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Title: L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905
Author: Various
Language: French
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*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905" ***

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L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

[Illustration:
_Supplément de ce numéro: Une grande gravure hors texte_, La Marne, _par
Léon Lhermitte._
L'ILLUSTRATION
_Prix du Numéro: 75 Centimes._
SAMEDI 24 JUIN 1905
_63e Année.--N° 3252_]

[Illustration: Prince Radolin. M. Rouvier.
CONVERSATION DIPLOMATIQUE
Notre ministre des affaires étrangères, M. Rouvier, et le prince
Radolin, ambassadeur d'Allemagne, dans le cabinet du ministre, au quai
d'Orsay.
_Voir l'article à la page suivante._]



Notre prochain numéro, portant la date du 1er juillet, commencera le
second semestre de 1905. L'échéance de la fin de juin étant une des plus
importantes de l'année, nous demandons instamment à ceux de nos lecteurs
dont l'abonnement va expirer, de vouloir bien le renouveler de suite,
pour éviter tout retard dans la réception de leur journal.

Pendant le premier semestre de 1905, les abonnés de _L'Illustration_ ont
reçu, sans aucune augmentation de prix:

Douze numéros contenant des suppléments de théâtre (le _Duel, Monsieur
Piégois_, les _Ventres dorés_, etc., etc.) et vendus 1 franc;

Le numéro du Salon, luxueuse publication d'art, vendue 2 francs;

Dix magnifiques gravures hors texte, parmi lesquelles il suffit de
rappeler l'admirable _Tête de Femme_ de Henner et _Un Bridge_ d'Albert
Guillaume;

Trente pages supplémentaires d'actualités, imprimées le plus souvent sur
papier couché et en deux tons;

Des suppléments musicaux contenant d'importants fragments des nouvelles
oeuvres représentées à l'Opéra, à l'Opéra-Comique et à l'Opéra-Italien;

Vingt-six suppléments-romans, contenant notamment la dernière oeuvre de
Daniel Lesueur: la _Force du Passé_.

D'autre part, jamais L_'Illustration_ (qui depuis si longtemps occupe
une place prépondérante dans la presse illustrée) n'a publié une suite
aussi ininterrompue de numéros variés, intéressants, abondamment
documentés.

Rappelons, pour mémoire, les pages sensationnelles sur _le Siège et la
Chute de Port-Arthur_, sur _les Journées révolutionnaires en Russie_ et
_l'Assassinat du grand-duc Serge_, sur la _Visite de Guillaume II à
Tanger_, sur la _Mort de M. Syveton_, enfin sur la _Visite du roi
Alphonse XIII_ et l'_Attentat de la rue de Rohan_.

Presque chaque semaine, _L'Illustration_ a accompli de véritables tours
de force en paraissant le vendredi (à Paris) avec des photographies de
la veille, gravées et imprimées en quelques heures, prenant ainsi huit
jours d'avance sur les autres publications.

Pendant le deuxième semestre de 1905, _L'Illustration_ publiera des
suppléments d'art plus nombreux encore. Après la _Tête de Femme_ de
Henner, si parfaitement reproduite, nous offrirons à nos abonnés des
reproductions non moins réussies d'oeuvres de Roybet, d'Albert Besnard,
de Juana Romani. Nous continuerons la belle série des si spirituelles
petites toiles d'Albert Guillaume.

Notre numéro de Noël 1905, en préparation, sera aussi imprévu, aussi
artistique et aussi luxueux que celui de 1904, dont le tirage
considérable fut épuisé le lendemain de la mise en vente.

_L'Illustration théâtrale_ s'est déjà assuré toutes les pièces nouvelles
des premiers auteurs dramatiques contemporains (Henri Lavedan, Paul
Hervieu, Maurice Donnay, Jules Lemaître et d'autres... non moins
célèbres) annoncées pour la saison prochaine par les principaux
théâtres.

Après le roman en cours, _L'Illustration_ donnera des oeuvres
importantes de Paul Bertnay, Michel Corday, Remy Saint-Maurice, Marcelle
Tinayre, Daniel Lesueur, J.-H. Rosny--et elle tient en réserve un nom
illustre entre tous.

Tous les suppléments sont gratuits pour tous les abonnés, même de trois
mois.

Les abonnés nouveaux à partir du 1er juillet recevront les fascicules
déjà parus du roman en cours: _Cadet Oui-Oui_, par Claude Lemaître,
illustré par Simont.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

Fête de Neuilly. Pourquoi faut-il aller à celle-là plutôt qu'aux autres?
Je n'en sais rien. Ce sont les mystères de la mode. A Vaugirard, à
Montmartre, aux Invalides, aux cours de Vincennes, il y a des fêtes
foraines qui me paraissent égaler, par la gaieté, la diversité des
amusements et des spectacles, celle de Neuilly; je suis même sûre
qu'elles l'égalent: ne sont-ce pas les mêmes cirques, les mêmes manèges,
les mêmes baraques que, de quartier en quartier, d'un bout de l'année à
l'autre, l'industrie des forains promène autour de Paris?

Mais il semble niais aux jeunes gens chics de fréquenter la foire de
Vincennes et très peu élégant d'aller à celle de Montmartre. Par contre,
ils ne sauraient se dispenser d'avoir consacré quelques soirées du mois
de juin à celle de Neuilly; de s'y être montrés, en tenue de soirée, à
califourchon sur les chats monstrueux ou les cochons que la mécanique
d'un manège féeriquement illuminé fait tourner à grande vitesse, parmi
le tumulte des cris et des musiques déchaînées; d'y venir applaudir, en
connaisseurs, les gestes de l'athlète à la mode et d'en rapporter les
fleurs gigantesques, les beaux «soleils» en papier jaune, mauve, rose ou
blanc dont la brise secoue comme des drapeaux les pétales souples et
qui, plantés sur le siège de l'automobile ou dans la capote du fiacre,
indiquent aux passants «qu'on en revient».

J'y suis allée. Il ne faut se singulariser en rien et se méfier du
snobisme qui consiste à fuir avec trop d'affectation la société des
snobs. D'autant qu'il n'y a point que des snobs, à la fête de Neuilly;
on y rencontre aussi la foule, la vraie foule, celle qui vient aux fêtes
foraines s'amuser ingénument, pour tout de bon. Et je ne trouve pas, en
vérité, que ces amusements soient d'une qualité si médiocre. Une sorte
de poésie s'y mêle. Je regarde les hommes, les femmes, qui sont autour
de moi et dont les pieds, de temps à autre, écrasent un peu les miens.
Que viennent-ils faire ici? Quelques-uns, groupés autour de «têtes de
Turc», s'amusent à me prouver qu'ils ont les reins solides et des
muscles puissants. Innocente vanité et dont l'exemple leur vient de
haut: de jeunes gentilshommes n'affirmaient-ils pas, il y a huit jours,
«chez Molier», des coquetteries toutes pareilles?

Mais ceux-là mêmes sont le petit nombre; et ce que la foule vient
chercher dans les fêtes foraines, c'est surtout le plaisir modeste
d'admirer l'adresse et la vigueur des autres; de frémir un peu au
spectacle des gestes héroïques du dompteur; de goûter la surprise des
tours de force, des acrobaties troublantes... Et c'est autre chose
encore: c'est la volupté de s'étourdir gentiment, de s'évader--pour une
heure--de la vie dans le rêve. Il y a toutes sortes de moyens de goûter
cette volupté-là: d'élégants et de vulgaires, de simples et de raffinés,
d'économiques et de coûteux. Il y a, pour les personnes riches ou d'âme
compliquée, les voyages lointains, les aventures sentimentales, la
lecture des poètes, les griseries d'art... et, pour les autres, il y a
les fêtes foraines: la joie des loteries à deux sous, l'affolement des
balançoires, l'ivresse de tourner en musique à califourchon sur une bête
en bois; il y a la femme géante et le veau à cinq pattes. Tout cela,
c'est de l'émotion: c'est de la poésie à l'usage des braves gens qui ne
liront jamais Verlaine et ne connaissent de l'univers que ce que leur en
ont fait voir les marches militaires et les trains de plaisir.

Ne nous moquons pas trop des fêtes foraines.


M. Pingard est mort. C'est un petit événement parisien que cette
disparition-là.

[Illustration: M. Julia Pingard.--_Phot. Pirou, bd Saint-Germain._]

La première fois que j'eus la curiosité d'assister à une séance
académique, je demandai à un professeur de mes amis comment il fallait
s'y prendre pour entrer là. «Voyez Pingard», me dit-il. Je vis Pingard.
C'était un petit homme souriant, vif et poli, dont les favoris blancs
étaient taillés avec ordre et faisaient penser à une architecture de
jardin français. L'indiscrétion de ma démarche l'amusa. En phrases d'une
délicieuse correction, il m'exposa que, depuis quinze jours, il avait
«tout donné». Je m'excusai; alors il eut pitié de moi et, toujours
riant, me conjurant de n'en rien dire à personne, il me glissa dans la
main un petit carré de papier grâce auquel, huit jours après--après
avoir fait queue une heure et demie devant une porte--je goûtai le
privilège d'entendre mal, du fond d'un trou, les harangues de deux
hommes célèbres dont je regrettai surtout de ne pouvoir distinguer les
figures. Depuis lors j'ai beaucoup entendu parler de M. Pingard,
infiniment plus que de la plupart des académiciens dont il était demeuré
pendant un peu plus de cinquante ans le très respectueux serviteur. En
ce domaine mystérieux et très fermé qu'est l'Académie française, il
était celui à qui l'on parle; celui qui renseigne; à qui se confiaient
toutes les ambitions, toutes les curiosités qui ont pour objet une
récompense, un spectacle, un patronage académique; huissier, cicérone ou
confesseur? Un peu tout cela à la fois.

Un vieil homme de lettres, qui fut le camarade de M. Pingard, me faisait
hier un éloge attendri de ce brave homme, si modeste qu'afin de ne point
obliger les académiciens à se déranger à l'occasion de sa mort il avait
exprimé le voeu que le «faire part» ne leur en fût adressé qu'après son
enterrement. N'est-ce pas le comble de la discrétion?

Mon ami ajoutait:

«Cette discrétion n'empêchait point Pingard d'être, en son domaine,
quelqu'un de tout-puissant, le subalterne indispensable... Je lui dis un
jour qu'il me faisait penser à ces portiers de grands hôtels qui sont, à
l'étranger, le salut du voyageur. Le portier de grand hôtel est un homme
qui sait toutes les langues, connaît la topographie de la ville et les
adresses de ses principaux habitants, les tarifs des véhicules et les
heures de départ des trains et des bateaux; il est le bienfaiteur qui
reçoit et distribue le courrier, vend des timbres, expédie les dépêches,
vous donne de la monnaie du pays en échange du billet français dont
personne ne veut, fait fonction d'interprète, apaise d'un mot décisif
(en une langue qu'on ne comprend pas) la dispute dont un cocher vous
menace. Il est l'ami. Il est le refuge.

»Au seuil de l'Académie--de ce pays désirable et lointain dont si peu
d'entre nous savent la langue et les lois--vous me rappelez, disais-je à
Pingard, ces bons portiers-là...

»Et, comme il avait autant d'esprit que de politesse, il m'avouait, en
riant, que cette comparaison ne le froissait point.»

SONIA.



UN TÊTE-A-TÊTE DIPLOMATIQUE

M. ROUVIER ET LE PRINCE RADOLIN

M. Rouvier, qui, aussitôt après la démission de M. Delcassé, avait pris
la direction de notre politique extérieure, sans abandonner le
portefeuille des finances, a enfin cédé celui-ci à son lieutenant, M.
Merlou, sous-secrétaire d'État du département, et décidément opté pour
le portefeuille des affaires étrangères.

La période intérimaire d'une dizaine de jours, pendant laquelle le
président du conseil a cumulé deux des plus lourdes charges du
gouvernement, a paru un peu longue à l'impatience du monde
parlementaire, où toute crise ministérielle, même partielle, ne va pas
sans quelques accès de fièvre. Cette fois, il est vrai, le cas offrait
une particulière gravité, en raison des causes déterminantes de la
crise.

La retraite de M. Delcassé, motivée par l'échec de la mission de M.
Saint-René-Taillandier à Fez et par la tension des rapports entre le
quai d'Orsay et Berlin, a montré la nécessité d'un changement
d'orientation dans notre diplomatie au sujet de la brûlante question du
Maroc. Notre «premier», en capitaine prudent et avisé, a immédiatement
empoigné la barre; puis, envisageant la situation de sang-froid,
procédant sans précipitation, il s'est donné le temps d'étudier de près
la carte, de tracer sa route: après quoi il a estimé qu'il ne pouvait
avoir, en cette passe difficile, de meilleur timonier que lui-même.

Ce n'a pas été là, du reste, du temps perdu. M. Rouvier, en effet, n'a
pas attendu le décret du 17 juin qui le nommait, à titre définitif,
ministre des affaires étrangères, pour engager des pourparlers utiles
avec le prince Radolin, ambassadeur d'Allemagne à Paris. Déjà,
antérieurement à cette date, dans le cabinet du quai d'Orsay, où devait
se poursuivre une partie serrée, mettant en jeu non seulement des
intérêts positifs, mais encore des questions de dignité nationale de
l'ordre le plus délicat, les deux diplomates avaient eu, en tête à tête,
plusieurs entretiens importants. Ils y firent assaut de haute courtoisie
et apportèrent, dit-on, l'un et l'autre, des dispositions conciliantes.
Des vues échangées, des précisions articulées, il est résulté, sinon une
entente (les choses en pareille occurrence ne sauraient aller si vite),
du moins une très sensible détente.

Les «points noirs à l'horizon», sujets légitimes de tant de soucis et
d'inquiétudes, en France et ailleurs, semblent s'éloigner et l'on a lieu
d'espérer qu'ils ne tarderont pas à s'effacer.



PÉRIL JAUNE

[Illustration: PERIL JAUNE: LES OYAMA, LES NOGI ET LES KUROKI CHINOIS
QUE NOUS PRÉPARE L'ALLEMAGNE]

Sept officiers chinois, ayant déjà passé quatre ans à l'académie
militaire de Wou-Chang, viennent de prendre du service en Allemagne.
Trois d'entre eux sont attachés au corps d'artillerie de campagne, en
garnison à Wesel, trois autres à un régiment de hussards, à Dusseldorf,
et le dernier sert dans le génie, à Deutz.

Une photographie, tout ensemble pittoresque et documentaire, les a
réunis en un groupe d'un aspect très suggestif. Sous leurs uniformes
germaniques, ils ont vraiment belle tenue et l'air martial, ces fils du
Céleste-Empire, ornement actuel de l'armée allemande, espoir de l'armée
chinoise, et si, par le type, ils rappellent les officiers japonais,
leur taille, supérieure à celle des Nippons, leur donne peut-être plus
de prestance militaire.

Ainsi donc, voici les Jaunes de Chine qui, à l'exemple des Jaunes du
Japon, s'initient étroitement aux choses d'Occident et viennent
apprendre en Europe l'art de résister aux Européens et, au besoin, de
les combattre. «Le Midi monte», a-t-on dit chez nous en manière de
plaisanterie; on pourrait dire plus sérieusement aujourd'hui:
«L'Extrême-Orient s'étend».



NOTRE GRAVURE HORS TEXTE

«LA MARNE»

Tableau de Léon Lhermitte.

Sans doute, il est superflu de présenter aux lecteurs de
_L'Illustration_ le très bel artiste qu'est M. Léon Lhermitte. Nous
avons reproduit ici, à peu près chaque année, ses envois aux Salons. De
plus, il y a quelques mois, nous avons publié déjà, en supplément, une
de ses graves et fortes oeuvres: _l'École_.

La _Marne_, que nous donnons cette semaine, caractérise un aspect
différent et nouveau, à certains égards, de ce talent sans cesse à la
recherche du beau et du mieux, et le montre comme paysagiste,--comme
grand paysagiste.

Depuis deux ou trois ans, en effet, M. Léon Lhermitte a donné, dans ses
compositions, une part beaucoup plus importante qu'il n'avait fait
jusque-là au paysage, cet «état d'âme». Sans détourner ses yeux
compatissants, émus du labeur éternel, des inquiétudes, des tourments, de
la vie, enfin, des hommes, il a vu derrière eux, autour d'eux, la
tranquille sérénité, la majesté grandiose de la nature. Et ses paysages
ont l'austérité même qu'avaient ses figures, leur simple grandeur, avec
cette auguste noblesse des choses indifférentes aux passions humaines,
grands ciels, arbres aux nobles architectures, champs pacifiques,
insensibles à la morsure de la faucille qui tond les blés mûrs, du soc
qui entame les lourdes glèbes, eaux limpides et reflétant tour à tour,
sans qu'un frisson de plus les ride, le tremblement des peupliers que
tourmente la brise ou la misère des hommes agités de soucis.

Cette _Marne_ qu'il nous montre ici n'est point la Marne tumultueuse des
beaux dimanches d'été, avec la file pressée des pêcheurs à la ligne
désormais échelonnés tout le long des berges, les agapes familiales dans
l'herbe drue, le va-et-vient bruyant des canotiers, et les chants et les
rires troublant tous ses échos. Ces tableaux de campagne en liesse
conviendraient mal au pinceau de M. Léon Lhermitte. C'est la jolie
rivière si calme des jours de travail, silencieuse, souriante à demi, où
quelque pauvre diable, au bord des roseaux, pêche pour manger, quête un
appoint au maigre repas du soir. Et toute la haute probité du peintre,
la gravité du penseur, le beau style du maître, se retrouvent dans cette
oeuvre impressionnante.



NOTES ET IMPRESSIONS

La patrie, c'est le souvenir des grandes choses que l'on a faites
ensemble.
                                            ERNEST RENAN.

                                  *
                                 * *

Une première condition pour réussir, c'est de durer.
                                             PAUL DOUMER.

                                  *
                                 * *

On dit que l'art de causer se perd en France: c'est aussi l'art d'agir.
                                         BARON DE HUBNER.

                                  *
                                 * *

L'opinion, «reine du monde», est deux fois maîtresse des démocraties: au
pouvoir, on en est l'esclave et, dans l'opposition, le valet.

                                  *
                                 * *

A voir combien nos maladies suscitent de remèdes infaillibles et nos
crises sociales de systèmes sauveurs, individus et nations devraient
être immortels.
                                           G.-M. VALTOUR.



[Illustration: Un panneau dans la salle des pastels.--_Phot. Cossin._
_Pastels appartenant à MM. le docteur Delbet, Peytel, Ferdinand Dreyfus,
Boivin et à la Société des Galeries Georges Petit._]

L'EXPOSITION ALBERT BESNARD

Par ce temps d'exhibitions multiples de peinture, Salons publics ou
privés, l'exposition des oeuvres de M. Albert Besnard est un événement
artistique. Rarement les belles galeries de M. G. Petit se sont trouvées
à pareille fête; on voit, dès l'entrée, les panneaux s'éclairer de tons
éclatants et joyeux, et l'oeil est enveloppé de caresses oubliées depuis
que Rubens, Goya et Eug. Delacroix ont cessé de peindre. Il semble
d'autre part que les maîtres charmants du pastel au dix-huitième siècle,
les La Tour et les Perroneau, ces maîtres bien français qui furent
savants avec grâce et donnèrent de l'esprit à la peinture, se soient
donné rendez-vous rue de Sèze pour protester contre la vulgarité et le
prosaïsme de leurs descendants. Le glorieux atavisme dont nous venons de
signaler rapidement les étapes ne fait aucun tort à l'originalité de M.
Besnard; il est bien le père de ses oeuvres; personne n'a peint comme
lui, et la modernité de son sentiment éclate à tous les yeux.

Pour qui a suivi l'évolution de l'art contemporain, cette exposition
d'oeuvres, la plupart connues, est cependant une révélation. En voyant
côte à côte cette réunion magnifique d'images de tous genres, portraits,
peintures décoratives, paysages, scènes de genre, eaux-fortes et sujets
d'illustration, on demeure surpris de la diversité du talent de M.
Besnard, non moins que de sa puissance. Et l'on pense que l'École des
beaux-arts qui l'a produit, un peu malgré elle--telle la poule qui
aurait couvé un paon--doit être fière de son oeuvre. A vrai dire, les
lauriers de Rome n'ont jamais empêché l'éclosion d'un tempérament de
peintre. M. Besnard a prouvé que l'on pouvait triompher au sortir de
l'École, avec une _Mort de Timophane_, composée suivant la formule
enseignée, et se livrer ensuite aux impulsions d'une âme d'artiste. Cet
honorable pensum n'a pas été d'ailleurs sans le servir, puisqu'il lui a
inculqué pour jamais le respect de la forme, du dessin, cette probité de
l'art, comme a dit Ingres, qui fut un grand honnête homme en peinture.

[Illustration: Le peintre Albert Besnard devant le portrait de sa
femme.]

L'exposition actuelle ne comprend pas tout l'oeuvre de M. A. Besnard; on
n'a pu, naturellement, y faire entrer les grandes fresques décoratives
qui sont l'ornement de l'Hôtel de Ville, de la Sorbonne et de l'École de
pharmacie; elle n'en est pas moins d'une extraordinaire richesse: 138
peintures, 60 pastels, autant d'aquarelles, figurent au catalogue. Avec
les dessins et les eaux-fortes, nous arrivons au chiffre de 401 ouvrages
exposés. Les visiteurs de l'exposition, ouverte jusqu'au 9 juillet, sont
donc particulièrement favorisés; ils ont à la fois le nombre et la
qualité; les oeuvres du début et les oeuvres les plus récentes: telle
cette admirable toile décorative: _Lacustre_, qui appartient à M.
Georges Petit, peinture éblouissante de fraîcheur et d'étendue que
Whisthler eût volontiers dénommée: symphonie en bleu.

[Illustration: La famille de l'artiste (tableau d'Albert Besnard).]

Nous donnons avec le portrait du maître dans sa vigoureuse maturité--il
a aujourd'hui cinquante-six ans--celui de sa famille: c'est une toile
justement célèbre de son oeuvre; nous y joignons un panneau de ses
délicieux pastels de femmes aux attitudes variées à l'infini, aux
carnations si belles.

                                                      A. DE L.


[Illustration: UN MARIAGE PRINCIER A WINDSOR L'archevêque de Canterbury
bénit, selon le rite de l'Église d'Angleterre, le mariage de la
princesse Marguerite de Connaught avec le prince Gustave-Adolphe de
Suède, dans la chapelle de Saint-Georges, au château royal de Windsor
(15 juin).--voir l'article, page 420.]


LA RUPTURE ENTRE LA SUÈDE ET LA NORVÈGE

La substitution, au faîte de la citadelle d'Akarshus, à Christiania, du
drapeau norvégien au drapeau de l'union a été en quelque sorte l'acte
symbolique consacrant la séparation entre la Suède et la Norvège.

Le 9 juin, en présence d'une foule de trente mille personnes, où se
trouvaient mêlés tous les membres du Storthing (le parlement norvégien),
devant toute la garnison alignée, on amenait solennellement le drapeau
de l'union, après que le commandant de la place eut donné lecture de la
résolution prise l'avant-veille, par le Storthing, sans débat, et à
l'unanimité, de rompre le pacte d'union avec la Suède. Des salves
d'artillerie éclatèrent et les troupes présentèrent les armes.

Puis le nouveau pavillon, le pavillon norvégien, fut hissé dans
l'espace. L'assistance alors se découvrit et les troupes, de nouveau,
présentèrent les armes, aux accents de l'hymne national norvégien, que
jouait une musique, et au milieu des vivats de la foule.

[Illustration: L'ACTE SYMBOLIQUE MATÉRIALISANT LA SÉPARATION ENTRE LA
NORVÈGE ET LA SUÈDE Le nouveau drapeau norvégien hissé sur la citadelle
d'Akarshus à la place du drapeau de l'union.--_phot, Worm-Petersen._]

[Illustration: Le drapeau de l'union suédo-norvégienne amené
solennellement.]

Evidemment, des dissentiments graves ont motivé cette rupture. D'abord,
c'est un peu par la force qu'en 1814, la Norvège avait été unie à la
Suède. Elle semble n'avoir jamais accepté cette union que comme un
mariage de raison. Les querelles ont été fréquentes entre les deux pays
jusqu'au moment où la Norvège formula, de façon précise, ses griefs.
Cela remonte à 1836, tout simplement, et l'on voit qu'un ménage bien
établi peut subsister longtemps sur le pied de guerre. Puissance
maritime avant tout, elle exigeait une représentation consulaire
distincte de celle de la Suède. Elle voulait aussi un ministre des
affaires étrangères à elle,--cette question étant intimement liée à la
première. Enfin, et surtout, pourrait-on dire, elle voulait avoir son
pavillon national propre. L'accord de 1814 portait que les deux pays
auraient chacun son pavillon, rappelant, dans le quartier supérieur
contigu à la hampe, les couleurs de l'autre pays. C'était le «pavillon
d'union». Le drapeau de la Suède, bleu avec une croix jaune; celui de la
Norvège, rouge, avec une croix gros bleu bordée de blanc. Le canton
portant la marque d'union rappelait, en Suède, le rouge, le bleu et le
blanc de la Norvège; en Norvège, le bleu et le jaune de la Suède.
C'était un petit pavillon dans l'angle du grand. Dès 1821, les deux
sections du Storthing,--le parlement entier,--adoptaient une décision
portant que le pavillon norvégien serait rouge vif, divisé par une croix
bleu foncé aux bords blancs. Le roi opposa son veto à cette décision. Ce
n'est qu'en 1828 qu'un décret royal accorda seulement aux navires
marchands norvégiens la faculté de battre ce pavillon. Ce n'était qu'une
licence octroyée. Mais le pavillon de guerre demeurait pavillon suédois
d'union, c'est-à-dire, en fait, le pavillon suédois, les deux pays
n'ayant qu'une marine de guerre et une armée. D'où les dissensions.

En 1899, après une lutte très vive contre la couronne, le Storthing
proclamait la suppression du canton d'union de tous les pavillons
marchands et de ceux des édifices nationaux. Seuls les drapeaux
militaires portaient encore en dernier lieu la marque d'union. C'en est
fait, désormais: la Norvège, indépendante, a son drapeau à elle.



[Illustration: Sur le champ de bataille, au sud-ouest de Moukden:
l'autel et le monument aux morts.]

APRÈS LA VICTOIRE DE MOUKDEN

Réjouissances au camp japonais en l'honneur des morts.

Notre correspondant de guerre avec l'armée japonaise nous écrit du
quartier général:

Le plus grand honneur pour un soldat japonais est de se faire tuer pour
son pays. Il ne chante pas: «Mourir pour sa patrie est le sort le plus
beau!» mais il le croit et agit en conséquence. La mort sur le champ de
bataille, loin d'être pour la famille du défunt une cause de tristesse,
est au contraire une cause de légitime orgueil et nulle trace de chagrin
ne doit paraître sur les visages.

Ceux qui sont morts pour leur pays continuent à vivre dans l'esprit et
le coeur de leurs nationaux et nulle part, peut-être mieux qu'au Japon,
les honneurs funèbres ne leur sont rendus. Les préoccupations de la
guerre elle-même n'empêchent pas l'armée de s'acquitter de ses devoirs
envers ceux qui sont tombés sous les balles ennemies. Après chaque
bataille, une imposante cérémonie funèbre a lieu, presque toujours par
division. Très souvent on choisit, pour rendre les honneurs posthumes,
une localité où un combat particulièrement violent a été livré.

A quelques kilomètres au sud-ouest de Moukden, la 5e division fêtait ses
morts, il y a quelques jours. Pendant cinq jours, de puissantes redoutes
russes l'avaient arrêtée dans sa marche en avant. Mais, le 10 mars au
matin, les Japonais s'étaient enfin emparés de la position.

[Illustration: La vieille et la jeune armée en présence.]

Sur une petite éminence qui domine la redoute principale, un autel a été
dressé. Des branches de pins, traînées de très loin, ont été plantées en
terre et leur verdure jette une note gaie sur la monotone tristesse de
la jaune plaine mandchourienne. Sur le sommet du monticule, une simple
poutre fichée en terre rappelle qu'une affaire meurtrière s'est déroulée
ici même et que quelques centaines de braves n'y ont pas marchandé leur
vie. Sur la droite, un énorme obus, de 5 mètres de haut, en toile
peinte, contribue à donner un aspect tout à fait martial à la cérémonie.

Des offrandes sont faites aux morts, des prières sont dites par les
aumôniers de l'armée, revêtus de leurs robes de brocart, les esprits des
morts sont évoqués et tous les officiers envoyés en délégation viennent
brûler de l'encens. Successivement des détachements de chaque régiment
viennent saluer les camarades glorieusement tombés.

Ceux qui sont morts pour leur patrie et qu'on vient d'honorer vont
maintenant se divertir avec leurs camarades, car une fête funéraire de
cette nature ne doit pas être triste. Des tables 'sont dressées: la
musique attaque ses airs les plus gais et toutes sortes de
divertissements vont se succéder. Le troupier japonais est extrêmement
ingénieux. Avec un rien il arrive à faire quelque chose. Il sait se
grimer à merveille, mimer la démarche d'une _mousmé_, prendre les
attitudes hiératiques des Samouraïs et aussi donner la note gaie et
comique.

[Illustration: Une séance de lutte sur le terrain du combat.]

Ainsi nous avons vu défiler la vieille armée japonaise, des troupes de
paysannes, des musiciens improvisés, des acteurs célèbres, des
lutteurs. Car la lutte est très en faveur au Japon. Une salle de lutte
est organisée: les champions sont nombreux.

Et, chose intéressante, sur ce terrain encore jauni de la trace des
explosifs, couvert de balles de shrapnells, où l'on se heurte à chaque
pas à des culots d'obus, où l'on se battait avec acharnement il y a un
mois encore, aujourd'hui on s'amuse et l'on boit, et les fossés de la
redoute russe servent de vestiaire aux lutteurs pour se mettre en tenue
et aux pseudo-_mousmés_ pour se grimer et nouer leur _obi_.

[Illustration: APRÈS LA VICTOIRE: RÉJOUISSANCES AU CAMP JAPONAIS EN
L'HONNEUR DES MORTS.--Soldats déguisés dansant et mimant un combat.]

[Illustration: FÊTE FUNÉRAIRE AU CAMP JAPONAIS, APRES LA VICTOIRE DE
MOUKDEN.--Soldats déguisés en "Samouraïs" défilant devant leurs
camarades en l'honneur des morts.

En partant pour cette campagne meurtrière, les soldats japonais
n'avaient certainement point songé à surcharger leurs bagages des
éléments d'une mascarade. Après la victoire de Moukden, leur ingéniosité
y a suppléé. Pour reconstituer ces anciens accoutrements des guerriers
d'autrefois, les plus vieux d'entre eux n'avaient qu'à rappeler leurs
souvenirs,--des souvenirs de trente ans, au plus. Un peu de papier,
quelques lambeaux d'étoffes, les _kimonos_, les robes japonaises que
chacun emporta avec lui pour les revêtir aux heures de trêve, quelques
bonnets à poil conquis aux Russes, et voilà reconstitués les armures
héroïques des ancêtres, les hauts casques armés d'antennes, les masques
dont les superbes sabreurs d'autrefois couvraient leurs visages. Et les
petits soldats équipés à l'européenne regardaient défiler la marche
superbe des _Samouraïs_, dont l'âme indomptable revit en eux.]



[Illustration: Le jeune grand-duc Dmitri défile avec son régiment devant
l'empereur.]

UNE PARADE A TSARSKOÏÉ-SÉLO

Il y a peu de temps, un bruit courut et s'accrédita pendant une journée
entière: celui de la mort du tsar Nicolas II. Non seulement ce bruit
était inexact, mais il n'était fondé sur rien; il était né on ne sait où,
on ne sait comment. L'empereur Nicolas II continuait de résider au
palais de Tsarskoïé-Sélo, où il s'était rendu avant les émeutes du mois
de janvier et qu'il a quitté seulement ces jours derniers pour la ferme
de Péterhof.

Les photographies que nous publions ici ont été prises à Tsarskoïé-Sélo
par notre correspondant C.-O. Bulla, il y a une dizaine de jours. Elles
nous montrent bien que, si quelque chose est en train de changer en
Russie, ce ne sont pas, du moins, les très vieilles traditions de la
maison impériale.

Le grand-duc Dmitri Pavlovitch, cousin germain de l'empereur, âgé de
quatorze ans, était déjà chef du 11e régiment de grenadiers. Il a été,
l'autre jour, fait chef du 2e régiment de tirailleurs, et c'est à cette
occasion qu'eut lieu la parade que nos photographies représentent et à
laquelle assistèrent, du balcon décoré du palais Catherine, les deux
impératrices et les grandes-duchesses Xénia et Olga Alexandrovna et
Marie Pavlovna.

Quand leur jeune chef, son brevet à la main, marchant immédiatement
derrière l'empereur, passa devant les rangs de tirailleurs, les soldats
l'acclamèrent avec ce bel entrain du soldat russe--qui survit à tous les
revers.

[Illustration: L'empereur et la famille impériale, devant le palais
Catherine, à Tsarskoïé-Sélo, assistent à la parade en l'honneur du jeune
grand-duc Dmitri.]

[Illustration: UNE PARADE A TSARSKOÏÉ-SÉLO.--Le grand-duc Dmitri, âgé de
quatorze ans, passe en revue, précédé par l'empereur, le 2e régiment de
tirailleurs, dont il vient d'être fait le chef.--_Phot. C.-O. Bulla._]



[Illustration: Un des campements organisés pour le ravitaillement et les
réparations des voitures en course.]

AU CIRCUIT D'AUVERGNE

Les critiques dont le choix du circuit d'Auvergne a été l'objet, à cause
des difficultés, des périls même, disait-on, de ses différences de
niveau et de ses virages nombreux et excessivement courts--nous en avons
donné à deux reprises, dans de précédents numéros, des vues
saisissantes--ces critiques se sont trouvées heureusement peu justifiées
par l'épreuve éliminatoire des voitures françaises qui a été courue, le
16 juin, sans accidents sérieux.

[Illustration: Le garage en plein air, près des tribunes, pour les
voitures des spectateurs.]

[Illustration: Le tableau d'inscription du classement des concurrents
pendant la course.]

Mais l'Automobile-Club avait pris toutes les précautions imaginables,
sans ménager ses efforts ni ses frais, élevant des balustrades de bois
dans toute la traversée des villages, construisant ici une passerelle
qui permettait aux piétons de passer d'un côté à l'autre de la route
en toute sécurité, édifiant là de véritables ponts de bois sur lesquels
les voitures de la coupe franchissaient les voies ferrées, remblayant le
côté extérieur des tournants pour les rendre possibles, sinon faciles,
westrumitant le sol pour éviter la poussière, bref, faisant du tracé de
ce circuit une véritable piste d'autodrome.

De leur côté, les conducteurs concurrents l'avaient longuement étudié et
pratiqué. Ils ont pu l'aborder, le jour de l'éliminatoire, avec autant de
hardiesse que de sûreté et il en est résulté une épreuve d'un intérêt
pratique considérable pour l'industrie automobile. Les voitures n'y ont
pas atteint le «cent» à l'heure, qu'elles auraient toutes dépassé de
beaucoup en palier, mais elles ont fait plus de 70 kilomètres de moyenne
(Théry: 72 kil. 500) en obligeant tous leurs organes, du moteur aux
pneumatiques et de l'arbre de direction aux freins, à subir le maximum
de fatigues violentes et d'usure, et en indiquant par là même avec
quelque précision leur force de résistance.

[Illustration: Une vendeuse de programmes en costume auvergnat.]

[Illustration: Au pesage: la voiture de Théry poussée sur la bascule.]

[Illustration: Au contrôle de Laqueuille: l'horloge à minutes pour
assurer l'espacement des voitures.]

[Illustration: Théry (1er sur voiture Richard-Brasier) exécutant en
vitesse le virage de Rochefort.]

[Illustration: Un démarrage foudroyant.]

[Illustration: Duray (3e sur voiture de Dietrich) s'allongeant sur la
route.]

[Illustration: Sizsz (5e sur voiture Renault) recevant sa fiche de
contrôle au poste de Rochefort.]

[Illustration: Caillois (2e sur voiture Richard-Brasier) dépassant
Fournier (sur voiture Hotchkiss) arrêté devant les tribunes de
Laschamp.]

L'ÉLIMINATOIRE FRANÇAISE DE LA COUPE GORDON-BENNETT

[Illustration: Théry, sur sa voiture Richard-Brasier, rejoignant de la
Touloubre (sur voiture Darracq), à Durtal, avant le virage de
Chamalière.]

Nos photographes, judicieusement disséminés autour du Circuit, ont pris,
pour nos lecteurs, des clichés de tous les aspects et de tous les
épisodes intéressants.

Voici d'abord, dans la plaine ordinairement déserte de Laschamp, au pied
du Puy-de-Dôme, l'éphémère cité des tribunes, avec son tableau où les
chronométreurs, pour calmer l'impatience des curieux, font inscrire à
chaque tour le classement provisoire des concurrents. Déjà, la veille,
pendant les opérations du pesage, l'étendue, alentour, s'était peuplée
de véhicules venus de Paris et de tous les coins de la province.

Voici un des campements volants installés par les maisons de
construction pour le ravitaillement en essence, en pneumatiques, etc.,
des voitures en course, et leur réparation hâtive, en cas de panne.
Voici l'horloge du contrôle de Laqueuille, dont l'aiguille, déclenchée à
l'arrivée d'une voiture trop rapprochée de la précédente, marquait, en
faisant le tour du cadran, les trois minutes neutralisées de l'arrêt de
réespacement.

[Illustration: Muller. Théry. Les vainqueurs: le conducteur, Théry, et
son mécanicien, Muller.]

Et voilà les péripéties mêmes de la course: départ, arrêt pour le
contrôle, côtes gravies à toute allure... Tels de nos opérateurs,
obéissant à l'impulsion du devoir professionnel, s'étaient placés à
proximité des virages dangereux; c'est ainsi que nous avons deux beaux
instantanés du gagnant, Théry, virant en vitesse sur sa voiture
Richard-Brasier: la première fois, seul; la seconde fois, au moment où
il va dépasser un concurrent, le conducteur de la Touloubre, pilotant
une voiture Darracq.

Deux accidents, relativement peu importants, ont seulement, comme on
sait, marqué cette journée, fameuse dans les annales du sport
automobile. Un des plus audacieux conducteurs, M. Henri Farman, ayant
abordé un virage, dans la descente de Clermont, à pleine allure, se
sentit violemment enlevé ainsi que son mécanicien, hors du cercle
centrifuge et projeté dans un arbre bordant un ravin. La voiture, libre
de toute direction, disparut. Elle fut retrouvée par un groupe de
curieux--dont un de nos correspondants--enfouie sous les broussailles,
au fond du précipice. M. Girardot s'était engagé à toute vitesse dans la
descente de Sayat, lorsque le pneumatique d'une de ses roues avant se
sépara, d'un seul coup, en deux cerceaux de caoutchouc, dont un bloqua
la direction. La voiture quitta la route, heurta un arbre, fit panache.
Par un hasard aussi extraordinairement heureux que celui dont M. Farman
avait été favorisé, M. Girardot et son mécanicien en étaient quittes
pour quelques contusions.

[Illustration: La voiture Panhard-Levassor, de Henri Farman, précipitée
dans un ravin par un virage trop rapide, à la descente de
Clermont.--_Phot. Bliès._]

[Illustration: La voiture de Girardot, culbutée par suite d'un
éclatement de pneumatique, dans la descente de Sayat.--_Phot. comm. par
M. L. Morel._]



_Mouvement littéraire_

_Mémoires du comte Valentin Esterhazy_, publiés par Ernest Daudet (Plon,
7 fr. 50).--_Madame Atkyns et la Prison du temple_, par Frédéric Barbey,
avec préface de Victorien Sardou (Perrin, 5 fr.)--_Psychologie de deux
Messies positivistes: Saint-Simon et Auguste Comte_, par Georges Dumas
(Alcan, 5 fr.).

Mémoires.

Issu d'une famille hongroise, mais né en France, le comte
Valentin Esterhazy servit brillamment dans un régiment de hussards et
fit la guerre de Sept ans. Aux fiançailles de Marie-Antoinette, il fut
chargé d'aller porter à Vienne le portrait du Dauphin. On l'aperçoit à
Versailles, dans la familiarité de Louis XVI et de la reine. Mais quelle
discrétion il montre sur le compte de la famille royale! Rien sur les
amusements innocents de Trianon et du Hameau; il a connu le comte de
Fersen, mais ne nous en donne même pas une légère esquisse. Peut-être
aussi a-t-il considéré comme peu importants ces détails qui nous
intéresseraient tant aujourd'hui. Royaliste fervent, le comte Valentin
n'admet aucune diminution de la puissance royale, ni aucune des idées de
l'Assemblée constituante qu'il appelle souvent la Convention. Mirabeau
l'aîné est traité de scélérat avec lequel le roi et la reine n'eussent
jamais dû communiquer, et Necker de charlatan qui remplace un ignorant,
c'est-à-dire Loménie de Brienne. Nous avons à découvert, dans les
_Mémoires_ du comte Valentin, l'âme d'un royaliste ultra aux débuts de
la Révolution française. Mais là où le comte Esterhazy est vraiment
neuf, c'est quand il nous entretient de l'émigration et de son séjour à
la cour de l'impératrice de Russie. Louis XVI, que, dans la
circonstance, devait encourager Marie-Antoinette, semble fort se méfier
de ses frères, le comte de Provence et le comte d'Artois. Il a auprès
des différents gouvernements un agent à lui, le baron de Breteuil,
lequel n'a d'autre souci que de faire connaître la volonté de son maître
et de ruiner l'influence des frères du roi. Presque toujours le baron de
Breteuil a des desseins opposés à ceux des chefs de l'émigration. Cela
nous explique peut-être la défaveur dans laquelle tomba, auprès des
puissances européennes, l'armée de Condé, et pourquoi on hésita, surtout
en Autriche, à user de ses services. En lisant la fameuse déclaration du
duc de Brunswick, l'impératrice répéta au comte Esterhazy: «Malheur au
pays qui espère son salut des troupes étrangères!» Ces pages qui,
peut-être, ne satisfont pas complètement notre curiosité, mais dont la
publication semble avoir achevé de rendre M. Ernest Daudet digne du prix
Gobert, s'arrêtent à l'année 1797.

Madame Atkyns.

Que vaut ce volume de M. Frédéric Barbey, préfacié par M. Victorien
Sardou? Quelle nouveauté nous apporte-t-il sur l'enfant du Temple? On l'a
loué un peu partout; il fait partie des livres d'histoire dont
l'opinion, en ces derniers temps, s'est particulièrement préoccupée.
Sans doute, il abonde en renseignements curieux; mais, sur le point
principal, sur la survivance de Louis XVII, il ne jette, je l'avoue,
aucune lumière en mon esprit. Une Anglaise. Charlotte Walpole, après
avoir déployé son talent au théâtre, de Drury-Lane, avait épousé lord
Atkyns. Elle était venue à Versailles, s'était passionnée pour la reine.
A prix d'or, elle parvint plus tard à pénétrer près d'elle dans la
prison et lui promit de ne rien négliger pour sauver le Dauphin. Elle
devait, en effet, dans cette entreprise, dépenser plus de 2 millions,
c'est-à-dire à peu près toute sa fortune, ce dont la Restauration lui
fut fort peu reconnaissante. Comment mena-t-elle son affaire? A Londres,
elle nous apparaît aux mains de trois personnages: le chevalier de
Frotté, chef, à un certain moment, de la chouannerie normande;
Yves-François Cormier, émigré, ancien procureur du roi au présidial de
Rennes; et un petit homme fort remuant, le baron d'Auerweck. C'est
Cormier qui mène tout, après avoir mis à l'écart le chevalier de Frotté,
pour lequel cependant lady Atkyns semble avoir eu quelques bontés. Rien
de plus énigmatique que l'ancien procureur du roi. Il règle la dépense
de lady Atkyns dans son entreprise et lui raconte des histoires plus ou
moins romanesques. Dans la prison, on aurait, dit-il, substitué d'abord
un muet, puis un scrofuleux au fils de Louis XVI, caché dans les combles
jusqu'au jour où sa fuite serait possible. Peu à peu s'en vont toutes
les ressources de la bonne et naïve Anglaise, qui se contente des
imaginations de Cormier. Pas l'ombre d'un Louis XVII, pas une seule
apparition bien constatée de l'enfant royal. Peut-être M. Barbey et M.
Sardou lui-même se sont-ils exagéré la valeur des documents qui sont
tombés en leurs mains. Une femme enthousiaste et simple et deux hommes
douteux, voilà ce que l'on saisit dans toute cette affaire. Au moment où
je termine ces lignes paraît, à la librairie Perrin, le _Drame de
Varennes_, de M. Lenôtre (5 fr.). Comme ce travail, piquant et
minutieux, se rattache aux livres précédents, je dois à mes lecteurs de
le leur signaler.

Deux Messies.

Ce qui fait l'originalité de cette étude fort savante et fort littéraire
en même temps, c'est le lien qu'a établi M. Dumas entre Saint-Simon et
Auguste Comte. Le premier a inspiré la philosophie positive, le second
l'a fondée. De 1817 à 1824, Comte servit de secrétaire à Saint-Simon. Le
XVIIIe siècle et la Révolution française avaient tout détruit, il
fallait reconstruire; à la place de l'anarchie, on devait remettre
l'unité. Est-ce que le monde n'a pas besoin d'un pouvoir spirituel
dirigeant? La théologie toutefois devant être remplacée par la science,
une sorte de clergé de savants sociologues, à la tête duquel se
tiendrait comme pape Saint-Simon ou Comte, constituerait le nouveau
pouvoir spirituel. A côté, l'industrie représenterait le pouvoir
temporel; à celle-ci l'action, à l'autre, puissance supérieure,
l'éducation. Nous rencontrons ces idées dans Saint-Simon et dans Auguste
Comte. Tous les deux se rattachent au passé; ils en gardent les éléments
conservateurs et comme le cadre idéal. A un certain moment, Saint-Simon
admet le sentiment et le coeur dans son organisation nouvelle; aussi, à
côté de son académie des sciences, veut-il créer une académie des
sentiments. Sous l'influence de son amour pour Clotilde de Vaux, Comte
fait entrer aussi dans sa religion une forte dose de sentimentalité et
même de culte un peu puéril. Saint-Simon tenta une fois de se suicider
et fut interné, pendant quelque temps, dans une maison de santé tenue
aujourd'hui par M. le docteur Mottet. En 1826, un an après la mort de
son maître, Auguste Comte, sous la poussée d'un travail intense et
accablé par ses malheurs conjugaux, eut un accès de folie qui, dit-on,
se renouvela plusieurs fois, et en particulier, en 1845. Aussi sa femme
indigne, après la mort du philosophe, en 1857, attaqua-t-elle la
validité de son testament. Sur ces deux messies, qui se sont imaginés
marqués d'une onction singulière M. Dumas, chargé de cours à
l'Université de Paris, a écrit un livre fortement pensé et où la
psychologie est ornée de clarté et de grâce.

E. LEDRAIN.



Ont paru:

_Lexique sommaire de la langue du duc de Saint-Simon_, par E. Pilastre.
1 vol., Firmin-Didot et Cie.--_Ecrivains et Style_, par Arthur
Schopenhauer, traduction par Auguste Dietrich. 1 vol., Félix-Alcan, 2
fr. 50.--_Après la Séparation (enquête sur l'avenir des Églises)_, par
Henri Charriaut. 1 vol., Félix-Alcan, 3 fr. 50.



_Documents et Informations._

L'ERUPTION DU VÉSUVE.

[Illustration: Eruption du Vésuve le 27 mai à 9 heures du soir.--_Phot.
Fumagalli._]

Le Vésuve, qui depuis assez longtemps semblait sommeiller, vient d'avoir
récemment un réveil inquiétant. La recrudescence de l'activité
volcanique s'est manifestée par les phénomènes habituels: panaches
d'épaisse fumée, jets de matières incandescentes, coulées de lave,
semblables à des torrents de feu, dévalant du cratère le long des flancs
de la montagne. Le spectacle était grandiose, et, naturellement, c'était
la nuit, surtout en raison de l'opposition entre les ténèbres du ciel et
les vives clartés de l'éruption, qu'il offrait un caractère vraiment
fantastique. L'oeil en restait fortement impressionné, la mémoire
pouvait conserver le souvenir de ce merveilleux tableau; mais comment le
fixer d'une façon durable? La solution de ce problème n'est plus une
utopie, grâce aux procédés nouveaux de la photographie nocturne, que les
travaux persévérants d'un ingénieux amateur, M. Charles Fumagalli, ont
contribué à amener à un degré proche de la perfection, ainsi qu'en
témoigne le curieux document reproduit ici d'après un cliché pris le 27
mai dernier, à 9 heures du soir.

UNE MINE D'OR EN FRANCE.

Faut-il croire, comme le fait un de nos compatriotes dans une lettre
publiée par la Société d'histoire naturelle d'Autun, que nous avons «le
Transvaal en France»? Toujours est-il qu'il y aurait, à
Budelière-Chambon, dans la Creuse, des filons de quartz aurifère de
réelle valeur. Ils contiendraient en moyenne 40 ou 50 grammes, parfois
de 60 à 100 grammes, d'or à la tonne, ce qui est un titre
exceptionnellement élevé. L'or s'y trouve combiné à la pyrite et peut
être traité par cyanuration. Les filons sont assez puissants; le
principal a 3 mètres de puissance. On peut le suivre sur un parcours de
40 kilomètres vers Château-sur-Cher et Saint-Maurice (Puy-de-Dôme):
malheureusement il ne contient de l'or qu'à l'endroit où il s'enfonce
sous les micaschistes, à Evaux et Budelière-Chambon. Des travaux
d'exploitation ont été commencés: une usine de traitement sera établie
sur le bord de la Tarde, et l'on saura avant peu ce que vaut la mine et
si elle rappelle, fût-ce de loin, celles du Transvaal: les bonnes; pas
celles sur les titres desquelles l'innocent public français s'est rué.

LES DEUX PACHAS.

Les admirateurs de Pierre Loti seront sans doute surpris de reconnaître
leur écrivain favori sous le rouge tarbouch des sectateurs du Koran. Et,
voyez l'influence de la coiffure, un Turc pur sang auquel nous montrions
l'épreuve rarissime n'eut pas une seconde d'hésitation, et désignant
Pierre Loti: «Voilà un Arménien; l'autre est un Européen.»

Or, l'autre est un authentique Égyptien, Mustapha Pacha Kamel, le très
jeune chef de la _Jeune Égypte_, adversaire irréconciliable de
l'occupation anglaise, depuis longtemps lié avec Loti d'une étroite
amitié. A Constantinople on les appelle les Deux Pachas, le surnom de
pacha étant fréquemment appliqué par nos officiers de marine aux
capitaines de frégate.

[Illustration: Deux pachas: M. Pierre Loti et M. Mustapha Kamel.--_Phot.
Phébus._]

[Illustration: La «cueillette» des chapeaux de Panama après leur
blanchissage au soleil, dans une fabrique d'Alsace-Lorraine.]

Et c'est sur le pont du _Vautour_, le stationnaire français commandé par
Loti sur le Bosphore, que l'appareil photographique surprit les Deux
Pachas, l'auteur d'_Aziyadé_ et le brillant polémiste égyptien.

LE VERRE ARMÉ.

Comme le ciment armé, le verre armé est maintenant de plus en plus
employé dans les constructions.

Le verre armé, dont le principe fut breveté par un Américain, s'obtient
en laminant deux couches de verre entre lesquelles on place un treillis
métallique.

Le produit présente une cohésion et une ténacité remarquables; et, en
cas de rupture, les fragments de verre, au lieu de se séparer, demeurent
adhérents, retenus par le treillis métallique. C'est le principal
avantage du verre armé.

Par d'intéressants essais, faits récemment, MM. Schlernitzauer et
Crochet, directeurs de la Compagnie de Saint-Gobain, ont constaté qu'une
plaque de verre armé de 6 millimètres d'épaisseur, de 1 m,25 sur 0m,45,
pouvait supporter un poids de 475 kilos; avec 600 kilos, elle ne se
rompit point, mais fut seulement courbée et fendillée.

Autre qualité importante du verre armé: une construction légère dont les
parois sont faites de verre armé résiste à un feu très vif allumé à
l'intérieur, tandis qu'une vitre ordinaire se brise dès les premières
atteintes de la flamme.

De telles qualités désignent manifestement le verre armé pour les
toitures, les étalages, les vitrages; mais son application à la
construction des escaliers est particulièrement heureuse, car les
escaliers en verre permettent l'éclairage facile des descentes de
sous-sols; leurs marches ne sont pas glissantes et, en cas d'incendie,
leur supériorité sur les escaliers en bois n'est pas contestable.

LA TRANSMISSION PRÉCISE DE L'HEURE PAR TÉLÉPHONE.

A la suite d'un voeu exprimé par la Chambre syndicale de l'horlogerie de
Paris, l'observatoire du Bureau des longitudes vient d'indiquer un
procédé permettant d'utiliser, pour la transmission précise de l'heure,
les facilités que procure aujourd'hui le réseau téléphonique.

L'heure est transmise avec la même précision que si le destinataire se
trouvait auprès de la pendule elle-même, en transmettant directement le
bruit des battements de la pendule. L'expéditeur numérote à la voix deux
ou trois battements et le destinataire continue à compter à l'oreille.

Ce mode de transmission de l'heure paraît appelé à rendre de grands
services à l'horlogerie et aux établissements scientifiques qui ont
besoin de connaître l'heure avec précision, et cela non seulement à
Paris, mais encore dans toutes les localités reliées au réseau
téléphonique.

Les ports de guerre et de commerce pourront désormais se dispenser
d'établir des observatoires astronomiques pour régler les chronomètres
des navires en partance; il leur suffira de posséder une pendule ou même
un chronomètre et de régler de temps à autre cet instrument par le
téléphone.

C'est ainsi que, le 25 mai, le contre-torpilleur _Escopette_,
actuellement à Brest, a pu régler ses chronomètres sur la pendule de
l'observatoire de Montsouris.

Le même procédé pourrait être utilisé pour la détermination des
longitudes: grâce à la transmission directe des battements, les
observateurs des deux stations pourraient, en effet, noter les heures de
leurs observations à une seule et même pendule.

PRÉDICATION EN FORÊT.

Ceci se passe non pas dans quelque lointaine région, chez quelque
peuplade primitive, nouvellement initiée aux bienfaits de la
civilisation, mais sur le territoire d'une commune suburbaine, située au
sud-est de Berlin. Johannistal--tel est le nom de cette localité
bénie--possède une forêt, et des esprits judicieux ont estimé que cette
forêt pouvait être, pendant l'été, un sanctuaire naturel très propice à
l'exercice du culte luthérien. Les hauts fûts et les frondaisons des
arbres ne rappellent-ils pas les colonnes et les voûtes du temple? Ses
solitudes n'en offrent-elles pas la paix et la majesté sacrées? Toujours
est-il que ce culte «luthéro-sylvain» attire déjà beaucoup de monde et,
à voir l'empressement des fidèles à venir s'asseoir sur les bancs
rustiques, devant la chaire rudimentaire où le pasteur commente
l'Évangile, il est permis de prévoir, pour les prochains mois
caniculaires, une affluence plus considérable encore. La pratique de la
religion se concilie d'ailleurs fort bien avec un certain souci du
bien-être corporel: puisqu'elle s'accommode, en hiver, du chauffage des
églises, pourquoi s'interdirait-elle, en été, la fraîcheur des bois?

[Illustration: Un prêche en plein air dans la forêt de Johannistal, près
de Berlin.--Phot. Kromadar.]



[Illustration: Le chapeau de Panama.]

La première vogue, déjà lointaine, du chapeau de Panama avait été suivie
d'une longue période de défaveur, presque d'oubli; il y a quelques
années encore, c'est à peine si de rares contempteurs de la mode, gens
d'âge mûr, osaient, l'été venu, arborer ce couvre-chef aux bords larges
et souples, commode mais suranné. Par un de ses retours coutumiers, la
mode, depuis plusieurs saisons, l'a de nouveau adopté; elle lui fait la
part belle parmi ses concurrents et même on peut dire qu'étant d'un prix
beaucoup plus abordable qu'autrefois il commence à se démocratiser.

Aujourd'hui, l'État qui a donné son nom à cette coiffure estivale ne la
fournit plus guère; les meilleurs «panamas» viennent de la République
de l'Équateur, de Porto-Rico et des Antilles; d'ailleurs, c'est surtout
la matière première, tirée des fibres d'un arbre du genre latanier, que
les pays de production exportent en Europe, où elle est mise en oeuvre.
Cette branche de l'industrie chapelière s'est particulièrement
développée dans la région de Nancy et en Alsace-Lorraine.

Après le blanchiment par un procédé chimique, les chapeaux sont soumis
au séchage en plein air et, comme notre gravure permet d'en juger, cette
phase de la fabrication n'est ni la moins curieuse ni la moins
pittoresque: on croirait voir de haut onduler, sous le soleil, une foule
compacte aux centaines de têtes uniformément coiffées.



UNE AMAZONE AMÉRICAINE.

[Illustration: Une amazone américaine: Miss Mulhall, fille du «roi
d'Oklahoma».-Ph. G. Grantham.]

Cette amazone fameuse de l'autre côté de l'Atlantique émerveillait
dernièrement New-York par ses rares talents de sportswoman. Non contente
de dresser et de maîtriser les chevaux les plus intraitables, elle
dompte, et monte des taureaux sauvages; en outre, maniant le lasso avec
la maîtrise du plus habile gaucho, elle capture elle-même ces animaux:
telle est son habileté qu'elle a réussi à en forcer jusqu'à trois
ensemble en l'espace de trois minutes et demie.

Rossie Mulhall (elle porte en réalité le prénom de Lucile), est une des
filles de M. Elias Mulhall, surnommé le «roi d'Oklahoma» et qui s'honore
de compter parmi les amis du président Roosevelt. C'est une jeune
personne plutôt frêle d'apparence, ne pesant même pas 50 kilos, mais
d'une vigueur musculaire et nerveuse peu communes. Vêtue d'un costume
mi-masculin, mi-féminin, coiffée d'un large feutre, elle chevauche
hardiment d'extraordinaires montures sur les promenades publiques, où
ses apparitions ne manquent pas de faire sensation.

A propos des prouesses sportives accomplies contre l'ordinaire avec des
bêtes à cornes, il n'est pas sans intérêt de rappeler la création à
Madagascar, aux environs de Majunga, il y a quelques années, d'une
véritable «cavalerie de boeufs». M. Sluszanski, en effet, avait pu
dresser à la voiture et à la selle une trentaine de boeufs, capables,
comme le constate un rapport officiel, de rendre de grands services dans
notre colonie pour les transports et le déplacement du personnel.



[Illustration: Le roi Oscar. La reine Sophie.
A STOCKHOLM.--La foule acclamant le roi Oscar et la reine, qui saluent,
du perron du palais de Rosendal, à Stockholm.--_Photographies
Blomberg._]

LE LOYALISME EN SUÈDE

On a vu plus haut par quelles manifestations a été salué, en Norvège,
l'acte consacrant la séparation entre les deux pays Scandinaves. Mais la
Suède, en revanche, est demeurée ardemment loyaliste, et l'on peut se
rendre compte, par les photographies ci-dessus, des acclamations qui
saluèrent, à Stockholm, le roi Oscar sortant du Palais, à l'heure même,
ou à peu près, où la Norvège célébrait bruyamment ce qu'elle considère
comme son «émancipation».



LE HÉROS D'USSEAU

[Illustration: Le garde-chasse Roy, extrait de sa prison pour être
conduit à l'instruction.--_Phot. Arambourou._]

On n'a pas encore eu le temps d'oublier les exploits désormais
légendaires de cet ancien garde-chasse poitevin qui naguère, à Usseau,
village voisin de Châtellerault, soutint, le fusil au poing, un siège en
règle contre la force armée, barricadé dans sa maison d'où l'on ne put
le déloger que par la dynamite. Inculpé d'une tentative de meurtre, Roy
refusait obstinément de rendre des comptes à la justice. Depuis qu'il
est tombé entre ses mains, l'intraitable vieillard a, paraît-il, renoncé
au rôle périlleux de prévenu récalcitrant; ses rapports obligatoires
avec les gendarmes dont il avait juré l'extermination le trouvent d'une
docilité exemplaire: le lion s'est fait mouton. Il se produit parfois de
ces métamorphoses.



UN MARIAGE PRINCIER A WINDSOR

Le 15 juin a été célébré, au château royal de Windsor, le mariage de la
princesse Marguerite de Connaught, nièce du roi d'Angleterre, avec le
prince Gustave-Adolphe de Suède, fils du prince héritier.

Nul cadre ne convenait mieux au somptueux apparat d'une telle cérémonie
que la chapelle Saint-Georges, un bijou d'architecture ogivale, décorée
d'antiques bannières; à travers le grand vitrail du fond, le soleil
propice inondait de sa clarté l'intérieur de la nef, rehaussant l'éclat
des brillants uniformes, des riches étoffes aux couleurs chatoyantes,
des parures étincelantes, des épaules décolletées suivant l'étiquette
anglaise.

Edouard VII, la reine Alexandra et les membres des deux familles
occupaient les premiers rangs de l'assistance. Parmi les principaux
personnages invités on remarquait le khédive; c'est, en effet, en
Égypte, au cours d'un voyage, que les futurs époux se rencontrèrent à un
bal donné au palais du Caire, puis se fiancèrent.

La fiancée fit son entrée, accompagnée de son père et de ses demoiselles
d'honneur: les princesses Patricia de Connaught, sa soeur; Mary de
Galles, Béatrice de Saxe-Cobourg-Gotha, Eugénie de Battenberg. Elle
portait une robe en point d'Irlande, cadeau des dames d'Érin, dont le
dessin représente des lis, des trèfles et des reines des prés; un voile
brodé de son initiale avec couronne et guirlandes de trèfles. Comme
bijoux, la princesse Marguerite n'avait ajouté à sa toilette que des
perles ayant appartenu à la reine Victoria, son aïeule.

[Illustration: La princesse Marguerite de Connaught en toilette de
mariée.--_Phot. Stuart._]



[Illustration: ÉDUCATION SENTIMENTALE, par Henriot.]



NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement
gratuits.)

LUNETTES SPORTIVES

Le docteur Mirovitch s'est attaché à doter le sport automobile de
lunettes présentant le minimum de laideur, ou même n'ayant rien de
disgracieux, tout en offrant un confort supérieur à celui des lunettes
ordinaires. Il semble bien que son but soit atteint; ses lunettes
protègent les yeux avec une sécurité absolue contre la poussière des
routes et tout courant d'air.

Elles empêchent pendant tout le trajet, par tous les temps et en toute
saison, la formation de toute buée obstruant le champ visuel du
sportsman.

Elles procurent aux yeux, même pendant les courses de grande vitesse,
une circulation douce et rationnelle d'air atmosphérique et donnent à
l'automobiliste ou au cycliste une sensation de bien-être tout en lui
permettant de tenir les yeux largement ouverte, sans inconvénient aucun,
sans clignements ni larmoiements.

Le sporstman peut, par conséquent, regarder normalement, c'est-à-dire
horizontale ment, fixer nettement les objets rencontrés en cours de
route et, par suite, s'orienter parfaitement, et cela sans la moindre
fatigue pour les yeux.

Nos deux figures rendent compte du dispositif adopté pour réunir ces
multiples avantages.

L'armature de la lunette (fig. 1) est en aluminium et, par suite, fort
légère. Des rubans élastiques (h, i, j, k), passant par-dessus les
oreilles et s'agrafant derrière la tête, assurent une fixation sure,
sans gêne et sans excès de pression.

Les verres (B) possèdent une courbure transversale permettant la vision
latérale bien mieux que les verres plans ordinaires; ces verres peuvent
d'ailleurs être remplacés sans difficulté par des verres fumés de même
courbure dans le cas de trop vive lumière, ou par des verres concaves ou
convexes destinés aux myopes ou presbytes.

[Illustration: Fig. 1.]

L'aération a été l'objet d'une étude spéciale; elle est douce et
suffisante, grâce à l'emploi de deux tubes superposés, étroits et
aplatis (o', o). Ces tubes, assez longs, sont infléchis en arrière et se
terminent près de l'oreille. Ils prennent l'air en arrière et à
contre-vent pour le diriger dans la chambre formée par le verre et
l'oeil. L'un des tubes sert de canal de pénétration à l'air frais,
l'autre sert de dégagement pour l'air échauffé. Ce système d'aération
empêche, en cours de route, la formation de buée à l'intérieur des
lunettes. Certainement, au premier moment après l'application des
lunettes sur les yeux, ainsi qu'aux moments d'arrêt, les verres se
couvrent d'une légère buée, prouvant ainsi la clôture hermétique du
pourtour de l'oeil; mais cette buée disparaît instantanément dès les
premiers tours de roue.

L'application au pourtour orbitaire, avec clôture absolument hermétique
et sans aucune pression sensible, se fait à l'aide d'un bourrelet en
tube de caoutchouc souple, entourant le bord libre de la coque des
lunettes. Ce bourrelet prend point d'appui sur l'os du nez, sur la
partie saillante de la pommette et sur la partie externe du rebord
orbitaire au niveau de l'extrémité du sourcil.

Partout ailleurs le contact est intime mais sans aucune pression.

L'arcade sourcilière, en tombant librement sur le bourrelet, contribue à
l'occlusion hermétique, en formant paroi.

Les deux globes des lunettes sont reliés par un pont métallique (d, g,
D) qui peut s'allonger ou se raccourcir suivant la conformation de la
racine du nez de chacun et se maintenir à l'écart voulu grâce à un
curseur.

Cet exposé montre quelles patientes études ont présidé à la construction
de ces lunettes qui marquent un progrès remarquable sur les disgracieux
instruments habituellement employés.

[Illustration: Fig. 2.--Les lunettes repliées.]

Ces lunettes se trouvent en vente chez _M. Ed. Cahen, 3, rue Meyerbeer,
Paris_, au prix de 22 francs avec une seule paire de verres et 30 francs
avec une paire de rechange.

UN NOUVEL ENCAUSTIQUE

La «Triomphante», tel est le nom donné par son inventeur à cette
composition nouvelle qui présente des avantages marqués sur les produits
courants.

La «Triomphante» est un encaustique liquide extrêmement commode à
appliquer, et donnant aux meubles et parquets un brillant des plus
durables.

Au dire de l'inventeur, cet encaustique, en imprégnant les bois sur
lesquels on l'applique, les rend imperméables et indestructibles par les
vers; de même les taches sont absorbées et disparaissent. Le mode
d'emploi est des plus simples: il suffit de bien mélanger le produit
avant de s'en servir, d'en prendre légèrement avec un chiffon et de
l'étendre sur la partie à cirer: le liquide séchant instantanément,
frotter de suite avec un morceau de laine bien sec, le brillant paraît
immédiatement.

Dès la première application, le bois s'imprègne et un litre de ce
produit peut couvrir 50 mètres carrés; il en faut de moins en moins pour
les applications suivantes et, au bout de trois applications, il n'est
guère nécessaire d'en mettre que de temps à autre.

L'eau et la boue s'enlèvent aisément: il suffit d'éponger l'eau ou de
laver la boue, de laisser sécher et de frotter avec le morceau de laine
pour retrouver le même brillant qu'auparavant.

Cet encaustique se vend 3 francs le litre, 1 fr. 85 le l/2 litre, et 1
fr. 20 le 1/4 de litre; il se fait en trois teintes, du clair au «vieux
chêne». Des flacons échantillons sont envoyés moyennant 0 fr. 30.

S'adresser à _M. Bodin, 181, avenue du Haine, Paris_, ou chez _M.
Daveau, 5, place de la Préfecture, Poitiers_.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905" ***

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