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Title: Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième - Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575
Author: Fénélon, Bertrand de Salignac de la Mothe
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième - Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575" ***

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by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)



Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
et n'a pas été harmonisée.

Une expression, en exposant dans l'original, et dont l'abrévation
n'est pas évidente, a été mise entre accolades dans cette version
électronique. Ainsi, le {c} après le chiffre romain signifie que ce
dernier doit être multiplié par cent.



    SUPPLÉMENT

    A LA

    CORRESPONDANCE

    DIPLOMATIQUE

    DE

    BERTRAND DE SALIGNAC

    DE LA MOTHE FÉNÉLON,

    AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE

    DE 1568 A 1575,

    Lettres adressées de la Cour à l'Ambassadeur.

    TOME SEPTIÈME.

    ANNÉES 1568-1575.

    PARIS ET LONDRES.

    1840.



    RECUEIL

    DES

    DÉPÊCHES, RAPPORTS,

    INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES

    Des Ambassadeurs de France

    _EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE_

    PENDANT LE XVIe SIÈCLE,

    Conservés aux Archives du Royaume,

    A la Bibliothèque du Roi,
    etc., etc.,

    ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS

    _Sous la Direction_

    DE M. CHARLES PURTON COOPER.

    [Illustration]

    PARIS ET LONDRES.

    1840.



    DÉPÊCHES, RAPPORTS,

    INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES

    DES AMBASSADEURS DE FRANCE

    EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE

    PENDANT LE XVIe SIÈCLE.


    LA MOTHE FÉNÉLON.


    Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris.



    AUX TRÈS-HONORABLES MEMBRES

    DU

    BANNATYNE CLUB

    D'ÉDIMBOURG.

    CE VOLUME LEUR EST DÉDIÉ

    COMME

    TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE ET DE HAUTE

    CONSIDÉRATION

    PAR LEUR TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR

    A. TEULET.


Les six volumes qui précèdent sont la reproduction entière des
registres sur lesquels BERTRAND DE SALIGNAC DE LA MOTHE FÉNÉLON
faisait transcrire toutes ses dépêches. Sous ce rapport, cette
publication est complète; c'est l'œuvre de l'Ambassadeur pure et sans
mélange. Dans le septième volume, que nous publions aujourd'hui, nous
avons réuni tout ce que nous avons pu recueillir de lettres inédites
adressées par la Cour de France à l'Ambassadeur, et nous y avons joint
quelques pièces essentiellement relatives à ses négociations. Un
critique plein d'érudition, qui a rendu compte des premiers volumes de
cet ouvrage avec une bienveillance dont nous ne saurions trop le
remercier[1], a pensé qu'il eût été préférable d'intercaler ces
lettres et ces pièces à la suite de chacune des dépêches auxquelles
elles se rapportent. Nous l'aurions fait sans hésiter si nous avions
pu nous procurer un recueil complet des lettres de la Cour à
l'Ambassadeur; mais nous n'avions à notre disposition qu'un certain
nombre de ces lettres, qu'un heureux hasard nous avait fait retrouver.
D'ailleurs, pour tenir notre engagement de ne publier que des pièces
inédites, il aurait toujours fallu renoncer à intercaler les lettres
de la Cour à partir du mois de décembre 1572, puisque depuis cette
époque elles ont été imprimées, au moins en grande partie, par Le
Laboureur à la suite des mémoires de Castelnau[2]. Nous nous sommes
déterminés, par ce double motif, à réunir en un volume supplémentaire
tout ce que nous avions de documents inédits relatifs à l'Ambassade de
La Mothe Fénélon. Il sera facile, à l'aide des dates et des chiffres
de renvoi, de rapprocher ces documents des dépêches auxquelles ils se
rapportent, et ils serviront en même temps à compléter autant que
possible les lacunes qui existent dans le recueil de Le Laboureur.

  [1] _Edinburg Review_, No CXL. _July, 1839._

  [2] Tome III, pag. 265-283.

Il suffit de parcourir ce volume pour se pénétrer de l'intérêt et de
l'importance des documents qu'il renferme. Quant à la confiance qui
leur est due, nous avons déjà expliqué dans la préface insérée en
tête du premier volume comment ces lettres se trouvent aux Archives du
Royaume, et quelle est leur origine. Ce sont des copies faites vers la
fin du dix-septième siècle dans la famille de l'Ambassadeur, sous la
direction d'un abbé de Fénélon, son petit neveu, qui n'est autre,
suivant nous, que le grand Fénélon, alors fort jeune. L'insertion de
ces copies dans des cahiers, qui contiennent en même temps une
transcription fidèle de toutes les dépêches de l'Ambassadeur,
suffirait jusqu'à un certain point pour en assurer l'authenticité;
mais ce qui ne peut laisser aucun doute à cet égard, c'est que nous
les avons comparées soit avec le manuscrit des lettres publiées par Le
Laboureur, soit avec tous ceux des originaux que nous avons pu
recouvrer, et qu'elles se sont constamment trouvées d'une exactitude
irréprochable. On sait que le manuscrit imprimé par Le Laboureur est
conservé à la Bibliothèque du Roi[3]. Quant aux lettres originales,
quelques-unes se sont retrouvées dans les papiers de l'Ambassadeur,
d'autres, en assez grand nombre, sont entre les mains de M. de La
Fontenelle de Vaudoré, conseiller à la cour royale de Poitiers, qui a
eu l'obligeance de les mettre à notre disposition; enfin, la majeure
partie de ces lettres et des papiers de l'Ambassade existe à la
Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, où M. le prince Alexandre
Labanoff a bien voulu les consulter pour nous en transmettre une
notice. Nous prions ces deux messieurs de recevoir ici l'expression de
notre bien vive reconnaissance.

  [3] _Fonds de St-Germain_, no 769.

Des diverses comparaisons que nous avons faites il est donc résulté
pour nous la certitude complète que tous les documents renfermés dans
ce volume sont d'une authenticité incontestable. Les hommes d'état et
les historiens qui voudront les consulter en apprécieront
l'importance.



LETTRES ÉCRITES DE LA COUR

A

LA MOTHE FÉNÉLON.



I

LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIVe jour de mars 1569.--

  Nouvelle de la victoire de Jarnac.--Mort du prince de
    Condé.--Résolution de suivre les fruits de la victoire.--Charge
    donnée à l'ambassadeur de communiquer cette nouvelle à la reine
    d'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, escrivant au Roy, Mon Seigneur et frère,
comme le Prince de Condé, avec grand nombre de seigneurs,
gentilshommes et cappitaines, tenans son parti, ont esté tués, à la
rencontre qui feust, entre nostre armée et la leur, le jour d'hier,
près ce lieu de Jarnac, outre la perte de plusieurs cappitaines et
personnages d'importance qui y feurent prins prisonniers, je vous ay
bien voulu escrire la présante pour vous mander ceste bonne nouvelle,
et afin que vous en fassiez part à la Reyne d'Angleterre; vous priant
luy faire bien entendre de quelle importance est la victoire que Dieu
nous a donnée sur noz ennemis, et comme leur armée, fuyant devant la
nostre, a esté poursuivie par nous, au galop, plus de deux grandes
lieues, où ilz ont perdu beaucoup de gens; et comme j'espère,
bientost, avec l'ayde de Dieu, venir à bout de ce qui est demeuré, et
leur ester le moyen de se remettre sus.

Et, entre autres choses, je vous prie luy faire bien entendre comme
Dieu nous a tant favorisés que nous n'avons fait aucune perte, en tout
ce combat, que d'un seul homme de marque, le sieur de Montsalles, qui
despuis est mort de quelques coups qu'il y avoit receus, et bien peu
de nos soldats; en sorte qu'il n'y a rien qui me puisse retarder de
poursuivre la victoire et les aller chercher en quelle part où ils se
soient retirez.

Et, pour cest effect, je fais, dez ce jourdhuy, passer la Charente à
toute mon advantgarde, pour marcher demain, avec tout le demeurant de
l'armée, droit à Cognac, où l'Admiral et d'Andelot se sont sauvez;
espérant n'obmettre aucune chose de ce qui sera nécessaire pour les
forcer là dedans, et en avoir la raison.

J'escris un mot à la dicte Dame, en créance sur vous, laquelle je vous
prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, visiter de ma part, pour luy faire
entendre le discours de tout ce qui s'est passé entre nous et noz
ennemis, suivant le mémoire que je vous en envoye; et m'advertyr, le
plus tot que vous pourrez, comme la dicte Dame aura prise ceste
nouvelle, et ce que vous pourrez descouvrir de ses desseings et de ce
qu'elle voudra faire après avoir entendu...

   (La fin de cette lettre manque, et le mémoire envoyé à
   l'ambassadeur ne s'est pas retrouvé dans ses papiers; mais la
   pièce suivante, qui fait partie des archives de Symancas, doit y
   suppléer.)

   _Nota._--Cette lettre est la première en date de celles qui sont
   conservées aux archives; les lettres écrites par le roi à La
   Mothe Fénélon avant cette époque n'ont pu être retrouvées; elles
   sont énoncées dans les dépêches sous la date des 5, 15, 16 et 27
   décembre 1568; 1er, 15 et 20 janvier; 7, 8, 9, 12, 14 et 22
   février, et 7 mars 1569.



II

DISCOURS DE LA BATAILLE

  donnée par Monseigneur, Duc d'Anjou et de Bourbonnoys, frère du
    Roy, et lieutenant général pour Sa Majesté, par tout son
    royaume et terre de son obéissance, contre les rebelles de sa
    dicte Majesté, le XIIIe jour de mars mil V{c} soixante neuf,
    entre la ville d'Angoulesme et Jarnac, près d'une maison,
    nommée Vibrac, appartenant à la dame de Mézières[4].

  [4] Cette pièce est la copie qui fut envoyée au roi d'Espagne,
  Philippe II, par son ambassadeur en France, don Francès d'Alava.

--du XXIe jour de mars 1569.--

(_Archives du royaume, fonds de Symancas, carton K. 1391. B.--liasse
26, pièce 9._)

Relation de la bataille de Jarnac, livrée le 13 mars 1569.


Il fault premièrement sçavoir que, depuys que Monseigneur est party de
Chinon, avecques touts les princes, seigneurs et cappitaines, qui
l'ont, dès le commencement des troubles, accompaigné, et de toutes ses
forces, pour venir retrouver le Prince de Condé et aultres rebelles
subjectz de Sa Majesté, iceulx se sont toutjours retirés, petit à
petit, dans le pays par eulx conquis, pour fuyr le combat, lequel ilz
cognoissoyent que Mon dict Seigneur alloyt cherchant; de façon que Mon
dict Seigneur, pour l'extresme desir qu'il avoyt de les combatre et
joindre, estoit entré dans leur dicte conqueste, il y avoyt jà
longtemps, quand se retrouvant à Verteuil, maison du comte de La
Rochefoucault, distant de trois lieues de la dicte ville d'Angoulesme,
il s'apperceust que, tant plus il métoit peine de les rencontrer pour
les attirer au combat, que plus ilz fuyoient; et que, pour ce faire,
ilz avoyent mis la rivière de Charente entre luy et eulx, de façon
que Mon dict Seigneur se résolust de gaigner ung passaige sur la dicte
Charente, affin de n'avoir, après, rien qui l'empeschast de suyvre son
entreprise.

Et, pour ce faire, feist acheminer son avantgarde, conduicte par Mr le
Duc de Montpensier à Chasteauneuf, où elle arriva le mercredy,
neufviesme de ce moys de mars. Dans le chasteau se retrouva ung
escossoys, avecques cinquante ou soixante soldatz, que les ennemys y
avoyent laissé pour la garde d'icelluy, qui se deffendirent, d'entrée,
fort bien, et tuèrent quelques soldatz, faisans contenance de ne se
voulloir point rendre. Touteffoys, veoyans arriver Mon dict Seigneur
avecques la bataille et le reste de l'armée, ilz se rendirent à la
volunté et discrétion de Mon dict Seigneur, de sorte que, le dict IXe,
il demeura maistre du dict chasteau.

Où il fut résolu de séjourner le lendemain, jeudy, affin de adviser à
ce qui seroyt de faire, tant affin de donner ordre à faire les
magasins nécessaires pour la suytte de l'armée, que pour faire
besongner et reffaire le pont de la dicte rivyère, que les dictz
ennemyz avoyent rompu. Et fut donnée ceste charge à Mr le président de
Birague, qui s'en acquicta fort bien, ainsy que, parcy après, l'on
pourra veoir.

Le lendemain, vendredy XIe, Mon dict Seigneur, ayant nouvelles que les
dicts ennemys estoient à Coignac, deslibéra et résolut, pour deux
raisons, d'aller au devant du dict Coignac: l'une que se présentant
devant la dicte ville, si les ennemys y estoient, come il se disoyt,
il espéroyt que ilz sortiroyent, et que, ce faisant, il pourroit les
attirer au combat; l'autre que, au pys aller, il recognoistroyt la
dicte ville pour après l'attaquer. Pour ces causes doncques, il
marcha jusques devant icelle ville, et commanda au comte de Brissac,
qui avoyt avecques luy la plus grande partie de la jeunesse
d'approcher plus près, ce qu'il feyt de telle façon qu'il donna
jusques dedans les barrières de la dicte ville, d'où il ne sortit
personne que ung nommé Cabryane, qui fut prins prisonnier; ayant
cependant le dict comte de Brissac fort bien recogneu l'assiette de la
place, comme feirent, en mesme temps, par le commandement de Mon dict
Seigneur, les seigneurs de Thavennes et de Losses, encores que de
dedans l'on tirast infiniz coups d'artillerye. A mesme heure, l'armée
des ennemyz se monstra de delà la rivière au devant du dict Coignac,
venant de Xainctes; et demeura longuement en bataille à la veue de
nostre armée, puys commencea à marcher vers Jarnac, tousjours estant
la rivyère entre nous et eulx. Et veoyant Monseigneur qu'il estoit jà
tard, et que personne ne comparoissoit de nostre cousté, se retira au
dict Chasteauneuf, où il arriva, à la nuit.

Le sabmedy XIIe, Mon dict Seigneur estant tousjours au dict
Chasteauneuf, faysant en toute dilligence, par le dict de Birague,
racoustrer le pont, les ennemys vindrent comparoistre, avecques toutes
leurs forces, sur une montaigne, au devant du dict pont. Nos soldatz
les veoyans si près d'eulx, encores que le lieu où estaient les dictz
ennemys fût fort advantageux, aucuns d'iceulx se desbendèrent pour
attacher l'escarmouche avecques eulx; mais Mon dict Seigneur, n'estant
le dict ponct refaict, où l'on travailloyt autant qu'il estoit
possible, et se pouvoyt faire, aussy bien que à en faire dresser ung
aultre sur les batteaulx, feit retenir nos dicts soldatz, attendant
que iceulx pontz feussent achevez, comme ilz feurent sur le minuit,
au grand contantement de Mon dict Seigneur et de toute son armée,
veoyant par ce moyen le passaige ouvert pour aller affronter les dicts
ennemys.

Sur quoy, lors, il fut résolu que, deux heures après, les régiments
des gens de cheval passeroient sur le pont refaict, et les Suysses et
gens de pied sur celuy de batteaulx. La plus grand part de la
cavallerye avoit passé, à la poincte du jour, le dimenche XIIIe; mais
les dicts Suysses et gens de pied eurent beaucoup de peine à passer
sur le dict pont de bateaux qui se rompit. Néantmoings, pour
l'extresme désir que ung chacun avoyt d'estre delà l'eau, l'on ne
layssa, après l'avoyr habillé au mieulx que l'on avoyt peu, de passer.
Il avoyt esté ordonné par Mon dict Seigneur, dès le soir, que tous les
bagaiges demeureroient de deçà l'eaue, sur le hault de la montaigne,
près du dict Chasteauneuf, avecques huict cens hommes de pied et
quatre cens chevaulx, pour couvrir le dict bagaige; ce qui servit
grandement, parce que les ennemys pensoient que ce fust le fort de
nostre armée.

Estant doncques en ceste sorte passé nostre armée la rivyère de la
Charente sur les dicts pontz, le dict dimenche XIIIe de ce dict moys,
Monseigneur, veoyant qu'il seroyt ce jour pour veoir de près ses
ennemys, voullust, suyvant sa bonne et louable coustume, commancer sa
matinée par se recommander à Dieu, de façon qu'il receust, avecques
les dicts princes, seigneurs et plusieurs cappitaines de son armée, le
corps prétieux de Nostre Seigneur Jhésus Christ avecques toute
dévotion et humilité. Puis après commanda aux seigneurs de Losses et
de Carnavallet d'aller recognoistre l'endroict où estoit l'ennemy,
qui comparust avecques soixante chevaulx sur le hault de la
montaigne. Et estant arrivé, à mesme heure, vers les dicts seigneurs
ung cappitaine provenssal, nommé Vins, de la maison de Mon dict
Seigneur et nepveu du Sr de Cazas, qui conduysoit cinquante
harquebusiers à cheval avecques luy, les dicts Srs de Losses et
Carnavallet feurent d'advis qu'il donnast dans ung village, bien près
de là, ce qu'il feit si furieusement que y trouvant une cornette de
gens de cheval des ennemys, il la meit en tel désordre que tout ce
qu'ilz peurent faire fût de s'en sauver une partye, et ramena le dict
Vins cinq ou six prisonniers d'iceulx, qui assurèrent les dicts Srs de
Losses et Carnavallet que l'Admiral et Andelot estoyent là avecques
toutes leurs trouppes, et qu'il y avoyt apparence de bataille.

Pour gaigner tousjours temps, Mon dict Seigneur avoyt faict advancer
son avantgarde, de façon que, à mesme heure, Messeigneurs le Duc de
Guise et de Martigues arrivèrent avecques leurs régiments, ensemble la
suytte de la dicte avantgarde, conduicte, comme dict est, par Mon dict
Seigneur de Montpensier. Lors, l'ennemy comparust, estant jà entre dix
et unze heures du matin, au bas de la montaigne, du costé de Jarnac,
en bien grand nombre. Le dict Sr comte de Brissac se desbenda de la
dicte avantgarde, avecques vingt cinq ou trente gentilzhomes, et les
alla attacher. Mon dict Seigneur les feit soustenir par le dict Sr de
Martigues, faysant suyvre tousjours la dicte avantgarde, et après, la
bataille. Le dict Sr de Brissac ayant donné en queue sur ceulx qui
partoyent du village de Vibrac, en tailla en pièces quelques ungs.

Peu après, l'ennemy commença de s'acheminer vers Jarnac, et, se
rencontrant sur le hault d'une petite montaigne, fait teste en cest
endroict, ayant ung ruysseau bien malaysé au devant de luy, où il
avoyt mis huict cens ou mil harquebuziers, pour garder le passaige,
affin d'avoir cependant moyen et loysir de rassembler de tous costez
leurs forces et armée.

Lors Mon dict Seigneur commanda au dict Sr de Losses et cappitaine
Cossins d'aller recognoistre le dict ruysseau, pour veoir s'il seroyt
aysé à le passer. Estant de retour, Mon dict Seigneur y envoya, par
leur advis, mille harquebuziers pour combatre et gaigner le dict
passaige du dict ruysseau: ce qui fut faict et gaigné à l'instant, à
la veue de la cavalerye des ennemys, qui estoit tousjours sur le
tertre. Et se peult dire que les dicts harquebuziers nostres feirent
aussi bravement qu'il est possible, faysans habandonner le dict
passaige aux ennemys; lesquelz, veoyans que toute l'armée de Sa
Majesté marchoit droit à eulx, commencèrent à se retirer peu à peu.

Lors, le dict Admiral manda soubdainement au Prince de Condé, qui
estoyt encores à Jarnac, que il estoit attaqué de si près qu'il ne
pouvoyt plus se retirer, veu que les gens de nostre armée venoyent
avecques une extresme furye droict à luy, de façon qu'il estoyt forcé
de combatre, le suppliant de s'advancer pour le secourir.

Quoy veoyant, Mon dict Seigneur manda à ceulx qui conduysoient
l'avantgarde, que, quelque chose qu'ilz trouvassent, ilz
combattissent, estant résolu, à ceste foys, de passer sur le ventre à
tout ce qu'il trouveroyt des dicts ennemyz, ce qui fut suyvy par ceulx
de la dicte avantgarde; lesquelz, sans regarder aux inconvéniens qui
pouvoyent advenir, donnèrent à toute bride sur la queue des dicts
ennemys, où il fut tué beaucoup d'iceulx; et mesmes, à ung passaige
que aucuns voulloyent prendre, sur une chaussée d'estang, avecques ung
si grand désordre, que les ayans les nostres bien advancez, ilz se
meslèrent ensemble, de sorte que plusieurs des dicts enuemys, qui
avoyent casaques blanches, furent veuz tumber dans le dict estang pour
la presse qu'ilz avoyent au passaige.

Pendant que le dict combat se faisoyt, nostre bataille et Mon dict
Seigneur, auprès duquel estoit toujours le dict Sr de Thavennes, comme
l'un des plus vieulx et expérimentez cappitaines de la trouppe,
passoyt sur la main droicte du dict estang; et pouvoyt estre, lors,
entre midy et une heure.

Au dessoubz d'icelluy estang il fut trouvé ung villaige, en ung lieu
assez estroict, où le Prince de Condé se trouva bien accompaigné.
Aussy y survindrent les reistres; et se rengea le comte Ringraff
avecques la dicte avantgarde et Bassompierre à la bataille, ainsi que
l'avoyt ordonné Mon dict Seigneur. Cependant les deux armées eurent
quelque loysir de se préparer au combat, et fust si vivement résolu de
la part du dict Prince qu'il vint furieusement, à toute bride, donner
sur notre avantgarde, et de telle furye qu'il l'arresta à bon escient,
estant soustenue du dict comte de Reingraff avecques ses trouppes, qui
y combatist fort vaillamment. Et veoyant Mon dict Seigneur nos gens
porter et soustenir ung si grand faix, il part avecques la cavallerye,
qu'il avoyt près de luy, à toute bride, et chargea les dicts ennemys
par le flanc, de telle façon qu'il les meit en désordre, et tournèrent
bride, s'enfuyans à vau de route.

Et, en ce mesme lieu, de la première charge, fust tué le dict Prince
de Condé, le comte de Montgommery, Chastellier Portault et plusieurs
aultres, dont on sçaura cy après les noms, estant le dict Sr de
Losses, qui a apporté ceste nouvelle à Sa Majesté, party si à la
haste, après le gaing de la dicte bataille, que l'on ne sçavoyt
encores bonnement le nombre des mortz, ny de tous les prisonniers;
combien qu'il soyt très certain que il y ayt eu bon nombre, tant de
l'un que de l'aultre; et de ceulx qu'il asseure avoir veuz prisonniers
sont le comte de Choysy, La Noue, de La Force, l'aisné Clermont
d'Amboyse, Stuard escossoys, Montmédy, Soubize et Souppoix, avecques
infinis aultres, desquelz il n'a peu retenir les noms.

Il a rapporté que l'on tenoit que l'Admiral estoit fort blessé à
l'espaule; et ne laissoyt touteffoys, par le rapport des dicts
prisonniers, de se retirer à cinq grandes lieues de là, cependant que
l'on chassoytles dicts ennemys; qui dura jusques à la nuict, où les
gens de pied françoys et les Suysses se estoyent meslez, lesquelz ont
faict ung très grand carnage.

Une partie des gens de pied des dicts ennemys se retirèrent dedans
Jarnac; ce que voyant Mon dict Seigneur il commanda au cappitaine
Cariez, et aultres cappitaines avecques luy, s'en aller donner la
teste baissée dans le dict Jarnac, ce qu'il feit fort courageusement,
de façon qu'il les meit en tel désordre qu'ilz furent contrainctz de
gaigner le pont, le passer et le rompre après eulx; qui leur vint fort
à propoz. Et le soir, Mon dict Seigneur alla loger au dict Jarnac,
prenant le logis du jour de devant du dict ennemy. Au dict lieu, l'a
laissé le dict Sr de Losses, remerciant Dieu de ceste heureuse
victoire qu'il luy avoyt donnée; et là, donna le corps du Prince de
Condé mort à Mr le duc de Longueville, sur la requeste qu'il en feit;
Mon dict Seigneur estant en bonne deslibération de partir, dès le
lendemain, pour suyvre les relicques des dicts rebelles, ennemys de
Dieu et de Sa Majesté. Et se peut dire avecques toute vérité que, en
l'exécution de la dicte victoyre, Mon dict Seigneur a faict tous les
actes que le plus grand et plus viel cappitaine, qui soyt aujourdhuy
en l'Europpe, pourroit faire; qui doibt faire espérer en luy à tout le
monde, par ung si beau et digne commancement, toutes les grandes et
dignes partyes qui se peuvent désirer à ung grand prince.

Faict à Metz le XXIe jour de mars 1569.

    DE NEUFVILLE.



III

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour d'apvril 1569.--

  Confiance du roi que la victoire de Jarnac empêchera la reine
    d'Angleterre de se déclarer pour les protestans de la
    Rochelle.--Offre faite aux Anglais de leur ouvrir des ports
    pour le commerce.


Monsieur de Lamothe Fénélon, depuis vos despesches du XXIe et XXVe du
passé[5], vous aurés entendu la nouvelle de la victoire que Dieu m'a
donnée sur mes rebelles, et comme mon frère, le Duc d'Anjou, poursuit
encore ceux qui se sont sauvés par la fuitte. Je m'asseure que estant
entendu par la Royne d'Angleterre, elle sera moins disposée que jamais
à leur prester secours d'argent et de rafraischissements; et si la
flotte que m'avés escrit qui commenceoit à s'acheminer vers la
Rochelle n'est fort avant, ce sera peust estre bien occasion pour la
révoquer et luy faire rebrousser chemin.

  [5] Voyez XXVe et XXVIe dépêches, t. I, p. 268 et 277.

Au demeurant, j'ay bien veu et bien considéré tous les poincts de vos
susdictes dépesches et les menées que faict le cardinal de Chastillon,
et ceux qui sont avec luy, par delà, ayant prins grand plaisir de voir
tout ce qui s'y passe si bien desduict par le menu. Quant à la
plaincte que le comte de Lestre vous a faict faire du tort qu'il dict
avoir esté faict à l'un des gens de l'ambassadeur Noris, je trouve que
vous luy avés très bien respondu: car aussi n'a ce pas esté par mon
commandement, de mon sceu, ni sans grande occasion de soubçon que cela
a esté faict; et ne sçai non plus que c'est de celuy qui a esté détenu
prisonnier à Dieppe, et ne voudrois pas, pour le désir et affection
que j'ay de nourrir et entretenir la paix et amitié qui est entre ces
deux couronnes, qu'il feust fait aucun tort aux subjects de la dite
Royne, ou chose qui y apportât altération, encore que ses actions
fassent assés connoistre le peu d'envie qu'elle a de la conserver. Et
afin qu'elle connoisse avec quelle sincérité je chemine, si les
marchans de delà veullent quitter la route de la Rochelle et de
Brouage, et ne plus traffiquer avec mes dicts rebelles, je les feray
accommoder de toutes choses nécessaires qu'ils y vont quérir. Et si
cela se fait, et que doresnavant les marchants ne se fournissent
ailleurs que ès ports qui sont, de présent, en mon obéissance, j'auray
tant moins de soubçon de leurs actions, car la coulleur, qu'ils ont
d'aller à la Rochelle et de bailler les dicts rafraischissements, leur
sera ostée.

Je vous prie donc asseurer la dicte Dame Royne de ma bonne et sincère
intention envers elle et ses subjects, et que, comme elle veut voir
les siens traittés, selon que la paix et amytié que nous avons entre
nous le veult, elle ne fasse chose qui m'incite à y contrevenir, ainsi
que je n'en ay point de volonté, ne demandant qu'à vivre en paix avec
mes voisins: priant Dieu, Monsieur de la Mothe Fénélon, vous avoyr en
saincte garde.

A Mets le IIe jour d'apvril 1569.

    CHARLES.       Et plus bas: DE L'AUBESPINE.



IV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour d'apvril 1569.--

  Satisfaction du roi sur la déclaration d'Élisabeth qu'elle ne
    veut pas entrer en guerre avec la France.--Ordonnance pour la
    restitution des prises.--Plaintes contre les menées de
    l'ambassadeur d'Angleterre en France.--Maladie de la
    reine-mère.--Papiers trouvés sur le prince de Condé.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous renvoyant le Sr de Sabran, présent
porteur, je vous ay bien voulu faire entendre le grand contentement
qui me demeure de ce que, par vos lettres des VIIIe et XIIIe du
passé[6], m'avés si particulièrement satisfaict des responces de la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur tous les poincts dont je vous
avois escrit par mes despesches des VIIIe, XIIe et XIVe de
febvrier[7], ayant esté très prudamment advisé à vous, en la poursuite
de chose où elle n'eût, par avanture, eu volonté de faire si apparente
déclaration, de rejetter sur autres que sur elle les causes qui m'ont
meu de la rechercher en cest endroict; comme, en effaict, je me suis
toujours persuadé que les mauvais déportemens qui se faisoient au
préjudice de la bonne paix et confédération d'entre nous, et mon
royaume, procédoient plustost de quelques mauvais ministres que
d'elle. Aussi est il tout certain que je ne me suis meu à aucun
ressentiment que premièrement je ne fusse certain de sa volonté; se
pouvant asseurer que quelque alliance ni fraternité qui soit entre moy
et le Roy Catholique, mon bon frère, ni chose que me voulleust donner
à entendre le duc d'Alve, je ne condescendray, ni permettray, que mes
subjects facent aucune chose qui puisse altérer nostre commune amityé
et repos d'entre nos deux royaumes. Et suis contant, puisqu'elle se
déclare si avant de n'avoir eu aucune part au voyage, faveur et
support que son vice admiral Me Huynter a faict et porté à mes
ennemis, estants à la Rochelle, de croire qu'il soit ainsi, puisqu'il
a pleu à Dieu asseoir son jugement sur le chef de mes ennemis et
rebelles, comme vous aurez entendu par Montaffier, que je vous ay puis
naguières dépesché; et aussi que le temps nous pourra esclaircir de ce
doubte pour l'advenir: ne trouvant autrement nécessaire respondre sur
tous les poincts contenus au mémoire qui vous a esté baillé en réponse
des articles que vous présentiés, puisque ce ne sont que objections
pour couvrir les justes causes que j'ay d'avoir pour suspectes, et me
plaindre des actions de l'ambassadeur Norrys, estant icy près de moy,
comme aussi pour regard des entreprinses du Hâvre et Dieppe, et
armements faicts en Angleterre, sans apparance d'aucune guerre
déclarée; veu que, par toutes les despesches que je vous ay faictes,
vous pouvez avoir connu les justes occasions que j'en ay eu.

  [6] Voyez XXIIe et XXIIIe dép. II. 217 et 252.

  [7] Ces lettres manquent.

Toutesfois, puisqu'elle est en si bonne volonté de vouloir entretenir
et conserver la paix en laquelle nos deux royaumes ont vescu jusques
icy, elle ne me trouvera de moindre affection en cest endroict, ainsi
qu'elle pourra connoistre par l'ordonnance que j'ay faicte pour se
publier par tous mes ports et hâvres, pour assurer la mer et la
liberté du trafficq à tous ses subjects, avec commandement de leur
rendre et restituer tout ce qui a esté cy devant pris, saisy et
arresté sur eux, aussitost que j'ai veu, par l'ordonnance[8] que
m'avez envoyée, avec vostre despesche du XVIe, qu'elle en avoit autant
faict de son costé, vous envoyant une coppie de la mienne pour luy
monstrer et aux seigneurs de son conseil, que vous pourrez asseurer de
la sincérité de mon intention à l'observation de la paix et traittés;
et que je ne faudray de faire donner à ses subjects toute seureté,
faveur et bon traittement, qu'il me sera possible, en quelque endroict
de mon royaume, pays et terres de mon obéissance où ils voudront
traffiquer; de mesme qu'elle doit aussi tenir main que, pour la
mutuelle seurcéance, faicte entre les païs du Roy Catholique et elle,
mes subjects ne soient aucunement molestés, ny leur trafficq
interrompu; m'estant, au pardessus, advis que la dicte Royne ne
sçauroit avoir meilleur indice de la franchise, avec laquelle je
desire procéder envers elle et son royaume, que de luy faire déclarer
ouvertement les causes qui se présentent à moy et mes subjects de luy
faire remonstrer les contreventions qui se font, à mesure que ses
ministres m'en donnent occasion.

  [8] Voy. XXIVe dép. p. 266.

Et pour conclure à ce propos, vous l'asseurerés, Monsieur de La Mothe
Fénélon, qu'il ne faut qu'elle doubte aucunement que je ferme les
oreilles à chose que son ambassadeur me veuille dire, soit pour se
justifier des soubçons que j'ay eus à bon droit qu'il eust pratiques
et intelligeances avec mes rebelles, ou pour autre chose concernant sa
négociation, comme elle dict avoir esté faict au sien d'Espagne; car,
si, par cy devant, il a toujours eu de moy bénigne et favorable
audience et satisfaction, toutes les fois et en tout ce qu'il a
voulleu rechercher de moy, comme il ne pourroit dire le contraire,
s'il ne vouloit taire la vérité, il doit espérer le mesme pour
l'advenir, de tant plus quand les effects se trouveront conformes à la
déclaration qu'elle faict de vouloir continuer la bonne paix et amityé
qui est entre nous et nos royaumes; laquelle, de ma part, je ne désire
rien plus que de voir inviolablement observée.

Vous n'aurés par ceste dépesche aucunes lettres de la Royne, Madame et
Mère, d'autant qu'elle n'est encore bien renforcée de la fiebvre qui
l'a tenue par quelques jours, comme il vous a esté par cy devant
escrit, de laquelle, grâces à Dieu, ne luy reste plus que la débilité.
Et n'ayant encore eu aucunes nouvelles de ce que mon frère, le Duc
d'Anjou, aura faict des reliques de la victoire qu'il a pleu à Dieu me
donner, dont le discours vous a esté envoyé par le dict Montaffier, je
ne vous fairai la présente plus longue que de prier Dieu vous avoir,
Monsieur de La Mothe Fénélon, en sa saincte et digne garde.

A Mets le IIIe jour d'apvril 1569.

    CHARLES.	DE NEUFVILLE.


Monsieur de La Mothe Fénélon, entre plusieurs papiers, que je viens
d'apprendre avoir esté trouvés sur le Prince de Condé, et ceux qui ont
esté tués ou pris avec luy, y a un grand mémoire du cardinal de
Chastillon, escrit partie en chiffre, par lequel il luy donnoit bonne
espérance, et à ceux de son party, de leur faire avoir beaucoup de
secours et faveurs de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, non sans
espérance de la faire embarquer à prendre leur protection, et se
déclarer ouvertement; ce que je ne veus croire, puisque vous m'avez si
bien asseuré de sa bonne volonté: qui est cause que je ne vous envoye
les dicts papiers pour luy en faire aultre instance, afin de ne luy
imprimer que je sois en aucune deffiance d'elle ny de ses actions; le
vous aïant néantmoins voulu faire entendre pour en faire vostre
proffit, en ce que vous cognoistrés estre à propos pour mon service.
Et, si vous luy en parlez, ce sera toujours en rejettant le tort sur
la malice de ceux de mes subjects qui sont près d'elle. Et cependant
ne sera que bon que vous continuiés d'avoir l'œil ouvert pour
descouvrir leurs menées et pratiques. De quoy j'espère que vous
m'advertirez.



V

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIe jour d'apvril 1569.--

Envoi des papiers trouvés sur le prince de Condé.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay, puis peu de jours, faict une
ample despesche. Despuis, ayant advisé de vous envoyer certains
mémoires et papiers qui peuvent beaucoup servir au bien de mes
affaires, j'ay pensé qu'il seroit à propos de vous dépescher ce
courrier en diligence, avec ceste cy, pour vous dire que, lorsque le
Prince de Condé feust tué, on trouva sur luy un long mémoire envoyé à
la Royne de Navarre par le cardinal de Chatillon, ensemble une lettre,
par où vous verrez et sçaurés bien juger beaucoup de particulières
négociations, tant du dict cardinal que des ministres, que mes
rebelles ont près de la Royne d'Angleterre, et comme ils ont embarqué
la dicte Royne, sans y penser, plus avant qu'elle ne cuydoit. Et
d'autant que j'estime que le dict mémoire pourra servir au bien de mes
affaires, je vous en envoye l'original, vous priant, Monsieur de La
Mothe Fénélon, selon que les occasions se présenteront et qu'il vous
semblera à propos, user du dict mémoire et vous en servir de façon que
cella puisse nuire aux desseins et entreprises qu'il pourroit y avoir
par delà, me remettant à vous, comme sçaurez très bien faire, de vous
y conduire de telle façon que adviserez pour le bien de mon service.
Et n'estant rien survenu depuis ma dernière dépesche digne de vous
écrire, je prierai Dieu, etc.

    A Nouyon le XVIe jour d'apvril 1569.

    CHARLES.	DE L'AUBESPINE.



VI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour d'apvril 1569.--

Convalescence de la reine-mère.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la lettre du Roy[9],
Monsieur mon fils, l'occasion de ceste despesche, qui me gardera de
vous en rien dire, sinon que, grâces à Dieu, je me porte très bien, et
suis en bon chemin de revenir en ma première santé; de quoy j'ay
grande occasion de le louer et remercier; ce que je suis bien asseurée
que vous fairés encore, de vostre costé, puisque je vous tiens pour le
plus fidelle de tous mes serviteurs. Ce que j'ay bien voulu vous
escrire et signer de ma main pour vous en asseurer davantage; priant
Dieu qu'il vous ait en sa saincte garde.

De Nouyon le XVIIe jour d'apvril 1569.

    CATERINE.

  [9] Cette lettre manque.



VII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIVe jour de may 1569.--

  Délai nécessaire pour prendre une résolution sur les offres
    secrètes faites à l'ambassadeur par les seigneurs catholiques
    d'Angleterre.--Succès remportés par le duc d'Anjou.--Confiance
    du roi que le duc de Deux-Ponts ne pourra pas traverser la
    France.--Mort de Mr d'Andelot.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je voulois vous renvoïer le Sr de La
Croix, aussitost après son arrivée par deçà, bien instruit sur tous
les poincts principaulx de sa despesche[10]; mais d'autant que je ne
le trouvai pas disposé de pouvoir si tost retourner par devers vous,
pour beaucoup de raisons qu'il m'allégua, et aussi que je considéray
qu'il estoit nécessaire de prendre une bonne et meure délibération sur
un faict de telle importance, en lieu de sesjour, et où on eust eu
loysir d'y penser; joint qu'il me semble n'estre pas à propos de
commettre une affaire de telle conséquance entre les mains de personne
qui n'eust autant de connaissance des affaires de delà comme le Sr de
La Croix, je pensay, pour toutes ces raisons, qu'il seroit bon de
différer jusques à tant que je visse quel train prendroient les
affaires, de ce costé, et de Flandres, suivant lesquelles je pourrois
vous despescher le dict Sr de La Croix pour vous faire sçavoir, plus
au long, mon intention. Et cependant, pour vous donner plus de lumière
de ce qui se passe par deçà, je vous dirai en quel estat sont mes
affaires.

  [10] Voyez XXXIe dép. du 20 avril 1569, tom. 1, pag. 317.

Vous avés sceu, Monsieur de La Mothe Fénélon, comme mon frère, le Duc
d'Anjou, aïant battu mes ennemys par deux ou troys fois, il y est
demeuré si bon nombre des leurs que, jusques icy, ils ont quitté la
campagne, et se sont retirés ès petites villes qu'ilz avoient cy
devant prises et occupées, layssans néantmoins toujours quelque nombre
de cavaliers pour tanter s'il y auroit aucun moyen de passer la
rivière de Loyre pour aller joindre leurs Allemands. Ce que prévoyant,
mon dict frère a faict en sorte qu'avec son infanterie s'est attaché
aux places, d'une bonne partie dequels il s'est déjà fait maistre; et
avec la cavalerie s'est mis en lieu si à propos que, n'estant guières
esloigné de la dicte infanterie, et toujours proche des passages de la
rivière, il luy est facile, en peu de temps, secourir sa dicte
infanterie, si elle en avoit besoing, ou bien empescher ceux qui
voudroient passer la rivière; tellement que eux, réduits à ceste
extrémité de ne pouvoir attenter aucune chose sur l'infanterie, qui
est après à remettre les dictes places à mon obéissance, et ne pouvans
aussi tenter aucun passage de la rivière, sans estre perdus et
deffaits, je vous laisse à juger en quel estat ilz sont.

Il leur reste ceste seule espérance pour dernier reffuge que le duc de
Deux Ponts se hazardera tant que de les aller chercher jusques là où
ils sont, à quoy il n'y a pas grande apparance qu'une armée
d'estrangers, suivie d'une autre, aussi puissante à peu près, qui n'a
aucunes villes à soy, sans passage de rivière, n'estant favorisée de
qui que ce soit en mon royaume, mourant de faim, travaillés et
incommodés si souvant, puisse faire tant de chemin sans se perdre et
dissiper d'elle même, quand bien je n'aurois aucunes forces pour les
combattre.

Tout cela me faict espérer que leurs affaires n'yront pas si bien
qu'ils voudroient le faire croire à un chascun, estant leur ressource
fondée sur le secours du dict duc, lequel est véritablement avancé
dedans mon royaume jusques près d'Autun; mais avec perte de tant de
gens que, s'il continue à se laisser battre comme il a fait jusques
icy, il n'yra guères loing, sans se repentir, à bon escient, de la
folle entreprise qu'il a faicte d'entrer dedans ce royaume, et vouloir
passer la rivière de Loyre, à laquelle on a si bien pourveu.

Voylà, Monsieur de La Mothe Fénélon, comme vont mes affaires de deçà,
que je désire que vous fassiez entendre bien au long à la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, comme chose certaine et véritable, et
non pas ce que mes rebelles luy veulent imprimer et faire croire, qui
ne sont que mensonges et tromperies; et que l'asseuriés toujours de la
continuation de ma bonne amytié en son endroict, comme je luy fairai
paraistre par effect. Aussi attends je d'elle le semblable, comme elle
m'a toujours promis et asseuré, ce que vous sçaurez bien et sagement
faire entendre; et la conforterez en ceste opinion, la sollicitant des
effects convenables et nécessaires à la conservation de la dicte
amytié, si vous voyés que ses ministres la veuillent persuader du
contraire; priant Dieu, etc.

    A Reyms le XIVe jour de may 1569.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis cette despesche faicte, j'ay eu
advis certain que Mr d'Andelot est mort, ayant été frappé à la
deffaite que fit mon frère, le Duc d'Anjou, dernièrement sur eux, d'un
coup d'arquebuze dont il n'est depuis sceu guérir, ce que vous fairés
bien entendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, m'asseurant que
telles nouvelles luy apporteront plaisir.

Ce XIVe jour de may 1569.

    CHARLES.      DE L'AUBESPINE.



VIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour de may 1569.--

  Promesses faites par le roi à Marie Stuart.--Prise de la Charité
    par le duc de Deux-Ponts.--Mesures adoptées pour l'empêcher de
    se joindre aux protestans.--Marches des ducs d'Aumale et
    d'Anjou afin d'arrêter ses progrès.--Succès remporté par
    Montluc qui a empêché les vicomtes de s'avancer.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay, en peu de jours, receu deux
dépesches de vous, l'une du XIIe et l'autre du XVIe de ce mois[11] sur
lesquelles en général je vous dirai que je reçois un très grand
contentement du soigneux debvoir dont vous usez par delà pour mon
service; mais, pour plus particulièrement vous respondre sur icelles,
je veux bien vous advertir que j'ay donné ordre de fère, pour ma bonne
sœur, la Royne d'Escosse, ce dont m'escrivez; dont vous luy donnerez
advis, à ce qu'elle connoisse la recommandation en laquelle j'ay ses
affaires. Quant à vostre seconde dépesche, ce m'est un singulier
plaisir de ce que me tenez si particulièrement adverti des occurrances
qui s'offrent par delà, et des menées et pratiques dont mes rebelles y
usent, vous priant continuer à avoir toujours l'œil ouvert pour
descouvrir leurs actions, aussi soigneusement que vous avez faict
jusques à ceste heure, et me tenez diligemment adverti de ce que en
apprendrés, à ce que je ne puisse être prévenu de ce costé là, s'il
est possible.

  [11] Voyez XXXVe et XXXVIe dép., tom. I, p. 372 et 385.

J'ay veu les remonstrances que vous avez faites à la Royne
d'Angleterre, ma bonne seur, que m'avez envoyé par vostre dernière
dépesche, par où je connois d'autant plus le soing que vous employés
par delà; ce que je vous prie continuer, et de la prudance que y avez
usé jusques à ceste heure.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je veux bien vous advertir
comme le duc de Deux Ponts a pris, despuis peu de jours, la Charité,
chose qui est advenue par la lâcheté d'aucuns cappitaines qui estoient
dedans; lesquels s'enfuyans desbauchèrent et emmenèrent, quant et eux,
la plus grande partie des soldats qui y estoient: qui fut cause que
les habitans d'icelle, se voyant ainsi abandonnés de ceux qui les
debvoient conserver, se rendirent; ne pensant aussi que mon cousin le
duc d'Aumale, qui laissant le dict duc devant, alla en diligence
passer la rivière à Gien pour gaigner l'autre costé d'icelle, et par
là secourir la dicte ville et y mettre plus de forces, comme il eust
faict, encore que celles qui estoient dedans déjà feussent bastantes
pour la garder; d'autant que le dict duc n'y pouvoit autrement
grandement proffiter, n'aïant que deux petites pièces d'artillerie
devant la dicte ville, dont il faisoit batterie. Ce que voyant, mon
dit cousin est allé, avec mon armée, à Bourges pour estre à la teste
de l'armée du dit duc, et lui empescher le passaige et de se joindre à
mes rebelles; chose que je me promets à ceste cause ne luy faillir
seulement[12], mais aussi venant mon frère le Duc d'Anjou se joindre
avecque mon dict cousin, avec la plus grande et meilleure partie de
l'armée qu'il avoit, ayant laissé le reste pour opposer à mes
rebelles, s'ils vouloient se remettre en campagne et leur empescher le
passaige. Et au demeurant [il a esté] si bien pourveu à toutes choses
qu'ils ne pourront, quant ils voudroient, rien effectuer d'importance,
[et j'espère] de bientost avoir la raison de son entreprinse, pour les
grandes forces que j'auray à l'encontre de luy; qui seront renforcées
de quatre mille hommes de pied et deux mille chevaus italiens, qui
sont, il y a quelques jours, arrivés à Lyon, et seront en brief
joincts à mon armée. Outre ce, que aussi les vicontes ne peuvent se
joindre avecque le duc, comme il luy avoit esté promis, les tenants le
sieur de Montluc tellement arrestés qu'ils ne peuvent et oseroient
bouger du lieu où ils sont.

  [12] Quand même il serait seul, et à plus forte raison venant mon
  frère le duc d'Anjou se joindre avec lui.

Ce que vous aurez, pour ceste heure, pour le faire entendre par delà
sur ce que mes rebelles voudroient faire courir par delà au contraire,
comme je vous en prie; et, au reste, vous employer le plus
soigneusement que pourrez pour descouvrir ce que mes rebelles y
voudroient pratiquer au préjudice de mes affaires, et que l'on
voudroit entreprendre de faire en leur faveur, ainsi que j'en doubte
aucunement, sur ce que le dit duc est ainsi passé et si avant entré en
mon royaulme. Et ce j'attends, de vostre prudance et dextérité, et de
la grande dévotion que vous portez au bien de mon service, que vous
leur rompiés tellement leurs coups qu'ils ne puissent davantage
obtenir chose aucune au préjudice de mes affaires; priant Dieu, etc.

A Saint Maur, le XXVIIIe jour de may 1569.

    CHARLES.      DE L'AUBESPINE.



IX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour de juing 1569.--

  Satisfaction témoignée par le roi à l'ambassadeur.--Consentement
    donné à l'envoi de députés à Rouen pour traiter de la
    restitution des prises.--Voyage de la reine-mère à l'armée, à
    l'effet de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le duc
    de Deux-Ponts dans sa marche.


Monsieur de La Mothe Fénélon, bientost après vous avoir faict ma
dernière dépesche, du XXVIIIe du passé, qui vous a esté envoyée depuis
cinq ou six jours, est arrivé le Sr de Vassal avec la vostre du XXIIIe
du passé[13], fort ample sur toutes les choses qui se peuvent désirer
d'entendre du lieu où vous estes; qui m'a esté d'autant plus agréable
que j'ay bonne occasion de remarquer, en vous et en vos actions, toute
la dextérité et diligence en un bon et fidel ministre et serviteur, ne
pouvant que me servir infiniment à la conduite et direction de mes
affaires, d'estre ainsy souvant et particulièrement adverti des
humeurs et particuliers conseils de mes voisins. Si est ce que, n'y
ayant dans vostre dépesche aucune chose qui requière une bien
particulière réponse, je n'y entrerai plus avant que de vous prier de
continuer ce que vous avez faict bien prudament jusques icy: qui est
d'entretenir les seigneurs de ce conseil, que vous connoissés
affectionnés à ma cause, en leur bonne volonté et user dextrement de
la jalousie et deffiance, en quoy ils sont contre les autres, selon
que vous pouvés juger qu'il viendroit à propos pour le bien de mes
affaires, prenant soigneusement garde aux menées et pratiques de mes
adversaires, à ce que, sinon du tout, au moins qu'ils remportent le
moins qu'il sera possible en mon préjudice, et m'advertir souvent de
toutes occurances.

  [13] Voyez XXXVIIe dép., tom. 1, pag. 396.

Or, affin, Monsieur de La Mothe Fénélon, que les choses se puissent
mieux establir à la conservation et entretènement de la paix entre ces
deux royaumes, je trouve bon l'expédiant, que vous avés escrit à mon
cousin le maréchal de Cossé, d'envoyer deux anglois en Normandie pour
voir faire la délivrance des marchandises qu'ils maintiennent y avoir
esté arrestées, et que mon dict cousin envoye deux de mes subjects,
pour le mesme effect, en Angleterre, luy ayant dès maintenant escrit
qu'il y satisface, au premier advis qu'il aura de vous, et qu'il donne
tout libre accès aux dicts deux anglois pour l'exécution de ce que
dessus; avant le partement desquels de leur pays, vous les fairés bien
advertir qu'estans en mon pays, ils se gardent de toutes pratiques, ny
de s'entremettre d'autre chose que du faict pour lequel ils seront
venus, affin que, faisans le contraire, s'ils en estoient chastiés,
cela ne fust cause de venir à nulle dispute avec ma bonne sœur, la
Royne d'Angleterre. Laquelle pourra connoistre par là que je ne desire
que l'entretènement des traittés de la paix d'entre nos deux royaumes.

Quant à mes affaires, les choses sont encore en l'estat que je vous ay
fait entendre par ma précédente; sinon que la Royne, Madame et Mère,
est partie, depuis quatre ou cinq jours, pour approcher de mon armée
et conférer avec mon frère, le Duc d'Anjou, et les cappitaines qui luy
adcistent, des moyens qui se debvront tenir pour rompre ou chasser le
duc de Deux Ponts: dont je ne doubte point que Dieu me fasse la grâce,
tant pour la justice de ma cause que pour les gaillardes forces que
j'auray ensemble, quand mes deux armées seront joinctes, et toute ma
noblesse, et autres forces qui estoient dispersées par mon royaume,
lesquelles je fais assembler. Et espère vous en envoyer bientost
quelques bonnes nouvelles. Cependant je fairai fin à ceste lettre par
prière à Dieu qu'il vous ayt, etc.

A St Maur des Fossés le IIe jour de juing 1569.

    CHARLES.      DE NEUFVILLE.



X

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de juillet 1569.--

  Ordonnance pour la restitution réciproque, en un même jour, des
    prises faites tant par les Français que par les Anglais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, desirant qu'il soit prins quelque fin et
expédiant à la restitution des choses, qui ont été mal prises sur mes
subjectz en Angleterre, et à celles qui ont esté mal prises aux
Anglois de deçà, ainsy qu'il apartient à la commune amytié qui est
entre la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, et moy, je vous faicts ce
mot de lettre pour promètre et assurer, de ma part, à ma dicte bonne
sœur, que je feray rendre et restituer aux Anglois tout ce qui a esté
pris ou arrêté de leurs biens, en mon royaume, et que la réalle
dellivrance leur en sera faicte, au mesme jour et temps que ma dicte
sœur accordera aussy, par autre lettre signée de sa main: que ce qui
a esté pris et arresté, en Angleterre, ou qui s'y trouvera, en
essence, appartenir à mes subjectz, ou que mes dictz subjectz
montreront et vériffieront sommairement leur appartenir, leur sera
réallement restitué, trouvant bon que le terme des dictes
restitutions se preigne au dernier jour de ce moys, ou à aultre; et
que, au reste, nous facions mutuellement administrer bonne et prompte
justice à nos communs subjectz des prises et pilleryes qui ont esté
commises de costé et d'autre, selon que le contiennent les traictés;
priant Dieu, etc.

Escript à Orléans le VIIIe jour de juillet 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IXe jour de juillet 1569.--

  Disposition d'Élisabeth à déclarer la guerre.--Nécessité de
    surveiller ses projets, et d'en donner promptement avis sur la
    frontière.--Position des deux armées.--Levée du siège de
    Niort.--Fausseté des nouvelles répandues en
    Angleterre.--Assurance que d'Andelot et le duc de Deux-Ponts ne
    sont pas morts par le poison.--Bon état de défense de
    Périgueux, qui est menacé par les protestans.--Projets de
    mariage du roi d'Espagne et du roi avec les deux filles de
    l'empereur, et du roi de Portugal avec Madame.--Siège de la
    Charité; espoir de la prochaine reddition de la place.


Monsieur de La Mothe Fénélon, tout ce que nous pouvons recueillir de
vos dernières dépesches[14] c'est que la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur, n'oublie rien de toutz les appretz qui sont nécessaires pour
l'acheminement d'une guerre, laquelle nous ne voyons pas s'adresser à
aultres que à nous, estant ses affaires aux termes que vous le mandez
pour le regard du costé de Flandres, et en telle voye d'accord que je
tiens jà tous ces différants pour accordés; estimant bien que ce qui
la peut retenir, jusques icy, de se déclarer ouvertement, c'est
qu'elle veult auparavant veoyr ung peu clair à ce que auront d'heureux
succez les affaires de nos ennemys. Quoy que ce soit, j'ay bonne
espérance, quand elle en viendra là, qu'elle n'en raportera non plus
d'honneur et de réputation qu'elle fist aux troubles de l'année
soixante deux, vous priant, affin que nous ne puissions estre surpris,
que, comme vous avez bien faict jusques icy, vous advertissiés
ordinairement mon cousin le maréchal de Cossé, qui est pour pourveoir
à la Normandye et la Picardye, de toutes les choses qui seront
importantes au bien du service du Roy, Monsieur mon fils.

  [14] Voyez XLIe et XLIIe dép., 15 et 21 juin 1569; tom. II, pag.
  19 et 37.

Despuis le discours qui vous en fust dernièrement envoyé, de la façon
que s'estoient passé une bien grosse escarmouche entre quelques gens
de pied de notre armée et celle de nos ennemys, il n'est rien survenu
de nouveau entre les dictes armées; et sont, l'une au camp de Larsac,
qui est la nostre, et l'autre à N. Il est vray que, voyant l'Admiral
que le comte Du Lude estoit pret de donner l'assault à Nyort, l'a
envoyé secourir de deux mille chevaulx et quelques gens de pied, qui a
esté cause qu'il a esté contrainct d'en laisser le siège, ce qu'il a
faict sans aulcune perte.

Comme j'étois à l'endroict de ceste despesche, la vostre du XXVIIIe du
passé[15] nous est arrivée, par laquelle j'ay veu les beaux advis que
l'ambassadeur Norrys faict, sellon sa coustume, courir par delà, qui
sont sy faulx, malicieux et controuvez qu'il n'est possible de plus.
Car de dire que le poison de feu d'Andelot se soit avéré par
l'exécution d'un sien serviteur qui a esté tiré à quatre chevaulx,
cella est entièrement faulx, comme aussi ce qu'il fait courir de la
façon de la mort du duc des Deux Pontz, estant advenu à l'ung et à
l'aultre par une grosse fiebvre; à l'occasion de beaucoup de travail
qu'il auroit pris, mesmes le dict duc des Deux Ponts, aux continuelles
grandes journées qu'il fust contrainct de faire pour garder d'estre
combatu de nostre armée, avant que joindre l'Admiral. Et tant s'en
fault que le dict duc ayt mangé avec la Royne de Navarre, que, ung
jour auparavant qu'il fust joinct au dict Admiral, il estoit jà
extrêmement malade.

  [15] Voyez XLIIIe dép., tom. II, pag. 61.

Pour le regard de Périgueux, les dictz ennemys ont bien faict quelque
contenance d'y vouloir dresser la teste; mais ils n'en sont aprochez
de plus de dix lieues. Et quant ilz voudroient entreprendre de
l'assiéger, à quoy l'on ne voyt point d'apparance, y ayant une sy
puissante armée si prez d'eux, ils la trouveront pourveue d'ung sy bon
nombre d'hommes, qu'ils n'en raporteront que la honte.

Mon cousin le cardinal de Guise est icy arryvé depuys sept ou huit
jours, de retour de son voyage d'Espaigne, et nous a raporté la
résolution des mariages de la fille aisnée de l'Empereur avec le Roy
Catholique, de la seconde pour le Roy, Monsieur mon fils, et du
mariage du Roy de Portugal avec ma fille, avec toute assurence et
confirmation de l'amityé du dict Roy Catholique, qui n'est en rien
diminuée pour la mort de la feue Royne d'Espaigne, ma fille.

Le sieur de Sansac est au siège de la Charité, que nous espérons qu'il
aura réduict à l'obéissance du Roy, Mon dict Sieur et fils, dedans peu
de jours; priant Dieu, etc.

Escript à Orléans, le IXe jour de juillet 1569.

    CATERINE.      BRULART.



XII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour de juillet 1569.--

  Levée du siège de la Charité.--Ordre donné par le roi de
    reprendre le siège et de le poursuivre avec
    vigueur.--Satisfaction des assurances d'amitié transmises au
    nom d'Élisabeth.--Contentement témoigné par le roi à
    l'ambassadeur.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous fais ceste despesche en haste,
sur l'occasion d'une que l'ambassadeur d'Angleterre faict par delà,
par laquelle je ne faictz point de doubte qu'il ne donne advis de la
levée du siège de la Charité; dont, afin que vous saichiez les
particullarités des choses, ainsy qu'elles sont passées, je vous en
envoye ung petit mémoire, outre lequel, je vous veux bien dire que,
m'estant venues nouvelles, de ce jourdhuy, que les ennemys n'estoient
si approchez de la rivière de Loire que les précédans adviz le
portoient, et l'on s'en estoit donné de peur, j'ai mandé au sieur de
Sansac qu'il retourne au dict siège pour y faire tanter tout l'esfort
que sera possible, à ce que la ville puisse estre réduicte en mon
obéissance. Ce que je ne faictz pas tant pour importance dont elle
soit, ny commodité qu'en tirent mes ennemys, qui ne peut estre grande
en ce temps, ny pour le passaige de la rivière qui est guéyable en
plusieurs endroictz, mais pour ma réputation: car j'auray toujours
grand regret de faillir à mes entreprises, pour lesquelles mener à
exécution je n'oublierai rien, voïans mes subjects demeurant dans leur
obstination accoustumée.

Au demeurant, j'ay receu vostre lettre du Ve de ce moys[16] par
laquelle j'ai veu le discours des propos que vous a tenuz la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, qui sont toutz pleins d'une honneste
desmonstration du desir qu'elle a de conserver la paix, et vous prie
que, à la première audiance que vous aurez d'elle, vous luy rendiez
mes cordialles recommandations, avec ung gracieux mercîment de
l'assurance, qu'elle vous a donnée, de l'affection qu'elle a à la
prospérité de mes affaires, conservation de ma couronne et de la paix
de mon royaume; en quoy elle se peut confier que je luy ay toute telle
correspondance qu'elle sçauroit souhaister de prince de ce monde son
meillieur allyé.

  [16] Voyez XLIVe dép., tom. II, pag. 70.

Il est bien vray que les propos que vous ont tenuz les gens de son
conseil semblent estre de personnes qui veullent bien donner à
cognoistre qu'ilz ont moyen de nuire, quant ilz le vouldroient
entreprendre, pour leur en sçavoir plus de gré quand ilz ne le feront
poinct. A quoy vous avez saigement respondu et selon que je le puis
desirer pour mon honneur et réputation; n'ayant aultre chose à vous
dire par ce petit mot que je finiray en priant Dieu, etc.

Escript à Orléans ce XVIIe jour de juilhet 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour de juillet 1569.--

  Nécessité de découvrir les intentions secrètes d'Élisabeth, et
    d'exercer la plus grande surveillance en Angleterre.--Ordre
    donné pour une levée de Suisses et de Français.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous faictes service bien fort agréable
au Roy, Monsieur mon filz, de prendre occasion de visiter la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, le plus souvant qu'il vous est possible;
car, encores que j'estime qu'elle soit en ses propos bien fort
réservée, et sçache assez bien couvrir le font de ses intentions, sy
est ce que, par ceste fréquantation, il vous sera tousjours aysé d'en
descouvrir quelque partye, sy vous n'en pouvez sçavoir le tout; et
pour ce, le mieux, que vous puissiez faire, c'est de continuer à la
visiter bien souvant.

Vostre dépesche du Ve me confirme tousjours, de plus en plus, en
l'opinion, que j'ay eue cy devant, que les différants d'Angleterre et
des Pays Bas se composeront bientost amiablement, dont vous nous
advertirés de ce qui succèdera, ensemble des aprestz qu'ilz fairont
par dellà; à quoy je vous prye d'avoyr l'œil soigneusement ouvert,
selon vostre vigilance accoustumée.

Le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne voulant rien oublier en l'exécution
de ceste entreprinse, puysque ses subjectz demeurent en leur
obstination accoustumée, faict faire une nouvelle levée de douze mil
Suysses et de quarante enseignes de François, qu'il espère avoir toutz
pretz dedans la my aoust; estant tout ce que j'ay à vous dire par ce
mot, auquel je fairay fin en priant Dieu, etc.

Escript à Orléans le XVIIe jour de juillet 1569.

    CATERINE.      BRULART.



XIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour de juillet 1569.--

  Remercimens du roi pour les communications qu'Elisabeth lui a
    fait transmettre.--Confidence secrète du projet de mariage de
    Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Injonction faite à
    l'ambassadeur d'en favoriser de tout son pouvoir
    l'exécution.--Recommandation du plus grand secret.--Nouvelles
    de la guerre.--Prise de Châtelleraut et de Lusignan par les
    protestans.--Nécessité où se trouve le duc d'Anjou de se tenir
    sur la défensive.--Envoi d'un secours par le roi
    d'Espagne.--Mesures prises pour solder les troupes.--Projet des
    protestans d'attaquer Saint-Maixent ou Poitiers.


Monsieur de La Mothe Fénélon, il y a quelques jours que vostre
dépesche de l'unzième[17] m'est arrivée, par laquelle j'ay veu que la
prompte levée qui s'est faicte, de cinq mille hommes de pied, a esté
pour le costé d'Irlande; et comme, encore que le remuement qui est de
ce costé là ne soit de petite importance, néantmoins l'on le veult
rendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, le moindre que l'on
peut, pour ne la divertir d'entendre à quelque autre entreprinse,
comme vous jugez sagement qu'elle pourra faire, si elle en voit
quelque commode occasion, encores que son langaige soit plein de toute
honnesteté et courtoisie. Dont je desire néantmoins que vous la
merciez de ma part, et luy dites que, sy elle desire, de son costé,
qu'il ne m'advienne aucun mal de ceste guerre, je n'en desire pas
moins pour elle du remuement que j'ay sceu estre advenu, puis
naguières, au pays d'Irlande. Et puisqu'elle vous a dict qu'elle
auroit certitude, dedans la sepmayne de la dacte de vostre lettre, de
ce qui se fera de la levée que l'on dict que faict Cazimir, je
m'asseure que n'aurés failly de la recorder de vous en dire ce qu'elle
en sçayt.

  [17] Voyez XLVIe dép., tom. II, pag. 80.

Au demeurant, l'on m'a adverty que la Royne d'Escosse est bien avant
en propoz de mariage avec le duc de Norfolc, et que l'on espère que
les choses s'en pourront mener à quelque bonne fin; ce que j'ai
occasion de desirer beaucoup plustost qu'il se fasse, que avec le
bastar d'Espaigne, ainsi que je sceus cy devant qu'il s'en praticquoit
quelque chose. Et, à ceste cause, je vous prie, Monsieur de La Mothe
Fénélon, que dextrement, comme de vous mesmes, et sans faire
cognoistre en façon du monde que je vous en aye rien escript, vous
fassiés tout ce qu'il vous sera possible pour faire trouver bon le
dict mariage à la dicte Royne d'Escosse, et le favorisiez tant, par
toutz les bons moyens que vous pourrés trouver de par dellà, qu'il se
puisse conduire à quelque bon effect, n'oubliant à découvrir saigement
ce qui en a jà esté miz en termes, et sy les choses sont sy advancées
que l'on me les a faictes, dont vous ne faudrez de me donner adviz. Et
surtout regardez à manier ce fait si secrètement que vous ne puissiez
estre descouvert de personne, et qu'il ne vienne en cognoissance qu'il
vous ayt esté rien mandé de deçà.

Quant à l'estat de mes affaires, vous avez sceu, par ma dernière,
comme le faict du siège de la Charité s'est passé. Despuys, mes
ennemys, s'estant advancez, sont entrés dedans Chastèlerault, où les
soldatz qui estoient ordonnez pour la garde des postes, en petit
nombre, leur ouvrirent la porte; et ont assiégé Luzignam, où, après
avoir esté quelques jours, et avoyr enduré ceulx de dedans, qui
n'estoient que deux ou trois centz hommes, deux assaux, auxquels ilz
ont bien tué de mes dictz ennemys six ou sept cens hommes, enfin ilz
se sont renduz à composition. Mon armée, que commande mon frère, le
Duc d'Anjou, s'aproche tousjours d'eulx pour leur faire teste. Il est
vray que, ayant donné congé à la pluspart de sa gendarmerye de s'en
aller faire ung tour en leurs maisons, il n'a pas, à beaucoup près,
tel nombre de gens de cheval françoys qu'il avoit cy devant; qui est
cause qu'il n'a pas, jusques icy, peu aprocher de sy prez mes dictz
ennemys ni les tenir si serrés comme l'on eust peu faire autrement.

Je vous ay mandé cy devant comme je faictz lever huict mil Suysses de
nouveau, et cinquante enseignes françoises, affin d'estre tousjours
plus renforcé et avoir plus de moyen de résister aux forces
étrangères, desquelles l'on me menasse: [oultre lesquelles forces, le
Roy d'Espaigne, mon beau frère, m'envoye quatre mil Espaignols]. Je
suis venu à bonnes journées en ceste ville pour donner ordre aux
provisions d'argent nécessaires pour l'entretènement des susdictes
forces des gens de pied, Françoys et Suysses, affin que, y ayant
pourveu, je puysse incontinent m'en retourner à Orléans. Dont n'ayant
que faict deux journées jusques en ceste ville, il ne sera pas que
ceulx qui essayent à descrier tousjours mes affaires de delà, le plus
qu'ilz peuvent, ne facent, possible, semer le bruict que je m'en sois
retiré par crainte de mes dictz ennemys; lesquels n'ont, jusques icy,
faict aucune contenance de s'aprocher plus prez de la rivière de Loyre
que le dict Chatèlerault. J'estime qu'ilz seront pour assiéger St
Maizant ou Poytiers; lesquelles places sont pourvues d'ung sy bon
nombre d'hommes que j'espère qu'il n'en adviendra aucun inconvéniant;
estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict où je prie Dieu,
etc.

Escript à St Germain des Prez, le XXVIIe jour de juillet 1569.


Me faisant réponce sur le faict du susdict mariage, escripvez m'en par
la lettre particulière que vous adresserez à Brulart, et non avec les
dépesches que me fairez de l'estat auquel sont les choses par delà.

    CHARLES.      BRULART.



XV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour de juillet 1569.--

  Négociation sur la restitution des prises.--Assurances d'amitié
    pour la reine d'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, la dépesche, que vous a portée Sabran,
vous aura donné moyen de satisfaire la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur, sur le faict des restitutions des marchandises qui ont été
arrestées, tant du costé d'Angleterre à mes subjectz que du costé de
deçà aux Anglois; de sorte qu'elle n'aura point d'occasion de penser
que vous vous soyez en cela advancé plus que mon intention. Quant aux
quatre subjectz de ma dicte sœur qui sont arrestez à Calais, dont
elle vous a faict plaincte, vous luy en avez fort saigement respondu.
Toutesfois, pour estre esclayrcy de ce qui en est, j'ay escript
présentement au sieur de Gonrdan pour sçavoir l'occasion du dict
arrest, pour, après l'avoir sceue, en faire faire toute telle raison
qu'il apartient à la commune amityé, qui est entre ma dicte bonne
sœur et moy, en laquelle elle se peut assurer que je continueray
tousjours sans rien faire de mon costé, qui la puisse aulcunement
altérer; priant Dieu, etc.

Escript à Paris le XXVIIe jour de juilhet 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVe jour d'aoust 1569.--

  Remontrances qui doivent être faites à la reine d'Angleterre afin
    qu'elle arrête les secours destinés pour la
    Rochelle.--Dénégation qu'une ligue ait été formée par le roi
    avec l'empereur et le roi d'Espagne.--Desir manifeste
    d'Élisabeth de se tenir prête à profiter des troubles de
    France.--Avis de secours préparés en Allemagne pour les
    protestans.--Vive recommandation faite à l'ambassadeur de
    favoriser de tout son pouvoir le mariage de Marie Stuart avec
    le duc de Norfolk.--Envoi des lettres officielles annonçant le
    mariage du roi avec la seconde fille de l'empereur, et de
    Madame avec le roi de Portugal.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par vos trois dernières despêches, des
XIXe et XXVIIe du passé, et celle que j'ay receue hier du premier du
présent[18], de l'une desquelles le Sr de Vassal a esté porteur, je
cognois bien qu'il se continue tousjours par dellà plusieurs mauvais
offices, mesmes pour le regard des deniers que l'on a tacitement
permis à ceux de la Rochelle d'emprunter sur les bagues de la Royne de
Navarre, bien que les propos de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur,
soient tousjours les plus honnestes qu'il est possible; lesquels elle
ne sçauroit mieux faire cognoistre correspondre à la sincérité de son
intention, que quand elle déniera faveur en son royaume à ceux qu'il
luy est assés notoire m'estre rebelles. Dont je désire que vous la
sollicitiez, de ma part, à toutes occasions, mesmes sur les dictz
deniers, que vous avez entendu que l'on est après pour recouvrer en
son pays, sur les bagues de la dicte Royne de Navarre, pour en ayder
et secourir mes dictz rebelles, ce qu'elle ne peut souffrir sans bien
avant contrevenir au traicté de payx, affin de tousjours luy faire
bien cognoistre que je voys assez clair en ses déportemens, et que ses
honnestes parolles ne me les peuvent tant déguyser que je ne sente
bien en quoy elle se départ de l'office de bonne sœur et alliée
qu'elle me doit estre, et de l'affection qu'elle vous a, tant de foys,
dict porter au bien de mes affaires. Ce que vous regarderez de luy
faire entendre sy dextrement, et à propos, qu'il serve à la contenir
et garder de se laisser persuader à beaucoup de choses, ès quelles
ceux qui n'ayment pas son repos desirent la faire résouldre: dont elle
pourra, possible, en le faisant, recepvoir plustot désavantaige en ses
affaires que quand elle vouldra, en observant sa foy, entretenir la
paix qu'elle a promize et jurée avec moy; s'estant assés ordinairement
veu que les princes qui, soubz une injuste querelle, mènent guerre
couvertement ou appertement à leurs voysins, n'en rapportent enfin que
perte et ruyne pour eux, leurs royaumes, pays et subjectz.

  [18] Voyez XLVIIe, XLVIIIe et XLIXe dép., tom. II, pag. 89, 97 et
  129.

J'ay bien considéré le mémoire ample que m'avez envoyé de l'estat des
choses de delà, lesquelles, encore qu'elles semblent quelque peu
préparées à remuement, si est ce qu'il n'est tel que pour cela l'on
puisse penser qu'ilz soyent divertiz de porter mauvaise affection à
mon royaume, et que les grands préparatifs que continue ma dicte bonne
sœur ne soyent plustost pour entreprendre une offension que pour
conserver son estat, si ce n'estoit que, sur l'opinion que ceux de
delà se sont mize en la teste de la ligue qu'ils disent estre toute
certaine entre l'Empereur, le Roy d'Espaigne et moy, ainsy que le
secrétaire Cecille le vous a voullu prouver par ses raysons
discoureues au dict mémoire, ma dicte bonne sœur fust en une
perpétuelle deffiance que je la voullusse offenser. A quoy je ne voy
point d'aparance, mais bien plustost qu'elle a l'œil ouvert pour
tirer des malheurs de mon royaulme quelque proffict en ses
prétantions; trouvant bon que vous ayez eu avec les seigneurs de delà,
et semblablement avec ma dicte bonne sœur, les propos que me mandez
par vostre lettre du dict premier de ce moys, qui peuvent servir à
tousjours mieux sonder les fontz de leurs intentions.

Les adviz qui me viennent du costé d'Allemaigne se conforment, en
quelque chose, à ce que le comte de Lescestre vous a dict du dict
Cazimir. Et en conférant tout ce que j'entendz des dictz adviz, je voy
bien qu'il y a grande apparance qu'il s'y doive faire quelque nouvel
amas de gens de guerre; portant mesmement, ung des dictz adviz, qu'il
a esté envoyé d'Angleterre de l'argent en Allemaigne pour l'Admiral,
dont vous mettrez peyne de vous esclaircyr de ce qui en est.

Je vous recommande l'affaire dont, par mes dernières despesches, je
vous ay escript, auquel je vous prie vous y employer sy avant que le
mariage que sçavez se puisse fère, y uzant de toutz les meilleurs et
plus exprès moyens, dont vous vous sçaurez saigement adviser.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, estant le faict de mon
mariage avec la fille puisnée de l'Empereur, et de ma sœur avec le
Roy de Portugal, sy advancé que j'ay envoyé pouvoir à mon ambassadeur,
qui réside en Espaigne, pour en contracter avec ceux que le Roy
d'Espaigne, qui a pris toute la charge de cest affaire, voudra
députter, la Royne, Madame et Mère, et moy en avons voullu donner
adviz à ma dicte bonne sœur par les lettres que nous luy escripvons,
que vous luy présenterez avec nos cordialles et affectionnées
recommandations; priant Dieu, etc.

Escript à Amboise le XVe jour d'aoust 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVe jour d'aoust 1569.--

  Désir de la reine-mère que la pacification soit faite en France.


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . choses à ce
que ceste guerre soit abrégée le plus que l'on pourra, ainsi que nous
espérons que Dieu nous en fera la grâce, le priant, Monsieur de La
Mothe Fénélon, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.

Escript à Amboise le XVe jour d'aoust 1569.

    CATERINE.     BRULART.



XVIII

Mr DE LA MEILLERAYE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour d'aoust 1569.--

  Plaintes contre les déprédations des Anglais.--Vive
    recommandation adressée à l'ambassadeur de communiquer sans
    retard les entreprises qui pourraient être préparées en
    Angleterre.--Nouvelles de la guerre.--Siège de Poitiers.
    --Secours introduit dans la place.--Bon espoir que la ville ne
    pourra être forcée.

Monsieur, j'ay receu vostre lettre en dabte du dixiesme du présent,
avecques celles que escrivez à Mr le mareschal de Cossé, lesquelles
j'ay ouvertes suivant ce qu'il m'en a dict, à son partement de ce
païs, pour y aprendre chose pour le service du Roy qui requist prompt
remède. Et à mesme instant j'ay envoyé vostre dicte lettre par l'un
des myens que j'ay envoyé vers Leurs Majestés, auquel j'ay donné
charge d'en pourchasser la responce, et pareillement d'aultre vostre
despesche, du premier jour de ce mois, qui a passé par mes mains; par
toutes lesquelles j'ay apris le bon acheminement que vous prenez pour
faire raison aux subjectz du Roy qui certainement ont esté jusques à
icy fort gourmandez; et pour m'asseurer que vous vous y emploierez de
tout vostre pouvoir, je ne vous en feray plus ample recommandation, et
seullement vous diray que, de jour à aultre, il se commect sur les
dictz subjectz plusieurs piratteries et déprédacions, et ne puis
croire que, si la Royne d'Angleterre commandoit en estre faict quelque
pugnition exemplaire, telles chozes ne cessassent en peu de temps.
Bien est vray que nous ne nous pouvons plaindre des expédictions
qu'elle faict donner en son conseil pour la restitution des dictz
biens déprédés, mais l'exécution ny les effectz ne sont semblables.

Et quand au regard des préparatifs qui se font par delà par la
conduicte de l'agent du prince d'Orange et autres qui s'empeschent de
telz dessaingz, en intention, comme il est bien à penser, de porter
dommage aux affaires du Roy, je vous prye, à tout le moyns, sy n'avez
moïen de les faire rompre et divertir, que soyons advertiz à temps de
leur embarquement et des chozes qui le mériteront pour tant plus nous
préparer de les recepvoir au cas qu'ilz nous voulsissent venir veoir;
vous voullant bien dire sus ce propos, qu'il reste par deçà une bonne
quantité d'hommes qui ont très bonne dévotion de les empescher
d'entreprendre choze qui tourne au préjudice du service du Roy; et
trouveront le tout en aultre estat que beaucoup ne le despeignent, en
intention de tant plus les convier à exécuter ce que eux mesmes ne
peuvent faire sans l'aide d'aultruy; et néantmoyns espère bien que
tous ensemble y perdront leur peine.

Et quand à ce qui touche l'estat des affaires de la guerre, je ne vous
en feray long discours pour le présent, sinon vous dire que, ayans les
ennemys assiégé Poictiers, et admené bonne quantité de monitions en
intention d'y faire brêche, en voïant le peu d'advantage qu'ils en
espéroient, ont changé de batterye et remplacé leurs pièces aultre
part, qui est un tel signal que pouvez penser, joinct le grand nombre
de gens de bien qui sont dans la dicte ville, que l'on n'en doibt
attendre que une très bonne yssue pour le service du Roy. Et y sont
entrez de renffort, puys quelques jours, le cappitaine Annoux, maistre
de camp, le cappitaine Sarrioux et aultres hommes signallez,
accompaignez de mil ou douze centz harquebuziers choisys; lesquelz en
entrant, ont taillé en pièces le corps de garde des dictz ennemis, qui
font grandes pertes aux saillyes qui se font journellement, de sorte
qu'ilz n'eussent peu entreprendre choze plus à leur ruyne pendant que
nostre armée s'est quelque peu rafreschye, et que l'on a rassemblé la
gendarmerye, laquelle faict monstre généralle dans le vingt cinquiesme
de ce mois. Et croïez que, le tout remys ensemble, il fauldra que les
dictz ennemys changent de desseing; qui sera, comme je présume, très
bon subject de refroidir ceux qui auroient envye d'entrer en ceste
province.

Et pour la fin de ma lettre, je vous puis asseurer que je seray fort
songneux, d'icy en avant, de vous faire part des occurrences qui
s'offriront par deçà, comme aussy je vous prye en faire le semblable
de vostre part, estant très certain que mon Maistre aura ceste
correspondance fort agréable; qui sera l'endroict où présentant mes
affectionnées recommandations à vostre bonne grâce, etc.

De Fontaines le Bourg, ce XVIIe jour d'aoust 1569.

    Vostre bien humble et plus affectionné amy,

    FRANÇOIS.

Je vous prye, venant homme seur par deçà, me faire entendre en quel
estat sont les affaires d'Escosse et Hirlande, et quelle obéissance y
est rendue à la Royne d'Angleterre.



XIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour d'aoust 1569.--

  Nouvelles du siège de Poitiers.--Déclaration du roi qu'il ne veut
    poser les armes qu'après la soumission des
    protestans.--Résistance de Poitiers.--Résolution du roi de
    faire approcher son armée pour forcer les protestans à lever le
    siège.


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Poictiers ny de tenir
un si long siège, qu'il y a qu'ilz sont, sans y avoir rien gaigné là,
grâce à Dieu, que la perte de beaucoup d'hommes, vous voulant bien
dire sur ce que me mandez qu'elle a fort essayé de sçavoir de vous: si
mon intantion estoit de mestre fin à ceste guerre et aux différans de
la religion, par armes ou autrement, que je désire, si elle tombe, cy
après, avec vous sur semblables propos, que vous luy faictes entendre
que le vray et principal but de la présente guerre c'est de me fère
rendre par toutz mes subjects l'obéissance qui m'est due; d'establir
ung bon repos en mon royaume, et de régner roy paysible sur mes
subjectz, ainsy que ont faict mes prédécesseurs, ne voulant plus que
les troubles et remuemens, qui ont esté cy devant suscytez sur
l'occasion de mes jeunes ans, soient, à ceste heure, continuez, que
Dieu, par sa grâce, m'a donné eaige et sens pour gouverner mes dictz
subjectz.

Ainsy que j'estois sur le point de vous faire la présente, la vostre
du XVe est arrivée[19], par laquelle me mandez les sollicitations que
continuent de faire de par delà mes dictz rebelles; à quoy je ne vous
sçaurois dire autre chose, sinon que vous vous y oposiez tousjours, le
plus vivement que vous pourrez. J'ay veu le beau discours qu'ils ont
envoyé par delà auquel ilz n'ont pas manqué, comme de coustume,
d'estendre les choses fort à leur avantage sans ..... vérité qui .....
leurs ordinaires artifices qui ne peuvent ..... qu'il est.....

  [19] Voyez LIIe dép., tom. II, pag. 152.

Il y a plus d'ung moys que mes dicts rebelles sont au siège de
Poitiers, où, après avoir faict bapterie d'artillerye en plusieurs
endroictz, consommé ung grand nombre de monitions, et tanté par
quelquefoys s'ils pourroient entrer dedans par la force, ilz ont
trouvé si forte résistance des gens de bien qui y sont, que, se voyant
désespérez de l'avoir par la force, ilz se sont résoluz d'attandre que
la nécessité des vivres contraigne ceux dedans de se randre; vous
laissant à penser si ceste leur espérance est bien fondée, estant la
dicte ville grandement pourveue de vivres, comme elle est, et estant
mon armée preste à estre remise toute ensemble dedans quatre ou cinq
jours; qui sera bien le nombre de sept à huit mille chevaux et de
quinze ou seize mil hommes de pied, avec laquelle je suis dellibéré de
les faire approcher de sy prez qu'ils seront contrainctz de lever le
siège. Priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, le XXXe jour d'aoust 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de septembre 1569.--

  Satisfaction du roi de la conduite de l'ambassadeur.--Demande que
    défense soit faite aux navires anglais de se rendre à la
    Rochelle.--Offre de Bordeaux pour fournir au commerce des
    Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys la dernière despesche que je vous
ay faicte, qui a esté du XXXe du passé, m'ont esté aportées les deux
vostres des XXIIe et XXVIe du dict passé[20]; par la première
desquelles vous me discourez bien amplement des honnestes propos que
la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a tenuz aux marchans qui sont
allez par delà pour l'accord de la restitution des marchandises
arrestées, et l'instance que vous luy avez faicte sur la sortye des
ourques, qu'elle a excusée le mieulx qu'elle a peu. Toutesfois il se
cognoit assés, par la tacite permission qu'elle a donnée de les
emmener, que c'est toujours soubz main favoriser les entreprinses des
rebelles; et faictes bien, voyant telles choses, de vous y opposer
fort fermement, car cella la rendra plus retenue et réservée en ses
actions, et à empescher qu'elle ne se laisse du tout surmonter aux
persuasions de ceux qui luy conseillent de se remuer contre moy.

  [20] Voyez LIIIe et LIVe dép., tom. II, pag. 165 et 174.

L'instance que vous avez faicte aussy, envers ma dicte bonne sœur,
pour la Royne d'Ecosse, n'a esté que bien à propos, quant ce ne
seroit que pour découvrir le fonds de l'intention qu'elle a en son
endroict, de laquelle je me suis toujours bien doubté; et que les
déclarations[21] qu'elle a demandées de la Royne, Madame et Mère, de
mon frère et de moy, n'ont esté que pour remettre les choses toujours
les plus à la longue qu'elle pourra. Et toutesfoys ce n'est peu faict
de l'avoir pressée sy fort qu'elle ait été contraincte de vous dire,
en descouvrant le mescontantement qu'elle a de la dicte Royne
d'Escosse, que l'on ayt patiance jusques à quinze jours, dedans
lesquels elle procèdera en son affaire de telle sorte que les princes
chrétiens en auroient contantement; vous priant de l'entretenir en
ceste bonne volonté, et de faire tant, s'il est possible, qu'elle
réussisse à quelque bon effect.

  [21] Voyez la déclaration du roi, en date du 10 juillet 1569, et
  celle du duc d'Anjou, en date du 17 juillet, tom. Ier, pag. 431
  et 433.

Qui est tout ce que j'ay à vous dire sur la dicte lettre, et qui me
fera venir à celle du dict XXVIe, par laquelle me mandez la diversité
des advis que avez euz du chemin que prenoyent les françois et
flamans, sortys de Londres; sur lesquels vous avez eu bon subject de
tenir aux seigneurs du conseil de par dellà le langaige dont vous leur
avez uzé, encores que tousjours ilz parent leurs actions des plus
belles excuses qu'il leur est possible; et ferez fort bien, survenant
telles choses, d'en tenir tousjours advertys de bonne heure les Sr de
Piennes et de La Meilleraye, afin qu'ils soient plus sur leurs gardes.

Je desire que vous requerriez ma bonne sœur qu'elle ne souffre que
ses subjects aillent à la Rochelle, et luy dictes que, s'ilz veuillent
aller à Bourdeaux, ils y trouveront les danrées et marchandises qu'ils
desirent achepter, avec autant et plus de commodité qu'ilz feroient à
la Rochelle; et si, en ce faisant, sera entretenir le commun bon
respect que nous nous debvons l'un à l'autre.

Qui est tout ce que je vous puis escripre pour le présent et
l'endroict où je prie Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XXI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de septembre 1569.--

  Assurance qu'il n'a été remis au roi aucune remontrance de la
    part des protestans qui font le siège de Poitiers.--Approbation
    de la conduite tenue par l'ambassadeur à l'égard de Marie
    Stuart.--Départ du duc d'Anjou pour se mettre à la tête de
    l'armée, et faire lever le siège de Poitiers.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je suis bien aise de la bonne espérance
que vous avez que les marchans qui sont allés par delà pour la
restitution des marchandises arrestées, tant en Angleterre que en ce
royaume, pourront conduire les choses à quelque bon accord; et est ce
que nous desirons grandement, m'esbahissant fort, d'autre part, de ce
que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous a dict, sur le propos
du siège de Poitiers, de la remonstrance que ceux, qui sont devant le
dict Poitiers, ont envoyé présenter au Roy, Monsieur mon fils, et que
même il ayt esté mandé par delà que l'on l'ayt envoyée par le comte de
Retz; car c'est chose évidemment contraire à la vérité. Et n'avons
jamais, le Roy, Mon dict Sieur et fils, ny moy, veu la dicte
remonstrance, sur laquelle vous avez répondu fort prudemment et selon
l'intention du Roy, Mon dict Sieur et fils, qui n'aura occasion de
recepvoir jamais aucune remonstrance d'eulx qu'ils ne soient
premièrement mis en estat de bons et loyaulx subjectz, en déposant les
armes et se randant dignes, par tel moyen, d'estre receuz en sa bonne
grâce, laquelle il ne leur refuzera jamais, quand, de leur costé, ils
la rechercheront, selon qu'ils le doibvent faire; estant, au
demeurant, bien resjouye de veoir, par vostre lettre du XXVIe, qu'il y
ayt plus d'espérance à l'accommodement des affaires de la Royne
d'Escosse qu'il n'y avoit, lors de vostre dépesche précédante du
XXIIe; et ne sera oublyé, pour toujours les favoriser, de tenir à
l'ambassadeur d'Angleterre le mesme langaige que vous avez faict par
delà à ma dicte bonne sœur.

Au demeurant, quant à noz nouvelles, je vous veux bien dire que, hier,
mon filz, le Duc d'Anjou, partit pour aller trouver nostre armée, qui
s'estoit jà acheminée devant au lieu de la Haye, distant de Poitiers,
de douze petites lieues seulement, d'où il espère bien de s'approcher
sy bien du dict Poitiers, dedans peu de jours, qu'il contraindra ceulx
qui sont devant d'en lever le siège; se disant par les dernières
nouvelles, que nous avons confirmées de diverses personnes, que
l'Admiral estoit bien fort malade, et qu'il ne sortoit point de la
chambre. Dedans peu de jours, nous verrons la résolution qu'ilz
prendront, voyant nostre dicte armée les aprocher, chose qui leur
ostera toute l'espérance qui leur restoit de prendre la dicte ville de
Poitiers par nécessité, après avoir veu que la force n'y pouvoit rien;
et sera bien pour confirmer le mauvais mesnage qui commanceoyt jà
estre entre eux et leurs reystres, desquels ils ont assigné le
payement sur la prinze du dict Poitiers; ayant, au demeurant, escript
par toutz les endroits à ceulx de leur opinion qu'ilz regardassent à
les aider et secourir de deniers et d'hommes dont ils ont perdu un
grand nombre au siège du dict Poitiers. Et sur ce, etc.

Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.

    CATERINE.     BRULART.



XXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIVe jour de septembre 1569.--

  Espoir que les mauvaises intentions des Anglais resteront sans
    effet.--Promesse en faveur de Marie Stuart.--Assurance donnée
    au roi qu'il ne se fait pas de levée en Allemagne.--Ordre
    d'insister toujours vivement pour Marie Stuart.--Adhésion à
    l'accord proposé pour la restitution des prises et concernant
    le commerce.--Nouvelles de la guerre.--Marche des protestans
    après la levée du siège de Poitiers.--Les deux armées en
    présence auprès de Chatelleraut.--Motifs qui ont empêché de
    livrer la bataille.


Monsieur de La Mothe Fénélon, la despesche, que m'avez faite par
Sabran[22], m'a bien au clair représenté l'estat des affaires de par
delà, ès quels l'on veoit toujours quelque incertitude de résolution
et ung préparatif de personnes qui veullent avoir des moyens prêtz à
nuyre et porter dommaige en mon royaume, s'ils peuvent, quand ils
seront bien résolus de l'entreprendre. Toutesfois j'ay bonne espérance
que l'on n'y prouffitera en rien, et qu'il n'y sçauroit advenir sy peu
d'heureux succez en mes affaires que cela ne réfroidisse bien la
volonté de mouvoir que ont beaucoup de gens de par delà.

  [22] Voyez LVe dép. du 1er septembre 1569, tom. II, pag. 189.

Touchant les affaires de la Royne d'Escosse, il sera teneu à
l'ambassadeur d'Angleterre ung mesmes langaige que celuy que vous avez
tenu par delà, lequel servira, comme je pense, à les favoriser en
quelque sorte, combien que, à la vérité, les déportementz de la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, donnent à cognoistre qu'elle en
rejectera la conclusion le plus à la longue qu'il luy sera possible.

Les advis, qui nous viennent du costé d'Allemaigne, ne parlent point
de levées dont le bruict court par dellà, mais au contraire qu'il ne
s'y en fait point. Bien est il vray que l'Empereur a esté en quelque
propos de mettre sus les III mille chevaux et VI mille hommes de pied,
qui luy ont esté accordez à la diette de Francfort, pour la
conservation de la paix du pays, et engarder que les reystres, qui
sont en ce royaume d'une part et d'autre, retournans, ne facent dedans
les terres de l'Empire les mesmes pilleryes qu'ilz ont faict en
venant; mais il s'estime plustost qu'il ne les lèvera point que
autrement.

Comme j'avois commencé à vous faire la présente, voz deux despesches
des Ve et VIe de ce moys[23] m'ont esté aportées; par la première
desquelles j'ay veu les nouveaux acrochementz qui sont dressez à la
dicte Royne d'Ecosse, et comme la Royne d'Angleterre luy veult faire
acroire qu'elle oze entreprendre sur son estat, estimant que, quand
elle s'en sera bien faict cognoistre innocente, l'on trouvera encores
quelque nouveauté pour tousjours reculler la conclusion de ses
affaires. A quoy vous ne laisserez tousjours d'incister, comme vous
avez bien faict jusques icy, et d'autant plus vifvement que l'on veoyt
qu'ilz veulent remettre les choses en une longueur trop ennuyeuse.

  [23] Voyez LVIe et LVIIe dép., tom. II, pag. 218 et 227.

J'ai faict veoir l'escript que ceux du conseil d'Angleterre ont
arresté par delà pour le faict du traficq et entrecours de
marchandises entre mes subjectz et les Anglois, lequel, à la vérité,
ils ne debvroient aucunement restraindre pour le regard des commerces
des Pays Bas. Toutesfois je ne suis pas d'adviz que vous faictes là
dessus plus grande instance que celle que jà vous avez faicte par
vostre responce sur le dict article; car aussy bien cela ne serviroit
de rien, et faudra regarder de passer les choses le plus doucement que
l'on pouvra.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys ma lettre du
VIIe[24], par laquelle je vous ay adverty de la levée du siège de
Poitiers, les ennemis se sont advancez de deçà Chatellerault assés
prez du fort de Pille, où mon frère avait faict mettre ung nombre de
harquebusiers pour le garder, d'autant que les ennemys voulloyent
essayer de gaigner ce logis là; s'estant logé mon dict frère avec mon
armée au lieu de la Selle, de sorte qu'il y a eu sy grande voisination
entre les deux armées, l'espace de quatre ou cinq jours, que
l'artillerye a tiré d'ung camp à l'autre. Il est vray que la rivière
estoit entre deux, mais elle est gayable: et se sont cepandant passées
plusieurs escarmouches ès quelles les dictz ennemys ont toujours eu du
pire. Ils ont faict contenance jusques d'avoir grande envye de
combattre, toutesfois ils n'ont jamais osé venir assaillir mon armée
au lieu où elle estoit logée; laquelle, d'un autre costé, ne pouvoit,
par la raison de la guerre, aussi habandonner ce lieu là bien
advantaigeux, et qu'il failloit garder son advantaige, n'estant guère
arrivé de nostre gendarmerye. Mon cousin le duc de Guyse est, de ceste
heure, auprès de mon dict frère; lequel lui a amené ung bon renfort,
et espère que bientost il s'ensuivra quelque bonne exécution utille
et profitable au bien commung et universel de mon royaume. Escript le
XIIIIe jour de septembre 1569.

    CHARLES.      BRULART.

  [24] Cette lettre manque.



XXIII

LE ROY A MR DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour de septembre 1569.--

  Desir du roi que le mariage de Marie Stuart avec le duc de
    Norfolk s'accomplisse.--Ordre donné à l'ambassadeur
    d'encourager le duc dans sa poursuite, et de lui faire toutes
    les promesses qu'il jugera utiles.--Nécessité d'encourager les
    seigneurs catholiques à rétablir la religion, et de fomenter
    les divisions en Angleterre afin de détourner Élisabeth de
    porter secours aux protestans de France.--Vives instances qui
    doivent être renouvelées en faveur de Marie Stuart.--Résolution
    du roi de secourir le château de Dumbarton.--Conseil qu'il se
    propose d'adresser à Marie Stuart par un des secrétaires de
    cette princesse.--Nouvelles de la guerre.--Retraite de l'armée
    protestante.--Marche de l'armée catholique, qui la
    suit.--Espoir d'une prochaine bataille.--Succès remporté dans
    le Midi par Montgommery.--Réunion du maréchal de Danville et de
    Montluc pour le combattre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, [=Chiffre=, j'ay sceu ce qui a esté
mis en avant pour le faict du mariage de la Royne d'Escosse, ma belle
sœur, avec le duc de Norfolc, lequel j'ay occasion de desirer qu'il
s'effectue pour beaucoup de grands respectz et considérations, et
mesmes pour l'affection que j'ay tousjours cognue que le dict duc de
Norfolc a porté à l'entretènement de la paix entre ce royaume et celuy
d'Angleterre, et aussy que je croy qu'il ne se pourroit présenter
aucun autre party, du quel ma dicte belle sœur puisse recepvoir plus
de bien, proffit et advantaige, pour son particullier, que de celluy
là; et à ceste cause, je veux que vous vous employés dextrement en
cest affaire, et le favorisiés de si bonne façon qu'il en puisse
réuscyr quelque bon effect, et ne puissiez y estre traversé, ainsy que
je croy que la Royne d'Angleterre l'essayera pour le soupçon qu'elle
a conceu contre la Royne d'Escosse, qu'il ne fault doubter qui
n'augmente, aprenant qu'il se traittera du dict mariage. Et fault
qu'en cecy vous donniez courage au dict duc de poursuivre son
entreprise et de n'en estre destourné pour quelque empeschement que la
dicte Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, s'essaye d'y donner, sy elle
le faict; car je suys tout résolu et veux que vous luy donniez cest
asseurance de ma part, que je l'assisteray et ayderay, ensemble ceux
de son party, tant en cest affaire que en toutes autres choses qu'ilz
voudront entreprendre par dellà, soit en la faveur de ceux de la
religion catholique ou pour autre cause, de toutz les moyens de gens
et argent que Dieu m'a donné, ainsy que je le pourray commodément
faire, me voyant en beau chemin de sortir bientost hors des affaires
que j'ay; m'estant advis que, puisque la dicte Royne d'Angleterre ne
crainct point, sous main, d'ayder et favoriser, comme elle a faict
jusques icy, ceux qui me sont rebelles, il ne seroit que très utille
d'essayer de luy remuer par dellà ung peu de mesnage, et se servir
dextrement et à propos de la division qui est aujourdhuy entre ceux de
son conseil.

A quoy je vous prie de penser, et de ne craindre point de faire des
promesses bien ardies pour cest effect, faisant tousjours envers
icelle Royne d'Angleterre bien vive instance pour le faict de la
restitution de la dicte Royne d'Escosse et de son royaume, laquelle
vous luy remonstrerés toucher bien avant à l'honneur commung de toutz
ceux qui, pour luy estre alliez de sy près, et avoir avec elle de sy
estroictes confédéracions, ne pouvons, sans estre cogneus défaillir
grandement à nostre debvoir, la laisser plus longuement en l'estat
qu'elle est pour ce jourdhuy; pendant lequel ses subjects rebelles
regardent à establir leurs affaires au dict pays d'Escosse, et mêmes
sont après à se vouloir saysir de Dombertran. A quoy je veux croire de
sa bonne affection qu'elle voudra ayder la dicte Royne d'Escosse pour
y remédier, et luy donner moyen de pourvoir la dicte ville de vivres
et d'hommes, ainsy qu'il est très requis, et que, de ma part, je me
dellibère de le faire, sellon que j'y suis raisonnablement tenu et
obligé à ce que ses dictz subjectz rebelles ne s'en puissent emparer,
ainsy qu'ilz sont pour le pouvoir faire, n'y estant pourveu
promptement. Car ce seroit chose trop dure et indigne de nous, pendant
que l'on tient la dicte Royne d'Escosse en quelque espérance de la
restituer en son dict royaume, de laisser perdre une telle forteresse
qui luy seroit bien mal aysé de recouvrer, puis après, par faulte de
luy donner secours. A quoy, si elle estoit en sa pleyne liberté, elle
regarderoit d'y pourvoir elle mesme.

Ce sont les choses que je vous ay voulu proposer de la déclaracion de
mon intention; pour l'exécution de laquelle vous regarderez, sellon
vostre dextérité et prudance accoustumée, de dresser sy bien vostre
négociation que je soys servy en cest endroit sellon que je le desire,
communicquant avec les susdictz le plus famillièrement qu'il vous sera
possible, et leur faisant toutz les honnestes acceuils et trêtements
que vous pourrez, pour les attirer à vous et les disposer à ma
dévotion, pour servyr à remuer les affaires de la dicte Royne
d'Angleterre; qui est le plus grand moyen que je puisse avoir, comme
je pense, de la divertir d'entendre à favoriser mes rebelles, et ung
service le plus notable que vous me sauriez faire par dellà.

Ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse doibt bientost s'en
aller trouver sa Mestresse, par lequel je luy manderay de mes
nouvelles, et luy feray entendre combien je desire le susdict mariage
s'effectuer, ainsi que vous luy fairés aussi sçavoir de ma part, afin
que d'autant plus volontiers elle y entende; vous voulant, au reste,
bien faire souvenir de vous monstrer bien advisé à manier ceste
négociation, et de n'y rien faire, en ce, que avec ung grand jugement
des personnes à qui vous aurez affaire, pour vous en déscouvrir à eulx
autant que, avec raison, vous en aurez de confidance].

Despuis mon autre lettre escripte, les ennemys ont esté, quelques
jours, vis à vis de mon armée, qui estoit campée à la Selle. Et, après
avoir faict contenance d'avoir envye de combattre ma dicte armée,
combien que, pour cest effect, ils n'ayent jamais ozé approcher du
lieu, là où elle estoit campée, jaçoit qu'elle ne fust beaucoup forte
de gens de cheval françoys, à la fin se sont retirés, de nuit, sans
sonner tabourin ny trompette, faisant grande journée; ayant été suivys
de ma dicte armée qui se retrouve ez quartiers de Montebelair, à une
demye lieue près d'eux, sans ruysseau ny rivière; dont je ne puis
espérer autre chose sinon qu'ils viennent bientôt à une bataille.

Du costé de Béarn, vous avez entendu cy devant comme les sieurs de
Terride et Ste Columbe, s'estant retirez du siège de Navarrin, ont
esté surprins dedans la ville d'Orthays, où ils ont esté prins
prisonniers par Montgommery avec quelque peu de leurs gens, s'estant
sauvé le reste. Il est vray que, despuys, mon cousin le mareschal
Dampville, qui avoit des forces en Languedoc, et le Sr de Montluc se
sont joinctz ensemble, en espérance de rompre et deffaire le dict
Montgommery, ce qu'ils pourront faire, estant fortz comme ils sont.
Sur ce, etc.

Au Plessis lez Tours, le XXe jour de septembre 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour de septembre 1569.--

  Assurance que le duc et le cardinal de Lorraine donnent leur
    consentement au mariage de Marie Stuart avec le duc de
    Norfolk.--Nécessité d'empêcher la reine d'Écosse d'accepter les
    propositions du duc d'Albe pour son mariage avec don Juan.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'ay à vous faire responce à la
dépesche, que nous a aportée Sabran, que sur la lettre que m'avez
escripte de vostre main, par laquelle j'ay veu l'advancement que vous
avez donné au mariage, dont je vous ay par mes précedantes escript;
lequel je desire grandement s'exécuter, et que, pour ce faire, vous
n'espargniez poinct le nom du Roy, Monsieur mon fils, et le mien, mais
plustost donniez toute asseurance que nous ne deffaudrons en rien au
duc de Norfolc en tout ce que nous pourrons l'ayder et favoriser pour
y parvenir, et ferons, si besoing est, que mon fils le duc de Lorraine
et mon cousin le cardinal de Lorraine y presteront leur consentement;
vous voulant bien dire que, m'ayant mis, mon dict cousin le cardinal
de Lorraine, sur ce propos de la Royne d'Escosse, il m'a dict que ung
des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse, venant de Flandres, lui
avoit dict que le duc d'Alve lui avoit envoyé dix mil escuz, ce qui se
conforme à ce que m'en avez mandé, et luy faisoit promesse, si elle
vouloit entendre au mariage du bastard, de la secourir de vingt mil
hommes qu'il envoyeroit en Escosse, dont y en auroit cinq mil
espaignolz. En quoy l'on veoit bien que le dict duc d'Alve veult
essayer de rompre les choses, qu'il a peut estre entendu estre si
avancées, avec le dict duc de Norfolc; combien que l'on puisse bien
s'asseurer que, quant il seroit pris au mot du secours qu'il offre
ainsy, qu'il n'y satisferoit pas.

Partant je vous prie de regarder, de vostre costé, d'achever de
conduire à bonne fin ce qui est bien commancé pour le regard du dict
duc de Norfolc, et qu'il n'y soit point donné de traverse. Mon dict
cousin le cardinal de Lorraine a le dict mariage grandement agréable
et ne desire rien plus, ainsy qu'il m'a faict entendre, que de le
veoir effectué; vous priant, encores ung coup, de mettre, s'il est
possible, à exécucion l'intention du Roy, Monsieur mon filz, tant en
cest endroict que en tout le reste qu'il vous mande par la seconde
lettre[25] faisant cognoistre vostre prudence et dextérité en ceste
négociation. Sur ce, etc.

Escript à Marmoutier le XXIe jour de septembre 1569.

    CATERINE.     BRULART.

  [25] La lettre précédente, du 20 septembre.



XXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour de septembre 1569.--

  Satisfaction du roi des réponses d'Élisabeth aux communications
    qui lui ont été faites.--Refus de consentir à la restriction du
    commerce avec les Pays-Bas.--Recommandation en faveur de Marie
    Stuart.--Nouvelles assurances qu'il ne se fait pas de levée en
    Allemagne.--Envoi d'un secours d'hommes et d'argent à
    Dumbarton.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux dépesches des XIVe
et XIXe de ce moys[26]; par la première desquelles j'ay entendu les
propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la
nouvelle que je luy ay départye de mon mariage, de quoy elle fait
démonstration de recepvoir quelque plaisir et contantement, dont je
suis bien ayse, semblablement aussy de la promesse qu'elle vous a
faicte que aucuns de ses subjectz ne secoureroient, en façon du monde,
ceux de la Rochelle de pouldres, armes ny de monitions; à quoy vous
aurez l'œil ouvert qu'il soit satisfaict et à toutes autres choses
convenables à nostre commune amitié, sans en laisser passer une seule
qui y contrevienne que vous n'en faictes instance.

  [26] Voyez LVIIIe et LIXe dép., tom. II, pag. 229 et 237.

Quant à la restriction du trafiq des Pays Bas, c'est chose à quoy, si
elle vous en reparle, je desire que vous luy faictes entendre que je
ne le puis honnestement consentir pour estre contre les traictez, me
semblant que ma dicte bonne sœur n'en doibt faire aucune instance,
estant les différants, d'entre elle et le duc d'Alve, sur le point
d'estre accordez; et que, si elle se vouloit arrester là dessus, cela
fairoit cognoistre qu'elle auroit plustost envye de nourrir les dictz
différantz que de les accommoder.

Pour le regard de la Royne d'Écosse, je vois bien que ma dicte bonne
sœur continue toutjours à tenir la conclusion de ses affaires en
longueur, mais vous la solliciterez ordinairement d'y prendre quelque
résolution, ainsy mesmes que je le vous ai escript par celle que
Sabran vous a portée; vous voulant bien dire qu'il y a quatre jours
que j'ay parlé à l'ambassadeur de ma dicte sœur et luy fiz entendre
comme il estoit bien convenable, pour la proximité d'alliance dont
elle nous atouchoit, de l'ayder en toutz ses affaires, ce que je
desirois qu'il le fist entendre à sa Maistresse afin que toutz deux y
meissions ensemble la bonne main, à ce coup, à bon escient, n'ayant
pas estimé d'encor passer plus avant. Sur quoy le dict ambassadeur m'a
respondu que telle estoit la volunté de sa dicte Maistresse, l'ayant
bien faict cognoistre par ce qu'elle avoit faict pour la dicte Royne
d'Escosse, en escripvant au comte de Mora, duquel elle ne s'est
contantée de la responce qu'il luy avoit faicte là dessus, qui est
tout ce que j'ai eu de responce du dict ambassadeur.

N'ayant autre chose à vous dire sur la dicte lestre du dict XIIIIe,
qui me fera venir à celles du XIXe, par laquelle vous me mandez que ma
dicte bonne sœur continue tousjours d'avoir l'esprit fort tendu à
faire son proffict des malheurs de mon royaume, envoyant mesmes pour
cest effect de grandz deniers en Allemaigne, où, sy elle veult remuer
quelque chose qui soit à mon préjudice, j'estime que ce ne pourra
estre pour ceste année, ayant une grande conformité d'adviz qu'il ne
s'y fait aucunes levées; ne me restant, pour ceste heure, autre chose
pour estendre la présente que je finiray en priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, ce dernier jour de septembre 1569.

    CHARLES.      BRULART.

Il a esté pourveu, pour le regard de Dombertrand, où l'on envoye
jusques à dix mille livres de vivres, et deux cents hommes de pied,
harquebusiers.



XXVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour de septembre 1569.--

  Confiance dans la prudence de l'ambassadeur pour traiter les
    négociations secrètes dont la direction lui a été
    remise.--Bonnes dispositions de l'armée catholique à livrer
    bataille.


Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons bien particulièrement
entendu, par vos deux dernières despesches, des XIIIIe et XIXe de ce
moys, l'estat auquel sont les choses de par dellà, les propos que vous
a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la nouvelle que le
Roy, Monsieur mon filz, luy a donnée des mariages de luy et de ma
fille, et aussy sur le faict de la Royne d'Escosse, contre laquelle
elle se monstre, de jour en jour, plus offencée, ainsy mesme que le
tesmoingne la lestre que m'avez escripte de vostre main, desirant le
Roy, Mon dict Sieur et fils, que vous regarderez à traicter dextrement
ce qu'il vous a mandé par celle que Sabran vous a portée[27]; dont
vous sçaurez bien juger si l'occasion ne s'en présente pas à propos.

  [27] La lettre ci-dessus no XXIII, du 20 septembre 1569, pag. 53.

Quant à l'estat de nos affaires, il est tel que nostre armée estant
aujourdhuy renforcée d'ung bon nombre de chevaux françoys, que mon
frère a attendu au séjour qu'il a fait à Chinon, il est après à suivre
nos ennemys, qui sont au dedans de leur conqueste, pour les attirer au
combat; dont, dedans peu de jours, il se sçaura certainement ce qui
s'en devra espérer, estant la dicte armée aussy belle et en la plus
grande dellibération de bien faire qu'il se peut dire; priant Dieu,
etc.

Escript au Plessis lez Tours, le dernier jour de septembre 1569.

    CATERINE.     BRULART.



XXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'octobre 1569.--

  Première nouvelle de la victoire remportée à
    Moncontour.--Blessure du duc de Guise.--Confiance que cette
    victoire arrêtera les projets des princes
    protestans.--Assurance que les Anglais recevront toute
    protection en France pour leur commerce.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez entendu par ma dernière en
quel estat estoient les choses, entre mon armée et celle de mes
ennemys, et l'espérance où j'estois que bientost mon frère, le Duc
d'Anjou, les contraindroit de combattre; à quoy il a si bien travaillé
que, quelque recullement qu'ils ayent faict, ils feurent hier par luy
réduictz à telle perplexité qu'il leur a donné la bataille, laquelle
il a gaignée avec une grande effuzion de sang de mes dictz ennemys. Je
ne vous puis encore mander les particulliaritez pour ne m'avoir esté
apportée ceste nouvelle que par ung courrier, que Villeroy m'a
despesché, qui a laissé mon dict frère qui suivoit la victoire, et par
un gentilhomme de mon cousin, le duc de Guyse, qui s'est trouvé à la
dicte bataille, et ne demeura pas comme les autres à suivre la dicte
victoire, à cause qu'il fallust qu'il aydast à ramener à Chinon mon
dict cousin le duc de Guyse, qui a esté blessé d'une harquebusade
dessus le pied, qui n'est pas grande chose. Vous fairés part de ceste
bonne nouvelle à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, laquelle en
recepvra plaisir et contantement pour l'amour et affection qu'elle
porte au bien de mes affaires.

J'ay receu vostre despesche, du XXIIIe du passé[28], par laquelle j'ay
veu ce que me mandez de quelle part a esté receue, de par delà, la
nouvelle de la levée du siège de Poitiers, le retour de Quillegrey
d'Allemaigne, ce que l'on dit qu'il a rapporté, dont le temps fera
rabattre quelque chose; espérant bien que Dieu, monstrant son juste
jugement sur mes rebelles par l'heureuse victoire qu'il m'a donnée,
faira aussy penser toutz les autres princes à ne rien faire, par cy
après, qui soit pour les favoriser.

  [28] Voyez LXe dép., tom. II, pag. 243.

Au demeurant, je trouve fort bon que vous baillez toutes les lettres
de recommandation, dont vous serez requis, aux angloix qui voudront
venir trafficquer en ce royaume, qui y seront tousjours bien receuz et
recueilliz; estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict auquel
je prye Dieu, etc.

Escript au Plessis lez Tours, le IIIIe jour d'octobre 1569.

    CHARLES.      BRULART.



XXVIII

LE ROY A Mr DE LA MAILLERAYE.

--du IVe jour d'octobre 1569.--

  Détails sur la bataille de Moncontour.--Ordre de faire des
    réjouissances publiques en Normandie pour célébrer la victoire.


Monsieur de La Mailleraye, ayant pleu à Dieu tant prospérer mes
affaires qu'il m'ait donné victoire de mes rebelles en la bataille qui
leur fust hier donnée par mon frère, le Duc d'Anjou, je vous en ay
incontinant voulu advertir et vous dire, quant et quant, que mes dicts
rebelles ont bien perdu en la dicte bataille de dix à douze mil
hommes qui sont demeurez morts dessus la place, sans que, du costé de
mon armée, il se soit faict perte que de bien peu d'hommes, et de sy
petit nombre qu'il est quasy incroyable, n'estant mort des gens
signalez que le marquis de Bade, et les deux Ringraves bien peu
blessés; mon cousin le duc de Guyse a esté aussy blessé à ung pied
d'ung coup d'arquebuse, mais c'est peu de chose. Du costé des dictz
rebelles, a esté tué le comte de Mansfelt, chef de leurs reystres;
l'admiral est blessé d'un coup d'arquebouze au travers du corps, ainsy
que La Noue, qui est prisonnier, l'a asseuré, et qu'il l'avoit laissé
sy mal de sa blesseure qu'il ne pensoit point qu'il deust vivre
encores une demye heure. Qui est ce que j'ay peu encores aprendre des
particularités de la dicte bataille, que je vous ay voullu incontinant
faire sçavoir, afin que vous communiquiez ceste bonne nouvelle en mon
pays de Normandye, en faictes rendre grâces à Dieu et faictes faire
les feux de joye, tirer l'artillerye et toutes autres récréables
démonstracions qu'il est bien requis pour ung si heureux succès;
priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, le IIIIe jour d'octobre 1569.

J'oubliois à vous dire que les dictz rebelles ont perdu douze pièces
d'artillerye qui ont esté prinses sur la place.



XXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour d'octobre 1569.--

  Envoi de la relation de la bataille de Moncontour.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoyé le discours contenant la
façon que les choses sont passées, tant peu auparavant, que lorsque
la bataille a esté donnée contre mes rebelles, en laquelle il a pleu à
Dieu me donner une belle et heureuse victoire, affin qu'en faisant
part à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous lui discouriez,
quant et quant, la façon que les choses y sont passées, ne luy ayant
point despesché de gentilhomme exprès, pour lui porter ceste nouvelle,
parce que ung chacun est empesché en ceste guerre; tant l'on desire en
veoir bientost une bonne diffinition, espérant bien que ceste victoire
me donnera moyen de l'abréger, Dieu aydant, auquel, etc.

Au Plessis lès Tours le VIIe jour d'octobre 1569.

    CHARLES.      BRULART.

  La relation annoncée dans cette lettre ne s'est pas retrouvée
    dans les papiers de l'ambassadeur. Elle a été publiée sous ce
    titre: _Discours de la bataille donnée le 3 octobre 1569,
    proche de Moncontour._ Paris, Dallier, 1569, Orléans, Gibier,
    1569, in 8º, et Poitiers, 1621, in-12. La pièce suivante a
    précédé cette relation officielle, qui est contre-signée
    Neufville.



XXX

DISCOURS DE LA BATAILLE DE MONCONTOUR.

(_Archives du royaume, fonds de Symancas, carton K. 1395. B.--liasse
33, pièce 146._)

--du VIe jour d'octobre 1569.--

  Relation sommaire de la bataille livrée le 3 octobre 1569.


Le vendredy, dernier de septembre, troys cornètes des reistres de
l'admiral furent deffaictes en une escarmouche qui s'ataqua, et disoyt
on que Mansefale y feust tué.

Le mardy, quatriesme du moys d'octobre, sur les cinq heures de matin,
arriva, au Plessis lès Tours, Mº de Chely, gentilhomme de la maison de
Mr de Guise, lequel porta nouvelle au Roy, estant Sa Majesté encores
au lict, que, le lundy, troisiesme du dict moys, à une heure après
midy, Monseigneur d'Anjou, frère du Roy, partant de Chinon pour aller
loger son armée à Mirabeau, trouva, entre Moncontour et St Jehan de
Saune, l'armée de l'ennemy, délibérée comme luy d'aller prendre le
dict logis de Mirabeau.

Quoy voyant, le dict Seigneur d'Anjou ayant trouvé son ennemy en lieu
commode pour le combatre, ce qu'il n'avoyt peu, de longtemps, à cause
des rivières, et estans les uns et les aultres logés en pareilh
advantaige dans les pleines de Giroux, entre le dict Montcontour et St
Jehan, ny voullant le dict Seigneur d'Anjou perdre sy belle commodité,
et mêmes voyant leur cavallerye esbranlée à la fuitte, chargea à toute
oultrance, après avoir tiré plusieurs coups de canon dans la batalhe
de l'ennemy, qui ne feut sans l'endomaiger beaucoup, voullant
poursuivre l'heur de sa fortune, donna dedans les escadrons de
l'infanterye de sy grand roydeur qu'il mit en pièces quinze mil ou
plus, et print prisonnier l'Admiral[29].

  [29] Le dict Admiral ne fut poinct prisonnier comme l'on a
  entendu despuis.

  (_Note ajoutée sur la pièce._)

De ce que dessus le dict Sr de Chaly en asseura le Roy, suyvant
l'asseurance duquel Sa Majesté, sautant du lict, rendict grâces à Dieu
de la victoyre qu'il luy avoyt pleu luy donner; et soubdain, après en
avoir faict advertir la Majesté de la Royne, Madame sa sœur, et tous
Messieurs les Princes, Sa Majesté s'en alla, accompaigné de tous les
susdicts au couvent des bons hommes lez Plécys, où ilz feirent rendre
grâces à Dieu et chanter le _Te Deum_ par les dicts relligieux du dict
couvent. Après, Sa Majesté ouyst la messe, sur la fin de laquelle
arrivèrent les chantres de sa chapelle, ausquelz il feist chanter
encores le _Te Deum_ en musique. Et soubdainement estans sourtys de
l'esglise, Mr le cardinal de Guise monta à cheval pour aller veoir Mr
de Guise, son nepveu, que l'on avoit faict porter à Chinon pour le
pencer d'une pistollade qu'il avoyt eue sur la joincture du pied,
ainsi que en faisoyt foy une chause de soye incarnade, que le dict
Chally apporta à Mr le cardinal, son oncle.

Despuis le dict Chally arrivé, n'y eust aulcunes nouvelles de
particullier de la dicte batalhe jusqu'à l'heure de vespres, estans
Leurs Majestez au dict couvent des bons hommes. Et les vespres
achevées, arriva Mr le comte de Retz, lequel confirma la victoyre
avoir esté encores plus grande que n'avoyt dict le dict Chally; car il
asseura Leurs Majestez y estre demeurez quinze mil hommes
d'infanterye, de la part de l'ennemy, et unze pièces d'artillerye,
tant cannons, collouvrines que pièces de campaigne, oultre plus troys
mil charriotz des reistres, la pluspart désatellés; et bien encores
huict ou neuf cens chevaulx, tant reistres que françois.

Plus, a asseuré le dict Sr conte de Retz à Leurs Majestez que Harn
Mansefale, qui avoyt esté érigé à la charge du duc de Deux Pontz, pour
collonel des reistres, avoyt esté tué, et aussi le marquis de Bade,
qui avoyt ung régiment de troys mil reistres pour le Roy avoyt esté
tué; et Monsieur, frère du roy, porté par terre, mais soubdainement
rellevé par Mr l'admiral de Villars; Mr le marquis de Mayne porté par
terre et soubdainement rellevé des siens sans aulcung mal; le jeune
ringrave blessé d'une arquebuzade; et plus n'a dict le dict sieur
conte estre demeuré des chiefz, cappitaines et seigneurs signallés,
mais qu'il avoyt laissé Mon dict Seigneur d'Anjou à deux grandz lieues
par dellà où le grand choc avoyt esté donné, poursuyvant le reste de
l'ennemy qui s'estoit escartté en desroutte.

Plus a dict le dict sieur conte avoir entendu de La Noue, qui a esté
encores reprins prisonnier, qu'il avoyt veu porter l'Admiral à quatre
hommes, blessé à mort, d'une arquebuzade à travers le corps, qui a
esté cause de radoubler la joye de Leurs dictes Majestez et à tous les
princes et seigneurs de la cour; lesquelz, lendemain mercredy,
cinquiesme, feyrent une fort belle procession généralle despuis St
Germain jusqu'à St Martin de Tours, pendant laquelle le gentilhomme
qui a donné l'advis de ce dessus se partist du dict Tours, le
cinquiesme de ce dict moys.



XXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de novembre 1569.--

  Mise en arrêt du duc de Norfolk.--Protection assurée à Marie
    Stuart.--Secret qui doit être gardé sur les communications du
    roi à cet égard.--Nouvelles de la guerre.--Prise de Lusignan et
    de Saintes.--Siège de Saint-Jean-d'Angely.--Efforts que
    l'ambassadeur doit faire pour jeter la dissension parmi les
    seigneurs d'Angleterre.--Plaintes au sujet d'un paquet volé à
    l'ambassadeur.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté grandement satisfaict d'avoir
entendu si particulièrement par vos lettres des IIIe, VIIe, VIIIe et
XIIIe du passé[30] et par le double de celles de la Royne
d'Escosse[31], ma belle sœur, l'estat de ses affaires, et celles du
lieu où vous estes. Et ne me sçauriés faire plus grand plaisir que de
mettre peine d'entendre bien au long ce qui surviendra cy après, pour
m'en donner advis, d'autant que c'est chose qui importe grandement
pour mon service au temps où nous sommes, mesmement à ce qui touche
les affères [du duc de Norfolc et autres qui ont esté arrestés; de
l'yssue et succès duquel arrest je seray bien ayse d'entendre ce que
vous en espérés et le jugement que vous en faictes.


  [30] Voyez LXIIe, LXIIIe, LXIVe et LXVe dép., tom. II, pag. 255,
  259, 266 et 277.

  [31] Lettre du 25 septembre 1569, jointe à la LXIIIe dép., tom.
  II, pag. 263.

J'ay aussy entendu par vos dictes lettres comme, jusqu'au jour de la
dacte d'icelles, les propos, que vous avez mis en avant touchant le
mariage de la Royne d'Escosse avec le duc de Norfolc, avoient esté
tenus comme venant de vous seulement, et non de moy, ce que j'ay
trouvé bon; et que par cy après vous favorisiés cest affaire, et tout
ce qui touchera la dicte Royne, en tout ce qui vous sera possible,
pour le desir que j'ay de la voyr hors de la peine où elle est, et
qu'elle soit remise en son royaume avec l'authorité et commandement
sur ses subjects qu'il luy appartient; mais il faut que ce soit si
dextrement et secrettement qu'on ne puisse descouvrir ny entendre que
cela vienne de moy, ce que je m'asseure que vous sçaurés si sagement
conduire, selon mon intention et volonté, qu'il n'en sera rien cogneu;
vous asseurant que je ne manquerai, à la première commodité, et
audience que je donnerai à l'ambassadeur d'Angleterre, de luy faire
bien entendre le desplaisir que j'ay du mauvais traictement que reçoit
la dicte Dame, par delà, de la dicte Royne d'Angleterre et de ses
ministres; et pareillement de la vollerie de mon pacquet, duquel je
vous prie faire toute l'instance que vous pourrés afin de vous le
faire rendre.]

Au reste, vous entendrés par le sieur de La Croix, que je vous
renvoye, comme les ville et chasteau de Lusignan ont esté remis et
réduicts à mon obéissance par composition, où il a esté trouvé grand
nombre de piques et autres armes, avec vingt quatre pièces de grosse
artillerie, entre lesquelles y a sept ou huit canons et plusieurs
coullouvrines; et y en a, entre autres, une pièce de celles qui ont
esté envoyées d'Angleterre aux rebelles. La ville de Xainctes est
aussi réduicte en mon obéissance. Et espère, dans peu de jours, loger
avec mon armée dedans St Jean d'Angely que je tiens assiégé.

Et pour ce que vous entendrés plus au long les particularités par le
dict La Croix, me remettant sur ce qu'il vous en dira, je ferai fin à
la présente, etc.

Escript au camp devant St Jean d'Angely, le premier jour de novembre
1569.


  [Faictes tout ce que vous pourrés sur ceste occasion qui se
  présente, du duc de Norfolc et autres qui sont prisonniers, pour
  les mettre en discention et en trouble entre eux, afin de
  brouiller leurs affaires le plus qu'il sera possible, pour, par
  ce moyen, les empescher de plus secourir.]

Depuis la présente escripte, j'ay vue vos lettres[32] du XVIIIe, et
m'avez faict grand plaisir de me mander si particulièrement tout ce
qui est passé par delà depuis vos précédantes. Et pour ce que
l'ambassadeur d'Angleterre n'est icy près de moy, je luy ay escript ce
que vous verrés par le double de la lettre[33] que je vous envoye, me
plaignant tant de ce que vostre paquet a esté vollé que du mauvais
traittement que la Royne, sa Mestresse, et ses ministres font à la
Royne d'Escosse, ma belle sœur, afin qu'il en escrivît par delà et
fît entendre le malcontentement que j'en ay, dont je vous ay bien
voullu advertir.

Ce 1er jour de novembre 1569.

    CHARLES.      FIZES.

  [32] Voyez LXVIe dép., tom. II, pag. 284.

  [33] Cette lettre manque.



XXXII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de novembre 1569.--

  Instruction sur la conduite à tenir à l'égard de Marie
    Stuart.--Nouvelle recommandation de favoriser son mariage avec
    le duc de Norfolk, et de traiter cette négociation avec le plus
    grand secret.


Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon fils, et moy sommes
grandement satisfaictz du bon debvoir et de la dilligence dont vous
uzés à nous rendre compte, sy au long et par le menu, de l'estat des
affaires de la Royne d'Escosse, ma belle filhe, et de celles du lieu
où vous êtes. Sur quoy le dict Seigneur vous faict sy ample response,
et sy au long entendre sa volonté, et de ce qu'il desire que vous
faictes, tant pour la liberté que le bon trètement de ma dicte belle
filhe, qu'il n'est jà besoing que je vous en dise aucune chose; mais
je vous prie vous employer en sorte pour la dicte Dame qu'elle
cognoisse par effect le fruict de vostre aide, et le desir que nous
avons de la favoriser en ce qu'il nous sera possible.

  [Et quant au mariage d'elle et du duc de Norfolc, nous avons
  trouvé bon ce que vous en avez faict jusques icy, et que cy après
  vous favorisiez à cest affaire, en tout ce que vous pourrez; mais
  il faut que ce soit avec dextérité et sy secrètement que la Royne
  d'Angleterre et ses ministres n'en puissent rien cognoistre.]

Le Sr de La Croix vous fera entendre la réduction des ville et
chasteau de Luzignan et de Xaintes en l'obéissance du Roy, Mon dict
Sieur et fils, et l'espérance que nous avons d'y recepvoir bientost
Saint Jean d'Angely, qui me gardera vous en faire autre discours, ny
la présente plus longue, etc.

Escript au camp devant Saint Jean d'Angely, ce premier jour de
novembre 1569.

    CATERINE.     FIZES.



XXXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour de novembre 1569.--

  Dispositions prises pour secourir Dumbarton.--Négociation du
    mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Désir du roi
    de conclure la paix.--Approbation des articles proposés pour
    régler le commerce avec l'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu les lettres que m'avez
escriptes, du XIIIe du passé[34], par le Sr Thomas Flemy; et, suivant
le conteneu en icelles, et ce qu'il m'a faict entendre de la nécessité
en laquelle estoit réduit le chasteau de Dombertrand, j'ay donné tel
ordre et pourveu de façon à le faire secourir de ce que l'on m'a dict
y estre nécessaire, que j'espère qu'il ne sera point pris et demeurera
en l'obéyssance de la Royne d'Escosse, ma belle sœur; et despuys, par
la voye de la poste, celles du XXIIIIe et par le Sr de Vassal, que
vous avez dépesché devers moy, celles du XXVIIIe du dict moys[35], et
entendu de luy bien particulièrement ce que luy aviez donné charge me
dire de vostre part, et principallement sur les propos qui ont esté
tenuz entre la Royne d'Angleterre et vous, à l'audiance du vingt
ungniesme, sur le faict de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc,
ayant trouvé très bon et fort à propos les responces et répliques que
vous luy avez faictes, et mesmement sur la résolution que desiriez
tirer d'elle, du secours et assistance qu'elle disoit entendre faire à
la dicte Royne, ma belle sœur, pour la remètre en son estat.

  [34] Voyez LXVe dép., tom. II, pag. 277.

  [35] Voyez LXVIIe et LXVIIIe dép., tom. II, pag. 288 et 295.

Et surtout j'ay esté grandement satisfaict d'avoir entendu sy
particulièrement, par vostre mémoire en chiffre[36], tant de l'estat
de toutes les affaires de dellà que de celles de la Royne d'Escosse,
et ce qui s'est passé pour le faict du mariage d'elle avec le duc de
Norfolc, que pour le regard des discours qui ont esté tenuz entre
l'évêque de Roz et le secrétaire Cecille touchant le mariage du dict
duc avec la sœur de sa femme. Sur quoy il faudra, suivant ce que je
vous ay mandé par ma dernière despesche, que vous favorisiez ce
mariage et y teniez la main en tout ce que vous pourrez, selon ce que
le dict évesque de Roz et vous adviserez ensemble; et de vostre part
favoriser tousjours le party des Catholiques, et aussy, s'il est
possible, de mettre dissention et discordes ez seigneurs de dellà, les
uns contre les autres, affin de rompre et dyvertir les desseins de
ceux qui, soubz main, vont aydant et favorisant mes subjectz rebelles,
et par ce moyen leur oster l'occasion de les secourir en façon que ce
soit, d'autant que cela estant bien conduict et manié, comme je
m'asseure que vous sçaurez très bien faire, ne peut apporter que une
grande commodité à mes affaires; et que le tout soit conduict sy
dextrement et secrètement qu'il puisse réuscir selon mon intention et
volonté, sans que l'on en cognoisse ny descouvre aucune chose.

  [36] Voyez le Mémoire général joint à la LXVIIIe dép., tom. II,
  pag. 299.

Et quant aux propos que la dicte Royne d'Angleterre vous a tenuz:
qu'elle desireroit que les troubles de mon royaume cessassent par ung
bon accord, et qu'elle s'employeroit volontiers pour ayder à les
pacifier, vous luy pourrez dire, de ma part, que je ne refuzeray point
(comme je n'ay point faict jusques icy) de recevoir mes subjectz qui
se vouldroient recognoistre et remectre en mon obéyssance, gardant mon
autorité et ce qui m'appartient, comme estant Roy souverain et leur
prince naturel: ayant trouvé bon ce que vous avez présenté à la dicte
Dame pour le regard de la restriction du traffiq et commerce des
Françoys de Flandres en Angleterre, et du dict pays en Flandres, ainsy
que j'ay veu parla coppie du mémoire[37] que m'avez envoyé; ensemble
de l'arrivée du Sr Chapin Vitel et du bon recueil qui luy a esté faict
par icelle Dame. Sur quoy je vous prie de prendre bien et
soigneusement garde, et m'avertir, le plus souvant que pourrez, de
tout ce qui se passera par delà, ainsy que vous avez accoustumé de
faire jusques icy, et comme j'ay donné charge au dict Vassal, présent
porteur, que je vous renvoye, de vous dire de ma part avec d'autres
particuliarités; qui me gardera, m'en remettant sur luy et sur la
fiance que j'ay de l'affection que vous avez à mon service et au bien
de mes affaires, que je ne vous fairay plus longue lettre, etc.

Escript au camp de Tonny Boutonne le XIXe jour de novembre 1569.

  [37] Voyez le Mémoire joint à la LXVIIIe dép., tom. II, pag. 305.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsy que le Sr de Vassal estoit prest à
partir, et la dépesche cloze et fermée, j'ai receu vostre paquet du
premier jour de ce moys[38], dont je vous ay bien voullu advertir, et
comme j'ay veu tout le contenu en voz lettres. Sur quoy vous estant
amplement répondu par la présente, et qu'il n'y a chose par la vostre
qu'il faille que je vous fasse autres responces, je ne vous en
escripray autre chose sinon pour vous dire le contantement que je
reçoys d'entendre si souvant des nouvelles de dellà, et ne me sçauriez
faire plus grand plaisir que de m'en advertir à toutes les occasions
qui se présenteront, vous priant aussy de tenir tousjours l'œil à
tout ce que vous cognoistrez concerner mon service et le bien de mes
affaires, ainsy que je vous escriptz cy dessus.

Ce XIXe jour de novembre 1569.

    CHARLES.      FIZES.

  [38] Voyez LXIXe dép., tom. II, pag. 308.



XXXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de janvier 1570.--

  État de la négociation de la paix en France.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par les lettres que le Roy,
Monsieur mon fils, vous escript[39], en quel estat nous sommes, à
présant, pour le faict de la pacification des troubles de ce royaume,
et la responce qui a esté faicte sur ce que les députés de la Royne de
Navarre, des Princes de Navarre, de Condé, et Admiral, ont proposé et
demandé, qui me gardera, m'en remettant sur le contenu en icelles, de
vous en mander aucune chose en particulier, en la présante, sinon de
vous advertir de la réception de vostre lettre du XXIe du passé[40],
et veu tout ce qui est par vostre despesche du dict jour, à laquelle
il vous sera bientost fait responce.

  [39] Cette lettre manque.

  [40] Voyez LXXIXe dép., tom. II, pag. 403.

Cependant je vous prie de continuer à nous advertir de toutes les
occurances de delà, comme vous avés très bien faict jusques icy;
priant, etc.

A Angers, le VIe jour de janvier 1570.

    CATERINE.     FIZES.



XXXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre ostensible._)

--du XIVe jour de janvier 1570.--

  Espérance qu'Élisabeth, instruite par la révolte du nord,
    refusera de secourir les protestans de France.--Satisfaction du
    roi de ce que cette rébellion est apaisée.--Négociation de la
    paix en France.--Dispositions prises pour continuer la guerre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu trois despesches de vous,
assez près l'une de l'autre, des XVIIe, XXIe et XXVIIe du passé[41],
par toutes lesquelles, ensemble les mémoires que a apportés Vassal,
j'ay esté bien aise d'entendre, si particullièrement que me le
discourés, comme toutes choses se passent, jour par jour, au delà; les
changements qui s'y présentent ordinairement, et mesme d'avoir veu,
par celle du XVIIe que, sentant maintenant la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, par elle mesme, le mal qui provient d'une rébellion de
subjects, elle vous ait tenu un si honneste langage qu'elle a fait,
avec démonstration de ne voulloir favoriser, en sorte du monde, mes
subjects rebelles. A quoy je m'asseure que vous incisterés tousjours
le plus soigneusement que vous pourrés, ainsi que vous avés faict
jusques ici très dignement par vos sages et prudentes remonstrances,
mesmes en la dernière instance, que vous luy avés faicte, de ne
souffrir qu'il ne soit baillé aucuns bleds, argent ou poudres à ceux
de la Rochelle, qui ont esté, puis naguières, envoyés en Angleterre
pour cest effaict; qui est bien le plus digne service que vous me
sçauriés faire pour le grand besoin que j'entends qu'ils ont de toutes
ces choses là.

  [41] Voyez LXXVIIIe, LXXIXe et LXXXe dép., tom. II, pag. 392, 403
  et 410.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, touchant les mouvements du
North, vous entendrés, à l'arrivée du Sr de Montlouet, qui sera
bientost par delà, les offices que j'entends que vous faictes pour ce
regard envers ma dicte bonne sœur et aultres; à quoy je me remétray.

Et vous prierai au surplus que, comme vous m'avés adverti avec grand
soin et dilligence de toutes choses qui se sont, jusques icy,
présentées de par delà, vous m'en donniez ordinairement advis, ayant
esté bien aise d'entendre ce que vous me mandés, par vostre dernière
lettre du XXVIIe, de la rupture de ceux qui s'étoient eslevés contre
ma dicte bonne sœur. Dont je n'ay jamais espéré aultre chose, estant
un juste jugement de Dieu, qui ne veut point que les subjects d'un
prince s'eslèvent en armes contre luy pour quelque occasion que ce
soit; et desire que vous alliés trouver ma dicte bonne sœur pour vous
en conjouir avec elle, de ma part, de cest heureux succès; duquel vous
l'asseurerés que je reçois tout plaisir et contentement, ainsi qu'il
est convenable à nostre commune amitié; laquelle me faira tousjours
desirer de voir son royaulme paisible et pacifique, espérant que ces
petits mouvements, survenus en son royaulme, l'induiront de plus en
plus à faire tous bons offices en mon endroict pour le regard des
troubles qui sont en mon royaulme, et à ne se laisser vaincre des
persuasions de ceux qui la peuvent solliciter de favoriser mes
rebelles, contre la foy et promesses qu'elle a faictes, en suivant les
traités de paix.

Je suis, tous les jours, attandant l'arrivée des depputés qui doibvent
venir de la Rochelle pour la pacification des présents troubles; et de
ce qui en réhussira, vous en serés tousjours adverti des premiers,
m'estant advisé de faire quelque bon séjour en ceste ville pour
prendre résollution, tant sur ce faict que plusieurs aultres affaires.
Cependant mon cousin, le prince Dauphin, avec les forces que je luy ay
baillés, aprochera toujours de mes ennemis qui sont vers Montauban,
pour n'oublier rien de ce qui sera à faire, durant que les choses
seront en estat d'hostilité. Sur ce, etc.

Escript à Angers, le XIVe jour de janvier 1570.

    CHARLES.      BRULART.



XXXVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre secrète._)

--du XIVe jour de janvier 1570.--

  Injonction faite à l'ambassadeur d'assister les révoltés du nord,
    et de leur promettre des secours d'argent, si la rébellion peut
    tenir encore.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vos dernières despesches des XVIIe, XXIe
et XXVIIe du passé, avec les mémoires que Vassal a aporté, sont si
amples, et nous ont si clairement représenté l'estat des choses de par
delà qu'il ne se peut rien desirer davantage; et le Roy, Monsieur mon
fils, a une très grande satisfaction du bon debvoir dont vous usés en
cest endroit, desirant, pour le mouvement du North, si les choses sont
encore en quelque estat, que vous confortiez tousjours les chefs
d'iceulx, le plus que vous pourrés, et leur donniés espérance de
recevoir de luy toute l'ayde et faveur qu'il sera possible, selon que
plus amplement vous entendrés par le Sr de Montlouet, et mesme le
secours d'argent que l'on leur peut faire de par deçà; ayant semblé
que, où les comtes seroient rompus et deffaictz, selon ce que m'en
mandés par vostre dernière lettre du XXVIIe, et que ceste nouvelle
vient d'être confirmée de deux aultres endroicts, il sera fort à
propos que vous alliez voir ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre, sur
ceste occasion, et luy user du langage que vous escript le Roy, Mon
dict Sieur et fils. Si les choses continuent aussy au mouvement
qu'elles étoient par vos précédentes, vous ensuivrés ce que le Sr de
Montlouet vous faira sçavoir de l'intention du Roy, mon dict Sieur et
fils, ayant advisé de vous faire ceste despesche par la voye de la
poste, en attendant que, sur plus grande occasion, l'on vous puisse
despescher Vassal. Et sur ce, etc.

Escript à Angers le XIVe jour de janvier 1570.

    CATERINE      BRULART.



XXXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour de janvier 1570.--

  État de la négociation de la paix.--Continuation de la guerre par
    l'Amiral et Montgommery.--Entreprise sur Bourges.--Crainte que
    les protestans ne veuillent traîner la pacification en
    longueur.--Position de l'Amiral.--Entreprise sur la Rochelle.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay entendu, par vostre lettre du IVe
de ce moys[42], l'honneste responce que la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, vous a faicte sur les propos que vous luy aviés tenus du
commencement et ouverture qu'il y avoit de quelque traicté de
pacification, selon ce que je vous en ay cy devant escript; et suis
bien aise qu'elle ait faict démonstration d'estre bien joyeuse d'une
telle nouvelle, comme je luy suys, de mon costé, de l'appaisement des
mouvements du North, en quoy elle a esté grandement heureuse; et
desire que, ainsi, par la conclusion de son propos, quand au faict des
troubles, elle donne à cognoistre qu'il ne peut y avoir aucune
légitime cause qui puisse raisonnablement mouvoir les subjects de
s'eslever en armes contre leur prince, elle en ait tousjours bonne
souvenance, pour (quand elle sera sollicitée de prester secours à mes
rebelles) se garder en cella de faire chose où sa propre conscience
soit offensée.

  [42] Voyez LXXXIe dép., tom. III, pag. 1.

Or, pour revenir à ceste ouverture de pacification, je vous diray que,
despuys que La Personne parla premièrement, il y a heu plusieurs
allées et venues de leur costé; pandant lesquelles l'Admiral et
Montgomeri n'ont laissé (comme gens, qu'il semble n'avoir pas grand
desir de voir ce royaulme en repos) de faire la guerre, aultant ou
plus cruelle qu'ils ayent poinct faict auparavant, et d'exercer
pleusieurs grandes inhumanités, en quelques petites villes qu'ils ont
surprises ez quartiers où ilz sont; et, d'un aultre costé, ceux de la
Charité ont aussy faict une entreprise sur ma ville de Bourges, qui a
esté si preste à exécuter que quelques uns de ceux qui étoient de la
dicte entreprise ont esté prins, estant jà entrés dans la dicte ville
par l'intelligence qu'ils y avoient, les aultres tués dedans les
fossés, jusques au nombre de cent ou six vingtz hommes.

Pour tous ces mauvais déportements, je ne me suis point volleu
démouvoir de mon premier propos, qui est de ramener mes dicts subjects
à la bonne voye, comme faict le bon père de famille qui ne veut pas
traicter ses enfants selon que mérite leur désobéissance, mais les
conserver, de sorte que m'ayant, la Royne de Navarre, tantôt requis de
luy envoyer un gentilhomme pour conduire par deçà les députés de la
Rochelle, tantost de luy envoyer saufconduit et passeport pour
despescher gens vers les Princes de Navarre et de Condé, je l'ay
satisfaicte en toutes ces choses à son contentement; ayant néantmoins
esté usé jusques ici, de leur part, d'une telle longueur à envoyer les
dicts députés que je n'ay point encore certaines nouvelles quand est
ce qu'ils pourront arriver. Et si, il y a bien près d'un moys que le
Sr Du Croq est par dellà pour les conduire, faisans assez cognoistre,
toutes ces longueurs, que les principaux d'entre eux n'ont pas grande
vollonté d'ayder à une si bonne œuvre que de mettre mon royaulme en
repos, et qu'ilz n'ont mis en avant ces premiers propos, dont La
Personne fust le porteur, que pour m'amuser, s'ils peuvent, et
cependant voir s'ils seront pour obtenir quelque secours de la
Germanie; où je sçay qu'ils en font faire toutes les instances du
monde envers les princes protestants, s'étant mesmement veu, par
lettres interceptées, que le dict Admiral a escrites aux négociateurs
qu'il a par delà, qu'il leur mande que, pour le bruict de paix qu'ils
puissent entendre se traicter, ils ne cessent de solliciter le dict
secours le plus qu'ils pourront. Par où l'on peut juger sa bonne et
droicte intention.

Néantmoings je vous puis asseurer que ses forces sont en si piteux
estat, et a si peu de moyen de se résoudre de la grande perte qu'il a
faicte en la dernière bataille, qu'encore que, despuis la prise de St
Jehan d'Angely, j'ay donné congé à toutes les compaignies de
gendarmerie, et faict mettre toutes les bandes de gens de pied en
garnison pour estre plus fresches et disposées à me faire, cy après,
service, lorsque l'affaire le requerra, il n'ose comparoir en
campagne, et s'esloigner du lieu où il s'est mis entre les deux
rivières de Dordoigne et de Garonne.

Voylà, Monsieur de La Mothe Fénélon, en peu de parolles, ce qui s'est
passé despuys ceste ouverture de pacification et de la lentitude avec
laquelle il y a esté, jusques icy, procédé par ceux de la Rochelle; ne
voullant oublier à vous dire que, voyant, aulcuns cappitaines qui
avoient dressé, il y avoit plus de trois mois, une entreprise sur la
dicte ville de la Rochelle, que l'on m'avoit voulleu ainsi surprendre
ma ville de Bourges, se délibérèrent, il y a quelques trois sepmaines,
de se mettre en debvoir d'exécuter la dicte entreprise, laquelle
toutesfoys n'a pas réheussi; vous ayant bien voullu représenter toutes
ces choses affin que, sçachant à la vérité comme elles sont passées,
vous vous puissiez opposer aux faux bruits que mes rebelles pourroient
faire courir par dellà pour rendre odieuses mes actions et
déportemens, ainsi que c'est leur artifice accoustumé. Et sur ce, etc.

Escript à Angers, ce XXIe jour de janvier 1570.

    CHARLES.      BRULART.



XXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de febvrier 1570.--

  Négociation de la paix.--Articles proposés.--Levées faites en
    Allemagne pour Élisabeth.--Assurance donnée par l'ambassadeur
    d'Angleterre qu'elles sont dirigées contre les rebelles du
    Nord.--Injonction faite à l'ambassadeur d'interpeller la reine
    pour savoir si elles ne doivent pas servir contre la
    France.--_Teneur des articles proposés._


Monsieur de La Mothe Fénélon, par les despêches que je vous ay cy
devant faictes, vous aurés esté adverti bien amplement de ce qui a
esté faict et négocié, jusques ici, pour parvenir jusques à quelque
bonne pacification des troubles estantz en mon royaulme. Et à présent
que les députés de la Royne de Navarre, des Princes de Navarre et de
Condé, et de l'Admiral sont venus, de leur part, devers moy, qui m'ont
proposé et baillé par escript certains articles de ce que ceux de leur
parti desirent que je leur accorde, après avoir bien et meurement
considéré sur iceulx ce que je puys raisonnablement faire en leur
faveur, pour donner un bon et heureux repos à tous mes subjects; et
voullant user envers eux, encore qu'ils m'ayent griefvement offencé,
plustôt de mansuétude, de bonté et de clémence que d'extrême sévérité
et justice, je me suis résollu de leur accorder le contenu des
articles que je vous envoyé présantement, affin que vous fassiés
entendre, de ma part, à la Royne d'Angleterre, combien j'ay estimé le
bon conseil et advis qu'elle m'a donné, tant par ses lettres que par
ce que vous m'avés, par pleusieurs fois, escript de sa part, de tâcher
de parvenir à la réconcilliation de mes dicts subjects par une bonne
pacification.

Et voullant les conserver et ne souffrir point qu'en se perdant ils
attirent avec eux une grande ruine en toute la Chrestienté, ainsi
qu'il ne pourroit advenir aultrement s'il n'y estoit donné quelque
prompt remède, et n'obmettre rien du bon debvoir d'un bon prince pour
ramener gratieusement ses subjects dévoyés au bon chemin qu'ils
doibvent tenir, en luy rendant l'obéissance à laquelle ils sont
naturellement obligés; espérant que, s'ils sont encore possédés de
quelque bon zelle et ont en leurs cœurs quelque peu de reste de la
bonté et fidélité naturelle que, de tout temps, les peuples françois
ont heu à leurs rois, ils accepteront fort volontiers les susdictes
conditions. Et par là la dicte Royne d'Angleterre pourra juger et
cognoistre de quel zelle j'y procède, selon ma bonté et clémence
accoutumée; et que, où mes dictz subjects, eslevés en armes, se
monstreroient si desraisonnables qu'ils ne voullussent accepter ce que
je leur fais offrir présentement, ains continuer en leurs malheureuses
entreprises; qui donneroient clairement à cognoistre qu'ils seroient
poussés d'une pure ambition pour usurper, s'ilz pouvoient, l'auctorité
qui m'est deue, que je m'asseure, de la bonne et sincère amitié qui
est entre nous, qu'elle ne leur baillera aulcune aide, secours ny
faveur, sçachant bien comme il importe à un roy et prince souverain de
réprimer et chastier ses subjects, quand ils prennent les armes contre
luy, et mesme s'ils se monstrent si obstinés qu'après avoir grandement
failli, comme ils ont, et usant envers eux de la grâce et bonté que je
fais, ils ne se voulloient recognoistre et rendre le debvoir et
l'obéissance qu'ils me doibvent.

Je viens tout présentement d'avoir advis certain, d'Allemaigne, que la
Royne d'Angleterre a faict faire une levée de huict mille reystres
soubz la charge du duc Holstain et du comte de Hemdem; et, d'aultant
que le Sr de Norrys, son ambassadeur, m'est venu trouver, despuys deux
jours, lequel m'a dict avoir charge expresse par lettres de la Royne
d'Angleterre, sa Maistresse, de me faire entendre en quel état
estoient, à présent, les troubles et affaires de son royaulme, et
comme ceux, qui s'estoient eslevés contre elle, s'estoient presque
tous retirés vers l'Escosse, et qu'elle espéroit en avoir bientost une
bonne issue; et, pour ceste occasion, elle avoit résollu de faire une
levée de gens de guerre de ses subjects, tant de cheval que de pied,
la plus grande qu'elle pourroit, pour establir ses affaires et estre
obéie, et par ce moyen empescher que l'on ne puisse point faire, par
cy après, aulcune aultre eslévation contre son auctorité; et qu'elle
me prioit de ne me mettre en peyne et soubçon de ceste grande levée et
assemblée de gens de guerre qu'elle faisoit, d'aultant que ce n'estoit
que pour servir en son royaulme, et pour se faire obéir à ses dicts
subjects, et non pour ayder et favoriser aulcunement ceux qui portent
les armes contre moy, m'offrant tout ce que je debvois espérer de son
amitié; je vous ay bien voulleu advertir de tout cella affin que vous
luy en parliés de ma part, d'aultant que son ambassadeur ne m'a rien
dict, ni à la Royne, Madame et Mère, de la dicte levée, et qu'elle
vous die ouvertement, sans rien dissimuler, si c'est pour ayder et
favoriser ceux qui portent les armes contre moy, comme on me mande
qu'elle est faicte à ceste intention, ou si ce n'est seulement que
pour s'en servir contre ses dicts subjects. Et faictes en sorte que
vous en puissiés sçavoir la vérité et m'en advertir incontinent, et
vous prendrés garde au visage et à la contenance de la dicte Dame,
comme elle recevra ce que vous luy dirés, me remettant à vous d'y
adjouxter ou diminuer, selon que vous cognoistrés qu'il en sera de
besoin pour mon servisse.

J'ai reçu vos lettres du XXIe du passé, avec l'instruction que vous
pensiés bailler à La Croix[43], et ay bien veu et considéré tout ce
que vous m'avés mandé, à quoy je vous fairay responce par la première
dépesche, estant trez aise d'entendre si particullièrement toutes les
nouvelles de ce qui se passe par dellà, et que vous continuiés à m'en
tenir adverty, à toutes les occasions qui s'offriront,et le plus
souvent que vous pourrés; priant, etc.

Escript à Angers, le VIe jour de febvrier 1570.

    CHARLES.      FIZES.

  [43] Voyez LXXXIVe dép., tom. III, pag. 20, et le Mémoire joint,
  pag. 27.


   ARTICLES.

   Le Roy ayant entendu ce qui a esté proposé de la part des députés
   de la Royne de Navarre, des Princes de Navarre et de Condé,
   seigneurs, gentilshommes et aultres, de toute qualité, qui sont
   avec eulx, les très humbles requestes, par eulx faictes à Sa
   Majesté, de leur donner la paix avecques les seuretés qui sont en
   son pouvoir, pour les faire jouir du bénéfice d'icelle, ensemble
   les soubmissions qu'ilz luy ont faictes de luy rendre obéissance
   et fidellité qu'ils lui doibvent;

   Sa dicte Majesté, pour la singulière affection qu'elle a tousjours
   portée à la Royne de Navarre, Princes de Navarre et de Condé, pour
   la proximité de sang dont ils luy appartiennent, le desir qu'elle
   a de la conservation de ses subjects, spéciallement de sa
   noblesse; pour monstrer à eulx et à tous les dessusdictz son
   affection et clémence paternelle et royalle envers eulx, et la
   vollonté qu'elle a de voir tous ses subjectz ensemble réduictz
   soubz son obéissance, et son royaulme en repos des troubles qui y
   sont de présent, leur a accordé pour parvenir à une bonne, sincère
   et entière pacification des dictz troubles les choses qui
   s'ensuivent:

   Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées demeurera
   esteinte et supprimée, comme des choses non jamais advenues, et
   qu'il ne sera loysible ny permis, en quelque temps ni pour quelque
   occasion que ce soit, d'en faire jamais mention de procès, en
   quelque cour ni juridiction que ce soit, ni ailleurs; et à ceste
   fin sera impose sillence à ses procureurs généraux en toutes ses
   courts de parlements et leurs substituts; sera aussi deffendu à
   toutes personnes privées d'en renouveller la mémoire, ni en faire
   reprosche, sur peine d'estre punies comme infracteurs de paix et
   perturbateurs du repos public;

   Que touts arrêts, sentences, jugements et procédures faictes en
   quelque cour, et devant quelques juges que ce soit, durant les
   présents troubles, ou aux précédents, pour raison des choses
   passées, durant ou à cause des dicts troubles, à l'encontre des
   dessusdictz ou aulcuns d'eux, seront mis à néant, cassés et
   révoqués;

   Qu'ils, ni aulcuns d'eulx, ne pourront jamais estre recerchés pour
   raison des pratiques ou intelligences qu'ilz pourroient avoir
   heues avec princes, potentats, communaultés ou personnes privées,
   estrangers, ni à cause des traités ou contractz qu'ils pourraient
   avoir faictz ou passés avec eulx pour raison des choses
   concernantz les dictz troubles et dépendances d'iceulx; dont le
   Roy les a entièrement deschargé, et leur en baillera toutes
   lettres et seurettés qui seront à ceste fin nécessaires, en la
   meilleure et plus authentique forme que faire se pourra;

   Que, par le bénéfice de ceste paix, tous les dessusdictz seront
   remis et réintégrés en leurs honneurs et biens, pour d'iceulx
   jouir, eulx, leurs enfans, héritiers, successeurs ou ayans cause,
   paisiblement et sans aulcun empeschement.

   Et pour gratiffier particulièrement les dictz Princes et ceux de
   la noblesse qui avoient estatz, charges et pensions de Sa dicte
   Majesté, le Roy les remettra en leurs dictz estats, charges et
   pensions, pour en jouir aussy, comme dessus est dict.

   Et, quand au faict de la religion, le Roy leur permettra de
   demeurer et vivre paisiblement dedans son royaulme en entière
   liberté de leur conscience, sans estre recerchés en leurs maisons,
   ni les asteindre à faire chose, pour le regard de la dicte
   religion, contre leur vollonté. Et encores, pour plus grande
   sureté, Sa dicte Majesté leur accordera deux villes, dedans
   lesquelles ils pourront faire tout ce que bon leur semblera et
   qu'ils voudront, sans estre recerchés; et, en chacune d'icelle
   ville, le Roy aura un gentilhomme capable et idoine qui aura
   l'œil à ce qu'il ne soit faict chose qui contrevienne à son
   auctorité, et repos de son royaulme, et qui maintienne chascun en
   paix et repos, ne voullant Sa dicte Majesté qu'il y ait, au reste
   de tout son royaulme, aulcun ministre, ni qu'il soit faict aulcun
   exercisse de religion que de la sienne.

   Et quant aux officiers de justice, finances et aultres inférieurs,
   attendu que, despuys la privation faicte d'iceulx par décrets et
   ordonnances de justice, suivant les édits du Roy, aultres ont esté
   pourveus en leurs places, et sont aujourdhui en l'exercisse
   d'iceulx; que l'argent qui en est provenu a esté despendu et
   employé pour soustenir les frais de la guerre; le Roy ne les peut
   aulcunement restituer, ni rétracter l'exécution de ses édictz pour
   ce regard: attendu mesmes les grandes plainctes et demandes que
   font ceux du clergé de son dict royaulme, et aultres, ses subjects
   catholiques, pour avoir réparation des dommages par eulx souffertz
   tant en leurs biens qu'en la démolition des églises et maisons de
   patrimoines, par tous les endroictz de son dict royaulme, à
   l'encontre de ceux qui ont faict les dictes démolitions et
   domages, auxquelz le Roy ne pourroit justement desnier de faire
   droit et justice à l'encontre de ceux contre lesquels ils
   voudroient prétendre, s'il falloit entrer en recognoissance de
   cause et réparation des dommages soufferts, d'une part et
   d'aultre.

   Voulant Sa dicte Majesté, pour l'observation des choses susdictes,
   avec toute bonne foy et sincérité leur bailler toutes les seuretés
   qui sont en son pouvoir et qu'ils luy voudront honnestement et
   raisonnablement requérir, lesquelles seuretés le Roy faira
   esmologuer et passer par ses cours de parlement et aultres qu'il
   appartiendra;

   Veult et entend Sa dicte Majesté que les dessusdicts
   réciproquement pour luy rendre la fidellité et obéissance qu'ils
   luy doibvent, ayent à se despartir de toute alliance,
   confédération et association qu'ils ont avec les princes,
   potentats ou communautés estrangères, hors du royaulme,
   pareillement de toutes intelligences, pratiques et associations
   qu'ils ont dedans et dehors icelluy;

   Qu'ils ne fairont aulcunes assemblées, contributions ni
   cueillettes de deniers, sans expresse permission du Roy déclarées
   par ses lettres patentes;

   Licentieront et fairont sortir hors son royaulme, dans un moys
   après la conclusion de la dicte pacification, par le chemin qui
   leur sera prescript par Sa dicte Majesté, sans foulle ni
   oppression de ses subjectz, tous estrangers estant à leur
   servisse; et conviendront avec eulx de leur paiement, à leurs
   propres coust et despens; et, à ceste fin, leur donnera le Roy
   telle permission qu'il sera besoin pour entre eulx cottiser et
   lever les sommes qui leur seront nécessaires;

   Laisseront aussy les armes et sépareront aussy toutes leurs
   aultres forces, tant de pied que de cheval, par mer et par terre;

   Se retireront chascun en leurs maisons, où bon leur semblera,
   incontinent après la conclusion de la dicte paix; par là où ils
   sçauront vivre paisiblement;

   Remettront entre les mains du Roy, ou de ceux qu'il commettra, les
   villes, chasteaux et places qu'ils détiennent pour le présent, ou
   en fairont sortir les forces qu'ils y ont, y délaissant
   semblablement l'artillerie et aultres munitions qui sont en
   icelles au pouvoir de ceux que y ordonnera Sa dicte Majesté;

   Et générallement restitueront, de bonne foy, à Sa dicte Majesté,
   ou à ceux qu'elle commettra, toutes les choses à elle appartenant,
   et qui se trouveront encores en nature, soit ez villes et places
   qu'ils tiennent et aultres lieux quelz qu'ils soyent, ou par mer
   ou par terre.

   Faict à Angers, le IIIe jour de febvrier 1570.



XXXIX

MÉMOIRE DU ROY (_en chiffre_).

--du Xe jour de febvrier 1570.--

  Réponse à un mémoire confidentiel envoyé par
    l'ambassadeur.--Impossibilité où se trouve le roi d'entendre
    aux propositions faites par le roi d'Espagne de se liguer
    contre l'Angleterre, tant que la guerre civile durera en
    France.--Précautions qu'il faut prendre pour savoir d'où
    viennent ces propositions.

Le Roy, ayant veu l'instruction que le Sr de La Mothe Fénélon, son
ambassadeur en Angleterre, luy a envoyé avec ses lettres du XXIe du
moys passé[44], et bien et meurement considéré tout ce qui est contenu
en icelles, a esté très aise d'estre adverti si particullièrement par
son dict ambassadeur de l'estat des affaires de dellà; à quoy n'est
point de besoin que Sa Majesté fasse responce sinon qu'il a receu et
reçoit les advertissements qu'il luy donne ordinairement, de tout ce
qui se faict tant en la cour de la Royne d'Angleterre que en son
royaulme, à plaisir très agréable, et desire que son dict ambassadeur
continue à faire le semblable et le plus souvant qu'il luy sera
possible.

  [44] Voyez le Mémoire joint à la LXXXIVe dép., tom. III, pag. 27.

Sa dicte Majesté a très bien considéré ce que le dict Sr de La Mothe
Fénélon luy mande de la conférence qu'il a heue avec l'ambassadeur du
Roy d'Espaigne, les propos qu'ils ont tenu ensemble, et ce qu'il luy a
mis en avant de persuader Sa dicte Majesté d'escrire promptement au
Roy Catholique pour la commune entreprise d'entre eulx deux contre
l'Angleterre, pour la restitution de la Royne d'Escosse seulement, ce
qu'il s'asseuroit que le Roy, son Maistre, accorderait de faire plus
vollontiers qu'il n'en seroit requis. Et voyant Sa dicte Majesté les
troubles qui sont encore en son royaulme, il ne peut penser à aultre
chose que de regarder, par tous les moyens qu'il luy sera possible, de
les appaiser, et tâcher de remettre tous ses subjects au debvoir et
obéissance qu'ils luy doibvent, et de s'establir en toutes choses que
luy et ses prédécesseurs Rois ont esté ci devant; et ne fault pas que
le dict Sr de La Mothe Fénélon s'estende tant qu'il se laisse entendre
là dessus par le dict ambassadeur, pour ce que l'on ne sçait à quelle
intention il met telles choses en avant: par quoy le faira parler et
entrer en propos le plus qu'il pourra, affin d'en tirer et descouvrir
ce qui l'a meu luy faire ce langage.

Faict à Angers le Xe jour de febvrier 1570.

    CHARLES.      FIZES.



XL

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

  Négociation de Mr de Montlouet.--Recommandation pour que
    l'ambassadeur empêche Élisabeth de remettre aux protestans
    d'Allemagne l'argent provenant des prises.--Négociation de la
    paix.--Remerciement pour la médiation offerte par
    Élisabeth.--Affaires d'Écosse.--Offre du roi de s'établir
    médiateur entre la reine d'Angleterre et Marie Stuart.--Charge
    donnée à l'ambassadeur de faire le traité.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du Xe du moys
passé par le sieur de Montlouet, et entendu bien particullièrement par
luy tout ce que vous aviés faict ensemblement, en la charge que je luy
avois donnée, et la responce et résollution que vous aviés sur ce heue
de la Royne d'Angleterre. Despuys j'en ay receu deux aultres des XIIIe
et XVIIe du dict moys[45] par le présent porteur qui est à vous, par
lesquelles vous me mandés ce que le cardinal de Chastillon a négotié
avec la dicte Royne d'Angleterre, ce qu'il a obtenu d'elle, et la
grande instance qu'ils font qu'elle s'ayde des deniers des prinses
faictes sur des marchands, tant subjectz du Roy Catholique que
d'aultres, pour les fournir en Allemaigne, en l'acquit de ses dettes,
affin que les princes protestants s'en puissent accommoder au payement
de leurs levées; ayant trouvé très bon ce que vous en avés dict à
l'ambassadeur du dict Roy Catholique et l'advis que vous me donnés
d'en escrire au duc d'Alve, comme je fais présentement au sieur de
Ferrailz, qui est là de ma part auprès de luy. Et, en attendant que le
dict duc d'Alve en ayt escript de par delà, je suis d'advis que vous
taschiés, par tous les moyens que vous pourrés, soyt par les
ambassadeurs d'Espaigne ou aultrement, d'empescher que la dicte Royne
d'Angleterre ne prenne les dicts deniers.

  [45] Voyez LXXXVIIe, LXXXVIIIe et LXXXIXe dép., tom. III, pag.
  41, 47 et 50.

J'ay aussi receu, par le courrier que je vous avois despéché, vos
lettres du XXIIe du dict moys[46], et veu, par le contenu en icelles,
ce que vous avés faict entendre, de ma part, à la dicte Dame pour le
faict de la pacification des troubles de mon royaulme, et la bonne et
honneste responce qu'elle vous a faicte, avec un visage plein de
démonstration de joye et contentement, et du grand désir qu'elle a de
voir cella sortir à effaict, et les offres qu'elle faict de s'y
employer, au cas qu'il y intervînt aulcune difficulté, et d'y faire,
pour moy, tout ainsy que si c'étoit son propre faict.

  [46] Voyez XCe dép., tom. III, pag. 58.

Sur quoy je desire que vous luy faictes entendre, de ma part, que je
la remercie bien fort de ceste bonne et grande affection et volonté
qu'elle a en mon endroict; et que je m'asseure que, si ceux de mes
subjects, qui se sont eslevés en armes contre moy, ont bonne vollonté
de m'estre par cy après fidelles, et rendre l'obéissance qu'ils me
doibvent, qu'estants les articles que je leur ay envoyés si
raisonnables comme ils sont, ils les accepteront. Et où il seroit de
besoing qu'elle s'en meslât, je m'asseure tant de son amitié qu'il n'y
a prince, ni princesse en la Chrestienté qui s'y employast de
meilleure vollonté que j'estime qu'elle faira, ni à qui je m'en
voulusse fier plus librement que je fairois à elle. Et où ils seroient
si desraisonnables et plains de mauvaise intention et vollonté que ils
ne voulleussent accepter les dictes offres, je me veux tant promettre
d'elle que, non seullement elle leur reffusera toute ayde, faveur et
secours, ains qu'elle se voudra, du tout, unir avec moy, comme estant
question d'un faict qui touche à tous princes souverains, pour
réprimer l'audace et témérité de leurs subjects rebelles; estant très
aise de la déclaration qu'elle vous a faicte qu'elle ne faict point
faire aulcune levée en Allemaigne, bien a oui parler de quelque levée
à venir, et qu'elle ne sçait encores ce qui en est, et, quand elle
l'entendra, s'il y a rien contre moy, elle le vous faira sçavoir. Et
faudra que, l'entretenant tousjours en ceste bonne vollonté, vous ne
laissiés pas de regarder à estre soigneusement et curieusement adverti
tant du faict de la dicte levée que de toutes aultres choses qui
surviendront par dellà, pour le me faire entendre.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu tout ce que vous
m'avés mandé, concernant le faict de la Royne d'Escosse et de son
royaulme, tant par vos dictes lettres que par l'instruction que avés
baillée au dict porteur[47]; et, suivant l'advis et conseil que vous
me donnés, je me suis résolleu d'envoyer au dict païs, dans peu de
jours, un gentilhomme de ma part pour favoriser le parti de la dicte
Royne d'Escosse. Et considérant le contenu en la lettre du XXIIe du
passé, que vous avez escript à la Royne, Madame et Mère[48], et la
responce que le comte de Lestre vous a faicte sur ce que vous luy avés
remonstré du peu de satisfaction qu'elle m'avoit donné à ce que je luy
avois faict requérir par le sieur de Montlouet en faveur de la Royne
d'Escosse, et comme, en la dernière audiance, que vous avés heu
d'elle, elle vous a offert d'elle mesmes que, s'il me plaist mettre en
avant un expédiant entre elles deux qui soit honneste et non
préjudiciable à elle ni à sa couronne, ni contraire à son honneur et
conscience, qu'elle y entendra très vollontiers, vous ayant prié par
deux fois de me le mander, je trouve très bon que vous l'entreteniés
en cella, et d'aviser aux moyens que l'on pourra tenir pour effectuer
ceste bonne vollonté qu'elle a; et la priés de vous permettre d'aller
trouver la Royne d'Escosse pour en communiquer avec elle, et à ceux
qui sont, là, de son conseil, et en dresser les mémoires et articles
selon et ainsy que vous aviserez pour le mieux; pour, après,
m'advertir de tout ce que vous aurez faict et arresté ensemble. En
quoy je desire que vous vous employés de tout vostre pouvoir, ainsi
que j'ay donné charge au dict porteur vous dire plus amplement de ma
part. Et sur ce, etc.

Escript à Angers le IIIe jour de mars 1570.

    CHARLES.      FIZES.

  [47] Voyez le Mémoire joint à la LXXXIXe dép., tom. III, pag. 54.

  [48] Voyez XCe dép., tom. III, pag. 61.



XLI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

  Ordre de surveiller avec précaution les propositions faites par
    Stuqueley.--Desir de connaître l'opinion d'Élisabeth et du
    cardinal de Chatillon sur la paix.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu quatre de vos lettres des Xe,
XIIIe, XVIIIe, XXIIe du moys passé, et entendu, tant du sieur de
Montlouet que du présent porteur, tout ce que vous avés donné charge
de me dire; et pour ce que, par les lettres que le Roy, Monsieur mon
fils, vous escript présentement, vous sçaurés bien au long son
intention sur tout ce que vous nous avés mandé, je ne vous en fairay
icy aultre reditte, me remettant sur le contenu d'icelles. J'ay aussy
receu la lettre que vous nous avés escript en chiffre[49], que le dict
porteur m'a baillé, par laquelle vous me mandés l'opinion que vous
avés des affaires de delà, voyant l'estat auquel elles sont à présent,
et ce que le sieur Stuquelay vous est venu dire; pareillement ce que
vous luy avés bien et sagement respondu, pour la crainte qu'il fault
avoir qu'il feust dextrement envoyé devers vous de la part de la Royne
d'Angleterre ou de ses ministres, pour tascher de descouvrir si l'on
auroit quelque mauvaise vollonté contre eulx, et si vous voudriés
entendre à l'offre qu'il vous a faicte. Par quoy il me semble, pour
estre la dicte Dame hors du soubçon qu'elle pourroit avoir, si l'on
permettoit qu'il vînt de deçà, qu'il sera meilleur que vous
l'entreteniés tousjours en ceste bonne vollonté et affection qu'il a,
de faire servisse au Roy, Mon dict Sieur et fils; et, sans luy
descouvrir rien de vostre costé, tirer de luy tout ce que vous
pourrés, et cognoistrés qu'il vous pourra servir. Et cependant vous ne
laisserés pas de vous informer secrettement des moyens et
intelligences qu'il a et peut avoir avec les seigneurs de delà; et
m'asseure que vous sçaurés très bien juger et cognoistre quelle
apparance il y aura à ce qu'il vous a desjà proposé, et pourra encore
dire, pour nous en mander après vostre advis, et ce qu'il vous en
semblera. Qui est tout ce que vous aurés de moy pour ceste heure, etc.

Escript à Angers le IIIe jour de mars 1570.

  [49] Voyez lettre du 17 février 1570, jointe à la LXXXIXe dép.,
  tom. III, pag. 53.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous prie de me mander ce que vous
pourrés cognoistre de l'opinion que la Royne d'Angleterre a pour le
faict de la paix de ce royaulme, et aussy le cardinal de Chastillon,
et ce qu'ils en disent. Je vous veux bien advertir comme le sieur de
Téligni parlant dernièrement à moy, je le voullus mettre en propos des
troubles qui estoient lors en Angleterre; lequel me dict, sur ce que
je trouvois raisonnable de punir et chastier tous les subjects qui
portent les armes contre leurs princes souverains, qu'ils avoient bien
faict, puisque leur Royne ne leur gardoit, de son costé, ce qu'elle
debvoit; et cella vous servira pour un bon subject envers la dicte
Dame, et pour tascher de luy oster l'opinion qu'elle a en leur
endroict; d'aultant qu'ils se réjouissent de voir que ses subjectz
feussent eslevés contre elle.

Ce IIIe jour de mars 1570.

    CATERINE.     FIZES.



XLII

Mr LE CARDINAL DE LORRAINE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

  Remerciemens à l'ambassadeur.--Assurance de reconnaissance.


Monsieur de La Mothe Fénélon, ayant receu ce jourdhuy la lettre que
vous m'avés escripte du XXIIe de ce moys, et veu par icelle, et par la
coppie de celle qu'avés envoyée au comte de Lecestre, combien la bonne
affection que vous portés aux affaires de la Royne, Madame ma niepce,
est accompagnée et conduicte de bon advis et meilleur effaict, je n'ay
pu vous en louer ni remercier assés à mon gré, prenant espérance en la
dextérité dont vous usés en ceste négociation, qu'elle pourra prendre
quelque heureuse fin, si vous ne vous lassés point de continuer les
bons et grands offices que vous avés jusques ici tant heureusement
employés à cest effaict. Dont je vous prie, d'aultant plus
affectueusement, que j'aurois regret que ceste bonne occasion se
passât inutille, et qu'oultre la naturelle affection que j'ay à la
dicte Dame et à son servisse, Leurs Majestés se réjouissent
infiniment, en recevant quelque bonne espérance, et voyant la
promptitude et dilligence dont vous usés suyvant leur intention; et
croyés que la dicte Dame, ma niepce, et tous nous aultres, qui avons
cest honneur de luy appartenir, n'aurons pas seulement cognoissance de
la grande obligation que vous aurés acquis en nous par un si digne et
recommandable servisse, mais perpétuelle mémoire pour le recognoistre
de toute nostre puissance selon vos mérites. Je vous prie de rechef,
puisqu'avés conduitte ceste négotiation en si bon chemin, ne vous
arrester et nous acroistre par l'achèvement, le plaisir que vous nous
avés baillé de ce bon commancement, dont Leurs dictes Majestez, ayant
veu vos lettres, ont prinse la meilleure part. Et sur ce, etc.

D'Angers le IIIe jour de mars 1570.

Vostre meilleur ami. Le CARDINAL DE LORRAINE.



XLIII

Mr DE MORVILLERS, ÉVESQUE D'ORLÉANS, A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

  Conseils sur les devoirs d'un ambassadeur.--Félicitations sur la
    manière dont La Mothe Fénélon s'acquitte de sa charge.


Monsieur, j'ay veu, despuys que vous estes en ceste charge, que vous
avés tousjours traicté les affaires d'une façon merveilleusement
louable, et de laquelle me semble qu'un homme réhussit tousjours à son
honneur: c'est de ne dire ni faire chose que les princes, avec
lesquels l'on a affaire, puissent arguer de mensonge, déguisement ou
malice; et qu'un ambassadeur, en toutes ses actions, soit cogneu
sincère, et procédant rondement. Il y en a toutesfois qui pensent que,
pour estre habille homme, il fault tousjours aller masqué, laquelle
opinion j'estime du tout erronée, et celluy qui la suit grandement
déceu. Le temps m'a donné quelque expérience des choses; mais je n'ay
jamais veu homme, suivant ces chemins obliques, qui n'ait embrouillé
les affaires de son Maistre, et, luy, perdre beaucoup plus qu'acquérir
de réputation; et au contraire ceux, qui se sont conduits prudemment,
avec la vérité, avoir, pour le moins, rapporté de leur négociation ce
fruict et l'honneur d'y avoir faict ce que les hommes, avec le sens et
jugement humain, peuvent faire.

Je vous diray, Monsieur, sans flaterie, que, tant plus je vois de vos
dépesches, plus je loue le chemin que vous tenez; et espère que, le
continuant, les affaires, que vous maniés, succèderont à bonne fin, au
contantement du Roy, et sans offense de la princesse près de laquelle
vous estes.

Au reste, vous entendés, par la dépesche du Roy et ce que vous dira le
présent porteur, l'intention de Leurs Majestez sur tous les poincts de
vos précédentes. Et vous diray seullement que bien heureux seroient
les rois et monarques de la Chrestienté, si, de bonne foy, se
voulloient ensemble réconcillier et se conforter les uns les aultres à
maintenir leur juste auctorité dessus leurs subjectz; lesquels on
void, de toutes parts, ne tendre à aultre fin qu'à secouer le joug et
se dellivrer de toute subjection. Ils autorisent souvant des mauvais
exemples, dont ils souffrent ordinairement à leur tour.

Monsieur, je me recommande humblement à vostre bonne grâce, et prie
Dieu vous donner, en santé, longue vie.

D'Angers le IIIe jour de mars 1570.

    Vostre bien humble ami et serviteur.

    DE MORVILLERS, ÉV. D'ORLÉANS.



XLIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de mars 1570.--

  Réclamation à raison du pillage d'un navire français échoué en
    Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'escriptz présentement à la Royne
d'Angleterre la lectre, que je vous envoye, en faveur de François
Salomon, Jehan Colombel et Jehan Chenadec, marchands et bourgeois de
ma ville de Vannes, en Bretaigne, sur ce qu'ilz m'ont faict entendre
qu'au mois de novembre dernier passé, ils auroient faict conduire
jusques en Flandres le navire à eulx appartenant, nommé la _Bonne
Advanture_, de Vannes, et icelluy faict charger de plusieurs
marchandises, entre aultres, de diverse sorte de soyes, comme tafetas
et satins, toilles de Hollande, plomb, estein, crain, cires, bufles,
poudre fine et grosse, grand nombre d'érain en œuvre, serges d'Arscot
et aultres marchandises, revenants bien à la valleur d'environ dix
huict mille livres. Lequel navire, ainsi chargé, ils avoient délibéré
faire amener au dict Vannes en Bretaigne, et, ayant prins la route du
dict païs, seroient, environ le quinzième jour de janvier dernier,
arrivés au port de Rosco, distant du dict Vannes de XL lieues; et
estimans, après y avoir quelque temps séjourné, avoir le vent à propos
et commode pour faire voille, se seroient mis en mer, où le vent leur
auroit esté si impétueux et contraire que le dict navire feut jeté en
la coste d'Angleterre, cuydans y estre en aussy grande seuretté comme
en mon royaulme, pour la bonne et parfaicte amitié, bienveillance et
commune intelligence qui est entre noz royaulmes, païs et subjects.

Les habitants du dict lieu de Falmeu, et aultres circonvoysins,
subjects de la Royne d'Angleterre, se seroient jectés sur la dicte
navire, et icelle déprédé, pillé, saccagé, remporté toutes les
marchandises et choses qui estoient dessus, montants et revenants à la
susdicte somme d'environ dix huict mille livres, oultre les agrès,
appareils et munitions y estants, vallants plus de deux mille livres,
qu'ils auroient aussy prins, remportés, et faict constituer
prisonniers le maistre du dict navire, nommé Loys Corno, ensemble les
mariniers qui y estoient.

Par quoy, et que je me suis tousjours asseuré, comme je fais encore,
que la dicte Royne d'Angleterre ne le voudroit aulcunement tollérer ni
permettre, et qu'elle ne l'a jamais entendu, je vous prie, Monsieur de
La Mothe Fénélon, après luy avoyr présenté mes dictes lettres, faire
telle instance envers elle que le dict navire, et marchandises qui
estoient dessus, agrès, appareils et munitions, soyent randus et
restitués à ceux de mes dictz subjects, aux quels ils appartiennent,
si les choses sont encores en nature; sinon la juste valleur et
estimation d'iceulx, et les mariniers, et aultres personnes estants
dessus, mis en plaine et entière liberté. Vous verrés les informations
qui de ce ont esté faictes, lesquelles vous sont présentement
envoyées, et employerés la créance, que je vous donne par ma dicte
lettre à la Royne d'Angleterre, de tous les plus honnestes propos et
remonstrances dont vous vous pourrés aviser; m'advertissant, à la
première occasion, de ce que vous aurés faict et de la responce que
vous en aurés heüe. Et sur ce, etc.

Escript à Angers le VIIIe jour de mars 1570.

    CHARLES.      FIZES.



XLV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIIe jour d'apvril 1570.--

  Remerciemens sur les offres de médiation d'Élisabeth, que la
    pacification prochaine doit rendre inutiles.--Remontrances sur
    les armemens faits en Angleterre.--Déclaration du roi qu'il ne
    souffrira pas qu'ils soient tournés contre l'Écosse.--Demande
    qu'Élisabeth retire ses troupes de ce pays, et qu'elle rende la
    liberté à Marie Stuart.--Garantie offerte par le roi pour
    l'exécution du traité.--Ordre donné pour qu'il soit satisfait
    aux réclamations des Anglais sur la pêche des côtes.--Argent
    envoyé à Marie Stuart.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe et XIXe
du mois de mars dernier; après, j'ay eu celles que m'a aportées le Sr
de Vassal qui sont du XXVIIe du dict moys, ensemble les mémoires et
instructions que vous luy avés baillé[50]; et, oultre le contenu
d'icelles, encore quelles soient bien amples, entendu tout ce qu'il
m'a particullièrement dict et exposé de vostre part, suyvant la charge
qu'il en avoit de vous. Despuys, j'ay aussy receu les aultres lettres
du dernier d'icelluy mois[51], me trouvant, en tout et partout, si
bien et si suffisamment esclairci de tout ce qui se pouvoit apprendre,
du costé du lieu où vous êtes, qu'il n'est possible de plus; tellement
qu'avec très juste occasion j'en demeure fort content et satisfaict.

  [50] Voyez XCIVe, XCVIe et XCVIIe dép., tom. III, pag. 79, 85 et
  88.

  [51] Voyez XCVIIIe dép., tom. III, pag. 103.

Et pour vous y faire responce, j'ay veu et remarqué, en premier lieu,
ce que vous me faictes sçavoir du grand et singulier desir que avoit
la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, d'intervenir et s'employer à la
pacification des troubles de mon royaume, s'offrant d'envoyer pour
cest effaict par deçà quelqu'un des siens, personnage de qualité
correspondante à un tel négoce, ou bien d'en traiter par delà avec le
cardinal de Chastillon. Sur quoy je ne la puis que grandement
remercier de ceste sienne bonne vollonté et affection en mon endroict,
vous priant faire de ma part cest office envers elle, avec toutes les
plus honnestes parolles dont vous pourrez aviser, l'asseurant que, en
semblable ou aultre occasion, je luy voudrois très vollontiers faire
paroistre, par effaict, la correspondance de nostre bonne et commune
amitié. Mais il ne sera point de besoin luy donner ceste peyne,
d'aultant que ceulx de mes subjectz rebelles, qui se sont eslevés et
prins les armes contre mon autorité, m'ont toujours faict remonstrer
ne voulloir point entrer en capitulation avecque moy, qui suis leur
roy et prince naturel et souverain; mais seullement avec toute
révérence et humilité recevoir les offres que je leur fairois,
tellement que, sur l'acceptation d'icelles que je leur ay cy devant
envoyées, ils ont depputé quelques uns d'entre eulx pour me venir
trouver, estantz desjà si bien acheminés qu'ils seront ici dans peu de
jours, espérant que l'effaict de la dicte pacification sera bientost
résollu: dont je ne faudray de vous advertir incontinent, affin que
vous en faictes part et communication à la dicte Dame.

A laquelle vous remonstrerés cependant, pour le regard de ce qui
touche le faict de si grandes forces, et l'ordre qu'elle donne encore
tous les jours de les augmenter, ensemble les fournir de provisions et
munitions de guerre, que je ne puis aulcunement penser que ce soit
seullement pour chastier, comme elle dict, les fugitifs de son royaume
qui se sont retirés au païs de la Royne d'Escosse, mais bien estimer
et me persuader qu'elle a aultre intention, encore qu'elle soit sa
proche parante; ce que je ne pourrai aulcunement souffrir ni tollérer,
ayant le cœur grand et bon comme j'ay, et qui ne voudrois
aulcunement dégénérer aux vertueux et magnanimes actes des Rois, mes
prédécesseurs, qui ont toujours heu ceste résollution devant les yeux:
d'employer non seulement les forces et moyens que Dieu leur a donné en
main, mais encore leurs propres personnes, pour rellever et soulager
les opprimés. Par quoy il ne faut pas que la Royne d'Angleterre trouve
estrange si, pour l'ancienne et estroite amitié, alliance et
confédération qui a esté de tout temps observée, et, de règne en
règne, continuée et corroborée entre mes dicts prédessesseurs Rois et
ceux d'Escosse, aussy pour m'estre la Royne du dict païs si prosche
parente comme elle est, estant ma belle sœur, j'embrasse et veux
embrasser le faict de sa cause comme la mienne propre, m'asseurant
qu'en un si bon et saint œuvre je serai assisté de Dieu, faisant,
comme je fairai, pour une Royne et princesse catholique, la quelle en
ceste affliction ne sera jamais abandonnée du Roy d'Espaigne ni de
tous les aultres princes chrestiens.

Mais pour n'en venir point jusque là, et devant que les choses passent
plus oultre, vous prierés de ma part la dicte Royne d'Angleterre de
faire rettirer ses forces du dict païs d'Escosse sans y en renvoyer
d'aultres, au contraire mettre la Royne du dict Escosse en liberté
pour gouverner et commander en son dict royaulme, ainsi qu'elle doibt
et luy appartient de faire, estant née royne et princesse souveraine
du dict païs, ou bien en laisser faire à ceux qui, de par elle et
soubz son autorité, seront commis et depputés au dict gouvernement,
attandu mesme que en cessi ne luy a esté donné aulcun empeschement
sinon par ceux qui tiennent le parti d'icelle Royne d'Angleterre; avec
laquelle je seray toujours très aise de continuer tous les bons
offices d'amitié qui me seront possibles, l'asseurant que la Royne
d'Escosse gardera, de sa part, tous les traités qui ont esté cy
devant, et seront cy après, faicts et accordés avec la Royne
d'Angleterre et ses prédécesseurs, et qu'elle vivra avec elle, gardant
tout le debvoir d'une bonne et syncère amitié, sans y contrevenir
aulcunement; et que je luy en veux donner telle promesse et asseurance
qu'elle aura occasion d'en avoir grand contentement.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par le double que
vous m'avés envoyé de la lettre que vous ont escript ceux du conseil
d'Angleterre, la plaincte que font les pescheurs de la Rie contre ceux
de mes subjects, lesquels ilz prétendent contrevenir aux ordonnances
faictes sur le faict des dictes pescheries, chose que je n'ay jamais
entendue jusques à ceste heure. Et, à la vérité, je suis bien aise de
le sçavoir, pour l'envie et la bonne affection que j'ay d'y pourvoir
et remédier: et, à ceste fin, j'escriptz présentement au Sr de La
Meilleray, mon lieutenant au gouvernement de Normandie, s'enquérir et
informer bien soigneusement et dilligemment du faict d'icelles
pescheries, et des contraventions aux dictes ordonnances, pour, sur
ce, réduire et remettre les choses en l'estat qu'elles doibvent estre,
et y demeurer en sorte qu'il n'en advienne plus aucune plainte; et
qu'il ne faille à m'advertir incontinent de tout ce qu'il en aura
faict et exécuté, affin que je vous le fasse entendre pour leur
remonstrer par delà, et ez lieux et ainsi qu'il en sera de besoin,
tellement que l'on cognoisse partout l'envie que j'ay de vivre en
bonne et mutuelle amitié avec la dicte Royne d'Angleterre.

Je vous advise, Monsieur de La Mothe Fénélon, que la somme de dix sept
mille livres, d'une part, et cinq mille qui seront cy après envoyés
en Angleterre, n'est à aultre fin que pour estre baillée à la Royne
d'Escosse, ma belle sœur, et non ailleurs, pour luy ayder à subvenir
en ses affaires, comme estant de ses deniers; par quoy vous le luy
fairez bailler et en prendrez quittance d'elle pour vostre descharge,
que vous m'envoyerez pour faire aparoir comme elle les aura receus
entre ses mains; vous ayant bien voullu renvoyer le dict Sr Vassal,
sur lequel me remettant, je prie, etc.

Escript à Chasteaubriant le XIIe jour d'apvril 1570.

    CHARLES.      FIZES.



XLVI

LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de Monsieur le Duc._)

--du XIIe jour d'apvril 1570.--

  Protestation faite par le duc d'Anjou qu'il n'a jamais déclaré
    avoir l'intention, aussitôt la paix conclue, de faire une
    entreprise en Angleterre pour délivrer Marie Stuart.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la despesche du Roy,
Monseigneur et frère, responcive à celles que nous avons cy devant
receu de vous, et mesme par le Sr de Vassal qui vous est présentement
renvoyé, le voulloir et l'intention de Sa Majesté sur toutes vos
dictes despesches, estant le tout si bien et amplement déduict qu'il
ne me reste à vous dire davantage là dessus. Mais, pour le regard de
ce que vous m'escrivés, en particullier, touchant quelques propos qui
avoient esté tenus à la Royne d'Angleterre, et dont elle se sentoit
piquée; disant que j'avois voullu persuader quelques gentilshommes,
venus du camp de nos ennemis, à franchement recevoir les conditions de
la paix que l'on leur offroit, et quitter toutes aultres passions pour
se réunir ensemblement à une mesme bonne et entière vollonté, et que,
après, je les mènerois à une très honnorable entreprise en Angleterre,
pour y dellivrer une Royne que l'on y détenoit prisonnière; tellement
qu'il sembloit par là que je luy voulleusse desjà dénoncer la guerre,
dont elle ne pensoit m'avoir aulcunement donné l'occasion: sur quoy,
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous luy avés fort bien et sagement
respondu.

Et fault que je vous die qu'il estoit impossible de faire en cella
meilleur office que celluy que vous avés faict, qui est la vraye et
pure vérité, lorsque vous luy avez faict entendre qu'une telle
vollonté ne m'estoit point tombée dans le cœur; et quand bien il en
auroit heu quelque chose, ce que non, toutesfois tant s'en fault que
je l'heusse dict à ceux que je tenois et tiens encore pour ennemis,
durant le temps qu'ils porteront les armes contre moy, que seullement
je ne l'heusse pas voulleu descouvrir à mes amis; vous priant
d'assurer, de ma part, la Royne d'Angleterre que je trouve aultant
estrange ceste nouvelle comme elle est éloignée de la vérité, n'y
ayant jamais pensé en quelque sorte que ce soit. Mais ce sont quelques
turbulents, esprits malicieux, qui s'exercent et passent le temps à
forger telles malheureuses inventions; la priant bien fort de n'en
voulloir croire aulcune chose, mais au contraire que j'ay toujours heu
devant les yeux ceste bonne et ferme intention de voir ces deux
royaumes, de France et d'Angleterre, continuer et persévérer en leur
commune et mutuelle amitié; et à faire, de ma part, tous les meilleurs
offices que je pourrois pour donner tesmoignage par effaict de ma
dicte bonne vollonté, qui ne sera jamais aultre. Sur ce, etc.

Escript à Chasteaubriant, le XIIe jour d'apvril 1570.

    Vostre bon ami.	     HENRY



XLVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour de may 1570.--

  Détails sur la négociation de la paix qui est près d'être
    conclue.--Réponse faite aux articles par les princes de Navarre
    et de Condé.--Insistance du roi pour qu'Élisabeth retire ses
    troupes d'Écosse.--Affaires de Marie Stuart.--Résolution du roi
    de faire rendre justice sur les plaintes des Anglais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe, XIIIe et
XVIIIe du moys passé[52], et par icelles entendu, bien et
particulièrement, en quel estat sont toutes choses de par delà, et
tout ce qui s'y est passé jusques à l'arrivée du présent porteur qui
est à vous; et m'avés faict bien grand plaisir de me tenir si souvent
et si amplement adverti des occurrences du lieu où vous estes. Je
n'heusse pas tant demeuré à vous faire responce sans ce, que
j'attandois le retour du Sr de Biron, et ce qui réhussiroit de la
négotiation de la paix, par la venue des depputés que la Royne de
Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyéd evers moy;
lesquels, oultre le contenu ez articles que je leur avois cy devant
envoyés par le dict sieur de Biron, et dont je vous ay donné adviz et
envoyé coppie, m'ont faict, de leur part, plusieurs aultres
particullières supplications et demandes de ce qu'ils désirent obtenir
de moy. Et ayant mis en considération les grandes calamités, misères,
oppressions et ruines dont mes pauvres subjects sont continuellement
affligés, pour raison des guerres provenant des troubles qui ont esté
cy devant et sont encore à présent en mon royaulme, et pour éviter un
plus grand mal et donner quelque repos et soulagement à mes subjects,
j'ay bien voulleu, puisqu'il n'y avoit aultre moyen de parvenir à une
pacification, leur accorder ce que vous verrés par les responces que
je leur ay faictes, dont je vous envoye un double, affin que vous
sçachiés les causes et raisons et occasions pour lesquelles je me suis
condescendu à leur octroyer plus que de ce que je leur avois mandé par
le susdict Sr de Biron et le Sr de Malassise, conseiller en mon
conseil privé; ce que vous pourrés dextrement et sagement faire
entendre à la Royne d'Angleterre, et luy en parler avec tel propos et
langage que vous cognoistrés qu'il en sera de besoin pour mon
servisse. Et n'oubliés de la remercier aussy bien fort, de ma part, de
la grande démonstration qu'elle a tousjours faicte de désirer la paix
et repos en mon royaulme, et la bonne vollonté qu'elle a heue de s'y
employer elle mesme, tellement qu'estant toutes choses aux termes
qu'elles sont, et veu les grandes et raisonnables offres que je leur
fais, j'espère qu'il ne sera poinct de besoin de luy donner ceste
peyne; et que ceux de mes subjects, estant de la nouvelle opinion, qui
se sont eslevés contre moy, ne s'oublieront point tant qu'ils ne
reçoivent la grâce que je leur fais avec les conditions contenues ès
dictes responces qui leur seront offertes de ma part. Aultrement, avec
juste occasion, je ne pourrois penser d'eux qu'avec très mauvaise
vollonté, et que ce seroit plustôt leur ambition qui les pousserait à
continuer la guerre que le zelle qu'ils disent avoir à la conservation
de leur religion. Et sur ce faict je ne puis mander aultre chose
jusques au retour du Sr de Biron et de Malassise.

  [52] Voyez Ce, CIe et CIIe dép., tom. III, pag. 110, 113 et 116.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay trouvé très bons tous
les bons offices que vous avés faict, de ma part, envers la dicte
Dame pour la dicte Royne d'Escosse, ma belle sœur; et m'asseure que,
suyvant ce que je vous ay escript par mes dernières lettres, que le Sr
de Vassal vous a aportées, vous n'aurés rien oublié de mon intention
pour tascher et empescher, par tous les moyens que vous aurés peu, que
les forces qu'elle voulloit envoyer en Écosse n'ayent passé oultre, ce
que je désire que vous continués, et y faictes tout ce qu'il vous sera
possible. Et pour le regard du secours que la dicte Royne d'Écosse
desire estre par moy envoyé en son royaulme, j'ay donné charge au
présent porteur de vous faire sur ce entendre ce que j'ay résollu, et
aussy du surplus de ce qui est contenu ez instructions et mémoires que
vous luy avés baillé.

Quand à la plaincte que ceux de la Royne d'Angleterre vous ont faicte
pour un de ses subjectz qui a perdu un navire, et dont vous m'avés
envoyé la requeste qu'ils vous en ont présentée, j'ay commandé que
l'on vériffie le faict et qu'il en soit faicte telle punition et
justice qu'il appartient, qui est tout ce que je vous escripray. Et
sur ce, etc.

Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.

    CHARLES.      FIZES.



XLVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour de may 1570.--

  Conférence entre la reine-mère et l'ambassadeur
    d'Angleterre.--Offre de l'ambassadeur de faire la proposition
    du mariage du duc d'Anjou avec Élisabeth.--Désir de la reine
    que La Mothe Fénélon appuie les projets de mariage de
    Leicester.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres du IXe, XIIIe et
XVIIIe du moys passé, auxquelles l'on a différé de vous faire
responce, tant pour attendre le retour du Sr de Biron et des depputés
que la Royne de Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyé
devers le Roy, Monsieur mon fils, que pour vous avoir mandé, par le Sr
de Vassal, tout ce que nous vous pouvions escrire jusques à ce que
l'on ait veu la résollution qui seroit prise de la négotiation de la
paix. Et pour ce que, par les lettres que le Roy, Mon dict Sieur et
fils, vous escript et les responces qu'il leur a faictes, qu'il vous
envoye, vous serés bien amplement instruict de tout ce qui s'est passé
en cest affaire jusques à présent; m'en remettant là dessus, je ne
vous en manderay aulcune chose en la présente, m'asseurant que vous en
fairez sagement et dextrement entendre à la Royne d'Angleterre ce que
vous verrez et cognoistrez qu'il en sera de besoin;

Vous voullant bien advertir comme, à la dernière audience que je
donnay à son ambassadeur, estant sur le propos de la Royne, sa
Maistresse, je luy dis que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et moy
desirions, pour l'amitié que nous luy portons, qu'elle voullût mettre
la Royne d'Escosse en liberté, et luy ayder et favoriser en tout ce
qu'elle pourroit pour la remettre en son royaulme, avec l'autorité qui
luy est deue; et aussy qu'elle prît une résolution de se marier et de
choisir quelqu'un qui feust à sa dévotion et de qui elle peut disposer
à sa vollonté; et par ce moyen elle demeurerait en plus grand repos en
son royaulme, et osteroit les occasions des troubles qu'elle a heue
naguières, et encores a; et que ceux, qui prétendent succéder après
elle, n'auroient plus de prétexte d'y faire les remuements et menées
qu'ils font ordinairement.

Sur quoy le dict ambassadeur me fit responce que, si je parlois pour
mon fils, le Duc d'Anjou, qu'il en escriroit vollontiers, et qu'il
pensoit que sa Mestresse auroit bien agréable d'en ouïr parler.

Et, sur ce, je luy remonstray que l'âge de mon fils estoit si inesgal
au sien que cella ne se pourroit effectuer, et qu'elle debvoit
regarder d'en choisir quelqu'un dans son royaulme tel que bon luy
sembleroit: ce que je desire que vous faciés entendre au comte de
Lestre, et comme, suivant ce que vous m'en avés cy devant escript, et
les propos qu'il vous en avoit tenus, j'ay dict cella au dict
ambassadeur; et que ce n'est à aultre fin que pour luy faire
cognoistre la bonne vollonté que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et
moy luy portons, et que nous avons faict et fairons tous les bons
offices que nous pourrons pour luy ayder à parvenir à ce qu'il peut
desirer en cest endroict; nous asseurant aussy qu'il faira tousjours
tous les bons offices qu'il pourra envers sa Mestresse pour entretenir
la bonne amitié qui est entre nous.

Quand au faict de la Royne d'Escosse, vous verrés ce que le Roy, Mon
dict Sieur et fils, vous en escript, et entendrés, tant par sa lettre
que par ce que nous avons dict au présent porteur, qui est à vous, sur
ce plus amplement son intention; qui me gardera de vous faire la
présente plus longue. Sur ce, etc.

Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.

    CATERINE.     FIZES.



XLIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXIe jour de may 1570.--

  Affaires d'Écosse.--Nouvelle déclaration du roi pour qu'il soit
    enjoint à Élisabeth de retirer ses troupes de ce pays.--Offre
    acceptée par le roi de s'établir médiateur entre Élisabeth et
    Marie Stuart.--Charge donnée à l'ambassadeur de se rendre
    auprès de la reine d'Écosse.--Instruction pour le traité qui
    pourrait être conclu.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des XXIIIe et
XXVIIe apvril, et IIIe et VIIIe du présent moys de may[53], par
lesquelles vous me faictes bien et particullièrement entendre tout ce
qui s'est passé de delà; et mesmes pour les forces que la Royne
d'Angleterre a faict acheminer en Écosse, la façon de laquelle on y a
procédé, ayant bruslé partout où ils ont passé, et prins le chasteau
de Humes, où ils ont mis garnison, la deffaicte de la plus grande
partie des forces qu'avoit milord Scrup, et particullièrement la
responce que la Royne d'Angleterre vous a faicte, luy ayant faict
entendre ce que je vous avois escript, et donné charge de luy dire, de
ma part, pour le faict de la Royne d'Escosse et des forces qu'elle
faisoit passer en son royaulme, et que, pour l'ancienne allience et
amitié qui est entre ces deux royaulmes, je ne pourrois moins faire
que de la secourir; ayant bien notté et considéré tout ce que vous
m'en avés mandé et ce que Sabran, présent porteur, oultre le contenu
en voz despesches, m'en a faict entendre amplement de vostre part. Sur
quoy je vous veux bien advertir que j'ay trouvé très bon tout ce que
vous en avés faict, qui est conforme à mon intention et vollonté,
ayant résollu de tenir le mesme langage à son ambassadeur, lorsqu'il
m'en parlera.

  [53] Voyez CIIIe, CIVe, CVe et CVIe dép., tom. III, pag. 128,
  130, 133 et 138.

Et cependant vous pourrés voir la dicte Dame, et luy dire que les
propos, que je luy ay faict tenir par vous, ne sont point pour rompre
aulcunement la forme de paix et amitié que nous avons ensemble;
qu'elle sçait bien que ce n'est pas une allience nouvelle que je fais
avec la Royne d'Escosse et son royaulme, pour ce qu'il y a neuf cens
ans qu'elle a esté ainsi continuée par les Rois, mes prédécesseurs, et
ceux du dict Escosse; et que, pour mieux entretenir l'amitié qui est
entre nous, je n'avois point voullu, suyvant la prière et requeste que
son dict ambassadeur m'en avoit faicte, envoyer aulcunes forces en
Escosse, sur l'asseurance qu'il m'avoit donnée que la dicte Dame n'y
en envoyeroit point aussy. Et voyant à présent le contraire, et que la
Royne d'Escosse et les principaux de son païs me voudroient ou
pourroient sommer de les secourir, suyvant les traités, je ne pouvois
moins faire, pour entretenir l'amitié d'une part et d'aultre, que de
luy faire remonstrer ce que vous luy avés desjà dict; et que, pour les
raisons et considérations susdictes, je la prie de rechef de ne rien
faire ou entreprendre sur la dicte Royne d'Escosse et son royaulme, et
d'en faire incontinent rettirer ses forces, ayant bien agréable
l'offre, qu'elle vous a faicte, de voulloir recevoir les conditions
que la Royne d'Escosse luy demandoit sur la commodité de ses affaires,
ou que je luy faisois offrir pour elle.

Et pour mieux et plus tot acheminer ceste négociation, vous la prierez
de vous permettre d'aller trouver la dicte Royne d'Escosse pour luy en
communiquer, et qu'elle puisse appeller aulcuns de son conseil, telz
qu'elle advisera, affin qu'avec eulx elle puisse faire mettre par
escript tout ce qui sera nécessaire pour l'entretènement d'une bonne
paix, amitié et concorde entre elles deux; et que je vous ay donné
charge de dire à la Royne d'Escosse que je desire que, de sa part,
elle garde et fasse observer et entretenir inviolablement tout ce qui
sera faict et accordé entre elles, et aussy qu'elle pardonne à tous
ses subjects pour tout ce qu'elle pourroit prétendre avoir esté faict
par eulx, soit en faveur de la Royne d'Angleterre, ou aultrement. Et
pour cest effaict, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous regarderez par
tous les moyens dont vous pourrés aviser à conduire si bien ceste
résolution qu'elle a prinse, qu'il s'en puisse ensuivre bientost un
bon accord, et la Royne d'Escosse mise en liberté et en l'authorité et
commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoye un extraict
de la lettre, que le maréchal de Dampville m'a escripte par Le Béloy,
de la deffaicte d'un grand nombre d'hommes de cheval et à pied, qu'il
a faicte sur mes subjects rebelles, affin que vous puissiez faire
entendre au vray à la dicte Dame, et où il sera de besoin, ce qui en
est. Et en attendant le retour des susdicts de Biron et de Malassise,
que j'ay envoyé devers les Princes de Navarre et de Condé, et
l'Admiral, pour leur faire entendre ma dernière résollution sur ce
qu'on nous faict requérir et supplier, je suis allé en Bretaigne pour
y prendre plaisir à la chasse; et m'achemine présentement, par la
Normandie, vous avisant que vous ne me sçauriés faire servisse plus
agréable que de me tenir ordinairement et continuellement adverti de
toutes les nouvelles et occurences de delà, comme vous avés très bien,
et à mon contentement, faict jusques ici, ainsi que j'ay donné charge
à Sabran vous dire plus particullièrement de ma part. Sur ce, etc.

Escript à Mortaing, le dernier jour de may 1570.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay reçue
voz lettres des XIIIe et XVIIe de ce moys[54], par lesquelles vous
m'advertissez de ce qui s'est passé de delà, despuys voz dernières
lettres, et de combien a servi ce que vous aviés faict entendre à la
Royne d'Angleterre de ma part, ayant faict rettirer ses forces en la
frontière; et sur ce que vous me mandez particullièrement de
l'expédient que la dicte Dame veut prendre sur les affaires de la
Royne d'Escosse, et comme elle pourra traicter seurement avec elle, de
trois poincts; sçavoir est: du tiltre qu'elle prétend à la couronne
d'Angleterre, d'une ligue et de la religion.

  [54] Voyez CVIIe et CVIIIe dép., tom. III, pag. 150 et 154.

Pour le regard du tiltre et de la religion vous regarderez avec la
dicte Royne d'Escosse et son conseil; et quand à la ligue qu'elles
pourroient faire ensemble, il n'est pas raisonnable, comme vous
sçavés, qu'elle soit faicte à mon préjudice; et pour oster la Royne
d'Angleterre de tout soupçon, et luy faire mieulx cognoistre comme je
veux vivre en bonne amytié avec elle, vous luy fairez entendre de ma
part que je veux et desire entrer en ceste ligue avec elle et la Royne
d'Escoce. Et, pour cest effaict, je veux et entend que vous y faictes
pour moy, et en mon nom, tous ce que verrés et cognoistrés estre
requis et nécessaire pour le bien de mon servisse, ainsi que j'ai
donné charge plus particulière au dict Sabran de vous dire. Ce XXXIe
jour de may 1570.

    CHARLES.      FIZES.



L

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de juing 1570.--

  Approbation de la négociation faite par l'ambassadeur concernant
    l'Écosse.--Consentement donné par le roi au rappel des forces
    qu'il envoyait dans ce pays.--Confiance qu'Élisabeth va
    procéder au traité pour la restitution de Marie
    Stuart.--_Lettre de Mr de Fizes._ Déclaration que le roi ne
    consentira pas à ce qu'il soit accordé des otages français pour
    assurer l'exécution du traité relatif à Marie Stuart, mais
    qu'il ne s'oppose pas formellement à ce qu'il soit donné des
    otages écossais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Sabran pour s'en
retourner devers vous, j'ay receu vos lettres du XXIIe et XXVIIe du
passé[55], par lesquelles vous me faictes bien particullièrement
entendre tout ce qui a esté fait et négotié par vous, tant avec la
Royne d'Angleterre que ceux de son conseil, pour le faict de la Royne
d'Escosse et de son royaume; les cinq poincts qu'ils ont mis en avant
pour parvenir à quelque bon accord, et pour accomoder les différents
qui sont entre elles; et aussy les seurettés que la dicte Royne
d'Angleterre demande pour l'entretènement de ce qui sera traicté et
arresté, et enfin ce qui a esté résollu suivant le mémoire qui m'en a
esté par vous envoyé. Sur quoy j'ay bien voulleu vous advertir que
j'ay heu fort agréable tout ce que vous avés dict et faict entendre de
ma part à la dicte Dame, et loue grandement la sagesse, prudence et
dextérité de laquelle vous avés usé, selon que vous avés cogneu qu'il
en estoit de besoin, et que l'occasion se présentoit; ce qui ne
sçauroit avoir esté faict mieulx ni plus à propos, ni dont je puisse
avoir plus de contentement et satisfaction, ni plus conforme à mon
intention et vollonté, ayant résollu de tenir ce mesme langage à son
ambassadeur qui m'a faict demander audience; laquelle j'espère luy
donner dans deux jours, que je pourray estre à Alançon.

  [55] Voyez CIXe et CXe dép., tom. III, pag. 157 et 161.

Et pour le regard de ce que vous avés accordé avec la dicte Dame et
ceux de son conseil, ainsi qu'il est mis par escript par le dict
mémoire; vous luy direz que, pour luy faire cognoistre comme je veux,
de ma part, satisfaire à tout ce que vous luy avés dict, promis et
accordé, et mesmes pour luy donner plus grand tesmoignage de la
vollonté que j'ay d'entretenir la bonne amitié qui est entre nous,
que, ayant agréable tout le contenu en icelluy, j'ay incontinent
contremandé les cappitaines, avec les forces que j'avois déjà envoyées
en Escosse, m'asseurant aussy que, de sa part, elle faira le semblable
pour les deux mille arquebusiers qu'elle y a envoyés, despuys qu'elle
a faict rettirer son armée à Barwich, et les vaisseaux qu'elle a fait
mettre en mer; et que, de bonne foy, et avec telle syncérité qu'il
appartient, et que je doibs espérer d'une Royne et princesse telle
comme elle est, qu'elle satisfaira à ce qui est desjà accordé, et
parachèvera de conclurre et arrester tout ce qui reste pour remettre
la Royne d'Escosse, ma belle sœur, en liberté et en l'auctorité et
commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme, et aussy pour mettre
une bonne fin, par accord et voye amiable, à tous les différents qui
peuvent être entre elles et leurs royaulmes, affin que, par cy après,
il n'y puisse survenir aulcune altération ni différent.

Et voyant comme vous avés fort sagement et bien conduit cest affaire
jusques ici, je ne vous en manderay aulcune chose en particullier,
m'en remettant et reposant de tout sur vous pour le négotier, selon
et ainsi que vous cognoistrés estre convenable pour ma grandeur et
réputation, et pour le bien et commodité de ceste couronne. Sur ce,
etc.

Escript à Argentan le Xe jour de juing 1570.

    CHARLES.      FIZES.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay receu
vostre lettre du premier de ce moys[56], à laquelle n'est point de
besoin de vous faire aultre responce, y estant satisfaict par ce que
je vous mande cy dessus, sinon que j'ay esté bien aise d'entendre ce
qui s'est passé despuys vos dernières lettres.

    CHARLES.      FIZES.

  [56] Voyez CXIe dép, tom. III, pag. 171.


(Plus est escript dans la lettre de Mr De Fizes à Mr de La Mothe
Fénélon).

Monsieur, comme je voullois fermer ce pacquet, Leurs Majestés ont
receu vos lettres du 1er de ce moys, que je leur ay faict voir, et
particullièrement à la Royne ce que m'avés escript sur ce que vous
prévoyés que la Royne d'Angleterre s'opiniastrera d'avoir des ostages
pour l'entretènement du traitté qu'elle faira avec la Royne d'Escosse,
nommément le filz, si elle peut, et principallement quelques uns de la
maison de Guise ou d'Aumale. Sur quoy Sa Majesté m'a commandé vous
escrire qu'elle n'en veut point parler au Roy, sçachant qu'il ne
trouvera poinct bon et ne voudra, en quelque sorte que ce soit,
bailler aulcuns otages françois. Et, pour le regard du Prince
d'Escosse et des seigneurs escossois, qu'il ne s'en souciera pas,
sinon en tant que vous verrés que cella luy pourra servir, et que,
pour ce regard, luy en accorde ce que l'on advisera.

Le Xe jour de juing 1570.

Vostre bien humble et affectionné amy et serviteur.

    FIZES.



LI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de juillet 1570.--

  Négociation concernant Marie Stuart.--Articles sur l'exercice de
    la religion protestante et la ligue entre l'Angleterre et
    l'Écosse.--Avertissement donné aux gouverneurs des ports des
    entreprises projetées par les protestans.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ai receu vostre lettre du XXVe du
passé[57], et par le contenu en icelle veu la façon dont vous avés
procédé pour faire entendre à la Royne d'Angleterre mon intention, sur
ce qu'on luy avoit voullu faire acroire de l'asprest que je faisois
faire en Bretaigne pour envoyer des forces en Escosse, et luy oster
l'opinion que, à la persuasion d'aulcuns de ses ministres, elle avoit
conceu du contraire, nonobstant la promesse que j'en avois faicte à
son ambassadeur et ce que je vous ay mandé et donné charge de luy dire
de ma part; ayant trouvé très bon que, au lieu de luy escrire, vous
ayez avisé d'attendre qu'elle ait moyen de vous donner audience, affin
que vous mesmes, de vive voix, luy puissiés dire et asseurer tout le
contraire de ce que on luy a voulleu persuader; et ce pendant ceux que
vous m'escrivés, lesquelz sont absents de sa cour, seront de retour;
et sur ce que vous me mandés avoir descouvert que aulcuns de son
conseil, qui ont tousjours voulleu empescher la liberté et restitution
de la Royne d'Escosse, voyant que leur Maistresse estoit délibérée de
mettre une fin à cest affaire, et parachever ce qui est desjà
commancé, ont résollu de se tenir fermes aux conditions portées par
vostre lettre, et dont j'ay fait faire un extraict que vous trouverez
avec la présente; sur quoy vous désirés entendre ma vollonté pour
l'exposer quand il sera temps et qu'il en sera traité.

  [57] Voyez CXVIIe dép., tom. III, pag. 212.

J'ai pensé que, à présent, vous aurés receu toutes les despesches que
je vous ay ci devant faites, et mesmes les dernières par Vassal, et le
sieur de Poigny[58], par lesquelles je vous ay satisfaict à la
pluspart du contenu au dict mémoire, qui est que je ne voullois poinct
bailler aulcuns otages françois, de quelque qualité qu'ils le puissent
demander; et, pour le regard de ceux qu'ils voudront avoir du royaulme
d'Escosse, que je m'en remectz entre elles deux et leurs ministres
pour en accorder, ainsi que bon leur sembleroit, réservé le Prince
d'Escosse, comme n'estant raisonnable qu'il soit mené hors son
royaulme. Et à ceste occasion, je desire que vous faites tout ce que
vous pourrés pour empescher qu'il ne soit poinct envoyé en Angleterre.

  [58] Cette dernière lettre, en date du 27 juin 1570, manque.

Quand au faict de la religion protestante, pour estre establie et
confirmée en Escosse; le serment solennel qu'ils veullent faire faire
à la Royne du dict pays de ne se marier sans l'exprès consentement de
la Royne d'Angleterre et de chasser les rebelles anglois qui se sont
rettirés en son païs; la cession, qu'ils veulent qu'elle fasse à la
Royne d'Angleterre et aux enfants qui viendront d'elle, de tout le
droict et tiltre qu'elle prétend au dict royaulme; de déclarer, dès à
présent, pour son successeur à celluy d'Escosse et aux droits qu'elle
prétend à celluy d'Angleterre le Prince, son fils; je remetz cella à
ce que vous en saurés bien meurement et sagement adviser avec la Royne
d'Escosse et ses ministres, pour faire le traité le plus à son
avantage qu'il sera possible, et qu'il ne me soit aulcunement
préjudiciable.

Touchant la ligue offensive et deffensive entre les deux Roynes et
leurs royaulmes, à laquelle me sera donné lieu pour y entrer, si bon
me semble, vous aurés veu ce que je vous en ay mandé cy devant sur
cest article, lequel méritte d'estre bien pesé et considéré par vous,
ensemble celuy qui est ensuivant, par lequel il est dict qu'il ne sera
loisible d'introduire nul estranger en armes dans le païs, d'où qui
soit, ni par quelque coulleur ou prétexte que ce puisse estre; et se
garder, le plus que l'on pourra, de n'entrer point à faire de nouveaux
traictés qui puissent préjudicier aux anciennes alliances que mes
prédécesseurs et moy avons heu, de si longtemps, et qui demeurent
encore avec ceux d'Escosse. Et suffiroit seulement d'accorder ce que
vous verrez estre bon pour l'entretènement d'une bonne et commune
amitié entre elles et moy; et où vous verriés que l'on voudroit faire
et accorder chose qui me feust préjudiciable, avant de passer oultre,
je veux et entends que vous m'en advertissiés, pour, sur ce, vous
faire entendre mes voulloir et intention.

J'ay veu aussy ce que vous me mandés des nouvelles que vous avés heues
des forces d'Allemaigne, et ce que vous avés peu sçavoir de leur
délibération, et pareillement de la descente que ceux de leur parti
veullent faire par mer en aulcuns des ports et havres de Picardie,
Normandie, Bretaigne ou Guienne, dont j'ay adverti les gouverneurs des
provinces et ceux qui y commandent pour moy, affin de se tenir sur
leurs gardes. Qui est tout ce que j'ay à vous escrire pour le
présent, me remettant du surplus sur ce que je vous ay mandé par le
dict Vassal, Sr de Poigny et celluy des vostres que vous m'avés
dernièrement envoyé.

Despuys la présente escripte, j'ay receu vostre despesche du XXIXe du
passé[59] et veu ce que, par icelle, vous me faictes savoir. Sur quoy
n'est besoin vous faire aultre response pour ceste heure; en attendant
l'advis de ce que vous aurés négotié par dellà.

Escript à Gaillon, le VIe jour de juillet 1570.

    CHARLES.      FIZES.

  [59] Voyez CXVIIIe dép., tom. III, pag. 216.



LII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIXe jour de juillet 1570.--

  Mission de Mr de Poigny en Angleterre.--Mécontentement du roi de
    ce qu'il ne lui a pas été permis de passer en Écosse.--Espoir
    d'une paix prochaine.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys l'arrivée par deçà de Sabran,
qui est à vous, j'ay receu deux de vos despesches du XIVe et du XIXe
de ce moys[60], et par le contenu d'icelles veu ce que me mandés du
faict de vostre négotiation de delà; en quoy vous me représentés si
bien et particullièrement tout ce qui s'est passé après l'arrivée du
Sr de Poigny, qu'avec très juste occasion je demeure fort content et
satisfaict de la diligence, prudence et dextérité, dont y avés uzé, ne
me pouvant trop esbahir des variétés et mutations de ceux de delà, à
qui vous avez à faire, et des desfiances où ils entrent ordinairement;
n'ayant voulleu permettre que le dict Sr de Poigny passât en Escosse.
Et encore me semble il que vous avés beaucoup faict de luy faire
accorder qu'il allast visitter la Royne du dict Escosse, ma belle
sœur, laquelle n'en pourra recevoir que très grand plaisir; et tout
ce qui dépend de vostre dicte négotiation tant mieux achemine; vous
avisant que je retiendray encores le dict Sabran jusques à ce
qu'estant les depputés des Princes retournés devers moy, la conclusion
et résollution de la paix soit entièrement faicte et arrestée, affin
de vous en donner avis. Cependant je vous ay bien voulleu faire ceste
petite dépesche par la poste, pour seullement vous advertir de la
réception de vos dictes lettres et vous asseurer du grand contentement
que j'ay de vos continuelles actions et déportements; vous priant de
ne vous lasser de nous faire sçavoir de vos nouvelles à toutes
occasions qui se présenteront. Et sur ce, etc.

Escript à St Germain en Laye, le XXIXe juillet 1570.

    CHARLES.      FIZES.

  [60] Voyez CXXIe et CXXIIe dép., tom. III, pag. 234 et 240.



LIII

LE ROY A MR DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'aoust 1570.--

  Nouvelle que la paix peut être considérée comme définitivement
    conclue.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avés cy devant entendu comme,
quelque temps après le retour des Srs de Biron et de Malassise de leur
voyage vers les Princes, où je les avois envoyés de Chasteaubriant,
les depputés des dictz Princes sont arrivés en ce lieu pour achever
ceste négociation de paix, de si longtemps commancée. A quoy j'ay tant
travaillié despuys mon arryvée en ce lieu, avec la bonne assistance de
la Royne, Madame et Mère, et de mes frères, les Ducs d'Anjou et
d'Alençon, pour le desir que j'ay heu de remettre mon royaulme en
repos, et faire cesser les grands et exécrables maux que nourrit et
entretient ceste guerre, que je tiens pour ce jourdhuy les choses
terminées en une bonne pacification, selon les articles qui en ont
desjà esté arrestés, que je vous envoyeray par cy après; qui n'a pas
esté sans assés longues disputes. Néanmoings j'ay voullu préférer le
repos général de mon peuple à toutes aultres considérations
particullières, ayant bonne vollonté de suyvre tous les plus propres
et convenables moyens qui se pourront tanter, pour establir si bien la
paix par tout mon dict royaulme, qu'il ne puisse plus tomber ez
inconvéniens, desquels il a esté enveloppé despuys trois années en çà.
Qui sera chose, comme j'estime, fort agréable à toutes les nations
estrangères, qui ayment la conservation de mon dict royaulme, et
mesmes à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, à laquelle je vous
prie faire part de ceste bonne nouvelle, pour estre celle qui, ainsi
que je m'asseure, en recevra grande joye et plaisir; priant Dieu, etc.

Escript à St Germain en Laye, le IVe jour d'aoust 1570.

    CHARLES.      BRULART.



LIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour d'aoust 1570.--

  Réponse aux nouvelles d'Angleterre.--Espoir que la pacification
    va rompre les projets hostiles des Anglais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XXVe du
passé[61], par laquelle vous m'avés bien au vray représenté l'estat
auquel sont toutes choses par delà; mesmes l'espérance où est le duc
de Norfolc de sa délivrance; les préparatifs d'armes que faict la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, tant par mer que par terre, soubz
coulleur du soubçon qu'elle a prins de l'armement que faict faire le
duc d'Alve, pour le passage de la Royne d'Espaigne; et aussy la grande
intelligence qui s'est découverte parmi les Catholiques d'Angleterre,
pour faire une nouvelle sublévation dedans le royaulme; ce que je
pense estre plus pour ceste occasion que pour entreprinse qu'ils ayent
sur mon royaulme. Dont, s'ils a voient heu quelque mauvaise vollonté,
j'espère qu'elle leur sera diminuée par la pacification des troubles,
que j'ay conclue avec les depputés des Princes, qui s'ont près de moy,
estant le meilleur conseil que j'heusse peu prendre, puisque, par ce
qui est contenu au mémoire et instruction particullière[62] que m'avés
envoyé, il se cognoit clairement que ceux de delà regardent à
accommoder leurs affaires avecque les Flamans, et à nourrir la guerre
en mon dict royaulme, le plus qu'ils pourront, pour le rendre
entièrement ruiné. Mais, quand ils entendront la nouvelle de la dicte
pacification, je croy qu'ils se trouveront fort esloignés de leurs
desseins, et que, si les seigneurs du conseil de par dellà vous ont cy
devant faict quelque plus grande confirmation et démonstration de la
bonne amitié que me porte la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur,
qu'ilz en fairont encores, à ceste heure, davantage, estant bien de
tel humeur de se gouverner en semblables choses, selon qu'ils voyent
noz affaires estre en bon train.

  [61] Voyez CXXIIIe dép., tom. III, pag. 246.

  [62] Voyez les Mémoires joints à la CXXIIIe dép., tom. III, pag.
  250 et 254.

Touchant la Royne d'Escosse, ma belle sœur, il se recognoistra, au
retour de Poigny, de quel fruict luy aura esté son voyage par delà,
desirant que, en tout et partout, vous favorisiés ses affaires aultant
qu'il vous sera possible; priant Dieu, etc.

Escript à St Germain en Laye, le XIe jour d'aoust 1570.

    CHARLES.      BRULART.



LV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIe jour d'aoust 1570.--

  Retour de Mr de Poigny.--Avis donné au roi d'une entreprise
    projetée par les Anglais sur Calais.--Injonction faite à
    l'ambassadeur de demander à cet égard des explications à la
    reine d'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du VIe de ce
moys[63] par le Sr de Poigny, et entendu de luy bien particullièrement
tout ce qu'il a négotié avec vous envers la Royne d'Angleterre, pour
le faict de la Royne d'Escosse; et attands, par la première dépesche,
que vous me fairés, de sçavoir tout ce qui sera succédé, despuys son
partement, en ceste négociation, m'asseurant bien que vous n'y
obmettrés aulcune chose de tout ce que vous cognoistrés y debvoir
estre faict pour le bien de mon servisse et prospérité de mes
affaires.

  [63] Voyez CXXVe dép., tom. III, pag. 263.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay voullu
dépescher ce courrier exprès, et vous envoyer le double de l'advis qui
m'a esté donné de l'entreprinse que l'on veut faire sur ma ville de
Calais, affin que vous faciés entendre, de ma part, à la Royne
d'Angleterre, qu'ayant faict envers elle tous les bons offices
d'amitié qu'il m'a esté possible, lesquels j'ay tousjours heu
vollonté de continuer, mesmes à présent, que j'ay pacifié les troubles
de mon royaulme, j'aurois grande occasion de faire le contraire, s'il
estoit vray qu'elle y heust aulcune vollonté ou intelligence, ou
qu'elle ait commandé à ceulx, qui ont charge de ses forces sur mer, de
ce faire.

Et, pour ceste occasion, je desire d'en estre esclerci et entendre par
vous son intention et l'occasion pour laquelle elle a faict faire le
dict armement, affin que, heue vostre responce là dessus, je pourvoye,
de mon costé, à ce que j'auray à faire. A ceste cause, je vous prie
que, incontinent que vous aurés receu la présente, vous regardiés de
parler à elle le plus tôt que faire se pourra, et me mander ce que
vous aurés peu cognoistre et sçavoir du contenu au dict advis. Sur ce,
etc.

Escript à Paris le XVIe jour d'aoust 1570.

    CHARLES.      FIZES.



LVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour de septembre 1570.--

  Rupture du traité concernant l'Écosse.--Envoi d'un courrier
    exprès pour faire connaître à l'ambassadeur les intentions du
    roi.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du XXVIe du
passé[64], par lesquelles vous m'avés faict particullièrement responce
à ce que je vous avois escript par le courrier que je vous avois
dépesché, et aussi le peu d'espérance que la Royne d'Escosse a que ses
affaires réhussissent, sellon les belles parolles et promesses que
l'on avoit données, et le traicté qui avoit esté commencé. Sur quoy
je me remettray à ce que j'ay donné charge à Sabran, que j'envoye
exprès devers vous, vous dire de ma part, par lequel vous entendrés
particullièrement mon intention; qui me gardera de vous faire plus
longue lettre que de prier, etc.

Escript à Paris le XIe jour de septembre 1570.

  [64] Voyez CXXXe dép., tom. III, pag. 285.


J'ay, despuys, receu voz lettres et entendu par Vassal ce que vous luy
avés donné charge de me dire[65]. A quoy je vous fairay responce
aussytost que nous serons de retour à Paris.

    CHARLES.      FIZES.

  [65] Voyez CXXXIe dép. du 5 septembre 1570, tom. III, pag. 289,
  et le Mémoire pag. 294.



LVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIe et XXIIIe jours de septembre 1570.--

  Départ de Walsingham.--Plainte que lui a faite le roi au sujet de
    l'entreprise récente du duc de Sussex en Écosse.--Déclaration
    du roi qu'il veut employer ses forces pour la délivrance de
    Marie Stuart, et pour la rétablir dans ses états.

Monsieur de La Mothe Fénélon, s'en retournant le sieur de Walsingam
devers la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, je vous ay bien voullu
advertir de la réception de vostre despesche du Ve de ce moys, mais
parce qu'elle a esté suivie de deux aultres voz despesches[66], que
j'ay ce jourdhuy receues, ensemblement, avant que la responce en feust
résollue, je remettray à vous satisfaire aux trois ensemble par la
première commodité, ayant faict responce et remercier par le dict
sieur de Walsingam la dicte Royne de ce qu'elle m'a escript et faict
dire par luy, de sa part, sur la pacification des troubles de mon
royaulme, que, comme je luy ay faict entendre, je délibère faire bien
exactement observer. Et en attandant que je vous fasse ample responce
à toutes vos despesches, qui sera bientost, je prie Dieu, etc.

A Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.

  [66] Voyez CXXXIe, CXXXIIe et CXXXIIIe dép. des 5, 10 et 15
  septembre 1570, tom. III, pag. 289, 302 et 306.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay
donné charge au Sr de Walsingam, comme il prenoit congé de moy pour
s'en retourner devers la Royne d'Angleterre sa Maistresse, de luy
dire, de ma part, que je m'estois tousjours asseuré que, suivant ce
qu'elle m'avoit si expressément promis, qu'elle ne fairoit ni
permettroit point qu'il se fist en Escosse aulcune chose au préjudice
de la Royne d'Escosse, ma sœur; et qu'ayant entendu que le comte de
Sussex estoit allé de ce costé là, avec des forces, ayant, comme j'ay
sceu par les derniers advis que j'en ay heus, desjà commancé à faire
beaucoup de mal et de brulleries en Escosse, je m'estonnois fort de
cella, et le trouvois merveilheusement estrange, veu l'asseurance
qu'elle m'avoit donnée que, jusques à ce qu'il se vît ce qui pourroit
réhussir de l'apointement qui se traittoit, il ne seroit faict aulcune
entreprinse de ce costé là: m'ayant sur cella son ambassadeur, qui est
ici, et le Sr de Walsingam respondu que le dict comte de Sussex
n'estoit point advoué de la dicte Royne, leur Maistresse. Toutesfois
estimant qu'il n'entreprend pas telles choses de luy mesmes, je leur
ay bien faict entendre que, s'il y avoit de mes subjects qui usassent
de tels déportements à mes voysins, je y sçaurois fort bien pourvoir,
et en fairois faire telle exécution et justice que ce seroit exemple;
et que, pour ceste cause, je priois la dicte Royne, leur Maistresse,
d'y pourvoir, et me faire cognoistre qu'elle a vollonté d'entretenir
ce qu'elle m'a si expressément promis en cella, et aussy pour la
prompte dellivrance et liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse;
et que, si cella se faisoit aultrement, et qu'elle ne satisfît à sa
dicte promesse, j'avois grande occasion de m'en ressentir, comme je ne
fauldrois pas de faire délibération de ne laisser aulcunement ma dicte
sœur, mais au contraire de l'assister et ayder, non seullement pour
sa personne, affin qu'elle puisse estre bientost mise en liberté, et
aussy pour les affaires et conservation de son païs, et de n'espargner
en cella les moyens que Dieu m'a donnés.

Dont j'ay bien voullu vous avertir, affin que, de vostre part, vous
regardiés de le faire entendre doucement à la dicte Royne
d'Angleterre, observant bien sa contenance et ce qui se pourra en
cella juger et estimer d'elle, lorsque luy en parlerez. Dont
m'escrirés le plus tôt que vous pourrés ce que sur cella elle vous
respondra; et que vous faictes aussy entendre le tout à ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse. Sur ce, etc.

De Paris, ce XXIIIe jour de septembre 1570.

    CHARLES.      PINART.



LVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIe, XXIIIe et XXVIe jours de septembre 1570.--

  Recommandation pour la reine d'Écosse.--Assurance donnée aux
    réfugiés français en Angleterre qu'ils peuvent en toute sûreté
    rentrer en France.--Secret que doit garder l'ambassadeur au
    sujet des secours qui sont envoyés par le roi en Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre que le Roy, Monsieur mon
filz, vous escript, vous verrés qu'il remet à vous satisfaire en brief
à trois despesches que nous avons, puis naguières, receues de vous,
dont les deux dernières n'ont encores esté leues; qui me faict aussy
attendre à respondre à ce que par icelles vous m'escrivés. Et n'estant
ceste despesche faicte que pour accuser la réception des vostres,
affin que n'en demeuriés en aulcune peyne, je n'estendray ceste cy
davantage que pour prier Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ceste lettre escripte, nous
avons ouvert et veu vos dictes despesches, auxquelles le Roy, Monsieur
mon fils, vous faict si amplement responce qu'il n'est besoin, me
remettant à ses dictes lettres, vous en dire davantage; comme aussy ne
fairay je que pour vous prier d'assister, en tout ce que vous pourrés,
ma fille, la Royne d'Escosse, et faire, s'il est possible, que, par
les moyens que nous vous mandons, elle puisse estre bientost mise en
liberté et ses affaires aller bien; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIIe jour de septembre 1570.


Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons veu, par vostre despesche du
XIXe de ce moys[67], que nous avons receu en fermant ceste cy, ce que
nous mandés de l'armement des grands navires et préparatifs de vivres
qui se font par delà, et l'occasion pour laquelle vous estimés que
c'est: à quoy, toutesfois, il ne se fault pas trop fier. Et sera bon
que ayés tousjours l'œil ouvert, comme avés acoustumé, pour voir de
quel costé l'on les voudra employer, pour nous en advertir
continuellement.

  [67] Voyez CXXXIVe dép., tom. III, pag. 309.

Nous avons aussy veu, par vostre lettre, le retardement du partement
du secrettaire Cecille et de ceux qui debvoient aller avec luy pour la
négotiation des traictés et affaires de ma fille, la Royne d'Escosse.

Quand aux françois qui estoient de delà, et que nous mandés qui font
difficulté de revenir en France pour le danger qu'ils pensent qu'il y
auroit pour eulx, retournant à Rouen, Dieppe et Calais, et que l'on
faict difficulté de les y recevoir, vous les pourrés bien asseurer
qu'ils doibvent venir asseurément, et que le Roy, Monsieur mon fils, a
pourveu qu'ils y seront doucement receus et maintenus.

Et quant aux marchands qui poursuivent de delà des déprédations, vous
aurés veu ce qu'en aura esté accordé par l'édict de pacification qui
vous a esté envoyé, à quoy il vous fault régler; vous priant, pour la
fin de ceste lettre, de continuer à nous advertir tousjours de ce que
vous pourrés apprandre de l'ambarquement et passage de la Royne
d'Espaigne et des aultres occurances. Et sur ce, etc.

Escript à Paris, le XXVIe jour de septembre 1570.


L'ambassadeur de ma fille, la Royne d'Escosse, m'a présentement dict
que vous aviés escript à sa Maistresse, ou faict dire, que nous ne la
pouvions aulcunement secourir des harquebusiers dont nous luy avons
donné espérance. Sur quoy je n'ay aultre chose à vous dire si ce n'est
qu'il fault que vous vous comportiés en cella avec la plus grande
discrétion que vous pourrés, envers la Royne d'Angleterre; toutesfois
sans dire chose qui nous mette à la guerre; faisant néantmoings tous
les bons offices que vous pourrés pour assister ma dicte fille, la
Royne d'Escosse, à sa prompte délivrance et au bien de ses affaires,
comme le Roy, Monsieur mon fils, vous a escript.

Ce XXVIe jour de septembre 1570.

    CATERINE.        PINART.



LIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIIIe jour d'octobre 1570.--

  Attente de la réponse d'Élisabeth sur la déclaration du roi
    touchant l'Écosse.--Désignation de Cécil et de Me Mildmay pour
    discuter le traité concernant Marie Stuart.--Crainte que cette
    négociation ne reste sans résultat.--Recommandation faite à
    l'ambassadeur de surveiller les nouvelles d'Allemagne.--Détails
    sur le mariage du roi.--Satisfaction exprimée à l'ambassadeur à
    raison de ses services.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Vassal que je
vous ay renvoyé ces jours icy, j'ay receu deux lettres de vous, l'une
du XXIVe et l'aultre du XXIXe du moys passé[68]; et, avant que vous y
faire responce, je vous diray que, à l'arrivée du dict Vassal par
delà, vous aurés esté amplement satisfaict de tous les points portés
par vos précédentes despesches, et si, aurés entendu de luy le desir
que j'ay de sçavoir bien particullièrement la responce que vous aura
faicte la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par le sieur de
Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire modestement.
Dont j'attands de vos nouvelles en grande dévotion combien que
j'estime, suivant ce que m'escrivés par vostre dicte lettre du dernier
du passé, que la dicte Royne monstrera tousjours avoir expressément
deffendu le déportement du dict de Sussex, et que, pour négotier
quelque bon traicté, elle a despéché son secrettaire Cecille avec Me
Mildmay et le sieur de Ross pour y aller faire quelque bon
appoinctement, mais je demeure en opinion que tout cella ne seront
enfin que parolles. Toutesfois, il fault que vous y faites tout ce que
vous pourrés pour y voir clair, et m'en donner continuellement advis,
faisant à ma sœur, la Royne d'Escosse, et à ses affaires, toute
l'assistance qu'il vous sera possible.

  [68] Voyez CXXXVe et CXXXVIe dép., tom. III, pag. 313 et 317.

Cependant, pour responce à vos dictes deux dernières lettres, je vous
diray que j'ay bien considéré ce que m'escrivés par celles du dict
XXIVe du passé, de l'advis que l'on a par dellà du retardement qui
pourra estre au passage de la Royne d'Espaigne, si elle suit ce que
luy a esté, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . ceste lettre, nous avons receu vostre despesche du
Ve de ce moys[69], à laquelle vous verrés qu'il est aussy comme du
tout satisfaict par ce que j'en ay escript cy dessus. Et tout ce que
je y puis adjouster est que vous apreniés tout ce que vous pourrés du
costé d'Allemaigne, et persévériés à nous en donner avis; voullant
bien, au demeurant, vous dire, pour le regard de mon mariage, que
l'archiduc d'Austriche doibt espouser Madame Elisabeth en mon nom: et
s'en doibt faire la cérémonie à Espire par l'archevesque de Mayence;
ayant envoyé le comte de Retz par delà pour porter les pouvoirs au
dict archiduc et assister à la dicte cérémonie. Et, comme nous serons
advertis quelle s'acheminera pour venir, mon frère, le Duc d'Anjou, et
ma sœur de Lorraine s'avanceront jusques sur la frontière pour la
recevoir avec tout l'honneur qu'il appartient, et dont il se pourra
aviser, et de là la conduiront à Mésières, ou elle trouvera tous ceux
de sa maison qu'elle y recevra; puis l'amèneront à Compiègne, où nous
serons pour y consommer les nopces. Et, cella faict, nous la mèneront
à St Denis en France pour le couronnement, puis après à Paris pour y
faire entrée. Je sçay que vous serez bien ayse de ces agréables
nouvelles, puisque vostre emploi vous prive d'y estre présent. Je vous
assure que je ne me souviendrai pas moins de vous dans les occasions,
voulant bien vous dire, en passant, que jamais ministre ne m'a servi
plus fidèlement que vous et sans aucun reproche. J'espère que
continurés de mesme, et je vous continuerai mes affections. A tant, je
prierai Dieu, etc.

Escrit à Escouen, le XIIIe jour d'octobre 1570.

    CHARLES.      PINART.

  [69] Voyez CXXXVIIe dép., tom. III, pag. 320.



LX

L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE AU ROY.

--du XVIe jour d'octobre 1570.--

  Communication faite au roi des noms des commissaires désignés par
    Élisabeth pour discuter le traité relatif à Marie
    Stuart.--Remontrance sur ce que Mr de Vérac serait entré avec
    des forces dans Dumbarton.--Et sur les secours qui seraient
    préparés en Bretagne pour l'Écosse.


Sire, suivant vostre desir, je vous envoye, par escript, la
négotiation que la Royne, ma Maistresse, m'avoit commandé de vous
faire entendre, suppliant très humblement Vostre Majesté de faire
telle faveur de me donner responce à icelle, semblablement par
escript.

En premier lieu, Sire, suivant vostre desir et de la Royne, vostre
mère, j'ay faict entendre à la Royne, ma Maistresse, combien il seroit
bon, et à vous agréable, qu'il luy pleust donner quelque bon moyen et
ordre touchant la Royne d'Escosse, tellement que ce peust estre avec
son honneur et seureté.

Et comme, Sire, Sa Majesté a tousjours prins en bonne part vostre
motion et sollicitation, ainsi a elle plusieurs fois commencé de
procéder à quelque bon accord avec la dicte Royne; mais, quand elle a
esté sur les termes et voyes de ce faire, Sa Majesté a esté
entièrement empeschée et retardée, tant par les propres faicts et
actions de la dicte Royne que de ses subjects, lesquels elle a commis
en authorité en Escosse, en ce qu'ils ont non seullement entretenu et
maintenu ouvertement et publiquement au dict païs les rebelles à Sa
Majesté, mais aussy leur ont aydé et assisté à faire invasion en son
royaume; tellement que Sa Majesté n'a peu faire aultrement qu'elle a
faict pour son honneur et seureté, qui est d'avoir deffendu son
royaume, poursuivi les dicts rebelles et chastié ceux qui leur
assistoient. Mais maintenant, Sire, voyant que la dicte Royne
d'Escosse et ses subjects sont contents de se contenir de poursuivre
leurs premières actions et mauvais desseins et usages, et consentir et
promettre de garder et maintenir la paix avec les fidelles subjects de
la Royne, ma Maistresse, elle a résollu d'envoyer personnages de bon
crédit, fidélité et marque, de son conseil privé, vers la Royne
d'Escosse, affin d'entendre l'entière résollution et intention
d'icelle. Aussy, Sa Majesté a octroyé passeport et saufconduit pour
tels notables personnages que la dicte Royne d'Escosse voudra envoyer
par devers icelle, tant pour négotier pour elle et adviser de mettre
quelque bonne fin entre elle et ses subjects, qu'aussy entre Leurs
Majestés. Aussy, Sire, Sa Majesté vous prie d'interpréter son
intention en la meilleure part; vous asseurant, Sire, qu'elle a bien
sincère vollonté d'y procéder plènement et sans dellay, si la Royne
d'Escosse monstre, de sa part, de faire le semblable.

Davantage, Sire, Sa Majesté a entendu qu'un nommé Vérac, soy disant
être à vostre service, est dernièrement arrivé à Dombertran avec
certains soldats et munitions, donnant confort et ayde, au dict nom de
Vostre Majesté, à tels escossois qui ont peu désir et vollonté d'avoir
quelque bon accord en Escosse, leur donnant entendre que s'ils
diffèrent encore quelque temps d'accorder entre eux, au dict païs
d'Escosse, ils auront davantage d'aide et secours de la France. De
quoy Sa Majesté ne peut et ne doit moins que informer Vostre Majesté;
trouvant ceste chose fort estrange, Sire, veu les promesses et
asseurances que vostre ambassadeur, résidant près d'elle, luy a
toujours faictes du contraire. Pourquoi, Sire, Sa Majesté vous prie de
l'en esclercir, et de cognoistre vostre vraye intention; sur laquelle
elle se puisse asseurer.

Semblablement, Sire, Sa Majesté a esté advertie qu'il se fait
préparation, en Bretaigne, de quelques navires par un nommé de La
Roche, pour icelluy transporter avec certain nombre de gens de guerre
en Irlande. Et veu, Sire, que vostre dict ambassadeur l'a
dernièrement, et par plusieurs fois et instamment asseuré, de vostre
part, d'observer entièrement, par tous bons moyens possibles, la
paix, l'amitié et accord entre Voz Majestez, Sa dicte Majesté a
trouvé bon de vous advertir de ce que dessus; vous priant, Sire, de
donner ordre que vos gouverneurs de Bretaigne ayent l'œil que nulle
personne attente telle chose.

Voylà, Sire, le contenu de la charge que j'ay dernièrement receu de la
Royne, ma Maistresse, vous suppliant, Sire, y avoir esgard.

Sire, je supplie le Créateur de préserver, maintenir et acroistre
Vostre Majesté, et vous donner toujours l'assistance de son esprit en
toutes voz bonnes actions.

A Paris, ce VIe (XVIe) jour d'octobre 1570.

_Et plus bas est escript._ Vostre très humble et obéissant.

    HENRY       NOIREYS.



LXI

LE ROY A L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE.

--du XVIIe jour d'octobre 1570.--

  Déclaration faite par le roi à l'ambassadeur d'Angleterre que
    c'est par son ordre que Mr de Vérac est passé en Écosse, et que
    des préparatifs se font en Bretagne pour secourir Marie
    Stuart.--Espoir que le traité entre la reine d'Angleterre et la
    reine d'Écosse sera bientôt conclu.

Monsieur l'ambassadeur, j'ay veu par vostre lettre, escripte du jour
de hier, la remonstrance que vous aviés à me faire de la part de la
Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur. A quoy je vous diray que je
suis bien fort aise de la vollonté qu'elle a de prendre une si bonne
résollution sur les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur, et que,
pour cest effaict, elle envoye le secrettaire Cecille et aultres ses
ministres; mais, pour ce que je desire que cella soit accéléré, et
qu'il y soit mis une prompte fin, je ne puis que je ne la prie ceste
fois, pour toutes, et sans plus de remise ou longueur, ne voullant pas
vous nier que je n'aye ci devant envoyé le sieur Vérac, dont vous
faictes mention par vostre lettre, avec quelques gens et munitions,
pour secourir Dombertrand, que j'entendois, lors, que l'on voulloit
aller assiéger, et que, pour l'ancienne alliance qui est entre ce
royaulme et celluy d'Escosse, et particullièrement, parce que la dicte
Royne d'Escosse, ma sœur, me touche de si près, je ne sois délibéré
de la secourir en ceste nécessité, et de procurer sa liberté par tous
les moyens que Dieu a mis en ma puissance; ayant véritablement, selon
cella, donné ordre de faire quelques préparatifs en Bretaigne pour
cest effaict, sans voulloir toutesfois rien offenser ni altérer de la
bonne amitié et intelligence qui est entre la dicte Royne, vostre
Maistresse, et moy; qui mettray, de ma part, tousjours peyne de la
nourrir et confirmer par tous les bons et honnestes moyens et
déportements dont je me pourray aviser; m'asseurant que, de sa part,
elle voudra faire le semblable, et que, ceste fois, elle faira
parroistre à ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse, que, quand il
n'y auroit que l'instante prière que je luy en fais, qu'en cette
faveur le traicté, que j'espère qui se faira bientost, sera si bien
establi que dorsenavant ce sera une mutuelle amitié entre elles et
moy, aussi comme, de ma part, je le desire bien fort. Et estant ce que
je puis escrire pour le présent, je prieray Dieu, Monsieur
l'ambassadeur, vous avoir en sa garde.

Escript à Escouen, le XVIIe jour d'octobre 1570.

    _Signé_ CHARLES; _contresigné_ PINART.

_Et dessus_: à Monsieur de Noreys, ambassadeur de Madame ma bonne
sœur, la Royne d'Angleterre.



LXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour d'octobre 1570.--

  Persistance du roi dans sa déclaration concernant
    l'Écosse.--Satisfaction des nouvelles diverses données par
    l'ambassadeur.--Prochaine arrivée en France de la jeune
    reine.--Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis le partement de Vassal qui vous
a porté la résollution et satisfaction, tant de la despesche que
m'envoyastes par luy[70], que de celles que m'avés despuys faictes,
par l'ordinaire, jusques à son partement, j'en ay encores receu deux,
auxquelles je vous ay satisfaict aussy par l'ordinaire despuys quatre
jours. Mais ayant receu une lettre de l'ambassadeur de la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, et à icelluy faict responce, je vous ay
bien voullu faire ceste cy, et vous envoyer les doubles de sa dicte
lettre et de la responce que je luy ay faicte par escript[71], affin
que, vous entendiés les termes où nous en sommes; et que, parlant à la
dicte Royne d'Angleterre, comme je suis bien d'advis que vous en
preniés l'occasion le plus souvant que vous pourrés, vous luy teniés
tousjours modestement le langage que je vous ay ci devant escript,
conforme à la responce que j'ay faicte à son dict ambassadeur, ainsi
que vous verrés par le double d'icelle.

  [70] Voyez CXXXIe dép. du 5 septembre 1570, tom. III, pag. 289,
  et dép. suiv.

  [71] Voyez les deux lettres qui précèdent.

J'ay, ce soir, receu vostre lettre du Xe de ce moys[72], et ay veu par
icelle le raport que le Sr de Walsingam a faict à la dicte Royne, sa
Maistresse, de son voyage par deçà, et que vous avés entendu que s'est
faict au passage de la Royne d'Espagne, où j'ay prins bien grand
plaisir: desirant, sur ce que vous m'escripvés, (qu'il n'y a pas tant
de mauvaise vollonté entre les Espaignols et Anglois qu'ils
n'accommodent bien le différant qui est entre eux), que vous y
pénétriés le plus que vous pourrés, et me faictes entendre comme ils
s'en seront accordés ou desportés, et en quelle satisfaction s'en
retourneront les commissaires que y avoit envoyé le duc d'Alve.

  [72] Voyez CXXXVIIIe dép., tom. III, pag. 323.

Et, pour le regard de ce que l'agent portugais, dont aussy vous
m'escripvés, a voullu dire de Sores et de ceux de la Rochelle, j'en
avois bien desjà sceu quelques nouvelles; mais je vous diray et
asseureray que, par toutes les despesches que je fais à ceux de la
dicte Rochelle, je ne leur recommande rien tant que de se contenir
sans offancer les subjects de mes bons amis et alliés, et leur en
fairay encores une deffence, par la première occasion, à ce qu'il ne
s'y fasse chose dont il puisse venir plainte.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, c'est seullement de vostre
costé que j'ay nouvelles de l'eslection[73], dont m'escrivés, à quoy
je ne vois pas grande apparance. Toutesfois je vous prie d'en sçavoir
plus clairement ce qui en est, m'esbahissant que je n'en ay heu advis,
s'il en est quelque chose, d'Italie et d'Allemaigne. Ce me fera
plaisir que m'advertissiés souvent de tout ce que vous entendrés de
delà, ainsi que vous avés faict cy devant, dont vous me donnerés toute
satisfaction et contantement; n'ayant pour ceste heure aultre chose à
vous dire, si n'est que, suivant ce que je vous ay par ma dernière
escript, ayant heu advis certain que la Princesse Elysabeth partira le
XXIVe de ce moys de Spire pour s'acheminer en France, mon frère, le
Duc d'Anjou, et ma sœur de Lorraine partiront aussy, d'icy, entre six
ou sept jours, pour aller au devant d'elle à la frontière, deux ou
trois journées par delà Mezières, la recepvoir et accompaigner, la
menant, (passant par le dict Mésières, où elle faira sa première
entrée, et où elle trouvera toute sa maison), droict à Compiègne, où
elle pourra arriver le douxiesme du moys prochain; et, le XVe, se
faira et consommera nostre mariage, Dieu aydant.

Escript à Escouen, le XIXe jour d'octobre 1570.

  [73] L'élection du roi des Romains. Voyez tom. III, pag. 298.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay
advisé d'envoyer devers vous le secrettaire de L'Aubespine, présent
porteur, affin que, par luy, vous me puissiés amplement faire responce
à toutes mes précédentes lettres, et à ceste cy; mesmement de ce que
vous aura respondu la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par
le Sr de Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire
modestement, conforme à la responce que j'ay faicte par escript à son
ambassadeur.

    CHARLES.      PINART.



LXIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour d'octobre 1570.--

  Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay avisé de vous envoyer le
secrettaire de L'Aubespine affin que, par luy, vous nous puissiés
escrire ce que la Royne d'Angleterre vous aura respondu sur le propos
que le Roy, Monsieur mon fils, lui a mandé par le sieur de Walsingam,
pour le faict de la Royne d'Escosse, ma fille; et sur ce que vous luy
en avés aussy modestement déclaré, suivant la despesche que nous vous
en avons faicte, conforme à ce que mon dict fils a, pour cella,
respondu par escript à l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre.

Quand vous me voudrés escrire du contenu en ceste lettre, il fault que
ce soit de vostre main; et suffira que me mandiés, par une lettre à
part, que c'est de l'affaire dont je vous ay escript par le dict de
L'Aubespine, sans exprimer davantage: car je l'entendray bien.

A Escouen, ce XXe jour d'octobre 1570.

    Vostre très affectionnée.

    CATERINE.       PINART.



LXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne Mère à Mr de La Mothe Fénélon,
pour luy estre rendue en mains propres._)

--du XXe jour d'octobre 1570.--

  Proposition du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Anjou.--Détails
    confidentiels sur les dispositions qui pourraient être prises à
    l'effet de marier le duc d'Anjou avec l'héritière qui serait
    désignée pour la couronne d'Angleterre.--Autorisation donnée à
    l'ambassadeur de communiquer à cet égard avec
    Cécil.--Recommandation du plus profond secret.


Monsieur de La Mothe Fénélon, Mr le cardinal de Chastillon a faict
tenir propos à mon fils, le Duc d'Anjou, d'une ouverture de mariage de
la Royne d'Angleterre et de mon dict fils; en quoy celluy qui en a
parlé donne telle espérance qu'il croit qu'il se faira fort aisément,
si nous voullons. Mais, parce que nous avons pensé que ceste ouverture
se faisoit pour l'intelligence et peut estre menée de la Royne
d'Angleterre, et beaucoup plus en intention de se servir du temps et
de nous, pendant que cessi se négotieroit, qu'elle fairoit conduire à
la longue, que pour vollonté qu'elle heust de se marier, je répondis à
celuy qui m'en parla que je ne pensois pas que la dicte Royne
d'Angleterre se voullût mettre en la subjection d'un mari; mais que,
s'il y avoit quelque femme ou fille à marier qui luy appartînt de si
près qu'elle la peut faire et asseurer héritière de la couronne après
elle, qu'il seroit beaucoup plus convenable ainsi; et que, si cella se
pouvoit faire de ceste façon, que la dicte Royne auroit, par le moyen
de ceste alliance, tous les contentements et grandes amitiés qu'elle
pourroit desirer et espérer en ce monde, tant du Roy, Monsieur mon
fils, que de mon dict fils, le Duc d'Anjou; et par conséquent de tous
ceux de mon royaulme, et aussy des grands qui y sont alliés.

Et, au second voyage de celluy qui tint ce propos de la part du dict
sieur cardinal de Chastillon, celluy, qui m'en a parlé, m'a dict, à
ceste occasion, que icelluy sieur cardinal avoit sceu qu'à ces
proschains Estats, qui se debvoient tenir en Angleterre, icelle Royne
seroit fort pressée, voire contraincte de se marier à quelque grand
prince, et qu'il falloit nécessairement qu'elle avisât de s'en
résoudre. Sur quoy je n'ay rien respondu. Aussy, par mesme moyen, il
me dict que celluy, qui en a parlé à mon dict fils, avoit encores en
cella quelque chose à me faire entendre. Je sçauray que c'est.

Mais cependant je vous diray que, si l'on cognoissoit clairement que
la dicte Royne heust franche vollonté de se bien establir avecque nous
par le moyen du mariage de mon dict fils avec celle qu'elle voudroit
faire héritière de sa couronne, après elle; comme j'estime que c'est
chose qu'elle a et doibt avoir en affection pour son repos et
contentement, à présent qu'elle se void hors d'espérance d'espouser
l'archiduc Charles, qui se marie à sa niepce, la fille du duc de
Bavière, je croy qu'il seroit expédiant, et j'estime que c'est chose
que nous et elle devons desirer, pour le bien de la Chrestienté, et
principallement de ces deux couronnes, qu'elle fist déclarer, aux
dicts proschains Estats d'Angleterre, la plus prosche à sa couronne
héritière après elle de sa dicte couronne et royaume; et, en ce
faisant, faire expressément résoudre, aussy par les dicts Estats, le
mariage de ceste héritière là avec mon fils; chose qui, je suis très
asseurée, apporterait à la dicte Royne tous les contentements qu'elle
sçauroit espérer, comme s'il estoit son propre fils; car il est de si
bon naturel que, si elle luy faisoit et procuroit ce bien, il la
serviroit et honnoreroit d'affection. Et, oultre cella, se pourroit
icelle Royne prévaloir grandement, à l'occasion de ce mariage, en tous
ses affaires, tant de la faveur et des moyens du Roy, Monsieur mon
fils, que de mon fils le Duc d'Anjou, qui a heu cest honneur d'avoir,
à son âge, conduit et commandé heureusement de si belles armées, et
gaigné de si grandes batailles, y ayant acquis l'expérience et telle
réputation, par toute la Chrestienté, que prince ne la sçauroit
desirer plus grande ni meilleure qu'il l'a.

Je vous ay bien voulleu faire tout ce discours, vous priant de le
tenir si secret que nul des vostres, ni aultre, quel que soit, n'en
sçache rien. Et fault tascher de descouvrir et voir si vous pourriés
rien apprendre de cessi, pour m'en donner advis à toutes occasions;
et, si vous cognoissés que l'on en puisse espérer quelque bon fruict,
il fault que, secrettement et accortement, comme je sçay que vous
sçavés très bien faire, que vous en parliés, comme de vous mesmes, au
secrettaire Cecille, qui s'est allié à une maison qui a, comme j'ay
entendu, faict tousjours concurrance à la Royne d'Escosse, ma fille,
pour la succession de la couronne et royaulme d'Angleterre, affin
qu'il regarde quelle femme ou fille, de ceste maison là, seroit la
plus apte à s'y introduire; et, sur cella, entrer en propos avec luy,
à bon escient, et luy faire amplement entendre, comme vous sçavés très
prudemment faire, le grand bien qu'il se fairoit, à luy mesme et à sa
maison, de moyenner et conduire cella à perfection; et que, par ce
moyen, il honnoreroit et asseureroit du tout sa dicte maison, et si,
demeureroit à jamais grand, maniant encores, avec beaucoup plus
d'authorité qu'il n'a jamais faict, le royaulme et affaires
d'Angleterre. Et, oultre cella, il se serait employé pour un prince,
qui recognoistroit si bien le bon office qu'il faira en cella pour
luy, qu'il n'en pourroit espérer que tout heur et félicité à luy et
aux siens.

Il y a, ce me semble, une femme de ceste maison là qui a esté
longtemps prisonnière avec son mari et deux leurs fils[74]. J'ay ouï
dire que le dict mari est mort en prison, il faudroit sçavoir si elle
seroit la plus proche, et, si ainsi estoit, pour ce que, si on luy
faisoit ce bien là, et qu'il n'y feust par mesme moyen pourveu, ses
fils seroient héritiers de la dicte couronne d'Angleterre, il faudroit
faire, pour remédier à cella, que les susdicts Estats la déclarassent
héritière de la couronne d'Angleterre, et, pour certaines grandes
occasions, les dictz enfans, descendants du mariage d'elle et de mon
dict fils seullement, et non d'aultres mariages.

  [74] Voyez la réponse jointe à la CXLIIIe dép., tom. III, pag.
  357, et la note pag. 359.

Je vous ay bien voulleu commettre ce discours, sçachant bien que vous
estes si affectionné à ceste couronne et si prudent que vous en
sçaurés dignement user, et vous y comporter comme il fault, vous
priant que j'aye, sur ce, de vos nouvelles, le plus souvant que vous
pourrés, et que personne du monde ne sçache rien de ce que je vous
escriptz, ne failhant, quand vous me manderés quelque chose, de m'en
faire, de vostre main, une lettre à part que vous plierés fort menu.
Et ne m'en escrivés jamais que quand vous m'envoyerez quelqu'un exprès
pour les aultres affaires de vostre charge, ou par homme seur, qui
vous pourra estre envoyé d'ici; et, quand vous m'en escrirés, vous
dirés à celluy, à qui vous baillerés vos lettres, que, s'il se
trouvoit pressé ou en danger d'estre arresté ou foullié, combien que
nous soyons hors de ceste crainte là, puisque Dieu nous a donné la
paix, qu'il jette ou fasse des dictes lettres en sorte qu'elles ne
soyent point veues ni trouvées de personne; priant Dieu, Monsieur de
La Mothe Fénélon, etc.

Escript à Escouen, le XXe jour d'octobre 1570.



LXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne Mère._)

--du XXe jour d'octobre 1570.--

  Défense expresse de faire aucune communication à Cécil des
    ouvertures de mariage.--Nouvelle recommandation du plus profond
    secret.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ma petite lettre escripte, j'ai
parlé au personnage que je vous escriptz par icelle, qui avoit encore
quelque chose sur ce faict là à me dire; et par ce que cella me met en
doubte que cessi se fasse à quelque intention, qui n'est pas peut
estre si syncère qu'ils la proposent, je vous prie et charge, sur
vostre honneur, de n'en parler aulcunement au secrettaire Cecille, ni
à quelque personne que ce soit, et n'en faire aulcun semblant ni
démonstration que vous en sçachiés rien, ni que je vous en aye
escript: car aussi l'advis que je vous en donne n'est à aultre
intention que pour l'asseurance que vous m'estes fidelle et asseuré
serviteur, que cella demeurera ensepveli en vous, et que vous ne
perdrés une seulle occasion et moyen de descouvrir et pénétrer, par
delà, à quoy tend ce faict, et qui conduit cessi auprès de la Royne
d'Angleterre; et aussy de quelle vollonté ils y procèdent, et la dicte
Royne aussy. Mais surtout comportés vous en cella si dextrement que
créature qui vive ne puisse penser qu'en sçachiés rien; priant Dieu,
Monsieur de La Mothe Fénélon, etc.

D'Escouen, le XXe octobre, au soir, bien tard, 1570.

Vostre meilleure amye. CATERINE.



LXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour d'octobre 1570.--

  Négociation concernant Marie Stuart.--Affermissement de la paix
    en France.--Communications faites au nom du roi
    d'Espagne.--Surveillance à exercer sur les négociations du duc
    d'Albe.--Discussion des articles relatifs à Marie
    Stuart.--Mission de Mr de L'Aubespine.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux despesches, des
XVIe et XVIIe de ce présent moys[75], par vostre secrettaire, présent
porteur; et ay veu par la première ce que contiennent en substance les
articles présentés à la Royne d'Escosse, ma bonne sœur, par le
secrettaire Cecille et Me Mildmay, députés de la part de la Royne
d'Angleterre, leur Maistresse. J'ay aussy veu, par le mémoire et
instruction qu'il a apporté avec icelle[76], en quelle opinion ils
sont par delà de l'establissement et continuation de la paix que Dieu
m'a faicte la grâce de remettre en mon royaulme; en quoy ils ne se
trompent pas. Et vous prie les y conforter, aultant qu'il sera
possible, les asseurant tousjours que je n'oublieray rien de ce que je
penseray pouvoir profiter à la rendre perpétuelle, cognoissant combien
c'est chose utille et nécessaire pour le bien de mes affaires et de
mon dict royaulme; ayant esté fort aise d'entendre que, non seullement
les Anglois, mais aussy tous ceux qui en avoient contraire opinion,
croyent et voyent, par effaict, comme le dict establissement s'en
faict si bien qu'il ne se pourroit mieux desirer.

  [75] Voyez CXXXIXe et CXLe dép., tom. III, pag. 327 et 330.

  [76] Voyez le Mémoire joint à la CXXXIXe dép., tom. III, pag.
  331.

J'ay bien considéré ce qui vous a esté dict sur ce propos par
l'ambassadeur du Roy Catholique, Monsieur mon bon frère, et ce qu'il
vous a discouru, en le continuant. Sur quoy, vous luy avés fort bien
respondu et à la vérité, mesmes pour le regard des garnisons que j'ay
renvoyées en Picardie et à Calais, ainsi qu'elles estoient auparavant
les troubles, et aussy sur ce qu'il vous a discouru de la ligue
d'entre le Pape, le Roy son Maistre, et les Vénitiens, contre le Turc,
en laquelle il semble qu'il espère que l'Empereur pourra pareillement
entrer.

J'attands, comme je vous ay escript par mes précédentes despesches, ce
qui réhussira du différend d'entre la dicte Royne d'Angleterre et le
duc d'Alve, lequel, ainsi qu'il est porté par vostre dict mémoire,
entretient les dictz Anglois en telle opinion de l'amitié du Roy
Catholique, son Maistre, qu'ils s'en tiennent asseurés. Mais je ne
puis penser à quelle fin il a envoyé recognoistre quelque commode
descente en Escosse; et sera bon que vous ayés tousjours l'œil ouvert
affin que, s'il se faisoit quelque entreprinse de ce costé là, ou que
le dict duc voullust entrer en traicté avec les dictz Escossois, que
j'en sois incontinent adverty.

Et, quand à vostre seconde dépesche, j'ay veu la coppie des articles
que m'avés envoyés, conformes à ce que vous m'en escrivés en substance
par vostre première lettre; et si, j'ay aussy veu la responce que vous
avés sur ce faicte, par forme d'advis, sur chascun article à l'évesque
de Ross. En quoy vous avés très bien desduict mon intention,
spéciallement sur le troisième article que vous avés pris comme il se
debvoit prendre, pour la ligue qu'ils proposent de faire entre la
Royne d'Angleterre et ma dicte sœur la Royne d'Escosse; car, si cella
se faisoit ainsi, ce seroit du tout au préjudice de l'alliance qui
est, de si longtemps, entre mon royaulme et celluy d'Escosse. Et, pour
ce, se faudra conduire en cella ainsi qu'avés bien desduict par vostre
dicte responce.

Mais vous n'avés pas assés expressément respondu au dict évesque de
Ross sur le neufviesme article, en ce que, par icelluy, la dicte Royne
d'Angleterre demande que la dicte Royne d'Escosse soit tenue de faire
amener son fils en Angleterre comme ostage, devant qu'elle puisse
estre mise en pleine liberté, vous priant luy faire bien entendre
qu'il se garde d'accorder aulcune chose de cest article, n'y ayant
point d'apparence en icelluy, car ils auroient tout ce qu'ils
demandent, s'ils tenoient le dict Prince d'Escosse. Et ne fault point,
soubz quelque coulleur que ce soit, qu'il soit mené en Angleterre,
mais, au contraire, il fault que vous advertissiés soigneusement ceux
du conseil et parti de la Royne d'Escosse qu'ils ne sauroient mieux
faire que de tenir le dict Prince d'Escosse en leur païs: et leur
remonstriés et persuadiés que, s'il en estoit hors, qu'il faudroit
qu'ils fissent tout ce qui leur seroit possible pour le ravoir; car il
n'y a plus de salut ni d'espérance de leur repos que par ce moyen.

Et, aussy, ne semble pas raysonnable que la Royne d'Escosse quitte
aulcune chose des tiltres et prétentions qu'elle peut avoir au
royaulme d'Angleterre, à tout le moins fault incister sur ce poinct,
tant que faire se pourra, comme vous fairés entendre au dict évesque
de Ross; auquel toutesfois vous remettrés, et à ceux du conseil de la
Royne d'Escosse, de traicter et se laisser aller en cella, aultant
qu'ils verront estre nécessaire pour accommoder les choses et faire un
bon accord et traicté.

Quant au dousiesme article, il ne faut, pour responce à icelluy, que
les déclarations en forme qui ont esté envoyées d'icy il y a quelque
temps, signées et scellées, et mises ès mains de la Royne
d'Angleterre[77], qui l'asseurent et esclaircissent assés pour ce
regard.

  [77] Voyez les Déclarations des 10 et 17 juillet 1569, tom. I,
  pag. 431 et 433.

Les aultres responces, que vous avés faictes au surplus, sont telles
que j'eusse pu désirer. Et ne pense avoir autre chose à vous dire,
sinon que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux de son conseil
doivent plustost demander ostages que d'en bailler pour
l'entrètenement de ce qui sera accordé, et moins encore de laisser
aucunes places à la Royne d'Angleterre; comme vous avés bien sceu
respondre au dict sieur évesque de Ross.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés esté bien
satisfaict par le secrettaire de L'Aubespine, que je vous ay naguères
envoyé, sur le contenu en vos précédentes dépesches, et instruict de
la responce, que j'ay faicte à l'ambassadeur de la dicte Royne
d'Angleterre, sur la remonstrance qu'il m'a faicte de la part
d'icelle. Attendant au retour du dict de L'Aubespine ce que vous aura
dict la dicte Royne sur ce que je donnai charge au Sr de Walsingham
luy dire, et que je vous ay escrit, despuis, luy faire doucement
entendre; et aussy de ce qui se peut espérer de ceste négociation,
pour laquelle je vous prie vous emploïer d'affection, et faire en
sorte, par tous les moyens que vous pourrés trouver, qu'elle preigne
bientost quelque bonne fin; donnant en cela toute l'assistance et
confort qu'il vous sera possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse,
et à ceux de son conseil; et me tenés adverti, à chaque occasion, de
ce qui se faira en la dicte négociation, afin que je vous puisse faire
sçavoir mon intention là dessus. Sur ce, etc.

Escript à l'abbaye St Germain des Prés, lès Paris, le XXVIIIe jour
d'octobre 1570.

    CHARLES.      PINART.



LXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de novembre 1570.--

  Satisfaction du roi au sujet de la réponse faite par Élisabeth à
    sa déclaration concernant l'Écosse.--Et de l'engagement qu'elle
    a pris de rétablir Marie Stuart.--Crainte que l'on ne veuille
    traîner cette négociation en longueur.--Raffermissement de la
    paix.--Nouvelles des fiançailles du roi célébrées à
    Spire.--Prochaine arrivée en France de la jeune reine.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par vostre lettre du XXVe du passé[78],
vous m'avés fort particulièrement, et à ma très grande satisfaction,
discouru tout ce qui se passa à l'audience que vous donna la Royne
d'Angleterre, sur la despesche que je vous fis de ce que j'avois faict
entendre au Sr de Walsingam, et de la charge que je luy avois donnée
de dire et déclarer sur cella à la dicte Royne, sa Maistresse, m'ayant
été fort grand plaisir d'avoir veu que, après qu'elle vous heût avec
si grande attention ouï parler, qu'à la fin de son discours elle vous
ait si expressément asseuré qu'elle remettra la Royne d'Escosse,
Madame ma bonne sœur, par la voye du traicté qui se négotie entre
elles, le plus honnorablement qu'elle pourra, en son royaulme; et que,
quand elle ne le pourra faire en ceste façon, qu'encore me donne elle
parolle de la renvoyer, comment que ce soit, à ceux qui tiennent son
parti, en son païs, et qu'elle ne la veut plus rettenir en son
royaulme. En quoy je vous prie l'entrettenir de façon que, par
effaict, elle me le fasse paroistre bientost; mais que ce soit avec
toute syncérité, et que la liberté où elle promet de la mettre, ez
mains de ceux de son parti en Escosse, en cas qu'elles ne se puissent
si bien, comme je désire, accorder de toutes choses, que la dicte
liberté, où elle la mettra, ne luy aporte pas un nouveau tourment et
peyne; et que cella ne tire à la longue que le moins qu'il sera
possible, comme, par vostre lettre du XXXe du dict moys[79], que je
viens de recepvoir présentement, il semble que la dicte Royne y
veuille mener la dicte négociation, puisque l'on parle de faire pour
deux moys en Escosse suspension d'armes, qui debvoit être la première
chose accordée, quand l'on a commencé la dicte négociation; de la
quelle j'attends, par voz premières despêches ou au retour du
secrétaire de L'Aubespine, que je suis bien aise qui soit arrivé de
delà, ce qui aura esté faict, et aussy ce que en résouldra la dicte
Royne d'Angleterre, au retour de ses depputés, sur tous les poincts
proposés par les articles baillés par le secrétaire Cecille; sur
lesquelz je vous ay escript, par vostre secrettaire qui s'en est
retourné depuis dix jours, ce que je desirerois en cella pour le bien
et repos de ces deux Roynes et de leurs royaulmes et subjects: vous
voullant bien dire que, grâces à Dieu, mon royaulme est aussi paisible
que je sçaurois désirer, s'establissant mon édict de pacification le
mieux et le plus aisément qu'il est possible de souhaiter, n'en
desplaise à celluy qui a escript les lettres de delà, qui sont toutes
contraires à la vérité.

  [78] Voyez CXLIe dép., tom. III, pag. 339.

  [79] Voyez CXLIIe dép., tom. III, pag. 346.

J'ay veu aussi le receuil escript, par voz dictes deux lettres, de
toutes les choses qui se y dient, et, combien que souvant toutes les
nouvelles ne soyent pas entièrement véritables, et que, comme vous
dictes par la lettre qu'escrivés à la Royne, Madame et Mère, elles
augmentent ou diminuent venant de loin, si vous priay je de continuer
tousjours à nous mander tout ce que vous pourrés sçavoir: car cella,
avec les aultres advis que nous avons d'ailleurs, nous sert
quelquefois.

Cependant je vous diray que, par la dernière despesche que j'ay heu
d'Allemaigne, mes fiançiailles furent fort honnorablement faictes à
Espire, le dernier dimanche du moys passé, avec la Princesse
Élysabeth, laquelle doibt arriver, selon la supputation de ses
journées, à Mézières, le vingtième de ce moys, où je me trouveray
aussy, comme je vous ay cy devant escript, pour y achever mon dict
mariage, sans y faire les grandes magnificences que j'avois délibéré,
lesquelles, à cause que la ville est fort petite, j'ay remises, et
veux estre faictes, avec les aultres pompes et tournois de mon entrée
à Paris, que je fairay au premier jour de janvier prochain; aydant
Dieu, auquel je prie vous avoir, etc.

Escript à Paris, le VIe jour de novembre 1570.

    CHARLES.      PINART.



LXVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de novembre 1570.--

  Assurance donnée à l'ambassadeur qu'il n'a rien à craindre des
    faux rapports qui peuvent être faits contre lui.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre du Roy, Monsieur mon fils,
vous serés si amplement satisfaict à vos deux dernières despesches,
des XXVe et XXXe du moys passé, qu'il n'est besoin de vous en dire
davantage, si n'est que nous sçavons très bien que vous vous estes
toujours porté pour les affaires de ma fille, la Royne d'Escosse, avec
la bonne et grande affection que vous sçavés que nous avons de
l'assister et secourir, et ne nous sçauroit on rien persuader de
vous, et n'en ayés peur, qui nous altère la bonne opinion que nous
avons du bon debvoir que nous sçavons que vous y avés tousjours faict,
et faictes encores, vous renvoyant pour ceste occasion les lettres
qu'elle vous a escriptes et aussy celles que l'évesque de Glasco, son
ambassadeur, qui est ici, escrivoit à l'évesque de Ross; lesquelles
j'ay faict voir au Roy, Mon dict Sieur et fils, et à mon fils le Duc
d'Anjou, qui ont bien jugé par icelles, comme aussy ay je faict,
principallement par celle du dict ambassadeur, ce que m'avés escript
venir de luy et non pas de vous. Mais je croy que delà l'on n'a pas,
ceste opinion, puisque la Royne d'Angleterre vous a donné, pour la
dicte Royne d'Escosse ma fille, la bonne espérance que vous nous
escrivés par vos dictes deux dernières despesches, sur lesquelles il
ne me reste plus rien à vous dire. Sur ce, etc.

Escript à Paris, le VIe jour de novembre 1570.

    CATERINE.       PINART.



LXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour de novembre 1570.--

  Détails de la réception faite par le roi à l'ambassadeur
    d'Angleterre, à raison de laquelle il a porté plainte à sa
    souveraine.--Explications données à ce sujet.--Persistance du
    roi dans sa déclaration à l'égard de l'Écosse.--Injonction
    faite à l'ambassadeur de veiller à ce que le traité concernant
    Marie Stuart ne renferme rien de préjudiciable à la
    France.--Remerciemens sur les complimens d'Élisabeth à
    l'occasion du mariage du roi.--Bon accueil réservé aux
    seigneurs d'Angleterre qui seraient envoyés pour assister aux
    fêtes du mariage.--Ferme assurance que la paix est parfaitement
    rétablie en France.--Nécessité d'exercer la plus exacte
    surveillance sur les entreprises que pourraient tenter les
    Anglais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté bien amplement satisfaict, au
retour du secrettaire de L'Aubespine, tant par la lettre que vous
m'avés escripte[80] que par ce qu'il m'a dict de bouche. En quoy je
n'ay à vous respondre que sur ce que me mandés que la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, a estimé que l'on faisoit ici
bien peu de cas de ses ambassadeurs, pour ce que j'ay parlé au sieur
de Norris au millieu de la cour d'Escouen, l'ayant rencontré, au
retour de vespres, ainsi que je m'en allois aux toiles, après l'avoir
longuement et assés tard attendu. Mais, comme vous luy avés bien sceu
dire, quand elle considèrera que, l'ayant ainsi inopinément rencontré,
en voullant sortir pour monter à cheval, et voyant qu'il avoit à se
rettirer à Paris, dont il étoit venu, pour ce qu'il n'avoit poinct
faict demander de logis au dict Escouen, je pensois faire pour luy,
usant comme je fis si privément, luy ayant toutesfois donné tout
loisir de me dire tout ce qu'il voullut, sans le remettre à une autre
fois, ni luy donner la peyne de monter à ma chambre.

  [80] Voyez CXLIIIe dép. du 9 novembre 1570, tom. III, pag. 350.

Et, pour vous en parler franchement, je fus despuys bien aise que
cella advînt ainsi, car, après l'avoir fort privément et bien
amplement ouï, et faict son audience si longue qu'il voullut; après
luy avoir faict instance des affaires de ma sœur, la Royne d'Escosse,
je le priai de m'envoyer par escript ce qu'il m'avoit dict, affin que
je luy fisse responce aussy par escript, et que l'on se peut mieux
souvenir doresenavant des promesses que la Royne d'Angleterre, sa
Maistresse, me faisoit; et qu'elle m'avoit tant de fois, et il y avoit
si longtemps, réittérées, pour l'élargissement et liberté de ma sœur,
la Royne d'Escosse.

Il ne fallit pas, dès le lendemain, de m'escrire, et moy, à l'instant
mesme, par un de ses gens, de luy faire la responce, dont vous avés
heu, par le dict secrettaire de L'Aubespine, les coppies au vray,
estant bien esbahi que la dicte Royne vous ayt dict que la dicte
coppie, que vous luy monstrastes, ne soit pas semblable à celle que
j'avois envoyé à son dict ambassadeur; car elle est toute pareille. Je
suis bien d'advis que, la première audience que vous aurés, vous ne
falliés, pour la satisfaire de tout, comme me mandés qu'elle desire,
de luy dire que, si je n'heusse pensé faire honneur et plaisir à son
dict ambassadeur, comme je desire faire tousjours suivant nostre bonne
et mutuelle amitié, je ne l'heusse, quand je le rencontray en la dicte
cour du chasteau, estant prest à monter à cheval, si famillièrement
ouï, mais l'heusse remis à une aultre fois, sans plaindre ses peynes.

Je croy aussy que ce n'est pas là l'encloueure, mais qu'il luy fasche
sur les termes qu'elle vous réittéra, qui sont véritablement portés
par les lettres que j'escrivis à son dict ambassadeur, comme vous avés
veu par la dicte coppie, qui sont que:--Suivant les anciennes
alliances, confirmées entre ceste couronne et celle d'Escosse, et puis
la proximité et fraternité d'entre ma sœur, la Royne d'Escosse, et
moy,--«Je la voullois secourir en ceste sienne nécessité, et procurer
sa liberté _par tous les moyens que Dieu avait mis en ma puissance_.»
Ce que j'ay esté bien ayse qu'elle ait considéré, et qu'elle vous ait,
sur ce, tant incisté comme elle a faict, car je croy certainement que
cella est cause, avec ce que je dis au Sr de Walsingam, et aussy le
langage que vous luy tîntes à vostre précédente audience, comme je
vous avois commandé, qu'elle vous a asseuré, comme vous m'avés
escript, que, quand bien, par la voye du traicté qui se négotie entre
elles, elle ne pourroit mettre ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, si
honnorablement qu'elle vouldroit en liberté, que néantmoins elle me
donne parolle de la renvoyer, comment que ce soit, en son païs, à ses
subjects qui tiennent son parti.

Ce que je desire bien de voir effectué, pourveu que ce soit avec toute
syncérité, et sans qu'il y ait rien de mauvais, qui la puisse faire
retomber ou remettre en nouvelle peyne; car, comme je vous ay escript
plusieurs fois, et comme vous pouvés bien penser, oultre les anciennes
alliances de nos deux couronnes, la fraternité me convie naturellement
de faire pour ma dicte sœur, la Royne d'Escoce, tous les bons
effaicts qu'il me sera possible. Ce que vous continuerés à luy
remontrer, ainsi que vous avés tousjours sagement et gratieusement
faict, comme je vous ay mandé. Mais si, vous priè je ne permettre
aulcunement que, au traicté qui se faira, il soit rien innové au
préjudice des alliances et confédérations anciennes d'entre mon
royaulme et celluy d'Escosse; et au contraire je desire qu'elles
soyent entièrement confirmées. Et affin que vous soyés plus certain
quelles elles sont, je vous envoyeray par ma première despesche les
doubles des traictés ou extraicts qui en font mention.

Et, quand au propos que la dicte Royne vous a tenu de mon mariage,
vous l'en remercierés fort affectueusement de ma part, à la première
audience, du plaisir qu'elle dict avoir receu et du bonheur, félicité
et contentement qu'elle s'asseure qui y sera, et qu'elle souhaitte, et
aussy du desir qu'elle a heu de pouvoir de bon cœur estre à la feste;
ce que, de ma part, je desirerois aussy bien fort, et l'estimerois à
grand honneur et faveur, comme vous luy dirés, la remerciant de tous
ces honnêtes propos; et l'asseurant, comme vous luy avés dict à vostre
dernière audience, que je souhaitte et désire de la voir, à son
contentement, aux mesmes termes en quoy vous luy avés fait entendre
que je suis de mon dict mariage, lequel, Dieu aydant, se faira
dimanche prochain, à Mésières; où, suivant les lettres que j'ay
receues du comte de Fiesque, la Royne, ma femme, ne peut arriver plus
tost que sabmedy prochain, à cause des difficultés des passages des
rivières qui sont desbordées, et des mauvais chemins qu'elle a
trouvés.

Il faudra, aussi, dire à la dicte Royne d'Angleterre que les
gentilshommes, qu'elle vous a dict qu'elle eust faict préparer pour
envoyer à mon dict mariage, si elle heust creu que mes dictes nopces
heussent esté si prochainement, y heussent esté les très bien venus,
et de bon cœur receus, comme ils seront tousjours, venants de sa
part, soit pour ceste occasion là, ou pour aultre qui se pourra
présenter.

Cependant, pour vous satisfaire à tout le reste de vostre lettre, et
esclercir sur ce que m'a dict, de bouche, le dict de L'Aubespine:
qu'il court un bruit par delà que la paix n'est pas bien establie en
mon royaulme; et sur les aultres particularités que m'a, à ce propos,
aussy bien au long déclaré de vostre part le dict secrettaire de
L'Aubespine, je vous asseureray que ce sont choses du tout contraires
à la vérité; car, grâces à Dieu, mon édict s'observe fort droictement,
et n'espère pas qu'il y ait aulcun empeschement, ayant les mareschaux
de France et les seigneurs, que j'ay envoyés aux provinces, comme je
vous ay escript cy devant, desjà si bien establi cella, suivant ma
franche vollonté et intention, que, grâces à Dieu, toutes choses y
sont en bonne paix et repos, et y continueront tousjours, y tenant,
comme je me délibère de faire, estroictement la main. Aussy vois je
que tout mon peuple, de l'une et de l'aultre religion, se range et
obéit fort vollontiers à mon dict édict, sans aulcune difficulté ni
contrevention, quelque bruict que l'on fasse courir du contraire par
delà. Et sera bon, pour ceste occasion, que vous ostiés, le plus que
vous pourrés, ceste opinion à la dicte Royne et aux seigneurs qui en
parlent ainsi, à quoy la vérité vous aydera grandement; et que vous
continuiés à me tenir ordinairement adverti de toutes les aultres
occurences, et de tout ce que vous pourrés apprendre de leurs
discours, et principalement de ce qui se passera journellement pour le
faict de la Royne d'Escoce, ma sœur, à présent que les depputés du
païs d'Escosse sont arrivés auprès de la Royne d'Angleterre, et qu'ils
s'y pourront eschaufer à traicter et à résoudre leurs appointements,
s'ils en ont envie; ayant aussy l'œil ouvert à ce que, si la dicte
Royne d'Angleterre avoit quelque entreprinse qu'elle voullût faire
exécuter en Escosse ou en nos frontières, que j'en sois tout
incontinent adverti, pour y pourvoir: car je me doubte que, si elle
avoit quelque délibération, comme nous en avons esté cy devant en
doubte, et m'avés aussi escript plusieurs fois, que, à présent, soubz
prétexte de ce que je dis au Sr de Walsingham, et sur ce que écrivis
au sieur de Norris, son ambassadeur, elle pourroit prendre de là
occasion de l'exécuter.

Voylà pourquoy je vous prie mettre toutes les peynes que vous pourrés
d'observer et considérer ses délibérations et les descouvrir le mieux
que vous pourrés; mais que ce soit si dextrement que la dicte Royne
d'Angleterre ni ses ministres ne cognoissent pas que nous y pensions;
priant Dieu, etc.

Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le XXIe jour de novembre 1570.

    CHARLES.      PINART.



LXX

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIe et XXIXe jours de novembre 1570.--

  Recommandation faite à l'ambassadeur au sujet du traité
    concernant Marie Stuart.--Assurance que le roi ne négligera
    rien pour procurer sa délivrance.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous nous avés si amplement escript et
faict entendre si particullièrement toutes choses, par le secrettaire
de L'Aubespine, que je vous asseure que le Roy, Monsieur mon fils, et
moy en demeurons bien fort satisfaictz, vous priant de continuer, à
présent que les depputés, d'une part et d'aultre, seront arrivés
auprès de la Royne d'Angleterre, et vous tenir tousjours prêt à ce
que, par le traicté que je desire et espère qui se faira pour la
liberté de ma fille la Royne d'Escoce, il ne soit rien altéré ni
préjudicié aux confédérations et alliances anciennes d'entre ceste
couronne et celle d'Escosse; nous tenants aussy advertis de toutes
aultres occurrences comme avés accoustumé. Et sur ce, etc.

Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le XXIe jour de novembre 1570.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay faict retarder ceste despesche
jusques à ce que j'heusse escript et faict responce, de ma main, à la
Royne d'Escosse, Madame ma fille, à laquelle je vous prie la faire
tenir et l'asseurer tousjours que, sans l'asseurance que nous a donnée
la Royne d'Angleterre de sa dellivrance, que nous n'heussions pas
failli de faire tout ce qu'il nous heust esté possible pour elle; mais
estant la négotiation si acheminée, nous creignons que cella luy heust
porté préjudice, et diverti la dicte Royne d'Angleterre de ceste bonne
vollonté, que je ne pense pas qu'elle ne tienne; aultrement, comme
j'escripts, de ma main, à ma dicte fille, la Royne d'Escosse, le Roy,
Monsieur mon fils, aura juste occasion de se ressentir et souvenir de
ses promesses et asseurances.

De Mézières le XXIXe jour de novembre 1570.

    CATERINE.       PINART.



LXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIe jour de décembre 1570.--

  Vives assurances de protection pour Marie Stuart.--Surveillance
    qu'il faut exercer sur les menées du duc d'Albe à l'égard de
    l'Écosse.--Nouvelles explications données au sujet des plaintes
    de l'ambassadeur d'Angleterre en France.--Meilleure disposition
    d'Élisabeth qui doit être attribuée aux troubles du pays de
    Lancastre.--Désir du roi de connaître l'état des négociations
    relatives aux prises faites sur les Espagnols, et à l'alliance
    d'Élisabeth avec le roi d'Espagne.--Ambassade envoyée au roi
    par les princes protestans d'Allemagne.--Bon accueil préparé à
    lord Buckhurst, envoyé pour assister aux fêtes du
    mariage.--Satisfaction donnée à l'ambassadeur d'Angleterre en
    France.--_Réponse du roi_ sur les félicitations des princes
    protestans de l'Allemagne à l'occasion de son mariage avec la
    fille de l'empereur et de la paix faite en
    France.--Protestations d'amitié.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la dernière dépesche que je vous
ay faicte, j'ay receu, quasi tout à un coup, trois dépesches de vous,
l'une du dernier du passé, l'autre du VIIe et l'autre du XIIIe de ce
moys[81], par lesquelles j'ay veu ce qui s'est journellement faict
pour les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur. En quoy je vous
diray que vous me faictes un très grand servisse de vous employer,
comme vous faictes, vous priant continuer et asseurer tousjours ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux qui sont de delà pour son
servisse, que je ne sçaurois recevoir plus grand plaisir que de la
voir en la liberté et satisfaction qu'elle desire; et que, comme je
leur ay cy devant promis et asseuré, je fairay non seullement instance
et poursuitte envers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, par tous
les moyens de prière qu'il me sera possible: voire, si tant estoit que
ce traicté ne réheussît, je ne manqueray de luy donner tout le secours
que mes affaires pourront permettre, selon les moyens que j'en
pourrois avoyr, ayant toutesfois bonne espérance que, suivant ce que
vous a si expressément asseuré ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre,
et que vous m'avés escript de sa part, dès le XXVe jour du moys
dernier passé[82], quand bien il ne se pourroit faire aulcun traicté
entre les dictes Roynes, la dicte Royne d'Angleterre mettra ma dicte
sœur la Royne d'Escosse en liberté ès mains de ses bons subjects qui
sont de son parti.

  [81] Voyez CXLVIIe, CXLVIIIe et CXLIXe dép., tom. III, pag. 382,
  394 et 399.

  [82] Voyez CXLVIe dép., tom. III, pag. 376.

Et c'est, en tout évènement, ce qu'il faudra procurer, observant bien
pour vous ce que le sieur Seton, qui est allé devers le duc d'Alve,
pourroit avoir obtenu, tant sur le secours qu'il luy requéroit de la
part de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, sa Maistresse, que sur les
moyens que le dict Seton proposoit au dict duc de conduire le dict
secours si à propos, et aux endroictz où il disoit, qu'il seroit
ainsi bien receu des Escossois comme me mandés; et pareillement sur la
promesse, que icelluy duc luy a faicte, de faire fournir dix mille
escus pour secourir de rafreschissement les chasteaux de Lislebourg et
Dombertrand, après que de tout il auroit eu responce du Roy
d'Espaigne, son Maistre, auquel il en avoit escript; car toutes ces
menées et poursuittes là tandent, à mon advis, à quelque aultre
intention.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour le mescontentement
que m'escrivés que la dicte Royne d'Angleterre continue de monstrer
avoir des propos que j'ay tenuz à son ambassadeur, et de la responce
que par escript je luy fis dernièrement à Escouen, vous avés veu ce
que je vous ay là dessus plusieurs fois mandé, ne pensant pas que, sur
cella, la dicte Royne ait aulcune raison de se plaindre; et fault dire
que son dict ambassadeur luy a faict les choses aultres qu'elles ne
sont, ou qu'elle feinct ce mescontentement pour cercher quelque
argument ou inquiétude nouvelle. Toutesfois, à ce que j'ay peu voir
par vos dernières dépesches, elle commence à s'adoucir et prendre le
tout en meilleure part qu'elle ne faisoit cy devant, dont je suis bien
aise; estimant que ce qui la fait ainsi soudain et si souvant changer
et prendre ces couleurs de mescontentement, procède des précipittées
instances que m'avés escrit que aulcuns de son conseil lui faisoient
pour la divertir de sa bonne vollonté aux affaires de la Royne
d'Escosse, ma sœur; et que ce qui est cause qu'elle reprend à présent
le chemin de voulloir qu'il s'en négotie quelque bon traicté, c'est la
persévérance et assistance dont j'ay tousjours usé, et vous, de vostre
costé, pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et l'alarme que la
dicte Royne d'Angleterre a eue du costé de Lanclastre. Dont je vous
prie de vous informer tousjours dilligemment pour me tenir adverti du
cours que prendra cella; car il n'est pas possible, y ayant eu telle
esmotion que m'avés escript, que cella soit si tost adouci.

Je seray aussy bien aise de sçavoir comme il ira de la négotiation,
qui se conduict, il y a si longtemps, pour l'appréciation des prinses
faictes en Angleterre et en Flandres, et de la négotiation qui se
faict pour renouveller et rasseurer entièrement les alliances d'entre
la dicte Royne d'Angleterre et mon frère, le Roy d'Espaigne; et ce qui
adviendra de tout cella, et aussy ce que aura raporté de nouveau le
jeune Coban; car, comme je vous ay cy devant escript, il n'y a rien
plus certain que l'archiduc Charles espouse la fille du duc de
Bavières, de sorte que la charge du dict jeune Coban n'a pas réheussi;
ne voullant à ce propos oublier de vous dire que le comte Palatin, duc
Auguste, Richard Palatin, duc de Witemberg, de Brunswic, Lantgrave de
Hessen, et aultres princes protestants d'Allemaigne, ont envoyé devers
moy leurs depputés, qui sont encores ici, se conjouir tant de mon
mariage que de la paix, qui est, (comme ils ont veu, partout où ils
ont passé, mesmement à Paris, où ils ont esté) si bien establie, que,
grâces à Dieu, il n'est pas possible de mieux, quelque chose que l'on
die en Angleterre; ayant receu des dicts princes les plus grandes et
affectionnées offres et preuves d'amitié qui se peuvent dire. Aussy
ont ils eu de moy, de la Royne, Madame et Mère, et de mes frères,
toutes les bonnes réceptions qui se peuvent: leur faisant encores ici
faire fort bon traictement pour trois ou quatre jours, pour après
leur donner congé, et les renvoyer fort contants, comme ils sont
desjà; de telle sorte que je me promets qu'il n'y en a pas un d'eulx
qui n'employast pour moy et pour mes dicts frères tous les moyens que
Dieu leur a donné; estant bien délibéré d'entretenir fort curieusement
en ceste bonne vollonté iceulx princes, m'ayant si honnorablement et
honnestement envoyé visitter et faict faire par leurz dicts depputés
tant de grandes et courtoises offres; ce que vous verrez plus à plain
par le mémoire exprès que je vous en envoye.

A ce propos je vous diray que j'ay receu fort grand plaisir de la
bonne vollonté, de laquelle vous me mandés que la dicte Royne
d'Angleterre a résollu et délibéré d'envoyer de deçà le milord
Boucaust[83], son prosche parent, et qu'il y sera au temps de mon
entrée à Paris, avec une trouppe de gentilshommes anglois pour se
conjouir avec moy de mon mariage, et venir visitter ma femme de la
part de sa Maistresse. Il y sera le très bien venu, et sa trouppe
aussy, comme aussy sera le Sr de Walsingam, quand il voudra venir.
Cependant il sera bon que vous advertissiés les Srs de Gourdan, de
Caillac, et de Mailly, affin que, quand vous penserés qu'ils pourront
passer, ils leur fassent préparer des chevaux de poste, comme je leur
escriptz par vostre secrettaire, présent porteur, qu'ils fassent,
quand vous leur manderés.

  [83] Ce nom a été si étrangement défiguré dans toute la
  correspondance qu'il était assez difficile de le reconnaître: il
  s'agit de lord Buckhurst.

Je ne manqueray, à la première audience, que me demandera son
ambassadeur, de prendre bien à propos occasion de luy tenir, comme je
suis bien résollu de faire, le mesme langage que m'avés escript par
vostre dict secrettaire, bien que je ne luy en aye jamais tenu
d'aultres que plains de l'amitié qui est entre la dicte Royne, sa
Maistresse, et moy; laquelle amitié sera bien facille à entretenir,
pourveu que, de son costé, elle ne fasse chose qui la puisse altérer:
car, de ma part, je tascheray de la fortifier aultant qu'il me sera
possible, comme, jusques ici, il ne se peut dire que j'aye faict chose
esloignée de cella. Quand j'auray parlé à son dict ambassadeur je
fairay partir ce porteur aussytost, et luy bailleray une lettre, à
part, que je vous escriray, laquelle vous pourrés monstrer à la dicte
Royne d'Angleterre.

Cependant ce me sera bien grand plaisir d'entendre journellement, par
la voye de l'ordinaire, l'estat des affaires de la dicte Royne
d'Escosse, ma sœur, et comme elle se porte de sa maladie; car je
serois fort marry qu'elle eût mal, estant bien aise du soing qu'avés
eu d'ayder à luy faire envoyer incontinent des medecins et tout le
secours qu'avés peu; priant Dieu, etc.

Escript à Villiers, le XXVIe jour de décembre 1570.


Monsieur de La Mothe Fénélon, depuis ceste lettre escripte, j'ay parlé
à l'ambassadeur d'Angleterre, et luy ay tenu le mesme langage que
m'avés escript, de sorte qu'avec la juste occasion qu'il a de demeurer
content et satisfaict de l'honneur et service que je luy ay faict,
comme je veux tousjours faire à luy et à ceux qui viendront en sa
place, il en escrira de si bonne façon à la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, que je m'asseure qu'elle ne sera plus en l'opinion, que
m'avés escript qu'elle avoit, que je n'eusse fait cas de son dict
ambassadeur.

    CHARLES.      PINART.


RÉPONSE DU ROY AUX AMBASSADEURS DES PRINCES DE L'EMPIRE.

Le Roy, ayant, de vive voix et par escript, entendu ce que les
ambassadeurs de Messeigneurs le Comte Pallatin et Duc de Saxe,
Ellecteurs du St Empire, et les Ducz Richard de Bavières et Jules de
Brunsvych, du Landtgrave Guillaume de Hessen, et aultres Princes de la
Germanye, ont eu charge de luy exposer de leur part,

Sa Majesté leur a faict responce:

Qu'elle mercye, en premier lieu, de toute la sa plus grande affection,
Mes dictz Seigneurs les Ellecteurs et Princes, de la cordiale
démonstration qu'ilz luy font de leur singulière bienvueillance et
amityé, ayant envoyé leurs dictz ambassadeurs pour se conjouyr et
congratuler avec elle de la nouvelle alliance qu'elle a naguyères
contractée avec l'Empereur, par le mariage de sa fille; laquelle
alliance elle veut bien faire entendre, à Mes dictz Seigneurs les
Ellecteurs et Princes, avoyr principalement desiré pour avoyr cogneu
qu'ainsy que le dict Empereur tient le premier tiltre et degré
d'honneur entre les Princes Chrestiens, Dieu luy a donné aussy les
grandz sens, prudence et excellentes vertuz de magnanimité, clémence
et bonté qui se doibvent desirer en si haulte dignité, oultre ce,
qu'il s'est toujours monstré du tout affectionné à maintenir ung bon
et heureulx repos en la Chrestienté. A quoy l'intention de Sa Majesté
est de luy correspondre avec telle volonté qu'elle espère, au plaisir
de Dieu, que leur commune alliance servira grandement pour establir
une asseurée tranquillité par toute la République Chrestienne.

Et si, davantage, elle a estimé que la bonne et parfaicte amityé
qu'elle a par naturelle inclination avec Mes dictz Seigneurs, les
Ellecteurs et Princes de la Germanye, et qui luy a esté comme
héréditairement délaissée par ses père et ayeul, sera, par le moyen de
la dicte alliance, tousjours de plus en plus confirmée et corroborée;
qui sont les principaux poinctz qu'elle en a espéré et désiré tirer.

Et, pour le regard de l'aultre poinct de congratulation, qui est de la
paix qu'il a pleu à Dieu restablir en son royaulme, elle leur répond
qu'elle ne doubte point que Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et
Princes, se ressentantz et resouvenantz de la grande amityé et
bienvueillance que les Roys, de très heureuse mémoire, Henry et
Françoys, père et ayeul de Sa dicte Majesté, ont porté aux Princes de
l'Empire, leurs prédécesseurs, ne reçoyvent tousjours une grande joye
et playsir de ce qu'ilz verront succéder et se promouvoir pour le
proffict et utillité de ce royaulme, comme a esté la paciffication des
troubles; et prend en fort bonne part les sages et prudentz recordz
que Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et Princes, luy ont faict
faire pour l'entretènement de la dicte paciffication; car il n'y a
rien en ce monde qu'elle ayt tant à cueur, ny à quoy plus constamment
elle persévère que à travailler de mectre et conserver la paix, unyon
et repos entre ses subjectz, comme le vray et seul moyen de la
prospérité des royaulmes et estatz. Chacun aussy a peu veoir, comme
ses subjectz n'ont poinct plus tost monstre l'envye qu'ilz avoient de
venir à la recongnoissance de leur debvoir, qu'elle ne les ayt
bénignement embrassez et receuz en sa bonne grâce.

Au surplus, le Roy prie très affectueusement Mes dictz Seigneurs, les
Ellecteurs et Princes, de continuer envers luy ceste bonne volonté
qu'ilz démonstrent, et qu'ainsy, comme luy, suyvant les vestiges de
ses ancestres et de sa naturelle inclination, les ayme et estime avec
toute sincérité de cueur et d'affection aultant qu'il est possible,
eulx aussy luy vueillent mutuellement correspondre, se tenantz
asseurez qu'en tout temps et occasion ilz trouveront Sa dicte Majesté
prompte et entièrement disposée à employer les moyens que Dieu luy a
donnez, sans y rien espargner, pour la conservation et accroissement
de leurs dignitez et honneurs.

Faict à Villiers Costerez, le XXIIIe jour de décembre 1570.

    CHARLES.      BRULART.



LXXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIXe jour de janvier et 1er jour de febvrier 1571.--

  Négociation du traité concernant Marie Stuart.--Discussion des
    articles.--Menées du duc d'Albe en Écosse.--Demande de
    nouvelles sur l'entreprise tentée par les Bretons en
    Irlande.--Assurance donnée à Mr le cardinal de Chatillon que
    les bénéfices seront conservés conformément à l'édit.--Arrivée
    de Walsingham.--Remerciement du roi au sujet du présent qui lui
    a été fait par Leicester.--Regret que lord Buckhurst ne puisse
    assister aux fêtes du mariage, retardées à cause de la maladie
    de la reine.--Audience de congé donnée à Mr de Norrys.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu par le Sr de Sabran, présent
porteur, vostre dépesche du XXIXe du moys passé; et, despuis son
arrivée, celles des VIe, XIIIe et XVIIIe jours du présent[84], ayant
esté bien aise d'avoir veu que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne
sœur, soit à présent si contente de l'honneste langage que j'ay tenu
à son ambassadeur, comme vous luy avés faict voir par l'extrait de ma
lettre. Vous aurés encore despuis veu, par les despesches que je vous
ay faictes, tant par l'ordinaire que par vostre secrettaire, comme son
dict ambassadeur est le plus satisfaict qu'il est possible; et,
encores que je vous aye, par mes précédentes et par les articles que
je vous envoyay apostillés, amplement satisfaict aux poincts
principaux, sur quoy vous avés particullièrement donné charge aux
dictz porteurs de raporter responce résollue, et spéciallement par la
dernière que vous a portée vostre dict secrettaire, je ne laisseray
pourtant de reprendre chascun poinct succintement.

  [84] Voyez CLIIe, CLIIIe, CLIVe et CLVe dép., tom. III, pag. 410,
  426, 428 et 433.

Et vous diray, quand au faict de la Royne d'Escosse, ma sœur, qui est
le principal de vos dictes dépesches; que je suis bien aise de quoy,
(comme vous m'escrivés par la vostre dernière), ses députés commancent
à estre ouïs, et que ceux de l'aultre party s'acheminent pour y venir,
affin de bientost donner forme au traicté de ses affaires; sur
lesquels, comme je vous ay souvant faict entendre, je desire que vous
luy donniés, en mon nom, toute l'assistance qu'il vous sera possible,
priant d'affection, de ma part, le plus courtoisement que vous
pourrés, la dicte Royne d'Angleterre pour elle, ainsi que me mandés
que le comte de Lestre vous a prié et conseillé; et que je m'asseure
que vous sçaurés bien faire sellon mon intention, laquelle je vous ay
cy devant escripte, et bien amplement faict entendre combien il
importait à ma dicte sœur n'accorder que le Prince d'Escosse, son
fils, feust mené en Angleterre, et que, tant s'en fault qu'elle et ses
subjects doibvent jamais donner consentement à cella, qu'au contraire,
s'il y estoit, elle et ses dictz subjectz auroient à regarder
d'employer tous moyens pour l'en rettirer. En quoy il fault
qu'accortement et sans bruict, ni que l'on cognoisse que cella vienne
de vous, que vous fassiés, pour les raisons que je vous ay cy devant
escrites et que vous sçaurés bien considérer et dire dextrement, que
les depputés d'Escosse persévèrent et remonstrent que c'est chose
qu'ils ne peuvent accorder.

Quand à la ligue que la Royne d'Angleterre demande estre expressément
faicte par le dict traicté d'entre elle et la dicte Royne d'Escosse;
encores que vous m'escriviés par vostre dicte dépesche, du XXIXe de
l'autre moys, qu'elle vous aye dict qu'elle n'entend par là me faire
préjudice, ains seullement faire que ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, ne luy puisse nuire à l'advenir; je vous diray aussy, pour
ce que ce dict porteur m'a dict que vous desiriés d'en sçavoir encores
ceste fois mon intention, que je ne veux, pour cella, que vous
différiés de prendre garde que, en faisant le dict traicté, il ne se
conclue chose qui contrevienne aux alliances et confédérations d'entre
ceste couronne et celle d'Escosse; vous ayant expressément envoyé tous
les principaux traités que j'ay fait extraire de ma cour de parlement,
lesquels vous donneront assés de lumière et cognoissance de ce que
vous aurés à faire pour mon servisse. Et si vous voyés qu'ils
voullussent faire chose qui y aportast quelque altération, il fault
que vous trouviés moyen, par quelque honneste occasion, de retarder la
résollution qu'ils en voudroient prendre, et si ne le pouviés faire
doucement, et que vissiés qu'ils voullussent passer oultre, protester
d'infraction de tout ce qui pourroit estre faict contre noz dictz
traités et alliances; et n'y intervenés plus, affin que vous ne
prestiés aulcun consentement à chose qui me puisse nuire ou
préjudicier, ni semblablement aux dictes alliances et traictés d'entre
ceste couronne et celle d'Escosse, qui sont joinctes et alliées, de
si longtemps, de tant bonne et grande amitié, faisant, au demeurant,
tout ce qu'il vous sera possible, et en sorte que les articles et
accords qui se passeront au dict traité soyent, le plus que faire se
pourra, à l'advantage de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et au
bien des affaires de son royaulme; ainsi que je vous ay tousjours
escript et commandé d'y tenir la main; ayant bien considéré ce que
m'escrivés des propos que vous a tenus le comte de Lestre, sur
l'ouverture de la démonstration de bonne intelligence, en quoy la
dicte Dame, Royne d'Angleterre, désire demeurer avec moy, qui semblent
estre affin que l'on ne pense que ce qui sera faict en cest endroict
pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, par icelle Royne
d'Angleterre, ne soit pour craincte qu'elle aye de secours et
assistance que je pourrois donner à ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, et à ses bons subjects, mais seullement pour l'honneste
respect et faveur qu'elle me veult porter. Dont je suis bien aise, et
desire que vous continuiés à luy user tousjours du mesme honneste
langage que je vous ay cy devant escript que vous luy debviés tenir,
qui est de vous fonder principalement sur les anciennes alliances de
ces deux royaulmes, et encore davantage pour la proximité en laquelle
me touche ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui vous donne assés
d'occasion de presser cest affaire, mais vous aurés à vous conduire de
telle sorte que cella ne nous puisse mettre à la guerre, ainsi que
j'ay donné charge à ce dict porteur vous dire de bouche.

Et à ceste occasion, il sera bon d'admonester tousjours ma dicte
sœur, la Royne d'Angleterre, de ce qu'elle a si expressément promis,
et que vous m'avés escript: qui est que, quand bien il ne se pourroit
rien traicter par ceste négotiation, que, en quelque sorte que ce
soit, elle remettroit ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, en liberté
avec ses bons subjects; dont sur cella, il lui fault faire toute
instance: car, puisqu'elle l'a ainsi promis, elle n'en sçauroit
prendre nulle mauvaise occasion.

N'y ayant plus au reste de vos dépesches à vous respondre si n'est que
le sieur Setton n'est poinct passé ici, que j'aye sceu. Et, pour ce,
je vous prie ne faillir de regarder soigneusement à descouvrir s'il a
rien faict et résollu aultre chose avec le duc d'Alve que pour le
faict de l'emprumpt de dix mille escus que me mandés, et aussi qui est
le gentilhomme qu'a dernièrement envoyé le dict duc d'Alve en Escosse,
oultre les deux aultres qui y avoient esté cy devant par son
commandement; et surtout, s'il est possible, il faut apprendre pour
quelle occasion ces voyages si fréquents se font, car, si c'est pour
entreprendre quelque chose de ce costé là ou en Irlande, je désire
bien d'en estre adverti d'heure, et bien certainement. Il est vray
qu'il n'y a pas grande apparance que le Roy d'Espaigne ni le dict duc
d'Alve y entreprennent; toutesfois il faut, s'il est possible, que
vous vous esclercissiés tellement en cessy que en puissiés sçavoir
quelque chose par les gens de l'esvesque de Ross ou aultres. Et sera
bon aussy que soubz main vous fassiés enquérir, mais par personnes que
l'on ne puisse penser que vous leur en ayés donné charge, que sont
devenus les Bretons que me mandés que l'on dict de dellà qui ont esté
du dict costé d'Irlande, où ils ont relasché, et qu'ils sont devenus;
et aussi ce que l'on en dict à la cour d'icelle Royne d'Angleterre et
comme vont ses affaires de ce costé là;

Vous voullant bien assurer, sur ce que vous a dict mon cousin le
cardinal de Chastillon, se complaignant à vous comme s'il ne
jouissoit point encore des bénéfices que j'ay donné ordre, ainsi que
ses gens luy peuvent avoir dict et escript, qu'il ne luy en est, ni ne
luy en sera pas, rettenu un seul liart de revenu, ni semblablement à
tous les aultres bénéficier, estans de la religion. Et a l'on en cela
si bien suivi et acheminé l'exécution de mon dict édict qu'ils n'ont,
ce me semble, aulcune occasion de se plaindre, leur faisant si
dilligemment, et à toutes heures qu'ils requièrent quelque chose,
quand elle est de justice, promptement satisfaire; et ay, oultre
cella, délibéré de tenir si roide la main, non seulement au faict des
dicts bénéfices, mais aussy à tous les aultres poinctz de mon dict
édict de pacification, que je suis bien asseuré que les uns ni les
aultres n'auront aucune cause de s'en plaindre.

Ce me feust plaisir d'avoir été adverti par vous de l'arrivée du Sr de
Walsingam, quelques jours avant qu'il feust ici. Je l'ay, depuis
quattre jours, veu avec le sieur Norris, m'ayant le dict sieur de
Walsingam apporté lettres de ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, sa
Maistresse, comme aussi fit il à la Royne, Madame ma mère; par les
quelles ma dicte sœur révoque le dict Sr de Norris et introduit en
son lieu le dict Sr de Walsingam, qui véritablement nous a tenu, et
aussy à mon frère le Duc d'Anjou, à chascun particulièrement, de la
part de la dicte Royne, sa Maistresse, infinis honnestes et agréables
propos. Aussy n'avons nous pas, Ma dicte Dame et Mère, et moy, ni mon
dict frère, manqué de luy répondre de mesme, l'asseurant bien qu'en
tout ce qu'il aura à négotier et à faire pour ma dicte sœur, la Royne
d'Angleterre, auprès de nous, qu'il sera tousjours fort cordiallement
et vollontiers veu et ouï, de sorte que, sur cella, il a promis de se
bien comporter en sa charge, durant laquelle il espère fortiffier,
plustot que diminuer, la commune amitié d'entre sa Maistresse et moy.

Je suis bien aise des hacquenées que vous me mandés que le comte de
Lestre a faict enharnacher et partir devant le milord de Boucaut,
auquel je fairay toute la bonne chère qu'il peut désirer, et me
revancheray des hacquenées. Mais je suis bien marry qu'il ne verra
pas, comme je pensois, les triomphes qui se feussent faict, si la
santé de la Royne, ma femme, eust peu permettre qu'elle eust esté
sacrée, et faict son entrée; mais estant encores malade, et ne voyant
pas qu'elle puisse estre si tost du tout guérie et bien forte, aussy
qu'elle est en doubte d'estre grosse, j'ay résollu que son dict sacre
et entrée se fairont une aultre fois; et moy seullement fairay mon
entrée, sans grande cérémonie, le premier dimanche de caresme
prochain, Dieu aydant.

Et pour ce que le dict Sr de Sabran, présent porteur, vous dira comme
je reçois très grand contentement du bon debvoir que vous faictes à
mon servisse, je ne vous en diray davantage, si n'est pour vous
asseurer que, se présentant pour vostre bien et avancement quelque
bonne occasion, je vous en grattiffieray d'aussy bon cœur que je prie
Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il vous ait en sa sainte et
digne garde.

Au chasteau de Bouloigne, le XXIXe jour de janvier 1571.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, le sieur
Norris, se délibérant de partir dans deux ou trois jours pour s'en
retourner en Angleterre, est venu prendre congé de moy, m'ayant tenu
bien fort honneste langage de ses desportements, pendant qu'il a esté
icy. Sur quoy je n'ay pas failli de luy respondre de mesme, de sorte
qu'il s'en va bien fort content, et ne doubte pas que, oultre la
lettre que j'escripts par luy à la dicte Royne, sa Maistresse, pour
respondre à celle que m'a apportée d'elle le Sr de Walsingam, il
n'asseure bien sa dicte Maistresse de la bonne et affectionnée
vollonté que j'ay à l'entrettènement de nostre bonne et commune
amitié; et qu'à son retour de delà il ne fasse, cognoissant que c'est
le bien du servisse d'elle, tout ce qu'il pourra pour l'entretenir
aussi en pareille bonne vollonté; car il montre bien fort la desirer.
Ainsi je luy ay faict faire un présent de vaisselle d'argent jusques
environ douze cens escus, comme l'on a accoustumé.

Au chasteau de Bouloigne, le 1er jour de febvrier 1571.

    CHARLES       PINART.



LXXIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne._)

--du IIe jour de febvrier 1571.--

  Déclaration confidentielle et secrète faite par Catherine de
    Médicis à l'ambassadeur que le duc d'Anjou a formellement
    annoncé qu'il ne voulait pas épouser Élisabeth.--Regret que
    cette détermination inspire à la reine-mère.--Moyens que l'on
    pourrait employer pour entamer une négociation
    nouvelle.--Proposition qui pourrait être faite pour le duc
    d'Alençon.--Recommandation du plus profond secret sur cette
    communication.


Monsieur de La Mothe Fénélon, après avoir entièrement dépesché ce
porteur, je l'ay renvoyé quérir pour luy bailler ceste lettre,
laquelle n'est que pour vous faire entendre ce que je n'ay voulleu
fier ni à secrettaire, ni à personne que à moy mesme, et de ma main
vous l'escrire; m'asseurant que vous conduirés ce faict si
secrettement et dextrement qu'il ne nous apportera nul inconvéniant,
comme je craindrois, si la Royne d'Angleterre pensoit estre
desdaigniée ou méprisée, et que cella feust cause de nous mettre en
quelque guerre ouverte, ou qu'elle nous la fist soubs main, comme elle
a faict jusques ici.

Et pour venir au poinct, c'est que mon fils m'a faict dire par le Roy
qu'il ne la veut jamais espouser, quand bien elle le voudroit,
d'aultant qu'il a tousjours si mal ouï parler de son honneur et en a
veu des lettres escriptes de tous les ambassadeurs, qui y ont esté,
qu'il penseroit estre déshonnoré et perdre toute la réputation qu'il
pense avoir acquise.

Et pensant tousjours le vaincre par raison, je vous en ay escript
tousjours du mesme train jusques à la présente que je me suis
délibérée de faire, affin qu'allant les choses plus avant, elle n'eust
plus d'occasion de nous vouloir du mal, et se ressentir de ce qu'elle
auroit esté refusée.

Et vous promets que, si elle dict à bon escient de se voulloir marier,
que j'ay grand regret de l'opinion qu'il a; et voudrois qu'il m'eust
cousté beaucoup de sang de mon corps que je la luy eusse peu oter;
mais je ne le puis gaigner en cessy, encores qu'il me soit obéissant.

Or, Monsieur de La Mothe, vous estes sur le poinct de perdre un tel
royaulme et grandeur pour mes enfans; dont j'ay un très grand regret.
Voyés s'il y auroit quelque aultre moyen, comme je vous avois mandé
aultrefois, qu'elle voulleût adopter quelqu'une de ses parantes pour
fille, et la déclarer son héritière et que mon fils l'espousât; ou une
chose que je trouve aussy mal aisée et plus, qu'elle voulleust mon
fils d'Alençon, car, de luy, il le desire, et il a sèze ans passés; et
d'aultant qu'il est petit de son âge, je fais encore plus de
difficulté qu'elle le veuille; car, s'il estoit de grande venue comme
sont ses frères, j'en espèrerois quelque chose, car il a
l'entendement, le visage, et la façon assés de plus d'âge qu'il n'a;
et n'y a à dire, quand à l'âge, que de trois ans, de son frère à luy.

Je ne vous mande cessy pour espérance que j'aye, mais c'est pour faire
voir par quel moyen nous pourrions avoir ce royaulme entre les mains
d'un de mes enfans; veu, oultre leur grandeur, le bien et grand
service pour le Roy et le royaume.

Je vous prie de bien considérer tout ce que je vous en escriptz, et me
mander ce que vous en semble, et ce que j'en puis espérer, et me
l'escrire par une lettre qui ne soit baillée qu'à moy seulle, et non
devant personne; et m'asseurant qu'avés la mesme vollonté en ce faict
que j'ay, je ne vous en diray davantage, ni ne le vous recommanderay.
Je finis priant Dieu, etc.

De Bouloigne, près de Paris, ce segond de febvrier 1571.

    CATERINE.



LXXIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de febvrier 1571.--

  Déclaration du roi que l'entreprise faite en Irlande par des
    Bretons a eu lieu sans son aveu.--Ordre donné pour en faire
    punition.--Vive recommandation en faveur de Marie
    Stuart.--Désir du roi de se rendre au vœu d'Élisabeth, en
    appuyant auprès de l'empereur le projet de la réunion des
    églises.--Déclaration faite par le roi à Walsingham concernant
    l'entreprise des Bretons en Irlande.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par la dépesche que je vous ay faicte
par le sieur de Sabran, je vous ay amplement respondu à voz dernières
dépesches, si ce n'est à celle du XXIIIe de janvier, qui arriva, avant
hier, à l'heure du départ du dict Sabran que je ne voullus rettarder
davantage; et remis à vous y faire responce à présent[85], que je
vous prie d'assurer la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'elle ne
doibt pas s'imaginer que je permette jamais qu'aulcun de mes subjects
entreprenne rien en Irlande contre son service, ayant été bien
surprins de l'advis qu'elle vous à baillé par escript, que j'ay veu,
où elle dict que le capitaine La Roche, gouverneur de Morleys en Basse
Bretaigne, y est allé avec quattre navires, ayant intelligence avec un
nommé Fitz Maurice, que le mémoire porte aussy qu'il est à présent
secrettement en Basse Bretaigne à solliciter pour avoir des forces,
affin de les mener à ce printemps en Irlande. Ce que je ne puis
croire, ny pareillement que le sieur de Crenay, cappitaine de Brest,
ait prins d'Angin et une petite isle qui est, à ce qu'a déclaré le
dict advis, assez près d'Irlande; car je vous asseure que ce sont
choses dont je n'oïs jamais parler qu'à la réception de vostre dicte
dépesche.

  [85] Voyez CLVIe dép., tom. III, pag. 443.

J'ay desjà donné ordre de m'en informer certènement pour en faire
justice exemplaire, s'il se trouve qu'il en soit quelque chose; car
j'ay tousjours desiré, comme encore je veux de bon cœur, entrettenir
la paix, amitié et bonne intelligence qui est entre ma dicte sœur, la
Royne d'Angleterre, et moy; m'asseurant que, de sa part, elle est en
pareille vollonté, comme vous me mandés, et que, suivant ce qu'elle
vous a promis, elle tiendra bientost la promesse, et parole qu'elle
vous a si expressément donnée pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse,
qu'en cas qu'il ne se fasse rien par le traicté, qu'elle ne laissera
pas de la mettre en toute liberté ez mains de ses bons subjects: ce
que attendant, je n'ay pas voullu que l'ordre que j'avois donné pour
secourir ma dicte sœur se soit avancé.

Je vous recommande tousjours de donner à ses affaires toute
l'assistance que vous pourrés, suivant les dépesches que je vous ay cy
devant faictes, par lesquelles vous estes si amplement informé de mon
intention qu'il n'est besoin vous la réitérer. Aussy, pour la fin de
ceste cy, seullement je vous diray que je seray tousjours bien aise de
m'employer à un si bon œuvre que celluy pour lequel elle vous a prié
de m'exhorter: qui est qu'avec la bonne intelligence que j'ay avec
l'Empereur, mon beau père, je peusse mettre en avant quelque
honnorable moyen d'accord et de réunion en l'Eglise, ce que je désire
plus que chose de ce monde, et que je prie Dieu nous donner, vous
priant l'asseurer que, l'occasion s'en présentant, c'est chose que
j'embrasseray de toute syncère et vraye affection. Sur ce, etc.

Au chasteau de Bouloigne, le VIIIe jour de febvrier 1571.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys cette lettre escripte, le Sr de
Walsingam, à présent ambassadeur de ma dicte sœur, la Royne
d'Angleterre, nous est venu faire grande instance pour le faict de
Irlande. Sur quoy la Royne, Madame ma mère, et moy luy avons respondu
le mesme langage cy dessus déclaré, et asseuré que, pour ce que s'il
s'est faict, ç'a esté sans que en ayons rien sceu, nous donnerons
ordre d'en faire faire punition exemplaire: de quoy vous pouvés
assurer ma dicte sœur, et luy dire que les pratiques et aultres
choses, qui se font au préjudice et contre ce qui a esté accordé
pendant la suspension, se font par aultres que par moy ni mes
ministres, et sans que je l'entende.

    CHARLES.      PINART.



LXXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du XVIIIe jour de febvrier 1571.--

  Consentement donné par le duc d'Anjou à son mariage avec
    Élisabeth.--Recommandation de presser vivement cette
    négociation.--Secret qui doit être gardé sur toute cette
    affaire.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay escript une lettre de ma main
par Sabran, et vous mandois que, voyant que mon fils ne voulloit se
marier, que vous essayssiés de voir si la Royne d'Angleterre voudroit
son frère d'Alançon, ou luy bailler quelqu'une de ses parantes. Or,
despuys, j'ay tant faict que mon dict fils d'Anjou s'est condescendu à
l'épouser, si elle le veut, ce qu'il desire, à ceste heure,
infiniment. Ce que voyant, j'ai faict temporiser icy milord Boucaust,
encore qu'il aye prins congé, affin qu'il vienne encore de nouveau
parler au Roy, mon fils, et à moy; et qu'estant asseurés à présent de
la vollonté de mon dict fils, nous luy en parlions en façon que la
Royne, sa Maistresse, à son retour, cognoisse qu'il ne tient plus à
nous que, si elle a envie de se marier, et espouser mon fils, la chose
s'effectue avec son honneur et le nostre.

De quoy je vous ay bien voullu advertir par ce porteur que je retins
jusqu'à présent pour l'espérance que j'avois de gaigner à la fin mon
fils comme j'ay faict; et le vous ay voulleu escrire de ma main pour
estre très nécessaire, si la chose se debvoit faire, qu'elle se vît
plus tot faicte et le mariage conclud que sceu. Et, pour ceste
occasion icy, nous faisons tousjours entendre à tous secrettaires et
aultres, que je n'ay jamais peu gaigner mon fils à se voulloir
marier. Et parce que tout le monde parle, je vous prie, dorénavant,
n'escrire plus de ce propos par lettre qui puisse venir entre aultre
main que les miennes, et que personne ne les aye ni voye que le Roy,
mon fils, son frère et moy; et aux aultres lettres qui seront des
aultres nouvelles et affaires, le secrettaire les aye comme avés
acoutumé, mais qu'il n'y aye jamais rien qui parle de ce mariage;
lequel desirons qu'il ne traine point, mais, incontinent que le milord
sera de retour, que vous taschiés de descouvrir ce qu'il aura dict, et
sur cella la vollonté de la Royne d'Angleterre, et nous mandiés
comment nous aurons à nous y conduire, affin que bientost nous en
puissions avoir l'issue qu'en desirons; et surtout que les Catholiques
n'en prennent umbre, mais gaignez les de façon qu'ils le desirent, et
leur faictes cognoistre le bien et advantage que ce leur sera.

J'ay entendu ce que m'aviés mandé par ce porteur qui me semble que
c'est un bon acheminement, et que j'espère conduire le reste de façon
que la fin en sera heureuse et comme la desirons; ce que attendant, je
prie Dieu qu'il vous aye en sa saincte garde.

De Paris ce XVIIIe jour de febvrier 1571.

    CATERINE.



LXXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour de febvrier 1571.--

  Avertissement donné par le roi à Élisabeth d'une entreprise
    formée par les Espagnols sur l'Irlande.--Résolution du roi
    d'accorder pour l'Écosse un secours de quatre mille écus par
    mois, pendant six mois.--Déclaration que l'état des affaires en
    France ne permet pas de donner davantage, et qu'il faudra
    toujours se conduire, autant que possible, de manière à éviter
    la guerre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay reçeu un pacquet de vous, du
dernier jour du moys passé, qui a longuement demeuré par les postes;
et, le jour mesmes, arriva aussi le sieur de Vassal avec vostre
dépesche du VIe de ce moys, et aujourdhui celle du XIIe ensuivant[86]:
par toutes lesquelles j'ay eu grande satisfaction de voir les discours
que me faites de ce qui se passe journellement par delà. Sur quoy je
vous diray que je seray bien aise que, continuant envers la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, le mesme langage que je vous ay escript,
vous l'asseuriés toujours que, de ma part, je veux entrettenir
inviolablement nostre commune et bonne amitié et intelligence, ainsi
que j'ay asseuré le dict Sr de Walsingam, lequel la Royne, ma dicte
mère, a adverti, il y a desjà quelques jours, de ce que nous avons
entendu qui s'est faict tant en Espaigne que par le duc d'Alve pour
dresser entreprinse sur le païs d'Irlande; par où elle jugera bien
que, l'en ayant faict advertir, nous desirons par effaict sa
conservation et continuation de nostre dicte bonne amitié, espérant
que, de sa part, elle fera le semblable, et que, suivant ce qu'elle
m'a si souvant, et, depuis quelque temps, si expressément promis, en
quelque sorte que ce soit, soit qu'il se fasse quelque bon traicté
pour ma sœur, la Royne d'Escosse, ou non, qu'elle la remectra en
liberté ès mains de ses bons subjectz.

  [86] Voyez CLVIIe, CLVIIIe et CLIXe dép., tom. III, pag. 450, 457
  et 469.

Et si vous cognoissés que ce ne soit que parolles, sans qu'il y ait
espérance de quelque bon effaict, je suys résollu, suivant ce que vous
m'avés escript par vostre dicte dernière dépesche, que je viens
présentement de voir, de secourir par chacun moys, jusques à six moys
durant et prochains, à commancer ce moys de mars, ma dicte sœur, la
Royne d'Escoce, de quatre mille escus. Et pour ce, si vous voyés qu'il
n'y ait aulcun moyen de faire que la dicte Royne d'Angleterre me
tienne en cella promesse, il fault que doucement et sans grand bruict
vous asseuriés l'évesque de Ross, ou celluy auquel ma dicte sœur, la
Royne d'Escosse, a le plus de fiance par delà, que, combien que je
sois après à me restraindre pour mesnager et rétablir mes affaires des
dépenses que m'ont apportées ces dernières guerres, néantmoings je
m'estendray et fairay fournir, sans qu'il y ait aulcune faulte, au
commencement de mars, jusques à six mois durant, si tant les affaires
de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, durent, les dicts quatre mille
escus par moys, à commancer en mars prochain.

Et fault que vous regardiés avec le dict évesque de Ross, ou aultre à
qui ma dicte sœur a plus de confience, à qui secrettement je les
fairay fournir ici, affin qu'ils soyent bien employés, et sans qu'il
soit sceu que cella vienne de nous; car je serai bien aise de
continuer tousjours envers ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre,
l'instance que j'ay occasion de luy faire de la restitution et
dellivrance de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, sur ce qu'elle vous
a clairement dict et donné charge de m'escrire et promettre de sa
part, comme vous avés faict: qui est qu'elle la mettroit bientost en
liberté. Dont cependant vous l'admonesterés tousjours honnestement, le
plus à propos que vous pourrés de ma part, sans qu'elle puisse en
cella trouver légitime excuse; comme aussy ne sçauroit elle, pourveu
qu'elle, ny les siens ne sçachent rien des dicts quatre mille escus
par moys; estant bien nécessaire, pour beaucoup de raisons, que vous
observiés et considériés bien ce qu'elle vous dira chacune fois que
vous lui parlerés de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, affin que
vous puissiés pénétrer et descouvrir ceux de ses ministres et
conseillers de qui et pourquoy elle est entrée en tant de déffiance
que j'ay veu par vos dictes lettres qu'elle est; luy faisant tousjours
cognoistre que, s'il s'est faict aulcune chose qui donne occasion de
retarder ou rompre la négociation du traicté de la restitution de ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, que je croy certainement que icelle
ma dicte sœur n'en a aulcune intelligence, et de ma part je n'en sçay
rien, comme vous la pouvés certainement asseurer.

Tout le reste de vos dictes dépesches ne requiert plus de réponse, si
ce n'est pour vous dire qu'il sera bon, suivant ce que je vous
escrivis en chiffre, il y a quelque temps, que vous vous comportiés,
pour le regard de la négotiation d'entre la dicte Royne d'Angleterre
et le duc d'Alve, et pour les autres affaires qui se pourront offrir
entre les Espagnols et les Anglois, ainsi que je vous ay faict
entendre; qui me garde de vous en tenir ici plus longs propos.

Mais vous diray que, despuys six jours, le sieur de Seton est arrivé
en ce lieu, avec lettres que la Royne d'Escosse, ma sœur, m'a
escriptes et à la Royne, Madame et Mère, et aussi à mon frère, le Duc
d'Anjou, qui sont faictes dès le moys d'octobre; et d'aultres
particulières de l'évesque de Ross, du Ve de ce moys, par lesquelles
ma dicte sœur et icelluy évesque me requièrent très instamment,
oultre la créance du dict Seton, qui estoit aussy de même, de secourir
et assister ma dicte sœur la Royne d'Escosse.

Sur quoy je respondis à l'archevesque de Glasco et au dict Seton,
comme aussi fist Ma dicte Dame et Mère, de son costé, que nous avions
faict ce qui avoit esté possible, comme encore nous fairions toujours,
pour la restitution de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; mais, parce
que la Royne, Ma dicte Dame et Mère, jugea aux propos que luy tint le
dict archevesque de Glasco, qu'il sembloit que nous n'eussions assés
fait en cella; et toutesfois vous avez sceu ce que je dis au Sr de
Walsingam, quand il s'en retourna dernièrement pour faire entendre à
la dicte Royne d'Angleterre, et ce que despuis j'escrivis au Sr de
Norrys, qui est tout ce que je pouvois et peut estre plus que je ne
debvois lors, considéré l'estat de mes affaires; ce que Ma dicte Dame
et Mère ne faillit pas de bien dire, à ce propos, au dict archevesque
de Glasco. Dont je vous ay bien voulleu advertir, affin que, rettenant
cella à vous, vous puissiés par dellà mieux juger ses déportements.
Car je croy que luy, et ceux, avec lesquels il confère ordinairement,
desireroient bien de me mettre à la guerre avec ma dicte sœur, la
Royne d'Angleterre; ce que, pour vous dire vray, je veux évitter, avec
occasions raisonnables, tant que je pourray, et plustot, s'il est
possible, voir ceux qui m'y desirent, et qui ont faict tout ce qu'ils
ont peu pour entrettenir les troubles en mon royaulme. Je ne veux pour
cela laisser Madame ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, mais dellibère
de l'assister, tant qu'il me sera possible, comme j'ay tousjours
faict jusques icy, et que je fairay encores, sellon les moyens que
j'en ay.

Je remettray le surplus de ce que je vous pourrois escrire au contenu
de vos dictes dépesches, à quand le dict de Vassal s'en retournera;
qui sera quand j'auray veu le dict Sr de Boucaust et ceux de sa
troupe, auxquels je fairay faire bonne chère, au devant duquel j'ay
envoyé.

Et vous diray, pour la fin de ceste cy, que celluy, que me mandés qui
a escript de delà ce qui est contenu au mémoire enclos avec vostre
dicte dépesche du XIIe, est mal adverti, ayant seullement receuilli ce
que ceux qui discourent à leur fantaisie ont peu penser, ou luy
mesmes, qui n'a pas voulleu envoyer les premières dépesches sans y
mettre des nouvelles, en a voulleu composer; mais il sera bon que vous
continuiés tousjours à recouvrer les doubles de celles qu'il faira cy
après et ses mémoires pour m'en advertir, et cella sera tenu secret
comme vous desirés; aussy le fault il ainsi pour le bien de mon
servisse, priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Bouloigne, le XIXe jour de febvrier 1571.

    CHARLES.        PINART.



LXXVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne._)

--du IIe jour de mars 1571.--

  Conférence de Catherine de Médicis avec lord Buckhurst sur la
    négociation du mariage.--État de cette négociation avec
    Cavalcanti et Téligni.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu vostre petite lettre, et si
vous avez receu la dernière que je vous ay escripte, vous verrés que
les choses sont changées, et que mon fils desire infiniment espouser
la Royne d'Angleterre, et ne craint sinon qu'elle ne le veuille non
plus qu'à l'accoustumée, et qu'elle fasse mine de se voulloir marier
pour servir à ses affaires. Mais, quoiqu'il en soit, il fault essayer
par tous moyens de la conduire à le faire, et pour luy donner occasion
de dire librement sa vollonté, j'ay parlé au milord Boucaust, le jour
devant qu'il partît, encore qu'il eust longtemps auparavant prins
congé de nous en cérémonie; et, de peur qu'il feust sceu, il fist
semblant d'aller voir les Tuilleries et moy d'y estre allée me
promener sans dessein, où je feignis de l'entrevoir, et luy dis que
j'eusse eu regrect qu'il s'en feust allé sans que plus au long je luy
eusse explicqué l'amitié que le Roy, mon fils, et moy avons pour la
Royne, sa Maistresse, veu qu'elle nous avoit faict entendre par luy
celle qu'elle nous vouloit, et comment nous desirions, par touts
moyens, de luy correspondre, et l'assurer que, de nostre part, nous
travaillerons tousjours à la fortiffier davantage, quand l'occasion
s'en présenteroit.

Il me dict qu'il pensoit que je voulleusse luy dire cella pour le
mariage d'elle et de mon fils.

Je luy dis que, si nous estions asseurés qu'elle le voullût et ne se
moquast comme des aultres, que le Roy, mon fils, et moy le désirerions
et le voudrions avecque son honneur, mais qu'elle gardât, de son côté,
le nostre affin qu'il ne nous en tournât une moquerie.

Lors il commença à me dire qu'elle luy avoit commandé de nous dire, si
nous entrions en ce propos, qu'elle estoit résollue de se marier, et
hors de son royaume, et à un prince de mesme aisle; et que, n'estant
l'honneur d'une fille de rechercher les hommes, qu'elle n'en pouvoit
dire davantage; mais, quand elle en seroit requise, comme son honneur
le veut, qu'elle respondroit et n'en sortiroit nulle moquerie. Et,
après, me dict qu'il me voulloit parler, de luy mesme, qu'elle estoit
contraincte de se marier, et asseuroit qu'elle le voulloit, que tous
les grands le luy conseilloient, que mon fils n'estoit ni comme le roy
de Suède, ni le frère du roy de Dannemarc, ny l'archiduc Charles, qui
sont tous princes esloignés d'Angleterre et pauvres, eux et les leurs.
Mais mon fils estoit voysin et appuyé d'un grand Roy; et que ce
mariage, s'il se faisoit, seroit bien utille pour les deux parties; et
qu'il me prioit que je luy disse ce que je voudrois sur cella mander à
sa Maistresse.

Je luy dis que je n'avois à dire aultre chose, de la part du Roy, mon
fils, et moy, que ce que je luy avois dict: que ne se mocquant, et se
voullant marier véritablement, que le Roy, mon fils, et moy entrerions
en ce propos, luy gardant son honneur, et qu'elle aussy nous gardast
le nostre; qu'estant Royne si grande, il ne la fault pas recercher
comme une aultre princesse, sans sçavoir sa vollonté, veu mesmement
que les aultres, qui l'ont faict, s'en sont mal trouvés: mais que la
sçachant, nous luy garderons ce qui est deu à une fille, grande royne
comme elle est.

Il me demanda s'il en diroit aultant de la part de mon fils, je luy
dis que non, que c'estoit de la part du Roy et de moy, et qu'il
pouvoit bien l'asseurer, de la part de mon fils, qu'il la serviroit
tousjours en ce qu'elle luy voudroit commander.

Voilà tout ce qui s'est passé entre nous.

Et, le jour auparavant, Cavalcanty m'avoit baillé le portraict de la
dicte Dame pour le bailler à mon fils, que le milord luy avoit
baillé. Despuys, le secrettaire du cardinal de Chastillon a eu sa
responce, qui est que nous le remercions et le prions de voulloir
tirer l'entière résollution de ceste Royne, si elle se veut marier ou
non, et, après, nous venir trouver pour en conférer ensemble et
prendre une résollution comme nous y debvons procéder, et l'avons
faict affin qu'il s'en vienne icy.

Et Téligni, qui nous a aussy pressé de luy faire responce, et avoir
quelque chose plus particulière pour luy mander affin qu'il le puisse
dire à icelle Royne, si elle luy demande:--«Quand je leur auray
asseuré de le voulloir quelle seureté auriés qu'ilz le veullent.»--Je
luy ay dict et le Roy aussy, qu'il luy mande de l'asseurer que, si
nous sommes asseurés de sa vollonté, que lors elle cognoistra que nous
serions bien marris de nous moquer d'une telle princesse; et y fairons
ce que debvons pour luy conserver son honneur et réputation: car,
cella se faisant, nous le desirons conserver comme le nostre propre.

Il m'a dict:--«Mais Monsieur y est si contraire.»--Je luy ay respondu
que non, mais qu'il y en avoit tant qui ne desiroient ce mariage que,
s'il faisoit aultrement, ils essayeroient par tous moyens de
l'empescher; et, en pensant qu'il ne le veut, ils se moquent de ce que
l'on en dict.

Je vous ay voulleu advertir de tout affin que, parlant à ceste Royne,
vous suiviés le mesme propos, et que, nous advertissant par lettre
expresse, qui ne soit baillée qu'à moy, de tout comme les choses iront
après qu'elle aura entendu tout cessy, et nous mandiés ce qu'il vous
semble que nous y devions faire, et comment il nous fault conduire.

Cavalcanti a grand envie que toute la négotiation luy tombe entre les
mains tout seul. Je luy en ay donné espérance, car je n'ay voulleu
malcontenter personne, de peur que, se voyant méprisé, il eust moyen
de nous y nuire. Vous parlerés à luy, et luy dires le contentement que
nous avons de luy, et que, si cecy va en avant et sans longueur, nous
ne serons pas mescognoissans.

Ce porteur vous dira comment j'ay parlé au secrettaire, et les propos
qu'il m'a tenu; et, m'en remettant sur luy, je fairay fin à la
présente; priant Dieu, etc.

De Paris ce IIe jour de mars 1571.

Vostre bonne amye. CATERINE.



LXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de mars 1571.--

  Négociation concernant Marie Stuart.--Présens reçus par le
    roi.--Gratifications données à ceux qui les ont
    apportés.--Remerciemens pour Élisabeth.--Assurance que le roi
    ne prêtera la main a aucune entreprise contre
    l'Angleterre.--Recommandation en faveur de la reine d'Écosse
    pour que la liberté lui soit rendue.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ma dernière dépesche, j'ay receu
les vostres des XVIIe et XXIIIe jours du moys passé[87]: l'une,
faisant principalement mention du faict du Prince d'Escoce; l'aultre,
contenant les discours qui se sont tenus entre la Royne d'Angleterre,
Madame ma bonne sœur, et vous sur ce que je vous escrivis par Sabran,
et encores despuis en ma subséquente dépesche.

  [87] Voyez CLXe et CLXIe dép., tom. III, pag. 473 et 477.

Par la première de vos dictes lettres, j'ay veu le bon chemin que vous
aviés tenu pour disposer accortement les dépputés de la Royne
d'Escosse, ma bonne sœur, à ne consentir que le dict Prince, son
fils, feust amené en Angleterre. J'ay veu aussy ce que vous avés
descouvert du pouvoir qu'ils ont là dessus, et comme vous jugés qu'ils
seront pour faire peu d'empeschement et de résistence en cella. Dont,
à ce que m'escrivés, vous estes en peyne, et desirés sçavoir quel
aultre remède s'y pourra trouver. A quoy je ne vous puis dire aultre
chose, sinon que vous employés tout ce que vous pourrés de prudence et
dextérité pour les divertir de consentir à ce poinct là, ainsi que je
vous ay bien amplement faict entendre par mes précédentes dépesches;
lesquelles vous suivrés, tant pour ce regard que pour ce que vous
verrés toucher à mon service, au traicté qui se faira entre les
depputtés des dictes deux Roynes et ceux de l'autre parti.

Et, par vostre aultre lettre, j'ay veu et ay esté bien ayse d'entendre
ce que vous m'escrivés de la déclaration que la dicte Royne
d'Angleterre vous a faicte de vouloir persévérer en nostre amitié; de
la satisfaction, qu'elle a, de l'honneste congé que j'ay donné au
sieur de Norrys, et du bon recueil que j'ay faict au sieur de
Walsingam, et pareillement de l'honneur qu'elle a entendu qui a esté
faict au milord Boucaust, auquel j'ay faict présent d'une chaisne de
mille escus; à l'escuyer de la Royne d'Angleterre, qui m'a présenté
les six hacquenées que sa Maistresse m'a envoyés, d'une aultre chaisne
de quattre cens éscus; à celluy du comte de Lestre, qui m'a amenés les
deux hacquenées qu'il m'a envoyées, d'une aultre cheisne de deux cens;
à un gentilhomme des leurs, qui m'a présenté les dogues, je luy ay
pareillement donné une chaisne de deux cens escus, m'asseurant qu'ils
sont si bien édiffiés de moy et de mes subjects qu'ils en raportent
tout contentement. Il sera bon que vous sçachiés, si vous pouvés, ce
qu'ils en diront à la Royne, leur Maistresse, à leur arrivée par
dellà, et aussy de ma dicte entrée.

Cependant, encores que, par lettres séparées que j'escris par le dict
milord Boucaust, je remercie la dicte Royne de ce qu'elle m'a envoyé
une si honnorable ambassade pour se conjouir de mon heureux mariage,
si, ne laisserés vous de la remercier encore de ma part bien à propos,
et aussy du présent qu'elle m'a faict des dictes six hacquenées, que
j'ay trouvées belles, bien fresches et bien enharnachées; et
l'asseurerés que je me revancheray, quand il se présentera occasion
que je sçauray qu'elle desirera quelque chose des commodités de deçà.

J'ay, au demeurant, esté bien aise de voir, par vostre dicte dernière
dépesche, que la dicte Royne d'Angleterre ait prins à grande
satisfaction ce que vous luy avés dict pour le faict d'Irlande, et
asseuré que je n'avois sceu ni entendu qu'il s'y fist aulcune
entreprise par mes subjects, chose véritable, et que, toutes et
quantes fois qu'il viendra à propos d'en parler, vous luy pourrés
confirmer, trouvant que vous avés fort sagement respondu à la dicte
Royne sur ce qu'elle vous a dict avoir entendu que mon cousin le
cardinal de Lorraine, le Nonce de Nostre Sainct Père et l'archevesque
de Glasco ont proposé à mon frère le duc d'Anjou; et suis bien aise
que vous l'ayés laissée en ceste bonne opinion de moy, de la Royne,
Madame ma mère, et de mon dict frère le Duc d'Anjou, de laquelle elle
ne se trouvera jamais trompée; satisfaisant de sa part à ce qu'elle
m'a promis pour la liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse. Dont
je vous prie la solliciter incessament; et, pour y parvenir, faire
qu'il soit procédé au dict traicté le plus diligemment qu'il sera
possible, pour lequel vous vous conduirés en sorte que ce soit sans
jalousie d'aulcuns des partis, comme je suis seur que vous sçavés bien
faire, sellon vostre prudence accoustumée. Et, n'y ayant, au reste de
vos dictes dépesches, chose pour laquelle vous ayés besoin de
responce, je finirai la présente; priant Dieu, etc.

Escrit au fauxbourg St Honoré, le VIIe de mars 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de mars 1571.--

  Affaires d'Écosse.--Négociation du traité concernant Marie
    Stuart.--Détermination prise par le roi de ne point envoyer de
    secours en Écosse, afin d'éviter tout prétexte de rompre la
    négociation.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis la dépesche de Vassal j'ay
advisé qu'il demeureroit ici jusques après mon entrée, que je fis en
ma ville de Paris le VIe de ce moys; affin que, oultre le discours que
j'ay commandé au secrettaire Pinart de dresser pour vous l'envoyer,
comme je fais, il vous en peust parler particulièrement; et, sur son
départ, j'ay receu vostre dépesche du premier jour de ce moys[88],
ayant par icelle veu ce que me mandés du voyage faict par Me Prestal,
l'un des fugitifs d'Angleterre, en Escosse, et l'occasion d'icelluy,
qui est conforme à ce que le sieur de Fourquevaux m'escript
d'Espaigne. Sur quoy je vous diray qu'il fault que vous fassiés
tousjours ce que vous pourrés pour estre adverti de ce qui se voudra
exécutter en cella, et m'en donner advis, vous comportant aux choses
qui sont entre le Roy Catholique, le duc d'Alve et la dicte Royne
d'Angleterre, et ses subjects, comme je vous ay ci devant escript en
chiffre.

  [88] Voyez CLXIIe dép., tom. IV, pag. 1.

J'ay veu aussy ce que m'avez escript du comte de Morthon, et de la
forme qui se commence à prendre au traicté de la Royne d'Escosse,
Madame ma bonne sœur, pour laquelle je ne manqueray, suivant ce que
me mandés, de parler au sieur de Walsingam, de la même affection que
je sçay que, pour le bien des affaires de ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, il est à présent requis, affin que l'on puisse tousjours
cognoistre que je l'ay assistée aultant qu'il a esté possible et qui
se pouvoit; mais je suis bien d'advis que vous fassiés, de vostre
part, ce que vous pourrés pour voir bientost quelque bonne résollution
au dict traicté, et que ce soit, le plus que l'on pourra, à la
satisfaction d'icelle ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, avant trouvé
très bon la responce que vous avés faicte au comte de Sussex et ce que
vous aviés faict faire par Cobron envers le dict comte de Morthon,
estant très aise qu'ils soyent en opinion de ne consentir que le
Prince d'Escosse soit mené en Angleterre; car aussy, pour les raisons
que vous avés veues par la responce des articles que je vous envoyay
appostilliés, et par mes précédentes dépesches, il n'y auroit point de
raison qu'il se fît.

Et quand à ce que vous escript le sieur de Vérac: qu'il est bien
estonné de ce que le Sr Thomas Flamy a esté envoyé de France en
Escosse sans lettres de moy, il ne se fault pas mettre en peyne pour
cella, car ce qui me garda d'escrire comme il désire par sa dicte
lettre, fust pour ce que l'abstinence et suspension d'armes estoit
lors desjà accordée; ce que vous luy pourrés faire entendre, si en
avés le moyen bien seur, et l'asseurés, et aussy les aultres seigneurs
et gentilshommes et aultres qui sont du parti de ma dicte sœur, la
Royne d'Escosse, que, si par la fin du traicté il ne se faict quelque
chose de bon au contentement d'icelle ma dicte sœur, que je
m'esforceray, aultant qu'il me sera possible, pour l'assister et luy
donner, et à ses bons subjects, tout le secours qu'il me sera
possible; mais j'ai espérance, sellon ce que vous mesmes m'escrivés,
qu'il se faira bientost en cella quelque chose de bon. Cependant,
affin qu'il ne se puisse dire que, de ma part, j'aye enfreint ce qui a
esté accordé de la dicte suspension d'armes pendant le dict traicté,
et que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, ne puisse aussy prendre
nulle occasion qu'elle ne tienne et satisfasse ce qu'elle m'a si
expressément promis pour la dellivrance de ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, je suis délibéré de ne rien entreprendre du secours dont le
dict Vérac et le dict de Granges vous ont escript cy devant, et
encores par ce que j'ay veu du deschiffrement de la lettre du dict
Vérac.

Et pour ce que, par le dict Vassal, présant porteur, vous entendrés
toutes aultres choses des nouvelles de deçà, je n'estendray ceste cy
davantage. Et sur ce, etc.

Escript à Paris le Xe jour de mars 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXX

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du IIIe jour d'apvril 1571.--

  Négociation du mariage.--Satisfaction de la reine au sujet de la
    réponse faite par Élisabeth.--Résolution d'envoyer Cavalcanti
    en Angleterre pour commencer le traité.


Monsieur de La Mothe Fénélon, sur le propos que je tins dernièrement à
milord Boucaust, du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils le
Duc d'Anjou, elle nous a fait faire responce, par son ambassadeur icy
résidant, d'en avoir receu contentement, et qu'elle trouvoit en mon
dict fils toutes choses convenables pour l'effectuer, et que, si elle
pensoit qu'il y heust aulcune juste occasion qui y peût porter
empeschement, qu'elle ne voudroit que l'on en traictât, de peur de
diminuer en quelque chose la bonne intelligence et amitié qui est
entre nous et elle; et partant, si mon dict fils voulloit mettre entre
les mains de son ambassadeur, ici résident, les conditions qu'il
desire pour y parvenir, qu'elle luy en fairait responce; mais qu'elle
trouveroit beaucoup meilleur que le Roy envoyât quelque personne de
qualité devers elle pour négotier cest affaire.

Sur quoy nous a semblé plus expédient de dépescher le Sr Cavalcanti,
comme personne de qualité, devers elle, neutre et confident de la
dicte Dame, et ayant bon accès et intelligence avec des principaux de
delà, avec les lettres et mémoires dont vous trouverés les coppies cy
encloses[89], l'ayant chargé expressément de nous rapporter les dictes
lettres, et proposer, de bouche, le contenu ez dictz mémoires, que ne
luy avons voullu bailler tout à propos signés, affin que, si ce négoce
ne prenoit l'issue que nous desirons, il n'en demeure rien par escript
devers la dicte Dame. Comme il ne faira rien que par vostre conseil,
je vous prie de luy donner les adresses et les moyens que vous jugerés
nécessaires.

  [89] Ces lettres et mémoires manquent.

Il nous a aussy promis de nous apporter lettres d'elle, et responce
aux dicts mémoires, ensemble les demandes qu'elle voudroit faire de
son costé pour effectuer ce négoce, affin que celluy que nous y
envoyerons du conseil du Roy, après le retour du dict Cavalcanti,
pour, avecque vous, traicter de cest affaire, puisse estre mieux
instruict de nos intentions et plus esclerci de celles de la dicte
Dame. Sur quoy il sera bon que vous l'alliés trouver pour luy dire que
le Roy, mon fils d'Anjou et moy, avons eu fort agréable la dicte
responce que son ambassadeur nous a faicte; et desirons, en ce négoce,
deux choses: l'une, qu'il passe fort secrettement, tant pour la
dignité des deux costés que pour obvier aux empeschementz que
plusieurs, tant de dedans que dehors nos royaulmes, y voudraient
donner; l'aultre, d'en avoir prompte résollution et expédition pour ne
demeurer longuement en suspens, et pour évitter les inconvénients que
la longueur y pourroit apporter. Je vous recommande cest affaire. Et
sur ce, etc.

A Paris, ce IIIe jour d'apvril 1571.

    CATERINE.



LXXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour d'apvril 1571.--

  Audience accordée à Walsingham.--Etat de la négociation
    concernant Marie Stuart.--Autorisation accordée au comte de
    Morton de retourner en Écosse.--Instance du roi pour que Marie
    Stuart soit immédiatement remise en liberté.--Secours d'argent
    et de munitions envoyé par le roi à Edimbourg.--Secret qui doit
    être gardé sur cette circonstance.--Prudence dont Mr de Vérac
    doit user afin d'éviter la guerre.--Détails des mesures prises
    par le roi pour réprimer la sédition de Rouen.


Monsieur de La Mothe Fénélon, parce que, par la dernière despesche que
je vous ay faicte, je vous ay respondu aux deux dernières que j'ay
receu de vous du XXVIIIe du passé et Ier de ce moys[90], celle cy est
seullement pour vous dire que, en l'audience que j'ay donné, ce jour
mesme, au Sr de Walsingam, il m'a faict entendre que la Royne, sa
Maistresse, luy avoit escript ce qui s'étoit passé jusques à ceste
heure entre les depputés de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, et le
comte de Morthon, avec les aultres depputés qui sont avecque luy, de
la part du gouverneur d'Escosse; et qu'il estoit venu pour me le faire
entendre, et m'a discouru comme, à cest abouchement, il avoit été
maintenu, par le dict comte de Morthon et les dicts députés qui sont
de son parti, que la dicte Royne d'Escosse ne pouvoit plus avoir
l'administration de son royaume, pour ce qu'elle en avoit esté
déchargée avec son consentement; et que le Prince d'Escosse, son fils,
a esté couronné Roy, et beaucoup d'aultres particularités qu'il m'a
aussi dittes. Sur quoy les depputés de ma dicte sœur avoient maintenu
le contraire, de sorte que de cella et des dictes particularités dont
ils estoient en débat, mesmement pour la restitution et dellivrance de
ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, il ne s'estoit peu rien résouldre;
ayant sur ceste occasion le dict comte de Morthon demandé congé de
retourner en Escosse, ce que la dicte Royne luy auroit accordé, pour
assembler le parlement, où il se proposeroit tout ce qui est passé au
dict abouchement, et qu'il en raporteroit une résollution; m'ayant
davantage dict, le dict Sr de Walsingam, que la Royne, sa Maistresse,
estoit bien marrie que cella n'alloit mieux pour la Royne d'Escosse,
tant pour l'amour qu'elle luy porte que particullièrement pour le
respect et amitié qu'elle a pour moy, mais qu'elle fairoit tout ce
qu'elle pourroit, au retour du dict de Morthon.

  [90] Voyez CLXVIIe et CLXVIIIe dép., tom. IV, pag. 34 et 38.

Sur quoy je n'ay pas failli de lui dire qu'il seroit bien plus à
propos, si elle la voulloit, comme elle pouvoit bien, faire mettre en
liberté et restituer dès ceste heure, et qu'elle luy en auroit
obligation plus grande, si elle le faisoit ainsi, sans attandre que
toutes ces choses se fissent et le retour du dict comte de Morthon,
qui ne pouvoit estre de longtemps; et que, si elle le faisoit sans
attandre tout cella, que j'en recevrois bien grand plaisir.

Il est encores rentré en discours sur cella, me parlant des instances
que je vous ay si souvent donné charge d'en faire, et d'en parler si
fréquemment à la dicte Royne, sa Maistresse, comme s'il eust désiré
que l'on n'en eust pas faict tant de poursuitte; mais pourtant je vous
prie, quand vous verrés qu'il sera à propos, d'en faire tousjours
honnestement instance, et d'assister les ministres de ma dicte sœur,
la Royne d'Escosse, le mieux que vous pourrés.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, affin que ma dicte sœur,
la Royne d'Escosse, cognoisse tousjours par effaict combien je désire
de l'assister, j'ay, suivant ce que m'avés escript, faict secrettement
bailler au sieur Kergoons, frère du sieur de Granges, gouverneur de
Lislebourg, dix mille livres en escu sol, et escus pistoles, avec dix
milliers de poudre grosse grenée, deux milliers de fine poudre, menue
grenée, et vingt arquebuses à croq de bronze avec leurs morèles, et
quelques boulets; dont j'ay donné advis à Vérac par ses gens qui
estoient icy, que j'ay renvoyés. Et l'ay bien adverti qu'il ne fault
pas que la dicte Royne d'Angleterre, ni pas un des siens et de ceux
qui sont à sa dévotion, en entendent rien; mais que si, d'avanture,
l'on sçavoit que le dict frère d'icelluy de Granges eust amené quelque
chose en ce royaulme, il fault dire que cella est des gens de ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse, et qu'ils l'ont recouvert des deniers de
son douaire, et que ç'a esté sans que j'en aye, ni mes ministres, sceu
chose aulcune. Il sera bon, s'il s'en parloit en Angleterre, que vous
teniés ce mesme langage, affin que cella s'accorde à ce que pourra
dire le dict Vérac.

J'ay aussy envoyé de l'argent à icelluy Vérac pour son entrettènement,
et luy ay escript qu'il advisât de tenir tousjours, de ma part, les
plus honnestes propos qu'il pourra aux seigneurs d'Escosse, qui sont à
présent à Lislebourg tous assemblés, à ce qu'il m'a mandé, pour voir
ce qu'ils auront à faire pour son servisse, sellon l'affection qu'ils
ont, comme ils disent, à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, leur
souverainne; si cest abouchement et assemblée en Angleterre pour sa
restitution ne réheussit à sa satisfaction et desdicts seigneurs; mais
il sera bon que vous teniés la bride au dict de Vérac, à ce qu'il ne
permette pas que les susdicts seigneurs, assemblés au dict lieu de
Lislebourg, entreprennent rien par delà qui y augmente la guerre: car,
au lieu de bien faire aux affaires de ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, cella les empireroit.

Vous voullant bien cependant dire que, incontinent que j'ay sceu
l'esmotion advenue à Rouen[91], désirant d'en faire punition
exemplaire, comme j'espère et m'asseure qu'elle se faira, j'ay envoyé
mon cousin le duc de Montmorency, avec un des quattre présidents de ma
cour de parlement de ceste ville, et sèze des plus notables
conseillers, tant de ma dicte cour que maistres des requestes, gens de
bien et bien affectionnés au bien et repos de mon royaulme, que je
m'asseure qui y sçauront très bien pourvoir, et que de ce qui se faira
par eulx au dict Rouen demeurera tel exemple en mon royaulme que je
m'asseure que la paix demeurera bien establie; car aussi en ay je,
comme aussy la Royne, Madame et Mère, et mes frères, avec tous les
gens de bien, parfaicte vollonté, ce que je vous prie asseurer
tousjours à ma dicte bonne sœur la Royne d'Angleterre et à tous ceux
qui vous en parleront; priant Dieu, etc.

Escript à Paris ce XIe jour d'apvril 1571.

    CHARLES.      PINART.

  [91] Voyez note, tom. IV, pag. 49.



LXXXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour d'apvril 1571.--

  Réflexions sur la tenue du parlement en Angleterre et sur les
    propositions qui y sont faites touchant la
    religion.--Négociation concernant Marie Stuart.--Crainte que la
    prise de Dumbarton, si elle se vérifie, n'entraîne la rupture
    de cette négociation.--Précautions qu'il est nécessaire de
    prendre dans le cas où Mr de Vérac serait prisonnier.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par voz lettres des VIe et XIe jours de
ce moys[92], que j'ay reçues despuys le départ de Sabran, j'ay veu ce
qui a esté proposé aux deux premières assemblées, qui se sont faites
par les Estats d'Angleterre. Sur quoy je vous diray qu'il semble que
le faict de la religion les pourroit bien troubler au repos qu'ils ont
eu despuis quelques années par delà, s'ilz n'y donnent bon ordre, car
les lois si estroictes et sévères qui se font aux dicts Estats pour le
dict faict de la religion, avec le mauvais ménage en quoy ceste Royne
et les ministres du Roy Catholicque, et les aultres voysins
d'Angleterre sont, ou commencent à estre, amèneront par delà quelques
nouveaultés. En quoy je ne vous réittèreray poinct ce que je vous ay
cy devant escript en chifre; car je sçay que vous vous y sçaurés très
bien conduire à ceste occasion et considérer tout ce que vous debvés
pour en user dextrement; car, encore que, grâces à Dieu, la paix soit
si bien establie en mon royaulme que je m'asseure qu'il n'est pas
possible à tous ceux qui y voudroient brouiller de la pouvoir rompre,
faisant faire punition si bonne et si prompte de ce qui est advenu à
Rouen, que je m'asseure que l'exemple y sera grand, toutesfois je
pense que, quand l'orage, qui est passé ici, retomberoit ailleurs, ce
seroit encores plus de moyen pour moy d'establir et asseurer davantage
le repos en mon dict royaulme.

  [92] Voyez CLXIXe et CLXXe dép., tom. IV, pag. 45 et 50.

J'ay aussy veu tout ce que m'avés escript pour le faict du traité
commencé pour la restitution de ma belle sœur, la Royne d'Escosse, et
le départ du comte de Morthon pour aller en Escosse contre le
consentement de ma dicte belle sœur. En quoy je cognois davantage que
la dicte Royne d'Angleterre ne demande qu'à tirer ce faict à la
longue, et cependant se servir du temps pour establir et faire ses
affaires; mais, puisque je croy que l'évesque de Ross est maintenant
allé en Ecosse, où il sollicitera le retour du dict comte de Morthon,
et que la Royne d'Angleterre a promis de rechef qu'en cas que le dict
comte ne revînt, incontinent après le commencement du moys de may
prochain, qu'elle abandonnera icelluy comte et les siens, et faira
procéder au traicté; persévèrant tousjours en sa dellibération de
faire restituer ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse, comme elle m'a
promis; je croy que le meilleur sera d'attendre ce temps là, où nous
serons incontinent, et cependant, suivant ce que je vous ay escript
par Sabran, en faire toujours honnestement et à propos instance à la
dicte Royne d'Angleterre; et remarquant bien ce que la dicte Royne
vous en dira quand vous luy en parlerés, pour, à chascune fois, m'en
advertir: car, s'il estoit vray que ceux du Prince d'Ecosse eussent
surprins Dombertrand, et prins prisonnier milord Flamy, Mr de Saint
André, et Vérac; je croy qu'il ne fauldroit plus rien espérer du
traicté, et que tout cella seroit rompu.

Je vous ay escript par le dict Sabran ce que j'ay fait fort
secrettement au retour du frère du lair de Granges, qui sera bientost
en Ecosse; mais, si le dict Vérac est prisonnier, il sera bon que vous
donniés ordre de faire advertir secrettement le sieur de Ross de ce
qui a esté baillé, et ce que a emporté et faict amener le frère du
dict de Granges, afin que cella soit bien employé pour le servisse de
ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse; et faudra que le dict de Ross, s'il
s'en descouvroit quelque chose en Ecosse ou en Angleterre, dise que
cella est venu et a esté envoyé par les serviteurs de ma sœur, la
Royne d'Ecosse, du revenu de son douaire.

J'en avois escript en chiffre, comme je vous ay mandé, au dict Vérac,
mais son homme, qui luy portoit la lettre, a esté vollé auprès de
Rouen et son pacquet perdu, à ce que j'ay entendu. Voylà pourquoy j'ay
faict refaire la dicte dépesche que je vous envoye pour luy faire
tenir par le plus seur moyen que vous pourrés. Et si le dict Vérac
estoit prisonnier, renvoyés moy le dict pacquet. Cependant je vous
diray que j'ay dict au Sr de Seton, qui s'en retourne trouver la Royne
d'Ecosse, ma dicte sœur, et par lequel nous vous avons escript, que
nous fairions toujours tout ce que nous pourrions pour ma dicte sœur
et qu'il l'en asseurât hardiment, en quoy, s'il parle à vous, vous le
fortifierés. Et sur ce, etc.

Ecript à Paris, ce XXIIIe jour d'apvril 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de may 1571.--

  Approbation de la nouvelle suspension d'armes conclue en
    Ecosse.--Déclaration du roi qu'il est résolu à donner toute
    assistance aux partisans de Marie Stuart au cas où Elisabeth
    fournirait des secours à ses ennemis.--Recommandation
    d'insister vivement pour la mise en liberté de Marie
    Stuart.--Promesse faite par le roi à l'archevêque de Glascow
    qu'il n'abandonnera pas la reine d'Ecosse.--Retour de Mr de
    Vérac en France.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la dépesche que je vous ay
faicte, le XXIIIe jour du moys passé, par la voye ordinaire des
postes, j'ay receu voz lettres des XVIe, XXIIIe et XXVIIIe jours du
dict moys passé[93]. Sur quoy je vous diray, sans m'arrester aux
choses sur lesquelles vous n'avez pas besoin de responce, lesquelles
vous m'avés faict bien grand plaisir de me mander, que vous avés très
bien fait d'avoir confirmé et continué l'abstinence d'armes en Ecosse
jusques à ce que l'on reprène les erres du dict traicté, au retour du
comte de Morthon; estimant que, pour ceste occasion, si la dicte
abstinence est bien résolue et accordée, la dicte Royne d'Angleterre
se gardera d'entreprendre aulcune chose de ce costé là, ny aussy de
permettre qu'il y soit couvertement rien entreprins par aulcun des
siens: ce qu'il luy fault souvent réitérer, comme je m'asseure que
vous sçavés très bien faire et à propos, affin que, continuant entre
elle et moy toute bonne amitié et correspondance, il ne se puisse
faire chose par les siens, ni aussy par les miens, qui nous engendrât
inimitié.

  [93] Voyez CLXXIe, CLXXIIIe et CLXXIVe dép., tom. IV, pag. 53, 69
  et 71.

Mais cependant il fault que vous ne laissiés de faire tousjours
honnestement tous les bons offices en mon nom que vous avés
accoutumé, et que je vous ay souvant escript faire pour ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse; déclarant franchement à ma dicte sœur, la
Royne d'Angleterre, que, si elle donne assistance à ceux des subjects
de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui sont contre elle, que je
fairay de mesmes, comme la raison le veut et les si expresses
alliances qui sont de longue main, et encores modernement
renouvellées, entre ces deux couronnes. Et luy dictes hardiment que le
meilleur seroit qu'elle ni moy ne nous en meslassions aulcunement, et
qu'on laissât faire à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et aux
Escossois; aultrement, que, si elle s'en mesle apertement ou
couvertement, qu'aussi seray je, à ceste occasion, contrainct de faire
à bon escient, comme vous luy pourrés tousjours honnestement
remonstrer; mais que je ne commenceray pas, pour l'espérance que j'ay
qu'elle me tiendra la promesse, qu'elle vous a cy devant faicte, qu'en
quelque sorte que ce soit elle fairoit mettre ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, en liberté, soit que ce traicté réheussît ou non.

Et pour ce, vous la prierés de ma part que, si elle cognoissoit que le
retour du dict comte de Morthon ne feust si proschain que l'on
pourroit desirer, et que le requièrent les affaires de ma dicte sœur,
la Royne d'Escosse, qu'elle se souvienne de la dicte promesse qu'elle
m'a faicte, parlant à vous; ce qu'en quelque sorte que ce soit il luy
fault tousjours réittérer, comme le sçavés très bien faire.

Cependant je vous diray que l'archevesque de Glasco, ambassadeur, me
vint hier trouver, et me fit entendre plusieurs aultres choses
touchant les affaires de la Royne, sa Maistresse. Je luy ay promis que
je luy fairay et à ses bons subjects, comme j'en ay tousjours fort
bonne vollonté, la meilleure assistance qu'il me sera possible, et
ainsi que j'ay cy devant faict; dont je m'asseure qu'il l'advertira,
oultre ce, que je luy ay escript de ma main par le sieur de Seton,
faisant responce aux lettres qu'elle m'escrivit par luy.

Au demeurant, je vous diray que Vérac, ayant été mis en liberté par le
comte de Lenox, il s'en est revenu, m'ayant raconté bien au long
l'estat des affaires d'Ecosse: ce qu'il vous escript, de mesmes qu'il
m'en a discoureu; vous priant de me donner advis de toutes occurences
à mesure qu'elles surviendront, comme vous avés fort bien faict
jusques icy, et dont il me demeure toute satisfaction. Sur ce, etc.

Escript à Annet le VIIe jour de may 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXXIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIVe jour de may 1571.--

  Débats du parlement d'Angleterre.--Surveillance à exercer sur les
    menées des Anglais en Écosse.--Instances faites par le roi
    auprès de Walsingham pour la mise en liberté de Marie
    Stuart.--Détails des secours envoyés de France en
    Écosse.--Défiance contre les seigneurs écossais nouvellement
    rattachés au parti de la reine.--Craintes inspirées par
    l'entreprise des Espagnols contre l'Irlande, et le projet de
    mariage de Marie Stuart avec don Juan.--Recommandation pour le
    frère du comte de Rothe.--Désir du roi qu'il soit permis à
    l'archevêque de Glascow d'aller visiter la reine
    d'Écosse.--Affermissement de la paix en France.--Répression des
    troubles d'Orange et de Rouen.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par la dernière despesche que je vous ay
faict despuys l'arrivée de Sabran, par la voye de la poste, je vous ay
satisfaict à tout le contenu de voz despesches précédentes; et à peu
près à celle du IIe de ce moys, que m'escrivistes par Sabran, présent
porteur, et pareillement aux deux que j'ay encores depuys reçues de
vous: l'une, il y a quattre jours, du VIIIe de ce dict moys, et
l'aultre ce jourdhuy, du XIIIe ensuivant[94]; et vous diray
seullement, quant aux honnestes propos que la Royne d'Angleterre,
Madame ma bonne sœur, vous a tenus en voz dernières audiences, que je
suis fort aise que luy ayés ainsi particullièrement et à propos
respondu, et faict cognoistre que je desire, en tout ce qu'il me sera
possible, tousjours conserver nostre bonne amitié et commune
intelligence, ayant eu bien agréable d'apprendre aussy ce qui s'est
passé journellement au parlement qui se tient par delà, en quoy je voy
bien qu'il y a des divisions et partis, principallement pour le faict
de la religion, et en ce qui s'y parle du tiltre du royaume et du
faict de la police; mais, à la fin, comme il est très bien desduict
par vostre dicte dernière dépesche, je ne doubte point que ce que
desire et veut la dicte Royne ne s'y fasse.

  [94] Voyez CLXXVe, CLXXVIIe et CLXXIXe dép., tom. IV, pag. 75, 88
  et 103.

Je seray bien aise que vous continuiés à me tenir tousjours adverti de
ce qui se passera au dict parlement, et aussy des délibérations que
pourrés descouvrir qu'a icelle Royne pour le faict d'Escosse; car,
comme je vous ay escript par ma dernière lettre, il fault prendre
garde surtout qu'elle n'envoye secrettement ou évidemment des forces
en Escosse et qu'elle n'y fasse entreprinse que je n'en sois bien
certainement et auparavant adverti, pour y pourvoir d'heure, comme
j'adviseray. Et sera aussy très bon que me mandiez si la suspension
d'armes entre les Escossois n'a pas esté arrestée quand le comte de
Morthon est retourné en Escosse, et si elle continue ou non; car il
semble qu'elle soit interrompue pour ce que, par ce que me mandés, et
par d'aultres nouvelles que Vérac, qui est icy, a eues d'Escosse, et
aussy par des lettres que Cobron a escriptes à la Royne, Madame et
Mère, il se void qu'ils se sont battus près de Lislebourg. Et si cella
continuoit, il ne faudroit plus espérer la continuation du traitté
commencé en Angleterre, mais il faudroit que vous fissiés souvenir à
la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, de la promesse qu'elle m'a
faicte, parlant à vous, qu'en quelque sorte que ce feust que se
terminast le dict traicté, qu'elle la mettroit en liberté ez mains de
ses bons subjectz, et luy en faire toute instance honnestement, sellon
sa dicte promesse.

Et desjà Ma dicte Dame et Mère et moy en avons, ce jourdhuy, parlé au
Sr de Walsingam, et l'avons prié d'en escrire à la Royne, sa
Maistresse; mais, affin que vous suiviés en cella le désir et vollonté
de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, je suis bien d'advis, et vous
prie ne faillir de l'advertir de ce que je vous mande, luy faisant
aussy entendre que j'ay donné ordre que les quattre mille escus de ce
moys seront baillés, dans quatre ou cinq jours, au frère du comte de
Rothes, ou à celluy que le Sr de Glasco, son ambassadeur, voudra, pour
estre incontinent envoyés en Escosse ez mains de qui, et ainsy que le
dict Sr de Glasco avisera, avec deux milliers de salpestre affiné,
deux cents boulletz de grande coulevrine, deux cens de bastarde, et
six cens de moyenne, cent corselets blancs garnis et complets, deux
cents harquebuses à mains garnies de fourniments, deux cents morions,
deux cens piques ferrées et cent hallebardes; et tout cella sera,
dedans deux ou trois jours, dellivré et baillé en la charge de Jehan
Schelsolme, escossois, contreroolleur de son artillerie, pour le faire
incontinent mener par mer en Escosse, avec un bon et seur
saufconduict, advertissant aussy ma dicte sœur, la Royne d'Escosse,
que je désire bien qu'elle entende que, combien qu'elle et vous m'ayés
mandé, de sa part, que l'on se pouvoit fier au frère du lair de
Granges, et luy bailler tout ce que l'on voudroit, que néantmoins j'ay
eu quelque crainte que ce que j'ay desjà envoyé par luy ne feust pas
bien seur, ni aussy ce que je fais encore bailler, pour ce que j'ay
peur que l'on s'ayde et serve de tout cella et de tout ce que j'y
pourrois encores cy après envoyer contre elle mesmes; car, ayant esté
cy devant le lair de Granges et Ledinthon et tous ces gens là mal
affectionnés à son servisse, et s'estants remis et rangés despuys peu
à sa dévotion, comme elle m'a mandé; je n'y voids pas trop de seureté.

Voylà pourquoy je désire qu'elle m'esclercisse en cella de sa vollonté
et intention; et affin que ce que je fais pour elle, qui est le plus
qu'il m'est possible, veu l'estat où sont réduits mes affaires, ne
soit pas mal employé contre elle, car je y aurois trop de regret; vous
voullant bien dire une chose, à laquelle il faut nécessairement que
vous regardiés de près, car cella importe grandement pour mon
servisse: c'est que j'estime, aux propos qu'ont tenus aulcuns
escossois à Vérac, quand il est parti d'Escosse, et sellon quelques
advis que j'en ay eu despuys, et à ce que j'ay aussy senti aujourdhuy,
en parlant au dict ambassadeur Walsingam, que les deux partis des
dicts Escossois, par la mennée du dict Ledinthon et du comte de
Morthon, qui sont bons amis, et qui ont à present grand part au dict
païs, se pourront accorder et unir ensemble, non seullement pour
abandonner leur Maistresse, mais aussy pour empescher que les Anglois
et aultres ne feussent maistres de l'Escosse; et peut estre aussy pour
n'y admettre pas vollontiers les François et ce qui seroit à ma
dévotion. Et combien qu'il leur seroit impossible de subsister, s'ils
n'avoient support, et que je sois très asseuré qu'ils pensent bien que
ils ne le sçauroient avoir, ni espérer plus franchement ni fidellement
que de moy, suivant les anciennes alliances de ces deux royaulmes, si
fault il que vous ayés l'œil ouvert à cella, et que vous soyés, s'il
est possible, asseuré de leur résollution pour m'en advertir: et aussy
si vous avés point apris quelque chose davantage que ce que m'avés
dernièrement escript de l'entreprise que l'on tient pour certain de
delà, que le Roy d'Espaigne faict sur l'Irlande avec l'intelligence et
ayde du Pape.

J'ay veu pareillement ce que me mandés qu'avés entendu que la comtesse
de Northomberland et milord Dacres ont dépesché un nommé Hervé en
Espaigne pour moyenner le mariage de la Royne d'Escosse avec dom Joan
d'Austria, et que le duc de Norfolc y pourra prendre jallousie. Ce
sera bien faict que vous en enquériés encores bien diligemment pour
m'en donner advis, et que vous continuiés à me tenir adverti de tout
ce qui se passe de delà avecque le mesme soin que vous avés tousjours
accoustumé jusques icy, et dont j'ay tel contantement que sçauriés
desirer.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous
dire, avant que finir ceste lettre, que le frère du comte de Rothes
m'a faict dire que, pour l'affection qu'il a, de longue main, à mon
servisse, et qu'il a tousjours eue à la Royne d'Escosse, sa
souverainne, il desire que vous le cognoissiés et qu'il puisse parler
quelquefois avec vous, pour ce qu'il a moyen de sçavoir beaucoup de
délibérations de la Royne d'Angleterre, voire, ce qu'elle dict à ses
plus secrects serviteurs, dont il vous advertira journellement. Et
pour ce que c'est chose qui ne se doibt négliger, vous fairés fort
bien pour mon servisse de l'ouïr parler et entendre ses moyens, sans
toutesfois vous lascher à luy d'aulcune chose d'importance, car je ne
le cognois sinon pour l'avoir veu ceste fois avec l'archevesque de
Glasco qui m'a dict que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, le
cognoissant affectionné à elle, l'a envoyé icy avec les lettres
qu'elle nous a escriptes par luy, pour la secourir de ce qui est cy
dessus déclaré.

J'ay prié le sieur de Walsingam d'escrire à sa dicte Maistresse pour
faire obtenir passeport au Sr de Glasco de pouvoir aller faire un
petit voyage devers la Royne d'Escosse, ma sœur, pour luy faire
entendre l'estat de son douaire et affaires de deçà; ce qu'il a aussy
promis de faire, remettant au dict Sabran, présent porteur, le surplus
de tout ce que je vous pourrois escrire, principallement pour vous
dire comme la paix est, grâces à Dieu, bien establie en mon royaume,
espérant qu'elle y continuera tousjours bonne. Vous en pouvés assurer
ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, quand elle vous en parlera; et
que l'exemple a esté desjà et sera encores si bien faict des émotions
qui ont été à Oranges, et à Rouen[95], que tout le reste de mes
subjects y prendra exemple. Sur ce, etc.

Escript à Gaillon le XXIVe jour de may 1571.

    CHARLES.      PINART.

  [95] Voir les notes, tom. IV, pag. 49.



LXXXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du XXIVe jour de may 1571.--

  Négociation du mariage.--Doute que la reine d'Angleterre soit
    franche dans ses propositions.--Sursis à la discussion de
    l'article concernant l'exercice de la religion.--Demande que
    les autres articles du contrat soient envoyés.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez veu par mon aultre lettre[96]
comment l'ambassadeur d'Angleterre est venu parler au Roy, mon fils,
et à moy, et qu'il ne nous a rien dict davantage que ce qu'il me dict
à St Clou; ce qui me faict doubler que la Royne d'Angleterre ne se
veuille servir de ce bruict, et qu'elle nous laisse là quand elle aura
faict ses affaires. Pour ce, prenez y garde et nous advertissez de ce
qu'il vous en semble et en pourrez sçavoir; car, encores que je vous
aye escript par l'ambassadeur, je vous ay voulleu dépescher ce
courrier, attandant que Sabran soit guéri, pour vous advertir de
cessy, et que nous avons faict bonne mine à l'ambassadeur; et, suivant
le conseil que nous avez donné de laisser indécis ce qui concerne la
religion, pour entrer au traicté des demandes de la Royne
d'Angleterre, nous luy avons dict que nous voyons tant de raisons de
tous les deux côtés, de la Royne et de mon fils, que nous desirions de
traicter tous les aultres articles, et espérions que Dieu cependant
envoyera quelque moyen pour le faict de la religion, puisque c'est sa
cause.

  [96] Cette lettre manque.

Il nous a dict qu'il le trouve bon, et s'asseuroit que la Royne, sa
Maistresse, envoyeroit bientot ses demandes et articles.

Encore que Pinart aye dépesché ce courrier, il ne sçait pas ce que je
vous mande; pour ce, ne m'en mandés rien que par homme exprès. Voilà
tout ce que je vous diray pour ceste heure, car je vous envoyeray le
surplus par l'aultre, et je feray fin; priant Dieu, etc.

De Gallion, ce XXIVe jour de may 1571.

    CATERINE.



LXXXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour de juing 1571.--

  Nécessité de ménager Élisabeth dans la négociation relative à
    Marie Stuart.--Nouvelles assurances de protection pour la reine
    d'Écosse.--Insistance afin qu'Élisabeth ne permette, sous aucun
    prétexte, aux seigneurs anglais de passer en armes en
    Écosse.--Résolution du roi de s'opposer à toute entreprise de
    la part de la reine d'Angleterre sur ce pays.--Réclamation en
    faveur de l'évêque de Ross.--Menées du duc d'Albe.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vos trois dépesches des XVIIIe, XXIIIe
et XXVIIIe jours du moys passé[97], sont arrivées quasi à un même
instant; de toutes lesquelles je reprendray principallement la
dernière, et vous diray que j'ay esté bien aise de voir que, sur ce
que je vous ay escript par la mienne, du VIIIe du moys passé, vous
ayés pris occasion d'entrer en propos avec la Royne d'Angleterre,
Madame ma bonne sœur, ayant esté bien advisé et considéré à vous de
luy remonstrer et toucher doulcement ce que je desirois, sans
toutesfois y rien obmettre de ce que je vous avois par ma dicte
dépesche chargé de luy dire, bien à propos, comme j'ay veu par vostre
dicte lettre que vous avez faict. Et sera bon que vous continuiés d'y
procéder par ceste douce voye, quand vous luy parlerés du faict de la
Royne d'Escosse, Madame ma sœur, puisqu'elle s'aigrit si fort quand
on la met là dessus. Sur quoy j'attendray ce que vous aurés conféré le
lendemain de la datte de vostre dernière avec le comte de Lestre et
milord de Burgley, ainsi que m'avés escript que deviez faire.

  [97] Voyez CLXXXe, CLXXXIe et CLXXXIIe dép., tom. IV, pag. 106,
  110 et 113.

Quand à ce que vous m'escrivés qu'avés receuilli des propos que la
dicte Royne d'Angleterre vous a tenus et des aultres advis, que vous
avez d'ailleurs, que les choses vont en Écosse comme il est contenu au
mémoire que m'avés envoyé[98], ce m'a esté plaisir de l'entendre ainsi
particullièrement. Et j'ay très grand aise que le secours, envoyé par
le frère du lair de Granges, soit arrivé si à propos qu'il ait
fortiffié et accru le courage à ceux du parti de ma dicte sœur, la
Royne d'Escosse; laquelle je vous prie consoller et asseurer
tousjours, autant qu'il vous sera possible, que je luy continueray ce
que sçavés: et ne tiendra à cella, ny à chose que je puisse, que ses
affaires ne prospèrent et prènent le bon chemin que je desire.

  [98] Ce mémoire n'est pas joint à la dépêche.

Et pour le regard des gens de guerre que la dicte Royne d'Angleterre a
donné commission à milord de Housdon de lever à Barwich, et de ce que
vous voyés que, sans dissimulation ni aulcune couverture, le
cappitaine du dict Barvich et beaucoup de la noblesse d'Angleterre se
prépare pour assister le comte de Lenox; estant chose contraire à
l'abstinence d'armes qui a esté cy devant accordée, il fault, et je
vous prie, que vous en fassiés instance à ma dicte sœur, la Royne
d'Angleterre et luy remonstriez, si elle voulloit couvrir ce faict par
dire que ce sont bannis et désadvoués qui s'y rettirent, que l'on
cognoit bien comment ilz y vont et soubs quel adveu; et la prierez de
les révoquer, et faire de sa part observer la dicte abstinence d'armes
comme je veux faire de mon costé.

S'il se cognoist clairement que la dicte Royne veuille entreprendre
quelque chose en Escosse, je suis délibéré de m'y opposer, tant pour
ma réputation, sellon les anciennes alliances qui sont entre ces deux
couronnes, que pour ne perdre pas aussy le pied que mes prédécesseurs
et moy y avons de tout temps, que je veux tousjours affermir en
quelque sorte que ce soit, et me servir en cela tant des moyens et
erres que je y ay d'ancienneté que de ceux que je pourray avoir par le
moyen de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et de ses bons subjects,
auxquels je donneray tousjours et continueray, tant qu'il me sera
possible, tout le secours que je pourray; ainsi que je vous ay escript
par mes deux dernières dépesches. Mais, comme je vous ay mandé, je
desire que ce soit secrètement, soubs la couverture que je vous ay
escripte, et sans que, par là, la dicte Royne d'Angleterre puisse
prendre occasion de se voulloir mesler de la guerre d'entre les
subjectz du royaume d'Escosse, et en ce faisant, soubs prétexte de
vouloir assister le petit Prince et le parti du comte de Lenox,
s'emparer des places fortes et occuper le dict royaulme; vous
asseurant que je suis bien marri de l'emprisonnement et assez
rigoureuses et extraordinaires procédures qui se font contre l'évesque
de Ross, et que l'on ait eu si peu de respect au lieu qu'il tient par
delà, chose qui est du tout contraire au traictement que l'on doibt
faire aux ambassadeurs. Et quelques raisons qu'ils veuillent dire
pour colorer ce faict, ils ne peuvent cacher qu'il n'y ait de
l'animosité et qu'ils cerchent de ruiner et traverser entièrement les
affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse.

J'escripts à la dicte Dame, Royne d'Angleterre, en faveur dudict
esvesque de Ross, une lettre qui est à la fin de créance sur vous,
ainsi que vous verrés par le double que je vous en envoye; suivant
laquelle je vous prie faire toute l'honneste instance que vous pourrés
envers la dicte Dame Royne pour le faire mettre en liberté, et luy
faire faire un traictement plus agréable que celluy qu'il a receu
despuis sa détention; et au surplus continuer par delà la mesme
affection que vous avés tousjours portée, suivant ce que je vous ay
souvent escript, aux affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; à
laquelle je n'escriptz point, craignant de mettre ceste Royne en plus
grande jalousie; mais vous le luy manderés de ma part, et l'assurerés
que je fairay tousjours pour elle et ses bons subjects et serviteurs,
tout ce qu'il me sera possible; vous priant, pour la fin de ceste cy,
continuer aussy la mesme dilligence, de laquelle vous avés usé cy
devant en tout ce qui s'est présenté par delà pour mon servisse; dont
je suis très bien satisfaict et content, prévoyant et allant tousjours
au devant des menées et pratiques que vous jugerés tendre à offencer
ma réputation et reculler le bien de mes affaires, ou de ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse. Dont, me reposant entièrement sur là bonne
affection que je sçay que vous y avés, je ne fairay ceste cy plus
longue que pour prier Dieu, etc.

Escript à Lions, ce IVe jour de juing 1571.


J'ay sceu que le duc d'Alve a faict dire à la Royne d'Angleterre
qu'elle ne debvoit pas faire le mariage que sçavés, et qu'il ne
falloit pas qu'elle attendît d'avoir Callais.

Ce IVe jour de juing 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour de juing 1571.--

  Satisfaction du roi au sujet de la conférence de l'ambassadeur
    avec Leicester et Burleigh.--Négociation relative à Marie
    Stuart.--Assurance que le mariage du duc d'Anjou sera
    profitable aux partisans de la reine d'Écosse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, la dernière dépesche que je vous ay
faicte, par la voye de la poste, qui est du IVe de ce moys, a esté
principallement pour respondre à la vostre du XXVIIIe du passé, de
laquelle dépend celle que j'ay receue despuis par le courrier Nicolas,
dattée du IIe jour de ce dict moys[99], contenant la conférance que
vous avés eue avec le comte de Lestre et milord Burgley sur les mesmes
propos que vous aviés, le jour précédent, tenus à la Royne
d'Angleterre, leur Maistresse, pour les affaires de ma sœur, la Royne
d'Escosse; ayant veu que vous avés fort bien et sagement répliqué à la
responce qu'ils vous firent à ce que leur proposastes; dont toutesfois
vous n'avés eu enfin aulcune satisfaction sur les chefs que leur
baillastes par escript lors, sinon qu'il falloit attandre le retour du
mareschal de Barwich qui a esté envoyé en Escosse; la charge duquel
j'ay bien esté aise d'entendre si particullièrement que me l'avés
mandé par vos dictes lettres, lesquelles me font entrer en opinion que
ma dicte sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, veut tanter tous
les moyens qu'elle pourra, pour exécuter du costé d'Escosse et y faire
ses affaires, et cependant me paistre de parolles.

  [99] Voyez CLXXXIIe et CLXXXIIIe dép., tom. IV. pag. 113 et 118.

Voylà pourquoy il fault avoir l'œil ouvert en cessy, et que, suivant
mes dernières lettres, vous monstriés tousjours clairement que c'est
chose à quoy je m'opposeray. Et cependant, en quelque sorte que ce
soit, faictes tousjours pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et
ses bons subjects, tout ce qui vous sera possible, mesmement à ceste
heure, et durant la détention de l'évesque de Ross, qu'elle n'a
personne qui entende à ses affaires; car cella servira à deux
effaicts: l'un, pour voir plus clair en ce que sçavés, touchant les
dictes petites lettres, et advancer cella, si l'on marche de bon pied
de delà, ainsi que nous voulions faire de deçà, si cognoissons qu'il y
ait affection; et l'aultre, en tout évènement, aydera tousjours à ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ses bons subjects que je ne veux
aulcunement abandonner; car tousjours, quand l'effaict des dictes
petites lettres réheussira, ce sera leur bien; et si aussy nous
cognoissons qu'il y ait, au faict d'icelles petites lettres, de
l'artifice et fiction, nous serons sur nos pieds de faire en Escosse
tout ce que nous pourrons, suivant la maxime que j'ay prise en cella
dès le commencement. Cependant je vous asseure que j'ay bien agréable
la façon que vous tenés de négotier le faict des dictes petites
lettres; en quoy je vous prie continuer d'affection et vous me fairez
servisse; priant Dieu, etc.

Escript à Lions le XIe jour de juing 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIIe jour de juing 1571.--

  Mission donnée à Mr de Larchant de passer en Angleterre.--Crainte
    des projets qu'Élisabeth peut avoir sur l'Écosse.--Ferme
    résolution du roi de défendre ce pays contre elle par tous les
    moyens qui sont en son pouvoir.--Nouvelle mission confiée à Mr
    de Vérac pour l'Écosse.--_Instruction_ remise a Mr de Larchant
    sur la négociation du mariage.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par vostre dépesche, du IXe de
ce moys[100], la façon dont la Royne d'Angleterre a usé à la clôture
de son parlement, et les termes en quoy elle demeure, affin que, quand
elle voudra, elle le puisse continuer et rassembler, s'il advenoit
qu'il y heust affaires pour elle, ou pour son royaume, qui le
requissent. Cella me faict penser que c'est à quelque bonne intention
et espérance que, si la négotiation du mariage d'entre elle et mon
frère réheussit à bonne fin, comme j'espère et désire qu'elle fasse,
son dict parlement ne sera point encore tant séparé qu'il ne se puisse
bien remettre. Voylà pourquoy, affin de voir clair en la dicte
négotiation, nous sommes résollus d'envoyer le Sr de Larchant,
cappitaine de la garde de mon dict frère, le Duc d'Anjou, pour porter
à la dicte Royne la responce des lettres qu'elle nous a escriptes, ces
jours icy, de sa main, et à vous les mémoires de ce que nous desirons
d'estre esclercis en ce faict, avant que d'envoyer gens de plus grande
qualité de delà; ayant avisé de vous dépescher Sabran, présent
porteur, devant luy, affin que vous en soyés adverti, et vous faire,
par mesme moyen, responce au reste de vostre dicte dépesche du IXe de
ce moys. A laquelle je vous diray que la résollution, qui a esté
prinse par icelle Royne, de renvoyer, comme me mandés qu'elle a
promptement faict, le cappitaine Briquonel, avec deux cents
harquebusiers, trouver le comte de Lenox à Esterlin; et puis considéré
qu'elle entretient à ses dépens, oultre cella, les cinq cents soldats
escossois; et davantage qu'elle faict menasser ceux du parti de la
Royne d'Escosse de leur courre sus: tout cella me faict penser, comme
vous l'escrivés fort bien à la Royne, Madame ma mère, que icelle Royne
d'Angleterre veut, non seullement faire enlever le Prince d'Escosse,
si elle peut, et le faire mener, comme vous dictes, en Angleterre,
mais il y a encore à craindre davantage: c'est que, pandant qu'elle
void qu'ils se sont rebrouillés en Escosse, et qu'elle nous entretient
tousjours en espérance de faire bien pour la Royne d'Escosse, et
durant ce propos de mariage, qu'elle tasche, par tous moyens, à se
saisir aussi de Dombertrand et de Lislebourg, ou pour le moins y
mettre gens à sa dévotion, pour, puis après, se rendre maistresse de
l'Escosse.

  [100] Voyez CLXXXVe dép., tom. IV, pag. 135.

C'est à quoy il faut que vous preniés garde soigneusement et que vous
démonstriés tousjours clairement à icelle Royne d'Angleterre et à ses
ministres, comme je vous ay escript par mes trois dernières dépesches,
que, si elle entreprend quelque chose de ce costé là, je me délibère,
suivant les anciens traictés et alliances, qui sont entre moy et les
Escossois, de donner, de mon costé, toute l'assistance qu'il me sera
possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et à ses bons subjects.
Et affin que nous ne nous endormions poinct sur cella, il fault que
vous pénétriés si souvent en la délibération de la dicte Royne
d'Angleterre, et que vous fassiés en sorte que nous puissions sçavoir
quelle délibération elle a du dict costé d'Escosse, et, aussy, si elle
a sincère vollonté au dict mariage d'elle et de mon dict frère; car
nous sommes tousjours en quelque doubte, ayant veu qu'elle a si
souvent esté en termes de se marier avec de si grands princes, qu'elle
veuille faire, en nostre endroict, comme elle a tousjours faict avec
les aultres, et cependant se servir du temps, et faire ses affaires,
non seullement à mon préjudice, mais aussy en moquerie et risée de
nous par toute la Chrestienté.

Et affin que cella n'advienne point, je fairay tousjours, du costé
d'Escosse, comme je vous ay escript; et, pour y avoir plus
d'intelligence, je renvoye Vérac pour y résider. J'espère qu'il y sera
dans huit ou dix jours, avec lettres et moyens tant au duc de
Chatellerauld, lair de Granges, Ledinthon, que aultres seigneurs
d'Escosse, que j'estime qui me sont bien affectionnés, et à ma dicte
sœur la Royne d'Escosse, pour tousjours les entretenir en toute bonne
affection en mon endroict, comme je desire qu'ils soyent suivant nos
dicts anciens traictés, soit que le dict mariage réheussisse, ou non,
ayant commandé au dict Vérac de vous tenir adverti de tout ce qui se
faira au dict païs d'Escosse: aussy faudra il que vous luy escriviés,
affin que vous ayés toute bonne correspondance et intelligence
ensemble, et que mes affaires et intentions se puissent mieux conduire
cependant. Je desire bien fort que l'exploit et l'entreprise que vous
m'avés mandé par vostre dicte dernière dépesche, qui se debvoit
exécuter par les dicts bien affectionnés subjects de ma dicte sœur,
la Royne d'Escosse, soit bien réheussie, et qu'il se fasse tousjours
tout ce qu'il sera possible pour affoiblir le parti de ceux qui
affectionnent, en Escosse, la dicte Royne d'Angleterre; et que vous
fassiés aussy, par tous moyens, ce que je vous ay souvent escript en
chiffre: car il n'y a rien qui fasse plus haster la Royne d'Angleterre
en la dicte négociation des petites lettres, ni qui soit plus
nécessaire pour le repos de mon royaulme et bien de mes affaires, pour
lesquelles vous estes, au demeurant, si amplement instruict de mon
intention, qu'il n'est besoin de vous faire plus longue lettre. Aussy
n'estendray je ceste cy davantage que pour prier Dieu etc.

Escript à Gaillon, ce XVIIIe jour de juing 1571.

    CHARLES.      PINART.


   MÉMOIRE ET INSTRUCTION A Mr DE LA MOTHE,
   pour instruire Mr de Larchant de ce qu'il aura à faire au voïaige
   qu'il faict en Angleterre (_original_).

    (_Dressé par Mr De Foix._)

   Il est nécessaire, une des deux choses: ou respondre aux demandes
   de la Royne d'Angleterre par escript, et le mander à Mr de La
   Mothe, pour le bailler à la Royne d'Angleterre et le monstrer,
   icy, à son ambassadeur;

   Ou bien y envoyer un gentilhomme de qualité pour déclarer à la
   dicte Dame ceulx que le Roy à éleus pour aller traicter et
   négocier par delà sur les demandes tant d'elle que de
   Monseigneur; et conclure ce négoce.

   Quant au premier, il semble que, tant s'en faut qu'il feust
   profitable qu'il seroit dommaigeable; premièrement, parce que
   Monseigneur pourroit accorder quelques choses icy qui pourroient
   luy estre concédées plus avantageuses, si l'on négocioit sur les
   lieux, où l'on feroit les responces, sellon qu'on verroit
   disposés les affaires.

   En second lieu, est à craindre qu'il ne se trouvast quelques
   responces qui fussent pour desplaire à la Royne et à ceulx de son
   conseil, et par ce moyen apportassent empeschement ou retardement
   à ceste négociation.

   En troisième lieu, il est certain que la dicte Dame n'entrera en
   aucuns débatz par escript sur les dictes responces, comme il
   appert par l'inscription de ses demandes, et difficultez qu'elle
   a faictes de les bailler, cuydant qu'il appartenoit à sa
   grandeur et existimation de les aller prendre sur les lieux,
   comme aussi il se voit par ce que l'ambassadeur a dict à Leurs
   Majestez, en leur présentant les dictes demandes: qu'il n'a aucun
   pouvoir pour les deffendre et débattre. Partant ce ne seroit que
   leur donner plus de commodité et temps de s'aprester et instruire
   contre les responces du dict Seigneur.

   En oultre, négocier par escript et messaiges, n'est aultre chose
   qu'aporter longueur à cest affaire, et n'y a rien qui soit plus
   tost pour le rompre que donner temps et loisir aux adversaires
   d'apprester leurs machines pour l'oppugner;

   Oultre ce, que les conditions présentées par la dicte Dame
   semblent estre si prochaines de la raison, qu'il semble ne
   desirer aultre chose que des députez pour les clorre et arrester.

   Item, son ambassadeur s'est laissé entendre que la dicte Dame
   estoit mal satisfaicte de ce que, jusques icy, le Roy n'avoit
   envoyé aucun personnaige de qualité devers elle.

   Partant, il semble bon de luy en envoyer un présentement, à
   plusieurs fins, pour la visiter et la remercier très cordialement
   de ce qu'elle monstre, et par ses lettres, et par propos tenuz à
   l'ambassadeur, et par ses demandes et responces faictes à celles
   de Monseigneur, combien elle embrassoit de bon cœur l'offre qui
   luy avoit esté faicte de la part du Roy, et avec quelle syncérité
   d'affection elle y procédoit; de quoy leurs Majestez et
   Monseigneur la remercioient très affectionnément, et
   l'asseuroient que, avoir si franchement procédé à cest affaire
   avoit redoublé leur desir de le mettre à fin, et leur faisait
   tant plus estimer sa bonté et mérites, luy tesmoignant que le Roy
   n'avoit rien plus cher que de voir son frère avec elle entendre à
   son contentement, conservation de son estat et continuation
   d'iceluy à sa postérité, comme aussy la Royne Mère luy rendoit
   pareille affection qu'à ses propres enfans, et Monseigneur en
   augmentoit tous les jours en ardent zèle de l'obéir et servir, et
   se conformer à ses volontez; ce qui avoit esté cause que,
   incontinant, ayant esté présenté au Roy ses dictes demandes, il
   auroit dépesché devers elle pour luy déclarer ceste leur
   satisfaction et desir;

   Et encores pour luy faire entendre le chois et élection qu'il a
   faict de personnages, de qualité convenable au respect que le Roy
   luy rend et à la grandeur de ce négoce, pour envoyer devers elle,
   affin, par conférence avec elle et ceulx qui luy plaira députer
   de sa part, d'adjouter, corriger et réformer, des pactions et
   accords, ce qui sera juste et raysonnable, et sçavoir d'elle si
   elle aura pour agréable qu'ilz l'aillent incontinent trouver,
   tenans pour certain, Leurs dictes Majestez, qu'ayant donné si
   bons arrhes et gaiges de sa bonne intention, elle continuera à
   pourvoir à tout ce qui sera faict pour la conscience, honneur et
   grandeur de Monseigneur, et ostera par sa prudence les
   difficultez qui restent encores de poix et moment.

   Dira aussi qu'une des occasions, qui ont meu le Roy d'envoyer des
   députez devers elle, est parce que luy semble convenable à la
   grandeur d'elle que cest affaire se parachève près d'elle, et
   qu'il desire de le haster le plus que l'on pourra, sachant bien
   qu'il n'y a rien plus contraire à l'effectuer que la longueur des
   messagers, allans et venans, pendant laquelle les adversaires
   guaignent temps pour s'aprester à le pouvoir empescher.

   Et, si la dicte Dame déclare vouloir que les députez aillent
   incontinent par delà, il demandera passeport pour servir, en ce,
   plustost à la coustume, que pour en estre besoing à cause de la
   paix et bonne intelligence qui est entre le Roy et elle.

   Mr de La Mothe adjoutera à ce que dessus ce qu'il luy semblera
   estre plus propre pour l'acheminement de cest affaire et pour
   rendre plus claire et certaine la négotiation des députez.

   Le dict gentilhomme remerciera aussi, de la part du Roy et de
   Monseigneur, le garde des sceaux, le marquis de Norenton, le
   milord Sucès, de Lecestre, de Bourlé et aultres, des bons offices
   qu'ilz font par delà, selon et ainsi qu'il semblera bon au dict
   ambassadeur.

   Et desire Sa Majesté qu'oultre ce qu'il a mandé, par ses lettres
   du VIIe de ce mois, avoir entendu, par le comte de Lecestre, de
   la bonne intention de la dicte Dame pour laisser à Monseigneur,
   privément et en sa maison, l'exercice de sa religion, qu'il en
   parle encor au dict seigneur conte, ensemble au milort Bourlé, et
   leur remonstre l'aliénation des bonnes volontez que pourroit
   apporter, si les dictz depputez, personnaiges de telle qualité,
   s'en retournoient sans rien faire, et les prier que, s'ils
   congnoisssent qu'il peut survenir quelque empeschement pour
   rompre ceste pratique, qu'ilz luy vueillent dire clairement.

   Faict à Gaillon, le XVIIIe jour de juing 1571.

    CHARLES.      PINART.



LXXXIX

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON

--du IIIe jour de juillet 1571--

  Envoi du portrait du duc d'Anjou.--Instances pour que la
    négociation du mariage une prompte solution.--Demande du
    portrait de la reine d'Angleterre.--Promesse du portrait de la
    duchesse de Nevers.--Espoir que le duc de Montpensier
    consentira à la donner en mariage à Leicester.


Monsieur de La Mothe Fénélon, pour ce que la peinture de mon fils
n'estoit pas du tout parachevée, quand vostre homme partit
dernièrement, je ne vous l'ay plus tôt peu envoyer qu'à ceste heure
par Vassal, présent porteur; encores n'a ce peu estre en une seulle
peinture, de la main de Me Jarriet, comme j'heussé désiré. Il n'eust
le loisir que de faire, comme vous verrés, le visage, qui est fort
bien, et parfaictement faict, après le vray naturel; et l'aultre
peinture, qu'il a aussy faicte, servira seullement pour la taille, qui
est aussy la vraye semblance de mon dict fils, mais il ne s'est pas,
en ceste peinture, amusé à faire parfaictement le visage, pour ce que
l'aultre estoit faict et que je voullois faire partir en dilligence ce
porteur.

Je suis d'advis que vous baillez les dictes deux peintures au sieur
comte de Lestre et faudra que vous luy fassiez aussy entendre ce que
je vous ay mandé, et que vous accommodiez cella de telle sorte qu'il
soit prins de bonne part, en attendant que le dict Me Jamet ait
paraschevé la peinture qu'il faict en plus grand volume, que j'espère
vous envoyer cy après, si nous voyons que les choses succèdent comme
je le desire, et qu'il me semble que l'on desire aussy par delà, par
ce que j'ay veu par voz dernières petites lettres[101], l'une du jour
de St Jehan qui estoit dedans un de voz pacquetz, et l'aultre que m'a
baillée ce dict porteur.

  [101] Voyez CLXXXVIIIe et CLXXXIXe dép., tom. IV, page 155 et
  163.

Auxquelles, pour responce, je vous diray que nous avons prins fort
grand plaisir d'entendre, par icelles, que les choses soyent en si
bons termes, et tant affectionnées de la part de la Royne d'Angleterre
et du dict comte de Lestre, et aussy du comte de Sussex et de milord
Burgley, auxquels nous sçavons infiniment bon gré des bons offices
qu'ils font; mesmement au dict sieur comte de Lestre, qui démonstre
bien, par ce que me mandés, la bonne volonté qu'il y a, dont il se
peut asseurer que, les choses advenant ainsi que j'espère qu'elles
fairont et comme nous le desirons, qu'il cognoistra par effect le bon
gré que luy en sçavons. Mais, affin que cessy soit bientost résollu,
il fault que, par son moyen, les articles que nous demandons et qui
sont mentionnés en l'instruction que vous a portée le Sr de Larchant,
nous soyent accordés, s'il est possible, avec le plus d'avantage que
vous pourrez les estendre et moyenner, et que cella soit asseuré, sans
le remettre à quand mon dict fils sera par delà, comme me mandés par
vostre dicte lettre. Et par ce moyen mon dict fils en aura plus de
contentement et d'obligation à la dicte Royne et aux gens de bien qui
manient cest affaire; lesquelz je vous prie d'entretenir toujours en
la bonne volonté et affection qu'ilz montrent avoir en cest affaire,
et qu'ilz fassent en sorte que les choses n'aillent point à la longue,
et que, pour oster le moyen à ceux qui y veullent traverser, le tout
se puisse promptement résoudre comme il est très nécessaire, et que
nous le desirons; vous priant de continuer à travailler tellement en
cessy, comme desjà vous avés si bien commencé, que de brief nous y
puissions voir une bonne et honnorable résollution.

Je vous prie me faire ce plaisir que je puisse avoir bientost une
peincture de la Royne d'Angleterre en petit volume, de la grandeur (et
qu'elle soit bien pourtraicte), et faicte de la façon mesme de celle
que m'avez envoyée du dict comte de Lestre, ainsi que vous dira le
dict Vassal; car la peinture que nous en avons est du tout en plat,
qui n'a pas si bonne grâce qu'elle aura, estant un peu tournée sur le
costé droict.

Et quand à ce que m'avez escript d'icelluy sieur comte de Lestre, je
suis bien marrie que, par ce dict porteur, je ne luy peus envoyer la
peincture de ma cousine la duchesse de Nevers de Montpensier, mais
elle ne s'est poinct encore faicte peindre, à cause qu'elle a esté un
peu malade; le peintre y travaille, et j'espère vous l'envoyer
incontinent qu'il aura faict. Je luy ay parlé de ce que sçavés: elle
m'a fort sagement respondu qu'elle n'avoit aultre volonté que celle de
mon cousin le duc de Montpensier, son père, qui est en sa maison de
Champigny. Je lui en eusse volontiers escript, mais vous cognoissés le
personnage; qui pense que le meilleur sera que je luy en parle moy
mesme, comme je fairay aussytost qu'il sera avecque nous, et de si
bonne affection que j'espère que icelluy sieur comte en recevra
satisfaction et contentement. Me remettant, pour le reste de voz
dépesches, à ce que vous escript le Roy, Monsieur mon fils[102], et à
ce qu'il vous mande pour responce à voz dernières dépesches, je ne
vous fairay plus longue lettre si n'est pour vous recommander encores
une fois d'affection la dicte négociation des petites lettres, dont
j'espère que nous aurons bientost de bonnes nouvelles par le Sr de
Larchant; priant Dieu, etc.

Escript à Monceaulx, le IIIe jour de juillet 1571.

    CATERINE.     PINART.

  [102] Cette lettre manque.


    (_Est adjousté de la main de la Royne._)

Je vous prie que bientost en puissions voir ce que desirons, car la
longueur ne porte que subject à ceux qui ne desirent la grandeur de
mon fils, et qui ayment mieux leur maison, bien et grandeur qu'ils
espèrent icy, qui ne font que luy dire beaucoup de choses qui ne
peuvent apporter rien de bon à son servisse.



XC

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de juillet 1571.--

  État de la négociation du mariage.--Assurance donnée par
    Walsingham que la reine d'Angleterre veut fermement épouser le
    duc d'Anjou.--Protestation de Catherine de Médicis qu'elle
    partage le même désir.--Recommandation faite à l'ambassadeur au
    sujet de cette négociation.


Monsieur de La Mothe Fénélon, ceux qui ne désirent pas le mariage
d'entre la Royne d'Angleterre et mon dict fils, le Duc d'Anjou, ont
fait courir le bruict par deçà que ce que la dicte Royne faisoit en ce
négoce, n'estoit pas de bonne volonté qu'elle y eût, mais seullement
pour se servir du temps. Cela véritablement nous a fait penser à cest
affaire, et aller plus rettenus, et a esté cause que mon dict fils,
pour ceste occasion, n'en a pas voullu tesmoigner, comme aussi
n'estoit il pas raisonnable, qu'il y eût si grande affection.

Dont le Sr de Walsingam, qui en a eu advis d'Angleterre, et des
aultres bruits que ces gens là mesmes ont faict courir par toute la
Chrestienté, pour tascher à rompre ce traicté de mariage, m'a faict
dire que, tant s'en fault qu'il soit vray qu'icelle Royne y procède
par dissimulation qu'au contraire elle y marche de très bon pied, et
ses principaux ministres aussi: qui l'ont expressément escrit au dict
Sr de Walsingam pour me le dire ou faire dire, comme il a fait par mon
cousin le Sr de Foix; et qu'icelle Royne et tous les siens ne
desireront jamais tant chose qu'ils font la conclusion d'icelluy
mariage. Dont le Roy, Monsieur mon fils, et moy, et aussi mon dict
fils, le Duc d'Anjou, sommes aises, espérant, puisqu'ainsi est, que,
par le Sr de Larchant que nous attendons en bonne dévotion, vous nous
envoyerés les responces des conditions que nous desirons, et les
aultres choses que vous avés entendues par luy, si avancées qu'il s'en
prendra bientost quelque bonne résolution, comme il est nécessaire et
que nous desirons; ainsi que vous pourrés asseurer la dicte Royne et
tous ceux de ses ministres qui conduisent cest affaire; et leur dire
hardiment que nous y marchons aussi de fort bon pied, et qu'ils ne
croyent rien de tous les bruits qui pourroient courir du contraire,
qui ne sont que pour rompre cest affaire; lequel je vous recommande
sellon la parfaicte confiance que nous avons en vous; à qui j'en ay
voullu incontinant faire ceste lettre, ayant sceu que tous ces bruicts
couroient, afin que, si l'on vous en parle de delà, vous asseuriés
tousjours la dicte Royne et ses ministres de nostre sincère volonté et
bonne affection. Et sur ce, etc.

Escript à Monceaux, le VIIIe jour de juillet 1571.


    _Par postille à la lettre précédente._

Ceste lettre vous servira d'advis pour en user discrètement, comme
vous sçavés très bien faire; car si de delà, ils ne sçavoient encore
tous ces faux bruits, vous vous conduirés en cela et leur parlerés
ainsi que vous le jugerés à propos. Ce VIIIe jour de juillet 1571.

    CATERINE.       PINART.



XCI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du XXVe jour de juillet 1571.--

  Confidences sur la négociation du mariage.--Regret qu'éprouve
    Catherine de Médicis du refus fait par le duc d'Anjou de passer
    en Angleterre, sans avoir l'assurance de l'exercice public de
    la religion catholique.--Menaces contre les conseillers qui le
    poussent à cette détermination.--Résolution de Catherine de
    proposer le mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon, s'il ne
    peut succéder avec le duc d'Anjou.--Proposition d'une ligue
    avec la reine d'Angleterre.--Recommandation de brûler la
    lettre, et de ne se fier à aucun écrit qui ne porterait pas la
    signature du roi ou de la reine-mère.


Monsieur de La Mothe Fénélon, comme j'ay une particulière confience en
vous, je ne vous celleray poinct que l'humeur, en laquelle est mon
fils d'Anjou, me faict bien grande peyne; il est tellement obstiné à
ne passer en Angleterre, sans avoir une publique asseurance pour
l'exercisse de sa religion, que le Roy ni moy n'avons peu obtenir
qu'il se soit fié à la parolle de la Royne d'Angleterre. Nous
soubçonnons fort que Villequier, Lignerolles, ou Sarret, possible,
tous trois, soyent les autheurs de ces fantaisies: si nous pouvons en
avoir aulcune asseurance, je vous asseure qu'ils s'en repentiront.
Pour tout cela, je ne veux pas que nous nous rebuttions, car,
possible, pourrons nous gaigner quelque chose sur son esprit, ou sur
celluy de la dicte Royne.

Si, par malheur, les choses ne peuvent pas s'accorder pour mon dict
fils, comme je le souhaite, je suis résollue de faire tous mes efforts
pour le faire réheussir pour mon fils d'Alençon, qui ne sera pas si
difficile. Cependant, comme on nous propose de tascher de faire une
ligue avec icelle Royne, pour nous l'attacher davantage, et esloigner
le fils de l'Empereur et aultres, ne faictes jamais semblant de cessy;
mais bruslez la présente, après l'avoir leue, et ne croyés rien que
l'on puisse vous dire, ou escrire, que ce que vous verrés par lettres
signées de la main du Roy ou de moy, qui ne vous dis pas cella sans
raison; car ceux qui ne desirent pas que les choses qui sont, grâces à
Dieu, si bien advancées et disposées, réheussissent et s'effectuent,
sont assés artificieux pour publier ou escrire ce qu'ils penseront qui
soit pour empescher ce bon œuvre; priant Dieu, etc.

A Fonteinebleau, ce jeudi XXVe jour de juillet 1571.

    CATERINE.



XCII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXIe jour de juillet 1571.--

  Retour de Mr de Larchant.--Réponse d'Élisabeth sur l'article
    concernant la religion.--Résolution du roi d'envoyer Mr de Foix
    en Angleterre pour discuter cet article.--Affaires
    d'Écosse.--Surveillance nécessaire à l'effet d'empêcher toute
    entreprise des Anglais sur ce pays.--Recommandation de faire en
    faveur de Mr de Vérac toutes les démarches utiles pour procurer
    sa liberté, s'il était vrai qu'il eût été fait prisonnier en
    Écosse.--Ferme assurance donnée par le roi qu'il n'abandonnera
    jamais Marie Stuart.--Recommandation faite à l'ambassadeur de
    se conduire avec assez de prudence pour éviter la
    guerre.--_Instruction remise à Mr de Foix._


Monsieur de La Mothe Fénélon, à ce que j'ay veu par les lettres que
m'avés escrites, du IXe de moys, touchant la négotiation, et despuys
par celles que m'avés aussy escriptes le XIe ensuivant, que m'a
apportées le sieur de Larchant, et entendu par ce qu'il nous a dict de
bouche, et davantage considéré ce que me mandés et à la Royne, Madame
et Mère, par vos dépesches des XIVe, XXe, et XXIIe de ce moys[103], il
se trouve de grandes difficultés sur l'article de la religion. Ayant à
ce propos mis en grande considération ce que la Royne d'Angleterre,
Madame ma bonne sœur et cousine, dict au dict de Larchant, et encores
depuis à vous; qui est qu'elle ne pense ne pouvoir consentir que mon
frère ait l'exercisse de la religion par delà, et que cella pourroit
estre cause (si elle la luy accordoit comme nous le desirons pour luy
et les siens) de troubler son estat, ce qu'elle aymeroit mieux être
morte que de voir; voylà pourquoi je pense qu'il estoit très
nécessaire, premier que envoyer mes depputés de delà, qu'il y allât
quelque personnage bien entendu et agréable pour le faict de la dicte
négotiation. Et pour ce que je pense que Mr de Foix, mon cousin, y
seroit fort propre, je l'ay prié d'en accepter la charge, comme il a
faict, lui ayant faict faire une instruction bien ample et lettres de
ce que luy et vous aurés à faire en cella; ayant avisé de vous
renvoyer cependant ce présent porteur pour vous en advertir, et pour
vous dire que, avant hier, après disner, nous ouismes sur cella le Sr
de Walsingam, qui s'est tousjours monstré bien affectionné à cest
affaire, si ce n'est quand au dict poinct de la religion, pour lequel
véritablement il se rend difficile, et croy qu'il en pourra escrire à
sa Maistresse selon sa passion; mais, le dict sieur de Foix arrivant,
comme il faira bientost par delà, vous faira entendre toutes choses
et comme vous aurés à vous y gouverner en cella.

  [103] Voyez CXCe, CXCIe, CXCIIe, CXCIIIe et CXCIVe dép., tom. IV,
  pag. 165, 169, 176, 180 et 188.

Cependant je ne veux oublier de vous dire que je suis après à pourvoir
et donner ordre au faict d'Escosse, ainsi que vous m'avés escript,
dont je vous tiendray adverti incontinent par vostre aultre
secrettaire, que j'ay rettenu pour vous le renvoyer aussytost que
cella sera faict. Mais je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, que
cepandant vous ayez tousjours l'œil ouvert et preniez si bien garde
aux actions de la Royne d'Angleterre du costé d'Escosse, qu'elle ne
puisse rien entreprendre ni donner secours ou assistance que je ne
sois promptement adverti de ses délibérations.

Et me sera très grand plaisir que vous sçachiez au vray si le petit
vaisseau, dernièrement parti de ce païs pour aller en Escosse, a esté
prins par ceux du Petit Lict et aussy Vérac, affin que, si ainsi est,
vous fassiez instance pour la dellivrance du dict Vérac, car, comme
l'on pourra avoir veu par les dépesches que je luy ay faict bailler,
s'il est prins, je l'envoyois par delà pour estre médiateur et tascher
à réconcillier en paix et amitié tous les subjects de la Royne
d'Escosse, Madame ma bonne sœur, et pour y faire, en mon nom, tous
les bons offices qu'il pourroit entre les uns et les aultres
indifféremment. C'est pourquoy il ne peut estre retenu, ni ne doibt
recepvoir aulcun mauvais traictement, comme vous avés à remonstrer à
ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et à escrire,
si besoin est, aux comtes de Lenox et de Morthon, affin que
promptement ils le délivrent, et laissent aller et venir en toute
liberté à Lislebourg et aultres lieux qu'il voudra, pour une si bonne
œuvre.

Cependant asseurez tousjours ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse,
que je ne l'abandonneray jamais, comme je luy ay tant de fois asseuré,
et que, oultre la si prosche alliance d'entre elle et moy, je
demeureray tousjours en l'affection que j'ay et doibs avoir selon les
anciens traictés d'entre ma couronne et la sienne, nos païs et
subjectz, ainsi que par effaict j'ay jusques icy bien monstré: en quoi
je me délibère de persévérer et faire de bref encore ce qui me sera
possible pour elle et ses bons subjectz, ainsi que plus amplement je
vous manderay par vostre aultre secrettaire.

Cependant vous vous comporterez pour ses affaires, et pour la
restitution de l'évesque de Ross, envers la dicte Royne d'Angleterre,
et aussy pour la fortification du Petit Lict, comme vous jugerez qu'il
sera à propos en attendant que le dict Sr de Foix arrive de delà; et
aussy, pendant qu'il y sera, afin que toutes choses passent par la
plus douce voye qu'il sera possible et qu'il ne se puisse rien altérer
de la bonne amitié et intelligence d'entre moy et la dicte Dame Royne
d'Angleterre, et qu'elle ne puisse prendre nulle occasion de remettre
à la longue l'effaict du bien et faveur qu'elle vous a promis de
faire, pour l'amour de moy, à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; dont
vous la remémorerez tousjours à propos le plus honnestement que vous
pourrez. Et sur ce, etc.

Escript à Fontainebleau, le dernier jour de juillet 1571.

    CHARLES.        PINART.


   INSTRUCTION BAILLÉE A Mr DE FOIX.

   --du XXIXe jour de juillet 1571.--

   Le Roy, après avoir ouï le Sr de Larchant, à son retour du voyage
   que Sa Majesté lui a naguières envoyé faire devers la Royne
   d'Angleterre, et veu par sa dicte Majesté les lettres que le
   dict Sr de Larchant a raportées d'icelle Royne, ensemble la
   dépesche du Sr de La Mothe Fénélon son ambassadeur près d'elle,
   faisant mantion des honnestes propos du mariage d'entre icelle
   Royne et Monseigneur, frère du Roy;

   Sa Majesté, après avoir sur le tout meurement considéré et
   délibéré, a avisé, pour la grandeur et importance de cest
   affaire, que le meilleur seroit, avant que faire partir ses
   depputés, pour en aller conclurre par delà, de choisir quelque
   digne personnage de son conseil, expérimenté et entendu à tel
   honorable affaire, pour aller vers icelle Royne, affin de plus
   amplement esclaircir certains poincts, ès quels Sa Majesté desire
   bien que la dicte Royne s'exprime davantage qu'elle n'a faict par
   les articles et responses qui ont esté escriptes aux conférances
   d'entre les dictz Sr de La Mothe Fénélon et aulcuns des ministres
   et principaux conseillers d'icelle Dame Royne;

   Ayant, à ceste occasion, Sa Majesté choisi et fait élection du Sr
   de Foix, conseiller en son conseil privé, le cognoissant digne,
   capable, et grandement versé, non seulement aux affaires de ce
   royaulme, mais aussy cognoissant les formes de l'estat
   d'Angleterre, pour y avoir résidé et esté son ambassadeur auprès
   de ceste Royne.

   Luy ayant, à ceste occasion, commandé de faire tant pour son
   servisse d'entreprendre le dict voyage, sçachant bien qu'il s'en
   sçaura très bien et dignement acquitter, et, estant là,
   communiquer ceste sienne charge au Sr de La Mothe Fénélon, pour,
   après, s'estantz bien entendus et résollus, aller trouver la
   dicte Royne et luy présenter les lettres que Sa Majesté luy
   escript de sa propre main, et celles de la Royne, sa mère, et de
   Mon dict Seigneur,

   Aussy luy faisant entendre le grand contentement et satisfaction
   que Leurs Majestés et Mon dict Seigneur ont des honnestes propos
   contenus aux lettres qu'elle leur a escriptes de sa main par le
   dict Sr de Larchant, ayant cogneu par icelles sa bonne intention,
   affection, et grande vollonté de voir bientost, ce qui s'est si
   honnorablement commencé à négotier du dict mariage d'entre elle
   et Mon dict Seigneur, réhussir: et encores de la grande
   démonstration, qu'elle a de deçà tousjours faict faire par son
   ambassadeur, de le desirer;

   Luy tenant, à ceste occasion, tous les honnestes propos de
   remerciement, dont se pourra adviser le dict Sr de Foix, ainsi
   que Sa Majesté sçait qu'il sçaura très bien et dignement faire.

   En quoy le dict Sr de La Mothe Fénélon, aussi de sa part,
   interviendra à propos, comme le dict Sr de Foix et luy
   adviseront, pour fortiffier davantage la persuasion que faira en
   cella icelluy Sr de Foix; par laquelle il monstrera à icelle
   Royne combien Leurs Majestez et Mon dict Seigneur le desirent
   aussy, et louent la syncérité dont elle y procède, l'asseurant
   n'estre pas moindre de deçà; estimant Sa Majesté que icelle
   Royne, d'elle mesmes, entrera en propos plus avant.

   Et lors, le dict Sr de Foix luy proposera la difficulté, en
   laquelle Sa dicte Majesté se retrouve, spécialement pour
   l'article faisant mention de la religion; lequel est, par les
   dicts mémoires, tellement contrainct pour Mon dict Seigneur et
   pour les siens, que, s'il ne luy estoit beaucoup davantage
   augmenté, il n'en pourroit avoir satisfaction, et demeureroit en
   grand peyne de la liberté qu'il a tousjours desirée pour luy et
   les siens en l'exercisse de sa religion; estimants Leurs
   Majestez, et aussy Mon dict Seigneur, qu'icelle Royne
   considérant, comme ilz la prient bien fort de faire, que, pour
   l'intégrité de conscience où mon dict Seigneur veut tousjours
   demeurer, il ne luy seroit honnorable de se contraindre et les
   siens en sa religion, allant de delà en la bonne et syncère
   délibération, où il est, de servir d'affection à icelle Royne, à
   la continuation de l'union et concorde de ses subjects et païs,
   et ne leur donner nulle mauvaise occasion;

   Et, pour ceste cause, il plaise à la dicte Dame Royne de regarder
   d'accorder le faict et exercisse d'icelle religion à Mon dict
   Seigneur et aux siens, à sa satisfaction, et en faire passer
   l'article, comme le reste de ce qui sera accordé du traité, par
   le Parlement et Estats du païs; car aultrement et à grande
   difficulté se pourroit il résoudre, aussy Leurs dictes Majestez
   ne luy conseilleroient et ne seroient d'advis, en quelque sorte
   que ce soit, de passer plus oultre en ceste négociation,
   considéré ce que sur ce poinct la dicte Dame Royne a dict au dict
   Sr de Larchant et despuis au dict Sr de La Mothe Fénélon: qui est
   qu'il y auroit pour Mon dict Seigneur un extresme danger, et
   qu'elle aymeroit mieux mourir que de le voir.

   Voylà pourquoy chascun en demeure en peyne de deçà; car, encores
   que Mon dict Seigneur aille avec toute bonne affection, et n'y
   voullant apporter aulcune cause ou occasion de rumeur ni trouble,
   si, n'y seroit il nullement en seuretté de sa personne, comme
   icelle Dame Royne a tacitement déclaré.

   Et advenant qu'il y ait difficulté sur le dict point de la
   religion et libre exercisse d'icelle, qu'il ne se puisse, ainsi
   que dict est, terminer et que l'on désire absolluement que Mon
   dict Seigneur soit par delà pour le luy accorder et les siens, le
   dict Sr de Foix ne passera point oultre à tout le reste des dicts
   aultres articles, mais se despartira prudemment de la dicte
   négociation,

   Et asseurera la dicte Dame Royne que Leurs dictes Majestez et Mon
   dict Seigneur, cognoissant par ce qu'elle en a dict si
   franchement aux dicts Srs de Larchant et de La Mothe Fénélon, et
   puis par les honnestes depportementz que l'on a tousjours cogneu
   en elle et aux siens, procédants à cest affaire; qu'il ne sera
   jamais que le Roy ni la Royne, sa mère, n'en ayent telle
   souvenance qu'elle se peut asseurer d'eux d'une vraye et
   parfaicte amour qu'ilz lui portent, comme ils fairont tousjours
   paroistre par effaict d'aussy grande affection et bonne volonté
   qu'elle sçauroit desirer envers elle et les siens, toutes et
   quantes fois que l'occasion s'en présentera.

   Davantage luy dira aussy que, quand à Mon dict Seigneur, il se
   sent particullièrement tant obligé à elle de l'honneur qu'elle
   luy faict, qu'il ne sera jour de sa vie qu'il n'en ait souvenance
   pour luy faire aussy, l'occasion se présentant, de toute
   affection servisse, et aux siens toutes les honnestetés et
   courtoisies qu'il pourra, regrettant grandement que les choses ne
   se peuvent mieux accorder pour l'affection et grand amour qu'il
   porte à icelle Dame Royne, dont mal aisément se pourra il jamais
   despartir, ce qu'il la supplie très humblement croire, et le
   tenir tousjours en sa bonne grâce, et pour le plus affectionné de
   ses serviteurs.

   Fait à Fonteinebleau, le XXIXe jour de juillet 1571.

    CHARLES, CATERINE.      _Au-dessous_, HENRY.
    _Et plus bas_, PINART.



XVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour d'aoust 1571.--

  Avertissement donné au roi que les protestans de France font tous
    leurs efforts pour empêcher le mariage du duc d'Anjou, et
    qu'ils ont proposé le mariage du prince de Navarre avec
    Élisabeth ou l'une de ses parentes.--Obstacle qu'il faut mettre
    à l'exécution de ce projet.--Assurance que doit donner
    l'ambassadeur que le mariage du prince de Navarre avec la sœur
    du roi est arrêté et conclu.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'attendz à vous faire responce à
toutes vos dernières dépesches, après que j'auray communiqué des
poincts qui sont importants par icelles à aulcuns seigneurs de mon
conseil, qui ont praticqué les traictés d'entre mes prédécesseurs Roys
et les Escossois, et prendray sur toutes vos dictes dépesches une
bonne résolution, dont je vous advertiray incontinent; et vous
esclerciray entièrement sur le tout de mon intention.

Cependant j'ay advisé de vous faire ceste dépesche pour vous dire que
j'ay eu advis bien certain que, combien que le feu cardinal de
Chatillon ayt faict l'ouverture et démonstration bien affectionnée, et
ceux de la religion aussy, de desirer le mariage de mon frère avec la
Royne d'Angleterre, que néantmoins c'estoit chose que le dict cardinal
et les plus grands d'entre eulx ne voulloient pas, n'estant ce qu'ilz
en faisoient que pour tousjours nous amuser; et que, tant s'en fault
qu'ilz le souhaitassent à bon escient, qu'au contraire, pour empescher
soubz main le dict mariage, et par mesme moyen celluy de ma sœur avec
le Prince de Navarre, Mr l'Admiral a tant faict par ses menées que la
Royne de Navarre, ma tante, et luy ont secrettement envoyé et escript
en Angleterre pour, par le moyen des bons et certains amis qu'ils y
ont, faire proposer, comme ilz ont faict, avec toutes les industries
et plus belles couleurs qu'ils ont peu penser, à la dicte Royne
d'Angleterre le mariage d'entre elle et le Prince de Navarre; et, si
le parti du dict Prince n'estoit trouvé bien convenable et agréable à
la dicte Royne d'Angleterre, et qu'elle persistast tousjours en
l'opinion et résolution qu'ils sçavent (comme j'en ay eu aussy advis)
qu'elle a, dès longtemps, de ne se marier jamais, qu'ilz luy ont par
mesme moyen faict remonstrer et requérir que, pour seurement et bien
establir ses affaires et les leurs aussy, elle donnât au dict Prince
de Navarre en mariage une sienne niepce à laquelle elle pourroit,
quand elle voudroit, faire beaucoup de bien.

Dont de tout ce que dessus je vous ay bien voulleu advertir, affin
que, s'il advient que la dicte Royne d'Angleterre ou ses ministres
vous mettent en propos du mariage de ma dicte sœur et d'icelluy
Prince, vous en parliez comme si le dict mariage estoit du tout
résollu, comme aussy sera il tousjours, quand il me plerra; et fault
que vous ayez l'œil si ouvert, que vous puissiez descouvrir par delà
les menées de ces gens là, et regarder d'y mettre secrettement tous
les empeschements que vous pourrés; car, s'il est vray qu'ilz ayent ce
dessein, je ne veux pas négliger les moyens, que Dieu m'a donnés, de
la puissance que j'ay sur le dict Prince de Navarre, comme mon subject
qu'il est, pour empescher que cella, qui ne pourroit qu'aporter très
grande incommodité à mon servisse, ne se fasse.

Vous debvés tenir, comme je m'asseure que sçavés très bien faire,
cessy secret, que nul ne s'aperçoive que nous le sçachions, affin
qu'ilz ne changent ou couvrent les menées et pratiques qu'ilz font en
cella. J'en escris à Mr de Foix et l'advertis seullement de l'advis
que j'en ay eu, et, me remettant à vos prudences et dilligences pour y
pénétrer plus avant que ce que en avons sceu de deçà, je n'estendray
ceste cy davantage que pour vous dire que, comme je mande au dict Sr
de Foix, il fault aussi qu'il regarde ce qu'il en pourra apprendre de
sa part, et s'en servir à propos en ce qu'il a à négocier par delà;
vous remettant au demeurant mes aultres affaires; et priant Dieu, etc.

Escript à Chenonceau, le XXVe jour d'aoust 1571.


    _Par postille à la lettre précédente._

Monsieur de La Mothe Fénélon, il fault que vous dictes, quand on vous
parlera du mariage de ma dicte sœur et du dict Prince de Navarre,
qu'il est tout faict.

Ce XXVe jour d'aoust 1571.

    CHARLES.      PINART.



XCIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de septembre 1571.--

  Réclamation du roi en faveur de Mr de Vérac, prisonnier en
    Écosse.--Négociation pour la pacification de ce
    pays.--Approbation donnée par le roi au projet d'associer le
    prince Jacques à la couronne.--Ordre transmis à l'ambassadeur
    de conduire cette négociation auprès de Marie
    Stuart.--Protestation du roi qu'il assistera toujours la reine
    d'Écosse; mais qu'il est hors d'état de soutenir une guerre
    contre l'Angleterre.--Charge donnée à l'ambassadeur de
    solliciter vivement la liberté de l'évêque de Ross et de se
    porter, en son absence, auprès d'Élisabeth, le représentant de
    Marie Stuart.--Désir du roi d'être tenu au courant des affaires
    d'Irlande.--Confirmation de l'avis sur le projet de mariage du
    prince de Navarre avec Élisabeth ou l'une de ses
    parentes.--Confidence faite par Cavagnes à la reine-mère d'une
    conférence qu'il a eue avec Walsingham, qui a mis en avant la
    proposition d'une ligue.


Monsieur de La Mothe Fénélon, en attendant l'arrivée du secrettaire du
Sr de Foix, mon cousin, j'ay reveu toutes vos dernières dépesches qui
sont du dernier de juillet, du Ve, IXe, XIIe et XIXe du passé[104],
ayant avisé de vous y faire par ceste cy plus particullièrement
responce que je n'ay faict en mes dernières. Je vous diray à présent
que, ayant veu par deux dépesches que j'ay receues de Vérac, ces jours
passés, qu'il n'est poinct encores en liberté, j'ay escript despuis
bien expressément aux comtes de Lenox et de Morthon que, ayant
cogneu, comme ilz ont, par les lettres et instructions que Vérac avoit
de moy l'occasion de son voyage, qui estoit si bonne, je desirois
qu'ilz le missent en liberté et luy laissassent continuer sa
négotiation, comme j'espère qu'ils fairont, s'ilz ne l'ont faict
desjà. J'escrivis aussy par mesme moyen à lair de Granges et au
secrettaire Ledinthon, qui sont ensemble, comme sçavés, dedans le
chasteau de Lislebourg, à ce qu'ilz persévérassent toujours en la
bonne vollonté qu'ilz ont au servisse de ma sœur, leur souveraine; et
qu'ilz se pouvoient asseurer qu'ilz auroient bientost de mes
nouvelles, sans toutesfois leur faire aulcune expresse promesse de
secours. Je leur ay faict tenir mes lettres par un vaisseau qui estoit
arrivé à Dieppe, qui s'en retournoit promptement.

  [104] Voyez CXCVIe, CXCVIIe, CXCIXe, CCe et CCIe dép., tom. IV,
  pag. 196, 202, 210, 214 et 217.

Quand à l'abstinence de guerre qui ne s'est peu encores accorder en
Escosse, ce seroit un grand bien qu'ilz en peussent convenir bientost,
affin de traicter des affaires de la Royne d'Escosse, mais il fault
que ce soit en Angleterre et non pas envoyer faire ceste négotiation
là sur les lieux, aux frontières d'Escosse: car, comme j'ay veu par
voz dictes dépesches, et comme vous avés bien entendu par les advis en
chiffre que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse nous a donnés, il est
bien croyable et certain que, si ma sœur, la Royne d'Angleterre,
voulloit pratiquer le reste des Escossois qui tiennent le parti de la
dicte Royne, ce luy en seroit, si la dicte négotiation se faisoit sur
la frontière, une commodité, fort aisée.

Ayant bien considéré à ce propos ce que vous m'escrivés du moyen que
le dict comte de Morthon a de remettre le païs d'Escosse en bonne
pais, et de l'asseurance que vous avés qu'il seroit bien aisé à
gaigner si ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, voulloit se
condescendre à ce que le petit Prince, son fils, demeurât
coinjoinctement Roy avec elle, chose qui me semble n'est debvoir
négliger et que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, peut et doibt
desirer, voire honnestement procurer, estant ses affaires en si pauvre
estat qu'elles sont, et se voyant si peu de ses subjectz fidelles,
lesquelz, s'ilz viennent à considérer qu'il n'y a pas grande espérance
de salut de ma dicte sœur, leur souvairenne, si ce n'est par un
traité, se pourront aisément laisser aller à la partie la plus forte;
considéré aussy ce que vous m'escrivés qu'il semble que les Anglois
soyent comme à l'aguet, pour voir s'il sera temps de s'investir du
tout du dict royaulme d'Escosse. A quoy n'est que trop sollicitée la
Royne d'Angleterre par aulcuns mesmes du dict païs, ce que, pour le
respect de l'alliance d'entre mon royaulme et celluy de l'Ecosse, et
pour l'honneur que ma dicte sœur a d'avoir espousé le feu Roy
François, mon frère, je ne pourrois souffrir avec ma réputation; aussy
y veux je pourvoir autant qu'il me sera possible, pour évitter que
cela n'advienne, et n'oublieray point de continuer la bonne assistance
et ayde que j'ay tousjours faict à la Royne d'Escosse et au bien de
ses affaires et bons subjectz. Mais, veu la dicte petite part qu'elle
a à présent de ses subjectz à sa dévotion, considéré aussy l'estat de
mes affaires, je ne veux pas, sans y penser, et soubz coulleur du
secours et assistance que je luy veux bien vollontiers faire, me voir
embarquer à la guerre avec la Royne d'Angleterre.

Je suis d'advis et vous prie de regarder de faire proposer
secrettement à la Royne d'Escosse l'estat où elle est de sa personne
et de ses affaires et subjects, sans toutesfois luy démonstrer
aulcunement que je me veuille porter froidement en son endroict; car
je veux tousjours faire pour elle et ses dictz bons subjectz ce qu'il
me sera possible, toutesfois considérément et comme mes affaires le
pourront permettre; et faictes sentir secrettement d'elle, mais que ce
soit de telle façon qu'elle ne puisse aucunement doubter de la bonne
vollonté que je luy porte et à la prospérité de ses affaires, si elle
voudroit bien accorder que le dict Prince, son filz, demeurât Roy
conjoinctement avec elle; et, si elle le consent, qui est, ce me
semble, le moins mal qu'elle puisse à présent faire, vous pourrés
procéder plus hardiment, Mr de Foix et vous, pour la comprendre et son
filz avec les dictz Escossois en la bonne et droicte ligue défensive
que j'espère qui se faira entre la Royne d'Angleterre et moy; de
laquelle il ne se fault aulcunement descouvrir à ma dicte sœur, la
Royne d'Escosse, ni à pas un des siens; vous priant, en luy faisant
faire ceste ouverture, sçavoir aussy si elle trouvera bon que la
pratique s'en fasse avec le dict comte de Morthon, et, sans perdre
temps, donner ordre de sçavoir, sans faire semblant de rien, en quelle
vollonté sera icelluy de Morthon d'y condescendre; à quoy pourra
servir le mauvais mesnage où le comte de Lenox et luy sont, ainsi que
m'escrivés. Mais, pour ce qu'il sembleroit que l'on avouast par là le
tiltre de Roy, cy devant baillé au dict Prince d'Escosse, et la
déposition de la dicte Royne, sa mère, il faudra se conduire en cecy
comme vous sçaurés très bien faire, le dict Sr de Foix et vous, que
l'on n'en puisse tirer de mauvaise conséquence au désadvantage de ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse.

Cependant il ne sera que bon de faire ce que l'on pourra pour
augmenter la jalousie qui est desjà commencée entre les comtes de
Lenox et de Morthon, et memes les diviser du tout, qui pourra s'en
prévaloir pour le bien de mon servisse et de celluy de ma dicte sœur,
la Royne d'Escosse; et par mesme moyen, faire que ceux de la partie
neutre, qui font quelque démonstration d'incliner et se voulloir
joindre à ceux du party du dict Prince d'Escosse, les attirer par tous
moyens à soustenir et embrasser la cause de leur souveraine.

J'ay veu aussy ce que m'escrivés pour la restitution de l'évesque de
Ross, et, puisque la dicte Royne d'Angleterre faict encores difficulté
de le faire mettre en liberté, je vous prie continuer de faire encores
pour luy tous les bons offices qu'il vous sera possible, affin qu'il
puisse estre dellivré, suyvant la requeste que j'en ay faicte à la
dicte Royne d'Angleterre. Et, s'il ne se peut obtenir d'elle que le
dict évesque de Ross continue auprès d'elle sa charge d'ambassadeur de
ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, au moins que ce soit à la charge
qu'il se retirera d'Angleterre où bon luy semblera, sans toutesfois
que l'instance qu'en faictes puisse altérer la dicte Royne
d'Angleterre; estant bien d'advis que vous embrassiés et preniés
tousjours, en mon nom, comme vous avés fort bien faict jusques icy,
les affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et luy escrire, et
elle à vous, librement, affin que vous puissiés avoir une bonne
intelligence ensemble pour l'assister au maniement de ses dictz
affaires. Mais, si me semble, il est nécessaire qu'elle ait quelqu'un
qui ait la mesme charge que faisoit le dict évesque de Ross, car, si
vous la preniés absolument, il pourroit advenir que, quelque
dilligence que y fissiés, elle ne s'en trouverait peust estre pas
entièrement satisfaicte, et si, cella pourroit encore apporter
jalousie à la dicte Royne d'Angleterre, recullement à mes affaires et
aux siens. Et moyennes aussy doucement envers icelle Royne
d'Angleterre, qu'elle accorde et face expédier un passeport à
l'archevesque de Glasco pour aller rendre compte à sa maistresse de
ses affaires de deçà, mesmement pour le faict du revenu de son
douaire, ainsy que je l'ay cy devant requise, et que je luy escris
encores présentement.

Quand aux aultres advis contenus, en voz dictes dépesches, ce m'a esté
bien grand plaisir de les voir, et vous prie continuer à me tenir
adverty de toutes choses qui surviendront par delà, spéciallement du
costé d'Irlande.

Au demeurant, pour venir à ce que je vous ay, ces jours passés,
escript par la dépesche que vostre secrettaire vous a portée, vous
avés veu par icelle l'advis que j'ay de la menée qui se faict
secrettement pour le mariage de la Royne d'Angleterre et du Prince de
Navarre, ou, si la dicte Royne demeuroit en opinion de ne se marier
jamais, comme l'on dict qu'elle a résollu il y a longtemps, luy
proposer de voulloir donner au dict Prince une sienne niepce. J'ay
despuis eu encores confirmation des dictz advis; aussy est ce le plus
grand honneur qu'il sçauroit recevoir, toutesfois il sera bon que vous
mettiés tousjours peyne de sentir et descouvrir, par delà, s'ilz
auroient eu et ont quelques desseins au contraire pour m'en advertir.

Ne voullant pas, à ce propos, oublier à vous dire que, despuis trois
jours, Cavaignes, qui est ici ordinairement à ma suitte pour les
affaires de ceux de la religion, feust entrettenir la Royne, Madame ma
mère, à l'yssue de son disner, luy faisant entendre qu'il avoit veu le
Sr de Walsingam qui luy avoit discouru comme aulcuns seigneurs, qui
sont auprès d'icelle Royne d'Angleterre, qui desiroient le mariage
d'elle et de mon frère, le Duc d'Anjou, se voyoient en extrême peyne
pour ce que le dict mariage tiroit à la longue; et cependant que le
duc d'Alve avoit si bien conduict les affaires que le Roy d'Espaigne,
son Maistre, a en Angleterre pour le faict des prinses des
marchandises et aultres choses dont ilz estoient en débat, que la
dicte Royne d'Angleterre et les ministres d'icelluy Roy d'Espaigne en
estoient quasy d'accord et prestz à traicter non seulement pour ce
faict, mais de passer beaucoup plus avant affin de remettre et
asseurer l'amitié d'entre le Roy et icelle Royne, et par ce moyen
altérer, s'ilz peuvent, la bonne correspondance et amitié qui est
entre elle et moy. Et se laissa le dict Walsingam, par le discours du
dict Cavaignes, clairement entendre que les dictz seigneurs qui me
sont bien affectionnés auprès de la Royne d'Angleterre, et qui
desirent qu'elle et moy continuions en la bonne amitié et affection
que nous nous portons, et l'intelligence qu'avons ensemble, seroient
bien d'advis et desireroient grandement, pour la fortifier et
augmenter davantage, et pour le bien d'eux mesmes, que, ne se faisant
poinct le mariage d'icelle Royne avec mon dict frère, il se fît une
bonne et parfaicte ligue entre moy, la dicte Royne et le Prince
d'Escosse, qu'ilz appellent à présent Roy, et avec la nation
escossoise, qui seroit seullement, pour le regard des dictz Escossois,
renouveller les traictés d'entre moy et eux, sans parler en cella de
la Royne d'Escosse, ma sœur: qui a faict incontinent penser à ma
dicte Dame, Mère, et à moy comme je croy que vous fairés de vostre
part, qu'ilz voudroient bien du tout establir l'authorité du dict
Prince et de ceux qui le gouvernent en Escosse. Et semble aussy par là
que le dict Sr de Walsingam ait descouvert, ici, avant le parlement du
dict Sr de Foix, l'occasion de son voyage, et que cella luy a faict
ouvrir ce propos des conditions que sa Maistresse desire en la dicte
ligue, en laquelle je ne voudrois pas oublier de comprendre ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse, s'il estoit parlé des Escossois; comme
aussy ne seroit il pas honneste à moy d'en faire aultrement, pour les
considérations cy devant déclarées.

Ma dicte Dame et Mère donna fort paisible audiance au dict Cavaignes,
en luy faisant ce discours, dont j'ay bien vouleu vous advertir pour
servir en vostre négociation, affin aussy que vous regardiés de
prendre et voir clair en cessi, y allant toutesfois rettenu et comme
vous pouvés assés considérer qu'il est requis en cest affaire, affin
que les choses se fassent à ma réputation et advantage le plus qu'il
sera possible; priant Dieu, etc.

Escript à Blois, le Xe jour de septembre 1571.

    CHARLES.    P INART.



XCV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour de septembre 1571.--

  Retour de Mr de Foix.--Audience accordée par le roi à
    Walsingham.--Résultat de la mission de Mr de Foix sur la
    négociation du mariage.--Désir que Burleigh soit désigné par
    Élisabeth pour passer en France.--Approbation de la déclaration
    faite par l'ambassadeur en faveur du duc de Norfolk au sujet de
    l'argent destiné pour Marie Stuart, qui forme l'un des chefs
    d'accusation contre lui.--Refus du roi d'écrire à Élisabeth en
    faveur du duc dans la crainte de lui nuire.--Nécessité de
    suivre les instructions précédemment transmises sur l'Écosse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, mon cousin, le Sr de Foix, est arrivé
devers moy despuis cinq ou six jours en ça, duquel j'ay bien
particullièrement entendu comme toutes choses se sont passées, par
delà, en la négociation que vous et luy avez eu à manier avec la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, dont je demeure infiniment content
et satisfaict de la grande dextérité avec laquelle vous vous y estes
tous deux comportés.

Sur quoy, ayant faict venir devers moy le Sr de Walsingham, sabmedy
dernier, la première chose que je luy ay dicte, ç'a esté que je
remerciois, de toute la plus grande affection qu'il m'estoit possible,
ma dicte bonne sœur du bon accueil et honnorable traictement que mon
dict cousin m'avoit asseuré avoir receu d'elle en son voyage, duquel
je luy sçavois aultant de gré et en recevois le mesme contentement que
s'il eust esté faict à moy mesme. Puis je suis venu à luy dire que, à
ce que j'avois peu cognoistre, les demandes raisonnables que je
faisois pour mon dict frère, touchant le faict de l'exercisse de sa
religion, n'avoient esté receues de ma dicte bonne sœur ainsi que
j'espérois, encores qu'il me semblast qu'elles estoient assés
tolérables, veu que mon dict frère ne voulloit rechercher, en façon du
monde, qu'il feust rien changé au royaulme d'Angleterre au faict de la
religion qui est à présent establie, mais seulement qu'il luy feust
permis, pour servir à sa conscience, d'avoir l'exercisse libre de sa
dicte religion pour luy et sa famille; dont mon dict cousin auroit mis
en avant que mon dict frère se contenteroit qu'il luy feust donné
asseurance, par une simple lettre missive de ma dicte bonne sœur,
que, faisant le dict exercisse, ilz ne recevroient aulcun dommage; à
quoy voyant qu'elle estoit bien loin de condescendre, mesmes par le
propos que milord Burgley dict à mon dict cousin que ma dicte sœur ne
pourrait permettre que mon dict frère peût faire dire la messe au dict
Angleterre, il me sembloit que c'estoit une occasion qu'elle voulloit
prendre pour se despartir de la négotiation du dict mariage; et
toutesfois, d'autant que j'avois trouvé quelque obscurité en ses
responces, j'attandois à y assoir plus certain jugement jusques à
l'arrivée d'icelluy de ses conseillers que mon dict cousin m'a dict
qu'elle délibéroit envoyer par deçà, lequel je l'asseurois qu'il
seroit le très bien venu, et entendrois fort vollontiers de luy toutes
choses concernant ce faict, pour en demeurer davantage esclerci.

Qui est le sommaire des propos que j'ay eus avec le dict Sr de
Walsingam qu'il a faict contenance de bien recevoir, les vous ayant
voullu aussy brièvement discourir, affin que vous teniés un mesme
langage à ma dicte bonne sœur, et puissiés juger si ce qu'il en
mandera par delà s'y trouvera conforme; vous voullant bien dire là
dessus que je desire infiniment l'acheminement de celluy des dictz
conseillers que doibt envoyer ma dicte bonne sœur, avec lequel
j'espère traicter de toutz ces affaires fort commodément, et mesme de
ce qui se pourra mettre en avant, non seullement pour l'assurance de
la continuitté de nostre commune bonne amitié et intelligence, mais
aussy pour l'accroistre et augmenter en tout ce qui sera possible. Et
partant je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, d'avancer
dextrement, aultant que vous pourrés, l'envoy du dict conseiller, et
si ceste charge s'adressoit au dict milord Burgley, j'en serois
d'aultant plus aise que je sçay qu'il est personnage duquel ma dicte
bonne sœur a grande confience.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay faict une bien
ample dépesche, du Xe de ce moys, par laquelle je pense vous avoir
esclercy de toutz les poinctz dont vous desirés avoir lumière de moy;
despuis laquelle j'ay receu voz deux dépesches du VIIe et XIIe de ce
moys[105], sur lesquelles il ne m'eschet à vous dire aultre chose
sinon, quant à celle du dict VIIe, que je trouve fort bon ce que vous
avés dict librement à ceux du conseil de delà, touchant les deux mille
escus que avés envoyés en Escosse à Vérac par le moyen du secrettaire
du duc de Norfolk, ce qu'ilz n'ont occasion de trouver mauvais, quand
ilz y auront bien pensé. Mais d'escrire à ma dicte bonne sœur en
faveur du dict duc, pour modérer la recerche que l'on luy veut faire
de sa vye, à cause de ce que son secrettaire a voullu moyenner l'envoy
des dictz deux mille escus, de quoy vous pensés qu'il n'a rien sceu en
façon du monde, c'est chose qu'il ne me semble aulcunement à propos de
faire pour ceste heure, pour estimer que cella luy porteroit plus de
domage que de profit; estant toutesfois résolu, si j'entendois cy
après qu'il feust pressé et poursuivy de sa vie pour ce faict,
d'employer tout ce que je puis avoir de faveur et crédit envers ma
dicte bonne sœur, pour le garder de tomber en inconvénient; ne
faisant poinct de doubte que la Royne d'Escosse, ma belle sœur, n'en
souffre de son costé. Ce que je conjecture mesmement parce que vous a
mandé le dict milord Burgley, que sa Maistresse ne vouloit plus
souffrir que aulcun demeurât par delà pour la dicte Royne d'Escosse;
et néantmoins je desire que, pour cella, vous ne laissiés à la
requérir doucement d'accorder à l'archevesque de Glasco le passeport
dont je vous ay escript cy devant pour aller rendre compte à sa
Maistresse de ses affaires de deçà.

  [105] Voyez CCIIIe et CCIVe dép., tom. IV, pag. 224 et 229.

J'ay veu ce que me mandés de l'escarmouche qui est passée en Escosse
entre ceux de Lislebourg et du Petit Lict, ne voyant rien en toutes
ces choses ainsi advenues, et mesmes en l'accord que les comtes
d'Arguil, de Casseilles, d'Eglinthon et milord Boit ont faict avec le
comte de Morthon qui ne me fasse desirer que vous suiviés ce que je
vous ay escript par ma susdicte dépesche du Xe, pour accommoder en
Escosse les affaires de ma dicte belle sœur. Sur lesquels je pourray
prendre encores, cy après, plus certaine résollution, à l'arrivée de
ce conseiller qui me viendra de la part de ma dicte bonne sœur,
attandant lequel, quand vous tiendrés les choses en quelque estat, ce
ne sera que bien faict, car j'espère me servir grandement de la venue
du dict conseiller à accommoder les dictz affaires d'icelle ma belle
sœur; priant Dieu, etc.

Escript à Blois, le XXVIIe jour de septembre 1571.


Ainsi que je voullois signer ceste lettre, j'ay receu vostre dépesche
du XVIe de ce moys[106], par laquelle j'ay veu, ensemble par les advis
et coppies des lettres qui estoient encloses avec la dicte dépesche,
ce qui est advenu en l'entreprinse que ceux de Lislebourg avoient
faicte sur Esterling, où il se trouve pour conclusion que le comte de
Lenox a esté tué[107], vous advisant que je regarderay cy après à
prendre une bonne résollution sur les affaires de ma dicte belle
sœur, laquelle j'ay grand regret de voir ainsi travaillée que le
tesmoignent les lettres qu'elle vous a escript.

Ce XXVIIe jour de septembre 1571.

    CHARLES.    B RULART.

  [106] Voyez CCVe dép., tom. IV, pag. 232.

  [107] Voir notes, tom. IV, pag. 69 et 232.



XCVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour de septembre 1571.--

  Opinion de Catherine de Médicis que le projet de marier le prince
    de Navarre en Angleterre est abandonné, et que son mariage avec
    Madame sera prochainement conclu.--Satisfaction qu'elle éprouve
    de la conduite de Coligni, et du dévouement qu'il montre pour
    le service du roi.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'adjousteray aultre chose à la
lettre que le Roy, Monsieur mon filz, vous escript, que pour vous dire
seullement, quand à ce que m'escrivés par vostre lettre du XIIe, «que
vous ne vous pouvès poinct apercevoir qu'il se tienne aulcun propos,
par delà, de mariage de ma dicte bonne sœur, aultre que celluy qui
est ouvertement en termes», je croy que la chose se trouvera ainsi;
car, du costé dont nous avons quelque doubte, je tiens les choses tant
avancées, pour le regard du mariage de ma fille, que, quand l'on y
auroit pensé cy devant, cella seroit à ceste heure délaissé, vous
voullant bien dire que, tant s'en fault qu'il y ait nouvelle
conspiration de ceux de la Rochelle avec ceux du prince d'Orange pour
courir sus aux subjects du Roy, Monsieur mon filz, qu'au contraire mon
cousin l'Admiral est, ici, avec nous, qui ne desire rien plus que
d'ayder en tout ce qu'il peust à empescher les pyrateries qui se font
en la mer par meschantes gens qui n'ont aulcun adveu de ceux de la
dicte Rochelle, comme aussy à s'employer en toutes aultres choses
concernant le bien du servisse du Roy, Mon dict Sieur et filz, comme
son fidelle subject. Sur ce, etc.

Escript à Blois, le XXVIIe jour de septembre 1571.

    CATERINE.       BRULART.



XCVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour de septembre 1571.--

  Conférence de Catherine de Médicis avec Walsingham.--Plainte de
    Walsingham au sujet de l'argent que La Mothe Fénélon aurait
    remis au secrétaire du duc de Norfolk.--Connaissance qu'il
    donne à la reine des intrigues de Marie Stuart avec le roi
    d'Espagne.--Protestation de la reine que la Mothe Fénélon n'a
    pu donner aucune occasion de plainte.--Déclaration que le duc
    d'Anjou ne saurait consentir au mariage, si le libre exercice
    de sa religion ne lui est pas accordé.--Crainte que cette
    négociation ne soit rompue.--Désir qu'elle puisse être renouée
    pour le duc d'Alençon.


Monsieur de La Mothe Fénélon, le Sr de Walsingam m'est venu trouver
ceste après disnée, qui a commencé son propos par me dire qu'il
voulloit parler à moy, non comme ambassadeur, mais comme personne
privée, et me dire que, encores qu'il sçache que l'intention du Roy,
Monsieur mon filz, et la mienne ne soit aultre que d'entrettenir la
bonne amitié et intelligence qui est entre sa Maistresse et ce
royaulme, si est ce qu'il semble que, en quelque sorte, on la veuille
altérer, s'estant trouvé, despuis quelque temps, en çà, que vous, qui
vous estiés tousjours cy devant comporté fort dignement en vostre
charge, et n'aviés faict que tous bons offices, avés mis entre les
mains du secrettaire du duc de Norfolk quelque argent pour servir à
ceux qui pourchassent mauvaises pratiques par delà contre sa
Maistresse; disant que, parmi les papiers du dict secrettaire du dict
duc, il s'estoit trouvé plusieurs choses de grande conséquence qui se
traictoient entre luy et la Royne d'Escosse, ma belle fille, contre sa
dicte Maistresse, mesmes des lettres que ma dicte belle fille
escrivoit au dict duc, par lesquelles elle luy mandoit que, voyant
bien que, réheussissant le faict du mariage qui se traictoit entre mon
filz le Duc d'Anjou et sa dicte Maistresse, l'affection qu'on luy
avoit portée du costé de deçà se pourroit refroidir grandement, et
elle seroit quasi contrainte se mettre entre les bras du Roy
Catholique, mon beau fils, qui la faisoit recercher pour la marier
avec don Joan d'Austria, luy faisant aussy promesse de faire, par
mesme moyen, le mariage de son filz avec l'une de mes petites filles;
qui estoient offres, à quoy elle le prioit de l'excuser, si elle se
disposoit d'entendre en la nécessité où elle se voyoit aujourdhuy
réduicte, encores qu'elle luy eût tousjours une bonne affection, ainsy
qu'elle le luy avoit promis.

Sur quoy je luy ay respondu, quand au premier poinct, que je vous
tenois pour un honneste gentilhomme, digne ministre de son Maistre, et
que je ne pense avoir faict chose, de par delà, dont vous ne
respondiés tousjours au Roy, Mon dict Sieur et filz, et de laquelle ma
dicte bonne sœur ait occasion d'estre mescontente; mais, quand à
l'argent dont il me parloit, qui estoit deux mille escus, comme je
pensois, que je sçavois bien que l'ambassadeur d'Escosse avoit
remonstré quelquefois au Roy, Mon dict Sieur et filz, que sa
Maistresse estoit en nécessité d'argent par delà, et qu'il n'y avoit
aultre voye d'en faire tenir que par vous, à qui nous n'avons jamais
trouvé mauvais qu'il s'addressât pour faire tenir de l'argent pour les
affaires de ma dicte belle fille; et quand il l'auroit faict pour le
regard des dictz deux mille escus, et que vous auriés essayé de les
faire tenir en Escosse par le moyen du dict secrettaire, nous ne le
pouvons avoir désagréable, veu la bonne intelligence que, de tout
temps, ce royaulme a avec les Escossois, et mesmes l'estroicte
alliance que la dicte Royne d'Escosse a eu ce royaulme: qui nous a
tousjours faict penser que ma dicte bonne sœur ne pourroit prendre
en mauvaise part que nous l'aydassions en ces affaires, en chose
mesmement où il ne lui pourroit estre faict aulcun préjudice; de sorte
que, soit que vous eussiés essayé de faire tenir les dictz deux mille
escus en Escosse par le moyen du dict secrettaire, pour les gens de ma
dicte belle fille, ou que ce feust pour l'agent du Roy, Mon dict Sieur
et filz, qui est par delà, dont je m'informerois mieux cy après, il me
sembloit que ma dicte bonne sœur n'avoit poinct occasion de s'en
fascher ni malcontenter en façon du monde.

A quoy le dict Sr de Walsingam m'ayant répliqué que l'on sçavoit assés
la vie estrange que avoit menée ma dicte belle fille, qui estoit
odieuse à un chascun, et qu'elle ne méritoit que nous en eussions un
si grand soin; je luy ay respondu que je sçavois bien que le plus
souvant l'on disoit d'une pauvre princesse affligée, comme est ma
dicte belle fille, pleusieurs choses qui ne se trouvent quelque fois
pour la pluspart véritables; mais que le Roy, Monsieur mon fils, ne
pouvoit, pour son honneur, qu'il ne luy aydât à accommoder ses
affaires en son païs; qui est une office que ma dicte bonne sœur ne
pourroit trouver mauvaise, pour estre convenable à l'alliance que
ceste couronne a de tout temps et ancienneté avec les Escossois, et le
lieu qu'elle a tenu en ce dict royaulme, n'ayant vollonté toutesfois
de rien faire en cella que avec le respect de l'amitié et bonne
intelligence que nous avons avec ma dicte, bonne sœur; à laquelle
nous ne voudrions en rien contrevenir, mais faire toutes choses qui la
pourroient plustot augmenter et acroistre en ce qui nous seroit
possible.

Sur quoy je vous diray que nous vous prions continuer à vous
gouverner en ces affaires de telle façon que, maintenant que la
négotiation du mariage de mon filz d'Anjou n'est aux termes qu'il
estoit il y a quelque temps, ma dicte bonne sœur ne juge, par les
instances que vous luy fairés, que nostre amitié soit en quelque sorte
diminuée en son endroict.

Oultre tout ce que dessus, le dict Sr de Walsingam m'a dict que sa
Maistresse avoit plus de desir de se marier que jamais, mais qu'il
sembloit que, de ce costé, l'on en feust réfroidi; bien sçavoit elle
que le Roy, Monsieur mon filz, et moy le desirions infiniment, mais
que mon filz, le Duc d'Anjou, n'y avoit trop de vollonté, ce qu'il me
prioit de sçavoir de luy.

A quoy je luy ay respondu que mon dict filz n'estoit pas si mal advizé
qu'il ne recogneût bien que c'estoit le plus digne parti qui se puisse
offrir pour sa grandeur; et que, quand ma dicte bonne sœur
s'accomoderoit aux choses raisonnables que nous desirons d'elle, qui
est la permission de pouvoir librement exercer sa religion avec sa
famille, sellon que sa conscience le luy commande, que j'estimois
qu'il ne s'y trouveroit poinct de difficulté; mais que, estant mon
dict fils tant amateur de sa religion comme il est, ainsi que le dict
Sr de Walsingam le pourroit assés cognoistre, quand soigneusement il
s'en voudra enquérir, je ne pensois pas que, pour quelque grand
avantage et grandeur que luy peust estre proposée en ce monde, il soit
jamais pour condescendre à aulcun parti, si l'exercisse public de sa
dicte religion ne luy demeure libre pour luy et tous les siens.

Et m'ayant là dessus respondu le dict Sr de Walsingam qu'il pensoit
que ce seroit chose fort difficile, et qui ne se pourroit faire; je
luy ay dict que je m'estois assez enquise de la vollonté de mon dict
filz, mais que, le cognoissant comme je fais, je sçavois bien qu'il
avoit tant de révérence à sa religion que, pour devenir le plus grand
monarque du monde, il ne voudroit perdre à la pouvoir exercer
publiquement avec tous les siens en telle liberté que sa conscience le
luy commande, et pour rien du monde se mettre en danger d'y estre
aucunement empesché soubz quelque petite permission que luy en
pourroit faire ma dicte bonne sœur, à laquelle je m'asseurois qu'il
n'avoit aultre vollonté, toute sa vie, que de faire servisse, se
sentant luy estre obligé.

Vous ayant voulleu faire ce discours de tous ces propos que j'ay eu
avec le dict Sr de Walsingam, affin que, en donnant advis à sa
Maistresse, vous en soyés, de vostre part, informé, et en parliés ce
mesme langage; réservant toutesfois à luy dire rien de ce dernier
poinct, contenant la vollonté de mon dict filz, si elle ne vient à
vous en parler la première; auquel propos vous luy pourrés dire
davantage que, par là, elle peust cognoistre qu'il ne tient de nostre
costé que les choses n'ayent esté conduittes à l'effaict que nous
avons tant désiré. Et si, là dessus, pour luy faire mieux cognoistre
combien nous avons envie de contracter alliance avec elle, et nous
asseurer de son amitié, vous luy mettiés en avant mon filz le Duc
d'Alançon, pour entrer en ceste place, lequel ne se randroit pas si
scrupuleux au faict de sa dicte religion que faict mon dict filz, le
Duc d'Anjou, j'estime que cella ne viendroit pas mal à propos.
Toutesfois c'est chose que je remets à vostre jugement pour en faire
selon ce que vous estimerés, voyant l'estat présent des choses s'en
debvoir faire pour le mieux, ou bien s'il sera meilleur d'attandre à
en faire l'ouverture au milord que doibt envoyer par deçà ma dicte
bonne sœur.

Vous adjousterés à ce que dessus que nous sommes bien marris que nous
n'avons une aultre personne, semblable à mon dict filz d'Anjou, pour
la luy offrir; mais qu'il n'y a pas grande différence entre luy et mon
dict filz d'Alençon, qui l'aprosche d'aage d'un an, estant toutesfois,
selon que je vous mande, et que vous jugerés estre pour le mieux. Et
sur ce, etc.

Escript à Blois, le XXVIIIe jour de septembre 1571.

    CATERINE.       BRULART.



XCVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour d'octobre 1571.--

  Affaires d'Écosse.--Conférence de l'archevêque de Glascow avec
    Catherine de Médicis.--Vives sollicitations de sa part pour
    obtenir en faveur de Marie Stuart des secours d'hommes et
    d'argent.--Impossibilité où se trouve le roi d'envoyer un
    secours d'hommes.--Consentement donné à l'envoi d'un secours
    d'argent.--Instances que doit faire l'ambassadeur auprès
    d'Élisabeth pour Marie Stuart.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu par la lettre que
vous a escript la Royne, Madame ma mère, du XXVIIIe du passé, le
propos qu'elle et le Sr de Walsingam ont eu ensemble, mesmes touchant
le faict de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, que je touche
seullement d'aultant que la présente que je vous fais ne regarde que
ce qui concerne ma dicte belle sœur; de laquelle je vous diray que
l'ambassadeur vint avant hier trouver ma dicte Dame et Mère, et amena
avec luy le Sr de Flamy, luy faisant entendre, que sa Maistresse luy
avoit mandé de s'en aller en Escosse pour essayer à regaigner ce
qu'il y avoit perdu, et aussy pour luy faire servisse et s'employer à
reconquérir les choses qui avoient esté usurpées par ses subjects
rebelles; mais que, auparavant son partement, il l'avoit chargé de
sçavoir quel secours de gens et d'argent il me plairroit de donner à
ma dicte belle sœur, en la nécessité où ses affaires estoient à
présent réduicts en son royaulme, lesquelz avoient plus de besoin du
dict secours que jamais; d'aultant que, d'un costé, il semble que la
Royne d'Angleterre veuille y envoyer gens de guerre pour favoriser ses
dicts subjectz rebelles, et, d'aultre part, tant s'en fault que la
mort du comte de Lenox, naguières advenue, ait apporté un meilleur
succès en ses dicts affaires que, au contraire, les Amilthons qui, de
son vivant et pour la hayne mortelle qu'ilz avoient contre luy,
favorisoient le parti de ma dicte belle sœur, commencent à s'accorder
avec les aultres qui sont demeurés après le décès du dict comte de
Lenox; de sorte que, sans le dict secours, elle ne voyoit pas que ses
dictz affaires ne feussene; que pour se porter fort mal.

Sur quoy ma dicte Dame et Mère les a remis à sçavoir ma vollonté en
cest endroict pour après la leur faire entendre; laquelle, je vous
veux bien dire, sera telle que je ne me délibère, en façon du monde,
de luy promettre d'envoyer gens de par delà, car, si je le faisois,
cela tomberoit plus à son désadvantage que à son profit, d'aultant
que, n'y en pouvant envoyer que bien petit nombre, à cause du traject
de mer, c'est une chose toute asseurée que, quand je l'aurois faict,
la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, ne manqueroit d'y en envoyer,
de sa part, un bien plus grand nombre, comme il luy est assés aisé et
qu'elle a grande commodité de le pouvoir faire; si bien que, au lieu
d'esteindre ce feu de guerre, qui est de delà, ce seroit l'allumer et
augmenter davantage, mais, quand à l'argent, estant un secours qui se
peut mieux couvrir, je regarderay de luy en faire bailler quelque
somme.

Qui est tout ce qu'il me semble que je pourray mieux faire de ce costé
pour ma dicte belle sœur, de laquelle je desire que vous favorisiés
tousjours par delà les affaires aultant qu'il vous sera possible, et
que, à ceste fin, vous dictes, de ma part, à ma dicte bonne sœur que,
ayant entendu qu'elle estoit en quelque vollonté d'envoyer des gens de
guerre au dict Escosse, je la veux bien prier, au nom de nostre
commune amitié, de s'en voulloir desporter, et de ne rien faire au
domage des affaires de ma dicte belle sœur, comme seroit l'envoy des
dicts gens de guerre; car, si elle le faisoit, je serois contrainct et
ne me pourrois honnestement garder d'y envoyer aussy, de mon costé,
pour les anciennes alliances qui sont entre mon royaulme et celluy
d'Escosse, et mesmes pour l'estroicte et particulière que a avec moy
ma dicte belle sœur, ayant esté femme de mon frère ayné.

Et, ce faisant, vous la pourriés asseurer que le plus grand desplaisir
que je sçaurois recevoir en ce monde, ce seroit d'en venir là, car,
tant s'en fault que je veuille entrer en chose qui puisse aulcunement
altérer et amoindrir nostre commune bonne amitié et intelligence que,
au contraire, je ne desire rien plus que embrasser tout ce qui la peut
augmenter, en quoy j'espère qu'il me sera correspondu de son costé;
vous priant de luy faire entendre ces choses le plus doucement que
vous pourrés, affin que, sans l'aigrir, vous puissiés, s'il est
possible, destourner la vollonté qu'elle pourroit avoir d'envoyer
gens au dict Escosse, ou faire révoquer ceux qui, possible, se
seroient jà acheminés, ainsi que par vostre dépesche du XXVIe du
passé[108] vous me mandiés que l'on pensoit qu'elle le deubt faire;
vous voulant bien dire sur icelle dépesche, que j'ay trouvé la lettre,
que vous avés escripte au milord Burgley, fort sage, et que vous
n'eussiés sceu mieulx faire, voyant l'aigreur et mauvaise vollonté en
laquelle ma dicte bonne sœur estoit envers la dicte Royne d'Escosse,
sellon ce que vous en a faict sçavoir le dict Burgley, que de ne vous
avancer poinct davantage pour parler des choses contenues en ma
dépesche du Xe. Toutesfois vous avez bien cogneu par les propos que ma
dicte Dame et Mère a eus des affaires d'Escosse avec le Sr de
Walsingam comme nous ne luy avons donné à cognoistre, en façon du
monde, que nous tenions les dictz affaires en peu de compte, si bien
que ma dicte bonne sœur ne pourra estre confortée de l'opinion que le
comte de Lestre vous a dict qu'elle avoit, qu'il sembloit que vous
fissiés en l'instance des dictz affaires plus qu'il ne vous estoit
commandé, et penchassiés aulcunement du costé de la maison de Guise;
n'ayant rien à vous dire davantage sinon de prier Dieu, etc.

Escript à Bloys, le VIIe jour d'octobre 1571.

    CHARLES.        BRULART.

  [108] Voyez CCVIIe dép., tom. IV, pag. 241.



XCIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour d'octobre 1571.--

  Affaires d'Écosse.--Audience accordée à l'archevêque de
    Glascow.--Supplications de l'archevêque afin d'obtenir pour
    Marie Stuart le secours du roi.--Déclaration faite par le roi à
    Walsingham qu'il désire savoir quelle conduite la reine
    d'Angleterre veut tenir à l'égard de Marie Stuart.--Résolution
    du roi d'autoriser le sieur de Flemy à préparer en Bretagne ou
    Normandie une expédition pour l'Écosse.--Satisfaction du roi
    d'apprendre qu'Élisabeth a suspendu ses préparatifs contre ce
    pays pour traiter de la ligue.--Avis sur les projets des
    Espagnols contre l'Écosse.--Contentement qu'éprouve le roi de
    la conduite de l'Amiral.--Approbation de la déclaration faite
    par l'ambassadeur qu'Edimbourg est placé sous la protection du
    roi.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis la dernière dépesche que je vous
ay faicte, qui a esté du VIIe du présent, l'archevesque de Glasco a eu
une audience de moy, avec le Sr de Leviston, qui m'a baillé des
lettres de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, et faict entendre bien
amplement le misérable estat auquel elle est aujourdhuy réduitte, tant
pour sa personne que l'on pourchasse à faire mourir, que pour ses
affaires d'Escosse: qui est conforme à ce que m'en avés escript par
vos dépesches du dernier du passé et VIe du présent[109], et mesmes, à
ce que j'ay peu voir par les coppies des lettres que ma dicte belle
sœur vous a escriptes, me requérant de nouveau de faire ouverte
démonstration que je suis dellibéré d'entrettenir l'alliance de ceste
couronne avec le royaulme d'Escosse, prendre elle, son fils et son
royaulme, en ma protection, et de faire garder les promesses que la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, luy a cy devant faictes de la
mettre en liberté; à toutes lesquelles choses je leur promis lors
d'aviser.

  [109] Voyez CCVIIIe et CCIXe dép., tom. IV, pag. 245 et 248.

Et partant, y ayant pensé; un ou deux jours après, j'ay faict venir
devers moy le Sr de Walsingam, lequel j'ay prié de remonstrer à sa
Maistresse, de ma part, comme elle sçait bien que, jusques icy, je ne
me suis poinct entremis des affaires d'Escosse que comme ami commun,
desireux de voir ce royaulme là en bonne pacification, pour le respect
que j'ay vouleu porter à la conservation de la bonne amitié et
intelligence que j'ay avec elle, sans rien attanter de ce costé là
dont elle se peût sentir offencée, l'ayant tousjours requise de faire
traictement à ma dicte, belle sœur digne d'une Royne et souveraine
princesse telle qu'elle est; et entendant que, au contraire de ce,
elle use aujourdhuy envers elle de toutes les rigeurs du monde, et
mesmes qu'elle veut envoyer gens de guerre en Escosse pour la faveur
de ceux qui tiennent son parti contraire, je ne pouvois trouver toutes
ces choses que bien fort indignes, et pour moy malaisées à supporter à
cause de l'estroitte alliance et amitié que j'ay avec ma dicte belle
sœur et le royaulme d'Escosse, laquelle ne me permettroit jamais, en
servant à mon honneur et réputation, de la délaisser en ces besoings;
et partant je desirerois que ma dicte bonne sœur s'en voullût
esclaircir avec moy pour sçavoir à quoy je m'en doibs tenir et ce que
je puis attendre de ses déportementz envers ma dicte belle sœur:
chose que je ne fais poinct de doubte qu'il ne mande par delà; qui est
cause que j'ay voulleu vous en donner ce mot d'advis affin que vous en
parliés à ma dicte bonne sœur au mesme langage, en entrant en propos
avec vous.

Or, pour tout cella, m'estant bien au vray représenté le besoin du
secours que ont ceux de Lislebourg, tant par ce que le dict Leviston
m'en a dict, que ce que j'ay veu par voz précédentes, je n'ay voullu
attandre à leur donner quelque ayde, ayant eu agréable que le sieur de
Flamy passât au dict Escosse quelques deux ou trois cens soldats qu'il
m'a dict qu'il mettroit ensemble, et ordonné luy estre baillés dix
mille livres et des vaisseaux, navires et mariniers pour charger les
dictz soldatz en mes ports de Bretaigne ou de Normandie, ainsi qu'il
trouvera plus à propos, ensemble deux pièces d'artillerie de campagne
avec des boulés, et munitions qui ne seront marquées de mes armories,
sans que l'on donne aulcunement à cognoistre que ce soit chose dont je
me mesle en façon du monde; qui sera un assés bon rafreschissement,
s'il peut arriver par delà à temps, et avant qu'il ait esté faict
aulcun effort au dict Lislebourg, sellon la délibération qui avoit
esté prinse ainsi que me l'avés mandé; ayant bien considéré ce qui a
esté escript curieusement par le dict Sr de Walsingam du recueil de
mon cousin l'Admiral en ceste cour, qui est conforme à la vérité; ce
que aussy me donnés advis du voyage que doibt faire par deçà
Quillegrey pour passer, puis après, en Allemaigne; auquel voyage je le
fairay observer soigneusement pour la charge qu'il aporte avec soy.

Au demeurant, vous avés fort bien faict de faire demeurer le frère du
comte de Rothes, auquel si vous pouvés faire bailler quelque mille
livres pour son entretien, je regarderay à vous le faire rembourser.
Au surplus, je seray bien aise d'entendre la responce qui aura esté
faicte par ceux de Esterlin à la dépesche que fist ma dicte bonne
sœur, au commencement de septembre, au comte de Lenox, pour induire
ceux du dict Esterlin à la requérir de remettre en leurs mains la
personne de ma dicte belle sœur.

Vous voulant bien dire, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour fin de la
présente, que, ainsi que j'estois sur le poinct de la vous faire, la
vostre du Xe du présent[110] est arrivée, par laquelle ce m'a esté
grand plaisir de voir que les propos que vous avés tenus à ma dicte
bonne sœur, sur ma dépesche du XXVIIIe du passé, l'ayant si fort
contantée qu'ilz ayent interrompu l'instante conclusion des
intelligences que l'on voulloit traicter avec elle, qu'elle a mis en
suspens, attandant qu'elle voye si elle se pourra accorder à quelque
bonne ligue avec moy. A quoy je vous puis asseurer que je seray
tousjours fort disposé; et ne me pouvoit rien estre plus agréable que
de voir qu'elle ait aultant ou plus craint que je demeurasse offencé
de la responce qu'elle m'a faict faire, sur l'exercisse de la religion
de mon frère, que moy de la demande qui luy a esté faicte là dessus,
et du despart qui s'est ensuivi de ceste négotiation de mariage; ce
que je ne puis imputer que à la dextérité de laquelle vous et le Sr de
Foix vous y estes gouvernés.

  [110] Voyez CCXe dép., tom. IV, pag. 251.

J'ay eu advis, d'Espaigne, par le Sr de Fourquevaux, que Jullien
Romène estoit allé en Biscaie pour trouver l'infanterie espagnolle, et
qu'il estime qu'il se traicte quelque entreprise de ce costé là, ou
pour l'Irlande, ou pour secourir l'Escosse, estants les affaires de ma
dicte belle sœur en bon succès par le moyen de la mort du feu comte
de Lenox; mais, si le dict secours n'est fondé que là dessus, il me
semble mal assiz, veu que la dicte mort a plustot aporté domage à ses
affaires que avantage; mais je le vous escris affin que, là dessus,
vous ayés l'œil ouvert davantage à toutes occasions: qui est tout ce
que j'ay à vous dire, si ce n'est qu'après avoir esté sept ou huict
sepmaines de séjour à Blois, à donner ordre à pleusieurs affaires avec
les gens de mon conseil, et résoudre pleusieurs difficultés qui se
présentoient, pour le faict de l'édict de pacification, à la
conférence qui en a esté faicte par mes cousins, les mareschaux de
France, et aultres seigneurs du conseil avec mon cousin l'Admiral,
j'ay esté prendre le plaisir de la chasse ez environs du dict Blois;
et mon dict cousin l'Admiral, s'en est allé en sa maison de
Chastillon, fort content et satisfaict, pour nous venir retrouver,
mais que je sois arresté en lieu de séjour. Et sur ce, etc.

Escript au Chasteau Renauld, le XXe jour d'octobre 1571.


Comme je signois la présente, j'ay receu vostre dépesche du XVe[111],
par laquelle j'ay veu ce que me mandés de la dépesche qui a esté
faicte en dilligence du cappitaine Caje au mareschal de Barwich pour
le faire aller devers ceux de Lislebourg affin de les exhorter à se
rettenir à l'obéissance de leur jeune Roy avec ceux d'Esterlin, ou
qu'elle envoyeroit ses forces par delà pour l'y ranger, les dépesches
qui avoient esté desjà faictes de quelques cappiteines, et aussy le
préparatif qui se faisoit au chasteau d'Herfort pour y remuer la Royne
d'Escosse et bailler sa garde au Sr de Raphe Sadler; louant bien fort
ce que, sur ces advis, vous avés remonstré aux seigneurs du conseil de
ma dicte bonne sœur, et déclaré que j'avois prins en ma protection
ceux du dict Lislebourg, faisant bien estat que, tant pour ce regard
que pour la convenence qu'ilz auront trouvée à tous les propos que
j'ay eu, par deçà, avec l'ambassadeur de ma dicte bonne sœur, les
choses ne seront pas passées plus avant, et remettront à s'en
résouldre après l'arrivée par deçà du milord qui viendra. Du XXe jour
d'octobre 1571.

    CHARLES.      BRULART.

  [111] Voyez CCXIe dép., tom. IV, pag. 234.



C

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour de novembre 1571.--

  Affaires d'Écosse.--Désignation du Mr Du Croc pour passer dans ce
    pays.--Précaution que l'ambassadeur doit prendre en réclamant
    contre l'arrestation du frère du comte de Rothe.--Nouvelle de
    la victoire de Lépante.--Prochain mariage du prince de Navarre
    avec Madame.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu, par la dernière
dépesche que je vous ay faicte, du XXe du passé, la provision que j'ay
donnée du costé d'Escosse; de quoy je ne vous rediray rien par la
présente, mais bien que je suis fort aise d'avoir entendu, par la
vostre du XXe du mesme moys[112], que la remonstrance que vous avés
faicte bien à propos sur les choses que l'on disoit se préparer en
Angleterre pour le dict Escosse, et pour la Royne, ma belle sœur, ait
donné occasion que, despuis, l'on n'a plus parlé de la remuer au
chasteau de Herfort, en la garde du sieur de Raphe Sadler, ni de
haster les préparatifs de guerre contre ceux de Lislebourg; vous
advisant que je suis conforté, par ce que m'escrivés par vostre
lettre, en la délibération, que j'avois prinse, d'envoyer au dict
Escosse un personnage de qualité pour essayer à réduire les choses en
quelque bonne pacification; pour lequel effaict j'ay choisi le Sr Du
Croc, que j'ai mandé exprès, affin de l'y dépescher, trouvant que le
faict du duc de Norfolc a mis la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur,
en de grands soubçons, puisqu'elle faict arrester tant de seigneurs
contre son naturel, qui a tousjours esté enclin à manier plustot les
choses par douceur que aultrement: ce qui pourra bien estre cause que,
estant entièrement occupée à pourvoir à ce qui luy tousche de plus
près, elle sera divertie de faire ce qu'elle eust bien désiré contre
ceux du dict Lislebourg.

  [112] Voyez CCXIIe dép., tom. IV, pag. 258.

Au surplus, je suis bien marri de l'arrest qui a esté faict du frère
du comte de Rothes, que vous avés faict demeurer par delà pour
maintenir la négotiation de ma dicte belle sœur, le réclamant comme
un de mes serviteurs. Il est vray qu'avant que de le faire, je desire
que vous vous enquériés bien soigneusement s'il ne sera poinct
méritoirement chargé d'avoir eu intelligence avec ses subjectz, pour
poursuivre quelque mauvaise entreprinse contre ma dicte bonne sœur,
ainsi que je croy qu'il ne se trouvera pas: car, s'il estoit ainsi,
l'instance que vous luy en fairiés lui fairoit peut estre penser que
ce feust chose faicte par ma cognoissance et intelligence.

Je n'adjouxteray rien aultre chose à ceste lettre, si ce n'est de vous
dire que nous avons eu nouvelles, despuis deux ou trois jours en çà,
de l'heureuse victoire[113] que l'armée de mer des confédérés de la
ligue a eu sur celle du Grand Seigneur, en laquelle il a esté bien tué
vinct mille Turqs, cinq mille prisonniers, cent quattre vingt gallères
prises, et dellivrés de trèze à quatorze mille Chrestiens, qui
estoient sur les dictes gallères: ce qui a esté exécuté avec peu de
perte de l'armée chrestienne; vous priant de nous mander de quelle
façon aura esté receue ceste nouvelle de par delà, où je pense que
vous l'aurés sceue quasi aussytost que l'avons sceue icy.

  [113] La victoire de Lépante, remportée le 7 octobre 1571.

Nous sommes encores en nostre petit voyage, qui pourra durer jusques à
la fin de ce moys; auquel temps ma tante, la Royne de Navarre, pourra
estre joincte avec nous, pour donner perfection au mariage de son fils
avec ma sœur, avec l'ayde du Créateur; que je prie, etc.

Escript à Vaujours, le IIe jour de novembre 1571.

    CHARLES.       BRULART.



CI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVe jour de novembre 1571.--

  Satisfaction du roi de la communication qui lui a été faite par
    l'ambassadeur au sujet de la mission de Quillegrey en
    France.--Protestation que doit faire l'ambassadeur contre toute
    entreprise sur Édimbourg, dont on a formé le
    siège.--Mécontentement du roi au sujet de la résolution prise
    par Élisabeth de retenir Marie Stuart toujours
    prisonnière.--Instances qui doivent être faites pour obtenir la
    suppression d'un libelle diffamatoire publié en Angleterre
    contre la reine d'Écosse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, Vassal est arrivé despuis huict ou dix
jours en çà, avec vostre lettre du XXIVe du passé[114], par laquelle
vous me donnés advis de la dépesche qui a esté baillée au Sr de
Quillegrey, s'en venant par deçà, pour soulager le Sr de Walsingam; et
suis bien aise de l'asseurance qu'il vous a donnée de faire tous bons
offices en sa commission, ayant entendu les choses desquelles vous
estimez estre fort convenable que je feusse adverti avant l'arrivée du
dict Quillegrey, et qu'il ait eu audience de moy; et vous advise que,
comme je ne puis avoir que bien fort agréable le voyage de celluy des
conseillers que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a ci devant
faict entendre voulloir envoyer de par deçà, pour l'espérance que j'ay
qu'il s'en pourra receuillir une bonne conclusion en la ligue que je
desire faire négocier avec elle et son royaulme, je luy en feray toute
la démonstration extérieure qu'il me sera possible.

  [114]  Voyez CCXIIIe dép., tom. IV, pag. 263.

Et estant esclerci maintenant de plusieurs choses importantes en cecy,
je sçauray beaucoup mieux me résouldre des propos que j'auray à luy
tenir là dessus, pour servir à mon intention, que je n'eusse faict
sans en avoir esté adverti de vous, me persuadant que, si, de la part
de ma dicte bonne sœur, il est procédé lentement à la conclusion de
ceste ligue, selon que vous en avez opinion, cella donnera assés à
cognoistre que, en me voulant repaistre de ceste espérance, elle aura
l'esprit tendu au dessein de ses affaires du costé d'Escosse, selon
que l'apparance y est fort grande; mesmement par ce que j'ay veu en
vostre dépesche du dernier du dict passé[115], par laquelle vous me
donnés advis comme, à sa suasion, ceux du Petit Lict ont assiégé
Lislebourg, encores que je fasse bien mon compte que ce ne sera chose
si aisée à exécuter, veu le nombre d'hommes qui est dedans, et le peu
d'équipage d'artillerie et munitions que ont les assaillants; ne
pouvant rien faire davantage pour le secours des dictz assiégés que ce
que vous avés entendu cy devant avoir esté donné de moyen au sieur de
Flamy. Bien pourrés vous, de vostre costé, remonstrer tousjours à ma
dicte bonne sœur, sur ces effaictz et démonstrations si évidentes
qu'elle faict de voulloir opprimer ceux du dict Lislebourg que vous
luy avés cy devant faict entendre estre en ma protection, que, en
cella, elle faict chose qui contrevient entièrement à nostre commune
amitié et bonne intelligence, qu'il me sera bien malaisé de supporter;
pour tousjours, s'il est possible, la faire aller un peu plus rettenue
en ces choses;

Encores qu'il soit assés notoire qu'elle y est grandement résollue,
mesmes par l'extraict de la lettre qu'elle a, puis naguières, escripte
au comte de Barwich, qui m'a esté envoyée; par laquelle il se voit
assés clairement comme sa délibération est de ne donner jamais liberté
à ma dicte belle sœur, ains de la rettenir tousjours en l'estat où
elle est, de présent, faisant par là cognoistre, et par toutes aultres
démonstrations, son aigreur plus grande à l'encontre d'elle que
jamais; et notamment en ce qu'elle à dernièrement permis estre imprimé
le livre que m'avés envoyé, duquel l'intitulation seulle est si
honteuse[116] et tant au déshonneur de ma dicte belle sœur, que,
gardant le respect et honnesteté qui doibt estre entre tous princes et
princesses, elle ne pouvoit jamais souffrir avec raison le dict livre
estre mis en lumière, quelque inimitié qu'elle luy porte; desirant à
ceste occasion que vous incistiés, envers ma dicte bonne sœur, de
faire deffendre et censurer le dict livre; car, encores qu'il ait jà
coureu par le monde qui en aura esté imbu, croyant assés souvent
plustot le mensonge que la vérité, pour le moins elle cognoistra, par
la dicte instance, que je ne puis entendre que avec grand regret
qu'elle ait souffert un si villain escript estre publié d'une
personne, de laquelle, pour la qualité qu'elle a de princesse, sa
prosche parante, elle debvoit avoir l'honneur plus recommandé, aussy,
pour avoir eu mon alliance, ayant esté femme de mon frère ayné, sans
se monstrer en cest endroict si avant vaincue de la hayne, qu'elle luy
porte, qu'elle luy ayt faict oublier ce qui estoit de sa grandeur et
dignité. Sur ce, etc.

Escript à Duretat, le XVe jour de novembre 1571.

    CHARLES.      BRULART.

  [115] Voyez CCXVe dép., tom. IV, pag. 266.

  [116] Voyez tom. IV, note, pag. 301.



CII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour de novembre 1571.--

  Affaires d'Écosse.--Résolution d'Élisabeth de régler les
    différends entre les Écossais.--Nécessité d'attendre pour
    prendre une détermination.--Satisfaction du roi sur la
    disposition d'Élisabeth à former une ligue, regret qu'elle y
    mette pour condition la captivité de Marie Stuart.--Assurance
    que malgré la victoire de Lépante le roi d'Espagne ne pourra
    pas tourner ses armes contre l'Angleterre.--Nouvelles de
    Flandre.--Fuite de l'ambassadeur d'Espagne qui résidait auprès
    du roi.--Plaintes contre la conduite qu'il a tenue.--Assurance
    qu'il ne peut y avoir aucune crainte de guerre entre la France
    et l'Espagne.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vos dépesches du Xe et XVe de ce
moys[117], m'ont esté rendues à un jour près l'une de l'aultre, ayant
veu, par celle du Xe les propos que vous avés tenus avec ma dicte
bonne sœur, au commencement de vostre dernière audience, lesquelz,
comme vous avés bien sceu estendre en tout langage convenable à
l'opinion que je désire qu'elle ait de la continuation de ma bonne
amitié et intelligence en son endroict, ainsi suis je bien aise
qu'elle les ait receus avec toute démonstration de contentement,
ayant bien notté la responce qu'elle vous a faicte sur l'instance des
affaires d'Escosse, que vous avés bien sceu estendre pour servir à mon
intention, se voyant assés clairement qu'elle ne se veut pas despartir
des dictz affaires, comme de chose qu'elle estime luy appartenir de
droict; estant ordinairement advenu par le passé, ainsi qu'elle dict,
que, quand les Escossois ont esté les uns contre les aultres en
division, en leur royaulme, les Rois d'Angleterre en ont décidé et
esté les arbitres. Sur toutes lesquelles choses il ne fault rien
précipiter, mais attandre ce que aura charge d'en négotier avec moy
celluy des seigneurs de son conseil qu'elle envoyera devers moy, par
lequel elle remet de s'en esclercir avec moy; qui est, comme j'estime,
pour tousjours gaigner temps, pendant lequel, si elle faisoit quelque
nouvelle démonstration de faveur à ceux d'Esterlin, soit pour leur
envoyer secours de gens ou d'argent, pour leur rellever le cœur à
cause de l'honteuse retraicte qu'ilz ont faicte de devant Lislebourg,
je desire que, venant à vostre cognoissance, vous luy en faictes
instance ainsi prudemment que vous avés tousjours bien sceu faire
jusques ici, pour servir à l'empescher d'y aller aussy librement, que
je ne fais poinct de doubte qu'elle en est incessamment sollicitée.

  [117] Voyez CCXVIIe et CCXVIIIe dép., tom. IV, pag. 274 et 282.

Et estant tout ce que j'ay à vous respondre sur vostre dicte lettre du
Xe, je viendray à celle du XVe, et vous dirai que j'ay trouvé fort
sage la responce que vous avés faicte au comte de Lecestre sur les
propos qu'il vous a tenus du desir, que ma dicte bonne sœur a, de
continuer toute sa vie en mon amitié, sans s'en vouloir jamais
despartir, et que vous ne fissiés aulcun doubte qu'elle ne voullût
passer oultre, ou à l'alliance jà commencée, ou bien à une fort
estroicte confédération avec moy, et aussy entendre à accommoder,
pour mon respect, les affaires d'Escosse, pourveu que je ne la fasse
presser de se despartir de la déterminée résollution qu'elle a prinse
de ne se désemparer jamais de la personne de ma dicte belle sœur;
d'aultant que c'est chose qu'elle ne peut faire pour sa seurté, à
cause des grandes pratiques qui se sont jà descouvertes qu'elle
faisoit traicter, qu'elle continuerait encores davantage, estant
dellivrée, soit avec le Pape, le Roy d'Espaigne, ses parents ou ses
propres subjects, dont elle ne pourroit vivre en repoz en son estat;
comprenant par ce propos que l'on ne peut faire plus grand desplaisir
à ma dicte bonne sœur que de luy parler de la dellivrance de ma dicte
belle sœur; qui est cause que je ne suis pas d'advis que vous luy en
parliés, mais bien, si elle s'eslargissoit à voulloir donner quelque
secours à ceux du dict Esterlin selon la capitulation qu'il vous a
esté donné advis que milord d'Housdon a faicte avec eux, vous
continuerés là dessus vos instances accoustumées, ainsi qu'il est
contenu cy dessus; trouvant, au reste, extrêmement à propos l'advis,
que vous me donnés, de ne faire poinct démonstration de sçavoir
aulcune chose de la délibération, (qui vous a esté déclarée ma dicte
bonne sœur avoir prinse), de ne mettre jamais en liberté la Royne
d'Escosse, ma belle sœur; mais je seray bien ayse que vous m'ouvriés
les moyens, qui se pourront trouver sans cella, honnorables et non
trop mal aisés pour entrer en intelligence au bien et repos des trois
royaulmes.

Vous voulant bien dire, au surplus, pour le regard de la nouvelle de
la victoire du Turc, qu'elle est, à la vérité, belle et grande, et
d'une perte de près de deux cens gallères, ainsi que portent les
derniers advis, que nous en avons eu; mais non toutesfois telle que,
pour cella, il y ait apparance que ma dicte bonne sœur doibve
craindre que le Roy Catholique tourne ses entreprises du costé
d'Irlande; vous voullant bien dire, au surplus, que le Sr de
Mondoulcet, qui est mon agent en Flandres, m'a mandé qu'il avoit esté
grand bruit, par delà, d'une entreprise qui se faisoit sur
l'Angleterre, qui est, à mon opinion, celle dont faict mention vostre
dépesche du XXe[118], laquelle s'est descouverte par l'accusation
d'aulcuns des seigneurs qui sont prisonniers à la Tour. Il m'a aussy
escript que Seton, qui s'estoit embarqué pour passer en Escosse, avoit
esté contrainct de relascher en Flandres, à cause de ceste
descouverte, et estoit entièrement destourné de ce voyage.

  [118] Voyez CCXIIe dép., tom. IV, pag. 258.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour ce que l'on pourra
parler diversement par delà du despart de l'ambassadeur d'Espaigne de
ma ville de Paris, je vous veux bien dire que, ayant séjourné
longuement au dict Paris, sous coulleur de l'indisposition qu'il
disoit avoir, il a, pendant son dict séjour, employé ordinairement le
temps à faire toutes les mauvaises pratiques qui luy a esté possible
avec mes propres subjects, dont, se sentant coulpable, comme je pense,
et jugeant bien que cella estoit venu à ma cognoissance, il s'en est
allé, déguisé, en Flandres, sans avoir prins congé de moy; qui est une
façon nouvelle, et convenable à tous les aultres mauvais offices qu'il
a faict pendant qu'il a résidé par deçà, vous pouvant asseurer qu'il
n'a eu juste occasion de crainte, qui l'ayt deu faire ainsi quitter,
s'il ne la s'est donnée luy mesmes par le jugement de sa propre
conscience; et que, pour cella, on ne doibt penser que je sois en
aulcune mauvaise intelligence avec le Roy Catholique, mon beau frère,
lequel ayant adverti de ses déportements, a trouvé très mauvaise la
façon du dict ambassadeur, et s'en est grandement courroucé; qui est
cause qu'il n'a osé aller trouver son Maistre; priant Dieu, etc.

Escript à Duretat, le dernier jour de novembre 1571.

    CHARLES.      BRULART.



CIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de décembre 1571.--

  Arrivée de Quillegrey en France.--Audience qui lui est accordée
    par le roi.--Explications sur la remise de l'argent envoyé par
    La Mothe Fénélon à Marie Stuart.--Détails donnés par Quillegrey
    sur la conspiration du duc de Norfolk et la correspondance de
    Marie Stuart avec le duc d'Albe.--Projets des Espagnols de
    s'emparer du prince d'Écosse et de faire une entreprise sur
    l'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, le Sr de Quillegrey, estant arrivé
depuis quelques jours, je luy ay donné, ce jourdhuy, audience, en
laquelle il a commencé à me dire, après ses lettres présentées, que ma
dicte bonne sœur l'avoit envoyé pour résider, pendant que le Sr de
Walsingam se fairoit guérir de sa maladie, luy ayant donné charge de
me dire que, ayant entendu comme je remettois à faire plus certain
jugement sur la responce qui a esté faicte par elle aux articles cy
devant proposés par mon cousin le Sr de Foix, touchant le mariage de
mon frère le Duc d'Anjou, de ce que j'en debvois espérer, à la venue
de l'un des seigneurs de son conseil qu'elle me doibt envoyer, pour
avoir trouvé quelque obscurité ès dictes responces, elle continuoit en
sa résollution de le dépescher par deçà au plus tost que faire se
pourra; ayant escusé le retardement de son partement sur les grands
affaires que a eu Madame ma bonne sœur, mesmes en ce faict de
conspirations, qui se sont, puis naguières, descouvertes contre sa
propre personne et son estat.

A quoy je luy ay respondu que, en quelque temps et heure que vînt le
dict seigneur de son conseil, il sera tousjours le très bien venu, et
receu de moy comme personne envoyée de la part de la princesse de ce
monde, de qui j'estime plus l'amitié, laquelle je desire confirmer
tousjours davantage, soit par une bonne alliance ou par une plus
estroicte confédération, ne pouvant estre, pour nostre commune bonne
intelligence, que bien fort marri du trouble que l'on luy a voulleu
susciter. Puis je suis venu à luy parler de la restitution des deux
mille escus, au mesme langage que aviés escript par vostre lettre du
Ve de novembre[119], qui est que la moytié d'iceulx vous a esté
envoyée par moy, et l'autre est procédée d'une partie que je vous ay
faict addresser par l'archevesque de Glasco, pour estre le tout par
vous envoyé à Vérac, mon agent; m'ayant là dessus respondu que ma
dicte bonne sœur avoit, jusques ici, pensé qu'ilz eussent esté
baillés par l'ambassadeur d'Escosse pour secourir les gens de ma belle
sœur, mais, puisque la chose estoit ainsi que je la luy ay dicte, il
ne manqueroit de le luy escrire, de sorte que je ne fais poinct de
doubte que les deux mille escus ne vous soyent rendus.

  [119] Voyez CCXVIe dép., tom. IV, pag. 269.

Après cella, il est entré à me dire qu'il estimoit que je n'avois pas
sceu ce qui s'estoit descouvert, de particulier, des dictes
conspirations; et a commencé à me raconter qu'il y a assés longtemps
que, s'estant cognu que le dict de Norfolc, qui est maintenant
prisonnier à la Tour, avoit eu quelques promesses de mariage avec ma
dicte belle sœur, la Royne d'Escosse, et aultres mauvaises
intelligences, il avoit esté constitué prisonnier en la dicte Tour; et
despuis, après avoir recogneu sa faulte, et renoncé à toutes les
dictes promesses et intelligences, elle l'avoit fait mettre en
liberté, où, ayant demeuré pour quelque temps, il est despuis retombé
en la même faulte; dont il a esté faict de nouveau prisonnier,
s'estant descouvert par son accusation en plusieurs lettres, qui se
sont trouvées, de ma dicte belle sœur, qu'elle estoit entrée en
grande deffiance de moy, et n'espéroit plus de secours, de mon costé,
en ses affaires; mais estimoit que j'adhérois plustost à la Royne
d'Angleterre, ma dicte bonne sœur, si bien qu'elle avoit pris
résollution de s'adonner du tout au Roy Catholique, mon beau frère, et
d'entendre au mariage de don Jehan d'Austria; et par mesme moyen
d'envoyer son fils en Espaigne, pour le marier avec l'une de mes
niepces; parmi toutes lesquelles choses il s'est vériffié qu'il y
avoit de grandes intelligences avec le duc d'Alve, pour surprendre
aulcuns des ports de son royaulme.

Sur quoy je luy ay dict que j'entendroys tousjours avec grand
desplaisir qu'il se fasse aulcune chose contre son estat et son
royaulme, le repoz duquel je desire comme celluy du mien propre; mais
que, tenant ma dicte belle sœur prisonnière, comme elle faict, je la
prie de ne luy faire, pour cella, aulcun pire traictement, ainsi qu'il
est convenable à sa grandeur et magnanimité.

Et sur ce propos, le dict Sr de Quillegrey s'est départi d'avec moy,
vous ayant bien voullu faire ce petit discours, affin que vous
sçachiés particullièrement de quelle façon s'est passée l'audience
qu'il a eue de moy. Qui est tout ce que j'ay à adjouster à mon aultre
lettre[120]; priant Dieu, etc.

A Duretat, le premier jour de décembre 1571.

    CHARLES.      BRULART.

  [120] La lettre précédente, qui est du 30 novembre.



CIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de décembre 1571.--

  Audience donnée à Quillegrey par Catherine de Médicis.--Prochaine
    arrivée en France d'un seigneur du conseil pour la négociation
    du mariage.--Discussion relative à Marie Stuart et aux affaires
    d'Écosse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay aujourdhui donné audience au Sr de
Quillegray, lequel, m'estant venu trouver, a commencé ses propos par
me dire que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, l'envoyant par deçà
pour se tenir près du Roy, Monsieur mon filz, pendant le temps que le
Sr de Walsingam se faira penser de sa maladie, elle luy a donné charge
de me voir par mesme moyen, avec commandement de me communiquer de
tous affaires, ainsy qu'au Roy, Mon dict Sieur et filz, d'aultant
qu'elle sçait bien que luy et moy ne sommes qu'une mesme chose; et
aussi pour le respect de l'amitié qu'elle me porte, me tenant au lieu
de sa bonne mère; m'ayant faict entendre qu'il a une entière bonne
affection de s'acquitter de la charge qui luy est commise, avec tous
les dignes offices qui luy seront possibles, pour entrettenir la bonne
intelligence qui est entre nous et sa Maistresse, portant une
particullière affection à ce royaulme pour y avoir esté longuement
nourry.

A quoy je luy ay respondu que ma dicte bonne sœur avoit assés
d'occasion de m'aimer pour sçavoir qu'il n'avoit pas tenu à moy et que
je n'aye faict tout mon possible pour l'allier d'alliance avec la
personne de ce monde qui m'est la plus chère, ainsi que j'en ay encore
une bonne vollonté, et de servir de toutes choses qui seront en ma
puissance, au dedans de ce royaulme, la bonne vollonté et amitié
qu'elle me porte.

Puis est venu à me dire que sa dicte Maistresse avoit entendu, avec
grand plaisir, que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ait pris en bonne
part la responce que a aporté d'elle le Sr de Foix sur l'effaict du
mariage, laquelle, encores qu'elle luy ayt assés déclarée et qu'il ne
soit besoin d'en faire nulle aultre expression, si est ce que,
d'aultant que le dict Sr de Foix luy a dict que le Roy, Mon dict Sieur
et filz, auroit grand plaisir qu'elle envoyât devers luy quelqu'un
pour cest effaict, elle a délibéré d'y envoyer l'un de ceux de son
conseil, combien qu'elle ait jà donné à entendre ce qu'elle pouvoit
faire en cest endroit, et qu'elle s'y soit mise plus avant qu'elle ne
devoit, estant fille comme elle est; que le retardement du parlement
du dict seigneur de son conseil estoit procédé à l'occasion des grands
affaires qu'elle a eus, despuis quelque temps en çà, à cause des
conspirations qui se sont descouvertes; car, ayant esté choisi une
fois pour ceste charge, milord Coban, il s'est trouvé l'un de ceux qui
sont fort chargés des dictes conspirations; et, despuis, ayant esté
destiné un aultre en sa place, sa dicte Maistresse en avoit aussi eu
quelque soubçon qui l'empeschoit de se pouvoir fier à luy; de sorte
qu'elle a esté contraincte de se résoudre à un aultre qu'il estime
debvoir partir bientost, et que nous aurons agréable. Toutes
lesquelles choses je lui ay bien fort gratiffiées et asseuré que le
dict seigneur seroit le très bien venu.

Après ces propos, il s'est un peu rettiré de moy, comme s'il eust
voulleu prendre congé, toutesfois estant demeuré un espace de temps
ferme devant moy sans me parler, je luy ay demandé des nouvelles de la
Royne d'Escosse, ma belle fille; sur quoy il m'a dict qu'elle estoit
en la maison du comte de Scherosbery, bien traictée, ainsi qu'il
appartient à son estat, mais non toutesfois en telle liberté qu'elle a
esté cy devant, pour faire beaucoup de mauvaises entreprinses, ainsi
qu'il s'est descouvert qu'elle voulloit faire, s'estant trouvé, par
l'accusation du duc de Norfolc, et aulcune de ses lettres qu'elle luy
a escriptes, comme elle estoit entrée en deffience du Roy, Mon dict
Sieur et fils, et de moy, disant que nous adhérions plustost à ma
dicte bonne sœur, ez choses qu'elles avoient à débattre ensemble, que
à elle; et que partant elle estoit résollue, se voyant ainsi destituée
de nostre costé, d'entendre au mariage de don Jehan d'Austria, et
d'envoyer son filz en Espaigne, par le moyen d'un sieur auquel elle en
escrivoit, affin d'en faire aussy là le mariage.

Je luy ay respondu, là dessus, que j'estois bien aise que ma dicte
bonne sœur eût, par là, occasion de cognoistre combien l'on estime
que nous marchons syncèrement en la conservation de son amitié; et
estimois que l'on mettoit sus beaucoup de choses à ma dicte belle
fille que je ne pouvois quasi croire.

Sur quoy il m'a répliqué que, si le Roy, Mon dict Sieur et filz,
voulloit, toutes les mauvaises pratiques qu'elle a faictes contre sa
Maistresse et les choses contenues cy dessus se vériffieroient en peu
de temps, en Angleterre, avec vous, par les procès verbaux et
originaux des lettres escriptes, qui vous seroient représentées.

Après cella je luy ay dict que le Roy, Mon dict Sieur et filz,
desireroit bien sçavoir du bon portement de ma dicte belle fille, et
seroit en quelque bonne vollonté, pour en estre plus assuré, de
l'envoyer visitter.

Il ma dict que sa Maistresse estoit princesse de vérité, et
l'asseuroit de son bon portement, et qu'il peut croire qu'elle ne luy
voudrait poinct faire aulcun mauvais traictement, luy semblant que ce
ne luy est pas beaucoup d'honneur, estant telle qu'elle est, de s'en
soucier si fort.

Après ce propos, il m'a dict qu'il avoit charge, de sa dicte
Maistresse, de parler à moy ouvertement, et de me déclarer ce qu'elle
a sur le cœur, qui est que, si le Roy, Mon dict Sieur et filz,
voulloit prendre résollution avec sa Maistresse d'appaiser les
troubles d'Escosse, et d'y establir l'obéissance du jeune Roy, sans
parler, en façon du monde, de la dicte Royne, ma belle fille, elle
estime que les choses se pourroient aisément accorder au commun bien
et repos de tout le royaulme et à nostre contentement.

Sur lesquelz deux derniers poincts, à sçavoir: de vériffier avec vous
les charges de ma dicte belle fille; et le dernier, de l'accommodement
des affaires du dict Escosse; je luy ay respondu que j'en parlerois au
Roy, Mon dict Sieur et filz, pour luy en rendre responce à Bourgueil,
auquel lieu je luy ay assigné une nouvelle audience. Bien luy voullois
je dire, comme de moy mesmes, que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne
pourrait jamais délaysser la dicte Royne d'Escosse; car, oultre ce,
qu'elle est Royne d'un royaulme qui a une ancienne et estroicte
confédération avec le sien, elle est son alliée de si près, qu'il ne
seroit jamais trouvé bon qu'il l'abandonnât en son affliction, telle
qu'elle l'a aujourdhuy, luy semblant appartenir à son honneur
d'assister à tous les princes qui sont ses alliés, et ne les délaisser
non plus qu'il ne le voudroit faire à l'endroict de sa dicte
Maistresse, en façon du monde, quand elle viendroit à tomber en
quelque affliction.

Il m'a replicqué là dessus que le Roy, Mon dict Sieur et filz,
n'auroit poinct occasion de rien craindre en cessi, ayant, d'un costé,
l'amitié des princes protestants, comme elle luy est bien asseurée par
le moyen de l'édict de pacification, et, d'un aultre costé, celle de
l'Angleterre, me priant de rechef que je luy en parlasse.

Qui est le sommaire de tout le propos que j'ay eu avec luy, désirant,
le Roy, Mon dict Sieur et filz, avoir vostre advis sur ce qu'il a
proposé de vériffier, en vostre présence, tout ce qui s'est dict par
delà des menées et conspirations qui ont esté conduittes par ma dicte
belle fille, la Royne d'Escosse; dont je vous prie le rendre certain
par vostre première dépesche. Cependant il ne manquera de vous donner,
cy après, advis de ce qu'il résoudra et respondra sur iceulx poinctz
au dict Sr de Quillegray; auquel j'ay aussy parlé des deux mille escus
au mesme langage porté en vostre dépesche du Ve du passé; et ay escusé
ce que j'en avois cy devant respondu au dict Sr de Walsingam sur ce
que je ne l'avois bien entendu.

A quoi il m'a réplicqué qu'il sembloit que vous eussiés eu quelque
intelligence avec les gens du dict de Norfolc. Laquelle je luy ay dict
avoir possible esté pour l'adresse des dictz deux mille escus, mais
qu'elle ne se trouvera poinct s'estre estendue ez choses dont l'on
accuse le dict duc. Ce qu'il m'a confessé, me disant qu'il fauldroit
donc rendre les dictz deux mille escus.

A quoy je luy ay respondu que, estant, sa Maistresse, si bonne amie du
Roy, Mon dict Sieur et fils, je croy qu'elle ne voudroit, pour deux
mille éscus, faire chose qui contrevienne à la dicte amitié. Et sur
cella il m'a dict qu'il luy en escriroit, de sorte que je ne fais
poinct de doubte que les dicts deux mille escus ne vous soyent
restitués. Sur ce, etc.

Escript à Duretat, le 1er jour de décembre 1571.

    CATERINE.       BRULART.


   NOTA. Ici, se trouve dans les cahiers déposés aux archives, qui
   jusques-là sont à peu près complets, une lacune de six mois
   entiers. Sauf deux lettres des 7 février et 28 mai 1572, qui se
   sont retrouvées dans les papiers de l'ambassadeur, la
   correspondance ne reprend qu'au 22 juin 1572, deux mois avant la
   Saint-Barthèlemy. Les lettres qui manquent, d'après les
   énonciations contenues dans les dépêches, sont celles des 19 et
   24 décembre 1571; 5, 7, 9, 10, 11, 19 et 31 janvier; 11 février;
   4, 8, 10, 20, 22 et 31 mars; 19, 20 et 22 avril; 2, 10, 27 et 28
   mai; 7, 17, 23, 25 et 27 juin; 11 et 14 juillet, et 7 août 1572.



CV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de febvrier 1572.--

  Mission donnée à Mr Du Croc en Angleterre pour traiter de la
    négociation concernant Marie Stuart et l'Écosse.


Monsieur de La Mothe, envoyant le Sr Du Croc, mon conseiller et
maistre d'hostel ordinayre, présent porteur, par dellà, suivant ce qui
a esté advizé entre mes depputés et les ambassadeurs de la Royne
d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, pour, avec le gentilhomme qui
sera aussy député de sa part, procurer et moyenner d'ung commun
consentement la réconcilliation et paciffication des troubles et
divisions du royaume d'Escosse, et cependant fère accorder une
cessation et abstinence d'armes entre ceux de l'un et l'aultre party
du dict pays, je luy ay, par mesme moyen, donné charge de requérir et
prier, de ma part, la dicte Royne d'Angleterre luy permettre de veoir
et visiter la Royne d'Escosse, Madame ma sœur, suivant ce que j'ay,
ces jours passés, escript à icelle Royne d'Angleterre, pour toute
instance envers elle, de mettre en liberté ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, et l'envoyer, icy, près de moy. En quoy je vous prie de
vous employer, tous deux, avec une bonne et mutuelle intelligence; et,
au demeurant, croire le dict Sr Du Croc de ce qu'il vous dira de ma
part.

Escript à Blois, le VIIe jour de febvrier 1572.

    CHARLES.        PINART.



CVI

INSTRUCTION POUR LE FAICT DU MARIAGE.

--du XXVe jour d'apvril 1572.--

  Négociation de Mr de Montmorenci et de Foix (_Original_).


Estant Monseigneur le duc de Montmorency, pair et maréchal de France,
gouverneur pour le Roy et son lieutenant général à Paris et Isle de
France, et Messieurs de Foix et de Boistaillé, conseillers en son
conseil privé, despéchez, de la part de sa Majesté, pour aller en
Angleterre affin d'estre présentz, et avec eulx le Sr de La Mothe
Fénélon, ambassadeur de Sa Majesté au dict pays, pour assister au
serment que la Royne d'Angleterre doibt faire pour l'entretènement et
ratiffication du traicté qui a esté naguières conclud et arresté entre
les depputez de Sa dicte Majesté et les ambassadeurs de la dicte Dame
Royne,

Sa dicte Majesté a, oultre cella, advisé, pour un plus grand bien, et
estreindre davantage leur amitié, de donner particullièrement pouvoir
à mon dict sieur duc de Montmorency, et aus dictz sieurs de Foix, de
Boistaillé et de La Mothe, de fère ouverture et proposer à la dicte
Dame Royne le mariage de Monseigneur le Duc d'Allençon, frère du Roy,
avec elle. Sur quoy ilz auront à luy dire de la part de Sa Majesté:

Qu'elle est infiniment aise, contente et satisfaicte de veoir la bonne
et perfecte amityé, et intelligence d'entre eulx, renouvellée,
confirmée et fortiffiée par ce dernier traicté, si bien qu'ilz se
peuvent dire aujourdhui deux vrays et perfectz amys, voisins, alliez
et confédérez; et, encores que Sa dicte Majesté s'asseure que, Dieu
les ayant si bien uniz, il leur fera aussy la grâce de continuer et
persévérer à jamais en ceste bonne amityé et voisinance.

Toutesfoys considérant qu'il n'y a rien qui lye plus estroictement,
nourrisse et entretienne davantaige la paix et amityé entre les roys
et grandz princes que le mariage et les alliances qui se font des ungs
avec les aultres, Sa dicte Majesté, qui n'a rien plus à cœur que de
demeurer ferme et constante en ceste bonne, vraye et perfecte amityé,
voisinance et intelligence, qui est entre elle et la dicte Royne
d'Angleterre, desireroit bien, pour la rendre inviolable, y adjouster
ce dernier lyen indissoluble de mariaige.

Et considérant, Sa dicte Majesté, les moyens qu'elle pouvoit avoir de
parvenir à ceste sienne seureté et sincère intention, ayant, à son
très grand regret, failly à ce faire de la personne de Monseigneur le
Duc d'Anjou, son frère, pour les difficultez et scrupulles qui y sont
intervenuz à cause de l'exercice de relligion, elle a pensé qu'elle ne
pouvoit mieulx renouer ceste négociation, et rentrer en ces termes de
mariaige que par le moyen de Monseigneur le Duc d'Allençon, aussy son
frère, estant ung subject pour mieulx pouvoir accommoder les
conditions au contentement des deux partyes.

Et, sur ce, entreront, mon dict seigneur de Montmorency et les dictz
sieurs de Foix et de Boistaillé et de La Mothe, à proposer et fère
ouverture de ce mariage avec la dicte Dame Royne, remectant Sa dicte
Majesté à eulx de luy fère si bien entendre les bonnes partyes qui
sont en Mon dict Seigneur le Duc, lesquelles ilz cognoissent et
savent, mieux que nulz autres, estre de très grande espérance; sur
quoy ilz s'estendront comme ilz verront qu'il sera à propos et qu'ilz
sauront très bien et dignement fère.

En faisant laquelle proposition, ilz représenteront à la dicte Dame
Royne le grand bien qui adviendra du dict mariaige à toute la
Chrestienté, spéciallement à ces deux royaumes, et aussy le
contentement que cella aportera à l'une et à l'autre de Leurs
Majestez; d'aultant que les dictz deux royaumes seront lors uniz avec
une perfecte et sincerre intelligence, et que c'est chose que icelle
Dame Royne doibt desirer, considéré l'estat de ses affères, avec
plusieurs occasions qui sont et peuvent advenir journellement en
diverses sortes; sur lesquelles Sa Majesté remect à eulx de parler et
discourir en cella amplement, ou aller plus retenuz, ainsy qu'ilz
verront et congnoistront qu'il sera à propos pour rendre le tout
agréable à la dicte Royne.

Et, si icelle Royne entend voluntiers ce propos, comme Sa Majesté et
la Royne, sa mère, désirent infiniment, pour un fort grand bien,
suivant l'advis des plus grands conseillers de ce royaulme, les dictz
Srs de Montmorency, de Foix, de Boistaillé et de La Mothe, entreront
franchement en ce négoce, et y vaqueront selon le pouvoir qui leur en
a esté baillé; observant exactement la responce et contenance qui leur
sera sur ce faicte par icelle Royne, affin que, selon ce qu'ilz
jugeront, ilz se comportent dextrement en cest affaire, pour tirer le
plus de lumière qu'ilz pourront de son intention et volunté, regardans
d'acheminer cest affaire avec la dicte Dame, Royne d'Angleterre, ou
ceux qu'il luy plaira depputer pour en traicter, conclurre et
arrester; dont et desquelles choses, et de toutes les autres
particullaritez qu'ilz estimeront appartenir à cest affaire, ilz
donneront bon et continuel advis à Sa dicte Majesté qui remect à eux,
selon leur grande suffisance et affection qu'ilz ont à son service, de
s'estendre au demourant en cest affaire aultant qu'ilz congnoistront
qu'il sera besoing, suivant l'intention de Sa dicte Majesté, honneur
et réputation d'elle et de ses affères.

Et, affin que les dictz seigneurs ambassadeurs se puissent ayder de
tous les moyens qu'ilz pourront pour bien faire réussir leur
négociation, faciliter et parvenir au dict mariaige, le Roy veult et
leur ordonne qu'ilz trouvent les moyens que l'ung d'eulx face bien à
propos entendre au Sr conte de Lestre le désir, que le Roy a, qu'il
preigne alliance en quelque une des meilleures et plus grandes maisons
de son royaulme, suivant la volunté qu'il s'est quelquefoys laissé
entendre qu'il avoit de se marier en France, et la bonne et grande
affection que Sa Majesté a de faire pour luy en cella, luy proposant
le party de Mademoiselle de Bourbon, ainsy que Sa Majesté en a advisé
avec mon dict seigneur de Montmorency, et encores despuis avec le
dict sieur de Foix pour, après, selon qu'il se congnoistra de son
desir, l'entretenir en ceste bonne volunté et l'asseurer tousjours
qu'il aura en cella toute faveur et la mesme bonne asistance de Leurs
Majestez et de Messeigneurs, frères du Roy, qu'il sçauroit desirer, et
luy faire davantaige, selon qu'ilz congnoistront qu'il sera besoing,
offre et assurance de biens et présents que luy fera le Roy, s'il se
marie en France;

Voulant aussy Sa dicte Majesté que les dictz seigneurs ses
ambassadeurs facent, par tous aultres moyens courtoys et honnestes, ce
qu'ilz pourront faire et faire faire pour gaigner et réduire à leur
dévotion les personnes qui se sont cy devant monstrez contraires au
mariaige de Monseigneur le Duc d'Anjou et de la dicte Royne, quand il
s'en est parlé; et qu'ilz n'y espargnent rien, mais regardent
d'employer, à leur faire des présentz et à ceulx qui pourront servir
en cest affaire, comme ilz verront qu'il sera à propos, jusques à dix
ou douze mille escuz, dont le trésorier de l'espargne trouvera moyen
de recouvrer lettres de crédict pour les faire fournir par delà, et il
les rendra, icy, ensemble les intérestz.

Et, s'il plaist à Dieu que le dict propos de mariaige d'entre la dicte
Royne et Mon dict Seigneur le Duc soit agréable par delà, et que l'on
en entre en négociation, le Roy veult que mes dictz seigneurs ses
depputez proposent les mesmes demandes et condicions qui furent
faictes pour Mon dict Seigneur le Duc d'Anjou, et bailler par escript
pour Mon dict Seigneur le Duc la déclaration de ses duchez, contés et
seigneuries, qui sont de grand revenu, n'y comprenant toutesfoys la
ville de Caen, ny le revenu d'icelle, à cause qu'elle est frontière,
mais bien la valeur en aultre terre, que le Roy baillera à Mon dict
Seigneur le Duc en récompense.

Faict à Bloys le XXVe jour d'apvril 1572.

    CHARLES.        PINART.



CVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour de may 1572.--

  Nécessité de conclure sans retard le traité concernant le
    commerce.


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Flandres et
d'Espaigne ce qui vient bien à propos, car cella sera cause que
doresnavant les dicts Anglois feront tout leur trafiq à commercer en
ce royaume. Voylà pourquoy il sera bon que, le plus tost que vous
pourrez, l'on face une résolution de ce qui reste à accorder pour le
faict du fondicq[121] qu'ils veullent avoir de deçà, suyvant nostre
dernier traicté, car cella leur apportera une grande commodité et sera
cause d'un grand proffit pour nous, et, sy vous n'en pouvez faire une
fin avant l'arrivée des dicts sieurs de Montmorency et de Foys pour
les empeschemens que vous a dicts le milord de Burgley qu'ils ont à
cause de leur dict parlement, il faudra qu'en négociant les autres
affaires dont vous avez tous trois charge, vous faciez aussy une
résolution de cestuy cy, car, le plus tost qu'il pourra estre expédié
et le dict commerce estably, ce sera le meilleur pour eulx et pour
nous. Et vous fais ceste dépesche pour le Roy, Monsieur mon fils, et
pour moy, d'aultant qu'il est allé à la chasse. Et prie Dieu, etc.

Escript à Monpipeau, ce XXVIIIe jour de may 1572.

    CATERINE.       PINART.

  [121] Magasin, entrepôt.



CVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIIe et XXVe jours de juing 1572.--

  Affaires d'Écosse.--Négociation du mariage.--Départ des seigneurs
    anglais qui avaient été envoyés en France pour complimenter le
    roi.--Présens qui leur ont été faits.


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ordre pour le
faict du dict païs d'Escosse et ez mains de qui sera randu le chasteau
de Humes, d'aultant que j'estime que ceux du chasteau de Lislebourg ne
le pourroient pas garder, à present, en l'estat qu'ilz sont. De le
mettre aussy ez mains de ceux de l'aultre parti, ce seroit
desfavoriser les dictz de Lislebourg, et estre cause de les désespérer
et qu'ilz s'endurciroient et irriteroient davantage les uns contre les
aultres. D'aultre part, il fault aussy que la Royne d'Angleterre vuide
ses mains selon nostre traicté. Voylà pourquoy il est très nécessaire
de cercher promptement quelque bon expédient, pendant qu'estes de
delà, pour appaiser les troubles d'Escosse et accorder les subjectz
sur le faict de l'administration des affaires du dict païs. Et
cepandant je croy qu'il ne sera que bon que le dict chasteau de Humes
soit mis ez mains et en la charge de quelque escossois, riche, sage et
très bien affectionné à la paix du dict pays, qui se choisira avec
l'advis du sieur Du Croc; à qui il sera bon que en escriviés pour nous
en mander son opinion.

Je luy en escris aussy un mot que je vous prie luy faire tenir avec
voz lettres, quand luy escrirés; vous priant, au demeurant, de vous
employer, avec toutes les dextérités et moyens que penserés que
pourront servir, au mariage de la Royne d'Angleterre avec mon frère le
Duc d'Alençon, affin que je puisse estre résollu du tout, avant que
partiés pour venir de deçà; car il importe, pour mon servisse et pour
le bien de mes affaires, qu'il y soit mis fin promptement sans en
laisser tirer à la longue la négotiation, comme peut estre il
adviendroit si vous n'y pourvoyés ainsi que je desire et veux que
fassiés et qu'il vous sera aisé; car s'en retournans à présent d'ici
ces seigneurs anglois si contentz qu'ilz sont, et monstrants de
desirer bien fort que le mariage se fasse avec mon dict frère le Duc
d'Alençon, qu'ilz ont pour ce fort agréable, je ne double pas qu'ils
ne fassent, par lettre et en personne, quand ilz seront de retour de
delà, à ceste occasion, tous bons offices envers leur dicte Maistresse
et envers ses principaux ministres aussy.

Ils doibvent partir ce jourdhuy, et a esté donné ordre qu'ilz seront
accompaignés et conduicts fort honnorablement et accommodés de tout ce
qu'il leur faudra jusques à Bouloigne, estant aussy mon cousin le duc
de Longueville et le sieur de Piennes bien advertis pour cest effaict,
de sorte qu'il ne leur manquera rien; et m'asseure qu'ilz se loueront
bien fort du bon traictement qu'ilz auront eu par deçà. J'ay faict
présent au Sr comte de Lincoln d'un fort beau buffet d'environ de la
valleur de douze mille livres, au dict Smith d'un aultre d'environ
mille escus, et au dict Walsingam d'un aultre d'environ deux mille
livres, oultre les présentz qu'ilz eurent dernièrement. Je fais donner
aussy, mais c'est sans aulcune cérémonie, au Sr de Mildemor et vice
admiral, à chascun une cheine de six cens escus; et si, fairay servir
le nefveu du comte de Lestre de gentilhomme de ma chambre, et sera
tousjours bien vollontiers veu, pendant qu'il sera icy, pour l'amour
du dict sieur comte son oncle.

Estant ce que, pour ceste heure, je vous puis escrire si ce n'est pour
vous dire qu'il sera besoin qu'advertissiés souvent les Srs Du Croc et
Vérac de ce que vous fairés pour le costé d'Escosse, affin qu'ilz
asseurent ceux de Lislebourg et ceux aussi de l'autre parti, et que
chascun cognoisse pareillement que ce que je fais et desire en cella
n'est que pour establir, s'il est possible, la paix et repos en
Escosse; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Bouloigne, ce XXIIIe jour de juing 1572.

    CHARLES.


J'espère renvoyer demain le Sr de L'Espinasse que le Sr Du Croc m'a
envoyé pour les affaires d'Escosse. Sur quoy je ne puis prendre aultre
résollution, mais le remets à ce que vous en ay escript par mes deux
dépesches dernières et à ce que je vous en ay mandé encore par ceste
cy; vous priant de vous y employer tous trois le plus tost et le plus
dilligemment que vous pourrés; car, à ce que j'ay entendu et sceu
certainement, ceux de Lislebourg sont à l'extrémité, et est à craindre
qu'ilz se désespèrent et se mettent ez mains de quelqu'un de noz
voysins, ce que je veux évitter, et conserver, en ce faisant,
l'ancienne amitié que j'ay avec les Escossois, et observer aussy
sincèrement et entièrement le dernier traicté d'entre la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et moy, qui vous prie l'en
asseurer, quand vous parlerés du faict du dict Humes et aviserés du
dict faict d'Escosse.

Du chasteau de Bouloigne, ce XXVe jour de juing 1572.

    CHARLES.        PINART.



CIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XIe et XIIIIe jours de juillet 1572.--

  Retour de Mrs de Montmorenci et de Foix.--Négociation du
    mariage.--Desir du duc d'Alençon de passer en
    Angleterre.--Motifs qui empêchent le roi de le lui
    permettre.--Conférence de Catherine de Médicis avec
    Walsingham.--Demande faite par les Anglais de la restitution de
    Calais, en considération du mariage, ou, à défaut, proposition
    d'un partage dans les Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--Nécessité
    d'insister auprès d'Élisabeth pour qu'elle abandonne les
    châteaux qu'elle occupe dans ce pays.--Espoir du roi
    qu'Élisabeth entrera en guerre avec le roi d'Espagne.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay, à ce matin, ouï avec grand plaisir
le rapport de tout ce qui s'est passé durant le voyage qu'ont faict
par delà les Srs de Montmorency, mon beau-frère, et de Foix, et veu,
par vostre dépesche du Ier du moys, que je receus ce dict jour, icy,
par l'ordinaire, et par celle que m'avés faicte par Sabran le Ve de ce
dict mois[122], ce qu'avés faict despuys leur partement. Sur quoy je
vous diray comme vous avés veu, par les dépesches que je vous ay cy
devant faictes, qu'il importe, pour le bien de mes affaires et pour ma
réputation, et de mesmes aussy pour icelle Royne d'Angleterre, Madame
ma bonne sœur, que le mariage de mon frère, le Duc d'Alençon, avec la
Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, se fasse bientost
résouldre, et que ce soit ainsi que nous desirons; car elle y aura
aultant ou plus d'avantage que nous, quand elle considèrera tous les
poincts qui luy ont esté représentés et bien clairement desduictz en
sa présence, comme j'ay veu par le rédigé qu'a faict le dict Sr de
Foix de ceste négociation; voulant qu'en parlant avec elle vous
l'asseuriés que, suivant la lettre que je luy escripts de ma main, que
luy présenterés, je la corresponds avec toute sincérité et amitié; et
que, de ma part, je ne desire rien tant en ce monde que de rendre
nostre amitié parfaicte et indissoluble comme elle sera fermement, si
le dict mariage se faict. Voilà pourquoy il fault, et je vous prie que
le luy fassiés entendre bien expressément de ma part que l'affection
et amitié que je luy porte, telle que je ne voudrois espargner ma
personne mesme pour elle, s'il s'en présente occasion, sera par ce
moyen estreinte et liée de telle sorte que jamais elle ne sçauroit
diminuer entre nous, noz royaulmes et subjectz; mais au contraire se
fortiffier et augmenter journellement.

  [122] Voyez CCLXe et CCLXIe dép., tom. V, pag. 25 et 30.

Et pour ce que, par la lettre que vous escript mon frère le Duc
d'Allençon, il vous mande qu'il entreprendroit vollontiers le voyage
pour aller luy mesmes remercier la dicte Royne et luy offrir son
servisse; si n'estoit la réputation, et qu'il craint aussy que ne luy
voulussions permettre, je vous diray que c'est une chose que nous ne
sçaurions luy accorder jamais (aussy n'est il pas raisonnable, quelque
affection qu'il en ait), jusques à ce que tout soit d'accord; de quoy
vous pourrés asseurer, si l'on vous en parle de delà: car, encore que
nous soyons en bonne paix et amitié avec la Royne, et que nous l'ayons
si expressément par nostre dernier traicté confirmée et fortifiée,
l'on ne laisse pas tousjours de doubter et penser aux choses qui
pourroient advenir, et que peut estre, contre son naturel, elle seroit
conseillée de faire; et, oultre cella, si les choses ne
réheussissoient, il y auroit occasion de moquerie. Je sçay bien que,
si ceste permission ne dépendoit que de la vollonté de mon frère,
qu'il ne se voudroit pas arrester à cella, et qu'il seroit bientost
par delà; car il est si extrêmement affectionné et amoureux d'icelle
Royne, qu'il ne se figureroit aulcune de toutes ces considérations,
lesquelles néantmoins vous pourrés honnestement remonstrer, et faire,
au demeurant, en cest affaire tout ce que vous verrés qu'il sera à
propos, affin que nous y ayons, entre cy et quinze jours, que le moys
escherra, la responce que nous en desirons et espérons, quand nous
considérons que c'est un bien commun pour ces deux royaulmes et aussy
utille pour la dicte Royne et pour ses subjectz que pour les nostres
propres.

Le Sr de Walsingam tesmoigne de desirer bien fort l'accomplissement de
ce mariage; ce que la Royne, Madame et Mère, m'a encore confirmé ce
matin, et qu'elle l'a particulièrement cogneu à quelques discours
qu'il luy tint hier en particulier, pendant que j'estois à la chasse
avec mon frère le Duc d'Anjou et le Roy de Navarre. Je laisse les
aultres particularités des propos qu'ilz eurent ensemble. Le plus
important c'est qu'il luy dict que le milord de Burgley luy avoit
mandé, comme de luy mesmes, que, pour faciliter le dict mariage, qu'il
falloit que l'âge feust récompencé de quelque chose qui peût couvrir
et escuser l'inégalité qui est entre la dicte Royne, sa souveraine, et
mon dict frère, et par ce moyen asseurer parfaitement la paix entre
ces deux royaulmes, luy parlant de Calais qu'il eût bien desiré qu'il
leur eust esté restitué, à condition que mon dict frère en demeureroit
gouverneur durant sa vie, et qu'après sa mort il reviendroit aux
enfants qu'il auroit de la dicte Royne. Sur quoy Ma dicte Dame et Mère
asseura le dict ambassadeur qu'il ne falloit pas qu'ilz s'attendissent
à cella, pour ce qu'ilz n'y pouvoient prétendre rien plus pour les
raisons qu'ilz sçavent assés que la paix seroit tousjours bien gardée
de nostre part, et que Dieu, de sa grâce, avoit séparés et bornés de
la mer pour un grand bien ces deux royaulmes. Il luy dict sur cella
que le dict Calais estoit anciennement de la maison de Bouloigne, et
qu'il estoit venu de la Royne, Madame et Mère, laquelle respondit que,
pour ceste occasion, ilz y pourroient encores moins prétendre. Aussy
sur cella il respondit qu'il voyoit bien que nous ne le leur
rebaillerons pas, mais qu'il y avoit bien moyen de faire aisément
quelque aultre chose, au lieu du dict Calais, qui seroit bien à
propos: c'est que la Royne d'Angleterre peût avoir Flexingues en ses
mains et protection, et que, combien que l'on eût faict de deçà une
publication qui avoit apporté quelque desfaveur aux Gueux de Flandres,
et à ceux qui sont allés de ce royaulme avec eux, et que cella eût
aussy aulcunement faict rettenir ceux d'Angleterre, que néantmoings il
falloit regarder de faire quelque partage et prendre, chascun de son
costé, des Païs Bas en sa protection. Sur quoy Ma dicte Dame et Mère
luy respondit que c'estoit un affaire dont elle ne pouvoit luy parler
à cause de mon absance, mais qu'elle desiroit le bien et contentement
de la dicte Royne, sa Maistresse, et qu'elle s'asseuroit que j'avois
les mesmes souhaits.

Je me remets sur vous de cest affaire du mariage, lequel nous avons
tant en affection que nous n'avons jamais desiré chose tant que ceste
cy, puisque les termes et propos en sont si avant et si fort publiés.
Car, enfin, si les choses ne succédoient bien, il ne peut qu'il n'y
aille de nostre honneur et réputation comme vous sçavés très bien
considérer.

Quand aux affaires d'Escosse, je suis bien aise de la résolution qui
a esté prise que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, et vous,
escrirés par un gentilhomme exprès affin que la suspension d'armes
soit establie au dict païs pour deux moys, pendant lesquels l'on faira
en sorte que la paix y sera aussy faicte et les divisions et guerres,
qui y sont, appaisées; mais il est besoing que vous fassiés souvenir
la dicte Royne de la restitution de Humes, et de ce qu'elle tient
encore du dict royaulme d'Escosse, affin qu'elle le rende suivant la
bonne intention de nostre traicté, et que, de sa part, elle se
comporte, pour le faict du dict païs d'Escosse, sincèrement, comme
j'ay tousjours faict, despuys que mes depputés commencèrent à traicter
avec les ambassadeurs, et que je fais encores, et veux faire sellon ma
foy et promesse; ne voullant aulcunement assister un parti plus que
l'aultre, mais seullement tascher, tant qu'il sera possible, à les
accorder, affin que le dict royaulme d'Escosse, au lieu qu'il se
destruict, soit conservé, et que la paix y soit bien establie.
J'escripts un mot de lettre, suivant cella, à Mr Du Croq; laquelle
vous luy fairés tenir; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XIe jour de juillet 1572.

Je vous envoye le pouvoir pour recevoir la ratiffication de nostre
traicté, ensemble les actes dont je vous envoye les formes telles que
je les ay baillées par deçà.

    CHARLES.


Monsieur de La Mothe, despuys ceste dépesche faicte, j'ay receu la
lettre que m'avés escripte par Jaques le courrier, et j'ay veu celle
que je receus de vous par Sabran, présent porteur, que j'ay advisé de
vous envoyer en la plus grande dilligence qui sera possible, affin que
vous puissiés vous servir des lettres que nous escrivons de noz mains,
et faire en cest affaire tout ce qu'il sera possible: car, s'il ne
succédoit comme nous desirons, il ne peut estre qu'il n'y aille de
nostre réputation, ayant esté les choses si avant que chascun a creu
qu'elles feussent faictes et résollues. Et quant aux nouvelles que me
mandés qui sont venues de Flexingues, je seray bien aise, à vous dire
vray, que la Royne d'Angleterre s'embarque avec les Gueux bien avant,
et qu'elle se déclare, par ce moyen, ouvertement contre le Roy
d'Espaigne, pour les raisons que vous entendrés de Sabran, qui vous
dira aussy les préparatifs qui se font pour le mariage de ma sœur et
de mon frère, le Roy de Navarre, qui sera consommé dans quinze ou dix
huict jours, comme vous pourrés dire à la dicte Royne d'Angleterre. Je
vous fairay responce à ce que vous m'avés mandé sur les lettres que ma
sœur, la Royne d'Escosse, vous a escriptes, et vous les renvoyeray
aussytost que Dardoy sera arrivé icy.

De Paris, ce XIVe jour de juillet 1572.

    CHARLES.        PINART.



CX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour de juillet 1572.--

  Mission de Mr de La Mole en Angleterre sur la négociation du
    mariage.--Vives recommandations pour le succès de cette
    affaire.--Desir du roi de connaître les projets des Anglais sur
    la Flandre.--Affaires d'Écosse.--Mécontentement du roi contre
    le sieur de Flemy.


Monsieur de La Mothe Fénélon, afin de n'oublier rien qui puisse ayder
pour avoir bonne responce de la Royne d'Angleterre sur le mariage de
mon frère, le Duc d'Allençon, nous avons trouvé à propos d'envoyer
vers la dicte Dame le Sr de La Moosle, présent porteur, avec les
lettres que nous escrivons de noz mains à ma dicte bonne sœur et au
comte de Lestre et milord de Burgley, que nous vous envoyons ouvertes
affin que les voyés, puis les fermerés bien. Vous assisterés le dict
La Moosle, en les présentant à la dicte Dame, à laquelle il tiendra
tel propos que vous adviserés et penserés qu'il conviendra, selon les
termes où seront toutes choses pour le faict du dict mariage. Mon dict
frère, oultre la lettre qu'il vous escript, qui se pourra bien
monstrer, si vous voulez, escript aussy au dict comte de Lestre et
milord de Burgley, à chascun une lettre de sa main, qui vous sont
aussy envoyées ouvertes, affin que vous voyés le contenu d'icelles,
pour, après, les fermer et les leur bailler vous mesme, ainsi qu'avés
accoustumé.

Je vous recommande cest affaire singulièrement, et vous prie, sur tous
les servisses que desirés de me faire, y employer tout ce que vous
pourrés de vostre prudence et dextérité pour le conduire à l'heureuse
perfection que je desire, comme aussy font singulièrement la Royne,
Madame et Mère, et mon dict frère d'Alençon, qui ne vous en sçauront
pas moins de gré que moy, qui vous prie encore instruire si bien le
dict La Moosle comme il aura à se comporter par delà, que son voyage
serve en l'affaire de mon dict frère d'Alençon; car aussy l'a il
choisi comme un de ses plus confidents et de ceux qu'il ayme le plus,
comme vous sçavès, affin que la dicte Royne luy en sçache plus de gré
et qu'elle puisse cognoistre que, pour l'affection grande qu'il a à
elle, ne pouvant avoir ce bien de passer de delà, il y envoye un de
ses serviteurs qu'il ayme le plus, et en qui il se fie beaucoup, et
s'asseure qu'il luy faira service par delà, selon le conseil et advis
et ainsi que luy sçaurés bien faire entendre qu'il aura à faire
envers la dicte Royne et les aultres personnes à qui il pourra parler.

Je vous prie m'escrire, le plus souvent que vous pourrés, des
nouvelles que vous aurés du costé de Flandres; et aussy comment se
comporte la dicte Royne d'Angleterre envers ceux de ses subjectz qui
vont servir les Gueux, et s'il y en va grand nombre; qui les soldoye,
et soubz qui ilz marchent?

J'ay veu le deschiffrement de la lettre que vous a escript Vérac, et
aussy le postscript de celle du Sr Du Croc; mais, pour l'espérance que
j'ay que bientost la suspension d'armes sera establie en Escosse, et
que ce sera un moyen d'y faire la paix, je ne vous diray aultre chose
sur cella.

Je trouve fort estrange que le Sr de Flamy, qui avoit receu icy vingt
et quattre mille livres, il y a six ou huict moys, pour porter à ceux
qui sont à Lislebourg, n'y est arrivé que depuis peu de temps, et
encore ne leur a il baillé que trois mille escus. Il a grand tort: et
me fera plaisir que en advertissiés, si pouvés, secrettement et sans
qu'il soit sceu, la Royne d'Escosse, ma sœur; et luy donniés advis
aussy de ce que je vous escripts de la confience qu'elle doibt avoir,
affin que la Royne d'Angleterre n'ait poinct de nouvelle occasion de
s'irriter contre elle; car il me semble, par ce que nous a rapporté
mon cousin le duc de Montmorency, qu'elle est bien adoucie et qu'elle
luy faira doresnavant meilleur traictement qu'elle n'a eu despuys
quelque temps. Puisque Dieu a permis qu'elle soit prisonnière et ainsy
réduicte avec la Royne d'Angleterre et aussy avec ses subjects
escossois, je lui conseilleray tousjours de se comporter doucement; et
cependant je feray tousjours, comme je veux aussy que faictes de ma
part, envers icelle Royne d'Angleterre, mais que ce soit doucement et
bien à propos, sans l'aigrir ny luy donner nouveau soubçon, tout ce
que vous pourrés pour elle, espérant que la paix sera bientost
establie en son royaulme parmi ses subjectz, et que Dieu luy faira la
grâce que icelle Royne d'Angleterre, voyant sa constance, s'adoucira
et faira pour elle mieux que nous n'avions pensé jusques icy. Je vous
prie d'escrire souvent au Sr du Croc et à Vérac, et me mander, chasque
fois que vous m'escrirés, en quel estat ils seront; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXe jour de juillet 1572.

    CHARLES.        PINART.



CXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IXe jour d'aoust 1572.--

  Négociation du mariage.--Réponse d'Élisabeth sur la mission de
    MMrs de Montmorenci et de Foix.--Explications données par
    Walsingham.--Desir du roi que la négociation soit continuée,
    alors même qu'il resterait peu d'espoir de la voir
    réussir.--Recommandation pour que le traité concernant le
    commerce s'achève.--Instances de Marie Stuart afin qu'il soit
    permis à quelqu'un de sa maison en France de se rendre auprès
    d'elle.--Nouvelles assurances de la protection du roi en sa
    faveur.--Affaires d'Écosse.--Nouvelles de Flandre.--Intention
    du roi que l'ambassadeur pousse Élisabeth à déclarer la guerre
    au roi d'Espagne.--Prochain mariage du roi de Navarre avec
    Madame.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay eu fort agréable la façon de
laquelle vous vous estes comporté despuis le partement du duc de
Montmorency, mon beau frère, et du Sr de Foix, mon cousin, en la
négociation du traicté du mariage de la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur et cousine, avec mon frère, le Duc d'Alençon, ayant eu grand
plaisir de voir par voz lettres les honnestes et véritables
persuasions que, sur cella, vous avés, comme je vous avois escript,
faictes de ma part, et de la Royne, Madame et Mère, et aussy de mon
dict frère d'Alençon, à la dicte Royne, ainsi que j'ay veu par vos
dépesches des XXe, XXIIe et XXIXe du moys passé[123] que j'ay receues,
les deux premières par l'ordinaire, et l'autre par Vassal, présent
porteur; lequel, oultre ce que par voz dictes lettres nous escrivés
bien particulièrement, a fait encore verballement entendre à la Royne,
Madame et Mère, ce que luy aviés donné charge nous dire, et qu'il a
apris en cest affaire, négociant avec le milord de Burgley, toutes les
foys que l'avés envoyé vers luy pour cest effaict; ayant trouvé le
tout fort conforme à ce que le Sr de Walsingam déclara, hier au matin,
au dict duc de Montmorency, mon beau frère, luy baillant une honneste
lettre de sa Maistresse, faisant mention de la responce que nous
attendons d'elle sur le propos du dict mariage; dont aussy le dict
ambassadeur en manda aultant au dict Sr de Foix par son secrettaire,
leur monstrant les lettres que icelle Royne, encore qu'elle n'ait
acoustumé d'escrire à ses ambassadeurs, luy en avoit néantmoins voullu
escrire elle mesme sa délibération, à cause de l'importance de
l'affaire; ayant le dict ambassadeur présentement, en l'audience que
nous lui avons donnée, faict entendre à la Royne, Madame et Mère, vers
laquelle il est allé premièrement, pour ce que je disnois, faire
entendre la responce que nous faisoit sa Maistresse au dict propos de
mariage; et nous l'a déclaré en mesmes termes qu'il avoit dict au dict
duc de Montmorency et mandé au dict Sr de Foix, conformément à ce qui
lui étoit prescript par la première lettre qu'il avoit receue de sa
Maistresse; qui est du XXIIe de juillet, laquelle contient, comme il
nous a dict, que:

«Pour la grande inesgalité de l'âge d'entre elle et mon dict frère
d'Alençon, il n'estoit possible que les choses se peussent faire et
réheussir comme elle eût bien desiré pour son contentement et le
nostre; mais qu'elle nous prioit que, ne se pouvant faire, pour ceste
légitime occasion, cella ne feust cause de diminuer aulcunement nostre
amitié ni altérer nostre dernier traicté, et que, de sa part, elle y
persévèreroit et continueroit de tout son pouvoir sans y rien
espargner.»

  [123] Voyez CCLXIVe, CCLXVe et CCLXVIe dép., tom. V, pag. 57, 62
  et 65.

Et, poursuivant son propos, nous a dit que, par l'aultre lettre que
luy a escripte la dicte Royne, sa Maistresse, despuis l'audience
qu'elle vous avoit donnée, en laquelle luy présentastes et fistes voir
les lettres que, de si bonne affection, je luy avois escriptes de ma
main, et aussy la Royne, Madame et Mère, et pareillement mon dict
frère d'Alençon, de l'extrême desir qu'il avoit de luy faire servisse
et méritter ses bonnes grâces, elle luy mandoit qu'elle eût bien
desiré de voir mon dict frère d'Alençon, et que luy l'eût veue aussy;
car, en telles choses, cella serviroit beaucoup.

Sur quoy, suivant la résolution que nous en avons à ce propos prise, à
ce matin, avec aulcungs seigneurs de mon conseil, qui ont toujours eu
communication de cest affaire, la Royne, Madame et Mère, qui luy a
premièrement donné audience, a, sur ce, respondu au dict ambassadeur,
comme aussy ay je despuis, que, si nous sçavions et que luy cogneût
que la dicte entreveue servît à nous donner le contentement que nous
avions espéré et que nous desirons encore en cest affaire, que nous
voudrions très vollontiers que mon dict frère allât plus tot
aujourdhui que demain en Angleterre; mais aussy que, si la dicte Royne
avoit changé la vollonté qu'elle et ses ministres vous ont dicte, il y
a assés longtemps, qu'elle avoit de se marier, ou qu'elle n'eût
agréable mon dict frère, que véritablement, se faisant en vain la
dicte entreveue, que cella seroit cause certainement que nous aurions
lors beaucoup plus grande occasion de mécontentement que nous n'avons
à présent de la responce qu'elle nous a faicte, et peut estre que
cella seroit cause de diminuer bien fort et altérer, possible,
entièrement nostre amitié, laquelle, au contraire, nous espérions, le
dict mariage se faisant, estre à jamais parfaicte et indissoluble par
le moyen d'icelluy, comme, de vray aussy, seroit elle, s'il se
faisoit, et en recevrions, elle et nous, noz royaulmes et communs
subjectz, un extrême bien; et considéré l'estat auquel elle se peut
retrouver en ses affaires et entre ses subjectz, j'estime qu'elle en
auroit encore plus de commodité et de bien que nous.

Le dict ambassadeur, après y avoir un peu pensé, a supplié la Royne,
Madame et Mère, que, sur cella, il luy pleût qu'il luy parlât en
serviteur et non pas comme ambassadeur, car il n'avoit, pour ce faict,
aultre charge que ce qu'il avoit dict. Il la supplioit que nous
voullussions encore faire conduire cest affaire doucement, sans le
rompre si soudain, et que, tousjours bien à propos, l'on en parlât
sellon les occasions qui se présenteront, mesmes qu'il estimoit qu'il
ne seroit que bon que j'escrivisse ou fisse dire par vous à la dicte
Royne, et que la Royne, Madame et Mère, luy escrivît aussy plus
affectionnément comme il luy est permis, estant mère, le grand desir
et espérance que nous avons tousjours eue, despuis qu'elle vous avoit
faict déclarer qu'elle estoit résollue de se marier en maison royalle,
qu'elle espouseroit mon dict frère d'Alençon; et que, considéré encore
le grand bien que cella apporteroit à ces deux royaulmes et à elle
principallement, ses subjectz et païs, nous ne pouvons, la voullant
parfaictement aymer, comme nous y sommes du tout disposés, si cella se
faisoit, que nous ne le desirions encore infiniment.

Le dict ambassadeur monstrant d'estre très marri que nous n'en avions
eu ceste fois aussy bonne responce que nous attendions, a faict croire
à la Royne, Madame et Mère, et à moy aussy, qu'il y a fort grande
affection que le dict mariage se fasse comme nous avons tousjours
pensé de luy, pour ce que c'est le bien de sa Maistresse et
particullièrement de ses païs et subjectz; mais aussy avons nous
soubçonné, à l'instant, une chose où il y a quelque apparence,
considéré ce que l'on vous a conseillé de delà, comme vous m'avés
escrit: qui est de ne rompre pas du tout ceste négociation; et sommes
entrés en quelque opinion, voyant la contenance du dict ambassadeur,
et considérant l'humeur et cœur de sa Maistresse, qu'elle nous
pouvoit bien avoir faict faire ceste responce pour se revancher de
celle qui luy feust faicte pour mon frère le Duc d'Anjou, affin que
cella luy servît de quelque réparation, et que nous n'eussions, en
ceste négotiation, rien plus qu'elle, estimant que, si l'on revenoit,
d'ici à quelques jours, à remettre en avant, doucement et de bonne
façon, le propos du dict mariage d'elle et de mon dict frère
d'Alençon, qu'avec l'ayde de Dieu, qui est le directeur de telles
œuvres, elle y entendra, et qu'avec les grandes occasions qu'elle a
de se marier et les persuasions et les dextérités dont vous saurés
bien user en cest affaire, nous y verrons bientost quelque bonne
espérance.

Il fault que vous travaillés à cella tant que vous pourrés; car,
encore que cella ne se fît, combien que nous en ayons bonne espérance,
sellon nostre grand et extrême desir, si fault il nécessairement que
cessi nous serve, pour quelque temps, à entrettenir nostre amitié et
establir mes affaires. Et pour ceste cause, vous aviserés, Monsieur de
La Mothe Fénélon, à vous conduire en cella de façon qu'encore que vous
vissiés qu'il n'y eût aulcune espérance au dict mariage, d'en mener
tousjours le propos honnestement, et en parler à la dicte Royne, et à
ses ministres, de bonne façon, monstrant que nous y avons tousjours
espérance et toute affection d'entretenir, de nostre part, envers
elle, sincèrement nostre bonne amitié, et la fortiffier du tout par le
moyen du dict mariage.

Je ne luy en escris poinct pour ceste heure, ni aussy la Royne; Madame
et Mère, comme estoit d'advis icelluy ambassadeur, et n'y a que mon
dict frère, le Duc d'Alançon, duquel je vous envoye la lettre ouverte,
que vous fermerés après l'avoir leue, pour la présenter et faire voir
à la dicte Royne; et aussy, si vous voyés qu'il soit à propos, luy
monstrerés celle qu'il vous escript affin que ce vous soit une
nouvelle occasion de commencer à renouer et entretenir ceste
négociation, pour laquelle nous verrons ce que La Mosle nous
rapportera. Mais, quoy que ce soit, et en quelque estat que puisse
estre, à son partement, cest affaire, il fault, et je vous prie ne
faillir, quand bien il seroit du tout rompu, et que verriés qu'il n'y
auroit nulle espérance, de trouver moyen d'en entrettenir toujours
doucement le propos, d'ici à quelque temps; car cella ne peut que
bien servir à establir mes affaires et aussy pour ma réputation.

Il est aussy bien besoin que vous acheviés le faict et establissement
du commerce sellon l'intention de nostre traicté; duquel j'ay receu la
ratification que m'avés envoyée, faicte par la dicte Royne
d'Angleterre en bonne forme, mais il est besoing que la dicte Royne
envoye au Sr Walsingam un pouvoir pareil à celluy que je vous ay
dernièrement envoyé pour le faict de la dicte ratiffication; car
icelluy Sr de Walsingam n'en a poinct qui soit exprès pour cest
effaict, à ce qu'il dict.

Cepandant je vous diray que, pendant que nous avons faict cette
dernière saillie pour aller à la chasse, j'ay faict bailler à
l'ambassadeur de la Royne d'Escosse, ma sœur, les deux longues
lettres qu'elle vous avoit escriptes, ensemble tout ce que Derdoy a
raporté, et que luy avoit baillé la dicte Royne; et si, luy a dict, de
vive voix, le dict Derdoy, tout ce qu'elle m'a mandé, et que j'avois
donné charge au dict duc de Montmorency luy dire de ma part, de sorte
que le dict ambassadeur est bien capable de toutes les intentions de
ma dicte sœur; laquelle desire, à ce que nous a dict le dict
ambassadeur, qu'il pleût à la Royne d'Angleterre luy permettre que son
thrésorier ou un aultre de ses gens, tel que l'on voudra choisir, soit
gentilhomme ou aultre, eût saufconduict pour aller d'ici à elle,
instruict de toutz les affaires des biens qu'elle a de deçà à cause de
son douaire, affin de les luy faire entendre et luy en rendre compte,
et sçavoir aussy, sur plusieurs choses qui en dépendent, son intention
et vollonté. Je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, luy en parler
à la première audience que vous aurés, si vous voyés qu'il soit à
propos, et que cella ne puisse préjudicier au traictement de ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse, ny aussy nuire au propos de mon dict frère
le Duc d'Alençon; car, comme vous sçavés, j'ay tousjours faict et veux
faire pour elle ce que honnestement il me sera possible et avec telle
discrétion que mes assistances luy servent à son bon traictement et à
sa conservation.

Et, quand aux affaires d'Escosse, j'ay veu par la pénultiesme dépesche
que m'avés envoyée du Sr Du Croc comme ils se sont battus du costé du
Nort, et que le frère du duc de Hontelly a surpris ceux que le parti
du Petit Lict avoit laissés en garnison du costé de Hambletons, qui a
esté cause, avec les dilligences et persuasions que le dict Du Croq
m'escript par la dernière dépesche avoir tousjours faictes de ma part,
et le Sr de Drury avecque luy de la part de la Royne d'Angleterre,
qu'ilz sont en termes de faire une suspension d'armes pour deux moys,
pendant laquelle ilz accordent tous d'assembler les Estatz au païs, et
faire une bonne paix. A ce que j'ay entendu, et comme le dict Du Croc
mesme m'escript, ceux de Lislebourg ne sont pas en si grande nécessité
que l'on disoit, et ont encores bien bon moyen de résister, si la paix
ne se faict entre eulx; pour laquelle j'escris encore présentement au
dict Du Croc et aussy à Vérac qu'il fault qu'ilz travaillent tant
qu'ilz pourront; car c'est la chose qui est la plus nécessaire au dict
pays, et que je desire aultant que si c'estoit pour mes propres
subjectz.

Vous aurés, à mon advis, bien entendu la défaicte du Sr de Genlis[124]
et de quelques françois, mes subjectz de la nouvelle religion, qui
s'estoient mis avec lui, et passés, sans mon adveu, en Flandres, ces
jours icy; mais la deffaicte n'estoit pas si grande que l'on l'aura
publiée par delà. Je vous en ay bien voullu dire ce petit mot.

  [124] Voyez la note tom. V, pag. 44.

L'on croit que la guerre se faira bien fort en Flandres, mais ce ne
sera pas de mon costé, si ce n'est que les Espagnolz assaillent les
premiers mon royaulme. Il seroit bien bon pour mes affaires que la
Royne d'Angleterre, qui a tant de moyens, s'y mist de piedz et de
mains, et qu'elle pratiquât en Zélande et ez villes qui sont, de ce
costé là, tant ses voysines. Si cella estoit, le prince d'Orange, qui
marche droit vers Monts avec son armée, quand il aura en passant pris
quelque argent et artilleries des villes maritimes, seroit bien plus
asseuré et fort qu'il ne sera; car il n'aura de mes subjectz de la
nouvelle religion que ceux qui pourront s'eschaper à cachette. Il sera
très bon que vous continuiés accortement à eschaufer, tant que vous
pourrés, ceste Royne à se déclarer ouvertement, s'il est possible,
contre le Roy d'Espagne: car cella faira qu'elle desirera davantage et
tiendra plus chère la conservation de mon amitié, et que plus aisément
elle consentira aussy au propos du mariage d'elle et de mon dict frère
d'Alençon, qui n'oubliera jamais, ny moy aussy, la peyne que y avés
prinse et prendrés encore.

Les fiançailles de ma sœur avec mon frère, le Roy de Navarre, se
fairont, avec l'ayde de Dieu, mècredy prochain, et les nopces lundy.
Le surplus des nouvelles vous l'entendrés par Vassal présent porteur;
priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le IXe jour d'aoust 1572.

    CHARLES.        PINART.



CXII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour d'aoust 1572.--

  Négociation du mariage.--Espoir qu'elle pourra être conduite à
    bonne fin.--Assurance d'une vive reconnaissance pour les soins
    donnés par l'ambassadeur à cette affaire.


Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que Vassal, présent porteur,
estoit prest à monter à cheval pour s'en retourner, la despesche que
nous aviez faict, de Brichil, le IIIe de ce moys[125], est arrivée,
laquelle j'ay aussytost veue, ayant eu plaisir de voir le contenu en
icelle, qui me donne encore quelque espérance. En quoy je suis bien
asseurée que vous ne perdrés une seule occasion de tout ce qui se
peult faire en cella, pour nous faire avoir, s'il est possible, du
fruict et contantement que nous en desirons de si grande affection,
que vous pouvez, estant assuré que, si ce mariage se faict, vous nous
aurés donné le plus grand contantement que puissions, pour ceste
heure, desirer et espérer; et dont vous aurés telle rémunération que
jamais gentilhomme ne l'a receu meilleure ni de meilleur cœur que
nous la vous fairons. Et quand encores les choses ne succèderont si
bien que nous vouldrons, sachant bien que vous vous y estes employé de
la plus grande affection que se peult, nous ne laisserons de
recognoistre vos bons services d'aussi bon cœur que je prie Dieu,
etc.

Escript à Paris, le dimanche, Xe jour d'aoust 1572.

    CATERINE.       PINART.

  [125] Voyez CCLXVIIe dép., tom. V, pag. 76.



CXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour d'aoust 1572.--

  Négociation du mariage.--Espoir de l'heureux succès de la mission
    de Mr de La Mole.--Desir du roi que Leicester soit chargé de
    passer en France.--Protestation de reconnaissance envers
    Leicester.--Affaires d'Écosse.--Célébration du mariage du roi
    de Navarre avec Madame.--Nouvelles de Marie Stuart.--Charge
    donnée à l'ambassadeur de continuer toujours à solliciter pour
    elle.--Assurance que le roi ne s'opposera point aux projets
    d'Élisabeth sur Flessingue.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je receus hier seulement, à l'arrivée du
Sr de L'Espinasse, venant d'Escosse, vos deux despesches des VIIe et
XIe de ce moys[126], et, ayant très grand plaisir d'avoir veu si
amplement et particulièrement par icelles, ce qui s'est passé aux deux
audiences que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, vous a
donnée sur l'occasion du voyage du Sr de La Mole; ce que j'espère,
comme vous, servira bien à induire tousjours ceste princesse à
entendre plus volontiers au mariage d'elle et de mon frère, le Duc
d'Alençon, voyant qu'elle est recherchée de si bonne affection par mon
dict frère, et que nous tous y avons aussi si bonne volonté pour
rendre nostre amitié parfaicte et indissoluble; ainsi que vous aurez
veu par la despesche que vous avons faite par Vassal, et que le Sr de
Walsingam, son ambassadeur, aura, de sa part, escript à la dicte
Royne, sur la responce qu'elle nous a, (au bout du moys qu'elle avoit
prins de terme) faict faire par mon beau frère, le duc de Montmorency,
et le dict ambassadeur.

  [126] Voyez CCLXVIIIe et CCLXIXe dép., tom. V, pag. 79 et 83.

J'estime que le dict Vassal et le courrier, que icelluy ambassadeur
despescha sur ceste mesme occasion, seront arrivés bientost après
vostre dicte despesche de l'unziesme à Quilingourt, et qu'estans
auprès d'icelle Royne les comtes de Lestre, de Sussex et de Lincoln,
et aussi milord trésorier, il se sera faict quelque bonne résolution
sur ce que icelluy ambassadeur aura escript que la Royne, Madame et
Mère, et moy luy respondismes du peu d'apparance qu'il y a que mon
dict frère d'Alençon doibve aller de dellà, que premièrement il n'y
ayt asseurance du dict mariage. Ce a esté cependant très bien faict à
vous d'avoyr si dextrement bien introduict le dict de La Molle envers
la dicte Royne et ceulx de sa court; et n'eust esté possible de se
pouvoir mieux, à mon gré, comporter envers elle, sur l'occasion du
voyage d'icelluy La Molle, que vous avez faict, comme j'ay veu par vos
lettres. J'en espère quelque bon fruict, atandant en bonne dévotion
son retour.

Et cependant je prens fort bonne estime de ce que le dict comte de
Lestre persévère tousjours de vouloir venir par deçà se conjoyr de la
part de la dicte Royne, sa Mestresse, avec moy de la naissance de
l'enffant que j'espère que Dieu me donnera bientost, et que icelle
Royne vous ayt dict qu'elle le y envoira si c'est un fils, en quoy je
desire, soit que ce soit fils ou fille, qu'il vienne; car, par cella
congnoistra on s'il desire sincèrement le dict mariage, et aussi si la
dicte Royne y est résolue, pour ce que, si ainsi est, elle voudra,
comme j'estime, pour l'honnorer, luy faire faire le dict voyage, et
luy l'entreprendra plus volontiers, pour avoir cest honneur de nous
déclarer la volonté et les condicions que la dicte Royne desirera au
dict mariage, et pour, par mesme moyen, captiver la bonne grâce et
amitié de mon dict frère d'Alençon, lesquelles ne luy manqueront
poinct, ny toutes les bonnes volontés qu'il pourroit desirer et
attandre de luy. Dont vous le pouvez asseurer que je veux estre et me
constitue la vraye caultion de mon dict frère, et que je desire
infyniement de le voir de deçà affin de le marier aussy et luy faire
cognoistre, par un bon et grand effect, que je ne veux demeurer ingrat
envers luy des bons offices qu'il a faicts, et que je me suis
tousjours promis et si certainement assuré qu'il faira en cest affaire
envers icelle Royne.

La Royne, ma femme, est en son huictiesme moys, et espère que, dedans
peu de jours, nous yrons à Fontainebleau où elle faira ses couches; et
seroit bien à propos, pendant que serons là, si le dict mariage a à
réussir, comme nous le desirons tous, que la dicte Royne s'en
déclarast apertement affin que nous en peussions bientost voir la
conclusion et résolution au voyage du dict comte de Lestre, que je
desirerois qui partist au plus tard, dedans six ou sept semaines, pour
venir icy; et bientost après, se fairoit non seulement l'entreveue
dont son dict ambassadeur nous a parlé de sa part, et elle à vous,
mais la consummation du dict mariage.

Je vous ay tant de foys, par ci devant, escript les vifves et
apparentes raisons qui luy doibvent, et à ses ministres, estre
représentées du bien et commodité qu'elle recevra, s'il se faict, et
vous m'en avez aussi, de vostre part, si souvent escrit, que je me
remetz à vous pour en sçavoir user selon les occasions et ainsi qu'il
sera à propos.

Je suis bien fort aise de la suspension d'armes accordée en Escosse,
ainsi que m'avez escript, et que j'ay aussi entendu par le Sr de
L'Espinasse, lequel je fairay renvoyer incontinant que j'auray prins
résolution sur sa despesche avec ceulx de mon conseil, que
j'assembleray dedans un jour ou deux, après que les tournoys des
nopces de ma sœur et du Roy de Navarre seront parachevez.

Il ne sera que bien à propos, si voyez bientost ma dicte sœur, la
Royne d'Angleterre, de luy dire comme le dict mariage se feist fort
sollempnellement, lundy dernier, en ceste ville, en la grande église
Nostre Dame, et les festins et cérémonies, comme il est de tout temps
accoustumé, au palais et au Louvre; et qu'encores solempnisons nous,
tous ces jours icy, les dictes nopces en tournois et allégresses, dont
touts mes subjectz indifféremment se resjouissent, ainsi que je pense
bien que son dict ambassadeur luy aura escript.

Je suis bien aise du retour de vostre secrétaire qu'aviez envoyé vers
ma sœur, la Royne d'Escosse, et d'avoir veu par vostre lettre qu'elle
se porte bien. Il sera bon que tousjours, quand verrez qu'il sera à
propos, vous contynuyez tous bons offices pour elle, de ma part,
envers la dicte Royne d'Angleterre et ses ministres.

Et, quant à ce que m'escrivez que l'on dict par dellà, que le Sr de
Strossi avoit escript à ceux de Flexingues, encores que chascun aura
bien cogneu despuis le contrayre, si suis je bien d'advis que, s'il
vient à propos, quant parlerez à la dicte Royne, que l'asseurerez, ou
ses ministres, que je ne la veux ni voudrais aulcunement empescher en
ses desseins, et que, si elle y en a quelcung de ce costé là, qu'elle
n'y sera aulcunement traversée de moy ni de mes subjectz, et ne
faillyr de luy en donner toute assurance de ma part; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, ce XXIe jour d'aoust 1572.


_Par postille à la lettre précédente._

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'escriptz un mot de lettre au Sr Du
Crocq, lequel je vous prie de luy envoyer par la première commodité.
Ce XXIe d'aoust 1572.

    CHARLES.      PINART.



CXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour d'aoust 1572.--

  Négociation du mariage.--Proposition d'une entrevue sur
    mer.--Affaires d'Écosse.--Recommandation pour Marie Stuart.


Monsieur de La Mothe Fénélon, considérant voz deux despesches des VIIe
et XIe de ce moys, je suis encore en quelque bonne espérance du propos
du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils d'Alençon; en quoy
je suis très asseurée que vous n'obmettrez rien de tout ce qui se
peult, pour en voir la bonne et heureuse fin que desirons; aussi ne
vous en fairay je pas longue lettre, me remettant à ce que vous en
escript le Roy, Monsieur mon filz. Et seullement vous diray que, s'il
y avoit quelque chose de bien commancé et asseuré au dict mariage, il
seroit bien fort aizé à faire que la dicte Royne d'Angleterre, mon
filz d'Alençon et moy, nous verrions avec seuretté, pour elle et pour
nous, en un beau jour, bien calme, entre Boullongne et Calais et
Douvres, ainsi que l'on pourroit aizément disposer toutes choses,
comme nous en avons devisé amplement, mon cousin le duc de Montmorency
et moy, car je n'ay pas moindre vollonté de la voir qu'elle moy, et
que si elle estoit ma propre fille, ainsi que vous ferez entendre à
ses ministres doulcement, et à elle aussi, si voyez que bon soit, et
qu'il se puisse espérer quelque bon succès du dict propos de mariage.

Cependant nous regarderons, ces jours icy, au faict d'Escosse, pour
renvoyer incontinent le Sr de L'Espinasse, afin qu'ilz n'ayent pas
seulement la suspension d'armes mais aussi une bonne paix entre eux,
vous recommandant tousjours ma fille, la Royne d'Escosse, et priant de
continuer, de ma part, quand il sera à propos, envers la dicte Royne
d'Angleterre et ses ministres, les bons offices qu'avez accoustumé
faire pour elle; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.

    CATERINE.    PINART.



CXV

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour d'aoust 1572.--

  Remerciemens des soins donnés par l'ambassadeur à la négociation
    du mariage.--Attente du retour de Mr de La Mole.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je voy par voz dépesches comme vous
estes sy affectionné, en l'affaire qui me concerne, que vous pouvés
croire et estre asseuré que jamais je ne l'oublieray, vous priant
continuer, affin que je puisse recevoir le bien et contantement que
j'attandz de ceste négociation. Nous espérons que le Sr de la Molle
sera bientost de retour, l'attandant en grande dévotion, pour
l'extrême desir que j'ay qu'il nous raporte quelque bonne résolution
sur l'occasion de son voyage, et que tant de peynes qu'en prennés
succèdent bien pour me rendre fort contant; car il faut que je vous
confesse, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'ayant ouy parler des vertus
de la Royne d'Angleterre et des partyes qui sont en elle, que
j'estime toutes perfections, je ne vois pas que je me puisse jamays
despartir de l'affection que je luy porte, comme vous aura peu dire le
Sr de La Molle; priant Dieu, etc.

De Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.

    Vostre bien bon amy.         FRANÇOYS.



CXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIe jour d'aoust 1572.--

  Blessure faite à l'Amiral.--Assurance qu'il sera rendu
    justice.--Mesures prises pour l'observation de l'édit de
    pacification.--Les Guises signalés comme les auteurs de
    l'attentat.


Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que mon cousin, le Sr de
Chastillon, Admiral de France, sortoit présentement du Louvre, pour
aller disner en son logis, il luy a esté tiré, par la fenestre d'une
maison, où loge le Sr de Villemeur, qui estoit précepteur de mon
cousin, le duc de Guyse, un coup de harquebuse, duquel il a esté fort
bien blessé à la main droicte et au bras gauche; dont je suis
infinyement marry, ayant aussytost faict faire tout ce qui se peut
pour prendre (comme j'espère qu'on faira) celluy qui a donné le coup,
et sçavoir d'où cella procède, afin d'en faire faire promptement telle
et si grande justice que ce soit exemple par tout mon royaume; ayant
aussi escript, par toutz les endroicts de mon dict royaume, aux
gouverneurs des provinces et des principalles villes combien je trouve
mauvais ce malheureux acte, et la résolution où je suis d'en faire
faire justice très exemplaire, deffandant très expressément que,
soubz ce prétexte, ni aultre que ce soit, nul de mes subjectz s'en
esmeuve; mais au contraire que chascun ayt à garder et observer
inviolablement, plus que jamais, mon édict de paciffication.

Et pour ce que je ne doubte pas que incontinant les nouvelles n'en
soient par delà, je vous ay bien vouleu avec ceste dépesche, qui
estoit preste à partir, advertir, affin que vous faciez entendre de ma
part à ma sœur, la Royne d'Angleterre, ce que je vous en escriptz, et
la dellibération où je suis d'en faire faire si grande justice que
chascun y prendra exemple en mon dict royaume, et de faire, au
demeurant, garder entièrement et inviolablement mon dict édict de
paciffication; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1572.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous dire que ce
méchant acte procède de l'inimitié d'entre sa maison et ceux de Guyze;
et sauray bien donner ordre qu'ils ne mesleront rien de mes subjectz
en leurs querelles: car je veux que mon édict de paciffication soit de
point en point observé.

    CHARLES.      PINART.



CXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIVe jour d'aoust 1572.--

  Première nouvelle de la Saint-Barthèlemy.--Soulèvement de la
    maison de Guyse contre la maison de Chatillon.--Meurtre de
    l'amiral Coligni et de ses adhérens.--Efforts du roi pour
    apaiser la sédition.--Mesures qu'il a dû prendre afin de se
    préserver lui-même.--Le roi de Navarre et le prince de Condé
    gardés auprès du roi.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurez entendu ce que je escrivis
avant hyer de la blesseure de mon cousin l'Admiral, et comme, après ce
faire tout ce qui m'estoit possible pour la vérification du faict et
en faire faire si grande et prompte justice qu'il en feust exemple par
tout mon royaume, à quoy il ne s'est rien oublié; despuis il est
advenu que ceux de la maison de Guyse et les autres sieurs et
gentilhommes qui leur adhèrent, qui n'ont petite part en ceste ville,
comme chascun sçait, ayant sceu certainement que les amis de mon dict
cousin l'Admiral vouloient poursuivre, et exécuter sur eux vengeance
de ceste blesseure, parce qu'ils les soubçonnoient d'en estre la
cause, se sont esmeus ceste nuit passée, si bien qu'entre les uns et
les autres il s'est passé une grande et lamantable sédition, ayant
esté forcé le corps de garde qui avoit esté ordonné à l'entour de la
maison du dict sieur Admiral, luy tué avec quelques autres
gentilshommes, comme il en a esté aussi massacré d'autres en plusieurs
endroicts de la ville: ce qui s'est meu avec une telle furie qu'il n'a
esté possible d'y apporter le remède tel que l'on eût peu désirer,
ayant eu assez à faire à employer mes gardes et autres forces pour me
tenir en seureté dans mon chasteau du Louvre, ayant donné cependant
ordre partout d'appaiser la dicte sédition, qui s'est extrêmement
eschauffée par toute ceste ville. Ce qui est advenu par la querelle
particullière qui est, de longtemps, entre ces deux maisons.

De laquelle ayant tousjours préveu qu'il adviendroit quelque mauvais
effaict, j'avois cy devant faict tout ce qui m'avoit esté possible
pour l'appaiser, ainsi que chascun sçait; n'y ayant en cella rien de
la rupture de mon édict de pacification, lequel je veux au contraire
entretenir plus exactement que jamais, ainsi que je le fais sçavoir
par tous les endroictz de mon royaume, et que je vous prie aussi
faire entendre par delà à ma sœur, la Royne d'Angleterre, et aux
autres qu'il sera besoin, afin que l'on n'entre en aucune opinion de
la rupture du dict édict, ni que j'y aye aucune volonté; mais que
chascun cognoisse que j'ay grand desplaisir de ce qui est ainsi mal
advenu, et que c'est bien la chose que je déteste le plus.

J'ay près de moy mon frère, le Roy de Navarre, et mon cousin, le
Prince de Condé, pour avoir mesme fortune que moy.

Sur ce, je prierai Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avoir en
sa saincte et digne garde.

Escript à Paris, le XXIVe jour d'aoust 1572.

    CHARLES.      PINART.


Je vous prie de faire tenir, au plus tost, au Sr Du Croq la lettre que
je luy escris.



CXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour d'aoust 1572.--

  Continuation de la sédition.--Découverte d'une conspiration
    tramée par les protestans contre le roi, ses frères et la
    reine-mère.--Recommandation faite à l'ambassadeur de garder le
    silence sur ces évènemens jusqu'à nouvelles
    informations.--Attente de plus grands éclaircissemens.--Ordre
    donné de retenir les dépêches envoyées pour Mr Du Croc en
    Écosse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous feis hyer une despesche de
l'émotion qui advint, dès le matin, qui continua hyer, et qui
véritablement, à mon très grand regret, n'est encore apaysée; mais,
pour ce que l'on a commencé à descouvrir la conspiration que ceux de
la religion prétandue réformée avoient faicte contre moy mesmes, ma
mère et mes frères, vous ne parlerez poinct des particullaritez de la
dicte émotion et de l'occasion, jusques à ce que vous ayez plus
amplement et certainement de mes nouvelles; car j'espère, dedans
aujourdhuy au soir ou demain matin, avoir esclaircy le tout; et vous
en manderay aussitost la vérité, ayant advisé vous despescher ce
courrier en toute dilligence, priant Dieu, Monsieur de La Mothe
Fénélon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à Paris, le lundy, XXVe jour d'aoust 1572.


N'envoyez pas au Sr Du Croc les dernières lettres que je luy
escripvois de la dicte émotion, et que je vous mandois luy faire tenir
pour ce que je luy en fairai demain, comme à vous, une bien ample.

    CHARLES.      PINART.



CXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIe jour d'aoust 1572.--

  Affaires d'Écosse.--Instances que doit faire l'ambassadeur auprès
    d'Élisabeth au sujet de l'occupation d'Édimbourg.--Explication
    du traité concernant la suspension d'armes.--Charge donnée à Mr
    de L'Espinasse de passer en Écosse.--Pension payée par le roi
    au lair de Grange pour retenir le château d'Édimbourg.--Secret
    qu'il faut garder sur cette circonstance.--Nécessité où se
    trouve le roi de conserver la paix avec l'Angleterre.--Envoi
    d'un mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy.--Espoir que
    la négociation du mariage pourra se continuer.


Monsieur de La Mothe, renvoyant le Sr de L'Espinasse, présent porteur,
en Escosse, j'ay advisé de vous adresser sa despesche toute ouverte,
afin que voyés le contenu en icelle, et que puissiés faire envers la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'elle mande et fasse
faire, de sa part, comme j'escriptz au Sr Du Croc faire, de la mienne,
envers mon cousin le comte de Mar, et aultres seigneurs tenant son
parti en Escosse, pour faire incontinent sortir de la ville de
Lislebourg les soldats qui y sont, suivant l'abstinence et suspension
d'armes, laquelle j'escriptz aussi au dict Du Croc et Vérac faire,
s'il est possible, prolonger encore pour deux moys, afin qu'ilz ayent
plus de moyen et de temps de traitter quelque bonne et ferme paix au
dict païs d'Escosse, sellon la charge que je en ay donnée et le
pouvoir que je en ay envoyé.

Je luy escriptz aussi, comme verrés par mes dictes lettres,
l'interprétation qu'il fault qu'il se fasse de ces mots: _que chascun
rentrera en leurs maisons_. De quoy il fault pareillement que ma dicte
sœur, la Royne d'Angleterre, escrive bien expressément au Sr de
Drury, et qu'elle luy envoye un bon pouvoir pour tout ce que dessus,
et pour résouldre, avec le dict Sr Du Croq, suivant ce qui a esté
accordé par les Escossois, les difficultés qui se pourront mouvoir, en
traittant de la paix d'entre eux, vous priant de renvoyer incontinant
le Sr de L'Espinasse en Escosse, afin qu'il soit bientost par delà.

J'envoye par luy la somme de trois mille livres, pour ayder à payer
les soldats que ceux du bon parti ont licentiés, et, oultre cela,
j'envoye au Sr de Granges, capitaine du chasteau de Lislebourg, mille
livres pour le prochain mois de l'entretènement que j'ay promis luy
bailler secrettement, par forme d'entretènement, par chascun moys,
afin que tousjours il tienne et garde bien le dict chasteau à la
dévotion de ma sœur la Royne d'Escosse, et de moy pareillement; car
je ne veux rien perdre de l'accès et bonne intelligence que mes
prédécesseurs et moy avons accoustumé d'avoir au dict païs d'Escosse,
en laquelle ce moyen aydera bien à me maintenir; mais il faut tenir
secret l'entretènement que je donne au dict de Granges, et prendre
seuretté de luy, signée de sa main et scellée du scel de ses armes, de
la promesse qu'il m'en faira, comme j'escriptz au dict Sr Du Croq. Et
se fault bien garder que l'on le sçache, car il seroit à craindre que
le comte de Mar et ceux de son party se despartissent, du tout, de ma
confédération, et aussi que la dicte Royne d'Angleterre prînt
occasion, par cela, d'altérer le traicté qu'elle et moi avons faict
dernièrement, lequel je désire bien fort entretenir, et plustost
fortiffier et augmenter nostre amitié que la diminuer. A quoy je vous
prie tendre toujours tant que vous pourrés.

Je vous envoye un mémoire[127] à la vérité comme les choses sont
passées en ceste dernière émotion, affin que, sellon icelluy, vous le
fassiés entendre à ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, à ses
principaux ministres et à ceux que verrés qu'il sera à propos, me
donnant advis de ce que l'on en dira par delà et des autres
occurrences comme avés accoustumé.

  [127] Voyez ci-après, CXXI, pag. 330.

J'attends toujours le retour du Sr de La Molle, desirant bien fort
qu'il nous apporte quelques bonnes nouvelles du propos du mariage de
la Royne et de mon frère d'Allençon, ce que je vous recommande
tousjours d'affection; et prie Dieu, etc.

Escript à Paris, ce XXVIe jour d'aoust 1572.

    CHARLES.      PINART.



CXX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour d'aoust 1572.--

  Retard apporté au départ de Mr de L'Espinasse.--Annonce de
    l'envoi du mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy par un
    courrier exprès.--Desir du roi de connaître quels sont les
    protestans français qui se sont réfugiés en Angleterre, et si
    Montgommery est du nombre.--Nécessité d'avertir promptement le
    roi de tout ce qui se passera entre Élisabeth et le roi
    d'Espagne.--Prompt départ de Mr de L'Espinasse.--Protection
    accordée pendant les troubles à Walsingham.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je pensois que le Sr de L'Espinasse deût
partir dès ce soir, pour aller, en toute diligence, comme je luy avois
expressément commandé, passer vers vous en Angleterre, et, de là,
s'acheminer en Escosse, avec la responce et résolution de la dépesche,
pour laquelle il estoit venu icy[128]; et, par mesme moyen, pour vous
porter le mémoire, au vray, comme toutes choses sont passées en ces
émotions advenues, vendredy dernier, afin que, suivant ce que je vous
ay dernièrement escript, vous puissiés en parler selon les termes
portés par icelluy; lequel, pour ce que je voy que le dict de
L'Espinasse n'ait pu si tost partir, et que peut estre il ne fairoit
pas assés de diligence, j'ay advisé de vous l'envoyer, avec ce petit
mot de lettre, par ce courrier exprès, qui faira toute diligence, vous
priant d'user du dict mémoire de telle sorte, envers ma dicte sœur,
la Royne d'Angleterre, que ce qui est advenu de deçà ne soit point
cause d'altérer nostre bonne amitié; mais, au contraire, que le propos
de mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Allençon, se puisse
heureusement effectuer, attendant tousjours en bonne dévotion le
retour de La Mole; vous priant aussy de vous enquérir doucement quels
de mes subjects de la religion se sont retirés en Angleterre, et
principalement Montgomery; car je doubte qu'il s'y soit saulvé pour ce
que ceux qui estoient allés après luy ne l'ont peu attraper.

  [128] Voyez CCLXXe dép. du 13 août 1572, tom. V, pag. 89.

Vous me ferés aussi fort grand service de me tenir continuellement
adverti des occurrances de delà, et comme la dicte Royne se comportera
du costé de Flexingues et avec le Roy d'Espagne, et ses ministres, et
aussi avec les Escossois, et pareillement avec les princes de la
Germanie protestans. Et cependant je prie Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXVIIe jour d'aoust 1572.


Despuis ceste lettre escripte, le dict de L'Espinasse est venu en ce
Louvre, ayant asseuré qu'il partiroit incontinent, voylà pourquoy j'ay
différé de vous envoyer ceste cy par homme exprès, mais la luy fairai
bailler. Le Sr de Walsingham a esté soigneusement conservé, pendant ce
trouble, en son logis, et le fairai tousjours, luy et les siens,
assyster, comme le requiert la vraye amitié d'entre ma sœur, la Royne
d'Angleterre, et moy.

    CHARLES.      PINART.



CXXI

INSTRUCTION A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

  Mémoire justificatif de la Saint Barthèlemy.


Le Roy a, du vingt deuxiesme de ce mois, donné advis au Sr de La Mothe
Fénélon, son conseiller et ambassadeur en Angleterre, de la blesseure
qui advint, le jour mesme, au feu Sr de Chastillon, admiral de France,
affin de le faire entendre à la Royne d'Angleterre, et, quant et
quant, le regrès que Sa Majesté y avoit, bien délibérée de faire fère
toute la poursuite qu'il seroit possible pour la vérification du
maléfice, ainsi qu'il y avoit jà bien esté commancé, et continué
jusques au jour de devant hier, avec toute la diligence qui se peult
user en affère que Sa Majesté a bien fort à cueur;

Ayants esté députés, pour instruire le procès de ceulx qui se
trouveroient coulpables du dict maléfice, aucuns des principaulx
conseillers de son conseil privé et maistres des requestes de son
hostel, mesmement le maistre des requestes, Cavaignes, qui a tousjours
esté le principal conducteur des affaires de ceulx de la nouvelle
religion, affin qu'il feût mieulx cogneu, parmy eulx, le bon pied,
dont Sa Majesté faisoit procéder en ce faict.

Dont, encores que le dict sieur Admiral, et tous les seigneurs et
gentilshommes de la dicte nouvelle religion, ses adhérans, qui
estoient près de luy, eussent occasion d'estre contens, et du bon
ordre que Sa Majesté avoit donné pour le tenir en seureté dedans sa
maison, et empescher que les malveillans et le peuple de Paris, pour
beaucoup de respects particulliers, assez cognus à ung chascun, mal
affectez envers luy, ne luy fissent aucune offance, ce néantmoins, il
s'est descouvert que luy et les autres seigneurs gentilshommes de la
dicte nouvelle religion, qui estoient en assés bon nombre en ceste
ville, avoient faict une entreprinse et conspiration, pour, (sans
attandre l'effect de la justice, que Sa Majesté s'estoit mis en tout
debvoir de leur faire fère et administrer, et en laissant ceulx,
qu'ilz soubçonnoient en estre autheurs), s'attaquer à Sa dicte
Majesté, la Royne sa Mère, et Mes Seigneurs ses frères, qu'ils
vouloient mettre à mort et exécuter sur eulx; ce à quoy ilz avoient,
d'autres fois, failly, ainsi mesmes que aucuns de ceulx de la dicte
nouvelle religion l'ont déclaré, meuz de bon zèle et fidélité envers
Sa dicte Majesté, l'avoient dict et déclaré, pour avoir ouy le conseil
qui en avoit esté pris entre le dict Admiral, Telligny, La
Rochefoucault et Cavaignes; et d'autres, avant que mourir, ont
confessé qu'ils recepvoient une juste pugnition de leur mauvaise
conspiration, en ce qu'ils avoient heu volonté de faire à l'endroict
de Leurs dictes Majestés.

De quoy advertye, Sa dicte Majesté, et voyant que ces advis se
conformoient grandement aux menasses que Thelligny n'avoit point esté
honteux de fère: qu'ils prandroient les armes, si, dedans deux jours,
il n'estoit faict justice de la dicte blesseure; pour se guarantir du
danger qui luy estoit tout certain, à la Royne, sa Mère, et à mes
seigneurs ses frères, elle a esté contraincte de lascher la main à
Messieurs de la mayson de Guyse, qui, le XXIIIIe de ce mois d'aoust,
avec quelque petit nombre de soldats, ont tué le dict Admiral et
quelques autres gentilshommes de sa faction; s'estant l'esmotion
grandement acreue parmy le peuple, pour estre jà imbu de la susdicte
conspiration, et luy bien fort irrité d'avoir veu Sa dicte Majesté
contraincte avec la Royne, sa Mère, et Mes Seigneurs ses frères, de se
resserrer dedans son chasteau du Louvre avec leurs guardes, et de
tenir les portes fermées pour s'asseurer contre la force et violence
que l'on leur vouloit faire; et pour laquelle exécuter aucuns
gentilshommes de la faction du dict Admiral, mesmes Pilles et Mouny,
ses principaulx factieux, avoient passé la nuict dedans le dict
chasteau, cachés en des chambres pour ayder à ceulx qui debvoient
venir de dehors en plus grand nombre et forcer les portes du dict
chasteau et exécuter leur entreprinse: ce qui fut descouvert de grand
matin, et les dicts gentilshommes déchassés du dict chasteau.

De toutes lesquelles choses le peuple aigri, a exercé grande viollence
sur ceulx de la nouvelle religion; dont tous les chefs, qui se
trouvoient au dict Paris, ont esté tués.

Ce qui est advenu au grand regrès de Sa dicte Majesté, et toutesfois
pour l'occasion qu'ils en ont donnée eulx mesmes les premiers; de quoy
Sa dicte Majesté a bien voullu donner advis au dict Sr de La Mothe,
affin de faire entendre à la Royne d'Angleterre comme les choses sont
passées; dont ne luy veult rien déguiser. Et, en ce faisant, le dict
Sr de La Mothe asseurera, de la part de Sa Majesté, à la dicte Royne
qu'en ce qui est ainsi advenu, il n'est point question du faict de la
religion ni de la rupture de l'édict de pacification; mais que la
chose est procédée de la malheureuse conspiration qu'ils avoient
faicte contre Sa dicte Majesté, cogneue par tant de certains indices
que l'on ne la pouvoit ignorer et tarder à y pourvoir, sans le certain
péril de leurs personnes, ayant esté tant plus mal aisé à supporter la
dicte conspiration, que Sa Majesté leur avoit tousjours faict tous les
favorables traictemens dont elle eût sceu user à l'endroict de ses
plus fidelles subjects, et gratifié le dict feu sieur Admiral des
grands biens, et faict, despuis l'édit de pacification, comme
plusieurs autres gentilshommes de la nouvelle religion qui ont esté
receus aux honneurs et dignités qui ont vacqué, ainsi que les autres
bons et loyaux subjects catholicques.



CXXII

LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de septembre 1572.--

  Assurance que la tranquillité est rétablie.--Demande que
    Cavaignes soit livré à la France, s'il s'est réfugié en
    Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Mon Seigneur et frère, vous
escript bien amplement[129] l'estat paysible auquel est à présent, et
despuis troys ou quatre jours, ceste ville et les autres de son
royaulme, ensemble le propos que nous eusmes hyer avec le Sr de
Walsingham, ambassadeur de la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne
sœur et cousine, sur ces évènementz; qui me gardera vous en faire
aucune redicte par ceste lettre, laquelle sera seulement pour vous
prier de prendre soigneusement garde sy Cavaignes, qui se trouve
chargé de la conspiration faicte contre le Roy, mon dict frère, et son
estat, est par dellà, où l'on dict qu'il s'est sauvé et retiré, et
faire toute l'instance que vous sera possible, envers la dicte Dame
Royne, pour le faire arrester et vous permettre de le renvoyer par
deçà soubz bonne et seure garde. Et vous fairés bien grand et agréable
service au Roy, Mon dict Seigneur et frère, priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le IIIe jour de septembre 1572.

    Vostre bon amy.       HENRY.

  [129] Cette lettre manque.



CXXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de septembre 1572.--

  Retour de Mr de la Mole.--Satisfaction qu'éprouve le roi du
    résultat de sa mission.--Adhésion donnée à l'entrevue demandée
    par Élisabeth pourvu qu'elle ait lieu sur mer.--Affaires
    d'Écosse.--Desir que la suspension d'armes soit continuée, et
    qu'il soit procédé à un traité définitif.--Cessation des
    troubles dans les provinces.--Mesures prises pour assurer la
    tranquillité.--Arrestation de Cavagnes.--Fuite de Montgommery à
    Jersey ou Guernesey.--Injonction faite à l'ambassadeur de
    demander à Élisabeth l'autorisation de l'arrêter dans ces
    îles.--Attente d'une réponse au sujet des dépêches sur la
    blessure et la mort de Coligni.--Desir du roi de connaître la
    conduite que tiendra Élisabeth avec le prince d'Orange et ceux
    de Flessingue.


Monsieur de La Mothe Fénélon, hyer, à l'arrivée du Sr de La Molle,
j'ay fort particullièrement, et à mon gré, bien entendu, tant par
vostre dépesche[130] que par ce qu'il nous a discouru amplement de
bouche, comme toutes choses se sont passées en son voyage devers la
Royne d'Angleterre, ma bonne seur et cousine, ayant, vous et luy, veu
en la dicte Royne toutes les bonnes et grandes démonstrations d'amitié
envers moy et les miens qui se peuvent desirer; dont je suis
infiniment ayse, la correspondant, en cella, de ma part, comme aussy
font la Royne, Madame et Mère, et mes frères, sincèrement, autant
qu'il se peut dire, et encore plus mon frère d'Allençon, qui, ayant
ouy parler le dict La Molle, a beaucoup augmenté l'espérance qu'il
avoit du bon succès du mariage d'icelle Royne et de luy. Et ayant veu
et bien considéré, avec la Royne, Madame et Mère, et mes dicts frères,
vostre lettre, et l'escript qui vous a esté baillé par les
conseillers de la dicte Dame, que nous a rapporté le dict La Molle,
enfin nous avons résolu, (pour voir clair, gaigner le temps en cest
affaire, et l'effectuer bientost, s'il plait à Dieu qu'il réussisse),
de vous donner charge, comme je fais, de regarder les moyens qu'il y
aura que l'entrevue, que desire la dicte Royne, se fasse en un beau
jour, sur la mer, entre Boullongne et Douvres, que nous desirerions
bien estre vers le XXe du moys proschain, où Madame et Mère, et elle,
et mon frère d'Alençon, se verront, ainsi que Ma dicte Dame et Mère
vous a escript par nostre dépesche du XXIe du passé.

  [130] Voyez CCLXXIe dép. du 28 août 1572. tom. V, pag. 91.

Si la dicte Royne le veult ainsi, il sera bien aisé d'aviser, d'entre
cy et là, aux surettés et l'ordre qu'il y faudra donner d'une part et
d'autre, dont mon beau frère, le duc de Montmorency, escrira de delà
pour en adviser. J'espère qu'à la dicte entrevue se faira la
conclusion du dict mariage; car, à ce que nous a dict le dict La
Molle, il y a veu la dicte Royne fort disposée, et ses conseillers
aussy; dont je me resjouis bien fort, et en prens fort bonne estime
par toutes les particularités du discours de vostre lettre,
m'asseurant que le Sr de Walsingham, que je sçay certainement qui y a
faict tous bons offices pour le service de ma sœur et cousine, sa
Maistresse, et pour nostre particullier aussi, persévèrera, tant qu'il
pourra, au bien de cest affaire, vous priant l'excuser envers ma dicte
bonne sœur, sa Maistresse, et luy dire, de ma part, que ce qu'il y a
eu de faulte d'intelligence aux termes qu'il me tint et à la Royne,
Madame et Mère, en la responce qu'il nous fit au bout du mois, est
venue de nous et non de luy; à qui, pour ceste cause, je la supplie
n'en sçavoir nul mauvais gré, car il s'est tousjours porté et
démonstré fort desireux et bien affectionné à entretenir et fortifier
la bonne amitié d'entre elle et nous, qui l'asseurons, comme luy
pourrés aussi dire de nostre part, qu'elle trouvera tousjours en nous
toute la droicte et bonne correspondance de parfaicte amitié qu'elle
pourroit desirer.

J'ay veu le deschiffrement de ce que ma sœur, la Royne d'Escosse, a
escript au Sr Du Croq, ce qu'il vous en a mandé, elles deux lettres
qu'elle vous a aussi à ce propos escriptes. Sur quoy je suis d'advis
que le dict Sr Du Croq fasse en sorte, ainsi que je luy ay mandé par
L'Espinasse: que la dicte ville de Lislebourg soit restituée et
laissée libre, comme il a esté accordé par le traicté de la suspension
d'armes; que la dicte suspension continue encore pour deux mois, s'il
est possible; et qu'il fasse, au demeurant, honestement tout ce qu'il
pourra, ainsi que je luy ay tousjours commandé faire, et que je sçai
aussi qu'il a faict, pour l'adventage de ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, et ses bons subjects; observant entièrement les traittés
que mes prédécesseurs et moy avons, de si longtemps, avecque les
Escossois, et pareillement celluy que j'ay dernièrement faict avec la
dicte Royne d'Angleterre; car je suis résolu de le garder, sans y rien
enfreindre en quelque sorte que ce soit. Et faut que vous et luy
advisiés par delà de bien suivre en toutes choses l'intention du dict
traitté, afin de continuer tousjours la bonne paix et amitié d'entre
elle et moy, que je veus entièrement conserver; estimant que, quand je
continueray en cela avec elle, que j'auray plus de moyen d'ayder à ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui le doit, ce me semble, considérer
et ainsi desirer, et s'asseurer aussi que je fairai tousjours pour
elle, comme j'ay faict, tout ce qu'il me sera possible; ce que luy
fairés entendre, de ma part, quand en aurés le moyen.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, grâces à Dieu, l'esmotion
advenue, comme je vous ay escript, en plusieurs villes et endroicts de
mon royaulme, à cause de la mort et conspiration du feu Admiral et ses
adhérans, est maintenant appaisée, espérant que tous mes subjects,
vivans en paix les uns avec les aultres, se conformeront à ma volonté,
sellon la publication que j'en ay faict faire par tout mon royaume, et
que mes gouverneurs et mes lieutenans généraulx, qui sont par les
provinces, donneront bon ordre, comme je leur ay donné tout pouvoir
d'asseurer de ma bonne et droicte volonté ceux qui pourroient estre en
crainte, et qui ne sont de la malheureuse conspiration dont je vous ay
escript.

Le maistre des requestes, Cavaignes, que je vous avois mandé qui
estoit passé en Angleterre a esté pris despuis deux jours, et mis ès
mains de justice; mais j'ay sceu certainement que le comte de
Montgomery, qui est un des principaux participans à icelle
conspiration, est passé ès isles de Grènesay et Gersay, où il a, à ce
que j'ay sceu, délibéré de demeurer, comme il fit quelque temps durant
les troubles, expressément pour avoir et tirer tousjours la commodité
des maisons qu'il a le long de la coste de Normandie et Bretaigne, qui
sont bien près des dictes isles, où je l'eusse envoyé prendre, comme
il m'estoit fort aysé et que j'en ay bien le moyen, pour estre les
dictes isles fort près de moy; mais, ne voullant en façon que ce soit
donner aucune occasion à la dicte Royne, ma bonne sœur et cousine, de
penser que je veuille rien faire faire ny entreprendre sur ses
possessions sans sa permission, j'ay différé et retenu ceux qui l'y
eussent aisément esté prendre, jusques à ce que luy en ayés parlé, et
requis, comme vous fairés de ma part, me permettre d'y pouvoir
envoyer, sans qu'il soit faict tort à nul de ses subjects, ny que cela
altère aucune chose de nostre bonne amitié.

J'attends, à toutes heures, de vos nouvelles sur les dépesches que je
vous ay faictes despuis la blessure et mort du dict Admiral, desirant
aussi que vous fassiés secrètement voir comme ceux de mes subjectz,
qui sont de la religion prétendue refformée, passans de là, sont
recuillis et receus, et leurs déportemens et les noms des principaux
et plus apparans qui y sont, et pourront encore aller.

Je seray aussi bien ayse et desire bien fort que me mandiés comme se
comportera maintenant la dicte Royne d'Angleterre envers le prince
d'Orange et ceux de Flexingues, et combien il y peut avoir de ses
subjects, et si elle persévèrera à y en envoyer, et comme elle s'y
comportera. Au demeurant, m'asseurant aussi que vous n'oublierés de
m'advertir des autres occurances, je ferai fin à ceste cy et prierai
Dieu, etc.

Escript à Paris, le VIIe jour de septembre 1572.

    CHARLES.      PINART.



CXXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de septembre 1572.--

  Négociation du mariage.--Motifs qui doivent engager à accepter
    l'entrevue sur mer.--Satisfaction témoignée par Catherine de
    Médicis du dévouement de Walsingham.


Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon filz, et moy avons
résolu que vous proposerés à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et
cousine, que nous ferons volontiers l'entrevue qu'elle desire, comme
aussy faiz je, pour avoir ce bien que j'ay souvant desiré de la voir,
et mon filz d'Alençon encores plus qu'elle ny moy, tant il est
parfaictement son serviteur; mais il faut que l'entrevue se face sur
la mer, comme je vous ay, ces jours passés, escrit, et qu'elle vienne
à Douvres, et mon dict filz d'Alençon et moy yrons à Boullongne ou à
Callais, par un beau jour, nous acheminer en mer, et sy ce n'est assés
d'un jour nous nous pourrons encores revoir. J'espère en Dieu que, sy
nous nous voyons (estant toutz les articles accordez) comme me mandez
qu'ils sont pour mon dict filz, le Duc d'Allençon, ainsy qu'ils
estoient pour mon filz le Duc d'Anjou, excepté celluy de la relligion,
à quoy vous préparerés, entre cy et là, quelque bon et honneste et
salutaire expédiant, que nous ne nous départirons poinct que nous ne
facions le dict mariage, pour lequel je vous prye travailler d'aussy
grande affection qu'avés tousjours faict, afin que nous en ayons la
bonne yssue que nous desirons. Et croyés que jamais services ne
feurent sy bien recognuz envers bon serviteur (comme vous estes)
qu'ils seront en vostre endroict, non seullement par le Roy et par
moy, mais aussy par mon dict filz d'Alençon, lequel je vous
recommande.

Vous priant, au demeurant, suivant ce que le Roy, Mon dict Sieur et
filz, vous a escrit, requérir de nostre part la dicte Royne de ne
sçavoir aucun mauvais gré au Sr de Walsingam, son ambassadeur, des
termes qu'il nous a dict dernièrement, nous faisant la responce, au
bout du moys, dont elle luy aura donné charge, car ce feust nous
mesmes qui interprétasmes le tout, ainsy qu'il nous fut escrit. Je
vous asseure qu'il est bien affectionné (à ce que j'ay cogneu) à
entretenir la bonne paix et amytié d'entre elle et nous, qui l'aymons
pour ceste occasion, et aussy pour les bons offices que nous avons
sceu qu'il a faicts pour la négociation du dict mariage; en quoy,
encores que ceste émotion soit advenue icy, j'estime qu'il
persévèrera, car il a veu comme nous avons eu très grand soing de le
conserver et toutz les siens, comme ilz ont esté, et n'y a eu que en
la perquizion de Bricquemault qu'il s'esmeut un peu, mais cella feust
soudain passé, et envoya faire l'excuse comme vous a escrit mon dict
filz. Je vous prye nous escrire le plus tost que pourrez des
occurrances de dellà, priant Dieu, etc.

Escrit à Paris, le VIIe jour de septembre 1572.

    CATERINE.     PINART.



CXXV

  CONJOUISSANCE DE Mr LE CARDINAL DE LORRAINE, au nom du Roy,
    faicte au Pape, le VIIe jour de septembre 1572, sur la mort de
    l'Admiral et de ses complices.

D. O. M.

  BEATISSIMO PATRI GREGORIO XIII, PONTIFICI MAXIMO, SACRO
    ILLUSTRISSIMORUM CARDINALIUM COLLEGIO, S. P. Q. R.


Carolus IX, Christianissimus Francorum Rex, zelo zelatus pro Domino
Deo exercituum, repentè, velut angelo percussore divinitùs immisso,
sublatis unâ occidione propè universis regni sui hereticis
perduellibusque, tanti beneficii immemor nunquam futurus, consiliorum
ad eam rem datorum, auxiliorum missorum, duodecennalium precum,
supplicationum, votorum, lacrimarum, suspiriorumque ad Dominum
Omnipotentem Maximum,

Suorum et Christianorum omnium planè stupendos affectus, omninò
incredibiles exitus, modis omnibus redundantem divino munere
satietatem, ipse nunc solidissimorum gaudiorum aflluentissimus
gratulatus,

Tantam felicitatem, quæ, Beatissimi Patris Gregorii XIII pontificatûs
initio, non multò post ejus admirabillem et divinam electionem,
evenerit, unà cum orientalis expeditionis constantissimâ et
promptissimâ continuatione, ecclesiasticarum rerum instauratione,
marcescentis religionis vigorem et florem certò protendere auguratur.

Pro isto tanto beneficio, conjunctis vobiscum hodiè ardentissimis
votis, absens corpore, presens animo, hìc, in æde Sancti Ludovici, avi
sui, Deo Omnipotenti Maximo gratias agit quàm maximas, utque spes
hujusmodi ne fallat, ejus bonitatem supplex deprecatur.

Carolus tituli Sancti Apollinaris S. R. E. Cardinalis de Lotharingiâ
hoc omnibus significatum et testificatum esse voluit; anno Domini M.
C. LXXII, II Id. septembris.


(Litteris romanis aureis majusculis descriptum, festâ fronde velatum,
ac lemniscatum, et supra limen ædis Sancti Ludovici Romæ affixum, anno
et die prædictis).



CXXVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de septembre 1572.--

  Papiers trouvés chez l'Amiral.--Conseil qu'il donnait au roi de
    se tenir en garde contre le roi d'Espagne et la reine
    d'Angleterre.--Communication de ces papiers à
    Walsingham.--Protestation de Catherine de Médicis contre les
    avis donnés par l'Amiral.--Assurance qu'elle veut, ainsi que le
    roi, demeurer en constante amitié avec Élisabeth.--Inquiétude
    sur la manière dont elle aura accueilli la nouvelle de la
    Saint-Barthélemy.


Monsieur de La Mothe Fénélon, il s'est trouvé, entre les papiers du
feu Admiral, une longue lettre qu'il escrivoit au Roy, Monsieur mon
fils, laquelle il avoit commencée, dès quand il alla à la Rochelle, et
continuée tousjours jusques à la mort; il y avoit une autre lettre
avec, qu'il escrivoit à Telligny, par laquelle il le chargeoit
expressément qu'après sa mort il présentât et fît voir au Roy la dicte
lettre, par où il traitte et discourt plusieurs choses, luy faisant
des remonstrances; et, entre autres particullarités, luy veut
persuader que les plus grands ennemis qu'il ayt sont et seront
tousjours le Roy d'Espaigne et la Royne d'Angleterre, quelque
démonstration qu'ilz fassent du contraire, les apellant anciens
ennemis de ceste couronne; et conseille le Roy, Mon dict Sieur et
fils, de ne cesser jamais tant qu'il les ayt ruynés tous deux: ce que
je veux faire voir au Sr de Walsingham, escript de la main du dict feu
Admiral, afin qu'il cognoisse comme il n'estoit pas si affectionné à
l'endroit de la dicte Royne qu'il disoit, ny tant desireus de nous
entretenir en amitié avec elle; qui jugera bien sur cela que ce
n'estoit que fiction du dict Admiral et un très dangereus et malin
esprit qui ne pouvoit faire sinon mal, l'ayant bien monstré en la
malheureuse conspiration qu'il avoit faicte contre son Roy et nous
tous, qui luy avons tousjours faict tant d'honneur et de bien;

Vous ayant bien voullu escrire ce que dessus, afin que, si voyés qu'il
soit à propos, vous en puissiés parler, et le faire entendre à la
dicte Royne d'Angleterre; et l'asseurer que nous fairons tousjours
envers elle le contraire du très malein conseil du dict Admiral; car
nous sommes résolus de continuer à jamais, aultant qu'il nous sera
possible, de nostre part, la vraye et parfaicte amitié d'entre elle et
nous: et tant s'en fault que la veuillons diminuer ny changer, qu'au
contraire, nous desirons la fortiffier, comme peut bien croire la
dicte Royne; desirant et recherchant de si bon cœur et si fort son
alliance, comme nous faisons; et en quoy, suivant ceste dépesche, je
vous prie de persévérer tousjours, afin qu'en ayons la bonne issue que
nous desirons, et que nous faict espérer vostre dernière dépesche, et
ce que de La Mosle nous a dict de bousche;

Vous priant, au demeurant, nous escrire en quelle part aura pris la
Royne d'Angleterre ce que luy aurés dict de la conspiration du dict
Admiral et de ses adhérans, estant très nécessaire que vous
entreteniés tousjours si bien ceste princesse que nous puissions
demeurer avec elle en bonne paix, et que, du costé d'Escosse, nous y
ayons la bonne part et intelligence que nous avons de tout temps
acoustumé; car il nous importe grandement. Et m'asseurant que vous y
continuerés vos soings et que vous n'y oublierés rien, je prierai
Dieu, etc.

Escript à Paris, le VIIIe jour de septembre 1572.

    CATERINE.     PINART.



CXXVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour de septembre 1572.--

  Conférence de Catherine de Médicis avec Walsingham sur la
    négociation du mariage.--Espoir qu'elle pourra être menée à
    bonne fin.--Proposition de l'entrevue dans l'île de Jersey ou
    de Guernesey.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous estes sy amplement adverty par les
lettres du Roy, Monsieur mon filz, des propos que nous ayons euz avec
le Sr de Walsingam, ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur et cousine, que, m'en remettant au contenu de la dicte
lettre[131], que je vous prie suivre suivant l'intention de Mon dict
Sieur et filz, je vous diray que j'ay plus d'espérance, à présent, que
le mariage d'entre la dicte Royne et mon filz d'Alençon se faira, que
je n'eus onques; et ne puis croire que icelle Royne ne se résoulde,
après qu'elle aura été esclarcye de la conspiration de l'Admiral et
qu'elle aura bien entendu nostre bonne intention envers elle, et, en
ce faisant, asseurer ses affaires et subjectz, comme elle peut
aisément faire par le moyen du dict mariage. Aussy je vous prie
continuer à faire toujours ce qu'il vous sera possible affin que nous
y verrions clair le plus tost que vous pourrez: estant bien dellibérée
de m'acheminer, et mener mon dict fils d'Alençon avec moy, pour faire
l'entreveue, quand la dicte Royne vouldra. J'estime que, suivant ce
que vous escrit Mon dict Sieur et filz, qu'il soit bien à propos de la
faire ez isles de Jerzay et de Grenezay qui sont de ses possessions et
assés près de la coste de Normandye et d'Angleterre, aussy pour sa
commodité et la nostre; et sy les seuretés qu'elle peut desirer, et
celles aussy, qui seroit besoing que y ayons, se y pourront bien
accommoder, pour une part et pour l'autre, sans aucun doubte de péril
ou danger. Sy elle trouve bon que ce soit ès dictes isles, il ne sera
que bon de sentir de la dicte Royne et ses ministres quand elle voudra
que ce soit, que je desirerois bien estre vers le XXe du moys
prochain, et ce que l'on préparera, d'une part et d'autre, pour sa
seureté et la nostre. Et j'ay veu aussy ce que me mandés du mèdecin
Penna, encores que le visage de mon dict filz d'Alençon soit fort
amandé et qu'il amande touts les jours, sy, suis je bien d'advis que
le dict mèdecin y use des remèdes qu'il m'a faict voir par escript
qu'il y faira; car il me semble que ce soit choses qui ne peuvent
nuyre: estant ce que, pour ceste heure, j'ay à vous dire, priant Dieu,
etc.

Escript à Paris, le XIe jour de septembre 1572.

  [131] Cette lettre manque; mais la suivante, des 12 et 13
  septembre, numéro CXXX, pag. 355, reproduit en partie ce qu'elle
  devait renfermer.


Le dict mèdecin aisséra sa pratique sur un paige; et, l'esté, il usera
de ses remèdes en mon dict filz.

    CATERINE.     PINART.



CXXVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XIIe et XIIIe jours de septembre 1572.--

  Détails de l'audience accordée par Catherine de Médicis à
    Walsingham.--Desir manifesté par la reine de voir continuer la
    négociation du mariage.--Crainte témoignée par Walsingham que
    les exécutions faites en France contre les protestans ne
    rendent désormais cette union impossible.--Protestation de
    Catherine que ces exécutions ne doivent en rien altérer
    l'amitié avec l'Angleterre.--Remontrances de Walsingham en
    faveur des protestans.--Assurance donnée par la reine que toute
    protection sera accordée à ceux qui ne conspireront pas;--Que
    la tranquillité est entièrement rétablie;--Et que la différence
    des religions n'a jamais été un obstacle aux mariages des
    princes.--Recommandation faite à l'ambassadeur de surveiller
    les intrigues des protestans de France en Angleterre, et de
    savoir quel a été le motif de la mission donnée au vice-amiral
    d'Angleterre pour la Rochelle.--Communication faite à
    Walsingham des papiers trouvés chez l'Amiral.--Nouvelle demande
    pour que Montgommery soit livré.--Autorisation qui lui serait
    accordée de vendre ses biens, s'il promettait de ne plus
    rentrer en France.


Monsieur de La Mothe Fénélon, à l'occasion du propos que le Sr de
Walsingam, ambassadeur de ma sœur et cousine, la Royne d'Angleterre,
avoit teneu à Mauvissière, comme vous verrés par ma lettre d'hyer,
j'ay présentement donné audiance au dict ambassadeur et luy ay faict
entendre que le Roy, Monsieur mon filz, et mes filz les Ducs d'Anjou
et d'Allençon, et moy desirons, autant que nous fismes jamais, et
d'aussi grande affection qui se pourroit dire, le mariage de la dicte
Royne, sa Mestresse, et de mon filz d'Alençon; que nous procédions en
cella sincèrement et droictement, et que nous n'eussions pas accordé
de faire l'entreveue, si nous n'y avions une parfaicte volonté; et que
ce qui estoit advenu, de la mort de l'Admiral et des autres, ses
adhérans, ne nous avoit rien faict changer en cella.

Sur quoy le dict ambassadeur, reprenant à peu près les mesmes propos
qu'il me tint, avant hyer, comme vous verrés par nostre dépesche de ce
jour là, il m'a dict, en protestant qu'il ne me parleroit point en
ambassadeur, pour ce qu'il n'avoit point encores eu lettres de sa
Mestresse, mais seulement de quelques particuliers d'Angleterre,
depuis les nouvelles de la mort du dict Admiral; mais, comme de luy
mesmes, et pour la bonne affection qu'il portoit à l'entretènement de
l'amitié d'entre nous et sa dicte Mestresse, il me vouloit bien dire
que sa Mestresse avoit faict ce dernier traicté avec nous, pour ce
qu'elle voïoit que nous entretenions sincèrement l'édict de
paciffication et permettions en ce royaulme l'exercice de la religion
de sa dicte Maistresse et des princes protestans de la Germanye, et
démonstrions porter si bonne volonté à ceux de nos subjects qui
estoient de la dicte religyon; mais que, voïant ce qui estoit au
contraire adveneu, il estimoit que sa Mestresse seroit en grand
doubte, et que l'on penseroit que cecy eust esté exécuté sellon la
dellibération du consile de Trente, et ce qui feut dict à Bayonne[132]
pour l'extirpation des dicts de la religion.

  [132] Voyez note tom. I, pag. 229.

Sur quoy, parlant franchement comme j'ay tousjours accoustumé, je luy
ay déclaré que nous avions faict le dict traicté avec la Royne
d'Angleterre, sa Mestresse, pour la bonne affection que nous portions
à elle et à sa couronne, et non avec aucun particulier de ses
subjects; aussi que, de mesme, nous avions estimé que sa dicte
Mestresse eust traicté avec nous et nostre couronne, qui est une chose
stable et permanante, et non avec le dict Admiral ny autres noz
subjects, et que la mort d'icelluy Admiral ne pouvoit rien altérer en
nostre dict traicté; lequel nous voulions, de nostre part, entièrement
garder, et parfaictement observer l'amytié d'entre nous et la dicte
Royne, sa Mestresse, et toutz les dicts princes; et que, quand nous
aurions faict mourir toutz ceux de nos subjectz que nous penserions
qui nous voudroient mal faire et attanter à nostre personne et estat,
que nul ne s'en debvoit altérer, ny pour cella s'en départir de nostre
amytié, non plus que nous ne nous estions mis en peyne, quand la dicte
Royne avoit faict exécutter ceux qui l'avoient voulleu troubler et
attanter à elle, et que ne nous altérions jamais de voir qu'elle feist
en son royaulme (comme il luy estoit permis faire) faire exécution,
quand il y en auroit qui la voudroient troubler comme ceux cy nous
avoient faict et voulloient encore faire; et, quand ce seroit contre
touts les Catholiques, que nous ne nous en empescherions, ny
altèrerions aucunement l'amitié d'entre elle et nous.

M'ayant, sur cela, le dict ambassadeur parlé de la deffance faicte à
ceux de la religion de faire assemblées, me disant que cella importoit
à l'édit de paciffication, et qu'il sembloit que n'eussions pas
dellibéré de l'entretenir; sur quoy je luy ay dict qu'il ne se meist
poinct en peyne d'en vouloir sçavoir sy avant; et que le Roy, Monsieur
mon filz, dellibéroit d'entretenir le dict édict, et qu'il fairoit en
cella ce qu'il cognoistroit estre à propos pour le bien de son
service.

Mais icelluy ambassadeur, ne se tenant assés satisfaict de ce que luy
en avoys déclaré, m'a de rechef encores remis sur ce propos, et dict
que sa Maistresse n'avoit voulleu rennouveller les traictés qu'elle
avoit avec le Roy Catholique, pour ce qu'il se manifestoit comme chef
des Catholiques, qui alloient contre ceux de sa religion; et que une
des occasions, pour lesquelles elle avoit traicté avec nous, ce avoit
esté à cause de la bonne démonstration que nous faisions aux dicts de
la religion et à l'entretènement du dict édict; mais qu'il sembloit
que nous le voulleussions rompre à présent, et qu'il en préjugeoit
beaucoup de maulx et la guerre bien grande en ce royaulme.

Qui a esté cause que je luy ay parlé plus ouvertement du dict édict et
faict entendre que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ayant bien cogneu
par expériance, et veu clèrement par les papiers du dict Admiral,
après sa mort, que, par le moyen des presches et assemblées que les
dictz de la religion faisoient, ils establissoient un segond Roy en
son royaulme, et faisoient beaucoup de mauvaises entreprinses et
dellibérations contre luy et son estat, le tenant en subjection; que,
pour ceste cause, il avoit résolu de ne leur plus permettre les dicts
presches et assemblées; que toutesfoys il ne voulloit pas que l'on
contraignît, comme aussy ne fait on, aucun en sa religion, mais que
chascun vive en repos soubz son obéissance comme, grâce à Dieu, l'on
voit que touts ses subjectz s'y disposent, estant desjà un grand
nombre retournez en notre religion catholique, et toutes les villes en
grand repos; ayant ceux de la Rochelle escrit, comme vous verrés par
la dépesche de Mon dict Sieur et filz, qu'ilz sont touts pretz de se
conformer à sa volonté, attandans son commandement. Mr de Biron, qui
en est gouverneur, y est allé pour cest effect.

Et ayant, pour la fin, dict au dict ambassadeur qu'il se pouvoit
asseurer que, de nostre costé, nous ne diminurions rien de la bonne et
parfaicte amytié que nous portons à sa dicte Maistresse; sur quoy il
m'a dict qu'il continuera à y faire toutz les bons offices qu'il
pourra, et qu'il croit certainement qu'il ne fut jamais sy nécessaire
que le dict mariage se feist, ny qu'il y eust plus d'aparance qu'il se
doibt faire qu'à présent, affin de ralier et fortiffier tous les
princes les uns avec les autres; et m'a demandé commant se pourroit
faire le dict mariage et continuer l'amytié entre les princes, si
l'exercice de la religion n'estoit permis.

A quoy je luy ay respondu que les feuz Roys Françoys, mon beau père,
et le Roy Henry d'Angleterre, père de la Royne sa Mestresse, encores
qu'ilz feussent différandz de la religion ne laissoient, pour cela, de
s'aymer infiniement; et que, de ce temps là, l'on brusloit beaucoup de
gens pour la religion en France, et que le dict Roy, Henry
d'Angleterre, ny les autres princes de la Germanye protestans,
ausquels nous avions, dès lors, aussy amytié, ne s'en altéroient
point; que despuis, le Roy Henry, Mon Seigneur, avoit voulleu donner
ma fille, qui feut depuis Royne d'Espaigne au petit Roy Edouart,
encores qu'ils feussent différandz de religion; et que les amytiés ne
layssent, pour la religion, d'estre bien bonnes et parfaictes; ayant
remis le dict ambassadeur, le plus que j'ay peu, de ces considérations
raisonnables, dont je vous ay bien vouleu advertir: car je m'asseure
qu'il escrira à la Royne, sa Mestresse, de tous les propos que avons
euz, par où j'ay cogneu qu'il nous voudroit bien, s'il estoit
possible, par ses discours aucunement inthimider affin de gaigner
quelque chose pour l'exercice à ceux de sa religion.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon fils,
a eu advis que aucuns de ses subjectz, huguenots dyépois, arment et
préparent quelques vaisseaux à la coste d'Angleterre pour courre sur
ceste mer et faire des larcins; que la dicte Royne d'Angleterre,
ayant sceu les nouvelles de la mort du dict Admiral, a envoyé soudain
le visadmiral d'Angleterre à la Rochelle pour y recognoistre et voir
quel il y faict. Il faut que vous pénétriés en cella si avant que nous
en puissions descouvrir sa volonté, et vous ne ferez pas petit service
au Roy, Mon dict Sieur et filz; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XIIe septembre 1572.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'oubliois à vous dire que j'ay faict
voir au dict ambassadeur ce que le dict feu Admiral escrivoit au Roy
en ceste lettre qu'il chargeoit feu Telligny de monstrer, après sa
mort, à Mon dict Sieur et filz, par où il parloit ainsy mal que Mon
dict Sieur et filz vous escrit de la Royne d'Angleterre. Dont le dict
ambassadeur qui a bien cogneu la lettre du dict feu Admiral, car je
croy qu'il en avoit eu souvant, a esté fort esbahy.

J'oubliois aussy à vous mander que, quand il m'a parlé de la desfaicte
que icelle Royne, sa Maistresse, avoit faicte de renouveller les
traictés et amityés avec le Roy d'Espaigne, et qu'elle nous avoit
plustost vouleu vouer ses amytiés et moyens que au dict Roy
d'Espaigne, qu'elle en avoit eu l'occasion beaucoup plus grande en
nostre endroict qu'au sien pour ce qu'il avoit tousjours fomenté et
assisté ceux de ses proditeurs qui avoient voulleu entreprendre contre
elle; et nous, au contraire, comme elle sçait très bien, nous avons
faict tout ce que nous avons peu, comme encores ferons nous tousjours,
pour la préserver et l'assister en tout ce qu'il nous sera possible,
ainsy que nous espérons qu'elle fera, de sa part, en nostre endroict;
et que, pour les choses qui sont advenues, et que nous avons, à
nostre très grand regret, esté contraincts de permettre, elle ne
diminuera rien de nostre amytié.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés veu, par la
dernière dépesche que l'on vous a faicte, comme nous desirons que vous
requissiez la dicte Royne de nous fère seurement envoyer le comte de
Montgommery[133]; et, ayant sçu, depuis hyer, qu'il desiroit avoir
permission de vendre les biens qu'il a en France pour n'y plus
revenir, et se retirer du tout en Angleterre, Mon dict Sieur filz et
moy en sommes bien contans. Par quoy, s'il est par dellà, entendés de
luy s'il est en ceste volonté pour nous en donner advis, et l'on luy
baillera la dicte permission telle et sy seure qu'il la vouldra,
pourveu aussy qu'il promette et jure de ne faire aucune menée ni
pratique qui importe ou soit contre le service de Mon dict Sieur et
filz.

  [133] Voyez la lettre du 7 septembre 1572, no CXXIII, p. 335.

Je desire que vous informiez bien expressément de l'occasion du voïage
que faict le dict visadmiral d'Angleterre du costé de la Rochelle, et,
sy cognoissés qu'il y ait occasion de penser que ce soit contre
l'intention du traicté avec la dicte Royne et amytié que nous avons
dernièrement renouvellée, et que voyés qu'il y ayt quelque subject de
luy en faire remonstrance, advisés de la faire comme de vous mesmes,
et m'advertissés, incontinant, pour vous en mander mon intention; et,
sy le dict visadmiral est de retour, il ne sera point mal à propos que
luy en parliés, aussy de vous mesmes; car il a desmontré, estant
dernièrement avec le comte de Lincoln en ce royaulme, estre fort
affectionné et desireux de l'amytié d'entre les Françoys et Anglois:
aussy, le voyant si bien affectionné, luy feist on un présent, comme
l'on vous a escrit, d'une chesne de six cens escus, ce me semble.

Du XIIIe jour de septembre 1572.

    CATERINE.     PINART.



CXXIX

LE ROY A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XXIe jour de septembre 1572--

  Nécessité où s'est trouvé le roi de permettre l'exécution de la
    Saint-Barthèlemy.--Créance remise à l'ambassadeur pour donner à
    Élisabeth toutes les explications nécessaires.


Très haute, très excellente et très puissante Princesse, nostre très
chère et très amée bonne sœur et cousine, le Sr de Walsingham, vostre
conseiller et ambassadeur résidant par deçà, nous a présenté les
lettres que nous avez escrites, le XIIe de ce moys, et, avec ceste
occasion, nous a faict entendre ce qu'il vous sembloit de l'esmotion
naguières adveneue en ceste nostre ville de Paris; laquelle s'est
faicte, et avons esté contrainct y lascher la main à nostre très grand
regret, pour éviter le danger éminent de la conspiration faicte en
nostre personne et estat, ainsy que la vérité vous en a esté déclarée
par le Sr de La Mothe Fénélon, nostre conseiller et ambassadeur
résidant près de vous; ayant encores fort bien satisfaict vostre dict
ambassadeur sur ce qu'il nous en a dict, ce jourdhuy, comme nous nous
asseurons qu'il vous en advertira avec les mesmes parolles que luy
avons dictes, qui vous seront aussy déclarées par le Sr de La Mothe
Fénélon; auquel nous en escrivons[134], vous priant, de bien bon
cœur, le croire de ce qu'il en faira entendre de nostre part, et
pareillement, sur le retour en Angleterre du dict Sr de Walsingham,
comme vous feriés nous mesmes; qui prions Dieu, très haute, très
excellante et très puissante Princesse, nostre très chère et très amée
bonne sœur et cousine, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escrit à Paris, le XXIe jour de septembre 1572.

Vostre bon frère et cousin.

    CHARLES.      PINART.

  [134] Voyez la lettre suivante.



CXXX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIe jour de septembre 1572.--

  Satisfaction du roi au sujet de l'audience dans laquelle
    l'ambassadeur a rendu compte à Élisabeth de la
    Saint-Barthèlemy.--Protestation du roi qu'il veut rester en
    paix avec l'Angleterre, et continuer la négociation du
    mariage.--Explication sur la nécessité où s'est trouvé le roi
    de souffrir les massacres de la Saint-Barthèlemy.--Assurance
    que les Anglais trouveront toute protection en France pour leur
    commerce.--Affaires d'Écosse.--Négociation du
    mariage.--Nécessité d'empêcher la réconciliation d'Élisabeth
    avec le roi d'Espagne.--Audience accordée à Walsingham par le
    roi et la reine-mère.--Nouvelles explications des causes de la
    Saint-Barthèlemy.--Résolution du roi de faire punir les auteurs
    des massacres de Rouen.


Monsieur de La Mothe Fénélon, il n'eust esté possible de pouvoir mieux
à mon gré, ny plus véritablement, parler à la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur et cousine, et aux seigneurs de son conseil de ce qui est
adveneu dernièrement, à cause de la damnable conspiration du feu
Admiral et de ses adhérans, que vous avés faict, comme j'ay veu par
vostre fort ample et dernière dépesche du XIIIIe de ce moys[135],
espérant que, sellon ce que je vous ay depuis escrit, des premier,
IIe, IIIe et VIIe de ce dict moys[136], vous aurés encore en audiance
de ma dicte bonne sœur et cousine; et que, continuant, par elle, en
la bonne disposition où vous l'aviés laissée, ainsy que j'ay veu par
vostre dicte dernière dépesche, elle aura esté beaucoup confortée en
la vérité des choses comme elles sont passées, tant par ce que la
Royne, Madame ma mère, et moy en avions amplement dict et déclairé,
ces jours icy, en deux audiances à son ambassadeur, qui n'aura pas
failly de luy escrire, que encores par vous selon le contenu en nos
dictes dépesches; et comme je ne desire rien tant en ce monde que
continuer en la parfaicte et sincère amytié d'entre elle et moy et nos
commungs subjects, comme j'espère, de sa part, qu'elle voudra bien
faire; car aussy n'a elle aucune occasion de s'en désister pour
infinyes raisons que vous aurés veues par nos dictes lettres, qui ont
esté dictes par ma dicte Dame et Mère et moy au dict ambassadeur,
desquelles je ne doubte pas qu'il n'aye bien amplement escript à sa
Maistresse comme il a accoustumé et que c'est son debvoir. Mais, le
voyant sy affectionné en sa religion, je craincts aussy un peu, à
présent, plus que je ne soulois, qu'il y aura meslé de la passion
extrême où nous l'avons trouvé au commancement des dictes deux
audiences à cause de la mort de l'Admiral et des autres, avec
lesquels, possible, il conféroit souvant, et qu'il aura peult estre
changé la façon qu'il avoit accoustumé d'escrire à sa Maistresse pour
entretenir et fortiffier nostre bonne amytié et conduire le faict du
mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon. Toutesfoys j'estime
qu'aïant bien considéré la vérité des choses, ainsy qu'elles luy ont
esté sy sincèrement déclarées et représantées, qu'il retournera
tousjours en cella à sa première bonne inclination; car aussy, ainsy
qu'il nous a dict, son advis est que sa dicte Maistresse se doibt
maintenant plustost lier et fortiffier d'amytié avec nous
qu'auparavant que cecy advînt par les raisons emplement portées par
nos dictes dernières dépesches, auxquelles je m'en remettray, en
attendant que j'aye parlé au dict ambassadeur, qui nous feist hyer
dire qu'il avoit eu lettres de sa dicte Mestresse, sur lesquelles il
demanderoit bientost audience.

  [135] Voyez CCLXXIVe dép., tom. V, pag. 120.

  [136] Les lettres des 1er, 2 et 3 septembre manquent.

Ceste cy sera premièrement pour vous dire que vous asseurerés, de ma
part, la dicte Royne que, quelque chose qu'elle vous ayt dict, il ne
faut pas, s'il luy plaist, qu'elle croye que personne de ce monde ayt
jamais tant de pouvoir envers moy que de me faire en rien diminuer et
desmouvoir de la vraye amytié que je luy porte, et que je la prye
d'estre tousjours aussy ferme envers moy et les miens que je veux
estre et demeurer à jamais en son endroict; que, quand aux deux
poinctz qu'elle vous a dict qu'elle desiroit, pour l'amitié qu'elle me
porte, que je feisse: le premier, sur ce qu'elle desire que
j'esclaircisse de mesmes elle, les princes et potentats de la
Chrestienté, de ce faict, affin qu'ils demeurent bien édiffiés que ce
n'a esté nullement de mon costé que la foy et promesse envers mes
subjects de la dicte relligion a commancé à se rompre, mais que ce a
esté de leur part; et que, pour l'autre poinct, je maintienne par
effaict, à ceux de la dicte religion qui n'ont esté de la dicte
conspiration, mon édict dernier de paciffication:

Sur quoy vous aurés à luy dire que, par cela, je cognois l'amitié
qu'elle me porte, qu'aussy se peult elle réciprocquement asseurer de
la mienne, et qu'aux choses que je verray qui luy importeront, je luy
donneray, en semblable, le mesme advis et conseil en ma conscience
que je voudrois prendre pour moy; qui ay, dès lors mesme que les
choses adveinrent, faict entendre aux princes et potentats, mes amys,
alliés et confédérés, à la vérité comme toutes choses sont passées en
cecy, de sorte que j'estime que touts en demeurent bien édiffiés;
ainsy que je m'asseure qu'elle faict de sa part.

Et quand à l'aultre poinct, concernant l'entretènement de mon dict
dernier édict, voyant que beaucoup de mes subjects d'icelle religion,
qui n'estoient de la dicte conspiration, se départoient d'eux mesmes
fort volontairement de faire les presches et assemblées que je leur
avois permises, pour ce qu'ils ont veu certainement que, soubz
coulleur d'icelles, les mauvais d'entre eux y ont faict les menées et
praticques de ceste malheureuse conspiration résolue, et sy preste
d'exécuter que je n'ay eu loisir de les en faire punir par justice
comme j'eusse bien voulleu, mais permettre de faire sur eux ce qu'ils
vouloient faire sur moy, sy je ne les eusse prévenus, j'ay faict
différer les dicts presches et assemblées jusques à ce que autrement
en soit par moy ordonné, et que je verray comme toutes choses se
passeront; laissant néantmoins chascun vivre en sa liberté, doucement
en sa maison; qui est ce qui m'a semblé debvoir faire pour le meilleur
ordre que j'eusse peu donner pour retenir et arrester le peuple
catholique, tant animé contre les dicts de la religion prétandue
refformée, de leur courre sus.

Et quand aux deux poincts dont ceux de son conseil vous ont aussy
requis qu'ils feussent esclarcys: l'un, de la seureté que leurs
marchands pourroient trouver à Bourdeaux, allans pour les vins; et
l'autre, de ce qu'ils ont à penser de l'armée du Sr Strosse; vous les
asseurerés, quand au premier, que, incontinant que je veis ces
dernières esmotions, je feis publier par touts les ports et hâvres, et
autres endroicts de mon royaulme, où besoing estoit, la déclaration et
deffence que je vous envoye. Et encores que je suis très asseuré que
nul marchant estranger ne sera travaillé ny empesché en mon dict
royaulme, mais, suivant la dicte publiquation, reçu en toute seureté
et liberté, toutesfoys j'ay encores envoyé réitérer les dictes
deffenses et faict spécialle mention des marchands angloys qui
viendront à ceste flotte pour les vins, tant à Bourdeaux que ailleurs,
de sorte que vous pouvés hardiment asseurer les dicts seigneurs du
conseil d'icelle Royne que ceux de leur nation peuvent aussy librement
et seurement commercer en mon royaulme que mes propres subjects;

Et que, quand à l'armée du Sr Strosse, que j'ay licencié touts les
gens de guerre qui y estoient, ne restant que mes gallères que je ne
puis renvoyer en ceste saison du costé de Marseille, comme je fairois,
sy le temps n'y estoit contraire, asseurant à ce propos ma dicte bonne
sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et les dicts seigneurs de son
conseil, que, tout ainsy que je tiens pour certain que ce qu'elle arme
maintenant par mer et par terre n'est pour entreprendre contre moy,
qu'aussy peult elle croire, sur mon honneur, que sy peu que j'ay de
forces ensemble ne sont que pour garnir mes frontières, voyant mes
voisins armés; et au demeurant que j'ay tant de bonne affection à
l'entretènement de mon dernier traicté que, sy elle a affaire d'aucune
chose que je puisse, elle en sera, sellon l'intention d'icelluy, de
très bon cœur et promptement secourue, comme aussy en espéray je et
me promets le semblable d'elle, que je ne faudrois pas de requérir,
s'il se présentoit occasion où j'en eusse affaire; et que, si besoin
est, je confirmeray encores par escript et serment, icy, ès mains de
son ambassadeur, et elle réciproquement ès vostres, de dellà; mais je
ne voy pas qu'il soit nécessaire, car il n'a rien esté, en façon que
ce soit, altéré ny innové en nostre dict traicté.

Il fault pour l'accomplissement d'icelluy achever de disposer le faict
du commerce et la paix d'Escosse, en quoy je vous prie de ramentevoir
ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et ceux de ses
ministres à qui elle a commis le faict du dict commerce, affin qu'il
soit du tout résolu et arresté, estant très aise que ce que me mandés
qu'elle et les dicts de son conseil ont accordé, d'incister fermement
en Escosse, se face promptement et sans feinte, à ce que la ville de
Lislebourg soit rendue et remise en l'estat qu'elle estoit, comme
aussy le faut il, autrement la dicte Royne et moy y serions
interressés pour nostre réputation; et aussy que l'interprétation de
l'article porté par la suspension d'armes: que «_chascun rentrera en
sa maison_» s'entende des biens tant ecclésiastiques que temporels; et
que la dicte suspension sera encores continuée pour deux moys. C'est
un moyen pour composer avec assés de loysir les affaires d'Escosse;
mais il faut bien expressément, suivant ce que je vous en ay cy devant
escrit et aussy au Sr Du Croq, que vous preniés garde touts deux que
ceste négociation d'Escosse se face rondement, et que l'on marche de
pied droict, de la part d'icelle Royne et du party des comtes de Mar
et de Morton, advertissant le capitaine Granges de se garder de
surprise au chasteau de Lislebourg, leur estant allé Quillegrey au
dict pays d'Escosse pour négocier. Il est à doubter que le Sr de
Drury s'est retiré en sa charge de la frontière de Warvic pour
assembler des forces de ce costé là, aussy bien qu'ailleurs, puisque
sa Mestresse arme, et vouldra prendre coulleur que c'est pour se tenir
sur ses gardes aussy de ce costé là. Il sera besoing d'y avoir l'œil
bien ouvert, car, tout ainsy que je procède rondement avec elle,
sellon nostre traicté, pour mettre l'Escosse en paix et repos,
n'assistant poinct plus un party que l'autre, je ne vouldrois
permettre que ceux du bon party feussent interressés, et qu'il se
feist quelque surprise et désadvantage sur eux, comme l'on a faict de
la dicte ville de Lislebourg; car, en ce faisant, je perdrois du tout
les alliances que mes prédécesseurs et moy avons, de sy longtemps, de
ce costé là; ce que je vous prie dire franchement à la Royne et à ceux
de son conseil, afin que, de leur part, ils y facent procéder aussy
sincèrement comme je faiz du mien, et que, avant tout œuvre, la dicte
ville de Lislebourg soit rendue et les articles de la dicte suspension
entretenus.

J'ay veu aussy ce que me mandés des propos qu'aviés eus, à vostre
dernière audiance, du dict mariage d'icelle Royne et de mon frère
d'Alençon; en quoy j'estime que, pour ce qui est adveneu, elle ne s'en
doibt nullement départir, mais, au contraire, comme je vous ay escrit
que nous a dict son ambassadeur, elle a plus d'occasion de le faire
qu'elle n'avoit auparavant pour les raisons que je vous ay mandées
amplement. Nous attandons la résolution qu'elle prendra sur les
ouvertures que luy aurés faictes de l'entreveue, pour laquelle la
Royne, Madame et Mère, sera tousjours preste, ainsy qu'elle vous a
escript. Mais s'aprochant bientost l'arrière sayson, que les vents
sont grandz, et la mer mal aisée, il sera besoing que bientost elle
s'en résolve, sy jà elle ne l'a faict, afin que la dicte entreveue se
face dans le vingtiesme du moys d'octobre prochain que le temps ne
sera poinct encore mauvais. Voullant aussy que, par mesme moyen et à
ceste occasion, vous la priés, de ma part, de ne changer la
délibération qu'elle avoit prinse d'envoyer par deçà, après
l'accouschement de la Royne, ma femme, le comte de Lecestre ou le
milord grand trésorier; car elle se peut asseurer qu'il n'y veint de
longtemps, de quelque part que ce soit, seigneur qui de meilleur cœur
et de plus grande affection feust receu que l'un d'eux sera, s'il luy
plaist de l'y envoyer, la priant d'oster toutes opinions de doubte et
de danger de leurs personnes; mais, au contraire, l'asseurer qu'ils
seront fort volontiers veus de touts mes subjects, et que toutes
bonnes réceptions et caresses, qu'ilz se peuvent penser, leur seront
faictes, premièrement pour l'honneur d'elle, et puis pour la
considération de leurs qualités et de leurs personnes que je desire
grandement voir, et dont j'ay aussy grande et bonne estime que de nuls
autres que je saiche auprès de prince ou princesse de la Chrestienté;
m'asseurant que, sy l'un des deux y venoit, il y auroit toujours
meilleure et plus grande espérance au mariage pour ce que, suivant ce
que m'avés cy devant escrit, (en quoy je voy grande apparence), la
dicte Royne se fiant du tout en eux comme elle faict, et les envoyant,
l'un ou l'autre, ce seroit autant pour la conclusion du dict mariage
que pour nulle autre chose.

Je fairay prendre garde à ce que la dicte Royne faira négocier en
Flandres sur la persuasion que luy a faicte Guaras; mais je desire
bien fort, comme je vous ay cy devant escrit en chiffre, que vous
empeschiés, le plus que vous pourrés, la réconcilliation et accord de
ce costé là, et, au contraire, que fassiés ce que pourrés pour
l'acheminer et advancer en l'entreprise et dellibération qu'elle avoit
du costé de Flexingues: à quoy, à vous dire vray, je l'eusse foumentée
sans la descouverte de la malheureuse conspiration du dict feu
Admiral.


Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escrite, le dict Sr
de Walsingam, ambassadeur de ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne
d'Angleterre, a faict ce matin demander audience, que luy avons donnée
ceste après disnée. Il est premièrement allé devers Ma dicte Dame et
Mère, luy aïant faict entendre, comme à moy, que la dicte Royne, sa
Mestresse, luy avoit fait responce sur ce qu'il luy avoit escrit, et
que vous luy aviés, de ma part, dict par dellà, pour la conspiration
de l'Admiral et mort de luy et de ses adhérans; ce que véritablement
elle avoit trouvé merveilleusement estrange, du commancement, mais
qu'aïant veu ce que luy avions faict entendre de la dicte
conspiration, que, incontinent après, elle s'estoit remise, disant
toutesfois qu'il eust esté trouvé plus à propos que j'en eusse faict
faire la punition exemplaire par justice que de la façon qu'elle a
esté exécutée; et a dict davantaige à Ma dicte Dame et Mère que sa
dicte Maistresse s'esbahissoit encores plus comment Ma dicte Dame et
Mère spéciallement avoit permis que la dicte exécution s'en feust
faicte ainsy, et que, cognoissant que les troubles ne sont pas encores
bien appaisés de deçà, et luy n'y estre pas, à son advis, bien en
seureté, pour ce que le peuple ne se peut garder de mesdire à ses
gens, et aussy qu'il a en Angleterre aucuns particulliers affaires
pour le service de sa dicte Maistresse, qu'elle luy avoit, pour ces
raisons, mandé prendre congé de nous et se retirer pour quelque temps
par dellà, laissant icy son secrétaire pour recevoir nos commandementz
jusques à ce que toutes choses fussent mieux appaisées par deçà. Et,
parlant à moy, il m'en a, peu après, autant dict, et m'a baillé une
lettre de ma dicte bonne sœur et cousine, sa Maistresse, contenant
cella mesmes.

Sur quoy, Ma dicte Dame et Mère et moy luy avons particullièrement
respondu: quant au premier poinct, que véritablement nous pensions que
sa Maistresse se seroit, au commencement, bien esbahye de la mort du
dict Admiral, mais aussy qu'aïant sceu comme cella estoit passé, et
comme luy et ses adhérans s'estoient tant oubliés que, qui ne les eût
bien soudain prévenus, ilz estoient tous prests de faire sur nous la
mesme exécution qui a esté faicte sur eulx, que je m'asseurois que la
dicte Royne et tous ceux qui en ouyront parler ne pouvoient qu'ils
n'approuvassent ce que j'ay à mon très grand regret permis, et que
j'eusse très volontiers et fort desiré pouvoir faire faire par
justice, n'eust esté que le temps estoit si bref que je n'en avois pas
eu le loisir, ayant esté contrainct, avec grande occasion, de prendre
ceste résolution; voyant que Pardaillant, qui estoit l'un de leurs
premiers et principaulx cappitaines des plus favorisés, et qui estoit
ordinairement près du dict Admiral, estoit venu dès le matin avec
quarante hommes, pensant surprendre la porte de la court des cuisines
de ce chasteau, comme il eust faict, n'eust esté que nous estions
desjà levés sur l'advertissement que j'avois eu de ceste malheureuse
conspiration, en laquelle par cella je feus davantaige confirmé; ayant
un extrême regret de veoir qu'ils se feussent tant oubliés, considéré
les faveurs et honneurs que je leur avois tousjours faicts, et
qu'encore je leur avois sy volontiers permis avoir et porter des
armes, et faict bailler logis à leur commodité, ainsy qu'ilz avoient
voulleu, pensant qu'ils les demandassent pour leur seureté; ayant
aussy à ce propos respondu au dict ambassadeur qu'il n'y avoit pas
grande apparance de pouvoir faire faire le procès à un homme qui avoit
trente mil hommes de pied et quatre mil chevaux tousjours prests en ce
royaulme à son commandement, et qui debvoit estre le IIIe de ce moys à
Meleun, ayant desjà aussy vingt enseignes toutes prestes en
Champaigne;

Et quand au congé que icelluy ambassadeur nous demandoit, et que la
Royne, sa Maistresse, nous escrivoit luy accorder, que, s'il s'en
alloit sans que sa dicte Maistresse envoyât un autre ambassadeur de
qualité en son lieu, que soudain je vous révocquerois aussy; mais que
je ne croyois certainement qu'il ne se pouvoit faire, de sa part,
chose qui feust plus mal à propos pour ce que chascun penseroit qu'il
y eust altération en nostre traicté, bonne amitié et intelligence, et
qu'après cella il ne falloit pas penser que noz subjectz et ceux qui
avoient à aller et venir en noz royaulmes et pays ne feussent, d'une
part et d'autre, en crainte, et pour ce, qu'il y pensast: car, au
contraire, il nous sembloit qu'il falloit achever de résouldre le
faict de l'entrecours et commerce d'entre noz subjectz suivant nostre
traicté, et, au demeurant, que, s'il pouvoit faire monstrer et
vériffier, par deux tesmoingz seullement, que nul de mes subjectz eût
médit au moindre des siens, qu'il en verroit, à une heure de là, faire
justice exemplaire devant la porte de son logis.

Sur quoy il nous a dict, principallement à Ma dicte Dame et Mère,
qu'il advertiroit de tout ce dessus la dicte Royne sa Maistresse, et
que, selon la responce qu'il en auroit d'elle, il nous la feroit
entendre et se disposeroit; ayant cependant, affin de le gratiffier,
commandé que l'on luy baille, comme l'on fera, quelque plus grand
logis que celluy où il s'est retiré en la ville.

Au surplus, Monsieur de la Mothe Fénélon, ayant sceu que le menu
peuple de ma ville de Rouen qui avoit esté, suivant ce que j'avois
dilligemment escrit, fort bien conteneu et gardé de ne courre sus à
ceulx de la dicte religion, feit mècredy dernier une entreprinse
secrette, lorsque l'on ne s'en doubtoit aucunement, sur les dicts de
la religion qu'ils allèrent chercher tant dedans les prysons que en
leurs maisons, et en tuèrent, à mon très grand regret et desplaisir,
aucuns, dont je suis infiniement marry, j'ay, à l'instant, escrit au
Sr de Carronges, mon lieutenant général, et à ma court du parlement du
dict Rouen, (qui firent tout ce qui leur feust possible pour empescher
ceste esmotion), d'en faire faire si bonne et prompte justice qu'elle
serve d'exemple en la dicte ville et en toutes les autres de mon
royaulme, comme je m'asseure qu'ilz fairont; mais pour ce, que je
crains que cella divertisse les marchandz engloix de continuer d'aller
et venir au dict Rouen pour le commerce, j'ay faict faire aussi
spéciallement mention des dicts Englois. Je y ay encores de rechef
envoyé faire republier la déclaration de la liberté du commerce, et
faict faire aussy spéciallement mention des dicts Engloys, de sorte
que je m'asseure qu'ilz y seront autant ou plus respectés et en aussi
grande suretté et liberté que mes propres subjects catholiques; et ne
doibvent aucunement les dict Engloys ny aultres étrangers en entrer en
double. Ce que je vous prie trouver moyen de faire, le plus tost que
pourrés, entendre à ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne
d'Angleterre; la remettant, sy elle s'en faschoit, le plus que
pourrés, et l'asseurerés que je ne seray point à mon aize que la
justice n'en soit bien faicte exemplairement, comme il faut croire
qu'elle sera sur ceulx qui ont machiné la dicte entreprinse, laquelle
est très meschante et malheureuse, et comme telle, et estant contre
mon intention, aussy ne demeurera elle pas impunye, ainsy que vous
entendrés cy après; priant Dieu, etc.

Escrit à Paris, le XXIIe jour de septembre 1572.


Je vous envoye la responce que je fais à la lettre de la dicte Royne,
laquelle luy présenterez. Vous verrés ce qu'elle contient par le
double que je vous envoye, qui est quasy de créance, principallement
sur la requeste que m'a faicte le Sr de Walsingam de luy donner congé,
dont vous emploirés vostre dicte exécution sur le contenu cy dessus
qui est ce que avons dict sur cella au dict Walsingam.

    CHARLES.      PINART.



CXXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'octobre 1572.--

  Conférence avec Walsingham.--Nouvelle déclaration du roi sur la
    Saint-Barthèlemy.--Nouvelles protestations d'amitié pour
    Élisabeth.--Assurance que l'armée de Strozzy est
    rompue.--Regret manifesté par le roi à raison de l'arrestation
    faite de vaisseaux anglais.--Sollicitations de Walsingham en
    faveur du vidame de Chartres.--Vives recommandations en faveur
    de Marie Stuart.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par vostre ample dépesche du
XXIXe du passé[137], comme les accidens qui sont advenus à Lyon et
Rouen, et ce que l'on a dict, contre vérité, avoir esté faict à mon
chancellier, semblablement aussy quelques prises qui ont esté faictes
à Bourdeaux d'aucuns des vaisseaux des marchans anglois, a grandement
aigry les gens du conseil de la Royne d'Angleterre et faict incliner
les humeurs d'aucuns à dissuader ouvertement d'entendre à une
confédération avec moy. A quoy vous avés sceu et sy bien et prudemment
répliquer, ensemble à tous les autres propos que vous a tenus la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'il ne s'y pouvoit estre rien dict de
mieux pour la modérer et remètre un peu de la mauvaise impression
qu'elle a prise de mes actions; s'estant terminé ce que vous avés
négocié avec elle en la responce qui vous a esté baillée par escrit
par les gens de son conseil.

  [137] Voyez CCLXXVIe dép., tom. V, pag. 138.

Sur laquelle je vous diray que le Sr de Walsingham me fit dire, avant
hyer, qu'il avoit heu responce de ma dicte bonne sœur sur les trois
poinctz qu'il luy avoit faict entendre, et qu'il desiroit, à cause que
son indisposition ne pouvoit pas porter qu'il me vînt trouver, que je
depputasse quelcung pour aller devers luy. Et, y ayant envoyé le Sr de
Mauvissière et le secrétaire Brulard, il leur fist un tout samblable
récist que celluy qui est contenu en l'escript que m'avés envoyé, afin
de le me fère entandre et luy randre ma responce; ce que j'ay faict,
ayant esté telle: que, quand au procès concernant la vériffication de
la conspiration du feu Admiral, il s'instruit touts les jours, et
pance l'on que, dedans quelque temps, il sera parfaict; mais la seule
parolle et asseurance que j'ay donnée à la Royne, ma dicte bonne
sœur, d'avoir esté justement mu de faire faire ce qui a esté exécuté
à l'endroict du dict feu Admiral et de ses complisses, luy doit
suffire et satisfaire à son jugemant; autant que tout autre preuve qui
se pourroit exiber juridiquement faicte, n'y ayant personne au monde
qui soit meilleur et plus certain juge que moy du bon traictement ou
de la punission que je dois faire à mes propres subjectz, pour estre
plus certainement informé que nul autre, comme celluy à qui il touche
de plus près, de la vérité de leurs déportemens, ainsy que j'ay esté
assés de ceux du dict feu Admiral, qui m'a faict cognoistre qu'il
estoit très digne de mort pour les maleureux dessains, qu'il avoit en
l'entendement, à la subversion de mon estat.

Et pour le regard du second point, concernant la continuation de
nostre amitié, je prenois au plus grand plaisir, que j'eusse sçu
recepvoir, d'entandre l'asseurance que ma dicte bonne sœur m'en
donnoit de nouveau, et de se montrer, en ce regard, autant
affectionnée à mon endroict que je montrois au sien: qui me confirme
de plus en plus en la bonne espérance, que j'ay ci devant eue, qu'il
ne surviendra aucune ocasion qui puisse porter altération à nostre
dicte amitié; car je suis délibéré de luy faire cognoistre, plus que
jamais, que je luy suis vray et sincère amy, par tous les meilleurs et
plus amiables déportemens que je pourray, ainsy que mes effaitz, vrais
juges de mon intention, en randront bon et certain témoniage; m'estant
advis que, pour en faire naître entre nous une plus ferme confidence,
il n'y avoit point de meilleur moyen que d'effectuer le mariage de mon
frère, le Duc d'Alançon, dont il a esté ci devant parlé à ma dicte
bonne sœur, lequel la Royne, Madame et Mère, et moy avons tant
desiré et desirons, comme chose que nous cognoissons estre pour le
commung contentement de ma dicte bonne sœur et de nous, et l'évidante
utillité des subjectz de noz deux royaumes, qu'elle s'est résoleue de
venir volontiers à l'entreveue dont il a esté ci devant parlé.

Il est bien vray que vous vous estiés un peu élargy en cella de dire
que ma dicte Dame et Mère pourroit passer jusques à Douvres, ou pour
l'affection que vous avés cogneu qu'elle y avoit, ou pour n'avoir pas
du tout bien pris ce qui vous en a esté escript: qui est qu'elle
pourroit aller à Boulogne ou à Calais, et ma dicte bonne sœur, d'un
autre cousté, venir à Douvres, pour, de là, se résouldre ensamble du
lieu qui se trouveroit propre et commode pour effectuer la dicte
entreveue.

Et, quand à la jalousie que ma dicte bonne sœur montre concevoir de
l'armée du Sr Strossy, encore qu'elle n'ait jamais esté mize sus pour
faire aucune offance à ses subjectz, ny à pas un de mes amis et aliés,
sy est ce qu'il s'y peust dire qu'elle est aujourdhui tellement
rompeue et défaicte par licenciement des gens de guerre, dont elle
estoit composée, qu'elle n'a aucune occasion d'en entrer en deffiance;
estans seulement demeurées mes gallaires en Brouaige pour ne pouvoir,
en ceste sayson, passer à Marseilles, ainsy que je le vous ay mandé
par mon autre dépesche. De quoy je prie ma dicte bonne sœur de
demeurer en repos et d'en prendre l'asseurance telle que je la luy
donnois présentement, ayant de nouveau vouleu escripre par tous les
portz et hâvres de mon royaulme, oultre la dernière proclamation qui y
a esté faicte, que l'on laisse en toute liberté traffiquer les
marchands estrangiers et mesmes les Anglois, qui ne doivent point
différer de venir à leurs trafficz acoustumés; car je croy qu'il n'y a
pas ung de mes subjectz qui soit si hardy de les y empêcher, veu ce
qu'ilz ont assés cogneu combien j'ay cela à cœur. Et ay esté marry de
ses vaisseaux qui feurent dernièrement arrestés en Brouaige, que le
baron de La Garde m'a escript et asseuré avoir esté randus et
restitués suivant le très exprès commandement que luy en ay faict.

Le Sr de Walsingham m'a davantage faict entandre par le Sr de
Mauvissière et le secrétaire Brulart, comme le vidame de Chartres, qui
s'est retiré en Angleterre, a déclairé à ma dicte sœur qu'il avoit
esté contraint d'aviser le fère, sur l'advertissement qui luy feust
donné, estant demeuré en sa maison de la Ferté, après sauvegarde que
je luy avois faict dépescher, que le Sr de Saint Léger, avec quelques
gentilshommes et gens de pied, l'estoit allé chercher pour le prandre;
l'ayant bien vouleu recepvoir, ma dicte bonne sœur, sur ce qu'il luy
a faict cognoistre que je le tenois pour bon et fidel serviteur et
innocent de la conspiration du feu Admiral, ainsi qu'il en faict
apparoir par lettres que je luy en ay escriptes; me priant ma dicte
bonne sœur en ceste considération, et pour satisfaire au dict vidame,
que j'aye agréable qu'il demeure en son royaume pour esviter là toute
occasion de suspition mauvaize que l'on pourroit avoir contre luy en
mon royaume, et que, pandant son absence, je le tienne pour bon et
fidel subject, et luy laisse la jouissance de ses biens, et luy faire
expédier toutes lettres pour ce nécessaires.

A quoy je luy ay faict faire responce que le dict vidame n'a eu aucune
occasion de se retirer sur volunté que l'on eust de luy mal faire;
car, puisque je luy avois faict bailler ma sauvegarde, ce n'avoit
poinct esté à autre intantion que pour le conserver, ce que je desire
encores de faire; mais, ne pouvant estre son absence hors de mon
royaume et retraicte au dict pays, que mal interprêté, et faire penser
que je ferois mal traicter mes subjects d'Angleterre, je desire qu'il
revienne de deçà avec asseurance que je luy feray faire tout bon
traictement. Estant tout ce que j'ay faict respondre au dict Sr de
Walsingham, qui le fera sçavoir par dellà à ma dicte bonne sœur; vous
en ayant, à ceste occazion, vouleu advertir bien particullièrement,
que vous vous trouviés conforme à ce que vous en dirés à icelle ma
dicte bonne sœur. Et sur ce, etc.

Escript à Paris, le IVe jour d'octobre 1572.

    CHARLES.      BRULART.


Monsieur de La Mothe, l'ambassadeur de la Royne d'Escosse me vint hier
trouver, et me pria d'envoyer ung gentilhomme exprès vers la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, pour la prier, de ma part, d'avoir ses
affaires pour recommandé, et de ne souffrir qu'il luy soit faict aucun
nouveau mauvais traictement pour ce qu'il crainct que, à ce parlement,
il ne soit traicté de quelque chose à son préjudice: ce que je luy ay
respondu me sembler n'estre à propos de faire en ceste saison, et que
cella serviroit, possible, plustot à aigrir ma dicte bonne sœur
contre la dicte Royne d'Escosse.



CXXXII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'octobre 1572.--

  Danger qu'il y aurait pour Catherine de Médicis d'accepter une
    entrevue en Angleterre.


Monsieur de La Mothe, nous avons aujourdhuy receu vostre dépesche du
XXIXe du passé, et quelques jours auparavant, j'avois eu celle du
XVIIIe[138], à laquelle il n'eschet aucune responce, n'estant que
responsive à mes précédantes dépesches; et aussi d'autant que, par ma
dernière, vous avés esté à plein satisfaict sur les poincts desquels
vous désirés estre esclaircy par celle qui vous est faicte
présentement, il ne vous sera poinct respondu au contenu de la vostre,
du dict XXIXe, d'autant qu'elle vous est faicte un peu en haste, afin
de vous envoyer promptement le saufconduict qu'il est besoin estre
bientost par delà. Ce qui me gardera d'estandre ceste cy plus avant,
sinon de vous dire, en passant, qu'il semble, par la responce que vous
a faicte la Royne d'Angleterre touschant nostre entrevue, que nous en
sommes assés esloignés; car, de passer à Douvres, je pense qu'il n'y a
guière de personnes qui me le conseillassent au temps où nous sommes,
et parmi le regret, que monstre porter en son cœur ma dicte bonne
sœur, des choses qui sont advenues le XXIVe du mois d'aoust passé,
qui est tout ce que je vous dirai en ce lieu, que je prierai Dieu,
etc.

Escript à Paris, le IVe jour d'octobre 1572.

    CATERINE.     BRULART.

  [138] Voyez CCLXXVe et CCLXXVIe dép., tom, V, pag. 133 et 138.



CXXXIII

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Escripte de la main de Monseigneur le Duc._)

--du VIIIe jour d'octobre 1572.--

  Protestation de dévouement à la reine d'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous ne sçauriés faire chose qui me soit
plus agréable que de faire tousjours cognoistre à la Royne
d'Angleterre l'entière amitié et sincère affection que je luy porte;
car, comme elle est si parfaicte en son endroict qu'elle peut dire
avoir maintenant beaucoup plus de puissance sur moy et en pouvoir
mieux disposer que moy mesmes, qui me suis desdié à la servir et luy
en obéir de tout mon cœur, aussy desirè je bien qu'elle en cognoisse
et s'en persuade quelque chose. Et me sera tousjours grand
contantement, bien qu'il soit mal aisé de luy fère par les parolles
une assés vive expression et telle qu'elle soit pour correspondre à ma
vraye affection de penser qu'elle en croye, pour le moingz, une
partie, et demeure persuadée qu'il n'y aura jamais prince en la
Chrestienté, qui soit plus à son commandement, et duquel elle puisse
si librement disposer qu'elle faira tousjours de moy; qui prie Dieu,
etc.

Escript à Paris, le VIIIe jour d'octobre 1572.

Vostre bon amy.

    FRANÇOIS.



CXXXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour d'octobre 1572.--

  Conférence avec Walsingham.--Desir de Catherine de Médicis que
    l'entrevue ait lieu à Jersey; et que Leicester soit envoyé en
    France.--Son desir de savoir si Élisabeth consentirait à être
    marraine de l'enfant du roi.--Motifs qui doivent dispenser le
    roi de jurer de nouveau le traité d'alliance.--Assurance donnée
    aux marchands anglais qu'ils peuvent continuer à faire le
    commerce en France.


Monsieur de La Mothe, attandant que l'on vous face responce à trois ou
quatre dépesches que nous avons receues de vous, et dont la dernière
est du XVIIIe de ce moys[139], qui m'a esté apportée présentement, je
vous ay bien vouleu advertir de la réception d'icelles, et comme
l'ambassadeur d'Angleterre vint hier parler à moy sur trois poinctz,
qui avoient esté par vous proposés à la Royne, sa Mestresse:

  [139] Voyez CCLXXVIIe, CCLXXVIIIe, CCLXXIXe et CCLXXXe dép. des
  2, 7, 13 et 18 octobre 1572, tom. V, pag. 152, 160, 164 et 173.

Le premier, c'est l'entrevue en l'isle de Gersay ou de Grènezay, au
XXe de ce mois, m'alléguant les mesmes raisons et difficultés,
contenues tant en vostre lettre qu'en la responce que ceux du conseil
vous ont baillé par escript de sa part.

Sur quoy je luy respondis que ce que j'en avois ainsy advizé estoit,
pensant que ce fust le plus comode, d'autant que l'on m'avoit dict que
l'entreveue ne se pouvoit faire sur la mer, et qu'il estoit meilleur
de la faire en terre ferme, et qu'il me sembloit que je ne pouvois
choisir lieu plus à propos que celluy là, estant les dictes isles à
elle, comme elles sont; et, pour le reguard du jour, que ce que j'en
avois mandé, estoit pensant que la Royne, ma fille, se deust acoucher
plus tost qu'elle n'a faict, et, cepandant qu'elle eust esté en ses
couches, je desirois de faire ce voyage, et la dicte entreveue.

Le second est d'envoyer icy le conte de Lecestre ou milord grand
trésorier pour visitter la Royne, ma dicte fille, en ses couches;
qu'il pensoit que ce avoit esté faict en intantion de tenir à batesme
pour elle l'enfant que Dieu donnera au Roy, Monsieur mon filz, et
qu'elle, n'estant point de nostre religion, n'y pouvoit assister.

Je luy dis, sur ce, que l'on n'avoit point pensé encores de fère
élection des compères ou commères, jusques à ce que la Royne, ma dicte
fille, sera acouchée; ains seulement pour le desir que nous avions
qu'elle, envoyant sur ce prétexte quelcun des grands devers nous, nous
puissions conférer avec telle confiance avec luy comme si c'estoit
avec sa personne propre, et qu'elle se peust asseurer que cella ne
tand à aultre fin que pour l'entretènement de nostre amitié, et luy
faire entendre nous mesmes particullièrement plusieurs choses pour
cest effect; et que le Roy Édouard, qui estoit de mesme religion
qu'elle, avoit bien tenu sur les fonds mon filz le Duc d'Anjou.

Là dessus je desire que, soubs main et plus dextrement que vous
pourrés, et sans en parler de la part du Roy, Monsieur mon filz, ny de
la mienne, vous sçachiés son intention, si, la priant d'estre commère,
elle ne le vouldra pas accepter, et m'en advertir incontinant que vous
en aurés peu sçavoir sa volonté.

Le troisième, de renouveller le traicté qui a esté dernièrement faict
entre nous par nouveau sèrement, voyant les choses qui s'estoient
passées despuis en ce royaume, ce que nous luy avons accordé, selon
qu'il seroit advizé debvoir estre faict; mais ayant veu despuis, par
leur responce, comme elle dict qu'il n'y a pas occasion de ce faire de
sa part, il n'en y a poinct aussy de celle du Roy, Mon dict Sieur et
filz, d'autant qu'il n'a esté rien faict contre elle et ses subjectz,
et ne luy a esté donné aucune occasion de penser que nous veuillions
aucunement enfraindre nostre traicté, et la promesse et sèrement que
nous avons faict; et si le Roy a esté contrainct de chastier ses
subjectz rebelles, et qui avoient conspiré contre sa personne et son
estat, cella ne luy touche aucunement. Et, pour ce qu'ilz disent que,
voyant les meurtres qui ont esté faictz en plusieurs villes de ce
royaume par les Catholiques contre les Huguenotz, ils ne se peuvent
asseurer de l'intantion et volonté du Roy qu'ilz n'en voyent quelque
punission et justice et ses édictz mieux observés, elle cognoistra
bientost que ce qui est advenu ès autres lieux que en ceste ville, a
esté entièrement contre la volonté du Roy, Mon dict Sieur et filz,
lequel a délibéré d'en faire faire telle pugnition et y establir
bientost ung si bon ordre que ung chascun cognoistra quelle a esté en
cest endroit son intantion.

Le dict ambassadeur m'a parlé aussy du peu de seureté que les marchans
anglois avoient, à présent, pour leur commerce, tant à la Rochelle que
ez autres portz et hâvres de ce royaume.

A quoy je l'ay asseuré qu'il y sera pourveu dedans peu de jours de
telle façon qu'elle aura occasion d'en demeurer contante et
satisfaicte, dont vous serés bientost adverty pour le leur faire
entandre; aussy que nous avions sceu qu'elle avoit retiré en ses portz
et hâvres un pirate françois, qui commectoit plusieurs pirateries et
larcins, que je le priois le mander à la Royne, Sa Mestresse, qu'elle
le chassast et ne permist plus qu'il y feust, afin que, tant de leur
cousté que du nostre, ilz ne feussent plus receus ny favorisés en noz
portz et hâvres; priant le Créateur, etc.

Escript à Paris, le XXIIIe jour d'octobre 1572.

    CATERINE.     FIZES.



CXXXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour d'octobre 1572.--

  Naissance de la fille du roi.--Offre faite à Élisabeth d'en être
    la marraine.


Monsieur de La Mothe, ayant pleu à Dieu me faire père d'une fille, je
vous ay aussytost faict dépescher ce porteur, pour vous prier de
sentir dextrement si la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, prandra à
plaisir que je l'envoye prier de la tenir sur les sainctz fondz de
batesme; et incontinant vous ne faillirés de me ranvoyer ce dict
porteur et m'en résouldre. Et n'estant ce mot à autre fin, je prierai
Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXVIIe jour d'octobre 1572.

    CHARLES.      FIZES.



CXXXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de novembre 1572.--

  Mécontentement qu'éprouve le roi de la résistance à laquelle se
    préparent les habitans de la Rochelle.--Déclaration que les
    massacres faits dans les provinces ont eu lieu sans l'ordre du
    roi, et que la punition des coupables sera
    poursuivie.--Remontrances contre les armemens que les
    protestans pourraient tenter en Angleterre.--Protestations
    d'amitié, et déclaration que l'armée de Strozzi est réunie pour
    marcher contre la Rochelle.--Assurance que le légat du pape
    n'est envoyé en France qu'au sujet de la ligue contre le
    Turc.--Desir du roi que sa fille soit tenue sur les fonts de
    baptême par Élisabeth, et que Leicester soit chargé de passer
    en France à cette occasion.--Communication à la reine
    d'Angleterre du jugement rendu contre l'Amiral et ses
    complices.--Satisfaction donnée sur toutes les plaintes des
    Anglais.--Protestation particulière du roi que les massacres de
    Rouen ont été exécutés sans son ordre.--Assurance donnée aux
    protestans réfugiés en Angleterre qu'ils peuvent rentrer en
    France.--Affaires d'Écosse.--Impossibilité où se trouve le roi
    d'accorder à l'ambassadeur son rappel.--_Déclaration du roi_
    concernant ceux de la religion en Normandie.


Monsieur de La Mothe, despuis l'ample dépesche que je vous fis le VIIe
du mois passé[140], j'ay receu les lettres des IIe, VIIe, XIIIe et
XVIIIe du dict moys, à aucuns poinctz desquelles je vous ay faict
responce, et par ceste cy je vous satisferay à ce qui reste, et aussy
à vostre dépesche du XXIIe du dict mois[141], que je receus avant hier
de vostre secrétère; et vous diray que, comme je congnois fort bien de
quelle importance m'est la ville de la Rochelle, j'ay faict essayer,
par tous les moyens les plus doux que j'ay peu, et faict tenter, par
personnes que j'ay pansé que mes subjectz de la dicte ville auroient
plus agréables et en qui ils auroient plus de créance et assurance de
ma bonne volonté, pour essayer de m'y faire obéyr et randre
l'obéyssance qui m'est deue par voye amiable, dont j'ay esté quelques
jours en assés bonne espérance; mais il samble maintenant que l'on les
en dissuade et qu'ilz n'y soient pas si bien disposés que j'espérois,
dont il me déplaist bien fort: car les ay faict asseurer de tout ce
qu'il m'a esté possible de leur pouvoir accorder, comme encores je
fais. Et ay quelque opinion que ce qui les a divertis de la bonne
volonté où ilz monstroient, il y a quelques jours, d'estre, est que
l'on leur promect assistance et ayde, de quoy il me déplaist bien
fort; car si, par la voye amiable, ils ne se réduisent à me randre
l'obéissance qu'ilz me doibvent, je seray contrainct, à mon très grand
regret, d'y pourvoir par aultre moyen, délibérant pour ceste occasion
d'envoyer mon frère, le Duc d'Anjou, de ce costé là, pour leur faire
faire toutes les persuasions qu'il sera possible, et leur bailler et
faire toutes les plus grandes seuretés qui se pourront.

  [140] Cette lettre manque.

  [141] Voyez CCLXXVIIe, CCLXXVIIIe, CCLXXIXe, CCLXXXe et CCLXXXIe
  dép., tom. V, pag. 152, 160, 164, 173 et 180.

Cepandant vous faictes fort bien (aux exagérations qui se font par
delà, comme j'ay veu par vostre lettre, des choses qui sont icy
advenues et du grand nombre des personnes que les ministres, qui s'en
sont fuis en Angleterre ont dict avoir esté tués, tant en l'esmotion
de ceste ville de Paris que despuis), de persister tousjours à dire
que ces choses sont advenues contre ma volonté et à mon très grand
regrect, comme aussy la vérité est telle; et mesmes que ce qui a esté
exécuté, depuis quelques jours en ça, à Roan et aultres villes, ce a
esté par meschantes personnes qui ne demandent qu'à piller et qui
n'ont espargné non plus les biens des Catholiques que ceux des
aultres, s'ils ont peu mectre la main dessus. Dont je fais poursuivre
la pugnition exemplaire avec toute la dilligence qui se peut, comme
en chose qui me déplaist infiniment et dont j'ay bien fort à cueur de
faire justice.

J'ay bien considéré ce que me mandés de Sores et aultres cappitaynes
de marine, mes subjectz, qui sont passés de dellà. Je vous prie de
faire toute l'instance qu'il vous sera possible envers ma bonne sœur,
la Royne d'Angleterre, à ce qu'ilz n'obtiennent aucune permission
d'exercer choses semblables qu'ilz ont faictes aux derniers troubles;
car ce seroit autoriser et donner lieu aux pirateries qui, sans cela,
s'exercent aujourdhui assés grandes entre l'Angleterre et les costes
de mes païs de Normandie et Bretaigne, dont il m'est venu plusieurs
plainctes par les marchands du dict païs de Normandye. A quoy le dict
Sr de La Meilleraye m'a escript vous avoir envoyé les mémoires pour en
faire remonstrance à ma dicte bonne sœur; ce que je vous prie de
faire soigneuzement; luy faisant bien entandre que, comme, de mon
costé, j'ay porté et porte, ung infiny respect à toutes choses qui
touchent la conservation de nostre commune amitié, elle veuille aussy,
de sa part, en faire de mesme, et ne croire aysément gens passionnés
comme sont les dicts ministres, que me mandés qui sont fuis d'icy à sa
court: lesquelz, ou leurs semblables, elle vous a aultresfoys confessé
estre cause de toutes les discentions qui se nourrissent entre les
peuples, ny aussy les autres impostures qui luy sont proposées pour la
retirer de mon amitié; estimant que la remise qui vous fut faicte,
comme j'ay veu par vostre dépesche du dict VIIe du passé, de vous
donner audience, n'a pas esté du tout fondée sur l'indisposition de ma
dicte bonne sœur, mais pour avoir plus de temps et de loisir à vous
faire faire les responces que ceux de son conseil vous ont despuis
baillées; et voir cepandant ce qui luy seroit mis en avant par les
depputés du duc d'Alve, et aussy mes déportemens sur la grande doubte
que me mandés qu'elle a des vaisseaux et gens de guerre qu'a le Sr de
Strossi.

Sur quoy je vous prie l'asseurer tousjours de ma parfaicte amitié en
son endroict, et de la sincère affection, que j'ay, de garder et
observer inviollablement nostre dernier traicté, et que ce qui a esté
cause que j'ay faict rassembler les forces du dict Strossi, que
j'avois, pour certain, entièrement licentiées, a esté pour ce que je
voy que les dictz de la Rochelle, au lieu de l'espérance que j'avois
qu'ilz seroient si saiges que de se conformer à ma volonté et accepter
les résonnables offres et conditions que je leur ay envoyées, je veoy
ce soudain changement en eulx; aussy que j'ay certainement sceu et veu
par des lettres interceptées que le conte de Montgommery et aultres de
mes subjectz, qui sont en Angleterre, les asseurent qu'ilz auront
secrètement tout le secours qu'ilz voudront de la dicte Royne
d'Angleterre et toute l'assistance qui leur sera nécessaire, sans que,
pour cella, elle se déclaire à la guerre contre moy. Qui vous prie,
pour ceste raison, le luy faire entandre et l'asseurer que, comme je
suis parfaictement résolu d'entretenir la vraye amitié d'entre elle et
moy, et la secourir, quand elle en aura besoing, contre qui que ce
soit où elle pourroit avoir affaire de forces, et feût ce pour cause
de religion; et qu'ayant veu ce que m'avés si souvant escript qu'elle
vous a partant de fois dict, et que m'a encores asseuré de sa part son
ambassadeur despuis la dernière esmotion advenue en ceste ville, je ne
puis penser ny ne veux croire cella d'elle, mais au contraire la
persévérance de nostre dicte bonne et perfaicte amytié, laquelle j'ay
tousjours extrême desir et espérance de voir augmenter et randre
indissoluble entre elle et moy et les miens; vous priant le luy dire
bien expressément et l'en asseurer; et luy présentant les lettres que
je vous envoye, sur la créance desquelles vous l'asseurerés aussy que
le légat du Pape, que Sa Saincteté envoye vers moy, qui doit estre
bientost par deçà, estoit parti de Rome avant le jour de ces esmotions
adveneues en ceste ville, et qu'il vient, à ce que j'ay sceu, pour me
persuader de la part de Sa Saincteté (voyant, par elle, que le Turc
faict ung grandissime préparatif pour l'année prochaine) d'entrer en
la ligue, ce que suis délibéré et entièrement résolu de ne pas faire,
pour ce que mes affaires ne le peuvent maintenant permettre.

Et sera aussy bon et bien à propos que l'asseuriés expressément qu'il
ne vient pour nulle aultre occasion, luy faisant par mesme moyen
entandre l'acouchement de ma femme, et comme Dieu m'a donné une belle
fille, dont vous vous réjouirés de ma part avec elle, et luy dirés la
charge que je vous ay donnée de ce faire, desirant bien fort que,
suivant ce que je vous ay, ces jours icy, escript, vous sentiés
accortement d'elle ou de ses ministres, mais monstrant que ce soit
comme de vous mesmes, et sans qu'elle ny eux cognoissent que je vous
en aye escript, si elle auroit agréable que je l'envoyasse prier
d'envoyer tenir ma dicte fille sur les sainctz fonds de bastême par le
Sr conte de Lecestre; car je pense que cella, ainsy que j'ay aussy veu
par une de voz lettres, seroit bien à propos et ung vray moyen, comme
m'escripvés, de renouveller la vraye et entière amitié d'entre elle et
moy et noz subjectz; car je m'asseure que, y envoyant pour elle le
dict Sr conte de Lecestre, ce ne seroit pas sans qu'elle luy donnast
aussy bien expresse charge de la négociation ez laquelle nous
desirons, il y a desjà si longtemps, veoyr quelque heureuse fin, ny
aussy sans que le dict Sr conte de Lecestre s'en retournât fort
contant, et qu'il ne se prînt avant son partement par mesme moyen
quelque bonne résolution en la dicte négociation de mariage.

Et encores que je ne sois tenu randre aulcun compte à qui que ce soit
de mes actions, toutesfois, pour faire veoir clèrement à la dicte
Royne la malheureuse délibération du feu Admiral et de ses adhérans,
je vous envoye le jugement qui a esté donné contre eux, par lequel
elle verra clèrement comme ma court de parlement a jugé, avec toute
intégrité, ainsy qu'elle a accoustumé, les dictz conspirateurs; en
laquelle conspiration, comme il s'est deuement vériffié, ilz avoient
délibéré (qui ne les eût bien soudain prévenus) de venir exécuter
jusques en mes chasteaux ceux qu'ilz avoient en inimitié, et
n'esparnier aussy mes frères et la Royne, ma mère, voire s'adresser à
moy mesme, ou, pour le moingz, me retenir en leur puissance et
miséricorde. Et ne sçay qu'ilz eussent faict s'ilz se feussent veus
plus avant; car ilz avoient desjà adverty en toutes leurs esglizes de
prandre les armes, dont les plus près debvoient estre icy dedans deux
ou trois jours après.

Sur quoy je remets à vous de vous estendre ou restreindre selon
l'occasion, et ainsy que verrés qu'il sera à propos, vous conformant à
ce que je vous en ay cy devant escript; l'asseurant aussy, par mesme
moyen, que, suivant ce que j'estime que son ambassadeur luy aura faict
entendre, j'ay faict faire incontinant entièrement à sa satisfaction
les expéditions sur les trois articles que m'a présanté son
ambassadeur, ainsy que verrés par les apostilles escriptz sur les
marges d'iceux, desquels et des dictes expéditions je vous envoye
aussy les doubles, voulant que la priez de ma part, et ceulx de son
conseil, de faire samblable bonne expédition et justice à mes pauvres
subjectz, qui se pleignent journellement à moy et à mon conseil des
déprédations qui se font sur eux par les subjectz d'icelle Royne;
estant bien ayze que les marchans anglois soient partis pour la flotte
des vins, m'asseurant qu'ilz ne recevront aucun desplaisir, mais, au
contraire, seront receus et recueillis aussy humainement et seurement
en tous les endroictz de mon royaume qu'ilz sçauroient desirer.

Ne voullant, au demourant, oublier de vous respondre aux propos que
vous ont tenus ces trois seigneurs du conseil de la dicte Royne; je
vous diray, sur ce qu'ilz dient que j'ay commandé, comme aucungz les
ont asseuré, faire l'exécution de ce qui est adveneu à Rouen, que
c'est une imposture bien grande; car, tant s'en fault, qu'au contraire
j'escrivis, par plusieurs fois, fort expressément au Sr de Carrouges
de garder, par tous moyens, qu'il n'advînct au dict Rouen aulcune
esmeute, et, Dieu m'en est tesmoing, combien j'ay de regret que les
personnes qui n'avoient intelligence des mauvaises conspirations des
chefz de la dicte relligion ayent souffert et pâty, m'asseurant que
vous ouïerés bientost parler de la justice exemplaire qui en sera
bientost faicte au dict Rouen.

Quant aux nouvelles de Rome, se sont aussy impostures, à quoy l'on ne
doit prandre guarde, mais, au contraire, penser, comme chacun sçait,
que je ne donne charge de mes affaires au dict Rome qu'à mon
ambassadeur.

Quand à ceux de mes subjectz qui se sont retirés de delà, vous avés
très bien faict, comme j'ay veu par une de vos dictes dépesches,
d'avoir remonstré à la dicte Royne que je ne puis que cella ne me
déplaise, attandu qu'ilz ont plus de seureté par toutes les provinces
et villes de mon royaulme qu'ilz n'ont en Angleterre, veu les doubtes
où est icelle Royne d'eulx ou des estrangers qui sont en son dict
royaume; et puisqu'elle en faict faire descriptions, c'est signe
qu'elle mesme n'en a pas grande asseurance. J'ay faict une ordonnance
qui sera bientost publiée, par laquelle ilz verront ma bonne
intention, et comme je ne veux ny n'entans qu'il leur soit faict aucun
tort ny desplaisir ez leurs personnes et biens, ce que encore vous
pourrés dire à ceux de mes dictz subjectz qui parleront à vous, afin
de les faire revenir, comme je desire qu'ilz fassent, dedans ung mois
après la publication d'icelle.

Et quand à ce que vous a dict le Sr de Coulombières, je m'esbahis bien
comme il s'en est allé, veu que j'estois si contant de luy et de sa
réduction et contamplation, de laquelle je luy fis envoyer une
sauvegarde bien ample; mais j'ay entandu que c'est le conte de
Mongommery et ceux qui se sont retirés ez isles de Jerzay et Grènezay
qui l'avoient envoyé devers la Royne d'Angleterre, de laquelle il en a
raporté résolution de les assister, avec plusieurs dépesches et
lettres qu'elle a escriptes et envoyées par le dict Coulombières, dont
il sera bon que vous vous enquériés secrètement pour m'en donner
advis; et des autres menées qui se font à mon préjudice par ceux de
mes dictz subjectz qui sont par delà, à quoy je m'asseure que vous
fairés tout ce qu'il vous sera possible pour y pénétrer bien avant et
aussy de la volonté que la dicte Royne a devers eux. Et advenant que
le dict Coulombières retournât où vous estes, ou que luy puissiés
escripre, asseurés le que, s'il veut retourner en sa maison, et se
conformer à ma volonté tant bonne et saincte, il y sera receu et
pareillement ceulx de mes aultres subjectz qui auront ceste bonne
volonté, se pouvans tous asseurer de vivre à repos et sans estre
aucunement inquiétés ni molestés, en mon royaulme, et ne fault point
qu'ilz en ayent aucune fraïeur; car, sur mon honneur, et en vérité, il
ne leur sera faict aucun tort ni desplaisir.

J'attans icy bientost les sieurs Du Crocq et de Vérac pour entandre
d'eulx les particullarités des affaires d'Escosse; mais cepandant,
pour ce que Quillegrey, qui y est encores demeuré, tâchera, comme j'ay
sceu qu'il commance, de faire tout ce qu'il pourra contre ceux du bon
party pour maintenir et advantager le conte de Mar et ceux de son
party, et diminuer, par ce moyen, tousjours le plus qu'il pourra,
l'auctorité de ma belle sœur, la Royne d'Escosse, il est besoing que
quelquefois vous escripviés en Escosse aux seigneurs qui y sont bien
affectionnés au bon party, et au lair de Granges et à Ledinton, et les
conduisiés à ce que verrés qu'ils auront à faire pour le bien de mon
service, seureté de Lislebourg et autres places qu'ilz tiennent, et
aultres choses concernans le bien et les advantages de ma dicte belle
sœur, laquelle il sera bon que vous recommandiés tousjours doucement
à icelle Royne et à ceux de ses ministres qui luy sont le moingz
rigoureux; mais j'entans, si voyés que le trouviés à propos, et que
cella ne puisse nuire à mes affaires et aux siens.

J'ay veu aussy ce que m'escripvés pour vostre congé, que véritablement
je serois, comme il est résonnable, bien contant de vous donner pour
venir donner ordre à voz affaires; mais, considérant le temps et
l'estat des miens en vostre charge, je ne le vous puis accorder sans
les incommoder et préjudicier beaucoup. Voilà pourquoy je vous prie
demeurer encore pour quelque temps par delà et jusques à ce que nous
voyons quelz chemins prandront la négociation du mariage, le faict du
commerce et les affaires qui naissent à présent, qui ne sont pas de
petite importance, ausquelz ung autre seroit bien nouveau; aussy que
la dicte Royne d'Angleterre, si je vous révoquois, pourroit penser que
ce feust pour quelque aultre occasion qui peut estre l'altèreroit;
priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le IIIe jour de novembre 1572.

    CHARLES.      PINART.


   INSTRUCTION mandée par le Roy aux gouverneurs de Normandie de ce
   qu'ils auront à faire vers ceulx de la nouvelle religion.

   --du IIIe jour de novembre 1572.--

   Le Roy, ayant congneu que la déclaration qu'il a faicte sur les
   occasions qui se sont puis naguières présentées en ceste ville de
   Paris, les mémoires et instructions de sa volonté qu'il a
   envoyées de toutes partz aux gouverneurs de ses provinces et
   lieutenans généraux en icelles, et lettres particullières qu'il
   leur a escriptes et à ses courtz de parlements et aultres
   ministres et officiers de justice, n'ont peu, jusques icy,
   empescher les cours des meurtres, pilleries et saccagements qui
   se sont faictz en la plupart des villes de ce royaulme, au grand
   desplaisir de Sa Majesté:

   Advise, pour le plus singulier remède, envoyer tous les dictz
   gouverneurs en chascung de leurs dictz gouvernementz, asseuré
   que, attendu leur qualité et le pouvoir qu'ils ont de Sa Majesté,
   ilz sçauront bien faire suyvre et observer son intention, de
   laquelle, pour en estre plus amplement esclarcie, Sa dicte
   Majesté a faict dépescher ses lettres patentes qui leur seront
   baillées, lesquelles il entend qu'ils facent exactement observer;
   oultre le contenu desquelles, monseigneur le duc de Bouillon,
   gouverneur et lieutenant général de Sa dicte Majesté au pays et
   duché de Normandye, et en son absence, Mr de Carrouges, l'ung des
   lieutenantz de Sa dicte Majesté au dict gouvernement, fera venir
   devers luy les gentilzhommes de la nouvelle opinion résidans en
   son gouvernement et charge;

   Leur dira que le vouloir et intention du Roy est de les
   conserver, eux, leurs femmes, enfans et famille, les maintenir en
   la possession et jouissance de leurs biens, pourveu que, de leur
   part, ilz vivent paisiblement, rendans à Sa Majesté l'obéissance
   et fidélité qu'ilz luy doivent, ce que faisant, le Roy aussy les
   gardera qu'ilz ne soient, par voye de justice ny autrement,
   inquiétez ny molestez en leurs personnes ni biens, pour raison
   des choses faictes et passées durant les troubles, devant l'édict
   de paciffication au moys d'aoust 1570.

   Après, les admonestera amiablement de ne persévérer plus
   longuement en l'erreur des nouvelles oppinions, et de revenir à
   la religion catholique, se réconciliant à l'Eglise apostolique et
   romaine, en la doctrine et obéissance de laquelle le Roy et ses
   prédécesseurs et leurs subjectz ont tousjours sainctement vescu,
   et ce roïaulme s'est heureusement conduict et maintenu, leur
   remonstrant les malheurs et calamitez qu'on a veuz en ce dict
   royaulme, depuis que ces nouvelles oppinions sont entrez aux
   espritz des hommes; de combien de maulx elles ont esté causes;
   qu'elles ont desmys ceux qui en ont esté imbuz du droict chemin
   qu'avoient tenu leurs ancestres; elles les ont faict séparer
   premièrement de l'Église et, en après, de leurs plus proches
   parens; se sont aussy esloygnez du service de leur Roy, voire de
   l'obéissance et fidellité qu'ilz luy doibvent, comme l'on a veu
   depuis ce règne;

   Que, jaçoit que les autheurs et chefz de ceste part ayent voulu
   couvrir leurs actions du tiltre de la religion ou de conscience,
   toutesfois les œuvres et effectz ont assez monstré que le nom de
   religion n'estoit qu'ung masque pour couvrir toutes les
   machinations et désobéissances, et, soubz ce prétexte, assembler,
   suborner et gaigner gens, les abstraindre, et par serment faire
   jurer en la cause, soubz ce tiltre de religion, et par telle voye
   les distraire de la naturelle affection qu'ilz doibvent à leur
   Roy, conséquamment de son obéissance, estant assez notoire que,
   quelque commandement qu'ayt peu faire le Roy à ceux de la
   nouvelle oppinion ilz ne luy ont obéy, depuis son règne, synon
   aultant qu'il playsoit à leurs chefz; au contraire, quand leurs
   dictz chefz ont commencé prendre les armes, s'eslever, s'emparer
   des villes, brusler les églises, piller et saccager, bref, de
   troubler tout le royaulme, le remplir de feu et sang, ceulx qui
   s'estoient ainsy desvouez de les suivre oublyoient toute loyauté,
   tout devoir de bons subjectz, pour obéyr et exécuter leurs
   commandementz;

   Lesquelles choses sy les dictz gentilzhomes veulent bien
   considérer, ilz jugeront facilement combien seroit leur condition
   malheureuse et misérable, s'ilz persévéroient plus longuement en
   leur erreur; car ilz peuvent bien d'eulx mesmes estimer que le
   Roy, enseigné par l'expérience de tant de dangers dont il a pleu
   à Dieu préserver luy et son estat, ayant esprouvé les malheurs et
   calamitez que ce royaulme a souffertes et les entreprinses des
   chefz de ceste cause, leurs adhérans et complices, ne se servira
   jamais volontiers, ny ne se fiera d'un gentilhomme, son subject,
   qui tiendra oppinion en la religion aultre que la catholique; en
   laquelle ainsy le Roy, suivant ses prédécesseurs, veut vivre et
   mourir.

   Il vent aussy pour oster toutes défiances entre ses subjectz,
   pour estaindre la source de discorde et séditions, que tous ceux
   principalement des gentilzhommes, desquels il se sert en lieux
   plus honnorables, qui desireront estre de luy recongneuz pour
   bons et loïaulx subjectz, qui vouldront avoir sa bonne grâce et
   estre de luy employez ès charges de son service, selon leurs
   degrez et qualitez, facent profession et vivent, dorsenavant, en
   mesme religion que la sienne;

   Ayant esprouvé que jamais les discordes et guerres civiles ne
   cesseront en ung estat, où il y aura diversité de religion; et
   qu'il est impossible à ung roy maintenir en ung mesme royaulme
   ceste répugnance de religion, qu'il ne perde la bienveillance et
   obéissance de ses subjectz;

   Voire que ceux qui seront de religion répugnante à la sienne ne
   desirent en leur cœur que changement de roy et estat.

   Par les raisons susdictes et autres, les dictz Srs de Buillon ou
   Carrouges pourront amener, et à mesme fin s'efforceront à
   persuader à la noblesse, et aultres personnes qualiffiez de la
   dicte nouvelle oppinion, de retourner d'eux mesmes et de leur
   franche volonté à la religion catholique, et de abjurer la
   nouvelle, sans attandre plus exprès éedictz et commandementz du
   Roy: car, en quelque sorte que ce soit, le dict Seigneur est
   résollu faire vivre ses subjectz en sa religion, et ne permettre
   jamais ny tollérer, quelque chose qui puisse advenir, qu'il y ayt
   aultre forme ny exercice de religion en son royaulme que de la
   catholique.

   Le dict Sr duc de Buillon ou le dict Sr de Carrouges communiquera
   aux gens de la court du parlement du dict pays la déclaration de
   Sa dicte Majesté, affin qu'ilz entendent quelle est son intention
   et la bonne fin à laquelle elle tend, au bien, repos et réunion
   de ses subjectz, pour par le dict Sr duc de Buillon ou le dict
   Sr de Carrouges et la dicte court de parlement, à laquelle Sa
   Majesté envoyera bientost semblable déclaration, estre procédé de
   mesme pied et commune intelligence et correspondance à l'effect
   que dessus, à ce que le fruict, repos et utillité en puisse
   réussir tel que Sa Majesté desire, non seulement pour ce qui la
   peult regarder, mais pour l'universel de son royaulme.

   Les baillifz et séneschaux, qui ne sont de la qualité requise,
   passeront procuration pour résigner dedans ung moys leurs offices
   à gentilzhommes capables, de la qualité portée par l'éedict sur
   ce faict, qui les pourront tenir et exercer; et à faulte de ce
   faire, Sa Majesté les desclare, dès maintenant comme lors, privés
   de leurs offices, et affin qu'ilz n'aient occasion de couleur de
   remise et excuse, elle entend et leur permet qu'ilz puissent
   résigner leurs dictz estatz, sans pour ce païer aulcune finance.
   Tous baillifz et séneschaux résideront en leurs bailliages et
   séneschaussées sur peyne de privation, et où ilz ne pourront ce
   faire pour autres empeschemens, seront tenus de résigner; ce que
   Sa dicte Majesté entend pareillement qu'ilz puissent faire sans
   payer finance.

   Tous archevesques et évesques résideront sur leurs bénéfices, et
   ceux qui, par vieillesse ou aultre indisposition de personnes, ne
   pourront prescher et annoncer la parolle de Dieu, et eulx mesmes
   édiffier leur peuple, et faire leurs autres fonctions appartenans
   à leur charge et dignité, seront tenus de prendre et choisir ung
   coadjuteur pour les soullager et s'emploïer au debvoir de leur
   charge, auquel coadjuteur ilz assigneront pension honneste et
   raisonnable, telle qu'elle sera advisé selon les fruictz et
   revenu du dict bénéfice. Les curez résideront pareillement sur
   leurs bénéfices ou seront admonestez de les résigner à aultres,
   qui résideront par personnes, et feront le debvoir de leur
   charge. Les archevesques et évesques s'informeront de ceulx qui
   tiendront les abbayes, prieurez, cures et autres bénéfices, qui
   sont en leurs diocèses, de quelle qualité ilz sont, et le debvoir
   qu'ilz rendent en l'administration de leurs bénéfices, dont ilz
   feront procès verbal qu'ilz métront ès mains des gouverneurs qui
   les envoyeront, puis après, à Sa Majesté, pour y pourvoir ainsy
   qu'elle verra estre besoing; feront résider actuellement les
   curez ès lieux de leurs cures, ou commettront en icelles d'autres
   personnes capables selon les dispositions canoniques.

   Fait à Paris, le IIIe jour de novembre 1572.

    CHARLES.      PINART.



CXXXVII

LE ROY A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du IIIe jour de novembre 1572.--

  Lettre de créance donnée à l'ambassadeur.--Déclaration du roi
    qu'il veut continuer l'alliance avec Élisabeth.--_Articles_
    présentés par l'ambassadeur pour cette négociation, et réponses
    de la reine d'Angleterre.


Très haulte, très excellante et très puissante Princesse, nostre très
chère et très amée bonne sœur et cousine, encores que vous ayes peu
cognoistre par les effectz et par les déclarations que nous avons
faictes à vostre ambassadeur, dont il vous aura adverty, l'affection
grande, que nous avons, de continuer et persévérer en la vraye et
parfaicte amityé qui est entre nous deux, nos royaumes, païs, terres
et subjectz, selon le dernier traité faict entre nos commis depputés
et ambassadeurs; toutesfois desirans tousjours vous confirmer et
fortiffier en ceste assurance, et afin que, de vostre part, vous
veuillés aussi nous correspondre en cella, comme nous n'en doubtons
aucunement, veu le tesmoignage qui nous en ont, despuis peu de jours,
esté randus par vostre ambassadeur, nous avons donné charge au Sr de
La Mothe Fénélon, chevalier de nostre ordre et nostre conseiller et
ambassadeur résidant par dellà, vous faire, en cest endroict, entendre
aucunes choses de nostre part dont nous vous prions le croire, et luy
adjouster foy, en cest endroict, comme à nous mesmes; qui prions Dieu,
très haulte, etc.

Escript à Paris, le IIIe jour de novembre 1572.

    Vostre bon frère et cousin.

    CHARLES.      PINART.


   NOTA. Deux lettres de créance furent écrites, le même jour, dans
   les mêmes termes, par la royne-mère et par le duc d'Anjou.


   ARTICLES PRÉSENTÉS A LA ROYNE D'ANGLETERRE
   par Mr de La Mothe Fénélon, et responses faictes, au nom de la
   Royne, par milord de Burgley.

   --du XVIIe jour de novembre 1572.--

   Par une dépesche du Roy, du troysiesme de ce moys, au Sr de La
   Mothe Fénélon, son ambassadeur, il luy a mandé présenter une
   sienne lettre à la Royne d'Angleterre, sa bonne sœur, et une
   autre de la Royne, sa mère, et encores une aultre de Monseigneur,
   frère de Sa Majesté, lesquelles estantz en créance sur le dict
   ambassadeur, il a expliqué sa dicte créance à Sa Majesté et aux
   seigneurs de son conseil aux articles qui s'ensuyvent:

   _Art._ 1er. Le premier est comme le Roy, sur les couches de la
   Royne Très Chrestienne, sa femme, qui sont premières et ont esté
   heureuses et sans aucun danger, et sur la naissance d'une petite
   princesse leur fille qu'il a pleu à Dieu leur donner, il a bien
   voulu faire une espécialle conjouyssance avec la Royne
   d'Angleterre, sa bonne sœur, comme avec celle d'entre tous les
   princes et princesses de la Chrestienté qu'il s'asseure que reçoit
   plus de plaisir d'entendre ses prospérités, et qu'il la prie de
   vouloir desjà mectre ceste sienne petite parante au roolle de ses
   meilleures alliées, et des plus certaynes confédérées, comme sont
   tous les aultres de ceste couronne.

   _Réponse._--Au premier, Sa Majesté a respondu à Monsieur
   l'Ambassadeur.

   _Art._ 2. Qu'il la prie de croire qu'il persévère et persévèrera
   très constamment en la résolution qu'il a prinse, d'entretenir à
   jamays la vraye et parfaicte amitié qu'il luy a jurée, et
   observera droictement tous les poinctz du traicté qui est entre
   eulx, et la secourra, quand elle en aura besoing, contre qui ce
   soit au monde, et fut ce pour cause de religion; et qu'il se
   resjouyt infiniment de ce que par les responces qu'elle a faictes,
   icy, au dict Sr de La Mothe, et par celles qu'elle luy a faictes
   faire à luy mesmes, par delà, par le Sr de Walsingham, depuis
   l'évènement des choses de Paris, elle luy a renouvellé, et luy a
   confirmé la semblable persévérance de sa part vers luy, ce qui luy
   entretient bien vifve, et à la Royne, sa mère, l'espérance de
   l'aultre bon propos de Monseigneur le Duc, son frère, et leur
   augmente, de plus en plus, à tous eulx, l'extrême desir qu'ilz ont
   de le veoir bientost effectuer; dont, touchant ces deux poinctz,
   il requiert que, quant à celuy de la confédération, il plaise à la
   Royne, sa bonne sœur, d'accomplir ce qui reste des deux articles
   du commerce et de la paix d'Escosse, affin qu'on ne puisse, cy
   après, arguer le traicté d'invalidité comme n'ayant sorty à
   effect; et, quant à l'alliance, qu'elle luy vueille fère et à la
   Royne, sa mère, entendre la plus ample déclaration de sa volonté,
   ainsy qu'ilz l'ont attendues, et attendent, depuis plusieurs jours
   en ça, avec très grande dévotion, et la souhaitent de tout leur
   cueur estre bonne.

   _Réponse._--Sa Majesté desire en toutes sortes entretenir et
   parfaire le tretté, et faire dresser une estape de merchandises en
   quelque lieu en France; mais qu'en ayant parlé et faict parler par
   les seigneurs de son conseil à leurs merchans, ilz les ont trouvés
   le plus estrangiez et plus esmerveillez du monde de ce que, après
   tant de massacres et murtres faictz en France, Sa dicte Majesté et
   ses dicts conseillers leur parlent de dresser estape et traffiquer
   par dellà; disans que, puysque le Roy n'a tenu à ses propres
   subjectz ce qu'il leur avoit promiz par l'éedict de paciffication,
   à plus forte rayson ne s'y doibvent ilz, qui sont estrangiers, et
   ne veulent s'y fyer jusques à tant qu'ilz verront que les choses
   soient mieux paciffiées en France, et qu'il y ait meilleur
   ordre;--Touchant la paix d'Escoce, que Sa Majesté pense que la
   paix feust desjà conclue sans la mort du régent, mais qu'elle a
   entendu, par lettres de Me Quillegrey, que toutz ceulx de la
   noblesse du dict pays se doibvent assembler, au quinziesme de ce
   mois, pour pourvoir, tant sur la forme du gouvernement du pays que
   sur la paix, et, par aultres lettres de ceulx du party du Roy,
   que, si la paix ne se conclud, que cella vient de France, y ayans
   ceulx du chasteau de Lislebourg des ministres, et mesmes le
   cappitaine d'icelluy, son frère, et aultres, desquelz ilz ont eu
   advertissement de ne rien accorder et qu'ilz auront tout secours
   de France.

   _Art._ 3. Que cependant le Roy, pour ne laisser la dicte Dame, sa
   bonne sœur, incertayne touchant l'oppinion qu'elle pourroit avoir
   de luy, sur ce qui est advenu contre le feu Admiral et les siens,
   encores qu'elle et tous les autres princes du monde s'en deussent
   rapporter à la simple parolle de luy, qui en doibt le seul compte
   à Dieu et non à aultre, si a il voulu donner à elle ceste
   espécialle satisfaction que de luy envoyer les jugementz et arrêtz
   que sa court de parlement de Paris a donnez contre le dict Admiral
   et deux de ses complices, sur les preuves, vériffication et
   confession du faict, selon que la dicte court ne juge jamays
   aultrement; et qu'il s'est trouvé que la conspiration avoit esté
   véritablement faicte (s'ilz n'eussent esté bientost prévenuz),
   d'aller exécuter jusques dans le logis du Roy ceulx qu'ilz
   réputoient leurs ennemys, et n'espargner la personne de la Royne,
   sa mère, ny celle de Messieurs ses frères, voire s'adresser à luy
   mesmes, ou pour le moins le retenir en leur puissance, et se
   rendre si fortz près de luy qu'il n'eust peu dire sinon qu'il
   estoit à leur mercy et discrétion; en quoy s'ilz en fussent allez
   jusques là, il ne sçayt s'ilz n'eussent passé plus avant, car ilz
   avoient desjà mandé à tous ceux de leur religion de prendre
   incontinent les armes, et à ceux qui estoient les plus prestz de
   se rendre, le IIIe jour, dans Paris; dont il remect bien au bon
   jugement de la Royne, sa bonne sœur, de considérer à quelle
   extrémité alloient les choses, et si Dieu n'a pas usé d'une
   singulière grâce et d'une espécialle protection vers luy de
   l'avoir délivré et les siens, et son estat, d'ung si éminent
   péril; et que Dieu luy est tesmoing que nul, soubz le ciel, se
   fust plus opposé que luy à la ruyne de l'Admiral et de ceux qui
   ont souffert avec luy, s'il n'eust esté meu contre eulx de
   l'extrême nécessité de ce dangier.

   _Réponse._--Sur le 3e, Sa Majesté en remet le tout au Roy.

   _Art._ 4. Qu'il veult bien donner compte à la Royne, sa bonne
   sœur, comme le Pappe envoye le cardinal Ursin, légat devers luy,
   lequel estoit party de Romme avant la blessure et la mort du feu
   Admiral, et que tout ce qu'il a peu entendre de sa commission est
   qu'il le vient prier et presser d'entrer en la ligue contre le
   Turc, entendant le merveilleux et extrême appareil de guerre que
   le dict Turc faict pour furieusement assaillir, ceste année
   prochayne, par mer et par terre, la Chrestienté, de quoy le Roy a
   bien voulu faire entendre à la dicte Dame le grand regret qu'il y
   a, et quelle est son intention et délibération là dessus.

   _Réponse._--Au 4e, que Sa Majesté trouve bonne la négociation du
   dict cardinal Ursin sur la ligue contre le Turc; mais qu'elle
   verra bien s'il y négociera aultre chose ou contre elle ou contre
   ses affères, et y pourvoyrra.

   _Art._ 5. Que touchant l'armée du dict Sr Strossy, qu'il est très
   certain qu'en septembre dernier il l'avoit cassée, veoyant qu'il
   n'apparoissoit, d'aucun endroict de son royaulme, qu'il y deust
   avoir mouvement, et, grâces à Dieu, les choses ne monstrent qu'il
   y en doibve encores avoir beaucoup; néantmoins, de tant que ceux
   de la Rochelle monstrent de se vouloir opiniastrer, cela et non
   aultre occasion l'a contrainct de la fère rassembler et mectre sus
   de rechef, afin que, s'ilz ne se ravisent, il mecte ordre, commant
   que ce soit, que l'auctorité luy en demeure; ayant dellibéré d'y
   envoyer Monsieur d'Anjou, son frère, pour les admonester de leur
   debvoir, avec les plus honnestes conditions et les meilleures et
   plus grandes seuretez qui se pourront adviser; et, si ces gracieux
   moyens n'ont lieu, lesquelz, desjà une fois, ilz avoient monstré
   de les vouloir accepter et encores en font quelque semblant, il y
   employera, à la fin, la force. A quoy il aura ung extrême regrect
   qu'il en faille venir à tant: néantmoins il a délibéré ne cesser
   qu'il n'en soit venu à bout.

   _Réponse._--Que Sa Majesté desire infinyement qu'iceulx de la
   Rochelle rendent toute l'obéyssance qu'ilz doibvent au Roy, et
   qu'elle mettra peyne de les y exorter, et vouldroit bien avoir
   quelque asseurance pour leur donner de soy mesmes, et mesmes à
   ceulx là qui se sont adressez à elle, qui disent qu'ilz ne se
   peuvent aulcunement fier au Roy, veu mesmes que, ayant esté publié
   en France plusieurs éedictz pour fère retourner ceulx de la
   religion en leurs maysons, pour y vivre paysiblement, despuys les
   massacres advenuz à Paris, ceulx qui s'y sont fiez et s'en sont
   retournez en leurs dictes maysons y ont esté tuez.

   _Art._ 6. Qu'il estime que la difficulté qu'ilz font procède plus
   de la persuasion d'aultruy et de l'espérance qui leur est donnée
   de ne debvoir estre habandonnez, que de volonté qu'ilz ayent de se
   rebeller, car il a sceu et a veu, par aulcunes lectres qui ont
   esté naguières interceptées, comme le comte de Montgommery et
   aulcuns aultres françoys, qui sont par deçà, leur mandent et les
   asseurent bien fort qu'ilz auront, soubz main, tout le secours
   qu'ilz voudront de la Royne d'Angleterre, et toute l'assistance
   qui leur sera nécessaire de son royaulme, sans que; pour cela,
   elle se déclare à la guerre contre luy. Ce qu'il n'a creu en façon
   du monde, ains a jugé incontinant que cela procédoit de la passion
   de ceux qui escripvoient les lectres, et plustost s'asseure il de
   tirer toute ayde et faveur d'elle en ce qu'il aura besoing; ny
   pareillement n'a creu que ce soit par sa commission que aucuns
   capitaynes de mer, françoys, ayent, ainsy qu'on luy a dict, équipé
   en guerre quelques vaisseaux par deçà, et se soient associez avec
   d'aultres capitaynes de mer, angloix, pour conduire ceste
   praticque, et pour empescher la navigation, comme desjà ilz la
   troublent beaucoup ez costes de Normandie et Bretaigne, ainsy que
   plusieurs plainctes luy en viennent tous les jours.

   Sur quoy il suplie la Royne, sa bonne sœur, et la conjure, au nom
   de la parfaicte et loyalle amitié que, devant Dieu et les hommes,
   ilz se sont sainctement et fort solemnellement jurée l'un à
   l'autre, que, comme il a eu, et a, et ne veult cesser d'avoir,
   durant tout son règne, ung singulier respect à tout ce qui pourra
   en quelque sorte concerner Sa Majesté et tous les poinctz de leur
   mutuelle ligue et le repos de son royaulme, qu'il luy plaise, de
   son costé, avoir le mesmes esgard vers luy; et que, sans
   s'arrester aux persuasions des gens passionnez, ny aux inventions
   controuvées pour luy engendrer des scrupules et deffiances dans le
   cueur, elle veuille persévérer ez bons termes de la vraye et
   inthime amitié qui est commancée entre eux, comme, de sa part, il
   y demeurera immuable à jamais, et qu'elle vueille passer oultre à
   l'aultre unyon qui s'en fera indissoluble par ceste plus estroicte
   alliance, laquelle luy et la Royne, sa mère, et tous ceux de leur
   couronne persistent de desirer plus instamment que jamays, et y
   ont plus d'affection qu'à chose qui soit aujourdhuy au monde.

   _Réponse._--Sur le 6e, qu'ayant le comte de Montgommery escript à
   Sa Majesté, dez le commancement, bien au long, son infortune et
   callamité, et prié de permettre qu'il vînt devers elle, Sa dicte
   Majesté le luy auroit reffuzé, et qu'estant cejourduy venu le dict
   comte en ceste dicte ville, il ne sçayt pourquoy ni à quelles
   fins;--Et pour le regard de ces capitaynes françoys, qui ont
   équipé en guerre quelques vaysseaulx par deçà, que Sa Majesté n'en
   a rien sceu, et que icelluy milord de Bourgley prie Monsieur
   l'Ambassadeur de luy nommer tant les dicts capitaines que les
   portz et hâvres où ilz se sont équipez, pour en fère fère telle
   poursuyte et punition contre les gardiens et aultres qui auroient
   baillé faveur ou permission de ce fère que le dict Sieur
   Ambassadeur en sera contant.--En ce qui concerne l'aultre unyon,
   que Sa Majesté entend du mariage, qu'elle a naguières receu
   lettres, et le dict Sr Bourgley aussi, de Mr de Walsingam, par
   lesquelles il mande que, en une audience qu'il a eu de la Royne
   Mère, parlant de ce faict, et expressément de l'entreveue, il a
   trouvé la dicte Dame si réfroydie sur ce point qu'il luy semble le
   faict estre à n'en plus parler.

   _Art._ 7. Qu'il est très marry qu'on ayt rapporté aux seigneurs du
   conseil d'Angleterre qu'il ayt commandé faire ny le massacre de
   Rouan ny les aultres qui ont suivy depuis ez aultres lieux; car
   c'est la plus grande imposture et la plus faulce calomnye qui ayt
   esté jamais mise sus à nul prince, ayant au contraire, par
   plusieurs foys, escript à ses lieutenantz et gouverneurs et
   nommément au Sr de Carouges à Rouan, qu'ilz eussent à prendre très
   soigneusement garde que ces désordres n'advînsent; lesquelz l'on
   craignoit assez, veu l'insolence d'aucunes meschantes personnes
   qui avoient le cueur au sang et au pillage, et qui n'ont espargné
   les biens des Catholicques non plus que des Huguenotz; et que
   Dieu, devant lequel il chemyne, luy est tesmoing qu'il a ung
   mortel regret que pas ung de ceulx qui n'avoient intelligence avec
   les chefz de la conspiration ayent souffert, et que bientost l'on
   onyra parler de la punition exemplaire qui sera faicte à Rouan et
   aultres lieux contre les autheurs de ces violances.

   _Réponse._--Sur le 7e que Sa Majesté s'en remect au Roy.

   _Art._ 8. Que, au regard de ce que Mr le cardinal de Lorrayne a
   faict inscripre à Romme sur la porte de l'hostel Sainct
   Louys[142], ce n'est chose où l'on doibve avoir esgard, car l'on
   sçayt assez que ce n'est ny du sceu ny du commandement du Roy, qui
   n'a accoustumé de négocier ses affaires au dict lieu que par son
   ambassadeur.

   [142] Voyez le texte de cette pièce, ci-dessus, page 341.

   _Réponse._--Sur le 8e, que Sa Majesté trouve ceste responce fort
   froyde, toutesfoys qu'elle la reçoit, puisqu'elle vient du Roy; et
   qu'elle ne peult croyre qu'estant le dict Sr cardinal de Lorrayne
   le premier éclésiastique, premier du conseil du Roy, et premier de
   la noblesse de France, qu'il ayt tant présumé de soy que d'ozer
   rien faire publier à Rome sans le sceu et commandement du Roy.

   _Art._ 9. Et quant aux françoys qui ont passé en ce royaulme,
   lesquelz monstrent s'y estre retirez pour cause de leur religion,
   qu'il desire qu'ilz s'en retournent paisibles en leurs maisons, et
   qu'ilz y seront bien traictez, et que, sur son honneur et sur la
   foy et vérité qu'il doibt à Dieu, il ne le leur sera faict aucun
   tort ny desplaisir.

   _Réponse._--Sur le 9e, que Sa Majesté desire infinyement qu'ilz
   s'en retournent en leurs maysons et qu'ilz rendent toute
   obéyssance au Roy; mais que, de les y contraindre, elle s'en
   sentiroit grandement chargée en sa conscience, si ilz y avoient
   mal, et en penseroit estre cause; mais qu'elle gardera bien que
   eulx ny aultres, quelz qui soyent, ny attempteront ny pratiqueront
   rien contre le Roy et son honneur, ny de faict ny de parolle.

   _Art._ 10. Qu'il a faict expédier au Sr de Walsingham les lectres
   patentes et provisions qu'il luy a demandées pour l'accommodement
   des affaires des Angloix en son royaulme, et qu'il prie la Royne
   d'Angleterre, sa bonne sœur, de croire qu'en nulle part de la
   terre habitable, ses marchandz et subjectz ne trouveront de plus
   seur accez, plus de faveur, plus de bon recueil, plus de bon et
   libre commerce, plus de bonne expédition de justice et tout bon
   traictement qu'ilz feront en la France et en tous les endroictz
   d'icelle; et qu'il a plaisir que la flotte pour les vins soit
   allée à Bourdeaux, y ayant mandé de la bien et favorablement
   recueillir; et il suplie aussi la dicte Dame, sa bonne sœur, de
   commander une semblable bonne expédition de justice à ses subjectz
   par deçà; car il en reçoit tous les jours beaucoup de plainctes.

   _Réponse._--Sur le 10e, que Sa Majesté n'a encores rien entendu de
   ses merchandz, qui sont allez à Bourdeaux, comme ilz ont esté
   traictez, et qu'estans de retour, sellon ce qu'ilz rapporteront à
   Sa Majesté du trettement qu'ilz y auront receu, elle randra
   responce au dict Sieur Ambassadeur.



CXXXVIII

LE ROY A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XIXe jour de novembre 1572.--

  Remerciemens à raison de l'acceptation qu'a faite Élisabeth du
    titre de marraine.


Très haulte, etc., nous avons tousjours tant estimé de la bonne
affection que vous nous portés et au bien de noz affaires, que vous ne
recepvrés jamais que plaisir de ce qui nous pourra apporter
contantement; mais encores en avons nous tant plus de témoiniage par
la démonstration de l'aize que vous avés faicte sur la nouvelle que
vous avés eue que Dieu nous a donné une fille, ainsi que nous avons
sceu par les dernières lettres que nous a escriptes le Sr de La Mothe
Fénélon, nostre ambassadeur par dellà, qui nous faict croire que vous
feriés tenir en vostre nom, avec l'Impératrice, sur les sainctz fondz
de batesme nostre dicte fille, et en donnerés la charge à personne
convenable; dont nous vous prions tant et si affectueusement que fère
pouvons, ne desirans rien davantage que la continuation et
fortiffication de nostre mutuelle amityé; à quoy nous adjousterons, de
nostre part, tout ce que nous penserons y pouvoir servir, ainsi que
vous dira plus particullièrement le Sr de Mauvissière, chevallier de
nostre ordre, que nous envoyons exprès par dellà, lequel nous vous
prions croire de ce qu'il vous en dira de nostre part comme feriez à
nous mesmes; priant Dieu, très haulte, etc.

Escript à Paris, le XIXe jour de novembre 1572.

Vostre bon frère et cousin.

    CHARLES.      PINART.



CXXXIX

LA JEUNE ROYNE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XIXe jour de novembre 1572.--

  Prière à la reine d'Angleterre pour qu'elle consente à tenir
    l'enfant du roi sur les fontz de baptême.


Très haulte, etc., le Roy, nostre très honnoré Seigneur et espoux,
envoyant le dict Sr de Mauvissière, chevallier de son ordre, présent
porteur, par delà, pour vous prier, de sa part, d'estre contante de
faire tenir en vostre nom, sur les sainctz fonds de batesme, la belle
petite fille qu'il a pleu à Dieu nous donner, nous avons bien voulleu
par luy mesmes vous faire pareille requeste, de nostre costé, avec
ceste asseurance que vous l'aurés bien agréable. Nous vous prions donc
que vous veuillés estre l'une des marraines de nostre dicte fille, et
envoyer de deçà personne convenable pour cest effect. En ce faisant,
nous recepvrons ceste faveur à grand et singullier plaisir pour nous
en revancher en toutes les occasions qui s'en pourront jamais
présenter, oultre que ce sera pour, de plus en plus, fortiffier ceste
vraye et parfaicte amitié qui est de présent, et espérons en Dieu que
continuera à tousjours, entre ceste couronne et la vostre, comme vous
entendrés plus avant du dict Sr de Mauvissière, sur lequel nous en
remettant, nous prierons Dieu, très haulte, etc., vous avoir en sa
très saincte et très digne garde.

Escript à Paris le XIXe jour de novembre 1572.



CXL

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de décembre 1572.--

  Prochaine arrivée du seigneur envoyé d'Allemagne par l'empereur
    et l'impératrice pour le baptême.--Desir du roi qu'Élisabeth
    envoie promptement le seigneur qui doit la
    représenter.--Arrivée du légat du pape; protestation du roi que
    la reine d'Angleterre n'a rien à craindre de la négociation
    dont il est chargé.--Délibération au sujet de l'Écosse.--Envoi
    fait à l'ambassadeur d'un livre pour être distribué
    secrètement.


Monsieur de La Mothe, en attendant que je vous renvoye Sabran,
j'accuseray la réception de voz deux dépesches, des IXe et XVe du mois
passé[143], et vous diray par ceste cy qu'ayant ci devant envoyé
devers l'Empereur, Monsieur mon beau père, et l'Impératrice, Madame ma
belle mère, pour les advertir de la grâce qu'il a pleu à Dieu me faire
de me donner une belle fille, et pour prier ma dicte belle mère de la
tenir sur les sainctz fondz de baptesme, j'ay eu nouvelles qu'ilz ont
dépesché et envoyé par deçà le Sr de Caen, grant escuyer du dict Sieur
Empereur, pour faire cest office en son nom; lequel est party et
s'achemine pour estre bientost icy; qui me faict desirer et prier que
vous faciés en sorte que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur
et cousine, envoye aussy, pour ce mesme effect, bientost par deçà,
celluy qu'elle advisera pour y arriver ainsi et en mesmes temps que le
dict grand escuyer, affin que le baptesme de ma dicte fille se face,
comme je desire, incontinent après la prochaine feste des Roys;
auquel jour j'ay aussy escript à mon oncle, Monsieur de Savoye, se
trouver pour estre le compère.

  [143] Voyez CCLXXXIVe et CCLXXXVe dép., tom. V, pag. 196 et 200.

Je vous diray, au demeurant, que le léguat de Nostre Sainct Père le
Pape est, despuis huict ou neuf jours, arrivé en ceste ville. Il me
vint hier veoir, l'ayant honnorablement receu, estant le respect que
mérite la personne de celluy de la part de qui il est envoyé. Je
m'asseure que son arrivée pourra bien apporter quelque nouveau doubte
à ma bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, pour les discours
et faulx bruictz que font courrir ceux qui desirent altérer nostre
amityé; mais je vous prie l'asseurer, et ses ministres, que je suis si
fermement résolu à persévérer en l'amityé d'entre elle et moy, et
entrettenir entièrement nostre dernier traicté, qu'elle se peut
asseurer que, de mon costé, il ne sera jamais faict chose qui y puisse
rien diminuer ni innover.

Je feray bientost une résolution sur les affaires d'Escosse et vous
renvoyeray incontinant le dict Sabran; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le IIIe jour de décembre 1572.

    CHARLES.


Monsieur de La Mothe, je vous envoyé une douzaine de livres d'une
espistre faicte par Carpentier, que je desire qui soit secrètement
publiée et faicte courir de main en main, sans que l'on saiche que
cella vienne de vous ny de moy; mais que l'on dye et croye qu'elle a
esté imprimée en Allemaigne. Je vous y en envoyerai, d'icy à quelque
temps, qui seront en françois, dont il faudra que faciés de mesme.

    CHARLES.      PINART.


   NOTA.--A partir de cette époque, la correspondance du roi avec la
   Mothe Fénélon se trouve imprimée dans les _Additions aux Mémoires
   de Castelnau_, tom. III, pag. 263 à 283. Nous ne donnerons, ici,
   que les lettres inédites. On peut consulter, dans le recueil
   précité, les lettres du roi des 9, 10, 19, 22 et 23 décembre
   1572, et une lettre du duc d'Anjou, en date du 19 décembre,
   pièces nos I à VIII.



CXLI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de décembre 1572.--

  Espoir que le baptême sera l'occasion d'un renouvellement
    d'alliance.--Desir de Catherine de Médicis pour que
    l'ambassadeur fasse tous ses efforts afin de ramener à la
    soumission les protestans réfugiés en Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'espère, comme vous, que, s'il y a
espérance que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, doibve
demeurer en amitié avec nous, qu'il se verra aisément en l'occasion
qui se présente d'envoyer par deçà pour le baptesme de ma petite
fille, que je prie Dieu qui soit ocazion de renouer, à bon essiant, le
propos du mariage d'elle et de mon filz le Duc, qui en est infiniment
servitteur affectionné, et est devenu grant et fort, de sorte qu'il
est tout homme et ne dispariroit plus, comme elle craignoit, auprès
d'elle; car il est fort changé depuis qu'elle disoit que l'on l'eust
prins pour son filz. Je vous prie, Monsieur de La Mothe, adviser, par
ous les bonst moyens que pourrés, remettre si bien ce propos que nous
y puissions voir clair bientost, car, si elle veult espérer d'avoir
des enfans, il est temps de se résouldre à se marier.

Nostre baptesme ne se peust faire qu'ung peu après les Roys, d'autant
que Monsieur de Savoye, qui y viendra en personne, ne sauroit estre
guières devant ce temps là par deçà, et cepandant, si vous pouviés
remettre le dict propos de mariage, et que celluy qui viendra par
deçà pour cest effect eust quelque charge pour en négocier avecque
nous, ce seroit ung grand bien et ung grand heur que deux si bonnes
œuvres se peussent faire ensamble. Je vous asseure que nous ne
faudrions pas de vous envoyer moyen de fère force présentz et grâces à
ceulx qui nous y aideront, si nous cognoissons que l'on y marche de
bon pied et franchement.

Je vous prie de fère, aussy dextrement que avés acoustumé, ce que vous
est commandé envers ceulx des subjectz du Roy, Monsieur mon filz, qui
sont par deçà, qu'ilz reçoivent les honnestes et raisonnables
conditions qui leur sont offertes, et que s'asseurent, sur nostre
honneur, qu'il ne leur sera faict mal ny déplaisir ez personnes ny
biens, et aussy que la dicte Royne n'assiste ceux de la Rochelle. Vers
les susdictz l'on uze tousjours de tous les honnestes et gracieux
moyens dont l'on se peust asseurer pour les atirer à se recognoistre
et à accepter les asseurances qu'il est possible de desirer de leurs
vies et biens et repos, à jamais, se conformant à la volonté du Roy,
Mon Seigneur et filz.

Escript à Paris, le Xe jour de décembre 1572.

    CATERINE      PINART.



CXLII

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de Monseigneur le Duc._)

--du Xe jour de décembre 1572.--

   Vive assurance de reconnaissance envers
   l'ambassadeur.--Protestation de dévouement envers la reine
   d'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'auray jamais tant de bien que
celluy, que j'attendz tous les jours, d'avoir cest heur que je puisse
sçavoir que la Royne d'Angleterre m'ait en sa bonne grâce, et qu'elle
pregne en bonne part l'afection et délibération que j'ay de luy faire
toute ma vie service. Vous pouvés beaucoup en cella; car j'ay esté
asseuré qu'elle et ses principaux ministres, vous aymans et estimans
comme ilz ont occasion, pour avoir esté ung sy honneste et agréable
ministre du Roy, Mon Seigneur et frère, auprès d'elle, feront beaucoup
pour vous, si vous voulés soigneusement, comme je vous en prie, à
toutes occasions asseurer ceste princesse de ma grande et perfectement
vraye affectionnée bonne volonté envers elle, et la supplier de me
départir ses bonnes grâces et me recepvoir en icelles, comme son bon
et loyal serviteur, et à ce propos, luy baiser les mains de ma part,
toutes et quantes foys qu'en verrés l'occasion; et je prieray Dieu,
etc.

Escript à Paris, le Xe jour de décembre 1572.

    Votre bien bon amy.       FRANÇOIS.


   NOTA. Les lettres suivantes, datées de 1573, étaient inédites.
   Elles complètent la correspondance publiée par Le Laboureur, dans
   les _Additions aux Mémoires de Castelnau_. Voyez ce que nous
   avons déjà dit à ce sujet dans les prolégomènes, tom. 1, pag.
   XLI, et dans l'avis qui précède ce volume.

   Voici la liste des lettres datées de 1573, et imprimées par Le
   Laboureur, tom III, pag 283 à 372, nos VIII à LXXXII.

   _Lettres du roi_ des 23 janvier; 5, 7, 13, 23 février; 1er, 4,
   17, 19, 21, 26, 29 mars; 21, 24, 25, 29 avril; 18, 24, 25 mai;
   23, 29 juin; 1er, 6, 15, 20 juillet; 5 août; 15 octobre; 4, 11,
   24, novembre; 2, 5, --, 14 et 29 décembre 1573.

   _Lettres de la reine-mère_ des 23 janvier; 5, 7, 13, 23 février;
   30 mars; 21, 29 avril; 23 juin; 15 juillet; 28 novembre; 22 et 29
   décembre 1575.

   _Lettres du roi de Pologne_ des 18, 20 juillet; 23 septembre
   et -- _novembre_ 1573.

   _Lettres du duc d'Alençon_ des -- _avril_; -- _septembre_; 4
   novembre; 22 et 29 décembre 1573.



CXLIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Post-scriptum inédit._)

--du XXIIIe jour de janvier 1573.--

  Vive assurance d'amitié de Catherine de Médicis à l'égard
    d'Élisabeth.

  (_Adjousté de la main de la Royne._)


Je vous prie faire mes recommandations à la bonne grâce de la Royne
d'Angleterre, et luy dire que je ne croyrai jamais que, pour avoir le
Roy, mon filz, mis sa vie et son royaulme en seuretté, qu'elle ne nous
ayme et ne nous soit la bonne sœur et asseurée amie que nous luy
voullons estre, et que je la prie que, à ce coup, nous cognoissions,
par sa résolution sur le propos de mon fils le Duc, sa bonne volonté.

    CATERINE.



CXLIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIe jour de febvrier 1573[144].--

  Instances pour que l'ambassadeur empêche Élisabeth de déclarer la
    guerre.--Recommandation pour les affaires d'Écosse.


Monsieur de La Mothe, le Roy, Monsieur mon filz, vous esclarsit si
amplement de son intention qu'il n'est besoin vous en faire redire.
Aussy ne sera ceste ci que pour vous prier presser le plus que vous
pourés le faict du mariage, et toutesfois si à propos que nous y
puissions voir clair le plus tost qu'il sera possible; et au
demeurant, entretenir si bien la Royne d'Angleterre que, si elle
estoit persuadée, et qu'elle eust quelque mauvaise volonté de nous
faire entretenir à la guerre, qu'elle puisse changer sa délibération,
et se résouldre à nous aymer comme nous l'aymons, de nostre part, de
tout bon cueur, et qu'elle et nous observions et entretenions nostre
dernier traicté entièrement. Je vous recommande aussy les affaires
d'Escosse, à quoy il est nécessaire qu'ayés soigneusement l'œil, et
nous sera plaisir que nous donniés incontinent advis de l'estat où s'y
retrouvent toutes choses; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour de febvrier 1573.

    CATERINE.     PINART.

  [144] Le Laboureur n'a donné, sous cette date, que le
  post-scriptum de cette lettre.



CXLV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Ier jour de mars 1573.--

  Desir du roi de conserver la paix avec Élisabeth et les princes
    protestans d'Allemagne.--Nécessité de découvrir leurs projets
    afin de se tenir prêt à la guerre, si elle devenait nécessaire.


Monsieur de La Mothe, voz deux dernières dépesches des XIIIe et XVIe
du mois passé[145], nous mettent en peyne pour ce que, par l'une, nous
ne sçaurions desirer plus d'honnestes parolles de la continuation de
l'amitié d'entre la Royne d'Angleterre et le Roy, Monsieur mon filz,
et, par l'aultre, qui est la dernière, vous nous représantés beaucoup
de choses qui nous font craindre le contraire; avecque les autres
advis que nous avons d'ailleurs.

  [145] Voyez CCCe et CCCIe dép., tom. V, pag. 253 et 258.

Voilà pourquoy Mon dict Sieur et filz vous faict entandre le desir
qu'il a d'en estre esclairsi; et, de ma part, je vous prie mettre
peyne de voir clair, et nous en advertir incontinent; car, si la dicte
Royne se vouloit déclairer, ou que, sans y mettre son nom, elle y
employât ses subjectz, vaysseaulx et moyens, soubs prétexte de noz
subjectz mal affectionnés, il seroit très nécessayre que pourveussions
d'heure à l'armement de quelques vaysseaulx, oultre ce qui est du
costé de la Rochelle, pour l'expugnation de laquelle il ne se pert une
seule minute d'heure de temps, comme vous escript bien amplement Mon
dict Sieur et filz, qui me gardera de vous en faire redite. Mais, vous
priant, pour la fin, que vous regardiés surtout le moyen qu'il y a de
mettre quelque bonne fin en la négociation du propos de mariage; car,
continuant, il n'y a chose que nous desirions plus, ni qui soit tant
nécessaire pour le bien des affaires de la dicte Royne et de ses
principaulx ministres, que cella, ny aussy, à vous dire vray, qui nous
confirme plus d'amitié avec les princes de la Germanye comme nous
desirons, délibérant Mon dict Sieur et filz de faire aussy envers eux,
pour establir une vraye et parfaicte amitié, ce qu'il pourra, affin de
leur oster l'oppinion mesmes qu'avoit icelle Royne que ayons faict
ligue pour leur coure sus; chose à quoy je ne consentiray jamois,
desirant l'amitié des princes et princesses, noz voisins et voysines,
plus que nul aultre chose. Mais aussy, après que nous avons faict tout
ce qui se peut pour ceste occazion, si nous recognoissions que l'on
contemnast nostre dicte amitié, je ne serois pas d'advis de nous
soucier guières de ceux qui n'en feroient poinct de cas.

Pénétrés le plus avant que vous pourrés ez occazions des voyages que
se font fère si fréquentement, de l'ung à l'aultre, la dicte Royne et
les dictz princes, et nous en donnés advis et aussy des aultres
occazions; priant Dieu, etc.

Escript à Saint Léger, le premier jour de mars 1573.

    CATERINE.     PINART.



CXLVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIVe jour de mars 1573.--

  Affaires d'Écosse.--Nécessité de protéger Édimbourg.--Inquiétudes
    sur le silence de Mr de Vérac.--Recommandation de la
    négociation du mariage.


Monsieur de La Mothe, je vous prie, suivant ce que le Roy, Monsieur
mon filz, vous escript[146], regarder de faire tout ce que pourrés
pour conforter ceux qui sont dedans le chasteau de Lislebourg, car il
est bien à craindre que le comte de Morton les force, s'ilz n'ont esté
secoureus de ce que le frère du lair de Granges a receu pour leur
porter, dont je vous prie nous escripre au vray des nouvelles; et
pareillement de l'arivée de Vérac, auquel vous ne devés faire
difficulté d'escripre que nous sommes bien esbahis d'estre si
longtemps sans avoir de ses nouvelles et que nous en sommes en peyne.
J'estime que la Royne d'Angleterre ne vous refuzera pas ung passeport
pour envoyer quelqu'ung qui ayt entendement devers les Anglois. Vous
manderés, de bouche, ce que verrés qui sera à propos, et luy vous en
mandera aussy, de sa part; ou bien, si voyés qu'il n'y eût poinct de
danger, vous vous escriprés l'ung à l'aultre en chiffre. Il est très
nécessaire d'avoir l'œil de ce costé là, suivant ce que vous mesmes
escripvés. Voylà pourquoy je vous prie de rechef y fère tout ce qu'il
vous sera possible, et nous escripre, le plus tost et le plus souvant
que vous pourrés, les responces que vous avés eues sur les lettres que
vous avons escriptes par Vérac pour le faict du mariage, pour lequel
je vous prie uzer de tous les moyens qu'il vous sera possible affin
que en ayons l'heureuze fin que desirons, car toutz les aultres
affaires ne sauroient que bien aller si cestuy là réussist; priant
Dieu, etc.

Escript à Paris, le XIIIIe jour de mars 1573.

    CATERINE.     PINART.

  [146] Voyez Castelnau, tom. III, pag. 309.



CXLVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour d'apvril 1573.--

  Audience accordée au docteur Dale, nouvel ambassadeur.--Audience
    de congé donnée à Walsingham.--Nouvelles de l'expédition de
    Montgommery.--Plaintes contre les secours qui lui ont été
    fournis en Angleterre.--Surveillance qu'il importe d'exercer
    sur les projets des protestans.--Desir du roi que Mr de Vérac
    ou Sabran puissent passer en Écosse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, le Sr Valentin Dale, nouveau ambassadeur
de la Royne d'Angleterre, me vint trouver avant hier, après disner, et
la Royne, Madame et Mère, aussy, avec lettres de croyance qu'il nous
présenta de la part de la dicte Dame Royne, et visitta aussy la Royne,
ma femme. Son propos ne fut que de la bonne et syncère affection que
icelle Dame, sa Maistresse, porte à l'entrettènement de nostre
mutuelle amitié, selon nostre dernier traicté. Sur quoy je n'oubliay à
luy déclarer bien expressément combien j'y avois de bonne et droicte
intention. Par mesme moyen, le Sr de Walsingam qui y estoit aussy,
print congé de moy, et, en ce faisant, me dict qu'il avoit une
vollonté très parfaicte de faire tous bons offices non seullement pour
voir continuer l'amitié d'entre icelle Dame Royne et moy, mais aussy
pour l'augmenter aultant qu'il sera possible; et me promit qu'il
tiendra la main, de tout son pouvoir, à ce que les propos du mariage
d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, puissent réheussir à
l'heureuse fin que nous desirons; voyant le dict Sr de Walsingam,
comme il nous a déclaré, qu'il n'y a point de meilleur et plus certain
moyen pour estreindre l'amitié et l'union entre ces deux couronnes et
rendre noz amitiés parfaictes et indissolubles, que le dict mariage.

Ce que nous luy avons bien confirmé pour estre cella très véritable,
et, sur ce, faict fort expresse démonstration de la droicte intention
que nous y avons, affin qu'il en asseure la dicte Dame Royne, sa
Maistresse, quand il sera par delà, comme, de luy mesmes, il s'y est
offert; disant à ma dicte Dame et Mère qu'il espère bientôt revenir
avec une bonne occasion, en ce royaulme, de nous faire un bon
servisse: qui s'entend pour le faict du dict mariage et entretènement
de nostre dict dernier traicté.

Nous avons baillé au dict Sr de Walsingam la responce que nous faisons
aux lettres que nous avons receues d'elle, desquelles je vous envoye
les doubles, enclos avec la présente. Le dict Sr de Walsingam s'en
retourne fort content et bien affectionné, comme il démonstre, à
faire, quand il sera par delà, tous bons offices. Aussy en a il toutes
les occasions qu'il est possible; car il a receu, pendant sa
résidence, toutes les honnestes faveurs qu'il pouvoit desirer par
deçà, et, à son partement, il luy a esté faict présent d'une fort
belle chaine de mil escus, oultre les deux présents qu'il a eus à la
conclusion et fermement de nostre dict traicté.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray comme le
comte de Montgomery arriva près de la Rochelle dès dimanche dernier,
sur les quatre heures du soir, où il pareust avec environ cinquante
vaisseaux, et mouilla l'ancre à la portée du canon de mon armée
navalle et de la terre, du costé du dict lieu de la Rochelle, pour
essayer de secourir la ville; mais, à ce que m'escript mon frère, le
Duc d'Anjou, j'espère qu'il n'en rapportera que la honte; mes gallères
et vaysseaulx estant fort bien pourveus d'hommes, et de tout ce qui
leur est nécessaire, et attiltrés à la faveur de deux forts, que mon
frère a faict édiffier aux deux costés de l'embouscheure du hâvre de
la dicte Rochelle; de sorte que je ne redoubte pas beaucoup le dict
Montgomery. Mais l'occasion, pour laquelle j'ay advisé vous faire
incontinent ceste dépesche, est pour ce que je sçay entièrement que Me
Hacquins et pleusieurs anglois sont avecque luy, ayants la Prime Rose
et plusieurs aultres vaisseaulx appartenants, ou qui ont appartenu à
la Royne d'Angleterre; et davantage que tous les dictz vaysseaulx ont
arboré et portent les croix rouges droictes, comme ont accoutumé les
gens de guerre de la dicte Royne d'Angleterre, chose dont je croy bien
qu'elle désavouera le dict de Montgomery, et les anglois qui sont
avecque lui. Toutesfois cela luy touche grandement, et ne puis que je
n'en demeure fort mal édiffié, comme estant cella directement contre
nostre dernier traicté, la foy et promesse que nous nous sommes jurée,
et expressément promise l'un à l'aultre, et qu'elle et ses ministres
vous ont, ces jours icy, si souvent encores réittérée.

Voilà pourquoy je vous prie aller incontinent trouver la dicte Royne
et le luy faire entendre, taschant, aultant qu'il vous sera possible,
à vous esclercir sur ce avec elle, et apprendre le plus que vous
pourrés de ses délibérations pour m'en donner incontinent advis par ce
porteur; et pour ce que, tout ainsy que l'on vous a par delà tousjours
asseuré que icelle Royne ne se mesloit poinct des entreprinses du
dict Montgomery, mais au contraire qu'elle avoit, suivant la bonne
amitié d'entre elle et moy, faict tout ce qu'elle a peu pour luy
traverser et nuire, ayant empesché ses subjects de se mettre avec luy
pour me venir faire la guerre, le dict Walsingam m'en a, de mesme,
tousjours ainsy parlé et à la Royne Ma dicte Dame et Mère, et fort
affirmativement asseuré.

Au surplus, encore qu'il ait prins congé de moy, et que je luy aye
faict faire le présent de mille escus, ainsi que je vous ay escript,
je luy ay escript, et au docteur Dale son successeur, la lettre de
laquelle je vous envoye le double, espérant qu'il sera icy demain, et
que je parleray à luy de tout cessy, affin qu'il le puisse faire
entendre, de ma part, à icelle Royne, sa Mestresse; dont cepandant je
vous ay bien vouleu advertir par ce porteur exprès, affin que, s'il en
escrivoit quelque chose par delà qu'il pensât que je le voulleusse
rettenir, que vous, asseuriés bien qu'il est en toute liberté, et que,
aussytost que j'auray parlé à luy de cest affaire, il pourra, quand il
voudra, s'acheminer en Angleterre, sans qu'il luy soit faict aulcun
tort ny desplaisir, ni donné davantage de retardement.

J'ay veu l'ordre qu'avés donné pour faire advertir mon frère, le Duc
d'Anjou, des délibérations du comte de Montgomery; mais ce n'est pas
assés que cella. Je desire et vous prie de n'espagner deux ni trois
cens escus, pour envoyer gens aux ports et hâvres, où s'assemblent les
vaisseaux qui doivent aller avec le dict Montgomery, et en y ayés
plusieurs qui ne sçachent rien les uns des autres, comme je vous ay cy
devant escript; affin que soyez mieux et plus seurement adverty et que
me puissiés donner advis de tout. Il en faudra aussy envoyer au lieu
où s'arment les dictz grands vaisseaux d'icelle Royne, et seroit bon
que en eussiés pareillement du costé de Varwich pour voir quel
équipage il s'y faict pour l'entreprise d'Escosse; où je desire bien
que Vérac s'achemine pour le bien de mon servisse, ou, si la dicte
Royne ne veut qu'il y aille, d'en estre résolleu pour y en envoyer
quelque aultre. Et cependant je desirerois que y fissiés passer Sabran
bien instruict de vous et du dict Vérac, affin qu'il y fist le mieux
qu'il pourroit pour le bien de mon servisse, sellon les dépesches que
nous vous avons cy devant faictes et la charge qu'avons donnée au dict
Vérac; priant Dieu, etc.

Escript à Fontainebleau, le XXIIIe jour d'apvril 1573.


Il est très nécessaire que vous fassiés toute la plus grande
dilligence que pourrés pour envoyer Vérac ou Sabran en Escosse, car il
importe grandement, pour le bien de mon service, que je y aye
quelqu'un, affin d'entrettenir tousjours ceux qui me sont bien
affectionnés de la bonne vollonté qu'ilz ont aux affaires qui me
concernent, et à tout ce qui dépend des traictés et alliances d'entre
les Escossois mes prédécesseurs et moy.

    CHARLES.      PINART.



CXLVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour de may 1573.--

  Nouvelle de l'élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne.


Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons présentement eu advis que mon
filz, le Duc d'Anjou, a esté esleu Roy de Poloigne, les Ve et VIe de
ce moys, par la commune voix et vœux par escript de trois parts, dont
les quatre font le tout, de tous les évesques, palatins et noblesse
du dict royaulme, de sorte qu'il ne restoit plus que les vœux à
publier, comme il se debvoit faire dedans trois jours après. Et, ainsi
que l'on nous escript, il n'y a poinct de difficulté que la dicte
élection ne soit publiée et résolue, dont je vous ay bien voullu
advertir en dilligence, affin que, si cella peut servir, comme je ne
doubte pas qu'il ne fasse, à l'affaire de mon fils le Duc, et pour
nous faire avoir la bonne responce de la Royne d'Angleterre que nous
espérons pour le faict du mariage, vous usiés de ces bonnes nouvelles
envers la dicte Royne et ses principaux ministres, comme vous verrés
qu'il sera à propos, pour leur représenter la grandeur et moyen qu'ont
ceux de ceste maison de la maintenir et assister, vous estendant sur
ce subject, comme je m'asseure que sçaurés très bien faire, ainsi que
verrés qu'il sera à propos: et de tout je vous prie nous escripre le
plus tôt que vous pourrés de bonnes nouvelles que nous attandons aussy
de ce costé là en bonne dévotion; priant Dieu, etc.

Escript à Fontainebleau, le dimanche, XXVe jour de may 1573.

    CATERINE.     PINART.



CXLIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIXe jour de may 1573.--

  Négociation du mariage.--Espoir de la prochaine réduction de la
    Rochelle.--Affaires d'Écosse.--Méfiance du roi contre sir
    Arthus Chambernon.


Monsieur de La Mothe Fénélon, il n'est pas possible de desirer propos
plus honnestes que ceux que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et
cousine, vous a tenus en la dernière audience qu'elle vous a donnée,
comme j'ay veu par vostre dépesche du XXIIIe de ce moys[147], sur le
faict de l'entrevue de mon frère le Duc d'Alençon et d'elle.
Toutesfois elle a différé d'acorder la dicte entrevue que premièrement
elle ne feust satisfaicte et esclercie des deux doubtes où elle est,
comme particulièrement vous avés entendu en la dicte audience, et que
vous m'avez bien amplement discouru par vostre dicte dépesche, ainsi
que nous avons veu aussi par les lettres qu'elle en a escriptes à
ceste fin à la Royne, Madame et Mère; laquelle luy faict si claire
responce, et a, oultre cella, si expressément faict entendre à son
ambassadeur, en l'audience qu'elle luy a donnée, ceste après dînée,
nostre droicte intention, comme vous verrés par le double que je vous
envoye de la lettre de ma dicte Dame et Mère, que j'estime que, si
icelle Royne a aussy bonne vollonté à la dicte entreveue et au dict
mariage que nous avons tous, qu'il n'y aura plus de difficulté qui
empesche qu'elle ne se fasse, et que, s'il plaict à Dieu qu'ilz se
soient agréables l'un à l'aultre, comme je le desire, que bientost
après nous ne voïons une heureuse fin de ceste négociation par la
résollution du dict mariage; pour lequel vous la pouvés tousjours
fermement asseurer que nous procédons avec toute syncérité, et sans
que la poursuitte qu'en faisons soit à aultre intention (et Dieu en
est le tesmoing), que pour fortiffier et rendre parfaicte l'amitié
d'entre elle et nous et nos communs subjectz, et qu'elle se puisse si
bien establir par le moyen du dict mariage, comme aussy n'y a il rien
qui y soit plus propre qu'elle demeure perdurable, nette et entière,
et que les deffiences, qui naissent entre elle et moy depuis quelque
temps, puissent estre du tout déracinées et amorties, ayant advisé de
vous renvoyer Vassal expressément en la meilleure dilligence qu'il
pourra; d'aultant que son dict ambassadeur a asseuré Ma dicte Dame et
Mère que, pour estre bien certain que icelle Royne, sa Maistresse,
aura ces nouvelles bien agréables, il les luy escript dès aujourdhuy
par courrier exprès. Et il sera bien à propos qu'incontinent après
vous luy présentiés la lettre de Ma dicte Dame et Mère pour, par mesme
moyen, résouldre les seurretés du voyage et passage de mon dict frère,
que je desire que vous obteniés les meilleures que pourrés, et que
vous m'en advertissiés incontinant, affin que, quand nous en serons
d'accord, vous en rettiriés les expéditions;

Espérant cepandant que la Rochelle se réduira bientost en mon
obéissance, car estant les Suisses arrivés dans mon armée et ceux de
dedans la dicte ville se trouvans en très grande nécessité et hors
d'espérance de secours, j'estime que bientost ils seront forcés, s'ilz
ne sont si sages que d'accepter les raisonnables conditions qui leur
sont offertes pour évitter leur ruine et la désolation qui se peut
attandre d'un assault, que mon frère, le Roy esleu de Pouloigne, faira
donner le plus tard qu'il pourra, suivant mon intention, pour le desir
qu'il a, comme aussy ay je de ma part, de les conserver; et estant
pour ceste occasion bien d'advis, suivant ce que nous avés escript par
le dict Vassal que, si le cappitaine Franchotti a de si bons et grands
moyens qu'il vous a dict, et accès parmi ceux de la religion, pour
composer les troubles, qu'il vienne, le plus tost qu'il pourra,
suivant le passeport que je vous ay dernièrement envoyé pour luy, et
il se peut assurer que je luy donneray toute favorable audience et
telle qu'il la peut desirer. Et encores, s'il veut, pour le plus
court, s'acheminer par mer, comme il me semble que sera bien à propos,
droict en ma dicte armée, et s'adresser à mon dict frère, auquel j'en
ay escript présentement, je m'asseure qu'il luy donnera aussy toute
favorable audience, et les moyens d'exécuter sa bonne vollonté, car il
a tout pouvoir général et particullier de moy pour cest effaict.

  [147] Voyez CCCXVIIIe dép., tom. V, pag. 330.

J'ay veu ce que me mandés pour le faict d'Escosse, et comme, à la fin,
la dicte Royne a laissé passer Vérac et Sabran, mais je n'ay pas
opinion qu'il leur soit permis, ny à l'un ni à l'aultre, d'entrer en
Escosse; car il se voit bien clairement que icelle Royne a faict tout
ce qu'elle a peu, despuis quelques moys, pour nous amuser et esblouir
les yeux, affin que cepandant elle peût faire ses affaires en Escosse,
ce que je m'asseure vous aurés bien cogneu; et suivant ce que je vous
ay si souvant escript et comme vous me mandés avoir faict, vous aurés
si bien et si souvent adverti ceux du chasteau de Lislebourg, qu'ilz
auront courage; et quelque batterie que l'on fasse, ilz tiendront pour
le moins jusques en septembre, ainsi que j'ay entendu d'aulcuns de
deçà qui sçavent leurs intentions. Voilà pourquoy je desire que vous
me mandiés en quel estat ilz se trouvent à présent, s'il vous est
possible de le sçavoir, comme j'estime qu'il vous a et sera tousjours
aisé, et si vous n'aurés pas moyen de leur faire tenir ce que je vous
ay ces jours icy escript, car, encores que je sçache bien que les
Escossois soient fort légers et que aulcuns de ceux, qui sont dans le
dict chasteau, soient soubçonnés d'estre de ceste condition, si
m'asseurai je principallement au lair de Granges, que je croy,
l'ayant tousjours si bien traicté comme j'ay faict et veux faire,
qu'il ne permettra poinct que les anciennes alliances que mes
prédécesseurs et moy avons en Escosse, et les moyens que j'ay
accoustumé d'y avoir aussy, soient diminués comme sans doubte ilz
seroient, si le dict comte de Morthon, qui ne faict rien qu'en faveur
et pour la Royne d'Angletere, s'impatronisoit du dict chasteau de
Lislebourg. Et, pour ceste cause, en les confortant tousjours
secrettement, et en l'affection qu'ilz ont jusques icy déclarée me
porter pour le bien de leur patrie et de leur souveraine, il fault
aussy que vous continuiés à faire instance, envers la dicte Royne
d'Angleterre et ceux de son conseil, à ce que, suivant nostre dernier
traicté, il ne se poursuive ni fasse aulcune chose qu'avec le
consentement des Srs de Vérac ou Sabran, s'ilz y peuvent passer.
Autrement j'auray juste occasion de m'en sentir.

Quand aux onze premiers articles de l'instruction que vous avez baillé
à Vassal, je desire que vous ayés tousjours l'œil aux poinctz
contenus par iceulx, et que journellement vous me teniés adverti de ce
qui se faira et tramera en cella, y donnant par vous, soubz main,
comme sçaurés très bien faire, toutes les traverses que vous pourrés,
affin que, surtout, le Prince d'Escosse ne puisse estre transporté
comme il est déclaré par les dictz articles que l'on propose.

J'ay veu aussy ce que vous a dict le Sr Chambernon, visadmiral
d'Angleterre. Tout ce qu'il vous a faict entendre n'est qu'artifice:
voylà pourquoy il n'y eschet aulcune responce, si ce n'est que, quand
les effectz suivront ses parolles, je les auray bien agréables, et
cependant je vous diray que, comme vous verrés par un extraict que je
vous envoye, aulcuns des anglois qui estoient avec Montgomery, son
beau frère, ont esté bien battus, ayans perdu quattre des meilleurs
vaisseaux qu'ilz eussent, et esté contrainctz de quitter et abandonner
l'isle de Belle Isle. J'espère que, si le dict Montgomery se peut
rencontrer et descouvrir en mer, qu'il sera par les miens, qui sont
allés après, battu et traicté comme il mérite.

J'ay pareillement veu ce que me mandés des recherches et impositions
excessives qui se font et que l'on a mis sur les marchandises qui
arrivent à Calais. C'est chose que j'ay remise à ceux de mon conseil
pour y adviser. Quand la résolution en sera prinse, je vous en
advertiray; priant Dieu, etc.

Escript à Fonteinebleau, le XXIXe jour de may 1573.

    CHARLES.      PINART.



CL

LA ROYNE MÈRE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XXIXe jour de may 1573.--

  Consentement donné à l'entrevue sous les conditions proposées par
    Élisabeth.--Déclaration que le duc d'Alençon pourra se rendre
    en Angleterre aussitôt après la réduction de la
    Rochelle.--Communication de l'élection du roi de
    Pologne.--_Réponse des seigneurs du conseil d'Angleterre_ sur
    la négociation du mariage et la proposition de l'entrevue.


Madame ma bonne sœur, le Roy, Monsieur mon filz, et moy avons veu,
par l'honneste lettre que m'avés dernièrement escripte, faisant
responce à la mienne précédente, comme vous estes en quelque doubte
sur la difficulté que nous fismes, quand, en ce lieu, j'ay parlé avec
le Sr de Walsingam de l'entrevue de vous et de mon fils, le Duc
d'Alençon; en quoy nous demeurasmes, comme vous dites par vostre dicte
lettre, lors, en quelque considération, et non sans cause, pour les
raisons qu'avés entendues et déclarées par vostre dicte lettre mesme,
qui estoient qu'il ne seroit pas honnorable, mais comme sçavés bien
considérer, à grande desfaveur et à quelque occasion de risée, parmi
ceux qui ne desirent et au contraire veullent traverser le dict
mariage, si, après que mon dict filz vous aura faict voir et offrir
son servisse, de si bonne et grande affection, comme je sçay qu'il se
délibère faire, pour avoir cest heur de mériter voz bonnes grâces et
vous espouser, il falloit qu'il s'en revînt sans avoir l'honneur et la
faveur que j'espère, avec l'ayde de Dieu, qu'il aura de vous en cella.
Nous creignions aussy lors, qu'après le dict voyage, si le dict
mariage ne se feisoit, qu'il n'en demeurât quelque regret, que cella
feust cause de diminuer l'amitié d'entre vous et nous, qui ne desirons
rien plus que de l'accroistre, et procédons syncèrement pour la rendre
perdurable. Mais despuis, le Roy, Mon dict Seigneur et filz, et moy,
voyant que mon dict filz d'Alençon ne s'arrestoit aulcunement sur la
dicte difficulté, au contraire prenoit ce qui en pourra advenir sur
luy, et persévéroit tousjours de vous voulloir aller luy mesme baiser
les mains; dont je luy en sçay fort bon gré, de faire son debvoir de
vous honnorer en vostre royaulme, et présenter son service, sans
crainte que le voyage luy retourne à aulcune desfaveur, quand bien le
dict propos de mariage ne réheussira, selon son grand desir et le
nostre, nous nous sommes, le Roy, Mon dict Seigneur et fils, et moy
fort vollontiers et de bon cueur consentis à la dicte entreveue, et y
persistons encore, comme l'avés entendu, et que je vous escrivis
dernièrement; vous priant croire, et vous asseurer en vérité, que
nulle aultre occasion que ce que dessus ne nous fit former, du
commencement, la dicte difficulté, et que c'est ce qui nous y a
despuis faict donner consentement, après avoyr considéré la bonne
affection et intention de mon dict filz d'Alençon et les raisons que
vous avés quelquefois dictes au Sr de La Mothe Fénélon, comme il nous
a escript, lesquelles le dict Sr de Walsingam n'oublia pas de nous
bien représenter comme elles sont en mesmes parolles desduictes par
vostre dicte lettre, et lesquelles nous trouvons fort raisonnables;
vous confessant qu'en telles affaires la présence et l'œil des deux
personnes, à qui le faict touche comme à vous deux, est très
nécessaire pour leur satisfaction, premier que de se bien résoudre à
s'espouser. Aussy, pour ces considérations, le Roy, Mon dict Seigneur
et filz, et moy avons trouvé bon et consenti, comme encores consentons
de bon cueur, droictement et sincèrement, sans aulcun scrupulle, la
dicte entreveue, et vous asseurons et déclarons que, quand bien mon
dict filz s'en reviendra de deçà sans que le dict mariage s'effectue,
que cella ne sera aulcunement cause de diminuer nostre amitié; au
contraire ayant veu, mon dict filz le Duc, et sceu la bonne vollonté
et affection qu'il a en vostre endroict, et veu aussy par expériance
comme nous procédons de nostre part en cessy droictement, en toute
rondeur et sincérité, le dict voyage sera cause d'augmenter plustot
nostre amitié que de la diminuer, ainsi que j'ay dict, ceste après
disnée, à vostre ambassadeur pour le vous faire entendre, et que nous
l'escrivons aussy au dict Sr de La Mothe Fénélon, affin qu'il rettire
de vous et de ceux de vostre conseil les seurretés nécessaires pour le
voyage et passage de mon dict fils d'Alençon, auquel j'ay envoyé les
lettres que luy escrivés et l'ay adverti de ceste résollution, dont je
sçay certainement qu'il sera très aise; et se disposera bientost de
vous aller trouver, incontinent après que la Rochelle sera réduicte
en l'obéissance du Roy, Mon dict Seigneur et fils, m'asseurant bien
que vous croyés que, s'il partoit plus tost du camp, il ne luy seroit
pas honnorable pour sa réputation, pour le servisse qu'il doibt au
Roy, son frère, ainsi que vous vous estes vous mesme laissée entendre,
il y a quelque temps, au dict Sr de La Mothe Fénélon. Qui sera cause
que je ne vous fairay, quand à ce faict là, qui est aussy déclaré par
vostre lettre, aulcune aultre scrupulle, si n'est vous prier de croire
et vous asseurer, que, quand et quand, après avoir receu les dictes
seuretés, telles qu'elles se peuvent honnestement bailler, il partira
pour vous aller trouver avec aultant de desir et d'affection de vous
servir et honnorer que prince qui soit en la Chrestienté; priant Dieu
cependant que le souhait que je fais à ce propos, qui est de voir
bientost que le dict mariage réheussisse à son honneur et gloire, au
bien de ces deux royaulmes, et au contentement de tous deux et de nous
tous, comme vous entendrés aussy plus amplement du dict Sr de La Mothe
Fénélon, selon la charge et commandement qu'il en a du Roy, Mon dict
Seigneur et filz. Et à tant je prie Dieu, Madame ma bonne sœur, vous
avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Fonteinebleau, le XXIXe jour de may 1573.


Madame ma bonne sœur, je n'ay voulleu faillir de vous advertir de la
grâce qu'il a pleu à Dieu de faire à mon filz de l'avoir faict eslire
Roy de Pouloigne, m'asseurant que serés bien aise de toutes les
augmentations de ceste couronne, car ce sera tousjours augmentation de
nostre amitié avecque vous; et, si Dieu favorise aultant mon filz le
Duc en vostre endroict, comme il a le Rov de Pouloigne vers les
Poulognois, je m'estimerois la plus heureuse princesse qui feust
jamais née de me pouvoir dire mère de la plus grande Royne et plus
valleureuse que l'on puisse voir; ce que je le supplie me faire la
grâce et Vous, Madame ma bonne sœur, vous asseurer que jamais prince
ni princesse ne marcheront oncques avec plus de franchise que faict le
Roy mon filz et moy en vostre endroict.

    Vostre bonne sœur et cousine.

    CATERINE.


   DISCOURS DES SEIGNEURS DU CONSEIL D'ANGLETERRE

   à Mr de La Mothe Fénélon.

   --du IIe jour de juing 1573.--

   Il sera dict à l'Ambassadeur de France par quelques uns du
   conseil de Sa Majesté ce qui s'en suyt:

   La Majesté de la Royne a communicqué avec tous les seigneurs de
   son conseil le contenu des lettres dernièrement envoyées, de la
   part de la Royne Mère, et aussy vostre dernière négociation avec
   Sa Majesté, au nom du Roy, de la Royne Mère et Monseigneur le Duc
   d'Alençon, touchant le voyage du dict Duc en ce royaulme, pour
   poursuivre son honnorable intention, et requérir Sa Majesté en
   mariage, après que la Rochelle aura esté recouvrée à l'obéissance
   du Roy.

   Et d'aultant que le contenu des lettres susdictes et de la
   négociation vostre vous est le mieulx cogneu, n'en sera besoin en
   faire aulcune reditte, ains seullement vous faire entendre ce que
   les seigneurs du conseil de Sa Majesté ont advisé estre
   convenable d'estre considéré en cest affaire, premier que Sa
   Majesté faira délivrer telles asseurances pour la veneue du dict
   Duc, qu'il seroit requiz, au cas qu'il debvroit venir; dont Sa
   Majesté estant informée par son dict conseil, a donné
   commandement à trois ou quattre de nous de vous en faire le
   rapport: ne se doubtant poinct que ne trouviez raisonnable que Sa
   Majesté en ceste matière, ait demandé l'advis de son conseil,
   comme il appert que le Roy a usé de la mesme considération de sa
   part.

   Donques il vous plairra entendre que l'on loue bien et estime
   digne d'estre prins en fort bonne part que le Roy, la Royne Mère
   et le Duc mesme sy affectueusement poursuivent ce propos de
   mariage avec la Royne; et n'y a chose, que traictons, plus
   souhaittée, que Sa Majesté, par la direction de Dieu, se pût
   marier avec quelque prince tel qu'estimons Monseigneur le Duc
   estre quand à son sang, et encores pour aultant que, si les
   aultres choses y requises peussent convenir, sommes d'opinion que
   le mariage pourroit estre occasion d'acroissement de l'amitié
   entre les princes, leurs couronnes et peuple. Et comme y a des
   choses qui avancent beaucoup ce mariage et le facent apparoistre
   expédiant pour Sa Majesté, nommément la grandeur de la maison
   dont est issu le Duc, l'amitié du Roy et de la couronne de
   France, qui se debvroit acquérir par ceste alliance, et les
   bonnes parties du dict Duc, ses vertus renommées, sa courtoisie,
   son esprit, et singulièrement le fervent amour qu'il semble
   porter à Sa Majesté, aussy a il beaucoup de choses, qui ont
   quelque apparence de raison, pour empescher le dict mariage, dont
   aulcunes sont de plus grande conséquence que les aultres, et les
   aultres sont plus proprement à considérer et y penser à Sa
   Majesté, pour l'esgard de son particullier même, qu'à nous qui
   sommes ses conseillers; le debvoir desquels, néantmoins, est
   d'avoyr esgard aussy bien à l'estat du royaulme comme à sa
   personne.

   Et quand aux empeschementz qui concernent Sa Majesté
   particulièrement, pour l'esgard de sa personne et du contentement
   réciproque, nous n'y avons que faire, ni de la diversité de son
   âge, ni d'aultres choses appartenantes à sa personne; et les
   laissons à Sa Majesté qui desjà a pesé l'inconvénient de son âge,
   et toutesfois, pour la nécessité qu'elle voit que le royaulme a
   qu'elle se mariât, s'est passé de ce point de difficulté. Au
   reste, touchant sa personne, il ne se pourra déterminer sinon par
   une entreveue.

   Mais, quand aulx choses qui debvront estre considérées par nous
   comme conseillers d'estat, tant pour l'expédiant du dict mariage,
   lequel desirons estre vuide de toutes difficultés, que pour sa
   venue, le temps estant, comme il est, et comme l'on a proposé,
   c'est à dire, après que la Rochelle aura esté recouverte, ne
   pouvons que directement juger, les choses demeurans ez termes
   qu'elles sont pour le présent, ce temps cy estre plus propre pour
   le Duc de venir sans qu'aulcunes choses en France feussent
   altérées en mieulx; et ainsi cuidons que vous mesmes, Monsieur
   l'Ambassadeur, et tous aultres indifférans en jugerés, après
   qu'aurés considéré les choses comme nous les avons considérées.

   Il est bien cogneu qu'estant le premier propos de mariage faict
   pour Monseigneur le Duc d'Anjou, n'avoit empeschement si grand
   comme la différance de sa religion d'avec celle de la Royne. Vray
   est qu'il y avoit quelque scrupulle touchant son âge, mais que la
   difficulté, à cause de la religion, avoit esté grande, il est
   bien prouvé; car, pour avoyr refusé de se conformer à la
   religion, Sa Majesté continuant son zèle et voulloir qu'il s'y
   déclarât conforme, le traicté print fin, comme vous sçavés fort
   bien.

   Despuis ce temps là, comment les choses ont esté altérées en
   France par les massacres perpétrés à Paris et aultres endroictz
   du royaulme, pour augmenter encores la difficulté à cause de la
   religion, il n'est que trop apparent, et à le raconter trop
   lamentable? car qu'ont ils faict, tout l'an passé, en France,
   sinon meurtrir et persécuter toutes sortes de peuple qui
   favorisent la religion approvée en Angleterre? et bien que cecy
   ne nous appartient proprement à nous y mesler, n'ayant à
   révocquer les actes du Roy en dispute, si est ce que le Roy,
   offrant Monseigneur le Duc, son frère, pour devenir le mary de
   nostre Royne, et, quand et quand, nostre chef et gouverneur,
   auquel ne voyons aultre marque de son intention au faict de la
   religion, ains qu'il seconde son frère, le Duc d'Anjou, en armes,
   et persécute tous ceux qui favorisent la mesme religion qu'a la
   Royne;

   Et puisque le Roy mesme et tout son conseil y persévèrent si
   obstinément qu'ilz mettent en péril les vies de leurs meilleurs
   subjectz et serviteurs pour respandre le sang d'une grande partie
   du peuple de mesme royaulme, sans se souvenir qu'ilz
   affoiblissent et diminuent la force de ce royaulme, laquelle
   consiste en la multitude des subjectz, qu'est ce qu'on doibt
   espérer de la venue du Duc en ce royaulme, en ce temps cy
   principallement, venant de la victoire et l'effusion du sang à la
   Rochelle de ceux qui, pour le regard de leur religion, sont bons
   amis de la Majesté de la Royne et de ce royaulme; et combien que
   l'on se peût, avec quelque probabilité, persuader que, quand à la
   personne du dict Duc, rien ne seroit ni attenté contre Sa
   Majesté, ni son estât, toutesfois il ne se peut faire, le Roy
   continuant la guerre contre ses naturelz subjectz, seullement
   pour s'avoir mis en deffence et n'avoir voulleu abandonner leur
   religion, dont les édictz et ordonnances du royaulme leur ont
   permis et garanti la profession et exercisse, que les estatz et
   peuple de ce royaulme ne se mescontentent fort de la venue du
   Duc, considéré le temps, jusques à ce que le Roy fasse modérer ou
   bien cesser ceste persécution en France.

   Par ainsy n'a rien plus à desirer pour l'avancement de ce mariage
   et de la venue du dict Duc que si luy mesmes voulloit désister
   d'estre acteur en ceste guerre et déclarer une vollonté de se
   conformer à la religion de Sa Majesté, ou que Dieu en fasse la
   grâce au Roy qu'il puisse recouvrer l'obéissance de ses subjectz
   sans guerre et effusion de sang, en leur laissant l'exercisse de
   leur religion suivant ses édictz précédents, ses sermens et
   promesses, affin qu'ilz luy rendent obéissance comme à leur
   souverain.

   En quoy, s'il plaist au Roy, estimons qu'il n'y a prince en la
   Chrestienté qui puisse plus avancer ceste bonne œuvre que la
   Majesté de la Royne, à quoy aussy nous, qui sommes ses
   conseillers, y donnerons fort vollontiers nostre advis et
   prendrons la peyne à le parfaire, à l'honneur du Roy et bien de
   son royaulme, ce qu'estant effectué alors, la difficulté que, de
   présent, nous trouvons empescher la venue du Duc, seroit vuidée,
   et si, par après, il arrivoit, ce seroit avec plus de grâce et
   faveur, là où, pour le présent, il ne le pourroit faire, sans
   attandre asseurément un général mescontentement du royaulme, et
   conséquemment un mauvais et final empeschement de l'intention du
   mariage.

   Ce que laissons considérer à vous, Monsieur l'Ambassadeur, et
   remettons au meilleur advis du Roy et de la Royne Mère.



CLI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIIe jour de juillet 1573.--

  Ferme volonté du roi de faire observer la paix qui vient d'être
    conclue avec les habitans de la Rochelle.--Préparatifs pour le
    départ du roi de Pologne.--Satisfaction du roi de l'offre faite
    par Élisabeth de protéger le voyage par mer.--Plaintes contre
    des prises faites par les Anglais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XIIe de ce
moys[148], par laquelle j'ay veu les honnestes propos que vous avés
eus avec la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et les
responses de bonne espérance qu'elle vous a faites pour l'entreveue
d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, dont néantmoins elle veut
avoir l'advis de milord thrésorier, qu'elle a envoyé quérir pour
ceste occasion; ce qui viendra fort à propos, puisque le Sr d'Orsey
estoit arrivé au mesme instant, et Sabran aussy qui vous apporte, sur
l'occasion de son voyage et de toutes les aultres particullarités
concernant mes affaires et servisse, une si ample et claire
résollution de mon intention, que m'en remettant à ce que aurés
entendu de luy, je n'estendray ceste cy que pour vous dire que vous
avés bien faict d'avoir asseuré la dicte Royne et ses principaux
ministres de la ferme délibération où je suis de faire observer et
garder inviolablement les articles de la paix qui a esté faite devant
la Rochelle; où l'intention d'iceulx est desjà bien commencée à
exécuter: et se peut on asseurer que je les fairay de ma part
entièrement entretenir, non seullement de ce costé là, mais aussy par
tout le reste de mon royaulme. Et pour ceste occasion j'ay faict
cesser en Guienne, Languedoc et Daufiné, toutes choses d'hostilité,
ayant mandé que l'on rettire mes forces d'autour de Montauban et
Nismes, et que l'on cesse le gast que j'avois escript que l'on fît
autour des villes que mes subjectz de la nouvelle opinion occupoient,
affin que, de leur part, ilz fissent selon qu'il est porté par les
articles de la paix et édict qui a esté dressé sur iceulx. Je n'en ay
poinct encores sceu de nouvelles, mais j'ay bonne espérance que mon
dict édict s'exécuttera et observera partout.

  [148] Voyez CCCXXIXe dép., tom. V, pag. 370.

Je fais acheminer mes six mille Suisses, prenant le chemin de la
Guienne et par le bout du Languedoc, droict du costé du Lyonnois, pour
les licentier, si toutes choses s'establissent comme j'espère, suyvant
icelluy dernier édict de la paix; estant ma droicte et sincère
intention de la garder entièrement et de ne permettre qu'il soit
contrevenu, en quelle façon que ce soit, comme vous pourrés asseurer
ceux de mes subjectz qui sont par delà, et qu'ilz reviennent
hardiment, qu'ilz jouiront du bénéfice d'icelluy édict, sans aulcun
doubte ni difficulté.

J'espère que mes frères, le Roy de Pouloigne, le Duc d'Alençon et le
Roy de Navarre, seront bientost de retour par deçà, estants, dès avant
hier, arrivés à Blois. Et les ambassadeurs de Pouloigne et le Sr de
Valence sont à mon advis, à présant, tous arrivés à Metz. Incontinent
que mon dict frère, le Roy de Pouloigne, sera arrivé, nous les fairons
venir; et cependant il ne se pert poinct de temps pour les préparatifs
nécessaires pour son partement, et je regarderay, après avoir
communiqué avec mon dict frère, le Roy de Pouloigne, pour les affaires
d'Escosse, ce qui se debvra faire de ce costé là, et me résoudray
avecque luy et avec mon dict frère d'Alençon du personnage que je y
devray envoyer. Cependant ayés tousjours l'œil de ce costé là, le
mieux que vous pourrés, et y faictes ce qui vous sera possible pour le
bien de mon servisse.

L'ambassadeur de la Royne d'Angleterre a parlé à la Royne, Madame et
Mère, et à moy, nous ayant faict entendre que sa Maistresse luy avoit
commandé s'aller conjouir avecque le Roy de Pouloigne, mon frère, de
son heureuse élection, dont elle est infiniment aise; et nous a
proposé et offert toutes les honnestes assistances qui se peuvent
desirer de la part de la Royne, sa Maistresse, pour le passage de mon
dict frère, nous déclarant que, s'il s'y trouvoit difficulté par
l'Allemaigne, qu'il estoit fort aisé par la mer et par les costes, en
quoy elle ne voulloit rien espargner pour honnorer le passage de mon
dict frère; et qu'estant la bonne intelligence entre les trois
royaulmes, comme, de sa part, elle la desiroit, ce seroit un grand
bien pour noz subjectz, et à nous mesmes une fort grande commodité
pour noz affaires. Car il estoit si aisé et commode d'aller d'un
royaulme à l'aultre qu'il ne se pouvoit trouver jamais un plus court
et meilleur chemin, et que le commerce de nos dictz trois royaulmes en
sera beaucoup plus grand; dont j'ay monstré au dict ambassadeur
d'estre fort aise, comme, à vous dire vray, serois je, si ses
déportements se trouvent semblables.

Il s'est aussy fort resjoui avecque nous de la paix, nous asseurant
que sa Maistresse et tous ses ministres en estoient fort aises. Je
l'ay bien asseuré que nous la voulons inviolablement observer, comme
aussy est ce, et, je l'ay cy devant dict, ma droicte et vraye
intention; et luy ay, à ce propos, parlé des pyrateries qui se font
sur mes subjectz par les Anglois, et ceux qui se rettirent en son
royaulme, n'ayant la Royne, ma dicte mère, pas failly de luy dire ce
qu'elle vit du cappitaine Poil en sa présance, arrivant à Dieppe, qui
pilla un grand vaisseau chargé de marchandises d'un de mes subjectz,
ainsi que vous verrés par le mémoire que je vous en envoye; et que,
n'eût esté l'espérance, que nous avons, que la dicte Royne, sa
Maistresse, nous en faira faire la justice et restitution, elle eût
permis à six vaysseaux, qui estoient armés et les soldatz dessus,
prests à faire voile, d'aller recouvrer ce que le dict Poil print et
mena sur l'heure mesme en Angleterre; où je vous prie ne faillir de
faire toute instance de cella et des aultres déprédations, sellon le
mémoire que je vous en envoye. Cependant je prieray Dieu, etc.

Escript à St Germain en Laye, le XXIVe de juillet 1573.

    CHARLES.      PINART.



CLII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXIe jour de juillet 1573.--

  Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre.--Négociation
    relative à l'entrevue.


Monsieur de la Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XIIe et XXe
du présent[149], et, avec la dernière, veu les lettres que la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, a escriptes à la Royne, Madame ma Mère,
et à mon frère, le Duc d'Alençon, auxquelles je me délibère de vous
faire, dans deux ou trois jours, bien particullière responce; et,
attandant, je vous diray comme l'ambassadeur de ma dicte bonne sœur
parla avant hier à la Royne, Ma dicte Dame et Mère, ainsi qu'il a
faict cejourdhuy à moy, nous ayant dict que la Royne, sa Mestresse, se
debvoit rendre à Douvres, le premier jour de septembre proschain, où
elle séjourneroit sept jours durant, pendant lesquelz, s'il plaizoit à
mon dict frère de l'aller voir, il le pourroit faire. Toutesfois elle
desiroit bien que l'on sceût que ce n'estoit poinct à sa réquisition
que mon dict frère iroit, mais plustost à la nostre; que si, pour
ceste veue, l'effaict du mariage ne s'ensuivoit, elle ne voudroit pas
que cella feût cause d'apporter changement en l'amitié qui est entière
entre elle et nous, et que, partant, la chose méritoit bien d'estre
meurement considérée, avant que de l'entreprendre.

  [149] Voyez CCCXXIXe et CCCXXXe dép., tom. V, pag. 370 et 374.

Là dessus, Ma dicte Dame et Mère lui a respondu que ce que nous
desirions le plus, c'est de conserver et estreindre tousjours
davantage l'amitié que nous avons avec elle; mais que ma dicte sœur
sçavoit bien si elle avoit vollonté de se marier ou non; si elle
estoit du tout hors d'opinion d'espouser mon dict frère, qu'il luy
sembloit que cette veue ne serviroit de rien, et n'estoit pas grand
besoin d'y venir; si aussy elle avoit vollonté de se marier, qu'elle
ne pouvoit pas prendre un prince en la Chrestienté qui feût mieux
appuyé que mon dict frère, qui est frère de deux puissants Roys.

Là dessus, il répliqua qu'elle avoit vollonté de se marier, mais que,
pour beaucoup de considérations particullières, aulcuns la
dissuadoient de ce mariage avec mon dict frère.

La conclusion du propos feut enfin que ma dicte Dame et Mère remit à
me faire entendre ces choses; lesquelles m'ayant dict de mesmes en
l'audience que luy ay donnée aujourdhuy, après disner, je luy ay
respondu que j'en aviserois avec les gens de mon conseil, et fairois
sçavoir à vous, mon ambassadeur, ma résollution là dessus pour la luy
dire.

Sur quoy nous nous sommes despartis, ayant voulleu vous donner advis
incontinent de ce que dessus, affin que vous sçachiés ce qui est passé
en l'audience du dict ambassadeur. Jugés s'il en aura escript
conformément à sa Maistresse; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Boulogne, le dernier jour de juillet 1573.

    CHARLES.      BRULART.



CLIII

Le ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON

--du XVIIIe jour d'aoust 1573--

  Résolution du roi d'envoyer un député en Angleterre pour la
    négociation du mariage.--Maladie du duc d'Alençon.--Méfiance
    d'Élisabeth.--Prise de Harlem en Hollande, et du château
    d'Édimbourg en Écosse.--Voyage des ambassadeurs de
    Pologne.--Désignation du maréchal de Retz pour passer en
    Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, oultre ce qui est contenu en mon aultre
lettre, je vous diray que j'ay pensé, si la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, est résollue de venir à Douvres au premier jour de
septembre, ainsi que vous me l'avés mandé et que son ambassadeur me
l'a dict par deçà, je suis résollu de dépescher devers elle, au mesme
temps qu'elle s'y pourra trouver, quelque gentilhomme pour la
visitter, s'approschant ainsi près de ma frontière; lequel sera bien
esclercy de la résollution que j'auray prinse sur le faict de
l'entreveue, et aultres particularités qui seront requises, pour
tousjours entrettenir une bonne et sincère amitié avec ma dicte bonne
sœur; qui est ce que je desire plus que toute aultre chose de ce
monde: dont je vous prie de l'asseurer en toutes les occasions qu'il
viendra à propos, estant infiniment marri que la maladie intervenue à
mon frère, le Duc d'Alençon, de laquelle il ne peut estre en estat de
sortir hors de son logis de quinze jours, encores qu'il soit en bon
chemin de recouvrer sa santé, nous ait empesché de nous résoudre et de
conduire si tost à bon effect ceste entreveue que nous le desirions,
ce que vous pourrés témoigner à ma dicte bonne sœur.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray que j'ay
receu voz dépesches des XXVIe et dernier du passé, Ve et IXe du
présent[150]; sur lesquelles je vous diray que, pour le regard des
soubçons et deffiences, ès quelles, sans aulcune occasion, l'on a
voulleu mettre la dicte Royne d'Angleterre, tant sur le voyage que a
faict en Normandie la Royne, Madame et Mère, que aussy sur les
préparatifs de l'armement des vaisseaux que j'avais advisé de faire
faire pour porter les quatre mille Gascons en Pouloigne, que l'on
commançoit dire estre destinés à aultre effaict; tout cella sera passé
et assoupi, à ceste heure, qu'ilz verront les dictz préparatifz
entièrement cessés.

  [150] Voyez CCCXXXIe, CCCXXXIIe, CCCXXXIIIe et CCCXXXIVe dép.,
  tom. V, pag. 380, 383, 385 et 387.

J'ay veu ce que me mandés de la réputation qu'a donné par delà aux
affaires du Roy Catholique la prinse d'Harlen, et ce qui vous a esté
rapporté de l'occasion pour laquelle est advenue si soudainement la
prise du chasteau de Lislebourg, et comme il est bien requis que
j'envoye quelque personnage d'authorité en Escosse pour y résider; à
quoy je regarderay à pourvoir cy après.

Cependant je vous diray que je loue bien fort la responce que vous
avés faicte à ma dicte bonne sœur, sur ce qu'elle vous a dict, à
propos du saufconduict que luy avés demandé, que mon cousin le
cardinal de Lorraine ayant eu la puissance de rompre le mariage de mon
frère, le Roy de Poulogne, avec elle, (qu'elle sçavoit bien que la
Royne, Madame et Mère, et luy desiroient), il pourroit bien, en chose
de moindre conséquence, et pour la faveur de la Royne d'Escosse, sa
niepce, faire destourner les forces, qui estoient destinées pour aller
en Poulogne, en quelque autre lieu.

Tous les ambassadeurs de Poulogne ont esté fort bien receus et
recueillis partout, en Allemagne, despuis leur partement de Leppsic,
mesmement à Francfort, et au païs de mon cousin le comte Palatin, et
arriveront en ceste ville mardy ou mècredy proschain; où je vous
asseure que j'ay bonne vollonté de leur faire faire bonne chère: ne
voulant obmettre de vous dire, en passant, que j'ay nouvelles de
Poulogne, du XVIe de juillet dernier, comme toutes choses y sont en
bon estat et pacifique, n'y estant survenu aulcune nouveauté, tant du
dedans du royaulme que des voysins, au contraire de ce qui s'en est
dict par delà, que vous debvés tenir pour chose controuvée; priant
Dieu, etc.

Escript à Paris, le XVIIIe jour d'aoust 1573.


Comme je voullois signer ceste lettre, je me suis résollu d'envoyer en
Angleterre mon cousin le maréchal de Retz, pour faire l'office dont
est faict mention au commencement de ceste lettre, au moyen de quoy je
vous prie que vous me fassiés incontinent sçavoir le lieu où il pourra
trouver ma bonne sœur. Ceux de Rouen me viennent de faire encores
plainte des pyratteries qui sont ordinairement faictes par les
Anglois: qui est cause que je vous prie d'en faire, envers ma dicte
bonne sœur, toute l'instance qui sera possible.

    CHARLES.      BRULART.



CLIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIe jour d'aoust 1573.--

  Arrivée des ambassadeurs de Pologne à Paris.--Réception qui leur
    est faite.


Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste cy sera pour vous advertir comme
les ambassadeurs polonois, qui sont douze, suivis de deux cents
gentilshommes, arrivèrent mècredi dernier en ceste ville, en assés bon
équipage, au devant desquelz feust envoyé la maison du Roy de
Poulogne, mon filz, et tous les princes et principaux seigneurs qui se
trouvèrent en ceste cour, pour les conduire jusques en leurs maisons.
Le lendemain, qui feust le jeudy, ilz désirèrent que l'on les laissât
reposer en leurs maisons, pour, le jour d'après, qui estoit vendredy,
venir salluer le Roy, Monsieur mon filz, la Royne ma belle fille, et
moy; ainsi qu'il a esté faict en meilleur ordre et équipage qu'il a
esté possible, ayant fait l'évesque de Posnanie, qui est le principal
de la dicte ambassade, une fort belle harangue sur l'occasion de leur
venue. Cejourdhuy ilz ont faict le semblable à l'endroict de mon filz,
le Roy de Poulogne, et receu la plus grande joye du monde de le voir,
comme il a faict, de sa part, de se voir salué d'une si belle
compaignie, qui se peut dire, au jugement de ceux qui l'ont veue, la
plus honnorable et mieux en ordre que aultre qui se soit jamais
trouvée en ce royaulme; ne se sentant rien que de toute courtoisie, et
monstrant beaucoup la grandeur du royaulme dont ilz sont venus et
qu'ilz apportent à mon dict filz; vous laissant juger quelle joye j'en
puis recevoir en mon cœur.

Il s'est trouvé à dire deux ambassadeurs en ceste dicte compagnie, à
sçavoir: l'un qui estoit beaucoup demeuré à partir après les aultres,
qui, ayant esté arresté en Slésie, auprès de la frontière de Pologne,
a mieux aymé s'en retourner au païs, après avoir esté mis en liberté,
pour ce qu'il cognoissoit bien qu'il arriveroit fort tard de par deçà,
que de poursuivre son chemin; l'aultre s'est mis par mer avec le Sr de
Lanssac, qui n'est encores arrivé. Dans peu de jours, nous espérons
accomplir toutes choses qui dépendront du faict de la dicte élection,
et sera faict si bon et honnorable traictement aux susdictz
ambassadeurs et à toute leur suitte, ainsi qu'il s'y est bien commencé
despuis leur arrivée en ce royaulme, qu'ilz en raporteront tout
contentement: n'ayant aultre chose à vous dire par ce petit mot que je
finiray, priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1573.

    CATERINE.     BRULART.



CLV

LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de septembre 1573.--

  Explications données par le roi de Pologne sur une plainte de
    l'ambassadeur d'Angleterre.--Protestation de dévouement pour
    Élisabeth.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay sceu que l'ambassadeur de la Royne
d'Angleterre, qui est icy résident, a esté visitter les ambassadeurs
polonois, despuis quelques jours en çà, comme en ayant charge de la
part de sa Maistresse; leur ayant faict entendre qu'elle ne desiroit
rien plus que de conserver et entrettenir la bonne amitié et
intelligence qui estoit entre le royaulme de Poulogne et l'Angleterre,
encores que moy, qui estois esleu Roy de Poulogne, n'eusse pas faict
grand compte d'une lettre qu'il m'avoit présentée, il y a quelque
temps, de la part de la dicte Dame, par laquelle elle se conjouissoit
avecque moy de mon heureuse élection. Lequel a eu grand tort de faire
ainsi entendre aux dictz ambassadeurs; car je vous puis dire que,
quand je receus de luy la dicte lettre, ce feust avec tout l'honneur
et honneste respect que je sçaurois jamais faire à lettre venant de la
part d'une princesse, de laquelle je fais si grand compte et estime
que je fais d'elle. Il est bien vray que je ne luy en baillay pas si
tost la responce que j'en avois vollonté, à cause que, en mesmes
temps, ou peu après, qu'il me l'eût présentée, je feus contrainct,
pour prévenir une maladie qui me menassoit, de prendre quelque
purgation et apozèmes, qui me tindrent trois jours empeschés de
pouvoir vacquer à aulcuns affaires; qui feust cause que je ne signay
si tost la dicte lettre, qui demeura un jour, après avoir esté signée,
sans estre baillée au dict sieur ambassadeur, à cause que l'on ne le
peut pas trouver chez luy à propos; estant toute l'occasion de sa
plaincte, laquelle je vous laisse à juger si elle est bien fondée ou
non. Et, si vous apercevés qu'il en ayt escript quelque chose à sa
dicte Maistresse, je vous prie luy en faire entendre la vérité telle
qu'elle est escripte cy dessus; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, ce Ier jour de septembre 1573.

Vostre bon ami.

    HENRY.



CLVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour de septembre 1573.--

  Satisfaction de l'accueil promis au maréchal de Retz en
    Angleterre.--Serment prêté par le roi de Pologne.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XXVe et
dernier du passé, et IVe du présent[151], par lesquelles, à ce que
j'ay peu comprendre, la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a esté
bien fort aise de la résolution que j'ay prinse d'envoyer par delà mon
cousin le mareschal de Retz, que vous avés sagement faict de luy
conforter estre pour l'estime que je fais d'elle et de son amitié, et
l'honnorer en toutes choses aultant qu'il m'est possible; me
promettant bien que j'ay aultant d'occasion d'attendre et espérer un
bon fruict du voyage de mon dict cousin, en ce que je desire, que
d'aulcun aultre ministre que j'eusse sceu envoyer par delà; et que, à
son retour, toutes choses me seront bien amplement esclercies de
l'intention de ma dicte bonne sœur; envers laquelle et les gens de
son conseil vous m'avés faict servisse fort agréable de faire une bien
vive instance des pilleries et déprédations qui se font ordinairement
sur mes subjectz, et vous prie ne vous en lasser en sorte du monde,
mais y incister si obstinément qu'il y soit par elle mis un bon ordre,
ainsi qu'il est très requis pour le bien commun de nos deux royaulmes.

  [151] Voyez CCCXXXVIIe, CCCXXXVIIIe et CCCXXXIXe dép, tom. V,
  pag. 396, 398 et 401.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous veux bien dire
comme, après avoir esté négotié, par quelques jours, avec les
ambassadeurs de Poulogne par mon frère leur Roy, enfin toutes choses
concernant ce faict ont esté unaniment conclues et accordées avec tout
le plus grand contantement d'un chascun que l'on eût sceu desirer, de
sorte que, hier, feurent faictz les sermentz solennelz par moy et mon
frère, le Roy esleu de Poulogne, des choses conclues et ratifiées et
confirmées, en la grande esglise de Nostre Dame, après que la messe y
eût esté chantée; où assistèrent tous les ambassadeurs de Poulogne et
les ambassadeurs des princes estrangers: sçavoir; le nonce,
l'ambassadeur d'Espaigne, celluy d'Escosse et de Venise, mes cousins
les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise et d'Est, avec tous
les princes et seigneurs qui sont près de moy; et se passa ceste
cérémonie avec le plus grand contentement et allégresse d'un chascun
qu'il se puisse dire. Dimanche, se faira la présentation du décret au
palais, qui est le principal acte de ce qui concerne le faict du dict
royaume de Poulogne; qui est tout ce que je vous puis dire, en priant
Dieu, etc.

Le XIe jour de septembre 1573.

    CHARLES.      BRULART.



CLVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XVe et XVIIe jours de septembre 1573.--

  Présentation faite au roi de Pologne du décret contenant son
    élection.--Fêtes données aux ambassadeurs polonais.


Monsieur de La Mothe Fénélon, craignant que mon cousin le mareschal de
Retz soit parti pour retourner de deçà, lorsque la lettre que je luy
escripts présentement luy sera rendue, j'ay bien voullu vous faire
ceste cy de pareille substance; et vous dire que, dimanche dernier,
XIIIe de ce moys, toutes choses ayant esté, ces jours passés,
accordées et résollues avec les ambassadeurs polonois, qui sont icy
pour le faict de l'élection du Roy de Poulogne, Monsieur mon frère,
iceulx ambassadeurs nous vindrent trouver sur les trois heures après
midy, dedans la grande salle de mon palais, en ceste ville, où nous
estions assemblés avec ordre et cérémonie. Là, ilz nous déclarèrent
publiquement, fort révéremment et honnorablement, la dicte élection,
et en présentèrent le décret, très autentiquement faict en l'assemblée
de leurs Estatz, à mon dict frère; lequel, après la lecture d'icelluy,
accepta la dicte élection, le tout avec tant de belles et grandes
cérémonies qu'il ne feust jamais faict acte en mon royaulme, ni peut
estre en la Chrestienté, plus célèbre. Et le lendemain, qui feust
hier, se fit l'entrée de mon dict frère en ceste ville, au meilleur
ordre et avec telle magnificence qu'il ne seroit possible de voir rien
de plus beau; et se fit, le soir, le festin royal en la dicte salle de
mon palais, ainsi que de coustume, comme vous entendrés plus
particullièrement par un discours que je vous envoyeray de ce qui a
esté observé ez dictes cérémonies. Cependant vous le fairés entendre
avec occasion à la Royne d'Angleterre, si mon dict cousin le maréchal
de Retz estoit en chemin pour s'en venir, et vous en réjouirés avec
elle de nos parts; estants asseurés qu'elle participe au contentement
que nous en recevons pour la parfaicte amitié d'entre elle et nous; et
luy dirés, par mesme moyen, que le plus grand desir, que nous ayons
maintenant, est de voir réheussir à l'heureuse fin la négotiation pour
laquelle mon dict cousin est allé par delà, affin que la dicte Royne
puisse, avec plus d'occasion et comme sœur, participer davantage avec
nous au contentement et honneur que ce nous est de la dicte élection
de Poulogne et des prospérités qu'il plaict à Dieu nous donner,
adjoustant à cella les plus honnestes parolles que vous pourrés.
M'asseurant que vous n'y oublierés rien, je ne vous en diray
davantage, priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XVe jour de septembre 1573.


Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste dépesche feut partie, dès avant
hier au matin, mais j'ay différé jusques à cejourdhuy pour ce que,
avant hier au soir, la Royne, Madame et Mère, fist son festin en son
palais, où les seigneurs polonois feurent si honnorablement traictés,
et y receurent tant de plaisir qu'ilz disent bien n'avoir jamais rien
veu de plus beau ni de si bien ordonné, demeurants très contents de
l'honneur qu'ilz reçoivent par deçà.

A Paris, le XVIIe jour de septembre 1573.

    CHARLES.      PINART.



CLVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIe jour de septembre 1573.--

  Retour du maréchal de Retz.--Satisfaction au sujet de la réponse
    qu'il a rapportée sur la négociation du mariage.--Remerciemens
    du roi pour les bons offices de Leicester et de Burleigh.


Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne seroit possible d'avoir plus de
contentement que celluy que j'ay eu au retour de mon cousin le
mareschal de Retz, ayant entendu par luy les honnestes démonstrations
de parfaicte amitié de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et
cousine, envers moy et tout ce qui me touche, et aussy la bonne
vollonté en laquelle il l'a laissée, et les principaux seigneurs de
son conseil, de prendre bientost, à présent que son parlement sera
assemblé, une bonne résollution sur le faict de la négotiation pour
laquelle mondict cousin le mareschal de Retz estoit allé par delà,
affin de vous en envoyer advertir par quelque honnorable seigneur ou
gentilhomme des siens, comme icelle Royne a promis: ce que nous
attandons avec très grand desir. Et cependant ayant le dict mareschal
de Retz receu une lettre d'icelle Royne et une aultre du Sr de Smyt,
par lesquelles il est prié d'escrire de quelle façon nous aurons prins
la response qu'il nous a rapportée d'elle, qui est en la meilleure
part qu'il est possible, comme aussy il leur mande, asseurant, comme
nous avons veu par sa lettre, qu'il ne seroit possible d' estre plus
contents que nous sommes, comme il est vray, pour l'espérance que nous
avons de voir bientost qu'elle aura prins une bonne et heureuse
résollution du mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, qui
se porte à présent très bien; estant, Dieu mercy, entièrement guéry et
aultant affectionné serviteur qui se peut desirer, ayant toute bonne
vollonté de continuer à honnorer et servir d'affection, toute sa vie,
icelle Royne, s'il plaict à Dieu, comme nous l'en prions tous, que les
propos commencés puissent réheussir à une heureuse fin pour un grand
bien à la Chrestienté, principallement à noz trois royaulmes et
alliés, ainsi que la Royne, Madame et Mère, et moy, et aussy le Roy de
Poulogne, Monsieur mon frère, et pareillement mon dict frère le Duc
luy escrivons, de nos mains, par un des gens du Sr Smith qu'il a
envoyé devers mon dict cousin le mareschal de Retz, lequel vous
escript aussy de sa part bien amplement pour vous rendre capable du
contenu en ses lettres à ce que vous puissiés, avec plus
d'intelligence, continuer à faire, selon cella et le contenu cy
dessus, tout ce qu'il vous sera possible pour persuader tousjours à
icelle Royne et à ses dicts principaux ministres, avec tant de bonnes
et grandes raisons que luy scaurés bien représenter, pour se résoudre
au dict mariage: car aussy sera ce, s'il se faict, un bien indicible,
profitable et honnorable pour elle et pour nous, aussy pour noz
royaulmes, et beaucoup plus, à présent que ce grand royaulme de
Poulogne y est adjoinct, et qui le seroit aussy à elle. Vous estes si
capable de mes droictes intentions, non seulement en cest affaire,
mais en toutes les aultres choses qui concernent mes affaires et
service par delà, qu'il n'est jà besoin vous en escrire pour ceste
heure davantage; aussy n'estendray je ceste cy que pour vous prier
m'advertir souvent de l'estat de cest affaire et de toutes aultres
occurrences; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1573.


Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier vous dire que, par ce
que j'ay entendu de mon dict cousin le comte de Retz, nous avons bien
occasion de nous louer des seigneurs du conseil de la dicte Dame
Royne, pour les bons offices qu'ilz ont faict par delà, pendant que
mon dict cousin y a esté, l'assistantz d'affection, ainsi qu'il m'a
asseuré, en cest affaire; principallement Mr le comte de Lecestre et
le milord grand thrésorier, lesquels je vous prie remercier de ma
part, de celle de la Royne, Madame et Mère, et de mon dict frère
d'Alençon, les asseurant, principallement le dict Sr comte de Lestre,
que j'ay un extrême desir de m'en revancher en son endroict, et aussy
du dict milord grand thrésorier, par si bons effaictz que je m'asseure
qu'ilz demeureront très contentz et se loueront grandement de moy,
aussy de ma dicte Dame et Mère et de mon dict frère d'Alençon.

    CHARLES.      PINART.



CLIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIe jour de septembre 1573.--

  Négociation du mariage.--Regret témoigné par le roi de ce que
    Quillegrey a été désigné pour passer en France.--Nécessité où
    se trouve le roi de laisser encore La Mothe Fénélon en
    Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, nous achevasmes hier une despesche que
la Royne, Madame et Mère, le Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, mon
frère le Duc d'Alençon et moy faisons à la Royne d'Angleterre et à
vous, laquelle estoit preste à partir, quand Vassal est arrivé avec la
vostre bien ample du XXe de ce moys[152]; par où j'ay veu fort
particullièrement comme mon cousin le comte de Retz s'est dignement
comporté de delà, et acquité de sa légation, et aussy les grandes
correspondances et démonstrations de bonne amitié envers nous que la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et tous les siens ont
monstré, et faict cognoistre vous porter, et comme ilz ont eu très
agréable que telle et si importante légation ait esté par nous
commise. J'ay aussy veu ce qui s'est passé de delà, despuis le despart
du dict comte, et comme icelle Royne a résollue d'envoyer de deçà
Quillegrey. Sur quoy, après avoir considéré les mauvais offices que
vous sçavés qu'il a faictz, j'ay advisé de vous escrire encores ceste
cy pour vous respondre seullement à ce que vous discourés du dict
Quillegrey et vous prier de faire dextrement, comme je m'asseure que
vous sçavés bien faire, en sorte, s'il est possible, que ce soit
quelque aultre que icelluy Quillegrey qui vienne par deçà pour
l'effaict que mon dict cousin le comte de Retz résollut avec la dicte
Royne, et qu'il luy escript présentement fort sagement, ainsi que nous
avons avisé. Mais, si icelle Royne demeure résollue fermement au dict
Quillegrey, après avoyr veu la lettre d'icelluy sieur comte, ne
monstrés pas davantage que nous en eussions desiré un aultre, affin
que, s'il venoit de par deçà, il n'ait aulcune occasion que de bien
faire et rapporter, à son retour, la vérité de ce qu'il verra pour
effacer les impostures que l'on a dittes, de delà, de mon dict frère
d'Alençon; lequel, au contraire de ce qu'on a publié, est beaucoup
amandé de ceste maladie dernière qui l'a purgé, luy ayant osté
beaucoup de rougeurs que la petite vérolle luy avoit laissées au
visage; estant maintenant, avec la barbe qui luy vient fort, beaucoup
plus agréable qu'ilz n'ont dict de delà. Il a bien creû, et tant s'en
fault qu'il soit bossu, comme l'on a dict à la dicte Royne, qu'au
contraire il est aussy droict et gaillard prince et d'aussy belle
taille qu'il y en ait en la Chrestienté. Et pour ce que, par nostre
dicte dépesche d'hier, que vous rendra ce porteur, il vous sera
entièrement satisfaict au reste de la vostre qu'a apportée le dict
Vassal, me remettant aussy à ce que vous a escript encores mon dict
cousin le mareschal de Retz, je n'estendray ceste cy que pour prier
Dieu, etc.

Escript à Paris, ce XXVIe jour de septembre 1573.

  [152] Voyez CCCXLe, dép., tom. V, pag. 403.


_Par postille à la lettre précédente._

Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons ouï tout ce que nous a dict
le dict Sr comte de Retz pour obtenir vostre congé, et veu aussy ce
que m'en escrivés; mais il n'y a encores occasion de pouvoir vous
l'accorder, jusques à ce que ceste négociation ait prins fin. C'est
pourquoy je vous prie prendre résollution de demeurer de dellà jusques
à ce que cella soit faict ou failly, continuant à y faire tout ce que
pourrés pour y voir clair, et vous asseure que vos servisses, que nous
avons très agréables, seront, à vostre retour par deçà, fort
vollontiers et de bon cœur recognus envers vous et les vostres, aux
premières occasions qui se présenteront. Ne croyés pas que je ne
cognoisse bien la peyne que vous avés prinse et que vous prenés
chasque jour. Je sçay le grand soin que vous avés prins pour conserver
la vie à la Royne d'Escosse, et le travail que vous avés eu pour
rettenir tous les orages qui menassoient, de vostre costé, mon
royaulme, pendant les désordres qui y ont esté, et comme vous vous
estes dignement acquitté en l'un et en l'aultre. Il fault que je vous
prie que vous ayés patience pour voir quelle fin prendra ce traicté de
mariage; car, à vous dire vray, si je vous ay rettenu longtemps de
delà, c'est parce que je ne trouvois personne qui feût capable de m'y
servir si bien que vous faisiés, pour le mettre en vostre place. Je
suis encores dans la mesme peyne pour le faict de mon dict frère
d'Alençon; je vous prie donc de ne vous impatienter pas.

    CHARLES.      PINART.



CLX

LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour de novembre 1573.--

  Protestation d'amitié.--Recommandation faite par le roi de
    Pologne à l'ambassadeur de veiller à ses intérêts auprès
    d'Élisabeth.--Assurance donnée par le roi de son attachement à
    la reine d'Angleterre.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous sçavés comme il a pleu à Dieu, de
sa divine grâce et bonté, que, entre pleusieurs princes chrestiens,
j'ay esté esleu Roy de Poulogne. Aussy recevant cest heur et honneur
de sa main, je luy en rends grâces et louanges comme à celluy à qui
elles sont deues; et bien que le contantement que j'en ay, et la
grandeur et dignité que j'en espère, soyent les plus grands que je
puisse avoir, si est ce que la longue et douce nourriture que j'ay
prinse du Roy, Mon Sieur et frère, qui m'a tant estimé et honnoré que
de me communiquer et se reposer sur moy et ma fidélité de toutz ses
plus grands et importants affaires, et davantage de me faire son
lieutenant général en ce dict royaulme et terres de son obéissance, le
singullier amour et affection qu'il a pleu aussi à la Royne, Madame et
Mère, me tesmoigner, dès mes jeunes ans, et la bonne institution que
j'ay receue d'elle me laissent beaucoup de regret de la séparation que
je fais maintenant d'avec eulx, partant présentement pour m'acheminer
en mon royaulme de Poulogne.

Le regret est commun à tous de porter avec desplaisir l'absance de
ceulx auxquelz ilz ont tant d'obligation, et qu'ilz ont tant aymés et
honnorés comme j'ay faict, et fais, le Roy, Mon dict Sieur et frère,
et la Royne, Ma dicte Dame et Mère, encore est il suivy d'un aultre
qui est que, laissant pleusieurs bons et affectionnés serviteurs du
Roy, Mon dict Sieur et frère, qui m'ont, en considération de ma
qualité de son frère et lieutenant général, porté beaucoup de respect
et recognoissance, accompaignée d'une singullière bonne vollonté, en
tout ce que je leur ay commandé pour le servisse de ceste couronne; et
en quoy je ne veux céler que je n'aye esté de toute affection si bien
obéy d'eux, comme aussi l'ay je bien particullièrement tesmoigné,
toutes et quantes fois que les occasions se sont présentées, que j'ay
aussy regret qu'il faille que le peu de temps, que j'ay à séjourner
icy, me prive du grand desir que j'avois de les voir, auparavant que
m'en aller. Et pour ce, que vous estes au nombre de ceux là, et qu'il
ne me reste aultre moyen de me satisfaire en cest endroit que par
lettre, j'ay bien voullu vous faire ceste cy pour vous rendre certain
tesmoignage de l'amitié que je vous ay tousjours portée, comme à
personnage d'honneur et de vertu que vous estes; vous priant, comme
vous m'avés cy devant porté bonne et vraye affection, que vous me la
réserviés encores, quand je seray hors de ce royaulme, et, au
demeurant, continuer tousjours, en tout ce qui concerne le service du
Roy, Mon dict Sieur et frère, ainsi et avec tel soin qu'avés
accoustumé, et selon la parfaicte-fiance qu'il a en vous: qui vous
asseurerés d'avoir aussy tousjours en moy un vray et bon amy, quelque
part que je sois, bien prest à m'employer, en tout ce qui s'offrira,
pour vostre bien et contentement, d'aussy bonne vollonté que je vous
prye aussy que, pendant que serés encores en vostre légation, vous
ayés en recommandation les choses qui me concerneront et les affaires
de mon dict royaulme, et d'asseurer, de ma part, la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'en toute syncérité et
affection je luy suis et seray tousjours bon frère et cousin, et
parfaict ami, et qu'en toutes occasions je le luy fairay de bon cœur
paroistre, la priant que, de sa part, elle en veuille faire de mesme
en mon endroict.

J'espère, incontinent après que je seray arrivé en mon dict royaulme,
lui escrire par homme exprès pour confirmer les confédérations d'entre
mes prédécesseurs, Roys de Poulogne, elle et les siens, et les
estreindre encore aultant qu'il sera possible; desirant aussy, de
toute affection, que le voyage du Sr Randolphe, qui doibt bientost
arriver par deçà, puisse réheussir à l'heureuse fin que je desire,
tant pour le contentement que je sçay que ce seroit au Roy, Mon dict
Sieur et frère, et à la Royne, Ma dicte Dame et Mère, et aussy à mon
frère, Monsieur le Duc d'Alençon, duquel je desire la grandeur aultant
que de moy mesme; qui prie Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous
avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Vitry le François, le XIe jour de novembre 1573.


Monsieur de la Mothe Fénélon, je vous prie suivre, pour le contenu en
ceste lettre, ce que le Roy, Monsieur mon frère, vous escript par le
post script de la sienne.

    Vostre bon amy.      HENRY.


   _Post-scriptum inédit de la lettre du roi._

   Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne sera pas besoin que vous
   parliez à la dicte Royne, de la part du Roy de Poulogne, Monsieur
   mon frère, pour tout ce qui touche mon frère d'Alençon, pour les
   raisons que pouvés bien penser; mais ce sera bien faict de luy
   faire entendre les aultres choses que vous escript mon dict frère
   le Roy de Poulogne.

   Escript à Vitry le François, le XIe jour de novembre 1573.

    CHARLES.      PINART.



CLXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIXe jour de décembre 1573.--

(_Post-scriptum inédit._)

  Dénonciation faite au roi par le vidame de Chartres d'une
    conspiration contre sa personne.


Le sieur vidame de Chartres monstrant bien l'affection qu'il me porte,
comme un bon et vray naturel subject et serviteur doibt aussy à son
Roy et Maistre, m'a faict advertir, par le cappitaine Masin Delbène,
présent porteur, qu'il y a une si malheureuse conspiration qui se
machine contre moy et la Royne, Madame et Mère, qu'il ne se peut fier
ni commettre cella par lettres ni à personne qui ne luy soit fort
fidelle, desirant, pour ceste occasion, que j'envoye vers luy
quelqu'un à qui il se puisse déclarer pour nous le faire entendre.
J'ay advisé de commettre ceste charge au dict cappitaine Masin, en qui
il se fie fort, et qui m'est bien affectionné; n'estant néantmoins pas
d'advis que monstriez, ni à l'un ni à l'autre, que je vous en aye rien
mandé; mais ce sera bien faict que m'en escripviez en chiffre, si en
entendés quelque chose par icelluy cappitaine, qui reviendra
incontinent, comme je luy ay commandé.


   NOTA.--Voir, pour l'année 1574, les _Additions aux Mémoires de
   Castelnau_, tom. III, pag. 372 à 444, nos LXXXII à CXLVII.

   _Lettres du roi, Charles IX_, des 18, 20 janvier; 4, 18 février;
   4, 14, 23 mars; 20, 23 et 30 mai 1574.

   _Lettres du roi, Henri III_, des 15 juin; 1er, 8, 31 octobre; 10,
   20 novembre; et 5 décembre 1574.

   _Lettres de la reine-mère_ des 18 janvier; 5, 18 février; 23, 31
   mai; 3, 11, 13, 14, 18, 20, 22, 30 juin; 5, 16, 23, 28 juillet;
   5, 25, 31 août; 27 septembre; 1er, 8 octobre; 10 et 20 novembre
   1574.

   _Lettres du duc d'Alençon_ des -- janvier; 5 et 18 février 1574.



CLXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de mars 1574.--

  Retard apporté au voyage du roi en Picardie.--Déclaration du roi
    qu'il ne peut donner aucun secours aux Écossais.--Espoir
    qu'Élisabeth ne parviendra pas à réaliser ses projets sur
    l'Écosse.--Audience accordée à l'ambassadeur
    d'Angleterre.--Avis que la reine d'Angleterre est vivement
    pressée de déclarer la guerre.--Efforts que l'ambassadeur doit
    faire pour l'en empêcher.--Négociation avec les protestans.


Monsieur de La Mothe Fénélon, encore que j'aye bonne espérance,
suivant ce que je vous ay escript il n'y a que trois jours, que, quand
ceux de mes subjectz qui se sont eslevés auront clairement veu et
entendu, suivant ce que je leur ay faict dire et envoyé asseurer, que
les bruictz qui ont coureu soient faux, ilz s'en retourneront en leurs
maisons jouir du repoz que je desire voir en mon royaulme, si n'est il
pas possible que je puisse estre à la frontière de Picardie, au temps
que je vous ay escript: car, quand bien tout seroit desjà appaisé, je
veux premièrement voir, avant que je parte de ces quartiers, le tout
bien rassis et rapaisé. Voylà pourquoy je vous prie qu'en faisant
entendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, comme je
suis après à appaiser tout cessy, ainsi que j'espère faire bientost,
vous puissiés prolonger le temps que je vous avois escript que je
serois devers ma frontière pour faire l'entreveue, si, suivant ce que
je vous en ay sur ce mandé, icelle Royne se délibéroit de s'approscher
aussy de la sienne.

Cepandant je vous diray, quand à ce que m'escrivés touchant les propos
que vous a tenus l'oncle du comte d'Arguil[153], que mes affaires ne
peuvent permettre de faire ce que je desirerois bien pour ceux qui me
sont affectionnés en Escosse. Toutesfois asseurés les franchement que
je ne diminueray jamais rien de l'amitié que je leur porte, et ne les
abandonneray poinct. Je ne doubte pas que icelle Royne d'Angleterre
n'ayt tousjours le desir, et, quand et quand, espérance de réduire ce
royaulme là comme s'il estoit sien: mais elle y a desjà tant de fois
failli que je croy qu'elle n'en peut que bien peu espérer. Toutesfois
il sera bon, et vous prie, pour ceste occasion, d'entretenir
tousjours, le plus que vous pourrés, les dictz escossois qui me sont
affectionnés, affin de me servir de ce pays là comme j'ay cy devant
faict, si tant est que icelle Royne d'Angleterre se déclarât contre
moy. A quoy, combien qu'elle ne fasse aulcune démonstration, je sçay
qu'elle a esté fort sollicitée sur l'occasion de ces troubles, que je
ne doubte pas, s'ilz continuent, qu'elle ne les fomente, pour le
moins, ainsi qu'elle a faict durant les aultres.

  [153] Voyez la CCCLXVe dép. du 15 février 1574, tom. VI, pag. 32.

Je donnay, avant hier, audience à son ambassadeur, qui trouva mes
frères le Duc d'Alençon et le Roy de Navarre rians et s'esjouans avec
moy, selon la vraye et parfaicte amitié et bonne intelligence qui est
entre nous, telle qu'elle se peut desirer entre frères; dont la Royne,
Madame et Mère, qui estoit aussy auprès de moy, qui estois au lict,
vit bien que le dict ambassadeur se soufrit, car il pensoit, à mon
advis, que, selon les faulx bruictz que les malitieux, qui ne
demandent que la division, font courir, nous feussions en mauvaise
intelligence, mais il vit bien le contraire. Aussy vous priè je dire
que j'espère si bien conduire mes dictz frères, le Duc d'Alançon et le
Roy de Navarre, qu'ilz n'auront jamais, comme de ceste heure, aultre
vollonté que la mienne; combien qu'à vous dire vray, mais cella
demeurera en vous, il y ait eu de grandes menées, et l'on a faict ce
que l'on a peu pour les diviser d'avec moy, qui loue Dieu de
l'assistance qu'il m'a donnée pour y remédier comme j'ay faict, si
bien que je m'asseure que tout sera bientost appaisé en ce royaulme,
et qu'en quelque sorte que ce soit mes dictz frères n'ont ni n'auront
aultre intention et vollonté que la mienne, comme vous le pourrés
tousjours bien fermement asseurer de dellà; estant aultant nécessaire,
qu'il feust jamais, que preniez garde à ce qui se faira de delà, car
j'ay sceu pour certain que la dicte Royne a esté très instamment
poursuivie pour se déclarer contre moy; et que, sur ce, les principaux
de son conseil avec lesquelz elle en a communicqué se sont trouvés
partis, estant le milord thrésorier le plus ferme opinant, à ce qu'on
m'a dict, (toutesfois je ne le tiens pas pour bien certain), à me
faire la guerre ouverte, sur ces eslévations qui sont maintenant par
deçà.

J'ay sceu davantage que l'ambassadeur, qui est icy, faict cejourdhuy
partir son secrettaire pour presser sa Maistresse et les ministres à
cella, leur persuadant qu'ilz n'auront jamais si belle occasion et
moyen de faire quelque chose par deçà pour y remettre le pied et y
ravoir un Calais. Mais il ne fault pas faire semblant de rien, et au
contraire continuer tousjours à entrettenir la dicte Royne et ses
ministres de la vraye amitié que je luy porte, et de celle que
j'espère réciproquement d'elle; ayant l'œil ouvert et faisant
dextrement tout ce qu'il vous sera possible pour entendre ses
délibérations et m'en advertir.

Je n'ay poinct encore responce de ceux de mes dictz subjectz, qui se
sont eslevés, sur ce que le Sr de Torcy leur a raporté de ma vollonté;
mais j'en attands bientost, et desire bien fort qu'ilz soyent si
sages que chascun se rettire en sa maison, et vive en repos sellon les
lettres patentes qu'ilz m'avoient demandées, et que je leur envoye,
dont vous avés eu le double par ma dernière dépesche; priant Dieu,
etc.

Escript au fauxbourg St Honoré, lez Paris, le VIIe jour de mars 1574.

    CHARLES.      PINART.



CLXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour d'apvril 1574.--

  Nouveaux évènemens survenus en France.--Remontrances que
    l'ambassadeur doit faire contre les secours donnés par
    l'Angleterre à Montgommery.--Nécessité de surseoir à la
    négociation du mariage.--Détails sur la conspiration de La Mole
    et de Coconas.--Déclarations du duc d'Alençon et du roi de
    Navarre.--Fuite du prince de Condé.--Dispositions prises contre
    La Noue, qui occupe la Rochelle.--Abandon du siège de Valognes
    par Montgommery.--Assurance que toutes les autres provinces
    sont tranquilles.--Levées de troupes faites par le roi en
    Allemagne et en Suisse.


Monsieur de La Mothe Fénélon, par vos dépesches du XXVIIIe du passé,
IIe et VIe du présent[154], j'ay veu comme la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, ayant entendu les nouveaux accidentz survenus de deçà, a
faict contenance d'en recevoir grand desplaisir, et mesmes de ce
qu'elle avoit ouï dire qu'il y avoit quelque chose de meslé de mon
frère le Duc d'Alençon; ce que je reconnois d'une très bonne vollonté
qu'elle me porte et au bien de mes affaires, comme aussy les propoz
qu'elle vous a tenus de Montgomery, ne pouvant en cella user de plus
belles démonstrations de son amitié, lesquelles je seray bien aise de
voir suivies de semblables effaictz; ayant à vous dire, en passant,
touchant icelluy Montgomery, que, entre aultres déclarations que a
faictes le comte Coconas, prisonnier, grandement coupable de la
malheureuse entreprise qui a esté descouverte, il a dict que le dict
Mongomery s'asseuroit bien d'estre secoureu du costé d'Angleterre: ce
que je desire que vous faisiés entendre à ma dicte bonne sœur, et luy
remonstriés que, encore que ce soit chose que je ne veuille pas croire
qu'elle voullût souffrir, pour ne pouvoir estre rien plus contraire à
noz communs traictés et à l'amitié qu'elle veut par toutes parolles
faire connoistre me porter, si est ce que j'ay bien voullu l'en faire
advertir par vous, et la requérir d'y pourvoir, par tous les meilleurs
moyens qu'il sera possible, qu'il ne soit presté aulcun secours au
dict Mongomery ni à aultres de sa faction, soit ouvertement, ou
clandestinement.

  [154] Voyez CCCLXXIIe, CCCLXXIIIe et CCCLXXIVe dép. tom. VI, pag.
  64, 68 et 73.

Vous pouvés bien juger comme ces choses interrompent le dessein que
j'avois prins de m'en aller du costé de la Picardie pour facilliter
l'effaict de l'entreveue de mon dict frère le Duc; lequel il fault
laisser aux termes qu'il est, sans plus en parler, que l'on ne voye
quelque changement en mieux de mes affaires, sans toutesfois monstrer
que je sois réfroidy du desir que j'ay de m'estreindre avec ma dicte
bonne sœur d'un plus estroit lien d'amitié; vous priant que, pour le
plus grand servisse que me sauriés faire, vous ayés, à ceste heure,
l'œil bien ouvert à tout ce qui se faira et proposera du costé
d'Angleterre. Comme je suis asseuré de vostre affection et
intelligence, je ne vous en exhorte pas davantage.

J'ay veu ce que vous me mandés du desir que le comte d'Arguil a
d'estre faict chevallier de mon ordre, ce que je luy ay fort
volontairement accordé, et vous envoye la dépesche que je pense ne
pouvoir mieux addresser qu'à vous mesmes pour le luy bailler.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu par ma
dernière[155], comme ceste malheureuse entreprinse, semblable à celle
que l'on voulloit dernièrement tanter à Saint Germain en Laye, avoit
esté descouverte, qui feust cause que, m'ayant esté confirmée par
plusieurs divers advis, je fis renforcer mes gardes et entrer dedans
l'enclos de ce chasteau un corps de garde de Suisses. Il avoit dès
lors esté prins quelques prisonniers, coupables de la dicte
entreprinse, et despuis il en a esté encore prins d'aultres, entre
lesquels sont La Molle et le comte Coconas, qui sont entre les mains
des gens de ma cour de parlement, pour leur estre faict leur procès,
s'estantz desjà, par les interrogations que l'on leur a peu faire, et
leurs confessions vollontaires, vériffié comme ilz ont voulleu
suborner mes frères, le Duc d'Alençon et Roy de Navarre, et les
enlever hors d'auprès de moy pour leur faire entreprendre quelque
chose au préjudice de mon authorité et du repos de mon estat; pour
lequel effort ilz avoient disposé des chevaux en certains endroictz et
prins un lieu où ilz se debvoient rendre; ayant bien à louer Dieu de
ce que, par sa grâce, leur mauvais dessein n'a esté exécuté. Mes dicts
deux frères, ayantz recogneu la maligne intention de ceux qui les ont
voulleu ainsi malheureusement séduire, m'ont déclaré tout ce que
dessus, espérant bien que, par la confession des procès qui seront
faits à ceux qui se trouvent aujourdhuy prisonniers, il se pourra
descouvrir quelque chose davantage de ce à quoy tendoit le but de
ceste malheureuse entreprise; dont je ne manqueray de vous donner
advis affin que vous en puissiés parler au lieu où vous estes.

  [155] Cette lettre manque.

Cependant je ne veux oublier à vous dire que mon cousin, le Prince de
Condé, ayant eu quelque frayeur, pour luy avoir esté donné à entendre
que je tenois prisonniers mes dictz frères, est sorty d'effroy de la
ville d'Amiens, et s'est rettiré du costé des Ardennes, ainsy que je
l'ay entendu. Mais j'espère que, comme son parlement a esté fondé sur
un faux donné à entendre, quand il sçaura la vérité des choses, comme
j'ay donné ordre de la luy faire sçavoir, il s'en retournera au dict
Amiens pour continuer à pourvoir aux affaires de son gouvernement,
selon la charge que je luy en ay donnée et que luy avois envoyée
expressément.

Je viens d'avoir nouvelles de mon cousin, le duc Montpensier, comme il
a, avec le Sr de La Vauguion, suivi de si près les troupes de La Noue,
qui avoient envie de se joindre à Langoran, qu'il les a contrainct de
prendre aultre chemin et de tirer du costé de la Rochelle, estant mon
dict cousin en délibération de les combattre avec bonne intention de
les deffaire, comme il est bien plus fort qu'elles ne sont. Quand au
dict La Noue, estant malade d'une fiebvre double tierce, il s'estoit
rettiré à la Rochelle, où je croy que mon cousin le sieur Strossy et
le secrettaire Pinart, qui estoient après à le joindre, pourront
négotier avec luy du faict de leur charge.

Du costé de la Normandie, j'ay eu aujourdhui advis que le Sr de
Matignon a fait lever le siège devant Valongnes à Montgomery, qui
s'est rettiré du costé de Vire, où il le poursuivoit pour le combattre
avec une bonne troupe de forces, luy ayant desjà faict changer d'un
logis ou deux.

J'espère quelque bon effaict de ces deux costés, n'ayant rien qui
bouge, grâces à Dieu, ez aultres provinces par deçà, où les choses
sont en fort paisible estat; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Vincennes, le XVIIe jour d'apvril 1574.


Je ne veux oublier de vous dire que, despuis ces nouveaux accidentz
survenus, je me suis résollu de mettre en wartguelt jusques à cinq
mille chevaux reytres, et de demander une levée de six mille Suisses,
pour estre fort et donner la loy à ceux de mes dicts subjectz qui me
seront désobéissantz.

    CHARLES.      BRULART.



CLXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour d'apvril 1574.--

  Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre pendant la maladie
    du roi.--Intercession d'Élisabeth en faveur de La
    Mole.--Déclaration faite par Catherine de Médicis des motifs
    qui ne permettront pas d'user de clémence envers lui, s'il est
    condamné.


Monsieur de La Mothe Fénélon, l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre,
Madame ma bonne sœur, m'est venu aujourdhui trouver, et a commencé à
me dire que sa Maistresse avoit esté grandement resjouie, quand elle
avoit entendu, par sa dépesche, que le Roy, Monsieur mon filz, et moy
continuons toute bonne amitié envers elle, et que les choses que l'on
disoit de mon filz le Duc, sur l'occasion de ce qui est cy devant
advenu, ne se trouvoient telles que on en avoit faict courir le
bruict, qui estoit bien le plus grand desplaisir qu'elle pouvoit
recevoir; car, comme l'amitié singullière, qu'elle luy avoit tousjours
cy devant portée, estoit principallement fondée sur celle qu'elle
avoit avecque le Roy, Mon dict Sieur et filz, et moy, aussy quand il
seroit mal avec nous, elle n'en pourroit que grandement diminuer. Ce
que je luy ay conforté et remercié de ce que, en cella, elle randoit
un bien ample tesmoignage de la syncérité de son affection,
l'asseurant, comme la vérité est, que nostre amitié vers elle est
telle et aussy syncère qu'elle ait esté cy devant, et que nous avons
tout desir de l'estreindre tousjours de plus en plus; et que, Dieu
mercy, il estoit en aussy bonne intelligence avec nous que nous le
sçaurions souhaitter pour nostre contentement, et que sa vollonté et
la nostre n'estoit qu'une mesme chose.

Puis il m'a dict qu'il avoit à parler au Roy, Mon dict Sieur et filz,
quelque chose de la part de sa Maistresse, mais, à cause de son
indisposition, il ne le voulloit empescher, m'ayant déclaré que
c'estoit de La Molle, lequel ayant veu et estimé pour gentilhomme fort
honneste, elle a quelque occasion de penser qu'il ne luy seroit poinct
tombé au cœur de faire une meschanceté; toutesfois qu'elle ne sçavoit
pas de quoy il peût estre chargé, mais que, s'il y avoit chose qui ne
feust de si grand grief et offence qu'elle peût estre remise, qu'elle
prieroit vollontiers pour luy. En quoy elle estoit incitée d'aultant
plus qu'elle avoit tousjours recogneu la bénignité et clémence de mon
dict filz si grande envers ses subjectz, qu'il avoit tousjours fort
vollontiers pardonné, mesmement à ceux qui, par plusieurs fois, ont
prins et porté les armes, les ayant, après cella, aultant
favorablement traictés que pourroit faire le plus clément prince du
monde, comme encores il se voyoit aujourdhuy qu'il leur faict de si
belles et raisonnables offres que, quand ilz ne les voudront accepter,
ilz mériteront d'en estre blasmés de tout le monde, et que tous les
princes, qui font profession de leur religion, leur seroient
contraires.

Là dessus, je luy ay respondu que j'estois bien aise qu'il fît ce
jugement avec la vérité, mais, quand à ce qui touche le pardon qu'a
faict le Roy, Mon dict Sieur et filz, à ses subjectz, quand ilz se
sont cy devant eslevés en armes, ç'a esté lorsqu'ilz ont faict
cognoistre que ce qu'ilz en faisoient n'estoit que pour le faict de
leur religion, et estre en cella contentés de ce qui serviroit à la
satisfaction de leur conscience, et que, leur y ayant esté pourveu,
ilz luy ont randu l'obéyssance telle que debvoient de bons subjectz:
mais, pour le regard du dict La Molle, il y avoit bien d'aultres
considérations; car estant une personne qui a esté nourrie près de
nous, et se peut dire de nostre pain, luy ayant, Mon dict Sieur et
filz, faict de l'honneur et de la faveur, non pas comme à un subject
et serviteur, mais aultant quasi qu'il eut sceu faire à un qui luy eut
esté compaignon, la faulte, qu'il pouvoit avoir faicte, estoit
beaucoup plus grande en son endroict que de toutes aultres personnes;
qu'il sçavoit bien que, quand semblables accidentz estoient advenus en
Angleterre, la Royne, sa Maistresse, n'avoit pas pardonné à ses
propres parentz, et avoit laissé traicter telle chose par la justice,
ainsi qu'il estoit raisonnable, et comme l'on faict présentement,
estant le dict La Molle et ceux qui sont accusés comme luy entre les
mains des premiers juges de ce royaulme, qui sont les gens de la cour
de parlement de Paris; par lesquelz tout homme accusé en ce dict
royaulme desire estre plustost jugé que par nulz aultres, par la
grande et singullière intégrité qui est recogneue en eux.

A quoy il n'a peu contredire, mais a plustot approuvé ce que je luy en
déclarois, me disant si on ne peut sçavoir encores de quoy le dict La
Molle est convaincu?

A quoy je luy ay respondu qu'il ne se sçavoit poinct; mais que cest
affaire estoit traicté avec toute la syncérité qui se peut dire, et
que, après avoir esté le procès faict, nous en fairions part à sa
dicte Maistresse pour luy faire cognoistre le fonds de la vérité des
choses, que nous ne voudrions demeurer célé à personne qui nous touche
d'amitié si intime.

C'est, en somme, le contenu des propos qui se sont passés entre nous,
desquelz je vous ay bien voullu donner advis, affin que, si la Royne,
ma dicte bonne sœur, vous en parle, par delà, ou vous dict ce qu'elle
en aura sceu de son dict ambassadeur, vous en puissiés estre d'aultant
plus asseuré par ce que présentement je vous en mande, et vous y
conformer.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, attendant qu'il vous soit
faict responce sur la dépesche que nous a porté le Sr de Vassal[156],
je vous prieray d'user tousjours envers ma dicte bonne sœur de toutes
les démonstrations de nostre bonne amitié qu'il sera possible, comme
aussy ne nous est elle aulcunement diminuée par ces nouveaux
accidentz, mais plustost accreue; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Vincennes, le XXVe jour d'apvril 1574.

    CATERINE.     BRULART.

  [156] Voyez CCCLXXVe dép., tom. VI, pag. 77.



CLXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour de may 1574.--

  Protestation du roi qu'il n'a pas l'intention de s'allier avec le
    roi d'Espagne.--Son desir de voir réussir le mariage du duc
    d'Alençon.--Offre de faire prochainement
    l'entrevue.--Recommandation de surveiller les menées des
    protestans français en Angleterre.--Promesse qu'il sera fait
    droit aux réclamations de sir Arthus Chambernon.--Situation
    désespérée de Montgommery en Normandie.--Assurance que le roi
    est en meilleure santé.--Condamnation et exécution de La Mole
    et de Coconas.


Monsieur de La Mothe Fénélon, comme vostre secrettaire estoit
dernièrement sur le poinct de partir et avoit desjà sa dépesche,
Vassal arriva avec la vostre, du XVe du passé, despuys laquelle j'ay
receu celle du XIXe[157]; et pour vous y respondre, je vous diray que
j'ay bien considéré le mémoire dont vous avés chargé le dict Vassal,
contenant plusieurs advis qui monstrent bien que celluy qui vous les a
donnés a une singullière affection à la conservation de moy et de mon
estat; dont je sçauray bien faire mon profict, Dieu aydant; mais,
quand à ce qui touche les persuasions que l'on se veut donner par
delà, que j'ay une privée intelligence et communiquation de conseilz
avec le Roy Catholique, et ce que l'un des conseillers de ma bonne
sœur vous a voulleu faire croire, c'est chose de la créance de
laquelle j'estime qu'ilz sont grandement esloignés, et que l'on vous
en a parlé pour vous faire ouvrir et déclarer là dessus, mes actions
faisans assés cognoistre à ceux qui en voudront juger sainement que je
ne suis poinct plus affectionné ez choses qui touchent le dict Roy
Catholique que en ce qui concerne ma bonne sœur, l'amitié de la
quelle j'ay recerché et recerche de confirmer perpétuellement par tous
les meilleurs moyenz qu'il m'est possible.

  [157] Voyez CCCLXXVe et CCCLXXVIe dép., tom. VI, pag 77 et 80. Le
  mémoire qui était joint à la première de ces dépêches n'a pas été
  transcrit sur les registres de l'ambassadeur.

En quoy il se peut dire que je n'y ay rien oublié de ce que je y ay
peu advancer de mon costé, et que, si, du costé de delà, la
disposition y eut esté aussy ouverte et sincère, il en feût desjà
sorti un bon effaict au commun bien et utilité de noz deux royaulmes;
et bien que ces derniers accidentz survenus soient telz qu'ilz ont
interrompu le dessein et délibération que j'avois pris de m'aproscher
de la Picardie, pour facilliter l'entreveue de mon frère le Duc
d'Alençon, ainsy que je vous l'ay cy devant escript, si est ce qu'ilz
n'ont en rien diminué la bonne vollonté que j'ay tousjours eue
d'establir, par le moyen de son mariage, une indissoluble amitié entre
noz deux royaulmes. Auquel desir je continue persévèremment, comme je
feray jusques à ce que je voye que, du costé de delà, il ne s'en
pourra plus rien espérer, n'ayant jamais donné à cognoistre au docteur
Dale, qui est icy ambassadeur résident, qu'il y eût aulcun
réfroidissement, de mon costé, en ce regard.

Bien ay je peu monstrer que ceste entreveue de mon frère, le duc
d'Alençon, ne se pouvoit pas faire à ceste heure, et jusques à ce que
les choses soyent un peu mieux remises qu'elles ne sont encores, et
mesmes qu'il semble, par le propos qu'il m'a tenu de la part de sa
Maistresse, que, si elle cognoissoit une mauvaise intelligence de mon
dict frère envers moy et la Royne, Madame et Mère, cella diminueroit
beaucoup la bonne amitié qu'elle luy portoit, fondée principallement
sur la bonne affection qu'elle a à l'endroit de Ma dicte Dame et Mère
et de moy. De quoy il a esté requis qu'elle feust premièrement
asseurée, sellon qu'il a esté faict par les propos que l'on a eus
avec son dict ambassadeur, et ce que vous avés eu charge de luy en
exposer par delà; vous voullant bien dire que j'ay tant de desir de
voir le faict de ce mariage conduict à une bonne et heureuse fin, que,
si ma dicte bonne sœur vous veut asseurer qu'après avoir veu mon dict
frère, elle l'espousera, sans qu'il se mette plus en avant aulcune
difficulté, incontinent que l'estat des affaires de mon royaulme aura
esté un peu remis, ce que j'espère dans peu de temps, je m'aproscheray
de la dicte frontière de Picardie pour effectuer ceste entreveue, et
luy fairay bien cognoistre que je ne suis aulcunement réfroidy du dict
mariage; mais qu'il m'en demeure le mesme desir que je y ay eu cy
devant, lequel m'est pleustost accreu que diminué.

J'ay veu ce que me mandés des excuses et prétextes que le comte de
Montgomery a faict entendre, par delà, l'avoir induict à se venir
employer au secours de ceux qui se sont eslevés en armes, lesquels
sont aussy faulsement controuvés que toutes les aultres mauvaises
inventions de telles personnes, pour donner coulleur à leurs
meschantes entreprises. Or, en cella, et aux réquisitions qu'il faict
d'avoir quelques secours, soit de gens ou de navires, et aussy aux
sollicitations que le ministre Vilden, Robineau et le ministre de La
Noue, nommé Textor, font par delà, c'est à vous à y avoir l'œil
soigneusement ouvert, et faire de bien vives instances envers la Royne
d'Angleterre à ce qu'elle ne souffre, selon ce qui appartient à nostre
commune amitié et aux derniers traictés que nous avons faict, qu'ilz
soyent ouïs aux choses qu'ilz pourront réquérir pour fomenter le
trouble de mon dict royaulme et le secours de ceux qui se sont
eslevés, et d'empescher qu'ilz n'obtiennent rien d'elle ni de ses
subjectz, directement ou indirectement, qui est le meilleur servisse
que me sçauriés faire pour le présent.

J'ay veu la coppie que m'avés envoyée du mémoire que vous a présenté
le sir Arthus Chambernon, sur lequel ce que je vous peux dire c'est
que le comte, de Montgomery faict assés cognoistre, par tous ses
déportementz, qu'il n'a aultre vollonté que de poursuivre la ruine de
mon royaulme, en tout ce qu'il pourra; dont il ne méritte de recevoir
de moy aulcun bon traictement en ses biens, comme cy devant je luy
avois offert, s'il se feust contenu doucement: à quoy je ne suis pas
délibéré d'entrer. Mais, pour le regard de ce qui touche l'intérest du
filz du dict Chambernon, et la jouissance qu'il demande pour luy du
dot de sa femme, fille du dict comte, sur les biens qu'il a en ce
royaulme, montant douze mille livres, je luy en fairay tousjours faire
bonne justice en faveur de ma dicte bonne sœur; mais je desire que
vous empeschiés dextrement que, soubz umbre de cella, il n'entreprenne
un voyage de par deçà, de peur que ce ne feust pour aultre mauvaise
intention. En quoy vous luy pourrés remonstrer qu'il n'est poinct de
besoin qu'il s'y achemine pour telle occasion, mais qu'il suffira
qu'il fasse présenter sa requeste par l'ambassadeur, qui est icy
résident, sur laquelle il aura toute la favorable responce qu'il sera
possible.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray comme s'estant
le dict comte de Montgomery réduict dedans Sainct Lô, (la tenant à
ceste heure assiégée), enfin pour ne s'y trouver trop seurement, j'ay
sceu que, avec vingt et cinq ou trante chevaux, il s'est hazardé de
sortir pour s'aller mettre dans Carentan. J'ay envoyé bonne quantité
de canons, poudres et munitions de ma ville de Paris au Sr de Matignon
pour assiéger ces deux places là, oultre ce qu'il en a desjà de mon
païs de Normandie, de sorte que j'espère que, dans peu de temps, il
les aura remises en mon obéissance, n'estant encore en bon estat de
fortification.

Ne me restant rien à vous dire, Monsieur de La Mothe Fénélon, si ce
n'est que je ne fais poinct de doubte que l'on ne parle diversement,
au lieu où vous estes, de l'estat de ma disposition, mesmement à cause
des mèdecins de Paris, que j'ay faict venir pour me voir; et affin que
vous n'en soyés en peyne, et en sçachiés la vérité, je vous asseure
que m'ayant faict tirer du sang, je me sens grandement soulagé, et me
trouve sans aulcune doulleur, avec espérance que, dans peu de jours,
je seray entièrement guéri, et pourray me lever, Dieu aydant.

Et finirois en cest endroict ceste lettre, n'estoit qu'il faut que je
vous die encores comme La Molle et le comte Coconas feurent hier jugés
à avoir la teste tranchée, et le jugement exécuté, ayantz esté
convaincus d'avoir attenté contre mon estat; et ont recogneu, avant
que de souffrir le dernier supplice, que, méritoirement et à juste
occasion, ilz avoient esté condemnés à mort, et que leur fin serviroit
de grand exemple à toutes personnes qui auroient au cœur telles
mauvaises entreprinses, que celles qu'ilz ont tentées; se pouvant dire
qu'il a esté usé, à la confession et jugement de leur procez, de toute
la plus grande sincérité, et les choses pesées avec le plus grand
respect qui se puisse observer, et que, s'il se feût peu trouver
quelque excuse pour eux, elle eût esté employée; mais ilz se sont
trouvés si coulpables que eulx mesmes se sont condemnés et confessés
dignes de mort beaucoup plus cruelle que celle qu'ilz ont soufferte;
priant Dieu, etc.

Escript au boys de Vincennes, le IIe jour de may 1574.


J'ay faict garder ceste dépesche jusques aujourdhuy que je vous puis
asseurer ma santé m'estre tousjours de plus en plus confirmée, et me
trouver si bien, à ceste heure, que j'espère sortir dans peu de jours.

    CHARLES.      BRULART.



CLXVI

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON

--du Ier jour de juing 1574.--

  Reconnaissance de la régence de Marie de Médicis par le duc
    d'Alençon, après la mort du roi Charles IX.--_Même déclaration_
    faite par le roi de Navarre.--_Acte de reconnaissance_, par le
    parlement de Paris et les princes du sang, des pouvoirs
    conférés à la reine-mère.


Monsieur de La Mothe, je ne saurois assés vous exprimer l'extrême
regrect, qui me demeure, de la perte, que j'ay faicte, du Roy Mon
Seigneur et frère, qu'il a pleu à Dieu appeller à sa part. Toutesfois,
me conformant à sa saincte vollonté, et considérant que c'est chose
commune à tous hommes, je me forceray de surmonter ceste dolleur le
plus vertueusement qu'il me sera possible, et vous diray que la
dernière vollunté du Roy, Mon dict Seigneur et frère, a esté que la
Royne, Madame et Mère, régist et gouvernast les affaires de ce
royaume, en attendant le retour du Roy de Poullogne, Mon Seigneur et
frère, ce qu'elle a accepté, meue de l'affection qu'elle porte au bien
d'icelluy royaume. En quoy, sellon le naturel debvoir que j'ay envers
la Royne, Madame et Mère, je m'esforceray de luy randre tout service
et obéissance, vous priant, de vostre part, vous conformer en cella en
ce qui est de vostre charge, et y randre la mesme dilligence et
fidellité que vous avés faict le passé, comme nous avons toute fiance
en vous; priant Dieu, etc.

Escript au bois de Vincennes, le premier jour de juing 1574.

    Vostre bon amy.      FRANÇOYS.


   LE ROY DE NAVARRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

   --du Ier jour de juing 1574.--

   Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la lettre que la
   Royne vous escript[158], comme il a pleu à Dieu disposer du feu
   Roy Mon Seigneur, perte qui, est si notable à ce royaume qu'il ne
   peult qu'il n'en demeure ung regret infini à tous ceux qui en
   sont serviteurs affectionnés. Mais il nous demeure une bien
   grande consolation de ceste affliction, qui est que Sa Majesté,
   sentant sa fin, pour tesmoigner le singulier desir qu'elle a
   tousjours eu au repos de ses subjectz, a ordonné, par sa dernière
   vollunté, que l'administration et régence des affaires demeurent
   à la dicte Dame, attandant l'arrivée du Roy de Poullogne. Ce
   qu'elle sçaura très bien faire par sa prudance et la longue
   expériance qu'elle en a, et aussy pour la dévotion grande qu'elle
   a à ceste couronne. En quoy je l'assisteray et recognoistray,
   sellon qu'elle en est très digne par ses vertus, comme et
   semblablement fairont touts les principaux et bien affectionnés
   ministres de ceste couronne; vous priant, de
vostre costé, faire en cecy ce qui est de vostre charge, et y
randre le bon debvoir que l'on sçait que vous avés faict ci devant,
ainsi que la dicte Dame s'en assure; priant Dieu, etc.

Escript au bois de Vincennes, le premier jour de juing 1574.

    Vostre bon amy.       HENRY.

  [158] Voyez la lettre de Catherine de Médicis, en date du 31 mai
  1574, _Additions aux Mémoires de Castelnau_, no CXI, tom. III,
  pag. 405.


   ACTE DE RECONNAISSANCE,

   Par le parlement et les princes du sang, des pouvoirs conférés à
   la reine-mère.

   --du dernier jour de may  1574.--

Le lundy, dernier jour de may, mil cinq cens soixante quatorze, la
Royne, Mère du Roy, estant au chasteau de Vincennes, accompagnée de
Monseigneur le Duc d'Allençon, son filz, frère du Roy, du Roy de
Navarre et de Monseigneur le Cardinal de Bourbon:

Les six présidents en la Cour de Parlement de Paris, assistés
d'aulcuns présidens des enquestes, d'un grand nombre de conseillers,
de l'un des advocatz et du procureur général en la dicte court, se
sont présentés à la dicte Dame, et à icelle remonstré que la dicte
court de Parlement, ayant entendu le trespas du feu Roy Charles
dernier, son fils, naguières décédé, et considérant que le Roy Henry,
son frère, à présent Roy de France et de Poulogne, ne peut si tost
entreprendre l'administration des affaires de ce dict royaulme;

Icelle Court, pour s'acquiter de ce qu'elle doibt et veult rendre à
son Roy et Souverain Seigneur, se seroit légitimement assemblée au
palais de Sa Majesté, à Paris, lieu de sa séance ordinaire, où,
estant, après luy estre apareu de la dernière vollunté du feu Roy
Charles, par ses lettres patantes, peubliées en icelle Court, elle les
a depputté devers la dicte Dame, avec charge expresse de la supplier
et requérir de voulloir, en l'absance du dict Seigneur Roy, et
attandant son retour, accepter la charge et administration des
affaires de ce dict royaulme, pour les conduire et diriger par sa
vertu, et comme elle a tousjours prudamant faict, durant la minorité
du dict feu Roy Charles, au grand contantement de tous ses peuples et
subjectz, luy offrant, à ceste fin, toute obéissance et
recognoissance, en choses qu'il luy plairra ordonner pour le service
de leur Roy et Souverain, comme à sa propre personne.

A quoy sont intervenus Mon dict Seigneur, frère du Roy, les dictz
Seigneurs, Roy de Navarre et Cardinal de Bourbon, assistés de
Monseigneur le chancellier de France et de plusieurs seigneurs du
conseil privé, qui toutz unanimement ont faict pareille requeste à la
dicte Dame, et offert de la servir, obéir et recognoistre en toutes
choses;

Suivant laquelle requeste et instance, la dicte Dame, meue de
l'affection maternelle qu'elle a envers le dict Seigneur Roy, son
filz, et au bien de ce dict royaume, accepte la dicte charge.

Faict en présence de nous, conseillers et secrettaires du dict
Seigneur Roy, au jour dessus dict.

    FIZES.      BRULART.      PINART.



CLXVII

LA ROYNE RÉGENTE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Ve jour de juing 1574.--

  Conjuration formée en France par les Anglais attachés à
    l'ambassade.--Offres faites au duc d'Alençon au nom
    d'Élisabeth.--Charge donnée à l'ambassadeur de les porter à sa
    connaissance.--Déclaration de Catherine de Médicis qu'elle va
    faire arrêter les coupables.--Résolution de suspendre
    l'exécution de cette mesure.


Monsieur de La Mothe, je vous fis, avant hier, une bien ample responce
à vostre dernière dépesche, et par mesme moyen vous manday comme ceste
entreprinse et menée de la Royne d'Angleterre, se sont trouvées par
elle faillies, sans vous déclarer autrement comme je le sçavois; mais
despuis, j'ay pansé qu'il ne peult estre que bien à propos, pour le
service du Roy, Monsieur mon filz, que vous saichiés que c'est: dont
vous ne parlerés à personne qu'à la dicte Dame Royne mesme, car je
croy certainement qu'elle est si sincère en la foy qu'elle a jurée et
promise par le dernier traicté, et qu'elle s'asseure tant de nostre
bonne vollunté et affection en son endroict, qu'elle ne sçait rien des
mauvais offres et pratiques que ses ambassadeurs, qui sont par deçà,
ont voulleu faire envers mon filz le Duc d'Allençon; auquel il a esté
offert, au nom de la dicte Dame, de luy fournir comptant cinquante
mille escuz, luy fère soudoyer deux mille reistres, vingt mille
lansquenetz, sans d'autres françois, et tous les préparatifs et
vaisseaux de guerre qui sont, comme ilz l'ont assuré, tous pretz à
faire voille, en Angleterre, pour s'en servir, s'il eust voulleu
croire le mauvais conseil et les persuasions que luy ont faict faire
les dictz ambassadeurs, ainsi que mon dict filz mesme m'a déclairé,
m'asseurant, comme je vous ay escript par ma dicte dernière dépesche,
qu'il aymeroit mieux mourir que de tumber en telle faulte. Et aussi
m'assuray je bien que la dicte Dame Royne est trop saige et princesse
si vertueuse qu'elle ne vouldroit pas avoir commandé à ses dictz
ambassadeurs telles choses; mais que ce sont de mauvais ministres
qu'elle a, qui font ces maulvais offres, d'eux mesmes.

Vous luy dirés que je vous ay commandé de luy en donner compte et la
prier, de ma part, ne trouver maulvaiz si je faictz arrester
prisonniers ceux qui suivent et sont avec ses dictz ambassadeurs,
faisant les menées auprès d'eux envers mon dict filz le Duc
d'Allençon, et en divers autres lieux et en aulcunes maisons de ceste
ville, comme je sçay, aussy certeinemant tout ce qu'ilz y ont faict,
et ceux mesmes qui méritent pugnition. Toutesfois, pour le respect de
la dicte Dame et de ses dictz ambassadeurs, il n'en sera faict aulcun
tort ni déplaisir, mais les ferrai seullement mettre prisonniers pour
vériffier le présent cas pour ceulx dont je suis advertye; ayant, dès
hier, faict prandre Bonacourcy, qui est ung de ceux par qui ilz
faisoient porter ces belles offres à mon dict filz, comme aussy je say
certainement que le cappitayne Jaccob a faict bien souvant, despuis
quelque temps; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le Ve jour de juing 1574.


Monsieur de La Mothe, despuis ceste lettre escripte, j'ay pensé qu'il
vault mieux que je diffaire de faire prandre le dict cappitaine Jaccob
et autres qui se sont meslés des dictes menées, fréquentant avec les
dictz ambassadeurs d'Angleterre. Et pour ce, je vous prie que personne
ne sçaiche le contenu en ceste lettre que vous, à qui je remectz de
dire à la dicte Royne ce que verrés qui sera à propos de tout ce que
dessus, et vous comporterés avec elle et ses ministres, par dellà, de
façon que nous puissions faire continuer avec elle, et elle avec nous,
la bonne et parfaicte amityé que nous nous sommes jurée et promise par
nostre dernier traicté, et que je m'asseure que le Roy, Monsieur mon
filz, continuera et entretiendra de sa part, mais qu'il soit arrivé;
ainsi que je vous ay escript par ma dicte dernière dépesche.

    CATERINE.       PINART.



CLXVIII

LA ROYNE RÉGENTE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de septembre 1574.--

  Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre.--Comparution
    devant Catherine de Médicis du secrétaire contre lequel elle a
    porté plainte.--Excuses qu'il présente.--Déclaration de
    l'ambassadeur qu'Élisabeth enverra prochainement en France une
    députation pour féliciter le roi sur son avènement.


Monsieur de La Mothe Fénélon, en attandant que le Roy, Monsieur mon
filz, qui arriva seullement avant hier en ceste ville, vous puisse
faire ample responce à la dépesche que vous nous avés faicte par
Vassal[159], et mander son intention sur toutes les aultres choses qui
sont à résouldre pour le faict de vostre charge et d'Escosse, dont il
se résouldra dans trois ou quattre jours, je vous diray que, hier
après disner, l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur
et cousine, m'ayant faict demander audience, amena en icelle le
secrettaire que je vous ay escript qui a faict de si bons offices par
deçà, comme je fis aussy entendre à la dicte Dame Royne par la lettre
que je luy escrivis dernièrement de ma main, et de laquelle le dict
secrettaire m'a rapporté responce, escripte de la main d'icelle Royne,
dont je vous envoye le double, affin que vous voyez de quelle façon
elle a pris ce que je luy ay mandé du dict secrettaire; qui voulloit
s'excuser des choses passées comme s'il n'eut sceu que c'estoit, et
qu'il ne s'en feust poinct meslé.

  [159] Voyez CCCCIe dép. du 24 août 1574, tom. VI, pag. 214.

Sur quoy luy demandant s'il s'en voulloit justiffier, et qu'il y avoit
icy des gens, par devers lesquelz l'on le mettroit, qui esclerciroient
bientost ce faict, selon ce que la dicte Royne m'escrivoit que ce
seroit bien faict de le faire chastier, s'il avoit faict ceste faulte;
ce qui l'a bien estonné, estant assés empesché à me respondre sur
cella: car, voyant qu'il voulloit monstrer de n'estre poinct
coulpable, je luy ay réittéré, par deux ou trois fois, ce propos,
auquel le dict ambassadeur s'est entremis, et a dict qu'il valloit
mieux que les choses passées s'oubliassent.

Et est entré en aultre propos: que icelle Royne, sa Maistresse,
envoyeroit bientost par deçà un seigneur de qualité pour se
condoulloir avec le Roy, Monsieur mon filz, de la mort du feu Roy,
que Dieu absolve, et par mesme moyen le visiter à son advènement;
asseurant, le dict ambassadeur, que sa dicte. Maistresse a tout bon
desir de continuer en bonne et vraye amitié et intelligence avec Mon
dict Sieur et filz, si elle cognoit qu'il en veuille aussy
réciproquement user en son endroict, de mesme comme faisoit le Roy mon
dict filz, dont je l'ay bien asseuré que oui, et qu'il l'entendra de
luy mesmes à sa première audience; priant Dieu, etc.

Escript à Lion, le VIIIe jour de septembre 1574.

    CATERINE.       PINART.



CLXIX

LE ROY (HENRI III) A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour de novembre 1574.--

  Voyage du roi, Henri III jusqu'à Avignon.--Accident arrivé au
    passage du pont Saint-Esprit.--Desir du roi de rétablir la paix
    dans son royaume.--Protestation d'amitié envers la reine
    d'Angleterre.--Assurance que le roi veut maintenir le traité
    conclu par son frère.


Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés veu, par ma dernière
dépesche, la résollution que j'avois prise de m'en venir en ceste
ville, où je me suis acheminé suivant cella, estant arrivé dès mècredy
dernier; et s'est mon voyage bien porté, grâces à Dieu, sinon qu'il
est advenu que l'un des batteaux, où estoient aulcuns des officiers de
la Royne de Navarre, ma sœur, heurta, passant soubz une des arches du
pont Sainct Esprit, par la mauvaise conduitte du marinier qui en avoit
la charge, la pile de la dicte arche, et s'ouvrit; de sorte que une
partie des dictz officiers se noyèrent et mesme le premier maistre
d'hostel de ma dicte sœur, Alfonce de Gondy, et une partie des
meubles qui estoient sur le dict batteau se sont perdus, l'aultre
partie, tant des hommes que des meubles, a esté sauvé.

L'occasion principalle de mon dict voyage par deçà est pour regarder
et essayer, comme j'ay tousjours faict, despuis mon retour en ce
royaulme, d'attirer ceux de mes subjectz, qui se sont eslevés en
armes, à ce qui est de leur debvoir, sans voulloir négliger en cella
aulcune chose que je penseray y pouvoir profitter, avec ma réputation,
pour l'establissement du repos de ce dict royaulme; car, quand je ne
verrois et ne sçaurois qu'il est temps de le faire, mon intention est,
quelque chose que l'on veuille faire croire par delà, d'y pourvoir
plustot par la voye douce que celle de la force, bien que les moyens
de la dernière ne me soyent si courts que l'on faict publier en
Angleterre. Il ne tiendra donc qu'à mes dictz subjectz eslevés qu'ilz
ne jouissent bientost du repos qu'ilz doibvent desirer et pourchasser,
et selon ce, qu'ilz se monstreront raisonnables en leurs demandes et à
recevoir les conditions que je leur veux donner, l'on jugera de leurs
cœurs et affection à la tranquillité publique de ce royaulme: en
quoy, lorsque je y verray quelque avancement, vous en serés adverti.

Cependant, Monsieur de La Mothe Fénélon, entrettenés tousjours la
dicte Royne et ses dictz ministres en ce que je vous ay escript
despuis mon retour, qui est que je ne desire rien tant que de
continuer en vraye et parfaicte amitié avec icelle Royne, et que, si
elle est bien disposée en cella, qu'aussy suis je, et d'entrettenir
entièrement, de ma part, le dict traicté comme il fault donques
qu'elle fasse de la sienne, sans assister, ou faire assister, en
quelque façon que ce soit, mes subjectz eslevés; me délibérant d'estre
envers elle, pour tout ce que je luy promettray, si sincère qu'elle
aura toute occasion de s'en louer. Aussy désirè je bien qu'elle en
face de mesme, et que ceux de mes subjectz qui me font la guerre, sans
se voulloir remettre et retourner à leur debvoir envers moy, ne
trouvent faveur et assistance envers elle et ses principaux ministres,
à mon préjudice; ce que j'estime que n'adviendra plus, quand elle
entendra la droicte vollonté dont je veux procéder envers elle et ses
subjectz, que je desire estre aussy réciproque d'elle envers moy et
les miens, comme vous l'en pourrés tousjours bien asseurer, attandant
que ceux que j'envoyeray de bref par delà y puissent arriver.

Je fais responce aux lettres que le Sr de l'Anguillier m'a escrites,
et luy envoye un passeport, comme il le demande, que vous luy fairés
seurement tenir; priant Dieu, etc.

Escript à Avignon le XXIIIe jour de novembre 1574.

    HENRY.      PINART.


   NOTA.--Pour l'année 1575, il ne s'est trouvé dans les papiers de.
   l'ambassadeur qu'une seule lettre inédite du roi en date du 24
   mars, et Le Laboureur n'en a publié lui-même qu'un très-petit
   nombre.

   Voir les _Additions aux Mémoires de Castelnau_, tom. III, p. 444
   à 466, nos CXLVII à CLI, et nos II à XVIII des _nouvelles
   additions_:

   _Lettres du roi_ des 3 mars; 2, 4, 21 mai; 3, 21 juin; 7, 29
   juillet, et 7 août 1575.

   _Lettres de la reine-mère_ des 4 mai et 29 juillet 1575.



CLXX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIVe jour de mars 1575.--

  Satisfaction du roi au sujet de la communication de son mariage à
    la reine d'Angleterre.--Assurance qu'il continuera toujours à
    maintenir l'amitié avec elle.--Satisfaction de la conduite
    tenue par Élisabeth a l'égard de Marie Stuart.--Espoir que la
    mission de Mr de La Châtre aura un bon résultat.--Prochaine
    arrivée des députés envoyés par le prince de Condé.


Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz trois dépesches des VIIe,
XIe et XIVe[160], sur lesquelles ce que j'ay à vous dire c'est que je
demeure très satisfaict de ce que vous avez sceu bien déduire à la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur; touschant le faict de mon mariage,
qui n'apportera aulcune nouveaulté en la commune bonne amitié et
intelligence que je veux avoir, qui demeurera tousjours ferme de mon
costé, sans la souffrir altérer en quelque sorte que ce soit. Et ne se
peut rien adjouster sur ce subject à ce que vous avés sceu déduire
sagement, que je laisseray pour vous déclarer qu'il y a grande
apparance que, si cest armement de ma dicte bonne sœur se continue,
que ce sera à quelque aultre fin que du secours du Roy Catholique, mon
frère, veu que le grand commandeur luy a faict dire qu'il n'avoit
point de charge de l'accepter, sinon pour le secours du Païs Bas
contre le prince d'Orange; à quoy ma dicte bonne sœur ne s'est point
délibérée.

  [160] Voyez CCCCXXXVIIe, CCCCXXXVIIIe et CCCCXXXIXe dép., tom VI,
  pag. 390, 395 et 398.

Je suis, au surplus, bien aise que, après avoir faict difficulté sur
l'acceptation des petitz présentz que luy a envoyé la Royne d'Escosse,
ma belle sœur, enfin elle les ait receus amiablement, ayant suivi en
cella son royal naturel, qui ne peut estre corrompu par les malignes
persuasions de ceux qui, par tous moyens, essayent de l'exciter contre
ceste princesse prisonnière.

Je m'asseure que le Sr de La Chastre sera, à ceste heure, arrivé par
delà, et, que sa charge aura grandement aydé à disposer bien toutes
choses entre nous, ainsi que je le desire.

Au demeurant, je vous diray comme je suis attandant les députés de mon
cousin, le Prince de Condé, qui arriveront, comme j'espère, dans le
XXVIe ou XXVIIe de ce mois. Et sur ce, je prie Dieu, Monsieur de La
Mothe Fénélon, qu'il vous ait en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris, le XXIVe jour de mars 1575.

    HENRY.      BRULART.



FIN DU SEPTIÈME ET DERNIER VOLUME.



TABLE

DES

LETTRES ET PIÈCES CONTENUES DANS LE SEPTIÈME VOLUME.


ANNÉE 1569.

                                                                   Pages
    _Avis_ préliminaire.                                               I

    1 _Lettre_ du duc d'Anjou à La Mothe Fénélon--14 mars              1

    2 _Relation_ de la bataille de Jarnac                              3

    3 _Lettre_ du roi à La Mothe Fénélon--2 avril                     11

    4 -- du roi--3 avril                                              13

    5 -- du roi--16 avril                                             17

    6 -- de la reine-mère--17 avril                                   18

    7 -- du roi--14 mai                                               19

    8 -- du roi--28 mai                                               22

    9 -- du roi--2 juin                                               25

   10 -- du roi--8 juillet                                            27

   11 -- de la reine-mère--9 juill.                                   28

   12 -- du roi--17 juillet                                           31

   13 -- de la reine-mère--17 juill.                                  32

   14 -- du roi, 27 juillet                                           34

   15 -- du roi--27 juillet                                           37

   16 -- du roi--15 août                                              38

   17 -- de la reine-mère--13 août                                    41

   18 -- de Mr de La Meilleraie--17 août                              41

   19 _Lettre_ du roi--30 août                                        44

   20 -- du roi--6 septembre                                          46

   21 -- de la reine-mère--6 septembre                                48

   22 -- du roi--14 sept.                                             50

   23 -- du roi--20 sept.                                             53

   24 -- de la reine-mère--21 sept.                                   57

   25 -- du roi--30 sept.                                             58

   26 -- de la reine-mère--30 sept.                                   61

   27 -- du roi--4 octobre                                            62

   28 -- du roi à Mr de La Meilleraie--4 oct.                         63

   29 -- du roi à La Mothe Fénélon--7 oct.                            64

   30 _Relation sommaire_ de la bataille de Moncontour                65

   31 _Lettre_ du roi à La Mothe Fénélon--1er novembre                68

   32 -- de la reine-mère--1er nov                                    71

   33 -- du roi--19 nov                                               72


ANNÉE 1570.

   34 _Lettre_ de la reine-mère à La Mothe Fénélon--6 janv.           75

   35 -- du roi (_lettre ostensible_)--14 janvier                     76

   36 -- de la reine-mère (_lettre secrète_)--14 janvier              78

   37 -- du roi--21 janvier                                           79

   38 -- du roi--6 février                                            82

   -- _Articles_ proposés pour la pacification                        86

   39 _Mémoire_ confidentiel du roi--10 février                       89

   40 _Lettre_ du roi à La Mothe-Fénélon--3 mars                      90

   41 -- de la reine-mère--3 mars                                     94

   42 _Lettre_ du cardinal de Lorraine--3 mars.                       96

   43 -- de Mr de Morvilliers--3 mars.                                97

   44 -- du roi--8 mars.                                              98

   45 -- du roi--12 avril.                                           101

   46 -- du duc d'Anjou--12 av.                                      105

   47 -- du roi--4 mai.                                              107

   48 -- de la reine-mère--4 mai.                                    109

   49 -- du roi--31 mai.                                             112

   50 -- du roi--10 juin.                                            116

      -- de Mr de Fizes--10 juin.                                    118

   51 -- du roi--6 juillet.                                          119

   52 -- du roi--29 juillet.                                         122

   53 -- du roi--4 août.                                             123

   54 -- du roi--11 août.                                            124

   55 -- du roi--16 août.                                            126

   56 -- du roi--11 septembre.                                       127

   57 -- du roi--22 et 23 sept.                                      128

   58 -- de la reine-mère--22, 23 et 26 sept.                        131

   59 -- du roi--13 octobre.                                         133

   60 _Lettre_ de l'ambassadeur d'Angleterre au roi--16 octobre.     135

   61 -- du roi à l'ambassadeur d'Angleterre--17 oct.                138

   62 -- du roi à La Mothe Fénélon--19 octobre.                      140

   63 -- de la reine-mère 20 octobre.                                142

   64 -- de la reine-mère (_lettre secrète_)--20 octobre.            143

   65 -- de la reine-mère (_lettre secrète_)-20 octobre.             147

   66 -- du roi--28 octobre.                                         148

   67 -- du roi--6 novembre.                                         153

   68 -- de la reine-mère--6 nov.                                    155

   69 -- du roi--21 novembre.                                        156

   70 -- de la reine-mère--21 et 29 novembre.                        162

   71 -- du roi--26 décembre.                                        163

   -- _Réponse_ du roi aux ambassadeurs des princes de l'empire.     169


ANNÉE 1571.

   72 _Lettre_ du roi à la Mothe Fénélon--29 janv. et 1er
               février.                                              171

   73 -- de la reine-mère--2 fév.                                    178

   74 -- du roi--7 février                                           180

   75 -- de la reine-mère--17 fév.                                   183

   76 -- du roi--19 février.                                         185

   77 -- de la reine-mère--2 mars. (_lettre secrète_)                189

   78 -- du roi--7 mars.                                             193

   79 -- du roi--10 mars.                                            196

   80 -- de la reine-mère--3 avril (_lettre secrète_).               199

   81 -- du roi--11 avril.                                           201

   82 -- du roi--23 avril.                                           205

   83 -- du roi--7 mai.                                              208

   84 -- du roi--24 mai.                                             210

   85 -- de la reine-mère--24 mai (_lettre secrète_).                216

   86 -- du roi--4 juin.                                             217

   87 -- du roi--11 juin.                                            221

   88 -- du roi--18 juin.                                            223

   --  _Instruction_ à La Mothe Fénélon.                             226

   89. _Lettre_ de la reine-mère--3 juillet.                         229

   90 -- de la reine-mère--8 juillet.                                232

   91 -- de la reine-mère--25 juillet (_lettre secrète_).            234

   92 -- du roi--31 juillet.                                         235

   -- _Instruction_ remise à M. de Foix.                             238

   93 _Lettre_ du roi à La Mothe Fénélon--25 août.                   241

   94 -- du roi--10 septembre.                                       244

   95 -- du roi--27 septembre.                                       251

   96 -- de la reine-mère--27 septembre.                             256

   97 -- de la reine-mère--28 septembre.                             257

   98 -- du roi--7 octobre.                                          262

   99 -- du roi--20 octobre.                                         266

  100 -- du roi--2 novembre.                                         271

  101 -- du roi--15 novembre.                                        273

  102 -- du roi--30 novembre.                                        276

  103 -- du roi--1er décembre.                                       280

  104 -- de la reine-mère--1er décembre                              283


ANNÉE 1572.

  105 _Lettre_ du roi à La Mothe Fénélon--7 février.                 288

  106 _Instruction_ donnée à MMrs de Montmorenci et de
       Foix pour la négociation du mariage.                          289

  107 _Lettre_ de la reine-mère à La Mothe Fénélon--18 mai.          294

  108 -- du roi--23 et 25 juin.                                      295

  109 -- du roi--11 et 14 juillet.                                   298

  110 -- du roi--20 juillet.                                         303

  111 -- du roi--9 août.                                             306

  112 -- de la reine-mère--10 août.                                  315

  113 -- du roi--21 août.                                            316

  114 -- de la reine-mère--21 août.                                  320

  115 -- du duc d'Alençon--21 août.                                  321

  116 -- du roi--22 août.                                            322

  117 -- du roi--24 août.                                            323

  118 -- du roi--25 août.                                            325

  119 -- du roi--26 août.                                            326

  120 -- du roi--27 août.                                            329

  121 _Mémoire_ justificatif de la Saint-Barthèlemy.                 330

  122 _Lettre_ du duc d'Anjou à la Mothe Fénélon--3 sept.            334

  123 -- du roi--7 septembre.                                        335

  124 -- de la reine-mère 7 septembre.                               339

  125 _Conjouissance_ du cardinal de Lorraine sur la
         Saint-Barthèlemy                                            341

  126 _Lettre_ de la reine-mère à la Mothe Fénélon--8 septembre.     343

  127 -- de la reine-mère--11 septembre.                             345

  128 -- de la reine-mère--12 et 13 septembre.                       347

  129 -- du roi--21 septembre.                                       354

  130 -- du roi--22 septembre.                                       355

  131 -- du roi--4 octobre.                                          367

  132 -- de la reine mère--4 oct.                                    373

  133 -- du duc d'Alençon--8 octobre.                                374

  134 -- de la reine-mère--23 octobre.                               375

  135 -- du roi--27 octobre.                                         378

  136 -- du roi--3 novembre.                                         379

  --  _Instruction_ donnée aux gouverneurs de Normandie.             388

  137 Lettre du roi à La Mothe Fénélon--3 novembre.                  392

  --  _Articles_ présentés à Élisabeth, et ses réponses.             393

  138 _Lettre_ du roi à la reine d'Angleterre--19 nov.               399

  139 -- de la jeune reine à la reine d'Angleterre--19 novembre.     400

  140 -- du roi à La Mothe-Fénélon--3 décembre.                      401

  141 -- de la reine-mère--10 décembre.                              403

  142 -- du duc d'Alençon--10 décembre.                              404


ANNÉE 1573.

  143 _Lettre_ de la reine-mère à La Mothe Fénélon--23 janvier.      406

  144 -- de la reine-mère--22 février.                               406

  145 -- de la reine-mère--1er mars.                                 407

  146 -- de la reine-mère--14 mars.                                  409

  147 _Lettre_ du roi--23 avril.                                     410

  148 -- de la reine-mère--25 mai.                                   414

  149 -- du roi--29 mai.                                             415

  150 -- de la reine-mère à la reine d'Angleterre--29 mai.           420

  --  _Discours_ des seigneurs d'Angleterre à La Mothe Fénélon.      424

  151 _Lettre_ du roi à La Mothe Fénélon--24 juillet.                427

  152 -- du roi--31 juillet.                                         431

  153 -- du roi--18 août.                                            433

  154 -- de la reine-mère--22 août.                                  436

  155 -- du roi de Pologne--1er septembre.                           437

  156 _Lettre_ du roi--11 septemb.                                   439

  157 -- du roi--15 et 17 sept.                                      440

  158 -- du roi--22 septembre.                                       442

  159 -- du roi--26 septembre.                                       445

  160 -- du roi de Pologne--7 novembre.                              448

  161 -- du roi--29 décembre.                                        451


ANNÉE 1574.

  162 _Lettre_ du roi à La Mothe Fénélon--7 mars.                    452

  163 -- du roi--17 avril.                                           455

  164 -- de la reine-mère--25 avril.                                 459

  165 -- du roi--2 mai.                                              463

  166 -- du duc d'Alençon--1er juin.                                 468

      -- du roi de Navarre--1er juin.                                469

  --  _Déclaration_ du parlement sur la régence de Catherine de
        Médicis.                                                     470

  167 _Lettre_ de la reine-mère à La Mothe Fénélon--5 juin.          471

  168 -- de la reine-mère--8 sept.                                   473

  169 -- du roi, Henri III--23 novembre.                             475


ANNÉE 1575.

  170 _Lettre_ du roi à La Mothe-Fénélon--24 mars.                   478


FIN DE LA TABLE DU SEPTIÈME ET DERNIER VOLUME.



TABLE GÉNÉRALE

DES

MATIÈRES CONTENUES DANS LES SEPT VOLUMES

DE LA

CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE.

DE BERTRAND DE SALIGNAC DE LA MOTHE FÉNÉLON.


(Les chiffres romains indiquent le volume et les chiffres arabes la
page.)


A.

  ABERDEEN, chef-lieu du comté d'Aberdeen en Écosse. _Abredin_,
    III, 335.--IV, 313, 405.--V, 253, 259.--VI, 204, 211.

  ACCOUCHEMENT de la Reine de France, V, 195.--VII, 362, 383, _v._
    Baptême de la fille du roi.

  ACCUSATION d'empoisonnement, au sujet de la mort de d'Andelot, II,
    8.--Du cardinal de Chatillon, IV, 40.

  ACCUSATION contre le duc de Norfolk et Marie Stuart, IV, 244.

  ACERBO VELUTELLY, _v._ Velutelly.

  ACHELLAY (le Capitaine), I, 214.

  _Ackins_, _v._ Hawkins.

  AÇORES (les), dans l'océan Atlantique, I, 272.

  _Acres_, _v._ Dacre.

  ACTE secret qui peut se rapporter à la St-Barthèlemy, III, 361.

  ADAM, I, 51.

  ADIEUX du Roi et du Roi de Pologne, V, 458.

  _Adrects_ (des), _v._ Des Adrets.

  ADRIAN (le Capitaine Pierre), I, 214.

  ADVANTURERS, _Avanturers_, _Advanturiers_, marchands Anglais, ceux
    qui armaient en course, I, 227, 241.--VI, 450.

  AIGUES-MORTES, dans le Bas-Languedoc, _Aygues-Mortes_, V, 395.
    --VI, 288.

  ALASCO (gentilhomme de la maison d'), en Pologne, VI, 254.

  ALAVA (Don Francès d'), ambassadeur d'Espagne en France, I, 56,
    127, 177, 289.--III, 31, 245, 247, 252, 255, 256, 430.--IV,
    239, 240, 316, 322, 335, 354, 364.--VII, 89. Son départ furtif
    de Paris, 279.

  ALBA (Don Frédéric d'), V, 44.

  ALBE (Ferdinand Alvarez de Tolède duc d'). Gouverneur général
    des Pays-Bas, pour Philippe II. _Alva_, _Alve_. I, 20, 21, 26,
    43, 65, 77, 90, 93, 95, 97, 107, 110, 111, 113-115, 115, 117,
    119, 121-123, 126, 127, 128, 136, 150, 157, 158, 160, 163, 169,
    177, 194, 195, 203, 205, 210, 219, 221, 227, 230, 232, 256, 260,
    261, 268, 271, 272, 274, 275, 289, 294, 299, 300, 313, 320, 324,
    325, 329, 330-332, 335, 336, 349, 350, 368, 374, 398, 400, 409,
    419.--II, 15, 22, 38, 46, 47, 49, 52, 55, 77, 86, 107, 112, 113,
    154, 167, 193, 195, 202, 215-217, 221, 222, 232, 235, 237, 253,
    278, 297, 310. Reproches contre lui 315, 338, 342, 352-356, 365,
    370-372, 379, 381, 382, 387, 388. Ses armements 389, 399-401,
    405, 419. 423, 424.--III, 11, 13, 16, 23, 25, 27, 28. Ses
    Projets 29, 30-32, 35, 36, 48, 49, 57, 64, 75, 77, 85, 96. Avis
    donné par lui 98, 108, 127, 128, 150, 174, 180, 183, 185, 208,
    224, 225. Sa Déclaration 233, 239, 245, 247, 249, 250, 252,
    254-256, 259, 261, 262, 265, 267, 270, 285, 288, 295, 297, 300,
    302, 303, 306, 310, 318, 325, 332-335, 347-348, 363, 369,
    373-375, 379, 393, 394, 398, 401, 406, 407, 418, 423, 424, 427,
    429, 430, 437, 446, 447, 452, 453, 459, 463, 466, 470, 475, 476.
    --IV, 1, 39, 40, 48, 74, 92, 105, 108, 117, 119, 136, 141, 145,
    148, 149, 154, 160-162, 199, 202, 229, 231, 247, 261, 268, 270,
    281, 285, 290, 302, 308, 313, 318, 323, 333, 336, 338, 342, 350,
    352, 360, 364, 386, 388-391, 394, 397, 401, 409, 410. Ses
    Projets sur l'Écosse 414, 415. 427, 438, 442, 454, 455.--V, 4,
    60, 64, 78, 108, 121, 132, 161, 169, 182, 196, 201. Ses Succès
    contre les Gueux 223, 227, 238, 243, 259, 292, 307, 362. Sa
    Négociation 396, 425, 446, 455, 456, 460.--VI, 15, 17, 218. Son
    départ des Pays-Bas, il est remplacé par Requesens, grand
    commandeur de Castille.--VII, 14, 57-59, 91, 125, 141, 150, 164,
    175, 185, 187, 196, 220, 250, 282, 382.

  ALBE (duchesse d'), III, 127.

  ALBORNOZ, secrétaire du duc d'Albe, III, 48.

  ALCANDÈLE (don Martin d'), général Espagnol, VI, 328.

  ALDERMANS de Londres.--_Aldremans._II, 253.--III, 270.

  ALEN (F.), secrétaire, II, 327.

  ALENÇON (François, duc d'). _Alançon_, _Allençon_, le 4e des fils
    de Henri II et de Catherine de Médicis, a pris le nom de duc
    d'Alençon et d'Anjou, après l'élection de Henri, son frère, au
    trône de Pologne, III, 434.--IV, projet de son mariage avec
    Élisabeth _voy._ mariage (négociation du), 12, 13. Proposition
    officielle du mariage, 355-357, 369-371, 392.--Négociation du
    mariage, 395, 406, 438, 448, 461.--V, 20, 245, va à l'armée de
    la Rochelle, demande à porter les couleurs d'Élisabeth, 285.
    --Son desir de passer en Angleterre, 324.--VI, 66, 70, complot
    de St-Germain; son arrestation, 85, 91, 98, 104, 107-109, 114,
    116, 132-134, 148, 149, 151-153, 155, 159, 161, 194, 225, 333,
    335, 344, 345.--VII, 117, 123, 179, 235, 261, 262, 289-293, 295,
    296, 298, 299, 303, 304, 306, 307, 308, 310, 311, 313, 314,
    316-318, 320, 321, 322, 328, 329, 335 336, 340, 345-347, 356,
    361, 369, 374, 393, 403, 404, 410, 415, 416, 420-422, 424-427,
    429, 430, 432, 433, 443-447, 450, 455-457, 459, 464, 468-470,
    472.

  ALEXANDRE-LE-GRAND, II, 171.

  ALEXANDRIN (le cardinal), IV, 179, 384, 396.

  ALEZ (le Comte d'), I, 414.

  ALGER (le Roi d'), _Argel_; Ledey d'Alger (Aluch-Aly) s'empare de
    Tunis, III, 85.

  ALLEMAGNE.--Affaires générales, I. 14, 43, 86.--II, 147, 314,
    387.--III, 16, 35, 86, 94, 208, 215, 231, 248, 297, 322, 348,
    398, 431, 445, 453.--IV, 153.--VI, 125, 327.

  ALLEMAGNE (les princes d'), _v._ Princes protestants.

  ALLEMAGNE (villes protestantes d'), _v._ villes protestantes.

  ALLIANCE de l'Angleterre et de l'Espagne, rompue par la saisie des
    galions espagnols faite par Élisabeth et suivie de représailles
    dans les Pays-Bas et dans toutes les possessions Espagnoles, I,
    43, _v._ Saisie des galions d'Espagne.--VI. Proposition faite
    à Élisabeth de renouer l'alliance d'Espagne, après la
    Saint-Barthèlemy, 162. Efforts des Anglais pour former de
    nouveau cette alliance, 260.

  ALLIANCE de la France et de l'Angleterre, _v._ Traité d'alliance.

  ALLIER (l') rivière de France, III, 205.

  _Alliguet_, III, 195.

  ALLOT (Jean), I, 174.

  ALLUYE (Robertet, Sr d'), II, 48.

  _Allyé_ (l'), _v._ Allier.

  ALMERIA, dans le royaume de Grenade, _Almerin_, I, 73.

  ALSACE, _Alsatie_. I, 86

  _Alva et Alve_ (le duc d'), _v._ Albe (duc d').

  AMAN OU AMAND (le capitaine), I, 76, 214.

  AMBASSADE des Etats de Pologne au roi, pour offrir la couronne au
    duc d'Anjou élu roi de Pologne, VII, 429, 435, 436, 440, 441.

  AMBASSADE des princes protestants d'Allemagne au roi, à l'occasion
    de son mariage avec la princesse Elisabeth, fille de l'empereur
    Maximilien II, et de la pacification de France, III, 434.--VI,
    225.--VII, 166.

  AMBASSADEUR. Lettre de M. de Morvilliers, évêque d'Orléans, sur
    les devoirs d'un ambassadeur, VII, 97.

  AMBASSADEUR (l') d'Angleterre en France, _v._ Norris, Walsingham,
    Dale.

  AMBASSADEUR (l') d'Angleterre en Espagne, II, 113, 114.

  AMBASSADEUR (l') d'Espagne en Angleterre, _v._ Espès (don Gueran
    d').

  AMBASSADEUR (l') d'Espagne en France, _v._ Alava (don Francès d').

  AMBASSADEUR (l') de France à Rome, III, 254.

  AMBASSADEUR (l') de Portugal à Londres, I, 67, 73.

  AMBASSADEUR (l') de Venise en France, VII, 440.

  AMBAZAC (le camp d'), I, 435.

  AMBLETEUSE, en Picardie. _Ambleteuille_, II, 68.

  AMBOISE. _Amboyse_, IV, 343.--V, l'entreprise d'Amboise, 404.
    --VII, 41.

  _Amelthon_, _Amelton_, _Amilthon_, _v._ Hamilton.

  AMIENS. _Amyens_, III, 80, 89.--VII, 458.

  AMIRAL (l'). _v._ Coligni.

  AMIRAL d'Angleterre (l'), _v._ Lincoln (comte de).

  AMOUR (Sr d'), sa mission en Angleterre, après la bataille de
    Moncontour, II, 293, 296, audience 308, 311, 314. Son retour,
    317, 320, 321, 328.

  ANDALOUSIE. _Andelouzie_, III, 401, 427.

  ANDELOT (François de Chatillon, dit d') _Andellot_, _Dandellot_,
    frère de l'amiral Coligni, I, 137, 140, 229, 367.--II, sa mort,
    8, 9, bruits d'empoisonnement sur sa mort, 16, 17, 68.--VII, 27,
    détails sur sa mort, 21, 29.

  ANET (château d') près de Dreux. _Annet_, VII, 210.

  ANGERS, capitale de l'Anjou. _Angiers_, III, 115. VII, 76, 78, 79,
    82, 86, 88, 90, 93, 95, 97, 98, 100.

  _Angin_, _Ingin_, fort sur la côte d'Irlande, III, 450, VII, 181.

  ANGOULÊME, capitale de l'Angoumois. _Angolesme_, _Angoulesme_, I,
    138, 147. VII, 3.

  ANGOUMOIS (l'), province de France, _Angoulemoys_, VI, 5.

  _Angoux_ (le comte d'), _v._ Angus.

  _Anguien_ (le duc d'), _v._ Enghien.

  ANGUS (Umfraville, comte d') _Angoux_, neveu du comte de Morton,
    V, 224.--VI, 481.

  ANJOU (Henri Duc d'), le troisième des fils de Henri II et de
    Catherine de Médicis, devenu dans la suite _Henri_ Ier roi de
    Pologne et _Henri_ III roi de France. _v._ Henri.

  ANNE D'AUTRICHE, reine d'Espagne, fille aînée de l'empereur
    Maximilien II, 4e femme de Philippe II.--III, 109, 125,
    126.--III, 181, 208, 225, 245, 249, 250, 262, 268, 278, 297,
    302, 303, 306, 309, 310, 313, 319, 322. Passage de la reine
    d'Espagne sur mer, 324, 331, 232, 347, 348, 356, 564, 370, 371,
    378, 383, 386, 395, 424.--IV, 352.--VII, 125, 132, 134, 141.

  ANNE DE BRETAGNE (la Reine), duchesse de Bretagne, femme de Louis
    XII, VI, 323.

  _Annet_ (château d'), _v._ Anet.

  ANNOUX (le Capitaine), mestre de camp, VII, 43.

  ANTECHRIST (l'). II, 186.

  ANTHON (Me). _Anton_, I, 163, 339.

  ANTHONEDA, agent d'Espagne en Angleterre, III, 46.

  _Anthonne_, _Antona_, _v._ Hampton.

  _Anton_ (Me). _v._ Anthon.

  _Antoncourt._ v. Hampton-court.

  ANVERS, _Envers_, I, 43, 63, 76, 90, 93-97, 107, 112, 158, 168,
    201, 234, 275, 299, 409.--II, 38, 63, 113, 114, 154, 340.--III,
    12, 51, 108, 112, 259, 334, 348, 398, 404, 430, 452.--IV, 162,
    291, 313, 325, 326.--V, 60, 292, 295, 460.--VI, 126, 211, 352,
    450, 504.--_Banque_ d'Anvers, III, 256.--_Rivière_ d'Anvers, V,
    292.

  ANZE (le sr d'), ambassadeur du roi en Danemark; IV, 147.

  APOLLON, l'oracle _Apollo_, IV, 407.

  AQUILA (l'évêque d'). VI, 221.

  ARBROATH (l'Abbaye d'), en Écosse, _Arbret_. V, 309.

  ARCHIDUCS, _v._ Charles et Ferdinand.

  ARDENNES, forêt sur la Meuse, VII, 458.

  _Ardoy_ (d'), _v._ Dardoy.

  _Argel_ (le roi d'), _v._ Alger.

  ARGENT d'Espagne, _v._ Saisie.

  ARGENTAN, dans la Basse-Nornandie, VII, 118.

  ARGYLL, en Écosse, IV, 289.

  ARGYLL (Comte d'), neveu du duc de Chatelleraut. _Argil_,
    _Arguil_, _Arguile_, I, 12, 40, 49, 58, 161, 232, 301, 328, 370.
    --II, 115, 242, 401.--III, 11, 74, 98, 117, 172, 193, 398, 403.
    --IV, 1, 228, 230, 237, 443.--V, 211, 309,411.--VI, 5, 76.--VII,
    255.--Ses _enfants_, V, 211.

  ARGYLL (le nouveau Comte d'), fils du précédent, VI, 32, 33, 76,
    214, 247, 430, 456, 457.--Son _oncle_, VI, 32, 67.--VII, 452.

  ARGYLL (la Comtesse d'), veuve du Comte de Mar, VI, 76, 430.

  ARIANISME, III, 312.

  _Arlem_, _v._ Harlem.

  ARMEMENTS en Angleterre, I, 98.--III, 258, 269. Sortie de la
    flotte. 306.--IV, 74, 400.--V, 136, 153. Suspension 226. Reprise
    242, 387.--VI. Suspension 43. Reprise 75, 82, 95, 121, 124, 144,
    178. Suspension 183. Reprise 360, 377, 413, 489, 494.

  ARMEMENTS faits à St-Malo, VI, 412.

  _Armestrang_, _Hermestran_. III, 8.--VI, 5.

  _Arondel_ (le Comte d'), _v._ Arundel.

  ARONDELLE (l'), navire, II, 368.

  ARRAN (le Comte d'), _v._ Chatellerault (le duc de).

  ARRAN (le jeune comte d'), fils aîné du duc de Chatellerault,
    d'_Haran_, I, 49.--IV, 267. Lord _Claude_ ou _Glaude_, son
    second fils, gendre de lord de Seton, I, 40.--IV, 267.--V, 364,
    374.--VI, 381.

  ARSCHOT, dans les Pays-Bas.--_Arscot._ VII, 99.

  _Artelpoul_, _Arthelpoul_, _Arthepoul_, _v._ Hartlepool.

  ARTICLES proposés pour la pacification de France, VII, 86.

  ARTOIS. _Artoys_, I, 100.--VI, 483.

  ARTUS MAURICE, VI, 378.

  ARUNDEL (le Pays d'), dans le comté de Sussex. _Arondel_, I, 325.

  ARUNDEL (Henri Comte d'), beau-frère du Duc de Norfolk, I, 79,
    115, 258.--II, 51-44, 120, 123, 130, 219. Son arrestation 257,
    259, 271, 272, 278, 284, 285, 299, 301, 303. Mis en liberté 379,
    386, 420, 425.--III, 29, 70, 74. Arrêté de nouveau 81, 97, 102.
    Mis en liberté 104. Rentre en faveur, 106, 123, 124, 173, 187,
    189, 193, 227.--IV, 83, 244. Encore arrêté, 248.--V, 224, 377.

  _Arvich_, _v._ Harwich.

  ASCO (le Duc d'), d'_Ascot_, VI, 352.

  ASQUIN (Alexandre), beau-frère de lord de Hume, V, 309, 397, 450.
    --VI, 254, 342.

  ASSAS (le Sr d'), VI, 502.

  ASSIER (Jacques de Crussol, seigneur d'), I, 137, 138.

  ASSOLEVILLE (le Sr d'), _d'Assonville_, envoyé par le Duc d'Albe à
    Londres, après la saisie des gallions d'Espagne en Angleterre,
    et des marchandises anglaises dans les Pays-Bas, I, 150, 153,
    156. Son arrestation, 158, 159, 169, 176, 194, 195, 210, 222,
    230, 231. Son départ, 256, 299, 322, 324, 350.--III, 31.

  _Assores_ (île de _Los_), _v._ Açores (les).

  ASSURANCES particulières de paix et d'amitié données par Élisabeth
    à l'égard de la France, I, 60, 281, 306.--VI, 71, 472.

  _Astafort_, gentilhomme anglais, VI, 253.

  _Athfield_, _v._ Hatfield.

  ATHOL (le Comte d'), _Atel_, _Athel_, _Athole_, _Atil_, I, 49,
    301, 328, 370.--II, 242, 401.--III, 74, 98, 118, 193, 403.--IV,
    1.--VI, 278, 298.

  _Athon_ (Me), _v._ Hatton.

  ATTENTE d'évènements importants, I, 375.

  AUBETERRE, ville du Poitou, I, 138, 147.

  AUBIGNY (le Baron d') _de Bourgogne_, Envoyé par le commandeur de
    Castille en Angleterre, VI, 11, 15, 17, 18, 31.

  AUDIENCES accordées à l'Ambassadeur.--I, 1, 27, 35, 60, 65, 124,
    184, 217, 253, 277, 302, 309, 314, 354, 357.--II, 1, 21, 70, 83,
    86, 90, 133, 146, 165, 170, 230, 234, 289. Audience après la
    bataille de Moncontour, 308, 313, 393.--III, 1, 37, 41, 58, 88,
    133, 163, 198, 216, 234, 240, 264, 276, 290, 339, 350, 355, 380,
    383, 411, 433, 444, 477.--IV, 30, 34, 53, 58, 75, 113, 142, 181,
    217, 251, 275, 302, 328, 343, 353, 383, 392. Audience donnée en
    conseil, 428, 448, 450.--V, 19, 30, 47, 65, 79, 84, 92. Première
    audience après la Saint-Barthèlemy, 122, 139, 184, 191, 204,
    214, 218, 222, 229, 230, 233, 234, 247, 263, 273, 275, 281, 282,
    290, 297, 303, 314, 315, 321, 330, 338, 348, 356, 365, 366, 370,
    376, 388, 389, 398, 414, 419, 446, 457, 465, 472.--VI, 1, 16,
    20, 25, 52, 68, 84, 94, 97, 103, 113, 120, 131, 150, 157, 189,
    190, 228, 229, 270, 305, 306, 320, 329, 345, 366, 379, 383, 390,
    409, 419, 431, 437, 445, 447, 451, 465, 500.--Audience de
    congé, 503.--Refus d'audience, II, 279, 287.--VI, 140.

  AUGSBOURG, en Bavière, I, 87.--II, 245. _Confession_ d'Augsbourg,
    I, 167.--III, 195.

  AUGUSTE (Confession et _Confusion_ d'). Confession d'Augsbourg, I.
    167.--III, 195.

  AUGUSTE (le Duc) de Saxe, _v._ Saxe.

  _Aulnis_ (l'), _v._ Aunis.

  AUMALE (la maison d'), _Aumalle_, VII, 118.

  AUMALE (Claude, Duc d'), I, victoire remportée par le Duc d'Aumale
    en Champagne, 35, 41, 85, 124, 149, 257, 305, 363, 389, 415.
    --II, 21, 22, 67, 158, 354.--VII, 23.

  AUNIS (l'), province de France, VI, 5.

  AUTREMONT (la Comtesse d'), III. 432.

  AUTRICHE (l'), _Austriche_, III. Soulèvement en Autriche, 143,
    418.--VI, 188.

  AUTRICHE (la maison d'), II, 120.--III, 208, 249, 366, 384.--IV,
    178, 221.

  AUTUN, en Bourgogne, VII, 21.

  _Auvyc_, _v._ Hawick.

  AUZANCE près d'Aubusson, I, 142.

  _Avanturers_ marchands anglais, V. Advanturers.

  AVIGNON, V, siège d'Avignon, 462.--VI, voyage du roi, 320, 357,
    390.--VII, 477.

  AVIS divers donnés par l'Ambassadeur, III, 122.--VI, 5, 269, 288,
    294, 319, 372.

  _Avrin_, _v._ Havering.

  AYDE (l'), navire, II, 368.

  AYGREMONT (d'), frère du Comte de Sussex, II, 367.

  AYGUEMONT (le jeune Comte d'), V, 4.

  _Aygues Mortes_, _v._ Aigues Mortes.

  _Aymontz_, _v._ Eyemouth.

  _Aynaut_, _v._ Hainaut.


B.

  BACH, pourvoyeur de la marine d'Angleterre, III, 73.

  BACON (le chevalier Nicolas), _Lord Keeper_, (Lord Chancelier),
    beau-frère de Cecil, I, 175.--II, 5. 285, 311.--III,--145, 187,
    250, 346, 362, 429.--IV, 3, 80, 92, 372.--V, 42, 77, 131, 281,
    424, 436.--VI, 170, 171.--VII, 228.

  BADE (le Marquis de), _Baden_, I, 415.--II, 21.--VII, mort à
    Moncontour, 64, 67.

  _Baffour_, _v._ Balfour.

  BAGUES de la reine de Navarre, _v._ Joyaux.

  BAILLI de Flandre (le), IV, 285.

  BAKER (Thomas) de Brighthampton, II, 35.

  _Balchenech_ (le Lair de), III, 140, peut-être le lair de
    Blacklaw.

  BALE (Suisse), _Basle_, VI, 368.--Députés de Bâle en Angleterre,
    420, 421. Leurs instances, 422, 425, 428, 449, 456, 461, 482.

  BALFOUR (Jammes), III, 117.--VI, 5.

  _Bandolliers_, I, 328.

  BAPTÊME de la fille du Roi, Mission de Castelnau de Mauvissière à
    ce sujet, V, 214.--Acceptation par Élisabeth du titre de
    marraine, 218.--VII, 376, 383, 400, 401, 403. _v._
    Marie-Elisabeth.

  BAQUER, marchand anglais, I, 316.

  BARACHE (le capitaine) ou _Barrache_. VI, 168, 237.

  BARBARIN, gentilhomme Florentin, II, 423, 424.

  BARBARIE (la), _Barbarye_, VI, 72, 489.

  BARBEROUSSE II (Khair Eddyn), Dey d'Alger, II, 6.

  BARBESIEUX, en Saintonge, _Barbezieulx_, I, 147.--VI, 359.

  BARDE (Jehan), marchand, I, 339.

  BARNABÉ, _Bernabey_, III, 10, 156.--IV, 200, 340, 359.

  BARNARD CASTLE, dans le comté de Durham, _Castelbar_,
    _Castelbarne_, II, 400. Pris par les révoltés du Nord, 409, 411,
    419.

  BARRACHE (le capitaine), _v._ Barache.

  BARWICK, _v._ Berwick.

  BARWICK ou mieux BERWICK (le maréchal de), _v._ Drury.

  BASIN (Jehan), I, 366.

  BASING, _Bazin_, ville du comté de Southampton, II, 196.

  BASQUE (pays), I, 173.

  BASSOMPIERRE, VII, 9.

  BASTIAN (le capitaine), provençal, VI, 243.

  BATARD DE BOURBON (le), _v._ Bourbon (Bâtard de).

  BATARD DE BRIDERODE (le), _v._ Briderode (Bâtard de).

  BATARD D'ESMONT (le), _v._ Desmond (le bâtard de).

  BATARD D'ESPAGNE (le), _v._ Juan (don).

  BATARDE D'ÉCOSSE (la), _v._ Écosse (la bâtarde d').

  BATHE (le capitaine), VI, 492, 493.

  _Baudouel_ (le Comte de), _v._ Bothwell.

  BAVIÈRE (Albert III, Duc de), III, 228.--VII, 145, 166, 169.

  BAVIÈRE, (Anne, Duchesse de), fille de l'Empereur Ferdinand, III,
    425.

  BAVIÈRE (Marie, fille du Duc de), III, son mariage avec l'archiduc
    Charles d'Autriche, 401, 416, 425, 468.--VII, 145, 166.

  BAYONNE (voyage de), I, 229.--VII, 348.

  BÉARN, III, 432.--VII, 56.--_Bains_ de Béarn, IV, 246.

  BEAUCAIRE, _Beaucayre_, dans le Bas Languedoc, VII, 288.

  BEAUFORT (mademoiselle de) fille de la comtesse de Montgommery,VI,
    59.

  BEAUMARIS, ville du pays de Galles, _Beaumares_, I, 241.

  BEAUVAIS (Mr de), _Beauvoys_, VI, 410.

  BEAUVAIS LA NOCLE (le Sr de), III, 181.--VI, 416.

  BEDFORT (le Comte de), _Befort_, _Belfort_, _Betfort_, _Bethford_,
    _Bethfort_, I, 82, 170, 405.--II, 128, 223, 285, 367, 379.--III,
    88, 124, 246, 258, 269, 292, 303, 390, 462.--IV, 233, 372.--V,
    131, 377.--VI, 121, 478, 479.--La _Comtesse_ sa femme, V,
    45.--Son _fils_, VI, 478, 479.

  _Befort_ (Comte de), _v._ Bedfort.

  BEINS, ville des Pays-Bas, I, 21.

  _Belfort_ (Comte de), _v._ Bedfort.

  _Belisle_, _v._ Belle-Isle.

  BELLE-ISLE, en mer sur la côte de Bretagne, I, 11.--II, 235.
    --Prise de Belle-Isle par Montgommery, V, 326, 360.--VII, 420.
    --Le _Capitaine_ de Belle-Isle, V, 209.--Son _fils_, V, 209.

  BELLEGARDE (Mr de), VI, 347.

  BELLIÈVRE (Pomponne de), _Bellyèvre_, VI, 437.

  BENYSSON (François), II, 19.

  BER (le Capitaine), V, 326, 384.

  BERGUES, port de Flandre, III, 288, 334.

  _Bernabey_, _v._ Barnabé.

  BERNARDIN (Don), _v._ Mendoce.

  BERNARDYÈRE (le Capitaine), V, 384.

  BERTY, secrétaire d'État dans les Pays-Bas, I, 418.

  BERWICK, sur les frontières d'Écosse, _Barruich_, _Baruich_,
    _Barvic_, _Barvich_, _Barvyc_, _Barwic_, _Barwych_, _Barwyc_. I,
    160.--II, 279.--III, 44, 55, 68, 110, 113, 131, 139, 140, 151,
    153, 168, 190, 191, 193, 202, 206, 223, 236, 237, 474.--IV, 104,
    118, 122, 177, 193, 244, 259, 268, 296, 310, 335.--V, 60, 176,
    254, 261, 267, 274, 291, 292, 315, 335, 363.--VI, 227, 238, 362,
    415, 478, 490.--VII, 117, 218. Le _gouverneur_ de Berwick, III,
    14.

  BÉZIERS, dans le Bas-Languedoc. _Bésiers_, V, 393.

  BESSONS (le Sr de), VI 292, 482.

  _Betfort_ (Comte de), _v._ Bedfort.

  _Bethon_, _v._ Seyton.

  BIRAGUE (le Président de), IV, 417.--VII, 4, 5.

  BIRON (Armand de Gontaut, Baron de), III, 115, 160, 164.--IV,
    246.--V, 154, 182.--VII, 107, 108, 110, 114, 123, 350.

  BISCAYE, province maritime d'Espagne, _Biscaie_, III, 324, 401.
    --V, 243.--VI, 178, 328.--VII, 269.

  _Blacmet_, _v._ Blackness.

  BLACKMORE, dans le comté d'Hereford, II, 417.

  BLACKNESS (le château de), dans le Linlithgow, en Écosse,
    _Blacmet_, _Blacnes_. V, 259, 311, 313, 329.

  _Blacnes_, _v._ Blackness.

  BLANC, en Berri, II, 21.

  BLAVET, ville de Bretagne, _Blevet_, II, 402.

  BLAYE, ville de Guyenne, I, 44, 93, 147, 298.--VI, 50.

  BLESSURE du Roi, IV, 141, 142, 187.--V, 234.

  _Blevet_, _v._ Blavet.

  BLOCUS CONTINENTAL (proposition d'un), pour forcer l'Angleterre à
    retourner à la religion catholique, I, 70, 72.

  BLOIS, _Bloys_, VI, 417.--VII, 251, 255, 256, 262, 265, 270, 289,
    294, 429.

  BOBINEAU, _v._ Robineau.

  _Bocaust_ (lord), _v._ Buckhurst.

  _Bodouel_ (Comte de), _v._ Bothwell.

  BOG (Sandy), I, 380.

  BOHÊME (la), _Bohesme_, III, 349.-- Le _Roi_ de Bohême, III, 298.
    -- Les _Princes_ de Bohême, III, 453.

  _Boid_ (lord), _v._ Boyd.

  _Boillon_ (Mr de), _v._ Bouillon.

  BOISTAILLÉ (Mr de), conseiller du Roi en son conseil privé, VII,
    289, 290, 291.

  _Boit_ (lord), _v._ Boy.

  BOK (Alexandre), I, 381.

  _Bolloigne_, _v._ Boulogne.

  _Bolon_, _v._ Bolton.

  BOLTON, château dans le comté d'Yorck, _Bolon_, _Borthon_,
    _Boulon_, I, 195, 206.--II, 214.

  BONACORSY (le Sr), _Bonacoursy_. VI, 148.--VII, 472.

  BONOT (lord), _Bonet_, III, 363.

  BONHOMME (Jean), I, 416, 417.

  BONNE AVENTURE de Vannes (la), navire, VII, 99.

  BONNIVET (M. de), II, 244.

  BONS-HOMMES lès-Plessis (couvent des), au Plessis-lès-Tours. _Lez
    Plécys_, VII, 66.

  _Boolton_, _v._ Bolton.

  BOOS (le capitaine), _v._ Bos.

  BORDEAUX en Guienne, _Bordeaulx_, _Bourdeaux_, _Bourdeaulx_, I,
    Flotte des vins, 32, 55, 77, 93, 101, 131, 164. Arrestation des
    Anglais, 192-194, 198, 243, 250, 356.--II, 35, 64, 153, 235,
    247, 253, 267, 280, 330, 381, 395, 396, 400, 402.--V, 130, 133.
    139, 148, 150, 170, 180. Départ de la flotte d'Angleterre pour
    Bordeaux, 198, 237, 313, 454, 455.--VI, 7, 13, 30, 281, 490.
    --VII, 47, 358, 359, 368, 398, 399.

  BORDEL, agent du prince de Condé, i, 350.

  BORNIQUEL (le Vicomte de), l'un des quatre Vicomtes, I, 172, _v._
    Vicomtes (les).

  _Borthon_, _v._ Bolton.

  BORTHWICK (de), écuyer de Marie Stuart, _Borthick_, _Borthuic_,
    _Borthuik_, _Bortic_, _Bortyc_, _Bourtic_. I, 283, 286, 313,
    338, 380.--II, 26, 56, 76, 94, 115, 136, 193, 264, 438.

  BOS (le capitaine), ou _Boos_. I, 54, 55, 214.

  BOS (sir Georges), II, 367.

  BOSSU (le Comte de), arme en Flandre, IV, 89.

  BOSTON, ville du comté d'York. _Bœston_, bains de Boston, V, 393.

  BOTHWELL (le Comte de), _Baudouel_, _Bodouel_, _Boudœl_,
    _Boudonel_, I, 20, 161, 343.--II, 58, 205.--III, 98.--IV, ses
    tentatives en Danemark, 8, 147. Sollicitations au nom de Marie
    Stuart, pour qu'il ne soit pas mis en liberté, 152.--V, 266.

  _Boucard_, _Boucart_, _v._ Buckhurst.

  _Boucaust_ (lord), _Boucaut_, _v._ Buckhurst.

  BOUCHARD (le Sr), réfugié en Angleterre après la Saint-Barthèlemy,
    V, 155.

  BOUCLER (Richard), I, 242.

  _Boucost_ (lord de), _v._ Buckhurst.

  _Boudoel_, _Boudouel_, (le Comte de), _v._ Bothwel.

  BOUFFON de Catherine de Médicis, VI, 331.

  BOUILLÉ (Mr de), _Bouyllé_, _Boyllé_, II, 195, 206, 286.--VI, 412,
    477.

  BOUILLON (Henri Robert de La Mark duc de), _Boillon_, _Buillon_,
    sa mort, VI, 354.--VII, 388, 390, 391.

  BOULOGNE-SUR-MER, en Picardie, _Bolloigne_, _Boullongue_,
    _Bouloigne_, _Boulonge_, I, 100, 275, 336.--III, 478.--V, 189.
    --VI, 106, 112, 116, 149, 157, 281, 325, 340, 505.--VII, 296,
    320, 336, 340, 370.

  BOULOGNE (château de) près Paris, VII, 177, 178, 180, 182, 189,
    297, 432.

  _Boulon_, _v._ Bolton.

  BOURBON (Charles, cardinal de), VII, 440, 470, 471.

  BOURBON (Louis de), _v._ Condé (Louis, prince de).

  BOURBON (Mademoiselle de), VII, 292.

  BOURBON (le bâtard de), VI, 230.

  _Bourdeaulx_, _Bourdeaux_, _v._ Bordeaux.

  BOURDEUILLE (le Sr de), II, 437.

  BOURDIN (Mr de), I, 426, 428, 431.

  BOURG en Bresse, I, 138.

  BOURG (le Conseiller), beau-frère de Cavagnes, II, 156, 175.

  BOURGES en Berri, I, 21.--II, 9, 21.--III, 115.--VII, 23, 80, 82.

  _Bourgley_ (lord de), _v._ Burleigh.

  BOURGUEIL, ville d'Anjou.--VII, 286.

  BOURGOGNE, _Bourgoigne_, I, 97, 305.--VI, 137, 414.

  BOURGOGNE (la maison de), I, 108, 113, 120, 127, 224, 231.--II,
    52, 53, 353.--III, 31, 256, 422, 441, 463.--IV, 199, 302, 339,
    341, 361.--V, 139, 151, 161, 200, 425.--VI, 162, 179, 186, 198,
    199, 224, 226, 251, 303, 361, 378.

  BOURGUIGNONS, I, 97.--IV, 414.

  _Bourlé_ (lord de), _v._ Burleigh.

  BOURRY (le jeune), réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy.--V, 155.

  BOURSE (la) de Londres.--III, 443, 450, 451.

  _Bourtic_, _v._ Borthwick.

  BOUVILLE (le Sr), réfugié en Angleterre après la Saint-Barthèlemy.
    --V, 155.

  _Bouyllé_, (Mr de), _v._ Bouillé.

  BOY (le Sr de), de Bretagne, V, 384.

  BOY (Sir Henry), II, 400, 419.

  BOYCHAMP (le Capitaine), _v._ Boysseau.

  BOYD (lord), _Boid_, _Boit_, _Boyd_, _Boyt_, I, 82, 285.--II, 59.
    --III, 132.--IV, 230, 237.--VII, 255.

  _Boyllé_ (Mr de), _v._ Bouillé.

  BOYSSEAU (le Capitaine), V, 412.

  BOYSSOT (le Sr), gouverneur de Flessingues, VI, 169, 178.--Sa
    _femme_, VI, 169.

  _Boyt_ (lord), _v._ Boyd.

  BRABANT (le), VI, 483.

  _Brada_, _v._ Bréda.

  BRANDEBOURG (le Marquis de), électeur, III, 208, 298.--IV, 249.

  BRÉDA, en Brabant, _Brada_, ancienne baronnie, III, 127.

  BREFS du Pape, I, 262.--III, 29.

  BRÈME, l'une des villes hanséatiques d'Allemagne, III, 472.

  BREST, en Bretagne, II, 35, 153.--VI, 13.--VII, 181.--Le Capitaine
    de Brest, _v._ Crenay (Sr de).

  BRETAGNE, _Bretaigne_, I, 11, 137, 233, 282, 316, 334, 399.--II,
    35, 195, 203, 273, 326, 340, 350.--III, 9, 19, 46, 66, 70, 73,
    76, 169, 200. Expédition préparée en Bretagne, 206, 209, 210,
    212, 216, 218, 226, 236, 252, 266, 272, 292, 386, 387, 402, 445.
    --IV, 12, 90, 96, 203, 207, 401, 421.--V, Massacres de Bretagne,
    180, 209, 252, 261, 269, 274, 395, 426.--VI, 44, 134, 137, 196,
    205, 375, 415, 422, 481.--VII, 99, 114, 119, 121, 137-139, 268,
    338, 381, 396.

  BRETAGNE (Basse), III, 450.--VII, 181.

  BRETONS, menaces des Anglais contre les Bretons, I, 26, 77, 87,
    130, 151, 187, 192.--Ordonnance contre eux, 233.--II, Plaintes
    contre eux, 408.--III, 65, 402, 406, 459.--VI, 417.--VII, 175.

  BRIANT MAC O'NEILL, Écossais, VI, 353.

  BRICKHILL, dans le comté de Buckingham, _Brichil_, V, 76.--VII,
    315.

  _Briquemault_, _v._ Bricquemaut.

  BRIDERODE (le bastard de), II, 175, 191, 239, 251, 316, 322, 329,
    388, 404.--III, 17, 52.--IV, 74.

  BRIGHTHAMPTON, dans le comté d'Oxfort, II, 35.

  BRILLE (la), ville des Provinces-Unies dans l'île de Voorn, IV,
    427, 438.--V, 293, 392.

  BRICQUEMAUT, _Bricquemault_, _Briquemau_, _Briquemault_. Arrêté
    après la St-Barthèlemy, V, 134, 159.--Sa condamnation, 204,
    205.--Son exécution, 206.--VII, 341.

  BRIQUONEL (le Capitaine), IV, 137, 138, 154, 158, 289.--VII, 224.

  BRISSAC (Timoléon de Cossé comte de), I, 84, 140, 148, 362, 389,
    414.--VII, 5, 7.

  BRISTOL, dans le comté de Glocester, _Bristo_, III, 50.--VI, 167,
    204, 212.

  _Broage_, _v._ Brouage.

  _Bronsouy_, _Bronsouyc_, _Bronzouyc_ (le Duc Hery de), _v._
    Brunswick (le duc Eric de).

  BROUAGE. _Broage_, port de Saintonge, I, 201, 215, 226, 271, 361.
    --II, 175.--VI, 13, 140, 237, 240, 281, 282, 283, 328, 353, 359,
    362.--VII, 12, 370, 371.

  BROVNE (Humfroy), I, 174.

  BRUGES, dans les Pays-Bas, I, 98.--III, 108.--V, 60.--VI, 76, 211,
    263, 459.

  BRULART (Nicolas), seigneur de Sillery, I, 433.--II, 292.--V,
    185.--VII, 28, 30, 32, 33, 37, 38, 41, 46, 48, 52, 57, 58, 60,
    62, 65, 78, 79, 82, 124, 126, 255, 256, 262, 265, 271, 273, 276,
    280, 283, 288, 368, 371-373, 432, 435, 437, 440, 459, 462, 468,
    471, 479.

  BRUNSWICK (Éric dit _le Jeune_, duc de), _Bronsouy_, _Bronzouyc_,
    _Brunsvych_, _Brunswic_.--III, 36, 57, 143, 199, 228, 249.
    --VII, 166, 169.

  BRUNSWICK (Jules de), VII, 169.

  BRUXELLES (le fiscal de), envoyé en Angleterre après l'expulsion
    de l'Ambassadeur d'Espagne, VI, 418, 443, 474, 497.

  _Buchard_ (lord). _v._ Buckhurst.

  BUCKHURST (lord), _Bocaust_, _Boucard_, _Boucart_, _Boucaust_,
    _Boucaut_, _Boucost_, _Buchard_, sa mission eu France, III, 402,
    403.--Ses instructions, 407, 408, 409, 442, 449, 452, 458, 461,
    468, 469, 478.--IV, 30, 31, 34, 35, 36, 38, 39, 41, 42, 43, 53,
    64, 97, 190, 215, 217, 235, 282-284, 287, 288, 370.--V, 10, 14,
    39.--VII, 167, 177, 183, 189, 190, 194, 195, 199.

  _Buillon_ (duc de), _v._ Bouillon.

  BULLE du Pape, I, 146, 152, 229.--_Bulle dorée_, III, 298.
    --_Bulle_ sur l'élection à l'Empire, III, 231.

  BULLE d'excommunication contre Élisabeth, III, 173, 175, 177, 194,
    196, 199, 225, 250, 254, 255, 256, 273, 295, 393.--V, 220, 221.

  BUSSEROLLES, camp de l'Amiral, II, 158.

  _Burglay_, _Burgley_ (lord de), _v._ Burleigh.

  _Burlay_, _Burley_ (lord de), _v._ Burleigh.

  BURLEIGH (Sir William Cecil, lord de), grand-trésorier
    d'Angleterre, _Bourgley_, _Bourlé_, _Burglay_, _Burgley_,
    _Burlay_, _Burley_, I, 46. Proposition d'une coalition contre
    lui, 69, 70, 72, 74, 82, 114, 115, 120, 150, 154, 156, 169, 175,
    204, 207, 210, 211, 233.--Conjuration contre lui, 235, 236, 237,
    259.--Détails du plan de la conjuration, 260, 267, 274, 279,
    287, 311, 361, 384, 405, 418.--II, 2, 12, 25, 50-55, 66, 86,
    106, 108, 113, 114, 115, 119, 125, 126, 127, 130, 132, 148. 172,
    177, 219, 223, 272, 278, 285, 301, 303, 304, 311, 343, 367, 381,
    404.--III, 19, 21, 25, 46, 48, 87, 89, 97, 99, 100-102, 123,
    124, 141, 142, 170, 173, 187, 188, 194, 203, 212, 217, 227, 235,
    241, 245, 250, 253, 255, 275, 283, 301, 305, 307, 310, 311, 314,
    319, 320-322, 324, 327, 335, 358, 359, 361, 362, 372, 375, 390,
    400-402, 416, 422, 429, 440, 443, 462, 469, 476, 481.--IV, 3,
    12, 44, 45. Nommé lord de Burleigh, 57-59, 65-68, 78, 81, 82,
    86, 87, 89, 93, 98, 100-104, 108, 109, 111, 116-118, 127-130,
    132-134, 141, 144, 150, 156, 158, 159, 163, 171, 174, 187, 190,
    191, 197, 204, 213, 228, 230-233, 241, 242, 248, 253, 256, 258,
    272, 273, 282, 284, 287, 288, 292, 307, 309, 312, 314, 315, 322,
    331, 333, 341, 352-354, 357, 369, 370, 372, 379, 395, 396, 399,
    400, 404, 407, 410, 411, 415, 417, 419, 420, 423, 424, 427, 433,
    435, 437, 439, 442, 445, 446, 448, 453, 458, 462, 463, 465,
    467.--V, 13, 16, 20-22, 26, 38, 39, 43, 45. Nommé
    grand-trésorier, 59, 61-63, 72-75, 78, 82, 84, 88, 93, 128, 147,
    161, 165, 166, 170, 172, 194, 195, 208, 230, 234, 239, 243, 244,
    251. Négociation secrète, 254, 255, 260, 267, 284, 286, 291,
    292, 302, 303, 307, 308, 328, 335, 343, 351-354, 377.
    Conférence, 380-382, 394, 407, 422, 423, 428, 432, 438, 449,
    469, 470.--VI, 8, 14, 15, 17, 35, 37, 41, 42, 64, 66, 161, 166,
    171, 181, 199, 208, 220, 248, 249, 444. Conférence, 461.--VII,
    40, 73, 132, 134, 138, 146, 148, 149, 154, 218, 221, 228, 230,
    252, 254, 265, 294--00, 304, 307, 362, 397, 444, 445, 454.--Son
    _fils aîné_, II, 384.--Sa _fille_ mariée au comte d'Oxford, IV,
    315.

  BUTSEL, officier de la marine anglaise, I, 351.


C.

  CABRAN, marchand Écossais, II, 28.

  CABRYANE (le Sr), pris à Jarnac, VII, 5.

  _Cadinguem_ (de), pris dans le château d'Edimbourg, V, 392, 411.

  CADIX en Andalousie, III, 426.

  CAEN dans la basse Normandie, I, 11.--VI, 302.--VII, 293.
    --_Château_ de Caen, II, 274.

  _Caen_ (Sr de), grand écuyer de l'empereur Maximilien II, envoyé
    en France à l'occasion du baptême de la fille du Roi, VII, 401.

  CAILLAC (Mr de), gouverneur de Boulogne, _Cailliac_, _Calliac_, I,
    100.--II, 80.--V, 7.--VI, 51, 112, 250, 252.--VII, 167.

  _Calliac_ (Mr de), _v._ Caillac.

  CAJE (le capitaine), lieutenant de Berwich, IV, 172, 176, 255,
    289, 334, 337, 339.--VII, 270.

  CALAIS en Picardie, _Callais_, _Callays_, I, 46. Desir des Anglais
    de recouvrer cette ville, 91, 92, 98. Entreprise sur Calais, 99,
    100, 101, 167, 211, 257, 275, 320, 341.--II, 10, 20, 33, 49,
    87. Saisie faite à Calais sur les Anglais, 96, 105, 199, 260,
    333, 353.--III, 46, 52. Avis d'une entreprise sur Calais, 285,
    286, 293, 294, 300, 304, 311, 312, 333, 416, 421, 478.--IV,
    130, 148, 150, 173, 225, 455.--V, 208.--VI, 13. Avis d'une
    entreprise, 51, 63, 76, 149. Projet des Anglais sur Calais, 156,
    157, 281, 325, 340, 505.--VII, 37, 126, 132, 149, 221, 300,
    301, 320, 340, 370, 420, 454.

  CALNAR ou CALVART, ministre protestant, agent du prince d'Orange,
    VI, 86, 328.

  _Cambelle_ (Robert), _v._ Campbell.

  CAMBRAY en Flandre, I, 120.

  CAMBRIDGE, comté d'Angleterre, _Cambrich_. Soulèvement dans le
    comté de Cambridge, V, 424.

  CAMPBELL, (Robert), _Cambelle_, I, 174.

  CANNOT (Jehan), imprimeur à Londres, I, 112.

  CANTERBURY dans le comté de Kent, _Canturbery_, _Conthurbery_,
    _Conturbery_, I, 287.--III, 398, 455.--V, 14, 401, 402.

  CAPITAINES anglais de réputation qui se mettent en mer, I, 214.

  _Carcade_, frère du capitaine Grange, _v._ Kirkaldy.

  CARCASSONNE, dans le Bas-Languedoc, I, 173.

  CARDINAUX (les), oncles de Marie Stuart, II, 257. _v._ Guise et
    Lorraine (cardinaux de).

  CARENTAN en Basse-Normandie, _Carantan_, VI, 74. Est pris par
    Montgommery, 77, 112, 120, 126, 144, 148, 168.--VII, 466.

  CARHO (sir Jehan), _Caro_, V, 199. 226.

  CARHO (Pierre), _Caro_, IV, 37, 273.

  CARIEZ (le capitaine), VII, 10.

  _Carleil_, _Carley_, _v._ Carlisle.

  CARLISLE dans le comté de Cumberland, _Carleil_, _Carley_, I, 284.
    --II, 348.--III, 139.

  CARLOS (l'archiduc), _Don Carlos_, fils de Philippe II et de Marie
    de Portugal. Projet de son mariage avec la princesse de
    Portugal, I, 67.--Proposé par la Reine d'Espagne pour épouser
    Marie Stuart, II, 214.

  CARNAVALLET (le Sr de), _Carnevallet_, IV, 93.--VII, 6, 7.

  _Caro_, _v._ Carho.

  CARPENTIER, auteur d'une épître, VII, 402.

  CAROUGES (M. de), lieutenant-général pour le Roi en Normandie,
    _Caronges_, _Carronges_, _Carrouges_, VII, 366, 385, 388, 390,
    391, 397.

  CARSES (M. de), VI, 339.

  CARTELS proposés pour les affaires d'Écosse, I, 89, par lord
    Lindsey à lord Harris, 102.--Par Alexandre Stuart au lair de
    Grange, IV, 172, 237.

  CASAL de Montferrat en Italie, VI, 229.

  CASHEL (le fils du doyen de), IV, 340.

  CASIMIR (le Duc) Jean Casimir, fils de Frédéric, comte Palatin,
    _Cazimir_, I, 15.--II, 17, 84, 85, 90, 94, 95, 109, 110, 149,
    196, 197, 198, 228, 239, 274, 315, 329, 333. Ses préparatifs
    pour conduire une armée en France au secours des protestants,
    371, 388, 404.--III, 7, 11, 16, 18, 35, 40, 45, 46, 57, 64,
    182, 195, 199. Son mariage avec une princesse d'Allemagne, 208,
    211, 215, 220, 221.--V, 347.--VII, 35, 40.

  CASSILS (le Comte de), _Casseillis_, _Cassellis_, _Casselis_,
    _Cassels_, _Casselz_, I, 300, 302.--VI, 212, 230, 237, 443.
    --VII, 255.--Son _frère_, I, 302.

  CASTARES (le Sr de), l'un des officiers de Marie Stuart, II, 438.

  _Castelbar_, _Castelbarne_, _v._ Barnard-Castle.

  CASTELNAU de MAUVISSIÈRE (de), _v._ Mauvissière.

  CASTILLE (grand commandeur de), _v._ Requesens.

  CASTILLE (cour de), III, 126.

  CATHAY (le), _v._ Cattay.

  CATHERINE (madame), sœur de Jeanne Gray, III, 359 et _note_.
    --IV, 154, 240.

  CATHERINE DE BOURBON, princesse de Navarre, sœur de Henri IV, II,
    391.--III, 301.--IV, 91.--VI, 230.

  CATHOLIQUES (les) d'Angleterre, I, 78. Divisions dans le conseil,
    166, 327, 328. Les Catholiques se retirent du conseil, 330.
    Propositions qu'ils font au Roi, 331.--II, 219. Joie des
    Catholiques d'Angleterre au sujet de la victoire de Moncontour,
    296. Mesures rigoureuses prises contre eux, 299, 339. Leur desir
    de se retirer en France, 339. Révolte des Catholiques du nord,
    342, 350, _v._ Révolte du nord.--III, 18. Seigneurs catholiques
    arrêtés, 46, 76. Projets des Seigneurs catholiques, 98. Mesures
    de rigueur prises contre les Catholiques, 196.

  CATTAY (le), province de la Chine, VI, 400.

  CAUBERON (le capitaine), III, 347.--IV, 3, 455.--V, 374, 384,
    402, 411, 413, 418.--VII, 197, 212.

  CAUMONT (le Vicomte de), l'un des quatre Vicomtes, I, 172, _v._
    Vicomtes (les).

  CAUSSENS (le capitaine), _Causeings_, _Cossins_, V, tué devant la
    Rochelle, 316.--VII, 8.

  CAVAGNES (le Conseiller), _Cavagnies_, _Cavaigne_, _Cavaignes_, I,
    12, 15, 37, 39, 45, 47, 63, 75, 168, 202, 205, 211, 226, 268,
    290, 295, 340, 374, 408.--II, 63, 93, 94, 156, 167, 175, 273.
    --III, 332.--V, 134. Arrêté et mis en jugement après la
    Saint-Barthèlemy, 204. Son exécution à laquelle assistent le Roi
    et Catherine de Médicis, 205 et _note_, 206.--VII, 249, 250,
    251, 331, 332, 334, 338.

  CAVALCANTI (Guydo), Italien au service du duc d'Albe._Cavalcanty_,
    I, 418.--III, 370, 416, 417, 442, 468.--IV, 45, 58, 61, 62,
    64, 65, 67, 68, 78, 79, 80, 84, 86, 87, 96, 100, 123, 128, 133,
    164, 165, 170, 171, 190, 196, 314, 447, 461.--VI, 65.--VII,
    191, 192, 199, 200.--_Eschiata Cavalcanti_, son frère, II, 50,
    52-54.

  CAVELLIER, marchand de Rouen, II, 324, 327, 344.

  CAZAS (Sr de), VII, 7.

  CAZIMIR (duc de), _v._ Casimir.

  CECIL (sir William), _Cecile_, _Cecill_, _Cecille_, _v._ Burleigh
    (lord).

  CÈNE (la) faite par les protestants, VI, 340.

  CÉSAR (Jules), empereur, I, 52.

  CESSION faite par Marie Stuart de ses droits à la couronne
    d'Angleterre. Reproches qui lui sont adressés à cet égard par
    Élisabeth qui en fait contre elle un chef d'accusation, I, 229,
    412, 419, 422. Éclaircissements historiques, 423. Cessions
    faites à Henri II, 425, 427, 429. Déclaration du Roi, 431, du
    Duc d'Anjou, 433.--II, 17, 48, 56, 59, 65, 114, 155, 168.
    Satisfaction d'Élisabeth au sujet des déclarations relatives à
    la cession des droits de Marie Stuart au trône d'Angleterre,
    178, 204, 209, 219.--VI, 244, 338.--VII, 47, 151.

  CESSION _des îles de Deçà_; cession faite par le Pape au Roi
    d'Espagne, de l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande sous la
    condition de les ramener à la religion catholique, VI, 338.

  CEVANY (Sr), agent du banquier Acerbo Velutelly, VI, 425.

  CHABANOIS, ville dans l'Angoumois, prise par les protestants, II,
    162.

  _Chalangier_ (sir Thomas), I, 325.

  CHALONS-SUR-SAÔNE en Bourgogne, _Chalon_.--V, 461, 468.

  CHALY (Sr de), _Chally_, _Chély_, VII, 65-67.

  _Chamavoye_.--Procès de Chamavoye, intéressant le vidame de
    Chartres, VI, 210.

  CHAMBELLAN (le lord), _Chamberlan_, _Chambrelan_, le grand
    chambellan d'Angleterre, I, 288, 405.--II, 85, 130, 132, 260,
    278.--III, 240, 462, 467.--IV, 3, 206, 372, 400.--V, Est
    chargé du sceau privé et remplacé dans la charge de grand
    chambellan par le comte de Sussex, 59.--La _fille aînée_ de
    lord Chamberland, mariée à lord Dudley, IV, 319.

  _Chamberland_ (le lord), _v._ Chambellan.

  CHAMBERNON (sir Arthus), _Chambernan_, _Chambernant_,
    _Chambrenant_ vice-amiral de Cornwall (Cornouailles) ou de
    l'Ouest, en Angleterre, beau-frère de Montgommery, I, 214.--II,
    94, 250, 275, 322.--IV, 297.--V, 343, 364.--VI, 13, 122, 127,
    169, 180, 424.--VII, 419, 466.

  CHAMBERNON (sir Henri), amiral d'Angleterre, fils du précédent,
    II, 93. Part comme volontaire pour la Rochelle, 143.--IV, 298.
    --VI, 169.--VII, 466.

  CHAMBERS (le Capitaine), _Chambre_, I, 214.

  CHAMBRE DES COMMUNES d'Angleterre, _Basse chambre_, IV, 50, 89,
    _v._ Parlement d'Angleterre.

  CHAMBRE (la) de Londres, II, 13.--III, 17, 48.

  _Chambrenant_ (sir Artus et sir Henri), _v._ Chambernon.

  CHAMBRES (Sr David), V, 42.

  CHAMPAGNE, province de France, _Champaigne_, VI, 181.--VII, 365.

  CHAMPAGNE (le grand commandeur de), VI, 181, 226.

  CHAMPIGNI en Touraine, _Champigny_, _Champiny_, ville et château
    appartenant au duc de Montpensier, I, 147, 148.--VII, 231.

  CHANCELIER (Mr le), le chancelier de France, _v._ L'Hospital.

  CHANCELIER (le) d'Angleterre, _v._ Bacon.

  CHANCELIER (le) de Navarre, VI, 226.

  _Change Real_, Bourse de Londres, III, 451.

  CHANGEMENT dans la politique d'Élisabeth après la St-Barthèlemy,
    VI, 110, 160, 303.

  CHANTONAY (Mr de), _Chantoné_, _Chantonnay_, _Chantonné_,
    ambassadeur du Roi d'Espagne à Vienne auprès de l'Empereur
    Maximilien II.--I, 66, 67.--II, 196, 315, 387.--III, 312.

  CHAPIN VITEL (Ciapino), Marquis de Cestona, _v._ Vitelli.

  CHARENTE (la rivière de), en France, _Charante_, I, 131, 164.
    --VII, 3, 4, 6.

  CHARITÉ (la), dans le Nivernais, II. Prise de la Charité par le
    Duc de Deux-Ponts, 9, 10, 21, 101, 133, 134, 158, 333.--III,
    115, 204.--VII, Détails sur la prise de la Charité, 23, 30, 31,
    35, 80.

  CHARLES (l'archiduc), fils de Ferdinand Ier, Empereur d'Allemagne
    et frère de Maximilien II. III, 300, 322.--Projet de le marier
    à Élisabeth, 348.--Son mariage avec la fille du Duc de Bavière,
    sa nièce, 401, 424, 425, 461, 466.--IV, 12, 64, 65, 98, 225.
    --VII, 145, 146, 191.

  CHARLES-QUINT, Empereur d'Allemagne et Roi d'Espagne, fils aîné de
    Philippe, archiduc d'Autriche, I, 96, 335.--II, 6.--IV, 373.
    --V, 276.--VI, 223.

  CHARNY (Comte de), VI, 330, 334.

  CHARO, l'un des officiers commandant en Irlande pour Élisabeth,
    II, 240.

  CHARTRES, dans le pays Chartrain, II, 183.--Le vidame de
    Chartres, _v._ Vidame (le).

  CHARY, fils aîné de lord Houston, II, 389.

  CHAT (le Capitaine), VI, 234, 340, 443.

  CHATEAUBRIANT, en Bretagne. _Chasteaubriant_, VII, 105, 106, 111,
    123.

  CHATEAUDUN, dans l'Orléanais, _Chasteaudun_, V, 326.

  CHATEAUNEUF, en Angoumois, _Chasteauneuf_, I, 147.--VII, 4-6.

  CHATEAUNEUF (Mr de), _Chasteauneuf_. Sa mission en Angleterre, au
    sujet du mariage du Duc d'Alençon avec Élisabeth, V, 281, 282.
    --Sa négociation, 284, 285, 324.

  CHATEAUNEUF (Mlle de), _Chasteauneuf_.--Projet de la marier à
    Leicester, V, 111.

  CHATEAU-RENAUD, en Touraine, _Chasteau-Renauld_, VII, 270.

  CHATEAU-THIERRI, en Champagne, _Chasteau-Thierry_, I, 85.

  CHATEAUX (les Deux), pris en Écosse par les Anglais, _v._ Hume et
    Fostcastle.

  CHATELIER-PORTAUT, l'un des chefs des protestants de France,
    _Chastelier-Portault_, _Chatellier-Pourtault_, I, 11, 17, 37,
    44, 54, 55, 76, 94, 99, 164, 178, 189.--Tué à Jarnac, 304.
    --VI, 175.--VII, 10.

  CHATELLERAULT, en Poitou, _Chastèlerault_, _Chastellerault_, I,
    21, 139.--VII, 35, 36, 52.

  CHATELLERAULT (le comte d'Arran, duc de), ancien régent d'Écosse,
    _Chastellerault_, _Chatèlerault_, _Chatellerauld_, I, 12, 79,
    155, 161, 195.--Arrêté par ordre d'Élisabeth, 209, 300-302,
    312, 328, 344, 348, 369, 376, 378, 379, 382.--III, 45, 52, 74,
    75, 98, 131, 140, 152, 158, 160, 168, 169, 170, 172, 174, 175,
    193, 207, 223, 248, 267, 271, 346.--IV, 1, 172, 237, 243, 279,
    378, 457.--V, 203, 308, 309.--VI, 247.--Sa mort, 281, 424.
    --VII, 225.--Ses _enfants_, III, 158.--V, 309.--Ses _deux
    fils_, _v._ Arran (comte d').

  CHATILLON, résidence de l'amiral Coligni, _Chastillon_, VII, 270.

  CHATILLON (la maison de), I, 55, 62.--VII, 323.

  CHATILLON (Gaspard de), amiral de France, _v._ Coligni.

  CHATILLON (François de), frère de l'amiral Coligni, _v._ Andelot
    (d').

  CHATILLON (Odet, Cardinal de), frère de l'amiral Coligni, envoyé
    en Angleterre par les protestants de France pour résider auprès
    d'Élisabeth, I, 12, 16, 37, 49, 75, 97, 159.--205, 220, 230.
    235, 268, 269, 290, 292, 323, 340, 402, 403, 407.--Mémoire sur
    l'état des affaires des protestants en France, 414, 419.--II,
    15, 49, 78, 96, 98, 108, 140, 146, 157, 158, 199, 206, 207, 398.
    --III, 17, 47, 63, 86, 92, 99, 100, 141, 163, 182, 196, 249.
    --Ses bonnes dispositions pour la paix, 256, 268, 280, 295.
    --Message de la part du Card. de Chatillon à l'ambassadeur, 308,
    309, 311.--Sa conférence avec l'Ambassadeur, 314, 322, 325,
    331, 332, 398, 414, 418, 422, 432, 433, 439, 440, 447, 449, 455,
    464, 467, 470.--IV, 12, 23, 24.--Sa mort, 34.--Détails, 40,
    42, 48, 64, 91, 96, 225.--VII, 12, 16, 17, 91, 95, 102, 143,
    144, 173, 192, 242.

  CHAUVIGNY, en Poitou, _Chavinhy_, _Chaviny_, I, 147, 148.

  CHEF DE BOYS, rade sur la côte de la Rochelle, VI, 362.

  _Cheffel_, _Cheffil_, _Chiffil_, _v._ Sheffield.

  _Chelona_ (le Marquis de), _Chetona_, _v._ Vitelli (Ciapino).

  _Chely_ (Sr de), _v._ Chaly.

  CHENADEC (Jehan) de Vannes, VII, 99.

  CHENONCEAU en Touraine, VII, 243.

  CHERBOURG, port de Normandie, _Cherbourc_, VI, 157, 228, 281, 325,
    340.

  _Cheirosbery_ (le Comte de), _Cherosbery_, _Cherusbery_, _v._
    Shrewsbury.

  CHESOIN est chargé par le roi de conduire des munitions et de
    porter de l'argent en Écosse aux partisans de Marie Stuart, il
    tombe au pouvoir du comte de Lennox, IV, 203, 206, 211, 227.

  CHESHOLM, _Chesolme_, contrôleur des munitions du château
    d'Édimbourg, IV, 73.

  CHESTRE (le Capitaine), VI, 51.

  _Chetona_ (le Marquis de), _Chetona_, _v._ Vitelli (Ciapino).

  CHENEY (lord), _Cheyne_, V, 14.

  _Cheyneys_, maison du Comte de Bedford, III, 258.

  CHIC (Lady), dame d'honneur d'Élisabeth, est forcée de se retirer
    de la cour par suite d'une aventure galante, I, 390.

  CHICHESTER (l'évêque de), _Chichestre_, II, 65.

  CHIENS de sang donnés en présent au roi par des seigneurs anglais,
    II, 274.--III, 325, _v._ Dogues, Lévriers.

  _Chin_, maison d'habitation du Cardinal de Chatillon en
    Angleterre, I, 414.--II, 140.

  CHINE, _v._ Cattay (le).

  CHINON en Touraine, I, 145, 173.--VII, 3, 61, 62, 66, 67.

  CHIPRE, île de la Méditerranée, III, 349.

  CHIVERNY (Philippe Hurault, Comte de), chancelier du duc d'Anjou,
    IV, 93, 165, 168, 170.--VI, 423, 437, 470.

  CHRISTOPHE (le duc), _Christofle_, fils de Frédéric, Comte Palatin
    et frère du Duc Casimir, V, 347.

  CHOISY (le Comte de), _Choysy_, VII, 10.

  CHURQUE (le Capitaine Marie), I, 214.

  CIAPINO Vitelli, _v._ Vitelli (Ciapino).

  CICÉRON (Marcus Tullius Cicero), «l'orateur romain» dont
    l'éloquence n'aurait pu justifier la Saint-Barthèlemy, V, 150.

  CLAIN (le), rivière du Poitou, I, 143.

  _Clames_, (lord), _v._ Glammis.

  _Clarmes_ (les deux frères de).--Écossais tenant le parti de
    Marie Stuart, IV, 140.

  CLAUDE (la reine).--Claude de France, fille de Louis XII et
    d'Anne de Bretagne, mariée à François Ier, ayeule de Charles IX,
    VI, 323.

  CLAUDE (lord), _Glaude_, fils du duc de Chatellerault, V, 364,
    374.--VI, 381, _v._ Arran (d').

  CLAUSSE, notaire et secrétaire de la couronne de France sous Henri
    II.--I, 426, 428, 431.

  CLERMONT D'AMBOISE (l'aîné).--VII, 10.

  CLERMONT Tallard (le jeune), tué devant la Rochelle, V, 316.

  CLINTON (l'amiral), _Clynton_, _v._ Lincoln (Comte de).

  _Coban_ (lord), _v._ Cobham.

  _Coberon_ (le Capitaine), _v._ Cobron.

  COBERT (Jean), secrétaire de l'évêque de Ross, III, 66.

  COBHAM (lord), _Coban_, _Cobhan_, I, 257.--II, 255, 256, 260,
    273, 382, 412.--III, 28, 300.--IV, son arrestation, 261.--VI,
    56, 403, 406.--VII, 284.--L'un de ses frères, IV, 261.

  COBHAM (lady), femme de lord Cobham, II, 2.--III, 468.--IV, 261.

  COBHAM (sir Henry), fils de lord Cobham, III, 278, 285, 288, 297.
    --Sa mission dans les Pays-Bas et en Allemagne auprès de
    l'Empereur pour renouer la proposition du mariage d'Élisabeth
    avec l'Archiduc Charles, 302, 310, 322, 348, 358, 398.--Son
    retour, 400, 401, 405, 407, 424, 425, 431, 466-468.--IV, 28,
    37, 39, 48, 57, 71, 74, 113.--Sa mission en Espagne, 134, 141,
    154, 163.--Son retour, 178, 215, 217, 224.--V, 76.--VI, 224,
    444, 459.--Désigné comme Ambassadeur pour passer en Espagne,
    474, 481, 490.--VII, 166.

  COBHAM (le Capitaine Thomas), _Cobhan_, VI, 496.

  COBRON (le Capitaine), _Coberon_, _Comberon_, III, 347.--IV, 3.
    --VII, 197, 212.

  COCONAS (Annibal, Comte de), _Conconnas?_.--Affaire de Coconas et
    de La Mole, VI, 104, 105, 107, III.--Exécuté, 113, 115, 117,
    121.--Détails sur l'affaire de Coconas et de La Mole, 133, 134,
    136.--VII, 456, 457, 467.

  COGNAC en Angoumois, _Coignac_, I, 138, 147.--VII, 2, 4, 5.

  _Colbronc_, _v._ Colnbrook.

  COLCHESTER, dans le comté d'Essex, III, 65.

  COLIGNI (Gaspard de Chatillon de), Amiral de France, I, 137, 139,
    140, 142, 144, 148, 152, 165, 233, 304, 309, 351, 362, 368.
    --II, 8, 16, 64, 68, 70, 74, 91, 93, 110, 156, 157, 158, 159,
    162, 209, 222, 314, 318, 329, 333, 341, 351, 354, 388, 393, 426.
    --III, 7, 18, 86, 99, 156, 195, 196, 204, 208, 209, 215, 257,
    273, 294, 295, 315, 331, 361.--IV, 240.--Accueil fait à
    Coligni par le Roi, 245, 276, 311, 319, 328, 336, 461.--V, Sa
    mort, 116, 119, 123, 124, 126, 127, 137.--Correspondance de
    Coligni trouvée après sa mort et communiquée à l'Ambassadeur
    d'Angleterre, 140, 142, 143, 144, 145, 149, 150, 167, 183, 186,
    188, 204, 206.--VII, 2, 7, 8, 10, 29, 30, 40, 49, 64, 65, 66,
    68, 75, 80, 81, 83, 114, 242, 256, 268, 270.--Blessure de
    l'Amiral, 322, 323, 324, 330, 331, 332, 333, 338, 339, 343, 344,
    345, 347, 348, 350, 352, 355, 356, 363, 364, 368, 369, 371, 384,
    394, 395.

  _Colloigne_, _v._ Cologne.

  _Collonna_ (Marc-Antoine), _v._ Colonna.

  COLNBROOK, dans le comté de Buckingham. _Colbronc_, _Coulbronc_,
    II, 287, 293, 310.

  COLOGNE en Allemagne, _Colloigne_, V, 347.--VI, 126.

  COLOGNE (l'évêque de), électeur de l'empire, III, 215, 272, 298.

  COLOMBEL (Jehan) de Vannes, VII, 98.

  COLOMBIÈRES (sieur de), _Coulombières_, V, 170, 171.--VII, 386.

  COLONNA (Marc-Antoine) dit le _jeune_, _Marc-Anthonio Collonna_,
    III, 453.

  COLNEREL ou COLVEREL, marchand Anglais, I, 100, 353, 366, 368.

  COMBAT naval entre les Anglais et les Espagnols, sans déclaration
    de guerre, après les saisies réciproquement faites en
    Angleterre, dans les Pays-Bas et en Espagne, I, 296.

  COMBAT sur les frontières d'Écosse entre les Anglais et les
    Écossais, III, 67.--VI, 478.

  COMBAT de la Roche-Abeille en France, II, 82, _v._ Roche-Abeille
    (la).

  COMBAT de Sainte-Gemme près Luçon, en France, III, 252.

  _Comberlan_ (comte de), _v._ Cumberland.

  _Comberon_ (le capitaine), _v._ Cobron.

  COMMANDEUR de CASTILLE (le grand), _v._ Requesens.

  COMMANDEUR de CHAMPAGNE (le grand), VI, 181, 226.

  COMMERCE de la France et de l'Angleterre, II, 298. 305.
    --Sollicitations des catholiques Anglais pour que l'exclusion du
    commerce soit prononcée en France contre l'Angleterre, III, 75,
    76, _v._ Blocus continental.--Utilité d'un traité de commerce
    avec l'Angleterre, IV, 326, _v._ Traité d'alliance et de
    commerce.--Interruption du commerce après la Saint-Barthèlemy,
    V, 119.

  COMMÈRES pour le baptême de la fille du Roi, VII, 376, _v._
    Marraines.

  _Commerlan_ (comte de), _v._ Cumberland.

  COMMUNE d'ÉDIMBOURG, _Edinburgh_. Soulèvement appuyé par le prévôt
    et la commune d'Édimbourg, contre le comte de Morton, VI, 464.

  COMMUNICATION faite à Élisabeth de la part du duc d'Anjou, VI,
    387.

  COMMUNION du duc d'Anjou et des principaux Capitaines de son armée
    le matin de la bataille de Jarnac, VII, 6.

  COMPÈRES pour le baptême de la fille du Roi, VII, 376.

  COMPIÈGNE dans l'Ile-de-France, III, 353.--VII, 135, 142.

  COMPLOTS contre le Roi, VI, 130, 270, 341, 343, 344.--Complot de
    Saint-Germain, VI, 104.--VII, 451, 457, _v._ Coconas et La
    Molle.

  COMPTON (lord), _Comthom_, V, 14.

  CONCILE _de Constance_, VI, 303.--_Concile de Trente_, I, 229.
    --II, 398.--VI, 266.--VII, 348.--_Concile_ en général, VI,
    218.

  CONDAMNATION prononcée à Londres contre un livre sur la religion,
    I, 204.

  CONDÉ (Louis, prince de), I, 11, 15, 21, 23, 28, 37, 38, 42, 44,
    46-48, 55, 58, 61, 73, 75, 84, 85, 88, 91, 95, 99, 101, 106,
    124, 125, 130, 131, 137, 138, 148, 151-153, 155, 164, 165, 168,
    169, 170, 178, 181, 187, 197, 198, 269, 271, 290, 293, 303. Tué
    à Jarnac, 304, 305, 306, 308, 322, 323, 350, 351, 362, 363, 367,
    386, 403, 407.--II, 182, 183.--VI, 265.--VII, 1, 3, 8, 9. Sa
    mort, 10, 11, 16, 17.

  CONDÉ (la princesse de), femme du précédent, I, 402.--II, 334,
    391.--IV, 127.--V, 146.--Ses petits enfans, II, 334, 391.

  CONDÉ (Henri dit le jeune prince de), fils des précédens, II, 180,
    222, 426.--III, 58, 115, 125, 160, 163, 181, 182, 183, 195,
    204, 208, 210, 215, 226, 315, 331, 340, 341, 361.--VI, 66, Sa
    fuite de France, 81, 105, 112, 140, 168, 175, 181, 184, 206,
    265, 268, 298, 312, 340, 356, 357, 366, 368, 376, 378, 414, 426,
    449, 456, 457, 461, 462, 469, 471, 475. Se dispose à entrer en
    France à la tête d'une armée, 496, 503, 504.--VII, 75, 81, 83,
    86, 107, 110, 114, 123, 125, 325, 458, 479.

  CONFÉRENCE d'YORK (la), ouverte pour décider du sort de
    Marie-Stuart, est transférée à Londres, I, 18.

  CONFÉRENCES de l'ambassadeur avec _Burleigh_; V, 73, 165, 234,
    302.--VI, 35, 181.--Avec le _Cardinal de Chatillon_, III, 314.
    --Avec _Leicester_, V, 38, 73,165, 302.--VI, 181.--Avec le
    _Comte de Lincoln_, V, 57.--Avec _Smith_, V, 234.--Avec le
    _Comte de Sussex_, V, 165, 234.--Avec _Walsingham_, VI, 35,
    181.--Avec le garde des sceaux (_le lord Keeper_), V, 436.
    --Avec le _Conseil_ d'Angleterre, I, 355.--VI, 309. Avec des
    seigneurs d'Angleterre, VI, 290.--Avec l'agent d'Espagne, VI,
    418.--Avec l'agent de la Rochelle, VI, 18, 46.--Avec les
    députés de Flandres, VI, 45.

  _Confession d'Auguste_, Confession d'Ausbourg, III, 195.

  CONFIDENCES d'Élisabeth à l'ambassadeur sur les rapports faits par
    lord de North, à son retour de France, VI, 335.

  _Confusion d'Auguste_, confession d'Ausbourg, I, 167.

  _Confusion de Genève_, confession de Genève, I, 167.

  CONJOUISSANCE du cardinal de Lorraine sur la Saint-Barthèlemy,
    affichée en lettres d'or sur les portes de l'église Saint-Louis
    à Rome, VII, 385, 397.

  CONJURATIONS des Catholiques d'Angleterre, I, 258, _v._ Révolte du
    Nord.

  CONJURATIONS contre le Roi, _v._ Complot.

  CONNÉTABLE (le), _v._ Montmorenci (le connétable de).

  CONQUET (le), ville maritime de la Basse-Bretagne, _Conquest_, I,
    129, 165, 186.

  CONSEIL D'ANGLETERRE. Discussion dans le conseil, I, 154. Division
    dans le conseil, 166. Conférences de l'ambassadeur avec les
    seigneurs du conseil, 355. Délibération, 373.--Demande du
    conseil afin que la France ne serve pas d'intermédiaire pour le
    commerce des Pays-Bas, II, 220. Déclaration du conseil sur le
    commerce, 223. Réponse de l'ambassadeur; Protestation contre
    toute restriction de commerce, 225.--Division dans le conseil
    entre Cécil et Leicester, III, 101. Résolutions du conseil, 122.
    Débats, 138. Résolutions du conseil d'éviter la guerre avec la
    France, 168. Communication faite au conseil par l'ambassadeur
    des motifs de la Saint-Barthèlemy, V, 128.--Délibération du
    conseil, VI, 90. Déclaration du conseil, 170. Séance du conseil,
    171. Conférences de l'ambassadeur avec le conseil, 309.
    Délibération du conseil, 436.

  CONSEILLER-FISCAL (le), de Bruxelles.--Envoyé en Angleterre par
    le Duc d'Albe, après l'expulsion de l'ambassadeur d'Espagne, VI,
    423, 426, 429.

  CONSISTOIRE des Protestans, IV, 146.--VI, 338.

  CONSPIRATION pour le renversement de Cécil, et le rétablissement
    de la religion catholique en Angleterre, I, 233, 258.

  CONSPIRATION contre le Roi, _v._ Complot.

  CONSTANCE (Concile de), _v._ Concile.

  CONSTANTINOPLE, VI, 305.

  CONSULTATION des avocats anglais contre Marie Stuart, pour établir
    qu'elle pouvait être jugée en Angleterre, I, 51.

  _Conthurbery_, _v._ Canterbury.

  CONTREDIETTE annoncée pour être opposée à la diette de l'Empire,
    III, 215.

  CONTROLEUR (le) de la marine en Angleterre, I, 215.

  _Conturbery_, _v._ Canterbury.

  CONVENTION de Glasgow. Accord entre le Duc de Châtellerault et le
    Comte de Murray, I, 300.

  CONVENTION entre la France et l'Angleterre sur la restitution des
    prises, et le commerce, II, 323.

  _Conventery_, _Conventry_, _v._ Coventry.

  CONVERSION des réaux saisis sur les Espagnols, en monnaie
    anglaise, II, 338.

  _Corc_, _v._ Cork.

  CORDOUE, en Andalousie, _Courdova_, III, 126.

  CORK, en Irlande, _Corc_, II, 81.-- V, 212.--VI, 48.

  _Cormuaille_ (Maître), _v._ Cornwall (Jean).

  _Cornailhe_, _Cornaille_, _v._ Cornwall.

  CORNO (Louis), maître du navire la Bonne-Aventure de Vannes, VII,
    100.

  CORNWALL (pays de), ou Cornouaille, Comté d'Angleterre,
    _Cornailhe_, _Cornaille_, _Cornoailhe_, _Cornoaille_, I, 25,
    115, 402.--II, 550.--VI, 121.

  CORNWALL (maître Jean), ancien conseiller de la Reine Marie,
    _Cornuaille_, _Cornouaille_, III, 197, 227.

  CORTEN (le Capitaine), _Cortene_, I, 120, 257, 351.

  COSSÉ (Artus, maréchal de), Gouverneur de Rouen, frère du maréchal
    de Brissac, beau-père de Mr de Méru, I, 50, 239, 255, 261, 264,
    271, 280, 282, 288, 289, 293, 297, 312, 340, 341, 361.--II, 18,
    39, 66, 80, 86, 138, 141, 149, 224.--III, 199, 204, 205.--VI,
    110.--Arrêté à l'occasion du complot de St-Germain, 111, 113,
    115, 122, 133, 138, 181, 192, 234, 248, 313, 315.--VII, 26, 29,
    42.

  _Cossins_ (le Capitaine), _v._ Caussens.

  COULAIN (le Capitaine), IV, 154.

  _Couconnas_ (Comte de), _v._ Coconas.

  _Coulbronc_, _v._ Colnbrook.

  _Couloigne_, _v._ Cologne.

  _Coulombières_ (le Sr de), _v._ Colombières.

  _Courdova_, _v._ Cordoue.

  COURTEVILLE (le Secrétaire), III, 335.

  COUSIN, ministre protestant réfugié en Angleterre, I, 38.

  COVENTRY, dans le comté de Warwick, _Conventery_, _Conventry_, II,
    369, 377.--IV, 135, 183.--V, 89.

  CRACOVIE, en Pologne, _Cracovia_, VI, 188, 222.

  CRAINTES pour Calais, I, 91.--Crainte à Londres d'entreprises de
    la part des Français, et des Espagnols, I, 398.--Craintes
    inspirées par diverses flottes qui sont en mer, II, 251.
    --Craintes de l'ambassadeur pour le Duc de Norfolk, et Marie
    Stuart, II, 261.--Craintes inspirées par la mission de Ciapino
    Vitelli, II, 267.--Crainte que Marie Stuart ne soit livrée au
    Comte de Murray, II, 320.--Craintes des Anglais, III, 13.
    --Crainte des Anglais qu'une ligue ait été formée par le Roi,
    pour l'anéantissement de leur religion, VI, 244.

  CRAFFORT, ou mieux _Crawfort_, de la garde écossaise du Roi, V,
    411.

  _Cranfurd_ (lord), _v._ Crawford.

  CRAWFORD (lord), _Cranfurd_, I, 379.

  CRENAY (Sr de), Capitaine de Brest, III, 450.--VII, 181.

  CREUSE (la), rivière de France, II, 69.

  CRÈVECOEUR (Mr de), l'un des commandants pour le Roi en Picardie,
    VI, 252.

  CROFT (sir Jacques), contrôleur d'Angleterre, III, 21.

  CROISIC, port de Bretagne, _Croisy_, _Croysie_, I, 77, 87.--II,
    286.

  CULTE CATHOLIQUE, objets du culte catholique, images et ornements
    d'église brûlés publiquement à Londres, I, 374.

  CUMBERLAND (Comte de), _Comberlan_, _Commerlan_, II, 348, 385.

  CUNYNGHAM, _Cuniguem_, _Cuninguen_, envoyé en mission en
    Angleterre par le Comte de Lennox, IV, 137, 313, 362.

  CUST, l'un des membres du conseil de la Reine d'Angleterre, I,
    175.


D.

  DACRE (lord) du Nord, _Dacres_, II, 348, 368, 386.--III, 66.
    --Défaite de lord Dacre, 67, 68, 74, 76, 77, 84, 266, 391.
    --IV, 92, 272, 335.--VII, 214.

  _Dail_, _Dailh_, (le Docteur), _v._ Dale.

  DALE (Valentin dit le Docteur). Ambassadeur d'Angleterre en France
    a succédé à Walsingham, _Dail_, _Daith_, _Dayl_, _Dayle_, V,
    226, 317, 361, 444.--VI, 57, 66, 79, 97, 101, 102, 144, 147,
    246, 248, 355, 381, 455, 475.--VII, 410, 429, 433, 453, 454,
    459, 464.

  DALKEITH, près d'Édimbourg, _Dathquier_, _Datquier_, IV, 121, 139.
    --V, 411.--VI, 265.

  DAMVILLE (Henri de Montmorenci, maréchal de), _Dampville_,
    _Danville_, _d'Envylle_, frère du Duc de Montmorenci et de Mr de
    Méru.--I, 50.--II, 314.--III, 199, 205.--VI, 68, 105, 111,
    138, 192, 238.--Se déclare pour les protestants avec son armée
    de Languedoc, 288, 293, 296, 297, 308, 314, 315, 339, 355, 363,
    366, 368, 370, 394, 417.--Faux bruit de sa mort, 455, 456.
    --VII, 56, 114.

  _Dandellot_ (Sr), _v._ Andelot (Sr d').

  DANEMARC (royaume de), _Dannemarc_, _Dannemarq_, _Dennemark_, III,
    98.--IV, 147.

  DANEMARC (le roi de), _v._ Frédéric II.

  DANTZICK, ville hanséatique d'Allemagne, _Dantzic_, VI, 51.

  _Darby_, _v._ Derby.

  DARDOY, secrétaire de Marie Stuart, _Derdoy_, V, 27, 54.--VII,
    303, 312.

  DARTMOUTH, dans le comté de Devon, _Dertemue_, _Derthemmue_, I,
    25.--IV, 364.

  _Dasque_, ville d'Allemagne, peut-être Dantzick, II, 93.

  _Dathquier_, _Datquier_, _v._ Dalkeith.

  _Daufin_, _Daulfin_ (le prince), _v._ Dauphin.

  _Daufiné_, _Daulfiné_, _v._ Dauphiné.

  _Daulphinoys_ (les), _v._ Dauphinois.

  _Dauncher_ «en Cornoialle et Dauncher», en Cornouaille et
    Devonshire, _v._ Devonshire.

  DAUPHIN (Mr le prince), _Daufin_, le duc de Montpensier, Dauphin
    d'Auvergne, _v._ Montpensier.

  DAUPHINOIS (les), _Daulphinoys_, les habitants du Dauphiné, I,
    415.

  DAUPHINÉ, province de France, _Daulfiné_, _Daufiné_, I, 138.--V,
    449.--VI, 50, 81, 258, 340, 361, 475.--VII, 428.

  DAVID, marchand de la Rochelle, V, 202.

  DAVIDSON (Me) envoyé en Écosse avec Quillegrew pour résider auprès
    du Comte de Morton, VI, 451.

  DAY (Jehan), marchand anglais arrêté prisonnier à Bordeaux, I,
    356.

  _Dayl_ (le Docteur), _Dayle_, _v._ Dale.

  DEBITIS (lord) d'Irlande, Grand-Trésorier de l'Irlande, II, 240,
    --IV, 199, 425.

  DÉBORA, _Dethbora_, prophétesse juive qui a gouverné le peuple
    hébreu, comparaison entre cette prophétesse et la reine
    d'Angleterre, I, 52.

  DÉCLARATION du conseil d'Angleterre donnée à Fernan Castel
    touchant le commerce avec la France, II, 223.

  DÉCLARATION de Burleigh et de Leicester concernant le maintien de
    l'Alliance avec la France, VI, 276.

  DÉCLARATION d'Élisabeth à l'égard de la France, I, 55.
    --Déclaration de paix et d'amitié, I, 242.--Déclaration sur la
    restitution des prises, II, 138.

  DÉCLARATIONS du Roi et du Duc d'Anjou sur la cession que Marie
    Stuart aurait faite de ses droits à la couronne d'Angleterre, I,
    431, 433.--VII, 151.--_Déclaration_ du Roi sur la restitution
    des prises, II, 103.--_Déclarations_ du Roi concernant
    l'Écosse, III, 142, 145, 148, 376.--IV, 114.--V, 322.

  DÉFIANCES d'Élisabeth contre le Roi, VI, 266.

  DEJORATUS, roi de Galatie, _Dejotarius_, allusion à sa défense
    devant César, I, 52.

  DÉMOSTHÈNE, _Démosthènes_, «l'orateur grec,» dont l'éloquence
    n'aurait pu justifier la Saint-Barthèlemy, V, 150.

  _Dennemark_, _Dennemarq_, _v._ Danemarc.

  DENT (Jeban), marchand anglais, I, 174.

  DÉPÊCHE de l'Ambassadeur enlevée de vive force après l'arrestation
    du Duc de Norfolk, II, 249.--Détails sur l'enlèvement de cette
    Dépêche, 255.--Protestation de la Reine et des seigneurs du
    conseil à ce sujet, 260.--Commission donnée par Élisabeth au
    sujet de la Dépêche enlevée, 277.--Restitution de cette
    Dépêche, 380.--Serment prêté par Élisabeth à ce sujet, 380.
    --Note mise sur l'enveloppe du paquet rendu, 382.

  DERBY (le Bailli de), _Darby_, proposé par Marie Stuart pour
    servir à sa correspondance, II, 264.

  DERBY (le Comte de), _Darby_, _Dherby_, I, 259.--II, 348, 368.
    385.--III, 197, 331.--Prévenu de conspiration, 390.--IV, Sa
    fuite, 261.--V, Sa mort, 224.--_Le fils aîné_ du Comte de
    Derby qui a succédé à son titre de Comte, IV, 183, 244.--Devenu
    Comte de Derby est envoyé dans son comté pour y faire des
    levées, VI, 144.--Les deux _seconds fils_ du Comte de Derby
    prévenus de conspiration. _v._ Stanley.

  _Derdoy_, secrétaire de Marie Stuart, _v._ Dardoy.

  _Dertemue_, _Derthemue_, _v._ Dartmouth.

  DES ADRETS (François de Beaumont, baron), _Des Adrectz_, I, 389,
    415.

  DÉSASTRE éprouvé par sir John Hawkins à la Vera-Cruz, I, 182.--Sa
    flotte détruite par les Espagnols, 183.

  DES CHAMPS (le Sr), réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 426.

  DESMOND (le Comté de) en Irlande, _d'Esmont_, II, 81.--IV, 199.

  DESMOND (le Comte de), _d'Esmont_, l'un des chefs des révoltés
    d'Irlande, II, 111.--III, 405, 445. 450.--IV, 199.--Le vrai
    Comte de Desmond, VI, 6, 12, 48, 146, 246.--Il est fait
    prisonnier, 253, 353, 378, 443.--_Sir Jean_, son frère, II,
    111.--IV, 199.--_James Desmond_, son fils, dit _Fitz Maurice_,
    _v._ Fitz Maurice.

  DESMOND (le bâtard de), qui pendant la révolte d'Irlande usurpa le
    titre de Comte de Desmont, VI, 6.--Sa _femme_, VI, 6.

  DES TROYSPIERRES, gentilhomme normand, VI, 319.

  _Dethbora_, _v._ Débora.

  DEUX-PONTS (Volfang Guillaume de Bavière, Duc de), I, 43, 45, 58,
    63, 75, 100, 106.--Marche du Duc de Deux-Ponts sur la France,
    149, 172, 185, 202, 305, 326, 340, 362.--Son entrée en France,
    qu'il parvient à traverser, 367, 370, 387, 389, 409, 415, 416,
    417, 419, 421.--II, Ses succès, 9, 10, 17, 20, 21, 23, 42, 43.
    --Sa jonction avec l'amiral Coligni, 64, 68.--Sa mort, 69, 70,
    71, 72, 84, 90, 99, 148, 158, 159, 179, 315, 354, 387.--III,
    273.--VII, 20, 21, 23, 26, 29.--Sa mort, 50, 67.--Le jeune
    Duc de Deux-Ponts son _fils_, III, 272, 273.--Ses _neveux_, II,
    149.

  DEVET (le Sr), l'un des secrétaires du docteur Dale, Ambassadeur
    d'Angleterre en France, VI, 248.

  DEVONSHIRE, province d'Angleterre, _Dauncher_, VI, 121.

  DIABLE (le), V, 101, 256.

  DIEPPE en Normandie, _Dièpe_, I, 101, 196, 219, 228, 238, 246,
    253, 257, 274, 359.--II, 244.--III, 81, 311, 326.--IV, 291.
    --V, 112, 385.--VI, 13, 93, 157, 281, 325, 340.--VII, 14, 132,
    245, 430.

  DIETTES de l'Empire, II, 245.--III, 109, 208.--Diette de Spire,
    272, 298, 231.--Diette de Francfort, VII, 51. _v._
    Contrediette.

  DIFFÉRENDS entre l'Angleterre et les Pays-Bas, II, 50, _v._
    Négociation des Pays-Bas.

  DIJON en Bourgogne, _Disjon_, I, 363.

  DISCOURS envoyés de la Rochelle sur les opérations militaires des
    protestants en France, I, 137, 172.--II, 158, 179.

  _Disjon_, _v._ Dijon.

  DIVISIONS en Angleterre, I, 204, 329, 384.--III, 53.

  _Divoy_ (Mr), _v._ Yvoy (Mr d').

  DOGUES de race donnés en présent au Roi, VII, 194.

  _Dombarre_, _v._ Dunbar.

  DOLOVYN, agent du prince d'Orange en Angleterre, _Doulovyn_, II,
    49, 62, 140, 148, 152, 153, 316, 322, 329, 388, 404.

  _Dombertran_, _v._ Dunbarton.

  _Domfermelin_, _Donfermelin_ (l'abbé de), _v._ Dunfermline.

  _Domquerque_, v. Dunkerque.

  DONATION faite par Marie Stuart au profit de Henri II et ses
    successeurs du royaume d'Écosse et de ses droits au trône
    d'Angleterre, I, 425.--Autre donation des revenus du royaume
    d'Écosse, seulement, jusqu'à parfait remboursement des sommes
    dues à la France, 427.--Renonciation à tous actes qui
    pourraient emporter révocation des dispositions qui précèdent,
    429.--Déclaration de Charles IX qu'aucune cession n'a eu lieu,
    431.--Même déclaration du Duc d'Anjou, 433.

  _Donbertan_, _Donbertran_, _v._ Dunbarton.

  _Donquel_, _v._ Dunkeld.

  DORDOGNE (la), fleuve de France, _Dordoigne_, I, 137.--VII, 82.

  DORDRECH en Hollande, _Dordrec_, V, 78.

  DORIA (Jean-André), III, 434.

  DOUAIRE de Marie Stuart, II, 422.

  DOUGLAS (Archibald), est arrêté sur l'ordre du Comte de Mar, dont
    il était l'ami, comme ayant des intelligences dans le château
    d'Édimbourg, avec les partisans de Marie Stuart, IV, 455.

  DOUGLAS (George), _Duglas_, le plus jeune des frères du seigneur
    de Lochleven, celui qui avait procuré l'évasion de Marie Stuart,
    II, 65.--Obtient l'autorisation de voir Marie Stuart, 76.
    --Recommandation de Marie Stuart au Roi en sa faveur, 78, 79.
    --Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth n'a accordé à George
    Douglas la permission de voir Marie Stuart, que pour
    compromettre sa réputation, 123.--III, 287.--IV, 112, 239,
    327.

  DOUGLAS (James), frère bâtard du comte de Morton. La garde du
    château d'Édimbourg lui est donnée après la capitulation, V,
    374.

  DOUGLAS (William), jeune enfant qui avait favorisé l'évasion de
    Marie Stuart du château de Lochleven, en aidant sir George
    Douglas dans son entreprise, I.--Il est arrêté en Angleterre.
    Réclamation de l'ambassadeur en sa faveur, 133, 134.

  _Doulovyn_, _v._ Dolovyn.

  DOUVRES, _Dover_, _Douvre_, dans le comté de Kent, I, 64, 256,
    353.--IV, 247.--V, 147, 152, 178, 189, 193, 394, 396, 401.
    --VI, 55, 56, 60-62.--VII, 320, 336, 340, 370, 431, 433.

  _Dover_, _v._ Douvres.

  _Dronlanric_ (le lair de), _v._ Drumlanrig.

  _Droucastel_, VI, 342.

  DRUMLANRIG (le lair de), _Dronlanric_, IV, 172.

  _Drunquhassil_ (lord), Écossais du parti du régent, III, 107.

  DRURY (le Capitaine), maréchal de Berwick, I, 159.--II, 279.
    --III, 55, 160, 174, 175, 193.--IV, 122, 123, 137, 140, 144,
    158, 159, 176, 255, 289, 302, 303, 311, 315, 320, 360, 362, 378,
    393, 395, 400, 401, 442, 443.--V, 2, 130, 183, 392.--VII, 221,
    270, 275, 313, 327.

  DUBLIN, en Irlande, V, 212.

  DU CROC (Mr), _Du Croq_, envoyé par le Roi en Écosse, IV, 289,
    337, 374, 378.--Son arrivée à Londres, 392, 393, 394.--Sa
    négociation auprès d'Élisabeth, 397-400, 402-405, 408, 414,
    422, 424, 425, 428-430, 433.--Rupture et reprise de sa
    négociation, 434-436.--Son arrivée en Écosse, 440, 442-455,
    457, 460, 461, 464.--V, 1, 2, 7, 22, 42, 60, 64, 114, 156, 176,
    181, 182, 183.--VII, 81, 271, 288, 289, 295, 297, 302, 305,
    306, 313, 320, 325, 326, 327, 328, 337, 360, 387.--Son
    _beau-fils_, V, L'Espinasse (de).

  DUDLEY (lord), _Dudeley_, parent de Leicester, est compromis dans
    la conspiration de Stanley, IV, 205.--Il épouse la fille aînée
    de lord Chambellan, 319.

  DU DOIT (le Sr), agent des protestants de France en Angleterre
    pendant la guerre civile, _Du Doict_ I, 196, 202, 204, 211, 228,
    230, 235, 268, 290, 293, 313, 327, 337, 340, 374, 408.--II, 94,
    98, 99, 140, 152, 167, 222.

  _Duglas_, _v._ Douglas.

  DU LUA, ou _Du Rua_, ou _Lelua_. Agent des protestants de France
    en Angleterre, VI, 112, 240, 288.

  DU LUDE (Guy d'Aillon, Comte), II, 160, 161.--VII, 29.

  _Dumbarton_, _Dumbertran_, _v._ Dunbarton.

  DUMONT (Christophe, dit le Docteur), agent d'Élisabeth en
    Allemagne, I, 87.--II, 5, 245.--IV, 153.

  DUNBAR, au pays d'Haddington, _Dombarre_, III, 119, 270.

  DUNBARTON, en Écosse, _Dombertrand_, _Dombertran_, _Donbertan_,
    _Donbertran_, _Dumbertran_, I, 58, 118, 370, 377, 378.
    --Nécessite de secourir le château de Dunbarton, 384, 391.--II,
    76.--Demande de secours pour le château, 193, 195, 205, 206,
    210, 222, 233, 242, 243, 281, 282, 291, 307, 313, 349, 390, 422,
    430.--III, 22, 41, 50, 52, 54, 74, 114, 130, 137, 175, 200,
    202, 237, 266, 271, 347, 364, 373, 421.--IV, Prise de Dumbarton
    par les Écossais du parti du régent, 52, 57, 69, 70, 72, 77, 91,
    114, 121, 138.--V, 397.--VI, 342.--VII, 55, 60, 72, 137, 139,
    165, 206, 224.

  DUNFERMLINE (l'abbé de), _Domfermelin_, _Donfermelin_, envoyé en
    Angleterre par le Comte de Lennox, II, 304, 312, 320, 362, 389,
    431.--III, 107, 111, 114, 118, 131, 132, 157, 159, 171, 363,
    372, 388, 392, 397, 399, 421.--IV, 310.

  DUNKELD, dans le pays de Perth, en Écosse, _Donquel_, III, 130.

  DUNKERQUE, dans la Flandre française, _Domquerque_, I, 296.

  DUN-LE-ROI, en Berri, II, 9.--III, 205.

  DU PERREY (Pierre), marchand de Bordeaux, I, 242.

  DUPIN (Poutrin dit), agent des protestants de France, III, 440,
    455.--IV, 40, 134.--VI, 210.

  DUPLESSIS (le Sr), _Le Plessis_, réfugié en Angleterre après la
    St-Barthèlemy, V, 212, 239, 250, 263, 281.

  _Duram_, _Duran_, _v._ Durham.

  DURANT (l'huissier), réfugié en Angleterre après la St-Barthèlemy,
    V, 155.

  DU REFUGE (le Sr), beau-fils du Comte de Montgommery, V, 426, 429.

  _Durem_, _Duren_, _Durhem_, _v._ Durham.

  DURET, bourgeois de la Rochelle, V, 175.

  DURETAL, en Anjou, _Duretat_, VII, 276, 280, 283, 288.

  DURHAM, capitale du comté, _Duram_, _Duran_, _Durem_, _Duren_,
    _Durhem_, II, 348, 362, 372, 411, 426.--III, 21, 113, 128.

  _Du Rua_, _v._ Du Lua.

  DUVERGER (Mr), président de Tours; sa mission auprès de Marie
    Stuart, V, 364, 392, 394.--VI, 279.

  DU VIJAN (Mr), II, 222.

  _Dyvoye_ (Mr), _v._ Yvoy (d').


E.

  ÉCLUSE (l') en Hollande, l'_Escluse_, V, 60.--VI, 76.

  ÉCOSSAIS arrêtés en Angleterre, I, 79.--III, 22, 367.--Les
    Ecossais chassés d'Angleterre, IV, 265. Sauvages Ecossais, 340,
    399, _v._ Sauvages.--V, 425, Massacre des Ecossais auxiliaires
    en Suède et Danemarck, 462, _v._ Ecosse.

  ÉCOSSE (Royaume d'), _Escoce_, _Escosse_. La guerre renouvelée en
    Ecosse, I, 25, 40, 45, 58, 80, 82, 101, 155, 161. Accord
    consenti par Elisabeth touchant l'Ecosse, 188, 232, 290, 295,
    300, 328, 338, 342, 356, 369, 370, 376, 403, 425, 427, 429.
    --II, 56, 65, 76, 110, 196, 204, 242, 275, 279, 401.--III, 24,
    28, 34, 39, 40, 42. Préparatifs contre l'Ecosse, 44, 45, 49, 52,
    54, 55, 56, 64, 66, 67, 70, 71, 73, 74, 75, 76, 79, 81, 83, 97,
    98, 102, 105. Projet des Anglais contre l'Ecosse, 107, 108, 110,
    111, 113, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 123. Prise d'armes des
    Anglais contre l'Ecosse, 128. Etat des partis en Ecosse, 130,
    135, 136. _Invasion_ des Anglais, 137, 139, 140. Déclaration du
    Roi touchant l'Ecosse, 142, 145, 146. Mémoire sur la déclaration
    du Roi, 148, 149. Nouvelle de l'invasion, 150, 151, 152.
    Hésitation d'Elisabeth à poursuivre son entreprise contre
    l'Ecosse, 154, 156-163, 166, 167. Traité concernant l'Ecosse,
    169, 170-172, 174-176, 179, 183. Discussion sur le traité, 185,
    186, 188, 189, 190, 191, 193, 200, 202, 203, 212, 214. 217-220.
    Négociation touchant l'Ecosse, 222-226, 228-231, 235-237, 241,
    242, 248, 250, 252, 256, 259, 261-266, 270-272, 274, 275, 283,
    292, 293. _Deuxième_ invasion des Anglais en Ecosse, 294, 296,
    303. _Troisième_ invasion des Anglais en Ecosse, 304, 305.
    Explications données sur la dernière invasion, 307, 308, 309,
    311, 314, 318, 319, 321, 325, 328, 329, 330, 334, 335, 336. De
    l'Alliance d'Ecosse, 337, 338, 342, 343, 346, 347, 354, 361,
    363, 366, 367, 368, 369, 373, 374, 375. Déclaration du Roi
    concernant l'Ecosse, 376, 385, 391, 392, 395, 396, 398, 400,
    410, 421, 428, 429, 430, 432, 444, 452, 457, 461, 465, 466, 471,
    473, 474, 475, 476.--IV, 1. Négociation du traité, 5, 7, 8, 14,
    15, 16, 18, 19, 20, 21, 26, 27, 34, Sursis à la négociation, 39,
    56, 65, 72, 73, 77, 83, 90, 91, 104, 105, 107, 108, 111, 113.
    Déclaration du Roi concernant l'Ecosse, 114, 115-117. Conférence
    sur les affaires d'Ecosse, 118, 120, 122, 125, 128, 138. Succès
    des partisans de Marie Stuart, 144, 146-148, 151-155. Combat en
    Ecosse, 158-160, 163, 172, 176-178, 183-185, 193, 195-198,
    202-205. Etat des partis en Ecosse, 211, 215, 216, 226-233.
    Nécessité d'envoyer des secours de France en Ecosse, 235-239,
    243, 244, 247, 249-257, 260, 262, 263, 265, 267, 268, 272, 275,
    278-280, 282, 285-287, 289, 291, 292, 296, 297, 299, 305.
    Négociations sur les affaires d'Ecosse, 306-310, 313, 314, 317,
    318, 320-322, 324-327, 330-335, 337, 343, 344, 359, 360, 362,
    367, 369, 374, 378, 383, 393, 395, 400-404, 408, 409, 413, 414,
    418, 420-422, 426, 429-431, 433, 436. Mr Du Croc envoyé en
    Ecosse par le Roi, 440, 442, 451, 455, 457, 460, 461.--V, 1, 2,
    12, 16, 22, 27, 38, 42, 49, 50, 60, 82, 89, 114, 118, 130, 132,
    136, 153, 156, 171,176. Retour de Mrs Du Croc et de Vérac
    venant d'Ecosse, 181. Effet produit en Ecosse par la nouvelle de
    la Saint-Barthèlemy, 183, 199, 203, 204, 206, 209, 211, 224,
    227, 231, 243, 244, 252, 254, 259, 261, 266, 267, 269. Accord
    conclu en Ecosse pour la reconnaissance de Jacques VI, 272-274,
    283, 284, 287, 290-292, 295, 296, 302, 304-306, 308-312. Secours
    envoyés de France en Ecosse, 315, 317. Déclaration du Roi
    touchant l'Ecosse, 322-324, 329-332, 335, 339, 340, 343, 344,
    347-350, 355, 356, 358, 364, 373-375, 378, 383, 388, 390.
    Exécutions en Ecosse, 392, 394, 397, 402, 413, 429, 441, 449,
    451, 452, 456, 461.--VI, 5, 32, 48, 50, 63, 75, 76. 122, 126,
    142, 143, 165, 166, 169, 185, 204, 227, 228, 242, 244-246, 249,
    261, 265, 274, 276, 278, 285, 287, 293, 298, 328, 338, 341, 342.
    Projets des Anglais sur l'Ecosse, 364, 375, 376, 380, 396, 397,
    400, 402, 404, 415, 424, 427, 431, 440, 443, 451, 459, 464, 472,
    474. Combat sur les frontières d'Ecosse, 478, 480, 494, 495.
    Incursions des Anglais en Ecosse, 497, 502.--VII, 55, 58, 72,
    84, 92, 102, 103, 112, 113, 116, 117, 119-122, 129, 136, 137,
    139, 150, 153, 154, 158, 159, 161, 162, 165, 172-175, 196, 197,
    201-203, 206, 208-214, 218, 219, 221, 222, 224-226, 237, 242,
    245, 246, 250, 251, 254, 255, 258, 259, 263-269, 271, 274,
    277-279, 286, 289, 295, 297, 301, 302, 305, 313, 316, 318, 321,
    326, 327, 329, 330, 337, 344, 360, 361, 387, 394, 402, 407, 414,
    418, 419, 429, 434, 453, 474.

  ÉCOSSE (la Reine d'), _v._ Marie Stuart.

  ÉCOSSE (le feu Roi d'), _v._ Henri Stuart, lord de Darnley.

  ÉCOSSE (le petit prince ou le petit Roi d'), _v._ Jacques VI.

  ÉCOSSE (la bâtarde d'), répudiée par le comte d'Argyll, V, 411.

  ÉCOUEN, près Paris, _Escouen_, VII, 135, 139, 142, 143, 147, 148,
    157, 165.

  ÉCUS au soleil, III, 27.

  EDIMBOURG (Edinburgh), _Edemborgh_, _Edembourg_, _Edinbourg_ et
    _Lillebourg_, nom sous lequel les Français désignaient alors
    cette ville, I, 41, assemblée d'Édimbourg, 369.--II, 401.
    --III, 74, 83, 98, 117, 131, 152, 153, 167, 172, 174, 188, 190,
    191, 193, 223, 237, 248, 336, 421, 429.--IV, 47, 57, 72, 90,
    91. Combat près d'Edimbourg, III, 119, 121, 138, 139, 144, 152,
    154, 158, 161, 172, 183-185, 195, 216, 227, 230-232, 237, 244,
    248, 249, 255, 256, 259, 260. Siège d'Edimbourg, 267, 268. Levée
    du siège, 272-274, 283, 285, 289, 296, 300, 302, 305, 306, 310,
    313, 320, 323, 324, 331, 335. Combat dans Edimbourg, 337, 344,
    345, 360, 401, 405, 408, 420, 421, 425, 429, 431, 442-455, 457.
    --V, 1, 2, 7, 8, 22, 83, 130, 156, 209, 227, 344, 362, 364, 411,
    413, 450.--VI, 204, 211, 430, 464, 472, 481.--VII, 165, 203,
    204, 212, 224, 237, 245, 255, 267, 268, 270, 272, 274, 275, 277,
    295, 297, 305, 313, 327, 337, 360, 361, 387. Le _Château
    d'Edimbourg_, dernier refuge des partisans de Marie Stuart, I,
    41.--II, 401.--III, 75, 137, 172, 237, 364, 373, 465.--IV,
    74, 137, 172, 185, 206, 324, 335, 443.--V, 37, 132, 231, 238,
    244, 253, 261, 262, 266, 272, 273, 274, 283, 290, 291, 292, 305,
    308, 310, 311, 312, 322, 327, 329, 331, 337. Prise du château
    d'Edimbourg, 344, 347, 349, 350, 364, 374, 375, 378, 384. 391,
    392.--VI, 204.--VII, 409, 418, 419, 434.--Le _capitaine_ du
    château, _v._ Grange (lord de).

  ÉDIT de Chartres, III, 181.

  ÉDIT de pacification, I, 229.

  ÉDIT contre les protestans, I, 28, 146.

  ÉDOUARD VI, roi d'Angleterre, fils de Henri VIII et de Jeanne
    Seymour, frère consanguin d'Élisabeth, I, 247.--IV, 130.--V,
    276.--VI, 239.--VII, 331, Avait été parrain du duc d'Anjou,
    depuis Henri III, 376.

  EDWART (lord), _v._ Somerset (lord Edouard de).

  EGLINTHON (le Comte d'), IV, 212, 230, 237.--VII, 255.

  ÉLECTEURS (les), à l'Empire, III, 322, _v._ Diettes.--Les _trois
    électeurs_ protestants. Auguste, duc de Saxe, Frédéric III,
    comte palatin, et Joachim II, margrave de Brandebourg, III, 208,
    215, 228, 231.

  ÉLECTION du duc d'Anjou, comme roi de Pologne, V, 341, 344, _v._
    Pologne et Henri, roi de Pologne.

  ÉLIE (le prophète), _Hélie_, allusion à un passage de l'écriture
    sainte, II, 92.

  ÉLISABETH D'AUTRICHE, reine de France, deuxième fille de
    l'empereur Maximilien II, femme de Charles IX. (_La princesse
    Élisabeth_, la _seconde fille de l'Empereur_, la _jeune Reine_.)
    Projet de marier la princesse Élisabeth avec Sébastien, roi de
    Portugal, I, 68.--Projet de la marier avec le Roi, II, 116.
    Négociation relative à ce mariage, _v._ Mariage du Roi.--III,
    109, 123, 126, 301, 332, Fiançailles faites à Spire, 348, 349,
    353, 383. Célébration du mariage, 400.--Accouchement de la
    Reine, V, 195, _v. Accouchement_ de la Reine et _Baptême_ de
    sa fille, Marie Élisabeth de France.--VII, 134, 141, 155, 169,
    196.

  ÉLISABETH DE FRANCE, reine d'Espagne, fille de Henri II, et de
    Catherine de Médicis, 3e femme de Philippe II.--La _feue reine
    d'Espagne_, I, sa mort, 7, 8. Discussion relativement aux
    obsèques qui devaient lui être faites à Londres, 57, 64.--II,
    214.--III, 464.--IV, 131.--V, 105, 288.--VII, 30, 351.

  ELPHINSTONE (Nicolas), _Elphingston_, _Elphiston_, III, 15, 22,
    107.

  ELY, dans le comté de Cambridge, IV, 216.

  EMBDEN, en Westphalie, _Emdhem_, _Endem_, _Hemdem_, _Hendem_,
    _Henden_, I, 166, 327.--II, 49, 62, 239, 404.--III, 16, 45.
    --VI, 213, 237.

  EMBDEN (le Comte d'), _Endein_, _Hemdem_, III, 61.--VII, 84.

  _Embourg_, _v._ Hambourg.

  _Emdhem_, _v._ Embden.

  ÉMOTION causée à Londres par le départ du Duc de Norfolk, II, 255.

  EMPRUNT pour les protestants de la Rochelle, II, 141.

  ENCHANTEMENTS, ensorcellements employés par le Comte de Bothwell
    contre Marie Stuart, I, 20.

  _Endein_ (le Comte d'), _v._ Embden (le Comte d').

  _Endem_, _v._ Embden.

  ENGHIEN (le Duc d'), _d'Anguien_, I, 229.

  ENLÈVEMENT d'une dépêche de l'ambassadeur, _v._ Dépêche.

  ÉNICH (Me), V, 39.

  _Enoly_ (le Prince d'), _v._ Evoli (le prince d').

  ENTRÉE du Roi à Paris après son mariage avec la princesse
    Élisabeth, fille de l'empereur Maximilien II, VII, 196.

  ENTREVUE demandée sur la proposition de mariage entre Élisabeth et
    le Duc d'Alençon.--Consentement d'Élisabeth à l'entrevue à
    Douvres, V, 147.--Consentement d'Élisabeth à une entrevue
    secrète avec le Duc d'Alençon, VI, 22.--Négociation sur cette
    entrevue, 25.--Consentement du Roi, 53.--Réponse d'Élisabeth,
    57.

  _Envers_, _v._ Anvers.

  _Envylle_ (le maréchal d'), _v._ Damville (le maréchal de).

  _Erfort_ (les Enfants de), _v._ Hereford.

  ERNEST (le prince), second fils de l'empereur Maximilien II, III,
    426.--Proposition de le marier avec Élisabeth, V, 446.--VI,
    223.

  ERSKINE (lord), Comte de Mar, _v._ Mar (Comte de).

  ERSKINE (Alexandre), le _frère_ du Comte de Mar, V, 224.

  _Escalebourg_, _v._ Scarborough.

  ESCARS (Mr d'), l'un des chefs de l'armée royale, I, 137.--Sa
    maison, II, 159.

  ESCHIATA CAVALCANTI, _v._ Cavalcanti (Eschiata).

  _Escluse_ (l'), _v._ Écluse (l').

  _Escouen_, _v._ Ecouen.

  _Escrup_ (lord), _v._ Scroop.

  ESGUERDES, en Flandre, II, 391.

  _Esmond_ (le Comte d'), _v._ Desmond (le Comte de).

  ESPAGNE (Royaume d'). Saisie par les Anglais du trésor d'Espagne,
    qui entraîne la rupture de l'alliance avec l'Angleterre, I, 59,
    63, _v._ Saisie et Espès (don Gueran d'), ambassadeur d'Espagne
    en Angleterre.--Espagnols arrêtés prisonniers en Angleterre,
    114.--Affaires générales d'Espagne, 213.--Meilleur traitement
    fait aux Espagnols, II, 14, 77, 196.--Prochaine arrivée des
    députés d'Espagne, 245.--Vues île l'Espagne sur Élisabeth et
    Marie Stuart, 351.--Efforts des Espagnols pour renouer les
    négociations, 399.--Négociation de l'Espagne, 407.--Intrigues
    de l'Espagne (Mémoire de l'ambassadeur), III, 254.--Projet de
    l'Espagne contre l'Angleterre, 299.--Négociation, 310.
    --Intrigues de l'Espagne, 331, 426.--Négociation, IV, 14.
    --Projets de l'Espagne, 107, 141, 338.--Rupture de la
    négociation avec l'Espagne, 352.--Efforts des partisans de
    l'Espagne pour renouer l'alliance avec l'Angleterre après la
    St-Barthèlemy, V, 161.--Intrigues des Espagnols, 174, 196.
    --Négociation, 200.--Projet des Espagnols de s'emparer du
    prince d'Écosse, VI, 149, 327.--Conférence de l'ambassadeur
    avec l'agent du Roi d'Espagne en Angleterre, 418.

  ESPAGNE (la Reine d'), troisième femme de Philippe II, _v._
    Élisabeth de France.

  ESPAGNE (la Reine d'), quatrième femme de Philippe II, _v._ Anne
    d'Autriche.

  ESPAGNE (les Filles d'), _v._ Infantes (les) d'Espagne.

  ESPÉE (George), agent du Duc d'Albe en Angleterre, II, 202.

  ESPÈS (don Gueran d'), ambassadeur du Roi d'Espagne en Angleterre,
    I, 13, 48, 55, 56.--Proposition secrète faite par l'ambassadeur
    d'Espagne, 66.--Proposition faite par l'ambassadeur d'Espagne
    d'une ligue contre Cécil, et d'un blocus continental contre le
    commerce d'Angleterre, 69.--Il est accusé d'avoir répandu des
    libelles contre Élisabeth. Il est arrêté prisonnier, 114.--Sa
    réponse à la proclamation d'Élisabeth, 119.--Plaintes
    d'Élisabeth contre lui, 125, 126, 139, 194, 210, 211, 230, 234,
    255, 280, 299, 325, 332, 339, 349, 373, 374, 384, 388, 400, 411,
    413, 418.--II, 9, 28, 56, 62, 64, 76.--L'ambassadeur est
    délivré des gardes qui lui avaient été donnés, 86, 87, 94, 110,
    112, 127, 135, 141, 142, 149, 155, 173, 177, 196, 202, 214, 217,
    222, 235, 240, 241, 251, 264, 272, 278, 286, 289, 290, 293, 297,
    310, 314, 319, 332, 337, 342, 343, 352, 353, 387, 399, 421-423.
    --III, 13, 16, 26, 27, 29, 31, 36, 40, 48, 51, 57, 75, 98, 99,
    109, 114, 150, 153, 183, 254, 255, 256, 268, 270, 279, 288, 300,
    305, 306, 310, 312, 332, 333, 347, 363, 364, 370, 374, 375, 378,
    393, 401, 405, 430, 442, 452, 453, 459, 464, 466, 472.--IV, 2,
    16, 17, 23, 27, 28, 39, 74, 89, 136, 141, 145, 154, 161, 162,
    178, 210, 228, 259, 268, 269, 280, 281, 285, 286, 307, 310.
    --Ordre lui est donné de quitter l'Angleterre, 314, 317, 318,
    325, 336, 338, 342, 352.--Départ de l'ambassadeur d'Espagne,
    qui est expulsé de l'Angleterre, 360, 361, 364, 385, 388.

  _Espinola_, _Espinolla_, _v._ Spinola.

  _Espire_, _Espyre_, _v._ Spire.

  ESSEX (le Comte d'), _Exex_, V, 15, 18, 347.--Son expédition en
    Irlande, 383, 385, 387, 393, 454.--VI, 6, 11, 36, 48, 128, 353,
    401, 412, 490.

  _Est_ (le cardinal d'), _v._ Este (le cardinal d').

  ESTAMPES (Anne de Pisseleu, Duchesse d'), maîtresse de François
    Ier, III, 439.

  ESTE (Louis, cardinal d'), _Est_, légat du pape en France, VII,
    383, 403, 440.

  _Esterlin_, _Esterling_, _v._ Stirling.

  _Estory_ (le docteur), _v._ Storey.

  ESTON, dans le comté d'York, V, 76.

  _Estrabourg_, _v._ Strasbourg.

  ESTRANGE (maître), chargé d'une mission en Allemagne, V, 438, 446.

  ESTRÉE (Mr d'), envoyé par le Duc d'Alençon auprès de Henri III en
    Pologne, à l'occasion de son avènement au trône, VI, 148.

  _Estrelin_, _v._ Stirling.

  _Estrocy_, (Mr d'), _Estrossy_, _v._ Strozzi.

  _Estuard_, _v._ Stuart.

  _Estuqueley_ (le Capitaine), _Estuquelay_, _v._ Stukeley.

  ÉTATS D'ANGLETERRE, VII, 144, 145, 146, _v._ Parlement.

  ÉTATS D'ÉCOSSE, II, 204, 350.--III, 52, 75, 80, 98, 105, 117,
    139, 472.--IV, 15, 34, 36, 116, 119, 152, 216, 243, 250, 429.
    --V, 114, 305, 308, 309, 340, 355, 411.--VI, 430.--VII, 313.

  ÉTATS DE L'EMPIRE, _v._ Diettes.

  ÉTATS DE FLANDRE, VI, 17.

  ÉTATS DE FRANCE, ils sont réclamés par les protestants, VI, 367,
    370.

  ÉTATS DE POLOGNE, V, 345, 356.--VII, 441.

  ÉTATS DE PORTUGAL, I, 73.

  ÈVE, I, 51.

  ÉVOLI (le Prince d'), III, 127.--IV, 179.

  _Exain_, _v._ Hexham.

  EXCLUSION de commerce prononcée par le Roi de Portugal contre les
    Anglais, II, 38.

  EXÉCUTIONS en Angleterre, III, 21.--Exécutions en Norfolk, III,
    273.--Exécutions de France, _v._ Saint-Barthèlemy.--Efforts du
    Roi pour arrêter les exécutions, 134.--Exécution de Flandre
    contre les protestants, V, 150.--Exécutions en Écosse, V, 392.

  EXETER, dans le comté de Devon. _Excester_, V, 223.

  _Exex_ (le Comte d'), _v._ Essex (le Comte d').

  EXILLES, dans le Briançonnais, passage des Alpes, _Eysselles_, I,
    415.

  EYPÉDITIONS MARITIMES, I, 44, 54.--Apprêts d'une expédition
    maritime, II, 61.--Expéditions maritimes qui se préparent de
    tous cotés, 174.--Plaintes de l'ambassadeur à ce sujet, 175,
    _v._ Armements.

  _Eychester_, dans le comté de Durham, peut-être Chester Street,
    II, 378.

  EYEMOUTH, ville du pays de Berwich, en Écosse, _Aymontz_, III,
    118.

  _Eysselles_, passage des Alpes, _v._ Exilles.


F.

  _Fabique_, «de Plimouth à Fabique,» I, 120, peut-être Falmouth.

  _Fadrique_ (don), fils aîné du Duc d'Albe, _v._ Tolède (don
    Frédéric de).

  FAIRNYHERST (le lair de), _Farmihirst_,

  _Farneyrst_, _Farnihyrst_, _Fernihnost_, _Fernyrst_, III, 11, 22,
    140.--IV, 140, 267.

  FALMOUTH, dans le comté de Cornwall, _Falammue_, _Falamue_,
    _Fallamue_, _Falmeu_, _Falmue_, I, 25, 44.--V, 310, 312.--VII,
    99.

  _Fanic_, ville du comté de Roxburgh en Écosse, _v._ Hawick.

  _Farlin_ (château de) en Norfolk, III, 227.

  _Farnihirst_ (le lair de), _Farneyrst_, _Farnihyrst_, _v._
    Fairnyherst.

  _Fascastel_, _Fastcastel_, _v._ Fostcastle.

  FAUSSE MONNAIE (fabrique de), établie en Angleterre comme moyen de
    secourir les protestants de France, VI, 241, 245.

  FAUSTER (sir Jean), chargé d'un commandement dans le Nord, II,
    427.--III, 137, 139, 140.--IV, 107.--V, 388.

  FÉCAMP en Normandie, _Fescamp_, V, 316, 318.--VI, 205.

  FELTON (Jean) est poursuivi pour avoir affiché à Londres la bulle
    d'excommunication fulminée contre Élisabeth, III, 254, 255. Son
    exécution, 273.

  FERDINAND (l'archiduc), frère de l'Empereur Maximilien II.
    --Proposition de son mariage avec Élisabeth, II, 120.--III 228,
    297, 358. Son mariage avec la fille du Duc de Bavière, 416, 418,
    467.--IV, 22, 23, 167.--VII, 134.

  FÉRIA (le Duc de), _Férie_, I, 299, 324.--La _Duchesse_ de Féria,
    nièce de lord Sidney, IV, 96, 115, 119, 122.

  FÉRIA (le Comte de), frère du Duc, I, 73, 324.--VI, 221.--La
    _Comtesse_ de Féria, I, 64.

  _Fernand Castel_, _Fernan Castel_, dans les environs de Londres,
    II, 163.--VI, 242.

  FERRALS (Sr de), _Ferrailz_, député par le Roi dans les Pays-Bas,
    VII, 91.

  FERRARE (Madame de), VI, 248.

  FERRE, ancien secrétaire de sir Thomas Chalangier, lorsqu'il était
    ambassadeur en Espagne.--Il est mis à la Tour, I, 325.

  _Fernihnost_ (le lair de), _v._ Fairnyherst (le lair de).

  _Fernyrsth_ (le lair de), _v._ Fairnyherst (le lair de).

  FERTÉ (la), _La Fretté_, résidence du Vidame de Chartres,
    probablement la Ferté-au-Vidame dans le Perche, près de
    Verneuil, III, 316.--VII, 371.

  _Fescamp_, _v._ Fécamp.

  FESTIN du maire de Londres, I, 269.--V, 436.

  FÊTE MILITAIRE donnée à Londres, IV, 445.

  FEUGRÉ, ministre protestant, VI, 362.

  FIANÇAILLES du Roi et de la Princesse Élisabeth d'Autriche, III,
    312. Elles sont célébrées à Spire, 383, 407.

  FIANÇAILLES du Roi d'Espagne et de la Princesse Anne d'Autriche,
    III, 354.

  FIANÇAILLES de _Madame_ (la Princesse Marguerite de France) et du
    Roi de Navarre, VII, 314.

  FICHER (Olivier), marchand anglais, I, 174.

  FIESQUE (le Comte de), III, 408.--VII, 160.

  FIESQUE (Thomas de), chargé par le Duc d'Albe de négociations en
    Angleterre, II, 114.--III, 17, 35, 46, 48, 56, 75, 81, 85, 96,
    370, 394, 408, 452.--IV, 108, 112, 117, 148, 149, 162, 179,
    231, 247, 268, 270, 281, 285, 290, 292, 296, 300, 302, 307, 310,
    325. Ses remontrances, 388, 399, 410.

  FIG-WILLIAM, lieutenant d'Élisabeth en Irlande, _v._ Fitz-William.

  FIG-WILLIAM, bourgeois de Londres chargé d'une mission en Flandre
    pour la restitution des prises, _Finguillem_, _Fyguillem_, III,
    261, 262, 267, 268, 285, 296, 370.

  FINAL (marquisat de), en Italie, IV, 146.

  _Finguillien_, président d'Irlande, _v._ Fig-William.

  _Finguillien_, bourgeois de Londres, _v._ Fig-William.

  FITZ-MAURICE (Jame Desmond dit) fils du Comte de Desmond, III,
    445, 450.--IV, 70, 179, 199, 216, 290, 340, 385. Se réfugie en
    France, VI, 6. Résolution du Roi à son égard, 456, 466, 467,
    468, 470, 473, 482, 493.--Son _fils_, VI, 6.

  FITZ-WILLIAM ou _Fig-William_, lieutenant d'Élisabeth en Irlande,
    président de l'Irlande, _Finguillen_, _Fuiguillien_, IV, 359.
    --VI, 412, 443.

  FIZES (Mr de), ministre, conseiller d'État en France, I, 309.
    --VII, 70, 72, 75, 76, 86, 90, 93, 95, 100, 105, 111, 115, 118,
    119, 122, 123, 127, 128, 378, 471.

  _Flamy_ (lord de), _v._ Flemyng.

  _Flamy_ (Thomas), _v._ Flemyng (Thomas).

  FLANDRE (la). Commerce de l'Angleterre avec la Flandre, I, 32, 37.
    --II, 22. Nouvelles de Flandre, IV, 37, 70.--V, 392, 425.--VI,
    17, 75. _V._ Albe (Duc d') et Pays-Bas.

  FLEET (le), prison de Londres, _Flit_, II, 371.

  FLEMY (une Dame), peut-être _Flemyng_, III, 344.

  FLEMYNG (lord de), commandant le château de Dunbarton pour Marie
    Stuart, _Flamy_, _Flemy_, I, 377.--II, 76.--III, 74, 347.
    --IV, Prise de Dunbarton, 53. Il parvient à s'échapper, 57, 259,
    260, 277, 289, 314. Expédition pour l'Écosse préparée par lord
    Flemyng en France, 330, 331, 332, 334, 335, 337, 367, 368, 398.
    Il est jeté par la tempête en Angleterre, il s'évade, mais ses
    papiers sont saisis, 401, 409, 421, 422, 455.--V, 8.--VII,
    206, 262, 268, 274, 305.

  FLEMYNG (sir Thomas), _Flamy_, _Flemy_, II, 179, 242. Lettre de
    créance pour le Sr Thomas Flemyng, envoyé par Marie Stuart en
    France, 282, 283, 313, 435, 437.--VII, 72, 197.

  FLESSINGUES en Zélande, _Fleximgues_, _Flexingues_, _Fleysingues_.
    Soulèvement des habitants de Flessingues contre la domination
    espagnole (_guerre des Gueux_), III, 429.--IV, 438, 455, 461,
    464, 465.--V, 4, 11, 28, 37, 43, 44, 60, 64, 78, 88, 108, 136,
    153, 154, 175, 182, 197, 199, 201, 202, 209, 211, 234, 237, 242,
    243, 355, 456.--VI, 43, 51, 63, 178, 280, 353, 450. Menaces de
    guerre de la part des Anglais contre Flessingues, 459.--VII,
    303, 319, 330, 339, 363, _v._ Gueux (guerre des).--Le
    _gouverneur_ de Flessingues, VI, 203. _v._ Serras.

  _Fleysinglies_, _v._ Flessingues.

  _Flit_ (le), prison de Londres, _v._ Fleet.

  FLORENCE, (le Duc de), _Florance_, Cosme Ier de Médicis, I, 261.

  FLORIDE (la), dans l'Amérique du nord, I, 179.

  FOGAS (le Sr), Portugais, VI, 343.

  FOIX (Paul de), _De Foys_, archevêque de Toulouse, IV, 86, 87, 94,
    98, 165, 168, 170, 210, 211, 214. Sa mission en Angleterre pour
    négocier le mariage du Duc d'Anjou et d'Élisabeth, 215, 216.
    Audience donnée à Mr de Foix, et détails de sa négociation, 217,
    219, 222. Son départ de Londres, 223, 225-227, 229, 231, 233,
    234, 237, 240, 242, 245, 246, 251, 252, 264, 286, 311, 349, 354,
    446, 469. Sa négociation avec Mr de Montmorency, pour le mariage
    du Duc d'Anjou, V, 7, 9-12, 14-19, 23-25, 27-31, 35-39, 42-44,
    47, 53, 57, 61, 63, 66, 86, 92, 94, 103, 403.--VII, 226, 233,
    236, 238, 239, 240, 241, 243, 244, 247, 250, 251, 269, 280, 284,
    289, 290, 291, 292, 293, 294, 298, 306, 307.

  _Fonges_ (le Sr de), député du Roi d'Espagne à la conférence de
    Londres, II, 311. Peut-être Forges.

  FONTAINEBLEAU, en Gatinais, _Fonteinebleau_, _Fontenebleau_, V,
    297.--VII, 235, 238, 241, 318, 414, 415, 420, 423.

  FONTAINE-LE-BOURG, en Normandie, près Rouen, _Fontaines-le-Bourg_,
    VII, 44.

  FONTENAY-L'ABATTU, dans la Saintonge, _Frontenay-Labattu_, II,
    162.

  FONTENAI-LE-COMTE, en Poitou, _Fontenay_, _Fontenoy_, I, 138, 147.
    --Est pris par les troupes royales, qui violent la capitulation,
    VI, 302, 303.

  FORBICHER (le capitaine), VI, 496.

  FORBONS (lord), IV, 313.

  FORBOUCHE (le capitaine), I, 54, 55, 90, 214.

  FORGES (Sr de), conseiller d'État de Flandre, _fonges_, II, 311.
    --VI, 4.

  FORQUEVAULX (Mr de), _v._ Fourquevaux.

  FORTIGNY (Paulo), II, 54.

  FORTIVY (le Sr), III, 301.

  FOSTCASTLE, dans le comté de Berwick, en Écosse, _Fascastel_,
    _Fastcastel_, III, 193, 202, 203, 207, 218, 219, 223, 236, 329.
    --IV, 383.--V, 430, 441.--VI, 34.

  FOURQUEVAUX (Raimond de Béccarie de Pavie, Baron de), ambassadeur
    du Roi en Espagne, _de Forquevaulx_, I, 115, 256.--III, 124,
    125.--VII, 196, 269.

  FOYAR (Robert), marchand anglais, I, 174.

  FRANCÈS (don), _v._ Alava (don Francès d').

  FRANCFORT-SUR-LE-MEIN, l'une des villes hanséatiques d'Allemagne,
    _Franquefort_, I, 87, 409.--II, 4, 239.--V, 274.--VI, 63,
    126, 440.--VII, 435.

  FRANCHE-COMTÉ (la), province de France, I, 86.--II, 22.--III,
    86.

  FRANCHOT (le capitaine) ou _Franchotti_, agent secret au service
    de France, I, 107, 170.--IV, 83.--VII, 417.

  FRANÇOIS Ier, Roi de France, marié à la princesse Claude, fille de
    Louis XII, I, 335, 427.--III, 369.--IV, 373.--V, 105, 276,
    357.--VI, 323, 333, 338.--VII, 170, 351.

  FRANÇOIS II, Roi de France, fils de Henri II et de Catherine de
    Médicis, III, 242.--VI, 305, 323.--VII, 246.

  _Franquefort_, _v._ Francfort.

  FRÉDÉRIC II, Roi de Danemarck, beau-frère du prince d'Orange I,
    155, 166, 313, 326, 364.--III, 453, 463.--IV, 8, 147.--V,
    409, 462.--Le _prince de Danemarck_, son frère, IV, 64. Proposé
    pour être le mari d'Élisabeth, VII, 191.

  FRÉDÉRIC DE SAXE (le Duc), _v._ Saxe (Frédéric, Duc de).

  FRÉGOSE (Galéas), III, 250.

  _Fretté_ (la), _v._ Ferté (la).

  FRISE, (la), province des Pays-Bas, _Frize_, II, 239, 316, 329.
    --III, 453.

  _Frocmarthon_, _v._ Throkmorton.

  _Frontenay, Labattu_, _v._ Fontenay-L'Abattu.

  FUGUEREL, ministre protestant réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 155.

  _Fuiguillen_, président d'Irlande, _v._ Fig-William.

  _Fuiguillem_, bourgeois de Londres, _v._ Fig-William.

  FUITE du Prince de Condé après l'arrestation de Coconas et La
    Mole, VI, 81.

  FUMER (le conseiller), V, 462.--Sa _veuve_, V, 462.


G.

  GADAIGNE (l'abbé), VI, 149.

  _Gadenart_ ou mieux _Gudevart_, ville d'Écosse près de Kelso, III,
    139, 140, doit être _Jedburgh_ qui est nommée _Jedowart_ au tome
    Ier, page 421, _v._ Jedburgh.

  GAILLAC en Languedoc, I, 173.

  GAILLON en Normandie, _Galion_, _Gallion_, IV, 123.--VII, 122,
    215, 217, 226, 228.

  _Galeace Fregose_, _v._ Fregose (Galeas).

  _Galion_, _Gallion_, _v._ Gaillon.

  GALLIONS (les) de Portugal, III, 326.

  GALLES (Wales), le pays de Galles en Angleterre, I, 242, 327.
    --II, 337, 367.--III, 27.--IV, 244.--V, 235.

  GALLOWAY, province d'Écosse, _Gallovaye_, III, 329.

  _Galoa_ (l'évêque de), l'évêque de Galloway, en Écosse, III, 398.

  GAMACHES (le Sr de), I, 306, 314.

  GANTOIS exécuté comme coupable d'un attentat contre le Prince
    d'Orange, III, 208.

  GARDE DES SCEAUX d'Angleterre, _v._ Bacon.

  GARDELLE (le Sr de), II, 415.

  GARDIEN (le) des cinq ports d'Angleterre (Douvres, Hastings, Rye,
    Sandwich et Winchelsea, VI, 489.)

  GARNIER (Pierre), Provençal, VI, 355.

  GARONNE (la), fleuve de France, I, 137.--II, 341, 393.--VII, 82.

  GARTLY (le Sr de), Écossais du parti de Marie Stuart, _Garteley_,
    III, 76, 81.

  GASCEVILLE (le Sr de), agent du Prince d'Orange en Angleterre, V,
    202.

  GASCOGNE (la), province de France, _Gascoigne_, I, 137, 138.
    --III, 203.--V, 313.--VI, 103, 135, 148, 181.

  GASCONS (les), VII, 434.

  _Gelibert_ (le capitaine), _v._ Gilbert.

  _Gelingan_, arsenal de Londres, II, 38.

  GÊNES en Italie, _Gennes_, III, 126, 432, 453.--V, 436.

  GENÈVE, III, 183.--VI, 268.

  GÈNEVOIS (les), I, 122.--III, 12, 56.--IV, 48, 221, 342, 457.

  GENLIS (Mr de), _Genliz_, I, 149.--Sa déroute près de Mons, V,
    425, 426.--VII, 313.

  GENTILSHOMMES anglais pendus en France après avoir été pris les
    armes à la main pendant la guerre civile, I, 38, 48.

  GERALDY (le cavalier), envoyé du Roi de Portugal en Angleterre,
    IV, 361.--V, 174.

  GÉRARD (le secrétaire), l'un des secrétaires du Roi, IV, 93.

  GERARD (sir Thomas), arrêté comme complice de Stanley, III, 401,
    422.--Est mis en liberté, V, 313.

  _Gerzé_, _v._ Jersey.

  GERMAIN-EN-LAYE (St.-), dans l'Île-de-France, VI, 12, 50. Complot
    de Saint-Germain (affaire de Coconas et de La Mole), 86, 98,
    104.--VII, 123, 124, 126, 430, 457.

  GERMAIN-DES-PRÉS (St-), l'abbaye Saint-Germain-des-Prés-lès-Paris,
    VII, 37, 152.

  GERMAIN DE TOURS (l'église St.-), VII, 68.

  GERMANIE (la), l'Allemagne, III, 434.--VII, 81, 330, 348, 351,
    408. _v._ Allemagne.

  _Germue_, _v._ Yarmouth.

  _Gersay_, _Gersé_, _Gerzé_, _v._ Jersey.

  GIEN, dans l'Orléanais, sur la Loire, VII, 23.

  GILBERT (le capitaine Humfroy), _Gelibert_, _Gilibert_, _Honfray
    Gillebert_, capitaine anglais commandant le corps d'armée envoyé
    à Flessingues, pendant la guerre contre les Gueux, V, 43, 78,
    199.

  _Gilibert_ (le capitaine), _v._ Gilbert.

  _Gillebert_ (Honfray), _v._ Gilbert.

  GIRON (le capitaine) de Dieppe, _Girons_, fait des armements en
    Angleterre, V, 154.--VI, 93.

  GIROUX (les plaines de), dans le Mirebalais, où se livra la
    bataille de Moncontour, VII, 66.

  GLAMMIS (le Comte, lord et lair de), créé chancelier d'Écosse par
    le Comte de Morton, régent, _Clames_, _Glames_, _Glannes_, III,
    363, 400, 437.--V, 450, 461.--VI, 32.

  _Glancarve_, _Glanquerne_ (le Comte de), _v._ Glencairn.

  GLASGOW dans le comté de Lanark, en Écosse, _Glasco_, I, 300.
    --III, 117, 172, 174, 175.

  GLASGOW (l'archevêque de), ambassadeur de Marie Stuart en France,
    Mr de _Glasco_, de _Glasgo_, de _Glazco_, I, 287.--II, 178,
    435.--III, 66, 179, 364, 369, 479.--IV, 6, 114, 144, 212, 227,
    235, 256, 259, 270, 273, 277, 300, 301, 314, 367.--VI, 204,
    245, 265, 274, 376.--VII, 132, 156, 188, 195, 209, 212, 215,
    249, 254, 258, 266, 281, 372, 440.

  _Glaude_ (lord), _v._ Arran (d').

  GLENCAIRN (le Comte de), _Glancarve_, _Glanquerne_, _Glencarme_,
    _Glencarve_, I, 301.--III, 107, 152, 159.

  GLOUCESTER (la rivière de), _Rivière de Golchestre_, VI, 129.

  _Goaras_, _v._ Guaras.

  GOMORRHE (ceux de). Les habitants de Gomorrhe qui par leurs crimes
    attirèrent sur eux la vengeance céleste, I, 51.

  GONDI (Alphonse de), _Alphonce de Gondy_, maître d'hôtel de la
    reine de Navarre. Sa mort, VII, 475.

  GONDI (Hiéronime de), _Geronyme Gondy_, VI, 39, 43.

  GONDI (Jean-Baptiste de), _Jehan-Baptiste Gondy_, VI, 9.

  GORDAN (Mr de), _Gorden_, _v._ Gourdan.

  GORDON (Adam de), chef écossais du parti de Marie Stuart,
    _Gourdon_, IV, 313.--V, 364, 374. Il est blessé, 418.--VI, 50.

  _Gouaras_, _v._ Guaras.

  GOURDAN (Mr de), gouverneur de Calais, _Gordan_, _Gorden_, I, 91,
    100, 168.--II, 2, 80, 260, 333.--III, 286, 300, 304.--VI, 51,
    252, 475.--VII, 37, 167.

  GOURDON (Adam), _v._ Gordon.

  GRAMONT (Mr de), I, 173.

  GRAND-SEIGNEUR (le), Selim II, VII, 272. _v._ Turcs.

  GRANDVELLE (le cardinal de), _v._ Granvelle.

  GRANGE (Kirkaldy, lord de), gouverneur du château d'Édimbourg pour
    Marie Stuart, _Granges_, II, 279.--III, 117, 118, 131, 156,
    172, 237, 336, 429, 465.--IV, 47, 172, 195, 237, 279, 300, 335,
    443.--V, 2, 37, 90, 253, 274, 308, 311, 312, 329. Est détenu
    prisonnier après la capitulation du château d'Édimbourg, 364,
    374. Il est exécuté, 392, 397.--VII, 198, 203, 206, 207, 213,
    218, 225, 245, 327, 328, 360, 387, 418.--Son _frère_, _v._
    Kirkaldy.

  GRANVELLE (Antoine, cardinal de), Le cardinal de _Grandvelle_,
    III, 371.

  GRANVILLE, dans la Basse-Normandie et non en Bretagne, mais sur la
    frontière, III, 65.

  GRASSAN (Thomas), facteur ou banquier d'Élisabeth, _Grassan_,
    _Grassein_ ou _Grassen_, I, 75, 194, 274, 326.--II, 141, 150,
    197, 228, 238, 371, 385, 407.--III. 48, 56, 73, 86, 443.--VI,
    126, 504.

  GRAVELINES, dans les Pays-Bas, _Gravellines_, II, 267, 275.--IV,
    364.

  GRAVESEND dans le comté de Kent, _Gravesines_, IV, 336, 467.--V,
    14.--VI, 56, 406.

  GRAY, _v._ Catherine.

  GRAYS (Gilles), II, 8, 143.

  GREENWICH près de Londres, _Grenuich_, I, 373.

  GRÉGOIRE XIII (Hugues Buoncompagno), élu Pape le 13 mai 1572, V,
    116, 119, 121, 167, 192, 220, 247, 275, 316.--VI, 93, 160, 218,
    240, 241, 259, 267, 276, 338.--VII, 341, 383, 395.

  GRENADE, province d'Espagne. Guerre de Grenade ou des Maures, I,
    205. _v._ Maures.

  _Grenezey_, _Grenesey_, _Grenezé_, _v._ Guernsey.

  GRENIER (Pierre) de Marseille, VI, 362.

  GRÈVE. Exécution faite en Grève de Briquemaut et Cavagnes à
    laquelle assista le Roi, V, 205.

  GREY (lord), IV, 28, 52, 70, 216.--V, 14.

  GRINVIL (Me). Armements de Me _Grinvil_ en Angleterre sous le
    prétexte de faire un voyage de découvertes, VI, 127, 128.

  GRONINGUE, dans les Pays-Bas, _Groninguem_, III, 427.

  GUARAS (Antonio, ou Antoine de), marchand espagnol, agent de
    Philippe II en Angleterre, _Goaras_, _Gouaras_, _Guoras_, I,
    374.--II, 114. Est chargé de suivre les négociations d'Espagne
    après l'expulsion de l'ambassadeur d'Espès, V, 4, 55, 64, 78,
    117, 121, 161, 162, 174, 175, 197, 259, 292, 362, 397.--VI, 18,
    163, 169, 213, 358, 427.--VII, 362.

  GUELDRE (le pays de), province des Pays-Bas, _Gueldres_, V, 79.

  GUERET (Me), frère du Comte de Killdare, VI, 37.

  GUERNSEY, île anglaise sur la côte de Normandie, _Grenesay_,
    _Grenesey_, _Grenezay_, _Grenezey_, _Guernesey_, I, 374.--II,
    25.--III, 47.--V, 147, 152, 172, 178, 274, 281, 360, 470.
    --VI, 120, 143.--VII, 338, 345, 375, 368.-- Le _gouverneur_ de
    Guernsey, _v._ Leyton.

  GUERRE toujours imminente entre l'Angleterre et la France pendant
    tout le temps de la résidence de l'ambassadeur auprès
    d'Élisabeth. Proposition de guerre contre la France discutée
    dans le conseil d'Angleterre, I, 46. La guerre n'est pas
    déclarée ouvertement, 47.--II, 27. Menaces de guerre, 74.
    Nécessité de se préparer en France à la guerre contre
    l'Angleterre, 136. Grands préparatifs de guerre qui peuvent être
    tournés contre la France, III, 52, 72, 79, 110, 115, 247. _v._
    Armements.--Crainte d'une entreprise secrète contre la France,
    V, 251.--Menace d'une guerre générale, VI, 337.

  GUERRES CIVILES DE FRANCE. _Première guerre de la Rochelle._
    Combat de Jazeneuil, I, 25. Détails sur les troubles de France,
    27. Succès remportés en France, 35. Effet produit à Londres par
    les succès de France, 41. Succès de France, 84, 124. Récit fait
    par les Protestants de leurs opérations militaires, 137, 147,
    172, 180, 185, 257. Victoire de Jarnac, 288. Entrée du Duc de
    Deux-Ponts en France, 367. État des Protestants en France, 414.
    Marche du Duc de Deux-Ponts à travers la France, II, 10. Combat
    de la Roche-Abeille, 82, 156. Relation des opérations militaires
    des Protestants, 158. Levée du siège de Poitiers, 244. Victoire
    de Moncontour, 286, 426. Négociation de la paix, III, 6, 18, 63,
    114. Nécessité de faire la paix en France, 121, 204. Combat de
    Sainte-Gemme, 232, 256. Paix de France, 272.--_Deuxième guerre
    de la Rochelle._ Reprise d'armes après la Saint-Barthèlemy, V,
    198, 207, 239. Plaintes au sujet d'un traité qu'Élisabeth aurait
    fait avec les Protestants de la Rochelle, 255. Expédition de
    Montgommery, 273, 307, 310, 321. Prise de Belle-Isle, 326, 347.
    Déclaration faite par Burleigh de la nécessité où se trouverait
    l'Angleterre de prendre parti pour les Protestants si la paix
    n'était pas rétablie en France, 353. Assaut donné à la Rochelle,
    362, 363. Paix conclue avec la Rochelle, 370.--_Continuation de
    la guerre civile dans les provinces du Midi._ Progrès des
    Protestants en Languedoc, V, 462. Entreprise contre la Rochelle.
    475.--_Troisième guerre de la Rochelle._ Nouvelle reprise
    d'armes générale en France, VI, 49. Descente de Montgommery en
    Normandie, 69. Prise de Carentan, 77. Motifs donnés par
    Montgommery pour se justifier, 80. Fuite du prince de Condé, 81.
    Arrestation du Duc d'Alençon et du Roi de Navarre, 83.
    Arrestation de MM. de Montmorenci et de Cossé, 109. Expédition
    du Capitaine Montdurant, 126. Montgommery fait prisonnier, 142.
     Succès de Montdurant, 143, 147. Prise de Saint-Lô, 167.
    Exécution de Montgommery, _ibid_. Nouvelles de la Rochelle, 237.
    Succès remportés par les Protestants, 288, 292. Négociation de
    la paix, 297.--Prise de Fontenay, 302. Négociation, 354, 357,
    416, 475, 496.--VII, _Ubique_.

  GUEUX (les). Soulèvement et guerre des Gueux dans les Pays-Bas,
    III, 127.--Prise d'armes des Gueux, 437.--Leurs succès, prise
    de Valenciennes, V, 3, 4, 8, 153, 456.--VII, 301, 305. _V._
    Flessingues.

  GUIENNE (la), province de France, _Guyenne_, I, 35, 41, 276, 288,
    293, 314.--II, 21, 64, 71, 94, 95, 109, 273, 294, 393.--III,
    209, 216.--V, 202, 246, 252, 261, 426.--VI, 5, 10, 13, 43, 46,
    125, 196, 283, 348, 417.--VII, 121, 428.

  _Guildas_ (le Comte de), _v._ Killdare.

  GUILLAUME (le Duc Jean) de Saxe, _v._ Saxe.

  GUILLEDINS, chevaux donnés en présent au Roi par les Anglais, II,
    413.

  _Guillegrey_, _v._ Killegrew.

  GUISE (la maison de), _Guyse_, _Guyze_, I, 56, 62.--V, 167.--VI,
    393. VII, 118, 265, 323, 324.

  GUISE (Mad. de), Antoinette de Bourbon, veuve de Claude de
    Lorraine, Duc d'Aumale, premier Duc de Guise; mère de Marie de
    Lorraine, reine d'Écosse, «et grand-mère de Marie-Stuart,» II,
    257.

  GUISE (François de Lorraine, Duc de), fils aîné de Claude de
    Lorraine, _Feu Mr de Guise_ II, 182.

  GUISE (Charles de), cardinal de Lorraine, frère du précédent, _v._
    Lorraine (le cardinal de).

  GUISE (Louis Ier de Lorraine, cardinal de), frère des précédents,
    VII, 30, 67, 440.

  GUISE (le marquis de), René de Lorraine, marquis d'Elbeuf, frère
    des précédents, II, 267.

  GUISE (le chevalier de), François, de Lorraine, chevalier de
    Malte, grand prieur de France et général des galères, frère des
    précédents, V, 269.

  GUISE (Henri de Lorraine, Duc de), le Balafré, fils aîné de
    François, Duc de Guise, I, 140, 148, 149, 412, 427.--II, 267.
    --III, 301.--IV, 328, 336. V, 266, 269, 313.--VI, 330, 331,
    333, 382, 388.--VII, 7, 52. Blessé à Moncontour, 62, 64, 65,
    67, 322.

  GUISE (MM. de), IV, 461.--V, 235, 256.--VI, 392.--VII, 332.

  _Guoras_, _v._ Guaras.

  _Guydo Cavalcanty_, _v._ Cavalcanti.

  _Guyenne_ (la), _v._ Guienne.

  GUYTERI (le Sr de), envoyé par les Protestants auprès du Roi, VI,
    68.


H.

  HACMAN (le capitaine), V, 244.

  _Hacquens_, _v._ Hawkins.

  HAINAUT (le), province des Pays-Bas, _Aynaut_, VI, 483.

  HALLEY, valet de chambre de Marie Stuart, VI, 122.

  _Hambletons_ dans le nord de l'Écosse, VII, 313, peut-être
    _Cambelton_.

  HAMBOURG, ville hanséatique d'Allemagne, _Hanbourg_, _Hembourc_,
    _Hembourg_, _Embourg_, I, 201, 202, 227, 270, 272, 300, 313,
    326, 339. Départ de la flotte pour Hambourg, 355, 368, 373, 387,
    408, 409, 418, 419.--II, 4, 8, 25, 61, 93, 109, 142, 143, 148.
    Commerce avec Hambourg, 153, 175, 176, 191, 196, 223, 228.
    Arrivée de la flotte Anglaise à Hambourg, 239, 358.--III, 16,
    51, 86, 109, 112, 132, 141, 155, 194, 209, 249, 296, 297, 323,
    361, 453, 463, 472.--IV, 49, 153, 309, 455.--V, 43, 199, 274,
    281, 347.--VI, 126, 213, 237, 253, 260, 316, 415, 449, 456,
    491.

  HAMILTON (les), _Amelton_, _Amelthon_, _Amilthon_, I, 58, 118,
    161, 232.--III, 39, 107, 117, 171.--IV, 111, 243.--V, 452.
    --Un _Hamilton_, VI, 169.--Une _fille_ des Hamilton, VI, 481.

  HAMILTON (Jean), II, 215, 216. Mission de sir John Hamilton auprès
    du duc d'Albe, 351, 353, 356.--III, 335, 374.

  HAMILTON (Jacques), meurtrier du Comte de Murray, III, 39.

  HAMPTON dans le comté de Middlesex, _Antona_, _Anthonne_,
    _Hamptonne_, I, 76, 121.--II, 137.

  HAMPTON-COURT, palais d'Élisabeth dans le comté de Middlesex,
    _Antoncourt_, _Hantoncourt_. Convocation faite à Hampton-Court,
    I, 11. Assemblée d'Hampton-Court, 16, 18, 20, 27.

  _Hanbourg_, _v._ Hambourg.

  HANS OLSAMER (le capitaine), d'Augsbourg, III, 405.

  HAQUENÉES, chevaux donnés en présent, III, 325, 436.--IV, 35.
    --VI, 199.--VII, 194.

  _Haquens_, _v._ Hawkins.

  _Haran_ (le Comte d'), _v._ Arran (d').

  HARCOURT, serviteur de M. Norris, ambassadeur d'Angleterre en
    France, III, 226.

  HARDINGS (Jehan), marchand, I, 174.

  _Harifort_ (le Vicomte de), _v._ Hereford.

  HARLEM en Hollande, _Arlem_, _Harlen_. Prise de Harlem par les
    Gueux, V, 386, 392.--VII, 434.

  HARRIS (lord), _Harriz_, _Heris_, _Heriz_, _Herries_, _Herriz_,
    _Herrys_, _Herys_, _Heyreies_. Député de Marie Stuart auprès
    d'Élisabeth, I, 13, 40, 82. Cartel adressé par lord Lindsey à
    lord Harris, 102, 161, 195, 206, 300-302, 345, 346, 356, 369,
    376, 379.--II, 401.--III, 45, 128, 152, 307, 363, 403.--IV,
    455.

  HARTLEPOOL dans le comté de Durham, _Artelpoul_, _Arthelpoul_,
    _Arthepoul_, _Hartepool_, _Hartepoul_, II, 400, 402, 411, 418,
    427.--III, 21.

  HARWICH dans le comté de Norfolk, _Arvich_, _Haruich_, _Harvich_,
    I, 25, 373.--II, 12, 175.--IV, 438.--V, 154.

  HASTINGS (sir Jehan), V, 226.

  HATFIELD près Londres, _Atfeild_, _Hatfeild_, IV, 217.--VI, 442.

  _Hatil_ (le Comte d'), _v._ Athol.

  HATTON (Me), vice-chambellan d'Angleterre, _Athon_, _Haton_, I,
    199.--IV, 89.--V, 60.

  HAUFORT (Guillaume), marchand anglais, I, 174.

  _Haulstoc_, _v._ Olstoc.

  _Havart_, _v._ Howart.

  HAVERING, château d'Élisabeth dans le comté d'Essex, _Avrin_, V,
    59.--VI, 141, 144.

  HAVRE-DE-GRACE (le) en Normandie. Entreprise faite sur le Hâvre
    par les Anglais, I, 91, 106, 196, 219, 228, 238, 246, 255, 359.
    --II, 11.--IV, 454.--V, 208, 269.--VI, 13, 157, 196, 202,
    205, 281, 282, 284, 318, 319, 325, 340.--VII, 14.

  HAYE (la) près Poitiers, VII, 49.

  HAWICK, dans le comté de Northumberland, _Auvyc_, III, 230.

  HAWICK dans le comté de Roxburgh en Ecosse, _Fanic_, III, 140.

  HAWKINS (sir John), _Ackins_, _Hacquens_, _Hacquins_, _Haquens_,
    I, 179. Destruction de ses vaisseaux par les Espagnols à la
    Véra-Cruz, I, 179, 182, 272, 275, 351, 352.--II, 250, 275, 330.
    --III, 132, 270, 285, 296, 303.--IV, 339.--V, 248, 249, 317.
    --VI, 13, 496.--VII, 412.

  HAWKINS (Guillaume), _Ackins_, I, 350.

  HÈDREVILLE (le Sr de), réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 155.

  _Heldelberc_, _Heldelberg_, _v._ Heidelberg.

  HEIDELBERG dans le Bas-Palatinat, _Heldelberc_, _Heldelberg_, II,
    274.--III, 36, 182, 195. Assemblée de Heidelberg, 231, 249,
    312, 348, 349.

  _Hélie_, _v._ Élie.

  HEMART (sir Henry), frère du Duc de Norfolk, III, 27.

  _Hembourc_, _Hembourg_, _v._ Hambourg.

  _Hemden_, _v._ Embden.

  HENRI VIII, Roi d'Angleterre, fils de Henri VII, I, 96, 335.--II,
    57, 117.--III, 189, 190.--IV, 373.--V, 276, 455.--VI, 96.
    Plainte d'Élisabeth à raison d'un outrage qui aurait été fait
    par Catherine de Médicis à la mémoire de Henri VIII, 331, 333,
    336, 348, 350, 385, 388, 389.--VII, 351.

  HENRI II, Roi de France, fils de François Ier et de Claude de
    France, I, 261, 425, 427, 429.--II, 117.--V, 105, 276, 352,
    357.--VI, 323, 355.--VII, 170, 351.

  HENRI III, Roi de France, le troisième des fils de Henri II, et de
    Catherine de Médicis, d'abord _Duc d'Anjou_ et _Monsieur_, puis
    _Roi de Pologne_ et enfin _Roi de France_.--1º _Henri, Duc
    d'Anjou_ ou _Monsieur_, I, 21. Victoire de Jazeneuil, 25.
    Victoires, 35, 42, 61, 84, 85, 124, 139, 141, 143, 148, 172,
    173, 181, 185, 237, 257. Victoire de Jarnac, 288, 293, 304, 308,
    309, 314, 315, 319, 327, 329, 337, 339, 356, 362, 389, 412, 419,
    422, 431, 433.--II, 17, 21, 41, 48, 56, 59, 65, 71-74, 88, 114,
    116-118, 146, 158, 160, 204, 209, 224, 229, 257. Victoire de
    Moncontour, 281, 286, 287, 292, 294, 296, 309, 314, 316, 318,
    342, 354, 382.--III, 9, 18, 26, 28, 46, 124, 239, 256, 293.
    Reproche qui lui est fait par Élisabeth d'avoir tenu divers
    propos contre elle, 301, 312, 323, 332, 353. Proposition du
    mariage du Duc d'Anjou avec Élisabeth, 357, 358, 383.
    Négociation du mariage, 414, 415, _v._ Mariage (négociation du),
    418, 419, 420, 432, 434, 436, 438, 439, 440, 441, 447, 448, 449,
    454, 456, 459-462, 464-469, 479, 480.--IV, 9-13. Proposition du
    mariage du Duc d'Anjou avec Marie Stuart, 20, 23, 25, 42, 60,
    61, 65, 75, 76, 79, 125-126, 129-131, 209, 245, 311, 320, 323,
    330, 345. Communication secrète faite à Élisabeth au nom du Duc
    d'Anjou, 346. Rupture de la négociation du mariage du Duc
    d'Anjou, 354.--V, 29, 244, 245, 266, 269, 284, 294. Élection du
    Duc d'Anjou au trône de Pologne, 284.--2º _Henri, Roi de
    Pologne_, V, 313, 314, 316, 318, 321, 323, 341, 342, 344-346,
    356, 358, 359-362. Blessure du roi de Pologne devant la
    Rochelle, 363, 365-368, 389, 390, 406, 408, 409, 410, 415, 416,
    423, 438, 442, 447-449, 458, 465, 464, 472.--VI, 30, 37, 69,
    71, 88, 94. Mort de Charles IX; le Roi de Pologne est proclamé
    Roi de France, régence de Catherine de Médicis, 138.--3º
    _Henri_ III, Roi de France, VI, 140, 148, 152, 155, 156.
    Félicitations de l'ambassadeur au Roi sur son départ de Pologne,
    187. Arrivée du Roi à Lyon après avoir traversé l'Italie, 250.
    --VII, _Supplém. Duc d'Anjou_, 1, 2, 11, 16, 20, 21, 23, 24, 26,
    36, 47, 49, 52, 57, 62, 63, 66, 67, 105, 111, 123, 135, 142-147,
    156, 176, 183, 187, 192, 195, 200, 223, 229, 232, 233, 234, 241,
    249, 258, 260-262, 280, 290, 293, 300, 310, 334, 340, 347, 376,
    380, 395, 412, 413, 414, 426, 434. _Roi de Pologne_, 414, 417,
    423, 429, 436, 437, 440, 441, 445, 448, 449, 450, 468. _Roi de
    France_, 470.

  HENRI DE BOURBON, fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne de
    Navarre, d'abord _Prince de Navarre_, puis _Roi de Navarre_ et
    dans la suite _Henri IV, Roi de France_, I, 137, 138, 228, 304,
    362, 367, 386, 407.--III, 58, 115, 125, 160, 163, 181-183, 195,
    204, 208, 210, 215, 226, 301, 315, 331, 340, 341. Proposition du
    mariage du Prince de Navarre avec Élisabeth, 359, 361.--IV,
    74. 177, 180, 225, 239-241. Proposition de son mariage avec
    Madame, 245, 246, 426, 461.--_Roi de Navarre_ après la mort de
    Jeanne, reine de Navarre, sa mère, V, 65, 116, 146--VI, 66, 70,
    83. Son arrestation lors du complot de Saint-Germain, 83, _v._
    Coconas et La Mole, 91, 104, 108, 133, 134, 148, 149, 151, 152,
    153, 155, 225, 333, 382.--VII, _Supplément_, _Prince de
    Navarre_, 75, 81, 83, 86, 107, 110, 114, 123, 125, 242, 243,
    249. _Roi de Navarre_, 300, 303, 314, 318, 325, 429, 453, 457,
    469, 470, 471.

  HENRI STUART, lord de Darnley, fils au Comte de Lennox, Roi
    d'Écosse par son mariage avec Marie Stuart. «Le feu Roi
    d'Écosse», I, 18, 89, 102, 161, 343.--II, 7, 58, 123, 205, 242,
    279, 313.--III, 171, 329.--IV, 243.--VI, 5.

  HENRIQUEZ (don Louys), _Henriques_, I, 22.

  HÉRAULT envoyé par le Roi pour défendre au Duc de Deux-Ponts
    l'entrée de son royaume, I, 305.--Sommations faites par des
    héraults, II, 347, 360.

  HEREFORD (le château de), dans le comté de Hereford, _Herfort_,
    IV, 255, 259, 338--VII, 270.

  HEREFORD (le Comte de), _Herfort_, _Hertford_. Défense lui est
    faite de se rendre au parlement, IV, 46. Est mis en entière
    liberté, 154.-- V, 28.

  HEREFORD (les enfants de), Henri et Édouard de Hereford, de la
    maison de Somerset, pupilles de lord Burleigh, prétendants a la
    succession d'Angleterre; ils étaient issus du mariage du Comte
    de Hereford et de Catherine, sœur puînée de Jeanne Gray,
    _Erfort_, _Harifort_, II, 122, 123.--III, 100-102, 123, 124,
    358, 359.--IV, 86, 241, 426.--Le _vicomte de Hereford_, l'un
    des enfants, II, 246, 252, 254.--III, 87.

  _Hermestran_, _v._ Armestrang.

  HERVÉ, envoyé en Espagne par la Comtesse de Northumberland et lord
    Dacre pour négocier le mariage de Marie Stuart avec don Juan,
    IV, 92.--VII, 214.

  HERVÉ, agent de Me Grassan à Anvers, VI, 304.

  _Heris_, _Heriz_ (lord), _v._ Harris.

  _Herries_ (lord), _Herriz_, _Herrys_, _v._ Harris.

  _Herys_ (lord), _v._ Harris.

  HESSE (le maréchal de), _Hes_, III, 143.

  HESSE (Guillaume IV, landgrave de), dit le Sage, _Lantgrave de
    Hessen_, VII, 166, 169.

  HEXHAM, dans le comté de Northumberland, _Exain_, II, 427.

  _Heyreies_ (lord), _v._ Harris.

  _Hiermuth_, _v._ Yarmouth.

  HIBERNIE (l'), _v._ Irlande.

  _Hiorc_, _v._ York.

  _Hirlande_, _v._ Irlande.

  HOBSON (Guillaume), marchand anglais, I, 174.

  HOLLANDAIS brûlés vifs à Londres pour crime d'hérésie, VI, 490.

  HOLLANDE (la), _Holande_, _Olande_, _Ollande_, I, 272, 313, 326,
    329.--II, 99, 154, 251, 310, 329, 388.--III, 247, 257, 325.
    --IV, 74, 91.--V, 37, 78, 153, 175, 202, 209, 225, 243, 263,
    281, 290, 293, 347, 355, 362, 374, 396, 410, 418, 425, 428, 453.
    --VII, 6, 51, 63, 76, 93, 111, 166, 168, 203, 237, 240, 264,
    280, 282, 316, 358, 359, 362, 380, 415, 450, 483, 497.
    --_Toiles_ de Hollande, VII, 99.

  HOLSTEIN (le Duc de), Le _Duc de Holstain_, _Olstein_, III, 57,
    61.-- IV, 167.--VII, 84.

  _Holstoc_, _v._ Olstoc.

  HONGRIE (la maison de), I, 73.

  _Hongrie_ (le Roi de), _v._ Rodolphe.

  HONORÉ (le faubourg Saint-), _Lez Paris_, VII, 196, 455.

  _Hontelay_ (le Comte de), _Hontele_, _Honteley_, _Hontelletz_,
    _Hontelly_, _v._ Huntley.

  _Humteley_ (le Comte de), _v._ Huntley.

  _Hontingthon_ (le Comte de), _Hontington_, _Hontinthon_,
    _Hontinton_, _Hontiton_, _v._ Huntingdon.

  _Hormond_ (le Comte d'), _v._ Ormond.

  HORREUR inspirée à Londres par l'exécution de la Saint-Barthélemy,
    V, 128.

  _Horsy_ (le capitaine), _v._ Orsay.

  _Houl_ (le port de), _v._ Hull.

  HOUSTON (le lord, Comté de), gouverneur de Warwick, _Housdon_,
    _Husdon_, _Ousdon_, I, 232, 376, 381.--II, 279, 348, 367, 377,
    384.--III, 66, 67, 68, 76, 402.--IV, 118, 122, 268, 272, 279,
    285, 289, 292, 296, 303, 306, 310, 318, 323, 324, 344, 363, 454.
    --VI, 227, 480.--VII, 218, 278.--Le _fils_ de lord Houston,
    III, 74.--Le _jeune Houston_, IV, 143, 183.--VI, 406. L'_un
    des fils_ de lord Houston est tué en Irlande, VI, 11.

  _Houtincthon_ (le Comte de), _Houtinthon_, _v._ Huntingdon.

  HOWART (lord Thomas), oncle du Duc de Norfolk, _Havart_, IV, 359.

  HOWART (lord Charles), fils de milord Chambellan, _Havar_,
    _Havard_, _Havart_, I, 1, 82.--II, 303.--III, 285, 303, 306,
    309, 324, 331, 356, 443.--IV, 89, 215, 217.--VI, 111.

  HUBANDE (Sir Jean), «fort intime de Leicester», IV, 162.

  _Huinter_, _v._ Winter.

  HULL (le port de), dans le comté de Chester, _Houl_, II, 390.
    --IV, 335.

  HUME (le château de), dans le comté de Berwick en Écosse, _Humes_,
    III, 140. Est pris par les Anglais, 142, 151, 152, 193, 202,
    203, 207, 218, 219, 223, 236, 329.--IV, 140, 325, 383.--V, 12,
    16, 430, 441.--VI, 54.--VII, 112, 295, 297, 302.

  HUME (lord de), _Humes_, II, 279, 419.--III, 11, 118, 140.--IV,
    91, 140, 154, 158, 159, 172, 237.--Fait prisonnier dans le
    château d'Édimbourg, V, 308, 374, 392, 397, 402, 411, 430.--VI,
    33.--Son _fils bâtard_, IV, 154.

  HUNTINGDON (le Comte de), président du nord, beau-frère de
    Leicester, _Hontingthon_, _Hontington_, _Hontinthon_,
    _Hontinton_, _Hontiton_, _Houtincthon_, _Hontinthon_,
    _Huintenton_, _Hungtinton_, _Huntincton_, _Huntingthon_,
    _Huntington_, _Huntinthon_, _Huntinton_, _Untington_, I, 13, 79.
    --II, 122, 123, 236, 252, 254, 263, 265, 282, 300, 305, 336,
    338, 369, 406.--III, 12, 24, 25, 67, 87, 390.--IV, 321, 426,
    467.--V, 385.--VI, 238, 497. Sa _sœur_ mariée au fils du
    Comte de Worcester, IV, 319, 321.

  HUNTLEY (le Comte de), _Hontelay_, _Hontele_, _Honteley_,
    _Hontelletz_, _Hontelly_, _Hontely_, _Huinteley_, _Huntelay_,
    _Hunthely_, _Hunteley_, _Huntely_, _Onteley_, I, 40, 49, 301,
    370, 378. Lettre du Comte de Huntley à Marie Stuart, 379.--II,
    115, 242, 401.--III, 74, 98, 172, 193, 248, 375.--IV, 91, 172,
    237, 243, 279.--V, 60, 156, 211, 212, 308, 309, 397, 413, 441,
    461.--VI, 5, 166, 204, 211, 254, 424.--Son _frère_, III, 98.
    --V, 156.--VII, 313.--_Les Huntley_, I, 232.

  _Husdon_ (lord), _v._ Houston.

  _Huynter_, _v._ Winter.


I.

  ÎLE-DIEU (l'), sur la côte du Poitou, _Isle-Dieu_, V, 311.

  IMPÉRATRICE (l') d'Allemagne, _v._ Marie.

  INDES (les), flottes des Indes, I, 272, 351.--II, 330, 389.
    --III, 257, 285, 296, 326.--IV, 17, 29.

  INDICTES, le rôle des indictes, «de ceux qui doivent être menés en
    jugement,» IV, 364.

  INFANTES (les) d'Espagne, I, 67.--IV, 221.--VI, 364.--VII, 258.

  _Ingin_ (le fort d'), _v._ Angin.

  INQUIÉTUDE des Anglais à l'occasion du passage du Roi en Italie,
    VI, 258.

  INQUISITION (l'), engagement que l'on suppose avoir été pris par
    le Roi d'établir l'Inquisition en France, VI, 267.

  INSTANCES de l'ambassadeur pour obtenir son rappel, V, 179.--VI,
    352.

  INSULTES faites à l'ambassadeur en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 137.

  INTERRUPTION des négociations et du commerce entre l'Angleterre et
    la France après la Saint-Barthèlemy, V, 116.

  INVASIONS des Anglais en Écosse, VI, 294, 304, 497. _v._ Écosse.

  _Irlandais_ (les sauvages), _v._ Sauvages.

  IRLANDE (l'), _Hirlande_, _Yrlande_, apparence de troubles en
    Irlande, I, 45, 86. Troubles, 195, 270, 327, 331, 352.--II, 8,
    45, 75, 81, 94, 110, 111, 142, 146, 147. Troubles en Irlande,
    173, 199, 201, 240, 275, 279.--III, 35. Succès des révoltés,
    87, 96, 183, 258, 309, 405, 426. Mouvement en Irlande, 427, 444.
    Avis sur les affaires d'Irlande, 450. Concession de l'Irlande
    faite par le pape au roi d'Espagne, 458, 459, 466, 470, 471,
    476, 479, 481.--VI, 2, 8, 28, 29, 30, 32, 37, 39, 47, 52, 70,
    74, 89. Nouveaux troubles, 162, 179, 199, 215, 216, 239, 268,
    281, 290, 318, 339. Soulèvement de l'Irlande, 340. Pacification.
    359, 384, 385. Reprise d'armes et défaite des Irlandais, 399,
    435, 454, 455.--V, 209, 212, 347, 363. Expédition du comte
    d'Essex en Irlande, 383, 388, 393, 397, 454, 470.--VI, 6, 10,
    11, 32, 36, 37, 43, 48, 75, 96, 125, 128, 129, 136, 144, 146,
    246. Pacification, 253, 278, 353, 377, 378, 401, 402, 412, 414,
    418, 422, 429, 441, 443, 466, 477, 491-493.--VII, 34, 137, 175,
    181, 182, 185, 195, 214, 249, 269, 279.--Le _président_
    d'Irlande, _v._ Fitz William.

  IRRITATION des Anglais après la Saint-Barthèlemy, V, 113, 121.

  _Islebourg_ (l'), et château de l'Islebourg, _v._ Lillebourg
    (Édimbourg).

  ISLES DE NEVERS (Marie de Clèves, Marquise d'), IV, 127.

  ITALIE, I, 110, 295.--IV, 2.--VI, Voyage du roi Henri III en
    Italie à son retour de Pologne, 206, 226, 228, 252, 240, 246,
    251, 259, 267, 271, 281, 307, 323, 338.--VII, 141.

  ITALIENS (les), I, 71, 331.--II, 67, 71, 74, 90, 160.--VI, 44,
    475.

  _Ivoye_ (Mr d'), _v._ Yvoy (d').

  IWAN WASILEJEVITCH, Duc de Moscovie, envoie un ambassadeur en
    Angleterre, II, 192. _v._ Moscovie.


J.

  JACCOB (le capitaine), VII, 473.

  JACOMO, Italien, VI, 230.

  JAMETS, dans le Barrois, _Jamays_, place appartenant au Duc de
    Bouillon, VI, 354.

  JAMET (Me), peintre de la cour de France, VII, 229.

  JANETON (le capitaine), VI, 312.

  JACQUES V, roi d'Écosse, III, 369.

  JACQUES VI, roi d'Écosse, dans la suite Jacques Ier, Roi
    d'Angleterre, fils de Henri Darnley et de Marie Stuart. _Le
    prince d'Écosse, le petit roy d'Escoce_. Desir des Anglais qu'il
    leur soit livré, I, 12, 25, 101, 161, 162, 232, 300, 328, 342,
    348.--II, 59, 154, 205, 211, 214, 216.--III, 46, 56, 75, 83,
    97, 98, 107, 114, 117, 119, 131, 159, 160, 171, 179, 195, 200,
    214, 237, 248, 271, 308, 328, 330, 335, 363, 364, 366, 367, 368,
    372, 403, 473, 474.--IV, 3, 4, 7, 15, 19, 27, 33, 36, 51, 72,
    80, 91, 107, 137, 138, 140, 144, 147, 178, 194, 199, 204, 212,
    221, 241, 250, 260, 275, 278, 279, 308, 310, 313, 318, 326, 360,
    362, 374, 378, 394, 402, 414, 426, 429, 443.--V, 203, 209,
    211, 224, 227, 238. Efforts des Anglais pour s'emparer du prince
    d'Écosse, 243, 253, 261. Accord en Écosse pour la reconnaissance
    de Jacques VI, 273, 283, 290, 291, 308, 309, 310, 337, 344, 347,
    349, 355, 397, 449. Maladie grave du prince d'Écosse, 450, 451,
    461.--VI, 149, 161, 166, 204, 227, 238, 242, 244, 245, 247,
    249, 254, 261, 265, 267, 274, 278, 279, 287, 341, 342, 364, 430,
    478, 495, 501.--VII, 118, 120, 121, 150, 151, 172, 193, 197,
    201, 206, 219, 224, 246, 247, 248, 250. Proposition de le marier
    à une fille d'Espagne, 258, 270, 285, 419.

  JARNAC (la bataille de) en Angoumois, I, 228, 290, 314, 315, 327,
    329, 362.--VII, 1, 3, 5, 7, 8, 10.

  JARRETIÈRE (ordre de la), donné à M. de Montmorenci, IV, 436.--V,
    20.--Le Roi élu chevalier, VI, 421, 432.

  JAZENEUIL (combat de), en Anjou, _Jasseneuil_, I, 25, 141, 142.

  JEAN FRÉDÉRIC DE SAXE, _v._ Saxe.

  JEAN GUILLAUME DE SAXE, _v._ Saxe.

  JEANNE D'ALBRET, reine de Navarre, fille de Henri d'Albret, I, 28,
    137, 154, 168, 228, 304, 367, 368, 386, 387, 397.--II, 64, 69,
    72, 94, 98, 110, 141, 150, 177, 180, 191, 200, 222, 228, 231,
    239, 334, 358, 371, 391.--III, 19, 23, 37, 57, 58, 63, 125,
    163, 181, 268, 273, 331, 432.--IV, 225, 246, 336.--VI, 151,
    225.--VII, 17, 30, 38, 39, 75, 81, 83, 86, 107, 110, 242, 273.

  JEDBURGH dans le comté de Roxburgh en Écosse, _Gadenart_ ou mieux
    _Gadevart_, _Jedowart_, I, 421.--III, 139, 140.

  _Jedowart_, _v._ Jedburgh.

  JEHAN de Compiègne, tailleur de Marie Stuart, VI, 420.

  _Jemmes_ (lord), I, 118.

  JERSEY, île anglaise sur les côtes de Normandie, _Gergé_,
    _Gersay_, _Gersé_, _Gersey_, _Gerzé_, _Gerzei_, _Gerzey_,
    _Jersay_, I, 374.--II, 25, 281.--V, 135, 145, 147, 152, 155,
    172, 178, 193, 360. Montgommery à Jersey, 469, 470.--VI, 29,
    51, 59, 62, 69, 72, 73, 74, 78, 80, 86, 120, 143.--VII, 338,
    345, 375, 386.--Le _capitaine_ de Jersey, _v._ Pollet (le
    capitaine.)

  JEUDI-SAINT (le), III, 104.

  JOLY (le capitaine Clément), III, 285.

  JOHNES (le capitaine), _Jones_, _Jonnes_, I, 201, 214.

  JOUARRE (Mme de), Charlotte de Montpensier, fille de Louis II de
    Bourbon, abbesse de Jouarre avant d'avoir embrassé le
    calvinisme; son mariage avec le Prince d'Orange, VI, 450.

  JOUGGE (Richard), imprimeur à Londres, I, 112.

  JOYAUX de la Reine de Navarre donnés pour faire un emprunt afin de
    continuer la guerre civile en France, II, 94, 98, 110, 141, 150,
    200. État et évaluation des joyaux envoyés de la Rochelle, 222,
    228, 231, 239, 358, 371.--III, 23, 57.--VII, 38, 39.

  JOYEUSE (Guillaume, Vicomte de), I, 138, 143-145.

  JOYS, ministre protestant, VI, 305.

  _Jocondalles_, monnaie d'Allemagne, I, 58, 86.

  JUAN D'AUTRICHE (don), fils naturel de Charles-Quint, _Don Jehan_,
    _Joan_, _Johan d'Austria_, _le bâtard d'Espagne_, I, 26.--Est
    proposé pour époux à Marie Stuart, II, 214, 216, 217, 423.
    --III, 334, 453, 475.--IV, 74, 92, 228.--V, 199.--VI, 137.
    Proposé pour époux à Élisabeth, 223, 361.--VII, 35, 57, 214,
    258, 282, 285.

  JUGE (le) de l'amiraulté, I, 263, 264.

  JUMELLES (le Sr de), II, 17, 24, 152, 227, 239, 245.

  JUNIUS (le docteur), _Junyus_, envoyé du Comte Palatin, I, 63, 75,
    100.

  JUSTICE (le terme de la), III, 34, 322.--V, 124.

  JUSTIFICATION de l'Amiral par Élisabeth, V, 142.


K.

  KELLE (le capitaine), I, 214.

  KELLESEY (le lair de), _Quelseit_, _Quelsey_, VI, 76, 247.

  KELSO dans le comté de Roxburgh en Écosse, _Quelso_, III, 140.

  KENT (le comté de), levées faites dans le comté, II, 412.

  _Kergoons_ (le Sr), _v._ Kirkaldy.

  KERKEM (le capitaine), I, 120, 351.

  KILLDARE (le Comte de), l'un des chefs des Irlandais, _Guildas_,
    _Killdar_, _Queldrar_, _Quilday_, _Quilhdar_, _Quildar_, II,
    201.--IV, 290, 340, 384.--VI, 37. Est fait prisonnier en
    Irlande et conduit à Londres avec sa famille, 441, 443, 493.
    --Sa _femme_, VI; 441.--Ses _enfants_, VI, 441.

  KILLEGREW (Henri), beau-frère de Cecil, _Killegrey_, _Quilegrey_,
    _Quillegray_, _Quillegreu_, _Quillegrey_, I, 155, 167, 202, 321,
    349, 350, 355, 368, 387, 408, 409, 418.--Sa mission en
    Allemagne, II, 4, 5, 13, 24, 109, 147, 149, 197. Son retour
    d'Allemagne, 245, 246, 274, 329, 335, 357, 386, 396, 405.--III,
    57, 401.--IV, 105, 153, 179, 227, 232. Sa mission en France
    pour suppléer Walsingham, 247, 249, 253, 261. Son départ, 263,
    264, 266, 287, 314, 316, 319, 322, 326, 336, 357, 370, 376, 381,
    396. Son retour, 404, 406, 430, 433, 434, 439.--V, 115-118,
    121, 130, 132, 156, 181, 183, 203, 211, 239, 243, 290, 329, 347,
    373, 374, 402, 406, 410, 413, 422, 433, 452, 456, 461.--VI, 8,
    122, 126, 142, 145, 166, 169, 204, 211, 227, 242, 244-247, 249,
    292, 298, 328, 380, 396, 400, 402, 415, 430, 440, 443, 451, 459,
    464, 472, 475, 478, 481, 490, 497.--VII, 63, 268, 273, 280,
    282, 283, 287, 360, 387, 394, 445, 446.--Sa _femme_, V, 452.
    --Le _jeune Killegrew_, son fils, VI, 148, 163, 164, 165, 217.

  KILWIMING (l'abbé de), _Kilwelming_, I, 300.

  KINGSTON dans le comté de Surrey, _Quinston_, II, 293.

  KINTYRE dans le comté d'Argyll en Écosse, _Quinter_, III, 329.

  KIRKALDY, lord de Grange, _v._ Grange (lord de).

  KIRKALDY (le capitaine William), frère du lord de Grange,
    _Carcade_, _Kergoons_, IV, 22, 111, 117, 300, 314, 337.--V,
    253, 259, 266. Fait prisonnier dans le château d'Édimbourg, 272,
    278, 291. Il est exécuté avec son frère, 392, 397.--VII, 203,
    206, 207, 213, 218, 409.

  KNOLL (sir Henri), _Quainols_, _Quenelles_, _Quenolles_, II, 128,
    285.--III, 311.--IV, 31--V, 100.--VI, 236.

  KNOLLIS (le chevalier François), _Knolis_, I, 206, 207, 208, 267,
    284.

  KYLINDIN (l'abbé de), I, 82.


L.

  LA BROSSE (le capitaine de), II, 161.--VI, 168, 220.

  LA CHATRE (Mr de), l'aîné, _de La Chastre_ I, 389, 414.

  LA CHATRE (Mr de). Sa mission en Angleterre pour renouveler le
    traité d'alliance, VI, 395. Méfiance d'Élisabeth contre lui 398,
    399, 400, 403. Son arrivée en Angleterre, 405. Sa négociation,
    407, 409. Détails de sa négociation, 410, 411, 412, 413, 419,
    423, 430-432, 434.--VII, 479.

  LA CHASSETIÈRE (Mr de), III, 181.

  LACHEMAYE, émissaire des protestants, VI, 298.

  LACHEROY (le Sr) de Rouen, VI, 494.

  LA CROIX (le Sr de) l'un des secrétaires de l'ambassadeur, I, 96,
    196.--Sa mort, VII, 19.

  LA FORCE (François de Caumont, Duc de), VII, 10.

  LA FOREST (Bochetel de), ambassadeur de France en Angleterre,
    prédécesseur de La Mothe Fénélon, I, 1, 2, 4, 6, 7, 9, 10, 11,
    14, 17, 35, 363.

  LAFOSSE (le capitaine), V, 384.

  LAFOULOYNE, émissaire de Montgommery, VI, 126.

  LA GARDE (Antoine Escalin des Aimars, baron de), IV, 409.--V,
    237, 240, 281.--VII, 371.

  LAGO (le capitaine), VI, 302.

  LAMARQUE (le comte de), IV, 438.

  LAMBETH dans le comté de Surrey, _Lambet_, II, 133.

  LA MAILLERAIE (François de), lieutenant du Roi en Normandie, _de
    La Mailleraye_, _La Meilleraye_, _La Muilleraye_, II, 220, 322,
    333.--III, 39.--V, 181, 182.--VI, 126, 202, 231, 257.--VII,
    41-44, 47, 63, 381.

  LA MEAULCE (le capitaine), V, 426.

  LA MOLE (Mr de), gentilhomme du Duc d'Alençon, _La Molle_, _La
    Moolle_, _La Moosle_. Sa mission en Angleterre pour la
    négociation du mariage du Duc d'Alençon avec Élisabeth, V, 76,
    77, 78, 79, 82. Sa négociation, 84, 86, 87, 88, 89, 91. Détails
    circonstanciés de sa négociation, 92-108, 110, 112, 113, 117,
    137, 140, 141, 152, 276.--VI. Son arrestation au sujet du
    complot de Saint-Germain, 104, 107, 108, 111. Il est exécuté,
    113, 114, 115, 117, 121, 122. Détails sur l'affaire de Coconas
    et La Mole, 133, 134, 136.--VII, 304, 311, 316, 317, 321, 322,
    328, 330, 335, 336, 344, 457, 460-462. Son exécution, 467.

  LA MOYSSONNYÈRE (le jeune), gentilhomme normand, dit le _capitaine
    Montdurant_, V, 426.--VI, 96, 113. Son expédition partie des
    côtes d'Angleterre, 119, 120, 126. Ses succès, 143, 147.

  LANCASTRE (Lancaster), comté d'Angleterre, _Lanclastre_,
    _Leuclastre_. Mouvement au pays de Lancastre, III, 313.
    Soulèvement, 330, 368, 389, 390, 391, 401, 422.--Projet des
    catholiques dans le pays de Lancastre, 389.--IV, 381.--VII,
    166.

  LANCEREAU (le capitaine), II, 162.

  LANDGRAVE DE HESSE (le), _Lansgrave de Esse_, _d'Essen_, _de
    Hetz_, 11, 5, 274.--III, 195.--IV, 249.--V, 276.

  LANDRECIES dans le Hainault, _Landrecy_, la guerre de Landrecies,
    I, 96.

  LANE (le Sr), IV, 311, 312.

  LANGOIRAN, en Guienne, VII, 458.

  LANGUEDOC (le), province de France, I, 85, 138.--III, 115, 199,
    204. Guerre civile continuée en Languedoc, V, 393, 425, 449.
    Progrès des protestants en Languedoc, 462.--VI, 12, 25, 47, 50,
    68, 88, 105, 148, 181, 258, 268, 283, 340, 346, 348, 355, 357,
    363, 366, 369, 382, 394, 461.--VII, 56, 428.

  LANGUILLIER (Mr de), _L'Anguillier_, V, 259, 293, 326, 375, 426,
    453.--VI, 59, 343.--VII, 477.

  LA NOUE (François de), II, 161.--III, 115.--V, 240, 307, 367.
    --VI, 66, 68. Négociation faite par La Noue pour obtenir des
    secours d'Angleterre, 81, 92, 93, 148, 149, 236, 318, 355, 358.
    --VII, 10, 64, 68, 458, 465.

  LANSAC (le jeune de), _Laussac_, V, 409.--VI, 148.--VII, 437.

  LANSQUENETS, troupes allemandes, I, 86.--II, 404.--VI, 241.
    --VII, 472.

  LA PERSONNE (le Sr) chargé par le Roi de la négociation de la paix
    avec les protestants, III, 2, 7.--VII, 80, 81.

  LAPLANCHE (le capitaine), II, 162.

  LAPORTE (le capitaine), VI, 234, 315, 340, 443.

  LARCHANT (Mr de), capitaine de la garde du Duc d'Anjou. Sa
    mission en Angleterre pour négocier le mariage du Duc d'Anjou
    avec Élisabeth, I, 164-166, 168-170, 176, 181, 182, 190, 195,
    196, 201, 202, 211, 354.--VII, 223, 226, 230, 233, 236, 238,
    239, 241.

  LAREDO, port de mer en Biscaie, III, 371.

  LARIVIÈRE (le capitaine), II, 69.

  LAROCHE (le Sr de), capitaine de Granville et gouverneur de
    Morlay, III, 65, 203. Son expédition en Irlande, 444, 450, 470.
    --IV, 385.--VI, 468.--VII, 157, 181.

  LA ROCHEFOUCAULT (le Comte de), I, 229.--II, 8, 68, 159.--III,
    204.--VII, 3, 332.

  LAROQUE (le capitaine), VI, 168.

  LARSAC (camp de), VII, 29.

  LATIMER (lord), _Lathemor_, II, 384.

  LATOUR (le Sr de), secrétaire des États de Flandres, II, 311.

  L'AUBESPINÉ (Mr de), _Laubespine_, II, 18.--III, 350, 355, 361,
    365, 367, 410.--IV, 311.--VII, 18, 22, 24, 142, 143, 152, 154,
    157, 158, 160.

  LAUDONNIÈRE (René de), _Lodonyère_, I, 179.

  LAUNAY (le Sr de), de Bretagne, II, 152.

  LAVAL (Mr de), VI, 265, 426.

  LAVAL (feue Mme de), I, 101.

  LAVALETTE (Bernard de), _de Lavalète_, _de Lavallète_, IV, 336.
    --VI, 105.

  LA VAUGUYON (Mr de), _La Vauguion_, VI, 105.--VII, 458.

  LAVERGNE, secrétaire de l'ambassadeur, I, 167.--Son départ pour
    se justifier en France, 215.--II, 435, 437.

  LAY (Sir Henry), IV, 89.

  LEBELLOY, _Lebéloy_, au service du maréchal de Damville, VII, 114.

  LECTOURE, dans l'Armagnac, _Leytoure_, IV, 336.

  _Ledingthon_ (le comte de), _v._ Liddington.

  LÉGAT (le) du Pape, VII, 383, 402, _v._ Este (le cardinal d') et
    Orsini.

  LEGRAS (le Sr), avocat réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 155.

  LEGUENS (le Sr), III, 46.

  LEICESTER, _Lechester_, capitale du comté, III, 385.

  LEICESTER (Robert Dudley, Comte de), _Lecester_, _Lecestre_,
    _Lescestre_, _Lester_, _Lestre_, _Leycester_, _Leyster_, I, 47,
    49, 50, 72, 74, 82, 120, 175, 193, 196, 207, 235, 236, 259, 260,
    267, 272, 274. Conversation de l'ambassadeur avec Leicester,
    293, 294-296, 297, 355, 405.--II, 51, 54, 109, 120, 121. Ses
    familiarités avec Élisabeth, 122, 123, 124. Remontrances de
    Leicester à Élisabeth en faveur de Marie Stuart, 130, 203, 219,
    223, 230, 250, 272, 274, 278, 285, 301, 305, 311, 343, 356, 363,
    367, 369, 412.--III, 9, 16, 21, 24, 25, 48, 54, 61, 77, 79,
    99-102, 123, 124, 142, 172, 183, 187, 188, 189, 191, 193, 194,
    197, 213, 227, 245, 304, 308, 324, 364, 375, 378, 379, 381, 382,
    399, 401, 402, 405, 408, 409, 413, 416, 417, 420, 422, 429, 433,
    436, 447, 449, 461, 465, 469.--IV, 3, 8, 9, 22, 41, 42, 57, 59,
    61, 65-68, 78, 81, 82, 85, 87, 93, 96, 98, 100, 116-118, 127,
    129, 130, 132-134, 144, 148, 155, 156, 162, 171, 174, 181, 187,
    190, 192, 197, 200, 201, 204-206, 208, 210. Communication faite
    par Leicester, 213, 248, 252, 270, 273, 276, 282, 287, 292, 307,
    309, 311, 312, 320, 322, 330. Conférence avec Leicester, 331,
    354, 357, 371, 372, 376, 379, 407, 410, 411, 419, 420, 422, 426,
    432, 433, 437, 439, 446, 448, 452, 453, 460, 461, 467.--V, 13,
    17, 20, 21, 24, 28, 30. Conférence, 38-40, 45, 46, 59, 60, 61.
    Conférence, 73, 74, 77, 82, 84, 88, 89, 91, 96, 100, 111, 127,
    128, 147, 151, 162. Conférence, 165, 172, 194, 195, 208. Reprise
    des communications privées de l'ambassadeur avec Leicester
    après la Saint-Barthèlemy, 228, 230, 260, 281. Conférence, 302,
    344, 346, 351, 352, 366, 377. Mécontentement de Leicester contre
    la France, 378, 422, 423, 424, 426, 427, 432. Conférence, 441,
    449, 470.--VI, 4, 8, 9, 14, 15, 28. Conférence, 39, 40, 41, 50,
    66, 91, 102. Mécontentement de Leicester, 164, 165, 166, 170.
    Conférence, 181, 184. Communication avec l'ambassadeur, 185,
    194, 199, 209, 217, 220, 221, 223, 245, 284. Conférence, 285,
    287. Conférence, 288. Conférence, 373, 381, 421, 445, 449, 453,
    454, 468, 472, 473, 479, 483, 484.--VII, 12, 40, 96, 111, 172,
    174, 177, 194, 218, 221, 228, 229, 230, 231, 265, 277, 292, 304,
    317, 318, 362, 376, 383, 384, 444.--Le _Frère_ de Leicester,
    VI, 221.--Le _Neveu_ de Leicester, VII, 296.

  LEIPSICK en Saxe, _Leppsic_, VII, 435.

  LEITH, ville en Écosse sur le Forth, à une lieue d'Édimbourg dont
    elle forme le port, _Petit Liet_, _Petit Lith_, III, 429.--IV,
    121, 137. Prise de Leith, 154, 155, 158, 172, 177, 185, 194,
    211, 237, 267, 272, 296, 310, 320, 333, 408, 442, 443, 455.--V,
    89, 91.--VII, 237, 238, 255, 274, 315.

  LELUA (le Sr), _v._ Du Lua.

  _Lenclastre_, _v._ Lancastre.

  _Lendsay_, _v._ Lindsey.

  LENNOX (le Comte de), régent d'Écosse après la mort du Comte de
    Murray, _Lenos_, _Lenoz_, I, 18.--II, 313, 320.--III, 46, 65,
    74, 79, 97, 107, 111, 114, 131, 132, 153, 193, 223, 237, 253,
    266. Il est créé régent, 270, 283, 287, 296, 305, 308, 329, 336,
    346, 363, 372, 385, 392, 400, 428, 437, 444, 452, 457, 465, 471.
    --IV, 26, 57, 69, 70, 77, 90, 91, 107, 111, 113, 118, 119-122,
    137-141, 147, 152, 172, 177, 184, 185, 193, 194, 197, 206, 211,
    215, 230. Sa mort, 231, 232, 235-238, 243, 249, 250.--VII, 210,
    218, 219, 224, 237, 244, 247, 255, 263, 268, 269.

  LENNOX (la Comtesse de), femme du précédent, I, 18.--II, 214.
    --III, 107, 253, 457, 471.--IV, 34, 72, 80, 81, 138, 221.--V,
    337.-- VI, 249, 254, 261. Mécontentement d'Élisabeth contre la
    Comtesse de Lennox à raison du mariage de son fils, 293, 298,
    300, 311, 319. Mise en arrêt de la Comtesse de Lennox, 328.

  LENNOX (le jeune Comte de), fils des précédents, frère de Henri
    Stuart de Darnley, roi d'Écosse et oncle de Jacques VI, IV, 426.
    --V, 452--Son mariage avec la fille de la Comtesse de
    Shrewsbury, VI, 293, 299, 311, 328.--Sa _femme_, VI, 328.

  LE NOBLE (le contrôleur), réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 155,--et sa _femme_, V, 155.

  LÉPANTE (la victoire de), IV, 280, 281, 285, 290.--VII, 272, 278.

  _Le Plessis_, _v._ Duplessis.

  LEQUEULX, secrétaire de l'Amiral, I, 154, 233.

  _Lerpour_ en Galles, I, 241.

  _Lesley_, _v._ Leslie.

  LESLIE (Jean), évêque de Ross, _v._ Ross (l'évêque de).

  LESLIE (Guillaume), _Lesley_, parent de l'évêque de Ross, III,
    438.

  LESLIE (le Sr de), _Lesley_, frère du Comte de Rothes, IV,
    264-266.

  L'ESPINASSE (Mr de), gendre de Mr Du Croc, V, 7, 42, 89, 90, 120,
    122, 130, 176.--VII, 297, 316, 318, 321, 326, 327-330, 357.

  _Lestre_ (le Comte de), _v._ Leicester.

  LETTRE de l'Amiral Coligni, II, 157.

  LETTRE des seigneurs anglais approuvant le projet de mariage de
    Marie Stuart et du Duc de Norfolk, II, 315.

  LETTRES d'Élisabeth à Marie Stuart, I, 344.--II, 59.

  LETTRES de Marie Stuart, I, 206, 283, 286, 346, 348, 376, 378,
    380, 381, 382, 390, 421, 422.--II, 254, 263, 433, 435, 437.
    --III, 66, 67.

  LETTRES DE MARQUE, I, 26, 87.--VI, 180, 450.

  LEVANT (le pays du), III, 406.--IV, 323.--V, 199.--VI, 396.

  _Levisthon_ (lord de), _v._ Lewiston.

  _Levisthon_ (James), _v._ Lewiston.

  LÉVRIERS donnés à D. Bernardin de Mendoce en Angleterre, VI, 199.

  LEYTON (le capitaine), gouverneur de Guernsey, _Leython_, IV, 108,
    156.--V, 470.--VI. Envoyé en mission en France, 99-102, 106,
    118. Ses instructions, 121, 125, 131, 132, 135, 147, 164. Son
    retour en Angleterre, 167, 181, 217.

  _Leytoure_, _v._ Lectoure.

  LEWISTON (lord de), _Levinston_, _Leviston_, III, 179, 220, 223,
    224, 230, 235, 237, 242, 265, 267, 271, 296, 311, 344, 398.
    --IV, 259, 260, 277.--V, 292, 296.--VII, 266, 267.--Sa
    _femme_, V, 309.

  LEWISTON (James), _Levisthon_, de la garde écossaise du Roi, V,
    429.

  L'HOSPITAL (Michel de), chancelier de France, I, 173, 415.--V,
    139.

  LIBELLE contre Marie Stuart, IV, 301.--VII, 275. _Libelles_, V,
    424.

  LIBRAIRES (les) de Londres, VI, 470.

  LIDDINGTON (le Comte de), _Ledingthon_, _Ledington_, _Ledinthon_,
    _Ledinton_, _Lethington_, I, 57.--II, 65. Son arrestation comme
    complice du meurtre de Darnley, 242, 279, 313, 320.--III, 45.
    Est mis en liberté, 52, 75, 117, 118, 147, 172, 175, 200.--IV,
    1, 152, 185, 195, 235, 237, 279.--V, 2, 253, 274, 291, 308. Sa
    mort, 355.--VII, 213, 225, 245, 387.--Son _frère_, III, 310,
    429.

  LIÈGE dans les Pays-Bas. Les _bains_ de Liège, IV, 141, 162.

  LIEUTENANT CRIMINEL (le) de Rouen, réfugié en Angleterre après la
    Saint-Barthèlemy, V, 155.

  LIGNEROLLES (le Sr de), IV, 93.--VII, 234.

  LIGUE proposée par le Comte de Murray, I, 101.--_Ligue_ des
    protestants, I, 166, 202, 230.--_Projet d'une ligue_ entre les
    princes protestants, II, 245.--_Ligue_ contre les protestants,
    IV, 146.--VI, 259.--_Proposition d'une ligue_ entre l'Espagne
    et la France contre l'Angleterre, III, 29.--_Crainte_ en
    Angleterre d'une ligue générale, III, 258.--_Ligue du bien
    public_ en France, VI, 340.--_Ligue_ d'Italie, IV, 308.
    --_Ligue_ contre les Turcs, III, 333, 349, 453, 472, _v._ Turcs.

  _Lillebourg_, _Lislebourg_, nom que les Français donnaient à
    Édimbourg, _v._ Édimbourg.

  LIMOGES, capitale du Limousin, II, 158.

  LIMOGES (Mr de), I, 265.--IV, 311.--VI, 423.

  LIMONS (le capitaine), VI, 168, 237.

  LIMREILH (Mr de), VI, 339.

  LINCOLN (lord Clinton, Comte de), amiral d'Angleterre, I, 82, 175,
    266, 267, 295, 296, 311, 405.--II, 11, 38, 247, 368, 401, 419,
    420, 427.--III, 22, 105, 222, 251, 262.--IV, 89, 282, 361,
    372, 400, 433, 437, 440, 444. Est créé Comte de Lincoln, 452,
    458, 459, 463, 464. Conférence avec l'Ambassadeur, 466-468.--V,
    1, 7, 19, 23, 35, 36, 38, 40, 41, 44, 47, 51, 55. Conférence,
    57, 82, 93, 100, 162, 243, 260, 271, 433.--VI, 4, 34, 111, 179,
    378, 489.--VII, 296, 317, 353.--Sa _femme_, III, 468.--Son
    _fils_, V, 243.

  LINCOLN (l'évêque catholique de), VI, 343.

  LINCOLNSHIRE (le), le Comté de Lincoln, _Linconscher_,
    _Linconsther_, II, 368.--III, 105.

  LINDSEY (lord de), prévôt d'Édimbourg, _Lendsay_, _Lendsey_,
    _Lendzey_, _Lentzay_, I, 102.--II, 390.--III, 45, 74, 107.
    --IV, 230, 237.--VI, 464.

  LINGUENS (le Sr), réfugié en Angleterre après la Saint-Barthèlemy,
    V, 155.--Et la _dame Linguens_, sa femme, V, 155.

  LINLITHGOW, en Écosse, _Litcho_, _Lithquo_, III, 39.--IV, 91.

  _Lion_, _v._ Lyon.

  LIONS, en Normandie, VII, 220, 222.

  LISBONNE, II, 38.

  _Lisdidale_ dans le nord d'Angleterre, II, 427.

  LITH (Jean), facteur de Me Grassan, VI, 126.

  _Litcho_, _Lithquo_, _v._ Linlithgow.

  LIVRON en Dauphiné, VI, 347, 367, 372, 376.

  LIVRES publiés à Londres contre la religion protestante, I, 204.

  LIZY (Mr de), II, 227, 231, 239, 245, 274, 314, 358, 371.--III,
    36, 182, 204.

  LOCH-LEVEN en Écosse, _Lochleven_, _Lochlevin_, _Lochlevyn_,
    _Loclevin_, _Lothlvin_, I, 342.--II, 79.--III, 15, 22, 112,
    114.--IV, 443.--V, 374.

  LOCH-LEVEN (lord de), beau-frère du Comte de Murray, III, 34.

  _Lodonyère_, _v._ Laudonnière.

  _Loduin_, _Lodun_, _v._ Loudun.

  LOIRE (la), fleuve de France, _Loyre_, I, 21, 137, 172.--II, 9,
    10, 71.--III, 204.--VII, 20, 21, 31, 36.

  _Lois mareschalles_ (les), lois martiales, III, 177.

  LOMBRES (le Sr de), _de Lumbres_, II, 394, 396, 404, 414.--III,
    7, 11, 13, 32, 120, 132, 141, 256, 257, 465.--IV, 74, 91.--V,
    347.

  LONDRES (la chambre de), IV, 457.

  LONDRES (l'évêque de), III, 43, 87.--V, 254, 271.

  LONDRES (le maire de), I, 234.--Le _maire_ et les _échevins_ de
    Londres, III, 402. _V._ Festin du maire.

  LONGUEVILLE (Léonor d'Orléans, Duc de), VII, 11, 296.

  LOPEZ (le capitaine) de la Sierra, _Lope_, I, 120-122.

  LORE (Mademoiselle de), IV, 40.

  LORGES (le jeune de), fils aîné de _Montgommery_, V, 354, 429.
    --VI, 51, 301, 355,--Sa _femme_, VI, 92, 302, 355.--Le _fils
    puîné_ de Montgommery, V, 470.--VI, 355, _v._ Montgommery.

  LORRAINE (la), province de France, _Lorrayne_, I, 35. Voyage du
    Roi en Lorraine, 184, 248.

  LORRAINE (la maison de), VI, 392, 393.

  LORRAINE (Charles III, Duc de), I, 362.--II, 194, 257.--III,
    101, 312, 434.--VII, 57.

  LORRAINE (Claude de France, Duchesse de), fille de Henri II,
    mariée à Charles, Duc de Lorraine, II, 194.--III, 101, 353.
    --IV, 143.--VII, 135, 142.

  LORRAINE (Charles de Guise, cardinal de), frère de François de
    Lorraine, Duc de Guise, I, 23, 103, 173, 363, 399, 415, 427.
    --II, 74, 90, 125, 178, 181, 184, 194, 208, 264, 433.--III, 25,
    101, 124, 188, 236, 254, 301, 332, 361, 442, 475, 479, 480.
    --IV, 25, 33, 195, 213, 385.--V, 167, 250, 272, 275, 389.--Sa
    mort, VI, 355, 356, 392.--VII, 57, 58, 96, 195. Sa
    conjouissance sur la Saint-Barthèlemy, 341, 342, 398, 434, 440.

  LOSSE (Mr de), _Losses_, I, 137, 288, 293.--VII, 5-8, 10.

  _Lothlvin_, _v._ Loch-Leven.

  LOTINI, Italien, émissaire d'Élisabeth en Irlande, III, 423.

  LOUDUN en Poitou, _Loduin_, _Lodun_, I, 144, 147, 148, 172.

  LOUIS XII, Roi de France, _Loys_, VI, 323.

  LOUVAIN, dans les Pays-Bas, _Louvein_, _Lovein_, II, 13.--IV, 90,
    454.--V, 424, 428.--L'_Université_ de Louvain, I, 204.

  LOUVRE (le château du) à Paris, VII, 319, 322, 324, 330, 332.

  _Lovein_, _v._ Louvain.

  LUCQUOIS (les), habitants de la principauté de Lucques en Italie,
    _Lucois_, IV, 457.

  LUDOVIC (le Comte), _v._ Nassau.

  _Lumbres_ (le Sr de), _v._ Lombres (le Sr de).

  LUMEY (le Comte de), émissaire du Prince d'Orange, IV, 228, 268,
    427.

  LUMLEY (lord de), _Lomelay_, _Lomeley_, _Lomellé_, _Lomelley_,
    _Lommeley_, gendre du Comte d'Arundel, I, 258.--Est mis en
    arrêt, II, 257, 259, 268, 271, 273, 278, 285, 299, 301, 303,
    331, 351, 359.--III, 29, 74, 81, 97, 102, 123, 227, 391.--IV,
    83, 248.--Il est mis en liberté, V, 313.--_Lady Lumley_ sa
    femme, fille du Comte d'Arundel, II, 336.

  LUNDI AORÉ (le), le lundi saint, IV, 70.

  LUNEBOURG (le Duc de), II, 196.

  LUSIGNAN en Poitou, _Lusignam_, _Luzignan_, _Luzinan_, _Luzinhan_,
    I, 84, 142, 148.--II, 162.--VI, 288, 348, 353, 359. Prise de
    Lusignan, 372, 375.--VII, 35, 69, 71.

  LUSITANIE (la), _v._ Portugal.

  LUXE (le Sr de), I, 173.

  LUXEMBOURG (le), province des Pays-Bas, III, 36.

  LYON, capitale du Lyonnais, _Lion_, III, 361.--Massacres de Lyon,
    (Saint-Barthèlemy), V, 138, 139, 146.--VI, 225, 228, 231, 232,
    233, 236, 238. Arrivée du Roi à Lyon à son retour de Pologne,
    250, 256, 258, 262, 266, 267, 314, 329.--VII, 24. Massacres de
    Lyon, 368, 475.

  LYONNAIS (le), province de France, II, 21.--VII, 428.


M.

  MACEY (le Sr), banquier, VI, 425.

  MACHIAVEL (Nicolas). Sentence du _Prince_ citée par Élisabeth, IV,
    145.

  MAC O'NEILL (Briant), _v._ Briant Mac O'Neill.

  MAC O'NEILL (James) d'Écosse. _Mac O'Nel_, _Maconel_, II,
    111.--IV, 340.--Porte secours aux révoltés d'Irlande, VI, 12,
    253.

  MADAME, _v._ Marguerite de France.--La _petite Madame_, _v._ Marie
    Élisabeth de France.

  MADARIAGA (Pédro de), marchand espagnol établi à Londres, I, 120.

  MADEN (le capitaine), IV, 410.

  MADÈRE (la), la flotte de Madère, III, 326.

  MAGIE, reproche fait au Comte de Bothwell d'avoir employé la magie
    contre Marie Stuart, I, 20.

  MAHOMÉTANS (les), V, 139.

  MAILLY (Mr de), VII, 167.

  MALASSISE, (Mr de Mesmes, seigneur de), _Malassize_, I, 173.
    --Négociateur avec M. de Biron, de la paix dite _Boiteuse et
    Malassise_, III, 164.--VII, 108, 114, 123.

  MALINES dans les Pays-Bas, _Malignes_, IV, 454.

  MALRAS (le Sr de), I, 97.

  MAN (l'île de), dans la mer d'Irlande, IV, 262.

  _Mandossa_ (don Bernardin de), _v._ Mendoce.

  MANN, ambassadeur d'Angleterre auprès de Philippe II, en 1568, I,
    97, 254.

  MANSFELD (Wolrad, Comte de), lieutenant du duc de Deux-Ponts,
    _Mansfelt_, _Mensfelt_. Prend le commandement de l'armée
    allemande après la mort du duc, II, 69, 70, 156, 387.--Il est
    tué à la bataille de Moncontour, VII, 64.

  MANSFELD (le jeune Comte de), frère du précédent. Sa mission en
    Allemagne, II, 395, 396, 404, 407, 413.--III, 7, 11, 13, 16, 40,
    45, 57, 205, 405.

  MANSFELD (Henri de), colonel des Reitres, _Harn Mansefald_, VII,
    67.

  MANSFELD, l'un des chefs des Reitres, _Mansefale_, est tué la
    veille de la bataille de Moncontour, VII, 65.

  MANSFELD (Pierre Ernest, Comte de), commandant le secours envoyé
    par le duc d'Albe à Charles IX, II, 69.

  MAR (lord Erskine, Comte de), régent d'Écosse