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Title: L'Illustration, No. 3235, 25 Février 1905
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3235, 25 Février 1905" ***

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L'ILLUSTRATION, NO. 3235, 25 FÉVRIER 1905 ***



L'Illustration, No. 3235, 25 Février 1905

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Suppléments de ce numéro:

1º Huit pages de documents sur le RETOUR DU GÉNÉRAL STOESSEL et la FIN
DE PORT-ARTHUR.

2º L'Illustration théâtrale avec le texte complet de LA RETRAITE.

L'ILLUSTRATION

Prix de ce Numéro: Un Franc.
SAMEDI 25 FÉVRIER 1905
63e Année.--Nº 3235.

LE GRAND-DUC SERGE ALEXANDROVITCH
en costume de seigneur russe du temps du tsar Boris Godounof (fin du
seizième siècle).
Phot. Bergamasco.



L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

_Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que l_'Illustration
_publiera, aussitôt après leur première représentation: LE RÉVEIL, pièce
en trois actes de_ M. PAUL HERVIEU, _en préparation à la
Comédie-Française; LE DERNIER AMOUR_ (titre provisoire), _pièce en quatre
actes de_ M. PIERRE WOLFF, _qui sera jouée au théâtre du Gymnase et dans
laquelle Mme Réjane fera sa rentrée. Nous avons annoncé déjà la
publication prochaine de LA MASSIÈRE, de_ M. JULES LEMAÎTRE; _LES
VENTRES DORÉS, de_ M. EMILE FABRE; _L'ARMATURE, tirée par_ M. BRIEUX _du
roman de_ M. PAUL HERVIEU; _LE DUEL_ et _LE GOUT DU VICE_, de
 M. HENRI LAVEDAN; _MONSIEUR PIÉGOIS, de_ M. ALFRED CAPUS.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

J'écoute avec curiosité ce qui se dit, à Paris, des gens et des choses
de mon pays et, parmi tant d'opinions contradictoires, mon esprit
s'embrouille un peu. Que dois-je penser du malheureux prince dont la
bombe d'un révolutionnaire fit, il y a huit jours, sauter le corps en
morceaux? C'était, écrivent les uns, le plus dangereusement
réactionnaire des chefs... ennemi du peuple, opposé aux plus nécessaires
réformes, il a subi le sort terrible auquel l'exposait depuis longtemps
son imprudente politique; suivant la formule orientale, «il a trouvé ce
qu'il cherchait». A quoi d'autres répondent: «Vous vous trompez. Ce
hautain n'était qu'un timide et que ceux qui le condamnent n'ont pas
compris. Ce «réactionnaire» ne méprisait point la liberté; mais il avait
d'autres idées que nous sur la façon dont il convient d'en faire usage.
Il méritait de vivre...»

Et Stoessel, méritait-il de vaincre? Là-dessus non plus je ne sais plus
trop que penser. Pendant six mois, les journaux ont vanté l'héroïsme des
combattants de Port-Arthur et le génie de leur chef. Un célèbre poète
français, aux applaudissements de l'Académie, a chanté ce soldat; un
journal a consacré le produit d'une souscription publique, ouverte tout
exprès, à faire ciseler pour lui une épée d'honneur.

Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un vaincu qu'on discute. Sur les bateaux
qui ramenaient Stoessel et sa fortune du Japon à Port-Saïd et de
Port-Saïd à Odessa, maints reporters ont interrogé le général ou bien
ont incité ceux qui l'entouraient à des confidences; et le bruit
commence à courir que le vrai héros de ce siège fabuleux, ce ne fut pas
lui; que Stoessel eut des défaillances, et que sa science militaire,
notamment, fut pleine de lacunes. Qui croire? Qui a tort ou raison? Je
ne sais pas. Mais nos arrière-neveux sauront. Nous, nous ne pouvons pas
savoir, parce que nous sommes trop pressés de savoir. Nous vivons trop
vite; nous bâtissons nos convictions sur des télégrammes; nous demandons
des leçons d'histoire--et de philosophie--à des journaux où se rédigent
et s'impriment en deux heures des choses pensées en dix minutes. Ce
n'est pas notre, faute; c'est la faute du progrès qui nous pousse, nous
donne le goût, le besoin de l'existence au grand galop. Tout se tient.
Malheureusement, l'histoire ne se fait que tout doucement et, si la
vapeur, le pétrole et l'électricité aident les hommes à faire voyager
leurs pensées beaucoup plus rapidement qu'autrefois, la science de la
raison instantanée n'est pas découverte encore. Il nous faut autant de
temps pour apercevoir une vérité qu'il en fallait aux contemporains de
Montaigne et de Pascal; et c'est à cela justement que ne peuvent se
résigner nos âmes d'électriciens et d'automobilistes...

Un _gala_ place d'Italie, à six cents mètres des fortifications. Mon
vieil ami Bizeneuille, ex-professeur, ancien pensionnaire de l'Odéon,
présentement mêlé à diverses entreprises théâtrales, a voulu que je
connusse l'oeuvre des «Trente Ans de théâtre» et ses «galas». La bonne
soirée et la jolie idée!

Au profit de braves gens que trente années de vie théâtrale ont usés
sans les enrichir, un homme de coeur, entouré d'amis que son projet
séduisait, s'est avisé de promener autour de Paris les chefs-d'oeuvre de
la scène française et leurs interprètes ordinaires. Il y a, loin du
centre de cette ville dont nous ne voulons, nous autres étrangers,
connaître et fréquenter que les boulevards, une population de braves
gens qui vivent retirés dans leurs quartiers comme en de petites
provinces et que les grands théâtres attirent peu, parce qu'ils coûtent
trop cher et que, de si loin on perd bien du temps à les atteindre. On a
donc entrepris de leur porter, à bon marché, de la bonne littérature et
de la bonne musique à domicile. Le domicile, c'est le minuscule théâtre
du quartier, qu'on loue pour ce soir-là; ou bien, c'est une salle
publique, meublée d'un piano et où, sur une estrade, un décor sommaire
s'improvise, devant la chaise d'un souffleur de bonne volonté
Montmartre, Batignolles, Ménilmontant, Belleville, Grenelle, la Villette,
ont reçu la visite de ces prêcheurs de bonnes paroles; hier, c'était le
tour des Gobelins. La mairie nous ouvrait sa salle, des fêtes; à huit
heures du soir, on n'y trouvait plus une chaise, à occuper. Public
familial de petits fonctionnaires, de petits marchands, d'ouvriers
aisés; public honnête, avide de s'amuser proprement. Au programme:
_Tartuffe_, des fragments d'_Aida_, quelques chansons; non pas de ces
chansons «rosses» ou d'effarante obscénité, que le boulevard et les
cabarets de Montmartre ont mises à la mode; mais de vraies chansons,
telles qu'on les aimait en France il y a un demi-siècle et dont les
auteurs semblent aujourd'hui très vieux jeu; des chansons où la satire
s'enveloppe de bonhomie, où la grivoiserie reste pudique... Et cela
parut charmant. Les Français mettent une coquetterie singulière à se
diffamer: ils ne parlent qu'avec mépris de ces «romances» où se
complaisait l'ingénue gaieté de leurs grands-pères; ils se proclament
trop corrompus pour s'y amuser; on les leur chante: les voilà pris; ils
trépignent de joie! Mais Molière, Racine, Corneille, restent les dieux
de ces auditoires populaires. Sans interruption, les cinq actes de
_Tartuffe_ furent joués devant une assemblée dont ces deux heures de
récitation ne lassèrent point l'attention une minute. Et je pensais, en
écoutant Molière, que ces vieux maîtres furent des génies deux fois
bienfaisants: ils firent des comédies admirables où n'interviennent ni
machinistes ni tapissiers; ils créèrent le chef-d'oeuvre économique et
portatif; et nous devons à leur mépris du décor cette chose délicieuse:
la pièce _sans entr'actes nécessaires_... c'est-à-dire l'ouvrage
reposant, devant lequel il est permis de, se recueillir, de rêver, et
que n'interrompent point, toutes les demi-heures, le désarroi d'une
salle en fuite, les bousculades de petits bancs, l'invasion des courants
d'air à travers cinquante portes ouvertes, et puis les rentrées
bruyantes de spectateurs retardataires qui gagnent leurs places en me
marchant sur les pieds, pendant que se disent sur la scène des choses
qu'à cause d'eux je n'entends pas!

Rien que cela devrait suffire à rendre les «classiques» chers aux
femmes...

Paisible séance de lecture, _at home_. Le _Temps_ m'apporte, sur deux
pages (et quelles pages!) le texte des deux discours qu'«échangèrent»
tout à l'heure, sous la coupole du palais Mazarin, deux immortels. Je
vais les lire doucement, sous la lampe, en buvant du thé rose,--du thé
de chez moi; j'en goûterai les finesses et les rosseries gentiment
dissimulées sous la plus jolie des langues; je m'instruirai et je
m'amuserai. Et je n'envierai pas les femmes qui, pour bien jouir de ce
régal ont cru nécessaire de l'aller savourer sur place.

Car elles y mettent un empressement furieux; et, de toutes les fêtes de
Paris, une réception académique est celle, peut-être, qu'une Parisienne,
vraiment soucieuse de son prestige mondain, se consolerait le moins
d'avoir manquée.

Pourquoi? Je me rappelle une de ces réceptions où j'accompagnai, il y a
deux ans, une très élégante amie--cliente ordinaire de ces spectacles.
Il lui avait fallu faire auprès de je ne sais quel homme puissant, pour
obtenir les deux cartes qu'elle désirait, une démarche dont je vis bien
que sa fierté souffrait un peu; nous dûmes, en outre, l'heure venue,
faire queue très longtemps devant une porte qui ne s'ouvrait pas, et mon
amie y prit une migraine.

Nos places étaient médiocres et, du fond de l'espèce d'amphithéâtre à
plafond bas où nous étions blotties, on ne voyait qu'une partie de
l'assemblée qui s'entassait là. Les sièges étaient durs et l'atmosphère
était devenue, au bout d'une heure, irrespirable. Au-dessous de nous; un
étroit parterre, une tribune encadrée de sièges en hémicycle, et partout
l'écrasement... l'écrasement silencieux, avec des bonjours à distance,
des sourires des appels discrets de la main. Mon amie se plaignait de ne
pas trouver dans cette foule les grands hommes dont elle cherchait les
figures, et quand, debout devant son petit pupitre et flanqué de ses
parrains en habit vert, le récipiendaire (qui était-ce? je l'ai oublié)
commença de lire son discours, mon amie me confia qu'elle s'amusait peu;
que, du reste, elle entendait mal et qu'elle avait très chaud.
N'importe, il fallait bien qu'elle fût là, qu'elle pût dire le
lendemain: «Comme on s'est ennuyé hier à l'Académie!» Elle y était donc
tout à l'heure... voilà quinze jours qu'elle m'avouait son impatience
d'y retourner. Mon amie est une vraie Parisienne.

SONIA.



_Les Faits de la Semaine_

FRANCE

14 février.--La Chambre complète son bureau par l'élection, à la
vice-présidence, de M. Doumergue, ministre des colonies dans le
précédent cabinet.

16.--Au Sénat, adoption, par 239 voix contre 37, de l'ensemble du projet
de loi instituant et organisant le service militaire de deux ans. Les
principales divergences entre le texte adopté et celui de la Chambre
portent sur le service des élèves des grandes écoles de l'État, les
périodes d'instruction des réservistes et des territoriaux, la durée du
service du contingent algérien et la date de l'application de la loi,
le Sénat admettant un délai d'un an à partir de la promulgation et la
Chambre s'étant prononcée pour la mise en vigueur immédiate.

18.--Explosion d'une bombe à Paris, rue Lamennais, près de l'avenue de
Friedland, blessant seulement l'homme qui l'a lancée, un Espagnol du nom
de Garcia.

ÉTRANGER

12 février.--En Portugal, élections générales à la Chambre des députés:
la grande majorité des élus est ministérielle.--Nouvel ukase du tsar,
ordonnant la formation d'une commission chargée de rechercher et
d'établir sans retard les causes du mécontentement des classes ouvrières
de Saint-Pétersbourg et des environs et de proposer les mesures propres
à empêcher le retour d'un semblable mécontentement.

13.--La reprise du travail, en Westphalie, est presque générale; dans
les usines du bassin de la Ruhr, 188.000 ouvriers, sur 215.000, sont
descendus dans les puits.--A Riga (Russie), la grève reprend avec
intensité; 4.000 ouvriers ont abandonné les ateliers.--Le baron Komura,
ministre des affaires étrangères du Japon, donne un banquet pour
célébrer l'anniversaire de la conclusion de l'alliance anglo-japonaise.

14.--L'université de Moscou rouvre ses portes.--Le roi et la reine
d'Angleterre assistent à l'ouverture solennelle de la cinquième session
du 27e Parlement du Royaume-Uni.

17--Assassinat, à Moscou, du grand-duc Serge Alexandrovitch, oncle
paternel du tsar Nicolas II.--A Varsovie, nouvelle collision sanglante
entre la troupe et les ouvriers.



LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Les cavaleries russe et japonaise font preuve d'une nouvelle activité à
l'ouest des positions occupées par les deux armées, sur l'extrême flanc
droit russe et l'extrême flanc gauche japonais; elles se livrent à des
tentatives d'enveloppement. Le 12, deux bataillons japonais (1.000
hommes) étaient signalés près de Fan-Tsia-Toun, à mi-chemin entre
Kharbine et Tié-Ling; ils attaquaient un pont et endommageaient la voie
ferrée. Par contre, on annonçait, le 17, de l'armée du général Oku, que
15.000 cavaliers russes, avec 500 fantassins et 20 canons, s'étaient
avancés au sud, sur les deux rives du Liao-Ho, vers Siaopao.

Le grand-duc Alexis a inspecté, le 15, à Liban, avant leur départ, les
navires de la troisième escadre du Pacifique.



M. EMILE GEBHART

Le nouvel académicien dont, au nom de ses collègues, M. Paul Hervieu
saluait hier officiellement rentrée sous «la coupole» est un Nancéien de
soixante-six ans, à qui l'on chanterait volontiers le refrain de Nadaud:
«Vous n'êtes pas vieux, grand-père», car M. Emile Gebhart est resté
jeune en dépit des années. Il appartient à cette élite heureuse de
laborieux bien portants, qui savent enseigner avec bonne humeur, à la
française, des choses graves, et les enseignent fort bien. Il est le
type de l'érudit souriant; quelqu'un disait un jour de M. Gebhart: «Il
serait illustre, si Renan n'avait pas existé.» Et, sous cette
restriction, il y a un éloge dont beaucoup se contenteraient.

Il s'en contente aussi, probablement, car ce savant est un modeste, qui
n'a jamais cherché, hors de son métier, les succès bruyants où se
complaisent les ambitions de certains maîtres. Il avait grandi dans
l'Université; il a voulu mûrir et vieillir là où il avait grandi; c'est
un professeur, dont l'unique souci est de bien professer.

Ancien élève de l'École normale, M. Emile Gebhart a passé par l'École
d'Athènes et, bien qu'un proverbe (faux comme la plupart des proverbes)
affirme que nul n'est prophète en son pays, il a été un peu prophète
dans le sien: on l'avait installé de bonne heure en l'une des
principales chaires de l'université de sa ville natale, et c'est
là--comme professeur de littérature étrangère à la Faculté des lettres
de Nancy--que M. Emile Gebhart commença d'attirer sur ses travaux
l'attention du monde savant. L'agrément de sa parole, l'originalité de
son enseignement, la haute valeur de ses premiers ouvrages, le
désignaient pour un poste encore plus haut: à quarante ans, il était
appelé, pour y occuper la chaire de littérature méridionale, à la
Faculté des lettres de Paris. Voilà juste un quart de siècle qu'il
occupe cette chaire et qu'un public d'année en année plus nombreux vient
l'y applaudir.

M. Emile Gebhart entretient ses auditeurs, cette année, de Dante et de
Machiavel: deux leçons par semaine sur des sujets qui n'ont rien de très
actuel et qu'aucune mode ne désigne à nos préférences. Les habitués de
la Sorbonne savent cependant que, si l'on veut trouver, ces deux
jours-là, un peu de place sur les banquettes de l'amphithéâtre Turgot,
il faut y venir de bonne heure...

[Illustration: M. Gebhart en habit d'académicien.]

[M. Gebhart faisant son cours à la Sorbonne.--_Croquis d'après nature de
Malteste._]

Assis derrière le gros livre qu'il commente, le professeur parle
lentement, d'une voix profonde, à la fois rauque et douce. Sa leçon a
l'attrait d'une conversation familière; et l'homme lui-même a, si l'on
peut dire, la figure de sa conversation: sous un crâne rond tout chauve,
une face large et ronde aussi, barrée d'une moustache grise de vieux
soldat et plantée sur de robustes épaules; et sous l'arcade sourcilière
un peu forte, la petite flamme d'un oeil rieur et bon. Supprimez cette
moustache et voilà la tête de soldat devenue tête de moine, d'un moine
charmant qui aurait sur les choses et les hommes des temps passés toutes
sortes d'histoires délicieuses à raconter.

Il parle de Dante et de Machiavel. Mais, de ces vieux textes, il excelle
à dégager des idées générales qui n'ont point d'âge et des leçons de
sagesse très modernes... Il est surtout charmant dans l'anecdote.
Personne n'en sait plus que lui et ne les conte mieux. Et c'est pour
cela qu'il y a toujours tant d'auditeurs aux soutenances de thèse de
doctorat quand M. Emile Gebhart est du jury. M. Gebhart n'a point, en
effet, comme certains membres de ces aréopages, la coquetterie d'en
«remontrer» au candidat docteur qu'il écoute; il se dit qu'il y a bien
des chances pour qu'un homme très instruit, qui a consacré plusieurs
années de sa vie à faire un livre, en sache beaucoup plus, sur le sujet
qu'il a traité, que les maîtres qui l'examinent. Alors, au lieu de
présenter des objections, il raconte des histoires, et c'est un régal
pour tout le monde.

Car M. Emile Gebhart raconte comme pas un ces histoires-là. Il les a
généreusement semées à travers une dizaine de volumes dont quelques-uns
sont des chefs-d'oeuvre: dans ses _Essais sur l'art antique_, dans son
_Rabelais_, dans ses _Origines de la Renaissance en Italie_, dans son
_Italie mystique_, un livre admirable; dans _Moines et Papes_, dans ses
_Conteurs florentins du moyen âge_... je ne cite que les plus connus.
Cette riche et obscure période de la Renaissance en Italie, en France,
en Espagne, a eu en M. Gebhart un historien dont on ne surpassera point
l'érudition, la clairvoyance et la verve. Il l'a étudiée en savant, il
la _sent_ en artiste, et c'est en moraliste qu'il la raconte.

Il y a dix ans, l'Académie des sciences morales et politiques lui
offrait un de ses sièges; le voilà donc deux fois de l'Institut.

On se souvient de la façon brillante dont sa seconde victoire y fut
remportée. Le fauteuil d'Octave Gérard était vacant: il se présenta pour
l'occuper et toutes les candidatures, aussitôt, s'effacèrent devant la
sienne. L'élection de M. Emile Gebhart à l'Académie française fut donc
la plus heureuse des candidatures: elle n'a pas d'histoire. Personne ne
s'en plaindra, pas même M. Gebhart, historien.

EMILE BERR.



NOTES ET IMPRESSIONS

Les événements et les questions du jour prennent dans nos discussions
une importance sans rapport avec la vérité des choses et les intérêts du
pays.                                                             GUIZOT.
                                  *
                                 * *

Aujourd'hui il faut être Grec ou Turc pour oser se déclarer la guerre.
                                                         GÉNÉRAL Lambert.
                                  *
                                 * *

L'honneur, c'est la pudeur virile.
                                                      ALF. DE VIGNY.
                                  *
                                 * *

A voyager seul en pays inconnu, sans but précis, toutes les pensées
petites s'effacent.
                                                            H. TAIRE.
                                  *
                                 * *

Paris est le meilleur lieu du monde pour y passer et le pire pour y
vivre.
                                                         O. FEUILLET.
                                  *
                                 * *

Que fait un Français? Il dit du mal d'un autre Français.
                                                     RUDYARD KYPLING.
                                  *
                                 * *

Les actifs ne parlent guère.
                                                         JEAN AICARD.
                                  *
                                 * *

Quand nous commettons un petit mal dans l'espoir d'un grand bien qui en
peut sortir, nous ne sommes certains que du mal que nous aurons fait.
                                                        J.-P. HEUZEY.
                                  *
                                 * *

La guerre n'est pas plus une école de vices que la paix une école de
vertus; l'une ou l'autre vaut ce que valent le peuple et ses chefs.

                                  *
                                 * *

Les faits et les dates sont le squelette de l'histoire; les moeurs, les
idées, les intérêts en sont la chair et la vie.
                                                        G.-M. VALTOUR.



[Illustration: Le Petit Palais qu'habitait, au Kremlin, le grand-duc
Serge, depuis qu'il avait abandonné le gouvernement général de Moscou.]

[Illustration: La place du Sénat, où a eu lieu le meurtre. Au fond, la
porte Nikolsky: au premier plan, le «tsar des canons».--Phot. Eastman
Kodak.]

[Illustration: La grande-duchesse Elisabeth, née le 20 octobre 1864,
veuve du grand-duc Serge, soeur de l'impératrice de Russie.]

[Illustration: Le grand-duc Serge Alexandrovitch, né le 29 avril 1857,
assassiné au Kremlin le 17 février 1905.]

[Illustration: Le monastère de Tchoudov ou des Miracles, au Kremlin, où
ont été transportés les restes du grand-duc Serge, et où ils doivent
être inhumés.]

[Illustration: LE MEURTRE DU GRAND-DUC SERGE SUR LA PLACE DU SÉNAT, DANS
L'ENCEINTE DU KREMLIN DE MOSCOU
D'après un croquis pris d'un point situé près du «tsar des canons» (Voir
le plan, page 120). A gauche, l'arsenal; à droite, le Sénat.--Au fond,
la porte Nikolsky près de laquelle on arrête le meurtrier.]

_Il aurait fallu un hasard bien extraordinaire pour qu'un photographe se
trouvât sur la place du Sénat au moment précis de l'explosion de la
bombe qui a tué le grand-duc Serge. La scène tragique a eu pourtant de
nombreux témoins. L'un d'eux, dont le journal anglais le_ Daily
Telegraph _a publié le récit, a pu fournir à notre dessinateur-correspondant
à Moscou deux croquis que celui-ci n'a eu qu'à mettre au net et que nous
reproduisons ici tels que nous les avons reçus._

[Illustration: LES RESTES DU GRAND-DUC SERGE TRANSPORTÉS SUR UNE CIVIÈRE
AU MONASTÈRE DE TCHOUDOV
(Voir l'article, page 120.)]

[Illustration sur deux pages
Grand Palais, porte Talnitsky. Cathédrales. Tour d'Ivan Véliky.
LE KREMLIN DE MOSCOU VU DE LA......]

[Illustration: suite....
Monastère de Tchoudov et Petit palais.
Monastère de l'Ascension.
Tour de Spassky.
Église du vénérable Basile.
DE LA RIVE DROITE DE LA MOSKVA]

LE MEURTRE DU GRAND-DUC SERGE
AU KREMLIN DE MOSCOU

Depuis les événements du 22 janvier à Saint-Pétersbourg, suivis d'autres
journées non moins tragiques à Moscou et à Varsovie, on pouvait
s'attendre, dans cette Russie où les terroristes guettent, toutes les
occasions d'agir, aux pires attentats politiques. Que la famille
impériale fût directement menacée, ce n'était douteux pour personne.
C'est le grand-duc Serge, oncle de l'empereur, qui a été frappé dans
l'enceinte même de l'antique Kremlin, sanctuaire et forteresse de
l'autocratie russe.

Nous donnons du Kremlin, prodigieuse acropole de 2 kilomètres de tour,
assemblage énorme de palais, de cathédrales et de casernes, de tours, de
flèches et de coupoles surmontées d'aigles ou de croix, une vue
d'ensemble particulièrement suggestive, prise du quai de la rive droite
de la Moskva, près du pont de Moskvoretski. La neige du long hiver russe
estompe un peu les silhouettes infiniment variées, éteint l'or toujours
neuf des coupoles bulbeuses. Vers le ciel bas et nuageux pointe plus
haut que tous les autres clochers celui d'Ivan Véliky, qu'éleva en 1600,
le tsar Boris Godounof.

C'est aussi le tsar Boris Godounof et cette époque de luxe et de
splendeur, de meurtres et de révoltes, qu'évoque le très rare portrait
du malheureux grand-duc Serge dont nous donnons une belle reproduction
en première page.

On connaissait déjà les somptueux costumes anciens que le tsar Nicolas
II et l'impératrice se plaisaient, il y a deux ans (avant la guerre et
avant les émeutes), à revêtir pour certaines fêtes de la cour. C'est
dans les mêmes circonstances que l'oncle de l'empereur porta ces riches
vêtements de soie blanche et d'hermine qui donnaient à ce prince, de
stature élégante, mais dont la physionomie était si naturellement triste
et songeuse, l'aspect d'un Hamlet du Nord.

Les portes du Kremlin sont continuellement ouvertes et la circulation y
est toujours libre, mais ce n'est pas un lieu de passage et la place du
Sénat, notamment, est presque toujours déserte, sauf du côté de la
caserne, où se trouve le «tsar des canons», fondu en 1586, et qui pèse
39.000 kilos. C'est à ce point qu'arrivait, quand l'explosion de la
bombe se produisit, le témoin oculaire à qui nous devons les deux
croquis reproduits page 117 et dont voici le récit:

«La place du Sénat était déserte et offrait un aspect mélancolique au
moment où j'y entrais, c'est-à-dire un peu avant 3 heures. La neige
était sale, le temps sombre; quelques hommes étaient occupés à racler
les trottoirs pour en ôter la glace. Je n'avais rien remarqué d'anormal
et n'avais même pas fait attention à la voiture du grand-duc qui
pourtant devait avoir passé à côté de moi. Tout à coup, comme j'arrivais
près de la caserne, je fus comme assourdi et ahuri par une formidable
explosion. Le trouble que me causa la commotion ne dura qu'une fraction
de seconde. Dès que j'eus retrouvé ma présence d'esprit, j'aperçus une
sorte de colonne jaunâtre s'élevant du sol, tandis qu'à mon oreille
arrivait un bruit de verre cassé du côté de l'arsenal. A ce moment
quelques personnes parurent sur la place. Je les voyais regarder, puis
courir vers quelque chose dans la neige. Je hâtai le pas et aperçus le
devant de voiture traîné par un cheval mourant. L'impression était
affreuse comme celle d'un cauchemar. Quelques autres personnes firent
leur apparition au bout de la place et accoururent vers nous: «Qu'y
a-t-il?--Le grand-duc a été tué par une bombe!--Qui l'a tué?--Les
étudiants.--Attrapez les assassins! A mort les assassins! Arrêtez les
étudiants!»

[Illustration: La comtesse de Hohenfelsen, qu'a épousée en 1902, à
Livourne, le grand duc Paul, exilé pour ce fait par Nicolas II. _Phot.
Boissonnas et Taponnier, Paris._]

[Illustration: Plan du Kremlin de Moscou. C'est sur la place du Sénat
qu'a eu lieu le meurtre du grand-duc Serge.]

»Peu après arrivèrent les agents de police accompagnés de plusieurs
agents secrets chargés spécialement de veiller à la sûreté du grand-duc
Serge. Ils se baissèrent; quelques-uns firent le signe de la croix.
Entre temps, près de la porte Nikolsky, des groupes de personnes,
composés surtout d'agents de police, faisaient circuler les gens à
grand'peine et non sans un certain tumulte. Au centre se trouvait un
jeune homme habillé de noir, dont je ne pus voir le visage. Il faisait
de grands gestes. Autour de lui on disait que c'était un étudiant, qu'il
venait de lancer une bombe. On disait encore l'avoir vu, accompagné de
deux autres étudiants; mais une partie de tout ce qu'on disait était de
pure invention.

»La police avait formé un cordon autour des débris de la voiture et fit
ranger le public, afin de frayer un passage à la grande duchesse,
accourue sans chapeau, un manteau de fourrure jeté sur les épaules. La
voici agenouillée sur la neige sale devant les restes de son époux. On
l'aperçoit à peine à travers le cordon de police. Bientôt arrivent des
officiers et des prêtres, pour faire transporter sur une civière, au
monastère de Tchoudov, contigu au Petit Palais et plus proche, les
restes du grand-duc rassemblés à grand'peine, tant le corps avait été
déchiqueté. Le cocher avait été blessé au dos et à la tête, mais il
était resté sur son siège et tenait encore les rênes quand on le
descendit pour le porter à l'hôpital...

»Quoique la police entourât l'endroit où avait eu lieu l'explosion,
beaucoup de fragments de la voiture et d'objets ayant appartenu au
grand-duc ont été ramassés un peu partout et remis aux autorités. La
montre en or et la bague de diamant du grand-duc furent trouvées tout
près du cadavre. A quelque distance, on trouva une autre bague dont les
pierres précieuses avaient été desserties par le choc.

»La poignée de la porte de la voiture avait été lancée à une distance
de deux cents pas. Le lendemain, on retrouva dans la neige l'étui à
cigares.»

[Illustration: Le grand-duc Paul Alexandrovitch, né en 1860, frère cadet
du grand-duc Serge, qui vient d'être rappelé en Russie et réintégré dans
ses titres et grades. _Phot. Boissonnas et Eggler, Saint-Pétersbourg._]



[Illustration: DÉPART DE LA TROISIÈME ESCADRE DU PACIFIQUE POUR
L'EXTRÊME-ORIENT
_La troisième escadre du Pacifique, le croiseur_ Vladimir-Monomach _en
tête, a quitté le port de Libau, le 15 février, après qu'un navire
brise-glace lui eut creusé un large chenal jusqu'à la haute mer, libre
de glaces. Cette escadre, composée de quatre cuirassés:_
l'Amiral-Apraxine, l'Amiral-Seniavin, l'Amiral-Ouchakov, le Nicolas-Ier,
_du croiseur-cuirassé_ Vladimir-Monomach, _de trois transports et d'un
remorqueur, va rejoindre et renforcer la deuxième escadre actuellement
stationnée dans les eaux de Madagascar. Elle a mouillé dans la baie de
Skagen (Danemark)_ le 24 février, pour faire du charbon.]



[Illustrations: (2)
Mille kilos d'ivoire avant le départ pour la vente aux enchères à
Brazzaville.
Trois mille kilos de caoutchouc en route pour Brazzaville.
La perception de l'impôt indigène à Fort-Crampel (1er semestre 1904)].

[Illustrations:(2)
Le jeu du baquet. Le mât de cocagne.
Les divertissements officiels du 14 Juillet à Gribingui (Fort-Crampel).]

AU CONGO FRANÇAIS.--_Photographies prises par M. Gaud._

UNE GRAVE AFFAIRE COLONIALE

Récemment, M. Toqué, administrateur au Congo français, se trouvant à
Paris, en congé régulier, était arrêté en vertu d'un mandat décerné par
le juge de paix à compétence étendue de Brazzaville. Ainsi que la
nouvelle s'en répandit bientôt, on l'accusait des pires sévices, commis
sur des indigènes relevant de son autorité, de complicité avec un autre
agent colonial, M. Gaud, contre lequel pareil mandat avait été exécuté
auparavant au Congo même.

[Illustration: M. Gaud (en haut de la photographie) entre deux officiers
d'infanterie coloniale.]

Le jour de la fête du 14 Juillet, raconte-t-on, à Gribingui
(Fort-Crampel), les inculpés, qui étaient ivres, auraient fait «sauter»,
littéralement, au moyen d'une cartouche de dynamite, un malheureux
nègre, pris au hasard dans la foule inoffensive. Quelques jours plus
tard, ils auraient décapité un autre indigène, fait bouillir sa tête et
servi le bouillon à ses parents et amis, non prévenus, afin de se
procurer le spectacle de leur stupeur quand cette tête leur serait
exhibée après le repas. Et là ne se bornerait pas la série de leurs
criminels méfaits!

[Illustration: M. Toqué.--_Phot. Rives._]

M. Toqué est âgé de vingt-cinq ans; au sortir de l'École coloniale, il
fut envoyé, comme administrateur stagiaire, au Dahomey, où il resta un
an et demi environ, sans qu'aucun incident marquât sa gestion; il y a
deux ans qu'il occupe, au Congo, le poste de Gribingui.

M. Gaud, commis de seconde classe des affaires indigènes, est un ancien
élève en pharmacie. Ainsi que sa correspondance en fait foi, il
s'occupait beaucoup d'observations scientifiques, notamment sur les
causes de la maladie africaine dite «maladie du sommeil».

Les actes de cruauté imputés à ces fonctionnaires coloniaux sont
tellement abominables qu'on hésite à les tenir pour exacts, malgré le
caractère affirmatif de divers témoignages. C'est d'ailleurs à la
justice locale, devant laquelle les accusés vont comparaître (M. Toqué
s'est embarqué à Bordeaux à destination du Congo), qu'il appartient de
faire la lumière et, le cas échéant, de départir les responsabilités.

Aux portraits des agents mis en cause, nous joignons la reproduction de
quelques documents assez curieux: ce sont des photographies exécutées
par M. Gaud, pendant son séjour au Congo. Deux d'entre elles
représentent: 1° les noirs payant, à Fort-Crampel, leur impôt en ivoire
du premier semestre de 1904, que l'administrateur était chargé de
percevoir et d'expédier à Brazzaville, où la matière devait être vendue
aux enchères; 2° un convoi de nègres portant à cette destination l'impôt
en caoutchouc. Deux autres photographies montrent des indigènes se
livrant aux jeux habituels, celui-ci grimpant au mât de cocagne,
celui-là essayant de renverser le baquet; inoffensives réjouissances de
cette fête du 14 Juillet que des représentants de la France et de la
civilisation auraient, d'autre part, célébrée d'une façon si barbare.



LES OBSEQUES D'ADOLF MENZEL

Les obsèques du célèbre peintre allemand ont eu lieu, le 13 février, à
Berlin, avec une grande solennité. Suivant le programme réglé par
l'empereur lui-même, on avait transporté d'avance au Vieux-Musée le
cercueil de Menzel, auprès duquel une compagnie des grenadiers de
Potsdam montaient une garde d'honneur. C'est de là que le cortège
funèbre est parti pour se diriger, par les principales rues de la ville,
vers le cimetière de la Trinité, après une cérémonie à laquelle
assistait le souverain, entouré des grands corps de l'État, des membres
de l'Académie des beaux-arts et des délégations de toutes les sociétés
artistiques. Guillaume II a suivi à pied le char jusqu'à son passage
devant le château royal, où il a pris congé, la tête découverte, du
peintre national de Frédéric et de la vieille armée prussienne.

[Illustration: Guillaume II Les funérailles du peintre Menzel à Berlin.]



Documents et Informations.

La production d'or dans le monde.

En 1904, s'il faut en croire un journal américain toujours très bien
informé, la production de l'or dans le monde a atteint la somme de 1.769
millions de francs: soit environ 120 millions de plus que l'année
dernière. C'est même un peu plus que l'année 1899, qui détenait jusqu'à
ce jour le record de la production.

Les États-Unis, dans ce total, entrent environ pour le quart de la
production, ainsi que la Transvaal et l'Australasie. Le quatrième quart
revient au Canada, au Mexique, à la Russie et à quelques autres pays
petits producteurs.

Tandis que la production du Klondyke canadien, sur lequel on avait fondé
tant d'espérance, va baissant de plus en plus, la production du
Transvaal se relève rapidement et laisse prévoir un considérable
accroissement.

Vraisemblablement, l'année prochaine atteindra le beau chiffre d'une
production de 2 milliards.

Pour combien de temps reste-t-il de la houille en Angleterre?

La commission royale nommée en 1901 pour enquêter sur les réserves de
houille existant encore en Angleterre vient de déposer un rapport d'où
il résulterait que le sol britannique renferme encore 100.914 millions
de tonnes de houille. Cette provision pourra durer très longtemps,
surtout si l'on développe l'emploi des méthodes économiques et si l'on
réduit les gaspillages qui, actuellement, sont énormes. On perd beaucoup
de force avec les gaz inutilisés qui s'échappent des hauts fourneaux,
par exemple; et l'on en perd beaucoup à employer la houille dans la
machine à vapeur au lieu d'en extraire le gaz et d'utiliser celui-ci
dans le moteur à gaz. Si l'on développe les moteurs à gaz et si on les
perfectionne encore, on tirera un parti plus avantageux de ce qui reste
de houille. La consommation de houille ayant été de 167 millions de
tonnes en 1903, l'Angleterre renfermerait encore de quoi subvenir à
celle-ci, au taux actuel, pendant plus de six cents ans: une durée qui
donne le temps de se retourner, assurément.

Le monopole de l'alcool en Suisse.

Les partisans du monopole de l'alcool par l'État présentent ce système
comme étant en même temps une bonne affaire et une mesure d'hygiène.

Ce qui se passe en Suisse, où le monopole est établi depuis bientôt
vingt ans, peut nous montrer ce qu'il faut penser de ces affirmations.

Sur le premier point, il n'y a guère à discuter, et il est manifeste que
le monopole de l'alcool n'a pas été pour la Suisse une mauvaise affaire.
De 1887 à 1903, l'excédent des recettes sur les dépenses a été de 98
millions et demi environ; ce qui donnait, en 1887-1888, près de 5
millions, et en 1903, 6.352.000 francs de bénéfices.

Mais le second point apparaît comme fort discutable. Jusqu'en 1901, il
sembla que la consommation de l'alcool baissait de plus en plus: de 6
litres 27 par tête en 1890, elle tombait progressivement à 3 litres 80
en 1901. Le résultat était admirable.

Voici toutefois que la consommation se met à remonter: en 1902, elle est
de 3 litres 87, et en 1908, de 4 litres 20.

Provisoirement gênés par la façon du monopole, les buveurs semblent
maintenant s'y être adaptés. Il ne faut donc pas se hâter de conclure
sur le rôle bienfaisant du monopole au point de vue de l'hygiène.

Le chêne porte-gui de Versailles.

Un mot encore--le dernier sans doute--sur la question des chênes
porte-gui. Nos lecteurs parisiens nous sauront gré de leur signaler un
chêne de cette espèce qui se trouve très à portée de leur vue. Ce chêne
nous est indiqué par M. E. Lefebvre, de Versailles, et se trouve à
Versailles, dans le parc même. C'est un arbre de belle taille, qui se
trouve presque en bordure de l'allée circulaire qui entoure le bassin de
l'Encelade, du côté nord par rapport au groupe central du bassin. Ce
chêne porte du gui depuis plus de vingt-cinq ans, et un de ses voisins,
plus jeune, se met à imiter son exemple.

MORTALITÉ ET MORBIDITÉ COMPARÉES DES ISRAÉLITES.

Un médecin d'Amsterdam, M. B.-H. Stephan, vient de se livrer à une
comparaison fort intéressante de la fréquence des maladies et de la
mortalité chez les israélites et chez les populations qui les entourent.

D'une façon générale, le fait curieux que cette étude met en évidence,
c'est que la mortalité des israélites est faible. A Amsterdam, elle
n'est que de 12 0/00 au lieu de 17 chez le reste de la population; à
New-York, la mortalité des émigrants russes ou polonais, israélites pour
la plupart et fort misérables, est moitié moindre de celle des autres
nationalités. Et cependant ces émigrants habitent les quartiers les plus
malsains.

Les mort-nés sont également, chez les israélites, moins nombreux que
chez les chrétiens. A Amsterdam, on en trouve chez les premiers 33,4
pour 1.000 naissances, alors que la proportion, pour la ville entière,
est de 47.

Relativement à la morbidité, la façon dont les israélites résistent à la
tuberculose est très remarquable. A New-York, les Slaves ont une
mortalité 3 ou 4 fois moindre que les autres nationalités. En Algérie et
en Tunisie, on a observé que la tuberculose était très rare chez les
israélites, et l'on a expliqué ce phénomène par les habitudes de
rigoureuse propreté observées dans les intérieurs.

Par contre, et cette particularité a été notée bien souvent, les
israélites paraissent très prédisposés aux affections nerveuses
proprement dites, à la surdi-mutité et à la cécité congénitale: ce que
l'on a essayé d'expliquer par la fréquence des mariages consanguins.

Ajoutons--ce qui peut jeter une certaine lumière sur ce qui précède--que
le divorce est beaucoup plus rare chez les israélites que chez les
catholiques et les protestants, et que la femme juive est surtout
réfractaire au divorce. Sur 100 jugements, 15 avaient été prononcés à la
requête d'une femme chrétienne, et 3,5 seulement à la requête d'une
femme juive.

_Un concours de poules._

Un concours de poules a eu récemment lieu en Australie: il a duré une
année entière, ce qui est un délai plus long que celui qu'on accorde--ou
impose--aux candidats aux écoles les plus difficiles qui puissent offrir
aux humains un mirage qui d'ailleurs, comme les autres mirages, est
souvent trompeur. Le but du concours, c'était simplement d'établir
quelle race de poules est la meilleure pondeuse. Et si l'on a fait durer
ce concours si longtemps, c'était pour que les bêtes puissent faire
leurs preuves durant la mauvaise saison aussi bien que durant la bonne
et pour exclure la possibilité de l'emploi de stimulants artificiels,
ayant une action temporaire.

Les poules concurrentes étaient toutes logées dans les mêmes conditions
exactement: toutes étaient nourries de la même manière. On tenait compte
toutefois des différences dans la quantité de nourriture absorbée,
certaines races étant plus voraces que d'autres. Enfin, toutes les
concurrentes étaient placées dans les conditions les plus favorables et
les coqs étaient soigneusement exclus. Pendant une année entière, par
conséquent, les poules vécurent dans le célibat.

Le résultat du concours, le voici:

Premier prix: un groupe de poules Wyandotte argentées. Ce groupe donna
une moyenne de 218 oeufs par poule pour l'année complète. Les poules en
question étaient les filles d'un groupe qui, l'année précédente, avait,
donné 214 oeufs en moyenne. Elles étaient de petite taille plutôt et peu
voraces. Des six poules de ce groupe, un amateur a offert 1.250 francs,
mais en vain. Un groupe de poules a reçu une forte récompense: c'est un
groupe de leghorn brunes. Elles ont fourni 200 oeufs chacune et cette
espèce est fort avantageuse en ce qu'elle mange la moitié de ce qu'il
faut aux autres.

Les résultats principaux du concours sont les suivants, d'après un
expert qui a suivi les opérations. C'est, d'abord, que le maïs est un
excellent aliment pour les poules. Puis, que l'absence des coqs est très
recommandée: les coqs gênent la ponte, au lieu de la stimuler. En
troisième lieu, les poules pondent plus quand elles sont réunies en
petits groupes, que lorsqu'on les accumule en grandes troupes. Enfin,
dit l'expert, les races asiatiques se sont montrées des couveuses tout à
fait supérieures.

Notons que si la dépense en nourriture a été de 122 livres et le prix de
vente des oeufs de 373 livres, il ne faudrait pas conclure que le
bénéfice a été de 251 livres. Il faut tenir compte du prix d'achat des
poules, de la valeur de la terre, de la dépense en enclos, poulaillers,
etc.

Mais ceci est une autre affaire. Ce qu'il faut retenir, c'est la valeur
de la wyandotte argentée comme pondeuse et celle de la leghorn.



_Mouvement littéraire._

_Le Péché de la Morte_, par Maxime Formont (Lemerre, 3 fr. 50). _La
Maison de Danses,_ par Paul Reboux (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).--_Les
Amants du Passé_, par Jean Morgan (Plon, 3 fr. 50).--_Emancipées_, par
Alphonse Georget (Lemerre, 3 fr. 50).--_Le Droit au Bonheur_, par
Camille Lemonnier (Ollendorff, 3 fr. 50).

Le Péché de la Morte.

M. Maxime Formont expose, dans son roman, un curieux cas de conscience.
Savinien de Méréglisse est plongé en un profond désespoir, parce qu'il a
perdu sa femme adorée, la petite comtesse Françoise. Malgré sa mère qui
le veut ramener chez les vivants, il persiste à vivre avec la morte. De
quelle façon le tirer du lac noir où il est tombé? Dans son château, une
douce jeune fille, Mlle de Fleuriel, fait son apparition. Une invincible
sympathie les rapproche, mais comment l'épouserait-il? Peut-il violer le
serment fait à la petite défunte? Lèvera-t-on son scrupule? La comtesse
Françoise, en son délire, avant d'expirer, avait prononcé le nom de
Pierre Anfrey, un ami de Savinien. Et ledit Pierre avait été surpris,
par Mme de Méréglisse, la mère, à baiser dévotement le front de la
morte. Hélas! un jour, dans un moment de solitude et d'abandon, la
comtesse Françoise s'était donnée pour quelques minutes seulement à
l'ami de son mari. Mlle de Fleuriel dépérit d'amour; Savinien, sous le
poids de son serment, marche à la folie. L'aveu de Pierre peut seul les
sauver. Mais doit-il avouer? Après de longues hésitations et en toute
conscience, il le fait. En avait-il le droit? Oui, dit M. Formont,
puisque cette solution est celle de son roman. Non, répondons-nous, car
le secret n'était pas seulement le sien. Rien ne l'autorisait à souiller
le tombeau et le souvenir de l'amie. De plus, il nous est impossible
d'admettre la façon dont il éclaire, sur une faute aussi passagère,
Savinien de Méréglisse. C'est lui-même qui fait à son ami la terrible
révélation. N'eût-il pas été préférable qu'il usât d'un intermédiaire?
Et en quels termes le complice de la comtesse Françoise s'exprime devant
Savinien! «C'est une femme qui en était indigne, indigne, entends-tu (de
ton serment).»

Maintenant, le roman est passionnant, écrit par une plume des plus
expertes. M. Formont a dénoué le cas de conscience comme quelques
autres peut-être l'auraient fait: c'est, en casuistique surtout qu'il y
a autant d'avis que de têtes.

La Maison de Danses.

La danse, l'amour et la jalousie: voilà trois choses fort espagnoles et
qui remplissent le volume de M. Reboux. Ramon tient un cabaret de
Séville, où des ballerines se livrent avec art à leurs exercices aimés.
L'une d'elles, la plus jeune, les dépasse toutes, par la souplesse et
par l'enchantement de ses mouvements; Ramon l'épouse. Mais l'enfer du
soupçon entre dans son coeur et y établit ses feux. Un beau jour, n'en
pouvant plus, craignant tout, jusqu'au vol d'une mouche, il quitte
Séville pour Cadix. Toute sa fortune repose sur sa femme, fort belle et
divinement habile sur les planches. Mais il préfère la misère à
l'exhibition de la délicieuse Estrellita. Cependant un pêcheur de la
côte en tombe amoureux; et, sous le soleil de là-bas, l'amour est
violent. Ce pêcheur, Benito, surprend un jour Estrellita en conversation
avec son jeune frère, à lui, Luisito. Dans sa rage, il les tue tous les
deux à coups de couteau. Peu s'en faut qu'il n'envoie les rejoindre dans
la mort le mari, Ramon. Peut-être la fin du roman choit-elle un peu trop
dans le drame. N'oublions pas cependant que nous sommes en Espagne, où
le couteau, en amour, fraternise avec la guitare et la mandoline. Toutes
les inquiétudes de la jalousie sont parfaitement détaillées dans Ramon,
et toutes ses fureurs dans Benito. Ce qui séduit dans la _Maison de
Danses_ c'est l'ample poésie; nous avons là une oeuvre de poète autant
que de romancier. M. Paul Reboux, avant d'écrire des histoires, a publié
des vers; c'était une excellente préparation. Au fond il n'y a de bons
romanciers, d'excellents historiens et même des critiques que ceux-là
qui, en leur jeunesse, ont rythmé leurs phrases et se sont exercés au
jeu des rimes harmonieuses.

Les Amants du Passé.

Jean Morgan est une femme; n'en doutons pas. Pourquoi n'arbore-t-elle
pas franchement les dentelles féminines et se cache-t-elle sous un
déguisement masculin? Ce qu'on peut reprocher à son roman, c'est le
début un peu long. Mais une fois ses deux personnages principaux bien
posés, tout marche à souhait. Mme de Nangis, mariée à un austère
magistrat, fort peu aimable et qui l'a épousée par ambition, pour sa
fortune et ses relations de famille, se rappelle un ami d'enfance et de
première jeunesse, avec lequel elle a joué au jeu innocent du petit mari
et de la petite femme. Dans une villégiature, elle le rencontre;
celui-ci, ému par ses charmes, se rappelle le doux passé et lui tend des
pièges où elle finit par tomber. Du reste, dans leurs entours, tout les
pousse à l'amour. Ce ne sont partout que flirts et compromis avec la loi
morale; chacun et chacune suivent sans vergogne le principe du droit au
bonheur. Comment ne pas se laisser influencer par un tel milieu? Mais,
au sein du plaisir, une mélancolie finit par les envelopper, et par
mettre de l'amertume dans leur bonheur. Ne sont-ils pas obligés au
mensonge, à l'hypocrisie? Est-ce qu'un monde implacable n'est pas là
pour les surveiller et souvent pour les séparer. Au déclin des jours, au
déclin de l'année surtout, une immense tristesse s'empare d'eux après
les premiers enchantements. Peut-être goûteraient-ils une joie sans
mélange s'ils s'en allaient loin des foules, dans le petit coin de
Bretagne où ils ont passé leur adolescence et se sont tout d'abord
adorés. Ne redeviendront-ils pas enfants, sans souci, sans ombre dans
leur lumière, parmi les objets d'autrefois? Emportés comme par la folie,
ils partent pour retrouver leur Ploet et la vieille maison. Mais quelle
désillusion! Rien ne peut leur rendre ce qu'ils étaient quinze ans
auparavant. Ils aperçoivent nettement leur erreur. Ce qu'ils avaient
idolâtré, ce n'était pas leur présent, leurs êtres actuels, mais leur
passé et leurs personnes d'enfance et de jeunesse. Or, rien ne pouvait
les faire revivre, pas même l'habitation dans les lieux familiers. Aussi
se séparent-ils désenchantés. Cette thèse de Mme Morgan, dont j'aime le
talent, est peut-être un peu subtile et s'accommode peu de la bonne
nature. Ce qui fait le charme de son volume, c'est qu'il nous livre
l'âme de la femme, sans aucune retraite inaperçue. De nombreux
personnages accessoires, fort bien observés, se meuvent autour des deux
principaux. Une poésie merveilleuse enveloppe tout. Rien de délicieux
comme la forêt de Marly en été, quand l'air est lumineux, la poussée
intense et exubérante, et en automne lorsque les routes «sont ensevelies
sous la tombée des feuilles». Aussi bien que les hommes et les femmes,
Mme Jean Morgan a observé minutieusement les bois et les grandes plaines
avant de les peindre.

Emancipées.

On me dit que le volume de M. Georget est fort goûté. D'une plume
honnête et vive, l'auteur y flagelle certains types d'arrivistes comme
son Philomathe, un jeune médecin sans pudeur, et dont la seule pensée
est de parvenir, même en brisant ceux qui l'aiment et qui l'ont aidé, à
l'argent et à la notoriété. Mais où sont les émancipées? J'aperçois deux
charmantes jeunes filles, élevées dans la maison paternelle, attendant,
sans aucune coquetterie, l'époux possible. Je sais bien que, remplissant
presque tout le livre, Irma ne leur ressemble guère. Après une jeunesse
orageuse, elle s'est unie légitimement à un peintre naïf, dont elle fait
sa victime. Rien de moins rare que les Irma. Qui se lie à elles par le
mariage risque tous les accidents. Si elles s'occupent de la vente des
tableaux, elles gardent, dans leur cassette, la moitié du prix; elles
forcent le malheureux à un labeur acharné qui ne l'empêche nullement de
recevoir, à son domicile, la visite répétée de MM. les huissiers. M.
Georget nous a fort bien représenté, dans toute son horreur, le
classique ménage d'artiste, ou plutôt de bohème artiste. Fort
heureusement, quand elle voit le peintre dans la misère, Irma se retire
et lui permet de divorcer Mais cette femme est-elle une émancipée?
Est-ce qu'une émancipée n'est pas celle qui se contente de certains airs
légers, qui a une certaine façon de relever la tête et de sourire
sceptiquement? Ce mot qui garde encore quelque grâce convient-il à
l'horrible démon, sans intelligence, sans morale, sans l'ombre de
délicatesse féminine, et qui change en enfer la maison qu'elle habite?

Le Droit au Bonheur.

Cette idée du droit au bonheur qui pointe dans le volume de M. Formont,
s'épanouit dans celui de Mme Morgan et se retrouve, plus ou moins, dans
tous les romans, éclate tout particulièrement dans l'histoire que nous
raconte, avec son habileté et sa puissante et sûre imagination, M.
Camille Lemonnier. Ici point de muscadins, aucun salon, mais la nature
toute simple. Une femme du peuple placée entre deux hommes, l'un veule,
affaibli par la gourmandise et la paresse, l'autre intelligent, robuste
et laborieux, abandonne le premier pour suivre le second. Ce n'est
point toutefois sans remords que cela s'accomplit, car rien n'a faussé
la droiture de ces gens auxquels est étranger l'art des sophismes.

E. LEDRAIN.


ONT PARU:

Romans.--_Les Trois Danoise, les_, par G. de Peyrebrune. In-18, Juven, 3
fr. 50.--_La Beauté d'Alcias_, par Jean Bertheroy. In-18, illustré,
Flammarion, 3 fr. 50.--_Le Prisme_, par Paul et Victor Margueritte.
In-18, Plon, 3 fr. 50.--_La Bayadère_, par Henry Gauthier-Villars.
In-18, illustré, Flammarion, 3 fr. 00.--_Complications d'amour_, par
Paul Junka. In-18, Tallandier, 3 fr. 50.--_Dans la paix des campagnes_,
par Maurice Montégut. In-18, Ollendorff, 3 fr. 50;--_Le Serpent noir_,
par Paul Adam. In-18, dº, 3 fr. 50.--_Les Beoenanis,_ par André
Theuriet. In-18, Lemerre, 3 fr. 50;--_Contre l'impossible_, par
Marie-Anne de Bovel. In-18, dº, 3 fr. 50.--_Le Prêteur d'amour_, par
John-Antoine Nau. In-18, Fasquelle, 3 fr. 50;--_Amants et Voleurs_, par
Tristan Bernard. In-18, d°, 3 fr. 50.--_L'Ecole des vieilles femmes_,
par Jean Lorrain. In-18, Ollendorff, 3 fr. 00.--_La Petite
Mademoiselle_, par Henry Bordeaux. In-18, Fontemoing, 3 fr.
50.--_Prisonniers marocains_, par Hugues Le Roux. In-18, Calmann-Lévy,
3 fr. 50.

POÉSIES.--_Le Banc de pierre_, par Georges Boutelleau. In-18, Lemerre, 3
fr.;--_Poésies_ (1892-1904), par François Fabié. In-18, dº, 16 fr.
--_Horizons_, par Mme Lucie Delarue-Mardrus. In-18, Fasquelle, 3 fr.
50.--_Les Voix du Coeur_, par Gaston Tournier. In-18, A. d'Espié, 3 fr.
50.--_Partances_, par Auguste Dupouy. In-18, Lemerre, 3 fr.--_Poèmes de
France et d'Italie_, par P. de Nolhac. In-18, Calmann-Lévy, 3 fr. 60.
--_Archiloque_, sa vie et ses poèmes, par Amédée Hauvette. In-8º,
Fontemoing, 7 fr. 50.--_Le Sang de la Méduse_, par Sébastien-Charles
Lecomte. In-18, Mercure de France, 3 fr. 50;--Les Rêves unis, par Marie
et Jacques Nervat. In-18, dº, 3 fr. 50.

DIVERS.--_Les Grands Ecrivains scientifiques_ (de Copernic à Berthelot),
extraits, introduction, biographies et notes, par Gaston Laurent. In-18,
Colin, 3 fr.--_Le Vingtième siècle politique_ (1904), par René Wallier.
In-18, Fasquelle, 3 fr. 50;--_La Vraie Religion selon Pascal,_ par Sully
Prudhomme. In-8º, dº, 7 fr. 50;--_Associations et Sociétés secrètes sous
la deuxième République_ (1848-1851), d'après des documents inédits, par
J. Tchernoff. In-8º, dº, 7 fr.--_Égypte et Palestine_, notes de voyages,
par A. André. In-18, illustré, Fontemoing, 5 fr.--_Hector Berlioz_, sa
vie et ses oeuvres, par J.-G. Prudhomme. In-8º Delagrave, 5 fr.



[Illustration: Phot. Paul Boyer. LA SAISON SUR LA COTE D'AZUR.--M.
Massenet et le prince Albert dans le parc du palais ducal de Monaco.]

M. Jules Massenet, on le sait, est allé à Monte-Carlo pour les
représentations de _Chérubin_. Son séjour dans la principauté n'a pas
été celui d'un oisif; cependant, si les soins qu'il a voulu donner
lui-même à l'interprétation de sa nouvelle oeuvre musicale lui ont pris
une bonne partie de son temps, ils lui ont laissé quelques loisirs.
C'est ainsi qu'il a pu profiter de l'accueillante hospitalité du prince
Albert, qui, en une promenade tout intime, a pris plaisir à lui faire
visiter les célèbres jardins du palais ducal de Monaco.

Une véritable merveille, ces jardins étageant, sous un ciel d'une pureté
idéale, jusqu'à la mer d'un bleu intense, leur végétation luxuriante, où
les arbres de toutes essences, la flore exotique mêlée à la flore
européenne, mettent toute la gamme des verts, où parfois l'épaisseur des
frondaisons offre des aspects de forêt vierge.

Certes, le maître avait apprécié les pittoresques décors de Visconti
destinés à encadrer _Chérubin_, et que nous reproduisions la semaine
dernière: mais combien plus encore il a dû goûter la magnificence de ce
décor naturel, dont le prince, aimable Mécène, faisait les honneurs à
l'éminent artiste!



L'ILLUSTRATION

Supplément au Numéro du 25 février 1905.

LE RETOUR DES DÉFENSEURS DE PORT-ARTHUR

_Dessins et photographies rapportés par L. Sabattier, notre envoyé
spécial au-devant de Stoessel._

[Illustration: Mme Stoessel. LE GÉNÉRAL STOESSEL SUR LE PONT DE
L'«AUSTRALIEN» _Croquis de L. Sabattier, sur lequel le général Stoessel
a apposé sa signature.)_]

[Illustration: Mme Stoessel Général Stoessel. Aide de camp du général.
Groupe des passagers de l'«Australien».]

Notre collaborateur L. Sabattier, parti il y a plus d'un mois au-devant
des défenseurs de Port-Arthur rentrant en Europe par l'_Australien_, a
fait route jusqu'à Port-Saïd avec le général Stoessel et ses glorieux
compagnons d'armes.

Nous publierons la semaine prochaine l'intéressant récit qu'il a
rapporté et qu'il illustrera de nombreux croquis et de curieux
instantanés.

Mais nous avons voulu auparavant consacrer, dès cette semaine, un
important supplément à reproduire intégralement une série unique de
photographies prises pour l'_Illustration_ pendant les dernières
semaines du siège.

Ces photographies n'avaient pu nous être adressées avant la reddition de
la place étroitement bloquée Emportées par un des officiers russes
passagers de _l'Australien_, elles ont été remises par lui à notre
envoyé.

[Illustration: Le débarquement du général Stoessel et de Mme Stoessel à
Port-Saïd.]

Les épisodes glorieux et sanglants des grands sièges dont parle
l'histoire ont été représentés par les peintres militaires dans des
tableaux mouvementés. Ici, ce n'est pas l'oeuvre d'un artiste; rien n'est
apprêté, rien ne vise à l'effet: c'est l'aspect lamentable et morne de
la destruction et de la mort. Mais quelle composition savante ou
fougueuse égalerait en émotion ces simples clichés photographiques, dont
la sincérité fait toute la beauté, et qui resteront comme des
témoignages à jamais irrécusables des horreurs de l'agonie de
Port-Arthur?

[Illustration: LES DERNIÈRES SEMAINES DE LA RÉSISTANCE DE PORT-ARTHUR
_Photographies de notre correspondant à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner_,
qui n'ont pu nous parvenir qu'après la reddition de la place. Le dépôt
du génie (magasins d'huile, de pétrole, de peinture), incendiés par les
obus japonais à la fin d'octobre.]

[Illustration: LA DÉFENSE DE LA MONTAGNE HAUTE (COLLINE DE 203
MÈTRES).--Les réserves allant prendre position. Les réserves
(tirailleurs sibériens) s'engagent dans une tranchée.--On distingue sur
le flanc de la colline les travaux de défense et d'abri des Russes.--A
gauche du sommet éclate un shrapnell japonais.]

[Illustration: Wagons atteints par les obus, dans la gare.--Au fond, la
colline aux Cailles. _Photographies de notre correspondant à
Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._]

[Illustration: ASPECT DE PORT-ARTHUR QUELQUES JOURS AVANT LA REDDITION
(DÉCEMBRE 1904). Toits des maisons troués par les obus.--Dans la rade
intérieure, navires atteints par les projectiles japonais après la prise
de la Montagne Haute.--Au centre, la rue Pouchkine. _Photographie de
notre correspondant à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._]

[Illustration: AU PIED DE LA MONTAGNE HAUTE (COLLINE DE 203 MÈTRES), LE
MATIN MÊME DU JOUR OU LES JAPONAIS SE SONT EMPARÉS DE LA POSITION (30
novembre 1904). A gauche, tombes des morts des journées précédentes.--A
droite, un soldat recueille les cartouches des morts de la nuit, avant
qu'on les enterre dans la fosse que d'autres soldats creusent un peu
plus loin.--Le flanc de la colline est semé d'excavations dont les unes
sont des tranchées ou abris russes, les autres des trous creusés par
l'explosion des gros obus japonais. _Photographie de notre correspondant
à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._]

[Illustration: Le «Poltava». Le «Gilliak» Le «Peresviet».]

[Illustration: Le «Pallada». Le «Pobieda».]

[Illustration: Le «Retvisan».]

CE QUI RESTE DE LA PREMIÈRE ESCADRE RUSSE DU PACIFIQUE _Photographies de
notre correspondant à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._

[Illustration: L'hôpital nº 9 avec les trous d'obus japonais dans le mur
à la hauteur du premier étage.]

LES HOPITAUX DE PORT-ARTHUR

Quand les Japonais se furent emparés de positions assez rapprochées de
Port-Arthur pour que leurs projectiles pussent atteindre la ville, le
général Stoessel fit parvenir au général Nogi un plan exact indiquant
l'emplacement des hôpitaux.

Le général nippon promit alors que son artillerie les épargnerait autant
que possible. Les photographies reproduites ici montrent qu'il ne put
tenir sa promesse.

Sans accuser les Japonais d'avoir volontairement visé les bâtiments où
étaient soignés les blessés, on doit constater que ces bâtiments ont été
parmi les plus maltraités de la place.

[Illustration: Deux vues de l'hôpital n° 6 montrant les effets du tir
des Japonais.]

[Illustration: UNE ÉPICERIE DANS LA VIEILLE VILLE A LA FIN DU SIEGE
Photographies de notre correspondant à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner.]

[Illustrations: (2)
Un tube lance-torpilles monté sur un affût. Expérience de lancement de
torpille à terre.
Comment les torpilles Whitehead des cuirassés et torpilleurs de la
flotte de Port-Arthur ont été utilisées par le général Kondratenko pour
la défense terrestre.]

«Le général Stoessel fut l'âme de la défense; le général Kondratenko en
fut l'Archimède.» La formule est de notre confrère, M. Emile Danthesse,
de _l'Écho de Paris_, qui s'est livré, à bord de _l'Australien_, à une
minutieuse enquête sur le rôle respectif des chefs russes pendant le
siège de Port-Arthur.

L'esprit ingénieux de Kondratenko ne cessa, pendant ces longs mois de
lutte, de faire des trouvailles étonnantes. La flotte ne pouvant se
décider à sortir, il avait réclamé ses canons, ses torpilles, ses
munitions de guerre, tout ce qui pouvait être utilisé sur terre. Il
n'avait pas seulement construit tous les forts qui n'existaient que sur
le papier à la date du 8 février; il les avait armés, semant leurs
approches de chausse-trapes, de fougasses, où les torpilles, où les
mines flottantes, devenues mines terrestres, détruisaient, en quelques
secondes, les plus beaux régiments de Nogi.

En novembre, alors qu'on commençait à manquer d'obus, il imagina même de
lancer du haut des forts des torpilles Whitehead, à l'aide des tubes
mêmes des torpilleurs installés sur des affûts de fortune et transformés
ainsi en des sortes de mortiers.

La torpille, munie à sa base d'un bloc de bois faisant l'office de culot
et s'adaptant à peu près exactement à l'âme du tube, n'a jamais dû être
un projectile bien perfectionné. Sa trajectoire peu tendue, sa faible
vitesse initiale, sa petite portée (environ 60 mètres), ne le rendaient
dangereux que pour des assaillants parvenus en masses serrées au pied
même des retranchements. Mais, quand cet engin arrivait sans encombre et
éclatait au milieu d'une colonne japonaise, il la réduisait, paraît-il,
littéralement en bouillie.

Les photographies ci-dessus ont été prises pendant des expériences
préparatoires, et c'est précisément la vitesse modérée de la torpille
qui a permis à l'objectif de la saisir ainsi au passage. Nous
reproduisons en même temps un autre document, que nous envoyait
récemment M. Balet, notre correspondant au Japon, et qui prouve bien que
Kondratenko ne s'en tint pas à des essais. C'est un dessin, publié par
une revue illustrée de Tokio, et qui représente une torpille Whitehead
traversant les rangs japonais pendant un assaut.

[Illustration: Fac-similé d'un dessin publié par un journal de Tokio et
représentant une torpille marine traversant les rangs japonais pendant
un assaut.
Kondratenko. Nomaenko.
LA MORT DE DEUX HEROS.--Le général Kondratenko et le colonel Nomaenko
morts côte à côte au fort de Kikouan nº 2: exposition des corps dans une
chapelle ardente, avant les funérailles. _Photographies de notre
correspondant à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner._]



[Illustration: LES GROUPES, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publiés sous cette rubrique sont entièrement
gratuits.)_


NOUVEAU PISTOLET D'ABATTOIR

Il s'en faut de beaucoup que nous soyons tous végétariens et les
hécatombes d'animaux indispensables à notre alimentation ne seront pas
de sitôt supprimées. Du moins est-il indiqué d'éviter à ces victimes
nécessaires les angoisses et les tortures de l'agonie et de la mort. De
nombreux appareils d'abatage ont été créés dans ce but et nous devons
dire que les solutions sont à peu près satisfaisantes. La plupart de ces
instruments produisent un choc violent sur le crâne, choc capable de
tuer net ou tout au moins d'étourdir la bête à abattre.

Il est en effet bien connu qu'une forte commotion sur la tête enlève
instantanément toute connaissance à l'être qui la subit et ce mode
d'abatage est le moins pénible et le plus susceptible de retenir notre
attention.

Dans cet ordre d'idées nous devons décrire un type récent de pistolet
d'abattoir qui a fait ses preuves et dont l'application a été approuvée
par la Société protectrice des animaux.

[Illustration:]

Ce pistolet, que représente notre gravure, diffère entièrement des
pistolets ordinaires en ce qu'il ne projette pas de balles; il chasse
simplement une forte tige de percussion destinée à perforer le cerveau
de l'animal à abattre; cette tige de percussion ne quitte d'ailleurs pas
le pistolet et se remet d'elle-même à sa position de départ grâce à un
ingénieux artifice. On peut voir sur la figure que cette tige comporte à
l'arrière une sorte de piston projeté par l'explosion de la cartouche;
la partie antérieure et rétrécie du canon dans laquelle coulisse la tige
se trouvant close par cette lige même, la partie la plus forte du piston
comprime l'air dans le canon lorsqu'elle est projetée en avant par la
force explosive; lorsque cette force explosive a terminé son effet,
presque instantané d'ailleurs, cet air comprimé ramène la tige-piston
tout entière à sa position de départ.

Le mode d'emploi du pistolet est des plus simples: il suffit d'appuyer
d'une main contre la partie frontale du crâne et de presser sur la
détente comme s'il s'agissait d'une arme ordinaire. L'animal tombe
foudroyé sans pousser un cri; la tige de percussion a pénétré dans le
cerveau avec une partie des gaz de l'explosion qui suivent un canal
perforé dans l'âme de la tige et qui contribuent pour une bonne part à
assurer l'instantanéité de la mort.

L'inventeur attribue à son appareil les avantages suivants:

La tige de pénétration étant renforcée au bout postérieur, tout danger
est exclu pour le personnel de l'abattoir.

Les cartouches détonent sans bruit.

Ces cartouches, par leur fabrication toute spéciale, sont préservées
contre l'humidité, régnant constamment dans les abattoirs.

A la chute de l'animal la tige est complètement dégagée. Donc, toute
cassure de celle-ci est évitée.

L'emploi de l'appareil se fait d'une main, ce qui est d'une grande
importance, surtout en ce qui concerne les porcs, vu que la fixation
devient superflue.

L'appareil, par sa facilité de maniement et sa légèreté, ne fatigue
aucunement l'homme.

La manipulation pour la charge, le tir et la recharge se faisant avec
une grande rapidité, l'appareil est très avantageux pour l'abatage en
gros.

Pendant le tir il faut essuyer et regraisser la tige, mais l'appareil
n'exige pas de nettoyage.

Aucune trace d'échauffement de l'appareil ne se fait sentir pendant un
tir prolongé de plusieurs heures.

Le pistolet ne possède aucun mécanisme pouvant nuire au bon
fonctionnement; son nettoyage s'opère avec grande facilité et rapidité.

Ce nettoyage ne s'impose d'ailleurs que le tir terminé et il n'exige que
quelques minutes.

L'inventeur recommande simplement de graisser soigneusement la tige et,
pour éviter des coups ratés, de s'assurer avant le tir qu'elle se trouve
refoulée complètement sur la cartouche.

La qualité de la viande n'est nullement altérée par ce système d'abatage
et la cervelle ne subit pas de détérioration nuisible.

Cet ingénieux appareil, dont les avantages paraissent sérieux, se
fabrique en deux modèles: le modèle n° 1 pour grands et petits bestiaux,
cartouches 9mm, charge 25 à 30 centigrammes, le modèle n° 2, pour petits
bestiaux, cartouches calibre 8mm charge 15 à 18 centigrammes. Pour tous
renseignements, s'adresser à _M. Buttler, 11, rue du Général-Blaise,
Paris._

_Pour toutes insertions concernant les nouvelles inventions, écrire au
service des Nouvelles Inventions, à l'_Illustration, _13, rue
Saint-Georges, Paris._





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3235, 25 Février 1905" ***

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