite deux fils-d'archal pointus un à chaque bout, ensorte que
leurs pointes ne soient éloignées que d'un demi pouce au milieu de la
cartouche que l'on place dans cercle; quand les quatre vases se
déchargent, la flamme sautant de la pointe d'un fil-d'archal à celle de
l'autre dans la cartouche au travers de la poudre, l'enflamme, &
l'explosion de la poudre se fait au même instant que le craquement de la
décharge.

«Cette expérience m'a réussi d'une façon admirable. En voici le procédé.
Après avoir roulé une carte à jouer, & l'avoir bien liée avec du fil,
j'ai rempli à peu près au quart ce petit tuyau de poudre à tirer, que
j'ai bien bourée pour en écraser les grains; après cela j'y ai mis
encore autant de poudre que j'ai bourée de la même manière; & ainsi de
suite jusqu'à ce que le tuyau fût rempli: j'y ai ensuite enfoncé deux
fils de fer, un à chaque bout comme le dit notre auteur; en suivant le
reste de son procédé, l'expérience a manqué plusieurs fois. Imaginant
que le défaut ne pouvoit venir que de ce que les pointes des fils de fer
étoient trop éloignées l'une de l'autre, je les ai enfoncées davantage,
& l'expérience a réussi. Quelque préparé que l'on soit au bruit que doit
produire cette inflammation, on en est toujours surpris, mais ce n'est
pas ce qu'il y a à craindre dans cette expérience.»

«L'on doit y prendre des précautions contre deux accidens qui peuvent en
résulter, l'un de tourner le petard du côté opposé aux spectateurs, afin
qu'en sautant il ne puisse blesser personne; l'autre de ne pas tenir à
la main les fils de fer dont les pointes sont enfoncées dans le petard,
parce que si la poudre ne s'enflammoit pas, celui qui les tiendroit
recevroit une commotion peut-être trop forte.»

Je ne me souviens pas si je vous ai écrit que j'ai fondu des épingles de
cuivre & des aiguilles d'acier, changé les pôles d'une aiguille
aimantée, donné le magnétisme & la pôlarité à des aiguilles qui n'en
avoient point, & que j'ai enflammé de la poudre à tirer séche avec
l'étincelle électrique. J'ai cinq bouteilles qui contiennent chacune 8.
ou 9. _galons_; deux de ces bouteilles chargées suffisent pour ces
opérations; mais je puis les charger & les décharger toutes ensemble, il
n'y a point d'autres bornes dans la force que l'homme peut donner &
employer dans la matière électrique, que celles qui viennent de la
dépense & du travail; car on peut augmenter le nombre des bouteilles à
l'infini, les unir & les décharger toutes ensemble, comme s'il n'y en
avoit qu'une. La force & l'effet sera proportionnée à leur nombre & à
leur situation. Les plus grands effets connus des coups de foudre
ordinaires peuvent, je pense, sans beaucoup de difficulté, être
surpassés par cette voye, ce que l'on n'auroit jamais cru il y a
quelques années. Bien des gens même aujourd'hui pourroient regarder
cette supposition comme un peu extravagante. Ainsi nous sommes plus
avancés en science que les diables de Rabelais à l'âge de deux ans; il
dit d'eux plaisamment qu'ils ne sçavoient qu'un peut tonner & foudroyer
autour de la tête d'un choux.

Je suis avec un sincère respect, votre très-humble & très-obligé
serviteur, B. Franklin.



_LETTRE
De M. E. KINNERSLEY,
à Boston,

à B. Franklin, Écuyer à Philadelphie, le 3. Février 1752._


MONSIEUR,

J'ai à vous communiquer les expériences suivantes. Je tenois dans une
main un fil-d'archal qui étoit attaché par l'autre bout à la manivelle
d'une Pompe, pour essayer si le coup du premier conducteur au travers de
mes bras, seroit un peu plus fort que lorsqu'il passoit seulement sur la
surface de la terre; mais je n'y découvris aucune différence.

Je plaçai l'aiguille d'une boussole sur la pointe d'une longue épingle;
& la tenant dans l'atmosphère du premier conducteur à la distance
d'environ trois pouces, je trouvai qu'elle pirouettoit avec une grande
rapidité, comme les aîles d'un tourne-broche.

Je suspendis avec une soye une balle de liége environ de la grosseur
d'un pois; je lui présentai de l'ambre frotté, de la cire à cacheter, du
soufre, elle fut fortement repoussée par chacun de ces corps; ensuite
j'essayai du verre & de la porcelaine frottée, & je trouvai que chacun
l'attiroit jusqu'à ce qu'elle s'électrisât une seconde fois, & qu'alors
elle fut repoussée comme la première fois; & tandis que cette balle
étoit ainsi repoussée par le verre ou la porcelaine frottée, elle étoit
attirée par l'un des trois, autres corps aussi frottés. Alors
j'électrisai la balle avec le fil-d'archal d'une bouteille chargée, & je
lui présentai du verre frotté (le bouchon d'un flacon) & une tasse de
porcelaine; elle en fut repoussée aussi fortement que par le
fil-d'archal. Mais quand je lui présentai un des autres corps
électriques frottés, elle fut fortement attirée; & quand je l'électrisai
par l'un d'eux jusqu'à ce qu'elle fût repoussée, elle fut attirée par le
fil de la bouteille, mais repoussée par sa doublûre extérieure.

Ces expériences me surprirent, & me portèrent à en inférer les paradoxes
suivants.

1°. Si un globe de verre est placé à l'un des bouts du premier
conducteur, & un globe de soufre à l'autre; les deux globes étant
également en bon état & dans un mouvement égal, on ne pourra tirer
aucune étincelle du conducteur; mais un des globes tirera du conducteur
aussi vîte que l'autre y fournira.

2°. Si une bouteille est suspenduë au conducteur avec une chaîne de son
envelope à la table, & que l'on ne se serve que d'un des globes à la
fois, vingt tours de rouë, par exemple, la chargeront, après quoi autant
de tours de l'autre rouë la déchargeront, & autant la rechargeront
encore.

3°. Les deux globes étant en mouvement, chacun ayant un conducteur
particulier avec une fiole suspenduë à l'un d'eux, & la chaîne de
celle-ci attachée à l'autre, la fiole se chargera, l'un des globes
chargeant positivement, & l'autre négativement.

4°. La bouteille étant chargée de cette sorte, suspendez-la de la même
manière à l'autre conducteur; faites tourner les deux rouës, & le même
nombre de tours qui avoit chargé la bouteille la déchargera, & le même
nombre encore la rechargera.

5°. Quand chaque globe communique avec le même premier conducteur,
duquel il pend une chaîne jusques sur la table, l'un de ces globes (mais
je ne puis pas dire lequel) quand ils sont en mouvement, tirera le feu
au travers de son coussin, & le déchargera par la chaîne; l'autre le
tirera au travers de la chaîne, & le déchargera au travers de son
coussin.

Je serois fort aise que vous envoyassiez chez moi chercher mon globe de
soufre avec son coussin, & que vous en fissiez l'épreuve; mais je dois
vous avertir de ne pas frotter le coussin avec de la craye, un peu de
soufre réduit en poudre fine sera beaucoup mieux. Si, comme je m'y
attens, vous trouvez que les globes chargent le premier conducteur d'une
manière différente, je sçai que vous êtes en état de découvrir quelque
méthode pour déterminer quel est celui qui charge positivement.

Je suis, &c. E. Kinnersley.



_LETTRE VIII._
_De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie._

_À M. E. Kinnersley, à Boston, le 2. Mars 1752._


MONSIEUR,

Je vous remercie des expériences que vous m'avez communiquées. J'envoyai
sur le champ chercher votre globe de soufre dans le dessein de faire les
épreuves que vous m'indiquiez; mais je trouvai qu'il n'étoit pas bien
centré, & je n'avois pas le tems pour lors d'y remédier; mais au premier
moment de loisir je le remettrai en état de servir; je tenterai les
expériences, & je vous en rendrai compte.

En attendant je soupçonne que les différentes attractions & répulsions
que vous avez observées, venoient plutôt de la plus grande ou plus
petite quantité du feu que vous tiriez des différens corps que de ce que
ce feu seroit d'une espéce différente, & auroit une différente
direction.

Je suis avec précipitation, &c. B. Franklin.



_LETTRE IX._
_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._

_À M. E. Kinnersley, à Boston le 16. Mars 1752._


MONSIEUR,

Ayant mis votre globe de soufre en état de servir, j'essayai une des
expériences que vous proposiez, & je fus agréablement surpris de voir
que le globe de verre étant à une extrémité du conducteur & celui de
soufre à l'autre, les deux globes en mouvement, on ne pouvoit pas tirer
une seule étincelle du conducteur, à moins que l'un des globes ne
tournât plus lentement, ou ne fût pas en aussi bon état que l'autre,
alors même l'étincelle n'étoit que proportionnée à cette différence,
ensorte que si on recommence à faire tourner les globes également ou à
faire tourner plus lentement celui qui opéroit le mieux, l'on mettra
encore le conducteur hors d'état de fournir une étincelle.

Je remarquai aussi que le fil-d'archal d'une bouteille chargée par le
globe de verre attiroit une balle de liége qui avoit touché au
fil-d'archal d'une bouteille chargée par celui de soufre, & cela
réciproquement, en sorte que le liége continuoit à jouer entre les deux
bouteilles, de la même manière que si une bouteille avoit été chargée
par le crochet & l'autre par le côté par le seul globe de verre; & les
deux bouteilles chargées l'une par le globe de soufre, l'autre par celui
de verre, seront toutes deux déchargées en approchant leurs
fil-d'archal, & donneront le coup à la personne qui les tient.

D'après ces expériences on peut être certain que les deuxiéme, troisiéme
& quatriéme que vous proposez réussiront exactement, comme vous le
supposez, quoique je ne les aye point tentées, n'en ayant pas le tems.
J'imagine que c'est le globe de verre qui charge positivement, & celui
de soufre négativement: en voici les raisons. 1°. Quoique le globe de
soufre semble opérer aussi bien que le globe de verre, cependant il ne
pourra jamais y avoir une étincelle aussi forte & à une distance aussi
grande entre mon doigt & le conducteur, quand on se sert du globe de
soufre que quand on employe celui de verre. Je suppose que la raison en
est que les corps d'une certaine grosseur ne peuvent pas se séparer de
la quantité du fluide électrique qu'ils ont & qu'ils conservent dans
leur substance après l'avoir attirée, aussi aisément qu'ils peuvent en
recevoir une quantité additionnelle sur leurs surfaces en forme
d'atmosphère. Par conséquent on ne peut pas en tirer autant du
conducteur qu'on peut y en faire entrer. 2°. J'observe que le ruisseau
ou l'aigrette de feu qui paroît à l'extrémité du fil-d'archal attaché au
conducteur est longue, large & fort divergente quand on se sert du globe
de verre, & qu'elle fait un bruit avec éclat ou craquement; mais quand
on employe le globe de soufre, cette aigrette est courte, petite, & ne
fait qu'un sifflement. Et tout le contraire des deux arrive quand vous
tenez le même fil-d'archal dans votre main, & que les globes travaillent
tour-à-tour, l'aigrette est longue, large, divergente & craquante, quand
on fait tourner le globe de soufre; elle est courte, petite & sifflante
quand c'est celui de verre. Quand l'aigrette est longue, large, & fort
divergente, le corps duquel elle part me semble jetter le feu: quand le
contraire paroît, on diroit que ce corps le pompe. 3°. J'observe que
quand j'ai présenté mon doigt devant le globe de soufre, lorsqu'il est
en mouvement, le ruisseau de feu entre mon doigt & le globe semble se
répandre sur sa surface comme s'il sortoit du doigt; il en est tout
autrement du globe de verre. 4°. Le vent frais (ou ce qu'on appelle de
ce nom) que nous avons coutume de sentir comme sortant d'une pointe
électrisée, est beaucoup plus sensible quand on employe le globe de
verre que quand c'est celui de soufre; mais ce ne sont ici que des
pensées hazardées.

«Les effets opposés du verre & du soufre ont été reconnus à Paris comme
ils l'avoient été à Boston & à Philadelphie. M. le Roy de l'Académie
Royale des Sciences, lût le 9. Avril 1755. à la rentrée publique de
cette Académie, un mémoire bien détaillé des nouvelles expériences &
observations qu'il avoit faites sur ce sujet. Après y avoir établi
toutes les différences qu'il avoit remarquées entre l'électricité
positive & l'électricité négative, (différences essentielles qui avoient
déjà été publiées par le R. P. Beccaria dans son _Libro primo del
Electricismo_, sous des dominations différents,) il démontre par des
preuves convaincantes que le verre & la résine frottés produisent des
effets électriques tout contraires: que le verre communique
l'électricité positive, & que le soufre & la résine communiquent
l'électricité négative. L'auteur du mémoire conclut de ses observations
avec juste raison qu'il faut en revenir à la distinction des
électricités vitrée & résineuse établie par feu M. Dufay; (Mém. de
l'Acad. ann. 1733. pag. 469.) ces deux sortes d'électricités, quoique
différentes par leur nature, semblent agir à peu près également & de la
même manière sur les corps conducteurs qui y sont présentés; elles
paroissent aussi à la première inspection produire les mêmes phénomènes
d'attraction, de répulsion, d'étincellement, de pétillement, de
percussion, de commotion, &c. Cependant quand on en vient à un examen
plus approfondi, l'on n'est pas long-tems à reconnoître que les
phénomènes sont en sens contraire. Ces deux sortes d'électricités se
détruisent: l'une attire ce que l'autre repousse: celle-ci se communique
en donnant, & celle-là en recevant: enfin la première est par excès, &
la seconde par défaut. La bouteille de Leyde dont on présente le crochet
au conducteur électrisé par le verre ou par le soufre, ne s'en charge
pas moins bien, mais avec cette différence que si le conducteur est
électrisé par le soufre, la bouteille se chargera extérieurement de même
que cela arriveroit, si en la tenant par le crochet, on en présentoit le
côté au conducteur électrisé par le verre, & de même encore qu'elle se
chargeroit si, après avoir épuisé le coussin, on lui présentoit (à ce
coussin) le crochet de cette bouteille, en la tenant par les côtés.

«Outre les moyens indiqués par M. Franklin pour reconnoître si
l'électricité est positive ou négative, voici celui qui me paroît le
plus simple.

«On sçait que si l'on présente une pointe métallique à un corps
actuellement électrisé, il paroît dans l'obscurité une petite lumière au
bout de cette pointe. Mais cette lumière n'est pas la même, quand le
corps est électrisé positivement, & quand il l'est négativement. Dans le
premier cas ce n'est qu'un petit floccon de lumière que M. le Roi nomme
point lumineux plus ou moins apparent, fort semblable à un ver luisant.
Dans le second cas cette lumière est en forme d'aigrette plus ou moins
longue, plus ou moins divergente, suivant la force de l'électricité.
C'est ce qu'on peut aisément...

[Manque la page 176]

...me je viens de le dire, étoit attachée tantôt au crochet & tantôt au
ventre de la bouteille. En un mot l'endroit où paroît l'aigrette est
celui d'où sort le feu, & conséquemment celui où est l'électricité
positive; & l'endroit où paroît le point lumineux est celui où elle est
négative.

«Les termes d'électricité positive & électricité négative ne doivent
jamais s'entendre dans un sens absolu. Le point lumineux que j'apperçois
quand je présente une pointe au conducteur électrisé par le globe de
verre ne prouve pas que je sois électrisé négativement, puisque j'ai
toujours ma quantité naturelle d'électricité, mais seulement que j'en
suis moins chargé que le conducteur, que j'en reçois de lui, que je suis
dans un état négatif par rapport au sien, et par conséquent que le sien
est positif relativement au mien.

À l'égard de votre cinquiéme paradoxe, il peut pareillement être vrai,
si les globes travaillent alternativement, mais s'il le font en même
tems, le feu ne montera ni ne descendra par la chaîne, parce qu'un globe
pompera le feu aussi vîte que l'autre le produira. Je ne serois pas
fâché de sçavoir si les effets seroient contraires dans le cas où le
globe de verre seroit solide & celui de soufre creux, mais je n'ai
présentement aucun moyen de l'essayer.

Dans vos voyages vos globes de verre sont sujets à des accidens, ceux de
soufre sont lourds & incommodes.»

_Quest._ Une plaque mince de soufre mise sur une table ne serviroit-elle
pas de coussin dans l'occasion, pendant qu'un globe de cuir rembourré
exactement, proprement monté, recevroit le feu du soufre & chargeroit le
conducteur positivement, un pareil globe ne courroit aucun danger d'être
cassé. Je crois concevoir comment cela pourroit s'exécuter. Mais je n'ai
pas le tems d'ajouter autre chose si ce n'est que je suis, Monsieur, &c.



_LETTRE X._

_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._

_19. Octobre 1752._

Comme l'on parle souvent dans les nouvelles d'Europe du succès de
l'expérience de Philadelphie, pour tirer le feu électrique des nuées par
le moyen des verges de fer pointuës élevées sur le haut des bâtimens,
&c. Les curieux ne seront peut-être pas fâchés d'apprendre que la même
expérience a réussi à Philadelphie, quoique faite d'une manière
différente & plus facile; en voici le détail.

Faites une croix de deux petites lates, les bras assez longs pour
atteindre aux quatre coins d'un grand mouchoir fin de soye: quand il est
étendu, liez les coins de ce mouchoir aux extrémités de la croix: par ce
moyen vous avez le corps d'un cerf-volant; en y ajoutant adroitement une
queuë, une gance & une ficelle, il s'élèvera en l'air comme ceux qui
sont faits de papier; mais celui-ci qui est de soye est plus propre à
résister au vent & à la pluye d'un orage sans se déchirer. Au sommet du
montant de la croix il faut fixer un fil-d'archal très-pointu qui
s'élève d'un pied ou plus au-dessus du bois. Au bout de la ficelle près
de la main, il faut noüer un cordon ou ruban de soye, & attacher une
clef dans l'endroit où la soye & la ficelle se joignent. On élève ce
cerf-volant lorsqu'on est sur le point d'avoir du tonnerre, & la
personne qui tient la corde doit être en dedans dune porte ou d'une
fenêtre, ou sous quelqu'abri, ensorte que le ruban de soye ne soit pas
mouillé, & l'on prendra garde que la ficelle ne touche pas le cadre de
la porte ou de la fenêtre. Aussitôt que quelques parties de la nuée de
tonnerre viendront sur le cerf-volant, le fil-d'archal pointu en tirera
le feu électrique, & le cerf-volant, avec toute la ficelle, sera
électrisé, les filamens de la ficelle qui ne sont pas serrés se
dresseront en dehors de tous côtés, & seront attirés par l'approche du
doigt, & quand la pluye a mouillé le cerf-volant & la ficelle, de façon
qu'ils puissent conduire librement le feu électrique, vous trouverez
qu'il découle en abondance de la clef à l'approche de votre doigt: on
peut charger la bouteille à cette clef, enflammer les liqueurs
spiritueuses avec le feu ainsi ramassé, & faire toutes les autres
expériences électriques qu'on fait ordinairement avec le secours d'un
globe ou d'un tube de verre frotté, & par ce moyen on démontre
parfaitement l'identité de la matière électrique avec celle de la
foudre.



_LETTRE XI._

_De B. FRANKLIN Ecuyer de Philadelphie._

Puisque vous me dites que notre ami Cave est prêt à ajouter quelques
dernières expériences à ma feüille volante avec l'_errata_, j'envoye une
copie d'une lettre du Docteur Colden, qui peut aider à remplir quelques
pages, & encore mon expérience du cerf-volant dans la gazette de
Pensylvanie: je n'ai rien à y ajouter de nouveau, si ce n'est
l'expérience suivante, pour découvrir un plus grand nombre des
propriétés du fluide électrique.


EXPÉRIENCE

_Pour découvrir un plus grand nombre des propriétés du fluide
électrique._

Suspendez par un crochet de fil-d'archal un boulet au premier
conducteur; placez sous le boulet à six lignes de distance une plaque
d'argent poli pour recevoir les étincelles; faites alors tourner la
rouë, & si les étincelles répétées frappent continuellement sur le même
endroit, il s'y fera dans peu de minutes une tache bleuë approchant de
la couleur d'un ressort de montre.

Une plaque de fer poli exposée à la même épreuve, sera aussi tachée,
mais non pas de la même couleur; elle semble plutôt corrodée.

Je ne me suis pas apperçu que cette opération fît aucune impression sur
l'or, le cuivre ou l'étain, mais les taches sur l'argent ou le fer
seront les mêmes, soit que le boulet soit de plomb, de cuivre, d'or ou
d'argent.

Il paroîtroit aussi une petite tache sur le boulet d'argent, de même que
sur la plaque qui seroit au-dessous.


NOUVELLES
EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
SUR L'ÉLECTRICITÉ.

_Faites à Philadelphie en Amérique par B. Franklin, Écuyer, &
communiquées à P. Collinson, Écuyer, de la Société Royale de Londres, &
lûes à la même Société le 27. Juin & le 4. Juillet 1754. On y a ajouté
un écrit sur le même sujet par J. Canton M. A. membre de la Société
Royale, lû à la même Société le 6. Décembre 1753. & un autre pour la
défense de Mr. Franklin contre l'Abbé Nollet, par M. D. Colden de la
nouvelle York._



TROISIÉME PARTIE.

À Londres 1754.



_LETTRE XII.

De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie.

À P. Collinson Écuyer de la Société Royale de Londres._


_Septembre 1753._

MONSIEUR,

Dans mon premier écrit sur cette matière fait d'abord en 1747. augmenté
& envoyé en Angleterre en 1749. je regardai la mer comme la grande
source des éclairs; j'imaginois que la lumière qu'on y apperçoit venoit
du feu électrique produit par le frottement des particules d'eau avec
celles de sel. Éloigné des côtes je n'avois pas alors la commodité de
faire des expériences sur de l'eau de mer, de sorte que j'embrassai
cette opinion trop à la hâte.

Car en 1750. & 51. étant par occasion sur les côtes, je trouvai par des
expériences que l'eau de la mer dans une bouteille, quoiqu'elle parût
d'abord lumineuse en l'agitant, perdit cependant cette vertu dans peu
d'heures. De cette observation & de ce qu'en agitant du sel fondu dans
de l'eau je ne pouvois produire aucune lumière, je commençai d'abord à
douter de ma première supposition, & à soupçonner que cette lumière dans
l'eau de la mer devoit être attribuée à quelques autres principes.

J'examinai alors s'il n'étoit pas possible que les particules de l'air,
étant électriques par elles-mêmes, tirassent leur feu électrique de la
terre dans les grands coups de vent par leur frottement contre les
arbres, les montagnes, les bâtimens, &tc. comme autant de petits globes
électriques frottans contre des coussins non-électriques, & que les
vapeurs qui s'élèvent reçussent de l'air ce feu, & que par ces moyens
les nuages devinssent électrisés.

J'imaginai que si la chose étoit ainsi, poussant violemment avec des
soufflets un courant d'air contre mon premier conducteur, je pourrois
l'électriser négativement, le frottement des particules de l'air le
dépoüillant d'une partie de sa quantité naturelle du fluide électrique;
mais l'expérience que je tentai dans cette vûe ne me réussit pas.

En Septembre 1752. j'élevai une verge de fer pour tirer l'éclair dans ma
maison, afin de faire quelques expériences dessus, ayant disposé deux
timbres pour m'avertir quand la verge seroit électrisée; cette pratique
est familière à tout Électricien.

Je trouvai que les timbres sonnèrent quelquefois quoiqu'il n'y eût ni
éclair ni tonnerre, mais seulement un nuage obscur au-dessus de la
verge, que quelquefois après un coup d'éclair ils s'arrêtoient tout d'un
coup, que d'autres fois, sans avoir sonné auparavant, ils commençoient à
le faire soudain après l'éclair, que l'électricité étoit quelquefois,
très-foible, ensorte qu'après en avoir tiré une petite étincelle, on
étoit quelque tems sans pouvoir en tirer d'autre; que d'autrefois les
étincelles se suivoient avec une extrême rapidité, en ayant eu un jour
un courant continuel d'un timbre à l'autre de la largeur d'une plume de
corbeau; il y eut même des variations considérables pendant le même
orage.

L'hyver suivant j'imaginai une expérience pour découvrir si les nuages
étoient électrisés positivement ou négativement; mais ma verge pointuë
avec tout son appareil s'étant dérangée, je ne la rétablis que vers le
printems, lorsque j'espérai que la chaleur occasionneroit plus de nuages
orageux.

Cette expérience consistoit à prendre deux bouteilles, à en charger une
du feu de la verge de fer & à donner à l'autre une charge égale avec le
globe de verre électrique par le moyen du premier conducteur, & après
les avoir chargées, à les placer sur une table à trois ou quatre pouces
l'une de l'autre, ayant suspendu au plat-fons avec un fil de soye fin,
une boulette de liége qui pût joüer entre les crochets. Si les deux
bouteilles étoient électrisées positivement, la boulette attirée &
repoussée par l'une, devroit aussi être repoussée par l'autre: si l'une
étoit positivement & l'autre négativement, la boulette seroit attirée &
repoussée tour à tour par chacune, & continueroit de joüer entr'elles
aussi long-tems qu'elles conserveroient quelque charge considérable.

Ayant fort à coeur de faire cette expérience, le hazard voulut que je
fusse absent pendant les deux plus gros orages que nous eûmes de bonne
heure dans le printems, ce qui ne fut pas une petite mortification pour
moi. J'avois bien ordonné dans ma maison que si les timbres sonnoient,
pendant mon absence, on enfermât quelqu'éclair pour moi dans des
bouteilles électriques, & on le fit aussi; mais tout étoit presque
dissipé avant mon retour; & dans quelques autres orages la quantité
d'éclairs que je pus renfermer étoit si petite, & la charge si foible,
que je ne pus me satisfaire; cependant je vis quelquefois de quoi
augmenter mes soupçons & enflammer ma curiosité.

Enfin le 12. Avril 1753. étant arrivé un orage qui fut assez vif pendant
quelque tems, je chargeai une des bouteilles passablement bien avec
l'éclair, & l'autre avec l'électricité de mon globe de verre, également
autant que j'en pus juger; & les ayant disposées convenablement, je vis
avec autant de surprise que de plaisir la boulette de liége joüer avec
vîtesse de l'une à l'autre, & je fus convaincu que l'une des deux étoit
électrisée négativement.

Je répétai plusieurs fois cette expérience pendant cet orage & pendant
huit autres orages de suite, toujours avec le même succès, & étant
persuadé (par les raisons détaillées d'abord dans ma lettre à M.
Kinnersley, imprimée depuis à Londres,) que le globe de verre électrise
positivement, je conclus que les nuages sont toujours électrisés
négativement, ou contiennent toujours moins que leur quantité naturelle
de fluide électrique.

Malgré tant d'expériences il semble cependant que ma conclusion étoit
tirée trop précipitamment, car enfin le 6. de Juin dans un orage qui
dura depuis cinq heures après midi jusqu'à sept, je trouvai un nuage qui
étoit électrisé positivement, quoique plusieurs qui étoient passés
auparavant au-dessus de ma verge pendant le même orage, fussent dans
l'état négatif. Voici comme je le découvris.

Je faisois en même tems une autre expérience que je répétai plusieurs
fois pour m'assurer de l'état négatif des nuages; la voici. Pendant que
les timbres sonnoient, je pris la bouteille chargée au globe,
j'appliquai son crochet à la verge, dans l'idée que si les nuages
étoient électrisés positivement, la verge qui en recevoit son
électricité le seroit aussi de la même façon, & alors l'électricité
positive ajoutée avec la bouteille feroit sonner les timbres plus vîte;
mais si les nuages étoient dans un état négatif, ils devoient épuiser le
fluide électrique de la verge & la réduire au même état négatif où ils
étoient; alors le crochet de la bouteille chargée positivement
fournissant à là verge ce qui lui manquoit, (autrement elle auroit été
obligée de le tirer de la terre par le moyen de la boulette de cuivre
suspendue entre les deux timbres,) le carillon cesseroit jusqu'à ce que
la bouteille fût déchargée.

Je déchargeai promptement dans la verge de cette manière plusieurs
bouteilles qui étoient chargées au globe; le fluide électrique passant
du crochet dans la verge jusqu'à ce que le crochet ne tirât plus
d'étincelles du doigt; & pendant que la verge recevoit de la bouteille,
les timbres cesserent de sonner: mais en continuant d'appliquer le
crochet de la bouteille à la verge, j'épuisai la quantité naturelle de
la surface intérieure de ces bouteilles, ou pour m'exprimer à
l'ordinaire je les chargeai négativement.

Enfin pendant que je chargeois une bouteille à mon globe pour répèter
cette expérience, mes timbres s'arrêtèrent d'eux-mêmes, & après une
pause recommencèrent à sonner; mais quand j'approchai de la verge le
crochet de la bouteille chargée, au lieu du courant ordinaire que
j'attendois du crochet à la verge, il n'y eut pas d'étincelles, pas même
lorsque je les fis toucher. Cependant les timbres continuèrent à sonner
fortement, ce qui me fit connoître que la verge étoit alors électrisée
positivement, aussi bien que le crochet de la bouteille & au même dégré,
& par conséquent que le nuage particulier qui étoit alors au-dessus de
la verge étoit dans le même état positif; c'étoit vers la fin de
l'orage.

Mais c'est une expérience unique qui, néanmoins fait une exception à ma
première conclusion qui étoit trop générale, & me réduit à celle-ci, que
les nuages d'un orage accompagné de tonnerre sont le plus ordinairement
dans un état négatif d'électricité, mais quelquefois dans un état
positif.

Je crois que le dernier cas est rare, car quoique bientôt après la
dernière expérience je fis un voyage à Boston, & fus hors de chez moi la
plus grande partie de l'été, ce qui m'empêcha de poursuivre mes
observations & mes essais; cependant M. Kinnersley revenu des isles
précisément au tems de mon départ, continua les expériences pendant mon
absence, & il m'assure qu'il trouva toujours les nuages dans l'état
négatif; ensorte que le plus souvent dans les coups de foudre c'est la
terre qui frappe les nuages, & non les nuages qui frappent la terre.

Ceux qui sont versés dans les expériences électriques concevront
aisément que les effets & les apparences doivent être à peu de chose
près les mêmes dans les deux cas; même explosion, même éclair entre deux
nuages, entre les nuages & les montagnes, &c. même rupture des arbres,
des murailles, &c. que le fluide électrique rencontre sur son partage,
même coup fatal pour les corps animaux, & que les verges pointuës
plantées sur les bâtimens où les mâts des vaisseaux, & communiquant avec
la terre ou la mer, doivent être également propres à rétablir doucement
& en silence l'équilibre entre la terre & les nuages, ou à conduire un
éclair ou un coup de foudre, s'il y en avoit, de manière à préserver la
maison ou le vaisseau; car les pointes ont autant de vertu pour pousser
le feu électrique que pour l'attirer, & les verges l'élèveront aussi
bien qu'elles le feront descendre.

«M. le Roy de l'Académie des Sciences, dont nous avons déjà parlé, avoit
aussi conjecturé long-tems avant d'avoir été informé des nouvelles
découvertes faites en Amérique, que l'électricité des nuages devoit être
négative: voici comme il s'en explique à la fin d'un mémoire qu'il lût à
l'Académie le 9. Avril 1755.

«À ces conséquences j'en pourrois ajouter plusieurs autres assez
importantes: mais je me contenterai de faire remarquer, 1º. que cette
électricité nous montre qu'il pourroit bien y avoir dans la nature tel
agent lequel électriseroit les corps en y raréfiant le fluide
électrique, ce qu'on n'avoit pû soupçonner jusqu'ici, opération qui est
même plus simple que celle par laquelle on conçoit ordinairement que cet
effet a lieu. 2º. Qu'il y a une grande analogie entre un aimant & un
systême de corps électrisés par _condensation_ & par _raréfaction_, les
corps aimantés par un pôle se repoussant & attirant ceux qui sont
aimantés par l'autre, comme ceux qui sont électriques d'une même façon
se repoussent tandis qu'ils attirent ceux qui le sont d'une façon
contraire; enfin que le choc de l'expérience de Leyde n'est qu'une suite
pour ainsi dire des deux électricités par _condensation_ & par
_raréfaction_, une bouteille de Leyde se chargeant dans un instant,
quand on fait communiquer le côté avec le bâtis & le crochet avec le
conducteur, ou _vice versâ_, & ne pouvant absolument se charger lorsque
l'on la fait communiquer de même avec deux corps électrisés au même
degré; c'est ce que je me propose de montrer dans un mémoire où je
compte donner l'analyse de cette expérience.

«Le R. P. Beccaria après avoir observé des différences marquées entre
l'électricité positive & l'électricité négative, comme il a été
ci-devant rapporté, ne fut pas long-tems à reconnoître les mêmes
différences dans l'électricité naturelle. Il remarqua que son appareil
électrisé par le tonnerre, ou seulement par les nuages sans apparence de
tonnerre, étoit tantôt dans un état positif & tantôt dans un état
négatif; il a donné un détail bien circonstancié de toutes ses
observations à ce sujet dans son _Libro secondo del Electricismo
naturale_, imprimé _in_-4º. à Turin en 1753.»

Mais quoique les éclaircissemens tirés de ces expériences ne changent
rien dans la pratique, il, en est tout autrement pour la théorie, nous
sommes maintenant aussi embarrassés à trouver une hypothèse pour
expliquer par quels moyens les nuages deviennent électrisés
négativement, que nous l'étions précédemment à montrer comment ils le
devenoient positivement.

Je ne sçaurois m'empêcher de hazarder quelques conjectures sur ce sujet;
voici celles qui s'offrent à présent à mon esprit; & quand même de
nouvelles découvertes montreroient qu'elles ne sont pas tout-à-fait
justes, elles pourroient, en attendant, être de quelque utilité, en
excitant les curieux à faire davantage d'expériences, & en donnant
occasion à des recherches plus exactes.

Je conçois donc que ce globe de terre & d'eau avec ses plantes, ses
animaux & ses bâtimens contient une quantité de fluide électrique
répanduë dans sa substance, précisément aussi grande qu'il en peut
contenir; c'est ce que j'appelle la quantité naturelle.

Que cette quantité naturelle n'est pas la même dans toutes les espèces
de matière commune sous des dimensions égales, ni dans la même espèce de
matière commune dans toutes les circonstances. Mais un pied cube v. g.
d'une sorte de matière commune, peut contenir plus de fluide électrique
qu'un pied cube de quelqu'autre matière commune & une livre de la même
espèce de matière commune, quand elle est raréfiée, peut en contenir
plus que quand elle est condensée.

Car le fluide électrique étant attiré par quelque portion de matière
commune, les parties de ce fluide (qui ont entr'elles une mutuelle
répulsion,) s'approchent tellement l'une de l'autre par l'attraction de
la matière commune qui les absorbe, que leur répulsion est égale à la
force condensante de l'attraction dans la matière commune: ainsi cette
portion de matière commune n'en absorbera pas davantage.

Les corps de différentes espèces ayant ainsi attiré & absorbé ce que
j'appelle leur quantité naturelle, c'est-à-dire précisément autant de
fluide électrique qu'il convient à leur état de densité, de raréfaction
& au pouvoir d'attirer, ne donnent plus entre eux aucun signe
d'électricité.

Et si l'on charge un de ces corps d'une plus grande quantité de fluide
électrique, elle n'y entre pas, mais elle se répand sur la surface & y
forme une atmosphère, & alors ce corps donne des signes d'électricité.

J'ai comparé dans un de mes écrits précédens la matière commune à une
éponge & le fluide électrique à l'eau; on voudra bien me permettre de me
servir encore une fois de la même comparaison pour éclaircir davantage
ma pensée sur ce sujet.

Quand on condense un peu une éponge, en la pressant entre les doigts,
elle ne prend & ne garde pas autant d'eau que dans son état le plus
naturel de relâchement & de raréfaction.

Étant encore pressée & condensée davantage, il sortira quelque peu d'eau
de ses parties intérieures qui s'écoulera par la surface.

Si l'on cesse entiérement de la presser avec les doigts, l'éponge
reprendra non-seulement ce qui avoit été exprimé d'eau en dernier lieu,
mais elle en attirera une quantité surabondante.

Comme l'éponge dans son état de raréfaction attirera & absorbera
naturellement plus d'eau, & que dans son état de condensation elle
attirera & absorbera naturellement moins d'eau, nous pouvons appeller la
quantité qu'elle absorbe dans l'un ou l'autre de ces états, sa quantité
naturelle relativement à cet état.

Or l'eau est au fluide électrique ce que l'éponge est à l'eau. Quand une
portion d'eau est dans son état commun de densité, elle ne peut contenir
plus de fluide électrique qu'elle n'en a; si on y en ajoûte, il se
répand sur la surface.

Quand la même portion d'eau se raréfie en vapeurs & forme un nuage, elle
est capable d'en recevoir & d'en absorber une beaucoup plus grande
quantité; chaque particule a de la place pour avoir son atmosphère
électrique.

Ainsi l'eau en son état de raréfaction ou dans la forme d'un nuage sera
dans un état négatif d'électricité; elle aura moins que sa quantité
naturelle, c'est-à-dire moins qu'elle n'est naturellement capable d'en
attirer & d'en absorber dans cet état.

Ce nuage s'approchant assez de la terre pour être à portée d'être
frappé, recevra de la terre un coup de fluide électrique, qui pour
fournir à une grande étenduë de nuages, doit quelquefois contenir une
très-grande quantité de ce fluide. Mais ce nuage passant sur des bois de
haute futaye peut recevoir sans bruit quelque charge des pointes, & des
bords aigus des feüilles de leurs cimes mouillées.

Un nuage étant chargé par quelque moyen que ce soit de la part de la
terre peut frapper sur d'autres qui n'ont pas été chargés ou qui ne
l'ont pas été autant, ceux-ci sur d'autres encore jusqu'à ce que
l'équilibre soit établi entre tous les nuages qui sont à portée de se
frapper l'un l'autre.

Le nuage ainsi chargé s'étant déchargé d'une bonne partie de ce qu'il a
reçu d'abord, peut recevoir une nouvelle charge de la terre ou de
quelqu'autre nuage qui aura été poussé par le vent à portée de la
recevoir plus promptement de la terre.

Delà ces coups & ces éclairs redoublés & continuels jusqu'à ce que les
nuages ayent reçu à peu près leur quantité naturelle en tant que nuages,
ou jusqu'à ce qu'ils soient tombés en ondées & réunis à ce globe
terraquée d'où ils tirent leur origine.

Ainsi les nuages orageux sont généralement parlant dans un état négatif
d'électricité par rapport à la terre selon la plûpart de nos
expériences; cependant comme dans l'une nous avons trouvé un nuage
électrisé positivement, je conjecture que dans ce cas un pareil nuage,
après avoir reçu ce qui, dans son état de raréfaction, étoit seulement
sa quantité naturelle se trouva comprimé par l'action des vents ou de
quelqu'autre manière, ensorte qu'une partie de ce qu'il avoit absorbé,
fut chassée, & forma une atmosphère électrique autour de lui dans son
état de condensation. C'est ce qui le rendit capable de communiquer une
électricité positive à la verge.

Pour prouver qu'un corps dans différentes circonstances de dilatation &
de contraction est capable de recevoir & de retenir plus ou moins de
fluide électrique sur sa surface, je rapporterai l'expérience suivante:
Je plaçai sur le plancher un verre à boire propre, & dessus un petit pot
d'argent, dans lequel je mis environ trois brasses de chaîne de cuivre,
à un bout de laquelle j'attachai un fil de soye qui s'élevoit
directement au plat-fond où il passoit sur une poulie & delà
redescendoit dans ma main, de sorte que je pouvois à mon gré enlever la
chaîne du pot, l'élever à un pied de distance du plat-fond & la laisser
par gradation retomber dans le pot.

Du plat-fond avec un autre fil de fine soye écruë, je suspendis un petit
floccon de coton, de manière que quand il pendoit perpendiculairement il
touchoit le côté du pot: ensuite approchant du pot le crochet d'une
bouteille chargée, je lui donnai une étincelle qui se répandit autour en
atmosphère électrique, & le floccon de coton fut repoussé du côté du pot
à la distance de neuf ou dix pouces: le pot ne recevoit plus alors
d'autre étincelle du crochet de la bouteille; mais à mesure que
j'élevois la chaîne, l'atmosphère du pot diminua en se coulant sur la
chaîne qui s'élevoit, & en conséquence le floccon de coton s'approcha de
plus en plus du pot; & alors si je rapprochois de ce pot le crochet de
la bouteille, il recevoit une autre étincelle & le coton retournoit à la
même distance qu'auparavant, & de cette sorte à proportion que la chaîne
étoit élevée plus haut, le pot recevoit plus d'étincelles, parce que le
pot avec la chaîne déployée étoit capable de supporter une plus grande
atmosphère que le pot avec la chaîne ramassée dans son intérieur. Que
l'atmosphère autour du pot fût diminuée en enlevant la chaîne, &
augmentée en la baissant, c'est une chose non-seulement conforme à la
raison, puisque l'atmosphère de la chaîne doit être tirée de celle du
pot quand elle s'enlève, & y retourner quand elle retombe; mais la chose
est encore évidente aux yeux, le floccon de coton s'approchant toujours
du pot quand on tiroit la chaîne en haut, & se retirant quand on la
laissoit tomber.

«Cette expérience répètée de la manière dont l'enseigne M. Franklin, a
tout aussi bien réussi à Paris qu'à Philadelphie. Le floccon de coton ou
une balle de liége suspenduë à un fil de soye s'écarte plus ou moins des
bords du vase, suivant que la chaîne y est plus ou moins renfermée. J'ai
vû le floccon qui se tenoit à un pouce de distance du vase, tandis
qu'une chaîne de douze pieds étoit tout à fait déployée, s'en écarter
jusqu'à un pied, quand elle étoit entiérement retombée.»

Ainsi nous voyons que l'augmentation de surface rend un corps capable de
recevoir une plus grande atmosphère électrique; mais cette expérience,
je l'avouë, ne démontre pas parfaitement ma nouvelle hypothèse; car le
cuivre & l'argent continuënt toujours à être solides, & ne se dilatent
pas en vapeurs comme l'eau en nuages. Peut-être que dans la suite, des
expériences sur l'eau élevée en vapeurs mettront cette matière dans un
plus grand jour.

Il s'élève contre cette nouvelle hypothèse une objection qui paroît
importante; la voici: si l'eau, dans son état de raréfaction, comme
nuage, attire & absorbe plus de fluide électrique que dans son état de
densité comme eau, pourquoi ne tire-t-elle pas de la terre tout ce dont
elle manque, à l'instant qu'elle en quitte la surface, qu'elle en est
encore proche, & qu'elle ne fait que s'élever en vapeur? J'avouë que je
ne sçaurois, quant à présent, répondre à cette difficulté d'une manière
qui me satisfasse; j'ai cru cependant que je devois l'établir dans toute
sa force, comme je l'ai fait, & soumettre le tout à l'examen.

Qu'il me soit permis de recommander au curieux dans cette branche de la
philosophie naturelle, de répèter avec soin & en observateurs exacts,
les expériences que j'ai rapportées dans cet écrit & les précédens sur
l'électricité positive & négative avec les autres de même genre qu'ils
imagineront, afin de s'assurer si l'électricité communiquée par un globe
de verre est réellement positive. Je prie aussi ceux qui auront occasion
d'observer les effets récents du tonnerre sur les bâtimens, les arbres,
&c. de les considérer en particulier dans la vûe d'en découvrir la
direction. Mais dans cet examen il faut toujours faire attention à une
chose, c'est qu'un courant de fluide électrique passant au travers du
bois, de la brique, du métal, &c. quand il passe en petite quantité, la
force avec laquelle ses parties se repoussent est limitée & surmontée
par la cohésion des parties du corps qu'il traverse au point d'empêcher
l'explosion; mais quand le fluide vient en trop grande quantité pour
être retenu par cette cohésion, il fait explosion, & déchire ou fond le
corps qui s'efforçoit de lui résister. Si c'est du bois, de la brique,
de la pierre ou quelque chose de semblable, les éclats sortiront du côté
où il y a moins de résistance, & de même lorsqu'il se fait un trou à
travers du carton par le moyen d'un vase électrisé, si les surfaces du
carton ne sont pas enfermées ou pressées, il y aura une bavûre élevée
tout autour du trou des deux côtés du carton; mais si l'un des côtés est
resserré, ensorte que la bavûre ne puisse pas s'élèver de ce côté, elle
s'élevera entiérement de l'autre, de quelque côté que le fluide ait été
dirigé, car la bavûre autour du trou est l'effet de l'explosion en tous
sens autour du centre du courant plutôt que l'effet de la direction.

Dans chaque coup de tonnerre je pense que le courant de fluide
électrique qui est en mouvement pour rétablir l'équilibre entre la nuée
& la terre, doit toujours préalablement trouver son passage & tracer,
pour ainsi dire, sa course, le long de tous les conducteurs qu'il peut
trouver dans son chemin, tels que les métaux, les murailles moites, les
bois humides, &c., qu'il s'écartera considérablement de la ligne droite
pour s'attacher aux bons conducteurs, & qu'enfin dans cette course il
est actuellement en mouvement, quoique sans bruit & imperceptiblement
avant l'explosion dans & parmi les conducteurs. Cette explosion n'arrive
que quand les conducteurs ne peuvent pas s'en décharger aussi vîte
qu'ils le reçoivent, parce qu'ils sont imparfaits, désunis, trop petits,
ou qu'ils ne sont pas de la matière la plus propre à conduire. Ainsi les
verges de métal, d'une grosseur suffisante, & qui s'étendent de la
partie la plus haute d'un édifice jusqu'à terre, étant de la meilleure
matière, & des conducteurs parfaits, préserveront, je pense, le bâtiment
de dommage, ou en rétablissant l'équilibre assez vîte pour prévenir le
coup, ou en le conduisant dans la substance de la verge aussi loin
qu'elle s'étend, ensorte qu'il n'y ait d'explosion qu'au dessus de sa
pointe, entre elle & les nuages.

Si l'on demandoit quelle épaisseur on doit présumer suffisante dans la
verge métalliques? Pour répondre, je remarquerois que cinq gros vases de
verre, tels que je les ai indiqués dans mes premiers écrits, déchargent
une très grande quantité d'électricité, qui cependant sera toute entière
conduite autour d'un livre par le filet mince d'or de la couverture;
elle suit l'or par le plus long chemin autour de la couverture plûtôt
que de prendre le plus court au travers de cette couverture, qui n'est
pas un si bon conducteur. Mais dans cette ligne d'or le métal est d'une
finesse si grande, que ce n'est presque que la couleur de l'or; sur la
couverture d'un livre _in-8º_. il n'y a pas un pouce quarré, & par
conséquent pas la trente-sixiéme partie d'un grain suivant Mr. de
Reaumur. Cependant elle est suffisante pour conduire la charge de cinq
gros vases, & je ne sçais de combien davantage. Présentement je suppose
qu'un fil-d'archal du quart d'un pouce de diamètre contient environ
5000. fois autant de métal qu'il y en a dans cette ligne d'or, & si cela
est, il conduira la charge de 25000. vases de verre pareils, quantité
que j'imagine bien supérieure à ce qu'il y en a jamais eu dans aucun
coup de tonnerre naturel. Mais une verge du diamètre d'un demi-pouce en
conduiroit quatre fois autant que celle d'un quart.

Et à l'égard du conducteur, quoiqu'il faille une certaine épaisseur de
métal pour conduire un grande quantité d'électricité & en même tems
conserver sa propre substance ferme & réunie, & qu'une moindre
épaisseur, comme par exemple un très-petit fil-d'archal, soit détruite
par l'explosion; cependant un pareil petit fil auroit suffi pour
conduire ce coup, quoiqu'il devienne incapable d'en conduire un autre.
Et considérant l'extrème rapidité avec laquelle le fluide électrique
court sans explosion quand il a un passage libre ou une communication de
métal parfait; je penserois qu'une grande quantité seroit conduite en
peu de tems à un nuage ou tirée d'un nuage pour rétablir son équilibre
avec la terre par le moyen d'un très-petit fil de fer, & par conséquent
des verges épaisses ne paroissent pas si nécessaires. Quoiqu'il en soit,
comme la quantité de tonnerre déchargée dans un coup ne peut pas se bien
mesurer, & qu'elle est certainement très-différente en différens coups,
plus grande dans quelques-uns que dans d'autres, & comme le fer (le
meilleur métal pour cet usage, étant le moins propre à se fondre,) est à
bon marché, il n'y a point d'inconvénient d'avoir un plus gros canal
pour conduire ce coup impétueux que nous ne le jugeons nécessaire; car
quoiqu'un fil-d'archal moyen puisse suffire, deux ou trois ne peuvent
pas nuire. Le tems & des observations exactes bien comparées indiqueront
à la fin la grosseur convenable avec une plus grande certitude.

Les verges pointuës élevées sur les édifices peuvent de même prévenir
souvent un coup de la manière suivante. Un oeil placé de façon qu'il
voye horizontalement le dessous d'un nuage de tonnerre, verra qu'il est
très-désuni, ayant nombre de fragmens séparés ou de petits nuages l'un
sous l'autre, le plus bas étant souvent fort peu éloigné de la terre.
Ceux-ci, comme autant de pierres marchantes, servent à conduire un coup
entre le nuage & un bâtiment. Pour les représenter par une expérience,
prenez deux ou trois floccons de coton non serré; attachez-en un au
premier conducteur par un fil fin de deux pouces, (qui peut être filé
sur le champ du même floccon avec les doigts,) liez-en un autre à
celui-ci, un troisiéme au second par de semblables fils. Faites tourner
le globe, & vous verrez ces floccons s'étendre vers la table (comme les
petits nuages les plus bas font vers la terre,) qui les attire: mais en
présentant une fine pointe dressée sous le plus bas, il se resserrera
vers le second, le second vers le premier, & tous ensemble vers le
premier conducteur, où ils resteront autant de tems que la pointe
restera sous eux. Les petits nuages électrisés dont l'équilibre avec la
terre est bien vîte rétabli par la pointe, ne peuvent-ils pas de la même
manière s'élever vers le principal, & par ce moyen occasionner un si
grand vuide que le grand nuage ne puisse frapper dans cet endroit?

Ces pensées, mon cher ami, ne sont que hazardées & ébauchées; si j'étois
simplement ambitieux de me faire quelque réputation dans la philosophie,
je les garderois par devers moi jusqu'à ce qu'elles fussent
perfectionnées & rectifiées par le tems & par de nouvelles expériences.
Mais puisque la communication des moindres vûes & des expériences
imparfaites dans une nouvelle branche de science a souvent produit de
bons effets en attirant sur cet objet l'attention des personnes de
génie, & a donné par là occasion à des recherches plus exactes & à des
découvertes plus complettes. Vous êtes le maître de communiquer cet
écrit à qui bon vous semblera; il est plus important que les
connoissances s'augmentent qu'il ne l'est que votre ami soit regardé
comme un philosophe exact.



_LETTRE XIII.

De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie.

À P. Collinson, Écuyer, membre de la Société Royale à Londres._


_18. Avril 1774._

MONSIEUR,

Depuis le mois de Septembre dernier ayant fait deux longs voyages, &
ayant eu d'ailleurs beaucoup d'occupations, je n'ai guères fait
d'observations sur l'état positif & négatif de l'électricité des nuages;
mais Mr. Kinnersley a tenu en bon état sa verge & ses timbres & en a
fait beaucoup.

Un jour pendant cet hyver, les timbres sonnèrent long-tems pendant une
chûte de neiges, quoique l'on n'entendît point de tonnerre & qu'on ne
vît point d'éclairs; quelquefois les coups & le pétillement de la
matière électrique entre les timbres furent si forts qu'on les entendit
dans toute la maison; mais selon toutes ses observations les nuages
furent constamment dans un état négatif jusques il y a environ six
semaines; il trouva un jour qu'ils passèrent dans quelques minutes du
négatif au positif. Environ huit jours après il fit une autre
observation de la même sorte, & le soir de lundi dernier le vent sud-est
soufflant fortement en tournant au nord-est & chassant beaucoup de
nuages épais, il y eut cinq ou six passages successifs du négatif au
positif, & du positif au négatif, les timbres s'arrêtant une minute ou
deux entre chaque changement. Outre les méthodes rapportées dans mon
écrit de Septembre dernier pour découvrir l'état électrique des nuages,
on peut se servir de la suivante. Quand vos timbres sonnent, passez un
tube frotté près du bord du timbre attaché à votre verge pointuë, si le
nuage est alors dans un état négatif, la sonnerie s'arrêtera; s'il est
dans un positif elle continuëra & sera peut-être plus vive. Ou bien
suspendez une très-petite boule de liége à un fil de soye fine, ensorte
qu'elle pende tout près du bord du timbre de la verge. Alors dès que le
timbre est électrisé positivement ou négativement, la petite boule est
repoussée & reste à quelque distance du timbre. Ayez tout prêt un
bouchon de flacon en verre & à tête ronde, frottez-le sur votre côté
jusqu'à ce qu'il soit électrisé, ensuite présentez-le à la boule de
liége; si l'électricité dans la boule est positive elle sera repoussée
du bouchon de verre aussi bien que du timbre. Si elle est négative elle
sera attirée vers le bouchon.



_LETTRE XIV._

_Remarques sur les Lettres de l'Abbé Nollet sur l'Électricité, à B.
Franklin Écuyer à Philadelphie, par M. David Colden de la nouvelle York,
à Coldenham dans la nouvelle York, le 4. Décembre 1753._


MONSIEUR,

En examinant les lettres de l'Abbé Nollet à M. Franklin, je suis obligé
de lui passer toutes les expériences qui se font avec ou dans des
bouteilles scellées hermétiquement ou vuidées d'air, parce que n'étant
pas en état de répéter les expériences, je ne pourrois pas appuyer par
des preuves tirées de l'expérience certaines idées qui se sont
présentées à moi là-dessus; c'est pourquoi le premier point sur lequel
j'ose ouvrir mon sentiment est dans la quatriéme lettre de l'Abbé, _pag.
66._ où il essaye de prouver que la matière électrique passe d'une
surface à l'autre à travers l'épaisseur entière du verre; il prend
l'expérience du tableau magique de M. Franklin, & parle ainsi: Lorsque
vous électrisez ainsi un carreau de verre enduit de métal dessus &
dessous, il est évident que ce que l'on pose sur la surface opposée à
celle qui reçoit l'électricité du conducteur, prend aussi une vertu
électrique très-marquée, qui, dit M. Franklin, est cette égale quantité
de matière électrique chassée de ce côté par celle que le côté opposé
reçoit du conducteur, & qui continuëra à donner une vertu électrique à
chaque chose qui sera en contact avec elle jusqu'à ce qu'elle soit
entièrement déchargée de son feu électrique; à quoi l'Abbé fait cette
objection. «Dites-moi, je vous prie, dit-il, combien de tems faut il
pour ce prétendu dépouillement, je puis vous assurer qu'après avoir
soutenu l'électrisation pendant des heures entières, cette surface qui
auroit dû, ce me semble, être bien dépourvûe de sa matière électrique,
attendu le grand nombre d'étincelles qu'on en avoit tirées, ou le tems
que cette matière avoit été exposée à l'action de la cause expulsive,
cette surface, dis-je, ne m'en paroissoit que mieux électrisée & plus
propre à produire tous les effets d'un corps actuellement électrique.»
_Pag. 68._

L'Abbé ne nous dit point quels sont ces effets: je n'ai jamais pû les
observer tous, & on peut aisément rendre raison de ceux que l'on
observe, en supposant que ce côté est entiérement destitué de matière
électrique. L'effet le plus sensible d'un corps chargé d'électricité,
est que quand on lui présente le doigt, ce doigt en tire une étincelle:
or quand une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde est penduë au
canon d'un fusil ou au premier conducteur, & que vous faites tourner le
globe pour la charger, aussitôt que la matière électrique est en
mouvement, vous pouvez voir une étincelle aller de la surface extérieure
de la bouteille à votre doigt, ce qui, dit M. Franklin, est la matière
électrique naturelle du verre poussée dehors par celle qui est reçue du
conducteur sur la surface intérieure, si elle en sort seulement par
étincelles, on en peut tirer un grand nombre; mais si vous serrez la
surface extérieure avec votre main, la bouteille recevra bientôt toute
la matière électrique qu'elle est capable de recevoir, & l'extérieure
sera alors entiérement privée de sa matière électrique, & on ne pourra
en tirer d'étincelles avec le doigt; il y manque donc alors cet effet
qu'ont tous les corps chargés d'électricité: quelques effets d'un corps
électrique que l'Abbé, je suppose, a observés sur la surface extérieure
d'une bouteille chargée, sont que tous les corps légers en sont attirés;
c'en est un que j'ai constamment observé, mais je ne pense pas qu'il
vienne d'une qualité attractive dans la surface extérieure de la
bouteille; mais dans ces corps légers mêmes qui semblent être attirés
par la bouteille, c'est une remarque constante que quand un corps a une
plus grande charge de matière électrique qu'un autre, (c'est-à dire en
proportion de la quantité qu'ils contiendront,) ce corps attirera celui
qui en a moins; à présent je suppose, & c'est une partie du systême de
M. Franklin, que tous ces corps légers qui semblent être attirés, ont
plus de matière électrique en eux que la surface extérieure des
bouteilles n'en a, c'est pourquoi ils tâchent d'attirer à eux la
bouteille qui est trop pésante pour être ébranlée par le petit dégré de
force qu'ils employent, & qui cependant étant plus grande que leur
propre poids les pousse vers la bouteille, l'expérience suivante aidera
l'imagination à concevoir cela. Suspendez une boule de liége ou une
plume avec un fil de soye & électrisez-la; ensuite approchez cette boule
de quelque corps fixe, & elle semblera attirée par ce corps, car elle
volera vers lui. Mais de l'aveu des Électriciens, la cause attractive
est dans la boule même, & non dans le corps fixe auquel elle court. Ce
cas est semblable à l'attraction apparente des corps légers vers la
surface extérieure d'une bouteille chargée.

L'Abbé dit, _pag. 69._ qu'il peut électriser cent hommes debout sur des
gâteaux de cire, pourvû qu'ils se tiennent par les mains, & qu'un d'eux
touche l'une de ces surfaces (l'extérieure) du bout de son doigt. Je
sçais qu'il le peut, pendant que la bouteille se charge, mais je suis
aussi certain qu'il ne le peut pas après qu'elle est chargée; car une
bouteille étant préparée pour l'expérience de Leyde, suspendez-la au
conducteur, & qu'un homme debout sur le plancher touche de son doigt la
doublure, pendant que le globe tourne, jusqu'à ce que la matière
électrique sorte du crochet de la bouteille ou de quelque partie du
conducteur, je crois que c'est le signe le plus certain que la bouteille
a reçu toute la matière électrique qu'elle peut recevoir: après ce
signe, que l'homme, qui auparavant étoit sur le plancher, monte sur un
gâteau de cire, il peut y rester des heures entières le globe tournant
pendant tout ce tems-là, & cependant ne donner aucun signe
d'électricité.

Après que la matière électrique fut poussée dehors du crochet de la
bouteille préparée pour l'expérience de Leyde comme ci-dessus, je pendis
une autre bouteille préparée de la même manière à un crochet attaché à
la doublure de la première, & je tins cette autre bouteille dans ma
main; mais si quelque matière électrique passoit au travers du verre de
la première bouteille, la seconde la recevroit & la rassembleroit
assurément; mais ayant tenu les bouteilles dans cette situation pendant
un tems considérable, pendant lequel le globe ne cessa de tourner, je ne
m'apperçus point que la seconde bouteille fut chargée le moins du monde,
car quand je portai le doigt au crochet, comme dans l'expérience de
Leyde, je n'éprouvai pas la moindre commotion, & je ne vis pas une
étincelle partir du crochet.

Je fis aussi l'expérience suivante, ayant chargé deux bouteilles
(préparées pour l'expérience de Leyde) par leurs crochets, deux
personnes en prirent chacun une dans leurs mains, l'un par le côté,
l'autre par le crochet, ce qu'il fit en ôtant la communication avec le
fond, avant de prendre le crochet, ces personnes se placèrent chacune à
un de mes côtés, pendant que j'étois debout sur un gâteau de cire, & que
je tenois le crochet de la bouteille qui étoit tenuë par la doublure
(sur quoi il partit une étincelle; mais la bouteille ne fut pas
déchargée pendant que je fus sur la cire) tenant le crochet, je touchai
la doublure de la bouteille qui étoit tenuë par son crochet de mon autre
main, sur quoi on apperçut une étincelle considérable entre mon doigt &
la doublure, & les deux bouteilles furent sur le champ déchargées. Si
l'opinion de l'Abbé est fondée, que la surface extérieure communiquant
avec la doublure est chargée aussi bien que l'intérieure communiquant
avec le crochet, comment puis-je, moi qui suis sur la cire, décharger
ces deux bouteilles, quand il est bien connu que je n'en pourrois pas
décharger une séparément? Bien plus, supposé que j'aye tiré la matière
électrique des deux, qu'est-elle devenuë? car il ne paroît pas que j'en
aye une quantité plus grande quand l'expérience est finie, & que je n'ai
pas bougé de dessus la cire.

Cette expérience me démontre donc pleinement que la surface extérieure
n'est pas chargée, & non-seulement cela, mais qu'il lui manque autant de
matière électrique que l'intérieure en a par excès; car par cette
supposition, qui est une partie du systême de Mr. Franklin, on rend
aisément raison de l'expérience précédente de cette sorte: quand je suis
sur la cire mon corps n'est pas capable de recevoir du crochet d'une
bouteille toute la matière électrique qu'elle est prête à donner, elle
ne peut pas non plus en donner autant à la doublure de l'autre bouteille
qu'elle est prête à en prendre, quand il n'y en a qu'une d'appliquée
contre moi; mais quand elles le sont toutes deux, la doublure reçoit de
l'une ce que le crochet donne: ainsi je reçois le feu de la première
bouteille en B, dont la surface extérieure est fournie par la main en A:
je donne le feu à la seconde bouteille en C, dont la surface intérieure
est déchargée par la main en D. Cette décharge en D peut être renduë
sensible en recevant ce feu dans le crochet d'une troisiéme bouteille,
ce qui s'exécute ainsi: au lieu de prendre le crochet de la seconde
bouteille dans votre main, faites passer au travers le fil-d'archal
d'une troisiéme bouteille préparée comme pour l'expérience de Leyde, &
tenez cette troisiéme bouteille dans votre main, la seconde y étant
penduë par les bouts des crochets, passés l'un dans l'autre: quand
l'expérience est achevée, cette troisiéme bouteille reçoit le feu en D,
& elle sera chargée. Si l'on considère cette expérience, elle doit, je
pense, prouver parfaitement que la surface extérieure d'une bouteille
chargée manque de matière électrique, pendant que l'intérieure en a un
excès. Quelque chose de plus, qui est digne de remarque dans cette
expérience, c'est que je ne sens ni commotion ni choc dans mes bras,
quoiqu'ils soient dans un instant traversés d'une si grande quantité de
matière électrique; je ne sens qu'une piqûre aux bouts de mes doigts.
Cela me fait penser que l'Abbé se trompe quand il dit qu'il n'y a point
de différence entre le choc senti en faisant l'expérience de Leyde & la
piqûre sentie en tirant de simples étincelles, si ce n'est du plus au
moins. Dans la dernière expérience il passe à travers mes bras autant de
matière électrique que m'en auroit donné un coup très-considérable, s'il
y avoit eu une communication immédiate, par mes bras, du crochet à la
doublure de la même bouteille; parce que quand elle fut prise dans une
troisiéme bouteille, & que cette bouteille fut déchargée en particulier
à travers mes bras, elle me donna un coup sensible. Si ces expériences
prouvent que la matière électrique ne passe pas à travers l'entière
épaisseur du verre, il est d'une conséquence nécessaire qu'elle doit
toujours sortir par où elle est entrée.

Ce qui s'est ensuite présenté, c'est dans la cinquiéme lettre _pag. 88._
où il différe de M. Franklin, qui pense que tout le pouvoir de donner le
coup réside dans le verre même & non dans les corps non-électriques qui
le touchent. Les expériences que Mr. Franklin a données pour prouver
cette opinion dans ses expériences & observations sur l'électricité,
lettre 4. §. 50. & 51. m'ont convaincu qu'il avoit raison; & ce que
l'Abbé a assuré de contraire ne m'a pas fait penser autrement. L'Abbé
s'appercevant, comme je le suppose, que les expériences, comme M.
Franklin les avoit faites, devoient prouver sa proposition, les altère
sans en donner aucune raison, & les fait d'une manière qui ne prouve
rien. Pourquoi veut-il qu'un homme tienne dans sa main la bouteille dans
laquelle l'eau de la bouteille chargée doit être versée? Si le pouvoir
de donner un coup est dans l'eau contenuë dans la bouteille, elle doit
s'y conserver, quoiqu'elle soit versée dans une autre, puisqu'elle n'a
été touchée par aucun corps non-électrique pour enlever ce pouvoir. Que
la bouteille soit placée sur la cire, ce n'est pas une objection, car
elle ne peut pas ôter le pouvoir à l'eau si elle en avoit, mais c'est un
moyen nécessaire pour éprouver le fait; au lieu que cette bouteille
étant chargée quand elle est dans la main d'un homme, prouve seulement
que l'eau conduit la matière électrique. L'Abbé avouë, _pag. 94._ qu'il
a entendu faire cette remarque; mais, dit-il, pourquoi un conducteur
d'électricité n'est-il pas un sujet électrique? Ce n'est pas là la
question. Mr. Franklin n'a jamais dit que l'eau ne fût pas un sujet
électrique, il a dit que le pouvoir de donner le coup étoit dans le
verra & non dans l'eau, & ses expériences le prouvent parfaitement, & si
parfaitement qu'il seroit ridicule d'y rien ajouter: cependant comme je
ne sçache pas que l'expérience suivante ait encore été connue de
personne, on m'excusera de l'insérer ici: la voici.

Pendez une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde au conducteur
par son crochet, & chargez-la; après cela écartez la communication du
fond de la bouteille, alors le conducteur donne des signes évidens de
son électrisation, car si on attache autour de lui un fil & qu'on laisse
des bouts longs d'environ deux pouces, ils s'étendront comme une paire
de cornes; mais si vous touchez le conducteur il en sortira une
étincelle & les fils tomberont, & le conducteur ne donne plus le moindre
signe d'électrisation après cela. Je pense qu'en le touchant j'ai enlevé
toute la charge de matière électrique qui étoit dans le conducteur, le
crochet de la bouteille & l'eau ou les fils de fer qui y sont contenus:
nous voyons que tous les corps non-électriques peuvent en recevoir
autant, cependant le verre de la bouteille conserve sa capacité de
donner un coup, comme l'éprouveront tous ceux qui voudront l'essayer.
Cette expérience fait voir évidemment que l'eau dans la bouteille ne
contient pas plus de matière électrique qu'elle le feroit dans un bassin
découvert, & qu'elle n'a pas la moindre chose de cette grande quantité
qui produit le choc & qui est seulement retenuë par le verre. Après que
l'étincelle est tirée du conducteur, si vous touchez la doublure de la
bouteille (qui pendant tout ce tems est supposée pendre dans l'air
dégagée de tout corps non-électrique) les fils sur le conducteur
s'éleveront sur le champ & feront voir que le conducteur est électrisé:
il reçoit cette électrisation de la surface intérieure de la bouteille,
laquelle, quand la surface extérieure peut recevoir de la main qui lui
est appliquée ce qui lui manque, en donnera autant que les corps en
contact avec elle pourront en recevoir, ou tout ce qu'elle en a d'excès,
s'ils sont assez gros. Il est amusant de voir la manière dont les fils
hausseront & baisseront en touchant la doublure de la bouteille & le
conducteur tour à tour. Ne seroit-ce point que la différence entre le
côté chargé du verre & le côté extérieur ou vuidé étant diminuée en
touchant le crochet ou le conducteur, le côté extérieur peut le recevoir
de la main qui le touchoit, & par ce moyen le côté intérieur ne peut pas
en conserver tant, & par cette raison ce qu'il n'en peut pas conserver
électrise l'eau ou les fils & le conducteur; car il paroît être de règle
qu'un des côtés doit se vuider dans la même proportion que l'autre est
rempli; quoique la chose paroisse évidente par l'expérience, cependant
c'est toujours un mystère dont on ne peut pas rendre raison.

Je suis surpris de trouver dans plusieurs endroits du livre de l'Abbé
que les expériences ont réussi si différemment à Paris de ce qu'elles
ont fait dans les mains de M. Franklin & constamment dans les miennes.
L'Abbé en faisant les expériences pour trouver la différence entre les
deux surfaces d'un verre chargé, se garde bien de placer la bouteille
sur la cire, car, dit-il, ne sçavez vous pas qu'étant mise suc un corps
originairement électrique, elle perd promptement sa vertu? Je ne puis
imaginer ce qui a engagé l'Abbé à penser de la sorte. Rien de plus
opposé aux notions les plus communes des corps électriques par
eux-mêmes, & l'expérience m'est un garant du contraire, car ayant laissé
plusieurs fois à dessein une bouteille chargée sur la cire pendant des
heures, je trouvai qu'elle conservoit autant de sa charge qu'une autre
qui étoit restée pendant le même tems sur une table. J'en laissai une
sur la cire depuis dix heures du soir jusqu'à huit du lendemain matin,
je trouvai qu'elle conservoit une quantité de sa charge suffisante pour
me donner une commotion sensible aux bras, quoique la chambre où étoit
cette bouteille eût été balayée pendant ce tems, ce qui devoit avoir
élevé beaucoup de poussière pour faciliter la décharge de la bouteille.

Je trouve qu'une boule de liége suspenduë entre deux bouteilles, l'une
chargée en plein & l'autre médiocrement, ne jouë pas entre elles, mais
qu'elle s'arrête dans une situation qui fait un triangle avec les
crochets des bouteilles, quoique l'Abbé ait assuré le contraire, _pag.
101._ pour rendre raison du jeu d'une boule de liége entre le
fil-d'archal enfoncé dans la bouteille & un autre qui s'élève de sa
doublure. La bouteille qui est moins chargée doit avoir reçu plus de
matière électrique, eu égard à sa grosseur, que la boule de liége n'en
reçoit du crochet de la bouteille pleine.

L'Abbé dit, _pag. 103._ qu'un morceau de feüille de métal pendu à un fil
de soye & électrisé sera repoussé par le fond d'une bouteille chargée &
tenuë en l'air par son crochet. Je le trouve constamment tout autrement;
dans mes mains il est toujours attiré d'abord & ensuite repoussé: en
chargeant la feüille il faut avoir soin d'empêcher qu'elle ne se porte
vers quelque corps non-électrique, & que par ce moyen elle ne se
décharge, tandis que vous la croyez chargée. Il est difficile de
l'empêcher de se porter vers votre poignet ou vers quelque partie de
votre corps.

_Pag. 108._ l'Abbé dit qu'il n'est pas impossible, comme M. Franklin le
prétend, de charger une bouteille pendant qu'il y a une communication
établie entre sa doublure & son crochet. J'ai toujours trouvé impossible
de charger une pareille bouteille au point de donner un coup; à la
vérité, si elle est suspenduë au conducteur sans communication avec lui,
vous pouvez en tirer une étincelle comme de tout autre corps qui y
seroit suspendu; mais cela est bien différent d'être chargée au point de
donner une commotion. Pour rendre raison du peu de matière électrique
qui se trouve dans la bouteille, l'Abbé dit qu'elle suit plutôt le métal
que le verre & qu'elle est chassée de la doublure de la bouteille dans
l'air. J'admire que la même chose n'arrive pas aussi quand elle passe au
travers du verre & qu'elle en charge la surface extérieure suivant le
systême de l'Abbé.

Je regarde les objections de l'Abbé contre les deux dernières
expériences de Mr. Franklin, comme peu solides: il paroît assurément
très-embarrassé sur ce qu'il doit dire, c'est pourquoi il accuse M.
Franklin d'avoir tenue secrette la partie importante de l'expérience.
C'est une petitesse dont on ne doit pas charger un galant homme qui n'a
pas marqué tant de partialité que l'Abbé dans la relation de ses
expériences.



_LETTRE XV._

_Expériences électriques avec un essai pour rendre raison de leurs
différens phénomènes, & quelques observations sur les nuages de
tonnerre, pour confirmer encore les remarques de Mr. Franklin sur l'état
électrique positif & négatif des nuages par Jean Canton M. A. & de la
Société Royale._


_6. Décembre 1753._

_Première Expérience._

Du plat-fond ou de quelqu'endroit convenable d'une chambre suspendez
avec des fils de lin de huit ou neuf pouces de long deux boulettes de
liége chacune de la grosseur d'un petit pois, de manière qu'elles se
touchent, si l'on porte le tube de verre frotté sous les boulettes, il
les fera séparer quand on le tiendra à la distance de trois ou quatre
pieds; si on l'en approche davantage, elles se sépareront encore
davantage; si on le retire tout-à-fait, elles se réuniront
immédiatement. Cette expérience peut se faire avec des boulettes de
cuivre suspenduës par le moyen d'un fil d'argent; elle réussira aussi
bien avec de la cire d'Espagne renduë électrique qu'avec du verre.

_Deuxiéme Exp._ Si deux boules de liége sont suspenduës avec des fils de
soye secs, il faudra en approcher le tube frotté à la distance de
dix-huit pouces avant qu'elles se repoussent l'une l'autre: elles
continuëront de le faire quelque tems après que le tube aura été ôté.

Comme les boules dans la première expérience n'ont pas été isolées, on
ne peut pas dire à la rigueur qu'elles ayent été électrisées; mais quand
elles sont suspenduës dans l'atmosphère du tube frotté elles peuvent
attirer & condenser le fluide électrique autour d'elles & être séparées
par la répulsion de ses particules; on conjecture aussi que les boules
alors contiennent moins que leur part commune du fluide électrique par
rapport à la force de répulsion de celui qui les environne, quoiqu'il en
entre & en passe peut-être un peu continuellement au travers des fils; &
si cela est ainsi, on voit clairement la raison pour laquelle les boules
suspenduës avec de la soye dans la seconde expérience doivent être dans
une partie beaucoup plus dense de l'atmosphère du tube avant de se
repousser l'une l'autre. Lorsqu'on approche des boules un bâton de cire
frottée dans la première expérience, le feu électrique est supposé venir
au travers des fils dans les boules, & s'y condenser dans son passage
vers la cire; car suivant M. Franklin le verre frotté laisse aller le
fluide électrique, mais la cire frottée le reçoit.

_Troisiéme Exp._ Qu'on isole avec de la soye un tube mince de quatre ou
cinq pieds de long & d'environ deux pouces de diamètre, & qu'on suspende
à un de ses bouts des boules de liége avec des fils de lin;
électrisez-le en portant le tube de verre frotté près de l'autre bout,
ensorte que les boules restent séparées d'un pouce & demi ou de deux
pouces, alors à l'approche du tube frotté elles perdront par dégré leur
vertu répulsive & viendront en contact: & à mesure qu'on approche
toujours le tube davantage, elles se sépareront encore à une aussi
grande distance qu'auparavant: au retour du tube elles s'approcheront
jusqu'à se toucher, & se repousseront ensuite comme en premier lieu. Si
le tube mince est électrisé par la cire ou par le crochet d'une
bouteille chargée, les boules seront affectées de la même manière à
l'approche de la cire frottée ou du crochet de la bouteille.

_Quatriéme Exp._ Électrisez les boules de liége comme dans la dernière
expérience par le verre, & leur répulsion augmentera à l'approche d'un
bâton de cire frotté. Ce sera le même effet si le verre frotté en est
approché lorsqu'elles ont été électrisées avec de la cire.

On suppose qu'en portant le verre frotté au bout ou au bord du tube
mince dans la troisiéme expérience, il l'électrise positivement, ou
ajoute au feu électrique qu'il contenoit auparavant, & par conséquent il
en passe au travers des boules qui se repoussent mutuellement; mais à
l'approche d'un verre frotté qui laisse sortir pareillement un fluide
électrique, les boules en déchargeront moins, ou une partie sera poussée
en arrière par une force qui agira dans une direction contraire, & elles
s'approcheront plus près. Si le tube est tenu à une telle distance des
boules que l'excès de la densité du fluide autour d'elles au dessus de
la quantité ordinaire dans l'air, soit égal à l'excès de la densité de
celui qui est en elles, au-dessus de la quantité ordinaire contenuë dans
le liége, leur répulsion sera bientôt détruite; mais si le tube est
approché davantage, le fluide du dehors étant plus dense que celui du
dedans des boules, il sera attiré par elles, & elles se sépareront
encore l'une de l'autre.

Quand l'appareil a perdu une partie de sa portion naturelle de ce fluide
par l'approche de la cire frottée d'une de ses extrémités, ou qu'il est
électrisé négativement, le feu électrique est attiré & pris par les
boules pour suppléer au défaut, & cela plus abondamment à l'approche
d'un verre frotté ou d'un corps électrisé positivement qu'auparavant.
C'est pourquoi l'éloignement entre les boules augmentera à mesure que le
fluide qui les entoure, augmente, & en général soit par l'approche, soit
par l'éloignement de quelque corps, si la différence entre la densité du
fluide intérieur & extérieur est augmentée ou diminuée, la répulsion des
boules sera augmentée ou diminuée à proportion.

_Cinquiéme Expér._ Si le tube mince isolé n'est pas électrisé; approchez
de son milieu le tube de verre frotté, ensorte qu'il fasse à peu près
angle droit avec lui, les boules du bout se repousseront l'une l'autre;
elles le feront d'autant plus que le tube frotté sera plus près. Quand
il a été tenu quelques secondes à la distance d'environ six pouces,
retirez-le, & les boules s'approcheront l'une de l'autre jusqu'à ce
qu'elles se touchent, puis se séparant encore à mesure que le tube
s'éloigne davantage, elles continuëront à se repousser quand on l'ôtera
tout-à-fait, & cette répulsion entre les boules augmentera à l'approche
du verre frotté, mais elle sera diminuée par la cire frottée, comme si
l'appareil avoit été électrisé par la cire de la manière expliquée dans
la troisiéme expérience.

_Sixiéme Exp._ Isolez deux tubes minces désignés par A & B, ensorte
qu'ils soient en ligne droite & séparés d'environ six lignes; suspendez
au bout éloigné de chacun une paire de boules de liége. Approchez du
milieu d'A le tube de verre frotté, & le tenant peu de tems à la
distance de quelques pouces, vous verrez chaque paire de boule se
séparer: écartez le tube, & les boules de A s'uniront & se repousseront
encore l'une l'autre; mais celles de B seront à peine affectées. Par
l'approche du tube de verre frotté tenu sous les boules de A, leur
répulsion sera augmentée; mais si le tube est porté de la même manière
vers les boules de B, leur répulsion diminuëra.

Dans la cinquiéme expérience la provision commune de matière électrique
dans le tube mince est supposée être raréfiée vers le milieu & condensée
aux extrémités par la vertu répulsive de l'atmosphère du tube de verre
frotté, quand il est tenu près du premier; & peut-être le tube mince
perd-il quelque chose de sa quantité naturelle de fluide électrique
avant qu'il en reçoive du verre: comme ce fluide doit être plus prêt à
sortir par ses bouts & par ses bords qu'à entrer au milieu: & par
conséquent lorsque le tube de verre est écarté & que le fluide est
dérechef également répandu à travers l'appareil, on trouve qu'il est
électrisé négativement, car le tube frotté porté sous les boules
augmentera leur répulsion.

Dans la sixiéme expérience une partie du fluide tiré d'un tube mince
entre dans l'autre. On connoît qu'il est électrisé positivement par la
diminution de la répulsion de ses boules à l'approche du verre frotté.

_Septiéme Exp._ Placez le tube mince avec la paire de boules à son bout,
à trois pieds au moins de toutes les parties de la chambre; rendez l'air
très-sec par le moyen du feu; électrisez l'appareil à un degré
considérable; ensuite touchez du doigt ou de quelqu'autre conducteur le
tube mince, les boules continuëront cependant de se repousser l'une
l'autre; mais non pas à une si grande distance qu'auparavant.

L'air qui environne l'appareil à la distance de deux ou trois pieds est
supposé contenir plus ou moins de feu électrique que sa part commune,
selon que le tube mince est électrisé positivement ou négativement; &
quand il est très-sec il ne quitte pas son surplus, ou ne répare pas son
défaut aussi promptement que le tube mince, mais il peut continuer
d'être électrisé, après qu'il a été touché pendant un temps
considérable.

_Huitiéme Exp._ Ayant fait un vuide de Torricelli, long d'environ 5.
pieds, de la manière expliquée dans les Transactions Philosophiques,
vol. 47. pag. 370. Si on en approche assez le tube frotté, on verra une
lumière dans plus de la moitié de sa longueur; elle s'évanouit bientôt
si on ne met pas le tube plus près, mais elle reparoîtra à mesure qu'on
l'avancera davantage; on peut le répéter plusieurs fois sans frotter le
tube de nouveau.

Cette expérience peut être regardée comme une espèce de démonstration
oculaire de la vérité de l'hypothèse de M. Franklin, que quand le fluide
électrique est condensé d'un côté d'un verre mince, il sera repoussé de
l'autre s'il ne trouve point de résistance, en conséquence à l'approche
du tube frotté le feu est supposé être repoussé de la surface intérieure
du verre qui entoure le vuide & être emporté au travers des colonnes de
mercure, mais on suppose qu'il revient à mesure qu'on écarte le tube.

_Neuviéme Exp._ Qu'on tienne à peu près par le milieu un bâton de cire
de deux pieds & demi de long, & d'environ un pouce de diamètre, frottez
le tube de verre & traînez-le sur une de ses moitiés, ensuite le
tournant un peu autour de son axe frottez encore le tube, & traînez-le
sur la même moitié; répétez cette opération plusieurs fois: cette moitié
détruira la force répulsive des boules électrisées par le verre, &
l'autre moitié l'augmentera.

Il paroît par cette expérience que la cire peut aussi être électrisée
positivement & négativement, & il est probable que dans les corps quels
qu'ils soient, la quantité de fluide électrique qu'ils contiennent peut
être augmentée ou diminuée. J'ai observé par un grand nombre
d'expériences que certains nuages sont dans un état positif
d'électricité, d'autres dans un état négatif, car les boules de liége
qui en sont électrisées se serrent souvent à l'approche d'un tube
frotté, & d'autres fois s'écartent à une plus grande distance. J'ai vû
arriver cette variation cinq ou six fois en moins d'une demi-heure, les
boules se réunissant chaque fois & restant en contact quelques secondes
avant qu'elles se repoussent de nouveau l'une l'autre. On peut de même
découvrir aisément avec une bouteille chargée si le feu électrique est
tiré de l'appareil par un nuage négatif ou s'il y est poussé par un
positif, & quelque soit celui par lequel il sera électrisé, soit que ce
nuage se sépare de son surplus, soit que son défaut soit remplacé sur le
champ, l'appareil perdra son électricité. On remarque que c'est souvent
le cas après un éclair: cependant quand l'air est bien sec, l'appareil
continuëra d'être électrisé pendant dix minutes ou un quart-d'heure
après que les nuages ont passé le zénith, & quelquefois jusqu'à ce
qu'ils paroissent à plus de moitié chemin vers l'horizon: la pluye
surtout, quand les goutes sont grosses, fait communément descendre le
feu électrique; & la grêle en été n'y manque jamais à mon avis. Quand
l'appareil fut électrisé la dernière fois, ce fut par la chûte d'une
neige fonduë, ce qui arriva dernièrement environ le 12. de Novembre;
c'étoit le vingt-sixiéme jour & la soixante-uniéme fois qu'il avoit été
électrisé depuis qu'il avoit été élevé, c'est-à-dire vers le milieu de
Mai, & comme le thermomètre de Fahrenheit n'étoit que de sept degrés
au-dessus de la congélation, on présume que l'hyver n'interrompra pas
entièrement les opérations de cette sorte. À Londres il n'arriva que
deux orages de tonnerre pendant tout l'été, & l'appareil fut quelquefois
si fortement électrisé pendant l'un, que les timbres qui ont souvent été
sonnés par les nuages assez fort pour être entendus dans toutes les
chambres de la maison (les portes étant ouvertes) furent tenus en
silence par le cours presque continuel d'un feu électrique dense entre
chaque timbre & la boule de cuivre, qui ne la laissoit pas frapper.

Je terminerai cet écrit déjà trop long par les deux questions suivantes.

1º. L'air raréfié tout-à-coup ne peut-il pas donner le feu électrique
aux nuages & aux vapeurs qui le traversent, & lorsqu'il est condensé
soudain, ne peut-il pas le recevoir d'eux?

2º. L'aurore boréale n'est-elle point l'élancement du feu électrique des
nuages positifs aux négatifs à une grande distance dans la partie
supérieure de l'atmosphère où la résistance est moindre?



APPENDIX.

      _Comme M. Franklin dans une première Lettre à M. Collinson a
      parlé de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup
      électrique très-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en
      conséquence a eu la bonté d'en envoyer une relation qui se
      rêduit à ceci._

Il fit d'abord plusieurs expériences sur des oiseaux, & trouva que deux
gros pots de verre mince dorés contenant chacun environ six gallons &
tels que j'ai dit que je les avois employés dans le dernier écrit que je
vous ai présenté sur ce sujet, étoient suffisante quand ils étoient bien
chargés pour tuer des poules ordinaires sur le champ; mais les
poulets-d'inde, quoiqu'ils éprouvent de violentes convulsions, & qu'ils
restent étendus comme morts pendant quelques minutes, se rétablissoient
en moins d'un quart-d'heure. Quoiqu'il en soit, ayant ajouté trois pots
pareils aux deux premiers sans être pleinement chargés; il tua un
poulet-d'inde d'environ dix livres, & il croit qu'ils en auroient tué un
beaucoup plus gros. Il imagina que les oiseaux tués de cette sorte
étoient extrémement tendres à manger.

En faisant ces expériences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer
beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car
sans y prendre garde il reçut un coup de deux de ces pots au travers des
bras & du corps, lorsqu'ils étoient presqu'entiérement chargés; il lui
sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds dans
tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc
qui se dissipa petit à petit dans quelques secondes; il fut quelques
minutes avant de reprendre ses esprits au point de connoître ce dont il
s'agissoit, car il ne vit point l'étincelle, quoique son oeil fût tout
près du premier conducteur, d'où elle frappa le revers de sa main; il
n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il
avoit été considérable; il ne sentit pas davantage en particulier le
coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit causé une enflure
de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras &
le derrière de son col restèrent un peu engourdis le reste de la soirée,
& sa poitrine fut affectée pendant une semaine comme si elle eût été
brisée. Par cette expérience on peut connoître le danger qu'il y a, même
avec les plus grandes précautions, pour l'opérateur quand il fait ces
expériences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs
étant chargés en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils
ont auparavant tué un poulet d'inde, en les augmentant à proportion de
la taille.



_LETTRE XVI._

_De M. B. FRANKLIN Écuyer_
_de Philadelphie_

_à M. D'ALIBARD, à Paris._


_29 Juin 1755._

MONSIEUR,

Il y a long-tems que je dois une réponse à votre dernière lettre, dattée
du 20. Juin 1754. Je l'ai reçuë en Janvier dernier pendant que j'étois à
Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-là j'ai été si
occupé de mes voyages en différens endroits & des affaires publiques,
que je suis extrêmement en arrière avec mes correspondans.

Je vous envoyai l'année dernière un manuscrit qui contient quelques
nouvelles expériences & des observations sur la foudre; je ne sçai si
vous l'avez reçu, mais il a été imprimé depuis à Londres, & j'imagine
que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoyé une copie.

Je vous remercie de la bonté que vous avez euë de m'envoyer les quatre
volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c.

Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je
l'ai lû avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs
ouvrages que j'aie vûs dans aucune langue sur cette matière; cependant
je ne suis pas pour le présent de son sentiment sur l'article des
jets-d'eau; néanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a traité avec
beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai écrit fort au long à
M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne
sçai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai
transcrire pour vous.

Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'imperméabilité absoluë du
verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de
trous faits au verre par le coup électrique, sont les mêmes que nous
connoissons tous; il prouve seulement que le fluide électrique n'y
passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de même que l'eau
ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une
pompe percera les carreaux de vitre les plus épais.

Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matière électrique
des nuages & de préserver de cette forte les bâtimens, &c. effet dont
vous me dites qu'il semble douter, je vous avouërai que je crois que
c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu
tout à fait sur ce sujet. J'en ai parlé dans plusieurs de mes lettres &
toujours, excepté une seule fois, _avec une alternative_, c'est-à-dire
que les verges pointuës élevées sur les bâtimens, & qui communiquent
avec la terre humide empêcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne
le faisoient pas, elles le conduiroient de manière que le bâtiment n'en
seroit pas endommagé. Malgré cela quand on éxamine mon opinion en
Europe, on ne fait attention qu'à la probabilité que ces verges
préviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage
que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit
d'une importance & d'une utilité égales, puisqu'elle consiste à conduire
un coup qu'elles n'auroient pas réussi à prévenir, il semble qu'on l'ait
totalement oubliée.

Je serai fort aise de connoître les expériences de M. le Roy sur
l'électricité positive & négative, quand vous pourrez me les
communiquer.

Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon
vous a donnée d'un effet de la foudre tombée à Dijon le 7. de Juin
dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un événement de la
même sorte que j'ai vû dernièrement. Étant dans la Ville de Newbury dans
la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la
foudre sur l'Église qui en avoit été frappée peu de mois auparavant.

Le clocher étoit une tour quarrée de bois élevée de 70. pieds depuis le
sol jusqu'à l'endroit où la cloche étoit suspenduë; au-dessus s'élevoit
une pyramide aussi de bois, haute de plus de 70. pieds jusqu'à la
girouette ou au coq. Près de la cloche étoit attaché un marteau de fer
pour frapper les heures; du bout du manche descendoit un fil-d'archal
par un petit trou de foret dans le plancher au-dessus duquel étoit la
cloche, & de même au travers d'un second plancher; sous le plat-fond en
plâtre de ce second plancher, & très-près couloit horizontalement le
fil-d'archal jusqu'auprès d'une muraille de plâtre, le long de laquelle
il descendoit à l'horloge, qui étoit 20. pieds au-dessous de la cloche.
Ce fil-d'archal n'étoit pas plus gros qu'un lacet ordinaire.

La pyramide fut toute mise en piéces par la foudre, & les éclats en
furent poussés de tous les côtés sur la place où l'Église étoit bâtie,
ensorte qu'il ne resta rien au-dessus de la cloche. La foudre passa
entre le marteau & l'horloge dans ce fil-d'archal sans offenser les
planchers, sans y produire aucun effet, si ce n'est d'agrandir un peu
les trous de foret, sans endommager la muraille de plâtre ni aucune
partie du bâtiment jusqu'à l'extrémité de ce fil-d'archal & de celui du
pendule de l'horloge, ce dernier étoit de la grosseur d'une plume d'oye.
Depuis l'extrémité du pendule jusqu'à la terre le bâtiment étoit fendu &
excessivement endommagé; des pierres avoient été arrachées des fondemens
& jettées es à la distance de 20. ou 30. pieds. L'on ne pût retrouver
aucune partie du petit fil-d'archal en question entre l'horloge & le
marteau, si ce n'est environ deux pouces qui pendoient au manche du
marteau, & environ autant qui étoit attaché à l'horloge, le reste étant
sauté, & ses particules dissipées en fumée & en parties insensibles,
comme il arrive à la poudre à canon à l'approche du feu ordinaire. On
voyoit seulement une trace noire & sale large de trois ou quatre pouces,
plus obscure dans le milieu, plus foible vers le bord sur le plâtre le
long du plat-fond sous lequel il passoit, & de haut en bas du mur. Voilà
les effets & les apparences sur lesquels je ferai le peu de remarques
qui suivent, sçavoir.

1º. Que la foudre dans son passage au travers d'un bâtiment, quittera le
bois pour passer dans le métal autant qu'elle le pourra, & ne rentrera
point dans le bois que le conducteur de métal ne finisse. J'ai fait la
même observation dans d'autres occasions par rapport aux murailles de
briques ou de pierres.

2º. La quantité de matière fulminante qui passa au travers de ce clocher
doit avoir été bien grande à en juger par ses effets sur cette haute
pyramide au-dessus de la cloche & sur toute la tour quarrée au-dessous
de l'extrémité du pendule de l'horloge.

3º. Quelque grande qu'ait été cette quantité, elle a été conduite par un
petit fil-d'archal & un pendule d'horloge, sans que le bâtiment ait été
endommagé le long de ces fils.

4º. La verge du pendule étant d'une grosseur suffisante, conduisit la
foudre, sans en être offensée; mais le petit fil fut entièrement
détruit.

5º. Quoique le petit fil air été détruit, il avoit conduit la foudre &
préservé le bâtiment.

6º. Et de toutes ces circonstances il paroît plus que probable que si un
petit fil semblable avoit été étendu depuis la verge de la girouette
jusqu'à la terre avant l'orage, ce coup de foudre n'auroit causé aucun
dommage au clocher, quoique le fil même eût été détruit.

Je sens que l'histoire naturelle de M. de Buffon me fera beaucoup de
plaisir & m'instruira infiniment. Assurez-le, je vous prie, de mes
respects aussi bien que M. de Fontferriere, qui m'ont donné l'un &
l'autre des marques de leur souvenir dans votre dernière Lettre. Je
suis, &c.

B. Franklin.

_FIN._



TABLE
DES MATIERES.

_Agitation_ de l'eau favorable à l'évaporation, _tom._ II. _pag._ 6.

_Aigrette_ (l') montre d'où vient le feu, II. 168.

_Aiguille_ couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de
les électriser, I. 239.

_Aiguille_ de boussole pirouette près du premier conducteur, II. 156.

_Aiguille_ décharge le conducteur en un instant, I. 239.

_Air_: sa circulation, II. 32.

_Air_ sec, ce que c'est, I. 44.

_Air_ (l') n'est point affecté par l'électricité, I. 45.

_Air_ comprimé par les vents, &c., condensé par la perte du feu, tombe
en rosée, II. 13.

_Air_: ses courans différens, II. 27.

_Air_ (l') est électrique & n'est point conducteur de l'électricité, I.
42 II. 2.

_Air_ frais après l'orage, II. 32.

_Air_ raréfié par le feu commun, II. 9.

_Air_ (l') s'abaisse dans les zones froides, II. 27.

_Air_ (l') s'élève dans la zone torride, II. 27.

_Allumer_ par l'électricité une chandelle qui vient d'être éteinte, I.
94.

_Amazones:_ rivière des... II. 19.

_Analyse_ de la bouteille électrisée, II. 140-160.

_Andes:_ montagne des... II. 18.

_Angles_ aigus d'un corps surchargé d'électricité se déchargent en
l'air, I. 22.

_Araignée_ factice & animée, I. 96.

_Argent_ fondu à froid dans la bourse, II. 40.

_Atmosphère_ électrique, I. 8.

_Atmosphère_ électrique par sa fluidité & sa répulsion coule pour
remplir l'endroit d'où l'on tire, I. 20. 21.

_Attraction_ des particules d'eau, II. 10.

_Aveuglement_ causé par la foudre, II. 48.

_Aveuglement_ causé par l'électricité, II. 48.

_Aurore_ Boréale: son explication, II. 32.

B

_Baguette_ de métal reçoit l'électricité & la transmet dans l'instant,
I. 223.

_Baguette_ de verre ne conduit point un choc, I. 224.

_Baisers_ électriques, I. 95.

_Balances_ suspenduës au plancher, I. 242.

_Balances_ déchargées en silence par une aiguille, I. 243.

_Balles_ (deux) de liége suspenduës au conducteur, I. 114.

_Batterie_ électrique, I. 160.

_Bermudes:_ Isle peu sujette au tonnerre, II. 41.

_Bois_ sec est électrique, I. 138.

_Boule_ de liége électrisée tournée en l'air, I. 44.

_Boule_ de liége suspenduë entre le fil-d'archal de la bouteille & un
fil de fer attaché au bas de la bouteille, jouera entre ces fils, I. 64.

_Boule_ de liége charrie le feu électrique du haut au bas de la
bouteille, I. 64.

_Boule_ de liége suspenduë encre deux livres couchés sur des verres, I.
79.

_Boule_ de liége suspenduë entre deux bouteilles chargées semblablement
& différemment, I. 128.

_Boules_ de liége suspenduës à des fils de lin, II. 281.

_Boules_ électrisées différemment, remises dans leur état naturel, I.
15. & 16.

_Boulet_ de fer électrisé, I. 192. 235.

_Boussoles_ dérangées par le tonnerre, II. 134.

_Bouteille_ électrique ne reçoit plus de feu intérieurement quand elle
est épuisée extérieurement, I. 49.

_Bouteille_ chargée par le globe de verre & déchargée par le globe de
soufre, II. 159.

_Bouteille_ électrisée mise sur un corps électrique conserve son feu, I.
59.

_Bouteille_ chargée entre le verre & le soufre, II. 159.

_Bouteille_ électrisée attire & ensuite repousse par son fil-d'archal
une boule de liége, & attire la même boule présentée à son côté, I. 55.

_Bouteille_ (la) n'a pas la même atmosphère électrique en dedans & en
dehors, I. 56.

_Bouteille_ (la) sur de la cire peut être déchargée par un fer courbé,
ou par partie, ou tout d'un coup, I. 68.

_Bouteille_ (une) sur laquelle on auroit établi une communication de son
fil-d'archal à son côté, ne sçauroit être électrisée, & pourquoi, I. 73.

_Bouteille_ sale & humide en dehors ne sçauroit être électrisée &
pourquoi, I. 74.

_Bouteille_ (la) s'électrise par le côté aussi bien que par le crochet,
I. 120.

_Bouteilles_ chargées de la même & de différentes manières, I. 120-131.

_Bouteille_ (la) électrisée ne se décharge point sans communication
non-électrique, I. 131.

_Bouteilles_ suspenduës l'une à la queuë de l'autre se chargent toutes
en même tems, I. 135.

_Bouteille_ mince d'un pouce de diamètre donne un coup prodigieux, I.
186.

_Bouteille_ électrique chargée de son propre feu, I. 102.

_Broche_ électrique. I. 176.

C

_Canal_ ouvert à l'une de ses extrémités, II. 31.

_Canons_ (deux) unis lancent leurs étincelles à deux pouces de distance,
II. 26.

_Canton:_ (Jean) ses expériences, II. 280.

_Capitaines_ de vaisseaux: leur témoignage, II. 41.

_Carreau_ de verre électrisé entre deux plaques de plomb, I. 142.

_Carillon_ électrique, I. 183. II. 130.

_Cercles_ de carton représentant les nuages de mer & de terre, II. 22.

_Cerf volant_ de M. Franklin, II. 182.

_Chaîne_ déployée susceptible de plus d'électricité, II. 221.

_Chaleur_ du soleil ne détruit point l'électricité, I. 242.

_Chaleurs_ suivies d'orages, II. 33.

_Chandelle_ rallumée, I. 94.

_Charge_ & décharge: leur signification, I. 129.

_Charge_ & décharge de la rouë électrique, I. 181. 182.

_Chute_ soudaine de pluyes après les éclairs, II. 21.

_Circulation_ de l'air, II. 32.

_Cire_ (la) peut être électrisée positivement & négativement, II. 296.

_Colophone_ séche enflammée, II. 37.

_Communication_ avec le plancher n'est point nécessaire pour qu'on
reçoive la commotion, I. 53.

_Communication_ directe entre les surfaces rétablit dans l'instant
l'équilibre dans la bouteille, I. 69.

_Communication_ du feu électrique se fait avec craquement, I. 30.

_Communication_ extérieure non-électrique nécessaire pour rétablir
l'équilibre, I. 139.

_Conducteurs_ & non conducteurs, I. 39.

_Conducteur_ d'électricité, sa construction, I. 28.

_Conducteur_ (le) entre deux globes de différente nature, II. 164.

_Conducteur_ qui frappe à deux pouces, I. 29.

_Conducteur_ s'avance vers le corps émoussé, I. 31.

_Conducteur_ arrêté ou repoussé par une pointe, I. 31.

_Conducteur_ (le) ne donne point d'étincelles, quand la communication du
coussin au plancher est interrompuë, I. 101.

_Conjectures_ nouvelles sur la théorie du tonnerre, II. 211.

_Conjurés_ (les), I. 172.

_Conséquences_ pernicieuses d'une plus grande proportion d'électricité,
I. 10.

_Conviction_ que la matière électrique pénètre les corps, I. 5.

_Convulsion_ causée par le passage subit du feu électrique dans les
membres, I. 53.

_Corps_ électrisé positivement repousse une plume électrisée; quand il
l'est négativement ou dans l'état commun, il l'attire, I. 80.

_Corps_ électrisés négativement se repoussent comme s'ils l'étoient
positivement, I. 67. 193.

_Corps_ (les) électriques contiennent plus d'électricité, I. 9.

_Corps_ (les) électriques, comme le verre, ne souffrent de changement
que d'une surface à l'autre, I. 222.

_Corps_ émoussé ne tire l'électricité qu'à trois pouces, I. 30.

_Corps_ (les) ne tirent pas l'électricité proportionnellement à leurs
masses, I. 24.

_Corps_ non-électriques servent au verre, comme l'armure à la pierre
d'aimant, I. 144.

_Corps_ non électriques susceptibles de plus & de moins d'électricité,
I. 222.

_Corps_ non-électrique souffre du changement dans sa quantité
d'électricité, I. 223.

_Couleur_ bleuë donnée à l'acier, II. 147.

_Courans_ d'air différens, II. 27.

_Courans_ d'air différens occasionnent l'attraction des nuages & leurs
mouvemens, II. 27.

_Courant_ d'air n'électrise point, II. 192.

_Courant_ de fontaine électrisé, II. 4.

_Coussin_ (le) sur une lame de verre, I. 101.

D

_Décharge_ nécessaire pour les observations du tonnerre, II. 129.

_Delaware_ rivière, I. 194.

_Déluges_ de pluyes, II. 19.

_Deux_ personnes sur de la cire, l'une frotte le tube, l'autre le
touche, I. 88.

_Deux_ sortes d'électricité, II. 156.

_Différence_ de la matière commune & de la matière électrique, I. 5.

_Différence_ entre un corps non-électrique & le verre, I. 222.

_Différence_ des corps électrisés au dedans & au dehors de la bouteille,
I. 47.

_Différence_ entre un corps électrique & un corps non-électrique, I. 36.

_Dindon_ tué d'un coup d'électricité, I. 195. II. 303.

_Direction_ (la) du feu électrique étant différente dans la charge,
l'est aussi dans la décharge, I. 120.

_Direction_ du fluide électrique le long des conducteurs, II. 230.

_Dorure_ percée par le feu électrique, I. 184.

_Dorure_ (la) sur un livre ne conduit plus le choc après dix ou douze
coups, I. 191.

_Dorure_ sur un livre découverte, par un coup d'électricité, II. 49.

E

_Eau_, corps non-électrique, II. 7.

_Eau_ raréfiée susceptible de plus d'électricité, II. 217.

_Eau_ (l') transmet fort bien l'électricité, I. 190.

_Eclairs_, II. 18.

_Eclairs_ sur un livre entouré d'un double filet d'or, I. 98.

_Eclairs:_ imitation des... I. 94.

_Eclats_ de tonnerre, II. 32.

_Effet_ de deux bouteilles, l'une pleinement chargée, & l'autre
nullement, I. 127.

_Effet_ étonnant des pointes, I. 235.

_Effets_ opposés du soufre & du verre, II. 158-161.

_Effet_ du tonnerre à Newbury, II. 313.

_Effet_ d'un corps émoussé, I. 236.

_Effet_ de l'air sur la matière électrique, I. 42.

_Effluves_ salutaires des corps non-électriques, impossibles à tirer par
l'électricité, I. 225.

_Elancemens_ de lumière du nord au sud, II. 31.

_Elasticité_ comparée à l'électricité, I. 137.

_Electricité_ de deux sortes, II. 156.

_Electricité_ détruite par du sable, le souffle, la fumée de bois, de
chandelle, de charbon, de fer, &c., I. 240.

_Electricité_ (l') réside dans le verre, I. 144.

_Electricité_ (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces,
I. 22.

_Electricité_ (l') ne paroît plus après l'attouchement, I. 91.

_Electricité_ vitrée & résineuse, II. 156-172.

_Electriser_ positivement ou en plus, I. 77-80. 89-95.

_Electriser_ négativement ou en moins, I. 78-80. 89-93.

_Elévation_ des vapeurs favorisée par le feu commun & par le feu
électrique, II. 4. 9.

_Eminences_ (les) attirent les nuages, II. 33.

_Epée_ fonduë dans le fourreau, II. 40.

_Epuisement_ du coussin, I. 102-114.

_Equilibre_ du feu électrique dans les surfaces de la bouteille, I. 48.

_Equilibre_ (l') de l'électricité ne se rétablit point à travers le
verre, I. 49.

_Equilibre_ (l') ne se rétablit dans les surfaces que par une
communication non-électrique, I. 50.

_Equilibre_: moyen de le rétablir, I, 53. 68.

_Erreur_ de M. Watson, I. 93.

_Esprits_ allumés par & au travers de la rivière, I. 194.

_Esprits_ enflammés sans avoir été chauffés, I. 232.

_Essence_ (l') du verre semble consister dans son électricité, I. 187.

_Etincelles_ frappent plus loin, à proportion que le feu électrique est
plus fort, I. 245. II. 26.

_Etincelle_ grande ou petite pour l'inflammation des esprits, II. 36.

_Etincelle_ électrique déchire en perçant le papier, II. 40.

_Etincelle_ tirée de deux personnes électrisées différemment, I. 88.

_Etincelle_ plus forte entr'elles, I. 89.

_Expansion_ égale de la matière électrique dans la totalité d'une masse,
I. 6.

_Expérience_ de Leyde avec un carreau de verre, I. 143.

_Expérience_ de Marly-la-Ville, II. 99-125.

_Expérience_ qui prouve que la matière raréfiée est susceptible de plus
d'électricité, II. 221.

_Expériences_ de M. Jean Canton, II. 280.

_Explication_ de plusieurs phénomènes, I. 89. 90.

_Explication_ de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte, I.
212.

_Explosion_ (l') est la même si tenant la bouteille par le crochet on la
touche au côté, ou au contraire, I. 119.

_Explosion_ (l') n'électrise point celui qui tient la bouteille & la
touche, I. 81.

_Explosion_ (l') n'électrise point, I. 115-118.

F

_Feu_ commun répandu dans tous les corps, II. 35.

_Feu_ électrique ne peut être tiré d'un côté s'il n'en entre d'un autre,
I. 51.

_Feu_ (le) électrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, & non
au contraire, I. 54.

_Feu_ électrique: moyen de le faire circuler, I. 74.

_Feu_ (le) électrique doit sortir par où il est entré, I. 120.

_Feu_ électrique attiré par l'eau, II. 2.

_Feu_ électrique (le) qui sort de l'extérieur de la bouteille, n'est pas
le même que celui qui entre dans l'intérieur, I. 200.

_Feu_ électrique répandu dans toute la matière, I. 207.

_Feu_ électrique rassemblé & non créé par le globe frotté, II. 6.

_Feu_ électrique rassemblé par l'agitation sur la mer, II. 7.

_Feu_ électrique d'un nuage de 10000. âcres, II. 26.

_Feu_ électrique visible en sautant des intervalles & invisible le long
des corps denses & unis, II. 29.

_Feu_ électrique visible sur un feüille d'or, & pourquoi, II. 30.

_Feu_ électrique & feu commun ne sont point incompatibles, II. 35.

_Feu_ électrique agit sur le feu commun, & produit l'inflammation, II.
36.

_Feu_ électrique paroît sur le coussin qui frotte, I. 213.

_Feu_ électrique se transporte dans & à travers les corps
non-électriques, & non pas à travers le verre, I. 198. 223.

_Feüille_ d'or entre deux lames de métal, dont l'une électrisée, &
l'autre non, II. 58.

_Feüille_ d'or plus près de la lame non-électrisée, II. 60.

_Feüille_ d'or bien aiguë se soutient près du conducteur sans lame
inférieure, II. 63.

_Fil_-d'archal détruit par la foudre, II. 319.

_Fil_ de lin suspendu près du ventre de la bouteille est attiré à chaque
fois que l'on touche le fil-d'archal, I. 62.

_Filet_ d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc,
& pourquoi, II. 57.

_Fluide_ électrique ne traverse point le verre, I. 197.

_Fluide_ électrique passe par une fêlure, I. 199.

_Fluide_ électrique toujours prêt, I. 207.

_Fluide_ électrique ne se fixe point dans le verre, mais y séjourne sans
adhérence, I. 207.

_Force_ attractive proportionnée aux surfaces, & non pas aux masses, I.
25.

_Force_ (la) de l'électricité est sans bornes, II. 153.

_Forme_ de l'atmosphère électrique, I. 16.

_Foudre_ (la) déchire, II. 40.

_Franklin_ (M.) rudement frappé, II. 304.

_Froid_ (le) diminue le feu commun, & non le feu électrique, II. 14.

_Frottement_ (le) enflamme le bois sec, II. 37.

_Frottement_ (le) d'un corps non-électrique contre un corps électrique
produit le feu électrique, II. 6.

_Fumée_ de résine séche ne détruit pas l'électricité & forme une
atmosphère, I. 241.

_Fusion_ à froid, II. 51.

_Fusion_ des métaux sans chaleur, II. 56.

G

_Glace_ (la) ne conduit pas l'électricité, I. 190.

_Glace_ de 1200. pouces quarrés, ses effets, I. lxxxij. 172.

_Globe_ frotté: comment il rassemble le fluide électrique, I. 214. II. 6.

_Globe_ doublé donne peu ou point de feu électrique, I. 214.

_Globe_ moüillé intérieurement ne rend point de feu, I. 215.

_Globe_ de cuir, II. 179.

H

_Habits_ mouillés sont un préservatif contre les coups de foudre, II. 34.

_Homme_ (un) sur de la cire à qui l'on donne à toucher le fil-d'archal
de la bouteille électrisée, est électrisé de plus en plus, I. 77.

_Homme_ (un) sur de la cire tient la bouteille électrisée, & vous en
fait toucher le fil-d'archal, il est électrisé de moins en moins, I. 78.

_Homme_ (un) sur de la cire peut être électrisé plusieurs fois par un
autre qui lui présente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut
s'électriser lui-même en la tenant. Moyen de le reconnoître, I. 81.

_Huile_ de térébentine mise en expérience, I. 226.

I

_Idendité_ de la matière du tonnerre & de l'Electricité, II. 120. 185.

_Idée_ d'un nouveau globe, II. 179.

_Imitation_ des éclairs, I. 94.

_Importance_ de connoître les loix de la nature, indépendamment du
comment & du pourquoi, I. 27.

_Imperméabilité_ du verre, I. 208.

_Impossibilité_ de s'électriser soi-même, I. 87.

_Inflammation_ des esprits, I. 94.

_Inflammation_ de la poudre, II. 149.

_Irrégularité_ des éclairs, II. 33.

L

_Liqueur_ purgative mise dans la fiole électrique, I. 229.

_Lumière_ brillante à la pointe d'un poinçon, I. 237.

_Lumière_ paroît au bout d'une pointe, I. 30.

M

_Magnétisme_ communiqué par l'électricité, II. 135-142.

_Magnétisme_ effet de l'électricité, II. 141.

_Main_ de papier percée par l'étincelle, I. 171.

_Matière_ commune éponge de la matière électrique, I. 6.

_Matière_ électrique, sa subtilité, I. 4.

_Matière_ électrique pénètre les métaux sans résistance, I. 4.

_Matière_ (toute) ne contient & ne retient pas également l'électricité,
I. 8.

_Matière_ (la) contient autant d'électricité qu'elle en peut contenir,
I. 8.

_Matière_ (la) du tonnerre & la matière électrique sont la même, II.
120. 185.

_Matière_ supposée dépourvuë de fluide électrique, I. 12.

_Matières_ non-électriques mêlées dans l'air, I. 22.

_Métaux_ fondus par la foudre, II. 38.

_Métaux_ fondus d'un coup d'électricité, II. 39.

_Métaux_ (les) & l'eau conducteurs parfaits, I. 29. & 40.

_Montagnes_ attirent les nuages de mer, II. 17.

_Mort_ de M. Richman, II. 127.

_Moyen_ de toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, sans
tirer d'étincelle, I. 120.

_Moyen_ de connoître si les nuées, orageuses sont électrisées
positivement ou négativement, II. 195.

_Moyen_ de rendre bien sensible le feu électrique en passant du
fil-d'archal au côté de la bouteille, I. 82. 85.

_Moyen_ de prendre la bouteille par le crochet, I. 120.

_Moyen_ de dissiper le tonnerre, II. 44.

_Moyen_ de reconnoître si les nuages orageux sont électrisés ou non, II.
45.

_Moyen_ de prévenir le danger de l'épreuve, II. 47.

_Moyen_ (seul) de mettre en mouvement le fluide électrique du verre, I.
204.

_Moyen_ simple de reconnoître si l'électricité est positive ou négative,
II. 174.

N

_Neige_ électrique, II. 243.

_Nuages_ de mer sont électriques, II. 8.

_Nuages_ de terre peu électrisés retombent sur la terre, II. 15.

_Nuages_, de mer électrisés s'élevent fort haut & son poussés très-loin,
II. 15.

_Nuages_ attirés par l'électricité, II. 24.

_Nuages_ à différentes hauteurs tiennent des routes différentes, II. 27.

_Nuages_ électrisés négativement, II. 198.

_Nuage_ électrisé positivement, II. 200.

O

_Objection_ contre la nouvelle hypothèse du tonnerre, II. 226.

_Océan_ (l') composé d'eau & de sel, II. 7.

_Odeur_ du fluide électrique toujours la même, I. 230.

_Ondées_, II. 18.

_Orages_ après les grandes chaleurs, II. 33.

P

_Papier_ (main de) percée par l'étincelle, I. 171.

_Papier_ percé & noirci par l'étincelle, I. 185.

_Particules_ de matière électrisée se repoussent mutuellement, I. 209.
II. 4.

_Particules_ d'air, dures, rondes, désunies, II. 8.

_Particules_ d'air allégées par le feu commun & par l'eau électrisée
s'élevent, II. 11.

_Particule_ d'air environnée de douze particules d'eau, II. 12.

_Particules_ d'eau s'attachent aux particules d'air, II. 8.

_Particules_ d'eau rassemblées forment la pluye, II. 13.

_Particules_ électriques attirées par la matière, I. 5.

_Particules_ électriques ne traversent point le verre, mais leur
répulsion le traverse, I. 209.

_Particules_ électriques, quoique mutuellement répulsives, sont
rapprochées par l'attraction du verre, I. 209.

_Partie_ de plaisir, I. 194.

_Parties_ composantes du verre extrèmement déliées, I. 206.

_Passages_ de l'état électrique négatif au positif, II. 243.

_Pays_ sans montagnes peut-être arrosé, II. 20.

_Peinture_ sur la dorure emportée par le tonnerre, II. 49.

_Philadelphie_, I. 194.

_Plein_ (le) & le vuide de feu électrique se trouvent dans la bouteille,
I. 52.

_Plein_ (le) & le vuide électrique pressent violemment, l'un pour se
dilater, & l'autre pour se remplir, I. 53.

_Plomb_ granulé meilleur que l'eau, I. 94.

_Plume_ attirée dans un vase scellé hermétiquement, I. 197.

_Plus_ & moins merveilleusement combinés, I. 52.

_Plus_ la pointe est aiguë, plus elle tire de loin, I. 23.

_Pointes_ (les) poussent aussi bien qu'elles tirent, I. 22. 23. 238.

_Pointes_ (les) tirent aussi bien qu'elles poussent, I. 23. 239.

_Pointe_ (la) d'une aiguille présentée à douze pouces; empêche de
charger le conducteur, I. 29.

_Pointe_ (la) électrise un homme sur de la cire, I. 30.

_Poisson_ d'or, II. 64.

_Pôles_ d'une aiguille aimantée changés par le coup fulminant, II. 135.

_Pores_ du verre extrèmement petits, I. 206.

_Pores_ du verre impénétrables à toute autre matière que celle du feu &
de l'électricité, I. 207.

_Poudre_ à tirer enflammée, II. 149.

_Poulet_-d'inde de dix livres tué, II. 303.

_Preuve_ que le feu électrique poussé dans une bouteille à travers le
fil-d'archal ne la traverse pas, I. 200.

_Preuves_ que l'explosion n'électrise point, I. 115-118.

_Proportion_ des deux feu pour l'inflammation, II. 36.

_Proportions_ des conducteurs pour le tonnerre, II. 233.

Q

_Quantité_ étonnante d'électricité contenuë dans la plus petite portion
de verre, I. 186.

_Quantité_ égale d'électricité dans les deux surfaces du verre, I. 210.

_Questions_ sur la formation du tonnerre & de l'aurore boréale, II. 301.

R

_Rat_ moüillé ne peut être tué par l'électricité, II. 35.

_Remarques_ de M. Colden sur les lettres de M. l'Abbé Nollet, II. 247.

_Rencontre_ de plusieurs nuages de mer & de terre, II. 24.

_Répulsion_ des particules de matière électrique, I. 5.

_Répulsion_ d'une boule de liége suspenduë, I. 192.

_Répulsion_ de la boule de liége détruite, I. 192.

_Répulsion_ des particules d'air favorisée par le feu commun & par le
feu électrique, II. 9.

_Répulsion_ mutuelle des particules électriques, I. 209.

_Retraite_ sous un arbre pendant l'orage, dangereuse, II. 34.

_Richman_ (M.) tué par l'électricité naturelle, II. 127.

_Rouës_ de moulin à vent & à eau, I. 85. 86.

_Roué_ électrique, première construction, I. 172.

_Rouë_ électrique, deuxiéme construction, I. 179.

S

_Sel_, corps électrique, II. 7.

_Skuilkil_, rivière, I. 194.

_Silence_ du carillon électrique, II. 300.

_Soleil_, sa chaleur ne détruit point l'électricité, I. 242.

_Soleil_ semble fournir le feu commun, II. 13.

_Soufre_ (le) électrise négativement, II. 167.

_Sphères_ électriques tournées par une manivelle, I. 99.

_Sphère_ d'attraction électrique, II. 25.

_Subtilité_ des particules électriques, I. 4.

_Surfaces_ d'une bouteille électrisée sont l'une pleine & l'autre vuide,
I. 210.

_Surfaces_ ne peuvent agir l'une sans l'autre, I. 136.

_Surfaces_ du verre, longueur, largeur & moitié d'épaisseur, I. 205.

T

_Tableau_ magique, sa description, son effet, I. 167.

_Tabouret_ électrique, II. 46.

_Tache_ bleuë sur une plaque d'argent, II. 187.

_Taches_ métalliques sur le verre, II. 53.

_Tasses_ électrisées, I. 195.

_Thérébentine_ (huile de) ne change point l'odeur de la matière
électrique, I. 228.

_Terre_ séche empêche le choc, I. 189.

_Terre_ (la) frape les nuages, II. 205.

_Tonnerre_ artificiel, _hist. a._ I. lxxxii.

_Tonnerre_ s'entend rarement en pleine mer, II. 40.

_Triangle_ équilatéral formé par trois particules d'air, I. 12. II. 9.

_Triangles_ resserrés ou étendus, I. 13. II. 9-12.

_Tube_ frottée d'une peau de chamois, I. 98.

_Tube_ doublé d'un corps non-électrique, I. 215.

_Tube_ peut servir de bouteille pour l'expérience de Leyde, moyen, I.
217.

_Tube_ épuisé d'air, I. 219.

V

_Vapeurs_ de l'eau électrisée le sont aussi, II. 3.

_Vapeurs_ plus abondantes de l'eau électrisée, II. 11.

_Vapeurs_ de la mer électrisées, II. 15.

_Vapeurs_ élevées dans la zone torride s'abaissent dans les zones
froides & lancent des éclairs, II. 28.

_Vapeurs_ sulphureuses de la terre aisément enflammées par la foudre,
II. 38.

_Vents_ de terre sont secs, II. 15.

_Verge_ de fer de vingt ou trente pieds, II. 46.

_Verges_ de fer pointuës, leur effet, II. 237.

_Vernis_ dur & sec brûlé par l'étincelle, I. 185.

_Verre_ (le) contient beaucoup d'électricité, I. 38. 138. 202.

_Verre_ (le) a toujours la même quantité d'électricité, I. 138.

_Verre_ brisé par l'électricité, I. 186.

_Verre_ contient plus d'électricité, & la retient plus fortement, I. 9.
183.

_Verre_ n'est par lui-même susceptible ni de plus ni de moins
d'électricité, I. 131-136.

_Verre_ imperméable à l'électricité, I. 197-212.

_Verre_ (le) électrise positivement, II. 167.

_Usages_ de l'électricité avantageux, mais inconnus, I. 10.

_Usages_ du carillon, II. 132.


Fin de la Table des matières.



De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR.





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