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Title: Histoire Sainte ou Histoire des Israélites
Author: Loeb, Henri
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Histoire Sainte ou Histoire des Israélites" ***

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DES ISRAÉLITES ***



                            HISTOIRE SAINTE

                                   OU

                        HISTOIRE DES ISRAÉLITES.



                IMP. DE BAUMAN ET Cer.—DELTOMBE, GÉRANT.

                            Rue du Nord, 8.

                            HISTOIRE SAINTE



                                   OU



                       *HISTOIRE DES ISRAÉLITES*



                         *DEPUIS LA CRÉATION,*



             JUSQU’A LA DERNIÈRE DESTRUCTION DE JÉRUSALEM.



PAR



                          *LE Dr HENRI LOEB,*

                       GRAND-RABBIN DE BELGIQUE.



        «Je me souviens des jours anciens, je médite sur toutes vos
    œuvres: et j’étends mes mains vers vous!»

            (Ps. 143.)



                               BRUXELLES.

                       SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE

                             BAUMAN ET Cer.

                                   —
                                  1843



                                PRÉFACE.


Dans un siècle comme le nôtre, où le matérialisme, ce puissant moteur de
l’activité humaine, absorbe à un si haut degré la vie morale et
religieuse, que souvent on serait tenté de dire avec un ancien sage:
«Tout tend à un même point, tout est tiré de la terre et retourne à la
terre;» dans un tel siècle, il est difficile que l’éducation ne se
ressente pas de la tendance générale des esprits, et que les études de
la jeunesse n’aient pour objet principal de satisfaire aux exigences
d’une vie matérielle. De cet état de choses, il résulte nécessairement
que les moments employés à l’instruction religieuse et morale étant fort
restreints, ne suffisent plus à nos enfants pour s’occuper, comme
autrefois, de toute notre littérature sacrée; et dès lors ils sont
privés du seul moyen qui puisse leur donner une idée juste et parfaite
de l’existence historique et religieuse du peuple israélite.

En publiant cet ouvrage, je me propose de remédier, au moins en partie,
à cet inconvénient, et de donner à la jeunesse israélite une notion
suffisante de l’histoire de la religion révélée et du peuple, choisi par
la sagesse divine pour en être le dépositaire. La religion de Moïse est
non-seulement basée sur l’histoire de sa révélation, mais elle est
encore intimement unie à cette histoire; il faut donc faire connaissance
avec celle-ci avant que celle-là puisse trouver accès. En d’autres
termes, l’histoire de la religion doit ouvrir les portes de l’âme de
notre jeunesse avant que la religion elle-même puisse y entrer.
L’Écriture Sainte seule nous présente, avec une noble simplicité, dans
la véracité de ses traditions, cette histoire qui renferme et les plus
beaux exemples de la vertu que l’homme puisse exercer sur la terre, et
les preuves les plus éclatantes de l’existence d’une Providence divine:
tous les devoirs qui nous incombent y puisent leurs motifs. Racontons-la
donc à nos enfants, et soyons convaincus qu’elle exercera l’influence la
plus salutaire sur leurs cœurs innocents.

J’ai cru indispensable de faire suivre l’histoire de la Sainte Écriture
d’un précis de l’histoire politique de la nation, en considérant que
celle-ci est aussi inséparablement attachée à l’histoire de la
révélation, que celle qui traite la partie cosmique et patriarcale.

Pour les indications chronologiques, il m’a paru convenable de
n’indiquer que l’ère de la création; mais une fois que les élèves savent
le nombre d’années qui existent entre la création et l’ère vulgaire, ils
peuvent facilement faire eux-mêmes la supputation.

En ajoutant cet ouvrage à mon catéchisme, je crois remettre entre les
mains de nos enfants un tout complet qui, avec l’assistance de Dieu, ne
manquera pas de produire des fruits bienfaisants.



                           CHAPITRE PREMIER.


               HISTOIRE GÉNÉALOGIQUE DU PEUPLE ISRAÉLITE.



                              La Création.


Mes amis, l’histoire de notre peuple, que j’ai l’intention de vous faire
connaître, est une des plus anciennes de la terre; elle remonte aux
premiers événements du monde, elle touche aux temps les plus reculés.
C’est vers ce lointain obscur que nous devons diriger les yeux, si nous
aimons à remonter à notre origine. Nous devons partir de la création du
premier homme, de la formation de toute créature, qui date de près de
_six mille ans_. Mais pour atteindre ce but, il n’y a pas un seul
peuple, même le plus ancien sur la terre, qui ait conservé des
traditions aussi symboliquement belles et en même temps aussi
éternellement vraies que celles que possède le peuple d’Israël dans la
Sainte Écriture laissée par Moïse, notre divin législateur. C’est donc
l’histoire de la Sainte Écriture que je vais vous mettre sous les yeux.
Écoutez, mes amis, de quelle manière elle nous raconte toutes ces
merveilles.

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était informe
et en désordre, et les ténèbres étaient sur la surface de l’abîme et
l’esprit de Dieu planait sur la surface des eaux. Dieu dit: Que la
lumière soit, et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et
Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu nomma la lumière jour
et les ténèbres nuit. Il fut soir et il fut matin, ce fut le premier
jour. Dieu dit: Que le firmament soit au milieu des eaux et qu’il sépare
les eaux d’avec les eaux. Dieu fit le firmament et sépara les eaux qui
étaient sous le firmament d’avec les eaux qui étaient au-dessus du
firmament; il en fut ainsi. Dieu nomma le firmament ciel; il fut soir,
il fut matin; deuxième jour. Dieu dit: Que les eaux qui sont sous le
ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l’élément solide paraisse;
il en fut ainsi. Dieu nomma l’élément solide terre, et le rassemblement
d’eaux, mers. Dieu vit que c’était bien; Dieu dit: Que la terre fasse
végéter toutes sortes de végétations: l’herbe portant sa semence,
l’arbre fruitier formant son fruit selon son espèce, renfermant sa
semence pour se reproduire sur la terre; il en fut ainsi, et Dieu vit
que c’était bien: il fut soir, il fut matin, troisième jour. Dieu dit:
Qu’il y ait des astres dans l’étendue du ciel pour faire distinguer le
jour de la nuit; qu’ils servent de signes pour indiquer les époques, les
jours et les années; qu’ils servent de luminaires dans l’étendue du ciel
pour éclairer la terre; il en fut ainsi; Dieu fit les deux grands
luminaires, le plus grand pour présider au jour, et le plus petit pour
présider à la nuit, avec les étoiles; Dieu les plaça dans l’étendue du
ciel pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour
séparer la lumière d’avec les ténèbres; Dieu vit que c’était bien: il
fut soir, il fut matin; quatrième jour. Dieu dit: Que les eaux se
peuplent d’êtres doués de vie, et que des volatiles volent sur la terre
sous le firmament du ciel; Dieu créa les grands animaux de mer et tout
être animé rampant, dont les eaux sont peuplées, selon leur espèce,
ainsi que tous les volatiles ailés, selon leur espèce; Dieu vit que
c’était bien. Dieu les bénit et dit: Soyez féconds, multipliez-vous, et
remplissez les eaux de la mer, et que le volatile se multiplie sur la
terre. Il fut soir, il fut matin, cinquième jour. Dieu dit: Que la terre
produise des êtres animés selon leur espèce, le bétail, les reptiles et
les animaux sauvages terrestres selon leur espèce; il en fut ainsi. Dieu
fit les animaux sauvages terrestres selon leur espèce, le bétail selon
son espèce, les reptiles terrestres selon leur espèce. Dieu vit que
c’était bien. Dieu dit: Faisons l’homme à notre image et à notre
ressemblance; et qu’il règne sur les poissons de la mer, sur les oiseaux
du ciel, sur les animaux, sur toute la terre et sur tous les reptiles
qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image, il le créa mâle
et femelle.



                                 Adam.


Dieu forma l’homme de la poussière de la terre et lui souffla dans les
narines le souffle de la vie; ainsi l’homme devint un être animé. Dieu
vit tout ce qu’il avait fait et il vit que cela était bien: il fut soir,
il fut matin; sixième jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre et
tous leurs ordres. Le septième jour, Dieu avait fini l’œuvre qu’il avait
faite, il se reposa le septième jour; il le bénit et le sanctifia, afin
que pour nous aussi ce fût un jour de repos, de bénédiction et de
sanctification, que ce jour nous rappelât à jamais qu’il n’y a qu’un
Dieu, qui a créé le monde et qui le gouverne, et que ce n’est que
conformément à la volonté divine que l’homme peut régner sur la terre.



                              Eve (Chava).


L’Éternel Dieu planta un jardin dans Éden, du côté de l’orient, il y
plaça l’homme qu’il avait créé. Dieu fit sortir de la terre tous les
arbres agréables à la vue et bons à manger, et l’arbre de la vie au
milieu du jardin, ainsi que l’arbre de la connaissance du bien et du
mal. Et un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin, et de là il se
divisait pour former quatre principales branches. La première se nommait
_Pichon_, la seconde _Guichon_, la troisième _Hidekel_ et la quatrième
_Euphrate_. L’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin
d’Éden pour le cultiver et pour le garder, et lui donna des ordres en
ces termes: De chaque arbre du jardin vous pouvez manger. Mais vous ne
mangerez pas de celui de la science du bien et du mal; car dès que vous
en aurez mangé vous mourrez. Dieu dit aussi: Il n’est pas bon à l’homme
d’être seul, je lui donnerai une compagne. L’Éternel Dieu fit tomber
l’homme dans un grand assoupissement, et il l’endormit; il prit ensuite
une de ses côtes dont il remplit la place par d’autre chair. L’Éternel
Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et l’amena
à l’homme. L’homme alors dit: C’est l’os de mes os, c’est la chair de ma
chair. Celle-ci s’appellera du nom qui marquera l’homme parce qu’elle a
été tirée de l’homme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa
mère, et s’attachera à sa femme, et ils ne feront qu’une seule chair.
Tous deux, l’homme et la femme étaient nus, et n’en avaient pas de
honte.



                       Péché des premiers hommes.


Le serpent était le plus rusé de tous les animaux de la terre que
l’Éternel Dieu avait faits; il dit à la femme: Quand même Dieu aurait
dit: Ne mangez d’aucun fruit de ce jardin... La femme répondit au
serpent: Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin; quant au
fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: N’en mangez
pas, et n’y touchez pas, vous en mourriez. Le serpent dit à la femme:
Vous n’en mourrez pas; mais Dieu sait qu’aussitôt que vous en mangerez,
vos yeux s’ouvriront, vous serez comme des êtres divins, connaissant le
bien et le mal. La femme vit que le fruit était bon à manger, beau et
agréable à la vue; elle cueillit du fruit et en mangea, et en donna
aussi à son mari, qui en mangea également. Les yeux de tous les deux
s’ouvrirent; ils remarquèrent qu’ils étaient nus; alors ils tressèrent
des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. Ils entendirent la
voix de Dieu parcourant le jardin du côté de l’orient; Adam et sa femme
cherchèrent à se cacher devant l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du
jardin. Dieu appela Adam et lui dit: Où êtes-vous? Il répondit: J’ai
entendu votre voix dans le jardin, j’ai eu peur, car je suis nu, et je
me suis caché. Dieu lui dit: Qui vous a dit que vous étiez nu? Avez-vous
mangé du fruit dont je vous ai défendu de manger? Adam répondit: La
femme que vous avez mise près de moi m’a donné du fruit de cet arbre, et
j’en ai mangé. L’Éternel Dieu dit à la femme: Qu’avez-vous fait? La
femme répondit: Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. L’Éternel Dieu
dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit parmi toutes
les bêtes et tous les animaux des champs; tu ramperas sur le ventre; tu
mangeras de la poussière pendant tous les jours de ta vie. Je mettrai
une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne; elle te
brisera la tête, et tu la mordras par le talon. Il dit à la femme: Je
multiplierai les douleurs et les souffrances de votre grossesse; vous
enfanterez avec douleur; vos désirs se tourneront vers votre mari, et il
vous dominera. Il dit à Adam: Puisque vous avez écouté la voix de votre
femme, et que vous avez mangé de l’arbre dont je vous avais défendu de
manger, que la terre soit maudite à cause de vous: vous vous en
nourrirez péniblement pendant toute votre vie; elle vous produira des
épines et des ronces; vous mangerez l’herbe des champs; vous mangerez
votre pain à la sueur de votre front jusqu’à ce que vous retourniez à la
terre d’où vous avez été tiré, car vous êtes poussière et vous
retournerez à la poussière. Adam nomma sa femme _Chava_ (Ève), parce
qu’elle a été la mère de tous les vivants. L’Éternel Dieu fit à Adam et
à sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit. L’Éternel Dieu dit:
Maintenant l’homme est comme l’un de nous, pour connaître le bien et le
mal, maintenant il pourrait étendre sa main, cueillir du fruit de
l’arbre de vie, en manger et vivre éternellement. L’Éternel Dieu le
renvoya du jardin d’Éden, pour cultiver le sol dont il avait été tiré.
Il chassa Adam, plaça vers l’orient du jardin d’Éden, les chérubins et
la lame flamboyante du glaive qui tourne, pour garder le chemin de
l’arbre de vie.



                         Caïn et Abel (Hébel).


Adam connut Ève, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn. Elle dit: J’ai
acquis un homme de l’Éternel. Elle enfanta de nouveau son frère Abel
(Hébel). Abel fut gardien de troupeaux, et Caïn laboureur. Au bout de
quelque temps, Caïn apporta un présent à l’Éternel, des fruits de la
terre. Abel apporta aussi des premiers-nés de son plus beau bétail.
L’Éternel fit attention à Abel et à son oblation; mais il ne fit point
attention à Caïn ni à son offrande. Caïn en fut très-irrité, et son
visage en fut abattu. L’Éternel dit à Caïn: Pourquoi cela vous
irrite-t-il? et pourquoi êtes-vous si abattu? Certes, si vous vous
conduisez bien, vous serez considéré; si vous ne vous conduisez pas
bien, le péché vous assiégera à la porte; il veut vous atteindre, mais
vous pouvez le maîtriser. Caïn parla à son frère Abel, et comme ils se
trouvaient aux champs, Caïn s’éleva contre son frère Abel et le tua.
L’Éternel dit à Caïn: Où est votre frère Abel? Il répondit: Je ne le
sais pas; suis-je le gardien de mon frère? Il dit: Qu’avez-vous fait? La
voix du sang de votre frère crie de la terre vers moi; maintenant soyez
maudit de dessus la terre, qui a ouvert son sein pour recevoir de votre
main le sang de votre frère. Lorsque vous cultiverez le sol, il ne vous
prêtera plus ses forces; vous serez agité et fugitif sur la terre. Caïn
dit à l’Éternel: Mon châtiment est trop grand pour être supporté;
puisque vous m’expulsez aujourd’hui de cette contrée, je dois me cacher
devant vous, et être errant et fugitif sur la terre; quiconque donc me
trouvera, me tuera. Mais l’Éternel lui répondit: Celui qui tuera Caïn
sera exposé à une septuple vengeance. Ensuite il mit sur Caïn un signe,
pour que tout venant ne le tuât pas. Caïn sortit de la présence de
l’Éternel, et s’établit dans le pays de Nod, vers l’orient d’Éden.



             Suite des patriarches vivant avant le déluge.


Caïn connut sa femme qui conçut et enfanta Henoch; il bâtit ensuite une
ville et nomma cette ville du nom de son fils Henoch; Henoch engendra
Irad; celui-ci engendra Méhouiael; ce dernier engendra Métouchael, qui
engendra Lemech. Lemech prit deux femmes: le nom de l’une fut Ada et le
nom de la seconde Tzila; Ada enfanta Jabal: il fut le père des peuples
habitant sous des tentes, et des pasteurs; le nom de son frère fut
Joubal; celui-ci fut le père de ceux qui jouaient de la harpe et de la
flûte. Tzila eut aussi un fils, Toubal Caïn, qui travaillait les
instruments de cuivre et de fer, la sœur de Toubal Caïn s’appela Naéma.
Lemech¹ dit à ses femmes: Ada et Tzila, écoutez ma voix, femmes de
Lemech, soyez attentives à mes paroles: je tue un homme après avoir été
blessé, je tue un jeune homme après avoir été meurtri, (ne craignez
rien, car) si Caïn doit être vengé au septuple, Lemech le sera
soixante-dix-sept fois.

    ¹ Le but de ce récit semble être: l’invention des instruments
      métalliques (le couteau, le poignard, le glaive) rendait alors le
      meurtre plus facile et plus fréquent, de sorte qu’on commençait à
      craindre d’être massacré par le premier venu. Tel est le sens de
      ce passage: Lemech en rassurant ses femmes s’écrie: N’ayez pas
      peur, quiconque voudra nous tuer je l’assommerai; et certes je
      n’aurai pas alors à craindre la punition de Dieu, car, si Caïn,
      entraîné au meurtre par l’envie, la jalousie et la fureur, ne
      devait cependant pas être tué impunément, à plus forte raison ne
      le serai-je pas moi qui n’aurai commis un meurtre qu’en défendant
      notre vie.

Voici le livre de la généalogie de l’homme. Adam, à l’âge de cent trente
ans, engendra à sa ressemblance, à son image, un fils qu’il nomma Seth.
Après la naissance de Seth, Adam vécut encore huit cents ans, il eut
encore des fils et des filles; Adam ayant atteint l’âge de neuf cent
trente ans, mourut. Seth, à l’âge de cent cinq ans, engendra Énosch;
après avoir engendré Énosch, Seth vécut encore huit cent sept ans, et il
eut des fils et des filles;    (930)    lorsque Seth eut atteint l’âge
de neuf cent douze ans, il mourut. Énosch, à l’âge de quatre-vingt-dix
ans, engendra Kénan; après avoir engendré Kénan, Énosch vécut encore
huit cent quinze ans, et il eut des fils et des filles;    (1042)
lorsque Énosch eut atteint l’âge de neuf cent cinq ans, il mourut.
Kénan, à l’âge de soixante-dix ans, engendra Mahalalel; après avoir
engendré Mahalalel,    (1140)    Kénan vécut encore huit cent quarante
ans, et il eut des fils et des filles; lorsque Kénan eut atteint l’âge
de neuf cent dix ans, il mourut. Mahalalel, à l’âge de soixante-cinq
ans, engendra Jéred; après avoir engendré Jéred, Mahalalel vécut encore
huit cent trente ans, il eut des fils et des filles;    (1235)    après
que Mahalalel eut atteint l’âge de huit cent quatre-vingt-quinze ans, il
mourut.    (1290)    Jéred, à l’âge de cent soixante-deux ans, engendra
Hénoch; Jéred, après avoir engendré Hénoch, vécut encore huit cents ans,
il eut des fils et des filles; Jéred, après avoir atteint l’âge de neuf
cent soixante-deux ans, mourut.    (1422)     Hénoch, à l’âge de
soixante-cinq ans, engendra Métouselah; Hénoch, après avoir engendré
Métouselah, marcha encore dans la voie de Dieu pendant trois cents ans,
il eut des fils et des filles; Hénoch atteignit l’âge de trois cent
soixante-cinq ans; Hénoch marchait dans la voie de Dieu, et il ne fut
plus, car Dieu l’avait pris. Métouselah, après avoir atteint l’âge de
cent quatre-vingt-sept ans, engendra Lemech; Métouselah, après avoir
engendré Lemech, vécut encore sept cent quatre-vingt deux ans, il eut
des fils et des filles;    (1656)    Métouselah mourut après avoir
atteint l’âge de neuf cent soixante-neuf ans. Lemech, à l’âge de cent
quatre-vingt-deux ans, engendra un fils; il le nomma _Noach_, disant:
Celui-ci nous consolera de nos travaux et des pénibles occupations de
nos mains et dans la terre que l’Éternel a maudite. Lemech, après avoir
engendré Noach, vécut encore cinq cent quatre-vingt-quinze ans; il eut
des fils et des filles; après que Lemech eut atteint l’âge de sept cent
soixante-dix-sept ans, il mourut. Noach, à l’âge de cinq cents ans,
engendra Schem, Ham (Cham) et Japhet².

    ² En considérant la longue suite d’années que les patriarches ont
      vécu, on peut aisément conclure que dans les premiers temps, les
      révélations divines furent exactement communiquées et transmises
      de génération en génération.



                       Noé (Noach) et le déluge.


Ces dix générations passées, les hommes commencèrent à se répandre sur
la terre, et les fils des grands voyant que les filles du peuple étaient
belles, prirent pour femmes celles d’entre elles qui leur plurent. La
corruption devint de jour en jour plus grande et plus générale; la terre
était pleine de violence, chaque créature avait corrompu sa voie. Alors
l’Éternel vit que la malice de l’homme était grande sur la terre, et que
toutes les pensées de son cœur tendaient constamment vers le mal.
L’Éternel dit: Mon esprit ne combattra pas toujours dans l’homme, car
dans son erreur il est chair. Le temps de l’homme ne sera plus que de
six-vingts ans. (Ce terme lui fut encore accordé, afin qu’il eût le
temps de se repentir de ses péchés et de s’amender; mais après ce laps
de temps l’homme étant demeuré dans son endurcissement), l’Éternel dit:
Je veux exterminer de dessus la terre l’homme que j’ai créé, les
animaux, les reptiles et jusqu’à l’oiseau du ciel, car je me repens de
les avoir faits.

_Noé_, homme droit et intègre dans son temps, et qui marcha avec Dieu,
trouva seul grâce aux yeux de l’Éternel. Alors Dieu dit à Noé: La fin de
toute créature est venue devant moi, car la terre est remplie de
violence à cause d’eux. Je veux donc les détruire avec la terre.
Faites-vous une arche de bois de gopher: vous y ferez des cases;
enduisez-la de bitume en dedans et en dehors. Et voici comment vous la
ferez: elle aura trois cents coudées de long, cinquante de large et
trente de haut; vous ferez un transparent à l’arche, et la réduirez au
faîte jusqu’à une coudée; vous placerez la porte de l’arche sur le côté,
vous y pratiquerez un compartiment inférieur, un second et un troisième.
Je ferai venir sur la terre une confusion d’eau pour détruire toute
créature ayant un souffle de vie sous le ciel; tout ce qui est sur la
terre périra. J’établirai mon pacte avec vous, vous viendrez dans
l’arche, vous, vos fils, votre femme et les femmes de vos fils. Et vous
ferez venir dans l’arche de tout ce qui vit, de toute chair, deux de
chaque espèce pour être conservés; qu’ils soient mâle et femelle; du
volatile selon son espèce, des quadrupèdes selon leur espèce, de tous
les reptiles de la terre, ils doivent venir avec vous pour être
conservés. Et vous, prenez pour vous de tout comestible dont on se
nourrit, amassez-le, qu’il serve à vous et à eux de nourriture. Et Noé
fit ainsi; il fit tout, comme Dieu le lui avait ordonné. Mais les hommes
n’y firent aucune attention, ne se corrigèrent point, et continuèrent à
faire le mal comme auparavant. Et l’arche fut construite. Alors Dieu dit
à Noé: Entrez, vous et votre famille, dans l’arche; car vous êtes le
seul que j’aie vu pur devant moi, dans ce siècle. De chaque animal pur
vous prendrez sept couples, le mâle et la femelle; et de celui qui n’est
pas pur, vous prendrez seulement deux, le mâle et la femelle; du
volatile, sous le ciel, aussi sept, le mâle et la femelle, afin d’en
conserver le germe sur la terre; car sept jours encore, et je ferai
pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits; je
détruirai toute substance que j’ai faite sur la terre. Noé fit ainsi que
Dieu le lui avait ordonné.

Noé avait six cents ans, lorsque le déluge couvrit toute la surface de
la terre. La six centième année de la vie de Noé, le dix-septième jour
du second mois, toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les
cataractes du ciel s’ouvrirent; la pluie tomba sur la terre pendant
quarante jours et quarante nuits. Ce même jour, Noé entra dans l’arche,
avec Sem, Cham et Japheth ses fils, sa femme et les trois femmes de ses
fils, et de chaque créature y entrèrent, mâle et femelle, selon l’ordre
de Dieu; ensuite l’Éternel ferma l’arche. Le déluge durait depuis
quarante jours sur la terre; les eaux s’élevant soulevaient l’arche qui
se mouvait sur les eaux. L’inondation s’éleva de plus de quinze coudées
au-dessus des plus hautes montagnes, en sorte que toute chair qui se
meut sur la terre périt, les oiseaux, le bétail, les animaux et les
reptiles rampant sur la terre, ainsi que tout le genre humain. Tout ce
qui avait en ses narines un souffle de vie, tout ce qui se trouvait sur
le sol, mourut. Ainsi périt tout être qui se trouvait sur la terre, il
ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche. Les eaux
s’accrurent sur la terre pendant cent cinquante jours. Mais Dieu s’étant
souvenu de Noé, de tous les animaux et de toutes les bêtes qui étaient
avec lui dans l’arche, fit souffler un vent sur la terre, et les eaux
s’abaissèrent. Les sources de l’abîme et les écluses du ciel se
refermèrent, et la pluie ne tomba plus du ciel. Les eaux se retirèrent
de dessus la terre, agitées de côté et d’autre, et diminuèrent au bout
de cent cinquante jours. Alors l’arche se posa sur les montagnes
d’Ararate (Arménie), le dix-septième jour du septième mois. Les eaux
allèrent en diminuant jusqu’au dixième mois; le premier jour du dixième
mois, le sommet des montagnes fut visible. Au bout de quarante jours,
Noé ouvrit la fenêtre de l’arche et lâcha un corbeau, qui sortit, allant
et rentrant jusqu’à l’entier desséchement du sol. Il envoya aussi une
colombe afin de voir si les eaux avaient baissé sur la terre. Mais la
colombe ne trouvant pas d’appui pour se reposer, revint à l’arche, car
l’eau couvrait encore toute la terre; Noé étendit sa main, la prit et la
rentra dans l’arche. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha
de nouveau la colombe; la colombe revint près de lui vers le soir tenant
en son bec une branche d’olivier; alors Noé comprit que les eaux avaient
diminué sur la terre. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha
la colombe, qui alors ne revint plus vers lui. Dans la six cent unième
année de Noé, le premier jour du premier mois, les eaux avaient disparu
de dessus la terre; Noé ôta la toiture de l’arche, et il vit que la
surface de la terre était sèche. C’était le vingt-septième jour du
second mois. Dieu parla a Noé et dit: Sortez de l’arche, vous, votre
femme, vos fils et les femmes de vos fils avec vous; toute espèce
d’animaux étant avec vous, oiseaux, bêtes et reptiles rampant sur la
terre, sortez-les avec vous; qu’ils se perpétuent sur la terre, se
fécondent et se multiplient sur la terre. Et Noé sortit avec ses fils,
sa femme et les femmes de ses fils, tout animal, tout reptile, tout
oiseau, tout ce qui rampe sur la terre sortit de l’arche, par famille.
Or, Noé construisit un autel à l’Éternel, il prit de toute espèce
d’animaux purs et de toute espèce d’oiseaux purs, et les lui offrit en
holocauste sur cet autel. L’Éternel reçut ce sacrifice comme un encens
agréable, et il dit: Je ne maudirai plus la terre, à cause de l’homme,
quoique l’instinct du cœur de l’homme soit mauvais dès sa jeunesse; je
ne frapperai plus tout ce qui vit, comme j’ai fait; pendant toute la
durée de la terre, les semailles, la moisson, le froid, le chaud, l’été,
l’hiver, le jour et la nuit ne s’arrêteront pas.



                       Alliance de Dieu avec Noé.


Dieu dit à Noé et à ses fils: je vais faire alliance avec vous et avec
vos descendants après vous; avec toute créature vivante qui se trouve
avec vous, les oiseaux, les bêtes, les animaux de la terre qui sont
sortis avec vous de l’arche et qui vivent sur la terre. Je ferai
alliance avec vous: le déluge ne détruira plus tout être; il n’y aura
plus de déluge pour détruire la terre. Dieu dit: Voici le signe de
l’alliance que j’établis entre moi, vous, et toutes les créatures
vivantes qui sont avec vous, à perpétuité. J’ai placé mon arc dans le
nuage; qu’il soit le signe entre moi et vous. Il adviendra qu’en formant
un nuage au-dessus de la terre, l’arc étant apparent dans le nuage, je
me rappellerai alors cette alliance entre moi et vous, et toute créature
douée de vie; les eaux ne formeront plus un déluge pour tout détruire;
cet arc sera dans le nuage, et je le regarderai pour me rappeler
l’alliance perpétuelle entre Dieu et toute créature vivante sur la
terre. Dieu dit encore à Noé: Ce sera là le signe de l’alliance que j’ai
faite avec toute chair qui est sur la terre.

Noé avait trois fils qui sortirent de l’arche, Sem, Cham et Japheth; et
c’est d’eux qu’est sortie toute la race des hommes qui sont sur la
terre. Noé vécut encore trois cent cinquante ans depuis le déluge. Et
tout le temps de sa vie ayant été de neuf cent cinquante ans, il mourut.
   (2006)



                Tour de Babel et dispersion des hommes.


Les hommes s’étant multipliés de nouveau sur la terre, et celle-ci
n’ayant qu’une seule langue et qu’une même manière de parler, ils
trouvèrent, en partant du côté de l’orient, une vallée dans le pays de
Sennaar et ils y habitèrent; dans la crainte d’être un jour séparés, ils
résolurent de bâtir une ville et une tour qui s’élevât jusqu’au ciel.
Mais le Tout-Puissant, qui par sa sagesse souveraine jugea bon et
nécessaire que la dispersion de la race humaine s’effectuât, confondit
tellement leur langage, qu’ils ne s’entendaient plus les uns les autres.
C’est ainsi qu’ils cessèrent de bâtir cette ville, appelée pour cette
raison _Babel_, c’est-à-dire, confusion, parce que c’est là que fut
confondu le langage de toute la terre. Dieu dispersa ensuite les hommes
dans toutes les régions du monde. C’est ainsi que se formèrent les
différents peuples et les divers langages. Les descendants de Sem
peuplèrent le centre et le sud de l’Asie; les descendants de Cham,
l’ouest de l’Asie et l’Afrique; et les descendants de Japheth, l’Europe.

Le quatrième fils de Cham s’appela Chanaan; de lui sont sortis les
Chananiens; son petit-fils s’appela Nimrod, c’était un ardent chasseur,
il fut le premier roi de Babel. Parmi les descendants de Sem, il y avait
un homme qui se nommait Tharé (Therach), il avait trois fils: Abram,
Nachor et Haran. Haran était le père de Lot. Abram et Nachor se
choisirent des femmes, le nom de la femme d’Abram était: Saraï (plus
tard Sarah), et le nom de celle de Nachor était Milcha. Tharé ayant donc
pris Abram son fils, Lot son petit-fils, et Saraï sa belle fille, les
fit sortir d’Ur en Chaldée, pour aller avec lui dans le pays de Chanaan,
et étant venus jusqu’à Haran, ils y habitèrent. Et Tharé, après avoir
vécu deux cent cinq ans, mourut à Haran (Charan).



                              CHAPITRE II.


                     DEPUIS ABRAHAM JUSQU’A MOÏSE.

                              (1948-2368)



A cette époque la connaissance d’un seul vrai Dieu ne se retrouvait plus
chez tous ces peuples, qui, comme nous l’avons vu, avaient été répandus
par la volonté de Dieu de la vallée de Sennaar (Babylonie) par toutes
les régions de la terre; tous étaient tombés dans l’idolâtrie, et par
suite dans le péché et dans le vice. Et comme le service des faux dieux
se continuait déjà depuis des siècles, l’Éternel, toute bonté, résolut
enfin d’introduire au milieu des peuples un autre peuple qui, par les
révélations divines dont il serait le dépositaire, serait aussi, par sa
vie et par ses destinées remarquables, choisi pour conserver la vraie
connaissance de Dieu et pour la répandre parmi les hommes. C’est alors
que pour atteindre ce but élevé, Dieu choisit pour tige de ce peuple
l’homme le plus digne de ses révélations et le plus apte à les
communiquer. Cet homme pieux, qui jouissait de la confiance et de
l’amour de Dieu, cet homme par qui toutes les nations de la terre
devaient être bénies un jour, s’appelait alors Abram, et plus tard
Abraham.



                                Abraham.


Déjà, le père d’Abraham, Tharé était sorti, comme nous l’avons vu plus
haut, de la Mésopotamie, sa patrie, pour habiter le pays de Chanaan,
mais il ne vint qu’à Haran (Carra en Syrie) et y resta pendant tous les
jours de sa vie. Ce n’est qu’Abraham, qui, quittant pour toujours sa
patrie, entra en Chanaan lorsque l’Éternel lui apparut et lui dit: Allez
vous-en de votre pays, du lieu de votre naissance et de la maison de
votre père au pays que je vous montrerai. Je ferai de vous une grande
nation, je vous bénirai, j’agrandirai votre nom, vous serez une
bénédiction. Je bénirai ceux qui vous béniront et je maudirai ceux qui
vous maudiront, et toutes les familles de la terre seront bénies en
vous. Abraham partit alors comme l’Éternel le lui avait dit, Lot alla
avec lui. Abraham était âgé de soixante-quinze ans lorsqu’il sortit de
Haran. Abraham emmena sa femme Saraï, Lot son neveu, tout le bien qu’ils
avaient acquis, le personnel qu’ils avaient formé à Haran; ils sortirent
pour se rendre dans le pays de Chanaan, où ils arrivèrent bientôt.
Abraham traversa le pays jusqu’à la contrée de Chechem, jusqu’au bocage
de Moré. Les Chananéens occupaient alors ce pays-là. Or l’Éternel
apparut à Abraham et lui dit: Je donnerai ce pays à votre postérité.
Abraham dressa en ce lieu un autel à l’Éternel, comme souvenir de son
apparition. Étant passé de là vers une montagne qui est à l’orient de
Bethel, il y tendit ses tentes, ayant Bethel à l’occident, et la ville
d’Aï à l’orient. Il dressa encore en ce lieu un autel et invoqua le nom
de l’Éternel. Abraham alla encore plus loin, marchant toujours et
s’avançant vers le midi. Il y parcourut avec ses nombreux troupeaux les
fertiles vallées et les plaines, annonçant partout le nom de Dieu unique
et éternel. Une famine générale le força, quelque temps après, de se
diriger vers la fertile Égypte située dans ces environs. Toutefois,
après y avoir été éprouvé de Dieu à diverses reprises, il se rendit
bientôt de nouveau à Chanaan et demeura d’abord à Bethel, et plus tard,
au bocage de Mamré près d’Hébron, abandonnant à Lot, son neveu, les
contrées de Sodome à cause d’une querelle qui s’était élevée entre leurs
pasteurs. Car leurs troupeaux s’étant multipliés de jour en jour, le
pays ne leur suffisait plus; de sorte qu’ils se gênaient l’un l’autre.
Abraham dit donc à Lot: Qu’il n’y ait point, je vous prie, de dispute
entre vous et moi, ni entre mes pasteurs et les vôtres, parce que nous
sommes frères. Vous voyez devant vous tout le pays. Retirez-vous, je
vous prie, d’auprès de moi. Si vous allez vers la gauche, je prendrai la
droite: si vous choisissez la droite, j’irai vers la gauche. Lot choisit
alors sa demeure vers le Jourdain, en se retirant du côté de l’orient.
C’est ainsi qu’ils se séparèrent l’un de l’autre. Abraham demeura dans
la terre de Chanaan, et Lot dans les villes qui étaient aux environs du
Jourdain: et il habita Sodome. Or, les habitants de Sodome étaient
devant Dieu des hommes perdus de vices; et leur corruption était montée
à son comble. L’Éternel dit donc à Abraham, après que Lot se fut séparé
d’avec lui: Levez les yeux et regardez de l’endroit où vous êtes, vers
le nord, le midi, le levant et le couchant; car tout le pays que vous
voyez, je le donnerai à vous et à votre postérité, pour toujours: je
rendrai votre postérité comme la poussière de la terre: que si quelqu’un
peut compter la poussière de la terre, il pourra aussi compter votre
postérité; levez-vous, parcourez le pays en long et en large, car c’est
à vous que je le donnerai. Abraham éleva alors un autel à l’Éternel pour
le remercier de cette prédiction.

A cette époque il arriva que le roi de Sodome fut vaincu dans une guerre
et que les vainqueurs ayant pris toutes les richesses et les vivres de
Sodome, se retirèrent, et emmenèrent aussi Lot, fils du frère d’Abraham,
qui demeurait dans Sodome, et tout ce qui était à lui. Un fuyard vint en
apporter la nouvelle à Abraham. Et aussitôt que celui-ci apprit que son
parent avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit serviteurs
choisis parmi les plus habiles de ceux qui étaient nés dans sa maison,
et poursuivit les vainqueurs jusqu’à Dane. Il forma deux corps de ses
gens et de ses alliés, et venant fondre sur les ennemis durant la nuit,
il les défit et les poursuivit jusqu’à Hoba qui est à la gauche de
Damas. Il ramena avec lui tout le butin qu’ils avaient pris, Lot, son
neveu, avec tout ce qui était à lui, les femmes et tout le peuple. Et le
roi de Sodome sortit au-devant de lui dans la vallée de Savé appelée
aussi la vallée du Roi. Malchisedek, roi de Chalème, fit apporter du
pain et du vin; il était prêtre du Dieu suprême; il bénit Abraham, en
disant: Qu’Abraham soit béni du Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la
terre: et que le Dieu très-haut soit béni, lui qui par sa protection
vous a mis vos ennemis entre les mains. Il lui donna la dîme de tout ce
qu’il avait. Or, le roi de Sodome dit à Abraham: Donnez-moi les
personnes, et prenez le reste pour vous. Abraham lui répondit: Je lève
la main et je jure par l’Éternel, le Dieu très-haut, possesseur du ciel
et de la terre, que je ne recevrai rien de ce qui est à vous, depuis le
moindre fil jusqu’à un cordon de soulier; afin que vous ne puissiez pas
dire que vous avez enrichi Abraham. Rien pour moi, seulement ce que mes
gens ont pris pour leur nourriture, et ce qui est dû à ceux qui sont
venus avec moi, Aner, Escol et Mamré, qui pourront prendre leur part du
butin.



               Promesse de l’Éternel et piété d’Abraham.


Ensuite l’Éternel parla à Abraham dans une vision, et lui dit: Ne
craignez point, Abraham; je suis votre protecteur, votre récompense sera
infiniment grande. Abraham répondit: O Éternel, mon Dieu, que me
donnerez-vous? je marche sans enfants, et l’intendant de ma maison est
Eliézer de Damas. Abraham continua: Voyez! vous ne m’avez pas donné
d’enfants; ainsi mon serviteur sera mon héritier. Alors l’Éternel lui
répondit ainsi: Non, celui-ci ne sera point votre héritier, mais celui
qui sortira de vos entrailles héritera de vous. Regardez donc vers le
ciel, et comptez les étoiles, si vous pouvez les compter; ainsi,
ajouta-t-il, sera votre postérité. Abraham crut à Dieu, et sa foi lui
fut imputée à justice. Il offrit un jour un sacrifice, selon la demande
de l’Éternel qui lui confirma ses promesses par un signe sensible et
continua ainsi: Sachez dès maintenant que votre postérité demeurera dans
un pays étranger, et qu’elle sera réduite en servitude et accablée de
maux pendant quatre cents ans. Mais j’exercerai mes jugements sur le
peuple auquel ils seront assujettis, et ils sortiront ensuite de ce pays
avec de grandes richesses. Quant à vous, vous irez en paix auprès de vos
pères, vous serez enseveli après une vieillesse heureuse. Mais vos
descendants reviendront en ce pays-ci après la quatrième génération,
parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens n’est pas encore
remplie présentement.

En ce jour-là l’Éternel fit alliance avec Abraham en lui disant: Je
donnerai ce pays à votre postérité, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au
grand fleuve d’Euphrate. Abraham après avoir séjourné pendant dix ans
dans le pays de Chanaan, prit pour seconde femme sa servante, Hagar;
elle lui enfanta un fils, qu’il nomma Ismaël. Abraham avait
quatre-vingt-six ans lorsque Hagar lui enfanta Ismaël.



                      Alliance de la circoncision.


Lorsque Abraham fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel lui
apparut et lui dit: Je suis le Dieu Tout-Puissant, marchez devant moi et
soyez parfait; je ferai alliance avec vous, et je vous multiplierai
jusqu’à l’infini. Voici le pacte que je fais avec vous, afin que vous
l’observiez et votre postérité après vous: tous les mâles d’entre vous
seront circoncis. Ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous.
L’enfant de huit jours sera circoncis parmi vous; et dans la suite de
toutes les générations, tous les enfants mâles, tant les esclaves qui
seront nés en votre maison, que tous ceux que vous aurez achetés, et qui
ne seront point de votre race, seront circoncis. Mon alliance sera pour
votre chair une alliance perpétuelle. Tout mâle dont la chair n’aura pas
été circoncise, sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu’il aura
violé mon alliance. Dieu dit encore à Abraham: Je bénirai aussi votre
femme Saraï, je vous donnerai aussi un fils né d’elle, que vous nommerez
Isaac; et je ferai un pacte avec lui, et avec sa postérité après lui,
afin que mon alliance avec eux soit éternelle. L’entretien de Dieu avec
Abraham étant fini, celui-ci prit Ismaël son fils, et tous les esclaves
nés dans sa maison, tous ceux qu’il avait achetés, et généralement tous
les mâles qui étaient parmi ses domestiques; il les circoncit tous
aussitôt en ce même jour, selon que Dieu le lui avait commandé. Abraham
avait quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu’il se circoncit; et Ismaël avait
treize ans accomplis lorsqu’il reçut la circoncision. Abraham et son
fils Ismaël furent circoncis en un même jour. En ce même jour encore
furent circoncis tous les mâles de sa maison, tant les esclaves nés chez
lui, que ceux qu’il avait achetés, et qui étaient nés dans des pays
étrangers.

C’est à cette occasion que le nom d’Abram, c’est-à-dire _père élevé_,
fut changé en celui d’Abraham, c’est-à-dire, _père élevé de la
multitude_, et que le nom de Saraï, c’est-à-dire _ma princesse_, fut
changé en celui de Sarah, _la princesse_.



Hospitalité d’Abraham. Naissance d’Isaac prédite pour la dernière fois.
             Intercession d’Abraham. Destruction de Sodome.


L’Éternel apparut un jour à Abraham dans le bocage de Mamré, lorsqu’il
était assis à la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour.
Abraham ayant levé les yeux, trois hommes lui apparurent près de lui.
Aussitôt qu’il les eut aperçus, il courut de la porte de sa tente
au-devant d’eux, et se prosterna en terre, et dit: Seigneurs, si j’ai
trouvé grâce devant vos yeux, ne passez pas la maison de votre
serviteur. J’apporterai de l’eau pour laver vos pieds; et alors vous
vous reposerez sous cet arbre, jusqu’à ce que je vous serve un peu de
pain pour reprendre vos forces; car c’est pour cela que vous êtes venus
vers votre serviteur, et vous continuerez ensuite votre chemin. Ils lui
répondirent: Faites ce que vous avez dit. Abraham entra promptement dans
sa tente, et dit à Sarah: Pétrissez vite trois mesures de farine, et
faites-en des gâteaux. Il courut en même temps à son troupeau, y prit un
veau d’une chair tendre et succulente, et le donna à un serviteur, qui
se hâta de le faire cuire. Ayant pris ensuite du beurre et du lait, avec
le veau qu’il avait fait cuire, il le servit devant eux, et ils
mangèrent, tandis qu’il se tenait debout près d’eux. Ils lui dirent: Où
est Sarah votre femme? Il leur répondit: Elle est dans la tente. L’un
d’eux dit à Abraham: Je vous reviendrai voir dans un an, à cette même
époque: je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah votre femme aura un
fils. Ce que Sarah ayant entendu, elle se mit à rire derrière la porte
de la tente. Car ils étaient tous deux vieux et fort avancés en âge.
Elle rit donc secrètement, disant en elle-même: Lorsque je suis devenue
vieille, et que mon seigneur est vieux aussi, aurais-je de la volupté?
Mais l’Éternel dit à Abraham: Pourquoi Sarah a-t-elle ri, en disant:
Serait-il bien vrai que je puisse avoir un enfant, étant vieille comme
je suis? Y a-t-il rien de difficile à Dieu? Je vous reviendrai voir,
comme je vous l’ai promis, dans un an en ce même temps, je vous
trouverai tous deux en vie, et Sarah aura un fils. Je n’ai point ri,
répondit Sarah; et elle le nia, parce qu’elle était tout épouvantée.
Non, dit-il, cela n’est pas ainsi, car vous avez ri.—Ces hommes s’étant
donc levés de ce lieu, tournèrent leurs pas vers Sodome, et Abraham
allant avec eux les reconduisit. Dieu lui fit connaître alors qu’il
punirait les villes de Sodome et d’Amora, à cause de leurs grands
péchés. Abraham intercéda pour les habitants de ces villes et sollicita
instamment auprès de Dieu pour qu’il voulût leur pardonner et les
ménager. Abraham avait tant fait, qu’il lui fut promis que ces deux
villes seraient épargnées s’il s’y trouvait seulement dix justes. Mais
ce petit nombre de dix ne s’y trouva même pas; tous étaient impies, tous
viciés et corrompus. C’est pourquoi dès le lendemain matin, lorsque le
soleil se levait sur la terre, une punition terrible leur fut infligée.
Après que Lot, neveu d’Abraham, eut été emmené avec sa famille,
l’Éternel fit descendre du ciel sur Sodome et sur Amora, une pluie de
soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants,
tout le pays d’alentour avec ceux qui l’habitaient, et tout ce qui avait
vie sur la terre. Depuis ce jour toute cette contrée n’est qu’un lac
salé et plein de soufre, en signe de la malédiction du ciel que
s’attirent les crimes des hommes.



                Naissance d’Isaac. Sacrifice d’Abraham.


Après qu’Abraham eut changé de domicile, qu’il eut habité en Gerar, où
il fut de nouveau éprouvé de Dieu, l’Éternel pensa à Sarah comme il
avait dit; elle conçut et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le
temps que Dieu lui avait prédit. Abraham donna le nom d’Isaac (Jitzchak)
à son fils né de Sarah, et il le circoncit le huitième jour, selon le
commandement qu’il en avait reçu de Dieu, ayant alors cent ans; car ce
fut à cet âge-là qu’il devint père d’Isaac. Et Sarah dit alors: Dieu m’a
donné un sujet de ris et de joie; quiconque l’apprendra, s’en réjouira
avec moi. Et elle ajouta: Qui croirait qu’on aurait jamais pu dire à
Abraham, que Sarah nourrirait de son lait un fils qu’elle lui aurait
enfanté lorsqu’il serait déjà vieux? Cependant l’enfant crût, et on le
sevra, et Abraham fit un grand festin au jour qu’il fut sevré.

Après cela Dieu tenta Abraham, et lui dit: Abraham. Abraham répondit: Me
voici. Dieu ajouta: Prenez Isaac votre fils unique, que vous aimez, et
allez-vous en vers le pays de Morya et là sacrifiez-le en holocauste sur
une des montagnes que je vous indiquerai. Abraham se leva de bon matin,
prépara son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac; il
fendit aussi du bois pour l’holocauste, et partit pour se rendre à
l’endroit que Dieu lui avait désigné. Le troisième jour, Abraham, levant
les yeux, aperçut cet endroit de loin. Abraham dit alors à ses gens:
Restez ici avec l’âne, tandis que moi et mon fils nous irons jusque
là-bas pour nous prosterner, et nous reviendrons près de vous. Abraham
prit ensuite le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac,
prit le feu et le couteau dans sa main, et ils marchèrent ensemble.
Isaac s’adressa ensuite à son père, et dit: Mon père! celui-ci dit: Me
voici, mon fils; l’autre reprit: Voici bien le feu, le bois, mais où est
donc l’agneau pour l’holocauste? Abraham répondit: Mon fils, Dieu se
pourvoira d’un agneau pour un holocauste; et ils marchèrent ensemble.
Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait désigné; Abraham y éleva un
autel sur lequel il rangea le bois: ensuite il lia Isaac et le plaça sur
le bois; Abraham tendit la main, prit le couteau pour immoler son fils.
Alors un ange cria vers lui du ciel, et dit: Abraham, Abraham! celui-ci
répondit: Me voici. L’ange reprit: Ne tendez pas la main vers votre
fils, et ne lui faites rien; car je sais maintenant que vous êtes un
homme pieux, puisque vous ne m’avez pas même refusé votre fils, votre
fils unique. Abraham levant les yeux, vit un bélier retenu par les
cornes à un buisson; Abraham y alla, prit ce bélier et le sacrifia en
holocauste en place de son fils. Abraham appela cet endroit Adonaï-Jiré
(l’Éternel pourvoira). Un ange appela du ciel Abraham, pour la seconde
fois, et dit: J’en jure par moi, que puisque vous avez obéi, et que vous
n’avez pas refusé votre fils unique, je vous bénirai certainement, et je
multiplierai vos enfants en aussi grand nombre que les étoiles du ciel
et le sable qui se trouve sur le bord de la mer; votre postérité
possédera la porte de ses ennemis; et c’est par votre postérité que
toutes les nations de la terre seront bénies, parce que vous avez obéi à
ma voix. Abraham retourna vers ses gens; ils se levèrent et allèrent
ensemble à Beér-Chébâ, et Abraham s’y établit.

Après ces événements, il fut annoncé à Abraham, que Milca avait aussi
donné des enfants à Nachor; savoir: son premier-né Outs, et son frère
Bouse; ainsi que Kémouel, père d’Arame; et Késchède, Hazo, Pildach,
Jidlaph et Bethouel; et Bethouel qui engendra Rebecca (Ribka); tel est
le nom des huit enfants que Milca enfanta à Nachor, frère d’Abraham.



          Mort de Sarah.—Isaac épouse Rebecca.—Mort d’Abraham.


Sarah ayant vécu cent vingt-sept ans, mourut à Kiriath-Arba, qui est
Hebron, au pays de Chanaan. Abraham la pleura, en fit le deuil et
l’enterra dans la caverne du champ de Machpéla, devant Mamré; laquelle
terre Abraham avait achetée d’Ephron, en présence des enfants de Heth,
pour quatre cents sicles d’argent. Le champ avec la caverne qui y était
fut donc livré en cette manière, et assuré à Abraham par les enfants de
Heth, afin qu’il le possédât comme un sépulcre qui lui appartenait
légitimement.—Or Abraham était vieux et fort avancé en âge, et l’Éternel
l’avait béni en toutes choses. Il dit donc au plus ancien de ses
domestiques, qui avait l’intendance sur toute sa maison: Mettez votre
main sous ma cuisse, afin que je vous fasse jurer par l’Éternel, le Dieu
du ciel et de la terre, que vous ne prendrez aucune des filles des
Chananéens parmi lesquels j’habite, pour la faire épouser à mon fils;
mais que vous irez au pays où sont mes parents, afin d’y prendre une
femme pour mon fils Isaac. Son serviteur lui répondit: Si la fille ne
veut pas venir en ce pays-ci avec moi, voulez-vous que je remène votre
fils au lieu d’où vous êtes sorti? Abraham lui répondit: Gardez-vous
bien de remener mon fils en ce pays-là. L’Éternel, le Dieu du ciel, qui
m’a tiré de la maison de mon père et du pays de ma naissance, qui m’a
parlé et qui m’a juré en me disant: Je donnerai ce pays à votre
postérité, enverra lui-même son ange devant vous, afin que vous preniez
une femme de ce pays-là pour mon fils. Si la fille ne veut pas vous
suivre, vous ne serez point obligé à votre serment; seulement ne ramenez
jamais mon fils en ce pays-là. Ce serviteur mit donc sa main sous la
cuisse d’Abraham son maître, et s’engagea par serment à faire ce qu’il
lui avait ordonné. En même temps il prit dix chameaux du troupeau de son
maître, porta avec lui tous ses biens, et s’étant mis en chemin, il alla
droit à Arame Naharaïme en Mésopotamie, à la ville de Nachor. Étant
arrivé sur le soir près d’un puits hors de la ville, au temps où les
filles avaient accoutumé de sortir pour puiser de l’eau, et ayant fait
reposer ses chameaux, il pria Dieu: Éternel, Dieu d’Abraham, mon maître,
assistez-moi aujourd’hui, je vous prie, et faites miséricorde à Abraham
mon seigneur. Et Dieu l’assista, lui fit connaître d’une manière
miraculeuse _Rebecca_, fille de Béthouel, petite-fille de Nachor, frère
d’Abraham. Il lui demanda s’il pouvait loger dans la maison de son père,
elle lui répondit qu’il le recevrait avec plaisir. Elle courut donc
l’annoncer à sa famille, et alla lui dire tout ce qu’elle avait entendu.
Or Rebecca avait un frère nommé Laban, qui sortit aussitôt pour aller
trouver cet homme près de la fontaine. Et ayant déjà vu aux mains de sa
sœur les pendants d’oreilles et les bracelets que cet homme lui avait
donnés, il vint à lui, lorsqu’il était encore près de la fontaine avec
ses chameaux, et lui dit: Vous qui êtes béni de Dieu, pourquoi
demeurez-vous dehors? Venez chez mon père, j’ai préparé la maison, et un
lieu pour vos chameaux. Il le fit aussitôt entrer dans le logis; il
déchargea ses chameaux, leur donna de la paille et du foin; et fit laver
les pieds de cet homme et de ceux qui étaient venus avec lui. En même
temps on lui servit à manger. Mais le serviteur lui dit: Je ne mangerai
point jusqu’à ce que je vous aie proposé ce que j’ai à vous dire. Vous
pouvez le faire, lui dit Laban. Et il leur parla ainsi: Je suis
serviteur d’Abraham. L’Éternel a comblé mon maître de bénédictions et
l’a rendu grand et riche. Il lui a donné des brebis, des bœufs, de
l’argent, de l’or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des
ânes. Sarah, la femme de mon maître, lui a enfanté un fils dans sa
vieillesse, et mon maître lui a donné tout ce qu’il avait. Et il m’a
fait jurer devant lui en me disant: Promettez-moi que vous ne prendrez
aucune des filles des Chananéens dans le pays desquels j’habite, pour la
faire épouser à mon fils, mais que vous irez à la maison de mon père, et
que vous prendrez parmi ceux de ma parenté une femme pour mon fils...
C’est pourquoi si vous avez véritablement dessein d’obliger mon maître,
dites-le-moi. Si vous avez résolu autre chose, faites-le-moi connaître,
afin que j’aille chercher une fille ailleurs. Laban et Béthouel
répondirent: C’est Dieu qui parle en cette rencontre; nous ne pouvons
vous dire autre chose que ce qui paraît conforme à sa volonté. Rebecca
est entre vos mains, prenez-la et l’emmenez avec vous, afin qu’elle soit
la femme du fils de votre maître, selon que l’Éternel s’en est déclaré.
Le serviteur d’Abraham ayant entendu cette réponse, se prosterna contre
terre, et adora l’Éternel. Il tira ensuite des vases d’or et d’argent,
et de riches vêtements, dont il fit présent à Rebecca. Il donna aussi
des présents à son frère et à sa mère. Ils firent ensuite le festin; ils
mangèrent et burent, et demeurèrent ensemble ce jour-là. Le lendemain le
serviteur s’étant levé le matin, leur dit: Permettez-moi de retourner
vers mon maître. Le frère et la mère de Rebecca lui répondirent: Que
notre enfant demeure au moins quelques jours avec nous, et après elle
s’en ira. Je vous prie, dit le serviteur, de ne me point retenir
davantage, puisque l’Éternel m’a conduit dans tout mon chemin.
Permettez-moi d’aller retrouver mon maître. Ils lui dirent: Appelons
Rebecca et sachons d’elle-même son sentiment. On l’appela donc; et elle,
étant venue, ils lui demandèrent: Veux-tu bien aller avec cet homme? Je
le veux bien, répondit-elle. Ils la laissèrent donc aller accompagnée de
sa nourrice, avec le serviteur d’Abraham et ceux qui l’avaient suivi; et
souhaitant toutes sortes de prospérités à Rebecca, ils lui dirent: Notre
sœur, crois en mille et mille générations; et que ta postérité se mette
en possession des villes de ses ennemis. Rebecca et ses filles montèrent
donc sur les chameaux et suivirent cet homme, qui s’en retourna en
grande diligence vers son maître. En ce même temps Isaac revenait du
voyage au puits, appelé le puits de celui qui vit et qui voit; car il
demeurait au pays du midi. Il était alors sorti dans le champ pour
méditer, le jour étant sur son déclin. Et ayant levé les yeux, il vit de
loin venir les chameaux. Rebecca ayant aussi aperçu Isaac, descendit de
son chameau, et dit au serviteur: Qui est cette personne qui vient le
long du champ au-devant de nous? C’est mon maître, lui dit-il. Elle prit
aussitôt son voile et se couvrit. Le serviteur rendit compte à Isaac de
tout ce qu’il avait fait. Alors Isaac fit entrer Rebecca dans la tente
de Sarah sa mère, et la prit pour femme; et l’affection qu’il eut pour
elle fut si grande, qu’elle tempéra la douleur que la mort de sa mère
lui avait causée.

Abraham épousa ensuite une autre femme nommée Kétoura, qui lui enfanta
plusieurs fils. Il donna à Isaac tout ce qu’il possédait, fit des
présents aux fils de ses autres femmes, et de son vivant il les sépara
de son fils Isaac, les faisant aller dans le pays qui regarde l’orient.
Tout le temps de la vie d’Abraham fut de cent-soixante et quinze ans, et
les forces lui manquant, il mourut après une heureuse vieillesse, étant
fort âgé et rassasié de jours, et il fut réuni aux siens. Isaac et
Ismaël, ses fils, l’enterrèrent dans la caverne de Machpéla, située dans
le champ d’Ephrone, fils de Tsohar Héthéen, vis à vis de Mamré, qu’il
avait acheté des enfants de Heth. C’est là qu’il fut enterré ainsi que
Sarah, sa femme.



                     Naissance de Jacob et d’Ésaü.


Après la mort de son père, Isaac continua la vie nomade, vie habituelle
aux Patriarches; il s’adonna aussi avec succès à l’agriculture. Dieu
l’éprouva bien des fois, ainsi que son père Abraham, par la famine et
par d’autres malheurs, mais toujours reconnu pieux et juste, l’Éternel
le bénit comme il l’avait promis à Abraham. Isaac avait quarante ans
lorsqu’il épousa Rebecca, mais elle était stérile. Il pria donc
l’Éternel, et l’Éternel l’exauça en donnant à Rebecca la vertu de
concevoir. Lorsque le temps, où elle devait être délivrée, fut arrivé,
elle se trouva mère de deux enfants jumeaux. L’aîné des deux était roux,
et tout velu, et fut nommé Ésaü (Esave), c’est-à-dire homme fait. Le
second tenait de sa main le pied de son frère, et fut nommé Jacob,
c’est-à-dire supplantateur. Isaac avait soixante ans lorsqu’il eut ces
deux enfants. Quand ils furent grands, Ésaü devint habile à la chasse,
homme des champs: Jacob, au contraire, homme simple, demeurait à la
maison. Isaac aimait Ésaü; mais Rebecca aimait Jacob.



                Primogéniture et bénédiction paternelle.


Un jour que Jacob avait préparé des lentilles, Ésaü les vit à son retour
de la chasse, qui faisait son occupation ordinaire et désira les manger.
Il dit donc à Jacob: Donne-moi de ce mets roux que tu as fait cuire,
parce que je suis extrêmement las. Jacob lui dit: Vends-moi ton droit
d’aînesse. Ésaü répondit: Je me meurs, de quoi me servira mon droit
d’aînesse? Jure-le-moi donc, lui dit Jacob; Ésaü le lui jura, et lui
vendit son droit d’aînesse. Et ainsi, ayant pris du pain et ce plat de
lentilles, il mangea et but, et s’en alla, se mettant peu en peine
d’avoir vendu son droit d’aînesse. Depuis lors, il fut nommé Édom,
c’est-à dire roux (par allusion au plat de lentilles). Or, Ésaü ayant
quarante ans, épousa Judith, fille de Beeri Héthéen, et Basemath, fille
d’Elon du même pays; ce qui fut une cause de contrariétés pour Isaac et
Rebecca.

Isaac étant devenu fort vieux, ses yeux s’obscurcirent de telle sorte,
qu’il ne pouvait plus voir. Il appela donc Ésaü son fils aîné, et lui
dit: Mon fils. Me voici, dit Ésaü. Son père ajouta: Tu vois que je suis
fort âgé, et que j’ignore le jour de ma mort. Prends tes armes, ton
carquois et ton arc, et sors; et lorsque tu auras pris quelque chose à
la chasse, tu me l’apprêteras comme tu sais que je l’aime, et tu me
l’apporteras afin que j’en mange, et que je te bénisse avant que je
meure³. Rebecca entendit ces paroles, et Ésaü étant allé dans les champs
pour faire ce que son père lui avait commandé, elle conseilla à son fils
Jacob de lui apporter deux des meilleurs chevreaux. Elle les prépara
comme elle savait que les aimait Isaac. Elle fit prendre ensuite à Jacob
les plus beaux habits d’Ésaü, qu’elle gardait elle-même au logis. Elle
lui mit autour des mains la peau de ces chevreaux, et lui en couvrit le
cou, partout où il était découvert. Puis elle lui donna ce qu’elle avait
préparé à manger. Jacob porta le tout devant Isaac et lui dit: Mon père!
Je t’entends, dit Isaac: Qui es-tu, mon fils? Jacob lui répondit: Je
suis Ésaü votre fils aîné⁴: j’ai fait ce que vous m’avez commandé.
Levez-vous, asseyez-vous et mangez ma chasse, afin que vous me donniez
votre bénédiction. Isaac dit encore à son fils: Mais comment as-tu pu,
mon fils, en trouver sitôt? Il lui répondit: Dieu a voulu que ce que je
désirais se présentât tout d’un coup à moi. Isaac dit encore:
Approche-toi d’ici, mon fils, afin que je te touche, et que je
reconnaisse si tu es mon fils Ésaü ou non. Jacob s’approcha de son père,
et Isaac l’ayant tâté, dit: Pour la voix, c’est la voix de Jacob; mais
les mains sont les mains d’Ésaü, et il ne le reconnut point, parce que
ses mains étant couvertes de poils, parurent toutes semblables à celles
de son aîné. Isaac le bénissant donc, lui dit: Es-tu mon fils Ésaü? Je
le suis, répondit Jacob. Mon fils, ajouta Isaac, apporte-moi à manger de
ta chasse, afin que je te bénisse. Jacob lui en présenta; et après
qu’Isaac en eut mangé, il lui présenta aussi du vin qu’il but, Isaac lui
dit ensuite: Approche-toi de moi, mon fils, et viens me baiser. Il
s’approcha donc de lui et le baisa. Et aussitôt qu’Isaac eut senti la
bonne odeur qui s’échappait de ses habits, il lui dit en le bénissant:
L’odeur qui sort de mon fils, est semblable à celle d’un champ que
l’Éternel a comblé de ses bénédictions. Que Dieu te donne une grande
abondance de blé et de vin, de la rosée du ciel et de la graisse de la
terre. Que les peuples te soient assujettis et que les tribus t’adorent.
Sois le seigneur de tes frères, et que les enfants de ta mère
s’abaissent profondément devant toi. Que celui qui te maudira soit
maudit lui-même; et que celui qui te bénira, soit comblé de
bénédictions. Isaac ne faisait que d’achever ces paroles, et Jacob était
à peine sorti, qu’Ésaü entra; et que, présentant à son père ce qu’il
avait apprêté de sa chasse, il lui dit: Levez-vous, mon père, et mangez
de la chasse de votre fils, afin que vous me donniez votre bénédiction.
Isaac lui dit: Qui es-tu donc? Ésaü lui répondit: Je suis Ésaü votre
fils aîné. Isaac fut grandement surpris de ce qui était arrivé; il lui
dit: Qui est donc celui qui m’a déjà apporté de ce qu’il avait pris à la
chasse, et qui m’a fait manger de tout avant que tu vinsses? Je lui ai
donné ma bénédiction, et il sera béni. Ésaü, à ces paroles de son père,
jeta un cri de fureur, et dans une extrême consternation, il lui dit:
Donnez-moi aussi votre bénédiction, mon père. Isaac lui répondit: «Ton
frère est venu me surprendre, et il a reçu la bénédiction qui t’était
due.—C’est avec raison, dit Ésaü, qu’il a été appelé Jacob, c’est-à-dire
supplantateur; car voici la seconde fois qu’il m’a supplanté. Il m’a
enlevé auparavant mon droit d’aînesse; et présentement il vient encore
de me dérober la bénédiction qui m’était due. Mais, mon père, ajouta
Ésaü, ne m’avez-vous donc point réservé aussi une bénédiction?» Isaac
lui répondit: «Je l’ai établi ton seigneur, et j’ai assujetti à sa
domination tous ses frères; je l’ai affermi dans la possession du blé et
du vin; et après cela, mon fils, que me reste-t-il que je puisse faire
pour vous?» Ésaü lui repartit: «N’avez-vous donc, mon père, qu’une seule
bénédiction? Je vous conjure de me bénir aussi.» Il jeta ensuite de
grands cris mêlés de larmes, et Isaac en étant touché, lui dit: «Ta
demeure sera dans la graisse de la terre et dans la rosée du ciel qui
vient d’en haut; tu vivras de l’épée, tu serviras ton frère, et le temps
viendra que tu secoueras son joug, et que tu t’en délivreras.»

    ³ Car Isaac, ce tendre père, ne pouvait s’imaginer qu’Ésaü son fils
      bien aimé eût agi d’une manière si méprisable à l’égard du droit
      d’aînesse, et qu’il l’eût vendu pour un plat de lentilles.

    ⁴ Jacob a pu croire qu’il pouvait se permettre ce mensonge officieux
      pour ne pas affliger son vieux père en lui avouant la vérité et en
      lui disant: «Moi en effet je suis Jacob, toutefois je réclame la
      bénédiction comme fils aîné, parce qu’Ésaü m’a vendu le droit de
      primogéniture.

Ésaü haïssait donc toujours Jacob à cause de cette bénédiction qu’il
avait reçue de son père; et il disait en lui-même: «Les jours de deuil
de mon père approcheront, et alors je tuerai mon frère Jacob.»



          Voyage de Jacob.—Il arrive chez Laban et y demeure.


Les paroles d’Ésaü ayant été rapportées à Rebecca, elle envoya querir
son fils Jacob, et lui dit: «Voilà ton frère Ésaü qui menace de te tuer.
Mais, mon fils, crois-moi, hâte-toi de te retirer vers mon frère Laban
qui est à Haran. Tu demeureras quelque temps avec lui, jusqu’à ce que la
fureur de ton frère s’apaise, que sa colère se passe, et qu’il oublie ce
que tu as fait contre lui. J’enverrai ensuite pour te faire revenir ici.
Pourquoi perdrais-je mes deux enfants en un même jour?» Rebecca dit
ensuite à Isaac: «La vie m’est devenue ennuyeuse à cause des filles de
Heth. Si Jacob épouse une fille de ce pays-ci, je ne veux plus vivre.»
Isaac ayant donc appelé Jacob, le bénit, et lui fit ce commandement: «Ne
prends point, lui dit-il, de femme d’entre les filles de Chanaan; mais
va en Mésopotamie qui est en Syrie, en la maison de Béthouel, père de ta
mère, et épouse une des filles de Laban, ton oncle. Que le Dieu
tout-puissant te bénisse, qu’il accroisse et qu’il multiplie ta
postérité; afin que tu sois le chef d’une assemblée de peuples. Qu’il te
donne, et à ta postérité après toi, les bénédictions qu’il a promises à
Abraham, et qu’il te fasse posséder la terre où tu demeures comme
étranger, et qu’il a promise à ton aïeul.» Jacob ayant pris congé
d’Isaac, partit pour se rendre en Mésopotamie, chez Laban, et étant venu
en un certain lieu, comme il voulut s’y reposer après le coucher du
soleil, il prit une des pierres qui étaient là, et la mit sous sa tête,
et s’endormit dans ce même lieu. Alors il vit en songe une échelle, dont
le pied était appuyé sur la terre, et dont le haut touchait au ciel, et
des anges de Dieu montaient et descendaient le long de l’échelle.
L’Éternel se tenait au-dessus, et dit: «Je suis l’Éternel, le Dieu
d’Abraham votre père, et le Dieu d’Isaac; je vous donnerai, ainsi qu’à
votre postérité, la terre sur laquelle vous êtes couché. Votre postérité
sera nombreuse comme la poussière de la terre, vous vous étendrez à
l’occident, à l’orient, vers le nord et vers le midi; avec vous et votre
postérité seront bénies toutes les familles de la terre. Je serai votre
protecteur partout où vous irez, je vous ramènerai dans ce pays, et je
ne vous quitterai point que je n’aie accompli tout ce que je vous ai
dit.» Jacob s’étant éveillé après son sommeil, dit ces paroles:
«L’Éternel est vraiment en ce lieu-ci, et je ne le savais pas.» Et dans
la frayeur dont il se trouva saisi, il ajouta: «Que ce lieu est
redoutable! C’est véritablement la maison de Dieu, et voici la porte du
ciel.» Jacob se levant donc le matin, prit la pierre qu’il avait mise
sous sa tête, et l’érigea comme un monument, répandant de l’huile
dessus. Il donna aussi le nom de Bethel, c’est-à-dire, maison de Dieu, à
la ville qui auparavant s’appelait Luze. Et il fit ce vœu en même temps,
disant: «Si Dieu est avec moi, s’il me protége dans le chemin par lequel
je marche, et me donne du pain pour me nourrir, et des vêtements pour me
vêtir; et si je retourne heureusement en la maison de mon père,
l’Eternel sera mon Dieu; et cette pierre que j’ai dressée comme un
monument sera la maison de Dieu; et je vous offrirai, Eternel, la dîme
de tout ce que vous m’aurez donné.»

Jacob continua alors son chemin, et arriva au pays qui était vers
l’orient. Il entra dans un champ où il vit un puits, et trois troupeaux
de brebis qui se reposaient auprès; car c’était de ce puits qu’on
abreuvait les troupeaux, et l’entrée en était fermée avec une grande
pierre. C’était la coutume de ne lever la pierre que lorsque tous les
troupeaux étaient assemblés; et après qu’ils avaient bu, on la remettait
sur l’ouverture du puits. Jacob dit donc aux pasteurs: «Mes frères, d’où
êtes-vous?» Ils lui répondirent: «De Haran.» Jacob ajouta: «Ne
connaissez-vous point Laban, fils de Nachor?» Ils lui dirent: «Nous le
connaissons. Se porte-t-il bien?» dit Jacob. Ils lui répondirent: «Il se
porte bien, et voilà sa fille Rachel qui vient ici avec son troupeau.»
Jacob leur dit: «Il reste encore beaucoup de jour, et il n’est pas temps
de remener les troupeaux dans l’étable: faites donc boire présentement
les brebis, et ensuite vous les remènerez paître.» Ils lui répondirent:
«Nous ne pouvons le faire, jusqu’à ce que tous les troupeaux soient
assemblés, et que nous ayons ôté la pierre de dessus le puits, pour leur
donner à boire à tous ensemble.» Ils parlaient encore, lorsque Rachel
arriva avec les brebis de son père, car elle menait paître elle-même le
troupeau. Jacob l’ayant vue, et sachant qu’elle était sa cousine
germaine, et que ces troupeaux étaient à Laban son oncle, ôta la pierre
qui fermait le puits. Et ensuite ayant fait boire son troupeau, il
l’embrassa en haussant sa voix et en pleurant; car il lui avait dit
qu’il était le fils de Rebecca, la sœur de Laban. Rachel courut aussitôt
le dire à son père, lequel ayant appris que Jacob, fils de sa sœur,
était venu courut au-devant de lui, et l’ayant embrassé plusieurs fois,
le mena en sa maison. Lorsqu’il eut appris de lui-même le sujet de son
voyage, il lui dit: «Vous êtes ma chair et mon sang,» et il le traita
avec hospitalité. Jacob demeura donc pendant plusieurs années dans la
maison de Laban; il en épousa les deux filles, _Léa et Rachel_, après
s’être obligé à servir sept ans pour chacune d’elle. Ces deux femmes,
avec leurs deux servantes _Bilha_ et _Silpa_, donnèrent à Jacob douze
fils et une fille.



               Retour de Jacob et sa rencontre avec Ésaü.


Après avoir été vingt ans au service de Laban, Jacob était devenu
entièrement riche, il eut de grands troupeaux, des serviteurs et des
servantes, des chameaux et des ânes. Il entendit alors les enfants de
Laban qui s’entre-disaient: «Jacob a enlevé tout ce qui était à notre
père, et il est devenu puissant en s’enrichissant de son bien. Il
remarqua aussi que Laban ne le regardait pas du même œil qu’auparavant.
Et de plus Dieu lui fit connaître sa volonté de retourner au pays de ses
pères et vers sa famille. Il envoya donc querir Rachel et Léa, et les
fit venir dans le champ où il faisait paître ses troupeaux; et il leur
dit: «Je vois que votre père ne me regarde plus du même œil dont il me
regardait ci-devant; cependant le Dieu de mon père a été avec moi, et
vous savez vous-mêmes que j’ai servi votre père de toutes mes forces. Il
a même usé envers moi de tromperie, en changeant dix fois ce que je
devais avoir pour récompense, quoique Dieu ne lui ait pas permis de me
faire tort. Lorsqu’il a dit que les animaux de diverses couleurs
seraient pour moi, toutes les brebis ont eu des petits de diverses
couleurs. Et lorsqu’il a dit au contraire que tout ce qui serait blanc
serait pour moi, tout ce qui est né des troupeaux a été blanc. Ainsi
Dieu a ôté le bien de votre père pour me le donner. Et l’ange de Dieu
m’a dit en songe: «Jacob, j’ai vu tout ce que Laban vous a fait. Je suis
le Dieu de Bethel, où vous avez oint la pierre et où vous m’avez fait un
vœu. Sortez donc promptement de cette terre, et retournez au pays de
votre naissance.» Rachel et Léa lui répondirent: «Nous reste-t-il
quelque chose du bien et de la part que nous devions avoir dans la
maison de notre père? Ne nous a-t-il pas traitées comme des étrangères?
Ne nous a-t-il pas vendues, et n’a-t-il pas mangé tout ce qui nous était
dû pour notre travail? Mais Dieu a pris les richesses de notre père et
nous les a données et à nos enfants: c’est pourquoi faites tout ce que
Dieu vous a commandé.» Jacob fit donc monter aussitôt ses femmes et ses
enfants sur des chameaux; et emmenant avec lui tout ce qu’il avait, ses
troupeaux, et généralement ce qu’il avait acquis en Mésopotamie, il se
mit en chemin pour s’en aller retrouver Isaac son père au pays de
Chanaan. Il envoya en même temps des gens devant lui pour donner avis de
sa venue à son frère Esaü en la terre de Seïr au pays d’Edom; et il leur
donna cet ordre: «Voici la manière dont vous parlerez à Esaü mon
seigneur: Jacob votre frère vous envoie dire ceci: J’ai demeuré comme
étranger chez Laban, et j’y ai été jusqu’aujourd’hui. J’ai des bœufs,
des ânes, des brebis, des serviteurs et des servantes; et j’envoie
maintenant vers mon seigneur, afin que je trouve grâce devant lui.» Ceux
que Jacob avait envoyés revinrent lui dire: «Nous avons été vers votre
frère Esaü, et le voici qui vient lui-même en grande hâte au-devant de
vous avec quatre cents hommes.» A ces mots Jacob eut une grande peur; et
dans la frayeur dont il fut saisi, il divisa en deux bandes tous ceux
qui étaient avec lui, et les troupeaux, les brebis, les bœufs et les
chameaux, en disant: «Si Esaü vient attaquer une des troupes, l’autre
qui restera sera sauvée. Jacob dit ensuite: «Dieu d’Abraham mon père,
Dieu de mon père Isaac, Éternel qui m’as dit: «Retournez dans votre
pays, et au lieu de votre naissance, et je vous comblerai de bienfaits;»
je suis indigne de toutes vos miséricordes, et de la vérité que vous
avez gardée dans toutes les promesses que vous avez faites à votre
serviteur. J’ai passé ce fleuve du Jourdain, n’ayant qu’un bâton, et je
retourne maintenant avec ces deux troupes. Délivrez-moi, je vous prie,
de la main de mon frère Esaü, parce que je le crains extrêmement, de
peur qu’à son arrivée il ne passe au fil de l’épée la mère avec les
enfants. Souvenez-vous que vous m’avez promis de me combler de biens, et
de multiplier ma postérité comme le sable de la mer, dont la quantité
est innombrable.» Jacob prit alors de ce qu’il avait avec lui pour en
faire un présent à son frère Esaü. «Car, dit-il, je veux l’apaiser par
le présent qui marche devant moi, et ensuite je le verrai en face;
peut-être qu’il m’accueillera favorablement.» Jacob passa la nuit en ce
lieu-là, qu’il appela _Phanuel_, c’est-à-dire, la face de Dieu (c’est en
ce lieu qu’il reçut le nom d’Israël). Le lendemain Jacob levant les
yeux, vit Esaü qui s’avançait avec quatre cents hommes, et il partagea
les enfants de Léa, de Rachel, et des deux servantes. Il mit à la tête
les deux servantes avec leurs enfants; Léa et ses enfants, au second
rang; Rachel et Joseph au dernier. Et lui, s’avançant vers Esaü, se
prosterna sept fois en terre jusqu’à ce que son frère fût proche de lui.
Alors Esaü courut au-devant de son frère, l’embrassa, le serra
étroitement, en versant des larmes. Et ayant levé les yeux, il vit les
femmes et leurs enfants, et il dit à Jacob: «Qui sont ceux-là? sont-ils
à vous?» Jacob lui répondit: «Ce sont les petits enfants que Dieu a
donnés à votre serviteur.» Et les servantes s’approchant avec leurs
enfants, le saluèrent profondément. Léa s’approchant ensuite avec ses
enfants, le salua aussi, Joseph et Rachel le saluèrent les derniers.
Alors Esaü lui dit: «Quelles sont ces troupes que j’ai rencontrées?»
Jacob lui répondit: «Je les ai envoyées pour trouver grâce devant mon
seigneur.» Esaü lui répondit: «J’ai des biens en abondance, mon frère;
gardez pour vous ce qui est à vous.» Jacob ajouta: «N’en usez pas ainsi,
je vous prie; mais si j’ai trouvé grâce devant vous, recevez de ma main
ce petit présent, car j’ai vu aujourd’hui votre face comme on voit la
face de Dieu, vous m’avez accueilli avec bonté.» Esaü, après ces
instances de son frère, accepta ce qu’il lui donnait. Depuis lors les
deux frères furent donc de nouveau réconciliés. En se séparant l’un de
l’autre Jacob se dirigea vers Hébron pour voir son père, lequel mourut
bientôt après, à l’âge de cent quatre-vingts ans, ensuite il s’établit
dans les environs de Bethel.



                      Joseph vendu par ses frères.


Jacob avait douze fils et une fille: les fils de Léa étaient Ruben
l’aîné de tous, Siméon (Schimon), Lévi, Juda, Issachar et Zebulun. Les
fils de Rachel étaient Joseph et Benjamin. Les fils de Bilha, servante
de Rachel, Dan et Nephthali. Les fils de Zilpa, servante de Léa, Gad et
Aser (Ascher). La fille s’appelait Dina, Léa en était la mère.

Joseph, fils de Rachel, âgé de dix-sept ans, conduisait le troupeau de
son père avec ses frères, et il était avec les enfants de Bilha et de
Zilpa, femmes de son père. Il rapportait alors à leur père leurs mauvais
discours. Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce
qu’il l’avait eu étant déjà vieux, et il lui avait fait faire une robe
de plusieurs couleurs. Ses frères voyant donc que leur père l’aimait
plus que tous ses autres enfants, le haïssaient, et ne pouvaient lui
parler avec douceur. Il arriva aussi que Joseph rapporta à ses frères un
songe qu’il avait eu, ce qui fut encore la source d’une plus grande
haine. Car il leur dit: «Écoutez le songe que j’ai eu. Il me semblait
que je liais avec vous des gerbes dans les champs; que ma gerbe se
levait et se tenait debout, et que les vôtres étant autour de la mienne,
se prosternaient devant elle.» Ses frères lui répondirent: «Est-ce que
tu seras notre roi, et serons-nous soumis à ta puissance?» Ces songes et
ces entretiens allumèrent donc encore davantage l’envie et la haine
qu’ils avaient contre lui. Il eut encore un autre songe qu’il raconta à
ses frères en leur disant: «J’ai cru voir en songe que le soleil et la
lune et onze étoiles se prosternaient devant moi.» Lorsqu’il eut
rapporté ce songe à son père et à ses frères, son père lui en fit
réprimande, et lui dit: «Que voudrait dire ce songe que tu as eu? Est-ce
que ta mère, tes frères et moi nous viendrons nous prosterner à terre
devant toi?» Ainsi ses frères étaient transportés d’envie contre lui:
mais le père considérait tout ceci avec attention et dans le silence.—Il
arriva alors que les frères de Joseph s’arrêtèrent à Sichem, où ils
faisaient paître les troupeaux de leur père. Et Jacob dit à Joseph: «Tes
frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem. Viens donc, et je
t’enverrai vers eux.»—«Je suis tout prêt, lui dit Joseph.» Jacob ajouta:
«Va voir si tes frères se portent bien, et si les troupeaux sont en bon
état; et tu me rapporteras ce qui se passe.» Ayant donc été envoyé dans
la vallée d’Hébron, il vint à Sichem: et un homme l’ayant trouvé errant
dans la campagne, lui demanda ce qu’il cherchait. Il lui répondit: «Je
cherche mes frères; je vous prie de me dire où ils font paître leurs
troupeaux.» Cet homme lui répondit: «Ils se sont retirés de ce lieu, et
j’ai entendu qu’ils se disaient: «Allons vers Dothain.» Joseph alla donc
après ses frères; et il les trouva dans la plaine de Dothain. Lorsqu’ils
l’eurent aperçu de loin, avant qu’il se fût approché d’eux ils
résolurent de le tuer: et ils se dirent les uns aux autres: «Voici notre
songeur qui vient. Allons, tuons-le, et le jetons dans cette vieille
citerne: nous dirons qu’une bête sauvage l’a dévoré; et après cela on
verra à quoi ses songes lui auront servi.» Ruben les ayant entendus
parler ainsi, tâchait de le tirer d’entre leurs mains, et il leur
disait: «Ne le tuez point, et ne répandez pas son sang; mais jetez-le
dans cette citerne qui est dans le désert, et conservez vos mains
pures.» Il disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains, et de
le rendre à son père. Aussitôt donc que Joseph fut arrivé près de ses
frères, ils lui ôtèrent sa robe de plusieurs couleurs, qui le couvrait
jusqu’en bas, et ils le jetèrent dans cette vieille citerne qui était
sans eau. S’étant ensuite assis pour manger, ils virent des Ismaélites
qui passaient, et qui, venant de Giléad, portaient sur leurs chameaux
des parfums, de la résine et de la myrrhe, et s’en allaient en Égypte.
Alors Juda dit à ses frères: «Que nous servira d’avoir tué notre frère
et d’avoir caché sa mort? Il vaut mieux le vendre à ces Ismaélites, et
ne point souiller nos mains de son sang; car il est notre frère et notre
chair.» Ses frères consentirent à ce qu’il disait. L’ayant donc tiré de
la citerne, et voyant ces marchands midianites qui passaient, ils le
vendirent vingt pièces d’argent aux Ismaélites, qui le menèrent en
Égypte. Ruben étant retourné à la citerne, et n’y ayant point trouvé
Joseph, déchira ses vêtements, et vint dire à ses frères: «L’enfant ne
paraît plus, que deviendrai-je?» Après cela ils prirent la robe de
Joseph, et l’ayant trempée dans le sang d’un chevreau qu’ils avaient
tué, ils l’envoyèrent à son père, lui faisant dire par ceux qui la lui
portaient: «Voici une robe que nous avons trouvée, voyez si c’est celle
de votre fils, ou non.» Le père l’ayant reconnue, dit: «C’est la robe de
mon fils; une bête cruelle l’a dévoré, une bête a dévoré Joseph!» Et
ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d’un cilice, pleurant son
fils très-longtemps. Alors tous ses enfants s’assemblèrent, pour tâcher
de soulager leur père dans sa douleur: mais il ne voulait point recevoir
de consolation, et il leur dit: «Je pleurerai tous les jours jusqu’à ce
que je descende avec mon fils au fond de la terre.» Ainsi il continua
toujours de pleurer.—Cependant les Midianites vendirent Joseph en Égypte
à Putiphar, seigneur de la cour de Pharaon, chef des gardes du corps.



                       Joseph est mis en prison.


Dieu était avec Joseph; celui-ci était un homme auquel tout réussissait
dans la maison de Putiphar, son maître. Il trouva donc grâce devant son
maître, se donna tout entier à son service, et ayant reçu de lui
l’autorité sur toute sa maison, il la gouvernait et prenait soin de tout
ce qui lui avait été mis entre les mains. Or Joseph était beau de
visage, et très-agréable. Au bout de quelque temps sa maîtresse jeta les
yeux sur lui, et essaya de l’entraîner à commettre une mauvaise action.
Mais il n’y consentit pas, il disait: «Comment pourrai-je commettre un
si grand crime, et pécher contre Dieu?» Or il arriva un jour que Joseph
étant entré dans la maison et y faisant quelque chose sans que personne
fût présent, sa maîtresse le prit par son manteau, et voulut le forcer à
pécher. Mais il lui laissa son manteau entre les mains et s’enfuit.
Cette femme se voyant le manteau entre les mains, et dans la douleur
d’avoir été méprisée, appela les gens de sa maison, et leur dit en
parlant de son mari: «On nous a amené ici cet Hébreu pour nous faire
insulte; il est venu à moi dans le dessein de me corrompre, et m’étant
mise à crier, lorsqu’il a entendu ma voix, il m’a laissé son manteau que
je tenais, et s’en est enfui dehors.» Lors donc que son mari fut
retourné en sa maison, elle lui montra ce manteau qu’elle avait retenu
comme une preuve de sa fidélité, et lui dit: «Cet esclave hébreu que
vous nous avez amené, est venu pour me corrompre.» Le maître de Joseph,
trop crédule aux accusations de sa femme, entra, à ces paroles, dans une
grande colère, et fit mettre Joseph en la prison où l’on gardait ceux
que le roi faisait arrêter.—Il était donc renfermé en ce lieu-là. Mais
Dieu fut avec Joseph: il en eut compassion, et lui fit trouver grâce
devant le gouverneur de la prison, qui lui remit le soin de tous ceux
qui y étaient enfermés. Il ne se faisait rien que par son ordre. Et le
gouverneur lui ayant tout confié, ne prenait connaissance de quoi que ce
fût, parce que Dieu était avec Joseph, et qu’il le faisait réussir en
toutes choses.



  Joseph explique des songes. Il est délivré et élevé à la dignité de
                                prince.


Il arriva ensuite que deux grands officiers du roi d’Égypte, son grand
échanson et son grand panetier, offensèrent leur seigneur. Et Pharaon
étant en colère contre ces deux officiers, les fit mettre dans la prison
du général de ses troupes, où Joseph était prisonnier. Le gouverneur de
la prison les mit entre les mains de Joseph, qui les servait et avait
soin d’eux. Quelque temps se passa pendant lequel ils demeurèrent
toujours prisonniers. Il arriva qu’ils eurent, tous les deux, un songe
dans une même nuit. Ce songe marquait ce qui devait arriver à chacun
d’eux. Joseph étant entré le matin où ils étaient, et les ayant vus
tristes, leur en demanda le sujet, et leur dit: «D’où vient que vous
avez le visage plus abattu aujourd’hui qu’à l’ordinaire?» Ils lui
répondirent: «Nous avons eu cette nuit un songe, et nous n’avons
personne pour nous l’expliquer.» Joseph leur dit: «N’est-ce pas à Dieu
qu’il appartient de donner l’interprétation des songes? Dites-moi ce que
vous avez vu⁵.» Le grand échanson lui rapporta le premier son songe en
ces termes: «Il me semblait que je voyais devant moi un cep de vigne, où
il y avait trois provins, qui poussaient peu à peu, premièrement des
boutons, ensuite des fleurs, et à la fin des raisins mûrs; et qu’ayant
dans la main la coupe de Pharaon, j’ai pris ces grappes de raisin, je
les ai pressées dans la coupe que je tenais et en ai donné à boire au
roi.» Joseph lui dit: «Voici l’interprétation de votre songe: Les trois
provins de la vigne marquent trois jours, après lesquels Pharaon se
souviendra du service que vous lui avez rendu: il vous rétablira dans
votre première charge, et vous lui présenterez à boire selon que vous
étiez accoutumé de le faire auparavant, dans le rang que vous teniez.
Seulement souvenez-vous de moi, je vous prie, quand ce bonheur vous sera
arrivé, et rendez-moi ce bon office, de supplier Pharaon qu’il daigne me
tirer de la prison où je suis, parce que j’ai été enlevé par fraude et
par violence du pays des Hébreux et que l’on m’a renfermé ici innocent.»
Le grand panetier voyant qu’il avait interprété ce songe si sagement,
lui dit: «J’ai eu aussi un songe. Il me semblait que je portais sur ma
tête trois corbeilles de farine, et qu’en celle qui était au-dessus des
autres, il y avait de tout ce qui se peut apprêter avec la pâte pour
servir sur une table, et que les oiseaux venaient en manger.» Joseph lui
répondit: «Voici l’interprétation de votre songe. Les trois corbeilles
signifient que vous avez encore trois jours à vivre, après lesquels
Pharaon vous fera couper la tête, et vous fera ensuite attacher à une
potence, où les oiseaux déchireront votre chair.» Le troisième jour
suivant étant celui de la naissance de Pharaon, il fit un grand festin à
ses serviteurs, pendant lequel il se souvint du grand échanson et du
grand panetier. Il rétablit l’un dans sa charge, et il fit attacher
l’autre à une potence, ce qui vérifia l’interprétation que Joseph avait
donnée à leurs songes. Cependant le grand échanson se voyant rentré en
faveur après sa disgrâce, ne se souvint plus de son interprète.

    ⁵ Il est impossible que les différentes manières par lesquelles Dieu
      annonçait autrefois sa volonté et révélait souvent à ses saints ce
      qu’il voulait accomplir dans les temps les plus reculés, fussent
      inconnues à Joseph, cet homme pieux et vertueux, élevé et grandi
      dans l’amour paternel sous les yeux de Jacob. Joseph, le fils
      bien-aimé de son père, avait sans doute appris de Jacob comment
      l’Éternel lui avait déjà apparu bien des fois à lui-même et à ses
      pères, tantôt dans une vision et tantôt dans un rêve: c’est ainsi
      que, dans son propre songe, Joseph reconnut à l’instant
      l’intention divine. Il pouvait donc, à coup sûr, distinguer assez
      clairement la différence essentielle qu’il y a entre les songes
      _naturels_ et les _surnaturels_. Les songes naturels ne sont sans
      doute autre chose qu’un jeu du hasard, résultat de l’agitation du
      sang et de ce qu’on a ordinairement et le plus souvent pensé et
      fait auparavant, et ce serait un péché d’y avoir confiance. Mais
      quant aux songes surnaturels, ils étaient, particulièrement à
      cette époque, de véritables inspirations divines et de
      circonstance. L’Éternel ne s’était-il pas, dès le commencement de
      la création, révélé aux hommes de la manière la plus merveilleuse
      et ne leur avait-il pas assuré en même temps que cette révélation
      émanait de lui!... C’est ainsi que Joseph, doué de cet esprit
      profond, interpréta les songes de ces deux officiers et celui de
      Pharaon.

Deux ans après Pharaon eut un songe. Il lui semblait qu’il était sur le
bord du fleuve du Nil, d’où sortaient sept vaches fort belles et
extrêmement grasses, qui paissaient dans des marécages; qu’ensuite il en
sortit sept autres toutes laides et extraordinairement maigres, qui
paissaient aussi sur le bord du même fleuve, et que ces dernières
dévorèrent les premières, qui étaient si grasses et si belles. Pharaon
s’étant éveillé, se rendormit, et il eut un second songe. Il vit sept
épis pleins de grains et très-beaux, qui sortaient d’une même tige. Il
en vit aussi paraître sept autres fort maigres, qu’un vent brûlant avait
desséchés, et ces derniers dévorèrent les premiers, qui étaient si
beaux. Pharaon s’étant éveillé, fut saisi de frayeur; et ayant envoyé
dès le matin chercher tous les magiciens et tous les sages d’Égypte, il
leur raconta son songe, sans qu’il s’en trouvât un seul qui pût
l’interpréter. Le grand échanson s’étant enfin souvenu de Joseph, dit au
roi: «Je confesse ma faute. Lorsque le roi, étant en colère contre ses
serviteurs, commanda que je fusse mis avec le grand panetier dans la
prison, nous eûmes tous deux en une même nuit un songe, qui nous
prédisait ce qui nous arriva ensuite. Il y avait alors en cette prison
un jeune homme hébreu à qui nous racontâmes chacun notre songe. Il nous
dit tout ce que l’événement confirma depuis: car je fus rétabli dans ma
charge, et le grand panetier fut pendu.» Aussitôt Joseph fut tiré de la
prison par ordre du roi; on le rasa, on le fit changer d’habits et on le
présenta devant ce prince. Alors Pharaon lui dit: «J’ai eu des songes,
et je ne trouve personne qui les interprète; mais l’on m’a dit que vous
aviez une grande lumière pour les expliquer.» Joseph lui répondit: «Ce
sera Dieu, et non pas moi, qui rendra au roi une réponse favorable.»
Pharaon lui raconta donc ses deux songes, l’un des sept vaches grasses
et des maigres, et l’autre des épis pleins et des desséchés. Et il
ajouta: «J’ai dit mon songe à tous les magiciens et à tous les sages, et
je n’en trouve point qui me l’explique. Joseph répondit: «Les deux
songes du roi signifient la même chose: Dieu a montré à Pharaon ce qu’il
fera dans la suite. Les sept vaches si belles et les sept épis si pleins
de grains, que le roi a vus en songe, marquent la même chose, et
signifient sept années d’abondance. Les sept vaches maigres et défaites,
qui sont sorties du fleuve après les sept grasses, et les sept épis
maigres et frappés d’un vent brûlant, marquent sept années d’une famine
qui doit arriver. Et ceci s’accomplira de cette sorte. Il viendra
premièrement sept années d’une fertilité extraordinaire dans toute
l’Égypte, qui seront suivies de sept autres d’une si grande stérilité,
qu’elle fera oublier toute l’abondance qui l’aura précédée, car la
famine consumera tout le pays; et cette fertilité si extraordinaire sera
comme absorbée par l’extrême indigence qui doit la suivre. Quant au
second songe que vous avez eu, qui signifie la même chose, c’est une
marque que cette parole de Dieu sera ferme et qu’elle s’accomplira
infailliblement et bientôt. Il est donc de la prudence du roi de choisir
un homme sage et habile, à qui il donne le commandement sur toute
l’Égypte, afin qu’il établisse des officiers dans toutes les provinces,
qui, pendant les sept années de fertilité qui vont venir, amassent dans
les greniers publics la cinquième partie des fruits de la terre; que
tout le blé ainsi amassé soit mis sous la puissance du roi, et qu’on le
conserve dans les villes, afin qu’il soit tout préparé pour les sept
années de la famine qui doit accabler l’Égypte, et que ce pays ne soit
pas consumé par la faim.» Ce conseil plut à Pharaon et à tous ses
ministres: et il leur dit: «Où pourrions-nous trouver un homme comme
celui-ci, qui fût aussi rempli qu’il l’est de l’esprit de Dieu?» Il dit
donc à Joseph: «Puisque Dieu vous a fait voir tout ce que vous avez dit,
où pourrais-je trouver quelqu’un plus sage que vous, ou même semblable à
vous? Ce sera donc vous qui aurez l’autorité sur ma maison. Quand vous
ouvrirez la bouche pour commander, tout le peuple vous obéira, et je
n’aurai au-dessus de vous que le trône et la qualité de roi.» Pharaon
dit encore à Joseph: «Je vous établis aujourd’hui pour commander à toute
l’Egypte.» En même temps il ôta son anneau de sa main et le mit en celle
de Joseph: il le fit revêtir d’une robe de fin lin et lui mit au cou un
collier d’or. Il le fit ensuite monter sur l’un de ses chars, qui était
le premier après le sien, et fit crier par un héraut, que tout le monde
eût à fléchir le genou devant lui, et que tous reconnussent qu’il avait
été établi pour commander à toute l’Égypte. Le roi dit encore à Joseph:
«Je suis Pharaon; nul ne remuera ni le pied ni la main dans toute
l’Égypte que par votre commandement.» Il changea aussi son nom, et
l’appela en langue égyptienne, _Tsaphnath Panéach_, c’est-à-dire, homme
à qui les choses cachées sont découvertes. Et il lui fit ensuite épouser
Aseneth, fille de Potiphéra, prêtre d’One. Après cela, Joseph alla
visiter l’Égypte (il avait trente ans lorsqu’il parut devant le roi
Pharaon). Les sept années de fertilité vinrent donc; et le blé ayant été
mis en gerbes, fut serré ensuite dans les greniers d’Égypte. On mit
aussi en réserve, dans toutes les villes, une grande abondance de
grains. Car il y eut une si grande quantité de froment, qu’elle égalait
le sable de la mer, et qu’elle ne pouvait pas même se mesurer. Avant que
la famine vînt, Joseph eut deux enfants de sa femme Aseneth. Il nomma
l’aîné Manassé (Menaché), qui signifie _oubli_, en disant: Dieu m’a fait
oublier toute ma peine et toute la maison de mon père.» Il nomma le
second Ephraïm, qui signifie fructification ou accroissement, en disant:
«Dieu m’a fait croître et fructifier dans le pays de mon affliction et
de ma pauvreté.» Ces sept années de la fertilité d’Egypte étant donc
passées, les sept années de stérilité vinrent ensuite, selon la
prédiction de Joseph. Une grande famine survint dans tous les pays; mais
il y avait du blé dans toute l’Egypte. Le peuple étant pressé de la
famine, cria à Pharaon et lui demanda de quoi vivre. Alors il leur dit:
«Allez trouver Joseph et faites tout ce qu’il vous dira.» Cependant la
famine croissait tous les jours dans tous le pays; et Joseph ouvrant
tous les greniers, vendait du blé aux Egyptiens, parce qu’ils étaient
tourmentés eux-mêmes de la famine. Et on venait de tous les pays en
Egypte pour acheter de quoi vivre et pour trouver quelque soulagement
dans la rigueur de cette famine.



                  Les frères de Joseph vont en Égypte.


La famine se fit aussi sentir dans le pays de Chanaan. Cependant Jacob
ayant ouï dire qu’on vendait du blé en Égypte, dit à ses enfants:
«Pourquoi négligez-vous ce qui regarde notre soulagement? J’ai appris
qu’on vend du blé en Egypte; allez-y acheter ce qui nous est nécessaire,
afin que nous puissions vivre, et que nous ne mourions pas de faim.» Les
dix frères de Joseph allèrent donc en Egypte pour y acheter du blé; car
Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses enfants qu’il craignait
qu’il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin. Ils entrèrent dans
l’Egypte avec les autres qui y allaient pour acheter du blé, parce que
la famine était dans tous les pays. Joseph commandait dans toute
l’Egypte, et le blé ne se vendait aux peuples que par son ordre. Ses
frères vinrent et se prosternèrent devant lui la face contre terre.
Joseph voyant ses frères les reconnut, et leur parlant assez rudement,
comme à des étrangers, il leur dit: «D’où venez-vous?» Ils lui
répondirent: «Nous venons du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi
vivre.» Et, quoiqu’il connût bien ses frères, il n’en était pas
néanmoins reconnu. Alors se souvenant des songes qu’il avait eus
autrefois, il leur dit: «Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici
pour examiner les endroits les plus faibles de l’Egypte.» Ils lui
répondirent: «Seigneur, cela n’est pas ainsi; mais vos serviteurs sont
venus ici seulement pour acheter du blé. Nous sommes tous enfants d’un
seul homme; nous venons avec des pensées de paix, et vos serviteurs
n’ont aucun mauvais dessein.» Joseph leur répondit: «Non, cela n’est
pas; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu’il y a de moins fortifié
dans l’Egypte.» Ils lui dirent: «Nous sommes douze frères, tous enfants
d’un même homme dans le pays de Chanaan; le dernier de tous est avec
notre père, et l’autre n’y est plus.»—«Voilà, dit Joseph, ce que je
disais: vous êtes des espions. Je vais éprouver si vous dites la vérité.
Vive Pharaon! vous ne sortirez point d’ici jusqu’à ce que le dernier de
vos frères y soit venu. Envoyez l’un de vous pour l’amener; cependant
vous demeurerez en prison jusqu’à ce que j’aie reconnu si ce que vous
dites est vrai ou faux, autrement, vive Pharaon! vous êtes des espions.»
Il les fit donc mettre en prison pour trois jours. Et le troisième jour
il les fit sortir de prison, et leur dit: «Faites ce que je vous dis, et
vous vivrez; car je crains Dieu. Si vous venez ici dans un esprit de
paix, que l’un de vos frères demeure lié dans la prison, et
allez-vous-en vous autres; emportez en votre pays le blé que vous avez
acheté, et amenez-moi le dernier de vos frères, afin que je puisse
reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez
point.» Ils firent ce qu’il leur avait ordonné. Et ils se disaient les
uns aux autres: «C’est justement que nous souffrons tout ceci, parce que
nous avons péché contre notre frère, et que voyant la douleur de son
âme, lorsqu’il nous priait d’avoir compassion de lui, nous ne
l’écoutâmes point: c’est pour cela que nous sommes tombés dans cette
affliction.» Ruben, l’un d’entre eux leur disait: «Ne vous dis-je point
alors: Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant? Et
cependant vous ne m’avez point écouté. C’est son sang maintenant que
Dieu nous redemande.» En s’entretenant ainsi, ils ne savaient pas que
Joseph les entendait, parce qu’il leur parlait par un interprète. Mais
il se retira pour un moment, et versa des larmes. Et étant revenu, il
leur parla de nouveau. Il fit prendre Siméon et le fit lier devant eux;
et il commanda à ses serviteurs d’emplir leur sac de blé et de remettre
dans le sac de chacun d’eux l’argent qu’ils avaient donné, en y ajoutant
encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin: ce qui fut exécuté
aussitôt. Les frères de Joseph s’en allèrent donc, emportant leur blé
sur leurs ânes. Et l’un d’eux ayant ouvert son sac dans l’hôtellerie
pour donner à manger à son âne, vit son argent à l’entrée du sac, et il
dit à ses frères: «On m’a rendu mon argent; le voici dans mon sac.» Ils
furent tous saisis d’étonnement et de trouble; et ils s’entre-disaient:
«Qu’est-ce que Dieu nous a fait?»

Lorsqu’ils furent arrivés chez Jacob leur père, au pays de Chanaan, ils
lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, en disant: «Le seigneur
de ce pays-là nous a parlé durement, et il nous a pris pour des espions,
qui venaient observer le royaume. Nous lui avons répondu: Nous sommes
gens paisibles et très-éloignés d’avoir aucun mauvais dessein. Nous
étions douze frères, tous enfants d’un même père; l’un n’y est plus, et
le plus jeune est avec notre père au pays de Chanaan. Il nous a répondu:
Je veux éprouver s’il est vrai que vous n’ayez que des pensées de paix.
Laissez-moi donc ici l’un de vos frères; prenez le blé qui vous est
nécessaire pour vos maisons, et vous en allez; et amenez-moi le plus
jeune de vos frères, afin que je sache que vous n’êtes point des
espions; que vous puissiez ensuite ramener avec vous celui que je
retiens prisonnier, et qu’il vous soit permis à l’avenir d’acheter ici
ce que vous voudrez.» Après avoir ainsi parlé à leur père, comme ils
jetaient leur blé hors de leurs sacs, ils trouvèrent chacun leur argent
lié à l’entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés. Alors Jacob,
leur père, leur dit: «Vous me réduisez à être sans enfants; Joseph n’est
plus, Siméon n’est plus, et vous voulez encore m’enlever Benjamin. Tous
ces maux sont retombés sur moi.» Ruben lui répondit: «Faites mourir mes
deux enfants, si je ne vous le ramène pas. Confiez-le-moi, et je vous le
rendrai certainement.»—«Non, dit Jacob, mon fils n’ira point avec vous.
Son frère est mort, et je n’ai plus que lui. S’il lui arrive quelque
malheur au pays où vous allez, vous accablerez ma vieillesse d’une
douleur qui m’emportera dans le tombeau.»



        Les enfants de Jacob retournent en Égypte avec Benjamin.


Cependant la famine désolait extraordinairement tout le pays, et le blé
que les enfants de Jacob avaient apporté d’Egypte étant consommé, Jacob
leur dit: «Retournez en Egypte pour nous acheter encore un peu de blé.»
Juda lui répondit: «Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré sa
volonté avec serment, en disant: «Vous ne verrez point mon visage, à
moins que vous n’ameniez avec vous le plus jeune de vos frères.» Si vous
voulez donc l’envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons
ce qui vous est nécessaire. Si vous ne voulez pas nous n’irons point:
car cet homme, comme nous vous l’avons dit plusieurs fois, nous a
déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous n’avions avec
nous notre jeune frère.» Israël leur dit: «C’est pour mon malheur que
vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.» Mais ils lui
répondirent: «Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille:
si notre père vivait; si nous avions encore un frère: et nous lui
répondîmes conformément à ce qu’il nous avait demandé. Pouvions-nous
deviner qu’il nous dirait: Amenez avec vous votre jeune frère?» Juda dit
encore à son père: «Envoyez l’enfant avec moi, afin que nous puissions
partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas, nous et nos
petits enfants. Je me charge de cet enfant, et c’est à moi que vous en
demanderez compte. Si je ne le ramène, et si je ne vous le rends pas, je
consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute. Si nous n’avions
point tant différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.» Israël
leur père dit donc: «Si c’est une nécessité absolue, faites ce que vous
voudrez. Prenez avec vous des meilleurs fruits de ce pays-ci, pour en
faire présent à celui qui commande; un peu de résine, de miel, de
storax, de myrrhe, de térébenthine et d’amandes. Portez aussi deux fois
autant d’argent qu’au premier voyage, et reportez celui que vous avez
trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise. Enfin menez
votre frère avec vous, et allez vers cet homme. Je prie mon Dieu, le
Dieu tout-puissant, de vous le rendre favorable, afin qu’il renvoie avec
vous votre frère qu’il tient prisonnier, et Benjamin que je vous confie.
Quant à moi, si je dois être privé d’enfants, que j’en sois privé.» Ils
prirent donc avec eux les présents, et le double de l’argent qu’ils
avaient la première fois, avec Benjamin; et étant partis, ils arrivèrent
en Égypte, où ils se présentèrent devant Joseph. Joseph les ayant vus,
et Benjamin avec eux, dit à son intendant: «Faites entrer ces hommes
chez moi; faites tuer quelque bête et faites-la préparer, parce qu’ils
mangeront à midi avec moi.» L’intendant exécuta ce qui lui avait été
commandé, et les fit entrer dans la maison. Alors étant saisis de
crainte, ils s’entre-disaient: «C’est sans doute à cause de cet argent
que nous avons remporté dans nos sacs, qu’il nous a fait entrer ici,
pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous
réduisant en servitude, et s’emparant de nos ânes.» C’est pourquoi étant
encore à la porte, ils s’approchèrent de l’intendant de Joseph, ils lui
dirent: «Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà
venus une fois acheter du blé: et après l’avoir acheté, lorsque nous
fûmes arrivés à l’hôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes
notre argent, que nous vous rapportons maintenant au même poids. Et nous
vous en rapportons encore d’autre, pour acheter ce qui nous est
nécessaire: mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet
argent dans nos sacs.» L’intendant leur répondit: «Ayez l’esprit en
repos; ne craignez point. Votre Dieu, et le Dieu de votre père vous a
donné des trésors dans vos sacs: car pour moi j’ai reçu l’argent que
vous m’avez donné; et j’en suis content.» Il fit sortir aussi Siméon de
la prison et le leur amena. Après les avoir fait entrer dans la maison,
il leur apporta de l’eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à
manger à leurs ânes. Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts,
attendant que Joseph entrât sur le midi, parce qu’on leur avait dit
qu’ils devaient manger en ce lieu-là. Joseph étant donc entré dans sa
maison, ils lui offrirent leurs présents qu’ils tenaient en leurs mains,
et ils se prosternèrent devant lui la face contre terre. Il les salua
aussi en leur faisant bon visage, et il leur demanda: «Votre père, ce
bon vieillard dont vous m’aviez parlé, vit-il encore? se porte-t-il
bien?» Ils lui répondirent: «Notre père votre serviteur est encore en
vie, et il se porte bien.» Ils s’inclinèrent et se prosternèrent. Joseph
levant les yeux, vit Benjamin son frère, fils de Rachel sa mère, et il
leur dit: «Est-ce là le plus jeune de vos frères dont vous m’aviez
parlé? Mon fils, ajouta-t-il, que Dieu te soit miséricordieux!» Et il se
hâta de sortir, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son
frère, et qu’il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans
une autre chambre, il pleura. Et après s’être lavé le visage, il revint
se faisant violence, et il dit à ses gens: «Servez à manger.» On servit
Joseph à part, et ses frères à part, et les Égyptiens qui mangeaient
avec lui furent aussi servis à part (car il n’est pas permis aux
Égyptiens de manger avec les Hébreux; ils croient qu’un pareil festin
serait profané). Ils s’assirent, donc en présence de Joseph, l’aîné le
premier selon son rang et le plus jeune selon son âge. Et ils furent
extrêmement surpris. On leur apporta des portions de sa part, et il se
trouva que la part de Benjamin était cinq fois plus grande que les parts
de tous les autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et firent grande
chère.



          Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de Benjamin.


Or Joseph donna cet ordre à l’intendant de sa maison, et lui dit:
«Mettez dans le sac de ces gens autant de blé qu’ils pourront en
contenir, et l’argent de chacun à l’entrée du sac; et mettez ma coupe
d’argent à l’entrée du sac du plus jeune avec l’argent qu’il a donné
pour le blé.» Cet ordre fut donc exécuté, et le lendemain dès le matin
on les laissa aller avec leurs ânes chargés. Lorsqu’ils furent sortis de
la ville, comme ils n’avaient fait encore que peu de chemin, Joseph
appela l’intendant de sa maison, et lui dit: «Courez vite après ces
gens, arrêtez-les, et leur dites: Pourquoi avez-vous rendu le mal pour
le bien? La coupe que vous avez dérobée est celle dans laquelle mon
seigneur boit, vous avez fait une très-méchante action.» L’intendant fit
ce qui lui avait été commandé, et les ayant arrêtés, il leur dit tout ce
qu’il lui avait été ordonné de leur dire. Ils lui répondirent: «Pourquoi
notre seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il
capables d’une action si honteuse? Nous vous avons rapporté du pays de
Chanaan l’argent que nous trouvâmes à l’entrée de nos sacs. Comment donc
se pourrait-il faire que nous eussions dérobé et enlevé de la maison de
notre seigneur de l’or ou de l’argent? Que celui de vos serviteurs, quel
qu’il puisse être, à qui l’on trouvera ce que vous cherchez, meure; et
nous serons esclaves de mon seigneur.» Il leur dit: «Que ce que vous
prononcez soit exécuté, ou plutôt que celui qui se trouvera avoir pris
ce que je cherche, soit mon esclave; pour vous, vous en serez
innocents.» Ils déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun
ouvrit le sien; l’intendant les ayant fouillés en commençant depuis le
plus grand jusqu’au plus petit, trouva la coupe dans le sac de Benjamin.
Alors ils déchirèrent leurs vêtements, chacun rechargea son âne et ils
retournèrent à la ville.



          Juda s’offre à demeurer esclave au lieu de Benjamin.


Juda se présenta le premier avec ses frères devant Joseph qui n’était
pas encore sorti du lieu où il était; et ils se prosternèrent tous
ensemble à terre devant lui. Joseph leur dit: «Pourquoi avez-vous agi
ainsi avec moi?» Juda lui dit: «Que répondrons-nous à mon seigneur? Que
lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui représenter avec quelque ombre
de justice pour notre défense? Dieu a trouvé l’iniquité de vos
serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon seigneur, nous et celui
sur qui on a trouvé la coupe.» Joseph répondit: «Dieu me garde d’agir de
la sorte, que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave; et pour vous
autres, allez en liberté retrouver votre père.» Juda s’approchant alors
plus près de Joseph, lui dit avec assurance: «Mon seigneur, permettez,
je vous prie, à votre serviteur, de vous adresser la parole, et ne vous
mettez pas en colère contre votre esclave, car après Pharaon, c’est vous
qui êtes mon seigneur. Vous avez demandé d’abord à vos serviteurs:
Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère? Et nous avons
répondu: Mon seigneur, nous avons un père qui est vieux, et un jeune
frère qu’il a eu dans sa vieillesse, dont le frère, qui était né de la
même mère, est mort; il ne reste plus que celui-là, et son père l’aime
tendrement. Vous disiez alors à vos serviteurs: Amenez-le-moi, je serais
bien aise de le voir. Mais nous vous répondîmes: Mon seigneur, cet
enfant ne peut quitter son père; car s’il le quitte, il le fera mourir.
Vous disiez à vos serviteurs: Si le dernier de vos frères ne vient avec
vous, vous ne verrez plus mon visage. Lors donc que nous fûmes retournés
vers notre père, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit; et
notre père nous ayant dit quelque temps après: Retournez en Egypte pour
nous acheter encore un peu de blé, nous lui répondîmes: Nous ne pouvons
y aller seuls. Si notre jeune frère vient avec nous, nous irons
ensemble: mais à moins qu’il ne vienne, nous n’osons nous présenter
devant celui qui commande dans ce pays-là. Il nous répondit: Vous savez
que j’ai eu deux fils de Rachel ma femme: l’un d’eux étant allé aux
champs, vous m’avez dit qu’une bête l’avait dévoré, et il ne paraît
point jusqu’à cette heure. Si vous emmenez encore celui-ci, et qu’il lui
arrive quelque accident dans le chemin, vous accablerez ma vieillesse
d’une affliction qui la conduira dans le tombeau. Si je me présente donc
à mon père, et que l’enfant n’y soit pas, il mourra, et vos serviteurs
accableront sa vieillesse d’une douleur qui le mènera au tombeau. Que ce
soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu
caution de cet enfant, et que j’en ai répondu à mon père, en lui disant:
Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m’impute cette faute, et
qu’il ne me la pardonne jamais. Ainsi je demeurerai votre esclave, et je
servirai monseigneur en la place de l’enfant, afin qu’il retourne avec
ses frères, car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l’enfant
soit avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l’extrême
affliction qui accablera notre père.»



                 Joseph se fait connaître à ses frères.


Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu’il était environné de
plusieurs personnes, il commanda que l’on fît sortir tout le monde, afin
que nul étranger ne fût présent lorsqu’il se ferait connaître à ses
frères. Alors les larmes lui tombant des yeux, il éleva fortement la
voix, qui fut entendue des Égyptiens et de toute la maison de Pharaon.
Et il dit à ses frères: «Je suis Joseph. Mon père vit-il encore?» Mais
ses frères ne purent lui répondre, tant ils étaient saisis de frayeur.
Il leur parla donc avec douceur, et leur dit: «Approchez-vous de moi.»
Et tous s’étant approchés de lui, il ajouta: «Je suis Joseph votre frère
que vous avez vendu à des marchands qui m’ont amené en Égypte. Ne
craignez point, et ne vous affligez point de ce que vous m’avez vendu
pour être conduit en ce pays-ci: car Dieu m’a envoyé en Égypte avant
vous pour votre salut. Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur
la terre, il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni
labourer ni recueillir. Dieu m’a fait venir ici avant vous pour vous
conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour
subsister. Ce n’est point par votre conseil que j’ai été envoyé ici,
mais par la volonté de Dieu, qui m’a rendu comme le père de Pharaon, le
grand maître de sa maison, et le prince de toute l’Égypte. Hâtez-vous
d’aller trouver mon père, et dites-lui: Voici ce que vous mande votre
fils Joseph: Dieu m’a rendu comme le maître de toute l’Égypte: venez me
trouver, ne différez point. Vous demeurerez dans la terre de Goschène,
vous serez près de moi, avec tout ce que vous possédez. Et je vous
nourrirai là, parce qu’il reste encore cinq années de famine; de peur
qu’autrement vous ne périssiez avec toute votre famille et tout ce qui
est à vous. Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que
c’est moi-même qui vous parle de ma propre bouche. Annoncez à mon père
quelle est la gloire dont je suis ici comblé, et tout ce que vous avez
vu dans l’Égypte. Hâtez-vous de me l’amener.» Et s’étant jeté au cou de
Benjamin son frère pour l’embrasser, il pleura; et Benjamin pleura aussi
en le tenant embrassé. Joseph embrassa aussi tous ses frères, il pleura
sur chacun d’eux; et après cela ils se rassurèrent pour lui parler.
Aussitôt il se répandit un grand bruit dans toute la cour du roi, et on
dit publiquement que les frères de Joseph étaient venus. Pharaon s’en
réjouit avec toute sa maison. Et il dit à Joseph qu’il donnât cet ordre
à ses frères: «Chargez vos ânes de blé, et retournez en Chanaan; amenez
de là votre père et toute votre famille, et venez me trouver. Je vous
donnerai tous les biens de l’Égypte, et vous serez nourris de tout ce
qu’il y a de meilleur dans cette terre. Ordonnez-leur aussi d’emmener
des chariots de l’Égypte, pour faire venir leurs femmes et leurs petits
enfants, et dites-leur: «Amenez votre père, et hâtez-vous de revenir le
plus tôt que vous pourrez, ne regrettez pas vos ustensiles, car toutes
les richesses de l’Égypte seront à vous.»

Les enfants d’Israël firent ce qui leur avait été ordonné. Et Joseph
leur fit donner des chariots, selon l’ordre qu’il en avait reçu de
Pharaon, et des vivres pour le chemin. Il commanda aussi que l’on donnât
deux robes à chacun de ses frères; mais il donna cinq des plus belles à
Benjamin, et trois cents pièces d’argent. Il envoya à son père ce qui
suit: dix ânes chargés de ce qu’il y avait de mieux dans l’Égypte, et
autant d’ânesses qui portaient du blé et du pain pour le chemin. Il
renvoya donc ainsi ses frères, et leur dit en partant. «Ne vous mettez
point en colère pendant le chemin.» Ils vinrent donc de l’Égypte au pays
de Chanaan, vers Jacob leur père. Et ils lui dirent cette grande
nouvelle: «Votre fils Joseph est vivant, et commande dans toute la terre
de l’Égypte.» Ce que Jacob ayant entendu, il se réveilla comme d’un
profond sommeil, et cependant il ne pouvait croire ce qu’ils lui
disaient. Ses enfants insistaient au contraire, en lui rapportant
comment toute la chose s’était passée. Enfin ayant vu les chariots, et
tout ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits; et il dit: «Je
n’ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore: j’irai,
et je le verrai avant que je meure.»



                   Jacob va en Égypte et s’y établit.


Israël partit donc avec tout ce qu’il avait, et vint à Beer-Scheba; et
ayant immolé en ce lieu des victimes au Dieu de son père Isaac, il
l’entendit dans une vision pendant la nuit, qui l’appelait et lui
disait: «Jacob, Jacob.» Il répondit: «Me voici.» Et Dieu ajouta: «Je
suis le Très-Fort, le Dieu de votre père, ne craignez point, allez en
Égypte, car je vous y ferai devenir un grand peuple, j’irai là avec
vous, et je vous en ramènerai. Joseph aussi vous fermera les yeux de ses
mains.» Jacob étant donc parti de Beer-Scheba, ses enfants l’amenèrent
avec ses petits-enfants et leurs femmes, dans les chariots que Pharaon
avait envoyés pour faire venir ce bon vieillard, avec tout ce qu’il
possédait au pays de Chanaan; et il arriva en Égypte avec toute sa race,
ses enfants et petits-enfants; toutes les personnes de la maison de
Jacob étaient au nombre de septante. Or Jacob envoya Juda devant lui
vers Joseph pour l’avertir de sa venue, afin qu’il vînt au-devant de lui
en la terre de Goschène. Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit mettre les
chevaux à son chariot, et vint au même lieu au-devant de son père: en le
voyant, il se jeta à son cou, et l’embrassa en pleurant. Jacob dit à
Joseph: «Je mourrai maintenant avec joie, puisque j’ai vu ton visage, et
que tu vis encore. Joseph dit à ses frères et à toute la maison de son
père: «Je vais dire à Pharaon que mes frères et tous ceux de la maison
de mon père sont venus me trouver de la terre de Chanaan où ils
demeuraient: que ce sont des pasteurs de brebis, qui s’occupent à
nourrir des troupeaux, et qu’ils ont amené avec eux leurs brebis, leurs
bœufs, et tout ce qu’ils pouvaient avoir. Et lorsque Pharaon vous fera
venir, et vous demandera: Quelle est votre occupation? Vous lui
répondrez: Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance jusqu’à
présent, et nos pères l’ont toujours été comme nous, vous direz ceci
pour pouvoir demeurer dans la terre de Goschène, parce que les Égyptiens
ont en abomination tous les pasteurs de brebis.» Joseph étant donc allé
trouver Pharaon lui dit: «Mon père et mes frères sont venus du pays de
Chanaan avec leurs brebis, leurs troupeaux et tout ce qu’ils possèdent,
et ils se sont arrêtés en la terre de Goschène.» Il présenta aussi au
roi cinq de ses frères. Et le roi leur ayant demandé: «A quoi vous
occupez-vous?» Ils lui répondirent: «Vos serviteurs sont pasteurs de
brebis, comme l’ont été nos pères. Nous sommes venus passer quelque
temps dans vos terres, parce que la famine est si grande dans le pays de
Chanaan, qu’il n’y a plus d’herbe pour les troupeaux de vos serviteurs.
Et nous vous supplions d’agréer que vos serviteurs demeurent dans la
terre de Goschène.» Le roi dit donc à Joseph: «Votre père et vos frères
sont venus vous trouver. Vous pouvez choisir dans toute l’Égypte;
faites-les demeurer dans l’endroit du pays qui vous paraîtra le
meilleur, et donnez-leur la terre de Goschène. Si vous connaissez qu’il
y ait parmi eux des hommes habiles, donnez-leur l’intendance sur mes
troupeaux.» Joseph introduisit ensuite son père devant le roi, et il le
lui présenta. Jacob salua Pharaon, et lui souhaita toute sorte de
prospérités. Le roi lui ayant demandé quel âge il avait, il lui
répondit: «Les jours des années de mes pèlerinages sont au nombre de
cent trente; les jours des années de ma vie ont été peu nombreux et
mauvais, et n’ont point atteint les jours des années de la vie de mes
pères, du temps de leurs pèlerinages.» Et après avoir souhaité toute
sorte de bonheur au roi, il se retira. Joseph, selon le commandement de
Pharaon, mit son père et ses frères en possession de Ramassès dans le
pays le plus fertile de l’Égypte. Et il les nourrissait avec toute la
maison de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire pour
vivre.



                        Le pieux désir de Jacob.


Israël demeura donc en Égypte, c’est-à-dire dans la terre de Goschène,
dont il jouit comme de son bien propre, et où sa famille s’accrut et se
multiplia extraordinairement. Il y vécut dix-sept ans; et tout le temps
de sa vie fut de cent quarante-sept ans. Comme il vit que le jour de sa
mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit: «Si j’ai trouvé
grâce devant toi, mets ta main sous ma cuisse, et donne-moi cette marque
de la bonté que tu as pour moi, de me promettre avec vérité que tu ne
m’enterreras point dans l’Égypte; mais que je reposerai avec mes pères;
que tu me transporteras hors de ce pays, et me mettras dans le sépulcre
de mes ancêtres.» Joseph lui répondit: «Je ferai ce que vous me
commandez.»—«Jure-le-moi donc,» dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait,
Israël adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit.



                 Jacob adopte les deux fils de Joseph.


Un jour on vint dire à Joseph que son père était malade: alors prenant
avec lui ses deux fils Manassé et Ephraïm, il alla le voir. On dit à
Jacob: «Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre visite.» Jacob
reprenant ses forces, se mit sur son séant, et il dit à Joseph lorsqu’il
fut entré: «Le Dieu tout-puissant m’a apparu à Luze qui est au pays de
Chanaan et m’ayant béni, il m’a dit: Je ferai croître et multiplier
votre race: je vous rendrai le chef d’une multitude de peuples, et vous
donnerai cette terre, et à votre race après vous, afin que vous la
possédiez pour jamais. C’est pourquoi tes deux fils Ephraïm et Manassé
que tu as eus en Egypte avant que je vinsse ici avec toi, seront à moi;
et ils seront mis au nombre de mes enfants, comme Ruben et Siméon⁶. Mais
les autres que tu auras après eux, seront à toi, et ils porteront le nom
de leurs frères dans les terres qu’ils posséderont.» Alors Jacob voyant
les fils de Joseph, lui demanda: «Qui sont ceux-ci?» Joseph lui
répondit: «Ce sont mes enfants, que Dieu m’a donnés en ce pays.»
Approchez-les de moi, dit Jacob, afin que je les bénisse.» Car les yeux
d’Israël s’étaient obscurcis à cause de sa grande vieillesse, et il ne
pouvait bien voir. Les ayant donc fait approcher de lui, il les
embrassa; et il dit à son fils: «Dieu a voulu me donner la joie de te
voir, et il y ajoute encore celle de voir tes enfants.» Joseph les ayant
retirés d’entre les genoux de son père, se prosterna devant lui à terre.
Et ayant mis Ephraïm à sa droite, c’est-à-dire, à la gauche d’Israël, et
Manassé à sa gauche, c’est-à-dire, à la droite de son père, il les
approcha tous deux de Jacob: celui-ci étendant la main droite, la mit
sur la tête d’Ephraïm qui était le plus jeune, et sa main gauche sur la
tête de Manassé qui était l’aîné, changeant ainsi ses deux mains de
place. Et bénissant les enfants de Joseph, il dit: «Que le Dieu, en
présence de qui ont marché mes pères Abraham et Isaac, le Dieu qui m’a
nourri depuis ma jeunesse jusqu’à ce jour; que l’ange qui m’a délivré de
tous maux, bénisse ces enfants: qu’ils portent mon nom, et les noms de
mes pères Abraham et Isaac, et qu’ils se multiplient de plus en plus sur
la terre.» Mais Joseph voyant que son père avait mis sa main droite sur
la tête d’Ephraïm, en eut de la peine; et prenant la main de son père,
il tâcha de la lever de dessus la tête d’Ephraïm, pour la mettre sur la
tête de Manassé, en disant à son père: «Vos mains ne sont pas bien, mon
père; car celui-ci est l’aîné: mettez votre main droite sur sa tête.»
Mais refusant de le faire, il lui dit: «Je le sais bien, mon fils, je le
sais bien: celui-ci sera aussi chef de peuples; et sa race se
multipliera; mais son frère qui est le plus jeune sera plus grand que
lui, et sa postérité se multipliera dans les nations.» Jacob les bénit
donc alors, et dit: «Israël sera béni en vous, et on dira: Que Dieu vous
bénisse comme Ephraïm et Manassé.» Ainsi il mit Ephraïm devant Manassé.
Il dit ensuite à Joseph son fils: «Vous voyez que je vais mourir: Dieu
sera avec vous, et il vous ramènera au pays de vos pères. Je vous donne
de plus qu’à vos frères cette part de mon bien que j’ai gagnée sur les
Amorrhéens avec mon épée et mon arc.»

    ⁶ C’est de cette manière qu’Éphraim et Manassé prennent la place de
      Joseph leur père dont, par conséquent, le nom ne se trouve
      mentionné nulle part dans l’exposé des tribus. Il y avait donc, en
      réalité, treize tribus; mais on n’en comptait cependant que douze,
      parce que celle de Lévi (l’administrateur du culte) n’avait pas
      d’héritage formé d’un seul tout. Les descendants de Lévi avaient
      leurs habitations dans les principales villes du royaume, pour
      qu’il se trouvât partout des hommes en état de surveiller le culte
      du vrai et unique Dieu; des hommes aptes à donner l’instruction
      religieuse et l’enseignement dans la loi de Moïse.



                      Mort de Jacob et de Joseph.


Or Jacob appela ses enfants, et leur dit: «Assemblez-vous tous, afin que
je vous annonce ce qui doit vous arriver dans les derniers temps.» Il
leur parla de cette sorte, et il bénit chacun d’eux en leur donnant les
bénédictions qui leur étaient propres. Enfin il leur fit ce
commandement, et leur dit: «Je vais être réuni à mon peuple;
ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double, qui est dans le
champ d’Ephron Héthéen, qui regarde Mamré au pays de Chanaan, et
qu’Abraham acheta avec tout le champ où elle est, pour y avoir son
sépulcre. C’est là qu’il a été enseveli avec Sara sa femme. C’est aussi
là qu’Isaac a été enseveli avec Rebecca sa femme, et que Léa est encore
ensevelie.» Après avoir achevé de donner ses ordres et ses instructions
à ses enfants, il joignit ses pieds sur son lit et mourut; et il fut
réuni avec son peuple. Joseph voyant son père expiré, se jeta sur son
visage, et le baisa en pleurant. Il commanda aux médecins qu’il avait à
son service d’embaumer le corps de son père. Et ils exécutèrent l’ordre
qu’il leur avait donné; ce qui dura quarante jours, parce que c’était la
coutume d’employer ce temps pour embaumer les corps morts. Et l’Égypte
pleura Jacob soixante et dix jours. Le temps du deuil étant passé,
Joseph dit aux principaux officiers de Pharaon: «Si j’ai trouvé grâce
devant vous, je vous prie de représenter au roi, que mon père m’a dit en
mourant: Tu vois que je meurs: promets-moi avec serment que tu
m’enseveliras dans le sépulcre que je me suis préparé au pays de
Chanaan. J’irai donc avec l’agrément du roi ensevelir mon père, et je
reviendrai aussitôt.» Pharaon lui dit: «Allez et ensevelissez votre père
selon qu’il vous y a engagé par serment. Et lorsque Joseph partit, les
premiers officiers de la maison de Pharaon, et les plus grands de
l’Égypte l’accompagnèrent tous, avec la maison de Joseph, et tous ses
frères qui le suivirent, laissant au pays de Goschène leurs petits
enfants et tous leurs troupeaux. Il y eut aussi des chariots et des
cavaliers qui le suivirent; et il se trouva là une grande multitude. Les
enfants de Jacob accomplirent donc ce qu’il leur avait commandé; et
l’ayant porté au pays de Chanaan, ils l’ensevelirent dans la caverne
double qu’Abraham avait achetée d’Ephron Héthéen, pour en faire le lieu
de son sépulcre. Aussitôt que Joseph eut enseveli son père, il retourna
en Égypte avec ses frères et toute sa suite. Après la mort de Jacob, les
frères de Joseph eurent peur, et ils s’entre-dirent: Joseph pourrait
bien présentement se souvenir de l’injure qu’il a soufferte, et nous
rendre tout le mal que nous lui avons fait. Ils lui envoyèrent donc
dire: Ton père avant de mourir nous a commandé de te dire de sa part: Je
te conjure d’oublier le crime de tes frères, et cette noire perfidie
dont ils ont usé envers toi. Nous te conjurons aussi de pardonner cette
iniquité aux serviteurs du Dieu de ton père. Joseph pleura, en entendant
ces paroles. Et ses frères étant venus le trouver se prosternèrent
devant lui et lui dirent: Nous sommes tes serviteurs. Il leur répondit:
Ne craignez point; pouvons-nous résister à la volonté de Dieu? Il est
vrai que vous avez eu dessein de me faire du mal: mais Dieu a changé ce
mal en bien, afin de m’élever comme vous voyez maintenant, et de sauver
plusieurs peuples. Ne craignez donc point: je vous nourrirai vous et vos
enfants. Et il les consola en leur parlant avec beaucoup de douceur et
de tendresse. Il demeura en Égypte avec toute la maison de son père, et
il vécut cent dix ans. Il vit les enfants d’Ephraïm jusqu’à la troisième
génération. Joseph dit ensuite à ses frères: Dieu se souviendra de vous
après ma mort, et il vous fera passer de cette terre à celle qu’il a
juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob. Il ajouta: Transportez mes
os avec vous hors de ce lieu, et promettez-le-moi avec serment. Il
mourut ensuite âgé de cent dix ans accomplis; et son corps ayant été
embaumé, fut mis dans un cercueil en Égypte.



                             CHAPITRE III.


             DEPUIS MOÏSE JUSQU’A L’OCCUPATION DE CHANAAN.

                              (2368-2489)



                          Israël en esclavage.


Après la mort de Joseph et celle de tous ses frères, et de toute cette
première génération, les enfants d’Israël s’accrurent et se
multiplièrent extraordinairement; et étant devenus extrêmement nombreux,
ils remplirent le pays où ils étaient. Cependant il s’éleva dans
l’Égypte un roi nouveau, à qui Joseph était inconnu; et il dit à son
peuple: Vous voyez que le peuple des enfants d’Israël est devenu
très-nombreux, et il est plus fort que nous. Opprimons-le donc
prudemment, de peur qu’il ne se multiplie encore davantage; et que si
nous nous trouvions surpris par quelque guerre, il ne se joigne à nos
ennemis, et qu’après nous avoir vaincus, il ne sorte de l’Égypte. Il
établit donc des intendants des travaux, afin qu’ils accablassent les
Hébreux d’ouvrages insupportables. Et ils bâtirent à Pharaon, pour
servir de magasins, des villes telles que Phitom et Ramessès. Mais plus
on les opprimait, plus leur nombre se multipliait et croissait
visiblement. Les Égyptiens haïssaient les enfants d’Israël, ils les
affligeaient, les insultaient, et leur rendaient la vie pénible, en les
employant à de lourds travaux de mortier et de brique, et à toutes
sortes d’ouvrages de terre dont ils étaient accablés.

Le roi d’Égypte parla aussi aux sages-femmes qui accouchaient les femmes
des Hébreux, l’une d’elles se nommait Sephora et une autre Phua, et il
leur fit ce commandement: Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux,
au moment que l’enfant naîtra, si c’est un enfant mâle, tuez-le; si
c’est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes furent touchées
de la crainte de Dieu, et ne firent point ce que le roi d’Égypte leur
avait commandé; elles conservèrent les enfants mâles. Dieu récompensa
ces sages-femmes; et le peuple s’accrut et se fortifia
extraordinairement. Alors Pharaon fit ce commandement à tout son peuple:
Jetez dans le fleuve tous les enfants mâles qui naîtront, et ne réservez
que les filles.

                                  ————



                          Naissance de Moïse.


Quelque temps après, un homme de la maison de Lévi ayant épousé une
femme de sa tribu, sa femme enfanta un fils; et voyant qu’il était beau,
elle le cacha pendant trois mois. Mais comme elle vit qu’elle ne pouvait
plus tenir la chose secrète, elle prit un panier de jonc; et l’ayant
enduit de bitume et de poix, elle mit dedans le petit enfant, l’exposa
parmi les roseaux sur le bord du fleuve, et fit tenir la sœur de
l’enfant loin de là, pour voir ce qui en arriverait. En ce même temps la
fille de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagnée de ses
filles, qui marchaient le long du bord de l’eau. Et ayant aperçu ce
panier parmi les roseaux, elle envoya une de ses filles qui le lui
apporta. Elle l’ouvrit; et trouvant dedans ce petit enfant qui criait,
elle fut touchée de compassion, et elle dit: C’est un des enfants des
Hébreux. La sœur de l’enfant s’étant approchée, lui dit: Vous plaît-il
que j’aille querir une femme des Hébreux qui puisse nourrir ce petit
enfant? Elle lui répondit: Allez. La fille s’en alla donc, et fit venir
sa mère. La fille de Pharaon lui dit: Prenez cet enfant et me le
nourrissez, et je vous en récompenserai. La mère prit l’enfant et le
nourrit; et lorsqu’il fut assez fort, elle le donna à la fille de
Pharaon, qui l’adopta pour son fils, et le nomma Moïse (Mosché),
c’est-à-dire, tiré de l’eau, parce que, disait-elle, je l’ai tiré de
l’eau.

                                  ————



                           La fuite de Moïse.


Lorsque Moïse fut devenu grand, il sortait pour aller voir ses frères,
et voyait l’affliction où ils étaient. Un jour, trouvant que l’un d’eux
était outragé par un Egyptien, il regarda de tous côtés, et ne voyant
personne près de lui, il tua l’Egyptien, et le cacha dans le sable. Le
lendemain il trouva deux Hébreux qui se querellaient, et il dit à celui
qui outrageait l’autre: Pourquoi frappez-vous votre frère? Cet homme lui
répondit: Qui vous a établi sur nous pour prince et pour juge? Est-ce
que vous voulez me tuer comme vous tuâtes hier un Egyptien? Moïse eut
peur, et il dit: Comment cela s’est-il découvert? Pharaon, en ayant été
averti, cherchait à faire mourir Moïse. Mais il s’enfuit de devant lui,
et se retira au pays de Midian, où il s’assit près d’un puits. Or le
prêtre de Midian, nommé Jéthro, avait sept filles, qui étant venues pour
puiser de l’eau, et en ayant rempli les canaux, voulaient faire boire
les troupeaux de leur père. Mais les pasteurs étant survenus, les
chassèrent. Alors Moïse se levant, et prenant la défense de ces filles,
fit boire leurs brebis. Lorsqu’elles furent retournées chez leur père,
il leur dit: Pourquoi êtes-vous revenues plus tôt qu’à l’ordinaire?
Elles lui répondirent: Un Egyptien nous a délivrées de la violence des
pasteurs; et il a même tiré de l’eau avec nous, et a donné à boire à nos
brebis. Où est-il? dit leur père: pourquoi avez-vous laissé aller cet
homme? Appelez-le, afin que nous le fassions manger. Moïse résolut alors
de demeurer avec lui. Il épousa ensuite sa fille, qui s’appelait
Sephora. Et elle lui enfanta un fils qu’il nomma Gerscham, car,
disait-il: J’ai été étranger dans une terre étrangère. Sephora lui
enfanta un second fils qu’il nomma Eliezer, c’est-à-dire, Dieu est mon
secours.

Cependant les enfants d’Israël gémissant sous le poids des ouvrages qui
les accablaient, crièrent vers le ciel, et les cris que tirait d’eux
l’excès de leurs travaux, s’élevèrent jusqu’à Dieu. Il entendit leurs
gémissements, il se souvint de l’alliance qu’il avait faite avec
Abraham, Isaac et Jacob, et il les reçut en grâce.

                                  ————



         Moïse est appelé de Dieu pour délivrer les Israélites.


Cependant Moïse conduisait les brebis de Jéthro son beau-père, et ayant
mené son troupeau au fond du désert, il vint à la montagne de Dieu,
nommée Horeb. Alors un ange de l’Eternel lui apparut dans une flamme de
feu qui sortait du milieu d’un buisson; et il voyait brûler le buisson
sans qu’il se consumât. Moïse dit donc: Il faut que j’aille reconnaître
quelle est cette merveille que je vois, et pourquoi ce buisson ne se
consume point. Mais l’Eternel le voyant venir pour considérer ce qu’il
voyait, l’appela du milieu du buisson, et lui dit: Moïse, Moïse. Il lui
répondit: Me voici: Et l’Eternel ajouta: N’approchez pas d’ici: ôtez les
souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes, est une terre
sainte. Il dit encore: Je suis le Dieu de votre père, le Dieu d’Abraham,
le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, parce
qu’il n’osait regarder la face de Dieu. L’Eternel lui dit: J’ai vu
l’affliction de mon peuple qui est en Egypte, j’ai entendu le cri qu’il
jette à cause de la dureté de ceux qui ont l’intendance des travaux. Et
sachant quelle est sa douleur, je suis venu pour le délivrer des mains
des Egyptiens, et pour les faire passer de cette terre en une terre
bonne et spacieuse, en une terre où coulent des ruisseaux de lait et de
miel, au pays des Chananéens, des Amorrhéens, des Phérézéens, des
Gergésiens, des Héthéens, des Hévéens et des Jébuséens. Le cri des
enfants d’Israël est donc venu jusqu’à moi; j’ai vu leur affliction et
de quelle manière ils sont opprimés par les Egyptiens. Mais venez, et je
vous enverrai vers Pharaon, afin que vous fassiez sortir de l’Egypte les
enfants d’Israël, qui sont mon peuple...

Moïse obéit au commandement de l’Eternel. Mais ce n’étaient que
l’obéissance et l’humilité dues à une volonté suprême, qui pussent
l’engager à se charger de cette haute et sainte mission. Il fit alors
ses adieux chez Jéthro, son beau-père, quitta le pays de Midian et se
dirigea vers l’Egypte. Il rencontra dans le désert Aaron, son frère. Il
lui fit part de sa mission; et, étant venus en Egypte, ils firent
rassembler tous les anciens d’entre les enfants d’Israël. Aaron rapporta
tout ce que l’Eternel avait dit à Moïse, il fit des miracles devant le
peuple, le peuple le crut et comprit que l’Eternel regardait leur
affliction, et se prosternant en terre, ils l’adorèrent.

                                  ————



         Moïse et Aaron déclarent à Pharaon les ordres de Dieu.


Moïse et Aaron allèrent ensuite trouver Pharaon et lui parlèrent en ces
termes: Voici ce que dit l’Eternel, le Dieu d’Israël: Laissez aller mon
peuple, afin qu’il me sacrifie dans le désert. Mais Pharaon répondit:
Qui est l’Eternel, pour que je sois obligé d’écouter sa voix et de
laisser sortir Israël? Je ne connais point l’Eternel, et je ne laisserai
point sortir Israël. Moïse, pour faire voir que c’était au nom de
l’Eternel qu’il parlait, fit alors plusieurs miracles en présence de
Pharaon. Il jeta sa verge par terre, et elle fut changée en serpent.
Mais le roi n’en tint pas grand compte, et tourmentait le peuple encore
plus qu’auparavant. Moïse élevant sa verge, frappa l’eau du fleuve
devant Pharaon et ses serviteurs, et l’eau fut changée en sang. Les
poissons qui étaient dans le fleuve moururent, le fleuve se corrompit,
et les Egyptiens ne pouvaient boire de ses eaux. Cependant le roi se
retira et ne se laissa point fléchir le cœur pour cette fois. Toutes
sortes de plaies couvrirent alors, par une punition du ciel, la terre
d’Egypte, il y avait des grenouilles, des moucherons et des mouches
partout, à la campagne, dans les maisons, et même le palais du roi en
était rempli. Une peste terrible dévasta le pays; des ulcères et des
tumeurs se formèrent sur les hommes et sur les animaux par toute
l’Egypte. Un orage épouvantable, mêlé de grêle et de feu, éclata sur
l’Egypte; la grêle frappa de mort tout ce qui se trouvait dans les
champs, depuis les hommes jusqu’aux bêtes, elle fit mourir toute l’herbe
de la campagne, et rompit tous les arbres. C’est ainsi que des plaies de
différentes sortes se succédèrent jusqu’au nombre de neuf et devinrent
toujours plus grandes et plus terribles. Toutefois le cœur de Pharaon
s’endurcit, il n’écouta point Moïse et Aaron, et quoiqu’il promît, à
diverses reprises dans les moments de détresse, d’accorder la liberté au
peuple israélite, il ne tenait jamais parole, lorsque la plaie avait
cessé. C’est alors que Moïse et Aaron se présentèrent pour la dernière
fois devant Pharaon et le menacèrent d’une dixième plaie en disant:
Voici ce que dit l’Eternel: Sur le minuit tous les premiers-nés mourront
dans les terres des Egyptiens. Mais parmi tous les enfants d’Israël,
depuis les hommes jusqu’aux bêtes, on n’entendra pas seulement le cri
d’un chien. Alors tous vos serviteurs viendront à moi, et ils se
prosterneront devant moi en disant: Sortez, vous et tout le peuple qui
vous est soumis. Et après cela nous sortirons. Moïse et Aaron se
retirèrent de devant Pharaon dont le cœur s’endurcit néanmoins, et ne
permit point aux Israélites de sortir de ses terres.

                                  ————



                Préceptes touchant la fête de la Pâque.


L’Eternel dit alors à Moïse et à Aaron: Ce mois-ci sera pour vous le
premier des mois: ce sera le premier des mois de l’année. Parlez à toute
l’assemblée des enfants d’Israël, et dites-leur: Qu’au dixième jour de
ce mois chacun prenne un agneau pour sa famille et pour sa maison. Vous
le garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois; et voici comment vous
le mangerez; vous vous ceindrez les reins, vous aurez des souliers aux
pieds, et un bâton à la main, et vous mangerez à la hâte: car c’est la
Pâque (c’est-à-dire, le passage) de l’Eternel. Je passerai cette nuit-là
par l’Egypte; je frapperai dans les terres des Egyptiens tous les
premiers-nés depuis l’homme jusqu’aux bêtes, moi qui suis l’Eternel. Je
passerai alors au delà de vos maisons, et la plaie de mort ne vous
touchera point lorsque j’en frapperai toute l’Egypte. Ce jour vous sera
un monument éternel; et vous le célébrerez dans vos générations futures
par une fête à l’Eternel. Vous mangerez des pains sans levain pendant
sept jours. Dès le premier jour il ne se trouvera point de levain dans
vos maisons. Quiconque mangera du pain avec du levain depuis le premier
jour jusqu’au septième, sera retranché d’Israël. Le premier jour sera
saint et solennel, et le septième une fête également vénérable. Vous ne
ferez aucune œuvre servile durant ces deux jours, excepté ce qui regarde
le manger. Vous garderez donc cette fête du pain sans levain; car en ce
même jour je ferai sortir toute votre armée de l’Egypte, et vous
observerez ce jour à l’avenir comme _statut perpétuel_. Depuis le
quatorzième jour du premier mois, sur le soir, vous mangerez du pain
sans levain jusqu’au soir du vingt et unième jour de ce mois.

                                  ————



                          Sortie de l’Égypte.


Vers le milieu de la nuit, l’Éternel frappa tous les premiers-nés de
l’Egypte, depuis le premier-né de Pharaon qui était assis sur son trône,
jusqu’au premier-né de la femme esclave qui était en prison, et jusqu’au
premier-né de toutes les bêtes. Pharaon s’étant donc levé la nuit, aussi
bien que tous ses serviteurs et tous les Egyptiens, un grand cri se fit
entendre dans toute l’Egypte, parce qu’il n’y avait aucune maison où il
n’y eût un mort. Et Pharaon ayant fait venir cette même nuit Moïse et
Aaron, il leur dit: Retirez-vous promptement d’avec mon peuple, vous et
les enfants d’Israël; allez adorer l’Eternel, comme vous le dites. Menez
avec vous vos brebis et vos troupeaux, selon que vous l’avez demandé, et
en vous en allant priez pour moi. Les Egyptiens pressaient aussi le
peuple de sortir promptement de leur pays, en disant: Nous mourrons
tous. Le peuple prit donc la farine qu’il avait pétrie avant qu’elle fût
levée; et la liant en des manteaux, la mit sur ses épaules. (Moïse
emporta aussi avec lui les os de Joseph, selon que Joseph l’avait fait
promettre avec serment aux enfants d’Israël, en leur disant: Dieu se
souviendra de vous, alors vous emporterez d’ici mes os avec vous.) Les
enfants d’Israël partirent donc de Ramessès et vinrent à Sucoth, au
nombre de près de six cent mille hommes de pied, sans les enfants. Ils
furent suivis d’une multitude innombrable de petit peuple, et ils
avaient avec eux une infinité de brebis, de troupeaux, et de bêtes de
toutes sortes. Ils firent cuire la pâte qu’ils avaient emportée
d’Egypte, en gâteaux non levés, car ils ne l’avaient point fait lever,
parce que, chassés par les Egyptiens, ils n’avaient pu se retarder, ni
faire de provisions.

Le séjour que les enfants d’Israël avaient fait en Egypte était de
quatre cent trente ans. La nuit dans laquelle l’Eternel les tira de
l’Egypte, fut consacrée en l’honneur de l’Eternel, et tous les enfants
d’Israël doivent l’observer et l’honorer dans la suite de tous les âges.

                                  ————



                        Passage de la mer Rouge.


L’Eternel parla à Moïse, et lui dit: Dites aux enfants d’Israël, qu’ils
se détournent, et qu’ils campent devant Phihahiroth, qui est entre
Migdal et la mer, vis-à-vis de Baalsephon. Vous camperez vis-à-vis de ce
lieu sur le bord de la mer. Car Pharaon va dire des enfants d’Israël:
Ils sont embarrassés en des lieux étroits, et renfermés par le désert.
Je lui endurcirai le cœur, et il vous poursuivra: je serai glorifié dans
Pharaon et dans toute son armée, et les Egyptiens sauront que je suis
l’Eternel. Les enfants d’Israël firent donc ce que l’Eternel avait
ordonné. Et l’on vint dire au roi des Egyptiens, que le peuple avait
pris la fuite. En même temps le cœur de Pharaon et de ses serviteurs fut
changé à l’égard de ce peuple, et ils dirent: A quoi avons-nous pensé,
de laisser ainsi aller les Israélites, pour qu’ils ne nous fussent plus
assujettis? Il fit donc préparer son chariot de guerre, et prit avec lui
tout son peuple. Il emmena aussi six cents chariots choisis, et tout ce
qui se trouva de chariots de guerre dans l’Egypte, avec les chefs de
toute l’armée. L’Eternel endurcit le cœur de Pharaon, roi d’Egypte, et
il se mit à poursuivre les enfants d’Israël; mais ils étaient sortis
sous la conduite d’une main puissante. Les Egyptiens poursuivant donc
les Israélites qui étaient devant, et marchant sur leurs traces, les
trouvèrent dans leur camp sur le bord de la mer. Toute la cavalerie et
les chariots de Pharaon, avec toute son armée, étaient à Phihahiroth,
vis-à-vis de Baalsephon. Lorsque Pharaon était déjà proche, les enfants
d’Israël levant les yeux, et ayant aperçu les Egyptiens derrière eux,
furent saisis d’une grande crainte. Ils crièrent à l’Eternel, et ils
dirent à Moïse: Est-ce parce qu’il n’y a pas de sépulcres en Egypte que
vous nous avez pris pour mourir dans le désert? Que nous avez-vous fait
en nous faisant sortir de l’Egypte? N’est-ce pas ce que nous vous avons
dit en Egypte: Laissez-nous, nous voulons servir l’Egypte; car il vaut
mieux pour nous servir l’Egypte que de mourir dans le désert. Moïse dit
au peuple: Ne craignez rien, restez tranquilles, et voyez le secours que
l’Eternel vous donnera aujourd’hui; car tels que vous avez vu les
Egyptiens aujourd’hui, vous ne les verrez plus jamais. L’Eternel
combattra pour vous, et vous, taisez-vous! Et Moïse implora Dieu, le
pria de l’assister dans cette détresse. L’Eternel lui dit: Pourquoi
criez-vous vers moi? parlez aux enfants d’Israël; qu’ils marchent. Et
vous, élevez votre verge, et étendez votre main sur la mer, fendez-la,
et que les enfants d’Israël marchent à sec au milieu de la mer. Les
Egyptiens vous poursuivront, et je serai glorifié dans Pharaon et dans
toute son armée, dans ses chariots et dans sa cavalerie. Toute la nuit
se passa sans que les deux armées s’approchassent. Moïse étendit sa main
sur la mer; l’Eternel poussa la mer toute la nuit par un violent vent de
l’orient, et il mit la mer à sec; ainsi les eaux furent séparées. Les
enfants d’Israël marchèrent à sec au milieu de la mer, ayant l’eau à
droite et à gauche, qui leur servait comme de mur. Et les Egyptiens
marchant après eux, se mirent à les poursuivre au milieu de la mer avec
toute la cavalerie de Pharaon, ses chariots et ses chevaux. Mais lorsque
la _veille du matin_ fut venue, l’Eternel jeta un regard sur le camp des
Egyptiens à travers une colonne de feu et de nuées et mit en désordre le
camp des Egyptiens; il renversa les roues des chariots, et ils furent
entraînés dans le fond de la mer. Alors les Egyptiens s’entre-dirent:
Fuyons les Israélites, parce que l’Eternel combat pour eux contre nous.
En même temps l’Eternel dit à Moïse: Etendez votre main sur la mer, afin
que les eaux retournent sur les Egyptiens, sur leurs chariots et sur
leur cavalerie. Moïse étendit donc la main sur la mer; et aussitôt la
mer reprit la place qu’elle avait auparavant. Ainsi lorsque les
Egyptiens s’enfuyaient, les eaux vinrent au-devant d’eux, les
couvrirent, et il n’en échappa pas un seul. Mais les enfants d’Israël
passèrent à sec au milieu de la mer, ayant les eaux à droite et à
gauche, qui leur tenaient lieu de mur. En ce jour-là l’Eternel délivra
Israël de la main des Egyptiens. Et ils virent les corps morts des
Egyptiens sur le bord de la mer, et les effets de la main puissante qui
s’était appesantie sur eux. Alors le peuple craignit l’Eternel, il crut
à l’Eternel, et à Moïse son serviteur. Moïse alors et les enfants
d’Israël chantèrent un cantique à l’Eternel. Miriame (Marie) la
prophétesse, sœur de Moïse et d’Aaron prit en main le tambour, et toutes
les femmes la suivirent avec des tambourins en formant des danses et des
chœurs de musique; elles mêlaient leur voix au chant de victoire:
«Chantez des hymnes à l’Eternel, parce qu’il a signalé sa grandeur et sa
gloire!»

                                  ————



     Voyage vers le mont Sinaï. Murmures des Israélites. La manne.


Après donc que Moïse eût fait sortir les Israélites de la mer Rouge, ils
entrèrent dans le désert de Sur; et ayant marché trois jours dans la
solitude, ils ne trouvaient point d’eau. Ils arrivèrent à Mara, et ils
ne pouvaient boire des eaux de Mara, parce qu’elles étaient amères.
C’est pourquoi on lui donna un nom qui lui était propre, en l’appelant
Mara, c’est-à-dire, amertume. Alors le peuple murmura contre Moïse, en
disant: Que boirons-nous? Mais Moïse pria Dieu, qui lui montra un
certain bois qu’il jeta dans les eaux; et les eaux, d’amères qu’elles
étaient, devinrent douces. Dieu leur donna en ces lieux des préceptes et
des ordonnances, et il y éprouva son peuple, en disant: Si vous écoutez
la voix de l’Eternel, votre Dieu, et que vous fassiez ce qui est juste
devant ses yeux, si vous obéissez à ses commandements, si vous gardez
tous ses préceptes, je ne vous frapperai point de toutes les langueurs
dont j’ai frappé l’Egypte: parce que je suis l’Eternel qui vous guéris.
Les enfants d’Israël vinrent ensuite à Elim, où il y avait douze
fontaines et soixante et dix palmiers; et ils campèrent auprès des eaux.
Etant partis d’Elim, ils vinrent au désert de Sin, qui est entre Elim et
Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis leur sortie d’Egypte. Et
les enfants d’Israël étant dans ce désert, murmurèrent tous contre Moïse
et Aaron, en leur disant: Plût à Dieu que nous fussions morts dans
l’Egypte par la main de l’Eternel, où nous étions assis près de marmites
pleines de viande, et où nous mangions du pain tant que nous voulions!
Pourquoi nous avez-vous amenés dans ce désert, pour y faire mourir de
faim tout le peuple? Alors l’Eternel dit à Moïse: Je vais vous faire
pleuvoir des pains du ciel: que le peuple en aille amasser ce qui lui
suffira pour chaque jour, afin que j’éprouve s’il marche, ou non, dans
ma loi. Qu’ils en ramassent le sixième jour pour le garder chez eux, et
qu’ils en recueillent deux fois autant qu’en un autre jour. Alors Moïse
et Aaron dirent à tous les enfants d’Israël: Vous saurez ce soir que
c’est l’Eternel qui vous a tirés de l’Egypte; et vous verrez demain
matin éclater la gloire de l’Eternel, parce qu’il a entendu vos murmures
contre lui. Car qui sommes-nous nous autres, pour que vous murmuriez
contre nous? Moïse ajouta: L’Eternel vous donnera ce soir de la chair à
manger, et le matin il vous rassasiera de pain; parce qu’il a entendu
les paroles de murmures que vous avez fait éclater contre lui. Car pour
nous, qui sommes-nous? ce n’est point nous que vos murmures attaquent,
c’est l’Eternel. Il vint donc le soir un grand nombre de cailles qui
couvrirent tout le camp, et le matin il se trouva aussi une rosée qui
l’environnait, la surface de la terre en étant couverte; on vit paraître
dans le désert quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui
ressemblait à ces petits grains de gelée blanche, qui pendant l’hiver
tombent sur la terre. Ce que les enfants d’Israël ayant vu, ils se
dirent les uns aux autres: Manhu? c’est-à-dire: Qu’est-ce que cela? Car
ils ne savaient ce que c’était. Moïse leur dit: C’est là le pain que
l’Eternel vous donne à manger. Et voici ce que l’Eternel ordonne: Que
chacun en ramasse ce qu’il lui en faut pour manger; prenez-en un omor
(mesure) pour chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent
dans chaque tente. Moïse leur dit encore: Que personne n’en garde
jusqu’au lendemain matin. Mais ils ne l’écoutèrent point; et
quelques-uns en ayant gardé jusqu’au matin, ce qu’ils avaient réservé se
trouva plein de vers et tout corrompu. Chacun donc en recueillait le
matin autant qu’il lui en fallait pour se nourrir; et lorsque la chaleur
du soleil était venue, elle se fondait. Le sixième jour ils en
recueillirent une fois plus qu’à l’ordinaire, c’est-à-dire, deux omors
pour chaque personne. Or, tous les princes du peuple vinrent en donner
avis à Moïse, qui leur dit: C’est ce que l’Eternel a déclaré: Demain
sera le jour du sabbat, dont le repos est consacré à l’Eternel. Faites
donc aujourd’hui tout ce que vous avez à faire. Faites cuire tout ce que
vous aurez à cuire, et gardez pour demain matin ce que vous aurez
réservé d’aujourd’hui. Et étant fait ce que Moïse avait commandé, la
manne ne se corrompit point, et l’on n’y trouva aucun ver. Moïse leur
dit ensuite: Mangez aujourd’hui ce que vous avez gardé; parce que c’est
le sabbat de l’Éternel, et que vous n’en trouverez point aujourd’hui
dans les champs. Recueillez donc pendant les six jours la manne; car le
septième jour, c’est le sabbat de l’Eternel, c’est pourquoi vous n’en
trouverez point. Le septième jour étant venu, quelques-uns du peuple
allèrent pour recueillir de la manne; ils n’en trouvèrent point. Alors
l’Eternel dit à Moïse: Dites ceci aux enfants d’Israël: Jusqu’à quand
refuserez-vous de garder mes commandements et ma loi? Considérez que
l’Eternel a établi le sabbat parmi vous, et qu’il vous donne pour cela
le sixième jour une double nourriture. Que chacun donc demeure chez soi,
et que nul ne quitte sa place au septième jour. Ainsi le peuple garda le
sabbat au septième jour. Et les enfants d’Israël donnèrent à cette
nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à la graine de coriandre;
elle était blanche, et elle avait le goût qu’aurait la plus pure farine
mêlée avec du miel. Moïse dit encore: Voici ce qu’a ordonné l’Eternel:
Emplissez de manne un omor, et qu’on la garde pour les générations à
venir; afin qu’elles sachent quel a été le pain dont je vous ai nourris
dans le désert, après que vous avez été tirés de l’Egypte. Aaron mit
alors un vase, empli d’un omor de manne, en réserve dans le tabernacle.
Or, les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans,
jusqu’à ce qu’ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. C’est
ainsi qu’ils furent nourris jusqu’à ce qu’ils entrassent sur les
premières terres du pays de Chanaan.

                                  ————



                             Continuation.


Tous les enfants d’Israël étant partis du désert de Sin, campèrent à
Raphidim, où il ne se trouva point d’eau à boire pour le peuple. Alors
ils murmurèrent contre Moïse et lui dirent: Donnez-nous de l’eau pour
boire! Pourquoi nous avez-vous fait sortir de l’Egypte, pour nous faire
mourir de soif, nous et nos enfants, et nos troupeaux? Moïse leur
répondit: Pourquoi murmurez-vous contre moi? pourquoi tentez-vous
l’Eternel? Il pria l’Eternel et lui dit: Que ferai-je à ce peuple? il
s’en faut peu qu’il ne me lapide. L’Eternel dit à Moïse: Marchez devant
le peuple: menez avec vous des anciens d’Israël; prenez en votre main la
verge dont vous avez frappé le fleuve, et allez jusqu’à la pierre
d’Horeb. Je serai avec vous; vous frapperez la pierre, et il en sortira
de l’eau, afin que le peuple ait à boire. Moïse fit devant les anciens
d’Israël ce que l’Eternel lui avait ordonné. Et il appela ce lieu
Massah, c’est-à-dire _tentation_, et Méribah, c’est-à-dire _murmure_, à
cause du murmure des enfants d’Israël, et parce qu’ils tentèrent là
l’Eternel, en disant: L’Eternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il
pas?

C’est en ce lieu qu’Israël fut attaqué avec acharnement par la tribu des
Amalécites et que Josué remporta une victoire signalée. Il fut alors
statué en Israël que l’on regarderait désormais comme ennemi implacable
toute la tribu d’Amalec qui avait violé le droit des gens en attaquant
un peuple sans armes. Il arriva aussi en ce même lieu que Moïse d’après
le conseil de son beau-père Jéthro, choisit d’entre tout le peuple, des
hommes fermes et courageux craignant Dieu, aimant la vérité et ennemis
de l’avarice. Il leur donna la conduite, aux uns de mille hommes, à
d’autres de cent, à ceux-ci de cinquante, aux autres enfin de dix, afin
qu’ils fussent occupés à rendre la justice au peuple en tout temps,
qu’ils jugeassent eux-mêmes les petites affaires et qu’ils ne
réservassent à Moïse que les choses difficiles. Ainsi le fardeau des
affaires qui l’accablait devint plus léger, partagé avec d’autres.

                                  ————



               Révélation de l’Éternel sur le mont Sinaï.


La délivrance miraculeuse du pays d’Egypte ne rendit aux enfants
d’Israël que liberté d’action et indépendance matérielle. Cependant,
Dieu, dans sa toute-bonté, voulut aussi qu’ils recouvrassent liberté
d’esprit, indépendance morale et spirituelle. Le peuple israélite sorti
de l’esclavage devait entrer en possession de la terre promise aux
patriarches; mais aussi devait-il avant tout s’assurer du royaume
céleste prédit à Abraham, afin _que toutes les familles de la terre
fussent bénies en lui_. C’est pourquoi l’Eternel, Dieu, se révéla d’une
manière si merveilleuse aux yeux de tout le peuple, afin que tout Israël
le vît et en fût témoin; que chacun en Israël fût pour ainsi dire
_prêtre à son Dieu_. A cet effet, il arriva que le troisième mois depuis
la sortie de l’Egypte, Moïse se rendit sur le mont Sinaï au pied duquel
les Israélites étaient campés, et que Dieu lui fit entendre ces paroles:
Voici ce que vous direz à la maison de Jacob et ce que vous annoncerez
aux enfants d’Israël: Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait aux
Egyptiens et de quelle manière je vous ai portés comme l’aigle porte ses
aiglons sur ses ailes, et comment je vous ai pris pour être à moi. Si
donc vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez à
moi, par prédilection au-dessus de tous les peuples, car toute la terre
est à moi. Vous serez pour moi un royaume sacerdotal, un peuple saint...
Moïse étant donc venu vers le peuple, fit assembler les anciens et leur
exposa tout ce que l’Eternel lui avait commandé de leur dire. Le peuple
répondit tout d’une voix: Nous ferons tout ce que l’Eternel a dit. Moïse
fut alors chargé de préparer et de sanctifier le peuple pour le
troisième jour. Le troisième jour étant arrivé sur le matin, on commença
à entendre les éclats du tonnerre, et à voir briller les éclairs; une
nuée très-épaisse couvrit la montagne, la trompette se fit entendre avec
un grand bruit, et le peuple qui était dans le camp fut saisi de
frayeur. Alors Moïse le fit sortir du camp pour aller au-devant de
l’apparition divine, et ils demeurèrent au pied de la montagne. Tout le
mont Sinaï était couvert de fumée, la fumée s’en élevait dans les airs
comme d’une fournaise, et toute la montagne en fut fortement ébranlée.
C’est au milieu de ces phénomènes effroyables et majestueux qu’Israël
reçut la révélation des _dix commandements_, qui qui nous indiquent les
devoirs envers Dieu et envers les hommes. Du reste, Moïse, au nom de
l’Éternel, ajouta encore beaucoup d’autres lois et d’autres préceptes
que tout Israélite se regarde comme obligé d’observer tant dans la vie
morale que dans la vie religieuse⁷.

    ⁷ _La fête de la législation ou la Pentecôte._—En mémoire de ce
      grand évènement, il est d’usage en Israël de célébrer le sixième
      et le septième jour du troisième mois (Siwan) par des fêtes
      solennelles. Ces fêtes s’appellent encore celles des semaines
      (Schebouoth) par rapport aux temps où le peuple israélite
      représentait encore une nation et habitait le pays de ses pères.
      Alors à la fin de la récolte du froment, qui avait lieu pendant
      les sept semaines de Pâque à Pentecôte, les prémices des blés
      étaient apportées le cinquantième jour, au temple à Jérusalem, et
      une fête de moisson était célébrée en l’honneur de l’Éternel.

                                  ————



                             Le veau d’or.


Les dix commandements étant promulgués, Moïse remonta le mont Sinaï pour
recevoir les autres lois; il y resta quarante jours et quarante nuits.
Le peuple voyant que Moïse différait longtemps à descendre de la
montagne et croyant qu’il était mort, s’assembla en s’élevant contre
Aaron et lui dit: Venez et faites-nous des dieux qui marchent devant
nous; car pour ce qui est de Moïse, cet homme qui nous a tirés de
l’Egypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Aaron leur répondit:
Otez les pendants d’oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles
et apportez-les-moi. Le peuple fit ce qu’Aaron lui avait commandé, et
lui apporta les pendants d’oreilles. Aaron les ayant pris, les jeta au
feu et en forma un veau d’or. Alors les Israélites dirent: Voici vos
dieux, ô Israël, qui vous ont tirés de l’Egypte. Ce qu’Aaron ayant vu,
il dressa un autel devant le veau, et cria: Demain sera la fête
solennelle de l’Eternel. S’étant levés matin, ils offrirent des
holocaustes et des sacrifices. Tout le peuple s’assit pour manger et
pour boire, et se leva ensuite pour se divertir. Pendant ces pratiques
criminelles, Moïse descendit de la montagne, portant en sa main les deux
tables du témoignage. Les dix commandements étaient gravés sur ces
tables. S’étant approché du camp, il vit le veau d’or et les danses;
alors saisi d’indignation, il brisa les tables de la loi au pied de la
montagne; et après avoir prié l’Eternel d’avoir pitié de son peuple et
de lui pardonner cette grande aberration, il prit le veau d’or qu’ils
avaient fait, le mit dans le feu, le réduisit en poudre et punit
très-sévèrement les coupables. Ensuite Moïse se rendit de nouveau sur le
mont Sinaï où, d’après l’ordre de Dieu il fit de nouvelles tables de
pierre semblables aux premières qu’il avait brisées, et il y grava de
nouveau les mêmes lois.

                                  ————



           Le séjour du peuple israélite près du mont Sinaï.


Le peuple israélite ne demeura qu’une année environ près du mont Sinaï.
Moïse, cependant, fit beaucoup en ce peu de temps. Il y régla bien des
choses, au nom de l’Eternel, et différentes lois et ordonnances y furent
proclamées, telles que: les lois touchant les esclaves, la propriété,
l’homicide et les sévices; les lois concernant le larcin, les dommages,
la subornation et l’idolâtrie; les défenses d’opprimer l’étranger; la
charité envers le pauvre; les lois concernant les dîmes et les prémices;
les devoirs des juges; le repos de la septième année; les lois sur les
sacrifices et les prêtres, etc., et enfin les ordonnances touchant la
construction d’un _tabernacle_, les lois pour le _sabbat_ et pour
_toutes les fêtes_.

                                  ————



                             Le tabernacle.


Moïse pour la construction du tabernacle demanda au nom de l’Eternel, le
concours de tous ceux qui voulaient y contribuer de leur pleine volonté.
Tout le monde vint alors, les hommes avec leurs femmes donnèrent leurs
chaînes, leurs pendants d’oreilles, leurs bagues et leurs bracelets;
tous les vases d’or furent mis à part pour être présentés à l’Eternel.
On apporta des bois rares, de belles étoffes et des pierres précieuses.
Moïse fit alors venir Bezaléel et Oholiab et tous les hommes habiles à
qui Dieu avait donné la sagesse et l’intelligence pour faire tout ce qui
concernait le sanctuaire. Moïse leur mit entre les mains toutes les
oblations des enfants d’Israël. Et pendant qu’ils s’appliquaient à
avancer cet ouvrage, le peuple offrait tous les jours de nouveaux dons.
C’est pourquoi les ouvriers furent obligés de dire à Moïse: Le peuple
offre plus de dons qu’il n’est nécessaire. Moïse commanda donc qu’on fît
cette déclaration publiquement par la voix d’un héraut: Que nul homme et
nulle femme n’offrît plus rien à l’avenir pour les ouvrages du
sanctuaire. Ainsi l’on cessa d’offrir des présents à Dieu. Et lorsque
tous les ouvrages furent achevés, Moïse les consacra et les bénit⁸.

    ⁸ Le tabernacle était destiné à des assemblées religieuses jusqu’au
      temps où il y aurait un temple dans un lieu déterminé à cet effet.
      Il était construit en tente portative de la forme d’un carré
      oblong, ayant trente coudées de longueur et dix de largeur. Le
      tout était divisé en deux parties: _le saint_, accessible
      seulement aux prêtres; _le saint des saints_, où le pontife seul
      pouvait pénétrer le jour des expiations, le dixième du septième
      mois (Tischri). Le tabernacle était entouré d’une enceinte qui
      avait cent coudées de longueur et cinquante de largeur, destiné à
      tout le peuple. C’est là qu’étaient placés l’autel des holocaustes
      et le bassin pour les prêtres. Dans _le saint_ du côté du
      septentrion se trouvaient la table avec le pain de proposition et
      différents vases; du côté du midi le chandelier d’or avec ses
      lampes; et au milieu l’autel des parfums. L’arche d’alliance se
      trouvait placée dans _le saint des saints_. Ce n’est que devant le
      tabernacle qu’il était permis de sacrifier.

                                  ————



                        Le sabbat et les fêtes.


Moïse indiqua les solennités de l’Eternel aux enfants d’Israël, en
disant:

_Sabbat._ Vous travaillerez pendant six jours: le septième jour
s’appellera saint, parce que c’est le repos du sabbat. Vous ne ferez ce
jour-là aucun ouvrage; car c’est le _sabbat_ de l’Eternel, qui doit être
observé partout où vous demeurerez.

_Pâque._ Au premier mois (Nisan), le soir du quatorzième jour, c’est la
pâque de l’Eternel, et le quinzième jour du même mois, c’est la fête
solennelle des azymes de l’Eternel. Vous mangerez des pains sans levain
pendant sept jours. Le premier jour il y aura une convocation sainte
pour vous, vous ne ferez aucune œuvre servile; le septième jour sera
aussi une convocation sainte; vous ne ferez aucune œuvre servile. Moïse
dit encore aux enfants d’Israël: Lorsque vous serez entrés dans la terre
que Dieu vous donnera, et que vous aurez coupé les grains, vous porterez
au prêtre une gerbe d’épis (un omer), comme prémices de votre moisson:
et le lendemain de ce sabbat, qui est la pâque⁹, le prêtre élèvera
devant l’Éternel cette gerbe, et il la consacrera à l’Eternel, afin que
l’Eternel vous soit favorable en la recevant. Vous ne mangerez ni pain
ni bouillie, ni farine desséchée des grains nouveaux, jusqu’au jour où
vous en offrirez les prémices à votre Dieu. Vous compterez donc depuis
le second jour du sabbat, auquel vous avez offert la gerbe des prémices
(l’omer), sept semaines pleines jusqu’au jour d’après que la septième
semaine sera accomplie, c’est-à-dire, cinquante jours: et alors vous
offrirez à l’Eternel pour un sacrifice nouveau.

    ⁹ C’est le seizième du mois de Nisan, le deuxième jour de la Pâque.

_Fête des semaines, ou Pentecôte_¹⁰. Vous vous assemblerez en ce même
jour (la fête); ce sera pour vous une convocation sainte; vous ne ferez
aucun ouvrage servile. Cette ordonnance sera observée éternellement dans
tous les lieux où vous demeurerez, et dans toute votre postérité. Quand
vous moissonnerez la moisson de votre pays, vous laisserez inachevé le
bout de votre champ en moissonnant: et vous ne ramasserez point les épis
qui seront restés, mais les laisserez pour les pauvres et les étrangers.

   ¹⁰ Voyez plus haut: fête de la législation.

_Nouvel an._ Moïse parla encore aux enfants d’Israël, au nom de
l’Eternel: Au septième mois (Tischri), le premier du mois sera pour vous
un sabbat, un souvenir de jubilation, une convocation sainte, vous ne
ferez aucun ouvrage servile¹¹.

   ¹¹ Cette fête est appelée celle du nouvel an parce que d’après l’ère
      ordinaire, qui commence par la création, le mois de Tischri est le
      premier de l’année. C’est par cette même raison que ce mois est
      quelquefois appelé _le mois des anciens_, c’est-à-dire, le premier
      mois de ceux qui ont vécu avant Moïse. Les deux premiers jours de
      ce mois sont célébrés d’une manière très-solennelle; beaucoup de
      prières ont lieu dans la synagogue et des hymnes sacrées y sont
      chantées. Cette fête se distingue encore de toute autre par le
      _Schofar_ (trompette) qui est sonné dans la synagogue. La
      signification de cet usage est: 1º hommage de fidélité au Créateur
      notre Dieu dont nous reconnaissons le règne éternel, et auquel
      nous promettons notre soumission, par une marque de joie (selon
      Ps. 98, 6); 2º _rappel de la révélation divine_ sur le mont Sinaï,
      où le son du Schofar se fit également entendre et où nos pères
      firent cette promesse: «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le
      ferons» (II livre de Moïse 19); 3º _exhortation à la repentance et
      à l’amendement_, selon l’expression du prophète (Amos 3, 6).

_Jour d’expiation (Jom Kipour)._ Toutefois le dixième jour de ce
septième mois est un jour d’expiation; ce sera pour vous une convocation
sainte; vous vous mortifierez, vous ne ferez aucun ouvrage en ce même
jour-là, car c’est un jour d’expiation pour attirer sur vous la clémence
de l’Eternel votre Dieu. Car toute personne qui n’aurait pas été
mortifiée en ce même jour-là, sera retranchée de ses tribus, et toute
personne qui ferait un ouvrage quelconque en ce même jour-là Dieu la
fera périr du milieu de son peuple. Vous ne ferez aucun ouvrage en ce
jour-là; et cette ordonnance sera éternellement observée dans toute
votre postérité, et dans tous les lieux où vous demeurerez. Ce jour-là
vous sera un repos de sabbat. Vous vous mortifierez le neuvième du même
mois vers le soir; du soir au soir, vous célébrerez votre sabbat
(fête)¹².

   ¹² Ce jour est célébré dans tout Israël comme le jour le plus saint
      de toute l’année. Il est entièrement consacré à la dévotion et à
      l’amendement. L’indulgence divine et sa miséricorde sont annoncées
      à tous ceux qui, en ce jour, reconnaissent d’un cœur repentant
      leurs péchés devant Dieu, lui promettent amendement sincère,
      renoncent à tout sentiment de haine envers le prochain et tâchent
      de réparer les injustices exercées à son égard. (Voyez Isaïe, 58,
      qui est lu en ce jour dans la synagogue.) Le but de cette fête
      solennelle est donc: réconciliation de l’homme avec Dieu, et
      réconciliation de l’homme avec l’homme.

_Fête des tabernacles._ Moïse parla encore au nom de l’Eternel, en
disant: Le quinzième jour de ce septième mois, fête des tentes¹³, sept
jours à l’Eternel. Le premier jour est une convocation sainte, vous ne
ferez aucun ouvrage servile; le huitième jour (Schemini-azereth) sera
aussi pour vous un jour sanctifié, vous ne ferez aucun ouvrage servile.
(Cette fête devait être en même temps, pour la Palestine, une _fête de
récolte_.) Le quinzième jour du septième mois, continue Moïse, quand
vous récolterez les produits de la terre, vous célébrerez la fête de
l’Eternel pendant sept jours; le premier jour, repos, et le huitième
jour, repos. Vous prendrez, le premier jour, le fruit de l’arbre hadar,
les spathes des dattiers, une branche de l’arbre aboth et des saules de
rivière¹⁴, et vous vous réjouirez pendant sept jours devant l’Eternel
votre Dieu. Vous célébrerez la fête de l’Eternel pendant sept jours;
c’est une loi qui sera transmise à vos générations; vous la célébrerez
dans le septième mois, et alors vous demeurerez dans des tentes pendant
sept jours. Que chaque indigène, en Israël, demeure sous des tentes,
afin que vos générations sachent que j’ai fait demeurer les enfants
d’Israël dans des tentes lorsque je les fis sortir de l’Egypte, moi
l’Eternel, votre Dieu.

   ¹³ Les pratiques de cette fête ont pour but principal de nous
      rappeler l’obligation de ne pas trop nous attacher aux biens de la
      terre, fragiles et inconstants qu’ils sont; mais de mettre toute
      notre confiance en Dieu notre protecteur. L’Israélite doit, pour
      ainsi dire, quitter sa maison remplie alors de tous les fruits de
      la récolte; il doit prendre pour demeure une chétive cabane, pour
      déclarer par cet acte qu’il est pénétré de reconnaissance envers
      son bienfaiteur céleste et qu’il est prêt, si Dieu l’exige, à
      abandonner tout ce qu’il possède sur la terre, en se souvenant de
      ces jours où nos pères ont tous demeuré dans des tentes, comblés
      des bienfaits de Dieu. «Vous vous souviendrez de tout le chemin
      par où l’Éternel votre Dieu vous a conduits dans le désert pendant
      quarante ans; il vous a donné pour nourriture la manne qui était
      inconnue à vous et à vos pères, pour vous faire voir que l’homme
      ne vit pas _seulement de pain_, mais de toute parole qui sort de
      la bouche de Dieu.» (5. M. chap. 8.)

   ¹⁴ Quelques-uns de nos sages voient dans les quatre différents
      fruits, le symbole de la concorde et de la bonne intelligence.
      Selon d’autres ces sortes de fruits sont des symboles pour nous
      indiquer les principaux membres du corps humain: le cœur, l’épine
      du dos avec les côtes, les yeux et les lèvres qui tous doivent
      célébrer la gloire de Dieu.

      Le neuvième et dernier jour de cette fête est appelé
      _Simchath-torah_, c’est-à-dire la joie de la loi, parce qu’on
      finit annuellement, en ce jour, la lecture du Pentateuque.

                                  ————



    Départ de Sinaï et marche jusqu’aux confins de la terre promise.


Le vingtième jour du second mois de la seconde année après la sortie de
l’Egypte, les enfants d’Israël partirent du désert de Sinaï, arrivèrent
en un lieu appelé _Tabera_, c’est-à-dire incendie, à cause d’une maladie
inflammatoire qui éclata au milieu du peuple, comme une juste punition
de Dieu, parce qu’ils avaient murmuré contre l’Eternel. C’est aussi en
ce lieu que le menu peuple qui était venu de l’Egypte avec les
Israélites, désirant manger de la _chair_, s’assit en pleurant, et que
les enfants d’Israël s’étant joints à eux, ils commencèrent à dire: Qui
nous donnera de la chair à manger? Nous nous souvenons des poissons que
nous mangions en Egypte, presque pour rien: les concombres, les melons,
les poireaux, les oignons et l’ail nous reviennent dans l’esprit. Notre
vie est languissante; nous ne voyons que manne sous nos yeux. Un vent
excité alors par le Tout-Puissant, poussa des nuées de cailles d’au delà
de la mer Rouge, et les fit tomber dans le camp et autour du camp. Le
peuple se levant donc ramassa durant tout ce jour, la nuit suivante et
le lendemain, une si grande quantité de cailles, que ceux qui en avaient
le moins, en avaient dix mesures. Ils avaient encore la chair entre les
dents, et ils n’avaient pas achevé de manger cette viande, qu’une
maladie affreuse se répandit parmi le peuple et en dévora un très-grand
nombre. C’est pourquoi ce lieu fut appelé _Kibroth-hattavah_,
c’est-à-dire les Sépulcres de concupiscence, parce qu’ils y ensevelirent
le peuple qui avait désiré de la chair.

Etant sortis des Sépulcres de la concupiscence, ils vinrent à Haseroth
et de là dans le désert de Pharan, situé entre Sinaï, la Palestine et le
pays d’Edom. De ce lieu Moïse envoya, au nom de l’Eternel, douze hommes
pour examiner le pays de Chanaan et il leur dit: Montez du côté du midi;
et lorsque vous serez arrivés aux montagnes, considérez quelle est cette
terre, et quel est le peuple qui l’habite; s’il est fort ou faible; s’il
y a peu ou beaucoup d’habitants. Considérez aussi quelle est la terre,
si elle est bonne ou mauvaise; quelles sont les villes, si elles ont des
murs ou si elles n’en ont point; si le terroir est gras ou stérile; s’il
est planté de bois ou s’il est sans arbres. Soyez fermes et résolus, et
apportez-nous des fruits de la terre. Ces hommes étant donc partis,
considérèrent le pays de Chanaan et revinrent quarante jours après. En
faisant leur rapport, ces envoyés (Josué et Caleb exceptés) excitèrent
le peuple à la révolte contre Moïse, en disant: Nous ne pouvons point
aller combattre ce peuple chananéen, parce qu’il est plus fort que nous.
Et ils décrièrent devant les enfants d’Israël le pays qu’ils avaient vu.
Tout le peuple se mit donc à crier, et pleura toute la nuit, et tous les
enfants d’Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, en disant: Plût à
Dieu que nous fussions morts dans l’Egypte! et puissions-nous périr dans
cette vaste solitude, plutôt que l’Eternel nous fasse entrer dans ce
pays! de peur que nous ne mourions par l’épée, et que nos femmes et nos
enfants ne soient emmenés captifs. Ne vaut-il pas mieux que nous
retournions en Egypte? Ils commencèrent donc à dire les uns aux autres:
Etablissons-nous un chef, et retournons en Egypte. Moïse et Aaron
rapportèrent alors, au nom de l’Eternel, ces paroles au peuple d’Israël:
Je jure par moi-même, dit l’Eternel, que je vous traiterai selon le
souhait que je vous ai entendu faire. Vos corps seront étendus morts
dans ce désert. Vous tous qui avez été comptés depuis l’âge de vingt ans
et au-dessus, et qui avez murmuré contre moi, vous n’entrerez point dans
cette terre dans laquelle j’avais juré que je vous ferais habiter,
excepté Caleb fils de Jophoné, et Josué fils de Nun. Mais j’y ferai
entrer vos petits-enfants, dont vous avez dit qu’ils seraient la proie
de vos ennemis, afin qu’ils voient cette terre qui vous a déplu. Vos
enfants seront errants dans ce désert pendant quarante ans, selon le
nombre de quarante jours

pendant lesquels vous avez considéré cette terre, en comptant une année
pour chaque jour. Vous recevrez donc pendant quarante ans la peine de
vos iniquités.

Pendant ces trente-huit ans qui restaient encore à passer dans le
désert, il n’arriva que peu d’événements remarquables. La révolte de
Coré (Corach) fut punie par l’Eternel d’une manière tout à fait
inattendue: la terre s’entr’ouvrit, et les méchants furent engloutis.
Arrivé dans le désert de Sin, le peuple manquant d’eau s’assembla de
nouveau autour de Moïse et d’Aaron et se révolta. Dieu leur fit alors
sortir de l’eau d’un rocher, en sorte que le peuple eut à boire. C’est à
cette occasion que Moïse et Aaron, n’ayant pas suivi exactement la
volonté de l’Eternel, furent punis, eux aussi, comme les autres:
l’entrée dans la terre promise leur fut interdite, et la mort prête à
les frapper tous les deux, leur fut annoncée. A la quarantième année
après la sortie d’Egypte, le peuple d’Israël demeura à Cades où Marie
(Miriam) la sœur de Moïse et d’Aaron vint à mourir. Le roi des Iduméens
refusant de laisser passer Israël par son pays, Moïse se tourna vers
l’Est pour pénétrer dans le pays de Chanaan par la rive gauche du
Jourdain, au delà de la mer Morte. Ayant décampé de Cades, les
Israélites vinrent à la montagne de Hor, située sur les confins du pays
d’Edom. Aaron y vint à mourir et fut remplacé dans le pontificat par
_Éléazar_ son fils. Moïse forcé de faire la guerre à _Sihan_, roi des
Amorrhéens, de même qu’à _Og_, roi de Basan, les vainquit tous les deux,
et donna leur pays aux enfants de Ruben et de Gad et à la moitié de la
tribu de Manassé qui le sollicitèrent pour y laisser leurs troupeaux.
_Balac_, roi de Moab, effrayé de l’approche de ce peuple, fit venir un
mage, nommé _Bileam_, pour maudire les Israélites. Voyant que la
malédiction prononcée contre eux ne s’accomplissait point, Bileam
conseilla aux filles de Moab et de Midian de séduire Israël en
l’appelant à leurs sacrifices (dans l’intention peut-être d’obtenir une
alliance) et de l’engager à se consacrer au culte de Baal-Peor.
Effectivement elles réussirent dans leur dessein: le peuple succomba à
leur séduction, et sacrifia au Baal-Peor (idole moabite dont le culte
consistait en actions immorales et impudiques). Moïse fit alors punir
les coupables, et _Phinéas_, fils d’Eléazar, à la tête de douze mille
hommes, marcha contre ces peuples idolâtres et les vainquit.

                                  ————



                             Mort de Moïse.


Moïse parvenu à l’âge de cent vingt ans, sentant approcher l’heure de sa
mort, prit les mesures nécessaires au bien de son peuple: il choisit, au
nom de l’Eternel, Josué, fils de Nun, pour son successeur, lui remit
devant tout Israël le commandement sur le peuple et lui dit: Soyez ferme
et courageux; car c’est vous qui ferez entrer ce peuple dans le pays que
l’Eternel a promis à ses pères, c’est vous aussi qui le partagerez au
sort entre les tribus. L’Eternel sera avec vous, ne craignez point et ne
vous laissez point intimider. Moïse écrivit donc la loi et la donna aux
prêtres, enfants de Lévi, qui portaient l’arche de l’alliance, et à tous
les anciens d’Israël. Il leur donna cet ordre: Tous les sept ans,
lorsque l’année de la remise sera venue, et au temps de la fête des
tabernacles, quand tous les enfants d’Israël s’assembleront pour
paraître devant l’Eternel votre Dieu, au lieu que l’Eternel aura choisi,
vous lirez les paroles de cette loi devant tout Israël attentif. Tout le
peuple sera assemblé, tant les hommes que les femmes, les petits enfants
et les étrangers qui se trouveront dans vos villes, afin qu’en écoutant
la loi ils l’apprennent; qu’ils craignent l’Eternel votre Dieu; qu’ils
observent et accomplissent toutes les ordonnances de cette loi; et que
leurs enfants mêmes qui n’en ont encore aucune connaissance, puissent
les entendre, et craignent l’Eternel leur Dieu, pendant tout le temps
qu’ils demeureront dans la terre que vous aller posséder au delà du
Jourdain. Après avoir exhorté pour la dernière fois son peuple à l’amour
de la vertu, à la crainte de Dieu et à la fidélité de son alliance,
Moïse bénit tous les enfants d’Israël selon leurs tribus, et termina par
ces paroles si expressives: Tu es heureux, ô Israël; qui est semblable à
toi, ô peuple, qui trouves ton salut dans l’Eternel, l’Eternel qui te
sert de bouclier pour te défendre et d’épée pour te procurer une
glorieuse victoire!... Moïse monta ensuite sur la montagne de _Nebo_, et
du haut de cette montagne il jeta un dernier regard sur le pays promis à
son peuple et mourut dans le pays de Moab selon l’ordre de l’Eternel.
Nul homme jusqu’aujourd’hui n’a connu le lieu où il a été enseveli. Sa
vue ne baissa point et ses forces ne furent point affaiblies jusqu’au
dernier moment de sa vie. Les enfants d’Israël le pleurèrent dans la
plaine de Moab pendant trente jours. Il ne s’éleva plus dans Israël de
prophète semblable à qui l’Eternel se révélât d’une manière si
merveilleuse; ni qui ait fait des miracles et des prodiges comme ceux
que l’Eternel fit faire par Moïse en Egypte aux yeux de Pharaon, de ses
serviteurs et de tout son royaume; ni qui ait agi avec un bras si
puissant, et qui ait fait des œuvres aussi grandes et aussi
merveilleuses que celles que Moïse a faites devant tout Israël.



                              CHAPITRE IV.


              DEPUIS LA CONQUÊTE DE CHANAAN JUSQU’A SAUL.

                              (2489-2882.)

                                  ————



           Entrée du peuple israélite dans la terre promise.


Après la mort de Moïse, Josué fils de Nun, rempli de l’esprit de
sagesse, fut reconnu pour chef, comme Moïse l’avait ordonné. Josué fit
alors ce commandement aux préposés du peuple, et leur dit: Passez par le
milieu du camp, et donnez cet ordre au peuple, et dites-leur: Faites
provision de vivres; car dans trois jours vous passerez le Jourdain, et
vous irez prendre possession de la terre que l’Eternel votre Dieu doit
vous donner. Il dit aussi à ceux de la tribu de Ruben, à ceux de la
tribu de Gad, et à la demi-tribu de Manassé: Souvenez-vous de ce que
vous a ordonné Moïse. (Moïse en leur donnant le pays de _Sihon_ et
d’_Og_ les avait engagés formellement à ne pas quitter les autres
tribus, mais à les secourir pour la conquête du pays de Chanaan.) Ils
lui répondirent: Nous ferons tout ce que vous nous ordonnerez, et nous
irons partout où vous nous enverrez. Comme nous avons obéi à Moïse en
toutes choses, nous vous obéirons aussi. Seulement que l’Eternel votre
Dieu soit avec vous, comme il a été avec Moïse. Que celui qui contredira
les paroles qui sortiront de votre bouche, et qui n’obéira pas à tout ce
que vous lui ordonnerez, soit puni de mort. Soyez ferme seulement, et
agissez avec un grand courage.

Josué envoya donc secrètement de Schitim deux espions: il leur dit:
Allez et examinez bien le pays et particulièrement la ville de Jéricho.
Ils partirent aussitôt, examinèrent le pays comme Josué le leur avait
ordonné et revinrent en faisant le rapport demandé. Josué, s’étant donc
levé avant le jour, décampa; et étant sorti de Schitim, lui et tous les
enfants d’Israël, ils vinrent jusqu’au Jourdain, où ils demeurèrent
trois jours. Ce temps expiré, les hérauts passèrent par le milieu du
camp, et commencèrent à crier: Quand vous verrez l’arche de l’alliance,
les prêtres et les lévites qui la porteront, levez-vous aussi vous
autres, et marchez après eux; et qu’il y ait entre vous et l’arche un
espace de deux mille coudées, afin que vous puissiez la voir de loin, et
connaître le chemin par où vous irez; parce que vous n’y avez jamais
passé; et prenez garde de ne vous point approcher de l’arche. Josué dit
aussi au peuple: Sanctifiez-vous; car l’Eternel fera demain des choses
merveilleuses parmi vous. Et il dit aux prêtres: Prenez l’arche de
l’alliance, et marchez devant le peuple. Ils firent ce qu’il leur avait
commandé; et ayant pris l’arche, ils marchèrent devant le peuple. Et
Josué dit encore au peuple: Vous reconnaîtrez à ceci que l’Eternel, le
Dieu vivant, est au milieu de vous, et qu’il expulsera à vos yeux les
Chananéens et les autres habitants idolâtres de ce pays. L’arche de
l’alliance du Seigneur de toute la terre marchera devant vous au travers
du Jourdain. Tenez prêts douze hommes des douze tribus d’Israël, un de
chaque tribu. Et lorsque les prêtres qui portent l’arche auront mis les
pieds dans les eaux du Jourdain, les eaux d’en bas s’écouleront et
laisseront le fleuve à sec; mais celles qui viennent d’en haut
s’arrêteront et demeureront suspendues. Le peuple sortit donc de ses
tentes pour passer le Jourdain; et les prêtres qui portaient l’arche de
l’alliance marchaient devant lui. Et aussitôt que ces prêtres furent
entrés dans le Jourdain, et que l’eau commença à mouiller leurs pieds
(c’était au temps de la moisson, où le Jourdain regorgeait par-dessus
ses bords), les eaux qui venaient d’en haut s’arrêtèrent en un même
lieu; et s’élevant comme une montagne, elles paraissaient de bien loin,
depuis la ville qui s’appelle Adom jusqu’au lieu appelé Sarthan; mais
les eaux d’en bas s’écoulèrent dans la mer du désert, qui est appelée
maintenant la mer Morte, jusqu’à ce qu’il n’en restât point du tout.
Cependant le peuple marchait vis-à-vis de Jéricho, et les prêtres qui
portaient l’arche de l’alliance, se tenaient toujours au même état sur
la terre sèche au milieu du Jourdain, et tout le peuple passait au
travers du canal qui était à sec. Josué dit alors aux douze hommes
choisis par les douze tribus: Allez devant l’arche au milieu du
Jourdain, et que chacun de vous emporte de là une pierre, selon le
nombre des tribus des enfants d’Israël; afin qu’elles servent de signe
et de monument parmi vous; et à l’avenir quand vos enfants vous
demanderont: Que veulent dire ces pierres? vous leur répondrez: Les eaux
du Jourdain se sont séparées devant l’arche de l’alliance, lorsqu’elle
passait au travers de ce fleuve. C’est pourquoi ces pierres ont été
mises en ce lieu, pour servir aux enfants d’Israël de monument éternel.
Le peuple fit donc ce que Josué avait ordonné. Ils prirent du milieu du
lit du Jourdain douze pierres; et les portant jusqu’au lieu où ils
campèrent, ils les y posèrent. Josué mit aussi douze autres pierres au
milieu du lit du Jourdain, où les prêtres qui portaient l’arche
s’étaient arrêtés, et elles y sont demeurées jusqu’aujourd’hui. Or le
peuple sortit du Jourdain le dixième jour du premier mois (Nisan), et
ils campèrent à Gilgal vers le côté de l’orient de la ville de Jéricho.
Josué posa aussi à Gilgal les douze pierres qui avaient été prises du
fond du Jourdain. Les enfants d’Israël demeurant à Gilgal y firent la
Pâque le quatorzième jour du mois sur le soir, dans la plaine de
Jéricho. Le lendemain ils mangèrent les fruits de la terre et des pains
sans levain. Et après qu’ils eurent mangé des fruits de la terre, la
manne cessa, et les enfants d’Israël n’usèrent plus de cette nourriture.

Josué se disposa donc à s’emparer d’une grande partie de la Palestine
méridionale, du centre de ce pays et en outre de quelques parties de la
Palestine septentrionale. Il commença par la conquête de Jéricho, ville
dont il se rendit maître d’une manière tout à fait merveilleuse. Il fit
alors attaquer la ville d’Aï située dans les environs de Beth-El, et fit
alliance avec les Gibaonites. Il vainquit ensuite les cinq rois de
Jérusalem, d’Hébron, de Jarmoth, de Lachis et d’Eglon, qui s’étaient
tous réunis pour faire la guerre aux Gibaonites à cause de leur alliance
avec Israël, et il finit par assujettir les peuples alliés habitant le
nord de la Palestine. Mais alors un des premiers préceptes de la loi de
Moïse fut violé. La loi recommandait d’expulser tous les habitants du
pays pour qu’ils ne pussent engager les Israélites à quitter l’Éternel
et à servir les faux dieux. Cette ordonnance ne fut point suivie, et
beaucoup de Chananéens, peuples idolâtres, restèrent dans le pays et
demeurèrent au milieu des Israélites.—Sept ans après l’entrée des
Israélites en Palestine, le pays conquis fut partagé entre les tribus.
Le partage des terres se fit par le sort, eu égard toutefois au nombre
des personnes de chaque tribu et à la qualité du terrain. Chaque tribu
occupa ce qui lui était échu en partage et s’empara de ce qui restait
encore à conquérir. Quarante-huit villes du pays furent assignées pour
demeure aux Lévites qui n’entrèrent point dans le partage.—Le pays étant
ainsi conquis et divisé, Josué fit venir ceux des tribus de Ruben et de
Gad, et la demi-tribu de Manassé, et il leur dit: Vous avez fait tout ce
que Moïse serviteur de l’Éternel vous avait ordonné: vous m’avez aussi
obéi en toutes choses; et dans un si long temps vous n’avez point
abandonné vos frères jusqu’à ce jour. Puisque l’Eternel votre Dieu a
donné la paix et le repos à vos frères, selon qu’il avait promis,
allez-vous-en, et retournez dans vos tentes et dans le pays qui est à
vous, que Moïse vous a donné au delà du Jourdain. Ayez soin seulement
d’observer exactement et de garder avec soin les commandements et la loi
que Moïse serviteur de l’Eternel vous a prescrite, qui est d’aimer
l’Eternel votre Dieu, de marcher dans toutes ses voies, de vous attacher
à lui, et de le servir de tout votre cœur et de toute votre âme. Josué
les bénit ensuite et les renvoya de Silo (Schilo), endroit où était
depuis lors le siége du sanctuaire, et ils retournèrent à leurs tentes.



            Josué exhorte les Israélites à observer la loi.


Or, longtemps après que l’Eternel eut donné la paix à Israël, et qu’il
lui eut assujetti toutes les nations qui l’environnaient, Josué étant
déjà vieux et fort avancé en âge, fit assembler tout Israël, les
anciens, les chefs et les magistrats, et il leur dit: Je suis vieux, et
mon âge est fort avancé. Vous voyez tout ce que l’Eternel votre Dieu a
fait à toutes les nations qui vous environnent, de quelle sorte il a
lui-même combattu pour vous. Fortifiez-vous donc de plus en plus, et
gardez avec grand soin tout ce qui est écrit dans le livre de la loi de
Moïse, sans vous en détourner ni à droite ni à gauche; de peur que vous
mêlant parmi ces peuples qui demeureront parmi vous, vous ne juriez au
nom de leurs dieux, et que vous ne les serviez, et ne les adoriez. Mais
attachez-vous à l’Eternel votre Dieu, selon que vous l’avez fait jusqu’à
ce jour. Alors un seul d’entre vous poursuivra mille de vos ennemis,
parce que Dieu combattra pour vous, comme il l’a promis. Prenez garde
seulement, et ayez soin sur toutes choses d’aimer l’Eternel votre Dieu.
Si vous voulez vous attacher aux erreurs de ces peuples qui demeurent
parmi vous, et vous mêler avec eux par le lien du mariage, et par une
union d’amitié, sachez dès maintenant que l’Eternel ne les expulsera
point devant vous, mais qu’ils deviendront à votre égard comme un piége
et comme un filet, comme des pointes qui vous perceront les côtés, et
comme des épines dans vos yeux jusqu’à ce qu’il vous enlève et vous
extermine de cette terre excellente qu’il vous a donnée. Pour moi, je
suis aujourd’hui sur le point d’entrer dans la voie de toute la terre;
et vous devez considérer avec une parfaite reconnaissance que tout ce
que l’Eternel avait promis de vous donner, est arrivé sans qu’aucune de
ses paroles soit tombée à terre. Comme donc Dieu a accompli tout ce
qu’il vous avait promis et que tout vous a réussi très-heureusement,
ainsi il fera tomber sur vous tous les maux dont il vous a menacés, si
vous violez l’alliance que l’Eternel a faite avec vous; si vous servez
et adorez des dieux étrangers, vous serez alors promptement enlevés de
cette excellente terre que Dieu vous a donnée.



         Josué fait assembler le peuple pour la dernière fois.


Josué ayant ensuite assemblé toutes les tribus d’Israël à Sichem, fit
venir les anciens, les juges, les magistrats et les préposés du peuple.
Et lorsqu’ils furent tous présentés devant l’Eternel, Josué leur raconta
l’histoire de leurs pères en disant: Vos pères jusqu’à Tharé, père
d’Abraham, ont habité dans les premiers temps au delà du fleuve
d’Euphrate, et ils ont servi des dieux étrangers. Mais l’Eternel tira
Abraham votre père de la Mésopotamie et l’amena au pays de Chanaan. Il
multiplia sa race.—Et Josué continua à leur raconter tout ce qu’ils ont
fait et tout ce qui leur est arrivé jusqu’à ce jour. Maintenant donc,
dit-il, craignez l’Eternel, et servez-le avec un cœur parfait et
sincère. Si vous croyez que ce soit un malheur pour vous de servir
l’Eternel, vous êtes dans la liberté de prendre tel parti que vous
voudrez. Choisissez aujourd’hui ce qu’il vous plaira; et voyez qui vous
devez plutôt adorer, ou les dieux que vos pères ont servis dans la
Mésopotamie, ou les dieux des Amorrhéens au pays desquels vous habitez;
mais pour ce qui est de moi et de ma maison, nous servirons l’Eternel.
Le peuple lui répondit: A Dieu ne plaise que nous abandonnions l’Eternel
et que nous servions les dieux étrangers. C’est l’Eternel notre Dieu qui
nous a tirés, lui-même, nous et nos pères du pays d’Egypte, de la maison
de servitude; qui a fait de très-grands prodiges devant nos yeux, qui
nous a gardés dans tout le chemin par où nous avons marché, et parmi
tous les peuples par où nous avons passé. C’est lui qui a chassé toutes
ces nations, et les Amorrhéens qui habitaient le pays où nous sommes
entrés. Nous servirons donc l’Eternel, parce que c’est lui-même qui est
notre Dieu. Josué répondit alors au peuple: Vous êtes témoins que vous
avez choisi vous-mêmes l’Eternel pour le servir. Ils lui répondirent:
Nous en sommes témoins. Josué fit donc alliance de la part de l’Eternel
en ce jour-là avec le peuple, et il lui présenta les préceptes et les
ordonnances de l’Eternel _à Sichem_¹⁵. Il écrivit aussi toutes ces
choses dans le livre de la loi de l’Eternel, et il prit une très-grande
pierre qu’il mit sous un chêne placé dans le sanctuaire de l’Eternel, et
il dit à tout le peuple: Cette pierre que vous voyez vous servira de
monument et de témoignage qu’elle a entendu toutes vos promesses de peur
qu’à l’avenir vous ne vouliez le nier, et mentir à l’Eternel votre
Dieu.—Il renvoya ensuite le peuple chacun dans ses terres.

   ¹⁵ Sichem, l’endroit où Josué avait assemblé le peuple, se trouve
      près de Silo où le sanctuaire était alors déposé.



                      Mort de Josué et d’Éléazar.


Après cela Josué fils de Nun, serviteur de l’Eternel, mourut étant âgé
de cent dix ans; et ils l’ensevelirent dans la terre qui lui appartenait
à Thamnath-Saré, sur la montagne d’Ephraïm, vers le septentrion du mont
Gaas. Israël servit l’Éternel pendant toute la vie de Josué et des
anciens qui vécurent longtemps après Josué, et qui savaient toutes les
choses merveilleuses que l’Eternel avait faites dans Israël. Ils prirent
aussi les os de Joseph, que les enfants d’Israël avaient emportés
d’Égypte, et ils les ensevelirent à Sichem, dans cet endroit du champ
que Jacob avait acheté des enfants d’Hemor père de Sichem, pour cent
Kesitah, et qui fut depuis aux enfants de Joseph. Eléazar fils d’Aaron
mourut aussi, et ils l’ensevelirent sur une colline qui était à Phinées
son fils, et qui lui avait été donnée en la montagne d’Ephraïm.



                               Les juges.


Lorsque Josué et toute sa génération et les anciens qui avaient été
témoins des œuvres merveilleuses que l’Eternel avait faites dans Israël,
furent réunis à leurs pères, il s’en éleva d’autres en leur place qui ne
connaissaient ni l’Eternel, ni les merveilles qu’il avait faites en
faveur d’Israël. Les enfants d’Israël firent donc le mal à la vue de
l’Eternel, et ils servirent Baal. Ils abandonnèrent le Dieu de leurs
pères, qui les avait tirés du pays de l’Egypte, et ils servirent des
dieux étrangers, les dieux des peuples qui demeuraient autour d’eux.
Ayant ainsi abandonné l’Éternel, la juste punition ne tarda pas à venir;
Dieu les livra entre les mains de leurs ennemis, il les vendit aux
nations ennemies qui demeuraient autour d’eux, et ils ne purent résister
à ceux qui les attaquaient. Cependant lorsqu’ils furent réduits à la
plus extrême misère, Dieu leur suscita des juges, pour les délivrer des
mains de ceux qui les opprimaient; car Dieu écoutait les soupirs des
affligés, et les délivrait de ceux qui les avaient pillés et qui en
avaient fait un grand carnage. Mais après la mort de ces juges, ils
retombaient aussitôt dans leurs péchés, suivaient des dieux étrangers,
les servaient et les adoraient. Demeurant ainsi au milieu des peuples
idolâtres, qu’ils avaient laissés dans les pays, ils épousèrent leurs
filles, et leur donnèrent les leurs en mariage, et ils adorèrent leurs
dieux. Ils firent le mal aux yeux de l’Eternel et ils oublièrent leur
Dieu, adorant Baalim et Astaroth. L’Éternel les livra donc entre les
mains de Chusan-Rasathaïm roi de Mésopotamie, auquel ils furent
assujettis pendant huit ans. Mais ayant fait pénitence l’Éternel eut
compassion de leurs maux, et il leur suscita un sauveur qui les délivra,
ce fut:

JUGE 1er.    _Othoniel_ fils de Kenaz, frère puîné de Caleb. L’esprit de
l’Éternel fut en lui, et il jugea Israël. Et s’étant mis en campagne
pour combattre Chusan-Rasathaïm roi de Syrie, l’Eternel le livra entre
les mains d’Othoniel qui le défit. Le pays demeura en paix durant
quarante ans, et Othoniel fils de Kenaz mourut ensuite. Alors les
enfants d’Israël commencèrent encore à faire le mal aux yeux de
l’Eternel, qui fortifia contre eux Eglon roi de Moab, parce qu’ils
avaient péché devant lui. Ce roi se joignit à Ammon et Amalec, et
s’étant avancé sur eux il défit Israël, et se rendit maître de la ville
des Palmes. Les enfants d’Israël furent assujettis à Eglon roi de Moab
pendant dix-huit ans. Après cela ils prièrent l’Éternel, et il leur
suscita un sauveur nommé

JUGE 2e.    _Ehud_ fils de Gera. Celui-ci vainquit les Moabites, après
avoir tué leur roi. Moab fut alors humilié sous la main d’Israël, et le
pays demeura en paix pendant quatre-vingts ans. Après Ehud,

JUGE 3e.    _Samgar_ fils d’Anath fut en sa place. Celui-ci fut aussi le
défenseur et le libérateur d’Israël.

Les enfants d’Israël recommencèrent cependant encore à faire le mal aux
yeux de l’Éternel et furent livrés entre les mains de Jabin, roi des
Chananéens, qui régna dans Chazor (ville située dans le district
appartenant à la tribu de Naphthali). Jabin, roi très-puissant, les
opprima cruellement pendant vingt ans. Il avait pour général de son
armée un nommé Sisara. Les enfants d’Israël prièrent donc l’Éternel, et
il les secourut de nouveau. La femme de Lapidoth, prophétesse nommée

JUGE 4e.    _Debora_, jugeait en ce temps-là le peuple d’Israël. Elle
s’asseyait sous un palmier qu’on avait appelé de son nom, entre Rama et
Bethel, sur la montagne d’Ephraïm, et les enfants d’Israël venaient à
elle, pour faire juger tous leurs différends. Elle envoya donc vers
Barac fils d’Abinoëm de Cedès de Naphthali et l’ayant fait venir, elle
lui dit: Allez, et menez l’armée sur la montagne de Thabor. Prenez avec
vous dix mille combattants des enfants de Naphthali et des enfants de
Zabulon. Quand vous serez au torrent de Cison, Dieu vous amènera Sisara
général de l’armée de Jabin avec ses chariots et toutes ses troupes, et
il vous les livrera entre les mains. Barac lui répondit: Si vous venez
avec moi, j’irai; si vous ne voulez point venir, je n’irai point. Debora
lui dit: Je veux bien aller avec vous; mais la victoire pour cette fois
ne vous sera point attribuée, parce que Sisara sera livré entre les
mains d’une femme. Debora partit donc aussitôt, et s’en alla à Cedés
avec Barac; lequel ayant fait venir ceux de Zabulon et de Naphthali,
marcha avec dix mille combattants, étant accompagné de Debora. En même
temps Sisara fut averti que Barac fils d’Abinoëm s’était avancé sur la
montagne de Thabor. Et il fit assembler ses neuf cents chariots armés de
faux, et fit marcher toute son armée au torrent de Cison. Alors Debora
dit à Barac: Courage; car voici le jour où l’Éternel a livré Sisara
entre vos mains; c’est l’Eternel qui vous conduit. Barac descendit donc
de la montagne de Thabor, et dix mille combattants avec lui. En même
temps l’Eternel frappa de terreur Sisara, tous ses chariots et toutes
ses troupes aux yeux de Barac; de sorte que Sisara sautant de son
chariot en bas, s’enfuit à pied. Barac poursuivit les chariots qui
s’enfuyaient et toutes les troupes et les battit complétement. Sisara
voulant se sauver dans une maison y fut tué par une femme. Dieu
confondit donc en ce jour-là Jabin roi de Chanaan devant les enfants
d’Israël, qui devenant chaque jour plus puissants, se fortifièrent de
plus en plus contre Jabin roi de Chanaan, et l’accablèrent jusqu’à ce
qu’il fût ruiné entièrement. En ce jour-là Debora et Barac, fils
d’Abinoëm, chantèrent un cantique en l’honneur de l’Eternel, sauveur
d’Israël. Le pays demeura ensuite en paix pendant quarante ans.

Les enfants d’Israël commencèrent de nouveau à faire mal aux yeux de
l’Éternel, et il les livra pendant sept ans entre les mains des
Midianites. Ces peuples les tinrent dans une si grande oppression,
qu’ils furent obligés de se retirer dans les antres et dans les cavernes
des montagnes, et dans les lieux les plus fortifiés pour pouvoir
résister aux Midianites. Lorsque les Israélites avaient semé, les
Midianites, les Amalécites et les autres peuples de l’Orient venaient
sur leurs terres, dressaient leurs tentes, ruinaient tous les grains et
ne laissaient aux Israélites rien de tout ce qui était nécessaire à la
vie. Israël fut donc extrêmement humilié sous Midian. Et il pria
l’Éternel, lui demandant secours contre les Midianites. Alors l’Eternel
leur envoya un prophète qui leur dit: «Voici ce que dit l’Eternel le
Dieu d’Israël: Je vous ai fait sortir d’Egypte, et je vous ai tirés d’un
séjour de servitude: je vous ai délivrés de la main des Egyptiens, et de
tous les ennemis qui vous affligeaient: j’ai chassé les Amorrhéens de
cette terre à votre entrée, je vous ai donné le pays qui était à eux. Et
je vous ai dit: Je suis l’Eternel votre Dieu, ne craignez point les
dieux des Amorrhéens dans le pays duquel vous habitez: cependant vous
n’avez point voulu écouter ma voix.—Or l’Eternel ayant pitié d’Israël
lui envoya encore une fois un sauveur, nommé:

JUGE 5e.    _Gidéon_ fils de Joas. C’est aussi à ce libérateur que Dieu
révéla d’une manière merveilleuse sa volonté céleste. Cet homme commença
par détruire l’autel de Baal (c’est pourquoi il fut aussi appelé
_Jerobaal_), et construisit un autel à l’Eternel, Dieu d’Israël. Or tous
les Midianites, les Amalécites et les peuples d’Orient se joignirent
ensemble; et ayant passé le Jourdain, ils vinrent se camper dans la
vallée de Jezraël. En même temps l’esprit de l’Éternel remplit Gidéon,
qui sonnant de la trompette assembla toute la maison d’Abiezer, sa
famille, afin qu’elle le suivît. Il envoya aussi des gens dans toute la
tribu de Manassé qui le suivit aussi, et il en envoya d’autres dans la
tribu d’Aser, de Zabulon et de Naphthali: et ceux de ces tribus vinrent
au-devant de lui. Gidéon se leva donc et vint accompagné de tout le
peuple se camper à une fontaine nommée Charod. Quant aux Midianites, ils
étaient campés dans la vallée, vers le côté septentrional de la colline
appelée Moreh. C’est en ce lieu que Gidéon congédia une grande partie de
son armée, de sorte qu’il ne lui resta que trois cents hommes. Gidéon en
agissant ainsi se conforma à la volonté divine, pour montrer aux
Israélites que ce n’est que la main de Dieu qui les secourt. La nuit
suivante, Gidéon accompagné de son serviteur Phura, s’en alla
secrètement à l’endroit du camp où étaient les sentinelles de l’ennemi.
Et lorsqu’il se fut approché du camp, il entendit un soldat qui contait
son songe à un autre, et qui lui rapportait ainsi ce qu’il avait vu:
J’ai eu un songe, disait-il, et il me semblait que je voyais comme un
pain d’orge cuit dans la cendre, qui roulait en bas et descendait dans
le camp des Midianites; et y ayant rencontré une tente, il l’ébranla, la
renversa par terre. Celui à qui il parlait lui répondit: Tout cela n’est
autre chose que l’épée de Gidéon fils de Joas Israélite; parce que
l’Éternel lui a livré entre les mains les Midianites avec toute leur
armée. Gidéon ayant entendu ce songe et l’interprétation qui en avait
été donnée, adora Dieu. Et étant retourné au camp d’Israël, il dit aux
siens: Allons promptement; car l’Eternel a livré entre nos mains le camp
de Midian. Et ayant divisé ses trois cents hommes en trois bandes, il
leur donna des trompettes à la main et des pots de terre vides avec des
lampes au milieu des pots, et il leur dit: Faites ce que vous me verrez
faire. J’entrerai par un endroit du camp: faites tout ce que je ferai.
Quand vous me verrez sonner de la trompette que j’ai en main, sonnez de
même de la trompette tout autour du camp, et criez tous ensemble: Pour
l’Éternel et pour Gidéon! Gidéon suivi de ses hommes entra donc par un
endroit du camp au commencement de la veille du milieu de la nuit. Et
les gardes s’étant réveillés, Gidéon et ses gens commencèrent à sonner
de la trompette, et à heurter leurs pots de terre les uns contre les
autres. Faisant donc autour du camp en trois endroits différents un
bruit terrible, et ayant rompu leurs pots de terre, ils tinrent leurs
lampes de la main gauche, et de la droite les trompettes dont ils
sonnaient, et crièrent tous ensemble: Pour l’Eternel et pour Gidéon!
Chacun resta à son poste autour du camp des ennemis. Aussitôt le camp
des Midianites se trouva tout en désordre; ils jetèrent de grands cris,
et ils s’enfuirent tous. Les trois cents hommes continuèrent à sonner de
la trompette, et les ennemis tournèrent leurs épées les uns contre les
autres, et ils s’entre-tuèrent. Ils s’enfuirent jusqu’à Bethsetta et
jusqu’au bord d’Abelmehula en Tebbath. Mais les enfants d’Israël des
tribus de Naphthali et d’Aser, et tous ceux de la tribu de Manassé se
rassemblèrent et poursuivirent les Midianites. Et Gidéon envoya des gens
sur toute la montagne d’Ephraïm, pour dire au peuple: Marchez au-devant
des Midianites, et saisissez-vous des eaux jusqu’à Bethbera et de tous
les passages du Jourdain. C’est par suite de cet avis que l’ennemi fut
complétement battu. Gidéon ne se reposa qu’après avoir rejoint les
princes des armées ennemies et les avoir faits prisonniers. Les
Midianites furent donc humiliés devant les enfants d’Israël, et ils ne
purent plus lever la tête. Le pays demeura en paix pendant quarante ans
du temps de Gidéon. Après cette victoire remportée sur Midian, tous les
enfants d’Israël dirent à Gidéon: Soyez notre prince, et commandez-nous,
vous, votre fils et le fils de votre fils, parce que vous nous avez
délivrés des mains des Midianites. Gidéon leur répondit: Je ne serai
point votre prince, et je ne vous commanderai point, ni moi, ni mon
fils, mais ce sera l’Éternel qui sera votre prince et qui vous
commandera. Gidéon avait soixante et dix fils, parce qu’il avait
plusieurs femmes: et une autre femme qu’il avait à Sichem, eut de lui un
fils nommé Abimelech. Gidéon fils de Joas mourut enfin dans une heureuse
vieillesse, et il fut enseveli dans le sépulcre de Joas son père à
Ephra. Après la mort de Gidéon, les enfants d’Israël se détournèrent du
culte de Dieu, et se prostituèrent à l’idolâtrie de Baal. Ils oublièrent
l’Éternel leur Dieu, qui les avait délivrés des mains de tous leurs
ennemis, dont ils étaient environnés. Ils n’usèrent point de miséricorde
envers la maison de Gidéon, pour reconnaître tout le bien qu’il avait
fait à Israël.

JUGE 6e.    Alors _Abimelech_, fils de Gidéon, s’en alla à Sichem
trouver les frères de sa mère, et tous ceux de sa famille, et il leur
parla à tous en ces termes: Représentez ceci, leur dit-il, à tous les
habitants de Sichem: Lequel est le meilleur pour vous, ou d’être dominés
par soixante et dix hommes, tous enfants de Jerabaal, ou de n’avoir
qu’un seul homme qui vous commande? Et de plus, considérez que je suis
votre chair et votre sang. Tous les parents de sa mère ayant donc parlé
de lui en cette manière à tous les habitans, ils gagnèrent leur cœur et
leur affection pour Abimelech. Ils lui donnèrent alors soixante et dix
sicles d’argent, qu’ils prirent du temple de Baal-berith. Abimelech avec
cet argent leva une troupe de gens misérables et vagabonds qui le
suivirent; et, étant venu en la maison de son père, à Ephra, il tua sur
une même pierre les soixante-neuf fils de Jerobaal, ses frères: et de
tous les enfans de Jerobaal il ne resta que Joatham, le plus jeune de
tous, que l’on cacha. Alors tous les habitans de Sichem s’étant
assemblés avec toutes les familles de la ville de Millo, allèrent
établir roi Abimelech près du chêne qui est à Sichem. Joatham en ayant
reçu la nouvelle, s’en alla au haut de la montagne de Garizim, où, se
tenant debout, il cria à haute voix, et parla de cette sorte (voici une
des plus belles et des plus anciennes paraboles): Écoutez-moi, habitants
de Sichem, comme vous voulez que Dieu vous écoute. Les arbres
s’assemblèrent un jour pour s’élire un roi, et ils dirent à l’olivier:
Soyez notre roi. L’olivier leur répondit: Puis-je abandonner mon suc et
mon huile par laquelle on honore Dieu et les hommes, pour venir
m’établir au-dessus des arbres? Les arbres dirent ensuite au figuier:
Venez régner sur nous. Le figuier leur répondit: Puis-je abandonner la
douceur de mon suc et l’excellence de mes fruits, pour venir m’établir
au-dessus des arbres? Les arbres s’adressèrent encore à la vigne, et lui
dirent: Venez prendre le commandement sur nous. La vigne leur répondit:
Puis-je abandonner mon vin qui est la joie de Dieu et des hommes, pour
venir m’établir au-dessus des arbres? Enfin tous les arbres dirent au
buisson: Venez, vous serez notre roi. Le buisson leur répondit: Si vous
m’établissez véritablement pour votre roi, venez vous reposer sous mon
ombre; si vous ne le voulez pas, que le feu sorte du buisson et qu’il
dévore les cèdres du Liban. Considérez donc maintenant si vous avez agi
avec justice et innocence en établissant ainsi Abimelech pour votre
prince; si vous avez bien traité Jerobaal et sa maison; si vous avez
reconnu, comme vous le deviez, les grands services de celui qui a
combattu pour vous, et qui a exposé sa vie à tant de périls pour vous
délivrer des mains des Midianites; et si vous avez dû vous élever, comme
vous l’avez fait, contre la maison de mon père, en tuant ses
soixante-neuf fils, et en établissant Abimelech, fils de sa servante,
pour prince des habitants de Sichem, parce qu’il est votre frère. Si
donc vous avez traité comme vous deviez Jerobaal et sa maison, et que
vous ne lui ayez point fait d’injustice, qu’Abimelech soit votre
bonheur, et puissiez-vous être aussi le bonheur d’Abimelech. Mais si
vous avez agi contre toute justice, que le feu sorte d’Abimelech, qu’il
consume les habitans de Sichem et la ville de Millo; et que le feu sorte
des habitants de Sichem et de la ville de Millo, et qu’il dévore
Abimelech... Ayant dit ces paroles, il s’enfuit, et s’en alla à Bera, où
il demeura, parce qu’il craignait Abimelech, son frère. Abimelech fut
donc prince d’Israël pendant trois ans. Mais Dieu envoya un esprit de
haine et d’aversion entre Abimelech et les habitants de Sichem, qui
commencèrent bientôt à le détester. Ils lui dressèrent des embûches; un
homme qui s’appelait Gaal, se mit à la tête de la révolte, Abimelech le
vainquit, attaqua la ville, et l’ayant prise, il en tua tous les
habitants, et la détruisit d’une telle sorte, qu’il sema du sel au lieu
où elle avait été. Abimelech marcha de là vers la ville de Thèbes,
située à trois lieues de distance, l’investit et l’assiégea avec son
armée, et la prit. Il y avait au milieu de la ville, une haute tour, où
tous les principaux de la ville, hommes et femmes, s’étaient réfugiés:
ils en avaient fermé et barricadé la porte et étaient montés sur le haut
de la tour pour se défendre par les créneaux. Abimelech était au pied de
la tour combattant vaillamment; et, s’approchant de la porte, il tâchait
d’y mettre le feu. En même temps, une femme jetant d’en haut un morceau
d’une meule de moulin, cassa la tête à Abimelech, et lui en fit sortir
la cervelle. Aussitôt il appela son écuyer, et lui dit: Tirez votre
épée, et tuez-moi, de peur qu’on ne dise que j’ai été tué par une femme.
L’écuyer, faisant ce qu’il lui avait commandé, le tua. Abimelech étant
mort, tous ceux d’Israël qui étaient avec lui retournèrent chacun en sa
maison. Ainsi Dieu rendit à Abimelech le mal qu’il avait commis contre
son père, en tuant ses soixante-neuf frères. Les Sichimites aussi
reçurent la punition de ce qu’ils avaient fait; et la malédiction que
Joatham, fils de Jerobaal, avait prononcée, tomba sur eux.

JUGE 7e.    Après Abimelech, _Thola_, fils de Phua, de la tribu
d’Issachar, et qui demeurait à Schamir, en la montagne d’Ephraïm, fut
établi chef d’Israël; et après avoir jugé Israël pendant vingt-trois
ans, il mourut, et fut enseveli dans Schamir.

JUGE 8e.    _Jaïr_ de Galaad lui succéda, et il fut juge dans Israël
pendant vingt-deux ans. Jaïr mourut depuis, et fut enseveli au lieu
appelé Camon. Alors les enfants d’Israël recommencèrent à commettre des
crimes, firent le mal aux yeux de l’Eternel, et adorèrent les idoles de
Baal et d’Astaroth, et les dieux de Syrie et de Sidon, de Moab, des
enfants d’Ammon et des Philistins; ils abandonnèrent l’Eternel et
cessèrent de l’adorer. La juste punition de Dieu ne tarda donc pas à
venir, l’Eternel les livra entre les mains des Philistins et des enfants
d’Ammon, qui les affligèrent en les opprimant pendant dix-huit ans. Et
lorsque les enfants d’Israël reconnurent leurs péchés, abandonnèrent la
mauvaise voie et retournèrent à l’Eternel, le seul vrai Dieu, l’Eternel
fut de nouveau avec eux et leur suscita un sauveur qui les délivra des
mains de leurs oppresseurs.

JUGE 9e.    Cet homme s’appelait _Jephté_ (Jiphtach). Comme les enfants
d’Ammon combattaient contre Israël et le pressaient vivement, les
anciens de Galaad allèrent trouver Jephté au pays de Tob, pour le faire
venir à leur secours. Il commença par envoyer des ambassadeurs au roi
des enfants d’Ammon en lui faisant remarquer l’injustice de ses
prétentions et des guerres qu’il ne cessait de faire aux enfants
d’Israël. Mais, voyant que ce roi ne voulait point se rendre à ces
représentations amicales, Jephté s’avança à la tête de son armée,
passant de Mispha en Galaad jusqu’aux enfants d’Ammon, et fit à
l’Eternel ce vœu inconsidéré: Dieu, si vous livrez entre mes mains les
enfants d’Ammon, je vous consacrerai le premier qui sortira de la porte
de ma maison, et qui viendra au-devant de moi, lorsque je retournerai
victorieux du pays des enfants d’Ammon, et je vous offrirai un
holocauste. Jephté passa ensuite dans les terres des enfants d’Ammon
pour les combattre; et l’Eternel les livra entre ses mains. Il prit et
ravagea vingt villes depuis Aroër jusqu’à Mennith. Les enfants d’Ammon
perdirent dans cette défaite un grand nombre d’hommes, et ils furent
désolés par les enfants d’Israël. Mais lorsque Jephté revenait dans sa
maison, sa fille unique, vint au-devant de lui en dansant au son des
tambours. Jephté l’ayant vue, déchira ses vêtements, et dit: Ah!
malheureux que je suis! ma fille, vous m’avez affligé, vous êtes au
nombre de ceux qui me ruinent; car j’ai fait vœu à l’Eternel de lui
offrir ce qui se présenterait à moi, et je ne puis faire autre chose que
ce que j’ai promis. Sa fille lui répondit: Mon père, si vous avez fait
un vœu à l’Eternel, faites de moi tout ce que vous avez promis, après la
grâce que vous avez reçue de vous défaire de vos ennemis, et de
remporter sur eux une si grande victoire. Accordez-moi seulement,
ajouta-t-elle, la prière que je vous fais: Laissez-moi aller sur les
montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes
compagnes. Jephté lui répondit: Allez; et il la laissa libre pendant ces
deux mois. Elle alla donc avec ses compagnes et ses amies, et pleura sa
virginité sur les montagnes. Après les deux mois elle revint trouver son
père, et il accomplit le vœu qu’il avait fait à l’égard de sa fille. En
effet, elle ne connut point d’homme (il lui fut défendu de se marier).
De là vint la coutume qui s’est toujours depuis observée en Israël, que
toutes les filles d’Israël s’assemblent une fois l’année, pour pleurer
la fille de Jephté de Galaad pendant quatre jours.—Jephté jugea le
peuple d’Israël pendant six ans, et il mourut ensuite, et fut enseveli
dans une des villes de Galaad.

JUGE 10e.    _Abezan_ (Ibzan) de Beth-lehem fut après lui juge d’Israël;
et après avoir jugé Israël pendant sept ans, il mourut et fut enseveli
dans Beth-lehem.

JUGE 11e.    _Ahialon_ (Elon) de Zabulon lui succéda, et il jugea Israël
pendant dix ans; et, étant mort, il fut enseveli à Ahialon, dans le pays
de Zabulon.

JUGE 12e.    _Abdon_, fils d’Illel de Pharathon, fut après lui juge
d’Israël pendant huit ans; et étant mort, il fut enseveli à Pharathon,
au pays d’Ephraïm, sur la montagne d’Amalec. Les enfants d’Israël
commirent encore le mal aux yeux de l’Éternel, qui les livra aux mains
des Philistins pendant quarante ans. Alors il appela cette fois encore
un héros à leur secours pour les affranchir du joug accablant des
Philistins.

JUGE 13e.    _Samson_ (Schimschon) était le nom de ce héros. Cet homme
était doué d’une force si prodigieuse qu’un jour il mit en pièces un
jeune lion furieux qui venait à lui. Il causa beaucoup de pertes aux
Philistins en leur faisant continuellement la guerre. Un jour il prit
trois cents renards qu’il lia deux à deux par la queue en y attachant
des flambeaux, et, les ayant allumés, il chassa les renards, afin qu’ils
courussent de tous côtés. Ils allèrent courir au travers des blés des
Philistins, et y ayant mis le feu, les blés qui étaient déjà en gerbes,
et ceux qui étaient encore sur pied, furent brûlés; et le feu même se
mettant dans les vignes et dans les plants d’oliviers, consuma tout. Une
autre fois il tua mille hommes, armé seulement d’une mâchoire d’âne. Il
prit, un jour, les deux portes de la ville d’Aza, les mit sur ses
épaules, et les porta sur le haut d’une montagne voisine.

Après avoir ainsi vengé son peuple des Philistins, il se laissa
entraîner par une femme des Philistins, nommée Délila, qui le trompa en
lui arrachant le secret de sa force surnaturelle. Comme cette femme
l’importunait sans cesse, il ne put lui résister, et lui découvrant son
secret, il lui dit: Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, parce que je
suis nazaréen, c’est-à-dire, consacré à Dieu dès le ventre de ma mère.
Si l’on me rase la tête, toute ma force m’abandonnera, et je deviendrai
faible comme les autres hommes. Elle attendit donc qu’il se fût endormi,
fit alors raser les sept touffes de ses cheveux et le livra de cette
manière aux mains des Philistins ses ennemis. Ceux-ci l’ayant pris, lui
arrachèrent aussitôt les yeux; et, l’ayant mené à Aza chargé de chaînes,
ils l’enfermèrent dans une prison, où ils lui firent tourner la meule
d’un moulin. Or, ses cheveux commençaient déjà à revenir, Samson ayant
alors prié l’Éternel de lui rendre sa première force, il prit les deux
colonnes d’une maison dans laquelle beaucoup de Philistins s’étaient
assemblés pour faire des festins de réjouissance à leur dieu Dagon, et
s’étant emparé de ces deux colonnes sur lesquelles la maison était
appuyée, il les ébranla fortement et la maison tomba sur tous ces
Philistins et sur Samson lui-même. Ses frères et tous ses parents étant
venus en ce lieu, prirent son corps, et l’ensevelirent entre Saraa et
Esthaol, dans le sépulcre de son père Manué (Manoach), après qu’il eut
été juge d’Israël pendant vingt ans.



                           REMARQUE GÉNERALE.


                                  ————



             État du peuple israélite à l’époque des juges.


Dans ce temps-là, comme nous venons de le voir, il n’y avait pas encore
de rois en Israël; chacun faisait ce que bon lui semblait. Or partout où
la religion et la justice ne sont protégées par aucun pouvoir, le
méchant fait ce qu’il veut, et toute la société humaine tombe dans
l’iniquité et la honte. La nation manquait d’unité; des tribus, des
villes même agissaient de leur propre autorité. L’arche d’alliance
déposée par Josué à Silo, n’était pas en état seule de maintenir le
peuple dans son ensemble. Il y en avait très-peu qui se rendissent à
Silo avec leurs offrandes; on préférait sacrifier dans la localité sans
l’assistance des prêtres. Il en résulta que ceux-ci s’appauvrirent,
l’enseignement de la loi de Dieu ne se donna plus, la plus grande
ignorance et l’oubli de Dieu se répandirent partout, et ce qui avait
particulièrement contribué à ce résultat, c’était la faiblesse qu’on
avait montrée à l’égard des peuples idolâtres en ne les dépossédant pas
du pays, d’après la volonté de l’Éternel dans la loi de Moïse. Il est
donc évident par tout cela, qu’Israël devait nécessairement se trouver
dans un triste état, et c’est en nous rappelant seulement quelques
événements arrivés à cette époque, que nous en reconnaissons la profonde
dépravation. Ainsi le _simulacre de Micha_; _l’abomination des
Benjaminites_. Il fut donc déterminé par la sagesse divine que cette
condition devait cesser, et en effet elle ne se prolongea que pendant la
vie du juge suivant, l’avant-dernier et dont le nom était _Éli_,
pontife.    JUGE 14e.

C’était un homme pieux, mais sans énergie, hors d’état d’arrêter
l’impiété et la méchanceté de ses propres fils; il était insensible à
leur conduite, et quand le peuple s’en plaignait, ils en étaient quittes
pour une légère réprimande. Aussi Dieu fit annoncer de grands malheurs à
Éli et à sa maison. Ces malheurs arrivèrent en effet; car lorsque, peu
de temps après, la guerre eut éclaté entre les Philistins et les
Israélites, ceux-ci furent vaincus, l’arche d’alliance, qu’ils avaient
fait chercher à Silo pour les accompagner dans la guerre, prise par
l’ennemi, et les deux fils d’Éli tués au milieu du combat. Le jour même
un homme de la tribu de Benjamin, échappé du combat, vint en courant à
Silo. Il avait ses habits déchirés et sa tête couverte de poussière. Au
moment que cet homme arrivait, Éli était assis sur son siége et tourné
vers le chemin: car son cœur tremblait de crainte pour l’arche de Dieu.
Cet homme étant donc entré dans la ville, et ayant dit les nouvelles du
combat, il s’éleva des cris lamentables parmi tout le peuple. Éli, à ces
nouvelles, tomba de son siége à la renverse et mourut. Il avait alors
quatre-vingt-dix-huit ans: ses yeux s’étaient obscurcis, et il ne
pouvait plus voir. Éli avait jugé Israël pendant quarante ans.

Les Philistins ayant donc pris l’arche de Dieu, la déposèrent dans le
temple de Dagon. Or la main de l’Éternel s’appesantit sur eux, et les
réduisit à une extrême désolation. Dieu les frappa de différentes
maladies. Les Philistins attribuant ces malheurs à une punition divine,
à l’arche d’alliance qui se trouvait parmi eux, la renvoyèrent aux
enfants d’Israël, à Cariath-iarim. Les habitants de Cariath-iarim la
mirent dans la maison d’Abinadab à Gabaa, et consacrèrent son fils
Eléazar, afin qu’il gardât l’arche de l’Éternel. Il s’était passé
beaucoup de temps depuis que l’arche de Dieu demeurait à Cariath-iarim;
il y avait déjà vingt ans, lorsque toute la maison d’Israël commença à
chercher son repos dans l’Éternel.

             _Samuël, quinzième et dernier juge d’Israël._

Samuël, ce vrai serviteur de l’Éternel, fut dès son enfance consacré par
ses parents au service de Dieu. Il fut élevé dans la maison d’Éli, et
quoique jeune encore, l’Éternel daigna lui faire connaître par une
vision qu’il devait annoncer à Éli la ruine de sa maison. Il se
distingua dans l’accomplissement de ses fonctions plus qu’aucun des
juges ses prédécesseurs. Il inspira aux Israélites un saint amour et de
la confiance en Dieu, rétablit le culte dans sa pureté primitive,
instruisit le peuple dans les préceptes de la loi et, ce qui est
peut-être le premier de ses mérites, il institua des _écoles de
prophètes_ dans lesquelles des jeunes gens capables étaient instruits
dans la doctrine de la religion et dans d’autres connaissances utiles,
mais principalement dans la poésie et dans l’art de chanter des hymnes
religieuses.

En ces jours qu’Israël avait commencé à chercher son repos dans
l’Éternel, Samuël, connu par tout Israël comme étant le fidèle prophète
de l’Éternel, dit à toute la maison d’Israël: «Si vous revenez à
l’Éternel de tout votre cœur, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers
Baal et Astaroth: tenez vos cœurs prêts à obéir à l’Éternel, et ne
servez que lui seul; et il vous délivrera de la main des Philistins. Les
enfants d’Israël rejetèrent donc Baal et Astaroth, et ne servirent que
l’Éternel. Et Samuël leur dit: Assemblez tout Israël à Masphath
(Mizpah), afin que je prie l’Eternel pour vous. Et ils s’assemblèrent à
Masphath, ils se purifièrent de leur idolâtrie, jeûnèrent ce jour-là et
se repentirent de leurs péchés devant Dieu. Or Samuël jugea les enfants
d’Israël à Masphath.

Les Philistins ayant appris que les enfants d’Israël s’étaient assemblés
à Masphath, leurs princes marchèrent contre Israël; ce que les enfants
d’Israël ayant appris, ils eurent peur des Philistins. Et ils dirent à
Samuël: Ne cessez point d’invoquer pour nous l’Eternel notre Dieu, afin
qu’il nous sauve de la main des Philistins. Samuël offrit alors un
sacrifice à l’Eternel, le pria pour Israël, et l’Éternel l’exauça.
Lorsque Samuël offrait son holocauste, les Philistins commencèrent le
combat contre Israël, et l’Éternel fit éclater en ce jour-là son
tonnerre avec un bruit épouvantable sur les Philistins, et les frappa de
terreur. Ainsi ils furent défaits par Israël. Les Israélites étant
sortis de Masphath, poursuivirent les Philistins jusqu’au lieu qui est
au-dessous de Bethchar. Et Samuël prit une pierre qu’il mit entre
Masphath et Sen; et il appela ce lieu la Pierre de secours, en disant:
L’Eternel est venu jusqu’ici à notre secours. Les Philistins furent
alors humiliés, et ils n’osèrent plus venir sur les terres d’Israël. Car
la main de l’Eternel fut sur les Philistins tant que Samuël gouverna le
peuple. Samuël jugea Israël pendant tous les jours de sa vie. Il alla
tous les ans à Bethel, à Galgala et à Masphath, et il y rendait la
justice à Israël. Il retournait de là à Ramatha, qui était le lieu de sa
demeure, et où il jugeait aussi le peuple. Il y bâtit même un autel à
l’Eternel.



                              CHAPITRE V.


               HISTOIRE DU PEUPLE ISRAÉLITE SOUS LES ROIS
                        SAUL, DAVID ET SALOMON.



                              (2882-2964.)

Samuël étant devenu vieux, établit ses enfants pour juges sur Israël.
Son fils aîné s’appelait Joël, et le second Abia. Ils exerçaient les
fonctions de juges dans Bersabée. Mais ils ne marchèrent point dans les
voies de leur père; ils se laissèrent corrompre par l’avarice, reçurent
des présents, et rendirent des jugements injustes. Tous les anciens
d’Israël s’étant donc assemblés, vinrent trouver Samuël à Ramatha, et
lui dirent: Vous voilà devenu vieux, et vos enfants ne marchent point
dans vos voies. Établissez donc sur nous un roi, comme en ont toutes les
nations, afin qu’il nous juge. Cette proposition déplut à Samuël, mais
obéissant à la voix de Dieu, il céda à leur demande, et _Saül_, fils de
Cis (Kisch), de la tribu de Benjamin, campagnard, fut élu roi d’Israël.
Le prophète Samuël ayant fait la connaissance de cet homme d’une manière
tout à fait extraordinaire, assembla le peuple, jeta le sort sur toutes
les tribus d’Israël et le sort tomba sur la tribu de Benjamin, sur la
personne de Saül, fils de Cis. On le chercha donc, mais il ne se trouva
point. Sa modestie était si grande, qu’à la nouvelle de son élection il
se cacha dans sa maison. On y courut donc, on le prit et on l’emmena; et
lorsqu’il fut au milieu du peuple, il parut plus grand que tous les
autres de toute la tête. Samuël dit alors au peuple: Vous voyez quel est
celui que Dieu a choisi, et qu’il n’y en a point dans tout le peuple qui
lui soit semblable. Et tout le peuple s’écria: Vive le roi. Samuël
prononça ensuite devant le peuple la loi du royaume, qu’il écrivit dans
un livre et il la mit en dépôt devant l’Eternel. Après cela Samuël
renvoya tout le peuple, chacun chez soi. Saül s’en retourna aussi chez
lui à Gabaa, accompagné d’une partie de l’armée, ceux dont Dieu avait
touché le cœur. Mais il y avait aussi parmi eux des gens d’une basse
condition qui commencèrent à dire: Comment celui-ci pourrait-il nous
sauver? Et ils le méprisèrent, et ne lui firent point de présents; mais
Saül feignait de ne pas les entendre.

Quelque temps après, Naas (Nachasch) roi des Ammonites se mit en
campagne et attaqua Jabès en Galaad. Les habitants de cette ville dirent
à Naas: Recevez-nous à composition, et nous vous serons assujettis. Mais
Naas leur répondit: La composition que je ferai avec vous, sera de vous
arracher à tous l’œil droit, et de vous rendre l’opprobre de tout
Israël. Saül entendit ce rapport lorsqu’il retournait de la campagne en
suivant ses bœufs. Or, l’esprit de l’Eternel se saisit de lui, il prit
ses deux bœufs, les coupa en morceaux, et les envoya par les courriers
de Jabès dans toutes les terres d’Israël, en disant: C’est ainsi qu’on
traitera les bœufs de tous ceux qui ne se mettront point en campagne
pour suivre Saül et Samuël. Alors le peuple fut frappé de la crainte de
l’Eternel, et ils sortirent tous en armes, comme s’ils n’eussent été
qu’un seul homme. Saül en ayant fait la revue à Bezech, il se trouva
dans son armée trois cent mille hommes des enfants d’Israël, et trente
mille de la tribu de Juda. Saül s’avança à leur tête, marcha contre les
Ammonites, les vainquit et détruisit toute leur armée. Alors le peuple
dit à Samuël: Qui sont ceux qui ont dit: Saül sera-t-il notre roi?
Donnez-nous ces gens-là, et nous les ferons mourir présentement. Mais
Saül leur dit: On ne fera mourir personne en ce jour, parce que c’est le
jour dans lequel l’Eternel a sauvé Israël.

Après cela Samuël dit au peuple: Venez, allons à Galgala, et y
renouvelons l’élection du roi. Tout le peuple alla donc à Galgala, et y
reconnut de nouveau Saül pour roi en la présence de l’Eternel. Ils y
offrirent des sacrifices à l’Eternel, et Saül et tous les Israélites
firent en ce lieu-là une très-grande réjouissance.—Alors Samuël dit à
tout le peuple d’Israël: Vous voyez que je me suis rendu à tout ce que
vous m’avez demandé, et que je vous ai donné un roi. Votre roi
maintenant marche à votre tête. Pour moi je suis vieux et déjà tout
blanc, et mes enfants sont avec vous. Ayant donc vécu parmi vous depuis
ma jeunesse jusqu’à ce jour, me voici prêt à répondre de toute ma vie.
Déclarez devant l’Eternel et devant son oint si j’ai pris le bœuf ou
l’âne de personne; si j’ai imputé à quelqu’un de faux crimes; si j’ai
opprimé quelqu’un par violence; si j’ai reçu des présents de qui que ce
soit; et je vous ferai connaître le peu d’attache que je lui porte en
vous le rendant présentement. Ils lui répondirent: Vous ne nous avez
point opprimés ni par de fausses accusations, ni par violence, et vous
n’avez rien pris de personne. Samuël ajouta: L’Eternel m’est donc témoin
aujourd’hui contre vous, et son oint m’est aussi témoin, que vous n’avez
rien trouvé en moi qu’on puisse me reprocher. Le peuple lui répondit:
Oui, ils en sont témoins.

Alors Samuël donna des exhortations au peuple, il lui parla avec
énergie, il leur retraça en peu de mots l’histoire du passé, leur
rappela tout le mal qu’ils avaient fait aux yeux de l’Eternel et finit
par ces mots: Ne quittez plus l’Éternel votre Dieu, servez-le de tout
votre cœur. Et l’Eternel n’abandonnera point son peuple à cause de son
grand nom; parce qu’il a juré qu’il vous rendra son peuple. Craignez
donc l’Eternel, et servez-le dans la vérité et de tout votre cœur; car
vous avez vu les merveilles qu’il a faites parmi vous. Si vous
persévérez à faire le mal, vous périrez tous ensemble, vous et votre
roi.



        Saül agit contre la volonté de l’Éternel, il est rejeté.


Saül régnait depuis un an sur Israël, lorsqu’il choisit trois mille
hommes du peuple d’Israël. Il en prit deux mille avec lui à Michmas, et
sur la montagne de Bethel, et en donna mille à Jonathan à Gabaa dans la
tribu de Benjamin. Jonathan avec ses mille hommes battit la garnison des
Philistins qui était à Gabaa. Les Philistins en ayant été aussitôt
avertis, s’assemblèrent pour combattre Israël. Ils avaient trente mille
chariots, six mille chevaux, et une multitude de gens de pied aussi
nombreuse que le sable qui est sur le rivage de la mer. Et ils vinrent
se camper à Michmas. Les Israélites se voyant ainsi réduits à
l’extrémité, le peuple fut tout abattu, et ils allèrent se cacher dans
les cavernes, dans les lieux les plus secrets, dans les rochers, dans
les antres et dans les citernes. Les autres Hébreux passèrent le
Jourdain, et vinrent au pays de Gad et de Galaad. Saül était encore à
Galgala où le reste du peuple alla le suivre. Il attendit sept jours,
comme Samuël lui avait ordonné. Cependant Samuël ne venait point à
Galgala, et peu à peu le peuple l’abandonnait. Saül dit donc:
Apportez-moi l’holocauste et les sacrifices. Et il offrit l’holocauste.
Lorsqu’il achevait d’offrir l’holocauste, Samuël arriva. Et Saül alla
au-devant de lui pour le saluer. Samuël lui dit: Qu’avez-vous fait? Saül
lui répondit: Voyant que le peuple me quittait; que vous n’étiez point
venu au jour que vous aviez dit; et que les Philistins s’étaient
assemblés à Michmas; j’ai dit en moi-même: Les Philistins vont venir
m’attaquer à Galgala, et je n’ai point encore prié l’Eternel. Étant donc
contraint par cette nécessité, j’ai offert l’holocauste. Samuël dit à
Saül: Vous avez commis une faute, et vous n’avez point gardé les ordres
que l’Éternel vous avait donnés. Si vous n’aviez point fait cette faute,
l’Éternel aurait maintenant affermi pour jamais votre règne sur Israël.
Mais votre règne ne subsistera point à l’avenir. L’Éternel s’est pourvu
d’un homme selon son désir, et il a ordonné qu’il fût le chef de son
peuple: parce que vous n’avez point observé les ordres qu’il vous a
donnés.



                      Action héroïque de Jonathan.


Il sortit alors trois partis du camp des Philistins pour aller piller.
Or il ne se trouvait point de forgeron dans toutes les terres d’Israël.
Car les Philistins avaient pris cette précaution, pour empêcher que les
Hébreux ne forgeassent ni épées ni lances. Et lorsque le jour du combat
fut venu, hors Saül et Jonathan son fils, il ne se trouva personne de
tous ceux qui les avaient suivis, qui eût une lance ou une épée à la
main. Et la garde avancée des Philistins étant sortie de Michmas,
s’avança vers Gabaa.

Un jour il arriva que Jonathan fils de Saül, dit à un jeune homme, qui
était son écuyer: Viens avec moi, et passons jusqu’à cette garde avancée
des Philistins; peut-être que l’Eternel combattra pour nous; car il lui
est également aisé de donner la victoire avec un grand ou avec un petit
nombre. Lors donc que la garde des Philistins les eut aperçus tous deux,
les Philistins dirent: Voilà les Hébreux qui sortent des cavernes où ils
s’étaient cachés. Et les plus avancés de leur camp, s’adressant à
Jonathan et à son écuyer, leur dirent: Montez ici, et nous vous ferons
voir quelque chose. Car le lieu par où Jonathan tâchait de monter au
poste que les Philistins occupaient, était bordé de côté et d’autre de
deux rochers fort hauts et fort escarpés. Jonathan monta donc, grimpant
avec les mains et les pieds, et son écuyer derrière lui: aussitôt on vit
les uns tomber sous la main de Jonathan, et son écuyer qui le suivait
tuait les autres. L’effroi se répandit aussitôt dans la campagne, par
toute l’armée des Philistins. Tous les gens de leur camp qui étaient
allés pour piller, furent frappés d’étonnement, tout le pays fut en
trouble, et il parut que c’était Dieu qui avait fait ce miracle. Les
sentinelles de Saül jetant les yeux de ce côté-là, virent un grand
nombre de gens étendus sur la place, et d’autres qui fuyaient en
désordre çà et là. Saül s’avança donc à la tête d’un grand nombre
d’Israélites, poursuivit les ennemis qui s’enfuirent bien loin. C’est en
ce jour-là que l’Eternel sauva Israël. Or le peuple étant extrêmement
las, se jeta sur le butin, prit des brebis, des bœufs et des veaux, et
les tua sur la place; et le peuple mangea de la chair avec le sang. Saül
en fut averti, et on lui dit que le peuple avait péché contre l’Eternel
en mangeant des viandes avec le sang. Saül leur dit: Vous avez violé la
loi: qu’on me roule ici une grande pierre, égorgez ici vos bœufs et vos
béliers, et après cela vous en mangerez, afin que vous ne péchiez plus
contre l’Eternel en mangeant de la chair avec le sang. Alors Saül bâtit
un autel à l’Eternel: et ce fut donc là la première fois qu’il lui éleva
un autel.

Saül ayant ainsi affermi son règne sur Israël, combattait de tous côtés
contre tous ses ennemis; contre Moab, contre les enfants d’Ammon, contre
Edom, contre les rois de Soba et contre les Philistins. Et de quelque
côté qu’il tournât ses armes, il en revenait victorieux. Ayant assemblé
son armée, il défit les Amalécites, et délivra Israël de la main de ceux
qui pillaient toutes ses terres.

Or, Saül eut trois fils, Jonathan, Jischvi et Malchisua, et deux filles,
dont l’aînée s’appelait Merab et la plus jeune Michol. La femme de Saül
se nommait Achinoam, et était fille d’Achimaas. Le général de son armée
était Abner, fils de Ner, cousin germain de Saül. Car Cis, père de Saül,
et Ner, père d’Abner, étaient tous deux fils d’Abiel. Pendant tout le
règne de Saül il y eut une forte guerre contre les Philistins. Et
aussitôt que Saül avait reconnu qu’un homme était vaillant et propre à
la guerre, il le prenait auprès de lui.



  Saül ne remplit pas exactement la volonté de Dieu, en est sévèrement
                                 blâmé.


Après cela Samuël vint dire à Saül: C’est moi que l’Eternel a envoyé
pour vous sacrer roi sur Israël son peuple. Écoutez donc maintenant ce
que l’Éternel vous commande: Marchez contre Amalec, détruisez tout ce
qui est à lui, et ne désirez rien de ce qui lui appartient. Saül
commanda donc au peuple de prendre les armes; et en ayant fait la revue,
il se trouva deux cent mille hommes de pied, et dix mille hommes de la
tribu de Juda. Il marcha ensuite jusqu’à la ville d’Amalec, et dressa
des embuscades le long du torrent. Et il dit aux Cinéens: Allez,
retirez-vous, séparez-vous des Amalécites, de peur que je ne vous
enveloppe avec eux. Car vous avez usé de miséricorde envers tous les
enfans d’Israël lorsqu’ils revenaient de l’Égypte. Les Cinéens se
retirèrent donc du milieu des Amalécites. Saül attaqua alors les
Amalécites, les vainquit et les détruisit. Il prit vif Agag, roi des
Amalécites, l’épargna et réserva aussi ce qu’il y avait de meilleur dans
les troupeaux de brebis et de bœufs, dans les béliers, dans les meubles
et les habits, et généralement tout ce qui était le plus beau; et Saül
et le peuple ne voulurent point le perdre, ils détruisirent seulement
tout ce qui se trouva de vil et de méprisable.

L’Éternel adressa alors sa parole à Samuël, et lui dit: Je me repens
d’avoir fait Saül roi, parce qu’il m’a abandonné, et qu’il n’a point
exécuté mes ordres. Samuël en fut attristé, et il pria l’Éternel toute
la nuit. Et s’étant levé avant le jour pour aller trouver Saül le matin,
on vint lui dire que Saül était venu sur le Carmel, où il s’était dressé
un arc de triomphe, et qu’au sortir de là il était descendu à Galgala.
Samuël s’étant approché de Saül, Saül lui dit: Béni soyez-vous de
l’Éternel. J’ai accompli la parole de l’Éternel. Samuel lui dit: D’où
vient donc ce bruit de troupeaux de brebis et de bœufs que j’entends
ici, et qui retentit à mes oreilles? Saül lui dit: On les a amenés
d’Amalec; car le peuple a épargné ce qu’il y avait de meilleur parmi les
brebis et les bœufs pour les offrir à l’Éternel votre Dieu. Samuël dit à
Saül: Permettez-moi de vous dire ce que l’Eternel m’a dit cette nuit.
Dites, répondit Saül. Samuël ajouta: Si vous vous croyez petit à vos
yeux, n’êtes-vous pas devenu le chef de toutes les tribus d’Israël?
L’Éternel vous a sacré roi sur Israël; il vous a envoyé à cette guerre,
pourquoi donc n’avez-vous point écouté la voix de l’Eternel? Pourquoi
vous êtes-vous laissé aller au désir du butin, et pourquoi avez vous
péché aux yeux de l’Éternel? Sont-ce des holocaustes et des victimes que
l’Éternel demande? et ne demande-t-il pas plutôt que l’on obéisse à sa
voix? L’obéissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux se
rendre à sa voix que de lui offrir les béliers les plus gras. Car la
désobéissance aux ordres de l’Éternel est un péché égal à celui de la
magie; et la résistance à sa volonté est un crime égal à l’idolâtrie.
Donc puisque vous avez rejeté la parole de l’Eternel, l’Éternel vous a
rejeté, et il ne veut plus que vous soyez roi. Saül dit alors à Samuël:
J’ai péché, mais honorez-moi maintenant devant les anciens de mon peuple
et devant Israël, et revenez avec moi, afin que j’adore l’Eternel notre
Dieu. Samuël retourna donc, suivit Saül, et Saül adora l’Eternel. Alors
Samuël fit exécuter Agag, roi d’Amalec, et lui dit: Comme votre épée a
ravi les enfants à tant de mères; ainsi votre mère parmi les femmes sera
sans enfants. Samuël s’en retourna ensuite à Ramatha, et Saül s’en alla
en sa maison à Gabaa. Depuis ce jour-là Samuël ne vit plus Saül jusqu’au
jour de sa mort, mais il le pleurait sans cesse.



                     David est sacré roi d’Israël.


Enfin Dieu se révéla à Samuël, et lui dit: Jusqu’à quand pleurerez-vous
Saül, puisque je l’ai rejeté, et que je ne veux plus qu’il règne sur
Israël? Emplissez d’huile la corne que vous avez, et venez, afin que je
vous envoie à Isaï de Beth-lehem; car je me suis choisi un roi entre ses
enfants. Et lorsque Samuël craignit que Saül ne l’apprît et ne le fît
mourir, il lui fut conseillé de prendre un veau en prétextant de vouloir
sacrifier à l’Eternel, d’appeler Isaï avec ses fils au festin du
sacrifice et de sacrer celui que Dieu lui montrerait. Samuël fit donc
tout ce que lui fut ordonné; il sacra le plus jeune d’entre les fils
d’Isaï, nommé _David_, berger, d’une mine avantageuse, qui s’entendait
parfaitement dans la musique et dans la poésie, et se distinguait
particulièrement par son courage et sa bravoure. Or, depuis le moment
qu’il fut sacré, l’esprit de l’Eternel fut toujours en David; mais en
même temps l’esprit de l’Eternel se retira de Saül, qui était agité du
malin esprit (de la mélancolie). Alors les officiers de Saül lui dirent:
Vous voyez que le malin esprit vous inquiète. S’il plaît au roi notre
seigneur de l’ordonner, vos serviteurs chercheront un homme qui sache
toucher la harpe, afin qu’il en joue lorsque le malin esprit vous
agitera, et que vous en receviez du soulagement. Saül dit à ses
officiers: Cherchez-moi donc quelqu’un qui sache bien jouer de la harpe,
et amenez-le-moi. L’un d’entre eux lui répondit: J’ai vu l’un des fils
d’Isaï de Beth-lehem, qui sait fort bien jouer de la harpe. C’est un
jeune homme très-fort, propre à la guerre, sage dans ses paroles, d’une
mine avantageuse, et l’Eternel est avec lui. Saül fit donc dire à Isaï:
Envoyez-moi votre fils David, qui est avec les troupeaux. Isaï aussitôt
prit un âne qu’il chargea de pain, d’une bouteille de vin et d’un
chevreau, et il les envoya à Saül par son fils David. David vint donc
trouver Saül, et se présenta devant lui. Saül l’aima fort et le fit son
écuyer. Il envoya ensuite dire à Isaï: Que David demeure auprès de ma
personne; car il a trouvé grâce devant mes yeux. Ainsi toutes les fois
que l’esprit malin se saisissait de Saül, David prenait sa harpe et en
jouait, et Saül en était soulagé et se trouvait mieux.



                    David triomphe du géant Goliath.


Les Philistins s’assemblèrent de nouveau pour combattre Israël, ils se
rendirent tous à Socho, dans la tribu de Juda. Saül d’autre part et les
enfants d’Israël s’étant aussi assemblés, vinrent en la vallée du
Térébinthe, et mirent leur armée en bataille pour combattre les
Philistins. Les Philistins étaient d’un côté sur une montagne, Israël
était de l’autre sur une autre montagne; et il y avait une vallée entre
eux. Or, il arriva qu’un géant sortit du camp des Philistins. Il
s’appelait Goliath, il avait six coudées et un palme de haut. Il avait
en tête un casque d’airain et était revêtu d’une cuirasse à écailles,
qui pesait cinq mille sicles d’airain. Il avait sur les cuisses des
cuissards d’airain, et un bouclier d’airain lui couvrait les épaules. La
hampe de sa lance était comme ces grands bois dont se servent les
tisserands, et le fer de sa lance pesait six cents sicles de fer; et son
écuyer marchait devant lui. Cet homme vint se présenter devant les
bataillons d’Israël, et leur criait: Pourquoi venez-vous donner
bataille? Ne suis-je pas Philistin, et vous serviteurs de Saül?
Choisissez un homme d’entre vous, et qu’il vienne se battre seul à seul.
S’il ose se battre contre moi et qu’il m’ôte la vie, nous serons vos
esclaves; mais si j’ai l’avantage sur lui, et que je le tue, vous serez
nos esclaves, et vous nous serez assujettis. C’est ainsi que ce
Philistin se présentait au combat le matin et le soir, et cela dura
pendant quarante jours.—Saül et tous les Israélites entendant ce
Philistin parler de la sorte, étaient frappés d’étonnement, et
tremblaient de peur. Or David, fils d’Isaï, avait quitté Saül et s’en
était retourné à Beth-lehem pour mener paître les troupeaux de son père.
Trois de ses frères, les plus grands, avaient suivi Saül à l’armée. Il
arriva qu’au même temps Isaï dit à David son fils: Prends pour tes
frères une mesure de farine d’orge et ces dix pains, et cours à eux
jusqu’au camp. Porte aussi ces dix fromages pour leur mestre de camp:
vois comment tes frères se portent. David s’étant donc levé dès la
pointe du jour, laissa à un homme le soin de son troupeau, et s’en alla,
chargé, au camp, selon l’ordre qu’Isaï lui avait donné. Il courut au
lieu du combat et s’enquit de l’état de ses frères. Lorsqu’il leur
parlait encore, ce Philistin, appelé Goliath, sortit du camp des
Philistins, et David lui entendit répéter ses provocations habituelles.
Tous les Israélites ayant vu Goliath, fuirent devant lui tremblants de
peur. Mais David dit à ceux qui étaient auprès de lui: Que donnera-t-on
à celui qui tuera ce Philistin et qui ôtera l’opprobre d’Israël? Car,
qui est ce Philistin pour insulter ainsi l’armée du Dieu vivant? Et le
peuple lui répondit: S’il se trouve un homme qui puisse le vaincre, le
roi le comblera de richesses, lui donnera sa fille en mariage, et rendra
la maison de son père exempte de tribut dans Israël. Or, ces paroles de
David ayant été entendues, elles furent rapportées à Saül. Et Saül
l’ayant fait venir devant lui, David lui parla de cette sorte: Que
personne ne s’épouvante de ce Philistin; votre serviteur est prêt à
aller le combattre. Saül lui dit: Vous ne sauriez résister à ce
Philistin, ni combattre contre lui; parce que vous êtes encore tout
jeune, et que celui-ci est un homme nourri à la guerre depuis sa
jeunesse. David répondit à Saül: Lorsque votre serviteur menait paître
le troupeau de son père, il venait quelquefois un lion ou un ours qui
emportait un bélier du milieu du troupeau. Alors je courais après eux,
je les battais et je leur arrachais le bélier d’entre les dents; et
lorsqu’ils se jetaient sur moi, je les prenais à la gorge, je les
étranglais et je les tuais. C’est ainsi que votre serviteur a tué un
lion et un ours, et il en sera autant de ce Philistin; l’Eternel, qui
m’a délivré des griffes du lion et de la gueule de l’ours, me délivrera
encore de la main de ce Philistin. Saül dit donc à David: Allez, et que
l’Eternel soit avec vous. Il le revêtit ensuite de ses armes, lui mit
sur la tête un casque d’airain, et l’arma d’une cuirasse. Et David
s’étant mis une épée au côté, commença à essayer s’il pourrait marcher
avec ses armes, ne l’ayant point fait jusqu’alors. Et il dit à Saül: Je
ne saurais marcher ainsi, parce que je n’y suis pas accoutumé. Ayant
donc quitté ses armes, il prit le bâton qu’il avait toujours à la main,
choisit dans le torrent cinq pierres très-polies, et les mit dans sa
panetière qu’il avait sur lui; et tenant à la main sa fronde, il marcha
contre le Philistin. Le Philistin s’avança aussi et s’approchant de
David, il le méprisa et lui dit: Suis-je un chien, pour que tu viennes à
moi avec un bâton? Et ayant maudit David en jurant par ses dieux, il
ajouta: Viens à moi, et je donnerai ta chair à manger aux oiseaux du
ciel et aux bêtes de la terre. Mais David dit au Philistin: Tu viens à
moi avec l’épée, la lance et le bouclier; mais moi je viens à toi au nom
de l’Eternel, du Dieu des troupes d’Israël, auxquelles tu as insulté
aujourd’hui. L’Eternel te livrera entre mes mains; je te tuerai, afin
que toute la terre sache qu’il y a un Dieu dans Israël, et que toute
multitude d’homme reconnaisse que ce n’est point par l’épée ni par la
lance que l’Eternel sauve; parce qu’il est l’arbitre de la guerre, et ce
sera lui qui vous livrera entre nos mains. Le Philistin s’avança donc,
et marcha contre David. Et lorsqu’il en fut proche, David se hâta et
courut contre lui pour le combattre. Il mit la main dans sa panetière,
il en prit une pierre, la lança avec sa fronde, et en frappa le
Philistin dans le front. La pierre s’enfonça dans le front du Philistin,
et il tomba le visage contre terre. Ainsi David remporta la victoire sur
le Philistin avec une fronde et une pierre seule, il le renversa par
terre, et le tua. Et comme il n’avait point d’épée à la main, il courut,
et se jeta sur le Philistin: il prit son épée, la tira du fourreau, et
acheva de lui ôter la vie.—Les Philistins voyant que le plus vaillant
d’entre eux était mort, s’enfuirent. Et les Israélites s’élevant avec un
grand cri, les poursuivirent jusqu’à la vallée et aux portes d’Accaron,
et pillèrent le camp de leurs ennemis.



   David et Saül: bravoure et droiture d’un côté, jalousie et ruse de
                                l’autre.


Depuis ce moment Jonathan fils de Saül devint l’ami de David; car
Jonathan l’aimait comme lui-même, et l’âme de Jonathan s’attacha
étroitement à celle de David. Or quand David revint après avoir vaincu
le Philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d’Israël
au-devant du roi Saül en chantant et en dansant, témoignant leur
réjouissance avec des tambours et des timbales. Et les femmes dans leurs
danses et dans leurs chansons se répondaient l’une à l’autre, et
disaient: Saül en a tué mille, et David en a tué dix mille. Cette parole
irrita Saül et le mit dans une grande colère. Ils ont donné, dit-il, dix
mille hommes à David, et à moi mille: que lui reste-t-il après cela que
d’être roi? Depuis ce jour-là Saül ne regarda plus David de bon œil. Le
lendemain il arriva que l’esprit malin se saisit de Saül, et il était
agité au milieu de sa maison, comme un homme qui a perdu le sens. David
jouait de la harpe devant lui, comme il avait accoutumé de faire; et
Saül ayant la lance à la main, la poussa contre David, dans le dessein
de le percer d’outre en outre contre la muraille: mais David se
détourna, et évita le coup par deux fois. Saül commença donc à craindre
David, voyant que l’Eternel était avec David, et qu’il s’était retiré de
lui. C’est pourquoi il l’éloigna d’auprès de sa personne, et lui donna
le commandement de mille hommes. Ainsi David menait le peuple à la
guerre et le ramenait. David aussi se conduisait dans toutes ses actions
avec une grande prudence, et l’Eternel était avec lui. Saül voyant donc
qu’il était très-prudent, commença à s’en défier davantage. Mais tout
Israël et tout Juda aimait David, parce que c’était lui qui allait en
campagne avec eux, et qui marchait à leur tête. Alors Saül dit à David:
Vous voyez Merob ma fille aînée; c’est elle que je vous donnerai en
mariage: soyez seulement courageux, et combattez pour le service de
l’Eternel. Et en même temps il disait en lui-même: Je ne veux point le
tuer de ma main; mais je veux qu’il meure par la main des Philistins.
David répondit à Saül: Qui suis-je moi? quelle est la vie que j’ai
menée, et quelle est dans Israël la famille de mon père, pour que je
devienne gendre du roi? Mais le temps étant venu que Merob fille de Saül
devait être donnée à David, elle fut donnée en mariage à Hadriel
Molathite. Michal seconde fille de Saül avait de l’affection pour David:
ce qui ayant été rapporté à Saül, il en fut bien aise, et fit dire à
David qu’il était prêt à lui donner celle-ci en mariage, pourvu qu’il
frappât seulement cent Philistins. (Le dessein de Saül était de faire
tomber David entre les mains des Philistins.) Les serviteurs de Saül
ayant rapporté à David ce que Saül leur avait dit, il agréa la
proposition qu’ils lui faisaient, pour devenir gendre du roi. Peu de
jours après il marcha avec les gens qu’il commandait et vainquit deux
cents Philistins. Saül lui donna donc en mariage sa fille Michal. Et il
comprit clairement que l’Eternel était avec David. Quant à Michal sa
fille, elle avait beaucoup d’affection pour David. Saül commença à le
craindre de plus en plus; et son aversion pour lui croissait tous les
jours. Les princes des Philistins se mirent de nouveau en campagne. Et
dès qu’ils se présentèrent, David fit paraître plus de prudence que tous
les officiers de Saül; de sorte que son nom devint très-célèbre.



   Jonathan avertit David de la colère de Saül. David se sauve, et se
                        retire auprès de Samuel.


Or Saül parla à Jonathan son fils et à tous ses officiers pour les
porter à tuer David: mais Jonathan, qui aimait extrêmement David, vint
lui en donner avis; et étant avec Saül son père, il lui dit: Seigneur
roi, ne faites point de mal à David votre serviteur, parce qu’il ne vous
en a point fait, et qu’il vous a rendu au contraire des services
très-importants. Il a exposé sa vie à un grand péril; il a vaincu le
Philistin, et l’Eternel a sauvé tout Israël d’une manière pleine de
merveilles. Vous l’avez vu, et vous en avez eu de la joie. Pourquoi donc
voulez-vous maintenant faire une faute en répandant le sang innocent, et
en tuant David qui n’est point coupable? Saül ayant entendu ce discours
de Jonathan, fut apaisé par ses raisons, et lui répondit: Je vous
promets qu’il ne mourra point. Jonathan ensuite fit venir David, lui
rapporta tout ce qui s’était passé, le présenta de nouveau à Saül; et
David demeura auprès de Saül comme il avait été auparavant. La guerre
ensuite recommença, et David marcha contre les Philistins, les
combattit, les vainquit et les mit en fuite. Alors le malin esprit se
saisit encore de Saül: il était assis dans sa maison une lance à la
main. Et comme David jouait de la harpe, Saül tâcha de le percer de sa
lance; mais David qui s’en aperçut, se détourna, et la lance sans
l’avoir blessé donna dans la muraille. Il s’enfuit aussitôt, et se sauva
ainsi pour cette nuit-là. Saül envoya donc ses gardes en la maison de
David pour s’assurer de lui, et pour le tuer le lendemain dès le matin.
Michal femme de David lui rapporta tout ceci, et lui dit: Si tu ne te
sauves cette nuit, tu es mort demain matin. Elle le descendit aussitôt
en bas par une fenêtre. David s’échappa, s’enfuit et se sauva auprès de
Samuel à Ramatha. David rapporta à Samuel la manière dont Saül l’avait
traité, et ils s’en allèrent ensemble à Naïoth (ville libre des
prophètes), où ils demeurèrent quelque temps.



                          Sainte inspiration.


Quelques gens vinrent en donner avis à Saül. Il envoya alors des archers
pour prendre David: mais les archers ayant vu une troupe de prophètes
qui prophétisaient, et Samuel qui présidait parmi eux, ils furent saisis
eux-mêmes de l’esprit de Dieu, et ils commencèrent à prophétiser comme
les autres. Saül en ayant été averti, envoya d’autres gens, qui
prophétisèrent aussi comme les premiers. Il en envoya pour la troisième
fois, et ils prophétisèrent encore. Alors il s’en alla lui-même à
Ramatha, y demanda en quel lieu étaient Samuel et David; on lui
répondit: Ils sont à Naïoth de Ramatha. Aussitôt il s’y en alla, et fut
saisi lui-même de l’esprit de Dieu, et il prophétisait durant tout le
chemin, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à Naïoth près de Ramatha. Il se
dépouilla de ses vêtements royaux, prophétisa avec les autres devant
Samuel, et demeura nu par terre tout le jour et toute la nuit: ce qui
donna lieu à ce proverbe: Saül est-il donc aussi devenu prophète? Or
David s’enfuit de Naïoth.



               David et Jonathan renouvellent leur union.


David en s’enfuyant rencontra Jonathan. Jonathan se lia de nouveau à
David par serment, tâcha de le consoler en lui disant: Non vous ne
mourrez point; car mon père ne fait aucune chose, ni grande ni petite,
sans m’en parler. Mais David lui dit: Votre père sait très-bien que je
suis honoré de vos bonnes grâces. C’est pourquoi il aura dit en
lui-même: Il ne faut point que Jonathan sache ceci, afin qu’il ne s’en
afflige point; car je vous jure qu’il n’y a pour ainsi dire qu’un point
entre ma vie et ma mort. Jonathan lui répondit: Je ferai pour vous tout
ce que vous me direz. David l’engagea alors à retourner auprès de Saül
son père, à tâcher de le réconcilier avec lui. Jonathan retourna; et
David se cacha en attendant dans la campagne. Cependant le projet de
réconciliation échoua, Jonathan avait à peine commencé à en parler à son
père, que celui-ci se mit en colère contre Jonathan et peu s’en fallut
qu’il ne le perçât de sa lance. Jonathan reconnut donc que son père
était résolu à faire mourir David. Le lendemain dès la pointe du jour
Jonathan vint dans le champ, selon qu’il en était demeuré d’accord avec
David et à un signal, donné d’avance, David sortit de sa retraite, fit
par trois fois une profonde révérence à Jonathan, et s’étant salués en
s’embrassant, ils pleurèrent tous deux. Jonathan dit donc à David: Allez
en paix; que ce que nous avons juré tous deux au nom de l’Eternel
(l’amitié) demeure ferme; et que l’Eternel, comme nous l’avons dit, soit
témoin entre vous et moi, et entre votre race et ma race pour jamais.
David en même temps se retira, et Jonathan rentra dans la ville.



      David se retire à Nobé vers Achimelech et de là chez Achis.


Après cela David alla à Nobé chez le prêtre Achimelech. Achimelech fut
surpris de sa venue, et lui dit: D’où vient que vous venez seul, et
qu’il n’y a personne avec vous? David répondit au prêtre: Le roi m’a
donné un ordre, et m’a dit: Que personne ne sache pourquoi je vous
envoie, ni ce que je vous ai commandé. J’ai même donné ordre à mes gens
de se trouver en tel et tel lieu. Si donc vous avez quelque chose à
manger, quand ce ne serait que cinq pains, ou quoi que ce soit,
donnez-le-moi. Le prêtre répondit à David: Je n’ai point ici de pain
pour le peuple; je n’ai que du pain qui est saint, pourvu que vos gens
soient purs. David lui répondit qu’ils étaient purs. Alors le prêtre lui
donna du pain sanctifié; car il n’y en avait point là d’autre que les
pains exposés devant l’Eternel. Or un certain homme des officiers de
Saül se trouva alors au-dedans du tabernacle de l’Eternel. C’était un
Iduméen nommé Doëg, et le plus puissant d’entre les bergers de Saül.
David dit encore à Achimelech: N’avez-vous point ici une lance ou une
épée? Car je n’ai apporté avec moi ni mon épée ni mes armes, parce que
l’ordre du roi pressait fort. Le prêtre lui répondit: Voilà l’épée de
Goliath le Philistin, que vous avez vaincu dans la vallée de Térébinthe.
Elle est enveloppée dans un drap derrière l’éphod. Si vous la voulez,
prenez-la; parce qu’il n’y en a point d’autre ici. David lui dit: Il n’y
en a point qui vaille celle-là, donnez-la-moi. David partit donc alors;
et s’enfuyant de devant Saül, il se réfugia vers Achisch roi des
Philistins. Les officiers d’Achisch ayant vu David, dirent au roi:
N’est-ce pas là ce David qui est célèbre comme roi dans son pays?
N’est-ce pas de lui qu’on a chanté dans les danses publiques: Saül en a
vaincu mille, et David dix mille? David fut frappé de ces paroles
jusqu’au cœur; et il commença à craindre extrêmement Achisch roi des
Philistins. C’est pourquoi il se contrefit le visage devant les
Philistins, il se laissait tomber entre leurs mains, il se heurtait
contre les poteaux de la porte, et sa salive découlait sur sa barbe.
Achisch dit donc à ses officiers: Vous voyez bien que cet homme est fou;
pourquoi me l’avez-vous amené? Est-ce que nous n’avons pas assez de fous
sans nous amener celui-ci, pour qu’il fasse des folies en ma présence?
Doit-on laisser entrer un tel homme dans ma maison?



     David se cache en différents lieux. Saül fait tuer Achimelech.


David sortit donc ainsi de la présence du roi des Philistins, et se
retira dans la caverne d’Odollam. Ses frères et toute la maison de son
père l’ayant appris, vinrent l’y trouver. Et tous ceux qui avaient de
méchantes affaires, et ceux qui étaient accablés de dettes ou mécontents
s’assemblèrent près de lui. Il devint leur chef, et il se trouva avec
lui environ quatre cents hommes. Il s’en alla de là à Maspha, qui est au
pays de Moab; et il dit au roi de Moab: Je vous prie de permettre que
mon père et ma mère demeurent avec vous, jusqu’à ce que je sache ce que
Dieu ordonnera de moi. Il les laissa auprès du roi de Moab, et ils y
demeurèrent tout le temps que David fut dans cette forteresse. Ensuite
le prophète Gad dit à David: Ne demeurez point dans ce fort; sortez-en,
et allez en la terre de Juda. David partit donc de ce lieu-là, et vint
dans le bois de Haret. Or cet Iduméen appelé Doëg, qui se trouvait à
Nobé lorsque David vint voir Achimelech, alla rapporter à Saül tout ce
qu’il avait vu, en lui disant: J’ai vu le fils d’Isaï à Nobé, chez le
prêtre Achimelech, qui lui a donné des vivres, et l’épée même de Goliath
le Philistin. Saül croyant alors qu’Achimelech était d’intelligence avec
David, le fit tuer, lui et toute la maison de son père,
quatre-vingt-cinq prêtres, tous en ce même jour, et fit détruire en même
temps tout ce qui se trouvait à Nobé, ville des prêtres. Seulement l’un
des fils d’Achimelech, qui s’appelait Abiathar, s’échappa de ce carnage,
s’enfuit vers David et vint lui dire que Saül avait tué les prêtres de
l’Eternel. David répondit à Abiathar: Je savais bien que Doëg l’Iduméen
s’étant trouvé là lorsque j’y étais, ne manquerait pas d’avertir Saül.
Je suis cause de la mort de toute la maison de votre père. Demeurez avec
moi, et ne craignez rien. Il faudra entreprendre sur ma vie, pour
entreprendre sur la vôtre; et si je suis en sûreté, vous y serez aussi.



 David est persécuté par Saül, mais Dieu le protége et le sauve de tous
                                dangers.


Un jour on vint dire à David: Voilà les Philistins qui attaquent Këila
(ville voisine de l’endroit où David s’était établi et qui lui
fournissait ses vivres) et qui pillent les granges. Il entra alors en
conseil avec le prêtre Abiathar pour savoir si c’était la volonté de
Dieu d’aller faire la guerre aux Philistins. Le prêtre lui répondit au
nom de l’Eternel: Allez, vous déferez les Philistins, et vous sauverez
Këila. David s’en alla donc avec ses gens à Këila; il combattit contre
les Philistins, les défit, emmena leurs troupeaux, et sauva les
habitants de Këila. Lorsque Saül eut appris que David était venu à
Këila, il dit: Dieu me l’a livré entre les mains. Il est pris, puisqu’il
est entré dans une ville où il y a des portes et des serrures
(forteresse). Il commanda donc à tout le peuple de marcher contre Këila,
et d’y assiéger David et ses gens. David fut averti que Saül se
préparait secrètement à le perdre; il entra alors de nouveau en conseil
avec le prêtre Abiathar, consulta l’Eternel, pria Dieu d’être avec lui,
et s’en alla aussitôt avec ses gens, qui étaient environ six cents; et
étant partis de Këila, ils erraient çà et là, sans savoir où s’arrêter.
Saül ayant appris que David s’était retiré de Këila et s’était sauvé, il
ne parla plus d’y aller. Or David demeurait dans le désert, en des lieux
presque inaccessibles; et il se retira sur la montagne du désert de
Ziph, qui était toute couverte d’arbres. Saül le cherchait sans cesse,
mais Dieu ne le livra point entre ses mains. David sut que Saül s’était
mis en campagne pour trouver moyen de le perdre: c’est pourquoi il
demeura toujours au désert de Ziph dans la forêt. Jonathan fils de Saül
vint l’y trouver, et le fortifia en Dieu, en lui disant: Ne craignez
point; car Saül mon père, quoi qu’il fasse, ne vous trouvera point. Vous
serez roi d’Israël, et je serai le second après vous; et mon père le
sait bien lui-même. Ils firent donc tous deux alliance devant l’Eternel.
Et David demeura dans la forêt, et Jonathan retourna en sa maison.
Cependant ceux de Ziph vinrent trouver Saül, et lui dirent: Ne
savez-vous pas que David est caché parmi nous, dans l’endroit le plus
fort de la forêt? Puis donc que vous désirez de le trouver, vous n’avez
qu’à venir, et ce sera à nous à le livrer entre les mains du roi. Saül
les remercia et leur dit: Allez donc, je vous prie; faites grande
diligence; cherchez avec tous les soins possibles; considérez bien où il
peut être: car il se doute bien que je l’observe, et que je l’épie pour
le surprendre. Examinez et remarquez tous les lieux où il a accoutumé de
se cacher: et lorsque vous vous serez bien assurés de tout, revenez me
trouver, afin que j’aille avec vous. Quand il se serait caché au fond de
la terre, j’irai l’y chercher avec tout ce qu’il y a d’hommes dans Juda.
Ceux de Ziph s’en retournèrent ensuite chez eux avant Saül. Or David et
ses gens étaient alors dans le désert de Maon. Saül accompagné de tous
ses gens alla donc l’y chercher. David en ayant eu avis, se retira
aussitôt au rocher du désert de Maon dans lequel il demeurait. Saül en
fut averti, et il entra dans le désert de Maon pour l’y poursuivre. Saül
côtoyait la montagne d’un côté et David avec ses gens la côtoyait de
l’autre. David désespérait de pouvoir échapper des mains de Saül; car
Saül et ses gens tenaient David et ceux qui étaient avec lui, environnés
comme dans un cercle pour les prendre. Mais en même temps un courrier
vint dire à Saül: Hâtez-vous de venir, car les Philistins sont entrés en
grand nombre sur les terres d’Israël. Saül cessa donc de poursuivre
David, pour aller tenir tête aux Philistins.



        David caché dans une caverne empêche qu’on ne tue Saül.


David étant sorti de ce lieu-là, se retira vers le nord et demeura à
Engaddi dans des lieux très-sûrs. Et Saül étant revenu après avoir
poursuivi les Philistins, on vint lui dire que David était dans le
désert d’Engaddi. Il prit donc avec lui trois mille hommes choisis de
tout Israël, et il se mit en campagne, résolu d’aller chercher David et
ses gens jusque sur les rochers les plus escarpés, où il n’y a que les
chèvres sauvages qui puissent monter. Et étant venu à des parcs de
brebis qu’il rencontra dans son chemin, il se trouva là une caverne, où
il entra par suite d’une nécessité naturelle. Or David et ses gens
s’étaient cachés dans le fond de la même caverne. Les gens de David lui
dirent: Voici le jour dont l’Eternel vous a dit: Je vous livrerai votre
ennemi, afin que vous le traitiez comme il vous plaira. David s’étant
donc avancé, coupa doucement le bord de la casaque de Saül. Et aussitôt
il se repentit en lui-même de ce qu’il lui avait coupé le bord de son
vêtement. Et il dit à ses gens: Dieu me garde de commettre cet excès à
l’égard de celui qui est mon maître, que de mettre la main sur lui,
puisqu’il est l’oint de l’Eternel. David par ces paroles arrêta la
violence de ses gens, et les empêcha de se jeter sur Saül. Saül étant
sorti de la caverne continua son chemin. David le suivit; et étant sorti
de la caverne il cria après lui, et lui dit: Mon seigneur et mon roi.
Saül regarda derrière lui, et David fit une profonde révérence en se
baissant jusqu’à terre, et lui dit: Pourquoi écoutez-vous les paroles de
ceux qui vous disent: David ne cherche qu’une occasion de vous perdre?
Vous voyez aujourd’hui de vos yeux que l’Eternel vous a livré entre mes
mains dans la caverne. On a voulu me porter à vous ôter la vie, mais je
n’ai point voulu le faire. Car j’ai dit: Je ne porterai point la main
sur mon maître, parce que c’est l’oint de l’Eternel. Voyez vous-même,
mon père, et reconnaissez si ce n’est pas là le bord de votre casaque
que je tiens dans ma main, et qu’en coupant l’extrémité de votre
vêtement, je n’ai point voulu porter la main sur vous. Après cela
considérez, et voyez vous-même que je ne suis coupable d’aucun mal ni
d’aucune injustice, et que je n’ai point péché contre vous. Et cependant
vous cherchez tous les moyens de m’ôter la vie. Que l’Eternel soit le
juge entre vous et moi. Que l’Eternel me rende justice lui-même de vous:
mais pour moi je ne porterai jamais la main sur vous. C’est aux impies à
faire des actions impies, selon l’ancien proverbe. Que l’Eternel
considère ce qui se passe entre vous et moi, qu’il prenne la défense de
ma cause, et me délivre de vos mains. Après que David eut parlé de cette
sorte à Saül, Saül lui dit: N’est-ce pas là votre voix que j’entends, ô
mon fils David? En même temps il jeta un grand soupir, et versa des
larmes; et il ajouta: Vous êtes plus juste que moi; car vous ne m’avez
fait que du bien, et je ne vous ai rendu que du mal. Et vous m’avez fait
connaître aujourd’hui la bonté de votre cœur à mon égard, lorsque
l’Eternel m’ayant livré entre vos mains, vous m’avez conservé la vie.
Saül continua en disant: Comme je sais que vous régnerez
très-certainement, et que vous posséderez le royaume d’Israël, jurez-moi
par l’Eternel que vous ne détruirez point ma race après moi, et que vous
n’exterminerez point mon nom de la maison de mon père. David le jura à
Saül. Ainsi Saül retourna en sa maison; et David et ses gens se
retirèrent en des lieux plus sûrs.



                 Conduite de David à l’égard de Nabal.


Or il y avait dans le désert de Maon un homme qui avait son bien sur le
Carmel. Cet homme était extrêmement riche. Il s’appelait Nabal et sa
femme Abigaïl, très-prudente et fort belle. Nabal était un homme dur,
brutal et très-méchant. David ayant donc appris dans le désert que Nabal
faisait tondre ses brebis, lui envoya dix jeunes hommes auxquels il dit:
Allez-vous-en sur le Carmel trouver Nabal, saluez-le de ma part
civilement, et dites-lui: J’ai su que vos pasteurs qui étaient avec nous
dans le désert, tondent vos brebis; nous ne leur avons jamais fait
aucune peine; et ils n’ont rien perdu de leur troupeau pendant tout le
temps qu’ils ont été avec nous sur le Carmel. Demandez-le à vos gens, et
ils vous le diront. Maintenant donc que vos serviteurs trouvent grâce
devant vos yeux: car nous venons à vous dans un jour de joie. Donnez à
vos serviteurs et à David votre fils tout ce qu’il vous plaira. Les gens
de David étant venus trouver Nabal, lui dirent toutes ces mêmes paroles
de la part de David, et attendirent sa réponse. Mais Nabal leur
répondit: Qui est David, et qui est le fils d’Isaï? On ne voit autre
chose aujourd’hui que des serviteurs qui fuient leurs maîtres. Quoi
donc! J’irai prendre mon pain et mon eau et la chair des bêtes que j’ai
fait tuer pour ceux qui tondent mes brebis, et je les donnerai à des
gens que je ne connais point! Les gens de David étant retournés sur
leurs pas, vinrent le retrouver, et lui rapportèrent tout ce que Nabal
leur avait dit. Alors David se mit en marche à la tête de quatre cents
hommes, résolu de punir sévèrement Nabal. Cependant la prudente Abigaïl,
n’en disant rien à son mari, prit en grande hâte deux cents pains, deux
vaisseaux pleins de vin, cinq moutons tout cuits, cinq boisseaux de
farine d’orge, cent paquets de raisins secs, et deux cents cabas de
figues sèches. Elle mit tout cela sur des ânes, et elle dit à ses gens:
Allez devant moi, je vais vous suivre. Étant donc montée sur un âne,
comme elle descendait au pied de la montagne, elle rencontra David et
ses gens, qui venaient dans le même chemin. David disait alors: C’est
bien en vain que j’ai conservé dans le désert tout ce qui était à cet
homme, sans qu’il s’en soit rien perdu, puisque après cela il me rend le
mal pour le bien. Que Dieu traite les ennemis de David dans toute sa
sévérité. Or Abigaïl n’eut pas plus tôt aperçu David, qu’elle descendit
de son âne. Elle lui fit une profonde révérence, et se jetant à ses
pieds, elle lui dit: Que cette iniquité, mon seigneur, tombe sur moi.
Permettez seulement, je vous prie, à votre servante de vous parler, et
ne refusez pas d’entendre les paroles de votre servante. Que le cœur de
mon seigneur ne soit point sensible à l’injustice de Nabal. Car pour
moi, mon seigneur, je n’ai point vu les gens que vous avez envoyés.
Maintenant donc, je vous prie, recevez ce présent que votre servante
vous apporte à vous, et faites-en part aux gens qui vous suivent.
Remettez l’iniquité de votre servante: car l’Eternel très-certainement
établira votre maison, parce que vous combattez pour lui. Lors donc que
l’Eternel vous aura fait tous les grands biens qu’il a prédits de vous,
et qu’il vous aura établi chef sur Israël, le cœur de mon seigneur
n’aura point ce scrupule ni ce remords, d’avoir répandu le sang
innocent, et de s’être vengé lui-même. Et quand Dieu vous aura comblé de
biens, vous vous souviendrez, mon seigneur, de votre servante. David
répondit à Abigaïl: Que l’Eternel le Dieu d’Israël soit béni de vous
avoir envoyée aujourd’hui au-devant de moi. Que votre parole soit bénie,
et soyez bénie vous-même de ce que vous m’avez empêché de répandre le
sang et de me venger de ma propre main. David reçut donc de la main
d’Abigaïl tout ce qu’elle avait apporté, et lui dit: Allez en paix en
votre maison; j’ai fait ce que vous m’avez demandé, et j’ai eu de la
considération pour votre personne. Abigaïl ensuite vint à Nabal, et elle
trouva qu’il faisait dans sa maison un festin de roi. Son cœur nageait
dans la joie; car il avait tant bu qu’il était tout ivre. Abigaïl ne lui
parla de rien jusqu’au matin. Mais le lendemain, lorsqu’il eut un peu
dissipé les vapeurs du vin, sa femme lui rapporta tout ce qui s’était
passé; et son cœur fut comme frappé de mort en lui-même, et demeura
insensible comme une pierre. Dix jours s’étant passés, l’Eternel frappa
Nabal, et il mourut. Plus tard David fit demander Abigaïl en mariage,
elle consentit et devint son épouse. David épousa aussi Achinoam qui
était de Jezrahel. Mais Saül de son côté donna Michal sa fille, femme de
David, à Phalti fils de Laïs, qui était de Gallim.



 David a de nouveau l’occasion de pouvoir tuer son ennemi et ne le tue
                                  pas.


Cependant ceux de Ziph vinrent trouver Saül à Gabaa, et lui dirent:
David est caché dans nos environs. Saül aussitôt prit avec lui trois
mille hommes choisis de tout Israël, et alla chercher David dans le
désert de Ziph. Il campa sur la colline d’Hachila, qui est vis-à-vis du
désert sur le chemin. David demeurait alors dans ce désert. Comme on lui
dit que Saül venait l’y chercher, il envoya des gens pour le
reconnaître, et il apprit qu’il était venu en effet. Il partit donc sans
bruit, et s’en vint au lieu où était Saül; il remarqua l’endroit où
était la tente de Saül, et d’Abner fils de Ner, général de son armée. Et
voyant que Saül dormait dans sa tente, et tous ses gens autour de lui,
il alla donc la nuit, accompagné d’Abisaï, parmi les gens de Saül, et
ils trouvèrent Saül couché et dormant dans sa tente: sa lance était à
son chevet fichée en terre, et Abner avec tous ses gens dormaient autour
de lui. Alors Abisaï dit à David: Dieu vous livre aujourd’hui votre
ennemi entre les mains, je vais donc avec ma lance le percer jusqu’en
terre d’un seul coup, et il n’en faudra pas un second. David répondit à
Abisaï: Ne le tuez point; car qui lèvera la main sur l’oint de
l’Eternel, et sera innocent? Et il ajouta: A moins que l’Éternel ne
frappe lui-même Saül, ou que le jour de sa mort n’arrive, ou qu’il ne
soit tué dans une bataille, il ne mourra point. Dieu m’a défendu de
porter la main sur l’oint de l’Éternel. Prenez seulement sa lance qui
est à son chevet, et sa coupe; et allons-nous-en. David prit donc la
lance et la coupe, et ils s’en allèrent. Il n’y eut personne qui les
vît, ni qui sût ce qui se passait, ou qui s’éveillât; mais tous
dormaient, parce que l’Eternel les avait assoupis d’un profond sommeil.
David étant passé de l’autre côté, s’arrêta sur le haut d’une montagne
qui était fort éloignée du camp. Il appela de là à haute voix les gens
de Saül, et Abner fils de Ner, et lui cria: Abner ne répondrez-vous donc
point? Abner répondit: Qui êtes-vous qui criez de la sorte, et qui
troublez le repos du roi? David dit à Abner: N’êtes-vous pas un homme de
cœur? et y a-t-il quelqu’un dans Israël qui vous soit égal? Pourquoi
donc n’avez-vous pas gardé le roi votre seigneur? car il est venu
quelqu’un d’entre le peuple pour tuer le roi votre seigneur. Ce n’est
pas là bien faire votre devoir. Vous méritez tous la mort, pour avoir si
mal gardé votre maître, qui est l’oint de l’Eternel. Voyez donc
maintenant où est la lance du roi, et la coupe qui était à son chevet.
Saül reconnut la voix de David, et lui dit: N’est-ce pas là votre voix
que j’entends, mon fils David? David lui dit: C’est ma voix, mon
seigneur et mon roi. Et il ajouta: Pourquoi mon seigneur persécute-t-il
son serviteur? Qu’ai-je fait? de quel mal ma main est-elle souillée? Que
mon sang ne soit donc point répandu sur la terre. Saül lui répondit:
J’ai péché; revenez, mon fils David, je ne vous ferai plus de mal à
l’avenir, puisque ma vie a été aujourd’hui précieuse devant vos yeux.
Car il paraît que j’ai agi comme un insensé, et que j’ai été mal informé
de beaucoup de choses. David dit ensuite: Voici la lance du roi; que
l’un de vos gens passe ici, et qu’il l’emporte. Au reste l’Éternel
rendra à chacun selon sa justice et selon sa fidélité; car l’Éternel
vous a livré aujourd’hui entre mes mains, et je n’ai point voulu porter
la main sur l’oint de l’Éternel. Comme donc votre âme a été aujourd’hui
précieuse devant mes yeux, qu’ainsi mon âme soit précieuse devant les
yeux de l’Éternel, et qu’il me délivre de tous les maux. Saül répondit à
David: Béni soyez-vous, mon fils David; vous réussirez certainement dans
vos entreprises, et votre puissance sera grande. David ensuite s’en
alla, et Saül s’en retourna chez lui.



                         La pythonisse d’Endor.


Or Samuel était mort; tout Israël l’avait pleuré, et il avait été
enterré dans la ville de Ramatha, lieu de sa naissance. En ce temps-là
les Philistins assemblèrent de nouveau leurs troupes et se préparèrent à
combattre contre Israël. Saül de son côté assembla toutes les troupes
d’Israël. Et ayant vu l’armée des Philistins, il fut frappé
d’étonnement, et la crainte le saisit jusqu’au fond du cœur. Alors il
dit à ses officiers: Cherchez-moi une femme qui ait un esprit de python,
afin que j’aille la trouver, et que par son moyen je puisse le
consulter. Ses serviteurs lui dirent: Il y a à Endor une telle femme (or
Saül avait antérieurement chassé, lui-même, les magiciens et les devins
de son royaume). Saül se déguisa donc, prit d’autres habits, et s’en
alla accompagné de deux hommes seulement. Il vint la nuit chez cette
femme, et lui dit: Découvrez-moi l’avenir par l’esprit de python, qui
est en vous, et faites-moi venir celui que je vous dirai. Cette femme
lui répondit: Vous savez tout ce qu’a fait Saül, et de quelle manière il
a exterminé les magiciens et les devins de toutes ses terres: pourquoi
donc me tendez-vous un piége pour me faire perdre la vie? Saül lui jura
et lui dit: Il ne vous arrivera de ceci aucun mal. La femme lui dit: Qui
voulez-vous que je fasse venir? Il lui répondit: Faites-moi venir
Samuel. La pythonisse, rusée qu’elle était, fit alors croire à Saül, par
différentes fascinations qu’elle pratiquait devant ses yeux, que Samuël
sortait effectivement de la tombe, et lui annonçait toutes sortes de
malheurs. Saül tomba aussitôt, et demeura étendu sur la terre: car les
paroles qu’il croyait avoir entendues par la bouche de Samuel l’avaient
épouvanté; et les forces lui manquèrent, parce qu’il n’avait point mangé
de tout ce jour-là. La magicienne vint trouver Saül dans le grand
trouble où il était, et lui dit: Permettez que je vous serve un peu de
pain, afin qu’ayant mangé vous repreniez vos forces, et que vous
puissiez vous mettre en chemin. Saül le refusa, et lui dit: Je ne
mangerai point. Mais ses serviteurs et cette femme le contraignirent de
manger. Après donc que Saül et ses serviteurs eurent mangé, ils s’en
allèrent, et marchèrent toute la nuit.



                      Mort de Saül et de ses fils.


Cependant la bataille se donna entre les Philistins et les Israélites.
Les Israélites furent mis en fuite devant les Philistins, et il en fut
tué un grand nombre sur la montagne de Gilboa. Les Philistins vinrent
fondre sur Saül et sur ses fils; ils tuèrent Jonathan, Abinadab et
Malchisua fils de Saül, et tout l’effort du combat tomba sur Saül. Les
archers le joignirent, et il les craignait excessivement. Alors Saül dit
à son écuyer: Tirez votre épée et tuez-moi, de peur que ces Philistins
ne m’insultent encore en m’ôtant la vie. Mais son écuyer, tout épouvanté
de ces paroles, ne voulut point le faire. Saül prit donc son épée, et se
jeta dessus. Et son écuyer voyant qu’il était mort, se jeta lui-même sur
son épée, et mourut auprès de lui. Ainsi Saül mourut en ce jour-là, et
avec lui trois de ses fils, son écuyer et tous ceux qui se trouvèrent
auprès de sa personne.



                    Charité des habitants de Jabès.


Le lendemain les Philistins vinrent dépouiller ceux qui avaient été tués
à la bataille, et ils trouvèrent Saül avec ses trois fils étendus morts
sur la montagne de Gilboa. Ils coupèrent la tête de Saül, et lui ôtèrent
ses armes; et ils envoyèrent des courriers par tout le pays des
Philistins, pour publier cette nouvelle dans le temple de leurs idoles,
et la répandre parmi tous les peuples. Ils mirent les armes de Saül dans
le temple d’Astaroth, et ils pendirent son corps sur la muraille de
Bethsan. Les habitants de Jabès de Galaad ayant appris le traitement que
les Philistins avaient fait à Saül, tous les plus vaillants d’entre eux
sortirent, marchèrent toute la nuit; et ayant enlevé le corps de Saül et
de ses fils qui étaient sur la muraille de Bethsan, ils revinrent à
Jabès, où ils les brûlèrent. Ils prirent leurs os, les ensevelirent dans
le bois de Jabès, et jeûnèrent pendant sept jours. David aussi,
lorsqu’on vint lui apporter la nouvelle de la mort de Saül et de ses
fils, s’abandonna au deuil et aux larmes, et tous ceux qui étaient
auprès de lui firent la même chose; ils jeûnèrent jusqu’au soir, à cause
de la mort de Saül et de Jonathan son fils, et du malheur du peuple,
dont un si grand nombre avait été passé au fil de l’épée. Or David fit
une touchante complainte sur la mort de Saül et de Jonathan: Saül et
Jonathan, s’écria-t-il, ces princes qui pendant leur vie étaient si
aimables, et d’une si grande majesté, n’ont point été divisés dans leur
mort même... Votre mort me perce de douleur, Jonathan mon frère, le plus
beau des princes. Comment les forts sont-ils tombés? Comment la gloire
des armes a-t-elle été anéantie?



  David règne sur Juda, et Isboseth sur Israël. Combat entre les deux
                                armées.


Après cela David consulta l’Éternel, s’il devait aller dans quelqu’une
des villes de Juda, et, d’après la volonté de Dieu, il alla à Hebron,
avec ses deux femmes, Achinoam et Abigaïl, et il y mena aussi tous ses
gens. Alors ceux de la tribu de Juda étant venus à Hebron, y sacrèrent
David, afin qu’il régnât sur la maison de Juda. D’un autre côté, Abner
fils de Ner, général de l’armée de Saül, prit Isboseth fils de Saül, et
l’ayant fait mener dans tout le camp, l’établit roi sur Galaad, sur
Ephraïm, sur Benjamin et sur tout Israël. Une guerre acharnée
s’ensuivit. Abner sortit de son camp avec les gens d’Isboseth; Joab
marcha contre lui avec les troupes de David. Ils se rencontrèrent près
de la piscine de Gabaon. Les armées s’étant approchées, s’arrêtèrent
l’une devant l’autre: l’une était d’un côté de la piscine, et l’autre de
l’autre. Alors Abner dit à Joab: Que quelques jeunes gens s’avancent, et
qu’ils s’exercent devant nous. Joab répondit: Qu’ils s’avancent.
Aussitôt douze hommes de Benjamin du côté d’Isboseth parurent et se
présentèrent; il en vint aussi douze du côté de David. Et chacun d’eux
ayant pris par la tête celui qui se présenta devant lui, ils se
passèrent tous l’épée au travers du corps, et tombèrent morts tous
ensemble. Il se donna aussitôt un rude combat, et Abner fut défait avec
ceux d’Israël par les troupes de David. Asaël frère de Joab, ayant
poursuivi Abner avec acharnement, fut tué par ce dernier. Au bout de
quelque temps une querelle éclata entre Isboseth et Abner, ils se
séparèrent, et Abner envoya des courriers à David pour lui dire de sa
part: Si vous voulez me donner part à votre amitié, je prendrai votre
parti, et je ferai que tout Israël se réunira à vous. David lui
répondit: Je le veux bien; je ferai amitié avec vous; mais je vous
demande une chose: Vous ne me verrez point que vous ne m’ayez ramené
auparavant Michal fille de Saül; à cette condition vous pouvez venir et
me voir. David ensuite envoya des courriers à Isboseth fils de Saül, et
lui fit dire: Rendez-moi Michal ma femme que j’ai épousée pour cent
Philistins. Isboseth envoya querir aussitôt Michal et l’enleva à son
mari Phalti fils de Laïs. Après cela Abner parla aux anciens d’Israël,
et leur dit: Il y a déjà longtemps que vous souhaitiez avoir David pour
roi. Faites-le donc maintenant; puisque l’Éternel a parlé à David, et a
dit de lui: Je sauverai par David mon serviteur Israël mon peuple de la
main des Philistins et de tous ses ennemis. Abner parla aussi à ceux de
Benjamin, et il alla trouver David à Hebron, pour lui dire tout ce
qu’Israël et tous ceux de la tribu de Benjamin avaient résolu. Il y
arriva accompagné de vingt hommes. David lui fit un festin et à ceux qui
étaient venus avec lui. Alors Abner dit à David: Je vous rassemblerai
tout Israël afin qu’il vous reconnaisse, ainsi que moi, pour seigneur et
pour roi; qu’ils fassent tous alliance avec vous, et que vous régniez
sur eux tous comme vous le désirez. David ayant donc reconduit Abner, et
Abner s’en étant allé en paix, les gens de David survinrent aussitôt
avec Joab, revenant d’un combat entrepris contre des brigands, et
rapportant un très-grand butin. Joab apprit donc qu’Abner fils de Ner
était venu parler au roi; que le roi l’avait renvoyé, et qu’il s’en
était retourné en paix. Joab aussitôt alla trouver le roi, et lui dit:
Qu’avez-vous fait? Abner vient de venir vers vous, pourquoi l’avez-vous
renvoyé, et l’avez-vous laissé aller? Ignorez-vous quel est Abner, et
qu’il n’est venu ici que pour vous tromper, pour reconnaître toutes vos
démarches, et pour savoir tout ce que vous faites? Joab étant donc sorti
d’avec David, envoya des courriers après Abner, et le fit revenir, sans
que David le sût. Et lorsqu’il fut arrivé à Hebron, Joab le tira à part
au milieu de la porte pour lui parler, et il le frappa dans le côté, et
le tua pour venger la mort de son frère Asaël. David ayant su ce qui
s’était passé, dit: Je suis innocent pour jamais devant l’Éternel, moi
et mon royaume, du sang d’Abner fils de Ner. Que son sang retombe sur
Joab. Alors David dit à Joab et à tout le peuple qui était avec lui:
Déchirez vos vêtements, couvrez-vous de sacs, et pleurez aux funérailles
d’Abner. Et le roi David marchait après le cercueil. Après qu’Abner eut
été enseveli à Hebron, le roi David éleva sa voix, et pleura sur son
tombeau, tout le peuple pleurant aussi avec lui. Et le roi témoignant
son deuil par ses larmes, dit ces paroles: Abner, vous n’êtes point mort
comme les lâches ont coutume de mourir. Vos mains n’ont point été liées
et vos pieds n’ont point été chargés de fers; mais vous êtes mort comme
les hommes de cœur, qui tombent devant les enfants d’iniquité. Tout le
peuple à ces mots redoubla ses larmes. Et tous étant revenus pour manger
avec David, lorsqu’il était encore grand jour, David jura et dit: Que
Dieu me traite avec toute sa sévérité, si je prends une bouchée de pain,
ou quoi que ce soit, avant que le soleil soit couché. Tout le peuple
entendit ces paroles; et tout ce que le roi avait fait, lui plut
extrêmement. Et le peuple et tout Israël fut persuadé ce jour-là que le
roi n’avait aucune part à l’assassinat d’Abner. Le roi dit aussi à ses
serviteurs: Ignorez-vous que c’est un prince et un grand prince qui est
mort aujourd’hui dans Israël. Pour moi je ne suis roi que par l’onction,
et encore peu affermi; et ces gens-ci, ces enfants de Zeruïa, (Joab et
les siens) sont trop violents pour moi. Que l’Éternel traite celui qui
fait le mal selon sa malice.



                 Isboseth est tué. David venge sa mort.


Isboseth fils de Saül ayant appris qu’Abner avait été tué à Hebron,
perdit courage, et tout Israël se trouva dans un grand trouble. Isboseth
avait à son service deux chefs de troupes dont l’un s’appelait Baana,
l’autre Rechab, ils étaient fils de Rimmon de Beroth, de la tribu de
Benjamin. Ces deux hommes entrèrent dans la maison d’Isboseth, lorsqu’il
dormait sur son lit vers le midi en la plus grande chaleur du jour, le
tuèrent, prirent sa tête, et ayant marché toute la nuit par le chemin du
désert, ils la présentèrent à David dans Hebron, et lui dirent: Voici la
tête d’Isboseth fils de Saül votre ennemi, qui cherchait à vous ôter la
vie. David répondit à Rechab et Baana: Vive l’Éternel qui a délivré mon
âme, de tous les maux dont elle était pressée. Vous êtes des méchants.
Vous avez tué un homme innocent dans sa maison, sur son lit; je vengerai
son sang sur vous qui l’avez répandu de vos mains, et je vous
exterminerai de dessus la terre. David commanda donc à ses gens de les
tuer; ils prirent aussi la tête d’Isboseth, et l’ensevelirent dans le
sépulcre d’Abner à Hebron.



 David est reconnu roi par tout Israël. Il prend la forteresse de Sion.


Alors toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hebron, et lui
dirent: Nous sommes vos os et votre chair. Il y a déjà longtemps que
lorsque Saül était notre roi, vous meniez Israël au combat, et vous l’en
rameniez: et l’Éternel vous a dit: C’est vous qui serez le pasteur
d’Israël mon peuple, c’est vous qui serez le chef d’Israël. Les anciens
d’Israël vinrent aussi trouver David à Hebron. David y fit alliance avec
eux devant l’Éternel; et ils le sacrèrent roi sur Israël. David avait
trente ans lorsqu’il commença à régner, et il régna quarante ans. Il
régna sept ans et demi à Hebron sur Juda, et trente-trois ans dans
Jérusalem sur Juda et sur Israël. Alors le roi, accompagné de tous ceux
qui étaient avec lui, marcha vers Jérusalem contre les Jébuséens qui y
habitaient, les assiégea, prit la forteresse de Sion et l’appela la
ville de David; il la fit environner, et fit bâtir au dedans. David
s’avançait toujours et croissait de plus en plus, et l’Éternel était
avec lui. Hiram roi de Tyr envoya aussi des ambassadeurs à David, avec
du bois de cèdre, des charpentiers et des tailleurs de pierres; et ils
bâtirent la maison de David.

Les Philistins ayant appris que David avait été sacré roi sur Israël,
s’assemblèrent tous pour lui faire la guerre. Cependant, David les
défit. Les Philistins revinrent encore une autre fois, et ils se
répandirent dans la vallée de Raphaïm; mais David, secouru par
l’Éternel, les battit et les poursuivit depuis Gabaa jusqu’à Gezer.



     Jérusalem devient la capitale et le siége du temple national.


David assembla encore toute l’élite d’Israël au nombre de trente mille
hommes, et s’en alla accompagné de tous ceux qui se trouvèrent avec lui,
pour amener l’arche de Dieu en présence de laquelle est invoqué le nom
de l’Eternel. Ils mirent l’arche de Dieu sur un chariot tout neuf, et
l’emmenèrent de la maison d’Abinadab habitant de Gabaa. Oza et Ahio fils
d’Abinadab conduisaient le chariot. Cependant David et tout Israël
jouaient devant l’Eternel de toutes sortes d’instruments de musique, de
la harpe, de la lyre, du tambour, des sistres et des timbales. Mais
lorsqu’on fut arrivé près de l’aire de Nachon, les bœufs regimbant,
faisaient pencher l’arche, Oza y porta la main, la retint et tomba mort
sur la place devant l’arche de Dieu. David en fut affligé et fit entrer
l’arche dans la maison d’Obededom de Geth. L’arche de Dieu demeura donc
trois mois dans cette maison qui fut bénie de l’Eternel. Alors David en
amena l’arche de Dieu en la ville de David avec une grande joie. Il
offrit beaucoup de sacrifices à l’Éternel, revêtu d’un éphod de lin, il
dansait devant l’arche. Lorsque l’arche fut entrée dans la ville de
David, Michal fille de Saül regardant par la fenêtre, vit le roi David
qui dansait et qui sautait: et elle s’en moqua en elle-même. Ils firent
donc entrer l’arche dans la tente que David avait fait dresser, et la
posèrent en la place qui lui avait été destinée: et David bénit le
peuple au nom de l’Éternel, donna à chacun du pain, de la viande et du
vin. Ensuite il se retira en son palais pour faire part à sa maison de
la bénédiction de ce jour. Et Michal fille de Saül étant venue au-devant
de David, lui dit: Que le roi d’Israël a eu de gloire aujourd’hui, en se
découvrant devant les servantes de ses sujets, et paraissant nu comme
ferait un bouffon! David répondit à Michal: Oui, devant l’Éternel qui
m’a choisi plutôt que votre père et que toute sa maison, et qui m’a
commandé d’être chef de son peuple dans Israël, je danserai et je
paraîtrai vil encore plus que je n’ai paru; je serai méprisable à mes
yeux, et par là, j’aurai plus de gloire devant les servantes dont vous
parlez.—Or Michal fille de Saül n’eut point d’enfants jusqu’à sa mort.



David veut bâtir un temple. Dieu lui fait déclarer que ce sera son fils
                             qui le bâtira.


Le roi s’étant établi dans sa maison, et l’Éternel lui ayant donné la
paix de tous côtés avec tous ses ennemis, il dit au prophète Nathan: Ne
voyez-vous pas que je demeure dans une maison de cèdre, et que l’arche
de Dieu ne loge que sous des peaux? Nathan dit au roi: Allez, faites
tout ce que vous avez dans le cœur, parce que l’Éternel est avec vous.
Mais la nuit le prophète Nathan eut une vision pendant laquelle Dieu lui
dit: Allez vers mon serviteur David, et dites-lui: Vous ne me bâtirez
pas de maison; mais lorsque vous vous serez endormi avec vos pères, je
mettrai sur votre trône après vous votre fils, ce sera lui qui bâtira
une maison à mon nom; et j’établirai pour jamais le trône de son
royaume. Je serai son père, et il sera mon fils; et s’il commet quelque
chose d’injuste, je le châtierai avec la verge dont on châtie les
hommes. Mais je ne retirerai point ma miséricorde de lui, comme je l’ai
retirée de Saül. Votre maison sera stable, vous verrez votre royaume
subsister éternellement, et votre trône s’affermira pour jamais. Nathan
parla donc à David, et lui rapporta tout ce que Dieu lui avait révélé.
Alors le roi David alla se présenter devant l’Eternel et dit: Qui
suis-je, ô Éternel mon Dieu, et quelle est ma maison, pour que vous
m’ayez élevé à l’état où je me trouve aujourd’hui? Mais cela même a paru
peu de chose à vos yeux, ô Eternel mon Dieu, si vous n’assuriez encore
votre serviteur de l’établissement de sa maison pour les siècles à
venir: car c’est là la loi des enfants d’Adam, ô Eternel mon Dieu.
Maintenant donc accomplissez pour jamais la parole que vous avez
prononcée sur votre serviteur et sur sa maison, et exécutez ce que vous
avez dit; afin que votre nom soit éternellement glorifié, et que l’on
dise: L’Eternel est le Dieu d’Israël; et que la maison de votre
serviteur David demeure stable devant l’Eternel; car puisque vous la
bénissez, Eternel, elle sera bénie pour jamais.



         Victoires de David. Noms de ses officiers supérieurs.


Après cela David battit les Philistins, les humilia, et s’empara d’une
de leurs places appelée Meteg-Amah. Il défit aussi les Moabites, les
assujettit et les força à lui payer tribut. Il vainquit ensuite beaucoup
de rois qui faisaient alliance contre lui; et l’Éternel le conserva dans
toutes les guerres qu’il entreprit. Il mit des garnisons dans la Syrie à
Damas: la Syrie lui fut assujettie, et lui paya tribut. Il mit de plus
des officiers et des garnisons dans l’Idumée; et toute l’Idumée lui fut
assujettie. Toutes les armes et les vases d’or, d’argent et d’airain
qu’il enleva dans ces guerres furent consacrées à l’Eternel.—David régna
donc sur tout Israël, et dans les jugements qu’il rendait, il faisait
justice à tout son peuple. Joab fils de Zeruïa était général de ses
armées; et Josaphat fils d’Ahilud avait la charge des requêtes. Zadoc
fils d’Achitob et Achimelech fils d’Abiathar étaient prêtres; Saraïa
était secrétaire. Banaïa fils de Joïada commandait les Cerethiens et les
Phelethiens; et les fils de David étaient les officiers les plus
puissants.



David honore le souvenir de son ami Jonathan en Miphiboseth, fils de ce
                                dernier.


David dit alors: N’est-il point resté quelqu’un de la maison de Saül, à
qui je puisse faire du bien, à cause de Jonathan? Or il y avait un
serviteur de la maison de Saül, qui s’appelait Ziba. Le roi l’ayant fait
venir, lui dit: Est-il resté quelqu’un de la maison de Saül, que je
puisse combler de grâces? Ziba répondit au roi: Il reste encore un fils
de Jonathan, qui est incommodé des jambes. Où est-il? dit David. Il est,
dit Ziba, à Lodabar dans la maison de Machir fils d’Ammiel. Le roi David
envoya donc des gens, et le fit venir de Lodabar. Miphiboseth fils de
Jonathan étant venu devant David, lui fit une profonde révérence en se
prosternant en terre. David lui dit: Miphiboseth, ne craignez point,
parce que je suis résolu de vous traiter avec toute sorte d’affection, à
cause de Jonathan votre père. Je vous rendrai toutes les terres de Saül
votre aïeul, et vous mangerez toujours à ma table. Miphiboseth se
prosterna devant lui et le remercia. Le roi fit donc venir Ziba
serviteur de Saül et lui dit: J’ai donné au fils de votre maître tout ce
qui était à Saül. Faites donc valoir ses terres pour lui, afin que le
fils de votre maître ait de quoi subsister; or, Miphiboseth mangera
toujours à ma table.



  Hanon outrage les ambassadeurs de David. Défaites des Syriens et des
                               Ammonites.


Il arriva que quelque temps après le roi des Ammonites vint à mourir; et
Hanon son fils régna en sa place. Alors David dit: Je veux témoigner de
l’affection envers Hanon fils de Naas, comme son père m’en a témoigné.
Il lui envoya donc des ambassadeurs pour le consoler de la mort de son
père. Mais lorsqu’ils furent arrivés sur les terres des Ammonites, les
plus grands du pays dirent à Hanon leur maître: Croyez-vous que ce soit
pour honorer votre père et pour vous consoler, que David vous ait envoyé
ici des ambassadeurs? et ne voyez-vous pas qu’il ne l’a fait que pour
reconnaître la principale ville de vos Etats, pour y remarquer toutes
choses, et pour la détruire un jour? Hanon fit donc prendre les
serviteurs de David, leur fit raser la moitié de la barbe, et leur fit
couper la moitié de leurs habits, et les renvoya. David ayant reçu la
nouvelle qu’ils avaient été outragés si honteusement, envoya au-devant
d’eux, et leur donna cet ordre: Demeurez à Jéricho jusqu’à ce que votre
barbe soit crue; et après cela vous reviendrez. Or les Ammonites voyant
qu’ils avaient offensé David, envoyèrent vers les Syriens qui firent
lever à leurs dépens trente-trois mille hommes. David en ayant été
averti, envoya contre eux Joab avec toutes ses troupes. Les Ammonites
s’étant mis en campagne, rangèrent leur armée en bataille à l’entrée de
la porte de la ville, appelée Midba; et les Syriens étaient dans un
corps séparé dans la plaine. Joab voyant donc les ennemis préparés à le
combattre de front et par derrière, choisit des gens de toutes les
meilleures troupes d’Israël, et marcha en bataille contre les Syriens.
Il donna le reste de l’armée à Abisaï, son frère, qui marcha pour
combattre les Ammonites. Et Joab dit à Abisaï: Si les Syriens ont de
l’avantage sur moi, vous viendrez à mon secours; et si les Ammonites en
ont sur vous, je viendrai aussi vous secourir. Agissez en homme de cœur,
et combattons pour notre peuple et pour la cité de notre Dieu; et
l’Eternel ordonnera de tout comme il lui plaira. Joab attaqua donc les
Syriens avec les troupes qu’il commandait; et aussitôt les Syriens
fuirent devant lui. Les Ammonites voyant la fuite des Syriens,
s’enfuirent aussi eux-mêmes devant Abisaï, et se retirèrent dans la
ville. Joab après avoir battu les Ammonites, s’en retourna, et revint à
Jérusalem. Les Syriens voyant qu’ils avaient été défaits par Israël,
s’assemblèrent tous, et donnèrent à un général nommé Sobach le
commandement de leurs armées. David en ayant reçu nouvelle, assembla
toutes les troupes d’Israël, passa le Jourdain, et vint à Helam. Les
Syriens marchèrent contre David, et lui donnèrent bataille. Mais ils
s’enfuirent dès qu’ils furent en présence de l’armée d’Israël, et David
tailla en pièces sept cents chariots de leurs troupes, et quarante mille
chevaux, et blessa tellement Sobach, général de l’armée, qu’il mourut
sur-le-champ. Les Syriens se voyant vaincus par les Israélites, firent
la paix avec eux, et leur furent assujettis. Depuis ce temps-là les
Syriens appréhendèrent de donner secours aux Ammonites.



                     Péché de David avec Bathseba.


L’année suivante, David envoya Joab avec ses officiers et toutes les
troupes d’Israël, qui ravagèrent le pays des Ammonites, et assiégèrent
Rabba. Mais David demeura à Jérusalem. Pendant que ces choses se
passaient, il arriva que David se promenant sur la terrasse de son
palais, vit une femme vis-à-vis de lui, sur la terrasse de sa maison; et
cette femme était fort belle. Le roi envoya donc savoir qui elle était.
On vint lui dire que c’était Bathseba, femme d’Urie Hethéen, un de ses
officiers. David ayant envoyé des gens, la fit venir. Il envoya à Joab,
par Urie même, une lettre écrite en ces termes: Mettez Urie à la tête de
vos gens où le combat sera le plus rude; et faites en sorte qu’il soit
abandonné, et qu’il y périsse. Joab exécuta cet ordre, et Urie fut tué
dans le combat. La femme d’Urie ayant appris que son mari était mort, le
pleura. Et après que le temps du deuil fut passé, David la fit venir en
sa maison, et l’épousa. Elle lui enfanta un fils. Et cette action
qu’avait faite David déplut à l’Éternel. Or Joab continua à battre
Rabbath, ville des Ammonites; et étant près de prendre cette ville
royale, il envoya des courriers à David avec ordre de lui dire: J’ai
battu jusqu’ici Rabbath; et cette ville environnée d’eau va être prise.
Faites assembler le reste du peuple, et venez au siége de la ville, et
la prenez; de peur que lorsque je l’aurai détruite, on ne m’attribue
l’honneur de cette victoire. David assembla donc tout le peuple, et
marcha contre Rabbath; et après quelques combats, il la prit. Il ôta de
dessus la tête du roi des Ammonites le diadème qui pesait un talent
d’or, et était enrichi de pierreries très-précieuses; et il fut mis sur
la tête de David. Il remporta aussi de la ville un fort grand butin et
revint ensuite à Jérusalem avec toute son armée.



  David est repris de son péché, et marque son repentir. Naissance de
                                Salomon.


Alors le prophète Nathan vint trouver David au nom de l’Eternel, et lui
dit: Il y avait deux hommes dans une ville, dont l’un était riche et
l’autre pauvre. Le riche avait un grand nombre de brebis et de bœufs. Le
pauvre n’avait rien du tout qu’une petite brebis, qu’il avait achetée et
avait nourrie; qui était crue parmi ses enfants en mangeant de son pain,
buvant de sa coupe, et dormant dans son sein; et il la chérissait comme
sa fille. Un étranger étant venu voir le riche, celui-ci ne voulut point
toucher à ses brebis ni à ses bœufs pour lui faire festin; mais il prit
la brebis de ce pauvre homme, et la donna à manger à son hôte. David
entra dans une grande indignation contre cet homme, et dit à Nathan:
Vive l’Eternel, celui qui a fait cette action est digne de mort. Il
rendra la brebis au quadruple, pour en avoir usé de la sorte, et pour
n’avoir point épargné ce pauvre. Alors Nathan dit à David: C’est
vous-même qui êtes cet homme. Voici ce que dit l’Eternel le Dieu
d’Israël: Je vous ai sacré roi sur Israël, et vous ai délivré de la main
de Saül. Je vous ai mis entre les mains la maison de votre seigneur, et
vous ai rendu maître de toute la maison d’Israël et de Juda. Pourquoi
donc avez-vous méprisé ma parole, jusqu’à commettre le mal devant mes
yeux? Vous avez fait perdre la vie à Urie Hethéen; vous lui avez ôté sa
femme, et l’avez prise pour vous; et vous l’avez tué par l’épée des
enfants d’Ammon. C’est pourquoi elle ne sortira jamais de votre maison;
parce que vous m’avez méprisé et que vous avez pris pour vous la femme
d’Urie Hethéen. Voici ce que dit l’Eternel: Je vais vous susciter des
maux qui naîtront de votre propre maison; vous avez fait cette action en
secret, mais moi je ferai accomplir ce malheur à la vue de tout Israël,
et à la vue du soleil. David dit à Nathan: J’ai péché contre l’Eternel!
Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde: et effacez
mon iniquité selon la multitude de vos bontés. Lavez-moi de plus en plus
de mon iniquité; et purifiez-moi de mon péché. Car je reconnais mon
iniquité; et j’ai toujours mon péché devant les yeux. Nathan lui dit
alors: L’Eternel aussi a transféré votre péché; et vous ne mourrez
point. Mais néanmoins parce que vous avez été cause par votre péché que
les ennemis de l’Eternel ont blasphémé contre lui, le fils qui vous est
né va certainement perdre la vie. Nathan retourna ensuite en sa maison.
En même temps l’Eternel frappa l’enfant que la femme d’Urie avait eu de
David, et le roi fut désespéré. David pria l’Eternel pour l’enfant; il
jeûna; il resta dans la solitude, et demeura couché sur la terre. Les
principaux de sa maison vinrent le trouver et lui firent de grandes
instances pour l’obliger à se lever de terre; mais il le refusa, et ne
mangea point avec eux. Le septième jour l’enfant mourut et les
serviteurs de David n’osaient lui dire qu’il était mort; car ils
s’entre-disaient: Lorsque l’enfant vivait encore et que nous lui
parlions, il ne voulait pas nous écouter: combien donc s’affligera-t-il
encore davantage, si nous lui disons qu’il est mort? David voyant que
ses officiers parlaient tout bas entre eux, reconnut que l’enfant était
mort; et le leur ayant demandé, ils lui répondirent qu’il était mort.
Aussitôt il se leva de terre, alla au bain, prit de l’huile de parfum;
et ayant changé d’habit, il entra dans la maison de l’Éternel, et
l’adora: il revint ensuite en sa maison, il demanda qu’on lui servît à
manger et il prit de la nourriture. Alors ses officiers lui dirent: D’où
vient cette conduite si extraordinaire? Vous jeûniez et vous pleuriez
pour l’enfant lorsqu’il vivait encore; et après qu’il est mort, vous
vous êtes levé, et vous avez mangé. David leur répondit: J’ai jeûné et
j’ai pleuré pour l’enfant tant qu’il a vécu; parce que je disais: Qui
sait si l’Éternel ne me le donnera point, et s’il ne lui sauvera point
la vie? Mais maintenant qu’il est mort, pourquoi jeûnerais-je? Est-ce
que je puis encore le faire revivre? C’est moi plutôt qui irai à lui; et
il ne reviendra jamais à moi. David ensuite consola sa femme Bathseba.
Bathseba eut ensuite un fils, qu’on appela Salomon; David le remit entre
les mains du prophète Nathan, qui lui donna le nom Jedidja,
c’est-à-dire, aimable à l’Éternel, parce que l’Éternel l’aimait.



                 Inceste d’Amnon. Vengeance d’Absalom.


David avait beaucoup de femmes et beaucoup d’enfants. L’aîné fut Amnon,
qu’il eut d’Achinoam de Jezrahel. Le second Cheleab qu’il eut d’Abigaïl
veuve de Nabal du Carmel. Le troisième, Absalom qu’il eut de Moacha
fille de Tholmaï roi de Gessur. Le quatrième, Adonia fils d’Haggith. Le
cinquième, Saphatia fils d’Abital. Le sixième, Jethraam fils d’Egla; et
le septième, Salomon fils de Bathseba.—Or il n’y avait point d’homme
dans tout Israël qui fût si bien fait ni si beau qu’était Absalom:
depuis la pointe des pieds jusqu’à la tête, il n’y avait pas en lui le
moindre défaut. Il avait aussi une très-belle sœur qui s’appelait
Thamar. Amnon aimait Thamar, et son amour se déclara d’une manière qui
n’est pas permise dans Israël. Dès lors Absalom conçut une grande haine
contre Amnon. Deux ans après il arriva qu’Absalom fit tondre ses brebis
à Baalhasor, qui est près de la tribu d’Éphraïm; et il invita tous les
enfants du roi à venir chez lui. Absalom fit préparer un festin de roi.
En même temps il donna cet ordre à ses officiers: Prenez garde quand
Amnon commencera à être troublé par le vin, et que je vous ferai signe:
frappez-le, et le tuez. Ne craignez point, car c’est moi qui vous le
commande. Les officiers d’Absalom exécutèrent donc à l’égard d’Amnon le
commandement que leur maître leur avait fait; et aussitôt tous les
enfants du roi se levant de table, montèrent chacun sur leur mule, et
s’enfuirent. Absalom ayant pris la fuite, se retira chez Thalmaï, roi de
Gessur, et y demeura trois ans. David cessa alors de le poursuivre, et
cédant aux instances de Joab qui demanda la grâce pour Absalom, David
lui accorda la permission de retourner à Jérusalem. (La femme de
Thecua.)



            Révolte d’Absalom: David s’enfuit de Jérusalem.


Après cela Absalom se fit faire des chariots, prit avec lui des
cavaliers, et cinquante hommes qui marchaient devant lui. Et se levant
dès le matin, il se tenait à l’entrée du palais; il appelait tous ceux
qui avaient des affaires, et qui venaient demander justice au roi. Et il
disait à chacun d’eux: D’où êtes-vous? Chacun lui répondait: Votre
serviteur est d’une telle tribu d’Israël. Et Absalom lui disait: Votre
affaire me paraît bien juste. Mais il n’y a personne qui ait ordre du
roi de vous écouter. Et il ajoutait: Oh! qui m’établira juge dans le
pays, afin que tous ceux qui ont des affaires viennent à moi, et que je
les juge selon la justice! Et lorsque quelqu’un venait lui faire la
révérence, il lui tendait la main, le prenait et le baisait. Il traitait
ainsi ceux qui venaient de toutes les villes d’Israël demander justice
au roi: et il s’insinuait par là dans l’affection de tout Israël.—Un
jour Absalom dit au roi David: Permettez-moi d’aller à Hebron, pour y
accomplir les vœux que j’ai faits en l’honneur de l’Éternel. Car lorsque
j’étais à Gessur en Syrie, j’ai fait ce vœu à Dieu: Si l’Éternel me
ramène à Jérusalem, je lui offrirai un sacrifice. Le roi David lui dit:
Allez en paix. Et aussitôt il partit, et il s’en alla à Hebron. En même
temps Absalom envoya dans toutes les tribus d’Israël des gens qu’il
avait gagnés, avec cet ordre: Aussitôt* que vous entendrez sonner la
trompette, publiez qu’Absalom règne dans Hebron.

Absalom emmena avec lui deux cents hommes de Jérusalem, qui le suivirent
simplement sans savoir en aucune sorte le dessein de ce voyage. Absalom
fit venir aussi de la ville de Gilo Achitophel conseiller de David. Et
lorsqu’on offrait des victimes, il se forma une puissante conspiration;
et la foule du peuple qui accourait de toutes parts pour suivre Absalom,
croissait de plus en plus. Il vint aussitôt un courrier à David, qui lui
dit: Tout Israël suit Absalom de tout son cœur. David dit à ses
officiers: Allons-nous-en, fuyons d’ici: car nous ne pourrions éviter de
tomber entre les mains d’Absalom. Hâtons-nous de sortir, de peur qu’il
ne nous prévienne, qu’il ne nous accable de maux, et qu’il ne fasse
passer toute la ville au fil de l’épée. Le roi sortit donc avec toute sa
maison; et laissa dix de ses femmes pour garder son palais. Il passa le
torrent de Gédron, et tout le peuple allait le long du chemin qui
regarde le désert. En même temps le prêtre Zadoc vint accompagné de tous
les lévites, qui portaient l’arche de Dieu, et ils la posèrent sur un
lieu élevé. Abiathar monta, en attendant que tout le peuple qui sortait
de la ville fût passé. Alors le roi dit à Zadoc: Reportez à la ville
l’arche de Dieu. Si je trouve grâce devant l’Éternel, il me ramènera, et
il me fera voir son arche et son tabernacle. S’il me dit: Vous ne
m’agréez point; je suis tout prêt; qu’il fasse de moi ce qu’il lui
plaira. Le roi dit encore en parlant à Zadoc: Si vous le jugez
convenable, retournez aussi à la ville avec Achimaas votre fils, et
Jonathan fils d’Abiathar; retournez l’un et l’autre avec vos deux fils.
Pour moi je vais me cacher dans les plaines du désert, jusqu’à ce que
vous m’envoyiez des nouvelles de l’état des choses. Zadoc et Abiathar
reportèrent donc à Jérusalem l’arche de Dieu, et y demeurèrent.
Cependant David montait la colline des Oliviers, et pleurait en montant.
Il allait nu-pieds et la tête couverte: et tout le peuple qui était avec
lui montait la tête couverte et en pleurant. Or David reçut nouvelles
qu’Achitophel même était aussi dans la conjuration d’Absalom; et il dit
à Dieu: O Eternel, renversez les conseils d’Achitophel. Car les conseils
que donnait Achitophel étaient regardés alors comme des oracles de Dieu
même. Lorsque David arrivait au haut de la montagne où il devait adorer
l’Eternel, Chusaï d’Arach vint au-devant de lui, ayant ses vêtements
déchirés, et la tête couverte de terre. David lui dit: Si vous venez
avec moi, vous me serez à charge; mais si vous retournez à la ville,
vous pouvez contribuer à dissiper le conseil d’Achitophel. Chusaï ami de
David retourna donc à Jérusalem, et Absalom y entrait en même temps.



   Ziba, Simeï. C’est dans l’adversité que l’on reconnaît les hommes.


A peine David avait-il dépassé le haut de la montagne, que Ziba,
serviteur de Miphiboseth, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés
de deux cents pains, de cent paquets de raisins secs, de cent cabas de
figues, d’un vaisseau plein de vin. Le roi lui dit: Que voulez-vous
faire de cela? Ziba lui répondit: Les ânes sont pour servir de monture à
la famille royale, les pains et les figues pour donner à ceux qui vous
suivent; et le vin, afin que si quelqu’un se trouve faible dans le
désert, il puisse en boire; le roi lui dit: Où est le fils de votre
maître? Il est demeuré, dit Ziba, dans Jérusalem, en disant: La maison
d’Israël me rendra aujourd’hui le royaume de mon père. Le roi dit à
Ziba: Je vous donne tout ce qui était à Miphiboseth. Ziba lui répondit:
Ce que je souhaite, mon seigneur et mon roi, c’est d’avoir quelque part
à vos bonnes grâces.

Le roi David étant venu jusqu’auprès de Bahurim, il en sortit un homme
de la maison de Saül, appelé Semeï fils de Gera, qui s’avançant dans son
chemin maudissait David, lui jetait des pierres et à tous ses gens. Il
maudissait le roi en ces termes: Sors, sors, homme de sang, homme bas.
Dieu a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Saül, à la
place de laquelle tu as régné. Et maintenant Dieu fait passer le royaume
entre les mains d’Absalom ton fils; et tu te vois accablé des maux que
tu as faits, parce que tu es un homme de sang. Alors Abisaï fils de
Zeruïa dit au roi: Faut-il que celui-ci maudisse le roi mon seigneur? Je
vais le tuer. Mais le roi dit à Abisaï: Laissez-le faire; car l’Eternel
lui a ordonné de maudire David; et qui osera lui demander pourquoi il
l’a fait? Le roi dit encore à Abisaï, et à tous ses serviteurs: Vous
voyez que si mon fils cherche à m’ôter la vie, combien plus un fils de
Jemini peut-il me traiter de cette sorte! Laissez-le faire, laissez-le
me maudire, selon l’ordre qu’il en a reçu de l’Eternel; et peut-être que
l’Eternel regardera mon affliction, et qu’il me fera quelque bien pour
ces malédictions que je reçois aujourd’hui. David continua donc son
chemin accompagné de ses gens et arriva enfin à Bahurim très-fatigué, et
ils prirent là un peu de repos.

Cependant Absalom entra dans Jérusalem suivi de tous ceux de son parti,
et accompagné d’Achitophel. Chusaï d’Arach ami de David vint lui faire
la révérence, et lui dit: Mon roi, Dieu vous conserve! Dieu vous
conserve, mon roi! Absalom lui répondit: Est-ce donc là la
reconnaissance que vous avez pour votre ami? D’où vient que vous n’êtes
pas allé avec votre ami? Dieu m’en garde, dit Chusaï; car je serai à
celui qui a été élu par l’Éternel, par tout ce peuple et par tout
Israël, et je demeurerai avec lui. Et de plus, qui est celui que je
viens servir? n’est-ce pas le fils du roi? Je vous obéirai comme j’ai
obéi à votre père. Absalom dit alors à Achitophel: Consultons pour voir
ce que nous avons à faire. Achitophel dit à Absalom: Abusez des femmes
de votre père, qu’il a laissées pour garder son palais; afin que lorsque
tout Israël saura que vous avez déshonoré votre père, ils s’attachent
plus fortement à votre parti. On fit donc dresser une tente pour Absalom
sur la terrasse du palais du roi; et il abusa devant tout Israël des
femmes de son père.



       Achitophel: orgueil, projets manqués, désespoir, suicide.


Achitophel dit donc à Absalom: Si vous l’agréez, je vais prendre deux
mille hommes choisis; j’irai poursuivre David cette nuit même; et
fondant sur lui et sur ses gens qui sont tous las et hors de défense, je
les battrai sans peine. Tout le monde fuira, et le roi se trouvant seul,
je m’en déferai. Je ramènerai tout ce peuple comme si ce n’était qu’un
seul homme; car vous ne cherchez qu’une personne; et après cela tout
sera en paix. Cet avis plut à Absalom, et à tous les anciens d’Israël.
Néanmoins Absalom dit: Faites venir Chusaï d’Arach, afin que nous
sachions aussi son avis. Chusaï étant venu devant Absalom, Absalom lui
dit: Voici le conseil qu’Achitophel vient de nous donner; devons-nous le
suivre? que nous conseillez-vous? Chusaï répondit à Absalom: Le conseil
qu’a donné Achitophel ne me paraît pas bon pour cette fois. Vous
n’ignorez pas, ajouta-t-il, quel est votre père; que les gens qui sont
avec lui sont très-vaillants, et que maintenant ils ont le cœur irrité.
Votre père aussi, qui sait parfaitement la guerre, ne s’arrêtera point
avec ses gens. Il est peut-être maintenant caché dans une caverne, ou
dans quelque autre lieu qu’il aura choisi. Si quelqu’un de vos gens est
tué d’abord, on publiera aussitôt partout que le parti d’Absalom a été
battu. Et en même temps les plus hardis de ceux qui vous suivent, seront
saisis d’effroi; car tout le peuple d’Israël sait que votre père et tous
ceux qui sont avec lui sont très-vaillants. Voici donc, ce me semble, le
meilleur conseil que vous puissiez suivre: Faites assembler tout Israël
depuis Dan jusqu’à Bersabée, marchez à la tête de votre armée. Et en
quelque lieu que puisse être David, nous irons nous jeter sur lui; nous
l’accablerons par notre grand nombre, et nous ne laisserons pas un seul
de tous les gens qui sont avec lui. Alors Absalom et tous les principaux
d’Israël dirent: L’avis de Chusaï est meilleur que celui d’Achitophel.
Mais ce fut par la volonté de l’Eternel que le conseil d’Achitophel, qui
était le plus sage, fut ainsi détruit, afin que l’Eternel fît tomber
Absalom dans le malheur dont il était digne. Achitophel, voyant qu’on
n’avait point suivi le conseil qu’il avait donné, s’en alla à la maison
qu’il avait en sa ville de Gilo; et ayant mis ordre à toutes ses
affaires, il se pendit, et fut enseveli dans le sépulcre de son père.



                            Absalom est tué.


Cependant, David instruit de tout ce qui se passait auprès d’Absalom,
passa le Jourdain avec tous ses gens et arriva dans la ville de
Mahanaïm. Absalom de son côté passa aussi le Jourdain, et se campa avec
son armée dans le pays de Galaad. David ayant fait la revue de ses gens,
leur dit: Je veux me trouver au combat avec vous. Mais ses gens lui
répondirent: Vous ne viendrez point avec nous; car quand les ennemis
nous auraient fait fuir, ils ne croiraient pas avoir fait grand’chose;
et quand ils auraient taillé en pièces la moitié de nos troupes, ils
n’en seraient pas fort satisfaits; parce que vous êtes considéré vous
seul comme dix mille hommes. Il vaut donc mieux que vous demeuriez dans
la ville, afin que vous soyez en état de nous secourir. Le roi leur dit:
Je ferai ce que vous voudrez. Il se tint donc à la porte de la ville,
pendant que toute l’armée en sortait en diverses troupes de cent hommes
et de mille hommes. En même temps il donna cet ordre aux chefs de
l’armée: Conservez-moi mon fils Absalom. Et tout le peuple entendit le
roi qui recommandait Absalom à tous ses généraux. L’armée marcha donc en
bataille contre Israël, et la bataille fut donnée dans la forêt
d’Ephraïm. L’armée de David tailla en pièces celle d’Israël. La défaite
fut grande, et vingt mille hommes demeurèrent sur la place. Les gens
d’Absalom fuyant après le combat, furent dispersés de tous côtés; et il
y en eut beaucoup plus qui périrent dans la forêt, qu’il n’y en eut qui
moururent par l’épée en ce jour-là. Absalom même fut rencontré par les
gens de David: car lorsqu’il était sur sa mule, et qu’il passait sous un
grand chêne fort touffu, sa chevelure s’embarrassa dans les branches du
chêne; et sa mule continuant sa course, il demeura suspendu entre le
ciel et la terre. Un soldat le vit en cet état, et vint dire à Joab:
J’ai vu Absalom pendu à un chêne. Joab dit à celui qui lui avait apporté
cette nouvelle: Si tu l’as vu, pourquoi ne lui as-tu pas passé ton épée
au travers du corps? je l’aurais donné dix sicles d’argent et un
baudrier. Il répondit à Joab: Quand vous me donneriez présentement mille
pièces d’argent, je me garderais bien de porter la main sur la personne
du fils du roi; car nous avons tous entendu l’ordre que le roi vous a
donné, lorsqu’il vous a dit: Conservez-moi mon fils Absalom. Et si je
m’étais hasardé à faire une action si téméraire, elle n’aurait pu être
cachée au roi; et vous seriez-vous opposé à lui? Joab lui dit: Je ne
m’en rapporterai pas à toi; mais je l’attaquerai moi-même en ta
présence. Il prit donc en sa main trois dards, dont il perça le cœur
d’Absalom. Et lorsqu’il respirait encore, toujours pendu au chêne, dix
jeunes écuyers de Joab accoururent, le percèrent de coups et
l’achevèrent. Aussitôt Joab fit sonner la retraite; et voulant épargner
le peuple, il empêcha ses gens de poursuivre davantage les Israélites
qui fuyaient. Ainsi les Israélites se retirèrent chacun chez soi. On
emporta Absalom, et on le jeta dans une grande fosse qui était dans le
bois, sur laquelle on éleva un grand monceau de pierres.



     David pleure la mort d’Absalom; il se montre gracieux après sa
                             réintégration.


Cependant David était assis entre les deux portes de la ville; et la
sentinelle qui était sur la muraille au haut de la porte levant les
yeux, vit un homme qui courait, il en avertit le roi. Arrivé près du
roi, celui-ci lui demanda: Mon fils Absalom est-il en vie? Cet homme lui
répondit: Lorsque Joab m’a envoyé vers vous, j’ai vu s’élever un grand
tumulte: c’est tout ce que je sais. Passez, lui dit le roi, et
tenez-vous là. Lorsqu’il fut passé, un autre parut, et il dit en
arrivant: Mon seigneur et mon roi, je vous apporte une bonne nouvelle;
car l’Eternel a jugé aujourd’hui en votre faveur, et vous a délivré de
la main de tous ceux qui s’étaient soulevés contre vous. Le roi lui dit:
Mon fils Absalom est-il en vie? L’homme lui répondit: Que les ennemis de
mon roi, et tous ceux qui se soulèvent contre lui pour le perdre, soient
traités comme il l’a été. Le roi étant donc saisi de douleur, se retira
dans son appartement et se mit à pleurer. Il s’écriait: Mon fils
Absalom, Absalom mon fils! que ne puis-je donner ma vie pour la tienne!
mon fils Absalom, Absalom mon fils! En même temps on avertit Joab que le
roi était dans les larmes, et qu’il pleurait son fils. Joab vint le
consoler.

Or toutes les tribus reconnurent de nouveau David comme leur roi; et il
gagna le cœur de tous ceux de Juda, qui tous unanimement lui envoyèrent
dire: Revenez, vous, et tous ceux qui sont demeurés attachés à votre
service. Le roi retourna donc, et s’avança jusqu’au Jourdain; et tout
Juda vint au-devant de lui jusqu’à Galgala, pour lui faire passer le
fleuve. Lorsque le roi eut passé le Jourdain, Semeï fils de Gera se
prosternant devant lui, lui dit: Ne me traitez point selon mon iniquité,
mon seigneur, oubliez les injures que vous avez reçues de votre
serviteur le jour que vous sortîtes de Jérusalem; et que votre cœur, ô
mon seigneur et mon roi, n’en conserve point de ressentiment. Abisaï
fils de Zeruïa dit alors: Ces paroles suffiront-elles donc pour sauver
la vie de Semeï, après qu’il a maudit l’oint de l’Eternel? Mais David
répondit à Abisaï: Pourquoi me devenez-vous aujourd’hui des tentateurs?
Est-ce ici un jour à faire mourir un homme d’entre Israël? et puis-je
ignorer que je deviens aujourd’hui roi d’Israël? Alors il dit à Semeï:
Vous ne mourrez point; et il le lui jura. Miphiboseth fils de Jonathan
vint aussi au-devant du roi. Le roi lui dit: Miphiboseth, pourquoi
n’êtes-vous point venu avec moi? Miphiboseth lui répondit: Mon seigneur
et mon roi, mon serviteur n’a point voulu m’obéir; car étant incommodé
des jambes, comme je le suis, je lui avais dit de me préparer un âne
pour vous suivre. Et au lieu de le faire, il est venu m’accuser devant
mon seigneur. Le roi lui répondit: Ce que j’ai ordonné subsistera. Vous
et Ziba vous partagerez vos biens. Miphiboseth répondit au roi: Je
consens volontiers qu’il ait tout, puisque je vois mon seigneur et mon
roi revenu heureusement en sa maison.



                     Murmure d’Israël contre Juda.


Lorsque le roi passa le Jourdain, il fut accompagné de toute la tribu de
Juda; et il ne s’y trouva que la moitié du peuple d’Israël. Tous ceux
d’Israël s’adressèrent donc en foule au roi, et lui dirent: Pourquoi nos
frères de Juda nous ont-ils enlevé le roi sans nous attendre, avant de
lui faire passer le Jourdain avec sa maison et toute sa suite? Tous ceux
de Juda leur répondirent: C’est que le roi nous touche de plus près;
quel sujet avez-vous de vous fâcher? Avons-nous vécu aux dépens du roi;
ou nous a-t-on fait quelques présents? Ceux d’Israël leur répondirent:
Le roi nous considère comme étant dix fois plus que vous; et ainsi David
nous appartient plus qu’à vous. Pourquoi nous avez-vous fait cette
injure; et pourquoi n’avons-nous pas été avertis les premiers pour
ramener notre roi? Mais ceux de Juda répondirent un peu durement à ceux
d’Israël.

Un méchant qui s’appelait Seba, Benjamite, excita alors à la révolte, en
disant: Nous n’avons que faire de David, et nous n’attendons rien du
fils d’Isaï: Israël, retournez chacun dans votre maison. Tous les hommes
choisis d’Israël s’étaient ralliés auprès de ce traître. Joab et ses
gens vinrent donc l’assiéger dans une ville appelée Abela-Beth-Maacha.
Une femme habitant cette ville fit tuer Seba, et tout rentra dans
l’ordre.



                Salomon est établi successeur de David.


Le roi David qui, pendant tout son règne, fut forcé de faire la guerre à
tant d’ennemis, dut encore, dans les derniers jours de sa vie, marcher à
différentes reprises contre les Philistins et leur donner bataille.
Cependant l’Éternel son Dieu venait toujours à son secours, et toujours
et partout David remportait la victoire. Aussi remercia-t-il l’Éternel;
et après que l’Éternel l’eut délivré de la main de tous ses ennemis,
ainsi que de la main de Saül, il composa un grand nombre de cantiques en
actions de grâces.

Or David étant vieux et dans un âge fort avancé, son fils Adonia vint à
lui en disant: Ce sera moi qui régnerai. Et il se fit construire des
chariots, il avait cinquante hommes pour courir devant lui. Jamais son
père ne l’en reprit. (David avait cependant juré, antérieurement déjà,
que Salomon, fils de Bethseba, régnerait après lui.) Adonia s’était lié
avec Joab, chef de l’armée, et avec le prêtre Abiathar, qui soutenait
son parti. Mais le prêtre Zadoc, Banaïa, fils de Joïada, le prophète
Nathan, Semeï et Reï, ni les plus vaillants de l’armée de David
n’étaient point pour Adonia. Adonia convia donc à un festin tous ses
frères, les fils du roi, et tous ceux de Juda qui étaient au service de
David. Mais il n’y convia point le prophète Nathan ni Banaïa, ni tous
les plus vaillants de l’armée, ni Salomon son frère. Alors Nathan dit à
Bethseba, mère de Salomon: Savez-vous qu’Adonia, fils d’Haggith, s’est
fait roi, sans que David notre seigneur le sache? Venez donc, et suivez
le conseil que je vous donne; sauvez votre vie et celle de votre fils
Salomon. Allez vous présenter au roi David, et dites-lui: O roi mon
seigneur, ne m’avez-vous pas juré en me disant: Salomon votre fils
régnera après moi; et c’est lui qui sera assis sur mon trône? Pourquoi
donc Adonia règne-t-il? Pendant que vous parlerez encore au roi, je
surviendrai et j’appuierai tout ce que vous aurez dit. Bethseba alla
donc trouver le roi. Le roi lui dit: Que désirez-vous? Elle lui
répondit: Monseigneur, vous avez juré à votre servante, et vous m’avez
dit: Salomon votre fils régnera après moi. Cependant voilà Adonia qui
s’est fait roi, sans que vous le sachiez. Or tout Israël a maintenant
les yeux sur vous, afin que vous leur déclariez, vous qui êtes mon
seigneur et mon roi, qui est celui qui doit être assis après vous sur le
trône. Car après que le roi mon seigneur se sera endormi avec ses pères,
nous serons traités comme criminels, moi et mon fils Salomon. Elle
parlait encore au roi, lorsque le prophète Nathan arriva. Et l’on dit au
roi: Voilà le prophète Nathan. Nathan s’étant présenté devant le roi se
baissa profondément en terre, et lui dit: O roi mon seigneur, avez-vous
dit: Qu’Adonia règne après moi, et que ce soit lui qui soit assis sur
mon trône? Car il a convié aujourd’hui tous les fils du roi, les
généraux de l’armée et le prêtre Abiathar, qui ont mangé et bu avec lui,
en disant: Vive le roi Adonia. Mais pour moi, il ne m’a point convié, ni
le prêtre Zadoc, ni Banaïa fils de Joïada, non plus que Salomon votre
serviteur. Cet ordre est-il venu de la part du roi mon seigneur? et ne
m’avez-vous point déclaré, à moi votre serviteur, qui était celui qui
devait être assis après le roi mon seigneur, sur son trône? Le roi David
dit: Vive l’Eternel qui a délivré mon âme de toute sorte de périls,
ainsi que je vous ai juré, Bethseba, en vous disant: Salomon votre fils
régnera après moi; je le ferai aussi, et je l’exécuterai dès
aujourd’hui. Bethseba baissant le visage jusqu’en terre, remercia le
roi, et lui dit: Que David mon seigneur, vive à jamais. Le roi David dit
encore: Faites-moi venir le prêtre Zadoc, et Banaïa fils de Joïada.
Lorsqu’ils se furent présentés devant le roi, il leur dit: Prenez avec
vous les serviteurs de votre maître; faites monter sur ma mule mon fils
Salomon, et menez-le à la fontaine de Gihon, et que Zadoc le prêtre, et
Nathan le prophète le sacrent en ce lieu, pour être roi d’Israël; et
vous sonnerez aussi de la trompette, et vous crierez: Vive le roi
Salomon! Vous retournerez en le suivant, et il viendra s’asseoir sur mon
trône; il régnera en ma place, et je lui ordonnerai de gouverner Israël
et Juda. Les ordres du roi furent ainsi exécutés; et tout le peuple
s’assembla autour de Salomon, plusieurs jouaient de la flûte, et
donnaient toutes les marques d’une grande joie.

Adonia, et tous ceux qu’il avait conviés, entendirent ce bruit lorsque
le festin était déjà achevé; et Joab ayant ouï sonner de la trompette,
dit: Que veulent dire ces cris et ce tumulte de la ville? Et lorsqu’on
vint leur apporter la nouvelle, ils se levèrent tous saisis de frayeur,
et chacun s’en alla de son côté. Adonia craignant Salomon, se leva de
même, sortit au plus tôt, et s’en alla embrasser la corne de l’autel.
Alors on vint dire à Salomon: Voilà Adonia qui, craignant le roi
Salomon, se tient attaché à la corne de l’autel, et qui dit: Que le roi
Salomon me jure aujourd’hui qu’il ne fera point mourir son serviteur par
l’épée. Salomon répondit: S’il se conduit en homme de bien, il ne
tombera pas en terre un seul cheveu de sa tête; mais s’il se conduit
mal, il mourra. Le roi Salomon envoya donc vers Adonia, et le fit tirer
de l’autel; et Adonia s’étant présenté devant le roi Salomon, le
remercia; et Salomon lui dit: Allez-vous-en en votre maison.



             Avis de David à Salomon et à Israël. Sa mort.


Or le jour de la mort de David étant proche, il donna ces avis à Salomon
son fils, et lui dit: Me voici près du terme où tous les hommes doivent
arriver. Armez-vous de fermeté, et conduisez-vous en homme de cœur. Vous
savez de quelle manière m’a traité Joab fils de Zeruïa, et ce qu’il a
fait à deux généraux de l’armée d’Israël, à Abner fils de Ner, et à
Amasa fils de Jether, qu’il a assassinés, ayant répandu leur sang durant
la paix comme il aurait fait durant la guerre. Vous ferez donc selon
votre sagesse. Vous témoignerez aussi votre reconnaissance aux fils de
Barzellaï de Galaad, et ils mangeront à votre table, parce qu’ils sont
venus au-devant de moi lorsque je fuyais devant Absalom votre frère.
Vous avez de plus auprès de vous Semeï fils de Gera, qui prononça des
malédictions contre moi, et me dit les outrages les plus sanglants; mais
parce qu’il vint au-devant de moi quand je passai le Jourdain, je lui
jurai que je ne le ferais pas mourir par l’épée. Vous êtes assez sage
pour savoir comment vous devez le traiter.

Or David assembla à Jérusalem tous les princes d’Israël, les chefs des
tribus, les généraux des troupes et les officiers du domaine du roi. Il
leur présenta Salomon comme roi destiné à régner sur Israël d’après la
volonté de Dieu. Et s’étant levé, il leur dit: Mes frères et mon peuple,
je vous conjure maintenant, en présence de toute l’assemblée du peuple
d’Israël et devant notre Dieu qui nous entend, de garder avec fidélité
tous les commandements de l’Eternel notre Dieu, et de chercher à les
connaître, afin que vous possédiez cette terre qui est remplie de biens,
et que vous la laissiez pour jamais à vos enfants après vous. Et vous,
mon fils Salomon, appliquez-vous à reconnaître le Dieu de votre père, et
servez-le avec un cœur parfait et une pleine volonté; car l’Eternel
sonde tous les cœurs, et il pénètre toutes les pensées de l’esprit. Si
vous le cherchez, vous le trouverez; mais si vous l’abandonnez, il vous
rejettera.

Le roi David dit ensuite: J’avais eu la pensée de bâtir un temple pour y
faire reposer l’arche de l’alliance de l’Eternel, et j’ai préparé tout
ce qui était nécessaire pour la construction de cet édifice; mais Dieu
m’a dit: Vous ne bâtirez point une maison à mon nom, parce que vous êtes
un homme de guerre, et que vous avez répandu le sang. Donc puisque
l’Eternel vous a choisi pour bâtir la maison de son sanctuaire,
armez-vous de force et accomplissez son ouvrage.

Or David donna à son fils Salomon le plan du temple et de toutes les
choses consacrées au temple. Il lui remit aussi l’ordre et la
distribution des prêtres et des lévites destinés à remplir toutes les
fonctions de la maison de l’Eternel. Il lui remit aussi un grand nombre
d’objets nécessaires à la construction du temple: de l’or, de l’argent,
du cuivre, du fer, du bois, du marbre et toutes sortes de pierres
précieuses. Et les plus considérables parmi le peuple offrirent aussi
leurs présents en grande quantité. Et tout le monde témoigna une grande
joie en faisant ses offrandes volontaires, parce qu’ils les offraient de
tout leur cœur à l’Eternel. Le roi David était aussi tout transporté de
joie. C’est pourquoi il commença à louer Dieu devant toute cette
multitude, et il dit: Eternel, qui êtes le Dieu d’Israël notre père,
vous êtes béni dans tous les siècles. C’est à vous, Eternel,
qu’appartient la grandeur, la puissance, la gloire et la victoire, et
c’est à vous que sont dues les louanges. Car tout ce qui est dans le
ciel et sur la terre est à vous. C’est pourquoi nous vous rendons
maintenant nos hommages à vous qui êtes notre Dieu, et nous donnons à
votre saint nom les louanges qui lui sont dues. Je sais, mon Dieu, que
vous sondez les cœurs, et que vous aimez la simplicité. C’est pourquoi
je vous ai aussi offert toutes ces choses dans la simplicité de mon cœur
et avec joie; et j’ai été ravi de voir aussi tout ce peuple rassemblé en
ce lieu vous offrir de même ses présents. Eternel, qui êtes le Dieu de
nos pères, Abraham, Isaac et Israël, conservez éternellement cette
volonté dans leur cœur, et faites qu’ils demeurent toujours fermes dans
cette résolution de vous rendre toute la vénération et tout le culte
qu’ils vous doivent. Donnez aussi à mon fils Salomon un cœur parfait,
afin qu’il garde vos commandements et vos paroles, qu’il observe et
accomplisse tous vos ordres; qu’il bâtisse votre maison, pour laquelle
j’ai préparé toutes les choses nécessaires. David dit ensuite à toute
l’assemblée: Bénissez l’Eternel notre Dieu; et toute l’assemblée bénit
l’Eternel le Dieu de leurs pères; et se prosternant ils adorèrent Dieu,
et rendirent ensuite leurs hommages au roi. Et le lendemain ils
offrirent de nombreux sacrifices en l’honneur de l’Éternel; ils firent
de grandes réjouissances, et sacrèrent une seconde fois Salomon fils de
David pour être roi sur Israël.

David s’endormit donc avec ses pères, et il fut enseveli dans la ville
de David. Le temps du règne de David sur Israël fut de quarante ans. Il
régna sept ans à Hebron, et trente-trois dans Jérusalem.



                   Salomon demande à Dieu la sagesse.


Dans ce temps le peuple sacrifiait toujours sur les hauteurs, parce que
jusqu’alors on n’avait point encore bâti de temple au nom de l’Eternel.
Salomon s’en alla donc à Gabaon pour y sacrifier, parce que c’était là
le plus considérable de tous les hauts lieux. L’Eternel lui apparut
alors en songe pendant la nuit, et lui dit: Demandez-moi ce que vous
voulez que je vous donne. Salomon lui répondit: Vous avez usé d’une
grande miséricorde envers David mon père, selon qu’il a marché devant
vous dans la vérité et dans la justice, et que son cœur a été droit à
vos yeux; vous lui avez conservé votre grande miséricorde, et vous lui
avez donné un fils qui est assis sur son trône. Maintenant donc, ô
Eternel mon Dieu, vous m’avez fait régner, moi qui suis votre serviteur,
en la place de David mon père; mais je ne suis encore qu’un enfant qui
ne sait de quelle manière il doit se conduire. Et votre serviteur se
trouve au milieu de votre peuple que vous avez choisi, d’un peuple
infini qui est innombrable à cause de sa multitude. Je vous supplie donc
de donner à votre serviteur un cœur docile, afin qu’il puisse juger
votre peuple, et discerner entre le bien et le mal: car qui pourra
rendre la justice à votre peuple, à ce peuple qui est si nombreux?
L’Eternel fut donc satisfait que Salomon lui eût fait cette demande. Et
il dit à Salomon: Parce que vous m’avez fait cette demande, et que vous
n’avez point désiré que je vous donnasse un grand nombre d’années, ou de
grandes richesses, ou la vie de vos ennemis: mais que vous m’avez
demandé la sagesse pour discerner ce qui est juste, je fais ce que vous
m’avez demandé, et je vous donne un cœur si plein de sagesse et
d’intelligence, qu’il n’y a jamais eu d’homme avant vous qui vous ait
égalé, et qu’il n’y en aura point après vous qui vous égalera. Mais de
plus je vous donne ce que vous ne m’avez point demandé, savoir les
richesses et la gloire, de sorte qu’aucun roi ne vous aura jamais égalé
en cela dans tous les siècles passés. Si vous marchez dans mes voies, et
que vous gardiez mes préceptes et mes ordonnances, comme votre père les
a gardés, je vous donnerai aussi une longue vie. Salomon s’étant
éveillé, réfléchit au songe qu’il avait eu: et étant venu à Jérusalem,
il se présenta devant l’arche de l’alliance et offrit des sacrifices en
l’honneur de l’Eternel.



                      Jugement rendu par Salomon.


Deux femmes de mauvaise vie vinrent trouver le roi, et se présentant
devant lui, l’une d’elles dit: Je vous prie, mon seigneur, faites-moi
justice. Nous demeurions, cette femme et moi, dans une même maison, et
je suis accouchée dans cette maison. Elle est accouchée aussi trois
jours après moi; nous étions ensemble, et il n’y avait personne dans la
maison, que nous deux. L’enfant de cette femme est mort pendant la nuit,
parce qu’elle l’a étouffé en dormant; et se levant dans le silence de la
nuit pendant que je dormais, elle m’a pris mon fils que j’avais à mon
côté; et l’ayant placé auprès d’elle, elle a mis auprès de moi son fils
qui était mort. M’étant levée le matin pour donner à teter à mon fils,
j’ai reconnu qu’il était mort; et le considérant avec plus d’attention
au grand jour, j’ai reconnu que ce n’était point le mien, celui que
j’avais enfanté. L’autre femme lui répondit: Ce que vous dites n’est
point vrai; mais c’est votre fils qui est mort, et le mien est vivant.
La première au contraire répliquait: Vous mentez; car c’est mon fils qui
est vivant, et le vôtre est mort: et elles se disputaient ainsi devant
le roi. Alors le roi dit: Celle-ci dit: Mon fils est vivant, et le vôtre
est mort. Et l’autre répond: Non; mais c’est votre fils qui est mort, et
le mien est vivant. Apportez-moi une épée. Lorsqu’on eut apporté une
épée devant le roi, il dit à ses gardes: Coupez en deux cet enfant qui
est vivant, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors
la femme dont le fils était vivant dit au roi (car ses entrailles furent
émues de tendresse pour son fils): Seigneur, donnez-lui, je vous
supplie, l’enfant vivant, et ne le tuez point. L’autre disait au
contraire: Qu’il ne soit ni à moi ni à vous; mais qu’on le divise. Alors
le roi prononça cette sentence: Donnez à celle-là l’enfant vivant, et
qu’on ne le tue point; car c’est elle qui est sa mère.—Tout Israël ayant
donc su la manière dont le roi avait jugé cette affaire, ils eurent tous
de la crainte et du respect pour lui, voyant que la sagesse de Dieu
était en lui pour rendre la justice.

Le roi Salomon vivait en paix avec tous les peuples qui l’environnaient,
il n’y avait plus d’ennemi qui s’élevât contre lui, ni qui l’attaquât.
Dans Juda et dans Israël tout homme vécut sans aucune crainte, chacun
sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu’à Bersabée, pendant
tout le règne de Salomon. Dieu donna de plus à Salomon une sagesse et
une prudence prodigieuses, et des connaissances étendues. Et la sagesse
de Salomon surpassait la sagesse de tous les Orientaux et de tous les
Égyptiens. Il était plus sage que tous les hommes, plus sage que les
poëtes lyriques Ethan, Ezrahite, Heman, Chalcol et Darda; et sa
réputation était répandue dans toutes les nations voisines. Salomon
composa aussi trois mille paraboles, et fit mille et cinq cantiques. Il
venait des gens de tous les pays pour entendre la sagesse de Salomon; et
tous les rois envoyaient vers lui, pour être instruits par sa sagesse.
Salomon avait sous sa domination tous les royaumes depuis le fleuve
d’Euphrate jusqu’au pays des Philistins, et jusqu’à la frontière
d’Égypte. Ils lui offrirent tous des présents, et lui demeurèrent
assujettis pendant tout le cours de sa vie.



                    Salomon pense à bâtir le temple.


Hiram, roi de Tyr, envoya aussi ses serviteurs vers Salomon, ayant
appris qu’il avait été sacré roi en la place de son père; car Hiram
avait toujours été ami de David. Or Salomon envoya vers Hiram, et lui
fit dire: Vous savez quel a été le désir de David mon père, et qu’il n’a
pu bâtir une maison au nom de l’Eternel, à cause des guerres et des
ennemis qui le menaçaient de toutes parts, jusqu’à ce que l’Eternel les
eût tous mis sous ses pieds. Mais maintenant Dieu m’a donné la paix avec
tous les peuples qui m’environnent. C’est pourquoi j’ai dessein
maintenant de bâtir un temple au nom de l’Eternel, selon qu’il l’a
ordonné à David mon père, en lui disant: Votre fils que je ferai asseoir
en votre place sur votre trône, sera celui qui bâtira une maison à la
gloire de mon nom. Donnez donc ordre à vos serviteurs qu’ils taillent
pour moi des cèdres du Liban, et mes serviteurs seront avec les vôtres,
et je donnerai à vos serviteurs telle récompense que vous me demanderez;
car vous savez qu’il n’y a personne parmi mon peuple qui sache tailler
le bois comme les Sidoniens. Hiram ayant entendu ces paroles de Salomon,
en eut une grande joie, et dit: Béni soit aujourd’hui l’Eternel Dieu qui
a donné à David un fils si sage pour gouverner un si grand peuple. Et il
envoya dire à Salomon: J’ai entendu tout ce que vous m’avez fait dire;
j’exécuterai tout ce que vous désirez pour les bois de cèdre et de
sapin. Mes serviteurs les porteront du Liban sur le bord de la mer; et
je les ferai mettre sur mer en radeaux pour les transporter jusqu’au
lieu que vous m’aurez marqué; je les y ferai débarquer, et vous aurez
soin de les faire prendre; et pour cela vous me ferez donner tout ce qui
me sera nécessaire pour nourrir ma maison. Hiram donna donc à Salomon
des bois de cèdre et de sapin autant qu’il en désirait. Et Salomon
donnait à Hiram pour l’entretien de sa maison vingt mille mesures de
froment et vingt mille mesures d’huile très-pure: ce sont là les
provisions que Salomon envoyait chaque année à Hiram. Le roi Salomon
choisit aussi des ouvriers dans tout Israël, et il ordonna que l’on
prendrait pour cet ouvrage trente mille hommes. Il les envoyait au Liban
tour à tour, dix mille chaque mois, de sorte qu’ils demeuraient deux
mois dans leurs maisons. Adoniram avait l’intendance sur tous ces
gens-là. Salomon avait soixante et dix mille manœuvres qui portaient les
fardeaux, et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres sur la
montagne; sans compter ceux qui avaient l’intendance sur chaque ouvrage,
qui étaient au nombre de trois mille trois cents, et qui donnaient les
ordres au peuple et à ceux qui travaillaient. Et le roi leur commanda
aussi de prendre de grandes pierres, des pierres d’un grand prix, pour
les fondements du temple, et de les préparer pour cet effet; et les
ouvriers de Salomon, de Hiram et les Giblims eurent soin de les tailler
et ils apprêtèrent les bois et les pierres pour bâtir la maison de
l’Eternel.



                Description du temple bâti par Salomon.


La quatrième année du règne de Salomon et la quatre cent quatre
vingtième après la  sortie de l’Egypte, on commença à bâtir un temple à
l’Eternel. Ce fut sur la montagne Moria, colline orientale du mont Sion
qu’il fut construit. Il était entouré de deux murs, un mur extérieur et
un mur intérieur; cette dernière enceinte était aussi appelée l’enceinte
des prêtres. L’intérieur du temple, décoré avec la plus grande
magnificence, avait la même distribution que le tabernacle: le _saint_
et le _saint des saints_. Toutes les murailles étaient parées de
feuillage en bois de cèdre, et de fleurons en or. L’autel, les
candélabres et les différents vases pour le service étaient d’un or
très-pur. Le plancher même et les portes étaient revêtus d’or. C’était
le temple le plus splendide qu’il y eût jamais eu sur la terre. On
employa à la construction du temple dans toutes ses parties et dans tout
ce qui devait servir au culte de Dieu, sept années entières.



                 Dédicace du temple. Prière de Salomon.


Alors tous les anciens d’Israël avec les princes des tribus, et tous les
chefs des familles des enfants d’Israël s’assemblèrent, et vinrent
trouver le roi Salomon dans Jérusalem, pour transporter l’arche de
l’alliance de l’Eternel de la ville de David, c’est-à-dire, de Sion. On
s’assembla en un jour solennel, lors de la fête des tabernacles, qui a
lieu dans le septième mois. Tous les anciens d’Israël étant venus, les
prêtres prirent l’arche de l’Eternel et la portèrent avec le tabernacle
de l’alliance, et tous les vases du sanctuaire qui étaient dans le
tabernacle, et les prêtres et les lévites les portèrent. L’arche de
l’alliance fut placée au lieu qui lui était destiné, dans le saint des
saints, sous les ailes des chérubins. Or il n’y avait dans l’arche que
les deux tables de pierre que Moïse y avait mises à Horeb, lorsque
l’Eternel fit alliance avec les enfants d’Israël, aussitôt après leur
sortie d’Egypte. Salomon se plaça ensuite devant l’autel de l’Eternel, à
la vue de toute l’assemblée d’Israël; et tenant ses mains étendues vers
le ciel, il dit: Eternel Dieu d’Israël, il n’y a point de Dieu qui vous
soit semblable, ni au plus haut du ciel, ni sur toute la face de la
terre. O Dieu! j’ai bâti cette maison, afin qu’elle vous tienne lieu de
demeure, et que votre trône y soit établi pour jamais. Est-il donc
croyable que Dieu habite véritablement sur la terre? Car si les cieux et
le ciel des cieux ne peuvent vous comprendre, combien moins cette maison
que j’ai bâtie! Mais soyez propice, ô Eternel mon Dieu, aux vœux de
votre serviteur et à ses prières; écoutez l’hymne et l’oraison que votre
serviteur vous offre aujourd’hui, afin que vos yeux soient ouverts jour
et nuit sur cette maison, de laquelle vous avez dit: C’est là que sera
mon nom; afin que vous exauciez la prière que votre serviteur vous offre
en ce lieu; que vous l’exauciez du lieu de votre demeure dans le ciel,
et que l’ayant exaucée vous fassiez miséricorde. Lorsqu’un homme aura
péché contre son prochain; lorsqu’Israël votre peuple péchera contre
vous; lorsqu’il viendra sur la terre, ou famine, ou peste, ou corruption
de l’air, et que faisant pénitence et rendant gloire à votre nom, on
étendra les mains vers vous dans cette maison: vous l’exaucerez du ciel,
du lieu de votre demeure, vous vous rendrez de nouveau propice, et vous
ferez miséricorde, selon que vous verrez la disposition du cœur, rendant
à chacun selon toutes ses œuvres et ses désirs, parce qu’il n’y a que
vous seul qui connaissiez le fond du cœur de tous les hommes. Lorsqu’un
étranger, qui ne sera point d’Israël votre peuple, viendra d’un pays
fort éloigné, attiré par votre nom, parce que la grandeur de votre nom,
la force de votre main et la puissance de votre bras se feront connaître
de tous côtés; lorsqu’un étranger, dis-je, sera venu prier en ce lieu,
vous l’exaucerez du ciel, du firmament où vous demeurez, et vous ferez
ce que l’étranger vous aura prié de faire; afin que tous les peuples de
la terre apprennent à craindre votre nom, comme fait Israël votre
peuple, et qu’ils éprouvent eux-mêmes que votre nom a été invoqué sur
cette maison que j’ai bâtie. Salomon ayant achevé d’offrir à l’Eternel
cette oraison et cette prière, se leva de devant l’autel de l’Eternel,
car il avait mis les deux genoux en terre, et il tenait les mains
étendues vers le ciel. Etant donc debout devant le peuple, il bénit
toute l’assemblée d’Israël, en disant à haute voix: Béni soit l’Eternel,
qui a donné la paix à Israël son peuple, selon toutes les promesses
qu’il avait faites. Tous les biens qu’il nous avait promis par Moïse son
serviteur, nous sont arrivés, sans qu’il soit tombé une seule de ses
paroles à terre. Que l’Eternel notre Dieu soit avec nous, comme il a été
avec nos pères; qu’il ne nous abandonne et ne nous rejette point: mais
qu’il incline nos cœurs vers lui, afin que nous marchions dans toutes
ses voies, et que nous gardions ses préceptes et toutes les ordonnances
qu’il a prescrites à nos pères. Que les paroles de cette prière que j’ai
faite devant l’Eternel, soient présentes jour et nuit à l’Eternel notre
Dieu, afin que chaque jour il fasse justice à son serviteur et à Israël
son peuple, en sorte que tous les peuples de la terre sachent que c’est
l’Eternel qui est le vrai Dieu, et qu’après lui il n’y en a point
d’autre. Le roi et tout Israël offrirent une grande quantité de
sacrifices en l’honneur de l’Eternel, et le roi avec les enfants
d’Israël consacrèrent ainsi le temple à l’Eternel. Salomon fit de ce
jour une grande solennité et tout Israël se réunit à lui pendant
quatorze jours. Les jours de fêtes étant passés, Salomon renvoya le
peuple, qui bénissant le roi s’en retournaient en leurs maisons avec une
allégresse publique, ayant le cœur plein de joie pour tous les biens que
l’Eternel avait faits à David son serviteur, et à Israël son peuple.



               Dieu se révèle une seconde fois à Salomon.


Salomon ayant achevé de bâtir la maison de l’Eternel et tout ce qu’il
avait souhaité, et qu’il avait voulu faire, Dieu se révéla une seconde
fois, comme il s’était révélé à Gabaon, et lui dit: J’ai exaucé votre
prière et la supplication que vous m’avez faite. J’ai sanctifié cette
maison que vous avez bâtie pour y établir mon nom à jamais, et mes yeux
et mon cœur y seront toujours attentifs. Si vous marchez en ma présence
comme votre père y a marché, dans la simplicité et la droiture de votre
cœur; si vous faites tout ce que je vous ai commandé, et que vous
gardiez mes lois et mes ordonnances, j’établirai votre trône et votre
règne sur Israël pour jamais, selon que je l’ai promis à David votre
père, en lui disant: Vous aurez toujours de votre race des successeurs
qui seront assis sur le trône d’Israël. Mais si vous vous détournez de
moi, vous et vos enfants, si vous cessez de me suivre et de garder mes
préceptes et les lois que je vous ai prescrites, et que vous alliez
servir et adorer les dieux étrangers, j’exterminerai les Israélites de
la terre que je leur ai donnée, et je rejetterai loin de moi ce temple
que j’ai consacré à mon nom.

Salomon bâtit encore un grand palais, fortifia plusieurs villes et se
fit construire des maisons de campagne.

Quant à tout ce qui était demeuré de ces peuples que les enfants
d’Israël n’avaient pu exterminer, Salomon rendit tributaires leurs
enfants et les assujettit. Il équipa aussi une flotte à Esiongaber sur
le rivage de la mer Rouge au pays d’Idumée: et Hiram envoya avec cette
flotte quelques-uns de ses gens, gens de mer qui entendaient fort bien
la navigation, qui se joignirent aux gens de Salomon; et étant allés en
Ophir (dans l’Afrique?), ils y prirent quatre cent vingt talents d’or
qu’ils apportèrent au roi Salomon. L’argent était en abondance sous le
règne de Salomon et l’on ne faisait presque aucun cas de ce métal.



      La reine de Saba vient trouver Salomon et admire sa sagesse.


La reine de Saba (dans l’Arabie) ayant entendu parler de la grande
réputation que Salomon s’était acquise par tout ce qu’il faisait au nom
de l’Eternel, vint en faire expérience en lui proposant des questions
obscures et des énigmes; et étant entrée dans Jérusalem avec une grande
suite et un riche équipage, elle se présenta devant le roi Salomon, et
lui découvrit tout ce qu’elle avait dans le cœur. Salomon l’instruisit
sur toutes les choses qu’elle lui avait proposées; et il n’y en eut
aucune que le roi ignorât, et sur laquelle il ne la satisfît par ses
réponses. Or la reine de Saba voyant toute la sagesse de Salomon,
admirant les édifices qu’il avait construits, la somptuosité de sa
table, les logements de ses officiers, le bel ordre avec lequel ils le
servaient, la magnificence de leurs habits, les sacrifices qu’ils
offraient dans la maison de l’Eternel, était toute hors d’elle-même; et
elle dit au roi: Ce qu’on m’avait rapporté dans mon royaume de vos
entretiens et de votre sagesse est véritable; et je n’ai pas cru
néanmoins ce qu’on m’en disait, jusqu’à ce que je sois venue moi-même,
et que je l’aie vu de mes propres yeux; et j’ai reconnu qu’on ne m’avait
pas dit la moitié de la vérité. Votre sagesse et votre conduite passent
tout ce que la renommée m’en avait appris. Heureux ceux qui sont à vous;
heureux vos serviteurs qui jouissent toujours de votre présence, et qui
écoutent votre sagesse! Béni soit l’Eternel votre Dieu qui a mis son
affection en vous, qui vous a fait asseoir sur le trône d’Israël, et qui
vous a établi roi pour régner avec équité, et pour rendre la justice. La
reine de Saba donna ensuite au roi beaucoup d’or, une quantité infinie
de parfums, et de pierres précieuses. On n’a jamais apporté depuis à
Jérusalem autant de parfums que la reine de Saba en donna au roi
Salomon. Or le roi Salomon donna à la reine de Saba tout ce qu’elle
désira et ce qu’elle lui demanda, outre les présents qu’il lui fit de
lui-même avec une magnificence royale; et la reine s’en retourna en son
royaume avec ses serviteurs.



 Les femmes étrangères font tomber Salomon dans l’idolâtrie. Mort de ce
                                prince.


Or le roi Salomon aima passionnément plusieurs femmes étrangères, il se
maria à la fille de Pharaon, aux femmes de Moab et d’Ammon, aux femmes
d’Idumée, de Sidon et du pays des Hethéens, qui étaient toutes des
nations dont l’Eternel avait dit aux enfants d’Israël: Vous ne prendrez
point pour vous des femmes de ces pays-là, et vos filles n’en épouseront
point les hommes; car ils vous pervertiront le cœur très-certainement,
pour vous faire suivre leurs dieux. Salomon s’attacha donc à ces femmes
avec une passion ardente. Il était déjà vieux, lorsque les femmes lui
corrompirent le cœur pour lui faire suivre des dieux étrangers: et son
cœur n’était point parfait devant l’Eternel son Dieu, comme avait été le
cœur de David son père. Mais Salomon servait Astarté déesse des
Sidoniens, et Molach l’idole des Ammonites. L’Eternel dit donc à
Salomon: Puisque vous vous comportez ainsi, et que vous n’avez point
gardé mon alliance, ni les commandements que je vous avais faits, je
déchirerai et diviserai votre royaume, et je le donnerai à l’un de vos
serviteurs. Je ne ferai point néanmoins cette division pendant votre
vie, à cause de David votre père; mais je la ferai lorsque le royaume
sera entre les mains de votre fils. Je ne lui ôterai pas néanmoins le
royaume tout entier; mais j’en donnerai une tribu à votre fils, à cause
de David mon serviteur, et de Jérusalem que j’ai choisie.

Or l’Eternel suscita pour ennemis à Salomon, Adad Iduméen de la race
royale, qui était dans Edom, Razon fils d’Eliada, roi à Damas, et
ensuite _Jeroboam_ fils de Nabat Ephrathéen, serviteur de Salomon, jeune
homme intelligent et très-capable en affaires. Il arriva en ce même
temps que Jeroboam sortit de Jérusalem, et qu’Ahia Silonite, prophète,
ayant sur lui un manteau tout neuf, rencontra Jeroboam dans le chemin.
Ils n’étaient qu’eux deux dans le champ. Et Ahia prenant le manteau neuf
qu’il avait sur lui, le coupa en douze parts, et dit à Jeroboam: Prenez
dix parts pour vous; car voici ce que dit l’Eternel le Dieu d’Israël: Je
diviserai et arracherai le royaume des mains de Salomon, et je vous en
donnerai dix tribus; j’en donnerai une tribu à son fils, afin que mon
serviteur David règne toujours devant moi dans la ville de Jérusalem,
que j’ai choisie afin que mon nom y soit honoré. Mais pour vous, je vous
prendrai, et vous régnerez sur tout ce que votre âme désire, et vous
serez roi dans Israël. Si vous écoutez donc tout ce que je vous ordonne;
si vous marchez dans mes voies, et que vous fassiez ce qui est juste et
droit devant mes yeux en gardant mes ordonnances et mes préceptes, comme
a fait David mon serviteur, je serai avec vous, je vous ferai une maison
qui sera stable et fidèle, comme j’en ai fait une à mon serviteur David,
et je vous mettrai en possession du royaume d’Israël. Et j’affligerai en
ce point la race de David, mais non pour toujours.

Salomon voulut donc faire mourir Jeroboam; mais il s’enfuit en Egypte
vers Sesac roi d’Egypte, et y demeura jusqu’à la mort de Salomon. Tout
le reste des actions de Salomon, tout ce qu’il a fait et tout ce qui
regarde sa sagesse, est écrit dans le livre du règne de Salomon. Le
temps pendant lequel il régna dans Jérusalem sur tout Israël fut de
quarante ans: et Salomon s’endormit avec ses pères et il fut enseveli en
la ville de David son père; et Roboam (_Rechabeam_) son fils régna en sa
place.



                          Division du royaume.


Jusqu’à cette époque tout Israël ne forma qu’un seul peuple, toutes les
douze tribus furent libres et unies. On avait l’habitude, comme il avait
été ordonné par la loi de Dieu, de se voir rassemblé à Jérusalem trois
fois par an, pendant les jours des trois grandes fêtes publiques, de
Pâque, de Pentecôte et des Tabernacles. Ces occasions resserraient
toujours plus étroitement les liens religieux, fortifiaient l’esprit
général de la nation et facilitaient les relations intérieures. Et bien
que ce ne fussent pas tous les Israélites qui prissent part à ces
saintes assemblées, cependant ils ne laissaient pas que d’être fidèles à
leur alliance avec Dieu et de se distinguer ostensiblement de tout autre
peuple, et par leurs maximes, et par certaines lois concernant la pureté
extérieure et la pudeur (défense de plusieurs aliments, lois de
purification, défenses touchant le mariage, etc.). Mais cet état de
choses devait changer, et la vie nationale se modifier après la mort de
Salomon. Car il arriva lorsque Roboam vint à Sichem, où tout Israël
s’était assemblé pour l’établir roi, que Jeroboam y vint avec tout le
peuple d’Israël trouver Roboam, et lui dit: Votre père nous avait
chargés d’un joug très-dur. Diminuez donc maintenant quelque chose de
l’extrême dureté du gouvernement de votre père, et de ce joug
très-pesant qu’il nous avait imposé, et nous vous servirons. Roboam leur
répondit: Allez-vous-en maintenant et dans trois jours revenez me
trouver. Le peuple s’étant retiré, le roi Roboam tint conseil avec les
vieillards, qui étaient auprès de Salomon son père, lorsqu’il vivait
encore; et il leur dit: Quelle réponse me conseillez-vous de faire à ce
peuple? Ils lui répondirent: Si vous obéissez maintenant à ce peuple, et
que vous leur cédiez en vous rendant à leur demande, et en leur parlant
avec douceur, ils s’attacheront pour toujours à votre service. Mais
Roboam n’approuvant point le conseil que les vieillards lui avaient
donné, voulut consulter les jeunes gens qui avaient été élevés avec lui,
et qui étaient toujours auprès de sa personne, il leur dit: Quelle
réponse me conseillez-vous de faire à ce peuple? Ils lui répondirent:
Vous lui direz: Mon père, à ce que vous dites, vous a imposé un joug
pesant, et moi je le rendrai encore plus pesant; mon père vous a battus
avec des verges, et moi je vous châtierai avec des verges de fer.
Jeroboam vint donc avec tout le peuple trouver Roboam le troisième jour,
et le roi répondit durement au peuple, et abandonnant le conseil que les
vieillards lui avaient donné, il leur parla selon que les jeunes gens
lui avaient conseillé. Le roi ne se rendit donc point à la volonté du
peuple, parce que l’Eternel s’était détourné de lui, pour vérifier la
parole qu’il avait dite à Jeroboam fils de Nabat par Ahia Silonite. Or
le peuple voyant que le roi n’avait point voulu les écouter, commença à
dire: Qu’avons-nous de commun avec David? Quel héritage avons-nous à
espérer du fils d’Isaï? Israël retirez-vous dans vos tentes; et vous,
David, pourvoyez maintenant à votre maison. C’est ainsi qu’Israël se
sépara de Roboam, ils choisirent alors Jeroboam pour leur roi. Il n’y
eut que deux tribus, celles de Juda et de Benjamin qui restèrent fidèles
à la maison de David. Israël forma depuis ce jour deux royaumes séparés,
celui d’_Israël_ ou d’Ephraïm, et celui de _Juda_; celui-ci beaucoup
plus petit, l’emportait cependant sur le premier par la possession de
Jérusalem, du temple et de l’institution des prêtres.



                              CHAPITRE VI.


             HISTOIRE DES DEUX ROYAUMES JUSQU’A LEUR RUINE.

                              (2964-3338.)



                             Les deux rois.


Après cet événement Roboam revint à Jérusalem, assembla toute la tribu
de Juda et la tribu de Benjamin, et vint avec cent quatre-vingt mille
hommes de guerre choisis, pour combattre la maison d’Israël, et pour
réduire le royaume sous son obéissance. Mais Seméia homme de Dieu lui
adressa la parole de l’Eternel et lui dit: Voici ce que dit l’Eternel:
Vous ne vous mettrez point en campagne, et vous ne ferez point la guerre
contre les enfants d’Israël qui sont vos frères. Que chacun retourne en
sa maison; car c’est moi qui ai fait ceci. Ils écoutèrent la parole de
l’Eternel, et ils s’en retournèrent selon que l’Eternel le leur avait
commandé. Or Jéroboam rebâtit Sichem sur la montagne d’Ephraïm, et il y
établit sa demeure; et étant sorti de là, il bâtit Phanuel. Mais
Jéroboam dit en lui-même: Le royaume retournera bientôt à la maison de
David, si ce peuple va à Jérusalem pour y offrir des sacrifices en la
maison de l’Eternel; le cœur de ce peuple se tournera alors vers Roboam
roi de Juda; et ils me tueront et retourneront à lui. Et après y avoir
bien pensé, il fit deux veaux d’or, les mit, l’un à Bethel (le sud du
pays), et l’autre à Dan (le nord du pays), et dit au peuple: N’allez
plus à l’avenir à Jérusalem. Israël, voici vos dieux qui vous ont tirés
de l’Egypte. Il fit aussi des temples dans les hauts lieux, et il
établit pour prêtres les derniers du peuple, qui n’étaient point enfants
de Lévi. Il ordonna aussi qu’on célébrerait un jour solennel dans le
huitième mois, qui serait le quinzième du même mois, pour répondre à la
fête des Tabernacles qui se célébrait dans le septième mois en Juda. Ce
culte devint un sujet de scandale et de péché; car le peuple allait
jusqu’à Dan pour y adorer ce veau d’or. L’Eternel Dieu fit alors
sévèrement reprimander le roi Jeroboam, et lui fit annoncer par ses
prophètes des punitions et des malheurs épouvantables; cependant le
méchant ne se corrigea point et ne quitta point le service des faux
dieux. Sa maison fut alors tellement corrompue, qu’à la deuxième
génération déjà toute la race de Jeroboam fut entièrement exterminée de
la terre.—Cependant Roboam fils de Salomon régnait sur Juda; il avait
quarante et un ans lorsqu’il commença à régner, et il régna dix-sept ans
en la ville de Jérusalem. Et Juda fit aussi le mal devant l’Eternel, ils
commirent encore plus de péchés que leurs pères. Eux aussi, ils
élevèrent des autels, et se firent des statues sur toutes les collines
élevées et sur tous les arbres touffus; ils commirent en général toutes
les abominations de ces peuples que l’Eternel avait détruits à la vue
des enfants d’Israël. Ce fut dans la cinquième année du règne de Roboam,
que Sesac roi d’Egypte vint à Jérusalem, enleva les trésors du roi, et
pilla tout. Il prit aussi les boucliers d’or que Salomon avait faits. Or
il y eut toujours guerre entre Roboam et Jeroboam. Et Roboam s’endormit
avec ses pères; il fut enseveli avec eux dans la ville de David, et
Abiam son fils régna en sa place. Il régna trois ans dans Jérusalem,
marcha dans tous les péchés de son père, et son cœur n’était point
parfait avec l’Eternel son Dieu comme l’avait été le cœur de David son
père. La guerre qui avait éclaté entre Roboam et Jéroboam continua
encore. Mais Israël fut enfin vaincu par Juda. Jeroboam, roi d’Israël,
mourut ensuite dans la vingt-deuxième année de son règne, et Nadab son
fils régna en sa place.



                           Les deux royaumes.


(_Juda._) La vingtième année de Jeroboam roi d’Israël, _Asa_ roi de Juda
commença son règne. Asa fils d’Abiam régna quarante et un ans dans
Jérusalem. Et Asa fit ce qui était droit et juste aux yeux de l’Eternel,
comme avait fait David son père. Il purgea Jérusalem de toutes les
infamies des idoles que ses pères y avaient dressées, et il commanda à
Juda de chercher l’Eternel le Dieu de leurs pères, et d’observer la loi
et tout ce qui était ordonné. Il ôta aussi les autels et les temples de
toutes les villes de Juda, et il régna en paix.—Un jour Zara, roi
d’Éthiopie, vint l’attaquer avec une armée d’un million d’hommes et
trois cents chariots de guerre, et s’avança jusqu’à Maresa. Asa marcha
au-devant de lui, et rangea son armée en bataille dans la vallée de
Sephata, près de Maresa; et il invoqua Dieu, et dit: Eternel, quand vous
voulez secourir, le petit nombre et le grand nombre sont la même chose
devant vous. Secourez-nous donc, Eternel; car c’est parce que nous nous
confions en vous et en votre nom, que nous sommes venus contre cette
multitude. Eternel, vous êtes notre Dieu, ne permettez pas que l’homme
l’emporte sur vous. Ainsi l’Eternel jeta l’épouvante parmi les
Ethiopiens qui étaient en présence d’Asa et de Juda; et les Ethiopiens
prirent la fuite et furent défaits.—Alors Azaria fils d’Oded fut rempli
de l’esprit de Dieu. Il alla au-devant d’Asa, et lui dit: Ecoutez-moi,
Asa, et vous tous, peuples de Juda et de Benjamin. L’Eternel vous a
assisté, parce que vous vous êtes tenus attachés à lui. Si vous le
cherchez, vous le trouverez; mais si vous le quittez, il vous
abandonnera. Alors Asa assembla tous ses sujets de la tribu de Juda et
de Benjamin, et avec eux plusieurs étrangers des tribus d’Ephraïm, de
Manassé et de Siméon; car beaucoup d’Israélites étaient venus se rendre
à lui, voyant que l’Eternel son Dieu était avec lui. Et lorsqu’ils se
furent rendus à Jérusalem le troisième mois, et l’an quinzième du règne
d’Asa, ils offrirent des sacrifices à l’Eternel et promirent de nouveau
de chercher le Dieu de leurs pères de tout leur cœur et de toute leur
âme. Et il n’y eut point de guerre jusqu’à la trente-cinquième année du
règne d’Asa. Mais l’an trente-sixième, Baasa roi d’Israël vint en Juda,
et fortifia Rama, afin que nul du royaume d’Asa ne pût sûrement ni
entrer ni sortir. Alors Asa prit l’or et l’argent qui étaient dans les
trésors de la maison de l’Eternel, et dans les trésors du roi, et les
envoya à Benadad roi de Syrie pour l’engager de rompre l’alliance faite
avec Baasa roi d’Israël, et de l’obliger de se retirer des états de
Juda. En ce même temps le prophète Hanani vint trouver le roi Asa, et
lui dit: Les yeux de l’Eternel sont ouverts sur toute la terre, et ils
inspirent de la force à ceux qui se confient en lui d’un cœur parfait.
Vous avez donc agi follement en mettant votre confiance dans le roi de
Syrie, et non dans l’Eternel votre Dieu; et pour cela même, il va
s’allumer des guerres contre vous. Asa, s’emportant contre le prophète,
commanda qu’on le mît en prison; car la remontrance de ce prophète
l’avait irrité au dernier point: il opprima aussi plusieurs d’entre le
peuple. Ensuite Asa tomba malade la trente-neuvième année de son règne,
d’une très-violente douleur aux pieds, et cependant il n’eut point
recours à l’Eternel dans son mal; mais il mit plutôt sa confiance dans
la science des médecins. Et il mourut la quarante et unième année de son
règne, fut enterré dans la sépulture qu’il s’était fait faire en la
ville de David, et on le mit sur son lit tout rempli d’odeurs et de
parfums exquis, où les parfumeurs avaient employé toute leur science; et
ils les brûlèrent sur lui avec beaucoup d’appareil et de
pompe.—_Josaphat_ son fils régna en sa place, et il eut toujours
l’avantage sur Israël. L’Eternel fut avec Josaphat, parce qu’il marcha
dans les premières voies de David son père, et qu’il ne mit point sa
confiance dans les idoles. Comme son cœur était plein de force et de
zèle pour l’observation des préceptes de l’Eternel, il fit abattre dans
Juda les hauts lieux et les bois consacrés aux idoles. La troisième
année de son règne il envoya plusieurs hommes des premiers seigneurs de
la cour, pour instruire les villes de Juda. Il joignit à ces hommes
plusieurs lévites et les prêtres Elisama et Joram: et ils instruisaient
tout le peuple de Juda, et portaient avec eux le livre de la loi de
Dieu; ils allaient dans toutes les villes de Juda, et y enseignaient le
peuple. Ainsi Dieu affermit le royaume dans la main de ce roi, de sorte
que tous les royaumes qui étaient aux environs de Juda, n’osaient
prendre les armes contre Josaphat. Les Philistins même venaient faire
des présents à Josaphat, et ils lui payaient un tribut d’argent. Les
Arabes lui amenaient des troupeaux de menu bétail. Et Josaphat devint
puissant, et s’éleva jusqu’à un très-haut point de grandeur. Il bâtit
des forteresses dans Juda en forme de tours, et fit de grandes choses
dans toutes les villes de Juda.

(Israël.) _Nadab_, fils de Jeroboam, régna deux ans sur Israël. Il fit
le mal devant l’Eternel, et il marcha dans les voies de son père, et
dans les péchés qu’il avait fait commettre à Israël. Mais Baasa, de la
tribu d’Issachar, fit une entreprise secrète contre sa personne, et le
tua. _Baasa_ étant devenu roi, tua tous ceux de la maison de Jeroboam.
Il n’en laissa pas vivre un seul de sa race, jusqu’à ce qu’il l’eût
exterminée entièrement, selon que l’Eternel l’avait fait prédire par
Ahia Silonite son serviteur. Baasa fit aussi le mal devant l’Eternel, il
marcha dans les voies de Jeroboam, et dans les péchés qu’il avait fait
commettre à Israël. Or l’Eternel adressa sa parole à Jehu fils d’Hanani,
contre Baasa, et lui fit dire: Parce que vous avez marché dans la voie
de Jeroboam et vous avez fait pécher Israël mon peuple, je retrancherai
de dessus la terre la postérité de Baasa, et je ferai de votre maison ce
que j’ai fait de la maison de Jeroboam. Et Baasa mourut, fut enseveli à
Thersa et _Éla_ son fils régna en sa place, dans la vingt-sixième année
d’Asa roi de Juda.—Ela régna sur Israël à Thersa, et son règne ne dura
que deux ans; car _Simri_ son serviteur, qui commandait la moitié de sa
cavalerie, se révolta contre lui, et se jetant sur lui tout d’un coup,
il le frappa et le tua. Et lorsqu’il fut établi roi, il extermina toute
la maison de Baasa, sans épargner aucun de ses proches ou de ses amis.
C’est ainsi que la maison de Baasa fut détruite, selon la parole que
l’Eternel avait fait dire à Baasa par le prophète Jehu. Cependant,
_Simri_ ne régna à Thersa que pendant sept jours. L’armée d’Israël qui
assiégeait alors Gebbethon ville des Philistins, ayant appris que lui,
Simri, s’était révolté et avait tué le roi, établit roi _Amri_, général
de l’armée, qui était alors dans le camp. Amri, quittant donc Gebbethon,
marcha avec l’armée d’Israël, et vint assiéger Thersa. Simri, voyant que
la ville allait être prise, entra dans le palais, où il fit mettre le
feu et périt dans les flammes avec la maison royale. Alors le peuple
d’Israël se divisa en deux partis. La moitié du peuple suivit Thebni
fils de Gineth pour l’établir roi, et l’autre suivait Amri. Mais le
parti d’Amri eut l’avantage sur celui de Thebni; et Thebni étant mort,
_Amri_ régna seul. La trente et unième année d’Asa roi de Juda, Amri
régna sur Israël. Son règne dura douze ans, dont il régna six à Thersa.
Il acheta alors la montagne de Samarie de Somer, et y bâtit une ville
qu’il appela Samarie, du nom de Somer à qui avait été la montagne. Amri
fit le mal devant l’Eternel, et les crimes qu’il commit surpassèrent
encore ceux de tous ses prédécesseurs. Il marcha entièrement dans la
voie de Jeroboam fils de Nabat, et dans les péchés par lesquels il avait
fait pécher Israël. Et Amri mourut, fut enseveli à Samarie, et _Achab_
son fils régna en sa place.—Ce roi fit aussi le mal devant l’Eternel, et
surpassa même en impiété tous ceux qui avaient été avant lui. Il ne se
contenta pas de marcher dans les péchés de Jeroboam; mais il épousa
Jezabel fille du roi des Sidoniens, et il alla servir Baal, et l’adora,
lui bâtit un temple à Samarie, et ajouta toujours crime sur crime.
Jezabel son épouse fit tuer tous les prophètes de l’Eternel, il n’en
resta que cent, qui furent cachés par Obadiahu, intendant de la maison
d’Achab, et nourris par lui. Or l’Eternel Dieu fit annoncer au roi Achab
toutes sortes de malheurs, lui envoya à différentes reprises le prophète
Elie, homme plein d’amour et de ferveur pour la vérité et le culte du
seul vrai Dieu. Achab fut exhorté et averti par des merveilles et des
présages: cependant tout cela fut inutile. Un jour qu’il marchait
accompagné de Josaphat roi de Juda, contre le roi de Syrie, Achab fut
frappé par une flèche qui vint le percer entre le poumon et l’estomac et
il mourut. On le porta à Samarie, où il fut enseveli.—_Achasiahu_ son
fils lui succéda sur le trône. Celui-ci marcha dans la voie de son père
et de sa mère, et ne régna que deux ans sur Israël. Il mourut des suites
d’une chute qu’il avait faite de la fenêtre d’une chambre haute qu’il
avait à Samarie. Et, comme il n’avait point de fils, _Joram_ son frère
régna en sa place. Ce roi secouru par Josaphat roi de Juda, et par le
roi d’Edom, vainquit les Moabites qui avaient refusé de lui payer leur
tribut, consistant en cent mille agneaux et cent mille moutons avec leur
toison.—Les Syriens étaient alors en guerre contre Israël, cependant,
ils ne réussirent point, Elisée le prophète ayant toujours dénoncé leurs
projets d’attaque au roi d’Israël. Un jour que les Syriens s’étaient
avancés jusqu’à Samarie et assiégeaient cette ville, le bruit de
l’approche des troupes auxiliaires venant de l’Egypte au secours
d’Israël, les effraya tellement qu’ils s’enfuirent pendant la nuit,
abandonnant leur camp et tout ce qu’ils y avaient, ne pensant qu’à
sauver leur vie. Or, Joram ayant assiégé Ramoth de Galaad, qui était
alors dans les mains des Syriens, y fut blessé, et bientôt après il fut
tué par Jehu, son général, qui déjà avait été sacré secrètement roi
d’Israël par Elisée le prophète. Jehu fit mourir ensuite tout ce qui
restait de la maison d’Achab, tous les grands de sa cour, ses amis et
les prêtres qui étaient à lui, sans qu’il restât rien de ce qui avait
appartenu de près ou de loin à sa personne. Ainsi fut accompli tout ce
que l’Eternel avait fait prédire par Elie son serviteur. Jehu fit aussi
tuer Achasia roi de Juda, qui se trouvait en ce moment auprès de Joram
roi d’Israël. Ensuite il fit exterminer par ses serviteurs tous les
prêtres et les prophètes de Baal, et fit détruire le temple et la statue
de Baal. Ainsi Jehu extermina Baal d’Israël; mais il ne se retira point
des péchés de Jeroboam; il ne quitta point les veaux d’or qui étaient à
Bethel et à Dan. Et parce qu’il n’eut pas soin de marcher de tout son
cœur dans la loi de l’Eternel, le Dieu d’Israël, l’Eternel n’était pas
toujours avec lui: et il arriva que déjà pendant son règne les Syriens,
sous le commandement de Hazaël, se rendirent maîtres de tout le pays de
Galaad.—Joachaz, qui succéda à Jehu son père, n’eut pas moins à souffrir
des attaques des Syriens ses ennemis; ceux-ci lui détruisirent presque
tout son royaume. _Joas_ son fils fut plus heureux que lui: il vainquit
Amasias roi de Juda, s’empara de la ville de Jérusalem et en remporta un
riche butin. Encouragé par le prophète Elisée, il fit la guerre aux
Syriens, les battit par trois fois, et rendit à Israël les villes qui
lui avaient été prises. Joas régna pendant seize ans sur Israël, il ne
se détourna point de tous les péchés de Jeroboam fils de Nabat, et fit
le mal devant l’Eternel.



                  Israël en captivité dans l’Assyrie.


Sous le règne de tous ces rois que nous venons de voir, ainsi que sous
les rois qui se succédèrent depuis, Israël fut toujours entraîné vers le
mal. Suivant les exemples de leurs princes idolâtres ils quittèrent tous
la voie de Dieu. Ils adoraient des abominations, contre la défense
expresse que l’Eternel leur en avait faite par tous ses prophètes. Ils
avaient abandonné toutes les ordonnances, toutes les lois de l’Eternel
leur Dieu. Ils sacrifiaient leurs fils et leurs filles et les faisaient
passer par le feu (Moloch, idole des Ammonites). Ils s’attachaient aux
divinations et aux augures, et s’abandonnaient à des actions
criminelles, qu’ils commettaient devant l’Eternel. C’est pourquoi à
peine quelques rois se furent-ils succédé que le moment de la juste
punition de l’Eternel arriva.

_Jeroboam II_, fils de Joas, succéda à son père, et régna quarante et un
ans à Samarie. Il fit le mal devant l’Eternel, et s’endormit avec les
rois d’Israël ses pères. _Zacharias_ son fils régna en sa place. Il fit
le mal, comme avaient fait ses pères. Dans le sixième mois de son règne
_Sallum_ fils de Jabès forma une conspiration contre lui, le tua
publiquement et régna en sa place. Sallum régna un mois seulement à
Samarie; car _Manahem_ fils de Gadi étant venu de Thersa à Samarie,
attaqua Sallum, le tua dans la même ville, et régna en sa place. Manahem
fit le mal devant l’Eternel, et pendant tout son règne il ne se retira
point des péchés de Jeroboam fils de Nabat, qui avait fait pécher
Israël. Phul roi des Assyriens étant venu dans la terre d’Israël,
Manahem lui donna mille talents d’argent, afin qu’il le secourût, et
qu’il affermît son règne. Manahem leva cet argent dans Israël sur toutes
les personnes puissantes et riches, qu’il taxa à cinquante sicles
d’argent par tête. Le roi d’Assyrie retourna alors dans son pays.
Manahem mourut après avoir régné dix ans sur Israël, et _Phaceïa_
(Pekachia) son fils régna en sa place. Il régna deux ans sur Israël, fit
le mal devant l’Eternel, et ne se retira point des péchés de Jeroboam
fils de Nabat. Alors _Phacée_ (Pekach) fils de Romelie, général de ses
troupes, fit une conspiration contre lui; il l’attaqua à Samarie dans la
tour de la maison royale, le tua et régna en sa place. Phacée régna dans
Israël à Samarie pendant vingt ans, et fit le mal devant l’Eternel.

Theglath-Phalasar, roi des Assyriens, vint alors en Israël, et prit
Aion, Abel-Beth-Maacha, Janoé, Cedès, Asor, Galaad, la Galilée, et tout
le pays de Nephthali, et _en transporta tous les habitants en Assyrie_.

Or Osée (Hoschéa) fils d’Ela, forma une conspiration contre Phacée pour
le surprendre; il l’attaqua, le tua, et régna en sa place. Il fit le mal
devant l’Eternel, mais non comme les rois d’Israël qui avaient été avant
lui. _Salmanasar_, roi des Assyriens, marcha contre lui, et Osée fut
asservi à Salmanasar et lui payait tribut. Mais le roi des Assyriens
ayant découvert qu’Osée pensait à se révolter contre lui, et que pour
s’affranchir du tribut qu’il lui payait tous les ans, il avait envoyé
des ambassadeurs à Sua roi d’Egypte, il l’assiégea; et l’ayant pris, il
le chargea de chaînes et l’envoya en prison. Salmanasar fit d’abord des
courses par tout le pays; et étant venu ensuite à Samarie, il la tint
assiégée pendant trois ans. La neuvième année d’Osée, le roi des
Assyriens prit Samarie, _transféra les Israélites au pays des
Assyriens_, et les fit demeurer dans Hala et dans Habor près du fleuve
de Gozan et dans les villes des Mèdes (l’an 3205). Or le roi des
Assyriens fit venir des habitants de Babylone, de Cutha, d’Avah, d’Emath
et de Sepharvaïm, et les établit dans les villes de Samarie en la place
des enfants d’Israël. Ces peuples possédèrent Samarie, et habitèrent
dans ses villes.



                  Origine de la secte des Samaritains.


Ces nations étrangères s’étant établies peu à peu dans le pays dépeuplé
de Samarie, furent souvent inquiétées par des lions qui dévoraient
beaucoup de monde. Ces nations en attribuaient la cause à ce qu’on avait
déplacé le culte du pays, et firent dire au roi des Assyriens: Les
peuples que vous avez transférés en Samarie, ignorent la manière dont le
dieu de ce pays-là veut être adoré; et ce dieu a envoyé contre eux des
lions qui les tuent, parce qu’ils ne savent pas la manière dont le dieu
de cette terre veut être adoré. Alors le roi des Assyriens donna cet
ordre: Envoyez en Samarie l’un des prêtres que vous en avez emmenés
captifs, qu’il y retourne, et demeure avec ces peuples, afin qu’il leur
apprenne le culte qui doit être rendu au dieu du pays. Ainsi l’un des
prêtres qui avaient été emmenés captifs de la province de Samarie, y
étant revenu, demeura à Bethel, et il leur apprenait la manière dont ils
devaient honorer l’Eternel. Ensuite chacun de ces peuples, quoiqu’il
adorât l’Eternel, servait en même temps ses dieux, selon la coutume des
nations du milieu desquelles ils avaient été transférés en Samarie. La
religion de ces nouveaux habitants du pays ne cessait donc pas d’être
celle de l’idolâtrie. Les sectateurs en sont ordinairement appelés
_Samaritains_, quelquefois aussi _Cuthéens_.



                          Le royaume de Juda.


Ce royaume aussi tombe de plus en plus dans les péchés et les crimes, et
la fin en est la même.



                         Captivité de Babylone.


Après la mort de Josaphat, _Joram_ son fils monta sur le trône, et régna
huit ans dans Jérusalem. Il marcha dans les voies des rois d’Israël,
comme la maison d’Achab y avait marché, parce que sa femme était fille
d’Achab; et il fit le mal devant l’Eternel. Pendant le temps de son
règne, Edom secoua le joug de Juda pour ne lui être plus assujetti, et
il s’établit un roi. En ce même temps Lobna se retira aussi de la
domination de Juda.

Joram s’endormit, fut enseveli dans la ville de David, et son fils
Ochozias (Achasia) régna en sa place, dans la douzième année de Joram
fils d’Achab, roi d’Israël. Ochozias régna un an dans Jérusalem; il
marcha dans les voies de la maison d’Achab et fit le mal devant
l’Eternel, comme la maison d’Achab, parce qu’il en était parent. Il
marcha aussi avec Joram fils d’Achab, pour combattre contre Hazaël roi
de Syrie. Joram fut alors blessé par les Syriens, et revint à Jezrahel
pour se faire traiter de sa blessure. Et lorsque Ochozias roi de Juda y
vint pour voir Joram, qui était malade, il fut frappé par les serviteurs
de Jehu et mourut. Il fut porté à Jérusalem et enseveli avec ses pères
dans la ville de David.—Athalie fille d’Amri roi d’Israël, mère
d’Ochozias, voyant son fils mort, s’éleva contre les princes de la race
royale, et les fit tous tuer. Mais Josaba fille du roi Joram, sœur
d’Ochozias, prit _Joas_ fils d’Ochozias avec sa nourrice, qu’elle fit
sortir de sa chambre, et le déroba du milieu des enfants du roi
lorsqu’on les tuait, et lui sauva la vie, le tenant caché sans
qu’Athalie pût le savoir. Il fut six ans caché avec sa nourrice dans la
maison de l’Eternel. Et Athalie cependant régnait sur la terre de Juda.
La septième année le prêtre Joïada envoya querir les centeniers et les
soldats. Il les fit entrer dans le temple de l’Eternel, et fit un traité
avec eux, leur fit prêter le serment de fidélité en leur montrant le
fils du roi. Il leur donna ensuite les lances et les armes du roi David,
qui étaient dans la maison de l’Eternel. Ils se tinrent donc tous rangés
auprès du roi, les armes à la main. Joïada leur présenta le fils du roi,
mit sur sa tête le diadème et le livre de la loi. Ils l’établirent roi,
le sacrèrent, et ils crièrent: Vive le roi! Athalie entendit ce bruit,
et entrant parmi la foule dans le temple de l’Eternel, elle vit le roi
assis sur son trône. Alors elle déchira ses vêtements, et s’écria:
Trahison, trahison! En même temps Joïada la fit emmener hors du temple,
afin qu’on ne la tuât pas dans le temple de l’Eternel, et les soldats la
tuèrent auprès du palais. Joïada fit alors une alliance entre l’Eternel,
le roi et le peuple, afin qu’il fût désormais le peuple de l’Eternel.
Tout le peuple entra ensuite dans le temple de Baal, ils renversèrent
ses autels, brisèrent ses images et tuèrent Mathan prêtre de Baal devant
l’autel.—Joas avait sept ans lorsqu’il commença à régner, et il fit ce
qui était juste devant l’Eternel tant qu’il fut conduit par le prêtre
Joïada. Il ne supprima pas néanmoins les hauts lieux, et le peuple y
offrait ses offrandes. Or, c’est sous son règne, et par ses ordres qu’il
fut statué: que les prêtres prendraient tout l’argent consacré et
apporté dans le temple pour l’employer aux réparations de la maison de
l’Eternel. Cependant, les prêtres n’ayant point fait ces réparations du
temple jusqu’à la vingt-troisième année du règne de Joas, le roi les fit
venir, et leur dit: Pourquoi ne faites-vous point les réparations du
temple? N’en recevez donc plus l’argent selon l’ordre de votre
ministère; mais rendez celui que vous avez reçu, afin qu’on l’emploie
aux réparations du temple. Alors le prêtre Joïada prit un tronc, le mit
auprès de l’autel, et les prêtres qui gardaient les portes, y mettaient
tout l’argent qui s’apportait au temple de l’Eternel. Et cet argent
était employé pour tout ce qui était nécessaire aux réparations et au
rétablissement du temple.—Alors Hazaël roi de Syrie vint mettre le siége
devant Geth, la prit, puis se détourna pour marcher vers Jérusalem.
C’est pourquoi Joas roi de Juda prit tout l’argent consacré, que
Josaphat, Joram et Ochozias ses pères, et lui-même, avaient offert au
temple, et tout ce qui put se trouver d’argent dans les trésors du
temple et dans le palais du roi, et il l’envoya à Hazaël roi de Syrie,
qui se retira de Jérusalem. Dans la quarantième année du règne de Joas,
ses officiers firent une conspiration entre eux, se soulevèrent contre
lui et le tuèrent en Beth-Mello. Il fut enseveli dans la ville de David,
et _Amasias_ son fils régna en sa place. Ce roi fit ce qui était juste
devant l’Éternel, mais non comme David; il se conduisit en tout comme
Joas son père s’était conduit. Lorsqu’il eut affermi son règne, il fit
mourir ceux de ses officiers qui avaient tué le roi son père; mais il ne
fit point mourir les enfants de ces meurtriers, selon ce qui est écrit
au livre de la loi de Moïse, et selon cette ordonnance de l’Eternel: Les
pères ne mourront pas pour les fils, et les fils ne mourront point pour
les pères, mais chacun mourra dans son péché. Ce fut lui qui battit dix
mille Iduméens dans la vallée des Salines, et qui prit d’assaut une
forteresse qu’il appela Jectehel.—Alors Amasias envoya des ambassadeurs
vers Joas roi d’Israël, et lui fit dire: Venez, et voyons-nous l’un
l’autre (c’est-à-dire combattons-nous). Mais Joas lui fit répondre: Le
chardon du Liban envoya vers le cèdre qui est au Liban, et lui fit dire:
Donnez votre fille pour épouse à mon fils. Mais les bêtes de la forêt du
Liban passèrent et foulèrent aux pieds le chardon... Parce que vous avez
eu l’avantage sur les Iduméens et que vous les avez battus, votre cœur
s’est gonflé d’orgueil. Soyez content de votre gloire, et demeurez en
repos dans votre maison. Pourquoi cherchez-vous votre malheur, pour
périr vous-même et faire périr Juda avec vous? Mais Amasias ne voulut
point écouter cette remontrance, et Joas roi d’Israël marcha contre lui;
l’armée de Juda fut taillée en pièces par celle d’Israël, Amasias fut
pris par Joas qui l’emmena à Jérusalem. Joas fit une brèche à la
muraille de Jérusalem de quatre cents coudées de long. Il emporta tout
l’or et l’argent, et tous les vases qui se trouvèrent dans la maison de
l’Eternel et dans tous les trésors du roi; il prit des otages, et
retourna à Samarie. Amasias régna encore quinze ans après la mort de
Joas roi d’Israël, et dans la vingt-neuvième année de son règne, il se
fit une conjuration contre lui à Jérusalem, qui l’obligea de s’enfuir à
Lachis. Mais ils envoyèrent après lui à Lachis, et ils le tuèrent en ce
même lieu. Son corps fut alors transporté à Jérusalem et enseveli en la
ville de David. Tout le peuple de Juda prit ensuite Azarias (nommé aussi
Ozias) âgé de seize ans, qui fut établi roi en la place de son père
Amasias.—Azarias régna cinquante-deux ans dans Jérusalem, il fit ce qui
était agréable à l’Eternel, et se conduisit en tout comme Amasias son
père. Il ne ruina pas néanmoins les hauts lieux, et le peuple y
sacrifiait ses offrandes. Dieu frappa ce roi, qui demeura lépreux
jusqu’au jour de sa mort. Il vivait à part dans une maison écartée;
cependant Joatham son fils était grand maître du palais, et jugeait le
peuple. Et Azarias s’endormit avec ses pères, il fut enseveli dans la
ville de David, et _Joatham_ son fils régna en sa place. Ce roi fit ce
qui était agréable à l’Éternel, et se conduisit en tout comme avait fait
Ozias son père. Il ne détruisit pas néanmoins les hauts lieux; car le
peuple y sacrifiait encore. Ce fut lui qui bâtit la plus haute porte de
la maison de l’Éternel. En ce même temps l’Éternel commença à envoyer en
Juda Rasin roi de Syrie, et Phacée roi d’Israël. Joatham, après avoir
régné pendant seize ans dans Jérusalem, s’endormit avec ses pères, fut
enseveli avec eux dans la ville de David, et _Achaz_ son fils régna en
sa place.—Achaz régna aussi seize ans à Jérusalem; mais il ne fit point
ce qui était agréable à l’Éternel, comme David son père; il marcha dans
la voie des rois d’Israël, et consacra même son fils, le faisant passer
par le feu, suivant l’idolâtrie des nations que l’Éternel avait
détruites à l’entrée des enfants d’Israël. Alors Rasin roi de Syrie, et
Phacée roi d’Israël, vinrent mettre le siége devant Jérusalem, et tenant
Achaz assiégé, ils ne purent néanmoins le prendre. En ce même temps
Rasin roi de Syrie reconquit _Elath_ et en chassa les Judéens. Phacée
roi d’Israël tua cent vingt mille hommes de Juda en un seul jour, et en
emmena captifs deux cent mille, tant femmes que garçons et filles, avec
un butin infini. D’après le conseil du prophète _Oded_, on renvoya
ensuite les captifs et on leur rendit tout ce dont ils avaient besoin.
Alors Achaz amassa l’or et l’argent qui se trouva dans le temple et dans
les trésors du roi, il en fit des présents au roi des Assyriens, qui se
nommait _Theglath-Phalasar_, et lui fit dire: Venez me sauver des mains
du roi de Syrie et des mains du roi d’Israël, qui se sont ligués contre
moi. Le roi des Assyriens s’étant rendu à ce qu’il désirait de lui, vint
à Damas, ruina la ville, en transféra les habitants à Cyrène, et tua
Rasin. Alors le roi Achaz alla à Damas au-devant de Theglath-Phalasar,
et ayant vu l’autel qui était à Damas, il en envoya au prêtre Urie un
modèle qui en présentait exactement tout l’ouvrage. Urie reçut l’ordre
de faire bâtir le même autel à Jérusalem, et Achaz, revenu de Damas, y
offrit des sacrifices. Il transféra l’autel d’airain consacré à
l’Eternel, et ordonna au prêtre de sacrifier sur le nouvel autel. Le roi
Achaz fit en outre beaucoup de ravages dans l’intérieur du temple, et
fit dresser des autels dans toutes les places de Jérusalem et dans
toutes les villes de Juda. Enfin il mourut et fut enseveli dans la ville
de Jérusalem; mais on ne le mit pas dans les tombeaux des rois d’Israël.
_Ézéchias_ son fils régna en sa place.—Ezéchias régna vingt-neuf ans
dans Jérusalem, fit ce qui était bon et agréable à l’Eternel, selon tout
ce qu’avait fait David son père. Il détruisit les hauts lieux, brisa les
statues et fit mettre en pièces le serpent d’airain (que Moïse avait
fait en mémoire d’un malheureux événement), parce que le peuple lui
avait offert des sacrifices jusqu’alors, et il rétablit le culte de
l’Eternel. C’est pourquoi l’Eternel était avec lui, et ce prince se
conduisait avec sagesse dans toutes ses entreprises. Il secoua aussi le
joug du roi des Assyriens, battit les Philistins et ruina leurs terres.
La quatorzième année du roi Ezéchias (huit ans après qu’Israël eut été
transféré en Assyrie), _Sennacherib_ roi des Assyriens vint attaquer
toutes les villes fortes de Juda et les prit. Alors Ezéchias lui envoya
des ambassadeurs à Lachis, et lui fit dire: Si vous vous retirez de
dessus mes terres, je souffrirai tout ce que vous m’imposerez. Le roi
des Assyriens ordonna à Ezéchias de lui donner trois cents talents
d’argent et trente talents d’or. Ezéchias amassa donc tout l’argent qui
se trouva dans le temple et dans les trésors du roi, détacha même les
lames d’or des battants des portes du temple, et les donna au roi des
Assyriens. Le roi des Assyriens revint néanmoins avec une grande armée
et fit assiéger Jérusalem. Le roi Ezéchias en fut alarmé, et pria
l’Eternel de le sauver des mains de Sennacherib. Le prophète Isaïe le
consola, lui inspira de la confiance et ranima son esprit en Dieu. Et en
effet, bientôt après l’armée ennemie fut forcée de se retirer: la peste
se déclara dans ses rangs, et en consuma une très-grande partie.
Sennacherib retourna alors avec le reste de son armée, et se retira en
son pays.—Quelque temps après Merodach-Baladan, roi des Babyloniens,
envoya des ambassadeurs à Ezéchias pour le féliciter de son
rétablissement d’une grave maladie (et peut-être dans l’intention de se
lier avec lui contre les attaques des Assyriens). Ezéchias eut la vanité
et l’imprévoyance de montrer aux ambassadeurs du roi de Babylone tous
ses trésors et toutes ses richesses. Le prophète Isaïe lui en fit alors
de vifs reproches, en lui disant: Il viendra un temps où tout ce qui est
dans votre maison, et tout ce que vos pères y ont amassé jusqu’à ce
jour, sera transporté à Babylone, sans qu’il en demeure rien. Le
prophète ajouta: Vos enfants même que vous aurez engendrés, seront pris
alors pour être serviteurs dans le palais du roi de Babylone. Prédiction
qui fut bientôt accomplie.

Après la mort d’Ezéchias, son fils _Manassé_ monta sur le trône de Juda.
Manassé avait alors douze ans. Il régna cinquante-cinq ans dans
Jérusalem, fit le mal devant l’Eternel, et adora des idoles. Il rebâtit
les hauts lieux que son père Ezéchias avait détruits, il dressa des
autels à Baal, fit passer son fils par le feu, aima les divinations,
observa les augures, institua ceux qu’on appelle pythons, et séduisit
ainsi le peuple, de sorte qu’il commit le mal aux yeux de l’Eternel. Les
prophètes de l’Eternel dirent alors en son nom: Parce que Manassé roi de
Juda a commis ces abominations, et qu’il a fait pécher Juda par ses
infamies, je vais faire fondre de tels maux sur Jérusalem et sur Juda,
que les oreilles en seront étourdies à quiconque les entendra.
J’étendrai sur Jérusalem le cordeau de Samarie et le poids de la maison
d’Achab. J’abandonnerai les restes de mon héritage, et je les livrerai
entre les mains de leurs ennemis; et tous ceux qui les haïssent les
pilleront et les ravageront. Manassé répandit des ruisseaux de sang
innocent, jusqu’à en remplir toute la ville de Jérusalem. C’est pourquoi
Dieu fit venir sur lui les généraux de l’armée du roi des Assyriens, qui
après avoir pris Manassé, lui mirent les fers aux pieds et aux mains, et
l’emmenèrent à Babylone. Manassé réduit à cette grande extrémité pria
l’Eternel son Dieu, et il conçut un très-vif repentir en la présence du
Dieu de ses pères. Il lui adressa ses gémissements et ses instantes
supplications: et l’Éternel exauça sa prière, et le ramena à Jérusalem
dans son royaume. Manassé reconnut alors que l’Éternel était le vrai
Dieu, il ôta les dieux étrangers et l’idole de la maison de l’Eternel,
détruisit les autels, et fit jeter tout hors de la ville. Il rétablit
aussi l’autel de l’Eternel, et il ordonna à tout le peuple de Juda de
servir l’Eternel le Dieu d’Israël. Cependant le peuple sacrifiait encore
sur les hauts lieux. Manassé mourut ensuite, fut enseveli dans le jardin
de sa maison; et _Amon_ son fils régna en sa place.—Amon fit le mal
devant l’Eternel, abandonna le Dieu de ses pères, et ne marcha point
dans la voie de l’Eternel. Il ne régna que deux ans dans Jérusalem. Ses
serviteurs lui dressèrent alors des embûches, le tuèrent dans sa maison,
et le peuple établit _Josias_ son fils pour régner en sa place.—Josias
avait huit ans lorsqu’il commença à régner, et il régna trente et un ans
à Jérusalem. Il fit ce qui était agréable à l’Eternel, et marcha dans
toutes les voies de David son père, sans se détourner ni à droite ni à
gauche. La dix-huitième année de son règne il envoya Saphan, le
secrétaire du temple, vers le prêtre Helcias avec l’ordre d’amasser tout
l’argent qui avait été porté au temple, et d’y faire toutes les
réparations et tout ce qui était nécessaire pour rétablir la maison de
l’Eternel. Alors le prêtre Helcias dit à Saphan: J’ai trouvé un livre de
la loi dans le temple de l’Eternel. Et il donna ce livre à Saphan qui le
lut. Saphan revint ensuite trouver le roi pour lui rendre compte de ce
qu’il lui avait commandé, et lui dit encore: Le prêtre Helcias m’a donné
un livre. Et il le lut devant le roi. Le roi ayant entendu ces paroles
du livre de la loi de l’Eternel, déchira ses vêtements, et dit à
Helcias, à Saphan et à ses serviteurs: Allez, consultez sur les paroles
de ce livre. Ils allèrent alors trouver _Holda_ la prophétesse, femme de
Sellum, et lui parlèrent selon l’ordre du roi. Holda leur répondit:
Dites à l’homme qui vous a envoyé vers moi: Voici ce que dit l’Eternel:
Je vais faire tomber sur ce lieu et sur ses habitants tous les maux que
le roi de Juda a lus dans ce livre de la loi; parce qu’ils m’ont
abandonné et qu’ils ont sacrifié à des dieux étrangers. Mais pour le roi
de Juda, qui vous a envoyé me consulter, vous lui direz: Parce que vous
avez écouté les paroles de ce livre, que votre cœur en a été épouvanté,
que vous vous êtes humilié devant l’Eternel, après avoir appris les maux
dont il menace cette ville et ses habitants, j’ai écouté votre prière,
dit l’Eternel. C’est pourquoi je vous ferai reposer avec vos pères, et
vous serez enseveli en paix, afin que vos yeux ne voient point les maux
que je dois faire tomber sur cet endroit. Alors le roi fit assembler
tout le peuple de Juda, alla avec lui au temple, et on lut devant lui
toutes les paroles de ce livre de l’alliance, qui avait été trouvé dans
la maison de l’Eternel. Le roi se tint debout sur un lieu élevé, et fit
alliance avec l’Eternel, afin que ses sujets marchassent dans la voie de
l’Eternel, qu’ils observassent ses préceptes et ses ordonnances de tout
leur cœur et de toute leur âme, et qu’ils accomplissent toutes les
paroles de l’alliance qui étaient écrites dans ce livre. Et le peuple
consentit à cet accord. Le roi ordonna alors au pontife Helcias, aux
prêtres du second ordre et aux portiers, de jeter hors du temple tous
les vaisseaux qui avaient servi à Baal, et il les brûla hors de
Jérusalem dans la vallée de Cedron, et en emporta la poussière à Bethel.
Il extermina aussi tous les prêtres qui sacrifiaient à Baal, au soleil,
à la lune, aux douze signes et à toutes les étoiles du ciel. Le roi
souilla et profana pareillement le lieu de Topheth, qui est dans la
vallée des fils d’Ennom, afin que personne ne sacrifiât son fils ou sa
fille à Moloch, en les faisant passer par le feu. Outre tout cela Josias
détruisit tous les temples des hauts lieux qui étaient dans les villes
de Samarie, et que les rois d’Israël avaient bâtis pour le service des
faux dieux. Josias dit ensuite à tout le peuple: Célébrez la Pâque en
l’honneur de l’Eternel votre Dieu, en la manière qui est écrite dans ce
livre de l’alliance. Josias extermina aussi les pythons, les devins et
les figures des idoles, les impuretés et les abominations des pays de
Juda et de Jérusalem, pour accomplir les paroles de la loi qui étaient
écrites dans ce livre que Helcias pontife avait trouvé dans le temple de
l’Eternel. Il n’y avait point eu avant Josias de roi qui lui fût
semblable, et qui fût retourné comme lui à l’Eternel de tout son cœur et
de toute son âme, selon tout ce qui est écrit dans la loi de Moïse, et
il n’y en a point eu non plus après lui.—Cependant la ruine de Juda
était décidée par l’Eternel, et bientôt cette parole de l’Eternel fut
accomplie: Je rejetterai aussi Juda de devant ma face, comme j’ai rejeté
Israël, et j’abandonnerai Jérusalem.—En ce temps-là Pharaon Nechao roi
d’Egypte marcha contre le roi des Assyriens vers le fleuve d’Euphrate;
et Josias marcha pour s’opposer à lui. Pharaon lui fit dire:
Qu’avez-vous à démêler avec moi, roi de Juda? Ce n’est pas contre vous
que je viens aujourd’hui. Cependant Josias ne voulut point s’en
retourner; mais il continua sa marche pour lui livrer bataille dans le
champ de Magedo; il y fut blessé et mourut. Ses serviteurs le
rapportèrent mort à Jérusalem, et l’ensevelirent dans son sépulcre; et
tout Juda et Jérusalem le pleurèrent, particulièrement le prophète
Jérémie, dont les lamentations sur la mort de Josias se chantèrent bien
longtemps dans le pays, car cette coutume était comme une espèce de loi
établie dans Israël. Le peuple fit alors sacrer _Joachaz_ fils de
Josias, et l’établit roi en la place de son père. Il fit le mal devant
l’Eternel et commit tous les mêmes crimes que ses pères. Il ne régna que
pendant trois mois dans Jérusalem, lorsque Pharaon Nechao y étant venu,
le déposa, et condamna le pays à lui donner cent talents d’argent et un
talent d’or. Nechao établis en même temps _Joakim_ l’autre fils de
Josias, roi sur Juda, et emmena Joachaz avec lui en Egypte où il
mourut.—Joakim régna onze ans à Jérusalem, mais il fit le mal devant
l’Eternel son Dieu. _Nabuchodonosor_ (Nebukadnezar) roi de Babylone
marcha alors contre Juda, et Joakim lui fut assujetti pendant trois ans;
et après cela il ne voulut plus lui obéir. Nabuchodonosor revint donc,
le chargea de chaînes et l’emmena à Babylone, où il transporta aussi les
vases du temple de l’Eternel, et les mit dans son temple.—_Joachin_ fils
de Joakim monta sur le trône de Juda. Il régna trois mois et dix jours
dans Jérusalem, et il commit le mal en présence de l’Eternel. En ce
temps-là Nabuchodonosor revint assiéger Jérusalem. Joachin sortit de la
ville, et vint se rendre au roi de Babylone, qui le transporta à
Babylone avec les principaux de Jérusalem, tous les princes et tous les
vaillants de l’armée, au nombre de dix mille captifs: il emmena aussi
tous les artisans, et ne laissa que les plus pauvres d’entre le peuple.
(Au nombre de ces captifs se trouva aussi le prophète _Ezéchiel_.)

Or Nabuchodonosor roi de Babylone établit roi en la place de Joachin,
_Mathanias_ son oncle; et il l’appela _Sedecias_ (c’est-à-dire justice
divine). Celui-ci régna onze ans à Jérusalem, et fit le mal devant
l’Éternel. C’est pourquoi l’Eternel Dieu rejeta enfin Juda et Jérusalem
de devant sa face et tout le royaume fut détruit: Sedecias se révolta
contre le roi Nabuchodonosor, et méprisa les remontrances du prophète
Jérémie, qui lui parlait de la part de l’Eternel. Le roi Nabuchodonosor
revint donc en Juda, marcha avec toute son armée contre Jérusalem, mit
le siége devant la ville, le dixième jour du dixième mois (Tebath¹⁶), y
fit la brèche le neuvième jour du quatrième mois (Tamus¹⁶), et, après
avoir assiégé la ville si longtemps, il y pénétra enfin le septième jour
du cinquième mois (Ab¹⁶). Sedecias s’enfuit, mais l’ennemi le poursuivit
et le prit. Les enfants de Sedecias furent tués aux yeux de leur père;
et quant à lui, on lui creva les yeux, le chargea de chaînes, et
l’emmena à Babylone. Or _Nabuzardan_, général du roi de Babylone, vint à
Jérusalem, brûla le temple de l’Eternel et le palais du roi, consuma
tout ce qu’il y avait de maisons dans Jérusalem et en abattit les
murailles (l’an 3338). Ensuite il transporta à Babylone tout le reste du
peuple, qui était demeuré dans la ville, les transfuges qui étaient
allés se rendre au roi de Babylone, et le reste de la populace. Il
laissa seulement les plus pauvres du pays pour labourer les vignes et
pour cultiver les champs. Après cela Nabuchodonosor donna le
commandement du peuple qui était demeuré au pays de Juda, à _Godolias_
fils d’Achicam. Or Ismahel fils de Nathanie de la race royale, (jaloux
de cette préférence que le roi de Babylone avait accordée à Godolias),
vint quelque temps après (le septième mois, appelé Tischri¹⁶) accompagné
de dix hommes, attaqua Godolias, le tua avec ses gens et les Chaldéens
qui étaient avec lui. Et tout le peuple depuis le plus grand jusqu’au
plus petit, avec les officiers de guerre, appréhendant les Chaldéens,
sortirent de Juda, s’en allèrent en Egypte et forcèrent le prophète
Jérémie d’aller avec eux.

   ¹⁶ Ce sont les quatre jours de jeûne qu’Israël a établis en mémoire
      de ces malheureux événements. Ainsi qu’il est écrit dans le
      prophète Zacharie: «Voici ce que dit l’Éternel: Les jeûnes du
      _quatrième_, du _cinquième_, du _septième_ et du _dixième_ mois,
      seront changés, pour la maison de Juda, en des jours de joie et
      d’allégresse, et en des fêtes éclatantes et solennelles, si vous
      aimez la vérité et la paix.»

      Remarque. Le jour de jeûne du quatrième mois est observé le
      dix-septième jour de ce mois, parce que c’est le jour où les
      Romains se sont emparés de Jérusalem, au temps du second temple.
      Le jour de jeûne du cinquième mois est observé le neuvième jour de
      ce mois, parce que c’est le jour où le premier et le second temple
      ont été détruits et réduits en cendres. Le jeûne en mémoire de
      _Godolias_, est observé le troisième jour du septième mois
      (Tischri).



   Les _Prophètes_, leur _Vocation_, en quel _lieu_ ils ont vécu et à
                            quelle _époque_.


Dieu voulant conserver la vraie croyance et la répandre parmi toutes les
nations de la terre, par l’entremise du peuple israélite, quoiqu’il
retombât si souvent dans l’idolâtrie, dut faire paraître des hommes
saints, nommés _Prophètes_ qui, dans ces temps de superstition et de
corruption générale, fussent des gardiens fidèles de la vraie croyance.
Ces hommes qu’on nommait aussi _Voyants_, à cause de leur habitude de
prédire l’avenir, s’élevaient par le zèle le plus sain, par la ferveur
la plus pure contre l’idolâtrie et le vice. Le but de leurs efforts
tendait à présenter la croyance d’un seul et unique Dieu de la manière
la plus pure et la plus claire; ils prêchaient la pénitence et
l’amendement en public et en particulier; ils annonçaient la bénédiction
et la malédiction à raison de la fidélité ou de l’infidélité envers
Dieu; et ils encourageaient les affligés par la prédiction d’un temps
plus heureux.

C’est sous le règne d’Achab et d’Ochozias que s’éleva le prophète _Élie_
de Thesbé. Il blâma avec une hardiesse peu commune, à la cour même, la
défection du vrai Dieu d’Israël. _Élisée_ son disciple, son compagnon,
et son successeur, fut moins sévère et par cela même eut plus
d’influence; il vivait sous le règne de Joram, Jehu, Joachaz et Joas,
rois d’Israël.—Parmi les prophètes qui se distinguèrent pendant les
règnes d’Azarias, roi de Juda, et de Jeroboam II roi d’Israël, nous
connaissons principalement _Amos_, _Joël_ et _Osée_ (Hochea). Le premier
était pasteur; dans sa sainte inspiration il se rendit à Bethel, endroit
où les Israélites qui voulaient sacrifier avaient coutume de
s’assembler. C’était là qu’il prêchait avec énergie contre la corruption
et l’injustice alors si générales en Juda et en Israël, à Damas et à
Gaza, à Tyr et dans le pays d’Edom, de Moab et d’Ammon; or en faisant
comprendre que la décadence de tous ces peuples étrangers était la suite
de leur démoralisation et de l’abjection des mœurs, il annonçait le même
sort à sa patrie, dont les crimes étaient d’autant plus impardonnables
qu’ils avaient des prophètes inspirés de Dieu, pour leur montrer
continuellement la bonne voie.—_Joël_ prêchait encore avec plus
d’éloquence et d’élévation d’esprit. La grande affliction provoquée par
un fléau de sauterelles et par une sécheresse universelle lui fournit
l’occasion d’exhorter son peuple à la pénitence. Cette pénitence aura
non-seulement pour effet de ramener l’ancienne affluence de biens, mais
encore d’accélérer le siècle d’or, où tous les peuples limitrophes
respecteront de nouveau le nom du peuple israélite.—_Osée_ s’éleva avec
énergie contre l’idolâtrie, contre le luxe des princes, l’immoralité du
peuple et contre quelques autres vices et fautes particulières. Il
prévit déjà que l’alliance avec l’Egypte et l’Assyrie finirait par la
ruine du règne d’Israël.—Le prophète _Isaïe_ l’emportait encore sur tous
ces hommes éclairés. Il exerça l’influence la plus salutaire pendant les
règnes des rois Ozias, Joatham, Achaz et Ézéchias; tantôt il blâmait la
démoralisation du peuple, tantôt il exhortait à la pénitence qui devait
se manifester non pas dans la pratique des usages inutiles et insensés,
mais dans l’exercise de la vérité, de la vertu et de la justice; tantôt
il critiquait les voies et moyens, les mesures pernicieuses des princes.
Il annonçait aux méchants des punitions sévères, et par contre il
annonçait des temps heureux et pleins de salut aux hommes justes.—Le
prophète _Michée_ était contemporain d’Isaïe. Il prédisait de grands
événements qui étaient sur le point d’arriver en Israël et en Juda. Il
parlait des exactions des grands, de la bassesse des faux prophètes, de
l’injustice des juges et des mauvais prêtres. Il prophétisait la ruine
de la patrie, la destruction de Jérusalem et du temple comme la juste
punition de leurs crimes et de leurs forfaits: mais ces jours
d’adversité et de malheur étant passés, il leur présentait l’avenir sous
l’aspect le plus heureux.—Le prophète _Nahum_ (Nachum) vivait quelque
temps après la captivité des dix tribus d’Israël. Cet homme menaçait
d’une ruine complète et la ville de Ninive, résidence des rois de
l’Assyrie, et l’Assyrie tout entière, dont les habitants maltraitaient
impitoyablement le peuple israélite.—C’était au commencement du règne de
Josias, fils d’Amon, que le prophète _Sophonie_ (Zephania) annonçait la
ruine de la ville de Jérusalem, et prédisait en même temps le
rétablissement de la patrie après que le peuple se serait
corrigé.—_Habacuc_ vivait peu de temps avant la captivité de Babylone.
Dans son esprit élevé, il prévoyait déjà les horreurs que les Chaldéens
exerceraient plus tard par leur force brutale dans le pays de Juda, et
il pressentait en même temps le châtiment que s’attirerait cet
ennemi.—Le prophète Jérémie fut témoin de la destruction de Jérusalem.
Dans son zèle il ne se laissait arrêter ni par les dérisions les plus
grandes, ni par les mauvais traitements. Il déplorait avec amertume
l’iniquité du peuple, la défection de la loi de Dieu et la fausse
politique des princes. Il annonçait la destruction de Jérusalem et la
ruine de l’État à moins que le peuple ne se corrigeât et ne changeât
totalement de vie. Cependant ses discours ne produisant pas d’effet
salutaire, le malheur qu’il prédit arriva.—_Ézéchiel_, qui se trouvait
au nombre des captifs emmenés pour la Chaldée avec le roi Joachin,
débuta la septième année avant la destruction de Jérusalem. Il faisait
des prédictions à ses frères en Chaldée, vers la même époque que Jérémie
prophétisait en Palestine. C’est aussi à Ézéchiel que Dieu a révélé
figurativement, dans une vision, la résurrection des morts.—Plus tard
lors du retour dans la patrie, c’étaient les prophètes _Aggée_
(Chaggai), _Zacharie_ et _Malachie_ qui instruisaient le peuple dans la
loi. Le premier prophétisait lors de la deuxième année de Darius roi de
Perse. Il encourageait à la reconstruction du temple en annonçant que le
second temple serait encore plus illustre que le premier.—_Zacharie_
était le contemporain d’Aggée. Ses prophéties sont tantôt des discours
instructifs et exhortatifs, tantôt des descriptions sur la position
future et heureuse du peuple israélite.—_Malachie_, qui fut le dernier
prophète d’Israël, était contemporain de Néhémias. Il prophétisait après
la reconstruction du temple. Ses discours sont des exhortations au
peuple pour l’engager à se contenter de sa position; ils renferment et
des réprimandes au peuple, et des instructions pour les prêtres. Voici
quelques-unes de ses exhortations: «Que le fils honore son père et le
serviteur révère son seigneur; si je suis votre père, où est l’honneur
que vous me rendez? Et si je suis votre seigneur, où est la crainte
respectueuse que vous me rendez? dit l’Eternel. Je m’adresse à vous, ô
prêtres, qui méprisez mon nom! Les lèvres du prêtre doivent être les
dépositaires de la science; et c’est de sa bouche que l’on cherche la
connaissance de la loi, car il est l’ange de l’Eternel.» En parlant au
nom de Dieu il finit en ces termes: «Souvenez-vous de la loi que j’ai
donnée à Moïse mon serviteur, sur la montagne d’Horeb, afin qu’il portât
à tout le peuple d’Israël mes préceptes et mes ordonnances. Je vous
enverrai le prophète Elie, avant que le grand et épouvantable jour de
l’Eternel arrive: et il réunira le cœur des pères à celui de leurs
enfants, et le cœur des enfants à celui de leurs pères; de peur qu’en
venant je ne frappe la terre d’anathème.»



               État du peuple pendant le temps de l’exil.


La plus grande partie des habitants de Juda qui allèrent alors en
captivité, s’établirent dans les environs de l’Euphrate, où se
trouvaient déjà en exil un grand nombre d’Israëlites. Les restes de Juda
et d’Israël formèrent de nouveau un seul peuple. C’est là que Jérémie
adressa aux Israélites, au nom de l’Eternel, ces paroles remarquables:
«Voici ce que dit l’Eternel, le Dieu d’Israël, à tous les captifs que
j’ai transférés de Jérusalem à Babylone: Bâtissez-vous des maisons, et
habitez-les; plantez des jardins, et nourrissez-vous de leurs fruits.
Recherchez la paix de la ville dans laquelle je vous ai transférés, et
priez l’Eternel pour elle parce que votre paix se trouve dans la
sienne.» Les Israélites obéissaient à ces paroles, et beaucoup d’entre
eux se distinguèrent par l’observance religieuse des lois de Moïse.

Il y avait parmi les exilés quatre jeunes gens d’une éducation
distinguée qui se nommaient _Daniel_, _Ananias_, _Misaël_ et _Azarias_.
Le roi leur fit donner l’instruction dans toutes les sciences et dans
tous les arts, et ordonna qu’on leur servît chaque jour des viandes
qu’on servait devant lui, et du vin dont il buvait lui-même; mais ne
voulant pas prendre de nourriture défendue par la loi de Moïse, ils se
contentaient de légumes, et quoique ces aliments ne fussent guère
nourrissants, ils s’en trouvaient toujours très-bien; du reste ils
remplissaient leurs devoirs avec fidélité. Ces hommes se distinguèrent
autant par leur savoir que par leur beauté et furent élevés aux charges
les plus éminentes de l’État. Mais dans leur position distinguée ils
purent sans préjudice pour leurs devoirs envers le souverain, rester
toujours fidèlement et sincèrement attachés à la religion de leurs
pères. L’insolent Nabuchodonosor se fit un jour dresser une statue d’or
et ordonna que chacun se prosternât devant lui et l’adorât, et que celui
qui s’y refuserait fût jeté au milieu des flammes d’une fournaise. Ces
trois hommes, Ananias, Misaël et Azarias fidèles à leurs croyances ne
voulurent point rendre les honneurs divins à une idole et furent jetés
par l’ordre du roi dans les flammes de la fournaise. Mais Dieu le
Tout-Puissant protégea ses serviteurs, ils restèrent intacts au milieu
des flammes et le feu ne les dévora point. Nabuchodonosor reconnut alors
la puissance de l’Eternel et défendit, sous peine de mort, de diffamer
la religion des Israélites.—Aussi Daniel observait-il toujours les
préceptes de sa croyance, au risque même de ses jours. Il était le
favori de Darius, roi des Mèdes et conquérant de Babylone. Les
courtisans en devinrent jaloux, lui portèrent envie et tâchèrent de le
perdre. Comme il leur était impossible de découvrir quelque faute dans
les affaires de son administration, ils cherchèrent les moyens de le
conduire à sa perte. Son attachement à la religion de ses pères les
favorisa dans leur dessein. D’après leurs instigations le roi ordonna
que tout homme qui, durant l’espace de trente jours, demanderait quoi
que ce fût à quelque dieu ou à quelque homme que ce put être sinon au
roi seul, fût jeté dans la fosse aux lions. Or, Daniel ayant appris la
promulgation de cette loi, entra dans sa maison, et ouvrant les fenêtres
de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchit les genoux et adora son
Dieu, lui rendit ses actions de grâces, comme il le faisait auparavant,
et continua d’agir ainsi pendant quelques jours à trois différentes
heures de la journée. Ces hommes donc, qui épiaient avec grand soin
toutes les actions de Daniel, le trouvèrent priant et adorant son Dieu,
et en firent rapport au roi. Le roi ne pouvant révoquer en faveur de
Daniel l’édit publié, se vit forcé de faire exécuter l’arrêt, et Daniel
fut jeté dans la fosse aux lions. Le lendemain matin lorsque le roi se
rendit à la fosse, il le trouva encore sain et sauf et ordonna qu’on le
retirât. Il commanda en même temps qu’on fît venir ceux qui l’avaient
accusé, et qu’on les jetât dans la même fosse. Depuis cet événement
Daniel fut toujours en dignité et élevé successivement aux plus grands
honneurs. Il mourut enfin après une vie longue et heureuse. (Daniel
était prophète; il explique le songe du roi, et prouve en différentes
circonstances qu’il est inspiré par l’esprit de l’Eternel.)

La position du peuple israélite en Babylonie, à en juger par ces faits,
n’était donc nullement triste et malheureuse. Il y en avait même, parmi
les exilés, qui vivaient dans l’aisance et possédaient des biens-fonds.
Les Israélites y exerçaient leur culte en toute liberté, ils
conservaient leur constitution primitive et, comme nous venons de le
voir, les esprits capables parmi eux pouvaient même parvenir aux plus
grandes dignités de l’Etat.—C’est là, dans la captivité, qu’Israël
commença par réfléchir mûrement sur sa destinée et qu’il reconnut
l’absurdité de l’idolâtrie. Il regretta alors sa défection, qu’il devait
regarder comme l’unique cause de son exil. La connaissance de Dieu et
l’idée de le servir d’une manière plus digne ne tardèrent pas à se faire
jour et à se développer de plus en plus. Des assemblées générales, ayant
pour but d’adorer l’Eternel par des _prières ferventes_, se
multipliaient.

_Nabuchodonosor_ vint enfin à mourir dans la quarante-troisième année de
son règne. _Évilmerodach_, son successeur, mit en liberté le roi Joachin
et lui rendit les honneurs dus à son rang.—La Babylonie devint alors la
proie de _Darius_ le Mède. Sous son règne et pendant la durée du royaume
Médo-Perse les Israélites en général ne subissaient pas plus de
vexations particulières. Cependant c’est sous le règne de _Cyaxares_,
père d’Astyages (selon d’autres, dans les temps de Xercès) que
l’événement raconté dans le livre d’Esther se passa: tout Israël se
trouvait alors en danger d’être massacré. Un des ministres du roi nommé
Aman (Haman), alors irrité contre un Israélite appelé Mardochée dont il
se croyait insulté, résolut de se venger non-seulement de cet homme,
mais même de tout le peuple israélite. Il se procura, à cet effet, une
ordonnance royale qui fut envoyée dans toutes les provinces du royaume,
afin qu’on tuât et qu’on exterminât tous les Israélites depuis les plus
jeunes jusqu’aux plus vieux, jusqu’aux femmes et aux petits enfants, en
un même jour, c’est-à-dire, le treizième jour du douzième mois appelé
Adar, et qu’on pillât tous leurs biens. Mais la reine nommée _Esther_,
qui était elle-même israélite et parente de Mardochée, faisait de son
côté des instances près du roi, son époux, et le peuple israélite fut
sauvé d’une mort imminente. Le tyran Aman fut attaché à la même potence
qu’il avait préparée à Mardochée. En mémoire de cet événement tous les
Israélites s’obligèrent, eux et leurs enfants d’en faire chaque année
dans toute la postérité une fête solennelle appelée _Purim_
(c’est-à-dire, les sorts)¹⁷.

   ¹⁷ La célébration de cette fête se fait de la manière suivante: le
      treizième jour du mois d’Adar est un jour de jeûne; le but en est
      de nous rappeler le jeûne de la reine Esther et des Israélites qui
      se trouvaient alors à Suse, capitale de l’empire. Le jour suivant
      (le quatorzième) est consacré à la joie. Le livre d’Esther est lu
      dans la synagogue le soir et le matin. Des festins de famille et
      d’autres réjouissances ont ordinairement lieu; mais c’est
      principalement dans la distribution des aumônes et dans d’autres
      œuvres de charité que consiste la solennité du jour.



                             CHAPITRE VII.


           LES ISRAÉLITES VIVENT SOUS LA DOMINATION ÉTRANGÈRE
                  JUSQU’A LA GUERRE DE LA DÉLIVRANCE.

                              (3408-3610.)



                  Retour de la captivité de Babylone.


Les soixante et dix ans de l’exil prédits par le prophète Jérémie, étant
passés, Dieu toucha le cœur de Cyrus roi de Perse (la Babylonie faisait
alors partie de son empire) de manière que dès la première année de son
règne, il fit publier dans tout son empire cette ordonnance: Voici ce
que dit Cyrus, roi de Perse: L’Eternel, le Dieu du ciel, m’a donné tous
les royaumes de ce pays, et m’a commandé de lui bâtir une maison dans la
ville de Jérusalem, qui est en Judée. Que celui d’entre vous qui est de
son peuple, aille à Jérusalem. Que son Dieu soit avec lui, et qu’il
rebâtisse la maison de l’Éternel, le Dieu d’Israël. Que tous les autres,
en quelques lieux qu’ils habitent, les assistent du lieu où ils sont,
soit en argent et en or, soit de tous leurs autres biens, outre ce
qu’ils offriront volontairement pour le temple de Dieu qui est à
Jérusalem. Alors les chefs de famille de Juda et de Benjamin, les
prêtres et les lévites, et tous ceux dont Dieu toucha le cœur, se
préparèrent à s’en retourner. Les autres, qui demeuraient aux environs,
les assistèrent de leurs biens. Le roi Cyrus leur remit aussi entre les
mains les vases du temple que Nabuchodonosor avait emportés de
Jérusalem: trente bassins d’or, mille bassins d’argent et beaucoup
d’autres vases sacrés. Il y avait cinq mille quatre cents vases tant
d’or que d’argent.

C’est ainsi qu’ils se rétablirent de nouveau dans leur pays, et tout le
peuple d’Israël demeura chacun dans sa ville. Ils étaient pour le
moment, tout compté, environ cinquante mille et parmi eux il y avait
deux cents chantres, hommes et femmes. Leurs chefs étaient _Zorababel_
prince de Juda, gouverneur du roi de Perse, _Josué_ pontife et dix
princes de tribu.—Le septième mois étant venu, les enfants d’Israël qui
étaient dans leurs villes, s’assemblèrent tous comme un seul homme dans
Jérusalem, et commencèrent à bâtir un autel pour y offrir à l’Eternel
des holocaustes le matin et le soir. Ils posèrent l’autel de Dieu sur
ses bases, pendant que tous les peuples voisins s’efforçaient de les en
empêcher. Ils célébrèrent la fête des Tabernacles, en la manière qu’il
est commandé dans la loi de Moïse. Ce n’est que dans la seconde année de
leur arrivée qu’ils jetèrent les fondements du temple de l’Eternel. Les
prêtres revêtus de leurs ornements se présentèrent alors accompagnés des
lévites, pour louer Dieu avec les paroles de David, roi d’Israël. Ils
chantaient tous ensemble des hymnes, et publiaient la gloire de
l’Eternel, en disant: Louez l’Eternel parce qu’il est bon, et que sa
miséricorde s’est répandue pour jamais sur Israël. Et plusieurs des
prêtres et des lévites, des chefs de famille, et des anciens, qui
avaient vu le premier temple, considérant les fondements de celui-ci,
qui était devant leurs yeux, jetaient de grands cris mêlés de larmes, et
plusieurs aussi élevant leur voix poussaient des cris de réjouissance:
et l’on ne pouvait discerner les cris de joie d’avec les plaintes de
ceux qui pleuraient, parce que tout était confus dans cette grande
clameur de peuple, et le bruit en retentissait au loin.—Or leurs ennemis
(les Samaritains) apprenant que les Israélites revenus de leur captivité
bâtissaient un temple à l’Eternel, le Dieu d’Israël, vinrent trouver
Zorobabel et les chefs des familles, et leur dirent: Laissez-nous bâtir
avec vous; parce que nous cherchons votre Dieu comme vous, depuis
qu’Asor-Haddan roi d’Assyrie nous a envoyés en ce lieu. Zorobabel, Josué
et les autres chefs des familles d’Israël leur répondirent: Nous ne
pouvons bâtir avec vous une maison à notre Dieu; nous bâtirons seuls un
temple à l’Eternel notre Dieu, comme Cyrus roi des Perses, nous l’a
ordonné. Alors les ennemis mécontents de cette réponse empêchèrent les
Israélites autant qu’ils le purent de bâtir le temple. Ils gagnèrent par
argent les ministres du roi, et pendant le règne de Cyrus, roi des
Perses, ils purent s’opposer au dessein du peuple israélite. Ce n’est
que sous le gouvernement de _Darius Hystaspe_ que les Israélites
continuèrent de bâtir, et le temple de Dieu fut achevé le troisième jour
du mois d’Adar la sixième année du règne du roi Darius. Les enfants
d’Israël, les prêtres et les lévites firent alors la dédicace du temple
avec de grandes réjouissances. Les prêtres furent rétablis dans leurs
ordres et les lévites en leur rang pour faire l’œuvre de Dieu dans
Jérusalem selon qu’il est écrit dans le livre de Moïse.

Les Israélites demeuraient donc de nouveau à Jérusalem et dans les
villes du pays d’Israël. Ils étaient gouvernés par les pontifes et par
les gouverneurs des rois de Perse. L’Eternel leur envoya encore des
prophètes et des hommes inspirés de l’amour de la vérité: des hommes
qui, sans cesse, montraient au peuple la bonne voie, lui donnaient
l’instruction dans la loi de Moïse et le rendaient de plus en plus
capable de se pénétrer de l’esprit de la parole de Dieu. Au nombre de
ces grands hommes se trouvait le savant _Esdras_ (Esra) descendant
d’Aaron. Cet homme était fort habile dans la loi, zélé et très-pieux; il
partit de Babylone et arriva à Jérusalem avec une grande colonie, forte
de plus de dix-sept cents hommes, sans compter les femmes et les
enfants; il apporta en même temps avec lui de l’argent, de l’or et des
vases pour le service du temple à Jérusalem.

_Néhémie_, l’échanson du roi, dévoué à son Dieu, désirait aussi
retourner dans le pays de ses pères. Et lorsqu’on lui en apporta des
nouvelles, et qu’il apprit que les murailles de Jérusalem étaient encore
en ruine, il se mit à pleurer, jeûna et pria l’Eternel d’exaucer ses
vœux. Or, il s’adressa ainsi au roi son maître: Si ma demande ne déplaît
pas au roi, et si votre serviteur vous est agréable, envoyez-moi, je
vous prie, en Judée, à la ville des sépulcres de mes pères, afin que je
la fasse rebâtir. Le roi lui accorda sa demande; Néhémie partit pour
Jérusalem et y rendit beaucoup de services à ses frères. Les ennemis
ayant appris qu’on rebâtissait les murailles, en devinrent jaloux et
tâchèrent, par tous les moyens possibles, d’en empêcher l’exécution.
Mais les Israélites ne perdaient pas confiance en Dieu; ils priaient
l’Eternel et mettaient en même temps des gardes jour et nuit sur la
muraille pour s’opposer aux efforts de leurs ennemis: ils travaillaient
d’une main et tenaient l’épée de l’autre. C’est de cette manière que les
murailles furent rebâties et achevées en peu de temps. Le premier jour
du septième mois (Tischri) tous les pères de famille s’assemblèrent avec
leurs femmes, leurs fils et leurs filles dans une des grandes places de
Jérusalem. Esdras apporta la loi devant l’assemblée, lut dans ce livre
clairement et distinctement, au milieu de la place, depuis le matin
jusqu’au midi. Les lévites et beaucoup d’autres personnes instruites,
interprétaient la loi à tout le peuple et lui expliquaient les paroles
de Dieu. On célébra ensuite la fête des Tabernacles, et pendant la durée
de cette fête Esdras lisait journellement dans le livre de la loi. Cette
solennité dura sept jours, et le huitième jour ils firent l’assemblée du
peuple selon la coutume (Schemini-Azereth). Le vingt-quatrième jour de
ce même mois, ils s’assemblèrent, jeûnèrent, firent pénitence et
s’engagèrent de la manière la plus solennelle à observer religieusement
toutes les lois de Dieu, données par Moïse, son serviteur.


                       FIN DE L’ECRITURE SAINTE.



                         SUITE DU CHAPITRE VII.


Le peuple israélite vécut en ces jours, et pendant quelque temps encore,
paisible et tranquille. Quoiqu’il se trouvât sous la dépendance des rois
de Perse, cependant l’administration immédiate en était confiée à ses
grands prêtres, aux anciens et aux hommes les plus distingués du peuple.
L’état des choses resta dès lors le même et aucun changement n’y fut
introduit sous les dominations différentes qui vinrent bientôt succéder
à celle des rois de Perse. Les _Macédoniens_, les _Égyptiens_ et les
_Syriens_, tous consentirent à laisser au peuple israélite son
administration antérieure.—Jérusalem était généralement regardée comme
la patrie commune, même par ceux d’entre les Israélites qui demeuraient
en grand nombre dans d’autres pays. Le temple reconstruit semblait à
tous être le centre de l’assemblée nationale, le symbole de l’unité, et
ils y faisaient parvenir leurs offrandes et leurs dons des pays même les
plus éloignés.—Tout cela ne manquait pas d’exercer l’influence la plus
salutaire à l’égard de leur vie religieuse. Bien qu’il n’y eût plus de
prophètes après la mort de _Malachie_, le penchant à l’idolâtrie avait
cependant complétement disparu; heureux effet de la bonne instruction
que le peuple recevait alors. L’ordre et la majesté qui régnaient dans
leur temple et partout dans le service divin; leur union et leur
fidélité envers leurs souverains; leur zèle et leur activité, tout cela
les relevait aux yeux des nations étrangères et rendait la dignité à
leur religion qui les obligeait à tous ces devoirs. Partout où ils
demeuraient, ils trouvaient l’occasion de montrer que l’obéissance et la
fidélité envers le souverain passaient à leurs yeux pour les premiers
devoirs, et ils s’appliquaient en outre à répandre la connaissance de
Dieu parmi tous ces peuples païens.

Un témoignage honorable d’estime leur fut accordé par _Alexandre le
Grand_, roi de Macédoine. Ce grand conquérant, lors de son invasion dans
la Phénicie, enjoignit au pontife de Judée de lui fournir des vivres
pour son armée et de lui faire parvenir en même temps tous les impôts
que les Israélites avaient à payer à _Darius Kodomanus_, roi de Perse.
Mais le pontife lui répondit au nom du peuple israélite, qu’ayant prêté
serment de fidélité à Darius son souverain, il devait être fidèle à ce
prince. Cette réponse inattendue irrita tellement le roi Alexandre qu’il
s’avança vers Jérusalem, résolu à punir les Israélites et à les forcer à
lui obéir. Cependant, lorsque le pontife, accompagné du peuple, alla à
sa rencontre, Alexandre lui fit un bon accueil, entra en paix dans la
ville de Jérusalem, visita le temple, en examina les trésors sans y
toucher, approuva la constitution israélite et garantit à tous ceux qui
voudraient prendre du service dans son armée, la pleine liberté
d’exercer leur culte. Beaucoup d’entre les Israélites se confiant à
cette promesse se présentèrent alors à Alexandre et lui demandèrent
l’admission dans son armée.



                       Émigration pour l’Égypte.


Après la mort d’Alexandre, ses généraux, ainsi que les gouverneurs
placés à la tête des provinces qu’il avait conquises, s’érigèrent en
rois de ces provinces. Il en résulta des guerres nombreuses, qui firent
aussi beaucoup de mal à la Palestine. _Ptolomâus Lagi_, gouverneur
d’Egypte, fut le premier qui s’empara de la Palestine. Ptolomâus s’étant
convaincu de la fidélité des Israélites, qui avaient observé si
fidèlement le serment autrefois prêté aux rois de Perse, les obligea à
lui prêter le même serment. Il en emmena un grand nombre avec lui en
Egypte, et beaucoup d’autres l’y suivirent volontairement. Il les mit,
en partie, dans les forteresses comme garnison, les autres s’établirent
à Alexandrie, jouissant des mêmes droits que les Egyptiens et les Grecs.
_Seleucus Nicator_, roi de l’Asie Mineure, aimait aussi les Israélites à
cause de leur fidélité, et il parvint à en attirer un grand nombre en
leur accordant les mêmes droits qu’aux Grecs et en les élevant au rang
des premiers citoyens. C’est principalement à Antiochie, la capitale,
que beaucoup d’Israélites s’établirent. Ils se répandirent en général à
cette époque bien avant dans l’Asie Mineure, dans la Syrie et dans la
Grèce.

_Ptolomâus Philadelphus_, protecteur des sciences, possédait à
Alexandrie une bibliothèque de plus de deux cent mille ouvrages. Il fit
prier le pontife à Jérusalem de lui remettre une copie des saintes
Ecritures et de lui envoyer en même temps quelques savants pour en faire
la traduction en grec. _Éliésar_, alors pontife, lui envoya une
magnifique copie accompagnée de soixante-douze hommes savants, qui en
accomplirent la traduction, ordinairement appelée _traduction des
septante_ ou des _soixante-dix interprètes_. Cette traduction était
très-considérée par les Israélites qui demeuraient hors de la Palestine.
Ils s’en servaient pour expliquer la loi et pour en faire la lecture
dans les synagogues, tandis que les Israélites en Palestine se
servaient, pour le même usage, d’une traduction chaldéenne.

Le peuple israélite jouit de la paix pendant le long règne de Ptolomâus,
il s’adonna alors en grande partie aux sciences, se familiarisa avec la
littérature grecque et embrassa les usages et les coutumes de cette
nation.

_Antigonus_, président du grand conseil, enseignait entre autres
préceptes, qu’on ne peut servir Dieu, comme le serviteur sert son
maître, en espérant d’être récompensé; mais qu’il faut le servir par
l’amour le plus pur. Cette doctrine fut mal comprise par deux de ses
élèves qui se nommaient _Sadoc_ et _Baithos_. Ils en répandirent la
maxime erronée, qu’il n’y a, après la mort, ni récompense ni punition.
Les partisans de cette doctrine fausse, funeste et hérétique, étaient
appelés la secte des _Saducéens_.



                             CHAPITRE VIII.


              DEPUIS LA GUERRE DE LA DÉLIVRANCE JUSQU’AUX
                        TEMPS DE L’INDÉPENDANCE.

                              (3610-3634)

                                  ————



                    Cruautés d’Antiochus Épiphanes.


Le règne d’Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, rejeta de nouveau les
Israélites au milieu des souffrances et des persécutions. Il y avait
déjà un assez grand nombre d’années que la Palestine était assujettie à
la Syrie, lorsque ce roi monta sur le trône. Dans la fausse idée de
maintenir plus sûrement les Israélites dans son obéissance, Antiochus se
proposa d’anéantir leur religion et de les forcer à embrasser celle des
païens. Il y avait alors deux grands prêtres à Jérusalem, l’un se
nommait _Jason_ et l’autre _Ménélaus_. Ces hommes, ainsi qu’une grande
partie du peuple, étaient entièrement portés à embrasser les mœurs des
Grecs. Ils établirent à Jérusalem des jeux gymniques et dépouillèrent le
temple pour payer les contributions promises au roi Antiochus. Peu de
temps après cette spoliation, Antiochus envahit l’Egypte, et le faux
bruit de sa mort se répandit. Alors le peuple irrité de la spoliation du
sanctuaire, se révolta contre les deux prêtres sacriléges. A ces
nouvelles, Antiochus se dirigea vers Jérusalem. Arrivé en cette ville,
il tua une grande partie du peuple, en vendit quatre mille comme
esclaves, enleva tous les vases d’or et d’argent consacrés au temple, et
pour insulter au peuple, il profana le temple en y faisant égorger un
porc sur l’autel. Quelque temps après, ce même roi, forcé par les
Romains à quitter l’Egypte, exerça de nouveau toute sa rage contre la
Palestine; il envoya à Jérusalem une armée qui pilla la ville et en
massacra sans pitié les malheureux habitants. Il défendit, sous peine de
mort, d’exercer la religion de quelque manière que ce fût; il fit
déchirer les livres de la loi et dressa partout des temples d’idoles. Il
envoya à cet effet un prêtre grec à Jérusalem pour instruire le peuple
dans la religion païenne. Ce prêtre viola le temple de Jérusalem en le
consacrant à Jupiter et en y plaçant la statue de cette idole, puis il
sacrifia sur l’autel de Dieu à la manière grecque.

Beaucoup d’Israélites abandonnèrent alors leur religion; mais aussi il y
en eut beaucoup qui s’enfuirent ou moururent de la mort des martyrs. Au
nombre de ces derniers se trouva un vieillard qui se nommait _Eliasar_.
Celui-ci préféra mourir que de transgresser les commandements de Dieu
lors même que le tyran ne lui demandait qu’une transgression apparente.
Il y eut aussi une femme, nommée _Hanna_, qui se montra tellement
attachée aux devoirs de sa religion, qu’elle ne chancela pas un instant
dans la foi en voyant même de ses propres yeux, qu’on égorgeait ses sept
fils les uns après les autres, qui se refusèrent tous à sacrifier aux
faux dieux. Le dernier de ses fils, très-jeune encore, fut même
encouragé à l’idolâtrie par le tyran, qui lui promit de le sauver, s’il
fléchissait seulement le genou devant l’idole, ne fût-ce que pour
l’apparence. Mais ce jeune homme qui avait vu mourir courageusement ses
six frères n’hésita point et, rendant le dernier soupir sous la main de
son bourreau, il s’écria: «Ecoute Israël! l’Eternel est notre Dieu,
l’Eternel est unique!» Cette mère ayant ainsi vu mourir tous ses enfants
de la mort des martyrs, mort à laquelle elle les avait encouragés
elle-même, ne se sentit plus de douleur; elle se précipita du haut d’une
maison et mourut.



                             Les Machabées.


Il y avait alors un prêtre, nommé _Mathatias_, qui avait cinq fils:
Jochanan Gadi, Simon Thassi, Juda Machabée, Eleasar Havran et Jonathan
Haphus. Cet homme, témoin des maux de son peuple, s’enfuit avec ses fils
pour aller demeurer dans la petite ville appelée _Modin_. Cependant les
agents syriens y vinrent aussi. Ils lui parlèrent et lui firent les plus
grandes promesses s’il voulait renoncer aux croyances de ses pères.
Voyez, lui dirent-ils, vous êtes l’homme le plus distingué dans cette
ville et père d’une famille nombreuse, soyez donc aussi le premier en
faisant tout ce que le roi ordonne; suivez l’exemple de toutes les
nations et d’une foule d’Israélites. Le roi vous regardera alors comme
son ami, et vous et vos fils seront largement récompensés, vous aurez de
l’or et de l’argent et de riches présents. Or Mathatias répondit: Quand
même tout le monde abandonnerait la loi de Dieu, moi et mes fils nous
lui resterons fidèles. Que Dieu nous préserve de jamais consentir à
l’exigence d’Antiochus, jamais nous ne servirons les faux dieux. Pendant
que Mathatias parlait ainsi, un Israélite s’avança aux yeux de tout le
peuple pour sacrifier aux idoles dans la ville de Modin. Mathatias en
voyant cet acte d’idolâtrie fut entraîné par son ardeur: il se précipita
sur cet homme, le terrassa près de l’autel, tua l’agent du roi,
détruisit l’autel et s’écria de toutes ses forces: Que quiconque brûle
d’amour pour Dieu et la loi, me suive! Ses fils et tous ceux qui
aimaient la justice et la vérité le suivirent alors avec leurs femmes et
leurs enfants et tout ce qu’ils possédaient, ils s’enfuirent dans le
désert et s’y établirent, car la misère les entourait de tous côtés et
la tyrannie était à son comble. Cependant, à mesure que la cruauté
d’Antiochus s’augmentait, le parti de Mathatias devenait plus fort et
plus nombreux. Ce digne prêtre parcourut le pays, renversa les autels
des faux dieux, punit les apostats et souvent fit essuyer des pertes
nombreuses aux généraux d’Antiochus. Cet homme courageux venant à
mourir, Juda son fils, obéissant à la dernière volonté de son père, se
mit à la tête du peuple et remporta les plus grandes victoires.
Antiochus en devint furieux et jura la ruine complète du peuple
israélite. Cependant, étant sur le point de se charger lui-même du
commandement de ses troupes, il tomba de son char et mourut dans les
douleurs les plus atroces. Déchiré par la souffrance et tourmenté par la
crainte de la mort, il promit de faire pénitence, fit même le vœu de se
faire israélite dès qu’il serait rétabli; tout fut vain. _Eupator_ son
fils, et _Démétrius Soter_ successeur de ce dernier, continuèrent à
faire la guerre aux Israélites, et tous les deux, ils furent vaincus par
Juda Machabée qui défit leurs armées, les expulsa de Jérusalem, purifia
le temple, réorganisa le culte, et ordonna en mémoire de ces grands
événements, la célébration de la fête ordinairement appelée _Chanouka_,
c’est-à-dire, consécration du temple¹⁸.

   ¹⁸ Cette fête commence le vingt-cinquième du neuvième mois (Chislow.)
      Elle est célébrée pendant huit jours par une espèce d’illumination
      qui a lieu chaque soir dans la synagogue et dans les maisons et
      qui est accompagnée de cantiques en actions de grâces et à la
      louange de Dieu.

Juda Machabée¹⁹ est le premier chef du peuple israélite qui fit alliance
avec les Romains. Il succomba dans la guerre, entreprise contre
Bacchides, général de Démétrius. Jonathan, le plus jeune de ses frères
lui succéda dans le commandement de l’armée. C’était un homme sage et
vaillant comme Juda son frère. Les Romains le reçurent dans leur
alliance et les rois d’Egypte et de Syrie ambitionnèrent son amitié.
Cependant, un homme rusé appelé Tryphon, tuteur du jeune prince
Antiochus Theos, invita Jonathan avec ses fils à se rendre à Ptolomâus,
prétextant vouloir lui donner cette ville comme gage de son amitié. Mais
il l’y retint prisonnier et le tua avec ses fils.

   ¹⁹ C’est par ses vertus et ses exploits que _Juda Machabée_ a mérité
      de donner son nom à toute cette famille, à laquelle le peuple
      d’Israël dut ses derniers jours de gloire et de prospérité.



                    Construction du temple égyptien.


Pendant ces victoires remportées par les Machabées, Ménélaus, ce prêtre
sacrilége, se réfugiait en Syrie où il mourut d’une mort honteuse. Un
autre prêtre nommé _Onias_, croyant avoir des titres au pontificat, se
retira en Egypte lorsqu’il vit qu’un autre lui était préféré. Arrivé
dans ce pays, il s’y lia intimement avec un autre Israélite appelé
_Dositheus_, et tous les deux, ils surent, par leurs talents et par
leurs artifices, s’attirer tellement les égards et la considération du
roi d’Egypte, Ptolomäus Philometer, qu’ils furent nommés par ce prince
chefs de toute l’armée égyptienne. C’est sur leur proposition qu’un
temple fut construit à _Léontopolis_, où s’exerçait le même culte qu’à
Jérusalem. Ce temple se conserva pendant de longues années; il existait
encore lorsque celui de Jérusalem était déjà détruit. Ce n’est que sous
le règne de Trajan, l’empereur romain, qu’il fut ruiné.



         Simon investi par la nation du pontificat et du trône.


Après la mort de Jonathan, Simon son frère fut chargé du commandement de
l’armée tout en remplissant les fonctions de pontife. Il renouvela
l’alliance avec les Romains et fit la paix avec Démétrius roi de Syrie.
Ce fut alors que le peuple israélite, voulant témoigner toute sa
reconnaissance envers cette noble famille des Machabées, résolut, dans
une assemblée générale, que toutes les dignités, dont Simon était revêtu
temporairement, lui restassent héréditaires. Les Romains, ainsi que le
roi de Syrie, adhérèrent à cet arrêté et le peuple israélite fut de
nouveau reconnu comme nation indépendante. Les Israélites, en mémoire de
cet événement glorieux, frappèrent une nouvelle monnaie et établirent
une nouvelle ère à dater de l’époque de la délivrance.

Simon fut assassiné avec deux de ses fils au milieu d’un festin par
Ptolomäus son gendre, gouverneur de Jéricho. _Jean Hyrcan_, son fils,
lui succéda.

Ce prince s’empara de beaucoup de villes, qui avaient appartenu aux
Israélites avant d’être enlevées par les Syriens et les Grecs. Il
assujettit les Samaritains et détruisit leur temple, établi sur le mont
Garizim. Il vainquit les Iduméens, qui embrassèrent alors la religion
des Israélites et se confondirent avec cette nation.



                          État de la religion.


Les cruelles persécutions religieuses d’une part et les relations
fréquentes avec les païens de l’autre, devaient nécessairement exercer
une grande influence sur les opinions religieuses du peuple. Aussi, vers
cette époque, différentes sectes se firent-elles remarquer: les
_Hellènes_, ou Israélites qui demeuraient en Egypte et exerçaient leur
culte dans le temple de Léontopolis. Les _Saducéens_ (_voyez_ plus
haut). Les _Esséniens_ qui pour la plupart, habitaient dans la solitude,
menant une vie retirée tout en admettant la communauté des biens. Ils
croyaient à une récompense et à une punition future; mais ils
expliquaient l’Ecriture sainte dans un sens figuré. Les _Pharisiens_
prétendaient que Dieu, en se révélant à Moïse, lui avait communiqué _la
Loi écrite_ et lui en avait donné en même temps _une explication orale_;
ils supposaient, par conséquent, que ces deux parties ne formaient qu’un
seul tout. Cette _explication_, ou _Loi orale_, pour qu’elle ne fût pas
un jour exposée à des exégèses erronées et à des interprétations
arbitraires, ne pouvait être communiquée qu’à quelques hommes, les plus
distingués de la nation, afin qu’ils conservassent ces doctrines pures
et intactes. Ce n’est que plus tard, dans les temps d’oppression et de
persécution, lorsqu’il était à craindre que ces traditions orales ne
tombassent dans l’oubli, qu’un homme remarquable par sa piété et sa
science, _Rabbi Jéhuda Hanasi_, se chargea enfin de les écrire. Cet
ouvrage, formant six parties, s’appelle _Mischna_. Ce ne fut que trois
cents ans après, que le commentaire de la Mischna fut recueilli (les
cinq cent vingt-neuf chapitres de la Mischna s’y étendent en douze
volumes in-folio) et conservé par écrit. L’ensemble de la Mischna et de
son commentaire est ordinairement appelé _Talmud_ ou _Gamara_.



                              CHAPITRE IX.


              DEPUIS LA CONQUÊTE DE L’INDÉPENDANCE JUSQU’A
                      LA DESTRUCTION DE JÉRUSALEM.

                              (3634-3828.)

                                  ————



                Aristobule, Alexandre Janäus, Alexandra.


Après la mort d’Hyrcan, _Aristobule_ son fils s’empara du trône. Il
traita sa mère et sa famille d’une manière très-cruelle et retint en
prison trois de ses frères. Mais son règne fut de courte durée, il ne se
prolongea pas au delà d’une année. Lorsque Aristobule vint à mourir, ses
frères furent mis en liberté par son épouse, et _Alexandre Janäus_,
l’aîné d’entre eux, monta sur le trône. Il étendit les bornes de son
royaume; mais d’un caractère violent et emporté et professant les
doctrines pernicieuses des Saducéens, il persécuta les Pharisiens qui
lui suscitaient des embarras, et en fit massacrer un grand nombre. Il
mourut enfin dans la vingt-septième année de son règne, des suites de
son intempérance. Il remit lui-même avant sa mort les rênes de l’Etat à
_Alexandra_ son épouse, en lui conseillant la réconciliation avec les
Pharisiens.



         Hyrcan II, ou le royaume sous l’influence des Romains.


Alexandra, suivant le conseil de son époux, se réconcilia avec les
Pharisiens et régna pendant neuf ans, soutenue par cette secte
puissante. Elle chargea Hyrcan son fils du pontificat. C’était un homme
d’un caractère doux et souple, dévoué à la secte des Pharisiens. Lorsque
Alexandra vint à mourir, _Hyrcan II_ fut élu à Jérusalem roi d’Israël.
Mais Aristobule son frère, attaché à la secte des Saducéens, fut poussé
par ces derniers à s’emparer du trône. Ces deux princes à la tête de
leur parti se firent bientôt la guerre. Hyrcan fut vaincu et forcé de
céder au vainqueur le pontificat et le trône.

Aristobule s’était à peine emparé du royaume qu’il commença à persécuter
ceux qui avaient été partisans d’Hyrcan. C’est alors, qu’un de ces
derniers, nommé _Antipater_ (Iduméen de naissance qui avait embrassé la
religion israélite) persuada Hyrcan de recommencer la guerre et de
ressaisir le gouvernement. Les deux frères ennemis cherchèrent, chacun
de leur côté, le secours des princes étrangers. Hyrcan s’adressa à
_Pompée_, général romain, qui se trouvait en ce moment dans l’Arabie à
la tête d’une armée. Pompée vint à son aide, vainquit Aristobule,
l’emmena avec lui à Rome pour relever son entrée triomphale par la
présence de ce captif, et remit à Hyrcan les dignités de l’Etat et du
pontificat en lui enjoignant que le gouvernement israélite fût
dorénavant soumis au peuple romain et qu’il eût à lui payer un tribut
annuel.



                                Hérodes.


Après son avénement au pouvoir, Hyrcan ne se chargea que des fonctions
de pontife, laissant les soins de l’Etat à Antipater son ami. Ce
dernier, pour se mettre dans les bonnes grâces des Romains, ne songea
qu’à se signaler par quelque service. Le peuple mécontent d’Hyrcan, de
la négligence de son gouvernement, et fatigué des troubles continuels
excités par Aristobule, sollicita le Romain Gabynius, proconsul de
Syrie, de changer la constitution du pays. Cet homme, cédant volontiers
à cette demande, confirma Hyrcan dans le pontificat, mais lui retira les
dignités royales, divisa le pays en cinq districts et remit le
gouvernement de chacun à un haut conseil, composé d’hommes les plus
distingués du pays.

C’est de cette manière que la _constitution monarchique_ fut changée en
_constitution aristocratique_.

_Antigonus_, fils d’Aristobule, recouvra le trône quelques années plus
tard; cependant, son règne ne fut que de courte durée, il en fut privé
par _Hérodes_ fils d’Antipater (l’Iduméen nommé plus haut), qui secouru
par les Romains, le vainquit et le tua.

C’est ainsi que finit le règne des Machabées après une durée de cent
vingt ans.

Hérodes, homme rusé et intrépide, était allé à Rome se présenter devant
le sénat et solliciter le trône. Sa demande lui fut accordée; et,
secondé par Antoine et Octave, il réussit à se faire nommer roi
d’Israël. Arrivé de cette manière au pouvoir et voyant le peuple
mécontent de son règne, il exerça beaucoup de cruautés pour s’assurer du
trône. Il fit tuer l’ex-roi Hyrcan quoiqu’il en eût épousé une des
parentes nommée Mariane, et fit massacrer sans pitié tous les
descendants de cette célèbre famille des Machabées. Pour gagner les
bonnes grâces du peuple, il fit restaurer le temple de Jérusalem et
ajouta à son ancienne magnificence. Or, toute la vie de ce roi ne fut
qu’une série d’adversités et d’infortunes; souvent accablé par le
malheur, il fut sur le point de se donner la mort. La cause première de
ses afflictions fut la discorde et la division qui régnaient dans sa
famille. Entraîné par la défiance, et sur les rapports calomnieux de sa
sœur, l’infâme Salomé, il fit tuer son épouse Mariane et plusieurs de
ses fils. Cinq jours seulement avant sa mort, il fit massacrer son fils
aîné, Antipater, désigné dans son testament comme héritier du trône. Il
mourut enfin d’une maladie chronique des plus douloureuses, à l’âge de
soixante-dix ans, dans la trentième année de son règne. La postérité lui
donna le nom d’_Hérodes le Grand_. Cependant sa grandeur ne fut qu’une
profonde misère cachée sous les apparences d’une splendeur extérieure;
car toutes ses actions n’eurent pour but que celui de satisfaire à son
faux honneur.



                          Remarques générales.


On ne doit pas douter que l’établissement des synagogues pour l’exercice
régulier du culte, ne soit une institution qui date d’une époque
très-ancienne. L’usage de réciter dans ces lieux de prières, à certains
jours de la semaine, quelques chapitres des livres de Moïse, est
attribué à Esdras, cet infatigable restaurateur de la loi de Moïse. La
grande assemblée, ordinairement appelée _la grande synagogue_,
florissait dans le temps des derniers prophètes. C’est de cette
assemblée que sont émanées nos prières journalières: principalement le
_Schema_, une partie de la Tephila, les dix-huit bénédictions et, en
outre, les grâces avant et après le repas.

Sous le règne de Simon Machabée, fut institué à Jérusalem le
_Sanhédrin_, à qui l’on confia l’administration de la justice et
l’interprétation de la loi. Le chef de cette assemblée s’appelait
_Nasi_.

L’état des savants se divisait en trois classes. 1º Les _Sopherim_, qui
s’occupaient de copier et de commenter l’Ecriture sainte. En leur
qualité de membres de l’assemblée législative, on les appelait
_Chachamim_ (sages). 2º Les _Rabbanim_, qui instruisaient le peuple et
prononçaient des discours publics. 3º Les _Talmidim_ (élèves) qui,
parvenus à un certain degré de science, étaient appelés _Chaberim_,
c’est-à-dire, collègues de la société des savants.

La grande partie de la nation en Palestine et dans les environs de
l’Euphrate s’occupait de l’agriculture et de l’industrie; ceux qui
demeuraient dans l’Egypte, dans l’Asie Mineure et dans la Grèce
faisaient pour la plupart le commerce.

C’est du temps d’Hérodes que nous trouvons les affaires intérieures du
pays dans l’état le plus déplorable, première conséquence des cruautés
de ce prince. Bien qu’il fît embellir le sanctuaire, il ne le fit pas
administrer comme la religion l’exigeait: il disposa du pontificat à son
bon plaisir, ne porta pas l’attention requise à cette grande institution
des Sanhédrins, seul il fit les lois, et établit, selon sa volonté, des
cours de justice.

Pendant ce malheureux état des choses, le peuple se divisait en _trois
partis_. 1º Les Zélateurs, ou les défenseurs de la liberté, qui
s’opposaient à tout ce qui était étranger soit à la religion, soit aux
habitudes de la nation. Croyant à une restauration complète du royaume
israélite, ils excitèrent la révolte et contribuèrent à la ruine du
pays. 2º Ceux d’entre le peuple qui prétendaient que le Messie, tel
qu’il était prédit par les prophètes, était près de venir. Ces hommes
croyaient voir dès cette époque l’accomplissement d’une prophétie, qui,
de nos jours encore, est loin de s’accomplir: car le temps où le
_royaume de Dieu sera établi sur la terre_ est encore bien reculé; ce
temps où tous les hommes connaîtront et adoreront le seul vrai Dieu, où
tous vivront entre eux en paix et en concorde. 3º La grande partie de la
nation, qui était sincèrement attachée aux préceptes de la religion, se
joignit aux savants interprètes de l’Ecriture sainte en professant leurs
doctrines.—A la tête des écoles où étaient enseignées ces doctrines, se
trouvaient deux grands hommes _Hillel_ et _Schammai_, qui contribuèrent
de tout leur pouvoir à développer la Loi et à relever le Rabbinisme.
Cette école continua de travailler pendant quelques siècles à l’édifice
du culte israélite.

La mission du Rabbinisme consistait à donner aux principes fondamentaux
de la loi divine une enveloppe telle que cette vérité éternelle, révélée
à Israël, pût braver les siècles et tous les orages qui attendaient la
nation.



                          Archelaus. Agrippa.


Après la mort d’Hérodes, Archelaus son fils lui succéda sur le trône. Ce
prince mécontenta le peuple par ses actes arbitraires et par ses
empiètements sur la religion. Des plaintes nombreuses ayant été portées
à sa charge, il fut exilé à Vienne dans la Gaule par l’empereur Auguste.
La Palestine fut alors réunie à la Syrie et administrée par des
gouverneurs romains. Quoique le petit-fils d’Hérodes le Grand, _Agrippa_
parvînt au trône quelque temps après, l’état des choses ne changea
presque plus. Car le règne de ce dernier roi ne fut que de courte durée:
Agrippa vint bientôt à mourir et, comme son fils était alors trop jeune
pour monter sur le trône, le pays retomba de nouveau sous la domination
immédiate des Romains et son administration fut confiée à leurs
représentants. Ces gouverneurs étaient, pour la plupart, des hommes
barbares qui opprimaient le peuple, le volaient et le traitaient
tyranniquement. Il y en eut un du temps de l’empereur Néron, nommé
Gesius Florus, dont la rapacité et la cruauté excitèrent le peuple à la
révolte, malgré les efforts des plus sages qui voulaient arrêter
l’insurrection en faisant entrevoir au peuple les tristes conséquences
auxquelles ils allaient s’exposer. Ces hommes échouèrent dans leurs
efforts devant les intrigants qui, placés à la tête de la révolte,
savaient remuer adroitement les passions et forcer même les plus
pacifiques à se ranger de leur parti. C’est ainsi que le soulèvement se
répandant dans le pays fit des progrès rapides et devint enfin des plus
menaçants. L’empereur Néron, pour étouffer la révolte, envoya alors une
armée nombreuse sous les ordres de _Vespasien_ et de _Tite_ fils de ce
dernier. Ce général rencontra souvent une résistance vigoureuse, dont il
fut tellement exaspéré qu’il tua beaucoup d’Israélites, en vendit un
plus grand nombre encore comme esclaves, et ravagea presque toutes les
villes et tous les villages. Etant sur le point de marcher sur
Jérusalem, Vespasien reçut la nouvelle de la mort de Néron et fut
rappelé à Rome pour monter sur le trône. En quittant la Palestine, il
remit le commandement des troupes à Tite son fils, lui enjoignant de
s’emparer de Jérusalem et de ce qui restait encore à soumettre dans le
pays. Lorsque Tite mit le siége devant Jérusalem, il y avait dans cette
ville une grande affluence de peuple; les uns s’y étaient rendus pour
chercher un refuge, les autres pour assister aux fêtes qui se
célébraient à cette époque. Les Israélites se défendirent avec une
grande bravoure et opposèrent aux Romains une si terrible résistance que
Tite lui-même commençait à désespérer de la conquête de cette ville.
Mais la dissension qui régnait parmi les différents chefs des partis,
fit bientôt éclater la guerre civile dans l’intérieur de la ville. Les
partis ne songèrent qu’à se nuire. Les crimes les plus atroces et les
plus horribles forfaits s’y commirent alors. Les hommes les plus
distingués et les plus nobles furent tués ou massacrés, toutes les
munitions et provisions de bouche furent brûlées ou détruites et la
famine commença à se déclarer d’une manière affreuse. Quoique épuisés
par la guerre civile, exténués par la famine et par de nombreuses
maladies, les Israélites ne cessèrent de se défendre avec une grande
bravoure et une grande adresse; mais les Romains parvinrent enfin à
escalader les murs de Jérusalem et à pénétrer dans l’intérieur de la
ville où ils firent un carnage horrible. Le nombre de ceux qui périrent
pendant le siége et lors de la prise de la ville, est porté à _un
million cent mille hommes_, et ceux qui furent pris et vendus comme
esclaves à quatre-vingt-dix-sept mille. Le temple fut réduit en cendres,
le pays entièrement dépeuplé et les habitants dispersés dans toutes les
parties du monde.

C’est depuis lors qu’Israël a perdu toute nationalité, qu’il a cessé
d’être un seul peuple. Dix-huit siècles presque se sont écoulés, et
pendant ce long espace de temps, Israël vit encore dispersé parmi les
différentes nations de la terre, participant à leur histoire et
partageant avec elles un sort commun. Bien qu’il eût beaucoup à souffrir
au milieu de toutes ces nations; que la tyrannie, l’ignorance et le
fanatisme lui attirassent beaucoup de maux; que l’injustice prolongeât
son règne pendant de longues années et se soutînt de siècle en siècle:
grâce à la providence divine, cette oppression honteuse, ce mépris des
droits de l’homme a cessé à l’approche de la vraie connaissance de Dieu,
aux approches d’une civilisation éclairée. C’est au dernier siècle
surtout, qu’il fut réservé de faire triompher la raison sur la
prévention, et la justice sur l’aveugle arbitraire. A l’heure qu’il est,
une grande partie des nations ont commencé à avouer leurs torts et se
hâtent de réparer leurs fautes. Confondu et assimilé à la société
humaine, Israël n’a donc plus qu’une seule tâche à remplir sur la terre,
savoir: de conserver _son indépendance religieuse_; de ne jamais cesser
d’entretenir la pureté de sa croyance révélée à Sinaï; de la nourrir au
sein de ses familles, afin qu’il continue d’être le dépositaire de la
Loi divine, un prêtre de Dieu, placé à tous les coins de la terre pour
enseigner et pour répandre la connaissance de l’Eternel, du vrai, seul
et unique Dieu, et alors seront accomplies ces paroles divines à
Abraham: «Toutes les familles de la terre seront bénies en toi.»
Qu’Israël continue à remplir cette mission sainte et glorieuse, jusqu’à
l’entier accomplissement de la parole du prophète et alors arrivera le
jour dont il est dit: «Dans les derniers temps, la montagne de la maison
de l’Eternel sera fondée sur le haut des monts, et s’élèvera au-dessus
des collines: les peuples y accourront, et les nations se hâteront d’y
venir en foule, en disant: Allons à la montagne de l’Eternel, à la
maison du Dieu de Jacob; il nous enseignera ses voies, et nous
marcherons dans ses sentiers; parce que la Loi sortira de Sion; et la
parole de l’Eternel de Jérusalem.»



                                  FIN.



                          TABLE DES MATIÈRES.


   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                                                               Pages.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   _Préface_.                                                       I
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. Ier.—    Histoire généalogique du peuple israélite.        5
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  La Création.                                  _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Adam.                                             7
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Eve (Chava).                                      8
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Péché des premiers hommes.                        9
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Caïn et Abel (Hébel).                            11
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Suite des patriarches vivant avant le            12
                  déluge.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Noé (Noach) et le déluge.                        15
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Alliance de Dieu avec Noé.                       19
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Tour de Babel et dispersion des hommes.          20
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. II.—     Depuis Abraham jusqu’à Moïse. (1948-2368).       22
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Abraham.                                         23
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Promesse de l’Éternel et piété d’Abraham.        26
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Alliance de la circoncision.                     27
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Hospitalité d’Abraham. Naissance d’Isaac         29
                  prédite pour la dernière fois.
                  Intercession d’Abraham. Destruction de
                  Sodome.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Naissance d’Isaac. Sacrifice d’Abraham.          31
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Mort de Sarah.—Isaac épouse Rebecca.—Mort        33
                  d’Abraham.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Naissance de Jacob et d’Ésaü.                    37
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Primogéniture et bénédiction paternelle.         38
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Voyage de Jacob.—Il arrive chez Laban et y       41
                  demeure.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Retour de Jacob et sa rencontre avec Ésaü.       44
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Joseph vendu par ses frères.                     48
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Joseph est mis en prison.                        51
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Joseph explique des songes. Il est délivré       52
                  et élevé à la dignité de prince.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les frères de Joseph vont en Égypte.             58
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les enfants de Jacob retournent en Égypte        62
                  avec Benjamin.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de       65
                  Benjamin.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Juda s’offre à demeurer esclave au lieu de       66
                  Benjamin.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Joseph se fait connaître à ses frères.           68
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Jacob va en Égypte et s’y établit.               70
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Le pieux désir de Jacob.                         73
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Jacob adopte les deux fils de Joseph.         _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Mort de Jacob et de Joseph.                      75
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. III.—    Depuis Moïse jusqu’à l’occupation de             78
                  Chanaan. (2368-2489).
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Israël en esclavage.                          _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Naissance de Moïse.                              79
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  La fuite de Moïse.                               80
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Moïse est appelé de Dieu pour délivrer les       82
                  Israélites.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Moïse et Aaron déclarent à Pharaon les           83
                  ordres de Dieu.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Préceptes touchant la fête de la Pâque.          85
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Sortie de l’Égypte.                              86
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Passage de la mer Rouge.                         87
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Voyage vers le mont Sinaï. Murmures des          90
                  Israélites. La manne.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Continuation.                                    93
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Révélation de l’Éternel sur le mont Sinaï.       94
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Le veau d’or.                                    96
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Le séjour du peuple israélite près du mont       97
                  Sinaï.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Le tabernacle.                                   98
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Le sabbat et les fêtes.                          99
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Départ de Sinaï et marche jusqu’aux             103
                  confins de la terre promise.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Mort de Moïse.                                  106
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. IV.—     Depuis la Conquête de Chanaan jusqu’à           109
                  Saül. (2489-2882).
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Entrée du peuple israélite dans la terre      _ib._
                  promise.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Josué exhorte les Israélites à observer la      114
                  loi.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Josué fait assembler le peuple pour la          115
                  dernière fois.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Mort de Josué et d’Éléazar.                     117
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les juges.                                    _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  _Remarque générale._—État du peuple             131
                  israélite à l’époque des juges
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. V.—      Histoire du peuple Israélite sous les rois      135
                  Saül, David et Salomon. (2882-2964).
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Saül agit contre la volonté de l’Éternel,       138
                  il est rejeté.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Action héroïque de Jonathan.                    140
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Saül ne remplit pas exactement la volonté       142
                  de Dieu, en est sévèrement blâmé.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David est sacré roi d’Israël.                   144
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David triomphe du géant Goliath.                145
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David et Saül: bravoure et droiture d’un        149
                  côté, jalousie et ruse de l’autre.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Jonathan avertit David de la colère de          151
                  Saül. David se sauve, et se retire auprès
                  de Samuel.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Sainte inspiration.                             152
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David et Jonathan renouvellent leur union.      153
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David se retire à Nobé vers Achimelech et       154
                  de là chez Achis.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David se cache en différents lieux. Saül        155
                  fait tuer Achimelech.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David est persécuté par Saül, mais Dieu le      157
                  protége et le sauve de tous dangers.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David caché dans une caverne empêche qu’on      159
                  ne tue Saül.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Conduite de David à l’égard de Nabal.           161
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David a de nouveau l’occasion de pouvoir        164
                  tuer son ennemi et ne le tue pas.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  La pythonisse d’Endor.                          166
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Mort de Saül et de ses fils.                    167
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Charité des habitants de Jabès.                 168
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David règne sur Juda, et Isboseth sur           169
                  Israël. Combat entre les deux armées.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Isboseth est tué. David venge sa mort.          172
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David est reconnu roi par tout Israël. Il       173
                  prend la forteresse de Sion.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Jérusalem devient la capitale et le siége       174
                  du temple national.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David veut bâtir un temple. Dieu lui fait       175
                  déclarer que ce sera son fils qui le
                  bâtira.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Victoires de David. Noms de ses officiers       177
                  supérieurs.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David honore le souvenir de son ami           _ib._
                  Jonathan en Miphiboseth, fils de ce
                  dernier.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Hanon outrage les ambassadeurs de David.        178
                  Défaites des Syriens et des Ammonites.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Péché de David avec Bathseba.                   180
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David est repris de son péché, et marque        181
                  son repentir. Naissance de Salomon.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Inceste d’Amnon. Vengeance d’Absalom.           184
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Révolte d’Absalom: David s’enfuit de            185
                  Jérusalem.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Ziba, Simeï. C’est dans l’adversité que         187
                  l’on reconnaît les hommes.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Achitophel: orgueil, projets manqués,           189
                  désespoir, suicide.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Absalom est tué.                                191
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  David pleure la mort d’Absalom; il se           193
                  montre gracieux après sa réintégration.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Murmure d’Israël contre Juda.                   194
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Salomon est établi successeur de David.         195
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Avis de David à Salomon et à Israël. Sa         198
                  mort.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Salomon demande à Dieu la sagesse.              201
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Jugement rendu par Salomon.                     203
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Salomon pense à bâtir le temple.                205
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Description du temple bâti par Salomon.         206
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Dédicace du temple. Prière de Salomon.          207
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Dieu se révèle une seconde fois à Salomon.      210
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  La reine de Saba vient trouver Salomon et       211
                  admire sa sagesse.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les femmes étrangères font tomber Salomon       212
                  dans l’idolâtrie. Mort de ce prince.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Division du royaume.                            214
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. VI.—     Histoire des deux royaumes jusqu’à leur         217
                  ruine. (2964-3338).
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les deux rois.                                _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les deux royaumes.                              219
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Israël en captivité dans l’Assyrie.             226
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Origine de la secte des Samaritains.            228
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Le royaume de Juda.                             229
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Captivité de Babylone.                        _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les _Prophètes_, leur _Vocation_, en quel       242
                  _lieu_ ils ont vécu et à quelle _époque_.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  État du peuple pendant le temps de l’exil.      246
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. VII.—    Les Israélites vivent sous la domination        251
                  étrangère jusqu’à la guerre de la
                  délivrance. (3408-3610).
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Retour de la captivité de Babylone.           _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. VII.—    (Suite.)                                        257
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Émigration pour l’Égypte.                       259
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. VIII.—   Depuis la guerre de la délivrance               261
                  jusqu’aux temps de l’indépendance.
                  (3610-3634)
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Cruautés d’Antiochus Épiphanes.               _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Les Machabées.                                  263
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Construction du temple égyptien.                265
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Simon investi par la nation du pontificat       266
                  et du trône.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  État de la religion.                            267
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
   CHAP. IX.—     Depuis la conquête de l’indépendance            269
                  jusqu’à la Destruction de Jérusalem.
                  (3634-3828).
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Aristobule, Alexandre Janäus, Alexandra.      _ib._
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Hyrcan II, ou le royaume sous l’influence       270
                  des Romains.
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Hérodes.                                        271
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Remarques générales.                            272
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────
                  Archelaus. Agrippa.                             275
   ───────────────────────────────────────────────────────────────────



                            FIN DE LA TABLE.



                         Note de Transcription


Cette livre présente plusieurs variantes orthographiques, qui ont été
fidèlement reproduites. Les accents sur la lettre _E_ sont souvent omis,
en particulier dans les noms. Il’y’a _l’Eternel_ a côté de _l’Éternel_,
ainsi que _Esaü/Ésaü_, _Hébron/Hebron_, _Égypte/Egypte_,
_Samuël/Samuel_, _Jéroboam/Jeroboam_, _Éla/Ela_ (page 222),
_Ézéchias/Ezéchias_ (page 234), _Élie/Elie_.

Il’y’a aussi autres variantes dans les noms propres:
_Bathseba/Bethseba_, _Jerabaal/Jerobaal_ (page 124), _Simeï/Semeï_ (page
187-188).  Dans la plupart des cases, l’une ou l’autre transcription
peut être acceptable comme reddition de l’hébreu, et l’écriture
originelle a été préservé.

On trouve aussi parfois _habitans_, _enfans_, et autrefois _habitants_,
_enfants_.

Les notes de bas de page ont été renumérotés consécutivement au long du
livre.

Les erreurs d’imprimeur suivants ont été corrigés:

  - *p.14 l.10*: dans la voix de Dieu —> dans la voie de Dieu
  - *p.38 l.8*: demeurait à la maison, —> demeurait à la maison.
  - *p.99 l.15*: guillelmets superflues apres aussi une convocation
    sainte;
  - *p.101, derniere ligne de la note*: j’obligation —> l’obligation
  - *p.117 l.2*: serviteur de l’Eternel; —> serviteur de l’Eternel,
  - *p.119, commentaire a marge a côté du l.4*: puncte manquant apres
    JUGE 2e
  - *p.120 l.19*: y fût tué —> y fut tué
  - *p.131 l.13*: sans l’assistance. des prêtres. —> sans l’assistance
    des prêtres.
  - *p.134 l.8*: que les enfants d’·sraël —> que les enfants d’Israël
  - *p.143 l.15*: Samuël dit à Saul —> Samuël dit à Saül:
  - *p.147 l.8*: Et le peuple lui répondit. —> Et le peuple lui
    répondit:
  - *p.157 l.-8*: quiétaient environ —> qui étaient environ
  - *p.162 l.11*: cent paquet de raisins secs —> cent paquets de raisins
    secs
  - *p.163 l.-8*: et son c_œ_ur [_œ_ en italique] —> et son cœur
  - *p.181 l.-2*: ne voulut point toucherà —> ne voulut point toucher à
  - *p.194 l.8*: fils de Zeruia —> fils de Zeruïa
  - *p.214 l.-3:* rencontra Joroboam —> rencontra Jeroboam
  - *p.216 l.13-14*: la parole qu’il avait avait dite —> la parole qu’il
    avait dite
  - *p.240 l.17*: avec les pricipaux de Jérusalem —> avec les principaux
    de Jérusalem
  - *p.250, note, l.-2*:  la distribution des aumômes —> la distribution
    des aumônes
  - *p.255 l.13*: selon le coutume —> selon la coutume
  - *p.279 l.9 (Table des Matières)*: Suite de patriarches —> Suite des
    patriarches
  - *p.283 l.2 (Table des Matières)*: Israël en cativité —> Israël en
    captivité
  - *p.283 l.15 (Table des Matières)*:  CHAP. VIII.—...(3610-3624) —>
    CHAP. VIII.—... (3610-3634)
  - *p.283 l.23 (Table des Matières)*:  CHAP. IX.—... (3634-3830.)...
    169 —>  CHAP. IX.—... (3634-3828) ... 269
  - *p.283 l.24 (Table des Matières)*:  Alexandre Jansaüs —> Alexandre
    Janäus





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