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Title: Oeuvres complètes de lord Byron, Tome. 13 - Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Author: Byron, George Gordon Byron, Baron, 1788-1824
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Oeuvres complètes de lord Byron, Tome. 13 - Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore" ***

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http://dp.rastko.net. This file was produced from images
generously made available by the Bibliothèque nationale
de France (BnF/Gallica)



ŒUVRES COMPLÈTES
DE
LORD BYRON,
AVEC NOTES ET COMMENTAIRES,
COMPRENANT
SES MÉMOIRES PUBLIÉS PAR THOMAS MOORE,
ET ORNÉES D'UN BEAU PORTRAIT DE l'AUTEUR.

Traduction Nouvelle

PAR M. PAULIN PARIS,
DE LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI.


TOME TREIZIÈME.


PARIS.

DONDEY-DUPRÉ PÈRE ET FILS, IMPR.-LIB., ÉDITEURS,
RUE SAINT-LOUIS, N° 46,
ET RUE RICHELIEU, N° 47 _bis._

1831.



LETTRES
DE LORD BYRON,
ET
MÉMOIRES SUR SA VIE,
PAR THOMAS MOORE.


LETTRE CCCCLXXXIV.

A M. MURRAY.

Pise 6 mars 1822.

«Vous avez (ou devez avoir) depuis long-tems reçu une lettre de moi, où
j'énonce mon opinion sur les mauvais traitemens que vous avez éprouvés à
propos de la dernière publication. Je les crois déshonorans pour ceux
qui vous ont persécuté. Je fais la paix avec vous, quoique notre guerre
ait eu lieu pour d'autres motifs que cette controverse même. J'ai écrit
à Moore, par ce courrier-ci, pour qu'il vous envoyât la tragédie de
_Werner_. Je ne contracterai avec vous, ni ne vous proposerai aucun
marché sur cette pièce, ni sur le nouveau _Mystère_, jusqu'à ce que nous
voyions si ces ouvrages réussissent. S'ils ne se vendent pas (ce qui
n'est pas invraisemblable), vous ne me paierez pas; et je crois que
c'est vous donner beau jeu, si vous acceptez la partie.

»Bartolini, le célèbre sculpteur, m'a écrit qu'il désirait faire mon
buste; j'ai consenti, à condition qu'il ferait aussi celui de la
comtesse Guiccioli. Il a fait les deux, et je crois qu'on reconnaîtra
que celui de la comtesse est beau. Je vous ferai présent des deux
bustes, pour vous montrer que je n'ai point de malice, et pour vous
donner une compensation des peines et des tracasseries que vous avez
essuyées à cause du buste de Thorwaldsen. Je ne puis rien dire de mon
buste, sinon qu'on le juge très-ressemblant à ce que je suis
aujourd'hui, ce qui ne ressemble pas du tout à ce que j'étais quand vous
me vîtes pour la dernière fois. Le sculpteur est un artiste fameux; et
comme c'est d'après son désir qu'il a fait cette œuvre, elle doit être
bien faite probablement.

»Que fera-t-on pour *** et son _commentaire_? Il mourra, s'il n'est pas
publié; il sera sifflé, s'il est publié: mais il n'y songe pas. Il faut
que nous le publiions.

»Tout le tumulte élevé contre moi ne m'a touché que par l'attaque
dirigée contre vous, trait peu généreux de l'église et de l'état; mais
comme toute action violente produit au bout de quelque tems une réaction
proportionnelle, vous serez mieux traité une autre fois.

»Votre très-sincère, etc.»

NOEL BYRON.



LETTRE CCCCLXXXV.

A M. MOORE.

Pise, 8 mars 1822.

«Vous avez eu quantité suffisante de mes lettres depuis quelque
tems;--un mot pourtant en réponse à votre présente missive. Vous auriez
grand tort de penser que votre avis m'ait offensé.

»Quant à Murray, comme je suis réellement le plus doux et le plus
paisible des hommes depuis Moïse (quoique le public et mon «excellente
épouse» n'aient pu s'en apercevoir), j'avais déjà fait ma paix et renoué
mon alliance avec Albemarle-Street, somme mon épître d'hier vous en aura
informé. Mais je croyais avoir expliqué les causes de ma bile,--du moins
à vous. Quelques traits de vacillation, de négligence, et d'importune
sincérité, soit réels, soit imaginaires, suffisent pour mettre votre
vrai grand auteur et grand homme dans un accès de fureur. Mais la
réflexion, à l'aide de l'ellébore, m'avait déjà guéri _pro tempore_;
sinon, une prière, venue de vous et de Hobhouse, aurait produit sur moi
deux fois plus d'effet que le _tribus Anticyris_[1], avec quoi Horace
désespère de purger un poète.--Je suis réellement honteux de vous avoir
fatigué si fréquemment et si lourdement depuis peu; mais que pouvais-je
faire? Vous êtes un ami,--ami absent, hélas!--et comme je n'ai en aucun
autre plus de confiance, je vous importune en proportion.

[Note 1: HOR. _Art Poét._--Anticyre était le nom d'une île fertile
en ellébore. (_Note du Trad._)]

»Cette guerre «de l'église et de l'état» m'a étonné plus qu'elle ne me
trouble, car je croyais réellement que _Caïn_ était une œuvre
spéculative et hardie, mais pourtant innocente. Comme je vous l'ai déjà
dit, je suis vraiment grand admirateur de la religion matérielle et
tangible; et j'élève une de mes filles dans la foi catholique, afin
qu'elle ait les mains pleines. Le catholicisme est bien le culte le plus
élégant, sans excepter peut-être la mythologie grecque. L'encens, les
tableaux, les statues, les autels, les châsses, les reliques, et la
présence réelle, la confession et l'absolution,--tout cela donne prise
aux sens. D'ailleurs il n'y a plus de possibilité pour le doute; car
ceux qui avalent leur divinité véritablement et réellement dans le
mystère de la transsubstantiation, ne peuvent guères rien trouver de
plus facile digestion.

»Je crains que ce mot ne soit trop égrillard, mais je l'ai dit sans
mauvaise intention; c'est mon tour d'esprit qui me fait prendre les
choses sous leur point de vue absurde, et qui éclate malgré moi de tems
en tems. Pourtant, je vous assure que je suis bon chrétien. Me
croyez-vous sur ce point? je ne sais,--mais je compte que vous me
croirez à la lettre.

»Votre ami très-sincère et très-affectionné, etc.

»_P. S._ Dites à Murray qu'une des conditions de la paix est qu'il
publie (ou fasse publier par un confrère) le _Commentaire du Dante_ de
***, malgré l'extrême répugnance que le commerce paraît y opposer. Cette
publication rendra notre homme si extraordinairement heureux! Il dîne
aujourd'hui avec moi et une demi-douzaine d'Anglais, et je n'ai pas le
cœur de lui dire combien le monde de la librairie a d'antipathie pour
son commentaire--qui pourtant respire la morale et la religion la plus
orthodoxe. Bref, je regarde comme un point important, que *** soit mis
sous presse. Il a soif d'être auteur, et il a été le plus heureux des
hommes pendant ces deux derniers mois, en imprimant, corrigeant,
collationnant, datant, anticipant, et ajoutant à ses trésors de science.
A propos, il est encore tombé de cheval dans un fossé, l'autre jour, en
se promenant avec moi dans la campagne.»



LETTRE CCCCLXXXVI.

A M. MURRAY.

Pise, 15 mars 1822.

»Je suis charmé que vous et vos amis approuviez ma lettre du 8 du mois
dernier. Vous pouvez y donner toute la publicité que vous jugerez
convenable dans les circonstances actuelles. Je vous ai depuis écrit
deux ou trois fois.

»Quant à «un poème dans l'ancien genre» je n'essaierai rien de plus en
ce genre. Je suis la pente de mon esprit, sans considérer si les femmes
ou les hommes sont ou ne sont pas satisfaits, mais peu importe à mon
éditeur, qui doit juger et agir en raison de ma popularité.

»Donc, laissez les ouvrages à leur destinée: si l'on paie, vous me
paierez en proportion; sinon, c'est moi qui vous paierai.

»Les affaires de la succession Noël ne m'amèneront pas, j'espère, en
Angleterre. Je n'ai aucun désir de revoir ce pays, sinon pour vous tirer
de prison (si je puis le faire en prenant votre place), ou peut-être
pour m'y faire mettre, en exigeant satisfaction d'une ou deux personnes,
qui profitent de mon absence pour m'insulter. Sauf cela je n'ai ni
affaires ni relations en Angleterre, ni je ne désire en avoir (hormis
les gens de ma famille et mes amis, à qui je souhaite toute sorte de
prospérité); somme toute, j'ai si peu vécu en Angleterre (à peu près
cinq ans depuis l'âge de vingt-ans), que mes habitudes sont trop
continentales, et que votre climat me plairait aussi peu que votre
société.

»J'ai vu le _rapport_ du chancelier dans un journal français. Dites-moi,
je vous prie, pourquoi ne persécute-t-on pas la traduction de Lucrèce,
ou même l'original pour ce vers,

        _Primus in orbe Deos fecit timor_[2],

»Ou pour cet autre.

        _Tantum relligio potuit suadere malorum_[3]?

[Note 2: Les Dieux durent leur origine à la crainte.]

[Note 3: Tant la religion a pu inspirer de forfaits! (_Notes du
Trad._)]

»Vous devriez réellement faire faire quelque chose pour le commentaire
de Mr ***: que puis-je lui dire?

»Tout à vous, etc.»



LETTRE CCCCLXXXVII.

A M. MURRAY.

Pise, 13 avril 1822.

»Mr Kinnaird m'écrit, qu'il a paru une «excellente _défense_» de _Caïn_,
contre l'_Oxoniensis_; vous ne m'avez envoyé rien de plus qu'une
excellente attaque du même poème. S'il existe un tel «défenseur de la
foi» vous pouvez m'envoyer ses trente-neuf articles, pour contrebalancer
quelques-unes de vos dernières communications.

»Êtes-vous prêt ou non à publier ce que Moore et Mr Kinnaird ont entre
leurs mains, et la _Vision du Jugement_? Si vous publiez cette dernière
pièce dans une édition à bon marché, afin de confondre les espérances
des pirates par un bas prix, vous verrez qu'elle réussira. Je regarde le
_Mystère_ et _Werner_ comme de bons ouvrages, et j'espère que vous les
publierez promptement. Vous ne mettrez pas mon nom à _Quevedo_, mais le
publierez comme édition étrangère, et le laisserez aller son chemin.
Douglas Kinnaird l'a encore, je crois, avec la préface.

»Je vous renvoie à lui pour les documens relatifs au dernier tapage
d'ici. Je les lui ai envoyés il y a une semaine.

»Tout à vous, etc.



LETTRE CCCCLXXXIX[4].

A M. MURRAY.

Pise, 22 avril 1822.

»Vous serez peiné d'apprendre que j'ai reçu l'avis du décès de ma fille
Allégra, morte d'une fièvre dans le couvent de Bagna Cavallo, où elle
avait été placée l'année dernière pour commencer son éducation. C'est un
coup bien rude pour plusieurs raisons, mais il faut le supporter, avec
l'aide du tems.

[Note 4: La lettre 488 a été supprimée.]

»J'ai l'intention d'envoyer ses restes en Angleterre pour qu'ils
reçoivent la sépulture dans l'église d'Harrow (où jadis j'espérais
moi-même être enterré), et c'est la raison pour laquelle je vous
importune de cette nouvelle. Je désire que les funérailles soient
très-secrètes. Le corps est embaumé, et dans une caisse de plomb. Il
sera embarqué à Leghorn. Voulez-vous nous donner les meilleurs avis pour
le faire arriver à bon port.

»Tout à vous, etc.

N. B.

»_P. S._ Vous savez que les protestans ne peuvent, dans les pays
catholiques, recevoir la sépulture en terre sainte.»



LETTRE CCCCXC.

A M. SHELLEY.

23 avril 1822.

»Le coup a été inattendu et étourdissant; car je croyais le danger
passé, vu le long intervalle qui s'est écoulé entre l'avis du mieux être
et l'arrivée du fatal exprès. Mais j'ai supporté ce coup de mon mieux et
même avec tant de succès, que je puis me livrer aux occupations
ordinaires de la vie avec l'apparence du même calme, et peut-être même
d'un plus grand. Il n'y a rien qui empêche que vous ne veniez demain,
mais aujourd'hui, comme hier soir, il vaut mieux peut-être que je ne
vous voie pas. Je ne crois pas avoir rien à me reprocher dans ma
conduite, et surtout dans mes sentimens et mes intentions à l'égard de
la petite infortunée. Mais c'est un moment où nous sommes disposés à
penser que, si nous avions fait ceci ou cela, nous aurions prévenu un
tel événement,--quoique chaque jour, chaque heure nous montre combien ce
malheur est naturel et inévitable. Je présume que le tems fera son œuvre
ordinaire:--la mort a fait la sienne.

»Tout à vous à jamais,»



LETTRE CCCCXCI.

A SIR WALTER-SCOTT.

Pise 4 mai 1822.

MON CHER SIR WALTER,

«Le tableau que vous me faites de votre famille est fort touchant. Que
ne puis-je «reconnaître ce plaisir par le pendant de votre tableau!»
Mais je viens de perdre ma fille naturelle, Allégra, qui a succombé à
une fièvre. Ma seule consolation, hormis le tems, est la réflexion que
ma fille est maintenant en repos ou heureuse: car le peu d'années
qu'elle a vécu (elle avait cinq ans) l'a empêchée d'être souillée
d'aucun péché, excepté celui que nous héritons d'Adam.

        Quiconque est aimé des Dieux meurt jeune.

»Je n'ai pas besoin de vous dire que vos lettres me seront
particulièrement agréables, quand elles ne seront pas une taxe sur votre
tems et sur votre patience; et maintenant que notre correspondance est
reprise, j'espère qu'elle continuera.

»J'eus dernièrement ici quelque inquiétude, je ne dis point quelque
embarras, à propos d'une affaire assez bizarre, dont vous avez peut-être
entendu parler; mais notre ministre s'est conduit très-noblement, et le
gouvernement toscan aussi bien qu'il est possible à un tel gouvernement
de le faire, ce qui n'est pas beaucoup dire. Quelques Anglais et
Écossais, moi compris, nous eûmes une querelle avec un dragon, qui avait
insulté l'un de nous, et que nous avions pris pour un officier, vu qu'il
était galonné et fort bien monté, etc., mais il se trouva n'être qu'un
sergent-major. Il appela la garde aux portes de la ville pour nous
arrêter (nous étions sans armes); sur quoi, moi et un autre (un Italien)
nous passâmes au galop à travers la susdite garde, mais nos autres
compagnons furent arrêtés. Je courus chez moi, et envoyai mon secrétaire
faire aux autorités un rapport de cette arrestation illégale; puis,
toujours sans descendre de cheval, je retournai aux portes, qui sont
près de ma demeure actuelle. A moitié chemin, je rencontrai mon homme,
qui exhala sa bile en propos insultans, et menaça de me frapper de son
sabre (moi qui n'avais qu'une canne à la main, et point d'autres armes).
Moi, qui continuais à le croire officier, je lui demandai son nom et son
adresse, et lui donnai ma main et mon gant. Un de mes domestiques se
jeta entre nous (sans que je le lui eusse commandé); mais, sur mon
ordre, il laissa le dragon aller son chemin. Ce dernier s'enfuit alors à
toute bride; mais environ quarante pas plus loin, il fut frappé, et même
dangereusement (de manière à être en péril de mort), par un _Callum Beg_
ou quelque autre de mes gens (car j'ai près de moi quelques gaillards à
la main prompte): je n'ai pas besoin de vous dire que ce fut sans
commandement ou approbation de ma part. Le susdit dragon avait toutefois
sabré nos compatriotes sans armes, à la porte de la ville, après qu'ils
eurent été arrêtés, et pendant qu'ils étaient tenus par les gardes;, il
en avait même blessé un, le capitaine Hey, très-grièvement. Par qui
fut-il blessé à son tour? Quoique le coup ait eu lieu devant des
milliers de personnes, on n'a jamais pu constater ni prouver le fait, ni
même déterminer par quelle arme; les uns disent un pistolet, les autres
un fusil à vent, un _stiletto_, une épée, une lance, une fourche, et que
sais-je encore. On a arrêté et confronté des domestiques et des gens de
toute espèce, sans pouvoir rien découvrir. M. Dawkins, notre ministre,
m'assure qu'on ne soupçonne pas du tout que l'auteur du coup ait été
poussé par moi ou par aucun de mes compagnons. Je vous envoie ci-joint
les copies des dépositions de nos gens et amis, et du docteur Craufurd,
spirituel Écossais (qui n'est pas de mes connaissances), qui avait vu la
fin de l'affaire. Toutes les pièces sont en italien.

»Ce sont les seules matières littéraires où j'aie été engagé depuis la
publication orageuse de _Caïn_;--mais M. Murray a plusieurs de mes
productions à accoucher: un autre mystère,--une vision,--un drame,--etc.
Mais vous, vous ne voulez pas me dire ce que vous faites;--cependant, je
vous devinerai; écrivez ce qu'il vous plaira. Vous dites que j'aimerais
votre gendre:--il me serait difficile de ne point l'aimer, puisqu'il a
un si étroit lien avec vous; mais je ne doute pas que ses qualités ne
soient conformes à votre description.

»Je suis fâché que vous n'aimiez pas le nouvel ouvrage de lord Oxford.
Mon aristocratie, qui est intraitable, le rend un de mes favoris. Songez
que ces «petites factions» occupèrent lord Chatham et Fox le père, et
que nous autres nous vivons dans un tems gigantesque, qui nous fait
prendre pour des pygmées tous les hommes au-dessous de Gog et de
Magog.--Après avoir vu Napoléon commencer comme Tamerlan et finir comme
Bajazet dans notre siècle, nous ne trouvons pas le même intérêt dans
une histoire, qui autrement nous aurait paru importante. Mais je finis.

»Croyez-moi pour toujours et très-sincèrement tout à vous.»

NOEL BYRON.



LETTRE CCCCXCII.

A M. MURRAY.

Pise, 17 mai 1822.

«J'apprends que la _Revue d'Édimbourg_ a attaqué les trois drames, ce
qui est une mauvaise affaire pour vous; et je ne m'étonne pas que vous
perdiez courage. Cependant, ce volume peut être confié au tems:--c'est
sur le tems qu'il vous faut compter. J'ai relu le livre avec attention
depuis la publication, et je pense qu'un jour il sera préféré à mes
autres écrits. Je dis cela sans colère contre les critiques ou la
critique, quelle qu'elle puisse être (car je ne l'ai pas vue); et rien
de ce qui a paru ou peut paraître dans la _Revue_ de Jeffrey, ne me fera
oublier qu'il a tenu bon pour moi pendant dix ans, sans autre motif que
sa bonne volonté.

»J'apprends que Moore est en ville; rappelez-moi à lui, et croyez-moi

»Tout à vous sincèrement,

N. B.

»_P. S._ Si vous le jugez nécessaire, vous pouvez m'envoyer la _Revue
d'Édimbourg_. S'il y a quelque passage qui demande une réponse, je
répondrai, mais modérément et techniquement, c'est-à-dire en n'ayant
égard qu'aux principes posés par la critique, et sans allusions
offensives, soit à la personne, soit au mérite littéraire du critique.»



LETTRE CCCCXCIII.

A M. MOORE.

Pise, 17 mai 1822.

«J'apprends que vous êtes à Londres. Vous aurez su de Douglas Kinnaird
(qui me dit que vous avez dîné avec lui) tout ce que vous aurez désiré
savoir de mes affaires. J'ai dernièrement perdu ma petite fille Allégra
par suite d'une fièvre, ce qui a été pour moi un coup sérieux.

»Je ne vous ai pas écrit dernièrement, ne sachant pas exactement où vous
étiez. Douglas Kinnaird a refusé d'envoyer mon cartel à M.
Southey.--Pourquoi? Il vous l'expliquera lui-même.
»................................................[5]

N. B.

[Note 5: Ici suit la répétition des détails de la querelle racontée
plus haut à Walter-Scott. (_Note de Moore_.)]



LETTRE CCCCXCIV.

A M. MURRAY.

Montenero[6], 26 mai 1822, près Leghorn.

[Note 6: Colline à trois ou quatre milles de Leghorn,
très-fréquentée, comme lieu de résidence, durant les mois d'été. (_Note
de Moore_.)]

«Le corps est embarqué, je ne sais pas dans quel vaisseau: je n'ai pu
entrer dans les détails, mais la comtesse Guiccioli a eu la bonté de
donner les ordres nécessaires à M. Dunn, qui a surveillé l'embarquement,
et qui vous écrira. Je désire que la sépulture ait lieu dans l'église
d'Harrow.

»Il y a un endroit dans le cimetière, près du sentier, au sommet de
l'éminence qui regarde Windsor, et une tombe sous un arbre immense (elle
porte le nom de Peachie ou Peachey), où j'avais coutume de demeurer
assis durant des heures entières quand j'étais enfant: c'était mon
endroit favori. Mais comme je désire consacrer quelques phrases à la
mémoire d'Allégra, il vaut mieux faire déposer le corps dans l'église.
Près de la porte, à la gauche quand on entre, il y a un monument qui
porte ces mots:

        Quand le deuil pleure sur la poussière sacrée de la vertu,
        Nos larmes nous vont bien, et notre douleur est juste;
        Telles furent les larmes de celle dont la reconnaissance paie
        Ce dernier et mélancolique tribut de son amour et de sa louange.

»Je me rappelle ces vers (après dix-sept ans), non qu'ils soient
remarquables par eux-mêmes, mais parce que de ma place, dans la galerie,
j'avais presque toujours les yeux tournés vers ce monument. Je
désirerais qu'Allégra fût enterrée le plus près de là qu'il sera
possible, et qu'on plaçât dans le mur une table de marbre avec ces
mots:--

                            EN MÉMOIRE

                            D'ALLÉGRA,

                    FILLE DE G. G. LORD BYRON,

                      MORTE A BAGNA CAVALLO,

                 EN ITALIE, LE XX AVRIL MDCCCXXII,

                  A L'AGE DE CINQ ANS ET TROIS MOIS..

        «J'IRAI A ELLE, MAIS ELLE NE REVIENDRA PAS A MOI.»

                     (2e _Samuel_, XII, 23.)

«Je désire que les funérailles soient aussi secrètes que la décence le
comportera; et j'espère que Henry Drury lira l'office des morts sur ma
fille. S'il refuse, l'office sera célébré par le ministre de service. Je
ne crois pas avoir besoin de rien ajouter.

»Depuis que je suis ici, j'ai été invité par les Américains à venir à
bord de leur escadre, où j'ai été accueilli avec toute la bienveillance
que je pouvais désirer, et avec plus de cérémonie que je n'en aime. J'ai
trouvé leurs navires plus beaux que les nôtres de la même classe, et
bien montés en hommes et en officiers. Il y avait alors à bord beaucoup
de bourgeois américains et quelques dames. Comme je prenais congé de la
compagnie, une dame américaine me demanda une rose que je portais,
afin, dit-elle, d'envoyer en Amérique quelque chose de moi comme
souvenir. Je n'ai pas besoin d'ajouter que je répondis convenablement au
compliment. Le capitaine Chauncey me montra une fort jolie édition
américaine de mes poèmes, et m'offrit le passage aux États-Unis, si je
voulais y aller. Le commodore Jones ne fut pas moins poli ni moins
prévenant. J'ai depuis reçu la lettre ci-incluse, qui me prie de poser
pour mon portrait en faveur de quelques Américains. Il est singulier
que, la même année où lady Noël interdit par testament à ma fille de
voir le portrait de son père avant plusieurs années, les individus d'une
nation qui n'est pas connue pour aimer les Anglais en particulier ni
pour flatter les hommes en général, me prient de poser pour «ma
portraiture», comme dit le baron Bradwardine. J'apprends aussi que je
reçois de grands honneurs littéraires en Allemagne. Goëthe, me dit-on,
est mon patron et protecteur avoué. A Leipzik, cette année, le grand
prix proposé a été une traduction de deux chants de _Childe Harold_. Je
ne suis pas sûr que ce soit à Leipzik, mais M. Rowcroft est mon
autorité;--c'est un jeune américain, qui est fort instruit en
littérature allemande, et qui connaît Goëthe particulièrement.

»Goëthe et les Allemands sont surtout charmés de _Don Juan_, qu'ils
jugent une œuvre d'art. Je l'avais déjà entendu dire par le baron
Lutzerode. On a fait de nombreuses traductions de plusieurs de mes
ouvrages, et Goëthe a fait un parallèle entre _Faust_ et _Manfred_.

»Tout cela est une espèce de compensation pour la brutalité, que vous
autres, Anglais, avez déployée cette année à un si haut degré.
......................................................

»Tout à vous, etc.»



LETTRE CCCCXCV.

A M. MURRAY.

Montenero, près Leghorn, 29 mai 1822.

«Je vous renvoie les épreuves. Votre imprimeur a fait une drôle de
bévue:--«pauvre comme un _rat_»--au lieu de «pauvre comme un
_avare_[7].» L'expression peut sembler étrange; mais ce n'est qu'une
traduction du _semper avarus eget_[8]. Vous joindrez le _Mystère_ et
vous publierez aussitôt que vous pourrez. Je ne me soucie pas de «votre
saison opportune» ni des approbations ou improbations des bas-bleus.
Tout ce que vous avez à considérer sur ce sujet est un point de
commerce, et si je le règle suivant vos désirs (même en courant moi seul
tous les risques et périls), vous me permettrez de choisir le tems et le
mode de la publication. Quant au volume dernièrement publié, l'attaque
présente, contre lui ou plutôt contre moi, peut lui nuire pour un tems,
mais il a en lui un principe vital de durée, comme vous le verrez un
jour. Je vous ai écrit il y a quelques jours sur un autre sujet.

»Tout à vous,

N. B.

[Note 7: _Poor as a_ mouse, au lieu de _poor as a miser_.]

[Note 8: L'avare est toujours pauvre. (_Notes du Trad._)]

»_P. S._ Ayez la bonté de m'envoyer la _Dédicace_ de _Sardanapale_ à
Goëthe. Je la mettrai devant _Werner_, à moins que vous ne préfériez que
j'en mette une autre, où je dise que la première avait été omise par
l'éditeur.

»Sur le faux-titre du présent volume, mettez:

        »Publié pour l'auteur par John Murray.»



LETTRE CCCCXCVI.

A M. MURRAY.

Montenero, Leghorn, 16 juin 1822.

«Je vous renvoie la seconde épreuve de _Werner_, et j'attends le reste.
Quant aux _vers sur le Pô_, peut-être vous ferez bien de les glisser
paisiblement dans une seconde édition (si vous allez jusque-là, bien
entendu) plutôt que de les insérer dans la première; car quoiqu'ils
aient été reconnus pour bons et que je désire ne pas les perdre, je ne
veux pas qu'ils attirent immédiatement l'observation, à cause des
relations de parenté de la dame à qui ils sont adressés avec les
premières familles de la Romagne et des Marches.

»Le défenseur de _Caïn_ peut être ou ne pas être, comme vous l'appelez
«un novice en littérature.» Toujours est-il, à mon avis, que vous et moi
lui avons une grande obligation. J'ai lu l'article de la _Revue
d'Édimbourg_ dans le _Magazine_ de Galignani, et je n'ai pas encore
décidé si je dois ou non répondre; car, si je réponds, il me sera
difficile de ne pas «amuser les Philistins» en renversant une ou deux
maisons: attendu que, une fois en besogne, il faut dire tout ce qui
vient au bout de ma plume ou bien la rejeter loin de moi. Je n'ai pas
l'hypocrisie de prétendre à l'impartialité, ni un caractère (comme on
dit) à m'abstenir toujours de dire ce qui déplaira à l'auditeur ou au
lecteur. Que veut-on dire par le mot d'_œuvre travaillée_? Vous savez
bien que j'ai tout écrit aussi vite que j'ai pu tracer des caractères
sur le papier, que tout a été imprimé d'après les manuscrits originaux
et que je n'ai jamais rien revu que dans les épreuves; voyez les dates
et les manuscrits. Toutes les fautes viennent de la négligence, et non
du travail. On disait la même chose de _Lara_, que je composai en me
déshabillant à mon retour des bals et des mascarades dans l'an de
bombance 1814.

Tout à vous.»



LETTRE CCCCXCVII.

A M. MOORE.

Montenero, Villa Dupoy, près Leghorn, 8 juin 1822.

«Je vous ai écrit deux fois par l'intermédiaire de Murray, et sur un
sujet assez usé,--la perte de la pauvre petite Allégra, morte d'une
fièvre; je ne dirai sur ce point rien de plus,--sinon qu'il n'y a
d'autre ressource que le tems.

»Il y a peu de jours, mon ancien et tendre ami, lord Clare, est revenu
de Genève, afin de me voir avant de retourner en Angleterre. Comme je
l'ai toujours aimé (depuis l'âge de treize ans, à Harrow) plus que tout
autre individu (masculin) de ce monde, j'ai à peine besoin de dire quel
plaisir mélancolique j'eus à ne le voir que pour un jour; car il était
obligé de reprendre son voyage sur-le-champ. ...........................

»J'ai lu le dernier article de Jeffrey dans une fidèle citation de
l'impartial Galignani. Je présume que le fin mot de ceci, c'est que
Jeffrey désire me provoquer à répondre. Mais je ne veux pas, car je lui
suis encore redevable pour sa bienveillance passée. En vérité, je
suppose que l'occasion présente de cette nouvelle attaque contre moi
était irrésistible; je ne puis le blâmer, connaissant ce que c'est que
la nature humaine. Je ne ferai qu'une remarque;--que veut-il dire par
l'expression d'_œuvre travaillée_? Tout le volume a été composé avec la
plus grande rapidité, au milieu des évolutions, révolutions,
persécutions et proscriptions de tous ceux qui m'intéressaient en
Italie. On disait la même chose de _Lara_, qui, vous savez, fut écrite
au milieu des bals et des folies, et au retour des mascarades et des
_routs_[9], dans l'été des souverains. De tout ce que j'ai jamais écrit,
ces derniers ouvrages sont peut-être les plus négligemment composés; et
les fautes, quelles qu'elles soient, sont dues à l'incurie, et non au
travail. Je ne prétends pas que ce soit un mérite, mais c'est un fait.

»Tout à vous à jamais et de cœur,

N. B.

»_P. S._ Vous voyez le grand avantage de ma nouvelle signature:--elle
peut être prise pour _Nota bene_ ou pour Noël Byron; et, par conséquent,
elle m'épargnera beaucoup de répétitions, soit dans les livres ou dans
les lettres que j'écrirai. Depuis que je suis ici, j'ai été invité à
bord de l'escadre américaine, et traité avec tous les honneurs et toutes
les cérémonies possibles. On m'a prié de poser pour mon portrait; et, à
l'instant où je m'en allais, une dame américaine me prit une rose (qui
m'avait été donnée le matin même par une fort jolie dame italienne),
parce que, disait-elle, «elle était résolue à envoyer ou emporter en
Amérique quelque souvenir qui vînt de moi.» Toutefois, ces hommages
américains ne naissent peut-être pas tant de l'admiration de ma poésie
que de mon dédain pour les Anglais,--en quoi j'ai la satisfaction de
cadrer avec les citoyens des États-Unis. J'aimerais mieux toutefois
recevoir un coup-d'œil d'un Américain, qu'une tabatière d'un empereur.»

[Note 9: Mot anglais (qu'on prononce _raout_) adopté maintenant dans
la société française, pour désigner les réunions extrêmement nombreuses.
(_Note du Trad._)]



LETTRE CCCCXCVIII.

A M. ELLICE.

Montenero, Leghorn, 12 juin 1822.

MON CHER ELLICE,

«Il y a long-tems que je ne vous ai écrit, mais je n'ai pas oublié votre
bonté, et je viens aujourd'hui la mettre à contribution,--non pas trop,
à ce que j'espère;--mais ne vous alarmez point, ce n'est pas un prêt,
mais une information que je vais solliciter. Vu l'étendue de vos
relations, personne ne peut avoir de meilleures occasions pour connaître
l'état réel de l'Amérique du Sud,--je veux dire du pays de Bolivar. J'ai
depuis plusieurs années le projet d'un établissement transatlantique; et
ce que je désirerais de vous, ce seraient quelques renseignemens sur la
meilleure voie à suivre, et quelques lettres de recommandation, au cas
que je m'embarquasse pour Angustura. On me dit que les terres dans ce
pays se vendent à très-bon marché; mais quoique je n'aie pas de grands
fonds disponibles à consacrer à de tels achats, cependant mon revenu
actuel est suffisant, dans quelque pays que ce soit (hormis
l'Angleterre), pour fournir à tous les besoins nécessaires de la vie, et
même à un abondant superflu. La guerre est maintenant terminée là-bas;
et comme je n'y vais pas pour spéculer, mais pour m'y établir sans
aucune autre vue que celle de l'indépendance, et de la jouissance
commune des droits civils, je présume que mon arrivée ne serait pas vue
avec déplaisir.

»Tout ce que je vous demande, c'est de ne point me _dé_courager ou
_en_courager, mais de me donner tous les renseignemens que vous jugerez
utiles et convenables. Je ne m'adresse pas sur ce point à mes autres
amis, qui ne feraient que jeter des obstacles dans ma route, et me
solliciteraient de revenir en Angleterre: ce que je ne ferai jamais, à
moins d'y être contraint par une cause insurmontable. J'ai une grande
quantité de meubles, de livres, etc., etc., que j'embarquerais aisément
à Leghorn; mais je désire «regarder avant de sauter» sur l'Atlantique.
Est-il vrai que pour quelques milliers de dollars on puisse avoir une
vaste étendue de terres? Je parle de l'Amérique du Sud, songez bien.
J'ai lu quelques ouvrages publiés sur ce sujet, mais ils m'ont paru
entachés de violence et d'esprit de parti. Ayez la bonté de m'adresser
ici votre réponse, et croyez-moi toujours et sincèrement votre,
etc,[10].»

[Note 10: La réponse de M. Ellice dissuada vivement Lord Byron de
son dessein. L'entière désorganisation du pays et de ses institutions,
qui ne permettra peut-être pas à la Colombie de recouvrer, même avant
plusieurs siècles, le degré d'industrie et de prospérité dont elle
jouissait sous les Espagnols, rendait ce pays, dans l'opinion de M.
Ellice, l'un des derniers où un homme désireux de la paix et du repos,
ou même de sa sécurité personnelle et de la sûreté de ses propriétés,
dût aller chercher un asile. Tant que Bolivar vivrait et maintiendrait
son autorité, on pouvait, disait M. Ellice, mettre toute confiance dans
son intégrité et sa fermeté; mais, à sa mort, s'ouvrirait une ère
nouvelle de combats et de désordres. (_Note de Moore_.)]

A cette époque, Lord Byron posa pour faire faire son portrait par M.
West, artiste américain, qui a lui-même donné, dans un de nos ouvrages
périodiques, les détails suivans sur le noble poète:--

«Au jour convenu, j'arrivai à deux heures, et commençai son portrait. Je
le trouvai un modèle incommode. Il parla tout le tems, et me fit une
multitude de questions sur l'Amérique;--me demanda jusqu'à quel point
j'aimais l'Italie, quelle opinion j'avais des Italiens, etc. Quand il
devint silencieux, il fut alors un modèle plus commode qu'auparavant,
car il prit une contenance qui ne lui était point propre, comme s'il eût
songé toutefois à un frontispice pour _Childe Harold_. Au bout d'environ
une heure, notre première séance fut terminée, et je retournai à
Leghorn, pouvant à peine me persuader que ce fût là ce hautain
misantrope dont le caractère avait toujours paru si enveloppé de
ténèbres et de mystère, car je ne me rappelle pas avoir jamais vu de
manières plus douces et plus attrayantes.

»Je revins le lendemain, et j'eus une autre séance d'une heure, durant
laquelle il sembla inquiet de savoir ce que deviendrait mon œuvre.
Tandis que je peignais, la fenêtre d'où la lumière me venait s'obscurcit
soudain, et j'entendis une voix s'écrier: _È troppo bello_! Je me
retournai, et je vis une belle femme qui se baissait pour regarder, le
sol extérieur étant de niveau avec le bas de la fenêtre. Ses longs
cheveux d'or tombaient sur son visage et ses épaules; son teint était
superbe, et son sourire complétait la tête la plus romantique que
j'eusse jamais vue, rehaussée surtout comme elle l'était par l'éclat du
soleil qui brillait par derrière. Lord Byron invita cette dame à entrer,
et me la présenta en me disant que c'était la comtesse Guiccioli. Il
semblait passionnément amoureux d'elle, et je fus charmé de la présence
de la comtesse, car l'air de plaisir que Lord Byron prit alors auprès
d'elle le rendait un meilleur modèle.

»Le lendemain, je fus content de voir que le progrès que j'avais fait
dans la ressemblance avait fait plaisir: car, lorsque nous fûmes seuls,
il me dit qu'il avait une faveur particulière à me demander,--la lui
accorderais-je? Je dis que je serais heureux de l'obliger, et il
m'engagea à la tâche flatteuse de peindre pour lui le portrait de la
comtesse Guiccioli. Je commençai ce second portrait, le matin suivant;
et, depuis, ils posèrent alternativement. Il me raconta toute
l'histoire de sa liaison avec la comtesse, et me dit qu'il espérait que
ce serait pour la vie; qu'en tout cas, ce ne serait pas sa faute s'il en
était autrement. Ses autres attachemens s'étaient brisés sans faute de
sa part.

»J'étais alors devenu assez familier avec lui pour répondre à la
question qu'il m'adressa sur l'opinion que j'avais de lui avant de
l'avoir vu. Il rit beaucoup de l'idée que je m'étais formée de lui, et
dit: «Eh bien! vous me trouvez comme tout le monde, n'est-ce pas?» Il me
répéta souvent depuis: «Ainsi, vous m'aviez cru un tout autre homme,
n'est-ce pas?» Je me souviens de lui avoir dit un jour que nonobstant sa
vivacité, je croyais exacte au moins une de mes conjectures sur lui, car
je pensais toujours qu'il n'était pas un homme heureux. Il eût hâte de
savoir quelle raison j'avais pour penser ainsi, et je lui demandai s'il
n'avait jamais observé que les petits enfans, après un accès de chagrin,
avaient par intervalles une espèce de manière convulsive et tremblante
de tirer une longue aspiration. Toutes les fois que j'avais observé ce
phénomène chez une personne, quel que fût son âge, j'avais toujours
trouvé que la cause en était le chagrin. Il me dit que l'idée était
nouvelle pour lui, et qu'il en profiterait.

»Lord Byron, avec toute sa société, quitta Villa Rossa (nom de sa
maison) au bout de quelques jours, pour emballer ses affaires dans sa
maison de Pise. Il me dit qu'il resterait quelques jours dans cette
ville, et me pria, si j'avais encore quelque chose à faire aux
portraits, d'y venir, et d'y rester avec lui. Il semblait embarrassé de
savoir où il irait, et se préparait, je crois, à s'embarquer pour
l'Amérique. Je restai avec lui à Pise pendant peu de jours, car il était
si tracassé par la police, et le tems était si chaud, que je doutai de
pouvoir donner un dernier coup aux portraits; et partant un matin avant
qu'il ne fût levé, je lui écrivis de Leghorn un mot d'excuse. Somme
toute, je le quittai avec l'intime conviction qu'il possédait un
excellent cœur, qu'on avait méconnu partout à cause d'une légèreté de
mœurs qu'il s'était complu, par une vanité bizarre, à opposer à celles
des autres.»



LETTRE CCCCXCIX.

A M. MURRAY.

Pise, 6 juillet 1822.

«Je vous renvoie la seconde épreuve. J'ai adouci le passage que Gifford
avait blâmé, et changé le nom de Michel en celui de Raphaël, ange de
plus douces inclinations. A propos, n'oubliez pas de changer Michel en
Raphaël dans toute la scène, car je n'ai eu le tems de faire ce
changement que dans la liste des _dramatis personœ_; et raturez tous ces
passages crayonnés, pour éviter d'intriguer les imprimeurs. J'ai donné
la _Vision de Quevedo Redivivus_ à John Hunt, ce qui vous tirera
d'embarras. Il la publiera à ses risques et périls, vu que c'est à son
vif désir. Donnez-lui la copie corrigée que M. Kinnaird avait, attendu
qu'elle est mitigée en partie, et la préface aussi.»



LETTRE D.

A M. MURRAY.

Pise, 8 juillet 1822.

«Je vous ai renvoyé la semaine dernière le paquet des épreuves. Vous
ferez bien peut-être de ne pas publier dans le même volume les _Vers sur
le Pô_, et la traduction de l'épisode de _Françoise de Rimini_.

»J'ai cédé à M. John Hunt _la Vision du Jugement_, que vous voudrez bien
lui remettre; plus le chant de Pulci, texte et traduction, et tous mes
morceaux de prose: car M. Leigh Hunt est arrivé ici, et songe à
commencer un ouvrage périodique, auquel je contribuerai. Je ne vous
propose pas d'en être l'éditeur, parce que je sais que vous n'êtes pas
bons amis; mais tout ce que vous avez, excepté le volume actuellement
sous presse et le manuscrit acheté à M. Moore, peut être donné dans ce
but.

»Quant à ce que vous dites de votre «manque de mémoire,» je ne puis que
remarquer que vous avez inséré la note de _Marino Faliero_ malgré ma
révocation positive, et que vous avez omis la _Dédicace de Sardanapale_
à Goëthe (placez-la à la tète du volume sous presse); ce sont deux
fautes qui ne m'ont point été agréables, et je ne voudrais pas que de
pareilles négligences se renouvelassent à l'avenir, attendu qu'on peut
les éviter avec un peu de soin, ou un simple _memorandum_ dans votre
portefeuille.

»Il n'est pas impossible que j'aie trois ou quatre chants de _Don Juan_
prêts pour l'automne, ou un peu plus tard, vu que j'ai obtenu de ma
souveraine la permission de continuer le poème,--pourvu toutefois qu'il
soit plus décent et plus sentimental dans la continuation que dans le
début. Vous verrez bientôt comment ces conditions ont été remplies.
Répondez-moi quand il vous plaira.

»Tout à vous, etc.»



LETTRE DI.

A M. MOORE.

Pise, 12 juillet 1822.

«Je vous ai écrit dernièrement, mais non en réponse à votre dernière
lettre d'il y a environ quinze jours. Je désire savoir (et je vous prie
de me répondre sur ce point) ce que sont devenues les stances à
Wellington (destinées à ouvrir un chant de _Don Juan_), que je vous ai
envoyées il y a plusieurs mois. Si elles sont tombées dans les mains de
Murray, lui et les torys les supprimeront, attendu que ces vers
apprécient ce héros à sa juste valeur. Expliquez-vous, je vous prie, sur
ce point, vu que je n'ai point de copie, et que je vous ai envoyé le
manuscrit original; et si vous avez encore ces vers, renvoyez-les moi,
ou du moins donnez m'en une copie correcte...........................
.....................................................................

»J'ai souscrit à Leghorn pour deux cents couronnes toscanes, en faveur
de votre comité irlandais; c'est environ mille francs: je ne sais si
c'est plus ou moins. Comme sir C. S***, qui reçoit par an treize mille
livres sterling du trésor public, n'a pu prélever que mille livres
tournois sur son énorme salaire, on attribuerait à ostentation à un
simple particulier de prétendre le surpasser; et par conséquent, je ne
vous ai envoyé que la somme susdite, comme vous verrez par le reçu
ci-inclus[11].

[Note 11: «Reçu de M. Henri Dunn la somme de deux cents couronnes
toscanes (pour le compte du très-honorable Lord Noël Byron), à l'effet
d'assister les pauvres irlandais.

THOMAS HALL.

Leghorn, 9 juillet 1822. Couronnes toscanes, 200.»]

»Leigh Hunt est ici après un voyage de huit mois, durant lesquels il a,
je présume, accompli le périple du Carthaginois Hannon, et avec autant
de célérité. Il est en train de fonder un journal, auquel j'ai promis de
contribuer; et dans le premier numéro, _la Vision du jugement, par
Quevedo Redivivus_, paraîtra probablement avec d'autres articles.

»Pouvez-vous nous donner quelque chose? Hunt semble enthousiasmé de
l'entreprise, mais (entre nous) je ne le suis pas. Je ne veux pas
néanmoins le décourager en lui disant mon sentiment, car il est bilieux
et mal portant: Répondez, je vous prie, sur-le-champ à cette lettre-ci.

»Envoyez à Hunt, pour lui donner une bonne excitation, tout ce qu'il
vous plaira de votre prose,--ou de vos productions lyriques.

»Votre comité de mangeurs de pommes de terre n'a-t-il pas fait une
bévue! Votre avertissement dit que M. L. Callaghan (drôle de nom pour un
banquier) a disposé des fonds en Irlande «sans l'autorité du comité.» Je
suppose que cela finira par un cartel de Callaghan au comité, dont le
président, sans doute, porte des pistolets dans sa poche.

»Quand vous aurez un instant où vous n'ayez pas à chanter, à coqueter ou
riboter avec vos Hiberniens[12] de l'un et l'autre sexe, écrivez-moi une
ligne. Je doute que Paris soit un bon endroit pour la composition de
votre nouvelle poésie.»

[Note 12: Irlandais.--L'Irlande se nommait autrefois Hibernie.
(_Note du Trad._)]



LETTRE DII.

A M. MOORE.

Pise, 8 août 1822.

«Vous aurez maintenant appris que Shelley et un autre gentleman (le
capitaine Williams) se sont noyés, il y a environ un mois (il y a eu un
mois hier), par un coup de vent, à la hauteur du golfe de Spezia. Ainsi,
voilà encore un homme trépassé, que la malveillance, l'ignorance et la
brutalité du monde avaient méconnu. On lui rendra peut-être justice,
aujourd'hui qu'il n'en sera pas plus heureux.

»Je n'ai pas vu l'ouvrage que vous mentionnez[13], n'en ai entendu
parler que par hasard, et n'ai nulle envie de le voir. Le prix en est,
comme je l'ai vu dans des prospectus, de quatorze schelings, ce qui
serait beaucoup trop payer pour un libelle sur soi-même. Quelqu'un me
dit dans une lettre que c'est l'ouvrage d'un docteur Watkins, qui fait
dans la biographie et le libelle.
................................................

[Note 13: Livre qui venait de paraître sous le titre de _Mémoires du
très-honorable Lord Byron_. (_Note de Moore_.)]

»Si vous pensez que j'aie quelque chose à faire à propos du livre de
Watkins, je ne répugnerais pas beaucoup à publier aujourd'hui mes
_Mémoires_, en cas que cette publication fût nécessaire pour
contrecarrer le faussaire. Mais en ce cas, j'aimerais à surveiller
moi-même l'impression. Faites-moi savoir ce que vous pensez, ou
dites-moi s'il ne vaut pas mieux ne pas publier ces _Mémoires_,--du
moins la seconde partie qui touche de près des intérêts encore vivans.

»J'ai écrit trois nouveaux chants de _Don Juan_, et je suis sur le point
d'en commencer un autre (le neuvième). La raison pour laquelle je
réclame les stances que je vous avais envoyées, est que ces chants
contenant une description détaillée (comme celle de la tempête dans le
chant second) du siége et de l'assaut d'Ismaïl, avec force sarcasmes sur
ces bouchers en gros, et sur votre soldatesque mercenaire, c'est une
bonne occasion d'orner le poème de.....[14] Avec de telles choses et de
tels hommes, il est nécessaire, dans la lutte actuelle de la philosophie
et de la tyrannie, de jeter au loin le fourreau. Je sais que c'est une
redoutable querelle; mais le combat doit être engagé, et il sera
peut-être, utile au genre humain, quel qu'en puisse être le résultat
pour l'individu qui se risque........................................
.....................................................

»Tout à vous, etc.»

[Note 14: Suppression de Moore.]



LETTRE DIII.

A M. MOORE.

Pise, 27 août 1822.

«Je vous fatigue, en vous occupant «d'une si frivole bagatelle;» mais il
faut avouer que je serais charmé de m'informer par votre intermède si ma
souscription irlandaise est parvenue de Leghorn au comité de Paris. Mes
raisons, comme celles de Vellum, «sont au nombre de trois.»
Premièrement, je révoque en doute l'exactitude de tous les quêteurs, ou
correspondans d'une caisse de bienfaisance; secondement, je soupçonne
que ledit comité, composé de torys, a été capable de ne pas admettre
dans sa liste le nom d'un adversaire politique; et troisièmement, j'ai
le pressentiment que je serai un jour plaisanté par les scribes du
gouvernement pour avoir professé l'amour de l'Irlande, et ne m'être pas
joint aux autres pour la secourir dans sa détresse.

»Ce n'est pas, comme vous pourriez le penser, que je sois ambitieux de
voir mon nom dans les journaux, vu que je puis avoir cette satisfaction
gratis, tel jour de la semaine que ce soit. Tout ce que je désire, c'est
de savoir si le révérend Thomas Hall a remis ou non ma souscription (200
_scudi_ de Toscane, ou environ mille francs) au comité de Paris.

»L'autre jour, à Viareggio, je jugeai à propos de nager jusqu'à mon
schooner (_le Bolivar_) qui tenait le large, puis de renager de là au
rivage,--environ trois milles ou plus en tout. Comme c'était à midi,
sous un soleil brûlant, il en est résulté que j'ai eu un accès de
fièvre, et que toute ma peau s'en est allée, après avoir présenté
l'effet d'un vaste vésicatoire, soulevé par l'action combinée du soleil
et de la mer. J'ai souffert beaucoup, ne pouvant me coucher ni sur le
dos ni sur le côté, car mes épaules et mes bras avaient été également
saint-barthélemisés. Mais c'est fini;--j'ai recouvré une nouvelle peau,
et je suis aussi brillant qu'un serpent dans sa nouvelle robe.

»Nous avons brûlé les corps de Shelley et de Williams sur le bord de la
mer, pour les mettre à même d'être transportés et régulièrement
enterrés. Vous ne pourrez vous figurer quel effet étrange produit cette
combustion funéraire, sur un rivage isolé, avec les montagnes par
derrière et la mer par devant, et la singulière apparence que le sel et
l'encens donnaient à la flamme. Tout le corps de Shelley a été consumé,
excepté son cœur, qui est maintenant conservé dans l'esprit-de-vin.

»Votre vieille connaissance Londonderry est paisiblement mort à North
Cray! et le vertueux de Witt fut mis en pièces par la populace! Quel
heureux coquin l'Irlandais a été dans sa vie et à sa fin[15].

[Note 15: Il est évident que les détails de l'événement n'étaient
pas encore parvenus à Lord Byron. (_Note de Moore_.)]

»Leigh Hunt est en train de suer des articles pour son nouveau journal;
lui et moi, nous vous trouvons tant soit peu gredin de ne pas y
contribuer. Voulez-vous devenir un des co-propriétaires? Je vous prie de
réfléchir deux fois avant de répondre négativement ...................
...................
..................................................

»Tout à vous, etc.

»Ce *** Galignani a environ dix mensonges dans un paragraphe. Ce n'est
pas une Bible qu'on a trouvée dans la poche de Shelley, mais les poésies
de John Keats. Toutefois, ce n'eût pas été chose étrange, car il était
grand admirateur de l'Écriture comme composition littéraire. Je n'ai pas
envoyé mon buste à l'académie de New-Yorck; mais j'ai posé pour me faire
peindre par le jeune West, artiste américain, que quelques membres de
cette académie avaient prié de faire mon portrait,--pour l'académie, je
crois.

»J'ai pensé, et je pense encore à l'Amérique du Sud, mais j'hésite entre
elle et la Grèce. Je serais allé, depuis long-tems, dans l'une ou
l'autre de ces contrées, sans ma liaison avec la comtesse Guiccioli; car
l'amour, dans ce tems, est peu compatible avec la gloire. Elle aurait
été charmée de me suivre; mais je ne veux pas l'exposer à un long
voyage, et à une résidence dans un pays non encore assis, où je prendrai
probablement un parti quelconque.»

Peu de tems après avoir écrit les lettres ci-dessus, Lord Byron se
retira à Gênes, où il avait pris une maison, nommée la Villa Saluzzo, à
Albaro, l'un des faubourgs de cette ville. Depuis l'époque de sa
malheureuse querelle avec le sergent-major, sa tranquillité, à Pise,
avait été considérablement détruite, tant par les enquêtes judiciaires
qui suivirent cet événement, que par les sinistres rumeurs et les
nombreux soupçons qui en naquirent. Quoique le blessé se fût rétabli;
tous ses amis jurèrent de se venger avec le poignard; et la sensation
qui résulta de l'affaire et de ses diverses conséquences fut douloureuse
et alarmante,--surtout pour Mme Guiccioli, d'après la situation où se
trouvait sa famille par suite des événemens politiques. De plus, tandis
que l'impression de cette affaire était encore récente, il survint une
autre circonstance, qui, comparativement peu importante, eut cependant
le funeste effet d'attirer encore l'attention des Toscans sur leurs
nouveaux visiteurs. Durant la courte visite de Lord Byron à Leghorn, un
domestique suisse de sa maison s'étant querellé, je ne sais à quelle
occasion, avec le frère de Mme Guiccioli, tira son couteau contre le
jeune comte, et le blessa légèrement à la joue. Cette querelle, survenue
si tôt après l'autre, excita aussi tant de curiosité et de bavardage,
que le gouvernement toscan, dans son horreur extrême pour la moindre
apparence de bruit, se crut appelé à intervenir; et conséquemment, ordre
fut donné que, dans quatre jours, les deux comtes Gamba, père et fils,
partiraient de la Toscane. Cette décision fut extrêmement désagréable et
irritante pour Lord Byron; une des conditions du divorce de la Guiccioli
étant que cette dame habiterait dorénavant sous le même toit que son
père. Après avoir balancé entre divers projets,--pensant tantôt à
Genève, tantôt, comme nous l'avons vu, à l'Amérique du Sud,--il se
décida enfin, pour le moment, à transférer sa résidence à Gênes.

Son genre de vie, durant son séjour à Pise, n'avait différé que fort
peu--(sauf la nouvelle espèce de société où l'avaient engagé ses
relations avec les amis de Shelley)--de la routine habituelle et
monotone, suivant laquelle, chose si singulière pour un homme d'un
caractère si remuant, le cours quotidien de son existence coulait depuis
plusieurs années. Il déjeunait ordinairement à deux heures; et à trois,
ou même à quatre, lorsque les jours devinrent plus longs, les personnes
qui avaient l'habitude de l'accompagner dans ses promenades équestres,
venaient le voir. Ce n'était quelquefois qu'après une partie de billard
qu'il sortait,--d'abord en carrosse, afin d'éviter les
spectateurs,--jusqu'aux portes de la ville, où ses chevaux
l'attendaient. La route qu'il choisit d'abord pour ces promenades fut
dans la direction de la forêt de pins qui regarde la mer; mais ayant
trouvé un endroit plus convenable pour le tir du pistolet, sur le chemin
qui mène de la Porta alla Spiaggia à l'est de la ville, il prit tous les
jours cette direction durant le reste de son séjour. Une fois arrivés à
une ferme, dans le jardin de laquelle ils avaient la permission d'élever
leur but, ses amis et lui descendaient de cheval; et après avoir
consacré environ une demi-heure à essayer leur adresse au pistolet, ils
s'en retournaient à la ville, un peu avant le coucher du soleil.

«Lord Byron, dit un ami qui était quelquefois présent à cet exercice,
était le meilleur tireur. Shelley, Williams et Trelawney tiraient
souvent d'aussi bons coups que lui,--mais ils n'étaient pas aussi sûrs.
Lui, quoique sa main tremblât violemment, ne manquait jamais, car il
calculait l'effet de cette oscillation, et ne comptait que sur son
coup-d'œil. Une fois, après avoir démoli son but, il dressa une canne
mince, dont la couleur, à-peu-près la même que celle du gravier où elle
était plantée, aurait fort bien pu le tromper, et il la partagea à vingt
pas avec sa balle. Grande était sa joie après un bon coup, grande sa
vexation après un échec;--et quand nous le revoyions à son retour, sa
froide salutation ou son joyeux rire nous racontaient le succès de la
journée.»

Pour la première fois, depuis son arrivée en Italie, il se trouva tenté
de donner de grands dîners. Ses hôtes étaient, outre le comte Gamba et
Shelley, M. Williams, le capitaine Medwin, M. Taafé et M. Trelawney;--et
«jamais, comme son ami Shelley le disait, Byron ne se montra mieux à son
avantage que dans ces occasions. A-la-fois poli et cordial, plein d'une
gaîté liante et d'une bonne humeur parfaite, il ne se laissait jamais
entraîner à une hilarité disgracieuse, et cependant conservait son
animation durant toute la soirée.» Aux environs de minuit, ses convives
le quittaient généralement, à l'exception du capitaine Medwin, qui avait
coutume de rester, à ce que je vois, à parler et à boire avec son noble
hôte jusqu'au matin; et c'est aux confidences insouciantes et à demi
trompeuses de ces séances nocturnes, confidences négligemment écoutées
et confusément retracées au souvenir, que nous devons le volume dont le
capitaine Medwin a favorisé le monde, peu de tems après la mort du noble
poète.

Au sujet de cette liaison et de toutes celles formées par Lord Byron,
non-seulement à l'époque dont nous parlons, mais durant sa vie entière,
il serait difficile d'avancer rien de plus judicieux, rien qui prouve
mieux une véritable connaissance du caractère de Byron, que les
remarques suivantes d'une femme qui l'a étudié de tout son cœur,--qui a
appris à le regarder avec les yeux de la raison comme avec ceux de
l'affection, et dont le solide amour était fondé sur la base la plus
sûre pour lui et pour elle,--sur le talent de le comprendre[16].

«[17]A Pise, nous continuâmes encore avec plus de rigueur à vivre loin
de la société. Mais comme il y avait à Pise beaucoup d'Anglais, Byron ne
put s'excuser de faire connaissance avec divers amis de Shelley, et
entre autres avec M. Medwin. Ils le suivaient dans ses courses à cheval,
dînaient avec lui, et certes s'estimaient heureux de l'intimité
apparente que leur accordait un homme si supérieur. Mais aucun d'eux ne
fut admis dans son amitié qu'il n'accordait pas aisément. Il avait de
l'affection pour Shelley, et beaucoup d'estime pour son caractère et
pour son talent, mais il n'était pas son ami dans toute l'étendue du
sens qu'on doit donner au mot amitié. Quelquefois il parlait de ses amis
et de l'amitié, comme de l'amour et de tout autre noble sentiment de
l'ame, de manière à faire naître des doutes sur ses véritables sentimens
et sur la bonté de son cœur. L'impression du moment dictait ses
discours; et d'ailleurs il aimait à paraître un personnage bizarre;--et
quelquefois même pis que cela,--surtout à ceux à qui il supposait
l'intention d'étudier et de découvrir son caractère. Mais la ruse ne
pouvait tromper qu'un esprit inférieur et un observateur superficiel. Il
fallait examiner ses actions pour sentir toute la contradiction qu'il
mettait entre elles et ses discours; il fallait le voir dans certains
momens où, par une émotion imprévue et plus forte que sa volonté, son
ame s'abandonnait entièrement à elle-même;--il fallait le voir alors
pour découvrir les trésors de sensibilité et de bonté qui étaient dans
cette ame magnanime.

[Note 16: «Mon pauvre Zimmermann, qui te comprendra maintenant?»
Telles furent les touchantes paroles adressées à Zimmermann par sa femme
mourante, et ce peu de mots renferme tout ce qu'un homme d'une
sensibilité maladive doit attendre de la tendresse et de l'abnégation
tolérante de la femme avec laquelle il est uni. (_Note de Moore_.)]

[Note 17: In Pisa abbiamo continuato anche più rigorosamente a
vivere lontano dalla società. Essendosi però in Pisa molti Inglesi, egli
non potè scusarsi dal fare la conoscenza di varii amici di Shelley, fra
i quali uno fu M. Medwin. Essi lo seguitavano al passaggio, pranzavano
con lui, e certamente si tenevano felici della apparente intimità che
loro accordavà un uomo così superiore. Ma nessuno di loro fu ammesso mai
a porta della sua amicizia, che egli non era facile a accordare. Per
Shelley, egli aveva dell' affezione, e molta stima pel suo carattere e
pel suo talento, ma non era suo amico nell' estensione del senso che si
deve dare alla parola amicizia. Talvolta parlando egli de' suoi amici, e
dell' amicizia, come pure dell' amore, e di ogni altro nobile sentimento
dell' anima, potevano i suoi discorsi far nascere dei dubbii sui veri
suoi sentimenti, e sulla bontà del suo cuore. Una impressione momentanea
regolava i suoi discorsi; e di più egli amava anche a rappresentare un
personnaggio bizarro, e qualche volta anche peggio,--specialmente con
quelli che egli pensava volessero studiare e fare delle scoperte sul suo
carattere. Ma nell'inganno non poteva cadere che una piccola mente, e un
osservatore superficiale. Bisognava esaminare le sue azioni per sentire
tutta la contradizzione che era fra di esse e i suoi discorsi; bisognava
vederlo in certi momenti in cui per una emozione improvvisa e più forte
della sua volontà, la sua anima si abbandonava interamente a se stessa,
bisognava vederlo allora per scoprire i tesori di sensibilità e di bontà
che erano in quella nobile anima.

Fra le tante volte che io l'ho veduto in simili circostanze, ne
ricorderò una che risguarda i suoi sentimenti di amicizia. Pochi giorni
prima di lasciare Pisa, eravamo verso sera insieme seduti nel giardino
del palazzo Lanfranchi. Una dolce malinconia era sparsa sul suo viso.
Egli riandava col pensiero gli avvenimenti della sua vita, e faceva il
confronto colla attuale sua situazione, e quella che avrebbe potuta
essere se la sua affezione per me non lo avesse fatto restare in Italia;
e diceva cose che avrebbero resa per me la terra un paradiso, si già
sino d'allora il pressentimento di perdere tanta felicità non mi avesse
tormentata. In questo mentre, un domestico annonciò M. Hobhouse. La
leggiera tinta di malinconia sparsa sul viso di Byron fece luogo
subitamente alla più viva gioja; ma essa fu così forte che gli tolse
quasi le forze. Un pallore commovente ricoperse il suo volto, et
nell'abbracciare il suo amico, i suoi occhi erano pieni di lacrime di
contento. E l'emozione fu così forte, che egli fu obligato di sedersi,
sentendosi mancare le forze.

La venuta pure di lord Clare fu per lui un'epoca di grande felicità.
Egli amava sommamente lord Clare;--egli era così felice in quel breve
tempo che passò presso di lui a Livorno, e il giorno in cui si
separarono fu un giorno di grande tristezza per Lord Byron. «Io ho il
pressentimento che non lo vedrò più,» diceva egli; e i suoi occhi si
riempironò di lacrime; e in questo stato l'ho veduto per vari settimane
dopo la partenza di lord Clare, ogni qual volta il discorso cadeva sopra
di codesto amico.]

«Parmi les circonstances nombreuses où je l'ai vu ainsi à découvert,
j'en rappellerai une qui regarde ses sentimens d'amitié. Peu de jours
avant de quitter Pise, nous étions assis un soir dans le jardin du
palais Lanfranchi. Une douce mélancolie était peinte sur son visage. Il
repassait dans son esprit les événemens de sa vie, et les comparait avec
sa situation actuelle, et avec celle où il aurait pu être, si son
affection pour moi ne l'eût pas fait rester en Italie; il me disait des
choses qui auraient fait de la terre un paradis pour moi, si je n'eusse
pas dès-lors été tourmentée par le pressentiment de perdre une si grande
félicité. En ce moment, un domestique annonça M. Hobhouse. La légère
teinte de mélancolie répandue sur le visage de Byron, fit soudain place
à la plus vive joie; mais cette joie fut telle qu'elle lui ôta presque
ses forces. Une pâleur effrayante couvrit son visage, et, en embrassant
son ami, il eut les yeux remplis de larmes de plaisir. L'émotion fut si
violente, qu'il fut obligé de s'asseoir, sentant ses forces défaillir.

«La venue de lord Clare fut aussi pour lui une époque de grande
félicité. Il aimait extrêmement lord Clare;--combien il fut heureux
durant le court espace de tems qu'il passa près de lui à Livourne! et le
jour où ils se séparèrent fut un jour de grande tristesse pour Lord
Byron. «J'ai, disait-il, le pressentiment que je ne le verrai plus;» et
ses yeux se remplirent de larmes; et je l'ai vu dans cet état, pendant
plusieurs semaines, après le départ de lord Clare, toutes les fois que
la conversation tombait sur cet ami».

La même dame rend compte des sentimens de Byron, à la mort de sa fille
Allégra, dans les termes suivans: «--A l'occasion de la mort de sa fille
naturelle, j'ai vu dans sa douleur tout ce qu'il y a de plus profond
dans la tendresse paternelle. Sa conduite envers cet enfant avait
toujours été celle du père le plus aimant; mais, d'après ses paroles, on
n'aurait pas jugé qu'il eût tant d'affection pour sa fille. A la
première nouvelle de la maladie d'Allégra, il fut extrêmement agité;
puis arriva la nouvelle de la mort, et je dus remplir le triste devoir
de la communiquer à Lord Byron. Ce terrible moment restera toujours
gravé dans ma mémoire. Depuis plusieurs jours, il ne sortait plus le
soir; je me rendis donc auprès de lui. La première demande qu'il me fit
fut relative au courrier qu'il avait expédié pour avoir des nouvelles de
sa fille, et dont le retard l'inquiétait. Après un court moment de
silence, avec tout l'art que put me suggérer ma propre douleur, je lui
ôtai tout espoir de guérison pour sa fille. «J'ai compris,
dit-il,--c'est assez, n'en dites pas davantage,»--et une pâleur mortelle
s'empara de son visage; ses forces l'abandonnèrent, et il tomba sur un
siége. Son regard devint fixe, et me fit trembler pour sa raison. Lord
Byron resta une heure dans cet état; et aucune des paroles de
consolation que je pus lui adresser, ne paraissait pas plus pénétrer
dans ses oreilles que dans son cœur. Mais en voilà assez sur ce triste
épisode, sur lequel je ne puis m'arrêter après tant d'années, sans
réveiller de nouveau dans mon ame les terribles souffrances de ce jour.
Le lendemain matin je trouvai Lord Byron tranquille, et avec une
expression de résignation religieuse sur le visage. «Elle est plus
heureuse que nous, dit-il,--d'ailleurs sa situation dans le monde ne lui
aurait peut-être pas donné le bonheur. Dieu l'a voulu ainsi;--n'en
parlons plus». Et, depuis ce jour, il n'a plus voulu prononcer le nom de
cette petite fille. Mais il devint plus inquiet sur le compte d'Ada, au
point de se tourmenter quand il y avait quelque retard dans l'arrivée
des notes qu'on lui envoyait régulièrement sur elle[18].»

[Note 18: Nel occasione pure de morte della sua figlia naturale, io
ho veduto nel suo dolore tuttociò che vi è di più profondo nella
tenerezza paterna. La sua condotta verso di codesta fanciulla era stata
sempre quella del padre il più amoroso; ma dalle di lui parole non si
sarebbe giudicato che avesse tanta affezione per lei. Alla prima notizia
della di lei malattia, egli fu sommamente agitato; giunse poi la notizia
della morte, ed io dovetti esercitare il tristo uficio di participarla a
Lord Byron. Quel sensibile momento sarà indelebile nella mia memoria.
Egli non usciva da varii giorni la sera: io andai dunque da lui. La
prima domanda che egli mi fece fu relativa al corriere che egli aveva
spedito per avere notizie della sua figlia, e di cui il ritardo lo
inquietava. Dopo qualche momento di sospenzione, con tutta l'arte che
sapeva suggerirmi il mio proprio dolore, gli tolsi ogni speranza della
guarigione della fanciulla. «Ho inteso, disse egli,--basta così;--non
dite di più,»--e un pallore mortale si sparse sul suo volto; le forze
gli mancarono, e cadde sopra una sedia d'appoggio. Il suo sguardo era
fisso, e tale che mi fece temere per la sua ragione. Egli rimase in
quello stato d'immobilità un'ora; e nessuna parola di consolazione che
io potessi indirizzargli pareva penetrare le sue orecchie non che il suo
cuore. Ma basta così di questa trista detenzione, nella quale non posso
fermarmi dopo tanti anni senza risvegliare di nuovo nel mio animo le
terribili sofferenze di quel giorno. La mattina lo trovai tranquillo, e
con una espressione di religiosa rassegnazione nel suo volto. «Ella è
più felice di noi, diss'egli,--d'altronde la sua situazione nel mondo
non le avrebbe data forse felicità. Dio ha voluto così,--non ne parliamo
più.» E da quel giorno in poi non ha più voluto proferire il nome di
quella fanciulla. Ma è divenuto più pensieroso parlando di Ada, al punto
di tormentarsi quando gli ritardavano di qualche ordinario le di lei
notizie.]

La triste mort du pauvre Shelley, survenue, comme nous l'avons vu, à
cette même époque, semble avoir inspiré à Lord Byron moins de chagrin
pour la perte présente de son ami, que d'indignation contre ceux qui,
durant sa vie, l'avaient si grossièrement méconnu; et certes il n'y eut
jamais de cas où l'absence présumée de toute religion chez un individu
pût être si vivement alléguée comme une excuse pour l'absence complète
de vérité et de charité dans le jugement des hommes sur lui. Quoique je
n'aie jamais connu personnellement M. Shelley, je me joins volontiers à
ceux qui l'aimèrent le plus, pour admirer les qualités variées de son
cœur et de son génie, et déplorer la trop prompte destinée qui nous a
ravi les fruits de la maturité de l'un et de l'autre. Sa courte vie a
été, comme sa poésie, une sorte de rêve brillant et trompeur, fausse
dans les principes généraux d'après lesquels elle se réglait, quoique
belle et intéressante dans la plupart de ses détails. S'il eût vécu
assez long-tems pour que l'éclat surabondant de son imagination eût été
tempéré par le jugement, qui, chez lui, était encore en réserve, le
monde entier eût appris à lui rendre ce haut tribut d'hommages, qui ne
peut lui être accordé aujourd'hui que par ceux qui ont vu de quoi il
était capable.

Ce fut vers cette époque que M. Cowell, rendant une visite à Lord Byron,
à Gênes, apprit de lui que quelques amis de M. Shelley, étant assis
ensemble un soir, avaient vu distinctement, à ce qu'il leur semblait, ce
gentleman entrer dans un petit bois à Lerici, quand, au même moment,
comme ils le surent ensuite, il était fort loin de là, dans une
direction tout-à-fait différente. «Ceci, ajouta Lord Byron, à voix basse
et d'un ton solennel, arriva dix jours avant la mort du pauvre Shelley.»



LETTRE DIV.

A M. MURRAY.

Gênes, 9 octobre 1822.

...................................................

«J'ai été fort malade,--condamné au lit durant quatre jours, dans «la
pire des chambres de la pire des auberges» à Lerici, avec un rhume
violent, un mouvement bilieux, de la constipation, et je ne sais quoi
diable encore; point d'autre médecin qu'un jeune gars, qui, toutefois,
était doux et prudent, et c'est assez.

«Enfin je saisis le livre des _Prescriptions_ de Thompson (c'est un de
vos cadeaux), et je me médicamentai avec la première dose que j'y
trouvai; après avoir supporté les ravages de toutes sortes de
décoctions, je sautai au bas de mon lit le cinquième jour pour traverser
le golfe jusqu'à Sestri. La mer me ranima sur-le-champ; je mangeai le
poisson du marin, bus un gallon[19] de vin du pays, et me rendis à Gênes
le soir même de mon arrivée à Sestri: je me suis toujours depuis bien
porté, si ce n'est que je suis plus maigre, et que j'ai quelques quintes
de toux vers le soir.

«Je crains que le Journal ne soit une mauvaise affaire, et ne réussisse
pas; mais en ceci je me sacrifie à autrui,--je n'y puis avoir aucun
avantage. Je crois les frères Hunt honnêtes-gens; je suis sûr qu'ils
sont pauvres; ils n'ont ni sou ni maille. Ils me pressèrent de m'engager
dans cette entreprise, et dans une mauvaise heure j'y consentis. Mais je
ne m'en repentirai pas, si je puis leur rendre le moindre service. J'ai
fait tout ce que j'ai pu pour Leigh Hunt depuis qu'il est ici; mais
c'est presque inutile:--sa femme est malade, ses six enfans
intraitables, et, dans les affaires de ce bas monde, lui-même est un
enfant. La mort de Shelley les a totalement laissés à sec; et je n'ai pu
les voir dans un tel état, sans obéir aux sentimens ordinaires
d'humanité, et sans faire tout mon possible pour les remettre à flot.
......................................................

[Note 19: Mesure équivalente à environ quatre pintes. (_Note du
Trad._)]

»Tout à vous, etc.

»_P. S._ Me direz-vous une fois--si vous publiez _Werner_ et le
_Mystère_? Vous n'en parlez jamais.

»Ce maudit prospectus de M. J. Hunt passe les bornes. Je ne lui ai pas
prêté mon nom pour le faire ainsi colporter.

»Cependant je crois,--du moins, j'espère,--qu'après tout vous êtes au
fond un bon homme, et c'est d'après cette présomption que je vous écris
maintenant au sujet d'une pauvre femme du nom de Jossy, qui est ou fut,
dit-elle, au nombre de vos auteurs, et publia en 1816 un livre sur la
Suisse, sous le patronage «de la cour et du colonel Mac Mahon.» Mais il
paraît que ni la cour ni le colonel ne purent faire passer le prix
énorme «de trois livres sterling, treize schelings et six pence,» qui
alarma le trop susceptible public; bref, «le livre mourut,» et ce qui
est pire, le mari de la pauvre créature mourut aussi, et elle m'écrit
avec le cadavre du défunt devant les yeux; mais au lieu de s'adresser à
l'évêque ou à M. Wilberforce[20], elle a recours à moi, athée proscrit,
condamnable et brûlable. C'est assez étrange, mais la canaille anglaise,
qui me calomnie sur tous les points, réclame mon assistance dans la
détresse. J'ai reçu des milliers de lettres pareilles, et, autant que
j'ai pu, j'ai cherché à rendre le bien pour le mal, et à acheter pour un
scheling de salut tant que ma poche ne fut pas vide.

[Note 20: Célèbre philantrope, qui a surtout contribué à la
proscription légale de la traite des noirs. (_Note du Trad._)]

»Or, je suis disposé à faire ce que je puis pour cette malheureuse
personne; mais sa situation et ses désirs (déraisonnables, toutefois)
réclament plus que ne peut avancer un individu comme moi; car j'ai à
présent à satisfaire plusieurs réclamations du même genre, et des restes
de dettes à payer en Angleterre,--Dieu sait combien je paie ces
dernières à contre-cœur! Le Fonds Littéraire ne peut-il rien faire pour
elle? Par votre influence, qui est grande parmi les personnes pieuses,
j'ose dire qu'on peut faire une petite collecte. Pouvez-vous faire
publier un des livres de la dame? Prenez-la comme auteur à ma place,
aujourd'hui vacante parmi vos salariés; c'est une personne pieuse et
morale, elle fera honneur à vos tablettes. Mais, sérieusement, faites ce
que vous pourrez pour elle.»



LETTRE DV.

A M. MURRAY.

Gênes, 23 octobre 1822.

.............................

«Je vous renvoie la _Quarterly_, sans l'avoir coupée ni ouverte, non
par mépris ou dédain, ou brouillerie, mais c'est un genre de lecture que
j'ai abandonné depuis quelque tems, parce que je crois que les ouvrages
périodiques nuisent à l'esprit, en lui présentant la superficie de trop
d'objets à la fois. Je ne sache pas que ce numéro contienne quelque
article désagréable pour moi;--cela peut être; je ne vous le renvoie
point parce qu'il y a peut-être un article auquel vous faisiez allusion
dans une de vos dernières lettres, mais parce que j'ai cessé de lire
cette sorte d'ouvrages, et que je vous eusse également renvoyé tout
autre numéro.

...........................

»Tout à vous, etc.

»J'espère que vous avez un hiver plus doux que le nôtre. Nous avons eu
des inondations dignes du Pô, et le paratonnerre de ma maison a été
frappé (ou présumé l'avoir été) par un coup de tonnerre. J'étais si près
de la fenêtre, que j'ai été ébloui, et que mes yeux ont souffert
plusieurs minutes, et tout le monde dans la maison a senti une secousse
électrique au même moment. Mme Guiccioli a été effrayée, comme bien vous
pensez.

»J'ai depuis pensé que vos bigots m'auraient «bâté d'un jugement» (comme
Thwackum en bâta Square quand celui-ci mordit sa langue en parlant
métaphysique), s'il me fût survenu quelque accident. Ces gens-là
oublient toujours le Christ dans leur christianisme, et ce qu'il dit
quand «la tour de Siloam tomba.»

»C'est aujourd'hui le 9, et le 10 est l'anniversaire de la naissance de
ma fille Ada. J'ai commandé, comme régal, la côtelette de mouton et une
bouteille d'ale. Ma fille a, je crois, sept ans. Vous ai-je jamais conté
que le jour de mon anniversaire je dîne avec des œufs, du lard, et une
bouteille d'ale. Car, une fois par hasard, c'est là mon repas et ma
boisson de prédilection, mais comme ce régime m'est contraire, je n'en
use que dans les grands jubilés,--une fois en quatre ou cinq ans.

»Je vois qu'on représente les Hunt et Mrs. Shelley comme vivant dans ma
maison: c'est un mensonge. Ils demeurent à quelque distance, et je ne
les vois pas deux fois par mois. Je n'ai pas vu M. Hunt douze fois
depuis mon arrivée à Gênes ou aux environs.»



LETTRE DVI.

A M. MURRAY.

Gênes, 25 octobre 1822.

«Je vous ai renvoyé la _Quarterly_ sans la lire, résolu que je suis à ne
plus lire les articles, bons, mauvais ou indifférens, des ouvrages
périodiques: mais «qui peut gouverner la destinée?» Galignani, auquel
mes études anglaises sont bornées, a inséré au moins la moitié de
l'article dans l'infatigable compilation qui grippe nos sous chaque
semaine; et comme l'article «semblable à une mort honorable, est
survenu à l'improviste», je l'ai parcouru. Je dois dire, qu'au total
(c'est-à-dire, au total de la moitié que j'ai lue, car l'autre moitié
doit faire partie du _Galignani_ de la semaine prochaine), il est
extrêmement favorable. Comme je prends le bien en bonne part, je ne dois
ni ne veux chercher noise pour le mal. Ce que l'auteur dit de _Don Juan_
est dur, mais inévitable. Il est obligé de suivre ou du moins de ne pas
contrecarrer directement l'opinion d'un parti, qui domine sans être
néanmoins entièrement affermi. Une Revue peut diriger et détourner les
courans de l'opinion, mais non s'y opposer directement. _Don Juan_ sera
bientôt reconnu pour ce que j'ai voulu en faire,--pour une satire sur
les abus des sociétés de ce siècle, et non pour un éloge du vice. Il
peut être par fois voluptueux:--je n'en puis mais. Arioste est pire;
Smollett (voir lord Strutwell, dans le deuxième volume de _Roderick
Random_) dix fois pire, et Fielding ne vaut pas mieux. La jeune fille ne
se pervertira pas en lisant _Don Juan_: non, encore une fois, non; elle
recourra pour cela aux poèmes de Little et aux romans de Rousseau, ou
même à l'immaculée Mme de Staël. Voilà les auteurs qui l'exciteront, et
non pas _Don Juan_, qui rit de cela, et--et--de bien d'autres choses. Ne
vous inquiétez pas;--ça ira!
....................................................

»Or, voyez-vous ce que vous et vos amis avez fait par votre imprudente
brutalité?--Vous avez cimenté une sorte de liaison que vous vous
efforciez de prévenir, et qui, si les Hunt eussent prospéré, n'aurait
pas probablement continué. Maintenant je ne les quitterai pas dans leur
adversité, dussé-je sacrifier mon caractère, ma renommée, mon argent,
etc., etc.

»Je vous ai déjà expliqué mes premiers motifs (dans la lettre que vous
avez jugé à propos de montrer); ce sont les véritables, et j'y persiste;
je vous le dis, et l'ai dit à Leigh Hunt, quand il me questionna au
sujet de cette lettre. Il a été vivement choqué, et ne me pardonnera
jamais au fond; mais je n'en puis mais. Je n'eus jamais intention de
faire parade de mes sentimens; mais puisqu'il s'est décidé à me
questionner, je n'ai pu que répondre la pure vérité, et je déclare
n'avoir vu dans la lettre rien qui pût le choquer, à moins que je n'aie
dit qu'il était _une charge importune_, ce que je ne me rappelle pas. Si
leur journal avait réussi, et que j'en eusse aidé le succès, après avoir
été le pilote qui les eût mis en mer loin d'un bord dangereux, je les
aurais ensuite laissé continuer eux-mêmes une navigation prospère.
Maintenant je ne puis ni ne veux les abandonner parmi les écueils.

»Quant à une communauté de sentimens, de pensées ou d'opinions, entre
Leigh Hunt et moi, il n'y en a que peu ou même pas du tout. Nous nous
voyons rarement, presque jamais; mais je le crois un homme de bons
principes et de capacité. Je ne sais dans quel monde il a vécu: j'ai
vécu dans trois ou quatre; mais dans aucun qui ressemblât à ses John
Keats et à sa _terra incognita_, des kanguroos. Hélas! le pauvre
Shelley, comme il aurait ri s'il avait vécu! Comme nous avions coutume
de rire parfois de diverses choses qui sont sérieuses dans les
faubourgs!

»Vous vous êtes tous mépris sur le compte de Shelley. Vous ne savez pas
combien il était doux, tolérant, sociable, et que, dans un salon, il
avait aussi bon ton que qui que ce fût, quand il voulait et où il
voulait.

»J'ai idée de faire une course jusqu'à Naples (_solus_, ou tout au plus
_cum sola_) le printems prochain, et d'écrire, quand j'aurai étudié le
pays, un cinquième et un sixième chants de _Childe Harold_; mais ce
n'est qu'une idée pour le moment, et j'ai d'autres excursions et voyages
en tête.

»Tout à vous, etc.»

N. B.

«_P. S._ La famille Gamba, le père, la mère et la fille, habitent avec
moi, d'après la recommandation de M. Hill (le ministre), comme dans un
asile plus sûr que toute autre résidence contre les persécutions
politiques; mais ils occupent un corps-de-logis d'une vaste maison, et
moi l'autre, et nos demeures sont tout-à-fait séparées.

»Depuis que j'ai lu la _Quarterly_, je dois biffer, dans les six ou sept
derniers chants de _Don Juan_, deux ou trois passages où j'avais
légèrement frappé sur deux ou trois de vos auteurs; je ne veux pas
rendre le mal pour le bien. Ce que j'ai lu de l'article m'a beaucoup
plu.

»M. J. Hunt sera très-probablement l'éditeur des nouveaux chants: avec
quelle perspective de succès? je n'en sais rien, et peu m'importe en
tant que j'y suis intéressé: mais j'espère qu'il en tirera quelque
profit; car c'est un homme raide, brusque et consciencieux, et je
l'aime; il est tel que Prynne ou Pym ont pu être. Je ne vous en veux pas
d'avoir refusé les nouveaux chants.

»Avez-vous secouru Mme de Jossy, comme je vous en priais? Je lui ai
envoyé trois cents francs. Recommandez-la, voulez-vous, au Fonds
Littéraire ou dans vos cercles.»



LETTRE DVII.

A LADY ***.

Albaro, 10 novembre 1822.

...............................................

»Le chevalier a persisté à se déclarer un homme indignement maltraité,
et à vous peindre comme une Calypso au cœur froid, qui égare les gens
d'amoureuse disposition sans leur donner aucune sorte de compensation.
Pour ma part, je pense que vous avez tout-à-fait raison; et je vous
assure qu'une femme (dans la constitution actuelle de la société en
Angleterre), en accordant des avantages à un homme, peut espérer un
amant, mais trouve tôt ou tard un tyran; et ce n'est peut-être pas la
faute de l'homme, mais le résultat nécessaire et naturel des
circonstances sociales, qui, dans le fait, exercent également leur
tyrannie sur l'homme comme sur la femme, c'est-à-dire si l'un ou l'autre
a quelque sentiment et quelque honneur.

»Vous pouvez m'écrire à votre gré et suivant votre loisir. J'ai toujours
eu pour maxime, et j'ai vérifié par expérience, qu'un homme et une femme
contractent une amitié bien plus étroite qu'il n'en peut exister entre
deux personnes du même sexe; mais à la condition qu'ils ne se soient
jamais fait, ni ne se fassent jamais l'amour. Les amans peuvent être,
et, en vérité, sont ordinairement ennemis; mais ils ne peuvent jamais
être amis, parce qu'il y a toujours un levain de jalousie et un peu
d'égoïsme dans toutes leurs spéculations.

»En vérité, je regarde l'amour comme une sorte de transaction hostile,
nécessaire pour favoriser ou rompre des mariages, et pour faire aller le
monde; mais non comme une sinécure pour les parties intéressées.
....................................................

»Croyez-moi, etc.»



LETTRE DVIII.

A M. MOORE.

Gênes, 20 février 1823.

MON CHER TOM,

»Quant à Hunt, je le vois peu,--une fois par mois à-peu-près, et
toujours pour ses affaires. Vous pouvez facilement présumer que je
connais trop peu Hampstead et ses satellites pour avoir beaucoup de
communication ou de communauté d'idées avec lui. Toutes mes relations
actuelles avec lui sont nées du désastre inattendu de Shelley. Vous ne
voudriez pas que je l'eusse laissé dans la rue avec sa famille,
dites-moi? Et quant à l'autre plan que vous mentionnez, vous oubliez
combien Hunt eût été humilié par la supposition que ses écrits dussent
périr morts-nés[21]. Réfléchissez un moment: c'est peut-être l'homme le
plus vain du monde; du moins ses amis le disent à haute voix; et s'il
était dans une autre situation, je serais peut-être tenté de lui donner
un croc-en-jambe; mais non pas à présent,--car ce serait cruel. C'est
une maudite affaire; mais ni le motif, ni le moyen ne pèsent sur ma
conscience, et il se trouve que lui et son frère ont tiré une grande
utilité de la publication sous un point de vue pécuniaire. Son frère est
un homme ferme et hardi, tel que Prynne, par exemple, et plein de courage
moral, et même, dit-on, de courage physique.
..................................................

[Note 21: Je donnerai le passage de ma lettre, auquel Byron fait
allusion. (_Note de Moore_.)]

»Tout à vous à jamais.»

N. B.

Lord Byron, depuis quelque tems, avait, comme on peut le remarquer dans
ses lettres, commencé à s'imaginer que sa réputation en Angleterre était
sur son déclin. La même soif de la gloire, et la même sensibilité à tout
changement passager de la faveur populaire, qui jadis portèrent le Tasse
à finir par se regarder comme le plus dédaigné des écrivains[22],
avaient plus d'une fois disposé Lord Byron, au milieu de tous ses
triomphes, sinon à douter de leur réalité, du moins à ne pas croire à
leur continuation, et quelquefois même à voir, avec cette douloureuse
habileté que la sensibilité fait naître, un présage de chute à venir, ou
un symptôme de déclin dans les plus brillans hommages de succès.
Cependant, de nouveaux succès vinrent encore dissiper ces défiances, et
ce ne fut qu'après avoir formé cette malheureuse coalition avec M. Hunt
dans le _Libéral_, que Byron eut quelques motifs réels de soupçonner
qu'il avait décliné dans la faveur publique.

[Note 22: Ce poète dit dans une de ses lettres:--«Non posso negare
che io mi doglio oltramisura di esser tanto disprezzato dal mondo quanto
non è altro scrittore di questo secolo.»--Dans une autre lettre,
cependant, après s'être plaint d'être «perseguitato da molti più che non
era convenevole,» il ajoute, avec une orgueilleuse préscience de sa
renommée future: «La onde stimo di potermene ragionevolmente richiamare
alla posterità» (_Note de Moore_.)]

Les principales causes qui engagèrent Lord Byron dans cette indigne
alliance, furent d'abord le désir de seconder les vues bienveillantes de
son ami Shelley, en invitant M. Hunt à le joindre en Italie; puis, en
second lieu, le désir de profiter du secours d'un homme si expérimenté,
comme journaliste, dans le projet favori qu'il avait depuis si long-tems
entretenu, c'est-à-dire dans la publication d'un ouvrage périodique, où
les diverses productions de son génie seraient recueillies aussitôt
qu'elles auraient reçu le jour. Toutefois, avec les opinions qu'il avait
eues si long-tems sur le caractère et le talent de M. Hunt[23], on doit
reconnaître que la facilité avec laquelle il l'admit,--non certes au
moindre degré de confiance ou d'intimité, mais à une alliance avouée de
réputation et d'intérêt aux yeux du monde, est une inconséquence
difficilement explicable, qui décelait, dans tous les cas, une ferme
confiance dans le pouvoir de son nom pour résister comme un antidote au
ridicule d'une telle association.

Tant que vécut Shelley, la considération que Lord Byron avait pour lui
exerça une grande influence sur les relations du noble poète et de M.
Hunt. Le bon ton et le savoir-vivre de Shelley prévenaient, par une
douce médiation, ces collisions désagréables qui eurent lieu depuis, et
durent, comme on peut le concevoir aisément d'après le caractère connu
des deux hommes, mettre également à l'épreuve la patience du protecteur
et la vanité du protégé. Cependant, du vivant même de leur ami commun,
il y avait déjà eu quelques-unes de ces mésintelligences que l'argent
fait naître,--humiliantes pour les deux individus entre lesquelles elles
s'élèvent, comme si elles participaient à la nature même de leur impure
source. La lettre suivante de Shelley en fait foi.

[Note 23: _Voir_ la lettre 317. (_Note de Moore_.)]



A LORD BYRON.

15 février 1822.

MON CHER LORD BYRON,

«Je vous envoie ci-joint une lettre de Hunt, laquelle me fait de la
peine sous plus d'un rapport. Vous en remarquerez le _post-scriptum_, et
vous me connaissez assez pour sentir quelle pénible tâche c'est pour moi
que de le commenter. Hunt m'avait pressé plus d'une fois de vous prier
de lui prêter de l'argent. Ma réponse consista à lui envoyer toutes mes
épargnes, ce que j'ai littéralement fait. La bonté que vous avez eue de
disposer d'une partie de votre maison pour lui, m'a vivement touché, et
j'ai de grand cœur accepté de vous ce service en son nom; mais,
croyez-moi, sans la moindre intention d'imposer, ou de laisser imposer,
tant que je pourrais l'empêcher, une taxe plus lourde sur votre bourse.
Comme les choses en sont venues là en dépit de mes efforts, je ne vous
cacherai pas la basse situation de mes affaires pécuniaires dans le
moment présent,--par conséquent, mon incapacité absolue d'assister
encore Hunt.

»Je ne pense pas que la promesse par laquelle le pauvre Hunt s'engage à
payer dans un tems donné, ait une grande valeur; mais la mienne est
moins exposée au doute, et je serais heureux de me rendre caution de ses
engagemens. Je suis si ennuyé de cette affaire que je sais à peine ce
qu'il faut vous écrire, et encore moins ce qu'il faudrait vous dire, et
j'ai besoin de toute votre indulgence en faveur de mes sentimens et de
mes expressions.

»Je vous verrai bientôt. Croyez-moi votre très-fidèle et sincère ami,»

P. B. SHELLEY.

Quant au livre où M. Hunt a jugé convenable de se venger, sur Byron
mort, du pénible fardeau des services qu'il avait, à l'heure du besoin,
acceptés de Byron vivant, je puis par bonheur m'épargner le dégoût d'en
parler longuement, vu l'oubli complet et bien mérité où le volume est
tombé. Jamais, en vérité, le monde n'a plus honorablement manifesté ses
sentimens de justice sur de telles matières que dans l'accueil
universellement fait à ce livre ingrat:--ceux mêmes qui étaient le moins
disposés à juger favorablement de Lord Byron, ayant repoussé avec
indignation les preuves apportées à l'appui de leur opinion par un homme
qui ne rougissait pas d'être redevable de son autorité, comme
accusateur, aux facilités qu'il avait eues pour observer en étant abrité
et nourri sous le toit de celui qu'il décriait.

Par rapport aux sentimens hostiles manifestés contre moi dans l'ouvrage
de M. Hunt, la seule vengeance que je prendrai sera de mettre sous les
yeux de mes lecteurs le passage d'une de mes lettres qui provoqua cette
hostilité, et qui peut du moins réclamer le mérite de n'être pas une
attaque couverte, vu que dans tout le cours de mes remontrances à Lord
Byron au sujet de ses nouveaux alliés littéraires, je n'écrivis jamais
sur le compte de M. Shelley ou de M. Hunt une seule ligne que je ne
prévisse leur devoir être communiquée sur-le-champ par mon
correspondant, dont je connaissais depuis long-tems le caractère. Ce
manque de discrétion était un défaut dans mon noble ami, je ne veux pas
le nier; mais, comme il n'était point déguisé, on pouvait facilement
s'en garantir, et par conséquent il était peu dangereux. D'ailleurs,
telle est la peine généralement imposée à la franchise; et ceux qui se
seraient flattés qu'un homme aussi communicatif que Lord Byron sur ses
propres affaires pût être plus discret en faveur des confidences
d'autrui, n'auraient eu à blâmer que leur propre imprudence pour tout le
tort que leur confiance en sa discrétion aurait pu leur faire.

Voici le passage que Lord Byron, comme je m'y attendais, montra à M.
Hunt, et auquel une de ses lettres (celle du 20 février) fait allusion:

«Je désirerais apprendre que vous voulez vous retirer du _Libéral_. Je
suis fâché de vous exhorter à une mesure si contraire à l'intérêt de
Hunt; mais je n'hésiterais pas à lui tenir le même langage, si j'étais
près de lui. Je voudrais, si j'étais que de vous, le servir par tous les
moyens possibles, excepté cette coalition;--je lui donnerais (s'il en
acceptait l'offre) les profits des mêmes ouvrages, publiés
séparément,--mais je ne me mêlerais pas de cette manière avec autrui. Je
ne voudrais pas devenir partie intéressée dans cette espèce de pot au
feu mélangé, où la mauvaise saveur d'un ingrédient se communique à tout
le reste. Je voudrais, si j'étais que de vous, être seul, réduit à mes
propres forces, et, comme tel, invincible.»

Puisque nous en sommes sur M. Hunt, je profiterai de cette occasion pour
insérer quelques passages d'une lettre que Lord Byron adressa à une amie
de cet homme de lettres, en réponse à un appel fait à ses sentimens
concernant son «amitié» avouée pour M. Hunt. Les aveux qu'il y fait
sont, je l'avoue, un peu étonnans, et doivent être accueillis avec une
indulgence plus qu'ordinaire, eu égard non-seulement à la disposition
particulière d'humeur ou d'esprit durant laquelle la lettre fut écrite,
mais encore à l'influence des légères brouilleries, des ressentimens
accidentels dont le passager souvenir offusquait peut-être alors
l'esprit de Byron, et l'indisposait, pour le moment, contre ceux de ses
amis que, dans une plus brillante humeur, il aurait proclamé comme les
plus chers à son cœur.



LETTRE DIX.

A MRS. ***.

.............................................

«Je présume que vous, du moins, me connaissez assez pour être sûre que
je n'ai pu avoir l'intention d'insulter à la pauvreté de Hunt; au
contraire, je l'honore pour cette pauvreté même; car je connais ce que
c'est, j'ai été aussi embarrassé qu'il le fut jamais, sans m'être aperçu
que, dans ce cas, un homme honorable perdît le moins du monde dans sa
propre estime. Voulez-vous dire que s'il eût été riche, je me fusse
joint à lui pour ce journal? Je réponds par la négative..... Je me suis
engagé dans le journal par bienveillance pour lui, et par respect pour
son caractère comme littérateur et comme homme; non moins par égard à
son courage politique que par compassion pour sa situation présente.
J'ai fait cela dans l'espérance qu'avec l'aide d'amis littéraires,
apportant chacun leur quote-part littéraire de contributions (ce qui est
indispensable pour tout journal d'une nature mixte), il pourrait se
rendre indépendant.

»Je l'ai toujours traité, dans nos relations personnelles, avec une si
scrupuleuse délicatesse, que je me suis abstenu de donner des avis que
je pensais pouvoir être désagréables, de peur qu'il ne les imputât à ce
qu'on appelle «l'importance d'un homme qui tire avantage de sa
situation.»

»Quant à l'amitié, c'est un penchant pour lequel mon génie est
très-borné. Je ne connais point d'être humain mâle (excepté lord Clare,
l'ami de mon enfance), pour qui j'éprouve un sentiment digne d'être
ainsi qualifié. Toutes mes autres amitiés sont des amitiés selon le
monde. Je n'ai même jamais éprouvé une véritable amitié pour Shelley,
quelque grandes qu'aient été mon admiration et mon estime pour lui;
ainsi, vous voyez que la vanité même n'a pu me séduire sous ce rapport;
car, de tous les hommes, Shelley fut celui qui eut la plus haute opinion
de mes talens,--et peut-être de mon caractère.

»Je ferai mon devoir envers mes intimes, d'après le principe qu'il faut
traiter autrui comme on voudrait soi-même être traité. Je crois avoir
ainsi agi envers eux dans la plupart des cas. Je puis trouver du plaisir
dans leur conversation,--me réjouir de leurs succès,--être charmé de
leur rendre service, ou de recevoir en retour leurs conseils et leurs
secours. Mais, s'il s'agit d'amis et d'amitiés, j'ai déjà nommé le seul
homme encore vivant pour qui j'éprouve quelque sentiment de ce genre,
excepté peut-être Thomas Moore. J'ai eu, et puis encore avoir un
millier d'amis, comme on les nomme dans la vie; ils sont, dans la walse
de ce monde, ce que sont nos danseuses au bal, oubliées, ou peu s'en
faut, après la fête, quoique fort agréables la danse durant. L'habitude,
les affaires, la communauté de plaisirs ou de peines, sont des liens de
ce genre, et la même foi politique en est une autre.»



LETTRE DX.

A LADY ***.

Gênes, 28 mars 1823.

«M. Hill est ici; je dînai avec lui le samedi de la semaine
avant-dernière; et au sortir de sa maison à S.-P. d'Arena, ma voiture se
cassa. J'allai à pied jusque chez moi,--l'espace est d'environ trois
milles,--ce n'est pas là une prouesse de piéton; mais soit que le
passage brusque d'appartemens chauds à un vent froid m'eût glacé, soit
que la montée de la colline d'Albaro m'eût échauffé, ou que toute autre
cause m'eût indisposé, le lendemain j'eus à la figure une inflammation à
laquelle j'ai été sujet cet hiver pour la première fois, et je souffris
beaucoup, mais sans courir aucun danger. Ma santé va aujourd'hui comme
d'ordinaire. M. Hill est, je crois, occupé de sa diplomatie. Je lui
donnerai votre message quand je le reverrai.

»Je ne m'oppose point à faire connaissance avec le marquis Palavicini,
s'il a ce désir. Depuis ces derniers tems j'ai peu hanté la société,
soit anglaise, soit étrangère; car j'avais vu tout ce qui méritait
d'être vu dans la première avant que je partisse d'Angleterre, et à
l'époque de la vie où j'étais plus disposé à m'y plaire; et j'ai fait
une suffisante expérience de la seconde dans les premières années de ma
résidence en Suisse, principalement chez Mme de Staël, où j'allais
quelquefois, jusqu'à ce que je fusse devenu las de _conversazioni_ et de
carnavals, avec leurs accessoires: ce qu'il y a de fatigant, c'est que
si vous allez une fois dans le monde, on compte sur votre présence
quotidiennement, ou plutôt nuitamment. J'ai fait le tour des plus
célèbres soirées à Venise, et partout où j'ai séjourné quelque tems,
chez les Benzona, les Albrizzi, les Michelli, etc., etc., et chez les
cardinaux et les divers potentats de la légation en Romagne
(c'est-à-dire, à Ravenne), et je ne me suis retiré en Toscane que dans
l'intérêt de mon repos. D'ailleurs, si je vais en société, je tombe à la
longue dans des embarras d'un genre ou d'un autre, qui ne surviennent
pas dans ma solitude. Cependant, comme le marquis est un de vos amis, je
suis prêt de grand cœur à faire connaissance avec lui. Il est peut-être
lié à ma famille par une circonstance que je me rappelle; un
Palavicini--de Bologne, je crois,--se maria il y a un demi-siècle à une
de mes parentes éloignées. Je me trouve savoir le fait, parce que lui
et son épouse avaient une rente viagère de cinq cents livres sterling
constituée sur la propriété de mon oncle, rente qui cessa à la mort
dudit oncle, quoique je me rappelle avoir entendu dire que le couple
renté essayât, bien naturellement il est vrai, de faire survivre la
pension. Si je puis faire quelque chose pour vous ici ou ailleurs,
ordonnez, je vous prie, et vous serez obéie.»



LETTRE DXI.

A M. MOORE.

Gênes, 2 avril 1823.

«Je viens de voir quelques-uns de vos amis, qui me firent hier une
visite, que, par considération pour eux et pour vous, je leur ai rendue
aujourd'hui;--vu que je réserve ma peau d'ours, mes dents et mes griffes
pour nos ennemis.

»J'ai vu aussi Henri F***, fils de lord H***, pour la première fois
depuis que je l'avais laissé, enfant doux et de santé délicate, sans
cravatte et en jaquette, il y a sept ans, à l'époque de mon éclipse,--de
ma troisième éclipse, je crois, attendu que j'en ai généralement une
tous les deux ou trois ans. Je pense que ce jeune homme à la plus douce
et la plus aimable expression de physionomie que j'aie jamais vue, et
des manières correspondantes. Si à ces avantages il joint les talens
héréditaires, il maintiendra, j'espère, le nom de F*** dans toute sa
fraîcheur durant un demi-siècle encore. Je parle d'après un rapide
coup-d'œil, mais j'aime toujours à céder à de telles impressions; car
j'ai toujours trouvé que ceux que j'aimai le mieux et le plus long-tems
me plurent à la première vue; et j'aimai toujours ce garçon,--en partie,
peut-être, à cause d'une ressemblance dans le cas le moins heureux de
nos destinées,--je veux dire, pour éviter les méprises, qu'il boite
comme moi. Mais il y a cette différence que, lui, il paraît être un ange
qui s'est foulé le pied contre une étoile, tandis que, moi, je suis «le
diable boiteux.» Sobriquet qu'à mon grand étonnement, parmi tant de
_nominis umbrœ_[24], les orthodoxes ne m'ont pas encore appliqué.

»Vos autres alliés, que j'ai trouvés être de fort agréables personnages,
sont _milor_ B*** et son _épouse_, voyageant avec un fort beau
compagnon, qui «sous la forme d'un comte français» (pour me servir de la
phrase de Farquhar dans le _Stratagême des Petits-Maîtres_), a tout
l'air d'un Cupidon déchaîné, et se trouve être un des rares spécimens
que j'aie vus de notre type idéal d'un Français d'avant la révolution.
Milady semble consommée en littérature,--et c'est à cela, ainsi qu'à la
liaison de la famille avec votre Honneur, que j'attribue le plaisir
d'avoir vu ces voyageurs. Elle est, de plus, fort jolie, même le
matin,--genre de beauté que le soleil d'Italie n'éclaire pas si souvent
que le chandelier. Certainement les femmes anglaises durent plus
long-tems que leurs voisines du continent.............................
........................................................

[Note 24: Ombres de nom. (_Note du Trad._)]

»Vos amis me donnent de bonnes nouvelles de vous et de vos «anges
emprisonnés,» ou peu s'en faut. Mais pourquoi avez-vous changé votre
titre?--Vous vous en repentirez un jour. Les bigots ne vous pardonneront
jamais,--et d'ailleurs, leur pardon en vaut-il la peine? Je présume que
je suis un chrétien plus orthodoxe que vous n'êtes; et, toutes les fois
que je vois un homme véritablement chrétien, soit en pratique, soit en
théorie (car je n'ai jamais encore trouvé un individu qui, mis à
l'épreuve, se montrât tel sous l'un et l'autre rapport), je suis son
disciple. Mais, jusqu'à présent, je ne puis me soumettre à nos marchands
de dîmes,--et je ne puis m'imaginer pourquoi vous avez circoncis des
séraphins.

»J'ai été bien plus persécuté que vous, comme vous en pouvez juger par
ma présente décadence,--car je suis aussi bas en popularité et en
librairie que quelque auteur que ce soit. Au moins, mes amis m'en
assurent;--grand merci de leur bonté! Ils en accusent Hunt, mais ils ont
tort:--ce doit être, en partie du moins, ma faute propre,--ainsi
soit-il! Quant à Hunt, je m'applaudis de ne pas l'avoir laissé mourir de
faim dans la rue, préférablement à tout honneur personnel qui aurait pu
provenir d'une si naïve philantropie. J'agis réellement par principe en
cette affaire, car nous n'avons rien de commun; et je ne puis vous
décrire la désespérante sensation que j'éprouve à faire quelque chose
pour un homme qui semble ne pouvoir ni ne vouloir plus rien faire pour
lui: c'est comme si on retirait de la rivière un homme qui va droit s'y
jeter de nouveau. Pendant ces trois ou quatre dernières années, Shelley
l'a assisté, et tiré une fois d'embarras. Depuis la mort de Shelley,--et
même auparavant,--j'ai fait ce que j'ai pu; mais il n'est pas en mon
pouvoir de prolonger une telle assistance. Je voudrais que Hunt
retournât en Angleterre, je lui donnerais les moyens de s'y placer dans
une situation confortable. Somme toute, sa position n'y est plus aussi
mauvaise, puisque une portion de ses dettes est payée, etc., etc. Il
serait sur les lieux pour continuer son journal avec son frère, qui
semble un homme sensé, franc, fort et patient.....»

BYRON.


La nouvelle amitié dont Byron annonce ici le commencement, et dans
laquelle je fus bien aise, comme ami commun des deux parties, de le voir
s'engager, fut pour lui une grande source de plaisir durant le séjour
des nobles voyageurs à Gênes. En effet, il s'était si long-tems persuadé
que tous ses compatriotes hors d'Angleterre ne le regardaient que comme
un proscrit ou une curiosité, que chaque fois qu'il recevait d'eux un
accueil amical, il en éprouvait autant de surprise que de plaisir; et
son esprit, en renouant les liaisons et les habitudes anglaises, goûtait
une sensation de bien-être pareil au plaisir de respirer l'air natal.

Dans la vue d'engager ses amis à prolonger leur séjour à Gênes, il leur
suggéra l'idée de prendre une jolie _villa_, nommée _il Paradiso_, dans
le voisinage de la sienne, et les accompagna pour la visiter avec eux.
Ce fut à cette occasion qu'en entendant lady B*** exprimer l'intention
de fixer sa résidence dans ce lieu, il composa l'impromptu suivant:

                  Sous les yeux de ***,
                  Le paradis convoité
        Devrait être aussi pur de mal que le paradis primitif;
                  Mais, si la nouvelle Ève
                  Soupirait après une pomme,
        Quel mortel ne jouerait volontiers le rôle du diable!

Je n'omettrai pas non plus une pièce de vers adressée à la même dame,
dont la beauté et le talent auraient eu droit d'attendre, de la plume de
Lord Byron, un tribut d'hommages plus ardens. Cette pièce est fort
intéressante, en ce qu'elle peint ce sentiment de la vieillesse qui se
glissait si prématurément dans l'ame du noble poète.

                  A LA COMTESSE DE B*****.

                            I.

        Vous m'avez demandé des vers:--simple demande,
          Qu'un rimeur ne saurait refuser sans paraître bizarre.
        Mais mon Hippocrène était dans mon cœur,
          Et mes sentimens, source de ma verve, sont taris.

                            II.

        Si j'étais ce que je fus, j'aurais chanté
          Ce que Lawrence a si bien peint;
        Mais aujourd'hui le son expirerait sur mes lèvres,
          Le sujet est trop doux pour mon luth.

                           III.

        Mon feu d'autrefois n'est plus qu'une cendre;
          Le barde est mort dans mon sein;
        Au lieu d'aimer, je ne fais plus qu'admirer,
          Et mon cœur est aussi chenu que ma tête.

                                IV.

        Ma vie ne se date point par les années,--
          Il y eut de courts instans qui, comme une charrue,
        Tracèrent leurs sillons en rides profondes
          Dans mon ame comme sur mon front.

                             V.

        Que la brillante jeunesse aspire
          A chanter ce que je contemple en vain;
        Le chagrin a ravi à ma lyre
          La corde digne de ce chant.
                                               B.

Les lettres suivantes, écrites durant le séjour de ces nobles voyageurs
à Gênes, intéresseront la curiosité du lecteur.



LETTRE DXII.

AU COMTE DE B***.

5 avril 1823.

MON CHER LORD,

«Comment va votre goutte? ou plutôt comment allez-vous? Je vous renvoie
le journal du comte ***, production fort extraordinaire, et d'une triste
vérité en tout ce qui concerne la haute société d'Angleterre. Je connais
ou connus personnellement la plupart des personnages et des sociétés
qu'il décrit; et depuis que j'ai lu ses observations, mes souvenirs me
semblent des souvenirs d'hier. Je plaiderais toutefois en faveur d'un
petit nombre d'exceptions, que je mentionnerai bientôt. Ce qu'il y a de
plus singulier, c'est que ce jeune homme ait pénétré, non le fait, mais
le mystère de l'ennui anglais à vingt-deux ans. J'avais environ le même
âge quand je fis la même découverte, à-peu-près dans les mêmes
cercles--(car, parmi les personnes citées, à peine y en a-t-il une que
je n'aie vue alors journellement ou nuitamment, et j'étais lié plus ou
moins intimement avec la plupart d'entre elles);--mais je n'aurais
jamais pu faire une si bonne description. Il faut être Français pour
faire cela.

»Mais il doit aussi avoir été à la campagne durant la saison de la
chasse, avec «une compagnie choisie d'hôtes distingués,» comme disent
les journaux. Il doit avoir vu les _gentlemen_ après dîner (les jours de
chasse), et durant la soirée qui vient ensuite, où les femmes ont l'air
d'avoir chassé, ou plutôt d'avoir été chassées. J'aurais désiré qu'il
eût été à un dîner en ville chez lord C***, peu nombreux, mais choisi,
et composé des gens les plus amusans. Le dessert fut à peine sur table,
que, de douze convives, j'en comptai cinq endormis; et parmi ces cinq
étaient Tierney, lord *** et lord ***; j'ai oublié les deux autres; mais
c'étaient des hommes d'esprit ou des orateurs,--peut-être des poètes.

»Mon séjour en Orient et en Italie m'a rendu un peu indulgent pour la
sieste,--mais on la fait régulièrement dans les pays chauds: on s'y
livre dans la solitude, ou tout au plus en tête-à-tête avec une
compagne, et on se retire paisiblement dans ses appartemens, pour éviter
le soleil pendant une heure ou deux.

»Certes, le journal de votre ami est une production formidable. Hélas!
nos chers compatriotes ne sont connus que pour être ennuyés, et non pour
ennuyeux; et je présume que la révélation désagréable de cette dernière
vérité ne sera pas mieux reçue que les vérités ne le sont ordinairement.
J'ai lu le tout avec une grande attention, et j'y ai trouvé de
l'instruction; je suis trop bon patriote pour dire _du plaisir_,--du
moins je ne le dirais pas, quoique je pusse le penser. J'ai montré le
journal (ce n'est pas un manque de discrétion, j'espère) à une jeune
dame italienne de haut rang, très-instruite, et qui passe ou passa pour
être une des trois plus célèbres beautés du district de l'Italie, où sa
famille et sa parenté résidaient dans des tems moins orageux sous le
rapport de la politique (et ce n'est pas à Gênes, par parenthèse); cette
dame en a été fort contente, et elle dit qu'elle y a puisé une meilleure
notion de la société anglaise que dans toutes les discussions
métaphysiques de Mme de Staël sur le même sujet, dans son ouvrage sur la
révolution. Je vous prie de remercier le jeune philosophe, et de faire
mes complimens à lady B*** et à sa sœur.

»Croyez-moi votre très-obligé et fidèle ami.»

N. B.

«_P. S._ Les lettres particulières parlent de trouble ou de complot dans
l'armée française des Pyrénées,--de généraux soupçonnés ou
congédiés,--d'un voyage du ministre de la guerre pour voir l'affaire sur
les lieux.

»Dites au comte *** qu'il ne rapporte pas toujours les noms d'une façon
intelligible, surtout ceux des clubs; il parle du Watts-Club,--peut-être
a-t-il raison; mais, de mon tems, c'était le Watter's-Club qui était le
club des dandys; j'en étais membre (sans être dandy toutefois) au tems
de sa plus grande gloire, lorsque Brummel, Mildmay, Alvanley et
Pierrepoint donnaient les bals de dandys; c'est nous qui fîmes,
c'est-à-dire le club fit la fameuse mascarade à Burlington-House pour
Wellington. Il ne parle pas de l'Alfred, qui était le plus recherché et
le plus ennuyeux de tous, comme je le sais pour en avoir aussi été
membre.»



LETTRE DXIV[25].

AU COMTE DE B***.

14 avril 1823.

«Je suis vraiment fâché de ne pouvoir vous accompagner dans votre
promenade équestre ce matin, attendu que je me suis fait un très-grand
mal au visage, en y appliquant un caustique sur une verrue, d'après
l'avis du médecin. Je ne sais si j'ai employé une trop forte dose, mais
toujours est-il que non-seulement j'ai souffert une vive douleur, mais
encore la partie malade et ses environs immédiats sont devenus tout
noirs. Comme je ne veux effrayer ni vos chevaux, ni leurs cavaliers,
j'aime mieux attendre, pour vous voir, jusqu'à six heures; j'espère
qu'alors j'aurai repris un air plus chrétien, et que je serai redevenu
semblable aux créatures humaines: Mon mal s'est étendu en partie à mes
doigts; car, en essayant de retirer le noir au moins de ma lèvre
supérieure, je n'ai fait qu'en teindre ma main droite, et ni le jus de
citron, ni l'eau de Cologne, ni aucune autre eau, n'ont pu la délivrer
de ces taches par trop semblables à l'encre..... En tout cas, je vous
verrai à six heures, à la faveur du crépuscule.

»Pour toujours et de cœur, etc.

[Note 25: La lettre 513 a été supprimée.]

11 heures.

»_P. S._ J'écrivais le billet ci-dessus à trois heures du matin. Je
regrette de vous dire que toute la peau, dans l'espace d'environ un
pouce carré au-dessus de ma lèvre supérieure, s'est détachée, en sorte
que je ne puis ni me raser, ni mâcher, et que je suis également
incapable de paraître à votre table, et d'en partager l'hospitalier
repas................ .................................................



LETTRE DXV.

AU COMTE ***[26].

«Mon cher comte *** (si vous me permettez de m'adresser à vous si
familièrement), vous devriez vous contenter d'écrire dans votre langue,
comme Grammont, et de réussir à Londres comme personne n'a réussi depuis
les jours de Charles II et les Mémoires d'Antonio Hamilton, sans vous
jeter dans notre barbare idiome,--que, d'ailleurs, vous comprenez et
écrivez mieux qu'il n'en est digne.

Mon «approbation», comme il vous plaît de dire, a été sincère, mais
peut-être elle n'a pas été impartiale; car, bien que j'aime ma patrie,
je n'aime pas mes compatriotes,--du moins, tels qu'ils sont à présent.
Et, outre la séduction du talent et de l'esprit qui brillent dans votre
ouvrage, je crains d'avoir éprouvé aussi l'attrait de la vengeance. J'ai
vu et senti presque tout ce que vous avez si bien dépeint. J'ai connu
ces personnes et ces réunions si bien décrites (c'est-à-dire la plupart
d'entre elles),--et les portraits sont si ressemblans, que je ne puis
qu'admirer le peintre non moins que son ouvrage.

[Note 26: La lettre est adressée au jeune comte français, dont le
nom est supprimé dans le texte anglais. (_Note du Trad_.)]

»Mais j'en suis fâché pour vous; car si vous connaissez si bien la vie à
votre âge, que deviendrez-vous quand l'illusion sera encore plus
dissipée? Mais, n'y songez pas:--en avant!--vivez tant que vous pourrez;
et puissiez-vous jouir pleinement des nombreux avantages que vous
possédez en jeunesse, en talens et en beauté! c'est le vœu
d'un--Anglais,--mais ce n'est pas être traître à mon pays; car ma mère
était écossaise, mon nom et ma famille sont normands; et, pour moi, je
ne suis d'aucun pays. Quant à mes «œuvres» qu'il vous plaît de citer,
qu'elles aillent au diable, d'où (si vous en croyez maintes personnes)
elles sont venues.

»J'ai l'honneur d'être votre obligé, etc.»

A cette époque, survint une circonstance qui montre, à l'honneur des
tendances désormais meilleures de son caractère, combien étaient
diminués et adoucis ses ressentimens, auparavant si vifs, au sujet de
ses différends conjugaux. On a vu que sa fille Ada,--surtout depuis la
perte du seul être dont il espérait devoir l'attachement au lien du
sang,--était devenue l'objet constant et chéri de ses pensées; et il
était bien naturel que, avec un cœur aimant comme le sien, en se livrant
ainsi à sa tendresse pour sa fille, il se trouvât insensiblement disposé
à des sentimens plus doux envers la mère. Un Anglais, dont la sœur était
connue pour être l'amie et la confidente de lady Byron, étant alors à
Gênes, et visitant habituellement les nouveaux amis du poète, Lord
Byron, un jour, en conversant avec lady ***, prit occasion de dire
qu'elle lui rendrait un service essentiel si, par la médiation de ce
monsieur et de sa sœur, elle pouvait obtenir pour lui de lady Byron, ce
qu'il avait depuis long-tems désiré avoir entre les mains, une copie de
son portrait. Comme on lui représentait, dans le cours de cette même
conversation et d'une autre, que lady Byron, au dire de ses amis, était
dans une alarme continuelle qu'il ne vînt en Angleterre réclamer sa
fille, ou l'inquiéter de quelque façon, il déclara qu'il était prêt à
donner toutes les assurances nécessaires pour calmer une telle
appréhension; et bientôt après il écrivit la lettre suivante,
relativement à ces deux points.



LETTRE DXVI.

A LA COMTESSE DE B***.

3 mai 1823.

CHÈRE LADY ***,

«Ma lettre a pour but d'obtenir une copie de cette miniature de lady
Byron, qui appartenait à feue lady Noël, attendu que je n'ai aucun
portrait, ni même aucun souvenir de lady Byron, toutes les lettres
qu'elle m'avait écrites étant entre ses mains lorsque je quittai
l'Angleterre, et toute correspondance épistolaire ayant depuis cessé
entre nous,--du moins de sa part.

»Mon message, par rapport à l'enfant, est, à l'effet de déclarer--qu'en
cas d'accident survenu à la mère, si je lui survivais, mon désir serait
d'exécuter ses plans à la lettre, soit pour l'éducation de notre fille,
soit par rapport à la personne ou aux personnes à qui lady Byron
pourrait souhaiter de confier cette éducation. Je n'ai aucune intention
d'intervenir en ce point, tant qu'elle vivra; et je présume que ce
serait une consolation pour elle (si elle est malade, comme j'en ai reçu
l'avis) de savoir qu'en aucun cas on ne ferait rien, en tant qu'il
dépendrait de moi, qui ne fût strictement conforme aux désirs et aux
intentions de lady Byron,--de quelque façon qu'elle jugeât à propos de
me les transmettre.

»Croyez-moi, chère lady B***, votre obligé, etc.»

Cette négociation, dont je ne connais point les résultats--(et je ne
sais même pas si elle a jamais été menée à fin)--jeta naturellement et
fréquemment la conversation sur le sujet du mariage de Lord
Byron,--sujet que mon noble ami était toujours le premier à
soulever,--et le récit qu'il donna alors, tant des circonstances de la
séparation que de sa complète ignorance des causes qui la provoquèrent,
fut, à ce que je vois, exactement semblable aux déclarations faites par
lui, dans toutes les occasions où la question se présenta, avec un air
de sincérité auquel il était impossible de ne pas ajouter foi.--«Quant
aux causes réelles de la séparation--(dit-il dans le cours d'une de ses
conversations), je vous déclare que, même aujourd'hui, je les ignore
totalement, vu que lady Byron n'a jamais voulu préciser ses motifs, et a
refusé de répondre à mes lettres. Je lui ai écrit plusieurs fois, et je
suis encore dans l'usage de le faire; mais je ne lui ai pas toujours
envoyé mes lettres, après les avoir écrites, simplement parce que je
désespérais qu'elles produisissent le moindre bien. Vous pourrez, si
vous voulez, en voir quelques-unes;--elles serviront à jeter quelque
lumière sur mes sentimens.»

Par conséquent, un jour ou deux après, Lord Byron envoya à lady *** une
de ces lettres qu'il avait gardées par devers lui, incluse dans la
suivante.



LETTRE DXVII.

A LA COMTESSE DE ***.

Albaro, 6 mai 1823.

MA CHÈRE LADY ***.

«Je vous envoie la lettre que j'avais oubliée, et le livre[27] dont
j'aurais dû me souvenir. Il contient de sombres vérités, quoique, à mon
avis, ce soit un ouvrage trop triste pour avoir jamais été populaire. La
première fois que je le lus (non dans l'édition que je vous envoie:--je
me la suis procurée depuis), ce fut d'après le désir de Mme de Staël,
que le monde, dans sa bienveillance, supposait être l'héroïne de ce
roman,--supposition fausse, dont cette célèbre dame était furieuse. Ce
fut en Suisse, dans l'été de 1816.
...................................................

»La lettre ci-jointe ne fut pas envoyée à sa destination, parce que je
désespérais qu'elle produisît le moindre bien. J'étais extrêmement
sincère quand je l'écrivis, et je le suis encore.......................
......................................................

»Votre très-sincère, etc.»

       *       *       *       *       *

Je vais maintenant produire la lettre incluse dans la précédente, et peu
de mes lecteurs, je crois, disconviendront que si l'auteur de la lettre
suivante n'a pas eu le bon droit de son côté, il n'ait eu au moins la
plupart des bons sentimens qui en sont en général l'ordinaire apanage.

[Note 27: _Adolphe_, par M. Benjamin-Constant. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DXVIII.

A LADY BYRON.

(A l'adresse de l'honorable Mrs. Leigh, à Londres.)

Pise, 17 novembre 1821.

«Je dois accuser réception des cheveux d'Ada, qui sont fort doux et fort
jolis, et déjà presque aussi noirs que les miens l'étaient à l'âge de
douze ans, si j'en juge d'après le souvenir de ceux qu'on me prit à cet
âge, et qui sont entre les mains d'Augusta; mais ils ne frisent
pas,--peut-être parce qu'on les laisse grandir.

»Je vous remercie aussi pour l'inscription de la date et du nom, et je
vais vous dire pourquoi.--Je crois n'avoir en ma possession, que ces
deux ou trois mots de votre écriture, car je vous ai rendu vos lettres;
et, hormis le mot _ménage_, écrit deux fois dans un vieux livre de
comptes, je n'avais rien de votre main. Je brûlai votre dernière note
pour deux raisons:--premièrement, elle était écrite dans un style peu
agréable; et, secondement, je désirais recevoir votre écriture sans ces
documens, qui sont la ressource vulgaire des gens soupçonneux.

»Je présume que ce billet vous parviendra vers l'anniversaire de la
naissance d'Ada:--c'est le 10 décembre, je crois. Elle aura alors six
ans,--en sorte que dans douze, j'aurai quelque chance de la
voir;--peut-être sera-ce plus tôt, si je suis obligé d'aller en
Angleterre pour affaires ou pour tout autre motif. Rappelez-vous
toutefois une chose, soit que nous nous trouvions loin ou près l'un de
l'autre;--chaque jour qui passe sur notre séparation, doit, ce me
semble, après un si long intervalle, adoucir nos sentimens réciproques,
qui auront toujours un point de ralliement tant que notre enfant
existera, existence dont, je présume, nous souhaitons tous deux le
prolongement au delà de la nôtre.

»Le tems qui s'est écoulé depuis notre séparation a été plus
considérable que la totalité de la courte durée de notre union, et la
période presque aussi courte de nos relations antérieures. Nous fîmes
tous deux une méprise amère; mais aujourd'hui la chose est faite et
irrévocable. Car, à l'âge de trente-trois ans qui est le mien, et au
vôtre qui n'en diffère que de peu d'années de moins, quoiqu'on n'ait pas
encore parcouru une très-longue période de la vie, pourtant on est à
l'époque où les habitudes et les opinions sont généralement trop formées
pour admettre des modifications; et comme nous ne pûmes pas nous
convenir quand nous étions plus jeunes, aujourd'hui nous ne le pourrions
pas sans difficulté.

»Je dis tout cela, parce que je vous avoue que nonobstant tous nos
différends, je considérai notre réunion comme possible plus d'une année
encore après la séparation;--mais ensuite j'en abandonnai l'espoir
entièrement et pour jamais. Mais cette impossibilité même d'une réunion
me semble, à moi du moins, une raison pour que, dans toutes les
discussions, d'ailleurs peu nombreuses, qui peuvent s'élever entre nous,
nous observions les formes ordinaires de la politesse, et cette
courtoisie que des gens destinés à ne jamais conférer ensemble peuvent
observer plus aisément que dans le cas de relations plus immédiates.
Pour ma part, je suis violent, mais non méchant; car il n'y a que les
provocations récentes qui excitent mes ressentimens. Quant à vous, qui
êtes plus froide et plus concentrée, je voudrais vous faire songer que
vous pouvez quelquefois prendre pour dignité la profonde ténacité d'une
froide colère, et pour devoir un plus mauvais sentiment. Je vous assure
que je n'ai plus contre vous aucune espèce de ressentiment. Songez que
si vous m'avez offensé, ce pardon est quelque chose; et que, si c'est
moi qui suis l'offenseur, c'est quelque chose de plus, s'il est vrai,
comme le disent les moralistes, que le plus coupable soit le moins
disposé à pardonner.

»Le tort n'est-il venu que de moi? A-t-il été réciproque? ou de votre
côté principalement? Voilà à quoi je ne réfléchis plus. Je ne songe qu'à
deux points,--savoir: que vous êtes la mère de mon enfant, et que nous
ne nous reverrons jamais. Je pense que si vous me considérez aussi sous
ces deux points de vue correspondans, il n'en sera que mieux pour nous
trois.

»Tout à vous à jamais,

NOEL BYRON.

       *       *       *       *       *

Ç'a été mon plan, comme on doit l'avoir remarqué, de laisser, partout où
mes matériaux m'en ont fourni le moyen, le héros de ces _Mémoires_
raconter lui-même son histoire; et j'ai pu, à un petit nombre
d'interruptions près, atteindre ce but pour les deux ou trois années que
nous venons de parcourir, vu les riches ressources que j'avais entre les
mains. Mais aujourd'hui que nous sommes parvenus à cette époque où
Byron, sollicité par sa vague inquiétude, allait prendre un nouvel élan,
et entrer dans une carrière aussi glorieuse que courte et
fatale,--permettons-nous un moment de pause pour jeter un regard en
arrière sur les dernières années, et pour contempler un instant le
spectacle, à-la-fois sublime et douloureux, que notre poète donna durant
ce période du plus libre exercice de ses facultés.

Dans un état d'excitation perpétuelle, tant pour le cœur que pour la
tête,--en guerre éternelle avec la volonté du monde, et pourtant dans le
cours d'une vie suspendue au souffle du monde,--avec un génie revêtant
toutes les formes, depuis Jupiter jusqu'à Scapin, et avec un caractère
également propre à toutes les habitudes morales,--l'ancienne conception
de l'existence de deux ames dans un seul corps ne semblerait même pas
encore adéquate aux variétés de talent et d'humeur, que Byron déploya
dans sa conduite et dans ses écrits durant ces courtes années de fièvre.
Sans remonter jusqu'au quatrième chant de _Childe Harold_, qu'un des
plus amers et des plus habiles adversaires de mon noble ami a déclaré
«sous le rapport de l'exécution, la plus sublime œuvre poétique d'une
plume mortelle,» nous avons, dans le même genre de force et de
splendeur, la _Prophétie de Dante_, _Caïn_, le mystère de _Ciel et
Terre_, _Sardanapale_,--tous ouvrages produits durant ce merveilleux
période de génie. Il faut encore y joindre quatre autres drames, qui,
bien qu'inférieurs aux autres compositions, rencontrent toutefois, comme
poèmes, peu de pièces rivales dans notre littérature; tandis qu'ils
démontrent, d'une manière plus spéciale, cette remarquable versatilité
de goûts et de talens qui portait Lord Byron à travailler dans un genre
sévère et classique, le plus antipathique de tous à ses habitudes et à
son humeur, et le plus éloigné de cette licence hardie et vagabonde
qu'il eût la grande mission de porter dans l'empire entier de
l'intelligence.

En opposition à ces nobles accords, nous voyons naître, durant ce
fertile période, le _Don Juan_--qui renferme le résumé de tous les
merveilleux contrastes du caractère de Byron,--la _Vision du Jugement_,
la traduction de Pulci, les pamphlets sur Pope, sur la _British-Review_,
sur le _Blackwood Magazine_,--avec un essaim de bagatelles légères et
plaisantes, négligemment échappées à cet esprit qui, presque au même
moment, représentait, avec un éclat digne de son rôle, le puissant génie
de Dante, ou suivait avec Caïn les sombres sentiers du scepticisme sur
les ruines des mondes passés.

Pendant que Lord Byron se livrait ainsi à ces créations idéales, les
circonstances qui dans la vie réelle réclamaient ses sympathies étaient
presque suffisantes pour absorber les pensées et les sentimens de tout
autre esprit que le sien. Un amour, non pas frivole, passager, et
«cheminant sous fardeau,» mais, au contraire, assez enraciné pour durer
jusqu'à l'heure de la mort, occupa vivement de ses premières espérances
et de ses premières craintes une portion de ce période, et en inquiéta
le reste d'embarras politiques et domestiques. Puis, à peine cette
orageuse passion eut-elle commencé à se calmer, qu'une nouvelle source
d'excitation s'offrit dans cette conspiration, où Lord Byron se
précipita sans aucune crainte, et qui n'aboutit qu'à multiplier les
objets de sa sympathie et de sa protection, et à l'obliger à un nouveau
changement de demeure et de scène.

Quand nous considérons toutes les distractions qui l'environnèrent, et
qu'en sus nous mettons en ligne de compte le fréquent dérangement de sa
santé, les pertes de tems et d'esprit dans la minutieuse surveillance
des dépenses du ménage, nous ne voyons qu'avec un étonnement presque
incrédule les chefs-d'œuvre qu'il fut capable de produire dans de telles
circonstances,--la variété et la prodigalité de talent avec lesquelles,
au milieu de tant d'interruptions et de tant d'obstacles, son «ame
brillante se déborda de toutes parts,» et non-seulement continua son
cours en toute liberté à travers ces difficultés, mais encore tira des
combats et des ennemis qu'elle rencontra un nouveau surcroît à sa force,
un nouvel aliment à sa flamme. Tandis que l'incomparable souplesse de
son génie se déployait beaucoup plus évidemment qu'à toute autre époque
de sa vie, son caractère, susceptible, comme le caméléon, des plus
rapides changemens, présenta en même tems les plus frappans et les plus
contrastans exemples de cette versatilité. Aux yeux du monde, et surtout
de l'Angleterre,--scène de ses gloires et de ses torts,--il ne s'offrit
que sous l'aspect d'un sombre et fier misantrope qui se bannit lui-même
de la compagnie des hommes, et surtout des Anglais. Sous ce point de
vue, les plus naïves et les plus belles inspirations de sa muse ne
furent regardées que comme des intervalles lucides entre les paroxysmes
d'une malignité inhérente à sa nature; et les joyeuses effusions de son
esprit et de sa bonne humeur ne parurent même tendre qu'à atteindre le
but que Swift se vantait de poursuivre dans tous ses travaux,--«à vexer
le monde plutôt qu'à le divertir.»

Mais ce n'était pas là le Byron des heures de société: ceux qui ont vécu
dans son intimité diront tout le contraire. L'espèce de réputation
sauvage qu'il s'était acquise en pays étranger empêcha, sans doute, bon
nombre de ses compatriotes qu'il aurait cordialement accueillis, de
rechercher sa connaissance. Mais les Anglais qui l'approchèrent avec les
formes ordinaires d'introduction, furent tous surpris et charmés de la
courtoisie et de l'aisance de ses manières, de la simplicité modeste de
sa conversation, et, dans le cas d'une plus intime relation, de la
franche plaisanterie à laquelle il se livrait avec un tel abandon, que
ceux qui le connaissaient le mieux auraient pu se méprendre au point de
croire que la gaîté, après tout, était le véritable penchant de son
caractère.

Aux contrastes qu'il présentait dans sa conduite publique et dans sa vie
privée, on doit encore ajouter que, tout en bravant si fièrement
l'anathême du monde, et en revendiquant le droit naturel de penser par
soi-même avec une liberté, je dirai même, une audace incomparable, la
timidité primitive de son caractère ne cessait de le dominer; et tandis
que de loin il était regardé comme une espèce de despote intellectuel,
révélant partout une confiance inébranlable et ses immenses moyens, une
observation faite de plus près permit, à Venise, à une noble dame[28],
son amie et la mienne, de découvrir, sous cette apparence, les traces de
la défiance et de la timidité qui le caractérisèrent dans son enfance,
et qu'il ne dépouilla jamais entièrement dans le cours de sa carrière.

Mais voici une contradiction encore plus singulière entre l'homme public
et l'homme privé,--contradiction fréquente, et dans quelques cas plus
apparente que réelle;--ce Byron qui, en certains momens, se retranchait
opiniâtrement dans sa volonté absolue, se montrait, un instant après, au
plus haut point docile et persuadable. Aujourd'hui, ébranlant, comme
misantrope et comme satirique, le monde social sur ses solides
bases;--demain, apprenant, comme _cavaliere servente_, avec une
obéissance passive, à plier un schall,--le même homme, qui avait si
obstinément refusé de sacrifier aux remontrances amicales ou à la voix
publique un seul vers de _Don Juan_, consentit à cesser entièrement le
poème, à la simple prière d'une aimable _donna_, et ne reprit cette
œuvre, enfant chéri de sa muse, qu'après en avoir, non sans difficulté,
obtenu la permission de la même autorité. Eût-on pu, d'ailleurs, sans
être préalablement averti de ces transformations, reconnaître le
grossier libertin de Venise dans cet amant romanesque et passionné qui,
peu de mois après, pleurait devant la fontaine du jardin de Bologne? ou
eût-on espéré trouver dans le sec calculateur de sequins et de
_baiocchi_, ce généreux champion qui ne regarda sa fortune entière et sa
vie même que comme de faibles sacrifices pour avancer, ne fût-ce que
d'un seul jour, la cause de la liberté?

[Note 28: La comtesse Albrizzi,--qui a donné une _Esquisse_ du
caractère de Lord Byron. (_Note de Moore_.)]

Ici notre attention se fixe naturellement sur un trait de caractère,
plus intimement lié à la brillante époque que nous avons sous les yeux.
Malgré les manifestes préjugés de Byron en faveur du rang et de la
naissance, nous avons vu avec quelle ardeur,--non-seulement en
imagination et en théorie, mais en pratique, comme dans le cas des
carbonari italiens,--il accorda sans réserve ses sympathies à tout
mouvement populaire vers la liberté. Quoique la sincérité d'un zèle
auquel la mort a mis un noble et dernier sceau, ne puisse être révoquée
en doute, cependant on peut fort bien se demander si ce besoin général
d'excitation qui,--(quelle qu'en fût d'ailleurs la source)--détermina
toujours la conduite de Lord Byron, ne fut pas même en cette
circonstance son motif prédominant, et s'il n'est pas probable, en
outre, que, comme Alfieri et d'autres aristocratiques amans de la
liberté, il n'eût pas reculé devant les dernières conséquences de ses
doctrines de nivellement, et si, tout ardent qu'il était pour abaisser
ses supérieurs, il n'eût pas repoussé la tâche d'élever ses
inférieurs...................
.....................................................

Après la chute des espérances qu'il avait si ardemment nourries sur
l'issue des dernières luttes de l'Italie contre les maîtres qui la
régissent, on conçoit aisément quelle consolation il eut à tourner ses
regards sur la Grèce, où naissait alors un esprit de liberté qu'il avait
peint dans ses rêves de poésie, mais qu'il n'avait guère pu espérer voir
se réaliser avant sa mort. Les voyages de sa jeunesse dans cette contrée
avaient laissé dans son esprit une impression durable; et, comme je l'ai
déjà remarqué, toutes les fois que la fantaisie d'une vie errante le
reprenait, c'était vers les régions qui entourent «l'Olympe bleu», qu'il
reportait avec plaisir son regard. Depuis qu'il avait adopté l'Italie
pour résidence, ce penchant avait grandement diminué. Outre l'influence
sédative de son nouveau lien domestique, il était survenu en lui, à
cette époque, une nonchalance, ou répugnance à changer de demeure, que,
lors de son départ de Ravenne, il ne surmonta pas sans difficulté.

La vie incertaine et mal assise où il fut dès-lors jeté par la précaire
destinée de ceux avec lesquels il s'était lié, contribua avec une ou
deux autres causes à ressusciter en lui son ancienne passion du
changement et des aventures; et l'on ne s'étonnera pas qu'alors que la
Grèce lui offrait sous la forme la plus attrayante cette double
perspective, il ait vivement tourné ses yeux sur elle, et se soit laissé
embraser du désir d'assister et peut-être même de prendre part aux
triomphes contemporains de la liberté sur ces champs de bataille où il
avait déjà recueilli pour l'immortalité les glorieux souvenirs des
anciens jours.

Parmi les causes qui concoururent avec ce sentiment à le déterminer à
l'entreprise qu'il méditait alors, une des plus puissantes, sans doute,
fut qu'il supposait que sa haute popularité comme poète avait baissé
depuis quelque tems. Le complet insuccès du _Libéral_,--qu'il enrichit
de quelques morceaux éclatans, mais où sa plume en inséra d'autres à
peine distincts des scories environnantes,--le confirma pleinement dans
l'idée qu'il était enfin arrivé à ennuyer le monde; et, comme la voix de
la renommée lui était devenue presque aussi nécessaire que l'air qu'il
respirait, ce fut avec une orgueilleuse conscience de facultés encore
vierges en lui, qu'il reconnut que s'il était parvenu à l'extrémité
d'une des routes de la renommée, il lui en restait d'autres à tenter,
encore plus glorieuses.

..................................................

Son zèle pour l'Italie, dont l'histoire et la littérature semblaient
réclamer à grands cris la fin du vasselage et de l'oppression qui pèsent
sur elle, l'aurait sans doute entraîné au même dévoûment chevaleresque,
qu'il déploya depuis pour le service de la Grèce. Mais l'issue
désespérante de cette courte lutte n'est que trop bien connue; et ce
soudain échec d'une cause si riche en promesses affligea Lord Byron
d'autant plus profondément qu'il connaissait maints cœurs braves et
sincères qui l'avaient épousée. Le dégoût que cet effort abortif lui
inspira, joint à l'opinion qu'il s'était formée dans sa jeunesse des
«serfs héréditaires» de la Grèce, le firent quelque tems douter que les
Grecs pussent jamais accomplir leur affranchissement; et ce ne fut qu'au
printems de cette année que, plutôt d'après la durée que d'après le
succès présent de la lutte, il commença à croire un peu à l'avenir de la
cause à laquelle il avait presque résolu déjà de se dévouer. La seule
difficulté qui retardait ou entravait encore cette résolution, était la
nécessité de se séparer temporairement de Mme Guiccioli, qui désirait
elle-même partager les périls de son amant, mais qu'il ne pouvait
consentir à exposer aux chances d'une vie si rude même pour les hommes.

Au commencement du mois d'avril, il reçut la visite de M. Blaquière, qui
se rendait alors en Grèce avec la mission spéciale de procurer au
comité, récemment formé à Londres, d'exactes informations sur l'état et
sur les chances de ce pays. Entre autres instructions, M. Blaquière
devait s'arrêter à Gênes et s'aboucher avec Lord Byron. La note suivante
montrera combien le noble poète était disposé à entrer dans toutes les
vues du comité.



LETTRE DXIX.

A M. BLAQUIÈRE.

Albaro, 5 avril 1823.

MON CHER MONSIEUR,

«Je serai charmé de vous voir, vous et votre ami grec, et le plus tôt
sera le mieux. Je vous ai attendu quelque tems,--vous me trouverez chez
moi. Je ne puis vous dire combien je m'intéresse à la cause grecque; et,
si je n'eusse nourri l'espérance de voir un jour la délivrance de
l'Italie, rien ne m'eût empêché de retourner dans cette contrée qu'il
est même honorable d'avoir visitée, pour m'y rendre aussi utile que peut
l'être un faible individu.

Tout à vous pour toujours et de cœur.»

NOEL BYRON.

       *       *       *       *       *

Bientôt après cette entrevue avec l'agent du comité, une communication
plus directe s'ouvrit sur ce sujet entre sa seigneurie et le comité
lui-même.



LETTRE DXX.

A M. BOWRING.

Gênes, 12 mai 1823.

MONSIEUR,

«J'ai grand plaisir à reconnaître la réception de votre lettre, et
l'honneur que le comité m'a fait;--je tâcherai de mériter par tous les
moyens en mon pouvoir la confiance qu'il m'accorde. Mon premier désir
est d'aller en personne dans le Levant, où je pourrais être à même
d'avancer le succès, sinon de la cause elle-même, du moins des
informations que le comité désire rassembler avant d'agir; mon ancien
séjour dans le pays, mon habitude de la langue italienne (qui y est
parlée universellement, ou du moins dans le même degré d'extension que
le français dans les contrées plus civilisées du continent), et ma
légère connaissance du romaïque[29] me donneraient quelques avantages.
La seule objection que souffre ce projet est d'une nature domestique, et
je tâcherai de la résoudre;--si j'échoue, je ferai ce que je pourrai
faire où je suis; mais ce sera toujours pour moi une source de regrets,
que de penser que j'aurais pu faire plus pour le service de la cause sur
le lieu même.

»Nos dernières nouvelles du capitaine Blaquière sont d'Ancône, où il
s'est embarqué pour Corfou par un bon vent, le 15 du mois dernier; il
est probablement à sa destination maintenant. La dernière lettre que
j'ai reçue de lui était datée de Rome; on lui avait refusé un passeport
pour le royaume de Naples, et il s'en retournait par la Romagne à
Ancône;--mais ce retard ne paraît lui avoir fait perdre que peu de tems.

[Note 29: Le grec moderne. C'est l'expression employée par les Grecs
eux-mêmes. (_Note du Trad._)]

»Les principaux articles dont les Grecs semblent avoir besoin, sont
d'abord un parc d'artillerie--légère, et propre à un pays de montagnes;
secondement, de la poudre à canon; troisièmement, des fournitures
nécessaires au service des hôpitaux ou ambulances. Le mode le plus
facile de transmission est, dit-on, par Idra, à l'adresse de M. Negri,
le ministre. Je voulais envoyer une certaine quantité des deux derniers
articles,--non pas énormément,--mais suffisamment pour montrer les
souhaits sincères d'un individu,--mais j'attends; car, au cas que je
parte moi-même, je prendrai ce bagage avec moi. Je suis en
correspondance avec signor Nicolas Karrellas (connu de M. Hobhouse) qui
maintenant est à Pise; mais son dernier avis portait simplement que les
Grecs sont à présent occupés à organiser leur gouvernement, et les
détails de leur administration intérieure; ceci semblerait indiquer de
la sécurité, mais la guerre est pourtant loin d'être terminée.

»Les Turcs sont une race obstinée, comme ils l'ont montré dans toutes
les guerres précédentes, et ils reviendront à la charge pendant
plusieurs années, même s'ils sont battus, comme il faut l'espérer. Mais,
dans aucun cas, les travaux du comité ne seront accusés d'inutilité;
car, dans le cas même de la soumission et de la dispersion des Grecs,
les fonds qui seraient employés à secourir et à rassembler les survivans
pour alléger en partie leur détresse, et pour les mettre à même de
trouver ou de se faire une patrie (comme tant d'émigrés d'autres nations
y ont été obligés), ne manqueraient pas de bénir la main qui donna et
celle qui reçut» comme un don de justice et de merci.

»Quant à la formation d'une brigade (dont M. Hobhouse émet l'idée dans
sa briève lettre, contenant celle à laquelle j'ai l'honneur de
répondre), je me permettrai d'exprimer une opinion qui résulte plutôt, à
la vérité, de la triste expérience des brigades embarquées pour le
service de la Colombie, que d'essais pratiqués en Grèce,--c'est que le
comité devrait plutôt consacrer son attention à la recherche d'officiers
expérimentés qu'à l'enrôlement de recrues anglaises, difficilement
disciplinables, et peu propres au service dans une guerre irrégulière à
côté d'étrangers. Un petit corps de bons officiers, surtout dans l'arme
de l'artillerie; un ingénieur avec les munitions indiquées par le
capitaine Blaquière comme les plus nécessaires (en quantité déterminée
par la sagesse du comité); voilà, ce me semble, des secours d'une haute
utilité. De plus, les officiers qui auraient déjà servi dans la
Méditerranée devraient être pris de préférence, attendu que la
connaissance de l'italien est presque indispensable.

»Il faudrait aussi avertir qu'on ne va pas en Grèce «pour dévorer le
beefsteak et s'enivrer de porter»,--mais que la Grèce,--qui, depuis ces
dernières années, n'a point été richement fournie en comestibles,--est à
présent par excellence un pays de privations. Cette remarque peut
sembler superflue; mais j'ai dû la faire, en observant que plusieurs
officiers étrangers, italiens, français et allemands (ces derniers sont
les moins nombreux) sont revenus tout dégoûtés, parce qu'ils s'étaient
imaginé qu'ils allaient faire une partie de plaisir, ou chercher une
haute paie, une promotion rapide, et peu de besogne. Ils se plaignent
aussi d'avoir été mal accueillis par le gouvernement ou par les
habitans; mais bon nombre de ces gens-là étaient de purs aventuriers,
attirés par le désir du commandement et du butin, et désappointés dans
cette double espérance. J'ai vu les Grecs repousser vivement
l'accusation du défaut d'hospitalité, et déclarer qu'ils partageaient
leur ration jusqu'à la dernière miette avec les volontaires étrangers.

»Je n'ai pas besoin de représenter au comité le grand avantage que doit
procurer le succès des Grecs à la Grande-Bretagne, et les probabilités
des nouvelles relations commerciales qui s'ouvriraient en conséquence
avec l'Angleterre; parce que je suis persuadé que le principal but du
comité est l'émancipation de cette nation, sans aucune vue d'intérêt.
Mais la considération précédente peut avoir quelque poids auprès du
peuple anglais, passionné comme il l'est maintenant pour toute espèce de
spéculation;--ceux qui se résolvent à émigrer n'auront plus besoin de
traverser les mers d'Amérique; les îles grecques seules leur fourniront
des ressources incomparables; le bon marché non-seulement des objets de
première nécessité, mais même des objets de luxe (c'est-à-dire, de luxe
fourni par la nature), laisse bien loin derrière lui le cap de
Bonne-Espérance, la terre de Van-Diemen, et les autres lieux de refuge
que la population anglaise va chercher à travers les flots.

».....................................................

»J'écrirai à M. Karrellas. J'attends une lettre du capitaine Blaquière,
qui m'a promis de m'écrire bientôt des nouvelles du chef-lieu du
gouvernement des Sept-Iles. Je lui ai donné une lettre d'introduction
pour lord Sydney Osborne, à Corfou; mais comme lord Sydney est au
service du gouvernement, il ne lui accordera qu'une réception
_circonspecte_.»



LETTRE DXXI.

A M. BOWRING.

Gênes, 21 mai 1823.

MONSIEUR,

«Je reçus hier la lettre du comité, datée du 14 mars. Je ne sais quelle
est la cause du retard. La lettre m'a été envoyée de Paris par M.
Galignani, qui me marquait qu'il ne l'avait eue entre les mains que
quatre jours, et qu'elle lui avait été remise par un M. Grattan. J'ai à
peine besoin de vous dire que j'accède avec joie à la proposition du
comité, et que je tiens à grand honneur d'avoir été jugé digne d'être
admis au nombre de ses membres. J'ai aussi des grâce à rendre, surtout à
vous, monsieur, pour la lettre extrêmement flatteuse qui accompagne la
proposition.

»Depuis que je vous ai écrit par l'intermédiaire de M. Hobhouse, j'ai
reçu une lettre du capitaine Blaquière, datée de Corfou; je vous l'ai
fait passer, parce qu'elle montrera comment il va. Hier, je rencontrai
deux jeunes Allemands, qui ont survécu à la bande du général Normann.
Ils étaient arrivés à Gênes dans l'état le plus déplorable,--sans
nourriture,--sans un sou,--sans chaussure. Ils avaient été expulsés du
territoire autrichien dès leur débarquement à Trieste; ils avaient été
forcés de rétrograder jusqu'à Florence, et avaient fait la traversée de
Leghorn jusqu'ici, avec quatre livres toscanes (environ trois francs)
dans leurs poches. Je leur ai donné vingt écus gênois (environ cent
trente-trois livres, monnaie française), et des souliers neufs, ce qui
les mettra à même de se rendre en Suisse, où ils disent avoir des amis.
Tout ce qu'ils ont pu, d'ailleurs, ramasser à Gênes, ne s'est pas élevé
à trente sous. Ils ne se plaignent pas des Grecs, mais ils disent avoir
souffert davantage depuis leur débarquement en Italie.

»J'ai constaté leur véracité, premièrement par leurs passeports et leurs
papiers; secondement par des questions variées de topographie sur Arta,
Argos, Athènes, Missolonghi, Corinthe, etc; et troisièmement, en leur
parlant en romaïque, langue que l'un des deux possédait même beaucoup
mieux que moi. Tous deux appartiennent à de bonnes familles: l'un est un
beau jeune homme de vingt-trois ans,--il est Wurtembergeois, et a un
faux air de _Sandt_[30]; l'autre est un Bavarois, plus âgé, à
physionomie moins expressive et moins idéale, mais c'est un grand et
robuste soldat. Le Wurtembergeois a été présent au combat d'Arta, où les
Philhellènes furent taillés en pièces après avoir tué six cents Turcs,
quoiqu'ils ne fussent que cent-cinquante contre six ou sept mille; il
n'y en a que huit qui aient échappé au massacre, et, sur ces huit, trois
seulement ont survécu.

»Ces deux-ci quittèrent la Grèce par le conseil des Grecs. Quand
Churschid pacha envahit la Morée, les Grecs paraissent s'être fort bien
comportés en désirant sauver leurs alliés, dès qu'ils pensèrent que c'en
était fait pour eux. Ce fut en septembre dernier (1822); ils errèrent
d'île en île, et allèrent de Milo à Smyrne, où le consul français leur
donna un passeport, et un charitable capitaine le passage à Ancône, d'où
ils allèrent à Trieste, pour être renvoyés de là par les Autrichiens.
Ils disent que les Grecs se battent bien à leur façon, mais furent
d'abord effrayés du feu de leurs propres canons,--puis s'y
accoutumèrent.

[Note 30: Célèbre assassin de Kotzbue. (_Note du Trad._)]

»Adolphe (le plus jeune) a commandé à Navarin pendant quelque tems;
l'autre personnage plus matériel, «ce hardi Bavarois à l'heure fatale,»
semble principalement déplorer un jeûne de trois jours à Argos, et la
perte de vingt-cinq paras par jour de paie arriérée, et quelques bagages
laissés à Tripolitza; mais il prend ses blessures, ses marches et ses
batailles en bonne part. Tous deux sont simples, pleins de naïveté, et
tout-à-fait sans prétention; ils disent que les étrangers se
querellaient souvent entre eux, particulièrement les Français avec les
Allemands, d'où résultaient de fréquens duels.

»Les Grecs acceptent les mousquets, mais rejettent les bayonnettes, et
ils ne seront jamais disciplinés. Quand mes deux gars virent hier deux
régimens piémontais, ils s'écrièrent: «Ah! si nous avions eu seulement
ces deux régimens, nous aurions nettoyé la Morée.» (Il aurait fallu,
toutefois, que les Piémontais se comportassent mieux que contre les
Autrichiens.) Ils semblent attacher une grande importance à un petit
nombre de troupes régulières;--ils disent que les Grecs ont des armes et
de la poudre en abondance, mais manquent de vivres, de fournitures
d'hôpital, de charpie et de linge, etc., et surtout d'argent. Certes, il
serait difficile de montrer plus de philosophie pratique que ce débris
de nos «pauvres montagnards[31];» ils ne semblent pas abattus du tout,
et leur façon de se présenter fut aussi simple et naturelle que
possible. Ils me dirent qu'ils avaient appris ici d'un Danois qu'un
Anglais, ami de la cause grecque, était ici, et qu'étant réduits à
mendier de quoi retourner dans leur pays, ils avaient cru bien faire en
commençant par moi. J'écris en hâte pour ne pas manquer le départ de la
poste,

»Votre obligé, etc.

»_P. S._ J'ai encore revu mes hommes: le comte P. Gamba les a invités à
déjeûner. L'un d'eux a l'intention de publier le journal de sa campagne.
Le Bavarois s'étonne un peu que les Grecs ne soient pas tout-à-fait
semblables aux contemporains de Thémistocle (ceux-ci n'étaient pas déjà
si traitables), et soient si difficiles à discipliner; mais c'est un
bonhomme, un tacticien qui ressemble un peu à Dugald Dalgetty:--l'autre
semble ne s'étonner de rien.»

[Note 31: Mis entre parenthèse par Lord Byron, parce que c'est une
phrase écossaise: _Puir hill folk_. (_Note du Trad._)]



LETTRE DXXII.

A LADY ***.

17 mai 1823.

..................................................

«Quant au défunt (lord Londonderry), qu'on vous a dit avoir été attaqué
par moi, je me contenterai de répondre que la mémoire d'un mauvais
ministre est un objet d'investigation comme sa conduite de son
vivant:--car ses mesures ne meurent pas avec lui comme les actions d'un
simple particulier. Il est dans le domaine de l'histoire; et partout où
je trouverai un tyran ou un scélérat, je le flétrirai. Je n'ai pas
attaqué Londonderry avec plus de violence que je n'avais coutume de
faire. Pour le _Libéral_,--c'était une publication entreprise pour
l'avantage d'un auteur persécuté et d'un très-digne homme. Mais je fis
une folie en m'y engageant, aussi l'affaire a-t-elle mal tourné:--car je
me suis nui sans faire grand bien à ceux que je voulais servir.

»Ne me défendez pas:--cela ne réussira jamais;--vous ne ferez que vous
attirer à vous-même des ennemis.

»Les miens ne diminueront ni ne s'adouciront jamais, mais ils seront
peut-être renversés; il peut survenir des événemens, moins improbables
que ceux déjà survenus en notre tems, qui changeront peut-être l'état
actuel des choses:--nous verrons.

..................................................

»Je vous envoie ce commérage pour vous faire rire; il n'est bon qu'à
cela, si toutefois il est bon à quelque chose. Je serai charmé de vous
revoir; mais ce sera fort triste, si nous ne nous revoyons que pour un
moment.

»Tout à vous à jamais,»

N. B.

       *       *       *       *       *

Lord Byron, une fois décidé à partir pour la Grèce, pressa tous les
préparatifs nécessaires pour son départ. Un de ses premiers soins fut
d'écrire à M. Trelawney, qui était alors à Rome, pour le prier d'être
son compagnon de voyage. «Vous devez avoir appris, dit-il, que je vais
en Grèce:--pourquoi ne venez-vous pas près de moi? Je ne puis rien faire
sans vous, et je suis extrêmement désireux de vous voir. Venez, je vous
en prie, car je me suis enfin déterminé à aller en Grèce:--c'est le seul
endroit où j'aie été satisfait de me trouver. Je parle sérieusement; je
ne vous ai pas écrit plus tôt, parce que j'aurais pu vous faire faire un
voyage pour rien. Tout le monde dit que je puis être utile à la Grèce:
je ne sais pas comment,--ni ceux qui le disent ne le savent pas non
plus; mais c'est égal, partons.»

Considérant un médecin, instruit en chirurgie, comme une partie
essentielle de sa suite, il pria le docteur Alexandre, son médecin
ordinaire à Gênes, de lui procurer une telle personne; et, à la
recommandation de ce docteur, il prit avec lui le docteur Bruno, jeune
homme qui venait de quitter l'université avec une réputation
considérable. Entre autres préparatifs pour son expédition, il commanda
trois superbes casques,--ornés de son cimier de prédilection,--pour lui
et les deux amis qui devaient l'accompagner. Dans cette petite
circonstance, qui excita quelques moqueries en Angleterre, où le
ridicule est beaucoup mieux compris que l'héroïque, nous avons un de ces
exemples qui surviennent si souvent dans la vie de Lord Byron pour
confirmer l'observation, si vraie par rapport à lui, que «l'enfant est
le père de l'homme mûr:»--les traits caractéristiques de l'un et l'autre
âge ayant subi chez lui une transposition si anomale, que les passions
et les vues de l'homme mûr se développèrent dans son enfance, et que les
fantaisies et les vanités de l'enfant percèrent toujours dans les momens
les plus sérieux de sa virilité. Le même écolier que nous avons vu, au
commencement du premier volume, se targuer du dessein de lever, un jour
à venir, une troupe de cavaliers, en armures noires, nommés les _Noirs_
de Byron, essayait alors avec délices son casque au beau cimier, et
jouissait par avance des exploits qu'il devait accomplir sous ce
panache.

A la fin de mai, il reçut une lettre de M. Blaquière, qui lui
communiquait d'heureuses nouvelles, et le priait de hâter le plus
possible son départ, vu que sa présence était impatiemment désirée, et
qu'elle rendrait les plus grands services.....

Pour connaître le véritable état de l'esprit de Byron à cette époque de
crise, les observations d'une personne qui veillait sur lui avec des
yeux animés par l'inquiétude, paraîtront peut-être fournir le plus clair
et le plus certain document. «Ce fut alors, dit Mme Guiccioli, que Lord
Byron tourna ses pensées sur la Grèce; et stimulé de toutes parts par
mille circonstances combinées, il se trouva, presque sans l'avoir décidé
et sans le savoir, obligé de partir pour la Grèce. Mais, malgré son
affection pour cette contrée,--malgré la conscience de ses forces
morales, sous l'inspiration de laquelle il disait toujours qu'un homme
est obligé à faire pour la société quelque chose de plus que des
vers,--malgré l'attrait que devait avoir pour son ame noble l'objet de
ce voyage,--et malgré la détermination de revenir en Italie au bout de
quelques mois,--cependant, toutes les personnes qui l'approchèrent à
cette époque peuvent dire quels combats son cœur se livrait (quoiqu'il
cherchât à les dissimuler) à mesure que s'approchait l'époque du
départ[32].»

Il pensait en outre par une sorte de pressentiment funeste,--naturel
peut-être à un homme de son caractère sous l'influence de telles
circonstances,--qu'il ne faisait qu'accomplir sa destinée dans cette
expédition, et qu'il mourrait en Grèce. La veille du départ de lord et
lady B***, il alla leur faire le soir une visite d'adieu, et se mit à
converser quelque tems. Il était évidemment dans un moment d'humeur
sombre, et après avoir exprimé combien il regrettait que ses amis
partissent de Gênes avant l'époque de son embarquement, il continua à
parler de son voyage projeté dans un ton plein de découragement: «Ici,
dit-il, nous voilà tous ensemble aujourd'hui,--mais quand et où nous
rencontrerons-nous? J'ai une sorte de pressentiment que nous nous voyons
pour la dernière fois; et un je ne sais quoi me dit que je ne reviendrai
jamais de Grèce.» Ayant continué quelque tems encore sur ce ton
mélancolique, il appuya sa tête sur le bras d'un sofa où il causait avec
lady B***, et, laissant échapper un torrent de larmes, il pleura durant
quelques minutes par un instinct irrésistible. Quoiqu'il n'eût parlé
qu'avec lady B***, tous ceux qui étaient dans le salon observèrent son
émotion, et en furent touchés; lui, au contraire, apparemment honteux de
sa faiblesse, tâcha d'en détourner l'attention par une remarque
ironique, énoncée avec une sorte de rire hystérique, sur les effets de
la susceptibilité nerveuse.

[Note 32: «Fu allora che Lord Byron rivolse i suoi pensieri alla
Grecia; e stimolato poi da ogni parte per mille combinazioni, egli si
trovò quasi senza averlo deciso, e senza saperlo, obbligato di partire
per la Grecia. Ma, nonostante il suo affetto per quelle
contrade,--nonostante il sentimento delle sue forze morali che gli
faceva dire sempre «che un uomo è obligato a fare per la società qualche
cosa di più che dei versi,»--non ostante le attrattive che doveva avere
pel nobile suo animo l' oggetto di quel viaggio,--e nonostante che egli
fosse determinato di ritornare in Italia fra non molti mesi,--pure in
quale combattimento si trovasse il suo cuore mentre si avvanzava l'
epoca della sua partenza (sebbene cercasse occultarlo) ognuno che lo ha
avvicinato allora può dirlo.»]

Il avait, avant cette conversation, présenté un petit présent d'adieu à
chaque personne de la société voyageuse, un livre à l'un, à l'autre une
gravure de son buste de Bartolini, et à lady B*** un exemplaire de sa
_Grammaire Arménienne_, sur les pages de laquelle il y avait quelques
remarques écrites de sa main. En quittant cette noble dame, il lui
demanda comme souvenir quelque bagatelle qu'elle eût portée; elle lui
donna une de ses bagues; en retour, il détacha de son sein une épingle,
ornée d'un petit camée de Napoléon, qu'il dit avoir long-tems conservée
sur lui, et qu'il présenta à l'honorable lady.

Le lendemain, lady B*** reçut de lui le billet suivant:



A LA COMTESSE DE B***.

Albaro, 2 juin 1823.

MA CHÈRE LADY B***,

«Je suis superstitieux, et je me suis rappelé que les souvenirs qui ont
une pointe ne sont pas d'heureux augure; je vous prierai donc
d'accepter, en place de l'épingle, la chaîne ci-jointe, qui a trop peu
de valeur pour que vous hésitiez le moins du monde. Comme vous désiriez
un objet que j'eusse porté, je ne puis que dire que celui-ci a été plus
souvent et plus long-tems porté que l'autre. La chaîne est de fabrique
vénitienne; et la seule particularité qu'il y ait à en dire, c'est qu'on
n'en peut avoir une pareille qu'à Venise, ou du moins en la faisant
venir de cette ville. A Gênes on n'en a point du même genre. Je vous
envoie aussi une bague, que je désirerais laisser à Alfred; elle est
trop grande pour être portée, mais elle est faite de lave, et par
conséquent en harmonie avec le feu de l'âge et du caractère de notre
jeune ami. Vous aurez peut-être la bonté d'accuser réception de ce
billet, et de me renvoyer (crainte de malheur) cette épingle, qui me
sera d'une plus grande valeur pour avoir été une nuit entre vos mains.

»A jamais et de cœur votre très-obligé, etc.

»_P. S._ J'espère que vos nerfs sont bien aujourd'hui, et qu'ils
continueront à rester dans un état florissant.»

       *       *       *       *       *

En même tems les préparatifs de la romanesque expédition s'avançaient.
Avec l'aide de son banquier et sincère ami, M. Barry, de Gênes, Lord
Byron parvint à rassembler les grandes sommes d'argent nécessaires pour
ses dépenses;--10,000 couronnes en espèces, et 40,000 couronnes en
lettres-de-change; une portion de cet argent fut prélevée sur ses
meubles et sur ses livres, sur lesquels M. Barry avança une somme bien
supérieure à leur réelle valeur. Un brick anglais, _l'Hercule_, fut
frété pour le transport de Byron et de sa suite, qui se composait du
comte Gamba, de M. Trelawney, du docteur Bruno et de huit domestiques.
Il y avait aussi à bord cinq chevaux, quantité suffisante d'armes et de
munitions pour le service de la petite troupe, deux _one-pounder_[33]
appartenant à son schooner, _le Bolivar_, qu'il avait laissé à Gênes, et
assez de drogues pour suffire à mille personnes pendant un an.

La lettre suivante au secrétaire du comité grec annonce l'approche du
départ.

[Note 33: Petits canons pour des biscaïens d'une livre. (_Note du
Trad._)]



LETTRE DXXIII.

A M. BOWRING.

7 juillet 1823.

«Nous mettons à la voile le 12 pour la Grèce:--J'ai reçu une lettre de
M. Blaquière, trop longue pour être transcrite ici, mais
très-satisfaisante. Le gouvernement grec m'attend sans délai.

»Conformément aux désirs de M. Blaquière et d'autres correspondans, je
dois dire, avec toute la déférence due au comité, qu'une avance de «dix
mille livres sterling seulement» (c'est l'expression de M. Blaquière)
rendrait à présent le plus grand service au gouvernement grec. Je dois
aussi recommander vivement l'entreprise d'un emprunt, pour lequel une
suffisante garantie sera offerte par les députés actuellement en route
pour l'Angleterre. En même tems, j'espère que le comité sera mis à même
de faire quelque-chose d'efficace.

»Pour ma part, j'ai intention d'emporter, en espèces ou en lettres de
crédit, près de neuf mille livres sterling, ce que je puis faire en
raison des fonds que j'ai en Italie, et de mes crédits en Angleterre. Je
dois nécessairement réserver une portion de cette somme pour mes
dépenses et celles de ma suite; je dépenserai le reste de la façon qui
me semblera la meilleure pour le service de la cause,--bien entendu,
avec garantie ou assurance que cet argent ne sera pas détourné au profit
de quelque spéculation individuelle.

»Si je reste en Grèce, ce qui dépendra entièrement de l'utilité présumée
de ma présence, et de l'opinion des Grecs eux-mêmes sur son
à-propos,--bref, si je suis le bienvenu, je continuerai, durant ma
résidence au moins, à consacrer au triomphe de la cause une partie de
mes revenus, présens et futurs, c'est-à-dire, ce que je pourrai épargner
pour ce but. Je puis, ou du moins je pus autrefois, supporter les
privations;--je suis accoutumé à l'abstinence;--et, quant à la fatigue,
je fus jadis un passable voyageur. Je ne puis dire de quoi je suis
capable aujourd'hui,--mais j'essaierai.

»J'attends les ordres du comité.--Adressez les lettres à Gênes;--elles
me seront envoyées, en quelque lieu que je sois, par mes banquiers, MM.
Webb et Barry. Il m'eût été agréable d'avoir des instructions plus
précises avant de partir, mais cela doit rester au choix du comité.

»J'ai l'honneur d'être votre obéissant, etc.

»_P. S._ On exprime un grand désir d'avoir une presse et des caractères,
etc. Je n'ai pas le tems de m'en procurer, mais je recommande cela à
l'attention du comité. Je présume qu'il faut que les caractères soient
grecs, du moins en partie. On désire avoir des papiers publics, et
peut-être un journal, probablement en romaïque, avec des traductions
italiennes.»

       *       *       *       *       *

Tout était prêt; et le 13 juillet Byron et ses compagnons dormirent à
bord de _l'Hercule_. Le lendemain matin, au lever du soleil, on réussit
à sortir du port; mais il y avait peu de vent, et le brick resta en vue
de Gênes toute la journée. La nuit il y eut un brillant clair de lune,
mais le vent était devenu orageux et contraire, et l'on fut quelque tems
dans un danger sérieux. Lord Byron, qui resta sur le pont durant la
tempête, s'occupa vivement, avec l'aide de ceux de ses compagnons que le
mal de mer n'empêchait pas de lui prêter main-forte, à contenir les
chevaux, qui, ayant été mal attachés, s'étaient lâchés et se blessaient
les uns les autres. Après avoir tenu tête au vent pendant trois ou
quatre heures, le capitaine fut enfin obligé de revenir à Gênes, et
rentra dans le port à six heures du matin. En abordant à terre, après ce
malencontreux début du voyage, «Lord Byron (dit le comte Gamba) parut
pensif, et remarqua qu'il considérait un mauvais commencement comme un
favorable augure.»

Je crois avoir déjà mentionné qu'entre autres superstitions, la
supposition que le vendredi est un jour de malheur pour le commencement
d'une entreprise quelconque, ne manquait presque jamais d'influencer
Lord Byron. Quelque tems après son arrivée à Pise, une dame de sa
connaissance l'ayant rencontré sur la route de sa maison comme elle y
retournait, et supposant qu'il y avait été lui faire une visite, le pria
d'y retourner avec elle. «Je n'ai pas été chez vous, répondit-il; car,
au moment de frapper à la porte, je me suis souvenu que c'est
aujourd'hui vendredi, et, comme je n'aime pas à faire ma première visite
un vendredi, je m'en suis retourné.» On rapporte même qu'il renvoya une
fois un tailleur gênois qui lui apportait un habit neuf en ce jour de
sinistre présage.

Malgré cela, chose étrange à dire, il mit à la voile pour la Grèce un
vendredi;--et quoique pour ceux qui ont quelque propension à cette idée
superstitieuse, le résultat ne puisse paraître que trop malheureusement
confirmatif du mauvais présage, il est évident que l'influence de la
superstition sur l'esprit de Byron était peu considérable, ou qu'elle
fut effacée par l'excitation du dévoûment. En vérité, malgré cette
encourageante remarque adressée au comte Gamba, le pressentiment d'une
fin prochaine semble avoir été trop profond et trop sérieux chez le
noble poète pour avoir besoin de l'aide d'un pareil accessoire. Ayant
exprimé, en redescendant à terre, le désir de visiter son palais, qu'il
avait laissé à la garde de M. Barry, et d'où Mme Guiccioli était partie
le matin même de très-bonne heure, il y alla seul, avec le comte Gamba.
«Sa conversation, dit celui-ci, fut un peu sombre durant notre route à
Albaro; il parla beaucoup de sa vie passée, et de l'incertitude de
l'avenir: Où serons-nous dans un an? s'écria-t-il.--Cette dernière
phrase (ajoute son ami) a l'air d'avoir été un sombre présage; car, au
même jour du même mois de l'année suivante, il fut porté dans la tombe
de ses ancêtres.»

Il fallut presque la journée entière pour réparer les dommages du
navire; et la plus grande partie de ce tems fut passée par Lord Byron en
compagnie avec M. Barry, dans des jardins près de la ville. Là sa
conversation, suivant M. Barry, prit le même ton de mélancolie. Il
semblait vivement regretter de ne s'être pas déterminé de préférence à
aller en Angleterre; et les idées qu'il exprima sur l'entreprise où il
s'engageait étaient si désespérantes, qu'il n'y persista, sans doute,
que par un profond sentiment de devoir et d'honneur.

Le soir, on mit à la voile.--Alors Byron, pleinement lancé dans
l'entreprise, et dégagé, pour ainsi dire, de sa première existence,
déploya soudain la force naturelle de son ame pour secouer l'affliction
venue, soit du dedans, soit du dehors. Suivant le rapport d'un de ses
compagnons de voyage, il n'eût pas plus tôt commencé à voguer de nouveau
sur les ondes, que son humeur sombre se dissipa, et fit place à sa
brillante vivacité. Dans la brise qui le portait vers sa Grèce chérie,
la voix de sa jeunesse sembla parler de nouveau. Devant les noms de
héros et de bienfaiteur, auxquels il aspirait, celui de poète, si
prééminent qu'il soit, s'évanouit dans le néant. Sa passion pour la
liberté, sa générosité, sa soif des impressions nouvelles et des
aventures:--tout se réveilla; et même les sombres présages qui
grondaient encore au fond de son cœur ne firent que lui rendre plus
précieuse la carrière ouverte devant lui, par la conscience de la
brièveté du tems qui lui restait, et par la haute et noble résolution
d'employer glorieusement ce reste de ses jours.

Après une traversée de cinq jours, on arriva en vue de Leghorn, où l'on
jugea à propos d'aborder, afin de prendre un surplus d'approvisionnemens
de poudre, et quelques marchandises anglaises qu'on n'aurait pu se
procurer ailleurs.

»................................................ ......[34] A Leghorn,
Lord Byron reçut une précieuse marque d'hommage de la part de l'un des
deux hommes[35] du siècle, qui seuls pouvaient lutter avec lui en
universalité de gloire littéraire.

Nous avons déjà vu qu'un échange de courtoisies, fondées sur une
mutuelle admiration, avait eu lieu entre Lord Byron et le grand poète de
l'Allemagne, Goëthe. Le vénérable auteur de _Faust_ en a donné une
relation, dont je vais insérer ici la fidèle traduction, comme un
préliminaire nécessaire à la lettre que je vais donner.

[Note 34: Nous nous permettons, soit dit une fois pour toutes, de
retrancher quelquefois les verbeuses réflexions de Moore. (_Note du
Trad._)]

[Note 35: De ces deux hommes, mentionnés par Moore, l'un est
évidemment Goëthe, l'autre est probablement Walter-Scott. (_Note du
Trad._)]



GOETHE SUR BYRON.

«Le poète allemand qui, jusqu'au dernier période de sa longue vie, s'est
toujours empressé de reconnaître les mérites de ses prédécesseurs et
contemporains littéraires, parce qu'il a toujours considéré cela comme
le plus sûr moyen de cultiver ses propres facultés, n'a pas pu ne pas
fixer son attention sur le grand talent que le noble Lord a déployé
presque dès son apparition, et a incessamment observé les progrès de son
génie dans toutes les œuvres qu'il produisait sans relâche.
L'appréciation publique des mérites du poète ne demeura pas en arrière
de cette succession rapide de poèmes. La sympathie eût été parfaite, si
le poète n'eût, par une vie marquée au sceau du mécontentement
intérieur, et par le libre cours de passions violentes, troublé les
jouissances que son immense génie procurait. Mais son admirateur
allemand n'en fut pas moins attentif à suivre ses œuvres et sa vie dans
toute leur excentricité. Il en était d'autant plus étonné, qu'il ne
trouvait dans l'expérience des âges passés aucun élément pour le calcul
d'une orbite si excentrique.

»Cet intérêt du littérateur allemand ne resta pas inconnu au poète
anglais, comme ses œuvres en contiennent des preuves évidentes; et le
noble Lord profita des occasions offertes par divers voyageurs, pour
envoyer quelque salutation amicale à son obscur admirateur. Enfin, il
lui envoya une dédicace manuscrite de _Sardanapale_, dans les termes les
plus flatteurs, en s'enquérant obligeamment si elle pourrait être placée
en tête de la tragédie. L'auteur allemand qui, à son âge avancé, avait
la conscience de ses facultés et de leurs effets, ne pouvait que
considérer avec reconnaissance et avec modestie cette dédicace, comme
l'expression d'une inépuisable intelligence, sentant profondément et
créant son objet. Il ne fut nullement mécontent quand, après un long
délai, _Sardanapale_ parut sans la dédicace, et il fut heureux d'en
posséder un fac-similé lithographié qu'il considéra comme un souvenir
précieux.

»Cependant, le noble Lord n'abandonna pas son projet de déclarer au
monde son affection pour son confrère allemand, et en donna un précieux
témoignage en tête de la tragédie de _Werner_. On croira aisément que le
poète allemand, en recevant un honneur si inespéré,--honneur rarement
obtenu dans la vie, et de la part d'un homme si distingué,--fut
naturellement porté à exprimer l'estime et la sympathie que son
incomparable contemporain lui avaient inspirées. La tâche n'était point
aisée; et plus elle était méditée, plus elle paraissait difficile:--car
que dire d'un homme dont les talens infinis sont au-dessus des paroles?
Mais quand un jeune homme, M. Sterling, d'un physique agréable et d'un
excellent caractère, eut, au printems de 1823, dans un voyage de Gênes
à Weimar, apporté comme lettre d'introduction quelques lignes de la main
du grand homme; et quand le bruit se fut bientôt après répandu que le
noble pair était sur le point d'appliquer sa grande ame et ses talens
variés à de sublimes exploits par-delà l'Océan, alors il n'y eut plus de
tems à perdre, et les vers suivans furent composés à la hâte:

        Ein freundlich Wort kommt eines nach dem andern,
        Von Süden her und bringt uns frohe Stunden;
        Es ruft uns auf zum Edelsten zu wandern,
        Nicht ist der Geist, doch ist der Fuss gebunden.

        Wie soll ich dem; den ich so lang begleitet,
        Nun etwas Traulich's in die Ferne sagen?
        Ihm der sich selbst im Innersten bestreitet,
        Stark angewohnt das tiefste Weh zu tragen.

        Wohl-sey ihm doch, wenn er sich selbst empfindet,
        Er wage selbst sich hoch beglückt zu nennen,
        Wenn Musenkraft die Schmerzen überwindet,
        Und wie ich ihn erhannt mog'er sich kennen[36].

[Note 36: J'insère les vers dans la langue originale, parce qu'une
traduction anglaise ne donne qu'une idée très-imparfaite de leur sens.
(_Note de Moore_.)]

»Les vers arrivèrent à Gênes; mais l'excellent ami, à qui ils étaient
adressés, était déjà parti, et à une distance qui paraissait
inaccessible. Cependant, retenu par les gros tems, il prit terre à
Leghorn, où ces vers lui parvinrent au moment où il allait s'embarquer,
le 24 juillet 1823. Il eut à peine le tems de répondre par une page bien
remplie, que le possesseur a gardée parmi ses plus précieux papiers
comme la plus honorable preuve de la liaison établie. Ce document, déjà
touchant et précieux par lui-même, comme justifiant les plus vives
espérances, a maintenant acquis la plus grande, quoique la plus
douloureuse valeur, par la mort prématurée du sublime écrivain, car il
ajoute une particularité à la douleur généralement excitée par cette
perte dans le monde moral et poétique: nous étions assurés dans
l'espérance qu'après l'accomplissement d'exploits glorieux nous
pourrions saluer en personne le génie supérieur, l'ami si heureusement
acquis, et le plus humain des conquérans. A présent, nous ne pouvons que
nous consoler par la conviction que son pays reviendra enfin de cette
violence d'invectives et de reproches qui a si long-tems régné contre
lui, et comprendra que les scories de l'âge et de l'individu, d'où les
meilleures ames ont à se débarrasser, sont périssables et transitoires,
tandis que la gloire merveilleuse à laquelle il a élevé son pays dans le
siècle présent et pour tous les siècles à venir, sera aussi infinie en
splendeur que les conséquences en sont incalculables. Et l'on ne peut
douter que la nation, qui peut s'enorgueillir de tant de grands noms, le
classera au premier rang de ceux par qui elle a acquis une telle
gloire.»

Voici la réponse de Byron à la communication sus-mentionnée de Goëthe.



LETTRE DXXIV.

A GOETHE.

Leghorn, 24 juillet 1823.

ILLUSTRE POÈTE,

«Je ne puis vous remercier comme vous devriez être remercié par les vers
que mon jeune ami, M. Sterling, m'a envoyés de votre part; et il me
messiérait de prétendre échanger des vers avec celui qui, pendant
cinquante ans, a été le souverain incontesté de la littérature
européenne. Vous accepterez donc mes très-sincères remerciemens en
prose,--et en prose écrite à la hâte: car je suis à présent en route
pour mon second voyage en Grèce, et je suis entouré d'un bruit et d'un
tumulte qui laissent à peine un moment à la gratitude et à l'admiration
pour s'exprimer.

»Je m'embarquai de Gênes, il y a quelques jours, et je fus repoussé par
un coup de vent; depuis, j'ai remis de nouveau à la voile, et suis
abordé ici (à Leghorn) ce matin, pour prendre à bord quelques passagers
grecs pour leur combattante patrie.

»C'est ici que j'ai trouvé vos vers et une lettre de M. Sterling; et je
n'ai pu avoir un plus favorable présage, une plus agréable surprise
qu'un mot de Goëthe écrit de sa propre main.

»Je retourne en Grèce pour voir si j'y puis être de quelque utilité. Si
jamais je reviens, je ferai une visite à Weimar, pour y apporter le
sincère hommage d'un de ces admirateurs que vous avez par millions. J'ai
l'honneur d'être, à toujours et au plus haut degré,

»Votre obligé,»

NOEL BYRON.



Le 24 juillet, Lord Byron mit à la voile de Leghorn, où M. Browne
l'avait rejoint; et après environ dix jours de navigation par le tems le
plus favorable, il jeta l'ancre à Argostoli, principal port de
Céphalonie.

On avait jugé à propos que Lord Byron, afin de prendre d'exactes
informations sur la Grèce, se rendît d'abord à l'une des îles ioniennes,
d'où il pourrait observer et constater la vraie situation des affaires
avant d'aborder au continent. Dans ce but, on lui avait recommandé Zante
ou Céphalonie, et il se détermina pour la dernière île, parce qu'il
connaissait les talens et les sentimens libéraux du colonel Napier,
résident. Sachant néanmoins que dans l'aspect encore incertain de la
politique anglaise extérieure, son arrivée pour une expédition si
ostensiblement consacrée à l'aide de l'insurrection aurait l'effet
d'embarrasser les autorités existantes, il résolut d'adopter une ligne
de conduite qui les compromît ou les offensât le moins possible. C'est
dans cette vue qu'il jugea prudent de ne point débarquer à Argostoli,
mais d'attendre à bord de son navire les informations du gouvernement
grec, pour être à même de déterminer ses mouvemens ultérieurs.

L'arrivée d'un homme si célèbre excita naturellement à Argostoli une
vive sensation tant parmi les Grecs que parmi les Anglais; et les
premières entrevues qui eurent lieu entre ces derniers et leur noble
visiteur furent soudain suivies, d'une et d'autre part, de cette sorte
d'agréable surprise, qui devait résulter de préventions réciproques. Ses
compatriotes, qui, d'après les contes exagérés qu'ils avaient entendu si
souvent débiter sur sa misantropie et sur son horreur spéciale pour les
Anglais, s'attendaient à le voir accueillir leurs politesses avec une
froideur hautaine, sinon insultante, trouvèrent au contraire dans toutes
ses manières une franche et joyeuse affabilité, qui, propre à les
charmer en toutes circonstances, fut, dans une attente si opposée,
particulièrement enivrante pour eux;--tandis que lui, de son côté,
encore plus préparé par les préventions qu'il avait long-tems nourries,
à être reçu froidement et avec répugnance par ses compatriotes,
rencontra un accueil tout à-la-fois si cordial et si respectueux, qu'il
en fut non-seulement surpris et flatté, mais encore évidemment ému.
Entre autres politesses qu'il accepta, il y eut un dîner avec les
officiers de la garnison; là, lorsqu'on eut bu à sa santé, il remercia,
dit-on, ses hôtes en disant que, «il était douteux qu'il pût
convenablement exprimer sa gratitude, parce qu'il avait si long-tems
parlé une langue étrangère que c'était avec difficulté qu'il faisait
passer dans la sienne toute la force de son sentiment.»

Ayant dépêché des messagers à Corfou et à Missolonghi pour obtenir des
informations, il résolut, en attendant leur retour, d'employer son tems
en un voyage à Ithaque, île qui n'est séparée de Céphalonie que par un
détroit fort resserré. En allant à Vathi, capitale de l'île, sur
l'invitation du capitaine Knox, résident, qui lui procura toutes les
facilités possibles pour le voyage, il fit une visite à la caverne où,
suivant la tradition, Ulysse déposa les présens des Phéaciens. «Lord
Byron (dit le comte Gamba) monta jusqu'à la grotte, mais l'escarpement
et la hauteur de la montagne l'empêchèrent de parvenir aux ruines du
château. J'éprouvai moi-même beaucoup de difficulté pour y atteindre.
Lord Byron s'assit et se mit à lire dans la grotte, mais il s'endormit.
Je l'éveillai à mon retour, et il me dit que j'avais interrompu les
rêves les plus délicieux qu'il eût eus dans sa vie.»

Quoiqu'il n'eût pas cessé, depuis son premier voyage dans ces régions,
de préférer les charmes sauvages de la nature à toutes les associations
classiques de l'art et de l'histoire, cependant il se joignit avec
intérêt à tous les pélerinages faits aux lieux que la tradition avait
sanctifiés. A la fontaine d'Aréthuse, un des endroits de ce genre qu'il
visita, il trouva pour lui et pour sa compagnie un repas que le
résident avait fait préparer; et à l'École d'Homère,--nom donné à
quelques ruines au-delà de Chioni,--il rencontra un vieil évêque
réfugié, qu'il avait connu en Livadie treize ans auparavant, et avec qui
il conversa de cette époque avec une rapidité et une fraîcheur de
souvenir que la mémoire du vieil évêque ne pouvait suivre qu'avec peine.
Les soi-disant bains de Pénélope n'échappèrent pas non plus à ses
recherches, et «quelque sceptique qu'il fût (dit une dame qui, bientôt
après, suivit ses traces) par rapport à ces localités supposées, il
n'offensait jamais les indigènes par la moindre objection à la réalité
de leurs croyances. Au contraire, sa politesse et sa bienveillance
gagnèrent le respect et l'admiration de tous les Grecs qui le virent; et
l'on ne me parlait de lui qu'avec enthousiasme.»

Ces vues bienfaisantes, qui plus peut-être que l'ambition de la renommée
le guidaient dans son entreprise actuelle, eurent l'occasion de se
déployer durant son court séjour à Ithaque. En apprenant que bon nombre
de pauvres familles s'y étaient réfugiée de Scio, de Patras et d'autres
parties de la Grèce, non-seulement il présenta au commandant trois mille
piastres pour les secourir en général, mais par ses bienfaits
particuliers envers une famille qui avait autrefois vécu à Patras dans
un état d'opulence, il la mit à même de réparer sa fortune et de
recouvrer l'aisance. «La fille aînée (dit la dame que j'ai déjà citée)
devint ensuite maîtresse de l'école formée à Ithaque; elle, sa sœur, et
sa mère, ne parlèrent jamais de Lord Byron sans le plus profond
sentiment de reconnaissance et de regret pour sa mort trop prématurée.»

Après avoir employé environ huit jours dans cette excursion, il était
revenu à bord de _l'Hercule_, quand l'un des messagers qu'il avait
dépêchés, revint avec une lettre du brave Marco Botzari, qui se
préparait dans les montagnes d'Agrafa à cette attaque où il succomba si
glorieusement. Voici les termes dans lesquels cet héroïque chef écrivit
à Lord Byron.

«Votre lettre et celle du vénérable Ignazio m'ont rempli de joie. Votre
excellence est exactement la personne qu'il nous faut. Que rien ne vous
empêche de venir dans cette partie de la Grèce. L'ennemi nous menace
avec des forces nombreuses; mais, avec l'aide de Dieu et de votre
excellence, nous lui opposerons une bonne résistance. J'aurai quelque
chose à faire ce soir contre un corps de six à sept mille Albanais,
campés près d'ici. Après-demain je partirai, avec quelques compagnons
choisis, pour rencontrer votre excellence. Ne perdez pas de tems. Je
vous remercie de la bonne opinion que vous avez de mes concitoyens; Dieu
veuille que vous ne la trouviez pas mal fondée! et je vous remercie
encore davantage pour le soin que vous avez pris d'eux.....

»Croyez moi, etc.»

Dans l'espoir que Lord Byron se rendrait à Missolonghi, ç'avait été
l'intention de Botzari, comme la lettre ci-dessus l'annonce, de laisser
l'armée, et d'aller à la hâte, avec un petit nombre de ses frères
d'armes, recevoir leur noble allié à son débarquement, d'une manière
digne de sa généreuse mission. Mais la lettre ne précéda que de peu
d'heures la mort de Botzari. Celui-ci pénétra, le soir, avec une poignée
de braves, au milieu du camp des ennemis, dont les forces montaient à
huit mille hommes; et, après avoir conduit son héroïque bande sur des
monceaux de morts, il tomba enfin, lui-même, près de la tente du pacha.
Ce que ce brave Souliote dit du soin de Lord Byron pour ses concitoyens
a trait à une action populaire récemment faite par le noble poète à
Céphalonie en prenant à sa solde, pour sa garde, quarante hommes de
cette tribu sans asyle. Mais comme faute d'occupation ils devenaient
turbulens, Byron les renvoya bientôt après, armés et approvisionnés, se
joindre aux défenseurs de Missolonghi, qui était alors assiégée d'un
côté par une armée considérable, et bloqués de l'autre par une escadre
turque. Déjà, dans le dessein de secourir cette place, il avait fait au
gouvernement une offre généreuse, qu'il mentionne ainsi dans une de ses
lettres. «J'ai offert d'avance mille dollars par mois pour le secours de
Missolonghi et pour les Souliotes de Botzari (tué depuis), mais le
gouvernement m'a répondu qu'il désire conférer préalablement avec moi,
ce qui est dire qu'il désire que je dépense mon argent dans un autre
but. Je veillerai à ce que la dépense soit faite pour l'intérêt public,
autrement je n'avancerai pas un para[37]. L'opposition dit qu'on veut me
cajoler; et le parti qui est au pouvoir dit que les autres veulent me
séduire: ainsi j'ai un rôle difficile à jouer entre les deux factions;
mais, je n'ai rien à faire pour les partis, sinon de les réconcilier si
c'est possible.»

.....................................................[38]

Sachant que pour juger mûrement de l'état des partis, il faut se tenir
hors de leur tourbillon; et prévoyant d'après l'impatience même des
différens chefs qui le courtisaient à l'envi pour l'attirer chacun à
soi, quel risque il courrait en se liant avec l'un plutôt qu'avec
l'autre, il résolut de stationner encore quelque tems à Céphalonie, et
d'y mettre à profit les facilités données par la position pour
recueillir des informations sur l'état réel des affaires, et pour
constater de quel côté sa présence et son argent seraient le plus
profitables. Durant les six semaines qui s'étaient écoulées depuis son
arrivée à Céphalonie, il avait vécu de la façon la moins confortable,
avec du porc et de la volaille, à bord de son navire. Mais, dès qu'il
eut pris la résolution de prolonger son séjour, il se décida à prendre
une demeure à terre; et, par amour de la retraite, il s'établit dans un
petit village, appelé Metaxata, à environ sept milles d'Argostoli, et
continua à y résider durant le reste de son séjour dans l'île.

[Note 37: Petite pièce de monnaie turque. (_Note du Trad._)]

[Note 38: Nous passons une longue dissertation de Moore sur l'état
de la Grèce. (_Note du Trad._)]

Avant ce changement de résidence, il avait député M. Hamilton Browne et
M. Trelawney au gouvernement existant de Grèce, avec une lettre où il
exposait ses vues et celles du comité qu'il représentait; et il n'y
avait pas un mois qu'il s'était retiré à Metaxata, quand il reçut des
nouvelles de ces messieurs. Le tableau qu'ils lui envoyèrent de l'état
du pays ne fit que confirmer les idées qu'il avait déjà;--incapacité et
égoïsme à la tête des affaires, désorganisation dans tout l'ensemble du
corps politique, mais, en même tems, force vivace au cœur de la nation,
et moyens puissans de résistance. Il ne put manquer d'être frappé de
cette étroite ressemblance de famille avec l'ancienne population du
pays:--ce grand peuple, au milieu même de ses interminables dissentions
intérieures, ayant toujours été prêt à faire face de concert contre
l'ennemi.

Les agens de sa seigneurie avaient été bien et dûment accueillis par le
gouvernement, qui désirait beaucoup que Lord Byron se rendît en Morée
sans délai; et des lettres pressantes, écrites dans ce but tant par le
pouvoir législatif que par le pouvoir exécutif, accompagnèrent celles de
MM. Browne et Trelawney. Mais Byron était résolu à ne bouger qu'en tems
opportun; car plus il avait pénétré dans la connaissance des intrigues
grecques, plus il avait eu à s'applaudir de sa prudence à ne pas
s'engager dans le labyrinthe sans être auparavant prémuni contre la
déception par les renseignemens qu'il était en train de recueillir.

Pour donner aussi brièvement que possible une idée de ce conflit
d'appels, qui, des divers théâtres de l'insurrection, parvinrent à Byron
dans sa retraite, il suffira de dire que, d'une part, Metaxa, gouverneur
de Missolonghi, le suppliait vivement d'accourir au secours de cette
place, que les Turcs bloquaient alors par terre et par mer; que d'autre
part, le premier des chefs militaires, Colocotroni, ne le pressait pas
moins instamment de se présenter au prochain congrès de Salamine, où les
affaires du pays devaient être réglées sous la dictée de ces sauvages
guerriers;--et qu'enfin, en même tems, d'un autre côté, le grand
adversaire de ces chefs militaires, Mavrocordato, tâchait, avec plus
d'instances et d'habileté que personne, de lui inspirer ses propres
vues, et le suppliait de venir à Hydra, où il venait d'être obligé de se
retirer.

La simple nouvelle de l'arrivée d'un noble anglais, qui, n'ayant
contracté d'engagemans avec aucun parti, laissait à tous l'espoir de son
alliance, et que la rumeur publique munissait d'autant d'argent que
l'imagination de la pauvreté se plaisait à lui en attribuer, suffisait
par elle-même, sans compter les droits plus puissans du nom de Byron,
pour attirer toutes les pensées. «Il est plus aisé, dit le comte Gamba,
de concevoir que de raconter les divers moyens employés pour l'engager
dans une faction ou dans l'autre; lettres, messagers, intrigues,
récriminations,--oui, les agens de chaque parti déployaient tout leur
art pour rabaisser le parti opposé.» Le comte ajoute une circonstance
qui jette une vive lumière sur un trait particulier du caractère du
noble poète.--«Il s'occupait à découvrir la vérité, toute cachée qu'elle
était sous ces intrigues, et s'amusait à confronter les agens des
différentes factions.» Durant toutes ces occupations, il continua son
train de vie simple et uniforme,--se levant, toutefois, de bonne heure,
pour la dépêche des affaires, ce qui montra combien il était capable de
vaincre même une longue habitude en cas de besoin. Quoique très-occupé,
il était, à toute heure, accessible aux visiteurs; et la facilité avec
laquelle il se laissait importuner par les gens les plus stupides, ne
peut être mise en doute, puisque, m'a-t-on dit, un des officiers de la
garnison, homme incapable de comprendre autre chose en Byron que sa
bonté, avait coutume de dire, quand son tems lui pesait:--«Je crois que
je sortirai à cheval et que j'aurai une petite causerie avec Lord
Byron.»

Mais l'homme dont les visites parurent faire le plus de plaisir à Byron,
tant pour l'intérêt du sujet principal de la conversation que pour les
occasions de plaisanteries fournies par les singularités du visiteur,
fut un médecin, nommé Kennedy, qui, par un profond sentiment de la
valeur de la religion pour lui-même, s'était chargé de la bienveillante
tâche de communiquer sa lumière aux autres. Voici quelle fut l'origine
de leurs premières relations. Le docteur Kennedy avait entrepris de
convertir à une ferme croyance dans le christianisme quelques amis un
peu sceptiques, alors à Argostoli. Ayant entendu parler de la réunion
qui devait avoir lieu dans ce but, Lord Byron demanda à y être admis, en
disant à la personne par qui il faisait faire cette demande: «Vous savez
que je suis regardé comme une bête noire,--et pourtant, après tout, je
ne suis pas si noir que le monde pense.» Il avait promis de convaincre
le docteur Kennedy, que «quoiqu'il manquât peut-être de foi, il avait au
moins de la patience.» Mais entendre une leçon de plusieurs heures,--de
douze au moins,--sans interruption (telle était la stipulation), fut une
épreuve au-dessus de ses forces: et, peu après le commencement de
l'homélie, il commença, comme le docteur nous en informe, à donner des
signes évidens du désir d'échanger le rôle d'auditeur pour celui
d'orateur. Néanmoins, il y eut dans toute sa conduite, comme auditeur et
comme causeur, tant de courtoisie, de candeur, et de docilité sincère à
l'instruction, qu'il inspira au bon docteur le désir, sinon l'espoir de
son salut; et quoiqu'il ne reparût plus à ces réunions théologiques,
cependant ses conférences, sur le même sujet, avec le docteur Kennedy
seul, furent assez fréquentes durant le reste de son séjour à
Céphalonie.

.................................................

Je vais maintenant insérer, avec les remarques nécessaires,
quelques-unes des lettres, soit officielles, soit particulières, que sa
seigneurie écrivit durant son séjour à Céphalonie, et d'où le lecteur
puisera, d'une manière plus intéressante que par l'intermède d'une
narration, la connaissance des événemens qui se passaient alors en
Grèce, et celle des vues et des sentimens que ces événemens inspiraient
à Lord Byron.

Il écrivit souvent à madame Guiccioli, mais brièvement, et pour la
première fois, en anglais; ajoutant toujours quelques lignes pour elle
dans les lettres de son frère Piétro. Voici, par exemple:

7 octobre.

«Piétro vous a dit toutes les nouvelles de l'île,--nos tremblemens de
terre, notre politique et notre séjour actuel dans un joli village.
Comme ses opinions sur les Grecs sont presque semblables aux miennes, je
n'ai besoin de rien vous dire à ce sujet. J'ai fait une folie de venir
ici; mais, puisque m'y voilà, je dois voir ce qu'il faut faire.»

--Octobre.

«Nous sommes encore à Céphalonie; nous attendons des nouvelles plus
exactes et plus précises; car tout est contradiction et discussion dans
les rapports que nous recueillons sur l'état des Grecs. Je remplirai le
but de la mission que j'ai reçue du comité, puis je reviendrai en
Italie. Car il ne me paraît pas probable que, comme individu, je puisse
être utile aux Grecs;--du moins aucun étranger ne l'a encore été, et
probablement ne le sera pas non plus à présent.»

29 octobre.

«Soyez sûre que le moment où je vous rejoindrai me sera aussi agréable
qu'aucune autre époque de nos souvenirs. Il n'y a rien ici d'assez
attrayant pour partager mon attention; mais je dois servir la cause
grecque, et par honneur et par inclination. MM. Browne et Trelawney sont
en Morée, où ils ont été très-bien reçus; et tous les deux m'écrivent
avec les plus belles espérances. Je suis désireux de savoir comment
l'affaire espagnole sera terminée, parce que je pense qu'elle peut avoir
de l'influence sur la lutte grecque. Je désire que l'une et l'autre
affaire s'arrangent favorablement, afin que je puisse retourner en
Italie, et vous conter nos aventures, ou plutôt celles de Piétro, dont
quelques-unes sont assez amusantes, ainsi que les incidens de nos
voyages et traversées. J'en réserve le récit, dans l'espérance que nous
en pourrons rire ensemble sous peu.»



LETTRE DXXV.

A M. BOWRING.

29 novembre 1823.

«Cette lettre vous sera présentée par M. Hamilton Browne, qui précède ou
accompagne les députés grecs. Il est tout à-la-fois capable et désireux
de rendre service à la cause, et de donner des informations au comité.
Il a déjà été fort utile sous ce double rapport, du moins à ma
connaissance. Lord Archibald Hamilton, dont il est parent, ajoutera une
recommandation plus puissante que la mienne.

»Corinthe est prise, et l'on dit qu'une escadre turque a été battue dans
l'Archipel. Le progrès extérieur des Grecs est considérable, mais leurs
dissentions intérieures continuent toujours. A mon arrivée au siége du
gouvernement, je m'efforcerai d'apaiser ou d'éteindre ces querelles
domestiques;--mais ce n'est pas une tâche facile. Je suis resté ici
jusqu'à présent, en partie dans l'attente de l'escadre destinée à
secourir Missolonghi, et du détachement de M. Parry, et en partie pour
recevoir de Malte ou de Zante la somme de quatre mille livres sterling
que j'ai avancée pour le paiement de l'escadre attendue. Les billets se
négocient, et seront bientôt soldés, comme ils l'eussent été
immédiatement sur toute autre place; mais les misérables négocians
ioniens ont peu d'argent, et pas trop de crédit, et montrent d'ailleurs
une réserve politique à cette occasion: car, quoique j'eusse des lettres
de M. Webb (une des plus fortes maisons de la Méditerranée) et de M.
Ransom, il n'y a moyen de traiter à des conditions raisonnables qu'avec
les négocians anglais. Ceux-ci se sont montrés tout à-la-fois capables
et zélés,--et intègres comme d'ordinaire[39].

Le colonel Stanhope est arrivé, et partira immédiatement. Il peut être
assuré de ma coopération dans tous ses efforts; mais d'après tout ce que
je sais, la formation d'une brigade sera à présent extrêmement
difficile, pour ne pas même dire plus. Quant à la réception des
étrangers,--ou du moins des officiers étrangers,--je vous renvoie à un
passage de la dernière lettre du prince Mavrocordato, dont copie est
jointe au paquet que j'ai envoyé aux députés. C'est mon intention
d'aller par mer à Napoli de Romanie aussitôt que j'aurai arrangé cette
affaire pour les Grecs:--je me dispose à faire l'avance de deux cent
mille piastres pour leur flotte.

[Note 39: Les négocians anglais, dont parle Lord Byron, sont MM.
Barff et Hancock de Zante, dont la conduite, non-seulement envers Lord
Byron, mais durant toute la lutte grecque, a été continuellement pleine
de zèle et de désintéressement. (_Note de Moore_.)]

»Mon tems ici n'a pas été entièrement perdu,--vu qu'il était douteux,
comme vous vous en apercevrez par mes premiers documens, que mon arrivée
immédiate en Morée eût été avantageuse. Nous avons enfin mis en
mouvement les députés, et j'ai adressé sur les divisions intestines une
forte remontrance au prince Mavrocordato, laquelle remontrance, à ce que
j'apprends, a été envoyée au prince par le pouvoir législatif. Avec un
emprunt on peut faire beaucoup, ce qui est, en égard à des raisons
particulières, tout ce que je puis dire à ce sujet.

»J'apprends avec regret du colonel Stanhope que le comité a épuisé ses
fonds. Suppose-t-on qu'une brigade pourra se former sans frais? ou que
trois mille livres sterling suffiront? Il est vrai que l'argent fera
plus en Grèce que dans la plupart des autres pays; mais les forces
régulières doivent devenir un objet d'intérêt national, et être payées
sur un fonds national: ni individus, ni comités, du moins avec les
moyens ordinaires de tous ceux qui existent aujourd'hui, ne trouveront
l'expérience praticable.

»Je vous recommande encore une fois mon ami, M. Hamilton Browne, à qui
j'ai moi-même de personnelles obligations pour ses services dans la
cause commune, et j'ai l'honneur d'être,

»Tout à vous sincèrement.»

La remontrance au prince Mavrocordato fut accompagnée d'une autre,
adressée au gouvernement existant; et le colonel Stanhope, qui était sur
le point de se rendre à Napoli et à Argos, fut chargé de l'une et de
l'autre. Le ton sage et noble qui règne dans ces deux lettres sera, sans
l'aide d'un plus long commentaire, apprécié par tous les lecteurs[40].

[Note 40: Les pièces originales sont en italien[A]. (_Note de
Moore_.)]

[Note A: Moore ne donne pas le texte original. (_Note du Trad._)]



LETTRE DXXVI.

AU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE LA GRÈCE.

Céphalonie, 30 novembre 1823.

«L'affaire de l'emprunt, l'attente si longue et si vainement nourrie de
l'arrivée de la flotte grecque, et le danger auquel Missolonghi est
toujours exposé, voilà les motifs qui m'ont retenu ici, et qui me
retiendront encore tant qu'aucun d'eux ne sera levé. Mais, l'argent une
fois avancé pour la flotte, je partirai pour la Morée, sans savoir
pourtant à quoi ma présence peut être bonne dans l'état actuel des
choses. Nous avons entendu parler de nouvelles dissentions,--même de
l'existence d'une guerre civile. Je désire de tout mon cœur que ces
bruits soient faux ou exagérés: car je ne saurais imaginer un malheur
plus sérieux; et je dois avouer franchement que jusqu'à l'établissement
d'une union et d'un ordre parfait, toute espérance d'emprunt sera vaine.
Toute l'assistance que les Grecs peuvent attendre du dehors,--assistance
qui n'est ni peu considérable ni méprisable,--sera suspendue, ou réduite
à néant; et ce qui est pis, les grandes puissances d'Europe, dont aucune
ne s'est déclarée ennemie de la Grèce, mais qui n'ont pas paru non plus
favoriser le rétablissement de son indépendance, se persuaderont que les
Grecs sont incapables de se gouverner, et se chargeront peut-être de
mettre fin à vos troubles de manière à ruiner vos espérances et celles
de vos amis.

»Permettez-moi d'ajouter, une fois pour toutes,--que je désire le
bien-être de la Grèce, et rien autre chose; que je ferai tout mon
possible pour atteindre ce but: mais je ne consens point, et ne
consentirai jamais à laisser tromper le public anglais, ou même les
particuliers anglais, sur l'état réel des affaires grecques. Le reste,
messieurs, dépend de vous. Vous avez combattu glorieusement:--agissez
honorablement envers vos concitoyens et envers le monde. Alors on ne
dira plus, comme on l'a répété depuis deux mille ans avec les historiens
romains, que Philopémen fut le dernier des Grecs. Ne souffrez pas que la
calomnie (j'avoue d'ailleurs qu'il est difficile de se garder d'elle
dans une lutte si ardue) compare le patriote grec, qui se repose de ses
travaux, au pacha turc, que ses victoires ont exterminé.

»Tels sont les sentimens que je vous prie d'accueillir comme une preuve
sincère de mon attachement à vos réels intérêts, et veuillez croire que
je suis et serai toujours,

»Votre, etc.»



LETTRE DXXVII.

AU PRINCE MAVROCORDATO.

Céphalonie, 2 décembre 1823.

PRINCE,

«La présente vous sera remise par le colonel Stanhope, fils du
major-général comte d'Harrington, etc., etc. Il est venu de Londres en
cinquante jours, après avoir visité tous les comités de l'Allemagne. Il
est chargé par notre comité d'agir de concert avec moi pour la
délivrance de la Grèce. Je pense que son nom et sa mission seront une
suffisante recommandation, sans celle d'un étranger, qui, à la vérité,
respecte et admire, avec toute l'Europe, les talens et surtout la
probité du prince Mavrocordato.

»Je suis très-peiné d'apprendre que les dissentions de la Grèce
continuent toujours, à une époque où elle pourrait triompher de tous les
obstacles, comme elle a déjà triomphé de quelques-uns. La Grèce est, à
présent, placée entre trois partis, savoir: reconquérir sa liberté,
tomber dans la dépendance des souverains d'Europe, ou redevenir province
turque. Elle n'a que le choix de ces trois alternatives. La guerre
civile est un chemin qui mène aux deux derniers résultats. La Grèce
envie-t-elle le sort de la Valachie et de la Crimée? Elle peut en jouir
demain. Le sort de l'Italie? Après-demain. Veut-elle devenir vraiment
Grèce libre et indépendante? Il faut qu'elle se décide aujourd'hui, ou
elle n'en retrouvera pas l'occasion.

»Je suis, avec le plus profond respect, de votre altesse, le
très-obéissant serviteur,

N. B.

»_P. S._ Votre altesse aura su que j'ai cherché à remplir les souhaits
du gouvernement grec, autant qu'il a été en mon pouvoir; mais je
désirerais que la flotte si long-tems et si vainement attendue fût
arrivée, ou du moins fût en route, et surtout que votre altesse
s'approchât de ces régions, soit à bord de la flotte avec une mission
publique, soit de toute autre façon.»



LETTRE DXXVIII.

A M. BOWRING.

7 décembre 1823.

«Je confirme la lettre ci-jointe[41]. C'est certainement mon opinion que
M. Millingen a droit au même salaire que M. Tindall, et son service est
probablement plus pénible.

[Note 41: Il est question d'une lettre de M. Millingen, qui allait,
en qualité de médecin, joindre les Souliotes près de Patras, et
demandait au comité une augmentation de paie. Cette lettre était jointe
à celle de Byron. (_Note de Moore_.)]

»Je vous ai écrit (ainsi qu'à M. Hobhouse, qui a dû vous faire lire mes
lettres) par diverses occasions. La plupart du tems, j'ai chargé de mes
communications de simples particuliers: j'en ai aussi chargé les
députés, et M. Hamilton Browne.

»Le succès des Grecs a été considérable:--Corinthe prise, Missolonghi
presque sauvée, et des vaisseaux pris aux Turcs dans l'Archipel. Mais,
d'après les derniers rapports, non-seulement la dissention, mais la
guerre civile[42] règne en Morée: nous ne savons pas jusqu'à quel point,
mais nous espérons que ce ne sera rien.

»Pendant six semaines j'ai attendu la flotte, qui n'est pas arrivée,
quoique j'aie, à la demande du gouvernement grec, avancé de mon
argent,--c'est-à-dire préparé, et eu en mains, deux cent mille piastres
(déduction faite de la commission et du courtage des banquiers) pour
servir ses projets. Les Souliotes, maintenant en Acarnanie, désirent
vivement que je les prenne sous mon commandement, et que j'aille avec
eux rétablir l'ordre en Morée, ce qui, sans une armée, semble
impraticable; et en vérité, quoique je répugne (comme mes lettres vous
l'auront montré) à prendre une telle mesure, il ne paraît pas qu'il y
ait de remède plus doux. Mais je ne ferai rien précipitamment; je ne
suis resté si long-tems ici que dans l'espérance de voir les partis se
réconcilier, et j'ai fait tout mon possible dans ce but. Si j'étais
arrivé plus tôt en Morée, on m'aurait forcé d'entrer dans un parti ou
dans un autre, et je suis à présent dans le même doute; mais nous ferons
de notre mieux.

»Votre, etc.»

[Note 42: Les corps législatif et exécutif ayant été quelque tems en
querelle, le dernier avait eu enfin recours à la violence, et quelques
escarmouches avaient déjà eu lieu entre les factions.]



LETTRE DXXIX.

A M. BOWRING.

10 octobre 1823.

«Le colonel Napier vous présentera cette lettre. Il serait superflu de
parler de son caractère militaire; quant à son caractère personnel, je
puis dire, d'après ma propre expérience et d'après l'opinion publique,
que le colonel n'est pas moins excellent sous ce rapport que sous le
rapport militaire; bref, on ne trouverait pas facilement un meilleur ou
un plus brave homme. C'est notre homme pour conduire une armée
régulière, ou pour organiser une armée nationale en Grèce. Demandez
l'armée,--demandez-en une quelle qu'elle soit. Le colonel Napier est en
outre un ami particulier du prince Mavrocordato, du colonel Stanhope, et
le mien, et il s'accorde si bien avec nous trois que nous irions
parfaitement ensemble,--point aussi indispensable que rare, surtout en
Grèce à présent.

»Pour l'organisation convenable d'une force régulière, il sera
nécessaire que les prêteurs mettent à part au moins 50,000 livres
sterling dans ce but,--peut-être plus;--mais par-là ils garantiront
leurs capitaux, «et rendront leur assurance double.» Ils pourront nommer
des commissaires pour surveiller l'emploi de cette partie des fonds,--et
je recommande une précaution semblable pour le tout.

»J'espère que les députés sont arrivés, ainsi que quelques-unes de mes
diverses dépêches pour le comité (principalement adressées à M.
Hobhouse). Le colonel Napier vous dira la dernière intervention des
dieux en faveur des Grecs,--qui semblent n'avoir d'autre ennemi à
craindre dans le ciel et sur la terre que leur tendance aux discordes
intestines. Mais celles-ci, il faut l'espérer, seront apaisées; alors
nous pourrons prendre l'offensive, au lieu d'être réduits à cette petite
guerre qui se passe à défendre les mêmes forteresses chaque année, à
prendre quelques vaisseaux, à affamer un château, et à faire plus de
fracas là-dessus qu'Alexandre dans le vin, ou Bonaparte dans un
bulletin. Nos amis ont fait quelque chose dans le genre des
Spartiates,--(quoiqu'il y en ait dix fois moins qu'on n'en dit),--mais
ils n'ont pas encore hérité de leur style.

»Croyez-moi votre, etc.»



LETTRE DXXX.

A M. BOWRING.

13 octobre 1823.

«Depuis que je vous ai écrit la lettre du 10 courant, l'escadre si
long-tems désirée est arrivée dans les eaux de Missolonghi et a
intercepté deux corvettes turques,--autant de navires de
transport;--tout a été tué ou pris sur les quatre vaisseaux, sauf
quelques hommes qui ont pu se réfugier à terre dans l'île d'Ithaque. Les
Grecs avaient quatorze voiles, les Turcs quatre;--mais n'importe,
l'avantage, la victoire jettera de la poudre aux yeux, et sera
d'ailleurs de quelque avantage. J'attends à chaque moment avis du prince
Mavrocordato, qui est à bord, et a (je crois) des dépêches du pouvoir
législatif pour moi; en conséquence desquelles, après avoir payé
l'escadre (dont j'ai préparé et prépare encore le paiement), je le
rejoindrai probablement à bord ou à terre.
....................................................

»Le bagage mathématique, médical et musical du comité est arrivé en bon
état, déduction faite de quelques dommages causés par
l'humidité.......... Tout est excellent; mais tant que nous n'aurons ni
ingénieur ni trompette (nous avons déjà des chirurgiens), ce sont de
vraies «perles pour les cochons», comme les Grecs sont tout-à-fait
ignorans en mathématiques, et n'ont pas d'oreille pour notre musique.
...................................................

»Croyez-moi, mon cher monsieur, etc.

»_P. S._--Pour affaires particulières.--J'ai écrit à notre ami Douglas
Kinnaird, parce que je veux qu'il m'envoie tous les crédits dont je puis
disposer;--j'ai, à ce qu'il me dit, le revenu d'un an, et la vente d'un
fief par-devant moi;--car, jusqu'à ce que les Grecs aient fait leur
emprunt, il est probable que je serai leur
payeur-général,--c'est-à-dire, jusqu'à concurrence de la somme pour
laquelle je suis bon. Je vous prie de répéter cela de vive voix à
Douglas, et de lui dire que je dois dans l'intérim tirer d'une manière
formidable sur la maison Ransom. A dire le vrai, je ne regrette pas
l'argent; les gaillards se sont mis de nouveau à se battre,--et je les
aimerai encore davantage s'ils continuent. Mais ils ont eu ou auront en
un seul coup environ quatre mille livres sterling de mon argent (outre
maintes charités particulières pour veuves, orphelins, réfugiés et
malheureux de toute espèce): et il est à croire qu'il en faudra encore
au moins autant. Mais comment puis-je refuser s'ils se battent?--et
surtout si je suis en leur compagnie? Je vous prie donc d'avertir mon
digne et fidèle banquier, l'honorable Douglas Kinnaird, qu'il prépare
tout mon argent, y compris le prix du fief Rochdale et mon revenu de
l'an prochain, 1824, pour répondre à tous mes billets à ordre ou
lettres-de-change pour la bonne cause, en bonne et légitime monnaie de
Grande-Bretagne, etc, etc. Puissiez-vous vivre mille ans! ce qui est 999
fois de plus que la constitution des cortès espagnoles.»



LETTRE DXXXI.

A L'HONORABLE M. DOUGLAS KINNAIRD.

Céphalonie, 23 décembre 1823.

«J'épargnerai ma bourse et ma personne autant que vous me le
recommandez, mais vous savez qu'il est bien d'être prêt à sacrifier
l'une ou l'autre, en cas de besoin.

»Je présume qu'un arrangement a été conclu avec M. Murray pour _Werner_.
Bien que le droit d'auteur ne doive guère aller au-delà de deux ou trois
cents livres sterling, je vous dirai ce qu'on peut faire avec cette
somme. Pour trois cents livres sterling je pourrai entretenir en Grèce,
à une paie plus haute que la haute paie du gouvernement provisoire, y
compris les rations, une centaine d'hommes armés pendant trois mois.
Vous en jugerez quand vous saurez que les quatre mille livres sterling
avancées par moi aux Grecs mettront une flotte et une armée en mouvement
pendant plusieurs mois.

»Un vaisseau grec, détaché de l'escadre, est arrivé pour me transporter
à Missolonghi, où Mavrocordato est maintenant, et a pris le
commandement. Je vais donc m'embarquer sur-le-champ. Mais adressez
toujours vos lettres à Céphalonie, par MM. Welch et Barry de Gênes,
comme de coutume; et amassez tous les fonds et tout le crédit que je
puis avoir, pour faire face aux frais d'établissement de la guerre.

»J'ai travaillé à réconcilier les partis, et il y a maintenant quelque
espoir de réussir. Les affaires publiques vont bien. Les Turcs se sont
retirés de l'Acarnanie sans bataille, après quelques tentatives inutiles
contre Anatoliko. Corinthe est prise, et les Grecs ont gagné une
bataille dans l'Archipel. L'escadre d'ici a pris aussi une corvette
turque, avec quelque argent et toute la cargaison. Bref, si l'on peut
obtenir un emprunt, je pense que les choses prendront et conserveront un
aspect favorable pour l'indépendance grecque.

»En attendant, je suis payeur-général; il est fort heureux que vu la
nature de la guerre et du pays, les ressources d'un seul individu
puissent rendre des services partiels et temporaires.

»Le colonel Stanhope est à Missolonghi. Les Souliotes, qui sont mes
amis, semblent désirer de m'avoir avec eux, et Mavrocordato a le même
désir. Si je puis réussir à réconcilier les deux partis (et j'ai remué
ciel et terre pour cela), ce sera quelque chose; sinon, nous
traverserons la Morée avec les Grecs occidentaux--qui sont les plus
braves et à présent les plus forts, ayant fait battre en retraite les
Turcs,--et nous essaierons l'effet d'un petit avertissement _physique_,
si l'on persiste à se refuser à la persuasion _morale_.

»Je vous recommande encore une fois de renforcer mon coffre-fort et mon
crédit par toutes les sources et ressources légitimes jusqu'au degré
praticable,--car, après tout, il vaut mieux jouer son argent pour les
nations qu'au club d'Almack ou à Newmarket,--et je vous prie de m'écrire
aussi souvent que vous pourrez.

»Je suis toujours, etc.»

       *       *       *       *       *

L'escadre si long-tems attendue ayant enfin paru dans les eaux de
Missolonghi, et Mavrocordato, de tous les chefs de l'insurrection le
seul digne du nom d'homme-d'état, ayant été envoyé, avec de pleins
pouvoirs, pour organiser la Grèce occidentale, le moment convenable pour
la présence de Lord Byron sur le théâtre de l'action sembla être arrivé.
L'impatience avec laquelle il était attendu à Missolonghi était extrême,
et l'on peut en juger par le langage pressant des lettres qu'on lui
écrivait pour hâter son arrivée. «Je n'ai pas besoin de vous dire,
milord, dit Mavrocordato, combien je soupire après votre présence,
jusqu'à quel point tout le monde la désire, et quelle direction prospère
elle donnera à toutes nos affaires.» Le colonel Stanhope, avec de non
moins vives instances, lui écrit de Missolonghi. «Le vaisseau grec
envoyé pour votre seigneurie est de retour; on comptait sur votre
arrivée, et le désappointement a été fort grand, en vérité. Le prince
est dans l'anxiété, l'amiral a un air sombre, et les marins murmurent à
haute voix.» Il ajoute à la fin de la lettre: «Je me suis promené ce
soir dans les rues, et le peuple me demandait Lord Byron!!!» Dans une
lettre de la même date au comité de Londres, le colonel Stanhope dit:
«Tous soupirent après l'arrivée de Lord Byron, comme on soupirerait
après la venue d'un Messie.»

Ce vif désir doit, sans aucun doute, être attribué en grande partie aux
vœux impatiens des Grecs pour le prêt que Byron leur avait promis, et
sur lequel ils comptaient pour le paiement de la flotte. «Le prince
Mavrocordato et l'amiral (dit le même correspondant) sont dans un état
de perplexité extrême; ils comptaient, à ce qu'il paraît, sur votre prêt
pour le paiement de la flotte: ce prêt manquant, les marins veulent
partir sur-le-champ. Ce serait une circonstance fatale, parce qu'elle
placerait Missolonghi dans un état de blocus, et empêcherait les troupes
grecques d'agir contre les forteresses de Nepacto et de Patras.»

Cependant Lord Byron se préparait activement au départ, dont le dernier
retard avait été dû, en grande partie, à cette répugnance pour tout
changement de place qui s'était depuis peu emparée de lui, et que ni
l'amour, comme nous avons vu, ni l'ambition ne pouvaient entièrement
vaincre. De plus, quelques-uns de ses amis, à Argostoli, s'étaient
efforcés de le dissuader de fixer sa résidence dans un endroit aussi
malsain que Missolonghi; et M. Muir, très-habile officier de santé, dont
les talens lui inspiraient la plus grande confiance, insista
très-vivement pour prévenir une démarche si imprudente. Mais Lord Byron
avait l'esprit monté,--la proximité de ce port le tentait:--après avoir
loué, pour lui et sa suite, un navire léger et bon voilier, nommé un
_mistico_, avec une barque pour une partie de son bagage, et un plus
grand navire pour le reste, pour les chevaux, etc, il fut, le 26
décembre, prêt à mettre à la voile. Mais le vent étant contraire, il fut
retenu deux jours de plus, et dans cet intervalle il écrivit les lettres
suivantes.



LETTRE DXXXII.

A M. BOWRING.

26 décembre 1823.

«Je n'ai besoin d'ajouter que peu de choses à la lettre ci-incluse, qui
est arrivée aujourd'hui, sinon que je m'embarque demain pour
Missolonghi. Les opérations projetées sont détaillées dans les documens
annexés. Je n'ai qu'une demande à faire: c'est que le comité use de tous
ses moyens d'influence et de crédit pour servir l'accomplissement de nos
vues.

»J'ai aussi à vous demander personnellement de ma part de presser mon
ami et homme d'affaires, Douglas Kinnaird (de qui je n'ai pas reçu de
nouvelles depuis près de quatre mois) de me procurer toutes les
ressources dont je puis disposer pour l'année prochaine, puisque ce
n'est pas le moment de ménager sa bourse ni peut-être sa personne. J'ai
avancé, et j'avance tout ce que j'ai en main, mais je demanderai tout ce
qui pourra être amassé;--et (si Douglas a terminé la vente de Rochdale,
le prix de cette vente et mon revenu entier de l'année prochaine devront
former une bonne et ronde somme)--comme vous pouvez voir que les caisses
des Grecs ne seront pas bien fournies (à moins qu'ils n'obtiennent
l'emprunt), il est d'autant plus nécessaire que leurs amis qui ont de
l'argent le risquent.

»Les envois du comité sont, en partie, utiles, et tous excellens dans
leur genre; mais à peine utilisables, dans l'état présent de la Grèce.
Par exemple, les instrumens de mathématiques sont jetés au diable:--nous
devons conquérir d'abord, puis lever des plans. L'utilité des trompettes
peut aussi être révoquée en doute, à moins que Constantinople ne soit
comme Jéricho.

»Nous ferons ici de notre mieux,--et je vous prie de stimuler là-bas vos
cœurs anglais à un effort plus général. Pour ma part, je tiendrai ferme,
tant qu'il restera une planche où l'on puisse se cramponner
honorablement. Si j'abandonne la partie, ce sera la faute des Grecs, et
non pas de la sainte-alliance ou des Musulmans plus saints
encore;--mais livrons-nous à une meilleure espérance.

»Tout à vous à jamais,

N. B.

»_P. S._--Je suis heureux de dire que le colonel Leicester Stanhope et
moi agissons d'un commun et parfait accord;--il est propre à rendre de
grands services à la cause grecque et au comité, et il est tant sous le
rapport public que sous le rapport personnel une acquisition de haut
prix pour nous. Il est arrivé (comme tous ceux qui n'avaient pas encore
vu le pays) avec de hautes et transcendantes idées puisées dans la
sixième classe d'Harrow ou d'Eton, etc.; mais le colonel Napier et moi
nous l'avons mis à la raison là-dessus, ce qui est absolument nécessaire
pour prévenir le dégoût et peut-être le retour. Mais maintenant nous
pouvons mettre l'épaule à la roue, sans nous fâcher contre la boue qui
pourra quelquefois en entraver le cours.

»Je puis vous assurer que le colonel Napier et moi sommes aussi résolus
pour la cause grecque que quelque étudiant allemand que ce soit; mais en
hommes qui ont vu le pays, et la vie humaine, là et ailleurs, nous
pouvons nous permettre de voir l'affaire sous ses véritables couleurs,
avec ses défauts comme avec ses beautés,--d'autant plus que le succès
fera disparaître les premiers graduellement.

N. B.

»_P. S._ Vous communiquerez au comité tout ce qu'il vous plaira de cette
lettre; le reste peut être entre nous.»



LETTRE DXXXIII.

A M. MOORE.

Céphalonie, 27 décembre 1823.

«J'ai reçu une lettre de vous il y a quelque tems. J'ai été trop occupé
dans ces derniers tems pour vous écrire autant que je l'eusse souhaité,
et même aujourd'hui je vous écris à la hâte.

»Je m'embarque dans vingt-quatre heures pour Missolonghi où je vais
joindre Mavrocordato. L'état des partis (mais ce serait une trop longue
histoire) m'a retenu ici jusqu'à présent; mais maintenant que
Mavrocordato (leur Washington, ou leur Kosciusko) est employé de
nouveau, je puis agir en sûreté de conscience. Je porte de l'argent pour
payer l'escadre, etc., et j'ai de l'influence sur les Souliotes,
supposés suffisans pour tenir en paix quelques-uns des dissidens;--car
il y a une quantité de différends; mais ce n'est rien.

»On suppose que nous attaquerons Patras, ou les forteresses du détroit;
et il paraît, d'après la plupart des rapports, que les Grecs,--ou du
moins les Souliotes qui sont liés avec moi par «le pain et le sel»,
attendent que je marche avec eux;--ainsi soit-il! Si quelque chose comme
la fièvre, la fatigue, la famine, etc., enlève au milieu de la carrière
des ans votre confrère en chansons,--comme Garcilasso de la Véga,
Kleist, Korner, Kutoffski (rossignol russe,--voyez _l'Anthologie de
Bowring_), ou Thersandre,--ou--ou quelque autre,--je vous prie de
m'accorder un souvenir au milieu «des sourires et du vin.»

»J'ai l'espérance que la cause triomphera; mais, triomphe ou non,
toujours est-il que «l'honneur doit être observé comme la diète lactée.»
Je compte suivre l'une et l'autre partie du précepte.

»Pour toujours, etc.»

       *       *       *       *       *

Il est à peine nécessaire d'appeler l'attention du lecteur sur le
triste, mais trop véritable, pressentiment exprimé dans cette
lettre,--l'avant-dernière que je reçus de mon ami. Avant d'accompagner
Byron sur la scène finale de ses travaux, je donnerai ici, aussi
brièvement que possible, quelques anecdotes choisies parmi les nombreux
traits de caractère qu'il présenta, dit-on, durant son séjour à
Céphalonie; où il était (pour me servir des termes mêmes du colonel
Stanhope, dans une lettre adressée de cette île au comité grec) «aimé
des Céphaloniens, des Anglais et des Grecs», et où, familièrement
approché par des personnes de toute classe et de tout pays, il n'a pas
donné lieu de citer ni une action ni une parole qui ne portât un
honorable témoignage à la bienveillance et à la solidité de ses vues, à
sa générosité toujours prompte, mais pleine de discernement, et à la
netteté de ses idées, à-la-fois détaillées et étendues, sur le caractère
et les besoins du peuple et de la cause qu'il était venu servir. «De
tous ceux qui vinrent à l'aide des Grecs,» dit le colonel Napier
(l'homme le plus propre à en juger, tant par sa longue expérience locale
que par la finesse et la rectitude de son esprit), «je n'en vis pas un,
excepté Lord Byron et M. Gordon, qui semblât justement apprécier le
caractère de ce peuple; tous vinrent en s'imaginant trouver le
Péloponèse rempli d'hommes de Plutarque, et tous s'en retournèrent en
croyant les Grecs moins moraux que les habitans de Newgate. Lord Byron
les jugea bien; il savait que les hommes à demi civilisés sont pleins de
vices, et qu'on doit avoir une grande indulgence pour des esclaves
émancipés. Il s'avança donc, la bride en main, non dans l'idée que les
Grecs étaient bons, mais dans l'espoir de les rendre meilleurs.»

En parlant de la ridicule accusation d'avarice intentée à Lord Byron par
quelques hommes qui se sont ainsi vengés de n'avoir pu en imposer à sa
générosité, le colonel Napier dit: «Je n'en vis jamais un seul trait,
tant que Byron fut ici. Je reconnus seulement une générosité judicieuse
dans tout ce qu'il faisait. Il ne se serait pas laissé _voler_, mais il
donnait avec profusion partout où il croyait faire du bien. Ce fut, en
vérité, parce qu'il ne se laissait pas _plumer_, qu'il fut nommé mesquin
par ceux qui sont toujours prêts à répandre l'argent de toute autre
bourse que la leur. Mais le fait est que Lord Byron donna une grande
quantité d'argent aux Grecs en différentes façons.»

Parmi les objets de sa bienfaisance furent beaucoup de pauvres réfugiés
grecs du continent et des îles. Non-seulement il secourut leurs misères
présentes, mais encore accorda une certaine somme par mois aux plus
dépourvus. «Une liste de ces pauvres pensionnaires, dit le docteur
Kennedy, m'a été donnée par le neveu du professeur Bambas.»

Un de ses traits d'humanité, à Céphalonie, montrera combien vite il
répondait à l'appel de ce sentiment, et combien même, quelquefois, les
personnes en étaient indignes. Une compagnie d'ouvriers employés à la
confection d'une de ces belles routes projetées par le colonel Napier,
ayant imprudemment poussé une excavation, la terre s'éboula et ensevelit
environ une douzaine de personnes; la nouvelle de cet accident étant
arrivée sur l'heure à Metaxata, Lord Byron envoya aussitôt son médecin
Bruno sur les lieux, et le suivit avec le comte Gamba, aussitôt que les
chevaux eurent été sellés. Il y avait une foule de femmes et d'enfans
qui se lamentaient autour des ruines; tandis que les ouvriers, qui
venaient de déterrer trois ou quatre de leurs compagnons estropiés,
restaient là tranquilles comme s'ils n'avaient eu rien de plus à faire.
Lord Byron leur demanda s'il n'y avait pas d'autres personnes sous
terre, ils répondirent froidement que «ils n'en savaient rien, mais
qu'ils le croyaient.» Furieux de cette indifférence brutale, il sauta à
bas de son cheval, et saisissant lui-même une bêche il se mit à creuser
de toutes ces forces; mais aucun des paysans ne suivit son exemple
qu'après la menace des coups de cravache. «Je n'étais pas présent à
cette scène, dit le colonel Napier, dans les Notices dont il m'a
favorisé, mais on m'a dit que l'attention de Lord Byron semblait
entièrement absorbée dans l'étude des physionomies et des gesticulations
de ceux qui ne retrouvaient pas leurs amis. Le chagrin des Grecs est en
apparence, frénétique; ils crient et hurlent comme en Irlande.»

C'est par allusion à l'incident mentionné ci-dessus que le noble poète
est dit avoir déclaré qu'il était venu dans les Iles avec des
préventions contre le système de gouvernement de sir T. Maitland à
l'égard des Grecs: «Mais, ajoutait-il, j'ai maintenant changé d'opinion.
Ce sont de tels barbares que si j'avais à les gouverner, je paverais de
leurs corps ces routes mêmes.»

Durant sa résidence à Metaxata, il reçut la nouvelle de la maladie de sa
fille Ada, ce qui «le rendit inquiet et mélancolique (dit le comte
Gamba) pendant plusieurs jours.» Il avait vu que l'indisposition de sa
fille avait été causée par une congestion de sang à la tête; et en
faisant remarquer au docteur Kennedy, comme rapprochement curieux, que
c'était un accident auquel il était lui-même sujet, le médecin répondit
qu'il avait été porté à inférer cette disposition non-seulement de ses
habitudes de travail intense et irrégulier, mais de l'état actuel de ses
yeux,--l'œil droit paraissant être enflammé. J'ai mentionné cette
dernière circonstance comme propre peut-être à justifier la conjecture
qu'il y avait en ce moment dans l'état de santé de Lord Byron une
prédisposition à la maladie dont il mourut quelque tems après. Il
parlait souvent de sa femme et de sa fille au docteur Kennedy, en
exprimant la plus vive affection pour l'une et un grand respect pour
l'autre; et tout en déclarant, comme de coutume, qu'il ignorait
complètement les motifs de la séparation, il se montrait pleinement
disposé à accueillir toute perspective de réconciliation.

Il donna aussi de fréquentes preuves de l'empressement avec lequel, à
toutes les époques de sa vie, mais surtout à celle-ci, il cherchait à
repousser l'idée qu'à l'exception des instans où il composait sous le
feu de l'inspiration, il fût d'ailleurs influencé le moins du monde par
de poétiques associations d'idées. «Vous devez (lui disait quelqu'un)
avoir été vivement charmé des restes et des souvenirs classiques que
vous avez rencontrés dans votre visite à Ithaque.»--«Vous ne me
connaissez pas du tout, répondit Lord Byron,--je ne me laisse point
étourdir de bourdonnemens poétiques; je suis trop vieux pour cela. Les
idées de ce genre, je les confine dans des vers.»

Durant les deux jours qu'il fut retenu par les vents contraires, il
demeura chez M. Hancock, son banquier, et il passa la plus grande partie
de son tems en société avec les autorités anglaises de l'île. Enfin, le
vent devenant favorable, il se prépara à s'embarquer. «J'allai lui faire
mes adieux, dit le docteur Kennedy, et le trouvai seul et occupé à lire
_Quentin Durward_. Il était, comme de coutume, en assez bonne humeur.»
Peu d'heures après on mit à la voile,--Lord Byron à bord du _mistico_,
et le comte Gamba, avec les chevaux et le lourd bagage, dans un navire
plus grand, nommé _bombarda_. Après avoir touché à Zante pour quelques
arrangemens pécuniaires avec M. Barff, et avoir pris à bord une somme
considérable en espèces, on navigua, le 29 au soir, vers Missolonghi.
Les dernières nouvelles reçues de cette place ayant représenté la flotte
turque comme séjournant encore dans le golfe de Lépante, il n'y avait
pas le plus léger motif pour appréhender la moindre interruption dans la
traversée. D'ailleurs, sachant que l'escadre grecque était maintenant à
l'ancre près de l'entrée du golfe, nos passagers ne doutaient guère
qu'ils ne rencontrassent bientôt un navire ami qui les cherchât ou les
attendît.

«Nous voguâmes ensemble,» dit le comte Gamba, dans une narration
très-pittoresque et très-intéressante, «jusqu'à dix heures du soir. Le
vent était favorable,--le ciel clair, l'air frais sans être froid. Nos
matelots chantaient alternativement des chansons patriotiques, assez
monotones en vérité, mais extrêmement intéressantes pour des personnes
dans notre situation, et nous y prenions part. Nous étions tous, mais
surtout Lord Byron, en excellente humeur. Le _mistico_ filait le plus
vite. Quand les flots nous séparèrent, et que nos voix ne purent plus se
répondre, nous fîmes des signaux en tirant des coups de pistolet et de
carabine. «A demain à Missolonghi,--à demain!» Ainsi nous voguions,
pleins de confiance et de joie. A minuit, nous nous perdîmes de vue.»

En attendant l'autre navire, la voile ayant été plus d'une fois diminuée
dans ce but, le _mistico_ fut sur le point de tomber dans une surprise
qui aurait, en un moment, changé les destinées futures de Lord Byron.
Deux ou trois heures avant le point du jour, en gouvernant sur
Missolonghi, on se trouva sous la poupe d'un grand navire, qu'on prit
d'abord pour un navire grec, mais qui, à portée de pistolet, fut reconnu
pour être une frégate turque. Par bonheur, le _mistico_ fut pris pour un
brûlot grec par les Turcs, qui par conséquent craignirent de faire feu
sur lui, mais qui le hêlèrent à grands cris. Cependant Lord Byron et son
équipage gardèrent le plus profond silence; et les chiens eux-mêmes
(comme je l'ai su du valet de chambre de sa seigneurie), quoiqu'ils
n'eussent cessé d'aboyer durant toute la nuit, ne poussèrent pas un cri
tant qu'on fut à la portée de la frégate turque,--incident non moins
heureux que surprenant, vu que, d'après les informations détaillées que
les Turcs avaient reçues sur le départ de sa seigneurie de Zante,
l'aboiement des chiens eût en ce moment nécessairement trahi Lord Byron.
A la faveur de ce silence et des ténèbres, le _mistico_ put continuer sa
navigation sans être inquiété, et s'abrita parmi les Scrofes, groupe de
rochers à quelques heures de Missolonghi. De là, la lettre suivante,
remarquable, vu la situation de Lord Byron en ce moment, par le ton de
légèreté et d'insouciance qui y règne, fut envoyée au colonel Stanhope.



LETTRE DXXXIV.

A L'HONORABLE COLONEL STANHOPE.

Scrofes (ou quelque autre nom pareil), à bord d'un mistico céphaloniote,
31 décembre 1823.

MON CHER STANHOPE,

«Nous venons d'arriver ici, c'est-à-dire une partie de ma suite et moi,
avec certaines choses, etc., et qu'il vaut mieux peut-être ne pas
spécifier dans une lettre (qui court risque d'être interceptée);--mais
Gamba, mes chevaux, mon nègre, mon maître-d'hôtel, la presse et toutes
les fournitures du comité, plus environ huit mille dollars à moi
appartenans (mais n'y songez pas, il nous en reste davantage,
comprenez-vous?), sont tombées au pouvoir des frégates turques. Mon
équipage et moi, dans une autre embarcation, nous l'avons échappé belle
la nuit dernière, ou plutôt ce matin, nous étant trouvés juste sous leur
poupe, et ayant été hêlés; mais nous ne répondîmes pas, et gagnâmes le
large. Nous sommes ici au soleil, et à la clarté du jour, dans un assez
joli petit port. Mais nos amis les Turcs ne nous enverront-ils pas leurs
chaloupes pour s'emparer de nous (car nous n'avons pas d'armes, sauf
deux carabines et quelques pistolets, et nous ne sommes pas, je présume,
plus de quatre combattans à bord)? c'est une autre question, surtout si
nous restons long-tems ici, l'entrée directe de Missolonghi nous étant
fermée.

«Vous ferez bien de m'envoyer mon ami Georges Drake et un corps de
Souliotes pour nous escorter par terre ou par les canaux, et cela avec
toute la célérité convenable. Gamba et notre bombarde sont emmenés à
Patras, à ce que je suppose, et nous devrions tâcher de les reprendre
aux Turcs; mais où diable la flotte est-elle allée?--la flotte grecque,
veux-je dire, nous laissant nous aventurer sans nous avertir que les
Musulmans étaient en mer.

«Présentez mes respects à Mavrocordato, et dites-lui que je suis ici à
sa disposition. Je ne suis pas ici fort à l'aise; non pas tant pour
moi-même que pour un enfant grec qui est avec moi, car vous savez quel
serait son sort, et je le couperais en morceaux, lui d'abord, puis moi
ensuite, plutôt que de le laisser prendre par ces barbares. Nous sommes
tous bien portans.

N. B.

«La bombarde était à douze milles lorsqu'elle a été prise, du moins à ce
qu'il nous a paru (si toutefois elle est prise, car ce n'est pas
certain), et nous avons eu à échapper à un autre navire qui était juste
entre nous et le port.»

       *       *       *       *       *

Trouvant que sa position parmi les rochers des Scrofes ne serait pas
tenable en cas d'attaque par des chaloupes armées, il jugea à propos de
se remettre en mer, et, faisant force de voiles, il arriva sans
malencontre à Dragomestri, petit port de mer en Acarnanie: c'est de là
qu'il écrivit les lettres suivantes à deux de ses plus honorables amis
céphaloniens.



LETTRE DXXXV.

A M. MUIR.

Dragomestri, 2 janvier 1824.

MON CHER MUIR,

«Je vous souhaite des recettes nombreuses, et du bonheur par-dessus le
marché. Gamba et la bombarde (il y a du moins de fortes raisons pour le
penser) sont emmenés à Patras par une frégate turque, que nous vîmes
leur donner la chasse au point du jour, le 31 décembre. Nous nous étions
approchés la nuit même jusque sous la poupe, parce que nous ne
reconnûmes qu'à portée de pistolet que ce n'était pas un navire grec; et
nous n'avons échappé que par un miracle dû à l'intervention de tous les
saints (au dire de notre capitaine), et vraiment je suis de son opinion,
car nous n'aurions jamais pu par nous-mêmes nous tirer d'affaire. Les
Turcs firent des signaux avec force lumières; ils illuminèrent le navire
entre les ponts, poussèrent de grands cris;--mais pourquoi ne firent-ils
pas feu? Peut-être ils nous prirent pour un brûlot grec, et craignirent
de nous mettre en flammes:--ils n'avaient point hissé de pavillon au
point du jour ni plus tard.

«Au point du jour mon navire était sur la côte, mais le vent n'était pas
favorable à notre entrée dans le port;--un grand vaisseau, avec le vent
en sa faveur, stationnait entre nous et le golfe, et un autre faisait la
chasse à la bombarde à environ douze milles de distance. Bientôt après,
la bombarde et la frégate parurent voguer vers Patras, et une chaloupe
zantiote nous avertit, par des signaux donnés du rivage, de nous
éloigner. Nous nous éloignâmes vent en poupe, et nous retirâmes dans une
anse, appelée, je crois, Scrofes, où je débarquai Luc[43] et un autre
(comme la vie de Luc courait le plus grand danger), avec un peu d'argent
pour eux, et une lettre pour Stanhope; je les envoyai par terre à
Missolonghi, où ils seraient en sûreté, parce que le lieu où nous étions
pouvait être attaqué d'un moment à l'autre par des chaloupes armées, et
que Gamba avait toutes nos armes, excepté deux carabines, un fusil de
chasse et quelques pistolets.

[Note 43: Jeune Grec qu'il avait emmené de l'île de Céphalonie.
(_Note de Moore_.)]

»En moins d'une heure le vaisseau en croisière approcha, nous nous
remîmes à fuir, et tournant notre poupe à la frégate nous entrâmes avant
la nuit dans le port de Dragomestri, où nous sommes maintenant. Mais où
est la flotte grecque? Je n'en sais rien,--le savez-vous? Je dis à notre
pilote que je penchais à croire que les deux grands navires (il n'y en
avait pas d'autre en vue), étaient Grecs. Mais il répondit: «Ils sont
trop grands,--pourquoi ne montrent-ils pas leurs couleurs.» Et à tort ou
à raison, plusieurs chaloupes que nous rencontrâmes ou dépassâmes, le
confirmèrent dans l'idée qu'avec le vent qui soufflait nous ne pourrions
entrer dans le port sans un long combat; et comme nous avions à bord
beaucoup d'argent, et quelques vies à risquer (surtout celle du jeune
garçon), sans aucun moyen de défense, il fallait laisser faire nos
mariniers.

»J'envoyai hier un autre message à Missolonghi pour demander une
escorte, mais nous n'avons pas encore de réponse. Voilà le cinquième
jour que nous passons (je parle de moi et de l'équipage de ma chaloupe),
sans changer de vêtemens, et à dormir sur le pont en plein air, mais
nous sommes tous en bonne santé et en belle humeur. Il est supposable
que le gouvernement, dans son propre intérêt, nous enverra une escorte,
puisque j'ai 16,000 dollars à bord, en grande partie pour son service.
J'avais (outre mes effets personnels montant à environ 5,000 dollars),
8,000 dollars en espèces, sans compter les fournitures du comité, en
sorte que les Turcs auront fait un bon coup, si la prise est jugée
bonne.

»Je regrette que Gamba ait été pris, etc., mais nous pourrons réparer
les autres pertes; ainsi dites à Hancock de réaliser mes billets le plus
tôt possible, et à Corgialegno de se préparer à convertir en argent le
restant de mon crédit sur la maison Webb. Je resterai ici, sauf le cas
d'un incident extraordinaire, jusqu'à ce que Mavrocordato m'envoie
chercher; puis j'agirai selon les circonstances. Mes respects aux deux
colonels, et mes souvenirs à tous mes amis. Dites à l'_ultima
analise_[44] que son ami Raidi n'a pas paru avec le brick, quoiqu'il eût
bien fait, à mon avis, de nous avertir, à Zante ou de Zante, de ce que
nous avions à craindre.

»Votre très-affectionné,

N. B.

»_P. S._ Excusez mon griffonnage en raison de ma plume et du froid
glacial du matin. J'écris à la hâte, ma barque partant pour Kalamo: Je
ne sais si la saisie de la bombarde (si toutefois elle a été capturée,
car je ne pourrais en jurer, et je n'en juge que sur l'apparence, et sur
le dire de tout le monde), sera une affaire de gouvernement, de
neutralité, etc.,--mais le navire a été arrêté au moins à douze milles
de distance du port, et il avait tous ses papiers en règle, ainsi que
nous, pour la traversée de Zante à Kalamo. Je ne suis point descendu à
terre à Zante, parce que je voulais perdre le moins de tems possible,
mais sir F. S. *** est venu m'inviter, etc., et tout le monde m'a
témoigné autant de bienveillance qu'à Céphalonie même.»

[Note 44: Le comte Delladecima, à qui Byron donne ce nom, parce que
ce gentilhomme avait coutume d'employer très-souvent en conversation la
phrase _in ultima analise_. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DXXXVI.

A M.C. HANCOCK.

Dragomestri, 2 janvier 1824.

MON CHER MONSIEUR HANCOCK,

«Rappelez-moi au souvenir du docteur Muir et de tout le monde. J'ai
encore avec moi les 16,000 dollars, le reste était à bord de la
bombarde, qui a été prise, ou qui du moins nous manque, avec toutes les
fournitures du comité, mon ami Gamba, mes chevaux, mon nègre, mon
bulldog, mon maître d'hôtel et mes domestiques, avec tous nos instrumens
de paix et de guerre, plus 8,000 dollars: mais la prise sera-t-elle
légitime ou non? c'est ce que doit décider le gouverneur des Sept-Iles.
J'ai écrit tous les détails au docteur Muir, par la voie de Kalamo. Nous
sommes en bon état; et, malgré le vent et la saison, malgré la chasse
des Turcs, malgré le court sommeil que nous prenons sur le pont de la
chaloupe, etc., etc., nous sommes dans une situation tolérable vu le
pays et les circonstances. Mais je prévois que nous aurons besoin de
tout l'argent que je puis réaliser à Zante et ailleurs. Mr Barff nous a
donné huit mille et quelques dollars; ainsi, il y a encore une balance
en ma faveur. Nous ne sommes pas certains que les vaisseaux qui nous ont
donné la chasse fussent turcs, mais il y a une forte présomption pour le
croire, et point de nouvelles qui contredisent cette idée. A Zante tout
le monde, à commencer par le résident, m'a témoigné la plus grande
bienveillance possible, et surtout votre digne et honnête associé.

»Dites à nos amis de ne pas se décourager:--nous pouvons encore réussir.
J'ai débarqué, je crois, près d'Anatoliko, le jeune garçon et un autre
Grec, qui étaient dans les plus terribles alarmes;--je les ai mis ainsi
en sûreté: quant à moi et aux miens, il fallait que nous gardassions
notre bien.

»J'espère que la captivité de Gamba ne sera que temporaire. Quant à nos
effets et à nos dollars, si nous les avons,--tant mieux; sinon,
patience. Je vous souhaite un heureux nouvel an, ainsi qu'à tous nos
amis,

»Votre, etc.»

Durant ces aventures de lord Byron, le comte Gamba, pris par la frégate
turque, avait été emmené, avec sa précieuse cargaison, à Patras, où le
commandant de la flotte turque s'était établi. Là, après une entrevue
avec le pacha, par qui il fut traité fort poliment durant sa détention,
il eut le bonheur d'obtenir qu'on relâchât son navire et sa cargaison,
et il arriva le 4 janvier à Missolonghi. Mais, à son grand étonnement,
il apprit que lord Byron n'était pas encore arrivé. En effet,--comme si
tous les incidens de cette courte traversée avaient été destinés à
rembrunir les sombres pressentimens que Byron avait déjà conçus,--à son
départ de Dragomestri, un violent coup de vent était survenu; la
chaloupe fut deux fois poussée sur les rochers dans le passage des
Scrofes, et, vu la force du vent et le peu de connaissance que le
capitaine avait de ces bas-fonds, le danger fut considéré comme
très-sérieux par tous les hommes à bord. «La seconde fois que le navire
échoua, dit le comte Gamba, les matelots, perdant entièrement
l'espérance de le sauver, commencèrent à songer à leur propre salut.
Mais Lord Byron leur persuada de rester; par sa fermeté, et à l'aide de
ses connaissances nautiques, il les mit hors de danger, et sauva ainsi
la chaloupe, plusieurs vies, et 25,000 dollars, dont la plus grande
partie en espèces.»

Le vent étant toujours contraire, on jeta l'ancre entre deux des
nombreux îlots dont cette partie de la côte est bordée; et là Lord
Byron, tant pour se rafraîchir que pour se laver, fut porté à commettre
une imprudence qui a très-probablement contribué à produire sa fatale
maladie. S'étant rendu dans une petite barque sur un petit rocher assez
éloigné, il envoya chercher les caleçons de nankin qu'il avait coutume
de mettre en se baignant, et quoique la mer fût houleuse, et la nuit
froide (c'était le 3 janvier), il regagna la chaloupe à la nage. «Je
suis complétement convaincu, dit son valet de chambre en rapportant
cette imprudente prouesse, que la santé de milord en fut ébranlée.
Certainement sa seigneurie n'en fut point malade sur l'heure, mais au
bout de deux ou trois jours elle se plaignit d'une douleur générale dans
les os, qui dura, à un degré plus ou moins fort, jusqu'au moment de sa
mort.»

Lord Byron mit à la voile le lendemain matin avec l'espoir d'arriver à
Missolonghi avant le coucher du soleil, mais il fut encore repoussé par
les vents contraires, n'entra que fort tard dans le port, et ne
descendit à terre que le 5 au matin.

On concevra aisément l'inquiétude qui, durant ce tems, avait tourmenté
tout le monde à Missolonghi, où l'on savait que la flotte turque était
sortie du golfe, et que Lord Byron était en route; elle est vivement
dépeinte dans une lettre écrite, pendant ces momens d'attente, par un
témoin oculaire. «La flotte turque, dit le colonel Stanhope, s'est mise
en mer et bloque en ce moment le port. Plus loin on voit les vaisseaux
grecs, et entre autres celui qu'on a envoyé à lord Byron. Nous ne savons
si sa seigneurie est à bord ou non. Certes, nous sommes dans un jour de
crise.» A la fin de la lettre, il ajoute: «Les domestiques de Lord Byron
viennent d'arriver; il sera lui-même ici demain. S'il n'était pas venu,
nous n'aurions pas eu besoin d'implorer le beau tems; car la flotte et
l'armée sont affamées et inactives. Parry n'a point paru. S'il arrive
aussi demain, toute la ville sera folle de plaisir.»

L'accueil que les Grecs firent à leur noble visiteur fut tel qu'on
pouvait l'inférer de l'ardente sollicitude avec laquelle sa seigneurie
avait été attendue. La population entière de la ville se porta en foule
sur le rivage: les vaisseaux à l'ancre sous la forteresse tirèrent le
canon pour saluer Lord Byron lorsqu'il passa devant eux; toutes les
troupes et toutes les autorités civiles et militaires de la place, avec
le prince Mavrocordato à leur tête, le reçurent à son débarquement, et
l'accompagnèrent au milieu du bruit confus des cris de joie, d'une
musique sauvage, et des décharges d'artillerie, jusqu'à la maison qui
avait été préparée pour lui. «Je ne puis aisément décrire, dit le comte
Gamba, les émotions qu'une telle scène excitait. Je saurais à peine
retenir mes larmes.»

Après huit jours de fatigues pareilles, Lord Byron aurait pu fort bien
désirer un court intervalle de délassement; mais le théâtre où il
venait d'entrer éloignait toute pensée de repos: celui sur qui les
regards et les espérances de tous étaient concentrés, ne pouvait guère
songer à ménager sa personne. Il y avait d'ailleurs, à ce moment même,
dans l'enceinte de Missolonghi, plus de causes réunies de trouble et de
désordre qu'il n'y en eut jamais dans un si étroit espace. Dans tous les
lieux publics ou particuliers, la désorganisation et le mécontentement
se manifestaient. Des quatorze bricks de guerre qui étaient venus au
secours de la place, et qui l'avaient quelque tems efficacement protégée
contre une flotte turque double en nombre, neuf, faute de solde, s'en
étaient déjà retournés à Hydra, tandis que les matelots des cinq autres,
pour la même cause de plainte, avaient quitté leurs navires, et
murmuraient sans rien faire sur le rivage. Les habitans se voyant ainsi
abandonnés, ou mis à contribution par leurs défenseurs, avec la crainte
d'une disette imminente, et la flotte turque devant leurs yeux,
n'étaient pas moins disposés à l'émeute et à la révolte; tandis qu'au
même moment, pour compléter la confusion, une assemblée générale était
sur le point d'avoir lieu dans la ville, afin d'organiser les forces de
la Grèce occidentale, et que tous les chefs montagnards de la province
se rendaient en foule à cette réunion avec leurs sauvages partisans.
Mavrocordato lui-même, président du futur congrès, avait amené à sa
suite au moins cinq mille hommes armés, qui étaient en ce moment dans
la ville. Mal soldé et mal fourni de vivres par le gouvernement, cet
immense amas de militaires n'était pas moins mécontent et moins dépourvu
que les matelots; bref, sous tous les rapports, la population entière de
la ville semble avoir présenté en fermentation un vaste levain
d'insubordination et de discorde, plus propre à produire la guerre
civile qu'à menacer l'ennemi.

Tel était l'état des affaires quand Lord Byron arriva à
Missolonghi,--tels les maux qu'il rencontrait avec la redoutable
conviction qu'en lui, et en lui seul, tout le monde plaçait l'espoir de
leur fin.

Ses actes durant les premières semaines qui suivirent son arrivée seront
suffisamment connus par les lettres suivantes, qu'il écrivit à M.
Hancock (qui a eu l'extrême bonté de me les communiquer), et auxquelles
je n'aurai besoin d'ajouter que quelques notes explicatives.



LETTRE DXXXVII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 13 janvier 1824.

MON CHER MONSIEUR,

«Mille remercîmens pour votre lettre du 5; _item_ à Muir pour la sienne.
Vous aurez appris que Gamba et mon navire sont sortis sains et saufs
d'entre les mains des Turcs; on ne sait comment ni pourquoi, car il y a
un mystère dans cette histoire quelque peu mélodramatique. J'attribue
entièrement la chose à Saint-Denis de Zante, et à la madone du Roc près
de Céphalonie.

»Les aventures de ma navigation isolée ne se terminèrent pas à
Dragomestri; nous fûmes accompagnés hors du port par quelques chaloupes
canonnières grecques, et nous trouvâmes le brick de guerre _le Léonidas_
en mer pour veiller sur nous. Mais il survint un fort coup de vent, et
nous fûmes jetés sur les rochers deux fois dans le passage des Scrophes,
et les dollars eurent encore à s'échapper d'un pressant danger. Les deux
tiers de l'équipage descendirent sur un îlot par le mât de beaupré; les
rochers étaient assez rudes, mais l'eau était profonde près du bord, en
sorte qu'après beaucoup de juremens et quelques efforts, la chaloupe fut
remise à flot, et nous nous en allâmes avec un tiers de notre équipage,
en laissant les autres matelots sur cet îlot désert où ils seraient
encore, s'ils n'avaient été recueillis par une des chaloupes
canonnières, car nous n'étions pas en état de les reprendre.

»Dites à Muir que le docteur Bruno n'a pas déployé un grand courage dans
cette circonstance; car, sans compter qu'il déchirait sa veste de
flanelle et qu'il courait comme un rat en péril; comme je parlais à un
jeune garçon (frère de ces jeunes Grecques d'Argostoli), que je lui
disais qu'il n'y avait point de danger pour les passagers, quelque grand
que fût le péril pour le navire, et que je lui assurais que je pourrais
le sauver avec moi sans difficulté[45] (quoiqu'il ne sût pas nager),
attendu que l'eau, si profonde qu'elle fût, n'était pas houleuse,--le
vent ne soufflant pas droit contre le rivage,--le docteur s'écria: «Le
sauver! S... Dieu, sauvez-moi plutôt,--je serai le premier sauvé si je
puis!»--Trait d'égoïsme qu'il lâcha avec une simplicité emphatique qui
fit rire tous ceux qui eurent le loisir de l'entendre; et, une minute
après, la chaloupe se remit à flot après avoir touché deux fois. Elle
fit une petite voie-d'eau, mais il ne survint plus d'autre accident,
sinon que le capitaine ne cessa plus dès-lors d'avoir les nerfs agités.

»Bref, nous avons continuellement eu mauvais tems; nous avons dormi sur
le pont presque toujours à l'humidité pendant sept ou huit nuits, mais
je ne me suis jamais si bien porté,--et même je me suis baigné un
quart-d'heure dans la mer dans la soirée du 4 courant (pour tuer les
puces et autres etc.), sans m'en trouver plus mal.

»Nous avons été reçus à Missolonghi avec toutes sortes d'hommages et
d'honneurs; l'aspect de la flotte qui nous saluait, etc., la foule, et
les costumes variés formaient un spectacle vraiment pittoresque. Nous
songeons à entreprendre bientôt une expédition, et j'attends de recevoir
l'ordre de rejoindre l'armée avec les Souliotes.

[Note 45: Il avait l'idée de prendre le jeune garçon sur ses
épaules, et de nager avec cette charge jusqu'au rivage. Cette action
n'eût été qu'une répétition des jeux de son enfance à Harrow, où il
avait souvent coutume de monter sur ses épaules un enfant plus petit,
et, à la grande alarme du bambin, de plonger avec lui dans l'eau. (_Note
de Moore_.)]

»Tout va bien maintenant. Nous avons trouvé Gamba déjà arrivé, et tout
en bon état. Rappelez-moi au souvenir de tous les amis.

»Tout à vous à jamais,

N. B.

»_P. S._ Vous ferez, j'espère, tous vos efforts pour réaliser les fonds
suffisans. Car, outre ce que j'ai déjà avancé, je me suis chargé
d'entretenir, pendant un an, les Souliotes (que j'accompagnerai ou comme
chef ou en telle qualité qu'il plaira au gouvernement), et divers autres
Grecs par-dessus le marché....................................... Il
faut que M. Barff m'envoie bientôt des dollars, car je suis à présent
accablé de dépenses.

14 janvier 1824.

»_P. S._ Voudrez-vous dire au saint juif Geronimo Corgialegno que je
tirerai pour la solde de mes crédits sur MM. Webb et Ce. Je tirerai
jusqu'à concurrence de deux mille dollars (ce qui est environ le montant
de mon crédit); mais pour faciliter l'affaire, je rendrai le billet
payable chez MM. Ransom et Ce, Pall-Mall East, à Londres. Je crois vous
avoir déjà montré mes lettres (mais dans le cas contraire je puis les
exhiber); elles établissent qu'outre les crédits à solder à présent, je
ne suis point renfermé dans une certaine limite de crédit avec mes
banquiers. L'honorable Douglas Kinnaird, mon ami et homme d'affaires,
est un des principaux associés de cette maison de banque; ayant la
direction de mes intérêts, il sait jusqu'à quel point mes ressources
actuelles peuvent aller, et les lettres en question étaient de lui. Je
puis seulement dire, que c'est sur mon revenu de 1823 que j'ai pris
l'argent déjà avancé au gouvernement grec, et que je solderai les
crédits que vous et votre associé M. Barff m'avez ouverts; mais que je
n'ai rien encore prélevé sur mon revenu de l'année courante 1824.
J'aurai à ma disposition cent mille dollars (y compris mon revenu et le
prix d'un fief récemment vendu), et peut-être davantage, sans anticiper
sur mon revenu de 1825, et sans compter ce qui reste de celui de 1823.

»Tout à vous à jamais, etc.»

N. B.



LETTRE DXXXVIII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 17 janvier 1824.

«J'ai répondu assez longuement à votre obligeante lettre, et j'espère
que vous aurez reçu ma réponse par l'intermède de M. Tindal. Je vous
prierai encore de rappeler à M. Tindal que je le prie de vous donner, en
décharge sur mon compte, un bon sur le comité pour cent dollars, que je
lui ai avancés, par l'entremise de signor Corgialegno, à son arrivée à
Zante en octobre dernier, vu qu'il n'est que trop juste que le susdit
comité paie les dépenses de ses agens. Un bon sera suffisant, parce
qu'il serait gênant pour M. Tindal de débourser de l'argent à présent.

»J'ai aussi avancé à M. Blackett la somme de cinquante dollars, que je
prierai M. Stevens de vous payer, en décharge sur mon compte, avec
l'argent de M. Blackett, maintenant dans ses mains. J'ai la
reconnaissance écrite de M. Blackett.

»Comme les besoins de l'État sont ici toujours pressans, et qu'il paraît
n'y avoir que peu d'espèces sonnantes, excepté les miennes, je suis
toujours payeur-général; et il faut que je vous prie encore, vous et M.
Barff, de m'envoyer par un canal sûr (si c'est possible) tous les
dollars que vous pourrez rassembler avec les billets maintenant à
négocier. J'ai écrit aussi à Corgialegno pour deux mille dollars, ce qui
est environ le montant de ma lettre de crédit sur MM. Webb et Cie; mes
billets sont aussi payables chez Ransom de Londres.

»Les affaires vont mieux, sinon bien; il y a de l'ordre et l'on fait des
préparatifs considérables. Je compte accompagner bientôt les troupes
dans une expédition, ce qui me fait particulièrement désirer le prompt
envoi des sommes restantes, vu que «l'argent est le nerf de la guerre»
et de la paix aussi, autant que je puis voir, car je suis sûr qu'il n'y
aurait point de paix ici sans lui. Mais il en faut peu pour faire
beaucoup, ce qui est une consolation. Le gouvernement de la Morée et de
Candie m'écrit pour que j'avance encore sur mes propres fonds 20 ou
30,000 dollars, ce que j'hésite à faire à présent (m'étant chargé de la
paie des Souliotes comme d'un don gratuit, sans compter maintes autres
charges, outre le prêt que j'ai déjà avancé); j'attends pour me
déterminer des lettres d'Angleterre.

»Quand les lettres de crédit que j'attends seront arrivées, j'espère que
vous voudrez bien vous charger de les réaliser en numéraire; autrement
il me faudra avoir recours à Malte, ce qui m'occasionera une perte de
tems et un surcroît de peine; mais je ne veux pas néanmoins que vous
fassiez plus qu'il ne vous conviendra parfaitement, à vous et à M.
Barff, de faire pour moi. Je suis fort bien, et je n'ai aucune raison
d'être mécontent de ma situation personnelle; ou de l'état des affaires
publiques;--que les autres parlent pour leur compte.

»Tout à vous à jamais et de cœur, etc.

»_P. S._ Mes respects aux colonels Wright et Duffie, et aux officiers
civils et militaires; ainsi qu'à mes amis Muir et Stevens, et à
Delladecima.»



LETTRE DXXXIX.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 19 janvier 1824.

«Depuis que je vous ai écrit, le 17 courant, j'ai reçu de M. Stevens une
lettre renfermant un mémoire de Corfou, si exagéré dans le prix et dans
la quantité des articles, que je ne saurais dire ce que j'admire le
plus, de la folie de Gamba, ou de la friponnerie du marchand. Tout ce
que je chargeai Gamba de commander, ce fut un peu de drap rouge et du
taffetas gommé pour caleçons, etc.--Le dernier article n'a même pas été
envoyé;--le tout n'aurait pas monté à 50 dollars. Le mémoire va à 645!!!
Certes, je garantirai M. Stevens contre toute perte, mais je ne suis pas
disposé à prendre les articles (que je n'ai jamais commandés), ni à en
solder le montant. J'en prendrai pour la valeur de 100 dollars; le reste
peut être remporté, et je ferai au marchand une concession de tant pour
cent; ou, si cela ne peut avoir lieu, vous vendrez le tout à l'encan à
quelque prix que ce soit, car j'aimerais mieux donner en pure perte une
partie de ces objets que d'être encombré d'une quantité de choses qui me
sont à présent inutiles et superflues. Grand Dieu! j'aurais entretenu
pour la somme 300 hommes pendant un mois dans la Grèce occidentale!

»Quand les chiens, les dollars, le nègre et les chevaux tombèrent entre
les mains des Turcs, je m'y résignai avec patience, comme vous avez pu
voir, parce que c'était un effet de la guerre ou de la Providence; mais
ceci est un résultat de la friponnerie ou de la folie humaine, ou de
l'une et l'autre à-la-fois, et je ne puis ni ne veux m'y soumettre[46].
J'ai besoin de tous les dollars que je puis rassembler, pour maintenir
les Grecs en bonne harmonie, et je ne plains aucune dépense pour la
sainte cause. Mais jeter par la fenêtre une somme avec laquelle on
équiperait ou du moins on entretiendrait un corps d'excellens hommes
d'armes! Et pourquoi? pour fournir à Gamba et au docteur du drap fin,
des bottes, des cravaches, etc.!!! c'est ce qui surpasse ma patience,
quoique je sois très-pacifique, au su de tout le monde ou du moins de
mes connaissances. Je vous prie de m'aider à me tirer de cette damnable
spéculation commerciale de Gamba, car c'est un de ces traits
d'imprudence ou de folie que je ne lui pardonnerai jamais...........
.............................................................

[Note 46: Nous avons ici l'exemple le plus frappant de ce trait de
caractère qu'un esprit étroit ou méchant pourrait prendre pour avarice,
mais qui en réalité n'était que le résultat d'un profond sentiment de
justice et de loyauté, et d'une vive indignation contre la duperie et la
fraude. Le colonel Stanhope, en rapportant cette circonstance, a mis la
colère de Lord Byron sous son véritable jour.

«Il attaquait sans cesse le comte Gamba, quelquefois, à la vérité, par
forme de plaisanterie, mais plus souvent avec la plus amère ironie, pour
avoir acheté 500 dollars de fournitures pour son usage et celui de ses
gens. Il avait coutume de citer ce fait comme un exemple de l'imprudence
et de l'extravagance du compte. Lord Byron me dit un jour, avec un ton
fort grave, que ces 500 dollars auraient été très-utiles pour pousser le
siége de Lepante; et que jusqu'à sa dernière heure il ne pardonnerait
jamais à Gamba d'avoir gaspillé son argent pour l'achat de tant de drap.
On ne supposera pas que Byron pût alors parler serieusement; car il
avait la plus haute opinion du comte, qui, tant par ses talens que par
son dévoûment à son ami, méritait l'estime de sa seigneurie. Quant à la
générosité de Lord Byron, le monde en a la preuve. Il promit de
consacrer son immense revenu à la cause de la Grèce, et il tint sa
promesse.

(_Note de Moore_.)]

»Je vous réitère ma demande d'espèces sonnantes, et vous prie de m'en
envoyer le plutôt possible, autrement les affaires publiques seront
enrayées ici. Je me suis chargé de la solde des Souliotes pendant un an,
d'avancer en outre 3,000 dollars, en mars, au gouvernement pour
l'arriéré dû aux troupes, et de mille autres frais pour les Allemands,
pour la presse, etc., etc., etc.; de sorte qu'avec les dépenses de ma
suite, qui, sans être extravagantes, sont assez coûteuses, vu
l'absurdité de ce diable de Gamba, j'aurai besoin de tout l'argent que
je pourrai ramasser; j'ai en outre des crédits pour faire face à toutes
les entreprises si elles se réalisent, et j'en attends encore davantage
dans peu de tems.

»Croyez-moi toujours et véritablement, votre, etc.»

       *       *       *       *       *

Dans la matinée du 22 janvier, jour de sa naissance, dernier
anniversaire que mon pauvre ami était destiné à voir,--il vint de sa
chambre à coucher dans l'appartement où le colonel Stanhope se trouvait
avec quelques autres personnes, et dit avec un sourire: «Vous vous
plaigniez l'autre jour que je ne fisse plus de vers. C'est aujourd'hui
l'anniversaire de ma naissance, et je viens de finir une pièce qui, je
crois, est meilleure que je n'ai coutume de faire.» Il leur montra ces
belles stances qui, bien qu'elles soient déjà connues de la plupart des
lecteurs, sont néanmoins trop étroitement liées à cette scène finale de
sa vie pour ne pas en parer l'histoire. Si l'on a égard à tous les
sentimens qui respirent dans ces vers,--aux derniers soupirs d'une ame
tendre, à la noble expression de ce dévoûment absolu pour une noble
cause, et à ce sombre et profond pressentiment d'une fin prochaine,--il
n'y a peut-être, dans l'ordre des compositions purement humaines, pas de
production sur laquelle les circonstances et les sentimens qui l'ont
inspirée jettent un si touchant intérêt.

                              22 janvier[47].

                Aujourd'hui, j'ai trente-six ans accomplis.

                                  I.

        Il est tems que ce cœur devienne insensible,
          Puisqu'il a cessé d'émouvoir d'autres cœurs.
        Cependant, quoique je ne puisse plus être aimé,
              Il faut que j'aime encore.

                                 II.

        Mes jours sont dans la feuille desséchée;
          Les fleurs et les fruits de l'amour sont passés:
        Le ver de terre, le remords rongeur et les regrets
              Sont mon seul partage.

[Note 47: Nous faisons comme Moore: nous répétons cette pièce, qui
se trouve déjà à la page 432 du tome V de notre édition. (_Note du
Trad._)]

                                 III.

        Le feu qui brûle dans mon sein
          Est solitaire comme une île volcanique;
        Aucune torche n'étincèle comme sa flamme:
              --C'est un bûcher funéraire.

                                 IV.

        L'espérance, la crainte, les soins jaloux,
          La portion exaltée de la douleur,
        Et le pouvoir de l'amour,--je ne puis les partager,
              Mais j'en porte encore la chaîne.

                                  V.

        Mais ce n'est pas _ainsi_,--ce n'est pas ici--
          Que de telles pensées pourront ébranler mon ame,--ni maintenant,--
        Quand la gloire décore le cercueil du héros,
              Ou fait pencher son front vers la terre.

                                 VI.

        Le glaive, la bannière et le champ de bataille,
          La gloire et la Grèce m'environnent!
        Le Spartiate, porté sur son bouclier,
              N'était pas plus libre.

                                VII.

        Réveille-toi! (non la Grèce,--elle est réveillée!)
          Réveille-toi, mon génie! Pense d'où te vient
        L'étincelle divine, le sang ardent qui bout dans tes veines,
              Et sois digne de ta haute origine!

                               VIII.

        Je foule aux pieds les passions renaissantes
          Indignes de l'âge viril.--Pour toi,
        Indifférens soient le sourire ou le dédain
              De la beauté.

                                IX.

        Si tu regrettes ta jeunesse,--pourquoi vivre!--
          La contrée des trépas honorables
        Est ouverte devant toi.--Vole aux combats,
              Et laisses-y ton souffle de vie.

                                 X.

        Cherche la tombe d'un héros,--beaucoup la trouvent qui ne la cherchent pas.
          C'est ce qu'il y a de mieux pour toi.
        Alors regarde à l'entour;--choisis ton coin de terre,
              Et repose en paix.

       *       *       *       *       *

«Nous vîmes, dit le comte Gamba, par ces vers comme par ses
conversations journalières, que son ambition et ses espérances étaient
irrévocablement fixées sur les glorieux objets de son expédition en
Grèce, et qu'il avait résolu de «revenir vainqueur, ou de ne revenir
plus.» Il me disait souvent: «Les autres peuvent faire ce qu'il leur
plaira:--ils peuvent s'en aller;--mais, moi, je reste ici, cela est
certain.» La même détermination était exprimée dans les lettres que Lord
Byron écrivait à ses amis; et cette résolution ne cessait pas d'être
accompagnée du pressentiment très-naturel qu'il laisserait sa vie en
Grèce. Un jour, il demanda à son fidèle serviteur Tita s'il songeait à
retourner en Italie: «Oui, dit Tita, si votre seigneurie y va, j'irai.»
Lord Byron sourit et dit: «Non, Tita, je ne reviendrai jamais de
Grèce;--ou les Turcs, ou les Grecs, ou le climat m'en empêcheront.»



LETTRE DXL.

A M. CHARLES HANCOCK.


Missolonghi, 5 février 1824.

«La lettre du docteur Muir et la vôtre du 23 me sont parvenues il y a
quelques jours. Dites à Muir que je suis content de sa promotion, et
dans son intérêt, et dans le nôtre, puisqu'il reste près de nous! Mais
je ne puis que regretter le départ du docteur Kennedy, départ qui
explique les tremblemens de terre antérieurs, et le véritable tems
anglais qui règne actuellement dans ce climat.....................
................................................

»A propos, je me suis trouvé avec l'archevêque grec à Anatoliko (où
j'allai il y a quelques jours, sur l'invitation des primats, et où je
fus reçu avec une plus terrible canonnade que les Turcs ne l'eussent été
probablement): c'était pour la seconde fois que je voyais ledit
archevêque (je l'avais vu ici auparavant). Lui, le prince Mavrocordato,
les chefs militaires, les primats et moi, nous dinâmes tous ensemble, et
je trouvai le métropolitain le plus gai de la compagnie, et de plus
très-bon chrétien. Mais Gamba (car nous fûmes mouillés jusqu'aux os à
notre retour) a été pris de fièvre et de coliques; Luc aussi, et
d'autres personnes ont été dérangées. Pour moi, j'ai été
très-bien,--sauf un rhume que je gagnai hier en demeurant trop long-tems
à la pluie à jurer contre les Grecs, qui ne voulaient pas donner un coup
de main pour aider à débarquer les fournitures du comité; mais je vins
en personne, et fis un tel vacarme que je les mis en mouvement. Je les
chargeai tous d'imprécations, depuis le gouvernement jusqu'au dernier
d'entre eux, jusqu'à ce qu'ils se fussent mis à faire une partie de ce
qu'ils auraient dû faire en totalité depuis plusieurs jours, et cela est
regardé avec raison comme un miracle.

»Dites à Muir que, nonobstant ses remontrances que je reçois avec
reconnaissance, il vaut peut-être mieux que je m'avance avec les
troupes; car si nous ne faisons pas quelque chose bientôt, nous n'aurons
qu'une troisième année d'opérations défensives, un autre siége, etc.
Nous apprenons que les Turcs viennent en force, et plus tôt que de
coutume; et comme ces lurons de Grecs songent un peu à moi, c'est
l'opinion générale que je dois marcher,--premièrement, parce qu'ils
écouteront plutôt un étranger qu'un de leurs compatriotes, vu leurs
rivalités domestiques; secondement, parce que les Turcs traiteront ou
capituleront (s'il y a lieu) plutôt avec un Franc qu'avec un Grec; et
troisièmement, parce que nul autre ne semble disposé à assumer la
responsabilité,--Mavrocordato étant fort occupé ici, les militaires
étrangers étant trop jeunes, ou n'ayant pas assez d'influence pour être
écoutés par les Grecs, et les chefs (comme je l'ai dit plus haut) étant
disposés à obéir au premier venu plutôt qu'à un des leurs. Quant à moi,
je suis disposé à faire ce qu'on me dit, et à suivre mes instructions.
Je ne recherche ni ne fuis cette distinction, ni quelque entreprise que
ce soit; et quant à ma sûreté personnelle, sans compter que ce ne doit
pas être là une considération, je garantis que, somme toute, un homme
est en sûreté aussi bien dans un endroit que dans un autre: et, après
tout, il vaut mieux finir avec un boulet qu'avec force quinquina dans le
corps. Si nous ne sommes pas atteints par l'épée, nous sommes exposés à
être emportés par les fièvres dans ce panier de boue; et pour conclure
par une très-mauvaise pointe, faite pour l'oreille plutôt que pour
l'œil, mieux vaut finir _martialement_ que _marécageusement_[48].--La
situation de Missolonghi ne vous est pas inconnue. Le sol de la
Hollande, quand les digues sont rompues, est, en fait de sécheresse, un
désert d'Arabie, en comparaison de ce pays-ci.

»Mais passons au nerf de la guerre. Je vous remercie, vous et M. Barff,
pour vos promptes réponses, qui sont la plus agréable chose du
monde,--après l'argent comptant, bien entendu[49]. Outre le
compte-courant de Corgialegno, je demanderai, à partir du Ier mars
prochain, environ cinq mille dollars tous les deux mois, c'est-à-dire
environ vingt-cinq mille dans le courant de cette année, à des
intervalles réguliers, indépendamment des sommes qui sont en train de se
négocier à présent. Je puis vous montrer les documens qui prouvent que
ces demandes sont loin d'excéder mes ressources pour l'année. Mais je
n'aimerais pas à dire exactement aux Grecs ce que je pourrais ou
voudrais avancer dans l'occasion, parce que dans ce cas ils doubleraient
et tripleraient même leurs demandes (disposition qu'ils ont déjà montrée
suffisamment); et quoique je sois prêt à faire tout ce que je pourrai en
cas de nécessité, pourtant je ne vois pas pourquoi ils ne nous
aideraient pas un peu, car ils ne sont pas tout-à-fait si nus qu'ils le
prétendent.

[Note 48: _Martially_ than _marshally_, ces deux adverbes ont à peu
près la même prononciation. On pourrait peut-être rendre le jeu de mots
de la façon suivante. Mieux vaut périr par _Mars_ que par _mares_.
(_Note du Trad._)]

[Note 49: Il y a un jeu de mots dans le texte: _Ready_
answers,--_ready_ money. _Ready_ veut dire _prompt, prêt_; mais cet
adjectif, joint à _money_, équivaut à notre locution _argent comptant_
(mot à mot, _argent prêt_). (_Note du Trad._)]

7 février 1824.

»J'ai été interrompu par l'arrivée de Parry, et puis par le retour
d'Hesketh, qui ne m'a pas apporté de réponse à mes lettres, ce qui me
surprend un peu. Vous m'écrirez bientôt, je présume. Parry semble être
un bon luron, mais il sera à peine prêt pour le champ de bataille avant
trois semaines. Lui et moi (je pense) nous pourrons aller ensemble:
--du moins, je ne veux en aucune façon le troubler ou le contrarier dans
son département. Il se plaint vivement de la partie mercantile et
enthousiaste du comité, mais il loue beaucoup Gordon et Hume. Gordon
voulait donner trois ou quatre mille livres sterling et venir lui-même,
mais Kennedy ou quelque autre l'a dégoûté; ainsi l'on a ruiné une partie
de la souscription, et entravé les opérations du comité. Parry déplore
amèrement les frais d'impression et de civilisation, et souhaite qu'il
n'y ait point d'école ici à présent, excepté toutefois une école
d'artillerie.

»Il s'est plaint aussi du froid, ce qui m'a un peu surpris;
premièrement, parce qu'ici, vu le manque de cheminées, je me suis
accoutumé à vivre sans autres ressources que la chaleur animale et un
manteau; et secondement, parce que je me serais plutôt attendu à
entendre un volcan éternuer, qu'un chef de travaux pyrotechniques (qui
doit brûler une flotte entière) déclamer contre l'atmosphère. J'étais
pleinement convaincu qu'à son approche il aurait rôti la ville, à l'égal
des miroirs ardens d'Archimède.

»Hé bien! il paraît que je dois être commandant en chef, et le poste
n'est nullement une sinécure, car nous ne sommes pas ce que le major
Sturgeon appelle «une réunion d'officiers en bonne amitié.» Aurons-nous
«une partie de coups de poing entre le capitaine Sheers et le colonel?»
C'est ce que je ne puis dire; mais, chefs souliotes, barons allemands,
volontaires anglais, et aventuriers de toutes nations, nous sommes bons
à former la meilleure armée alliée qui se querellât jamais sous la même
bannière.

8 février 1824.

»Interrompue hier une seconde fois pour cause d'affaires,--cette lettre
doit enfin être close. J'ai tiré, il y a quelque tems, sur M. Barff pour
la valeur de mille dollars, afin de compléter une somme dont le
gouvernement avait besoin: Le susdit gouvernement a fait ici même de
l'argent avec ma lettre-de-change; mais le même individu qui la leur
avait escomptée, après m'avoir proposé de me donner des espèces pour
d'autres lettres-de-change sur Barff, jusqu'à concurrence de treize
cents dollars, n'a pas pu le faire, ou a songé à quelque chose de mieux.
J'avais écrit à Barff pour l'avertir, mais j'ai dû lui écrire ensuite
pour lui dire que l'individu n'était pas revenu. Il faut réellement que
vous m'envoyiez bientôt le solde de mon compte: J'ai les artilleurs et
mes Souliotes à payer, et Dieu sait quoi encore; et comme tout dépend de
la ponctualité, toutes nos opérations seront arrêtées si vous n'usez de
célérité. Je vous enverrai, à vous ou à M. Barff, de nouvelles
lettres-de-change à tirer sur l'Angleterre, pour trois mille livres
sterling, et je vous prierai de les négocier le plus tôt que vous
pourrez. J'ai déjà énoncé ici et ailleurs les sommes que je puis
commander en Angleterre dans le courant de l'année,--sans compter mes
crédits, ou les billets déjà négociés et à négocier,--et les lettres de
mes amis (venues par le vaisseau de M. Parry) confirment ce que j'ai
déjà énoncé. Combien demanderai-je dans le cours de l'année? Je ne puis
le dire, mais je me garderai d'excéder mes ressources.

»Tout à vous à jamais,

N. B.

»_P. S._ J'ai dû, sur le désir d'un M. _Jerostati_, tirer sur Démétrius
Delladecima (est-ce notre ami _in ultima analise?_) pour payer les
dépenses du comité. Je ne comprends réellement pas ce que veut le comité
par quelques-unes de ses libertés. Parry et moi, nous allons très-bien
ensemble jusqu'à présent. Cela durera-t-il long-tems? Dieu le sait, mais
je l'espère, car le service de la cause grecque en dépend en bonne
partie. Mais Parry a déjà eu quelques querelles avec le colonel
Stanhope, et je fais tout ce que je puis pour maintenir la paix entre
eux. Quoi qu'il en soit, Parry est un bon luron, extrêmement actif, et
doué de talens supérieurs, solides et pratiques. Je vous envoie
ci-inclus des billets pour trois mille livres sterling, tirés dans le
mode désiré (c'est-à-dire partagés en billets plus petits). Je profite
d'une bonne occasion qui permet d'envoyer des lettres à Céphalonie.
Rappelez-moi au souvenir de Stevens et de tous les amis. Mes complimens
et mille choses aimables aux colonels et aux officiers.

9 février 1824.

»_P. S._ 2e _ou_ 3e. J'ai quelque raison de croire qu'une personne
envoyée d'Angleterre pour me faire signer des papiers d'affaires,
arrivera bientôt dans les îles ioniennes. Si elle arrive, voudrez-vous
me l'envoyer ici par une voie sûre? attendu que les papiers ont trait à
une transaction relative à l'arrangement d'un procès, et à une somme de
plusieurs mille livres sterling, que nos banquiers et fondés de pouvoir
pourront avoir à toucher en mon nom (en Angleterre). Je ne puis
déterminer l'époque probable de l'arrivée de cette personne, mais mes
lettres sont datées du 2 novembre, et je présume qu'elle doit arriver
bientôt.»

       *       *       *       *       *

Lord Byron fit alors concevoir les plus fortes espérances à ceux même
qui observèrent de près toute sa conduite depuis son arrivée à
Missolonghi: c'est ce qu'on verra par le passage suivant d'une des
lettres du colonel Stanhope au comité grec.

«Lord Byron possède tous les moyens de jouer un grand rôle dans la
glorieuse révolution de Grèce. Il a du talent; il professe des principes
libéraux; il a de l'argent, et il est animé de sentimens ardens et
chevaleresques. Il a commencé sa carrière par deux bonnes mesures;
_primo_, en recommandant l'union, et en déclarant qu'il ne voulait être
d'aucun parti; et _secundo_, en prenant cinq cents Souliotes à sa solde,
et en agissant en la qualité de leur chef. Ces actes ne peuvent manquer
de donner à sa seigneurie une popularité universelle et une puissance
proportionnelle. Dans des circonstances si avantageuses, sa seigneurie
aura l'occasion de réaliser toutes ses déclarations.»

Toutefois, celui qui inspirait ces espérances était loin de les
partager. C'est un fait qui ressort manifestement de tout ce que Byron
dit et écrivit sur le sujet, et qui ne fait qu'accroître douloureusement
l'intérêt que sa position excite en ce moment. En vérité, il comprenait
et sentait trop bien les difficultés où il était engagé, pour se laisser
séduire à de si flatteuses illusions. Il n'avait encore pu satisfaire
qu'une de ses espérances,--celle d'imprimer, par son exemple, un
caractère plus humain au système de guerre des deux nations
belligérantes. Quelques jours après son arrivée, il avait eu l'occasion
de tirer un malheureux Turc d'entre les mains de quelques matelots
grecs; et, vers la fin du mois, ayant appris qu'il y avait quelques
prisonniers turcs à Missolonghi, il pria le gouvernement de les mettre à
sa disposition, pour les renvoyer à Yussuf[50] Pacha. En accomplissant
ce trait d'humanité politique, il envoya avec les prisonniers libérés la
lettre suivante.

[Note 50: Joseph. (_Note du Trad._)]



LETTRE DXLI.

A SON ALTESSE YUSSUF PACHA.

Missolonghi, 23 janvier 1824.

ALTESSE,

«Un vaisseau, où un de mes amis et quelques-uns de mes gens étaient
embarqués, fut pris il y a quelques jours, et relâché par ordre de votre
altesse. Je dois maintenant vous remercier, non d'avoir libéré le
vaisseau qui, portant un pavillon neutre, et étant sous la protection
britannique, ne pouvait être légitimement retenu, mais d'avoir traité
mes amis avec une si grande bienveillance, tant qu'ils sont restés entre
vos mains.

»C'est pourquoi, dans l'espérance d'être agréable à votre altesse, j'ai
prié le gouverneur de cette place de relâcher quatre prisonniers turcs,
et il y a humainement consenti. Je me hâte donc de vous les renvoyer,
afin de payer de retour le plus tôt possible votre courtoisie dans la
dernière occasion. Ces prisonniers sont libérés sans condition; mais, si
cette circonstance trouve place dans votre souvenir, j'oserai demander
que votre altesse traite avec humanité tous les Grecs qui pourront
désormais tomber entre ses mains, vu que les horreurs de la guerre sont
assez grandes par elles-mêmes, sans avoir besoin d'être aggravées par de
gratuites cruautés des deux parts.»

NOEL BYRON.

Une autre idée favorite, et qui parut quelque tems praticable, fut le
projet d'attaque contre Lépante[51], ville fortifiée qui, maîtresse de
la navigation du golfe de Corinthe, est une position de la première
importance. «Lord Byron, dit le colonel Stanhope, dans une lettre datée
du 14 janvier, est embrasé d'une ardeur militaire et chevaleresque, et
il accompagnera l'expédition contre Lépante.» Le retard de l'ingénieur
Parry, qu'on avait impatiemment attendu pendant quelques mois, avec les
ressources nécessaires pour la formation d'une brigade d'artillerie,
avait jusqu'alors paralysé les préparatifs de cette importante
entreprise. Cependant, le peu qui avait pu être fait sans son aide avait
été déjà accompli; une brigade de Souliotes avait été destinée à agir
sous les ordres de Lord Byron, et sa seigneurie et le colonel Stanhope
avaient, à frais communs, formé un petit corps d'artillerie.

Ce fut vers la fin de janvier, comme nous l'avons vu, que Lord Byron
reçut du gouvernement sa commission régulière comme commandant en chef
de l'expédition. En lui conférant de pleins pouvoirs, tant dans l'ordre
civil que dans l'ordre militaire, on nomma en même tems pour
l'accompagner, un conseil de guerre, composé des chefs les plus
expérimentés de l'armée, et présidé par Nota Botzari; oncle du fameux
guerrier.

[Note 51: L'ancienne _Naupacte_, appelée _Epacto_ par les Grecs
modernes, et _Lepanto_ par les Italiens. (_Note de Moore_.)]

On avait espéré que, parmi les munitions envoyées avec Parry, il y
aurait une provision de fusées à la Congrève,--instrument de guerre dont
on avait conté tant de merveilles aux Grecs, que leurs imaginations
s'étaient remplies des idées les plus absurdes concernant ses effets.
Leur désappointement fut donc excessif, quand ils virent que l'ingénieur
était venu sans être pourvu de ces projectiles. Une autre
espérance,--celle de compléter un corps d'artillerie par l'incorporation
des Allemands qui avaient été envoyés en Morée,--se trouva presque
également déçue; cette troupe s'étant presque réduite à néant par la
mort ou par la retraite de ceux qui la composaient originairement, et le
peu d'officiers qui offrirent alors leurs services, étant, par leurs
chimériques préjugés de rang et d'étiquette, beaucoup plus incommodes
qu'utiles. Par surcroît de circonstances décourageantes, les cinq
vaisseaux de guerre speziotes qui avaient quelque tems formé la seule
protection de Missolonghi, s'en étaient retournés dans leur pays, et
avaient laissé prendre leur position à l'escadre ennemie.

Quelque embarrassantes que fussent toutes ces difficultés pour
l'accomplissement de l'expédition, un embarras encore plus formidable se
présentait dans les dispositions turbulentes et presque mutines de ces
troupes souliotes sur lesquelles Byron comptait pour le succès de son
entreprise. Fondant leurs prétentions, tant sur sa richesse et sur sa
générosité que sur leur propre importance militaire, ces guerriers
indisciplinés n'avaient jamais cessé de porter de plus en plus haut
l'extravagance de leurs demandes;--l'état de leurs familles, entièrement
dénuées de ressources et d'asile, leur fournissait un prétexte trop bien
fondé pour leurs exactions et leur mécontentement. Les chefs n'étaient
pas d'ailleurs plus accommodans que les soldats eux-mêmes. «Il y avait
parmi eux, dit le comte Gamba, six chefs de famille, qui tous avaient
d'égales prétentions, soit par leur naissance soit par leurs exploits;
et aucun d'eux ne voulait obéir à l'un de ses compagnons d'armes.»

Une émeute sérieuse à laquelle, vers le milieu de janvier, ces Souliotes
avaient donné naissance, et dans laquelle quelques personnes perdirent
la vie, avait été une source de vive irritation et d'anxiété pour Lord
Byron, tant à cause de la mésintelligence qui devait s'en suivre entre
ses troupes et les citoyens, que par le peu de confiance qu'il se
trouvait encouragé à placer dans une matière si intraitable. Malgré
cela, ni son ardeur ni ses efforts pour l'accomplissement de cet unique
objet de son ambition personnelle ne se relâchèrent un seul instant.
Quelque faible gloire qu'il dût gagner par l'attaque de Lépante, il la
regardait comme sa seule récompense pour tous les sacrifices qu'il
faisait. Dans ses conversations avec le comte Gamba sur ce sujet,
«quoiqu'il plaisantât beaucoup, dit celui-ci, sur sa place
d'_archistrategos_ ou de général en chef, il était évident que le
romanesque et le péril de l'entreprise étaient de grands attraits pour
lui.» En vérité, quand nous comparons sa détermination à soutenir la
cause grecque à travers tous les hasards, avec les faibles espérances
que sa sagacité lui laissait concevoir sur son aptitude à la servir, je
suis persuadé que la tombe guerrière qu'il se prédisait dans ses beaux
vers ne fut pas qu'un vain rêve de poésie, mais qu'au contraire son
désir enfanta sa pensée, et qu'il considérait une mort honorable,
trouvée dans une entreprise pareille à l'assaut de Lépante,
non-seulement comme le seul moyen de tenir dignement la grande promesse
qu'il avait donnée, mais comme le service le plus signalé et le plus
durable qu'un nom tel que le sien,--répété d'âge en âge parmi les mots
d'ordre de la liberté,--pût rendre à cette cause sacrée.

Au milieu de ces soins il eut le vif plaisir de recevoir une lettre d'un
de ses vieux amis, André Londo, avec qui il avait fait connaissance dans
son premier voyage, en 1809, et qui était à cette époque, sous la
domination des Turcs, un riche propriétaire de Morée;[52] ce patriote
grec avait été un des premiers à lever l'étendard de la croix, et se
trouvait alors au nombre des principaux appuis du corps législatif et du
nouveau gouvernement national. Voici la traduction de la réponse de Lord
Byron.

[Note 52: Ce brave Moréote, quand Lord Byron le vit pour la première
fois, avait une mine et des manières enfantines, mais nourrissait
néanmoins, sous cet extérieur, un esprit de patriotisme qui éclatait par
momens. Le noble poète racontait qu'un jour, tandis qu'ils jouaient aux
dames ensemble, Londo, en entendant prononcer le nom de Riga, se leva en
sursaut, et, en frappant violemment des mains, il se mit à chanter le
fameux chant de cet infortuné patriote:

        Fils des Grecs, levez-vous!
        L'heure de gloire est arrivée.

(_Note de Moore_.)]



LETTRE DXLII.

A LONDO.

CHER AMI,

«La vue de votre écriture m'a causé le plus grand plaisir. La Grèce a
toujours été pour moi, comme elle doit l'être pour tous les hommes bien
élevés, la terre promise de la valeur, des arts et de la liberté; et le
tems que je passai dans ma jeunesse à voyager parmi ses ruines n'a point
du tout refroidi mon affection pour la patrie des héros. De plus, je
vous suis attaché par les liens de l'amitié et de la reconnaissance pour
l'hospitalité que je reçus de vous durant mon séjour dans ce pays, dont
vous êtes aujourd'hui devenu un des principaux défenseurs et ornemens.
Servir, à vos côtés et sous vos yeux, la cause de la Grèce, sera pour
moi un des plus heureux événemens de ma vie. En attendant, je suis, dans
l'espérance de me trouver encore une fois avec vous,

«Votre, etc.».

Parmi les embarras moins sérieux de la situation de Lord Byron à cette
époque, on peut mentionner la lutte soutenue contre lui par son collègue
le colonel Stanhope,--avec une consciencieuse persévérance qu'il ne
pouvait, tout en étant contrarié, s'empêcher de respecter,--sur le sujet
d'une presse libre, que le colonel désirait ardemment établir sur le
champ dans toutes les parties de la Grèce. Sur ce point important, leurs
opinions différaient considérablement; et la relation suivante, donnée
par le colonel Stanhope, d'une de leurs nombreuses conversations à ce
sujet, peut être prise comme un tableau exact et concis de leurs vues
respectives.

«Lord Byron dit qu'il était un ami ardent de la publicité et de la
presse; mais qu'il craignait que cette liberté ne fût pas applicable à
cette société dans son état de fermentation. Je répondis que je la
croyais applicable à tous pays, et surtout essentielle ici, à l'effet de
mettre fin à l'état d'anarchie qui régnait actuellement. Lord Byron
craignait les libelles et la licence. Je dis que l'objet d'une presse
libre était de réprimer la licence publique, et d'exposer les
libellistes à la haine. Lord Byron avait cité sa conversation avec
Mavrocordato[53] pour montrer que le prince n'était pas hostile à la
presse.

[Note 53: Lord Byron avait, à ce qu'il paraît, avoué que le soir
précédent il avait dit au prince Mavrocordato, que «s'il était à sa
place, il aurait soumis la presse à la censure,» à quoi le prince avait
répondu: «Non; la liberté de la presse est garantie par la
constitution.» (_Note de Moore_.)]

Je déclarai que je le savais ennemi de la presse, quoiqu'il n'osât pas
l'avouer ouvertement. Sa seigneurie dit alors que ses idées n'étaient
point arrêtées relativement à la liberté de la presse en Grèce, mais
qu'à son avis, l'expérience valait la peine d'être faite.»

Cette différence d'opinion entre deux hommes, également zélés pour le
service d'une cause commune, n'est qu'un résultat naturel des variétés
du jugement humain, et ne préjuge rien contre le zèle ou la sincérité de
l'un ou de l'autre. Mais ceux qui ne se laissent pas exclusivement
guider par une théorie, accorderont, ce me semble, que les scrupules
professés par Lord Byron relativement à l'opportunité ou au danger de
l'introduction de ce qu'on nomme une presse libre, dans un pays aussi
peu civilisé que la Grèce, étaient fondés sur une idée juste de la
nature humaine et sur un bon sens pratique. S'efforcer d'imposer à un
état de société, si peu préparé, les institutions d'une civilisation
avancée, songer à greffer sur une nation ignorante les fruits d'une
longue expérience et d'une longue culture,--à importer chez elle, de
toutes pièces, ces avantages et ces biens que nul peuple n'obtint jamais
que par ses propres efforts, et qu'après une lutte pénible;--rêver même
le succès d'une telle expérience: c'est faire preuve d'un enthousiasme
presque incroyable, qui, dans le cas présent, bien qu'il animât
l'économiste et le soldat, outrepassait la sphère du poète.

La confiance absolue, et, sous plusieurs rapports, très-bien fondée,
avec laquelle le colonel Stanhope en appelait à l'autorité de M. Bentham
sur la plupart des points en discussion entre lui et Lord Byron, ne
rencontrait que fort peu de sympathie chez ce dernier, vu l'antipathie
naturelle qui existe entre les économistes et les poètes;--ces appels
étant toujours accueillis avec ces saillies de ridicule, qui étaient
pour Lord Byron le meilleur moyen d'exhaler son impatience contre
l'argumentation, et auxquelles, malgré le nom vénérable et les services
de M. Bentham lui-même, la charlatanerie de beaucoup d'opinions
professées par les disciples de ce philosophe présentaient, il faut
l'avouer, une ample matière. Quelque romanesque que fût, en effet, le
sacrifice de Lord Byron à la cause grecque, il n'y avait pas dans ses
vues sur les moyens de la servir la moindre teinte d'idéal ou de
spéculation. La tâche grande, mais toute pratique, de délivrer la Grèce
de ses tyrans était le principal objet de Lord Byron. Il savait que
l'esclavage était le grand obstacle aux lumières, et devait être brisé
avant qu'elles pussent se répandre; que l'œuvre de l'épée devait donc
précéder celle de la plume; et les camps être les premières écoles de la
liberté.

Avec des vues si solides et si mûres sur les véritables exigences de la
crise, il n'est pas étonnant qu'il vît avec impatience, et, peut-être,
avec un peu de mépris, tout cet appareil prématuré de presses, de
pédagogues, etc., dont les Philhellènes du comité de Londres, dans leur
rage de politique _utilitaire_[54], étaient en train de l'encombrer. Et
quelques-uns des correspondans du comité n'étaient pas plus solides dans
leurs spéculations; l'un d'eux, homme éclairé, ayant conseillé comme un
moyen de rendre un service signalé à la cause, une altération de
l'alphabet grec.

Tout en sentant, aussi vivement peut-être que Lord Byron, le but
important de leur principale mission,--celle de ranimer, et, ce qui
était beaucoup plus difficile, de réunir contre l'ennemi commun les
forces du pays,--le colonel Stanhope était aussi un de ceux qui
pensaient que les lumières de leur grand maître Bentham, et les
opérations d'une presse absolument libre, étaient des ressources non
moins essentielles pour le triomphe de la cause, et en ce point, comme
nous l'avons vu, le poète était en différend avec le militaire. Mais
c'était un différend tel qu'il peut s'en élever entre des hommes francs
et loyaux, sans reproches mutuels, sans danger pour la cause
commune;--une lutte d'opinions, qui, bien que soutenue avec chaleur,
peut être rappelée sans amertume, qui n'empêcha pas Byron, à la fin
d'une de ses plus vives altercations avec le colonel, de lui dire
généreusement: «Donnez-moi cette honnête main droite»; ni le colonel de
prononcer, sur la tombe de son collègue, un éloge qui, pour être tempéré
par une censure éclairée, n'en était pas moins cordial, ni n'était pas
moins honorable à l'illustre mort pour être le tribut d'un homme qui
avait courageusement différé d'opinion avec lui.

[Note 54: _Utilitarian, utilitarianism_. Dénominations adoptées par
les disciples de Bentham, qui regarde avec raison l'utilité comme la
base et de la morale et de la politique. (_Note du Trad._)]

Vers le milieu de février, l'infatigable activité de M. Parry ayant mis
la brigade d'artillerie presque en état d'être prête pour le service,
une inspection du corps des Souliotes eut lieu, comme mesure
préparatoire à l'expédition; et après beaucoup de déception et
d'indiscipline de leur part comme à l'ordinaire, tout obstacle parut
enfin surmonté. Il fut convenu qu'ils recevraient un mois de paie
d'avance;--le comte Gamba, avec 300 de leur corps, devait partir le
lendemain en avant-garde et prendre position sous Lépante, et Lord Byron
devait le suivre sans retard avec le reste du corps et avec
l'artillerie.

Mais de nouvelles difficultés furent bientôt suscitées par ces
intraitables mercenaires; et, comme on le découvrit depuis, à
l'instigation du grand rival de Mavrocordato, Colocotroni, qui avait
envoyé des émissaires à Missolonghi afin de les séduire, ils donnèrent
alors une nouvelle forme à leurs exigences, en demandant au gouvernement
de nommer parmi eux deux généraux, deux colonels, deux capitaines, et
un nombre proportionnel de sous-officiers:--«En un mot,» dit le comte
Gamba, «que sur l'effectif de trois ou quatre cents Souliotes, il y en
eût environ cent cinquante gradés.» L'audacieuse déloyauté de cette
demande,--outre-passant même ce que Lord Byron pouvait attendre de la
part des Grecs,--excita toute sa colère, et il signifia à tout le corps,
par l'intermédiaire du comte Gamba, qu'il rompait toute négociation avec
eux; qu'il ne pouvait plus avoir de confiance en des hommes si peu
fidèles à leurs engagemens; et que, tout en continuant les secours qu'il
avait donnés à leurs familles, il mettait à néant toutes ses conventions
avec eux comme corps.

Ce fut le 14 février que cette rupture avec les Souliotes eut lieu; et
quoique, le jour suivant, en conséquence de la pleine soumission de
leurs chefs, ils fussent rentrés au service de Lord Byron, cette
affaire, combinée avec les diverses autres difficultés qui
l'entouraient, agita considérablement son esprit. Il vit avec douleur
qu'il ne pourrait que compromettre la cause de la Grèce et son propre
caractère, en comptant entièrement, dans une telle entreprise, sur des
troupes que le premier intrigant pourrait ainsi détourner de leur
devoir, et que jusqu'à l'organisation d'une armée plus régulière, il
fallait suspendre l'expédition contre Lépante.

Tandis que ces événemens contrarians se passaient, l'interruption de son
exercice ordinaire par les pluies ne fit qu'accroître l'irritabilité
que de tels délais étaient propres à exciter; et le tout ensemble, sans
aucun doute, concourut avec quelque prédisposition, déjà formée dans sa
constitution, à produire cet accès convulsif,--avant-coureur de sa mort,
qui le saisit le 15 février soir. Il était assis, vers les huit heures,
seul avec M. Parry et M. Hesketh, dans l'appartement du colonel
Stanhope,--et parlait en plaisantant sur un de ses sujets favoris,
c'est-à-dire, sur ses différends d'opinion avec ce dernier, et il disait
que «il croyait, après tout, que la brigade de l'auteur serait prête
avant la presse du militaire.» Soudain sa figure devint
extraordinairement rouge; et, d'après les changemens rapides de son air,
il fut manifeste qu'il était en proie à une agitation nerveuse. Il se
plaignit d'avoir soif, fit venir du cidre et en but; après quoi, ses
traits s'étant encore plus altérés, il se leva de son siége, mais il fut
incapable de marcher; et, après avoir fait un pas ou deux en chancelant,
il tomba dans les bras de M. Parry. Une autre minute après, ses dents se
serrèrent, sa voix et ses sens s'évanouirent, et il fut pris de fortes
convulsions. Ses efforts étaient si violens qu'il fallut toute la force
de M. Parry et de son domestique Tita pour le contenir durant l'accès.
Sa figure éprouva une grande contorsion, et, comme il le dit ensuite au
comte Gamba: «Les souffrances furent si intenses durant la convulsion,
que si elle eût duré une minute de plus, il croyait qu'il serait mort.»
Mais l'accès fut aussi court que violent; en quelques minutes Lord Byron
recouvra sa voix et ses sens; ses traits, quoique encore pâles et
hagards, reprirent leur forme naturelle, et le seul effet que l'attaque
laissa après elle, fut une faiblesse excessive. «Aussitôt qu'il put
parler, dit le comte Gamba; il se montra parfaitement libre de toute
alarme; mais il demanda très-froidement si son attaque pouvait lui
devenir fatale. «Dites-le moi, dit-il; ne croyez pas que j'aie peur de
mourir,--je n'en ai pas peur du tout.»

Il s'était à peine écoulé une demi-heure depuis ce douloureux accident,
lorsqu'on vint annoncer que les Souliotes étaient en armes et sur le
point d'attaquer le sérail pour s'emparer des magasins. Sur-le-champ les
amis de Lord Byron coururent à l'arsenal; les artilleurs furent
commandés, les sentinelles doublées, et le canon chargé et pointé sur
les avenues des portes. Quoique ce fût une fausse alerte, la probabilité
seule d'une telle attaque montre suffisamment combien l'état de
Missolonghi était précaire en ce moment, et sur quelle scène de péril,
de confusion et de découragement les jours presque accomplis du poète de
l'Angleterre allaient se terminer.

Le lendemain matin Lord Byron se trouva mieux, mais toujours pâle et
faible, et il se plaignit beaucoup d'une sensation de pesanteur dans la
tête. En conséquence, les docteurs jugèrent à propos de lui appliquer
des sangsues aux tempes; mais il fut difficile, après leur chute,
d'arrêter le sang, qui continua à couler si abondamment, que Byron
s'évanouit par épuisement. C'est en ce jour, sans doute, que se passa la
scène ainsi décrite par le colonel Stanhope:--

«Bientôt après son terrible paroxysme, lorsqu'affaibli par un trop grand
écoulement de sang, il était couché sur son lit, avec un ébranlement
complet de tout le système nerveux, les Souliotes rebelles, couverts de
boue et d'un splendide attirail, firent irruption dans son appartement,
en brandissant leurs armes somptueuses, et en réclamant leurs droits
avec des cris sauvages. Lord Byron, électrisé par cette circonstance
inattendue, sembla délivré de son mal; et plus les Souliotes se
livrèrent à leur fureur, plus son courage calme triompha. La scène fut
vraiment sublime.»

Un autre témoin oculaire, le comte Gamba, rend un pareil hommage à la
présence d'esprit avec laquelle Byron affronta ce danger et plusieurs
autres. «Il est impossible, dit-il, de rendre justice au sang-froid et à
la magnanimité qu'il déploya dans toutes les occasions importantes. Pour
des motifs frivoles il était sans doute fort irritable, mais l'aspect du
danger le calmait en un instant, et le rétablissait dans le libre
exercice de toutes les facultés de sa noble nature. Jamais homme ne fut
plus intrépide à l'heure du péril.»

Les lettres qu'il écrivit durant le court espace des semaines suivantes
forment, comme de coutume, la meilleure histoire de ses actes; et, outre
le triste intérêt qu'elles offrent comme étant les dernières œuvres de
sa main, elles sont de plus très-précieuses, en ce qu'elles fournissent
la preuve que ni la maladie ni le désappointement,--oui, que ni
l'affaiblissement de sa constitution ni même le découragement de son
esprit, ne le firent songer un moment à délaisser la grande cause qu'il
avait épousée, et que jusqu'à la dernière heure il conserva la gaîté
originale de son esprit, sa courageuse résignation à tous les maux qui
n'atteignaient que lui, et sa perpétuelle vigilance pour les besoins
d'autrui.



LETTRE DXLIII.

A M. BARFF.

21 février.

«Je suis beaucoup mieux, tout faible que je suis encore; les sangsues
ont tiré trop de sang de mes tempes, et on n'a arrêté l'écoulement
qu'avec beaucoup de difficulté; mais depuis je me suis levé tous les
jours, et je suis sorti en barque ou à cheval. Aujourd'hui j'ai pris un
bain tiède; je vis aussi sobrement que possible, sans autre boisson que
l'eau, et sans nourriture animale.

»Outre les quatre Turcs envoyés à Patras, j'ai obtenu la délivrance de
vingt-quatre femmes et enfans, et les ai envoyés à mes frais à Prevesa,
afin que le consul-général anglais puisse les rendre à leurs familles.
Je l'ai fait d'après leur propre désir. Les affaires s'embrouillent un
peu ici avec les Souliotes et les étrangers, etc.; mais j'espère encore
que ça ira mieux, et je resterai attaché à la cause grecque tant que ma
santé et les circonstances me permettront de me supposer utile.

»Je suis obligé de soutenir ici le gouvernement pour le moment présent.»

       *       *       *       *       *

Les prisonniers mentionnés dans cette lettre comme ayant été délivrés
par lui et envoyés à Prevesa, avaient été tenus en captivité à
Missolonghi depuis le commencement de la révolution. Voici la lettre
qu'il envoya avec eux au consul anglais à Prevesa.



LETTRE DXLIV.

A M. MAYER.

MONSIEUR,

«En venant en Grèce, un de mes principaux buts fut d'alléger autant que
possible les misères attachées à une guerre aussi cruelle que la guerre
actuelle. Quand il s'agit d'humanité, je ne connais point de différence
entre les Turcs et les Grecs. Il suffit que ceux qui ont besoin
d'assistance soient hommes pour avoir droit à la pitié et à la
protection de qui se pique de sentimens humains. J'ai trouvé ici
vingt-quatre femmes et enfans turcs, qui ont long-tems gémi dans la
misère, loin de toute espèce de secours et de consolation. Le
gouvernement me les a accordés; je vous les envoie à Prevesa,
conformément à leur désir. J'espère que vous vous chargerez sans
difficulté de mettre ces malheureux en lieu sûr, et de faire accepter
mon présent au gouverneur de votre ville. La meilleure récompense que je
puisse espérer, est d'inspirer aux chefs ottomans les mêmes sentimens
envers les malheureux Grecs qui pourront dorénavant tomber dans leurs
mains.

»Je vous prie de me croire, etc.»



LETTRE DXLV.

A L'HONORABLE DOUGLAS KINNAIRD.

Missolonghi, 21 février 1824.

«J'ai reçu la vôtre du 2 novembre. Il est essentiel que l'argent soit
compté, puisque j'ai tiré jusqu'à concurrence de la valeur entière, et
peut-être davantage, afin d'aider les Grecs. Parry est ici, et lui et
moi nous nous entendons fort bien; la marche actuelle des affaires donne
à espérer, eu égard aux circonstances.

»Nous aurons de la besogne cette année, car les Turcs viennent en force;
et, quant à moi, je dois tenir ferme pour la cause grecque. Je marcherai
bientôt (d'après les ordres du gouvernement) contre Lépante, avec deux
mille hommes. Je suis resté ici quelque tems, après avoir manqué de
tomber entre les mains des Turcs, et après avoir échappé au naufrage.
Nous avons touché deux fois sur les rochers, mais vous aurez reçu, par
d'autres sources, de véridiques ou fausses nouvelles sur ce point, et je
ne veux pas vous importuner d'une longue histoire.

»J'ai réussi à soutenir le gouvernement de la Grèce occidentale, qui
autrement se serait dissous. Si vous avez reçu les onze mille livres
sterling et plus, cette somme, jointe à ce que j'ai entre mes mains, et
à mon revenu de l'année courante, pour ne point parler des ressources
éventuelles, me mettra à même de maintenir les «nerfs de la guerre» dans
une tension convenable. Si les députés sont honnêtes gens et obtiennent
l'emprunt, ils me rendront les 4,000 livres sterling, comme il a été
convenu; mais alors même il ne me restera que peu, ou en vérité moins
que peu, puisque j'entretiens presque toute la machine--dans cette
place, du moins,--à mes propres frais. Mais que les Grecs réussissent,
et je ne songe plus à mon intérêt.

»J'ai été sérieusement malade, mais je vais mieux, et je puis reprendre
mes promenades équestres; ainsi, je vous en prie, tranquillisez nos amis
sur ce point.

»Il n'est pas vrai que j'aie jamais écrit ou veuille écrire une satire
contre Gifford ou contre un seul cheveu de sa tête; je ne puis ni ne
veux ni ne dois le faire. J'ai toujours considéré Gifford comme mon père
littéraire, et moi comme son «enfant prodigue.»
.......................................
...........................................[55]

»Tout à vous, etc.»

[Note 55: Nous supprimons un jeu de mots intraduisible. (_Note du
Trad._)]



LETTRE DXLVI.

A M. BARFF.

23 février.

»Ma santé semble s'améliorer, surtout par la promenade à cheval et par
le bain tiède. Six Anglais[56] seront bientôt en quarantaine à Zante; ce
sont des ouvriers qui ont eu assez de la Grèce en quatorze jours. Si
vous pouviez les recommander pour un passage en Angleterre, je vous
serais obligé; ce sont d'assez braves gens, mais ils ne comprennent pas
bien les petites dissentions de ces contrées, et ils ne sont pas
habitués à voir tirer des coups de feu et donner des coups de sabre
(comme ici) dans le calme de la vie domestique, et pour ainsi dire dans
l'intérieur du ménage.

»S'ils ont besoin de quelque chose durant leur quarantaine, vous ne leur
avancerez pas plus d'un dollar par jour (entre eux tous) pendant ce
tems, afin qu'ils achètent quelques petits _extra_ (puisqu'ils sont
tout-à-fait hors de leur élément). Je ne puis leur donner davantage à
présent.»

[Note 56: Ouvriers qui étaient venus avec Parry, et qui, alarmés par
la scène de confusion et de danger qu'ils rencontrèrent à Missolonghi,
avaient résolu de retourner en Angleterre. (_Note de Moore_.)]

Je me réjouis d'avoir à produire la lettre suivante, adressée à Murray,
comme dernier chaînon d'une longue et amicale correspondance qui n'avait
été interrompue que peu de tems et par la faute d'autrui;--elle contient
un sommaire des principaux événemens qui se passaient alors autour de
Lord Byron, et, avec l'aide de quelques notes elle rendra inutile tout
récit plus circonstancié.



LETTRE DXLVII.

A M. MURRAY.

Missolonghi, 25 février 1824.

«J'ai appris de M. Douglas Kinnaird que vous annoncez «qu'il est arrivé
d'Italie une satire contre M. Gifford, composée, dit-on, par moi! mais
que vous ne le croyez pas.» J'ose dire que vous ne le croyez
certainement pas, ni personne autre non plus. Quiconque avance que je
suis l'auteur ou le fauteur d'une pareille attaque contre Gifford, a
menti par la gorge. Si un tel ouvrage existe, il n'est point sorti de ma
plume. Vous même savez aussi bien que personne, contre quels hommes j'ai
ou n'ai pas écrit; et vous savez aussi très-bien s'ils n'en sont ou n'en
furent pas dignes. Mais en voilà assez sur ce point.

«Vous serez peut-être curieux de recevoir des nouvelles sur cette partie
de la Grèce (laquelle partie est la plus exposée à une invasion); mais
vous en recevrez assez par les papiers publics et par les
correspondances particulières. Je vous donnerai toutefois les événemens
d'une semaine, en mêlant mes affaires personnelles avec les affaires
publiques, car les unes et les autres se trouvent ici un peu confondues
pour le moment.

»Dimanche,--15 courant, je crois,--j'eus une forte et soudaine attaque
de convulsions, qui me priva de la parole, sans m'ôter toutefois le
mouvement,--car des hommes forts ne purent me tenir; mais est-ce
épilepsie, catalepsie, cachexie, ou apoplexie, ou toute autre _exie_ ou
_epsie_? c'est ce que les docteurs n'ont pas décidé. Est-ce spasmodique
ou nerveux etc.? ils n'en savent rien non plus. Toujours est-il que
cette attaque convulsive fut très-désagréable, et peu s'en est fallu
qu'elle ne m'emportât. Le lundi, on m'appliqua des sangsues aux tempes,
ce qui ne fut pas chose difficile, mais le sang ne put pas être arrêté
avant onze heures du soir (les sangsues avaient mordu trop près de
l'artère temporale pour mon salut temporel), les styptiques et les
caustiques ne cautérisèrent l'orifice des piqûres qu'après cent
tentatives infructueuses.

»Mardi, un brick de guerre turc échoua sur la côte. Le mercredi, on fit
de grands préparatifs pour l'attaquer,[57] mais les Turcs le brulèrent
et se retirèrent à Patras. Le jeudi, il y eut une querelle entre les
Souliotes et la garde franque à l'arsenal: un officier suédois fut tué,
et un Souliote grièvement blessé; on attendait un combat général qu'on
n'a prévenu qu'avec difficulté. Le vendredi, l'officier fut enterré: les
ouvriers anglais du capitaine Parry se mutinèrent, sous prétexte que
leurs vies étaient en danger; ils quitteront peut-être le pays.

[Note 57: «De très-bonne heure, nous nous préparâmes pour attaquer
le brick. Lord Byron, malgré sa faiblesse, et malgré une ophthalmie
imminente, désirait beaucoup d'être des nôtres; mais le médecin ne le
laissa point aller.» (_Comte Gamba_.)

Sa seigneurie avait promis une récompense pour chaque Turc qu'on
prendrait vivant dans l'attaque projetée de ce navire. (_Note de
Moore_.)]

»Le samedi, nous ressentîmes le plus rude tremblement de terre dont je
me souvienne (et j'en ai ressenti trente, faibles ou violens, à
différentes époques; ils sont fréquens dans la Méditerranée). Toute
l'armée fit une décharge générale de mousqueterie, par la même raison
que les sauvages battent du tambour ou hurlent durant une éclipse de
lune:--ce fut un spectacle vraiment extraordinaire.--Si vous aviez vu
les cockneys anglais, qui n'étaient pas encore sortis des ateliers de
John-Bull!--Et dimanche dernier, nous apprîmes que le visir était arrivé
à Larisse, avec plus de cent mille hommes.

»En revenant ici, j'échappai à deux dangers; d'abord aux Turcs (l'un de
mes navires fut pris, mais ensuite relâché), puis au naufrage. Nous
touchâmes deux fois contre les rochers des Scrophes (îles près de la
côte).

»J'ai obtenu des Grecs la mise en liberté de vingt-huit prisonniers
turcs,--hommes, femmes et enfans,--que j'ai envoyés à Patras et à
Prevesa à mes frais. Quant à une petite fille âgée de neuf ans, qui
préfère rester avec moi, je l'enverrai probablement (si je vis) en
Italie ou en Angleterre avec sa mère. Elle se nomme Hato ou Hatagée:
c'est une jolie et vive petite fille. Tous ses frères furent tués par
les Grecs; elle et sa mère furent épargnées par une faveur spéciale, et
vu son extrême jeunesse: elle n'avait alors que cinq ou six ans.

»Ma santé va mieux maintenant, et je remonte à cheval. Je n'ai point ici
une sinécure, tant il y a de partis et de difficultés de toute espèce!
mais je ferai ce que je pourrai. Le prince Mavrocordato est un homme
excellent, et fait tout ce qu'il peut, mais sa situation est extrêmement
embarrassante. Toutefois, nous avons grand espoir de réussir. Mais vous
recevrez plus de nouvelles sur les affaires politiques par mille et
mille sources, car je n'ai pas le tems d'écrire beaucoup.

»Croyez-moi votre, etc.»

N. B.

       *       *       *       *       *

La sauvage indiscipline des Souliotes était alors parvenue à un tel
point d'audace, qu'il devint nécessaire à la sûreté de la population
européenne de se débarrasser de ces hôtes incommodes; et, par quelques
sacrifices de la part de Lord Byron, cet objet fut enfin rempli. Ces
farouches guerriers ne se décidèrent à partir de la ville qu'en
recevant de Lord Byron un mois de paie d'avance, et du gouvernement le
solde de leur arriéré (lequel d'ailleurs fut payé avec l'argent prêté
dans ce but par le même payeur-général). Leur départ fit donc évanouir
toutes les espérances de l'expédition contre Lépante.



LETTRE DXLVIII.

A M. MOORE.

Missolonghi, Grèce occidentale, 4 mars 1824.

MON CHER MOORE,

«Votre reproche n'est pas fondé;--j'ai reçu deux lettres de vous, et
j'ai répondu à l'une et à l'autre avant de quitter Céphalonie. J'ai été,
non pas «en repos» dans une île ionienne, mais fort occupé
d'affaires,--comme les députés grecs (s'ils sont arrivés) pourront vous
le dire. Je n'ai continué ni _Don Juan_ ni tout autre poème. Vous
parlez, comme d'ordinaire, je présume, d'après le dire de quelque
journal, ou d'après quelque autorité pareille.

»Lorsque l'instant d'être un peu utile fut arrivé, je vins ici; et l'on
me dit que mon arrivée (avec quelques autres circonstances) a été
avantageuse, du moins temporairement, à la cause grecque. J'eus grande
peine à échapper, d'abord aux Turcs puis au naufrage, pendant ma
traversée. Le 15 (ou 16) février, j'eus une attaque d'apoplexie, ou
épilepsie,--les médecins ne se sont pas encore précisément décidés pour
l'une ou pour l'autre, mais l'alternative est agréable. Ma constitution
reste donc suspendue entre les deux opinions, comme le sarcophage de
Mahomet entre les aimans. Tout ce que je puis dire, c'est qu'on m'a
saigné jusqu'à me mettre à deux doigts de la mort, en plaçant les
sangsues trop près de l'artère temporale, en sorte que le sang ne put
être que très-difficilement arrêté,--même avec la pierre infernale. On
suppose que je vais de mieux en mieux,--lentement toutefois. Mais mes
homélies, je présume, seront à l'avenir comme celles de l'archevêque de
Grenade;--en ce cas, «je vous donne un bon de cent ducats sur mon
trésorier, et vous souhaite un peu plus de goût.»

»Pour les affaires publiques, je vous renvoie aux rapports du colonel
Stanhope et du capitaine Parry,--et à tous les autres rapports. Il y a
de quoi en faire:--guerre au-dehors, tumulte au-dedans:--on tue un homme
par semaine. Les ouvriers de Parry sont partis tout alarmés, à cause
d'une dispute qui s'est élevée entre des nationaux et des étrangers, et
dans laquelle un Suédois a été tué et un Souliote blessé. Au milieu de
leur épouvante, il y eut une forte secousse de tremblement de terre;
aussi, entre cet accident de la nature et l'épée des hommes, ils
détalèrent en hâte, malgré toute l'éloquence déployée pour les
dissuader. Un brick turc a échoué sur la côte, etc., etc., etc.[58].

»Vous êtes, je présume, en train de donner ou de méditer quelque
nouvelle publication. Donnez-moi de vos nouvelles, et croyez-moi, quoi
qu'il advienne,

»Tout à vous, à jamais et de cœur,

N. B.

»_P. S._ Dites à M. Murray que je lui écrivis l'autre jour, et que
j'espère qu'il aura déjà reçu ou recevra bientôt ma lettre.»

[Note 58: Ce que j'ai omis ici n'est qu'une répétition des divers
détails déjà donnés dans les lettres précédentes. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DXLIX.

AU DOCTEUR KENNEDY.

Missolonghi, 4 mars 1824.

MON CHER DOCTEUR,

«J'ai à vous remercier pour vos deux obligeantes lettres, reçues toutes
deux en même tems, et l'une long-tems après sa date. Je n'ignore pas
l'état précaire de ma santé, et je n'ai encore rien décidé sous ce
rapport. Mais il est convenable que je reste en Grèce; et mieux vaudrait
mourir à faire quelque chose qu'à ne rien faire. Ma présence a été jugée
très-utile ici pour empêcher la confusion de devenir pire, au moins pour
le moment présent. Si je deviens inutile, ou que je sois jugé tel, je
suis prêt à me retirer; mais dans l'intérim, je ne dois pas considérer
mes chances personnelles: le reste est dans les mains de la
Providence,--comme y sont en effet tous les événemens. Je suivrai
toutefois vos instructions; et, en vérité, en ce qui regarde
l'abstinence, je les ai suivies depuis quelque tems.

»Outre les _Traités_, etc., que vous m'avez envoyés à distribuer, un des
ouvriers anglais (un ferblantier nommé Brownbill) m'a laissé en dépôt
une quantité de _Testamens_ grecs, que je tâcherai de distribuer
convenablement. Les Grecs prétendent que la traduction n'est pas
correcte, qu'elle n'est pas en bon romaïque: Bambas peut décider ce
point. Je suis en train d'essayer de rendre le clergé favorable à la
distribution; car (si l'on n'avait égard à ce corps) il pourrait
s'opposer à la distribution, ou en neutraliser l'effet, vu son pouvoir
sur le peuple. M. Brownbill est parti pour les îles ioniennes; il a
craint pour sa vie (non pas, toutefois, de la part des prêtres), et
apparemment il a mieux aimé être saint que martyr, quoique ses
appréhensions fussent probablement très-peu fondées. Tous les ouvriers
anglais l'ont accompagné, se croyant en danger à cause de quelques
troubles qui ont éclaté ici, et qui se sont apaisés en apparence.

J'ai été interrompu par la visite de P. Mavrocordato et d'autres
personnes, pendant que j'écrivais cette lettre, et je suis obligé de la
clorre à la hâte, car on m'annonce que le paquebot est prêt à mettre à
la voile. Votre future convertie, Hato ou Hatagée, me paraît vive et
intelligente; elle promet, et a un air tout-à-fait intéressant. Quant à
ses dispositions, je ne puis en dire que peu de chose; mais Millingen,
qui a chez lui la mère (femme d'un âge mûr et d'un excellent caractère),
en qualité de domestique (quoique la famille ait été dans une bonne
position sociale avant la révolution), parle fort bien de cette femme et
de sa fille, et l'on peut compter sur son dire. Pour moi, je n'ai vu
l'enfant que peu de fois avec sa mère, et ce que j'en ai vu est
favorable; sinon, je n'eusse pas conçu tant d'intérêt pour elle. Si elle
tourne à bien, j'ai idée de l'envoyer à ma fille en Angleterre (ou en
Italie, auprès de personnes respectables), et de la mettre à même de
vivre en bonne réputation, soit dans le célibat, soit mariée, si elle
arrive à la maturité. Je réglerai les arrangemens relatifs à ses
dépenses par l'intermède de MM. Barff et Hancock, et je laisse le reste
à votre discrétion et à celle de Mrs. Kennedy, avec une profonde
reconnaissance de l'obligeance avec laquelle vous vous chargez de la
surveillance temporaire de cette jeune fille.

»Relativement aux affaires publiques, j'ai peu de chose à ajouter à ce
que vous aurez déjà appris. Nous allons aussi bien que possible, avec
l'espérance et la ferme volonté de mieux faire. Croyez-moi,

»Pour toujours et sincèrement, etc.»



LETTRE DL.

A M. BARFF.

5 mars 1824.

«Si Sisseni[59] est sincère, on traitera avec lui, et sur des bases
avantageuses; s'il ne l'est pas, tombent sur lui le péché et la honte.
C'est un important objet que de guérir pour l'avenir ces dissentions
intérieures, sans exiger un trop rigoureux compte du passé. Le prince
Mavrocordato est de cette opinion; et quiconque est disposé à agir
loyalement, rencontrera la même loyauté. J'ai entendu _beaucoup_ parler
de Sisseni, mais non pas en bien, _beaucoup_ s'en faut; mais je ne juge
jamais sur ouï-dire, surtout dans une révolution. Personnellement, je
lui dois quelque reconnaissance; car il a été très-hospitalier envers
tous ceux de mes amis qui ont passé par son district. Vous pouvez donc
lui assurer que toute ouverture pour l'avantage et pour la pacification
intérieure de la Grèce, sera ici promptement et sincèrement accueillie.
J'ai peine à croire qu'il eût hasardé de me faire une proposition
trompeuse par votre intermède. En tout cas, la fin de ces dissentions
est un point si important, qu'il faut bien risquer quelque chose pour
les guérir.»

[Note 59: Ce Sisseni, qui était le _capitano_ du riche district de
Gastouni, et qui avait quelque tems méconnu l'autorité du gouvernement
grec, faisait alors des ouvertures de conciliation, par l'intermède de
M. Barff. Lord Byron demandait que Sisseni, pour preuve de sa sincérité,
remît entre les mains du gouvernement la forteresse de Chiarenza. (_Note
de Moore_.)]



LETTRE DLI.

A M. BARFF.

10 mars 1824.

«Je vous envoie ci-joint une réponse à la lettre de M. Parruca, et
j'espère que vous lui assurerez de ma part que j'ai fait et fais encore
tout ce que je puis pour réunir les Grecs avec les Grecs.

»Je vous suis extrêmement obligé pour l'offre bienveillante de votre
maison de campagne (comme pour toutes vos autres bontés), au cas que ma
santé me force de partir; mais je ne peux quitter la Grèce, tant qu'il
me reste une chance d'être utile (même par pure supposition):--il y a un
enjeu qui vaut des millions d'hommes tels que moi; et tant que je
pourrai tenir ferme, je tiendrai ferme pour la grande cause. En disant
cela, je n'ignore pas les difficultés qui résultent des dissentions et
des défauts des Grecs eux-mêmes, mais les gens raisonnables doivent
avoir de l'indulgence pour eux.

»La presque totalité, au moins les neuf dixièmes, de mes dépenses ont
ici consisté en avances faites aux Grecs, ou dans leur intérêt[60], et
pour objets relatifs à leur indépendance.»

[Note 60: «A cette époque (14 février), dit M. Parry, qui tenait les
comptes de sa seigneurie, «les dépenses de Lord Byron pour la cause
grecque montèrent au moins à deux mille dollars par semaine, en rations
seulement.» Il dit ailleurs: «Les Grecs semblaient croire qu'il était
une mine dont ils pourraient tirer l'or à plaisir. Une personne
représenta qu'un secours de 20,000 dollars empêcherait l'île de Candie
de tomber entre les mains du pacha d'Égypte; et n'ayant pas cette somme
disponible, Lord Byron donna à cette personne l'autorisation de se la
procurer, s'il était possible, dans les îles ioniennes, en garantissant
lui-même le remboursement. Je crois que cette personne ne put réussir.»
(_Note de Moore_.)]

La lettre de Parruca, dont il est question dans la précédente, pressait
instamment Lord Byron de se présenter dans le Péloponèse, où, disait-on,
son influence amènerait à coup sûr l'union de tous les partis. En
vérité, la confiance, inspirée par ce noble allié, était si générale,
que tous les chefs de parti semblent l'avoir regardé comme le seul point
de ralliement autour duquel il y eût la plus légère chance de concentrer
leurs divers intérêts. Une invitation encore plus flatteuse et plus
authentique lui parvint bientôt après, par un message exprès, de la part
de Colocotroni, qui proposait une assemblée nationale, où sa seigneurie
agirait en qualité de médiateur, et qui s'engageait, lui et ses
partisans, à se conformer au résultat. Lord Byron y fit une réponse
semblable à celle qu'il adressa à Parruca, et qui était conçue dans les
termes suivans:



LETTRE DLII.

AU SIEUR PARRUCA.

10 mars 1824.

MONSIEUR,

«J'ai l'honneur de répondre à votre lettre. Mon premier désir a toujours
été d'amener les Grecs à s'entendre entre eux. Je viens ici sur
l'invitation du gouvernement grec, et je ne pense pas que je doive
abandonner la Romélie pour le Péloponèse sans la volonté du
gouvernement; d'autant plus que cette contrée est plus exposée aux
attaques de l'ennemi. Néanmoins, si ma présence peut réellement être de
quelque secours pour unir deux partis ou même plus, je suis prêt à me
rendre où l'on voudra, soit comme médiateur, soit même, s'il est
nécessaire, comme ôtage. En cette affaire, je n'ai aucune vue
personnelle, ni aucune répugnance personnelle pour qui que ce soit, mais
j'ai le sincère désir de mériter le nom d'ami de votre patrie et de ses
enfans.

»J'ai l'honneur etc.»



LETTRE DLIII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 10 mars 1824.

MONSIEUR,

«J'envoyai par M. J. M. Hodge une lettre-de-change tirée sur signor C.
Jerostatti pour la valeur de trois cent quatre-vingt-six livres
sterling, au compte de l'honorable comité grec, pour le service de cette
place. Mais le comte Delladecima ne voulant pas envoyer plus de deux
cents dollars avant d'avoir reçu les instructions de C. Jerostatti, je
suis donc obligé d'avancer cette somme pour prévenir la suspension du
service du laboratoire dans cette place.

»Je vous prie de communiquer cette affaire au comte Delladecima, qui a
la lettre-de-change et tous les comptes. Tâchez, de concert avec M.
Barff, d'arranger cette affaire d'argent; et, sitôt que vous aurez reçu
la somme, veuillez la faire passer à Missolonghi.

»Je suis, monsieur, tout à vous sincèrement.

»Ce qui précède a été écrit par le capitaine Parry; mais je vois que je
dois continuer moi-même la lettre. Je ne comprends que peu ou même pas
du tout l'affaire, sinon que, comme la plupart des affaires d'ici, elle
s'arrêtera si l'on n'avance pas d'argent, et il y en a fort peu de
disponible ici. Ainsi, je dois courir la chance, comme à l'ordinaire.

»Vous verrez ce qu'on pourra obtenir de Delladecima et de Jerostatti, et
me ferez passer la somme, afin que nous puissions avoir quelque repos;
car le comité a tant soit peu embrouillé ses affaires, ou choisi des
correspondans grecs plus grecs que les Grecs eux-mêmes n'ont coutume de
l'être.

»Tout à vous à jamais,

N. BYRON.

»_P. S._ Mille remercîmens à Muir pour son chou-fleur, le plus beau que
j'aie jamais vu ou goûté, et le plus gros, je crois, qui soit sorti du
paradis ou d'Écosse. J'ai écrit au docteur Kennedy, pour le
tranquilliser au sujet du journal (dans lequel je ne suis point engagé
comme rédacteur, veuillez le lui dire). J'ai dit aux sots qui conduisent
l'entreprise, que leur devise leur jouerait un tour du diable; mais, à
l'instar de tous les charlatans, ils y ont persisté. Gamba, qui n'est
rien moins qu'heureux, s'est mis là-dedans; et, comme d'ordinaire, dès
ce moment, les choses ont mal tourné[61]. Ça ira peut-être mieux, avec
le tems. Mais j'écris à la hâte, et je n'ai que le tems de dire, avant
que le paquebot mette à la voile, que je suis toujours

»Tout à vous,

N. B.

»_P. S._ M. Findlay est ici, et a reçu son argent.»

[Note 61: Il avait l'idée que le comte Gamba était destiné à être
malheureux;--qu'il était un de ces hommes qui, nés sous une mauvaise
étoile, gâtent toutes les affaires où ils se mêlent. En parlant de ce
journal à Parry, il dit: «J'y ai souscrit pour me délivrer des
importunités, et peut-être pour préserver Gamba d'un malheur. En tout
cas, c'est la chose la moins importante qu'il puisse gâter.» (_Note de
Moore_.)]



LETTRE DLIV.

AU DOCTEUR KENNEDY.

Missolonghi, 10 mars 1824.

CHER DOCTEUR,

«Vous ne pourriez désapprouver la devise du _Télégraphe_ plus que je ne
fais moi-même; mais c'est ici la terre de liberté, où la plupart des
gens font ce qu'il leur plaît, et non ce qu'ils devraient faire.

»Je n'ai rien écrit, et n'ai aucune disposition à écrire, pour ce
journal ou pour tout autre; mais j'ai conseillé, à plusieurs reprises,
de changer la devise et le style. Toutefois, je ne pense pas que le
journal prenne une couleur d'irréligion ou de nivellement universel, et
les rédacteurs promettent d'avoir le respect convenable pour les églises
et pour les choses établies.

»Si Bambas voulait écrire pour la _Chronique grecque_, il serait payé
pour ses articles.

»Il y a un léger retard pour le départ de Hato, sa mère désirant aller
avec elle, ce qui est fort naturel, et ce que je n'ai pas le cœur de lui
refuser; car Mahomet lui-même établit en loi que, dans le partage des
captifs, l'enfant ne serait jamais séparé de la mère. Mais ceci peut
faire une différence dans l'arrangement, quoique la pauvre femme, qui a
perdu la moitié de sa famille dans la guerre, soit, comme je l'ai déjà
dit, d'un caractère excellent et d'un âge mûr, qui la met à l'abri de
tout soupçon. Elle a, ce semble, appris que son mari n'est plus à
Prevesa. J'ai confié vos _Bibles_ au docteur Meyer, et j'espère que
ledit docteur justifiera votre confiance; néanmoins, j'aurai l'œil sur
lui. Vous pouvez compter que j'agirai comme M. Wilberforce lui-même
agirait, et toute autre commission pour le bien de la Grèce rencontrera
même attention de ma part.

»J'essaie maintenant, avec quelque espérance de succès, de réunir les
Grecs, attendu que les Turcs vont arriver en force, et bientôt. Nous
les rencontrerons où faire se pourra, et nous nous battrons comme nous
pourrons.

»Je suis heureux de savoir que votre école prospère, et je vous assure
que vos bons souhaits rencontrent de ma part une juste réciproque. Le
tems est si besu, que je ne me fais pas faute d'un exercice modéré à
cheval ou sur mer, et je veux bien croire que ma santé n'est pas pire
que lorsque vous m'écrivîtes votre obligeante lettre. Le docteur Bruno
peut vous dire que je suis votre régime, et même un régime plus sévère;
car je m'abstiens de toute espèce de viande, même de poisson.

»Croyez-moi toujours, etc.

»_P. S._ Les ouvriers (au nombre de six) sont tous dans la même
intention. Peut-être sont-ils moins blâmables qu'on ne l'imagine,
puisque le colonel Stanhope leur a dit «qu'il ne pouvait positivement
affirmer que leurs vies fussent en sûreté.» Je voudrais savoir où notre
vie est en sûreté. Il est vrai de dire qu'on ne peut trouver en Grèce un
lieu où l'on jouit d'une sûreté aussi hermétiquement scellée que ces
gens-là ont paru le désirer; mais Missolonghi était le lieu où l'on
supposait qu'ils pussent être utiles, et leur danger n'était pas plus
grand que celui de tant d'autres.»



LETTRE DLV.

AU COLONEL STANHOPE.

Missolonghi, 19 mars 1824.

MON CHER STANHOPE,

«Le prince Mavrocordato et moi, nous irons à Salona pour nous aboucher
avec Ulysse, et vous pouvez être sûr que le prince acceptera toute
proposition avantageuse à la Grèce. C'est à Parry à répondre pour ses
articles[62]. Si j'intervenais dans son affaire, ce serait arrêter tous
ses travaux; il fait réellement tout ce qu'on peut faire sans recevoir
plus d'aide du gouvernement.

»Ce qui pourra être épargné sera envoyé; mais je vous renvoie au rapport
du capitaine Humphries et à la lettre du comte Gamba, pour les détails
en toute matière.

»Dans l'espérance de vous voir bientôt, je diffère de vous dire beaucoup
de choses jusqu'à ce moment, et je vous prie de me croire toujours, etc.

»_P. S._ Les deux lettres que vous m'avez écrites sont envoyées à M.
Barff, comme vous désirez. Rappelez-moi particulièrement, je vous prie,
à Trelawney, que je serai charmé de revoir.»

[Note 62: Le colonel Stanhope, sur les instances d'Odyssée (ou
Ulysse), avait écrit pour demander que quelques munitions du laboratoire
de Missolonghi fussent envoyées à Athènes. Mais ni le prince
Mavrocordato, ni Lord Byron ne jugèrent qu'il fût prudent d'affaiblir
leurs moyens de défendre Missolonghi, et ils n'envoyèrent que quelques
barils de poudre. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DLVI.

A M. BARFF.

19 mars.

«Comme le comte Mercati craint de recevoir une réponse directe et
personnelle sur les affaires de la Grèce, c'est à vous que je réponds
(comme vous m'y avez autorisé), et vous aurez la bonté de lui
communiquer la pièce ci-jointe. C'est la réponse du prince Mavrocordato
et la mienne aux propositions de signor Georgio Sisseni. Vous pourrez
lui dire en sus, à lui ainsi qu'à Parruca, que je désire, avec une
parfaite sincérité, la plus amicale terminaison des dissentions
intestines, et que je crois le prince Mavrocordato animé du même
sentiment: sinon, je n'agirais point de concert avec lui, pas plus
qu'avec tout autre, soit grec, soit étranger.

»Si lord Guilford est à Zante, ou s'il n'y est pas, et que le signor
Tricupi y soit, vous m'obligerez beaucoup en présentant mes respects à
tous deux, ou à l'un des deux seulement, et en leur disant que dès
l'abord j'ai prédit au colonel Stanhope et au prince Mavrocordato qu'un
journal grec (ou tout autre journal), dans l'état actuel de la Grèce,
produirait probablement beaucoup de mal et de désaccord, à moins qu'on
n'imposât quelques restrictions. Je ne me suis jamais mêlé de la
rédaction, et n'ai pris part à l'entreprise que par une contribution
pécuniaire que je n'ai pu refuser aux instantes prières des fondateurs.
Le colonel Stanhope et moi, trous eûmes de grands différends à ce sujet;
et (ce qui paraîtra assez ridicule) il m'accusa de principes
despotiques, et moi je l'accusai d'ultra-radicalisme.

»Le docteur ***, éditeur du journal, avec sa liberté illimitée de la
presse, a la liberté d'exercer un pouvoir discrétionnaire sans
bornes,--il ne laisse point paraître d'autres articles que les siens et
ceux qui leur ressemblent;--et tout en déclamant contre les
restrictions, il coupe, taille et restreint (dit-on) suivant son bon
plaisir. Il est l'auteur d'un article contre la monarchie;--mais les
rédacteurs se mettront dans l'embarras, s'ils n'y prennent garde.

»De tous les petits tyrans, il est un des plus petits que j'aie jamais
connus, comme sont la plupart des démagogues. Il est Suisse de
naissance, et Grec par adoption, s'étant marié en Grèce et ayant changé
de religion.

»Je verrai avec grande joie et je désire impatiemment le succès des
dernières ouvertures pacifiques des partis du Péloponèse.»



LETTRE DLVII.

A M. BARFF.

22 mars.

«Si les députés grecs (comme cela semble probable) ont obtenu l'emprunt,
les sommes que j'ai avancées me seront peut-être rendues; mais il n'y
aurait pas grande différence, puisque je dépenserais toujours cet
argent pour la cause grecque; et d'une manière plus
profitable;--j'espère que ce serait pour quelque chose de mieux que de
payer les arrérages des flottes qui fuient à toutes voiles, et des
Souliotes qui ne veulent pas marcher; à quoi, dit-on, tout ce que j'ai
avancé jusqu'à présent, a été employé. Mais ce n'est pas mon affaire,
mais celle des hommes qui avaient le gouvernement des affaires
publiques, et je ne pouvais décemment leur dire: «Vous ferez ceci et
cela parce que, etc., etc.»

»Dans quelques jours le prince Mavrocordato et moi, nous avons
l'intention de nous rendre, avec une escorte considérable, à Salona, à
la prière d'Ulysse et des chefs de la Grèce orientale, afin de combiner
des mesures offensives et défensives pour la campagne prochaine.
Mavrocordato est _presque_ rappelé par le _nouveau_ gouvernement en
Morée (pour prendre le timon, je pense), et on m'a écrit pour me
proposer, ou d'aller en Morée avec lui, ou de prendre la direction
générale des affaires dans cette contrée-ci,--avec le général Londo et
tous ceux que je choisirai pour former un conseil. A. Londo est mon
vieil ami depuis que nous fûmes ensemble en Grèce dans notre jeune âge.
Il serait difficile de faire une réponse positive avant l'entrevue de
Salona[63], mais je suis disposé à servir les Grecs en telle qualité
qu'il leur plaira, comme commandant ou commandé;--cela m'est tout un,
tant que je serai présumé être de quelque utilité.

[Note 63: A cette offre que le gouvernement lui fit de le nommer
gouverneur-général de la Grèce (c'est-à-dire de la partie affranchie du
continent, à l'exception de la Morée et des îles), il répondit que: «il
allait d'abord à Salona, et qu'ensuite il serait aux ordres du
gouvernement; qu'il ne ferait pas difficulté d'accepter quelque fonction
que ce fût, pourvu qu'il fût convaincu qu'il en dût résulter quelque
bien.» (_Note de Moore_.)]

»Excusez-moi si je me hâte; il est tard, et j'ai été plusieurs heures à
cheval dans un pays si bourbeux après les pluies, que de cinquante en
cinquante toises vous rencontrez un fossé, dont la profondeur, la
largeur, la couleur et le contenu ont laissé maintes traces sur mes
chevaux et leurs cavaliers.»



LETTRE DLVIII.

A M. BARFF.

26 mars.

«Depuis votre avis relatif à l'emprunt grec, le prince Mavrocordato m'a
montré un extrait de sa correspondance particulière, d'où il paraîtrait
que trois commissaires doivent être nommés pour veiller à ce que la
somme soit placée en mains convenables pour le service du pays, et que
je suis désigné dans ce nombre. Mais ce n'est encore qu'une nouvelle.

»Cette commission est apparemment nommée par le comité ou par les
parties contractantes en Angleterre. Je suis d'avis qu'une telle
commission sera nécessaire, mais l'office sera délicat et difficile. Le
tems, qui dernièrement a été équinoxial, a inondé le pays, et notre
voyage à Salona sera probablement retardé de quelques jours, jusqu'à ce
que la route devienne soit plus praticable.

»Vous étiez déjà averti que le prince Mavrocordato et moi avions été
invités à une conférence par Ulysse et par les chefs de la Grèce
orientale. J'apprends (et je suis même consulté là-dessus) qu'en cas que
la première partie de l'emprunt n'arrive pas immédiatement, le
gouvernement grec veut essayer de lever intérimairement dans les îles
quelques milliers de dollars, qui seront payés à l'arrivée des premiers
fonds. Avec quelle perspective de succès? et à quelles conditions? vous
pouvez en parler plus savamment que moi. Faites-nous connaître votre
opinion. Il y a une nécessité impérieuse d'avoir un trésor national, et
cela promptement; autrement, que peut-on faire? Le corps auxiliaire
d'environ deux cents hommes à ma solde, est, je crois, le seul qui soit
régulièrement payé par semaine pour les soldats, et par mois pour les
officiers. Il est vrai que le gouvernement grec donne les rations de
vivres, mais nous avons eu trois révoltes, dues à la mauvaise qualité du
pain, que ni Grecs, ni étrangers (pas même les chiens), ne pouvaient
manger, et il y a encore une grande difficulté à obtenir les provisions.

»Il y a dissention parmi les Allemands, concernant la conduite des agens
de leur comité, et ils ont établi un examen entre eux. On ne peut
prévoir le résultat, si ce n'est que l'affaire se terminera sans doute
par une émeute, comme d'ordinaire.

»Les Anglais vivent très-amicalement; nous ne cadrons pas mal non plus
avec les Grecs, en leur accordant toujours l'indulgence due à leur
situation; et nous n'avons point de querelles avec les étrangers.»

       *       *       *       *       *

Durant le mois de mars, il n'y eut, outre ce qui est mentionné dans les
lettres précédentes, que peu d'événemens dignes d'être exposés
longuement et en détail. Après que le projet d'attaque contre Lépante
eut échoué, les deux grands objets des pensées journalières de Lord
Byron furent la réparation des fortifications de Missolonghi[64], et la
formation d'une brigade;--d'abord, en vue des mesures défensives qui
paraissaient probablement devoir être les seules à prendre durant la
présente campagne; puis, en préparation de ces entreprises plus actives
qu'il se flattait de conduire durant la prochaine. «Il attendait (dit M.
Parry), pour le rétablissement de sa santé, le retour de la belle saison
et le commencement de la campagne, lorsqu'il proposa de tenir la
campagne à la tête de sa brigade, et des troupes que le gouvernement de
la Grèce devait mettre sous ses ordres.»

[Note 64: Le zèle généreux avec lequel il s'appliqua à cet important
objet sera révélé par le document suivant: «Lorsque je rapportai à Lord
Byron ce que je croyais possible de faire, il m'ordonna de dresser un
plan pour la réparation complète des fortifications, et de l'accompagner
d'un devis. Il fut convenu que je ne porterais dans le devis qu'un tiers
de la dépense réelle; et si ce tiers pouvait être obtenu des magistrats,
Lord Byron s'engageait à payer secrètement le reste. (_Note de
Moore_.)]

Avec cette ingratitude qui suit trop souvent les actions désintéressées,
on a quelquefois ironiquement remarqué,--et cela dans des journaux d'où
l'on aurait pu attendre un jugement plus généreux[65], qu'après tout,
Lord Byron n'avait fait que peu de chose pour la Grèce;--comme si un
seul individu pouvait faire beaucoup pour une cause qui, soutenue
presque sans relâche par la voie des armes encore six ans après la mort
de Byron, n'a demandé rien moins que l'intervention de toutes les
grandes puissances d'Europe pour avoir une chance de succès, et même
avec cela n'a pas encore triomphé. Je crois avoir clairement montré que
Byron lui-même ne se fit aucune illusion sur l'importance de son
assistance isolée,--qu'il savait que dans une semblable lutte il faut,
pour un grand résultat, la même prodigalité de moyens que dans ces
immenses opérations de la nature, où les individus sont comme zéro dans
le cours des événemens,--et que tel était le point de vue, à la fois
philosophique et triste, sous lequel il envisageait ses sacrifices. Mais
dire que durant ce court période d'action, il n'accomplit pas bien et
sagement tout ce qu'un homme pouvait faire dans le tems et avec les
circonstances données, c'est énoncer une assertion que les faits
mentionnés dans ces mémoires réfutent pleinement et victorieusement. Il
savait que dans sa situation, ses mesures, pour être sages, devaient
être prévoyantes, et c'est par la nature même des semences qu'il jeta,
qu'on doit juger quels fruits en seraient résultés. Réconcilier les
chefs militaires avec le gouvernement et entre eux;--communiquer, par
son exemple, un esprit d'humanité aux hostilités;--préparer les voies à
l'emploi de l'emprunt attendu, de la façon la plus propre à développer
les ressources du pays;--mettre les fortifications de Missolonghi en
état de soutenir un siége,--prévenir ces violations de la neutralité,
qui, si séduisantes pour les Grecs, mettaient leur gouvernement en
collision avec les autorités ioniennes[66], et restreindre cette licence
de la presse, qui pourrait indisposer les cours européennes:--voilà les
importans objets qu'il s'était proposé de remplir, et pour
l'accomplissement desquels, dans un si court intervalle, et au milieu de
tant de dissentions et d'obstacles, il avait déjà fait de considérables
progrès. Mais il serait injuste de clorre même ici le brillant catalogue
de ses services. Après tout, ce n'est pas dans le cercle de la vie
mortelle que se borne le bien accompli par un nom immortel. Le charme
opère sur l'avenir;--c'est un auxiliaire pour tous les tems, et
l'exemple entraînant de Byron, comme martyr de la liberté, est pour
jamais embaumé dans sa gloire de poète.

[Note 65: Voir les articles du _Times_, de la _Foreign Quarterly
Review_. (_Note de Moore_.)]

[Note 66: Dans une lettre qu'il adressa à lord Sidney Osborne, et
qui en contenait une du prince Mavrocordato à sir T. Maitland, au sujet
de ces infractions, il dit: «Vous devez tous savoir combien il est
difficile aux Grecs, dans les circonstances actuelles, de maintenir une
sévère discipline, quelle que soit leur bonne volonté. Je fais tout ce
que je puis pour les convaincre de la nécessité d'observer strictement
les réglemens des îles, et, j'espère, avec quelque succès.» (_Note de
Moore_.)]

Depuis l'époque de son attaque du mois de février, il avait été de tems
en tems indisposé; et, plus d'une fois, il s'était plaint de vertiges
qu'il comparait à un état d'ivresse. Il était, de plus, fréquemment
affecté de maux de nerfs, de frissons et de tremblemens, qui, bien
qu'ils fussent évidemment les effets d'une excessive débilité, étaient
attribués par lui à la pléthore. D'après cette idée, il s'était, depuis
son arrivée en Grèce, presque entièrement abstenu de nourriture animale,
et il ne mangeait guère que du biscuit, des végétaux et du fromage.
Tourmenté de cette crainte de devenir gras, qui l'avait obsédé dans son
jeune âge, il se mesurait presque chaque matin le tour du poignet et la
ceinture, et toutes les fois qu'il croyait apercevoir un surcroît de
dimension, il prenait une forte dose de médecine.

Ses amis de Céphalonie avaient, comme nous l'avons vu, tâché de lui
persuader de revenir sans délai dans cette île, et de pourvoir,
lorsqu'il en était encore tems, au rétablissement de sa santé. «Mais
ces conseils (dit le comte Gamba) produisaient justement l'effet
contraire; car plus Byron croyait sa position périlleuse, plus il était
déterminé à rester où il était.» Au milieu de toutes ces circonstances,
le penchant naturel de son esprit en société ne le quittait pas; et
quand il trouvait l'occasion de jouer un tour d'écolier à l'un de ses
compagnons, il était aussi disposé que jamais à en profiter. Son
ingénieur Parry ayant été fort alarmé par le tremblement de terre qu'on
avait ressenti, et continuant toujours à en appréhender le retour, Lord
Byron imagina, un soir qu'il était avec lui et avec d'autres personnes,
de faire rouler des barils pleins de boulets dans la pièce de l'étage
supérieur, et il rit de tout son cœur, comme il l'eût fait à
Harrow-on-the-Hill, de la plaisante impression que cette illusion
produisit sur le pauvre ingénieur.

Cependant, chaque jour mettait à l'épreuve sa santé et sa constitution.
Les pluies continuelles avaient rendu presque impraticables les marais
de Missolonghi.--Le bruit de l'apparition de la peste ayant circulé vers
le milieu du mois de mars, il fut prudent de se renfermer chez soi
pendant quelque tems; et c'est ainsi que Lord Byron fut privé plusieurs
semaines du grand air et de l'exercice........................
.....................................................

En même tems, ses services personnels et pécuniaires étaient réclamés de
toutes parts, tandis que les embarras de sa position publique
s'accroissaient de jour en jour. Le principal obstacle à
l'accomplissement de son plan de réconciliation entre tous les partis
avait été la longue rivalité de Mavrocordato et des chefs de la Grèce
orientale; et cette difficulté ne fut pas peu augmentée par la conduite
du colonel Stanhope et de M. Trelawney, qui, s'étant alliés avec Ulysse,
le plus puissant de ces chefs, s'efforçaient activement de détacher Lord
Byron de Mavrocordato, et de le faire entrer dans leurs vues. Ce schisme
était,--pour ne pas dire plus,--inopportun et malheureux; car, comme le
prince Mavrocordato et Lord Byron agissaient alors en complète harmonie
avec le gouvernement, la coopération de tous les agens anglais dans le
même sens aurait eu l'effet d'assurer la prépondérance à ce parti, qui
était celui de tous les intérêts civils et commerciaux de la Grèce, et
qui aurait, en fortifiant le pouvoir souverain, offert quelque espoir de
vigueur et de consistance dans ses mouvemens. Mais, par cette division,
les Anglais perdirent leur influence; et non-seulement ruinèrent la
faible chance qu'ils avaient eu d'éteindre les dissensions des Grecs,
mais donnèrent, très-mal à propos, un exemple de dissension entre eux.

La visite à Salona, où Mavrocordato, bien qu'il se méfiât du congrès
militaire projeté, avait consenti à accompagner Lord Byron, fut, comme
on l'a vu dans les lettres précédentes, retardée par les
inondations,--la rivière Fidari s'étant accrue au point de n'être plus
guéable. Cependant, des dangers, tant intérieurs qu'extérieurs,
menaçaient Missolonghi. La flotte turque était de nouveau sortie du
golfe, tandis que des mouvemens insurrectionnels, concertés,
craignait-on, avec la reprise du blocus, et fomentés, comme on l'a su
depuis, par les mécontens de la Morée, se manifestaient d'une façon
formidable dans la ville et dans les environs. La première cause
d'alarme fut le débarquement d'une troupe de soldats de Cariascachi,
venus d'Anatolico en canots, pour demander aux habitans de Missolonghi
une rétribution pour une injure faite dernièrement à un homme de leur
tribu. On répandait aussi le bruit que trois cents Souliotes marchaient
sur la ville; et le lendemain matin, on reçut la nouvelle qu'une bande
de ces farouches guerriers s'était emparée de Basiladi, forteresse qui
commande le port de Missolonghi, tandis que les soldats de Cariascachi
avaient, pendant la nuit, arrêté deux primats, et les avaient emmenés à
Anatolico. Cette nouvelle causa un tumulte et une indignation
universelle. Toutes les boutiques se fermèrent, et les bazars furent
abandonnés. «Lord Byron, dit le comte Gamba, ordonna à ses troupes de
rester sous les armes, mais de garder la plus stricte neutralité, sans
prendre part à aucune querelle, ni en action ni en parole.»

Durant cette crise, le tems était devenu assez favorable pour lui
permettre d'accomplir le projet de visite à Salona. Mais comme en
partant dans une telle conjecture, il aurait eu l'air d'abandonner
Missolonghi, il résolut d'attendre que le danger fût passé. C'est à
cette époque qu'il écrivit les lettres suivantes.



LETTRE DLIX.

A M. BARFF.

3 avril.

«Il y a une querelle, non encore terminée, entre les habitans et
quelques hommes de Cariascachi; il y a déjà eu quelques coups
d'échangés. Je fais garder à mes gens la neutralité, mais je leur ai
commandé de se tenir sur leurs gardes.

»Il y a quelques jours, un soldat italien a été ici dégradé pour cause
de vol. Les officiers allemands voulaient le fesser; mais je refusai
tout net de permettre l'emploi du bâton ou du fouet, et je livrai le
coupable à la justice. Depuis, un officier prussien ayant fait le
tapageur dans son logement, je le mis aux arrêts, conformément à
l'ordre. Ceci, à ce qu'il paraît, ne plut pas à ses confrères de la
confédération germanique; mais je me tins à cheval sur mon texte, et je
donnai à entendre que ceux qui ne sont pas résolus à se soumettre aux
lois du pays et du service n'ont qu'à se retirer: mais que dans tout ce
que j'ai à faire, je veux voir étrangers et nationaux y obéir.

»Je désire qu'on ait quelque nouvelle de l'arrivée d'une partie de
l'emprunt, car nous manquons de tout à présent.»



LETTRE DLX.

A M. BARFF.

6 avril.

«Depuis ma dernière lettre, nous avons eu ici quelque tumulte entre les
habitans et les gens de Cariascachi, et tout le monde est sous les
armes. Peu s'en est fallu qu'on ne fît feu sur moi et sur cinquante de
mes gars[67], par méprise, comme nous faisions notre excursion ordinaire
dans la campagne. Aujourd'hui, tout est fini ou apaisé; mais il y a
environ une heure, le beau-père de mon hôte (lequel est un des primats)
a été arrêté pour haute trahison.

[Note 67: Corps de cinquante Souliotes qu'il avait pris pour sa
garde, presque depuis son arrivée à Missolonghi. Une vaste salle en
dehors de la maison où Lord Byron logeait était consacrée à cette
troupe, et les carabines étaient suspendues le long des murs. «C'est
dans cette salle, dit M. Parry, et parmi ces sauvages guerriers, que
Lord Byron avait coutume de se promener longuement, surtout quand le
tems était humide, avec son chien favori Lion.»

Quand il sortait à cheval, ces cinquante Souliotes le suivaient à pied;
et quoiqu'ils fussent chargés de leurs carabines, «ils pouvaient
toujours, dit le même auteur, suivre les chevaux. Le capitaine, avec un
détachement, précédait sa seigneurie, qui était accompagnée d'un côté
par le comte Gamba, et de l'autre par l'interprète grec. Derrière lui,
et à cheval, venaient deux de ses domestiques,--généralement son groom
noir et Tita,--tous deux habillés comme les chasseurs qu'on voit
ordinairement derrière les carrosses des ambassadeurs; puis une autre
division de sa garde fermait la cavalcade. (_Note de Moore_.)]

»...............................................

»La dernière échauffourée a eu un bon effet;--elle a mis tout le monde
en alerte. Quant au beau-père de mon hôte, je ne sais ce qu'on en fera,
ni même très-exactement ce qu'il a fait[68]......

«Je vous écrivis il y a quelques jours assez longuement sur les
affaires. Vous recevrez ma lettre ou mes lettres avec celle-ci. Nous
désirons entendre plus de nouvelles de l'emprunt; et il y a déjà quelque
tems que je n'ai reçu de lettres d'Angleterre (d'un intérêt important,
veux-je dire). Excepté une lettre de Bowring, du 4 février (sans
importance aucune), mes dernières sont datées de novembre ou du 6
décembre, il y a juste quatre mois. J'espère que vous allez bien dans
les Iles. Ici, la plupart d'entre nous, tant natifs du pays
qu'étrangers, nous sommes ou avons été plus ou moins indisposés.

[Note 68: Cet homme, en venant de Joannina, avait passé par
Anatolico, et tenu plusieurs conférences avec Cariascachi. Il avait été
long-tems soupçonné d'être un espion, et les lettres trouvées sur lui
confirmèrent le soupçon. (_Note de Moore_.)]



LETTRE DLXI.

A M. BARFF.

7 avril.

»Le gouvernement grec m'a obsédé pour avoir encore de l'argent[69].
Comme j'ai la brigade à entretenir, et que la campagne est évidemment
sur le point de s'ouvrir, comme j'ai déjà dépensé dans la cause grecque
50,000 dollars en trois mois, d'une façon ou d'une autre, et surtout
comme l'emprunt a réussi, j'ai refusé;--et comme on ne s'en est pas tenu
au premier refus,--j'en ai fait un second en termes exprès et sincères.

[Note 69: En conséquence de l'attaque séditieuse des gens de
Cariascachi, la plupart des chefs voisins accoururent au secours du
gouvernement, et ils avaient déjà, dans cette vue, marché sur Anatolico,
au nombre d'environ deux mille hommes. Mais, quoique ce renfort arrivât
à propos, il fut cause d'un nouvel embarras, vu qu'on manquait
absolument de provisions pour l'entretien journalier de ces auxiliaires.
Ce fut alors que le gouverneur, les primats et les chefs eurent recours
à leur fournisseur ordinaire. (_Note de Moore_.)]

»Le gouvernement désire maintenant essayer de se procurer dans les îles
quelques milliers de dollars à compte sur l'emprunt. Si vous êtes à même
de le servir, vous le ferez, je crois (par des informations en tous
cas); ce sera pour vous une bonne affaire, mais je ne vous _conseille_
rien, sinon d'agir comme il vous plaira. C'est de l'arrivée, et de la
prompte arrivée d'une portion de l'emprunt, que dépend presque
entièrement le maintien de la paix parmi les Grecs. S'ils ont assez de
bon sens pour la maintenir, je crois qu'ils lutteront d'égal à égal, et
même avec avantage, contre toutes les forces qu'on peut à présent
diriger contre eux. Nous faisons tous de notre mieux.»

       *       *       *       *       *

On voit par ces lettres qu'outre les grands et principaux intérêts de la
cause, suffisans par eux-mêmes pour absorber toutes ses pensées, il
rencontrait, de toutes parts dans les détails de son devoir, les
obstacles et les distractions les plus variées, que la rapacité, la
turbulence et la trahison semaient sur ses pas. De tels tourmens, qui
auraient fatigué la plus robuste santé, tombaient sur une organisation
déjà destinée à la mort; et nous ne pouvons nous empêcher de dire, en
contemplant cette dernière scène de la vie de Lord Byron, que, si elle
offre beaucoup de circonstances admirables, étonnantes et glorieuses, il
y en a aussi beaucoup qui éveillent les plus tristes et les plus noires
pensées. Dans une situation qui, plus que toute autre, avait besoin de
sympathie et de soins, nous le voyons jeté au milieu d'étrangers et de
mercenaires, sans garde-malade et sans ami:--car le premier office
réclamait le recueillement d'une femme, et nous n'en verrons pas une, et
d'autre part, le second office ne pouvait point du tout être rempli par
la jeunesse et par l'inexpérience du comte Gamba. La fermeté même, avec
laquelle une position si isolée et si décourageante fut pourtant
supportée, sert, en nous intéressant plus profondément à l'homme, à
accroître notre sympathie, au point d'oublier peu s'en faut,
l'admiration dans la pitié, et de regretter que le noble poète ait été
grand à tel prix.

Les seules circonstances qui lui avaient dernièrement causé quelque
plaisir étaient, en ce qui touchait les affaires publiques, la nouvelle
de l'heureux succès de l'emprunt, et, sous le rapport de ses relations
personnelles, les avis favorables qu'il avait reçus, après une longue
interruption de communication, sur le compte de sa sœur et de sa fille.
Il apprit que la première avait été sérieusement indisposée à l'époque
où lui-même avait été pris de convulsion, mais qu'elle était tout-à-fait
rétablie. Tout charmé qu'il était de cette nouvelle, il ne put
s'empêcher de remarquer, avec son penchant ordinaire à ces sentimens
superstitieux, combien la coïncidence était étrange et frappante.

Pour ceux qui ont suivi dans ces mémoires Lord Byron depuis son enfance,
il doit être, je pense, manifeste qu'il n'était pas né pour vivre
long-tems. Soit par un défaut héréditaire de son organisation,--comme il
l'inférait lui-même de l'âge peu avancé où son père et sa mère étaient
morts,--soit par suite de ces moyens violens qu'il employa de si bonne
heure pour combattre la tendance naturelle de sa constitution, et se
réduire à un état de maigreur, il était, comme nous avons vu, presque
annuellement sujet à des indisposition qui, plus d'une fois, mirent
sérieusement sa vie en danger. La bizarre méthode qu'il suivit toujours
dans sa diète,--les longs jeûnes, les excès auxquels il se livra parfois
dans la nourriture la plus malsaine, et, durant les derniers tems de sa
résidence en Italie, l'abus des boissons spiritueuses:--tout cela,
dis-je, ne put que nuire à sa santé et la miner peu à peu, tandis que
les médecines auxquelles il avait constamment recours--journellement,
il paraît, et en larges doses,--démontraient, et sans aucun doute,
accroissaient le trouble de sa digestion. Quand à ces causes l'on ajoute
cette immense perte d'esprits et de forces, produite par la lente
corrosion de la sensibilité, par le combat des passions, et par les
travaux d'une intelligence qui ne se permettait pas un septième jour de
repos, on ne s'étonne plus que le principe vital se soit sitôt épuisé,
et qu'à l'âge de trente-trois ans, Byron, comme il le dit lui-même
énergiquement, se soit senti vieux. Toutes ses forces physiques et
morales furent sacrifiées pour nourrir la flamme dévorante de son
génie,--pour présenter aux yeux du monde cette sublime et ruineuse
conflagration, dans laquelle,

        Resplendissante, comme un palais en flammes,
        Sa gloire, durant son éclat même, ne fit que le ruiner[70].

Ce fut le jour même où, comme je l'ai dit, il reçut l'avis du
rétablissement de sa sœur, qu'après avoir été depuis trois ou quatre
jours privé d'exercice par les pluies, il résolut, quoique le tems fût
encore très-incertain, de sortir à cheval. A trois milles de
Missolonghi, le comte Gamba et lui, furent surpris par une violente
averse, et ils arrivèrent aux portes de la ville, mouillés jusqu'aux os
et dans un état de violente transpiration. C'était leur coutume
ordinaire que de descendre de cheval aux portes de la ville, et de
retourner au logis dans une barque. Mais, ce jour-là, le comte Gamba,
représentant à Lord Byron combien il serait dangereux, dans cet état de
transpiration, de rester si long-tems assis dans une barque par une
pluie battante, le supplia de continuer à cheval le reste du trajet.
Mais Lord Byron n'y consentit pas, et dit en souriant: «Je ferais, en
vérité, un joli soldat, si je m'inquiétais d'une semblable bagatelle!»
Les deux cavaliers mirent donc pied à terre et entrèrent dans la barque
comme à l'ordinaire.

[Note 70:

        Glittering, like a palace set on fire,
        His glory, while it shone, but ruin'd him!
                        (_Beaumont and Fletcher_.)]

Environ deux heures après être rentré chez lui, Lord Byron fut saisi
d'un frisson, et se plaignit de fièvre et de rhume. «A huit heures du
soir, (dit le comte Gamba), j'entrai dans sa chambre. Il était couché
sur un sofa, immobile et triste. Il me dit: Je souffre beaucoup. Peu
m'importe de mourir, mais je ne puis supporter ces souffrances.»

Le lendemain, il se leva à son heure ordinaire,--fit des affaires, et
même put faire sa promenade à cheval dans les bois d'oliviers,
accompagné, comme de coutume, par sa longue escorte de Souliotes. Il se
plaignit cependant de frissons continuels, et n'eut pas d'appétit. A son
retour, il dit à Fletcher que sa selle, à son avis, n'était pas
parfaitement sèche depuis la pluie de la veille, et qu'il s'était senti
incommodé de cette humidité. Ce fut la dernière fois qu'il franchit
vivant le seuil de la maison. Le soir, M. Finlay et M. Millingen vinrent
le voir, «Il fut d'abord (dit ce dernier) plus gai que de coutume; mais
soudain il devint mélancolique.»

Le 11 au soir, sa fièvre, qui fut déclarée fièvre de rhume, augmenta
d'intensité; et le 12, il garda le lit toute la journée, sans pouvoir
dormir, et sans prendre la moindre nourriture. Les deux jours suivans,
quoique la fièvre eût évidemment diminué, il devint encore plus faible,
et éprouva de grands maux de tête.

Ce ne fut que le 14 avril, que son médecin, le docteur Bruno, voyant
l'insuccès des sudorifiques qu'on avait employés jusqu'alors, commença à
insinuer à son patient que la saignée était nécessaire. Mais Lord Byron
ne voulut pas en entendre parler. Évidemment il n'avait que peu de
confiance en son médecin, et d'après les échantillons d'intelligence que
ce jeune homme a depuis donnés au monde, il est en vérité
déplorable,--qu'une vie si précieuse ait été confiée à des mains si
ordinaires: «Ce fut ce jour même, je crois, dit le comte Gamba, qu'il me
dit, comme j'étais assis près de lui sur son sofa: «Je craignais d'avoir
perdu la mémoire, et, afin de l'éprouver, j'ai essayé de répéter
quelques vers latins avec la traduction anglaise, que je n'avais point
tenté de me rappeler depuis que j'étais sorti de l'école. Je me les suis
tous rappelés, sauf le dernier mot d'un de ces hexamètres.»

Le fidèle Fletcher semble avoir été frappé de l'idée que la vie son
maître était en danger, quelques jours avant le comte Gamba et le
médecin lui-même. Suivant le rapport du jeune comte, Lord Byron
soupçonnait si peu ce danger, qu'il disait même être «presque content de
cette fièvre, propre peut-être à le guérir de sa disposition à
l'épilepsie.» Toutefois, il paraît qu'il avait communiqué plus d'une
fois à Fletcher ses doutes sur la nature de sa maladie, qu'il ne croyait
pas si légère que la médecin semblait le supposer; et sur les instances
réitérées de son domestique, qui le pressait de faire appeler le docteur
Thomas de Zante, il ne s'opposa plus à cette démarche, quoique, par
égard pour le docteur Bruno et M. Millingen, il renvoyât encore Fletcher
à l'avis de ces messieurs. Quelque avantageuse qu'eût pu être cette
mesure, le tems la rendait alors totalement impossible,--car un ouragan
terrible empêchait qu'aucun navire ne sortît du port. La pluie tombait
aussi par torrens, et entre un sol inondé et une mer soulevée par le
sirocco, Missolonghi était, pour le moment, une prison pestilentielle.

Dans cette conjoncture, M. Millingen fut, pour la première fois, suivant
son rapport, invité à visiter Lord Byron en sa qualité de médecin,--sa
visite du 10 ayant été, dit-il, si peu médicale, qu'il n'avait même pas
tâté alors le pouls de sa seigneurie. Il fut alors appelé, et plutôt, ce
semble, par Fletcher que par le docteur Bruno, afin qu'il joignît ses
représentations et ses remontrances aux leurs, et qu'il persuadât au
patient de se laisser pratiquer une saignée,--opération alors devenue
absolument nécessaire, et sur l'utilité de laquelle le docteur Bruno
avait insisté vainement depuis deux jours.

Pensant que la douceur était le plus sûr moyen d'agir sur un caractère
comme celui de Byron, M. Millingen, comme il nous le raconte lui-même,
essaya tous les raisonnemens propres à atteindre son but. Mais ses
efforts furent infructueux:--Lord Byron, qui avait alors une
irritabilité maladive, répondit avec colère, mais toujours avec son
esprit et sa finesse ordinaires, aux observations du médecin. De tous
ses préjugés, il déclara que le plus fort était contre la saignée. Sa
mère, à son lit de mort, lui avait fait promettre qu'il ne consentirait
jamais à être saigné; et quelque argument qu'on pût lui offrir, son
aversion, disait-il, était plus forte que la raison. «D'ailleurs,
demandait-il, le docteur Reid n'avance-t-il pas, dans ses essais, que la
lance est moins meurtrière que la lancette,--ce petit instrument de
grands désastres!» Comme M. Millingen lui fit observer que cette
remarque était relative au traitement des maladies nerveuses, et non pas
des maladies inflammatoires, il répliqua, avec un ton de colère. «Qui
est-ce qui est nerveux, si je ne le sais pas? Et ne doit-on pas
m'appliquer cet autre passage, où le docteur Reid dit que tirer du sang
à un malade nerveux, c'est relâcher les cordes d'un instrument dont les
sons baissent déjà faute d'une tension suffisante. Même avant cette
maladie, vous savez combien j'étais devenu faible et irritable;--et la
saignée, en empirant cet état, me tuera infailliblement. Traitez-moi,
d'ailleurs, comme il vous plaira, mais vous ne me saignerez pas. J'ai eu
plusieurs fièvres inflammatoires dans ma vie, et à un âge où j'étais
plus robuste et plus pléthorique; cependant je m'en suis tiré sans la
saignée. Cette fois encore, je veux courir la chance[71].»

Après beaucoup de raisonnemens et d'instances, M. Millingen réussit
enfin à obtenir de lui la promesse que s'il sentait sa fièvre redoubler
le soir, il laisserait le docteur Bruno le saigner.

Durant ce jour il s'était occupé d'affaires, et avait reçu plusieurs
lettres, entre autres une qui lui causa beaucoup de plaisir, de la part
du gouverneur turc à qui il avait envoyé les prisonniers délivrés, et
qui le remerciait de son humaine intervention, en le priant de persister
dans ce système.

[Note 71: Ce fut durant cette conversation ou une autre semblable
qu'il aura dit le mot rapporté par le docteur Bruno: «Si mon heure est
venue, je mourrai, avec ou sans saignée.» (_Note de Moore_.)]

Le soir, il conversa long-tems avec Parry, qui resta quelques heures au
chevet de son lit. «Il se mit sur son séant (dit cet officier), et fut
calme et recueilli. Il me parla sur une foule de points relatifs à
lui-même ou à sa famille; il me communiqua ses intentions sur la Grèce,
son plan de campagne, et ce qu'il ferait définitivement pour le pays. Il
me parla de mes propres aventures. Il me parla aussi de la mort avec une
grande tranquillité; et quoiqu'il ne crût point sa fin si prochaine, il
avait dans son air quelque chose de si sérieux et de si ferme, de si
résigné et de si calme, de si différent de tout ce que j'avais jamais
aperçu en lui, que mon esprit eut quelques pressentimens de la
dissolution imminente du noble Lord.»

En revoyant son malade le lendemain matin de bonne heure, M. Millingen
apprit de lui qu'ayant, à son sens, passé, somme toute, une meilleure
nuit, il n'avait pas jugé nécessaire de prier le docteur Bruno de le
saigner. Pour rendre justice à M. Millingen, je citerai les propres
paroles de ce médecin: «Je pensai qu'il était de mon devoir de mettre de
côté toute considération pour les sentimens de Lord Byron, et de lui
déclarer solennellement combien j'étais affligé de le voir jouer ainsi
sa vie, et montrer si peu de résolution. Son refus opiniâtre, lui
dis-je, avait déjà fait perdre le tems le plus précieux;--mais il ne
restait plus que peu d'heures d'espérance, et, à moins qu'il ne se
soumît à la saignée sur-le-champ, nous ne répondions plus des
conséquences. Il ne se souciait pas de la vie, il est vrai; mais
pouvait-on assurer que s'il ne changeait de résolution, la maladie
n'étant point du tout réprimée ne dût finir par désorganiser son
économie, au point de le priver pour jamais de la raison?--J'avais enfin
touché la corde sensible; et, moitié par ennui de nos importunités,
moitié par persuasion, il nous lança à tous deux le plus terrible regard
de colère; et, tirant son bras hors du lit, dit d'un ton courroucé:
«Allons,--vous êtes, je le vois, une damnée bande de bouchers;--prenez
autant de sang qu'il vous plaira, et finissons-en.»

«Nous saisîmes le moment (ajoute M. Millingen), et nous tirâmes environ
vingt onces. Le sang, en se coagulant, offrit une couenne épaisse, mais
nous n'obtînmes pas un soulagement qui répondît à nos espérances; et
durant la nuit, la fièvre devint plus intense qu'elle n'avait été
jusque-là. L'agitation s'accrut, et le patient se livra plusieurs fois à
des discours incohérens.»

Le lendemain matin, le 17, la saignée fut répétée; car, bien que les
symptômes de _rhume_[72] eussent complétement disparu, les signes de
l'inflammation cérébrale s'accroissaient d'heure en heure. Le comte
Gamba, qui, retenu dans sa chambre par une entorse du coude-pied,
n'avait pas vu Lord Byron depuis deux jours, tâcha pourtant de venir le
voir. «Sa physionomie, dit-il, éveilla soudain en moi les plus terribles
soupçons. Il était fort calme; il me parla de mon accident avec le plus
tendre intérêt, mais d'une voix creuse et sépulcrale.--«Soignez votre
pied, me dit-il; je sais par expérience combien cela est
douloureux.»--Je ne pus rester près de son lit; un torrent de larmes
inonda mes yeux, et je fus obligé de me retirer.» En effet, ni le comte
Gamba, ni Fletcher ne paraissent avoir été assez maîtres d'eux-mêmes
pour faire autre chose que de pleurer durant le reste de cette scène
affligeante.

[Note 72: _Rheumatic symptoms_: c'est toujours le mot employé dans
le texte. Mais il n'est pas probable que Byron soit mort d'un rhume, sa
maladie paraît avoir été une _pleurésie latente_, méconnue faute d'avoir
percuté et ausculté la poitrine. (_Note du Trad._)]

Outre la saignée, qui fut répétée deux fois le 17, on jugea à propos
d'appliquer des vésicatoires à la plante des pieds. «A l'instant où ils
allaient être appliqués, dit M. Millingen, Lord Byron me demanda si,
appliqués tous deux à la même jambe, ils ne pouvaient pas remplir le
même but. Devinant sur-le-champ le motif de cette question, je lui dis
que je les placerais au-dessus des genoux.»--Faites, répondit-il.»

Il est pénible de s'arrêter sur de tels détails,--mais nous approchons
du dénoûment. Outre la plupart des diverses misères qui environnent
également le lit de mort des plus grands et des plus humbles, il y eut
autour de Byron mourant un degré de confusion et de dénûment qui rend
doublement douloureuse la contemplation de cette scène. Comme, depuis
sa maladie, personne n'avait été investi de l'autorité dans la maison,
ni ordre ni repos n'étaient maintenus dans son appartement. La plupart
des choses nécessaires dans une telle maladie manquaient; et ceux qui
entourèrent le mourant furent, comme le docteur Bruno, démoralisés par
un danger qu'ils n'avaient pas prévu, ou, comme l'affectueux Fletcher et
le comte Gamba, rendus totalement inutiles par la violence de leur
douleur.

«Tout le monde, dit Parry, était animé d'un zèle ardent; mais comme
toutes ces personnes ne parlaient point la même langue, et partant ne se
comprenaient pas, leur zèle ne faisait qu'ajouter à la confusion. Cette
circonstance, et le manque des choses de première nécessité, firent de
l'appartement de Lord Byron, durant les deux ou trois derniers jours de
sa vie, la plus pénible scène de détresse et d'angoisse que j'aie jamais
vue.»

Le 18 étant le jour de Pâques,--fête que les Grecs célèbrent par des
décharges de mousqueterie et d'artillerie,--on craignit que ce bruit ne
fît mal à Lord Byron; et, afin d'attirer la foule au loin, la brigade
d'artillerie fut conduite à l'exercice par Parry, à quelque distance de
la ville, tandis qu'en même tems des patrouilles parcouraient les rues,
et, informant les habitans du danger de leur bienfaiteur, les priaient
de garder le plus grand repos possible.

Environ à trois heures de l'après-midi, Lord Byron se leva, et alla dans
la chambre voisine. Il put traverser la chambre, en s'appuyant sur son
domestique Tita; et, quand il fut assis, il demanda un livre que le
domestique lui apporta. Mais, après avoir lu quelques minutes, il se
trouva faible; et, reprenant le bras de Tita, il retourna en chancelant
dans sa chambre, et se remit au lit.

Alors les médecins, encore plus alarmés, exprimèrent le désir d'une
consultation, et proposèrent d'appeler, sans retard, le docteur Freiber,
aide de M. Millingen, et Lucca Vega, médecin de Mavrocordato. En
entendant parler d'eux, Lord Byron refusa d'abord de les voir; mais
étant informé que Mavrocordato était de cet avis, il dit:--«Eh bien,
qu'ils viennent; mais qu'ils promettent de me regarder sans rien dire.»
Cette promesse donnée, ils furent admis; mais comme l'un d'eux, en
tâtant son pouls, faisait mine de vouloir parler:--«Songez à votre
promesse, dit Byron, et allez-vous en.»

Ce fut après cette consultation que Lord Byron parut au comte Gamba
pressentir pour la première fois que sa fin approchait. MM. Millingen,
Fletcher, et Tita étaient restés debout près du lit; mais les deux
premiers, incapables de retenir leurs larmes, sortirent de la chambre.
Tita pleurait aussi; mais comme Byron le tenait par la main, il ne put
s'en aller, mais détourna les yeux. Alors Byron, en le regardant
fixement, dit avec un léger sourire: «_Oh_! _questa è una bella
scena_.» Puis il sembla réfléchir un moment, et s'écria: «Appelez
Parry.» Presque immédiatement après, il fut pris de délire; il se mit à
crier comme s'il montait à la brêche,--moitié en anglais, moitié en
italien: «En avant!--en avant!--courage!--suivez mon exemple, etc.,
etc.»

En revenant à la raison, il demanda à Fletcher, qui était rentré dans la
chambre: «S'il avait envoyé chercher le docteur Thomas, comme il le
désirait?» Et sur la réponse affirmative du fidèle serviteur, il
répliqua: «Vous avez bien fait, car j'aimerais à savoir où j'en suis.»
Peu de tems auparavant, avec ce ton de bienveillance qu'il gardait
envers tous ses gens, et qui fut une des principales sources de leur
inébranlable attachement, il avait dit à Fletcher: «Je crains que vous
et Tita vous ne tombiez malades, en restant près de moi jour et nuit.»
Il fut alors évident qu'il savait qu'il était mourant; et son désir de
faire comprendre ses dernières volontés à son serviteur, en luttant
contre la perte rapide de ses moyens d'expression, donna lieu à la plus
douloureuse scène. Comme Fletcher lui demandait s'il fallait qu'il prît
une plume et du papier pour écrire sous sa dictée:--«Oh! non,
répondit-il;--il n'est plus tems:--la vie me fuit. Allez trouver ma
sœur.--Dites-lui.--Allez trouvez lady Byron;--vous la verrez, et lui
direz.--» Ici sa voix s'affaiblit, et devint de moins en moins
distincte. Cependant il continua toujours à murmurer en lui-même,
durant près de vingt minutes, avec beaucoup de vivacité, mais d'une voix
si faible, que peu de mots purent être saisis. Ces mots furent des noms
isolés:--«Augusta,--Ada,--Hobhouse,--Kinnaird.» Enfin il dit:
«Maintenant, je vous ai tout dit.»--«Milord, répliqua Fletcher, je n'ai
pas compris un mot de ce que votre seigneurie a dit.»--«Vous ne m'avez
pas compris?» s'écria Lord Byron, avec l'air de la plus vive tristesse.
«Quel malheur!--Il est trop tard, tout est fini.»--«J'espère que non,
répondit Fletcher; mais la volonté de Dieu soit faite.»--«Oui, et non
pas la mienne,» dit Lord Byron. Puis il essaya encore de prononcer
quelques mots, dont il n'y eut d'intelligible que ceux-ci: «Ma
sœur,--mon enfant.»

La mesure adoptée à la consultation avait été, contrairement à l'opinion
de M. Millingen et du docteur Freiber, l'administration d'une forte
potion antispasmodique, qui, en produisant le sommeil, ne fit peut-être
que hâter la mort. Afin de lui persuader de prendre cette potion, on fit
venir M. Parry, qui le décida sans peine à en avaler quelques
gorgées.--«Quand il prit ma main (dit Parry), je trouvai ses mains
glacées d'un froid mortel. Avec l'aide de Tita, je tâchai d'y ranimer
doucement un peu de chaleur, et je relâchai le bandage qui entourait sa
tête. Pendant tout ce tems, il parut fort agité, joignit ses mains
plusieurs fois, grinça des dents, et laissa échapper l'exclamation
italienne: _Ah_! _Christi_! Il fut tout-à-fait passif en laissant
relâcher son bandage de tête; puis il versa des larmes; et reprenant ma
main, me souhaita le bon soir d'une voix faible, et retomba dans le
sommeil.»

Au bout d'une demi-heure il se réveilla, et une seconde dose de la
potion lui fut administrée. «D'après le rapport de ceux qui
l'entourèrent» (dit le comte Gamba, qui ne put supporter le spectacle de
cette scène), «j'inférai que dans ce moment ou dans son précédent
intervalle de raison, il avait énoncé ces diverses phrases:--«Pauvre
Grèce!--pauvre ville!--mes pauvres domestiques!»--Puis: «Pourquoi ne
fus-je pas averti plus tôt?» et--«Mon heure est venue!--Peu m'importe de
mourir;--mais pourquoi ne suis-je pas retourné dans ma patrie avant de
venir ici?»--Une autre fois il dit: «Il y a des êtres qui me rendent le
monde cher[73] (_Io lascio qualche cosa di caro nel mondo_); d'ailleurs,
je suis content de mourir.»--Il parla aussi de la Grèce: «Je lui ai
donné, dit-il, mon tems, ma fortune, ma santé,--et aujourd'hui je lui
donne ma vie!--Que pouvais-je faire de plus[74]?»

[Note 73: Nous traduisons la phrase du texte anglais: «_There are
things which make the world dear to me_,» qui d'ailleurs ne nous paraît
pas l'interprétation exacte de la phrase italienne. (_Note du Trad._)]

[Note 74: Il est bon de rappeler au lecteur que les paroles
attribuées ici à Lord Byron; quelques naturelles et probables qu'elles
soient, n'ont pas le même degré d'autorité que les détails donnés
jusqu'ici sur le rapport des témoins oculaires. (_Note de Moore_.)]

Il était environ six heures du soir quand Lord Byron dit: «Maintenant je
vais dormir.» Puis, se retournant, il tomba dans ce sommeil dont il ne
se réveilla pas. Durant les vingt-quatre heures suivantes, il resta
privé de sentiment et de mouvement,--hormis quelques légers symptômes de
suffocation qui se manifestaient de tems en tems, et durant lesquels on
lui tenait la tête élevée;--et le 19, à six heures un quart, il ouvrit
les yeux un instant pour les refermer sur-le-champ. Les médecins
cherchèrent son pouls:--Lord Byron n'était plus.

Il serait aussi difficile que superflu de chercher à décrire combien la
nouvelle de ce triste événement frappa tous les cœurs. Celui dont le
monde entier devait pleurer la perte avait des droits particuliers aux
larmes de la Grèce,--à laquelle il venait de consacrer sa glorieuse vie.
Les habitans de Missolonghi, qui les premiers sentaient le coup dont
toute l'Europe allait être frappée, purent à peine croire à ce malheur.
Qu'il était différent, ce jour où Lord Byron était venu parmi
eux,--entouré d'une gloire brillante,--et inspirant par son nom même une
foi vive en ces miraculeux succès que la puissance de son génie allait
enfanter. Tout cela s'était évanoui comme un rêve fugitif;--et nous ne
pouvons nous étonner que les pauvres Grecs, à qui sa venue avait
apporté tant de gloire, et qui, le dernier soir de sa vie, se pressaient
dans les rues en s'informant de son état, aient regardé l'orage qui
éclata sur la ville en ce moment, comme le signal de la mort de Byron,
et que, dans leur douleur superstitieuse, ils se soient écriés: «Le
grand homme n'est plus[75]!»

[Note 75: Parry, _Derniers jours de Lord Byron_, p. 128. (_Note de
Moore_.)]

Le prince Mavrocordato, qui sentait le mieux toute l'étendue de cette
perte, et qui avait à pleurer l'ami de la Grèce et le sien, publia le 19
au soir cette triste proclamation.

GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA GRÈCE OCCIDENTALE.

(ART. 1185.)

«Le présent jour de fête et de réjouissance est devenu un jour de
chagrin et de deuil. Lord Noël Byron a cessé de vivre à six heures de
l'après-midi, après une maladie de dix jours; il a succombé à une fièvre
inflammatoire. Tel a été l'effet de la maladie de sa seigneurie sur
l'opinion publique, que toutes les classes avaient oublié les
récréations ordinaires de Pâques, même avant que le triste événement ne
fût appréhendé.

»La perte de cet illustre personnage doit sans doute être déplorée par
toute la Grèce; mais elle doit être plus spécialement un sujet de
lamentation pour Missolonghi, où sa générosité s'était si manifestement
déployée, et dont il était même devenu citoyen, avec la détermination de
participer désormais à tous les dangers de la guerre.

»Tout le monde connaît les actes de bienfaisance de sa seigneurie, et on
ne cessera jamais d'honorer son nom comme celui d'un véritable
bienfaiteur.

»En conséquence, en attendant que la résolution définitive du
gouvernement national soit connue, en vertu des pouvoirs dont il m'a
investi, je décrète ce qui suit:

»1º Demain matin, au point du jour, on tirera de la grande batterie
trente-sept coups de canon, nombre qui correspond à l'âge de l'illustre
décédé.

»2º Tous les services publics, même les tribunaux, vaqueront pendant
trois jours successifs.

»3º Toutes les boutiques, excepté celles où se vendent les provisions de
bouche et les médicamens, seront fermées; et il est strictement enjoint
que les récréations publiques de toute espèce, et les démonstrations de
joie usitées dans le tems pascal soient suspendues.

»4º Un deuil général sera observé pendant vingt-un jours.

»5º Des prières et des cérémonies funéraires seront célébrées dans
toutes les églises.

»_Signé_ A. MAVROCORDATO.


GEORGE PRAIDIS, _secrétaire_.

»Donné à Missolonghi, ce 19 avril 1824.»

De semblables honneurs furent rendus à la mémoire de Lord Byron en
divers autres endroits de la Grèce. A Salona, où le congrès était
assemblé, on pria dans l'église pour son ame; après quoi, toute la
garnison et les habitans sortirent dans la plaine, où une autre
cérémonie religieuse eut lieu à l'ombre des oliviers. Cette seconde
cérémonie terminée, les troupes firent feu; et une oraison funèbre,
pleine de la louange la plus chaude et de la plus vive reconnaissance,
fut prononcée par le grand-prêtre.

Lorsque les étrangers témoignaient pour Lord Byron une telle vénération,
quel a dû être le deuil de ses compagnons et de ses serviteurs?--Un seul
va parler pour tous.--«Il mourut (dit le comte Gamba) sur une terre
étrangère, et parmi des étrangers; mais il n'aurait pu être plus
regretté, plus sincèrement pleuré, en quelque autre lieu qu'il eût rendu
son dernier soupir. Il avait inspiré à ceux qui l'entouraient un tel
attachement, mêlé de respect et d'enthousiasme, qu'aucun de nous n'eût
refusé de braver pour sa seigneurie tous les dangers du monde.»

Le colonel Stanhope, qui reçut à Salona la déplorable nouvelle, écrit au
comité en ces termes:--«Un courrier vient d'arriver de la part du chef
Scalza. Hélas! toutes nos craintes sont réalisées. L'ame de Byron a pris
son dernier vol. L'Angleterre a perdu son plus brillant génie, la Grèce
son plus noble ami. Pour nous consoler de sa perte, il a laissé derrière
lui les émanations de son esprit magnanime. Si Byron eut des défauts, il
eut des vertus en revanche:--il sacrifia son bien-être, sa fortune, sa
santé et sa vie à la cause d'une nation opprimée. Que sa mémoire soit
honorée!»

M. Trelawney, qui se rendait alors à Missolonghi, raconte dans les
termes suivans comment il reçut la première nouvelle de la mort de son
ami:--«Malgré toute mon impatience, je ne pus arriver ici avant le
troisième jour. Ce fut le second jour, après avoir traversé le premier
grand torrent, que je rencontrai quelques soldats qui venaient de
Missolonghi. Je les avais tous laissés passer, avant de me résoudre à
leur demander des nouvelles de Missolonghi. Je revins donc sur mes pas,
et j'interrogeai un traînard. Je n'entendis que cette parole:--_Lord
Byron est mort_,--et je continuai mon chemin dans un sombre silence.» M.
Trelawney, après avoir détaillé les particularités de la maladie et de
la mort du poète, ajoute: «Pardonnez-moi, Stanhope, de m'être ainsi
écarté de la grande cause où je suis engagé. Mais ce n'est pas un deuil
particulier. Le monde a perdu son plus grand homme, et moi, mon meilleur
ami.»

Les serviteurs de Lord Byron éprouvèrent une douleur non moins vive et
non moins sincère: «J'ai en ma possession (dit M. Hoppner, dans les
notes dont il m'a favorisé) une lettre où son gondolier Tita, qui
l'avait suivi depuis Venise, rend compte à ses parens de la mort de son
maître. Le pauvre garçon parle de cet événement dans les termes les plus
touchans, en disant qu'il avait perdu en Lord Byron un père plutôt qu'un
maître, et en s'étendant sur la bonté avec laquelle sa seigneurie avait
toujours traité ses domestiques, et sur l'intérêt qu'elle prenait à leur
bien-être.»

Son valet de chambre Fletcher, en annonçant la nouvelle à M. Murray, dit
aussi: «Excusez, je vous prie, toutes mes négligences, je sais à peine
ce que je dis ou ce que je fais; car depuis vingt ans que je servais
milord, il était devenu pour moi plus qu'un père, et je suis trop
affligé pour vous donner aujourd'hui un récit exact de toutes les
particularités.»

En parlant de l'effet que cet événement produisit sur les amis de la
Grèce, M. Trelawney dit:--«Je pense que le nom de Byron était le grand
moyen d'obtenir l'emprunt. Un M. Marshall, avec une rente annuelle de
8,000 livres sterling, était venu jusqu'à Corfou; il retourna sur ses
pas en apprenant la mort de Lord Byron. Des milliers de gens arrivaient
ici en foule; quelques-uns étaient parvenus à Corfou; et, à la nouvelle
de la fatale mort, ils avouèrent qu'ils venaient consacrer leurs
fortunes, non pas aux Grecs ou à leur cause, mais au noble poète; et le
_Pélerin de l'Éternité_[76] une fois décédé; ils s'en retournèrent[77].»

La cérémonie des funérailles, qui, à cause des pluies, avait été
retardée d'un jour, eut lieu dans l'église de Saint-Nicolas à
Missolonghi, le 22 avril. Un témoin oculaire en donne cette touchante
description.

«Au milieu de sa brigade, des troupes du gouvernement et de la
population entière, sur les épaules des officiers de son corps,
remplacés de tems en tems par d'autres Grecs, la plus précieuse portion
de ses restes révérés fut portée à l'église, où gisent les cendres de
Marc Botzari et du général Normann. C'est là que nous déposâmes ces
restes précieux. Le cercueil était une caisse de bois, grossièrement
construite; un manteau noir servait de poële, et nous mîmes dessus un
casque, une épée et une couronne de laurier; mais nulle pompe funèbre
n'eût produit l'impression, ni exprimé les sentimens de cette simple
cérémonie. Le deuil et la désolation de la ville même; les guerriers
sauvages et à demi-civilisés qui nous entouraient; leur douleur profonde
et naturelle; les touchans souvenirs, les espérances déjouées, les
sombres soucis, et les tristes pressentimens qui se lisaient sur toutes
les physionomies:--tout enfin concourait à former la scène la plus
frappante qui ait jamais eu lieu autour de la tombe d'un grand homme.

[Note 76: Titre donné par Shelley à Lord Byron, dans son _Élégie sur
la mort de Keats_:

«--Le Pélerin de l'Éternité, qui, vivant, a vu un prompt mais durable
pavillon de gloire se dérouler sur sa tête comme la voûte des cieux,
survint voilant de deuil tous les éclairs de ses chants.»

        The Pilgrim of Eternity, whose fame
        Over his living head like heaven is bent
        An early but enduring monument,
        Came veiling all the lightnings of his song
        In sorrow.
                             (_Note de Moore_.)]

[Note 77: Parry mentionne aussi un cas pareil.--«Lorsque j'étais au
lazaret à Zante, un Anglais vint me voir, et me fit de nombreuses
questions sur Lord Byron. Il me dit que treize autres Anglais, alors à
Ancône, l'avaient envoyé prendre des informations, et n'attendaient que
son retour pour rejoindre avec lui Lord Byron. Ces Anglais voulaient
former à sa seigneurie une garde à cheval, et dévouer leurs personnes et
leurs fortunes à la cause grecque. En apprenant la mort de Byron, ils
repartirent.»]

»Quand le service funèbre fut terminé, nous laissâmes la bière au milieu
de l'église, où elle resta jusqu'au lendemain soir, et où elle fut
gardée par un détachement de la brigade de sa seigneurie. L'église fut
sans cesse remplie par la foule des personnes qui venaient honorer et
regretter le bienfaiteur de la Grèce. Le soir du 23, la bière fut
secrètement rapportée par les officiers de la brigade dans la maison que
Byron avait habitée. Le cercueil ne fut clos que le 29. Immédiatement
après sa mort, Byron avait un air de calme, mêlé à une sévérité qui
sembla graduellement s'adoucir; car lorsque je jetai sur lui un dernier
regard, l'expression de ses traits parut, à mes yeux du moins,
véritablement sublime.»

Nous avons vu avec quelle énergie Lord Byron, durant son séjour en
Italie, exprima sa répugnance à l'idée d'une sépulture en terre
anglaise; et l'injonction qu'il fit si fréquemment sur ce point à M,
Hoppner, montre que ses désirs ont été sincères,--du moins à cette
époque. Mais, chez un homme si inconstant dans ses volontés, ce ne
serait pas trop prétendre que de soutenir que l'affection cordiale
témoignée par lui envers ses compatriotes à Céphalonie eût été suivie
d'un changement analogue de sentiment par rapport à cette antipathie
pour l'Angleterre comme dernier lieu de repos. En tout cas, il est
heureux que sa terre natale n'ait point été, par un caprice du moment,
privée de son droit naturel de conserver dans son sein un de ses plus
nobles morts, et d'expier les torts qu'elle a pu avoir envers lui quand
il vivait, en faisant de sa tombe un lieu de pélerinage pour toutes les
générations futures.

Le colonel Stanhope et d'autres conseillèrent que, comme tribut à la
contrée que Lord Byron avait célébrée, et pour laquelle il était mort,
ses restes fussent déposé à Athènes, dans le temple de Thésée, et Ulysse
envoya un exprès à Missolonghi pour appuyer cette idée. Les habitans de
la ville où le grand homme avait rendu son dernier soupir, firent la
même demande;--et l'on jugea à propos d'accéder jusqu'à un certain point
à leurs désirs, en leur laissant pour être enterré, un des vases où ses
nobles restes avaient été renfermés après l'embaumement.

La première mesure, avant de rien décider sur ses conséquences
ultérieures, fut de faire transporter le corps à Zante; et, toutes les
facilités ayant été données par le résident, sir Frédéric Stoven, qui
envoya des navires de transport à Missolonghi dans ce but, le corps fut
embarqué, dans la matinée du 2 mai, et ce triste départ fut salué par
les canons de la forteresse:--«Que cette salve d'artillerie, dit le
comte Gamba, était différente de celle qui avait, quatre mois
auparavant, accueilli la venue de Byron.»

A Zante, on se détermina à envoyer le corps en Angleterre; et le brick
_la Floride_, qui venait d'arriver avec le premier versement de
l'emprunt, fut engagé dans ce but. M. Blaquière, sous la direction
duquel cette première portion de l'emprunt était arrivée, était aussi
porteur de la nomination d'une commission destinée à surveiller l'emploi
de ces fonds en Grèce, commission dont Lord Byron était nommé président;
mais le même navire qui lui apportait cette honorable marque de
confiance, devait remporter son cadavre. Le colonel Stanhope, qui était
alors à Zante, et qui s'en retournait en Angleterre, fut chargé de
reconduire les restes de son illustre collègue; et le 25 mai, il
s'embarqua avec eux à bord de _la Floride_.

Dans la lettre que le colonel, à son arrivée aux Dunes, le 29 juin,
écrivit aux exécuteurs testamentaires de Lord Byron, on remarque le
passage suivant:--«Quant à la cérémonie des funérailles, je suis d'avis
que la famille de sa seigneurie soit consultée sur-le-champ, et qu'on
obtienne le droit d'une sépulture publique, ou dans la grande
Abbaye[78], ou dans la cathédrale de Londres.» On a dit,--et je crains
fort que ce ne soit la vérité,--que le désir exprimé dans cette dernière
phrase ayant été confidentiellement communiqué à l'un des révérends
personnages qui ont les honneurs de l'Abbaye à leur disposition, on
reçut une réponse qui ne permit pas de douter qu'un refus positif ne fût
le résultat d'une démarche plus artificielle[79].

[Note 78: L'Abbaye de Westminster, où l'Angleterre donne la
sépulture à ses grands hommes. (_Note du Trad._)]

[Note 79: Un doyen de Westminster porta, dit-on, le scrupule au
point d'exclure de l'Abbaye une épitaphe qui contenait le nom de
Milton:--«Nom, à son avis (dit Johnson), trop abominable pour être sur
le mur d'un édifice consacré à la religion.» _Vie de Milton_. (_Note de
Moore_.)]

On lit sur le poète Hafez, dans la _Vie de sir William Jones_, une
anecdote que ce dernier exemple d'illibéralisme ramène naturellement à
notre mémoire. Après la mort du grand poète persan, quelques religieux
de sa patrie lui contestèrent, par une vive protestation, le droit de
sépulture, en alléguant pour motif le ton licencieux de sa poésie. Après
une grande controverse, on convint de laisser la décision de la question
à un mode de divination usité chez les Persans, qui consistait à ouvrir
à tout hasard le livre du poète, et à prendre les premiers vers venus.
On tomba sur les vers suivans:

        Oh! ne fuyez point d'un cœur froid le cercueil du poète,
          N'arrêtez pas les saintes larmes versées par la pitié,
        Car si le corps du poète sommeille ici dans le péché,
          Son ame, absoute par Dieu, vole déjà vers le ciel.

Ces vers, dit la légende, furent regardés comme un décret divin. Les
dévots n'insistèrent plus sur leurs objections, et les restes du poète
purent jouir de leur paisible sommeil près de ce «doux ombrage de
Mosellay,» qu'il avait si souvent célébré dans ses vers.

Si le droit de sépulture de notre Byron devait se décider de la même
manière, combien peu de ses pages, prises ainsi au hasard, ne lui
donneraient, par un noble trait de sympathie pour la vertu, par un
ardent hommage aux œuvres brillantes de Dieu, ou par une saillie de
piété naturelle plus touchante que toute homélie, un titre à l'admission
dans le temple le plus pur dont la charité chrétienne ait jamais eu la
garde!

Toutefois, quelle qu'eût été définitivement la décision de ces
révérends personnages, c'était le désir de la plus chère parente de Lord
Byron que ces précieux restes fussent déposés dans le caveau de famille
à Hucknall, près de Newsteadt. Après avoir été débarqué de _la Floride_,
le corps avait été, sous la direction de M. Hobhouse et de M. Hanson,
exécuteurs testamentaires de sa seigneurie, transporté chez sir Édouard
Knatchbull, _great George Street_[80], à Westminster, où il demeura
exposé le vendredi et le samedi, 9 et 10 juillet. Le lundi suivant, la
procession funéraire eut lieu; partie de Westminster à onze heures du
matin, suivie par la plupart des amis personnels de sa seigneurie, et
par les voitures de plusieurs personnes de haut rang, elle se dirigea à
travers les diverses rues de la capitale, vers la route du nord. A
Pancras-Church, la cérémonie de la procession étant terminée, les
voitures s'en retournèrent, et le char funèbre continua, par petites
journées, sa route à Nottingham.

[Note 80: Mot à mot: Grande rue de Georges. (_Note du Trad._)]

Ce fut le vendredi 16 juillet que, dans la petite église villageoise de
Hucknall, les derniers devoirs furent rendus aux restes de Byron, qui
furent déposés, près de ceux de sa mère, dans le caveau de famille.
Exactement au même jour du même mois de l'année précédente, Byron, comme
on doit s'en souvenir, avait dit au comte Gamba, avec un ton de
désespoir: «Où serons-nous dans un an?» Le jeune comte à qui cette
parole de funeste présage avait été adressée, rendit une visite à
Hucknell quelques mois après l'enterrement, et en approchant du village,
fut, dit-on, extrêmement frappé de la ressemblance de ce lieu avec cette
triste Missolonghi, où son ami avait rendu le dernier soupir.

Sur une table de marbre blanc, dans le chœur de l'église de Hucknell, on
lit l'inscription suivante:

                  DANS LE CAVEAU CI-DESSOUS,

            OU PLUSIEURS DE SES ANCÊTRES ET SA MÈRE

                        SONT ENTERRÉS,

                    REPOSENT LES RESTES DE

             G E O R G E   G O R D O N   N O E L   BYRON,

                    LORD BYRON, DE ROCHDALE,

                   DANS LE COMTÉ DE LANCASTER,

              AUTEUR DU PÉLERINAGE DE CHILDE-HAROLD,

                           NÉ A LONDRES,

              LE XXII JANVIER MDCCLXXXVIII,

        MORT A MISSOLONGHI, DANS LA GRÈCE OCCIDENTALE,

                    LE XIX AVRIL MDCCCXXIV,

          ENGAGÉ DANS LA GLORIEUSE ENTREPRISE DE RENDRE

              A CETTE CONTRÉE SON ANCIENNE LIBERTÉ

                    ET SON ANCIENNE GLOIRE.

               *       *       *       *       *

                    SA SŒUR, L'HONORABLE

                    AUGUSTA-MARIA LEIGH,

             A CONSACRÉ CE MONUMENT A SA MÉMOIRE.

Parmi les tributs d'hommages qui ont été offerts, en prose et en vers,
et presque dans toutes les langues de l'Europe, à la mémoire de Lord
Byron, je choisirai deux pièces qui me paraissent dignes d'une attention
particulière, l'une,--autant que mon faible savoir classique me permet
d'en juger,--comme simple et heureuse imitation de ces inscriptions dont
la Grèce des anciens jours honorait les tombes de ses héros, et l'autre
comme production d'une plume, naguère engagée dans une controverse avec
Byron, mais non moins prompte, comme le prouvent ces vers touchans, à
déposer sur la tombe du grand homme le tribut d'une mâle douleur et
d'une profonde admiration.[81]

                            Εἰς

                Τὸν ἐν τῆ Ἐλλἀδι τελευτγστα

                           Ποιητήν.

        Οὐ τὸ ζῆν ταναὸν ϐίον εὐκλεὲς, οὐδ᾽ ἐναριθμεῖν

          Ἀρχαίας προγόνων εὐγενέων ἀρετάς

        Τὸν δ᾽ εὺδαιμονίας μοῖρ᾽ ἀρῳέπει, ὅσπερ ἀπάντων

          Αἲεν ἀριστεύων γίγνεται ἀθάνατος--

        Εὔδεις οὖν σὺ, τέκνον, χαρίτων ἔαρ; οὐκ ἔτι θάλλει

          Ἀκμαῖος μελέων ἡδυπνόων στέῳανος;

        Ἀλλὰ τεὸν, τριπόθητε, μόρον πενθοῦσιν Άθήνη,

          Μοῦσαι, πατρὶς, Άρης, Ἑλλὰς, ἐλευθερία.

[Note 81: Par John Williams, esquire.--Moore donne en note la
traduction de ces distiques grecs en vers anglais, faite par un H.H.
Joy. Nous donnons ici la version littérale du texte grec:

SUR LE POÈTE MORT EN GRÈCE.

«La gloire n'est pas dans une longue vie, ni dans la liste des antiques
vertus de nobles aïeux.

»Celui-là seul est heureux qui s'élevant au-dessus des autres hommes,
gagne un renom immortel.--

»Dors-tu-donc, enfant chéri des grâces? Ne fleurit-elle plus, la verte
couronne de tes chants mélodieux?

»Cependant, ô mortel cent fois regretté, ton destin jette dans le deuil
Minerve, les Muses, la patrie, Mars, la Grèce et la liberté.]


DERNIER PÉLERINAGE DE CHILDE-HAROLD.
PAR LE RÉVÉREND W.-L. BOWLES.

I.

«Ainsi Childe-Harold finit son dernier pélerinage!--Sur les rivages de
la Grèce il se leva, et cria: «Liberté!» Ces rivages, renommés de siècle
en siècle, les bois et les rochers de Sparte répondirent: «Liberté!»
Mais un spectre[82] souriait, debout devant le grand homme;--il le
frappa de son dard,--et l'abattit dans la force orgueilleuse de l'âge. O
Sparte! tes rochers entendirent alors un autre cri, et le vieil
Ilyssus[83] soupira:--«Meurs, généreux exilé, meurs!»

[Note 82: Ce spectre, c'est la mort, à qui la poésie anglaise
attribue le sexe masculin, et à qui elle donne un dard, et non pas une
faux.]

[Note 83: Petit fleuve de l'Attique. (_Notes du Trad._)]

II.

«Je ne dirai pas à la pitié de déplorer les capricieuses erreurs de
celui qui mourut ainsi à la fleur des ans: encore moins, Childe-Harold,
aujourd'hui que tu n'es plus, irai-je rappeler le mauvais emploi de ton
génie, ou les ombres déjà passées de ton hypocondrie et de ton
orgueil!--Mais je commanderai aux cyprès de l'Arcadie de balancer leurs
cimes sur ta cendre; je transplanterai le vert laurier des bords du
Pénée, et je souhaiterai que ton ame jouisse du plus profond repos, et
que jamais une pensée ennemie ne soit murmurée sur ta tombe.»

III.

«Ainsi Harold finit en Grèce son pélerinage!--Oui, c'est là qu'il devait
finir.--Sur cette terre renommée, dont le puissant génie vit dans le
livre de la gloire, sur le sol consacré aux Muses, il s'endort dans son
dernier sommeil, lui dont le jeune front est ceint de l'impérissable
couronne des nœufs sœurs!--Troupes joyeuses, suspendez dans les vallons
de Tempé les gais accens de la flûte! Harold, je suis jusqu'au lieu de
ta naissance la lente marche du char funèbre,--et ton dernier pélerinage
terrestre.»

IV.

«A pas lents s'avance le char funéraire, le cortége de deuil. Je suis
avec un soupir la triste procession qui marche silencieusement vers ce
temple villageois, où tes ancêtres, Childe-Harold, gisent en poussière.
Là dort cette mère qui, considérant d'un œil mouillé de larmes les
destinées de ta jeune carrière, veilla sur les sommeils[84] de ton
enfance. Son fils, délivré du faix de la vie mortelle, vient aujourd'hui
reposer avec elle dans le même séjour de paix.»

[Note 84: Nous risquons le pluriel, comme dans le texte. (_Note du
Trad._)]

V.

«Rompant le silence de la mort,--si cette tendre mère eût pu
parler--(parler quand la terre était amoncelée sur la tête de son
fils),--elle eût, d'une voix faible et caverneuse, ainsi salué la venue
du défunt:--«Repose ici, mon fils, avec moi.--Le songe est envolé;--le
masque bigarré et le bruyant tumulte ne sont plus. Sois le bienvenu dans
cette couche silencieuse, où le profond oubli succède au fracas de la
vie, et où les passions dévorantes n'usent plus le cœur[85].»

[Note 85: Nous jugeons à propos d'adjoindre en note le texte, en
faveur des lecteurs qui connaissent l'anglais.

«CHILDE HAROLD'S LAST PILGRIMAGE.
BY THE REV. W.-L. BOWLES.

          SO ENDS CHIDE HAROLD HIS LAST PILGRIMAGE!
          Upon the shores of Greece he stood, and cried
          'LIBERTY!' and those shores, from age to age
          Renown'd, and Sparta's woods and rocks, replied
          'Liberty!' But a Spectre, at his side,
        Stood mocking;--and its dart, uplifting high,
          Smote him:--he sank to earth in life's fair pride:
          SPARTA! thy rocks then heard another cry,
        And old Ilissus sigh'd--'Die, generous exile, die!'

          I will not ask sad Pity to deplore
          His wayward errors, who thus early died;
          Still less, CHILDE HAROLD, now thou art no more,
          Will I say aught of genius misapplied;
          Of the past shadows of thy spleen or pride:--
          But I will bid th' Arcadian cypress wave,
          Pluck the green laurel from Peneus' side,
          And pray thy spirit may such quiet have,
        That not one thought unkind be murmur'd o'er thy grave.

          SO HAROLD ENDS, IN GREECE, HIS PILGRIMAGE!--
          There fitly ending,--in that land renown'd,
          Whose mighty genius lives in Glory's page,--
          He, on the Muses' consecrated ground,
          Sinking to rest, while his young brows are bound
          With their unfading wreath!--To bands of mirth,
          No more in TEMPE let the pipe resound!
          HAROLD, I follow to thy place of birth
        The slow hearse--and thy LAST sad PILGRIMAGE on earth.

          Slow moves the plumed hearse, the mourning train,--
          I mark the sad procession with a sigh,
          Silently passing to that village fane,
          Where, HAROLD, thy forefathers mouldering lie;--
          There sleeps THAT MOTHER, who, with tearful eye
          Pondering the fortunes of thy early road,
          Hung o'er the slumbers of thine infancy;
          Her Son, released from mortal labour's load,
        Now comes to rest, with her, in the same still abode.

          Bursting Death's silence--could that mother speak--
          (Speak when the earth was heap'd upon his head)--
          In thrilling, but with hollow accent weak,

Ce serait faire trop peu de cas de la critique que de dire avec Gray que
«même un mauvais vers est chose aussi bonne ou meilleure que la
meilleure observation dont il ait jamais été l'objet.» Mais il y a
certainement peu de tâches qui me paraissent plus ingrates et plus
superflues que celle de se traîner pas à pas, comme fait quelquefois la
critique, à la suite d'un génie victorieux (comme les commentateurs sur
le champ de bataille de Blenheim ou de Waterloo), et de s'évertuer à
nous montrer _pourquoi_ il a triomphé, ou, ce qui est encore moins
profitable, à prétendre qu'il _devait_ échouer. Le célèbre passage de La
Bruyère, qui, pour avoir été appliqué par l'adulation de Voltaire à un
ouvrage du roi de Prusse, n'en a pas moins gardé sa valeur, met
peut-être sous son véritable point de vue le rang très-secondaire que la
critique doit être contente de garder à la suite d'un génie
heureux:--«Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous
inspire des sentimens nobles, ne cherchez pas une autre règle pour juger
de l'ouvrage; il est bon, et fait de main de l'ouvrier. La critique,
après ça, peut s'exercer sur les petites choses; relever quelques
expressions, corriger des phrases, parler de syntaxe, etc., etc.» (_Note
de Moore_.)]

          She thus might give the welcome of the dead:--
          'Here rest, my son, with me;--the dream is fled;--
          The motley mask and the great stir is o'er:
          Welcome to me, and to this silent bed,
          Where deep forgetfulness succeeds the roar
        Of Life, and fretting passions waste the heart no more.'»

Sa seigneurie, en vertu d'un testament dont on trouvera une copie dans
l'Appendice, légua à ses exécuteurs testamentaires, en dépôt pour le
bénéfice de sa sœur, Mrs. Leigh, les sommes d'argent provenant de la
vente de tous ses immeubles à Rochdale et ailleurs, avec tous les autres
biens dont la propriété n'appartînt pas à lady Byron et à sa fille Ada,
à cette fin que Mrs. Leigh en eût la jouissance hors du contrôle de son
mari, durant sa vie entière, et qu'après son décès ses enfans en
héritassent.

Nous avons donc suivi jusqu'à son dernier terme une vie qui, si brève
qu'en ait été l'étendue, a peut-être compris une plus grande diversité
de ces sensations et de ces intérêts variés qui naissent de la profonde
activité des passions et de l'intelligence, que toutes les autres vies
jusqu'ici décrites par la plume de la biographie. Comme il reste encore
parmi les papiers de mon ami quelques fragmens curieux que l'abondance
des matières m'a empêché jusqu'à présent de placer, mais qui contribuent
trop à le peindre pour être laissés dans l'oubli, je vais, en les
recueillant pour le lecteur, profiter de cette occasion pour imposer à
sa patience, pour la dernière fois, quelques remarques générales.

On a dû observer, dans ces pages,--et peut-être avec regret,--que Lord
Byron, en tant que poète, n'a presque pas été l'objet d'aucun examen
critique; mais que, content d'exprimer généralement le plaisir que, de
concert avec tout le monde, je puise dans sa poésie, j'ai laissé à
d'autres la tâche d'analyser les sources de ce plaisir. En éludant,--si
toutefois on doit prendre la chose sous ce point de vue,--un de mes
devoirs de biographe, j'ai été non moins influencé par la conscience de
mon inaptitude à l'office de critique, que par le souvenir de la
surveillance assidue avec laquelle, durant toute la carrière du poète,
chaque nouvelle apparition de son génie fut signalée du haut des grands
observatoires de la critique, et les perpétuelles variations de sa
course et de son éclat suivies et notées si habilement et si
minutieusement, qu'il ne reste presque plus rien à découvrir aux
observations ultérieures. Ç'a été d'ailleurs le but immédiat de ces
volumes, que d'étudier le caractère et la conduite de Lord Byron, comme
homme, étude qui jette le plus grand jour sur son caractère comme
écrivain; et si, dans le cours de cet ouvrage, j'ai donné quelque
explication satisfaisante de ces anomalies morales et intellectuelles
que la vie de Lord Byron a présentées,--à plus forte raison encore, si
mes humbles travaux ont eu l'effet de dissiper quelques-uns des nuages
qui environnaient mon ami, et de le montrer, sous beaucoup de rapports,
aussi digne d'amour qu'il fut, sous tout point de vue, digne
d'admiration, alors le principal but de mon livre sera rempli.

Puisque j'ai consacré à cet objet une si large portion des réflexions
dont j'ai parsemé cet ouvrage, et que j'ai mis le monde en état de se
former un jugement par lui-même, en plaçant l'homme, à nu et sans
déguisement, devant tous les yeux, il paraît ne rester que la tâche
facile de réunir les divers élémens de son caractère, et de faire un
portrait complet par la combinaison des traits, déjà décrits isolément.
La tâche, cependant, n'est pas aussi facile qu'elle peut le paraître. Il
y a peu de caractères dans lesquels une observation intime ne nous
découvre une disposition ou passion prédominante, assez conséquente
dans ses effets pour être prise hardiment en ligne de compte dans
l'appréciation de toutes les circonstances où ces caractères se trouvent
placés. De même que dans le corps ou dans le visage humain, toutes les
proportions se rapportent à certains points fixes, de même il y a dans
la plupart des esprits une influence souveraine, qui,--contrariée, sans
doute, en quelques occasions par d'autres influences,--est la source
principale de toutes les inclinations et de toutes les tendances. Mais
Lord Byron n'offre presque point du tout dans son caractère cette espèce
de pivot fondamental. Gouverné en différens momens par des passions
totalement différentes, et mu quelquefois, comme durant son court accès
de parcimonie en Italie, par des motifs qui ne s'étaient jamais
développés auparavant en lui, il met souvent en défaut ce simple mode
d'observation qui consiste à remonter aux sources du caractère; et
si,--ce qui n'est pas impossible,--en essayant d'expliquer les étranges
variations de son esprit, je me suis laissé moi-même tomber dans la
contradiction et l'inconséquence, l'extrême difficulté d'analyser, sans
être ébloui ni dérouté, une complication si inouie de qualités diverses,
doit me servir d'excuse.

En vérité, les attributs moraux et intellectuels de Lord Byron furent si
variés et si contradictoires, qu'on peut dire de lui qu'il n'était pas
un, mais multiple; et ce ne serait pas trop exagérer la vérité que de
dire que, par le simple partage des qualités de ce seul esprit, on
aurait pu former plusieurs caractères, tous différens et tous vigoureux.
Ce fut par ces aspects multiformes que, durant sa courte et merveilleuse
carrière, Byron donna lieu de se faire comparer avec cette macédoine de
personnages, presque tous différens les uns des autres, qu'il énumère
plaisamment dans un de ses journaux:--

«J'ai songé l'autre jour aux diverses comparaisons, bonnes ou mauvaises,
que j'ai lues sur mon compte dans divers journaux anglais et étrangers.
Cette réflexion me vint dernièrement en feuilletant accidentellement un
journal étranger,--car je me suis fait depuis peu une règle de ne jamais
rien chercher de ce genre, mais de ne pas en éviter la lecture offerte
par le hasard.

»Donc, pour commencer, je me suis vu comparé, comme homme ou comme
poète, en anglais, en français, en allemand (que je me suis fait
traduire), en italien et en portugais, depuis les derniers neuf ans de
ma vie, à Rousseau, à Goëthe, à Young, à l'Arétin, à Timon d'Athènes, à
Dante, à Pétrarque: «Vase d'albâtre, illuminé au-dedans; à Satan, à
Shakspeare, à Buonaparte, à Tibère, à Eschyle, à Sophocle, à Euripide, à
Arlequin, au Clown, à Sternhold et à Hopkins; à la fantasmagorie, à
Henri VIII, à Chénier, à Mirabeau, au jeune écolier R. Dallas, à
Michel-Ange, à Raphaël, à un petit-maître, à Diogène, à Childe-Harold,
à Lara, au comte dans _Beppo_, à Milton, à Pope, à Dryden, à Burns, à
Savage, à Chatterton, au «J'ai souvent entendu parler de toi, seigneur
Byron,» de Shakspeare; au poète Churchill, à l'acteur Kean, à Alfieri,
etc., etc., etc.

»Ma ressemblance avec Alfieri fut soutenue très-sérieusement par un
Italien qui l'avait connu dans sa jeunesse. Elle ne portait à la vérité
que sur nos qualités extérieures et personnelles. Cet Italien ne le dit
pas à moi-même (car nous n'étions pas alors bons amis), mais en société.

»L'objet de tant de comparaisons contradictoires est probablement un
être un peu différent de tous les autres; mais quel est-il? C'est ce que
ni moi ni personne ne pouvons dire.»

Il ne serait pas sans intérêt, si nous avions assez d'espace et de tems
pour une telle tâche, de passer en revue les personnages cités dans la
liste précédente, et de montrer en combien de points,--quoique tous
présentent entre eux de si matérielles différences,--chacun peut offrir
une ressemblance frappante avec Lord Byron. Nous avons vu, par exemple,
que les injustices et les douleurs de la vie furent les véritables
sources de l'inspiration pour Lord Byron. Là où frappa le pied du
critique, la source ne tarda pas à jaillir[86]; et toutes les insultes
du monde ne firent que rendre cette onde plus forte et plus brillante.
Dante eut la même obligation au malheur,--à l'oppression, qui fit sortir
de pensées amère la pure essence de son génie:--_Quum illam sub amarâ
cogitatione excitatam occulti divinique ingenii vim exacuerit et
inflammârit_[87].»

[Note 86: On voit que Moore est poète.--Cette phrase fait allusion à
l'origine de la fontaine d'Hippocrène, qui, suivant les mythes, jaillit
de dessous terre, sous un coup de pied de Pégase. (_Note du Trad._)]

[Note 87: Paul Jove[B].--Bayle aussi dit de Dante: «Il fit entrer
plus de feu et plus de force dans ses livres qu'il n'y en eût mis s'il
avait joui d'une condition plus tranquille.» (_Note de Moore_.)]

[Note B: C'est ainsi que d'amères pensées éveillèrent la puissance
encore occulte de ce divin génie. (_Note du Trad._)]

Par le mépris pour l'opinion du monde, mépris qui porta Dante à
s'écrier: «_Lascia dir le genti_[88],» Lord Byron avait encore une
grande ressemblance avec le poète toscan,--quoique cela fût chez lui, il
faut l'avouer, beaucoup plus affecté que réel. Car, tandis que le dédain
de la voix publique était sur ses lèvres, la plus vive sensibilité au
moindre souffle de l'opinion était dans son cœur. Et, comme si tous les
sentimens de son ame avaient dû être combinés à un élément douloureux,
il unissait à l'orgueil de Dante la susceptibilité de Pétrarque; et s'il
était comme l'un contempteur de l'opinion publique, comme l'autre il
tremblait au gré de cette reine du monde.

[Note 88: Laisse dire les hommes.]

J'ai déjà eu occasion de remarquer ses rapports avec Pétrarque, en
d'autres traits de caractère[89]; et s'il est vrai, comme on l'a souvent
conjecturé, que Byron n'eut pas un juste respect pour Shakspeare, en
vertu d'une jalousie secrète dont il avait à peine conscience, on sait
qu'un sentiment semblable exista dans Pétrarque à l'égard de Dante; et
la raison qu'on en a donnée,--savoir que Pétrarque n'avait rien à
craindre des écrivains vivans, tandis que devant l'ombre de Dante, il
pouvait avoir raison de se sentir rabaissé[90]:--cette raison, dis-je,
n'est point inapplicable dans le cas de Lord Byron.

[Note 89: Quelques passages de l'_Essai_ de Foscolo sur Pétrarque
peuvent être appliqués, avec une égale vérité, à Lord Byron.--Par
exemple,--«Il était presque impossible à Pétrarque d'exprimer une pensée
sans se peindre lui-même»--«Pétrarque, séduit par l'idée que sa
célébrité donnerait une grande importance aux circonstances les plus
ordinaires de sa vie, rassasia la curiosité du monde, etc., etc.»--«Dans
les lettres de Pétrarque, comme dans ses poèmes et ses traités, nous
confondons toujours l'auteur avec l'homme, qui était entraîné par un
irrésistible instinct à développer ses énergiques sentimens. Étant doué
de presque toutes les nobles passions de notre nature, et de
quelques-unes de nos mauvaises, et n'ayant jamais tenté de les
dissimuler, il nous fait réfléchir sur nous-mêmes, tandis que nous
contemplons en lui un être de notre espèce, qui pourtant diffère de tout
autre, et dont l'originalité excite même plus de sympathie que
d'admiration.» (_Note de Moore_.)]

[Note 90: «Il Petrarca poteva credere candidamente ch' ei non pativa
d'invidia solamente, perchè fra tutti i viventi non v' era chi non
s'arretasse per cedergli il passo alla prima gloria, ch' ei non poteva
sentirsi umiliato, fuorchè dall' ombra di Dante.»]

Entre les dispositions et les habitudes d'Alfieri, et celles du noble
poète de l'Angleterre, on peut signaler de non moins remarquables
coïncidences; et le sonnet dans lequel le dramatiste italien déclare
peindre son propre caractère, contient, en un vers d'une admirable
concision, un portrait du versatile auteur de _Don Juan_:--

        _Or stimandome Achille ed or Tersite_[91].

[Note 91: Tantôt me croyant un Achille, et tantôt un Thersite.]

Par l'extrait même que je viens de donner du Journal de Lord Byron, on
voit que, dans sa propre opinion, un caractère qui, comme le sien,
permettait tant de comparaisons contradictoires, ne pouvait être autre
chose qu'un caractère totalement indéfinissable. On trouvera toutefois,
en y réfléchissant, que cette versatilité même, qui rend si difficile de
fixer, «avant une métamorphose,» l'édifice merveilleux de ce caractère,
est le seul fil qui nous conduise à travers les détours de ce labyrinthe
bâti, pour ainsi dire, par un art de féerie,--est la véritable solution
de tout ce qu'il y eut d'éclatant dans la puissance de Lord Byron et de
repoussant dans sa légèreté, de tout ce qu'il y eut de plus attrayant et
de plus répugnant dans sa vie ou dans son génie. Variété presque infinie
de talens, déployés avec un orgueil non moins vaste,--susceptibilité
pour les impressions et les émotions nouvelles, portée au-delà du lot
ordinaire du génie, et obéie avec une intraitable impétuosité, tant par
habitude que par nature:--telles furent les deux grandes et principales
sources de ce spectacle varié que Lord Byron présenta dans sa vie, de
cette succession de victoires remportées par son génie sur presque tous
les champs ouverts à l'intelligence humaine, et de tous ces élans de
caractère, produits sous toutes les formes et dans toutes les
directions, par une sensibilité indomptée et par une volonté
irrésistible.

Tous ceux qui sont doués de quelque disposition à l'association des
idées, doivent avoir remarqué que, si une pensée ou un sentiment
quelconque se présente à leur esprit, le sentiment ou la pensée
contraire s'éveille au même instant:--à côté du sublime, le ridicule,
qui en est le voisin, apparaît constamment;--à une vue brillante du
présent ou de l'avenir, une vue sombre mêle ses nuages;--et, même dans
les questions relatives à la morale et à la conduite, tous les motifs et
tous les raisonnemens qui engagent à l'adoption de l'un des deux partis
contraires seront, dans de tels esprits, contrebalancés sur-le-champ par
un groupe de motifs et de raisonnemens équivalens. Un esprit de ce
genre,--et tels sont, plus ou moins, tous les esprits chez lesquels le
raisonnement est subordonné à l'imagination,--tout capable qu'il est,
par cette rapide association d'idées, de multiplier ses ressources sans
fin, a besoin du contrôle d'un jugement exercé pour conserver ses
pensées pures et nettes entre les contrastes qu'il appelle ainsi
simultanément; car il y a danger que, en matière d'art, l'habitude de
former des rapprochemens incongrus,--par exemple, entre le burlesque et
le sublime,--ne finisse par corrompre le goût de l'esprit pour le plus
noble et le plus haut point de vue; et que, dans les questions de morale
encore plus importantes, la facilité de trouver le pour et le contre
n'aboutisse, sinon à un mauvais choix, du moins à une indifférence
sceptique.

Lorsqu'on se représente un événement aussi terrible qu'un naufrage, une
scène d'horreur et de péril s'offre seule aux imaginations ordinaires;
mais la vive et versatile imagination de Byron y vit encore autre chose,
et aux circonstances les plus horribles et les plus épouvantables, mêla
tout ce qu'il y a de plus ridicule et de plus bas. Mais dans ce
douloureux mélange il ne fut que trop fidèle peintre de la nature
humaine, si l'on en croit le témoignage du cardinal de Retz, témoin
oculaire d'un tel événement:--«Vous ne pouvez vous imaginer, dit le
cardinal, l'horreur d'une grande tempête;--vous en pouvez imaginer aussi
peu le ridicule.» Mais assurément, un poète moins entraîné par la
variété de son talent, et moins désireux d'en faire parade, se serait
arrêté avant de confondre, par une si cruelle ironie, la dégradation et
les souffrances de l'humanité, et, content d'éprouver notre cœur par le
tableau des misères de nos semblables, se serait abstenu de nous
arracher, un instant après, un sourire amer à la vue de leur bassesse.

Les résultats de ce genre d'esprit sont si dangereux pour le sens moral,
qu'on risquerait peut-être de trop généraliser en affirmant que partout
où existe une grande versatilité d'imagination, on trouvera aussi une
tendance prononcée à la versatilité de principes. Le poète Chatterton,
dans l'ame duquel les germes de tout ce qu'il y a de bon et de mauvais
dans le génie mûrirent si prématurément, disait, dans l'orgueilleuse
conscience de ce multiple talent, que «il avait le plus profond mépris
pour l'homme qui ne pouvait écrire le pour et le contre,» et ce fut en
agissant lui-même conformément à ce principe, qu'il souilla son nom de
quelques taches durant la vie si courte que le destin lui accorda.
Mirabeau aussi, quand dans le cours des hostilités légales de son père
et de sa mère, il mit la main aux plaidoyers de l'un et de l'autre, fut,
sans aucun doute, moins influencé par le plaisir du mal que par la
piquante vanité de cette souplesse de talent, et fut aveuglé sur la
révoltante perfidie de son travail, par l'habileté avec laquelle il
l'exécutait.

Cette qualité, que j'ai nommée ici versatilité, en tant qu'elle concerne
l'imagination, Lord Byron l'a lui-même désignée par le nom français de
_mobilité_, en tant qu'elle concerne les sentimens et la conduite; et
dans un des chants de _Don Juan_, il en a heureusement esquissé quelques
traits. Après nous avoir dit que son héros avait commencé d'après la
grande prédominance de cette qualité chez Adeline, «à douter un peu de
la _réalité_ de ses perfections», il dit:--

       Tant elle faisait preuve tour-à-tour, et à l'égard de chaque
       convive, de cette brillante versatilité que bien des gens
       confondent avec la sécheresse de cœur. Ils se trompent,--c'est
       tout simplement ce qu'on appelle mobilité, un effet, non de
       l'art, mais du caractère, que l'on suppose affecté, parce qu'il
       semble banal; trompeur, bien qu'il soit plein de franchise; car,
       certes, il y a de la franchise à se montrer plus vivement
       impressionné par ce qui touche plus immédiatement[92].

[Note 92: _Don Juan_, ch. XVI, st. 97.]

Nous avons à peine besoin de la note où Lord Byron, à propos de ce
passage, qualifie cette mobilité de «malheureux don», pour voir combien
il sentait la prééminence de cette qualité en lui-même, et le danger qui
en résultait pour son caractère. La conscience de sa tendance naturelle
à céder ainsi à toute impression fortuite, et à varier suivant mille
impulsions passagères, non-seulement fut toujours présente à son esprit,
mais encore comme il savait bien que le monde attache un soupçon de
faiblesse à la rétractation ou à l'abandon d'opinions long-tems
professées,--elle eut l'effet de le maintenir, sur certains points
importans, dans une ligne générale d'uniformité, que, malgré quelques
fluctuations et contradictions accidentelles dans les détails, il
continua à garder toute sa vie. Un passage d'un de ses manuscrits
montrera avec quelle sagacité il aperçut la nécessité de se prémunir
contre son instabilité sous ce rapport. «Le monde traite un changement
de système politique ou de religion avec un blâme plus sévère qu'une
pure différence d'opinion ne me semblerait le mériter. Mais il doit y
avoir une raison de ce sentiment;--et c'est, je crois, parce qu'on a vu
cet abandon des premières idées inspirées à notre enfance, et de la
ligne de conduite par nous choisie lors de notre première entrée dans la
vie publique, produire plus de mauvais résultats pour la société, et
prouver plus de faiblesse d'esprit que d'autres actions en elles-mêmes
plus immorales». Ce peu de confiance en sa stabilité, tenant ainsi Byron
toujours en éveil, ne concourut point peu, sans aucun doute, avec la
bonté naturelle de son cœur, à donner tant de solidité et de durée à la
plupart de ses attachemens,--dont quelques-uns, comme son amitié pour sa
mère, durent évidemment à un sentiment de devoir, plutôt qu'à une
affection réelle, la constance si honorable avec laquelle il les
conserva.

Mais tandis que, sous ces rapports comme dans la persévérance avec
laquelle il s'attacha aux habitudes et aux amusemens de la jeunesse, il
réussit à vaincre sa variabilité et son inconstance naturelles,--dans
toutes les autres applications de son esprit, dans toutes les excursions
de sa raison ou de son imagination, il s'abandonna à cette humeur
versatile sans scrupule et sans frein, prit toutes les formes sous
lesquelles le génie pouvait se manifester, et se transporta dans toutes
les régions intellectuelles où de nouvelles conquêtes pouvaient être
accomplies.

Il était impossible qu'il n'abusât pas d'une telle puissance de volonté
et de talent. Il était impossible que, parmi les esprits qu'il invoquait
de tous côtés, les esprits de ténèbres n'apparussent pas, à son ordre,
avec les esprits de lumière. Et ici les dangers d'une activité si
multipliée, se complaisant ainsi dans ses transformations, se montrent
d'eux-mêmes. Devant ce grand et unique objet, le déploiement d'une
imagination variée, splendide, et propre à tout embellir,--toute autre
considération et tout autre devoir ne pouvaient qu'être sacrifiés. Il
faut que l'avocat déploie son éloquence et son art, n'importe pour
quelle cause;--il faut que le talent grave partout son empreinte,
n'importe avec quel sceau. Pouvait-on espérer que dans une telle
carrière il ne surviendrait rien de mal, et qu'au milieu de ces éclairs
d'imagination, la lumière morale demeurerait pure? Doit-on donc
s'étonner que dans les œuvres d'un homme ainsi entraîné par ses
brillantes qualités, nous trouvions,--certes, sans aucun dessein de
corruption de sa part,--le vice embelli d'un éclat trompeur et d'un faux
air de vertu, et le mal trop souvent investi d'une grandeur qui
n'appartient essentiellement qu'au bien?

Entre autres maux moins sérieux, nés de cet abus d'une riche et
versatile imagination,--plus spécialement développés dans l'œuvre la
plus caractéristique de Lord Byron, dans _Don Juan_,--on trouvera que
l'impression même d'une poésie vigoureuse est quelquefois fort affaiblie
par ces saillies capricieuses et folâtres, où cette souplesse d'essor
entraîne le poète. En vérité, tous ceux qui lisent cet ouvrage, et
surtout ceux qui, ne possédant eux-mêmes qu'à une faible dose une telle
flexibilité, sont incapables de suivre toutes ces brusques digressions,
doivent sentir que la soudaineté avec laquelle Byron passe d'un ton à un
autre,--du bouffon au mélancolique, du comique au tendre,--produit un
manque de foi dans la sincérité de l'un ou l'autre, ou même de l'un et
l'autre sentiment, et partant diminue, ou même refroidit tout-à-fait, la
sympathie qu'une transition plus naturelle inspirerait. En général, un
tel soupçon serait injuste envers Lord Byron; car, parmi les singulières
combinaisons que son esprit présentait, celle de la versatilité et de la
profondeur de sentiment n'était pas la moins remarquable. Mais, en
somme, quelque favorable que fût cette vivacité et cette variété
d'association à l'étendue de son essor poétique, on peut mettre en
question si une concentration plus judicieuse de ses talens n'aurait pas
produit un résultat encore plus grand et plus précieux. Si l'esprit de
Milton et celui du Tasse avaient été ainsi ouverts aux incursions de
frivoles et burlesques conceptions, qui peut douter que ces majestueux
sanctuaires du génie n'eussent souffert autant de dommage que de
profanation?--Et l'on peut au moins se demander si Lord Byron, moins
versatile, moins dominé par n'eût pas été moins étonnant, peut-être,
mais plus grand.

        Une imagination libre comme l'air
        Et pleine de mobilité[93],

[Note 93:

        A fancy, like the air, most free,
        And full of mutability.]

Et ce ne fut pas seulement dans ses créations poétiques que cet amour de
la nouveauté et de la variété se déploya;--une des plus remarquables
faiblesses de sa vie peut être rapportée à cette fertile source.
L'orgueilleux désir de jouer toute espèce de rôle, bon ou mauvais,
n'influença que trop, comme nous l'avons vu, son ambition et même sa
conduite, et, comme en poésie, son expérience personnelle des mauvais
effets des passions lui servit à fournir des matériaux aux œuvres de son
imagination; ainsi, en retour, son imagination lui prêta ces sombres
couleurs sous lesquelles il déguisa si souvent son véritable aspect aux
yeux du monde. En vérité, il porta à un tel degré de déraison cette
fantaisie de se décrier soi-même, que s'il y eut jamais en lui (comme il
se l'imaginait quelquefois dans ses momens de spleen), une tendance au
dérangement des facultés mentales[94], c'est sous ce seul point de vue
qu'elle pourrait être reconnue pour s'être quelque peu manifestée[95].
Dans les premiers tems de ma liaison avec lui, lorsqu'il se laissait le
plus aller à cette fantaisie,--(car on put depuis observer qu'alors que
la mauvaise opinion qu'il avait de lui-même fut partagée par le monde,
il fut disposé à ne point faire écho),--je le vis plus d'une fois, quand
nous étions assis ensemble après le dîner, et qu'il était alors
peut-être un peu sous l'influence du vin, se livrer sérieusement à cette
humeur noire, se décrier lui-même, et jeter maintes allusions sur sa vie
passée, avec un air de mélancolie et de mystère évidemment calculé pour
éveiller la curiosité et l'intérêt. Il était, toutefois, trop
promptement sensible aux moindres atteintes du ridicule pour ne pas
s'apercevoir, en ces occasions, que la gravité de son auditeur ne se
soutenait que par un effort de politesse; aussi ne renouvela-t-il plus
sur moi l'épreuve de cette romanesque mystification. Mais, d'après ce
que j'ai su de ses expériences sur des auditeurs plus impressionnables,
je ne doute guère que pour produire de l'effet dans le moment, il n'y
ait de crime si noir ni si désespéré dont il ne se fût laissé supposer
coupable, dans l'espoir enivrant d'agir ainsi sur les imaginations; et
j'ai quelquefois eu idée que la cause secrète de la séparation de sa
femme d'avec lui, cause sur laquelle lady Byron et son conseil légal ont
jeté un si formidable mystère, peut après tout n'avoir pas été autre
chose qu'une imposture de ce genre, un obscur demi-aveu d'horreurs
indéterminées, qui, racontées pour mystifier et pour surprendre, furent
prises au sérieux par celle qui en entendait le récit.

[Note 94: Nous avons vu combien de fois, dans ses Journaux et dans
ses lettres, il exprime ce soupçon sur la solidité de son état mental.
Une crainte semblable paraît s'être aussi emparée du vigoureux esprit de
Johnson, qui, comme Byron, était disposé à attribuer à une constitution
héréditaire cette mélancolie, qui, dit-il, «le rendit fou toute sa vie,
ou du moins peu sage.» Ce trait particulier du caractère de Johnson a
donné lieu, dans l'édition que Boswell donne de la _Vie_ de ce
littérateur, à des remarques qui toutes ont été inspirées par la
sagacité connue de l'éditeur, et qui, relatives à un point si important
dans l'histoire de l'intelligence humaine, seront jugées dignes de la
plus grande attention.

Dans une des nombreuses lettres que Lord Byron m'a écrites, et que j'ai
jugé à propos d'omettre, je trouve qu'il attribue ce trouble supposé de
ses facultés au mariage de miss Chaworth,--«mariage, dit il, auquel elle
sacrifia les projets de deux anciennes familles, un cœur qui était à
elle depuis dix ans, et une tête qui n'a plus été dès-lors entièrement
saine.» (_Note de Moore_.)]

[Note 95: Dans son Journal de 1814, il y a un passage que j'avais
conservé dans l'unique but de jeter du jour sur ce travers de son
esprit, avec l'intention d'y ajouter une note explicative. Mais, par
inadvertance, la note a été omise; et ce passage, ainsi livré à
lui-même, a, je le vois, parfaitement réussi à mystifier les lecteurs
français. Il n'y a pas de sorte de meurtre imaginable que les enfans de
la nouvelle école romantique n'aient travaillé à extraire du mystère de
ce passage. (_Note de Moore_.)]

Cette étrange propension en vertu de laquelle l'homme en Byron, fut,
pour ainsi dire, inoculé par le poète, réagit sur sa poésie, de manière
à produire, dans le portrait de quelques-uns de ses personnages, cette
contradiction qui a été fréquemment signalée par ses critiques,--je
veux dire, l'union d'une ou deux vertus sublimes et brillantes avec «un
millier de crimes» tout-à-fait incompatibles avec elles; or, en vérité,
cette anomalie s'explique par les deux différentes sortes d'ambition qui
l'animaient,--l'une, très-naturelle, celle d'imprimer à ses personnages
ces hautes et bonnes qualités qu'il sentait en lui-même,--l'autre,
purement artificielle, celle de leur prêter ces crimes que par un
véritable enfantillage il souhaitait lui être attribués par le monde.

Indépendamment de ces efforts pour noircir son propre nom, et même après
qu'une amère expérience lui eût appris l'imprudente folie d'un tel
système, il y eut toujours, dans la sincérité et la franchise outrée de
son ame, et dans cet abandon facile avec lequel il exprimait toutes les
impressions passagères de son esprit et de son cœur, plus qu'il n'en
fallait pour exposer son caractère sous les aspects les moins favorables
aux yeux de tout le monde. Quel homme, en vérité, pourrait supporter
l'épreuve d'être jugé même d'après les meilleures de ces innombrables
pensées qui se succèdent les unes aux autres, comme les vagues de la
mer, dans l'intérieur de nos esprits, et passent sans être émises au
dehors, sans même être pour la plupart, avouées de
nous-mêmes?--Cependant, voilà l'épreuve que Byron subit durant sa vie
entière. Tant par cette précipitation avec laquelle il céda à la
moindre impulsion, que par la passion qu'il avait de rappeler ses
impressions, toutes ces pensées, fantaisies et envies hétérogènes, qui
dans les esprits des autres hommes, «surviennent comme des ombres, et
comme elles s'évanouissent,» étaient par lui fixées et personnifiées à
mesure qu'elles se présentaient, et, prenant soudain une forme
reconnaissable, soit dans ses actions ou ses paroles, soit dans la
rapide lettre du moment ou dans le poème destiné à l'immortalité, elles
offraient au jugement de l'opinion publique un cercle de points
vulnérables que nul individu, peut-être, ne présenta jusqu'ici.

Avec une telle abondance et une telle variété d'élémens pour composer un
portrait, on peut aisément concevoir comment deux peintres avoués de
Lord Byron, l'un par trop partial, et l'autre plein de méchanceté, ont
pu:--le premier, en choisissant exclusivement les plus beaux traits, et
le second les plus sombres,--produire deux portraits aussi différens
l'un de l'autre qu'ils ressemblent peu, somme toute, à l'original.

Pour montrer l'excessive indiscrétion avec laquelle il énonçait toutes
ses pensées et toutes ses impressions,--surtout si elles avaient trait à
sa propre personne,--sans qu'il eût même un seul instant la prudence
presque instinctive de considérer si, par de telles confessions, il
n'allait pas laisser une opinion calomnieuse de lui-même,--je saurais à
peine donner un exemple plus frappant que la conversation que M.
Trelawney rapporte avoir eue avec lui pendant qu'il faisaient route
ensemble pour la Grèce. Après quelques remarques sur l'état de sa santé
mentale et corporelle[96], Byron dit: «Je ne sais comment, mais je suis
quelquefois si poltron, que ce matin, si vous m'aviez donné des coups de
cravache, je m'y serais soumis sans opposition. Qu'est-ce que cela veut
dire? Si un tel accès de poltronnerie s'empare de moi en Grèce, que
ferai-je?»--Je lui répondis (continue M. Trelawney) que c'était
l'excessive faiblesse de ses nerfs.--«Oui, répliqua-t-il, et de ma tête
aussi. J'étais un héros à mon départ de Gênes, mais je sens mon courage
s'écouler peu à peu.»

[Note 96: «Il disait souvent (dit M. Trelawney) qu'il ne croyait pas
avoir beaucoup d'années à vivre, et qu'il mourrait en Grèce. Il me le
dit à Céphalonie. Il ne me parut jamais ému en ces occasions; mais,
parfaitement indifférent sur l'époque plus ou moins prochaine de sa
mort, il déclarait seulement qu'il n'était point capable de supporter la
douleur. Dans notre voyage, nous avions lu avec une grande attention la
vie et les lettres de Swift, publiées par W. Scott, et nous en parlions
presque journellement; et plus d'une fois il exprima combien il avait
horreur d'une telle existence, et témoigna quelque crainte que ce ne fût
son destin.» (_Note de Moore_.)]

Ceux qui ont quelque connaissance de la nature humaine, n'oseront nier
que de tels découragemens n'aient, sous l'influence d'un semblable
abattement des esprits vitaux, passé dans la tête des hommes les plus
braves qui aient jamais vécu ici-bas;--mais alors, loin d'être avoués,
oubliés même par celui qui les éprouvait, ils s'évanouissaient avec
l'indisposition passagère qui les avait produits, et ne donnaient lieu
ni à la vérité de les mentionner comme preuves d'un défaut de santé, ni
à la calomnie d'en inférer le soupçon d'un défaut de bravoure. On
pourrait affirmer que tous les hommes sont naturellement poltrons, en
appuyant cette assertion sur la facilité avec laquelle la plupart des
hommes croient que les autres le sont. «J'ai vécu, dit le prince de
Ligne, pour entendre appeler Voltaire un sot, et le grand Frédéric un
poltron.» Le duc de Marlborough[97], dans son tems, et Napoléon dans le
nôtre, ont été en butte à la même accusation, et, qui plus est, il s'est
trouvé des gens pour y ajouter foi. Après de si éclatans exemples de la
tendance de certains esprits à ne voir la grandeur qu'à travers un
prisme qui en renverse l'image, nous ne nous étonnerons pas que la
conduite de Lord Byron en Grèce ait, d'après le même principe, engendré
une semblable insinuation contre lui; et je n'aurais pas même mentionné
cette impuissante calomnie, si elle ne m'eût fourni l'occasion d'essayer
de déterminer le genre particulier de courage par lequel, en toutes les
occasions nécessaires, Lord Byron se distingua avec tant d'éclat.

[Note 97: Jean Churchill, duc de Marlborough, qui fut si fatal à la
France sur la fin du règne de Louis XIV, qui gagna, avec le prince
Eugène, la bataille d'Hochstet, en 1704; celle de Ramilies, en 1706, et
celle de Malplaquet, en 1709. Il passait surtout pour conserver au
milieu des combats les plus sanglans un calme inébranlable. (_Note du
Trad._)]

Quelque prix qu'on attache au courage physique, c'est, sans aucun doute,
à ceux que la nature a doués de la plus active imagination, et qui, par
conséquent, voient le plus vivement et le plus simultanément toutes les
conséquences éloignées et possibles du danger, que doivent être
principalement accordés les éloges dus à l'exercice de cette vertu. Ce
genre de bravoure, qui vient de l'esprit plus que du tempérament,--ou,
pour mieux dire, du triomphe du premier sur le second,--se
proportionnera naturellement à l'importance de la conjoncture; et la
même personne qu'on voit reculer avec une crainte presque féminine
devant d'ignobles et quotidiens périls, peut se montrer la première dans
le fort du danger, partout où l'honneur est à défendre ou à conquérir.
Et cette remarque ne s'applique pas seulement aux hommes d'imagination,
dont je parle principalement ici. Par le même principe, on trouvera que
la plupart des hommes dont la bravoure est le résultat, non pas du
tempérament, mais de la réflexion, sont réglés dans leur audace. Le sage
de Wit[98], quoique indifférent pour sa vie dans de grandes occasions,
n'avait pas honte, dit-on, de craindre et d'éviter tout ce qui la
compromettait en d'autres circonstances.

[Note 98: Jean de Wit, grand pensionnaire de Hollande, qui brava par
patriotisme l'inimitié de Guillaume III, prince d'Orange, et périt dans
une émeute à La Haye, avec son frère Corneille de Wit, en 1672. (_Note
du Trad._)]

Or, quant à ces appréhensions qui assiégent les imaginations vives,
certes, Lord Byron en avait une part considérable, et dans tous les cas
de péril ordinaire, il s'y abandonnait sans réserve. J'ai vu peu
d'hommes, même peu de femmes, qui eussent plus de crainte en voiture;
et, lorsqu'il montait à cheval, ses précautions contre les accidens
révélaient cette même timidité nerveuse d'imagination. «Sa bride» dit
feu lord B***, qui se promenait souvent à cheval avec lui à Gênes,
«avait, outre le caveçon et la martingale, différentes rênes; et toutes
les fois que sa seigneurie approchait d'un endroit où son cheval devait
ralentir son pas, elle saisissait les susdites rênes et se fixait comme
si elle allait contre une porte barricadée.» Il n'y a sans doute qu'un
observateur très-superficiel ou très-prévenu qui puisse sérieusement,
sur ces indications d'inquiétude nerveuse, fonder quelque conclusion
contre le courage réel de celui qui les présentait. Le poète Arioste,
qui était, ce semble, victime des mêmes alarmes, qui descendait de
cheval à la moindre apparence de danger, et qui surtout avait peur de se
trouver sur l'eau,--put néanmoins, dans l'action entre les vassaux du
pape et ceux du duc de Ferrare, se battre comme un lion; et pareillement
Lord Byron, comme tous ses compagnons de péril en portent témoignage,
possédait cette noble espèce de courage qui s'élève à la hauteur des
circonstances, et qui devient d'autant plus impassible et inébranlable,
que le danger est plus imminent.

En me proposant de montrer que les attributs distinctifs de Lord Byron,
comme homme et comme écrivain, naissaient de ces deux grandes sources,
savoir, l'incomparable versatilité de ses sentimens, et la facilité avec
laquelle il obéissait à leurs doubles inspirations, j'avais l'intention
de l'étudier sous ce point de vue, encore plus en détail, et de chercher
à suivre dans les sublimités et dans les fautes de sa poésie et de sa
vie l'action incessante de ces deux qualités dominantes de sa nature.
«Personne» dit Cowper, en parlant des esprits doués de cette
versatilité, «n'est plus propre à nous tenir agréable compagnie ici-bas
que les hommes de ce caractère. Toutes les scènes de la vie ont deux
côtés, un côté sombre et un côté brillant; et l'esprit qui a un mélange
égal de mélancolie et de vivacité est le plus propre à contempler l'un
et l'autre côté.» Il ne serait pas difficile de montrer qu'à cette
facilité de réfléchir toutes les nuances de l'ombre ou de la lumière qui
tour-à-tour bigarrent l'existence humaine, Lord Byron dut non-seulement
l'immense étendue de son influence comme poète, mais cette puissance de
fascination qu'il possédait comme homme. En effet, cette susceptibilité
si rapide des impressions immédiates lui prêtait, dans ses relations
sociales, le charme le plus attrayant de tous, en permettant à ceux qui
étaient présens dans le moment, d'exercer sur lui un tel ascendant
qu'ils occupaient seuls alors toutes ses pensées et tous ses sentimens,
et mettaient en jeu les ressorts qui leur convenaient le plus[99].

Cette mobilité,--cette faculté d'être «plus vivement impressionné par ce
qui touche plus immédiatement[100],» était chez lui portée à un si haut
point, que, même auprès des personnes avec lesquelles le hasard du
moment le mettait en relation, il avait, comme on dit, le cœur sur la
main,[101] et qu'il ne dépendait que d'elles de devenir les dépositaires
de tous ses secrets;--si toutefois l'on peut se servir d'une telle
expression. Que dans cette convergence de toutes les facultés pour
plaire aux objets présens, les absens soient quelquefois oubliés, ou,
qui pis est, sacrifiés au désir dominant du moment, c'est là un des
défauts inhérens aux personnes de ce caractère, défaut qui rend leur
fidélité, comme amans ou comme confidens, excessivement précaire. Mais
le charme qu'une telle disposition répand dans les manières ne peut
guère être révoqué en doute,--et surtout par ceux qui en ont éprouvé
toute la magie en Lord Byron. D'ailleurs, les conversations indiscrètes
dans lesquelles il révéla ce qui lui avait été confié verbalement ou par
écrit, ne doivent pas toutes être attribuées à cet imprudent épanchement
du moment. C'était aussi dans sa franchise et dans son horreur pour la
feinte que cette coutume, si pleine qu'elle fût d'inconvénient, et
quelquefois même de danger, tirait en grande partie son origine. Il se
faisait un plaisir, dans de telles circonstances, de confronter l'accusé
avec l'accusateur,--non-seulement pour se venger d'avoir écouté comme
tiers ce que deux hommes n'osaient se dire ouvertement l'un à l'autre,
mais encore pour satisfaire cette espiéglerie malicieuse qu'il avait
montrée dès son enfance, et qui trouvait toujours un amusement
immanquable dans la confusion que de telles indiscrétions amenaient.
Comme ses amis connaissaient bien cette mauvaise habitude, leur prudence
mettait leur sincérité en garde contre lui, et on lui épargnait la peine
d'entendre ce qu'il n'aurait pu répéter sans faire encore plus de mal.

[Note 99: Relativement à cette facilité de s'adapter à toutes sortes
de sociétés, et à prendre tous les rôles, je trouve dans les premières
lettres que je lui ai écrites (d'Irlande) un passage qui, bien qu'il ne
soit peut-être pas de fort bon goût, mérite d'être cité comme expression
de la vérité:--«Quoique je ne vous aie point écrit, j'ai rarement cessé
de penser à vous, car vous êtes une espèce d'être que tout remet en
tête. Que je sois avec les sages ou avec les fous, parmi les poètes ou
parmi les boxeurs; que j'aie en main un livre ou une bouteille: je me
rappelle votre universelle supériorité, et ma mémoire vous voit venir
«armé pour toute sorte d'arène.» (_Note de Moore_.)]

[Note 100: Citation de la stance de _Don Juan_ ci-dessus rapportée.
(_Note du Trad._)]

[Note 101: Il est curieux d'observer comme, en tout tems et en tout
pays, ce qu'on appelle le caractère poétique a produit de semblables
effets chez tous ceux qui ont été victimes de ce funeste don. Dans le
passage suivant, le biographe du Tasse a, en peignant ce poète, décrit
aussi Lord Byron: «Il y a des personnes d'une telle sensibilité que
quiconque se trouve avec elles est, dans le moment même, le monde entier
pour elles. Elles épanchent involontairement leurs cœurs; elles sont
animées par un vif désir de plaire; et elles confient ainsi leurs
sentimens à des gens qu'en réalité elles regardent avec indifférence.»
(_Note de Moore_.)]

On trouvera un exemple frappant de ce trait de caractère dans une
anecdote racontée par Parry, qui, tout en étant victime de
l'indiscrétion, eut le bon sens et le bon esprit d'apercevoir la source
à laquelle la conduite de Byron devait être rapportée. Tandis que la
flotte turque bloquait Missolonghi, sa seigneurie, un jour, s'avança
avec Parry, dans un petit esquif qu'un enfant faisait aller à la rame,
jusqu'à l'entrée du port; le prince Mavrocordato et sa suite les
accompagnaient dans une grande chaloupe. En cette situation, l'ingénieur
anglais fut saisi d'un vif sentiment de mépris et d'indignation à
l'égard de la nonchalance de leurs amis grecs, et se mit à le
communiquer à Lord Byron en termes peu mesurés. Il dit, par exemple, que
le prince Mavrocordato était «une vieille femme,» et finit, suivant son
rapport, par les paroles suivantes: «Si j'étais à leur place, la seule
pensée de mon incapacité et de mon ignorance me donnerait la fièvre, et
je brûlerais d'impatience d'entreprendre la destruction de ces coquins
de Turcs. Mais les Grecs et les Turcs sont, par leur commune imbécilité,
des adversaires dignes les uns des autres.»

«J'eus à peine fini de parler, ajoute M. Parry, que Lord Byron ordonna
de placer notre chaloupe à côté de l'autre, et rapporta de point en
point toute notre conversation au prince Mavrocordato. Tout en agissant
ainsi, il se chargea d'apaiser la colère du prince et la mienne; et,
quoique je fusse d'abord très-irrité, et que le prince fût aussi, je
crois, fort indisposé, il y réussit. Mavrocordato ne me témoigna aucune
sorte de mécontentement, et j'attachais trop de prix à la considération
de Lord Byron pour lui garder longue rancune d'un procédé qui n'était,
après tout, qu'une façon désagréable de nous réprimander tous deux».

Ce ne serait point une tâche dépourvue d'intérêt, que de suivre ainsi le
caractère de Byron dans toutes ses ramifications;--car nous sommes
certains que, même dans les pousses les plus éloignées et les plus
déliées, l'éclat et la force de la souche première se feraient
apercevoir. Mais nous en avons déjà peut-être assez dit pour mettre tous
les esprits à même de conclure le reste.--Si nous avons ouvert ici la
véritable voie d'analyse, il ne sera pas difficile d'en suivre les
conséquences ultérieures. Déjà, peut-être, quelques lecteurs m'accusent
d'avoir employé une trop considérable portion de ces pages,
non-seulement à noter minutieusement les traits et les nuances du
caractère de mon ami, mais, ce qui peut être regardé comme plus inutile
encore, à relater toutes les habitudes et toutes les bizarreries qui
distinguèrent sa vie journalière d'avec celle des autres hommes. Que
les critiques du jour obéissent au sentiment de leur propre importance,
en me blâmant de rappeler ces riens, c'est à quoi il faut naturellement
s'attendre: mais ces mêmes critiques ne peuvent douter que, dans
d'autres tems, ces minutieux détails sur un homme tel que Byron ne
soient lus avec intérêt. La démarche agitée et incertaine de Catilina
est regardée par d'habiles juges du cœur humain, comme une indication
extérieure du caractère, importante à connaître. Mais les idolâtres
adorateurs du génie se complaisent dans le souvenir de traits beaucoup
moins significatifs. Même après trois siècles, nous apprenons avec
plaisir que le Tasse aimait la malvoisie[102], et la croyait favorable à
l'inspiration poétique: et, preuve encore plus amusante de la
disposition du monde, à rappeler les petits détails relatifs aux grands
hommes, la passion extrême du poète Pétrarque pour les navets est une
des traditions conservées en si petit nombre sur son compte à Arqua.

[Note 102: Vin qu'on prépare avec le moût de raisins muscats, cuit
jusqu'à la diminution de deux tiers, écumé avec soin, puis fortement
agité, jusqu'à ce qu'il soit refroidi. C'est un vin extrêmement doux et
sucré. On le tirait originairement de Grèce, par exemple, de Candie et
de Chio. Mais on prépare maintenant, en Languedoc et en Provence, des
malvoisies[C] qui sont transportées et débitées à Paris sous le nom de
divers vins étrangers. (_Note du Trad._)]

[Note C: L'Académie donne à ce mot le genre féminin. (_Note du
Trad._)]

La personne de Lord Byron a été si fréquemment représentée par la plume
et par le pinceau, que je serais dispensé de la décrire, si un biographe
n'était strictement obligé d'ébaucher au moins cette tâche.

La figure de Byron offrait le plus haut degré de beauté; car elle
unissait à-la-fois la régularité des traits à l'expression la plus
variée et la plus vive. En effet, la versatilité remarquable de son ame
se trahissait dans le libre jeu de sa physionomie, qui s'obscurcissait
ou brillait tour-à-tour sous la passagère influence des diverses pensées
du moment.

Ses yeux, quoique d'un gris clair, étaient capables d'exprimer tous les
sentimens, depuis la plus extrême hilarité jusqu'à la tristesse la plus
profonde, depuis la bienveillance la plus tendre jusqu'aux plus sombres
mouvemens de dédain ou de colère. J'eus l'occasion de voir avec quelle
terrible énergie ils annonçaient cette dernière passion, un jour que je
lui rapportai, assez indiscrètement, qu'une personne m'avait dit:
«Défiez-vous de Lord Byron; il fera quelque jour un méchant
trait.»--Est-ce un homme ou une femme qui vous a dit cela,»
s'écria-t-il, en tournant soudain sur moi un regard de colère, qui, tout
momentané qu'il fut, laissa en moi un souvenir durable, et dont je ne
puis donner une exacte idée qu'en me servant des termes mêmes de
l'écrivain, qui dit de Chatterton que «des flammes roulaient au fond de
ses yeux.»

Mais c'était dans la bouche et dans le menton que résidaient la grande
beauté et l'expression de la physionomie de Byron.--«On a fait de lui
(dit une femme) plusieurs bustes ou portraits, avec un succès plus ou
moins grand; mais l'extrême beauté de ses lèvres a échappé à tous les
peintres et à tous les sculpteurs. Dans leur infatigable jeu, elles
représentaient toutes ses émotions,--sa colère par leur pâleur, son
dédain par leur moue, sa joie par leur sourire, son espiéglerie et son
amour par leurs gracieuses fossettes.» Je croirais faire une injustice
aux lecteurs, si je ne leur offrais encore quelques touches du même
pinceau. «Cette extrême mobilité d'expression était quelquefois pénible
à voir; car j'ai vu Lord Byron avoir l'air absolument laid;--je l'ai vu
avoir l'air si dur et si froid, qu'il paraissait haïssable; puis, en un
moment, plus radieux que le soleil, il avait une si aimable douceur dans
son air, faisait briller une affection si empressée dans ses regards,
donnait à ses lèvres un épanouissement si supérieur au sourire, qu'on
oubliait l'homme,--Lord Byron,--dans l'image de beauté offerte à nos
yeux, et contemplée avec une vive curiosité.--J'allais presque dire que
tel dut apparaître le dieu de la poésie, le dieu du Vatican, lorsqu'il
conversait avec les fils et les filles des hommes.»

Sa tête était remarquablement petite,[103]--au point d'offrir même un
défaut de proportion avec sa figure. Le front, quoique un peu trop
étroit, était haut, et le paraissait encore davantage, parce que Byron
rasait sa chevelure au-dessus des tempes (afin de la conserver,
disait-il); et les cheveux d'un noir luisant, qui se bouclaient par
touffes sur sa tête, en complétaient la beauté. Ajoutez à cela que son
nez, quoique beau, était peut-être un peu trop gros, que ses dents
étaient blanches et régulièrement posées, que son teint était pâle, et
vous aurez de sa physionomie la meilleure idée que les mots seuls
puissent en donner.

[Note 103: «Plusieurs d'entre nous,» dit le colonel Napier,
«essayèrent un jour son chapeau, et, sur douze ou quatorze personnes qui
étaient à dîner, il n'y en eut pas une qui pût le mettre, tant sa tête
était petite! Mon domestique, Thomas Wells, qui avait la plus petite
tête du 90e régiment (il l'avait si petite qu'il avait peine à trouver
un schako qui le coiffât), fut le seul qui pût mettre le chapeau de Lord
Byron, et il en était même très-bien coiffé. (_Note de Moore_.)]

Sa taille était, comme il l'a dit lui-même, de cinq pieds huit pouces et
demi, et c'est à la longueur de ses membres qu'il attribuait son talent
de natation. Ses mains étaient très-blanches; et,--suivant son opinion
sur la dimension des mains comme signe de noble
naissance,--aristocratiquement petites. Il boitait du pied droit[104];
mais cette infirmité, quoique contraire à la grâce de ses mouvemens, ne
diminuait que fort peu l'activité: et, eu égard à cette circonstance,
ainsi qu'à l'habileté avec laquelle le pied était caché par le moyen de
longs pantalons, il serait difficile de concevoir un défaut de ce genre
qui causât moins de difformité, tandis que le timide embarras que la
conscience continuelle de cette infirmité donnait aux premiers abords de
mon noble ami, faisait de cette infirmité même une source d'intérêt.

[Note 104: En parlant de cette infirmité au commencement de mon
ouvrage, je m'abstins, tant d'après mes propres doutes à ce sujet, que
d'après la grande variété que je trouvai dans les souvenirs des autres,
de spécifier de quel pied il boitait. En vérité, on aura peine à croire
quelle incertitude je trouvai sur ce point, même dans l'esprit des gens
qui avaient vécu dans la plus grande intimité avec lui. M. Hunt dit
dans son livre que le vice de conformation existait au pied gauche; et
cette assertion, quoique contraire à mes souvenirs, et, à ce qu'il
paraît, à la réalité, était confirmée par le dire d'autres personnes qui
avaient vécu avec Byron. En m'adressant à ses anciens amis de Southwell,
et à son cordonnier de cette ville, je les trouvai si peu préparés à
répondre avec certitude sur ce point, que ce n'est qu'en se rappelant
que le pied boiteux «était le premier en montant la rue,» qu'ils en
conclurent enfin que le membre affecté était le droit; et M. Jackson,
son professeur de pugilat, fut pareillement obligé de se rappeler si son
noble élève frappait à droite ou à gauche pour arriver à la même
conclusion. (_Note de Moore_.)]

En revoyant le Journal dont j'avais intention de donner des extraits, je
n'ai choisi que les opinions ou rêveries suivantes, relatives pour la
plupart aux croyances religieuses. J'avais avancé dans la première
partie de cet ouvrage que, «en aucun tems de sa vie, Lord Byron ne fut
un incrédule décidé.» On a objecté à cette assertion que plusieurs
passages de ses écrits prouvent directement le contraire. Mais cette
objection, ainsi que l'interprétation de la plupart des passages citée
à l'appui, se fonde, ce me semble, sur l'erreur, fort ordinaire en
conversation, qui consiste à confondre la signification des mots
incrédule et sceptique;--le premier supposant une opinion arrêtée, et le
second le doute. Je n'ai pas moi-même toujours observé scrupuleusement
cette distinction; et, dans un cas, je suis même entré par mégarde dans
les idées de ceux que je combats en représentant Byron, dans sa
jeunesse, comme «un écolier incrédule,» tandis que le mot «douteux» eût
plus exactement exprimé ma pensée. Après cette explication nécessaire,
je répéterai ici mon assertion; ou plutôt,--pour en mettre la substance
sous une différente forme,--je dirai que Lord Byron fut, jusqu'au
dernier moment, un sceptique, ce qui veut dire implicitement qu'il ne
fut jamais un incrédule décidé.

       *       *       *       *       *

PENSÉES DÉTACHÉES.


I.

«Si je devais recommencer à vivre, je ne sais ce que je voudrais changer
dans ma vie, sinon vouloir n'avoir pas du tout vécu[105]. L'histoire,
l'expérience, etc., nous apprennent que le bien et le mal sont assez
également répartis dans l'existence d'ici-bas, et que ce qui est le plus
désirable est d'en sortir facilement. Peut-elle nous donner autre chose
que des années? et celles-ci n'ont guère de bon que leur fin.»

[Note 105: «Swift adopta de bonne heure (dit sir Walter-Scott) la
coutume de regarder l'anniversaire de sa naissance comme un terme, non
de joie, mais de chagrin, et de lire, à chaque retour de ce jour, ce
passage frappant de l'Écriture, dans lequel Job déplore et maudit le
jour où l'on dit dans la maison de son père «qu'un enfant était
né.»--_Vie de Swift_. (_Note de Moore_.)]

II.

«L'immortalité de l'ame me paraît peu douteuse, si nous songeons un
instant à l'action de l'esprit; il est dans une perpétuelle activité. Je
doutai autrefois, mais la réflexion m'a mieux inspiré. L'esprit agit
même indépendamment du corps,--dans les rêves, par exemple:--d'une
manière incohérente et _folle_, je l'avoue; mais enfin c'est l'esprit
qui agit, et même beaucoup plus que lorsque nous sommes éveillés. Or,
cet esprit ne peut-il agir _isolément_, aussi bien que lors de son union
avec le corps? Qui oserait nier cela? Les stoïciens, Épictète et
Marc-Aurèle nomment l'existence actuelle «l'état d'une ame qui traîne un
cadavre,»--lourde chaîne, sans aucun doute; mais toutes les chaînes, par
cela même qu'elles sont matérielles, peuvent être brisées. Jusqu'à quel
point notre vie future sera-t-elle _individuelle_; ou, pour mieux dire,
jusqu'à quel point ressemblera-t-elle à notre existence présente? C'est
une autre question; mais toujours est-il que l'éternité de l'esprit me
semble aussi probable que celle du corps l'est peu. A la vérité,
j'attaque ici la question sans recourir à la révélation, qui, après
tout, en est une solution au moins aussi rationnelle qu'aucune autre.
Une résurrection matérielle semble étrange et même absurde, excepté dans
le but de punir; et toute punition, qui doit plutôt avoir le caractère
d'une vengeance que d'une correction, est moralement mauvaise. Or, après
la fin du monde, quelle pourra être la moralité ou l'utilité de tourmens
éternels? Les passions humaines ont probablement défiguré les vérités
divines sur ce point:--mais le problème est un mystère inabordable.»

III.

«Il est inutile de me dire: «Crois, et ne raisonne pas.» Vous feriez
aussi bien de dire à un homme: «Ne veille pas, mais dors.» Puis, à quoi
bon cet épouvantail de tortures, etc.? Je ne puis m'empêcher de penser
que la menace de l'enfer fait autant de diables que les sévères codes
pénaux de l'inhumaine humanité font de scélérats.»

IV.

«L'homme est né avec des passions charnelles, mais sa patrie spirituelle
a une tendance secrète à l'amour du bien. Mais, grand Dieu! il est à
présent un triste vase d'atomes.»

V.

«La matière est éternelle, toujours changeante, mais reproduite; et,
autant que nous pouvons comprendre l'éternité, éternelle. Pourquoi
l'esprit ne le serait-il pas? Pourquoi l'esprit n'agirait-il pas avec
l'univers et sur l'univers, comme ses parcelles agissent avec et sur
l'amas de poussière appelé humanité? Voyez comme un homme agit sur
lui-même et sur les autres, ou même sur une multitude! La même action,
dans un degré plus haut et plus pur, peut s'exercer sur les étoiles,
etc, à l'infini.»

VI.

«J'ai souvent penché pour le matérialisme en philosophie, mais je n'ai
jamais pu en concevoir l'introduction dans le christianisme, qui me
paraît essentiellement fondé sur l'ame. Pour cette raison, le
_Matérialisme chrétien_ de Priestley me pétrifia toujours d'étonnement.
Croyez à la résurrection du corps, si vous voulez, mais non pas sans
ame. Ce serait le diable, si après avoir eu ici-bas une ame, un esprit,
une intelligence (comme il vous plaira de dire), nous devions en être
privés dans l'autre monde, même pour une matérialité immortelle. J'avoue
ma partialité pour l'esprit.»

VII.

«C'est toujours par un brillant soleil que je suis très-religieux, comme
s'il y avait une association entre un essor intérieur vers une plus
grande et plus pure clarté, et l'allumeur de cette sombre lanterne de
notre existence extérieure.»

VIII.

«La nuit offre aussi un intérêt religieux,--et elle me l'offrit surtout
quand je contemplai la lune et les étoiles à travers le télescope
d'Herschell[106], et vis que c'étaient des mondes.»

[Note 106: Astronome célèbre par la découverte de la planète
_Uranus_, et surtout par ses belles recherches en astronomie sidérale.
(_Note du Trad._)]

IX.

«Si d'après certaines considérations, vous pouviez prouver que le monde
est de plusieurs milliers d'années plus vieux que ne le fait la
chronologie mosaïque, ou si vous pouviez vous débarrasser d'Adam et
d'Ève, de la pomme et du serpent, que mettriez-vous à la place? ou
quelle difficulté se trouve levée? Les choses doivent avoir eu un
commencement, et peu importe _quand_ ou _comment_?»

X.

«Je soupçonne quelquefois que l'homme est le débris d'un être matériel
supérieur, qui, échappé au naufrage d'un monde primitif, a dégénéré
pendant une lutte dangereuse contre le chaos,--comme nous voyons les
Lapons et les Esquimaux[107], etc., inférieurs à nous dans l'état
présent, parce qu'ils sont soumis à des élémens plus inexorables. Mais
alors même, il faut admettre que cette hypothétique création d'une race
préadamite a eu une origine et un _créateur_,--car une création est plus
naturelle à concevoir qu'un fortuit concours d'atomes: toutes choses
remontent à une source, quoiqu'elles aillent se perdre dans un océan.»

[Note 107: C'est-à-dire tous les peuples que les naturalistes
groupent sous le nom de _race hyperboréenne_. (_Note du Trad._)]

XI.

«Plutarque dit, dans sa _Vie de Lysandre_, qu'Aristote remarque «qu'en
général les grands génies sont mélancoliques, et cite en exemple
Socrate, Platon, Hercule (ou Héraclite[108])--et enfin Lysandre, qui ne
fut pas mélancolique dans sa jeunesse, mais le devint en approchant de
la vieillesse.» Suis-je ou non un génie? Quoique j'aie été proclamé tel
par mes amis et par mes ennemis, en plus d'un pays et en plus d'une
langue, et même dans un espace de tems assez court, je ne puis décider
moi-même la question; mais je puis dire de ma mélancolie, que «elle
s'accroît, et pourtant devrait diminuer.» Mais comment?

«Je pense, moi, que la plupart des hommes sont au fond mélancoliques,
mais qu'on ne remarque cette disposition que chez les hommes
remarquables. La duchesse de Broglie[109], en réponse à une remarque que
j'avais faite sur les erreurs de gens d'esprit, me dit: «Ces gens-là ne
se trompent pas plus que d'autres; mais étant plus en vue, ils sont plus
observés, surtout en tout ce qui peut les rabaisser jusqu'aux autres
hommes, ou élever les autres hommes jusqu'à eux.» C'était en 1816.

[Note 108: La leçon la plus probable du texte grec est Ἠρακλειτος et
non Ἠρακλπς. (_Note du Trad._)]

»En effet (qu'on me permette la supposition), si les sottises des sots
étaient toutes consignées par écrit comme celles des sages, les sages
(qui ne paraissent aujourd'hui qu'une meilleure espèce de sots)
sembleraient presque intelligens.»

[Note 109: Fille de Mme de Staël, et femme du pair actuel. (_Note du
Trad._)]

XII.

«C'est singulier comme nous perdons vite l'impression de ce qui cesse
d'être constamment sous nos yeux: une année la diminue, un lustre
l'oblitère. Il n'en reste rien de distinct sans un effort de mémoire.
Puis, en vérité, la lumière reparaît pour un moment; mais qui peut être
sûr que l'imagination ne nous prête pas alors son flambeau? Qu'un homme
essaie au bout de dix ans de se rappeler les traits, ou l'esprit, ou les
paroles, ou les habitudes de son meilleur ami, ou de son _grand_ homme
(je veux dire son favori, son Bonaparte, son monsieur tel ou tel), et il
sera surpris de l'extrême confusion de ses idées. Je parle avec
assurance sur ce point, car j'ai toujours passé pour être doué d'une
bonne,--d'une excellente mémoire. J'excepte pourtant nos souvenirs de
femmes; nous n'oublions pas plus ces maudites créatures que toute époque
remarquable, comme la révolution,» ou «la peste,» ou «l'invasion,» ou
«la comète,» ou «la guerre» de telle ou telle année,--toutes dates
favorites de l'humanité, qui a tant de prospérités en partage qu'elle
les met, comme choses trop vulgaires, dans la composition de ses
calendriers. Par exemple, vous voyez: «grande sécheresse,» «Tamise
gelée,» «guerre de sept ans,» «commencement de la révolution anglaise,
française ou espagnole,--» «tremblement de terre de Lisbonne,»
«tremblement de terre de Lima,» «tremblement de terre de Calabre,»
«peste de Londres,» «_item_ de Constantinople,» «suette épidémique,»
«fièvre jaune de Philadelphie, etc., etc., etc.» Mais vous ne voyez pas:
«L'abondante moisson,» «le bel été,» «la longue paix,» «les spéculations
prospères,» «l'heureuse navigation,» dans de si emphatiques éphémérides.
A propos, il y a eu une guerre de trente ans et une guerre de
soixante-dix ans; y a-t-il eu jamais une paix de soixante-dix ou trente
ans? Y a-t-il même eu jamais une paix universelle d'un jour? Excepté
peut-être en Chine, où l'on a trouvé le misérable bonheur d'une
médiocrité stationnaire et pacifique. Et cela vient-il de l'avarice ou
de la cruauté de la nature? ou de l'ingratitude des hommes? Que les
philosophes décident. Je ne le sais pas.»

XIII.

«En général, je ne cadre pas bien avec les hommes de lettres; non pas
que je les aie en aversion, mais je n'ai jamais rien à leur dire après
avoir loué leur dernier ouvrage. Il y a plusieurs exceptions, sans aucun
doute; mais alors ce sont des hommes du monde, comme Scott, Moore, etc.;
ou des visionnaires étrangers au monde, comme Shelley, etc. Mais, pour
les autres, je ne me trouvai jamais bien dans leur compagnie, et surtout
je ne pus jamais souffrir vos littérateurs étrangers, excepté Giordani,
et--et--et--(ma foi, je ne puis en citer un autre);--il n'y en a pas un
que j'aie désiré voir deux fois, excepté peut-être Mezzophanti, qui est
un monstre de linguistique, le Briarée des parties du discours, un
polyglotte ambulant, qui aurait dû exister au tems de la Tour de Babel
pour servir d'interprète universel. Il est vraiment merveilleux,--et
pourtant modeste. Je le mis à l'épreuve dans toutes les langues dont je
connaissais le plus petit juron (ou imprécation contre postillons,
sauvages, tartares, bateliers, matelots, pilotes, gondoliers, muletiers,
chameliers, voituriers, maîtres de poste, chevaux de poste, relais de
poste, et tout ce qui concerne la poste); eh bien! il me
confondit,--même dans mon anglais.»

XIV.

«Nul homme ne voudrait vivre de nouveau sa vie[110],» est un ancien et
véritable dicton que chacun peut résoudre pour son propre compte. En
même tems, il y a probablement dans la vie de la plupart des hommes
certains momens pour lesquels ils consentiraient à revivre? Autrement,
pourquoi vivons-nous? Parce que l'espérance a recours à la mémoire, et
l'une et l'autre sont fausses;--mais--mais--mais--mais,--et ce _mais_
nous traîne jusque--à quoi? Je ne sais; et qui le sait? «Celui qui
mourut mercredi.»

[Note 110: No man would _live_ his _life_ over again.]

       *       *       *       *       *

En plaçant devant les yeux du lecteur ces derniers extraits des papiers
que je possède, je devrais peut-être dire quelque chose,--en addition à
ce que j'ai déjà émis sur le sujet,--concernant ces _Mémoires_, qu'en
vertu du pouvoir discrétionnaire à moi confié par mon noble ami, je mis,
peu de tems après sa mort, à la disposition de sa sœur et de son
exécuteur testamentaire, et qu'un sentiment de respect pour sa mémoire
fit livrer aux flammes. Toutefois, comme les circonstances liées à la
reddition de ce manuscrit,--exigeant d'ailleurs beaucoup plus de détails
que mes bornes ne me permettent,--ne concernent, sous aucun rapport,
le caractère de Lord Byron, mais touchent uniquement le mien, ce n'est
pas ici du moins que je me crois appelé à entrer en explication. Le
monde continuera, sans doute, à juger de cette mesure comme il lui
plaira; mais, après tout, c'est de notre propre opinion sur nos actions
que notre bonheur dépend principalement, et je ne puis que dire que, si
j'étais de nouveau placé dans les mêmes circonstances, je me
déciderais,--dussé-je décupler le sacrifice pécuniaire que ma conduite
me coûta,--à agir précisément de la même manière.

Pour la satisfaction de ceux dont le regret naît d'un meilleur motif que
le simple désappointement d'une vaine curiosité, j'ajouterai ici que,
sur la mystérieuse cause de la séparation, le manuscrit perdu
n'apportait aucune espèce de lumière;--que bon nombre des détails qu'il
contenait n'aurait jamais pu être publié[111], et que la plupart, sinon
la totalité, des personnalités n'auraient pu paraître que long-tems
après la mort des individus intéressés;--que d'ailleurs tout ce qui
concernait réellement Lord Byron se trouvait (comme je le savais quand
je fis ce sacrifice) répété dans les divers journaux et _memoranda_,
qui, sans être tous mis à contribution, furent, comme le lecteur l'a vu
dans cet ouvrage, tous exactement conservés.

[Note 111: Cette réflexion ne s'applique qu'à la seconde partie des
_Mémoires_, car il n'y avait que peu de chose à publier dans la première
partie, qui fut lue, comme on sait, par plusieurs amis du noble auteur.
(_Note de Moore_.)]

En vérité, si la suppression est blâmable, j'ai, dans le cours de mon
travail, plus d'une fois encouru ce blâme; car, comme le lecteur a dû
s'en apercevoir, j'ai omis une portion considérable de matériaux,
auxquels Lord Byron, sans doute, dans son insouciance complète des
conséquences, aurait désiré donner la publicité, mais qui, suivant les
plus grandes probabilités, ne verront jamais le jour.

Il ne me reste que peu de chose à ajouter. Lord Orford[112] a remarqué,
comme «chose étrange, qu'en général le biographe devenait partisan fou
de l'homme dont il écrivait la vie, tandis qu'on devrait naturellement
penser que plus on étudie minutieusement la vie d'un homme, moins il
doit paraître digne d'amour ou d'admiration.» Au contraire, ne
pourrions-nous pas dire plus légitimement que, puisque le savoir est
toujours la source de la tolérance, plus nous découvrons les motifs des
actions d'un homme, les circonstances particulières dans lesquelles il
fut placé, et les tentations sous l'influence desquelles il agit, plus
nous sommes disposés à être indulgens pour ses erreurs, et forcés
d'accorder notre approbation à ses vertus?

[Note 112: En parlant de la _Vie de Henri VIII_ de lord Herbert de
Cherbury. (_Note de Moore_.)]

La biographie de Byron est une tâche ardue que je n'ai pas, du moins, de
moi-même entreprise: mon ami avait plus d'une fois exprimé le désir que
je me chargeasse de cet office, à une époque où lui seul pressentait que
j'eusse une grande chance d'avoir ce triste honneur. Si dans quelques
cas j'ai consulté plutôt l'esprit que la lettre de ses injonctions, ç'a
été dans l'unique but d'être plus juste envers lui qu'il ne l'a été
lui-même; car il n'y avait point de mains entre lesquelles son caractère
pût être plus compromis qu'entre les siennes, ni on ne pouvait faire
plus de tort à sa mémoire qu'en substituant ce qu'il affectait d'être à
ce qu'il était réellement. Je ne crois point, toutefois, avoir poussé la
partialité au-delà du degré que notre amitié mutuelle explique et
justifie; et, en vérité, il ne serait pas possible à l'ami le plus
partial d'alléguer rien de plus convaincant en faveur de son caractère
que la simple énonciation des faits par lesquels je conclurais--durant
sa vie, malgré toutes ses fautes, il ne perdit jamais un ami;--ceux qui
l'entourèrent dans sa jeunesse, comme camarades, professeurs ou
domestiques, lui demeurèrent attachés jusqu'au dernier moment;--la femme
à qui il accorda son amour dans la maturité de l'âge, l'idolâtre encore;
et, à une malheureuse exception près, on citerait à peine l'exemple
d'une seule personne qui, après avoir eu les plus courtes relations
d'amitié avec lui, n'ait pas éprouvé pour lui un sentiment de
bienveillance, et gardé de lui un doux souvenir.

J'ai maintenant terminé mon sujet, et je ne serai pas aisément amené à y
remettre la main. Toutes les erreurs qui me seront démontrées seront
corrigées;--tous les faits nouveaux que d'autres pourront produire
parleront d'eux-mêmes. Quant aux pures opinions, je n'y ferai aucune
attention,--et encore moins aux insinuations mystérieuses. J'ai dit ce
que je sais et pense sur mon ami, et j'abandonne maintenant son
caractère moral et littéraire au jugement du monde.

FIN.



APPENDICE.

DEUX ÉPITRES TRADUITES DE L'ARMÉNIEN.

ÉPITRE DES CORINTHIENS A L'APÔTRE SAINT PAUL.

1. «Étienne, et avec lui les anciens de l'église corinthienne, Numène,
Eubule, Théophile et Xinon, à Paul, notre père, notre évangéliste et
fidèle maître en Jésus-Christ, salut.

2.»Il est venu à Corinthe deux hommes, nommés Simon et Cléobe, qui
ébranlent dangereusement la foi de quelques-uns de nos frères par des
paroles trompeuses et corrompues;

3.»Desquelles paroles il faut t'instruire:

4.»Car nous n'avons point entendu de telles paroles, ni de toi ni des
autres apôtres;

5.»Mais nous savons seulement ce que nous avons entendu de toi et d'eux;
et nous l'avons fermement gardé.

6.»Mais notre Seigneur a eu compassion de nous, en ceci surtout que,
tandis que tu es encore avec nous en chair, nous pouvons encore entendre
de toi la parole divine.

7.»Écris-nous donc, ou viens toi-même bientôt parmi nous.

8.»Nous croyons dans le Seigneur qui, comme il fut révélé à Théonas,
t'a délivré des mains des infidèles.

9.»Mais voici les paroles criminelles de ces hommes impurs. Ils disent
et enseignent:

10.»Qu'il convient de ne point admettre l'autorité des prophètes.

11.»Ils n'affirment pas non plus l'omnipotence de Dieu;

12.»Ils n'affirment pas non plus la résurrection de la chair;

13.»Ils n'affirment pas non plus que l'homme fut créé par Dieu;

14.»Ils n'affirment pas non plus que Jésus-Christ fut incarné dans le
sein de la Vierge Marie;

15.»Ils disent aussi que le monde ne fut pas l'ouvrage de Dieu, mais
d'un ange.

16.»Hâte-toi donc de venir parmi nous,

17.»Afin que cette cité des Corinthiens demeure sans scandale,

18.»Et que la folie de ces hommes devienne manifeste par une claire
réfutation. Adieu.»

       *       *       *       *       *

Les diacres Thérepte et Tique reçurent et portèrent cette épître à la
cité des Philippiens.

Lorsque Paul reçut l'épître, quoiqu'il fût alors dans les fers à cause
de Stratonice, femme d'Apollophane, cependant, oubliant pour ainsi dire
ses chaînes, il fut affligé de ces paroles, et dit en pleurant: «Mieux
vaudrait pour moi être mort, et avec le Seigneur; car tandis que je
suis dans ce corps, et que j'entends les abominables paroles d'une si
fausse doctrine, voyez, j'éprouve douleur sur douleur; et mon affliction
ajoute un poids à mes fers, quand je vois cette calamité, et ce progrès
des machinations de Satan qui cherche à nuire.»

Et ainsi, dans une profonde affliction, Paul composa sa réponse à
l'épître.


ÉPITRE DE PAUL AUX CORINTHIENS.

1. «Paul, emprisonné pour Jésus-Christ, et troublé par diverses
douleurs, à ses frères Corinthiens, salut.

2.»Je ne m'étonne pas que les prédicateurs du mal aient fait ce progrès.

3.»Car, comme le Seigneur Jésus est près d'accomplir sa venue, c'est
pour cela même que certains hommes altèrent et méprisent ces paroles.

4.»Mais, en vérité, je vous ai, dès le principe, enseigné ce que
j'appris des premiers apôtres, qui demeurèrent toujours avec le Seigneur
Jésus-Christ.

5.»Et je vous dis maintenant que le Seigneur Jésus-Christ naquit de la
Vierge Marie, qui était de la race de David.

6.»Conformément à l'annonciation du Saint-Esprit, à elle envoyé par
notre Père du haut des cieux;

7.»Afin que Jésus fut introduit dans le monde, et délivrât notre chair
par sa chair, et qu'il nous ressuscitât d'entre les morts;

8.»Comme il en a été lui-même un exemple;

9.»Afin qu'il fût manifeste que l'homme a été créé par le Père céleste;

10.»Il n'a pas été abandonné dans la perdition;

11.»Mais il est recherché pour être revivifié par l'adoption.

12.»Car Dieu, qui est le Seigneur tout-puissant, le père de notre
Seigneur Jésus-Christ, et qui créa le ciel et la terre, envoya d'abord
les prophètes aux Juifs;

13.»Afin qu'il les purifiât de leurs péchés, et les amenât à son
jugement.

14.»Parce qu'il désirait sauver, d'abord, la maison d'Israël, il donna
et inspira son esprit aux prophètes;

15.»Afin qu'ils prêchassent pendant long-tems le culte de Dieu, et la
nativité du Christ.

16.»Mais celui qui fut le prince du mal, quand il désira se faire dieu
lui-même, mit sa main sur eux;

17. Et retint tous les hommes dans le péché.

18.»Car le jugement du monde approchait.

19.»Mais le Tout-Puissant, quand il voulut juger, n'abandonna pas
volontiers sa créature;

20.»Mais quand il vit son affliction, il eut compassion d'elle:

21.»Et à la fin du tems, il envoya le Saint-Esprit dans la Vierge
annoncée par les prophètes.

22.»Laquelle, ferme dans sa foi, fut rendue digne de concevoir et
d'enfanter notre Seigneur Jésus-Christ.

23.»Afin que le malin esprit fût chassé de ce corps périssable, où il
s'était glorifié, et qu'il devînt manifeste.

24.»Qu'il n'était point Dieu: car Jésus-Christ, par sa chair, avait
sauvé cette périssable chair, et l'avait appelée à la vie éternelle par
la foi.

25.»Car dans son corps il préparait un pur temple de justice pour tous
les âges;

26.»Et c'est en lui que, quand nous croyons, nous sommes sauvés.

27.»Sachez donc que ces hommes sont, non pas les enfans de la justice,
mais les enfans de la colère;

28.»Lesquels éloignent d'eux la compassion de Dieu;

29.»Lesquels disent que ni les cieux ni la terre ne furent les œuvres
produites par la main du père de toutes choses.

30.»Mais ces hommes maudits ont la doctrine du serpent.

31.»Mais vous, par la grâce de Dieu, retirez-vous loin d'eux, et
bannissez loin de vous la doctrine des méchans.

32.»Car vous n'êtes pas les enfans de la rebellion, mais les fils de
l'église bien-aimée.

33.»Et c'est pour cela que le tems de la résurrection est prêché à tous
les hommes.

34.»Donc ceux qui affirment qu'il n'y a pas de résurrection de la chair,
ne sont point appelés à la vie éternelle;

35.»Mais c'est pour être jugé et condamné que l'incrédule ressuscitera
en chair;

36.»Car à ce corps qui renie la résurrection du corps, la résurrection
ne sera pas accordée, puisqu'il y a des hommes qui repoussent la
résurrection.

37.»Mais vous, Corinthiens! vous avez appris, d'après l'exemple du blé
et des autres semences;

38.»Qu'un grain tombe dans la terre, et d'abord y meurt;

39.»Et puis renaît, par la volonté de Dieu, avec le même corps;

40.»Et, en vérité, il ne renaît pas qu'avec le même corps, mais il
renaît multiple, et comblé de bénédictions.

41.»Mais nous citons l'exemple, non-seulement des semences, mais des
honorables corps des hommes.

42.»Vous aussi avez entendu parler de Jonas, fils d'Amathi.

43.»Parce qu'il tarda d'aller prêcher à Ninive, il fut englouti dans le
ventre d'un poisson durant trois jours et trois nuits;

44.»Et après trois jours, Dieu entendit la supplication de Jonas, et le
retira du profond abîme;

45»Aucune partie de son corps n'était corrompue, ni son sourcil ne
s'était abaissé.

46.»Et à combien plus forte raison serez-vous ressuscités, ô hommes de
peu de foi!

47.»Si vous croyez en notre Seigneur Jésus-Christ, il vous ressuscitera,
comme il est lui-même ressuscité.

48.»Si les os du prophète Élisée ranimèrent le mort qui les toucha[113],

49.»A plus forte raison, vous, qui êtes soutenus par la chair, le sang
et l'esprit du Christ, vous vous releverez en ce grand jour avec un
corps accompli?

50.»Le prophète Élie, en embrassant le fils de la veuve[114], le
ressuscita d'entre les morts:

51.»A plus forte raison Jésus-Christ vous ranimera, en ce jour, avec un
corps accompli, comme il est lui-même ressuscité.

[Note 113: L'Écriture dit qu'un mort, ayant été jeté dans le tombeau
d'Élisée, ressuscita en touchant les os de ce prophète. (_Note du
Trad._)]

[Note 114: Élie multiplia l'huile de la veuve de Sarepta, et
ressuscita son fils. (_Note du Trad._)]

52.»Vous n'admettrez pas d'autres choses en vain.

53.»Désormais personne ne peut plus m'inquiéter, car je porte sur mon
corps ces fers;

54.»Pour obtenir le Christ; et je souffre avec patience ces afflictions,
pour devenir digne de la résurrection d'entre les morts.

55.»Et vous qui avez reçu la loi des mains des bienheureux prophètes et
du saint évangéliste, gardez-la tous fermement;

56.»Jusqu'à la fin du monde, afin que vous soyez récompensés dans la
résurrection de la chair, et dans la possession de la vie éternelle.

57.»Mais si quelqu'un de vous meurt dans l'incrédulité, il sera jugé
avec les pécheurs, et puni avec ceux qui ont une fausse foi.

58.»Car c'est une race de vipères, ce sont les enfans des dragons et des
basilics.

59.»Retirez-vous loin d'eux, et fuyez avec l'aide de notre Seigneur
Jésus-Christ.

60.»Et la paix et la grâce du fils bien-aimé soient avec vous.
Ainsi-soit-il.»

       *       *       *       *       *

_Fait en anglais par moi, en janvier-février 1817, au couvent de
San-Lazaro, à l'aide du texte arménien expliqué par le père Pascal
Aucher, moine arménien_.



BYRON.

Venise, 10 avril 1817.

_J'eus aussi le texte latin, mais il est en plusieurs endroits fort
altéré, et il y a de grandes omissions_.

LETTRE DE M. TURNER, RELATIVE A L'EXPLOIT DE LÉANDRE.

Huit mois après la publication de mon _Tour dans le Levant_, il parut
dans le _London Magazine_, puis dans la plupart des journaux, une lettre
de feu Lord Byron à M. Murray.

J'éprouvai sur-le-champ le désir de repousser une accusation d'erreur si
directement portée contre moi; mais je pensai, et les amis que je
consultai pensèrent avec moi, que je ferais mieux d'attendre une
occasion plus favorable que celle fournie par les journaux pour défendre
mon opinion, qu'une autorité aussi imposante que la lettre de Lord Byron
n'ébranlait pas, et qui, j'ose dire, reste encore inébranlable.

Je dois cependant regretter d'avoir résisté au premier mouvement qui me
portait à répondre sur le champ. Le bras de la mort a enlevé Lord Byron
de son trône littéraire et poétique, et je ne puis que me garder de
l'imputation illibérale d'attaquer les morts puissans, dont le talent
m'eût fait trembler de lutter avec eux de leur vivant, en me bornant
scrupuleusement aux faits et aux éclaircissemens qui sont strictement
nécessaires pour détruire l'accusation d'erreur, de faux rapport et de
présomption, griefs dont tout écrivain doit souhaiter de se montrer
innocent.

Lord Byron commença par dire: «_Le courant_ n'était pas en notre
faveur», et ajouta «ni moi ni personne à bord de la frégate n'avions
connaissance d'une différence de courant sur la rive asiatique; je n'en
entendis jamais parler jusqu'à ce moment». Sa seigneurie avait
probablement oublié que Strabon décrit distinctement la différence de
courant dans les termes suivans:

«Διὸ καὶ εὐπετέστερον ἐκ τῆς Σηστοῦ διαίρουσι παραλλαξάμενοι μικρὸν ἐπὶ
τὸν τῆς Ἡροῦς πύργον, κἀκεῖθεν ἀφιέντες τὰ πλοῖα συμπράττοντος τοῦ ῥοῦ
πρὸς τὴν περαίωσιν. Τοῖς δ᾽ ἐξ Ἀβύδου περαιουμένοις παραλλακτέον ἐστὶ
ἐπὶ τἀναντία, ὀκτώ που σταδίους ἐπὶ πύργον τινὰ κατ᾽ ἀντικρὺ τῆς Σηστοῦ,
ἔπειτα διαίρειν πλάγιον, καὶ μὴ τελέως ἔχουσιν ἐναντίον τὸν
ῥοῦν.»--«_Ideòque_ facilius à Sesto trajiciunt _paululùm deflexâ
navigatione ad Herus turrim, atque indè_ navigia dimittentes adjuvante
etiam fluxu trajectum. _Qui ab Abydo trajiciunt, in contrariam flectunt
partem ad octo stadia ad turrim quamdam è regione Sesti: hinc_ obliquè
_trajiciunt, non_ prorsùs _contrario fluxu_[115].»

[Note 115: Strabon, liv. XIII, édition d'Oxford.]

L'auteur dit clairement que le courant assiste ceux qui partent de
Sestos, et les mots ἀφιέντες τὰ πλοῖα,--_navigia
dimittentes_:--«laissant leurs barques aller d'elles-mêmes,» montrent
combien l'assistance du courant était considérable; tandis que les mots
πλάγιον,--_obliquè_,--et τελέως,--_prorsùs_, prouvent nettement que ceux
qui venaient d'Abydos étaient obligés de traverser le détroit dans une
direction _oblique_, ou qu'ils auraient eu le courant _tout-à-fait_
contre eux.

De cette ancienne autorité, qui, je l'avoue, me paraît incontestable,
passons aux modernes. Le baron de Tott, qui, ayant résidé quelque tems
sur les lieux en qualité d'ingénieur pour la construction des batteries,
doit être supposé pleinement instruit sur ce point, s'est exprimé en ces
termes:--

«La surabondance des eaux que la mer Noire reçoit, et qu'elle ne peut
évaporer, versée dans la Méditerranée par le Bosphore de Thrace et la
Propontide, forme aux Dardanelles des courans si violens, que souvent
les bâtimens, toutes voiles dehors, ont peine à les vaincre. Les pilotes
doivent encore observer, lorsque le vent suffit, de diriger leur route
de manière à présenter le moins de résistance possible à l'effort des
eaux. On sent que cette étude a pour base la direction des courans, qui,
_renvoyés d'une pointe à l'autre_, forment des obstacles à la
navigation, et feraient courir les plus grands risques si l'on
négligeait ces connaissances hydrographiques».--_Mémoires de Tott_, IIIe
partie.

A ces citations j'ajouterai l'opinion de Tournefort, qui, dans sa
description du détroit, exprime avec ironie son peu de foi à la réalité
de l'exploit de Léandre; et pour montrer que les plus récens voyages
s'accordent avec les anciens, je terminerai par une phrase de M. Madden,
qui vient de revenir du lieu même. «Ce fut en partant de la rive
européenne que Lord Byron nagea _avec_ le courant, dont la vitesse est
d'environ quatre milles à l'heure. Mais je crois qu'il eût trouvé le
trajet totalement impraticable en allant d'Abydos en Europe».--_Voyages
de Madden_, vol. I.

Il y a dans la lettre de Lord Byron deux autres observations que je
crois nécessaire de rappeler.

«M. Turner dit: «_Tout ce qu'on jette dans le courant de ce point de la
côte européenne arrive nécessairement à la rive asiatique_». Cela est si
loin d'être vrai, que les objets jetés arrivent nécessairement dans
l'Archipel, s'ils sont abandonnés au courant,--quoiqu'un vent violent de
la côte d'Asie[116] puisse avoir quelquefois cet effet».

[Note 116: «C'est évidemment une méprise de l'écrivain ou de
l'imprimeur. Sa seigneurie doit avoir voulu dire un vent violent de la
côte d'Europe, puisque nul vent de la côte d'Asie ne pourrait avoir
l'effet de porter un objet à cette côte.»

Je crois qu'il est à propos de remarquer que c'est M. Turner qui a
commis ici la méprise dont il accuse autrui; les mots employés par Lord
Byron étant, non comme cite M. Turner, «de la côte d'Asie» (_from the
asiatic side_); mais «dans la direction asiatique» (_at the asiatic
direction_). (_Note de Moore_.)]

Ici Lord Byron a raison, et je n'hésite point à avouer que j'eus tort.
Mais j'eus tort selon la lettre, et non suivant l'esprit. Tout objet
jeté de la rive européenne dans le courant, serait entraîné dans
l'Archipel, parce qu'après être arrivé à une distance assez courte de la
rive asiatique pour qu'un homme pût y avoir pied ou peu s'en faut, il
serait de nouveau éloigné de la côte par le courant qui part du
promontoire asiatique. Mais ce serait chose indifférente pour un nageur,
qui, étant si près de terre, gagnerait le bord, sinon en marchant, du
moins par un léger effort.

Lord Byron ajoute, dans son _post-scriptum_: «Le détroit, toutefois,
n'est point extraordinairement large, même dans sa plus grande dimension
au-dessus et au-dessous des forts». Ici je me hasarderai à exprimer un
sentiment contraire, avec défiance toutefois, mais avec une défiance
diminuée par la facilité avec laquelle ce fait peut être vérifié. Le
détroit s'élargit si considérablement au-dessus des forts par la baie de
Maytos, et par la baie opposée sur la côte d'Asie, que l'espace à
traverser à la nage en ce sens serait, suivant mon pauvre jugement, trop
grand pour être franchi par qui que ce fût d'Asie en Europe, avec un tel
courant à vaincre.

Je conclus en énonçant comme mon humble opinion, que personne n'est
obligé de croire à la possibilité de l'exploit de Léandre, jusqu'à ce
que le trajet ait été fait par un nageur, au moins d'Asie en Europe. Le
sceptique est même en droit d'exiger, comme condition de sa foi, que le
détroit soit traversé, comme Léandre est dit l'avoir fait, dans les deux
sens au moins dans l'espace de quatorze heures.

W. TURNER.


EXPOSÉ DE LA CONSULTATION,
PAR M. MILLINGEN.

Comme l'exposé de M. Millingen diffère totalement de celui du docteur
Bruno, il est à-propos que le lecteur voie les propres paroles de
Millingen:--

«Le matin (18 février) on se décida à faire une consultation à laquelle
le docteur Lucca-Vega et le docteur Freiber, mes aides, furent invités.
Le docteur Bruno et Lucca proposèrent d'avoir recours aux
antispasmodiques et autres remèdes employés dans la dernière période du
typhus. Freiber et moi nous soutînmes que ces moyens ne pourraient que
hâter la fatale terminaison; que rien n'était plus empirique que de
courir d'un extrême à l'autre; que si, comme nous le pensions tous, le
mal était dû à la métastase de l'inflammation catarrhale, les symptômes
actuels ne dépendaient que du progrès rapide et considérable qu'il avait
fait dans un organe auparavant si affaibli et si irritable. Les
antiphlogistiques ne pouvaient être nuisibles dans ce cas; ils seraient
inutiles, il est vrai, si la désorganisation était déjà opérée; mais
alors, puisque tout espoir serait anéanti, quels moyens ne seraient pas
superflus? Nous recommandâmes l'application de nombreuses sangsues aux
tempes, derrière les oreilles, et le long du trajet de la veine
jugulaire, un large vésicatoire entre les épaules, et les sinapismes aux
pieds, comme moyens offrant les dernières chances de succès, si faibles
qu'elles fussent. Le docteur Bruno, comme médecin ordinaire du malade,
eut voix prépondérante, et prépara la potion antispasmodique que le
docteur Lucca et lui étaient d'avis d'administrer; elle était composée
d'une forte infusion de valériane, d'éther, etc. Après l'administration
de la première dose, le mouvement convulsif et le délire s'accrurent;
mais, malgré mes représentations, une seconde dose fut donnée une
demi-heure après. Après avoir articulé conformément quelques phrases
entrecoupées, le patient tomba bientôt dans un sommeil comateux, qui le
lendemain se termina par la mort. Il expira le 19 avril, à six heures du
soir.»



TESTAMENT DE LORD BYRON,
EXTRAIT DU REGISTRE DE LA COUR DE CANTORBÉRY.

Moi, George Gordon, lord Byron, baron Byron, de Rochdale, dans le comté
de Lancastre, signifie mes dernières volontés par le testament
suivant:--Je donne et lègue mon susdit fief de Rochdale, dans le dit
comté de Lancastre, avec jouissance entière des droits, prérogatives,
dépendances et appartenances d'icelui, et toutes mes terres, métairies,
héritages et immeubles situés dans la paroisse, ou seigneurie susdite de
Rochdale, et tous mes autres domaines, terres, héritages et immeubles
quelconques, à mes amis John Cam Hobhouse, ci-devant du collége de la
Trinité, à Cambridge, esquire, et John Hanson, membre de la
chancellerie, à Londres, esquire, pour qu'ils en usent et disposent,
eux, leurs héritiers et légataires, suivant l'intention par moi déclarée
que les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson; et en cas de décès du
survivant, et les héritiers et légataires du survivant, vendent et
cèdent, aussitôt qu'on pourra le faire convenablement après mon décès,
le susdit fief et les susdits immeubles au plus haut prix possible, soit
par contrat fait de gré à gré ou par vente publique à l'enchère, soit
en un seul lot ou en plusieurs, comme mes susdits fondés de pouvoir le
jugeront à propos; et pour faciliter cette vente ou ces ventes,
j'entends que le reçu ou les reçus de mes susdits fondés de pouvoir, ou
du survivant, ou des héritiers et légataires d'icelui, soient une bonne
et suffisante quittance à l'acheteur ou aux acheteurs de mes susdits
immeubles, et d'une ou plusieurs parties d'iceux, pour autant d'argent
que ces reçus reconnaîtront; et que l'acheteur ou les acheteurs, et
leurs héritiers et légataires ne soient plus en aucune façon
responsables du prix d'achat, ni obligés de surveiller l'emploi de ces
fonds: et je veux et entends que mes susdits fondés de pouvoir demeurent
en possession de tout l'argent à retirer de la vente de mes susdits
immeubles comme dépôt destiné et consacré à l'accomplissement des
intentions et volontés que je manifeste et déclare ci-après concernant
iceux. Et tandis que j'ai, par certains actes passés par-devant notaire
lors de mon mariage avec ma présente femme, cédé la totalité de mon fief
et domaine de Newstead, dans les paroisses de Newstead et de Linley,
comté de Nottingham, à des fondés de pouvoir, à condition de vendre le
susdit domaine ou fief, et d'appliquer la somme de soixante mille livres
sterling, partie de l'argent à provenir de cette vente, à l'exécution de
mon contrat de mariage: aujourd'hui je donne et lègue par le présent
acte tout le reste du prix de la vente de mon susdit domaine de
Newstead, et la totalité des susdites soixante mille livres sterling, ou
telle part d'icelles qui ne sera point payée et payable pour mon susdit
contrat de mariage, aux susdits John Cam Hobhouse et John Hanson, à
leurs exécuteurs testamentaires, mandataires et légataires, comme dépôt
destiné à l'accomplissement des intentions et volontés que je manifeste
ci-après sur le reste de ma fortune personnelle. Je donne et lègue à
chacun de mes exécuteurs testamentaires, les susdits John Cam Hobhouse
et John Hanson, la somme de mille livres sterling. Je donne et lègue
tout le reste, résidu ou reliquat de ma fortune personnelle aux susdits
John Cam Hobhouse et John Hanson, à leurs exécuteurs testamentaires,
mandataires et légataires, à cette fin que les deux susdits fondés de
pouvoir ou le survivant, ou les exécuteurs testamentaires et mandataires
du survivant, se mettent en possession de tous les restes et reliquats
de ma fortune personnelle, et de tout l'argent à provenir de la vente de
mes immeubles à eux légués ci-dessus, et de tout ce qui reste disponible
sur le prix de vente de mon susdit fief de Newstead, après le paiement
de mes dettes et de mes legs, pour remplir mes volontés et intentions
ci-après déclarées, c'est-à-dire, pour que mes susdits fondés de
pouvoir, ou le survivant, ou les exécuteurs testamentaires et
mandataires du survivant, placent les susdites sommes sur les fonds
publics, ou sur le trésor, ou sur hypothèques, avec pouvoir de varier,
changer et transposer ces placemens durant la vie de ma sœur
Augusta-Marie Leigh, épouse de George Leigh, esquire, d'en toucher les
intérêts, dividendes et produits annuels, au fur et à mesure que ces
intérêts, dividendes et produits annuels écherront et deviendront
payables, et de verser les susdits intérêts, dividendes et produits
annuels entre les propres mains de la dite Augusta-Marie Leigh, pour son
usage et bénéfice particulier, sans que les susdits intérêts, dividendes
et produits annuels puissent jamais être atteints par le contrôle, les
dettes ou les engagemens du mari actuel ou à venir de ladite
Augusta-Marie Leigh, ou entre les mains de la personne ou des personnes
que ma dite sœur désignera chaque fois, par un écrit de sa main,
nonobstant son mariage présent ou un mariage à venir; et pour que,
immédiatement après le décès de ma dite sœur, mes susdits fondés de
pouvoir, ou le survivant, ou les exécuteurs testamentaires et
mandataires du survivant, donnent et transfèrent tous mes biens
ci-dessus mentionnés et à eux confiés en dépôt, ou les titres de rentes,
capitaux ou immeubles, en lesquels ou sur lesquels les susdits biens
auront été convertis ou hypothéqués, à l'enfant ou, s'il y en a plus
d'un, aux enfans de ma dite sœur, suivant telles répartitions,
distributions et proportions, et cela en intérêts ou en principal à
telle époque ou telles époques, et avec telles conditions, clauses et
restrictions, que ma dite sœur aura déterminées et réglées de son
vivant, à quelque époque que ce soit, en puissance de mari ou non, par
un ou plusieurs actes, notariés ou non, dressés par écrit, avec ou sans
pouvoir de révocation, et scellés et délivrés en présence de deux
témoins honorables ou plus, ou par ses dernières volontés exprimées dans
un testament écrit, ou par toute pièce écrite en guise de testament; et
au cas que ma dite sœur meure sans testament ou de mon vivant, je veux
que mes deux susdits fondés de pouvoir, ou le survivant, ou ses
exécuteurs testamentaires, mandataires et légataires, donnent et
transfèrent tous les biens mobiliers et immobiliers à eux confiés à
l'enfant, ou, s'il y en a plus d'un, aux enfans de ma dite sœur, par
portions égales, et cela, suivant le cas, à l'unique enfant mâle ou à
chacun des enfans mâles, à l'époque de sa vingt-et-unième année, et à la
fille unique ou à chacune des filles à l'époque de sa vingt-et-unième
année, ou de son mariage s'il a lieu avant sa vingt-et-unième année; et
au cas qu'un enfant meure, si c'est un garçon, sans avoir atteint l'âge
de vingt-et-un-ans, et si c'est une fille, sans avoir atteint le même
âge de vingt-et-un ans ni s'être mariée, je veux et ordonne que la part
ou les parts du décédé, ou des décédés, reviennent à l'enfant ou aux
enfans survivans. Et j'entends que mes susdits fondés de pouvoir
emploient et consacrent les intérêts et dividendes des parts de chacun
des susdits enfans à leur entretien et à leur éducation durant leur
minorité; mais que les intérêts et dividendes qui n'auront pas été
ainsi employés s'accumulent et grossissent le capital. Or je nomme,
établis et désigne les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson pour
exécuteurs de ce testament. Et je veux et entends que mes susdits fondés
de pouvoir ne soient pas responsables l'un pour l'autre, mais que chacun
ne soit responsable que de ses actes, contrats, reçus ou malversations,
et que mes susdits fondés de pouvoir soient autorisés à retenir et à
prélever sur les fonds qui viendront en leurs mains d'après les
dispositions ci-dessus mentionnées, tous les frais et toutes les
dépenses qu'ils auront à payer et à soutenir en exécution des clauses
ci-dessus mentionnées. Je fais les susdites dispositions en faveur de ma
sœur et de ses enfans, parce que ma chère femme lady Byron et tous les
enfans que je puis avoir sont amplement pourvus; et, enfin, je révoque
tous les testamens antérieurement faits par moi, et je déclare celui-là
seul comme valable. En foi de quoi j'ai, sur ce testament, contenu dans
trois feuilles de papier, apposé ma signature aux deux premières
feuilles, et ma signature et mon sceau à cette troisième et dernière
feuille, ce 29e jour de juillet, en l'an de grâce 1815.

BYRON (L. S.)

Signé, scellé, publié et déclaré par ledit testateur Lord Byron, comme
son dernier testament, en notre présence; et, à sa requête, en sa
présence, et en présence les uns des autres, nous avons signé comme
témoin.

THOMAS-JONES MAWSE, EDMUND GRIFFIN, FREDERICK JERVIS,
_Clercs de chancellerie_.

CODICILLE.--Je soussigné, très-honorable George Gordon, Lord Byron,
ajoute ce codicille à mon testament. Je donne et lègue à Allégra Byron,
enfant d'environ vingt mois, élevée par moi, et résidant maintenant à
Venise, la somme de cinq mille livres sterling, que je charge mes
exécuteurs testamentaires de lui payer à l'époque de sa vingt-et-unième
année, ou le jour de son mariage, s'il a lieu avant cette époque, à
condition qu'elle ne se mariera pas avec un natif de la Grande-Bretagne.
Et je charge mes susdits exécuteurs testamentaires de placer, aussitôt
que possible après mon décès, ladite somme de cinq mille livres sterling
sur le gouvernement ou sur bonne hypothèque, et d'en employer le revenu
annuel à l'entretien et à l'éducation de la susdite Allégra Byron,
jusqu'à ce que la susdite ait atteint l'âge de vingt-et-un ans, ou se
soit mariée, comme il est dit plus haut; mais au cas qu'elle meure avant
d'atteindre ledit âge et sans s'être mariée, alors je veux que ladite
somme de cinq mille livres sterling fasse partie du reste de ma fortune
personnelle; et, sous tous autres rapports, je confirme mon testament,
et déclare y ajouter ce codicille. En foi de quoi j'ai mis ici ma
signature et mon sceau, à Venise, ce 17e jour de novembre, l'an de grâce
1818.

BYRON (L. S.).

Signé, scellé, publié et déclaré par ledit Lord Byron, comme codicille
ajouté à son testament, en notre présence; et à sa requête, en sa
présence, et en présence l'un de l'autre, nous avons signé comme
témoins.

NEWTON HANSON. WILLIAM FLETCHER.

Confirmé à Londres (avec un codicille), le 6 juillet 1824, par-devant
l'honorable Étienne Lushington, docteur ès-lois, et substitut, par les
sermens de John Cam Hobhouse et de John Hanson, esquires, à qui
l'exécution du testament a été confiée, lesquels ont juré qu'ils
l'exécuteraient fidèlement.

NATHANIEL GRISKINS, GEORGE JENNER, CHARLES DYNELEY,

_Greffiers_.



FIN.


INDEX ALPHABÉTIQUE
DES PERSONNAGES MENTIONNÉS
DANS LES ŒUVRES POÉTIQUES DE LORD BYRON[117].

[Note 117: Le chiffre romain indique le volume; le chiffre arabe, la
page.]


A.

Abailard, VIII, 128.
Abel, personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_.
Aberdeen (lord), II, 35; III, 134.
Abdallah, personnage de la _Fiancée d'Abydos_, V, 98. _Passim_.
Achille, I, 292, 408, 469; II, 305; III, 61, 99, 103; V, 123; VIII, 186.
Achmet III, V, 239.
Ada, fille de Lord Byron, I, 43, 49; III, 143, 187.
Adah, VIII, 166. _Passim_.
Adam, personnage de _Caïn_, VIII, 166, 376.
Adam, I, 115, 132, 319; II, 10, 213; V, 123.
Addison, II, 297; III, 341; VII, 399.
Adeline Amundeville (lady), personnage de _Don Juan_, II, 141. _Passim_.
Adrien, II, 320; III, 165.
Aesietes, V, 123.
Afres (génie malfaisant), V, 33.
Aglietti, III, 206.
Agostini (Léonard), III, 315.
Aguccheek, sir Andrews, II, 389.
Aholibaniah, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372, _Passim_.
Ajax, III, 99.
Alaric, III, 61.
Albane, II, 161.
Albrizzi, III, 206.
Alcée, I, 245; II, 352.
Alcibiade, II, 227, 308.
Aldabelle, IV, 364.
Alembert (D'), III, 143.
Alexandre-le-Grand, I, 309; II, 8, 138; III, 104, 390; V, 123.
Alexandre, empereur de Russie, I, 395; II, 215.
Alexandre III (le pape), III, 290.
Alfieri, III, 206, 228, 317; V, 335; VII, 165.
Ali-Pacha, I, 17, 18, 318; III; 78, 80, 86, 105; 106, 133, 135, 137; V,
126; VII, 396.
Almoro Donato, VIII, 147, 148.
Alph, personnage du _Siége de Corinthe_, V, 295.
Alphonse III, V, 230.
Alphonse le roi, VIII, 387.
Alphonso, personnage de _Don Juan_, I, 96. _Passim_.
Al-Sirat (arche de), V, 23.
Altada, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Anacréon, I, 13, 90; II, 299, 320.
Anah, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_.
Anastasius-Macédon, III, 141.
Anchise, III, 227.
Anderson, IV, 40.
Andrews, II, 369.
Ange (du Seigneur), personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_.
Angelo, III, 228.
Angiolina, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Angiolin, II, 363.
Angle, II, 173.
Anjou (Charles d'), III, 320.
Anna Comnène, III, 132.
Anne (Marie). Il lui adresse une pièce de vers. V, 420.
Anne (l'impératrice), II, 57.
Anne (la reine), II, 40.
Annibal, III, 336, 337; VIII, 291.
Anselme, personnage du _Corsaire_, V, 161.
Anson (George), I, 189.
Anstey, I, 350; II, 278.
Antonio Venieri, VIII, 147.
Antiloque, V, 123.
Antinoüs, III, 99.
Antoine, I, 359, 364; II, 243; III, 120.
Antonia, personnage de _Don Juan_, I, 124. _Passim_.
Apicius, II, 247.
Arbaces, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Archidamus, VIII, 309.
Arétin, III, 329.
Aretino (Leonardo), IV, 104, 126, 360.
Argyle (lord), II, 364.
Arici, IV, 96.
Arien, VII, 178.
Arimane, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Arion, III, 64.
Arioste, I, 42, 113, 138, 251, 256, 291; II, 264; III, 5, 209, 283, 284;
IV, 116, 355; V, 156.
Aristippe, I, 211.
Aristogiton, III, 189.
Aristote, II, 232, 233, 306; V, 369.
Armide, I, 98.
Armstrong (Johnny), III, 191.
Arnheim, personnage de _Werner_, VII, 186, _Passim_.
Arnold, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_.
Arseniew, I, 409, 443, 489.
Asdrubal, VIII, 291.
Atargul, V, 78.
Attila, IV, 159.
Aubernetthy, II, 52.
Audifret, cité, II, 16.
Auger (M.), II, 255.
Auguste, III, 273.
Augustin (Saint), I, 96, 211; III, 301.
Aulugelle, III, 54.
Azaïs, I, 405; II, 216.
Azaziel, personnage de _Ciel et Terre_, II, 372. _Passim_.
Azo, personnage de _Parisina_, V, 335. _Passim_.
Azrael, ange de la mort, V, 80.

B.

Baccus, VIII, 294.
Backrhyme, II, 172.
Bacon, I, 188, 229.
Baillie (Joanna), II, 52; VI, 83.
Bailly, VI, 259.
Bajazet, IV, 163.
Balea, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Ballantyne, III, 299.
Bandelli, V, 356.
Bankes (sir Joseph), III, 8; VI, 284.
Baptista (John), III, 280.
Barbarigo, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Barbarina, V, 359.
Barence, II, 295.
Baring, II, 109.
Barnek (Lewis), V, 229.
Barossa, IV, 298.
Barthélemy, III, 129; VIII, 361.
Basili, III, 106, 107.
Bastie (de la), III, 302, 303.
Bathurst (capitaine), IV, 224.
Bayard, III, 8; VI, 369.
Bayes, II, 337.
Bayle, II, 71; III, 364.
Bazile, V, 61.
Béatrix, IV, 97. _Passim_.
Beattie, III, 5, 299.
Beaumont, II, 361; V, 426.
Beccaria, III, 127.
Becher. Il lui adresse une pièce de vers. V, 408.
Becket, II, 64.
Beckford (lord), auteur de _Wathek_, V, 63.
Bedford, II, 340.
Bedford (duc de), IV, 411.
Béjot, III, 301.
Beleses, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Bembo (Antonia), V, 292.
Bembo (Bernard), III, 321.
Ben Bunting, VIII, 307, 312. _Passim_.
Benintende, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86.
Benserade, III, 390.
Bentley, IV, 46.
Benzoni (la comtesse), VI, 284.
Berenger, II, 86.
Bergami, VII, 387.
Berkeley, II, 71.
Bernardin de Saint-Pierre, II, 310.
Berni, IV, 355.
Bernis (abbé de), VI, 77.
Berry (M.), III, 284.
Bertram, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Betty, II, 360.
Bevius, III, 333.
Bey Aglou, V, 76.
Beyle (M.), cité, II, 46.
Bianca, V, 340.
Bill, II, 240.
Biron (famille française), II, 57.
Black-Bourne (l'archevêque), V, 228.
Blackette (Joë), V, 431.
Blackmore (sir Richard), II, 344.
Blake, III, 286.
Blaud, III, 189.
Blessington (lady), Il lui adresse des vers. V, 423.
Blich (le capitaine), VIII, 337.
Bligh, VIII, 275.
Blomfield, II, 371; V, 426.
Blount (Martha), VII, 397, 398.
Blount (Henry), II, 339.
Boccace, I, 46, 254; III, 230, 327, 333; IV, 104.
Bodoni, III, 289.
Boiardo, III, 189; IV, 355.
Boileau, III, 222.
Bolingbroke (lord), II, 350.
Bolivar, IV, 316.
Bombazeen (miss), II, 170.
Bonaparte, V, 227, 421.
Boniface VIII, III, 321.
Bonnivard (François-Louis-Jean-Aimé), III, 417, 432, 433, 434, 435.
Boudot, III, 301.
Bourbon (le connétable de), IV, 120.
Bourbon, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_.
Bowles (le docteur), II, 326, 347, 348, 349, 350, 379; VII, 387, 389.
Boylen (Anne), V, 224.
Bracci (l'abbé), III, 365.
Brantome, II, 174; VI, 366, 368, 369.
Brasidas, III, 99, 288.
Breurier (le général), V, 328.
Brougham, II, 172.
Brummel, II, 101.
Brunck, IV, 46.
Brunswick (prince de), III, 151.
Brunswick (maison de), V, 335.
Brutus, II, 241; III, 230, 239; V, 410; VIII, 297.
Buffon, II, 71.
Buonaparte (Jacopo), IV, 109.
Burchard, cité, V, 286.
Burke, III, 377.
Burke, II, 138; III, 7; IV, 145.
Burkits (Thomas), VIII, 346.
Burns, V, 61.
Busey (lady), II, 170.
Bute (lord), VIII, 378.
Byron (ancêtre de Lord), II, 49.
Byron, II, 57.
Byron (Mrs.), V, 405.

C.

Cades (Jacques), I, 272.
Cahora, I, 457.
Caïn, V, 123.
Caïn, personnage de _Caïn_, _Mystère_, VIII, 166.
Calderon, I, 80.
Calendaro (Philippe), personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Caligula, VI, 77.
Calypso, III, 67.
Cameron (sir Evan), III, 189.
Campbell, IV, 89; VII, 387.
Campbell, I, 6, 103, 140, 350, 351; II, 93, 373; III, 100.
Canden (lord), IV, 411.
Cannieng, I, 359.
Canning, IV, 329.
Camoëns, IV, 13.
Canova, II, 410; III, 206, 229.
Caperonier, bibliothécaire du roi, III, 301.
Caracalla, III, 362.
Caradza (le prince), III, 379.
Carlisle (lord), IV, 2.
Carlisle (le comte de), I, 8, 12, 69.
Carmarthen (lady), I, 44.
Caroline de Brunswick, III, 271.
Caroline (la princesse), I, 352.
Carrara (François de), III, 294, 303; VIII, 140.
Carthy, IV, 414.
Cartwright (le major), IV, 388. _Passim_.
Casimir (Jean), III, 385.
Cassandre, I, 275.
Castelnau (le marquis de), I, 434. _Passim_.
Castlereagh (lord), IV, 308; VIII, 384.
Catherine II, personnage de _Don Juan_, I, 395. _Passim_, III, 124, 128.
Catherine, IV, 312, 325.
Catilina, I, 401.
Caton, I, 366, 405.
Catulle, I, 90, 116.
Cava (la), III, 26; VI, 77.
Cazzani, I, 122.
Ceccho, III, 295.
Cellini, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_.
Cervantes, I, 404.
César, personnage du _Défi__guré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_.
César, I, 211, 249, 254, 359, 364, 431; II, 243; III, 132, 230, 240,
249, 262; VI, 74; VIII, 297.
Cesarotti, III, 323.
Chandler, III, 103, 119.
Charlemagne, IV, 360, 361, 362, 363, 364.
Charlement (mistress), I, 140.
Charles-Quint, IV, 161.
Charles Ier, IV, 4, 64, 65.
Charles II, IV, 4, 67.
Charles IV, roi d'Espagne, III, 31, 53.
Charles XII, I, 477; III, 385, 387, 390, 391, 414; IV, 313.
Charley, IV, 429.
Charlotte (la princesse), III, 271.
Châteaubriand, I, 11, 20, 40; IV, 337, 338.
Chaworth (M.), I, 3, 4, 9, 10.
Cheops, I, 144.
Chesi (M.), cité, V, 114.
Childe-Harold (_le Pélerinage de_), poème, III, 1. _Passim_.
Chinazzo (Daniel), III, 296.
Chokenoff, I, 400.
Chrematoff, I, 400.
Christian, VIII, 306, 310. _Passim_.
Christodoulos, I, 128, 142.
Chrysostôme, (saint Jean-), I, 91, 256.
Cibber, VII, 398.
Cicéron, III, 195, 225, 239, 249, 273.
Cicogna (le comte César), I, 286.
Cicognara, III, 206, 288.
Cimon, VI, 69.
Clarence (George, duc de), I, 127.
Clarendon, IV, 65.
Clarke, III, 103, 134.
Cléon, III, 120.
Cléonice, VI, 69.
Cléopâtre, I, 364; II, 247; III, 242; V, 188; VIII, 297.
Clootz, I, 78.
Coleridge, VI, 82, 371.
Coleridge, I, 29, 104, 139, 250.
Commode, VI, 77.
Condorcet, I, 78.
Congreve, I, 116.
Constant (Benjamin), IV, 326.
Constantin (Dragasie), I, 328.
Constantin (George), III, 141.
Contarini, III, 296.
Contarini (André), II, 325.
Contemir (le prince), I, 349, 374.
Cooke, IV, 10; VI, 83.
Coray (M.), III, 127, 128, 133, 142.
Corneille, IV, 214; VI, 97.
Cornélie, III, 246.
Corniani (le comte), I, 122.
Corsi (Domeu Maria), I, 293.
Cosme II, III, 328.
Cosme III, III, 335.
Cosroes, V, 121.
Cowper, I, 351, 461.
Coxe, I, 249.
Crabbe, I, 140; II, 376.
Crashaw, I, 243.
Crech, I, 334.
Cromwell, I, 249; III, 240, 344; IV, 67; VI, 77.
Cumberland (duc de), I, 77.
Cumberland (Richard), IV, 9.
Currie, I, 349.
Cuvier, VIII, 164.

D.

Dallas (M.), I, 5, 26.
Damas (le comte), I, 414, 437.
Damodos (Vicenzo), III, 142.
Dandolo (André), VI, 263.
Dandolo (Henry), III, 293.
Daniel, I, 320.
Dante, I, 40, 45, 46, 172, 219, 226, 293, 389, 404; II, 61, 62, 301,
307; III, 221, 223, 229, 230, 231, 320, 323; IV, 361.
Danton, I, 78.
Daru, I, 278; VI, 280; VIII, 132.
Darwil, II, 378.
David, I, 128, 272.
Davy (sir Humphrey), I, 117.
Dearbhorgil, VI, 77.
Démétrius, III, 142.
Démosthène, III, 195.
Denis jeune, IV, 162, 163.
Derwich (Tahire), III, 106, 108, 109.
Desaix, I, 78.
Dibdin, VI, 82.
Diderot, VIII, 155.
Didoi, I, 448.
Diodore de Sicile, VII, 5, 179.
Diogène, I, 405; II, 81, 275, 276; III, 159, 326.
Diogène Laerce, IV, 5.
Dogolino, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Dolfino, III, 293.
Domati (Corso), IV, 104.
Domitien, VI, 77.
Donoughmore (le comte de), IV, 404.
Doria, III, 213.
Doria (Pierre), III, 294, 325.
Dorotheus de Mitylène, III, 128, 141.
Dorset (duc de), IV, 36.
Drummond (sir W.), III, 134; VI, 181.
Drury, III, 342.
Dryden, I, 139, 252, 254; IV, 1.
Dubellay (Martin), VI, 369.
Ducis, I, 455.
Dudu, personnage de _Don Juan_, I, 377.
Duff (Marie), I, 300.
Duguesclin, I, 6; IV, 310.
Dumourier, I, 77.
Duncan, I, 78.
Dunkas (Étienne), III, 379.

E.

Échinard, III, 359.
Edgeworth (miss), I, 82.
Edvard Young, VIII, 349.
Ekenhead (lieutenant), I, 21, 22, 179; IV, 224.
Eldon (lord), I, 14, 15.
Elgin (lord), I, 20, 21, 26; III, 100, 102, 103, 117; IV, 284, 290.
Elliston, VI, 83.
Épaminondas, III, 91.
Épicure, I, 211.
Espinasse (Mlle) L', IV, 178.
Éric, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Erizzo, III, 288; VIII, 148.
Ésaü, I, 314.
Est (Alphonse d'), III, 222.
Étienne (Robert), III, 347.
Éton, III, 121.
Eugène (le prince), VI, 74.
Eunapicus, VI, 69.
Eustace, III, 329; IV, 297.
Ève, I, 82, 206, 214, 236; VIII, 376.
Ève; personnage de _Caïn_, VIII, 166, 376. _Passim_.

F.

Falconner, III, 100.
Faliero (Bertuccio), personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Faliero (Vital), VI, 80.
Fauvel, III, 100, 120.
Fea (l'abbé), III, 363.
Feinaigle, I, 80.
Femlon, I, 405.
Ferdinand VII (roi d'Espagne), III, 53; IV, 422.
Ferdinand (le prince), I, 77.
Ferdousi, II, 368.
Fielding, I, 291, 344.
Filicaia, III, 313.
Fitz-Gérald, II, 391.
Fletcher, I, 15, 19, 24, 38, 64, 65; IV, 410.
Florence, III, 67, 68.
Fontenelle, III, 128.
Forbes (sir W.), III, 299.
Foscari (François), I, 277; VIII, 2.
Foscari (Marc), VIII, 140.
Foscolo (Ugo), III, 206, 324.
Fox, IV, 11, 145; VIII, 378.
François (saint), I, 369.
Franklin, VIII, 382.
Frédéric-Barberousse, III, 290.
Frédéric-le-Grand, I, 45, 448; VI, 77; VIII, 332.
Frédéric III, VIII, 135.
Fritz, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.

G.

Gabor, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Gail (M.), III, 127.
Galilée, III, 228.
Gallus, I, 9.
Gamba, I, 50, 51, 54, 57.
Ganellon, IV, 361. _Passim_.
Garcilasse, I, 105.
Garrick, IV, 150.
Gaston de Foix, I, 292.
Gell, III, 134.
Gemma, IV, 104.
George Ier, I, 358; V, 128, 229.
George III, I, 142, 339; II, 101, 103, 257; VIII, 157, 357, 360, 369,
377, 381, 389.
George IV, I, 368, 352, 483; II, 18, 69, 86, 101, 138, 172, 215; III,
271; V, 414.
George de Trésibonde, IV, 141.
German, VII, 183.
Gessner, VIII, 162.
Gibbon, III, 104, 116, 132, 199, 293, 300, 303, 315; IV, 158; V, 223,
230; VIII, 159.
Gieta (le colonel), III, 385, 387.
Gilbert, IV, 133.
Gilchrist, VII, 389, 395.
Ginguené, VI, 282.
Giorgione, II, 399, 400.
Gneisenan, I, 457.
Godoy, prince de la Paix, III, 53.
Goëthe, I, 244; VI, 286, VII, 182.
Goldsmith, III, 204.
Gontaut (Biron), I, 3.
Gordon (miss Catherine), I, 5.
Graftan (lord), VIII, 378.
Gramby, I, 77.
Grattau, I, 360.
Gray, I, 256; IV, 7.
Gritti (Jacomo), III, 280.
Gropius, III, 102, 103.
Guiccioli (Teresa Gamba, comtesse), I, 48, 52, 197, 213; IV, 91.
Guichardin, IV, 109.
Guillaume III, I, 358; IV, 40.
Gulleyaz, personnage de _Don Juan_, I, 340. _Passim_.
Guizot, I, 346.
Gurney, I, 135.
Gustave-Adolphe, IV, 314.

H.

Haboul-Hamid, I, 349.
Hafiz, II, 368.
Haïdée, personnage de _Don Juan_, I, 186. _Passim_.
Hamilton, III, 134.
Hammond, VI, 284.
Hanson (John), I, 69.
Hardsman, II, 174.
Harmodius, III, 151, 189.
Harrison, I, 82.
Hastings, IV, 145.
Hawke, I, 77.
Hayley, IV, 94.
Haywood (Pierre), VIII, 349.
Hector, I, 488.
Hélène, VI, 77.
Héloïse, VIII, 327, 328.
Henri II, IV, 61.
Henri VI, I, 252.
Henri VIII, I, 47; IV, 63.
Henrick, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Herblot (D'), I, 393
Herman, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Hérodote, I, 262.
Hervey, II, 398.
Hésiode, III, 118, 14.
Heyward (M.), VIII, 346.
Hobhouse, I, 15, 23, 39, 69; III, 104, 106, 112, 201, 205, 208, 282; IV,
292, 429; V, 290, 330, 407; VII, 395.
Hobhouse, VI, 284.
Hobhouse (John Cam), I, 15, 23, 39, 69.
Hoche, I, 78; III, 192.
Hodgson, III, 101; V, 406.
Homère, I, 5, 138, 248, 251, 293, 300, 334, 355, 491; IV, 102; VIII,
157, 295.
Honorius (saint), III, 20, 52.
Hoppner (le général), VI, 284.
Horace, I, 13, 75, 78, 142, 211, 251, 320, 334; II, 24, 134, 145, 153,
171, 213, 232; III, 237, 274; IV, 69, 94; V, 424.
Horistan (John de), IV, 4.
Hortensius, I, 366.
Hosson, III, 136.
Houdetot (Mme d'), III, 195.
How, I, 77, 78.
Howard, III, 154, 190.
Hoyle, I, 248.
Hugo (Victor), I, 251; III, 397; IV, 214.
Humboldt, I, 296.
Hume, IV, 69.
Humphry (Davy), VI, 284.
Hunt (Leigh), I, 50.

I.

Ichar (le duc), I, 122.
Idenstein, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Ile Sainte-Hélène (Ode à l'), IV, 168.
Inès (donna), personnage de _Don Juan_, I, 80. _Passim_.
Irad, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_.
Israël Bertuccio, personnage de _Marino Faliero_, VI, 84

J.

Jackson, IV, 378.
Jacopo Foscari, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Jacques II, I, 5; III, 191; IV, 65.
Jacques Loredano, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Jamblicus, VI, 69.
Japhet, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 379. _Passim_.
Jean-sans-Terre, IV, 335.
Jefferies, IV, 403.
Jeffery, I, 14.
Jérôme (saint), I, 91.
Jersey, VI, 284.
Jervis, I, 78.
Jhonson, I, 249.
Job, VIII, 365, 366.
John Horne, VIII, 382.
Johnsam (docteur), III, 314.
Johnson (docteur), IV, 418.
José (Don), personnage de _Don Juan_, I, 79. _Passim_.
Joseph, I, 134.
Joséphine, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Joubert, I, 78.
Joy (M.), VI, 284.
Jules II, IV, 122.
Julia, personnage de _Don Juan_, I, 94. _Passim_.
Julia-Alpinula, III, 169, 195.
Julien (le comte), III, 53.
Julien (M. Stanislas), III, 381.
Jupiter, VIII, 293.
Juvénal, I, 90, 289; IV, 158.

K.

Kallinikus-Torgeraus, III, 140.
Kamarasis, III, 128, 142.
Kant, I, 259, 364.
Kean, VI, 83.
Kemble, IV, 10; VI, 83.
Keppel, I, 77.
Kinnaird, I, 56, 63.
Kinnaird (le docteur), IV, 260.
Kinnaird (lord), VI, 284.
Knolles (Richard), I, 349.
Kosciusko, IV, 312.

L.

Labédoyère, IV, 164.
Laing, IV, 88.
Lambro, personnage de _Don Juan_, I, 224. _Passim_.
Lancelot du Lac, III, 7.
Landerdale, VI, 284.
Landor (M.), VIII, 157.
Lansdown (marquis de), IV, 47; VI, 284.
Lanzi, III, 315.
Laugier, VI, 75, 78.
Laura, personnage de _Beppo_, II, 402. _Passim_.
Laura, I, 218; III, 219, 299, 300, 302, 303, 327.
Lavalette (Mme), IV, 178.
Leake, III, 134.
Lee (mistress), VII, 183.
Lenzoni (la marquise), III, 328.
Léopold de Saxe-Cobourg, III, 271.
Lesage, IV, 51.
Lewis (Mathieu), VI, 81, 284, 286.
Licophron, IV, 94.
Lioni, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Locoon, I, 779; III, 268.
Logotheti, III, 108.
Lolah, personnage de _Don Juan_, I, 377. _Passim_.
Lorenzo, VI, 74.
Louis XIV, III, 390; VI, 76.
Louis XVI, III, 434.
Lucchesini, III, 320.
Lucifer, VIII, 360.
Lucifer, personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_.
Lucrèce, I, 90, 334; III, 54; VI, 77.
Lucullus, VIII, 29.
Ludwig, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Lusieri, III, 100, 120.

M.

Machiavel, II, 66; III, 229, 319.
Mac-Murchad, VI, 77.
Macpherson, IV, 79, 88.
Macvaur Nagh, IV, 410.
Mahmout, III, 137.
Mahomet, I, 108, 211, 334, 355, 401, 409; II, 56; III, 57, 138; VIII,
303.
Mahomet II, III, 131.
Mai, III, 206.
Malherbe, IV, 214.
Mallet (M.), VIII, 346.
Manetti, IV, 104.
Manuel, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Marceau, I, 78; III, 165, 166, 192.
Marchetti (le comte), IV, 95.
Marco Memmo, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Marialva (marquis de), III, 52.
Marianne, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_.
Marie-Antoinette, III, 7, 434; VI, 77.
Marie (Chaworth), IV, 19, 21, 73, 130.
Marin Sanuto, VIII, 136, 145. _Passim_.
Marina, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_.
Mariner, VIII, 283.
Marinus (comte Tharboures), III, 141.
Marion, IV, 23.
Marlborough (duc de), VI, 76.
Marmarotouri, III, 129.
Marmontel, VIII, 155.
Marsham (mistress), VI, 76.
Martin, VIII, 157.
Mathurin, VI, 82.
Matthews (Charles Skinner), III, 55.
Maxwell (lord), II, 4.
Mayer, VI, 81.
Mazeppa, poème, III, 383. _Passim_.
Meister, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Meletius, III, 128, 140, 141.
Merci, III, 116.
Mérivale, IV, 355.
Metella (Cecilia), III, 355.
Metella, III, 247.
Mezzofanti, III, 206.
Michel-Ange, IV, 123, 124; VIII, 364, 366, 371, 377.
Middleton (docteur), III, 313.
Milford, VII, 178, 179.
Milman, VI, 83.
Milton, IV, 96, 125; VIII, 162, 371.
Mirrha, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Moïse, VIII, 164.
Monime, III, 315.
Monrose (marquis de), VI, 83.
Montagu (lady W.), VII, 398.
Montagu (sir Georges), VII, 399.
Montfaucon, III, 358.
Monti, III, 206, 323; IV, 96.
Moore (le docteur), IV, 63; VI, 76, 78, 279.
Moore (Thomas), IV, 49, 256, 260; VI, 284.
Morelli, III, 206; VI, 75.
Morgan (lady), VIII, 153.
Morosini, VI, 263.
Murat, IV, 165, 166.
Muratori, III, 331; VI, 276.
Murray (_Lettre_ à John), VII, 387. _Passim_.
Mustoxidi, III, 206, 289.

N.

Napoléon, I, 39, 46, 77, 312, 431; II, 3, 7, 9, 15, 29, 100, 103, 109,
217, 282; III, 157, 191, 192, 199, 241.
Napoléon (_Ode_ à), IV, 158. _Passim_. 168, 307, 310, 312, 313, 314,
321, 426.
Nardini, III, 361.
Navagero (Andrea), VI, 75.
Nelson, VIII, 346.
Némésis, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Neophitus, III, 140.
Néron, VIII, 191.
Neuah, VIII, 292, 297. _Passim_.
Ney (le maréchal), IV, 164.
Nicias, III, 298.
Niobé, III, 298.
Noé, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372.
Notaras, III, 133.

O.

Ocellus Lucanus, III, 128.
Olympie, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_.
O'neill (miss), VI, 83.
Ordelafo, VI, 80.
Orléans (duc d'), VI, 77.
Orose, III, 343.
Osborn, IV, 410.
Ossian, IV, 3, 79.
Othman, III, 88.
Otway, II, 335, 362; III, 215; VI, 259.
Ovide, I, 90, 113, 194, 211, 299, 370; II, 400; III, 7, 315.
Owenson (miss), III, 147.

P.

Pacciandi, III, 289.
Palafox, III, 54.
Paley, IV, 115.
Pamperis, III, 141.
Panagiotes Kodrikas, III, 128, 142.
Pania, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Parios (Athanius), III, 142.
Paris, III, 227.
Parker, (sir Peter), IV, 226.
Parry (le capitaine), VIII, 364.
Pascal Maliperi, VIII, 151.
Passamont, IV, 368. _Passim_.
Paterculus (C. Velleius), III, 318.
Paul (saint), VIII, 360.
Paul Ier, III, 131.
Paul Marosini, VIII, 135.
Pausanias, III, 50; VI, 69.
Pauvinius, III, 343.
Paw (de), III, 121.
Pélage, III, 26, 33.
Pénélope, III, 71.
Pépin, IV, 360.
Périclès, III, 120.
Pétrarque, I, 218, 299; III, 20, 30, 194, 195, 212, 220, 228, 229, 238,
239, 241, 251, 299, 300, 301, 302, 303, 304, 305, 306, 328; IV, 94, 187;
111, 119, 122, 167, 230, 236, 243, 249, 251, 264, 268, 290, 291, 292,
295, 296; V, 123; VI, 278.
Philibert, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_.
Philippe Visconti, VIII, 146. _Passim_.
Philippe de Macédoine, III, 98.
Philippide (Daniel), III, 379.
Pierre (saint), VIII, 355, 360, 371.
Pierre-le-Grand, II, 50; III, 141.
Pindare, I, 244; III, 54.
Pindemonte, III, 206; IV, 96.
Pisani (Victor), III, 295, 324, 325.
Pitt (Guillaume), VIII, 378.
Pitt, IV, 11, 145, 305, 307.
Pizarre, III, 48.
Platon, I, 112, 259, 405; II, 275; III, 100.
Pline, III, 341.
Plutarque, I, 309; II, 114; III, 298; VI, 69; VIII, 137, 309.
Poggio, III, 313.
Polyzoys, III, 128.
Pompadour (Mme de), VI, 77.
Pompée, I, 211; III, 241.
Pope, IV, 299; VII, 387, 385, 389, III, 153.
Porson, IV, 46; VIII, 157.
Possevin (le père), III, 320.
Potemkin, I, 406, 407, 437, 438; II, 51; III, 130.
Pouqueville (M.), III, 110, 125.
Prokopicus, III, 140.
Psalida, III, 128, 132, 140, 142.
Pulci, IV, 353, 355, 356, 357.

R.

Racine, IV, 214.
Raphaël, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_.
Rattcliff, III, 215.
Retz (le cardinal de), VI, 83.
Ricci, III, 230.
Rienzi, III, 251, 358.
Riga, III, 129.
Rochefoucauld (la), I, 405; III, 199.
Rodolph, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Rogers, VII, 390, 392.
Rogers (Samuel), IV, 237.
Roland, III, 7, IV, 361, 362, 363, 364, 365.
Romanelli, III, 107.
Romuald de Salerne, III, 290.
Roque (M.), III, 120.
Rothschild, IV, 336.
Rousseau (J.-J.), I, 38, 259, 405; II, 213; III, 172, 175, 183, 197,
198, 199, 284, 328, 435; VIII, 155.

S.

Sabelli (Marc-Antonio), III, 281.
Sade (abbé de), III, 299.
Sade (Hugues de), III, 300.
Sadock, III, 59.
Saint-Lambert, III, 195.
Saint-Maurice (l'abbé de), personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_.
Sainte-Palaye, III, 7.
Salangre, III, 314.
Salemenes, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Salisbury (comtesse de), III, 7.
Salomos, III, 381.
Samiasa, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372.
Samuel (M.), VIII, 347, 348.
Sandi (Vettor), VI, 75.
Sanuto, III, 293; VI, 73, 74, 75, 276.
Sapho, I, 90, 211, 244, 255, 267; III, 71, 110.
Scanderbey, III, 104.
Schiller, III, 215; V, 335.
Schlegel, III, 289.
Scipion, III, 229, 238.
Scott (Walter), I, 6, 14, 71, 72, 344, 351, 363, 366, 378, 389; II, 5,
41, 43, 93, 245, 113, 175, 307, 338, 339, 344, 357, 420; III, 4; IV, 62,
356; VI, 284, VIII, 160.
Sébastiani (le général), III, 130.
Sele, IV, 53.
Séraphin de Périclée, III, 140.
Sfero, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Sforza (Ludovico), III, 434.
Sgricci, III, 318.
Shakspeare, I, 39, 75, 128, 151, 240, 241, 252, 268, 278, 453, 460; II,
5, 8, 10, 27, 69, 72, 76, 91, 92, 95, 111, 150, 167, 178, 212, 243, 307,
312, 362, 394, 400; III, 189, 215, 342; IV, 148, 151, 153, 181, 418,
449; V, 53, 229, 356.
Sheridan, IV, 143, 148, 150.
Siblick, VI, 280, 281.
Siddons, VI, 83.
Siddons (mistress), IV, 10, 150.
Sidney, III, 334.
Simonde de Sismonde, VIII, 145.
Sismondi, IV, 101; VI, 75.
Skyserape (Jack), VIII, 312.
Smollet, I, 291, 350, 351; III, 134.
Socrate, I, 259, 405; II, 144, 229; V, 225.
Solano, III, 54.
Soliman, I, 150; III, 131.
Sonnini, III, 121.
Sotheby, VI, 82; VIII, 154.
Soulhcote (Johanna), VIII, 364.
Southey, VIII, 154, 155, 156, 157.
Southey (Robert), VIII, 364, 376.
Spencer, III, 4, 5.
Stace, III, 119.
Stael (Mme de), III, 315; IV, 178.
Steno, (Michel), personnage de _Marino Faliero_, VI, 75. _Passim_.
Steward (George), VIII, 349.
Strabon, III, 127, 134.
Stralenheim (Ida), personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Stuart (Arabella), IV, 58.
Suleyman-Aga, III, 134.
Sulpicius (Servius), III, 313.
Sylla, I, 461; III, 98, 239.

T.

Tacite, II, 161, 241; III, 189, 191.
Tasse, IV, 93, 116; VIII, 153.
Tasso (Torquato), I, 42; II, 340; III, 210, 281, 283, 284, 286, 287; V,
128, 221, 222, 223.
Thelusson (M.), VIII, 157.
Thémistocle, III, 120.
Theodelinda, III, 331.
Théodoret, III, 367.
Théodose (l'empereur), III, 289.
Thérèse, III, 394.
Thibauld, VIII, 332.
Thomas d'Aquin, III, 301.
Thompson, I, 410; III, 5, 314.
Thornton, III, 121, 124, 125, 136.
Thrasybule, III, 87, 115.
Thucydide, III, 141.
Timon, III, 8.
Tiraboschi, III, 302, 330.
Tite-Live, II, 209; III, 239.
Titus, I, 211, 249; II, 263; III, 249.
Tooke, VIII, 382.
Torquil, VIII, 294. _Passim_.
Towsend (M.), VIII, 154.
Trajan, III, 249, 250.
Triadano Gritti, VIII, 147.
Tristram du Léonois, III, 7.

U.

Ulric, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.
Urbain, V, III, 303.

V.

Vacca, III, 206.
Vacca (Flaminius), III, 358.
Vahab, III, 88.
Valeriani (J. P.), III, 313.
Valerius Flaccus, IV, 47.
Varchi, III, 323.
Veli-Pacha, I, 18; III, 133.
Veniamin, III, 130.
Ventote (George), III, 14.
Vénus de Médicis, III, 227.
Vernet (Horace), III, 399.
Verres, III, 100, 102.
Vilkes, VIII, 377, 378.
Vindham, III, 368.
Virgile, I, 90, 138; III, 119, 239, 300, VIII, 157.
Visconti, III, 206.
Voltaire, I, 44, 45, 259, 351, 360, 395; II, 12, 144, 145; III, 183,
184, 199, 328, 385; VI, 261; VIII, 155.
Vossius, III, 359.

X.

Xénophon, III, 141.
Xerxès, I, 113, 202; III, 99.

Y.

Young, II, 100; III, 53; VII, 399.

Z.

Zames, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Zanetti, III, 228.
Zappi, IV, 122.
Zarina, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_.
Zeno (Carlo), III, 295, 325.
Ziani (Sebastien), III, 290.
Zillah, personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_.
Ziska, IV, 311.
Zozimado, III, 128.
Zozime, III, 103.

W.

Walpole, III, 134, 300.
Walpole (Horace), VI, 83, 84.
Washington, I, 44; II, 6; III, 244; IV, 315, 316, 322; VIII, 382.
Wathek, III, 21.
Watson (l'évêque), VIII, 162.
Wellborn, VIII, 389.
Wellington (duc de), I, 77, 457; II, 213, 315; III, 52.
Wellington (lord), IV, 328, 421.
Wesley, VIII, 155, 386.
West, IV, 294.
Whistlecraft, IV, 355.
Wilkelmann, III, 345, 348, 350.
Wilson (John), VI, 83.
Wingfield, III, 53.
Winkelmann, III, 315.
Woodhouseller (Laure), III, 301.
Wright, II, 377; III, 132.


FIN DE L'INDEX.



INDEX ALPHABÉTIQUE
DES NOMS CITÉS
DANS LES MÉMOIRES DE LORD BYRON[118].

[Note 118: Le chiffre romain indique le volume; le chiffre arabe, la
page.]

A.

Aaron-Hill, XII, 182.
Abdiel, XI, 193.
_Aberdeen_, IX, 29 et _passim_.
Abraham, XI, 173.
_Abydos_, IX, 360 et _passim_.
_Acarnanie_, IX, 345 et _passim_.
Acerbi, XI, 180.
Achille, IX, 362.
_Actium_, IX, 339.
Ada (Augusta), XI, 47, 206, 420; XIII, 48 et _passim_.
Adair (Rob), IX, 359, 364 et _passim_, 385 et _seq._; X, 111.
Adam, IX, 316; X, 271; XI, 214.
Adams, IX, 170.
Adams (John), portefaix, IX, 180.
Addison, IX, 109, 232, 234; X, 330.
Adeline, XIII, 304.
Adolphe, XIII, 108.
Adolphus, IX, 168.
_Afrique_, IX, 170, 174 et _passim_; X, 243 et _passim_.
Agar, XI, 173, 462.
Agar, graveur, X, 408.
Agathon, XI, 489.
Agis, XII, 100.
Aglietti, XI, 355, 383 et _seq._ 420; XII, 16.
Ajax, IX, 362.
_Albanie_, IX, 334 et _passim_; X, _passim_.
Albano, XI, 282.
Albany (Mme), XII, 183.
Albéroni, XII, 218.
Albrizzi (comtesse), XI, 194, 403 et _passim_.
Alcibiade, IX, 363; XI, 243.
Alep, XI, 301.
Alessio del Pinto, XII, 183.
Alfieri, IX, 46, 66, 67, 419; X, 301, 387, 445; XI, 277; XII, 249; XIII,
97.
Alfred, XII, 112; XIII, 80.
_Alfred-club_, X, 4, 25, 33; XI, 92.
Algarotti, XI, 355.
Ali-Pacha, IX, 335 et _passim_; X, 176.
Allégra, XI, 394, 429, 487; XII, 5 et _passim_; XIII, 10 et _seqq._
_Allemagne_, IX, 169, 264; X, _passim_.
Allen, X, 250.
Allingham, IX, 143.
_Alpes béarnaises_, XI, 118 et _passim_.
Althorp (lord), X, 319, 367.
_Amérique_, IX, 170, 174.
Amphion, XII, 315.
_Amsterdam_, IX, 497.
Amurat, X, 321.
Anacréon, XII, 143.
Anastasius, XII, 110.
Anatoliko, XIII, 155.
Anderson, IX, 170.
André Dandolo, XII, 120.
Andrews, IX, 170.
Angelo, IX, 258.
_Angleterre_, IX, 168 et _passim_; X, 407, 442, _passim_; XI, 265.
_Passim_.
Anne, XI, 278.
_Annesley_, IX, 102 et _seqq._, 300.
Annibal Caro, XII, 201.
Anstey, XII, 73.
_Antiloque_, IX, 360, 362.
Antoine (Marc-), IX, 339; X, 4, 193.
Antonio, XI, 429.
Apollon du Belvédère, XI, 286.
Apollon Isménien, IX, 348.
Apollonius, XII, 329.
Apollonius de Tyane, XII, 329.
Arblay (Mme d'), X, 22 et _passim_.
_Arcadie_, XI, 123.
Archibald Hamilton, XIII, 142.
_Archipel_, IX, 407.
Aréthuse, XIII, 131.
Arétin (L'), XIII, 296.
_Argos_, IX, 393; XIII, 107.
_Argostoli_, XIII, 129.
Aricia XI, 282.
Arioste, X, 38, 39, 219; XI, 272, 297; XII, 144; XIII, 156.
Aristide, X, 214.
Aristippe, IX, 229
Aristophane, X, 136.
Armada (L'), XII, 197.
_Arménie_, XI, 214, 215, 257.
_Arques_, XI, 346.
Arrien, IX, 168.
_Arta_, IX, 344 et _passim_; XIII, 107.
Ashe (Thomas), X, 287 et _seqq._
_Asie_, IX, 328 et _passim_; X, _passim_.
Athénée, X, 376, 378.
_Athènes_, IX, 348 et _passim_, voir 349; X, 32 et _passim_, XI, 3, 9.
Athos (le mont), XII, 265.
Atterbury, XII, 290.
_Attique_, IX, 350 et _passim_.
Atys, XII, 299.
_Aubonne_, en Suisse, XI, 135.
Aubyn (Saint-), XI, 314.
Aucher (Pascal), moine arménien, XI, 209, 214, 257.
Auguste, IX, 339, 383; XII, 237.
Augustura, XIII, 25.
Austin, IX, 171.
_Autriche_, IX, 312.
Avon, XII, 390.

B.

Babel, XII, 126.
_Babylone_, IX, 231.
Bacon, IX, 116, 170; X, 454.
Bagna Cavalli, XII, 275.
Bailey, IX, 166; X, 83.
Baillie (docteur), IX, 65 et _seqq._
Baillie (Joanna), XI, 14.
Bajazet, XIII, 14.
Baldwin (Martin), X, 231, 240.
Baldwabster, IX, 252.
_Balgounie_ (pont de), sur le Don, IX, 55 et _seqq._
Ball (sir A.), IX, 342.
Baltimor (lord), IX, 237.
Bandello, X, 311, 314; XI, 198.
Bankes (William), IX, 123, 151, 212, 213, 307; X, 74 et _passim_; XII,
17, 35.
Bankes, aumônier et professeur de Byron, IX, 212.
Barff, XIII, 184, 199 et _passim_.
Barlorini, XI, 420.
Barlow, IX, 174.
Barlton du Boyne, X, 158.
Barnard (mère), IX, 125.
Barras, X, 199.
Bartley (Mrs.), XI, 14, 25.
Bartolini, XIII, 3.
Bartow, XII, 214.
_Basile_, IX, 346; X, 111.
Basile Hall, XI, 389.
Basley, IX, 219.
_Bath_, IX, 100 et _seqq._
Bathurst, XII, 261.
Baussière (lady), XII, 214.
Bayle, X, 375, 378, 454; XII, 298, 428.
Beattie, IX, 86, 170.
Beaumarchais, X, 20.
Beaumont, XI, 397.
Beaumont (sir Georges), XI, 10.
Beccaria, XI, 173.
Becher (John), IX, 121, 459 et _passim_; X, 72.
Belcher (Tom), IX, 218.
Bélisaire, IX, 170.
Bellingham, X, 82.
Belly (docteur), IX, 79.
Belsham, IX, 168.
Bembo, XI, 172, 178.
Bentham, XIII, 211.
Benzoni, XI, 375; XII, 157.
_Béotie_, IX, 348, 362.
_Bérat_, IX, 336.
Berger, XI, 98.
Berkeley, IX, 170; XI, 142; XII, 334.
_Berlin_, X, 247.
Bernadotte, X, 173, 202.
Berni, XI, 352.
Bernini, XI, 420.
Berry (le duc de), XII, 68.
Berry (miss), X, 81, 298.
Bertram, XII, 114.
Bertrand (général), X, 399.
Bertuccio (Israël), XII, 115.
Bettesworth, IX, 204.
Beyle, XI, 175.
Birch, X, 110.
Bishop, IX, 142.
Bisset, IX, 168.
Blackets (Joe), IX, 287, 428, 440, 441, 469, 473.
Blackstone, IX, 170.
Blackwood, XII, 30.
Blair, IX, 171.
Blake, XII, 157.
Blaquière, XIII, 100 et _seqq._
Blaud (Robert), IX, 374 et _passim_, 496; X, 18 et _passim_.
Bloomfield (Nathaniel _et_ Bobby), IX, 440 et _passim_.
Blücher, X, 304, 335; XI, 96, 122.
Boatswain, IX, 140, 161 et _seqq._, 202, 260 et _seqq._; X, 464.
Boccace, XI, 427.
Boethius, IX, 168.
Boileau, XI, 245.
Bolingbroke, IX, 170; XII, 290.
Bolivar, XII, 18; XIII, 25.
_Bologne_, IX, 258.
Bolton, IX, 456, etc.
Bonaparte (Lucien), X, 167 et _seqq._
Bonaparte (Napoléon), IX, 170, 311, 331, 449; X, 165, 173, 199, 203,
213, 296, 297, 304, 306, 320 et _seqq._, 399, 478; XI, 19, 93, 95, 104,
173, 182, 215, 259, 260, 273, 442; XIII, 14.
Bonnard, IX, 170.
Bonneval, X, 205.
Bonstetten XI, 112, 113, 147, 259.
Borgia (Lucrèce), XI, 172, 178.
_Borromées_ (îles), XI, 170, 182.
_Bosphore_, IX, 372 et _passim_; X, 183, 205.
Boswell, X, 456; XI, 440.
Bowers (M.), maître de Byron, IX, 35 et _seqq._
Bowles, IX, 286; X, 482; XII, 152, 230, 286 et _passim_.
_Bow-Street_, X, 3.
Boyle, X, 454.
Bradshaw (Cavendish), XI, 16.
Braemar, XII, 440.
Brême (M. le marquis de), XI, 174, 176.
Brenta, XI, 294.
_Brest_, IX, 413.
Briarée, XII, 457.
Bridges (sir Egerton), X, 124.
_Brighthelmstone_, IX, 215.
_Brighton_, IX, 249 et _passim_, 370; X, _passim_.
Brinsley (_Voir_ Sheridan.)
Broglie (la duchesse de), XI, 156; XIII, 333.
_Brompton_, IX, 249 et _passim_.
Brook, X, 25.
Brooke (lord), X, 109 et _passim_.
Brougham, X, 308.
Broughton, XI, 120.
Brothers (M. M.), IX, 426 et _passim_.
Brown, XII, 20, 147.
Brownbill, XIII, 230.
Bruce, IX, 176.
Brummel, XI, 94, 95; XIII, 80.
Bruno, XIII, 112, 262 et _passim_.
Brutus (Marcus), X, 214, 230.
_Bruxelles_, XI, 103 et _passim_.
Buchanan, IX, 168.
Buckardt, XII, 20.
Buckingham (marquis de), X, 238.
Burdett (sir Francis), X, 56, 138; XII, 448.
_Burgage-Manor_, IX, 115 et _passim_.
Burgen (sir J.-B), XI, 34.
Burke, X, 54, 57, 139; XI, 19, 361.
Burley, XI, 295.
Burlington, XII, 304.
Burlingtonhouse, XIII, 80.
Burns, IX, 137, 167, 234; X, 181, 194, 250; XII, 271.
Burton, IX, 172.
Burun (Ralph de), IX, 19.
Busby, X, 105 et _passim_.
Butler, IX, 109 et passim. _Voir_ surtout 236, 364.
By (Mrs.), IX, 448.
Byrne l'aîné, XI, 35.
Byron (Augusta), IX, 25, 462; X, 59, 215, 246, 320, 339 et _passim_; XI,
161, 223, 234, 235, 247, 271.
Byron (George Anson), IX, 457, 475; X, 228, 232, 246.
Byron (George Gordon Lord), IX-XIII et _passim_.
Byron (Henry), X, 191, 195, 197.
Byron (lady), X, 229, 292, 428, 431, 433, etc.; XI, 12 et _passim_; XII,
44 et _passim_; XIII, 86 et _passim_.
Byron (le commodore), IX, 24, 274.
Byron (Lord), grand-oncle du poète; IX, 24, 50 et _seqq._, 60.
Byron (Mrs.), _Voir_ Gordon (Catherine).
Byron (sir John), le-Court, à la grande barbe, IX, 22.
Byron (sir John, baron), IX, 23.
Byron (sir John), père du poète, IX, 24 et _seqq._; XI, 4.
Byron (sir Richard), IX, 23.
Byshe, XI, 85.
_Byzance_. Voir _Constantinople_.

C.

Caddell, X, 96.
_Cadix_, IX, 313 et _passim_, surtout 323, 324, 326.
_Cagliari_, IX, 329.
_Calcutta_, IX, 260.
Caleb Quotem, XII, 68.
Calendaro, XII, 114, 336.
Callaghan, XIII, 34.
Calvert, IX, 114.
Calypso, IX, 333.
_Cam_, rivière, IX, 118, 228, 233, etc.
_Cambridge_, IX, 115 et _passim_. _Voir_ surtout 204, 227, 228, 231 et
_seqq._; X, et _passim_.
Cambridge, historien, IX, 170.
Camoëns, IX, 87, 146.
Campbell (Thomas), IX, 170? X, 16, 20, 24 et _passim_, 217, 391; XI,
297.
Campo Santo, XI, 447.
Candide, XI, 301.
Canning, X, 138, 155, 211, 276; XI, 441.
Canova, IX, 46; XI, 194, 199, 200, 277, 292.
Cantemir, IX, 169, 421.
Cardinal de Retz (le), XIII, 302.
_Carhais_, IX, 275 et _seqq._
Carlile, XII, 18.
Carlisle (comte de) IX, 54 et _passim_; X, 207, 295, 320, 349, 357, 403.
Carmarthen (lord), IX, 25.
Carpantier, IX, 202.
Carr (sir John), IX, 323; X, 39.
Cartolli, XII, 33.
Cartwright, X, 137; XI, 428.
Cassius, X, 214.
Castanos, IX, 329.
Castellan, X, 170.
Castlereagh, (lord), X, 31, 113; XI, 274, 396.
_Castleton_, IX, 103.
_Castri_. Voir _Delphes_.
Catherine II, IX, 169; XI, 14.
Catulle, XI, 177, 178.
_Caucase_, IX, 324.
Cavalli, XII, 63.
Cawthorn, IX, 283 et _passim_; X, 22 et _passim_; XI, 206.
Caylus (comte de), XI, 436.
Cazotte, X, 169.
Cellarius, IX, 170.
Cenci, XII, 279.
Centlivre (Mrs.), XII, 56.
_Céphalonie_, XI, 67.
Cervantes, IX, 171; X, 219.
César, IX, 168; XI, 470.
César (Jules), XII, 237.
Chalmers (docteur), XI, 332.
Chamberlain (lord), XII, 253.
Chambrulard (M. de), IX, 122.
Chamouny, XI, 120, 132, 262, et _passim_.
Chardin, X, 314.
Charlemagne, XI, 282.
Charles Borromée, XI, 181.
Charles Ier, X, 362; XI, 120.
Charles II, XI, 120, 278.
Charles XII, IX, 169.
Charles-Quint, IX, 170; X, 321.
Charlotte Lynes, XII, 236.
Charlotte (princesse), X, 296, 318, 381; XI, 331.
Chatham (lord), X, 139; XIII, 14.
Chatterton, IX, 172, 173, 234; XI, 101; XIII, 297.
Chaucer, IX, 67, 175, 435; XI, 396.
Chauncey, XIII, 19.
Chaworth (M.), IX, 24, 51, 61.
Chaworth (M.), mari de miss Maria, IX, 300.
Chaworth (miss Maria), IX, 102 et _seqq._, 299 et _seqq._
_Cheltenham_, IX, 78; X, 91 et _passim_.
Chénier, XIII, 296.
_Chesterfield_, IX, 144.
Childe-Burun, X, 37.
Chillingworth, XII, 428.
_Chine_, IX, 174.
Chioni, XIII, 132.
Churchill, IX, 67, 175, 234; XII, 141, XIII, 297.
Churschid-Pacha, XIII, 108.
Cibber, XII, 294.
Cicéron, IX, 62, 170; X, 193.
_Cintra_, IX, 320, 324, 349.
Clare (lord), IX, 86, 123, 148; X, 28; XII, 415; XIII, 23, 46, 47 et
_passim_.
Claridge, IX, 88, 365.
Clarke, IX, 287; X, 145, 442.
Claudien, XI, 178, 320.
Claughton, X, 406, 417, 435.
Clayton, IX, 86.
Clelia Cavalli, XII, 242.
Cléopâtre, X, 193, 194.
Cleveland, X, 369.
Clitumnus, XI, 290.
Clootz (Anacharsis), XII, 258.
Clown, XIII, 296.
Coates, X, 28.
Cobbett, X, 199.
Cochrane, X, 308.
_Coïmbre_, IX, 452 et _seqq._
Colalto, XII, 156.
Colburn, XI, 202, 406.
Coldham, X, 51.
Coleridge, IX, 286, 288; X, 20, 24, 28, 217, 253, 481; XI, 29, 30, 33,
42, 45 et _passim_, 197.
Colisée (le), XI, 285.
Collins, IX, 175; XI, 101.
Collius, XII, 199.
Colman (Georges), X, 129, 132, 133; XI, 27, 38, 39 et _passim_; XII, 355
et _passim_.
Colocotroni, XIII, 137.
_Colonne_ (cap), IX, 351, 361, 401.
Comacchio, XII, 232.
Concanen, XI, 28.
Confucius, IX, 174, 229.
Congreve, IX, 172; X, 309; XII, 55 et _passim_, 144, 250.
Constance de Beverley, XII, 157.
Constant (Benjamin), XI, 113.
Constantin, XI, 282.
_Constantinople_, IX, 313 et _passim_, 377; X, 118, 121; XI, 268.
Contarini, XI, 372.
Cooke (G. F.), X, 164, 233, 300; XI, 180.
Coolidge, XII, 336, 349.
_Coppet_, XI, 111 et _passim_, 118, 311.
_Corfou_, IX, 340.
Corgialegno, XIII, 174, 184.
_Corinthe_, IX, 390; XIII, 107.
Cornelius Nepos, IX, 168.
Cornwall, XII, 84.
Cottin (Mme), XII, 291.
Cottle, IX, 286.
Courtenay, X, 141, 142.
Cowell (John), X, 48, 441; XIII, 50.
Cowley, IX, 112, 234; X, 123.
Cowper (lady), X, 403, 434.
Cowper (lord), IX, 87, 89, 234, 248, 312; X, 403; XI, 101.
Crabbe, IX, 270, 288, 320; XII, 142 et _passim_.
Craigengelt, XII, 55.
Crébillon, XII, 293.
Crewe, XII, 402.
Crib (Tom), X, 211, 219.
Croker, X, 158, 332; XI, 238, 240, 309.
Cromwell, IX, 170.
Crosby, IX, 194 et _passim_.
Curioni, XII, 258.
Curran, X, 180; XI, 93, 94; XII, 14, 20, 400.
Curzon, IX, 83, 88, 179.
Cythéron, IX, 348.

D.

Dallas, IX, 206, et _passim_, 459; X, 32 et _passim_; XI, 81; XII, 47,
et _passim_; XIII, 296.
Dallaway, X, 121.
Dalrymple Hamilton (lady), XI, 190, 407.
_Danemarck_, IX, 169, 174.
Dante, IX, 46, 87; X, 219, 446, 455; XI, 75, 420; XII, 10, 144; XIII,
299 et _passim_.
_Dardanelles_ (détroit des). Voir _Hellespont_.
_Dardanelles_ (le détroit des), XII, 265.
Daru, XII, 99.
David, IX, 191; X, 271.
Davies (Scrope), IX, 218, 323, 374, 398, 453 et _seqq._ 459; X, 22, 206,
319, 457; XI, 94, 95, 166, 168, 170, 202, 238, 239.
Davila, IX, 170.
Davy (sir Humphrey), X, 129, 402; XI, 11.
Dawkins, XIII, 15.
Debath, IX, 88.
_Dee_, rivière, IX, 41 et _passim_.
Delaval, XII, 228.
Delaware (lord), IX, 92 et _seqq._; X, 28.
Delladecima, XIII, 187, 200.
_Delphes_, IX, 347 et _passim_.
Deluc, XI, 266, 267.
Démosthènes, IX, 171; X, 219.
Denis, X, 321.
Dennis, XI, 25, 28.
Denon, XI, 333.
Dervish Tahiri, IX, 281, 346; X, 111; XI, 46.
Descartes, X, 454.
Desdemona, X, 431.
Desiderio Berro, XI, 419.
Diane, XI, 232, 258.
Dibdin, XI, 23, 36; XII, 253.
Dick, IX, 213.
Diderot, X, 447; XII, 75.
Diego, XII, 163, _seqq._
Dioclétien, X, 321.
_Diodati_, XI, 107 et _passim_.
Diodore de Sicile, XII, 204.
Diomède, XI, 9.
Dodsley, X, 422.
Dogherty, IX, 218.
Dominiquin (le), XI, 419.
_Don_, rivière d'Écosse, IX, 55 et _seqq._
Dona Josepha, XII, 379.
Donegall (lady), X, 304, 305.
Don Jose di Cardozo, XII, 379.
Donoughmore (lord), X, 76.
Dorset (duc de), IX, 88 et _seqq._, X, 473, 475.
Dorville, XI, 428; XII, 2.
Douglas, XI, 303.
Downing, IX, 212.
_Dragomestri_ (port de mer), XIII, 171.
Drontheim, XII, 337.
Drummond (sir William), IX, 170? X, 21, 23; XI, 341.
Drury (Henry), IX, 79 et _seqq._, 235 et _passim_; X, 55, 440.
Drury (Mark), IX, 109.
Dryden, IX, 79, 233, 234, 436; X, 456; XI, 427; XII, 142 et _passim_.
_Dublin_, X, 5 et _passim_.
Dubost, IX, 435.
Dudley (lord), X, 209. _Voir_ Ward.
Duff de Tetteresso, IX, 28 et _alibi_.
Duff (Mary), IX, 46 et _seqq._; X, 200.
Duffie, XIII, 187.
Dugald Dalgetty, XII, 62.
_Dulwich_, IX, 65 et _seqq._
Duncan, maître d'écriture de Byron, IX, 38.
Dunn, XIII, 17.
Dutens, XI, 341.
Dwyer, IX, 321, 364, 374.

E.

Eboli (la princesse d'), XII, 292.
_Écosse_, IX, 168 et _passim_; XI. _Passim_.
Eddleston, IX, 116, 190 et _seqq._, 494.
Edgar, XII, 48.
Edgecombe, XI, 412.
Edgeworth (miss), X, 285; XII, 208.
_Édimbourg_, IX. _Passim_; X. _Passim_; XI. _Passim_.
Egville, IX, 250, 253.
_Égypte_, IX, 336 et _passim_.
Ekenhead, XII, 261 et _seqq._
_Elbe_ (île d'), X, 321 et _passim_.
Eldon (lord), IX, 276; X, 56, 78, 255.
Elfi-Bey, XI, 9.
Elgin (lord), IX, 443; X, 74, 112, 113.
Élisée, XI, 236.
Elkanah Settle, XII, 356.
Ellis (George), X, 197.
Elliston, X, 94; XII, 250, 254, 336.
Elmas, IX, 423.
Ennius, XII, 143.
_Éphèse_, IX, 357, 366; X, 112.
Épictète, XII, 312.
_Épire_, IX, 336, 362.
_Érivan_, XI, 135.
Erskine (lord), X, 139, 228, 304 et _passim_.
Eschyle, IX, 84, 87; X, 219.
_Espagne_, IX, 168, 322, 323 et _passim_; XI, 255.
Essex (lord), X, 403; XI, 16.
Esterre (Mrs.), XI, 16.
_Estramadure_, IX, 320.
Étienne (saint), XI, 207.
_Étolie_, IX, 345.
Eton, IX, 258 et _passim_; X, 47 et _passim_.
Eubule, XIII, 343.
Eugène (prince), IX, 170.
Euripide, XII, 143.
_Europe_, IX. _Passim_; X. _Passim_.
Euryale, IX, 191.
Eusèbe, XI, 334.
Euterpe, X, 418.
Eutrope, IX, 168.
Evans, IX, 109.
Ève, IX, 316; X, 271.
Ewing (docteur), d'Aberdeen, IX, 76 et _seqq._
Exeter-Change, XI, 475.
Eyre, XII, 143.

F.

Faliero (Marino), XI, 230, 258, 259.
Falkland, IX, 271 et _seqq._
Falkner, IX, 155.
_Falmouth_, IX, 311 et _passim_. Voir surtout 315.
Farquhar, XII, 294.
Farrell, IX, 213.
Faust, XII, 84.
Ferdousi, IX, 174.
Ferguson, IX, 173.
Fersen (comte de), XI, 193.
Fiddler (Ernest), IX, 41.
Fielding, IX, 171; XI, 396; XII, 182.
Filippo (d'Alfieri), XII, 183.
Fitzgerald, X, 330, 399; XI, 61.
Fitz-Patrick, X, 216; XII, 208.
Flahaut (Mde), XI, 416.
_Flandre_, X. _Passim_; XI, _passim_, 173.
Fletcher, XI, 377; XII, 9 et _passim_.
Fletcher (William), IX, 311, 339, 343, 389, 403, 404 et _passim_, 458;
X, 306; XI, 98.
Flood, X, 141, 142.
_Florence_, XI, _passim_, 249.
Florence-Smith. _Voir_ Mrs. Spenser.
Foe (Daniel de), X, 145.
Foligno, XI, 290.
Foresti (G.), X, 112.
Fornaretta, XII, 15.
Fornarina (la), XII, 274.
Foscari, XII, 338.
Foscolo, X, 452; XI, 399; XII, 114 et _passim_.
Fox, IX, 159; X, 138, 216; XI, 361; XIII, 14.
Fox (Henri), X, 222, 227, 238.
_France_, IX, 168 et _passim_; X. _Passim_.
François Ier, XII, 320.
Françoise de Rimini, XII, 53.
Frank, IX, 140 et _passim_.
Franklin, X, 214.
Frascati, XI, 282, 290.
Frédéric II, IX, 169.
Frédéric de Prusse, XII, 85, 324.
Freiber (le docteur), XIII, 271.
Frere, X, 211, 276.
_Fribourg_ en Suisse, XI, 134.
Friese, IX, 314.
Froissart, IX, 168.
Fuseli, X, 316, 318.
Fusine, XI, 456.

G.

Gai (Sophie), XII, 129.
Gail (Sophie), XII, 77, 96.
Galilée, X, 454; XI, 277.
Galles (princesse de), XI, 212.
Gamba (Pietro), XI, 97, 402; XII, 195 et _passim_; XIII, 40.
Ganymède, IX, 362.
Garcilasso de la Vega, XIII, 162.
Garrick, XI, 13.
Gassendi, X, 454.
Gatt, X, 234.
Gay, IX, 234.
Gell (sir Williams), IX, 269 et _seqq._, 364; X, 241.
_Genève_, XI, 107 et _passim_.
Georges Byron, XI, 283.
Georges III, IX, 65; X, 209.
Gernesey, XII, 395.
Gertrude, XII, 199.
Gibbet, XII, 190.
Gibbon, IX, 109, 168, 231; X, 259, 373, 458; XI, 84, 107, 316 et
_passim_.
_Gibraltar_, IX, 313 et _passim_.
Gifford (W.), IX, 283, 471, 473, 478 et _seqq._; X, 72, 109, 146 et
_passim_; XI, 84 et _passim_; XII, 132 et _passim_; XIII, 30 et
_passim_.
Gil Blas, XI, 40; XII, 343.
Gillies, IX, 169.
Gilliers, X, 121.
Ginguené, X, 189; XII, 50, 227.
Giordani, XIII, 335.
Giorgione, XI, 273.
Giorgone, XI, 487; XII, 45.
Giraud (Nicole), IX, 402, 457.
Glenbervie (lord), X, 241, 244.
Glennie (docteur), IX, 65 et _seqq._, 146.
Godwin (Mary), XI, 406.
Goëthe, X, 262; XI, 100, 263, 323; XII, 80, 86, 202; XIII, 19.
Goetz (comtesse), XI, 262.
Goldoni, IX, 486; XI, 294; XII, 42.
Goldsmith, IX, 175, 234; X, 90, 154; XII, 142, 417.
Gordon, XII, 123; XIII, 163.
Gordon (Alexandre), cousin de Byron, IX, 198 et _seqq._
Gordon (C.), IX, 88.
Gordon (Catherine) de Gight, IX, 25 et _seqq._, et _passim_, 445; X,
_passim_; XI, 4.
Gordon (duchesse de), IX, 202.
Gordon de Gight, XII, 123, 130.
Gordon, l'historien, IX, 168.
Gordon (William), IX, 24.
Gottingue, XII, 337.
Gower (lord), X, 238 et _passim_.
Grafton (duc de), X, 77.
Grammont (le chevalier de), XII, 122, 343; XIII, 82.
_Granta_, IX, 190 et _passim_. Voir _Cambridge_.
Grattan, X, 138, 141, 142; XI, 93; XII, 351; XIII, 106.
Gray, IX, 175, 231, 233, 433, 446; X, 162, 422; XI, 113, 355; XII, 144.
Greathead, XI, 290.
_Grèce_, IX, 168 et _passim_; X, 121, 214.
_Greet_, rivière, IX, 161.
Gregson (Robert), IX, 264.
Grenville (lord), X, 56 et _passim_, 138.
Greville, X, 67 et _seqq._
Grey (lord) de Rutlen, IX, 102, 176, 247, 254; X, 77, 138, 278, 318 et
_passim_.
Grillparker, XII, 201.
Grimaldi, IX, 250.
Grimm, X, 167, 188, 304; XII, 75, 227.
_Grindelwald_, glacier du canton de Berne, XI, _passim_, 131.
Gritty, XI, 363.
Grose, IX, 289.
Guercin, XI, 173.
Guicciardini, IX, 170.
Guiccioli, XI, 402, 420 et _seqq._; XII, 12 et _passim_, 97, 177 et
_passim_.
Guiccioli (le comte de), XII, 16 et _passim_; XIII, 17 et _passim_.
Guido, XI, 419.
Guido Cavalcanti, XII, 239.
Guido Sorelli, XII, 201.
Guilford, XIII, 241.
Guillaume, XI, 278.
Guillaume, prince d'Orange, X, 202, 215.
Guillaume-Tell, IX, 169; XII, 238.
Gustave III, X, 478.
Gustave-Adolphe, IX, 169.
Gustave-Wasa, IX, 169.
Guthrie, IX, 170.

H.

Hafez, XIII, 283.
Hafiz, IX, 174; X, 470.
Hailstone, IX, 141 et _seqq._
Hamlet, XI, 440; XII, 386.
Hampden, X, 229; XI, 192.
Hanbon, X, 306.
Hancock, XIII, 167, 174.
Hannon, XIII, 33.
Hans Carvel, XII, 21.
Hanson (John), IX, 79, 247, 266, 371, 458; X, 296; XI, 313.
Harcourt (général), IX, 299.
Hardwicke (lady), X, 313.
Harley (lady Charlotte), X, 115.
Harness (William), IX, 94, 237 et _seqq._, 277 et _seqq._; X, 17 et
_passim_.
Harris, IX, 350; XII, 250, 256.
_Harrowgate_, IX, 138 et _seqq._
Harrowly (lord), X, 56.
_Harrow-on-the-Hill_, ou _Harrow-la-Montagne_, IX, 74, et _passim_; X,
19 et _passim_; XIII, 10 et _passim_.
Hurle, IX, 169.
Harte, IX, 169.
Harvey, IX, 437.
Harwood (sir Busick), X, 442.
Hastings, XII, 424.
Hatchard, IX, 283 et _seqq._
Hato, XIII, 226.
_Havane_ (_la_), X, 243.
Hawkin, IX, 421.
Hawkins Browne, X, 106.
Headfort (marquise d'), IX, 202.
Heathcote (lady), X, 135 et _passim_.
Heathcote (sir Gilbert), XI, 38, 41.
Hébert, X, 276 et _passim_.
_Hébrides_, IX, 201.
_Hécla_, IX, 201.
Hector, l'historien, IX, 168.
_Hellespont_, IX, 361 et _passim_, 370; XII, 263.
Henley, IX, 315.
Henri, XII, 118.
Henri IV, roi de France, XI, 41.
Henri VIII, X, 362.
Henry Drury, XIII, 18.
Henry Fox, XI, 282.
Henry, l'historien, IX, 168.
Hentsch, XI, 169 et _passim_; XII, 351.
Héraclite, XIII, 332.
Herbelot, X, 272.
Herbert de Cherbury (lord), IX, 115.
Héro, IX, 371.
Hérodote, IX, 168.
Hervey, XI, 355, 356 et _passim_.
Hesketh, XIII, 197.
Hester (lady), IX, 400 et _seqq._
Hey (le capitaine), XIII, 13.
Hinckly, XII, 402.
Hiron, IX, 220.
Hobbes, IX, 170; XII, 409.
Hobhouse (John Cam), IX, 212 et _passim_, 459; X, _passim_, 297; XI,
_passim_; XII, _passim_.
Hoby, XII, 103.
Hodge, XIII, 235.
Hodgson (Francis), IX, 257, 261 et _passim_; X, _passim_; XI, 233.
Hogg, X, 410 et _seqq._, 422 et _passim_.
Holderness (lady), IX, 74.
Holinshed, IX, 168.
Holland (docteur), IX, 339; X, 176; XI, 296.
Holland (lady), X, _passim_; XI, 113 et _passim_.
Holland (lord), IX, 287; X, 14, 49 et _passim_, 138; XI, 92 et _passim_.
_Hollande_, X, _passim_.
Holmes, XI, 272, 353; XII, 273 et _seqq._
Homère, IX, 439; X, 447, 465; XI, 8; XII, 143.
Honoria, XI, 427; XII, 39.
Hooke, IX, 168.
Hooker, IX, 171.
Hope, XI, 171.
Hope (Mrs.), XI, 95.
Hopkins, XIII, 296.
Hoppner, XI, 325 et _seqq._
Horace, IX, 87, 233, 234, 402, 428; X, 168, 320, 361; XII, 54, 143.
Horace Mann, XI, 356.
_Horestan-Castle_, IX, 19.
Horner, X, 226, 238; XI, 250, 269, 297.
Howard (Frédéric), XI, 21.
Hubert (saint), X, 397.
Hudson Lowe, XI, 92.
Humbold, XII, 20.
Hume, IX, 168, 170, 232; X, 454.
Humphrey Davy, XII, 63, 71.
Humphrey Klinker, XII, 73.
Huns (les), XII, 160 et _passim_.
Hunt (Leigh), X, 133, 134, 136, 229, 426; XI, 41, 42, 54, 55 et
_passim_, 256; XIII, _passim_.
Hunter (John), IX, 32.
Hunter (P.), IX, 83, 88.
Huntingdon, XII, 118.
Huntingdon (lord), IX, 192.
Hutchinson, IX, 23.
Hutton, IX, 199.
_Hymette_, IX, 350; X, 18.
Hymne, XIII, 62.

I.

Ianthé. _Voir_ Harley (lady Charlotte).
Ibrahim-Pacha, IX, 336.
_Ida_, mont de la Troade, IX, 43, 362.
Idra, XIII, 103.
_Ilissus_, IX, 362.
_Illyrie_, IX, 336, 362.
Inchbald (Mrs.), X, 245; XI, 342.
Indercauld XII, 440.
_Indostan_, IX, 170, et _seqq._
_Inverary_, IX, 201.
_Ipswich_, IX, 215.
_Irlande_, IX, 168 et _passim_; X, 4 et _pass._; XI, _pass._
_Islande_, IX, 174, 201.
Ismaël, XI, 173.
Ismaïl, XIII, 36.
Israel Bertuccio, XII, 336.
Israeli (docteur), IX, 86, 421; X, 313, 454; XI, 17, 244.
_Istamboul_. Voir _Constantinople_.
_Italie_, IX, 170; X, _passim_; XI, _passim_, 201, 236.
_Iungfrau_, XI, _passim_, 127, 130, 246.
_Iungfrau_ (Suisse), XI, 323.
Ivanhoe, XII, 84.

J.

Jackson, IX, 250 et _passim_; X, 163, 211, 219, 312 et _passim_.
Jacobson, XII, 339.
Jambelli, XII, 7.
_Janina_, IX, 336 et _passim_; X, _passim_.
_Java_, X, 394, 395; XII, 205.
Jean, XII, 118.
Jean-Jacques, XII, 136.
Jeanne d'Arc, XII, 150.
Jeffrey, IX, 286; X, 3 et _seqq._, 121, 163, 167 et _passim_; XI, 23 et
_passim_; XII, 280.
Jéhovah, XII, 444.
Jekyll, IX, 251 et _seqq._
Jérémie, X, 399.
Jerostati, XIII, 200, 235, 236 et _passim_.
Jersey (lady), X, 76 et _passim_; XI, 89, 187.
Jersey (lord), X, 88 et _pass._
Jérusalem, XII, 104.
_Joannina_. Voir _Janina_.
Job, X, 196, 404.
Jocelyn (lord), IX, 87.
Joe Manton, XII, 210.
John Russel, XI, 454.
John (saint), XI, 314.
John Bull, IX, 477; X, 181.
Johnny Keat, XII, 119.
Johnson, IX, 153, 170, 246, 308, 424, 477; X, 230, 322, 330, 369, 401;
XI, 27; XII, 21.
Johnson de Cheapside, XI, 204.
Johnston (J.), XI, 109, 110.
John Wilson, XII, 69.
Jonathan _ou_ Jonathas, IX, 191.
Jones (sir William), IX, 170.
Jones, répétiteur de Byron, IX, 216.
Jordan, X, 309.
Joseph, X, 271.
Josepha (dona), IX, 325.
Jossy, XIII, 52.
Josué Reynols, XII, 194.
Julia, XII, 110.
Juliette, XI, 182; XII, 233.
Junius, X, 209, 210.
Juvénal, X, 322, 363; XI, 9.

K.

Kaimes (Henri, lord), IX, 170.
Karrellas, XIII, 103 et _seqq._
Katinka, fille de Theodora Macri, IX, 351, 366.
Kay d'Édimbourg, IX, 77.
Kean, X, 299, 300, 386, 387, 391 et _passim_; XI, 14, 16 et _passim_,
70, 438.
Keith (lady), X, 306 et _passim_.
Kelly (Fanny), XI, 29.
Kemble, X, 28, 299, 300, 335.
Kenilworth, XII, 281.
Kennedy, 139 et _passim_.
Kidd, IX, 313 et _passim_. _Voir_ surtout 318, 319.
Kien-Long, IX, 174.
Kinnaird (Douglas), X, 25, 129, 457, 462; XI, 16 et _passim_; XII, 103
et _passim_; XIII, 9 et _passim_.
Kiske White, XII, 355.
Kleist, XIII, 162.
Klopstock, IX, 87.
Knight (Galley), IX, 213; X, 261, 363.
Knolles, IX, 169, 421.
Knox, XIII, 131.
Korner, XIII, 162.
Kosciusko, XII, 225.
Kutoffski, XIII, 162.

L.

La Dame Blanche d'Avenel, XII, 156.
Lafontaine, XI, 397.
Laharpe, XII, 246.
Lalla Rook, XI, 302 et _passim_.
Lamb, IX, 286.
Lamb (lady Caroline), X, 55, 276, etc.
Lambert (Mrs.), IX, 69.
Lamech, XII, 118.
_Lancashire_, IX, 326.
Landerla (lord), X, 296.
Lanfranchi, XII, 431.
Langhorne, XII, 328.
Lansdowne (marquis de), X, 88, 138, 298 et _passim_; XI, 284.
_Larisse_, XIII, 225.
Larochefoucauld, X, 200, 232.
Lauderdale, IX, 231; X, 139.
Laure, X, 256; XI, 273.
Lavalette (Mme), XI, 110.
Lavallière, XII, 293.
Lavater, X, 316, 425.
Lavender, IX, 62, 230.
Lawrence, IX, 434; XII, 206.
_Layback_, XII, 198.
Leacroft, IX, 144.
Leake, IX, 338, 361, 424; X, 111.
_Léandre_, IX, 361 et _passim_; XII, 263.
Leckie, X, 67 et _passim_.
Lee (Nathaniel), XI, 237.
Lega, XII, 197.
Leibnitz, X, 454.
Leicester (le colonel), XIII, 160.
Leicestershire, XII, 402.
Leigh (colonel), IX, 25 et _passim_; X, 477.
Leigh Hunt, XIII, 31 et _passim_.
Leigh (Mrs.) _Voir_ Augusta Byron.
Leila, X, 221.
Leinster (duc de), IX, 192.
Leland, IX, 168.
Leman, XII, 229.
Léonard de Vinci, XII, 183.
Leoni, XII, 69.
Lerici, XIII, 50.
Lewis (M. G.), X, 191, 193, 228 et _passim_, 242, 256; XI, 40, 91, 166,
263, 298, 306, 309; XII, 20.
Licenza, XI, 290.
_Lisboa_, IX, 487. Voir _Lisbonne_.
_Lisbonne_, IX, 293 et _passim_; XI, 268.
Liston, X, 42; XII, 6.
Little, IX, 146; XI, 396.
_Little-Hampton_, IX, 135.
Littleton (lords), père et fils, IX, 222, 224.
Liverpool (lord), X, 147.
Livingstone (docteur), IX, 32.
_Loch-Leven_, IX, 58; XII, 123.
_Loch-na-Gar_, IX, 41 et _seqq._
Lockart, XII, 440.
Locke, IX, 109, 170, 231; X, 297, 454.
Lockhart, IX, 167.
Lodburg, IX, 174.
Londo (André), XIII, 207, 243.
Londonderry, XIII, 38.
_Londres_, IX, _passim_; X, _passim_; XI, _passim_.
Long (Edward), IX, 88, 114, 117 et _seqq._, 213.
Long (miss), X, 20.
_Longhborough_, IX, 215; X, 79.
Longman (MM.), IX, 443; XI, 31, 167, 190, 410.
Lope de Vega, XI, 263.
Louch, IX, 251.
Louis CVI, X, 389.
Louis XVIII, X, 374, 375.
Louvel, XII, 85.
Love, X, 149, 228, 258, 271.
Luc, XIII, 172.
Lucca Vega, XIII, 269.
Lucifer, XII, 388, 389, 444 et _seqq._
Lucine, X, 174; XI, 39.
Lucrèce, poète, X, 149, 200, 365; XII, 113; XIII, 8.
Ludd, XI, 195, 196, 218.
Ludlow, XI, 119, 120.
Lusieri, IX, 402.
Lutzerode, XIII, 19.
Luxembourg (le maréchal de), XII, 292.
Lysandre, XIII, 332.

M.

_Macédoine_, IX, 336.
Machiavel, X, 314; XI, 277; XII, 221.
Mackensie, IX, 153 et _seqq._, 171.
Mackintosh (sir James), X, 154, 170, 176, 181 et _passim_, 227, 256,
279; XI, 14, 79, 80 et _passim_.
Mac-Mahon, XIII, 52.
Mac-Millan, X, 110.
Macnamara, IX, 213.
Macpherson, IX, 246.
Madden, XIII, 354.
Madocks (John), X, 83.
_Madras_, IX, 260.
Mahmoud-Pacha, IX, 376.
Mahomet, IX, 174; X, 118, 205.
Maitland, XIII, 165.
Malachi, XI, 30, 31.
Mallet, X, 85.
_Malte_, IX, 333 et _passim_.
Manal, XI, 433.
Manfred, XI, 227 et _passim_.
Mansel (lord), IX, 220.
_Mansfield_, IX, 144, 255, 289.
Manton, IX, 423; X, 198.
_Mantoue_, XI, 270.
Manuel, XI, 306.
_Marathon_, IX, 360.
Marcien Colonne, XII, 248.
Marco Botzari, XIII, 135 et _passim_.
Mardyn (Mrs.), XI, 23.
_Marengo_, X, 377; XI, 182.
Margarita, XI, 351.
Margarita Cogni, XI, 369.
Maria Montanari, XII, 223.
Mariana, fille de Theodora Macri, IX, 351 et _seqq._, 366.
Marianna S***, XI, 186, 194, 211, 219, 222, 242, 248, 258, 362.
Marie ***, IX, 150; XII, 131.
Marino Faliero, XII, 60.
Mariscalchi, XII, 45.
Marlborough, IX, 170.
Marlow, XI, 323.
Marmontel, IX, 86, 170; XI, 193.
_Marseille_, IX, 419.
Marshall, XIII, 279.
Marta Blount, XII, 280.
Martial, X, 35.
Mary (lady), XI, 385.
Masaniello, IX, 170; XII, 219.
Mason, IX, 433.
Masséna, IX, 477.
Mathieson, XI, 112.
Mathieu (saint), XI, 242.
Mathurin, XI, 33, 80, 114, 256, 259, 289.
_Matlock_, IX, 103 et _seqq._; X, 174.
Matthews (Arthur), IX, 454.
Matthews (Charles Kime), IX, 119, 211 et _seqq._, 288 et _seqq._, 452 et
_seqq._, et _passim_.
Matthews (John), esq de Belmont, IX, 454.
Maugiron, XII, 292.
Mauley, XI, 295.
Maupertuis, XII, 235.
Mavrocordato, IX, 421; XIII, 137 et _passim_.
Mawinan, XII, 378.
Mayer, XI, 175.
May-Gray (miss), IX, 31, 54, 63, 76 et _seqq._
Médée, XI, 395.
Médora, XII, 339.
Medwin, XII, 433; XIII, 42.
_Mégare_, IX, 391.
Melbourne (lady), X, 198, 216 et _passim_; XII, 20.
Melbourne (lord), X, 276; XI, 352.
_Melite_. Voir _Malte_.
Melpomène, X, 421.
Mendehlson, XII, 298.
Mengaldo, XI, 416; XII, 264.
Méphistophélès, XII, 435.
Mercati, XIII, 241.
Mérivale, IX, 409; X, 276, 290, 304 et _passim_.
Métastase, X, 187.
Metaxata, XIII, 137.
Mézerai, IX, 168.
Mezzophanti, XIII, 335.
Michalson, IX, 254.
Michel, XIII, 30.
Michel (saint), X, 181.
Michel-Ange, XI, 277 et _passim_.
_Middleton_, X, 88 et _passim_.
Mignot, IX, 421.
_Milan_, XI, 171 et _passim_, 181.
Milbanke (lady), X, 438; XI, 12, 18, 55, 56, 406.
Milbanke (miss Annabella). _Voir_ Lady Byron.
Milbanke (sir Ralph), X, 435 et _passim_; XI, 22, 56.
Mildmay, XIII, 80.
Miller, IX, 443; X, 18.
Millinger, XIII, 149.
Milnes (Bob), X, 138.
Milness, IX, 213.
Milon, X, 320.
Milton, IX, 86, 180, 231, 234, 436; X, 38, 162, 455; XI, 101; XII, 149
et _passim_.
Minerve Sunias, IX, 351.
Mirabeau, X, 139, 214, 401.
Mirza, XI, 437.
Missiaglia (Gioe Bata), XI, 354.
_Missolonghi_, IX, 334 et _passim_; XII, 171; XIII, 107.
Mitchell, X, 136.
Mitford, IX, 168; XII, 206.
Moira (lord), X, 77.
Moïse de Chorène, XI, 257.
Mokanna, XII, 461.
Moncade (marquis de), XI, 329.
Montague, XI, 330, 389; XII, 312.
Montague (lady Wortley), IX, 377, 421.
_Mont-Blanc_, XI, 115, 120 et _passim_.
Montesquieu, IX, 170.
Monti, X, 301; XI, 173, 176, 180, 262.
_Mont-Palatin_, XI, 285.
_Mont-Rose_, XI, 132.
Montrose, XII, 48.
Monzoni, XII, 82.
Moore (docteur), XI, 230.
Moore (Mrs.), X, 398, 421, 478; XI, 22.
Moore (Olivia Byron), X, 477.
Moore (Peter), XI, 16, 36.
Moore (Thomas), IX, 118 et _passim_; X, 6 et, _passim_, 208, 217; XI,
_passim_; XII, 5, 11 et _seqq._, 146 et _passim_. _Voir_ Little.
_Morat_, XI, 134, 211; XII, 196.
_Morée_, IX, 336 et _passim_; XI, 244.
Moréri, X, 375, 376, 378.
Morgan (lady), IX, 87; XII, 103 et _passim_.
Morland, XI, 310, 328.
Morosini, X, 307.
Morti, XI, 415.
Mosheim, XI, 257.
Mossi, XI, 345.
Mosti, XII, 113.
Muir, XIII, 158.
Mule (Mrs.), X, 303.
Muley-Moloch, XII, 162.
Muller, XI, 112; XII, 202.
Muller (Adolphe), XII, 202.
Mulock, XII, 49.
Mungo-Park, IX, 170; XI, 29; XII, 20.
Murat (Joachim), XI, 41.
Muratori, XI, 227.
Murillo, XI, 274.
Murray (Joe), domestique de Byron, IX, 52, 261, 262, 329, 359, 371, 360,
426, 458.
Murray (John), libraire, IX, _passim_, 414, 444; X, _passim_; XI,
_passim_.
Muster (John), IX, 108.

N.

Napier, XIII, 129, 163 et _passim_.
_Naples_, XI, 249, 268.
_Napoli_, IX, 395.
Navagero, XII, 99.
_Naxos_, X, 143.
Negri, XIII, 103.
Neifperg, XI, 449.
_Neufchâtel_ en Suisse, XI, 135.
_Newark_, IX, 137 et _passim_; X, 340 et _passim_.
_Newstead-Abbey_, IX, 289 et _passim_; X, _passim_; XI, _passim_.
_Newsteadt_, IX, 21 et _passim_; X, 21 et _passim_.
Newton, IX, 170; X, 454.
_Nicopolis_, IX, 339.
Nisus, IX, 191.
Noël (Edward), IX, 117.
Noël (lady), _Voir_ Lady Milbanke.
_Noire_ (mer), IX, 372 et _passim_.
Norberg, IX, 169.
Norfolk (duc de), X, 77; XI, 360.
Normann, XIII, 280.
_Norwége_, IX, 174.
Nota Botzari.
_Nottingham_, IX, 62 et _passim_.
Numène, XIII, 343.

O.

Oakes, IX, 333.
Odry, X, 43.
O'Higgins, XI, 34.
Olympia, XII, 112.
Opie (miss), XI, 341.
Oreste, IX, 191.
Orme, IX, 170.
Orphée, XII, 315.
Orrery, X, 452.
Ossian, X, 246.
Ostasio degli Onesti, XII, 239.
Otway, IX, 466; X, 98; XI, 189, 258.
_Ouessant_, IX, 443.
Overreach, XI, 438.
Ovide, X, 279.
Oxford (lord), X, 108 et _passim_; XIII, 14.
_Oxford_, IX, 115 et _passim_. _Voir_ surtout 231, 233; X, 47.

P.

Paley, IX, 170.
Palmerston, XII, 101.
Paméla, XII, 181.
Pancras Church, XIII, 285.
Pandore, XI, 258.
Panthéon, XI, 285.
_Parga_, IX; 345.
Parker (miss Augusta), IX, 74.
Parker (miss Marguerite), IX, 73 et _seqq._
Parker (sir P.), X, 437.
Parkins (miss Fanny), X, 421.
_Parnasse_, IX, 43, 346 et _passim_.
Parruca, XIII, 233 et _seqq._
Parry, XII, 255; XIII, 198 et _passim_.
Parsons, XI, 290.
_Parthénon_, IX, 357.
Partridge, XI, 232.
Pascal (le père), XI, 334.
Paterson, maître de Byron, IX, 37.
_Patras_, IX, 334 et _passim_; XIII, 132.
Paul (saint), IX, 229; XI, 257, 282.
Paulo Purgante, XI, 440; XII, 21.
Pausanias, XII, 88.
Payne Knight, IX, 241.
Peachey, XIII, 17.
Peel (William), IX, 123.
Pell, IX, 84, 91, 92; X, 138; XI, 92, 441.
Pellegrino, XI, 481.
Pellew (sir Edward), X, 158.
Pénélope, XII, 155.
Penn, X, 214.
Penruddock, IX, 143.
Perceval, X, 82.
Percy, XI, 303.
Perry, X, 104 et _passim_; XI, 21 et _passim_, 238, 239.
_Perse_, IX, 174, 314.
_Persépolis_, IX, 314.
Peter-Bell, XII, 104.
_Pétersbourg_, X, 165.
Pétrarque, IX, 431; X, 256, 446, 451, 452; XI, 91, 273; XII, 144; XIII;
299 et _passim_.
Petrotini, XI, 311.
Phannio, X, 221, 227.
_Philé_, IX, 348.
Phillips, X, 274 et _passim_, 408.
Philopémen, XIII, 147.
Pia (la), XII, 224.
Pierce Plowman, IX, 175.
Pierrepoint, XIII, 80.
Pierre (saint), XI, 282.
Pierre (Tzar), IX, 169.
Pietro Perugino, XII, 417.
Pigot (John), IX, 128 et _passim_.
Pigot de Southwell, XII, 399.
Pigot (miss Élisabeth), IX, 130 et _passim_.
Pigot (Mrs.), IX, 158 et _passim_.
Pindemonte, XI, 290, 296.
Pinkerton, IX, 170.
Piozzi, XI, 290.
_Pise_, XI, _passim_, 236.
Pitt (William), IX, 65, 435; X, 138, 141.
Platon, X, 444.
Plaute, XII, 143.
Plutarque, IX, 168; X, 360.
Polidori (John William), XI, 98 et _passim_, 143 et _seqq._, 174, 223,
269, 274, 295.
Politien, IX, 180.
Polonius, XII, 83.
Pompeïa, XII, 171.
_Pont des Soupirs_, XI, 298.
Pope, IX, 172, 218, 234, 262, 265, 293, 308, 436, 439; X, 58, 113, 117,
323, 443, 444, 447; XI, 75, 101, 251, 279, 320, 356; XII, 144 et
_passim_.
Porson, IX, 454; X, 253.
Porteus, IX, 171.
Portman, X, 101.
Portsmouth (comte de), X, 306, 307.
Portsmouth (Marie-Anne, comtesse de), X, 306, 308.
_Portugal_, IX, 169 et _passim_; X, _passim_.
Pote, X, 20.
Potier, X, 42.
Potter, IX, 168.
Powell, IX, 271.
Power, X, 405, 480.
Powerscourt (lord), IX, 123, 239; XII, 398.
Pratt, IX, 284, 428, 440, 441, 469.
Prault, X, 66.
Prepiani, XI, 272.
_Prévésa_, IX, 334 et _seqq._; XIII, 218.
Priam, IX, 270.
Price, IX, 213.
Prideaux, XII, 101.
Priestley, XIII, 330.
Le Prince de Ligne, XIII, 314.
Prior, XI, 396.
Prométhée, XI, 324; XII, 279.
_Prusse_, IX, 169.
Pryce Gorgon (L.), XI, 104, 105.
Pulci, XII, 37.
Pulteney, X, 66.
Purling, IX, 258.
Putiphar, X, 271.
Pye, X, 85.
Pylade, IX, 191.
Pym, X, 229.
_Pyrée_, IX, 357; X, 119.
Puységur, X, 201.
Pythagore, XI, 217.

Q.

Quevedo Redivivus, XII, 404.
Quintilien, IX, 171.

R.

Rabelais, IX, 171.
Racca, XI, 112.
Rae, XI, 23, 24, 36.
Raiesford, IX, 87.
Raphaël, XI, 277, 281; XII, 274.
Rapin, IX, 168.
_Ravenne_, XI, 427 et _passim_.
Ravenswood, XII, 48.
Récamier (Mme), X, 304.
Regnard, XII, 211.
_Reichenbach_ (chute de) en Suisse, XI, 132.
Reinagle, XI, 106.
Reynolds, X, 301, 343.
Rhodes, IX, 213.
Rice, IX, 87.
Richard III, X, 343.
Richardson, IX, 171; XII, 182.
Riddel (lady), IX, 100.
Ridge, IX, 132, 137 et _passim_; X, 342; XI, 206.
Ripperda, X, 205.
Rivington, XII, 441.
Robertson, IX, 179; XII, 131.
Robinson Crusoé, XI, 172.
_Rochdale_, IX, 19 et _passim_; X, _passim_; XII, 215.
Rock (capitaine), X, 186.
Roderick Random, XII, 21.
Rogers, professeur de Byron, IX, 62 et _seqq._
Rogers (Samuel), IX, 270; X, 9 et _passim_, 207, 217; XI, 11 et
_passim_; XII, 142 et _passim_, 414.
Rollin, IX, 168.
_Rome_, IX, 168; X, 214; XI, _passim_, 249.
Roméo, XI, 198; XII, 233.
Romilly (S.), X, 226.
Rosa Maltida, IX, 287.
Roscoe, X, 140; XII, 189.
Rose (mister), XI, 315; XII, 17, 46.
Ross, maître de Byron, IX, 37.
Rossi, XII, 183.
Rossoe, X, 100.
Rouffigny (l'abbé de), IX, 114.
Rousseau (J.-J.), IX, 170 et _seqq._, 255 et _seqq._; X, 187, 360; XI,
108, 121, 266, 267.
Rowcroft, XIII, 19.
Rowe, XII, 290.
Rubens, XI, 274.
Ruppsecht, XII, 80.
Rush, XII, 403.
Rushton (Mrs.), IX, 312, 330.
Rushton (Robert), IX, 310 et _seqq._, 330, 359, 371, 380, 448, 449, 458;
X, 43 et _seqq._; XI, 98.
Russell (lord John), IX, 99; X, 226.
Russi, XII, 233.
_Russie_, IX, 169, 312.
Ry (lady), X, 226.
Rycaut (sir Paul), IX, 169, 421.

S.

Sadi, IX, 174.
Saint-Alban, X, 33.
Saint-Aubyn, XI, 211.
Saint-Just, X, 214.
Saint-Pierre (la basilique), XII, 457.
_Salamanque_, X, 101.
_Salamine_, IX, 357.
Salluste, IX, 168, XII, 185.
Salomon, X, 271, 352; XI, 200.
_Salona_, IX, 341, 423; XIII, 250.
Salvo (marquis de), IX, 331.
Sane, XI, 304; XII, 85.
Sanders, IX, 379 et _passim_; X, 108, 116.
Sandi, XII, 99.
Santa Chiara, XII, 264.
Sanuto, XII, 99.
Sapho, XII, 143.
_Sardaigne_, IX, 329.
Sardanapale, XII, 202.
Sarkis Théodosien, XI, 293.
Satan, X, 181.
Savage, XI, 360.
Scaliger, XI, 183.
Scalza, XIII, 277.
_Scamandre_, IX; 362.
Scapin, XIII, 91.
Schiller, IX, 169; X, 301; XI, 259.
Schlegel, XI, 112; XII, 127.
Schwartzenberg, X, 304.
Scio, XIII, 132.
Scott (Alexandre), d'Aberdeen, IX, 56; XII, 264.
Scott (John), X, 136.
Scott (Walter), IX, 170, 337, 397, 414, 435; X, 86, 89, 162 et _passim_,
197, 217, 311, 381; XI, 3 et _passim_, 234, 256, 311, 320; XIII, 11 et
_passim_.
Scrope, XI, 353.
Scrub, X, 244.
Sébastiani, XI, 47.
Sémiramis, XI, 14.
Sénèque, XII, 206.
_Sestos_, IX, 360 et _passim_.
_Séville_, IX, 322 et _passim_, 378; XI, 171.
Shakspeare, IX, 234; X, _passim_, 449, 456, 457; XI, 178, 189, 397; XII,
144 et _passim_.
Sharpe (Richard), X, 211, 215 et _passim_; XI, 11, 166, 261; XII, 195.
Sheers, XIII, 198.
Sheldrake, IX, 66.
Shelley, XI, 114, 136 et _seqq._, 367; XII, 20, 434 et _passim_; XIII,
34, 38.
Shelley (Mrs.), XI, 136 et _passim_, 152.
Shenstone, X, 422.
Sheppard, XII, 426.
Sherard, IX, 204.
Sheridan, IX, 171, 397; X, 55, 127 et _seqq._, 139 et _passim_, 195,
251, 308; XI, 38, 39 et _passim_, 65, 247, 260 et _passim_; XII, 20,
410.
Shéridan (l'auteur), XII, 159.
_Shiraz_, IX, 174; X, 470.
Shuffleton, XII, 79.
Shylock, XI, 259.
_Sicile_, IX, 360; X, _passim_.
Siddons, XII, 209.
Siddons (Mrs.), IX, 25; XI, 4.
_Simplon_ (_le_), XI, 170 et _passim_.
Sinclair (George), fils de sir John, IX, 85.
_Sion_, IX, 324.
Sismondi, X, 187, 314 et _passim_; XII, 99.
Sisseni, XIII, 232.
Sligo (lord), IX, 388 et _passim_; X, 118 et _passim_.
Smart, XII, 298.
Smelfungus, XII, 297.
Smith, X, 113.
Smith (Henri), IX, 220.
Smith (miss), depuis Mrs. Oscar Byrne, XI, 35, 36, 40.
Smollet, IX, 168, 171, 262, 421; XI, 396; XII, 21, 73.
_Smyrne_, IX, 357 et _passim_.
Smythe, IX, 269.
Socrate, IX, 229; XII, 216.
Soleyman de Thèbes, X, III.
Sommerset (duchesse de), XI, 113.
Sophocle, X, 219; XII, 143.
Sotheby, X, 366; XI, 23 et _passim_.
_Souli_, IX, 340.
Southcote (Johanna), X, 423, 425.
Southey, IX, 170, 241, 436; X, 85, 177, 207, 217, 422, 463, 465; XI,
245, 320; XII, 149.
_Southwell_, IX, 114 et _pass._
Spence, XII, 180.
Spencer (lady), X, 81.
Spencer (le poète), XI, 316.
Spenser, IX, 429, 435; XII, 144.
Spenser Smith (Mrs.), IX, 330 et _seqq._
Spenser (W.), XI, 91, 95.
Spinelli Ruspini, XII, 242.
Spins, IX, 172.
Spolette, XI, 290.
Sporus, XII, 148.
Sprat, X, 123.
Square, XII, 100.
Squire Sullen, XII, 241.
Staël (Mme de), IX, 256; X, 129, 149, 153, 163, 167, 169, 181, 191, 201,
227, 235 et _seqq._, 244, 246 et _seqq._, 256, 305, 331; XI, 91, 93,
111, 119, 156, 157, 179, 189, 259, 263, 311; XII, 137; XIII, 56, 71, 80,
87.
Stafford (marquise de), X, 246.
Stanhope (L.), IX, 370.
Stanhope (le colonel), XIII, 143 et _passim_.
Steele, XI, 67; XII, 294.
Stella, XII, 292.
Sterling, XIII, 125.
Sterne, IX, 171; X, 231, 445.
Sternhold, XII, 420; XIII, 297.
Steven, X; 33, 394.
Stevens, XIII, 187.
Stevenson (sir John), XI, 20.
Stothard, XI, 15.
Stoven (Frédéric), XIII, 282.
Stowe, XII, 304.
Strabon, IX, 170.
Strafford-Canning, X, 378, 423.
Strafford (miss), XII, 293.
Strane, IX, 341, 342, 390 et _seqq._
Strangford (lord), IX, 146.
Sturgeon, XIII, 198.
_Suède_, IX, 169.
_Suisse_, IX, 169; XI, _passim_.
_Sunium_. Voir _Cap Coloure_.
Suzanne C***, X, 70.
Sukias Somalien, XI, 293.
Swift, IX, 234, 293, 308, 424, 431, 436; X, 66, 130, 452, 466; XII, 128.
Sydney, XII, 323.
Sydney Osborne, XIII, 107.
Sydney (sir Philippe), X, 109.
Sylla, IX, 442; X, 214, 321, 371.
_Symplégades_, IX, 372.
Syricci, XII, 46.

T.

Taafé, XII, 42.
Tacite, IX, 168; X, 277.
_Tage_, IX, 321 et _passim_, 370.
Talleyrand (Mme), XI, 349.
_Tamise_, IX, 201.
Tasse (le), IX, 87; X, 219; XI, 270; XII, 144.
Tassoni, XII, 167.
Tatersall, IX, 88, 236, 237, 494; XII, 399.
Tavernier, XI, 135.
Tavistock (marquis de), IX, 192; X, 129.
Taylor, XI, 26.
_Tebelen_, IX, 335 et _seqq._
Teignmouth, IX, 170.
Tékéli, IX, 170.
Tem, IX, 114.
Térence, XII, 143.
Terni, XI, 290.
_Thèbes_, IX, 348.
Thémistocle, XII, 238.
Théocrite, XII, 143.
Theodora Macri, IX, 351.
Théodore, XII, 39.
Théophile, XIII, 343.
Theresa, fille de Theodora Macri, IX, 353, 366; X, 227.
Thersandre, XIII, 162.
Thésée, IX, 357.
Theulow, X, 78.
Thibault, IX, 169.
Thistlewood, XI, 85.
Thomas d'Ercildoune, IX, 175; X, 177.
Thomas Hall, XIII, 37.
Thomson, IX, 234; X, 95; XII, 149.
Thorwaldsen, XII, 341; XIII, 4.
_Thoun_, en Suisse, XI, 126, 127 et _passim_.
Thucydide, IX, 168; XII, 221.
Thurlow, X, 218; XI, 304.
Thwacum, XII, 100.
Thyrza, IX, 493.
Tibère, XII, 220.
Tierney, X, 247; XIII, 79.
Tillotson, IX, 171.
Timon, XIII, 296.
Timourlam, XII, 167; XIII, 14.
Tindal, IX, 168; XIII, 149.
Tiraboschi, XII, 227.
Tita, XII, 163.
Tite-Live, IX, 168; X, 124; XI, 207.
Titien, XI, 272, 273, 277.
Toderini, X, 173.
_Tomarit_, mont, IX, 360.
Tom Jones, XII, 21.
Tonson, X, 117.
Tony Lumpkin, XI, 439.
Tooke, IX, 169.
Toote (miss), X, 391.
Torwalzen, XI, 292.
Tott (de), IX, 421.
Townsend, IX, 475.
Travis, XI, 332.
Trelawney, XIII, 41, 117 et _passim_.
Trevanion (miss), IX, 274.
_Trieste_, IX, 331.
_Tripolitza_, IX, 391 et _passim_; XIII, 109 et _passim_.
Tristram Fickle, IX, 143.
_Troade_, IX, 359, 362; X, 112.
_Troie_, IX, 362.
Tucker, IX, 409.
Turgesius, XI, 31.
Turner, XII, 261 et _seqq._
_Turquie_, IX, 169 et _passim_; X, _passim_; XI, 171.
Tyane, XII, 329.
Tyrtée, IX, 263.

U.

Ugolin, XII, 224.
Ulysse, X, 464.
Ulysse (le prince), XIII, 244.
Upton, XI, 37.
Usher, XI, 257.
_Utraikey_, IX, 344.

V.

Vacca, XI, 224, 236.
Valentia, XI, 92.
Valpy, XII, 368.
Valter Porter, XI, 299.
Vampire (le), XI, 405.
Vanbrugh, X, 309; XII, 294.
Vanessa, XII, 292.
Vathek, X, 272.
Vathi, XIII, 131.
Vatican, XI, 285.
Vatkins, XIII, 35.
Velasquez, XI, 274.
Vellum, XIII, 36.
Vely-Pacha, IX, 336, 394 et _passim_; X, 192.
Vénézuela, XII, 11.
_Venise_, XI, _passim_, 186 et _seqq._
_Vérone_, XI, _passim_, 177, 178, 182.
Vertot, IX, 169.
Vestris, XII, 187.
_Vésuve_, XI, 287.
Vincenzo (G.), XII, 194.
Virgile, IX, 62, 63, 87, 233, 436; X, 190; XII, 143.
Voltaire, IX, 168, 169, 228; X, 66, 370; XI, 60; XII, 73, 85, 128.
Vondel, IX, 496.
_Vortitza_, IX, 346, 347.

X.

Xénophon, IX, 168.
Xinon, XIII, 343.

Y.

Yorick, XII, 154.
York (duc d'), IX, 202, 278.
Young, IX, 127, 309; X, 63, 445.
Yussuf-Pacha, XIII, 202.

Z.

Zadig, IX, 229.
_Zéa_, IX, 387.
Zénon, IX, 229.
_Zitza_, IX, 332, 336, 349.
Zograffo (Démétrius), IX, 458.
Zuleïka, X, 271 et _passim_.
_Zuydersée_, X, 205.

W.

Waite, X, 300; XII, 157.
Waller, XII, 144.
Walpole, X, 97.
Walpole (H.), XI, 341.
Walsh, IX, 217.
Warburton, XII, 290.
Ward, X, 109, 183, 209 et _passim_; XI, 92.
Warren (sir John), IX, 52.
Warton, IX, 231; XII, 141, 291.
Warwick (comte de), X, 197.
Washington, X, 214, 377, 378.
Waterhouse, XII, 334.
_Waterloo_, XI, 22, 93, 104, 105, 109.
Wathen, IX, 120.
Watson, IX, 259.
_Wattier-Club_, X, 33, 393; XI, 37, 91.
Way, X, 68.
Webb, XIII, 119, 184.
Wellesley (lord), X, 78.
Wellington, XI, 22, 37; XII, 159; XIII, 32.
_Wengen_, montagne de Suisse, XI, 129, 130 et _passim_, 246.
Wentworth (lord), X, 438, 480; XI, 12, 18, 22.
Werner, XII, 407; XIII, 3 et _passim_.
Werther, XII, 126.
West, XIII, 27.
Westall, X, 115, 116.
Westmoreland (lady), IX, 329.
Whistlecraft, XI, 322; XII, 41.
Whitbread, X, 127 et _seqq._, 138, 402; XI, 16, 20, 21.
White (Harry) IX, 469, 475.
Wieland, IX, 264; XII, 202.
Wilberforce, X, 139; XI, 39; XIII, 52, 238.
Wilbraham, IX, 311.
Wildman, IX, 93, 109 et _seqq._, 114.
Wilkes, XII, 292.
Williams, XIII, 34.
Williams (H. W.), IX, 356.
Williams (Mrs.), IX, 78.
Windham, X, 138, 216.
_Windsor_, IX, 100; XII, 304.
Wingfield, IX, 88, 238, 239, 452, 475.
Winifred Jenkins, XI, 308.
Winifred (Mrs.), X, 418.
Witt, XIII, 38.
Wittington, XI, 424.
Wood (docteur Alexander), XI, 4.
Woodhouselee (lord), IX, 154.
Woolridge (docteur), X, 457.
Wordsworth, IX, 198, 286; X, 217, 422, 425; XI, 143, 245, 320.
_Worthing_, IX, 133 et _seqq._
Wrangham, X, 400; XII, 328.
Wright, XIII, 187.
Wych, XII, 181.
Wycherley, XII, 290.
_Wye_, rivière, X, 100, 101.


FIN.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Oeuvres complètes de lord Byron, Tome. 13 - Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore" ***

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