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Title: L'Illustration, No. 3261, 26 Août 1905
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3261, 26 Août 1905" ***

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L'ILLUSTRATION, NO. 3261, 26 AOÛT 1905 ***



L'Illustration, No. 3261, 26 Août 1905

AVEC CE NUMÉRO _Une Gravure hors texte_ EN COULEURS

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot]

Suppléments de ce numéro:
1° Une double page en couleurs: LE MONT-BLANC.
2° Un portrait hors texte de W. BOUGUEREAU.

[Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix du Numéro: 75 Centimes_.
SAMEDI 26 AOUT 1905 _63e Année.--N° 3261._]

[Illustration: Les délégués russes et japonais discutant, à Portsmouth
(États-Unis), les conditions de la paix. La mobilisation à
Saint-Pétersbourg: devant un bureau de recrutement. LA PAIX OU LA GUERRE
_Photographies prises à Portsmouth (États-Unis) par Grantham Bain, et à
Saint-Pétersbourg par C.-O. Bulla._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

Paris-Biarritz.

On est lâche... On a passé quelques semaines à jouir égoïstement d'un
Paris délicieux dont ceux qui vont prendre au loin leurs vacances ne
soupçonnent pas le pittoresque et la grâce; on a savouré la paix de ses
beaux jardins désertés, de ses rues presque silencieuses; autour des
petites tables des cabarets du boulevard on a pu choisir sa place, sans
hâte, et commander son dîner à des maîtres d'hôtel que l'oisiveté
rendait affables; on a connu le sourire des cochers de fiacre... En
compagnie de «ceux qui restent», on s'est efforcé de médire très
spirituellement de «ceux qui sont partis»; et puis, un beau jour, on
s'éveille toute troublée; une vague curiosité vous prend, je ne sais
quel besoin de changer de place,--une nostalgie de l'_ailleurs_.

Et l'on fuit Paris, comme l'ont fui tous ceux dont on se moquait la
veille.

Mais suis-je bien sûre d'avoir fui Paris? Et, parmi ce branle-bas joyeux
de la «saison» commençante (la saison ici commence tard), n'est-ce pas
Paris que je retrouve, aussi vivant, aussi fiévreux et fumeux que
jamais?

C'est dommage... Et j'imagine la chose à la fois grandiose et charmante
que serait un Biarritz à peu près solitaire, un tantinet sauvage; un
Biarritz qu'ignorerait la mode; où, le long des rochers rouges, l'écume
dû flot viendrait mousser et gronder, sans nul accompagnement
d'orchestre,--devant un amphithéâtre silencieux de maisonnettes basques
aux façades toutes blanches, coiffées de tuiles.

L'industrie moderne ne permet pas ces choses. Elle entend «exploiter» la
nature et utiliser ses beautés. Elle ne saurait souffrir que, pour les
spectacles coûteux où elle nous convie, tant de beaux décors soient
perdus.

L'industrie s'est donc emparée de Biarritz et, si je n'aime pas beaucoup
ce qu'elle y a fait, je reconnais que, tout de même, ce qu'elle y a fait
est très digne d'être admiré.

Elle a construit là des palais; elle a tracé, aux flancs de cette
colline, des avenues somptueuses et les a bordées d'hôtels princiers;
elle en a, si je puis dire, discipliné les splendides végétations
naturelles au gré de ses besoins; elle y a traité le fusain, le tamaris
et l'acacia comme nos coiffeurs traitent une chevelure ou une barbe.

Les rochers n'étaient pas partout, à Biarritz, d'une fréquentation
commode. L'industrie en a facilité l'accès; elle a pratiqué les
«raccords» et donné les coups de lime nécessaires; et, cependant, elle a
su conserver à l'ensemble du décor une apparence assez tragique pour
qu'il fût possible au promeneur de goûter, parmi tant d'escalades
inoffensives, l'illusion flatteuse d'un petit danger couru...

Elle a (naturellement) doté Biarritz d'un beau théâtre et du plus
opulent des casinos; elle a déguisé ses cochers en postillons de l'autre
siècle et paré sa plage de petites tentes rondes, très coquettes, qui
semblent, à distance, un plant de champignons blancs rayés de rose...

Il était impossible que les gens amoureux d'élégance et de confort
restassent insensibles à de si prodigieuses séductions. Ils sont donc
venus... Et, derrière eux, se sont précipités tous ceux qu'appelait à
elle cette clientèle délicieuse de flâneurs riches... Je me promenais,
tout à l'heure, le long de ces rues aux devantures luisantes, astiquées
comme des meubles neufs. J'y retrouvais nos «grands noms» de
Paris,--l'enseigne du joaillier, du couturier, de la modiste en renom.
Des terrasses des cafés s'échappaient, çà et là, comme par bouffées, des
bruits d'orchestre; aux murs s'affichaient des programmes de spectacles,
des noms de comédiens connus, l'annonce d'un prochain festival de
Saint-Saëns...

C'est ici que mon amie la baronne P.... et son fils «se reposent» des
fatigues de l'hiver parisien. Ils m'avaient conviée à venir partager
avec eux ce repos. Je suis venue. Et je les regarde se reposer.

Ce spectacle me divertit infiniment. La baronne, à Paris, faisait deux
toilettes par jour: toilette d'intérieur ou de visite; toilette de dîner
ou de soirée. Elle n'en fait, ici, jamais moins de quatre: elle s'habille
pour le bain; elle s'habille pour la plage ou pour la promenade; elle
s'habille pour la table d'hôte; elle s'habille pour le casino.

Son fils Jean n'est pas moins occupé qu'elle, et je ne croyais
pas--avant de l'avoir vu--qu'un homme pût avoir l'héroïsme de s'habiller
et de se déshabiller si souvent en l'espace d'une seule journée. Jean
m'émerveille. Entre neuf heures du matin et neuf heures du soir, je l'ai
vu successivement chaussé de souliers blancs, de souliers gris, de
bottines fauves et d'escarpins noirs. Je l'ai vu coiffé d'un chapeau de
drap, d'un «canotier» de paille, d'une casquette blanche ou bleue de
yachtsman, d'un tyrolien de feutre noir. Tous les matins, il exhibe une
chemise de couleur d'un dessin nouveau, et la série de ses _complets_
est très remarquée.

Chacune de ces tenues correspond à une besogne différente de la journée
et du soir; et ces besognes sont d'une extrême diversité.

Le matin, après le bain, promenade à bicyclette. Déjeuner; puis
_footing_, visite à la plage; automobile pendant une heure ou deux.
Retour en ville; thé, flânerie au casino. Dîner; musique ou théâtre.

Je demande à mes amis:

--Vous ne connaissiez pas la pièce qu'on joue ce soir?

--Si. Nous l'avons vu jouer à Paris.

--Moins bien qu'ici?

--Non pas. Beaucoup mieux.

--Alors, quelle espèce de plaisir allez-vous prendre, à la revoir?

Jean, mélancoliquement, me répond:

--Nous sommes abonnés. Nous n'allons pas au théâtre pour nous divertir,
mais pour tuer le temps.

Je les y ai suivis, l'autre soir. On jouait _le Bercail_. Dans les
loges, aux avant-scènes, quelques familles d'Anglais, d'Espagnols--très
attentifs--qui essayent de comprendre et s'ennuient avec politesse.
Autour de ces groupes d'étrangers et dans tout l'orchestre, un
va-et-vient d'amateurs distraits, de snobs souriants, qui viennent
potiner, entre deux parties de bridge, saluer quelques femmes, ébaucher
un flirt. La pièce qu'on joue, visiblement, n'intéresse personne. Elle
est une occasion de se déplacer, de s'habiller, et aussi, comme dit mon
ami Jean, un moyen de tuer le temps. Ce qu'ils appellent: se reposer des
fatigues de Paris, c'est, en réalité, changer de fatigue. C'est changer
d'ennui.

... Que ne suivent-ils l'exemple de sagesse qui leur est donné, à 30
kilomètres d'ici, par un des plus célèbres écrivains de ce temps?

L'automobile de Jean nous conduisait hier à la frontière: Hendaye... un
paysage de lumière et de douceur. Au pied de la petite ville
silencieuse, la rivière, et puis la mer bleue, étalée au long de
l'immense plage de sable, où les tamaris répandent l'ombre de leurs
chevelures pâles. En face, sur la rive espagnole, la pointe verte,
allongée sur la mer, du cap Figuier; les maisonnettes d'Irun; la
silhouette romantique de Fontarabie, avec son menu clocher dressé en
plein ciel.

La plage est déserte; et l'on voit s'ériger, à quelques mètres de là,
dans un terrain plein de verdures incultes, un mur nu: le fronton des
joueurs de pelote. C'est l'heure de «la partie». Les joueurs, coiffés du
béret basque, vêtus d'une chemise de flanelle et d'un pantalon blanc,
s'agitent, courent, se croisent; la balle traverse l'air, frappe le
fronton, rebondit, rase le sol, et repart, incessamment cueillie au vol
et relancée. Un homme, au milieu des autres, nous intéresse par l'ardeur
passionnée qu'il apporte à ce jeu. Il est le plus vieux de tous et le
moins adroit peut-être... Cependant on l'écoute, on le suit comme un
chef. Quelqu'un nous dit:

--Vous le reconnaissez?

--Non.

--C'est Pierre Loti.

Mes compagnons se mettent à rire et nous poursuivons notre promenade.
Ils finiront leur journée au casino de Biarritz et s'y moqueront de cet
académicien qui se repose d'écrire en jouant à la balle avec des
paysans, très loin des lieux où l'on s'amuse...

SONIA.



LE PARDON DES FLEURS D'AJONC _Voir les gravures, page 142._

La petite ville de Pont-Aven, affectionnée des artistes, vient d'offrir
à ses hôtes d'été et à de nombreux visiteurs accourus tout exprès à son
appel, une fête d'un charmant pittoresque. Placé sous le haut patronage
du poète Mistral, organisateur, dans sa province, de fêtes semblables,
et sous la présidence du délicat écrivain M. André Theuriet, ce «Pardon
des Fleurs d'ajonc» a rencontré le plus éclatant succès, encore que le
temps ne lui ait guère été favorable.

Son grand attrait consistait en un concours de costumes bretons, où l'on
a revu toutes ces courtes vestes à boutons de métal, brodées de soies
multicolores, ces jupes relevées de passementeries d'argent, ces coiffes
légères de dentelles et ces collerettes plissées fin, ces larges
ceintures, tous ces vieux ajustements si seyants de Scaer, Bannalec, de
Pont-Aven même, dont l'harmonie, un peu vive parfois, est d'un si joli
contraste dans le paysage âpre de la Bretagne.

Une reine des Fleurs d'ajonc avait été élue. En son honneur, on a chanté
de vieux airs, dit des vers et poussé des vivats. Et elle a exercé avec
infiniment de bonne grâce et de sagesse son empire éphémère sur la foule
bariolée pressée autour d'elle.

Enfin on a dansé, au son du biniou, ces pas lents, graves, presque
hiératiques, qui sont les danses de la Bretagne.



NOTES ET IMPRESSIONS

Chaque temps a ses choses que le temps d'après ne comprend plus: ce qui
n'empêche pas que ces choses n'aient été autrefois légitimes.
ERNEST LAVISSE.

                                    *
                                   * *

Ceux auxquels manque la famille n'entrent pas dans la vie par la bonne
porte. A ménages mal assortis, enfants malheureux; à fils de divorcés,
jeunesse gâchée.
LÉON DAUDET.

                                    *
                                   * *

Les beaux mouvements, c'est la musique des yeux.
ANATOLE FRANCE.

                                    *
                                   * *

La tendresse maternelle, qui ignore tout, devine tout.
ERNEST BERTIN.

                                    *
                                   * *

Boire à la santé d'un mort, n'est-ce pas parfois une façon de rendre
hommage à des idées, à des sentiments qui ne meurent pas?
EDMOND FRANK.

                                    *
                                   * *

Il n'y a guère de confidences qu'on ne regrette. MME MARION CRAWFORD.

                                    *
                                   * *

Tel est le sort de l'humanité que les contraires mêmes, comme la paix et
la guerre, lui sont également des fléaux.

                                    *
                                   * *

L'homme sincère est humilié de ses défauts, le vaniteux de les voir
connus.
G.-M. VALTOUR



LES SOIXANTE-QUINZE ANS
DE FRANÇOIS-JOSEPH

Il y a huit jours à peine, c'était, dans tout l'empire austro-hongrois,
une grande fête carillonnée. En Bohême, dans le royaume de Hongrie, en
Styrie, en Transylvanie, en Galicie, en Croatie, dans le Tyrol, à
Trieste même, des bords de la Vistule aux rives de l'Adriatique, les
cloches jetaient au vent des notes joyeuses d'alléluia. Et, dès
l'aurore, dans les églises, où commença cette fête presque religieuse,
des prières étaient dites dans toutes les langues, dans tous les idiomes
des deux monarchies pour le souverain vénérable qui venait d'atteindre
sa soixante-quinzième année.

[Illustration: L'empereur François-Joseph Ier, dont l'Autriche et la
Hongrie viennent de célébrer le 75e anniversaire.--_Dessin d'après
nature de Theo Zasche._]

Assurément, si, de nos jours, régner c'est non plus diviser, mais savoir
être aimé, François-Joseph d'Autriche et de Hongrie s'est heureusement
acquitté de sa mission de roi. Ce vieillard au regard triste, au front
las, accablé par cinquante-sept ans de pouvoir souverain, meurtri par
les deuils de sa maison, angoissé par la fragilité de ses couronnes, a
plus obtenu de l'amour de ses peuples que de l'habileté de sa politique.
Un grand diplomate russe, le prince Gortschakof, qui fut un
irréconciliable ennemi de l'Autriche, disait de cet empire qu'il était
un gouvernement et non point un État. Le mot fit fortune, car il était
juste et cruel. Un enchevêtrement de nationalités ne constitua jamais
une nation. Les peuples soumis au sceptre des Habsbourg ne sont même pas
des peuples frères. Ce sont des demi-frères ennemis ou même seulement,
comme les Croato-Serbes et les Roumains, des frères adoptifs peu
satisfaits de l'adoption et qui demandent à reprendre leur place
ancienne dans leurs familles d'origine. Et, cependant, malgré ces
divisions nationales, ces revendications séparatistes exclusives d'un
patriotisme commun, en dépit de la crise hongroise actuelle, l'empire se
maintient intégral avec une cohésion apparente. C'est qu'entre ces
peuples désaffectionnés les uns des autres subsiste encore un lien
magnétique admirable et rare, qui est la vénération presque unanime
vouée au souverain. Si les peuples ont les caprices, la turbulence et
l'enthousiasme des enfants, ils en ont aussi les attendrissements
faciles. La redoutable question d'Autriche ne se posera pas tant que
vivra François-Joseph. On évitera à son grand âge la tristesse d'une
dislocation monarchique. Il est si vieux, le père Franz, si blanc, il a
tellement souffert dans sa maison, qu'on n'oserait lui imposer encore le
plus cruel de tous les chagrins de sa vie. Et c'est bien assez que
François-Joseph, demeuré le point d'attraction de toutes ces forces
centrifuges, ait l'amertume de constater que ses sujets si divers ne
communient plus les uns les autres qu'en cet amour de lui-même.

Qu'il règne encore longtemps, le vieux souverain paternel! Ce n'est pas
seulement le voeu de ses peuples, c'est encore le voeu de l'Europe, que
les complications éventuelles effrayent et qui a peur des lendemains.
C'est aussi, moins intéressé et tout affectueux, le voeu d'un ami de
longue date de François-Joseph, du roi d'Angleterre, qui a tenu à porter
lui-même à l'auguste septuagénaire ses félicitations royales. On a
beaucoup écrit au sujet de cette rencontre, à Ischl, d'Édouard VII et de
François-Joseph. Des esprits imaginatifs ont voulu lui donner la portée
d'une grave manifestation politique. Rien n'est plus inexact. Les jours
de fête, on ne parle pas d'affaires. On s'est inquiété du long détour
qu'Edouard VII, se rendant à Marienbad, a fait pour s'arrêter à Ischl.
Cela n'est pas de nature à modifier le caractère de l'entrevue. Le
souverain britannique est très capable de s'imposer un supplément de
fatigue pour remplir un devoir de convenance respectueuse; car, si
l'empereur d'Autriche et le roi de Danemark sont les souverains les plus
vénérés de l'Europe, il est également vrai qu'Edouard VII en est le plus
courtois des princes.



[Illustration: LE PLÉBISCITE UNANIME DU PEUPLE NORVÉGIEN EN FAVEUR DE LA
SÉPARATION

_Photographie prise à Bergen le jour du vote: la population défile
devant la statue du président Christie, ornée d'un cartouche avec le
«Ia» (oui) patriotique.--Cliché Meyer._]

Le 15 août avait lieu le plébiscite national qu'avaient réclamé les
Chambres suédoises, par lequel le peuple norvégien devait donner son
avis sur la question de la dissolution de l'union entre la Suède et la
Norvège. Les résultats en ont émerveillé ceux-là mêmes qui étaient les
plus sûrs des sentiments séparatistes de la nation norvégienne. Alors,
en effet, que 368.200 voix se prononçaient pour la rupture, 184
seulement étaient contre. Jamais on ne vit unanimité plus complète dans
les voeux d'un pays.

Partout, on est allé au scrutin, joyeusement, comme à une fête. Mais
l'une des manifestations les plus originales de l'allégresse des
Norvégiens a été faite à Bergen. Sur la place Torv-Almenning se dresse
la statue de Christie, qui fut le président du premier Storthing
norvégien, en 1814, au moment où la Norvège rompit le pacte d'union qui
la liait au Danemark et déjà se proclama indépendante. Cette statue
avait été ornée de fleurs et, sur la tête du grand patriote, on avait
posé une couronne. En avant du piédestal, un cartouche portait le vote
de Christie, comme si, du fond de la tombe, la voix de l'homme d'État
dictait leur devoir à ses compatriotes: «Oui. Nous aimons notre pays.»
Et les cortèges populaires, où des femmes, qui n'étaient pas les moins
enthousiastes, accompagnaient les électeurs, leurs proches, se rendant
au scrutin, défilèrent tout le jour devant le monument.



[Illustration: M. Adatchi. M. Otchini. Baron Komura. M. Takahira. M.
Sato de Plançon. M. Naboukof. M. Witte, baron de Rosen. M. Korostovetz.

LES NÉGOCIATIONS DE PAIX A PORTSMOUTH.--Les plénipotentiaires en séance,
le 14 août. _Photo copyright Grantham Bain, New-York._]



[Illustration: M. William Bouguereau sur son lit de mort.--_Phot.
Godefroy._]

M. WILLIAM BOUGUEREAU

Peu de peintres, en ces cinquante dernières années, ont joui d'une
notoriété égale à celle de M. William Bouguereau. Il vient de mourir à
quatre-vingts ans. Depuis 1849, année de son début, avec _l'Égalité
devant la mort_, il n'avait cessé de peindre, très vaillamment, sans
jamais un repos, sans une halte. Peut-être, dans ce long espace de
temps, n'a-t-il pas déserté un seul Salon.

Il était né en 1825 dans cette même ville de la Rochelle, où il s'est
éteint dans la nuit de samedi à dimanche, à laquelle il était demeuré
affectueusement attaché et où il avait gardé un hôtel qu'il habitait
chaque été. Elevé par son oncle, l'abbé Bouguereau, archiprêtre de
Saint-Louis de Rochefort, il avait d'abord embrassé la carrière
commerciale et travaillé quelque temps chez un négociant de Bordeaux.
Puis, les goûts artistiques s'éveillant en lui, il vint à Paris, doté
d'une bourse de son département, et entra dans l'atelier de Picot. Prix
de Rome _ex aequo_ avec Paul Baudry en 1850, il partait pour la Villa
Médicis.

Au Salon de 1857, l'apparition de tout un ensemble de décorations
destinées à l'hôtel de M. F. Bartholoni et où se coudoyaient _l'Amour_
et _l'Amitié, l'Été_ et _le Printemps, la Fortune_ et _la Danse_, valut
au peintre la première médaille. Ces allégories d'une élégance très
cherchée obtinrent un succès très vif qui décida peut-être de la
destinée de M. Bouguereau. Il s'orienta, tout naturellement, vers cette
grâce qui avait tant plu, et les sujets dramatiques furent désormais
sous son pinceau comme une exception. Il se voua aux mythologies, aux
nudités classiques, ne les abandonnant un moment que pour peindre de
petites scènes de la vie familière, des jeux d'enfants, d'aimables
figures toujours enjolivées et idéalisées. Ce goût du joli, de l'élégant
à tout prix, éclate, domine dans toutes ses productions, qu'il s'agisse
de ses _Pietas_, de ses _Vierges--la Vierge consolatrice_, qui date de
1877 et figure au Luxembourg, est l'une des plus célèbres--de ses
peintures religieuses, à Saint-Augustin, à Sainte-Clotilde, à
Saint-Vincent de Paul, ou encore de ses grands panneaux décoratifs comme
le plafond de la salle de concert du théâtre de Bordeaux représentant
_Apollon et les Muses_. Mais il s'est donné la plus libre carrière dans
les compositions mythologiques où M. Bouguereau semble s'être surtout
complu: ces nymphes, ces oréades, ces océanides et ces bacchantes parées
de grâces jusqu'à la limite dangereuse de la mièvrerie, que l'on
s'arrachait à prix d'or parce qu'elles répondaient à un certain idéal
qui captivera toujours nombre de fervents.

[Illustration: Philomèle et Progné (musée du Luxembourg).]

[Illustration: La Vierge consolatrice (musée du Luxembourg).]

Même ceux qui sont fermés à cet idéal ne pourront se défendre d'être
séduits par la distinction de telles de ces figures, comme par exemple
cette _Philomèle et Progné_, également au Luxembourg, oeuvre déjà
ancienne et où l'effort vers la joliesse est moins sensible. Mais ce que
préfèrent les vrais fanatiques, les admirateurs convaincus de l'art de
M. Bouguereau--la légion--ce sont ces figures, nues ou voilées à peine,
comme _l'Amour se balançant sur les eaux_, où se retrouve un lointain
ressouvenir du charme prud'honien, comme ce _Rêve de printemps_, ou bien
ces nudités étendues sur des plages trop molles à leurs chairs roses, au
bord de mers d'un vert de féerie.

Nous donnons en hors texte un beau portrait de M. Bouguereau gravé sur
bois, d'après une photographie prise dans son atelier.

[Illustration: L'Amour se balançant sur les eaux.]

[Illustration: Rêve de printemps.]

[Illustration: Les Deux Soeurs.]

Quelques oeuvres récentes de M. W. Bouguereau, exposées aux derniers
Salons (1901, 1902, 1904). _Phot. copyright Braun, Clément et Cie._



[Illustration: UNE ÉCLIPSE TOTALE DE SOLEIL

_D'après le dessin pris en Égypte, le 17 mai 1882, par M. Tacchini._]

En attendant les photographies ou les dessins de l'éclipse totale du 30
août prochain, nous sommes heureux de pouvoir reproduire le beau dessin
pris en Égypte par M. Tacchini, directeur de l'observatoire de Rome,
pendant celle du 17 mai 1882. Comme l'expliquait dans _L'Illustration_
de la semaine dernière notre éminent collaborateur M. Camille
Flammarion, l'éclipse de cette année se présente, comme celle de 1882, à
une époque de grande activité ou de _maximum_. La couronne entoure alors
entièrement le disque du soleil et approche de la forme circulaire,
tandis qu'aux époques de minimum (comme en 1900) elle se montre allongée
dans le sens de l'équateur solaire. Le 30 août prochain, on peut
s'attendre à voir l'éclipse, dans la zone de totalité, offrir
sensiblement l'aspect du dessin de M. Tacchini, quoique sans doute avec
moins de régularité et avec des jets de lumière lancés au loin en
diverses directions. En 1882, une petite comète gravitait tout près du
soleil et n'a été vue qu'au moment de l'éclipse: M. Tacchini l'a
représentée sur son dessin. Peut-être le 30 août réserve-t-il de même
des surprises aux astronomes.



[Illustration: Lithuanien de Kowno.]

[Illustration: Chefs de villages de Podolie.]

[Illustration: Bouriate de la Transbaïkalie.]

[Illustration: Finnois de la Carélie]

[Illustration: Kurde d'Arménie.]

[Illustration: Mingrélien de Koutaïs.]

[Illustration: Maire de village du Caucase.]

[Illustration: Propriétaire foncier de Toula.]

[Illustration: Trois «intelligents»: les professeurs S.-P. Iarochenko,
J.-W. Zoutchisky et E.-W. de Roberty. _Photographie prise au récent
Congrès des zemstvos, à Moscou._]

[Illustration: Marchands de Nijni-Novgorod: types de Grands-Russiens.
_Photographies communiquées par la Société de Géographie (collection
Elisée Reclus) et par MM. Verneau et Chantre._]

[Illustration: Samoyèdes de la Nouvelle-Zemble.]

[Illustration: Roumain de Bessarabie.]

[Illustration: Finnois du Tavastland.]

[Illustration: Vieux-Cosaque de Borispol.]

[Illustration: Arménien du Caucase.]

[Illustration: Arménien d'Erivan.]

[Illustration: Tatare de Kazan.]

[Illustration: Juif riche d'Odessa.]

AVANT LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE NATIONALE RUSSE: TYPES D'ÉLECTEURS.

_L'oukase, depuis de longs mois attendu, créant en Russie une_
Gosoudartsvennaïa douma, _assemblée nationale élue, associée dans une
certaine mesure au gouvernement de l'empire, vient d'être publié le 19
août. C'est une ère nouvelle qui s'ouvre pour la Russie. Mais il reste à
assurer l'exécution des volontés impériales, à régler le mode d'élection
des députés à la Douma. Une commission a été nommée pour y pourvoir. Un
des problèmes graves qu'elle aura à résoudre vient de l'extraordinaire
variété des races qui peuplent les territoires soumis au sceptre des
tsars de toutes les Russies», pour employer la formule protocolaire. Nous
avons cherché à donner, par l'image, une idée frappante de ce mélange
hétéroclite de races, de familles, de tribus, de peuplades, dont est
constitué le peuple russe. Nous n'avons pas la prétention d'avoir
représenté en son ensemble cette étonnante agglomération. Sans parler de
la Russie d'Europe, habitée par près de vingt peuples différents, les
populations de la région du Caucase sont issues de plus de quinze
souches diverses, et la Sibérie, en dehors des immigrants ou des exilés
russes, est occupée par une dizaine de races, pas même parentes
lointaines, puisqu'elles sont de descendance turque, mongole ou
finnoise. Ajoutons que les types que nous avons choisis comme
représentatifs des électeurs russes de demain peuvent aussi, demain,
être les élus du peuple. Il y a là des_ starostes _ou maires de village,
auxquels la popularité peut-être sourirait, des marchands opulents des
grandes villes, des juifs millionnaires, groupés autour de quelques
«intelligents» promoteurs du mouvement libéral qui vient d'aboutir à
cette réforme, et qui, eux, ont les origines les plus diverses. On
imagine à quel point pourra être panachée et curieuse d'aspect une
assemblée parlementaire où se coudoieront Grands et Petits-Russiens,
Lithuaniens, Esthoniens, Arméniens, Finnois, Géorgiens, Tatares,
Tcherkesses, Bouriates, Roumains de la Bessarabie, tous ayant des
croyances, des coutumes, des moeurs différentes, et qui seraient
incapables de se comprendre les uns les autres si chacun s'exprimait
dans sa langue maternelle: mais l'oukase a eu soin, du moins, de faire
de la connaissance de la langue russe la première condition
d'éligibilité._



[Illustration: LE PARDON DES FLEURS D'AJONC A PONT-AVEN (FINISTÈRE)

Concours de costumes locaux et de rondes populaires.--_Photographies
Hamonic.--Voir l'article, page 134._]



LE MONT-BLANC

_Nous reproduisons en supplément une belle photographie du Mont-Blanc vu
du Brévent. Cette reproduction est teintée: on s'est efforcé de rendre
aussi exactement que possible la gamme de nuances qui glisse sur cette
masse de neige et de glace au coucher du soleil. Le Mont-Blanc est par
excellence_ LA MONTAGNE. _Nous avons inscrit cette légende sous notre
gravure, à laquelle nous donnerons, dans un prochain numéro, un
pendant:_ LA MER.

_Nous avons pensé, d'autre part, être agréables à nos lecteurs en leur
fournissant quelques renseignements pratiques sur l'ascension du
Mont-Blanc. Bien peu y grimperont sans doute, mais tous sauront ainsi
comment ils pourraient y grimper._

_Le croquis schématique ci-dessous, qui reproduit exactement notre grande
photographie, fait ressortir tous les détails de l'itinéraire. Voyons ce
que cette ascension représente comme danger, comme fatigue, comme
dépense et comme intérêt:_

_Difficultés de l'ascension._--Il est reconnu que l'ascension du
Mont-Blanc ne présente aucune difficulté. On peut gagner à mulet le
chalet de Pierre-Pointue; un sentier ordinaire mène de ce point à la
Pierre-à-l'Échelle où l'on aborde le glacier des Bossons. Cette
traversée du glacier, jusqu'à la cabane des Grands-Mulets, représente la
partie la plus accidentée du voyage. Pour les personnes ignorant ce
terrain spécial, on ne saurait mieux comparer l'aspect d'un glacier qu'à
celui d'une terre labourée, aux sillons inégaux, dont les creux, larges
de 20 centimètres à 2 mètres, avec une profondeur atteignant parfois une
trentaine de mètres, sont séparés et coupés tantôt par des paliers,
tantôt par des reliefs de largeur et de hauteur très variables. On
enjambe les petites crevasses, on contourne les autres et l'on escalade
les bosses. Cette gymnastique réclame de l'attention et de la prudence,
mais n'exige aucune disposition spéciale pour l'acrobatie.

A peine après avoir dépassé la cabane des Grands-Mulets, on quitte le
glacier, et, jusqu'au sommet, on gravit des champs de neige. La pente
est souvent raide, mais on ne l'aborde presque jamais de flanc et il
n'existe point de passage vertigineux. La fameuse arête des Bosses, qui
présente une inclinaison d'environ 40 degrés, n'a rien d'effrayant et, à
moins d'y être contraint par la violence du vent, personne ne songe à
l'éviter en prenant l'itinéraire du Corridor, qui exige environ une
heure de plus.

Le tableau suivant résume toutes les données de l'ascension:

[Illustration: tableau.]

M. Janssen, membre de l'Institut, qui est impotent, a gravi deux fois le
Mont-Blanc... en chaise à porteurs. Avant lui, en 1881, je crois,
l'ascension a été faite par un aveugle accompagné de sa fille.

[Illustration: Pierre-Pointue, Pierre-à-l'Échelle 2049m. 2411m.
L'ascension du Mont-Blanc. Croquis schématique d'après la grande
photographie reproduite hors texte. Le trait plein indique l'itinéraire
ordinaire d'ascension par l'arête des Bosses.--Le trait pointillé
indique les variantes.]

_Les dangers._--Comment concilier ces faits qui semblent exclure toute
idée de danger réel avec les accidents nombreux qui se sont produits au
Mont-Blanc. Ici, encore, je ne crains pas d'être très affirmatif:
l'ascension ne présente, pour ainsi dire, aucune espèce de danger, si
l'on ne commet pas de grave imprudence.

De 1786, date de la première ascension de Jacques Balmat, jusqu'à
l'année 1900 incluse, 2.600 personnes sont montées au Mont-Blanc. On
compte 21 accidents ayant fait 50 victimes, proportion assez faible
(2%). Sauf un ou deux cas où la fatalité joua son rôle, toutes ces
catastrophes résultent d'imprudences de la part des touristes ou... des
guides. Car, il faut bien le dire, si l'on compte à Chamonix quelques
guides de premier ordre, l'élévation des tarifs et l'absence de tout
contrôle sérieux sur le recrutement ont poussé tous les gens de la
vallée à se faire guides, et la plupart constituent des auxiliaires
plutôt dangereux.

Comme on l'a vu plus haut, il n'existe aucun passage difficile, aucun
point de dégringolade. Jusqu'aux Grands-Mulets, on peut, comme chaque
fois qu'on s'engage sur un glacier, tomber dans une crevasse masquée par
un pont de neige; mais, si l'on marche comme on doit marcher et si l'on
n'est pas attaché avec une corde usée, le cas n'est point grave: les
camarades vous retiennent ou vous repêchent. Quant aux avalanches, leur
«lit» est aujourd'hui bien connu, et le chemin définitivement adopté
s'en trouve abrité à partir d'une certaine époque de l'année.

La seule chose à craindre est de se voir surpris par une tempête de
neige ou même simplement par le brouillard; la situation peut alors
devenir terrible. Mais c'est encore un cas auquel un touriste prudent ne
se trouvera pas exposé. A certains signes locaux qui ne trompent guère,
surtout quand leurs indications concordent avec celles du baromètre, on
sait toujours, dans les pays de montagne, si une perturbation se
prépare. On l'attend souvent huit et dix jours; parfois le temps se
rétablit sans qu'elle arrive; mais, quand elle se manifeste, elle ne
surprend personne.

_La fatigue._--Donc, pas de danger; mais, bien entendu, de la fatigue.
Le premier jour, on va déjeuner à la Pierre-Pointue d'où l'on gagne les
Grands-Mulets en quatre heures. Le lendemain, on repart entre deux et
trois heures du matin, pour toucher le sommet vers dix ou onze, et l'on
rentre à Chamonix pour dîner. Cela représente, évidemment, une journée
un peu dure. La descente n'est pas plus scabreuse que la montée; elle ne
ménage, en aucun point, la légendaire sensation de vide si désagréable
sur d'autres montagnes. Avec neige ferme, on descend très vite par de
longues glissades; si le soleil a été chaud, on doit marcher et,
souvent, on enfonce littéralement jusqu'à mi-jambe. A la fatigue
musculaire qu'engendre cet exercice vient alors s'ajouter une sensation
très pénible, faite de l'inquiétude d'enfoncer... tout à fait, et dont,
en faisant appel à toute sa raison, on n'arrive pas à se dégager
complètement. Quoi qu'il en soit, cette somme de fatigue, commune à
toutes les grandes ascensions, est peu de chose pour les gens entraînés.

_La dépense._--Si la crainte injustifiée du danger empêche, seule,
quelques touristes de tenter l'ascension, d'autres sont surtout arrêtés
par la question de dépense. Pour une ou deux personnes, il faut un guide
à 100 francs et un porteur, euphémisme désignant un guide de second
ordre, qui coûte 50 francs. Le séjour à la cabane des Grands-Mulets est
cher: lit, 12 francs; dîner, 6 francs; vin ordinaire, 4 francs, etc. Ces
prix sont plus élevés que ceux de n'importe quelle autre cabane des
Alpes située à la même altitude, et il faut ajouter que l'auberge n'est
pas des mieux tenues: à peine de feu; on mesure, à 10 grammes près, une
tranche de viande souvent fort médiocre; le lit coûte 18 ou 24 francs au
lieu de 12 si l'on n'achète pas les provisions de route à la cabane. Ces
provisions réglementaires, cotées 6 francs, comprennent: deux ou trois
oeufs durs, une très modeste tranche de viande, un morceau de fromage et
un morceau de pain, c'est-à-dire de quoi mourir de faim si l'on
n'emportait pas autre chose. Cette exploitation dure depuis vingt-cinq
ou trente ans, malgré les réclamations des alpinistes de tous pays,
considérée d'un oeil bienveillant par la commune de Chamonix,
propriétaire de la cabane, dont elle tire un revenu de 3.000 francs.

_La vue_.--Et maintenant, il serait puéril de supputer dans quelle
mesure ces dangers relatifs, cette fatigue, cette dépense, sont en
rapport avec les agréments de l'ascension. Les amis de la montagne, qui
ont simplement franchi les cols du Grimsel ou du Saint-Bernard, ignorent
l'aspect des suprêmes altitudes et l'impression que l'on éprouve à se
trouver perdu dans ces chaos de glace et de neige, au milieu d'une
lumière vierge de toute souillure et d'une atmosphère spéciale où,
seuls, le craquement de la glace et la chute d'une pierre viennent, par
instants, troubler le plus grand silence existant dans l'univers.

Quant à la vue que l'on a du sommet du Mont-Blanc, elle ne ressemble en
rien à celle dont on jouit sur d'autres cimes célèbres. A la Jungfrau ou
au Cervin, par exemple, on se trouve isolé au milieu d'un ravin de glace
étroit bordé ou semé de masses blanches énormes se découpant
brutalement, à quelques centaines de mètres en apparence, sur des fonds
qui s'étagent jusqu'à l'horizon. La situation du Mont-Blanc est toute
particulière. Entre la vallée de Chamonix et le val d'Aoste, il émerge
d'une contrée verdoyante, et il n'y a de neiges rapprochées que celles
qui couvrent ses propres flancs. Les hautes montagnes sont éloignées et
n'apparaissent que derrière des premiers plans secondaires; leurs
bastions de neige se détachent des teintes violettes et grises; mais,
dans la succession indéfinie de ces profils collés les uns aux autres,
la majesté particulière de leurs crêtes s'évanouit. Cet horizon unique,
déconcertant, donne une sensation de puissance grandiose, plus douce,
plus floue qu'ailleurs, et cette sensation est une des plus étrangement
impressionnantes que nous offre la nature.

JEAN CERVIN.



[Illustration: PREMIÈRE SORTIE DU "SANTOS-DUMONT N° 14", A TROUVILLE]

Certainement, parmi tous les vaillants de la navigation aérienne, M.
Santos-Dumont demeure l'enfant gâté du public. Ses _sorties_, aussi
fantaisistes qu'audacieuses, dans des dirigeables sans cesse
perfectionnés, provoquent chaque fois un enthousiasme nouveau. Mardi
dernier, il lui a pris fantaisie d'évoluer au-dessus de la mer et de la
plage de Trouville, avec le vent et contre le vent, pour inaugurer le
_Santos-Dumont n° 14_. Le nouveau dirigeable diffère des précédents par
quelques simplifications intéressantes. Ainsi, l'hélice a été déplacée
de l'arrière à l'avant. De cette façon, on a pu supprimer l'arbre de
commande de l'hélice, qui est fixée tout à côté de la nacelle et contre
le moteur. Il en résulte qu'au lieu d'être poussé par l'hélice le
dirigeable est tiré par elle, ce qui donne, comme on en eut la preuve,
d'excellents résultats.



UN CENTENAIRE A VERJUX (SAONE-ET-LOIRE), VILLAGE NATAL DE Mme BOUCICAUT

[Illustration: M. Farion, le centenaire de Verjux, et sa femme.]

[Illustration: Maison natale de Mme Boucicaut, fondatrice du Bon
Marché.--_Clichés Ronco, Beaune._]

Partout en France, sauf à Verjux--près de Chalon-sur-Saône--la moyenne
de la mortalité humaine est trente-trois ans, dit-on. A Verjux, par
exception, et pendant les trois dernières années, cette moyenne s'est
élevée à soixante-quatre, soixante-cinq et soixante-six ans. Pour peu
que la progression continue, tout le monde, dans ce pays-là, deviendra
centenaire comme M. Augustin Farion.

M. Farion est né à Verjux le 17 août 1805. Il a vu et entendu beaucoup
de choses, pendant un siècle, sans quitter son lopin de terre. Il a
connu et vénéré Mme Boucicaut, la bienfaitrice du pays. Il a élevé trois
enfants qui sont maintenant des vieillards.

Actuellement, le centenaire de Verjux a toujours bon pied, bon oeil, ou
presque. Il possède encore sa femme, l'heureux homme! Ah! dame, ce n'est
pas une jeunesse, la femme du père Farion. Elle va bien sur ses
quatre-vingt-onze ans puisqu'elle est née le 7 mars 1815. Mais cela
n'empêche pas le ménage d'être très uni, au contraire. Et l'on a pu se
convaincre, la semaine dernière, tandis que l'on célébrait leurs noces
de platine--organisées par le châtelain de Gergy, M. Louis Morin--que
les deux bons vieux s'aimaient encore et se taquinaient comme à vingt
ans. Ah! ces noces! Imaginez-vous une escorte d'honneur d'octogénaires,
un garçon d'honneur de quatre-vingt-six ans et une fille d'honneur de
quatre-vingt-sept, échangeant des galanteries chevrotantes, un banquet
et un bal de vieux, tout cela formant un très attendrissant tableau.
Ajoutons que l'on accède à Verjux par un pont que fit construire Mme
Boucicaut. Sur l'une des places du village, un monument commémore la vie
charitable de la noble femme dont la maison natale--une simple
chaumière--est située à Monts, à un kilomètre de Verjux.



LA FÊTE DE LA PROMOTION D'AUSTERLITZ, A L'ÉCOLE DE SAINT-CYR

Le triomphe de Saint-Cyr du 17 août dernier a eu le succès habituel de
cette fête de tous les ans. Le _Père Système_--le dernier de la
promotion--qui organisa cette solennité bouffonne, avait bien fait les
choses... D'abord, en l'honneur de la promotion de la Tour d'Auvergne,
autant que pour décider un cheik arabe à s'allier avec lui contre
l'Europe coalisée, l'empereur du Sahara voulut bien passer une revue de
ses troupes très spéciales. Puis il y eut des sauts d'obstacles, fort
applaudis, par des couples d'élèves costumés en officiers étrangers. La
_Croisade contre la Pompe_, c'est-à-dire contre les matières non
militaires du programme, mit aux prises une bête apocalyptique avec des
chevaliers du moyen âge. Bien entendu, ce fut le monstre qui périt. Le
programme comportait bien d'autres numéros pittoresques ou gracieux,
comme le carrousel des gardes-françaises, le baptême de la promotion, le
discours du _Père Système_. Signalons particulièrement le curieux défilé
dans lequel tous les personnages qui donnèrent leurs noms aux bâtiments
de l'École, depuis saint Louis jusqu'à Napoléon, reçurent de multiples
ovations. Au cours de cette fête, Mme de Maintenon et une demoiselle de
Saint-Cyr, souriantes et minaudières, furent très galamment accueillies,
en dépit de leur taille un peu forte et de leurs moustaches naissantes.

[Illustration: Demoiselle de Saint-Cyr et Saint-Cyrien.]

[Illustration: Le «Père Système» (x) et les gloires militaires de la
France.]

[Illustration: Grenadiers de l'Empire.]



[Illustration: L'accident de la voiture 82, le premier jour, au pont de
la Métairie. 1. La voiture au départ de Toulouse _(Cliché Fac)_.--2 et
3. Après l'accident qui a coûté la vie à un des voyageurs, M. Louis
Salvaire.]

[Illustration: Sortie de la grotte du Mas-d'Azil.]

[Illustration: Une demi-heure d'arrêt à Carcassonne.]

[Illustration: La voiture 29, qui a versé dans un champ le 3e jour, près
de Foix.]

[Illustration: A Perpignan, devant le Castillet.]

[Illustration: Le garage des voitures à Bourg-Madame.]

[Illustration: L'arrivée à Luchon.]

LA COUPE DES PYRÉNÉES

_La «Coupe des Pyrénées», dernière épreuve importante de cette saison
automobile, concours de tourisme en montagne organisé par le grand
journal quotidien du Sud-Ouest,_ la Dépêche de Toulouse, _de concert
avec_ la Vie au Grand Air, _s'est courue cette semaine. La première
journée--le dimanche 20--a été malheureusement attristée par un accident
qui a coûté la vie à l'un des voyageurs. Mais la course s'est poursuivie
ensuite dans des conditions excellentes, à travers cette admirable
région pyrénéenne, de l'une à l'autre de ces aimables villes
ensoleillées: Toulouse, Carcassonne, Perpignan, Poix, Luchon, Bagnères,
Argelès, Cauterets, Oloron, Biarritz, Bayonne,--pour ne citer que les
plus fameuses._



MOUVEMENT LITTÉRAIRE

LES CORRESPONDANTS DE GUERRE EN MANDCHOURIE

Nous avons déjà signalé le _Journal d'un correspondant de guerre en
Extrême-Orient_, de M. Reginald Kann, qui suivit l'armée japonaise
jusqu'à Liao-Yang; _Dix Mois de guerre en Mandchourie_, par M. Raymond
Recouly, qui fut attaché à l'armée russe, et _Pays de mousmés, pays de
guerre_, amusant tableau satirique du Japon pendant la guerre, par M.
Charles Pettit.

Voici trois livres nouveaux sur la guerre russo-japonaise, par trois
témoins, MM. Victor Thomas, Villetard de Laguérie et Georges de la
Salle[1]:

[Note 1: _Trois mois avec Kuroki_, préface de M. Henri Houssaye, par
Ch.-Victor Thomas (Challamel).--_Trois Mois avec le maréchal Oyama_, par
Villetard de Laguérie (Hachette, 3 fr. 50).--_En Mandchourie_, par
Georges de la Salle (Armand Colin, 3 fr. 50).]

MM. Thomas et Villetard de Laguérie ont été correspondants de guerre,
l'un pour _le Gaulois_, l'autre pour _le Petit Journal_, dans l'armée
japonaise. Arrivé avant M. de Laguérie et de la première fournée, M.
Thomas a essayé de voir la bataille du Yalou (1er mai 1904). Il l'a
vaguement entrevue. Pendant que le canon grondait, on tenait les
représentants de la presse emprisonnés dans un emplacement déterminé.
Quelle amabilité montraient les Japonais! Par quelles prévenances ils
tentaient d'adoucir leur rude règlement! Mais le petit Nippon est
défiant; il craint les indiscrétions et, pratiquant avec maestria
l'espionnage, ne veut pas le subir lui-même. Envoyaient-ils des dépêches
sur le peu que leur oeil ou leur oreille avait saisi, les correspondants
de guerre ne pouvaient se faire d'illusions. On arrangeait leurs
missives; on les expédiait singulièrement raccourcies et défigurées. Une
dépêche de cent trente mots, par exemple, ne parvint à Londres qu'avec
huit mots, adresse comprise. Que fit donc, pendant la campagne, M.
Thomas? Il observa le Nippon, brave, patriote, courtois, mais rusé
jusqu'à la fourberie, tout à fait aux antipodes moraux de notre race.
Nous mettons le point d'honneur dans la loyauté, tandis que lui
considère l'art de tromper et de mentir comme une vertu. Eloigné des
engagements et des batailles, M. Thomas put cependant se rendre compte
de ce qui fait la faiblesse de l'armée nippone et de ce qui a rendu si
longue cette guerre interminable. Les Japonais sont d'excellents
stratèges; d'avance ils tracent leur plan avec beaucoup de minutie, mais
sur le terrain ne savent pas le modifier suivant les circonstances; de
là une certaine lenteur et une absence réelle de tactique. Ils ont été
pareillement les dupes du bluff de Kouropatkine, lequel, au début, avec
peu de troupes sous la main, a su déployer celles-ci de telle sorte
qu'on l'a cru en possession d'une armée suffisante. Si faibles étaient
les forces russes que les Japonais eussent dû rapidement terminer la
campagne.

Comme M. Thomas, ancien officier de cavalerie, s'occupe presque
exclusivement de choses militaires et qu'on les lui cachait, il n'a pas
séjourné longtemps là-bas et, désespéré, avec un livre honnête où n'est
consigné que ce qu'il a vu, a regagné la France, en septembre 1904.

M. Villetard de Laguérie n'a pas été plus libre que M. Thomas; mais,
s'il n'a pu contempler mieux que ses confrères les mouvements des
troupes nippones et le détail des grandes luttes, il a recueilli, en
dehors de cela, une masse de renseignements fort précieux. Pour se
rendre au Japon, il a pris la route des États-Unis, ce qui lui a permis
de constater jusqu'à quel point la grande République était japonophile.
Les sentiments de l'oncle Jonathan, de quelque grande idée qu'il essaye
de les masquer, ne sont pas souvent désintéressés. Il craignait, pour
son commerce avec la Chine et avec la Mandchourie, l'habitude qu'a la
Russie de monopoliser les ressources naturelles des pays qu'elle
s'annexe. Débarqué à Yokohama, le 22 mars 1904, M. de Laguérie eut tout
le loisir de se promener dans la ville et ses environs et d'examiner sur
place le Japon. Il ne fut autorisé que le 15 juillet à suivre l'armée du
maréchal Oyama! Ne nous en plaignons pas trop. Pendant son séjour forcé
dans le pays nippon, M. de Laguérie a fait une ample moisson de faits
précis. Par le menu, il a analysé cette grande caserne. Peu de
manoeuvres routinières. Ce que l'on enseigne aux soldats, c'est-à-dire à
tout le peuple, c'est surtout le tir et l'assaut. Supprimés chez nous,
les bataillons scolaires sont florissants au Japon et, dès les premiers
pas, s'emparent de l'enfant pour le dresser à la guerre, la grande chose
de ce peuple qui a maintenant six cent mille hommes sous les armes. Mais
comment entretenir une pareille multitude et la munir des engins dont
elle est si bien approvisionnée? Le Japon s'endette, de telle sorte que
le marquis Ito lui-même, le vieux diplomate, a, dans une réunion de
banquiers, laissé un peu échapper l'expression de ses inquiétudes. Au
mois de juillet 1904, les frais de guerre s'élevaient déjà à près d'un
milliard et demi. Le Japon eut recours à ses bons et riches amis
d'Amérique pour un emprunt de 250 millions à 6%. Défiant, l'oncle
consentit à l'emprunt, mais à la condition de prendre une hypothèque de
60% sur les douanes japonaises. Un emprunt intérieur de 250 millions
vint s'ajouter à la dette publique en mai 1905. La mauvaise récolte du
riz, l'année dernière, n'a pas contribué à relever les finances du
Japon. De Saïgon les navires français ont apporté environ 800.000 tonnes
de riz. Au fond, le volume de M. de Laguérie est d'un historien soucieux
de tout rassembler et avec méthode.

Le 25 juillet, il fut autorisé à se rendre en Mandchourie. Il assista à
cette grande bataille de Liao-Yang qui dura du 30 août au 3 septembre,
mais ne put guère qu'entendre le sifflement des shrapnells et en
apercevoir de loin la blanche fumée. Avec calme, le général Kouropatkine
fit replier ses troupes et présida à leur retraite. Après avoir vu,
toujours de très loin, les batailles du Cha-Ho, en octobre, M. de
Laguérie, auquel on ne communiquait, sur les opérations militaires, que
des rapports officiels, embellis et arrangés, et dont les dépêches
étaient mutilées, quitta, au commencement de novembre, l'armée du
maréchal Oyama. Il rentra en France, exaspéré contre les vexations de
toutes sortes qu'il avait subies.

M. Georges de la Salle a rempli sa mission dans l'armée russe. Sans
doute on lui a fait attendre, mais plutôt par amour de la paperasserie
que par mauvaise volonté, son autorisation. De même que M. de Laguérie
il a récolté de riches renseignements en dehors des faits militaires.
Comme ses révélations jettent une lueur singulière sur les événements! A
la frontière mandchoue, voici Kharbine, une sorte de Capoue lointaine,
avec ses cafés-concerts, ses lieux de plaisir, sa grande consommation
d'alcool, sa Banque russo-chinoise. M. de la Salle a commencé de voir là
les officiers russes qu'il accuse d'avoir moins de sobriété, de féroce
patriotisme et de discipline qu'on n'en montre au Japon. Après Kharbine,
c'est Moukden, la sainte, tirée, par la guerre, de son heureuse
somnolence. Occupé à considérer toutes choses en Mandchourie, notant,
avec conscience, tout ce qu'il aperçoit, de méchante humeur souvent,
étonné de ne guère rencontrer là-bas le type classique de l'officier
français, M. de la Salle n'assiste pas à la grande bataille de
Liao-Yang. Mais il raconte avec une vie extraordinaire les batailles du
Cha-Ho, en octobre 1904. Plus de chevauchées héroïques, plus de charges
à la baïonnette. Invisibles, les Japonais ne se manifestent guère que
par leur machinisme, par l'envoi des shrapnells. Quel portrait touchant
M. de la Salle nous trace de Kouropatkine, maître de lui, pourvoyant à
tout, relevant le courage des désespérés! En proie au spleen, M. de la
Salle abandonna la Mandchourie. Sensitif à l'excès, ému de tout ce qui
tombe sous ses yeux, ce correspondant de guerre a composé son livre avec
des faits très nombreux et aussi avec ses nerfs délicats.

A côté de ces oeuvres, il convient de mentionner: _Du Kremlin au
Pacifique_, de M. Georges Ducrocq (Honoré Champion), et _les Cosaques de
Transbaïkalie en Mandchourie_ (1900), du prince Orlov
(Charles-Lavauzelle, 3 fr. 50).

Qui voudra se distraire de ces sombres tableaux et visiter un pays où
les hommes ne se tuent pas entre eux, mais s'exposent cependant en
chassant les grands fauves, lira le beau livre avec illustrations:
_Chasses en Abyssinie_, par M. Decaux (Delagrave, 7 fr. 50).

 E. LEDRAIN.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

POUR APPRENDRE L'ESPÉRANTO.

Dans notre dernier numéro, nous avons exposé sommairement les principes
et les avantages de l'espéranto, et nous avons indiqué que les ouvrages
approuvés par le docteur Zamenhof, inventeur de cette langue
universelle, sont édités par la maison Hachette. Un certain nombre de
lecteurs nous demandent de compléter notre information en les guidant
pour le choix de ces ouvrages. Nous leur conseillons d'acheter
simplement les livres suivants:

[Illustration: M. Georges Adam, de Boulogne, qui a traversé le pas de
Calais à l'aviron. _Phot. Meys._]

_L'Espéranto en dix leçons_ (cours du Touring-Club de France), par Cart
et Pagnier (0 fr. 75).--_Corrigé des exercices sur l'Espéranto en dix
leçons_, par Cart et Procureur (0 fr. 50).

Ou bien:

_Grammaire et Exercices de la langue internationale espéranto_, par de
Beaufront (1 fr. 50).--_Corrigé de Grammaire et Exercices de la langue
internationale espéranto_, par de Beaufront (0 fr. 75).

En ajoutant à l'un de ces deux groupes le _Vocabulaire
français-espéranto_ et _Vocabulaire abrégé espéranto-français_, par
Cart, Merkeins et Berthelot (2 fr. 50), on possédera tous les éléments
nécessaires pour apprendre, sans professeur, à écrire et à parler
couramment la langue internationale.

Ces divers ouvrages sont publiés par la maison Hachette.

Du côté des périodiques, il faut mentionner:

_Linguo internacia_, petite revue mensuelle, rédigée exclusivement en
espéranto, où l'on trouve surtout des traductions d'oeuvres très
connues, par exemple _Paulo kaj Virginio_ (Paul et Virginie), 5 francs
par an; 7 fr. 50 avec supplément littéraire.

_L'Espérantiste_, également mensuel, donnant des articles plus courts,
par conséquent plus variés, avec texte français en regard du texte
espéranto. 3 francs par an.

On s'abonne _Presa esperantista societo_, 33, rue Lacépède, Paris.

Cette société commence la publication d'un _Grand Dictionnaire
français-espéranto_ devant comprendre environ deux mille cinq cents
pages, dans lequel on se propose de fixer les moindres nuances de la
langue et «d'introduire des racines ne figurant pas dans le vocabulaire
du docteur Zamenhof». On ne saurait traiter avec plus d'illogisme une
langue n'ayant de raison d'être et de chances de se propager, par
conséquent de devenir pratique, qu'à la condition de rester extrêmement
simple et facile à apprendre.

Signalons enfin, pour mémoire, une revue conçue non pas en vue des
personnes désirant s'entretenir dans la connaissance de l'espéranto,
mais s'adressant aux savants de tous pays possédant cette langue:
_Internacia Scienca Revuo_ (mensuelle, 6 fr. 50 par an, chez Hachette).

LA PUÉRICULTURE AU CREUSOT.

Il résulte d'un mémoire présenté à l'Académie de médecine par le docteur
Variot, que le taux de la mortalité infantile, au Creusot, pendant la
période décennale de 1893 à 1902, n'a pas dépassé 11,04%, chiffre bien
inférieur à celui de la mortalité infantile moyenne en France pendant la
même période (16%), et surtout beaucoup plus faible que celui qui a été
constaté dans les centres manufacturiers ou industriels en général et
dans les villes (20,8% dans les villes de 30.000 à 100.000 habitants).

Le facteur principal qui, au Creusot, diminue la mortalité infantile,
c'est l'élévation du salaire, qui permet aux femmes d'allaiter leurs
enfants; en outre, la «puériculture avant la naissance» y est réalisée
par ce fait que les filles-mères cessent leur travail et reçoivent
l'assistance vers le cinquième mois environ de leur grossesse; enfin,
après l'accouchement, les femmes ne sont autorisées à reprendre leurs
occupations que si un certificat médical constate qu'elles peuvent le
faire sans nuire à leur santé ni à celle de leur enfant.

LA TRAVERSÉE DU DÉTROIT À L'AVIRON.

Un sportsman boulonais, M. Georges Adam, membre du Boulogne-Club, vient
d'accomplir une jolie prouesse, en effectuant, à l'aviron, la traversée
de Boulogne à Folkestone.

M. Georges Adam montait une yole de rivière à clins, pontée très
légèrement. Le lundi 14 août, à 11 h. 25 du matin, il se mettait en
route et ramait vers le large, convoyé par un canot automobile. Il eut à
lutter contre une mer très rude et contre une assez forte brise du
nord-est, sans compter les courants très violents qui parcourent le
détroit en sens divers d'une marée à l'autre. A 7 h. 55 du soir, il
abordait à Folkestone. Il aurait donc fait en huit heures trente minutes
les 48 kilomètres qui séparent les deux côtes, à vol d'oiseau, mais, en
réalité, on estime qu'il a dû parcourir 60 kilomètres environ en raison
de la dérive.

[Illustration: Le poste de télégraphie sans fil de Villejuif: vue
extérieure.]

LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL EN FRANCE.

Depuis l'invention, par Marconi, du premier appareil de télégraphie sans
fil, de nombreux savants, le professeur Saby en Allemagne, M. Popof en
Russie, M. Forest en Amérique, le capitaine Cervera en Espagne, MM.
Ducretet et Rochefort en France, se sont efforcés d'apporter au système
les perfectionnements indispensables: amélioration des installations;
isolement des communications ou syntonisation des postes; augmentation
de la distance de transmission.

[Illustration: Le poste de télégraphie sans fil de Villejuif: vue
intérieure.]

La télégraphie, sans fil emploie les ondes électriques produites dans
des conditions déterminées et dont, avant Marconi, MM. Maxwell, Herz et
Branly avaient révélé les propriétés et indiqué l'utilisation possible.
Ces ondes sont analogues aux ondes lumineuses qui émanent des corps
incandescents. Pour faciliter leur production, le poste transmetteur et
le poste récepteur sont munis chacun d'une antenne, sorte de tige
métallique fixée à une hauteur du sol qui varie avec la portée de
transmission à obtenir et qui, pour un rayon d'action de 50 kilomètres
sur mer, doit atteindre jusqu'à 40 ou 50 mètres, ce qui est beaucoup.
Les ondes partent de l'antenne du poste transmetteur; celle du poste
récepteur les recueille et les dirige sur l'appareil enregistreur ou
_cohéreur_. Mais, trop fréquemment, il arrive que les cohéreurs se
permettent d'enregistrer des communications qu'on ne leur destine pas.
Si, en effet, plusieurs postes récepteurs se trouvent situés dans la
zone d'action ou champ d'un même poste transmetteur, le cohéreur de
chaque poste récepteur se laisse impressionner par les ondes émanant du
poste transmetteur. Il se produit quelque chose d'analogue avec ce qui
se passe lorsqu'on jette une pierre dans une eau tranquille et que
plusieurs bouchons de liège flottent dans l'espace où se forment les
ondes aquatiques: tous ces bouchons exécutent des mouvements de bas en
haut déterminés par la production des ondes.

En dépit de ces désavantages auxquels on remédiera certainement avec un
peu de temps, la télégraphie sans fil est appelée à rendre les plus
grands services au commerce maritime et à la navigation en général. Elle
permettra de maintenir en pleine mer des communications avec la côte et
surtout de donner aux navires en détresse la possibilité d'obtenir des
secours, même s'ils se trouvent à une distance considérable d'un port.

Ces considérations n'avaient pas échappé à notre administration des
postes et télégraphes qui, dans le but de généraliser ce mode de
transmission entre la mer et le littoral, songea à faire valoir son
monopole des communications aériennes. Aussi, après avoir établi, à
Villejuif et au moulin de Chérisy, deux postes d'expérimentation de
télégraphie sans fil, cette administration, autorisée par décret du 27
février 1904, a-t-elle pris possession, d'accord avec la marine, de tous
les postes que l'administration de la rue Royale possédait sur le
territoire français. Grâce à ce changement de mains, ces postes, occupés
par un personnel spécialisé, pourront être ouverts à la télégraphie
privée sans cesser de rendre au département de la marine tous les
services désirables. On évitera de la sorte les inconvénients auxquels
pouvait donner lieu le fonctionnement de deux réseaux parallèles,
ressortissant à deux administrations différentes, notamment une dualité
de personnel, des frais superflus et surtout un enchevêtrement des
communications qui nous eût ramenés aux plus beaux jours des malentendus
téléphoniques.

L'administration des postes et des télégraphes a ouvert, dans le courant
de l'année dernière, deux postes que possédait antérieurement la marine:
l'un à Ouessant, l'autre à Porquerolles. On procédera prochainement à
une installation analogue à Cherbourg, tandis que des expériences seront
faites en vue de la construction d'un poste extra-puissant à Toulon.

LA VARIOLE, MALADIE ÉVITABLE.

Sans doute, on admettrait difficilement, en certains pays, en France,
notamment, et particulièrement à Paris, que la variole est une maladie
évitable.

En effet, voici que Paris vient de subir une petite recrudescence
épidémique locale de cette maladie et, l'année dernière, on a relevé,
dans notre capitale, 88 décès par variole, soit 3,2 pour 100.000
habitants.

Or, ce qui prouve bien que la variole est une maladie évitable, c'est
que, grâce à des mesures de vaccination et de revaccination rigoureuses,
Berlin, Breslau, Dresde, Stuttgart, Hambourg, Vienne, Zurich, Edimbourg,
la Haye, Copenhague, Stockholm, Christiania, Bucarest, etc., n'ont pas
un seul décès depuis 1902.

Même en France, d'ailleurs, Lyon, en 1902, n'a pas eu de décès par
variole.

Un pays tout entier, la Norvège, n'a pas eu un seul décès. Nous pouvons
ajouter que, dans 75 villes du Danemark et dans 92 villes de Suède,
c'est-à-dire dans la presque totalité de ces deux pays, il n'y a pas eu
non plus de décès par variole. Alors que la mortalité par variole, pour
100.000 habitants, est à Paris de 3,2, cette mortalité est en Italie de
7,3, en Angleterre de 7,5, et en Belgique de 9,05.

Mais, en Allemagne, elle n'est que de 0,02; en Irlande, en Suisse, en
Hollande, de 0,01; et, en Ecosse, elle n'est que de 1,8. On voit combien
nous sommes à un degré inférieur de l'échelle dans la lutte contre la
variole.

UN PROCÉDÉ À RETENIR.

Il arrive assez souvent à des enfants, et même à des adultes, d'avaler
sans le vouloir des corps étrangers capables de déterminer des lésions
de l'estomac ou des intestins: des corps durs, métalliques, présentant
des aspérités ou des pointes. Evidemment, ces corps ont toutes les
chances d'être expulsés par les voies naturelles; mais, ce qui doit
préoccuper le malade et son entourage, c'est la possibilité, pour les
parties dures et pointues, de blesser le tube digestif. Peut-on écarter
ce danger? Un médecin anglais, M. Blair Bell, s'est posé cette question
à propos d'un enfant auprès de qui il fut appelé et qui avait avalé une
broche en or, et il l'a résolue de façon satisfaisante en faisant avaler
à la petite victime une certaine quantité d'ouate hydrophile, en partie
dans du lait, en partie sous forme de sandwich avec des confitures.
Quelques heures après, il fit prendre un peu d'huile de ricin, et
l'expulsion se fit. La broche était bien empaquetée dans le coton
hydrophile et n'occasionna aucune blessure. La même méthode fut suivie
dans un autre cas, celui d'un enfant ayant avalé un bouton de cuivre. Et
un autre médecin, un Irlandais, avait eu la même idée, avec plein succès
d'ailleurs, pour traiter un enfant qui avait avalé un râtelier
métallique. Il semble que le coton hydrophile soit particulièrement
attiré par le corps étranger: il l'englobe, et, par surcroît, les
matières fécales s'agglomèrent volontiers autour de ce noyau en
augmentant encore la protection contre le corps étranger et en diminuant
les chances qu'il a de blesser les organes qu'il traverse. En pareil
cas, on a souvent conseillé la mie de pain: mais celle-ci se désagrège
sous l'action des sucs digestifs; mieux vaut se servir de coton
hydrophile qui, lui, n'est pas attaqué et garde sa solidité et sa
cohérence.

UNE MALADIE DUE À LA CUEILLETTE DES PÊCHES.

Un médecin de Lyon, M. J. Eraud, a observé que les cultivateurs employés
à la cueillette des pêches ou à l'emballage de ces fruits étaient
exposés à des démangeaisons plus ou moins vives sur les parties
découvertes du corps.

Ces démangeaisons se manifestent particulièrement dans la matinée, alors
que le corps est en moiteur et que le fruit est encore quelque peu
imprégné de la rosée de la nuit.

Il est fréquent de les voir s'exaspérer la nuit, sous l'influence de la
chaleur du lit.

M. Eraud pense qu'on doit attribuer ce petit accident à des champignons
inférieurs répandus à la surface des pêches, et dont il est facile de
constater la présence.

UN GRAND AFRICAIN.

Mahomed ben Ahmed Tipu Tipu, qui vient de mourir à Zanzibar, à l'âge de
soixante-seize ans, avait joué en Afrique un rôle considérable. A
l'époque où Livingstone, Stanley, accomplissaient leurs explorations
fameuses, son influence, sa domination, pourrait-on dire, s'étendait du
Congo à l'océan Indien, et l'ascendant, dont il jouissait dans le
continent noir, mis au service de Stanley, rendit au grand voyageur les
plus signalés services.

[Illustration: Un grand Africain: Tipu Tipu.]

Après avoir été un guerrier redoutable, que les peuplades soumises par
lui avaient surnommé _Mti Pura_, le Batailleur, il coula ses dernières
années en paix dans les immenses biens qu'il avait acquis à Zanzibar. Il
vivait là comme un patriarche, entouré de l'estime des Européens, du
respect et de l'affection des indigènes, dont il avait été constamment
le bienfaiteur. C'est là qu'il vient de s'éteindre, succombant
brusquement à une hémorragie cérébrale.

[Illustration: Lord Curzon, vice-roi démissionnaire de l'Inde.]

LA VICE-ROYAUTÉ DES INDES

Après une brillante et très active vice-royauté de sept ans, lord Curzon
vient de démissionner. Cet événement est le résultat prévu du conflit
qui s'était élevé entre lord Kitchener et le vice-roi au sujet du
commandement de l'armée des Indes. Lord Kitchener étant soutenu par le
ministre, lord Curzon devait se soumettre ou se démettre; il a préféré
se démettre.

On se rappelle les notes flatteuses qui, dans la presse, saluèrent la
nomination de lord Curzon. On a encore présents à la mémoire les fastes
du durbar de Delhi, où le vice-roi, en grand costume, fit défiler les
princes indiens devant les héritiers d'Angleterre. Les voyages d'études
du noble lord, son ouvrage, aujourd'hui classique, sur la Perse,
l'avaient, autant que la faveur de la reine, désigné pour occuper le
poste difficile et envié de vice-roi des Indes. Sous son gouvernement,
plus occupé d'acquisitions territoriales que de réformes intérieures,
l'activité anglo-indienne avait résolument franchi les frontières et
provoqué, tant en Europe qu'en Asie, de légitimes inquiétudes.
Récemment, lord Curzon entreprit l'expédition thibétaine. Sa façon de
réorganiser l'administration du Bengale le rendit nettement impopulaire.

Le nouveau vice-roi, lord Minto, participa aux campagnes d'Afghanistan,
d'Égypte et à la répression de l'insurrection canadienne de 1885; c'est
un vaillant soldat, doublé d'un économiste avisé. Il fut gouverneur
général du Canada de 1898 à 1904.

LES «HÉRÉTIQUES», A BÉZIERS

On procède en ce moment, au théâtre des Arènes de Béziers, aux dernières
répétitions des _Hérétiques_, opéra en trois actes de M. Ferdinand
Hérold, musique de M. Charles Levadé. Les rôles sont tenus par des
artistes de choix, dont plusieurs de l'Opéra, de l'Opéra-Comique et de
la Monnaie.

Le divertissement du second acte, réglé par M. Belloni, de la Scala de
Milan, sera exécuté par quatre-vingts danseuses, parmi lesquelles Mlles
Julia Antonicci et Ida Cecchini.

L'orchestre sera composé de deux cent cinquante musiciens. On dit
merveille des décors et de la mise en scène.

[Illustration: Lord Minto, le nouveau vice-roi de l'Inde.]

[Illustration: Marius, Jean et Mathieu Ronfaut, les trois victimes de la
tragédie de Nogent-sur-Marne.]



DEUX FAITS DIVERS

Cette semaine, deux faits divers ont occupé, dans les journaux, la place
réservée à la «grande actualité».

Le premier, effroyable, a été «la tragédie de Nogent-sur-Marne». Ici, on
a vu un ingénieur, M. Victor Ronfaut, affolé par la peur de la misère,
se suicider après avoir tué à coups de carabine, ou égorgé à l'aide d'un
rasoir, sa femme et ses trois enfants. Mme Ronfaut a évidemment été
complice de ce crime. Quant aux trois petites victimes, c'étaient trois
garçonnets: Jean, âgé de quinze ans, Mathieu, treize ans, et Marius,
douze ans, très bien élevés, de charmants écoliers, studieux, adorés de
leurs camarades et de leurs maîtres.

L'autre fait divers est du genre rocambolesque et assez neuf dans ses
péripéties: c'est «le vol d'un million».

Un employé du Comptoir National d'Escompte, Jean Gallay, a disparu en
enlevant, à cet établissement de crédit, non tout à fait un million, au
dire des administrateurs, mais 850.000 francs.

Gallay avait été inspecteur au service de la Sûreté générale. Aux heures
de travail, employé ponctuel, il était, le soir, grand seigneur et, sous
le nom de baron de Gravald, traînait dans les lieux de plaisir
l'existence des riches désoeuvrés. Il avait, bien que marié et père de
famille, une liaison coûteuse avec une demi-mondaine, Mme Merelli, qui
le secondait dans ses virements. A la fin du mois dernier, il
disparaissait. La semaine dernière seulement, on a appris ce qu'il était
devenu: le baron de Gravald s'est embarqué, le 1er août, au Havre, avec
son amie Merelli, la femme de chambre d'icelle et un médecin, qui sera
bien surpris de l'aventure, sur un yacht luxueux, loué par
l'intermédiaire de la _Yachting Gazette_, la _Catarina_. Et, sous
pavillon anglais, il vogue vers une destination inconnue.

[Illustration: Le yacht _Catarina_, qui porte Jean Gallay, Mme Merelli
et leur fortune.]

[Illustration: Plantation d'un décor des _Hérétiques_ aux Arènes de
Béziers.]

[Illustration: Jean Gallay.]

[Illustration: Mme Merelli.--_Phot. Ogereau._]



[Illustration: CAUCHEMAR, par Henriot.]



NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement
gratuits.)

LE RÉPERTOIRE «ETNALAG»

Il est d'usage courant, pour éviter de feuilleter incessamment
l'annuaire, d'apposer près d'un téléphone un tableau sur lequel sont
inscrits les noms et les numéros des abonnés auxquels on a à faire des
appels fréquents, sinon journaliers.

Le procédé est fort pratique, mais il n'est pas indemne de tout
inconvénient.

Le tableau ne peut d'abord contenir qu'un nombre de noms toujours assez
restreint, par conséquent insuffisant le plus souvent, et il est
difficile de le maintenir dans l'ordre alphabétique absolu.

Il y a ensuite les erreurs de lecture qui font attribuer à un
correspondant les numéros de ceux qui le précèdent ou le suivent sur la
liste. Ce n'est certes pas utile d'insister sur les ennuis de tous
genres que causent ces méprises et sur les retards qu'elles apportent
aux communications.

Puis ce tableau est indiscret. Il livre au premier venu, auquel un
devoir de simple obligeance ne permet pas de refuser l'usage de
l'appareil, les noms des personnes et des maisons avec lesquelles on est
en relations constantes; renseignements qui peuvent ne pas être sans
inconvénient pour celui qui les fournit, en quelque sorte
inconsciemment, et aussi fort gênants pour la personne qui téléphone,
condamnée ainsi à un manque de discrétion aussi inévitable
qu'involontaire.

L'indiscrétion est encore plus facile et plus forcée quand le téléphone,
au lieu d'être installé dans une cabine, est placé dans un bureau, où le
tableau est à la vue de tous venants.

Pour garantir contre toute méprise et toute indiscrétion, M. Galante a
imaginé le Répertoire «Etnalag» pour appels téléphoniques.

Le Répertoire «Etnalag», comme le montre notre figure, se présente sous
la forme d'une boîte oblongue que l'on applique verticalement contre la
cloison, à côté de l'appareil.

Un bouton, sur lequel on n'a à faire qu'une simple traction, permet de
rabattre, suivant l'horizontale, le panneau antérieur.

Ce panneau constitue alors une tablette munie, sur trois de ses côtés,
de rebords entre lesquels sont maintenues deux cents fiches.

Sur chacune de ces fiches sont inscrits le nom et le numéro d'un des
abonnés au téléphone, avec lesquels on peut avoir à causer d'une façon
fréquente et régulière.

[Illustration: Ouvert.]

Le classement peut donc se faire aisément dans l'ordre alphabétique
absolu, les fiches étant indépendantes les unes des autres, et chaque
groupe d'une même lettre étant séparé des autres par un carton de
couleur portant en référence un des vingt-six caractères de l'alphabet.

[Illustration: Fermé.]

La recherche est ainsi des plus faciles et des plus rapides.

En outre, on n'a et l'on ne peut jamais avoir sous les yeux d'autre
fiche que celle dont on a besoin. Aucune indiscrétion n'est par
conséquent plus à craindre et toute méprise devient impossible, chaque
fiche ne portant qu'un seul nom et qu'un seul numéro.

On n'est donc plus exposé à des erreurs assez faciles à commettre avec
le tableau, où, à moins de suivre avec le doigt, on peut aisément
prendre pour le numéro de l'abonné celui qui figure sur la ligne
au-dessus ou sur celle au-dessous.

Dans le but de rendre les recherches plus faciles encore, M. Em. Galante
a fait établir un double jeu de cartons de classement, de deux couleurs
différentes, dont, entre autres exemples, le commerçant pourra affecter
l'un à ses vendeurs, l'autre à ses acheteurs, tandis que le simple
particulier aura, d'une couleur, les fiches spéciales de ses
fournisseurs, d'une autre, celles de ses relations mondaines.

Mais le Répertoire «Etnalag» ne préserve pas seulement des indiscrétions
et des erreurs. Il évite encore les appels inutiles.

La fiche comporte, en effet, un espace suffisant pour permettre de noter
quantité d'indications d'une réelle utilité: les adresses, les jours et
heures de présence, les divers numéros sous lesquels est desservi
l'abonné, c'est-à-dire ceux aussi bien de son usine, de sa maison de
commerce ou de son administration, que de son domicile particulier.

Pour les relations mondaines, on peut noter de la même façon les jours
et heures de réception, ainsi que les époques de villégiature.

C'est là une très grande facilité qui évite toute une série d'appels
infructueux. On sait ainsi avec certitude, sans avoir à faire la moindre
recherche sur un agenda ou sur un carnet, ou à se fier à une mémoire qui
peut être indécise ou infidèle, l'endroit et le moment opportuns pour la
communication. On évite ainsi encore une perte de temps appréciable.

Le Répertoire «Etnalag» a, en plus, sur le tableau, une indiscutable
supériorité au point de vue de l'esthétique. C'est, en effet, un élégant
coffret en beau bois verni, plus seyant et agréable à l'oeil qu'un
simple carton qui, au bout d'un certain temps d'usage, est, le plus
souvent, singulièrement sali.

Cet appareil se trouve en vente chez _M. Galante, 75, boulevard
Montparnasse, Paris_, aux prix de 12 fr. 50 (chêne verni) et 15 francs
(acajou verni).


SUPPLÉMENTS.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3261, 26 Août 1905" ***

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