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Title: L'Illustration, No. 3278, 23 Décembre 1905
Author: Various
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3278, 23 Décembre 1905" ***

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L'Illustration, No. 3278, 23 Décembre 1905


Avec ce Numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT LA GRANDE FAMILLE


LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Suppléments de ce numéro:
1° L'ILLUSTRATION THEATRALE contenant la GRANDE FAMILLE, par
Arquilliere.
2° Le 5e fascicule du roman de J.-H. Rosny: LA TOISON D'OR.

L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numéro: Un Franc._ SAMEDI 23 DÉCEMBRE 1905
63e Année--N° 33278.

[Illustration: M. ROUVIER A LA TRIBUNE DE LA CHAMBRE, LE 16 DÉCEMBRE Le
ministre des Affaires étrangères lit sa Déclaration sur les affaires
marocaines, se terminant par cette phrase: «... Fidèle à une alliance
restée hors de toute atteinte, à des amitiés précieuses exemptes de
toute arrière-pensée, désireuse d'entretenir avec tous des relations
courtoises, et même réciproquement confiantes, la France, sûre
d'elle-même, gardant la conscience de la noblesse de son histoire et de
ses destinées, ne vise, nous l'affirmons hautement, qu'à sauvegarder ses
droits, ses intérêts et le plein exercice de sa liberté.»--_Voir
l'article, page 420._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

... Et les revoilà! Brusquement, en quelques heures, elles ont reparu,
les frêles baraques du nouvel an, bien alignées, de la Madeleine à la
Bastille, et toujours telles que se les rappelle ma mémoire d'enfant.
Les baraques du nouvel an n'ont pas changé. Elles ne changeront jamais.
Une sorte de tradition sacrée les défend contre les caprices de la mode.
Elles sont, une fois par an--dans l'immuable simplicité de leur
architecture--quelque chose de la physionomie de Paris; naïvement, elles
expriment un peu de sa vie et de sa joie. Un an déjà! Il me semble que
c'est hier que, redevenue Parisienne au moment où s'ouvrait l'année
neuve, je les ai vues se vider de leurs richesses, se disloquer tout
d'un coup, s'éparpiller sur les voitures à bras qui emportaient je ne
sais où, pour douze mois, leurs maigres carcasses démolies. Et, de
nouveau, c'est elles! Elles n'ont pas l'air d'avoir vieilli d'un an. Je
les retrouve aussi pimpantes, aussi joyeusement encombrantes que
toujours, entourées du même tapage et d'aussi ardentes curiosités.

On dirait que, du jour au lendemain, toute l'attention de Paris s'est
concentrée sur elles; et quels mystères, en effet, vont-elles nous
révéler? Car elles ont des mystères à nous révéler, cela est sûr. Leurs
carcasses de bois sont les boîtes à surprises d'où va sortir la
trouvaille imprévue: le bibelot «bien parisien», l'ustensile ingénieux
qui fait la joie des ménages et, enfin, le «jouet de l'année».

Délicieux soucis qui, pour un temps trop court, effacent tous les
autres. A partir d'aujourd'hui, il n'y a plus d'élection présidentielle,
il n'y a plus de _Livre jaune_, il n'y a plus rien. Il y a les petites
baraques; et, autour d'elles, il y a les magasins à la mode, où la foule
élégante ne commencera à s'écraser sérieusement que dans quelques jours,
et les étalages de librairie devant lesquels s'attroupent,
concupiscents, les écoliers. Je m'y suis attardée aussi cette semaine,
plusieurs fois, et avec plaisir. Assurément nos éditeurs sont en
progrès. Ils commencent à s'apercevoir qu'un «livre d'étrennes» ne doit
pas forcément consister en quelque historiette puérile, dorée sur
tranches, et présentée à l'enfant sous la parure voyante d'une reliure
écarlate à bon marché. Sans doute il y a encore beaucoup de cette
pacotille-là aux devantures des libraires; mais, tout de même, il semble
qu'elle ne s'y étale plus aussi tyranniquement qu'autrefois; qu'elle y
est de plus en plus remplacée par le vrai bon livre,--qui n'a point été
formellement composé en vue du Jour de l'An, et que pare une reliure
discrète, propre à décorer de façon gentille, sans tapage, une
bibliothèque d'écolier pauvre. Il est probable que ces cartonnages
étincelants, mirifiques, qui furent trop longtemps l'obligatoire livrée
de nos livres d'étrennes et de prix, feront sourire d'étonnement nos
petits-fils. Ils ne comprendront pas que, chez un peuple qui se pique de
donner des leçons de goût à l'univers--et qui lui en a donné, en effet,
de si précieuses--une mode si niaise ait tant duré.

C'est que le goût n'est point une vertu spontanée à laquelle s'ouvre
naturellement l'âme des foules. Abandonnées à leur instinct, les foules
n'ont pas de goût. Comme les enfants, ou comme les sauvages, elles
aiment ce qui brille; elles sont séduites par l'emphase des formes et
l'abus des couleurs;--par toute cette lamentable contrefaçon du vrai
luxe, et cette vulgarisation de la pacotille où triomphent nos
industries, et grâce à quoi sont mises à la portée de toutes les bourses
tant d'horreurs. Et c'est pourquoi sans doute les foules ne viennent que
si lentement à l'intelligence et au désir de la beauté. Elles n'y
atteignent que par étapes, comme dirait M. Bourget; à mesure que leurs
yeux ont vu, compris, comparé plus de choses. Et un jour vient où, sans
qu'on sache pourquoi, le vase à couleurs criardes, la chromo coloriée et
sucrée comme une confiserie de fête foraine, le Jules Verne trop doré et
trop rouge, agacent les mêmes yeux que naguère ces dorures et ces
coloriages amusaient... On dirait bien que cette évolution a commencé de
s'accomplir parmi le peuple de Paris; j'en trouve la trace un peu
partout: non seulement aux devantures des libraires, mais partout où
s'offre l'étalage de l' «étrenne» à bon marché, celle qui fera le plus
d'heureux...

                                     *
                                    * *

En attendant qu'ait sonné l'heure de distribuer les étrennes, les
gourmands du village et les «fêtards» des villes voient avec joie
s'approcher celle du réveillon. Mais fête-t-on nulle part la Noël aussi
poétiquement qu'en nos villages de Petite-Russie?

Je revois le cortège (il y a bien une dizaine d'hivers!); cela se
passait près d'Odessa. Une nuit claire; à perte de vue la plaine
blanche, et des étoiles plein le ciel. En tête du cortège, une étoile
aussi, mais énorme, celle-là, en papier doré, et portée au bout d'une
perche par un enfant. De petits cierges, disposés autour de l'étoile en
papier doré, la font briller sur l'obscurité du chemin. D'autres enfants
suivent, portant: l'un une sorte de niche en bois où s'évoquent les
scènes de la Passion, que représentent de naïves marionnettes; l'autre
un saucisson; un autre un plat, un autre un sac... Ils chantent, en
marchant, des cantiques. Aux maisonnettes, des lumières brillent, et
voici que, sur le passage du cortège enfantin, une fenêtre s'est
ouverte. Le Bonhomme Noël de France, c'est, là-bas, «Koliada»; et c'est
au nom de Koliada que les bambins font leur quête. Elle est fructueuse
partout et les plus pauvres ménages ont quelque chose à donner à
Koliada: un saucisson, des gâteaux au fromage, quelques kopecks. Les
maîtres du logis, en donnant leur offrande à Koliada, ont crié: «Que le
Seigneur vous bénisse, petits enfants!» Puis la fenêtre s'est refermée,
et tandis que s'assemble, pour le repas du réveillon, la famille autour
de la nappe propre où le père a posé le manche d'une charrue (simulacre
d'une nouvelle offrande à Koliada, moyennant quoi on espère que les
récoltes seront préservées des rongeurs), la petite troupe remercie en
chantant et continue son chemin, gaiement, vers d'autres portes:

        Koliada! Koliada!
        Il est arrivé Koliada,
        A la veille de Noël!

Je ne sais si d'aussi jolies coutumes que celles-ci se sont conservées
dans la province française; mais je sais qu'à Paris le réveillon est une
fête qui s'entoure de plus de tumulte que de poésie. J'imagine même
qu'on étonnerait fort mes compatriotes petits-russiens en les amenant,
une nuit de Noël, en cette ville-ci. Ils y verraient d'étranges choses:
les boulevards encombrés d'une foule en fête; les boutiques des
pâtissiers, des charcutiers, les étalages des marchands de gibier et des
marchands d'huîtres assaillis par une clientèle turbulente, et comme
follement avide de mangeaille; les music-halls, les théâtres
envahis,--si profanes qu'en soient; les programmes; les terrasses des
cafés pleines de vacarme; les tables des cabarets à la mode--retenues
depuis un mois--prises d'assaut dès le coup de minuit sonné... Ils
demanderaient: «Que signifie tout ce tapage? Pourquoi ces jeunes gens
s'agitent-ils si frénétiquement, et pourquoi tant de demoiselles,
élégamment vêtues et visiblement libérées de toute tutelle familiale,
mènent-elles tant de bruit parmi la cacophonie des orchestres et des
vaisselles remuées? Qui fête-t-on?»

Nous leur répondrions qu'on fête Koliada, ou, plus exactement, que Paris
est en train de célébrer l'anniversaire de naissance d'un Dieu; et ils
penseraient que Paris a une façon singulière de pratiquer sa religion...

Il est vrai qu'on pourrait aussi leur montrer d'antres spectacles, et
d'où se dégage une leçon meilleure: on les pourrait conduire aux églises
où ils verraient se presser, s'entasser une foule non moins ardente à
prier que ne l'est la foule du boulevard à applaudir la _mattehiche_ et
à manger du boudin; on leur pourrait montrer, au seuil de beaucoup de
cheminées, beaucoup de petits souliers qui paisiblement attendent, dans
le bon silence de la maison endormie, la visite de Koliada; et, dans
tous les hôpitaux, les hospices, les patronages, les asiles où la
charité recueille et soigne nos petits déshérités, des arbustes verts
dressés, où pendent des joujoux. Elle est touchante, cette oeuvre du
_Joyeux Noël_, et digne, en sa beauté toute simple, des femmes de cour
qui l'ont créée. Elles ont voulu que le Bonhomme Noël, en cette nuit de
réveillon, n'oubliât pas les maisons où il y a des enfants sans mère,
des bambins pauvres et qui souffrent, et elles ont guidé le Bonhomme
Noël vers ces maisons-là (1).

Note 1: JOYEUX NOËL.--L'oeuvre charmante que signale notre Collaboratrice
Sonia date de huit ans déjà, et ne saurait être, en effet, trop
chaleureusement recommandée à l'attention et aux sympathies de tous. Son
programme est simple: distribuer chaque année, à la date de Noël, des
jouets _neufs_ aux enfants pauvres, aux enfants malades, à tous les
petits déshérités qu'ont recueillis nos établissements--officiels ou
libres--d'assistance.

Mais ce sont là les bonnes actions dont Paris n'aime point à se vanter.
Paris a cette pudeur, ou cette coquetterie singulière: il est frivole
avec bruit et vertueux sans tapage. Il étale ses fredaines et ne semble
redouter que l'aveu du bien qu'il fait...

SONIA.



NOTES ET IMPRESSIONS

Toutes les questions philosophiques et sociales ont été posées et
isolément résolues par le dernier siècle, le plus puissant qu'ait vécu
l'humanité; il reste à coordonner les réponses.

PAUL MEURICE.

                                      *
                                     * *

Pour juger les créateurs, il faut les envisager en eux-mêmes et à leur
date, et ne pas retourner contre eux les progrès qu'ils ont suscités.

L. LIARD.

                                     *
                                    * *

Toutes les Utopies, les Arcadies, les Salentes, les Eldorados n'ont rien
d'enivrant: tant nous sommes impropres même à imaginer le bonheur.

JULES LEMAITRE.

                                    *
                                   * *

Comment ne pas croire à l'éternité de la guerre? Eternels sont les
intérêts et les passions qui en sont les causes, éternelle la justice
qui lui sert de prétexte.

                                    *
                                   * *

Il faut du temps pour avoir de l'ordre; il faut de l'ordre pour avoir du
temps.

G.-M. VALTOUR.



L'oeuvre a pu faire participer, l'an dernier, _trente-neuf_
établissements à ces distributions: hospices, hôpitaux, sanatoriums,
asiles, maisons de charité, patronages. _Onze mille_ enfants pauvres ont
reçu de l'oeuvre du «Joyeux Noël» des jouets neufs. Des livres, des
provisions de chocolat, des vêtements chauds, ont été également
distribués.

Présidée avec un inlassable dévouement par Mme Louis Grandeau, l'oeuvre
n'est administrée et gérée que par des dames et des jeunes filles
appartenant à la société parisienne. Elle reçoit avec reconnaissance,
outre les dons en nature, tous les dons en argent. Ce sont ces dons en
argent qui lui permettent de compléter ses paniers de Noël et de
satisfaire, un peu plus largement chaque année, aux besoins de son
intéressante clientèle.

Hélas! le sort de telles oeuvres est d'avoir continuellement, quoi
qu'elles fassent, plus de besoins que de ressources; et c'est pourquoi
nous appelons l'attention de nos lectrices sur l'oeuvre du «Joyeux
Noël». Leurs dons peuvent être adressés au siège du comité: 4, avenue de
La Bourdonnais.



[Illustration: La femme la plus riche du monde: Mrs. Hetty Green. (Douze
millions de revenus annuels.)]

[Illustration: L'homme le plus riche du monde: M. John Rockefeller.
(Deux cents millions de revenus annuels.)]

DEUX CRÉSUS AMÉRICAINS

Dans les journaux américains, parmi des informations sensationnelles,
des réclames abracadabrantes, des «canards» phénoménaux destinés à
l'exportation, on trouve parfois des renseignements fort intéressants et
fort instructifs. Ainsi, dernièrement, ils publiaient un relevé des
dividendes de la Standard Oil Company--le Trust du pétrole--et tout de
suite, sous l'apparente aridité d'un tableau de statistique, les
chiffres alignés en colonnes s'imposaient avec leur particulière
éloquence à l'attention des lecteurs les plus étrangers, les plus
indifférents aux choses du négoce et de la spéculation.

En effet, de ce relevé comprenant huit années, de 1898 à 1905, il
résulte que les dividendes forment un total de 317.370.000 dollars, sur
lesquels la modeste part de M. Rockefeller, président de la Compagnie,
est de 105.780.000, soit en moyenne un revenu annuel de 12 millions de
dollars. Si l'on s'en tient à ce document suggestif, l'éminent
accapareur posséderait donc, au bas mot, la bagatelle de 60 millions de
francs de rente environ, ce qui lui permettrait, sans écorner son
capital, une dépense de 5 millions par mois et de plus d'un million par
semaine. Ce serait là déjà une assez jolie aisance; mais nous sommes
bien loin de compte: la totalité des capitaux accumulés entre les mains
de ce ploutocrate extraordinaire s'élève approximativement à 5
milliards, représentant, au taux de 4%, un revenu de 200 millions!
Aussi, sur l'échelle des grandes fortunes qu'un statisticien
vulgarisateur se plut à dresser, M. John Rockefeller occupe-t-il le
premier échelon supérieur, d'où il domine ses célèbres compatriotes, les
Carnegie, les Astor, les Vanderbilt, les Pierpont-Morgan et d'autres
seigneurs d'importance. Il n'est pas seulement le roi du pétrole, il est
le roi des rois, l'empereur des milliardaires; bref, en jargon sportif,
il détient le record de la richesse aux États-Unis et, de ce fait, il a
droit au titre de «champion du monde».

En trouvant dans son berceau sa première mise, il aurait manqué à la
règle générale, d'après quoi, en Amérique, tout milliardaire, voire tout
simple multimillionnaire de la bonne école, doit être d'humble origine
et avoir débuté comme gardeur de bestiaux ou crieur de journaux. Donc,
John Rockefeller naquit en 1839, à Richford (État de New-York), d'un
fermier, quelque peu maquignon, guérisseur et vendeur de spécifiques.
D'abord, il partageait les travaux de la ferme paternelle; à seize ans,
il devenait commis de magasin; puis il entreprenait ce commerce à
plusieurs branches, fleurissant dans les petites localités et où
l'enseigne de l'épicier couvre toute espèce de marchandises. Le voilà
lancé dans la carrière des affaires. Il y est entré par une barrière
étroite, sans fracas; mais qu'importe? Désormais sa marche progressive
ne s'arrêtera plus; sa volonté implacable ne connaîtra pas d'obstacles;
pour arriver à ses fins, l'élasticité d'une conscience dépourvue de
scrupules lui laissera le libre recours à tous les moyens: la violation
des lois, la corruption, la spéculation effrénée, l'accaparement à
outrance; ses bras, tels les tentacules de la pieuvre, s'étendront sur
d'innombrables sociétés ou compagnies dont il sera le maître absolu.
Pour le seul Trust du pétrole, il aura entièrement à sa disposition 200
steamers, 70.000 wagons, à sa merci une armée d'ouvriers et d'employés.
Et, malgré les violentes campagnes de presse dirigées contre lui, malgré
des procès retentissants d'où sa réputation sortira fort endommagée, du
sommet vertigineux de sa paradoxale fortune, édifiée sur des ruines, il
planera au-dessus de la misérable humanité, type achevé du _self made
man_, de l'homme qui s'est fait lui-même...

Aujourd'hui, à soixante-six ans, le roi du pétrole est un vieillard
d'aspect fragile, auquel son visage glabre et marqué donne l'air d'un
«Trente ans de théâtre» ayant joué les «financiers». Et, cruelle ironie
de la destinée, ce crésus qui, suivant l'expression populaire, a une
pièce d'un demi-million à manger par jour, «jouit» d'un mauvais estomac:
il ne peut plus digérer que du lait!

Trait curieux à noter: John Rockefeller a des talents de prédicateur.
Or, un jour, à New-York, adressant un sermon à des jeunes gens réunis
dans l'église baptiste de la Cinquième Avenue, il prononça ces paroles
significatives:

«Qu'appelle-t-on réussir? Gagner de l'argent? Mais est-ce bien là le
succès? L'homme le plus pauvre que je connaisse est celui qui n'a que de
l'argent. Si j'avais à choisir aujourd'hui, je préférerais ne rien
posséder ou peu de chose, et avoir un but dans la vie...»

On crut à une annonce de sa retraite prochaine. Il y a de cela six ou
huit ans; Rockefeller n'a pas dételé: il mourra probablement à la peine,
sous le harnais.

Tant il est vrai que les conseils de la philosophie ne sauraient
prévaloir contre la force de la passion et de l'habitude.

D'ailleurs, chez les transatlantiques, la toute-puissance de l'argent
n'est pas exclusivement du côté de la barbe. Si Rockefeller y
personnifie au suprême degré le _business man_, l'Amérique se flatte de
compter une _business woman_ tout à fait remarquable en Mrs. Hetty
Green, la femme la plus riche des États-Unis. Ce n'est point une
milliardaire, ce n'est qu'une multimillionnaire, mais d'une valeur peu
commune, puisqu'on lui attribue en bloc un avoir de plus de 300
millions.

Fille unique d'Edw. Morton Robinson, de la secte des Quakers, du jour où
lui est échu l'héritage paternel, son unique souci a été de l'arrondir
par de fructueuses opérations. Rien ne l'en a détourné, ni le mariage
qu'elle contracta vers la trentaine, ni la maternité (elle a un fils et
une fille); les facultés de son cerveau, véritable machine à calcul,
n'ont jamais eu d'autre sujet d'application: gagner, thésauriser; car sa
parcimonie égale son âpreté au gain.

Figure originale, excentrique, connue dans Wall street comme le loup
blanc, ses allures masculines, son dédain de la toilette, son éternel
sac de cuir, son infatigable activité, sont, de longue date, légendaires
à New-York. Cette redoutable amazone, terreur des banques, capable de
révolutionner le marché, et devant la souveraineté de qui, à la Bourse,
s'inclinent les financiers les plus huppés, fait encore, à soixante et
onze ans, toutes ses courses à pied! Cette propriétaire de tant de
maisons dans les villes de New-York et de Chicago habite--seule depuis
son veuvage--un appartement meublé d'un loyer modique, au faubourg
d'Hoboken, se lève à l'aube, prépare elle-même son déjeuner et, sa
journée bien remplie, se couche à 8 heures, à la lueur économique d'une
bougie!

Ces fortunes colossales, monstrueuses, la façon dont en usent, en
abusent ou les immobilisent leurs possesseurs, offrent ample matière à
philosopher. Mais à quoi bon répéter des lieux communs? Là-dessus, tout
a été dit par la sagesse des nations, par les économistes, les
moralistes, les fabulistes,--par les poètes, le plus souvent réduits aux
richesses de la rime, qu'ils assaisonnent quelquefois d'un grain de
raison.

EDMOND FRANK.



[Illustration: Miss Alice Roosevelt.]

[Illustration: M. Nicolas Longworth.]

[Illustration: Mme la comtesse de Chambrun, née Longworth--_Phot.
Nadar._]

LE MARIAGE DE MISS ALICE ROOSEVELT, FILLE DU PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
D'AMÉRIQUE.

LE MARIAGE DE MISS ALICE ROOSEVELT

On vient d'annoncer officiellement les fiançailles de miss Alice
Roosevelt, fille du président des États-Unis, avec M. Nicolas Longworth,
membre du Congrès, où il représente la première circonscription de
Cincinnati (État de l'Ohio).

Le bruit de ce projet d'union avait couru maintes fois et, malgré les
démentis, diverses raisons y donnaient créance, notamment la présence de
M. Longworth parmi les personnes de l'entourage de miss Roosevelt lors
de son récent voyage aux Philippines, au Japon et en Chine. Au cours de
ces excursions, tous deux ne cessèrent d'entretenir les relations de
libre sympathie autorisées par les convenances américaines; tous deux
même, on s'en souvient, furent de compagnie les héros de quelques
anecdotes qui ne laissaient guère de doute sur le caractère des
assiduités du jeune député.

La fiancée est âgée de vingt et un ans. Le fiancé en a trente-six;
intéressé dans de grandes entreprises de mines, d'huiles et de chemins
de fer, il possède une grosse fortune. Le mariage aura probablement lieu
vers le milieu du mois de février.

Ajoutons que la soeur de M. Longworth, ayant épousé le comte de Chambrun,
est la belle-soeur de la comtesse de Brazza, veuve du célèbre
explorateur.



[Illustration: LE RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS RUSSES.--A bord d'un
transport, au départ de Yokohama.]

RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS RUSSES

Le rapatriement des prisonniers russes internés au Japon se poursuit,
non sans incidents. On n'a pas oublié sans doute les mutineries qui se
sont produites à bord de quelques-uns des navires qui ramenaient à
Vladivostok des marins et des soldats du tsar. Ces révoltes, qui
semblaient comme une répercussion des troubles qui désolent l'empire,
ont été parfois graves à ce point qu'on a vu les chefs russes obligés,
pour rétablir l'ordre parmi les hommes qu'ils convoyaient, de faire
appel aux baïonnettes et aux revolvers des Japonais. La photographie
qu'on voit ici a été prise à bord d'un transport chargé de prisonniers,
au départ de Yokohama. Les uniformes sombres des hommes de l'armée de
terre s'y mêlent aux chemises blanches des matelots.



UN SAINT-CYRIEN CHINOIS

Notre École spéciale militaire, on le sait, admet exceptionnellement
certains étrangers. Assez souvent, on a eu l'occasion de remarquer, sous
le coquet uniforme du saint-cyrien, des élèves d'origine visiblement
exotique, entre autres des Japonais; mais, jusqu'à présent, le
Céleste-Empire n'avait compté aucun de ses sujets dans les rangs du
bataillon d'élite. Le principal titre de Dan Pao-Tchao à la notoriété,
c'est qu'il est le premier Chinois entré à Saint-Cyr. Fils d'un très
haut mandarin, il faisait partie d'un groupe de jeunes gens envoyés, il
y a trois ans, en Europe par les vice-rois, afin d'y parfaire leur
instruction en s'initiant aux institutions de l'Occident. A cette
époque, pas un d'eux ne parlait notre langue; sous le patronage de
Soueng-Pao-Ki, ministre de Chine à Paris, ils ont poursuivi leurs études
avec succès.

[Illustration: Un Chinois saint-cyrien: M. Dan Pao-Tchao.]

Dan Pao-Tchao se propose, au sortir de l'École, de retourner dans son
pays pour quelque temps et de revenir ensuite faire un stage dans
l'armée française.



LA QUESTION MAROCAINE: M. ROUVIER A LA TRIBUNE

Samedi dernier, 16 décembre, le Parlement français terminait sa session
extraordinaire de 1905. A la Chambre des députés, la séance finale a été
marquée par une déclaration du président du Conseil, ministre des
Affaires étrangères, au sujet de la question marocaine. Vu l'importance
de cette déclaration, sorte de réplique aux deux récents discours du
chancelier de Bulow, M. Rouvier l'avait écrite, et c'est au milieu d'un
silence attentif que, du haut de la tribune, il en donna lecture devant
une salle comble, en présence de la plupart des membres du corps
diplomatique. Lorsqu'il eut résumé l'historique des négociations
engagées entre les cabinets de Paris et de Berlin pour le règlement du
différend franco-allemand et précisé le programme que la France se
propose d'apporter à la conférence internationale, l'assemblée oubliant,
en ces graves conjonctures, les querelles de parti, fut presque unanime
à manifester son approbation; puis, par près de 500 voix, elle prononça
la clôture, c'est-à-dire l'ajournement de tout débat sur notre politique
extérieure.



[Illustration: UNE GRANDE PREMIÈRE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE.--Mme Bartet
au deuxième acte du «Réveil», de M. Paul Hervieu.]

La Comédie-Française a donné cette semaine une nouvelle pièce en trois
actes de M. Paul Hervieu: _le Réveil_. L'impression sur le public a été
grande, car l'oeuvre est animée du souffle tragique qui élève toutes les
productions théâtrales de l'éminent écrivain à une hauteur qu'atteint
rarement l'art dramatique contemporain. Dans les principaux rôles, Mme
Bartet. MM. Mounet-Sully et Le Bargy ont été admirables. La comédienne
qui fut si souvent qualifiée de «divine» s'est peut-être surpassée cette
fois dans le personnage de Thérèse de Mégée, qu'elle a interprété avec
toute la puissance d'une grande tragédienne. La photographie que nous
reproduisons ici ne peut malheureusement donner qu'une idée imparfaite
de la physionomie torturée que montre, pendant le terrible second acte,
Mme Bartet, si belle de douleur épouvantée!

Le prince Jean de Sylvanie, qu'elle aime, vient d'être assassiné--du
moins on le lui a fait croire--dans la pièce voisine. Siméon Keff, le
meurtrier supposé, la menace de la porter lui-même au dehors si elle
refuse de s'éloigner... THÉRÈSE.--Oh!... vos mains ne me toucheront
pas... Ne me touchez pas!... Je m'en irai... Je m'en vais... _(D'une
main, elle se saisit de son manteau tombé sur le canapé; de l'autre
main, elle reprend son chapeau sur une table.)_

KEFF, _lui indiquant la voilette qu'elle oublie_.--Ne laissez pas
traîner ceci. THÉRÈSE.--Ah! _(Elle s'en saisit et sort par la gauche en
chancelant.)_

Voilà tout le dialogue et toutes les indications de jeux de scène du
manuscrit. Mais le jeu de Mme Bartet a fait passer à cet instant, dans
tous les rangs du public, le grand frisson des sublimes horreurs.

La belle oeuvre de M. Paul Hervieu, illustrée d'autres nombreuses
photographies, paraîtra dans _L'Illustration_ du 3 février prochain.



[Illustration: Intérieur d'un bureau de poste: le départ du courrier.]

[Illustration: L'inscription des plis et paquets chargés ou
recommandés.]

LES POSTES EN RUSSIE--Avant la grève: les postiers de Saint-Pétersbourg.
_Voir l'article, page 432_.

[Illustration: Arrivée des colis postaux à la gare.]

[Illustration: Dans le wagon postal, sur la ligne de Varsovie.]

LES POSTES EN RUSSIE.--Avant la grève: les postiers de
Saint-Pétersbourg. _Voir l'article, page 432._

[Illustration: Dessin d'après nature de Simont.]



L'ENVERS D'UNE FÉERIE

«Les 400 coups du Diable» au théâtre du Châtelet: les coulisses pendant
une répétition du tableau de «l'Enfer».

Le théâtre du Châtelet vient de nous donner une féerie en trente-huit
tableaux qui feront, pendant longtemps sans doute, l'étonnement et
l'éblouissement de tous, petits et grands. Il est difficile d'analyser
une féerie, il n'est pas plus facile de rendre, par la gravure, l'effet
produit par une scène inondée de lumières diverses, toute chatoyante de
décors multicolores et changeants, animée, par instants, d'une
cinquantaine d'artistes, de deux cents figurants, enfants et adultes, de
douze clowns, de quatre-vingts danseuses. Mais l'envers de la scène
n'est pas moins intéressant que ce que l'on voit de la salle. Au milieu
du va-et-vient des artistes, des costumiers et des remmailleuses, cent
cinquante machinistes, quarante électriciens, ayant à leur disposition
toutes les applications de la science moderne: vapeur, électricité, air
comprimé, appareils à projections, cinématographe, y remplacent les fées
et les génies invisibles et provoquent les changements à vue, les
apparitions et les disparitions, les inondations, les incendies, les
apothéoses. C'est le spectacle mouvementé et pittoresque qu'a reproduit
notre dessinateur.



UNE ANCIENNE DEMEURE DE L'IMPÉRATRICE

Seuls, peut-être, quelques rares fidèles du régime impérial se
souviennent encore qu'aux temps heureux où elle était la souveraine
radieuse et adulée, l'impératrice Eugénie s'était ménagé, dans le coin
le plus calme et le plus ombreux des Champs-Elysées, une retraite
paisible, toute capitonnée et charmante, où, loin des pompes
officielles, loin du faste des Tuileries, elle pouvait, quand les
exigences de son rôle représentatif lui en laissaient le répit, venir se
délasser du fardeau de la couronne. Un avis brutal de mise en vente
prochaine a rappelé l'attention sur cette demeure.

Après qu'on eut percé, à travers les anciens jardins du palais de
l'Elysée, la rue qui relie le faubourg Saint-Honoré à l'avenue Gabriel,
l'impératrice Eugénie acquit, en 1861, de M. Émile Pereire, qui,
lui-même, avait acheté, en bloc, tous les terrains libres de cet îlot,
un emplacement admirable à l'angle de la nouvelle me de l'Elysée et de
l'avenue Gabriel. Elle y fit édifier cet asile qu'elle désirait pour ses
heures de repos.

On l'orna pour elle avec sollicitude.

La salle à manger fut revêtue d'une merveilleuse boiserie de chêne qui
provenait du château de Bercy, construit par Levot sur les plans du
grand Mansard pour le président Le Malon, et que le passage du chemin de
fer de Vincennes venait justement de faire tomber.

[Illustration: L'escalier d'honneur de l'hôtel Hirsch.]

[Illustration: «Ronde d'enfants», peinture d'A. Jourdan. (Au centre, le
prince impérial.)]

Dans une pièce d'où la vue s'étend sur les arbres, à présent défeuillés,
des Champs-Elysées, l'impératrice s'était arrangé un boudoir blanc et
bleu, garni de meubles de vieil Aubusson, dont elle avait fait sa
retraite favorite. Les murailles en étaient décorées de clairs panneaux
d'A. Jourdan, pastiches de ce dix-huitième siècle affiné, exquis, que la
souveraine affectionnait particulièrement. Sur l'une de ces peintures,
ses yeux clairs durent aimer à se reposer. Elle représente des jeux
d'enfants, une ronde, bien sage, de babys retenus, déjà! par des
respects d'étiquette appris dès le berceau, tournoyant, sans folie,
autour d'une mère ou d'une gouvernante aux petits soins et qui retient
dans ses bras l'un d'eux; or, à celui-ci, le peintre a donné la
ressemblance frappante du prince impérial, alors âgé de cinq ans, bambin
frêle et blond, auquel les autres font comme une petite cour
déférente...

Des années passèrent... En 1873, M. Rouher, agissant comme représentant
de S. M. Eugénie de Guzman, comtesse de Téba, veuve de
Charles-Louis-Napoléon, ex-empereur des Français, et de S. A. Mgr
Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph, prince impérial, cédait au baron de
Hirsch, moyennant 2.700.000 francs, l'hôtel de la rue de l'Elysée.

Le baron de Hirsch voyait grand. L'impérial _buen retiro_ ne fut plus
qu'une aile de l'hôtel follement luxueux qu'il bâtit et qui lui coûta la
bagatelle de 6 millions. Ce fut «l'hôtel Hirsch», tel qu'il existe
encore aujourd'hui, après avoir servi de cadre à des fêtes qui
comptèrent parmi les plus somptueuses qu'ait vues Paris.

L'escalier d'honneur--que le prince de Galles, roi actuel de
Grande-Bretagne et d'Irlande, déclarait le plus merveilleux qu'il eût
vu--l'escalier de marbre et de bronze ciselé, engloutit lui seul un
million et le jardin d'hiver du premier étage était fameux parmi les
collectionneurs pour les quatre tapisseries superbes, aux armes de
France, exécutées d'après les cartons de Bérain, qui le décorent. Le
baron n'avait point coutume de lésiner pour ses fantaisies.

On accourut un jour lui proposer une cheminée datant de la Renaissance,
un sobre et beau morceau, qui provenait du château de Montai, et au
front de laquelle un cerf à la ramure d'or semblait son blason parlant
(_hirsch_, en allemand, signifie cerf). Elle vint prendre place dans le
hall.

L'impératrice, un jour, voulut revoir ces lieux où elle avait goûté les
joies de l'existence libre, où elle avait été heureuse Elle visita tout
ce qui demeurait de son ancienne résidence, la salle à manger de chêne,
sa chambre et son petit boudoir bleu. Devant le panneau de Jourdan où
sourit son fils, elle pleura.

--Merci! disait-elle à la baronne de Hirsch, merci d'avoir conservé
ainsi tout cela. Ce boudoir!... On croirait que je viens d'en sortir
hier... Quelles figures vieillies ou évanouies avaient pu se lever, dans
les souvenirs de l'auguste visiteuse, autour de l'effigie de l'enfant
blond... les belles amies d'autrefois... les souriantes femmes des
décamérons fixés par Winterhalter: Mme de Pourtalès, Mme de Galliffet,
Mme de Metternich... tout le passé!...

[Illustration: Cheminée du hall.]

[Illustration: Le «boudoir bleu de l'impératrice, décoré de panneaux
d'A. Jourdan.]



LA CÉRÉMONIE DES VOEUX DE NOËL AU VAL DES ROSES, EN LOMBARDIE

_Ce coin exquis de la terre lombarde, le Val des Roses, a dû à sa
situation à l'écart des grands chemins battus par les touristes de
conserver jusqu'à présent un certain nombre de coutumes pittoresques. La
cérémonie des Voeux qui s'y célèbre chaque année à Noël, est parmi les
plus curieuses. Pour cette fête, on dresse au milieu de la place
publique l'autel, où le Bambino, sous les yeux de la Vierge extasiée de
joie, en somptueux atours, est exposé à l'adoration des fidèles. Le
matin de ce jour est salué par des sonneries de cannuli, instrument qui
rappelle la syrinx antique. Et, processionnellement, des rangs pressés
de pénitents, ayant l'habit traditionnel du pèlerin, le bourdon à la
main, se dirigent vert la crèche, silencieux comme des moines. Devant
les saintes images, prosternés et offrant des présents, ils font, pour
l'année qui va commencer, des voeux de bonne conduite.--la plupart
jurant communément de renoncer au culte immodéré de Bacchus. «Serments
d'ivrogne», dit la sagesse des nations,--et plus d'un, avant le soir,
aura oublié ce bon propos solennellement proféré devant l'autel
illuminé, et trahi, en cachette, le serment prêté devant toute une
foule, qui sait d'ailleurs à quoi s'en tenir._



[Illustration: Le débarcadère des bateaux à vapeur faisant le service de
Gibraltar à Algésiras: on aperçoit, au fond, le rocher de Gibraltar.]

ALGESIRAS

_Ce petit port d'Algésiras, dont on n'avait plus guère entendu parler
depuis la victoire fameuse qu'y remporta, le 6 juillet 1801, l'amiral
Linois sur l'amiral anglais Saumurez, est tout à coup redevenu, à
l'annonce que la conférence internationale chargée de régler les
affaires du Maroc allait s'y assembler, l'un des points célèbres du
monde. Que de gens, alors seulement, l'ont découvert sur la carte
d'Espagne, au bord du détroit de Gibraltar, à l'embouchure du minuscule
rio de la Miel! Bien entendu, L'Illustration, fidèle à ses habitudes,
avait, sans tarder, envoyé à Algésiras, pour y suivre les préparatifs de
la réception des plénipotentiaires, l'un de ses collaborateurs. Il nous
revenait juste avec ses clichés quand on apprit qu'Algésiras, dépossédée
avant l'heure de la gloire qu'elle avait pu escompter, risquait fort de
ne plus être le siège de la conférence marocaine, et que celle-ci allait
se réunir probablement à Madrid. Pourquoi? Comment? Quelles sont les
raisons et quelles seront les suites de ce changement? Le secret de
cette décision est peut-être fort simple. Mais, l'imagination des
informateurs qualifiés travaillant, on se mit à discuter sur un tas de
points. Et Algésiras en devint plus célèbre que jamais. Nous donnons
donc ici, tels que nous les eussions publiés à la veille de la
conférence, les documents qu'on nous rapporte de là-bas, texte et
photographies. D'ailleurs, qui sait? Un revirement peut se produire
encore, car les pourparlers demeurent ouverts entre les divers
gouvernements consultés sur l'opportunité d'aller ici ou là._

Algésiras est étendue, tout en longueur, sur la côte ouest de sa baie,
si bleue, si calme sous un ciel si limpide, en ce jour où j'y aborde,
que volontiers on l'imaginerait immuablement ainsi, paisible et
lumineuse Pourtant les nuages devaient apparaître dès le lendemain,
comme on le verra sur certaines de nos photographies.

La ville est un amas de maisons basses, pour la plupart, aux murailles
badigeonnées de chaux, aux fenêtres grillagées d'épais barreaux verts,
coiffées de tuiles rosées, et que domine, là-haut, la tour carrée de
l'église, et, plus près du rivage, la fusée grêle d'une cheminée
d'usine. Comme fond de toile, la silhouette dentelée, tantôt d'outremer
sombre, tantôt de pourpre claire, de la sierra de los Gazules. Et la
première impression qu'on éprouve est un étonnement mêlé de quelque
inquiétude. Une si solennelle assemblée, ici? Et comment, en cette
minuscule bourgade, pourra-t-on loger jamais tant de si grands
personnages?

[Illustration: Algésiras vu de la mer.]

[Illustration: Vue extérieure.]



[Illustration: La salle des délibérations du conseil municipal.]

L'HÔTEL DE VILLE (CASA DE AYUNTAMIENTO), QUI DEVAIT ÊTRE AMÉNAGÉ POUR
LES TRAVAUX DE LA CONFÉRENCE.

[Illustration: L'hôtel _Reina Maria-Cristina_, qui devait être affecté
tout entier aux délégués des puissances.]

[Illustration: Cour intérieure de l'hôtel _Reina Maria-Cristina._]

Les gens d'Algésiras, pour eux, ne semblent ni surpris, ni fiers à
l'excès d'une pareille fortune. Par les rues montueuses, ils vont, d'une
marche tranquille, à leurs affaires, par ce joli matin tiède où semble
flotter un peu du souffle embrasé qui caresse la terre d'Afrique, toute
prochaine.

Au coin de la rue Sagasta, un agent de police a provoqué un
rassemblement où se mêlent des gamins, des femmes, quelques oisifs, des
passants peu pressés. Le gardien de l'ordre remplit, pour l'heure,
l'office de crieur public et, d'une voix bien placide, récitant une
leçon apprise, fait connaître au populaire je ne sais quelle oiseuse
nouvelle, annonce quelque objet perdu ou promulgue un acte de
l'autorité; puis, sans hâte, s'en va vers le carrefour voisin
recommencer sa brève histoire.

Tout à l'heure, quand le bateau de Gibraltar viendra accoster au port,
d'où l'on aperçoit, face à face, la masse trapue du rocher anglais,
menaçante, ses canons sans cesse braqués, et, à droite, indécise dans la
buée chaude, la côte de cet empire marocain, objet de la querelle... que
vous savez, nous aurons chance de retrouver sur le môle quelques-uns de
ses auditeurs, désoeuvrés, en quête d'une besogne peu lucrative, mais
pas trop fatigante, surtout, ou plutôt d'une distraction à leur
_farniente_. Pour ceux-là, quelle bonne fortune n'eût pas été la venue
des diplomates, avec le remue-ménage qu'elle aurait produit dans la
petite cité, le piaffement de leurs équipages, le ronflement de leurs
autos, et les allées et venues des fringants attachés, empressés et
mystérieux!

Tout, cependant, était prêt pour recevoir ces hôtes éminents.

On avait retenu pour les y loger l'hôtel _Reina Maria-Cristina_, fort
avenant, pignons blancs, toits de tuiles, vaste cour ensoleillée. Et
l'hôtel de ville (casa de ayuntamiento), sobre édifice de brique et de
pierre, allait être aménagé en vue de leurs délibérations. Ils auraient
siégé dans la salle où se réunit d'habitude le conseil municipal et que
le ministère d'État s'occupait de faire meubler. Cette salle est
spacieuse, bien claire, prenant jour d'une part sur la _calle del
Convento_, et ouverte d'autre part sur le patio encadré d'arcades de la
maison municipale.

On y eût discuté en paix, dans l'atmosphère la plus tranquille que
puissent rêver des parlementaires chargés de régler le sort des empires.

On avait même fait d'autres préparatifs plus extraordinaires: sur le rio
de la Miel, on s'occupait de jeter en grande hâte un viaduc de fer,
craignant que le vieux pont de pierre actuel ne fût trop peu décoratif
ou ne pût suffire à la circulation soudainement accrue.

Mais les diplomates, dit-on, ne viendront pas, ni leurs autos, ni leurs
équipages piaffants, ni leurs aimables secrétaires, affairés et déjà
graves! C'est la capitale, c'est Madrid qui les devra recevoir, ou qui
du moins l'espère en ce moment.

B. S.

[Illustration: La rue Sagasta à Algésiras: un rassemblement.]



LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS

VOLUMES D'ÉTRENNES POUR LA JEUNESSE

Serait-ce le déclin d'un genre? Le nombre des livres d'étrennes--des
publications nouvelles, j'entends--diminue chaque année. Plusieurs
libraires ont même complètement cessé d'éditer, pour la jeunesse, ces
aimables ouvrages dont les étincelantes reliures enrichissent les
étalages de la Noël. Seules, d'anciennes maisons: Hetzel, Hachette,
Marne, Delagrave, Flammarion et quelques autres, sont demeurées fidèles
à une tradition qui contribua fortement à établir leur renommée.

La plupart des nouveaux livres d'étrennes qu'offre, ce mois-ci, la
librairie Hetzel, ont été d'abord publiés dans le _Magasin d'éducation
et de récréation_, le doyen des _magazines_ de la famille, dont l'année
1905, reliée (20 fr.), forme un très beau volume à offrir.--Parmi les
oeuvres éditées distinctement et richement illustrées et reliées,
citons: l'_Invasion de la mer_ et _le Phare du bout du monde_ (chaque
vol. 6 fr.), du regretté Jules Verne, deux romans aussi palpitants
d'intérêt que les plus célèbres des _Voyages extraordinaires; le Maître
de l'abîme_ (11 fr.), où M. André Laurie mêle heureusement aux choses
scientifiques la fantaisie la plus littéraire; _Fière Devise_ (11 fr.),
une nouvelle oeuvre délicate de M. P. Perrault.--Pour de plus jeunes
lecteurs, nous signalerons: _Pixie et sa Famille_ (6 fr.), que M. G.
Pitrois a adapté d'une remarquable oeuvre anglaise de Mme de
Horne-Vaizey, et _Une affaire difficile à arranger_ (2 fr. 25), qui
comporte une aimable morale pour les jeunes turbulents. Quant au
_Royaume des gourmands_ (4 fr.), l'humoristique album de Stahl, dessiné
par Froelich, il s'adresse aux tout petits et même à quelques-uns des
grands.

Pour les jeunes gens sérieux et curieux, la maison Hachette publie: _A
Lhassa_ (25 fr.), ouvrage illustré de 24 planches en héliogravure,
tirées hors texte, et dans lequel M. Perceval Landon, correspondant
spécial du _Times_, nous fait le récit, très captivant, de l'entrée et
du séjour de la mission anglaise dans la ville du Dalaï-Lama, la cité
interdite et mystérieuse. _Napoléon, roi de l'île d'Elbe_ (20 fr.), par
M. Gruyer, est une étude alerte et très documentée de l'épisode le moins
connu de l'épopée impériale. Des ouvrages nouveaux sont, en outre,
venus, comme les années précédentes, prendre place à la suite des
nombreuses collections Hachette. Citons dans la _Nouvelle Collection
illustrée à l'usage de la jeunesse: le Chevalier de Puyjalou_, par M. H.
de Charlieu; _le Secret du gouffre_, par M. Pierre Maël; _Au vieux pays
de France_, par M. Louis Rousselet (chaque vol. relié, 10 fr.); dans la
_Bibliothèque de la famille: les Quatre Fils Hémon_, par Albert Cim;
_l'Orgueilleuse Beauté_, par Mme Albérich Chabrol; le _Roman d'un
loyaliste_, par miss Jewett (chaque vol., 5 fr.); dans la _Petite
Bibliothèque rose illustrée: Blancs et Jaunes_, par Mme Chéron de la
Bruyère; _Nobles Coeurs_, par Mme Cazin; _Miss Linotte_, par Mlle du
Planty (chaque vol., 3 fr. 50). N'oublions pas les superbes volumes que
forment les collections reliées de 1905 des _Lectures pour tous_ (9
fr.); du _Journal de la jeunesse_ (10 fr.), et de _Mon Journal_ (8 fr.),
le célèbre _magazine_ destiné aux enfants de huit à treize ans. Quant
aux albums, ils sont légion. Aussi ne mentionnerons-nous spécialement
que la collection, inaugurée cette année, des _Albums indéchirables_,
qui, imprimés sur toile, peuvent se laver et se repasser comme de
simples mouchoirs.

Parmi les ouvrages illustrés que la maison Marne publie sous une
élégante reliure, signalons: de M. René Bazin, un livre d'histoire
contemporaine du plus vif intérêt, _le Duc de Nemours_ (20 fr.) et un
roman, _Madame Corentine_ (12 fr.), qui a pour cadres Jersey, Lannion et
Perros-Guireo;--de M. Ernest Daudet, _Une idylle dans un drame_ (5
fr.), dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs;--de M. Georges
Pradel, _l'Oeil de tigre_ (9 fr.), livre très attachant dont l'action se
déroule alternativement à Paris et à New-York;--de M. Charles Foley, _la
Demoiselle blanche_ (7 fr.);--de M. Charles Géniaux, _les Témoins du
passé_ (7 fr.), dont tous les chapitres, illustrés par les photographies
des châteaux forts, des calvaires bretons, des fontaines sacrées, des
ruines féodales, des clochers, plaident éloquemment en faveur des
auteurs de ces monuments inimitables, les hommes d'autrefois.

La librairie Delagrave nous offre également un heureux choix de volumes
nouveaux. Ce sont: _Histoire de la guerre russo-japonaise_, par Gaston
Donnet (13 fr. 50); _Chasses en Abyssinie_ (7 fr.), de M. H. Docaux,
livre écrit par un chasseur passionné, doublé d'un conteur sobre--ce qui
est rare--et d'un observateur subtil;--_le Ko-hi-noor ou le Diamant du
Rajah_ (7 fr.), par M. E. Salgari, où sont révélées les heures tragiques
que connut ce roi des diamants avant d'étinceler sur la couronne
d'Angleterre;--_la Petite Colonelle_ (6 fr. 50), par M. G. Trémisot,
récit joyeux en pleine fantaisie, avec des situations cocasses et
beaucoup d'esprit;--_le Petit Fauconnier de Louis XIII_ (5 fr.), par M.
J. Chancel, roman de cape et d'épée composé pour l'enfance par un habile
écrivain;--_Contes du soleil et de la brune_, par A. Le Braz, avec
illustrations de Dudoret (5 fr.);--_l'Ivraie_ (5 fr.), gracieux roman
limousin par M. Jean Nesmy;--_Raton_ (5 fr.), par Mlle Henriette
Besançon, histoire, non point d'un petit chat, mais d'une enfant naïve
et sensible;--enfin, pour les babies, le _Roman d'un petit Pierrot_ (1
fr. 90), également de Mlle Besançon; les _Chants du jeune âge_ (2 fr.),
paroles et musique de M. Rougnon, professeur au Conservatoire.

La librairie Renouard (H. Laurens, éditeur), qui publie avec tant
d'activité diverses collections d'ouvrages sur l'art et les artistes
_(les Grands Artistes, les Villes d'art célèbres, les Musiciens
célèbres, les Maîtres contemporains_), a inauguré, il y a peu d'années,
deux autres séries, non moins artistiques, mais à l'usage de la
jeunesse. L'une devra contenir tous les chefs-d'oeuvre que l'on peut
mettre à la portée des enfants de quinze ans. Elle comprenait déjà: _les
Fables de La Fontaine_ et _Don Quichotte de la Manche_, illustrés l'un
et l'autre par Henri Morin; _les Mille et une Nuits; les Contes de
Perrault; l'Ami des enfants_, de Berquin; _les Fables de Florian_,
illustrées par Vimar; _les Voyages de Gulliver_, illustrés par Robida.
Le volume de cette année n'est autre que _Robinson Crusoé_, une très
élégante édition (9 fr. comme les volumes précédents), remplie
d'originales illustrations en noir et en couleurs de G. Fraipont.
L'autre série, créée par le même éditeur, s'intitule _Plume et Crayon_
et comprend des oeuvres écrites et illustrées par le même
auteur-dessinateur. Après _la Poule à poils_, par A. Vimar, et Yves le
Marin, par G. Fraipont, nous avons cette année _Grand' mère avait des
défauts_, par Louis Morin, et _les Assiégés de Compiègne_ (1430), par A.
Robida, deux volumes pleins d'intérêt et de verve (3 fr. 50).

Signalons encore:

Chez Ernest Flammarion: _l'Histoire contemporaine par l'image_ (20 fr.),
un magnifique volume illustré par les documents du temps, que publie M.
Armand Dayot et qui obtiendra tout le succès des précédents ouvrages de
cet érudit et ingénieux auteur;--_Champion du tour du monde_ (15 fr.),
par M. Paul de Semant, récit d'aventures très attrayant, illustré par
l'auteur;--enfin deux ouvrages d'une grande actualité: _le Maroc
pittoresque_ (15 fr.), que nous avons déjà apprécié, par M. Jean du
Taillis, avec 115 illustrations et cartes, d'après les photographies de
l'explorateur, et l'Invasion jaune (7 fr. 50), qui s'ajoute à la série
des oeuvres si curieuses du capitaine Danrit.

Chez Juven: _les Briseurs d'épées_ (12 fr.), roman militaire par MM.
Paul d'Ivoi et le colonel Royer;--_Mémoires d'un cheval, d'Iéna à
Waterloo_ (12 fr.), récit tour à tour gai, sceptique, frondeur, par M.
Camille Audigier, d'un raid de cavalerie qui dura dix années;--et, pour
les plus jeunes, un spirituel album de R. de la Mézière et Rodolphe
Bringer, _les Petits Cake-walk_ (6 fr.), histoire de deux négrillons.

A la Librairie des publications populaires: _les Amusements de la
science_ (7 fr.), 300 expériences faciles et à la portée de tous,
indiquées par M. de Savigny.

Chez Vuibert et Nony: _Promenade scientifique au pays des frivolités_ (6
fr.), voyage divertissant que M. Henri Coupin offre cette année à ses
jeunes lecteurs.

Chez Combet et Cie: _Millionnaire malgré lui_, par Paul d'Ivoi (12
fr.);--_le Fiancé de Catherine_, par R. de Saint-Maur (10 fr.); _Louys
XI_, par Georges Montorgueil (15 fr.)



VIENNENT DE PARAITRE:

_Romans._

_Le Peplôs vert_, roman de l'ancienne Égypte, par Maurice de Waleffe
(Fasquelle, 3 fr. 50).--_Myrrhina_, roman grec, par Ch. Callet (E.
Flammarion, 3 fr. 50).--_Monsieur Bornais voyage_, par Robert Duquesne
(Librairie Universelle, 3 fr. 50).--_Le Toit des autres_, par Philippe
Chaperon (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Amour oblige_, par Léon Barracand
(Plon-Nourrit, 3 fr. 50).--_La Bienfaitrice_, par Louise Zeyss
(Hachette, 3 fr. 50).--_La Messe de onze heures et demie_, par Fernand
Médine (Fontemoing, 3 fr. 50).

_Théâtre_.

_Le Duel_, par Henri Lavedan (Ollendorff, 3 fr. 50).

--_Le Coeur et la Loi_, par Paul et Victor Margueritte (Rueff, 2 fr.).

_Voyages_.

_Mission scientifique du Bourg de Bozas, de la mer Rouge à l'Atlantique_
(De Rudeval, 30 fr.).--_Documents scientifiques de la mission saharienne
Foureau-Lamy_ (tomes I et II avec album de cartes, Masson et Cie).

_Divers_.

_L'État et la Liberté_ (1879-1883), par Waldeck-Rousseau (Fasquelle, 3
fr. 50).--_Les Grands Musiciens: Palestrina_, par Michel Brenet (Alcan,
3 fr. 50).

--_Dans l'ombre chaude de l'islam_, par Isabelle Eberhardt (Fasquelle, 3
fr. 50).--_La Bataille de Tsoushima_, par le capitaine Klado
(Berger-Levrault, 3 fr. 50).

--_Le Gouvernement de la Défense nationale: procès-verbaux des séances
du conseil_, publiés par Henri des Houx (Charles-Lavauzelle, 3 fr.
50).--_Histoire des théâtres de société_, par Léo Claretie (Librairie
Molière, 4 fr.).--_François-Joseph intime_, par H. de Weindel (Juven, 3
fr. 50).--_Les Eléments sociologiques de la morale_, par Fouillée
(Alcan, 7 fr. 50).--_Mémoires d'un bébé d'un an_, par le docteur Courgey
(Jouve, 3 fr. 50).--_Après la séparation_, par le comte d'Haussonville
(Perrin, 0 fr. 50).

_Poésie_.

_Verroteries_, par Jacques Redelsperger (Fasquelle, 3 fr. 50).

_Annuaires._

_Almanach Hachette 1906_.--Armées et Flottes militaires en 1905
(Berger-Levrault, 1 fr.).



DOCUMENTS et INFORMATIONS

L'AUDITION CHEZ LES SOURDS-MUETS.

Contrairement aux idées très généralement admises, il existe très peu de
sourds-muets qui soient absolument sourds, c'est-à-dire qui n'entendent
aucun son.

Au contraire, les sourds-muets, presque tous; entendent certains sons;
mais, contrairement à ce qui se passe pour une oreille normale, ce sont
les sons très graves qu'ils peuvent percevoir.

M. Marage, notant cette particularité, rappelle que certains animaux
inférieurs, par exemple les araignées, absolument dépourvus de tout
organe auditif, sont également très sensibles aux sons graves.

C'est qu'on se trouve là en présence d'un phénomène de tact et non d'un
phénomène d'audition.

Aussi les sourds-muets sensibles seulement aux sons graves sont-ils
toujours incapables de développer leur capacité auditive.

LES ABEILLES, LES INSECTES ET LES FLEURS.

C'est une question fort controversée de savoir si les insectes, en
général, et les abeilles, en particulier, sont attirés par l'éclat des
fleurs ou par leur parfum. Il y a quelques semaines, M. Félix Plateau
signalait à l'Académie royale de Bruxelles le cas suivant: si l'on place
un miroir, avec une inclinaison convenable, à 20 ou 40 centimètres de
fleurs naturelles, les insectes qui viennent se poser sur ces fleurs
semblent ne prêter aucune attention aux images réfléchies. Le savant
belge se croyait autorisé à conclure que ce n'est pas la vue des fleurs
qui attire les insectes.

M. Gaston Bonnier, qui partage cette opinion, vient de communiquer à
l'Académie des sciences le résultat d'observations prouvant surtout
combien il est difficile de se prononcer en matière si délicate. Lorsque
des abeilles sont occupées, l'après-midi, à recueillir de l'eau sur les
feuilles des plantes aquatiques, elles ne touchent pas au miel qu'on
leur présente sur ces feuilles ou sur des flotteurs de diverses couleurs
Si, au contraire, on tente l'expérience le matin, les gouttes de miel
sont rapidement enlevées. Le savant professeur explique la chose par le
rigorisme «coutumier» avec lequel les abeilles observent leur consigne.
Quand elles sont «commandées» pour aller chercher de l'eau, elles ne se
permettraient pas de récolter du miel; le matin, au contraire, il est
tout naturel que les abeilles «chercheuses», envoyées en reconnaissance
pour trouver un champ de butin, s'empressent de signaler à leurs troupes
le miel qu'elles rencontrent. Ce que nous savons des moeurs des abeilles
rend assez vraisemblable cette interprétation ingénieuse.

LE PUITS DE NOTRE-DAME DE L'ÉPINE.

Le hameau de l'Epine, à 8 kilomètres de Châlons-sur-Marne, possède une
admirable église gothique assez peu connue, bien qu'elle continue à être
le but d'un pèlerinage jadis fort célèbre, et qu'elle présente diverses
particularités intéressantes dont l'une tout à fait exceptionnelle et
peut-être unique en son genre. Au milieu d'une des branches du transept
existe un puits surmonté d'une armature en fer forgé portant cette
inscription: _Puits de la sainte Vierge_. C'est un devoir pour chaque
pèlerin de boire ou d'emporter un peu de son eau.

[Illustration: Un puits dans l'église de Notre-Dame de l'Epine.]

La construction de l'église actuelle date du commencement du quinzième
siècle. Le puits, mentionné pour la première fois en 1629, semble avoir
été creusé à l'époque des guerres de religion, en vue des attaques que
pourraient avoir à subir les catholiques réfugiés près de l'autel. Les
troupes huguenotes, en effet, traversèrent plusieurs fois le pays à la
fin du seizième siècle; d'après Baugier, l'amiral de Coligny et son
frère «s'en allant en Allemagne» assiégèrent l'église de l'Epine «avec
une bonne armée», d'ailleurs sans succès. Cette opinion paraît d'autant
plus vraisemblable que le portail du midi est «fortifié» par deux
tourelles, et que les traditions relatives à une statue miraculeuse fort
ancienne, existant encore aujourd'hui, sont muettes à l'égard de ce
puits dont elles n'auraient sans doute point manqué de s'occuper s'il
s'y rattachait quelque pieux souvenir.

LE TRAITEMENT DES FIÈVRES ÉRUPTIVES PAR LA LUMIÈRE ROUGE.

On avait déjà préconisé l'emploi de la lumière rouge dans le traitement
de la variole. Sous son influence, les pustules suppureraient moins
abondamment, les cicatrices seraient moins profondes et moins
apparentes.

Voici qu'on recommande cette même méthode contre la scarlatine. Un
médecin de Nuremberg a soumis un assez grand nombre de petits
scarlatineux à la lumière rouge. Chez tous, il aurait vu la rougeur de
la peau diminuer rapidement et la défervescence fébrile se produire
plutôt que d'habitude.

D'après cet observateur, il faudrait ne retirer les malades de la
chambre rouge que lorsque l'exposition à la lumière du jour ne détermine
plus de rubéfaction de la peau.

[Nouvelle locomotive «de force», à seize roues, mise en service par la
Compagnie du Nord.]

UNE LOCOMOTIVE À SEIZE ROUES.

La Compagnie du Nord vient de mettre en mouvement un nouveau «monstre»
imaginé par M. du Bousquet. C'est une immense locomotive destinée
surtout à tramer d'énormes charges sur les dures rampes de certaines
parties du réseau, par exemple de Valenciennes à Hirson. Elle est en
quelque sorte double, car ses essieux sont répartis en deux groupes
formant ce qu'en terme de métier on appelle deux «bogies» moteurs. Les
roues sont plus volumineuses (1m,45 de diamètre) que dans les modèles
courants et au nombre de douze; en outre, entre les deux bogies, il y a
quatre petites roues, qui supportent une couple d'essieux et, supprimant
le porte à faux, donnent de la stabilité à l'ensemble. Les cylindres à
haute pression sont placés sur la partie arrière de la locomotive,
tandis qu'en avant se trouvent les cylindres à basse pression et les
deux caisses latérales contenant l'approvisionnement d'eau de la
machine. La longueur totale de la locomotive est d'environ 16 mètres;
elle donne un effort de traction de 18.607 kilogrammes, pouvant
atteindre 24.064 kilogrammes quand on marche en admission directe, ce
qui est moins économique et n'est que momentané. Malgré sa grande
longueur, grâce à ses larges roues, la locomotive peut cheminer sur des
courbes assez étroites, de 90 mètres par exemple, mais, naturellement, à
allure assez lente; sur les portions faciles du parcours desservi, elle
marche néanmoins à 60 kilomètres à l'heure, une bonne vitesse pour un
«poids lourd» de cette dimension imposante.

UN NOUVEAU PROCÉDÉ D'ÉCLAIRAGE SCÉNIQUE.

Un peintre espagnol, M. Marinno Fortuny, propose, pour l'éclairage des
scènes de théâtre, un système original. Actuellement, la scène reçoit de
la lumière directe projetée, en général, par des lampes à incandescence;
quelquefois par des lampes à arc installées dans les coulisses ou dans
la salle. Il en résulte des ombres portées d'un effet au moins
désagréable à l'oeil, quand elles n'enlèvent as l'illusion de la
perspective. A cette lumière directe, M. Fortuny substitue la lumière
diffuse. Le plafond de la scène est formé par une voûte en toile
blanche, sur laquelle on projette la lumière de l'arc voltaïque
réfléchie d'abord par une bande où est imitée la couleur du ciel. Cette
bande étant mobile, il suffit d'y peindre des gammes différentes et de
la faire glisser sous le faisceau lumineux pour produire une succession
de nuances aussi variées et aussi graduées qu'on le désire. En utilisant
à la fois deux ou trois bandes placées en des points plus ou moins
distants, on réaliserait sur la voûte céleste des effets de coloration
inconnus jusqu'à ce jour. Enfin, on pourrait opposer aux rayons de
certaines lampes des miroirs où l'on aurait peint des nuages qui se
trouveraient eux-mêmes projetés sur le ciel et dont la marche serait
obtenue par un simple déplacement du miroir.

La lumière ainsi réfléchie enveloppant toute la scène, les décors et les
personnages se trouveraient dans des conditions naturelles d'éclairage
et l'illusion scénique y gagnerait beaucoup. En théorie, le procédé
semble parfaitement rationnel; l'expérience seule nous fixera sur sa
valeur pratique.

UN GAZ RÉFRACTAIRE.

On sait que, par l'application simultanée du froid et de la pression,
les physiciens sont arrivés à liquéfier et même à solidifier tous les
gaz. Un seul résiste de façon désespérée à tous leurs efforts: c'est
l'hélium. D'après ce que l'on sait jusqu'ici, par les expériences que
vient de faire M. Olszewski, l'hélium est le corps qui exige la
température la plus basse pour pouvoir exister sous forme solide. Ce
solide deviendrait liquide à des degrés de chaleur extrêmement bas. La
glace devient eau à 0° C et l'eau devient vapeur par l'ébullition à 100°
C (et avant). L'hélium, lui, entrerait en fusion à une température qui
est dans le voisinage de 300 ou 350° _au-dessous de zéro_, et l'hélium
liquide se mettrait à bouillir à 275° au-dessous de zéro, environ. On
n'a pas encore pu réaliser cette température: M. Olszewski a obtenu
celle de--259° C, c'est-à-dire 14° absolus--le zéro absolu est à 273°
au-dessous de zéro centigrade--mais l'hélium est resté gazeux; il n'a
pas témoigné de la moindre velléité de se liquéfier. On en est à se
demander si l'hélium ne serait pas un gaz permanent, le seul de son
espèce, probablement.

LE PRIX DE REVIENT DU CHEVAL HYDROÉLECTRIQUE.

Partout où l'on peut utiliser la chute des torrents ou des rivières,
l'industrie moderne s'efforce de se procurer la force au plus bas prix.
Mais ce «plus bas prix» est très variable.

Une revue d'électricité s'est occupée d'établir ce prix pour un certain
nombre d'installations et arrive à des résultats dont la diversité
étonne. Ainsi, à l'usine de la Praz, sur le torrent de l'Arc, le cheval
revient à 212 francs. A Saint-Michel-de-Maurienne, sur la Valoirette, il
ne coûte guère plus: 220 francs. Mais à la chute de Jonage (Société des
Forces motrices du Rhône), le prix est très élevé, étant de 1.800
francs.

Les chiffres que nous venons d'indiquer sont les extrêmes. A Hauterive,
en Suisse, le cheval revient à 600 francs; à Méran, dans le Tyrol, à 400
francs; à Dalf-Elf, qui alimente Stockholm, à 160 kilomètres de
distance, à 760 francs; à Mansboe, en Suède, à 760 francs également; à
Chedde, sur l'Arve, à 220 francs; à Saint-Béron, survie Guiers, à 270
francs. On compte encore 214 francs à la chute de Giffre;230 à
Gavet-Livet; 235 à la chute du Rhin; 420 à Esparraguerra, en Catalogne;
400 à Grenade, et 800 à la chute de l'Ericht, en Écosse. De 212 à 1.800
francs, la différence est grande; elle s'explique par les variations de
hauteur de chute et de débit d'eau et des dépenses d'aménagement.

Le prix de revient du cheval doit donc varier considérablement.

UN GEYSER À HAMMAM-MESKOUTINE.

Le petit village d'Hammam-Meskoutine, situé à 14 kilomètres de Guelma,
dans un des sites les plus pittoresques de l'Atlas, est environné de
sources thermales célèbres qui, en dehors de leurs sérieuses vertus
thérapeutiques, présentent, au point de vue de leur formation et de
l'aspect qui en est résulté, un intérêt exceptionnel. Il vient de s'y
produire un phénomène assez rare.

Le squelette du terrain est tout entier le produit des eaux thermales
qui, au contact de l'air, laissent déposer une certaine quantité de
matières minérales en dissolution.

Il y a plusieurs siècles, l'eau jaillissait par des trous isolés, autour
desquels les dépôts calcaires formèrent des cônes jusqu'à la hauteur que
la pression de l'eau ne pouvait plus vaincre. Ces cônes se sont alors
bouchés; ils subsistent près de l'établissement thermal, au nombre d'une
centaine, d'une hauteur de 1 à 15 mètres. On en voit un dans le fond
d'une de nos gravures.

Aujourd'hui, l'eau sort encore par des griffons isolés qui se déplacent
de temps à autre; mais, au lieu de s'élancer en gerbe, elle s'épand en
magnifiques cascades dont le débit atteint 200.000 litres par heure,
avec une température de 72 à 96° C. C'est l'eau la plus chaude connue
après celle des geysers d'Islande (109°) et d'un groupe de sources des
Philippines (98°).

Le 13 novembre dernier, à 11 heures du matin, les touristes déjeunant à
Hammam-Meskoutine entendirent soudain une forte détonation et aperçurent
un jet de vapeur considérable sortant du sol, à une dizaine de mètres
d'un ancien cône. On distingua bientôt une colonne d'eau qui, depuis
lors, jaillit sans intermittence, avec accompagnement d'un bruit sourd,
à une hauteur variant, suivant l'heure, de 3 à 6 mètres. Ce geyser sort
du roc; mais, tout autour, à une dizaine de centimètres sous terre, on
trouve du soufre en cristaux et en poudre. Le débit est de 450 litres
par minute. L'eau, très sulfureuse, d'une limpidité de cristal, a une
température de 97 degrés, supérieure d'un degré à celle des sources les
plus chaudes du groupe.

[Illustration: La grande cascade d'eau chaude.]

[Illustration: Un geyser jailli le 13 novembre dernier. Dans le fond,
«cône» d'un ancien geyser.]

LES SOURCES THERMALES D'HAMMAM-MESKOUTINE (ALGÉRIE)



LE GÉNÉRAL SAUSSIER

Le général Saussier, ancien généralissime de l'armée française, est
mort, le 19 décembre, dans sa soixante-dix-huitième année.

Né à Troyes, le 16 janvier 1828, il était sorti de Saint-Cyr en 1850.
Après avoir pris part aux campagnes d'Afrique, de Crimée, d'Italie, du
Mexique, colonel à quarante-deux ans, il commandait, au moment de la
guerre de 1870, le 41e régiment d'infanterie, qui combattit à Borny, à
Gravelotte, à Saint-Privat. Lors de la capitulation de Metz, il signa
avec ses officiers une énergique protestation, fut emmené prisonnier en
Allemagne, mais réussit à s'évader et à rejoindre l'armée de la Loire,
où il reçut le commandement d'une brigade. En 1871, il allait en Algérie
contribuer à la répression de l'insurrection arabe.

En 1873, le département de l'Aube l'ayant élu député à l'Assemblée
nationale, il y siégea au centre gauche et intervint utilement dans la
discussion des projets de loi relatifs à notre réorganisation militaire.

En 1876, à l'expiration de son mandat législatif, il reprenait dans
l'armée la position d'activité, pour se consacrer exclusivement
désormais à sa carrière de soldat. Promu divisionnaire en 1878, il était
placé à la tête de la 11e division d'infanterie, dite la «division de
fer», à Nancy, puis, au bout de quelques mois, appelé au commandement du
19e corps, à Alger; il le quittait en 1880 pour celui du 6e corps; mais,
l'année suivante, il était renvoyé en Afrique, où les événements de
Tunisie nécessitaient la présence d'un chef éprouvé.

Il fut, en 1884, nommé gouverneur militaire de Paris, poste qu'il occupa
pendant plus de treize ans. En outre, comme président du conseil
supérieur de la guerre, il devint le généralissime désigné, en cas de
mobilisation.

[Illustration: Le général Saussier, mort le 19 décembre.]

A la fin de 1887, lorsque M. Grévy donna sa démission de président de la
République et fut remplacé par M. Sadi-Carnot, le général Saussier
obtint, au Congrès, sans avoir posé sa candidature, 188 voix.

Lorsqu'il fut, le 15 janvier 1893, atteint par la limite d'âge des
divisionnaires, le gouvernement le maintint en activité comme ayant
commandé en chef devant l'ennemi. Toutefois, à soixante-dix ans, en
1898, il dut résigner son haut commandement, pour rester seulement
membre hors cadre du conseil supérieur de la guerre. Enfin, le 15
janvier 1903, âgé de soixante-quinze ans, il demanda à être relevé aussi
de ces dernières fonctions et vécut depuis dans la retraite, à Luzarches
(Seine-et-Oise), où il vient de s'éteindre.

Le général Saussier était grand-croix de la Légion d'honneur et décoré
de la médaille militaire; il comptait 54 ans de service effectif, 24
campagnes, 3 blessures et 5 citations à l'ordre de l'armée.



LA GRÈVE DES POSTES ET TÉLÉGRAPHES EN RUSSIE

La grève qui a éclaté parmi les employés des postes et télégraphes de
plusieurs des grandes villes de la Russie, à commencer par
Saint-Pétersbourg et Moscou, a donné lieu à certains épisodes assez
pittoresques. Nulle autre ne pouvait avoir d'inconvénients aussi graves.
Il fallut en toute hâte s'efforcer de les atténuer dans la mesure du
possible. Des télégraphistes militaires assurèrent, tant bien que mal,
le service des appareils télégraphiques. Pour les besognes plus aisées,
la distribution des lettres, la confection des plis, on eut recours aux
_garodovoïs_, ou gardiens de la paix, aux _dvorniks_, ou portiers, qui
sont aussi sous la dépendance de la police. Le service, comme on pense,
laissa quelque peu à désirer, ainsi confié à des gens privés de toute
expérience professionnelle. Mais le plus curieux, ce fut de voir des
personnalités appartenant à la meilleure société, au monde de la cour,
venir, avec une jolie crânerie, mettre à la disposition de
l'administration leur bon vouloir et tout leur temps libre.

Et c'est ainsi que Mlle Zinovief, fille de l'ancien adjoint au ministère
de l'Intérieur, précisément chargé de la direction de l'administration
postale, le prince Obolensky, le prince Kotchoubey, le comte Mordvinof,
bien d'autres encore, des officiers, de hauts fonctionnaires, vinrent
prendre, dans les bureaux ou aux guichets, la place des employés
défaillants.



MA CANDIDATURE A L'OPÉRA, par Henriot.



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement
gratuits.)_

LE SUDROPHONE

Voici un nouveau type d'instruments de cuivre qui marque un progrès
incontestable, presque une révolution, dans l'art musical.

Ce type comprend toute la série des instruments de cuivre, c'est-à-dire
les saxhorns, du bugle à la contrebasse, ainsi que les cornets, cors,
trompettes et trombones. Semblables à tous les instruments à pistons
connus, ils se jouent de la même façon, avec les mêmes embouchures et le
même doigté; la forme en est un peu différente, mais elle paraît plus
gracieuse. L'instrument, d'ailleurs très doux à jouer, est plus
portatif; de plus, il se démonte avec une extrême facilité, pour se
placer dans des sacs ou étuis petits et maniables.

Mais ce qui fait du Sudrophone un instrument nouveau et qui lui vaut
d'être signalé à l'attention de tous les musiciens, de tous les chefs
d'orchestre, c'est l'adaptation d'une membrane vibrante fixée dans un
petit tube appliqué sur le pavillon et que l'exécutant peut mettre, sans
quitter l'embouchure des lèvres, en contact avec la colonne d'air
sonore. Les vibrations propres de la membrane vibrant à l'unisson de la
colonne d'air modifient le timbre de l'instrument. Selon que la
membrane, au moyen d'une clef, est plus ou moins tendue, le timbre
change instantanément, en restant toujours d'une pureté de sons
remarquable. De sorte que l'on peut donner avec ce seul instrument la
sensation d'instruments de cuivre, de bois ou à cordes (violoncelle); et
émettre, dans le cuivre ou dans le bois, des timbres différents.

Ce qui revient à dire que l'on peut, avec cet instrument à embouchure,
jouer les parties d'instruments à cordes et à anches, et les suppléer
d'une façon parfaite. C'est la possibilité de corser par les sons du
violoncelle, les fanfares, orphéons jouant en marchant.

[Illustration: La basse ordinaire ou «tuba».]

[Illustration: Le «Sudrophone» correspondant au tuba.]

Cette nouvelle invention permet, par conséquent, aux fanfares et
harmonies de s'enrichir, sans aucune dépense, de sonorités
correspondantes à celles des grands orchestres. Les chefs de musique
disposent ainsi d'éléments nouveaux, leur permettant, par leur richesse
instrumentale, d'aborder des compositions qui leur étaient jusqu'à
présent inaccessibles.

Ajoutons que la membrane des Sudrophones est d'une parfaite solidité et
susceptible d'un très long usage: elle peut du reste se changer aussi
facilement qu'une anche de clarinette.

S'adresser à _MM. F. Sudre et Cie, 13, boulevard Rochechouart, Paris._


Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont
pas été fournis.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "L'Illustration, No. 3278, 23 Décembre 1905" ***

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