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Title: L'art roman dans le Sud-Manche
Author: Lebert, Marie
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'art roman dans le Sud-Manche" ***

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L'ART ROMAN DANS LE SUD-MANCHE


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2006

Copyright © 2006 Marie Lebert

Dans ce livre, qui concerne le sud du département de la Manche et la région du
Mont Saint-Michel, en Normandie, on suit un itinéraire en douze étapes, ces
étapes étant du nord au sud les églises de Saint-Martin-le-Vieux, Bréville,
Yquelon, Saint-Pair-sur-Mer, Angey, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey, Genêts,
Saint-Léonard-de-Vains, Saint-Loup et Saint-Quentin-sur-le-Homme, auquel
s'ajoute le beau portail roman de Sartilly. La version originale (avec photos,
cartes et plans) est disponible sur le NEF:
http://www.etudes-francaises.net/avranchin/


TABLE


I. VERSION COURTE

II. VERSION LONGUE

1. Introduction

2. Saint-Martin-le-Vieux

3. Bréville

4. Yquelon

5. Saint-Pair-sur-Mer

6. Angey

7. Saint-Jean-le-Thomas

8. Dragey

9. Genêts

10. Saint-Léonard-de-Vains

11. Saint-Loup

12. Saint-Quentin

13. Sartilly

14. Synthèse

15. Bibliographie

16. Iconographie

17. Photos en noir et blanc

18. Photos en couleur

19. Index


I. VERSION COURTE


Dans ce dossier, point de monuments présents dans tous les guides. Voici au
contraire quelques églises paroissiales dont on parle peu. Modestes, solides,
nichées dans la verdure ou visibles le long de la côte rocheuse, elles furent
construites avec des matériaux locaux et avec les moyens du bord, le plus
souvent sur les voies montoises qu'empruntaient les pélerins pour se rendre au
Mont Saint-Michel.

#Itinéraire roman en douze églises

Dans la région côtière qui s'étend autour des villes de Granville et d'Avranches
(département de la Manche, Normandie), plusieurs églises présentent
d'importantes parties romanes. En allant du nord au sud (voir la carte), il
s'agit des églises de Saint-Martin-le-Vieux, Bréville, Yquelon, Saint-Pair,
Angey, Sartilly, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey, Genêts, Saint-Léonard-de-Vains,
Saint-Loup et Saint-Quentin. Ces églises sont construites avec des matériaux
locaux, à savoir le schiste et le granit. Le sol de la région est formé de
roches schisteuses entourant les deux massifs granitiques de Vire et
d'Avranches.

La région appartient au Cotentin pour sa partie nord et à l'Avranchin pour sa
partie sud. La limite entre le Cotentin et l'Avranchin est la petite rivière du
Thar, qui se jette dans la Manche au sud de Saint-Pair-sur-Mer. Cette région
était au Moyen-Age une région riche. Le peuplement y était beaucoup plus dense
qu'à l'intérieur des terres. La vie économique y était active: pêcheries,
salines à proximité de Saint-Martin-de-Bréhal, Bréville et
Saint-Léonard-de-Vains, exploitation de la tangue et du varech utilisés comme
engrais marins, nombreuses cultures intensives.

Ces églises étaient des églises paroissiales appartenant aux diocèses de
Coutances et d'Avranches, à l'exception du prieuré Saint-Léonard-de-Vains, qui
était la propriété de l'abbaye Saint-Etienne de Caen. Elles étaient situées sur
le réseau de voies montoises qu'empruntaient les pèlerins pour se rendre au Mont
Saint-Michel. Certaines de ces églises et leurs dépendances furent données par
les ducs normands à l'abbaye du Mont Saint-Michel aux 10e et 11e siècles.
D'autres firent l'objet de donations à l'abbaye naissante de la Lucerne au 12e
siècle.

Bâtie sur un petit promontoire, l'église de Saint-Martin-le-Vieux fut utilisée
jusqu'à la Révolution. Elle servit ensuite d'arsenal et tout son mobilier fut
vendu. Rendue au culte en 1801, elle ne fut plus utilisée dès 1804 car elle
menaçait de s'effondrer. L'ensemble, en ruines, est envahi par la végétation. Le
choeur et la nef datent du 11e siècle: appareil en arêtes de poisson, porte au
cintre surbaissé de la nef, étroites petites baies au cintre de granit. L'église
a subi des remaniements par la suite: percement de la baie géminée du chevet,
percement des baies des murs sud du choeur et de la nef, édification d'un
clocher peigne en granit rose de Chausey. Ce dernier date du 16e siècle.

L'église Notre-Dame de Bréville date en grande partie de la seconde moitié du
12e siècle. Un ensemble très homogène est formé à l'extérieur par la majeure
partie de la nef, la base de la tour et les murs latéraux du choeur. La nef a
sans doute été terminée au 13e siècle: une porte à l'arcade brisée est présente
dans le mur latéral nord. L'édifice a été remanié à la fin du 15e ou au début du
16e siècle. A l'intérieur, remaniement de la travée sur laquelle repose la tour,
construction d'une voûte en croisée d'ogives au-dessus du choeur, percement
d'une grande baie géminée dans le mur du chevet. A l'extérieur, construction de
l'étage de la tour et de la flèche. L'église a été restaurée entre 1961 et 1976.
Les travaux lui ont rendu sa simplicité première. (Voir un article plus
complet.)

Le portail occidental et la porte sud de l'église Saint-Pair d'Yquelon
présentent des similitudes avec la porte sud de l'église de Bréville. La nef et
le choeur des deux églises datent de la même époque. Le choeur de l'église
d'Yquelon est surmonté d'une voûte en croisée d'ogives romane. Dans le mur nord
de la nef, un enfeu abrite une pierre tombale du 12e siècle en calcaire tendre,
qui représente un chevalier.

Sont également romans les deux étages de la tour et une partie du choeur de
l'église de Saint-Pair. Le premier étage de la tour est orné au nord et au sud
de deux arcatures aveugles. Le deuxième étage est percé sur chaque face d'une
baie géminée. L'ensemble se termine par une flèche octogonale. Les chapitaux des
piliers intérieurs de la tour sont ornés de sculptures frustes en bas-relief
taillées dans le granit. En 1875, on a retrouvé dans le choeur une partie des
fondations de l'oratoire du 6e siècle et les sarcophages de cinq saints, dont
celui de Saint Pair (482-565), qui fonda l'abbaye de Scissy et donna son nom à
la localité. La nef ancienne fut détruite à la fin du 19e siècle pour agrandir
un édifice devenu trop petit pendant la saison des bains. Cette nef fut
remplacée par une nef et un transept de grandes dimensions, d'inspiration
gothique.

Le portail sud de l'église Saint-Pair de Sartilly est le seul élément
appartenant à l'édifice roman original, qui fut détruit et remplacé en 1858 par
une église beaucoup plus grande. Ce portail de granit est le plus beau portail
roman de la région. Les moulurations des voussures et de l'archivolte et les
sculptures des chapiteaux (feuilles de chêne, feuilles d'acanthe, volutes) sont
le fruit d'un travail très soigné.

L'église d'Angey dispose d'un choeur roman. Celui-ci date sans doute de
l'édifice primitif donné par Guillaume de Saint-Jean à l'abbaye de la Lucerne en
1162. Une deuxième campagne de construction daterait de la seconde moitié du 12e
siècle: l'appareil de la base de la tour est légèrement différent de celui du
choeur.

Le choeur de l'église de Saint-Jean-le-Thomas fut restauré à partir de 1965 par
Yves-Marie Froidevaux, architecte en chef des monuments historiques. Ce choeur
pré-roman présente des similitudes avec l'église souterraine
Notre-Dame-sous-Terre, qui fut construite par les Bénédictins au 10e siècle.
(Ceux-ci s'installèrent au Mont Saint-Michel en 966.) Les arcs des baies sont
formés de claveaux de briques. Les murs présentent un appareil de petits blocs
de granit assez réguliers séparés par d'épais joints de mortier. En 1895, la
tour ancienne fut remplacée par un imposant clocher en granit, qui écrase le
reste de l'édifice de son volume. En 1974, on commença à dégager les peintures
romanes du 12e siècle trouvées sous l'enduit du mur sud de la nef. Une
découverte d'autant plus intéressante que les décors peints sont pratiquement
inexistants dans la région.

L'église Saint-Médard de Dragey est isolée avec son presbytère à un kilomètre
environ du village. Elle est bâtie sur un promontoire. Sa tour servait de point
de repère aux marins. La tour et le choeur ont été édifiés au 13e siècle.
L'enduit des murs de la nef romane a été gratté dans les années 1970 pour y
mettre à jour l'appareil en arêtes de poisson, à l'intérieur comme à
l'extérieur.

L'église Notre-Dame de Genêts fut reconstruite au milieu du 12e siècle par
Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, à l'emplacement d'une église plus
ancienne. La croisée du transept, une partie des croisillons et les deux tiers
inférieurs de la tour appartiennent à l'édifice roman. La tour, massive, est
implantée à la croisée du transept. Elle comprend deux étages. Le premier est
aveugle alors que le second est orné de baies géminées. Ces baies, murées, ont
été prolongées par des baies gothiques trilobées lors d'une deuxième campagne de
construction datant du 16e siècle. Autrefois surmontée d'une flèche (détruite
par la foudre au 16e siècle), la tour est maintenant terminée par un toit en
bâtière. Le départ du toit est caché au nord et au sud par une balustrade
ajourée aux angles ornés de gargouilles. Le choeur et ses deux chapelles
latérales datent du 13e siècle. La nef est surmontée d'une voûte en berceau de
bois refaite en 1960. Cette voûte utilise les éléments d'une charpente à
poinçons et entraits apparents du 15e siècle (qui furent eux-mêmes découverts
dans les lambris du 18e siècle). La couverture en épaisses plaquettes de schiste
a elle aussi été refaite en 1960. Le porche qui précède la porte sud de la nef
est surmonté d'une charpente en carène renversée entièrement chevillée datant du
18e siècle. L'église et le cimetière de Genêts ont été classés monuments
historiques en 1959.

Le prieuré Saint-Léonard de Vains fut la propriété de l'abbaye Saint-Etienne de
Caen jusqu'à la Révolution. Il fut ensuite transformé en bâtiment de ferme.
L'édifice est toujours une propriété privée. Le propriétaire a restauré la nef
pour en faire une maison d'habitation. Le tour et le choeur sont dans un triste
état (mais ceci a peut-être changé depuis ma dernière visite). Située entre
choeur et nef, la tour est formée d'une base carrée surmontée de deux étages en
léger retrait l'un par rapport à l'autre. Le premier étage devait être aveugle
avant les remaniements de la Révolution. Le deuxième étage est orné de deux
arcatures jumelles en plein-cintre sur ses faces nord, est et sud. Il est
surmonté d'un toit en bâtière reposant sur une corniche. Celle-ci est soutenue
par des modillons sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond.

L'église de Saint-Loup date de la première moitié du 12e siècle. Ceci est
attesté par la voûte d'arêtes, l'arc triomphal et les doubleaux en plein-cintre
dans le choeur. Ceci est également attesté par les voussures et colonnettes
épaisses du portail occidental, de la porte sud et des baies de la tour.
L'intérêt de cette église est d'autant plus grand qu'il s'agit du seul édifice
entièrement roman ayant subsisté dans la région. De plus, plusieurs éléments
d'architecture sont spécifiques à cette église. On note un profil similaire pour
le portail occidental, la porte sud et les baies de la tour. On note aussi de
nombreuses corbeilles et bases sculptées. On note enfin sous la corniche du
choeur de gros modillons sculptés de personnages grotesques et de figures
humaines. La seule modification apportée à l'église romane est l'ouverture d'une
chapelle latérale dans la seconde travée du choeur (côté nord) en 1602.
L'édifice a été classé monument historique en 1921.

La porte sud de l'église de Saint-Quentin est une réplique presque parfaite de
la porte sud de l'église de Saint-Loup. Le portail occidental dénote lui aussi
l'influence de Saint-Loup. Ces éléments permettent de dater la base de la tour
et la nef de la première moitié du 12e siècle. Plusieurs parties datent du 13e
siècle: le porche rectangulaire précédant la façade occidentale, les deux étages
de la tour, le choeur de trois travées et la chapelle latérale sud du choeur. La
chapelle latérale nord fut édifiée plus tard, au 15e ou 16e siècle.

Voici un récapitulatif des parties romanes:

* à Saint-Martin-le-Vieux, le choeur et la nef (11e siècle);

* à Bréville, le choeur, la base de la tour et une partie de la nef (deuxième
moitié du 12e siècle);

* à Yquelon, le choeur et la nef (deuxième moitié du 12e siècle);

* à Saint-Pair, une partie du choeur et de la tour (première moitié du 12e
siècle);

* à Sartilly, le portail sud de l'église (deuxième moitié du 12e siècle);

* à Angey, le choeur (début du 12e siècle) et la base de la tour (deuxième
moitié du 12e siècle);

* à Saint-Jean-le-Thomas, la nef (11e siècle et début du 12e siècle), avec un
choeur pré-roman datant du 10e siècle;

* à Dragey, la nef (11e siècle ou premières années du 12e siècle);

* à Genêts, la croisée du transept, une partie des croisillons et la tour aux
deux tiers de sa hauteur (milieu du 12e siècle);

* à Saint-Léonard-de-Vains, l'ensemble (début du 12e siècle), très remanié après
1793;

* à Saint-Loup, l'ensemble (première moitié du 12e siècle);

* à Saint-Quentin, la base de la tour et la nef (première moitié du 12e siècle).

[Suivent trois articles plus spécialisés. Ces articles concernent l'église de
Saint-Pair, qui est de loin l'église la plus ancienne de la région, puisqu'elle
a vu le jour dès le 6e siècle, les églises de Bréville et d'Yquelon, très
sobres, qu'on peut considérer comme cousines, et enfin le beau portail roman de
l'église de Sartilly.]

#L'église de Saint-Pair, du 6e siècle à nos jours

Le bourg de Saint-Pair est sis sur la côte ouest du Cotentin, à trois kilomètres
environ au sud de Granville (voir la carte). Son église, placée sous le vocable
de Saint Pair, est un lieu de pèlerinage voué au culte de Saint Gaud, un des
nombreux saints guérisseurs de la région.

La vie de Saint Pair fut résumée par Adrien et Joseph Tardif d'après le récit de
Fortunat, évêque de Poitiers et contemporain de Saint Pair. Saint Pair "naquit à
Poitiers au commencement du règne de Clovis, vers 482, d'une famille noble,
d'origine probablement gallo-romaine. (...) Tout jeune encore, il entra au
monastère d'Ension. (...) Il était encore novice ou convers lorsqu'il quitta ce
monastère avec Scubilion et se fixa à Scissy. Quelques disciples se groupèrent
autour de lui. (...) Ils formèrent ainsi un petit monastère. (...) [Saint Pair
fut] ordonné prêtre par Saint Léontien, évêque de Coutances vers 512, à l'âge de
trente ans environ. Il fonda plusieurs monastères dans les diocèses de
Coutances, Bayeux, Avranches, Le Mans et Rennes. (...) A l'âge de soixante-dix
ans, vers 552, il succéda à Egidius, évêque d'Avranches. (...) Après treize
années d'épiscopat, il mourut à l'âge de quatre-vingt-trois ans, le 16 avril
565. Il fut inhumé avec son compagnon Saint Scubilion, à l'extrémité orientale
de l'oratoire de Scissy qu'ils avaient bâti. Son cercueil en calcaire coquiller
y a été retrouvé dans les fouilles de 1875 à côté du cercueil de Saint
Scubilion." (Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans l'église de cette
paroisse, Rennes, A. Le Roy, 1888, p. 76-78.)

Scissy (Scessiacus, en latin) était une localité construite à l'emplacement d'un
fanum ou sanctuaire païen. L'oratoire de l'abbaye fondée au 6e siècle attira
toute une population qui se fixa à proximité. Richard II, duc de Normandie, fit
don de l'abbaye de Saint-Pair et de ses dépendances aux religieux du Mont
Saint-Michel. Au 12e siècle, une construction romane fut bâtie à l'emplacement
de l'oratoire primitif. Le bourg de Saint-Pair était le centre du doyenné et de
la baronnie éponyme. L'agglomération fut prospère jusqu'au 15e siècle, date à
laquelle ses habitants commençèrent à migrer vers Granville. A la fin du 19e
siècle, on décida d'agrandir un édifice devenu insuffisant pendant la saison des
bains. La nef romane fut détruite pour être remplacée par une nef et un transept
de grandes dimensions.

De l'oratoire primitif, il ne subsiste que les fondations et les sarcophages de
cinq saints: Saint Gaud, Saint Pair, Saint Scubilion, Saint Sénier et Saint
Aroaste. Les fondations et les sarcophages furent découverts lors de fouilles
exécutées en septembre 1875 par l'abbé Baudry (à l'exception du sarcophage de
Saint Gaud, qui avait été retrouvé dès 1131 en creusant les fondements de la
tour).

Les fondations de l'oratoire primitif sont situées sous le dallage de la seconde
travée du choeur actuel. Elles se composent d'une abside semi-circulaire
prolongée par des murs latéraux qui se perdent dans les constructions du 12e
siècle. Dans son Inventaire des découvertes archéologiques du département de la
Manche (thèse d'histoire de l'université de Caen, 1962, p. 415), Claude Bouhier
écrit: "A 50 cm du pavage de 1875, on trouva un béton de 5 à 6 cm d'épaisseur
qui formait le sol de l'église primitive; 40 cm plus bas on dégagea les restes
de 2 sarcophages en tuf de Sainteny, démunis de leur couvercle, reposant sur un
mur de forme semi-circulaire, en petit appareil régulier (52 cm de large,
pierres de 9 à 10 cm de large sur 3 à 4 cm de haut). Le mur constituait les
fondations de l'abside du premier sanctuaire." Le carrelage du choeur actuel
présente une double ligne de dallages noirs encadrant une rangée de dallages
blancs, qui recouvrent de manière très précise les fondations de l'ancien
oratoire.

L'église contemporaine comprend une nef de deux travées précédée d'un porche, un
large transept à bras saillants et un choeur de trois travées terminé par une
abside semi-circulaire. Les croisillons du transept ouvrent à l'est sur deux
absidioles à chevet plat. Le choeur ouvre au nord sur deux chapelles, une côté
chevet et une côté tour. A l'angle formé par le bras sud du transept et le
choeur, on note l'ajout d'une construction rectangulaire qui abrite la
sacristie.

La nef et le transept, tous deux du 19e siècle, sont en granit et en pierre de
Caen. La première pierre de cette "nouvelle" construction fut posée le 5 juillet
1877. Entre 1877 et 1888 furent édifiés une nef de deux travées et un large
transept à bras saillants dans un style d'inspiration gothique. La construction
du transept a totalement modifié l'allure de l'église, qui était jusque-là
formée d'un vaisseau rectangulaire.

Dans les maçonneries extérieures du choeur roman, on note la présence de trois
modillons au nord et quatre modillons au sud, à un mètre environ de l'extrémité
supérieure des murs latéraux. Ces modillons ressemblent à ceux qui supportent la
corniche de la tour. Ils sont situés entre la construction romane et la
maçonnerie ajoutée lors de l'exhaussement des murs latéraux au 15e siècle,
lorsque le choeur a reçu une voûte de pierre. A la même époque, le mur sud a été
renforcé par deux contreforts à ressaut. Le mur nord était quant à lui
suffisamment maintenu par la chapelle romane.

Alors que les maçonneries du choeur sont formées d'un appareil irrégulier de
granit et de schiste, l'appareil régulier de la tour et de sa flèche est en
granit seul.

La tour romane, de forme carrée, est surmontée d'une flèche octogone.
Actuellement sise à la croisée du transept, elle était située entre choeur et
nef avant 1880. Le premier étage est orné au nord et au sud de deux arcatures
aveugles reposant sur un bandeau chanfreiné. Les arcades en plein-cintre, ornées
d'une simple moulure torique, reposent sur d'épaisses colonnettes engagées. Les
chapiteaux sont surmontés d'un tailloir carré se prolongeant entre les arcatures
par un bandeau chanfreiné parallèle au bandeau inférieur. Le deuxième étage, en
très léger retrait par rapport au premier, est orné sur chaque face d'une baie
géminée. Ces baies, séparées par une colonnette trapue, sont entourées d'une
arcade en plein-cintre ornée d'un tore et reposant sur des colonnettes engagées.

Les angles de la flèche octogonale sont adoucis par des tores. Aux extrémités de
la base, quatre clochetons coniques sont ornés à mi-hauteur d'un boudin. La
flèche fut reconstruite à la fin du 19e siècle après avoir été endommagée par la
foudre. De quand datait la première flèche en pierre? Aucun document ne permet
de le savoir.

A l'intérieur de l'église, la tour repose sur quatre piliers massifs. Ces
piliers supportent des arcs fourrés et légèrement brisés déterminant une voûte
d'arêtes. Les corbeilles de chapiteaux des piliers nord-ouest, sud-est et
nord-est sont ornées de crochets d'angle en faible relief. Celles du pilier
sud-ouest sont différentes. D'un côté, un cône de pin et une feuille de chêne
entourée de deux glands encadrent des formes peu visibles qui pourraient être
des animaux. De l'autre, un buste d'homme orne l'angle de la corbeille, avec une
branche de chêne visible à gauche. Toutes ces sculptures, taillées en bas-relief
dans le granit, sont très frustes.

Le choeur de l'église est de grandes dimensions. Sa longueur atteint presque
celle de la nef primitive aujourd'hui détruite. Côté nord, près du chevet, ce
choeur ouvre sur une chapelle romane voûtée en berceau (chapelle qui a subi des
tranformations au 20e siècle). Au 19e siècle, le tiers du mur nord situé près de
la tour fut détruit afin de ménager une ouverture pour une nouvelle chapelle
dédiée à Saint Gaud, consacrée en 1853. Le mur plat du chevet fut ouvert pour
construire une abside semi-circulaire d'inspiration gothique. Visible dans le
mur nord, la petite baie en plein-cintre à fort ébrasement est d'origine. Le mur
sud est lui aussi percé de trois petites baies en plein-cintre. Agrandies et
transformées en baies trilobées au 15e siècle, lors de la construction de la
voûte de pierre, ces baies ont été ramenées à leurs proportions d'origine au 19e
siècle.

De quelle époque dater les parties romanes? On connaît précisément la date de la
construction de la tour. On sait que ses fondations datent de 1131, grâce à un
manuscrit rédigé à cette date, à l'occasion de la découverte du sarcophage de
Saint Gaud dans le choeur. Le même manuscrit cite le nom du maître d'oeuvre qui
dirigea la construction de la tour, un certain Rogerius de Altomansiunculo. Ceci
est d'autant plus intéressant que les architectes d'édifices romans restaient le
plus souvent anonymes. Le choeur et sa chapelle sont très difficiles à dater du
fait de leurs nombreux remaniements. Il n'est pas possible non plus de
déterminer si leur construction est antérieure ou postérieure à celle de la
tour.

#Les églises de Bréville et d'Yquelon: des similitudes

A proximité de Granville, les églises Notre-Dame de Bréville et Saint-Pair
d'Yquelon sont en partie romanes. Situées sur la voie montoise qu'empruntaient
les pèlerins du nord-ouest du Cotentin pour se rendre au Mont Saint-Michel,
toutes deux sont des églises paroissiales construites avec des matériaux locaux,
schiste et granit.

Sise sur la côte, à six kilomètres au nord de Granville (voir la carte),
l'église de Bréville est un vaisseau rectangulaire formé d'une nef de deux
travées et d'un choeur de deux travées à chevet plat. La tour, implantée dans
l'axe du vaisseau, s'élève entre choeur et nef.

La façade occidentale, remaniée en 1783, est percée d'une porte et d'une grande
baie sans caractère. Cette façade est entièrement recouverte d'un enduit de
ciment.

Le mur sud de la nef est épaulé d'un contrefort plat central. Parmi les
modillons taillés en biseau supportant la corniche, on remarque deux petits
modillons grossièrement sculptés de têtes humaines au-dessus de la baie de la
seconde travée. Deux larges baies au cintre surbaissé ont remplacé les petites
baies romanes en 1832.

Le mur nord est aveugle. Sa partie occidentale est percée d'une porte dont les
voussures aux arcs brisés reposent sur de fines colonnettes. Cette porte date
sans doute du 13e siècle.

Une porte romane est ouverte dans la base sud de la tour. Son arcade en
plein-cintre est formée d'une voussure moulurée d'un tore. Le chanfrein
surmontant le tore est sculpté de dents-de-scie peu visibles. Le claveau central
de l'arcade est orné d'une grande tête en fort relief. L'archivolte est un épais
bandeau orné de dents-de-scie sculptées en creux d'un rang de bâtons brisés. A
droite, elle repose sur une pierre sculptée d'une tête humaine. A gauche, elle
disparaît dans les maçonneries de la nef.

L'étage de la tour est percé sur chaque face d'une ouverture longue et étroite
surmontée d'un petit gâble reposant sur de fines colonnettes. Au-dessus de la
tour s'élève une flèche octogonale de pierre aux angles adoucis par des tores.
L'étage et la flèche dateraient du 15e ou 16e siècle.

Les murs latéraux du choeur sont épaulés chacun de deux contreforts plats
prenant appui sur un épais soubassement de pierre. Ces contreforts supportent
une corniche dont les modillons sont presque tous biseautés. Au nord, un seul
modillon est sculpté d'une tête humaine. Au sud, deux autres modillons sont
chacun sculptés de deux têtes accolées peu visibles.

En 1832, deux baies sans caractère furent percées de chaque côté de la première
travée. Ces baies ont remplacé les petites baies romanes primitives. Au nord, on
voit encore les piédroits de granit de deux baies bouchées à cette époque, ainsi
que le cintre de l'une d'elles.

Le chevet plat est prolongé par une construction à cinq pans du 19e siècle, qui
abrite la sacristie. La baie du chevet, bouchée par un mur de briques, fut
dégagée en 1961. Cette baie géminée, probablement contemporaine de la voûte du
choeur, est visible dans la sacristie.

A l'intérieur de l'église, la nef est séparée de la base de la tour par un arc
fourré et légèrement brisé aux claveaux irréguliers. Cet arc, qui appartient à
l'édifice roman, repose sur deux épais pilastres pris dans l'épaisseur du mur.
L'imposte des pilastres est moulurée en forme de bandeau chanfreiné. L'arc situé
entre la base de la tour et le choeur a quant à lui été entièrement remanié lors
de la réfection du choeur au 15e ou 16e siècle. Il a été renforcé par un arc
intérieur aux arêtes chanfreinées reposant sur des demi-colonnes engagées.

La travée entre choeur et nef est surmontée d'une voûte en croisée d'ogives sur
plan barlong. Cette voûte fut sans doute construite à la même époque que les
voûtes en croisée d'ogives surmontant les deux travées du choeur.

Une grande partie de l'église date de la seconde moitié du 12e siècle, le
principal indice de datation étant la porte sud. A l'extérieur, un ensemble
roman assez homogène est formé par la majeure partie de la nef, la base de la
tour et les murs latéraux du choeur. Les contreforts plats reposent sur un
soubassement de pierre le long des murs latéraux du choeur. Un trait
d'architecture local que l'on retrouve dans l'église d'Yquelon.

La nef pourrait avoir été terminée au 13e siècle puisque le mur nord dispose
d'une porte à l'arcade brisée. L'église fut ensuite profondément remaniée à la
fin du 15e ou au début du 16e siècle. A l'intérieur, transformation de la travée
sur laquelle repose la tour, construction d'une voûte en croisée d'ogives
au-dessus du choeur, percement d'une grande baie géminée dans le mur du chevet.
A l'extérieur, construction de l'étage et de la flèche de la tour.

A deux kilomètres à l'est de Granville, non loin de la rivière du Boscq (voir la
carte), le village d'Yquelon est regroupé autour de son église. Celle-ci est
formée d'une nef de deux travées suivie d'un choeur de deux travées à chevet
plat. La tour, massive, est accolée à la première travée du choeur côté nord.

La façade occidentale est consolidée à chaque extrémité par deux contreforts
plats prenant appui sur un petit muret de pierre. Son mur pignon se termine par
une croix antéfixe aux branches bifides.

En 1896, les baies en plein-cintre surmontant le portail d'entrée ont remplacé
une grande ouverture rectangulaire, qui avait elle-même remplacé deux petites
baies romanes. L'oculus, de petite dimension, est d'origine. Des billettes
ornent son pourtour. Sa partie inférieure inclut une pierre sculptée de deux
têtes humaines.

L'arcade en plein-cintre du portail est formée d'une voussure non moulurée
reposant sur des piédroits sans ornement. Le claveau central est orné d'une tête
humaine en fort relief. L'archivolte repose sur des pierres sculptées de têtes
humaines, tout comme celle du portail sud de l'église de Bréville.

Est également romane la porte (en grande partie bouchée) comprise dans la
première travée du mur sud du choeur. Son arcade en plein-cintre est formée
d'une voussure moulurée d'un tore. Le tore est surmonté d'un chanfrein sculpté
d'une rangée de dents-de-scie peu marquées. L'archivolte est formée d'un épais
bandeau aux arêtes chanfreinées. Cette porte a certainement été remaniée. Les
chapiteaux, sans astragale, sont mal raccordés au fût des colonnes, et mal
raccordés aussi au départ de la voussure.

La seule baie romane est une étroite petite baie au cintre creusé dans un
linteau de granit. Elle est située dans le mur nord du choeur.

La tour, massive et de forme carrée, est surmontée d'un toit en bâtière. Elle
présente trois étages en léger retrait les uns par rapport aux autres, et de
même appareil que la nef et le choeur. Des ouvertures rectangulaires indiquent
une reconstruction, au moins partielle, depuis le 12e siècle. A quelle époque?
Aucun élément d'architecture ne permet de donner une date précise.

A l'intérieur de l'église, les deux travées du choeur sont séparées par un
doubleau sans ornement et légèrement brisé. Chaque travée est surmontée d'une
voûte en croisée d'ogives romane. Les ogives, très larges, sont ornées de deux
épais tores d'angle entourant une petite moulure triangulaire saillante.
Doubleau et ogives reposent sur des culots en forme de pyramide renversée. Les
clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en faible relief compris
dans un cercle.

Dans le mur nord de la nef, un enfeu surmonté d'un arc surbaissé abrite une
pierre tombale en calcaire tendre datant du 12e siècle. Elle est décrite ainsi
dans le Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie (tome 14, 1886-1887,
p. 44-45):

"La pierre tombale supporte un chevalier en relief, représenté les mains
jointes, la tête appuyée sur un oreiller, et ayant un lévrier à ses pieds. (...)
Elle ne porte ni indication de nom, ni indication d'année. Il serait par
conséquent impossible de déterminer le personnage dont elle recouvrait les
restes. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est qu'il appartient à la
puissante famille d'Yquelon, dont un des membres, Roger d'Yquelon, apposa sa
signature au bas de deux grandes chartes de l'abbaye de la Luzerne (désormais
appelée abbaye de la Lucerne, ndlr), en 1162."

Découverte en 1885 dans le cimetière jouxtant le nord de l'église, la pierre
tombale fut encastrée dans l'enfeu en 1893.

La voûte en croisée d'ogives du choeur, le portail occidental et la porte sud
permettent de dater la nef et le choeur de l'église de la seconde moitié du 12e
siècle.

Les portes des églises d'Yquelon et de Bréville présentent de nombreuses
similitudes.

Le portail occidental d'Yquelon et la porte sud de Bréville ont tous deux une
archivolte formée d'un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief. Le
rang de dents-de-scie est lui-même sculpté en creux d'une rangée de bâtons
brisés. L'archivolte repose sur des têtes sculptées. Une sculpture de tête
humaine en fort relief orne le claveau central de la voussure. Les têtes
d'Yquelon, sculptées dans le granit, sont beaucoup plus visibles que celles de
Bréville, sculptées dans une pierre calcaire beaucoup plus friable.

Les portes sud d'Yquelon et de Bréville présentent elles aussi des traits
communs: une voussure moulurée d'un tore épais surmonté d'un chanfrein orné de
dents-de-scie peu marquées, des corbeilles de chapiteaux sculptées de crochets
d'angle aujourd'hui pratiquement effacés.

La porte sud de l'église de Bréville est en quelque sorte la synthèse des deux
portes (portail occidental et porte sud) de l'église d'Yquelon. Elles furent
sans doute exécutées dans le même atelier. On retrouve aussi le même type
d'archivolte sculptée de dents-de-scie et reposant sur deux têtes humaines dans
le beau portail roman de l'église de Sartilly, dont les moulurations sont
beaucoup plus soignées.

#Le beau portail roman de l'église de Sartilly

Le bourg de Sartilly est situé sur l'axe routier Avranches-Granville, à quinze
kilomètres au sud de Granville (voir la carte). Sa vaste église fut construite
au 19e siècle à l'emplacement d'un édifice roman. Le portail sud de l'église
actuelle, en granit, est le seul élément qui subsiste de l'église détruite (dont
il était le portail ouest).

L'arcade du portail est formée d'une voussure au cintre surbaissé surmontée de
quelques blocs de granit de taille régulière. Cette première voussure est
moulurée d'un tore d'angle suivi d'un listel et d'un large cavet orné de gros
besants légèrement renflés. Elle est suivie de deux autres voussures en
plein-cintre entourées d'une archivolte. La première voussure en plein-cintre
est moulurée d'un tore d'angle alors que la deuxième est moulurée de deux tores
encadrant un listel. L'archivolte est ornée de dents-de-scie en fort relief, qui
sont sculptées en creux d'une rangée de bâtons brisés. Cette archivolte repose
de part et d'autre de l'arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien
dessinés.

Des colonnettes engagées supportent les voussures par le biais d'une imposte
moulurée d'un cavet. L'imposte se prolonge légèrement pour surmonter les deux
pilastres encadrant l'ensemble. Les colonnettes présentent toutes le même
profil. La corbeille sculptée des chapiteaux est surmontée d'un tailloir carré.
Leur base carrée est ornée de deux tores entourant une scotie. Les sculptures
des chapiteaux sont taillées en fort relief dans le granit. Leurs motifs sont
variés: feuilles de chêne, feuilles d'acanthe très simplifiées, volutes
encadrant une feuille d'acanthe à l'angle, volutes d'angle.

L'archivolte du portail de Sartilly ressemble aux archivoltes du portail
occidental d'Yquelon et de la porte sud de Bréville, constructions romanes de la
seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de l'arcade et les sculptures des
chapiteaux sont le fruit d'un travail particulièrement soigné. Les moulurations
de la voussure au cintre surbaissé dénotent l'influence exercée par l'église de
Saint-Loup, édifice du début du 12e siècle, qui fut le point de départ d'une
petite école d'architecture.


II. VERSION LONGUE


1. INTRODUCTION


[La région // Les divisions ecclésiastiques // Les voies montoises // Les
matériaux locaux // Documents // Notes]

#La région

Dans la région côtière entourant le Mont Saint-Michel, si peu d’églises sont
entièrement romanes, plusieurs églises datent en partie des 11e et 12e siècles,
le reste ayant été reconstruit au fil des siècles. Si l’on suit la côte du nord
au sud (voir la carte), ces églises sont situées à Saint-Martin-le-Vieux,
Bréville, Yquelon, Saint-Pair-sur-Mer, Angey, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey,
Genêts, Saint-Léonard-de-Vains, Saint-Loup et Saint-Quentin. S'y ajoute le beau
portail roman de Sartilly.

Cette région côtière était au Moyen-Age une région riche. Le peuplement y était
beaucoup plus dense que dans les régions intérieures et la vie économique était
active: pêcheries, salines à proximité de Saint-Martin-de-Bréhal, Bréville et
Saint-Léonard-de-Vains, exploitation de la tangue et du varech utilisés comme
engrais marins, nombreuses cultures intensives. On cultivait par exemple la
vigne dans la région de Saint-Jean-le-Thomas et de Dragey et sur les côteaux
d’Avranches.

La région appartient au Cotentin pour sa partie nord et à l’Avranchin pour sa
partie sud. La limite entre le Cotentin et l’Avranchin est la petite rivière du
Thar, coulant d’est en ouest et se jetant dans la Manche au sud de
Saint-Pair-sur-Mer. Tout ce pays devint la propriété des ducs normands en 933
après avoir subi les invasions scandinaves.

#Les divisions ecclésiastiques

Ces églises étaient des églises paroissiales appartenant aux anciens diocèses de
Coutances et d’Avranches, à l’exception du prieuré Saint-Léonard-de-Vains, qui
était la propriété de l’abbaye Saint-Etienne de Caen. Certaines de ces églises
et leurs dépendances furent données par les ducs normands à l’abbaye du Mont
Saint-Michel aux 10e et 11e siècles. D’autres firent l’objet de donations à
l’abbaye naissante de la Lucerne au 12e siècle.

Les paroisses de Saint-Pair-sur-Mer, Saint-Martin-le-Vieux, Bréville et Yquelon
appartenaient au doyenné de Saint-Pair (voir la carte), l’un des cinq doyennés
de l’archidiachoné de Coutances. L’archidiachoné de Coutances était l’un des
quatre archidiachonés du diocèse de Coutances, les autres étant les
archidiachonés du Cotentin, de Bauptois et du Val-de-Vire.

Les paroisses de Genêts, Angey, Sartilly, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas et le
prieuré Saint-Léonard-de-Vains appartenaient au doyenné de Genêts (voir la
carte). La paroisse de Saint-Loup appartenait au doyenné de Tirepied et celle de
Saint-Quentin au doyenné de la Chrétienté, ce dernier regroupant les neuf
paroisses rayonnant autour de la cité épiscopale d’Avranches. Ces doyennés
appartenaient à l’archidiachoné d’Avranches, composé de quatre doyennés, le
quatrième étant le doyenné d’Avranches. Le diocèse d’Avranches regroupait deux
archidiachonés, celui d’Avranches et celui de Mortain.

#Les voies montoises

La région était traversée par tout un réseau de voies montoises qu’empruntaient
les pèlerins pour se rendre au Mont Saint-Michel (voir la carte). Les douze
sites qui nous intéressent étaient situés sur cinq chemins montois au nord
d’Avranches, et un chemin montois au sud.

Au nord d’Avranches, on avait d’ouest en est:

- Le chemin des grèves du Mont Saint-Michel à Saint-Pair. Venant du Mont, il
passait au Bec d’Andaine, près de Genêts, longeait les dunes de Dragey et de
Saint-Jean-le-Thomas, gravissait les falaises de Champeaux et de Carolles,
traversait ensuite Bouillon et Jullouville pour aboutir à Saint-Pair.

- Le chemin montois du Mont Saint-Michel à Saint-Pair. Il empruntait le parcours
suivant: Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Champeaux,
Saint-Michel-des-Loups, Bouillon et Saint-Pair. Il traversait ensuite
Saint-Nicolas, Yquelon, Longueville, Bréville, Coudeville,
Saint-Martin-le-Vieux, Sainte-Marguerite, Lingreville, Montmartin, Régneville,
Le Pont de la Roque et continuait vers Cherbourg.

- Le chemin montois qui reliait le Mont Saint-Michel à Coutances. Il traversait
Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Saint-Michel-des-Loups et
Saint-Pierre-Langers. On pouvait ensuite rejoindre Coutances soit par Cérences,
soit par Bréhal. Pour rejoindre Coutances par Cérences, on passait à
Saint-Léger, Saint-Jean-des-Champs, Saint-Sauveur-la-Pommeraye et Le Loreur.
Pour rejoindre Coutances par Bréhal, on passait à Saint-Aubin-des-Préaux,
Saint-Planchers, Hudimesnil, Chanteloup, Le Bourg-Rey, Quettreville-sur-Sienne
et Hyenville. Le chemin rejoignait ensuite l’actuelle route Granville-Coutances.

- Le chemin montois du Mont Saint-Michel à Saint-Lô. Son itinéraire était le
suivant: Genêts, Dragey, Champcey, Sartilly, La Rochelle Normande, Champcervon,
La Lucerne d’Outremer, La Haye-Pesnel, Le Mesnil-Villeman, Le Mesnil-Amand,
Gavray, Saint-Denis-le-Gast, Saint-Martin-de-Cenilly, Notre-Dame-de-Cenilly,
Cerisy-la-Salle, Carantilly, Quibou, Canisy, Saint-Gilles et Saint-Lô.

- Le chemin montois du Mont Saint-Michel à Caen. Ce chemin montois avait trois
points de départ: un à Genêts et deux à Saint-Léonard-de-Vains. Il traversait
ensuite Vains, Bacilly, Montviron, Les Chambres, Noirpalu, Bourguenolles, La
Lande d’Airou, Saultchevreuil, Villedieu, La Colombe, Margueray et Pontfarcy.

Au sud d’Avranches, un chemin montois reliait le Mont aux villes de l’actuel
Calvados: Tinchebray, Condé-sur-Noireau et Falaise. Il continuait ensuite vers
Lisieux ou rejoignait un deuxième itinéraire vers Rouen et Bernay. Dans l’ancien
diocèse d’Avranches, il avait le parcours suivant: venant du Mont, il passait
par Pontaubault et Saint-Quentin-sur-le-Homme pour se diriger ensuite vers
Saint-Osvin, Le Grand-Celland, La Chapelle-Urée, Reffuveille, Juvigny-le-Tertre,
Bellefontaine, Saint-Barthélémy, Saint-Clément et Sourdeval.

#Les matériaux locaux

Les églises sont toutes construites en granit et en schiste. L’appareil de la
tour, les contreforts, l’arcade et les piédroits des baies et des portes sont
toujours en granit. Les maçonneries de la nef et du choeur présentent souvent un
appareil irrégulier fait de moëllons de schiste ou de granit.

Ces matériaux sont des matériaux locaux. Le sol de la région est formé de
terrains sédimentaires composés de roches schisteuses. Ces terrains entourent
deux larges massifs granitiques, ceux de Vire et d’Avranches. Allongé d’est en
ouest dans la région de Sartilly-Carolles, le massif granitique de Vire forme
une bande rocheuse d’une largeur de cinq kilomètres environ, et se termine à
l’ouest par les falaises de Carolles et de Champeaux. Le massif granitique
d’Avranches est une étroite bande granitique orientée d’ouest en est. Débutant à
Avranches pour se terminer aux abords de Mortain, la bande s’étend sur 28
kilomètres alors que sa largeur ne dépasse pas 2 à 4 kilomètres.

Les deux massifs granitiques sont ceinturés d’une auréole métamorphique composée
de schistes et de grauwackes (roches schisteuses). Les formations de Granville
et de Saint-Pair présentent des traits particuliers. La formation de Saint-Pair
est un flysch (formation détritique) composé de grauwackes, siltites et
argilites noires présentant des schistosités. La formation de Granville est un
flysch formé d’une alternance de grauwackes et de schistes.

[Cette étude est issue d’un mémoire de maîtrise d’histoire de l’Université de
Caen [1], considérablement remanié, et complété par une série de photos prises
par Alain Dermigny de janvier à avril 1985. Il aura fallu vingt ans pour que ce
travail soit publié, grâce aux avantages procurés par la publication en ligne,
ce qui représente un temps considérable à l’échelle d’une vie, mais peu de temps
à l’échelle d’un édifice roman.]

#Documents

* La bibliographie régionale

* La carte de la région

* La carte géologique

* La carte des chemins montois

* La carte du doyenné de Saint-Pair

* La carte du doyenné de Genêts

#Notes

[1] Intitulé “Les éléments romans dans les églises des régions de Granville et
d’Avranches” et daté de 1978, ce mémoire est disponible dans les bibliothèques
de Caen (bibliothèque municipale et bibliothèque universitaire) et à la
médiathèque de Granville, en trois parties: (1) Texte. (2) Cartes, schémas et
plans. (3) Photos ou diapos.


2. SAINT-MARTIN-LE-VIEUX


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits // Le choeur / Extérieur / Intérieur // La nef //
Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Saint-Martin-le-Vieux est situé entre Bréhal et la mer, près du
hâvre de la Venlée, très exactement à 2 kilomètres à l’ouest de Bréhal et à 9
kilomètres au nord de Granville (voir la carte). L’église, en ruines, se dresse
sur un petit promontoire. Le village était traversé par le chemin montois qui,
venant du Mont Saint-Michel, passait à Saint-Pair pour se diriger vers
Cherbourg.

= Histoire

L’église était placée sous le vocable de Saint Martin. Le second saint était
Saint Eutrope. La paroisse appartenait au doyenné de Saint-Pair et à
l’archidiachoné de Coutances.

Foulques Paynel, sans doute un parent de Guillaume Paynel, fondateur de l’abbaye
d’Hambye en 1145, avait donné à cette abbaye la troisième gerbe de
Saint-Martin-le-Vieux. Cette donation figure dans le Cartulaire de l’abbaye
d’Hambye: “Notum sit omnibus tam praesentibus quam futuris quod ego Fulco
Paganellus dedi deo et abbatiae Sanctae Mariae de Hambeja monachisque ibidem deo
servientibus in perpetuam et puram elemonisam tertiam garbam decimae Sancti
Martini Veteri de Brehal quam ego in manu habebam…” [1]

Pendant la Révolution, l’église fut fermée. Elle servit d’arsenal et tout son
mobilier fut vendu. Elle fut rendue au culte en 1801. Vers 1804 ou 1805, elle
menaçait de s’effondrer et ne fut plus utilisée. Depuis cette époque, la
paroisse de Saint-Martin-le-Vieux est rattachée à celle de Bréhal. [2]

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) composé d’un choeur à chevet plat et d’une longue nef (voir le plan). Le
choeur et la nef sont séparés par un double campanile ajouté au 16e siècle.
L’ensemble, en ruines, est envahi par la végétation.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries présentent un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste et
de granit. De nombreux éléments d’opus spicatum sont visibles, surtout dans la
partie inférieure du mur sud de la nef. Le granit est utilisé pour les arcs et
les piédroits des ouvertures. Le schiste est la pierre locale. Quant au granit,
il pourrait provenir du massif granitique de Vire affleurant à quelques
kilomètres au sud. Le double campanile du 16e siècle a été édifié en granit rose
de Chausey.

= = Les enduits

Des plaques d’enduit à la chaux et d’enduit de ciment subsistent sur les murs
intérieurs de la nef et du choeur. Il n’y a plus ni dallages, ni plafonds, ni
toitures. Toutefois quelques grandes plaques de schiste disséminées dans les
ruines du choeur dénotent un ancien dallage en schiste.

#Le choeur

= Extérieur

Le chevet est ouvert par une grande baie médiane autrefois géminée et surmontée
d’un arc brisé. Le meneau central a disparu. Dans sa partie basse, le mur du
chevet est consolidé par un épais contrefort plat central.

Face à un terrain en forte déclivité, le mur nord du choeur est épaulé de deux
contreforts plus épais dans leur partie basse que dans leur partie haute. Entre
les deux contreforts, une étroite petite baie en plein-cintre a été bouchée. Ses
piédroits et son cintre creusé dans un linteau monolithe de granit sont très
visibles.

Le mur sud du choeur ne dispose pas de contreforts. Il est percé de trois
grandes baies: une baie à l’arc brisé, une baie trilobée et une baie à l’arc
surbaissé qui, comme celle du chevet, sont très postérieures à la construction
du choeur. Peut-être ont-elles été ouvertes au moment de l’édification du double
campanile au 16e siècle.

= Intérieur

Le mur nord présente un vestige d’arcade en plein-cintre. Une piscine surmontée
d’un arc surbaissé subsiste dans le mur sud.

#La nef

Le mur sud de la nef est percé de trois étroites petites baies au cintre creusé
dans un linteau monolithe de granit. Deux de ces baies sont ouvertes. La
troisième, située le plus à l’est, est bouchée. Ce mur est ouvert par une porte
au cintre surbaissé et aux contours chanfreinés. Le chanfrein est encadré de
deux petits tores. La porte est surmontée par une petite ouverture trilobée. La
partie orientale du mur est percée d’une grande baie à l’arc surbaissé. Ces deux
ouvertures sont sans doute contemporaines de celles du choeur.

Le mur occidental était percé en son milieu par une grande baie en plein-cintre
aujourd’hui bouchée.

Le mur nord a pratiquement disparu. Seuls subsistent les maçonneries situées
près du mur occidental, sur une longueur de 2,30 mètres environ.

#Datation

L’église date certainement du 11e siècle. Ceci est attesté par les nombreux
éléments d’opus spicatum, la porte au cintre surbaissé de la nef et les étroites
petites baies au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit. Le fait que
l’église soit dédiée à Saint Martin est aussi une preuve d’ancienneté.

L’église a été l’objet de remaniements postérieurs: percement de la baie géminée
du chevet et des baies des murs sud du choeur et de la nef, édification d’un
double campanile au 16e siècle.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Martin-le-Vieux

* Le plan de l’église de Saint-Martin-le-Vieux

#Notes

[1] Cité par: Renault. Le canton de Bréhal, in: Annuaire du département de la
Manche, 1854, p. 30-31.

[2] D’après: Béhier (Pierre). Bréhal-Chanteloup. Coutances, OCEP, 1969, p. 240.


3. BREVILLE


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /
La façade occidentale / La nef / La tour / Le choeur // Description intérieure
// Datation // Les restaurations / Au 19e siècle / Au 20e siècle // Documents //
Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Bréville est situé sur la côte, à 6 kilomètres environ au nord de
Granville (voir la carte). Il était traversé par le chemin montois qui, venant
du Mont Saint-Michel, passait par Saint-Pair et continuait vers Cherbourg.

= Histoire

L’église de Bréville est placée sous le vocable de Notre-Dame. Le second saint
est Saint Hélier. La paroisse de Bréville appartenait au doyenné de Saint-Pair
et à l’archidiachoné de Coutances.

Le territoire de la paroisse faisait partie de la baronnie de Saint-Pair,
propriété du Mont Saint-Michel depuis 1022, date à laquelle Richard II, duc de
Normandie, donna la baronnie au Mont.

Au 13e siècle, le patronage était laïc. Le Pouillé (1251-1279 environ) cité par
Léopold Delisle mentionne Guillelmus de Breinville comme seigneur patron. La
dîme était partagée entre le curé et l’abbé du Mont Saint-Michel: “Ecclesia de
Breinvilla – patronus Guillelmus de Breinvilla. Rector percipit altalagium, et
tertiam garbam in feodo gardam in feodo abbatis, in aliis territoriis totum. Et
valet L libras.” [1]

Au 16e siècle, Bréville, avec son église et ses salines, formait une prébende au
profit de la cathédrale de Coutances. [2]

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) constitué d’une nef de deux travées et d’un choeur de deux travées à
chevet plat (voir le plan). La tour, implantée dans l’axe du vaisseau, s’élève
entre choeur et nef.

= Les matériaux

= = Les appareils

Le granit est utilisé pour les contreforts, le pourtour des ouvertures, les
pilastres, les colonnes et les arcs. L’appareil des maçonneries est un appareil
irrégulier fait de moëllons de schiste. Ces moëllons sont des matériaux locaux
puisque la formation de Granville est composée d’une alternance de grauwackes
(roches schisteuses) et de schistes. Le granit provient sans doute du massif
granitique de Vire qui affleure à quelques kilomètres au sud.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Les murs intérieurs sont recouverts d’un enduit à la chaux refait en 1969. Le
sol est couvert de dalles de schiste (dalles de Beauchamps) posées la même
année, excepté la deuxième travée du choeur dont le carrelage date de 1863. La
nef est surmontée d’une voûte en berceau de plâtre qui a remplacé une voûte de
bois en 1852. La toiture fut recouverte d’ardoises d’Angers pour la première
fois en 1835. Cette toiture a été refaite en 1937.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale a été remaniée en 1783. Elle est entièrement recouverte
d’un enduit de ciment. Elle est percée d’une porte et d’une grande baie sans
caractère.

= La nef

La nef comprend deux travées.

Le mur latéral sud est épaulé par un contrefort plat central. La corniche est
supportée par des modillons taillés en biseau. Deux petits modillons sculptés de
têtes humaines subsistent au-dessus de la baie percée dans la seconde travée. Le
mur est percé de deux larges baies au cintre surbaissé qui ont remplacé les
petites baies romanes en 1832.

Le mur latéral nord est aveugle. Il est percé d’une porte dans sa partie
occidentale. Les voussures aux arcs brisés reposant sur de fines colonnettes
permettent de dater cette porte du 13e siècle.

= La tour

La tour, carrée, s’élève entre choeur et nef. Sa base est située dans le
prolongement du chœur, moins large que la nef.

Au nord, une petite maçonnerie en léger relief surplombe la base de la tour.
Cette maçonnerie est surmontée d’un toit en appentis recouvert d’ardoises et
reliant la toiture du choeur à celle de la nef. Cette maçonnerie repose sur une
corniche supportée par des modillons dans le prolongement de celle du choeur. Un
gros modillon est sculpté d’une tête humaine à l’ouest.

Au sud, la base de la tour est percée d’une porte (voir le schéma). Son arcade
en plein-cintre est formée d’une voussure moulurée d’un tore suivi d’un
chanfrein sculpté de dents-de-scie peu visibles. L'archivolte est formée d'un
épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang
de bâtons brisés. L’archivolte repose à droite sur une pierre sculptée d’une
tête humaine. A gauche, elle disparaît dans les maçonneries de la nef. Le
claveau central de la voussure est orné d’une grande tête sculptée en fort
relief. Ces deux têtes sculptées dans une pierre friable ont mal résisté à
l’usure du temps alors qu’à Yquelon, les traits de figures semblables sculptées
dans le granit sont encore très visibles.

La voussure repose sur deux colonnettes engagées. La corbeille des chapiteaux,
surmontée d’un tailloir carré, est sculptée de deux crochets d’angle très abîmés
encadrés de deux boules aux extrémités. La base carrée, très usée, devait être
surmontée d’un double tore. Les piédroits intérieurs sont ornés de colonnettes
engagées dont la base carrée est elle aussi surmontée de deux tores. Ces
piédroits supportent un épais linteau rectangulaire de granit surmonté de
quelques plaquettes de schiste disposées à l’horizontale.

L’étage de la tour est percé sur chaque face d’une ouverture longue et étroite.
Au-dessus s’élève une flèche octogonale de pierre aux angles adoucis par des
tores, avec un petit gâble à fines colonnettes situé dans le prolongement de
chaque ouverture. L’étage et la flèche de la tour dateraient du 15e ou du 16e
siècle.

= Le choeur

Le choeur, à chevet plat, comporte deux travées. Les murs latéraux sont épaulés
chacun de deux contreforts plats prenant appui sur un épais soubassement de
pierre et soutenant la corniche. Au nord, on ne voit plus du contrefort séparant
la première travée de la seconde que sa partie supérieure. Le reste a été
détruit en 1832 pour laisser place à une baie. La plupart des modillons sont
biseautés. Il subsiste toutefois au nord un modillon sculpté d’une tête humaine,
et au sud un modillon semblable et deux autres sculptés chacun de deux têtes
accolées peu visibles.

Les petites baies romanes ont été remplacées par deux grandes baies sans
caractère percées en 1832 dans la première travée au nord et au sud. Au nord,
deux petites baies bouchées à cette époque sont encore visibles, avec leurs
piédroits de granit et le cintre de l’une d’elles creusé dans un linteau
monolithe de granit.

Le chevet plat est prolongé par une construction à cinq pans ajoutée au 19e
siècle et qui abrite la sacristie. En 1961, on a dégagé la baie du chevet
bouchée par un mur de briques. Cette baie géminée, probablement contemporaine de
la voûte du chœur, est visible de l’intérieur de la sacristie.

#Description intérieure

La nef est séparée de la base de la tour par un arc fourré et légèrement brisé
aux claveaux irréguliers. Cet arc repose sur deux épais pilastres pris dans
l’épaisseur du mur par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en forme de
bandeau chanfreiné.

Si l’arc fourré appartient à l’édifice roman, l’arc situé entre la base de la
tour et le choeur semble avoir été entièrement remanié lors de la réfection du
choeur au 15e ou 16e siècle. Cet arc est renforcé par un arc intérieur aux
arêtes chanfreinées reposant sur des demi-colonnes engagées.

La travée entre choeur et nef est surmontée d’une voûte en croisée d’ogives sur
plan barlong datant sans doute de la même époque que les voûtes en croisée
d’ogives surmontant les deux travées du choeur.

#Datation

Une grande partie de l’édifice date de la seconde moitié du 12e siècle. Un
ensemble très homogène est formé à l’extérieur par la majeure partie de la nef,
la base de la tour et les murs latéraux du choeur. Le principal indice de
datation est la porte sud de l’église, avec sa voussure moulurée d’un tore
surmonté d’un chanfrein sculpté de dents-de-scie, tout comme son archivolte
ornée de dents-de-scie en fort relief et reposant sur une tête sculptée. Les
contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre le long des murs
latéraux de la nef et du choeur forment un trait d’architecture local que l’on
retrouve notamment à Yquelon.

La nef pourrait avoir été terminée au 13e siècle, comme l’atteste la porte à
l’arcade brisée présente dans le mur latéral nord. L’édifice a été remanié à la
fin du 15e siècle ou au début du 16e siècle: à l’intérieur, remaniement de la
travée sur laquelle repose la tour, construction d’une voûte en croisée d’ogives
surplombant le choeur, percement d’une grande baie géminée dans le mur du
chevet; à l’extérieur, construction de l’étage et de la flèche de la tour.

#Les restaurations

= Au 19e siècle

La façade occidentale fut entièrement remaniée en 1782. De grandes baies
ouvertes dans la nef et le choeur ont remplacé les petites baies romanes en 1832
et 1833, avec deux baies romanes bouchées encore visibles dans le mur nord du
choeur. Au lieu du chaume habituel, la toiture fut recouverte d’ardoises pour la
première fois en 1835, puis refaite en 1937. Le plafond de bois de la nef fut
remplacé par un plafond de plâtre en 1852. L’année suivante, toutes les
maçonneries extérieures de la nef, du choeur et de la tour furent rejointoyées.
Un carrelage fut posé sur le sol de la seconde travée du choeur en 1863. [3]

= Au 20e siècle

Une délibération du conseil municipal du 13 janvier 1961 a chargé Monsieur
Richard, maire de Bréville, de confier les travaux de restauration de l’église à
Jacques Traverse, architecte en chef des Monuments historiques. Ces travaux
furent exécutés entre 1961 et 1976.

En 1961, une baie géminée bouchée par un mur de briques fut découverte dans le
mur du chevet. Cette baie est aujourd’hui visible de l’intérieur de la
sacristie.

En 1969, le sol de la nef fut recouvert de dalles de schiste (dalles de
Beauchamps) et les enduits des murs furent refaits à la chaux. L’année suivante,
le carrelage du choeur fut restauré et les différentes portes remplacées par des
portes chevillées en chêne. La porte nord de la nef a été réouverte en mai 1976.
Elle avait été murée en 1782. [4]

#Documents

* La bibliographie de Bréville

* Une petite école locale d’architecture: Yquelon et Bréville

* Le plan de l’église de Bréville

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des
historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 499.

[2] Voir: Renault. Le canton de Bréhal, in: Annuaire du département de la
Manche, 1854, p. 31-34.

[3] D’après des notes de 1866 consignées dans le registre n° 1 de la paroisse
Notre-Dame de Bréville.

[4] D’après un texte rédigé par Monsieur Hérard, maire de Bréville, en
supplément de: L’église dans la cité, n° 92, avril 1976.


4. YQUELON


[Le site / Emplacement / Histoire / La pierre tombale du 12e siècle // L’église
/ Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et
toitures // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / Le choeur
/ La tour // Description intérieure / La nef / Le choeur // Datation // Les
restaurations / Au 19e siècle / Au 20e siècle // Une petite école locale
d’architecture: Yquelon et Bréville // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village d’Yquelon est situé à deux kilomètres de Granville, entre
Donville-les-Bains et Saint-Nicolas, au sud de la rivière du Boscq (voir la
carte). Yquelon était situé sur le chemin montois qui, venant du Mont
Saint-Michel, passait par Saint-Pair et continuait vers Cherbourg.

= Histoire

D’origine scandinave, le terme “Yquelon” signifie “branche de chêne”.

Le saint patron de l’église d’Yquelon est Saint Pair. Le second saint est Saint
Maur. La paroisse appartenait au doyenné de Saint-Pair et à l’archidiachoné de
Coutances.

Le territoire de la paroisse faisait partie de la baronnie de Saint-Pair,
propriété du Mont Saint-Michel depuis 1022, date à laquelle Richard II, duc de
Normandie, donna la baronnie au Mont.

Le seigneur du lieu, Rogerius de Ikelun, apposa sa signature au bas de deux
grandes chartes de l’abbaye de la Lucerne en 1162 [1].

Au 13e siècle, le patronage était certainement laïc. La dîme se partageait entre
le curé, qui en recevait la plus grande partie, l’abbaye du Montmorel et la
léproserie Saint-Blaise de Champeaux. Le Pouillé cité par Léopold Delisle
(1251-1279 environ) mentionne ceci: “Ecclesia de Yquelon-Patronus... Rector
percipit totum exceptis VII busselis frumenti quos reddit abbati de Monte
Morelli et leprosis Sancti Blasii II quarteris frumenti et luminari ecclesiae
unum quarterium frumenti. Et valet XXXIII libras.”[2]

Sise à Poilley, près de Ducey, l’abbaye du Montmorel était une abbaye de l’ordre
des Augustins, qui fut détruite à la Révolution. Située dans la paroisse de
Champeaux, à la lisière de la forêt de Bevais, la léproserie Saint-Blaise de
Champeaux fut fondée par Henri II Plantagenêt et dotée par Guillaume de
Saint-Jean. Elle vit ses biens réunis à l’Hôtel-Dieu d’Avranches en 1696. [3]

Le Pouillé de 1332 cité par Auguste Longnon mentionne Guillermus Courée pour
seigneur patron: "Guillermus Courée est patronus ecclesie de Yquelon." [4]

= La pierre tombale du 12e siècle

En 1885, on découvrit dans le cimetière au nord de l’église une pierre tombale
en pierre calcaire tendre datant du 12e siècle.

En 1886, M. de Lomas la décrit ainsi: "La pierre tombale supporte un chevalier
en relief représenté les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller et ayant
un lévrier à ses pieds. Il est vêtu d’une tunique qui ne dépasse pas les genoux;
cette tunique est serrée à la taille au moyen d’un ceinturon auquel est pendue
une épée. Un bandeau large de quatre centimètres est noué ou attaché derrière la
tête et retient une pièce d’étoffe qui sert de coiffure. Deux boucles de cheveux
couvrent les tempes. Les détails de l’ornementation, du costume et de la
coiffure permettent d’assigner le 12e siècle comme date de l’exécution de cette
pierre tombale. Elle ne porte ni indication de nom, ni indication d’année; il
serait par conséquent impossible de déterminer le personnage dont elle
recouvrait les restes. Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il
appartenait à la puissante famille d’Yquelon dont un des membres, Roger
d’Yquelon, apposa sa signature au bas de deux grandes chartes de l’abbaye de la
Luzerne (devenue ensuite la Lucerne, ndlr), en 1162." [5]

En février 1893, cette pierre tombale fut encastrée dans un enfeu présent dans
le mur nord de la nef de l’église. Sa longueur – 2,15 mètres - correspond
exactement à celle de la pierre tombale. Sans doute l’avait-il primitivement
recueillie, avant que la pierre tombale ne soit enterrée dans le cimetière,
peut-être au moment de la Révolution française.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) comprenant une nef de deux travées suivie d’un choeur de deux travées à
chevet plat (voir le plan). La tour, massive, est accolée à la première travée
du choeur côté nord.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les contreforts, le pourtour des ouvertures et les croisées d’ogives du choeur
sont en granit. L’appareil des maçonneries est un appareil irrégulier fait de
moëllons de schiste et de quelques moëllons de granit. Toutes ces pierres sont
des matériaux locaux: la formation de Granville est un flysch (formation
détritique) composé de roches schisteuses. Et non loin de là affleure le massif
granitique de Vire, à quelques kilomètres au sud d’Yquelon.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre l’ensemble des murs intérieurs, à l’exception des
doubleaux et ogives de la voûte du choeur et des arcs et piédroits des
différentes baies, dont la pierre de granit est apparente.

Le sol est couvert sur toute son étendue de carreaux de céramique noirs et
blancs. Ce carrelage a été posé au 19e siècle, à l’exception du carrelage situé
sous les bancs de la nef, ajouté en 1970. La nef est surmontée d’une voûte en
berceau de bois réalisée en 1896. La toiture, refaite en 1972, est en ardoises
d’Angers.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale est consolidée aux deux extrémités par deux contreforts
plats prenant appui sur un muret de pierre. Le mur pignon de la façade est
surmonté d’une croix antéfixe aux branches bifides.

Le portail d’entrée est surmonté de trois baies en plein-cintre identiques
surmontées elles-mêmes d’un oculus. Les trois baies ont remplacé en 1896 une
grande ouverture rectangulaire, qui avait elle-même été percée à l’endroit de
deux étroites baies romanes [6]. L’oculus, de petites dimensions, est d’origine.
Il est orné sur son pourtour de billettes. Sa partie inférieure comprend une
pierre sculptée de deux têtes humaines en fort relief.

L’arcade en plein-cintre du portail (schéma 2) est formée d’une voussure non
moulurée reposant sur des piédroits sans ornement et surmontée d’une archivolte.
L’archivolte est formée d’un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort
relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Les deux extrémités de
l’archivolte reposent chacune sur une pierre de granit sculptée d’une tête
humaine. Le claveau central de la voussure est orné d’une tête humaine plus
grande en fort relief. Les piédroits intérieurs sont moulurés d’une colonnette
très engagée à tailloir et base carrés. Ces piédroits supportent un tympan de
granit, qui a été restauré et sculpté d’une croix romane en 1897.

= La nef

La nef comporte deux travées. Les murs latéraux sont épaulés chacun de trois
contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre et supportant une
corniche soutenue par des modillons taillés en biseau.

Le mur latéral sud est percé de deux baies en plein-cintre, qui ont remplacé en
1896 deux grandes ouvertures rectangulaires. Ces deux baies sont semblables à la
grande baie du mur latéral sud du choeur, qui a été prise comme modèle.

La première travée du mur latéral nord est percée d’une baie en plein-cintre
semblable à celles du mur sud et elle aussi refaite en 1896. La seconde travée
est ouverte par une baie trilobée. L’enfeu situé dans le mur de l’église forme à
l’extérieur une saillie de 25 centimètres.

= Le choeur

Le choeur, plus étroit que la nef, compte deux travées. La première travée du
mur latéral sud comprend une porte en grande partie bouchée, avec une ouverture
rectangulaire dans sa partie haute.

L’arcade en plein-cintre de la porte (voir le schéma) est formée d’une voussure
moulurée d’un tore, le tore étant surmonté d’un chanfrein sculpté d’une rangée
de dents-de-scie peu marquées. La voussure est entourée d’une archivolte formée
d’un épais bandeau aux arêtes chanfreinées. Le chanfrein inférieur est également
orné d’un rang de dents-de-scie peu visibles.

La partie interne de la voussure repose sur deux colonnettes engagées par
l’intermédiaire de chapiteaux dont la corbeille, surmontée d’un tailloir carré,
est ornée de petits crochets d’angle pratiquement disparus. Cette porte a
certainement subi un remaniement: les chapiteaux, sans astragale, sont à la fois
mal raccordés au fût des colonnes et au départ de la voussure, dont le tore est
sectionné à cet endroit. La partie externe de la voussure et l’archivolte
disparaissent dans les maçonneries de la nef à gauche, alors qu’à droite elles
reposent sur une large pierre légèrement saillante et chanfreinée.

Deux contreforts plats prenant appui sur un soubassement de pierre soutiennent
la corniche portée par des modillons taillés en biseau. Visiblement, comme celle
de la nef, cette corniche a été refaite. Le mur est percé de deux baies en
plein-cintre: l’une assez large, l’autre petite, longue et étroite. Leur
pourtour de granit a été refait en 1896.

Le mur oriental est consolidé aux deux extrémités par un contrefort plat. En
1885, on a adossé au chevet plat une construction rectangulaire qui abrite la
sacristie. A la même époque, le mur pignon a été percé d’une rose pour remplacer
la grande baie géminée du chevet bouchée lors de la construction de cette
sacristie.

La tour est accolée à la première travée du mur nord. La deuxième travée
présente la même disposition qu’au sud. L’étroite petite baie aux piédroits de
granit et au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit est d’origine.

= La tour

La tour, massive et de forme carrée, présente trois étages en léger retrait les
uns des autres. Deux bandeaux marquent la séparation entre les deux étages: un
bandeau mouluré en quart-de-rond sépare le premier étage du second, et le second
étage est séparé du troisième par un bandeau droit. La tour, surmontée d’un toit
en bâtière, présente le même type d’appareil que la nef et le choeur.

La tour présente les ouvertures suivantes: à l’étage inférieur, une porte
rectangulaire à l’est et une baie en plein-cintre au nord; à l’étage supérieur,
une longue ouverture rectangulaire sur chacune des faces; deux petites
ouvertures rectangulaires percées à l’étage intermédiaire et dans le pignon à
l’est et à l’ouest.

Toutes ces ouvertures rectangulaires permettent de penser que la tour a été
reconstruite, du moins en partie, depuis le 12e siècle. A quelle époque? Aucun
élément d’architecture ne permet de déterminer une date précise, et aucun
document concernant la tour n’a été retrouvé dans les archives.

#Description intérieure

= La nef

Les arcs et piédroits des trois baies en plein-cintre de la nef sont moulurés
d’un tore épais semblable à celui qui orne les baies du choeur. Dans la seconde
travée du mur nord, la baie trilobée est probablement le vestige de réfections
postérieures, tout comme la piscine surmontée d’un trilobe dans le mur latéral
sud.

Au-dessous de cette baie trilobée, l’enfeu de la pierre tombale est surmonté
d’un arc surbaissé. L’arc et les piédroits de l’enfeu sont simplement
chanfreinés.

La nef ouvre sur le chœur par un arc triomphal très épais, fourré et légèrement
brisé reposant sur deux pilastres pris dans l’épaisseur du mur. Au nord, l’arc
repose directement sur le pilastre alors qu’au sud, il s’appuie sur une imposte
moulurée légèrement chanfreinée.

= Le choeur

Le choeur est constitué de deux travées séparées par un arc doubleau sans
ornement, très épais et légèrement brisé. Chaque travée est surmontée d’une
voûte en croisée d’ogives. Les ogives, très larges, sont ornées de deux épais
tores d’angle entourant une petite moulure triangulaire saillante. Doubleaux et
ogives reposent sur des culots en forme de pyramide renversée. Les quatre culots
supportant la retombée d’une seule ogive à l’est et à l’ouest sont simples. Les
deux culots supportant à la fois la retombée d’un doubleau et les retombées de
deux ogives sont formés d’un tailloir carré légèrement chanfreiné surmontant une
grande pierre saillante pour le doubleau, encadrée de deux plus petites pour les
ogives. Les deux clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en faible
relief compris dans un cercle: motifs triangulaires pour l’une et motifs
semi-circulaires pour l’autre.

Une large piscine surmontée d’un arc surbaissé est présente dans la deuxième
travée côté sud. Les arcs et piédroits de la piscine et des trois baies du
choeur sont ornés d’un tore épais. Dans la première travée côté nord, une arcade
en plein-cintre donne sur une chapelle qui correspond à l’étage inférieur de la
tour.

#Datation

La nef et le choeur de l’église d’Yquelon peuvent être datés de la seconde
moitié du 12e siècle. Les indices de datation se trouvent dans la voûte en
croisée d’ogives du choeur et dans les deux portes: portail occidental et porte
sud.

Pour la voûte en croisée d’ogives du choeur, les ogives, très épaisses, sont
moulurées de deux tores épais encadrant une petite moulure triangulaire
saillante. Les clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en très bas
relief.

Pour le portail occidental, une archivolte sculptée de dents-de-scie en fort
relief repose sur deux têtes sculptées. Pour la porte sud, un tore d’angle est
surmonté d’un chanfrein. Ce chanfrein et le chanfrein inférieur de l’archivolte
sont sculptés d’un rang de dents-de-scie peu marquées.

#Les restaurations

= Au 19e siècle

Les restaurations du 19e siècle furent importantes [7]. La sacristie fut
construite en 1885 [8]. La baie géminée du chevet fut fermée et une rose fut
ouverte dans le mur pignon pour la remplacer. La même année, on découvrit dans
le cimetière une pierre tombale du 12e siècle. Cette pierre tombale fut
encastrée dans l’enfeu du mur nord de la nef en février 1893 [9].

En 1896, les grandes baies rectangulaires de la nef furent remplacées par des
baies en plein-cintre sur le modèle de la plus grande baie du choeur [10]. Le
pourtour de granit des deux baies en plein-cintre du mur latéral sud du choeur
fut refait. A la même époque, on ménagea dans la façade occidentale trois baies
en plein-cintre identiques, à l’emplacement d’une grande ouverture rectangulaire
[11]. La voûte de la nef fut refaite: un lambris en bois de sapin fut remplacé
par une voûte en berceau de chêne [12]. Le tympan du portail occidental fut
restauré et sculpté d’une croix romane en 1897 [13].

= Au 20e siècle

En 1969 et 1970, un enduit à la chaux fut refait sur toute la surface des murs
latéraux de la nef [14]. En 1970, un carrelage fut posé sur les bancs de
l’église [15]. Le reste du carrelage avait été posé au 19e siècle. En 1972, la
toiture de l’église fut refaite en ardoises d’Angers [16].

#Une petite école locale d’architecture: Yquelon et Bréville

Les portes des églises d’Yquelon et de Bréville présentent de nombreuses
similitudes.

Le portail occidental d’Yquelon et la porte sud de Bréville présentent tous deux
une archivolte formée d’un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief.
Le rang de dents-de-scie est lui-même sculpté en creux d’une rangée de bâtons
brisés. L’archivolte repose sur des têtes sculptées. Une sculpture de tête
humaine en fort relief orne le claveau central de la voussure. Les têtes
d’Yquelon, sculptées dans le granit, sont beaucoup plus visibles que celles de
Bréville, sculptées dans une pierre calcaire plus friable.

Les portes sud d’Yquelon et de Bréville présentent elles aussi des traits
communs: une voussure moulurée d’un tore épais surmonté d’un chanfrein orné de
dents-de-scie peu marquées, et des corbeilles de chapiteaux sculptées de
crochets d’angle aujourd’hui pratiquement effacés.

La porte sud de Bréville est en quelque sorte la synthèse des deux portes
d’Yquelon. Elles ont dû être exécutées dans le même atelier. On retrouve aussi
le même type d’archivolte sculptée de dents-de-scie et reposant sur deux têtes
humaines sculptées à Sartilly. Les moulurations et les sculptures du portail de
Sartilly sont toutefois beaucoup plus soignées.

#Documents

* La bibliographie d'Yquelon

* Le plan de l’église d’Yquelon

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] Voir: Le Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p.
6 et 8.

[2] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des
historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 499.

[3] Voir: Documents relatifs à l’église et à la seigneurie d’Yquelon, in: Le
Pays de Granville, 1906, p. 139 note 3.

[4] Longnon (Auguste). Pouillés de la province de Rouen. Paris, Imprimerie
nationale, 1903, p. 284.

[5] Lomas (M. de). Les découvertes d’Yquelon, in: Bulletin de la Société des
antiquaires de Normandie, tome XIV, 1886-1887, p. 44-45.

[6] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p.
239.

[7] Dates provenant de l’article suivant: Rabel (J.), L’église d’Yquelon, in:
Revue de l’Avranchin, 1897, p. 237-248, et vérifiées dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[8] Voir le compte-rendu de la séance du 01.03.1885 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[9] Voir le compte-rendu de la séance du 05.02.1893 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[10] Voir le compte-rendu de la séance du 13.01.1895 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[11] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p.
238.

[12] Voir le compte-rendu de la séance du 13.01.1895 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[13] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p.
238.

[14] Voir les compte-rendus des séances du 31.10.1969 (p. 67) et du 08.02.1970
(p. 69) dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1962-1978).

[15] Voir le compte-rendu de la séance du 08.02.1970 (p. 69) dans le Registre
des délibérations du conseil municipal (1962-1978).

[16] Voir le compte-rendu de la séance du 11.02.1972 (p. 89) dans le Registre
des délibérations du conseil municipal (1962-1978).


5. SAINT-PAIR-SUR-MER


[Le site / Emplacement // Histoire / Un sanctuaire païen / Saint Pair et Saint
Scubilion / Les 10e et 11e siècles / Le 12e siècle / La baronnie de Saint-Pair /
Le doyenné de Saint-Pair // Les fouilles archéologiques / Les sarcophages / Les
fondations de l’oratoire du 6e siècle // L’église / Le plan / Les matériaux /
Les appareils / Les enduits, sols et toitures / Les transformations des 19e et
20e siècles // Description intérieure / La tour / Le choeur // Description
extérieure / Le choeur / La tour // Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le bourg de Saint-Pair-sur-Mer est situé sur la côte, à 3,5 kilomètres au sud de
Granville (voir la carte). Saint-Pair était relié au Mont Saint-Michel à la fois
par un chemin des grèves et un chemin montois.

Venant du Mont, le chemin des grèves passait au Bec d’Andaine, près de Genêts,
longeait les dunes de Dragey et de Saint-Jean-le-Thomas, gravissait les falaises
de Champeaux et de Carolles, et traversait ensuite Bouillon et Jullouville pour
aboutir à Saint-Pair.

Le chemin montois, situé légèrement plus à l’est, empruntait le parcours
suivant: Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Champeaux,
Saint-Michel-des-Loups, Bouillon et Saint-Pair. Il existait dès le 10e siècle,
et fut prolongé plus tard vers le nord pour aboutir à Cherbourg.

L’église est placée sous le vocable de Saint Pair. Elle est un lieu de
pèlerinage voué au culte de Saint Gaud, qui est le second saint.

L’agglomération de Saint-Pair fut importante et prospère jusqu’à la construction
de Granville au 15e siècle. La migration des habitants se fit alors vers
Granville, au détriment de Saint-Pair qui était jusque-là le centre vital de la
région.

A la fin du 19e siècle, au début de l’essor des stations balnéaires, la nef
romane fut détruite pour être remplacée par une nef et un transept de grandes
dimensions, afin d’agrandir un édifice devenu insuffisant pendant la saison des
bains.

#Histoire

= Un sanctuaire païen

Scissy - Scessiacus en latin - était une localité très ancienne construite à
l’emplacement d’un fanum ou sanctuaire païen. Après cette période païenne, un
monastère vit le jour au 6e siècle sous l’égide de Saint Pair (482-565) et de
son compagnon Saint Scubilion. Les saints ermites attirèrent dans leur voisinage
une population qui se fixa autour de l’oratoire. Fortunat (530-600 environ),
évêque de Poitiers, affirme dans sa Vie de Saint Pair que les cellules des
premiers moines furent bâties au bord de la mer. Les moines vinrent ensuite
s’établir sur les bords de la rivière de la Saigue, à l’emplacement de l’église
actuelle [1].

= Saint Pair et Saint Scubilion

Selon Fortunat, Saint Pair, appelé aussi Paterne ou Paternus, “naquit à Poitiers
au commencement du règne de Clovis, vers 482, d’une famille noble, d’origine
probablement gallo-romaine… Tout jeune encore, il entra au monastère d’Ension,
appelé plus tard Saint-Jouin-de-Marnes (aujourd’hui département des Deux-Sèvres)
qui avait alors pour abbé Saint Généroux. Il était encore novice ou convers
lorsqu’il quitta ce monastère avec Scubilion et se fixa à Scissy. Quelques
disciples se groupèrent autour de lui… Ils formèrent ainsi un petit monastère
dont Paterne fut institué abbé par Généroux qui était encore son supérieur, et
ordonné prêtre par Saint Léontien, évêque de Coutances, vers 512, à l’âge de 30
ans environ. Il fonda plusieurs monastères dans les diocèses de Coutances,
Bayeux, Avranches, Le Mans et Rennes… A l’âge de 70 ans, vers 552, il succéda à
Egidius, évêque d’Avranches… En 557, Paternus signait avec Lascivius, évêque de
Bayeux, les canons du deuxième Concile de Paris. Après treize années
d’épiscopat, il mourut à l’âge de 83 ans, le 16 avril 565. Il fut inhumé avec
son compagnon Saint Scubilion à l’extrémité orientale de l’oratoire de Scissy
qu’ils avaient bâti. Son cercueil en calcaire coquiller y a été retrouvé dans
les fouilles de 1875 à côté du cercueil de Saint Scubilion.” [2]

= Les 10e et 11e siècles

L’oratoire et le monastère ont sans doute été incendiés lors des invasions
danoises, les Danois étant venus prêter main-forte aux Normands dans leur lutte
contre les Bretons à partir de 919. De l’oratoire primitif, il subsiste encore
les fondations et les sarcophages de cinq saints.

Richard II, duc de Normandie, fit don en 1022 de l’abbaye de Saint-Pair et de
ses dépendances aux religieux du Mont Saint-Michel. L’abbaye du Mont déléguait à
Saint-Pair un moine qui était le représentant de ses intérêts temporels. Pendant
un siècle, l’administration spirituelle de la paroisse fut sans doute à la
charge des religieux du Mont.

= Le 12e siècle

En 1123, le premier Concile de Latran interdit aux abbés et aux moines d’exercer
leur ministère dans une paroisse. Le curé et son chapelain devinrent des prêtres
séculiers. En 1157, Richard de Bohon, évêque de Coutances, remit à Robert de
Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, le libre personat de l’église de Saint-Pair,
c’est-à-dire le droit de la faire desservir par un prêtre de son choix. En 1179,
Robert de Torigni obtint du Pape Alexandre III la confirmation des prérogatives
accordées à son monastère. Toutefois le pape, pour maintenir les règles de droit
canonique, subsistua au libre personat de 1157 le droit de patronage. L’abbé du
Mont présentait à l’évêque un prêtre choisi par lui. [3]

Au 12e siècle, le bourg de Saint-Pair était devenu le centre du doyenné et de la
baronnie du même nom. Une nouvelle construction remplaça l’église qui avait été
édifiée au 10e ou 11e siècle à l’emplacement de l’oratoire primitif.

= La baronnie de Saint-Pair

La baronnie de Saint-Pair était l’un des fiefs de l’abbé du Mont Saint-Michel.
Elle avait été donnée à l’abbaye du Mont en 1022 par le duc Richard II, avec les
baronnies d’Ardevon et de Genêts. La charte de cette donation figure dans le
Cartulaire du Mont: “Ego… Ricardus… panas inferni cupiens effugere et paradysi
gaudia desiderans habere trado loco S. Archangeli Michaelis sito in monte qui
dicitur Tumba abbatiam S. Paterni sitam in pago Constantino quae terminatur ab
oriente via publica tendenta Constancias, a septentrione rivulo Tarn, ab occasu
mari Oceano cum insula qui dicitur Calsoi, cum terris cultis et incultis, cum
ecclesiis et malendinis, cum pratis et silvis…” [4]

Le domaine de la baronnie était délimité par la Venlée au nord, par la voie
montoise reliant Coutances à Avranches à l’est, par le Thar au sud et par
l’océan à l’ouest. Mais le domaine de la baronnie ne s’arrêtait pas au rivage.
Il comprenait de nombreuses pêcheries qui traçaient une ligne à un kilomètre
environ des dunes et formaient une sorte de digue depuis La Roche-Gautier
jusqu’à la pointe de Carolles. Il comprenait aussi des moulins sur le Thar et
son affluent. [5]

= Le doyenné de Saint-Pair

Le doyenné de Saint-Pair était plus étendu au nord que la baronnie. Au 13e
siècle, il comprenait 24 paroisses: les paroisses de Bréhal, Coudeville,
Saint-Aubin-des-Préaux, Saint-Pair, Bourey, Granville, Saint-Ursin, La Beslière,
Le Mesnil-Drey, Hocquigny, Saint-Planchers, Saint-Jean-des-Champs, Saint-Léger,
Hudimesnil, Anctoville, Bréville, Donville, Longueville, Yquelon,
Sainte-Marguerite, Bricqueville-sur-Mer, Saint-Martin-le-Vieux, Le Loreur et
Chanteloup. La paroisse de Saint-Sauveur-la-Pommeraye fut ajoutée au 14e siècle.
[6]

Au 13e siècle, la dîme était partagée entre le seigneur patron, qui était l’abbé
du Mont Saint-Michel, et le curé. Le Pouillé (1251-1279 environ) cité par
Léopold Delisle mentionne ceci: “Ecclesia Sancti Paterni – Patronus, abbas
Montis, percipit omnis garbas et duas partes decimae piscium; rector, residuum.
Et valet L libras. Abbas Montis, L libras.” [7]

#Les fouilles archéologiques

En septembre 1875, des fouilles menées par l’abbé F. Baudry dans le choeur de
l’église ont permis de retrouver une partie des fondations de l’oratoire du 6e
siècle et plusieurs sarcophages (plan 4).

= Les sarcophages

On retrouva les sarcophages de Saint Pair et Saint Scubilion et, situés à
proximité, ceux de Saint Sénier et Saint Aroaste. Le sarcophage de Saint Gaud
avait été retrouvé en 1131 en creusant les fondements de la tour.

De ce fait, cinq saints sont en fait vénérés dans l’église:

- Saint Pair, qui est le plus célèbre. Il a donné son nom au village connu
auparavant sous le vocable romain de Scessiacus ou Scissy. Il a vécu entre 482
et 565.

- Saint Gaud, qui aurait été le deuxième évêque d’Evreux. Il aurait vécu entre
400 et 491. Après quarante ans d’épiscopat, il ne serait démis de ses fonctions
et serait venu se retirer dans la solitude de Scissy [8].

- Saint Scubilion, qui fut le compagnon de Saint Pair. Il le quitta pendant
quelques années pour diriger le monastère de Mandane sur le Mont-Tombe, devenu
ensuite le Mont Saint-Michel.

- Saint Sénier, qui fut évêque d’Avranches. Il succéda à Saint Pair en 565.
Comme son prédécesseur, à la fin de sa vie, il décida se retirer dans la
solitude de Scissy. Il y mourut vers 570 [9].

- Saint Aroaste, qui était prêtre à l’époque où Saint Pair était abbé de Scissy.
L’histoire locale le présente comme le premier curé de la paroisse.

= Les fondations de l’oratoire du 6e siècle

Les fondations ont été trouvées sous le dallage de la seconde travée du choeur.
Elles se composent d’une abside semi-circulaire prolongée par des murs latéraux
qui se perdent dans les constructions du 12e siècle. “A 50 cm du pavage de 1875,
on trouva un béton de 5 à 6 cm d’épaisseur qui formait le sol de l’église
primitive; 40 cm plus bas, on dégagea les restes de deux sarcophages en tuf de
Sainteny, démunis de leurs couvercles, reposant sur un mur de forme
semi-circulaire en petit appareil régulier (52 cm de large, pierres de 9 à 10 cm
de large sur 3 à 4 cm de haut). Le mur constituait les fondations de l’abside du
premier sanctuaire.” [10]

Le carrelage actuel du choeur présente une double ligne de dallages noirs
encadrant une rangée de dallages clairs, le tout recouvrant de façon très
précise les fondations de l’ancien oratoire.

D’après le chanoine Pigeon [11], l’oratoire était formé d’un vaisseau
rectangulaire d’une longueur de 22 mètres environ, prolongé par une abside
semi-circulaire. Les dimensions du choeur étaient les suivantes: une longueur de
7 mètres, y compris l’abside, et une largeur de 6 mètres. L’abside avait 2,5
mètres de profondeur et 3,5 mètres de largeur (voir le plan).

#L’église

= Le plan

L’église actuelle (voir le plan), régulièrement orientée (d’ouest en est),
comprend une nef de deux travées précédée d’un porche, un large transept à bras
saillants et un choeur de trois travées terminé par une abside semi-circulaire.
Les croisillons du transept ouvrent à l’est sur deux absidioles à chevet plat.
Le choeur ouvre au nord sur deux chapelles, une côté chevet et une côté tour. A
l’angle formé par le bras sud du transept et le choeur, une construction
rectangulaire plus récente abrite la sacristie. La tour, de forme carrée et
terminée par une flèche octogone, s’élève à la croisée du transept.

= Les matériaux

= = Les appareils

La tour et sa flèche présentent un moyen appareil de granit alors que les
maçonneries du choeur sont formées d’un appareil irrégulier fait de moëllons de
granit et de schiste, matériaux locaux. La formation géologique de Saint-Pair
est un flysch (formation détritique) composé de grauwackes, siltites et
argilites noires présentant des schistosités. Le granit provient sans doute du
massif granitique de Vire qui affleure à quelques kilomètres au sud.

La nef et le transept, construits à la fin du 19e siècle, sont en granit et en
pierre de Caen.

= = Les enduits, sols et toitures

Les murs intérieurs du choeur sont recouverts d’un enduit de ciment. Un enduit à
la chaux recouvre la voûte d’arêtes située sous la tour et les arcs fourrés
cernés de deux rangées de pierres de granit apparentes. L’appareil de granit des
quatre piliers supportant la tour est apparent.

Le sol de l’édifice est entièrement carrelé alors que les toitures sont
recouvertes d’ardoises d’Angers.

= Les transformations des 19e et 20e siècles

Ces transformations, très importantes, ont totalement modifié l’allure de
l’église, dont la capacité d’accueil était devenue très insuffisante pendant la
saison des bains.

Tout d’abord, au milieu du 19e siècle, le mur nord du choeur fut démoli sur près
d’un tiers de sa longueur, près de la tour, pour ménager un accès à la chapelle
Saint-Gaud. Cette chapelle fut consacrée en 1853.

Le 5 juillet 1877, on posa la première pierre de l’église. La nef ancienne fut
détruite en 1880 et 1881. Sous l’égide de Paul Boeswillard, on édifia entre 1877
et 1888 une nef de deux travées et un large transept à bras saillants
d’inspiration gothique. La construction d’un transept était elle aussi un
élément nouveau, puisque l’église était jusque-là formée d’un vaisseau
rectangulaire. La nouvelle église fut consacrée le 26 août 1888 par Monseigneur
Germain, évêque de Coutances.

En 1881, lors de la même campagne de construction, on ouvrit le chevet du choeur
pour y adapter une abside semi-circulaire d’inspiration gothique, et les baies
trilobées du 15e siècle percées dans le mur latéral sud du choeur furent
ramenées aux proportions de petites baies romanes.

En 1923, la petite chapelle romane attenante au mur latéral nord du choeur fut
transformée pour en faire une chapelle des morts. Elle servait auparavant de
sacristie, si bien qu’une nouvelle sacristie fut construite dans l’angle formé
par le mur latéral sud du choeur et le mur oriental du croisillon sud du
transept. La chapelle Saint-Gaud fut transformée en 1930. Entre 1933 et 1939, on
changea l’emplacement des portes, et un porche de granit fut construit devant la
façade occidentale. [12]

#Description intérieure

On se penchera seulement sur les parties romanes, à savoir la tour et le choeur
de l’église [13].

= La tour

La tour repose sur quatre piliers massifs supportant quatre arcs fourrés et
légèrement brisés. Ces arcs reposent sur les piliers par l’intermédiaire d’une
imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Ils déterminent sous la tour
une voûte d’arêtes. Les retombées des arêtes sont reçues par les angles
rentrants des piliers.

La forme de ces piliers, de plan carré, est assez complexe. Ils observent entre
eux une symétrie parfaite.

Le pilier sud-ouest (voir le schéma) se présente ainsi: à l’est, à l’ouest et au
sud, un pilastre forme saillie. Au nord, un pilastre cantonné de deux colonnes
engagées s’appuie sur un dosseret. L’imposte surmontant le pilier, moulurée en
forme de bandeau chanfreiné, forme le tailloir des chapiteaux des deux colonnes.
Leur corbeille est sculptée et leur base carrée est surmontée d’un chanfrein. Le
pilier repose sur un socle carré plus large aux arêtes chanfreinées.

Les corbeilles des chapiteaux des piliers nord-ouest, sud-est et nord-est sont
ornées de crochets d’angle en faible relief. Les corbeilles des chapiteaux du
pilier sud-ouest sont différentes: au nord-est, la corbeille est sculptée d’un
cône de pin à gauche et d’une feuille de chêne entourée de deux glands à
l’angle. Ces motifs encadrent deux formes peu visibles qui pourraient être des
animaux.

Au nord-ouest, l’angle de la corbeille est sculpté d’un buste d’homme. Sa tête,
volumineuse, surmonte son bras gauche replié sur sa poitrine alors que son bras
droit est levé. A gauche de ce buste est représentée une branche de chêne.

Toutes ces sculptures, en très bas relief et très frustes, sont taillées dans le
granit.

= Le choeur

Le choeur de l’église est de grandes dimensions. Il était presque aussi long que
la nef primitive aujourd’hui détruite: 14 mètres pour le choeur et 15,3 mètres
pour la nef.

Côté nord, près du chevet, il ouvre sur une chapelle romane transformée au 20e
siècle. Au 19e siècle, un tiers du mur nord fut détruit près de la tour pour
construire une chapelle dédiée à Saint Gaud. De même, le mur plat du chevet a
été ouvert pour construire une abside semi-circulaire d’inspiration gothique.

Que reste-t-il du choeur roman? Il reste la partie inférieure du mur sud sur
toute sa longueur, et la plus grande partie du mur nord située entre la chapelle
Saint-Gaud et la chapelle romane. La petite baie en plein-cintre à fort
ébrasement ménagée dans le mur nord est d’origine. Le mur sud est lui aussi
percé de trois petites baies en plein-cintre. Les baies primitives avaient été
agrandies et transformées en baies trilobées au 15e siècle, lors de la
construction de la voûte en croisée d’ogives. Elles ont été ramenées aux
proportions des petites baies romanes au 19e siècle [14].

Côté nord, près du chevet, le choeur ouvre par une arcade en plein-cintre sur
une chapelle voûtée en berceau. Cette chapelle était éclairée par une baie en
plein-cintre ouverte dans la paroi nord. Lors de sa transformation en chapelle
des morts en 1923, la petite baie a été remplacée par un oculus, et la porte
orientale a été murée [15].

#Description extérieure

= Le choeur

Dans les maçonneries extérieures du choeur, on note la présence de trois
modillons au nord et quatre au sud, à un mètre environ de l’extrémité supérieure
des murs latéraux. Ces modillons, semblables à ceux qui supportent la corniche
de la tour, marquent certainement la ligne séparant la construction romane de la
maçonnerie ajoutée lors de l’exhaussement des murs latéraux au 15e siècle,
lorsque le choeur a reçu une voûte de pierre. A cette époque, on a également
renforcé le mur sud par deux contreforts à ressaut, alors que le mur nord était
suffisamment maintenu par la chapelle romane.

= La tour

La tour, de forme carrée, se termine par une flèche octogone. Actuellement sise
à la croisée du transept, elle était située entre choeur et nef avant 1880. Ses
deux étages sont surmontés d’une corniche supportée par des modillons, sise à la
base de la flèche. Ces modillons, autrefois sculptés, sont aujourd’hui très
abîmés.

Le premier étage est orné au nord et au sud de deux arcatures aveugles reposant
sur un bandeau chanfreiné. Les arcades en plein-cintre, ornées d’une simple
moulure torique, reposent sur d’épaisses colonnettes engagées. Les chapiteaux
des colonnettes sont surmontés d’un tailloir carré et chanfreiné, qui se
prolonge entre les arcatures par un bandeau chanfreiné parallèle au bandeau
inférieur. La base des colonnettes est carrée.

Le deuxième étage, en très léger retrait par rapport au premier, est orné sur
chaque face d’une baie géminée. Les baies géminées, séparées par une colonnette
trapue à tailloir et base carrés, sont entourées d’une arcade en plein-cintre
ornée d’une simple moulure torique et reposant sur des colonnettes engagées.

Sur la tour carrée s’élève une flèche octogonale dont les angles sont adoucis
par des tores. Elle est accompagnée aux quatre angles de clochetons côniques
ornés à mi-hauteur d’un boudin. Elle est percée dans sa partie inférieure par
deux archères au nord et à l’est. Une troisième petite ouverture est visible au
tiers de sa hauteur au sud-est. Cette flèche fut restaurée au 18e siècle après
avoir subi de graves dommages dûs à la foudre. Elle fut à nouveau détruite par
la foudre à la fin du 19e siècle, et reconstruite dans le même style. Quand fut
construite la première flèche en pierre? Aucun document n’a été retrouvé à ce
sujet.

#Datation

On connaît précisément la date de la construction de la tour. On sait qu’elle
fut débutée en 1131, ce grâce à un manuscrit rédigé à la même époque, à
l’occasion de la découverte du sarcophage de Saint Gaud dans le choeur. Ce
sarcophage fut justement découvert dans le choeur lorsqu’on commença à creuser
les fondements de la tour [16]. Le même manuscrit cite le nom du maître d’oeuvre
de la tour: “Rogerius de Altomansiunculo, qui caementariorum erat magister...”
[17]

Le choeur roman et sa chapelle sont très difficiles à dater exactement, du fait
de leurs nombreux remaniements. Il n’est pas possible non plus de déterminer si
leur construction est antérieure ou postérieure à celle de la tour.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Pair

* La carte du doyenné de Saint-Pair

* Le plan du choeur de l’église indiquant les fondations de l’oratoire du 6e
siècle et l’emplacement des sarcophages

* Le plan de l’édifice antérieur à 1880

* Le plan de l’église actuelle

* Le schéma du pilier sud-ouest de la tour

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et
d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 35.

[2] Le texte de Fortunat est résumé dans: Tardif (Adolphe et Joseph).
Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans l’église de cette paroisse.
Rennes, 1888, p. 76-78. Le texte de Fortunat est cité en entier, en français et
en latin, dans: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et
d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 41-54.

[3] D’après: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints
vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, A. Le Roy, 1888, p. 148-151.

[4] Cité par: Biguet (E.). Saint-Pair-sur-la-Mer, in: Le Pays de Granville,
1934, p. 194.

[5] D’après: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints
vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, 1888, p. 166-167.

[6] Voir les Pouillés du diocèse de Coutances.

[7] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des
historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 498.

[8] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des
cinq départements de la Normandie, 1911, p. 238-242.

[9] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des
cinq départements de la Normandie, 1911, p. 238-242.

[10] Bouhier (Claude). Inventaire des découvertes archéologiques du département
de la Manche. Thèse de doctorat de l’Université de Caen, 1962, p. 415.

[11] Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et
d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 36.

[12] D’après les archives paroissiales de l’église de Saint-Pair-sur-Mer.

[13] Un cliché de l’ancienne église est reproduit dans: Biguet (E.).
Saint-Pair-sur-Mer, in: Le Pays de Granville, 1934, p. 92. Voir aussi le plan de
l’édifice antérieur à 1880.

[14] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des
cinq départements de la Normandie, 1911, p. 252-254.

[15] D’après les archives paroissiales.

[16] Le texte du manuscrit est retranscrit en français et en latin dans: Pigeon
(Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches,
1888, tome I, p. 82-96. Le chanoine Pigeon transcrit la copie du manuscrit du
12e siècle faite en 1680 par Charles Guérin, chanoine d’Avranches. Ce manuscrit
fut brûlé pendant la Révolution française.

[17] Le chanoine Pigeon traduit le nom du maître d’oeuvre par Roger de
Haute-Maison, Roger de Haut-Manoir ou Roger de Haut-Mesnil dans: Vie des saints
du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 93 note 3.
Ernest-Joseph Tardif traduit ce nom par Roger de Haute-Maisoncelle dans:
L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie,
1911, p. 250.


6. ANGEY


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description du choeur //
Description de la tour / A l’intérieur / A l’extérieur // Datation // Documents
// Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village d’Angey est situé à 2,5 kilomètres à l’ouest de Sartilly (voir la
carte). Le village n’étant formé que de quelques maisons éparses, il n’y a plus
de curé résidant sur place. Depuis 1914, la paroisse d’Angey est rattachée à
celle de Sartilly. L’église n’est utilisée qu’en de rares occasions pour des
mariages et des enterrements.

= Histoire

Le saint patron de l’église est Saint Samson. Le second saint est Saint
Jean-Baptiste. La paroisse d’Angey appartenait au doyenné de Genêts et à
l’archidiachoné d’Avranches.

En 1162, l’église d’Angey et ses dépendances furent données à l’abbaye de la
Lucerne par Guillaume de Saint-Jean, en même temps que l’église de Saint-
Jean-le-Thomas: “Ego Willelmus de Sancto Johanne… dedimus Deo et ecclesie Sancte
Trinitatis de Lucerna… ecclesiam de Sancte Johanne cum omnibus pertinentis suis…
dedimus et ecclesiam de Angeio cum pertinentis suis...” [1]

L’église avait pour seigneur patron l’abbé de la Lucerne. Le Livre blanc
(Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia S. Samsonis
de Angeyo – Patronus Abbas Lucernae…” [2]

Comme l’église de Saint-Jean-le-Thomas, elle était administrée par un curé
appartenant à la communauté religieuse de la Lucerne.

Au 18e siècle, d’après le tableau des doyennés dressé en 1773, l’église était la
propriété de la Lucerne et du comte de Géraldin [3].

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) composé d’une longue nef et d’un choeur d’une travée (voir le plan). La
tour, située dans l’axe du vaisseau, s’élève entre choeur et nef.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries sont faites d’un appareil irrégulier de moëllons de granit. Les
contreforts, le pourtour des ouvertures et l’étage de la tour sont formés de
blocs de granit de taille régulière. L’église a été construite avec les
matériaux locaux. Tout comme Sartilly, Angey est situé au coeur du massif
granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à cet endroit une barre
d’une largeur de cinq kilomètres environ.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol de l’édifice est en
ciment. Le choeur est surmonté d’un plafond de plâtre légèrement incurvé, alors
que la nef possède une voûte en berceau de bois rudimentaire recouverte d’une
couche de peinture blanche.

La pente de la toiture d’ardoises est plus faible que celle du toit d’origine.
La ligne de faîte a été descendue. Sur les faces est et ouest de la tour, on
voit au-dessus de la ligne de faîte actuelle la marque de l’emplacement du toit
primitif, juste en-dessous du bandeau chanfreiné séparant l’étage de la base de
la tour.

#Description du choeur

Le choeur à chevet plat est formé d’une travée. Ses murs latéraux sont épaulés
de deux contreforts plats surmontés d’une corniche soutenue par des modillons.
Ils sont moulurés en quart-de-rond, à l’exception d’un très gros modillon
sculpté d’une tête humaine peu visible au nord.

Les murs latéraux sont percés de deux très larges baies au cintre surbaissé. Le
mur du chevet est lui aussi ouvert par une baie semblable. L’ébrasement
intérieur de la baie montre qu’elle a dû remplacer une baie à l’arc brisé. Ces
baies ont sans doute été percées ou agrandies au moment du remaniement de la nef
au 19e siècle.

Le toit du choeur observe une pente plus faible que le toit primitif. Ceci
explique le fait que la corniche ait été surmontée d’une rangée de blocs de
granit, d’où un léger exhaussement des murs latéraux.

#Description de la tour

= A l’intérieur

La travée qui supporte la tour entre choeur et nef est délimitée par quatre
épais piliers. Les piliers supportent quatre arcs en plein-cintre par
l’intermédiaire d’une imposte en forme de bandeau chanfreiné.

Cette travée est surmontée d’une voûte en croisée d’ogives. Les ogives, très
épaisses, sont moulurées de deux épais tores d’angle encadrant une petite
moulure triangulaire saillante. Ces ogives reposent sur des culots par
l’intermédiaire d’un petit tailloir carré et chanfreiné. Cette voûte rappelle
tout à fait la voûte en croisée d’ogives d’Yquelon. Le tout étant badigeonné de
blanc, il est impossible de voir si la clef de voûte est sculptée comme à
Yquelon.

Deux portes rectangulaires ont été percées au nord et au sud, sans doute au
moment du remaniement de la nef au 19e siècle. La porte sud est actuellement
murée.

= A l’extérieur

Les murs nord et sud de la base de la tour sont surmontés d’une petite
maçonnerie en léger relief, qui est recouverte d’un toit de pierre en appentis
reliant les toitures de la nef et du choeur. Cette maçonnerie repose sur une
corniche supportée par quelques modillons.

L’étage de la tour a été refait à une époque plus tardive. Il est percé au nord
et au sud d’une petite baie au cintre surbaissé. L’ensemble est surmonté d’un
toit en bâtière.

#Datation

Le choeur roman date peut-être de l’édifice primitif donné par Guillaume de
Saint-Jean à l’abbaye de la Lucerne en 1162. Une deuxième campagne de
construction aurait eu lieu dans la seconde moitié du 12e siècle. L’appareil de
la base de la tour est légèrement différent de celui du choeur. La base de la
tour aurait été construite à la même date. La voûte en croisée d’ogives
surmontant la travée de la tour est semblable à celle du choeur d’Yquelon,
édifice roman de la seconde moitié du 12e siècle.

Il est impossible de dater la nef, entièrement remaniée au 19e siècle. La date
“1828” est indiquée sur le linteau de la grande porte rectangulaire ouverte dans
la partie orientale du mur latéral sud. C’est probablement à cette date qu’ont
été percées toutes les ouvertures actuelles de l’église: portes rectangulaires
et larges baies au cintre très surbaissé.

Ces conclusions sont toutes des suppositions. Il est impossible d’être précis
étant donné l’absence totale de documents. Aucune information n’a été retrouvée
non plus sur des réfections éventuelles dans le Registre paroissial de l’église
d’Angey (1862-1914), ni dans les notes de l’abbé Besnard, qui fut le dernier
curé d’Angey résidant sur place.

#Documents

* La bibliographie d'Angey

* Le plan de l’église d’Angey

#Notes

[1] Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 4 et 5.

[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,
tome II, p. 643.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,
tome I, p. 128.


7. SAINT-JEAN-LE-THOMAS


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /
La façade occidentale / La nef / Le choeur / La tour // Description intérieure /
La nef / Le choeur // Datation / Le choeur / La nef // Les restaurations des 19e
et 20e siècles // Les décors peints // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le bourg de Saint-Jean-le-Thomas se trouve sur la route côtière, à mi-chemin
entre Granville et Avranches (voir la carte). Saint-Jean-le-Thomas était
traversé par deux chemins montois: le chemin reliant le Mont Saint-Michel à
Saint-Pair et le chemin reliant le Mont à Coutances. De plus, le chemin des
grèves reliant le Mont à Saint-Pair traversait les dunes avant de gravir les
falaises de Champeaux et de Carolles.

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Jean-Baptiste. La paroisse de
Saint-Jean-le-Thomas appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné
d’Avranches.

En 917, Guillaume Longue-Epée, second duc de Normandie, donna à l’abbaye du Mont
Saint-Michel le village de Saint-Jean prope littu maris avec son église, son
moulin, ses vignes et ses prés. Il donna à Saint-Jean le titre de villa alors
que la plupart des autres paroisses ne portaient que le titre de villulae.

Au 11e siècle, Robert Ier donna de nouveau au Mont la seigneurie de
Saint-Jean-au-bout-de-la-mer avec ses dépendances, à savoir Dragey et son
église, Obret, Tissey, la forêt de Bivie (l’actuelle lande de Bévet), les bois
de Néron et du Crapoult. Ces terres occupaient l’espace occupé actuellement par
les communes de Champeaux, Saint-Michel-des-Loups et Carolles. [1]

Au 12e siècle, le seigneur du lieu, Guillaume de Saint-Jean, reçut le titre de
second fondateur de l’abbaye de la Lucerne (le premier étant Halsculphe de
Subligny). En 1162, il donna à l’abbaye la terre et le bois situés entre le Thar
et le Tharnet, l’église de Saint-Jean-le-Thomas avec ses dépendances, et de
nombreuses propriétés aux alentours et en Angleterre. Cette charte figure dans
le Cartulaire de la Lucerne: “Ego Willelmus de Sancto Johanne… dedimus Deo et
ecclesie Sancte Trinitatis de Lucerna et canonicis regularibus ibidem Deo
servientibus terram in quam fundata est abbatia, eam silicet qui est inter
primum vivarium ipsorum et nemus et Thar et Tharnet, et ecclesiam de Sancto
Johanne cum omnibus pertinentis suis; itam tamen ut per duos presbiteros
serviatur, sive de religione, sive de seculo, in voluntate abbatis et
canonicorum...” [2]

Au 15e siècle, l’église était toujours la propriété de l’abbaye de la Lucerne.
Le Livre blanc (Pouillé de 1412) mentionne l’abbé de la Lucerne comme seigneur
patron: “Ecclesia de S. Johanne de Thomas, regularis – Patronus abbas
Lucernae...” [3] L’église était desservie par un curé appartenant à la
communauté religieuse de la Lucerne.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) composé d’une longue nef et d’un choeur à chevet plat (voir le plan). On
entre dans l’église par un portail situé dans le mur latéral sud de la nef et
précédé d’un porche. La tour s’élève au sud du vaisseau. Elle est accolée à la
partie orientale de la nef.
Les matériaux

= Les appareils

Les maçonneries de la façade occidentale, des murs latéraux de la nef et du mur
du chevet présentent un appareil irrégulier formé de moëllons de schiste et de
granit. Celles des murs latéraux du choeur sont faites d’un appareil assez
régulier de petits blocs de granit pris dans un épais mortier.

Le schiste et le granit sont des matériaux locaux. Le granit provient du massif
granitique de Vire, qui se termine par les falaises massives de Carolles et de
Champeaux au nord de Saint-Jean-le-Thomas. Le schiste provient de l’auréole
métamorphique de ce massif.

L’ensemble des maçonneries a été entièrement rejointoyé à l’extérieur. On note
aussi la présence de briques, qui forment les claveaux des arcs des petites
baies dans le mur latéral sud du choeur.

= Les enduits, sols, plafonds et toitures

A l’intérieur de l’église, le mur latéral nord de la nef et la partie
occidentale du mur latéral sud sont recouverts d’un enduit de ciment. Le mur sud
était recouvert d’un enduit de plâtre qui a été partiellement enlevé pour
dégager des peintures murales. Les pierres de granit formant les piédroits sont
apparentes, tout comme les arcs des baies de la nef. L’appareil des murs du
choeur est en partie apparent. Il est recouvert par endroits d’un enduit de
ciment.

Le sol est formé de larges dalles de granit dans la nef, et d’un carrelage fait
de tommettes carrées rouges dans le choeur.

Une voûte en berceau de plâtre recouvre la nef, alors que le choeur est surmonté
d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1965 et 1973. L’ensemble est
recouvert de toitures en ardoises d’Angers.

#Description extérieure

= La façade occidentale

Le mur de façade est surmonté d’un léger glacis recouvert de plaquettes de
schiste, en arrière duquel s’élève le mur pignon. Cette façade ne comprend pas
de porte. Sa partie médiane est occupée par un contrefort plat terminé par un
glacis à la base du pignon.

De part et d’autre de ce contrefort sont percées deux étroites petites baies au
cintre creusé dans un linteau monolithe de granit. Au-dessus du contrefort, dans
le mur pignon, une troisième baie au cintre formé d’une rangée de claveaux de
granit a été bouchée en 1973, et les deux baies inférieures jusque-là murées ont
été dégagées [4].

= La nef

Dans la nef, la partie supérieure du mur latéral sud est percée de trois
étroites petites baies en plein-cintre. Leurs piédroits formés de gros blocs de
granit supportent un arc creusé dans un linteau monolithe. Une grande baie en
plein-cintre a été ouverte postérieurement.

Au-dessous de la petite baie percée dans la partie orientale du mur, une rangée
semi-circulaire de claveaux de granit surplombe un linteau en bâtière très
massif surmonté de pierres losangées formant un appareil réticulé. Cet ensemble
correspond à l’arcade d’un portail aujourd’hui muré.

Plus à l’ouest, un autre portail (voir le schéma) permet l’accès à l’église. Son
arcade en plein-cintre est formée d’une voussure ornée d’une simple moulure
torique. La voussure repose sur deux colonnettes très engagées qui prolongent le
tore et qui ont sensiblement le même diamètre que celui-ci. Les colonnettes sont
surmontées de chapiteaux à tailloir carré dont la corbeille est sculptée de
petits crochets d’angle à peine visibles. La base carrée est surmontée d’un
double tore. Le portail est précédé d’un porche du 15e siècle.

Le mur latéral nord de la nef est percé de deux grandes baies trilobées. Une
porte rectangulaire sous linteau de granit a été murée. Les maçonneries du mur
présentent un appareil plus régulier qu’au sud, ce qui permet de supposer que le
mur a été reconstruit en partie, peut-être au moment du percement des baies
trilobées.

= Le choeur

La partie supérieure du mur sud du choeur est percée de deux étroites petites
baies en plein-cintre. Le cintre de l’une est creusé dans un linteau monolithe
de granit alors que le cintre de l’autre est formé d’une rangée de claveaux. Une
très grande baie en plein-cintre a été ouverte beaucoup plus tard, ce qui a
nécessité la destruction d’une partie du mur. Une baie semblable a été ouverte
dans le mur nord. Ces deux baies ont été percées au 19e siècle, au moment de la
reconstruction de la tour.

Au nord, trois petites baies en plein-cintre haut situées sont surmontées de
claveaux de briques, avec quelques briques perpendiculaires aux autres sur leur
pourtour.

Le mur du chevet a un appareil différent de celui des murs latéraux. Il a dû
être reconstruit, et avec lui l’extrémité orientale des murs latéraux. Il était
percé d’une grande baie médiane en plein-cintre, aujourd’hui bouchée.

= La tour

La tour, récente, est accolée à la partie orientale de la nef au sud. Elle fut
construite en 1895 et 1896 pour remplacer le vieux clocher surmonté d’un toit en
bâtière, qui menaçait de s’effondrer. Cette tour a été édifiée en granit des
carrières de Saint-James. Elle est formée de deux étages surmontés d’une
balustrade ajourée.

#Description intérieure

= La nef

Les deux petites baies en plein-cintre percées dans le mur occidental sont très
ébrasées vers l’intérieur et vers le bas. Les pierres de granit formant les
piédroits de la baie médiane bouchée dans le mur pignon sont très visibles.

Au sud, une grande cavité ménagée dans le mur et surmontée d’un arc en
plein-cintre correspond à l’arcade du portail muré observé à l’extérieur. Une
partie du mur sud est ornée de décors peints du 12e siècle.

Dans la partie orientale du mur sud de la nef, une chapelle carrée à plafond
plat correspond à l’étage inférieur de la tour. La nef ouvre sur cette chapelle
par une arcade en plein-cintre. L’arc à double rouleau aux arêtes légèrement
chanfreinées repose sur deux pilastres par l’intermédiaire d’une imposte
moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Le bandeau se prolonge légèrement sur
le mur sud de la nef.

= Le choeur

Le choeur est plus étroit que la nef. L’appareil des murs est formé de petits
blocs de granit pris dans un mortier très épais, et les claveaux de briques des
baies du mur nord sont visibles à l’intérieur. Seules les maçonneries formées
d’un appareil irrégulier de moëllons de granit et de schiste sont recouvertes
d’un enduit de ciment.

#Datation

= Le choeur

Le choeur présente des similitudes avec l’église souterraine du Mont
Saint-Michel, Notre-Dame-sous-Terre. On retrouve des caractéristiques
semblables. Les arcs des baies sont formés de claveaux de briques et les murs
présentent un appareil de petits blocs de granit assez réguliers séparés par
d’épais joints de mortier. Notre-Dame-sous-Terre fut construite par les premiers
Bénédictins, qui s’installèrent au Mont après 966. Or Saint-Jean était à cette
époque la propriété du Mont Saint-Michel. Il est donc tout à fait possible que
l’église ait été construite ou reconstruite dans la seconde moitié du 10e
siècle.

= La nef

La nef aurait été construite à la fin du 11e et au début du 12e siècle. Les
indices de datation sont donnés par les portails.

Le portail muré pourrait dater du 11e siècle. “Avec ses petits carreaux
irréguliers et son arc extérieur sans aucune mouluration, ni décoration, il
semble archaïque. Les tympans similaires dont on peut le rapprocher paraissent
être parmi les plus anciens. Il est en particulier très proche de celui de
Saint-Amand près de Torigny-sur-Vire. Il se rapproche aussi de plusieurs tympans
de l’Eure: La Houssaye, Rostes, La Sogue, tous édifices datés du 11e siècle.”
[5]

Le portail actuellement utilisé date certainement du début du 12e siècle:
voussure ornée d’une moulure torique reposant sur des colonnettes engagées,
bases carrées ornées d’un double tore, corbeilles de chapiteaux surmontées d’un
tailloir carré, les chapiteaux étant sculptés de crochets d’angles.

#Les restaurations des 19e et 20e siècles

En 1895 et 1896 fut construit le clocher en granit des carrières de Saint-James.
En 1964, on découvrit deux petites baies romanes dans la façade occidentale.

En 1965, la restauration du choeur de l’église fut entreprise sous la direction
d’Yves-Marie Froidevaux. Les travaux suivants furent réalisés: décapage des murs
intérieurs pour laisser apparaître l’appareil des maçonneries, mise à jour de
cinq petites baies dans les murs latéraux, consolidation des murs latéraux par
la base (les murs sans fondations furent repris en sous-oeuvre), construction
partielle de la voûte en berceau de bois (terminée en 1973). En 1973, la baie
centrale du mur pignon de la façade occidentale fut également murée et les deux
petites baies inférieures mises à jour.

En 1974 furent découvertes des peintures murales du 12e siècle. Le décor peint a
été en partie dégagé en décembre 1974. [6]

#Les décors peints

L’existence de décors peints dans l’église de Saint-Jean-le-Thomas était ignorée
jusqu’en 1974. Lors de la réfection des enduits intérieurs de la nef, quelques
taches de couleur sur le mur latéral sud ont attiré l’attention du curé, l’abbé
Porée, qui a fait intervenir les fresquistes des Beaux-Arts.

Une partie des peintures murales a été dégagée en décembre 1974. Elles ont été
datées du 12e siècle. Trois tableaux se succèdent d’est en ouest:

- Sur le tympan du portail muré, le combat d’un homme contre un ange, "un combat
qui pourrait être celui de Jacob contre l’ange envoyé de Dieu, ou Dieu lui-même
manifesté sous une forme visible..." [7]

- Puis une scène champêtre. Des épis de blé précèdent un personnage tenant une
outre, qui verse du vin dans une coupe que lui tend un autre personnage. A
droite, un troisième homme tient un instrument aratoire.

- Enfin, un troisième tableau dont une partie est manquante. On discerne une
lutte opposant un personnage dont la tête est entourée d’une auréole et un autre
personnage recouvert d’une armure qui semble avoir été jeté à terre. Ce serait
“la lutte de Saint Michel contre le Démon” [7].

Ces tableaux sont surmontés de frises de rinceaux terminés par des feuillages.
Les rinceaux sont entourés de deux larges bandes horizontales formées d’une
ligne ocre et d’une ligne chamois séparées par une rangée de perles blanches.

Le décor est peint à même l’enduit à la chaux posé au préalable, si bien qu’il
se trouve naturellement sur fond clair. Tous les contours sont dessinés en
peinture ocre. Les surfaces intérieures sont peintes en ocre et en chamois.
Seules ces deux couleurs sont utilisées. “Ces peintures murales peuvent être
l’oeuvre de pèlerins du Mont Saint-Michel, Saint-Jean-le-Thomas se trouvant sur
une voie montoise.” [7]

Une autre partie, située à l’est du tympan du portail muré, a dû être dégagée en
1978 ou les années suivantes.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Jean-le-Thomas

* Le plan de l’église de Saint-Jean-le-Thomas

* Le schéma du portail sud

#Notes

[1] D’après: Seguin (Jean). Genêts, Saint-Jean-le-Thomas et leurs environs.
1932, p. 17-22.

[2] Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 4.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,
tome II, p. 642.

[4] D’après: Percepied (Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, 1976, p. 175.

[5] Guilbert (Michel). L’église de Saint-Jean-le-Thomas, in: Revue du
département de la Manche, tome XII, avril 1970, p. 90.

[6] Source: Le registre paroissial de l’église de Saint-Jean-le-Thomas
(1881-1978).

[7] Les citations sont extraites d'un article de l’abbé Porée, qui était le curé
de Saint-Jean-le-Thomas à cette date. L'article est reproduit dans: Percepied
(Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, Imprimerie Arnaud-Bellée, 1976, p.
184-185.


8. DRAGEY


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description de la nef //
Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Dragey est situé sur l’actuelle route côtière reliant Granville à
Avranches, à 20 kilomètres de Granville et 13 kilomètres d’Avranches (voir la
carte). L’église n’est pas située dans le bourg. Elle est isolée avec son
presbytère à un kilomètre environ du village. Elle est bâtie sur un promontoire
et sa tour servait de point de repère aux navigateurs.

Dragey était traversé par de nombreux chemins montois: le chemin montois du Mont
Saint-Michel à Saint-Pair, le chemin montois reliant le Mont à Coutances, le
chemin montois reliant le Mont à Saint-Lô. De plus, le chemin des grèves reliant
le Mont à Saint-Pair traversait les dunes de Dragey.

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Médard. Le second saint est Saint
Eloi. La paroisse de Dragey appartenait au doyenné de Genêts et à
l’archidiachoné d’Avranches. L’église de Dragey fut donnée au Mont Saint-Michel
par Robert, duc de Normandie, au 11e siècle. Dragey et son église faisaient
partie des dépendances de Saint-Jean-au-bout-de-la-mer, devenu
Saint-Jean-le-Thomas.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) constitué d’une nef de trois travées et d’un choeur d’une seule travée
(voir le plan). La tour, située entre choeur et nef, s’élève dans l’axe du
vaisseau. Seule la nef est romane.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries présentent un appareil irrégulier fait de plaquettes de schiste
et de moëllons de schiste et de granit. Dans les murs latéraux de la nef, de
nombreux éléments d’opus spicatum alternent assez irrégulièrement avec quelques
rangées de plaquettes de schiste disposées à l’horizontale. Le schiste est la
pierre locale puisque Dragey est situé dans une région de terrains sédimentaires
schisteux.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Les murs latéraux de la nef ont été entièrement rejointoyés à l’extérieur.
L’enduit intérieur a été gratté par les habitants du village pour mettre à jour
l’appareil en arêtes de poisson, à la requête de l’abbé Pierre Danguy, curé de
Dragey entre 1953 et 1974. L’enduit ne subsiste que sur le dernier quart
supérieur des murs latéraux. Le sol est en ciment.

La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1969 et 1970. Sa
toiture en ardoises d’Angers a été refaite en 1860.

#Description de la nef

La nef comporte trois travées.

La façade occidentale est consolidée par deux contreforts plats terminés par un
glacis. Ils encadrent un portail sans caractère refait en 1860. Ce portail est
surmonté d’une grande baie géminée à l’arc légèrement brisé. Cette baie,
débouchée et restaurée en 1860, a dû être ouverte à l’époque de la construction
de la tour et du choeur au 13e siècle.

Les murs latéraux sont épaulés chacun de trois contreforts plats, qui montent de
fond jusqu’au départ de la toiture et sont terminés par un glacis. Ces
contreforts, très épais, sont postérieurs à la construction de la nef.

La troisième travée du mur latéral nord comprend une baie romane bouchée, aux
piédroits de granit et au cintre creusé dans un linteau monolithe. A
l’intérieur, la baie possède un fort ébrasement et son arcade est formée d’une
rangée de petits claveaux de granit. Cette petite baie est le seul vestige des
ouvertures primitives. A côté est percée une baie trilobée. Les deux premières
travées sont percées d’une baie longue et étroite surmontée d’un arc brisé. Ces
baies ont sans doute été ouvertes au 13e siècle.

Les première et troisième travées du mur latéral sud sont percées de grandes
baies géminées à l’arcature trilobée. Ces baies sont elles-mêmes surmontées d’un
motif trilobé assez complexe. L’ensemble est inscrit dans un arc très brisé. Ces
grandes baies ont remplacé en 1860 des ouvertures carrées, ouvertures qui
avaient elles-mêmes été percées en 1790 à l’endroit d’étroites petites baies
sans doute romanes. Pour les baies actuelles, on s’est visiblement inspiré des
baies géminées du choeur, agrandies au 15e siècle.

La seconde travée du mur sud est percée d’une baie semblable aux baies des deux
premières travées du mur nord.

La porte sud est formée d’un arc très surbaissé sans aucune mouluration, qui
repose sur des piédroits sans ornement. Cette porte est surmontée d’un arc de
décharge. Le porche qui la précède est daté du 16e siècle.

En 1860, lors de la restauration de l’église, deux grandes baies géminées ont
été ouvertes dans le mur sud à l’emplacement de baies croisées carrées qui
avaient remplacé en 1790 d’étroites petites baies probablement romanes. La
façade occidentale fut remaniée. Le portail fut refait et la baie géminée du 13e
siècle débouchée et restaurée. La couverture de la nef fut entièrement refaite
elle aussi. [1]

Entre 1954 et 1974, les murs de la nef furent décapés avec l’aide des
paroissiens pour mettre à jour les éléments d’opus spicatum. La voûte en berceau
de bois de la nef fut construite en 1969 et 1970 [2]. A la même époque, le
porche du 16e siècle précédant la porte sud fut réouvert.

#Datation

La nef a sans doute été construite au 11e siècle ou dans les premières années du
12e siècle, comme l’attestent les maçonneries – avec leurs nombreux éléments
d’opus spicatum - et les ouvertures du mur nord: petite baie bouchée au cintre
creusé dans un linteau monolithe de granit, porte sud au cintre surbaissé.

La tour et le choeur de l’église ont été construits au début du 13e siècle. Les
baies du choeur ont été agrandies au 15e siècle. Le porche qui précède la porte
sud de la nef date probablement du 16e siècle [3].

#Documents

* La bibliographie de Dragey

* Le plan de l’église de Dragey

#Notes

[1] D’après le registre paroissial de l’église de Dragey.

[2] Voir le registre des délibérations du conseil municipal de Dragey
(1955-1972), p. 233: compte-rendu des séances des 17 et 25.08.1969.

[3] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le
département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 225-226.


9. GENETS


[Le site / Emplacement / Histoire / Le doyenné de Genêts / La paroisse de Genêts
// L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols,
plafonds et toitures // Description intérieure / Les bras du transept / La
croisée du transept // Description extérieure / Le transept / La tour //
Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Genêts est situé sur l’actuelle route côtière reliant Granville à Avranches, à
10 kilomètres au nord d’Avranches (voir la carte). La bourgade se trouve face au
Mont Saint-Michel, à 4 kilomètres environ du rocher du Mont.

De nombreuses voies montoises – empruntées par les pèlerins pour se rendre au
Mont Saint-Michel - aboutissaient à Genêts: les chemins montois du Mont à
Saint-Pair, du Mont à Coutances, du Mont à Saint-Lô et du Mont à Caen. De plus,
le chemin des grèves reliant le Mont Saint-Michel à Saint-Pair passait au Bec
d’Andaine, près de la localité de Genêts.

= Histoire

Genêts est une localité très ancienne. Les Abrincatui avaient élu Avranches
comme capitale, et Genêts était leur port et leur ville secondaire. La ville fut
pillée par les pirates normands au 9e siècle.

La baronnie de Genêts fut donnée à l’abbaye du Mont Saint-Michel vers 1022 par
Richard II, duc de Normandie, ainsi que les baronnies de Saint-Pair et
d’Ardevon. Port de marée, centre d’une baronnie et d’un doyenné, Genêts est une
localité importante sous les premiers ducs normands.

Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel entre 1154 et 1186, fit
reconstruire une première église devenue très vétuste. Il la fit consacrer en
1157 par Herbert, évêque d’Avranches, accompagné de Roger, abbé du Bec-Hellouin.

Au début du 14e siècle, la population s’élevait à près de trois mille âmes.
L’église, qui disposait d’un clergé conséquent, comptait sept chapelles autour
d’elle. Ce fut la péride la plus florissante. Lors de la guerre de Cent Ans,
Genêts fut pillé, rançonné et brûlé par les Anglais dès 1356. Lors des guerres
de religion, la ville fut de nouveau pillée en 1562 par les troupes du
protestant Montgommery.

Pendant la Révolution française, Genêts perdit sa sénéchaussée, sa sergenterie,
son doyenné, ses foires et ses marchés, et ne fut plus qu’une simple commune
rurale. Le titre de chef-lieu de canton fut donné à Sartilly. [1]

L’église et le cimetière de Genêts furent classés Monuments historiques en 1959.

= Le doyenné de Genêts

Le doyenné de Genêts comprenait vingt-sept paroisses: Saint-Nicolas de Ronthon,
Saint-Jean-Baptiste de Bouillon (deux paroisses), Saint-Vigor de Carolles,
Saint-Michel-des-Loups, Saint-Vigor de Champeaux, Saint-Jean-le-Thomas,
Saint-Médard de Dragey, Saint-Etienne de Bacilly, Saint-Pair de Marcey,
Sainte-Marie de Champcey, Saint-Samson d’Angey, Saint-Pair de Sartilly,
Saint-Pierre-Langers (deux paroisses), Sainte-Marie de la Rochelle, Sainte-Marie
de la Lucerne, Saint-Martin de Lolif, Sainte-Marie de Montviron, Saint-Martin de
la Mouche, Sainte-Marie de Subligny, Saint-Martin de Champcervon,
Saint-Barthélémy de Grippon, Sainte-Trinité-des-Chambres, Saint-Pierre de Vains,
Notre-Dame de Genêts, et enfin Saint-Pierre du Mont Saint-Michel.

Le doyenné comprenait aussi deux abbayes - le Mont Saint-Michel, de l’ordre de
Saint Benoît, et la Lucerne, de l’ordre des Prémontrés - et cinq prieurés
réguliers de l’ordre bénédictin: Saint-Jacques, près de la Haye-Pesnel, compris
dans la paroisse de la Lucerne et dépendant de l’abbaye de Saint-Sever;
Saint-Léonard de Vains, compris dans la paroisse de Vains et appartenant à
l’abbaye Saint-Etienne de Caen; Saint-Marcellin de Genêts et Notre-Dame de
Tombelaine, tous deux compris dans la paroisse de Genêts; et enfin Saint-Laurent
de Brion, compris dans la paroisse de Dragey. Ces trois derniers prieurés
appartenaient au monastère du Mont Saint-Michel.

= La paroisse de Genêts

Au 11e siècle, la paroisse était administrée par les Bénédictins du Mont
Saint-Michel.

En 1123, le Concile de Latran défendit aux religieux d’avoir un ministère
paroissial. Ils furent remplacés par des prêtres séculiers. Néanmoins, ces curés
furent toujours sous l’autorité de l’abbé du Mont, qui était seigneur patron et
nommait à la cure. Le premier curé qui succéda aux religieux fut Rainald, qui
assista à la consécration de l’église de Genêts en 1157. Lui succéda Nicolas,
puis Michel, un clerc du Mont qui, en 1164, fut présenté par l’abbé Robert de
Torigni au bienheureux Achard, évêque d’Avranches. [2]

Au 15e siècle, le seigneur patron était toujours l’abbé du Mont, comme mentionné
dans le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon: “Ecclesia S.
Mariae de Genetseio – Patronus abbas Montis S. Michaelis…” [3]

La paroisse appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.
L’église est placée sous le vocable de Notre Dame. Le second saint est Saint
Sébastien.

#L’église

= Le plan

L’église (voir le plan), régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée
d’une large nef, d’un transept à bras saillants et d’un choeur de trois travées
à chevet plat. La première travée du choeur ouvre au nord et au sud sur deux
chapelles à chevet plat. Ces chapelles ouvrent également sur les croisillons du
transept. A la croisée du transept s’élève une tour massive surmontée d’un toit
en bâtière.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries de la nef, du transept et du choeur ont un appareil irrégulier
fait de moëllons de granit et de schiste. Seule la tour présente un appareil
régulier de granit. Le schiste est la pierre locale puisque Genêts est situé
dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient sans
doute du massif granitique d’Avranches qui affleure à quelques kilomètres au
sud-est de la localité.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre tous les murs intérieurs.

Le sol de la nef et du transept est couvert de grandes dalles de schiste, alors
que celui du choeur est pavé de carrelages émaillés posé au 19e siècle.

La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1960 par
Yves-Marie Froidevaux. La voûte a été refaite en utilisant les éléments d’une
charpente à poinçons et entraits apparents du 15e siècle, éléments qui ont été
découverts dans les lambris du 18e siècle. La partie centrale des poinçons est
ornée d’une rosace sculptée.

A la même époque a été refaite la couverture en épaisses plaquettes de schiste
de couleur verte. Ces plaquettes proviennent de la région de Cherbourg. Les
toitures autres que celles de la nef sont en ardoises d’Angers.

Le porche précédant la porte sud de la nef est surmonté d’une charpente en
carène renversée entièrement chevillée réalisée au 18e siècle.

#Description intérieure

Le transept et la tour présentent d’importantes parties romanes.

= Les bras du transept

Le bras sud a été très remanié.

Une colonnette engagée romane (voir le schéma) subsiste dans l’angle formé par
le mur ouest du bras sud du transept et le mur sud de la chapelle latérale. La
corbeille du chapiteau de cette colonnette est surmontée d’un tailloir carré et
chanfreiné. Cette corbeille est ornée de crochets d’angle entourés de motifs
géométriques en forme de triangle, qui forment une sculpture en creux. Sa base
carrée est surmontée d’un double tore.

On ne trouve pas d’autre colonne semblable dans les croisillons. Les murs ouest
des croisillons furent largement percés au 13e siècle pour ouvrir sur les
chapelles latérales du chœur. Peut-être cette colonne avait-elle une place
différente dans l’édifice d’origine. Dans ce cas, elle serait un remploi.

Le bras nord est plus petit que le bras sud. Dans l’angle sud-ouest s’élève la
tour d’escalier. Sa porte au cintre surbaissé est surmontée d’un arc de
décharge. Elle comprend un large mâchicoulis appuyé à l’arcade voisine et porté
par trois corbeaux en retrait. Ceci parce que la tour a servi de donjon pendant
la guerre de Cent Ans.

Les croisillons ont été couverts de voûtes en berceau de plâtre lors des
remaniements du 18e siècle.

= La croisée du transept

La croisée du transept est délimitée par quatre puissants piliers de section
carrée. Ces piliers, isolés à l’est, sont reliés aux bras du transept et à la
nef à l’ouest. Ils supportent d’épais arcs brisés et fourrés reliés par des
colonnes engagées jumelées. Ces arcs à triple rouleau déterminent une voûte
d’arêtes au-dessus de la croisée du transept. Les retombées des arêtes sont
reçues dans les angles rentrants des piliers par quatre colonnes engagées
semblables à celles qui reçoivent les arcs.

Les quatre piliers présentent entre eux une symétrie parfaite. Le pilier sud-est
(voir le schéma) est surmonté d’une imposte moulurée en forme de bandeau
chanfreiné. Les côtés est et sud du pilier présentent une surface plane sans
aucune mouluration. Au nord et à l’ouest, les arcs sont reçus par deux colonnes
jumelles engagées sur dosseret. A l’angle nord-ouest, une colonne engagée
semblable reçoit la retombée d’une des arêtes de la voûte. La corbeille des
chapiteaux, sculptée, est surmontée d’un épais tailloir carré. Les bases carrées
sont surmontées d’un double tore. L’ensemble du pilier repose sur une base
carrée plus large.

Les sculptures des chapiteaux, en bas relief, représentent des motifs végétaux:
feuilles de chêne et glands, feuilles de marronnier, feuilles de vigne et
grappes de raisin (nord-ouest et nord-est); des motifs animaux: lapins et
lièvres en train de courir (sud-est); des motifs géométriques: arceaux et
bourrelets saillants (sud-ouest et sud-est). De plus, quelques tailloirs sont
ornés d’un rang de perles (sud-ouest) ou d’arceaux brisés (nord-est). Les
corbeilles surmontent une, deux ou trois astragales. Certaines astragales sont
torsadées. Une double astragale entoure une torsade ou un rang de perles
(nord-est). Quant aux bases, elles sont surmontées d’un double tore qui entoure
une rangée de perles (sud-ouest). Le tore inférieur est torsadé (nord-ouest) ou
il a la forme d’un prisme (nord-ouest et sud-est). Quelques bases sont ornées
d’arceaux et de petites griffes aux angles (sud-est). Ce genre de sculptures et
les diverses moulurations des tailloirs, astragales et bases laissent à penser
que les chapiteaux et les bases ont été sculptés, ou resculptés, à une époque
très postérieure à la construction des piliers. Peut-être ont-ils été sculptés
au moment de la construction du choeur de l’église.

#Description extérieure

= Le transept

Deux contreforts plats terminés par un léger glacis épaulent le mur nord du
croisillon nord. Ce mur est percé d’une grande baie en plein-cintre. La base de
la tour d’escalier est comprise dans les maçonneries du croisillon. Cette tour
se termine par un toit en appentis couvert d’ardoises, qui vient contrebuter la
base de la tour à hauteur du cordon chanfreiné inférieur.

Le mur oriental du croisillon sud a le même genre d’appareil que la chapelle
latérale sud du choeur. Ce mur a visiblement été refait lors de la construction
de cette chapelle.

La maçonnerie du mur sud présente un décalage très net à mi-hauteur, du fait de
l’ouverture tardive d’une grande baie en plein-cintre. Le mur pignon, en léger
retrait, porte un oculus aujourd’hui muré.

L’appareil du mur occidental est différent de celui des autres maçonneries. Il
s’agit de gros blocs de granit assez réguliers, avec quelques plaquettes de
schiste comme éléments de calage. Ce mur est percé d’un portail dont l’arcade en
plein-cintre est formée de deux épaisses voussures non moulurées (voir le
schéma). La voussure extérieure repose sur deux épaisses colonnettes engagées
surmontées d’un tailloir carré et chanfreiné, qui se poursuit en un bandeau
chanfreiné sur le nu du mur. La corbeille des chapiteaux est sculptée de gros
crochets d’angle peu visibles. Le niveau du sol extérieur arrive à la base du
fût des colonnettes. Dans le sol subsiste une base carrée surmontée d’un double
tore.

La lourdeur et l’extrême simplicité du portail – épaisses colonnettes, voussures
sans mouluration –laissent supposer qu’il appartenait à l’église ayant précédé
l’église reconstruite et consacrée en 1157. Ce portail pourrait dater du 11e
siècle. Le mur occidental date peut-être de la même époque.

= La tour

La tour, de proportions très vastes, est implantée à la croisée du transept.
Elle comprend deux étages.

L’étage inférieur est aveugle.

L’étage supérieur est ouvert au nord, au sud et à l’ouest par des baies géminées
délimitées par de petites colonnettes engagées à tailloir et base carrés. Ces
baies reposent sur le bandeau semi-circulaire séparant le premier étage du
second. Durant une campagne de construction postérieure, elles ont été murées
jusqu’à hauteur du tailloir et prolongées par des baies gothiques trilobées
munies d’abat-sons. Aux deux-tiers de la tour environ, un moyen appareil de
granit laisse la place à un appareil fait de blocs de granit beaucoup plus gros.
Le mur oriental ne comporte pas de baies romanes, mais uniquement des baies
trilobées gothiques.

La tour était autrefois surmontée d’une flèche, qui fut détruite par la foudre
au début du 16e siècle [4]. A cette époque, Guillaume de Lamps, abbé du Mont,
fit surélever la tour romane d’un tiers de sa hauteur. Une baie géminée trilobée
fut ajoutée de chaque côté dans le prolongement des baies géminées romanes. La
tour est surmontée d’un toit en bâtière dont le départ est caché au nord et au
sud par une balustrade ajourée. Les angles des balustrades sont munis de
gargouilles gothiques représentant des chiens, des loups et des animaux
fantastiques.

#Datation

Les parties romanes appartenant à l’édifice consacré en 1157 sont les suivantes:
la croisée du transept, la tour aux deux tiers de sa hauteur, et une partie des
croisillons. Pour le croisillon nord, les maçonneries des murs nord et ouest et
la tour d’escalier. Pour le croisillon sud, la partie inférieure du mur sud, le
mur ouest avec sa porte - cette dernière datant sans doute du 11e siècle - et la
colonnette engagée visible à l’intérieur.

Les constructions postérieures à l’époque romane sont nombreuses. Le choeur et
ses deux chapelles latérales furent construits au 13e siècle. La partie
supérieure de la tour fut édifíée au début du 16e siècle. La nef, entièrement
remaniée au milieu du 18e siècle, avait déjà subi de nombreuses transformations
auparavant, avec une porte sud gothique, des éléments de charpente à poinçons et
entraits apparents du 15e siècle, et un porche du 16e siècle.

#Documents

* La bibliographie de Genêts

* La carte du doyenné de Genêts

* Le plan de l’église de Genêts

* Le schéma de la porte et de la colonne du bras sud du transept

* Le schéma du pilier sud-est de la tour

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie
Genêts-Tombelaine. Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 1-14.

[2] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie
Genêts-Tombelaine. Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 53-72.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,
tome II, p. 644.

[4] Voir le registre paroissial de Genêts, p. 148.


10. SAINT-LEONARD-DE-VAINS


[Le site / Emplacement / Histoire // Le prieuré / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits et la toiture // Description extérieure / La façade
occidentale / La nef / La tour / Le choeur // Description intérieure // Datation
// Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Saint-Léonard-de-Vains est situé à l’extrémité du cap du Grouin du
Sud, à 2,5 kilomètres du bourg de Vains et 7 kilomètres d’Avranches (voir la
carte). Ce village fait partie de la paroisse de Vains. L’église prieurale
Saint-Léonard domine la baie du Mont Saint-Michel et le rocher de Tombelaine.

Saint-Léonard-de-Vains possédait deux des trois points de départ (le troisième
était Genêts) du chemin montois reliant le Mont à Caen, appelé aussi le chemin
des Ducs.

= Histoire

Saint-Léonard est une bourgade très ancienne qui doit son nom à Saint Léonard
(ou Léodovald). Celui-ci y vécut au 6e siècle avant d’être élu huitième évêque
d’Avranches en 578.

La bourgade connut les invasions normandes au 9e siècle. Après la conquête
normande, elle entra dans le domaine ducal et fut fieffée aux seigneurs de
Vains. En 1087, peu de temps avant sa mort, Guillaume le Conquérant la donna à
l’abbaye Saint-Etienne de Caen. En 1158, Henri II confirma cette donation qui
comprenait un manoir, des terres labourables et des vignes, ainsi que des
salines avec le droit de pêche et de varech [1].

Le prieuré de Saint-Léonard était un prieuré simple, c’est-à-dire un petit
monastère où quelques religieux détachés des grandes abbayes vivaient sous la
direction d’un prieur, mais sans charge d’âmes.

L’église prieurale fut la propriété de l’abbaye Saint-Etienne de Caen jusqu’à la
Révolution française.

Comme l’explique Jean Bindet, “après la nationalisation des biens du clergé en
novembre 1789 et la vente des biens nationaux à partir de 1791, le prieuré et le
colombier furent laissés à l’abandon et leurs ruines, avec l’église qui n’avait
pas trop souffert, furent cédées en 1793 pour la somme de 200 francs en
assignats... L’acquéreur, voulant tirer parti de son achat, résolut de
transformer l’église en bâtiment de ferme. Le choeur de la vénérable église
devint une cuisine avec une cheminée aménagée au chevet de l’abside; la nef
devint une grange et une étable; la tour elle-même fut utilisée: la base comme
cellier, et l’étage fut divisé en chambre et en grenier et surmonté d’une
cheminée.” [2]

L’église est restée une propriété privée. En collaboration avec les Monuments
historiques, le propriétaire a transformé la nef en maison d’habitation, en
ouvrant des fenêtres rectangulaires et en aménageant l’intérieur.

#Le prieuré

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) comprenant une nef et un choeur de deux travées à chevet plat (voir le
plan). La tour, située dans l’axe du vaisseau, est implantée entre choeur et
nef.
Les matériaux

= Les appareils

La partie supérieure de la base et le second étage de la tour présentent un
moyen appareil de granit aux blocs réguliers. Le granit est également utilisé
pour les contreforts et le pourtour des ouvertures à l’extérieur, et pour les
piliers, les colonnes et les arcs à l’intérieur.

Les maçonneries de la nef, du choeur, de la partie inférieure de la base et du
premier étage de la tour sont formées d’un appareil irrégulier de plaquettes de
schiste disposées le plus souvent à l’horizontale, sauf quelques éléments d’opus
spicatum à la base de la tour.

Le schiste est la pierre locale. Le sol de la région est formé de terrains
sédimentaires schisteux. Le granit provient certainement du massif granitique
d’Avranches qui affleure à proximité.

= Les enduits et la toiture

A l’intérieur, la voûte d’arêtes, les arcs et les murs de la travée sur laquelle
s’élève la tour sont recouverts d’une épaisse couche de plâtre en mauvais état.
Une toiture en ardoises d’Angers recouvre les charpentes de la nef et du choeur
et le toit en bâtière de la tour.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale est consolidée dans sa partie centrale par deux épais
contreforts terminés par un glacis à la base du mur pignon. Ces contreforts
encadrent deux ouvertures rectangulaires. Deux contreforts consolidaient aussi
la façade aux extrémités. Seul subsiste le contrefort nord. Le contrefort sud a
été détruit.

= La nef

La nef est devenue une maison d’habitation. Les murs latéraux sont percés de
portes et de grandes fenêtres rectangulaires. Ces murs sont consolidés par deux
épais contreforts à l’ouest et à l’est.

= La tour

La tour, située entre choeur et nef, est formée d’une base carrée dans le
prolongement du choeur. Cette base est surmontée de deux étages en léger retrait
les uns des autres.

La base est consolidée au nord par un contrefort central. Le contrefort est
encadré de deux baies en plein-cintre à l’arc formé d’une rangée de petits
claveaux de granit. La baie orientale a été bouchée. Le mur est percé d’une
porte au cintre surbaissé reposant sur des piédroits sans ornement. Quelques
modillons très abîmés subsistent dans la partie supérieure de la base. Bien que
très remanié, le mur sud offre les mêmes éléments: un contrefort central dont il
ne subsiste que la partie supérieure au-dessus d’une porte au cintre surbaissé,
trois modillons, et quelques claveaux de l’arc d’une baie aujourd’hui disparue.

Le premier étage devait être aveugle à l’origine. La petite ouverture
rectangulaire pratiquée dans le mur nord et les grandes ouvertures du mur sud
datent des remaniements postérieurs à la Révolution, lorsque les étages de la
tour furent aménagés en chambre et en grenier.

Le second étage est orné sur ses faces nord, est et sud de deux arcatures
jumelles en plein-cintre. Les arcades, non moulurées, reposent sur des piédroits
sans ornement par le biais d’un tailloir carré se prolongeant en un bandeau
droit sur le nu du mur. L’une des arcatures est aveugle, l’autre encadre une
ouverture en plein-cintre.

La tour est surmontée d’un toit en bâtière. Ce toit repose au nord et au sud sur
une corniche supportée par des modillons sculptés de têtes humaines ou moulurés
en quart-de-rond.

= Le choeur

Le choeur, à chevet plat, comporte deux travées.

Le mur latéral nord est soutenu par trois contreforts plats sur lesquels devait
reposer une corniche aujourd’hui disparue. La disposition est la même pour le
mur latéral sud. Les grandes fenêtres rectangulaires ont été ouvertes après la
Révolution, lorsque le choeur a servi de maison d’habitation.

Le mur oriental s’appuie sur trois contreforts plats reposant sur un
soubassement de pierre. Deux baies en plein-cintre ont été bouchées. Restés
visibles, leurs arcs et piédroits sont ornés d’une simple moulure torique.

#Description intérieure

La travée supportant la tour entre choeur et nef est délimitée par de gros
piliers qui reçoivent quatre arcs en plein-cintre encadrant une voûte d’arêtes.

Au nord et au sud, les arcs reposent sur d’épais pilastres par le biais d’une
imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. A l’est et à l’ouest, ces arcs
reposent sur deux colonnes engagées jumelées. Les corbeilles des chapiteaux,
dont le tailloir est formé par l’imposte moulurée, sont sculptées de crochets
d’angle en très bas relief. La base carrée des colonnes est ornée de deux tores
entourant une scotie.

Les retombées des arêtes sont reçues aux angles rentrants des piliers par quatre
colonnes de même profil que celles recevant les arcs. Le pilier repose sur une
base plus large aux arêtes chanfreinées. Cette base est visible à l’est. A
l’ouest, elle disparaît dans le sol.

La disposition intérieure de la nef et du choeur ne présente que peu d’intérêt
du fait des nombreuses transformations postérieures à la Révolution.

#Datation

Les indices de datation doivent être cherchés dans la tour. Les éléments d’opus
spicatum présents dans les maçonneries de la base, la disposition intérieure de
la tour et les arcatures jumelles en plein-cintre ornant son second étage
permettent de dater l’église du début du 12e siècle.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Léonard-de-Vains

* Le plan du prieuré de Saint-Léonard-de-Vains

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Saint Léodovald ou Saint Léonard, in:
Mémoires de la Société académique du Cotentin, 1895, p. 99 note 4.

[2] Bindet (Jean). Le prieuré de Saint-Léonard-de-Vains, in: Revue de
l’Avranchin et du Pays de Granville, décembre 1976, tome LIII, p. 290-291.


11. SAINT-LOUP


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /
La façade occidentale / La nef / Le choeur // Description intérieure / La nef /
Le choeur // Datation // Une petite école locale d’architecture // Documents //
Notes]

#Le site

= Emplacement

Saint-Loup est situé au sud-est d’Avranches, à 6 kilomètres de la ville, dans
une région vallonnée située juste au-dessous du massif granitique d’Avranches
(voir la carte).

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Loup. Le second saint est Saint
Gilles. La paroisse appartenait au doyenné de Tirepied, qui comprenait vingt-six
paroisses et qui était l’un des quatre doyennés de l’archidiachoné d’Avranches.

L’église fut sans doute construite par les seigneurs du lieu, qui étaient les
patrons présentateurs. Le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine
Pigeon mentionne: “Ecclesia de S. Lupo – Patronus laïcus...” [1]

Dans leur monographie de la paroisse, M. Masselin et L. Hulmel relatent: “Les
plus anciens seigneurs de Saint-Loup dont nous ayons trouvé mention portaient le
nom de Grimault. La famille de ce nom possédait un grand nombre de fiefs dans le
diocèse d’Avranches au XIIe et XIIIe siècle... En 1463, la seigneurie de
Saint-Loup appartient aux Vivien… A la fin du XVIe siècle, elle passa dans la
famille des Quesnoy. En l’an 1600, Jacques du Quesnoy était seigneur de
Saint-Loup. C’est lui qui fit reconstruire la chapelle qui est au nord du choeur
de l’église. Il mourut à Saint-Loup et fut inhumé dans cette chapelle en 1651.”
[2]

En effet, l’inscription indiquant la date de cette chapelle (1602) est ornée du
blason des Quesnoy. L’inscription est située au-dessus de l’arcade en
plein-cintre surplombant l’ouverture de la chapelle vers le choeur.

L’église fut classée en 1921.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) constitué d’une nef de deux travées suivie d’un choeur de deux travées
terminé par une abside semi-circulaire (voir le plan). La tour, située dans
l’axe du vaisseau, s’élève au-dessus de la première travée du choeur. La seule
modification apportée à l’édifice roman est l’ouverture en 1602 d’une chapelle
latérale dans la seconde travée du choeur côté nord.

= Les matériaux

= = Les appareils

A l’exception des murs latéraux de la nef, les maçonneries présentent un moyen
appareil de granit. L’appareil est plus petit pour la tour. Les murs latéraux de
la nef sont formés d’un appareil irrégulier de moëllons de granit “jaune”. Cette
différence d’appareil est due au fait qu’à cette époque, la nef était souvent
construite à peu de frais par les paroissiens alors que le choeur, beaucoup plus
soigné, était édifié par le seigneur. Les pierres de granit proviennent
certainement du massif granitique d’Avranches, situé au nord, à proximité
immédiate de Saint-Loup.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

L’intérieur a été recouvert d’un enduit à la chaux, sauf les impostes des
pilastres supportant l’arc triomphal et les doubleaux du choeur. Pour ces
impostes, la pierre de granit a été laissée apparente.

Le sol est recouvert de carrelages. Il est en ciment sous les bancs de la nef.

La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits
apparents, posée en 1978 sous la direction de Jacques Traverse, architecte en
chef des Monuments historiques.

Le toit actuel, couvert d’ardoises d’Angers, est certainement plus élevé que le
toit primitif, et ses pentes sont plus longues.

#Description extérieure

= La façade occidentale

Le mur de façade est surmonté d’un léger glacis en arrière duquel s’élève le mur
pignon. La façade est percée d’un portail surmonté d’une baie à l’arc brisé et
aux contours chanfreinés datant sans doute du 13e siècle. Le portail est compris
dans une masse rectangulaire en légère avancée par rapport au mur de façade, et
qui se prolonge par deux contreforts plats encadrant la baie. Les contreforts
s’amortissent par un glacis à la base du pignon.

L’arcade en plein-cintre du portail (voir le schéma) est composée de deux
voussures surmontées d’une archivolte formée d’un bandeau chanfreiné. Chaque
voussure présente les moulurations suivantes: un épais tore d’angle, un listel,
un cavet peu profond et un rang de dents-de-scie sculptées en creux et peu
marquées. Les voussures sont reçues par quatre colonnettes engagées. Les
tailloirs des chapiteaux sont moulurés en quart-de-rond. Ils se prolongent en un
bandeau horizontal le long de la masse rectangulaire encadrant le portail. Les
corbeilles sont ornées de sculptures frustes: crochets d’angle ou têtes d’angle
aux traits effacés. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant un
chanfrein sculpté de petites griffes peu visibles. Elles reposent sur un muret
de pierre se prolongeant sur toute la longueur de la façade. Le linteau est
formé d’un gros bloc monolithe de granit. Il est surmonté de pierres losangées
disposées en opus reticulatum. Ces pierres losangées ont toutes été rejointoyées
de manière grossière.

= La nef

La nef comporte trois travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre
contreforts plats qui montent de fond jusqu’au départ de la toiture, et sont
surmontés d’un glacis.

Dans la partie supérieure des murs latéraux, il subsiste trois étroites petites
baies en plein-cintre: deux au sud et une au nord. Leur cintre est creusé dans
un linteau monolithe de granit.

Les autres baies ont été percées ou agrandies par la suite. Une baie trilobée a
été ouverte dans le mur sud près du choeur, sans doute au 16e ou 17e siècle.
Trois autres larges baies sans caractère, une dans le mur sud et deux dans le
mur nord, datent sans doute du 19e siècle.

= Le choeur

Le choeur comprend deux travées prolongées par une abside semi-circulaire.

La première travée est percée au sud par une porte (voir le schéma). L’arcade en
plein-cintre est formée d’une voussure surmontée d’une archivolte constituée par
un cordon chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi
d’un listel puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux colonnettes
engagées.

Les tailloirs des chapiteaux, moulurés en quart-de-rond, surmontent des
corbeilles ornées de sculptures représentant des têtes humaines. A gauche, la
corbeille est sculptée à l’angle d’une tête d’homme dont on voit les yeux, la
moustache et le menton proéminent. Cette tête est entourée de deux bourrelets
saillants en forme de demi-cercle. A droite, la tête d’homme est plus petite et
moins saillante.

Un tore épais surmonte la base carrée au chanfrein orné de motifs géométriques.
A gauche, quatre petites griffes triangulaires ornent le chanfrein alors qu’à
droite, deux bourrelets en forme de demi-cercle entourent une griffe centrale.
Le linteau est formé d’un gros bloc de granit surmonté de trois blocs plus
petits constituant le tympan.

La porte sud présente un profil similaire à celui du portail occidental: mêmes
moulurations pour la voussure, mêmes tailloirs, sculptures semblables pour les
corbeilles et pour les bases.

Cette porte est encadrée de deux contreforts plats s’arrêtant à la base de la
maçonnerie rectangulaire. Celle-ci est surmontée d’un petit toit de pierre en
appentis reliant les toitures du choeur et de la nef. Entre les deux
contreforts, la maçonnerie repose sur une corniche située dans l’alignement de
celle du choeur. Cette corniche est supportée par trois gros modillons sculptés
des motifs suivants: un être grotesque mettant la main droite à la bouche alors
que le bras gauche est replié; une tête d’homme; un homme accroupi avec les
mains sur les genoux. La même disposition se retrouve au nord. La corniche est
également soutenue par trois modillons. L’un des modillons est sculpté d’une
très grosse tête humaine avec une moustache.

La corniche de la seconde travée du mur latéral sud et de l’abside
semi-circulaire est formée d’une robuste tablette portée par de gros modillons
sculptés. Quatre modillons représentent des têtes humaines ou des têtes
grotesques grimaçantes toutes différentes. Trois modillons sont sculptés de
têtes accolées peu visibles. Trois autres modillons sont ornés de crochets très
simples.

L’abside semi-circulaire est divisée en cinq pans par des contreforts plats
assez larges prenant appui sur un épais soubassement en pierre. Le pan central
n’est pas curviligne comme les autres. Le mur est aplati, ce qui n’était pas le
cas dans la disposition primitive. L’appareil des maçonneries est plus récent,
tout comme les modillons taillés en biseau et non sculptés. On ignore la raison
de cette réfection, et sa date.

Au nord, une chapelle latérale est adossée à la seconde travée du choeur.
Ajoutée en 1602, elle est la seule modification d’importance apportée à
l’édifice roman. Deux contreforts à ressaut épaulent le mur nord, deux autres
consolident le mur oriental, et un le mur occidental.

La tour s’élève au-dessus de la première travée du choeur. C’est une solide tour
carrée formée de deux étages de même périmètre, et surmontée d’une flèche en
charpente. Le premier étage est orné au nord et au sud de grandes arcatures
aveugles, alors que le second est percé d’une baie sur chaque face. La
séparation des deux étages est soulignée par un bandeau chanfreiné.

L’étage inférieur est orné au nord et au sud d’une double arcature aveugle en
plein-cintre. Cette arcature est surmontée d’un cordon saillant se prolongeant
ensuite en un bandeau droit sur le nu du mur et se poursuivant sur les faces est
et ouest parallèlement au bandeau séparant les deux étages de la tour. A
l’écoinçon des arcatures jumelles, la maçonnerie présente un petit appareil
décoratif réticulé.

L’étage supérieur est percé d’une baie sur chaque face. Cette baie est surmontée
d’une arcade en plein-cintre formée de deux voussures entourées d’un cordon
chanfreiné. Chaque voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un
listel puis d’un large cavet peu profond. De part et d’autre de la baie, les
voussures reposent sur quatre colonnettes engagées. Les corbeilles des
chapiteaux sont sculptées de motifs géométriques - crochets d’angle,
demi-cercles - ou de têtes humaines. Ces corbeilles sont surmontées d’un
tailloir carré prolongées par un bandeau droit sur le mur. La base carrée des
colonnettes est surmontée d’un double tore. Le profil de ces baies est semblable
à celui du portail occidental et de la porte sud: mêmes moulurations pour les
voussures, sculptures semblables pour les corbeilles.

Cet étage est surmonté d’une corniche soutenue par des modillons sculptés de
têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond. La corniche a été refaite sur toute
sa longueur au sud et sur les deux tiers de sa longueur au nord, sans doute au
moment de la reconstruction de la flèche. La flèche est octogonale sur sa base
carrée, et pourvue de petites lucarnes.

#Description intérieure

= La nef

Les étroites petites baies haut situées dans les murs latéraux - deux au sud et
une au nord - ont un fort ébrasement vers l’intérieur et vers le bas.

La nef et le choeur communiquent par un arc triomphal en plein-cintre à double
rouleau aux arêtes légèrement chanfreinées. L’arc est reçu par deux pilastres
engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en
quart-de-rond. Les angles des pilastres et de leurs dosserets sont abattus.
L’arc triomphal est surmonté d’une baie ouvrant sur le premier étage de la tour.

= Le choeur

Le choeur, moins large que la nef, comprend deux travées et il est terminé par
une abside semi-circulaire. Chaque travée est surmontée d’une voûte d’arêtes sur
plan barlong, et l’abside est surmontée d’un cul-de-four. Deux épais doubleaux
sans ornement séparent le choeur de l’abside, et la première travée de la
seconde. Ces doubleaux sont reçus par des pilastres aux angles abattus par
l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond. Côté sud, le pilastre
séparant les deux travées du choeur est tronqué à un mètre environ du sol.

Au nord, la première travée est percée d’une petite baie en plein-cintre haut
située et très ébrasée. La deuxième travée ouvre par une arcade en plein-cintre
sur la chapelle rectangulaire construite en 1602 et voûtée en berceau. Face à la
chapelle, la large baie trilobée ouverte dans le mur sud est semblable à la baie
du 16e ou 17e siècle percée dans la dernière travée du mur sud de la nef.
L’abside semi-circulaire est ouverte au nord-est par une petite baie en
plein-cintre à fort ébrasement, et au sud-est par une baie trilobée.

#Datation

L’église de Saint-Loup appartient à la première moitié du 12e siècle: voûte
d’arêtes, arc triomphal et doubleaux en plein-cintre dans le choeur; voussures
et colonnettes épaisses pour le portail occidental, la porte sud et les baies de
la tour. L’église présente un intérêt d’autant plus grand qu’il s’agit du seul
édifice roman ayant subsisté dans son ensemble dans la région. Divers éléments
d’architecture sont originaux: un profil similaire pour le portail occidental,
la porte sud et les baies de la tour; de nombreuses corbeilles et bases
sculptées; et surtout, supportant la corniche du choeur, de gros modillons
sculptés de personnages grotesques ou de figures humaines.

#Une petite école locale d’architecture

Saint-Loup fut le point de départ d’une petite école locale d’architecture.

Le portail sud de l’église de Saint-Loup trouve une réplique presque parfaite
dans celui de l’église de Saint-Quentin. Le portail occidental de l’église de
Saint-Quentin dénote lui aussi l’influence de Saint-Loup.

La tour de l’église de Saint-Loup présente des traits communs avec celle de
l’église de Saint-Pair, édifiée à partir de 1131. La disposition des deux étages
est semblable: un premier étage orné au nord et au sud d’arcatures jumelles
aveugles, et un second étage percé d’une baie. La baie est simple à Saint-Loup
et géminée à Saint-Pair. A Saint-Pair, l’arcade, ornée d’une simple moulure
torique, repose sur deux colonnettes engagées. A Saint-Loup, l’arcade, plus
complexe, est formée de deux voussures moulurées surmontées d’un cordon
chanfreiné. De part et d’autre de la baie, les voussures reposent sur quatre
colonnettes engagées. Les deux tours disposent d’une corniche supportée par des
modillons. Les modillons de l’église de Saint-Loup, sculptés de têtes humaines
ou moulurés en quart-de-rond, sont beaucoup plus visibles que ceux de l’église
de Saint-Pair, très usés par le temps.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Loup

* Le plan de l’église de Saint-Loup

* Le schéma du portail occidental

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,
tome II, p. 644.

[2] Masselin (M.) et Hulmel (L.). Monographie de la paroisse de Saint-Loup, in:
Revue de l’Avranchin, tome LIV, 1977, p. 120.


12. SAINT-QUENTIN-SUR-LE-HOMME


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /
La façade occidentale / La nef / La tour // Description intérieure / La nef / La
tour // La restauration des parties romanes au 20e siècle // Datation // Les
portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Saint-Quentin-sur-le-Homme est situé au sud-est d’Avranches, à 5,5
kilomètres de la ville, dans un des plis des côteaux de la Sélune, une rivière
coulant vers le sud (voir la carte).

Saint-Quentin était situé sur le chemin montois reliant le Mont Saint-Michel aux
villes de l’actuel département du Calvados: Tinchebray, Condé-sur-Noireau,
Falaise et Lisieux. Venant du Mont, le chemin passait par Pontaubault puis
Saint-Quentin avant de se diriger vers Juvigny-le-Tertre et Sourdeval.

= Histoire

Saint-Quentin faisait partie des neuf paroisses qui rayonnaient autour de la
cité épiscopale d’Avranches et qui furent regroupées pour former le doyenné de
la Chrétienté, lui-même compris dans l’archidiachoné d’Avranches.

Le patronage était partagé entre l’évêque et le Chapitre de la cathédrale. On en
trouve la preuve dans une charte de l’évêque Richard Lainé datée de 1260. Selon
la charte, cet évêque demandait au Chapitre la permission de nommer un curé à
Saint-Quentin, bien que les six mois prévus pour cette nomination fussent déjà
écoulés. [1]

Plus tard, l’évêque resta le seul patron présentateur. L’évêque d’Avranches
n’avait ce privilège que pour dix-neuf cures sur cent quatre-vingt, dont celle
de Saint-Quentin [2].

#L’église

= Le plan

L’église, régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée d’une nef de trois
travées et d’un choeur de trois travées à chevet plat (voir le plan). Au nord et
au sud, deux larges chapelles sont accolées aux deux premières travées du choeur
et constituent de véritables croisillons. La tour, située dans l’axe du
vaisseau, est implantée entre choeur et nef. La façade occidentale est précédée
sur toute sa longueur d’un grand porche rectangulaire non voûté formant une
sorte de narthex.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries présentent un appareil irrégulier de moëllons de schiste alors
que les contreforts, le pourtour des ouvertures, les colonnes, les pilastres et
les arcs sont en granit. Le schiste est la pierre locale puisque Saint-Quentin
est situé dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit
provient sans doute du massif granitique d’Avranches, qui s’étend au nord de
Saint-Quentin.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol est recouvert d’un
carrelage posé en 1929. La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à
poinçons et entraits apparents réalisée en 1927. La toiture a été entièrement
refaite en ardoises d’Angers en 1921 et 1922. Une partie de la couverture nord
de la nef a été changée en avril 1952 suite aux dommages de la seconde guerre
mondiale.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale est percée d’un portail aux vastes proportions. Son arcade
en plein-cintre est formée de deux voussures surmontées d’une archivolte
constituée d’un cordon chanfreiné. Les voussures présentent chacune les
moulurations suivantes: un tore d’angle épais suivi de deux tores plus minces
cernés de petits cavets. Ces voussures reposent sur quatre colonnes engagées par
l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond formant les tailloirs
des chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: du nord au sud,
des boules à l’angle et aux extrémités sous le tailloir, une tête, un personnage
à quatre pattes dont la tête à l’angle de la corbeille est entourée des bras
puis des jambes, une autre tête soutenue par une main sur le côté et l’autre
sous le menton. Ces sculptures grossières sont en fort relief et le menton des
visages est très proéminent. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant
un chanfrein. Les chanfreins sont sculptés sur la gauche de petites griffes
triangulaires. On ne distingue plus rien sur la droite. Ces bases reposent sur
un épais muret de pierre se prolongeant le long du mur de la façade. Un énorme
bloc monolithe de granit forme le tympan du portail.

= La nef

La nef comporte deux travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre
contreforts plats peu saillants reposant sur un soubassement de pierre. Les
contreforts supportent une corniche en partie refaite dont les modillons sont
surtout sculptés de têtes humaines. Les autres modillons, récents, sont moulurés
en quart-de-rond ou ils ont la forme d’un T.

= La tour

La tour, massive, est située entre la nef et le choeur. Seule sa base est
romane. Elle est reliée au premier étage par un glacis au nord et au sud. Les
deux étages datent du 13e siècle. L’ensemble est surmonté d’un toit en bâtière.

Au sud, une porte est aujourd’hui murée. Son arcade en plein-cintre (voir le
schéma) est formée d’une voussure entourée d’une archivolte formée par un cordon
chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel
puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux épaises colonnettes par
l’intermédiaire d’un bandeau mouluré en quart-de-rond qui forme le tailloir des
chapiteaux et se prolonge sur le nu du mur. Les corbeilles sont sculptées d’un
arbre et d’une tête humaine. Les bases sont carrées. A gauche, la base est
surmontée d’un chanfrein orné de petites griffes triangulaires et d’un tore. A
droite, elle est surmontée d’un double tore. Le tympan est formé d’un gros bloc
monolithe de granit, qui repose sur les piédroits intérieurs par l’intermédiaire
du bandeau mouluré en quart-de-rond.

#Description intérieure

= La nef

Les murs latéraux de la nef sont ouverts de chaque côté par trois baies en
plein-cintre fortement ébrasées. Ces baies aux proportions modestes ont remplacé
en 1951 de très grandes baies ouvertes au 18e siècle à l’emplacement des petites
baies romanes primitives [3]. Le mur occidental est percé d’une grande baie
géminée datant du 15e ou 16e siècle.

= La tour

Située entre choeur et nef, la tour repose sur quatre épais piliers qui
reçoivent à l’est et à l’ouest deux arcs en plein-cintre à double rouleau.

L’arc séparant la nef de la base de la tour repose sur deux épais pilastres
engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en
quart-de-rond.

L’arc séparant le choeur de la base de la tour repose sur deux colonnes engagées
jumelées par l’intermédiaire d’une imposte semblable qui forme le tailloir des
chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de crochets d’angle en faible relief
plus visibles au nord qu’au sud. Les bases carrées sont surmontées d’un double
tore. Elles sont très abîmées au nord.

La travée entre choeur et nef est surmontée d’une voûte d’arêtes sur plan
barlong. Les retombées des arêtes sont reçues au nord par les angles formés par
les dosserets des pilastres, et au sud par des colonnes surmontées d’une imposte
moulurée en quart-de-rond.

Les murs nord et sud sont percés de deux longues et étroites baies en
plein-cintre à fort ébasement. Dans le mur sud, la niche d’une statue surmontée
d’un arc surbaissé a été aménagée dans la porte murée.

#La restauration des parties romanes au 20e siècle

La toiture fut refaite en 1921 et 1922 [4]. Une voûte en berceau de bois à
poinçons et entraits apparents fut reconstruite en 1926 et 1927 [5]. Le dallage
de la nef fut posé en 1929 [6].

En 1951, après les dommages de guerre, on entreprit la réfection du mur latéral
nord de la nef, très endommagé. La corniche et une partie de ses modillons
furent refaits. Les baies des murs latéraux furent transformées à la même
époque. Les très grandes baies ouvertes au 18e siècle furent remplacées par des
baies en plein-cintre aux proportions modestes. On refit aussi une partie de la
couverture de la nef côté nord. [7]

Les murs intérieurs de l’église furent recouverts d’un enduit à la chaux en 1953
[8]. Les murs extérieurs furent entièrement rejointoyés en 1955 [9].

#Datation

La nef et la base de la tour peuvent être datées de la première moitié du 12e
siècle. Les portails constituent les principaux indices de datation. Le portail
occidental et la porte sud présentent de nombreux points communs avec ceux de
l’église de Saint-Loup, édifice de la première moitié du 12e siècle. De plus, la
disposition intérieure de la travée surmontant la tour confirme cette datation.

Au 13e siècle furent construits le porche rectangulaire précédant la façade
occidentale, les deux étages de la tour, le choeur de trois travées et sa
chapelle latérale sud. La chapelle latérale nord fut édifiée au 15e ou 16e
siècle [10].

#Les portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup

Les deux portes sud des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup offrent de
nombreuses similitudes: une arcade formée d’une voussure moulurée d’un tore
d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet large et peu profond; une voussure
entourée d’une archivolte formée d’un cordon chanfreiné; des tailloirs moulurés
en quart-de-rond; des corbeilles de chapiteaux sculptées de têtes d’angle (une à
Saint-Quentin et deux à Saint-Loup); une colonne avec une base au chanfrein orné
de petites griffes triangulaires.

Le portail occidental de l’église de Saint-Quentin présente lui aussi des traits
communs avec les portes de l’église de Saint-Loup: une archivolte formée d’un
cordon chanfreiné, des tailloirs moulurés en quart-de-rond, des corbeilles de
chapiteaux sculptées de têtes proéminentes, des bases au chanfrein orné de
petites griffes. Mais, à Saint-Quentin, l’arcade est plus grande, les
moulurations des voussures sont différentes et les sculptures des corbeilles
sont plus élaborées. Il est très possible que le sculpteur des corbeilles se
soit inspiré des gros modillons situés au-dessus de la porte sud de l’église de
Saint-Loup.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Quentin

* Le plan de l’église de Saint-Quentin

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin,
tome XXIV, 1931, p. 469-470.

[2] Voir: Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes,
1888, tome II, p. 696.

[3] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin,
tome XXIV, 1931, p. 469.

[4] D’après les archives municipales: le dossier de l’église.

[5] D’après les archives paroissiales.

[6] D’après les archives paroissiales.

[7] Suite à la décision du conseil municipal du 17 décembre 1950, après un devis
de reconstruction de Monsieur Edeline, architecte.

[8] Suite à la décision du conseil municipal du 11 mai 1953.

[9] Suite à la décision du conseil municipal du 25 septembre 1955.

[10] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le
département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 288-289.


13. SARTILLY


[Le site / Emplacement / Histoire // L’église romane détruite au 19e siècle //
Le portail / Matériau / Description / Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Sartilly est situé sur l’axe routier Avranches-Granville, à 11 kilomètres
d’Avranches et 15 kilomètres de Granville (voir la carte). Le bourg était
traversé par le chemin montois qui reliait le Mont Saint-Michel à Saint-Lô.

= Histoire

Le saint patron de l’église est Saint Pair. La paroisse appartenait au doyenné
de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.

Au la fin du 11e siècle, l’église et ses dépendances furent données à l’abbaye
du Mont Saint-Michel par Ranulphe Avenel, qui se fit peu après moine à l’abbaye
du Mont. Foulques Paynel, son neveu, seigneur suzerain de Sartilly, confirma
cette donation en 1158. [1]

L’église de Sartilly avait pour seigneur patron l’abbé du Mont Saint-Michel. Le
Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia
S. Paterni de Sartilleyo – Patronus abbas Montis S. Michaelis...” [2]

#L’église romane détruite au 19e siècle

Le portail sud de l’église actuelle est le seul élément subsistant de l’église
romane détruite en 1858 en raison de son mauvais état et de son “insuffisance
pour les besoins spirituels de la paroisse” [3]. L’édifice roman fut remplacé en
1858 par une église beaucoup plus grande (longueur de 40 mètres, largeur de
16,50 mètres, hauteur de voûte de 15,70 mètres). Le clocher et sa flèche de
pierre, commencés en 1898, furent achevés en 1900.

L’église romane est décrite en détail dans le Registre des délibérations du
conseil municipal de Sartilly: “L’église qu’il s’agit de remplacer est un vieil
édifice... composé:

1°- D’une nef obscure de 19 mètres 60 centimètres de longueur sur 7 mètres de
largeur dont les murs bas pénétrés d’humidité et lézardés en plusieurs endroits
perdent très sensiblement leur aplomb, particulièrement vers le bas de l’église.

2°- D’une tour qui sépare la nef du choeur. Cette tour est supportée par quatre
forts piliers qui ne sont distants deux à deux dans les sens transversal et
longitudinal que de 3 mètres 60 centimètres de sorte que la vue de la nef au
choeur est extrêmement bornée.

3°- D’un choeur de 9 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur y compris
l’espace affecté à une sacristie située derrière le maître-autel.

4°- D’une petite chapelle basse située à droite du choeur formant un carré
régulier de 4 mètres 60 centimètres de côté...” [4]

#Le portail

= Matériau

Le matériau utilisé est le granit, qui est la pierre locale. Sartilly est situé
au coeur du massif granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à
cet endroit une barre d’une largeur de cinq kilomètres environ.

= Description

L’arcade du portail (voir le schéma) est formée de trois voussures: une voussure
au cintre surbaissé et deux voussures en plein-cintre surmontées d’une
archivolte.

La première voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis
d’un large cavet orné de gros besants légèrement renflés. Elle est surmontée de
quelques blocs de granit de taille régulière.

La deuxième voussure est moulurée d’un épais tore d’angle alors que la troisième
est moulurée de deux tores encadrant un listel.

L’archivolte est un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort relief
sculptées en creux d’une rangée de bâtons brisés. Elle repose de part et d’autre
de l’arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien dessinés.

Les trois voussures reposent sur six colonnettes engagées par l’intermédiaire
d’une imposte moulurée d’un cavet. La partie supérieure de l’imposte, carrée,
est ornée d’une petite moulure en creux. L’imposte se prolonge légèrement pour
surmonter les deux pilastres encadrant l’ensemble.

Les colonnettes (voir le schéma) présentent toutes le même profil. La corbeille
sculptée des chapiteaux est surmontée d’un tailloir carré. Leur base carrée est
surmontée de deux tores entourant une scotie.

Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: feuilles de chêne, feuilles
d’acanthe très simplifiées, volutes encadrant une feuille d’acanthe à l’angle,
volutes d’angle. Ces sculptures, taillées en fort relief dans le granit, sont le
fruit d’un travail soigné. Elles sont beaucoup plus élégantes que les sculptures
des chapiteaux romans vus partout ailleurs dans la région.

= Datation

Ce portail date sans doute de la seconde moitié du 12e siècle. Il présente une
archivolte semblable à celles du portail occidental d’Yquelon et de la porte sud
de Bréville. Or les églises d’Yquelon et de Bréville sont des édifices romans de
la seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de la voussure au cintre
surbaissé - un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu profond -
dénotent l’influence exercée par l’église de Saint-Loup, édifice du début du 12e
siècle qui a été le départ d’une petite école régionale.

Ce portail présente une facture bien supérieure à celle des autres portails
romans de la région, dont il rassemble tous les éléments. Les moulurations des
voussures et de l’archivolte et les sculptures des corbeilles des chapiteaux
sont le fruit d’un travail soigné dans un matériau difficile à travailler du
fait de son extrême dureté. Le portail de Sartilly est à juste titre considéré
comme le plus beau portail roman de la région.

#Documents

* La bibliographie de Sartilly

* Le schéma de l’arcade et d'une colonnette du portail

#Notes

[1] D’après: Hulmel (Louis). Sartilly, in: Revue de l’Avranchin, tome XXI,
1924-1926, p. 507-508.

[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,
tome II, p. 643.

[3] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p.
111.

[4] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p.
112.


14. SYNTHESE


[Les éléments romans // Le plan des églises // Les appareils // L’architecture
extérieure / Les contreforts / Les baies / Les portails / Les tours //
L’architecture intérieure / Les plafonds et les voûtes / Les arcs // La
sculpture / Les chapiteaux / Les modillons // Le décor peint]

#Les éléments romans

Sont romans:

*à Saint-Martin-le-Vieux, le choeur et la nef (11e siècle);

*à Bréville, le choeur, la base de la tour et une partie de la nef (seconde
moitié du 12e siècle);

*à Yquelon, le choeur et la nef (seconde moitié du 12e siècle);

*à Saint-Pair-sur-Mer, une partie du choeur et la tour (première moitié du 12e
siècle);

*à Angey, le choeur et la base de la tour (seconde moitié du 12e siècle);

*à Saint-Jean-le-Thomas, la nef (11e et début du 12e siècle), avec un choeur
pré-roman datant du 10e siècle;

*à Dragey, la nef (11e ou premières années du 12e siècle);

*à Genêts, la croisée du transept et une partie des croisillons, ainsi que la
tour aux deux tiers de sa hauteur (milieu du 12e siècle);

*à Saint-Léonard-de-Vains, l’ensemble (début du 12e siècle), très remanié après
1793;

*à Saint-Loup, l’ensemble (première moitié du 12e siècle);

*à Saint-Quentin, la base de la tour et la nef (première moitié du 12e siècle).

Et enfin le beau portail de Sartilly (seconde moitié du 12e siècle).

#Le plan des églises

Les églises romanes sont formées pour la plupart d’un vaisseau rectangulaire
comprenant la nef et le choeur. Seul Genêts possède un large transept à bras
saillants.

Le choeur se termine par un chevet plat, à l’exception de celui de Saint-Loup
prolongé par une abside semi-circulaire.

La tour est souvent située dans l’axe du vaisseau, entre choeur et nef
(Saint-Pair, Bréville, Angey, Saint-Léonard, Saint-Quentin). A Saint-Loup, elle
s’élève au-dessus de la première travée du choeur. Elle est également accolée au
vaisseau: accolée à la première travée du choeur côté nord à Yquelon, accolée à
la partie orientale de la nef côté sud à Saint-Jean-le-Thomas. La tour s’élève
au-dessus de la croisée du transept à Genêts.

#Les appareils

Les maçonneries de la nef et du choeur présentent un appareil irrégulier fait de
moëllons de schiste si le sol est schisteux, ou de moëllons de granit si
l’église est construite sur un massif granitique. Seuls les murs du choeur de
Saint-Loup présentent un appareil régulier de granit.

Certains appareils irréguliers comprennent des éléments d’opus spicatum: le mur
latéral sud de la nef de Saint-Martin-le-Vieux, les murs latéraux de la nef de
Dragey, la base de la tour de Saint-Léonard-de-Vains. Cet appareil en arêtes de
poisson est un indice d’ancienneté. Ces édifices datent tous du 11e ou du tout
début du 12e siècle.

Les tours romanes sont formées d’un appareil régulier de granit à Saint-Pair,
Genêts et Saint-Loup. A Saint-Léonard, l’appareil régulier de la base (dans sa
partie supérieure) et du deuxième étage alterne avec un appareil irrégulier au
premier étage.

Les tympans du portail muré de Saint-Jean-le-Thomas et du portail occidental de
Saint-Loup sont formés de pierres de granit losangées disposées en appareil
réticulé. On retrouve ce même genre d’appareil réticulé au premier étage de la
tour de Saint-Loup, à l’écoinçon des arcatures jumelles.

#L’architecture extérieure

= Les contreforts

Les façades occidentales sont le plus souvent épaulées de deux contreforts plats
à leurs extrémités. Seule, la façade de Saint-Jean-le-Thomas est consolidée par
un contrefort plat central.

Les murs latéraux de la nef et du choeur sont épaulés de contreforts plats. Ils
montent de fond jusqu’au départ de la toiture, comme à Saint-Loup et
Saint-Quentin. Ou alors, comme à Bréville et Yquelon, ils prennent appui sur un
soubassement de pierre et supportent une corniche soutenue par des modillons.

= Les baies

Seule la façade occidentale d’Yquelon est percée d’un petit oculus orné sur son
pourtour de billettes. Les autres ouvertures romanes sont des baies en
plein-cintre longues et étroites.

Les piédroits et les arcs de ces baies sont en granit. Le cintre est souvent
creusé dans un linteau monolithe de granit (Yquelon, Bréville, Saint-Loup,
etc.). Il est quelquefois formé d’une rangée de claveaux de granit
(Saint-Jean-le-Thomas, Saint-Léonard-de-Vains). Le pourtour des baies est sans
ornement, sauf les baies du chevet de Saint-Léonard ornées d’une moulure
torique.

= Les portails

Les façades occidentales sont percées d’un portail central, sauf à
Saint-Martin-le-Vieux et Saint-Jean-le-Thomas. Les églises disposent souvent
d’un portail sud. Celui-ci est ouvert dans la nef à Dragey et
Saint-Jean-le-Thomas, ouvert dans la base de la tour à Bréville et
Saint-Quentin, et ouvert dans le choeur à Yquelon et Saint-Loup.

Les portes des églises les plus anciennes (11e ou tout début du 12e siècle) sont
surmontées d’un arc surbaissé reposant sur des piédroits sans ornement, comme
les portes de Saint-Martin-le-Vieux, Dragey ou Saint-Léonard. Les portes de
cette époque présentent aussi une arcade en plein-cintre. A Genêts, l’arcade de
la porte située dans le bras sud du transept est formée de deux épaisses
voussures non moulurées. Elle daterait du 11e siècle. L’arcade de la porte sud
de Saint-Jean-le-Thomas est formée d’une voussure ornée d’une simple moulure
torique. Elle daterait du début du 12e siècle.

Pour les églises de la première ou seconde moitié du 12e siècle, les arcades en
plein-cintre des portes sont formées d’une ou deux voussures moulurées
surmontées d’une archivolte.

A Saint-Loup et Saint-Quentin, édifices de la première moitié du 12e siècle, les
voussures sont moulurées d’un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu
profond, et l’archivolte est un cordon chanfreiné.

A Bréville et Yquelon, églises de la seconde moitié du 12e siècle, les voussures
sont moulurées d’un tore d’angle surmonté d’un chanfrein sculpté de
dents-de-scie peu visibles. L’archivolte est formée d’un épais cordon orné de
dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Elle
repose sur des têtes sculptées de part et d’autre de l’arcade. On retrouve ce
même genre d’archivolte à Sartilly.

Les voussures reposent sur d’épaisses colonnettes engagées. Le tailloir des
chapiteaux est carré, sauf à Saint-Loup et Saint-Quentin où il est mouluré en
quart-de-rond. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées en bas relief. Les
bases des colonnes sont carrées. Elles sont ornées d’un ou deux tores. A
Saint-Loup et Saint-Quentin, le chanfrein surmonté d’un tore est sculpté de
petites griffes triangulaires ou de bourrelets semi-circulaires entourant une
griffe centrale. A Saint-Léonard ou Sartilly, deux tores entourent une scotie.

Les linteaux sont formés d’épais blocs de granit rectangulaires (Saint-Loup,
Bréville) ou en bâtière (Saint-Jean-le-Thomas). Les tympans du portail
occidental et de la porte sud de Saint-Quentin sont formés d’un gros bloc
monolithe de granit.

Le plus beau portail roman est celui de Sartilly. Les moulurations des voussures
et de l’archivolte et les sculptures des chapiteaux sont très soignées. La
facture de ce portail est bien supérieure à celle des autres portails romans de
la région.

= Les tours

Seules les tours de Saint-Pair, Saint-Léonard-de-Vains et Saint-Loup sont
entièrement romanes. Ces tours ont deux étages. Celle de Saint-Léonard,
construite au début du 12e siècle, est percée à l’étage supérieur de longues
arcatures jumelles en plein-cintre.

Celles de Saint-Pair et de Saint-Loup, édifices de la première moitié du 12e
siècle, présentent des traits communs. Le premier étage est orné au nord et au
sud de deux arcatures aveugles jumelles. Le second étage est percé d’une baie
sur chaque face: une baie simple à Saint-Loup et une baie géminée à Saint-Pair.
La tour est surmontée d’une corniche soutenue par des modillons.

Pour les autres églises, la base seule est romane, et les étages supérieurs sont
plus récents. A Saint-Quentin, par exemple, les deux étages de la tour ont été
construits au 13e siècle. A Genêts, la partie inférieure de l’étage est romane.
La partie supérieure a été ajoutée dans les premières années du 17e siècle. Les
baies géminées romanes ont été prolongées par des baies trilobées gothiques.

#L’architecture intérieure

= Les plafonds et les voûtes

Les nefs sont toujours plafonnées. Elles sont surmontées d’une voûte en berceau
de bois refaite au 19e ou au 20e siècle. Seules les nefs de Bréville et
Saint-Jean-le-Thomas possèdent une voûte en berceau de plâtre.

Certains choeurs sont plafonnés. Une voûte en berceau de bois surmonte le choeur
de Saint-Jean-le-Thomas. Un plafond légèrement incurvé en plâtre surmonte celui
d’Angey. Les choeurs de Bréville et de Saint-Pair ont reçu une voûte en croisée
d’ogives au 15e ou au 16e siècle.

Seul le choeur d’Yquelon est surmonté d’une voûte en croisée d’ogives romane.
Les ogives, très épaisses, sont moulurées de deux tores d’angle encadrant une
petite moulure triangulaire saillante. Ces ogives reposent sur des culots. Les
clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en très bas relief inscrits
dans un cercle.

Les bases des tours sont délimitées par d’épais piliers. Les arcs supportés par
les piliers sont reçus par des pilastres (Angey, Bréville) ou des colonnes
engagées jumelées (Saint-Pair, Genêts, Saint-Léonard, Saint-Quentin).

Ces arcs déterminent sous la tour une voûte d’arêtes. A Saint-Pair ou à
Saint-Quentin, les arêtes reposent sur les angles rentrants formés par les
dosserets des pilastres ou ceux des colonnes. A Genêts et Saint-Léonard, les
arêtes sont reçues par des colonnes engagées de même profil que celles qui
reçoivent les arcs.

A Angey, la travée supportant la tour est surmontée d’une voûte en croisée
d’ogives. Les ogives, très épaisses, sont semblables à celles du choeur
d’Yquelon et reposent elles aussi sur de gros culots.

= Les arcs

Les arcs intérieurs sont fourrés. Ils reposent sur les pilastres ou les colonnes
par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné.
Seules les impostes de Saint-Loup et de Saint-Quentin sont moulurées en
quart-de-rond.

Les arcs des églises de la première moitié du 12e siècle sont en plein-cintre
(Saint-Loup, Angey et Saint-Quentin) ou très légèrement brisés (Saint-Pair).
Dans les églises de la seconde moitié du 12e siècle, à Bréville ou à Yquelon,
les arcs sont légèrement brisés. Seuls les arcs à triple rouleau de la croisée
du transept de Genêts ont un arc brisé beaucoup plus prononcé dû à l’influence
du Mont Saint-Michel. C’est un abbé du Mont, Robert de Torigni, qui fit
reconstruire l’église au milieu du 12e siècle.

#La sculpture

= Les chapiteaux

Les corbeilles des chapiteaux sont ornées de sculptures en bas relief d’une
extrême simplicité, du fait de la dureté du granit. Les Normands étaient avant
tout un peuple d’architectes. La sculpture était pour eux un art très secondaire
qui se limitait la plupart du temps à une ornementation géométrique.

Les corbeilles sont le plus souvent ornées de crochets d’angle très simples.
Certaines sont ornées de boules situées sous le tailloir (Bréville, Saint-Loup),
d’autres de motifs végétaux: feuilles de chêne et glands à Saint-Pair, feuilles
de chêne, volutes et feuilles d’acanthe très simplifiées à Sartilly. D’autres
encore sont sculptées de têtes d’angle à Saint-Loup ou à Saint-Quentin.

Seules les élégantes volutes et feuilles ornant les corbeilles du portail de
Sartilly contrastent avec la simplicité et la maladresse de l’ensemble.

= Les modillons

Les modillons romans sont en majorité sculptés de têtes plus ou moins
grossières, comme les modillons de Bréville, Saint-Léonard ou Saint-Quentin.
Quelques modillons sont sculptés de deux têtes accolées peu visibles à Bréville
et Saint-Loup.

Seuls les modillons soutenant la corniche du choeur de Saint-Loup sont
originaux. La porte sud est surmontée de modillons très curieux. L’un représente
un être grotesque mettant la main droite à la bouche alors que son bras gauche
est replié sur sa poitrine. L’autre représente un homme accroupi, les mains sur
les genoux. Au nord, un très gros modillon est sculpté d’une tête humaine avec
des moustaches. Les autres modillons représentent des têtes humaines ou des
têtes grotesques grimaçantes assez expressives.

#Le décor peint

Un beau décor peint du 12e siècle a été retrouvé en 1974 dans le mur latéral sud
de la nef de Saint-Jean-le-Thomas. Une partie du décor a été dégagée en décembre
1974. La partie dégagée comprend trois tableaux: le combat d’un homme contre un
ange, une scène champêtre et la lutte de Saint Michel contre le Démon. Ces
tableaux sont surmontés de frises de rinceaux. Peints en ocre et chamois sur
fond clair, ils présentent un intérêt d'autant plus grand que les décors peints
de l’époque romane sont pratiquement inexistants en Basse-Normandie.


15. BIBLIOGRAPHIE


[Bibliographie régionale / Histoire de la Normandie / L’art en Normandie / L’art
roman en Normandie / Le Cotentin et l’Avranchin / Les Pouillés / Les chemins
montois / Les cartes / Périodiques régionaux et locaux // Bibliographie par site
/ Saint-Martin-le-Vieux / Bréville / Yquelon / Saint-Pair-sur-Mer / Angey /
Saint-Jean-le-Thomas / Dragey / Genêts / Saint-Léonard-de-Vains / Saint-Loup /
Saint-Quentin / Sartilly]

#Bibliographie régionale

= Histoire de la Normandie

Boüard (Michel de). Guillaume le Conquérant. Paris, PUF, 1958, collection Que
sais-je?

Boüard (Michel de), sous la direction de. Histoire de la Normandie. Toulouse,
Privat, 1970.

Boüard (Michel de), sous la direction de. Documents de l’histoire de la
Normandie. Toulouse, Privat, 1972.

Guide géologique régional: Normandie. Paris, Masson, 1977.

= L’art en Normandie

La Normandie monumentale et pittoresque. Le Havre, Lemale et Cie, 1899. Manche I
et II, in folio.

Huard (George). L’art en Normandie. Paris, Les Beaux-Arts, 1928.

Jalabert (Denise). L’art normand au Moyen-Age. Paris, La Renaissance du Livre,
1929.

Congrès archéologique de France. Paris, Société française d’archéologie, 1966.
Manche, 124e session.

Dictionnaire des églises de France. Paris, R. Laffont, 1968, tome IV B:
Normandie.

= L’art roman en Normandie

Ruprich-Robert (Victor). L’architecture normande aux XIe et XIIe siècles. Paris,
Librairie des imprimeurs réunis, 1885-1887, 3 volumes in folio.

Boüard (Michel de). L’art roman en France: Normandie – Bretagne. Paris,
Flammarion, 1961.

Musset (Lucien). La Normandie romane. La Pierre-qui-Vire, Zodiaque, 1975, tome
I.

= Le Cotentin et l’Avranchin

Desroches (Jean-Jacques). Annales religieuses de l’Avranchin, in: Mémoires de la
Société des antiquaires de Normandie, 1844, p. 399-497.

Le Héricher (Edouard). Avranchin monumental et historique. Avranches, chez
Tostain, 1845-1865, 3 volumes. (Réimpression: Brionne, G. Montfort, 1980.)

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, 2
volumes. (Réimpression: Marseille, Laffite Reprints, 1981.)

Chesnel (P.). Le Cotentin et l’Avranchin sous les ducs de Normandie (911-1204).
Caen, H. Delesques, 1912.

= Les Pouillés

= Pour le diocèse de Coutances

Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des historiens
de la France, tome XXIII, 1876, p. 493-542. (Pouillé de 1251-1279 avec
interpolations jusqu’en 1316 ou Livre noir du Chapitre)

Longnon (Auguste). Le diocèse de Coutances, in: Pouillés de la province de
Rouen, Paris, Imprimerie nationale, 1903, p. 269-363. (Pouillé de 1332-1336 ou
Livre blanc du Chapitre)

= Pour le diocèse d’Avranches

Longnon (Auguste). Le diocèse d’Avranches, in: Pouillés de la province de Rouen,
Paris, 1903, p. 163-178 (Pouillé vers 1380) et p. 153-162 (Pouillé de 1412).

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 638-678. (Pouillé de 1412 ou Livre blanc de l’Evêché d’Avranches)

= Les chemins montois

Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie Genêts-Tombelaine.
Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 232 et 248. (Plan de la commune et
plan du bourg de Genêts)

Tardif (Ernest-Joseph). Saint-Pair-sur-Mer au XIVe siècle: notes historiques et
topographiques, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1911, p.
139-179.

Bouhier (Claude). Les chemins montois dans les anciens diocèses d’Avranches et
de Coutances, in: Millénaire monastique du Mont Saint-Michel, Paris,
Lethellieux, 1971, tome III, p. 251-270.

= Les cartes

Carte de Cassini (XVIIIe siècle) n° 127: Granville et la baie du Mont
Saint-Michel.

Carte de Cassini (XVIIIe siècle) n° 95: Avranches.

Cartes géologiques de Coutances et d’Avranches au 1/80.000e publiées par le
Service de la carte géologique du ministère de l’Industrie.

Carte touristique n° 16: Rennes – Granville au 1/100.000e publiée par l’Institut
géographique national.

= Périodiques régionaux et locaux

Annuaire des cinq départements de la Normandie

Annuaire du département de la Manche

Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie

Mémoires de la Société archéologique d’Avranches

Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie

Le Pays de Granville (Le)

Revue de l’Avranchin

Revue du département de la Manche

#Bibliographie par site

= Saint-Martin-le-Vieux

Renault. Le canton de Bréhal, in: Annuaire du département de la Manche, 1854, p.
29-31.

Béhier (Pierre). Bréhal-Chanteloup. Coutances, OCEP, 1969, p. 31-32 et 237-242.

= Bréville

Archives paroissiales: Registre n° 1 de la paroisse Notre-Dame de Bréville.

Renault. Le canton de Bréhal, in: Annuaire du département de la Manche, 1854, p.
31-34.

Le Légard (Marcel). Bréville-sur-Mer (Manche), in: Dictionnaire des églises de
France. Paris, R. Laffont, 1968, tome IV B: Normandie, p. 25.

= Yquelon

Archives municipales: Registre des délibérations du conseil municipal
(1880-1904).

Archives municipales: Registre des délibérations du conseil municipal
(1962-1978).

Lomas (M. de). Les découvertes d’Yquelon, in: Bulletin de la Société des
antiquaires de Normandie, tome XIV (1886-1887), p. 43-47.

Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, tome VIII, 1897, p.
237-248.

X. Documents relatifs à l’église et à la seigneurie d’Yquelon, in: Le Pays de
Granville, 1906, p. 139.

Biguet (E.). Quelques notes sur Yquelon, in: Le Pays de Granville, 1932, p.
152-153.

= Saint-Pair-sur-Mer

Archives paroissiales (: nombreux documents du 19e siècle concernant la
reconstruction d’une partie de l’église).

Hantraye. Notice archéologique sur l’église de Saint-Pair, in: Mémoires de la
Société archéologique d’Avranches, tome I, 1842, p. 241-255.

Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans
l’église de cette paroisse. Rennes, A. Le Roy, 1888.

Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches,
Avranches, 1898, tome I.

Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq
départements de la Normandie, 1911, p. 237-259.

Beaurepaire (Georges de). L’église de Saint-Pair, in: La Normandie monumentale
et pittoresque. Lemale et Cie, 1899, Manche II, p. 272-276.

Biguet (E.). Saint-Pair-sur-Mer: sa baronnie – son église – ses saints, in: Le
Pays de Granville, 1934, p. 192-220 (avec un cliché de l’ancienne église
reproduit p. 199).

Hulmel (L.). Notes d’histoire sur Saint-Pair-sur-Mer et Kairon, in: Revue de
l’Avranchin, tome XXXII, 1942-1943, p. 583-588.

Bouhier (Claude). Inventaire des découvertes archéologiques du département de la
Manche. Thèse de doctorat de l’Université de Caen, 1962, p. 415.
Angey

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 351.

= Saint-Jean-le-Thomas

Archives paroissiales: Registre paroissial de l’église de Saint-Jean-le-Thomas
(1881-1978).

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 372-378.

Barbot (L.). Saint-Jean-le-Thomas: son passé, son présent, son avenir.
Avranches, 1912.

Biguet (E.). Excursion à Saint-Jean-le-Thomas, Genêts, Vains, Saint-Léonard, in:
Le Pays de Granville, 1932, p. 200-210.

Seguin (Jean). Genêts, Saint-Jean-le-Thomas et leurs environs. 1932.

Guilbert (Michel). L’église de Saint-Jean-le-Thomas, in: Revue du département de
la Manche, tome XII, avril 1970, p. 81-93.

Percepied (Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, Imprimerie Arnaud-Bellée,
1976.

= Dragey

Archives paroissiales: Registre paroissial de l’église Saint-Médard de Dragey.

Archives municipales: Registre des délibérations du conseil municipal de Dragey
(1955-1972).

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 357-358.

Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le département de la
Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 225-226.

= Genêts

Archives paroissiales: Registre paroissial de Genêts.

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 358-360.

Pigeon (Emile-Auber). Genêts ou une ville déchue, in: La Normandie monumentale
et pittoresque. Le Havre, Lemale et Cie, 1899, p. 246-254.

Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie Genêts-Tombelaine.
Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901.

Seguin (Jean). Genêts, Saint-Jean-le-Thomas et leurs environs. Avranches, 1932.

Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le département de la
Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 233-234.

Martin-Demezil (Jean). Eglise de Genêts, in: Congrès archéologique de France.
Paris, Société française d’archéologie, 1966. Manche, 124e session, p. 378-385.

Erlande (Alain). Genêts (Manche): Eglise Notre-Dame et Saint-Sébastien, in:
Dictionnaire des églises de France. Paris, R. Laffont, 1968, tome IV B, p.
78-79.

= Saint-Léonard-de-Vains

Pigeon (Emile-Auber). Saint Léodovald ou Saint Léonard, in: Mémoires de la
Société académique du Cotentin, Avranches, 1895, p. 99-100.

Pigeon (Emile-Auber). Le prieuré de Saint-Léonard-de-Vains, in: La Normandie
monumentale et pittoresque. Le Havre, Lemale et Cie, 1899, Manche II, p.
101-104.

Lemaitre (Victor). Paroisse Saint-Pierre-de-Vains et Saint-Léonard au diocèse de
Coutances et d’Avranches. Coutances, 1919.

Musset (Lucien). Vains, in: Normandie romane. La Pierre-qui-Vire, Zodiaque,
1975, tome I, p. 43.

Bindet (Jean). Le prieuré de Saint-Léonard-de-Vains, in: Revue de l’Avranchin et
du Pays de Granville, décembre 1976, tome LIII, p. 281-291.

= Saint-Loup

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 392-393.

Régnier (Louis). Une église romane de l’Avranchin: Saint-Loup, in: Annuaire des
cinq départements de la Normandie, 1891, p. 258-272.

Beaurepaire (Charles de). L’église de Saint-Loup, in: La Normandie monumentale
et pittoresque. Lemale et Cie, 1899, Manche I, p. 95-98.

Fournée (Jean). L’église de Saint-Loup, in: Congrès archéologique de France.
Paris, Société archéologique de France, 1966. Manche, 124e session, p. 386-397.

Musset (Lucien). Saint-Loup-sous-Avranches, in: La Normandie romane. La
Pierre-qui-Vire, Zodiaque, 1966, tome I, p. 41.

Erlande (Alain). Saint-Loup, in: Dictionnaire des églises de France. Paris, R.
Laffont, 1968, tome IV B, p. 165-166.

Masselin (M.) et Hulmel (L.). Monographie de la paroisse de Saint-Loup, in:
Revue de l’Avranchin, tome LIV, 1977, p. 111-134.

= Saint-Quentin

Archives municipales: Dossier de l’église (rassemble des documents du 20e siècle
concernant les restaurations).

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 394-395.

Pigeon (Emile-Auber). L’église de Saint-Quentin, in: La Normandie monumentale et
pittoresque. Lemale et Cie, 1899, Manche II, p. 215-216.

Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin, tome XXIV, 1931,
p. 469-480.

Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le département de la
Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 288-289.

Le Légard (Marcel). Saint-Quentin-sur-le-Homme (Manche), in: Dictionnaire des
églises de France. Paris, R. Laffont, 1968, tome IV B, p. 173-174.

= Sartilly

Archives municipales: Registre des délibérations du conseil municipal de
Sartilly (1837-1864), p. 111-112.

Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome
II, p. 371-372.

Hulmel (Louis). Sartilly, in: Revue de l’Avranchin, tome XXI, 1924-1926, p.
507-518 (avec deux clichés de l’église romane détruite, p. 514 et 518).


16. ICONOGRAPHIE


[Cartes de la région // Plans des églises // Schémas des portes et colonnes //
Photos // Notes]

#Cartes de la région

* Carte indiquant l'emplacement des églises (carte numérisée)

* Carte géologique (carte numérisée) [1]

* Les chemins montois des anciens diocèses de Coutances et d’Avranches (carte
numérisée) [2]

* Le doyenné de Saint-Pair (carte numérisée)

* Le doyenné de Genêts (carte numérisée)

#Plans des églises

[Les plans ont été réalisés à partir de mesures relevées sur place, soit
intégralement (Saint-Martin-le-Vieux, Bréville, Yquelon, Angey, Dragey, Genêts,
Saint-Léonard-de-Vains, Saint-Loup et Saint-Quentin), soit en complément de
croquis existants (Saint-Pair et Saint-Léonard-de-Vains).]

* Plan de l’église de Saint-Martin-le-Vieux (plan numérisé)

* Plan de l’église de Bréville (plan numérisé)

* Plan de l’église d’Yquelon (plan numérisé)

* Plan de l’église de Saint-Pair (1888) montrant les fondations de l’oratoire du
6e siècle (plan numérisé) [3]

* Plan de l’église de Saint-Pair avant 1880 (plan numérisé) [4]

* Plan actuel de l’église de Saint-Pair (plan numérisé) [5]

* Plan de l’église d’Angey (plan numérisé)

* Plan de l’église de Saint-Jean-le-Thomas (plan numérisé) [6]

* Plan de l’église de Dragey (plan numérisé)

* Plan de l’église de Genêts (plan numérisé)

* Plan du prieuré de Saint-Léonard-de-Vains (plan numérisé)

* Plan de l’église de Saint-Loup (plan numérisé)

* Plan de l’église de Saint-Quentin (plan numérisé)

#Schémas des portes et colonnes

[Les schémas ont tous été réalisés à partir de mesures relevées sur place.]

* Bréville: la porte sud (schéma numérisé)

* Yquelon: le portail occidental (schéma numérisé)

* Yquelon: la porte sud (schéma numérisé)

* Saint-Pair: le pilier sud-ouest de la tour (schéma numérisé)

* Saint-Jean-le-Thomas: le portail sud (schéma numérisé)

* Genêts: la porte et la colonne du bras sud du transept (schéma numérisé)

* Genêts: le pilier sud-est de la tour (schéma numérisé)

* Saint-Loup: le portail occidental (schéma numérisé)

* Saint-Loup: la porte sud (schéma numérisé)

* Saint-Quentin: la porte sud (schéma numérisé)

* Sartilly: l’arcade et une colonnette du portail roman (schéma numérisé)

#Photos

* Photos noir et blanc (24 photos)

Photos en couleur (117 photos): Saint-Martin-le-Vieux (4 photos) / Bréville (17
photos) / Yquelon (11 photos) / Saint-Pair-sur-Mer (9 photos) /
Saint-Jean-le-Thomas (19 photos) / Dragey (9 photos) / Genêts (13 photos) /
Saint-Léonard-de-Vains (9 photos) / Saint-Loup (12 photos) / Saint-Quentin (6
photos) / Sartilly (8 photos)

#Notes

[1] Carte réalisée d’après les cartes géologiques de Coutances et d’Avranches
publiées par le Service de la carte géologique du ministère de l’Industrie.

[2] Carte réalisée d’après les informations données par Claude Bouhier dans: Les
chemins montois dans les anciens diocèses de Coutances et d’Avranches, in:
Millénaire monastique du Mont Saint-Michel. Paris, Lethellieux, 1971, tome III,
p. 251-270.

[3] Plan du choeur de l’église de Saint-Pair (1888) montrant les fondations de
l’oratoire du 6e siècle et l’emplacement des sarcophages, dans: Pigeon
(Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches,
1888, tome I, p. 36.

[4] Plan réalisé à partir de croquis trouvés dans les archives paroissiales et
complété par des mesures prises sur place. Aucun document n’a été retrouvé
concernant l’emplacement exact des ouvertures de la nef et des chapelles du
choeur.

[5] Plan réalisé à partir de croquis trouvés dans les archives paroissiales et
complété par des mesures prises sur place. Le système de voûtement des parties
postérieures à 1880 n’a pas été représenté.

[6] Sur la base d’un croquis complété par des mesures prises sur place.
Communiqué par la Conservation régionale des monuments historiques de Caen, ce
croquis a été dessiné le 3 juin 1965 par Yves-Marie Froidevaux, architecte en
chef des monuments historiques.


17. PHOTOS EN NOIR ET BLANC


1. Saint-Martin-le-Vieux. L'église vue côté nord.

2. Saint-Martin-le-Vieux. Le mur et la porte sud.

3. Bréville. L'église vue côté sud.

4. Bréville. Modillons sculptés de têtes humaines.

5. Yquelon. L'église vue côté nord.

6. Yquelon. La voûte en croisée d'ogives du choeur.

7. Saint-Pair. L'église vue du nord-est.

8. Saint-Pair. La tour romane côté nord.

9. Saint-Pair. Chapiteau sculpté de la base de la tour.

10. Sartilly. Le portail sud.

11. Sartilly. Colonnettes du portail.

12. Angey. L'église vue côté sud.

13. Saint-Jean-le-Thomas. L'église vue côté sud.

14. Saint-Jean-le-Thomas. Le mur nord du coeur.

15. Dragey. L'église vue du sud-ouest.

16. Dragey. Le mur latéral sud de la nef.

17. Genêts. L'église vue du sud-ouest.

18. Genêts. La croisée du transept.

19. Saint-Léonard-de-Vains. L'église vue côté sud.

20. Saint-Loup. L'église vue de l'ouest.

21. Saint-Loup. La porte sud.

22. Saint-Loup. Baie du deuxième étage de la tour.

23. Saint-Quentin. L'église vue du sud-ouest.

24. Saint-Quentin. Vue intérieure.


18. PHOTOS EN COULEUR


= Carte

[001] Carte de la région du Mont Saint-Michel.

= Saint-Martin-le-Vieux

[002] Saint-Martin-le-Vieux. Les ruines de l’église romane, avec le mur sud de
la nef (11e siècle) et le double campanile ajouté au 16e siècle. L’ensemble est
envahi par la végétation. Les maçonneries présentent un appareil irrégulier fait
de moëllons de schiste et de granit. Les arcs et piédroits des ouvertures sont
en granit. Le schiste est la pierre locale. Le granit provient du massif
granitique de Vire affleurant à quelques kilomètres au sud.

[003] Saint-Martin-le-Vieux. Les ruines de l'église romane. Entre le choeur
(remanié) et la nef romane, le double campanile ajouté au 16e siècle et édifié
en granit rose de Chausey. Pendant la Révolution, l’église servit d’arsenal et
tout son mobilier fut vendu. Elle fut rendue au culte en 1801. Vétuste, elle ne
fut plus utilisée à partir de 1805. La paroisse fut rattachée à celle de Bréhal,
situé à deux kilomètres.

[004] Saint-Martin-le-Vieux. Le mur sud de la nef romane. La grande baie à l’arc
surbaissé date sans doute du 16e siècle, tout comme le double campanile. A
droite de la grande baie, on distingue une petite baie romane bouchée, au cintre
creusé dans un linteau monolithe de granit.

[005] Saint-Martin-le-Vieux. Le mur sud de la nef romane et sa porte, avec son
cintre surbaissé et ses piédroits aux contours chanfreinés. La petite baie
présente sur la gauche est elle aussi romane. Son cintre est creusé dans un
linteau monolithe de granit. La petite baie trilobée située au-dessus de la
porte date sans doute du 16e siècle.

= Bréville

[006] Bréville. L’église romane, vue de loin, et ses alentours. Le village de
Bréville est situé sur la côte à six kilomètres au nord de Granville.

[007] Bréville. L’église romane perdue dans les arbres. L’église est placée sous
le vocable de Notre-Dame. Le second saint est Saint Hélier.

[008] Bréville. L’église romane est formée d’une nef de deux travées suivie d’un
choeur de deux travées à chevet plat. La tour carrée s’élève entre choeur et
nef. Les parties romanes datent de la deuxième moitié du 12e siècle. Ce sont la
majeure partie de la nef, la base de la tour et les murs latéraux du choeur.

[009] Bréville. L’église romane. La construction à cinq pans située dans le
prolongement du choeur fut ajoutée au 19e siècle pour abriter la sacristie.

[010] Bréville. La tour, située entre choeur et nef. Sa base est romane. L’étage
et la flèche datent de la fin du 15e ou du début du 16e siècle. Les maçonneries
présentent un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste. Le granit est
utilisé pour les contreforts, le pourtour des ouvertures, les pilastres, les
colonnes et les arcs. Le schiste et le granit sont tous deux des matériaux
locaux.

[011] Bréville. L’étage et la flèche de la tour. L’étage est percé sur chaque
face d’une ouverture longue et étroite. Au-dessus s’élève une flèche octogonale
de pierre aux angles adoucis par des tores, avec un petit gâble à fines
colonnettes situé dans le prolongement de chaque ouverture.

[012] Bréville. La base de la tour (côté sud) et sa porte romane. L'arcade en
plein-cintre de cette porte est formée d’une voussure moulurée d’un tore suivi
d’un chanfrein sculpté de dents-de-scie peu visibles. Le claveau central de la
voussure est orné d’une grande tête sculptée en fort relief. L’archivolte est
formée d’un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en
creux d’un rang de bâtons brisés. L’archivolte repose à droite sur une pierre
sculptée d’une tête humaine. A gauche, elle disparaît dans les maçonneries de la
nef. Les corbeilles des chapiteaux des colonnettes engagées sont sculptées de
deux crochets d’angle très abîmés encadrés de boules.

[013] Bréville. La base de la tour (côté sud) et sa porte romane. Une pierre en
forme de tête humaine est visible au-dessus de cette porte. Sculptée dans le
calcaire, pierre friable, cette tête a mal résisté à l’usure du temps,
contrairement aux têtes sculptées dans le granit.

[014] Bréville. La base de la tour (côté sud) et sa porte romane. L’archivolte
surmontant l’arcade en plein-cintre repose à droite sur une pierre de granit
sculptée d’une tête humaine.

[015] Bréville. Sous la corniche, un modillon roman sculpté d’une tête humaine.
La plupart des modillons, plus récents, sont taillés en biseau.

[016] Bréville. Un autre modillon roman sculpté d’une tête humaine est visible
au-dessus de la baie percée dans la seconde travée de la nef. Cette baie au
cintre surbaissé a remplacé une petite baie romane en 1832.

[017] Bréville. Le choeur roman (intérieur). Sa voûte en croisée d’ogives date
de la fin du 15e ou du début du 16e siècle. Le carrelage de la deuxième travée
du choeur date de 1863. Le sol de la première travée est recouvert de dalles de
schiste (dalles de Beauchamps) posées en 1969.

[018] Bréville. La nef romane (intérieur). Son plafond en bois fut remplacé par
un plafond en plâtre en 1852. La porte et la grande baie visibles dans le mur du
fond (qui correspond au mur de façade) sont sans grand caractère, la façade
occidentale ayant été remaniée en 1783. La porte chevillée en chêne date de
1970. Les murs sont recouverts d’un enduit à la chaux refait en 1969. Le sol fut
recouvert de dalles de schiste (dalles de Beauchamps) à la même date.

[019] Bréville. La base de la tour, entre choeur et nef (intérieur). Au premier
plan, un arc intérieur aux arêtes chanfreinées repose sur des demi-colonnes
engagées. Cet arc, qui sépare le choeur de la base de la tour, fut remanié lors
de la réfection du choeur au 15e ou 16e siècle. A l’arrière-plan, l’arc séparant
la nef de la base de la tour appartient à l’édifice roman original. Il s’agit
d’un arc fourré et légèrement brisé aux claveaux irréguliers. Cet arc repose sur
deux épais pilastres pris dans l’épaisseur du mur. L’imposte des pilastres est
moulurée en forme de bandeau chanfreiné.

[020] Bréville. Vue partielle du grand autel situé dans le chevet du choeur,
avec une statue de Notre Dame (l’église est placée sous son vocable) et une
statue de Saint Hélier, qui est le second saint.

[021] Bréville. Détail du grand autel situé dans le chevet du choeur. La statue
de Notre Dame. L’église est placée sous son vocable.

[022] Bréville. Détail du grand autel situé dans le chevet du choeur. La statue
de Saint Hélier, qui est le second saint de l’église.

= Yquelon

[023] Yquelon. L’église romane date de la seconde moitié du 12e siècle. Le
village d’Yquelon est situé à deux kilomètres de Granville. D’origine
scandinave, le terme d’Yquelon signifie “branche de chêne”.

[024] Yquelon. L’église romane est formée d’une nef de deux travées suivie d’un
choeur de deux travées à chevet plat. La tour, carrée et massive, est accolée à
la première travée du choeur côté nord. Ses trois étages sont en léger retrait
les uns par rapport aux autres et terminés par un toit en bâtière. Les
ouvertures rectangulaires percées dans les étages indiquent que la tour a été
reconstruite, du moins en partie, depuis le 12e siècle.

[025] Yquelon. La façade occidentale romane. Son appareil irrégulier est fait de
moëllons de schiste et de granit, matériaux locaux. A chaque extrémité, un
contrefort plat prend appui sur un muret de pierre. Si la façade est romane, les
trois baies en plein-cintre situées au-dessus du portail datent de 1896. Elles
ont remplacé une grande baie rectangulaire qui avait elle-même remplacé les deux
petites baies romanes d’origine.

[026] Yquelon. La façade occidentale romane. Son mur pignon est surmonté d’une
croix antéfixe aux branches bifides.

[027] Yquelon. La façade occidentale romane. L'oculus du mur pignon est
d’origine. Le pourtour de l’oculus est orné de billettes avec, dans sa partie
inférieure, une pierre sculptée de deux têtes humaines en fort relief.

[028] Yquelon. La façade occidentale romane. L’arcade en plein-cintre du portail
roman est formée d’une voussure faite de blocs de granit et reposant sur des
piédroits en granit. Le claveau central de la voussure est sculpté d’une tête
humaine en fort relief. L’archivolte est formée d’un cordon saillant orné de
dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Le
tympan de granit fut restauré en 1897 et sculpté d’une croix d'inspiration
romane.

[029] Yquelon. La façade occidentale romane. Détail de l’arcade en plein-cintre
du portail. L’archivolte repose à chaque extrémité sur une pierre de granit
sculptée d’une tête humaine.

[030] Yquelon. Le choeur roman (intérieur). La nef ouvre sur le choeur par un
arc triomphal très épais, fourré et légèrement brisé, qui repose sur deux
pilastres pris dans l’épaisseur du mur. Les deux travées du choeur sont séparées
par un arc doubleau, lui aussi épais et légèrement brisé.

[031] Yquelon. Le choeur roman (intérieur). Chaque travée est surmontée d’une
voûte en croisée d’ogives. Les deux clefs de voûte sont sculptées de motifs
géométriques en faible relief compris dans un cercle: motifs triangulaires pour
l’une et motifs semi-circulaires pour l’autre.

[032] Yquelon. Le choeur roman (intérieur). Les ogives, très larges, sont ornées
de deux épais tores d’angle entourant une petite moulure triangulaire saillante.

[033] Yquelon. Le choeur roman (intérieur). Doubleaux et ogives reposent sur des
culots en forme de pyramide renversée. Le culot du centre supporte à la fois la
retombée d’un doubleau et celle de deux ogives. Il est surmonté d’un tailloir
carré légèrement chanfreiné.

= Saint-Pair-sur-Mer

[034] Saint-Pair-sur-Mer. L’ancienne église romane, d’après un dessin d’E.
Biguet (Le Pays de Granville, 1934, p. 199). En 1880 et 1881, au début de
l’essor des stations balnéaires, la nef romane fut détruite pour être remplacée
par une nef plus grande doublée d'un transept. L’église agrandie fut consacrée
le 26 août 1888.

[035] Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane date de la première moitié du 12e
siècle. De forme carrée, elle comprend deux étages en léger retrait surmontés
d’une flèche octogone. Au premier étage, un groupe de deux arcatures aveugles
est présent au nord et au sud. Au deuxième étage, de grandes baies géminées sont
présentes sur les quatre faces. Séparées par une colonnette trapue à tailloir et
base carrés, ces baies géminées sont surmontées d’une arcade en plein-cintre
ornée d’une simple moulure torique et reposant sur des colonnettes engagées.

[036] Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane (intérieur). La tour repose sur quatre
piliers massifs supportant quatre arcs fourrés et légèrement brisés. Ces piliers
déterminent la voûte d’arêtes située sous la tour. Les piliers observent entre
eux une symétrie parfaite.

[037] Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane (intérieur). Détail du pilier nord.
S'appuyant sur un dosseret, un pilastre cantonné de deux colonnes engagées est
surmonté d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. L’imposte forme
aussi le tailloir des chapiteaux. La corbeille des chapiteaux est sculptée de
crochets d’angle taillés dans le granit.

[038] Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane (intérieur). Le chapiteau du pilier
nord-ouest. La sculpture fruste en bas relief de sa corbeille est taillée dans
le granit. A l’angle, on voit un buste d’homme, avec une grosse tête. Son bras
droit est levé alors que son bras gauche est replié sur sa poitrine. Une branche
de chêne est visible sur la droite.

[039] Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane (intérieur). Un autre chapiteau de
granit est sculpté d’un crochet d’angle en faible relief. Les corbeilles des
chapiteaux des piliers nord-ouest, nord-est et sud-est sont toutes ornées de
crochets d’angle de ce type.

[040] Saint-Pair-sur-Mer. Le sarcophage de Saint Pair. Un autel en pierre datant
du 19e siècle recouvre le sarcophage de Saint Pair. Saint Pair (482-565) fonda
avec Saint Scubilion un oratoire dont les fondations sont présentes sous le
choeur de l’église actuelle. Il donna aussi son nom au village connu auparavant
sous le vocable romain de Scessiacus (Scissy). Les sarcophages en calcaire
coquiller de Saint Pair et de Saint Scubilion furent retrouvés en 1875, à
l’occasion de fouilles faites par l’abbé F. Baudry.

[041] Saint-Pair-sur-Mer. La châsse de Saint Gaud, sise sur l’autel recouvrant
son sarcophage. L’église est également un lieu de pèlerinage voué au culte de
Saint Gaud, qui dispose de sa propre chapelle, construite au 19e siècle dans le
mur nord du choeur. Saint Gaud (400-491) aurait été le deuxième évêque d’Evreux.
Après quarante ans d’épiscopat, il se serait démis de ses fonctions pour venir
se retirer dans la solitude du bourg de Scissy. Le sarcophage de Saint Gaud fut
retrouvé en 1131 (soit bien avant celui de Saint Pair) en creusant les
fondations de la tour romane.

[042] Saint-Pair-sur-Mer. Le choeur (intérieur). Dans la seconde travée du
choeur actuel, on observe une double ligne de dallages noirs encadrant une
rangée de dallages clairs, le tout recouvrant de façon très précise les
fondations de l’ancien oratoire. Ces fondations forment une abside
semi-circulaire prolongée par des murs latéraux qui se perdent ensuite dans la
construction romane. Au premier plan, une pierre tombale blanche indique
l’endroit où était enterré le sarcophage de Saint Pair.

= Saint-Jean-le-Thomas

[043] Saint-Jean-le-Thomas. L’église est formée d’une longue nef romane (11e et
début du 12e siècle) et d’un choeur pré-roman (10e siècle) à chevet plat. Le
portail roman percé dans le mur latéral sud de la nef est précédé d’un large
porche datant du 15e siècle. La tour, carrée et massive, est elle aussi accolée
au mur sud de la nef. Construite en 1895 et 1896 pour remplacer un clocher
vétuste, cette tour comprend deux étages surmontés d’une balustrade ajourée.
Elle fut édifiée en granit des carrières de Saint-James.

[044] Saint-Jean-le-Thomas. La façade occidentale et la tour. Le mur de façade
est surmonté d’un léger glacis recouvert de plaquettes de schiste, en arrière
duquel s’élève le mur pignon. Cette façade ne comprend pas de porte. Sa partie
médiane est occupée par un contrefort plat se terminant par un glacis à la base
du pignon. Les deux petites baies romanes situées de part et d’autre du
contrefort furent réouvertes en 1973. La baie plus récente située dans le mur
pignon fut murée à la même date.

[045] Saint-Jean-le-Thomas. Le choeur pré-roman et son mur latéral sud. Ce mur
est fait de moëllons de granit pris dans un épais mortier. La petite baie en
plein-cintre est romane. La grande baie fut percée en 1895, au moment de la
reconstruction de la tour.

[046] Saint-Jean-le-Thomas. Le choeur pré-roman et son mur latéral nord. Haut
situées, les trois petites baies en plein-cintre sont surmontées de claveaux de
briques. La grande baie en plein-cintre à l'arcade trilobée fut ouverte en 1895.

[047] Saint-Jean-le-Thomas. Le choeur pré-roman et son mur latéral nord. Détail
de l’appareil de petits blocs de granit assez réguliers pris dans d’épais joints
de mortier. Près de la baie ouverte en 1895, des maçonneries plus récentes sont
faites de moëllons de schiste et de granit, matériaux locaux.

[048] Saint-Jean-le-Thomas. Le choeur pré-roman (intérieur)et son mur latéral
nord. L’appareil de granit des murs et les claveaux de briques des baies sont
également visibles à l’intérieur, suite à la restauration du choeur en 1965 sous
la direction d’Yves-Marie Froideveaux, architecte en chef des monuments
historiques. Les cinq petites baies aux claveaux de briques (trois au nord et
deux au sud) furent retrouvées et réouvertes à cette date.

[049] Saint-Jean-le-Thomas. Le choeur pré-roman (intérieur). Les deux grandes
baies en plein-cintre visibles de part et d’autre du choeur furent ajoutées en
1895, lors de la reconstruction de la tour.

[050] Saint-Jean-le-Thomas. Le choeur pré-roman (intérieur). Sa voûte en berceau
de bois fut ajoutée en 1965 et terminée en 1973.

[051] Saint-Jean-le-Thomas. La nef romane (intérieur). Construite au 11e siècle,
la nef fut terminée au début du 12e siècle. Sa voûte en berceau est en plâtre.
Le sol est recouvert de larges dalles de granit. Dans le mur occidental (situé
au fond), les deux baies romanes ont été réouvertes en 1964, après avoir été
retrouvées sous l’enduit. La baie supérieure – une baie médiane située dans le
mur pignon – fut murée à la même date. Ses piédroits de granit restent toujours
bien visibles.

[052] Saint-Jean-le-Thomas. L’église (intérieur). Des peintures murales furent
dégagées en décembre 1974 dans le mur latéral sud de la nef. L’existence de
décors peints aussi anciens (ils dateraient du 12e siècle), très rares dans
cette région, était ignorée jusqu’en 1974, date de la réfection des enduits
intérieurs de la nef. Des taches de couleur attirèrent l’attention de l’abbé
Porée, curé de l’église, qui fit intervenir les fresquistes des Beaux-Arts.

[053] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Dans la partie dégagée en décembre 1974, trois tableaux se
succèdent: le combat d’un homme contre un ange (sur le tympan du portail muré),
une lutte entre deux personnages et une scène champêtre. Ces tableaux sont
surmontés de frises. Une autre partie, située à l’est du tympan, devait être
dégagée par la suite.

[054] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Sur le tympan du portail muré, le combat d’un homme contre un
ange, “un combat qui pourrait être celui de Jacob contre l’ange envoyé de Dieu,
ou Dieu lui-même manifesté sous une forme visible” (abbé Porée).

[055] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Dans cette scène champêtre, avec épis de blé visibles à gauche,
un personnage portant une grande cape tient une outre et verse du vin dans un
coupe que lui tient un autre personnage. A droite, un troisième personnage muni
d’un instrument aratoire est en partie effacé.

[056] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Le troisième tableau, dont la plus grande partie a disparu,
représente la lutte entre un personnage à cape dont la tête est surmontée d’une
auréole et un autre personnage recouvert d’une armure qui semble être à terre.
Il s’agirait de “la lutte de Saint Michel contre le Démon” (abbé Porée).

[057] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Sur ce détail (situé entre la scène champêtre et la scène de
lutte), on voit que le décor est peint à même l’enduit à la chaux, ce qui
explique le fond clair. Ces peintures murales seraient l’oeuvre de pèlerins du
Mont Saint-Michel, l'église étant située sur une voie montoise.

[058] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Sur cet autre détail (vue partielle de la scène de lutte), on
voit que tous les contours sont dessinés en peinture ocre. Les surfaces
intérieures sont peintes en ocre et en chamois. Seules ces deux couleurs sont
utilisées.

[059] Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur latéral
sud de la nef. Les tableaux sont surmontés de frises de rinceaux terminées par
des feuillages. Les rinceaux courent entre deux bandes horizontales de couleur
ocre (le long des rinceaux) et chamois (les long des bandes ocre), avec une
rangée de points blancs délimitant les deux couleurs.

[060] Saint-Jean-le-Thomas. Le mur latéral sud de la nef. Détail du large porche
du 15e siecle précédant le portail roman, dont on voit l’arc surbaissé orné d’un
tore. La voûte de pierre du porche présente un appareil irrégulier fait de
plaquettes de schiste.

[061] Saint-Jean-le-Thomas. La Vierge et l’Enfant. Située sous le porche du 15e
siècle, cette statue de pierre surplombe le portail roman percé dans le mur
latéral sud de la nef.

= Dragey

[062] Dragey. L’église est formée d’une nef de trois travées et d’un choeur
d’une seule travée. La tour est située entre choeur et nef. Seule la nef est
romane. Elle date du 11e siècle ou des premières années du 12e siècle. Le choeur
et la tour datent du 13e siècle.

[063] Dragey. L’église est bâtie sur un promontoire à un kilomètre environ du
village, tout comme le presbystère. Visible de loin en pleine mer, la tour de
l’église servait de point de repère aux navigateurs.

[064] Dragey. La façade occidentale. Les maçonneries sont formées d’un appareil
irrégulier de schiste et de granit. Sis à chaque extrémité de la façade, deux
épais contreforts sont terminés par un glacis. La grande baie géminée à l’arc
légèrement brisé date du 13e siècle. Elle fut débouchée et restaurée en 1860. Le
portail original fut remplacé par un portail sans caractère à la même date.

[065] Dragey. La mur latéral sud de la nef. Sa porte, romane, est précédée d’un
porche datant du 16e siècle et réouvert en 1969.

[066] Dragey. La base de la tour, percée d'une porte à l’arc brisé datant du 13e
siècle.

[067] Dragey. Le mur latéral nord de la nef (intérieur). L’enduit intérieur des
murs latéraux fut gratté par les habitants du village pour mettre à jour
l’appareil en arêtes de poisson, à la demande de l’abbé Pierre Danguy, curé de
Dragey entre 1954 et 1974. Cet appareil est caractéristique des constructions du
11e siècle et du début du 12e. Il alterne irrégulièrement avec des rangées de
plaquettes de schiste disposées à l’horizontale. L’enduit intérieur ne recouvre
plus que le dernier quart supérieur des murs. La longue baie à fort ébrasement
date du 13e siècle.

[068] Dragey. Le mur latéral nord de la nef (intérieur). La grande baie trilobée
date du 13e siècle. Sur la droite, on voit aussi une baie romane bouchée, à fort
ébrasement. Son arcade est formée d’une rangée de petits claveaux de granit.
Cette baie romane est le seul vestige des ouvertures primitives.

[069] Dragey. Le choeur de l’église (intérieur). Les baies du choeur ont été
agrandies au 15e siècle.

[070] Dragey. Détail du vitrail d'une des deux grandes baies géminées situées
dans le mur latéral sud de la nef. En haut, le Mont Saint-Michel. Plus bas, une
vue partielle de l’archange Saint Michel terrassant le dragon. Ces deux grandes
baies géminées à l’arcade trilobée (dont celle-ci) ont remplacé en 1860 des
“croisées carrées”, elles-mêmes percées en 1790 à l’endroit de petites baies
romanes.

= Genêts

[071] Genêts. L’église est formée d’une large nef, d’un transept à bras
saillants et d’un choeur de trois travées à chevet plat. Une tour massive
surmontée d’un toit en bâtière s’élève à la croisée du transept. Une partie de
l’église, romane, est l'oeuvre de Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel
(l'église romane fut consacrée en 1157). Les éléments romans sont la croisée du
transept, une partie des croisillons et la tour aux deux-tiers de sa hauteur. Le
porche précédant le portail sud de la nef date du 16e siècle.

[072] Genêts. Le mur latéral nord de la nef et la tour. La tour est romane aux
deux-tiers de sa hauteur. La partie supérieure fut édifiée au début du 16e
siècle. La nef fut entièrement remaniée au milieu du 18e siècle.

[073] Genêts. Le bras nord du transept roman et son mur pignon. Les maçonneries
forment un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste et de granit. Le
schiste est la pierre locale. Quant au granit, il provient sans doute du massif
granitique d’Avranches affleurant à quelques kilomètres au sud-est. Le mur
pignon est percé d’une grande baie en plein-cintre.

[074] Genêts. La tour, de vastes proportions, est implantée à la croisée du
transept. La tour est romane aux deux-tiers de sa hauteur. Le changement
d’appareil est très visible. Un appareil régulier fait de blocs de granit de
taille moyenne laisse la place à des blocs de granit beaucoup plus gros. La tour
comprend deux étages. L’étage inférieur est aveugle. L’étage supérieur est
ouvert au nord, au sud et à l’ouest par des baies géminées romanes murées. Ces
baies géminées sont prolongées par des baies gothiques trilobées et munies
d’abat-sons datant du début du 16e siècle.

[075] Genêts. La partie supérieure de la tour. La tour est surmontée d’un toit
en bâtière dont le départ est caché au nord et au sud par une balustrade
ajourée. Les angles de la balustrade sont ornés de gargouilles gothiques en
forme de chiens, loups et animaux fantastiques.

[076] Genêts. La partie supérieure de la tour. Une autre gargouille gothique.

[077] Genêts. Le bras sud du transept. Son mur ouest date du 11e siècle. Il
appartient sans doute à l’édifice antérieur à l’église romane consacrée en 1157.
L’appareil est différent du reste de l’église. Il est formé de gros blocs de
granit assez réguliers avec quelques plaquettes de schiste disposées en éléments
de calage. Ce portail lourd et très simple est lui aussi caractéristique du 11e
siècle, avec des voussures en plein-cintre sans aucune mouluration et d’épaisses
colonnettes.

[078] Genêts. La croisée du transept romane est délimitée par quatre puissants
piliers de section carrée. Ces piliers, isolés à l’est, sont reliés aux bras du
transept et à la nef à l’ouest. Ils reçoivent quatre arcs légèrement brisés,
très épais et fourrés. Ces arcs délimitent la voûte d’arêtes surplombant la
croisée du transept. La première travée du choeur ouvre au nord et au sud sur
deux chapelles à chevet plat qui ouvrent également sur les croisillons du
transept.

[079] Genêts. La croisée du transept romane. Les quatre piliers observent entre
eux une symétrie parfaite, avec deux côtés présentant une surface plane sans
aucune mouluration et deux autres côtés présentant deux colonnes jumelles
engagées sur dosseret et recevant les arcs brisés. Dans l’un des angles de
chaque pilier, une colonne engagée de forme semblable reçoit la retombée d’une
des arêtes de la voûte. Chaque pilier est surmonté d’une large imposte moulurée
en forme de bandeau chanfreiné.

[080] Genêts. La croisée du transept romane. Détail du pilier nord-ouest. Les
sculptures des corbeilles, en bas relief, représentent des motifs végétaux:
feuilles de marronnier, feuilles de chêne avec glands, feuilles de vigne.
D’autres corbeilles sont sculptées de grappes de raisin, de motifs animaux
(lièvres en train de courir) et de motifs géométriques (arceaux et bourrelets
saillants). Ce type de sculpture laisse à penser que les chapiteaux ont été
sculptés, ou resculptés, à une époque postérieure à la construction des piliers.
Peut-être au moment de la construction du choeur au 13e siècle.

[081] Genêts. Le mur sud de la nef. Un porche du 16e siècle précède la porte sud
de la nef, qui date elle-même du 13e siècle.

[082] Genêts. Le mur sud de la nef. Le porche du 16e siècle est surmonté d’une
charpente en bois, en carène renversée et entièrement chevillée, ajoutée au 18e
siècle.

[083] Genêts. Le bourg et son église. La tour de l’église - avec son toit en
bâtière, sa balustrade et ses gargouilles - émerge au-dessus des toits du
village.

= Saint-Léonard-de-Vains

[084] Saint-Léonard-de-Vains. Le village et son église romane sous la neige. Le
village est situé à l’extrémité du cap du Grouin du Sud, à sept kilomètres
d’Avranches. Le bourg de Saint-Léonard domine la baie du Mont Saint-Michel et
Tombelaine.

[085] Saint-Léonard-de-Vains. Le village et son église romane, vus d'un peu plus
près. Le prieuré de Saint-Léonard était un prieuré simple, à savoir un petit
monastère où quelques religieux détachés des grandes abbayes vivaient sous la
direction d’un prieur, mais sans charge d’âmes. Le prieuré fut la propriété de
l’abbaye Saint-Etienne de Caen jusqu’à la Révolution française (1789).

[086] Saint-Léonard-de-Vains. Le prieuré fut vendu en 1793, et l’acquéreur
transforma l’église en bâtiment de ferme. Le choeur devint une cuisine. La nef
devint une grange et une étable. La base de la tour fut utilisé comme cellier.
L’étage fut divisé en chambre et en grenier et surmonté d’une cheminée (d’après
Jean Bindet, Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, décembre 1976).

[087] Saint-Léonard-de-Vains. Le prieuré. A l’heure actuelle, l’église est
toujours une propriété privée. La nef est une maison d’habitation, ce qui
explique les portes et fenêtres rectangulaires. Le bâtiment a toutefois gardé sa
forme originale, avec une nef assez longue consolidée par des contreforts et un
choeur de deux travées à chevet plat. La tour, implantée entre choeur et nef,
est surmontée d’un toit en bâtière.

[088] Saint-Léonard-de-Vains. La tour romane date du début du 12e siècle. Située
dans le prolongement du choeur, sa base carrée est surmontée de deux étages en
léger retrait les uns par rapport aux autres. Le premier étage devait être
aveugle à l’origine. Ses ouvertures sont postérieures à la Révolution. Le
deuxième étage est percé au nord, à l’est et au sud de deux arcatures jumelles
en plein-cintre.

[089] Saint-Léonard-de-Vains. La tour romane. Les maçonneries présentent un
appareil irrégulier fait de plaquettes de schiste et de moëllons de granit, avec
quelques rangées de blocs réguliers de granit. Le toit en bâtière repose au nord
et au sud sur une corniche supportée par des modillons.

[090] Saint-Léonard-de-Vains. La tour romane. Sur trois faces (nord, est et
sud), le deuxième étage est percé de deux arcatures jumelles en plein-cintre
dont l’arc double est formé de deux rangées de claveaux de granit. L’arcade
repose sur des piédroits sans ornement par le biais d’un tailloir carré qui se
prolonge en un bandeau droit sur le mur. La corniche est supportée par des
modillons sculptés de têtes humaines très frustes ou moulurés en quart-de-rond.

[091] Saint-Léonard-de-Vains. La base de la tour romane et son mur nord. Ce mur
est consolidé par un contrefort central. Il est encadré de deux baies en
plein-cintre à l’arc formé d’une rangée de claveaux de granit. La porte au
cintre surbaissé repose sur des piédroits sans ornement. Son arcade est formée
de blocs de granit.

[092] Saint-Léonard-de-Vains. La base de la tour romane et son mur nord. Dans sa
partie inférieure, le mur est formé d’un appareil en arêtes de poisson
caractéristique du 11e et du début du 12e siècle. La partie haute est formée
d’un appareil régulier de granit. Une rangée de modillons très abîmés subsiste
au-dessus des baies.

= Saint-Loup

[093] Saint-Loup. L’église est formée d’une nef de deux travées suivie d’un
choeur de deux travées terminé par une abside semi-circulaire. La tour s’élève
au-dessus de la première travée du choeur. L’église, qui date de la première
moitié du 12e siècle, est le seul édifice roman qui ait subsisté dans son
ensemble dans la région.

[094] Saint-Loup. La façade occidentale. Soutenu par deux contreforts, le mur de
façade est surmonté d’un léger glacis en arrière duquel s’élève le mur pignon.
Le portail roman est surmonté d’une baie à l’arc brisé datant sans doute du 13e
siècle.

[095] Saint-Loup. Le portail roman de la façade occidentale. Son arcade en
plein-cintre est composée de deux voussures surmontées d’une archivolte formée
d’un bandeau chanfreiné. Les voussures sont reçues par quatre colonnettes
engagées. Les tailloirs des chapiteaux sont moulurés en quart-de-rond. Les
corbeilles sont ornées de sculptures frustes: crochets d’angle ou têtes d’angle,
dont les traits sont effacés. Le linteau est formé d’un gros bloc monolithe de
granit.

[096] Saint-Loup. La nef romane. La nef comporte trois travées. Ses murs
latéraux sont épaulés chacun de quatre contreforts plats. Trois petites baies en
plein-cintre sont toujours visibles: deux dans le mur sud et une dans le mur
nord. Les autres baies ont été percées ou agrandies par la suite.

[097] Saint-Loup. Détail du mur latéral sud du choeur. Dans la première travée,
la porte sud est encadrée de deux contreforts plats. Entre les deux contreforts,
la maçonnerie repose sur une corniche supportée par trois gros modillons
sculptés: un être grotesque mettant la main droite à la bouche alors que son
bras gauche est replié; une tête d’homme; un homme accroupi, les mains sur les
genoux.

[098] Saint-Loup. La tour romane s’élève au-dessus de la première travée du
choeur. Ses murs présentent un appareil régulier de granit dont les blocs sont
plus petits que pour le reste de l’église. Le granit provient du massif
granitique d’Avranches, situé à proximité immédiate de Saint-Loup. Au premier
plan, on voit l’un des contreforts à ressaut de la chapelle latérale jouxtant la
seconde travée du choeur côté nord. Construite en 1602, cette chapelle est la
seule modification importante apportée à l’édifice roman d’origine.

[099] Saint-Loup. La tour romane. Cette solide tour carrée est formée de deux
étages de même périmètre surmontés d’une flèche. Le premier étage est orné de
grandes arcatures aveugles au nord et au sud. Le second étage est percé d’une
baie sur chaque face. La séparation des deux étages est soulignée par un bandeau
chanfreiné.

[100] Saint-Loup. La tour romane. L’étage inférieur est orné au nord et au sud
d’une double arcature aveugle en plein-cintre. Celle-ci est surmontée d’un
cordon saillant qui se prolonge ensuite en un bandeau droit sur le nu du mur et
se poursuit sur les faces est et ouest parallèlement au bandeau séparant les
deux étages de la tour.

[101] Saint-Loup. La tour romane. Détail de l’étage inférieur. A l’écoinçon des
arcatures jumelles, la maçonnerie présente un petit appareil décoratif réticulé.

[102] Saint-Loup. La tour romane. L’étage supérieur est percé d’une baie sur
chaque face. Pour chaque baie, l’arcade en plein-cintre est formée de deux
voussures entourées d’un cordon chanfreiné. Les voussures reposent sur quatre
colonnettes engagées. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées de motifs
géométriques (crochets d’angle, demi-cercles) ou de têtes humaines. Le profil de
ces baies est semblable à celui du portail occidental et de la porte sud: mêmes
moulurations pour les voussures et mêmes sculptures pour les corbeilles des
chapiteaux.

[103] Saint-Loup. La tour romane. La corniche repose sur des modillons sculptés
de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond. Cette corniche fut en grande
partie refaite lors de la reconstruction de la flèche. Cette flèche est
octogonale sur une base carrée, et pourvue de lucarnes.

[104] Saint-Loup. La tour romane. Détail de la corniche et de ses modillons
sculptés de têtes humaines.

= Saint-Quentin

[105] Saint-Quentin. L’église est formée d’une nef de trois travées et d’un
choeur de trois travées à chevet plat. Au nord et au sud, deux larges chapelles
sont accolées aux deux premières travées du choeur et forment de véritables
croisillons. La tour est implantée entre choeur et nef. La façade occidentale
est précédée sur toute sa longueur d’un narthex (vaste porche) rectangulaire.
Les parties romanes sont la nef et la base de la tour, qui datent de la première
moitié du 12e siècle. Le reste de l’église date du 13e siècle.

[106] Saint-Quentin. La tour, massive, a une base romane et deux étages datant
du 13e siècle. Elle est surmontée d’un toit en batiêre. Au premier plan, le
Christ crucifié est la partie supérieure d’un calvaire roman situé à proximité
de l’église.

[107] Saint-Quentin. Détail du calvaire roman situé près de l’église. Le Christ
crucifié.

[108] Saint-Quentin. La façade occidentale est précédée d'un narthex (vaste
porche) rectangulaire du 13e siècle, surmonté d’une balustrade ajourée.

[109] Saint-Quentin. Le portail roman de la façade occidentale. Ce portail est
surmonté d’une arcade en plein-cintre formée de deux voussures et d’une
archivolte. Ces voussures reposent sur quatre colonnes engagées, dont les bases
carrées sont ornées d’un tore surmonté d’un chanfrein. Les corbeilles des
chapiteaux sont sculptées de boules, de têtes et d’un personnage à quatre
pattes. Les sculptures, grossières, sont en fort relief et le menton des têtes
est très proéminent.

[110] Saint-Quentin. La base de la tour et sa porte romane. Cette porte, murée,
est visible au sud. L’arcade en plein-cintre repose sur deux épaisses
colonnettes. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées d'un arbre à droite et
de deux têtes humaines à gauche. Les bases sont carrées. Cette porte ressemble à
la porte sud de l’église de Saint-Loup.

= Sartilly

[111] Le portail roman de Sartilly. Situé au sud de l’église actuelle, ce
portail est le seul élément subsistant de l'édifice roman détruit et remplacé en
1858 par une église beaucoup plus grande. Le matériau utilisé est le granit, qui
est la pierre locale, Sartilly étant situé au coeur du massif granitique de
Vire. Daté de la deuxième moitié du 12e siècle, ce portail est le plus beau
portail roman de la région et présente une facture bien supérieure à celle des
autres portails. Les moulurations des voussures et de l’archivolte sont le fruit
d’un travail très soigné, tout comme les sculptures des corbeilles.

[112] Le portail roman de Sartilly. L’arcade du portail est formée de trois
voussures: une voussure au cintre surbaissé et deux voussures en plein-cintre
surmontées d’une archivolte. La première voussure est moulurée d’un épais tore
d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet orné de gros besants légèrement
renflés. La deuxième voussure est moulurée d’un épais tore d’angle alors que la
troisième est moulurée de deux tores encadrant un listel.

[113] Le portail roman de Sartilly. Le groupe de colonnettes de gauche. De
chaque côté du portail, les trois voussures reposent sur trois colonnettes
engagées, par le biais d’une imposte moulurée d’un cavet. La partie carrée de
l’imposte est ornée d’une petite moulure en creux. L’imposte se prolonge
au-dessus du pilastre extérieur sur lequel repose l’archivolte. Un tailloir
carré surmonte la corbeille sculptée des chapiteaux. Les sculptures présentent
des motifs variés: feuilles de chêne, feuilles d’acanthe et volutes d’angle.

[114] Le portail roman de Sartilly. L'extrémité de l'archivolte (côté gauche).
L’archivolte est formée d’un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort
relief sculptées en creux d’une rangée de bâtons brisés. De chaque côté de
l’arcade, elle repose sur une tête sculptée aux traits bien dessinés.

[115] Le portail roman de Sartilly. L'extrémité de l'archivolte (côté droit).
Détail montrant la deuxième tête sculptée sur laquelle repose l’archivolte.

[116] Le portail roman de Sartilly. L'extrémité de l'archivolte (côté droit).
Détail montrant la tête sculptée sur laquelle repose l’archivolte, ainsi que les
corbeilles sculptées des chapiteaux. On note une fois de plus le travail soigné
dans un matériau difficile à travailler du fait de son extrême dureté.

[117] Le portail roman de Sartilly. L'extrémité de l'archivolte (côté droit).
Détail montrant la même tête sculptée, de plus près.

[118] L’ancienne église de Sartilly, détruite en 1858 (source: Revue de
l’Avranchin, 1924-1926). Cette église romane est décrite ainsi dans le registre
des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864): "L’église qu’il
s’agit de remplacer est un vieil édifice (...) composé: (1) d’une nef obscure de
19 mètres 60 centimètres de longueur sur 7 mètres de largeur dont les murs bas
pénétrés d’humidité et lézardés en plusieurs endroits perdent très sensiblement
leur aplomb, particulièrement vers le bas de l’église; (2) d’une tour qui sépare
la nef du choeur (...); (3) d’un choeur de 9 mètres de longueur sur 6 mètres de
largeur (...)."


19. INDEX


[Index des lieux / Index des personnes]

= Index des lieux

Angey

Ardevon (baronnie)

Avranches

Avranches (archidiachoné)

Avranches (diocèse)

Avranches (massif granitique)

Avranchin

Bec-Hellouin (abbaye)

Boscq (rivière)

Bréhal

Bréville

Caen

Caen (abbaye Saint-Etienne)

Calvados

Carolles

Champeaux

Chausey

Cherbourg

Chrétienté (doyenné)

Cotentin

Coutances

Coutances (archidiachoné)

Coutances (diocèse)

Donville

Dragey

Ension (monastère)

Genêts

Genêts (baronnie)

Genêts (doyenné)

Granville

Granville (formation géologique)

Grouin du Sud

Hambye (abbaye)

Lucerne (abbaye)

Manche (département)

Manche (mer)

Montmorel (abbaye)

Mont Saint-Michel

Mont Saint-Michel (Notre-Dame-sous-Terre)

Mortain

Pontaubault

Saigue (rivière)

Saint-Jean-le-Thomas

Saint-Léonard-de-Vains

Saint-Lô

Saint-Loup

Saint-Martin-le-Vieux

Saint-Nicolas

Saint-Pair

Saint-Pair (baronnie)

Saint-Pair (doyenné)

Saint-Pair (formation géologique)

Saint-Quentin

Sartilly

Scissy

Sélune (rivière)

Thar (rivière)

Tharnet (rivière)

Tombelaine

Tirepied (doyenné)

Vains

Venlée (hâvre)

Vire (massif granitique)

Yquelon

#Liste des personnes

Achard (évêque d’Avranches)

Alexandre III (pape)

Avenel Ranulphe (moine du Mont Saint-Michel)

Courée Guillermus (seigneur d’Yquelon)

Egidius (évêque d’Avranches)

Fortunat (évêque de Poitiers)

Géraldin (seigneur d’Angey)

Grimault (seigneurs de Saint-Loup)

Guillaume de Bréville (seigneur de Bréville)

Guillaume de Lamps (abbé du Mont Saint-Michel)

Guillaume de Saint-Jean (seigneur de Saint-Jean-le-Thomas)

Guillaume le Conquérant (duc de Normandie)

Guillaume Longue-Epée (duc de Normandie)

Hasculphe de Subligny (fondateur de l’abbaye de la Lucerne)

Henri II (duc de Normandie)

Lainé Richard (évêque d’Avranches)

Lascivius (évêque de Bayeux)

Michel (curé de Genêts)

Nicolas (curé de Genêts)

Notre-Dame

Paynel Foulques (seigneur de Sartilly)

Paynel Guillaume (fondateur de l’abbaye de Hambye)

Quesnoy (seigneurs de Saint-Loup)

Rainald (curé de Genêts)

Richard II (duc de Normandie)

Richard de Bohon (évêque de Coutances)

Robert I (duc de Normandie)

Robert de Torigni (abbé du Mont Saint-Michel)

Roger d’Yquelon (seigneur d’Yquelon)

Rogerius de Altomansiunculo (maître d’oeuvre de la tour de Saint-Pair)

Saint Aroaste

Saint Eloi

Saint Eutrope

Saint Gaud

Saint Généroux

Saint Gilles

Saint Hélier

Saint Jean-Baptiste

Saint Léonard

Saint Léontien

Saint Loup

Saint Martin

Saint Maur

Saint Médard

Saint Michel

Saint Pair

Saint Samson

Saint Scubilion

Saint Sébastien

Saint Sénier

Vivien (seigneurs de Saint-Loup)

Copyright © 2006 Marie Lebert





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