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Title: Études sur L'Islam et les tribus Maures - Les Brakna
Author: Marty, Paul
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Études sur L'Islam et les tribus Maures - Les Brakna" ***

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    les lettres r ou h pointées, comme dans ṛafer, Reḥaḥla ou
    Ṛelachat et sporadiquement dans Meṛafra. Cette typographie
    n'est pas reproduite ici. La version originale du texte
    peut être consultée sur «The Internet Archive», sous
    https://archive.org/details/tudessurlislamet00mart.

    Certaines abréviations sont facilement lisibles, comme VIe, Cie
    ou 4e. Dans d'autres cas les caractères mis en exposant sont
    représentés entre accolades: n{os} ou dép{t}.



                           ÉTUDES SUR L'ISLAM
                                 ET LES
                             TRIBUS MAURES



               COLLECTION DE LA _REVUE DU MONDE MUSULMAN_


                               PAUL MARTY


                           ÉTUDES SUR L'ISLAM
                                 ET LES
                             TRIBUS MAURES


                               LES BRAKNA


                                 PARIS
                         ÉDITIONS ERNEST LEROUX
                        28, RUE BONAPARTE (VIe)

                                  1921



                      A MONSIEUR LE COLONEL GADEN

                        GOUVERNEUR DES COLONIES

           COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL EN MAURITANIE


    _Respectueux hommage._
    PAUL MARTY.



LES BRAKNA



LIVRE PREMIER

=HISTOIRE GÉNÉRALE=



CHAPITRE PREMIER

LES ORIGINES. INVASIONS BERBÈRES (_Çanhadja_) ET ARABES (_Hassanes_)


J'ai donné dans mon ouvrage «L'Émirat des Trarza» les traditions
historiques et légendaires relatives au séjour dans la basse Mauritanie
du premier peuple que nous y voyons installé, à l'aurore de son
histoire, vers le dixième siècle: le peuple bafour.

On retiendra seulement que ce peuple, qu'il soit noir, comme le veulent
plusieurs traditions maures, ou d'extraction juive, comme le croit M.
Gaden, vit mettre un terme à son indépendance par la poussée des tribus
berbères çanhadja du Sud marocain. La plus grande partie de ces Bafour
descendit vers le fleuve Sénégal; ils le traversèrent et refoulèrent à
leur tour vers le sud, les peuples socé de la rive gauche du Sénégal.

D'autre part, certaines fractions bafour restèrent sur les lieux, après
avoir fait acte de soumission, et payèrent tribut aux vainqueurs.
Plusieurs lettrés maures affirment que ces Bafour asservis sont, dans
le Trarza, les actuelles fractions zenaga Id Rarla des Lemradin, et
dans le Brakna, les Ahel Ramouch, qui sont tantôt chez les Zombot du
Trarza et tantôt dans le Chamama du Brakna, les uns et les autres
tributaires des émirs. Il est plus vraisemblable que les Bafours
primitifs n'ont pas seuls donné naissance à ces fractions, d'ailleurs
métissées, mais qu'ils ont contribué par fusion avec des éléments
maures, à les former au cours des siècles.

Le mouvement almoravide a pour principaux effets d'introduire la race
berbère et la religion islamique jusqu'aux abords du fleuve Sénégal.
Désormais toute la région saharienne qui est au nord du fleuve, ou plus
exactement au nord du Chamama, devient le territoire des parcours des
berbères lemtouna et de leurs innombrables troupeaux. C'est le sort
du pays brakna actuel, comme celui du Trarza. Les tribus qui vivent à
la frange méridionale de la région saharienne vont, par leur contact
quotidien avec les Nigritiens, se teinter fortement de noir. Ceux-ci
remontaient d'ailleurs beaucoup plus haut qu'à l'heure actuelle,
n'ayant pas perdu le souvenir du temps où ils dominaient jusque dans
l'Agan et sans doute plus au nord encore. Dans ce Brakna toucouleur, à
chaque puits, à chaque oued, à chaque pâturage, à chaque lieu dit même,
le nom maure est accompagné d'un nom poular. De multiples traditions et
légendes locales y sont attachées, qui seraient des plus utiles pour
la reconstitution historique du pays et qu'il est regrettable de voir
disparaître à chaque génération.

    [Illustration: JEUNE FILLE BRAKNA.]

Au sud, c'est-à-dire entre les dernières dunes sahariennes et le
fleuve, dans cette zone d'inondation et de cultures qu'on appelle
le Chamama et où seuls les Mélaniens peuvent vivre et travailler,
l'élément noir continue à subsister; mais les relations avec ses
voisins blancs seront plus d'une fois tendues, et pratiquement ces
cultivateurs qui passent d'ailleurs le plus facilement du monde d'une
rive à l'autre, vivront dans un demi-état de dépendance, jusqu'au jour
où les invasions arabes viendront troubler cet équilibre politique et
social, chasser la majeure partie des Noirs vers le sud, asservir les
autres et accaparer les terres.

C'est Abou Bekr ben Omar qui, à la tête de bandes lemtouna, Djodala
et Messoufa, descendues du sud marocain par la sebkha d'Idjil, fit,
entre 1062 et 1087, la conquête de l'empire bafour précité. On retrouve
aujourd'hui, _sous ce même nom_, leurs descendants en basse Mauritanie:
les _Lemtouna_ dans le Brakna, l'Assaba et le Tagant; les _Guedala_
(ex-Djodala) dans le Tiris et le Brakna, où, comme on le verra, les
campements haratines des Oulad Abd Allah sont dénommés haratines Igdala.

Il y avait évidemment dans cette invasion berbère bien d'autres tribus
que les ancêtres des actuels campements guedala et lemtouna. Comme
on peut déjà le constater dans l'Afrique du Nord, après un siècle
d'occupation, certaines fractions des peuples envahisseurs se sont
accrues démesurément et ont fini par être désignées sous leur nom
propre, perdant ainsi leur nom général de tribu, et arrivant même
quelquefois à le remplacer chez les autres fractions.

En ce qui concerne le Brakna, il y a donc bien d'autres tribus que les
campements cités plus haut, qui soient d'origine berbère.

Il y a: 1º une grande partie des fractions tributaires, plus
spécialement appelées zenaga (ou lahma, «viande»; ou ashab, «gens»)
chez les guerriers, et telamides chez les marabouts; 2º toutes les
fractions proprement maraboutiques (zouaïa, tolba). On en verra la
liste plus loin de ces fractions qui sont aujourd'hui les seules
lettrées, se sont attribué, des origines, soit chérifiennes, soit
pour le moins arabes: c'est là une question de mode, une sorte de
snobisme universel dans le monde islamique, blanc ou noir. On ne
nie pas la plupart du temps provenir du haut pays marocain et être
d'origine lemtouna et çanhadja, mais on déclare qu'il ne faut pas
confondre ces tribus, berbères si l'on veut par leur habitat, avec les
autres tribus berbères, les vraies, les autochtones marocaines, les
Chleuh. Les Chleuh sont des aborigènes. Les Çanhadja-Lemtouna sont les
descendants de tribus arabes, immigrées d'Orient en Afrique du Nord,
les uns peu après l'hégire, les autres mêmes antérieurement à l'islam,
ce qui explique leur islamisation tardive. On donne comme cause de leur
établissement pré-islamique au milieu des Berbères que le roi Friqicha,
qui les avait à sa solde, les abandonna dans le Moghreb, au cours de
ses expéditions à travers le monde. Ces Arabes étaient fils de Tobbaa,
qui s'était enfui de chez ses frères d'Orient. Par ces explications
les plus intelligents d'entre les lettrés maures (Cheikh Sidia, par
exemple) espèrent concilier dans leur esprit leur indubitable origine
berbère marocaine et leur traditionnelle arrivée dans le Sahara
méridional avec les bandes d'Abou Bekr ben Omar, d'une part, et leur
vif désir de se rattacher, envers et contre tout, à une souche arabe
d'autre part. On trouvera développé plus loin, dans la notice consacrée
à chaque tribu, le récit légendaire de ces origines.

Quant à l'usage de parler zenaga, il est complètement tombé en
désuétude dans les tribus brakna. En dehors du Trarza, on ne le
trouve plus en Mauritanie. Mais le dialecte maure qui porte le nom
de hassania, c'est-à-dire langue des hassanes, Arabes des invasions,
et qui s'est substitué par droit de conquête à la langue zenaga a
été fortement marqué par l'empreinte de cette dernière langue. On
y trouvera plus spécialement une foule de noms de lieux, de flore,
de faune, des termes concernant la vie matérielle, etc., tous mots
constituant une onomastique spéciale au pays, et que les Arabes ont dû
emprunter aux tribus qu'ils trouvaient sur les lieux et soumettaient à
leur domination.

A tous ces titres et attendu que les traditions, forgées par les
zouaïa, pour se donner des origines chérifiennes, himyarites ou
qoreïchites, ne reposent sur aucune précision et leur sont contestées
formellement par les hassanes très souvent par leurs propres frères,
marabouts comme eux, on peut conclure que les tribus maraboutiques
maures sont pour la très grande majorité des Berbères, soit descendant
des hordes guerrières qui suivaient Abou Bekr ben Omar, ce qui
est admis par les intéressés mêmes chez les Medlich, Tendra et
Tadjakant (Trarza), chez les Dieïdiba (Brakna), chez les Ida Ou Aïch
(Tagant-Assaba), et chez les Mechdouf (Hodh), soit issus des familles
ou des individualités qui, par la suite, vinrent chercher fortune dans
la Mauritanie zenaguïa.

       *       *       *       *       *

A la fin du quatorzième siècle, se place un événement considérable qui
allait changer la face de la Mauritanie. Cet événement, générateur de
la situation actuelle, est l'arrivée dans l'Ouest saharien des bandes
d'origine arabe. Cette introduction de sémites, nomades guerriers et
pillards, dans un milieu berbère, devait être une cause de troubles;
et comme elle devait se renouveler, les immigrants, quoique moins
nombreux, allaient dompter les Berbères, leur imposer leurs conditions
et modifier leur état social.

Je ne reviendrai pas sur l'histoire des Arabo-hassanes. Elle a été
faite dans mon ouvrage «L'Émirat des Trarza» et avec plus de détails
encore dans «Les tribus maures du Sahel et du Hodh».

On retiendra seulement ceci: les groupements hassanes, qui, vers 1400,
envahissent la Mauritanie sont au nombre de deux, issus des deux fils
de Hassan: Oudeï et Delim.

De Delim sont issus les Oulad Delim, dont il n'y a pas lieu de
s'occuper ici.

C'est d'Oudeï que sont sorties les tribus hassanes qui peuplent le
Brakna, celles-là mêmes qui portent ce nom, à l'exclusion de toutes les
autres tribus maraboutiques zenaga ou haratines, qui peuvent habiter
les pays Brakna (trab brakna), mais ne sont pas dites telles. Voici ces
origines d'après les traditions générales et les généalogies données
universellement, à quelques variantes près. Ce tableau résume les
données de la tradition maure. Il établit la filiation arabe de ces
tribus, leur parenté avec leurs cousins du Sahara et leur rattachement
commun à Oudeï, fils de Hassan.

                               Hassân.
                                 |
   ______________________________|______________________________
  /                                                             \
                   |                             |           |
                 Oudeï.                        Delim,      Hamma,
     ______________|__________________        ancêtre     ancêtre
    |         |           |           |         des         des
  Marfar,   Rizg,     Mohammed.    Arrouq.    O. Delim.  Berabich.
  ancêtre   ancêtre       |           |
   des       des        Daoud,       Daoud,
  Merafra.  O. Rizg.  ancêtre des  ancêtre des
    |                 Oulad Daoud  Oulad Daoud
    |                  Mohammed.     Arrouq.
  Othman.
    |__________________________________________________
    |                            |           |         |
  Omran.                       Yahia,      Antar,   Rehhal,
    |                          ancêtre     ancêtre  ancêtre
    |___________                des         des      des
    |           |             O. Yahia     Oulad    Rehahla.
  Heddaj.    Mohammed,       ben Othman.   Nacer.
    |       ancêtre des
    |       O. Mohammed
    |     et des O. Mbarek.
    |_______________________
    |             |         |
  Barkenni,    Terrouz,  Khouaou,
  ancêtre des  ancêtre   ancêtre
  Brakna.        des     des Khouaouat
               Trarza.   (disparus).



CHAPITRE II

LA DOMINATION DES HASSANNES OULAD RIZG

(XVe SIÈCLE)


Le quinzième siècle paraît dominé: dans le Tiris et dépendances, par
les descendants et bandes de Rizg, fils d'Oudeï, fils de Hassan; dans
l'Adrar et le Hodh, par les descendants et bandes de Daoud, autre fils
d'Oudeï.

Les Oulad Rizg, comme les appelle la tradition, comprenaient les
campements de ses cinq fils, à savoir les Oulad Mezzouq, les Oulad Aïd,
les Djaafar, les Sekakna et les Rehamna (ou Rehamin), respectivement
issus ou dépendants de Mezzouq, Aïd, Djaafer, Sekkoun et Rahmoun, fils
de Bassin.

Des Oulad Rizg, il convient de dire que subsistent aujourd'hui dans le
Trarza, mais fort amoindries numériquement et politiquement, quelques
petites fractions, restées hassanes indépendantes: les Oulad Moussa,
les Oulad Beniouk, les Oulad Khalifa, les Oulad Ben Ali, qui marchent
dans le sillage des Oulad Ahmed ben Dâmân. Les autres: Oulad Aïd,
quelques tentes Bassin, sont fondus chez les Arroueïjat du Trarza, dans
diverses tribus du Brakna et du Gorgol, ou bien encore sont telamides
des Ahel Barik Allah; et enfin quelques tentes Rehamna et Zebeïrat
qui ont été réduites à la suite de guerres malheureuses, à l'état de
tributaires des Oulad Ahmed ben Dâmân. Ils sont guerriers néanmoins et
marchent en rezzou avec leurs suzerains.

Les Oulad Rizg et les Agcharat (ceux-ci sont des Oulad Daoud) étaient
appelés alors Arabes Regueïtat, c'est-à-dire, dans la terminologie
maure, Arabes qui occupent un territoire inhabité, sorte de zone
neutre, sise entre deux États auxquels elle n'appartient pas.

Cette explication philologique éclaire singulièrement le rôle qu'au
quinzième siècle les envahisseurs arabes, installés approximativement
dans l'Aftout, vont jouer, tant vis-à-vis des Berbères du Nord (Tiris
et Adrar) que des Noirs du Sud (Chemama, Gorgol et Tagant).

Aux Berbères du Nord, ils font sentir leur présence par de nombreux
pillages et par toute sorte d'avanies. J'en ai fait le récit dans
«L'Émirat des Trarza» et n'y reviendrai pas.

Cet effacement des Berbères paraît tout à fait regrettable. S'ils
avaient voulu résister fermement aux envahisseurs, leur nombre et leurs
richesses leur permettaient facilement de dompter ces quelques pillards
et de les rejeter au loin ou de les assimiler. La civilisation berbère,
pratique et progressiste, valait bien les coutumes arabes, négatives
ou oppressives, issus d'un nomadisme invétéré, impropre à toute
évolution sérieuse. Au point de vue économique, le Sahara occidental,
méthodiquement mis en valeur par la tenacité âpre et presque cupide
du Berbère, serait vraisemblablement beaucoup plus riche qu'il ne
l'est maintenant. Ce n'était pas seulement sur les tribus berbères que
s'exerçaient les pillages des hassanes. Les peuples noirs qui vivaient
à ce moment sur la rive droite du Sénégal et mettaient en valeur le
Chamama, le Gorgol et même le Tagant, avaient aussi à souffrir de leurs
déprédations.



CHAPITRE III

LA DOMINATION DES OULAD MBAREK

(XVIe SIÈCLE)


Pendant que les Oulad Rizg faisaient sentir leur prépondérance, une
autre branche, issue également d'Oudeï, se multipliait et allait
conquérir, vers la fin du quinzième siècle, la suprématie politique.
Il s'agit des Merafra, ainsi nommés parce qu'ils descendent de Marfar,
fils d'Oudeï, et frère par conséquent de Rizg et de Daoud.

Ces Merafra n'ont pas laissé un souvenir trop abhorré. Leur nom, passé
dans le langage courant, est synonyme aujourd'hui, chez les Tolba, de
«guerriers valeureux et relativement honnêtes».

Ils se présentent, dès le premier jour, sous la forme de deux bandes:
l'une composée de la famille et des amis et fidèles de Mohammed, fils
d'Omran, fils d'Othman, fils de Marfar. Ce sont les Oulad Mbarek.
L'autre composée des familles, amis et fidèles du frère de Mohammed,
le nommé Heddaj, fils d'Omran, fils d'Othman, fils de Marfar. Cette
dernière bande, commandée par les trois fils d'Heddaj: Terrouz,
Barkenni et Khaou, est encore immobilisée par les dissensions
intestines. Elle n'apparaîtra définitivement constituée en corps de
tribus, sous le nom de Trarza, Brakna et Khouaouat, qu'un siècle plus
tard, c'est-à-dire vers la fin du seizième siècle.

Au commencement de ce seizième siècle donc, la suprématie du Tiris
passe aux Oulad Mbarek. Ce n'est probablement pas sans résistance que
leurs cousins Oulad Rizg leur cédèrent la place. Ni l'histoire ni la
tradition n'en ont conservé le souvenir, de même qu'elles ne font pas
connaître si ces bandes de Merafra arrivaient alors en Mauritanie
en envahisseurs, ou si, venus un siècle plus tôt avec les premiers
hassanes, elles avaient crû et s'étaient formées sur les lieux mêmes.

De la domination des Oulad Mbarek pendant le seizième siècle, la
tradition zouaïa ne nous cite que quelques faits, visant naturellement
l'oppression qu'ils faisaient subir aux marabouts.

Je n'y reviendrai pas, en ayant fait le récit dans «L'Émirat des
Trarza».

Les Oulad Mbarek allaient passer, à la fin du seizième siècle,
au second plan de la scène politique du Tiris, en attendant que,
quelques années plus tard, ils émigrassent vers le Hodh, où ils
constituent aujourd'hui la tribu que l'on connaît. Cette chute
paraît résulter des intrigues et des ruses des zouaïa exaspérés qui
surent mettre aux prises le groupement des Oulad Mbarek et celui des
Trarza-Brakna-Khouaouat.

Les Yaqoubïïn, c'est-à-dire les deux actuelles tribus tachomcha:
Id Eqouïb et Ahel Barik Allah (Trarza), alors campés à Tin Mejouk,
allaient amener le dénouement en refusant de payer leur tribut. Ahmed
Doula, leur chef, dont la famille existe toujours, vint faire part à
Oudeïk, chef des Oulad Mbarek, de la décision de la tribu. Le «Chauve»,
surnom d'Oudeïk, prit aussitôt ses dispositions pour razzier les
rebelles. Ceux-ci, qui regrettaient leur attitude de révoltés, ainsi
qu'il résulte des paroles que leur adressa Ahmed Doula: «Mes discours
à Oudeïk nous ont grandement nui», s'étaient groupés autour du saint
vénéré, Habib Allah ben Yaqoub, et lui demandèrent le secours de ses
prières. C'est alors que l'on apprit l'attaque imminente du camp
d'Oudeïk par les guerriers Brakna: les Oulad zenaguïa. Oudeïk, qui
était précisément l'hôte du faqih Habib Allah, lui confia ses bagages
et partit au secours des siens. Le combat se livra à Aguiert; et Oudeïk
y fut tué par Al-Ograïra ben Al-Afna, dont la famille vit toujours dans
sa tribu des Oulad Abd Allah (Brakna). Les Zouaïa étaient sauvés.

Le faqih Habib Allah, qui est manifestement l'artisan de cette heureuse
diversion, n'eut garde d'oublier de renvoyer à la famille d'Oudeïk les
bagages qu'il avait en dépôt. Quant à la femme d'Oudeïk, Kartoufa,
à l'annonce de la mort de son mari, elle monta à son campement d'In
Saraïer sur un taïchot (balanites cogytiaca) et fit entendre sans trève
des gémissements. L'arbre en a gardé le souvenir, et fut dès lors
appelé le «Tichtaïa de Kartoufa».

Les Oulad Mbarek disparaissent de Mauritanie à la fin du seizième
siècle, et c'est à ce moment que s'élèvent les Trarza-Brakna dans la
région, qui depuis a porté leur nom.



CHAPITRE IV

LES ORIGINES DES BRAKNA


Le tableau généalogique ci-après, dégagé des branches collatérales,
permet de saisir d'un coup d'œil les origines des Brakna.

                        Hassan.
                          |
                        Oudeï.
                          |
                        Marfar.
                          |
                        Othman.
                          |
                        Omran.
                          |
                        Heddaj.
   _______________________|_________________________________
  /             début du quinzième siècle).                 \

          Barkenni,                        Terrouz,
      ancêtre des Brakna.              ancêtre des Trarza.
              |
           Mellouk.
              |
           Kerroum.
           ___|_________________________________________
          |                            |                |
    Abd Al-Jebbar.                 Abd Allah,       Al-Yatim,
      ____|___________            ancêtre des      ancêtre des
     |                |        _Oulad Abd Allah_.    _Litama_
  Mohammed, etc.    Ahmed,                           (Gorgol
  Biri, etc.      ancêtre des                       et Assaba).
  ancêtre des     _Oulad Ahmed_.
  _Oulad Biri_.

Au quinzième siècle, c'est-à-dire peu après l'arrivée des premiers
hassanes dans la haute Mauritanie, les fils de Heddaj: Barkenni et
Terrouz, qui conduisaient leur groupement d'envahisseurs, jusqu'alors
uni, durent se séparer à la suite de querelles intestines, nées à
propos de partage de butin.

Le groupe des fils et serviteurs de Barkenni, se développant au cours
du quinzième siècle, devait constituer le peuple Brakna, que nous
voyons apparaître à la fin du seizième siècle seulement. Les Trarza se
formaient de la même façon.

Trarza et Brakna dépouillent, comme il a été dit, les Oulad Mbarek de
leur suprématie et les repoussent vers l'est. Ils vont désormais et
jusqu'à nos jours rester chacun maître dans leur région.

Le quinzième siècle est approximativement rempli par les trois
générations: Barkenni, Mellouk fils de Barkenni, et Kerroum fils de
Mellouk, sur lesquels nous n'avons aucun renseignement.

Au début du seizième siècle, par les trois fils de Kerroum on voit se
constituer les tribus d'origine brakna: _a_) Abd Al-Jebbar donnera
naissance par son fils Ahmed aux _Oulad Ahmed_ et par son fils Biri
ould Mohammed aux _Oulad Biri_.

_b_) Abd Allah donnera naissance aux _Oulad Abd Allah_, qui sont les
seuls qui portent dans le langage courant des tribus le nom de Brakna.

_c_) Al-Yatim est l'ancêtre éponyme des _Litama_.

Il y a donc à l'heure actuelle quatre tribus véritablement brakna; les
Oulad Biri, les Oulad Ahmed, les Oulad Abd Allah, les Litama.

Les Oulad Biri habitent les confins du Trarza et du Brakna. Dans cette
marche neutre, ils ont subi l'influence des Trarza plus fortement
et sont, depuis un siècle, et sous notre régime même, compris dans
l'orbite trarza. Ils ont d'ailleurs versé dans le maraboutisme. Mais
ils n'ignorent pas leur origine brakna et à ce titre ont toujours
conservé avec ces tribus, et notamment avec les Oulad Ahmed, leurs
cousins plus immédiats, comme on le voit par le tableau précité, et
leurs voisins, des relations étroites de sympathie et d'alliance.

Les Litama ont appuyé vers l'est et, à demi assujettis par les Id Ou
Aïch, à demi fondus dans l'élément nègre, ils font aujourd'hui, sur les
bords du Sénégal et du Gorgol, figure de Zenaga.

Seuls les Oulad Abd Allah et les Oulad Ahmed sont restés vrais fils de
Barkenni, guerriers pillards, hassanes mécréants et chefs politiques du
pays à qui ils ont donné leur nom. Et encore seuls les Oulad Abd Allah
ont-ils conservé l'appellation de leur ancêtre éponyme, puisque seuls
ils sont dits «Brakna».

J'ai décrit dans mon «Émirat des Trarza», d'après le «Chiam az-Zouaïa»
les luttes engagées et menées à bien par les Brakna et Trarza contre
les Oulad Rizg, au début du dix-septième siècle. Les hassanes des
premières invasions furent soumis et asservis.

Les Zouaïa, qui avaient pour le moins soutenu les vaincus de leurs
sympathies, furent très affectés de leur défaite et, craignant des
représailles, eurent un moment la pensée de s'enfuir avec eux. Le
départ de l'Aroussi, le plus acharné de leurs ennemis, les rassura.
Ils restèrent donc, mais les discussions qui les agitèrent alors
provoquèrent un déclassement de tribus. Le «Chiam az-Zouaïa» donne la
liste de ces nouveaux groupements et, en ce qui concerne les Brakna,
signale que les Beni Iddan Abiaj, des Tachomcha, allèrent se joindre, à
cette date, aux Dieïdiba.

Les fils de Kerroum, qui, à la tête du groupement brakna et avec
l'assistance des Trarza, avaient réduit les Oulad Rizg, entendaient
bien chausser leurs bottes. Ils invitèrent donc les Berbères à
acquitter entre leurs mains les redevances coutumières. «Ceux-ci, dit
le «Chiam az-Zouaïa», mirent la plus tenace obstination dans leur refus
et finirent par avoir gain de cause.»

La chose paraît fort douteuse, mais ce qui est plus étrange encore,
c'est la prétention qu'affectent les Zouaïa d'avoir reçu des gages de
prix des hassanes. Al-Mokhtar, fils d'Abd Allah ben Kerroum, l'ancêtre
éponyme des Oulad Abd Allah (Brakna), était venu offrir un chameau
de choix à Al-Fadel (Sidi-l-Falli), fils de Mohammed ben Dîman. Il
fut rencontré par Ahmed ben Dâmân (Trarza), qui à sa vue s'empressa
de courir chez les siens et leur fit comprendre qu'il valait mieux
faire des cadeaux aux Zouaïa que de prélever sur eux des tributs. A la
suite de ce discours, les Oulad Dâmân se précipitèrent chez les Zouaïa
avec tellement de rapidité, qu'ils devancèrent les Oulad Abd Allah et
purent effectuer avant ceux-ci la remise de leurs présents. Le «Chiam
az-Zouaïa» ne manque pas de tirer la morale de ce récit: «Ce sont ces
bons procédés qui sont la cause de la situation élevée que les Oulad
Dâmân ont conservée jusqu'à ce jour: il leur faut donc honorer les
descendants de Sid Al-Fadel.»

Il n'est pas impossible que les Brakna, comme les Trarza, aient fait
des cadeaux aux Zouaïa. La chose se passe encore de nos jours entre
deux pillages de campements tolba. Mais il est à croire que les
hassanes continuaient, malgré toute l'obstination des Berbères, à
prélever sur eux le tribut. On en trouvera la confirmation dans la
haine que Sid Al-Fadel, qui paraît avoir été à ce moment le personnage
maraboutique le plus en vue des Zouaïa, portait aux hassanes. «Je hais
les Merafra, disait-il; car ils extermineront mes descendants. Une
guerre terrible doit incessamment éclater entre eux.»

La prédiction n'allait pas tarder à se réaliser. Sid Al-Fadel
comprenait bien que les deux peuples arabes et berbères ne pouvaient
vivre ainsi sur le pied d'égalité, et puisque les Berbères,--son
peuple,--ne voulaient pas assurer leur défense, les armes à la main, il
fallait qu'ils s'inclinassent devant les guerriers.

Le «Chiam az-Zouaïa» signale un dernier trait: Sid Brahim, le chef
des Aroussiïn, n'avait pas abdiqué toute prétention sur les Zouaïa.
Du nord où il campait, il envoya un jour son fils Al-Habib, à la tête
d'une forte bande, prélever le tribut auquel il croyait avoir droit.
Les Zouaïa concentrèrent leur force à Tin Goufanin; mais plus confiants
dans la ruse que dans la force, ils demandèrent conseil à Lamin, fils
de Barik Allah. Ils lui promirent par tente un tribut d'une livre de
grain (moudd) et d'une mesure de beurre fondu, s'il les débarrassait
des hassanes. Le marabout prit quatre piquets, récita sur chaque piquet
un verset du Coran, et les planta aux quatre coins du rassemblement
tachomcha. Après quoi il ordonna aux jeunes gens d'aller galoper autour
de l'ennemi, cependant que l'un d'eux: Abd Allah ould Kadda, des Id
ag Jemouella, doué d'un organe sonore, poussait des commandements
retentissants, auxquels la troupe répondait par des acclamations
prolongées.

Il paraît que ce spectacle impressionna tellement les Aroussiïn, qu'ils
levèrent le camp et se retirèrent en fuyards.



CHAPITRE V

LA GUERRE DE BABBAH ET LES IMAMS BERBÈRES


Les graves événements qui allaient se dérouler en Mauritanie, vers
le milieu du dix-septième siècle, devaient bouleverser complètement
les tribus maures et établir d'une façon définitive les conditions
de la vie sociale telles que nos ancêtres les ont vues vers la fin
du dix-septième siècle, et telles que nous les voyons nous-mêmes
aujourd'hui.

A cette date, politiquement, les Berbères, sans opposer de résistance
militaire, essaient de tenir tête aux prétentions des hassanes, tantôt
par leur obstination implacable à refuser tout tribut, tantôt par des
offres de cadeaux, qui peuvent écarter momentanément l'orage en semant
la division chez l'ennemi.

La politique du grand marabout et imam, Nacer ad-Din, allait être le
signal de profondes modifications. Portés un instant au pinacle par la
volonté de fer de ce saint homme et unis sous sa baraka, les Berbères
faillirent triompher et exterminer les hassanes. La mort de Nacer
ad-Din, les divisions qui suivirent, réduisirent à néant leurs succès.
Ce sont là des aventures de marabouts, qui se sont renouvelées maintes
fois jusqu'à nos jours.

J'ai décrit longuement, dans _L'Émirat des Trarza_, la «guerre de
Babbah», comme l'appelle la tradition maure, ses diverses péripéties,
la fin de la lutte, ses conséquences. Il n'y a pas lieu d'y revenir ici.

Il suffit de rappeler que les tribus maraboutiques du Brakna ne
surent pas s'unir contre l'ennemi commun. Seuls les Dieïdiba semblent
s'être engagés à fond à la suite de l'imam national. Les autres ou se
désintéressèrent de la lutte, ou se prétendirent contraints de tenir
tête aux hassanes locaux. Les Brakna, au contraire, marchèrent en bloc
avec leurs cousins Trarza, fournirent des contingents et des subsides
et immobilisèrent leurs marabouts.

Les Dieïdiba, au cours de la lutte vers 1668, firent une fois bande
à part et faillirent provoquer une scission en élevant un anti-imam,
Nahoui ben Agd Abd Allah, contre Mounir ad-Din, frère de Nacer ad-Din
et cinquième imam. L'accord se fit et Mounir resta en titre, Nahoui
fut son Khalifa officiel. Il ne put malheureusement faire prévaloir
ses avis sur ceux de Mounir, jeune homme inexpérimenté, et tous deux
par bravade acceptèrent avec des forces inférieures le combat que leur
offraient les hassanes. Ils furent tués à Dokol, à 20 kilomètres en
amont de Dagana, et les troupes taillées en pièces (vers 1670).

On ne sait pas à quelle tribu appartenaient ce Nahoui, candidat
des Dieïdiba, et son frère Agd al-Mokhtar, qui fut le sixième et
dernier imam. Il paraît établi qu'ils étaient originaires d'une tribu
maraboutique du Brakna, probablement des Dieïdiba. C'est sur le
territoire brakna, en effet, que se déroulèrent les derniers incidents
de la lutte (1670-1674). L'imam fit d'abord des courses, souvent
heureuses, contre les Oulad Abd Allah, les Oulad Mbarek et les Litama.
Le suprême combat s'engagea à Tin Ifdadh, près d'Ouezzan, dans l'Agan
(Brakna septentrional). Agd Al-Mokhtar, son frère Imijen, et les
derniers guerriers zouaïa y périrent.

On connaît le traité de paix qui intervint, en 1674, à Tin Iefdadh. En
voici, d'après la tradition brakna, les trois principales clauses: 1º
Les Zaouïa donneront l'hospitalité à tous les Merafra qui viendront la
leur demander, et cette hospitalité durera au moins trois jours.

2º Les Zaouïa feront parvenir chez lui (_id est_, sans traîtrise et en
lui donnant des montures) tout hassani qui leur demandera son chemin.

3º Les hassanes auront droit au tiers de l'eau des puits, lors de
l'abreuve des animaux.

Les Dieïdiba comptèrent parmi les tribus les plus éprouvées, et se
virent affectés comme vassaux-marabouts aux Oulad Abd Allah mêmes.
Cette alliance a duré jusqu'à nos jours inclus. Les hassanes sont
restés fidèles à leurs tolba, comme ceux-ci l'étaient à leurs Arabes;
ils se sont mutuellement porté secours, au fil de leur histoire, et
l'occupation française les a fait fuir ensemble vers le nord, unis
jusque dans la chute de l'ancien régime.

On remarquera, en terminant, combien jusqu'à cette fin du dix-septième
siècle la berbérisation a été profonde dans la basse Mauritanie. La
plupart des noms de lieux et même de personnes sont des noms berbères.
Tout individu, à côté de son nom arabe, a son nom berbère ou zenagui,
sous lequel, dans le langage courant, il est plus généralement désigné.
La langue en usage est encore le berbère. Mais, avec la conquête
hassane, l'arabe va prendre le dessus et refouler insensiblement langue
et coutumes berbères. La langue berbère n'est plus parlée du tout
aujourd'hui sur le territoire brakna.



CHAPITRE VI

LA BRANCHE AÎNÉE DES ÉMIRS BRAKNA: OULAD NORMACH


C'est à cette date (deuxième moitié du dix-septième siècle) que se
constituait définitivement l'émirat des Brakna. Il est nécessaire de
donner tout d'abord le tableau généalogique des premiers Brakna de la
tente princière.

                             1. Abd Allah,
                      ancêtre des Oulad Abd Allah
                           (seizième siècle).
         ___________________________|_________________________
        |                 |        |         |         |      |
  2. Mohammed,          Bakar.  Mansour.  Mokhtar.  Naggad.  Eli.
  Dix-septième siècle.
        |_________________________________
        |                 |               |
  3. Normach,           Siyed,        Oubbeïch.
  ancêtre des          ancêtre
  Oulad Normach.     Oulad Siyed.

D'Abd Allah, l'ancêtre éponyme des Oulad Abd Allah, c'est-à-dire des
Oulad Normach et des Oulad Siyed, on ne sait presque rien. Il vécut au
seizième siècle, et eut six fils: Mohammed, Bakar, Mansour, Mokhtar,
Naggad et Eli.

Mohammed, son successeur, est le chef de la tente où va se fixer le
commandement pour plus d'un siècle dans la descendance de son fils aîné
Normach (1650-1766 environ), puis dans la descendance de son fils cadet
Siyed (1766-1903). Un troisième fils de Mohammed, Oubbeïch, a laissé
une postérité qu'on retrouve en partie chez les Normach, mais surtout
chez leurs tiab. Sa descendance est constituée en grande partie par les
Koumba et se trouve représentée par des femmes et par Eli ould Ahmed
ould Omar.

Bakar, deuxième fils d'Abd Allah, paraît avoir été un grand chef de
guerre. Il vécut au dix-septième siècle et on peut en induire de là que
c'est lui qui conduisit les Brakna à la guerre contre les marabouts;
mais la tradition est muette sur ce point. Il mourut en 1680. Sa
descendance ne comprend plus que deux tentes chez les Normach et une
tente chez les Oulad Ahmed.

De Mansour, troisième fils d'Abd Allah, la descendance, qui fut jadis
puissante et nombreuse, s'est fondue dans les campements de ses frères
et aussi chez les Oulad Siyed.

Celle de Mokhtar, quatrième fils d'Abd Allah, a disparu.

Celle de Naggad est actuellement en très grande partie chez les Tiab
Oulad Normach; une tente se trouve chez les Normach mêmes.

La postérité d'Eli, dernier fils d'Abd Allah, a émigré vers l'est. Elle
constitue l'actuelle tribu des Oulad Eli, qui nomadise sur le Gorgol et
dans l'Assaba.

Il faut maintenant revenir aux deux fils de Mohammed ould Abd Allah:
Normach et Siyed, ancêtres éponymes de leur descendance et double
branche qui fut successivement à la tête du Brakna.

Mais ici, pour pouvoir suivre jusqu'à nos jours le cours des événements
historiques, il faut avoir sous les yeux les tableaux généalogiques des
deux branches.

Branche aînée: les Oulad Normach.

                            3. _Normach_,
                       ancêtre des O. Normach.
                                  |
                      4. Heïba (Mohammed Al-Heïba),
                               † 1728.
                                  |
                       5. Ahmed (Ahmed Heïba).
                               † 1762.
                   _______________|_____________
                  |                             |
               6. Eli                       7. Ahmeïada,
          (entre 1762-1780).                 vers 1780.
         _______________________________________|
        |               |                       |
    Mohammed.     Mokhtar Cheikh.           Hiba, etc.
                        |          _____________|__________
                        |         |                        |
                     Brahim.   Mokhtar.                Mohammed.
     _____________________________|_____         __________|________
    |       |       |        |          |       |         |         |
  Brahim.  Hiba.  Bakar.  Mohammed.   Lobat,    Hiba.    Sidi   Mokhtar.
                                      chef               Ahmed.
                                      actuel.             |
                                                       Mohammed.


Branche cadette: les Oulad Siyed.

                           Siyed.
                             |
                       Seddoun (Brahim).
                     ________|__________
                    |                   |
            Aghrich (Mohammed).     M'Khaïtir.
                    |
                 Mokhtar.
         ___________|______________________________
        |                |                         |
        1.               2.                        |
  _Mohammed._      _Sidi Eli 1er_,           Sidi Mohammed.
  † vers 1800.     vers 1800 † 1818.        _______|_______________
        |                |                 |             |         |
        |                3.                4.            |         |
      Aghrich.    _Ahmeddou 1er_,    _Mokhtar Sidi_,  Mohamm.   Mokhtar.
                    1818 † 1841.         1842.           |         |
                         |                 |             |         |
                         7.                |             |         5.
                  _Sidi Eli II_,     Moh. Al-Habib.  Moh. Sidi.  _Moh._
                   1858 † 1893.            |             |      _Rajel._
                         |              Othman.      Mohammed.
                         |
            _____________|_______________________________________
           |             |          |       |         |          |
  8. _Ahmeddou II_,   Mokhtar,     Moh.   Bakar.   _Habib_,    Sidi
       1893-1903.      † 1884.    Krara.             chef    Mohammed,
     ______|_____________           |               actuel.    1903.
    |         |          |          |
    Ould   M'hammed.   Sidi      Mokhtar.
   Assas.             Bakar.
   † 1907.

Au sujet des règles de la dévolution du pouvoir, disons tout de suite
que la conception de l'hérédité avec partage n'a jamais été en vigueur
chez les Brakna. Ce fut en principe l'idée de l'hérédité par aînesse
qui domina, tempérée par l'usage, en vigueur dans les pays islamiques,
que le frère cadet ou l'oncle pouvait succéder à l'émir défunt. Ici, ce
dernier usage ne fut appliqué que dans le cas de minorité du fils de
l'émir précédent. Et encore son clan ne considérait-il le gouvernement
du collatéral que comme une régence, tout au plus un émirat
transitoire, car, dès sa majorité, le fils réclamait ses droits, et ses
partisans étaient tout de suite prêts à l'aider à les faire valoir.

Normach vécut approximativement vers la fin du dix-septième siècle. La
tradition rapporte qu'il prit part aux derniers événements du Cherr
Boubbah (1674). Son tombeau se trouve près de Mal. A cette date, les
Brakna, de l'aveu de tous les chroniqueurs et annalistes maures, sont
les maîtres politiques du pays et tous les autres hassanes gravitent
dans leur orbite. Les Trarza eux-mêmes devront attendre jusqu'à Ali
Chandora, pour se dégager de la suzeraineté politique des Brakna.

Vers cette époque, une tradition relate que les Brakna et les Id
Eïchelli furent en guerre. Ils se livrèrent un violent combat au rocher
de Tajala, en plein Amatlich, en 1689.

Le fils de Normach, Heïba, de son vrai nom Mohammed Al-Heïba, est à
cheval sur le dix-septième et le dix-huitième siècle. On ne sait que
peu de choses sur son compte.

Ali Chandora et Heïba eurent de nombreux démêlés. C'est à cette date
que les Trarza vont se dégager de la suprématie brakna, alors établie
sur tous les hassanes du Sud mauritanien.

Ali Chandora s'étant rendu à Fez, accompagné d'Abd Allah Maham, fils
d'Al-Qadi, le grand Cheikh Ida Ou Ali de Chingueti, y reçut l'accueil
le plus favorable du sultan et en ramena des contingents marocains qui
lui permirent d'abord de se rendre définitivement maître du Trarza et,
ensuite, de conquérir son indépendance vis-à-vis des Brakna.

Les Brakna, maîtres politiques de la région, furent défaits et
repoussés. Le P. Labat rapporte que leur émir, qui venait faire la
récolte de la gomme dans les bois d'acacia contestés et la vendait à
l'escale du Terrier-Rouge, fut assailli par Ali Chandora et s'enfuit
dans la direction du Rekiz (lac Cayar des Noirs). La tradition complète
ces victoires de l'émir trarza, en relatant que, par la suite, les
Brakna conclurent avec lui des traités d'alliance et de soumission.

Les hostilités devaient reprendre par la suite. Elles amenèrent la
mort d'Ali Chandora, qui s'était avancé à la poursuite des Brakna en
retraite jusqu'à Boghé. Certains disent qu'il aurait été tué dans un
combat livré à l'émir Heïba lui-même. D'autres qu'il fut empoisonné
dans la nuit qui suivit le combat. La tradition est unanime à relater
qu'il a été enterré un peu au-dessus de Boghé (le Dibango des
Toucouleurs), sur une dune où l'on montre encore son tombeau, ou du
moins l'emplacement de son tombeau, près d'un petit bosquet (1727).

Heïba ne devait pas tarder à le suivre dans la tombe. Le poème d'Ibn
Khalna dit qu'il mourut peu après le sultan Moulay Ismaïl et l'émir Ali
Chandora, soit donc vers 1728. Ce poème l'appelle «cheikh des Arabes,
chef des bandes, lion de la bourse, homme à la belle prestance». Son
tombeau est à Belaoua.

Il faut ajouter qu'une autre tradition affirme que ce Mohammed Al-Heïba
du poème n'est pas le chef normachi, mais le chef Oulad Eli, son
homonyme et contemporain.

Le fils et successeur de Heïba fut Ahmed. Par une contradiction
fréquente chez les Maures, son nom, Ahmed ould Al-Heïba, devint Ahomel
Heïba. Jusqu'alors, les Oulad Abd Allah avaient été à la tête de
la confédération merafra, c'est-à-dire des Arabes envahisseurs, de
la postérité de Marfar ould Oudeï ould Hassân. Cette confédération,
qui par son union et la solidarité de ses membres avait réalisé
la conquête de la Basse Mauritanie et l'asservissement des tribus
berbères, comprenait, outre les Trarza qui vivaient, depuis la fin des
hostilités, dans une quasi autonomie, les Brakna, les Oulad Mbarek, les
Oulad Ghouizi et les Oulad Nacer. Il est à peu près certain qu'avec
le temps, et dès la fin du dix-septième siècle, la prépondération des
Oulad Abd Allah, tente princière des Brakna, était devenue surtout
nominale.

Mungo-Park, qui passait dans le Sahel de Nioro en 1796, entendait
encore parler du haut prestige des «Il-braken».

C'est sous les règnes de Heïba et de son fils Ahomel que se produisit
la scission. De cette séparation est née la situation qui a duré
jusqu'à nos jours. Il y a deux versions au sujet de cette scission des
Merafra, l'une, maure, recueillie par Duboc, l'autre, toucouleure,
décrite par Siré Abbas; mais il est certain que cette scission ne fut
rendue possible que par les coups fâcheux qu'Eli Chandora porta au
prestige des Brakna.

D'après la version maure, ce fut Maham Mokhtar ould Nasri qui fut
l'auteur du conflit. Il s'y prit d'une façon originale.

La djemaa des zenaga, composée des parents de la mère de Maham Mokhtar,
refusa d'obéir à Ahomel Heïba. Pour les soumettre, ce dernier quitta
l'Adrar et vint avec de nombreux partisans à Baghdad, à environ 8
kilomètres de Tijikja, où nomadisait le campement révolté. Ahomel Heïba
était très orgueilleux et d'une susceptibilité rare.

Dès son arrivée, les zenaga, sur les conseils de Mokhtar, lui
envoyèrent une ambassade pour solliciter la paix; puis lui-même se
présenta alors à Ahomel Heïba, son cousin, avec quelques jeunes gens
des Merafra, et feignant d'être très mal avec les zenaga, demanda en
son nom et au nom de ses amis que les ambassadeurs leur soient remis
pour les tuer; avec insistance, il promit de leur payer le prix que
fixerait Ahomel Heïba, lui assurant qu'il ferait une bonne affaire.
Furieux que des membres de sa famille le croient capable d'agir ainsi,
navré que l'on ait à l'assimiler à un trafiquant, considérant qu'on lui
avait fait dans le Tagant la plus grande insulte qui pouvait être faite
à un homme de son rang, il jura de ne plus reparaître dans ce pays et
d'abandonner à leur sort les populations qui y habitaient.

Il rentra alors dans l'Adrar et les Merafra se divisèrent en
plusieurs branches ne reconnaissant plus l'autorité du successeur de
Barkenni. Chacun garda le nom de son ancêtre éponyme, qu'elle portait
déjà, à titre d'unité intégrante de la confédération, et devint, sous
ce nom, une tribu indépendante. On eut donc désormais les Oulad Abd
Allah (Brakna), les Oulad Mbarek, les Oulad Ghouizi, les Oulad Nacer.

Voici maintenant la version toucouleure, vue du côté du fleuve, et
telle qu'elle est rapportée par le distingué traditionnaliste Siré
Abbas. Elle diffère peu d'ailleurs de la version maure.

    Les Oulad Abd Allah (c'est-à-dire l'ensemble des Merafra désignés
    sous le nom de la tribu dirigeante) étaient les seigneurs
    du Chamama. Ils forçaient leurs voisins, tels que les Id Ou
    Aïch, à leur verser des tributs. Les Id Ou Aïch leur donnaient
    annuellement un poulain. Les Touabir, les Oulad Aïd et tous ceux
    de rang social modeste, qui vivaient auprès d'eux, étaient frappés
    de contributions. Cet état de choses dura jusqu'à la bataille
    d'Al-Hareïkat, localité du Tagant, à l'Est de Tijikja, et où se
    trouve depuis fort longtemps le tombeau d'Ilou Yaladi Diadé Padiq,
    père de Foullal. Cette bataille mit aux prises les Oulad Abd Allah
    et les Id Ou Aïch. Lorsque ceux-ci aperçurent qu'ils n'étaient pas
    de taille à lutter loyalement contre leurs adversaires, ils mirent
    en commun toutes leurs ruses et en usèrent pour les diviser. Cela
    leur porta bonheur. Les Oulad Al-Ghouizi et les Oulad Mbarek
    émigrèrent vers Nioro et Kayes. C'est alors que se produisit le
    conflit entre Oulad Eli et Oulad Yatim. A l'accord, qui régnait au
    sein des Oulad Abd Allah, se substitua une hostilité cordiale. Ils
    ne se mettaient d'accord que rarement et pour un laps de temps très
    court. Les Id Ou Aïch profitèrent de leurs discordes intestines
    pour s'affranchir de leur joug. C'est ainsi qu'ils cessèrent de
    payer le tribut annuel d'un poulain.

L'émir Ahmed Al-Hiba eut les relations suivantes avec le grand saint
des Oulad Dîman: Mohammed Al-Yadali, thaumaturge, orateur et fécond
écrivain.

Le griot-danseur de l'émir, ancêtre des actuels Ahel Manou, avait
composé un poème où il glorifiait son maître. Sous couleur de
commentaire d'un de ses propres poèmes, Mohammed Al-Yadali fit une
satire amère du poème du griot, reprenant les expressions de louange
exagérée qu'il avait employées pour l'émir, et les appliquant lui-même
au Prophète.

Quand il apprit ces faits, Ahmed Al-Hiba se fâcha et proféra des
menaces à l'encontre du poète. Mohammed Al-Yadali, qui ne tenait pas
à en attendre l'exécution, se hâta de venir trouver l'émir. Celui-ci
lui fit des reproches: «Comment peux-tu démarquer le poème qui m'a été
adressé? Comment oses-tu en détourner le sens sur un autre que moi? Tu
as fait là quelque chose de grave.» Le marabout répondit simplement:
«J'ai transporté vos louanges vers quelqu'un (Mahomet) qui est meilleur
que moi et que vous.»

La colère de l'émir tomba, et il lui fit don d'un chameau, s'engageant
à ce tribut en son nom et au nom de ses successeurs jusqu'au jour du
jugement dernier. Par la suite, leurs relations furent tout à fait
cordiales, et le poète dîmani composa à la louange d'Ahmed ould Heïba
et de sa maison une très élogieuse qacida[1].

  [1] La traduction de ce poème a été donnée dans le _Bulletin du
  Comité d'Études historiques de l' A. O. F._, 1920.

Les derniers jours d'Ahmed Al-Heïba furent encore agités par des luttes
entre les Oulad Ahmed, alliés aux descendants des Oulad Rizg et l'émir
Mokhtar ould Omar, des Trarza (vers 1758). Les Oulad Ahmed vaincus, et
qui s'étaient avancés en territoire trarza, furent refoulés vers les
pays brakna.

Les luttes intestines qui avaient déchiré la confédération merafra
allaient se produire au sein même des Oulad Abd Allah et amener leur
scission: 1º en les tribus Normach et Siyed, telles que nous les
trouvons aujourd'hui dans le Brakna; 2º en Oulad Eli et Litama, tels
que nous les trouvons dans le Gorgol et l'Assaba.

A Ahomel Heïba, mort en février 1762, d'après le poème d'Ibn Khalina,
et enterré à Nagué, dans l'Aoukar, succédèrent d'abord son fils aîné
Eli, ensuite son fils cadet Ahmeïada. Une autre tradition dit que
Ahmeïada est le fils, non le frère d'Eli. Le tombeau d'Eli se trouve à
Al-Qadra dans le Raag et celui d'Ahmeïada, à Tijam dans l'Agan.

C'est sous le commandement de ces deux chefs, c'est-à-dire dans les
années qui suivirent 1782, que se produisirent ces graves événements.
Jusqu'à cette époque, les Normach nomadisaient en hivernage près de
la Sebkha de Tidjiniakout, et autour de Talorza et d'Achamin, situé
à une journée de marche au nord de la Sebkha. La saison sèche les
amenait, comme la plupart des tribus dans le Tiris. Avec Ahmeïada, ils
se fixèrent dans l'Aftout pendant la saison sèche, et dans l'Agan,
pendant l'hivernage. Les luttes intestines qui éclatèrent à cette
date provoquèrent un exode plus méridional encore: les Oulad Eli, les
Oulad Al-Yatim et les Oulad Siyed allèrent s'installer à Guimi. Ils
se battirent entre eux, comme ils s'étaient battus avec les Oulad
Normach. Les Oulad Al-Yatim, commandés par Seïbouli, furent vaincus
et émigrèrent à l'est du Gorgol, dans la région qui depuis a pris
leur nom: le Litama. Les Oulad Eli les y suivirent peu après, et
s'installèrent auprès d'eux dans la vallée inférieure du Gorgol.

Les Normach et les Siyed, restés seuls en présence, se partagèrent le
pays: les premiers nomadisèrent dans la haute région entre Guimi et
l'Agan; les autres se fixèrent dans la partie méridionale du Brakna,
de Guimi au lac d'Aleg et jusque dans le Chamama. Cette division amena
l'indépendance des Siyed vis-à-vis des Normach. Leur chef, Mokhtar ould
Aghrich, entendit comme son père Aghrich l'avait déjà tenté, ainsi
qu'on le verra plus bas, être l'égal, à tous points de vue, de son
cousin Ahmeïada, et être l'émir des Oulad Siyed comme Ahmeïada était
l'émir des Oulad Abd Allah.

Mokhtar mourut, d'après Golberry, en 1766. C'est du moins ce qui
ressort de son texte. «En 1766, le chef des Brachknaz mourut, et Hamet
Moktar, son fils, devint, par droit de naissance et de succession,
chef et roi des deux tribus des Maures-Brachknaz et Darmanke.» Il se
pourrait d'ailleurs que cette succession vacante fût due, non à la mort
de Mokhtar, chef des Oulad Siyed, mais à celle d'Ahmeïada, chef des
Oulad Normach et émir des Brakna.

La chose est de peu d'importance d'ailleurs. Toujours est-il que c'est
en 1766, ou autour de cette date, que les chefs Oulad Siyed, branche
cadette de la dynastie, prennent définitivement figure d'émirs de
Brakna.

Ce fut la situation politique et géographique respective des deux
tribus qui amène ce curieux résultat. Les Européens de Saint-Louis,
tant Français qu'Anglais, tant de l'administration que du commerce,
s'habituèrent définitivement à traiter avec les Oulad Siyed, qui
commandaient les voies d'accès au fleuve dans cette région du Chamama,
et à les considérer comme les vrais et seuls maîtres du pays, à
l'exclusion des Normach, dont ils ignoraient l'existence ou qu'ils
considéraient comme une fraction soumise aux Oulad Siyed. L'émir des
Siyed fut pour eux le véritable émir du pays, et c'est à ce «sultan
des Brakna», Mohammed ould Mokhtar lui-même, que nous voyons les
Anglais payer, dès avant 1767, les coutumes annuelles et c'est avec lui
que le Gouverneur de Repentigny va conclure le premier traité que nous
avons conservé (1785). On comprend que les chefs Oulad Siyed ne firent
rien pour détromper les gens de Saint-Louis. On devine même qu'ils
aidèrent, de toutes leurs forces, à la confusion.

Par la suite et avec le temps, leur usurpation fut confirmée; la
prescription leur fut acquise à leurs propres yeux, aux yeux de
l'ensemble des tribus maraboutiques, et aux yeux mêmes ou peu s'en faut
des Oulad Normach. Ceux-ci en effet, dépossédés de leur commandement
depuis un siècle et demi, n'ont élevé, depuis notre occupation, que des
prétentions fort timides. Ils parlent de leur commandement comme d'une
chose fort lointaine, à proprement parler comme d'un droit historique
et périmé, souvenir glorieux du passé.


C'est à Aghrich que la tradition Brakna, déjà signalée par Faidherbe
en 1864, attribue l'honneur d'avoir noué officiellement les premières
relations commerciales avec les Français, d'avoir entamé et protégé la
traite de la gomme, et enfin de l'avoir canalisée par les escales du
Coq[2] et du Terrier Rouge[3]. Elles allaient devenir, pendant deux
siècles, les marchés nécessaires de la gomme du Brakna, et même, au
moins pour la première, le marché intermittent du Trarza, quand les
nombreuses guerres que nous dûmes entretenir avec cette confédération
guerrière amenèrent sa fermeture.

  [2] L'escale du Coq, sise à la pointe de l'île à Podor, à 10
  kilomètres en aval de Podor-Ville, était sur la rive gauche.
  C'était une escale commune aux Trarza et aux Brakna, quoique
  l'émir du Brakna en eût généralement la surveillance.

  [3] L'escale du Terrier-Rouge était spéciale aux Brakna. Elle
  était sise à 50 kilomètres en amont de Podor et sur la rive
  droite.

Le service que rendit ainsi Aghrich à son peuple, ou plutôt sans
doute la tradition diplomatique qui se créa chez nous de ne traiter
qu'avec ce prince, puis avec les membres de sa famille, qui se dirent
ses successeurs réguliers, et de ne donner qu'à celui-là les pièces de
guinée des coutumes, qui formaient le plus clair des revenus de l'émir,
contribuèrent puissamment, ainsi qu'il a été dit, à établir, d'une
façon définitive, la dévolution de l'émirat brakna. Cette dignité va se
perpétuer dans les Ahel Aghrich, les «Lakariches», comme les appellera
en 1824 René Caillié.

Les escales classiques, surtout le Coq, conservèrent leur importance
pendant tout le dix-huitième siècle. Quand en 1744, par l'initiative
de l'intelligent directeur de la Compagnie, David, les Français
s'installèrent à Podor, ce village devint l'escale officielle des
Brakna et le terrain neutre des négociations. Abandonnée quelques
temps, lors de l'occupation anglaise de Saint-Louis (1758) l'escale
reprit peu après, avec les Anglais mêmes, son importance et ne la
perdit plus. Le chef du village était, comme dit René Caillié (1824),
«Ministre du Roi» auprès de cette autorité française. Mais l'escale
réelle, le marché des transactions, où les navires jetaient l'ancre, où
se réunissaient traitants sénégalais et vendeurs maures, chefs Oulad
Abd Allah, marabouts locaux et délégués du grand Borom de Saint-Louis,
où seul pouvait s'effectuer la traite de la gomme et le commerce des
autres produits, était située au confluent terminal du fleuve et du
marigot de Doué, à ce Coq, célèbre pendant deux siècles dans nos
annales sénégalaises. Le dix-neuvième siècle, plus libéral dans la
réglementation économique, devait voir les transactions s'effectuer
d'un bout à l'autre du fleuve, et ces escales de l'ancien régime
dépérir et disparaître.

    C'est, au dire de Golberry, l'ancienne Compagnie des Indes qui
    avait fondé l'usage des coutumes annuelles, payées aux chefs
    maures, voisins du Sénégal, et aux princes, chefs et rois des
    nations noires, avec lesquelles le commerce exigeait des relations.

    Quand les Anglais devinrent maîtres du Sénégal par une suite des
    événements de la guerre de Sept ans, pour l'avantage de leur
    commerce, ils suivirent l'usage de faire des traités d'alliance
    et de bonne intelligence avec les princes maures et les princes
    nègres... Ils avaient une sorte de registre manuscrit qui contenait
    dans le plus grand détail les motifs, l'énumération et l'ordre des
    coutumes qu'on devait payer annuellement aux chefs de ces nations
    africaines, les époques où ces coutumes devaient être délivrées,
    des notes relatives à l'importance respective de ces chefs et de
    ces nations, des instructions sur les règles qu'il fallait suivre
    en délivrant ces coutumes, et des observations politiques sur le
    commerce de cette partie de l'Afrique.

On voit à quel point les Anglais, maîtres ès arts politiques,
poussaient leur documentation. Leur habileté dans l'action n'était pas
moindre. Ils ne dédaignaient pas les moyens d'agiter ces hordes des
Maures, de les animer l'une contre l'autre, de les balancer, de les
contenir et de leur inspirer réciproquement des jalousies.

Golberry, qui eut l'occasion d'avoir un de ces registres politiques
de l'administration anglaise «pendant le temps qu'ils ont possédé
le Sénégal, c'est-à-dire, depuis 1760 jusqu'en 1779», en a traduit
certains passages intéressants.

Voici le texte concernant le Brakna:

    Coutumes à payer à Hamet Moktar, chef des deux tribus maures de la
    famille Agrichy.

    Am-Hamet-Moktar est chef des tribus maures Ouled Abdallah,
    communément appelés Brachknaz et Darmanko, qui forment la famille
    Agrichy. Le commerce de la gomme avait engagé de payer annuellement
    des coutumes à ce roi maure; elles furent augmentées à l'époque,
    où l'on demanda la permission d'ériger un fort à Podhor, avec un
    village attenant, dont les habitants auraient autant de terres
    qu'ils croiraient nécessaire d'en cultiver dans les environs du
    fort.

    Cette coutume fut payée régulièrement jusqu'en 1765; alors les
    Français abandonnèrent le fort et le village. Mais en conséquence
    d'un accord fait avec Am-Hamet-Moktar, le fort de Podhor fut
    rétabli ainsi que le village, en 1772, avec les mêmes privilèges.

    A l'époque de ce rétablissement, il fut convenu que les coutumes
    que les Français étaient dans l'usage de payer au chef des Maures
    Brachknaz seraient aussi rétablies, mais que Hamet Moktar ne
    pourrait les réclamer qu'à commencer du mois d'août 1775, parce
    qu'alors seulement la reconstruction des forts et village de Podhor
    serait achevé.

    Le but de rétablissement de Podhor n'est pas seulement d'entretenir
    la bonne intelligence et le commerce avec les Maures brachknaz
    et darmanko, mais aussi d'acquérir par là, assez de poids et
    d'influence sur les Foulhas-Peuls, qui sont les habitants natifs
    de la contrée; prévenir les hostilités et les pillages qu'ils
    faisaient tous les jours sur le commerce des Blancs et autres
    marchands de l'île Saint-Louis du Sénégal: surtout pendant le
    voyage de Galam et au retour de ce voyage, les brigandages et les
    hostilités de ces nègres menaçaient de la perte entière du commerce
    dans ces districts.

    Cette circonstance prouve suffisamment l'importance et l'utilité
    de ce fort, l'avantage de son établissement et de son entretien,
    et des coutumes payées à Hamet Moktar pour la protection qu'il
    s'engage de donner à l'établissement de Podhor contre les Foulhas.

    Coutume annuelle qui sera payée au roi Hamed Moktar, chef de la
    famille Agrichy, aussi longtemps que subsisteront le fort et
    l'établissement de Podhor.

      Cinquante-quatre pièces de guinée,
      Huit pièces de silésie,
      Quinze ancres de poudre,
      Six fusils de traite,
      Deux cents pierres à fusil,
      Deux cents balles,
      Onze longues barre de fer,
      Douze filières de rassades,
      Trente piastres,
      Une livre de clous de girofle,
      Un coffre de bois avec un cadenas.

    On rendra aussi des honneurs aux rois et chef des Maures Trarshaz
    et Brachknaz, quand ils se rendront à l'île de Saint-Louis du
    Sénégal.

    Am-Hamet Mokhtar Agrichy, roi des Maures Brachknaz et Darmanko,
    sera salué de cinq coups de canon de la même batterie, en arrivant
    et en partant.

    Il est d'usage de nourrir certains chefs du continent aux dépens du
    roi, quand ils viennent à l'île du Sénégal, bien entendu qu'ils n'y
    restent que pour arranger quelque affaire avec le Gouverneur.

    C'est ainsi que tout était prévu et arrangé à l'égard de ces chefs
    maures avec lesquels il est important, pour l'avantage du commerce,
    de s'entretenir en bonne harmonie, et en bonne intelligence.

La forêt des gommiers, qui était reconnue officiellement aux Brakna,
était celle d'Al-Fatak, comme la forêt de Lebiar était celle des Id Ou
Al-Hadj (Darmanko), et la forêt du Sahel celle des Trarza. En réalité,
ces bois de gommiers n'étaient que les principales et plus riches
agglomérations d'acacias, et on faisait la cueillette de la gomme
un peu partout dans tous les boqueteaux d'«irouar» qui couvrent le
territoire de la Basse Mauritanie.



CHAPITRE VII

LA BRANCHE CADETTE DES ÉMIRS BRAKNA: OULAD SIYED


1.--_Mohammed ould-Mokhtar_ (1766, † vers 1800).

Mohammed ould-Mokhtar, petit-fils d'Aghrich, peut être considéré comme
le premier émir de la branche cadette des Oulad Abd Allah: les Oulad
Siyed. Il apparaît dans la tradition comme le successeur d'Ahmeïada,
fils ou petit-fils d'Ahomel Heïba, des Normach. C'est vers 1766 que se
produisit cette substitution.

Depuis deux générations déjà, les Oulad Siyed étaient établis entre le
lac d'Aleg et le fleuve. On sait par la tradition que Mokhtar, père de
Mohammed, a été enterré à Oumm Djeljel, près de Regba, et que Aghrich,
son grand-père, mort de maladie, a été enterré à Taboumlib, près
d'Ouezzan. Quant à Seddoum, père d'Aghrich, il fut tué au cours d'un
rezzou et fut enterré à Oumm Abboun, dans le Zemmour. Le tombeau de son
père, Siyed, l'ancêtre éponyme, se trouve dans l'Agan.

Les Oulad Siyed et, à l'occasion, les Oulad Normach se signalaient
par d'incessantes incursions dans le Fouta. Les _Chroniques_ de Siré
Abbas signalent une longue et cruelle guerre de sept ans que le Cheikh
Souleïman Bal et les derniers souverains de la dynastie de Tenguella
soutinrent contre les pillards Oulad Abd Allah, vers 1770.

Le document anglais précité, de 1767, donné par Golberry, relata qu'à
cette date déjà les coutumes sont payées à Mohammed ould Mokhtar.

Un peu plus tard, en 1785, quand les Anglais ont dû vider les lieux,
un document officiel français nous atteste à nouveau la présence de
Mohammed ould Mokhtar à la tête de l'émirat brakna.

Le 10 mai 1785, Mohammed ould Mokhtar, «roi», dit le texte français,
«sultan», dit le texte arabe, des Brakna, signait sous les auspices et
protection du gouverneur, comte de Repentigny, avec le sieur Durand,
directeur général de la Compagnie de Commerce du Sénégal, un traité
d'amitié et de réglementation de la traite de la gomme.

Il était réglé en substance dans cet acte, où le texte français déforme
toujours le nom de l'émir en «Ahmed Mokhtar»:

    _a_) La Compagnie a le droit d'établir un comptoir à Podor et
    d'autres comptoirs dans tout autre point du territoire d'Ahmed avec
    liberté entière de traite sur toutes matières.

    _b_) Ces établissements sont sous la sauvegarde spéciale de
    Mohammed Mokhtar.

    _c_) Suppression de tout commerce direct ou indirect avec les
    Anglais, avec gratification à l'émir chaque fois qu'il arrêtera une
    caravane allant chez les Anglais de Portendik.

    _d_) Promesses des bons offices de l'émir pour l'activité de la
    traite, la fixation du «kantar» au plus bas prix et à la plus haute
    mesure possible, l'aplanissement de toutes difficultés.

    _e_) Versement d'une coutume annuelle: 1º à l'émir (400 pièces de
    Guinée, 100 fusils fins, 200 barils de poudre de 2 livres, etc.,
    sans oublier une moustiquaire, plus une pièce de guinée par huit
    kantar mesures et conduits à bord; 2º à Sidi Eli, frère du roi (14
    pièces de guinée, etc.); 3º à la femme du roi (8 pièces de guinée,
    etc.); 4º à Fatma, sœur aînée du roi (4 pièces de guinée, etc.);
    5º à chacune des quatre jeunes sœurs de Mohammed Mokhtar et à sa
    fille (2 pièces de guinée); 6º au premier ministre (5 pièces de
    guinée, etc.); 7º pour les soupers de Sidi Ely et des marabouts
    qu'il loge chez lui (1 mouton et 2 bouteilles de mélasse); 8º pour
    sa suite (id). Tous ces objets payables un tiers au commencement de
    la traite, un tiers au milieu, et un tiers à la fin.

Le total des coutumes versées aux Brakna était évalué, en 1787, d'après
le livre de comptes de la Compagnie, à 5.598 livres.

L'émir Mohammed ould Mokhtar, allié aux Id Ou Aïch, soutint une lutte
implacable contre son voisin Eli Kouri du Trarza. Un combat violent,
dit Mohammed Youra, s'engagea près du puits d'In Temadhi (un peu avant
1786, année de la mort d'Eli). Les Trarza vaincus durent prendre
la fuite vers l'ouest. Après une course éperdue, ils arrivèrent à
Kheroufa, célèbre alors par un grand arganier. Rejoints en ce point
par Homeïada ben Ali, descendant d'Ahmed ben Dâmân, et par un parti
de guerriers, ils firent face à l'ennemi. Le sort changea. Les
Trarza reprirent le dessus et poursuivirent à leur tour les Brakna,
qui se hâtèrent de tourner bride vers l'est. La tradition rapporte
qu'au puits de Djefaïf les fugitifs rencontrèrent un campement de
tolba qui abreuvaient leurs bœufs. Un des guerriers brakna, fatigué
de cette course éperdue, sauta sur une vache pour continuer sa
route, mais celle-ci fit un bond et jeta à terre l'homme qui tomba
malencontreusement, montrant que, sous sa chemise, il n'y avait pas de
culotte, ce qui fit rire tout le monde.

La lutte devait prendre des proportions plus grandes encore par
l'entrée en scène des «Foulhas» (Toucouleurs sans doute), alliés des
Brakna. «Nous fûmes, en 1786, décrit Golberry, les témoins oisifs et
inutiles de l'explosion qui fermentait depuis plusieurs années.

    En 1785, Hamet-Mokhtar, roi des Brachknaz, homme à la fois lâche,
    orgueilleux et insolent, parce qu'il était soutenu par le roi des
    Foulhas, enleva la femme favorite d'Eli-Kouri, et sut si bien
    s'attacher cette femme qu'elle fit déclarer à son premier maître,
    qu'elle se séparait à jamais de lui.

    Les hostilités recommencèrent l'année suivante. Eli Kouri provoqua
    Mohammed ould Mokhtar. Le combat s'engagea, en octobre 1786, à 20
    lieues de Saint-Louis. Eli Kouri fut vaincu et tué.

    Le vainqueur Mohammed ould Mokhtar ne fut pas exempte de souci, car
    peu après le «Siratick-almami» attribuant la victoire à ses 400
    guerriers» prétendit faire la loi, non seulement aux Trarshaz, mais
    aussi aux Brachknaz, aux Darmanko, aux rois nègres ses voisins, et
    même aux Français du Sénégal.

Golberry constate encore en 1785-1787 «que les Darmanko (= Ida Ou
Al-Hadj, du Trarza), ont pour les Brakhknaz un attachement et une
déférence qui ne se sont jamais démentis; que leur chef témoignait le
plus grand respect pour Hamet-Mokhtar (Mohammed Mokhtar), chef des
Brachknaz, qu'il le reconnaissait comme «roi, comme général de la
nation, comme le père de la famille des Agrichys; que, dans toutes les
circonstances, les intérêts de ces deux tribus sont toujours réunis,
toujours compris dans les mêmes traités, et que le roi des Brachknaz
discute, agit, conclut tout seul pour ces tribus germaines, sans que
jamais il y ait aucune réclamation, aucune opposition de la part des
Maures Darmanko.»

Golberry qui a vu à peu près juste l'immigration des hassanes (les
Maures Oulad, comme il les appelle, oubliant le mot principal: Hassan)
fait venir ensemble du Nord les Brakna et les «Ouled El-Hadj». Ces
tribus, dit-il, «n'en formaient autrefois qu'une seule», ce qu'il
faut entendre non au sens des origines ethniques, puisque les Brakna
sont Arabes, et les Ida Ou Al-Hadj, Berbères, mais au sens de la
confédération d'une tribu guerrière et d'une tribu maraboutique. Mieux
encore, l'intérêt économique explique cette alliance du dix-huitième
siècle, qui a disparu par la suite. Golberry signale avec justesse
cette cause: «Ils s'attribuèrent la possession du territoire compris
entre celui des Trarchaz et le Ludamar, l'exploitation des forêts (de
gomme) d'Al-Fatack et d'El-Hiebar, ainsi que plusieurs mines de sel,
situées dans ces déserts de sable.

Mohammed ould Mokhtar eut les honneurs de la correspondance
qu'adressait régulièrement Boufflers à Mme de Sabran. Il est vrai
que la relation de Boufflers est loin d'être flatteuse pour l'émir
brakna et que si celui-ci avait pu se douter du jugement ironique du
Gouverneur, il aurait été moins ravi de l'entrevue. Mais peut-être
cette impression défavorable est-elle due à la chaleur de 50° Réaumur,
à l'ombre, que Boufflers eut à supporter, ayant eu l'idée fâcheuse
de faire son voyage au mois d'avril (1787). L'émir maure «lui parut
misérable et rapace».

Il dit encore: «C'est un homme fort puissant, mais fort doux et en même
temps fort dévot. Il n'aime que les femmes et les prêtres, et passe sa
vie le plus qu'il peut à Podor pour être loin de son camp, loin de ses
ennemis. Il habite une mauvaise chambre du fort avec une femme en titre
et trois ou quatre dames d'honneur qui en manquent de temps en temps,
livré aux conseils de ses marabouts qui lui laissent faire toutes ses
sottises et toutes ses fredaines, pourvu qu'il porte une centaine de
leurs petits scapulaires qu'ils appellent gris-gris, et qu'il fasse
par jour environ huit à dix prières ridicules sur une peau de mouton
qu'on étend à ses pieds. Le reste du temps, il converse--cela s'appelle
palabrer--sur les intérêts de sa prétendue couronne et le résultat de
tous ses palabres est de demander des présents et des secours qu'on
ne lui donne que le moins qu'on peut, d'emprunter au tiers et au
quart des étoffes, des fusils et d'autres marchandises, sous prétexte
d'une guerre à soutenir, mais qu'il donne par le fait à tout ce qui
l'entoure... Sa figure est assez belle; il ressemble à une sainte face
dont la couleur aurait beaucoup poussé au noir. Il est plutôt drapé
qu'habillé d'une manière très pittoresque, presque toujours en blanc.
Du reste, il a absolument la dégaine d'un roi fainéant et, qui plus
est, d'un roi mendiant.»

Les deux interlocuteurs échangèrent des cadeaux. Boufflers reçut
pour sa part un cheval du fleuve. Après quoi, il confirma l'alliance
traditionnelle et s'empressa de venir à Saint-Louis.

Le 29 mars 1793, an II de la République, un décret de la Convention
nationale interdit toute relation avec l'émir. En voici le texte:

    «La Convention nationale, voulant obtenir la réparation des
    vexations que Hamet Moktar, chef de la tribu des Maures
    braknas, s'est permises envers les Français qui sont allés dans
    ce pays pour faire la traite de la gomme, Décrète ce qui suit:

    «Article premier.--Il sera signifié à Hamet Mokhtar, chef de la
    tribu des Maures Braknaz, que la Nation française ne lui paiera
    plus aucune coutume, et cessera toute relation de commerce
    avec lui jusqu'à ce qu'il ait réparé les vexations qu'il s'est
    permises envers les Français et qu'il ait donné des otages, qui
    répondent de sa conduite pour l'avenir.

    «Art. II.--Il est défendu provisoirement à tout bâtiment
    français de faire aucune traite de gomme à l'escale qui est
    sous la domination d'Hamet Mokhtar; le conseil exécutif est
    autorisé à établir sur la rivière un bâtiment armé qui fera
    respecter cette défense.»

L'émir ne conçut aucune fierté de cette marque d'attention spéciale de
notre Convention nationale. Les démarches qu'il se hâta de faire et les
assurances qu'il donna pour l'avenir firent surseoir à ce décret, mais
l'exécution allait en être décidée quelques années plus tard.

En 1799, en effet,--une délibération du 14 ventôse, an 7, nous
l'atteste,--des envoyés d'Amar Koumba, émir des Trarza, se présentaient
devant le Commandant (Blanchet) et les principaux habitants du Sénégal
(Comié, Pellegrin, Pierre Dubois, Blandin fils, etc.), «assemblés en
la maison du Gouvernement», et informaient les Français de la part
de leur maître que l'émir Brakna se préparait à faire la guerre au
Sénégal et qu'il avait député son fils Aghrich à Amar Koumba pour lui
communiquer sa résolution et le presser de se joindre à lui. L'émir des
Trarza avait refusé, et la rupture des bonnes relations avec les Brakna
en était résultée.

Comme suite à cette délibération, Amar ould Koumba était remercié au
nom du Gouvernement français et recevait un «présent extraordinaire»,
tandis que Mohammed Mokhtar voyait mettre à exécution contre lui les
mesures hostiles prescrites par la Convention.

Mohammed Mokhtar disparaissait peu après (vers 1800).


2.--_Sidi Eli Ier_ (vers 1800, † 1810).

L'émir Mohammed ould Mokhtar fut remplacé, à sa mort, par son frère
Sidi Eli (vers 1800). C'est dans cette branche cadette que s'est
perpétué le commandement.

Les relations de Sidi Eli avec les Français furent cordiales. On le
voit intervenir en médiateur, au début de 1806, entre les Français et
le Fouta agité par la révolution musulmane. Ses bons offices aidèrent
à la conclusion du traité du 4 juin 1806, où il apparaît comme premier
ministre de l'almamy Abdoul-Qadir, «Roi des musulmans du Fouta».

Les préliminaires du traité portent en effet: «Au nom de Dieu et de S.
M. Impériale Napoléon Ier, paix, amitié et bonne intelligence entre
tous les habitants du Sénégal, et ceux du pays Fouta, qui seront tenus
de part et d'autre, après la ratification d'Almamy, de se conformer
aux conventions et règlements prescrits et arrêtés définitivement par
le général Blanchot, commandant pour S. A. M. I., d'une part, et de
l'autre par _Sidi Eli, fils de Mokhtar Agrisse, chef de la tribu_ des
Bracknas, chargé des pouvoirs d'Almamy...»

Pour reconnaître ces bons offices, le Gouvernement français lui versa,
pendant les deux années où il se maintint encore au Sénégal, «une
coutume d'honneur». Cette coutume devait être reversée à son fils
Ahmeddou dans le traité de 1819. Elle continua d'être payée jusqu'à
Faidherbe. On le trouvera en annexe dans l'état des coutumes de 1840,
donné à titre d'exemple.

Mais ce qui apparaît à cette heure, c'est que les Maures brakna,
tant guerriers que marabouts, après avoir considérablement aidé au
succès du parti torodo et de la révolution religieuse du Fouta (fin
du dix-huitième siècle), vont conserver pendant tout le dix-neuvième
siècle une influence considérable sur les dirigeants du peuple
toucouleur tant du Fouta occidental (Toro, Lao) que du Fouta oriental
(Yrlabé, Ebyabé, Bosséa).

On a conservé de Sidi Eli le traité passé, le 7 juin 1810, avec le
lieutenant-gouverneur Maxwell, représentant de l'autorité anglaise,
qui venait de conquérir le Sénégal. Ce traité est identique au traité
que passa le même jour le lieutenant-colonel Maxwell avec l'émir des
Trarza. Il est à remarquer que pour la première fois les émirs brakna y
reçoivent leur titre exact: «chef d'une tribu des Brakna», c'est-à-dire
les Oulad Siyed.

Les dispositions de ce traité sont beaucoup moins minutieuses que celle
des traités français. Le principe des coutumes est reconnu, mais la
liste en est dressée individuellement pour chaque bâtiment arrivant à
l'escale, après entente entre le capitaine et le subrécargue et le chef
maure. Une copie de cette liste reste entre les mains des deux parties
contractantes.

En l'absence de l'émir, c'est Mohammed Sidi, son premier ministre qui
le remplace.

A la disparition des Anglais, Sidi Eli s'empressa de renouer les
relations avec les Français. «Ma joie a été à son comble, écrivait-il
en 1817 au colonel Schmaltz, en apprenant votre arrivée au Sénégal»;
et il ajoutait immédiatement: «Remettez à mes envoyés la coutume que
les Français omirent de payer, lors de la prise du Sénégal par les
Anglais, ainsi que celle dont ces derniers s'emparèrent, l'année
passée, dans l'affaire du bâtiment de Fara Blondin.»


3.--_Ahmeddou Ier_ (1818-1841).

Ahmeddou Ier succéda à son père Sidi Eli, au début de 1818. Le tombeau
de ce dernier se trouve à Arroug, dans le Chamama.

Il faisait, dès les premiers jours, la preuve de sa bonne volonté, en
offrant ses services au gouverneur, qui avait alors des difficultés
avec certaines tribus peul et avec des villages du Oualo. On lui fit
tenir des secours en armes et en munitions. Il passa le fleuve avec
quelques bandes et pilla plusieurs villages ennemis et par-dessus le
marché Nguik, qui nous était dévoué. Cette guerre s'accompagna de
pamphlets, suivant la coutume maure. A une satire, que nous n'avons
pas, et qui fut envoyée sur Sidi Eli aux gens de Nguik, ceux-ci
répondirent:

    Dieu lui-même a défendu aux malfaiteurs de se trouver face à face
    avec ses serviteurs.

    Eli s'il amène la destruction sur le pays de son père, doit être
    repoussé par les honnêtes gens.

    N'est-ce pas déjà assez qu'il ait été cause de la ruine de notre
    village et de celui de Ouadan?

    Nous, gens de Nguik, nous ne saurions être contents d'Eli si le
    Gouvernement n'en est pas content lui-même.

    Que lui et sa bande viennent dans notre village et nous les
    chasserons sans retard.

    Et pourquoi Nguik ne les chasserait-il pas? N'ont-ils pas amené la
    ruine sur Nguik?

Au même moment, des combats victorieux contre ses voisins Trarza:
Oulad Dâmân, Oulad Sassi, Ahel Attam asseyaient son influence et sa
réputation.

Le 20 mai 1819, Ahmeddou conférait à l'escale du Coq avec le colonel
Schmaltz, commandant pour le roi et administrateur du Sénégal et
dépendances. Un traité était signé le même jour.

Le préambule constate «la conduite juste et irréprochable, tenue par
Ahmeddou envers les traitants de Saint-Louis, le grand intérêt qu'il
a de se conserver en bonne intelligence avec les Français, et--ici
nous retrouvons Schmaltz et ses projets de colonisation agricole--les
immenses avantages, qui résulteraient infailliblement pour lui, son
pays et ses sujets, si le système de colonisation projeté sur la
rive gauche du fleuve, était en même temps exécuté sur le territoire
considérable et populeux qu'il possède sur la rive droite». Cette belle
prose coulait en vain, car elle n'est pas traduite dans le texte arabe
du traité.

Voici les principales dispositions de cet acte:

    _a_) Ahmeddou, «roi de la tribu des Bracknas», s'engage à favoriser
    par tous les moyens la traite de la gomme et tout autre commerce;

    _b_) Maintien des coutumes sur les bases anciennes;

    _c_) Ahmeddou s'engage à se conformer aux règlements, pris par
    le commandant pour empêcher la fraude, et à ne jamais arrêter ou
    suspendre la traite, avant d'en avoir référé au commandant et
    reçu sa réponse. Ces dispositions sont nouvelles et témoignent de
    l'emprise de plus en plus profonde de l'autorité française.

    _d_) Neutralité d'Ahmeddou dans les guerres au Sénégal;

    _e_) Ahmeddou «invite» (!) le commandant français à diriger sur son
    pays des sujets du roi de France pour y former, conjointement avec
    les siens des établissements de culture, comme ceux qui étaient
    alors tentés sur la rive gauche dans le Ouale;

    _f_) Cession à la France des territoires propres à la formation
    d'établissements agricoles;

    _g_) Autorisation de construire des forts et d'y mettre des
    garnisons;

    _h_) Maintien au fils de la coutume d'honneur versée au père, Sidi
    Eli.

Schmaltz professait pour Ahmeddou une grande estime et cherchait à
l'intéresser à ses plans de colonisation. Il écrit de lui au ministre,
le 27 mai 1820, alors que pourtant ses bonnes relations avec l'émir
sont déjà rompues. «Ce prince avait toujours paru distingué, parmi les
Maures, par des pensées plus grandes, une inclination toute favorable
à adopter les idées des Européens. Sa justice sévère et sa loyauté
avaient ramené l'ordre dans son escale et gagné la confiance des
traitants.»

Schmaltz signale encore que l'émir avait un «vif désir d'obtenir la
concession d'une nouvelle coutume annuelle, appartenant en propre à
l'aîné de ses enfants, et non divisible entre les princes comme le sont
les autres. Il espérait par ce moyen fixer la royauté dans sa famille,
en raison de la prépondérance que donneraient à l'héritier présomptif
les richesses dont il pourrait disposer.» On ne sait qui du courtisan
Schmaltz ou du cupide Ahmeddou eut, le premier, cette idée géniale.

Malgré ces bons rapports, malgré la nécessité qui s'imposait à
Ahmeddou, en guerre avec les Id Ou Aïch, de s'appuyer sur nous pour
éviter les défections de nombre de ses gens et pouvoir tenir tête à ses
ennemis, l'émir se laissa entraîner par les excitations religieuses et
xénophobes des «Foulhas». L'année précédente (1819), Schmaltz avait
créé le poste de «Baquel» et montré sa volonté de faire la traite dans
le haut fleuve, en s'en tenant rigoureusement aux termes des actes
passés avec les almamys du Fouta et sans autre condition. Les choses
s'envenimèrent très rapidement. Schmaltz, qui était venu en février
1820 à Podor, pour éclairer la situation et faire cesser les attaques
des convois, ne put rien obtenir et fut bientôt lui-même assailli.

Il croyait pouvoir compter sur Ahmeddou, avec qui il avait eu plusieurs
entrevues à Podor même, et qui l'avait assuré de son dévoûment. Il n'en
fut rien. Ahmeddou se laissa entraîner par l'exemple des Trarza et des
Poule-Toucouleurs qui, les premiers, sous la conduite de leur émir Amar
ould Mokhtar, non reconnu par nous, les autres sous le commandement
de l'almamy Siré, de Tierno Moli et de l'éliman Bou Bakar, tentaient
d'ameuter tout le pays contre nous, au lendemain de la réoccupation
de la colonie. On escomptait même la coopération du damel du Cayor.
Toutes ses bandes envahirent le Oualo, qui venait de conclure avec
nous un traité de commerce et d'amitié et dont le brak restait fidèle
à ses engagements. Une petite colonne marcha de Saint-Louis à leur
rencontre. Elle se renforça d'auxiliaires ouolofs, chassa les pillards
du Oualo, et envahit à son tour les abords du Fouta. Deux villages
furent détruits par l'artillerie de la flotille fluviale. Les Maures se
hâtèrent de repasser le fleuve. La paix fut conclue aussitôt avec les
Foutanké. Les pourparlers s'engagèrent avec les Trarza et les Brakna,
mais ce n'était plus Schmaltz qui les devait faire aboutir.

Le 25 juin 1821, un nouveau traité de commerce et d'amitié était signé
avec Ahmeddou. L'auteur en était le capitaine de vaisseau Le Coupé,
successeur de Schmaltz. Il y est dit en substance:

    _a_) Ahmeddou s'engage à favoriser par tous les moyens la traite de
    la gomme et tout autre commerce;

    _b_) Maintien des coutumes, versées tant par le commerce que par le
    Gouvernement, mais le payement en sera effectué à Saint-Louis à la
    fin de la traite. Pas de traite, pas de coutumes;

    _c_) En cas de difficultés entre la France et le Toro sénégalais,
    transfert de l'escale hors de la portée des Foutanké;

    _d_) En cas de discussion de l'émir avec un traitant, suspension
    de la traite pour ce seul commerçant. Règlement de la question par
    l'émir et l'assemblée des traitants;

    _e_) Neutralité des Brakna dans les guerres sénégalaises et
    reconnaissance de la propriété des habitants de Saint-Louis sur le
    Oualo;

    _f_) Projets d'établissement de culture, notamment de coton, dans
    le Chamama. Dispositions réciproques à ce sujet.

Ce traité scellait l'alliance de Saint-Louis et des Brakna. Il était
la récompense des services rendus par Ahmeddou, qui, sur les désirs du
gouverneur, avait attaqué le village de Dialmath, tué un homme, fait
prisonnier trois autres, et effectué un certain nombre de pillages.
L'éliman Bou Bakar était ainsi puni d'avoir arrêté un navire, qui
allait faire la traite à l'escale du Coq.

Les relations continuèrent, très inégales comme toujours, avec le chef
des Brakna. Le baron Roger en trace, le 28 août 1824, un portrait moins
flatteur que celui de Schmaltz: «Amedou, chef des Maures Braknas, est
du caractère le plus perfide, et pour l'avidité, il ne le cède à aucun
Maure. Il faut l'écouter, accueillir même ses propositions, en lui
promettant de riches récompenses, en cas de succès, mais on doit bien
se garder de rien lui délivrer d'avance, c'est un véritable escroc.»

Il constate en même temps que Sidi-Aïba, un des principaux chefs chez
les Brakna, esprit remuant, avide, menace d'abolir l'escale de Bakel,
qui fait depuis longtemps ombrage à celle des Brakna, soit qu'il
veuille favoriser celle-ci, soit qu'il ait le projet d'en établir une
pour son compte, soit qu'il cherche seulement à se faire acheter.
Il est accompagné et conseillé par un nommé Moksé, ancien ministre
disgracié de l'escale des Brakna, fripon, rusé, qui connaît bien les
Européens et qui peut faire beaucoup de mal.»

C'est peu après, en fin 1824, que René Caillié fit dans le campement
brakna le séjour qui devait le préparer à jouer son rôle de jeune
Égyptien dans la traversée de l'Afrique, de Boké à Tanger. Il arrivait
à Podor, le 29 août 1824, et en repartait immédiatement avec les
agents «de Hamet-Dou» qui revenaient de Saint-Louis, où ils avaient
touché les coutumes. Il s'installa misérablement dans le campement de
«Mohammed-Sidy-Mectar, grand marabout du roi et chef de la tribu des
Dhiédhiébe». Il venait en effet se mettre à l'école de ce saint homme,
dans le but, disait-il, de se convertir à l'Islam.

Après une visite, trop longue à son gré, à l'émir, dont le camp
«pouvait contenir à peu près 100 tentes et de 4 à 500 habitants»
il revint chez son marabout, s'arma d'une planchette à ânonner le
Coran, et à chanter les louanges du Prophète. Il vécut ainsi neuf
mois, bousculé par les uns, relativement bien traité par les autres,
s'entraînant inlassablement à la terrible aventure dans laquelle il
allait se jeter, et qui a fait de lui le premier de nos explorateurs
par l'énergie et la force du caractère.

Au début de mai 1825, s'étant rendu compte qu'il lui fallait des
subsides pour se constituer une façade respectable en tribu, il
descendit à Saint-Louis, et demanda un secours au gouverneur. Des
offres insuffisantes lui furent faites. La mort dans l'âme, Caillié dut
abandonner son double projet de retourner achever son éducation dans le
Brakna et de partir à travers le Sahara par Oualata et Tombouctou.

Ses compagnons brakna, comprenant alors qu'ils avaient été dupés par
son faux zèle pour la religion musulmane, l'abreuvèrent d'injures et
s'en retournèrent bredouilles.

René Caillié s'est plaint avec amertume--et non sans raison--de n'avoir
pas été soutenu par l'administration. Il faut reconnaître au moins que
celle-ci, à son insu, veilla sur lui pendant son équipée au Brakna, et
fit comprendre à Ahmeddou que ses sujets établis à Saint-Louis étaient
garants de la sécurité du voyageur.

Caillié a laissé au tome Ier de son «Journal» plusieurs chapitres
consacrés à l'ethnographie des Maures. S'ils souffrent, par le manque
de méthode habituel de l'auteur, de certains défauts littéraires, et
notamment d'une exposition convenable, ces renseignements n'en sont
pas moins d'une sincérité et d'une véracité parfaites. C'est peut-être
encore à l'heure actuelle ce qui a été écrit de plus juste et de plus
intéressant sur les mœurs et les coutumes maures.

Retenons simplement ici:

    Chacune de ces tribus (brakna, qu'il vient d'énumérer) a son
    chef particulier et indépendant. Hamet-Dou est reconnu roi par
    le Gouvernement français; c'est à lui que l'on paye les coutumes
    pour favoriser la traite de la gomme; il reçoit celles que payent
    les navires traitants; mais les marchandises qui en proviennent
    sont partagées entre tous les chefs et les princes, et ceux-ci les
    distribuent ensuite à leurs sujets. Les marabouts ne reçoivent rien
    des princes.

    Ces tribus se font souvent la guerre entre elles et peuvent
    l'entreprendre sans le consentement du roi. La couronne n'est
    héréditaire qu'autant que le roi laisse en mourant un fils majeur:
    s'il meurt sans enfants, et même s'il ne laisse que des fils
    mineurs, la couronne revient à son frère qui la conserve jusqu'à sa
    mort; alors, s'il y a eu des fils mineurs du roi précédent, l'aîné
    rentre dans ses droits et reprend la couronne de son père.

En 1834, l'état de guerre déclarée entre la France et les Ouolofs
de Fara Pinda dans le Oualo et les Trarza provoqua la fermeture des
escales du bas fleuve et un afflux considérable de caravanes maures
et de navires saint-louisiens à l'escale du Coq. Aussi une convention
particulière intervient-elle, le 5 mai 1834, entre Ahmeddou et le
capitaine Caillié, représentant du gouverneur, pour fixer la traite
de la gomme par des mesures spéciales à cette année-là. Les coutumes
furent prélevées sur la quantité de gomme traitée et non sur le
jaugeage des bâtiments (cf. annexe).

Cette année-là, la traite se fit sous forme d'association en
participation, et par parts égales conformément à une convention qui
fut adoptée par les habitants de Saint-Louis et approuvée par le
gouverneur (cf. annexe).

A ce sujet, il est intéressant de citer une lettre, écrite l'année
précédente (24 juin 1834) par le gouverneur de Saint-Germain «au
Commandant de l'escale des Braknas». Elle témoigne de l'insatiable
avidité des émirs maures et de l'incurable rivalité des traitants.

    Tâchez de faire comprendre à Ahmeddou qu'il ne m'est pas permis
    de faire ce que la loi défend (de lui faire des avances), et que
    ce qu'il demande est réellement contraire à ses intérêts. Invitez
    en même temps les traitants à lui refuser des avances payables en
    gomme.

    C'est là la véritable origine des mauvaises affaires qu'ils ont
    faites depuis nombre d'années. S'ils n'avaient pas l'imprévoyance
    de se lier par ses avances, ils seraient libres de changer
    d'escale, lorsqu'ils éprouvent des vexations et ils obligeraient
    par là les Maures à établir entre chaque escale, une rivalité
    de bons procédés au lieu de la rivalité d'extorsions qui existe
    aujourd'hui. Cette position, considérée dans ses résultats, est de
    beaucoup préférable à quelques minces profits qui se font sur les
    avances.

    Je ne saurais trop le répéter: les habitants de Saint-Louis seront,
    du jour qu'ils le voudront, les maîtres de la traite de la gomme,
    dont ils ne sont que des esclaves. Ils ont malheureusement fait
    choix du premier rôle: qu'ils l'abandonnent dès aujourd'hui.
    Le Gouvernement fait pour eux tout ce qui est en son pouvoir:
    conseils, assistance, protection; qu'ils fassent aussi quelque
    chose pour eux-mêmes.

Le correspondant du gouverneur, était le capitaine Caillié, qui,
commandant de l'escale du Coq et chargé des relations avec les Brakna,
y fit preuve des plus sérieuses qualités de curiosité documentaire,
d'adresse et de tact. Il inaugurait les éminents services que jusqu'en
septembre 1847, date de sa mort en rade de Gorée, il devait rendre à la
colonie, en qualité d'inspecteur mobile de la Traite et de directeur
des Affaires extérieures. Il n'eut pas déparé ces bureaux arabes qui
menaient alors, avec tant d'éclat, la politique indigène de l'Algérie;
on retrouve son action habile dans toutes les négociations avec les
chefs et les tribus maures, et il en manœuvre tous les fils à la fois.
Le souvenir de cet officier de talent est conservé par le nom d'une rue
de Dakar.

Un dernier traité devait être conclu avec Ahmeddou, le 9 mai 1839, par
les soins du capitaine de vaisseau, gouverneur Charmasson. Il avait
pour but de mettre fin aux violences exercées par les Brakna sur les
traitants saisis en fraude de gomme, hors des limites de l'escale du
Coq. Il comportait en substance:

    _a_) Tout traitant, surpris en fraude, sera tenu de payer la même
    coutume que le navire de même tonnage commerçant légalement à
    l'escale;

    _b_) Le navire fraudeur sera conduit au Coq ou à Dagana par les
    soins d'Ahmeddou;

    _c_) L'embargo ne pourra être mis et la coutume perçue que par le
    ministre de l'émir;

    _d_) Le bâtiment fraudeur, arrêté par les Français, sera envoyé
    d'office au Coq.

Les pillages commis par les Brakna seront remboursés par les soins de
l'émir au double de leur valeur.

A cette date également se place l'intervention du Gouvernement pour
obtenir des deux émirs trarza et brakna la cessation de leurs courses
dans le Diolof. Le bour voulut bien s'engager au payement d'un tribut
envers l'émir Mohammed Al-Habib, et le taux en fut fixé, en mai 1840,
à 200 bœufs, tous les deux ans, mais il ne voulut rien promettre à
Ahmeddou qu'il ne craignait pas. L'état d'hostilité se maintint ainsi
pendant plusieurs années. Mais cette solution partielle suffisait au
gouverneur, qui ne cherchait que la possibilité d'établir en paix un
poste à Mérinaghen.

Le long règne d'Ahmeddou (1818-1841), s'écoula non sans difficultés
avec les campements de la branche aînée. Elles commencèrent avec Ahmed,
fils aîné d'Ahmeïada, qui revendiquait le pouvoir pour les Oulad
Normach, et s'accentuèrent beaucoup plus avec son frère Mokhtar Cheikh
qui, à sa mort, pris sa succession politique.

Les hostilités durèrent plusieurs années et provoquèrent le jeu des
alliances ordinaires Brakna--Id Ou Aïch. Les Normach trouvèrent des
subsides et des partisans chez leurs alliés Abakak. Les Oulad Siyed
firent appel au concours des Chratit, dont Ahmeddou avait épousé
une fille. La victoire resta aux Oulad Siyed, et Mokhtar Cheikh
dut s'enfuir dans le Tassaguert, où il meurt vers 1835. Cette mort
n'arrêta d'ailleurs pas les hostilités. Ses frères continuèrent par
intermittence la lutte contre Ahmeddou, et celui-ci s'en plaignait
encore au gouverneur, en 1840, et lui demandait des secours.

Le combat le plus chaud de ces luttes intestines paraît avoir été celui
de Youga, que Bouvrel décrit en ces termes: «Les cousins d'Ahmeddou,
Mohammed-Sidi, Mbaoua, Ahmet-Sidi et Mokhtar, jaloux de ce que le roi
touchait les coutumes sans les partager avec eux, lui déclarèrent la
guerre et appelèrent à leur secours Mohammed Ould-Zoueïd Ahmed, cheikh
des Douaïch et père de Bakar. Les deux armées se rencontrèrent à Youaga
(non loin du marigot de Guet-nguérè), vaste plaine de dix lieues de
tour, sans arbres et parfaitement unie. La bataille dura trois jours,
et la victoire resta au parti d'Ahmeddou, malgré son infériorité
numérique. Il perdit 54 hommes, et les révoltés 98. Ces derniers
vaincus se réfugièrent dans le Tagant. On voit près de Youga le tombeau
d'un grand marabout, Moctar Ali, près duquel les marabouts brakna
viennent en pèlerinage chaque année.» On y voit aussi les tombes des
guerriers morts ce jour-là.

Ahmeddou mourut en 1841, involontairement empoisonné par sa femme,
Leïla ment Rassoul, du campement princier des Chratit (Id Ou Aïch).
Celle-ci ne lui ayant pas donné d'enfants, il avait épousé la fille
d'un de ses haratines, qui lui donna un fils. Ce fut Sidi Eli, qui
ne devait disparaître qu'en 1893, après avoir été mêlé, pendant un
demi-siècle, à l'histoire des Brakna et à notre politique. Or Leïla,
jalouse, comme il convient, de l'enfant de son mari et de la famille
de sa co-épouse, qui affichait une attitude blessante à son endroit,
résolut de faire disparaître ses adversaires. Elle versa du poison dans
la calebasse familiale, alors que son mari était absent. Mais par une
circonstance fâcheuse, il rentra impromptu et but le lait empoisonné
avec un de ses frères consanguins, son fils: Mohammed, et Al-Khedich,
son frère utérin, notable influent des Oulad Siyed. Tous décédèrent.
L'enfant, âgé de huit ans, et sa mère avaient échappé au danger.

Le long règne d'Ahmeddou avait popularisé ce prince dans le commerce
français installé à Saint-Louis. Entre 1840 et 1850, on voit un
trois-mâts, du port de Nantes, décoré du nom de «Roi Hameddou»
effectuer des transports constants entre la France et le Sénégal.


4.--_Mokhtar Sidi_ (1841-1843).

La mort d'Ahmeddou fut le signal de déchirements intérieurs chez
les Brakna. Une partie de la tribu, et notamment les Oulad Normach,
les Oulad Mançour et des campements Oulad Siyed, élurent un cousin
d'Ahmeddou, Mokhtar Sidi ould Sidi Mohammed, avec qui nous étions en
relations depuis plusieurs années, et qui protégeait l'escale de Gaë,
transportée ensuite à Cham. La plus grande partie des Oulad Siyed et
le reste des Brakna, guidés par Ndiak Mokhtar, vizir d'Ahmeddou Ier,
«un vilain homme» comme l'appelle le gouverneur Pajol et par Bou Bakar,
fils de Khodiéh, l'empoisonné, portèrent à l'émirat Mohammed Rajel ould
Mokhtar ould Sidi Mohammed, par conséquent, cousin aussi d'Ahmeddou et
neveu du précédent.

La lutte s'engagea aussitôt, et chaque parti chercha des alliances. Les
frères d'Ahmeddou et notamment Al-Hiba et Bakar, partisans de Mokhtar
Sidi, allèrent lui chercher du secours chez Mamadou Biram, almamy du
Fouta. Les Oulad Siyed n'attendirent pas l'arrivée des contingents
noirs. Ils se jetèrent sur Mokhtar Sidi et dispersèrent ses bandes,
puis, se retournant contre Bakar et Al-Hiba, qui arrivaient avec un
groupe de Toucouleurs, ils les battirent, refoulèrent les Toucouleurs
sur la rive gauche, tuèrent Bakar et mirent en fuite Al-Hiba.

Ces luttes intestines arrêtaient depuis deux ans la traite. Le
gouverneur p. i. Pageot des Neutières résolut d'y mettre fin, en
faisant disparaître du territoire brakna l'émir qui ne ralliait pas la
majorité des suffrages Oulad Siyed, tribu en qui nos relations d'un
siècle nous avaient habitués en quelque sorte à voir le corps électoral
du groupement. Une circonstance heureuse permet d'appréhender, sans
encombre, Mokhtar Sidi.

On venait d'apprendre le 27 janvier 1843 que le prince avait pillé
un cotre de Saint-Louis qui avait atterri non loin de son campement.
Caillié partit le soir même. Il se saisit de Mokhtar Sidi et l'emmena
à Saint-Louis. Quelques temps après, le gouverneur Bouet-Willaumez
fit instruire son affaire. Les griefs ne manquaient pas. Mokhtar Sidi
reconnut que c'était lui qui avait donné l'ordre de couper les routes
et d'intercepter les caravanes de gomme, parce que son rival était
maître de l'escale. Par ailleurs, le prince avait soulevé la haine
d'un certain nombre de traitants en dénonçant à Saint-Louis ceux qui
faisaient la traite clandestine de la gomme, et même en en poursuivant
quelques-uns devant les tribunaux. Il fut dès lors envoyé au Gabon, que
nous venions d'occuper l'année précédente, et interné au fort d'Aumale.
Il inaugurait ainsi la série des internements politiques dans cette
colonie, qui devait se perpétuer jusqu'à nos jours.

Cette mesure eut diverses conséquences. Sur les habitants de
Saint-Louis, elle produisit une impression profonde. Ils craignaient
une réaction des peuples riverains. Ils croyaient voir leur commerce
anéanti; l'inquiétude était à son comble. «Il n'en fut rien.»

Sur le fleuve, les conséquences furent assez inattendues. Les
partisans de Mokhtar furent dans la stupéfaction.

    Réunis aux chefs du Toro, dit une lettre du gouverneur p. i.
    Laborel, à la date du 28 juin 1844, ils restèrent plusieurs jours
    dans l'inaction la plus complète; un choc aussi violent les avait
    étourdis. Ils allaient enfin se décider à se réunir en conseil,
    lorsque l'arrivée de l'almamy parmi eux les détermina à attendre sa
    décision. Celui-ci, malgré tous ses efforts dans le Fouta (dont il
    était le chef), n'avait pu parvenir à entraîner ces peuples dans la
    querelle, et ne voulant point abandonner ses projets de vengeance,
    il s'était jeté dans le Toro, qu'il espérait encore soulever; là
    il mit tout en œuvre pour exciter la haine contre les Blancs et
    stimuler les partisans de Moctar. Mais au lieu de l'enthousiasme
    et du dévouement qu'il avait espéré il ne trouva qu'irrésolution
    et découragement. D'un autre côté l'air rassuré des Oulad Sihit[4]
    et les démonstrations imposantes du Sénégal leur inspiraient de
    sérieuses craintes.

      [4] C'est-à-dire des partisans de Mohammed Râjel, dont les Oulad
      Siyed constituaient la principale force.

    Il se détermina donc à essayer de la voie des négociations et
    m'écrivit une lettre dans laquelle, après avoir rejeté sur
    les Oulad Sihit toutes les causes de la guerre, il donnait à
    entendre qu'il ne serait plus éloigné d'entrer en arrangement. Un
    rendez-vous fut dès lors ménagé entre lui, M. le commandant Caille
    et les chefs maures. Mais, cette fois comme toujours, il n'eut
    aucun résultat par la duplicité de ce souverain.

    Quelques jours après, grâce à ses persévérants efforts, étant
    parvenu à retirer de leur engourdissement les chefs du Toro, il
    les entraîna avec lui sur le territoire de la Mauritanie. Là, il
    eut à soutenir un combat des plus vifs contre les Oulad Sihit qui
    le battirent complètement, lui tuèrent 113 hommes et lui firent 19
    prisonniers.

    Cet engagement a entraîné des événements importants et des plus
    heureux pour notre politique et notre commerce dans le fleuve:
    l'almamy dépossédé, et remplacé par un autre chef qui ne nous est
    pas hostile; l'orgueil de la rive gauche abattu pour longtemps;
    tous les peuples riverains épouvantés et demandant grâce.

    Un autre résultat non moins important que les précédents, obtenu
    par l'exemple terrible qui vient d'être donné à ces barbares, c'est
    que les Trarzas, dont vous connaissez l'esprit remuant, avaient
    manifesté quelques intentions peu amicales, et qu'à cette nouvelle
    ils se sont empressés de rentrer dans l'ordre.

Quant à Mokhtar Sidi, il allait encore faire parler de lui pendant
plusieurs années. Le 13 septembre 1844, il s'évadait du fort d'Aumale
avec ses deux ministres, ses compagnons de captivité et, qui mieux est,
avec les trois soldats noirs, ses gardes. Il fut obligé de réintégrer
le poste peu après, n'ayant évidemment rencontré qu'hostilité chez les
sauvages et fétichistes populations noires gabonaises. Mais au poste
même, mué en fervent musulman, il avait «en sa qualité de marabout, dit
un rapport de l'époque, pris un grand ascendant sur le personnel noir
du comptoir».

La surveillance sévère qu'on exerça sur lui déjoua dès lors toute
manœuvre, mais en mars 1845, on apprenait avec émotion à Saint-Louis
qu'un de ses parents était allé à Bathurst pour «réclamer la protection
anglaise et solliciter un passage pour aller au Gabon voir ce roi
déchu. J'ignore ce qui lui a été répondu, dit le gouverneur Thomas,
mais je ne doute pas que si nos voisins peuvent nous jouer un
mauvais tour, ils le feront de tout cœur. Si les deux Gouvernements
s'entendent, il n'en est pas ainsi des particuliers surtout ici où
la concurrence commerciale amène des rivalités continuelles.» Et
Thomas fait part de ses craintes de voir les Anglais continuer leurs
manœuvres, soit du côté de Portendick, soit par le Ouli, afin de
brouiller les Maures entre eux, et, à la faveur de ces dissensions,
d'attirer la gomme à eux, jusqu'à l'interné du fort d'Aumale. Caillié
venant de mourir quelques mois auparavant à Gorée, Mokhtar espéra sa
liberté et fit connaître son sort par des moyens inconnus à Paris.
Sans tarder, le 5 mai 1848, Schœlcher, sous-secrétaire d'état aux
Colonies, écrivait au Commissaire du Gouvernement à Saint-Louis,
la lettre ci-après, où l'on trouve avec l'idéologie et la grande
éloquence des hommes du temps un peu de ce robuste bon sens français,
qui heureusement ne perd jamais ses droits et permet de s'arrêter à la
limite des sottises.

    Citoyen Commissaire,

    Depuis le mois de juin 1844, le chef maure Mokhtar Sidy est détenu
    au Gabon comme prisonnier politique. Je sais que son arrestation,
    opérée avec des circonstances que je regarde comme une violation du
    droit des gens, a inspiré aux populations du Fouta des haines et
    des défiances, auxquelles il faut certainement attribuer une partie
    des agressions qu'elles ont depuis lors si souvent exercées sur les
    traitants et les navires du Sénégal.

    La République ne gouverne que par des principes d'honneur et de
    loyauté. Il lui importe de montrer qu'elle n'approuve pas des actes
    de cette nature et qu'elle en répudie la solidarité. Ce sera faire
    en même temps de la bonne politique, car nous témoignerons ainsi
    aux indigènes que ce gouvernement entend pratiquer envers eux les
    principes de justice et de loyauté qu'il leur demande à eux-mêmes
    de représenter dans leurs relations avec lui.

    Je suis instruit d'ailleurs que Mokhtar Sidy tient au Gabon une
    conduite louable et se montre supérieur par son caractère au
    malheur qui l'a frappé.

    Je décide que ce chef maure sera reconduit au Sénégal et qu'il y
    sera laissé en toute liberté, sauf à user envers lui de moyens
    avouables pour le combattre et le vaincre, s'il essaye de fomenter
    contre notre commerce et nos intérêts de nouvelles coalitions.

    Je ne fixe pas d'ailleurs de termes précis pour l'exécution
    de cette mesure de réparation, vous laissant à en apprécier
    l'opportunité. Mais si un ajournement, qui dépasserait la fin de
    l'année, vous paraissait indispensable, vous auriez à me rendre
    compte immédiatement de vos motifs et à prendre de nouveau mes
    ordres.

Bien avant la fin de l'année, les hommes de la Révolution avaient
disparu, et l'on n'entendit plus parler de Mokhtar Sidi. Comme la
tradition ne relate pas son retour dans le Brakna, il est probable
qu'il a dû mourir de sa belle mort au Gabon.

Quant à Mohammed Râjel, il avait été, dès 1843, reconnu officiellement
comme émir, mais sans préjudice des droits du jeune Sidi Eli ould
Ahmeddou Ier, qui, à sa majorité, devait entrer en possession du
commandement de son père.


5.--_Mohammed Râjel_ (1842-1851).

Mohammed Râjel ould Mokhtar était le neveu et rival de Mokhtar Sidi.
Son règne se passa à batailler contre ses concurrents Normach, et
surtout contre le grand émir des Trarza, Mohammed Al-Habib.

Un des frères du Terrouzi, Ahmed Leïgat, dont l'influence était
considérable, et qui d'ailleurs était l'aîné de Mohammed Al-Habib, mais
n'avait pas revendiqué ses droits, lors de la mort de leur père, avait
conçu le projet de détrôner son frère. Il y était d'ailleurs poussé par
les Français, qui pensaient faire ainsi échec à l'émir des Trarza. Il
put rallier à sa cause Mohammed Râjel, qui était aussi notre allié et
à la tête des bandes Siyed que lui donna le chef berkenni, il attaqua
Mohammed Al-Habib. Celui-ci, soutenu par des contingents ida ou ali, le
battit non sans peine, et pour en finir trouva plus expédient de faire
assassiner, vers 1850, par les Euleb, Ahmed Leïgat, qui s'était réfugié
dans l'Adrar. Il entreprit par la suite des campagnes contre les Brakna
et contre l'Adrar, pour les punir de l'appui prêté au rebelle.

Dans le Brakna, il avait tenté, une première fois, d'introniser son
protégé Mohammed Sidi, qu'il avait rasé de ses propres mains (1845).

Voici d'après Caillié, le récit de cette aventure et de ses projets:

    Mohammed El-Habib, roi des Trarzas, fit un voyage chez les
    Bracknas, sous prétexte d'engager les Oulad-Bellis, ses
    tributaires, à rentrer dans leurs pays, qu'ils avaient quitté
    l'année dernière, à la suite de trois assassinats qu'ils avaient
    commis. Dans ce voyage, il s'arrêta quelques jours chez les Oulad
    Hamed où se trouvait le neveu du traître, Mactar Sidy, jeune homme
    âgé d'environ quinze ans. Sur la simple demande du chef des Oulad
    Hamed (auquel sans doute il ne manqua pas d'en insinuer adroitement
    l'idée) et de quelques mécontents, partisans de l'ex-roi, il promit
    de le soutenir comme roi des Bracknas. Il chargea ensuite deux
    cavaliers de son escorte de conduire son élu chez les Oulad Sihit
    et les Arralines, nos alliés, de les informer de son intention et
    de leur intimer l'ordre de le reconnaître pour leur roi.

    Les chefs des Oulad Sihit protestèrent aussitôt contre la conduite
    de Mohamed El-Habib et se rendirent auprès de lui, pour lui
    signifier qu'il eût à se mêler des affaires de son pays et à ne
    point s'occuper de ce qui se passait chez eux.

    Les partisans du neveu de Moctar-Sidy, ayant appris que les Oulad
    Sihit et les Arralines étaient chez le roi des Trarzas, s'y
    rendirent aussi pour défendre leurs droits, et aujourd'hui le bruit
    court que les deux partis n'ayant pu s'entendre, ils se préparent à
    la guerre.

    Que doit-on augurer de cette conduite du Roi des Trarzas et quel
    est son but en agissant ainsi? Soutiendra-t-il son ouvrage et
    aurait-il la prétention de s'ériger en potentat sur les autres
    puissances du fleuve et de leur imposer des rois à son gré?

    Les combinaisons vont plus loin: ses sollicitations réitérées
    auprès du Gouvernement français pour obtenir une escale à Gaé, les
    promesses et propositions fallacieuses, qu'il a faites l'année
    dernière aux Oulad Sihit mêmes, afin de les brouiller avec Mohammed
    Rajel, tout démontre jusqu'à l'évidence qu'il cherche à faire
    naître de nouveaux troubles à l'escale du Coq dont il médite
    depuis longtemps la ruine et qu'il veut à toute force nous faire
    abandonner pour en ouvrir une chez lui.

L'émir trarza dut rentrer chez lui, cette fois sans avoir pu arriver à
ses fins.

Au début de mai 1846, le gouverneur p. i. Houbé visitait les escales du
fleuve. Il était accompagné de l'inspecteur du Génie, des directeurs
du Génie, des Ponts et Chaussées et de l'Artillerie, du Préfet
apostolique, de M. Alsace, membre du Conseil d'administration. Il ne
put voir Mohammed Al-Habib, malgré son vif désir. Il tenait en effet à
«essayer d'effacer de son souvenir par une bonne réception la fâcheuse
impression laissée dans l'esprit des Maures par l'arrestation du roi
des Braknas». En revanche, il put joindre facilement Mohammed Râjel.
«N'diack Mokhtar, ministre du roi des Braknas, raconte-t-il, était à
Podor, avec quelques autres personnages. Nous les prîmes à bord et nous
nous dirigeâmes vers Mao. Le camp des Maures bracknas était établi sur
la rive droite. Le roi vint à bord avec sa suite: plusieurs femmes de
princes et de marabouts les suivirent. J'eus avec le roi et le ministre
une conférence dont je fus pleinement satisfait. Je leur fis au nom du
roi des Français les cadeaux d'usage. Je leur parlai d'aller visiter
le camp et je rejetai la proposition qu'ils me firent de rester à bord
comme otages. Nous débarquâmes donc tous, précédés de la fanfare et de
ma petite escorte. Après un quart d'heure de marche, nous parvînmes
dans le camp; nous nous assîmes sur les nattes au milieu d'une
nombreuse et bruyante assistance. Puis, à la nuit, nous retournâmes à
bord. Le roi Mohammed Râjel nous envoya un bœuf, un mouton et du lait.
Nous redescendîmes le fleuve, emmenant avec nous N'diack Mokhtar et sa
suite, que nous déposâmes à Podor.»

L'année 1848 vit un déclassement d'alliances et une intervention
française très prononcée dans les affaires maures.

Le jeune Sidi Eli, fils d'Ahmeddou Ier, avait alors une douzaine
d'années. Trop jeune pour remplacer son père, à sa mort (1841), il
avait été écarté du trône jusqu'à ce qu'il fût en âge de régner, mais
tous les tributaires du pays lui appartenaient et la plus grande partie
des campements lui était attachée, en souvenir de son père. On a vu
que Mokhtar Sidi avait été éliminé en 1843. Quant à Mohammed Râjel, il
n'était qu'un fantoche. Sa conduite, qui ne lui avait guère jusque-là
valu qu'une très mince considération, lui attira les haines des Oulad
Siyed, à la suite de son alliance avec l'émir des Trarza, et de la
guerre qu'il mena contre eux.

Craignant que le jeune Sidi Eli ne cherchât, un jour ou l'autre, à lui
enlever le principal, il cherchait à s'en débarrasser, mais Sidi Eli
était élevé, loin de l'émir Brakna, par Ould Leïgat, frère de Mohammed
Al-Habib et parent maternel de l'enfant. A la suite des différends qui
éclatèrent entre les deux princes trarza, Ould Leïgat se réfugia chez
les Brakna, dans la tribu des Oulad Siyed, où il avait de nombreux
parents par sa femme. Il amenait avec lui le fils d'Ahmeddou. Mohammed
Al-Habib saisit ce prétexte pour donner suite à ses projets d'invasion
et demanda à la tribu de chasser son frère. De son côté Mohammed Râjel,
effrayé de voir Sidi Eli au sein même des Brakna, s'unit à l'émir des
Trarza pour attaquer les Oulad Siyed, ses propres parents et sujets.

Au début de mai 1849, la mehalla trarza entrait sur le territoire
des Oulad Siyed et les acculait au fleuve, au confluent du marigot
de Doué. Les Brakna se préparaient à une résistance énergique, quand
leurs zenaga Arallen les abandonnèrent dans la nuit du 10 au 11 mai,
et passèrent dans le camp ennemi, où se trouvaient avec Mohammed Râjel
tous leurs troupeaux. La situation des Oulad Siyed était désespérée.
Ils furent sauvés par «le citoyen commissaire Du Chateau», qui, à
la nouvelle de l'invasion trarza, était accouru avec trois bateaux
au secours des Brakna. «Je n'avais d'autre but dit-il lui-même, que
de conserver la concurrence, si utile à notre commerce, entre la
nation des Brakna et celle des Trarza. Avant tout, il importait au
Sénégal que l'une de ces deux nations ne fût pas absorbée par l'autre.
L'existence de toutes les deux est plus qu'utile à nos intérêts; elle
est indispensable.»

Le commissaire en était si convaincu qu'il était résolu à intervenir
par les armes, s'il le fallait, et qu'il n'hésita pas, dans la nuit du
10 au 11 mai, à faire débarquer des troupes pour tenter une diversion
favorable aux Oulad Siyed. Cette manifestation en imposa à Mohammed
Al-Habib qui n'osa pas attaquer les Brakna.

Ceux-ci, conduits par Bou Bakar ould Khoddich, protecteur du jeune
Sidi Eli, et par Ould Leïgat, demandèrent alors à Du Chateau de
faciliter leur passage sur la rive gauche. C'est ce qu'il fit bien
volontiers, sauvant ainsi la vie à toute la tribu Oulad Siyed. Le même
jour, hommes, femmes, enfants, tentes, troupeaux, étaient sur la rive
sénégalaise, à l'abri, sinon de tout danger, du moins d'un massacre
immédiat.

Les deux troupes remontèrent alors le fleuve, chacune sur sa rive, les
Brakna s'éloignant autant que possible du territoire trarza, les Trarza
guettant les premiers dans l'espoir de les mettre en pièces, le jour
où, tôt ou tard, ils devraient repasser le fleuve pour rentrer sur la
rive maure. Quant à Du Chateau, considérant que son rôle n'était pas
fini, tant que Mohammed Al-Habib ne serait pas rentré chez lui, il
remontait avec sa flotille le fleuve Sénégal, sous prétexte d'aller
palabrer à Podor avec les chefs du Fouta, et empêchait ainsi par sa
seule présence tout engagement d'une rive à l'autre du fleuve.

Les Oulad Siyed ne firent que passer à Podor, mais avant de continuer
leur route sur Guidé et Mokhtar Salam, où, disaient-ils, ils étaient
assurés de trouver protection, ils demandèrent à Du Chateau de prendre
sur ses bateaux tous les enfants. Les gens de Podor, qui ne doutaient
pas du sort que leur réservaient Trarza, Toucouleurs et Peul, pour
avoir donné asile aux Brakna, firent aussi embarquer leurs enfants, et
en outre leurs femmes, au total 300 personnes. Quant aux Brakna, ils
avaient juré entre les mains de Bou Bakar Khoddich qu'aucune de leurs
femmes ne serait embarquée, afin de mourir en les défendant, s'il le
fallait.

Tout le monde se remit en marche; à peine Podor était-il évacué que
les flammes s'élevaient de partout. Toucouleurs et Peul venaient d'y
mettre le feu, puis attaquaient les Oulad Siyed qui leur infligèrent
des pertes et continuèrent leur route. Ils retrouvaient le soir même,
13 mai, à Mokhtar Salam, leurs familles, déposées là par Du Chateau.

Cependant celui-ci, ayant immédiatement viré de bord, revint à l'escale
du Coq, avec son vapeur, y prit Eliman Bou Bakar, chef du Dimar, dont
l'intervention allait lui être utile auprès des chefs du Toro, et alla
jeter l'ancre à Yatal, où, en face de la mehalla trarza, se constituait
une forte bande toucouleure et peul. Les Trarza se préparaient à
passer le fleuve, et tous devaient marcher contre les Oulad Siyed pour
les exterminer.

Mohammed Al-Habib ayant demandé alors une entrevue à Du Chateau,
celui-ci la refusa, disant que dans le pays Brakna, il n'avait rien à
régler avec le roi des Trarza, et qu'il le verrait, s'il le voulait,
lors du passage à son escale. «Ce refus, puis l'arrivée du «Basilic»,
le second aviso de la flotille, jetèrent le trouble dans l'esprit des
Trarza, qui, se considérant hors de chez eux, se sentaient déjà moins
de courage. En 24 heures, toute la mehalla se débandait et rentrait sur
le territoire trarza, suivie de près par son émir. Les gens du Fouta,
gagnés par le palabre, se dispersaient à leur tour.

Quant à Mohammed Râjel, il montait humblement à bord et reconnaissait
ses torts.

Les Oulad Siyed étaient sauvés; ils ne pardonnèrent pas à Mohammed
Râjel sa conduite indigne, et les conflits recommencèrent, mais
localisés cette fois au Brakna. Pour le soustraire à tout danger,
et l'élever dans des sentiments de loyalisme et d'amitié envers les
Français, Du Chateau se fit remettre le jeune Sidi Eli et pourvut à
son éducation, à Saint-Louis, dans l'espérance que le jeune homme
«n'oublierait pas tout à fait les soins dont il était l'objet, les
services qui lui étaient rendus et la protection que le Sénégal lui
avait accordée, alors qu'il était fugitif et malheureux». On le
retrouvera plus tard, sous le nom de Sidi Eli II.

Mohammed Al-Habib ne pardonna pas à Mohammed Râjel sa défection. En
1851, avec l'aide de contingents ouolofs et toucouleurs, il renversa
cet émir, et le remplaça par Mohammed Sidi neveu de l'émir déchu.

Nos relations avec Mohammed Râjel furent généralement courtoises. Ce
chef, s'étant plaint à plusieurs reprises que de nombreux commerçants
fissent la traite de la gomme, hors des escales ordinaires du fleuve,
à leur retour de Galam, contrairement aux arrêtés en vigueur, le
gouverneur réunit une Commission syndicale, le 15 février 1846. De
l'interrogatoire des traitants signalés, il résulta, ce qui n'était
pas flatteur pour eux, que «si tous ou la majeure partie d'entre eux,
ne se sont pas livrés à cette traite illicite, c'est qu'ils n'ont
point trouvé de marchands de gomme, ou bien parce qu'ils manquaient de
marchandises, ou bien encore parce qu'ils n'ont pas pu s'arranger avec
les Maures.»

Le commerce est, à cette date, très florissant. Le commandant Caillié
signalait, le 8 mars, qu'il avait été traité depuis le début du mois:

    35.855 kilos de gomme au Coq.
    18.220  ----    ----  aux Trarza.
     1.029  ----    ----  aux Darmankour.

Le montant des bâtiments était de 184, dont 51 au Coq, 56 aux Trarza,
et 17 à l'escale des Darmankour.

Ces bonnes dispositions de Mohammed Râjel ne l'empêchaient pas de faire
quelquefois l'important. A trois mois de l'humiliation rapportée plus
haut, il avait, en bon Bédouin, l'outrecuidance d'écrire au gouverneur
qui avait usé de l'intermédiaire de commerçants: «J'ai succédé à
Ahmeddou, comme Ahmeddou a succédé aux anciens rois. Le bien appartient
à celui qui exerce l'autorité, et c'est aux Oulad Agrich, dont je suis
le chef et représentant depuis sept ans; vous ne devez vous occuper que
du roi et c'est à lui que vous devez payer. Le reste ne vous regarde
pas.» (4 août 1848.)

Son autorité ne s'étendit guère d'ailleurs qu'au gros des Oulad Siyed
et aux Oulad Ahmed.


6.--_Mohammed Sidi_ (1851-1858).

Mohammed Sidi était un autre neveu de ce Mokhtar Sidi qu'en 1842
l'autorité française avait déporté au Gabon pour ramener le calme dans
le Brakna. Avec son cousin Mohammed Al-Habib, fils de Mokhtar Sidi, il
s'était réfugié auprès de l'émir des Trarza qui s'était chargé de leur
éducation et les poussa par la suite contre Mohammed Râjel, son ennemi.
Comme Mohammed Al-Habib n'était qu'un enfant, ce fut Mohammed Sidi qui
rallia définitivement les suffrages de l'émir des Trarza et des Brakna
dissidents.

Mohammed Sidi, prétendant pendant tout le commandement de Mohammed
Râjel, erra sans cesse des Id Ou Aïch aux Trarza en quête de secours.
En avril 1847, son mariage avec une fille d'Ahmeddou Ier enfla son
parti de campements fidèles à l'ancien émir. C'est le signal de sa
fortune. A plusieurs reprises, il vint attaquer son rival. En août
1848, notamment, à la tête de contingents trarza il atteignit le camp
de Mohammed Râjel et le pillait. Les deux chefs furent blessés: le
premier, d'une balle qui lui emporta deux doigts de la main, l'émir
d'une balle dans le pied. L'émir fut complètement défait.

A partir de cette date, l'autorité de Mohammed Sidi s'accroît. Mohammed
Râjel, sur les instances du Sénégal, est contraint de lui céder le
tiers des coutumes. Dès l'année suivante l'autorité française le traite
comme un véritable «Roi», suivant ses propres prétentions. Il est salué
quand il vient à l'escale de salves de coups de canon et y perçoit les
coutumes.

En 1850, une intervention en faveur de Mohammed Râjel fut tentée par le
gouverneur. Pour faire échec aux bandes alliées de Mohammed Al-Habib et
de Mohammed Sidi, il établit un camp d'instruction à Podor, y fit venir
quelques troupes et s'y transporta de sa personne. Il put se rendre
compte ainsi de la faiblesse de l'émir, que soutenait Ahmed Leïgat, le
frère révolté de Mohammed Al-Habib, et dut abandonner sa cause.

Mohammed Sidi ne devait toutefois être complètement débarrassé de
son rival qu'en 1851, date où son allié Mohammed Al-Habib, émir des
Trarza, battit et mit en fuite Mohammed Râjel.

Le commandement de Mohammed Sidi devait, comme il convient, être agité
par les agressions d'un nouveau prétendant: Sidi Eli, fils d'Ahmeddou
Ier, qui, parvenu à la majorité, entendait recueillir la succession de
son père. A la tête de ses partisans siyed et normach, il se heurta à
plusieurs reprises aux bandes siyed et Oulad Ahmed, de l'émir.

Allié de Mohammed Al-Habib, son principal soutien, Mohammed Sidi ne
nous fut jamais très sympathique. Il persécuta notamment les pourognes
du fleuve, à qui il reprochait leur attachement aux Noirs et à la
France. Aussi fonda-t-on, à plusieurs reprises, des espoirs sur son
rival, Sidi Eli, et lui vint-on en aide dans ses luttes contre l'émir.

Dès avril 1853, on profita d'une brouille de l'émir avec Mohammed
Al-Habib pour faire proclamer Sidi Eli, qui jusque-là avait été
soutenu d'abord par Ahmed Leïgat, son oncle par alliance, puis, après
l'assassinat de celui-ci par les bandes qui marchaient à sa suite.
Mohammed Sidi, abandonné par tous, sauf par le chef d'une fraction
siyed: Mokhtar ould Amar, s'enfuit jusque dans l'Adrar. Sidi Mborika,
fils de Mohammed Al-Habib, le poursuivit plusieurs jours sans pouvoir
l'atteindre. Cette année-là, Sidi Eli toucha les coutumes, au Coq.

Ce ne fut d'ailleurs qu'un intermède. Aussitôt Mohammed Al-Habib rentré
chez lui, Mohammed Sidi revint dans le Brakna, la lutte reprenait entre
les deux prétendants, quand les marabouts ramenèrent provisoirement la
paix. L'émir gardait son titre de «roi» et renouait son alliance avec
Mohammed Al-Habib. Sidi Eli gardait le commandement de quelques tribus.

Les hostilités entre les deux chefs reprenaient en 1854. La politique
active de Faidherbe dans les affaires maures l'amenait, dès la fin de
l'année, à prendre parti pour Sidi Eli, que les chefs toucouleurs de
Podor lui avaient présenté, contre Mohammed Sidi, allié des Trarza.

Il lui écrivait, le 15 novembre 1855, ainsi qu'aux principaux chefs des
Brakna, cette lettre habile:

    Je désire vivement que Sidi Eli vienne à bout de Mohammed Sidi,
    ce captif de Mohammed El-Habib, qui ruine les Brakna pour faire
    plaisir aux Trarza.

    Les Français et Brakna ont été des amis de tout temps contre les
    Trarza, excepté dans ces dernières années parce que Mohammed
    El-Habib, qui est très fier, était parvenu à tromper les Français.
    Il est temps de rétablir les choses sur l'ancien pied.

    Le fils d'Ahmédou doit être l'ami des Français comme son père. Et
    qu'il fasse comprendre à tous les Brakna qu'ils doivent se réunir
    pour former une nation forte et puissante et qui ne soit pas à la
    merci de ses voisins.

    Que Sidi Eli pousse vivement Mohammed Sidi et vienne s'établir près
    de Podor. Qu'il demande l'appui des gens de Toro qui sont nos amis.

    Nous allons entrer avec une armée chez les Trarza; nous nous
    placerons de manière que les Trarza ne puissent pas empêcher la
    traite des Brakna à Podor. Si Sidi Eli s'arrange avec moi, qu'il
    vienne à Podor ou à bord d'un bateau, quand il voudra, pour qu'on
    le salue et qu'on le reconnaisse comme roi des Brakna. C'est lui
    qui recevra tous les cadeaux pendant la traite.

    L'année dernière, j'ai donné plus de 25.000 francs à Mohammed
    Sidi et ce n'était qu'une partie de ce que je voulais lui donner,
    puisque mon intention est de faire cadeau, tous les ans, au roi des
    Brakna d'une pièce par mille livres de gomme.

    Mais Mohammed El-Habib a forcé son tributaire de lui en donner
    la plus grande partie et d'empêcher des Brakna de continuer leur
    commerce.

    Les Trarza sont déjà dans la plus grande misère. Nous allons
    achever à les ruiner cette année.

    Que Sidi Eli s'entende avec les chefs raisonnables de son peuple et
    qu'il me réponde par une bonne lettre pour que nous puissions nous
    arranger.

    Si nous nous arrangeons, je te donnerai des fusils et de la poudre
    et j'enverrai un vapeur au-dessus de Podor.

Mohammed Al-Habib répondait à cette diplomatie par un coup de maître.
Il provoqua, au début de 1856, une grande conférence sous les auspices
du grand Cheikh Sidïa, à Tindaouja. Une réconciliation générale
intervint entre l'émir du Trarza, l'émir de l'Adrar et leurs différents
chefs insoumis. L'émir du Brakna, Mohammed Sidi, y apparut aussi et
donna son assentiment à la coalition maure, qui se préparait contre les
Français. En revanche, notre ami, Sidi Eli, dont les sentiments étaient
connus, ne fut pas convoqué.

Faidherbe n'attendit pas l'offensive. Par une proclamation en date du
9 février 1856, il interdisait toute communication avec les Brakna,
«qui ne voulaient pas se séparer de Mohammed Al-Habib» et attaquait
directement cet émir. Par la suite, il chercha, suivant sa propre
expression, «à tirer parti des dissensions qui se manifestaient chez
les Brakna, pour les détacher de l'alliance des Trarza», et pour faire
échec à Mohammed Sidi qui créait des difficultés le long du fleuve et
devant Podor.

Il installa, à cet effet, un camp à Koundy, à une lieue au nord de
Podor, et y mit une garnison d'un bataillon d'infanterie et d'une
section d'artillerie. De ce camp, ses troupes devaient incursionner
pendant plusieurs années chez les Trarza et les Brakna.

    A la fin de mars 1856, le gouverneur se rendit lui-même à Koundy
    où il eut une entrevue avec Sidi Eli, à la suite de laquelle
    les troupes du camp se joignirent aux Maures Brakna révoltés
    contre leur roi Mohammed Sidi et pénétrèrent dans l'intérieur.
    Il s'ensuivit quelques engagements heureux pour nos armes, qui
    cimentèrent l'alliance avec Sidi Eli et donnèrent à ce dernier une
    plus grande autorité sur ses partisans.

Dans ces différentes affaires, les Guedala, les Id Eïlik, les Tanak
perdirent 4.000 moutons, des bœufs et un certain nombre d'hommes,
dont le fils du Cheikh des Tanak. Des prisonniers furent faits et
conduits à Podor. Sidi Eli restait en selle. En juin, on voulut, pour
en finir, aller enlever, en face de Mbamam, le camp de Mohammed Sidi,
défendu par les Oulad Ahmed; mais le commandant de Podor, chargé de
cette opération, fut mal secondé par Sidi Eli et ne réussit pas. Sidi
Eli n'embrassait en effet notre cause qu'avec une certaine mollesse,
se souvenant qu'à diverses reprises, antérieurement, les Français
l'avaient compromis, puis abandonné pour faire leur paix avec Mohammed
Al-Habib.

Cet échec eut quand même un heureux résultat. Mohammed Sidi, inquiet,
se retira vers le nord, et allait rejoindre son allié, vaincu, Mohammed
Al-Habib.

L'année suivante, les hostilités recommencèrent. Mohammed Sidi, que
l'émir du Trarza avait employé auprès de ses amis Toucouleurs pour
les gagner à sa cause, parcourut le Fouta, et rentra bredouille. Il
prit part à toutes les luttes des Trarza contre les Français ou leurs
alliés, et s'attaqua notamment avec des contingents Oulad Ahmed, mais
sans grand succès, à son concurrent. La tradition a conservé les
noms de plusieurs de ces combats qui se succédèrent de 1855 à 1858:
Morliyet, Foni, Lefar, Mbargou, au-dessus de Kaédi, Diabdiola, Djiguéti
Monadji dans l'Oued, et à Kindelak, au nord-est du lac Rokiz.

Mohammed Sidi avait avec lui les Oulad Ahmed et une partie des Oulad
Siyed, les Normach, les Oulad Eli et les Touabir.

A l'extérieur, chacun des deux partis brakna trouvait pour auxiliaire
chacun des deux partis qui, de semblable manière, divisait les Id Ou
Aïch. Sidi Eli s'appuyait sur les Chratit et Mohammed Sidi sur les
Abakak. Flanqué de son éternel tuteur, Sidi, fils de Mohammed Al-Habib,
il allait implorer le secours de l'émir Bakkar, des Id Ou Aïch.

Ce fut un coup de main des Oulad Ahmed qui amena la paix générale.
Lassés de cette guerre incessante, travaillés par Bakkar, chef des
Id Ou Aïch, qui venait de conclure un traité avec nous, ils firent
alliance avec les Oulad Dâman des Trarza, qui étaient en instance de
soumission, et lâchant Mohammed Sidi, décampèrent vers l'est. L'émir,
dont ils étaient la principale force, eut recours à Mohammed Al-Habib
pour les ramener à l'obéissance. Les deux chefs marchèrent à leur
rencontre, mais les Oulad Ahmed, nullement intimidés, n'attendirent
pas leur venue et les surprirent une nuit, tuant Mokhtar ould Omar,
chef d'une moitié des Siyed, et plusieurs guerriers de Mohammed Sidi,
et faisant prisonniers quelques Trarza qu'ils mutilèrent atrocement et
renvoyèrent à Mohammed Al-Habib.

C'était la fin. Les deux émirs demandaient la paix. Avec les Trarza
elle fut signée en mai 1858. Elle entraîna celle des Brakna, conclue le
10 juin.

L'émir Mohammed Sidi restait en place, mais comme on prévoyait qu'il
était à la merci d'un coup heureux de son rival, le Gouvernement
concluait avec tous les deux le traité de commerce et d'amitié, qu'il
venait de passer avec l'émir des Id Ou Aïch, Bakkar ould Soueïd Ahmed,
et qui allait constituer sur le fleuve le régime «des escales» qui a
duré jusqu'à notre occupation effective.

Sidi Eli, lâché partiellement par les Français, eut recours à la
perfidie, arme accoutumée des Maures. Il annonce officiellement sa
soumission. Mohammed Sidi l'accepta, lui fit un accueil bienveillant,
dans le secret espoir de s'en débarrasser lui-même et scella la
réconciliation générale des Brakna par de grandes réjouissances
(novembre 1858). Quelques jours plus tard, au cours d'une promenade,
Sidi Eli tuait d'un coup de feu l'émir Mohammed Sidi. Il se faisait
immédiatement reconnaître chef des Brakna par ses partisans
enthousiastes, dans le silence apeuré du camp adverse; et épousait sans
retard Garmi, veuve de sa victime. Elle devait être la mère d'Ahmeddou,
le dernier émir et notre adversaire de 1903-1908.

Il y a, en marge de ces intrigues et aventures, une figure curieuse à
signaler: c'est celle de Mokhtar Ndiak, premier ministre des différents
émirs brakna, qui se succédèrent de 1840 à 1875. Il assurait à sa
façon l'esprit de suite et la continuité de la politique brakna, en
précipitant la chute des émirs, mais en maintenant soigneusement sa
personne en place. Il s'annonce dans l'histoire comme le brillant
prédécesseur de celui qui, chez les Trarza voisins, allait porter
pendant un demi-siècle (1860-1910) cet art de la politique à sa plus
haute expression: Khayarhoum.

Le traité, conclu le 10 juin 1858, avec chacun des deux émirs brakna,
comportait les dispositions principales suivantes:

    _a_) «Le roi des Brakna» reconnaît la protection de la France sur
    les provinces sénégalaises du Dinar et du Ouolof et s'engage à
    empêcher les courses de ses tribus sur cette partie de la rive
    gauche.

    _b_) Rétablissement des relations commerciales. La traite de la
    gomme se fera toute l'année par les escales de Podor, Saldé... Le
    commerce de tous autres produits est libre.

    _c_) Création d'un droit d'une pièce de guinée pour 600 kilos de
    gomme traité à Saldé (c'est-à-dire environ 3 p. 100). Ce droit est
    perçu par le Gouvernement français et versé à l'émir.

    _d_) Neutralité absolue du chef brakna dans le commerce entre ses
    sujets et les traitants.

    _e_) Droit pour les Français de couper du bois chez les Brakna sans
    payer de redevance.

Un acte additionnel à ce traité devait intervenir le 5 juin 1879. On le
verra un peu plus tard.

Pendant tout ce temps, ce régime a fonctionné normalement et sans trop
de heurts. Une seule difficulté s'est souvent présentée, touchant
le versement intégral de la coutume aux émirs. A maintes reprises,
l'avis officiel suivant, ou un avis semblable, parut à Saint-Louis:
«Il ne peut y avoir de crédit dans les opérations commerciales avec
ces peuples (maures) qu'aux risques et périls de ceux qui le leur
accordent. L'administration a déjà déclaré et déclare que ce crédit
n'engagera jamais pour elle la question politique.»

Malgré ces déclarations formelles, elle céda souvent, soit en
consentant des avances aux émirs, toujours quémandeurs, soit en leur
faisant des retenues pour payer des créanciers, qui attendaient
vainement le paiement de leurs factures ou pour garantir de pillages
commis par les tribus.

On se doute que les règlements de comptes furent épineux dans ces
conditions et que les émirs, souvent furieux et toujours mécontents, se
livreront plus d'une fois à des représailles tant sur les caravanes de
gommes que sur les traitants du fleuve.


7.--_Sidi Eli II_ (1858, † 1893).

Sidi Eli ould Ahmeddou prenait, en décembre 1858, par l'assassinat, le
principat de son père que sa jeunesse l'avait empêché d'occuper, en
1841, à la mort d'Ahmeddou. Sa mère étant une hartanïa des Oulad Siyed.

Son commandement allait s'étendre sur une durée de trente-cinq ans,
sans que nous ayons jamais eu à nous plaindre sérieusement de lui.

Les relations avec le nouvel émir débutèrent toutefois par une certaine
friction. En juin 1859, des bandes brakna passèrent le fleuve et
pillèrent plusieurs villages du Diolof. Invité à faire rendre gorge à
ses gens, et impuissant à s'exécuter, Sidi Eli se vit attaquer dans
son campement par une colonne volante que dirigeait le commandant
Faron. Pris avec tout son monde et son bagage, il dut se soumettre et
restituer les gens, bêtes et meubles capturés ou pillés; il jura en
outre d'observer et faire observer plus fidèlement le traité signé
l'année précédente.

C'est ici que se place le voyage de l'enseigne de vaisseau Bourrel
et du lieutenant Alioun Sal, des spahis sénégalais. Ils partirent
ensemble, le 12 juillet 1860, de Podor et arrivèrent peu après
au campement de l'émir qui comprenait environ «onze cents tentes
appartenant aux Oulad Siid, aux Oulad-Mansour, aux Ahratin-Oulad-Siid
et aux Ahratin-Tanak.» Ils y passèrent environ trois mois, au cours
desquels Bourrel prit de nombreuses notes et étudia le pays et les
gens, tandis qu'Alioun Sal entretenait sa tâche de réconcilier Sidi
Eli avec les Oulad Normach et Ahmed, toujours rebelles à l'autorité
émirale. Il y parvint au moins en apparence, car Brahim ould Ahmeïada
fit porter des paroles de paix à l'émir, et celui-ci accepta ses offres
et «envoya un beau cheval à Brahim comme témoignage «d'amitié».

Ensuite, Alioun continuait sur le Tagant, où l'appelait une autre
mission, tandis que Bourrel rentrait à Podor, en visitant les
campements maraboutiques.


La maladresse de l'émir, se greffant sur l'animosité de l'émir terrouzi
Sidi Mborika, allait lui attirer des difficultés sérieuses avec les
Trarza. En fin 1860, il envoya une mission à Sidi Mborika qui venait
de succéder à son père Mohammed Al-Habib. Cette mission était dirigée
par un Zenagui du nom de Khaïna ould Baabba, qui ne montra dans ses
fonctions diplomatiques qu'une grossièreté inouïe dans cette société
maure si policée. Sidi le fit arrêter et garder à vue, mais Khaïna,
enfourchant une jument de pur sang de l'émir, s'enfuit à toute hâte.
Les pourparlers n'aboutissant pas, Sidi arma ses gens et marcha en
personne contre les Brakna. Il trouva aussitôt des partisans sur place,
car les Oulad Normach et les Oulad Ahmed n'avaient pas pardonné à Sidi
Eli l'assassinat de Mohammed Sidi. Eli dut prendre la fuite. Il offrit
des concessions, renvoya la jument, menaça des foudres de son allié le
Gouvernement français. Rien n'y fit.

Sidi Mborika avait, en effet, contre Sidi Eli un motif de haine
inexpiable. On sait que son père Mohammed Al-Habib avait fait tuer son
frère Ahmed Leïgat. Or, le fils d'Ahmed Leïgat, cousin par conséquent
de Sidi Mborika, avait épousé la tante de Sidi Eli, et avait été
placé par ce dernier chez les Chratit, du parti de Rassoul, allié de
Sidi Eli et ennemi des Trarza. Ce jeune homme commençait à grandir et
manifestait des projets ambitieux et surtout des desseins de vengeance,
qui n'étaient pas sans inspirer de l'inquiétude au fils de celui qui
avait fait tuer son père.

Pour aller jusqu'au bout de son plan, Sidi Mborika devait détrôner Sidi
Eli, et le remplacer par une de ses créatures. C'est ce qu'il fit en
proclamant sa chute et en faisant reconnaître à sa place un cousin de
l'émir renversé: Mohammed Al-Habib ould Mokhtar Sidi, le fils même de
cet émir que l'autorité française avait déporté au Gabon en 1842.

Voici en quels termes Sidi Mborika annonçait cette transformation
politique au commandant de Podor. Ils prouvent bien quel était l'état
de nos relations avec les Maures, sous l'ancien régime:

    Il ne faut pas chercher à vous mettre au-dessus de moi. Ecoutez
    ce que je vous dis, et vous, commandant, faites-le savoir à M.
    Faidherbe. Dites-vous que vous êtes des commerçants, qui cherchez
    à échanger vos marchandises. Vous avez besoin de quelqu'un qui
    surveille les chemins des marchands, qui vendent la gomme et toutes
    les productions de ce pays. Il vous faut un homme qui puisse
    chasser les pillards, qui soit intelligent, puissant et sache se
    faire obéir des sujets. Moi, je ne veux qu'améliorer le pays et
    empêcher les troubles. Pour cela je ne vois rien de mieux à faire
    que de nommer Mohammed Al-Habib. Dès que ma lettre vous sera
    parvenue, faites avec lui ce que vous faisiez avec les anciens
    princes, qui protégeaient les chemins. Soyez franchement son ami,
    et lui et moi, nous serons tout à fait vos amis.

    Il faut savoir que je suis entièrement de son parti dans cette
    circonstance. Si vous êtes content et acceptez ce que je vous dis,
    nous aussi, nous serons satisfaits de vous. Si vous n'acceptez pas
    ce que nous venons de vous dire, nous serons irrités contre vous.

Cette belle épître ne convainquit pas Faidherbe. Sidi, au dire de
celui-ci, employa alors un moyen machiavélique pour nous brouiller
avec Sidi Eli. On avait eu le tort, en 1863, pendant la guerre avec le
Fouta, d'exciter les Brakna contre les Toucouleurs, alors nos ennemis.
Les Brakna ne demandaient pas mieux que de reprendre leurs anciennes
habitudes de pillage sur la rive gauche et, par suite, Sidi parvint
facilement même, en 1863, à engager une partie des sujets de Sidi Eli,
et principalement les Oulad Ahmed, à exercer leurs pillages à main
armée, même dans les environs de Podor. Sidi Eli, qui retenait à peine
ses plus fidèles sujets, ne put rien faire pour réprimer ceux qui lui
résistaient ouvertement.

Ne voulant pas aider à la réussite du projet de l'émir des Trarza,
en rendant Sidi Eli responsable de ces pillages, et ne pouvant pas,
d'un autre côté, laisser ces pillages et ces assassinats impunis,
le gouverneur donna l'ordre au commandant de Podor de s'emparer des
principaux coupables, s'il en trouvait l'occasion; c'est ce qui fut
fait, et deux d'entre eux, tributaires des Oulad Siyed, convaincus
d'avoir pris part à tous les vols et assassinats faits dans la banlieue
de Podor, furent fusillés.

Malgré cet exemple, les Oulad Ahmed enlevèrent encore, quelques
jours après, les troupeaux de Mao. Sidi Eli se mit immédiatement à
leur poursuite, et leur fit dire que s'ils ne rendaient pas tout de
suite les troupeaux, il allait leur faire la guerre. En effet, le 13
avril, il attaqua leurs camps, mais cette attaque ayant été faite sans
ensemble, fut repoussée, et le parti de Sidi Eli essuya des pertes
importantes. Pendant qu'une partie de son armée était ainsi mise en
déroute, une autre bande, chargée d'enlever le camp où se trouvaient
les femmes et les bagages, surprenait le chef des Oulad Ahmed, Biram,
le tuait, ainsi que plusieurs autres personnages importants, et faisait
des prises assez considérables.

Les Oulad Ahmed firent alors appel aux Trarza qui se préparèrent à
intervenir.

L'émir Sidi Eli tergiversa, batailla, n'aboutit à rien.

Cette situation se traduisit par une anarchie épouvantable. La rive
gauche du Sénégal ne tarda pas à en sentir les fâcheux effets. Des
bandes d'aventuriers s'abattaient en rezzous sur les villages du Toro
et les pillaient. Ce fut le sort de Dyouldé-diabé, Laboudou, Gamagué,
Diatal, Eidi, Guédé, Foudéa, Nasli, Diambo, et de plusieurs campements
de Peul Odabé.

Toutes nos récriminations ne servaient de rien, parce que Sidi Eli
était dans l'impuissance de réprimer les brigandages tant de ses
amis que de ses ennemis. «Ce n'est que peu de chose, disait-il en
juillet 1863, et j'ai fait tout ce qu'on peut faire en pareil cas
tant en amendes qu'en menaces de mort. Ceux qui craignaient cette
dernière peine se sont sauvés... Quant aux Toucouleurs de Podor (les
plaignants), je ne demande à Dieu que de les éviter, et qu'il ne leur
arrive aucun accident. Au premier tort, ils courent vers le commandant
et me font payer les dégâts. Au surplus, eux-mêmes ne cherchent qu'à me
brouiller avec les Français.»

Du 1er janvier 1862 à la fin novembre 1863, il était ainsi enlevé 2.500
bœufs et plusieurs milliers de têtes de petit bétail.

L'émir Sidi Mborika, mettant à exécution ses projets, apparaissait à
nouveau dans le Brakna, après avoir écrit au gouverneur une lettre dans
laquelle il protestait de ses bonnes intentions, et où il déclarait
n'intervenir dans les affaires des Brakna que pour rétablir l'ordre, en
substituant à un chef impuissant un chef fort et respecté; il pénétra
sur le territoire des Brakna, et fit sa jonction avec les Oulad Ahmed.

Le gouverneur, voulant faire encore une tentative en faveur du roi des
Brakna, écrivit à Sidi la lettre suivante:

    J'ai reçu votre lettre. Vous me dites que vous voulez intervenir
    dans les affaires des Brakna pour assurer la tranquillité du
    pays, pour le bien général. Si cela est vrai, il ne nous sera pas
    difficile de nous entendre, car nous aussi nous ne voulons que le
    bien général. Mais comment entendez-vous obtenir ce résultat? On
    nous dit que vous voulez pour cela nommer Mohammed Al-Habib roi
    des Brakna, je ne crois pas que cela soit le moyen d'arranger les
    affaires. Mohammed Al-Habib est un homme qui n'a pas l'habitude du
    commandement; il n'a ni richesse, ni partisans; il ne peut même pas
    habiter le pays des Brakna; les Oulad Ahmed seuls consentiraient
    à le reconnaître et ils sont tout à fait incapables de rétablir
    l'ordre chez les Brakna. Si vous ne leur aviez accordé votre
    protection et votre aide, ils se seraient déjà sauvés dans le
    désert. Tous les Brakna sont d'accord avec Sidi Eli, excepté les
    Oulad Ahmed. Il est donc bien certain que Mohammed Al-Habib ne
    pourrait pas gouverner les Brakna, quand même vous le nommeriez.
    Il y aurait bientôt toute espèce de désordres et c'est à vous,
    naturellement, que nous serions obligés de nous en prendre.

    Vous voyez donc bien que vous allez entreprendre une affaire qui
    vous créera indubitablement des embarras sérieux d'où il pourra
    résulter une chose que nous ne désirons, ni vous ni moi, la guerre
    entre nous! J'ai reçu de France beaucoup de chevaux et de soldats,
    je n'ai jamais eu autant de forces à ma disposition. S'il survient
    des désordres dans le fleuve, je ne pourrai pas faire autrement que
    d'employer ces forces à rétablir l'ordre. Il y aurait un moyen plus
    simple et plus facile d'arranger les affaires que de suivre cette
    politique dangereuse: ce serait de vous entendre avec Sidi Eli. Si
    vous voulez, je vous ferai entrer en communication avec ce chef; je
    l'engagerai à vous accorder ce qui est juste dans une conférence
    que vous pourriez avoir ensemble et où assisterait un envoyé de moi.

Après la réception de cette lettre et arrivé à hauteur d'Aléibé, le
roi des Trarza fit faire des ouvertures à Sidi Éli, en lui disant que
quelques cadeaux arrangeraient l'affaire, et qu'il ne demandait pas
mieux que de le laisser roi des Brakna et de s'en retourner chez lui.
Sidi attendait les résultats de cette proposition, avant de s'aventurer
davantage dans le pays, lorsque le bruit s'étant tout à coup répandu
parmi ses troupes que le gouverneur arrivait pour lui couper la
retraite; il y eut une débandade générale, et il opéra en deux jours
son retour sur le territoire des Trarza.

Sidi Éli s'était réfugié à Tébékout (Saldé), où il avait jadis
ouvert une escale et placé comme chef son ami Mohammed ould Heïba,
chef des Oulad Éli et maître du Rag, à qui il abandonnait le tiers
de ses coutumes. Il revint sur la rive droite, regroupa ses bandes
Siyed, Mansour et Éli, qui ne l'avaient pas abandonné, et assisté de
contingents toucouleurs, mis à sa disposition par l'almamy du Fouta,
notre allié, il recommença à batailler.

Dans les derniers mois de 1864 enfin, les Français, lassés de ces
dissensions, qui portaient un coup fâcheux au commerce, réussirent à
concilier les deux adversaires. Sous la haute autorité de Faidherbe,
les délégués des deux émirs: Chems Mohameden Fal, des Ida Ou Al-Hadj,
et Ahmed ould Braïk pour le Trarza, Djeddna et Rachid pour le Brakna,
signèrent un traité de paix entre les deux confédérations (cf. en
annexe).

Sidi Éli, se reconnaissant incapable de lutter contre son rival,
achetait la paix au prix d'importants sacrifices: il s'engageait «à
verser au roi des Trarza une indemnité de 250 pièces de guinée, ou leur
valeur en bœufs». Il consentait à ce qu'un quart des droits perçus à
son profit sur le commerce de la gomme à Podor fût payé à l'émir des
Trarza.

Moyennant ces concessions, Sidi Mborika s'engageait à laisser les
caravanes se diriger librement soit sur Podor, soit sur Dagana, et à
assurer la sécurité des routes. Il reconnaissait Sidi Éli comme émir
des Brakna et nouait amitié avec lui. Le prétendant Mohammed Al-Habib,
abandonné de son protecteur, vint chercher asile chez les Oulad Dâmân
du Trarza. Par la suite, il devait rentrer chez l'émir Ahmeddou, fils
de Sidi Éli, et y finir tranquillement ses jours († vers 1900).

La disparition du prétendant ne ramena pas d'ailleurs le calme complet
chez les Brakna. Les Normach revendiquaient toujours le droit de
choisir dans leur campement princier l'émir de la confédération. Les
Oulad Siyed entendaient conserver ces droits, acquis par prescription
depuis un siècle. La lutte recommença donc et se poursuivit de longues
années. Les Oulad Ahmed, par tradition d'indiscipline et d'anarchie, se
joignirent aux Normach et aggravèrent le désordre. Ils furent même, la
plupart du temps, les seuls adversaires des Oulad Siyed.

Voici, par exemple, ce qu'ils écrivaient astucieusement au gouverneur
du Sénégal:

    Si nous avons volé vos bœufs et ceux de vos amis ce n'était point
    pour rompre notre ancienne amitié. Notre ancienne amitié a été
    cause de la guerre qui a eu lieu autrefois entre les Trarza et les
    Brakna. Les Trarza ont été chassés et nous aussi. Alors nous nous
    sommes déterminés à voler dans le pays le plus que nous avons pu
    pour y porter le trouble et forcer Sidi Eli, par restitutions, à
    perdre le revenu qu'il pouvait recevoir des Blancs et des Noirs.
    A présent, nous sommes revenus dans le pays pour nous mettre
    d'accord avec les Oulad Seïd. Ils sont venus nous trouver à Aleïbé
    pour renouveler notre amitié. Ils se sont entendus avec les Oulad
    Normach pour nous trahir.

    Nous nous sommes sauvés; on nous a poursuivis et on nous a rejoints
    dans un endroit qu'on appelle Chaïd (vis-à-vis d'Alod). Nous
    ne pouvions aller plus loin et avons été obligés d'accepter la
    bataille. Nous les avons repoussés et poursuivis toute une journée:
    nous en avons tué une quarantaine. Dieu nous a protégés contre leur
    nombreuse armée, composée de tous les Oulad Beïd, de tous les Oulad
    Normach, du chef des Oulad Eli, Mohammed ould Eïba et d'une partie
    des Touabir. Maintenant nous envoyons vers vous pour renouveler
    l'amitié qui existait entre nous, et nous attendons que vous en
    fassiez autant.

    La preuve que nous avons toujours été vos amis, c'est que nous
    n'avons pas cessé de surveiller le chemin des gommiers. Depuis que
    nous avons dû quitter le pays jusqu'à présent, nous n'avons jamais
    souffert qu'un de nous fît du mal aux marchands de gomme.

    Les caravanes du haut pays ont toujours passé près de nous en
    allant et en revenant et jamais nous ne leur avons rien exigé ou
    pillé.

Des combats aux issues les plus diverses se succédèrent pendant une
dizaine d'années. Sidi Éli, appuyé sur Mohammed ould Heïba, chef des
Oulad Éli de Kaëdi, et sur les Toucouleurs du Fouta, nos alliés,
finit par avoir raison de ses adversaires. Les Id Ou Aïch s'étaient
partagés, suivant leur antique alliance, entre les deux camps et
prirent part à plusieurs de ces rencontres. Après les combats des
Maye-Maye et de Khaleïfi, Sidi Éli fut définitivement victorieux à
Doffa, dans l'Oued (vers 1873).

A partir de cette date, s'il rencontre encore de l'opposition chez ces
irréductibles ennemis, son autorité émirale n'est plus contestée. Les
luttes devaient d'ailleurs reprendre avec une certaine intensité, soit
en 1880 contre les Trarza, soit en 1885 contre les Oulad Normach et
Ahmed, et leurs alliés Abakak (Id Ou Aïch). On les verra plus bas.

En 1879, les escales vivaient toujours sous le régime du traité de
1858. «Après vingt et un ans de paix profonde entre les deux nations,
comme dit le préambule, le moment semble venu d'introduire dans leurs
relations commerciales des modifications en rapport avec les liens
d'amitié des deux peuples. Un acte additionnel fut donc signé, le 5
juin 1879, par le capitaine Louis, représentant du gouverneur Brière de
L'Isle, et l'émir Sidi Éli.

Il y est dit en substance:

    _a_) Il n'y a plus d'escales. Le commerce de la gomme et de tous
    autres produits est libre; il se fera à terre ou à bord, dans les
    anciennes escales ou partout ailleurs.

    _b_) La coutume proportionnelle est supprimée. Elle est remplacée
    par une indemnité fixe, payée par quarts au moment de la traite.

    _c_) Neutralité absolue de l'émir des Brakna dans le domaine
    commercial.

Une convention, passée le 22 mai 1880, réglait l'indemnité fixe, restée
indéterminée dans l'acte additionnel. La quotité en était de 1.600
pièces de guinée filature, dont 400 étaient distraites au projet de
Mohammed ould Heïba, chef des Oulad Éli et de l'escale de Tébékout
(Saldé).

Une autre convention, en date du 13 août 1886, fixait cette quotité
à 2.000 pièces, dont un quart pour le chef de l'escale de Tébékout
(Saldé), Sidi Ahmed, qui dans l'intervalle avait succédé à son père
Mohammed Heïba.


Des incursions des Oulad Dâmân en 1878-1879 faillirent rallumer la
guerre entre Trarza et Brakna. Les bons offices du gouverneur, d'une
part, et l'intercession du Cheikh Sidia Baba, qui faisait ainsi ses
premières armes, d'autre part, ramenèrent la concorde. L'affaire fut
réglée par indemnités.

Il en fut de même de plusieurs incursions de Toucouleurs sur des
tribus maraboutiques, et notamment les Tagnit, alors dépendant du
Brakna. L'émir, qui nous savait en délicatesse avec les gens de Dibango
(Aleïba), offrit de faire nos affaires en faisant les siennes. Il
voulait se jeter sur ces Toucouleurs et les piller. L'affaire se régla
par transaction.

En 1881, Sidi Éli engagea son ami Mohammed ould Heïba, chef des
Oulad Éli, à s'interposer entre les Français et Abdoul Boubakar,
chef des Bosséa, qui se posait en révolté. De plus, il adressait
à Abdoul lui-même une lettre pressante pour l'engager à faire la
paix. Il lançait en même temps une proclamation dans le Bosséa «pour
faire comprendre aux habitants que la paix avec les Français était
indispensable pour la tranquillité et le bien-être de leur pays».

En 1885, Sidi Éli se retrouve pris entre les Trarza et les Id Ou
Aïch. Du côté des Trarza et par la pression de Saint-Louis, l'affaire
s'aplanit presque aussitôt. Éli Diombot, émir des Trarza, se dit
exaspéré contre son voisin brakna, qui utiliserait contre lui ou tout
au moins laisserait utiliser (notamment par les pillards Oulad Siyed)
les secours que les Français lui font passer à l'usage des Toucouleurs
du Bosséa. En réalité, il veut rétablir sa popularité en baisse, en
conduisant ses hassanes au pillage. Il est d'ailleurs non moins fâché
contre les Français, qui «donnent la liberté aux captifs, gardent ses
tributaires (Taghredient) sur leur territoire et autorisent les gens du
Cayor et du Baol à garder les biens de ses sujets, qui meurent dans ces
provinces.» Encore qu'il eût déclaré «qu'il ne supporterait pas cela
tant qu'il aurait la tête sur son cou», il finit par s'amadouer devant
les menaces que proféra le gouverneur à l'annonce des premiers pillages
sur les Oulad Tari.

Mais avec les Id Ou Aïch, les affaires allèrent plus loin. Une bande
d'Abakak, alliés des Oulad Normach, envahit le Brakna oriental sous
la conduite de Nabra (de son vrai nom Brahim), fils naturel de l'émir
Bakkar ould Soueïd Ahmed. Les campements prirent la fuite, tandis que
Mokhtar, fils aîné de Sidi Éli, organisait la résistance et demandait
naturellement le secours des Chratit, ennemis des Abakak. Il se mit à
la tête de bandes siyed et de quelques Oulad Ahmed; mais, repoussé, il
dut prendre la fuite et fut tué au cours de la poursuite par Nabra.

A cette nouvelle, Sidi Éli lança son second fils Ahmeddou sur les
envahisseurs. Nabra, qui à l'instar du poète arabe chantait: «Ce n'est
pas à mes ancêtres que je dois ma gloire, mais à moi-même. C'est moi
qui suis un ancêtre. Je suis Brahim ould Brahim», reçut la troupe
brakna à coups de feu. Le combat resta indécis et, suivant la coutume
maure, on se sépara sans résultat.

Nabra finit par rentrer dans sa tribu. Sidi Éli, rasséréné, prit alors
l'offensive lui-même, et surprit et razzia les partisans de Nabra dans
le Fori. L'affaire en resta là.

Notre alliance avec Sidi Éli joua en 1891, lors des difficultés qui
s'élevèrent entre le Gouvernement français et Amar Saloum, émir des
Trarza. Il soutint de toutes ses forces Ahmed Saloum II ould Ali
Diembot, rival suscité à Amar Saloum par les Français. Il aida à son
triomphe en lui envoyant un groupe de partisans, commandé par son fils
Ahmeddou.

Cette assistance devait assurer d'excellentes relations, de ce jour
et jusqu'à notre arrivée, entre Trarza et Brakna. Elles eurent leur
consécration par le mariage du nouvel émir des Trarza avec la fille
de Sidi Éli: Fatma. Cette union, si heureuse de ce côté, devait par
ailleurs être funeste à Ahmed Saloum, car sa première femme Myriam
ould Brahim, jalouse, se retira dans son campement des Oulad Ahmed ben
Dâmân, et cette fraction ne tarda pas à passer au parti de Sidi ould
Mohammed Fal, rival de l'émir.

Sidi Éli ne devait pas voir ces difficultés de son gendre. Il mourut
en 1893, sur les bords du fleuve, à Lehroud, en face de Mafou. Il fut
immédiatement et sans difficulté remplacé par son fils aîné Ahmeddou.


8.--_Ahmeddou II_ (1893-1903).

Ahmeddou II ould Sidi Éli était âgé de 40 ans environ à son avènement.
Il était complètement inféodé aux Oulad Siyed de par ses origines
paternelles et de par ses attaches maternelles: sa mère était en effet
une Siyedïa, Garmi ment Ahmed Fal. Par elle, Ahmeddou se trouvait être
le frère utérin de Mohammed, fils posthume de l'émir Mohammed Sidi ould
Mohammed.

Vers 1878, l'émir Sidi Éli avait fait épouser à son fils Ahmeddou
Moumina, fille de son allié Mohammed ould Heïba, chef des Oulad Éli et
protecteur des escales de Tébékout (Saldé) et de Kaédi. Il en eut un
fils, Sidi Éli, généralement connu sous le sobriquet d'Ould Assas, du
nom de sa nourrice.

Moumina, nouvelle Aliénor d'Aquitaine, allait par ses mariages
successifs semer la brouille pendant plusieurs années dans cette partie
du Sud mauritanien.

En 1883, elle déserta le domicile conjugal et se réfugia chez son
père à Kaédi. Puis, en vraie fille de hassane et sans attendre la
répudiation, elle épouse Nabra, fils naturel de l'émir des Id Ou
Aïch, qu'on a vu plus haut et qui, outre l'avantage de sa stature
gigantesque, avait, aux yeux de la vindicative Moumina, le bénéfice
du meurtre de Mokhtar, frère de son ex-mari. Ahmeddou, indigné, la
répudia aussitôt. L'intrigante ne fut pas étrangère aux luttes qui se
déroulèrent alors entre Brakna et Id Ou Aïch.

Quelques années plus tard, Moumina revint à ses premières amours; elle
lâcha Nabra, réintégra le «Mahsar» des Brakna et eut l'adresse de se
faire épouser une deuxième fois par Ahmeddou. Après divers incidents
conjugaux, un nouveau divorce intervint, et Moumina, rendue à la
liberté, s'empressa d'aller faire le malheur d'un homme d'Église, le
Kounti Sidi Amar ould Sidi-l-Mokhtar, des Ahel Cheikh.

Cette fugue ne dura pas. La princesse mésalliée revint, un an après,
dans le campement d'Ahmeddou, y épousa son frère Mohammed Al-Habib,
brouilla quelque temps les deux frères, fut répudiée à nouveau, et
finalement, ses charmes étaient désormais inopérants, se retira dans le
campement de son fils Ould Assas: elle y est morte en 1917, à Touizit,
dans le Chamama.

Pour en finir avec les aventures conjugales de l'émir Ahmeddou, il
reste à dire qu'il épousa, en mai 1899, la nièce de Rassoul, chef
des Chratit: Fatma ment Cheikh ould Éli. Il n'en eut qu'une fille:
Garmi, aujourd'hui revenue avec sa mère chez les Chratit. Il répudia,
peu après, cette Fatma et depuis cette date ne vécut plus qu'avec
des filles de ses haratines et captifs, notamment Diouldé, ancienne
captive enlevée au chef des Oulad Normach, et qui a suivi Ahmeddou en
dissidence; Ziza ment Haboub, ancienne captive enlevée aux Oulad Ahmed,
mariée actuellement à Soumaïla, détenu de droit commun à Aleg; et enfin
Ment Baba, Toucouleure. Il en a eu plusieurs enfants: Mohammed, né
vers 1899, Bakar, né vers 1900.

Ahmeddou, autant par son caractère fourbe que par la faiblesse de son
autorité ou plutôt de ses moyens, devait nous causer jusqu'en fin 1903,
date de l'occupation de son pays, toutes sortes de désagréments.

Dans le courant de l'année 1890, le gouverneur Clément Thomas avait
fait dénoncer à Sidi Éli la convention de 1886 fixant à 1.500 pièces
de guinée le taux de l'indemnité fixe, remplaçant les droits de sortie
sur les gommes. 1.000 de ces 1.500 pièces furent accordées à l'émir des
Trarza et il n'en resta que 500, que Sidi Éli ne voulut point accepter.
Cette mesure avait été prise, parce qu'au cours de la traite des
dernières années, il avait été constaté que Sidi Éli était complètement
impuissant à maintenir la sécurité de l'escale. Il n'avait plus aucune
autorité sur les tribus rattachées à son groupe, il ne pouvait se
faire obéir même par ses sujets directs. Il laissait faire, si même il
n'encourageait pas les pillages sans nombre par les gens de son propre
camp.

Durement atteint par cette réduction de sa rente, Sidi Éli fit de
grands efforts pour arriver à rétablir son autorité. La situation
restait néanmoins tendue, quand il mourut. Avec son fils Ahmeddou, que
l'administration contribua à faire accepter pacifiquement aux tribus,
et qui, plus jeune et plus actif, paraissait inspirer confiance, on
revint à l'ancien état de choses. On visa à affermir son autorité sur
les Oulad Normach et Oulad Ahmed; on renforça le commandement de ses
représentants; on exécuta loyalement les conditions du traité du 12
décembre 1891, conclu d'ailleurs avec lui-même, représentant son père,
et qui accordait à l'émir brakna une indemnité fixe de 1.000 pièces de
guinée filature.

On pensa en même temps utiliser sa vigueur et sa prétendue bonne
volonté, en le liguant avec les Ahel Sidi Mahmoud, fâchés de se voir
coupé les routes de Bakel par les Id Ou Aïch, et en jetant un fort
rezzou de ces deux tribus sur le camp de Bakkar ould Soueïd Ahmed,
émir des Id Ou Aïch, qui avait offert l'hospitalité à nos trois
irréductibles ennemis sénégalais: Abdoul Boubakar, chef du Bosséa; Ali
Bouri Ndiaye, bourba du Diolof, et Amadou Chékou, marabout agitateur.

Toute cette politique fut vaine, et Ahmeddou opposa la force d'inertie,
chère aux Maures. Il fallut en arriver à retenir sur ses coutumes la
rançon des pillages commis par ses gens, ce qui évidemment ne fit
qu'augmenter le nombre des razzias et nous brouiller périodiquement
avec Ahmeddou. En mai 1895, dans son indignation, il ferme brutalement
l'escale de Podor. Le voyage inopiné du Directeur des Affaires
politiques Merlin lui fit perdre contenance, et il rouvrit aussitôt
l'escale.

La grande aventure du principat d'Ahmeddou fut la lutte qui éclata
entre les Dieïdiba, marabouts classiques des Oulad Biri, marabouts,
cousins et alliés des Oulad Ahmed. Par le jeu des alliances
traditionnelles et des haines invétérées, la plupart des tribus trarza
et brakna, tant guerrière que maraboutique, allaient en être troublées.
N'étaient notre présence et l'influence acquise par notre politique
dans les affaires maures, des luttes interminables eussent à nouveau
ensanglanté les confins trarza-brakna. Elles restèrent localisées aux
Oulad Biri et aux Dieïdiba.

Déjà, sous Cheikh Sidïa Al-Kabir, vers 1860, un incident fâcheux, mais
qui n'avait pas d'autre importance que celle des menus faits de la vie
de tribus voisines, était venu mettre à l'épreuve les bons rapports
antérieurs des Oulad Biri et des Dieïdiba. Un individu des Oulad Falli,
Mohammed ould Abd El-Fattah, s'étant pris de querelle avec des zenaga
Dieïdiba, marcha contre eux à la tête de ses gens, les surprit et en
tua seize. Sur l'intervention de Bakkar ould Soueïd Ahmed, émir des Id
Ou Aïch, qui était aussi par indivis suzerain des zenaga tués, Cheikh
Sidïa Al-Kabir consentit à payer la dïa, qui fut fixée à 16.000 pièces
de guinée. L'affaire n'eut donc pas d'autres suites.

Vers 1890, des contestations au sujet de trois points d'eau, Bou
Talhaïa, Hasseï Al-Afia et Aredekkel, dans l'Amechtil, dont les deux
tribus revendiquaient la propriété, remirent le feu aux poudres. La
question s'aggravait encore du fait de contestations similaires sur
les terrains de la Dabaye du Chamama. De 1890 à 1900, il se livra une
multitude de petits combats, dont il serait fastidieux de donner le
détail.

Il suffit de retenir que les hassanes des deux pays prirent
respectivement parti pour leurs marabouts. L'émir du Trarza, Ahmed
Saloum Ier, son parent, Sidi Ahmed ould Bou Bakar Siré, et surtout les
guerriers Oulad Dâmân et Euleb, marchèrent avec les Oulad Biri. L'émir
du Brakna, Ahmed ould Sidi Éli, avec ses gens Oulad Abdallah et ses
alliés toucouleurs Aleïbé du Chamama, combattaient pour les Dieïdiba.
Ces passes d'armes peu sérieuses entre gens qui faisaient parler la
poudre sans conviction, et cherchaient surtout à vivre aux crochets des
Tolba, sous prétexte de les défendre, furent plus d'une fois fâcheuses
pour les Oulad Biri. Le Cheikh faillit être enlevé en 1896 dans son
camp d'Aouadane, et ne dut son salut qu'à la valeur de ses élèves
noirs, qui se jetèrent avec fureur sur les bandes Dieïdiba et Oulad
Siyed et les exterminèrent.

L'intervention de l'autorité française amenait une série de tractations
entre les belligérants: d'abord la paix est conclue, au moins en
principe, en novembre 1896, à Boïdel Barka, entre les chefs trarza
et brakna. Le 29 janvier suivant, les délégués des deux tribus
maraboutiques signent à Podor une déclaration, qui énonce qu'aucune
réparation ne sera accordée de part et d'autre pour les dégâts
respectivement commis. Sous les auspices du gouverneur général, une
convention est passée, à Saint-Louis, le 9 février 1897 entre les deux
émirs, assistés de leurs ministres et conseillers.

Les actes antérieurs précités y sont confirmés: Podor est reconnu
escale brakna, sous l'autorité d'Ahmeddou, mais avec liberté
commerciale pour tous les Maures du Trarza. Les deux émirs s'engagent
à faire sérieusement la police de leurs tribus. Ahmeddou enfin
autorise les Oulad Biri à habiter et à cultiver sur le territoire des
Brakna qu'ils occupaient précédemment. Il les autorise notamment à se
réinstaller à Dabaye (marigot de Morghen ou de Koundi).

Une nouvelle convention voulut consacrer avec plus de force encore,
en 1898, les accords établis l'année précédente[5]. Mais pour éviter
les difficultés qui avaient surgi, les terrains litigieux de Dabaye
furent déclarés neutres et placés sous la surveillance spéciale de
l'administrateur de Podor. Pendant ce temps, les Toucouleurs de la rive
gauche passaient sur le fleuve et mettaient les terrains en valeur.
Il fut impossible d'obtenir des uns et des autres la bonne volonté
nécessaire à des concessions réciproques. Ils ne voulurent même plus se
voir: Ahmeddou refusa de rendre visite à un marabout. Cheikh Sidïa ne
voulut point se rendre au campement d'Ahmeddou pour éviter de s'y faire
assassiner.

  [5] Pour les textes français de ces deux conventions de 1897 et
  1898 entre Trarza et Brakna, Cf. «L'Émirat des Trarza (Annexes)»,
  par Paul Marty, _in_ collection de la _Revue du Monde Musulman_.

La lutte continua donc de plus belle entre les tribus; elle finit
pourtant par tourner à l'avantage, au moins apparent, des Oulad Biri,
en ce qui concerne les puits du nord. Les Dieïdiba vaincus durent
évacuer, vers la fin de 1899, l'Amechtil et l'Aoukeïra, mais ils
prirent leur revanche en y venant piller, les années suivantes, les
campements biri, de sorte que ceux-ci à leur tour durent abandonner
les puits litigieux et se concentrer dans l'Aoukeïra. Non entretenus,
ces puits tombèrent bientôt en ruines. En 1903, assurés de l'appui
de Coppolani et profitant de l'état de l'insoumission de Dieïdiba,
qui ne pouvaient ainsi faire valoir leurs droits, Cheikh Sidïa fit
réoccuper le territoire abandonné et remettre les puits en état. La
soumission des Dieïdiba allait en 1904, soulever à nouveau le conflit.
Ils demandèrent sans tarder à entrer en possession de leurs puits. Les
Oulad Biri protestèrent, et comme l'affaire traînait en longueur, les
combats recommencèrent de toutes parts, entre haratines et captifs
d'abord, puis entre zenaga, et enfin entre marabouts.

Les autorités des cercles Trarza et Brakna allaient mettre un terme à
ces luttes et procéder à un accord entre les tribus.

Sous les auspices du capitaine Gerhardt, commandant le cercle du
Trarza, un arrangement fut conclu, le 7 février 1912, entre Sidi
El-Mokhtar, cheikh des Oulad Biri et Mostafa ould Khalifa ould Ouadia,
principal notable des Dieïdiba, délégués par eux à ces fins. Le droit
de propriété des puits a été reconnu aux Dieïdiba, mais les deux tribus
auront la jouissance de l'eau, suffisamment abondante pour contenter
tout le monde. Satisfaits de n'avoir pas cédé à leurs adversaires
et d'avoir tous à moitié gain de cause, les indigènes ont promis
réciproquement de ne pas apporter de gêne à l'exercice de leur droit de
jouissance commune; et depuis 1912, ils paraissent avoir tenu parole.

Ahmeddou eut encore à intervenir à plusieurs reprises dans les
dissensions intestines, qui déchirèrent les Touabir, de 1896 à 1900.
A la mort du cheikh de la fraction Anouazir, Cheikh ould Hammadi,
sa succession politique fut disputée entre son fils Hamdel Khalifa
et le chef de la famille rivale Neïbat. L'affaire avait d'autant
plus d'importance que les Anouazir sont les fractions princières de
la tribu, et que leur chef est pratiquement le chef de la tribu. La
querelle se maintint peu de temps circonscrite aux deux rivaux: le jeu
des alliances et des haines réciproques amena successivement du côté de
Hamdel Khalifa une partie des autres Touabir, et notamment les Oulad
Al-Kohol, puis Sidi Ahmed ould Mohammed ould Heïba, ex-chef des Oulad
Eli de Kaédi, révoqué par nous; du côté d'Ahmed Neïbat, le reste des
Touabir et notamment les Oulad Yora, puis M'hammed, chef en fonctions
des Oulad Eli, rival du premier. A partir de 1897, le conflit est
général, et des rencontres se produisent à chaque occasion.

L'émir des Id Ou Aïch, Bakkar, eut la sagesse de ne pas se laisser
entraîner dans le conflit, en arguant que les uns et les autres étant
ses tributaires, il n'avait pas à prendre parti en faveur des uns ou
des autres. Mais Ahmeddou sollicité à plusieurs reprises, et qui avait
d'abord refusé, se laissa tenter par les cadeaux de guinée des Oulad
Al-Kohol. Il envoya un contingent à leur secours. Les Oulad Yora firent
marcher la cavalerie de Saint-Georges et leurs guerriers, de sorte
que leurs ennemis, y compris la bande d'Ahmeddou, furent complètement
défaits à Segar. Ils laissaient plus de 100 morts sur le terrain.

L'honneur d'Ahmeddou était engagé: il manifesta l'intention de réduire
à merci les révoltés, ce qui valut immédiatement à ceux-ci le concours
de ses ennemis Normach et Oulad Ahmed. Ses bandes, commandées par
Mohammed Krara, son frère, et Ould Assas, son fils, et composées de
Siyed et de Dieïdiba, marchèrent contre les Oulad Yora, en juillet
1901. Ceux-ci, intimidés prirent la fuite. L'affaire en resta là et
Hamdel Khalifa fut reconnu chef des Touabir.

A la fin du dix-neuvième siècle, à la veille de notre occupation, la
situation politique était la suivante: Les Oulad Siyed dominaient de
Zouireth Mohammed (près Dagana) jusque vers Boghé et dans l'intérieur,
jusqu'à Aleg et Chogar. Ils protégeaient surtout les Dieïdiba, les
Tolba Tanak, les Hijaj et les Kounta-khol Bekkaï.

Les Oulad Normach commandaient sur le fleuve, vers Cascas et la région
de Mal. Ils protégeaient les Id Eïlik, les Soubak, les Ahel Taleb
Mohammed, les Tiab Ould Normach, les Meterambin et les Kounta Ahel Sidi
Amar.

Les Oulad Ahmed descendaient quelquefois jusqu'à Boghé et commandaient,
vers Chogar, l'Akel et l'Agan, ils protégeaient les Oulad Biri, les
Ahel Gasri les Draouat. Les Oulad Eli (O. Abdallah aussi) commandaient
vers Kaëdi et le Raag, et protégeaient les Lemtouna, les Toumodek et
les Hijaj de l'est.

Les Ahel Souid Ahmed (Id Ou Aïch) faisaient sentir leur influence
jusqu'à Guimi, Mal, l'Agueïlat et protégeaient surtout les Tâgât, les
Torkoz, les Id ag Jemouella et les Kounta Oulad Bou Sif.

En fait, chaque tribu maraboutique faisait elle-même sa police
intérieure et extérieure, et ne faisait intervenir les guerriers que
lorsqu'elle ne pouvait pas faire autrement.

Les guerriers pillaient sans vergogne amis et ennemis, prenaient de
force ce qu'on ne voulait pas leur donner, tandis que leurs haratines
et leurs zenaga volaient sans cesse. Les plus voleurs étaient les
haratines Oulad Siyed et le zenaga Arallen (région de Podor), et les
Touabir (Khat).

On ne pouvait approcher du fleuve sans être volé. La meilleure police
était faite par les Ahel Souid Ahmed, qui, voulant se réserver
le monopole du pillage, châtiaient impitoyablement les zenaga,
Hassanes Oulad Talha, Oulad Bou Sif marabouts et autres pillards qui
rançonnaient leurs gens.

Le principat d'Ahmeddou allait prendre fin en décembre 1903 par
l'occupation française.

Dès 1902, et tout en poursuivant sa politique d'apprivoisement en
tribu, Coppolani avait installé un fort à Regba à la limite des pays
trarza et brakna, et un autre à Boghé au débouché sur le fleuve du pays
brakna. Il avait entamé avec Ahmeddou des relations pleines d'espoir.
Malheureusement les sympathies qui l'attachaient à Cheikh Sidïa étaient
une forte cause de défiance pour les Dieïdiba marabouts et conseillers
de l'émir et de ses Oulad Siyed. Coppolani prit son congé en France
dans l'été 1903. Pendant son absence, divers traitants, intéressés au
maintien de l'anarchie, donnèrent à l'émir les plus mauvais conseils et
firent donner les Dieïdiba. Il arriva qu'Ahmeddou, moitié par crainte,
moitié par esprit de résistance, rassembla ses fidèles et ses haratines
et fit décider l'alliance avec les Id Ou Aïch. Il partit aussitôt les
retrouver. C'est peu après que Coppolani allait prononcer sa déchéance
et confisquer ses biens au profit du Trésor (décembre 1903).



CHAPITRE VIII

L'OCCUPATION FRANÇAISE


Arrivé à Boghé en fin novembre 1903, Coppolani apprenait qu'Ahmeddou
réunissait ses contingents à Aleg, et s'apprêtait à s'unir aux Id Ou
Aïch pour nous combattre, malgré toutes les promesses de dévouement
faites antérieurement.

Toutes les tribus religieuses armées, et notamment les Dieïdiba,
suivaient ce mouvement concerté avec notre vieil ennemi, l'émir Bakkar,
des Id Ou Aïch. Toutefois et par opposition de principe, les Oulad
Normach et une partie des Oulad Ahmed, dont les chefs étaient venus à
Boghé saluer le gouverneur général, de passage au début de l'année,
demeuraient fidèles à leurs engagements.

En présence de cette situation et pour arrêter des incursions certaines
vers le fleuve, Coppolani activait l'exécution de son programme
d'occupation du pays brakna, simple acte préliminaire de l'occupation
de Tagant.

Le 1er décembre 1903, il quittait Boghé, accompagné du résident du
pays brakna, du commandant des troupes du Tagant et d'un détachement
de spahis. Par la mare de Sarak, il était sur les bords cultivés du
lac Aleg, le 3. Aucun incident ne s'était produit sur la route. Une
fraction importante des Dieïdiba, rencontrée le lendemain au cours
d'une reconnaissance, et campée sur la rive opposée du lac, apprit
à la colonne la fuite d'Ahmeddou, de ses hassanes, et du reste des
Dieïdiba vers Chogar.

Coppolani leur envoyait aussitôt des émissaires spéciaux pour les
inviter à ne pas quitter le pays. Mais Ahmeddou poussé par ses deux
neveux, deux fils de Bakkar et un certain nombre d'Id Ou Aïch, arrêtait
ces émissaires, groupait ses haratines, quelques contingents Dieïdiba,
Oulad Ahmed et autres dissidents, au total 400 fusils environ, et,
la nuit du 8 au 9 décembre, se jetait sur le camp des envahisseurs.
Toutes les précautions avaient été prises. Après une vive fusillade,
les agresseurs furent repoussés, laissant quelques morts et quelques
blessés sur le terrain. De notre côté, nous avions un tirailleur et
quelques porteurs blessés et deux goumiers tués. Quelques chevaux de
spahis, effrayés par les feux de salve, avaient cassé leurs entraves
et pris la fuite. Dès l'aube, le commandant des troupes, faisant une
reconnaissance aux environs, rencontrait quelques Oulad Siyed, en tuait
trois et chassait les autres. Il désarmait le campement des Dieïdiba
précités et le faisait installer près du poste pour avoir guides et
moyens de transport sous la main.

Cette agression d'Ahmeddou, commise surtout à l'instigation des Id Ou
Aïch, fut le principal fait d'armes de l'occupation du Brakna.

Quelques jours plus tard, le capitaine Chauveaux mettait fin à toute
récidive en surprenant à Chogar, à 40 kilomètres d'Aleg, le campement
d'Ahmeddou et en mettant en déroute ses bandes hassanes.

L'action politique de Coppolani s'exerça aussitôt sur les tribus
religieuses. Les premiers, les Kounta, ennemis invétérés des Id Ou
Aïch, vinrent à lui, et promirent de les combattre en liaison avec lui,
dès qu'il s'avancerait vers l'est.

C'est à cette date que fut créé le poste d'Aleg avec toutes les
précautions défensives d'usage. Sis sur une hauteur et habilement
fortifié, il était, pour ainsi dire, imprenable. Au point de vue local,
il domine tout le pays brakna et permet la surveillance de toute la
région, comprise entre Aleg, Boutilimit, Podor et Boghé. Au point de
vue politique, il est placé sur la bifurcation des routes du Tagant,
situé à 6 jours au nord-est. Ils constituait en plus, à cette date, un
excellent bastion sur le flanc des Id Ou Aïch.

La mission de Tagant prit sans plus tarder la direction du nord-est.
Les tribus zouaïa du Brakna, déjà ralliés lui firent ses envois entre
Boghé et Aleg.

Quant à Ahmeddou, il n'abandonnait pas toute résistance. Dans une
conférence tenue à Agadel, près d'Acheram, et à laquelle participèrent
Ahmeddou, Bakkar et leurs fils, le plan de campagne suivant fut arrêté:

Les Id Ou Aïch rallieraient tous leurs tributaires et tenteraient
l'enlèvement du poste d'Aleg, où ils se fortifieraient solidement. Puis
deux colonnes iraient, l'une à Gueïlat, à l'est de la région du moyen
Mounguel, l'autre à Mbout. Elles s'y installeraient sur des positions
retranchées, afin de s'opposer à la pénétration française. L'occupation
de Mbout paraît avoir été à ce moment la grande crainte de Bakkar,
et il joua de cette inquiétude pour rallier définitivement à lui les
Chratit, toujours frondeurs à l'égard des Abakak, et les Oulad Aïd.

Ce plan de campagne n'aboutit pas. La mission d'organisation du Tagant
se mit en marche, accompagnée d'un goum où l'on voit figurer, à côté
des chefs trarza, plusieurs chefs brakna: Bakar ould Ahmeïada, chef
des Normach; Biram ould Himeïmed, chef des Oulad Ahmed, et enfin Sidi
Ahmed ould Heïba, chef des Oulad Eli, de Kaëdi. C'était sur leur propre
territoire que les Id Ou Aïch devaient sauver l'honneur de leur nom.

La mission arrivait à Mal, le 1er février, et y installait un poste
fortifié semblable à celui qu'elle venait d'établir à Mouit. Sis à 70
kilomètres à l'ouest d'Aleg et à 80 kilomètres au nord de Kaédi, Mal
réunissait des condition excellentes pour la surveillance du fleuve et
la centralisation des moyens nécessaires au départ de la mission et à
l'organisation même du plateau central du Tagant. La région, couverte
de lougans, offre des ressources en bestiaux et en cultures. C'est un
plateau boisé que traverse un important marigot terminé par un lac de
40 kilomètres de circonférence, où existe toujours une eau limpide, de
qualité excellente.

Les tribus religieuses Id ag Jemouella, Torkoz, Touabir, Toumodok,
Lemtouna, Tâgât, Hejaj, et des campements divers, etc., vinrent
aussitôt faire leur soumission et demander la protection française. Les
Oulad Ahmed, au nombre de 600 fusils, suivirent le mouvement et sur la
demande de Coppolani, s'installèrent aux environs de Mal. Plusieurs
autres fractions religieuses, retirées entre Mal et la falaise, et
qui attendirent notre installation à Mal pour en faire autant, se
décidèrent quelques jours plus tard, et échappèrent non sans peine à la
surveillance des guerriers Id Ou Aïch.

Ceux-ci, excités maintenant par Ahmeddou, qui sentait la partie lui
échapper définitivement, projetèrent d'attaquer soit Mal, soit Mouit.
Ils commencèrent par des escarmouches et finirent par investir Mouit
dans la nuit du 16 au 17 février, au nombre de plusieurs milliers.
Ahmeddou menait le bal. Ils furent repoussés avec des pertes sérieuses
et se retirèrent au pied de la falaise du Tagant.

En même temps, Coppolani n'oubliait pas de faire intervenir puissamment
l'influence de ses amis marabouts. Cheikh Sidïa vint le trouver
dans son campement, et par sa présence, ses palabres, ses lettres,
contribua fortement à mettre fin à cette campagne de guerre sainte, qui
commençait à prendre naissance sur le haut fleuve et dans certaines
tribus. Par lui encore et pour satisfaire leur haine nationale, les
Kounta du Brakna et de Tagant, même quelques fractions Ahel Sidi
Mahmoud, la plupart des campements Chrattit, quelques Tadjakant
se rapprochaient des Français, ou tout au moins promettaient leur
neutralité.

Le Brakna pouvait dès lors être considéré, sinon comme entièrement
pacifié, au moins comme suffisamment en main pour permettre de passer
à la deuxième partie du programme, ou tout au moins de l'amorcer:
l'occupation du Tagant. Aussi, dès le 9 mars 1904, la mission se
mettait-elle en branle vers la falaise. Un détachement quittait Mal
sous la direction même de Coppolani; un autre détachement commandé par
le capitaine Payn et comprenant plusieurs chefs toucouleurs: Abdoulaye
Kane, Samba, etc., partait de Mouit, à la même date. Ils faisaient
leur jonction le 11, et le 14 atteignaient à Gour Mal les nombreux
campements hassanes et tolba qui, sous la direction d'Ahmeddou et
d'Othman ould Bakkar, cheminaient vers le Nord-Est pour se réfugier
dans les montagnes de l'Assaba. A l'approche de la colonne, les
guerriers prirent le devant; les marabouts revinrent sur leurs pas avec
de nombreux troupeaux. Par l'humanité de Coppolani, qui fit prendre des
hausses supérieures aux distances appréciées, les pertes des ennemis
furent minimes.

La colonne rentrait, dès le lendemain, sur le territoire brakna, en en
ramenant les habitants.

Le 13 juillet 1904, 120 tentes Oulad Siyed, c'est-à-dire à peu près
toute la tribu princière,--nobles et haratines--venait faire, sous la
conduite de Mohammed Krara, frère de l'émir, sa soumission à Boghé.
Ils avaient, dans leur fuite, subi des fatigues énormes et étaient
complètement épuisés. Une quinzaine de personnes étaient mortes de
faim. Mohammed Krara, Abd El-Jelil, chef des marabouts Dieïdiba,
qui demandait aussi l'aman, et Cheikh Fal arrivaient peu après à
Saint-Louis. Ils apportèrent la soumission du Brakna.

Une contribution de guerre de 500 bœufs et de 1.000 fr. leur fut
infligée: elle fut répartie ainsi:

    Oulad Siyed               102 bovins
    Id ag Fara Brahim         120  ----    3.848 francs
    Id ag Fara                 93  ----    1.987  ----
    Zemarig                    99  ----    2.115  ----
    Ahel Mohammed Othman        5  ----      320  ----
    Tabouit                    60  ----    1.282  ----
    Ahel Negza                 21  ----      448  ----

Désormais le Brakna reprenait sa vie normale. Les hostilités y étaient
closes; tous revinrent en foule travailler ou faire travailler dans le
Chamama. Les derniers irréductibles n'étaient plus que des dissidents.

Les vaincus--qui étaient les seuls hassanes--n'acceptaient pas
toutefois sans résistance morale le nouvel état de choses. Voici, à
titre d'échantillon, la protestation qu'ils adressaient, en fin 1905,
au représentant du Gouvernement français.

    Quoique non producteurs, nous tenions presque tout le commerce
    entre nos mains. Nous faisions les opérations nous-mêmes ou par
    l'intermédiaire de marabouts complaisants, qui recevaient pour
    leur salaire un quart de la valeur de la vente. Les acheteurs
    étaient les dioula du Diolof ou du Cayor, les marabouts trarza et
    les traitants du fleuve. A part un peu de gomme, la région trop
    pauvre fournissait peu au commerce; nous étions donc approvisionnés
    par de fructueuses razzias et par les caravanes venues du Nord.
    Les principaux articles de vente, et l'on peut dire les seuls,
    étaient les animaux pillés (bœufs, chameaux, chevaux, moutons) et
    les captifs. En 1903, les Tadjakant, les Larlal, les Ida Ou Ali
    et les Kounta ont versé sur le marché brakna plus d'un millier de
    captifs, par convois qui atteignaient parfois le chiffre de 200.
    Ce trafic était d'un bon rapport pour tous: vendeurs, acheteurs
    et commissionnaires et l'on a le droit de se plaindre de votre
    surveillance et de votre contrôle pour en empêcher le retour.

Quant aux irréductibles et aux pillards du Nord, ils se signalaient
encore par quelques petits coups de mains, tels les Oulad Bou Sba,
qui s'emparèrent notamment d'un convoi de munitions entre Aleg et Mal,
razzièrent les Kounta de Chogar et en s'en retournant pillèrent, près
de Mal, les troupeaux des tribus maraboutiques. D'autres Bou Sba,
ceux-là nos amis, leur donnèrent la chasse. A signaler encore, à la
lisière des territoires trarza et brakna, à 30 kilomètres au nord-est
de Podor, l'attaque nocturne du poste de Ragba par un rezzou que
dirigeait le fils de Mokhtar Oummou, des Oulad Dâmân (Trarza), dans
l'intention de venger son frère, tué quelque temps auparavant par une
de nos bandes toucouleures. Cette attaque fut facilement repoussée.

Ahmeddou, presque seul, demandait l'hospitalité à son allié Bakkar, et
se retirait dans les campements Abakak de l'Assaba.

Bakkar pressé entre la mission, qui préparait sa marche vers le
Tagant, et les tribus Kounta et Oulad Nacer des confins du Sahel, qui
le harcelaient, ne tarda pas à faire des offres de soumission. Elles
ne devaient toutefois pas aboutir immédiatement, car la marche de la
mission fut arrêtée et l'occupation du Tagant fut ajournée à la saison
sèche suivante. Pendant ce temps, Ahmeddou avec ses guerriers Siyed
et ses marabouts Dieïdiba se tenaient dans l'expectative dans les
campements Abakak.

Le meurtre de Coppolani et les événements qui agitèrent en 1905, et
surtout en 1906, le Tagant purent sembler à Ahmeddou et à son fils
Ould Assas une occasion de revanche. Ils comptèrent parmi les plus
bouillants guerriers du Chérif, Moulay Dris, envoyé par le Maroc pour
tenir l'étendard de la guerre sainte et cimenter l'union des tribus
rebelles. Ils prirent une part active au siège de Tijikja.

En outre, Bakkar ould Ahmeïada, chef des Normach se laissait séduire
par les paroles sucrées du Chérif et de son entourage, et faisait
défection en novembre 1906.

Cette défection se produisait à la suite d'un essai de règlement assez
intempestif, effectué par l'administration entre les Normach et les
Kounta-Ahel Sidi-l-Mokhtar.

A la suite d'une agression, en 1904, des Normach contre les Kounta,
un tribunal composé de trois cadis, condamna les premiers au paiement
d'un certain nombre de «dïa». La saisie des biens fut opérée, mais
un reliquat restait dû à Sidi Amar, chef des Kounta, qui ne cessait
de réclamer le paiement intégral de la somme fixée. Les deux tribus,
ennemies entre elles, essayaient à tout instant de se nuire. La
situation toujours très tendue fut dénouée brutalement, en octobre
1906, par une nouvelle agression des Normach contre les Kounta. Une
véritable bataille fut livrée, et de part et d'autre quelques individus
restèrent sur le carreau. Bakkar prit immédiatement la brousse et alla
donner son adhésion au Chérif.

Ainsi par sa proximité du Tagant, le Brakna subissait, en fin 1906, une
répercussion assez sensible des incidents de Tijikja.

En novembre, les Oulad Normach dissidents faisaient une incursion
sur le fleuve et pillaient le troupeau du village de Cascas. Le 16
décembre, ils s'emparaient de trois troupeaux de bœufs, appartenant
aux Peul de Falcandé et tuaient un indigène. En même temps, une bande
de dissidents fort mêlée tentait d'enlever le troupeau du poste de
Ragba, mais était repoussée avec pertes. Les gens de Bakkar pillaient
peu après les campements Id Eïlik, et notamment celui de leur chef Tig
ould Moïn, qui avait présidé le tribunal des cadis précité.

En même temps, un petit mejbour d'Oulad Ahmed dissidents, commandé
par Seneïba, ex-chef de la tribu, pénétrait sur le territoire brakna.
Rencontré par une reconnaissance entre Chogar et Digguet-Memmé, il
s'enfuyait sans accepter le combat.

Ould Assas et sa bande inauguraient cette série de pillages par
lesquels il allait se signaler pendant deux ans. Il opérait plusieurs
razzias aux environs d'Aguiert, pillait un courrier à Digguet-Memmé, et
enlevait des troupeaux aux Touabir M'haïmdat et aux Soubak.

En même temps, le consortium de nos grands ennemis: Ahmeddou ex-émir
des Brakna, Mohammed Mokhtar, chef des Kounta du Tagant et Othman ould
Bakkar, émir des Id Ou Aïch, écrivait à Cheikh Sidia et à Mohammed
Saloum III ould Brahim, émir des Trarza, pour les inviter à évacuer le
pays trarza et à se joindre à eux-mêmes ou tout au moins à les laisser
attaquer en toute liberté les Français et leurs partisans.

Il n'est pas jusqu'aux Id Ou Aïch qui ne se missent de la partie. A la
tête d'un rezzou d'Ahel Soueïd Ahmed et d'Oulad Talha, Deï ould Bakkar,
frère d'Othman précité, entrait dans le Brakna par la passe de Tizigui.
Il enlevait à Melga, à 20 kilomètres à peine de Mal, un troupeau de 300
bœufs et de 1.200 moutons aux Id ag Jemouella.

Cette recrudescence de mejbour était due à la dissémination forcée des
ennemis, provoquée par l'arrivée à Tagant de la colonne de secours
Michard et par le besoin impérieux où se trouvaient les dissidents de
se ravitailler.

Peu de tribus maraboutiques firent dissidence. Il n'y eut guère que
quelques campements Messouma et Torkoz. Ils se hâtèrent d'ailleurs de
demander l'aman, dès que la colonne Michard eut dispersé rebelles et
ennemis du Tagant. Les conditions qui leur furent imposées comprenaient
principalement le paiement d'une amende de guerre proportionnée à leurs
ressources, le désarmement partiel, et la reddition de toutes les armes
à tir rapide.

L'histoire du Brakna se résume à dater de cette heure, dans la
nomenclature des rezzous et contre-rezzous dont il est le champ
d'opérations. Puis peu à peu les chefs de bandes sont tués, meurent
en exil ou font leur soumission. Le calme s'accroît. A partir de
1910, quand l'Adrar est définitivement pacifié, on peut dire que la
tranquillité générale n'est plus troublée.

Voici les principaux faits de cette période; chez les Noirs riverains
du Sénégal d'abord.

Le 1er février 1908, le chef du canton du Démette signalait qu'une
troupe de Maures avait pillé à trois reprises le village de Gorel,
situé entre Dinetiou et Dara (Podor), et était disposée à se jeter sur
Boghé ou Thiénel; que quatre indigènes avaient été tués ou blessés, et
que d'autres engagements avaient lieu, notamment à Gallol, depuis une
huitaine de jours.

La venue d'Ould Assas et d'une bande de 40 guerriers maures et
pourognes était également signalée; un pillage d'une centaine de
vaches et d'un millier de moutons était commis sur des Peul du canton
d'Edy, qui avaient passé le fleuve pour mener leurs troupeaux dans les
pâturages de la rive droite.

D'autre part, à Boghé, on annonçait successivement le pillage d'un
village de cultures près de Chabou: le passage d'Ould Assas dans les
campements des Dieïdiba, aux environs d'Aleg, et l'attaque, le 27
janvier, du village de Gorel.

A la suite de ces attaques et pillages, suivis de meurtres qui
provoquèrent parmi la population sédentaire des bords du fleuve une
profonde émotion, des mesures immédiates furent prises pour exercer une
active police dans le pays.

Le peloton de spahis, commandé par le lieutenant Corrart des Essarts,
reçut l'ordre de se rendre à Boghé et d'exécuter des reconnaissances
dans la région troublée.

En outre, quelques fusils 74 distribués dans les villages les plus
exposés aux pillages devaient permettre aux habitants de repousser les
attaques éventuelles des petits groupes armés.

A ce moment, Bakkar ould Ahmeïada, chef dissident des Oulad Normach,
était également signalé dans la région nord de Boghé. Après diverses
tentatives infructueuses de recherches des «Mejbour», le lieutenant
des Essarts réussissait à tomber, le 27 février, à la mare de Sarrak
(située à 40 kilomètres au nord de Boghé), sur la bande d'Id Ou Aïch et
d'Oulad Talha commandée par Ould Assas et la mettait en pleine déroute.

Ould Assas fut grièvement blessé et passa plusieurs mois pour mort.
Recueilli et soigné par les Dieïdiba, il fut reconduit, sur la fin de
sa guérison dans l'Adrar. Le cadavre pris pour le sien, sur le champ
de bataille, était celui d'un indigène des Euleb. Trente autres Maures
restaient sur le terrain. Un noir blessé et fait prisonnier était
ramené à Boghé. Cet indigène n'était autre que l'artilleur bambara qui
avait déserté en 1904, après avoir tiré sur son chef, le lieutenant
Coupaye; il avait porté les armes contre nous en diverses circonstances
notamment, contre les détachements français qui ont sillonné le Tagant
en 1905.

Le combat de la mare de Sarrak eut une importance politique
considérable et ramena le calme dans la région du Chamama.

Dès lors, la présence des spahis n'étant plus d'une nécessité urgente
à Boghé, le peloton reçut l'ordre d'exécuter une tournée de police
dans le cercle du Brakna pour consolider par cette manifestation les
résultats obtenus.

En même temps, les prises importantes faites sur les tribus dissidentes
du Gorgol, à Mbout, permirent de rendre aux habitants des villages
riverains du Sénégal une partie des biens qui leur avaient été enlevés
par les bandes d'Assas. Un millier de moutons furent ainsi répartis à
Podor entre les indigènes qui avaient été les plus éprouvés.


Les pillages, commis sur les _populations maures_, étaient moins
importants que ceux dont les indigènes du Sénégal étaient victimes.

Les Id ag Jemouella avaient, le 2 janvier 1907, un troupeau de 60
bœufs enlevé, à 4 kilomètres du poste de Mal; les Rahahla, campés
dans le Chamama, à proximité des Dabaï et attaqués par la bande des
Trarza dissidents Oulad Ahmed ben Dâmân, avaient deux hommes tués et
un blessé; les Tâgât, réfugiés à 150 mètres du poste d'Aguiert, se
voyaient enlever leurs troupeaux par les Oulad Bou Sba; ces derniers
purent être rejoints par une reconnaissance qui reprit les biens volés,
après avoir tué un des pillards.

D'autre part, le chef des Oulad Normach dissidents, Bakkar ould
Ahmeïada, attaquait vers la fin de janvier, les Toumoudek de
Sidi-l-Mokhtar; les Touabir M'haïmdat, accourus au secours du
campement, contribuèrent à repousser cette attaque dans laquelle furent
tués 9 hommes: le propre frère de Bakkar, Omar Bou Salif, du côté des
Oulad Normach, et 8 Toumodek et Touabir.

Quelque temps après, il pillait le village de Mbagne (mai 1907).
Énergiquement poursuivi par le lieutenant Chabre, il est atteint à
Chagour, mais peut encore échapper, abandonnant toutefois une grande
partie de son butin.

Après quelques exploits de ce genre, et notamment le pillage dans
la région du Mal, le 8 novembre 1907, d'un campement Torkoz qui eut
18 hommes tués et se vit enlever un nombreux bétail, Bakkar était
assassiné dans la nuit du 30 décembre par un de ses hommes, à la
suite d'une altercation violente. 4 hommes de sa bande rentraient
immédiatement à Aleg et faisaient leur soumission.

Le ralentissement des rezzous et surtout l'occupation de plus en plus
efficace du Tagant permirent à ce moment-là la suppression des petits
postes du début. C'est ainsi que Guimi et Aguiert disparaissent en fin
1906; Mal, en septembre 1907.

A la même date, on envisagea un instant l'évacuation d'Aleg et le
transfert de la capitale du Brakna à Chogar. On trouvait Aleg placé
dans de mauvaises conditions hygiéniques, et surtout hors du centre
géométrique des tribus principales. Le choix se portait sur Chogar,
mieux placé pour l'administration des nomades, sis à une vingtaine de
kilomètres des meilleures zones de pâturage du cercle, où les chameaux
peuvent séjourner toute l'année et à 4 jours du fleuve seulement.
De plus, la nature très boisée des environs offre en abondance des
matériaux de construction. Ce projet fut ajourné, et malgré qu'il ait
été repris plusieurs fois, n'a jamais abouti.

Le 4 juin 1908, un convoi de ravitaillement, montant vers Aleg, est
attaqué à Azlat par quelques dissidents, conduits, a-t-on dit, par
Seneïba. Ils tuèrent les mulets à coups de couteaux et fusillèrent
l'interprète noir et plusieurs gardes qui s'étaient laissés surprendre.

En novembre 1908, Cheikh vint à Aleg pour saluer le colonel Gouraud,
Commissaire du Gouvernement, et palabrer avec les tribus.

En fin décembre 1908, et au début de 1909, Ahmeddou fait une apparition
dans le Brakna et jusque dans le Chamama pour entraîner la dissidence
des tribus, et surtout des Oulad Ahmed. Pourchassé, il ne put donner
suite à son projet et s'enfuit.

Par la suite, on voit Hobeïb, frère d'Ahmeddou, incursionner aussi dans
le Brakna et se faire donner, mi de gré, mi de force, des cadeaux par
les marabouts ou les Toucouleurs. Il est plusieurs fois mis à mal par
les gens d'Eliman Abou.

Le retour de l'Adrar de la colonne Gouraud, en décembre 1909, amena la
soumission à peu près générale de tous les chefs rebelles du Trarza
et du Brakna: Ould Deïd, Isselmou ould Mokhtar Oummou, Ahmed ould
Bou Bakar, Lobat ould Ahmeïada, Sidi Ahmed ould Bou Bakkar, etc., se
présentent soit à Boutilimit, soit à Aleg par des chassés-croisés
plus ou moins habiles, et déposent les armes. Il ne restait plus en
dissidence que Seneïba, qui revenait à son tour quelques semaines plus
tard, et l'émir Ahmeddou, qui, irréductible jusqu'au bout, s'enfonçait
vers le sud marocain.

Le 1er juillet 1910, un groupe de pillards enlevait près d'Aguiert 70
chameaux aux Tâgât, et le lendemain pillait une caravane de dioula à
Lekfotar et brûlait les correspondances enlevées d'un courrier.

Le lieutenant Bourguignon rattrapait les pillards à la passe de
Tizigui, reprenait marchandises et chameaux enlevés et tuait 2
pillards. La leçon fut salutaire; elle amena leur soumission presque
immédiatement à Chingueti.

Peuple heureux, le Brakna n'a désormais plus d'histoire.


Le cercle du Brakna fut constitué dans sa première forme par un
arrêté du Gouverneur général du 26 décembre 1905; il était formé des
anciennes régions de Mal et de Regba, auxquelles fut jointe la partie
de l'ancienne région de Gorgol, située sur la rive droite de cet oued.
Le chef-lieu en fut Aleg, avec deux résidences annexes: Boghé et Mal.

Le cercle devait être remanié et délimité par l'arrêté du Gouverneur
général, en date du 26 décembre 1912. Il était borné au nord par le
cercle de Tagant, à l'est par le Gorgol, à l'Ouest par le Trarza, au
sud par le fleuve Sénégal, le séparant de la colonie du même nom. Il
comprenait en cet état le Brakna proprement dit, ou territoire des
Maures, avec Aleg comme chef-lieu, et le Chamama, zone d'inondation du
Sénégal, peuplé de Noirs (Toucouleurs), avec Boghé comme chef-lieu.
Aleg restait la capitale du cercle.

Un arrêté du 30 juin 1918 a partagé le cercle en deux nouveaux cercles,
calqués sur ces deux régions géographiques: le premier, qui conserve
son nom de Brakna, est le cercle Maure et reste soumis à un officier
(Aleg); le second, qui prend le nom de Chamama, est un cercle Noir, et
se trouve désormais commandé par un administrateur (Boghé). Nul doute
qu'un avenir prochain ne mette fin à ce partage inutile, et même fort
gênant, et ne ramène les choses en leur état antérieur.

Le Brakna maure actuel comprend quatre grandes régions naturelles;
_l'Amechtil_, pays des grandes dunes et des puits profonds. Le sol,
surtout sablonneux, est partout très perméable--_L'Agan_, région de
dunes et de roches. Les mares et les oglat y sont nombreux, et l'eau y
persiste longtemps, suivant les pluies, et quelquefois toute l'année.
_L'Akel_, région intermédiaire entre les deux autres; le sol assez
compact retient l'eau. Les mares et les oglat y sont nombreux, mais
l'eau ne persiste que pendant deux ou trois mois après l'hivernage.
_L'Aftouth_, qui s'étend au nord du Chamama, dont il le sépare par
une ligne de dunes de faible altitude. C'est un pays de «tamourt»
nombreuses (cuvettes, déversoirs de bassins fermés), où l'eau abonde
en hivernage, tandis qu'en été, on la trouve à faible profondeur. Les
principales sont l'Aguiert, Guimi; Chogar-Toro; Lemaoudou; Aleg (bassin
de l'Oued Katchi); Mal, qui se déverse quelquefois dans le Sénégal
par le Khat; la rive droite du bassin du Gorgol avec les tamourt de
Dionaba, Chogar-Godel, et enfin les oueds Lgoussi, Mouit, Mounguel.
La rivière la plus importante du Brakna est l'oued Katchi (prononcé à
peu près Katyi, Kaki) dont le cours a environ 170 kilomètres et qui se
jette dans le lac d'Aleg. Les lits de ces tamourt et oueds sont formés
d'une bonne terre alluvionnaire, où les haratines maures font leurs
lougans.

La transhumance des troupeaux est soumise à la règle générale des
tribus du nord immédiat du fleuve: réserver pour la saison sèche
les points où l'eau sera abondante et facile à prendre, c'est la
loi du moindre effort. Aussi, dès le début de l'hivernage, tout le
monde s'éparpille, fuyant les grands tamourt où pullulent mouches et
moustiques. L'oued Katchi est la plus grande région d'attraction,
l'herbe et l'eau y abondent et les campements peuvent s'installer sur
les plateaux qui l'entourent, plateaux assez dénudés, d'où le grand
vent chasse les moustiques. Lorsque les premiers froids ont détruit
les moustiques, que les petites mares sont à sec, on se rapproche
des grands tamourt. Lorsqu'en ces puits l'eau a disparu, on creuse
les oglat. A mesure que la sécheresse augmente, beaucoup d'oglat se
dessèchent. En mai-juin, les tribus sont toutes concentrées autour des
4 ou 5 points d'eau principaux; Aleg, Guimi, Mal, le bassin de Gorgol
et autour des grands puits.



LIVRE II

=CHRONIQUE ET FRACTIONNEMENT DES TRIBUS=


Les tribus qui habitent actuellement le territoire brakna sont
d'origine arabo-berbère, comme toutes les tribus de l'Afrique du Nord
et de l'Afrique occidentale.

Certaines sont nettement _d'origine arabe_: ce sont les hassanes[6]
Oulad Abd Allah (I Oulad Normach et II Oulad Siyed) et III, Oulad
Ahmed, qui se rattachent, comme on l'a vu plus haut aux invasions
arabes des quatorzième et quinzième siècles. Leurs généalogies claires,
simples, incontestées chez eux et au dehors, les lient indiscutablement
à ces grands condottieri qui descendent du Sud marocain. Ce sont eux
d'ailleurs les seuls qui portent le nom de «Brakna». Le pays a pris
d'eux le nom de «territoire brakna» ou «territoire des Brakna» (trab
Brakna), parce qu'ils en étaient les maîtres politiques, mais ce serait
faire une injure grave aux tribus maraboutiques que de les appeler
«Brakna». Elles sont simplement, à leur dire, domiciliées sur le
territoire brakna.

  [6] La numérotation indique l'ordre d'étude de ces tribus.

Nos prédécesseurs sur la terre sénégalaise avaient, dès le dix-huitième
siècle, fait la distinction, sans toujours bien se rendre compte des
faits. Voici par exemple Labarthe, qui dit: «La troisième tribu,
appelée Ebraquana, s'étend à l'est de celle Aulad el Hagi... Les
Maures Braknas font partie de la tribu Ebraquana.» (1784). Les «Maures
Bracknas» sont pour lui évidemment les hassanes, ou vrais Brakna
commandés par «Hamet-Mocktard». C'est exact. Mais il fait erreur quand
il veut les insérer dans une tribu Ebraquana. Il n'y a pas de tribu de
ce nom, autre que la première, quelle qu'en soit l'orthographe, mais il
y a un territoire brakna, où nomadisent d'autres tribus que les Brakna.

La deuxième couche des Brakna est constituée par les tribus _tolba_
ou _zouaïa_, dont nous avons fait les «tribus maraboutiques» et qui
sont plus nombreuses d'ailleurs que les tribus guerrières. Ce sont
les: IV Dieïdiba; V Zemarig; VI Kounta; VII Torkoz; VIII Hijaj; IX Id
Eïlik; X, Id ag Jemouella, ceux-ci se prétendant Chorfa; XI Tâgât; XII
Tolba Tanak; XIII Ahel Gasri; XIV Draouat; XV Tachomcha. Ces tribus
maraboutiques sont toutes d'origine berbère, encore qu'elles se donnent
par delà leur ascendance berbère-marocaine une lointaine extraction
arabe. Il est d'ailleurs avéré que, soit dans leur passé sud-marocain,
soit depuis les invasions hassanes, quelques gouttes du sang arabe se
sont infusées à leur sang, de même que du sang berbère s'est répandu
par les mariages dans les veines des hassanes. Ces tribus berbères sont
en général celles qui ont pris part à la grande guerre de Cherr Babbah
(dix-septième siècle), dont l'issue malheureuse les a définitivement
muées en marabouts.

Viennent enfin au troisième degré les tribus zenaga proprement dites,
c'est-à-dire «tributaires». J'ai expliqué dans l'_Émirat des Trarza_
que zenaga avait perdu son sens originel de Çanhadja, pour prendre
celui de «tributaire», encore qu'il y ait des tributaires qui ne soient
pas Çanhadja et des zenaga-Çanhadja qui ne soient pas tributaires.
Il n'y a pas à y revenir ici. Ces tribus zenaga, qui vivaient à
demi-guerrières dans le sillage des hassanes et avaient réussi à
se faire respecter d'eux, sont les XVI, Behaïhat; XVII, Soubak; XVIII,
Toumodek; XIX, Tabouit; XX, Touabir.

    [Illustration: LA MOSQUÉE D'ALEG.]

Il ne reste à ajouter à cette nomenclature que XXI, le village
sédentaire (dabaï) d'Aleg, dont la création ne remonte qu'à notre
occupation (fin 1903).

Avant d'entamer l'étude directe de chaque tribu, il faut donner,
au moins pour la perfection de la documentation, les prétendues et
fantaisistes--au moins pour la plupart--origines arabes que se donnent
les tribus du Brakna.

Sont Qoreïchites: les Oulad Abd Allah (Oulad Normach et Oulad Siyed),
les Oulad Ahmed, les Kounta, les Hijaj.

Sont Himyarites: les Dieïdiba, les Torkoz, les Tâgât; les Id Eïlik, les
Soubak, les Toumodek, les Behaïhat, les Arallen, les Touabir.

Sont Chorfa: les Id ag Jemouella.



CHAPITRE PREMIER

OULAD NORMACH


1.--_Historique._

On a vu dans la première partie de cet ouvrage les origines et
l'histoire des Oulad Normach. Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle,
en effet, cette dynastie dirige le sort des Brakna et l'histoire de
l'une n'est que l'histoire des autres.

Vers 1780, le pouvoir passe définitivement aux Oulad Siyed dans la
personne de l'émir Mohammed ould Mokhtar. C'est à cette branche cadette
qu'est lié désormais le sort de la tribu. Pour continuer à suivre
l'histoire des Oulad Normach, il faut la reprendre à cette date.

Ahmeïada, fils ou petit-fils de Ahomel Heïba, paraît être mort, ou en
tout cas avoir perdu le commandement de la confédération vers 1780.
Une tradition dit qu'il aurait été assassiné par ses gens révoltés. Il
laissait de nombreux enfants, dont les plus connus, pour avoir joué
un rôle ou pour avoir laissé une descendance subsistant aujourd'hui,
sont Mohammed, Mokhtar Cheikh, Sidi Ahmed, Hiba et Bakkar. Ces enfants
étaient tous en bas âge: ce fut sans doute une raison de plus, qui
permit aux Oulad Siyed de se substituer aux Normach.

A l'intérieur des Oulad Normach, l'anarchie régna plusieurs années.
Mohammed, fils aîné d'Ahmeïada, parvenu à l'âge d'homme, refusa de
faire valoir ses droits et se convertit au maraboutisme. Ses jeunes
frères s'étaient retirés chez les Oulad Eli de Gorgol, dont le chef
Sidi Heïba avait épousé leur sœur Fatima Ahmeïada. Dès qu'il fut à
l'âge d'homme, Mokhtar Cheikh, deuxième fils d'Ahmeïada décida son
beau-frère à combattre les Oulad Normach et leurs berbères zenaga Oulad
Aïd. Il ne subit que des échecs et se rendit compte qu'il ne pourrait
par la force assouvir sa haine et venger la mort de son père. Sidi
Heïba essaya alors de diviser les Oulad Normach et leurs tributaires.
Il «fit connaître aux premiers qu'il ne leur en voulait pas, et qu'il
ne désirait que vivre en bonne intelligence avec eux, pourvu qu'ils se
séparassent des Oulad Aïd».

Les Oulad Normach allaient accepter, quand Mokhtar Cheikh leur
demanda audience. Dès qu'ils l'eurent mis au courant de leur projet
d'abandonner les Oulad Aïd, pour éviter la continuation des hostilités
avec les Oulad Eli, il les en dissuada, leur déclarant que cette action
serait indigne de leur passé et de leurs aïeux, qui, eux, n'avaient
jamais abandonné leurs vassaux. Il leur fit comprendre que Sidi faisant
une telle proposition, n'avait d'autre but que de les diviser et de
les vaincre en détail, puisqu'il n'avait pu les anéantir, lorsqu'ils
étaient réunis. Il ajouta que s'il le fallait, pour l'honneur du nom,
il n'hésiterait pas à marcher contre les Oulad Eli eux-mêmes, dans les
rangs des Oulad Aïd.

Les Oulad Normach auraient été tellement touchés du raisonnement
de Mokhtar Cheikh et de son dévouement à sa tribu d'origine qu'ils
déclarèrent qu'ils ne pourraient avoir un meilleur chef que lui, lui
dressèrent une tente au centre du campement et lui rendirent l'héritage
paternel.

L'ambition du fils d'Ahmeïada, seul chef désormais des Oulad Normach,
était satisfaite. Il déclara la guerre aux tribus des régions voisines,
Trarza, Tagant, et jusque dans le Hodh. Avec les Oulad Siyed il
fut en lutte perpétuelle. Il tua ainsi près de Kaédi Sidi Heïba son
beau-frère, qui l'avait élevé. Il fit si bien qu'à la fin de son règne,
les deux tiers des hommes valides de la tribu étaient morts sur les
champs de bataille. Il fut enterré à Chogar.

Son frère Heïba ould Ahmeïada lui succéda.

L'alliance conclue par son prédécesseur avec les Ahel Soueïd Ahmed, qui
habitaient le Tagant, fut consolidée et il leur vint en aide contre les
Chratit, leurs cousins. Il continua la lutte contre les Oulad Siyed et
Oulad Eli et mourut un an après, de la variole.

Il fut remplacé par son frère, Sidi Ahmed, dont la mère appartenait aux
Ahel Mohammed Aïda, famille régnante de l'Adrar. Celui-ci conclut la
paix avec toutes les tribus originaires de la souche Oulad Abdallah et
elles déclarèrent alors la guerre aux Oulad Ahmed, qui, quoique Brakna,
faisaient toujours bande à part.

La guerre ne dura que quelques années, car les Oulad Ahmed vaincus
demandèrent la paix. Ils s'empressèrent du reste de la violer en
assassinant Heïba ould Sidi Ahmed à Tamourt Nadj.

Les Oulad Ahmed se vengèrent, avant même d'attendre le successeur de
leur chef tué, Brahim ould Mokhtar, qui se trouvait dans le Tagant,
lors de l'assassinat de son oncle. Ils massacrèrent près de Chogar
toute une caravane Oulad Ahmed. Quelque temps après, Brahim épousa une
jeune fille des Oulad Ahmed et les deux tribus se réconcilièrent.

Pendant tout le temps que dura le commandement de Brahim, Oulad
Ahmed et Oulad Normach vécurent en bonne intelligence, nomadisant
ensemble. Pendant l'hivernage, ils vivaient sur l'oued Katchi à Guimi,
à Tamersnat et dans l'Agan. Pendant la saison sèche, ils étaient
installés: les Oulad Normach, au nord du Chamama, en face la province
du Lac, dont les habitants étaient leurs amis; les Oulad Ahmed, en face
du canton des Aleïbé.

Toutes deux marchaient ensemble contre leurs ennemis communs, les Oulad
Siyed.

Ces derniers vivaient constamment près du fleuve, en face du canton de
Toro, qui s'étend de Edi à Podor, et dont les habitants leur étaient
aussi dévoués que ceux du Lac l'étaient aux Oulad Normach.

Quelque temps avant la mort de Brahim ould Mokhtar Cheikh, son cousin,
Mokhtar ould Ahmeïada, essaya de lui enlever le commandement. Il ne
parvint qu'à opérer une scission dans la tribu. Elle se fractionna en
deux groupements, dont chacun eut un chef indépendant. Celui de Brahim
continua à vivre avec les Oulad Ahmed. Cette situation ne se prolongea
pas au delà de deux ans, car, à la mort de Brahim survenue vers 1871,
Mokhtar put réunir à nouveau les deux campements et en devint le chef.

La guerre continua avec les Oulad Siyed, entrecoupée par de courtes
périodes de paix.

De 1871 à 1876, les hostilités furent ininterrompues. Elles aboutirent
à la paix de 1876, à la suite de la victoire de Khaïrou Eli remportée
par les Oulad Siyed.

La guerre commença en 1878, sur la demande d'un nommé Ali Salim de
Guidabé, qui avait eu son père tué par les Oulad Siyed.

Mokhtar ould Ahmeïada ayant accepté, la lutte dura quatre ans, à la
suite desquels, Sidi Eli demanda la paix par l'intermédiaire de Sidi
Mohammed Bekkaï ould Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Lorsqu'elle fut conclue,
Oulad Siyed et Oulad Normach réunirent leurs campements et nomadisèrent
ensemble. Le tamtam de guerre fut confié à Mokhtar ould Ahmeïada en sa
qualité de descendant direct de Normach.

Cette entente fut de courte durée, car en 1885, Nabra, fils de Bakkar
ould Soueïd Ahmed, chef des Id Ou Aïch, alliés de longue date aux
Oulad Normach, ayant tué, en duel, à Iguig, comme on l'a vu dans la
première partie, Mokhtar fils d'Ahmeddou chef des Oulad Siyed, ceux-ci
considérèrent les Normach comme complices du meurtrier. Les campements
se séparèrent et la guerre recommença.

Cette fois-ci, les Oulad Normach s'allièrent avec les Trarza al-Biodh;
et les Oulad Siyed eurent les Trarza al-Kohol comme partisans. La lutte
dura cinq ans. En 1890, les amis des Oulad Normach ayant perdu leur
chef Amar ould Salim, rentrèrent chez eux.

Mokhtar ould Heïba, chef des Oulad Normach, ayant été abandonné par les
Arabes de sa tribu, dont le chef était son frère Mohammed et qui était
allé vivre près du fleuve, fut obligé de demander la paix à l'émir
Ahmeddou, des Oulad Siyed.

Ahmeddou la lui accorda et il vécut avec quelques haratines près de
Chogar et de Guimi, tant que les Oulad Normach furent commandés par
son frère, puis par le fils de ce frère, son neveu Mohammed. Celui-ci
vivait aussi en bonne relation avec les Oulad Siyed, dont le chef était
le mari de sa tante Oum Mouminin mint Heïba.

Le jeune chef des Oulad Normach mourut à Cascas, en 1892, et son oncle
ne lui survécut que d'une vingtaine de jours. Ceux des Oulad Normach
qui vivaient avec Mokhtar ould Ahmeïada descendirent près du fleuve
et campèrent avec leurs compatriotes. Le chef de la tribu Sidi Ahmed,
vécut en bonne intelligence avec les Oulad Siyed, dont il devint en
quelque sorte un des vassaux. Il est bon de dire que sa parenté avec
Ould Assas, fils d'Ahmeddou et de sa tante Oum Mouminin, lui facilitera
beaucoup les rapports avec les Oulad Siyed, dont Ould Assas commençait
déjà à suppléer le chef.

Pendant ce temps, Bakkar, fils de Mokhtar ould Ahmeïada, âgé de 16 ans,
vivait dans la tribu des Oulad Ahmed avec sa mère Mint Dioghédan. Quand
il fut en état de porter le fusil, il commença, avec ses camarades du
même âge des Oulad Ahmed, à piller les Oulad Siyed. En 1898, à la tête
d'une bande dans laquelle se trouvait Brahim ould Ahmoïmid, ancien chef
d'un campement Oulad Ahmed, Omar ould Bou Salîf, Mohammed Brahimat,
et Mokhtar ould Naïm, il se rendit au campement des Oulad Siyed et y
tua Mohammed ould Ahmeddou, dont le frère Mohammed Krara avait tué son
frère aîné Brahim ould Mokhtar ould Ahmeïada, à Guimi.

Entre temps, avec les Oulad Biri et les Oulad Ahmed il se battit contre
les Oulad Siyed, les Oulad Normach commandés par son cousin Sidi
Ahmed et contre les Dieïdiba. Il ne voulut pas rentrer dans sa tribu,
trouvant dans sa haine pour les ennemis de son père la volonté de vivre
loin des siens, ne voulant pas habiter dans une tribu qui pliait devant
la volonté des Oulad Siyed.

En 1901, les Touabir Oulad M'haïmidat et les Oulad Yara, battus par
les Oulad Siyed, qui épousaient la querelle des Oulad Kohol allèrent
trouver Bakkar chez les Oulad Ahmed et lui demandèrent de marcher avec
eux contre leur ennemi commun. Ils trouvèrent les Oulad Ahmed à Tamourt
Nadj. Leur chef Ahmoïmid leur déclara qu'il était prêt à épouser leur
querelle, pourvu qu'ils le reconnaissent comme chef et non Bakkar, qui
dans le campement n'était qu'un étranger.

Après avoir été du même avis que Ahmoïmid, Oulad Mohaïmidat et Oulad
Yara se récusèrent, dès qu'ils furent dans le Chamama avec les
guerriers Oulad Ahmed. Furieux, Ahmoïmid chercha à se réconcilier
avec les Oulad Siyed. Lorsque sa tribu connut ses démarches, elle
l'abandonna et se choisit comme chef Brahim ould Ahmoïmid, son cousin
germain. Pendant ce temps, Séneïba était dans le Tagant. Dès qu'il
apprit les difficultés éprouvées par Ahmoïmid, il revint chez les
Oulad Ahmed et s'il ne parvint pas à déposséder Brahim, il réussit du
moins à lui enlever une partie de ses tentes. Les Oulad Ahmed furent
alors partagés en deux campements. En même temps, Bakkar prenait le
commandement des Oulad Normach en remplacement de Sidi Ahmed, destitué
pour sa faiblesse à l'égard de la tribu ennemie, les Oulad Siyed.

Oulad Normach, Oulad Ahmed, Touabir Oulad M'hamidat et Oulad Yara se
préparèrent activement à la guerre contre les Oulad Siyed lors de notre
arrivée en Mauritanie en 1903.

C'est alors que l'émir Ahmeddou, ses Oulad Siyed et ses partisans
attaquèrent la mission Coppolani à Aleg.

Les ennemis des Oulad Siyed, sous le commandement de Bakkar ould
Ahmeïada, firent alors cause commune avec nous.

Mais par la suite, au fur et à mesure de la progression de notre
occupation, plusieurs personnages se détachèrent de notre alliance, et
notamment Bakkar ould Mokhtar.

Après avoir pillé pendant plus d'un an les tribus du cercle de Brakna,
Bakkar avait pris la route de l'Adrar pour ne pas subir un jugement
prononcé contre lui.

Il se signala par ses rezzous jusqu'en janvier 1907, date où il fut
assassiné par un de ses compagnons de rapines, Mokhtar ould Leïli, des
Oulad Mansour.

_Tableau généalogique des chefs Normachi actuels._

                              Ahmeïada,
               dernier émir Normachi († vers 1780).
                                  |
       ___________________________|__________________
      |             |             |          |       |
  Mohammed.  Mokhtar Cheikh,  Sidi Ahmed.  Hiba.   Bakkar.
                  1845.                      |
      ______________|               _________|________
     |              |              |                  |
  Ahmed.         Brahim.        Mokhtar.           Mohammed.
     |              |              |                  |
     |              |--Mokhtar     |--Brahim,         |--Hiba,
    Eli.            |    Cheikh.   |    tué par       |    tué par
     |              |              |    Ahmeddou      |    les Siyed.
     |              |--Ahmeïada.   |    Krara         |
   Ahmed.                          |                  |--Mohammed. †
                                   |--Hiba,           |
                                   |    mort en       |--Sidi Ahmed,
                                   |    bas âge.      |    né vers 1882.
                                   |                  |        |
                                   |--Bakkar,         |    Mohammed.
                                   |    né en 1878,   |
                                   |    tué en        |--Mokhtar. †
                                   |    dissidence
                                   |    en 1907.
                                   |
                                   |--Mohammed.
                                   |
                                   |--Hiba,
                                        dit _Lobat_,
                                        chef actuel.

A l'heure actuelle, subsistent:

_a_) de la famille de Mokhtar ould Hiba ould Ahmeïada, son fils aîné,
Mohammed, qui versé dans le maraboutisme, a refusé le commandement de
la tribu; sa mère n'était qu'une concubine de Mokhtar; son dernier fils
Hiba, dit _Lobat_, chef actuel de la tribu et qu'on retrouvera plus
tard;

_b_) de la famille de Mohammed ould Hiba ould Ahmeïada, frère du
précédent: Mohammed, né vers 1906, fils de son fils Sidi Ahmed. Il est
élevé par sa mère, chez les Oulad Ahmed. Tous ses autres fils ont été
tués, Hiba par les Oulad Siyed à Ouezzou, Mohammed et Mokhtar, un peu
plus tard;

_c_) de la famille de Mokhtar Cheikh ould Ahmeïada son
arrière-petit-fils, Ahmed ould Eli et ses deux petit-fils Mokhtar
Cheikh et Ahmeïada, fils de Brahim. Ahmed ould Eli, né vers 1908, n'est
qu'un enfant qui a remplacé son père Eli ould Ahmed. Celui-ci, né vers
1876, courageux, éloquent, généreux, était très aimé de la tribu, qui
espérait en lui un chef. Il fut dissident jusqu'en janvier 1908, date
à laquelle il fit sa soumission. Il est mort vers 1914. Mokhtar Cheikh
est né vers 1865. Il ne descendit du Tagant dans le Brakna, que pour
solliciter l'emploi de chef des Oulad Normach, chaque fois qu'elle se
trouvait vacante. Candidat malheureux, il regagnait toujours son pays
natal, après un court séjour dans le Brakna. En 1906, après la bataille
de Niémelan, à laquelle il prit part vraisemblablement, Mokhtar Cheikh
partit dans l'Adrar avec les Oulad Soueïd Ahmed. Mais quelques mois
après, ayant vu arriver dans l'Adrar Bakkar ould Ahmeïada et la plupart
des membres de sa famille, il vint faire sa soumission pour solliciter
à nouveau le commandement des Oulad Normach. Son frère cadet, Ahmeïada,
est né vers 1880. Il vit dans la fraction de sa mère, les Oulad Soueïd
Ahmed, avec lesquels il partit dans l'Adrar, après l'attaque de
Tijikja, où il se distingua;

_d_) de la famille de Mokhtar, dit Badior, fils de Normach subsistent
deux branches issues de ses deux fils: Samba et Ahmed. Le chef de la
première est Samba ould Mohammed ould Sidi Ahmed ould Abd allah ould
Samba. Les chefs de la seconde sont: Ahmed et Mohammed ould Brahim o...
ould Ahmed;

_e_) de la famille d'Al-Mekhaïlig ould Normach subsistent plusieurs
tentes, dont les chefs sont Samba et Brahim ould Mokhtar ould Siyed
ould Mokhtar Salem ould Eli ould Amar ould Al-Mekhaïlig;

_f_) de la famille d'Abd Allah ould Normach, subsiste la tente de Yahdi
ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ... ould Abd Allah;

_g_) les descendants de Siyed ould Normach sont les Tiab ould Normach;

_h_) d'Ahmed ould Normach, le fils aîné, seul, Baouba, a sa postérité
chez les Normach: les chefs de tentes sont: Mohamed Saloum ould Mbarek
Fal ould Eli Saloum ould Mohamed Saloum ould Baouba, et Amar ould
Mohamed ould Brahim ould Othman ould Baouba. Le fils cadet a laissé
aussi des descendants, qui se sont maraboutisés et fondus chez les
Tagnit.


2.--_Fractionnement._

Les Oulad Normach, victimes de leurs dissensions perpétuelles, sont
aujourd'hui réduits à un chiffre infime. Ils comprennent 75 tentes
et 339 individus. Encore de ce chiffre les tiab et les haratines
constituent-ils la plus grande partie.

                    tentes  personnes  bovins   ovins  camelins  ânes

  Normach nobles       10         78      34     215        10     6
  Haratines Normach    39        179      23     685         2    17
  Tiab Normach         26         82      58     173         2    17
                       __        ___     ___   _____        __    __
                       75        339     115   1.073        12    40

On remarquera que cette tribu guerrière ne possède pas un seul cheval.
Ce petit fait indique nettement sa décadence. Ils n'ont pas de marque,
suivant la coutume des guerriers.

Ils nomadisent en hivernage, entre Aleg et Daguet Mémé; en saison
sèche, au Sud de Mal et aux environs de Dielowar. Leur territoire
de commandement était compris, à notre arrivée, entre Mal, Cascas
et l'oued Katchi. En cas d'insuccès dans leurs luttes contre les
Oulad Siyed, ils refluaient vers le nord: Chogar, Guimi, Aguiert, se
rapprochant ainsi des Oulad Ahmed, leurs alliés ordinaires.

Les marabouts des Oulad Normach sont: les Dieïdiba et les Id Eïlik; ce
sont ceux-ci qui, depuis plusieurs générations, ont fourni leurs cadis.
C'était jadis Tig ould Al-Atig. En 1915, ils l'ont abandonné et usent
maintenant des bon offices du cadi de la deuxième fraction des Id Eïlik
Kabir ould Al-Aqel, des Ahel Aleg. Au surplus, l'influence religieuse
des uns et des autres est bien minime. On ne rencontre que quelques
Normach pourvus de l'ouird.

Le chef général des Normach est actuellement _Lobat_ (de son vrai
nom Hiba ould Mokhtar ould Hiba). Sa mère Oumm Mouminin ment Mohamed
Jerdane est des Oulad Ahmed. Il est né vers 1895, et exerce malgré
sa jeunesse son commandement avec beaucoup de doigté. Encore enfant
à notre arrivée, il suivit les siens dans leur dissidence. Il se
trouvait au combat des Touigdaten, près d'Ajoujt où fut tué le
capitaine Repoux, puis revint dans le Brakna et fit sa soumission après
la mort de son frère Bakar. Il repartit en dissidence en fin 1908
avec ses oncles maternels les Ahel Bou Bakkar, des Oulad Ahmed, fit
partie de quelques rezzous dans le Regueïba et le Hodh, et se soumit
en fin 1909 avec Mohamed ould Bou Bakkar. Le droit au commandement
lui revenait par hérédité. Deux mois après son retour, il en était
pourvu en remplacement de Mohammed ould Badior, chef intérimaire. Ce
jeune et intelligent pillard de la veille comprit qu'il devait se
rapprocher des Français pour restaurer sa tribu. Il vint donc habiter
Aleg au début de 1912, et suivit pendant plusieurs mois les cours de
l'école. Puis trouvant que les progrès n'étaient pas assez rapides, il
alla faire un an d'études à la médersa de Saint-Louis et deux années
à la médersa du Boutizimit. L'ex-chef Mohammed ould Badior assurait
son intérim. Rentré en novembre 1916 à Aleg, il suivait quelque temps
encore les cours de l'école locale, puis jugeant son instruction
terminée, il reprenait le commandement de sa tribu. Aujourd'hui il
parle et écrit convenablement le français.

C'est un chef excellent, qui se tient très bien et qu'il ne faut
pas juger sur son maintien d'ex-écolier qui lui fait du tort. Il a
fait preuve pour lui comme pour les siens de beaucoup d'énergie. Son
ambition serait de restaurer le prestige de sa tribu en mettant la
main sur ses anciens tributaires qui lui ont échappé. Mais c'est là
de l'histoire ancienne. Les Touabir veulent bien encore faire des
cadeaux aux Normach, et le 13 novembre 1916 cinq zenaga lui remettaient
officiellement le horma classique, mais ils tiennent par-dessus tout
à leur indépendance recouvrée, et nous ne pouvons, malgré toute notre
sympathie pour Lobat et les siens, qu'approuver cette régénération des
Touabir.

Les notables de la tribu Normach sont: _a_) Mohammed ould Brahim ould
Ahmed, dit Badior (ould Bakkar ould Ali ould Ahmed ould Hiba ould
Normach). Son grand-père Ahmed fut un guerrier cruel; ses exactions
sur ses zenaga Touabir, dont il pillait sans répit les troupeaux lui
valut le surnom de «Badior» qui est le nom d'une maladie qui décime
les moutons. Mohammed ould Badior, comme on l'appelle communément,
semble avoir joué un rôle assez effacé avant notre arrivée. Il ne
partit jamais en dissidence, non plus que sa famille. Aussi après
le départ de Bakkar ould Mokhtar fut-il nommé chef, comme étant le
notable le plus représentatif, il fut remplacé au début de 1910 par
Lobat, héritier naturel, et assura les intérims de celui-ci pendant
ses absences. Retiré dans sa tribu, il y vit aujourd'hui tranquille et
assez besogneux.

_b_) Yahdi ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ould Abd Allah; Ce
personnage, né vers 1848, paraît être le notable le plus important des
Normach. Il est très renommé pour sa science médicale et s'était acquis
dans l'exercice de cet art un beau cheptel de bœufs et de moutons.
Il prit part à Tartonguel à l'échauffourée qui mit aux prises Oulad
Normach et Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar et, à la suite de ces incidents,
fut le principal artisan de la dissidence des Normach. Il fut notamment
le mauvais génie de Bakkar ould Ahmeïada en le dissuadant de se rendre
auprès des autorités du Brakna et en lui conseillant la fuite vers
l'Adrar. Il partit lui-même peu après en dissidence, entraînant un
grand nombre de tentes. Il retint Bakkar dans le Nord tant qu'il put et
ne fit lui-même sa soumission que parmi les derniers. Au cours de son
exil, il fut victime de plusieurs pillages, qui ont considérablement
diminué sa fortune. Il faut signaler dans l'entourage de Yahdi le
forgeron Qassim ould Al-Kehel, intelligent et ouvert, qui paraît
n'avoir suivi Bakkar et Yahdi dans l'Adrar que par fidélité à ses chefs.

_c_) Bou Daha ould Qadiri, né vers 1888. Il est issu d'une famille
de Tiab ould Normach redevenue guerrière. Vigoureux, sans fortune,
orphelin, il prit la vie de pillard qui convenait le mieux à son
tempérament. Quand cet art devint trop dangereux dans le Brakna il
suivit Bakkar dans l'Adrar et fut de toutes ses razzias. Après la mort
de son chef de bande, il fit sa soumission, et depuis cette date s'est
tenu tranquille.

_d_) En dehors des personnalités précitées, il n'y a guère à signaler
que quelques jeunes gens, de plus ou moins d'avenir: Samba ould Siyed,
né vers 1892, neveu de Yahdi, chez qui il vit; Brahim, son frère, né
vers 1895, Abd Er-Rahman leur cousin. Ils ont tous suivi le chef de
famille dans l'Adrar.

Chez les Haratines Oulad Normach, les personnages principaux sont
les deux frères Khanfari (Sidi Bouna), né vers 1878, et Ahmeïada, né
vers 1878, fils d'Eliman ould Yarg. Ils ont été tous deux de fidèles
compagnons de Bakkar. Dans leur campement vit le fils d'une bonne
famille normach, orphelin de père et de mère, Mahmoud ould Eïbouti. Il
l'a suivi dans sa dissidence comme dans sa soumission.

Les Haratines ne témoignent que d'une piété fort minime. Rares sont
ceux d'entre eux qui ont reçu une affiliation, toujours qadrïa
d'ailleurs. Ils nomadisent en tout temps sur l'oued Katchi et dans
l'Oubeïr, entre Aleg et Kaédi.

Ils on pris, comme leurs maîtres hassanes, depuis notre arrivée, le
feu lam-alif des Id Eïlik, contre-marqué d'un trait inférieur, soit
[lam-alif ﻻ souligné].


Les _Tiab ould Normach_ sont comme leur nom l'indique, les descendants
de guerriers Normach qui, lassés de leur vie d'aventure ou plus
probablement incapables de la continuer en face de dangers trop grands
pour leur courage, ont abandonné le statut des guerriers et ont déclaré
vivre en bons et pieux musulmans. Certains campements mènent cette vie
depuis fort longtemps, tels les Ahel Melkhail, qui se convertirent une
génération après Abd Allah; d'autres sont venus «à la voie droite» tout
récemment, tels les Ahel Khajaj. Au surplus, le nombre de ces Tiab
varie; s'il augmente tous les jours par l'afflux de nouveaux éléments,
il subit aussi des déperditions, car des familles converties n'hésitent
pas à reprendre les armes, quand l'occasion s'en présente.

Le nom de Tiab Oulad Normach qu'on leur donne n'est pas exact. Il y
a bien des Normach, mais il y a aussi des Oulad Oubbeïch, frères de
Normach, les uns et les autres Oulad Mohammed. Il y a aussi des Oulad
Naggad, frères des Oulad Mohammed, les uns et les autres Oulad Abd
Allah. Le vrai nom devrait être Tiab Oulad Abd Allah. Au surplus, le
chef est d'origine neggadi, et non normachi. Mais l'habitude est prise
aujourd'hui.

C'est à la tente des Ahel Bou Bakkar qu'appartient héréditairement le
pouvoir. Aujourd'hui, à cause du jeune âge du représentant de cette
famille, le commandement est exercé par Sidi-l-Mokhtar. Abd El-Ouadoud
ould Mohammed Mokhtar ould Abd El-Ouadoud ould Mohammed ould Bou Bakkar
ould Samba ould Siyed ould Normach est né en effet vers 1890 seulement.

Son père étant mort peu après, le commandement fut donné à
Sidi-l-Mokhtar ould Samba (ould M'hammed ould Amar Fal ould Ahmed ould
Mohammed ould Samba ould Neggad). Cette famille compte en effet parmi
les plus influentes, car son ancêtre Semba ould Neggad, passe pour être
le premier qui se convertit et donna naissance à la tribu. Ce chef
n'est jamais parti en dissidence et fit sa soumission dès le début. Il
remplit très convenablement ses fonctions, quoique déjà âgé et parfois
radoteur. Il est qadri par l'imposition de Cheikh Sidia, auprès de qui
il est allé séjourner quelque temps.

Le maître d'école de la tribu est Mostafa ould Ahmijen, personnage
insignifiant. Les Tiab Normach envoient la plupart du temps leurs
enfants étudier chez les Dieïdiba, Tagag et Hijaj; mais en réalité, ils
ne se piquent ni de culture ni de piété.

Les notables sont: Mohammed Mahio ould Maïef; Mohammed Mokhtar ould
Mohammed Salem; Ahmeïdou ould Maïef.

Jusqu'à 1904, les Tiab vécurent sous la dépendance directe du chef
des Oulad Normach et firent donc partie intégrante de cette tribu. Au
départ de Bakkar, on leur a rendu leur autonomie et ils l'ont conservée
depuis.

Ils apposent le feu lam-alif ﻻ sur la cuisse gauche de
leurs animaux, avec comme contre-marques l'outarde ᗐ ou la croix +.

Terrains de parcours. Hivernage: entre Guimi et Chogar Gadel, ainsi que
dans l'Agan et Akel. Saison sèche: à l'est de Chogar Gadel et Mouit.

Les Tiab Normach n'ont qu'un maigre cheptel. C'est une tribu pauvre et
sans importance, qui n'a rien gagné à revenir à Allah.



CHAPITRE II

OULAD SIYED


_Tableau généalogique des chefs Siyed actuels._

                          Aghrich.
                             |
                          Mokhtar.
            _________________|_____________________
           |             |                         |
  1. _Mohammed_,   2. _Sidi Eli Ier_,        Sidi Mohammed.
   † vers 1804.     vers 1804 † 1818.              |
                         |                    _____|___________
                         |                   |                  |
                         |               Mohammed.          Mokhtar.
                         |                   |                  |
               3. _Ahmaddou Ier_,            |                  |
                  1818 † 1841.               |                  |
                         |            _______|______            |
                         |           |              |           |
                         |      4. Mokhtar     6. Mohammed    5. _Moh._
                         |         Sidi.           Sidi,     _Râjel_,
                         |           |             1851      1842-1851.
                         |           |           † 1858.
                         |           |              |
               7. _Sidi Eli II_,  Moh. Al-Habib,    |
                  1858 † 1893.      † 1900.         |
                         |           |              |
                         |        Othman.       Mohammed.
                         |                          |
                         |                       Hachem.
             ____________|______________________________________
            |           |         |            |        |       |
  8. _Ahmeddou II_,  Mohktar,  Moh. Krara.  Bakkar.  Hobeïb,  Sidi
       1893-1903.     † 1884.     |            |      chef    Moh.
            |                     |            |     actuel.    |
            |                     |            |                |
            |                  Mokhtar.     Mokhtar.          Sidi
      ______|______________________                         Mohammed.
     |           |       |         |
   Ould      M'hamed.   Sidi.   Bakkar.
   Assas,
    1907
     |
  Ould Assas.


1.--_Historique._

Il n'y a pas à revenir ici sur l'histoire des Oulad Siyed. Tout ce qui
les concerne a été dit, soit au livre premier «Histoire générale», soit
au chapitre précédent, relatif à leurs cousins les Oulad Normach. Il ne
reste qu'à rattacher les personnages actuels aux gens et aux événements
du passé.


L'émir Ahmeddou II ould Sidi Eli est resté l'irréductible ennemi du
début. En dissidence depuis 1903, il a reculé d'année en année devant
les progrès de notre occupation: le Tagant, l'Adrar, la zaouïa de
Smara, et finalement, depuis 1909, le Sud marocain l'ont tour à tour
hébergé. Il a toutefois esquissé une tentative de rapprochement en
1914. Il s'en fut trouver le caïd Aïad al-Djerari à Agadir et écrivit,
par l'intermédiaire des Gouvernements marocains et aofien, à ses
anciens fidèles pour leur demander des subsides. Sa lettre ne trouve
aucun écho dans le Brakna. Bien plus le chef de son ancienne tribu
maraboutique, les Dieïdiba, lui fit cette réponse typique. Le texte
français est de l'auteur lui-même.

    De la part de Mustapha ould Oudâa et de la Djemâah des Djedjé ba à
    M. Hamedou ould Sidi Eli.

    MONSIEUR,

    Nous avons l'honneur de vous faire savoir que nous sommes en
    possession de votre lettre que nous avons vivement acclamée et
    reçue avec grand plaisir.

    Quant à votre observation, on voit clairement que la
    discontinuation de liaisons entre nous ne vous plaît pas, mais
    est-ce à nous, Dieïdiba, qu'il faut donner le tort? Nous n'avons
    fait que rester dans nos parages. A l'arrivée des Français, tout
    le monde était parti en dissidence parce qu'on les croyait plus
    méchants qu'ils ne le sont. Nous autres, nous n'avions été nulle
    part. Nous gardons toujours notre pays de peur qu'en notre absence,
    on ne le confiât à un chef étranger, c'est-à-dire qui n'appartient
    ni à nous ni à notre famille.

    Maintenant la tranquillité est partout. Les Français donnent à tout
    le monde la liberté d'appliquer ses anciennes coutumes. D'ailleurs
    les chefs Arabes ont aujourd'hui le sort qu'ils n'ont jamais eu
    autrefois; on leur obéit à souhait et ils ont encore le droit de
    recevoir exactement tout ce que leurs administrés donnaient dans le
    temps.

    Toutes les autres régions, telles que Trarza et Oulad Bieri, n'ont
    qu'un seul chef à la tête de chacune. Il n'y a que Brakna qui est
    occupé par plusieurs chefs, et cela ne tient qu'à ce que vous n'y
    êtes. A notre avis, il faut revenir pour contenter votre peuple en
    le dirigeant au lieu d'autres. C'est assez abandonné. D'abord les
    Européens sont devenus maîtres partout; c'est inutile de résister
    contre eux. Aussi il vaut mieux se soumettre avant d'être pris par
    force.

    Dans le cas que vous voudrez vous rendre, n'ayez qu'à nous le dire
    à nous-mêmes, pour faire la négociation avec les Européens.

Devant cette réponse qu'il n'attendait pas, Ahmeddou finit par lâcher
le parti Makhzen et se rapprocher d'Al-Hiba. Celui-ci, dans l'espérance
de l'utiliser quelque jour, le traîne à sa suite quand il en a besoin,
et l'entretient tant bien que mal. En 1919, Ahmeddou était campé
dans l'Oued Noun et vivait avec ses gens des libéralités des chefs
tekna: Mohammed Yahia ould Hiba, chef des Azouafid, et Mokhtar ould
Nojem, chef des Aït Lahsen. Ahmeddou est aujourd'hui un vieillard de
soixante-quinze ans. Il paraît, vu la situation du Brakna, absolument
inoffensif. Il relève déjà de l'histoire. Sa femme Moumina ment
Mohammed ould Heïba, mère d'Ould Assas est décédée, en 1917, à Tizouit,
dans le Chamama chez les Oulad Siyed.

Il a laissé comme postérité connue dans le Brakna: 1º son petit-fils
Ould Assas (Sidi Eli) _junior_, fils posthume d'Ould Assas ould
Ahmeddou, le chef des rezzous du début. Ce jeune homme, né vers
1907, vit son grand-oncle Hobeïb chef de la tribu; 2º et 3º ses fils
M'hammed, né vers 1899, et Sidi, vers 1900, tous deux avec leur père
dans leur Sud marocain; 4º Bakar, né vers 1900, qui campe tantôt chez
son oncle Hobeïb, tantôt chez Cheikh Fal; 5º une fille Garmi, campée
avec sa mère chez les Chratit de l'Assaba. Elle vient de temps à autre
chez les Oulad Siyed.

Parmi les frères d'Ahmeddou fils de Sidi Eli, il faut citer: 1º
Mokhtar, vu plus haut, et tué en 1884 par les Ahel Soueïd Ahmed; sans
postérité; 2º Mohammed Krara, le meurtrier de Brahim ould Mokhtar ould
Ahmeïada, le Normachi. Il est mort en 1904 à son retour de Saint-Louis.
Il a laissé deux fils: Mokhtar, né vers 1899, qui campe chez son oncle
Hobeïb, et Sidi Eli qui campe chez les Ahel Bou Bakkar (Oulad Ahmed);
et deux filles, dont l'une est mariée chez les Tabouit et l'autre chez
les Oulad Ahmed; 3º Mohammed, tué par Bakkar en 1900. Il a laissé un
fils, actuellement en dissidence et une fille, Garmi, jadis mariée avec
un Dâmâni, aujourd'hui divorcée; 4º Bakkar, décédé vers notre arrivée,
et dont le fils Mokhtar, né vers 1885, partit en dissidence avec son
oncle l'émir Ahmeddou, est revenu avec l'aman, le 23 décembre 1918. 5º
_Hobeïb_, chef actuel des Oulad Siyed et qu'on verra plus loin; 6º Sidi
Mohammed, né vers 1879, et tué en 1905 par les Oulad Dâmân; il a laissé
un fils: Sidi Mohammed, né vers 1905, et emmené en dissidence par son
oncle l'émir Ahmeddou, chez qui il se trouve toujours, et une fille
Mahjouba. Leur mère Moïnetou ment Toumoni, hartanïa, est avec eux dans
l'oued Noun; 7º Fatma, veuve de l'ex-émir du Trarza, Ahmed Saloum II,
et qui a deux enfants: Sidi Eli et Cheikh Saad Bouh; 8º Mouminin, veuve
d'un Id ag Fari.

Dans la branche collatérale, descendance de Sidi Mohammed ould Mokhtar
ould Aghrich, et qui a fourni deux émirs siyed, il faut citer; 1º
Mohammed Al-Habib ould Mokhtar Sidi, qui, père et fils, ont été vus
plus haut. Mohammed al-Habib, qui s'était retiré chez les Oulad Dâmân,
rentra par la suite au Brakna et y finit tranquillement ses jours vers
1900, dans le campement d'Ahmeddou. Il a laissé une fille et deux fils:
Othman, né vers 1870, qui est en dissidence avec son parent dans le Sud
marocain, et Mohammed, né vers 1880, qui campa chez les Oulad Siyed; 2º
Hachem ould Mohammed ould M'hammed Sidi († 1858); ex-chef de la tribu
pendant trois ans, et relevé de ses fonctions. Né vers 1888, c'est un
homme apathique, sans autorité et sans prestige. Ses frères et sœurs
sont décédés depuis longtemps.

3º Hamoud, fils de l'ex-émir Mohammed Râjel (1842-1851) et qui n'a pas
de postérité; 4º Boya, sœur dudit Hamoud, qui a épousé un Dâmâni, du
nom d'Amar et en a plusieurs enfants, actuellement chez les Oulad Dâmân.

Une branche collatérale plus éloignée, celle de M'khetir (frère
d'Aghrich) ould Seddoum ould Siyed subsiste encore de nos jours. Le
chef en est Sidi ould Ahmeddou ould Sidi ould Othman ould Brahim
M'khaïtir; et les principaux notables: Baouba ould Otham, Brahim ould
Terraza et Amar ould Bakar.

Restent enfin trois branches collatérales, plus éloignées encore, et
se rattachent à Sidi Ahmed, Amar Lobat et Eli, tous trois frères de
Seddoum et fils de Siyed.

Leur descendance subsiste à l'heure actuelle et se trouve au bas des
tableaux généalogiques:

_Tableau nº 1._

                        Sidi Ahmed.
                             |
                          Brahim.
                             |
                         Bou Bakkar.
                             |
                        Kheddouch.
                             |
                         Bou Bakkar.
               ______________|_______________
              |                              |
           Othman.                       Mohammed.
       _______|________________              |
      |           |            |             |
  Mohammed.    Sidi Eli.    Brahim       Bou Bakar.
                           dit Bouya.


_Tableau nº 2._

                              Amar Lobbat.
                            ______|_______________________
                           |                              |
                        Benioug.                        Barani.
             ______________|___________                   |
            |                          |                  |
        Lamin Fal.                  Hamouna.            Benioug.
            |                          |                  |
            |                       Boustan.            Lamin.
            |                          |                  |
       Mohammed Fal.                 Sidi.             Mokhtar.
            |                          |                  |
         Brahim.                    Mokhtar.         Sidi Ahmed.
            |                          |                  |
      Mohammed Fal.                  Sidi.             Mokhtar.
     _______|__________                |                  |
    |                  |               |                  |
  Brahim.          Ahmed Fal.       Mohammed.        Sidi Ahmed.


_Tableau nº 3._

       Eli.
        |
  Soueïd Ahmed.
        |
    Mohammed.
        |
   Sidi Ahmed.
        |
    Mohammed.
        |
    Mohammed.
        |
     Mokhtar, élève de la médersa.


2.--_Fractionnement._

Ce fractionnement classique des Oulad Siyed s'est établi ainsi jusqu'à
nos jours.

               { Oulad Siyed proprement dits.
               { Oulad Mansour.
               { Haratines Oulad Siyed.
  Oulad Siyed. { Haratines Oulad Mansour.
               { Haratines Tanak.
               { Aralen.
               { Ahel Ghaïta, Azafal et Igdala.

Sous notre occupation, les zenaga Aralen et les haratines Ahel Ghaïta,
Azafal et Igdala ont été constitués en fractions autonomes. Elles n'en
continuent pas moins à vivre dans le sillage de la tribu et en rapports
étroits avec elle.

Les Oulad Siyed proprement dits ont pour chefs Hobeïb, frère germain de
l'émir Ahmeddou II, fils de l'émir Sidi Eli II, et chef général de la
tribu. Il est né vers 1870; sa mère était Garmi ment Lamin Fal.

A notre arrivée (1903), dès que la dissidence de l'émir Ahmeddou fut
avérée, Coppolani songea aussitôt à donner un chef aux Siyed, restés
fidèles et qui formaient un bloc d'attraction. Son frère, Mohammed
Krara fut choisi, et vint à Saint-Louis où il fut agréé. Il était à
peine rentré dans le Brakna qu'il mourait (1904).

On confia alors les fonctions de chef à un intérimaire, Sidi Eli
ould Kheddich (1904-1909). Sa naissance obscure ne lui assura aucune
autorité. Orgueilleux, mais intelligent, il n'osait pas se déclarer en
notre faveur, mais souhaitait tout de même notre succès. En 1909, ses
exactions et compromissions furent telles qu'on dut l'arrêter et le
condamner à cinq ans de prison. Il devait être gracié en 1910.

Il fut remplacé alors par son neveu, comme lui cadet éloigné des Abel
Aghrich: Hachim ould Mohammed Sidi ould M'hammed ould Sidi Mokhtar à
Aghrich. Né vers 1896, Hachim était très jeune à notre arrivée dans
le pays. Il partit avec toute sa tribu après l'affaire d'Aleg et
vécut avec elle. Il repartit à nouveau avec son cousin. Lorsque ce
dernier fut tué à Sarak, il venait de quitter le rezzou pour conduire
vers le Nord le butin pris aux Toucouleurs. Il fit sa soumission
au capitaine Bablon, à Boutilimit. Nommé chef trop jeune, Hachim
n'eut pas l'autorité nécessaire pour se faire craindre et obéir de
ses gens, notamment des Haratines Tanak et Oulad Mânsour, qui sont
des pillards consommés. Les conseils de son père lui furent de peu
d'utilité, non plus que ceux de son oncle maternel Sidi Eli ould Othman
ould Bou Bakkar, l'ancien chef. Se sentant peu en selle, il passa le
commandement provisoire à son père et vint à Aleg suivre les cours de
l'école locale, puis alla à la médersa de Saint-Louis.

A son retour, il ne sut pas mieux asseoir son autorité, se signala par
quelques exactions, et finalement dut céder la place, en 1915, au chef
de la famille des Ahel Aghrich: Hobeïb, frère d'Ahmeddou.

_Hobeïb_ ould Sidi Eli a épousé une femme des Kounta. C'est un homme
intelligent et ambitieux, qui, parti en dissidence à notre arrivée,
fit sa soumission en 1909, quand il comprit la ruine définitive de
l'ancien régime et se retira chez les Ahel Agd Ammi, des Dieïdiba. Il
se déclara dès lors ennemi d'Ahmeddou, et se sauva à Podor, au risque
de laisser ses gens partir en dissidence, quand l'ancien émir fit son
apparition dans le Brakna. Ce n'était d'ailleurs, de la part d'Hobeïb,
qu'une feinte. Il entrait peu après en pourparlers avec les rezzous
et ne fournissait aucun renseignement au détachement chargé de purger
le Chamama des dissidents. Par la suite, il vécut paisiblement, ne se
signalant que par ses compétitions avec Hachim, pour attirer à lui
les anciens zenaga d'Ahmeddou. Il attendait son heure qui sonna en
1915. Il reçut alors le commandement des Oulad Siyed. S'il est, de par
sa naissance, universellement accepté, Hobeïb n'est pas très aimé; il
s'est attiré par ses exactions l'animosité des Arallen qui ont demandé
et obtenu en 1917, d'être soustraits à son autorité immédiate. Les Ahel
Ghaïta se sont également plaints de lui. Sa jalousie contre Sidi Eli
ould Keddich l'a incité à accuser celui-ci de fomenter des troubles,
ce qui a valu à Sidi Eli une amende et un séjour obligatoire d'un an à
Aleg. Malgré cela Hobeïb reste le seul chef possible. Il est d'ailleurs
sévèrement tenu en laisse. En février 1917, il était emprisonné sous
l'inculpation de vol de moutons et dissimulation de sommes perçues dans
sa tribu pour les orphelins de la guerre. Il fut relâché, faute de
preuves, les plaignants ayant arrangé l'affaire entre eux.

Hobeïb est en excellentes relations avec les chefs trarza, depuis Ahmed
Saloum II, qui avait épousé sa sœur Fatma. A la mort de cet émir, en
1905, Fatma est venue chercher un asile avec ses enfants auprès de
Hobeïb. Celui-ci est également dans les meilleurs termes avec Cheikh
Sidïa.

Le successeur éventuel de Hobeïb au commandement des Oulad Siyed est
son neveu Mokhtar[7].

  [7] Hobeïb est mort de la grippe au début de 1919. Il a été
  remplacé par Mokhtar.

Les notables de la fraction sont: Hachim ould Sidi, et Sidi Eli ould
Kheddich, ancien chef; Mohammed ould Kheddich; Brahim ould Lamin Fal;
Bou Bakkar ould Kheddich, vieillard très versé dans l'histoire du
Brakna, traditionnaliste oral, à qui il ne manque que de savoir écrire
pour se faire un nom de savant réputé.

La fraction comprend vingt tentes et 102 individus. Elle possède 4
chevaux, 23 bovins, 192 ovins, 13 ânes, 4 chameaux.

Les _Oulad Mansour_, descendance fort réduite de Mansour ould Abd
Allah, oncle de Normach et de Siyed, se sont fondus dans ces deux
tribus. Ils constituent toutefois chez les Oulad Siyed une petite
fraction personnelle de 20 tentes, comprenant 74 personnes. Ils
possèdent 37 bovins, 346 ovins et 10 ânes. Ils n'ont ni un cheval ni un
chameau.

Leur chef est Bakkar ould Heïnnoun. Un seul notable mérite une mention:
Ould Mohammed Tolba.

Les Haratines Oulad Siyed et Oulad Mansour sont restés fidèles à leurs
maîtres hassanes, qui avaient pour eux un attachement particulier,
car ils étaient considérés comme les tributaires de la couronne. Ils
comprennent 32 tentes et 140 âmes, et possèdent 94 bovins, 1.384 ovins
et 10 ânes.

Le chef de la fraction était, au milieu du dix-neuvième siècle, Samba
Fal ould Douik. Il mourut vers 1875 et eut pour successeur son cousin
Khalil ould Kouar. A celui-ci, mort en 1902, succéda le fils de Samba
Fal, Baba qui mourut en 1903. Depuis cette date, le chef est Ahmed ould
Samba Yarg; le chef des Oulad Mansour, Naji ould Amar. Les principaux
notables sont Bouya ould Al-Falli; Bou Bakar ould al-Falli et Aleya
ould Yarg.

Les enfants de ces haratines héritaient jusqu'au degré de cousin
seulement. Au delà, la succession était partagée par moitiés entre la
couronne et les héritiers naturels.

La redevance due aux hassanes était une pièce de guinée «filature» par
tente et par an.


Les _Haratines Tanak_ se divisent en deux sous-fractions: Zeïat et
Oulad Houm, et comprennent 28 tentes et 112 personnes. Ils possèdent
105 bovins, 803 ovins et 4 ânes.

Ils étaient groupés, à notre arrivée, sous le commandement d'Omar
ould Abber. Ils se partagèrent à sa mort, et vécurent ainsi plusieurs
années. Ils se sont reconstitués avec Tiouley ould Blal.

Le campement Al-Yarg est composé d'anciens captifs, affranchis jadis
par Eli ould Brahalla, chef des Tanak, et donnés par lui à Ahmeddou
ould Sidi Fli, émir des Brakna. Ils ne paient pas de redevance fixe,
ce qui est déplorable, car les hassanes leur prennent tout ce qu'ils
veulent.

Les Zeïat sont libres, parce que descendants d'un hartani Tanak et
d'une mère libre. Ils doivent une pièce de guinée ou le lait d'une
vache par tente et par an. Ils sont aussi tenus d'aider leurs patrons
dans l'achat d'un cheval de race.

Les _Arallen_ (au sing. _Aralli_) sont les zenaga guerriers de l'émir
et de quelques parents de l'émir. Ils lui doivent une redevance
annuelle d'une pièce de guinée ou le lait d'une vache. Leur tradition
leur assigne nettement une origine berbère et les fait frères de
plusieurs tribus çanhadja, et notamment des Arouiejat, d'une partie
des Oulad Aïd, des Oulad Al-Fari et même de fractions Tadjakant. Ils
seraient sortis des Aroueijat, au temps d'Aghrich (fin du dix-septième
siècle), et sous la conduite d'Al-Aouaj conquirent leur demi-autonomie
de zenaga guerriers. Ils se sont signalés, au cours de ces deux
siècles, par d'incessantes razzias. En 1847, entre autres, nous voyons
dans les archives qu'ils pillaient à plusieurs reprises les troupeaux
d'Eliman Bou Bakkar, qui finissait par passer le fleuve avec 300
Toucouleurs, poursuivait les pillards et reprenait son bien.

Leur chef, Kheïna ould Mohammed ould Babou ould Al-Aouaj ould Abd Allah
ould Moussa ould Arrali, leur assura pendant plus d'un demi-siècle
(1830 † 1870) le prestige de parfaits pillards. Il mourait sans
héritier vers 1870. Les Arallen se fractionnèrent alors en deux
groupes sous l'autorité de Mokhtar ould Chouikh et de Chikh ould
Ahmed Tegueddi. A la mort du premier, la Djemaa élut Mokhtar ould
Habib, au lieu du fils du défunt, Bouïtou, ce qui accentua encore les
dissensions. Elles ne cessèrent de se perpétuer avec les deux nouveaux
chefs: Mohammed Foudh ould Al-Falli et Hamoïma ould Mokhtar. Vers
1913 enfin, sur nos conseils, un accord est intervenu et la fraction
s'est reconstituée, sous le commandement de Touiguigui d'abord, puis de
Hamoïma ould Mokhtar ould Brahim.

Les Arallen ont leurs haratines, ex-captifs qu'ils ont affranchis, et
dont ils possèdent les biens: ce sont les Abid Arallen. D'autre part,
la coutume de la fraction veut que les filles n'héritent pas; c'est le
maître hassani qui prend possession de leur part d'hoirie. En revanche,
elles ne paient pas de rafer.

Les notables Arallen sont: Habib ould Al-Khattar; Brahim ould Tegueddi;
Mokhtar ould Hobeïb; et Mahfoudh ould Al-Falli.

La fraction comprend 72 tentes et 373 âmes. Son cheptel est de 105
bovins, 803 ovins et 4 ânes.


Les _Ahel Ghaïta_, _Azaffal_ et _Igdalen_ sont trois fractions de
haratines Oulad Siyed qui vivent étroitement unis depuis plusieurs
générations. Ils étaient les haratines mêmes du Mahsar, au camp royal,
et dépendaient directement de l'émir. A leur retour de dissidence, les
chefs Oulad Siyed se virent pour leur châtiment enlever le commandement
de ces haratines, qui fut donné à Cheikh Fal. Depuis le 1er janvier
1918, cette autonomie a pris fin et les trois fractions, tout en
restant sous l'autorité de Cheikh Fal, ont été rattachées au chef
général des Oulad Siyed.

Les Ahel Ghaïta, dont le nom signifierait «qui crient en l'honneur de
l'émir» sont d'anciens captifs affranchis par Ahmeddou 1er.

Les Azaffal, dont le nom signifierait «qui entourent la tente de
l'émir», étaient les hommes de confiance de l'émir depuis plusieurs
générations. Leur ancien chef Koueïri ould Ségou, a donné sa fille en
mariage à Cheikh Fal. Ils paient une redevance d'une pièce de guinée ou
le lait d'une vache aux héritiers de Sidi Eli.

Les Igdalen, dits aussi Guedala, sont les descendants des tribus Godala
des auteurs du moyen âge, sous le nom desquels on n'a aucune peine à
retrouver le vocable des Gétules de l'ère romaine. Il est d'ailleurs
certain que ces Igdalen ne sont qu'une faible partie de la descendance
des Guedala; le reste s'est fondu et a perdu son nom dans d'autres
tribus.

Le chef de ces trois fractions est la personnalité fort intéressante
de Cheikh Fal, de son vrai nom Mohammed Cheikh ould Sidi M'hammed ould
M'haïmed, lequel ancêtre était originaire de Hijaj de l'Est. Sa mère
est une Dieïdibiya. Né vers 1860, Cheikh Fal fut élevé à Saint-Louis
par un traitant qui avait été frappé par son intelligence. Il y apprit
à parler le français, à lire et à écrire. Après avoir passé toute
sa jeunesse comme boy, garçon de magasin, garçon de café, employé
des postes, et portier de la loge maçonnique de Saint-Louis, ce qui
donne les raisons pour lesquelles il fait suivre de trois points sa
signature, Cheikh revint dans le Brakna, chez les Oulad Siyed.

Il fut employé, étant le seul Maure sachant parler, lire et écrire
le français, par l'émir Ahmeddou pour traiter ses affaires avec nos
représentants. C'est ainsi qu'il put écrire à M. de Freycinet, alors
ministre de la Guerre, une lettre très amicale de collègue à collègue.

Le ministre français envoya alors à Cheikh Fal, comme cadeau, un canon
bronzé de petite dimension. Les ennemis d'Ahmeddou furent consternés de
voir une arme semblable, mise à la disposition de Cheikh Fal.

Au combat de Ouazan, où les Oulad Siyed luttaient contre les Oulad
Normach et les Oulad Ahmed, Cheikh Fal mit le canon en batterie, pointa
et fit partir le coup. Le canon éclata, tuant plusieurs hommes et
contusionnant fortement le pointeur; l'armée d'Ahmeddou prit aussitôt
la fuite. Mais la détonation de l'arme avait été telle que leurs
ennemis, pris de peur, se sauvèrent en jetant leurs armes, envoyèrent
des parlementaires à Ahmeddou, et la paix fut conclue en faveur des
possesseurs du canon.

Cheikh Fal, en 1903, prit part à l'attaque d'Aleg et suivit son chef,
Ahmeddou, dans le Regueïba et dans le Tagant.

En 1904, il descendit faire sa soumission. Malgré les marques de
bienveillance, qui lui furent prodiguées, il continua à rester en
relations avec Ahmeddou, renseignant les mejbour, et ne fournissant
aucun renseignement pour nous permettre de les atteindre. Il empêchait
même, dit-on, les dissidents en mal de soumission de venir à nous.

Avec le temps, il finit toutefois par se rallier plus franchement,
surtout après 1909, où les derniers dissidents disparaissent. Nullement
fanatique, très au courant des choses de la Mauritanie et des coutumes
indigènes, il fut nommé en 1912, en outre de ses fonctions, agent
forestier dans le Chamama. Il y rendit de bons services, mais on a dû
finir par le relever de ses fonctions en 1919, après avoir maintes fois
constaté que sa sévérité s'exerçait au delà de toute mesure sur ses
ennemis, mais que ses amis avaient toute latitude pour commettre les
déprédations qu'ils voulaient. Bavard et intrigant, Cheikh Fal est tout
de même un homme intéressant[8].

  [8] Cheikh Fal est mort de la grippe au milieu de 1919.

Les notables de ces fractions sont: Guenfit ould Amar ould Abid;
Mohammed Fadel Allah; Sliman ould Fadel et Mouboud ould Bel-Aïd.

Elles comprennent 45 tentes et 236 personnes. Leur cheptel se compose
de 3 chevaux, 45 bovins, 1 chameau, 923 ovins et 23 ânes.

       *       *       *       *       *

Les fractions Oulad Siyed ne se séparent guère dans leurs
transhumances. On les trouve en hivernage, dans les environs de Diguet
Mémé, au nord de Chabbour et Kraat-Asfar; en saison sèche à Bou Dioud
et Maye-Maye.

Le cheptel de l'ensemble de la tribu est de 7 chevaux, 509 bovins,
6.250 ovins, 5 chameaux, 101 ânes. Comme tous les hassanes, les Oulad
Siyed n'ont pas de marque. Quelques-uns ont cependant le feu [qaf ٯ]
emprunté aux Dieïdiba, qui sont tous tolba.

La tribu comprend 217 tentes et 1.037 ânes (Recensement 1918). Son
cadi particulier est Dida, cadi des Dieïdiba, qu'on verra plus loin.
L'esprit religieux de cette tribu guerrière est des plus faibles.
Il n'y a qu'un nombre infime de gens à avoir reçu l'ouird et encore
n'en pratiquent-ils pas les rites. On cite entre autres, Bou Bakkar
Kheddich, Qadri par Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Mostafa ould Cheikh
al-Qadi, des Dieïdiba, et le chef de tribu lui-même, _Hobeïb_, qadri
aussi, par le Cheikh Obeïd ould Salim.



CHAPITRE III

OULAD AHMED


1.--_Historique._

Au vrai sens du terme, les Oulad Ahmed sont des Brakna, c'est-à-dire
des descendants de Barkanni. Leur ancêtre éponyme, Ahmed, est un des
nombreux fils d'Abd El-Jebbar ould Kerroum ould Mellouk ould Barkenni.
Ils sont donc les cousins germains: 1º des Oulad Abd Allah (Oulad Siyed
et Oulad Normach, puisque Mohammed (fils d'Abd Allah et père de Siyed
et de Normach) et Ahmed ould Abd El-Jebbar sont tous deux petits-fils
de Kerroum; 2º des Oulad Biri, puisque Ahmed précité et Mohammed, père
de Biri, sont tous deux fils d'Abd El-Jebbar.

Ce sont donc de vrais Arabes hassanes, du groupe dit Marafra, ou
descendants de Marfar ould Oudeï ould Hassan.

Au début du dix-huitième siècle, les Oulad Ahmed, qui ne s'étaient
pas encore séparés des Oulad Biri, vivaient avec eux dans l'Iguidi,
entre Khroufa et Boutilimit, en bordure des Trarza, ou entremêlés à
eux. Quand les Oulad Abd Allah, après la conquête du Brakna, vinrent
se fixer dans l'Agan, sous le commandement d'Ahmeïada, les deux tribus
appuyèrent vers l'Est. C'est là que les Oulad Ahmed trouvèrent les
Oulad Abd Allah. Ils ne les quittèrent plus, fusionnèrent avec eux et
arrivèrent à considérer comme un insigne honneur d'être pris pour les
descendants d'Oulad Abd Allah, origine que les vrais Oulad Abd Allah
leur ont contestée à juste titre.

Des la séparation des Oulad (Mohammed ould Abd Allah en Oulad Siyed et
Oulad Normach), les Oulad Ahmed suivirent ces derniers et s'allièrent
à eux par des mariages, contractés presque exclusivement entre hommes
Oulad Normach et femmes Oulad Ahmed. Quoique considérant les Oulad
Ahmed comme des gens inférieurs, les Normach consentirent, par intérêt
politique, à leur laisser entendre qu'ils croyaient à une origine
commune. Ils affectaient de prendre pour des liens de fraternité ce qui
n'était qu'un cousinage. C'est ainsi qu'ils avaient pour eux les égards
et traitements qu'on se doit entre membres de la même famille. On sait
par exemple qu'il est une habitude chez les Maures, qu'ils soient
guerriers ou Berbères, c'est de ne jamais priser, ni fumer, ni parler
de femmes ou entendre parler d'elles devant un membre de sa famille,
qui ne soit pas de son âge.

Ces flatteries des Normach étaient intéressées, car, par suite des
guerres continuelles, le nombre de leurs guerriers avait diminué
considérablement et ils devinrent très inférieurs numériquement à leurs
adversaires: les Oulad Eli et les Oulad Siyed. C'est alors qu'ils
s'allièrent avec les Oulad Ahmed en leur faisant des cadeaux, en les
caressant, et en leur laissant piller indistinctement amis et ennemis.

Contrairement aux deux groupes Oulad Abd Allah, les Oulad Ahmed
n'exercèrent jamais leur suprématie sur la même région; ils vivaient
tantôt dans l'Agan, à côté d'Ouezzan, à Aleg, à Chogar, dans le
Chamama, près des Oulad Normach, tantôt à Tamourt Nadj, près des Ahel
Soueïd Ahmed.

Les Oulad Ahmed pillaient un peu partout, surtout là où il n'y avait
pas de danger, et ils méritèrent le surnom qui leur fut donné par les
tribus du Brakna, «les corbeaux».

Mollien qui fit, en 1817, le voyage de Podor et qui a laissé sur les
Maures des renseignements, généralement exacts, fait des Oulad Ahmed
une description peu flattée et non sans fantaisie.

    C'est près de ce fleuve (Sénégal) que l'on rencontre les Oulad
    Ahmed, restes d'une tribu de Bédouins qui a été presque totalement
    exterminée. Chassée des bords du Nil, où elle était établie, elle
    vint se réfugier sur ceux du Sénégal, où elle exerça sa fureur
    sacrilège, même sur les marabouts, crime impardonnable chez les
    Maures. Le roi des Braknas jura leur perte; leur destruction suivit
    de près sa menace. Réduits à un petit nombre, les Oulad Ahmed se
    font remarquer par un caractère féroce; ils le cèdent pourtant en
    ce point aux Ouladamins (Oulad Delim) qui errent dans le voisinage
    de Portendic, car ceux-ci sont, dit-on, anthropophages. L'aspect
    d'un Oulad Ahmed respire, comme celui du tigre, une soif de sang
    que rien ne peut assouvir; son regard farouche se promène de tous
    côtés, comme pour découvrir une proie; sa barbe est rare, mais
    dure et hérissée; son corps est petit, mais plein de vigueur. Son
    costume est comme celui des autres Maures, excepté qu'il n'a qu'une
    tunique, qu'il serre autour de ses reins avec une ceinture. On
    dirait, en voyant son air féroce, qu'il médite de venger la mort
    de ses ancêtres et de se soustraire au tribut qu'on lui a imposé.
    Le cri de mort que poussaient ces barbares, en pénétrant dans un
    camp qu'ils voulaient piller, m'ont dit les Maures, ressemblait au
    rugissement des bêtes féroces; il glace encore d'effroi les Maures,
    lorsqu'on l'imite devant eux.

A notre arrivée dans le pays, la réputation des Oulad Ahmed était
toujours aussi brillante et nous pûmes constater, les premiers temps,
qu'elle était parfaitement justifiée.

    On peut dire des Oulad Ahmed qu'ils ont le génie du mal, écrit le
    lieutenant Duboc en 1907. Il n'y a pas de méfait qui se commette
    dans le pays sans qu'on ne puisse y trouver la main de l'un
    d'eux. Ils pillent les caravanes non armées, s'attaquent aux gens
    inoffensifs, volent la récolte de gomme aux campements de captifs
    qui sont isolés dans la brousse, leur enlèvent leurs guerbas d'eau
    pour les faire souffrir de la soif. On peut se rendre compte que
    le surnom qui leur fut donné par ceux qui ont à souffrir de leur
    lâcheté, n'a rien d'exagéré.

Avec le temps on a compris que la meilleure solution à cet état de
choses était l'utilisation à notre profit de ces qualités guerrières.
Les Oulad Ahmed jouent désormais un rôle de couverture militaire sur le
front du Brakna. Au début de 1916, on a formé chez eux et avec leurs
meilleurs guerriers trois goums de 8 fusils chacun. Les armes, ainsi
que 600 cartouches, 12 rahla et 24 guerba, ont été confiés à Seneïba,
chef de tribu, de façon à lui permettre de faire partir directement
ses hommes de son camp de Chogar sur les traces de l'ennemi. Les Oulad
Ahmed se sont ainsi distingués à plusieurs reprises dans la poursuite
des rezzous Regueïbat. Ils font de plus de fréquentes reconnaissances
sur la ligne Al-Ouasta, In Tichilit, Ouezzan, et envoient les «chouf»
vers le Nord.

Pour bien comprendre l'historique des derniers événements et la
situation actuelle, il faut d'abord donner le tableau généalogique de
la tente princière des Oulad Ahmed.

_Tableau généalogique._

                                 1. Ahmed,
                              ancêtre éponyme.
            _________________________|___________________
           |         |        |         |        |       |
  2. Bou Bakkar.  Rouizi.  Al-Afna.  Moummou.  Rouis.  Heddi.
       ____|_________________________
      |              |               |
  Fati Omran.     Beïhoum.      3. M'haïmdat.
                                     |
                                4. Mbodye.
                                     |
                                5. Dadif.
                                     |
                                6. Bou Bakkar.
                                     |
                                7. Sidi.
                         ____________|__________________________
                        |                                       |
                   8. Mbarek.                                 Biram.
                        |                                       |
                   9. Sidi.                                  Ahmoïmid.
          ______________|___________________________            |
         |           |        |         |           |           |
  10. Seneïba.  M'moïmed.  Mbarek.  Mohammed.  Sidi Ahmed.   Biram.

(1) Ahmed l'ancêtre éponyme, fils d'Abd El-Jebbar, a de nombreux
frères, Mohammed, l'ancêtre des Oulad Biri Qrah, Abhoum, Besserin,
Ajem, ancêtres des petites fractions Ida Qrahoua, Id Abhoum, Ida
Besserin et Ijouam, qui vivent chez les Oulad Biri, et enfin
Al-Gouassi, ancêtres de la fraction repentie (_tiab_) de ce nom, qui
vit chez les Tagat. Il a en outre six fils: (2) Bou Bakkar, chef
après son père, Rouizi et Al-Afna, Moumou et Rouis dont la postérité
constitua 4 fractions des actuels Oulad Ahmed; Heddi, dont la postérité
est éteinte.

(2) Bou Bakkar, fils d'Ahmed, eut 4 fils: Fati, dont la postérité est
éteinte; Omram et Beïhoum dont la postérité s'est fondue chez les Oulad
Ahmed; M'haïmdat, qui continua le commandement.

(3) M'haïmdat, (4) Mbodye, et (5) Dadif n'ont laissé aucune trace.

(6) Bou Bakar, fils de Dadif, et chef de la tribu vers le milieu du
dix-huitième siècle, est l'ancêtre de la tente princière actuelle
des Oulad Ahmed: les Ahel Bou Bakkar, et c'est pourquoi on voit les
personnages actuels ordinairement dénommés sous le nom d'Oul Bou
Bakkar, encore que quatre générations les séparent de leur ancêtre.

(7) Sidi, fils et successeur de Bou Bakkar eut deux fils: (8) Mbarek et
Biram, ancêtres des branches aînées et cadette de la tente princière.
C'est de là que partent les dissentiments et rivalités qui ont agité
les Oulad Ahmed pendant la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, et
jusqu'à nos jours.

A Mbarek succéda à la tête des Oulad Ahmed son fils (9) Sidi, et à
celui-ci son fils aîné (10) Seneïba. Nous allons voir successivement
les cinq fils de Sidi, ainsi que leur cousin Biram ould Ahmoïmid ould
Biram ould (7) Sidi et retracer aussi les événements actuels.

_Seneïba_, né vers 1865, était chef des Oulad Ahmed à notre arrivée;
mais d'un caractère mystique et formé à la piété par Cheikh Sidïa,
son maître, il avait de plus en plus tendance à se détacher des choses
politiques et à se consacrer à la prière. En fait, c'était son frère
immédiatement cadet, _H'moïmed_ qui exerçait le commandement. Seneïba,
circonvenu par Cheikh Sidïa, fit sa soumission, dès le début. Il fut
nommé chef de goum par Coppolani et reçut une mensualité de 300 francs.
Cette allocation lui ayant été supprimée, avec la disparition des goums
(1905), Seneïba partit en dissidence pour l'Adrar. Il assista à divers
razzis, dirigés contre nos sujets brakna, mais ne semble pas avoir pris
part à la surprise du convoi de ravitaillement d'Aslat (4 juin 1908),
bien qu'on le lui ait reproché. Quelque temps après, il partit pour le
Maroc avec un compagnon des Ahel Cheikh Al-Qadi (Dieïdiba) pour faire
le pèlerinage de la Mecque. Le Dieïdibi étant mort en route, Seneïba
n'eut pas le courage d'aller plus loin: il s'arrêta à Fez, revint à
Marrakech, et y vécut assez misérablement. Il demanda l'aman en 1911
et, autorisé à rentrer au début de 1912, sur la demande de Cheikh
Sidïa, alla se faire oublier et vivre dans la piété auprès de son
maître spirituel. Nous le retrouverons plus bas.

Au départ de Seneïba, son commandement fut disputé entre ses deux
frères, H'moïmed, déjà vu, et à qui sa conduite antérieure envers les
Oulad Siyed, alors qu'il exerçait le commandement au nom de Seneïba,
avait attiré bien des haines, et Mohammed, H'moïmed fut reconnu, mais
après une certaine période de tiraillements, il abandonna la partie
et se réfugia dans le campement de son cousin Biram ould Ahmoïmid.
Mohammed, resté seul, se fit bientôt haïr de ses administrés, qui
l'abandonnèrent pour la plupart, et allèrent planter leurs tentes dans
le campement de H'moïmed et de Biram.

Les dissensions se perpétrèrent jusqu'à 1908. Les deux partis se
dénonçaient eux-mêmes à Aleg. Par Biram, on arrivait à prouver, en
mars 1907, que Mohammed avait caché à plusieurs reprises, dans son
campement, Bakkar, le chef des Normach dissidents: et que de plus
il avait pris part lui-même à des vols à main armée; il fut donc
arrêté, ainsi que son jeune frère Sidi Ahmed, et condamné à 8 mois de
prison par le tribunal de cercle (1908). Cette aventure réconcilia
les frères ennemis. Par la complicité de H'moïmed, Mohammed et Sidi
Ahmed ne tardèrent pas à s'évader de la prison de Boghé. Ils pillèrent
les campements de leurs dénonciateurs et partirent en dissidence en
entraînant leurs frères, et notamment l'inquiet et indécis H'moïmed,
quelques Oulad Ahmed et le jeune Lobat, des Normach. Par la suite,
on revit maintes fois Mohammed dans les razzi qui s'abattirent sur
le Brakna, mais la voix publique prétend qu'il les accompagnait sans
armes, et sans prendre part aux pillages. Néanmoins, plusieurs fois,
des Oulad Ahmed restés loyalistes et attaqués par les dissidents furent
blessés et même tués; et ces faits soulevèrent contre les Ahel Bou
Bakar des haines inextinguibles.

C'est ici qu'apparaît Biram ould Ahmoïmid, chef de la branche cadette,
à la tête de la tribu. Jusqu'à cette date, il ne s'était guère signalé
que comme un coupeur de routes et un condottieri. Il accompagnait,
dit-on, Bakkar ould Ahmeïada, quand celui-ci, vers 1898, vint
assassiner Mohammed ould Sidi Elî, frère de l'émir. Vers 1901, mis à la
tête de leur campement par quelques tentes Oulad Ahmed, mécontentes de
Seneïba et surtout de H'moïmed, il fait bande à part et devient chef
ouvert de l'opposition. Il se rallia à nous, dès notre arrivée dans le
pays, et commanda plusieurs fois un goum de guerriers Oulad Ahmed. A
ce titre, il reçoit une mensualité de 300 francs qui lui est supprimée
en 1905. Mais plus prudent que son cousin Seneïba, il accepte la chose
sans esclandre. Après la fuite de Bakkar, il est accusé de complicité
et déporté au Sénégal. Il vécut paisiblement à Kaolak, et fut gracié et
1908. Peu après, le départ en dissidence de ses cousins de la branche
aînée le laissait maître de la situation. Il fut élu chef de la tribu.

Son commandement fut des plus médiocres; aussi, dès le retour de
H'moïmed, celui-ci fut-il remis à la tête de la tribu (octobre 1910);
mais ce n'était pas encore la bonne solution, H'moïmed ayant laissé
trop de haines derrière lui, et n'étant pas au surplus le représentant
héréditaire des Ahel Bou Bakkar. Biram fut donc réélu un mois après
(novembre 1910), mais cette fois avec deux assesseurs (Sidi Ahmed ould
Boun et Ahmed Louli), chargés de le surveiller et de contrôler ses
actes.

Cependant les Ahel Bou Bakar rentraient peu à peu; ce furent d'abord
les deux évadés de Boghé: Mohammed et Sidi Ahmed, puis le chef de la
famille, Seneïba lui-même (fin 1911). L'insuffisance du triumvirat,
qui gouvernait les Oulad Ahmed, se faisait sentir de plus en plus. Un
incident combla la mesure. Une occasion s'offrait pour eux de témoigner
de leur dévouement et de leur adresse: c'était la capture de Sidi
Lamin ould Bakkar ould Soueïd Ahmed, chef d'une bande id ou aïch qui
opérait à cheval sur les cercles du Tagant, de Gorgol et du Brakna.
Leur goum n'obtint aucun résultat, alors que les circonstances étaient
entièrement favorables pour en finir avec ces pillards. On alla donc
chercher Seneïba dans sa retraite spirituelle, auprès de Cheikh Sidïa,
et on l'invita à réconcilier les deux partis rivaux: celui du chef
Biram et celui de H'moïmed.

Les pourparlers s'éternisèrent et donnèrent lieu à des chassés-croisés
amusants. Biram et H'moïmed, inquiets de voir l'influence que Seneïba
reprenait rapidement, se rapprochèrent. Biram fit des avances et
H'moïmed y accéda en venant planter sa tente chez H'moïmed. Enfin
l'accord se fit en 1913. L'énergique intervention de Seneïba réalisa
l'unité de la tribu, et comme se fut à son profit que la chose se fit,
il fut nommé chef des Oulad Ahmed (fin 1913). Son frère H'moïmed et son
cousin Biram restaient chefs de leurs campements respectifs. Depuis ce
jour, l'administration des Oulad Ahmed est assurée convenablement.

Seneïba est aujourd'hui vieux, malade, usé. Il faut lui prévoir un
remplaçant. Ses candidats seraient ses frères Mohammed et Sidi Ahmed,
avec une certaine préférence pour le premier. Ahmed Louleï, lettré
distingué et notable de poids, se pose aussi en prétendant. Seneïba est
des plus instruits pour un guerrier. Il est toujours dans les meilleurs
termes avec Cheikh Sidïa. Son influence morale s'exerce au delà des
Oulad Ahmed.

H'moïmed, frère de Seneïba, est le chef du campement dit Oulad Ahmed
Blancs. Il vit tranquille chez lui et n'a que peu d'autorité.

Mohammed, frère des précédents, n'a guère fait parler de lui depuis son
retour. Après avoir été notre ennemi, de 1903 à 1905, puis de 1908 à
1910, il a servi comme partisan dans le Tagant, et comme chef de goum
pendant la colonne du Hodh. Il s'occupe surtout de chasse, et passe
pour un excellent guerrier actif et audacieux; il était très craint de
tous les marabouts locaux, et ses pillages lui valurent la condamnation
précitée. Aujourd'hui il exerce son allant sur les rezzous et ne craint
pas de travailler pour son propre compte. Il vit à part, craint et fort
respecté. C'est évidemment le seul successeur de Seneïba.

Sidi Ahmed, frère des précédents, semble avoir choisi Mohammed comme
modèle. Assez jeune au moment de notre arrivée, il se rallia avec
ses frères. Emprisonné en 1908 avec Mohammed et condamné à 6 mois de
prison, il s'enfuit avec lui et l'accompagna en dissidence. Il fit
partie des razzi et rentra en fin 1909. Il a servi comme partisan
de mars 1911 à mai 1912, et a rendu de très bons services dans les
recensements du cercle. C'est un très bon guide, parfaitement au
courant du pays. Chargé de conduire un goum contre des pillards Ahel
Soueïd Ahmed, il n'eut pas assez d'autorité sur ses gens pour obtenir
des résultats décisifs. Il fut d'ailleurs choisi à tort pour cette
mission, car il était apparenté par sa mère avec les principaux
pillards.

Biram ould Ahmoïmid, cousin des précédents, commande actuellement un
gros groupement Oulad Ahmed, sous l'autorité de Seneïba. Il n'a qu'une
valeur guerrière et une autorité relatives. Il passe pour être un
homme loyal, mais fanfaron et prêt à toutes les compromissions pour se
procurer de l'argent. Au demeurant, il n'y a rien à craindre de lui.

Un des frères des quatre Ahel Bou Bakar précités, Mbarek, a été tué en
1903 au cours d'un combat contre les Id Ou Aïch. Sa famille vit chez
Seneïba.


2.--_Fractionnement._

Les Oulad Ahmed se divisent en:

    Oulad Bou Bakar ould Ahmed,
    Oulad Bouïzi,
    Ahel Heddi,
    Oulad Al-Afna,
    Rouïssat,
    Oulad Moummou,
    Oulad Akerroumt.

Les six premières fractions sont de pure origine Oulad Ahmed; les
Oulad Akerroumt se rattacheraient à Kerroum ould Mallouk par une autre
filiation que celle d'Ahmed, et ne seraient donc que les cousins des
Oulad Ahmed, mais ils sont aujourd'hui complètement nationalisés dans
la tribu.

Les Haratines Oulad Ahmed se divisent en:

    Ahel Mbarek;--chef: Mohammed ould Eli ould Mahmoud.
    Lembeïda;--chef: Mahmoud ould Samba.
    Ahel Ahmed.--chef: Bou Bakkar ould Othman.
    Ahel Bou Saïd.--Ahmed Salem ould Mohamedden.
    Oulad Yarg.--Omar Ould Abd El-Beggar.
    Goundaïa.--Brahim ould Bella.


Ils n'ont pas de chef général. En plus des fractions précitées, un
grand nombre de haratines vivent isolés par individus ou par tentes
dans les campements nobles.

Les nobles comprennent 62 tentes et 266 âmes; les haratines: 76 tentes
et 339 personnes, soit au total 138 tentes et 605 personnes.

Ils possèdent: les nobles: 5 chevaux, 33 chameaux, 50 ânes, 87 bovins
et 1.273 ovins; les haratines: 1 chameau, 79 ânes, 164 bovins et 3.863
ovins, soit au total, 5 chevaux, 34 chameaux, 129 ânes, 251 bovins,
5.336 ovins.

Comme tous les hassanes, les Oulad Ahmed n'apposent pas de marque de
feu à leurs troupeaux.

Leurs terrains de parcours sont: en hivernage, les rives de l'oued
Katchi, les environs de Diguet Mémé, et jusqu'à Chogar; en saison
sèche, le nord de Chogar et quelquefois le sud jusqu'à Boghé. Ils ont
été jadis les maîtres incontestés de l'Agan et de l'Akel, vers Chogar
Toro. On leur reconnaît encore aujourd'hui cette qualité.

Les notables de la tribu sont: _a_) Mokhtar et Mohammed Mahmoud, fils
tous deux d'Omar ould Bou Salif. Cette famille des Ahel Bou Salif, des
Rouïssat, est ralliée depuis longtemps à nous. L'un de ses membres,
Ahmed Louleï, a toutefois marché avec nous, et a servi comme partisan
dans de nombreuses occasions. Il suivit le capitaine Bablon à Akjoujt
et lui rendit des services, il fit les colonnes de l'Adrar, du Hodh, et
de Smara, tuant dans cette dernière de sa main un chef pillard. Ennemi
des Ahel Bou Bakkar, il est un peu le chef de parti de l'opposition,
surtout depuis qu'il a échoué à l'élection de chef de tribu. C'est
un excellent chef de partisan et un homme dévoué. Son cousin, Sidi
Mohammed, se rendit utile au lieutenant Duboc; _b_) Sidi Mohammed
Boun, notable qu'on avait chargé de surveiller Biram et qui se laissa
conduire par lui; _c_) Sidi Ahmed ould Deïna; _d_) Omar ould Omar Beyat.

Véritable tribu makhzen, les Oulad Ahmed sont armés par nos soins.
En outre du goum régulièrement constitué et dont il a été parlé plus
haut, ils fournissent des partisans auxiliaires. C'est pourquoi ils
sont détenteurs, par nos soins de 71 fusils, dont 31, modèle 92, et 20,
modèle 74, aux nobles; et 20, modèle 74, aux haratines.

Les Oulad Ahmed semblent profiter des bons conseils qu'on leur prodigue
depuis le début et portent de plus en plus leur activité vers des buts
plus lucratifs, sinon moins glorieux, que le pillage et la razzia.
Ils s'adonnent de plus en plus aux cultures et surtout à l'élevage.
Leurs cultures ont pris, ces dernières années, une certaine extension
et notamment par le développement des canaux d'irrigation. Ils ont la
coutume, à eux spéciale, de partager leurs lougans en longues bandes
orientées nord-sud, et abritées du vent d'est par des plantations de
gonakiers. Ils retardent ainsi, par l'ombre de cette haie bien fournie,
l'évaporation des eaux.

Moins encore que chez les autres hassanes, on remarque chez eux de
manifestations de piété. Le chef de la tribu, Seneïba, en est aussi le
marabout. D'être les cousins et champions des Oulad Biri, tolba par
excellence du Sud mauritanien, il suffit à l'islam des Oulad Ahmed.



CHAPITRE IV

DIEÏDIBA


1.--_Historique._

Le vocable Dieïdiba (ou Djeïjiba) est une corruption de Id Ejba, «les
fils d'Ejba», prononciation berbère de Id Eilba ou Id Eïleb. Les
Dieïdiba sont donc les cousins des Id Eïleb, ou Deïlouba, de Oualata
et du Hodh oriental. Ils sont, de leur propre aveu, d'origine berbère,
étant les parents «des Touareg voilés du Sahara». Ils se hâtent
d'ajouter, il est vrai et suivant la légende fantaisiste des origines
arabes, que par delà leur extraction berbère, ils sont, de par Ejba
lui-même, des Himyarites d'Arabie.

Ejba arrivait du Sous. On ne sait rien sur lui. Ses descendants
habitaient, dans un passé indéterminé, l'Azaouad, au nord de
Tombouctou. Des migrations les amenèrent successivement vers l'Ouest,
et vers le seizième siècle, lors des invasions hassanes, ils étaient
dans l'Agan. Ils prirent part à la guerre de Boubba contre les Oulad
Abd Allah, et furent quasi-exterminés. De cette première unité
dieïdiba, il ne reste aujourd'hui qu'une dizaine de tentes. La
personnalité la plus en vue en serait Ahmed Mahmoud ould Mohammeda,
cadi des Oulad Siyed, qu'on verra plus loin.

La tribu devait être reconstituée par l'arrivée d'immigrants Deïdouba,
leurs cousins. Cet élément nouveau, plus fort et plus nombreux,
submergea les vieux Dieïdiba. Cette migration se produisit entre
1670 et 1700 et se présenta en trois vagues successives: groupement
d'Atjfara Brahim et d'Atjfara (Bakkaï) qui étaient cousins; groupement
de Chems-eddin dit Zamrag. Ce sont les ancêtres éponymes des trois
principales fractions Dieïdiba: Id Atjfara (ou Id ag Fara) Brahim,
Id Atjfara (ou Id ag Fara) et Zemarig. A remarquer, dès maintenant,
que les Zemarig ont demandé et obtenu leur autonomie, et ne font plus
partie, _administrativement_, des Dieïdiba. Les autres fractions
dieïdiba, Ahel ag Ammi Ahel Mohammed Othman, id Ayank, descendent aussi
de ces ancêtres communs; mais avec le temps et par suite des rivalités
de famille, elles se sont détachées du tronc principal, tout en restant
incorporées à la tribu.

Le premier arrivé des immigrants, Atjfara Brahim, épousa, quelque temps
après son arrivée dans l'Agan, Fatima, fille d'Aguennoui, le chef des
premiers Dieïdiba. Il devint son vizir et recueillit sa succession.
Il semble bien que ce chef prit part à la guerre de Boubba. Il n'eut
guère pu d'ailleurs agir autrement. D'autres liens patrimoniaux se
nouèrent alors et amenèrent la fusion des deux éléments. A la mort
d'Atjfara Brahim, la chose est faite. Son fils Ammi (Mokhtar), ancêtre
des Ahel Ag Ammi, lui succéda sans difficulté et fut remplacé, à sa
mort, par son frère cadet Abhoum qui devait garder dans sa descendance
la dévolution du commandement et fut l'ancêtre des Ahel Atjfara Brahim
proprement dits (fin du dix-septième siècle).

Au dix-huitième siècle, la tradition donne comme successeurs d'Abhoum
son fils Mahim; Agd Abd Allah, fils de Maham; et Imijen, fils d'Agd
Allah (cf. plus loin tableau généalogique). Le dix-neuvième s'ouvre
sur le commandement de Habibouna Ier fils d'Imijen. Il meurt peu après,
laissant deux fils: Qadina et Ahmed Babou. Ils furent successivement
les chefs de la tribu, ce qui donne à la postérité de l'un et de
l'autre, des droits au commandement. Le dix-neuvième siècle devait être
rempli par les conflits, ordinairement suivis de rixes et quelquefois
de meurtres, des deux familles. C'est ainsi que vers 1860 Habibouna II
ould Cheïbata ould Qadida, assassina Mostafa ould Al-Oudaa Ahmed Babou,
alors chef, pour prendre sa place. Mais, quelques jours plus tard, le
parti adverse prenait sa revanche et l'assassin était tué, à son tour,
chez les Oulad Siyed par Cheïbata ould Al-Oudaa ould Mostafa.

A dater de ce moment, les Dieïdiba, outrés de ces mœurs de hassanes,
ont abandonné la branche aînée et ne choisissent plus leurs chefs que
dans la tente cadette, celle des Ahel Ahmed Babou.

Les Dieïdiba ont entretenu, au dix-neuvième siècle, des guerres
fréquentes contre les Toucouleurs-Aleïbé. Dans le système général des
alliances Maures-Toucouleures, c'est avec le Toro qu'ils marchèrent
traditionnellement.

Si le commandement politique était dans la fraction Id Atjfara Brahim,
l'autorité religieuse, au moins depuis un siècle, était dans la
fraction Id Atjfara, et on verra plus loin que le prestige des pontifes
était aussi fort que celui des Cheikhs et que même certains visèrent à
se substituer à eux.

On a vu dans la première partie que c'est chez les marabouts
«Diedhiéba» que René Caillié vint faire son éducation islamique, en
1824. Il n'eut guère à s'en louer.

Depuis un siècle et par suite tant des rivalités religieuses que des
contestations de points d'eau, les Dieïdiba sont en lutte armée avec
les Oulad Biri. Innombrables sont les combats qui se sont livrés sur
les dunes et autour des puits, à la limite actuelle du Trarza et du
Brakna. Dans mon ouvrage, _L'Émirat des Trarza_, j'ai donné un aperçu
rapide des derniers conflits et j'ai cité les textes des conventions
de 1897 et 1898, par lesquelles le Gouvernement français essayait de
mettre fin à cette question brûlante.

Cette vieille haine se manifestait encore, en 1908, à propos d'un
incident futile: la trouvaille d'un œuf d'autruche par un berger
des Zemarig. Quelques Oulad Biri et haratines Oulad Ahmed le lui
disputèrent. Une bataille à coups de bâton s'engagea, comme il convient
entre marabouts, à qui leur caractère sacré interdit l'usage des
armes. Il y eut de nombreux blessés. Le lendemain, les Oulad Ahmed
intervinrent, et en leur qualité de guerriers, firent parler la poudre.
Cette fois, il y eut des morts; l'affaire fut péniblement arrangée.

En octobre 1917, nouvelle bataille entre les télamides quêteurs des
Oulad Biri, conduits par un fils de Cheikh Sidïa en personne et
plusieurs tentes Dieïdiba. On échangea de vigoureux coups de bâton.

Les difficultés n'ont évidemment pas cessé à ce jour, et de temps
à autre, mais de plus en plus rarement, des coups sont encore
échangés à la limite des cercles trarza et brakna, autour des puits
de Bir el-Barka, Dokhon, Bou Talheïa. Des conciliations partielles
interviennent, quand il le faut. En février 1913, les tribus se
mettaient complètement d'accord au sujet des puits de l'Amechtil, qui
les divisaient depuis fort longtemps. Une délégation Dieïdiba se rendit
chez les Oulad Biri. Ces derniers reconnurent aux Dieïdiba la propriété
des puits contestés et les Dieïdiba autorisèrent les Oulad Biri à boire
à ces puits.

Un peu plus tard, un accord entre les commandants des cercles du
Trarza et du Brakna réglait la question de Bir el-Barka et de la zone
de nomadisation environnante des Dieïdiba. En voici le texte; il peut
servir de modèle pour les nombreux cas de ce genre.

    «Les capitaines commandant les cercles du Trarza et du Brakna ont
    réuni à Bir el-Barka les chefs, principaux notables et cadis des
    Dieïdiba et Oulad Biri, afin de régler l'affaire survenue entre
    Dieïdiba et Laghlal au sujet de ces puits. Quelques épineux, jetés
    par les Dieïdiba dans le puits, telle fut la cause de l'incident.

    «Entre Dieïdiba et Laghlal est survenu un arrangement à l'amiable.
    Les Dieïdiba reconnaissent aux Laghlal les trois quarts du puits et
    gardent le dernier quart. Ils s'engagent, en outre, à le remettre
    en état. Une convention a été écrite par les Laghlal et les
    Dieïdiba, réglant toutes les questions pouvant être une source de
    litiges entre les deux tribus, au sujet des terrains de culture et
    des puits morts.

    «Afin d'éviter à l'avenir tout conflit entre Dieïdiba et Oulad
    Biri, le capitaine commandant le cercle du Trarza restreint
    du puits de Bir el-Barka à Dokhon la zone de nomadisation des
    Dieïdiba, tant que les questions litigieuses qui pourraient
    s'élever avec les Oulad Biri, du fait de leur occupation de cette
    région, pendant une période de 12 années, n'auront pas été réglées.»

Il est hors de doute toutefois que l'animosité sévit presque aussi fort
que par le passé: les relations sont peu fréquentes et peu cordiales.
Un fils de notable Dieïdiba, élève de la médersa de Boutilimit, dut
être renvoyé par suite de l'hostilité de ses camarades et notamment des
Oulad Biri. Divers jeunes garçons Dieïdiba, candidats à la médersa,
ont bien spécifié qu'ils voulaient aller à celle de Saint-Louis et non
à celle de Boutilimit où ils sont «au contact avec des gens qu'ils
n'aiment pas».

Liés de vieille date avec les Oulad Siyed, les Dieïdiba les suivirent
en masse dans leur exode, lors de notre occupation. Seuls quelques
campements, dont plusieurs Id ag Fara et celui même du chef de la
tribu, Ahmedna ould Qadina, n'eurent pas le temps d'enlever leurs
marchandises et de faire filer leurs troupeaux vers le Nord. Surpris,
ils firent leur soumission sans difficultés. Les autres tentes
rentrèrent peu à peu, abandonnant l'émir à son sort. La dernière
fraction dissidente fit sa soumission à la fin de mars 1905. Pendant
plusieurs années encore, ils conservèrent leur attachement à l'émir
déchu, et favorisèrent ses entreprises ou celle de ses alliés dans
le Brakna. Leur chef Ahmedna finit par attirer sur lui les foudres
de l'administration, lassée d'apprendre que son campement était
le refuge de mejbour. Une certaine réaction contre la politique
d'approvisionnement de Coppolani se fait alors sentir. «Deux punitions
de prison, dit un rapport de juin 1908, lui (Ahmedna) ont prouvé que
nous n'étions plus à la politique des pains de sucre.»

Quand Ahmedna dut abandonner définitivement la partie et se retirer
dans le Sud marocain, il se trouva encore quatre Dieïdiba pour le
suivre dans son exil.

Aujourd'hui la situation s'est parfaitement rassérénée, et ces
incidents ne sont plus que de l'histoire ancienne.


2.--_Chroniques et fractionnement des Dieïdiba._

Les Dieïdiba se divisent à l'heure actuelle en les dix fractions
suivantes:

    Id ag Fara Brahim         272 tentes   1.425 âmes
    Haratines id.              56  ----      216 ----
    Id Atjfara                175  ----      561 ----
    Haratines id.              80  ----      344 ----
    Ahel Agd Ammi              61  ----      325 ----
    Haratines id.              82  ----      488 ----
    Ahel Mohammed Othman       45  ----      198 ----
    Haratines id.              22  ----      114 ----
    Id Ayank                   65  ----      283 ----
    Asbat Negza                42  ----      135 ----

    soit au total 900 tentes et 4.089 personnes.

Les _Id Ag Fara Brahim_, qu'on prononce souvent avec rapidité Id
ag Farabrim ou Id Atjfararim, sont, comme on l'a vu, la fraction
princière des Dieïdiba. L'ascendance de la tente du commandement
s'établit ainsi:

             Atjfara Brahim.
         __________|_________
        |                    |
      Ammi,                Abhoum,
   ancêtre des          ancêtre des
  Ahel Agd Ammi.      Ahel Atjfara Brahim.
                             |
                           Maham.
        _____________________|_________________
       |                     |                 |
  Agd Abd Allah.        Agda Maham.     Agd Haïb Allah.
       |__________________________________________________
       |                    |                             |
     Othman,               Imijan.                    Mohammed Maham.
   ancêtre des              |                             |
  Ahel Mohammedden          |                             |
     Othman.         _______|_____________         _______|________
                    |          |          |       |       |        |
             Habibouna 1er.  Al-Qadi,  Akrabat,  Ali,  Mostafa,  Saïd,
                    |        \_______________/   \___________________/
                    |            descendance          descendance
              ______|______     dans la tribu.       dans la tribu.
             |             |
          Qadina.     Ahmed Babou.
             |             |
         Cheïbata.     Al-Oudaa.
             |             |______________________
             |             |           |          |
         Habibouna.     Mostafa.   Cheïbata.   Qadina.
                           |           |          |
                        Khalifa.   Moh. Fal.   Ahmedna.
                           |           |
                        Mostafa.     Oudaa.

La fraction se divise en les sous-fractions suivantes:

    Ahel Agd Abd Allah,
    Ahel Mohammed Thofeïl,
    Glagma,
    Ahel Abhoum,
    Ahel Taleb Mohammedden,
    Ahel Monja,
    Ahel Hejab,
    Ahel Agd Haïb Allah,
    Id Ag Maham,
    Ahel Agda Nahoui,
    Id Ou Amin.

               { Haratines proprement dits,
    Haratines: { Touarig,
               { Kouar Dieïdiba.

Les Ahel Mohammed Thofeil sont originaires des Ahel Mohammed Othman.

Les Glagma sont originaires du Hodh: le premier qui vint dans le
Brakna, au début du dix-neuvième siècle, est un certain Abd Er-Rahman,
la Guelguemi.

Les Ahel Agda Nahoui sont la sous-fraction qui eut l'honneur de donner
l'hospitalité à René Caillié, en 1824. Il n'en a pas dit le nom, mais
il a été facile de le trouver, car il a donné le nom de son maître.
Mohammed Sidi-l-Mokhtar, «grand marabout du roi». Ce Sidi-l-Mokhtar
ould Mohamedden ould Mostaf ould Agda Nahoui a laissé en effet le
souvenir d'un homme de piété et de science. Son descendant, chef du
campement, est aujourd'hui Abd Allah ould Mohammed ould Abd Allah ould
Sidi Mokhtar. C'est un notable considéré.

Les Id Ou Amin, ou Douamin, sont originaires des Hijaj.

Les Touarig sont d'origines diverses, mais surtout Id Ou Al-Hadj. Jadis
libres, ils vivent aujourd'hui avec leurs haratines et se sont négrisés.

Les Kouar Dieïdiba, ou _Noirs des Dieïdiba_, sont, dit-on, les
descendants des Id Agfa (Peul de la rive gauche), qui se seraient
mélangés avec les haratines.

Le chef des Id Ag Fara Brahim, chef général en outre des Dieïdiba,
est Mostafa ould (Khalifa ould Mostafa ould) Ai-Oudaa. A notre
arrivée en Mauritanie, le chef était Ahmedna ould Qadina, cousin de
Moustafa. Ahmedna, de son vrai nom Haïb Allah, mais plus connu sous
ce sobriquet donné par sa mère; il ne nous donna pas satisfaction.
Énergique et obéi, il tenait bien en main sa fraction; mais il se
signalait par une sourde opposition à notre autorité, donnait asile au
Mejbour, empêchait les Asbat, Tabouit et Id Atjfara, qui se ralliaient
moralement, de venir franchement à nous, et nous faisait espionner
à Aleg. En 1907, c'est dans son campement qu'Ould Assas, le fils
d'Ahmeddou, reçut asile, pendant que ses gens préparaient leur razzia.
C'est là que Mohammed Amoïjin, chef des haratines zemarig et notre
agent, fut attaché et frappé et n'échappa à la mort que par la fuite.
On put craindre, à plusieurs reprise, qu'il ne partît en dissidence, et
il l'aurait certainement fait sans la crainte des pillages des Oulad
Yahya ben Othman. Il fut destitué, en 1909, et remplacé par Mostafa
précité.

Mostafa est né vers 1888, à Bou Talhaya. Sa mère, Çaleha ment Al-Hadj,
est des Ida Ou Ali. Son père Khalifa était chef de la tribu, avant
Ahmedna. Lui-même a pour l'instant un fils, Mohammed Abd Allah, né en
1915. Mostafa était trop jeune à notre arrivée pour jouer un rôle; il
ne partit pas en dissidence, sans doute parce que, comme plusieurs
groupements de sa fraction, il n'en a pas eu le temps.

Très ambitieux, il a visé de bonne heure à un commandement et, vers
1906, fit punir de prison ses partisans qui sur ses instructions,
avaient dans ce but fait quelque agitation. Fort instruit en arabe, il
a voulu savoir un peu de français et a suivi plusieurs mois les cours
de l'école d'Aleg. C'est un homme intelligent, énergique et pondéré,
qu'il importe de ne pas laisser gagner à la main, comme il en aurait la
tendance. Il s'est rendu coupable, il y a quelques années, de fraude
dans les recensements: il forçait les rôles de ses ennemis et diminuait
considérablement ceux de ses partisans. Mostafa aurait quelque tendance
à jouer au chef religieux. Il semble par moments que son désir est
d'imiter Cheikh Sidïa. L'opinion publique l'a remarqué, et à plusieurs
reprises le bruit a couru qu'il abandonnerait son commandement
politique et s'y ferait remplacer par une de ses créatures, pour
pouvoir se consacrer à la vie religieuse. Il est actuellement secondé
par son cousin et Khalifa: Mohammed Abdou ould Mohammed Mostafa ould
Abd Al-Jelil, dit Babia. Ce Mohammed Abdou, né vers 1880, est un homme
actif et intelligent.

Les principales personnalités Id Ag Fara Brahim sont: _a_) Jeddou
ould Habbab ould Qadina, des Ahel Qadina, né vers 1848, et candidat
perpétuel au commandement de la tribu. Il est naturellement en fort
mauvais termes avec Mostafa, comme il l'a été avec ses prédécesseurs,
et ne se gêne pas pour signaler ses méfaits. _b_) Sidi-l-Mokhtar ould
Cheikh Abd Allah ould Mostafa ould Sidi Mokhtar Ouali. C'est un chérif,
originaire des Id Ag Jemouella, mais il vit avec les Id Ag Fara Brahim,
depuis deux générations. C'est un saint homme et un savant professeur.
Son école coranique est la mieux achalandée de la tribu. A son prestige
personnel il joint la baraka de son père et de son grand-père, qui
furent des marabouts célèbres, et surtout de son aïeul, à qui la
renommée donna le nom de Ouali; _c_) Mohammed ould Habib Rahman,
chef d'une sous-fraction et adversaire déclaré de Mostafa. Il groupa
longtemps autour de lui les adversaires du chef. Las et inquiet, il a
fini par abandonner la lutte, et par se retirer dans une autre fraction
Dieïdiba.

Les Id ag Fara Brahim sont la fraction la plus importante et la plus
riche de la tribu. Ils campent dans la région d'Aleg, des Biar,
d'Arona, de Chogar et de l'Oued.

Leurs haratines ont pour chef Mohammed ould Brahim. Ils campent avec
leurs maîtres. Quelques tentes passent souvent sur la rive gauche, à
Edy, ou ailleurs. D'autres sont au lougan de Ballel.


Les _Id ag Fara_ se rattachent à Atjfara Bekkaï, dont la tradition a
laissé tomber le nom de Bekkaï.

Voici le tableau généalogique du campement princier.

                      Atjfara (Bekkaï).
                            |
                          Biaye.
                            |
                         Aoubak.
                            |
                     Al-Mokhtar Nalla.
                      ______|________________
                     |                       |
                Haïb Allah.              Abd Allah.
             ________|________               |
            |                 |              |
   Atjfara Ahmed Baba.     Mbaleïhi.    Maham Taka,
        ____|_______                    descendance
       |            |                  chez les Id ag
  Al-Qadi.       Al-Hadj.                  Fara
                    |
               Cheikh Al-Qadi.
            ________|__________________________
           |                |                  |
  Cheikh Mostafa.  Cheikh Abd Er-Rahman.  Ahmed Mahmoud.
           |
  Mohammed Abd Ad-Jelil.
      _____|_______
     |             |
  Mostafa.  Moh. Mahfoudh.
     |
  Moh. Abd Allah,
  chef de la fraction.

Les Id ag Fara ne sont plus maintenant que deux sous-fractions: Ahel
Qadi et Ahel Hadj Qadi. Toutes les autres se sont fondues en celles-là.

Le chef des Id ag Fara était, à notre arrivée, Mohammed Abd Al-Jelilou
Id Cheikh Mostafa. Il accompagna les Oulad Siyed vers le Tagant, mais
fit vite sa soumission et revint vers ses campements. En même temps que
les Dieïdiba se voyaient infliger une forte contribution de guerre,
il devait, lui leur chef, passer deux mois à Saint-Louis en résidence
obligatoire. Chef intelligent et juste, il accepta, quoique ami
d'Ahmeddou, la nécessité de notre domination, maintint la paix chez ses
gens et vécut en bons termes avec nous. Il mourut en mai 1912, et était
remplacé en août suivant, par son fils cadet Mohammed Mahfoudh; l'aîné
avait, en effet, refusé l'autorité.

Mohammed Mahfoudh est né vers 1882. Ainsi que son frère aîné, il
partit en dissidence à notre arrivée, séjourna un an dans le Regueïba,
mais sans porter les armes contre nous, et fit sa soumission avec
sa fraction. Ce sont tous les deux des personnes intelligentes et
instruites. Mostafa s'est confiné dans le domaine religieux et, ayant
hérité de l'influence maraboutique de la famille, fait le cadi et le
professeur de la tribu. Il a un fils, Mohammed Abd Allah, qui semble
devoir être le successeur de son oncle.

Il est à remarquer, en effet, que cette tente est, depuis quatre
générations, depuis Cheikh Al-Qadi ould Al-Hadj nommément, une
véritable pépinière de saints marabouts. Cheikh Al-Qadi fut à la fin du
dix-huitième siècle, un des élèves du Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir,
le Kounti, auprès de qui il resta six mois. Quelques années plus tard,
Cheikh Sidïa Al-Kabir devait le suivre dans cette voie. Il avait 40
ans quand il apprit la mystique et acheva par elle ses études. Ce fut
un grand pontife, qui a assuré la fortune de sa postérité. Il a été
enterré à Bou Talheya, aux côtés de son grand-père Atjfara Ahmed Baba.
Son frère, Mostafa ould al-Hadj, fut aussi un marabout de renom.

Les enfants de Cheikh Al-Qadi, tous Cheikh réputés, assirent
définitivement la situation maraboutique de la famille.

Cheikh Mostafa fut un saint homme, adonné aux choses du ciel, et
qui laissa la direction du temporel à son frère cadet, Cheikh Abd
Er-Rahman. Celui-ci, dès le début de juin 1858, se tournait vers
l'autorité croissante de Faidherbe et lui écrivait:

    Le but de cette lettre est de vous faire connaître que le pays se
    perd et devient malheureux. Le malheur s'étend sur les habitants
    du pays et sur les étrangers. C'est une vérité et c'est très
    sérieux. Il faut que vous songiez à établir la paix et le bonheur
    sur la terre, et ce sera un bonheur pour vous. La paix n'existera
    qu'après la réconciliation des Oulad Seïd entre eux. Ordonnez à
    Mohammed Sidy d'agir dans ce sens et venez-lui en aide.

    Cette époque de misère a élevé des individus méprisables et en
    a abaissé de respectables. Le dernier des guerriers commet des
    iniquités dans le pays et son chef ne peut l'en empêcher, parce
    qu'il craint son inimitié. Mohammed Sidy ne songe qu'à établir la
    paix entre les Oulad Seïd et les Chrétiens. De leur réconciliation
    résultera le bien du pays. Les actions de Mohammed Sidy ne peuvent
    le faire considérer comme l'ennemi des Chrétiens.--Souvent il
    s'est trouvé dans l'obligation d'agir malgré lui, parce qu'il
    était contrarié, et que les Oulad Ahmed étaient des Trarza et que,
    s'il avait agi autrement, il aurait été méprisé.--Aujourd'hui il
    ne songe qu'à réconcilier son peuple; alors, ni les Trarza ni les
    Oulad Ahmed n'auraient de pouvoir sur lui.

    Le Gouverneur doit se souvenir de moi, car il est venu à nous
    l'année dernière.

Le texte arabe de cette lettre est en annexe.

Le troisième des enfants de Cheikh Al-Qadi, Ahmed Mahmoud entretint
aussi une correspondance suivie avec les agents de Faidherbe et tint ce
gouverneur au courant de la politique et des faits et gestes d'Al-Hadj
Omar.

Cette famille a fourni non seulement les chefs politiques de la
fraction, mais très souvent les cadis et chefs religieux de la tribu.
Sous le couvert de cette influence, ils ont tenté à plusieurs reprises
d'accaparer la direction des affaires. En principe rien ne pouvait
être décidé par le chef politique, sans que le cadi fût consulté. Au
contraire, il arriva même qu'Abd Al-Jelil, grâce à l'intérêt que lui
portèrent les émirs Sidi Eli et son fils Ahmeddou, usurpa les fonctions
d'Ahmedna jusqu'à notre occupation. Ce ne fut qu'au départ d'Abd
Al-Jelil dans l'Adrar avec son protecteur Ahmeddou qu'Ahmedna dut de
pouvoir, en 1903, être réintégré dans son commandement. Il n'y eut
d'ailleurs aucun mérite, car si son campement n'avait pas fini avec les
autres Id Ag Fara, c'est qu'il n'en avait pas eu le temps.

    [Illustration:
    _A gauche_: CHEIKH M'HAMMED OULD BEKKAÏ, Chef des Ahel Cheikh.
    _A droite_: DIDA, Cadi supérieur des Brakna.]

Les principales personnalités Id ag Fara sont: _a_) Mohammed
Mahmoud ould Al-Mrabet, dit Dida, cadi de la tribu. Dida appartient
à une famille maraboutique très influente. L'origine de cette
considération remonte à son bisaïeul Al-Qadi ouali renommé, qui mourut
vers 1780, et fut enterré à Bou Talheya, où son tombeau est l'objet de
pèlerinages. Il était fils d'Atjfara Ahmed Babou, vu ailleurs, et se
rattachait ainsi à la ligne même d'Atjfara (Bekkaï). Il laissait quatre
fils: Al-Falli, Oummoui, Babana et Haïb qui furent tous de saints
personnages. Haïb Allah, mort vers 1815, laissa à son tour plusieurs
enfants dont l'aîné, Mohammed Mahmoud, mort vers 1862, fit refleurir
toutes les vertus de l'ancêtre. Aussi lui donne-t-on le surnom de
Mrabet. Son fils Mohammed Abd Allah n'a pas fait parler de lui. Dida
est le fils aîné de Mohammed Abd Allah. Au surplus voici le schéma
généalogique de cette famille.

            Al-Qadi, † vers 1780.
       _______________|_______________
      |          |         |          |
  Al-Falli.  Oummoui.  Babana.    Haïb Allah,
                                 † vers 1815.
          ____________________________|__________
         |             |             |           |
  Mohammed Mahmoud,  Ahmeddou.  Moh. Mokhtar.  Mostafa.
   dit Al Mrabet
   † vers 1862.
         |
  Mohammed Abd Allah.
         |
  Mohammed Mahmoud,
     dit Dida.

Dida est né vers 1884. Sa mère est d'origine Arallen. Parti en
dissidence avec sa tribu, il se soumit avec elle et depuis a eu une
attitude parfaitement loyaliste. Il a été nommé cadi de sa tribu en
1909 et, peu après, cadi supérieur du cercle. A ce titre, il jouit
d'une grande influence, encore que les ennemis de Dieïdiba eussent
préféré un cadi qui n'appartînt pas à cette tribu. En 1912, à la mort
d'Abd Al-Jelil et avant la nomination de son fils, il a fait l'intérim
de chef de fraction. Il a, de par ses ancêtres, de nombreuses relations
dans toutes les tribus du cercle, son père en effet et surtout son
grand-père Al-Mrabet ayant été les professeurs et les initiateurs
dont relèvent la presque totalité des marabouts et notables de la
région. Dida est lui-même un professeur émérite, en qui on s'accorde à
voir spécialement un juriste de premier plan. Il enseigne le droit à
une trentaine de jeunes gens, surtout Dieïdiba. Sa tente est toujours
plantée aux environs d'Aleg. Dida est un homme intelligent, instruit,
dévoué, qui nous rend les plus précieux services. Sa popularité lui
vaut dans sa tribu et ailleurs, plus spécialement chez les Touabir
et Arallen, de nombreux cadeaux. Il est moqaddem qadri par la chaîne
mystique suivante, qui se rattache aux Kounta: Cheikh Ahmed Babou ould
Al-Hadj; Cheikh Abd Allah ould Mostafa; Cheikh Sidi Mohammed ould
Cheikh Abd Allah; Cheikh Mostafa ould Cheikh Al-Qadi; Cheikh Al-Qadi,
père du précédent; Cheikh Sidi Mokhtar Al-Kabir, le Kounti.

_b_) Ahmed Mahmoud ould Mohammedda qui passe pour être un des
représentants de la première tribu Dieïdiba. Il est né vers 1863 et
a fait ses études auprès de Mohammed Abd Allah, père de Dida. Jadis
cadi des Id Ag Fara Brahim, puis cadi des Dieïdiba par la nomination
de Coppolani, à la suite de la dissidence du cadi de la tribu, il
démissionna pour que ces fonctions judiciaires ne soient exercées que
par un membre des Ahel Cheikh Abd Allah. Intelligent et fort instruit,
il fut accusé, en 1906, d'avoir fait sa cour au Chérif marocain, en lui
faisant don d'une jeune captive. On a pu constater aussi l'élasticité
de sa conscience par la proposition qu'il fit d'affirmer, sous serment
coranique, l'authenticité de pièces fausses. Il enseigne le droit et un
peu de théologie à une vingtaine de jeunes gens. Entre temps, il fait
sur Cascas, Boghé et Podor des voyages commerciaux. Il est très connu,
mais il ne jouit que d'une influence restreinte.

_c_) Cheikh Sidi-l-Mokhtar ould Cheikh Abd Allah ould Mostafa. Né vers
1883, il a eu son père pour professeur, mais son père lui-même est un
des élèves du grand Al-Mrabet. Il appartient à une tente chérifienne,
établie depuis plusieurs générations chez les Dieïdiba. Parti en
dissidence avec les siens, il fit sa soumission avec eux, mais affecta
longtemps de nous ignorer et resta à l'écart. Il s'est rapproché
avec le temps. Il donne l'enseignement coranique à une cinquantaine
d'élèves, et fait quelques cours supérieurs. Son influence religieuse
s'étend surtout chez les Noirs, Toucouleurs et Ouolof, riverains
de Cascas à Saint-Louis. Il a même quelques telamides d'occasion à
Sierra-Léone, jeunes gens venus ici par hasard et que son renom a
attirés à son ouird. Il voyage souvent sur le fleuve pour son commerce.

_d_) Cheikh Mohammed Mahfoud ould Cheikh Mostafa ould Cheikh Mohammed
Mahmoud. Né vers 1884, il a épousé Maïram, sœur de Dida. Il jouit
d'une renommée locale comme professeur et descendant de Cheikh Al-Qadi.
Son influence s'étend sur les haratines du Chamama, à l'ouest de Boghé.
Il a une trentaine d'élèves, grands et petits.

Les haratines Id ag Fara ont pour chef Abd Allah ould Aïcha. Leurs
terrains de cultures sont dans le Regueïba, soit avec les autres
haratines Regueïba.


Les _Ahel Ag Ammi_ se rattachent, comme on l'a vu, à Ammi, fils
d'Atjfara Brahim. Ils sont donc en principe Id ag Fara Brahim, mais ils
se sont séparés de leurs frères, il y a plusieurs générations et ont
pris le nom spécial de leur ancêtre, laissant celui de la fraction à
la descendance de son frère Abhoum. Ils ne dépendaient donc plus des
Id ag Fara Brahim, comme tous les gens des Tassaguert. Si dans les
Biar, le droit des chefs (Gach, morceau de la poitrine de toute bête
de bétail abattue) était pour les Ahel Oudaa, chez les Tassaguiert, ce
droit était payé, pour les Ahel Agd Ammi, à la tente princière des Ahel
Haïbelti.

A notre arrivée, leur chef était Cheikh ould Sidi Lamin (ould Mohammed
ould Haïbelti... ould Ammi). Il est mort au début de février 1912, et
a été remplacé, sur élection de la djemaa, par son fils Naji. Naji est
né vers 1890. Sa mère est une Jemouellïa. Trop jeune à notre arrivée,
il n'est pas parti en dissidence. Malgré son jeune âge, il gère son
groupement avec habileté et énergie. Il est secondé par le notable
Mohammeddou ould Habib Allah ould Mohammedden. Les autres notables les
plus en vue sont: Habib ould Habib, ancien chef de sous-fraction qui
a été condamné le 16 août 1916 à un an de prison, et Mohammed ould
Cheddad, qui l'a remplacé comme chef...

Les Ahel ag Ammi n'ont pas de zenaga. Leurs haratines sont sédentaires
à Aroua. Ils cultivent en outre des lougans à Balé, en face de Dara et
de Paté Gallo.


Les _Ahel Mohammedden Othman_ se sont, comme les Ahel Ag Ammi, détachés
des Ahel Atjfara Brahim pour constituer une fraction indépendante. Ils
se rattachent à Mohammedden ould Othman, quatrième descendant d'Abhoum
fils d'Atjfara Brahim (cf. _infra_ tableau généalogique). La scission
paraît s'être produite avec le fils ou le petit-fils de Mohammedden,
dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. A cette date, la
fraction, dite aussi des Tessaguert, cessa de donner le gach au chef
des Id ag Fara Brahim et le donna à ses chefs: les Ahel Mekhiyen.

Le chef de la fraction est Hamda ould Sidi ould Abdi ould Mekkiyen
ould Abd Allah ould Mohammed Othman. Sa mère est une Jemouellïa.
Sa famille jouit d'une excellente réputation dans tout le cercle.
Lui-même assure son service avec beaucoup de zèle et d'adresse. Il est
occasionnellement employé comme assesseur au tribunal de cercle.

La fraction n'a pas de zenaga. Ses haratines sont peu importants et
cultivent avec ceux des Ahel ag Ammi.


Les _Id Ayank_ ne sont pas de pure origine Dieïdiba. Leur ancêtre
Andach était un étranger (_halif_) venu s'installer chez Atjfara
Bekkaï, qui s'y maria et dont la descendance se nationalisa Id ag Fara.
Leur chef est Ali ould Mohammed ould Omar ould Mikheïtir ould... ould
Andach. Il a succédé, en 1912, à Al-Goumach.

Les Id Ayank n'ont ni zenaga, ni haratines; ils ont de nombreux
chameaux, dont Bakar ould Soueïd Ahmed se servit souvent contre nous.
Ils nomadisent entre Mal et le Tagant, et ne descendent jamais dans le
Chamama.


Les _Asbat Negza_ devraient s'appeler aujourd'hui simplement Ahel Negza
ou Oulad Negza. Ce vocable d'Asbat est le souvenir d'un état de choses
qui a subsisté pendant la plus grande partie du dix-neuvième siècle et
a aujourd'hui disparu. Il rappelle la «confédération» des Id Ayank, des
Id ag Jemouella et des Negza. Ces fractions formaient à elles trois un
groupement très particulariste, qui, tout en s'unissant par des liens
conjugaux, ne fusionna pas. Ils se considéraient et on les considérait
comme des «alliés» (Asbat). Par la suite, chacune des fractions a
repris son indépendance.

Negza ould Othman, l'ancêtre éponyme des Negza, était originaire des
Oulad Aïd du Gorgol, qui ne sont d'ailleurs qu'une colonie des Oulad
Aïd du Trarza. Ce sont, comme on le sait, des Zenaga, non tributaires,
et guerriers, d'origine arabo-hassanes et qui ont été asservis par
les invasions hassanes postérieures. Ce Negza, dont le vrai nom était
Mzaïdef, vint s'établir, peu avant 1800, dans le campement de Cheikh
Al-Qadi et fut son disciple empressé. Il avait alors 40 ans et était
suivi de son fils Ali. Il mourut vers 1812, et fut enterré à Aleb
Niatara. Son fils, ayant épousé une haratinïa des Oulad Ahmed, se fixa
définitivement chez les Dieïdiba. Les 6 fils d'Ali prirent femmes dans
cette tribu et constituèrent l'origine de la fraction. Les Oulad Ahmed
les considérèrent pendant un certain temps comme leur zenaga et leur
imposèrent un tribut. Mais les Dieïdiba les rachetèrent et se les
attachèrent comme télamides. Voici le schéma généalogique de la tente
du commandement:

                            Othman.
                               |
                     1. Mzaïdef dit _Negza_.
                               |
                            2. Ali.
      _________________________|_____________________________
     |           |         |         |            |          |
  Mahmoud.  3. Soueïd.  Mohammed.  Brahim.  4. Al-Kouri.  Mokhtar.
                 |                           _____|______
                 |                          |            |
           7. Al-Kouri.                5. Bachir.  6. Mahfoudh.

Les chefs de fraction se succédèrent dans l'ordre de numérotation du
tableau. Bachir (5), qui était mort en 1880, fut remplacé par son frère
Mahfoudh ould Al-Kouri. Ce fut lui que Coppolani trouva en 1905 et
confirma dans son commandement, à son retour de dissidence avec les Id
ag Fara. Chef assez apprécié d'une tribu de voleurs et de pillards, il
fut plusieurs fois puni pour avoir donné asile à des mejbour, au début;
à des prisonniers évadés, ces temps derniers. Il fut destitué, en 1917,
et remplacé par son cousin Al-Kouri ould Soueïdi.

Anciens zenaga, devenus «tiab», les Asbat Negza se ressentent
aujourd'hui encore de ces origines. Ils ne jouissent que d'une
demi-considération. Ils n'épousent pas notamment les filles des hautes
classes dieïdiba.

Ils suivent tous, aujourd'hui comme il y a un siècle, le sillage
religieux des Dieïdiba. Ils leur ont emprunté leur feu pour les
troupeaux et leur sont, malgré les sollicitations des Zemarig
dissidents, restés fidèlement attachés.


Les haratines Dieïdiba doivent leur émancipation à Coppolani.
Affranchis des droits de horma à la suite de la rébellion de leurs
maîtres, ils furent distribués en autant de campements qu'il y avait de
sous-fractions suzeraines, établis dans la région de Chabbour et placés
sous le commandement de Mohammed Amouijin, des Zemarig.

Par la suite, ce commandement général a été supprimé et chaque
sous-fraction de haratines a son chef particulier.


Les Dieïdiba ont un beau cheptel de 4.030 bovins, 43.144 têtes de petit
bétail et 878 ânes. Leurs chameaux sont au nombre de 165, à peu près
tous chez les Id ag Fara et Id ag Fara Brahim. A ce propos, on peut
remarquer la tendance des Dieïdiba à se partager en deux groupements:
l'un à peu près uniquement pasteur et nomade, qui campe dans la région
du Nord, à Dokhon, etc. Il est composé des deux fractions précitées;
l'autre, campé au Sud, autour du lac, est composé des Ahel Agd Ammi,
des Ahel Mohammedden Othman, etc. Ce sont des nomades à petit rayon et
des cultivateurs en voie de sédentarisation pendant quelques mois de
l'année.

Le feu des Dieïdiba est le _qaf_ ٯ, qu'ils apposent sur le côté droit
du cou pour les chameaux, sur la cuisse droite pour les bovins. Ils ont
de nombreuses contre-marques: le «del» د et le _madda_ ٓ chez les Ahel
agd Ammi; la patte de poule ⩛ chez les Id ag Fara Brahim; la croix +
chez les Id ag Fara; les signes [T couché à droite ⊣] ou [T couché à
gauche ⊢] dans le campement Mrabet, etc.

Les Dieïdiba font, par leurs haratines et même par les plus pauvres
d'entre les personnes de condition libre, de nombreuses cultures dans
la cuvette d'Aleg. Aleg est un point très important pour les Maures.
C'est un centre de cultures: on y fait un peu de riz et beaucoup de
mil. Les indigènes y campent une partie de l'année. Ils viennent s'y
installer en hiver, après avoir terminé leurs travaux dans le Chamama;
ils en repartent en automne, au moment des pluies. Il n'y avait ni
villages, ni maisons; Aleg est seulement une grande cuvette où se
répandent sur une très grande surface les eaux de l'oued Katchi. La
terre appartient exclusivement à la tribu des Dieïdiba; mais ces
derniers, moyennant des redevances légères, permettent à d'autres
tribus, telles que les Tendra, les Tagnit, les Hijaj, d'y faire des
cultures.

  Noms des terrains:      Fractions auxquelles appartient la terre:

      Frioua,                   Id ag Fara.
      Al-Mrifeg,                Jeddou Al-Habbab.
      Meifed,                   Ahel Mohamedden Othman.
      Gouissi,                  Ahel Ag Ammi.
      Adimmour,                 Cheikh des Dieïdiba.
      Tichetayat,               Oulamouichém.
      Tidar,                    Id ag Fara.
      Aroua,                    Ahel ag Ammi.

Les territoires de nomadisation des Dieïdiba sont en hivernage:
l'Agan, Chogar, l'oued Katchi, Kra al-Asfar, et le sud d'Aleg; en
saison sèche: le lac d'Aleg et Aleg même, Bir el-Barka, Dokhon, Bou
Telheïa, Chabbour, Regba, Ballé. Leur point d'eau central était jadis
Ndokhon, puits réputé de 50 mètres de profondeur, dans une dépression
très boisée. A côté du puits, on trouve aujourd'hui les ruines d'une
construction en baraco, que les premières reconnaissances en 1905-1907
trouvèrent encore bien conservée. Elle affectait la forme d'un carré
de 25 mètres de côté avec cour centrale. Cette casba avait été édifiée
alors qu'ils étaient les maîtres du pays. Ils durent l'évacuer à la
suite de leurs luttes avec les Oulad Biri.


Les professeurs les plus réputés des Dieïdiba sont: _a_) le cadi
Dida, campé à Chogar, mais que ses fonctions maintiennent à Aleg la
plupart du temps; _b_) Mohammed Mahmoud ould Mohammedden, campé chez
les Id Atjfara Brahim. Ces deux maîtres ont été vus plus haut. A leur
clientèle maure ordinaire, surtout Dieïdiba, se joignent un certain
nombre de jeunes Toucouleurs. Leur enseignement est d'abord coranique
(ils sont suppléés en cette branche par un ou plusieurs adjoints) et
ensuite supérieur: droit, grammaire, théologie, littérature et langue.


Les principaux lieux de pèlerinage des Dieïdiba sont les tombeaux et
cimetières de leurs ancêtres: Bou Telheya, où sont inhumés Al-Qadi,
Cheikh Ahmed Babou et Haïb Allah, etc.; Bir el-Barka, où est inhumé
Cheikh Abder-Rahman ould Cheikh Al-Qadi, celui-là même qui écrivait à
Faidherbe la lettre donnée en annexe; Ndokhon, où sont enterrés Cheikh
Mohammed ould Babou et Cheikh Qadi ould Ahmed Babou, etc.; Raddeka, où
sont enterrés Mohammed Mahmoud (Mrabet), grand-père de Dida; Mohammed
Abd Allah, fils du précédent; Al-Falli ould Al-Qadi; Oummoui, etc.;
Touirsat, cimetière benié, etc.



CHAPITRE V

ZEMARIG


1.--_Historique._

Si administrativement les Zemarig constituent une tribu indépendante,
on a vu ci-dessus qu'ethniquement, ils sont des Dieïdiba. Depuis
l'heure où leur ancêtre éponyme Chems ed-Din, dit Zemrag, c'est-à-dire
«le fort», rejoignit ses cousins Atjfara Brahim et Atjfara (Bekkaï)
dans le Brakna, ils ont vécu avec les Dieïdiba et ont fait partie
intégrante de la tribu. C'est de nos jours seulement qu'ils se sont
détachés d'eux.

La chronique des Zemarig commence donc avec Chems ed-Din, originaire
comme ses cousins, des Dieïdiba ou Id Eïleb du Hodh. Une tradition
le fait proprement le fils d'Atjfara (Bekkaï). Voici le tableau
généalogique de la tente du commandement:

                                Zemrag.
                 __________________|__________
                |                             |
            Tegueddi.                       Baba Imijan.
          ______|_______             _________|_______________
         |              |           |         |               |
  Taleb Mohammed,    Brahim.    Ba Ahmoud  Agd Eïlek.  Atjfara Saloum.
    descendance         |       (Zmarig).  \_________________________/
     chez les      Mohammedden.             Quelques tentes chez les
   Oulad Bou Sif.       |                 Oulad bou Sif, le reste chez
                       Amar                       les Zemarig.
                        |
                   Abd El-Qader.
            ____________|______________
           |                           |
       Mohammed.                    Mostafa.
           |                           |
      Sidi-l-Mokhtar.               Chibani.
           |                       ____|_____
           |                      |          |
  Mohammed Sidi, ex-chef.      Tofaïl.    Limam, chef actuel.

C'est par suite d'un phénomène d'ordre économique qu'un certain nombre
de tentes Zemarig se sont agglutinées aux Oulad Bou Sif. Propriétaires
de chameaux, elles ne purent suivre les autres Dieïdiba dans leur lent
fléchissement vers le Sud. Obligées de vivre loin du fleuve, elles se
groupèrent auprès des Oulad Bou Sif pour être protégées, mais elles
sont restées en bonnes relations avec leurs cousins et ne renient pas
leurs origines.

Les Zemarig ont toujours été considérés un peu comme des parents
pauvres par les autres Dieïdiba.

Les Id ag Fara Brahim étaient la fraction qui avait le commandement
politique. Les Id ag Fara possédaient l'autorité religieuse et
judiciaire. Les Zemarig, tiers état, n'avaient plus qu'à obéir. Ils
se lassèrent de cette situation, et après des luttes fréquentes avec
les Id ag Fara Brahim, ils s'éloignèrent d'eux et vinrent se fixer à
Chabour, dans le Chamama. Chassés par les Toucouleurs, ils vinrent vers
Boghé et nomadisèrent entre Boghé, Al-Meriché, la rivière de Mal, et
Cascas. Ils entrèrent dans le système politique de l'équilibre local en
contractant alliance avec les Toucouleurs de Boghé et en luttant contre
ceux du fleuve. Leur dabaï était installé près de Boghé.

Depuis longtemps donc ils vivaient pratiquement séparés des Dieïdiba.
A la fin du siècle dernier, ils furent gravement pillés par les
Oulad Ahmed; ceux-ci étant les alliés des Oulad Biri, les Zemarig se
rapprochèrent des Dieïdiba et prirent part aux luttes de cette tribu
contre les Oulad Biri et Oulad Ahmed. Ce rapprochement amena leur
dissidence, à la suite d'Abd Al-Jelil, chef des Id ag Fara, lors de
l'occupation française (1904). A leur retour du Tagant ils furent
mis à l'amende à part. Les autres dissidents ayant refusé de faire
une répartition égale pour ces contributions, les Zemarig sentirent
renaître toute leur animosité. Ils demandèrent à vivre en dehors de la
tribu et, depuis, ils ont joui de leur autonomie.


2.--_Fractionnement._

Le fractionnement des Zemarig s'établit ainsi:

    Zemarig libres:        56 tentes           224 personnes.
    Haratines Zemarig:    100  ----            475  ----

    soit au total 156 tentes et 699 personnes.

Le chef était, lors de notre arrivée, en 1903, Mohammed Sidi ould
Sidi-l-Mokhtar, né vers 1848. C'était un homme intelligent et peu
aimé de sa tribu à cause de sa fourberie et de ses exactions. Il
fut destitué, en 1912, pour avoir pillé les animaux de ses gens, et
remplacé par son cousin Limam.

Par le refus de son frère aîné, Thofeïl, d'exercer le commandement,
Limam est chef depuis 1912. Il est né vers 1885. Très jeune à notre
arrivée, il dut suivre le mouvement de dissidence de sa tribu,
mais revint peu après. C'est un bon chef, estimé et obéi par ses
gens. Il est quelque peu apathique. Il a voulu faire un jour acte
d'énergie, mais ce geste ne lui a pas réussi: il fut puni d'une peine
disciplinaire pour avoir protesté contre la nomination de Dida comme
cadi.

Le commandement est définitivement fixé dans ce campement, et
spécialement dans la tente des Ahel Abd El-Qader, celui-ci étant le
bisaïeul de Limam. C'est pourquoi on leur assigne dans la pratique ce
nom. Limam par exemple n'est désigné que sous le nom de Limam ould Abd
El-Qader. C'est aux Ahel Abd El-Qader que traditionnellement était
versé le gach ou morceau de poitrine de toute bête abattue. Chez les
haratines Zemarig, c'était aux Abdi ould Daïa.


La djemaa de la tribu comprend:

_a_) Mohammed Sidi, ex-chef, déjà vu,

_b_) Thofeïl, de son vrai nom Mostafa ould Abd El-Qader, frère aîné de
Limam. Né vers 1875, il a fait de bonnes études et s'est consacré à
l'ascétisme et aux choses du ciel. Il est sur la voie de la sainteté.
Il fut, dans les débuts, puni d'une peine légère d'emprisonnement.
Aussitôt libéré, il partit pour l'Adrar, allant offrir ses services
au Chérif Moulay Dris. Après un séjour de plusieurs années, où il put
goûter toutes les misères de l'exil, il demanda l'aman et rentra. Il se
tient tranquille maintenant. Il remonte chaque année vers l'Adrar pour
aller faire la guetna.

_c_) Ahmeïdou ould Cheikh Mohammed Al-Qadi ould Mohammed Hemar ould
Atjfara Salem. C'est un marabout qadri, qui relève de Cheikh Adallah
des Dieïdiba, et par lui de cheikh Sidi Mohammed son cousin, et de
Cheikh Mostafa ould Cheikh Al-Qadi des Dieïdiba.

_d_) Ahmed ould Babou et _e_) Abdi ould Yahia, notables.

_f_) Mohammed Abd Allah ould Cheikh Mohammed Qadi, qui est mort en
1916. Né vers 1870, il avait été le brillant élève et le disciple de
Mohammed Abd Allah ould Al-Mrabet. Il ne partit pas en dissidence
avec sa tribu, mais en 1908 se mit en route pour la Mecque sans
autorisation. A la réalité, il ne dépassa pas l'Adrar et dut bientôt
rentrer. Cette incartade lui valut une peine disciplinaire. Cadi de sa
tribu, il jouissait d'une grande réputation et se consacra en dernier
lieu avec beaucoup de zèle aux soins de sa charge.

_g_) Il a été remplacé par Ahmed Salem, ould Sidi ould Dahi, élève de
Mohammed Abd Allah. Il fait également l'école coranique, et quelquefois
des cours d'enseignement supérieur.

Au point de vue religieux, outre les obédiences précitées, il faut
signaler celle de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Mostafa ould Cheikh
Mohammed Mahfoudh, des Id Atjfara (Dieïdiba), et celle de Cheikh Saad
Bouh, qui s'est exercée ici par son missionnaire Abou-l-Maali ould
Cheikh Ahmed Hadrami, des Tagat. Limam, le chef de tribu, relève de ce
dernier ouird.

Les Zemarig font leur pèlerinage à Al-Meriché et à Azlat (Al-Azlat). A
Meriché, on voit le tombeau vénéré du grand saint Cheikh Mohammed Abd
Allah ould Cheikh Mohammed Al-Qadi.

Leur cheptel est de 6 chevaux, 347 bovins, 1.000 têtes de petit bétail
et 48 ânes. Leur feu est le _gaf_, soit ڨ des Dieïdiba, apposé sur la
cuisse droite. Ils ont comme contremarques le _dal_ د sur le membre
intérieur droit, le «moulana» ﻊﻣ et le [sad ص] au-dessus du _gaf_.
Cette dernière appartient aux Ahel Abd El-Qader.

Les Zemarig nomadisent entre Azlat et Kra al-Asfar, en hivernage; au
nord-ouest de Boghé avec leurs haratines, en saison sèche.

Les haratines des Zemarig sont fort nombreux, plus nombreux même
que leurs maîtres et ont fait leur fortune. Ils sont campés dans le
Chamama, au nord-ouest de Boghé, et ne se déplacent que dans un petit
rayon. Ils restent ainsi à proximité de leurs terrains de cultures:
Tienel, Boghé, Chabour, Regba. Ceux-ci appartiennent à la famille de
Bes Moro, du village de Sinthiou Dangdé (Sénégal), mais depuis notre
installation en Mauritanie, ces Toucouleurs ont cessé de réclamer la
location des terrains leur appartenant. En revanche, ils ont dû payer
en 1917, 650 francs de dioldé (droit de location dû par le cultivateur)
à Baïla Biram, chef du Lao maure, mais c'est à contre-cœur, et ils
assurent que la terre n'appartient pas à Baïla (comme le dit Chéruy),
mais que ce chef se serait emparé de ces domaines lors du trouble qui
suivit l'arrivée des Français, et qu'il les fit travailler par les
Zemarig haratines, qui ne s'étaient pas enfuis.

Le chef des haratines Zemarig était, à notre arrivée, Mohammed Amoïjin.
Il nous témoigna un dévouement complet. Il était envoyé, en novembre
1906, pour prendre des renseignements sur la marche d'un mejbour,
commandé par Ould Assas. Dénoncé par Ahmedna, chef des Id ag Fara
Brahim, il fut capturé, amarré et battu par les dissidents. Il réussit
à s'enfuir et, pour se venger, guida le lieutenant Corrard des Essards
à la mare de Tioulé-Tiabé où était rassemblé le rezzou. Par la suite,
sa tête fut mise à prix par Ahmeddou. Il rendit des services précieux,
nous fournissant sans cesse des renseignements sur la marche des
rezzous. Les égards qu'on lui témoigna abusèrent son orgueil. Il se mit
à piller ses gens, et sur leurs plaintes fut relevé de son commandement
et emprisonné à Boghé (1909). A sa sortie de prison, il a rejoint sa
tribu d'origine, les Id ag Fara.

Il a été remplacé par Sambeït ould Sambeït, homme intelligent et qui
assure convenablement son service.

Les notables de la tribu sont: Ahmed Fal ould Abhoum, Sidi ould Ahmed
Abd et Mokhtar ould Mohammed.

Les haratines Zemarig n'ont qu'une piété superficielle. Certains
cependant se font, à l'instar de leurs maîtres, conférer l'ouird qadri.
Ils le demandent aussi au Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa ould Cheikh
Mahmoud des Id Eïlik, qui relève de Cheikh Al-Qadi précité.



CHAPITRE VI

KOUNTA


1.--_Historique._

Dans mes deux mémoires sur «les Kounta de l'Est» et «les Kounta du
Hodh», j'ai exposé les origines et la tradition historique des Kounta.
On ne peut ici qu'y renvoyer, et on les supposera connus.

Trois fractions Kounta vivent dans le Brakna, autour de Guimi, leur
point d'eau commun et le centre de nomadisation: les Oulad Bou Sif,
les Meterambrin et les Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Les deux premières
dérivent de la même source: ils descendent de Sidi Mohammed Al-Kounti
As-Sarir (seizième siècle) et proviennent des Kounta du Tagant. La
troisième dérive du grand Cheikh Sidi-l-Mokhtar († 1811) par son fils
Baba Ahmed, et provient donc d'abord de l'Azouad, et en dernier lieu du
Hodh.

On n'oubliera pas que ces deux sources se rejoignent au quinzième
siècle en la personne du saint Sidi Ahmed Al-Bekkaï. En effet, Sidi
Mohammed Al-Kounti As-Sarir, patriarche des Oulad Bou Sif et des
Meterambrin, et Sidi Omar Cheikh, sont frères, fils tous deux du dit
Ahmed Al-Bekkaï.


A.--_Source Tagant._--Sidi Mohammed Al-Kounti As-Sarir vécut à cheval
sur le quinzième et seizième siècle. Fils aîné de Sidi Ahmed Al-Bekkaï,
il hérita de l'autorité politique, laissant à son frère Cheikh Sidi
Omar Cheikh la baraka et l'apostolat. Du Hodh, où son père était mort
et avait été enterré, il revint, vers la fin de sa vie, avec ses
campements vers le Tagant, laissant autour de Oualata les tentes de ses
cadets, qui, un peu plus tard, allaient appuyer vers l'Est et émigrer
vers le Faguibine et l'Azaouad.

Sidi Mohammed As-Sarir mourut vers 1850, et fut enterré à Kerkach, au
sud-ouest de l'Adrar. Il laissait sept fils qui sont les ancêtres des
Kounta du Hodh, du Brakna, du Tagant et de l'Adrar. Ce sont: Sidi Bou
Bakar, Sidi Haïb Allah, Sidi Oueïs, Meteramber, Omar Rekkab, Oghal et
Ahmed. Ils sont les ancêtres des fractions qui portent leurs noms.

Deux fractions Kounta du Brakna se rattachent donc à cette branche: les
Oulad Bou Sif, descendants de Sidi Oueïs, par son petit-fils Bou Sif;
et les Meterambrin, descendants de Meteramber.

Les _Oulad Bou Sif_ tiennent ce nom de Bou Sif de leur ancêtre Baba Bou
Sif, petit-fils de Sidi Oueïs. Baba Bou Sif eut, d'une premier femme
noire, nommée Haoua, les Ouled Bou Sif Al-Kohol (Noirs) qui sont ici
même et au complet, et d'une autre femme blanche, Lalla Fatma, deux
fils Ahmed et Oueïs, ancêtres des Oulad Bou Sif Al-Biodh (Blancs), dont
une partie est ici et dans le Gorgol, et dont les autres constituent la
fraction Oulad Bou Sif du Hodh. Baba Bou Sif a été enterré à Rekhaïmiat
dans le Tagant.

Les Oulad Bou Sif noirs sont ici depuis le milieu du dix-huitième
siècle, comme on le verra plus loin. Les blancs viennent d'arriver,
il y a quelques années à peine et depuis notre occupation. On peut
considérer que leur exode n'est pas encore terminé.

Le pays propre des Oulad Bou Sif noirs était l'Agan. Vers 1850,
fatigués par les luttes avec les Id Ou Aïch, une partie d'entre
eux alla chercher fortune dans le Hodh et, sur leurs rapports
enthousiastes, le gros de la tribu suivit. Ils en revinrent toutefois
vers 1880, sauf quelques campements qui sont restés dans le Hodh.

En juillet 1904, ils furent pillés par les Oulad Bou Sba et perdirent
3.000 chameaux, tout le cheptel. Sidi ould Mohammed ould Ahmed Abd,
leur chef, les détermina alors à quitter l'Agan où ils vivaient depuis
Sidi Mohammed Al-Kounti, et à émigrer vers le Sud. Ils s'établirent
autour de Guimi. C'est depuis lors que les Oulad Bou Sif ont cessé
d'être une tribu à chameaux pour devenir une tribu à bœufs et surtout
à petit bétail.

Leur soumission date du premier jour; cependant plus d'une fois par la
suite, ils ont servi de receleurs au gens de Tagant et de l'Adrar pour
leur produit de leurs pillages et surtout dans le commerce de captifs.

Les _Meterambrin_ tirent leur nom de leur ancêtre Meteramber dit
«l'enveloppé», parce qu'il avait l'habitude de s'envelopper des pieds à
la tête dans son boubou. Ses descendants sont donc devenus «les fils de
l'enveloppé», ou «Meterambrin». Son vrai nom, d'après une tradition de
l'Azouad, non confirmée ici, aurait été Amar.

Les Meterambrin ne semblent pas avoir émigré vers le Hodh.

Ils quittèrent l'Adrar et notamment Ouadan, leur centre, sous
la conduite d'Abd Er-Rahman, fils de Meteramber, vers la fin du
dix-septième siècle, pour venir se fixer dans l'Agan, qui désormais
sera le pays même des Kounta. Il y mourut et fut enterré près
d'Aguiert, où l'on voit son tombeau, ainsi que celui de son fils et
successeur, Sidi Mohammed Reggad; c'est de celui-ci que date cette
amitié constante et profonde qui va unir les Kounta de cette branche
et les almamy des Fouta. Elle durera jusqu'à nos jours. Le Reggad
se signala à la reconnaissance de ses gens, en faisant planter à
Lemaoudou une palmeraie dont subsistent encore quelques débris.

Sidi Mohammed, qui succéda à Mohammed Reggad, son père, raffermit cette
alliance et ne quitta plus l'almamy Mamadou Biram. La tribu, sauf
deux mois d'hivernage qu'elle allait passer à Lemaoudou, séjournait
constamment dans le Chamama.

Sidi Mohammed fut enterré à Galaïbé Wan-Van, sur le fleuve, et son fils
Mohammed Lamin lui succéda. Les bonnes relations entre ce chef et les
almamy furent légendaires. Il ne quitta, dit-on, ses amis Toucouleurs
qu'une seule fois en 42 ans de commandement.

René Caillié eut affaire à un Kounti qui ne pouvait être que Bou Sifi
ou Meterambri. L'un des marabouts présents au camp de l'émir Ahmeddou,
quand il y arriva en septembre 1824, «Chérif, Kount de nation, lui
proposa d'aller habiter son camp, lui promettant de le considérer comme
un fils». Déjà engagé avec le chef des Dieïdiba, Caillié refusa cette
offre aimable. Ledit «Kount» faillit d'ailleurs compromettre Caillié
en le surprenant à écrire une page de son journal. Il ne le détrompa
qu'en usant de ruse et en déclarant que c'étaient des chansons, ce qui
ne convainquit qu'à moitié «le défiant chérif». Ils vivaient à la fin
du dix-huitième siècle dans le Tagant. Ils asservirent, d'après leur
tradition, les Mechdouf qui durent leur payer tribut un certain temps,
mais prirent surtout part avec leurs frères Kounta de ce territoire, et
avec les Oulad Bou Sif qui s'étaient joints à eux, à d'indéterminables
luttes contre les Ahel Sidi Mahmoud, alors en pleine expansion. Les
confins de la Mauritanie et du Sahel sont à ce moment le théâtre de
luttes sanglantes: Arabes hassanes, contre Arabes hassanes (Oulad Nacer
contre Oulad Mbarek), tribus zenaga contre tribus zenaga (Abakak contre
Chratit); marabouts contre marabouts (Kounta contre Ahel Sidi Mahmoud).
L'équilibre politique s'établit alors, sur la formation de deux
groupes d'alliances, comprenant chacun une tribu arabo-hassane, une
tribu zenaga, une tribu maraboutique, à savoir groupement Oulad Nacer,
Abakak, Kounta, contre groupement Oulad Mbarek, Chratit, Ahel Sidi
Mahmoud. On peut croire que les batailles entre ces marabouts furent
fréquentes et sans pitié. On fut longtemps sans arriver à une solution
complète, car le vaincu trouvait toujours des renforts parmi ses alliés.

Dans le courant du dix-neuvième siècle cependant, la situation se
modifia: les Oulad Nacer refoulaient les Oulad Mbarek et dominaient
politiquement le Sahel occidental (Nioro); les Abakak et les Chratit,
ces frères ennemis, s'unifiaient sous le commandement des Ahel Soueïd
Ahmed et devenaient la puissante tribu des Id Ou Aïch, qui relevaient,
après bien des siècles, le prestige du nom berbère. Les Kounta enfin
étaient battus par les Ahel Sidi Mahmoud et contraints de vider les
lieux.

La plupart d'entre eux refluaient vers le nord du Tagant et de
l'Adrar. Deux campements: les Meterambrin, issus de la fraction de ce
nom, et les Oulad Bou Sif, immigrés de fraîche date, se détachaient
de la tribu-mère et descendaient vers le territoire des Brakna. Les
Meterambrin s'installaient dans le Chamama; les Oulad Bou Sif allèrent
d'abord dans l'Aouker, puis descendirent vers l'Agan et Guimi, sous la
pression des rezzous du Nord.

Vers 1890, par suite des hostilités qui existaient entre Meterambrin et
Oulad Normach, leur frère Mohammed Lamin quitta le Chamama et partit
vers le Tagant, d'où il ne revint que dix ans après avec Bakar ould
Ahmeïada.

Mohammed Lamin ne se rendit jamais à Lemaoudou pour hiverner, la
palmeraie plantée par son grand-père ayant été détruite par les
Tadjakant, alors en guerre avec les Kounta.

Pendant tout son commandement, il marcha avec Ibra Almamy, fils
d'Almamy Mamadou, chef du Lao, contre les Toucouleurs du Bosséa. En
revanche, Ibra le soutint contre les éternels ennemis: les Ahel Sidi
Mahmoud.

Les Meterambrin ont fait leur soumission à Coppolani dès son arrivée
dans le Brakna.


B.--_Source Hodh-Azaouad._--Sous le nom _d'Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar_,
on désigne les descendants et télamides d'un petit-fils de ce grand
Cheikh Kounti, venu s'installer dans le Brakna, il y a un demi-siècle
environ. On voit une fois de plus combien le nom prestigieux du Cheikh
Sidi-l-Mokhtar domine toute la basse Mauritanie; il a formé et consacré
à la fois trois grands pontifes: Cheikh Sidïa Al-Kabir, Cheikh Al-Qadi,
des Dieïdiba, le principal maître spirituel du Brakna, Cheikh ould
Nenni, un des Cheikh les plus notoires du Tagant. Il a donné en outre
naissance--ici même et ailleurs--à une importante fraction qui porte
son nom.

Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir laissait à sa mort dans l'Azaouad, en
1811, huit fils énumérés dans mon ouvrage _Les Kounta de l'Est_, et
dont le plus brillant successeur spirituel de son père fut Cheikh Sidi
Mohammed.

Parmi les sept autres, le quatrième, Baba Ahmed, éclipsé par la
renommée de son frère, vint chercher fortune entre 1820 et 1825
environ, dans la Hodh, auprès de ses cousins de lointaine origine
(source Tagant), qui s'y trouvaient déjà. Il fut rejoint par un certain
nombre de ses parents et télamides de l'Azouad, et à sa mort, vers
1840, il laissait déjà, sous le nom général d'Ahel Cheikh, les noyaux
de trois des actuelles fractions kounta du Hodh (cf. tableau en
annexe).

Baba Ahmed laissait cinq fils; les trois premiers sont les ancêtres
éponymes des trois fractions Ahel Cheikh précitées du Hodh; du
quatrième, la descendance s'est fondue dans les campements de ses
frères. Le cinquième, Bekkaï ould Baba Ahmed, est celui-là même qui
nous intéresse. Une partie de sa postérité s'est dispersée aussi dans
les campements fraternels, mais deux de ses fils, Sidi-l-Mokhtar et
Sidi Mohammed et un de ses petits-fils Khalifa, ould Al-Abidin, venus
chercher fortune vers l'Ouest, entre 1840 et 1860, ont définitivement
abandonné le Hodh et leurs parents, à cette date, et sont les
fondateurs de la fraction Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar qui nous intéresse.

Sidi-l-Mokhtar (dit aussi Sidina) ould Bekkaï ould Baba Ahmed, en quête
d'un établissement convenable, vint quêter vers 1842, chez les Touabir,
disciples des Kounta. Il vécut tantôt chez eux et tantôt chez les Oulad
Normach, et finalement se fixa dans le Brakna par un mariage avec une
femme des Id Eïlik. Il en eut deux fils Baba, et Sidi Amar. C'est de
cette époque que date la redevance que les Touabir ont payé et paient
encore aux membres de cette famille: un mouton choisi et une outre de
beurre par an et par troupeau. Sidi-l-Mokhtar devait mourir vers 1887,
à Chingueti, où il était en voyage. Il fut remplacé par son fils aîné,
Baba, qui mourut tôt vers 1891 à Kaédi. Les fils de Baba étant en bas
âge, ce fut son frère Sidi Amar qui lui succéda.

Le second des fils de Bekkaï ould Baba Ahmed, Sidi M'hammed, vint
chercher fortune sur les traces de son frère, en 1860; il spécifie
lui-même qu'il arriva dans le Brakna l'année du meurtre de l'émir
Trarza Mohammed Al-Habib. Il se partagea une dizaine d'années entre le
campement de son frère, celui des Oulad Siyed et celui de Cheikh Sidïa
Al-Kabir et de son fils Mohammed Khalifa. Ses voyages, ses cours, ses
vertus lui attirèrent un certain nombre de disciples maures et noirs.
Il se fixa avec eux sur la rive droite du fleuve, en face de Podor.
Vers 1886, il remonta vers la zone saharienne et alla s'installer, à
Guimi, où il se trouve encore actuellement.

Quelques années plus tard enfin, en juin 1883, à la suite de querelles
intestines, les fils de Baba ould Bekkaï tuèrent leur oncle Abidin.
Ces événements provoquèrent l'exode de plusieurs campements Kounta.
Khalifa ould Abidin s'expatria vers ses oncles du Brakna conduisant
ses fidèles. Son père avait eu, dès son vivant, des velléités
d'immigration. Il n'y donna pas suite. Après sa mort tragique et son
inhumation à Néma, ce fut son fils Khalifa qui les réalisa.

Les relations des intrigants Kounta avec l'autorité française remontent
à Faidherbe même. En août et octobre 1863, ce gouverneur du Sénégal
concluait des conventions avec certains notables Ahel Cheikh, fort mal
déterminés à cette date, mais où il est certain qu'à côté des Kounta
du Brakna se trouvaient des Kounta de Tombouctou, au surplus, les
uns et les autres de la filiation de Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir.
Ces conventions assuraient une protection réciproque aux voyageurs,
commerçants et envoyés des deux contractants.

Elles donnèrent lieu à une correspondance, aussi abondante
qu'intéressée, de la part des Kounta. On remarquera cette épître
filandreuse, écrite le 1er août 1865, par le Cheikh, jeune alors--Sidi
M'hammed ould Bekkaï, et où le pieux adolescent s'exerçait déjà à cette
onction religieuse où cinquante ans après, il est passé maître.

       *       *       *       *       *

    Nul ne peut lutter contre la volonté divine; nous sommes des amis
    de Dieu et c'est lui qui défendra notre cause.

    On lit dans le Coran:

    «Dieu est le défenseur de tous les croyants!» par conséquent celui
    qui a Dieu pour défenseur ne craint personne.

    Le Prophète a dit aussi:

    «Celui qui fait du mal à mon ami m'attaque moi-même.»

    Il n'est pas donné à un homme le pouvoir de se battre avec Dieu, si
    vous admettez cela, continuez donc à être ami avec nous et traiter
    bien tous ceux qui vont chez vous de notre part et bien plus encore
    ceux qui y résident et qui sont mes parents, comme nous le faisons
    pour tous ceux qui viennent nous visiter de votre part.

    Détruisez-vous l'amitié qui existe entre nous?

    Dieu a dit dans le Coran:

    «Celui qui détruit l'amitié de quelqu'un se fait du tort à
    lui-même.»

    Le pouvoir de Dieu est illimité. Ceux qu'il protège sont toujours
    les plus forts. A la fin d'une affaire, c'est toujours le plus
    croyant qui remporte la victoire. Quand Dieu veut détruire une
    nation, il commande à cette nation de faire du mal à ses protégés.»


2.--_Fractionnement._

A.--Oulad Bou Sif Blancs.

Les Oulad Bou Sif Blancs se divisent:

                { Ahel Baba.
                { Ahel Diebaba.
    En libres   { Ahel Maham.
                { Ahel Oueïs.

                { Zaghoura.
    Tributaires { Braïkat.
                { Zkouïat.

Les Ahel Baba, Ahel Diebaba (ceux-ci peu nombreux ici) et Ahel Maham
descendent d'Ahmed premier, fils de Baba Bou Sif; le second fils,
Oueïs, n'est représenté ici que par deux tentes, les Ahel Oueïs. Sa
descendance est beaucoup plus nombreuse dans le Hodh.

Parmi les tributaires, les Zaghoura méritent une mention spéciale. Ce
seraient des Zenaga, non pas issus de Berbères, mais d'Arabes. Ils
seraient avec les Kounta, depuis le temps de Mohammed Kounti As-Sarir,
et auraient pris part avec valeur à toutes leurs luttes contre les Id
Ou Al-Hadj. Il n'y a pas de Zaghoura dans la région de Tombouctou, et
il n'y en a plus dans le Hodh. On n'en trouve que chez les Kounta du
Tagant et du Brakna et dans le Chamama de Boghé.

Les Braïkat sont peu nombreux ici. La plus grande partie est dans le
Hodh. Les Zkouïat ne sont que 6 tentes. Le plus grand nombre est dans
l'Adrar, tributaires des Kounta de cette région.

C'est à mars 1911 que remonte l'arrivée des premiers Bou Sif Blancs,
dans le Brakna. A cette date, on voit apparaître un jour, chez les
Bou Sif Noirs de Guimi, un gros campement venant de l'Est sous le
commandement de Mohammed ould Hammadi. Un autre campement de 25
tentes arrive en octobre. Cet afflux d'étrangers amena une certaine
perturbation chez les Kounta. Les Bou Sif Noirs étaient débordés et
leur chef n'était pas obéi. Les Blancs reconnaissaient en principe
l'autorité de Mohammed ould Hammadi, mais il y avait des dissidents,
comme Sidi Ahmed ould Mokhtar ould Sidi-l-Mokhtar, qui, venu de sa
propre initiative et à la tête de ses gens, entendait garder son
autonomie.

Il fallut régler la situation au début de 1911. Noirs et Blancs furent
séparés. Les Noirs restèrent sous les ordres de leur ancien chef:
Sidi Ould Ahmed Abd. Les Blancs furent tous placés sous l'autorité de
Mohammed ould Hammadi. De son vrai nom, il s'appelle Mohammed ould
Sidi Mohammed Al-Kounti (celui-ci mort vers Nioro pendant l'exode)
ould Hammadi ould M'hammed ould Ahmed ould Maham ould Baba ould Ahmed
ould Baba Bou Sif. Comme descendant direct, dans la branche aînée, de
Baba Bou Sif, c'est à lui que par hérédité revient le commandement de
tous les Oulad Bou Sif Blancs. Il est né vers 1885. C'est un bon chef,
qui s'acquitte correctement de ses devoirs et est aimé de ses gens. Il
attribue l'exode des Bou Sif du Hodh, en 1911, au désir de rejoindre le
pays ancestral: Tagant et Agan.

Cet exode devait d'ailleurs se continuer en 1912: on vit successivement
arriver 30 tentes nouvelles en mars, puis 60 tentes en septembre, après
un court séjour dans le Gorgol. Les derniers se présentèrent en août
1913: ils comprenaient des Ahel Maham, des Zaghoura et des Rekkabat.
Leur arrivée donna lieu à certaines difficultés au sujet du règlement
d'une dïa fort ancienne entre eux et les Oulad Nacer. L'affaire fut
réglée par arbitrage.

Les notables de la tribu sont aujourd'hui:

    Sidi Lamin ould Baoubba Kaye,
    Sidi Ahmed ould Abed,
    Sidi ould Ahmed,
    Mohammed ould Khaïri,
    Al-Jeïli ould Mohammed ould M'hammed.

Cet Al-Jeïli, né vers 1882, est le cadi de la tribu. Il a fait de
fortes études auprès du grand Cheikh de Oualata: M'hamdi ould Sidi
Othman. Il est qadri et a reçu l'ouird de Cheikh Ahmed ould Adoubba,
des Bou Sif Noirs du Tagant, qui, par son père, Cheikh Adoubba, se
rattachait à Cheikh Sidïa Al-Kabir. Ce Cheikh Ahmed ould Adoubba paraît
être le principal maître spirituel des Bou Sif Blancs du Tagant. On
trouve aussi quelques initiations directes de Cheikh Sidïa Baba.

Dans la fraction, il faut signaler la présence de Sidi ould Sidi
Lamin ould Khiarhoum qui, par hérédité, serait le véritable chef des
Rekkabat, encore dans le Hodh. Son attitude est d'ailleurs correcte,
encore qu'il s'efforce d'attirer les Rekkabat dans le Brakna.

Les Bou Blancs ont pour objet de pèlerinage les tombeaux de leurs
ancêtres à Kçar al-Barka et Ferkach.

Ils comprennent 178 tentes et 556 âmes. Leur cheptel se décompose en 17
camelins, 115 bovins, 6.775 têtes de petit bétail et 212 ânes.

Leur feu est la marque générale des Kounta: le lam-alif.

Leurs terrains de parcours sont: en hivernage: Gaoua et Tachot
ad-Dokhna; en saison sèche: Chogar, Gadel, Tendel, Lemaoudou. Quelques
tentes restent dans l'Agan.


B.--Oulad Bou Sif Noirs.

Les Oulad Bou Sif Noirs se divisent en:

                { Ahel Mokhtar ould Baba Bou Sif.
                { Oulad Haïb Allah ould    id.
    Libres.     { Ahel Omar ould           id.
                { Ahel Abd Er-Rahman ould  id.
                { Oulad Ad-Daoui.

                { Oulad Al-Hemeiti.
    Tributaires { Oulad Kani.
    Zekhaïmat.  { Zemarig.

Les Zekhaïmat sont d'origine Oulad Nacer. Leur ancêtre éponyme était le
petit-fils d'Antar ould Nacer par son père Hossin. Il s'était installé
chez les Kounta du Tagant et y avait crû. La tradition rapporte que ce
guerrier repenti fut le disciple de Sidi Mohammed Al-Kounti et qu'il
fut enterré par la suite aux côtés de son maître dans l'Adrar Tmar
(seizième siècle). Un de ses fils, Al-Guellas, alla vivre chez les
Hammonat et s'y fixa. Sa descendance a constitué l'actuelle fraction
des Zekhaïmat des Hammonat. Les Zekhaïmat du Brakna sont venus ici du
Tagant avec leurs marabouts au dix-huitième siècle. Ils passent pour
être des chasseurs consommés.

Les Oulad Heneïti se subdivisent en deux sous-fractions autonomes et du
même nom. Haïdoud Al-Kohol est le chef de la première qui comprend 73
tentes, et Abd Allah ould Ali ould Ahmed, le chef de la seconde, qui
comprend 30 tentes. Les Oulad Kani ont pour chef Mokhtar ould Al-Kouri
ould Al-Hadj et comprennent 74 tentes. Les Zemarig sont originaires de
la tribu du même nom. Ils se sont séparés de leurs frères et ne veulent
plus rien avoir de commun avec eux. Ils comprennent 25 tentes et ont
pour chef Mohammed Abd El-Kerim ould Moïma.

Le chef général des haratines était Sidi Ahmed ould Ahmed Jiyed qui,
puni de 6 mois de prison pour exactions, fut remplacé par Sidi Lamin,
chef de la tribu, le 16 mai 1916.

A notre arrivée, le chef des Oulad Bou Sif Noirs était Sidi ould
Mohammed ould Ahmed Abd (ould Lamin ould Mokhtar ould Sidi Amar ould
Mokhtar). Sa mère était une Zemraguïa. Il ne partit pas en dissidence
et vint s'installer près de Guimi, où il groupa la plupart de ses
campements et tous les tributaires. Formée de beaucoup de tentes
sans aveu, la tribu a longtemps joui d'un assez mauvais renom qui
rejaillissait sur son chef. Bon chef qui savait se faire obéir et ne
rencontrait guère de difficultés que chez les Oulad Heneïti, Sidi
ould Mohammed ould Ahmed Abu dont le fils Mohammed, dit Cheïna, avait
été le naïb, fut remplacé à sa mort par Sidi Lamin ould Lamin (1914).
Sidi Lamin, jeune et sans prestige, ne sut ni se faire obéir de ses
administrés ni apprécier par l'autorité française. D'ailleurs, cette
fraction est tellement agitée de perpétuelles dissensions, que l'unité
de commandement est devenue impossible. Il a donc fallu accorder
l'autonomie à chacune des cinq sous-fractions qui la composent, et qui,
cependant, au total, ne comprennent que 131 tentes et 436 âmes. Sidi
Lamin fut donc relevé de ses fonctions, le 28 octobre 1917. Sidi Ahmed
ould Ahmed Jiyed qui le remplaça fut destitué quelques mois après par
la djemaa. L'élection a ramené au pouvoir en 1918, Sidi ould Ahmed. Son
fils Mohammed lui sert de naïb.

L'ensemble des Oulad Bou Sif Noirs, libres et tributaires, comprend 333
tentes et 1.200 âmes. Ils ont un très riche cheptel: 126 camelins, 572
bovins, 23.506 ovins, 743 ânes. Avec leurs 36 chevaux, ils sont les
mieux montés du cercle. Leur marque est le lam-alif des Kounta, auquel
ils ajoutent comme contre-marque quelques traits sur la joue droite.

Leurs terrains de parcours s'étendent: en hivernage entre Guimi et
Lamaoudou; en saison sèche, entre Guimi et les environs de Chogar.

Le personnage religieux le plus important de la fraction est l'ex-cadi
Mohammed ould Sidïa, né vers 1868. C'est un élève et un disciple de
Cheikh Sidïa. Longtemps cadi de la fraction, homme simple et paisible,
il a fini par abandonner officiellement ses fonctions. Mais il a
conservé toute son influence, due tant à ses talents personnels qu'au
prestige de ses ancêtres, et ses cours d'enseignement supérieur, de
droit notamment, en bénéficient. Les tribus voisines viennent souvent
le consulter.

On peut encore citer Ahmed ould Adoubba, né vers 1850, professeur
réputé, et qui se relie au Cheikh Sidi-l-Mokhtar.

Un personnage politique mérite aussi une mention: Haïdoud ould
Al-Kohol, qui, à la tête d'un petit groupe de notables, s'est toujours
signalé par son opposition à l'ordre établi.

La grande majorité des Oulad Bou Sif est qadrïa et se rattache à l'une
des trois branches suivantes: 1) Cheikh Ahmadou ould Zouin, des Ahel
Babiya, et, par lui, à Cheikh Sidïa Baba; 2) Sidi Mohammed ould Bekkaï,
des Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar; 3) Zeini ould Khalifa.

Les Ahel Babiya précités sont un campement de marabouts instruits, qui
seraient les descendants d'Atjfara Aoubok, des Tinouajiou, Cheikh de
grande valeur qui s'installa chez Baba Bou Sif et fut le précepteur
de ses enfants. Ils sont aujourd'hui chez les Bou Sif Noirs. Ce sont
d'actifs commerçants qu'on voit sur les pistes du Tagant et de l'Adrar
et sur les rives du fleuve. Aux Babiya, il faut ajouter, comme autres
holafa (nationalisés), des Oulad Bou Sif, quelques tentes Tachomcha.


C.--Meterambrin.

Les Meterambrin comprennent 64 tentes et 318 âmes.

Leur chef est Limam ould Mokhtar ould Reggad ould Abd Er-Rahman ould
Ahmed ould Mokhtar ould Meterember. On a vu plus haut le rôle joué par
chacun de ses ascendants dans l'histoire de la fraction; Limam en est
donc héréditairement le chef. Il est né vers 1880. Il a succédé, en
1909, à son oncle Mohammed Lamin ould Sidi Mohammed. Il n'a pas grande
autorité sur ses gens, qui, comme beaucoup de groupements Kounta,
ont des tendances vers la dissociation. Malgré le caractère guerrier
des Meterambrin, Limam se pare d'une grande piété extérieure; il a
plusieurs fois manifesté des velléités de départ pour la Mecque. Il a
épousé récemment Kounta Houïa ment Ahmedi, sœur du chef des Oulad Bou
Sif Blancs.

Il est secondé par son Khalifa Mohammed ould Mbarek. Les notables de la
fraction sont: Seïba ould Mohammed Mbarek et Boubout ould Sidi Mohammed.

Le cheptel des Meterambrin comprend 2 juments, 119 bovins, 1.240 ovins,
6 chameaux et 42 ânes. Au lam-alif classique des Kounta, ils ajoutent
la contre-marque billahi, soit ﻞﺑ.

Leurs terrains de parcours sont: en hivernage, entre Chogar et
Lemaoudou; en saison sèche, à l'est de Mal. En mars 1911, ils tentèrent
de déboucher dans le Chamama, mais après un court séjour, ils
retournèrent dans la région de Lemaoudou.

Les Meterambrin passent pour être les plus guerriers des Kounta. Ils
n'attaquaient pas leurs voisins, mais en cas de légitime défense,
ils savaient user de leur supériorité armée. A l'égard toutefois de
leurs ennemis héréditaires: Ahel Sidi Mahmoud, ainsi que Tadjakant et
Chratit, leurs alliés, ils ne craignaient pas de se montrer agressifs.
Il ne faut donc s'étonner de ne trouver chez eux aucune personnalité
religieuse et de voir cette fraction d'une tribu, qui porte pourtant
un nom maraboutique fameux, faire appel pour les services judiciaires
et cultuels aux bons offices de Tig ould Al-Atig, des Id Eïlik, qu'on
verra plus loin.

La plus grande partie des Meterambrin habite encore l'Adrar, leur pays
d'origine. Ils n'ont que peu de relations avec leurs cousins du Brakna.

Les Meterambrin ont laissé la plus grande partie de leurs haratines
s'installer sur la rive gauche du Sénégal, où ils ont fondé
des villages qui dépendent des chefs de cantons du Lao et des
Irlabé-Ebyabé. Par suite de leurs bonnes relations avec les Almamys
du Fouta, ces haratines cultivèrent longtemps pour rien les terrains
que leur donnaient les Toucouleurs. En échange, les Maures prévenaient
les indigènes du fleuve de l'approche des pillards ou leur donnaient
des indications pour leur permettre de retrouver leurs animaux ou
d'en poursuivre le remboursement. De plus, il y a auprès de Limam des
haratines qui continuent à payer le horma à leurs ex-maîtres du Tagant.
(Oulad Sidi Haïb Allah.)

Une personnalité féminine curieuse mérite une mention chez les
Meterambrin. C'est Belana, fille unique de Mohammed Lamin, l'ex-chef,
et cousine par conséquent de Limam. Elle est née vers 1878 et avait
déjà secondé son père dans son commandement. Elle continua sa
collaboration à son cousin, successeur de son père. C'est du reste
grâce à elle que Limam put à 19 ans prendre le commandement de la
fraction, car un membre d'une famille rivale des Ahel Sidi Mohammed
Reggad voulait l'en écarter. Elle déjoua les intrigues, en prenant en
main la régence et en l'exerçant à la satisfaction de tous. Elle avait
été mariée à Sidi Amar, des Ahel Cheikh, et en avait eu une fille.
Ayant repris sa liberté, elle fut sur le point d'être épousée par
Limam, moins âgé qu'elle de douze ans, mais leur parenté de lait fut un
obstacle dirimant. Aujourd'hui sa tente est plantée à côté de celle de
Limam et elle continue à faire sentir son autorité dans la fraction.


D.--Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar.

Les Ahel Cheikh, comme on les appelle communément, sont divisés en
deux sous-fractions, qui ont été nommées fort arbitrairement par notre
autorité: Ahel Sidi Amar et Ahel Bekkaï. Ces dénominations sont en
usage aujourd'hui chez les intéressés.

Les _Ahel Sidi Amar_ ont pour chef Chebani ould Baba ould
Sidi-l-Mokhtar. Ils comprennent 61 tentes et 335 personnes. Leur
cheptel se compose de 2 chevaux, 7 chameaux, 114 bovins, 500 moutons,
72 ânes.

Les notables sont: Cheikh ould Taïeb, Baba ould Moghar et Jeïli ould
Kobbadi.

La fraction passe l'hivernage entre Chogar et Lemaoudou; la saison
sèche à l'est de Mal. Au lam-alif des Kounta elle joint comme
contre-marque sur la cuisse droite le feu billahi: ﻞﺑ.

Chibani, le chef de fraction, est fils de Baba que nous avons vu
mourir à Kaédi en 1891. _Sidi Amor_, son frère, lui avait succédé à
cette date. Il fit sa soumission à Coppolani, dès le premier jour, et,
depuis, s'est généralement bien comporté à notre égard. Il était d'une
grande susceptibilité religieuse et était loin d'avoir la bonhomie
de son oncle Sidi M'hammed. Très orgueilleux, il émit à plusieurs
reprise la prétention de céder le commandement de la fraction à son
neveu et à faire donner à son campement une autonomie personnelle. Ses
difficultés avec Bakar ould Ahmeïada l'amenèrent à régler le différend
les armes à la main. Son prestige religieux en souffrit beaucoup. Il
manifesta à plusieurs reprises l'intention d'aller à la Mecque pour se
purifier, mais il n'en fit rien. Au début de l'occupation, il essaya de
s'approprier 119 chameaux et 35 bœufs, qui lui avaient étés confiés,
et se vit condamner à 1.200 fr. de restitutions. Il mourut en fin août
1912. Il laissait un fils, Sidi-l-Mokhtar, né vers 1908.

Sa succession administrative et spirituelle passa à son neveu, Bambaye
ould Baba (octobre 1912). Bambaye est un surnom maternel. Son vrai
nom est Bekkaï. Bambaye, né vers 1882, est l'élève des Ahel Cheikh
Mohammed, des Hijaj. Il jouit d'une bonne réputation et sera évidemment
dans quelques années un marabout de renom. Il a toutefois été relevé
de ses fonctions pour fautes administratives, en juillet 1915, et
notamment pour avoir disparu avec l'impôt de la fraction. Il a été
remplacé par son frère Chibani, précité.


Les _Ahel Bekkaï_ ont pour chef le vieux Sidi M'hammed ould Bekkaï,
l'immigrant précité de 1860. Né vers 1840, il n'a jamais quitté
le Brakna, depuis son arrivée dans le pays, et s'y est acquis une
influence considérable. Il est certainement le marabout le plus vénéré
de la région. C'est un homme paisible, modeste, fort instruit, dont les
hautes qualités intellectuelles paraissent malheureusement s'estomper
avec l'âge. Il fut Cheikh des Ahel Bekkaï depuis l'origine jusqu'à
juillet 1912. A cette date, déjà vieux et fatigué, il demanda à être
relevé de son commandement, et fut remplacé par son neveu, Khalifa ould
Al-Abidin.

Khalifa, né vers 1880, avait été proposé par son oncle au choix de la
djemaa et continua à vivre avec lui. Avec assez de bonne volonté, il
commit des maladresses, quelques exactions, et s'aliéna la plus grande
partie des tentes. D'ailleurs, arrivé du Hodh en 1909, il n'avait pas
eu le temps de s'imposer et était encore peu connu. Il fallut lui
donner un remplaçant et on n'en put trouver d'autre pour ramener le
calme, que le vieux Sidi M'hammed. Il a donc repris le titre de Cheikh
et en exerce les fonctions par Khalifa.

Sidi M'hammed est un professeur réputé; il a autour de lui une
trentaine de jeunes gens, surtout Kounta, à qui il donne des cours
d'enseignement supérieur. Il a reçu l'ouird et le titre de moqaddem de
son parent Khettari ould Sidi-l-Bekkaï ould Hammadi ould Sidi-l-Bekkaï
ould Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Ce Khettari, venu rejoindre dans le Brakna
Sidi-l-Mokhtar ould Bekkaï, se rattachait à Cheikh Sidi Mohammed, le
protecteur de Laing. Sa descendance est toujours, sous le nom d'Ahel
Khettari, dans le campement de Sidi M'hammed.

Les notables de la fraction sont:

    Mohammed Al-Kouri ould Salek,
    Sidi ould Ali,
    Mokhtar ould Hobeïb Allah,
    Sidina ould Kettari.

Les Ahel Bekkaï comprennent 83 tentes et 598 personnes. Leur cheptel
est de 4 chevaux, 269 bovins, 6 chameaux, 3.348 têtes de petit bétail
et 150 ânes. Leur feu est le lam-alif contre-marqué du billahi ﻞﺑ. Ils
l'apposent sur la cuisse droite des bovins et sur la face gauche du cou
pour les chameaux.

Leurs terrains de parcours s'étendent: en hivernage, entre Guimi et
Chogar Gadel; en saison sèche, à l'Est de Guimi.

Aux Kounta, il faut rattacher un petit groupement qui a longtemps
vécu dans son sillage et sous les ordres de Sidi M'hammed, et qui
est encore en constantes relations avec eux: les Ahel Al-Azrag. Ils
vivaient jadis au Tagant et avaient une palmeraie à Talorza. Quelques
années déjà avant notre occupation, ils descendaient dans l'Agan, près
des Oulad Bou Sif, pendant la saison sèche et ne remontaient dans le
Tagant qu'aux premières pluies. Ils ne se fixèrent dans le Brakna que
vers 1905 et se dispersèrent de tous côtés; toutes les tentatives
faites pour les regrouper ont échoué. Sidi Mohammed se voua lui-même
à ce projet et fit nommer par la djemaa Sidi-l-Ami ould Cheikh ould
Hanna, dit Sidïa ould Henna, petit-fils d'un marabout de grand renom
et qui bénéficiait de la réputation ancestrale. Né vers 1882, c'était
d'ailleurs lui-même un homme intelligent et instruit avec lequel
les relations furent toujours cordiales. Après des débuts heureux,
l'entreprise échoua encore. Les Ahel Al-Azrag, au nombre total de 61
tentes, sont aujourd'hui répartis dans le Brakna, le Gorgol et le
Tagant, suivant le tableau ci-joint:

    Brakna, groupement Al-Azrag         25 tentes.
     ----   chez les Tagant              3  ----
     ----   chez les Torkoz              1  ----
     ----   chez les Oulad Bou Sif       1  ----
    Gorgol, ----     ----   ----         7  ----
    Tagant (très dispersés)             24  ----

Ce sont des commerçants avisés et actifs. Ils prétendent se rattacher
généalogiquement à Cheikh Sidi Omar Cheikh, le grand marabout Kounti du
seizième siècle.

Les Ahel Cheikh, tant Ahel Sidi Amar qu'Ahel Bekkaï, vont visiter en
pèlerinage les tombeaux de leurs ancêtres, et notamment ceux de: _a_)
Baba ould Sidi-l-Mokhtar à Maouella, près de Kaédi, sur la rive gauche
du Sénégal; _b_) Sidi Amar, à Sif al-Fil au sud de Mouit; _c_) Bambaye
ould Sidi Amar, dans le Raag de Kaédi.

Comme tous les Kounta, ce sont de grands voyageurs et d'actifs
commerçants. Leur centre de négoce est surtout Kaédi.


ANNEXE

TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES AHEL CHEIKH (KOUNTA) DU BRAKNA.

                Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir † 1811.
                                   |
                        Baba Ahmed † vers 1840.
                                   |
                            Bekkaï † 1853.
        ___________________________|_____________________________
       |                    |                     |              |
  Baba 1879.   Sidi-l-Mokhtar dit Sidina,   Sidi M'hammed,   Al-Abidin.
                      † vers 1887.          chef des Ahel        |
                  __________|____________       Bekkaï.       Khalifa.
                 |                       |
             Baba 1891.             Sidi Amar.
          _______|_______                |
         |               |               |
      Bambaye.       Chibani,      Sidi-l-Mokhtar,
                 chef actuel des    né vers 1908.
                 Ahel Sidi Amar.



CHAPITRE VII

TORKOZ


1.--_Historique._

Les Torkoz se flattent généralement d'être d'origine arabe (Beni
Oummiya). Ils rattachent leur ancêtre éponyme Abd Er-Rahman _Rekkaz_ à
Oqba ben Nâfi, le conquérant de l'Afrique du Nord et l'aïeul revendiqué
par les Kounta. Voici sa chaîne généalogique: Rekkaz ould Bou Bakrin
ould Abd Allah ould Sidi Mohammed ould Sidi Salem ould Sidi Brahim ould
Sidi Othman ould Alioun ould Sidi Abd Allah ould Sidi Jaafer ould Salem
ould Oqba.

Une autre tradition, recueillie chez les tribus voisines et non déniée
par quelques Torkoz, leur donne une origine berbère. Les ancêtres des
Rakkaz, dit-elle, vinrent, par delà l'Adrar, du Sud marocain avec Bou
Bakar ben Omar (onzième siècle). Leurs descendants arrivèrent dans
le Sahara occidental, en même temps que les pères des Medlich et des
Id Ar-Zimbo. Par la suite, les Torkoz qui s'étaient créé de belles
palmeraies dans l'Adrar, en furent dépouillés puis furent chassés du
pays par les Smassid. Il en reste à peine quelques tentes dans l'Adrar.
Les Torkoz sont les cousins des Chleuh Rekakza et autres qui habitent
l'Oued Noun, où ils sont restés guerriers et à moitié sédentaires, et
également les cousins des Terkeïza, qui habitent l'oasis de Mreïbot,
près de Tindouf. Cette tradition se rapproche certainement de la vérité.

Rekkaz, _id est_ «le tapoteur» ainsi nommé parce qu'il portait toujours
un bâton avec lequel il frappait le sol, vivait au temps de l'imam
Hadrami, c'est-à-dire vers la fin du seizième siècle et le début du
dix-septième siècle. Cette date est bien déterminée par la tradition,
parce qu'elle fait de son fils Ahmed et de son petit-fils Berrek, les
chefs Torkoz pendant «la guerre de Boubbah» (dix-septième siècle).

Voici le tableau généalogique établissant la filiation ethnique de
toutes les fractions torkoz (Brakna, Tagant et même Hodh et Azaouad) à
l'égard de Rekkaz.

                                         { Ahel Bahmouda.
             {        { Berrek,          { Ida Ou Amar.
             {        {   père des       { Helalma.
             {        {   Brarka (Aleg). { Ahel Hemid ould Boubah.
             {        {                  { O. Eli Mbarek.
             {        {
             {        {                  { O. Sidi Bou Bakar.
             {        { Sidi Ahmed,      { O. Sidi Reguieg.
             {        {   père des       { O. Sidi Ahmed Aleïa.
             {        {   Oulad Sidi     { Ahel Bar (rares).
             { Ahmed. {   Ahmed          { O. Sidi Boussar.
             {        {   (Moudjéria).   { O. Sidi Salé.
  Abd        {        {
  Er-Rahman, {        {                  { Belahmar, ancêtre des
  le Rekkaz. {        { Abd Er-Rezzaq,   {   Oulad Belahmar (Tagant).
             {        {   père des Ahel  { Renia, ancêtre des Id ag
             {        {   Abd Er-Rezzaq  {   Renia (Trarza).
             {        {   (Hodh.)        { Talaba, père des Ahel
             {        {   (Regueïba).    {   Sidi-l-Mokhtar et des
             {                           {   Ahel Tahel Ahmed.
             {
             { Mohammed, père d'Ali Bou Ghareb, qui est l'ancêtre des
             {   Ghouareb ou Lghouareb (Tagant).
             {
             { Amar, père de Tiki, qui est l'ancêtre des Oulad
             {   Tiki (Tagant).

Les premiers Torkoz arrivèrent dans le Brakna «vers le temps du
Cherr Boubbah, ou peu après», c'est-à-dire à la fin du dix-septième
siècle. C'est de là que date la scission de la tribu. Tribu à chameaux
jusque-là, les nouvelles conditions géographiques la transformèrent.
Les fractions du Tagant: Oulad Sidi Ahmed et Ghouareb, gardèrent leur
cheptel camelin. Les Brarka et quelques sous-fractions cousines qui
descendaient avec eux vers le sud et s'établissaient dans l'Aftout
devinrent propriétaires de bœufs. Les premiers furent longtemps les
plus riches. Mais, par la suite, les Brarka doublèrent leurs richesses
pastorales par le commerce et furent classés les plus fortunés des cinq
fractions.

Les Torkoz assurent qu'ils ne prirent pas part à la guerre de Boubbah,
n'étant arrivés dans le Sud que quelques années après la conclusion de
la paix. Mais les Tolba voisins placent leur arrivée avec la fin du
Cherr Boubbah, et disent formellement qu'ils prirent part au combat
final de Tin Yefdan. C'est de ce jour que daterait leur dispersion.
Ils durent, comme les autres tolba, se soumettre au payement d'une
horma, qui fut fort longtemps perçue par les Oulad Ahmed et les Oulad
Yahia ben Othman et les Ahel Soueïd Ahmed sur les fractions torkoz
ressortissant à leur autorité. Par la suite, leur état s'aggrava
de redevance envers les Ahel Soueïd Ahmed. Il est vrai qu'avec le
temps les Torkoz du Brakna ont pu se dégager de ces tributs, depuis
longtemps déjà en ce qui concerne les Oulad Ahmed, plus récemment pour
les Abakak, à qui, par transformation de la tradition, ils ne peuvent
encore aujourd'hui refuser, de temps en temps, de légers cadeaux. On
trouve, d'ailleurs encore, un certain nombre de tentes torkoz dans les
campements Abakak, à qui ils servent de tolba.

En résumé, il n'y a plus aujourd'hui dans le Brakna, en fait de Torkoz,
que la fraction Brarka. Les Oulad Sidi Ahmed, les Ghouareb et les Oulad
Tiki sont dans le Tagant; les Ahel Abd Er-Rezzaq se partagent entre le
Hodh et le Regueïba, le Tagant et le Trarza. Il y a même une fraction
torkoz de 10 tentes chez les Kounta de l'Azouad, dans la fraction
Regagda, sous-fraction des Ahel Sidi Ceddiq.

Les Oulad Sidi Ahmed ont vécu plusieurs années au Brakna, où ils
s'étaient réfugiés après la perte de leurs chameaux. Ils retournèrent
au Tagant, en 1911-1912, mais entendirent conserver l'usage des
pâturages du Sud, ce qui amena des conflits avec leurs cousins. Il y
eut des batailles sanglantes entre Oulad Sidi Ahmed, Ghouareb, que
les premiers voulaient empêcher de boire à Tindel, dans l'influent du
Gorgol et Brarka. Elle donna lieu aux sanctions suivantes des autorités
du Brakna et du Tagant.

1º Une amende de 500 francs, répartie entre les principaux membres de
la djemaa, a été infligée aux Oulad Ahmed;

2º D'après les mêmes dispositions, une amende de 300 francs a été
infligée aux Brarka;

3º Trois Oulad Ahmed, coupables d'avoir tiré sur les Brarka, ont été
punis de quinze jours de prison;

4º Les Torkoz ont été désarmés;

5º Leur tribu, sous le commandement de Sidina a été groupée dans un
rayon en rendant la surveillance facile pour le Commandant de Cercle;

6º Une dïa est payée par les coupables aux Brarka blessés. Elle a été
fixée, suivant les coutumes, à 340 pièces de guinée filature payables,
la moitié en mai et l'autre moitié en août.

    Après entente avec le Tagant, la question de principe fut réglée
ainsi en 1914. Le Brakna, sauf la partie Est-Agan, et le Trarza:
Aguiert, Tin Yarech, Letfotar, sont interdits aux Oulad Sidi Ahmed.
D'autre part, défense est faite aux Brarka de dépasser la ligne
Ouezzan--Lmeïdja--Tindel.

Avec les Id ag Jemouella, les relations ont toujours été forts tendues.
Avant et depuis notre arrivés, de sanglants combats ont été livrés
entre ces deux tribus, et, jusqu'en 1915, où une répression sévère
intervint, et jusqu'en mai 1917 où cinq Abakak venus récolter de la
gomme et pillarder aussi sur le territoire torkoz et qui furent pris
pour des Id ag Jemouella, furent criblés de coups de feu et blessés
à coups de massue. Cette méprise n'eut pas d'autres suites que les
réparations accoutumées.


2.--_Fractionnement._

Les Torkoz du Brakna, c'est-à-dire la fraction torkoz des Brakna, se
divise en huit sous-fractions.

    Ahel Bou Hammadi,
    Ahel Habrezza,
    Ahel Ammi,
    Ahel Hemid ould Aoubak,
    Ahel Taleb Maham,
    Ida Ou Omar,
    Helalma,
    Tolba.

Les _Ahel Bou Hammadi_ et la sous-fraction suivante: Ahel Habrezza sont
des Ahel Bahmouda. Ils ont pour chef Sidi ould Hammadi, et pour djemaa:
Jiyed ould Oualati; Abd El-Fettah ould Hamida; Hachim ould Oualati.

Les _Ahel Habrezza_ tirent le nom de Habrezza, qui eut une célébrité
marquée en son temps, et dont le tombeau se trouve dans le Brakna, en
un point ignoré. Ils ont pour chef Mohammed Limam ould Al-Boustami
ould Ahmed Jeddou (ould Ali Menna ould _Habrezza_ ould Ba Ahmouda ould
Berrek), qui est aussi le chef général de la tribu. Voici la succession
depuis Habrezza:

                            (1) Habrezza.
                                  |
                            (2) Eli Menna.
              ____________________|____________________________
             |                    |                            |
      (3) Mohammed.          Ahmed Jeddou.                   Amar.
           __|_________           |                         ___|____
          |            |          |                        |        |
  (5) Ahmed Jeddou.  Sidi.  (4) Boustami.               Cheikh.  Ahmoud.
          |                    ___|__________              |        |
          |                   |              |             |        |
    fille mariée     (6) Ahmed Jeddou.  Moh. Limam,       Moh.     Moh.
   à Sidi Ahmed.            Mostafa.    chef actuel.    Mokhtar.  Lamin.
                           Sidi Ahmed.

Au moment de notre occupation, la tribu vivait sous l'autorité de
la djemaa, les derniers chefs (4) Boustami et (5) Ahmed Jeddou ould
Mohammed, ayant discrédité le commandement par leurs rivalités.
Boustami ayant disparu, ce fut Ahmed Jeddou qui fut porté par
l'élection à la tête de la fraction. Il mourut vers 1909 et fut
remplacé par (6) Ahmed Jeddou ould Boustami. Les nombreuses plaintes
dont il fut l'objet provoquèrent sa démission en janvier 1911. Il
mourut peu de temps après (30 mars 1911).

On put trouver la solution de ce commandement difficile, en sortant
des Ahel Eli-Menna, et (7) Sidina ould Zeïn ould Bouddia fut nommé
chef, grâce à l'appoint des Oulad Sidi Ahmed. Ceux-ci partis au Tagant,
Sidina n'eut plus qu'une minorité dans la tribu. Il fut rapidement
convaincu d'exactions par l'ensemble des Brarka, qui, fidèles à leur
campement héréditaire, ne voulaient pas de lui, et révoqué (fin 1912).

On revint donc aux Ahel Eli Menna, et (8) Mohammed Limam ould Boustami,
frère d'Ahmed Jeddou fut élu. Son élection fut assurée par le bloc
des Ahel Bahmouda, Helalma et Ida Ou Amar, mais il eut l'adresse, le
jour même, de caresser les opposants et de s'attirer leur sympathie.
Depuis ce jour, le calme semble revenu. Mohammed Limam, né vers 1870,
assure très correctement son service. C'est un marabout vénéré et
paisible. Il vit, autour de Mal, en bonnes relations avec ses voisins
et particulièrement avec Cheikh Sidïa. Il a un fils, Boustami, né vers
1905, qui commence à le seconder. Il a un beau troupeau, et passe pour
riche[9].

  [9] Mohammed Limam est mort de la grippe en décembre 1918.

Les notables de la sous-fraction Habrezza sont: Sidi Ahmed et Mostafa
ould Eli Menna, frère du Cheikh, ses cousins, nommés au tableau
généalogique, et Alfa ould Khouna.

Les _Ahel Ammi_ ont pour chef Sidi Ould Ammi et pour notables: Cheikh
ould Ammi et Sidna ould Omar. Ils sont Ahel Hemid ould Aoubak, ainsi
que les deux sous-fractions suivantes:

Les _Ahel Hemid ould Aoubak_ sont le noyau d'une fraction, jadis
florissante, et qui a essaimé. Leur chef est Abd El-Ouadoud ould Sidi
Brahim et leurs notables sont: Al-Hadj ould Ahmed Maaloum et Ahmed
Maaloum ould Sidi Brahim;

Les _Ahel Taleb Maham_ ont pour chef Sidi Mohammed ould Omar ould
Bouddïa et pour notable: Ahmoud ould Bachir.

Les _Ida Ou Omar_ ont pour chef: Ali ould Mokhtar, leur djemaa comprend
Mahfoudh ould Boubba; Brahim ould Al-Ouâar et Sidi ould Ahmed Bouh.

Les _Helalma_ (au sing. Helalmi) ont pour chef Bouna ould Alioua et
pour notables: Mohammed Sidi ould Al-Hadi et Cheikh ould Taleb Ali.

Les _Tolba_ sont une sous-fraction issue des Oulad Eli Mberrek. Ils
ont pour chef: Abd El-Moumen ould Cheikh Mohammed Mahmoud ould Abd
El-Fettah, et pour notables Abd El-Rafour ould Tolba et Brahim ould
Mohammed ould Taleb Ali.

Les Torkoz nomadisent en saison sèche autour du Mal; en hivernage entre
Mal, Guimi et Aguiert.

Leur feu est «berek» كرﺑ qu'ils apposent sur la cuisse droite des
animaux. Ils ont plusieurs contre-marques: un trait oblique [/] sur la
joue droite, chez les Ahel Ammi; un trait sur la nuque chez les Eli
Menna, ainsi que l'amama (turban) soit [spirale], sur le barek; un [T]
sur le côté droit chez les Ahel Amar Bouddïa; et chez la plupart des
gens deux traits parallèles [//] sur le côté droit du cou.

Les statistiques de 1917 donnant, pour l'ensemble de la fraction, 208
tentes et 855 âmes, 15 équidés, 73 camelins, 741 bovins, 8.730 ovins et
262 ânes.

Les Torkoz sont, avec les Tagant, les gens les plus commerçants du
Brakna. Ils vont à Saint-Louis, Louga, Kaolak, Dakar et jusqu'en Gambie
et en Casamance, pour vendre des milliers de moutons. Ils servent même
d'intermédiaires à certaines tribus voisines pour la vente de leur
bestiaux.


3.--_Vie religieuse._

Un nom domine la vie religieuse du Torkoz: Mrabet ould Sidi Mohammed
ould Mrabet Abd El-Fettah, tant par son prestige personnel que par
l'héritage acquis de son grand-père, un des grands pontifes de son
temps.

Mrabet Abd El-Fettah ould Taleb Ali (ould Mohammed ould Ahmed ould Amar
ould Eli Mbarek) remplit l'histoire religieuse des Torkoz et d'une
partie du Brakna pendant toute la première moitié du dix-neuvième
siècle. Il fut l'élève de deux grands maîtres: Sidi-l-Mokhtar, des Id
Abhoum (Oulad Biri); Cheikh Menni, des Tagat, l'ancêtre de la fraction
Ahel Menni. On lui doit la revivification de Diok et un exemple
précieux. Passant un jour à Diok. à 30 kilomètres environ au sud-est
de Moudjéria, au cours d'un de ses nombreux voyages dans le Brakna, il
affirma à ses compagnons de route qu'une inspiration divine lui faisait
connaître que ce lieu était béni du ciel et qu'il le choisissait pour y
vivre jusqu'à sa mort et que c'est là qu'il désirait voir s'élever son
tombeau.

Dieu ayant exaucé ses prières, il trouva de l'eau à 0 m. 50 en creusant
le sable brûlant. Puis il envoya quelques jeunes captifs, ses élèves,
chercher des plants de palmiers, qu'ils payèrent deux vaches aux Oulad
Sidi Haïb Allah, de Kçar el-Barka? (Tagant).

Sa plantation terminée, Mrabet ould Abd El-Fettah creusa quelques
puits de 8 mètres de profondeur; deux d'eau douce qui lui servirent
pour arroser ses palmiers et pour les besoins de sa famille, et deux
d'eau très légèrement salée pour ses chameaux. Mrabet, qui avait
déjà cinquante ans lorsqu'il s'installa à Diok, y mourait vingt-cinq
ans plus tard (vers 1840). Son tombeau, construit par son fils Sidi
Mohammed, se voit encore près de la palmeraie plantée par Mrabet. C'est
une simple construction en pierre et en banco. Il se trouve exactement
à Mouilah, près de Diok; il est l'œuvre de son fils Sidi Ahmed.

Pendant toute sa vie et les dix années qui suivirent, les palmiers
donnèrent une belle et abondante récolte de dattes. La production ayant
considérablement diminué, les habitants de Diok, courant de nombreux
risques de pillage de la part des Oulad Nacer, qui ravageaient le
pays et étant obligés de donner une large hospitalité aux guerriers
de passage, Cheikh Sidi Mohammed vers 1875, abandonna la propriété
paternelle. Toutefois, il continua de venir tous les ans faire la
récolte des dattes; mais les arbres laissés sans soin et d'autre part
abîmés par des troupeaux de singes, ne produisirent plus qu'une récolte
tous les deux ans.

Vers 1897, Mrabet ould Sidi Mohammed ould Fettah, partagea, pendant
six ans encore, la récolte avec son oncle Cheikh Mohammed. Puis la
palmeraie fut abandonnée complètement en 1903. Ayant appris qu'en
1908 un homme des Ghouareb avait récolté à Diok, dans la palmeraie
abandonnée, deux charges de chameau de dattes, Mrabet revendiqua ses
droits de propriétaire et paya à un Alaoui de Tijikja une pièce et
demie de guinée pour tailler et féconder les dattiers.

La palmeraie de Mrabet Abd El-Fettah qui fut partagée entre ses deux
fils, Sidi Mohammed et Cheikh Mohammed Ahmed, tous deux décédés,
comprend aujourd'hui deux propriétés distinctes: l'une appartenant à
Mrabet ould Sidi Mohammed, fils unique de Sidi Mohammed et l'autre aux
cinq fils de Cheikh Mohammed, dont l'aîné porte le nom d'Abd Es-Selam.

En outre, près de cette palmeraie, quelques dattiers ont été plantés
par les frères Brahim et Ahmed Djilani ould Dechar qui, par vénération
pour la mémoire de leur professeur se constituèrent les gardiens de son
tombeau même après le départ de ses fils.

La propriété de ces quelques dattiers a été contestée à l'unique fille
héritière de Brahim et de Ahmed, Douila ment Ahmed-Abd Allah par Mrabet
ould Sidi Mohammed. Ce dernier, en bas âge lors de la plantation des
dattiers, prétendit à sa majorité, que ces arbres ayant été placés dans
un domaine de sa famille sans autorisation, il les considérait comme sa
propriété. L'accord s'est fait aujourd'hui.

C'est ce Mrabet ould Sidi Mohammed ould Abd El-Fettah qui est
aujourd'hui le maître des destinées religieuses de la tribu. Né vers
1870 d'une mère hijajïa, il a fait ses études auprès de son père et
de Cheikh Mohammed Abd Allah ould Mohammed Mahmoud, dans Dieïdiba,
dont il est le disciple qadri, et de qui il a reçu les pouvoirs de
moqaddem. Il a fait sa soumission dès l'occupation du pays et n'a
jamais créé de difficultés. Son frère fut bien mis en prison, en mars
1911, pour opposition à l'élection du chef et lui-même ne fut peut-être
pas étranger aux intrigues du moment, mais il a, depuis ce temps, fait
oublier ce mauvais moment. Les nombreuses aumônes qu'il reçoit lui
ont procuré de grands biens, mais son hospitalité est large. Il est
le cadi écouté et le professeur d'enseignement supérieur de la tribu.
Ses élèves varient entre 30 et 50. A côté d'une majorité de Torkoz, on
y trouve des jeunes gens de plusieurs tribus voisines. Sa réputation
dépasse le Brakna et s'étend au Trarza, au Tagant et au Gorgol.

La plupart des Torkoz sont les disciples spirituels, dans la voie du
Qaderisme, de Mrabet; mais parmi les jeunes gens on voit certaines
dissidences se produire et se rallier à Cheikh Sidïa ou à Saad Bouh.

Le frère de Mrabet, Abd El-Fettah ould Sidi Mohammed, est aussi
un marabout de renom, mais plus occupé que son frère des choses
temporelles. C'est un professeur réputé, qui a fait ses études chez les
Tendra et se rattache au Cheikh Mohammed Abd Er-Rahman ould Mohammed
Salem.

Un dernier nom à mentionner: Mohammed ould Taleb Ahmed, notable fort
écouté, et qui est un de ceux qui travaillèrent le plus à la réunion
des Brarka et des Oulad Sidi Ahmed.

Les Torkoz du Brakna honorent par leurs pèlerinages les tombeaux de
leurs ancêtres à Hemmal, Begguert, Mal et Kedouacha.

Ils sont considérés par les Abakak (Id Ou Aïch) comme leurs marabouts
cadis et professeurs. Les relations des deux tribus sont tout à fait
cordiales.



CHAPITRE VIII

HIJAJ


1.--_Historique._

Les Hijaj sont une tribu dérivée des Rehahla. Ils sont donc
d'origine arabo-hassane, puisque Rehhal, ancêtre éponyme des
Rehahla, est le frère d'Antar, de Yahia et d'Omran, ancêtres
des Oulad Nacer, des Oulad Yahia ben Othman, et des Trarza et Brakna,
et que ces quatre personnages sont les fils d'Othman ould Oudaï ould
Hassan.

En ce qui concerne l'historique des Rehahla et par conséquent
l'historique lointain des Hijaj, je ne puis que renvoyer à mon ouvrage
_l'Émirat des Trarza_.

C'est de la fin de la guerre de Boubbah que date leur «conversion»
au maraboutisme; elle résulte probablement, bien que la tradition
soit muette sur ce point, de la défaite des Rehahla, hassanes
des premières invasions, et de leurs alliés les marabouts, par les
Trarza-Brakna. Un individu des Rehahla, le nommé Samba, premier
ancêtre connu des Hijaj, ne pouvant plus vivre dans sa tribu vaincue,
vint chercher fortune sur les rives de l'Oued Katchi. Il était
accompagné d'un de ses cousins, dit Damâni, et de plusieurs serviteurs
(fin du dix-septième siècle). Samba eut deux fils: Hamdan et Abd
En-Nebi, qui sont les ancêtres des deux premières fractions Hijaj.
Damâni est l'ancêtre éponyme de la troisième et dernière fraction des
Douamin.

Il faut, à partir de maintenant avoir sous les yeux le tableau
généalogique de la tente princière pour pouvoir suivre le cours des
événements.


_Tableau généalogique._

                                  Samba.
                    ________________|________________
                   |                                 |
                 Hamdan.                        Abd En-Nabi.
             ______|_______________________________________
            |               |                |             |
          Maham.      Taleb Brahim.     Taleb Amed.     Meskour.
            |               |                |             |
  Al-Hadj Mohammed.  Al-Hadj Hossin.  Al-Hadj Mokhtar.  Mohammed
                                                        Barhoum.
                                                           |
                                                        Mokhtar.
                                                           |
                                                   1. Mohammed Lamin.
                ___________________________________________|
               |                  |                        |
       2. Sidi Abd Allah.      Al-Qadi.             Cheikh Mohammed.
               |              ____|____              ______|______
               |             |         |            |             |
               |          Hamenni.   Mrabet.   Cheikh Ahmed   Mohammed
               |                                  Mahmoud.      Lamin.
         ______|__________________________________________
        |            |          |         |               |
  3. Mahmoud.  4. Mohammed   Mohammed.  Mokhtar.     Moh. Mostafa.
                  Al-Mrabet               |               |
                   † 1914.                |               |
                     |                    |               |
                     |--Sidi Abd Allah.   |--5 et 7       |--Ma-l-Aïnin.
                     |                    |  Mahmoud.
                     |--6. Ahmed.         |
                     |                    |--Hadj Amin.
                     |--Inedji.

Hamdan, qui vécut dans le premier quart du dix-huitième siècle, est le
premier qui ait fait le pèlerinage à la Mecque et inauguré ainsi ce nom
de Hadj, qui allait devenir celui de la tribu. Il eut quatre fils, dont
l'un, Meskour, est l'ancêtre de la tente princière des Hijaj. Les trois
autres mirent au monde chacun un fils, Mohammed, Hossin et Mokhtar.
Ces trois cousins firent ensemble le pèlerinage de la Mecque, vers le
milieu du dix-huitième siècle. Le second, Hossin, mourut à la Mecque
même et y fut enterré; les deux autres revinrent à bon port et furent
enterrés, après une vie embellie par les vertus islamiques, le premier
à Al-Aguilat, près de Mouit, l'autre à Al-Ouasta. Ce triple pèlerinage
auréola ce petit campement d'une gloire, assez rare alors, et on se
prit à les désigner sous le sobriquet de «tribu des Hadj» ou «Hijaj».
Le nom leur en est resté définitivement. Et de ce jour-là la tribu se
voua à la vie maraboutique.

La tribu naissante vivait alors dans l'Agan et buvait au puits
d'Oudenech, situé à Zkil, au nord-ouest de Chogar-Toro, et à celui
d'Al-Ouasta, sis à 15 kilomètres au nord-ouest du premier.

Il n'y a rien à dire sur les premiers descendants de Meskour, au cours
du dix-huitième siècle. Le commandement est d'ailleurs, à cette époque,
l'objet d'âpres compétitions. C'est au début du dix-neuvième siècle
qu'il se fixa définitivement dans les Oulad Hamdan et dans les Ahel
Meskour par les vertus et le prestige de Mohammed Lamin ould Mokhtar
ould Mohammed Barhoum ould Meskour.

Cette dévolution de l'autorité devait entraîner, au cours du
dix-neuvième siècle, des scissions répétées dans la tribu. Une première
fraction alla s'installer dans le Gorgol; on les y retrouve aujourd'hui
sous ce nom. En 1910, ils ont été réunis à la tribu-mère du Brakna.
D'autres retournèrent vers les cousins Rahahla et furent asservis
comme eux au tribut. D'autres enfin, mais antérieurement, qui n'avaient
voulu se muer aux marabouts définitifs, allèrent s'affilier aux Oulad
Eli (Brakna du Gorgol). De nos jours enfin, vers 1902, la fraction
Douamin, qui n'est à proprement parler que cousine des deux, et, à ce
titre a toujours fait preuve d'indépendance, ne voulant pas accepter
l'autorité des Oulad Hamdan, est allée s'incorporer aux Id ag Fara
Brahim, des Dieïdiba. L'accord faillit se faire, il y a quelques
années, mais, au dernier moment, on ne s'entendit pas et les choses
restèrent en l'état.

Mohammed Lamin est compté comme le premier chef de la tribu,
désormais constituée en une unité bien vivante. C'est sous son règne,
semble-t-il, qu'eut lieu la guerre fort dure, rapportée par le Tarikh
de Oualata, et où luttèrent d'une part les Oulad Bella et les Masna
de Tichit, d'autre part les Hijaj et les Dehahna alliés. Les Hijaj du
Brakna envoyèrent des contingents à leurs frères du Nord. Un combat
sanglant, le 19 juillet 1850, mit fin aux hostilités. Après Mohammed
Lamin, le pouvoir est resté dans la descendance de son fils aîné (2)
Sidi Abd Allah. C'est ce Sidi Abd Allah, «homme magnifique, avec une
barbe imposante qui descendait jusqu'à la poitrine, un vrai patriarche»
que visita l'enseigne Bourrel, en 1860, et qui lui fit un si cordial
accueil. Les chefs, ses fils, furent d'abord (3) Mahmoud, mort sans
postérité, et (4) Mohammed El-Mrabet, mort au début de 1914.

Mohammed Al-Mrabet était chef de la tribu lors de l'occupation
française. Obéi et aimé de ses gens, dévoué à nos intérêts, il fut un
excellent chef qu'on a eu le regret de voir mourir de la variole en
janvier 1914. Il fut remplacé par surprise et sous l'influence du grand
marabout de la famille, Cheikh Ahmed Mahmoud, par son neveu (5) Mahmoud
ould Mohammed Mokhtar, au détriment de ses fils.

De ses fils, l'aîné, Sidi Abd Allah, ne voulut pas revendiquer ses
droits et les céda à son cadet Ahmed. Ahmed faisait alors ses études
chez les marabouts du Nord. Il revint immédiatement et réclama le
commandement. Entre temps, il suivait les cours de l'école d'Aleg. On
finit par lui donner droit, et en fin 1914, il fut nommé chef de la
tribu.

Mais jeune et léger (6) Ahmed ne sut pas se faire obéir; il manqua
totalement de pondération dans son commandement, et dut être remplacé,
en avril 1917 par son prédécesseur (7), Mahmoud ould Mohammed Mokhtar.

Mahmoud, né vers 1862, marabout paisible, n'a qu'une influence limitée;
il est simplement le membre le plus notoire de la djemaa. Il a trois
fils: Hamma Lamin, Mohammed et Ahmed; il subit fortement l'influence
de ses frères: Had Amin et Mrabet, et surtout de son cousin, le grand
Cheikh spirituel de la tribu, Ahmed Mahmoud. Le jeune Ahmed, qui avait
commencé par faire quelque opposition et avait été, de ce fait, puni
disciplinairement, est revenu au calme[10].

  [10] Mahmoud ould Mohammed Mokhtar est mort de la grippe en
  décembre 1918.


2.--_Fractionnement._

Les Hijaj du Brakna se partagent ethniquement et administrativement en
les fractions suivantes:

1º Oulad Hamdan; chef: Mahmoud ould Mohammed Mokhtar; 120 tentes et 580
âmes; 200 camelins, 958 bovins, 2.495 ovins, 164 ânes;

2º Oulad Abd En-Nabi: première sous-fraction administrative; chef:
Cheikh ould Taleb Brahim, qui a succédé à son frère Jeddou, tous deux
neveux de l'ancien chef Cheikh Mostafa ould Taleb Brahim, vieux et
cassé, 9 tentes et 28 personnes; 20 bovins, 270 ovins et 10 ânes;
deuxième sous-fraction administrative; chef: Mohammed ould Khalil, 20
tentes et 57 personnes, 131 bovins, 325 ovins et 20 ânes;

3º Haratines Hijaj; chef: Kaouri ould Obeïd; 40 tentes et 160 âmes;
74 bovins, 404 ovins et 12 ânes. Ces haratines sont pour la plupart
domiciliés dans le Chamama auprès de Mbagne. Un petit nombre d'autres
est resté nomade vers Bassi Nguidi.

L'ensemble comprend donc 189 tentes et 831 âmes. Le cheptel est de
200 camelins, 1.183 bovins, 3.494 ovins, et 206 ânes. Le feu de la
tribu est, comme il convient à ces fils de pèlerins, la marque «Makka»
ﺔﻜﻣ, qu'ils apposent sur la cuisse droite des animaux.

Les Hijaj se partagent, d'après leur genre de vie, en deux groupes: les
Oulad Hamdan, ou grands nomades du Nord (Amechtil et Akel) et les Oulad
Abd En-Nabi, rattachés récemment encore au Gorgol, ou petit nomades du
Sud-Est. On pourrait y joindre le groupe cultivateur des Haratines.

Fraction à chameaux, les Oulad Hamdan nomadisent dans le Nord-Ouest.
En hivernage, ils sont aux environs de Diguet Menné et dans l'Oued;
en saison sèche, à Chogar, et aux environs, à Oudnech et à Al-Ouasta.
Ce n'est que de nos jours qu'ils ont pu revenir vers ces puits
ancestraux. Vers 1900, victimes de plusieurs pillages de la part des
Oulad Bou Sba de l'Adrar, ils avaient été obligés de les abandonner et
s'étaient cantonnés à Diguet Memmé et à Chogar Tora. De nos jours, ils
n'échappent pas toujours aux rezzous, mais ils retrouvent en fin de
compte leurs pertes. C'est ainsi que pillés par les Regueïbat en juin
1914, ils rentrèrent peu à peu en possession de leurs chameaux, repris
par le peloton méhariste de l'Adrar.

Fraction à bœuf et à petit bétail, les Oulad Abd En-Nebi, ne possèdent
pas un seul chameau. Ils nomadisent dans un petit rayon, en hivernage,
vers Al-Kouïat et Al-Ousakat; en saison sèche, à Bassi Nguidi et à
Bilal.

Le cadi de la tribu est Mohammed Salem ould Jeddou, d'origine Ahel
Babouya, né vers 1865, savant professeur et juriste, élève et disciple
de Mohammed Lamin ould Cheikh Mohammed. D'une famille peu connue,
Mohammed Salem commence seulement à percer grâce à sa science et à sa
probité.

Les principaux notables sont: les deux fils de Cheikh Mohammed ould
Mohammed Lamin, à savoir: Cheikh Ahmed Mahmoud et Mohammed Lamin.
Cheikh Ahmed Mahmoud, né vers 1868, est le marabout le plus en vue
des Hijaj. Il passe déjà pour être un ouali. Élève et disciple qadri
de son père, il se rattache par lui aux grands Cheikhs Sidi Mohammed
ould Menni des Tagat, Cheikh Al-Qadi des Deïdiba, et Sidi-l-Mokhtar
Al-Kabir, des Kounta. Il est fort instruit, possède une bibliothèque
bien garnie et distribue l'enseignement coranique et supérieur à
une cinquantaine d'élèves, tant des Hijaj que des tribus voisines,
notamment Tadjakant et Id ag Jemouella. Ce Cheikh se confine de plus
en plus dans la piété et le mysticisme; il a fini par se désintéresser
complètement des affaires administratives et du commandement de la
tribu; il abandonne même souvent son école à son cadet. Il vit à
l'écart, ermite, plongé dans une quasi perpétuelle kheloua. Son seul
fils peut alors l'approcher, et quelquefois son frère Mohammed Lamin.
C'est un thaumaturge reconnu, au demeurant le marabout le plus notoire
du Cercle, après M'hammed ould Bekkaï, des Kounta. Son frère, Mohammed
Lamin, né vers 1870, de la même obédience, très intelligent et très
instruit, est moins confiné dans le mysticisme. Il dirige avec beaucoup
de savoir une école de trente élèves, où l'on voit, à côté des Hijaj,
des Tadjakant et des Dieïdiba. Quand son frère aîné disparaît dans
sa retraite, c'est près de cent élèves que comprend cette petite
Université nomade. Les deux Cheikhs ont distribué leur ouird à la
majeure partie de leurs contribules.

Les Hijaj sont tous qadrïa, relevant de deux obédiences différentes,
soit surtout celle de Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba, soit celle de
Cheikh Sidïa, en définitive par conséquent de la même source des Kounta
de l'Azaouad.

Les principaux notables de la tribu sont: chez les Oulad Hamdan,
Mohammed Fal ould Khalil; Mohammed Fal ould Bokhari, Ahmed ould Najid;
Mohammed Abd Er-Rahman ould Sidi; chez les Oulad Abd En-Nabi (1re
sous-fraction) Sidi Abd Allah ould Abaïdi, et (2e sous-fraction)
Youssef ould Aïssa et Brahim ould Salek; chez les haratines Ahmed ould
Biyad et Samba ould Al-Yarg.

Le maître d'école coranique attitré de la tribu est Ahmed Abd Ed-Daïm
ould Sidi ould Mokhtar Fal, né vers 1855, vieillard peu intelligent et
médiocrement instruit, mais honnête, sympathique et très en confiance.



CHAPITRE IX

ID EÏLIK


1.--_Historique._

Les Id Eïlik se prétendent, comme il convient, d'origine arabe, et se
donnent une ascendance ommeïade. Ce qui est plus certain, c'est que
l'ancêtre éponyme, Eïlik était un Berbère marabout, qui vivait avec les
siens dans le sillage des Oulad Abd Allah, au seizième siècle. Depuis
une ou deux générations au moins, cette sympathie unissait les deux
tribus: Hassane et Zenaga. La tradition est formelle à ce sujet; elle
prétend même que, dès le temps de Bou Baker ben Omar (onzième siècle),
les deux tribus étaient alliées, étant venues ensemble d'Arabie, ce
qui est un anachronisme manifeste, puisque les Arabes n'arrivent en
Mauritanie qu'au quinzième siècle. Il est plus probable qu'Eïlik,
Berbère du Sud marocain, arriva au seizième siècle dans les bandes
Oulad Abd Allah, qui s'abattaient sur la Mauritanie. C'est ce qui
expliquerait l'arrivée commune de la tradition historique.

Eïlik laissait quatre fils: Zar, Badelli, Diaoudiaye et Ab Amrar. La
descendance des deux derniers s'est fondue dans celle de Zar et de
Badelli, et aujourd'hui les Id Eïlik s'attribuent tous l'une de l'autre
de ces deux filiations.

Zar, de son vrai nom Ishaq, était l'aîné. Le commandement devait rester
dans sa famille jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, où il passa dans
la branche cadette avec Atig, septième descendant de Badelli.

En leur qualité de marabouts, les Id Eïlik prirent part à la guerre
de Boubbah, au début au moins, dans le clan de leurs frères dans la
foi. Mais ils finirent par céder à leur amitié traditionnelle pour les
Oulad Abd Allah, et lâchèrent les marabouts se rangeant aux côtés des
hassanes. La légende veut que cette trahison ait été consommée à Tin
Yefdad même, c'est-à-dire à la dernière et suprême bataille du «Cherr
Boubbah».

On raconte en effet que, repoussés une première fois par les marabouts,
les guerriers s'étaient retirés au Tagant. Les deux camps, s'étant mis
à nouveau en marche l'un contre l'autre, se rencontrèrent à la mare de
Tin Yefdad, au sud d'Ouezzan. Ils se faisaient face depuis plusieurs
jours, quand les Ahel Badelli allèrent trouver les chefs guerriers et
leur conseillèrent de prendre de nuit le plus d'eau possible dans la
mare, puis de la rendre imbuvable, en y faisant piétiner des animaux,
traînant des branches d'épineux. Ce conseil fut suivi. Puis au matin,
les hassanes attaquèrent les marabouts. Repoussés, ils revinrent
inlassablement à la charge et épuisèrent leurs adversaires. A la nuit,
chacun resta sur ses positions, mais tandis que les guerriers buvaient
et se refaisaient, les marabouts mouraient de soif devant la mare. Le
lendemain, incapables de continuer la lutte, ils durent se reconnaître
vaincus et accepter les conditions des guerriers.

Toute cette histoire paraît bien fantaisiste. Il n'en reste pas moins
que les Id Eïlik, marabouts des Oulad Normach, ne leur payent pas
de horma officielle, contrairement à toutes les coutumes maures, et
que les uns et les autres sont d'accord pour reconnaître que cette
situation privilégiée remonte à la guerre de Boubbah et aux concours
que les Normach reçurent à cette époque des Id Eïlik. On peut donc en
admettre le principe.

A la fin du dix-huitième siècle, et sans qu'on sache en quelles
circonstances exactement, le commandement passe dans les mains d'Atig
ould Ahmed ould Habid ould Hand ould Mohand ould Malik ould Tegueddi
ould Badelli ould Eïlik, chef de la branche cadette.

Atig meurt en 1810, laissant deux fils: Cheikh Mohammed Mahmoud et
Mouïn. C'est à cette date, et par suite des rivalités des deux
fils, qui se constituent le groupement actuel des Id Eïlik en deux
fractions: Ahel Aleg, Ahel Abary, du nom de la région où ces campements
nomadisaient habituellement. On connaît Aleg. Abary est le nom d'une
petite rivière du Chamama.

_Tableau généalogique._

                             Atig, † vers 1810.
                          ____________|_____________
                         |                          |
             Cheikh Mohammed Mahmoud,             Mouïn,
                   † vers 1840.                 vers 1880.
                         |              ____________|________
                         |             |                     |
                    Mostafa,      Sidi Salem.               Tig.
                  † vers 1839.         |                     |
           ______________|             |                     |
          |              |             |--Mostafa.      Ahmed Mouïn.
  Cheikh Moh. Fal.   Mahfoudh.         |                     |
     _____|________________            |--Abd                |
    |          |           |           |  El-Kerim.       Mahmoud,
  Mostafa.   Naji,    Isselmou.        |                  chef des
           chef des                    |--Ahmed.         Ahel Abary.
           Ahel Aleg.

Cheikh Mohammed Mahmoud, tout en reconnaissant une certaine
indépendance aux Ahel Abary de son frère, conserva encore, nominalement
au moins, le commandement de la tribu. A sa mort, vers 1840, il ne
laissait que des petits-enfants en bas âge, car son fils Mostafa était
mort un an avant lui. Cette situation permit à Mouïn, chef des Ahel
Abary, de prendre sa complète autonomie.

Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa ould Cheikh Mohammed Mahmoud a été
un très pieux, très influent et très réputé marabout. On trouva son
obédience dans plusieurs tribus maures voisines, et chez beaucoup de
Toucouleurs du Chamama. Il était chef des Ahel Aleg, à notre arrivée,
et conserva le commandement jusqu'à sa mort (fin 1912), mais depuis
plusieurs années déjà, il ne s'occupait plus que de choses pieuses et
laissait la direction politique de la fraction (Ahel Aleg) à son fils
Naji et à son frère Mahfoudh. Nous n'eûmes que peu de rapports avec ce
Cheikh. Il affecta de nous ignorer.

Naji (de son vrai nom Mohammed Mahmoud) a succédé à son père Mohammed
Fal, en fin 1912, tant dans son commandement politique que dans sa
direction spirituelle. A ce titre, il jouit d'un grand prestige dans sa
tribu et au dehors, principalement dans la dabaï de haratines et dans
les villages toucouleurs du Chamama et perçoit de nombreux cadeaux de
toute nature. Très intelligent, fort instruit, sympathique, Naji, vers
1884, est déjà un professeur renommé. Son cours supérieur est suivi
assidûment par une trentaine de jeunes gens Id Eïlik, haratines et
Toucouleurs. Une de ses sœurs a épousé un fils de Cheikh Sidïa; elle
vit actuellement séparée de son mari.

La deuxième fraction, les Ahel Abary, sont sous le commandement de
la branche cadette de la tente Atig. A Mouïn ould Atig, décédé vers
1880, a succédé son fils Mohammed Salem, dit Tig ould Latig, qui
s'est éteint en 1915, à l'âge de 80 ans. Ce fut un saint homme, très
vénéré, ancien élève de Mohammed Mahmoud le grand «Mrabet», et dont
on fit au début le cadi du Cercle. Son instruction et son esprit de
conciliation lui avaient acquis une renommée universelle. C'était de
plus un traditionaliste remarquable et un professeur, autour de qui se
pressaient des enfants de toutes les tribus du Brakna. Il recevait des
aumônes de partout et principalement des Touabir et des Kounta; parmi
ceux-ci, surtout des Meterambrin.

Depuis plusieurs années, ses facultés baissaient et il se faisait
suppléer par son fils, Ahmed Mahmoud.


2.--_Fractionnement._

Les Id Eïlik se partagent en deux fractions se décomposant à leur tour
en huit sous-fractions.


A.--_Ahel Aleg._

    Ahel Mohammedden al-Habib.--Chef: Naji ould Mohammed Fal.
    Ida Ou Zar.--Chef: Ahmeddou ould Jeddhoum.
    Ahel Taleb M'hammed.--Chef: Bassi ould Abd Al-Latif.
    Njamra.--Chef: Nadji ould Khalifa.
    Haratines.--Chef: Mohammed ould Bidia.

Les deux premières sous-fractions sont seules de pure origine eïlik: la
première de Badelli, la seconde de Zar. Les Ahel Taleb M'hammed sont
d'origine bourba, nationalisés (holafa) Eïlik depuis fort longtemps;
les Njamra sont dans les mêmes conditions, mais d'origine medlich.

Ils comprennent 121 tentes et 575 personnes et sont riches de 10
chameaux, 591 bovins, 1.161 ovins et 87 ânes.

Les principaux notables sont: Mahfoudh ould Mostafa, oncle de Naji;
et Mostafa, frère aîné, et Isselmou, frère cadet de Naji. Mostafa,
orphelin de mère, et jaloux des préférences manifestées par son père à
Naji s'est retiré depuis 1907 chez les Ahem Abary, où il s'est marié.
Isselmou paraît devoir être un savant de quelque envergure.


B.--_Ahel Abary._

    Ahel Mohammedden ould Al-Habib.--Chef: Ahmed Mahmoud.
    Ida Zohra (Zar).--Chef: Mohammed Fal ould Atjfara.
    Haratines.--Beya ould Birama.

Ils comprennent 62 tentes dont 42 pour les gens libres et 20 pour
les haratines, et 352 personnes dont 70 haratines. Ils possèdent 11
chameaux, 285 bovins, 644 ovins et 48 ânes.

Les principaux notables de la djemaa sont: Sidi Salem ould Al-Altig;
et ses fils Mostafa; Abd El-Karim et Ahmed. Il aurait tendance à
former bande à part dans les Ahel Abary. Sidi Salem est en effet
l'aîné de Mouïn, et c'est à lui qu'aurait dû revenir le commandement,
s'il n'avait eu la méfiance d'envoyer son frère à Coppolani en 1905.
Mohammed Fald ould Al-Atig; Ahmeïdou o. Ahmed Chella; Mohammed Lamin
ould Habib; Mohammed Salem ould Obeïd Allah; Soudani ould Souleïman,
Abmoïjin ould Moïjen.

L'ensemble de la tribu comprend donc 183 tentes et 297 personnes, et
possède 21 chameaux, 876 bovins, 1.805 ovins et 135 ânes.

La marque commune est le lam-alif qu'ils apposent sur la cuisse droite.
La zone de nomadisation est, en saison sèche comme en hivernage, d'Aleg
à Mal. Quant aux haratines, ils sont en hivernage, au sud de Dielowar,
en saison sèche, dans le Chamama entre Cascas et Boghé.

Ces haratines étaient jusqu'à 1912 groupés sous le commandement de Beya
ould Birama, qui était responsable vis-à-vis des deux chefs. Groupés,
ces haratines avaient plus de cohésion et travaillaient mieux. Mais
dévoué à Cheikh Mohammed Fal, et de ce fait, assez partial vis-à-vis
des gens de Tig, son commandement, satisfaisant de par ailleurs,
provoqua des réclamations. Il fut scindé, et aujourd'hui les haratines
vivent séparés, comme leurs maîtres.


3.--_La vie religieuse._

Les Id Eïlik jouissent, entre les diverses tribus maraboutiques
du Brakna, d'un grand prestige religieux, grâce sans doute aux
personnalités de renom qu'ils ont fourni à la génération précédente:
Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa et Tig ould Latig. De tous les
points du Brakna et du Chamama, on vient compléter son instruction
dans leurs tentes, et certaines d'entre elles sont de vraies petites
zaouïa nomades. On leur demande, par la même occasion, l'ouird qadri,
détenu ici par filiation dans la famille princière, depuis le grand
Cheikh Mohammed Mahmoud ould Atig, qui était un disciple de choix de
Mostafa ould Al-hadj, frère et élève de Cheikh Al-Qadi des Deïdiba,
personnage bien connu. Cette obédience rattache, comme presque partout
ailleurs, les Id Eïlik aux Kounta de l'Azouad, car les deux frères
précités reçurent l'ouird dans le campement du grand Cheikh Kounti,
Sidi-l-Mokhtar, et de sa main même.

Les principales tribus qui composent la clientèle des Id Eïlik sont:
les Soubâk, les Zemarig, les Oulad Normach, les Touabir-Oulad Yarra,
les Tadjakant de M'Bout, les Oulad Hid du Gorgol. Dans le Chamama, sis
à l'est de Boghé, on ne trouve pas de village toucouleur, qui ne compte
quelques-uns de leur talibé. Il en va de même, au moins en partie, sur
la rive gauche. La personnalité la plus notoire de ces disciples noirs
est Amadou Mokhtar, chef du Toro sénégalais.

Actuellement le moqaddem en titre est Naji (Mohammed Mahmoud) par
dérivation de son père et de son grand-père. Cette tente vise avec un
soin jaloux à ce que la baraka ne sorte pas de la famille.

L'influence de Cheikh Sidïa est assez sensible dans cette tribu. Son
point de départ est le mariage projeté depuis longtemps, et effectué en
1911, d'un fils de Cheikh Sidïa avec Mariam, dit Maroum, sœur de Naji.
Il y eut des tiraillements. Les Dieïdiba, jaloux de voir les Oulad Biri
s'immiscer dans le Brakna, y firent une grande campagne d'opposition.
Les Kounta s'en mêlèrent, car Maroum avait été en quelque sorte
promise à Bambaye. La campagne ne fut pas sans succès, car quand Cheikh
Mohammed Fal mourut en fin 1912, Naji ne fut appelé par la djemaa à le
remplacer que conditionnellement. Ce mariage ne dura pas d'ailleurs. Le
fils de Cheikh Sidïa, ayant épousé, malgré ces promesses, une deuxième
femme, Maroum revint dans le campement fraternel.

Les deux cadis des fractions Id Eïlik sont: pour les Ahel Aleg, Kabir
ould Mohammed Salem, né vers 1880, ouvert, assez instruit, mais peu
intelligent; pour les Ahel Abary Sidi Salem ould Oummoui, né vers 1850,
vieillard ouvert et sympathique.

Le cimetière classique des Id Eïlik, celui qui renferme la plupart de
leurs tombes et où ils vont faire leurs pèlerinages, est à Tiabba Taba,
près du lac d'Aleg. On trouve là les tombeaux de tous les ancêtres des
chefs marabouts actuels.



CHAPITRE X

ID AG JEMOUELLA


1.--_Historique._

Les Id ag Jemouella se disent Chorfa. Leurs ancêtres arrivèrent dans
la haute Mauritanie peu après l'époque lemtouna. Un peu plus tard,
ils participent, aux côtés du fameux imam Hadrami, aux luttes contre
les Tachomcha. Quand les hassanes envahissent l'Adrar c'est aux Id
ag Jemouella que les Oulad Mbarek ont affaire, et de durs combats
s'ensuivirent. Les Id ag Jemouella passent en outre pour avoir pris
une part active aux différentes phases de la guerre de Boubbah (Cherr
Boubbah).

Cette suite ininterrompue de guerres avait épuisé la tribu; elle
penchait dès lors vers le maraboutisme. Seules, quelques tentes
obstinément guerrières ne voulaient pas se convertir. Elles furent à
peu près détruites par les attaques des Litama; les derniers campements
se réfugièrent chez les Oulad Eli ould Abd Allah, prirent qualité de
marabouts et s'engagèrent à leur payer des redevances.

Une autre tradition brakna, celle-ci extérieure aux Id ag Jemouella,
ne conteste pas l'enchaînement de ces faits, mais leur dénie l'origine
chérifienne. Elle relate que les Id ag Jemouella sont les descendants
d'une vieille tribu berbère, établie dans le Brakna, bien avant
l'arrivée des Oulad Abd Allah, et qui perdit son antique puissance
lors des luttes contre ces invasions arabes. C'est à cette date qu'ils
se muèrent en marabouts, et du même coup, en chorfa. Cette tradition
paraît plus vraisemblable.

Quoi qu'il en soit, l'ancêtre éponyme de la tribu serait un certain Abd
Er-Rahman, dit Jamal al-Din (beauté de la religion). Il aurait été le
fils, ou tout au moins le descendant, du fameux Sidi Yahia, le grand
saint de Tombouctou, ancêtre également des Glagma et des Ahel Taleb
Mokhtar du Hodh. La généalogie de ce Sidi Yahia est connue et a été
donnée ailleurs. Abd Er-Rahman Jamal eut trois fils: Othman, Izzoun et
Eïdyé, et ce sont ceux qui ont donné naissance aux trois groupements
ethniques de la tribu: Oulad Othman, Oulad Izzoun, Oulad Eïdyé.

Le pouvoir se perpétua dans la branche aînée: celle d'Othman. La
tradition rapporte que son cinquième descendant, Abd Er-Rahman ould
Mohammed ould Yeïja, «Le dernier héros des temps antiques» fut tué à la
bataille de Tin Iefdadh, qui termina le Cherr Boubbah.

Eïdyé, de son vrai nom Youssef, laissa quatre fils: Maham Aboubak, Abd
Allah et Imijen, dont la descendance se retrouve aujourd'hui chez les
Oulad Eïdyé.

Il en est de même pour Izzoun.

Avec le temps, le pouvoir est devenu héréditaire dans la tente des Ahel
Kebd, branche aînée des Oulad Othman. On donne de ce nom de Kebd qui
signifie «foie» une explication amusante. De même que le foie est un
viscère qu'on ne peut avoir qu'après la mort de l'animal, de même le
pouvoir ne peut sortir des Ahel Kebd qu'avec leur disparition totale.
Ce Kebd, qui mourut au début du dix-neuvième siècle, s'appelait de son
vrai nom Taleb Othman ould Sidi Mohammed ould Taleb Othman ould Al-Alem
ould Othman ould Abd Er-Rahman.

Lors de notre arrivée en Mauritanie, les Ahel Kebd n'avaient pas
de membres capables de les représenter. La djemaa chargea donc son
président, le cadi Abd Allah ould Hamed des Ahel Othman, d'apporter
la soumission de la tribu à Coppolani; par la suite, il conserva son
commandement et l'exerça du reste avec intelligence. Aussi, pour
reconnaître les services qu'il lui rendit au cours de sa mission
Coppolani lui accorda-t-il une petite palmeraie près de Tijikja.

Abd Allah ould Ahmed (ould Belal ould Lamin ould Mohammed Karim ould
Abd Er-Rahman ould Mohammed ould Yeïja ould Abd Er-Rahman ould Mohammed
ould Othman ould Abd Er-Rahman Jemal Ad-Din), né vers 1868, riche,
intelligent et instruit, cadi de sa tribu, s'est maintenu chef des Id
ag Jemouella jusqu'en 1914. Son commandement a été troublé par divers
graves incidents.

En 1905, il a à supporter les attaques des Id Ou Aïch, qui lui ont
voué un haine féroce. Ils déclarent que c'est lui qui est cause de
l'installation des Français à Mal, en 1904, et le pillent à plusieurs
reprises. La tribu, déchirée par les dissensions, finit par se partager
en deux fractions: l'une qui reste rangée derrière son chef, l'autre
qui subit l'influence de Cheikh Mohammed Mahfoudh, disciple de Saad
Bouh, jeune ambitieux et intrigant, né vers 1878, et qui fut quelque
temps cadi de la tribu. Après avoir tenté de se faire inscrire à Kaédi,
un beau jour, en mai 1906, il part avec six de ses élèves vers le Nord.
Il fut très bien reçu par Ma-l-Aïnin qui lui confia la gérance de ses
biens à Atar. Sa disparition a ramené le calme et l'unité dans la tribu.

En juillet 1908, des contestations éclatèrent entre Lemtouna et Id
ag Jemouella au sujet de l'usage de certains puits. Les Lemtouna
provoquèrent à plusieurs reprises des rixes sanglantes.

En 1915-1916, le chef des deux petites fractions hassanes Naji ould
Baji; le fils de l'ancien chef: Ba Naji et deux pillards réputés:
Mokhtar et Naji ould Taïeb prennent la brousse et se livrent à
une série de petits pillages, dans le Brakna et le Raag. Quelques
tirailleurs, insoumis ou déserteurs, se joignent à eux. Enfin, traqués
et pris par les partisans, ils sont jugés et le calme renaît.

Dans ces dernières années, de violents conflits avec les Torkoz
au sujet de pâturages et de points d'eau ont amené par une mesure
rigoureuse et intempestive la condamnation de la tribu à 27.000 francs
de dommages-intérêts envers les Torkoz. Elle est sortie de cette
affaire complètement épuisée et n'a pas pu encore se relever.

Le mécontentement de la djemaa et de l'administration a dès lors
contraint le Cheikh Abd Allah à se retirer. Déjà dès 1911, on avait
cessé de faire la prière devant sa tente; il a été remplacé par le
représentant héréditaire des Ahel Kebd: Sidi Mohammed. Abd Allah s'est
retiré sous sa tente et y vit en philosophe paisible.

Dans le dernier état de choses, les Id ag Jemouella payaient un
rafer aux Oulad Mohammed et un autre aux Oulad Eli du Gorgol.


2.--_Fractionnement._

Les Id ag Jemouella (au sing. Jemouelli) se divisent aujourd'hui
administrativement en dix fractions à savoir:

    Al-Hofra.--Cheikh: Sidi Mohammed ould Kebd (Othman).
    Ahel Bilal.--Cheikh: Hamed ould Hamed (Othman).
    Ahel Mokhtar Mohammed.--Cheikh: Sidi ould Al-Hazzey (Eïdyé).
    Ahel Sidi Youssef.--Cheikh: Taleb Othman ould Sidi (Eïdyé).
    Ahel Taleb Abeïdi.--Cheikh: Mohammed Fal ould Ahmed (Othman).
    Oulad Tegueddi.--Cheikh: Abada ould Cebbar (Izzoun).
    Ahel Idyé.--Cheikh: Baba ould Sidi Cheikh (Othman).
    Ahel Ahmeïdat.--Cheikh: Cheikh ould Ahmeïdat (Massanes).
    Ahel Mohammed Sidi.--Cheikh: Brahim ould Brahim (Hassanes).
    Haratines.--Cheikh: Cheikh ould Mokhtar.

Ce fractionnement a été voulu par eux lors de la réorganisation de la
tribu; ethniquement, ils se divisent en trois fractions et quatorze
sous-fractions, conformément aux données historiques exposées plus
haut. A savoir:

                 { Ahel Bilal
                 { Ahel Alem
                 { Oulad Othman proprement dits
    Oulad Othman { Ahel Taleb Abeïdi
                 { Ahel Idyé
                 { Id ab Emchif
                 { Id ag Messaad
                 { Oulad ben Brahim

                 { Ahel Bou Daha
                 { Ahel Obeïd ould Cheïn
                 { Oulad Tegueddi
    Oulad Izzoun { Id ag Bounka (d'où descend la tente des
                 {   Ahel Cheikh Abd Allah, des Id ag Fara
                 {   Brahim).

    Oulad Eïdyé  { Ahel Sidi Youssef
                 { Ahel Mokhtar ould Mohammed

Les Id ag Jemouella _hassanes_, qui ne sont d'ailleurs guère plus
guerriers que de nom, forment deux sous-fractions, issues des
groupements précités:

    Id Abd Allah, provenant des Oulad Othman,
    Oulad Eïdyé, provenant de la fraction du même nom.

Ces deux groupements n'ont plus que quelques tentes, qui vivent mêlées
soit au tolba, soit surtout aux haratines. Certaines tentes sont allées
chercher fortune chez les Dieïdiba-Asbat Negza et chez les Touabir.
Elles s'y incorporèrent vraisemblablement.

Le chef actuel de la tribu est Cheikh Sidi Mohammed ould Moussa ould
Cheikh Mohammed Al-Mokhtar ould Kebd, nommé en 1914. En sa qualité
de représentant héréditaire des Ahel Kebd, il jouit d'une autorité
incontestée, et c'est au surplus un personnage dévoué; mais la tribu
n'est tout de même pas en main. Il y a trop d'éloquents bavards et
d'intrigants parmi ces chérifiens, d'ailleurs intelligents et ouverts.

Le cadi est Mohammed Mahfoudh ould Naji ould Sidi Youssef, des Oulad
Eïdyé. Né vers 1875, c'est un personnage sympathique et instruit. Il
relève dans l'ordre mystique de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Moustafa
ould Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba.

Les personnalités importantes de la tribu sont: _a_) Al-Mehaba ould
Taleb Imijen, né vers 1880, très instruit, juriste et traditionaliste;
_b_) Abd Allah ould Hamed ould Abd Allah, né vers 1885, professeur
intelligent et ouvert; _c_) Taïeb ould Hassen ould Sidi Ahmed, né vers
1875, professeur de renom; _d_) Mohammed Liman, qui après être resté en
dissidence dans l'Adrar de 1906 à 1912, fit sa soumission avec les Ahel
Soueïd Ahmed, et rentré dans le Brakna se signala au début par quelque
opposition; _e_) Cheikh Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Taj al-Arifin
ould Cheikh Mohammed Lamin, vu antérieurement. Il serait toujours dans
le Sous, où il aurait fait, dit-on, sa soumission au Makhzen et aurait
épousé une fille de Haïda ould Mouïzz, le glorieux pacha de Taroudant.

Le recensement général des Id ag Jemouella a donné pour l'exercice
1918: 250 tentes et 2.275 personnes; 7 chevaux, 3 chameaux, 462
bovins, 1.602 ovins et 200 ânes. Les marques de la tribu sont soit le
[lamha ﻪﻟ], commun à tous, et qui s'appose sur la cuisse droite ou
à la naissance de la hanche, soit le narli [T] sur la hanche
et spécial aux Ahel Mokhtar ould Mohammed. On met souvent comme
contremarque un petit dal د sur le lam du [lamha ﻪﻟ].

La tribu nomadise en hivernage à l'ouest de Guimi et vers Bidi Ngal.
Les haratines sont en outre, en hivernage, au nord-ouest de Mouit et
aux environs de Guimi, en saison sèche, à Dielowar et Chogar. Depuis
leur conflit avec les Torkoz, on a interdit aux Id ag Jemouella la
région de Mal pour éviter tout contact entre ennemis. Ils sont un peu à
l'étroit dans la région de Guimi. On leur a donné en outre des tamourts
importants et non cultivés au nord de Kra Lemaoudou.

Les tombeaux les plus vénérés sont ceux de: _a_) Mohammed, dit Bilal,
ould Kamin, grand-père d'Abd Allah ould Ahmed, à Guimi; _b_) Abd
Er-Rahman ould Bilal, fils du précédent, savant et traditionaliste de
renom, mort vers 1880, à Nouadich (Tagant). Il est l'auteur du poème,
bien connu ici, qui donne en vers élégants la généalogie des Id ag
Jemouella (Cf. en annexe).

La tribu dans l'ensemble pratique l'ouird qadri. Les moqaddem locaux
sont au nombre de deux: Cheikh Ahmed Salem ould Bou Daha qui relève de
Sidi-l-Mokhtar ould Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba, et Cheikh Abd Allah
ould Mostafa, des Taleb Mohamedden, des Dieïdiba, considéré par les Id
ag Jemouella comme un maître.


ANNEXE

POÈME GÉNÉALOGIQUE DES ID AG JEMOUELLA.

    [Illustration: texte arabe.]



CHAPITRE XI

TAGAT


1.--_Historique._

Les Tagat (au sing. Tagati) appartiennent dans la tradition maure à la
souche des Ansar. Leur ancêtre serait Youssef ould Yaqoub ould Abou
Dojennas, l'Ansari. Par lui, ils seraient les cousins des Id Eïboussat.

Les Tagat sont en réalité, semble-t-il, comme tous les marabouts
maures, des Berbères. Leur parenté avec les Lemtouna est affirmée
par tout le monde et reconnue par eux-mêmes. Ils sont originaires de
l'Azaouad et ne vinrent en Mauritanie par le Hodh et le Tagat qu'aux
seizième et dix-septième siècles, à la suite des invasions marocaines.
Un des leurs, Ahmed ould M'haïmid, bientôt suivi de toute la tribu,
serait venu s'installer à Aguiert, où dominaient alors les Noirs.
Ceux-ci, dit la tradition, cultivateurs et pasteurs, étaient alors
fort nombreux et riches dans la région d'Aguiert. Ils habitaient des
cases en pierres, dont on ne retrouve plus les débris aujourd'hui.
L'immigrant accabla ses hôtes de brimades et fut assassiné par
vengeance, l'année suivante. Chacun resta alors sur ses positions (vers
le dix-septième siècle).

Les nouveaux arrivés ne prirent pas part à la guerre de Boubbah,
n'ayant pas encore eu le temps de faire alliance avec les marabouts.
Ils étaient, au contraire, les amis des hassanes, à cause de la
réception cordiale que leur aurait faite Boussam ould Cheïboubi, chef
des Oulad Al-Yatim, les futurs Litama (Oulad Abd Allah). Ils se mirent
sous sa tutelle et lui payèrent la horma.

A la mort de Boussam, les Litama se scindèrent. Décimés par des guerres
continuelles avec les Ahel Mohammed et les Oulad Eli du Gorgol, ils
perdirent la plus grande partie de leurs vassaux et marabouts, dont
les Tagat. Ceux-ci contractèrent alliance avec les fractions abakak,
des Id Ou Aïch, qui devinrent leurs suzerains en même temps qu'ils le
devenaient des Torkoz. C'était à l'époque en effet où les guerriers Id
Ou Aïch commençaient à descendre dans l'Aftout et menaçaient le Brakna.

Les Tagat, installés à la bordure ouest du Tagant, ont vécu dans cette
situation de tributaires des Id Ou Aïch et spécialement des Ahel Soueïd
Ahmed jusqu'à nos jours, tant les fractions à chameaux, nomadisant au
nord, que les fractions à bœufs et petit bétail nomadisant au sud.
Ils étaient également bien avec les Oulad Ahmed et leurs campements
reçurent plusieurs fois les femmes et les enfants Oulad Ahmed, quand
ceux-ci étaient vaincus dans leurs luttes classiques contre les Oulad
Siyed.

La tradition, plus ou moins légendaire, rapporte que l'ancêtre éponyme
de la tribu fut un certain Tâgât, descendant de Youssef l'Ansari. Il
eut cinq fils, ancêtres de tous les campements actuels soit du Tagant,
soit du Brakna, soit du Gorgol, à savoir:

                                  Tagât.
   _________________________________|______________________________
  /                                                                \
  Eli,                  Sidi Ahmed,   Eineb,     Aouach,    Atjfara,
  père des Oulad        père des      père       père       père
  Eli-Tagat (Gorgol)    Oulad Sidi    des        des        des
  et des  Ahel Cheikh   Ahmed Bou     Id Eïneb   Id         Atjfara
  ould Menni (Tagant).  Hajar         (Brakna).  Aouach     Id
                        (Tagant).                (Brakna).  (Brakna).

Les trois dernières sous-fractions descendent de frères germains. C'est
ce qui expliquerait en partie leur union actuelle. Il faut y ajouter
aussi une autre cause: le genre de vie et la richesse pastorale. Les
premières fractions étaient surtout des fractions à chameaux, vivant
dans un large rayon de nomadisation; les autres des nomades, de moindre
envergure, dont le cheptel était surtout de bovins.

Les campements Tagat vécurent longtemps ensemble. A la suite de
disputes avec les Id Atjfara, les Oulad Eli Tagat se séparèrent de la
tribu et allèrent planter leurs tentes chez les Tadjakant du Gorgol
(début du dix-neuvième siècle). Peu après, à la mort de leur chef,
Cheikh ould Menni, les Ahel Cheikh ould Menni, qui sont ethniquement
des Oulad Eli, partirent à leur tour et se rapprochèrent du Tagant.
A notre arrivée cette scission s'accentua. Les Ahel Cheikh ould
Menni furent englobés dans le Tagant; les Oulad Eli dans le Gorgol;
les dernières fractions restèrent Brakna. Depuis ce temps, diverses
questions d'intérêt et notamment l'affaire de Gadel, ont encore
accentué cette haine entre Tagat du Tagant et Tagat du Brakna. Les
premières considèrent comme une injure, dirent-ils, d'être appelés
Tagat, et comme il y a parmi eux quelques tentes, qui descendent des Id
Ar-Zimbo, ils assurent se rattacher à cette tribu du Trarza.

Les Oulad Sidi Ahmed Bou Hajar, ou Oulad Sidi Ahmed des cailloux, n'ont
pas à être étudiés ici, puisqu'ils relèvent du Tagant. Ils sont en
excellentes relations avec les Kounta avec lesquels ils cultivaient, et
cette intimité n'est pas étrangère à leur glissement vers le nord-est.
Certaines tentes ont des origines chorfa. La fraction aura dès lors une
tendance à évoluer vers cette dignité chérifienne.

Restent donc pour constituer les Tagat du Brakna tous les campements,
descendant des trois derniers fils de Tagat, c'est-à-dire les Id Eïneb,
les Id Aouach, et les Id Atjfara.

Remarquons qu'il y a une génération, deux campements Id Aouach sont
allés s'installer dans le Guidimaka.

Les Tagat n'ont jamais eu, à leur tête, un chef unique pour toute la
tribu, avant notre arrivée en Mauritanie. Chacune des sous-fractions
avait un chef indépendant des autres. Toutefois, pour les affaires
concernant toute la tribu, les chefs se réunissaient, accompagnés
chacun de quelques membres de la djemaa, choisis parmi les plus sages.
Néanmoins, la supériorité numérique d'une sous-fraction, avait une
influence considérable dans les décisions de cette espèce de conseil
de famille. C'est ainsi que les Ahel Ceddiq, la plus importante
sous-fraction de la tribu Tagat a toujours exercé sa suprématie sur les
actes de la tribu.

En 1868, à défaut d'un membre de cette famille, capable d'assurer
la responsabilité du commandement de la tribu, un nommé Sidi ould
Ahmed Ralla, des Ahel Taleb Brahim, de la sous-fraction des Ahel Bou
Khiyar, fut choisi pour commander les Id Atjfara. Cet homme qui eut
une supériorité marquée sur ses prédécesseurs et sur tous les chefs
maures du Brakna fut assassiné en 1892, à Aguiert, par Aminou, fils de
Bakar ould Soueïd Ahmed. Cet assassinat fut commis par vengeance, car
le chef tagat, anciennement tributaire des Ahel Soueïd Ahmed, voulant
s'affranchir de la redevance annuelle que fournissait sa tribu, refusa
du mil à celui qui devait devenir son assassin. Il fut remplacé par
Mokhtar ould Ben, de la fraction Ahel Bou Khiyar, qui était le chef des
Tagat, lors de l'arrivée de Coppolani en Mauritanie.

Il fut remplacé par Cheikh Hadrami, de la famille où le pouvoir était
héréditaire. A celui-ci, mort en 1899, succéda Mokhtar ould Oubba, des
Ahel Bou Khiyar, qui était en fonctions lors de l'arrivée des Français.

A cette date, les Tagat, comme tous les Maures, ne crurent pas que nous
nous établirions dans leurs pays à titre définitif. Aussi les chefs ne
se dérangèrent-ils pas, et c'est ainsi que pour paraître faire acte de
soumission et éviter d'être pillés par les guerriers de leur race, les
Tagat dépêchèrent Mrabet ould Abd Ed-Daïm à Coppolani.

Mrabet (ould Abd Ed-Daïm ould Amar Fal ould Ahmed ould Aouissa ould
Youssef ould Atjafara) se trouvait par hasard dans le campement du chef
des Tagat. Il avait la réputation d'un homme intelligent, sachant mener
parfaitement ses affaires. Il fut donc choisi parmi ses compatriotes
pour les représenter. Ils lui donnèrent même un cadeau pour le
dédommager du retard qu'auraient à subir ses affaires du fait de son
déplacement. Coppolani l'agréa comme chef. Il est inutile de dire que
par la suite le chef ainsi dépossédé par la tribu et par nous, avec sa
complicité propre, protesta et voulut reprendre son commandement. Quant
aux Tagat, se trouvant bien, ils ne réclamèrent pas.

Mrabet servit de guide à Coppolani jusqu'à Tijikja et incontestablement
lui rendit des services. Par la suite, son attitude fut digne, sans
provocation; il protesta de son désir de bien faire et se montra
décidé à nous être utile, ou tout au moins à ne pas faire échec à
notre autorité. Il montra sa souplesse en se faisant seconder par son
prédécesseur Mokhtar ould Oubba dont l'ambition était de reprendre
ses fonctions de chef et qui intriguait pour faire déposséder Mrabet.
Il est vrai qu'à cette date (1906) Mrabet fit dans le Tagant une
absence de trois mois, qui coïncida fâcheusement avec la venue du
Chérif marocain, Si Dris. Il lui aurait fait tenir 150 pièces de
guinée. Mrabet se défendit vivement de toute trahison et prétendit que
ses cadeaux n'avaient aucune signification politique, mais avaient
uniquement pour but d'obtenir la restitution de chameaux volés. Il
est certain en tout cas que l'intervention du Chérif lui valut la
restitution d'une partie de son troupeau, pillé par les Oulad Delim
à Tidiniakout, et que d'autre part Mrabet ramena avec lui plusieurs
familles dissidentes, et même quelques tentes du Tagant.

Mrabet avait été puni, en 1913, d'une amende de 100 francs pour
avoir dit que le poste de Moudjéria était commandé par des Noirs
(interprètes). Connu dans tout le cercle, il était en relation avec
tous les chefs. C'était un marabout très vénéré, disciple qadri de Saad
Boudh, et qui caressa longtemps le projet--qu'il ne put réaliser--de
faire le pèlerinage de La Mecque. Il avait manifesté à plusieurs
reprises l'intention de démissionner, et il allait avoir satisfaction,
quand il mourut le 22 février 1918.

Il laissait quatre fils: Abd El-Ouadoud, né vers 1892; Hossin, né vers
1894; Mohammed Ahmed, né vers 1903, et Mohammed, né vers 1908, ainsi
que plusieurs filles, mariées à des notables de la tribu.

Il fut remplacé par son fils aîné, Abd El-Ouadoud, que la djemaa élut
à l'unanimité. Six mois ne s'étaient pas écoulés que la djemaa se
réunissait à nouveau, destituait Abd El-Ouadoud pour insuffisance et
nommait à sa place Ahmadou ould Habib (ould Mohammed ould Habib ould
Amar ould Naïmat ould Bou Khiyar ould Youssef ould Atjfara). Né vers
1870, Ahmadou est le chef actuellement en fonctions.

Riches pasteurs, les Tagat ont été maintes fois, victimes des
pillards du Nord. Pour ne rappeler que les derniers, ils ont vu leurs
troupeaux enlevés en 1900 par les Oulad Bou Sba, et c'est le désir
de les recouvrer qui les amena à Coppolani, les premiers de tout le
Brakna, dès 1900. En fin 1906, pillage par les Oulad Delim, qui eut
les conséquences relatées plus haut. Au début de 1907, nouveau pillage
par les Oulad Bou Sba, à Aguiert. La garnison du poste fit une sortie,
reprit les troupeaux volés et tua un des agresseurs.


2.--_Fractionnement._

Les Tagat se divisent ethniquement en les fractions et sous-fractions
suivantes:

               { Ahel Ceddiq
               { Ahel Bou Khiyar
               { Ahel Aouis
    Id Atjfara { Oulad Atjfara
               { Ahel Taleb Brahim
               { Ahel Taleb Bou Maham

               { Ahel Aoubak
               { Ahel Taleb Jeddou
    Id Aouach  { Ahel Amarna Al-Mokhtar
               { Ahel Mokhtar (à Kiffa)

    Id Eïneb   { Ahel Taleb Ahmed
               { Ahel Taleb Mohammed

Ces fractions maraboutiques, agitées, inquiètes, intrigantes, se sont
ingéniées à troubler leur situation ethnique. Elles se sont aujourd'hui
reconstituées en cinq groupements (rekiz) que l'administration
française a respectés, et qui sont:

_a_) Ahel Aouissat, formés surtout d'Id Atjfara, soit Aouissat, soit
Taleb Brahim-Cheikh: Abd El-Ouadoud. Notables: Youssef ould Brahim et
Abdou ould Ahmed; 73 tentes et 219 âmes.

_b_) Ahel Bou Khiyar, formés surtout d'Id Atjfara, soit Ahel Bou Khiar,
soit Oulad Atjfara, soit Taleb Bou Maham.--Cheikh: Ahmed ould Abd
Ed-Daïm.--Notables: Ahmeïdou ould Yali; Mokhtar ould Bak; Mounir ould
Mohammed Maïna.--100 tentes et 670 âmes.

_c_) Ahel Ceddiq, formés d'Id Atjfara, surtout Ahel Ceddiq, et
d'Id Aouach, surtout Amarna.--Cheikh: Mohammed Mahmoud ould
Seïma.--Notables: Mami ould Mohammed Lamin; Manmoud ould Taleb Amar;
Mohammed Mahmoud ould Sidi-l-Mokhtar.--71 tentes, et 236 âmes.

_d_) Id Aouach, comprenant surtout les Ahel Aoubak et Ahel Taleb
Jeddou, qui sont ethniquement Id Aouach.--Cheikh: Mohammed ould
Ahmeddou.--Notables: Mokhtar Fal ould Lamin; Mohammed ould Othman;
Biraïm ould Bouna.--199 tentes et 578 âmes.

_e_) Ahel Taleb Mohammed, qui comprennent à peu près tous les Id Eïneb,
c'est-à-dire non seulement la sous-fraction Ahel Taleb Mohammed, mais
aussi l'autre: Ahel Taleb Ahmed.--Cheikh: Mohammed Limam ould Al-Hadj
Ahmed; Taleb Ahmed.--Notables: Mohammed Mahmoud Abd El-Rali; Mounir
ould Taleb Maham; Sidi-l-Mokhtar ould Lamin.--61 tentes et 233 âmes.

La tribu comprend au total 504 tentes et 1.986 âmes. Il faut y joindre
quelques tentes de haratines, dont Thofeïl ould Aleïa est le chef.

Un campement: les Ahel Hadj ould Boudda, qui a été rattaché aux Id
Eïneb, serait d'origine Bassin (zenaga). Leur ancêtre, étant allé à la
Mecque, prit le nom de Hadj, et à son retour s'installa à Chogar-Tora,
où, vivant en bons termes avec les hassanes, il donna naissance à une
nombreuse postérité. Ce campement est dirigé depuis plusieurs années
par un Tâmegati, d'origine Brahim ould Cheikh.

On trouve chez les Kounta de l'Azaouad un campement du nom de Tâgat,
qui se prétend cousin des Tagat du Brakna. Il comprend cinq tentes, qui
sont installées chez les Ahel Baddi, sous-fraction des Regagda.

La diversité des richesses pastorales des Tagat tendrait à provoquer
de nouvelles scissions au sein de la tribu: les Id Atjfara, gens de
chameaux, voudraient monter plus au nord, tandis que les deux autres
fractions, propriétaires de bovins et de lougans, tendraient à rester
dans la région des puits et des cultures.

Le cheptel comprend dans son ensemble: 4.280 bovins, 11.551 ovins, 270
chameaux et 613 ânes.

La marque générale de la tribu est le lam-alif ﻻ ou le [T renversé]
qu'ils apposent généralement sur le cou. Le campement
Oulad Eli n'utilise que le [lam-alif ﻻ] et quelquefois le
[mim-ha ﻪﻣ]. Beaucoup de fractions ont leurs contre-marques: les
Ahel Ceddiq [ba ب] [ba-alif ﺎﺑ] ou [>—] les Ahel Taleb Brahim; les
Ahel Taleb Khiar [lam-kaf ﻚﻟ] [T renversé]; les Ahel Mohammed
Bou Khiar [ain-dal-dal ددﻋ]; les Ahel Eïneb [lam ل] [mim-alif ﺎﻣ];
les Aouissat [>—<]; les Ahel Cheikh ould Manni [croix +]; etc.

Leurs terrains de parcours, avant notre arrivée en Mauritanie, étaient
les suivants:

Pendant l'hivernage, l'Agan dans sa partie orientale, Letfotar, Touri
Deilil, et Aguiert.

Pendant la saison sèche: Aguiert, Gaoua, Choggar-Gadel, Tindel et
Lemaodou. Depuis 1896, époque à laquelle éclata la guerre entre les
Abakak et les Oulad Nacer de Kiffa, ces derniers ravageant le pays, les
Tâgât n'osèrent pas remonter plus haut qu'Aguiert. Pendant plusieurs
années, ils nomadisèrent dans les mêmes points, mais n'allèrent plus
dans l'Agan. Aujourd'hui leur territoire de nomadisation s'étend,
en tout temps, entre Gaoua, Aguiert, Douira et le Tagant. Aguiert
comporte une trentaine de puits de 5 mètres de profondeur. L'eau,
qui ne s'épuise jamais, provient de l'oued par infiltration. Elle
est excellente. Guelaïta Tindel, à 30 kilomètres au nord, est une
grande mare, où l'eau est plus ou moins abondante, suivant les pluies,
jusqu'en janvier; Letfotar, à 45 kilomètres au nord-est d'Aguiert, sur
la route de Moudjeria, est un mauvais marigot qui tarit en janvier;
Garouel, à 60 kilomètres du sud-est, est une grande source inépuisable,
dans la barrière du Tagant, Gaoua Al-Aouidja, à 45 kilomètres au sud,
comprend de nombreux puits de 5 mètres dans le lit de l'oued Gaoua:
Ouazan, à 50 kilomètres au nord-ouest, comprend deux puits de 3 mètres,
creusés dans la cuvette au pied du rocher. L'eau est assez abondante
en toute saison. Dikel, Tiyegui, Tidiniakout, sur la piste d'Oujeft,
ont de l'eau en toute saison. Tichilit, à 60 kilomètres au nord de
Kreni, comprend plusieurs puits de 2 mètres dans la sebkha. L'eau y est
saumâtre.

Les Tagat sont d'industrieux cultivateurs. En mars-avril 1911, ils ont
construit une digue à Chogar Gadel pour faciliter l'inondation de leurs
terrains de culture. Ces terrains sont à partager entre les Ahel Cheikh
ould Menni et les Oulad Eli. Ils ont des plantations de palmiers à 2
kilomètres de la palmeraie d'Al-Moïlah et au confluent du déversoir
de la tamourt de Gadel dans le Gorgol, au lieu dit Dakhfig. Très
travailleurs, ils ne craignent pas de se mettre à la terre avec leurs
haratines.

Ce sont en outre d'avisés commerçants. Ils passent pour les plus
habiles trafiquants du cercle.


3.--_La vie religieuse._

Les Tagat comptent au nombre des marabouts les plus pieux et les plus
lettrés du cercle. Cette réputation semble s'être assise, au début du
dix-neuvième siècle, avec le grand Cheikh Al-Ouali Sidi Mohammed ould
Menni. Cette grande figure, semblable à celle de Cheikh Sidïa Al-Kabir
ou de Cheikh Mohammed Fadel, qui vivaient vers le même temps, provoqua
un renouveau de ferveur et d'instruction dans la moyenne Mauritanie
(Tagant et haut Brakna). L'impulsion s'est continuée jusqu'à nos jours
chez les Tâgât, bien que la fraction même du grand marabout, les Ahel
Cheikh ould Medni, se soit détachée du corps de la tribu, et du Tagant,
où elle est réfugiée, vive, dans les plus mauvais termes avec ses
frères Tâgât.

Cheikh Al-Ouali ould Menni, qui était un qadri de l'obédience de Cheikh
Al-Qadi, des Dieïdiba, est mort vers 1850. Son tombeau, au dire de
l'enseigne Bourrel, qui le visita en 1860, était très honoré. Il était
gardé par un ermite, élève du marabout, qui vivait de la charité
publique et des offrandes faites à son patron. Depuis lors, le gardien
a disparu, mais ce tombeau qui se trouve à Taounïa, non loin de Guimi,
est toujours l'objet de pèlerinages. Le Cheikh a laissé plusieurs
enfants, dont l'étude ressortit au Tagant. Le plus connu d'entre eux
fut Sidi Zin al-Abidin qui rompit définitivement avec les Tâgât à la
suite de contestations multiples, et quelquefois sanglantes, au sujet
des pâturages de la région. Il est enterré à proximité de la tamourt de
Gadel, qui envoie des eaux vers le Gorgol, et son tombeau est visité
même par ses ennemis.

La deuxième grande figure de la tribu est son ancien chef: Cheikh Ahmed
Hadrami ould Mohammed Abd Ed-Daïm. C'était un des principaux telamides
de Sidi Abd Allah ould Hadj Brahim, des Ida Ou Ali, et il exerça
longtemps les pouvoirs de moqaddem qadri et chadli. Son tombeau, très
vénéré, est une construction qui s'élève à Al-Aouija de Gaoua.

De ces deux Cheikhs relève un grand nombre de Tâgât. Les autres se
partagent entre l'obédience qadrïa de Cheikh Sidïa et l'obédience
multiforme, mais surtout tidjanïa, de Saad Bouh.

Les personnalités notoires de la tribu sont, à l'heure actuelle: _a_)
Cheikh Abd Er-Rahman ould Omar Babana ould Taleb Ahmed, qui vient de
mourir en 1916. Né vers 1868, il avait fait ses études chez Saad Bouh,
et se soumit dès notre arrivée. Il était un des professeurs de renom
de la tribu, et sa clientèle scolaire, à qui il enseignait surtout la
théologie, se recrutait non seulement chez les Tagat, mais encore chez
les Ahel Cheikh ould Menni, les Torkoz, et les Oulad Biri. Il recevait
des aumônes de ces différentes tribus; _b_) Cheikh Ahmed Abou-l-Maali,
fils de Cheikh Ahmed Hadrami précité (ould Ahmeddou ould Mohammed ould
Abd ed-Daïm ould Taleb ould Khiyar ould Youssef ould Atjfara ould
Tagat). Il est né vers 1902 et, malgré son âge peu avancé, joue déjà
un grand pontife: Sa tête toujours inclinée, son air compassé, ses
pieux et perpétuels ronrons assurent déjà son renom de piété. C'est
au surplus un bon lettré; _c_) Cheikh Sidi ould Abd Er-Rahman ould
Al-Maaloum, décédé en 1915. Né vers 1875, c'était un des bons élèves
de Saad Bouh; il passait pour un excellent professeur et recrutait
ses élèves non seulement parmi les Tâgât, mais encore chez les Chorfa
du Gorgol, et les Id Ou Aïch du Tagant. Ses fréquentes tournées du
Trarza au Tagant ne l'avaient pas enrichi; _d_) Mokhtar ould Oubba,
chef des Ahel Bou Khiyar, riche et influent. Il a remplacé, au début de
1907, Mrabet parti à Tijikja; _e_) Ahmed ould Hamoïdié, ancien cadi.
Ce personnage fort instruit avait reçu de Coppolani des promesses
d'indemnité, qui, par la mort de ce dernier, ne furent pas tenues.
Il en a conservé jusqu'à sa mort, survenue en 1914, une attitude
boudeuse; _f_) Brahim ould Omar Babana, fils de l'ancien chef. Né vers
1870, il semble avoir définitivement abandonné l'attitude religieuse
en licenciant son école et toute ambition politique en refusant la
succession de son père. C'est un homme riche, intelligent et ouvert,
qui se consacre tout entier au négoce et notamment au commerce des
bestiaux. On le voit de Saint-Louis, à Tombouctou. Il fait les convois,
effectue des fournitures, soumissionne aux appels d'offre; _g_) Abd
Ed-Daïm ould Hachmi, intelligent, adroit et dévoué; il a été employé,
dès le début, et notamment par Pein, comme guide et comme convoyeur. Il
est susceptible de rendre encore des services.

Les campements-universités de la tribu sont, outre ceux des Cheikhs
précités, qui s'adonnent à l'enseignement, les Ahel Taleb Brahim et les
Ahel Mohammed Abd Ed-Daïm.

Les tombeaux visités sont ceux des Cheikh susnommés ainsi que les
saints ancêtres (Çalihin), enterrés aux cimetières nationaux de Melzem
al-Kouïma, Khouimet ad-Douigui; Aguiert Tindel; Sga. Ajouter celui de
Mokhtar Ali, à Yougà.

On ne saurait omettre l'influence des marabouts tagat pour le
développement de petites palmeraies locales.

Vers 1833, un marabout du nom de Ahmed ould Sidi Abdallah, des
Aouïssat, défricha à Gaoua une grande étendue de terrain. Ayant pu
pendant cinq ans obtenir une récolte abondante, il résolut de se fixer
dans cet endroit. A cet effet, il creusa un puits de 5 mètres à Aouïja,
tout près de Gaoua. Ce puits lui fournit une eau suffisante pour sa
famille et ses troupeaux pendant les cinq années qu'il vécut dans sa
propriété. Elle suffit aussi à ses enfants qui l'habitèrent pendant
quinze ans après la mort de leur père.

Vers 1855, par suite de trois années successives de sécheresse, ces
héritiers de Ahmed ould Sidi Abdallah, ayant en vain essayé de percer
une énorme pierre qui défend l'accès de la nappe d'eau, furent obligés
d'abandonner la propriété de leur père. Ce n'est que vers 1858 qu'un
autre marabout, Cheikh Hadrami précité, vint s'installer à la place des
enfants du premier occupant d'Aouija. Il fit venir de Kçar al-Barka
une vingtaine de plants de dattiers et les planta à Gaoua; il put les
arroser, grâce au peu d'eau qu'il trouva dans le puits creusé par ses
prédécesseurs.

Le débit d'eau lui paraissant trop inférieur, il résolut coûte que
coûte de percer la roche qui barrait le puits d'Aouïja. Il descendit
alors à Saint-Louis où il acheta des outils plus perfectionnés que ceux
dont il se servait habituellement. Après deux mois d'efforts vains,
il dut se rendre compte de l'inutilité de son travail et l'abandonna.
Il quitta Gaoua, comme l'avaient fait les héritiers d'Ahmed Sidi Abd
Allah, mais ses dattiers ayant poussé, il y revenait de temps à autre
pour les soigner et faire la récolte.

Les Maures, ne pouvant comprendre la présence de cette pierre au-dessus
de la nappe d'eau d'Aouija, attribuent l'inutilité des efforts qui
furent tentés à deux reprises différentes à l'intervention divine due
aux prières de Cheikh Mohammed Zouin, des Ahel Babiya de Tinouajiou,
demeurant chez les Kounta et ennemi de Cheikh Mohammed Hadrami. C'est
parce que ce dernier marabout aurait maudit les entreprises que
pourrait faire son rival, que celui-ci ne put faire mieux à son tour à
Mbal, près de Ouazan, pour la construction d'un autre puits.

Malgré ce manque d'eau relatif, tout au moins pendant une partie de
l'année, dix-sept des vingt dattiers fournirent une récolte abondante à
Cheikh Hadrami et à ses fils jusqu'en 1896, date à laquelle ils durent
abandonner leur palmeraie par crainte des pillages des Oulad Nacer.

Deux de ces dattiers seulement ont continué à donner des dattes de
mauvaise qualité, les autres ayant été brûlés soit par les pillards,
soit par un feu de brousse. Les héritiers des deux vivificateurs de
Gaoua, Abou-l-Maali, fils de Hadrami, et Abdou et Sidïa, petit fils
de Ahmed ould Sidi Abd Allah, n'élèvent aucune prétention au sujet de
cette propriété.

Il serait à désirer que l'autorité française, qui est à l'abri des
maléfices des marabouts brakna, tente à son tour de briser la fameuse
pierre du puits d'Al-Aouija, et y réussisse. Ce serait une façon
certaine de fixer les Tagat à Gaoua et le gage de la revivification par
ces industrieux travailleurs d'excellents terrains à palmiers.



CHAPITRE XII

TOLBA TANAK.


Les Tolba Tanak (au sing. Tanaki) sont d'origine berbère avouée. Ils
descendent des Id Ou Aïch par un nommé Aleïa ould Mohammedden ould Eli
ould Mokhtar ould Gueïda ould Arouch ould Aboubak ould Amouin, qui
serait venu habiter chez les Oulad Siyed, il y a une centaine d'années.
Il eut de nombreux fils, dont deux, Mohammed Mahmoud et Mohammedden,
sont bien connus. Ces enfants furent les ancêtres des Tolba Tanak.

Telle est la source principale du gros des Tanak, tant haratines que
Tolba; mais il y a une autre tradition qui donne à un certain nombre
de tentes une origine arabe; le nom même de l'ancêtre éponyme serait
arabe, Tanak ayant été un fils ou plutôt un descendant d'Abd Allah, le
chef hassani. Il est certain en tout cas que les Tanak se sont unis, au
cours des générations, par de nombreux mariages avec les Oulad Siyed et
les Oulad Mansour, et qu'ils sont donc incontestablement métissés de
sang arabe.

C'est du temps de la conversion des Tolba Tanak que la scission avec
leurs haratines s'effectua. Jusqu'alors les Tanak avaient été guerriers
et incorporés aux Oulad Siyed. Quand ils voulurent se muer en Tolba,
les Oulad Siyed ne les en empêchèrent pas, mais ils gardèrent leurs
haratines. Cette fraction de haratines Tanak, qui a conservé son nom,
est toujours fraction intégrante des Oulad Siyed.

Tolba Tanak et Oulad Siyed vivent toujours côte à côte et dans
les meilleurs termes. Ils s'unissent très souvent par des liens
matrimoniaux.

Les Tolba Tanak n'ont pas d'histoire. Faidherbe signale en 1858 que
les Tanak se mettent au service du lam Toro pour intercepter les
communications avec Podor. Il assure, sans autres explications, qu'il
y mit facilement ordre. Depuis notre arrivée, un seul incident est à
relater: en mai 1911, une véritable bataille s'engagea à propos d'une
infraction à la coupe de bois qui avait été signalée par le chef et
qui entraîna des mesures de répression. Haratines et Tolba mêlés se
partagèrent en deux camps et à coups de pierres et de bâtons et se
blessèrent grièvement. Le calme est revenu depuis lors.

Le chef de la tribu est Mohammed Mahmoud ould Sidi ould Mohammedden
ould Aleïa. C'est un excellent homme, qui a toujours rempli ses
fonctions sans bruit et avec ponctualité. Il n'est jamais parti en
dissidence. Riche, et maître de nombreux clients, il est aimé et obéi
par les siens.

Les principaux notables sont: Brahim ould Mohammed Mokhtar et Ahmeddou
ould Younès.

Le taleb en renom de la tribu était Mokhtar Soufi, qui est mort en
1918. C'était un maître d'école très estimé. Il n'a pas encore été
remplacé.

La tribu comprend 19 tentes et 88 âmes. Elle est riche de 73 bovins,
305 ovins, 3 chameaux et 10 ânes. Elle a comme marque la djaja
[patte de poule ⩛], apposée sur la cuisse gauche. Elle nomadise: en
hivernage, dans l'Oued Katchi, du sud d'Aleg jusqu'à Chogar; en saison
sèche, autour d'Aleg et de Mouit. Les Tanak vont cultiver à Maye Maye,
où ils ont de beaux lougans de mil.

    [Illustration: Mahfoudh,
    Fils de Cheikh Saad Bouh.]

Toutes les tentes sont affiliées à l'obédience qadrïa. La plupart,
comme celle du Cheikh, ont reçu cet ouird du Cheikh Sidi-l-Mokhtar ould
Abd El-Jelil, des Tendra, qui par Cheikh Sidi ould Bou Bakar, de la
même tribu, se rattachait à Cheikh Mostafa ould Al-Qadi, des Dieïdiba.
Les autres se rattachent à la même source par un autre descendant de
Cheikh Al-Qadi: Cheikh Mohammed Mahfoudh.

Les tombeaux visités sont ceux de leurs saints ancêtres (çalihin); à
Aleg d'abord, où le plus notoire est celui d'Ahmed Fal ould Beraba,
grand-père maternel de Mohammed Mahmoud; à Maye Maye ensuite, où les
plus honorés sont ceux de Dib ould Aleïa et d'Ahmed Salem ould Younès.



CHAPITRE XIII

AHEL GASRI


Les Ahel Gasri sont une petite tribu de formation récente. Ils
comprennent deux fractions d'origines différentes: _a_) les Oulad
Al-Hadj ould Al-Gasri qui sont d'ascendance lointaine ida ou ali, et
proviennent en dernier lieu de la fraction du même nom, comprise dans
les Telamides de Cheikh Sidïa; et _b_) les Ahel Brahim Al-Adib, qui
sont d'ascendance Oulad Ahmed, et se sont convertis et incorporés aux
premiers, lors de leur arrivée dans le Brakna en 1913. Par la suite,
quelques tentes Gasri, qui se trouvaient chez les Toumodek, ont demandé
à venir se joindre à leurs frères.

Cette petite tribu, en formation dans le Brakna, comprend à l'heure
actuelle 20 tentes et 93 personnes. Elle est riche de 22 chameaux, 50
ânes, 191 bovins et 700 ovins. Elle a pour marque le [signe] sur la
hanche droite, mais beaucoup ne l'utilisent pas.

Il y a peu d'années encore, certaines tentes nomadisaient de préférence
dans la région de Mal, tandis que d'autres allaient dans la région de
Bir Al-Barka. Aujourd'hui, ils sont groupés, et vont en hivernage entre
Chogar et Chogar-Gadel; en saison sèche, à l'ouest de Chogar.

Le chef de la tribu est Mohammed Al-Hassan ould Noureïn (les deux
lumières) personnage de peu d'importance.

La djemaa se compose de Brahim ould Salek; Sidi Mohammed ould
Al-Kaouri; Mohammed Lamin ould Mokhtar; Mahmoud ould Abd Er-Rahman.

L'ouird tidjani est pratiqué par tous. C'est le fait de l'importation
des tentes d'origine ida ou ali.



CHAPITRE XIV

DRAOUAT.


Les Draouat (au sing. Draoui) sont une petite tribu, dont l'autonomie
est récente. Leur ancêtre est un certain Al-Qassem Ad-Draoui,
c'est-à-dire originaire de l'Oued Dra, qui serait venu à Chogar dans le
courant du dix-huitième siècle. Il se promena de Chogar à Guimi et à
Aleg, épousant des femmes locales et se constituant un petit campement,
qui vécut par la suite, tantôt chez les Dieïdiba, tantôt chez les Oulad
Ahmed, tantôt chez les Oulad Biri, tantôt et fort longtemps chez les
Euleb.

A notre arrivée, ils s'étaient partagés entre les Dieïdiba et les Oulad
Biri. Le groupement campé avec les Oulad Biri fait toujours partie de
cette tribu et comprend une soixantaine de tentes, qui comptent parmi
les telamides de Cheikh Sidïa. Le groupement campé chez les Dieïdiba
s'en est détaché en 1914 et s'est vu accorder son autonomie.

Le chef de tribu est Cheikh ould M'hamdi ould Sidi-l-Mokhtar ould
Mostafa ould Sidi ould Beïdiba ould Al-Qassem. La djemaa est composée
de Mohammed Mokhtar ould Tolba; Sidi Lamin ould Othman; Ahmed ould
Hamenni; Abd Allah ould Amar Oummar.

La tribu comprend 18 tentes et 158 personnes. Elle est riche de 251
bovins, 639 ovins et 25 ânes. Ses marques sont soit le habara [signe]
qu'elle appose sur la cuisse gauche, soit le qaf ٯ des Dieïdiba,
apposé sur la cuisse droite.

Elle nomadise en hivernage entre Aleg et Lemaoudou, dans l'Oued; en
saison sèche, au nord-ouest du lac d'Aleg et à Chogar.

L'obédience prédominante est celle de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh
Mostafa, qui par son père et par son grand-père se rattache au Cheikh
Mostafa ould Cheikh Al-Qadi. Plusieurs individus se réclament aussi de
l'ouird de Cheikh Sidïa.

Les maîtres de renom sont: Mahfoudh ould Tolba pour le premier degré,
et Sidi Lamin ould Othman pour l'enseignement supérieur.

Les Draouat honorent les tombeaux de leurs ancêtres, à Tifagag, Kreïmi,
et Taïert al-Melaïzmat, ainsi que ceux des Dieïdiba.



CHAPITRE XV

TACHOMCHA


Les Tachomcha du Brakna sont une petite colonie de la grande
confédération du même nom, florissant dans le Trarza sous le nom
d'Oulad Dimân, Id Eïqoub et Oulad Barik Allah. Ils sont originaires des
Id Atjafara (Oulad Dimân); leur arrivée dans le Brakna ne remonte qu'à
1906, année où la misère les chassa de leur pays.

Cette petite fraction de 10 tentes et 46 personnes a gardé son
autonomie administrative, encore qu'elle marche dans le sillage des
Aouïssat (Tagat). Elle nomadise en tout temps entre Douaïa et Aguiert.

Elle est riche de 15 bovins, 745 ovins, 2 chameaux et 12 ânes.

Le chef de fraction est Mohamed Oulad Mokhtar ould Mohammed Ahmed. La
djemaa comprend en outre les nommés Cheikh ould Mohammed; Mohammed
Mokhtar ould Ahmed Dadi; Mostafa ould Sidi, qui sont aussi les savants
les plus notoires.



CHAPITRE XVI

BEHAÏHAT


1.--_Historique._

Les Behaïhat (au sing. Behaïhi) sont des Berbères qui, par-dessus
leur origine çanhadjïa, prétendent se rattacher aux Ansar. Leur
habitat était l'Adrar Tmar, où ils vivaient comme tributaires dans le
sillage des Oulad Ammoui. Chaque événement politique de cette région
troublée, et notamment chaque décès d'émir, avec les compétitions de
zenaga qu'il entraînait, était pour eux une source de brimades et de
pillages, si bien qu'ils finirent par abandonner leurs maîtres et
par descendre par petites fractions vers le Sud. Du Tagant, où ils
séjournèrent quelque temps, ils vinrent jusque dans le haut Brakna,
où on les trouve aujourd'hui. La première de ces migrations, dont la
date nous soit bien connue, est celle des Ahel Atrous, qui suivit la
mort du grand émir Ahmed ould Aïda (vers 1858). Un quart de siècle plus
tard, lors des troubles, qui suivirent la mort de l'émir Ahmed ould
Mohammed ould Ahmed Aïda, trois autres sous-fractions vinrent rejoindre
les Ahel Atrous. Vers 1900, à la mort d'Ahmed ould Sidi Ahmed, quatre
campements se mettent en marche. Entre 1903 et 1905, nouveau départ
de quatre campements: deux tout d'abord lors du décès d'Ahmed ould
Sidi-l-Mokhtar, puis deux lorsqu'on apprit l'arrivée de Coppolani dans
le Tagant.

Les Behaïmat furent en effet des premiers à se soumettre. Ils avaient,
il est vrai, suivi tout d'abord les Ahel Soueïd Ahmed, tente princière
des Id Ou Aïch, leurs nouveaux protecteurs, dans leur recul vers
l'Assabat, mais ils les abandonnèrent presque aussitôt et vinrent faire
leur soumission à Mouit et à Mal. Ils furent autorisés à nomadiser dans
cette région et cessèrent définitivement de remonter vers le Tagant, à
la saison des pluies.

Lorsque Gouraud arriva dans l'Adrar, quelques tentes Behaïhat, qui
nomadisaient encore entre Tagant et Adrar, demandèrent et furent
autorisées à se joindre à leurs parents du Brakna (1908). C'est ainsi
que s'est constituée l'actuelle tribu des Behaïhat du Brakna. Le reste
de la tribu habite toujours l'Adrar.

Zenaga incultes, et au surplus émigrés du gros de la tribu, les
Behaïhat du Brakna ne possèdent aucune tradition historique. C'est
sans doute dans les campements de l'Adrar qu'on pourra avoir quelques
renseignements à ce sujet. Ils savent simplement que leur ancêtre
éponyme était un certain Behih, qui laissa cinq fils: Othman, Ferzouz,
Haïmed, Samba et Merzoug, ancêtres éponymes à leur tour des cinq
fractions ethniques de la tribu: Athamna, Fraziz, Oulad Haïmed, Oulad
Samba et Oulad Merzoug. Par suite des événements relatés plus haut, ces
cinq fractions se sont entremêlées avec le temps et on ne les retrouve
pas aujourd'hui dans cette forme.

Les Behaïhat étaient, ces dernières années, en perpétuel désaccord avec
les Torkoz et les Touabir. Ces conflits proviennent surtout de ce que
les Behaïhat sont à cheval sur les trois cercles de Brakna, du Gorgol
et de l'Assaba. On envisagea un moment de leur imposer l'obligation de
nomadiser en hivernage sur la rive gauche du Kraa al-Asfar, de Digguet
Mémé à Aleg; et pendant la saison sèche, près du poste même. Mais ces
projets n'eurent pas de suite. Un règlement, intervenu en mars 1914,
prescrit à tous les Behaïhat de rentrer au Brakna et leur a indiqué
la limite exacte du cercle qu'ils ne doivent pas franchir. Toutefois,
après entente avec le cercle de Gorgol, ils ont l'autorisation de boire
aux Ogol nord-ouest de Mouit.

Cette réglementation a bien souffert quelques accrocs. C'est ainsi
qu'en décembre 1916, les Behaïhat ont dû, à la suite d'une bagarre,
payer une forte dïa à M'Bout. Ils sont d'autre part toujours soumis à
des rafer vis-à-vis de l'émir de l'Adrar et n'arrivent pas à s'en
racheter.


2.--_Fractionnement._

A notre arrivée, le Cheikh de la tribu était Omar ould Omar Ketch.
Son rôle était difficile. Il n'avait que peu d'autorité par lui-même,
obligé qu'il était de tenir compte des deux fortes personnalités, Eli
et Fedila ould Ahmed Atrous. Il devait de plus ménager les gens de
l'Adrar,--nos ennemis,--dont il était tributaire et qui pouvaient nuire
à ses contribuables, restés sous leur autorité. Il fut remplacé à sa
mort, vers 1910, par Brahim ould Omar Ketch.

Brahim assura son service assez correctement, mais sans grande énergie
devant les pillards, et sans grande autorité pour maintenir ses gens
dans l'ordre. Il se signala surtout par d'excellents recensements qui
amenèrent une forte plus-value d'impôt. Toujours malade, il dut, au
début de 1918, donner sa démission. Il voulut faire nommer à sa place
son neveu Ahmed ould Sidïa ould Sidi ould Omar Ketch, mais la djemaa ne
le suivit pas dans cette voie et élut Sidi ould Al-Falli (3 mai 1918).
C'est ce dernier qui est actuellement le chef de tribu.

Les Dieïdiba de Brakna comprennent cinq sous-fractions:

    Ahel Omar Ketch        66 tentes      277 personnes
    Ahel Ahmed Atrous      43  ----       174   ----
    Ahel Al-Falli          52  ----       195   ----

Soit au total 238 tentes et 905 personnes. Dans ce nombre sont
comprises quelques tentes chorfa, installées à demeure chez les
Behaïhat. Les personnalités importantes sont: 1re sous-fraction:
Cheikh Ahmed ould Omar Ketch, Sidi ould Omar Ketch, Eli ould Barhoun;
2e sous-fraction: Cheikh Eli ould Ahmed Atrous, Mohammed ould Miloud,
Mohammed ould Brahim; 3e sous-fraction: Cheikh Sidi ould Al-Falli,
Mohammed Saloum ould Al-Falli, Isselmou ould Barhoun; 4e sous-fraction:
Cheikh Ahmed ould Baba ould Jériou, Mohammed ould Aïda, Naji ould
Jérima; 5e sous-fraction: Cheikh Omar ould Omar, Maqam ould Touijer,
Maham ould Gheraba.

Le cheptel de la tente comprend 586 bovins, 21.125 ovins, 28 camelins
et 644 ânes. Les gens n'ont généralement pas de marques. Quelques-uns
ont pourtant emprunté le feu de leurs voisins Torkoz et Tagat.

La zone de parcours est autour de Chogar Gadel, en hivernage; et l'est
de Mal, en saison sèche.

Les Behaïhat de Brakna ont conservé de bonnes relations avec leurs
contribules de l'Adrar. Ils leur donnent asile lorsque ceux-ci viennent
dans le Sud pour se réapprovisionner en mil. De plus, à la période de
récolte des dattes, ceux du Brakna vont dans l'Adrar et n'en reviennent
qu'avec une ample provision de ces fruits.

Cette tribu est réfractaire à toute idée de commerce. Aussi, pour
ses achats et pour la vente de ses animaux, a-t-elle recours à un
intermédiaire, généralement Tagat ou Torkoz.

Zenaga guerriers, les Behaïhat ont le sentiment islamique aussi
développé que leurs anciens maîtres hassanes. Ils ne se livrent à
aucune pratique et ne reçoivent pas l'ouird, sauf quelques rares
individualités, qui se réclament de l'obédience de Saad Bouh. Ils n'ont
chez eux aucun maître d'école attitré. Quelques tentes envoient leurs
enfants quérir un rudiment d'instruction chez les marabouts voisins
Tagat ou Torkoz.

On ne peut pas abandonner les Behaïhat sans dire quelques mots d'une
petite fraction d'origine arabe, les Oulad Bou Lahia, qui, après un
séjour de quelque durée dans le Sud mauritanien, est repartie vers
l'Adrar, laissant ici quelques tentes.

Ces Oulad Bou Lahia appartiennent au groupe hassane des Merafra.
Lors de sa scission, ils restèrent en entier dans l'Adrar. Ils
quittèrent par la suite ce pays, pour venir habiter dans le Tagant près
des Chratit, leurs partisans. C'est là qu'ils vivaient lors de notre
arrivée en Mauritanie. Ils firent leur soumission en 1904 à M'Bout, si
tant est que leur retour individuel et effacé puisse être considéré
comme une soumission, puis ils quittèrent le cercle du Gorgol, pour
venir s'installer dans le Brakna, sans prévenir ni le commandant de
cercle du Gorgol, ni celui du Brakna.

Dix tentes seulement restèrent dans le Brakna; 3 avec les Oulad Bou
Sif, 2 avec les Behaïhat, et 5 choisirent un des leurs, Mohammed Lamin
ould Al-Kouaïri, comme chef autonome. Il repartit du reste à son tour
pour l'Adrar, quelques années plus tard. Les trois tentes qui ne le
suivirent pas demandèrent à se retirer, une chez les Behaïat, et deux
dans le campement de Sidi Mohammed Bekkaï des Kounta. En un mot, cette
tribu a disparu du cercle et les tentes isolées qui sont restées sont
partagées entre les Behaïhat et les Kounta.

Les Oulad Bou Lahia étaient réputés comme les plus pillards de tous les
Maures et les plus impitoyables; aussi étaient-ils l'objet du mépris et
de la haine de tous.

«Que Dieu les maudisse!» telle est l'expression qui est prononcée, dès
que le nom de cette tribu est cité ainsi du reste que celui de leurs
parents, les Oulad Talha du Tagant. Bon sang arabe ne saurait mentir.
Ils ont été longtemps les guides des rezzous dans la région.



CHAPITRE XVII

SOUBÂK


Les Soubâk (au sing. Soubâki) ont des origines très mêlées. Le gros
de la tribu est constitué par des zenaga Oulad Normach, qui sont
venus se grouper autour d'un chef religieux émigré. D'autres éléments
maraboutiques sont venus ensuite s'adjoindre à la tribu naissante.
C'est une formation qui ressemble singulièrement à celle des Kounta.

On distinguera donc chez les Soubâk trois éléments:

1º Des zenaga Oulad Normach, surtout d'origine Touabir Al-Kohol, et
peut-être aussi des zenaga Oulad Siyed, provenant de chez les Ahel
Oubba. La tradition rapporte que ces Berbères prirent part à la lutte
des marabouts contre les hassanes et furent vaincus avec eux à la
journée de Tin Fefdadh, qui mit fin au Cherr Babbah (1674). C'est à un
campement de ces zenaga que les Soubâk devraient leur nom; Soubâk ou
Soubâka, qui est enterré au nord de Tamerzguid, où ces gens vivaient
alors. Le chef actuel, Brahim Salem, descend de Soubâk: Brahim Salem
ould Mohammed Mokhtar ould Abd Er-Rahman ould Al-Kherrachi ould Taleb
Amar ould Adyé ould Ibennan ould Soubâka.

2º Un grand marabout, d'origine d'Id Eïqoub, Mahaouam ould Ioqob, qui
survint chez les Soubâk au début du dix-neuvième siècle et dont le
renom de vertu et de piété attira les campements dispersés de cette
tribu. Par lui elle se reconstitua politiquement et se transforma de
zenaga en tribu maraboutique. La horma n'en restait pas moins due
d'ailleurs au suzerains Oulad Normach, et la situation s'est maintenue
telle jusqu'à nos jours. Ce Mahaouma (Mohammed) a été enterré à
Nouakil, aujourd'hui territoire Oulad Biri. Sa tente est représentée
actuellement par Mohammed Mahmoud ould Mohammed Abd Allah, dit
Al-Ouali, ould Mohammed ould Sidi-l-Falli ould Abd Allah ould Mahaouma.

3º Plusieurs tentes étrangères aux Soubâk, et notamment des Id Eïqoub,
qui, attirés par la réputation de Mahaouma, sont venues vivre en
telamides auprès de lui, puis, avec le temps, se sont fondues dans la
tribu.

Sous l'ancien régime, les Soubâk vécurent partagés en deux groupements
autonomes; l'un, groupement à chameaux, vivait dans le Nord aux
puits de Toumbousseri, Al-Mouirja, Tin Ouissé, et aux mars d'Isefag,
Aghmourat et Bou Zeriba, où ils faisaient de belles cultures. On lui
donne le nom de Soubâk Sahelïin. Le groupement à bœufs vivait dans
le Sud et en portait le nom (Soubâk Cherguïin). Ils faisaient leurs
cultures dans le Chamama. Les pillages des Regueïbat et Oulad Bou Sba
eurent pour effet de rapprocher les deux tronçons qui menaçaient de
se constituer en unités indépendantes. Les Soubâk Sahelïin durent se
réfugier plusieurs années (1904-1906) dans le Chamama. Quand ils purent
rentrer dans l'Agan, ils n'oublièrent pas le chemin du Chamama et
chaque année, depuis ce temps, on les y voit revenir. Réciproquement,
certaines tentes des gens du Sud remontent vers le Nord avec leurs
cousins.

Le fractionnement des Soubâk s'établit ainsi:

    Oulad Ibennan.--Chef: Diyna ould Mohammed Cheikh.
    Ahel Haïb Allah.--Chef: Mohammed Lamin ould Hambli.
    Haratines.--Chef: Mohammed ould Birou.

Les Ahel Haïb Allah sont sortis des Oulad Ibennan, Haïb Allah étant un
fils d'Ibennan. Les haratines appartiennent en très grande majorité aux
Oulad Ibennan.

La tribu comprend 91 tentes et 543 âmes. Elle est riche de 95 chameaux,
201 ânes, 710 bovins, 2.415 ovins. La marque générale des bœufs est le
lam-alif ﻻ qu'on contremarque, suivant les campements, des trois façons
suivantes [lam-alif ﻻ avec «+»] [lam-alif ﻻ avec «,»] [lam-alif ﻻ].
Pour les chameaux on utilise les deux feux [croix +] ou [mim-ha ﻪﻣ].
Tous ces feux s'apposent sur la cuisse droite.

Les territoires de nomadisation de la tribu sont: en hivernage,
l'Aftout et l'Akel; Oued Katchi, Guimi, Kreïmi; en saison sèche, Hasseï
el-Ma, Guimi et Chogar.

A notre arrivée, le chef de tribu était Biyni (Mohammed Al-Mokhtar)
ould Mohammed Cheikh. Il fut, quinze ans durant, un chef convenable
et paisible, mais sans grande autorité. Au début de 1918, malade et
incapable d'assurer son service, il fut, sur ses demandes réitérées,
relevé de ses fonctions. La djemaa lui donna comme successeur, le 3
mai 1918, son cousin Brahim Salem ould Mohammed Mokhtar. Né vers 1860,
c'est un homme ouvert, intelligent et sympathique.

Les Soubâk sont considérés comme une fraction de professeurs. Tous
leurs maîtres--et ils sont au moins une quinzaine--sont très réputés.
Autour d'eux se pressent des étudiants de tout le Brakna, et même du
dehors, tels les Larlal. Les tentes les plus notoires sont celles de
Mohammed Mahmoud précité, descendant de Mahaouma; Mohammed Sidi ould
Lamin Fal; et Sidi Ahmed Bekkaï ould Ahmed Meska.

Dans son ensemble, la tribu relève de l'affiliation qadrïa. L'obédience
la plus répandue est celle du Cheikh Mohammed Mahmoud ould Cheikh
Mohammed ould Mohammed Lamin, des Hijaj, qui, par Cheikh Sidi Mohammed
ould Manni, relève de Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba. On trouve encore
quelques telamides des Kounta, quelques autres de Cheikh Sidïa, et de
moins nombreux encore de Saad Bouk.

A signaler enfin deux ou trois Tidjanïa, adeptes des Ida Ou Ali.

Un personnage, de peu d'envergure d'ailleurs, Cheikh Al-Khalif ould
Mohammed Fal, a fait parler de lui, il y a quelques années. Il
s'attribua de lui-même le titre de Cheikh et eut, pendant un certain
temps, une grande vogue. Puis des discussions surgirent; on lui
contesta son titre; comme il faisait ouvertement pratique de magie,
certaines personnes attribuèrent à ses maléfices la mort de leurs
parents. Bref son ardeur, baissant avec l'âge, il a mis une sourdine à
son action, et se tient tranquille chez lui.


ANNEXE

POÈME SUR LA JEUNE FILLE SOUBÂK.

    C'est à Dieu qu'elle appartient la belle fille des Soubâk. Elle
    marche noblement, sur les hautes dunes d'Al-Ouaki.

    Elle est massive comme un morceau de sable[11]. C'est une jeune
    fille délicate. Elle se balance sans cesse laissant croire,
    mais à tort, qu'elle va tomber.

    O perle brillante, plus vivace que les âges. Salut à toi. Je
    t'envoie un souffle parfumé, délicieux comme ton propre parfum.

    En ta figure, nous voyons cette image qui représente en même
    temps l'eau de la vie et l'eau de la mort.

  [11] C'est un compliment, sans le paraître. Les Maures
  engraissent leurs femmes comme les juives de Tunis, et la beauté
  est proportionnelle à l'embonpoint.


_Texte arabe._

    [Illustration: texte arabe.]



CHAPITRE XVIII

TOUMODEK


1.--_Historique._

Les Toumodek (au sing. Toumodeki) sont des Berbères qui se rattachent à
la famille lemtouna. Leur tradition relate que leur ancêtre, Atjfara,
était un des frères des Id ag Bambra et Id ag Fara, qui constituent
aujourd'hui l'actuelle tribu des Lemtouna (Gorgol). En réalité, les
Toumodek préexistaient, comme Lemtouna, à l'arrivée d'Atjfara, le
Lemtouni. Mais cet immigré, qui arrivait avec ses captifs et ses
troupeaux, infusa un nouveau sang à la tribu qui périclitait. Des
mariages les unirent. La descendance d'Atjfara a prévalu, mais sous
l'ancien nom de Toumodek.

C'est à peu près vers la guerre de Babbah (dix-septième siècle), qui
amena un reclassement général des tribus maures, que ces événements
survinrent. La tradition relate que les Toumodek prirent part au Cherr
Babbah, mais ne spécifie pas si ce fut dans leur premier ou dans leur
nouvel état. Il est probable que ce fut dans le premier état et que
c'est justement l'issue malheureuse de la guerre qui amena le déclin de
la tribu et son relèvement par l'afflux d'éléments nouveaux.

Comme dans beaucoup de traditions maures, Toumodek, l'ancêtre éponyme,
aurait eu deux femmes: une blanche et une noire. De celle-ci sont nés
les Toumodek al-Kohol (Noirs) qui sont les Toumodek du Brakna, et dont
on verra plus loin le fractionnement. De la première sont issus les
Toumodek al-Biodh (Blancs), qui ne sont plus très nombreux, et sont
disséminés au Tagant, au Gorgol et au Guidimaka. Ils se fractionnent
en Ahel Miloud (ou Ahel Amar ould Miloud) ould Sidi Mohammed; Ahel
Leffot; Ahel Al-Falli. Rien dans leur teint ne distingue évidemment les
Toumodek Blancs des Toumodek Noirs.

Le commandement fut exercé, pendant tout le dix-neuvième siècle, par
les Ahel Baye (cf. annexe) descendant du fils aîné d'Atjfara. Il
devait passer, vers 1885, chez les Ahel Al-Hadi, branche cadette dont
(1) Ahmed ould Mohammed Aïnina était le représentant (cf. annexe).
Peu avant notre arrivée, Ahmed ould Mohammed Aïnina quitta le Chamama
pour aller vivre plus au nord, vers Sangara Fal. C'est alors le chef
des Oulad Eli, dont dépendaient les Toumodek, fit nommer (2) Mohammed
Mahmoud ould Taleb Amar, des Ahel Baye, comme chef de tribu. Nous le
reconnûmes à notre arrivée, mais il mourut peu après (1905).

Les fils d'Ahmed, ayant suivi leur père dans le Nord, le commandement
passe à (3) Sidi-l-Mokhtar ould Sidi Ahmed, neveu d'Ahmed; mais, au
bout de cinq mois, ce dernier partit dans le Tagant, se disant malade.

Le choix se porta alors sur la tente cadette des Ahel Al-Hadi, et (4)
Mohammed Aïnina ould Abd Allah fut élu (1905). Ce Mohammed Aïnina,
intelligent et ouvert, comprit tout l'intérêt qu'il avait à vivre en
bonne intelligence avec nous. Il avait été du reste l'un des premiers
à venir, à la tête de ses gens, présenter sa soumission à Coppolani.
Malheureusement, s'il était très vénéré comme marabout, il était nul
comme chef et sans aucune autorité. Il remplit les fonctions de cadi,
en même temps que celui de chef de tribu.

Vieilli et usé, il demandait depuis longtemps à être relevé, quand on
accéda à son désir, en octobre 1912. Il mourait en janvier 1913. Il
fut remplacé par son fils Abd Allah, jeune homme ouvert et instruit,
qui, après avoir fait de bonnes études auprès de Mohammed Lamin ould
Cheikh Mohammed, des Hijaj, servit plusieurs années de khalifa à son
père. Mais avant d'avoir pris possession de son commandement, Abd Allah
commit un faux qui l'écarta du pouvoir. Sur un fragment de feuille de
convocation, revêtu d'un cachet et de la signature de l'Administrateur
de Boghé, il écrivit, en arabe, par ordre de ce résident, que la région
du Khat était interdite au Toumodek, et il vint apporter ce papier
à Aleg, en accusant du méfait le chef des Touabir-Oulad M'haïmdat.
Confronté avec Bikel ould Beyyat, Abd Allah dut avouer le faux. Il
fut condamné par le tribunal à six mois de prison, et le projet de
nomination fut arrêté.

Il fut remplacé dans ses fonctions provisoires par son frère, Mohammed
Abd Er-Rahman. La lutte électorale se circonscrivit dans les deux
tentes Ahel Al-Hadi, les Ahel Baye n'étant représentés à cette date
(1913) que par un enfant. Elle fut très chaude. Ce fut enfin (5) Abd
Allah ould Ahmed qui l'emporta.

Abd Allah ould Ahmed ould Mohammed Aïnina est né vers 1867, il a fait
d'excellentes études auprès de son père, qui était lui-même un élève de
Mohammed Mahmoud ould Habib Allah ould Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba.
C'est un homme intelligent et instruit, qui jouit d'une grande renommée
à cause de sa piété et son honnêteté et qui enseigne le droit et la
théologie à une trentaine de jeunes gens. Il a éprouvé, au début,
une certaine opposition de la part d'Abd Allah ould Mohammed Aïnina.
Il aurait même été victime, ainsi que Mohammed Abd Er-Rahman, d'une
tentative d'assassinat. Depuis la fuite du coupable dans le Hodh, le
calme s'est rétabli.


2.--_Fractionnement._

Les Toumodek du Brakna, ou Toumodek noirs, se partagent en 4 fractions:

    Ahel Ahmed Al-Hadi.
    Ahel Baraka.
    Ahel Baye.
    Ahel Aboubak, groupant 51 tentes et 291 personnes. La fraction
      haratine qui marche à leur suite comprend 71 tentes et 374
      personnes, soit au total pour la tribu 122 tentes et 665
      personnes.

Elle possède le cheptel suivant, qui est surtout la propriété des
fractions libres: 2 juments, 170 vaches, 25 génisses, 95 bœufs, 25
veaux (soit 316 bovins), 8 chameaux, 2.705 ovins et 53 ânes.

Les notables des fractions libres sont:

    Mohammed Mahmoud ould Ahmed Al-Hadi.
    Kalima ould Abd Er-Rahman.
    Abd Allah ould Eli.
    Lbane ould Ahmed Fal.
    Mostafa ould Baba.

La djemaa de la fraction des haratines se compose de:

    Abiaye ould Ahmed Al-Obeïd, chef.
    Ifra ould Malek.
    Mohammed ould Al-Haouri.
    Mohammed Mokhtar.
    Bilal ould Khammoui.

Les terrains de parcours de la tribu sont: en saison sèche, le Gorgol,
et de l'est de Gadel à Mouit; en fin de saison sèche et en hivernage,
le nord de Chogar Gadel, et dans l'oued Derga; les haratines restent
dans le Khat du Chamama. Souvent quelques tentes en sortent pour
nomadiser avec les gens libres.

La marque des bestiaux est le «fala», exact [fala ﺎﻠﻓ], ou renversé
[fala ﺎﻠﻓ renversé], qu'on appose sur la cuisse droite de tous les
animaux.

L'ensemble de la tribu est qadri et se rattache à l'obédience des
grands marabouts Ahel Al-Qadi des Dieïdiba. Il y a pourtant quelques
Tidjanïa, disciples des Ida Ou Ali par Cheikh Ahmed Al-Beddi.

L'enseignement est très répandu. La tente des Ahel Al-Hadi s'y
distingue particulièrement. Elle a toujours joui dans le pays d'une
grande réputation juridique et elle fournit à peu près constamment
les cadis de la tribu. Autrefois rien ne se jugeait dans l'Est de
l'Aftouth, sans la présence de Mohammed Aïnina ould Ahmed ould Al-Hadi.

C'est à Raï, près de Mal, que se trouvent les tombeaux d'Al-Hadi, de
son fils, Ahmed, grand saint qui récitait le Coran tous les soirs,
entre le crépuscule et la nuit tombée, et qui accomplit beaucoup
d'autres miracles, et enfin de son fils Mohammed Aïnina précité. C'est
le principal centre des pèlerinages de la tribu. Les gens aiment à y
faire enterrer leurs défunts, en cette pieuse campagne.


ANNEXE

GÉNÉALOGIE DES TOUMODEK.


A.--LES AHEL BAYE.

                        Atjfara.
                           |
                         Baye.
                           |
                      Ahmed Baba.
                           |
                      Taleb Amar.
       ____________________|_________________
      |                    |                 |
  Ahmed Baba.     2. Mohammed Mahmoud.    Hassan.
      |                    |
  Taleb Amar,         Ahmed Babou,
  né vers 1890.       né vers 1904.


B. LES AHEL AL-HADI.

                                    Atjfara.
                                       |
                                   Mohammed.
                                       |
                              Ammar Al-Khalifa.
                                       |
                                   Al-Hadi.
                                       |
                                     Ahmed.
                        _______________|_________________
                       |                                 |
                Mohammed Aïnina.                     Abd Allah.
        _______________|_____________              ______|______
       |        |           |        |            |             |
      (1)       |           |        |           (4)            |
     Ahmed.    Abd        Sidi    Sidi-l-    Moh. Aïnina.     Ahmed.
       |     Er-Rahman.   Ahmed.  Mokhtar.        |             |
     __|________            |        |         ___|___          |
    |           |           |        |        |       |         |
   (5)          |          (3)       |        |       |         |
   Abd    Moh. Mahmoud,  Sidi-l-  Mohammed   Abd     Moh.   Abd Allah,
  Allah.  qui a épousé   Mokhtar.  Aïnina.  Allah.  Ab-Erd     dit
          la sœur de                               Rahman.  Mamatna.
          Mohammed Abd
          Er-Rahman.

Les numéros indiquent l'ordre de succession du commandement.



CHAPITRE XIX

TABOUIT


Les Tabouit constituaient jadis une importante tribu, formée,
semble-t-il, d'un noyau arabo-hassane, d'origine Oulad Nacer, autour
duquel s'étaient groupés de nombreux éléments berbères. Avec le temps
elle se dissocia, et l'on en trouve aujourd'hui trois tronçons: l'un,
les Ahel Bribich, se disant Chorfa, sont dans l'Adrar; l'autre s'est
incorporé aux Ahel Sidi Mahmoud de Kiffa; le dernier n'est autre que le
groupement Tabouit du Brakna, qui assure être surtout d'origine Nacer.

Les Tabouit du Brakna, gens à chameaux, ont vécu longtemps dans
l'Aoukar, ce qui explique les nombreuses redevances qu'ils servaient
aux guerriers, car ils devaient acquitter un rafer à tous les
rezzous ou campements guerriers qui passaient par ce carrefour. Avec le
temps, les Tabouit se rapprochèrent des Dieïdiba. Ceux-ci, notamment
les Id ag Fara, rachetèrent la plupart des horma et rafer des
Tabouit et les prirent à leur compte. Ce rachat devait donner lieu par
la suite, à de nombreux conflits. Les Id ag Fara, et spécialement Abd
El-Jelil, réclament le paiement de la redevance et le remboursement de
leurs frais. Les Tabouit assurent ne rien devoir au Dieïdiba, offrant
de continuer à donner, comme par le passé, de petits cadeaux à leurs
marabouts, mais pas de redevance fixe. Il est certain, en tout cas, que
si les horma et rafer sont contestés, la zakat et la hadiya ne le
sont pas, et que les Tabouit l'acquittent sans rechigner.

Le chef de tribu est, depuis notre arrivée, Cheikh ould Ali ould Ahmed
Abdou. Il est parti en dissidence avec ses gens, en même temps que les
Oulad Siyed.

Il revint en même temps que les Asba et Negza; mais ses gens furent
pillés au retour par les Id Ou Aïch. Il est riche en bétail et en
clients. Il assure assez correctement son service, quoiqu'il ne mérite
qu'une confiance limitée, aussi bien dans ses renseignements que dans
ses recensements.

La djemaa se compose des nommés Ahmoud ould Abd Er-Rahman, Ahmed ould
Ahmed Chaïn, et Chibani ould Abakak.

La tribu comprend 42 tentes et 205 personnes. Elle est riche de 165
bovins, 3.450 ovins et 52 ânes.

Le feu est celui de Dieïdiba, le qaf ٯ qu'ils apposent sur la
cuisse droite ou au cou droit.

Les terrains de parcours sont: en hivernage, l'Oued Katchi et l'est de
Chogar; en saison sèche, l'ouest d'Aleg et les environs du lac.

Les Tabouit ne paraissent pas animés d'une grande dévotion, et ce
serait peut-être la meilleure preuve de leurs origines hassannes. On
y trouve cependant quelques individus pourvus de l'ouird qadri et
relevant du célèbre Cheikh Al-Qadi par les marabouts dieïdiba.



CHAPITRE XX

TOUABIR


1.--_Historique._

Les Touabir (au sing. Tibari) sont des Berbères et ne le nient pas,
ce qui est un cas fort rare; mais ils se hâtent d'ajouter que leurs
ascendants berbères étaient, dans le lointain des âges, venus d'Himyar.
Leur ancêtre éponyme, Tibar, serait arrivé dans le pays en même temps
que l'invasion hassanne des Oulad Abd Allah. Ses descendants ne se
séparèrent pas de ces Brakna et devinrent leur zenaga.

Tibar aurait eu trois fils: Aïssa, qui est l'ancêtre des Oulad Yarra,
et de certaines tentes Anouazir et Oulad Al-Kohol (Aleg); Harouna,
qui est l'ancêtre des Houarin et autres Anouazir (Kaédi); Deïloud,
ancêtre des Oulad Al-Kohol (Mbout). Comme on le voit, les Touabir sont
aujourd'hui à cheval sur trois cercles: Brakna, Gorgol et Assaba.

Ethniquement les Touabir comprennent donc trois grands rameaux: les
Oulad Yarra, les Anouazir et les Oulad Al-Kohol.

1º Les Oulad Yarra se partageaient en deux fractions: les Blancs
(Al-Biodh) qui marchaient généralement avec les Oulad Normach; et
les Noirs (Al-Kohol), qui suivaient le sillage des Oulad Siyed. La
séparation daterait du temps de la scission des Normach et des Siyed.
Ces derniers étaient dits «Noirs» parce qu'ils vivaient, comme leurs
suzerains Oulad Siyed dans le Chamama, près des Toucouleurs, et qu'ils
s'alliaient à ces noirs par des mariages assez nombreux. Avec le temps,
les «Blancs» ont conservé le nom d'Oulad Yarra, et les «Noirs» ont pris
celui de M'haïmdat. Oulad Yarra et M'haïmdat constituent aujourd'hui
les deux fractions Touabir du Brakna.

Les Oulad Yarra comprennent quatre sous-fractions: Oulad Obeïd Allah,
Al-Khassina, et Agouarir, qui sont chez les Brakna: M'haïrdat, qui sont
partagés entre les Oulad Yarra du Brakna et les Id Eïnik du Trarza.

Les M'haïmdat (primitivement Oulad Yarra al-Kohol) se subdivisent en
Oulad Brahim; Oulad Moumen, Relachat; Mrazig, Ahel Digué, Inmeïlet,
Al-Hiadna, Ladem et Chebahin. Les Mrazig sont issus des Oulad Brahim;
les Ahel Digué, des Relachat; les Inmeïlet et Al-Hiadna des
Agouazir. Les Ladem sont venus du Hodh; les Chebani ne passent pas pour
être de pure origine; certains disent qu'ils viennent de l'Est, et il
est certain qu'on trouve dans la région de Sokolo (Sahel soudanais
oriental) une fraction du nom de Chebahin; mais celle-ci assure à
son tour venir de Chebahim du Brakna. _Qui est veritas?_ Une autre
tradition dit que les Chebahin se rattachent à Deïloud, dernier fils de
Tibar.

2º Les Anouazir, ou fils de Nizar, fils de Harouna, comprennent les
sous-fractions Zaghoura, Hemamta, Al-Hiadna, Al-Mouajna, Cherourat,
Inmeïlat, Brarga et Oulad Hommadin. Elles ressortissent au Gorgol et ne
nous intéressent pas ici.

3º Les Oulad Al-Kohol comprennent les Oulad Saoud, les Ahel Hennad,
et les Oulad Qreïchat. Ils ont vécu dans le Brakna jusqu'à la fin
du dix-neuvième siècle. Après de longues luttes avec les M'haïmdat,
ils furent définitivement vaincus en face du village de Fodé Eliman
(Lao) et se réfugièrent auprès des Oulad Siyed. C'est ce qui explique
qu'ayant lié leur sort à celui de cette tribu, ils partirent en
dissidence avec Ahmeddou; alors que leurs frères faisaient leur
soumission. Par la suite, ils s'installèrent chez les Tadjakant de
M'Bout. Après avoir plusieurs fois manifesté l'intention de revenir
dans le Brakna, ils ont fini par rester dans l'Assaba. Ils ne nous
intéressent donc plus ici.

Riches, nombreux et guerriers, les Touabir avaient su se faire une
place dans l'ancienne société maure. Ils étaient des zenaga, mais des
zenaga dont les services guerriers étaient indispensables à leurs
suzerains, et qui, à ce titre, marchaient à peu près sur le même pied
qu'eux et ne leur payaient que peu ou même pas de redevances. Ils
constituaient l'élément qui faisait pencher la balance en faveur de la
tribu à laquelle ils s'alliaient. En 1821-1822, ils prennent part comme
alliés de l'almamy Youssoufou Siré aux luttes intestines du Fouta. Ils
font prisonnier le prétendant, ex-almamy, Abou Bakari Lamin Bul, et
décident de le tuer. Seule l'intervention de l'Almamy Youssoufou les en
empêcha et put faire rendre la liberté au prisonnier (Chronique de Siré
Abbas-Soh).

Peu avant notre arrivée dans le pays, les Oulad M'haïmdat avaient
tâté les Oulad Siyed pour se joindre, avec les Oulad Yarra, aux Oulad
Normach et Oulad Ahmed. Grâce à cette alliance, Bakar put revenir
de son exil dans le Tagant, résister aux attaques des Oulad Siyed
et, dès notre arrivée, passer à l'offensive. Ainsi donc, les Touabir
jouirent pendant tout le dix-neuvième siècle d'un traitement de faveur,
et s'étant rendus à peu près indépendants, dominèrent dans le Khat.
A nous-mêmes, en 1904, ils disaient: «Nous ne connaissons que nos
troupeaux et nos fusils.»

Ils purent dès lors avoir leur diplomatie personnelle, tant vis-à-vis
des Français que vis-à-vis des Toucouleurs. Ils firent preuve d'un
certain sens politique en entretenant depuis 1850, des relations
épistolaires avec les autorités françaises de Saint-Louis. La djemaa
écrivait de temps en temps, donnait des nouvelles, protestait de
ses sympathies et se recommandait à la bienveillance du gouverneur
du Sénégal. Mais d'autre part, ils étaient en coquetterie avec
les chefs toucouleurs du Bosséa, qui nous opposèrent une si vive
résistance. Aussi leur mauvaise réputation était-elle bien établie
sur le fleuve. A propos du pillage d'un chaland près de Cascas, le
_Moniteur officiel du Sénégal_ du 27 juin 1865 les définit «tribu qui
n'obéit à aucun des chefs, avec lesquels nous avons des traités et
ne vit que de brigandages». En 1875, alliés aux gens du Lao et aux
Irlabé-Aleïdi, ils mettent en déroute les gens de Bosséa, les Irlabé
Diéri et les Oulad Aïd, de Hamma Heïba. Ils en profitent pour piller
le village de Ndulliba. La paix ne fut rétablie que par l'intervention
de Saint-Louis. Quelques années plus tard, ils nous rendirent des
services, lors des luttes contre Abdoul Bou Bakar, chef rebelle du
Bosséa. Poursuivis par les gens d'Ibra Almamy, aidés des Touabir Abdoul
fut rejoint à Taghada (près Kiffa) et contraint de se réfugier chez les
Id ou Aïch, où il fut assassiné par les Chratit (1891).

Bourrel, qui traversa les campements Touabir, en 1860, dit que c'est
une tribu puissante qui se tient généralement en dehors de toutes
guerres intestines. «Ils sont tributaires, ajoute-t-il, de 4 chefs:
Bakar, émir des Dowaïch; Brahim ould Ahmeïada, chef des Oulad Normach;
Rassoul, chef des Chratit (Oulad Kohol); Sidi Eli, émir des Brakna.
Bakar en possède le plus grand nombre, puis Rassoul, puis Sidi Eli et
Brahim.» Depuis cette date, comme on le verra plus loin, les Touabir
se sont rachetés de leurs redevances ou ont profité de notre arrivée
et de la dissidence de plusieurs de leurs suzerains pour ne plus les
acquitter.


2.--_Fractionnement._

Les Touabir se partagent aujourd'hui en deux fractions autonomes: Oulad
Yarra, Oulad M'haïmdat.


A. Les _Oulad Yarra_ comprennent 50 tentes et 295 âmes. Ils sont
riches d'une jument, de 3 chameaux, de 295 bovins, de 3.076 ovins
et de 64 ânes. Ils n'ont pas de marques spéciales et empruntent
généralement le feu des Id Eïlik, soit [lam-alif ﻻ souligné].

La djemaa se compose des nommés Bella ould Amar; Ahmed ould Armohir,
Sidi Mbarek ould Bou Bakar, Hossin ould Talmoudi.

La tribu nomadise en hivernage entre Mal et Guimi; en saison sèche, à
Mal et aux environs.

Avant notre arrivée, et jusqu'en 1898, le chef de tribu fut Mohammed
Sidi ould Al-Qadri. C'était un homme fort intelligent et grand
seigneur, mais autoritaire et dur; il mécontenta les Oulad Yarra qu'il
traitait avec mépris et dut abandonner le commandement. En 1907, ils
voulurent l'élire à nouveau, mais comme Mokhtar ould Touil devait
continuer à s'occuper des affaires de la tribu, il ne voulut pas
accepter cette collaboration et refusa. Il nomadisait la plupart du
temps avec les Meterambrin. Il est mort en 1914.

Lors de sa soumission, en 1898, la djemaa lui donna comme successeur
intérimaire Mokhtar ould Deïloud ould Mohammed ould Touil, plus connu
sous le nom de Mokhtar ould Touil; il n'était pas de la famille des
chefs, et c'est pourquoi à plusieurs reprises en 1904, à notre arrivée,
puis en 1907, il fut question de le remplacer. Mais ce projet n'aboutit
pas. C'était un homme intelligent et riche en bétail et clients. Il
nous a toujours bien servis, mais fut sans grande autorité sur ses
gens; il vivait dans le sillage des Oulad M'haïmdat, conduits eux-mêmes
par Sidi Amar, chef et pontife des Kounta. Il est mort en 1915, et son
frère Sidi, et son jeune fils ayant été écartés, il a été remplacé sur
élection de la djemaa par un notable influent: Ceddiq ould Mokhtar ould
Bokhari.

Ceddiq est un homme ouvert et sympathique, qui dirige bien sa tribu.


B. Les _Oulad M'haïmdat_ comprennent 85 tentes et 400 personnes. A
ce nombre il faut joindre 7 tentes et 30 personnes pour les haratines
M'haïmdat. Ils sont riches de 2 chevaux, 11 chameaux, 416 bovins, 5.200
ovins et 96 ânes.

Le chef de la tribu était, à notre arrivée, Bouha ould Brahim ould
Haïb Allah. Il mourut peu après, ne s'étant guère signalé avec ses
gens que par son opposition à la création du poste de Mouit, en 1904,
ce qui valut à la fraction une amende de 100 bœufs. Ils abandonnèrent
alors le Rag et vinrent dans la région de Mal. Le fils de Bouha étant
trop jeune pour lui succéder, la djemaa élut Mohammed ould Mokhtar
Salem ould Beyyat, dit Bidiel ould Beyyat. C'est un assez bon chef,
faible pourtant devant ses gens, et qui se laissait jadis guider par
Sidi Amar, des Kounta, et depuis la mort de celui-ci, par les notables
intrigants.

La djemaa se compose de Cheikh ould Mokhtar, Mokhtar ould Ahmeïdat,
Mohammed ould M'haïd et Sidina ould Alioua.

Le chef des Haratines est Amoïjen ould Samba; et les notables
Sidi-I-Abd ould Al-Hartani et Bokhari ould Terko.

La marque des M'haïmdat est la même que celle des Oulad Yarra.

La fraction nomadise en hivernage, entre Mal et Guimi; et en saison
sèche, à Mal et aux environs.

Guerriers par profession et par atavisme les Touabir en ont pris les
mœurs, et notamment le dédain pour les choses islamiques. Les gens
disent d'eux: «Ils sont comme les hassanes. Il n'y a aucune tente «de
sciences chez eux». C'est exact. De même, il n'y a aucune personnalité
maraboutique notoire. Les écoles coraniques végétant sans élèves, quand
un enfant veut pousser ses études, il va chez les Kounta ou Dieïdiba
voisins.

Les affiliations religieuses sont donc très rares. A signaler pourtant
quelques ouird Qadrïa, relevant soit des Kounta (M'hammed ould
Bekkaï), soit des Id Eïlik (Naji), soit des Dieïdiba. Les Kounta sont
en quelque sorte les suzerains religieux des Touabir, surtout des
M'haïmdat, qui continuent à leur payer comme jadis une hadiya annuelle
d'un mouton de choix et de 4 litres de beurre par troupeau de moutons.
Les Oulad Yarra acquittant vis-à-vis de Cheikh Fal des redevances qui
sont autant des horma que des hadiya.

Les Touabir rachètent leur tiédeur religieuse par une certaine ardeur
au travail manuel. Ce sont de bons éleveurs et d'excellents puisatiers.



CHAPITRE XXI

DABAÏ D'ALEG


La dabaï (ou adabaï) d'Aleg n'est autre que le village noir et métis,
qui s'est constitué au pied du poste militaire. C'est la seule
agglomération sédentaire du Brakna. Elle est de création récente, ne
remontant qu'à 1904, date de notre occupation du mamelon d'Aleg, et
s'est constitué par l'immigration sporadique de noirs du fleuve, de
captifs libérés, de tirailleurs licenciés, de haratines en rupture de
vasselage. Elle comprend, en 1918, 40 cases et 149 personnes. Elle est
riche de 3 juments, 41 bovins, 1.177 ovins, 24 chameaux et 17 ânes. Ces
troupeaux ne s'éloignent pas des environs d'Aleg.

Le chef de la dabaï est Yéro Diakité, né vers 1870, Ou assoulouké
d'origine, égaré ici à la suite d'aventures diverses. C'est un brave
homme, très dévoué, et qui rend d'excellents services. Il tient bien en
main cette population aux origines diverses et qui n'a encore acquis
que fort peu le lien et la solidarité collectifs.

Les notables sont: _a_) Tierno Bou Bakar, d'origine foula du
Labé, almamy et maître de l'unique école coranique qui compte une
douzaine d'élèves, enfants de la dabaï ou de la demi-compagnie de
tirailleurs. On peut dire à ce propos que l'école française voisine,
tenue actuellement par Mamoudou Ba, élève distingué de la médersa de
Saint-Louis et fils du cadi de Kaédi, est bien plus florissante avec
25 jeunes gens, tous Maures. Tierno Bou Bakar, né vers 1870, est un
homme sympathique et relativement lettré; _b_) Harouna Kaïta; _c_)
Mamadi Kamara.

Toute la population de la dabaï est musulmane, qu'elle soit d'origine
malinké, bambara, diallonké ou toucouleure. Ce sont pour la plupart
d'anciens dioula de kola et de tabac, qui se sont fixés ici, et font
maintenant surtout des lougans. Entre temps et à l'occasion, leur
ancien métier reparaît et on les voit repartir vers le fleuve: Mafou,
Boghé Kaédi, soit avec un âne ou un chameau pour y porter des peaux
ou de la gomme et y chercher du mil, du sucre, ou des denrées de
fabrication européenne, soit pour y conduire des bestiaux.

A part Tierno Bou Bakar, qui est affilié au Tidianisme de Saad Bouh,
les autres habitants de la dabaï ressortissent aux différents ouird
qadrïa de la région: Cheikh Sidïa, Saad Bouh, marabouts Dieïdiba, Id
Eïlik, Kounta, etc., Yéro Diakité spécialement relevé de Bakkaï, fils
de Bou Kounta de N'diassan (Tivaouane).

Aleg est, depuis 1917, pourvue d'une coquette mosquée en banco, avec
minaret, qu'a fait élever le lieutenant Bayart, commandant le cercle.
Elle est utilisée par la population locale seulement. Quant aux Maures,
on sait que, fidèles à leur coutume, ils ne font jamais la prière
dans une mosquée bâtie, même quand ils sont à proximité d'un de ces
édifices. Cependant les Brakna, que leur service ou leurs affaires
appellent à Aleg, savent apprécier à leur façon cette mosquée, en
allant coucher, la nuit, sur la terrasse, pour fuir les moustiques qui
abondent dans la région et dont ils ont la plus grande frayeur.



LIVRE III

LE CHAMAMA DU BRAKNA



CHAPITRE PREMIER

NOTES GÉOGRAPHIQUES


Le Chamama est cette plaine alluvionnaire qui s'étend sur la rive
droite du fleuve Sénégal--la rive maure--de l'embouchure du Gorgol
jusqu'au marigot des Maringouins. Il est réparti administrativement
en trois branches, dépendant de trois cercles: Gorgol (province de
Néré); Chamama proprement dit, ou Chamama du Brakna (provinces des
Irlabé-Ebyabé, Lao Alsybé et Toro) et enfin Trarza. Comme on le voit,
la portion centrale a donné son nom au cercle, dont Boghé est le
chef-lieu. Il y a peu de temps d'ailleurs que ce Chamama de Boghé a été
constitué en cercle. Avant l'arrêté du 30 juin 1918, ils constituait
une simple subdivision du cercle du Brakna, et les intimes relations
qui existent entre Maures Brakna et Toucouleurs riverains suffisaient
et suffiront peut-être encore un jour à justifier cette union.

Au nord du Chamama, s'étend la Draa, région de transition vers la haute
Mauritanie, pays des collines rocheuses ou sablonneuses, des ruisseaux
(oued ou marigots), gonflés en hivernage, des forêts de gommiers et
d'épineux divers, des bosquets touffus des tamourts ou dépressions,
aqueuses de longs mois, et humides toujours, des aftouh enfin,
plateaux peu élevés, où de nombreux troupeaux rencontrent d'abondants
pâturages. L'artère centrale en est l'oued Katchi, ou plus simplement
«l'oued», et qui se déverse dans la vaste dépression du lac d'Aleg.

Le Chamama qui nous occupe, le Chamama du Brakna[12] s'étend le long du
Sénégal du marigot de «Baraouagui» (25 kilomètres ouest de Podor), au
village de «Gognadé» (marigot de Diorbivol), situé à 25 kilomètres est
de Kaédi.

  [12] Cf. pour cette section de chapitre la monographie de
  l'Administrateur MÈRE, à laquelle nous avons fait quelques
  emprunts.

Il est borné au nord par la ligne sinueuse des dunes peu élevées, dont
le relief limite la zone d'inondation du fleuve. La largeur du Chamama,
qui s'identifie avec la région inondable, varie de 2 à 15 kilomètres.

Il forme donc une plaine allongée, avec de différences de niveau de
quelques mètres seulement, qui suffisent à déterminer deux natures
de terrain: 1º les «Fondé» ou parties qui ne sont pas atteintes par
l'inondation et qui sont recouvertes d'arbres, de broussailles et de
pâturages; 2º les «Coladé» plus ou moins inondés en hivernage par
les eaux du Sénégal, suivant l'importance de la crue du fleuve. Ces
coladés, qui forment plus des deux tiers du Chamama, sont d'une grande
fertilité, toujours entretenue par les alluvions: ils constituent un
terrain d'élection pour la culture du gros mil.

Les pluies d'hivernage commencent dans le courant du mois de juillet
et durent jusqu'au 15 octobre. Elles arrivent sous forme de tornades,
d'une façon irrégulière, paraissant plus nombreuses dans la période
de croissance de la lune. Toutefois leur irrégularité est telle,
que les cultures de dunes, dites d'hivernage (petit mil, pastèques,
arachides), semées aux premières pluies, sont d'une réussite toujours
problématique et ne sont considérées par l'indigène que comme un
secours supplémentaire et aléatoire.

L'importance de la crue du Sénégal, dépendant de la quantité d'eau
tombée dans la région du haut fleuve, et l'abondance de la récolte
du gros mil dans les colés étant en raison directe de l'inondation,
cette récolte est peu influencée par les pluies locales. Une année de
sécheresse où les pâturages manquent, où les cultures d'hivernage ne
donnent pas, peut fournir une excellente récolte de mil.

L'arbre qui domine dans le Chamama est le «gonakier» (amour), que l'on
y rencontre en quantités considérables et dont la graine est utilisée
par les Maures à cause de sa grande richesse en tannin. On rencontre
également le tamarinier (cellaha), une grande quantité d'épineux--dont
quelques gommiers (irouar)--sur les premiers revers des dunes.


Le Chamama est aujourd'hui à peu près exclusivement peuplé et cultivé
par les Toucouleurs (Toro, Alsybé, Lao, Irlabé-Elyabé) et par les
haratines maures. Ces derniers, presque sédentaires, quoique continuant
à habiter la tente, ont leurs campements établis ordinairement à la
limite de la région sablonneuse.

D'autres races habitèrent le Chamama dans le passé: 1º les Ouolof,
probablement au moyen âge. Outre la légende le «yettodé», de nombreuses
familles, surtout de pêcheurs en a conservé le souvenir. Les Ouolof,
qui étaient installés vraisemblablement beaucoup plus dans le Nord,
reculèrent peu à peu vers le fleuve, sous la pression des Peul Bababé,
et des tribus berbères-maures; 2º les Sérères, dont on peut situer la
présence dans la même période. Beaucoup de ruines de village ou des
villages existant encore, ont conservé des noms sérères. Les Sérères
se retirèrent peu à peu vers le Sud du Sénégal après une série de
défaites; 3º Les Sarakollé, qui semblent n'être venus qu'en très petit
nombre arrivant de l'Est, et dont on trouve encore deux familles dans
le Lao et les Alsybé.

Ces différentes races occupèrent réellement le pays, parfois jusqu'au
Tagant. Elles achevèrent leur exode, lors des invasions des Peul venant
du Macina, puis des Dénianké arrivant du Fouta.

C'est de la fusion de toutes ces races qu'est sorti le peuple
toucouleur. La révolution islamique de la deuxième moitié du
dix-huitième siècle lui donnait la conscience de son unité nationale et
religieuse. Il la fortifia par de nombreuses luttes contre ses voisins
et particulièrement contre les tribus maures, qui n'ont jamais cessé
jusqu'au dernier jour, sur les deux rives du fleuve, de piller, de
brûler et d'emmener les populations en esclavage.

Après une longue période, l'élément Toucouleur resta à peu près
implanté dans la région du Chamama, située à l'est de Boghé
(Irlabé-Elyabé, Lao), tandis que les Maures du Brakna restèrent maîtres
dans la région ouest (Aleybé Toro), où ils devinrent les propriétaires
de la terre. Il en résulte aujourd'hui que les premiers sont restés
possesseurs du sol de la région qu'ils occupent, et qui appartient à
certaines familles. Il est régi selon la coutume toucouleure, et à la
tête de chaque groupement, se place un chef de terrain. Dans les Aleybé
et le Toro, où l'autorité française s'est substituée aux émirs du
Brakna vaincus, la terre est devenue propriété domaniale, «Baïti». Le
cultivateur n'en jouit qu'à titre précaire. Il ne doit ni la vendre, ni
la céder sans autorisation.

Le chef-lieu administratif et l'agglomération principale du Chamama du
Brakna est Boghé, que les Maures appellent Dibango, ou Doubango.

La population totale est de 19.550 habitants, dont 18.200 noirs et
1.350 haratines maures.



CHAPITRE II

L'ISLAM NOIR


Avant notre pénétration sur la rive gauche, les Toucouleurs du Toro et
des Aleybé--à part quelques exceptions chez ces derniers--n'habitaient
pas le Chamama. Les habitants des villages de la rive gauche ne
venaient cultiver qu'avec l'autorisation de l'Emir du Brakna et
moyennant le paiement de droit fixé plus ou moins arbitrairement.

En général, l'émir faisait percevoir sur les Noirs, autorisés à
cultiver: l'_assaka_ (1/10 de la récolte), le _dioldi_ (location),
plus un cadeau variable pour avoir le droit de défricher tout nouveau
terrain. De plus, les cultivateurs devaient payer le _bakh_ ou droit de
protection à certaines familles de guerriers. Chaque colengal (sing. de
_colé_) avait un chef de terrain ou «Dion colengal» qui était chargé
de recueillir ces différentes contributions pour les remettre aux
destinataires ou au percepteur de l'émir.

L'émir ne se faisait aucun scrupule de retirer ses autorisations, selon
son unique bon plaisir. La population noire était administrée par la
colonie du Sénégal sur la rive gauche où elle habitait.

Au contraire, chez les Toucouleurs du Loo et des Irlabé-Elyabé, qui
habitaient en assez grand nombre sur la rive droite, où ils avaient
pris pied, lors de la révolution islamique du Fouta, les villages
s'étaient dégagés des hassanes et relevaient administrativement des
chefs des mêmes provinces de la rive gauche.

Ils y percevaient l'impôt de capitation, rendaient la justice, suivant
les lois et coutumes en usage au Sénégal.

Du temps des almamys, la justice était rendue par leurs cadis.

Les chefs de terrains étaient élus par la famille, puis agréés par
l'almamy, qui, à ce titre, recevait d'eux de nombreux cadeaux.

Suivant l'origine du terrain et celle de la famille des cultivateurs,
le chef de terrain percevait certains droits: Assaka (impôt religieux
du 1/10 de la récolte); Dioldi (droit variable de location); Thiottigou
(droit de succession, acquitté par l'héritier au chef de terrain);
Doftal (prestation en nature au propriétaire). Dans la pratique, le
montant de ces droits allait à l'almamy, au percepteur chef de terrain,
et aux principaux membres de la famille propriétaire.

L'almamy disposait plus ou moins arbitrairement des terrains non
encore occupés, ainsi que de ceux qui devenaient vacants par suite de
l'extinction de la famille propriétaire, en faveur de ses suivants, de
ses créatures, et pour récompenser ses services rendus à la guerre.

Ce sujet de la propriété immobilière dans le Chamama a été traité
avec une telle documentation, avec une telle précision par M. Chéruy
qu'il suffit ici d'y renvoyer. On trouvera cette étude soit dans les
suppléments au journal officiel de l'A. O. F. de mars-avril 1911, soit
en une brochure, édition spéciale.

Les Toucouleurs du Chamama paient, à l'instar de leurs frères de la
rive gauche, l'impôt de capitation. Il était fixé en 1918 à 6 francs.
Il a produit, pour 18.200 habitants, dont 13.719 contribuables, 82.314
francs.

Les chefs de provinces touchaient jadis des remises au titre de l'impôt
de capitation. Depuis le 1er janvier 1918, ils touchent un traitement
fixe.

Les chefs de village portent généralement le nom, dérivé de l'arabe,
d'«élima». Ils étaient tantôt élus par le conseil des notables, tantôt
choisis par le chef du Lao ou l'almamy du Fouta, mais dans tous les
cas, on tenait compte du droit héréditaire de certaines familles.
Les mêmes principes sont aujourd'hui observés par l'administration
française.

La population noire du Chamama du Brakna est entièrement toucouleure
et en parle la langue (poular)[13]. On y trouve exceptionnellement
une trentaine de Sarakollé perdus dans la masse des autres indigènes
et en ayant pris le langage et les coutumes, et quelques Ouolof que
l'on peut considérer comme des passagers, car ce sont des traitants ou
des ouvriers, dont toutes les relations de famille sont étrangères au
pays, et qui arrivent et qui repartent suivant les nécessités de leur
commerce ou de leur travail.

  [13] Cf. sur la langue des Toucouleurs le très remarquable
  ouvrage de HENRI GADEN, _le Poular_, chez Ernest Leroux, Paris.

Les pêcheurs du fleuve, dont l'origine remonte à l'occupation du pays
par les Ouolof, en ont pratiquement perdu le souvenir. Ils parlent le
poular et se considèrent comme de cette race, à laquelle ils se sont
d'ailleurs mélangés par de nombreux croisements.


Les Toucouleurs du Chamama se divisent comme leurs frères de la rive
gauche en castes ou classes. On y distingue notamment: les Torodbé,
classe qui a fait la révolution religieuse de la fin du dix-huitième
siècle, qui est resté le parti maraboutique par excellence, et qui est
toujours le milieu où se recrutent les familles dirigeantes du pays;
les Diniankobé, ancienne classe prépondérante, réduite au second plan
par les Torodbé; les Koliabé, clients et serviteurs des deux premières
classes; les Tioubalbé, pêcheurs du fleuve; les forgerons, Laobé,
griots, etc.

Les principales familles sont: dans le Toro, les Kane, famille des
chefs, les Li, les Si, les Tiélo; chez les Aleybé, les Vagne et les
Lam; dans le Lao, les Wane, famille des chefs, les Kane, les Li, les
Baro, les Diatys, les Bousso; chez les Irlabé, les Ane, les Diallo,
assimilés aux Kans, les Li, les Si, les Ba; chez les Elyabé, les Li,
les Kane, les Ba.

Les familles d'origine peule, qui sont devenues toucouleures,
c'est-à-dire qui se sont islamisées, instruites ès sciences arabes
et alliées aux Toucouleurs, ont gardé le souvenir de leurs origines.
D'autres groupements peul ont gardé au contraire leur caractère
national. Ils ont conservé leur nom et leurs mœurs, leurs habitudes de
nomadisation, leurs richesses en cheptel, leur endogamie; ils se sont
bien islamisés dans l'ambiance locale, mais plus faiblement, et leur
islam est plus fermé aux influences extérieures. Peu d'entre eux sont
affiliés à une voie religieuse, et ceux-là ne semblent pas en pratiquer
les rites spéciaux.

Certaines familles, comme les Kane, se sont partagés les Kane de Yahia
Kane (Irlabé, Ebyabé maures), sont devenues toucouleures; les Kane
d'Abdoulaye Kane (Irlabé-Elyabé de la rive gauche) sont restés peul,
ou du moins visent à le rester. Chez les Toucouleurs d'origine peule,
comme chez les Peul restés intacts, on trouve des représentants des
trois grandes tribus originelles peul: Ba, Diallo et Bari. Seule, la
quatrième tribu, les Soh, n'est pas représentée ici.

Les familles d'origine maure ont aussi gardé le souvenir de leurs
origines. C'est ainsi que les Wane descendent d'un père Larlal, qui
avait épousé une femme noire, et qui appartenait aux Larïal blancs,
créateurs de Ouadan. Son fils Eli s'établit à Oualalbé, auprès des
Toucouleurs Si, Sal, Sar, Thiam et Diop qui lui donnèrent le nom de
Wandé Dien (l'aurore). Le farba de Oualaldé à conservé ce nom. On dit
aussi que cette famille prit le diamou de Wane, parce qu'elle s'était
primitivement installée auprès d'une termitière (Wandé).

Les Kane, qui sont originaires du Dimar, assurent que leur antique
village de Dimatch est une corruption de Dimachq (Damas) et que leur
ancêtre était un Arabe de Syrie.

Certains Li, passés ensuite sur la rive gauche à Dogo (Matam), assurent
descendre d'Abd El-Malik ould Merouan.

Il faut souligner d'ailleurs fortement que si l'apport du sang maure
est relativement minime dans la formation du peuple toucouleur,
le voisinage, la prédication, l'enseignement, la contrainte même
parfois des tribus maraboutiques maures voisines ont contribué plus
que tout autre cause à l'islamisation primitive des Foutanké, à la
révolution religieuse qui donne le pouvoir aux néo-convertis, et à leur
raffermissement depuis un siècle et demi dans la foi du Prophète.

Au surplus, les tributaires et les groupements toucouleurs ont, dès
le début, associé leurs dissensions intestines et noué entre eux des
alliances locales (qism) pour lutter contre des alliances de même
composition. C'est ainsi qu'il était classique que les gens du Lao et
les Aleybé étaient les alliés des hassanes Oulad Normach et Oulad Ahmed
et des marabouts Kounta, notamment des Meterambrin; que le Toro était
l'allié des Oulad Siyed; les Irlabé et Ebyabé, les alliés des Oulad
Eli--Oulad Naceri; le Bosséa, l'allié des Oulad Eli--Ahel Hiba. Une
guerre entre tribus maures entraînait souvent l'entrée en ligne des
Toucouleurs alliés. Il en est de même dans les luttes entre Toucouleurs.


Les personnalités les plus notoires du Chamama sont actuellement au
nombre de quatre: Tierno Sakho, Eliman Abou, Baïla Biram et Yahia Kane.


_Tierno Ahmadou_, fils de Mokhtar Tierno, dit Sakho, du nom de son
village d'origine, est né en 1867, à Ségou, où son père s'était établi
à la suite d'Al-Hadj Omar. Il y fit ses premières études et y commença
le droit. Il étudia ensuite la théologie et les sciences sacrées à
Nioro et Kolomina, et acheva son éducation chez Al-Harith ould Maham
des Id ab Lahsen. C'est aujourd'hui un homme très instruit ès sciences
arabes et islamiques, et comme on en rencontre rarement chez les noirs,
même chez les Toucouleurs, qui sont le peuple où l'on trouverait le
plus grand nombre de cette sorte de docteurs. Nommé cadi de Boghé, en
octobre 1905, peu après l'occupation, il exerce ces fonctions depuis
cette date avec une autorité et un dévouement inlassables. Intelligent,
ouvert, pondéré, il nous a rendu d'inappréciables services. Unissant
à une parfaite science juridique, une connaissance complète du droit
local et des traditions et coutumes maures et toucouleures, il sait
toujours trouver la solution idéale qui conciliera les intérêts de tout
le monde. Il jouit d'une autorité incontestée même chez les Maures.
Dans les conflits qui divisent les nomades, anciens maîtres du pays,
et les Toucouleurs des deux rives, on s'en remet par avance à sa
décision. On voit des Maures du Trarza, du Brakna, du Gorgol et même
du bas Tagant le choisir comme arbitre suprême. Son influence lui a
permis de venir en aide, à Yahia Kane, chef des Irlabé-Elyabé maures,
lors des recrutements intensifs. Il fut mis ensuite à la disposition
du commandant du cercle de Podor pour user de ses bons offices
diplomatiques auprès des villages toucouleurs, rebelles au recrutement
et qui s'armaient. Il y réussit parfaitement.

Ahmadou Sakho a reçu l'ouird tidiani, en 1890, de Mohammed Fal ould
Baba, des Ida Ou Ali du Trarza; et les pouvoirs de moqaddem du Chérif
Çalih ould Al-Mekki, originaire d'Orient et qui s'était installé à
Tivouane, où il est mort. C'est au cours d'un voyage à Podor que ce
Chérif qui, par Chérif Makki, le Hossini, se rattachait à Mohammed
Rali, lui conféra ce titre.

Ahmadou Sakho tient par intermittence une école coranique. Il professe
avec plus de continuité l'enseignement supérieur. Il donne des cours
sur l'Alfiya, d'Ibn Bouna, la Rissala, la Soghra et la Ouasta, la
Tohfat et le Précis à une douzaine de jeunes gens, surtout Toucouleurs
ou haratines.


_Toro._--_Eliman Abou_, chef de la province du Toro maure, est né à
Podor, vers 1858. Son père Ibrahima Kane était installé à Thioffi, dont
il fut le chef. Il fut un des chefs les plus dévoués à notre cause et
reçut des autorités du moment de nombreuses attestations que son fils
montre encore avec orgueil. Le commandant de l'artillerie de Podor
témoigne en 1863 qu'il «a aidé la colonne de Podor de tous ses moyens;
qu'il a prêté gracieusement ses partisans, ses porteurs, ses bœufs;
qu'il a guidé la colonne». Il est proposé pour la médaille d'or de
1re classe par le gouverneur du Sénégal, qui atteste qu'il «est le
seul homme du pays qui se ferait tuer pour le service du Gouvernement
français».

A la même date, le chef du bataillon sénégalais «certifie que, comme
volontaire, il a conduit avec la plus grande bravoure toute la colonne
qui a opéré dans le Fouta. Sa conduite au combat de Ndiomou fut
intrépide». Ibrahima Kane serait mort au cours d'une mission, dont il
avait été chargé, dans le but d'arrêter une insurrection dans le Fouta.

Mis à l'école des otages de Saint-Louis, son fils Eliman Abou en
sortit comme interprète et fut employé en cette qualité au Soudan. En
1888, il reçoit un premier témoignage de satisfaction du commandant
de Bafoulabé. En 1888, il remplit, outre ses fonctions d'interprète,
celles de professeur à l'école des otages. En 1891, inculpé à tort dans
l'assassinat de l'administrateur JEANDET à Podor, il est acquitté, et
est nommé successivement chef des Célobé, puis chef des Aleybé dans le
cercle de Podor. En 1900, il est envoyé à Paris avec les fils de chefs
et nommé officier d'Académie. En 1901, il reçoit les félicitations du
gouverneur pour la bonne administration de sa province et du gouverneur
général pour le concours qu'il a prêté à l'autorité militaire pour
l'organisation des convois de la relève du Soudan. En 1905, il est
percepteur et chargé du transit de la Mauritanie. En février 1906, à la
suite de la suppression de la perception de Podor, il était nommé à sa
fonction actuelle.

La famille d'Eliman Abou a donné le même exemple d'adaptation: son
frère Mamadou Abdoul est mort à Toulon, en 1882, comme lieutenant
de spahis; son fils aîné, Racine Kane, né vers 1890, écrivain
expéditionnaire au Sénégal, est sous-officier de tirailleurs aux
armées; le second Abdoul Eliman, né vers 1891, est tantôt secrétaire
de son père, tantôt comptable de la maison Oldani à Podor. Il a fait
partie de la colonne de l'Adrar (1908), à la tête des partisans
levés par son père; le troisième, Ibrahima Kane, né vers 1893, sert
de Khalifa à son père; le quatrième Ndiak Eliman, né vers 1894, est
comptable de la maison Oldani à Podor. Ils sont tous intelligents,
instruits et considérés dans la région. Les plus jeunes sont aux armées.

Eliman Abou a une bonne instruction arabe. Il parle encore et écrit
même suffisamment le français.

Il a deux femmes légitimes, personnes de bonne famille, et un grand
nombre de concubines, qui lui ont donné une vingtaine d'enfants qu'il
emploie à la culture de ses lougans. Il possède de beaux troupeaux de
bœufs et de petit bétail.

Doyen des chefs du cercle, il dirige avec autorité une province, sinon
très importante, du moins difficile à commander par suite du mélange
des populations: Toucouleurs et Peul des deux rives, haratines, Maures.

Il est, comme beaucoup de Kane, et par opposition au mouvement omari,
de l'obédience qadrïa.

Peu de marabouts méritent une mention dans cette province du Toro:
Mamadou Othman, né vers 1875, professeur et almamy de père en fils à
Thioné; Ahmadou Mountaga, petit-fils d'Al-Hadj Omar, né vers 1870,
disciple de Tierno Sakho, sans profession bien définie, tour à tour
cultivateur et commerçant; Aliou Penda Li, né vers 1860, imam de Mboyo,
disciple tidiani de Mourtada Tal, de passage ici.

Les mosquées-diouma de la province sont à Guédé et Ndioum, sur la rive
sénégalaise.

Le Toro comprend 1.500 habitants dont 930 contribuables. Il était
inscrit au rôle de 1918 pour 5.580 francs. Son chef reçoit un
traitement annuel de 900 francs. L'influence islamique s'y est fait
sentir dans l'onomastique locale: on y trouve les villages de Dar
al-Barka, la capitale, Diama al-Ouali, Louboudou et Médina.


_Lao._--_Aleybé._--_Baïla Biram Wane_ est le chef de province du Lao et
des Aleybé. Il est le descendant d'une vieille famille maraboutique,
qui exerçait une influence religieuse et politique sur toute la
population du Lao-Formangué. C'est l'almamy Biram qui, chef du Fouta,
porta le renom de la famille à son apogée. Son troisième fils, Abdoul
fut, sous le règne d'Almamy Madadou, chef du Lao-Hernagué. Le fils
d'Abdoul, Biram, fut un vaillant guerrier, qui marcha longtemps pour
notre cause aux côtés d'Ibra Almamy, son cousin germain, dont nous
allions faire, quelques années plus tard, le chef du Fouta.

Baïla Biram, fils aîné de Biram Abdoul, est né en 1881 à Mbouba
(Podor). Son frère aîné, Ibra Biram, né en 1898, est chef du village
d'Abdallah; ses frères cadets sont: Bokar Biram, né en 1888, interprète
à Atar, et Mamadou Amat, né en 1890, tirailleur aux armées.

Mis à l'école des fils de chefs, Baïla en sortit en 1902 et fut
aussitôt nommé interprète à Matam, puis à Bakel. Mis hors cadres
en Mauritanie, il fut interprète à Mal, puis à Aleg. En 1908, il
était nommé chef du Lao maure; deux mois plus tard, il prenait le
commandement du goum toucouleur qui allait opérer dans l'Adrar avec
la colonne Gouraud. Il s'y conduisit brillamment, fut blessé deux
fois, fut l'objet de deux citations à l'ordre et reçut la croix et la
médaille coloniale. En 1912, il accompagnait encore la colonne Patey
dans la colonne du Hodh et l'occupation de Tichit. Au retour de cette
colonne, le chef de la province des Aleybé, Lamin Samba ayant été
destitué, Baïla joignit le commandement de cette province à celle du
Lao.

Baïla est un chef intelligent et dévoué, qui a toujours témoigné d'un
parfait loyalisme, et sait administrer avec beaucoup de tact ses
populations, dont il est très aimé. Les divers recrutements de la
grande guerre se sont effectués chez lui sans à coups. En 1915, il
recevait à cette occasion une médaille d'honneur de 1re classe. En
1918, il donnait lui-même le bon exemple et s'engageait à la tête de
son contingent. Il gagna rapidement les galons d'officier.

Baïla Biram a deux femmes légitimes de bonne famille: Khadi Seck, fille
de Bou-l-Mogdad et Fatimata Kane, fille d'Abdoulaye Kane. Il en a eu
plusieurs enfants, encore en bas âge.

Bon arabisant, Baïla a aussi d'excellentes connaissances de français.
Comme les vieilles familles jadis prépondérantes, lors de l'avènement
d'Al-Hadj Omar, et par réaction contre son tidjanisme, Baïla appartient
au qaderisme.

En dehors de Baïla Biram, dont l'influence, quoique d'essence
religieuse, s'exerce surtout dans le domaine politique, il faut citer
parmi les marabouts notoires du Lao-Aleybé, soit qu'ils y résident
personnellement, soit qu'ils habitent la rive sénégalaise et qu'ils
ne comptent ici que des disciples: _a_) Tierno Ali Lam, né vers 1858,
maître d'une école de 15 élèves et disciple tidiani du Cheikh Mortada
Tal; _b_) Tierno Ndiaye, de son vrai nom Alfa Ahmadou, né vers 1870.
C'est l'almamy du Bababé, le plus gros village de la région qui, avec
ses 4 écoles et sa mosquée de banco, est un foyer d'islam. Tierno fait
l'école du premier degré et quelquefois des cours supérieurs. Il est
disciple tidiani, de l'obédience de Tierno Ibrahima Mohammed Mojtaba,
qui fut un des fidèles d'Al-Hadj Omar, et revint mourir à Béré, dans le
Lao; _c_) Alfa Ahmadou Ndiaye, né vers 1870, almamy de Diouldé-Diabé,
maître de l'école locale, qui comprend une dizaine d'élèves et disciple
tidiani d'Al-Hadj Malik de Tivaouane.

A côté de cette obédience omarïa, la propagande des missionnaires de
Saad Bouh n'a pas été sans succès. Il faut citer parmi ces personnages,
domiciliés d'ailleurs à l'extérieur: _d_) Cheikh Mamadou, père du
marabout connu de Damga, Abdou Salam; _e_) Cheikh Mamadou Biram Almamy,
cousin de Baïla, mort vers 1890 dans un pèlerinage à la Mecque, et son
disciple Al-Hadj Mamadou Abdou Wane; _f_) Cheikh Mamadou Biram Abdou,
mort à la même date; _g_) Cheikh Moussa Kamara, du Damga.

Le qaderisme, en dehors du chef de province, comprend quelques adeptes
de Cheikh Sidïa et de Cheikhs de passage, comme Tourad et Sidi-l-Khir,
des Ahel Taleb Mokhtar du Hodh, et les fidèles du Cheikh Mohamed Fal,
des Eïlik du Brakna, décédé récemment et que son fils Naji a remplacé.

Jusqu'à ces temps derniers, une grande figure religieuse rayonnait
dans le Lao: Alfa Mamadou, imam de Oualaldé (Koliabé). Il «a affirmé
la religion musulmane», dit-on de lui, ce qui est exact; car, par ses
prédications, ses exhortations et son exemple, il a ramené les mœurs
locales à une orthodoxie plus rigoureuse. Il a laissé de nombreux
enfants et disciples, qui, partagés sur les deux rives, continuent sa
tradition. Son fils aîné, Alfa Chibani, élève de Tierno Sakho, vise à
le remplacer. Un de ses disciples, Hamidou Ahmadou, de Diatta (Podor),
cultivateur, maître d'école et lettré, paraît devoir se faire une
renommée locale.

En résumé, le Lao et les Aleybé ont été jusqu'à 1850 les disciples
des Cheikhs qadrïa de Mauritanie. Cette tradition s'est maintenue,
même sous Al-Hadj Omar, car les adeptes de ce dernier le suivirent au
Soudan. Ce n'est que lors du retour de ces dissidents, dont plusieurs
avaient été les propres disciples d'Ahmadou Chékou, à Nioro, et à la
suite de plusieurs voyages de son frère Mourtada que le tidianisme
s'implanta fermement sur la rive maure. L'inimitié très vive qui, au
début, sépara ceux qui étaient restés au pays et les nouveaux venus
s'est apaisée avec le temps, et les deux rives vivent en bons termes
côte à côte.

La grande mosquée du Vendredi pour ces deux provinces se trouve à
Démette, sur la rive sénégalaise.

La population totale est de 7.500 habitants, dont 6.077 contribuables.
Le Lao était inscrit, au rôle de 1918, pour 1.216 francs et les Aleybé
pour 3.461 francs. Leur chef reçoit un traitement annuel de 2.800
francs. L'influence locale se fait sentir dans l'onomastique des
villages, tels que Abd Allah Oualo, Abd Allah Diéré, Fodé Elimane.


_Irlabé-Elyabé._--Le chef des provinces Irlabé et Elyabé est Yahia
Kane. Né vers 1875 à Diaba (Saldé), il appartient, tant du côté
paternel que du côté maternel, au meilleur lignage. Du côté paternel,
il est fils de Mamadou Alfa, fils de Alfa Ahmadou Mokhtar, fils
de Tierno Samba, fils de Mamadou, fils de Hamidin Samba. Du côté
maternel, il compte plusieurs almamys et notamment l'almamy Ahmadou,
son bisaïeul, et l'almamy Youssouf. Son père, Mamadou Alfa, servit
d'intermédaire entre le Gouvernement du Sénégal et Abdoul Bou Bakar,
lors de la conclusion des traités avec le Fouta. Son oncle, Cheikh
Ndiaye, est cadi supérieur de Matam.

Il a quatre frères dont les plus notoires sont Ahmadou Mokhtar Kane,
ancien élève de la médersa de Saint-Louis, secrétaire du tribunal de
subdivision des Irlabé-Elyabé, son khalifa et successeur éventuel; et
Abd-El-Aziz Kane, assesseur au tribunal de cercle d'Aleg. Les autres
poursuivent encore leurs études.

Jadis cadi et président du tribunal des Irlabé-Elyabé de la rive
droite, Yahia Kane fut, en février 1906, à la mort de Mamadou Lamin,
nommé chef politique et président du tribunal local de la même province
du même nom sur la rive maure. Il exerça ces deux fonctions jusqu'en
1918, date où il résilia ses fonctions judiciaires par suite de la
concentration à Boghé de toutes les juridictions de province. Il a reçu
une médaille d'honneur en 1916.

C'est un homme riche et très considéré et un chef qui a de l'autorité.
Il a de nombreux lougans et de beaux troupeaux.

Il a été affilié au Qaderisme par Saad Bouh, qu'il a rencontré à
Saint-Louis au cours d'un voyage.

Les principales personnalités maraboutiques des Irlabé-Elyabé sont:
_a_) Tierno Aliou Oumar, de Davélé, né vers 1850, qui, par Tierno
Mamadou Alimou, se rattache au Tidianisme omari. C'est un petit maître
d'école; _b_) Tierno Mahmoudou Dielïa de Mbagne, né vers 1856, almamy
d'une mosquée de quartier, maître d'une petite école coranique et
disciple de ce même Tierno Alimou, de Bokidiavé; _c_) Tierno Ciré
Ahmed, de Fokone, né vers 1880, maître d'école, de la même obédience;
_d_) Tierno Samba, de Serimali, né vers 1876, disciple tidiani
d'Al-Hadj Omar Galleya, qui était un fidèle du grand Al-Hadj Omar.

La mosquée du Vendredi des Irlabé-Elyabé est à Mbagne.

La population totale est de 9.200 habitants dont 6.712 contribuables.
Ils étaient inscrits, au rôle de 1918, pour 40.272 francs. Leur chef
reçoit un traitement annuel de 2.600 francs. L'influence islamique s'y
fait sentir dans l'onomastique de certains villages, tels que Taïbata,
Maloum Diaba, etc.



CHAPITRE III

FRACTIONS MAURES


Trois fractions maures habitent en permanence le Chamama du Brakna:
les Tendra, les Id Ar Zimbo, les Haratines Chorfa; trois autres
fractions y envoient leurs haratines cultiver, au moment de
l'inondation: Haratines Id Ab Lahsen, Haratines Tagnit, Haratines Oulad
Biri. Tous ces groupements sont originaires des tribus Trarza du même
nom. Le total de cette population maure est de 1.350 âmes.


_Tendra._--Les Tendra du Chamama sont une colonie de la grande
tribu du Trarza occidental. Ils sont venus dans le pays au début
du dix-neuvième siècle, attirés par la richesse des cultures. On y
trouvait, au début, les origines sociales les plus diverses: zenaga,
haratines, captifs, et même marabouts de condition libre, à qui leur
misère imposa cet exode et cette vie inférieure. Avec le temps, la
fusion s'est produite dans cette fraction.

D'autres individualités et même de petits campements ont rejoint,
au cours du dix-neuvième siècle et jusqu'à nos jours, les premiers
émigrants. Le plus récent est celui du Cheikh Abd Allah ould Ahmeddou,
de la fraction Oulad Bou Sidi, venu ici à la suite d'un rezzou Oulad
Bou Sba.

A notre arrivée, la fraction était sous les ordres de Cheikh Ahmed
ould Bachir. Elle fut rattachée par Coppolani à la subdivision du
Chamama. A Cheikh Ahmed, décédé en 1916, a succédé Ahmeddou ould Cheikh
Mohameddou ould Habib Rahman ould Bou Saïri ould Ahmed ould Mohamedden
ould Agd Abhoum, des Ahel Agd Abhoum. Né vers 1870, il n'est arrivé
ici que vers 1900. Son frère, le vieux Cheikh centenaire Mohameddou,
vit encore dans le Nord, dans la tribu d'origine. C'est un personnage
religieux fort considéré. Il est le disciple qadri de Cheikh Ahmed
ould Khalifa, disciple lui-même de Mostafa ould Cheikh Al-Qadi des
Dieïdiba, qui fut l'élève du grand Cheikh Kounti Sidi-l-Mokhtar.
Cheikh Mohameddou est le marabout de son fils et d'un grand nombre de
Tendra du Chamama.

La plupart des autres tentes, et notamment Cheikh Abd Allah précité,
né vers 1842, se rattachent à la même obédience de Mostafa ould
Cheikh Al-Qadi, mais par le canal des Cheikhs Tendra: Mohammed Abd
Er-Rahman ould Mohammed Salem et Sidi ould Bou Bakar.

Il y a enfin quelques Tidjania, relevant de l'obédience d'Ahmed Beddi,
des Ida Ou Ali.

La fraction comprenait au début deux sous-fractions: Id Agd Abhoum et
Oulad Bou Sidi. Elles ont contracté de si nombreux liens matrimoniaux
qu'elles ont fusionné à peu près complètement, et ne se distinguent
plus l'une de l'autre.

L'instruction est répandue dans ces campements de cultivateurs. Chaque
campement a son petit maître d'école. Le plus considéré paraît être
Babba ould Bou Siri, né vers 1860.

Les tombeaux particuliers visités sont: celui de Cheikh Sidïa ould
Al-Kharachi, mort vers 1917, à Maye-Maye; et celui de Mohammed Abd
Allah ould Al-Hassen, des Tendra du Sahel, venu mourir ici vers
1900, à Bou Naya.

Les Tendra du Chamama ont de beaux troupeaux de bœufs et de petit
bétail. Comme ils trouvent de l'eau partout soit dans les marigots qui
sillonnent le pays, soit dans des puisards qu'on creuse en un point
quelconque, ils ont perdu toute habitude de nomadisation. Quand l'un
d'entre eux a, par atavisme, besoin d'une cure de grand air, il va
passer quelque temps dans les campements de la tribu-mère. La marque
des troupeaux est le feu général des Tendra [patte de poule ⩛], apposé
sur la cuisse gauche. Ils ont comme contre-marque un point, ou le
[ha ح], et aussi le [patte de poule ⩛ avec point] qu'ils apposent sur le
côté gauche du cou. Ils ont payé en 1916 une zakat de 1.213 fr. 65.

Leurs principaux coladé de culture sont: Ammara, les mares de Gondelat,
et Baïssat colengal, dans le Toro; Rahahiat Adninaye, Oum Hani et
Berbar. Leur impôt achour s'est monté, en 1918, à 1.640 francs pour
Ammara, et 540 pour Maye-Maye. Le chiffre de la population dépasse 400
âmes.


Les _Id Ar Zimbo_ du Chamama, colonie de la tribu zenaga du même nom du
Trarza, comprennent deux sous-fractions: Ib Ab Amrar et Oulad Imijen.

Les Ib Ab Amrar sont, par droit héréditaire, sous l'autorité de Mohamed
ould Mohamedden ould M'hamdi ould Abd Allah ould An-Nahoui ould
Djeddana ould Mokhtar ould Ahmed ould Mohamedden ould Sidi Ahmed ould
Amrar, l'ancêtre éponyme, qui, par son père Abd Allah ould Mohammed, se
rattachait à Zeïneb, femme d'Ali et fille du Prophète. C'est du nom de
Zeïneb déformé que viendrait le nom de la tribu «Zimbo». On voit que
les traditions généalogiques--fantaisistes évidemment au moins pour les
premiers âges--ne se sont pas perdus dans la fraction, malgré son exode.

Mohammed est né vers 1875, et n'occupe les fonctions de chef que
depuis 1900. A notre arrivée, son père Mohamedden, marabout fort
considéré et professeur très réputé d'enseignement coranique et de
sciences supérieures, était Cheikh de la fraction. Il ne voulut pas
par méfiance faire connaître sa qualité et on présenta à sa place le
hartani Boubba ould Mgari. Celui-ci fut révoqué quelque temps après.
Après plusieurs expériences de ce genre, Mohamedden finit par se faire
connaître et désigna son fils comme Cheikh du groupement. Il en est
aussi l'imam. Depuis ce jour, il n'y a plus eu de difficultés.

L'ensemble de cette sous-fraction est tidjani et relève de l'obédience
du Cheikh Ahmed Beddi, des Ida Ou Ali de Djerarïa. On va souvent lui
faire visite et lui porter des cadeaux.

Leurs lieux de pèlerinage sont les tombeaux de leurs ancêtres à Tin
Houmed Debdouba, et Derba, dans l'Aftouth du Trarza.

Leurs coladé de culture sont à Tichamamaten, Tabba, Dokhon, Bab Ouinita
et Tenouakoujar. Ils ont payé, en 1918, 760 francs d'achour.

Les Oulad Imijen sont depuis fort longtemps dans le Chamama. Ils ont
perdu le souvenir de leur arrivée; ils en attribuent la cause à leur
désir d'échapper aux perpétuels rezzous du Nord.

Leur chef est Khatri ould Ahmed ould Mokhtar ould Abdi ould Imijen.
Cet Imijen, dont le nom est synonyme de Mersoul ou «Envoyé» (de Dieu),
était le frère d'Amrar, vu plus haut.

Les Oulad Imijen sont affiliés en très grande majorité, et notamment
leur Cheikh Khatri, au Qaderisme de Cheikh Sidïa. Ils visitent le
cimetière de leurs ancêtres à Timouzin. Aucun nom de marabout ne mérite
chez eux une mention spéciale.

Ils cultivent à Djoueïha, dans le Tichamamaten, à Afliou, et aux
environs. Ils ont payé, en 1918, un achour de 1.050 francs.

Les Id Ar Zimbo n'ont que peu de troupeaux et encore sont-ils à peu
près tous chez les Id Ab-Amrar. Leur marque est [carré ouvert
à gauche ⊐], qu'ils apposent sur la fesse droite des bœufs et de ânes. Quelques
tentes ont emprunté à leurs oncles maternels, les Ida Ou Ali, chez qui
d'ailleurs, elles vont quelquefois camper, le feu [signe]. La zakat de
1918 était de 104 fr. 10 chez les Id ab Amrar; elle était nulle chez
les Oulad Imijen. Le chiffre total de la population dépasse 700 âmes.


Les _Haratines Chorfa_ sont une colonie d'affranchis des Chorfa de
Nouagour (Trarza); quelques-uns d'entre les Chorfa, miséreux et
inconsidérés, sont venus se déclasser, en s'installant chez ces
haratines et en s'alliant à eux. C'est parmi eux qu'est pris le Cheikh:
Lbou ould Moulay Ahmed ould Sidi Ellah ould Ahmed Logman ould Maazouz
ould Mohammed ould Chérif, né vers 1875. C'est ce Mohammed ould Chérif,
originaire de Fez, qui vint le premier dans le pays, peu après que le
voyage de l'émir Ali Chandora dans la capitale du Maghreb eut attiré
l'attention sur la basse Mauritanie (début du dix-huitième siècle).
Venu pour quêter simplement, il s'y établit sans esprit de retour.

Ces haratines relèvent par leurs maîtres de diverses obédiences: soit
qadrïa de Cheikh Sidïa ou des Tendra, soit tidjanïa, du Cheikh Ahmed
Beddi, des Ida Ou Ali.

Leur centre et lieu de cultures est à Diaouldé, entre le fleuve et le
marigot de Koundi. Ils ont quelques bœufs et des ânes qu'ils marquent
soit d'un [patte de poule ⩛], sur la cuisse droite, soit d'un grand
trait [————], sur le côté droit du cou. Leur zakat était de 64 fr. 15
et leur achour de 560 francs pour l'exercice 1918. Ils sont environ 200
personnes.


Des haratines _Tagnit_, _Id ab Lahsen_ et _Oulad Biri_, il n'y a rien
à dire ici. Ils sont domiciliés avec leurs maîtres dans le haut Trarza
et ne viennent dans le Chamama qu'à l'époque des cultures et dans cette
seule intention. Ils ont d'ailleurs été étudiés ailleurs (cf. mes
_Études sur l'Islam maure_), notamment la dabaï des haratines Oulad
Bïri, sise à Mbagnik, sous l'autorité de Dris ould Mohameddou. L'achour
des haratines Tagnit était, pour l'exercice 1918 et pour le Chamama du
Brakna, de 5.100 francs; celui des Id Ab Lahsen, de 400 francs; celui
des Oulad Biri, de 1.550 francs.



LIVRE IV

COUTUMES SOCIALES ET POLITIQUES



CHAPITRE PREMIER

LA JUSTICE


Conformément à la coutume générale des pays musulmans, la justice
civile était exercée dans les tribus maures du Brakna, au premier degré
par le cadi de tribu, au degré supérieur par le cadi de l'émir. La
dualité politique entraîna généralement deux juridictions supérieures.
Il y avait, au Sud, le Cadi de l'émir des Oulad Siyed qui tranchait les
contestations, nées dans cette tribu et dans les tribus guerrières,
zenaga et maraboutiques, qui ressortissaient à son autorité. Il y
avait, au Nord, celui des Oulad Normach, qui opérait dans les mêmes
conditions.

Le cadi était un marabout, homme de science et de vertu, qui s'imposait
par ses vertus personnelles ou par le prestige de sa famille. Chez les
Oulad Siyed, il était choisi parmi les Deïdiba; chez les Oulad Normach,
parmi les Deïdiba et les Id Eïlik.

Dans les tribus, le cadi du premier degré tenait ces fonctions de la
voix populaire.

La justice pénale était administrée par le chef politique, ici comme
ailleurs. Mais ce chef ne faisait guère qu'homologuer et exécuter les
sentences du cadi et des marabouts, ses conseillers judiciaires.

Dans le Chamama toucouleur, les juridictions s'échelonnent de l'éliman
du village au chef de province et à l'almamy suprême.

L'administration française a respecté, autant que possible, ces
antiques coutumes.

En pays maure, les cadis de tribu, en pays noir, les éliman locaux
continuent à être les juges de pays et de conciliation. Quoique leurs
sentences n'aient pas force de loi, c'est à eux généralement qu'on
s'adresse et qu'on s'en tient.

Au premier degré, on trouve le tribunal de subdivision, présidé par
un magistrat indigène chez les noirs, par l'adjoint au commandant
de cercle chez les Maures, assisté de deux assesseurs. Le tribunal
du Chamama comporte, sous un président commun deux chambres: une
pour les Noirs, une pour les Maures, afin que ces deux catégories de
justiciables soient représentées dans le tribunal.

Les appels sont interjetés devant le tribunal de cercle, que préside le
commandant de cercle assisté de deux assesseurs indigènes.

En dernier lieu enfin, domine la chambre d'homologation de Dakar, à qui
doivent être soumises les décisions prononçant une peine supérieure à
cinq années d'emprisonnement.

Cette organisation judiciaire fait l'objet du décret du 16 août 1912,
véritable charte judiciaire de l'A. O. F., et de l'arrêté du gouverneur
général du 5 octobre 1913, spécial à la Mauritanie.

Le droit appliqué continue à être, comme par le passé, le droit
musulman, mitigé des coutumes locales. Nous n'en avons supprimé que les
dispositions contraires à l'humanité et à la civilisation.



CHAPITRE II

LES IMPÔTS


Les impôts, auxquels sont soumis, à l'heure actuelle, les Maures du
Brakna, sont les impôts traditionnels d'origine islamique: l'achour et
la zakat.

L'_achour_ est la dixième partie du revenu agricole. Les modes de
fixation diffèrent. Voici le premier: on admet par l'expérience qu'un
lougan, ensemencé avec une petite corbeille de 3 kg. 700 de mil,
donne, dans les terrains, dits «Walléré» et pour les bonnes années,
100 grandes corbeilles de 7 fois 3 kg. 700, soit 2.590 kilos. Dans les
moyennes années, ce revenu est seulement de 30 grandes corbeilles,
soit 777 kilos. L'achour sera donc de 259 kilos dans le premier
cas et de 7 kg. 77 dans le second cas. Dans la pratique, on évalue
toujours faiblement la récolte, de sorte que ce «dixième» se rapproche
sensiblement du vingtième.

Dans les terrains «coladé», la bonne année donne 60 corbeilles et la
mauvaise 10 seulement.

Voici un autre mode d'évaluation: la mesure (moudd) de semence, soit
4 kilos, donne de 8 à 20 matar, suivant les années et les terrains.
Le matar étant de 20 moudd, ou 80 kilos, la récolte varie entre 640
et 1.600 kilos; d'où un kilo de semence produit de 160 à 400 kilos.
L'achour sera donc de 16 à 40 kilos par kilo de semence jeté en terre.

Les Noirs du Chamama ne paient pas l'achour à notre administration.
Mais cette redevance, qu'ils appellent assaka, déformation de l'arabe
zakat, est encore payé bénévolement par eux et suivant la coutume
ancienne, qui date de leur islamisation, à leurs chefs locaux. La
raison de ce maintien est en effet qu'il ne fait pas concurrence à
notre impôt, puisque nous ne les avons astreints qu'à l'impôt de
capitation. En revanche, chez les haratines, où nous l'avons maintenu,
il est tombé en désuétude, et les chefs toucouleurs ont dû renoncer à
le percevoir.

Le total de l'achour pour le Brakna a été, en 1918, de 19.653 fr. 95.
La répartition par tribu est donnée ci-après.

Les principaux terrains de culture de chaque tribu sont situés dans
le Brakna, soit autour du lac d'Aleg, soit dans les divers oued, et
notamment l'oued Katchi, qui s'y déversent dans les affluents Chelkha
du haut Gorgol. En outre, chaque tribu envoie ses haratines, et même
les plus miséreux de ses gens libres, cultiver, lors de l'inondation
annuelle, dans les coladé du Chamama.

Voici les principales régions de culture par tribu:

    _Oulad Siyed._--Dans le Chamama: à Ouamal, Zahaf, Zalla
    Draouala-Tléla, Diadia, Lemdeïben.

    _Arallen._--Chamama, Al-Megfa.

    _Oulad Normach._--Bouéré, Diélouar, Chamama (C. de Guiro).

    _Oulad Ahmed._--Chogar, Soubara, Kreïmi.

    _Beheïhat._--Youli Chogar, Aguemi, Sâdi Ladé.

    _Touabir._--Kra Lebkhaine.--Taïchot Lehout, Douwal-Al-Khat-Mbota;
    dans les divers coladé des Irlabé-Pété (Chamama), et dans celui de
    Sawalel (Ebyabé).

    _Dieïdiba._--Mbeïdia, Diont, Arich, Diambet, Maye Maye, Regba Bou
    Dioud, Diongal, Ouamat, Diadé, et surtout à Bella et dans le lac
    d'Aleg (Idâg Fara Brahim).

    Tenouïssat-Id Ayank-Guimfa, Taïchot, Touizert, Tijom, Al-Khat,
    Lemchouka, Regba, Lakhchab, Tichilit Ndiaye, Damet, Diadié,
    Maye-Maye, Bou-Diour Balla et surtout dans le lac d'Aleg (Id ag
    Fara).

    Ragg, Khat Lopaj, Toiba, Tiatahaka Bella, Donga Chebour, Arsa, et
    surtout dans le lac d'Aleg (Ahel Mohammedden).

    Lac d'Aleg (Asbat), Maye-Maye, Bella, Arsa, Seksa, Oued Cheddid,
    Diadié Chabour, et surtout à Ouamal, Tiaktachaka, Dongo, et dans
    le lac d'Aleg (Ahel Agd Ammi).

    _Zemarig._--Al-Meriché; et dans le Chamama, les coladé de Sawar,
    Galadji, Beida, de Waboundé, de Thidé-Oldi, tous terrains Walaldé
    du Lao.

    _Tabouit._--Lac d'Aleg et Bella (Chamama).

    _Oulad Bou Sif Noirs._--Taïchot Dagana, Tijam, Tegora, Khatal,
    Ouara Boulla, Touizert, Touïdimi, Agueni. Ils vont quelquefois chez
    les Id Ag Jemouella.

    _Oulad Bou Sif Blancs._--Sambou Diana, Ameïré, Borella Taïchot
    Dagna.

    _Ahel Cheikh Mokhtar._--Cheikhat, Rouéré, Oum Agneïn Chamama;
    Gondéré Nouib, Bidi-Ngal, Ameïré.

    _Meterambrin._--Aboïsal, Lamaoudou, Bifdi.

    _Torkoz._--Ouesseni, Mal, Tourtoguel.

    _Hijaj._--Cheikhat, Afougan et surtout Bassi Nguidé. Dans le
    Chamama les coladé de Doumgal, Diogué, Diarra, les fondé Diarra et
    Mamadou (T. des Irlabé-Dieri); les terrains de Niokoul et de Sokol
    (Irlabé).

    _Id Eïlik._--Louran, Oguéré et Toul de Ameïré; dans le Chamama:
    Douwal et divers coladé des Irlabé-Pété.

    _Tagat._--Barkéol, Guimi, Aguiert, Agouawa, Chelkhat Riyah,
    Chelkhat Tramoni, Al-Meridi Doïra, Laouija, Chéga, Farawa, Chogar
    Gadel, O. Ahmoud, O. Agneïn, Rekaïs, Gadel, Bidi Ngal, Boueïré, Oum
    al-Karech, Tezekra, Al-Gouissi, et surtout Gaoua.

    _Id ag Jemouella._--Surtout Bidi Ngal et Guimi, et aussi à Lahouar,
    Barkéol, Bora et au puits de Chacal.

    _Soubâk._--Tenmissat Temat, Agueïllet Touya, Dienouga, Al-Khachba,
    Tin Bouzekri, le Chamama pour les Haratines.

    _Toumodek._--Modi Founti, L'Khat; et dans le Chamama, le colengal
    de Sawalel (Elyabé) et les terrains de Fokol (Elyabé).

    _T. Tanak._--Maye-Maye.

    _Ahel Gasri._--Tartouguel.

    _Tiab Normach._--Guimi.

    _Braouat._--Chelkhat Garich, Lac d'Aleg.

    _Tachomcha._--Avec les Tagat.

    _Dabaye d'Aleg._--Lac d'Aleg.

De plus, ces tribus se reçoivent les unes chez les autres.

Enfin, il faut signaler des tribus étrangères au cercle qui y viennent
cultiver.

    _Torkoz du Tagant._--A Tendel, Douiat, Diounaba, Wandia.

    _Id Imijen des Oulad Biri._--A Eloïskat.

    _Ahel Agmoïli de Mbout_, au Chelkhat Rekham.

    _Ahel Cheikh Menn_ (Tagat) du Tagant.--A Agmimi et Gadel.

    La fraction _Kounta_ du Tahani: Ahel Mohammed ould Sidi Lamin, à
    Oudeï Lafkarrin.

    _Toumodek du Gorgol._--Bou Soïlif.

Les régions particulièrement fréquentées et cultivées sont, en dehors
du lac d'Aleg, les points de Maoudou, Tendel, Gadel et Gaoua.

Vaste marécage de 3 kilomètres de long sur 2 de large, dirigé de
l'ouest à l'est, et rempli, depuis le début de l'hivernage jusque
fin avril, le lit du marigot de _Maoudou_ est creusé, en temps de
sécheresse, par de nombreux puits de 2 à 5 mètres. Il est environné
de nombreux lougans et d'excellents pâturages, mais la région est
tellement infestée de moustiques que, la plupart de temps, elle est
complètement abandonnée par les troupeaux maures. Le lac est alimenté
par les eaux de l'oued Blektaer aux nombreux méandres.

Le beau lac de _Tendel_, bordé des grands arbres de la tamourt, a une
superficie de plusieurs hectares. Il est à quelques pas du Gorgol
desséché. C'est le point de rendez-vous de toutes les caravanes qui
d'Aguiert, de Moudjéria, et du Tagant par Garouel descendent vers
le fleuve. Jadis fréquenté par les rezzous, la région de Tendel est
aujourd'hui occupée surtout par les Tadjakant riches de plus de
2.000 chameaux et d'une immense quantité de bœufs, et de têtes de
petit bétail. Les campements quittent le Tagant et l'Assaba, après
l'hivernage, pour passer la bonne saison dans le Regueïba, et entre
le Maoudou-Tendel et Chogar-Gadel. Avec la paix, ils ont poussé dans
l'Agan jusqu'à Ouazan, et même vers Dikel et Tiguegui.

_Gadel_ ne possède la plupart du temps qu'une petite mare d'eau
corrompue. Les Maures prétendent n'avoir jamais pu y trouver de l'eau,
à quelque profondeur qu'ils aient creusé, et de guerre lasse, avoir
reporté leur travail à Gaoua.

_Gaoua_, dans l'oued, consiste en quatre excellents puits, signalés au
loin par un maigre dattier et le tombeau de Si Ahmed Hadrami, chef des
Tagat.

La _Zakat_ est la taxe qui grève les troupeaux, pour la valeur d'un
quarantième. Aujourd'hui, pour en faciliter la perception, nous l'avons
fixée, une fois pour toutes, à un taux invariable. Ce taux est, pour
l'exercice 1918, le suivant:

    Juments      7 francs.        Veau         1 fr. 50
    Pouliches    6  ----          Anes         0 fr. 50
    Chevaux      5  ----          Chameaux     2 francs
    Poulains     4  ----          Chamelles    2 francs
    Vaches       2 fr. 45         Chamelon     1 fr. 25
    Génisses     2 francs         Mouton       0 fr. 15
    Bœufs       2  ----

Le total de l'impôt zakat pour le Brakna a été, en 1918, de 67.905. fr.
70. La répartition par tribu est donnée ci-après.

On s'est aujourd'hui définitivement rangé au maintien de l'impôt
zakat dans les tribus maures. Universellement accepté, à cause de ses
origines religieuses et coutumières, c'est aussi celui qui est le plus
juste, car il grève proportionnellement le revenu, et c'est aussi celui
qui rapporte le plus, car il atteint la principale, l'unique même
richesse locale: le cheptel. Le prélèvement de cet impôt a nécessité le
recensement, chaque année de plus en plus exact, de ce cheptel. Voici
cet état de recensement pour l'exercice 1918.

    Équidés 156, dont 112 juments, 7 pouliches, 30 chevaux et 7
    poulains.

    Bovins 17.537, dont 9.606 vaches, 3.415 génisses, 3.026 bœufs, et
    1.490 veaux.

    Camelins 1.155, dont 233 chameaux, 708 chamelles et 214 chamelins.

    Petit bétail: 156.980 têtes.

    Anes: 5.134.

Il faut remarquer que la peste bovine a fait baisser, en 1917, le
cheptel de 3.000 individus, et que, d'autre part, depuis quelques
années, un mouvement commercial s'est établi sur la foire de Louga,
et surtout sur l'usine frigorifique de Lyndiane et que la plupart des
bœufs adultes prennent le chemin du Sénégal.

Principale richesse des tribus du Brakna, les troupeaux font l'objet de
maintes contestations et rapines, en quoi consiste le principal souci
de l'administration locale. Mais depuis que Mercure s'échappa de son
berceau, le soir même de sa naissance, pour aller ravir le troupeau
de bœufs de son frère Apollon, les vols de bestiaux sont la monnaie
courante de la vie des peuples pasteurs. Et avec leur flair de nomades
et leurs marques de feu bien connues et données plus haut, les Maures
aux longs cheveux retrouvent aussi facilement leurs bêtes que le Dieu
subtil des pâturages de l'Hellade.

Dans le Chamama, il a été longtemps difficile de faire une évaluation
même approximative du nombre d'animaux. La plus grande partie (Peul
du Sénégal, Maures du Nord), y viennent parfois de très loin, quand
l'herbe y est abondante. De plus, les familles toucouleures qui
habitent le pays ont des membres sur les deux rives du fleuve et
leurs troupeaux pâturent indistinctement au Sénégal et en Mauritanie.
Les animaux ne font donc que passer dans le Chamama, en y séjournant
plus ou moins longtemps. Leur nombre et la durée de leur séjour sont
limités uniquement par l'abondance du pâturage. Vers la fin de mai, les
pâturages sont épuisés. Les troupeaux venus de la rive gauche, après
l'hivernage, y retournent, ceux des Maures restent jusqu'aux premières
pluies dans la région des dunes voisines, se nourrissent, tant bien que
mal, des maigres plantes desséchées qui y restent encore. On a tout
de même, ces derniers temps, pu établir un recensement des troupeaux
maures de la région. Ce cheptel comprendrait une dizaine de chevaux,
25 juments, 275 bœufs, 595 vaches, 5.268 têtes de petit bétail.

Il n'y a pas à revenir sur les zones de pâturage, ni sur les marques
et contre-marques de feu, particulières à chaque tribu. Elles ont été
exposées plus haut, dans la notice qui leur a été consacrée.

              Tribus.                   Zakat.        Achour.

    Oulad Siyed                        1.379,75      1.696,20
    Arallen                              764,50        541,80
    Oulad Normach                        290,60        102  »
    Oulad Ahmed                        1.633,60         63  »
    Al-Behaïhat                        4.864  »        230  »
    Touabir-Oulad M'haïmdat            1.745,25        135  »
    Touabir-Oulad Yara                 1.061,90         80  »
    Oulad Bou Sif Noirs (Kounta)       5.546,65        235  »
    Oulad Bou Sif Blancs (Kounta)      1.403  »         72  »
    Ahel Bekkaï            ----        1.224,95        174  »
    Ahel Sidi Amar         ----          386,10        120  »
    Meterambrin            ----          495,80        510  »
    Tiab Oulad Normach                   166,05        301,80
    Dieïdiba                          15.096,45      3.978,15
    Tagat                             13.626,35      4.947  »
    Zemarig                            1.243  »      1.118  »
    Tabouit                              897  »        124,20
    Soubâk                             2.226,55        206  »
    Torkoz                             3.329,20        380  »
    Hijaj                              3.664,65      1.097  »
    Toumodek                           1.156,25        282  »
    Id Aj Jemouella                    1.352,65      1.779  »
    Id Eïlik-Ahel Aleg                 1.806,95        160  »
    Id Eïlik-Ahel Abary                  751,80         90  »
    Draouat                              644,85         54  »
    Ahel Gasri                           584,19         24  »
    Tolba Tanak                          223,20        108  »
    Tachomcha                            159,65          »  »
    Dabaye d'Aleg                        261,40          »  »
    Oulad Biri Id Imijen                   »            45  »
    Torkoz (du Tagant)                     »           199,80
    Ahel Ag Moïli (de Mbout)               »           174  »
    Ahel Cheikh Menni (du Tagant)          »           350  »
    Kounta (du Tagant)                     »            42  »
    Toumodek (du Gorgol)                   »            33  »
                                      _________     _________
           Totaux                     67.986,20     19.653,95

Dans le Chamama, les Noirs ne sont soumis qu'au seul impôt de
capitation. Il est dû par toute personne ayant dépassé l'âge de 8
ans. Il a augmenté sensiblement dans ces dernières années. Il est
actuellement de 6 francs, par an et par tête.

En résumé, les recensements de 1918 donnent: pour le Brakna, 20.829
habitants, se décomposant en 6.800 hommes, 7.585 femmes, 3.299 garçons
et 3.145 filles. Ils versaient 87.640 fr. 15 d'impôt achour et zakat.
Pour le Chamama, 18.200 habitants, dont 13.779 contribuables, versaient
82.214 fr. d'impôt de capitation.

    [Illustration: DAMES MAURES EN DÉPLACEMENT.
    Cliché du Dr Mercier.]



CHAPITRE III

LES REDEVANCES COUTUMIÈRES


J'ai étudié longuement dans mon ouvrage _l'Émirat des Trarza_ les
origines, la nature et les modalités des redevances coutumières maures:
horma, rafer, bakh. Il suffit d'y renvoyer. On ne trouvera ici que
la liste des redevances particulières, en vigueur dans les tribus du
Brakna, à notre arrivée. Plusieurs d'entre elles ont été rachetées sous
notre occupation, conformément à notre souci d'émancipation des uns et
à notre désir de ménager les droits acquis et les moyens de subsistance
des autres. «La variété des espèces, dit une circulaire du commissaire
du Gouvernement général en Mauritanie (1er novembre 1914), interdit
toute réglementation uniforme. Le taux du rachat devra être estimé
d'après le caractère et l'origine de la redevance et aussi d'après les
ressources réelles du tributaire.»

Ce rachat est loin d'être aussi avancé dans le Brakna que dans le
Trarza, sans doute parce que les autorités locales y ont poussé avec
moins de force; en revanche beaucoup de ces redevances sont tombées
en désuétude par le départ en dissidence des maîtres et n'ont pas été
relevées à leur retour. Quoi qu'il en soit, il ne sera pas inutile
de connaître les antiques biens de cette sorte de vasselage, qui
unissait tribu hassane à tribu maraboutique ou zenaga. Même après
leur disparition par rachat ou de toute autre façon, ces biens ne
disparaissent pas complètement. Il y faudra plusieurs générations.

Les Asba et Negza devaient aux Ahel Bou Bakar des Oulad Ahmed une
redevance de quatre pièces de guinée par année et par tente. Les
bénéficiaires prétendaient tenir ce droit par héritage des Oulad Biri.
Les tributaires niaient avoir dû une horma de ce genre aux Oulad Biri
et par conséquent à leurs prétendus ayants droit, les Ahel Bou Bakar.
Ils donnaient l'explication suivante: au début du dix-neuvième siècle,
un de leurs ancêtres avait épousé une hartanïa des Oulad Ahmed. Les
enfants de ce couple firent de temps en temps des cadeaux aux anciens
maîtres de leur mère. Étant les plus forts, les Oulad Ahmed exigèrent
ensuite que les cadeaux leur fussent continués, et transformèrent
ainsi des actes de générosité en un droit de rafer. La redevance,
qui était encore payée en 1907, subit un rude coup, lors du départ en
dissidence des Ahel Bou Bakar. Pourtant, dans une conférence tenue
à Aleg, le 30 décembre 1914, devant le commandant de cercle, il fut
reconnu que le droit des Ahel Bou Bakar était authentique; et les
Ahel Negza tributaires (12 tentes) s'en rachetèrent aussitôt par la
livraison de 70 moutons, 4 vaches et 2 ânes (paiement effectué le 10
janvier 1915).

Les Tabouit sont tributaires des Ahel Baouba (Oulad Ahmed) et leur ont
payé une redevance annuelle d'un mouton par tente jusqu'en 1897, époque
à laquelle les Tabouit et les Dieïdiba s'allièrent pour marcher contre
les Oulad Biri et les Oulad Ahmed. Le conflit traîna en longueur,
grâce à l'appui des Oulad Siyed. Notre arrivée y mit fin. Depuis cette
date, les Tabouit ont cessé leurs paiements. Pourtant les discussions
se perpétuaient. Une conférence réunit les intéressés à Aleg, le 23
décembre 1914. Devant le commandant de cercle, il fut reconnu que les
pillages des Oulad Ahmed eux-mêmes, les protecteurs, avaient dégagé
leurs tributaires de toute obligation.

Les Ida Ou Ali, du Tagant payaient, depuis plusieurs générations, aux
Oulad Ahmed une redevance, destinée à assurer la sécurité de leurs
caravanes venant dans le Brakna. Cette redevance se montait à trente
mesures de blé et trente mesures de dattes. Elle n'était pas payée dans
le Brakna. D'après les conventions, elle ne pouvait être exigée que
lors de l'arrivée des premières caravanes dans la région du Brakna,
et n'était payée que dans le Tagant, où les Ahel Bou Bakar devaient
aller réclamer leurs droits. Elle est, avec notre occupation, tombée en
désuétude.

Les Ahel Menna, des Anouazir du Gorgol, et les Oulad Yara et Oulad
M'haïmdat, des Touabir du Brakna, ont payé jusqu'à notre arrivée en
Mauritanie une redevance d'un mouton ou d'une pièce de guinée par
tente aux Ahel Amar Beyyat (Ahel Soueïd Ahmed) pour la protection qui
leur était accordée par cette famille contre les tribus guerrières du
cercle, et notamment contre les Oulad Ahmed. Ce rafer a fait l'objet
de deux conventions de rachat. Les Touabir se sont libérés les premiers
par un acte passé à Aleg le 17 mars 1915. Ils ont versé 340 moutons à
leurs tributaires (130, les Oulad Yarra, 210, les Oulad M'haïmdat). Les
Anouazir en ont fait autant le 8 décembre 1917 à Kaédi. Ils ont versé
350 francs aux Ahel Amar Beyyat, et 470 francs aux Ahel Ahmed ould Sidi.

Les Brarka et les Rouarib des Torkoz sont devenus, vers le milieu du
dix-neuvième siècle, tributaires des Ahel Brahim Naama (des Oulad
Ahmed), qui avaient acheté aux Ahel Sabar les rafer, payés à ces
derniers. Cette acquisition aurait consisté en un total de 40 annuités.
Cette redevance qui était d'un jeune chameau par an, a été payée
jusqu'à nos jours. Par un acte passé à Aleg, le 8 janvier 1915, les
tributaires se sont rachetés, moyennant le paiement effectué le 5 mai
1915, d'une somme de 200 francs.

Par un acte, passé à Aleg le 1er décembre 1914, les Haratines Tanak ont
racheté solidairement toutes les horma qu'ils devaient aux Oulad Siyed
sous ces conditions: Livraison de 6 vaches, 4 bœufs, 100 moutons, 2
veaux. La moitié a été livrée le jour même; l'autre moitié, le 1er
juillet 1915. Paiement d'une somme de 365 francs, le 1er janvier 1916,
pour se libérer de tous droits de bakh, ou autres, sur leurs terrains
de culture.

Les Arallen payaient aux Oulad Siyed une pièce de guinée par tente et
par an. Cette redevance remontait, dit-on, au traité qui mit fin à la
grande guerre des hassanes et des zaouïa (Cherr Babbah). Par un acte,
passé le 8 décembre 1914, la djemaa des Arallen s'est rachetée aux
conditions suivantes, qui ont été exécutées: Livraison de 6 vaches, 7
bœufs, 200 moutons, 2 veaux, 3 ânes, le 1er avril 1915. Paiement d'une
somme de 700 francs, le 1er septembre 1915, pour se libérer de tous
droits de bakh, ou autres, sur leurs terrains de culture.

Les deux horma précitées (Arallen et Haratines Tanak) furent réparties,
trois jours plus tard, proportionnellement aux titres des ayants droit
et suivant les dispositions suivantes: a) les guerriers Oulad Siyed
présents reçurent intégralement leur part; b) la part des guerriers en
dissidence fut confisquée et remise, à titre de secours, aux héritiers
pauvres (mais présents au Brakna) des guerriers en dissidence, à
Hobeïb, à Hachem, à Sidi Ali, à charge pour eux de venir à leur tour
en aide aux sous-héritiers; c) le reste fut réservé pour faire face à
toute revendication légitime et omise dans la présente répartition.

Par un acte, passé le 8 décembre 1914 à Aleg, les hassanes Oulad Siyed
ont libéré leurs haratines de toutes leurs redevances traditionnelles
(horma, ghafer, bakh), sans condition aucune. En conséquence, sont
abolis, d'une façon définitive, les droits et redevances de toutes
sortes, dues par les haratines Oulad Siyed à leurs anciens maîtres.

Par deux actes, passés à la même date à Aleg, les hassanes Oulad
Siyed ont procédé à la même libération vis-à-vis de leurs fractions
tributaires: 1º les Ahel Ghaïta, Azafal et Igdala; 2º les haratines
Oulad Mansour.

Par une décision prononcée le 10 décembre 1914, à Aleg, par le
capitaine commandant le cercle, toutes les prétentions à droits de
horma, rafer ou autres, émises par les Oulad Siyed sur leurs anciens
tributaires, Tabouit et Id Ayank, ont été reconnues infondées et
irrecevables, pour les raisons suivantes: 1º le seul ayant droit
Ahmeddou, ex-émir, est toujours en dissidence; 2º lesdits tributaires
ont été pillés, à notre arrivée dans le pays, par les Oulad Siyed
eux-mêmes, leurs protecteurs. En conséquence, sont seules susceptibles
d'être examinées les horma particulières de guerriers Oulad Siyed sur
des tributaires isolés, ex-haratines ou autres, réfugiés ou habitant
chez les Tabouit de Id Ayank.

Par un acte passé à Aleg, le 10 décembre 1914, les Oulad Normach ont
libéré définitivement leurs haratines dans les mêmes conditions,
exposées plus haut, où les Oulad Siyed avaient libéré les leurs.

Les fractions Touabir, soit Oulad Yarra et Oulad M'haïmdat du Brakna,
soit Anouazir du Gorgol, devaient chacune aux Ahel Ahmeïada (Oulad
Normach) une horma consistant en une brebis laitière et un mouton de
boucherie par tente et par an. Ces animaux pouvaient être remplacés par
le paiement d'une pièce de guinée.

Les deux premières fractions se sont libérées, à Aleg, en 1914, par
un accord avec leurs suzerains par la livraison de 260 moutons, le 15
janvier 1915 (Oulad M'haïmdat) et de 225 moutons le 25 janvier 1915
(Oulad Yarra).

Les Anouazir se sont rachetés, à Kaédi, en 1915, par le versement
définitif de 500 moutons. Ce n'est pas sans difficultés que ce dernier
rachat a pu être conclu. Les Anouazir estimaient en effet qu'ayant
rompu leurs liens avec ces Normach et fait alliance avec les Oulad
Siyed, et ayant tenu tête victorieusement aux Normach, ils étaient
libérés par le fait de guerre. La solution a pu heureusement être
dénouées à l'amiable.

Les Anouazir payaient encore une horma de deux moutons et d'une pièce
de guinée aux Ahel Mohammed ould M'hammed Cheïn, des Chratit. Mais
l'émir Bakkar, des Id Ou Aïch, la leur avait enlevée, et c'était à lui
que, dans le dernier état de choses, elle était versée. Un rachat est
intervenu, le 15 décembre 1916, par le versement définitif aux Abakak
de 550 moutons.

C'est dans les mêmes conditions qu'est intervenu le rachat des Oulad
Aïd vis-à-vis des Abakak, le 23 décembre 1916 par le paiement de 400
moutons.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs payaient un rafer d'un jeune
chameau par an aux Ahel Habib. Ceux-ci avaient acquis par achat ce
droit des Ahel Bou Bakar, qui le possédaient de longue date. Par acte,
passé à Aleg le 10 décembre 1914, Lobbat ould Ahmeïada, chef des Oulad
Normach, a reçu, à titre de rachat définitif de cette fraction, la
somme de 175 francs.

Par un acte, passé à Aleg le 10 décembre 1914, les hassanes Oulad Ahmed
ont libéré de tous droits et sans aucune condition leurs haratines, à
l'exception toutefois des nommés Amar ould Habib Al-Béguer Saïd ould
Ngomohid, Miloud ould Mbarek, Sidïa ould Baye, Samba ould Seneïba, Kha
ould Jara, qui s'engagèrent à se racheter, moyennant le paiement du
dixième de leur avoir actuel. C'est ce qui fut fait quelque temps après.

Les Oulad Al-Heneïti, des Zekhaïmat, devaient aux Ahel Alouïn, des
Oulad Ahmed, un rafer d'un chameau par an, que les bénéficiaires
tenaient par héritage des Ahel Melitra. Par un acte, passé à Aleg le 16
décembre 1914, il a été reconnu que Chmat ould Ahmed, chef de la tente
bénéficiaire, n'avait pas rempli les obligations de son droit, puisque
les Oulad Ahmed: Biram et H'moïmed avaient enlevé aux Oulad Al-Haneïti
sans défense, 11 chameaux, 2 ânes et un troupeau de moutons. Ces
chameaux n'ayant pu être restitués aux victimes, les droits de Chmat
ont été annulés sans conditions.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs furent jadis condamnés à payer une
dïa à Hamoumou ould Ahmed, chef d'un campement de Oulad Ahmed pour le
meurtre de six de ses gens. Cette dïa avait été transformée en une
horma annuelle d'un jeune chameau. Par un acte passé à Aleg, le 17
décembre 1914, lesdits haratines se rachetèrent définitivement de cette
horma par le versement d'une somme de 250 francs effectué le 15 février
1915.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient au campement de Brahim ould Sidi
Brahim un rafer annuel. Désireux de se racheter, les Oulad Bou Sif
Blancs du Brakna provoquèrent une conférence à Aleg, le 23 décembre
1914, et se libérèrent définitivement, en ce qui les concerne, par une
somme de 100 francs, qui fut payée le 10 février 1915.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs et les Oulad Al-Heneïti devaient à
la tente d'Ahmed Saloum ould Mokhtar Oummou, des Oulad Dâmân (Trarza)
un rafer annuel d'un jeune chameau. Par un acte passé à Aleg, le
17 mars 1915, les tributaires se sont rachetés définitivement par le
versement de 30 moutons pour les Haratines, et de 45 moutons pour les
Oulad Al-Heneïti.

Les Haratines Oulad Bou Sif Noirs payaient aux Ahel Soueïd Ahmed et
Ahel Ahmed Bounan un rafer global et annuel de 3 chameaux. Par un
acte passé à Aleg, le 17 mars 1915, le rachat de cette redevance a été
effectué pour 110 moutons, mâles et femelles, d'une valeur moyenne de 5
francs. Le paiement a été effectué le 1er juillet 1915.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient aux Oulad Dâmân (Trarza) un rafer
annuel d'un chameau. Par un acte passé à Aleg, le 17 mars 1915,
les deux parties ont reconnu que la fraction Bou Sif du Brakna ne
représentait que le quart de la tribu, les autres étant dans le Hodh.
Le rachat du rafer, en ce qui les concerne, a donc été fixé à 40
moutons, qui ont été livrés le 1er juillet 1915.

Les Id Ayank payaient une horma d'une pièce de guinée par an et par
tente aux Ahel Soueïd Ahmed (Id Ou Aïch). Par un acte passé à Aleg,
le 17 mars 1915, le rachat a été effectué pour 300 moutons, mâles et
femelles, qui ont été livrés le 1er juillet suivant.

Les Oulad Kani (Oulad Bou Sif Noirs) payaient aux Abakak (Id Ou Aïch)
un rafer annuel de dix jeunes chameaux. Par un acte, passé à Aleg
le 17 mars 1915, ce rachat a été effectué pour 200 moutons, mâles et
femelles, qui ont été livrés le 17 juillet suivant.

Les Oulad Al-Heneïti payaient aux Abakak deux rafer de 10 jeunes
chameaux. Par un acte, passé à Aleg le 17 mars 1915, le rachat a
été effectué pour 100 gros et grands moutons, moitié mâles, moitié
femelles, qui ont été livrés le 17 juillet suivant.

Les Id Ag Jemouella hassanes payaient aux Ahel Soueïd Ahmed une horma
d'une pièce de guinée, marque meïlis, par tente et par an. Par un acte,
passé à Aleg le 17 mars 1915, le rachat a été effectué pour 3 vaches, 1
bœuf, 85 moutons, qui ont été livrés le 17 avril 1915.

Les Behaïhat payaient aux Ahel Soueïd Ahmed (Id Ou Aïch), comme
détenteurs de leurs biens, une horma d'une à quatre pièces de guinée
par tente et par an, et leur fournissait le lait de plusieurs vaches et
brebis laitières. Par un acte, passé à Aleg le 17 mars 1915, le rachat
a été effectué pour 500 moutons moyens, moitié mâles, moitié femelles,
et pour 10 vaches de 3 ans, qui ont été livrés le 16 juin 1915.

Les Tabouit payaient jadis aux Abakak une horma annuelle de 100
moutons. A la requête des bénéficiaires, une conférence réunit les
intéressés à Aleg, le 18 mars 1916. Il fut reconnu que les tributaires
avaient été complètement pillés en 1914 par les propres cousins de
Bouna Ould Soueïd Ahmed: Sidi Mohammed et Mohammed Mahmoud, et
qu'aucune restitution n'avait été effectuée. En conséquence, par une
décision du commandant de cercle, en date du même jour, les Tabouit ont
été définitivement libérés.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient aux Ahel Soueïd Ahmed un rafer
annuel de 4 chameaux. La fraction Bou Sif du Brakna ne représente que
le quart de la tribu. Aussi le rachat, effectué à Aleg le 16 juin 1915,
a-t-il fixé leur part à 100 moutons seulement, moitié mâles, moitié
femelles, qui ont été livrés le 1er octobre 1915.

Les Meterambrin payaient aux Ahel Soueïd Ahmed un rafer annuel de 3
jeunes chameaux. Par un acte, passé à Aleg le 16 juin 1915, le rachat a
été effectué pour 40 moutons et 100 moudd de mil (400 kilos), livrés le
1er août suivant.

Les Brarka des Torkoz payaient aux Ahel Soueïd Ahmed un rafer annuel
de 2 jeunes chameaux. Par un acte, passé à Aleg le 17 juin 1915, le
rachat a été effectué pour 90 moutons, livrés le 20 août suivant.

Les Tabouit payaient jadis à l'émir du Trarza un rafer annuel de 60
moutons. L'émir céda ce droit, en reconnaissance de certains services,
à Mohammed ould Mohammed Lefdhil, chef des Oulad Dâmân. Khattari, fils
et héritier du bénéficiaire, ayant offert aux Tabouit de se racheter,
ceux-ci se sont libérés par un acte, passé à Aleg le 13 mai 1918, pour
la somme de 1.000 francs, 250 francs furent versés comptant, le reste
trois mois plus tard.

       *       *       *       *       *

Outre ces horma et rafer collectifs, tous éteints à l'heure actuelle,
il faut signaler un grand nombre de horma particulières à des tentes
de hassanes, à percevoir sur des tentes particulières de zenaga et de
marabouts. Les bénéficiaires appartiennent soit aux tribus guerrières
du cercle: Oulad Siyed et Oulad Mansour, Oulad Normach, Oulad Ahmed;
soit à des tribus et fractions, extérieures au cercle, telles que les
Ahel Gankou, Oulad Dâmân et Euleb (Trarza); Ahel Soueïd Ahmed (Tagant),
Oulad Hammoni (Adrar). Les haratines appartiennent indifféremment à
toutes les tribus zouaïa ou zenaga du cercle. La plus grande partie a
été rachetée.

       *       *       *       *       *

Un certain nombre de horma et rafer collectifs sont encore en
suspens, et donnent lieu à discussion, à savoir:

Doivent à l'émir de l'Adrar:

Les Oulad Bou Sif Blancs, un chameau par an;

Les Oulad Bou Sif Noirs (Haratines), un chameau par an; rafer non
accepté par les tributaires;

Les Torkoz, un chameau par an;

Les Behaïhat, une chamelle laitière, cette dernière personnelle à
l'émir Sidi Ahmed.

Doivent aux Oulad Hammouni de l'Adrar: les Behaïhat, un rafer annuel
d'une chamelle laitière, d'une bande de tente et de 5 calebasses de
beurre.

Doivent aux Euleb de Boutilimit: les Oulad Bou Sif Blancs, 1 chameau
par an; les Oulad Bou Sif Noirs haratines, 1 chameau par an. Les Oulad
Bou Sif Blancs, ayant été pillés par leurs protecteurs et ayant eu un
homme tué, se déclarent dégagés de toute redevance envers les Euleb.

       *       *       *       *       *

A côté de ces droits, dont la plupart remontent à la capitulation
maraboutique de 1674, qui suivit la suprême défaite des zouaïa à
Tin Iefdadh, il faut citer plusieurs redevances d'ordre religieux,
consenties volontairement par plusieurs tribus à des Cheikhs ou à des
tribus tolba. En voici les principales:

Les Touabir du Brakna et du Gorgol paient un mouton de choix, et une
outre de beurre par campement à Sidi Amar des Kounta.

Les Touabir, soit Oulad M'haïmdat, soit Oulad Yara, soit Anouazir,
paient la même redevance au chef des Id Eïlik-Ahel Abari.

Les Touabir-Oulad Yara paient la même redevance au chef des Id
Eïlik-Ahel Aleg.

Les Oulad Ahmed, soit libres, soit haratines, paient la même redevance
à la famille de Cheikh Sidïa.


La dïa ou prix du sang est universellement connue. Son taux était dans
le Brakna de 480 pièces de guinée, sauf pour les Oulad Normach, Oulad
Siyed et Dieïdiba, chez qui il était seulement de 400 pièces. Comme
partout ailleurs, le chiffre élevé de cette dïa n'est pas payé. Il en
va de même d'ailleurs pour la dot. Un tiers est immédiatement exigible;
pour les deux autres, il y a un délai, qui pratiquement est sans
terme. Avec le temps, la prescription et la réciprocité des meurtres,
ces reliquats de dette s'éteignaient par la confusion juridique. Il y
a tout un tarif pour la série des diverses blessures; le taux d'une
blessure à la tête est de 20 à 24 pièces de guinée, etc.


Les différents rafer, qui frappaient les caravanes commerciales,
ont évidemment disparu avec l'occupation française. C'est même de
toutes les redevances coutumières celle qui est le plus vite, le plus
complètement, et le plus facilement tombée en désuétude.

Aujourd'hui, le mouvement commercial afflue vers les escales du
fleuve, situées sur deux rives du Sénégal. Les deux principales de
la rive droite, pour le Brakna évidemment, sont Boghé et Mbagne.
La traite se fait surtout avec les Maures venus de l'intérieur
pour vendre de la gomme, du bétail et les menus produits de leurs
industrie (nattes, objets de cuir, etc.) et pour acheter le mil,
les étoffes, le thé, le sucre, le tabac, les objets de quincaillerie
et verroterie, qui leur sont nécessaires. Les Maures s'adressent,
lorsqu'il est possible, directement au producteur pour leurs achats de
mil; mais le cultivateur, toujours plus ou moins endetté, est forcé
la plupart du temps de vendre sa récolte à bref délai et, de ce fait,
l'intermédiaire, gros acheteur, s'interpose entre le consommateur et
le producteur au grand détriment des deux. En revanche, la spéculation
sur le mil est assez aléatoire pour le traitant dont la campagne se
solde parfois par une perte considérable; elle a en outre l'avantage de
régulariser les cours.

Avec les traitants installés d'une façon permanente, dont certains,
à Boghé, atteignent un chiffre d'affaire de 500 francs par jour, des
boutiques secondaires s'ouvrent d'avril à juillet, saison où la traite
de mil, de la gomme et du bétail se fait avec plus d'intensité.

Les traitants importants, au nombre d'une dizaine, ne sont que les
agents des grosses maisons de commerce de Podor et de Saint-Louis. Par
suite de la concurrence, qui a été particulièrement prononcée, depuis
quelques années, entre ces différentes maisons de commerce, les prix de
vente ont sensiblement baissé.

Le Toucouleur n'est ni un dioula, ni un convoyeur. C'est le Maure de
l'intérieur qui vient chercher ce dont il a besoin; il arrive par
petits groupes ou isolément sans jamais former une grosse caravane. Les
gens de l'Adrar et du Tagant, qui font, pour le compte de nos postes du
Nord, des entreprises de transports et qui reçoivent, à ce titre, des
avances de fonds, profitent ordinairement de leur retour pour emporter
sur une partie de leurs animaux les marchandises qu'ils achètent avec
ces avances. Le mil particulièrement sert à remplir les bâts de charge
(_tarfa_) de leurs animaux porteurs.



CHAPITRE IV

LES HARATINES


Les haratines se présentent, ici comme ailleurs, sous la forme
d'anciens captifs affranchis (liberti) ou de leurs descendants
(libertini). Une redevance annuelle à l'égard de leurs anciens maîtres
leur est, la plupart du temps, imposée: c'est une des différentes
modalités de la horma.

La condition de hartani ne dérive que d'une source: la volonté
du maître. Nos règlements eux-mêmes n'ont pu de leur propre chef
transformer les captifs en haratines. Certains d'entre eux, mûrs pour
la liberté, se sont affranchis complètement, à l'abri de la législation
nouvelle. Mais la plupart n'ont repris qu'une liberté fort mitigée et
après seulement en avoir obtenu l'autorisation de leur maître et avoir
fixé, d'un commun accord, la qualité de la horma.

Cette transformation de la condition servile, cette demi-libération,
est la rémunération de services exceptionnels rendus par le captif à
son maître: par exemple, le captif a sauvé la vie de son maître ou de
l'un de ses enfants; il a soigné ceux-ci pendant leur enfance avec un
grand dévouement; il a fait pour son maître des opérations commerciales
fructueuses; il l'a suivi à la guerre et lui a fait honneur, etc. En
certains cas, dérivés du droit musulman ou de la coutume locale, le
maître est presque tenu d'affranchir son captif: par exemple, quand,
dans un ménage de captifs lui appartenant, la femme a deux jumeaux, le
bénéfice de la mesure s'applique à l'un des deux jumeaux, plus souvent
encore, surtout dans les tribus maraboutiques, elle s'applique à la
suite d'un vœu ou par expiation de ses péchés.

Ces affranchissements étant très communs, la société captive en pays
maure se muait et se mue encore inévitablement en classes de haratines
en trois générations. La classe servile ne se renouvelait que par
l'afflux de nouvelles individualités.

L'affranchi, souvent nanti d'une vache ou d'un petit troupeau de
chèvres, don de son maître ou de ses économies, s'en va la plupart
du temps planter sa tente dans un campement de haratines, affilié à
la tribu de son maître. Il était avec les hassanes Oulad Siyed; il
émigre chez les Haratines Oulad Siyed, et plus spécialement dans la
sous-fraction hartanïa correspondant à la sous-fraction hassanïa.
Les deux campements marchent souvent ensemble d'ailleurs ou dans un
voisinage immédiat.

Pendant la période des cultures toutefois, ils se séparent et les
haratines vont se fixer dans le Chamama, pour cultiver le mil dans
les terrains d'inondation du Sénégal. Ce n'est pas d'ailleurs un fait
nouveau pour eux. Ils font, comme haratines, ce qu'ils faisaient
antérieurement comme captifs. Ce campement est la «dabaï».

La redevance se paie au moment de la récolte, et les suzerains hassanes
ne manquent pas de venir la chercher; le paiement en est effectué en
nature: grain généralement, souvent aussi pièces de guinée.

Les terrains ne sont plus très abondants, ni le courage de ces
affranchis très entreprenant. Aussi, parmi ces nouvelles recrues de
la liberté, beaucoup d'entre elles, au lieu de mériter généreusement
leur nouveau sort, cèdent-elles aux belles promesses des chefs de
canton toucouleurs et se mettent-elles à leur remorque, cultivant leurs
lougans et retombant dans une quasi-captivité, qui ne vaut même pas la
première.

Cette question de haratines a soulevé, de longue date déjà, des
conflits entre maîtres maures et riverains toucouleurs.

Il y a plus de deux siècles, par exemple, que les premiers captifs ou
haratines des Zemarig, évadés de chez leurs maîtres, sont venus se
mettre sous la protection des Toucouleurs. Ils s'établirent d'abord à
Demette et s'allièrent avec les habitants de ce village. Au début du
dix-huitième siècle environ, ils allèrent former un village de culture
(dabaï) non loin de là. En même temps, les Aleybé mettaient à leur
disposition quelques lougans sur la rive droite du Sénégal.

Avec le temps et l'accroissement régulier de ces Soudanes Zemarig,
ces terrains furent insuffisants. Les Aleybé amenèrent leurs hôtes
auprès du Farda de Oualaldé, mieux pourvu. C'est alors vers la fin du
dix-huitième siècle que leur fut cédé le colengal de Galadji, qui était
abandonné depuis vingt-cinq ans.

Vers 1870, la sécurité, qui règne alors en Mauritanie, incite
Toucouleurs et Soudanes Zemarig à passer sur la rive droite: ils
viennent s'établir au village de Thiénel, et acquièrent de ses
habitants des lougans dans les coladé de Thidé Oldi, de Gueïmar, de
Dialcodjé et de Dalorga.

Les guerres que soutinrent par la suite leurs patrons Dieïdiba, d'abord
et conjointement avec les Oulad Siyed, contre les Aleybé (vers 1890),
ensuite contre les Oulad Biri (de 1895 à 1898) contraignirent les
Soudanes Zemarig à émigrer deux fois. Ils allèrent d'abord dans les
provinces du Lao et des Irlabé Elyabé, puis s'en revinrent chez leurs
premiers amis de Oualaldé. A chaque fois, leurs terrains leur furent
rendus par les Toucouleurs, qui les cultivaient pendant leur absence.

A ce moment, les Soudanes Zemarig payaient aux propriétaires
toucouleurs les droits ci-après:

    1º Le «dioldi», soit cinq coudées de guinée par cultivateur et par
       an;

    2º L'«assaka», ou dixième partie de la récolte par lougan et par an;

    3º L'«aorftal», soit trois journées de travail par an;

    4º Le «thiottetigou», droit de succession qui variait entre 2 et 10
       pièces de guinée suivant l'importance du ou des lougans.

Ces Soudanes Zemarig, ainsi d'ailleurs que ceux des autres tribus
maraboutiques, dépendaient plutôt des Toucouleurs, qui leur avaient
donné un asile et des terres, que de leurs maîtres, chez lesquels ils
n'avaient pas pu vivre. Ces derniers, la plupart du temps, ne pouvaient
même obtenir ce qui leur était dû qu'avec l'appui de chefs toucouleurs.
D'ailleurs, les Soudanes Zemarig ne se sont installés définitivement en
Mauritanie qu'entre 1870 et 1890, et ce fut simplement, semble-t-il,
pour se soustraire à l'impôt de capitation, qui allait être établi en
territoire français. Auparavant, ils n'y venaient que pour travailler
leurs lougans. La récolte faite, ils regagnaient le Sénégal, où ils
vivaient plus paisiblement.

Aussi, au début de l'occupation, ces groupements de Soudanes
furent-ils considérés comme indépendants des tribus maraboutiques. Des
circonstances historiques contribuèrent encore à cette émancipation.
A la suite de l'attaque du poste d'Aleg et de la dissidence des Oulad
Normach et des Dieïdiba, Coppolani déclara leurs haratines dégagés
de toute redevance. Aussi, pendant plusieurs années, furent-ils
astreints à payer leur impôt directement aux résidences de Boghé et de
Kaédi, tandis que leurs patrons versaient le leur à Mal et à Aleg. Le
départ de la mission vers le Nord, la mort de Coppolani et les graves
événements qui suivirent, la rentrée des dissidents enfin, permirent
aux hassanes de recommencer leur perception; mais avec le temps, le
mouvement séparatiste a fait du progrès, et cette fois intérieur. Notre
occupation a transformé la situation et accentué encore ce mouvement
d'émancipation. Point n'était besoin d'ailleurs de règlements hâtifs
pour arriver à ces résultats. Notre seule présence, nos prédications
humanitaires, l'accroissement de richesse, le contact avec les
Toucouleurs les produisaient nécessairement.

Cependant, en 1910, sur la réclamation de différents chefs de tribus
tolba et hassanes, à qui de lourdes charges de convois et de partisans
étaient imposées et qui, par conséquent, avaient besoin de leurs
captifs et serviteurs divers pour assurer ce service, les Soudanes
furent rattachés aux tribus de leurs anciens patrons.

Telle est leur situation aujourd'hui (1918), mais elle ne va pas sans
difficultés. Les Toucouleurs ne se font pas faute d'attirer plus que
jamais leurs frères noirs, serviteurs ou vassaux des Maures.

On proposa, dès le début, de remédier à cette situation en interdisant
aux Toucouleurs de recevoir des haratines maures dans leurs villages.
Cette mesure était inopportune.

Il convenait, en effet, de s'en tenir aux mesures suivantes, qui ne
sont autres que les règles de la tradition, légèrement adaptées et
adoucies.

_a_) Obliger tous les haratines d'une même tribu, ou tout au moins les
pousser à se regrouper en un point choisi, à portée des terrains de
culture qu'on leur allouera et qui faciliteront leur sédentarisation.

_b_) Leur prescrire de se choisir parmi eux un chef de campement et
asseoir fortement son autorité.

_c_) Grouper les différents campements haratines, provenant de la même
confédération maure et portant les noms des différentes sous-fractions
dont ils sont issus, sous le commandement d'un même chef responsable, à
la façon des chefs de canton.

Cette pratique a tendu à fixer les haratines au sol, en leur donnant
le sentiment de la propriété, en leur faisant aimer le pays qu'ils
cultivent et qui devient le berceau de leur famille, en développant
enfin chez eux le sentiment de leur indépendance.

Depuis le début de notre occupation, beaucoup de haratines se sont
dispersés: leurs «dabaï» sont restées tantôt attachées au campement
libre et tantôt se sont transplantées dans le Chamama et ont été
rattachées aux provinces toucouleures. Pour plusieurs de ceux-ci, le
changement a été minime; ils se sont replacés en quelque sorte dans un
nouveau servage. Les chefs toucouleurs de la rive droite, qui attirent
à eux ces recrues nouvelles, se défendent en disant que ces Soudanes,
leurs cousins maurisés, ne feront jamais de progrès s'ils restent
sous la dépendance, même relâchée, de leurs maîtres, tandis qu'auprès
d'eux, bénéficiant du statut toucouleur auquel ils participent par
leurs origines, leurs mœurs de quasi-sédentaires et leurs nombreuses
alliances, ils feront l'apprentissage de la vie libre et de la
civilisation française.

Tiraillés entre leurs anciens maîtres et leurs nouveaux chefs de
canton, leur sort comporte quelques difficultés. On ne déplorera qu'à
demi cette situation, si cette double redevance qu'ils ont à payer fait
produire à ces paresseux et à ces imprévoyants un double travail.



CHAPITRE V

LA GOMME


La gomme est le principal, sinon l'unique produit que, depuis trois
siècles, les Européens du Sénégal sont allés chercher aux escales
maures. Les opérations de cette traite sont bien connues, ayant
été décrites maintes fois depuis le P. Labat jusqu'aux auteurs
contemporains. Il est inutile d'y revenir ici.

En ce qui concerne le Brakna, on a vu au livre premier la naissance
historique de la traite, et les escales où elle se pratiquait et on
trouvera en annexe les principales tractations officielles auxquelles
elle a donné lieu.

On connaît l'explication ingénieuse que Bérenger-Feraud a donné à
cette idée dont furent, plusieurs siècles durant, pénétrés les Maures,
à savoir que la gomme était absolument indispensable à la vie des
Français.

    «On s'est souvent demandé, avec étonnement, pourquoi les Maures se
    figurent obstinément que la gomme nous est indispensable en France
    pour l'existence même des populations et que, si nous en manquions,
    des villes entières mourraient de faim; il n'est pas impossible
    qu'une erreur d'interprétation, d'expression, qu'un malentendu,
    en un mot, ait été l'origine de cette croyance. En effet, nous
    trouvons dans les traités de mai 1785, entre Durand, directeur
    général de la Compagnie du Sénégal et les marabouts Darmankour
    que le titre de pensionnaire du roi était traduit par un mot qui
    signifie plus exactement «fournisseur des vivres de la maison du
    roi» (Silvestre de Sacy).

    «Or pourquoi ce fournisseur vient-il au Sénégal en personne, se
    dirent les Maures, si ce n'est pour un objet tenant directement à
    l'alimentation? Ils durent croire que Durand était le restaurateur
    du roi comme quelque individu, qu'ils connaissaient bien à
    Saint-Louis, était le restaurateur des employés de la Compagnie,
    et, par une série de raisonnements, dont on comprend aisément
    la filière, ils arrivèrent à penser que c'était réellement pour
    nourrir des hommes, et non pour des besoins industriels, que nous
    mettions cette extrême insistance à acheter de la gomme, que nous
    leur recommandions bien de ne pas vendre aux Anglais nos ennemis.»

Le fait est exact, et n'est pas spécial aux seuls Id Ou al-Hadj
(Darmankour). Le premier traité avec les Brakna que nous ayons
conservé, le traité avec Mohammed ould Mokhtar, répétant sans doute
des traités antérieurs, traduit «pensionnaire du roi», par «iaati
aïch ahel sultan takoul», ce qui signifie «qui donne la nourriture à
manger aux gens du Roi» et ce qui est évidemment tout le contraire du
sens réel. Ce n'est pas la première fois que je signale des erreurs
de traduction dans les textes arabes de l'histoire de l'Afrique
occidentale française. Si celle-ci paraît insignifiante, encore qu'elle
ait pu ancrer chez les Maures des idées fausses à notre égard et les
exciter souvent à nous résister dans les tractations diplomatiques
ou commerciales de la gomme, d'autres eurent des conséquences plus
importantes.


Dans le but d'obtenir un plus fort rendement de la gomme, les
indigènes détruisent les gommiers en les saignant. Leur méthode est
une incision parallèle à l'axe. C'est cela qui détermine l'exsudation
la plus abondante. Toute autre méthode ne donne qu'une exsudation
insignifiante, mais ils pratiquent leur incision brutalement,
atteignant et dépassant l'aubier, pratiquant de larges, inutiles et
dangereuses entailles dans le cœur de l'arbre. En même temps, ils
écorcent partiellement l'arbre. Après trois ou quatre ans de ce régime,
l'arbre s'étiole et meurt.

Les instructions qu'on leur donne annuellement, comme les amendes qu'on
ne leur ménage pas, ne les ont jamais corrigés. Voici, à titre de
curiosité et sous sa forme originale, la circulaire envoyée d'Aleg par
le commandant de cercle aux dirigeants de tribu, le 28 mars 1911:

    «O chefs, parlant des affaires des tribus Brakna, le Colonel,
    commandant les pays maures, vous informe de ce qui suit:

    «Les gommiers sont nombreux dans vos pays et y constituent une
    richesse, mais si ces gommiers sont saignés sans intelligence,
    cette richesse vous sera enlevée. Il a dit que l'arbre, par
    exemple, était comme l'homme: si en le saignant, on lui enlevait de
    grands morceaux de chair, il ne tarderait pas à mourir.

    «Maintenant nous préparons le moyen de saigner les arbres sans les
    tuer. Tout d'abord, le Colonel vous autorise cette année à saigner
    les gommiers à votre façon et pour éviter de gâter vos arbres, il
    vous ordonne:

    1º De ne pas saigner les gommiers qui seraient plus minces que le
       poignet d'une main;

    2º De ne pas couper trop de branches pour s'approcher du tronc de
       l'arbre;

    3º D'enlever peu de fibres sur le tronc de l'arbre et peu sur
       chacune des grandes branches: une largeur d'index au plus;

    4º De ne pas couper l'arbre avec les fibres. Ceux parmi vous, ô
       Maures, qui agiront contrairement à cet ordre, seront sévèrement
       punis et seront, eux et leurs tribus, empêchés de ramasser la
       gomme. Vous devez, ô chefs de tribus, interdire et ordonner, et
       par conséquent empêcher ceux qui ramassent la gomme de dépasser
       ces limites.»

Les Maures ne songent jamais à remplacer les plants détruits. Les
graines de gommier tombent à terre et fort peu parviennent à germer. Si
l'on veut que cette branche de l'industrie maure ne prenne pas fin par
la disparition des arbres, il conviendra d'avoir, aux environs d'Aleg
dans un terrain fertile, une pépinière soigneusement entretenue par les
moyens locaux. Cette pépinière distribuera, chaque année, un certain
nombre de jeunes plants aux tribus, et chaque tribu sera contrainte de
les faire fructifier au centre de leurs territoires de nomadisation.
Les Maures sont trop avisés pour ne pas continuer d'eux-mêmes, quand le
premier effort aura été imposé.

On pourra d'ailleurs appliquer les mêmes procédés à la culture des
gonakiers et surtout à la création et à l'extension de palmeraies.

Le territoire du Brakna était, en effet, doté de palmeraies dans un
passé peu éloigné. Il en existe encore des vestiges:

    1º A Diouk, à 35 kilomètres au Sud de Moudjéria et à la même
       distance au Nord-Est d'Aguiert. Ils sont la propriété des
       Torkoz. L'humidité naturelle du sol permet aux palmeraies
       de bien venir sans irrigation;

    2º A Maoudou, près de la tamourt. Cette palmeraie est la propriété
       des Kounta Meterambrin;

    3º A Gaoua, où il paraît avoir existé jadis une palmeraie assez
       florissante, qui puisait une eau abondante par les fissures de
       la roche superficielle;

    4º A Talorza, à 2 jours au Nord d'Aguiert. Elle est la propriété
       des Ahel Al-Azrag.

Les tribus maures se livrent à peu près toutes à la cueillette de la
gomme, mais ce sont surtout les tribus maraboutiques qui y déploient le
plus d'efforts. Les plus grands producteurs de gomme sont, par ordre de
grandeur décroissante, chez les marabouts, les Dieïdiba, les Torkoz,
les Id Eïlik et les Zemarig; et chez les Hassanes, les Oulad Ahmed.

Les forêts de gommiers sont la propriété commune et nul ne peut
prétendre avoir un droit particulier sur telle ou telle région.
Cependant, une sorte de prescription s'établit au profit des campements
qui viennent depuis plusieurs années cueillir la gomme dans le
même secteur. Mais ce conflit de droits donne toujours lieu à des
discussions, et souvent même à des rixes à main armée. Un exemple
historique en est resté: le conflit des Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar
(Kounta) et des Oulad Normach, en 1905-1906. Il aboutit à la
dissidence vers l'Adrar de plusieurs tentes Normach et de leur chef
Bakkar ould Ahmeïada.

La saignée entraîne des droits sur le gommier au profit du saigneur.
C'est sans doute encore une des raisons pour lesquelles les indigènes
saignent vite et mal les arbres. Au lieu d'errer dans la brousse
à la recherche de la gomme et faire ainsi de nombreux kilomètres,
en cherchant à arriver les premiers, ils affirment leurs droits de
propriété par de nombreuses et maladroites entailles. Dès lors, il y a
commencement de travail et par conséquent droit indiscutable sur les
produits de l'arbre. Les conflits n'en surgissent pas moins.

La récolte de la gomme évolue d'après l'abondance des pluies. Elle est
solidaire aussi du prix des marchés d'Europe, et quand ces prix sont
trop bas, les Maures préfèrent ne pas déranger leurs captifs pour un
trop mince profit. Quand les prix s'annoncent rémunérateurs, on les
voit parcourir toutes les forêts de gommiers de la rive droite, et même
passer le fleuve et se répandre dans les cantons voisins du Fouta et
jusque dans le Ferlo. Les auteurs du siècle dernier et même de la fin
du dix-huitième siècle signalaient déjà ces cueillettes aventureuses.

Les principales régions de saignée sont:

    Pour les Toumodek: le Khat;

    Pour les Kounta-Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar: Diéloar;

    Pour les Kounta-Meterambrin, les Hijaj, les Tagat et les Torkoz:
    Bilal;

    Pour les Oulad Normach: Tadioukel;

    Pour les Id Eïlik: Jouidal;

    Pour les Oulad Ahmed-Ahel Biram: Tadioukel, près de Cascas;

    Pour les Oulad Ahmed-Ahel Bou Bakar: Chogar;

    Pour les Touabir-Oulad M'haïmdat: Bedou, au Nord, au Sud Ouest de
    Bassi Nguidi.


  PAUL MARTY.



ANNEXES



ANNEXE I

TRAITÉ AVEC LE ROI AHMED MOKHTAR POUR LA TRAITE DE LA GOMME,
CAPTIFS, etc.

_10 mai 1785._


Au nom du Tout-Puissant, créateur du ciel, de la terre et de tous les
êtres vivants:

Sous les auspices et la protection de M. le C{te} Repentigny,
gouverneur pour S. M. le Roi très Chrétien de France et de Navarre.

Soit notoire à tous ceux qu'il appartiendra ou doit appartenir en
matière quelconque.

Ahmed Mokhtar, Roi des Braknas, d'une part:

J{n} B{te} L{ard} Durand, ancien consul de France, Pensionnaire du
Roi, et Directeur général de la Compagnie ayant le privilège exclusif
pour la traite de la gomme dans la rivière du Sénégal et dépendances,
d'autre part:

Désirant toutes parties établir entre elles une parfaite union, une
amitié constante et des règles positives sur tout ce qui peut les
intéresser pour le commerce en général, et surtout pour la traite de la
gomme pendant le temps du privilège de la Compagnie, et tout le temps
encore qu'il plaira à Sa Majesté de le prolonger, sont convenus des
articles suivants:


ARTICLE PREMIER.

La Compagnie aura la liberté d'établir, ainsi qu'elle le jugera à
propos, un comptoir à Podor, où elle tiendra des employés et des
marchandises propres à la traite qu'il s'y fait, soit en gomme,
captifs, morfil, et autres objets; elle aura pareillement sa liberté
d'en établir d'autres aux mêmes fins dans toute autre partie du pays
d'Ahmed Mokhtar, et d'en désigner la position qui paraîtra la plus
avantageuse.


ARTICLE 2.

Ahmed Mokhtar prend le comptoir de Podor, et tous les autres qui
pourraient s'établir, sous sa sauvegarde spéciale, et les garantit de
toutes insultes ou avanies quelconques.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 3.

Ahmed Mokhtar par une suite de l'affection qu'il a et conservera pour
les Français et par une suite encore des conditions du présent traité,
jure et promet de n'avoir jamais directement ou indirectement aucune
communication avec les Anglais; il jure de plus et promet d'employer
tous les moyens praticables pour intercepter et supprimer complètement
le commerce que les Anglais pourraient faire avec Portendik, soit avec
ses propres sujets, soit avec toute autre nation ou particuliers qui
passeraient pour cet objet dans son pays.

Cette promesse de la part d'Ahmed Mokhtar, portant non seulement sur la
traite de la gomme, mais encore sur toute autre traite, dont il entend,
veut et promet d'exclure les Anglais.


ARTICLE 4.

En conséquence de l'obligation portée dans le précédent article, et en
retour des bonnes dispositions d'Ahmed Mokhtar. Le Sr Durand, Directeur
général de la Compagnie, s'engage pour elle, et promet de lui donner
une gratification, en sus de la coutume, toutes les fois qu'il arrêtera
ou fera arrêter de la gomme dans le chemin de Portendik, et la fera
conduire à Podor, de manière que la Compagnie puisse être assurée qu'il
n'en sera point vendu à Portendik.


ARTICLE 5.

Ahmed Mokhtar promet et s'engage de faire tous ses efforts pour
procurer annuellement à la Compagnie la traite de gomme la plus
abondante possible.


ARTICLE 6.

Ahmed Mokhtar, considéré comme l'arbitre du prix de la gomme et de la
mesure du kantar, promet encore et s'oblige de régler annuellement le
payement dudit kantar au plus bas prix possible, et de fixer sa mesure
conformément au kantar dont la précédente Compagnie était en usage de
se servir.


ARTICLE 7.

Dans tous les temps et dans toutes les circonstances, Ahmed Mokhtar
promet et s'oblige de favoriser en tout les opérations de la Compagnie,
et particulièrement la traite de la gomme; il promet encore de la
servir de son influence et de ses bons offices auprès des marchands
maures et tous autres qui auraient à traiter avec elle.


ARTICLE 8.

En retour des dispositions d'Ahmed Mokhtar, le Sr Durand au nom de
la Compagnie, promet et s'engage de le traiter toujours comme un ami
distingué, et de lui accorder la plus grande faveur.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 9.

Le commerce ayant introduit l'usage de payer une coutume à Ahmed
Mokhtar, pour traiter la gomme, les captifs, le morfil et autres objets
généralement quelconques, dans son pays, et cette coutume ayant varié
suivant les circonstances, elle vient d'être fixée, tant pour la gomme,
captifs, morfil et autres objets de traite, d'une manière positive et
permanente, par l'article suivant:


ARTICLE 10.

Toutes les fois que la coutume fera traiter de la gomme, le Sr
Durand, Directeur général de la Compagnie s'oblige pour elle de payer
annuellement à _Ahmed Mokhtar_.

      400 pièces de guinée.
      100 fusils fins à un coup.
      200 barils de poudre de 2 livres.
      100 pièces de platille.
      100 miroirs de traite.
       20 paires de pistolets à un coup.
       80 barres de fer de 8 pieds.
    1.000 balles.
    3.000 pierres à feu.
      120 mains de papier.
      150 tabatières pleines de girofle.
      150 cadenas.
      150 peignes de buis.
      150 paires de ciseaux.
      150 jambettes.
        2 pièces de mousseline.
        1 pièce d'écarlate.
       50 piastres en argent.
        1 filière d'ambre nº 2.
        1 filière de corail nº 2.
        2 fusils fins à 2 coups.
        2 paires de pistolets à 2 coups.
        1 chaudron de cuivre.
        1 moustiquaire.
        1 matelas de crin.
        1 pièce de guinée tous les 8 kantars-mesures et conduits
          à bord.

    [Illustration: texte arabe.]

De plus on lui payera pour des soupers, pendant la traite, 2 pièces de
guinée tous les huit jours.

    100 pintes de mélasse une fois payées.
     10 pains de sucre une fois payés.


_Pour Sidi Ély, frère du Roi._

    14 pièces de guinée.
     1 fusil fin à 2 coups.
     1 paire de pistolets fins à 2 coups.
     2 fusils fins à un coup.
     4 pièces de platille.
     4 miroirs.
     8 coudées d'écarlate.
     6 tabatières pleines de girofle.
     6 cadenas.
     6 paires de ciseaux.
     6 peignes de buis.
     6 jambettes.


_A la femme du Roi._

    8 pièces de guinée.
    4 pièces de platille.
    4 tabatières pleines de girofle.
    4 cadenas.
    4 paires de ciseaux.
    4 peignes de buis.
    4 jambettes.
    4 miroirs.
    8 coudées d'écarlate.


_A Fatma, sœur aînée du Roi._

    4 pièces de guinée.
    4 coudées d'écarlate.
    4 pièces de platille.
    4 paires de ciseaux.
    4 tabatières pleines de girofle.
    4 cadenas.
    4 peignes de buis.
    4 jambettes.
    2 miroirs.

    [Illustration: texte arabe.]


_Aux quatre jeunes sœurs d'Ahmed Mokhtar et à sa fille._

      A chacune,
    2 pièces de guinée.
    2 pièces de platille.
    2 miroirs.
    2 cadenas.
    2 tabatières pleines de girofle.
    2 jambettes.
    2 peignes de buis.
    2 paires de ciseaux.


_Au premier ministre._

    5 pièces de guinée.
    4 pièces de platille.
    4 fusils fins à un coup.
    4 cadenas.
    4 miroirs.
    4 jambettes.
    4 paires de ciseaux.
    4 peignes de buis.
    4 tabatières pleines de girofle.


_Pour les soupers de Sidi Ély et des marabouts qu'il loge chez lui._

    1 mouton.
    2 bouteilles de mélasse par jour pendant la traite.


_Pour sa suite:_

    1 mouton.
    2 bouteilles de mélasse.


Tous les objets ci-dessus détaillés, tant pour le Roi que pour les
autres, seront payés; savoir:

Un tiers au commencement de la traite, un tiers au milieu, et l'autre à
la fin.


ARTICLE 11.

Lorsque la Compagnie enverra ses bâtiments, à l'époque réglée pour la
traite de la gomme, à Podor ou tout autre pays d'Ahmed Mokhtar, si ces
mêmes bâtiments n'étaient pas d'une capacité suffisante pour recevoir
toute la gomme qui se présenterait, le Directeur la fera enlever
successivement par ses embarcations particulières qui la conduiront
dans ces établissements, soit à Podor, soit ailleurs, de manière
qu'elle aura la faculté de traiter en tout temps toutes les parties
de gomme qu'on transportera dans les différentes escales de traite du
pays d'Ahmed Mokhtar.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 12.

Au moyen des conventions arrêtées et convenues dans l'article 10 du
présent traité, Ahmed Mokhtar n'aura plus rien à prétendre, et renonce
dès à présent, pour toujours, à toute autre demande qui sera étrangère
à ce qui vient d'être réglé.


ARTICLE 13.

Demeure convenu que le comptoir de Podor et tous autres qui pourraient
être établis ne seront tenus à aucun payement, et qu'ils auront la
faculté de traiter annuellement tous les objets qui se présenteront; il
en sera de même pour les bâtiments que la Compagnie pourrait expédier
dans le courant de l'année pour la traite des captifs, morfil et autres
productions du pays d'Ahmed Mokhtar, le tout en considération de la
coutume arrêtée par l'article 10.


ARTICLE 14.

Les parties contractantes de part et d'autre promettent d'observer
sincèrement, fidèlement et de bonne foi, tous les articles contenus et
établis dans le précédent traité, sans faire ni souffrir qu'il y soit
fait de contravention directe on indirecte; mais au contraire, elles se
garantissent généralement et réciproquement toutes ses clauses.

    [Illustration: texte arabe.]

       *       *       *       *       *

_Note de l'auteur._--A la suite de son «voyage au Sénégal», Durand
a fait paraître un troisième tome, qu'il appelle «Atlas» et où sont
contenus les traités passés par lui avec les Maures, et 44 planches
dont les 16 premières sont des cartes et des plans et les autres des
gravures fort originales de scènes maures et sénégalaises.

De ces planches, seule, la 32e, fort curieuse et des plus fantaisistes,
mérite une mention. Elle représente «M. Durand recevant à son bord et
donnant à dîner au roi Hamet-Moctard et à sa famille».

Dans les trois traités passés par Durand figure celui de l'émir des
Brakna que nous donnons plus haut. Nous l'avons reproduit quand même
ici, afin que la collection des traités passés par la France avec les
Brakna fût trouvée ici au complet, et qu'au surplus l'Atlas de Durand
est à peu près introuvable.

Une note de l'Atlas relate:

«Ces traités sont en français et en arabe, ils sont précédés d'un
avertissement du citoyen Silvestre de Sacy, professeur d'arabe à la
Bibliothèque nationale, qui a bien voulu se charger de revoir le
texte, d'en suivre l'impression à l'imprimerie de la République,
et qui y a joint des notes aussi savantes qu'indispensables pour
l'intelligence de l'arabe.»

Nous nous permettrons ici de combler les lacunes que signale l'illustre
orientaliste dans son avertissement et dans ses notes. Parmi les mots
dont il n'a pu reconnaître l'origine il cite «baka», couteau: c'est
le vocable «paka» ouolof; de même «sit», miroir: c'est le ouolof
«sito». «Idjin», le vin, c'est sans doute le mot anglais «gin». Le
«bour Koursi» et non «Kirsen» c'est le «maître du trône». Le «Kariba»
est une déformation de «barika», barrique, baril. Les autres fautes,
signalées par lui dans le texte arabe, sont des erreurs de copiste.
Elles n'existent pas dans le texte original de nos Archives de Dakar.

De plus, le texte du traité, publié par Durand, porte un article
quinzième et dernier, qui semble bien avoir été ajouté après coup et
par lui-même, car il n'existe pas dans le texte officiel et au surplus
était du plus grand intérêt pour sa Compagnie. Le voici:


«ART. 15.--En cas de contestations sur l'exécution ou l'interprétation
d'un ou de plusieurs articles du présent traité, les parties
contractantes s'en remettent volontairement et sans retour à la
décision de M. le Gouverneur du Sénégal, et promettent de s'en tenir à
son jugement.»



ANNEXE II

DÉLIBÉRATION AU SUJET DES PRÉPARATIFS DE GUERRE DU CHEF DE LA TRIBU
DES BRAKNAS.

_14 ventôse, an 7

(1799)._


    LIBERTÉ                                            ÉGALITÉ

Aujourd'hui quatorzième jour du mois de ventôse de l'an VII de la
République Française une et indivisible.

Des envoyés de Amar Comba, chef de la tribu des Maures Trarzas, se sont
présentés devant le Commandant et les principaux habitants du Sénégal,
assemblés en la maison du gouvernement, et ont dit qu'ils venaient au
nom et de la part de Amar Comba instruire le Gouvernement français que
Ahmed Mokhtar chef des Maures Braknas se préparait à faire la guerre
au Sénégal, qu'il avait député son fils Agris à Amar Comba pour lui
communiquer sa résolution et le presser de se joindre à lui, mais
que Amar Comba s'était refusé à ses sollicitations, et avait répondu
qu'il voulait toujours entretenir la bonne intelligence et l'amitié
qui existait entre lui et les Français; que, d'après ce refus, Ahmed
Mokhtar avait rompu toute liaison avec les Trarzas, et paraissait se
disposer à armer contre eux, ainsi que contre le Sénégal.

En conséquence de ce rapport, le Commandant du Sénégal a déclaré qu'il
ferait mettre dès ce moment à exécution le décret de la Convention
nationale du 29 mars 1793, an 2e de la République, relatif à Ahmed
Mokhtar, qui interdit toute relation avec lui, suspend le payement de
ces coutumes, et prescrit les dispositions nécessaires à cet effet;
décret auquel il avait été sursis d'après les démarches de Ahmed
Mokhtar et les assurances qu'il avait donné pour l'avenir.

En même temps, le Commandant du Sénégal arrête que Amar Comba, chef de
la tribu des Maures Trarzas, sera remercié au nom du Gouvernement de
l'avis amical qu'il a donné à cette colonie, et qu'il lui sera fait en
reconnaissance un présent extraordinaire.

Fait en la maison du gouvernement de l'Ile du Sénégal, les jours, mois
et an ci-dessus.


Signé: BLANCHOT, CORMIÉ, P{re} DUBOIS, MALALLE, BLONDIN fils, PAUL
BÉNIS, FLAMAND, F{s} PELLEGRIN, H. PELLEGRIN et CHARBONIEZ,
greffier.



ANNEXE III

TRAITÉ PASSÉ ENTRE LE LIEUTENANT-GOUVERNEUR MAXWELL ET SIDY ÉLY,
CHEF D'UNE TRIBU DES BRACKNAS.

_7 juin 1810._


Soit notoire à tous ceux à qui il appartiendra ou peut appartenir, que
moi Lieutenant-Colonel Ch. W. Maxwell, gouverneur de S. M. Britannique
pour les établissements du Sénégal, Gorée et dépendances, d'une part;

Et moi Sidy Ély chef d'une tribu des Braknas, d'autre part;

Considérant que depuis quelque temps la traite de gomme dans la rivière
a été interrompue et désirant de prévenir à l'avenir toutes querelles
et mésintelligences et établir des règlements sûrs et positifs pour le
bien général de toute la traite: nous sommes convenus solennellement
des arrangements suivants: c'est-à-dire:


ARTICLE PREMIER.

Aussitôt l'arrivée d'un bâtiment ou canot quelconque aux escales des
Braknas, le roi Sidy Ély prendra des arrangements par écrit avec le
Capitaine ou subrécargue, pour les coutumes qui doivent lui être
payées, dans lesquels arrangements il sera exactement spécifié les
qualités et différentes qualités des marchandises convenues pour
lesdites coutumes; il en sera dressé deux copies, dont une sera remise
au Capitaine ou subrécargue et l'autre au Roi, ou à toute autre
personne autorisée par lui, comme il sera spécifié ci-dessous.


ARTICLE 2.

Le Roi, en son absence, autorisera son premier ministre, qui sera
chargé par lui de régler lesdites coutumes avec les capitaines et
subrécargues suivant les conditions spécifiées dans l'article premier.

Le Roi promet solennellement de remplir et se conformer en tout aux
arrangements et conventions qui seront passés par son ministre.


ARTICLE 3.

Les coutumes ainsi fixées seront payées au Roi ou à son chargé de
pouvoir, comme il est spécifié dans l'article 2 dans les proportions
suivantes, c'est-à-dire: un tiers lorsque le bâtiment aura mesuré sa
première barrique de gomme, un tiers lorsqu'il sera à moitié chargé et
l'autre tiers lorsqu'il aura fini sa traite. Un reçu sera donné par le
Roi ou par son député, au Capitaine ou subrécargue, lors du payement du
dernier tiers des coutumes convenues.


ARTICLE 4.

Le Lieutenant-Gouverneur promet et s'engage de faire respecter les
engagements et de faire payer les coutumes ainsi contractées d'après
les articles ci-dessus mentionnés, et facilitera de tout son pouvoir la
traite de gomme aux escales des Bracknas.

Finalement les deux parties promettent et s'engagent mutuellement de
remplir et exécuter fidèlement les engagements qu'elles ont contractés
par ces présents.

Fait et passé au Sénégal, le 7 juin 1810.


Signé; SIDY ÉLY, CH. W. MAXWELL, Lieutenant-Gouverneur, CH.
PORQUET, maire, et ED.-O. HARA.

Sénégal 13 June 1810, By order of the L{t} Gouv{r} HEDDLE.



ANNEXE IV

TRAITÉ AVEC AHMED DOU, ROI DE LA TRIBU DES BRACKNAS, ET M. JULIEN
SCHMALTZ, COMMANDANT POUR LE ROI ET ADMINISTRATEUR DU SÉNÉGAL ET
DÉPENDANCES.

_20 mai 1819._


A la gloire du Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre, père
éternel de tous les êtres vivants.

Au nom et sous les auspices de S. M. T. C. le Roi de France et de
Navarre.

J. Schmaltz, Chev{r} de l'ord{re} Roy{l} mil{re} de Saint-Louis et de
l'ord{re} Roy{l} de la Lég. d'hon., Colonel, Commandant pour le Roi et
Administrateur du Sénégal et dépendances, d'une part;

Ahmedou, Roi de la tribu du Brackna, d'autre part;

Réunis à l'escale du Coq et confèrent sur les intérêts généraux tant
des établissements français du Sénégal que des maures et divers peuples
indigènes qui habitent les bords du fleuve;

Prenant en considération, d'une part, la conduite juste et
irréprochable tenue par Ahmedou envers les traitants de Saint-Louis,
depuis qu'il a succédé à Sidi Ély, son père, et la confiance qu'une
telle manière d'agir doit inspirer pour la suite; de l'autre, le grand
intérêt que ledit Ahmedou a de se conserver toujours et quoi qu'il
puisse arriver, en bonne intelligence avec les établissements français
du Sénégal et les immenses avantages qui résulteraient infailliblement
pour lui, son pays et ses sujets, si le système de colonisation projeté
sur la rive gauche du fleuve était en même temps exécuté sur le
territoire considérable et populeux qu'il possède sur la rive droite.

Et désirant établir entre eux une union inaltérable, une paix et une
amitié constante et ouvrir aussitôt qu'il se pourra des nouvelles
relations tendant à augmenter les ressources et la prospérité, tant
de la France que du pays occupé par les Bracknas, sont convenus des
articles suivants:


ARTICLE PREMIER.

Ahmedou, Roi de la tribu des Bracknas, promet et s'engage de favoriser
par tous les moyens qui seront en son pouvoir, la traite de gomme
qui se fait à son escale et tout autre commerce qui pourrait s'ouvrir
par la suite entre les sujets du Roi de France et les siens dans toute
l'étendue de son pays.


ARTICLE 2.

Les coutumes à payer par les bâtiments qui viendront en traite de gomme
resteront telles qu'elles ont été jusqu'à ce jour; et Ahmedou, Roi des
Bracknas, s'engage et promet de se conformer aux règlements que fera le
Commandant pour le Roi pour empêcher toute espèce fraude, et de veiller
de son côté à ce qu'ils soient strictement exécutés par ses sujets.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 3.

Dans aucun cas de discussion entre les traitants et lui, le Roi Ahmedou
n'arrêtera ni suspendra la traite, avant d'en avoir donné connaissance
au Commandant, pour le Roi, et d'avoir reçu sa réponse.


ARTICLE 4.

Chaque fois que les envoyés d'Ahmedou viendront au Sénégal pour les cas
prévus dans le livre des coutumes, ils recevront leurs vivres ainsi
qu'il a été réglé par les anciennes conventions.


ARTICLE 5.

Reconnaissant que sa principale richesse provient du commerce que les
Français viennent faire à son escale, n'ayant pas de plus grand intérêt
que de le conserver et voulant par-dessus toutes choses assurer pour
toujours la bonne intelligence qui existe entre eux et lui, Ahmedou,
Roi des Bracknas, s'engage et promet de garder franchement une pleine
et entière neutralité dans toutes les guerres où pourraient entrer les
habitants français du Sénégal, lorsqu'il ne serait pas appelé à les
assister ou que des considérations particulières ne lui permettraient
pas de se joindre à eux.


ARTICLE 6.

Ayant entendu parler des établissements de culture libre, que le
Gouvernement français se propose de former sur la rive gauche du fleuve
et des traités que le Commandant pour le Roi a déjà conclu avec le
Brack et les principaux chefs du pays de Walo, à ce sujet, sentant que
le commerce de la gomme, qui ne soutiendra qu'avec peine la concurrence
de produits plus précieux, ne peut suffire à un pays tel que celui
qu'il commande lequel s'étend, sur la rive droite, depuis Bakel
jusqu'au marigot de Guerer, frontière du pays de Fouta, pensant que vu
la fertilité du territoire, qui est la même que celui de l'île à morfil
et le grand nombre d'hommes qu'il peut fournir pour le cultiver, rien
ne serait plus important pour lui et ses sujets que de le mettre en
valeur et d'y retirer le commerce; Ahmedou, Roi des Bracknas, invite le
Commandant pour le Roi, à diriger sur son pays, des sujets du Roi de
France, pour y former conjointement et avec le secours des siens des
établissements de culture dans toutes les positions qui lui paraîtront
propres à les recevoir.


ARTICLE 7.

En conséquence de l'article ci-dessus, pour son exécution et dans la
vue de déterminer ledit Commandant pour le Roi à se rendre au vif désir
qu'il en a et aussitôt que ses autres entreprises les lui permettront,
Ahmedou, Roi des Bracknas, s'oblige et s'engage, dès à présent, à
céder, remettre et transporter à S. M. le Roi de France en toute
propriété et pour toujours toutes les portions de son territoire qui
paraîtront, au Commandant pour le Roi, propres à la formation de tous
les établissements de culture qu'il jugera à propos d'entreprendre par
la suite.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 8.

La tranquillité du pays et la sûreté des personnes et des propriétés
exigeant des mesures de protection suffisantes pour les mettre à l'abri
de toutes incursions de la part des peuples voisins, l'intention et
la bonté d'Ahmedou, Roi des Bracknas étant, en outre, du moment où
les Français s'établiront chez lui, de ne plus faire qu'avec eux, de
considérer leurs amis et ennemis comme les siens propres, de tenir
sévèrement la main à ce qu'il ne leur soit donné aucun motif de
mécontentement par ses sujets; il demande qu'il soit construit, dans
son pays, des forts, partout où ils seront jugés nécessaires par le
Commandant pour le Roi et qu'il y soit placé des garnisons qu'exigera
leur défense, se réservant d'y être reçu en toute circonstance où il
sera forcé de pourvoir à sa sûreté personnelle, par fait de guerre dans
son pays; et qu'il soit pourvu à sa subsistance pendant le séjour qu'il
y fera.


ARTICLE 9.

L'intention du Gouvernement français étant que tous les établissements
qu'il formera soient exploités par des bras libres, Ahmedou, Roi des
Bracknas, s'oblige et promet de faire concourir aux défrichements et
plantations des terres, ainsi qu'aux travaux de toute espèce desdits
établissements les cultivateurs soumis à son autorité et de les fournir
aux mêmes conditions que celles faites avec le pays de Walo dont on lui
a donné communication et dont il déclare avoir pleine connaissance.


ARTICLE 10.

En reconnaissance de la conduite juste et irréprochable, tenue
constamment, envers les habitants de Saint-Louis par Ahmedou, Roi des
Bracknas, et en retour des dispositions ci-dessus, de la neutralité
à laquelle il s'est obligé par le présent traité, ainsi que du désir
qu'il a témoigné de concourir aux vues du Gouvernement français et
des engagements qu'il a pris à cet égard; le Commandant pour le Roi,
s'engage et promet de traiter ledit Ahmedou, comme un ami distingué,
tant qu'il persistera dans sa conduite et ses intentions actuelles; de
lui rendre et lui payer les coutumes d'honneur ci-devant accordées à
Sidy Ély, son père, pour avoir contribué à la paix conclue avec le pays
de Fouta, le 4 juin 1806; laquelle sera exigible le 1er août prochain
et tous les ans désormais à pareille époque.


ARTICLE 11.

Et quant à ce qui concerne l'invitation par lui faite d'envoyer
des sujets français former des établissements de culture dans son
pays, de l'engagement qu'il a pris de céder toutes les portions de
son territoire qui seront jugées convenables et de fournir les bras
nécessaires à leur exploitation, etc., etc. Le Commandant pour le Roi
les accepte pour en profiter aussitôt que ces entreprises actuelles le
lui permettront;--s'engageant et promettant de lui accorder, en retour
de ses concessions une coutume qui sera fixée pour la traite qu'ils
passeront ensemble, avant de commencer les établissements et d'accorder
pour les travailleurs qui seront fournis les mêmes conditions qui ont
été faites avec Brack et les chefs du pays de Valo.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 12.

Les parties contractantes, de part et d'autre, promettent d'exécuter
finalement et de bonne foi tous les articles contenus et établis dans
le présent traité, sans faire ni souffrir qu'il y soit fait aucune
contravention directe ni indirecte, se garantissant généralement et
réciproquement toutes les stipulations y consenties.

Fait quintuple le 20 mai de l'an 1819 à bord du brick de S. M.
l'_Isère_ mouillé à l'escale du Coq, le tout arrêté et convenu en
présence de M. M. N. G. Courtois, chef de B{on} du génie et M.
Armand, enseigne des vaisseaux du Roi, l'un et l'autre choisis par le
Commandant pour le Roi; et des sieurs C. Potin et F. Pellegrin désignés
par Ahmedou, Roi des Bracknas; lesquels ont signé comme témoins avec
les parties.

_Signé_: COURTOIS et ARMAND.
_Signé_: J{n} SCHMALTZ.

    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE V

TRAITÉ CONCLU ENTRE LE GOUVERNEMENT DE FRANCE ET HAMET DOU, ROI DE
LA TRIBU DU BRACKNAS.

_25 Juin 1821._


A la gloire du Tout-Puissant, Créateur du Ciel et de la Terre et des
Mers, Père éternel de tous les êtres vivants.

Au nom et sous les auspices de S. M. très chrétienne, Roi de France et
de Navarre.

Louis-Jean-Baptiste Le Coupe, Chevalier de l'Ordre royal et militaire
de Saint-Louis et de l'Ordre royal de la Légion d'honneur, Capitaine
des vaisseaux du Roi, Commandant pour le Roi, et administrateur du
Sénégal et dépendances, d'une part.

Hamet Dou, Roi de la tribu du Bracknas, d'autre part.

Désirant établir entre eux une union inaltérable, une paix et une
amitié constantes, et ouvrir aussitôt qu'il se pourra de nouvelles
relations tenant à augmenter les ressources et la prospérité tant de la
France que du pays occupé par les Bracknas, sont convenus des articles
suivants:


ARTICLE PREMIER.

Hamet Dou, Roi de la tribu du Bracknas, promet et s'engage de
favoriser, par tous les moyens qui seront en son pouvoir, la traite de
la gomme qui se fait à son escale et tout autre commerce qui pourrait
s'ouvrir par la suite, entre les sujets du Roi de France et les siens,
dans toute l'étendue de son pays.


ARTICLE 2.

Les coutumes à payer par les bâtiments qui viendront en traite de gomme
resteront telles qu'elles ont été jusqu'à ce jour et Hamet Dou, Roi des
Bracknas, s'engage et promet de se conformer aux règlements qu'il fera
d'un commun accord avec le Commandant pour le Roi et administrateur
du Sénégal et dépendances pour empêcher toute espèce de fraude, et de
veiller, de son côté, à ce qu'ils soient strictement exécutés par ses
sujets.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 3.

En cas de mésintelligence entre le Gouverneur français et le pays de
Toro, le Roi Hamet Dou s'engage à transporter son escale à Souley
era, entre Bakolle et Faneye pour éviter que les bâtiments en traite ne
soient insultés par les habitants de ce même pays de Toro.


ARTICLE 4.

Dans un cas de discussion entre le Roi du Bracknas ou un de ses sujets
avec un traitant, la traite sera suspendue pour le traitant, et les
intérêts des deux parties seront discutés tant par le Roi des Bracknas
ou des envoyés que par la majorité des traitants présents à l'escale.
Dans le cas où l'avis de la majorité des traitants serait en faveur
du particulier qui aurait souffert de la suspension de la traite, ce
particulier indemnisé, soit par le Roi des Bracknas, soit par celui
de ses sujets qui aurait occasionné le différend; et l'indemnité sera
fixée conjointement entre les traitants et le Roi des Bracknas. Dans
le cas, au contraire, où la majorité des traitants serait d'un avis
favorable au Roi ou à ses sujets, le traitant condamné par cet avis
sera tenu d'un dédommagement fixé aussi par les traitants et le Roi des
Bracknas ou ses envoyés.


ARTICLE 5.

Chaque fois que les envoyés d'Hamet Dou viendront à Saint-Louis pour
les cas prévus dans le livre des coutumes, ils recevront leurs vivres
ainsi qu'il a été réglé par les anciennes conventions.


ARTICLE 6.

Reconnaissant que sa principale richesse provient du commerce que
les Français viennent faire à son escale, n'ayant pas de plus grand
intérêt que de le conserver et voulant par-dessus toute chose, assurer
pour toujours la bonne intelligence qui existe entre eux et lui: Hamet
Dou, Roi des Bracknas, s'engage et promet de garder franchement une
pleine et entière neutralité, dans toutes les guerres où pourront
entrer les sujets du Roi de France au Sénégal, lorsqu'il ne serait pas
appelé à les assister ou que des considérations particulières ne lui
permettraient pas à se joindre à eux.


ARTICLE 7.

Le Roi Hamet Dou promet et s'engage de respecter et faire respecter
par tous ses sujets, les terres et habitants du pays de Wallo; les
regardant comme faisant partie de l'île et habitants de Saint-Louis.
Il reconnaît et garantit en outre au Commandant pour le Roi et
Administrateur du Sénégal et dépendances tous les arrangements qu'il a
fait avec les chefs de ce pays et toutes les conciliations stipulées
par eux et le gouvernement français.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 8.

Le Roi Hamet Dou engage le Commandant pour le Roi et Administrateur
du Sénégal et dépendances à faire dans son pays des établissements de
culture: et lui concède à cet effet tous les terrains où il jugerait
convenable de former des habitations et de faire des lougans, lui
promettant d'y contribuer lui-même de tout son pouvoir, de les
défendre, respecter et faire respecter. Il promet, en outre, au
Gouvernement français d'élever des forts ou batteries pour la défense
et protection des habitants et lougans qui pourront se former par la
suite.


ARTICLE 9.

Le Roi Hamet Dou s'engage à favoriser de tout son pouvoir toutes
espèces de cultures, et particulièrement, celle du coton sur les
terres qui sont sous sa domination: il promet en outre d'engager et de
porter ses sujets à en cultiver et à en vendre aux bâtiments qui vont
traiter; et dans le cas où quelques-uns des Noirs déserteraient des
habitations qui pourront s'établir sur les terres qu'il concède ainsi
qu'il est exprimé dans l'article ci-dessus, le Roi Hamet Dou s'oblige
expressément à les faire ramener à leurs propriétaires sans aucune
rançon ni rachat.

En retour, le Gouvernement français s'oblige à rendre au Roi Hamet
Dou ceux de ses sujets ou captifs qui pourraient déserter sur les
possessions françaises.


ARTICLE 10.

Le Commandant pour le Roi et Administrateur du Sénégal et dépendances,
accepte au nom de S. M. le Roi de France les offres stipulées dans les
articles 8 et 9, par le Roi Hamet Dou; mais seulement pour en profiter
lorsque les circonstances le permettront, et il s'engage d'accorder en
retour de ces concessions, une coutume qui sera fixée par le traité
qu'ils feront ensemble avant le commencement de tous établissements
quelconques sur les terres du Roi Hamet Dou.


ARTICLE 11.

Moyennant l'exécution pleine et entière des conditions ci-dessus le
Commandant pour le Roi s'oblige à payer fidèlement les anciennes
coutumes consenties entre le Gouvernement français et les Bracknas et
fixées dans les livres des coutumes.

Le Commandant pour le Roi entend payer les coutumes à Saint-Louis tous
les ans à la fin de la traite. Dans le cas où la traite aurait été
suspendue ou n'avoir pas eu lieu par la faute des Bracknas les coutumes
seront supprimées pour chaque année où la traite aura manqué.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 12.

Le Roi Hamet Dou et le Commandant pour le Roi promettent d'exécuter,
fidèlement et de bonne foi, tous les articles contenus dans le présent
traité, sans faire ni souffrir qu'il y soit fait aucune contravention
directe ni indirecte, se garantissant réciproquement toutes les
stipulations qui sont consenties.

Fait à Saint-Louis, 25 juin 1821.

_Signé_: LE COUPE.

    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE VI

CONVENTION PASSÉE ENTRE AMEDOU OULD SIDY-ELLY, ROI DES BRACKNAS, ET
M. CAILLE, CAPITAINE AU 2E RÉGIMENT DE LA MARINE, REVÊTU DES POUVOIRS
DE M. LE GOUVERNEUR DU SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES.


  Savoir:

Attendu les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouve le
Sénégal par l'effet de la guerre, avec les gens de Fara Pinda et les
Trarzas, le Gouverneur du Sénégal et le Roi Amedou ne consultant que
la justice, tant pour les habitants du Sénégal que pour les marabouts
Bracknas, ont pris les arrangements suivants, qui ne serviront que pour
la traite de 1834, sans qu'ils puissent être invoqués pour toute autre
traite:

Il sera prélevé pour les coutumes d'Amedou:

    1º Une pièce de guinée par millier de gomme;

    2º Vingt pièces de guinée par cent milliers de gomme pour son
       ministre;

    3º Le présent annuel de 100 pièces de guinée aux 2/3 de la traite;

    4º Quatre bagatelles par cent milliers de gomme;

    5º Soupers du Roi ou du Ministre tous les jours, c'est-à-dire la
       bagane de kouskous.

Toutes ces coutumes seront prélevées pour cette traite seulement, sur
la quantité de gomme traitée et non sur le jaugeage des bâtiments, qui,
cette année, se rendront en trop grand nombre à l'Escale du Coq, à
cause de la fermeture des Escales du bas fleuve. Le Gouverneur ne veut
retrancher rien des coutumes du Roi Amedou, mais aussi il compte sur
l'équité de celui-ci pour qu'il n'exige pas non plus au delà de ce qui
lui revient. C'est d'après ce principe de justice qu'il a été décidé
que cette traite serait ainsi réglée, sans rien préjuger sur celle à
venir.

Les bâtiments du Sénégal seront escortés jusqu'à l'île de Mahouguesse
et aussitôt qu'ils auront dépassé cette île, Amedou garantit qu'il
ne leur sera fait aucun mal, se rendant responsable des avaries qui
pourraient provenir d'une attaque de qui que ce soit.

A l'ouverture de la traite il sera fait à Amedou une avance de 720
pièces de guinées qui devront être précomptées sur les premières gommes
traitées.

Les parties contractantes, de part et d'autre, promettent d'exécuter
fidèlement tout ce qui est contenu dans la présente convention, sans
faire ni souffrir qu'il y soit fait aucune contravention directe ni
indirecte: se garantissant généralement et réciproquement toutes les
stipulations y consenties.

Fait double le cinq mai mil huit cent trente-quatre, à bord de la
goélette de l'État l'_Aglaé_, mouillée devant le village de Podor,
le tout arrêté et convenu entre le Roi des Bracknas et M. Caille,
capitaine au 2e régiment de la marine, désigné par M. le Gouverneur du
Sénégal et dépendances.

  _Signés_: AMEDOU et CAILLE.



ANNEXE VII

ARRÊTÉ DU GOUVERNEUR DU SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES, TOUCHANT LA TRAITE DE
LA GOMME A L'ESCALE DES BRACKNAS.

1834.


SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES.

Nous Gouverneur du Sénégal et dépendances,

Vu la convention, passée le 5 du courant avec le Roi des Braknas,
touchant l'ouverture de la traite de la gomme;

Vu le projet d'association en participation qui a été discuté et
adopté, en notre présence, par les négociants et habitants appelés par
nous à cet effet;

Vu l'impossibilité où se trouveraient moitié des habitants de faire
aucune affaire dans cette escale, où ils n'ont point de relations, ce
qui pourrait entraîner la ruine de plusieurs d'entre eux;

Vu les circonstances exceptionnelles dans lesquelles se trouve la
colonie du Sénégal, lesquelles ne permettent pas de suivre les usages
ordinaires du commerce pour la traite des gommes,

Avons arrêté et arrêtons:


ARTICLE PREMIER.--La traite de la gomme sera ouverte à l'escale des
Braknas.


ART. 2.--Elle aura lieu par forme d'association et par parts égales
conformément au projet mentionné plus haut, auquel nous donnons notre
approbation.

Les personnes qui auront droit à prendre part à l'Association sont les
négociants inscrits au rôle des patentes; les habitants ayant fait la
traite pour leur compte pendant les trois dernières années.

Auront droit à une demi-part d'intérêt celles qui, pendant ces trois
mêmes années, auront fait la traite, mais pour compte d'autrui.


ART. 3.--Les personnes qui voudront s'intéresser dans la traite devront
se faire inscrire sur un registre ouvert à cet effet, dans les journées
de dimanche et de lundi 18 et 19 du courant, chez M. l'Administrateur
où l'on pourra prendre connaissance des règlements d'association pour
la présente année.


ART. 4.--Nous nous réservons de fixer plus tard le jour de l'ouverture
de la traite et de l'expédition des navires pour l'Escale.

Le présent sera enregistré à l'Administration et à l'Inspection, publié
et affiché partout où besoin sera.

  Saint-Louis, le 17 mai 1834.

  _Signé_: L. PUJOL.



ANNEXE VIII

ANNÉE 1839

TRAITÉ CONCLU ENTRE LE GOUVERNEUR DU SÉNÉGAL ET AMEDOU ROI DES
BRAKNAS.

_2 mai 1839._


A la gloire du Tout-Puissant, Créateur du ciel, de la terre et des
mers, Père éternel de tous les êtres vivants.

Charmasson, capitaine de vaisseau, officier de la Légion d'honneur,
Gouverneur du Sénégal et dépendances, d'une part,

Et Amedou Ould Sidi Ély, Roi des Braknas, d'autre part,

Désirant mettre un terme aux actes de violence exercés par les sujets
du Roi Amedou envers les traitants saisis en fraude de gomme, hors des
limites de l'escale du Coq,

Conviennent de ce qui suit:


ARTICLE PREMIER.

Tout traitant surpris en délit de fraude dans l'étendue du royaume des
Braknas, au-dessous d'Haleibey, paiera au Roi Amedou la coutume, sur
le même pied que les navires du même tonnage qui commercent légalement
aux escales. Cette coutume payée, il sera libre de continuer à traiter
à l'escale du Coq, et si l'escale était fermée, cette coutume comptera
pour la traite suivante.


ARTICLE 2.

Le Roi Amedou fera conduire le navire fraudeur au Commandant de
l'escale du Coq, et dans le cas où les escales seraient suspendues, il
le fera conduire au poste de Dagana.


ARTICLE 3.

L'embargo ne pourra être mis et la coutume perçue que par le ministre
du Roi.


ARTICLE 4.

Tout bâtiment arrêté par l'autorité française et convaincu par elle
d'avoir fait en fraude le commerce de gomme sur les côtes du royaume
des Braknas au-dessous d'Haleibey, sera tenu de prendre escale au Coq.


ARTICLE 5.

Le Roi Amedou ayant à cœur d'entretenir la bonne intelligence qui
règne entre le Sénégal et les Braknas, s'engage à faire payer au double
de leur valeur tous les pillages commis sur des bâtiments français
ainsi que les dommages qui leur auraient été causés par ses sujets.


Fait quadruple à bord du bateau à vapeur l'_Érèbe_, devant l'escale du
Coq, le 9 mai 1839.

  _Signé_: CHARMASSON et AMEDOU.

    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE IX


  PORT DE SAINT-LOUIS                                       ANNÉE 1840

  _Duplicata_            SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES.

                       _DEMANDE AU MAGASIN GÉNÉRAL_
                        Par le Bureau de la Mairie;

    Pour la coutume du roi et des princes de la tribu des Bracnas.
    Pour l'année _mil huit cent quarante_. Je dis: pour l'année 1840.

   Quantité
  en chiffres.     DÉSIGNATION DES OBJETS

               A AMEDOU, chef des Bracnas.

       54      Guinée bleue, cinquante-quatre pièces.
        8      Platilles, huit pièces.
        6      Fusils de traite, six.
        1      Mousseline, une pièce de 14 mètres 26 centimètres.
    14 m. 28   Écarlate, quatorze mètres vingt-huit centimètres.
        1      Pistolet fin, une paire.
  14 kgr. 670  Poudre à feu, quatorze kilogrammes six cent soixante-dix
                 grammes.
        1      Fusil à deux coups, nº 5, un.
      200      Pierres à feu, deux cents.
      200      Balles de plomb, deux cents.
       11      Fers longs, onze barres.
        1      Cuivre, un bassin.
       30      Piastres (Gourdes), trente.
        1      Coffre ferré, un.
       12      Loquis ou autres verroteries, douze fillières.
        1      Ambre, une fillière de cornaline nº 2.

               A AMEDOU, pour lui tenir lieu de vivres lorsqu'il est à
                 Podor, par an.

        8      Guinée bleue, huit pièces.

               A SIDY ELY, père d'AMEDOU, coutume accordée le 4 juin
                 1806, et maintenue par le traité passé avec AMEDOU,
                 en mai 1810.

       10      Guinée bleue, dix pièces.
        1      Fusil à deux coups, nº 3, un.
        1      Pistolet fin, une paire.
     4 m. 75   Écarlate, quatre mètres soixante-quinze centimètres.
        1      Mousseline, une pièce de 14 mètres 28 centimètres.
   0 kgr. 84   Ambre nº 3 ou 4, quatre-vingt-quatre grammes.
        4      Piastres (Gourdes), quatre.
   0 kgr. 183  Corail nº 3 ou 4, cent quatre-vingt-trois grammes.

  Saint-Louis, le 8 avril 1840.

  _Le Maire de Saint-Louis_,
    X.

  Vu: _l'Ordonnateur_,
    X.

  Vu: _l'Inspecteur Colonial_,
    vingt-cinq articles,
    X.

  Approuvé: _le Gouverneur_,
    CHARMASSON.



ANNEXE X

TRAITÉ DE PAIX ENTRE LE ROI DES TRARZA ET LE ROI DES BRAKNA (1864).


Sidi-ould-Mohamed-el-Habib, roi des Trarza, représenté par
Chems-Mohamedoun-Fal et Ahmed-ould-Braïk, et Sidi Ely, roi des
Brakna, représenté par Djidna et Rachid, désirant mettre un terme aux
hostilités qui les divisent, sont convenus de ce qui suit:


ARTICLE PREMIER.--Sidi Ely s'engage à donner au roi des Trarza 250
pièces de guinée ou leur valeur en bœufs, chevaux ou tous autres
objets.


ART. 2.--A cette condition, le roi des Trarza accorde la paix à Sidi
Ely, le reconnaît comme seul roi des Brakna, et s'engage à respecter et
à faire respecter par ses tribus les sujets et le territoire de ce chef.


ART. 3.--Sidi Ely, reconnaissant que le bon vouloir du roi des Trarza
lui est nécessaire pour protéger le commerce des gommes qui se fait à
l'escale de Podor, consent à ce qu'un quart des droits perçus à son
profit, sur ce point, soit payé au roi des Trarza.


ART. 4.--Le roi des Trarza, de son côté, s'engage à laisser les
caravanes se diriger librement, soit sur Podor, soit sur Dagana, et à
assurer la sécurité des routes depuis Raz-el-Kara jusqu'aux limites de
son territoire dans l'Ouest.

Il accepte également dans ces limites, c'est-à-dire jusqu'à Podor,
à l'égard du Gouvernement français, la responsabilité de tous les
pillages qui seraient commis sur la rive gauche, soit par des Trarza,
soit par des Brakna.

Suivent les signatures des fondés de pouvoirs;

CHEMS-MOHAMEDOUN-FAL et AHMED-OULD-BRAÏK, pour le roi des Trarza;

DJIDNA et RACHID, pour le roi des Brakna.


Le Gouverneur du Sénégal consent à la cession faite aux conditions
ci-dessus, par le roi des Brakna au roi des Trarza, du quart du droit
perçu sur les gommes à Podor. Cette partie du droit sera livrée
directement par le commandant de Dagana au roi des Trarza ou à son
fondé de pouvoirs.



ANNEXE XI

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE DE L'EMIR SIDI ELI Ier (1817).


    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE XII

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE DE L'EMIR AHMEDDOU Ier OULD SIDI ELI (1818).


    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE XIII

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE DE L'EMIR MOHAMMED RÂJEL (1849).


    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE XIV

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE DE L'EMIR MOHAMMED SIDI (1855).


    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE XV

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE DE L'EMIR DES DIEÏDIBA A FAIDHERBE (JUIN 1858).


    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE XVI

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE COLLECTIVE DES TRIBUS MARABOUTIQUES DU BRAKNA
A FAIDHERBE (1859).


    [Illustration: texte arabe.]


ANNEXE XVI _bis_

_Traduction._


  DOUAÏCH, TADJACANT, MESSOUMA, TORKOS, TAGATH, OULAD-ABIEYRI,
    TÉNOUADJIOU, KOUNTA ET OULAD-SIDI-AHMET-BOU-HADJAR AU GOUVERNEUR
    DU SÉNÉGAL.

Nous envoyons vers vous pour vous prier de nous faire restituer par
les gens du Toro ce qu'ils ont pillé à notre caravane et de leur faire
payer le prix du sang des nôtres qui ont été tués sans motif l'année
dernière. On nous a pris 1.000 pièces de guinée et 65 bœufs porteurs.
Nous avons eu 2 hommes tués et 2 blessés.

Ceux qui ont commis ce pillage sont les gens d'Aloar, de Diama et de
Ngamadji.

Nous vous prions de recevoir favorablement le porteur de cette lettre.

Nous pensons être liés d'une plus étroite amitié avec vous que les gens
du Djioloff, pour la cause desquels vous êtes tombés sur les Oulad Siid
(Brakna) lorsque ces derniers ont pillé leurs troupeaux.

Rappelez-vous que nous n'avons pas cessé d'être vos amis pendant la
guerre entre vous, les Trarza et les Oulad-Abdallah (Brakna), que nous
n'avons pas cessé de vous vendre notre gomme, nos bœufs, nos chevaux,
notre beurre et nos dattes.

Le poète a dit:

«Un ambassadeur qui va trouver Hakim-ben-el-Mousili ne retourne pas les
mains vides.»

Un autre a dit:

«Les chameaux se sont plaint de vous parce qu'ils ont passé beaucoup de
montagnes et déserts pour arriver à vous.»

Et un autre:

«En allant vous trouver on marche légèrement et en retournant on marche
lourdement chargé.»

Celui qui écrit cette lettre est le nommé
Sidi-el-Mokhtar-ben-Sidi-Mohammed.

Vous donnerez à celui de vos agents qui s'occupera de nous faire
restituer notre bien, la partie que vous voudrez de ces biens.

  (Traduction locale, 1859.)



ANNEXE XVII

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE ET DU CACHET DE L'EMIR SIDI ELI II
OULD AHMEDDOU (1857).


    [Illustration: texte arabe.]

    [Illustration: cachet.]



ANNEXE XVIII

FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE DU PRÉTENDANT MOHAMMED AL-HABIB
OULD MOKHTAR SIDI (1864).


    [Illustration: texte arabe.]



ANNEXE XIX

CARTES SCHÉMATIQUES DU BRAKNA.--RÉPARTITION PAR TRIBUS DES
TERRAINS DE PARCOURS.


    [Illustration: carte.]



ANNEXE XX

CARTE ADMINISTRATIVE DU BRAKNA.


    [Illustration: carte.]



ANNEXE XXI

BIBLIOGRAPHIE.


_Annales Sénégalaises._

_Annuaires du Sénégal._

_Archives du Gouvernement Général_, à Dakar, et du Commissariat de la
Mauritanie, à Saint-Louis.

_Archives du Brakna et du Chamama_, notamment une notice historique sur
les tribus du Brakna par le lieutenant Duboc, 1908; une monographie de
la résidence d'Aleg par le capitaine Bonnaud, 1912; une monographie de
la résidence de Boghé par l'administrateur-adjoint Mère, 1912.

BASSET (René).--_Recherches historiques sur les Maures._

BOURREL.--_Voyage dans le pays des Maures Brakna_, in _Revue algérienne
et coloniale_.

CULTRU.--_Histoire du Sénégal._

DELAFOSSE.--_Haut-Sénégal-Niger._

DELAFOSSE et GADEN.--_Chroniques du Fouta Sénégalais._

DURAND.--_Voyage au Sénégal._

FAIDHERBE.--_Le Sénégal._

GOLBERRY.--_Fragments d'un voyage en Afrique._

ISMAËL HAMET.--_Chroniques de la Mauritanie sénégalaise._

LABARTHE.--LA JAILLE.--_Voyage au Sénégal._

LABAT (le P.).--_Nouvelle relation de l'Afrique occidentale._

LE MAIRE.--_Les Voyages du sieur Le Maire aux îles Canaries, etc._

MARTY (Paul).--_Études sur l'Islam maure._

  ----         _L'Émirat des Trarza._

MODAT (Commandant).--_Monographie de l'Adrar._

POULET.--_Les Maures de l'A. O. F._

SAUGNIER.--_Relation de plusieurs voyages faits à la Côte d'Afrique._

WALCKENAËR.--_Histoire générale des voyages._ 21 volumes. _Afrique
occidentale._ Vol. I-XIII.

Renseignements fournis par M. le Colonel Gaden, Commissaire du
Gouverneur général en Mauritanie; par MM. les lieutenants Bouron
(1916-1917), et Bayart (1917-1919), commandant le cercle du Brakna;
par MM. les Administrateurs Mère (1912-1913) et Trônot (1917-1919),
commandant le Chamama.



TABLE DES MATIÈRES


  LIVRE PREMIER
  =Histoire générale.=

                                                                  Pages.
  CHAPITRE  Ier.--Les origines. Invasions berbères (_Çanhadja_)
                    et arabes (_Hassanes_)                             1
    ----     II.--La domination des Hassanes Oulad Rizg
                    (XVe siècle)                                       7
    ----    III.--La domination des Oulad Mbarek (XVIe siècle)         9
    ----     IV.--Les origines des Brakna                             12
    ----      V.--La guerre de Babbah et les imams berbères           17
    ----     VI.--La branche aînée des émirs brakna: Oulad Normach    20
    ----    VII.--La branche cadette des émirs brakna: Oulad Siyed    35
                  1.--Mohammed ould Mokhtar (1766, † vers 1800)       35
                  2.--Sidi Eli Ier (vers 1800, † vers 1818)           41
                  3.--Ahmeddou Ier (1818-1841)                        43
                  4.--Mokhtar Sidi (1841-1843)                        53
                  5.--Mohammed Râjel (1842-1851)                      57
                  6.--Mohammed Sidi (1851-1858)                       64
                  7.--Sidi Eli II (1858, † 1893)                      72
                  8.--Ahmeddou II (1893-1903)                         83
    ----   VIII.--L'occupation française                              93


  LIVRE II
  =Chroniques et fractionnement des tribus.=

  AVANT-PROPOS                                                       109
  CHAPITRE  Ier.--_Oulad Normach_                                    112
                  1.--Historique                                     112
                  2.--Fractionnement                                 120
                        Normach nobles                               122
                        Haratines Normach                            124
                        Tiab Normach                                 124
    ----     II.--_Oulad Siyed_                                      127
                  1.--Historique                                     128
                  2.--Fractionnement                                 133
                        Oulad Siyed nobles                           133
                        Oulad Mansour nobles                         135
                        Haratines Oulad Siyed et Oulad Mansour       136
                        Haratines Tanak                              136
                        Arallen                                      137
                        Ahel Ghaïta, Azafal et Igdala                138
    ----    III.--_Oulad Ahmed_                                      142
                  1.--Historique                                     142
                  2.--Fractionnement                                 151
    ----     IV.--_Dieïdiba_                                         154
                  1.--Historique                                     154
                  2.--Chroniques et fractionnement des Dieïdiba      159
                        Id ag Fara Brahim                            159
                        Id ag Fara                                   163
                        Ahel Agd Ammi                                169
                        Ahel Mohammedden Othman                      170
                        Id Ayank                                     171
                        Asbat Negza                                  171
    ----      V.--_Zemarig_                                          176
                  1.--Historique                                     176
                  2.--Fractionnement                                 178
    ----     VI.--_Kounta_                                           182
                  1.--Historique                                     182
                        A. Source Tagant                             182
                             Les Oulad Bou Sif                       183
                             Les Meterambrin                         184
                        B. Source Hodh-Azaouad                       187
                             Les Ahel Cheikh                         187
                  2.--Fractionnement                                 190
                        A. Oulad Bou Sif Blancs                      190
                        B. Oulad Bou Sif Noirs                       193
                        C. Meterambrin                               195
                        D. Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar                198
                  ANNEXE.--Tableau généalogique des Ahel Cheikh
                    (Kounta) du Brakna                               202
    ----    VII.--_Torkoz_                                           203
                  1.--Historique                                     203
                  2.--Fractionnement                                 207
                  3.--Vie religieuse                                 210
    ----   VIII.--_Hijaj_                                            214
                  1.--Historique                                     214
                  2.--Fractionnement                                 218
    ----     IX.--_Id Eïlik_                                         222
                  1.--Historique                                     222
                  2.--Fractionnement                                 226
                  3.--La vie religieuse                              227
    ----      X.--_Id ag Jemouella_                                  230
                  1.--Historique                                     230
                  2.--Fractionnement                                 233
                  ANNEXE.--Poème généalogique des Id ag Jemouella    237
    ----     XI.--_Tagat_                                            239
                  1.--Historique                                     239
                  2.--Fractionnement                                 245
                  3.--La vie religieuse                              248
    ----    XII.--_Tolba Tanak_                                      253
    ----   XIII.--_Ahel Gasri_                                       256
    ----    XIV.--_Draouat_                                          258
    ----     XV.--_Tachomcha_                                        260
    ----    XVI.--_Behaïhat_                                         261
                  1.--Historique                                     261
                  2.--Fractionnement                                 263
    ----   XVII.--_Soubâk_                                           266
                  ANNEXE.--Poème sur la jeune fille Soubâk           271
    ----  XVIII.--_Toumodek_                                         272
                  1.--Historique                                     272
                  2.--Fractionnement                                 275
                  ANNEXE.--Généalogie des Toumodek                   276
                        A. Les Ahel Baye                             276
                        B. Les Ahel Al-Hadi                          277
    ----    XIX.--_Tabouit_                                          278
    ----     XX.--_Touabir_                                          280
                  1.--Historique                                     280
                  2.--Fractionnement                                 283
                        A. Oulad Yarra                               283
                        B. Oulad M'haïmdat                           284
    ----    XXI.--_Dabaï d'Aleg_                                     287


  LIVRE III
  =Le Chamama.=

  CHAPITRE  Ier.--Notes géographiques                                289
    ----     II.--L'Islam noir                                       292
    ----    III.--Fractions maures                                   306


  LIVRE IV
  =Coutumes sociales et politiques.=

  CHAPITRE  Ier.--La justice                                         313
    ----     II.--Les impôts                                         315
    ----    III.--Les redevances coutumières                         323
    ----     IV.--Les Haratines                                      335
    ----      V.--La gomme                                           341


  ANNEXES

              I.--10 mai 1785.--Traité avec le roi Ahmed Mokhtar
                    pour la traite de la gomme, captifs, etc.
                    (Textes français et arabe)                       348
             II.--14 ventôse an VII.--Délibération au sujet des
                    préparatifs de guerre du chef de la tribu des
                    Braknas                                          361
            III.--7 juin 1810.--Traité passé entre le
                    lieutenant-gouverneur Maxwell et Sidi Ély,
                    chef d'une tribu des Bracknas                    362
             IV.--20 mai 1819.--Traité avec Ahmed Dou, roi de la
                    tribu des Bracknas, et M. Julien Schmaltz,
                    commandant pour le roi et administrateur du
                    Sénégal et dépendances (Textes français et
                    arabe)                                           364
              V.--25 juin 1821.--Traité conclu entre le
                    Gouvernement de France et Hamet Dou, roi de la
                    tribu du Bracknas (Textes français et arabe)     374
             VI.--Convention passée entre Amedou Ould Sidi-Elly,
                    Roi des Bracknas, et M. Caille, capitaine au
                    2e régiment de la marine (5 mai 1834)            382
            VII.--1834.--Arrêté du Gouverneur du Sénégal et
                    dépendances, touchant la traite de la gomme à
                    l'escale des Bracknas (17 mai 1834)              384
           VIII.--Année 1839.--Traité conclu entre le Gouverneur
                    du Sénégal et Amedou Roi des Braknas (Textes
                    français et arabe) (2 mai 1839)                  386
             IX.--Demande au Magasin général par le Bureau de la
                    Mairie, pour la coutume du roi et des princes
                    de la tribu des Bracnas pour l'année 1840        389
              X.--Traité de paix entre le Roi des Trarza et le
                    Roi des Brakna (1864)                            391
             XI.--Fac-similé d'une lettre de l'Emir Sidi Eli Ier
                    (1817)                                           392
            XII.--Fac-similé d'une lettre de l'Emir Ahmeddou Ier
                    ould Sidi Eli (1818)                             392
           XIII.--Fac-similé d'une lettre de l'Emir Mohammed
                    Râjel (1849)                                     392
            XIV.--Fac-similé d'une lettre de l'Emir Mohammed Sidi
                    (1855)                                           392
             XV.--Fac-similé d'une lettre de l'Emir des Dieïdiba
                    à Faidherbe (juin 1858)                          392
            XVI.--Fac-similé d'une lettre collective des tribus
                    maraboutiques du Brakna à Faidherbe (1859)
                    (Textes français et arabe)                       392
           XVII.--Fac-similé d'une lettre et du cachet de l'Emir
                    Sidi Eli II ould Ahmeddou (1857)                 392
          XVIII.--Fac-similé d'une lettre du prétendant Mohammed
                    Al-Habib ould Mokhtar Sidi (1864)                392
            XIX.--Cartes schématiques du Brakna.--Répartition par
                    tribus des terrains de parcours                  393
             XX.--Carte administrative du Brakna                     394
            XXI.--Bibliographie                                      395



TABLE DES ILLUSTRATIONS


                                                                  Pages.
  Jeune fille brakna                                                   2
  La mosquée d'Aleg                                                  111
  Cheikh M'hammed ould Bekkaï, chef des Ahel Cheikh, et Dida,
    Cadi supérieur des Brakna                                        167
  Poème généalogique des Id ag Jemouella                             237
  Mahfoudh, Fils de Cheikh Saad Bouh                                 254
  Poème sur la jeune fille Soubâk (_texte arabe_)                    271
  Dames maures en déplacement                                        322
  Traité avec le roi Ahmed Mokhtar pour la traite de la gomme,
    captifs, etc. (_texte arabe_)                                    349
  Traité avec Ahmed Dou, roi de la tribu des Bracknas, et M.
  Julien Schmaltz, commandant pour le roi et administrateur du
  Sénégal et dépendances (_texte arabe_)                             365
  Traité conclu entre le Gouvernement de France et Hamet Dou, Roi
    de la tribu du Bracknas (_texte arabe_)                          375
  Traité conclu entre le gouverneur du Sénégal et Amedou, Roi des
    Braknas (_texte arabe_)                                          387
  Fac-similé d'une lettre de l'Emir Sidi Eli Ier (1817)              392
    ----        ----      de l'Emir Ahmeddou Ier ould Sidi Eli
                            (1818)                                   392
    ----        ----      de l'Emir Mohammed Râjel (1849)            392
    ----        ----      de l'Emir Mohammed Sidi (1855)             392
    ----        ----      de l'Emir des Dieïdiba à Faidherbe
                            (juin 1858)                              392
    ----        ----      collective des tribus maraboutiques du
                            Brakna à Faidherbe                       392
  Fac-similé d'une lettre et du cachet de l'Emir Sidi Eli II ould
    Ahmeddou (1857)                                                  392
  Fac-similé d'une lettre du prétendant Mohammed Al-Habib ould
    Mokhtar Sidi (1864)                                              392
  Cartes schématiques du Brakna.--Répartition par tribus des
    terrains de parcours                                             393
  Carte administrative du Brakna                                     395


              5049.--Tours, Imprimerie E. ARRAULT et Cie.



                     MISSION SCIENTIFIQUE DU MAROC

                        REVUE DU MONDE MUSULMAN

            =Publiée sous la direction de=: A. LE CHATELIER

                           CONSEIL TECHNIQUE:

        MM. A. CABATON.--H. CORDIER.--M. DELAFOSSE.--Cl. HUART.
       P. MARTY.--E. MICHAUX-BELLAIRE.--J. VINSON.--A. VISSIÈRE.

                    L. BOUVAT, _secrétaire général_.
                       L. MASSIGNON, _directeur_.

      Adresser toutes les communications relatives à la rédaction
           à M. LOUIS MASSIGNON, 21, rue Monsieur, Paris-VIIe.

                        _Abonnements et vente_:

           =Éditions Ernest Leroux=, _28, rue Bonaparte, 28_.


    _La publication de la_ Revue du Monde Musulman _avait été
    ralentie par la guerre. Le volume XXXVII clôt cette période.
    L'année 1920 comprend cinq volumes: le volume XXXVIII pour le
    premier trimestre, et les volumes XXXIX à XLII pour 1920._

    _L'année 1921 a repris avec six volumes: un volume tous les deux
    mois._

    _A la_ Revue du Monde Musulman _proprement dite, s'ajoute la_
    Collection de la Revue, _recueil de ses tirages à part, et
    des mémoires originaux trop importants pour trouver place dans la_
    Revue.


                 _REVUE DU MONDE MUSULMAN_, 1907-1920.

  41 volumes in-8, avec de très nombreuses illustrations
    et cartes. La collection complète (quelques exemplaires
    seulement)                                                 1.000 fr.

  Un volume séparément                                            25 fr.


               COLLECTION DE LA _REVUE DU MONDE MUSULMAN_

        Environ 40 volumes ou brochures in-8, en partie épuisés,
                      parus de 1907 à 1920, dont:

  DELAFOSSE (M.) et GADEN (H.). =Chroniques du Fouta
    Sénégalais=, par Siré-Abbas-Soh. Traduction française
    avec notes et glossaire (cartes)                           12 fr.  »
  DEMORGNY (G.). =Les Institutions de la police en Perse=       3 fr. 50
    ----         =Les Institutions financières en Perse=        5 fr.  »
  GADEN (H.). =Le Poular, dialecte peul du Sénégal=.
              Tome Ier: I. Étude morphologique. II. Textes     15 fr.  »
              Tome II: III. Lexique poular-français            10 fr.  »
  GASSITA (R.). =L'Islam à l'île Maurice= (fig.)                2 fr. 50
  HAKKI BEY. =De Stamboul à Bagdad=. Notes d'un homme d'Etat
               turc                                             3 fr.  »
  MONTEIL (C.). =Les Khassonké=. Monographie d'une peuplade
                  du Soudan français. Un fort vol. avec
                  carte et fig.                                15 fr.  »
  =Musulmans (Les) français et la guerre=. Adresses et
    témoignages de fidélité des chefs musulmans et de
    personnages religieux. Textes en fac-similé et traductions
    ----     I. Afrique Occidentale                             4 fr.  »
    ----    II. Algérie et Tunisie                              3 fr. 50
    ----   III. Maroc                                           3 fr.  »
  RABINO (H.-L.). =Les Anciens Sports au Guilan= (6 pl.)        2 fr. 50
    ----          =Les Tribus du Louristan=. Médailles des
                    Qâdjârs (2 pl.)                             2 fr. 50
    ---- et LAFONT (F.-D.). =Notes sur la Perse=. Culture de
                              la gourde à ghaliân, en Guilan
                              et en Mazenderan                  2 fr.  »
    ----                    Culture de la canne à sucre en
                              Mazanderan (pl. et fig.)          2 fr.  »
  =Salut (Le) au drapeau=. Témoignages de loyalisme des
    Musulmans français. I. Algérie. Textes en fac-similé et
    traduction, avec 20 portraits hors texte                    5 fr.  »
  =Honour to the Flag= (_Traduction anglaise avec portrait de
    Lord Kitchener_)                                            5 fr.  »
  =Pripiet Znameni= (_Traduction russe_)                        5 fr.  »
  VISSIÈRE (A.). =Études sino-mahométanes=, 2 vol. avec fig.
    Chacun                                                      7 fr. 50


                          ARCHIVES MAROCAINES

  Tomes I à VIII. =Mélanges=. 8 volumes in-8.
    T. Ier. BESNIER, _Géographie ancienne du Maroc_.--T. II
    MICHAUX-BELLAIRE et SALMON, _El-Qçar El-Kebir_. _Une ville de
    province au Maroc septentrional_ (avec 1 carte et 7 planches).--T.
    III. SALMON, _Les Chorfa Filala et Djebala de Fès_.--T. IV, V,
    VI et VII. MICHAUX-BELLAIRE et SALMON, _Les tribus arabes de la
    vallée du Lekkoûs_.--JOLY, XICLUNA et MERCIER, _Tétouan_ (avec
    planches et illustrations).--N. SLOUSCH, _Étude sur l'histoire
    des Juifs au Maroc_.--T. VIII, COUFOURIER, _Chronique de Moulay
    El-Hasan_.--SALMON, _Noms de plantes en arabe et en berbère_. Etc.,
    etc.

  IX, X. =Kitab Elistiqsa=. Quatrième partie. Chronique de la dynastie
    alaouie du Maroc (1631-1894), traduite par EUGÈNE FUMEY, premier
    drogman de la Légation de France au Maroc. 2 vol. in-8.

  XI. =Mémoires divers=. In-8, fig.

  MICHAUX-BELLAIRE: Les Musulmans d'Algérie au Maroc.--L'organisation
    des finances au Maroc.--Description de la ville de Fès.--BLANC:
    Khorâfa d'Ali Ch-Châtar, etc.

  XII, XIII. =La Pierre de Touche des Fétwas= de Ahmad Al-Wanscharîsî.
    Choix de consultations juridiques des Faqih du Maghreb, traduites ou
    analysées par ÉMILE AMAR. I. Statut personnel. II. Statut réel, 2
    volumes in-8.

  XIV. =Hébræo-Phéniciens et Judeo-Berbères=. Introduction à l'histoire
    des Juifs et du Judaïsme en Afrique, par N. SLOUSCH. In-8.

  XV. =Mélanges=. Un volume en 3 fascicules. In-8.

  Le fasc. III comprend: _Touhfat al-Qouddât bi bad Masa'il ar-Rouât_
    (Recueil des questions relatives aux bergers et décisions prises sur
    ces questions par un grand nombre de jurisconsultes). Par le Faqîh
    AL-MALOUY. Texte arabe et traduction par MICHAUX-BELLAIRE, MARTIN et
    PAQUIGNON.

  XVI. =Al Fakhrî. Histoire des dynasties musulmanes=, depuis la mort
    de Mahomet jusqu'à la chute du Khalifat Abbâsîde de Baghdâd (11-656
    de l'Hégire=632-1258 de J.-C.), par Ibn At-Tiqtaqâ. Traduit de
    l'arabe et annoté par Émile AMAR. In-8.

  XVII. =Quelques tribus de montagne de la région du Habt=, par
    MICHAUX-BELLAIRE. Un volume in-8, fig.

  XVIII. =Mélanges=. Un volume in-8, planches.

  A. PÉRETIÉ: Le Raïs El-Khadir Ghaïlan.--Les Medrasas de Fès.--A.
    JOLY: L'industrie à Tétouan.--S. BIARNAY et PÉRETIÉ: Recherches
    archéologiques au Maroc.

  XIX. =La Daouhat an-Nâchir=, d'Ibn 'Askai. Sur les vertus éminentes
    des chaikhs du Maghrib au dixième siècle. Traduction de A. GRAULLE.
    In-8.

  XX. =Le Gharb=, par MICHAUX-BELLAIRE. In-8, 60 planches et tableaux.

  XXI. Nachr al-Mathânî de Mouhammad Al-Qâdiri, traduite par A. GRAULLE
    et P. MAILLARD. Tome Ier. In-8.

  XXII, XXIII. =Les Habous de Tanger=. Registre officiel d'actes et de
    documents. I. Texte arabe reproduit en fac-similé. II. Analyses et
    extraits, par MICHAUX-BELLAIRE et A. GRAULLE. 2 vol. in-8.

  XXIV. =Nachr al-Mathâni de Mouhammad Al-Qâdirî=, traduite par
    MICHAUX-BELLAIRE. Tome II. In-8.


                       VILLES ET TRIBUS DU MAROC

  Vol I et II. =Casablanca et la Chaouïa=. 2 vol. in-8, fig.
    Vol. I. Introduction.--Le pays.--Casablanca.--Les Chaouïa.
      --Appendices. In-8º                                         20 fr.
    Vol. II. Les tribus.--Casablanca-banlieue.--Mediouna.--Oulâd
      Ziyân.--Zenata.--Ziyaïda.--Oulâd Hâriz.--Mdhakra et Oulâd
      Ali-Mzâb et A'châch (Qaçba Ben Ahmed).--Oulâd Saïd.--Settat
      et ses tribus (Mzamza.--Oulâd Bou Ziri.--Oulâd Sidi Ben
      Dâoud).--Appendices. In-8º                                  20 fr.

  Vol. III. =Rabat et sa région=. T. Ier. LES VILLES AVANT LA
    CONQUÊTE. In-8º, fig.
    Première partie. Histoire. I. Les villes et la région.--II.
    Histoire politique et administrative.--III. Relations
    commerciales de Salé avec l'Europe.--Deuxième partie.
    Description. Rabat.--Banlieue.--Salé.--Banlieue de Salé.
    Mehediya. In-8º                                               20 fr.

  Vol. IV. =Rabat et sa région=. T. II. LES VILLES APRÈS LA
    CONQUÊTE. In 8-º, fig.
    Organisation du protectorat.--Rabat, la ville
    européenne.--Salé.--Qenitra.--Appendice. In-8º                20 fr.

  Vol. V. =Rabat et sa région=. T. III. LES TRIBUS. In-8º, fig.
    Historique.--Les tribus.--Zaer.--Zemmour.--Beni
    Ahsen.--Cherada. In-8º                                        20 fr.

  Vol. VI. =Rabat et sa région=. T. IV. LE GHARB (LES DJEBALA).
    In-8º, fig.
    Le Gharb (sofyan et Beni Malek).--Khlot et Tliq.--Tableaux
    de commandement du Gharb.--Les tribus des Djebala. Les
    tribus administrées des Djebala.--Ouezzan.--Généalogie
    des Chorfa d'Ouezzan.--Marche des Djebala.--Documents
    statistiques. In-8º                                           20 fr.

  Vol. VII. =Tanger et sa zone=. In.-8º                           30 fr.


               EDITIONS ERNEST LEROUX, 28, RUE BONAPARTE

                        ŒUVRES DE M. PAUL MARTY

        (_Revue du Monde Musulman_ et collection de la _Revue_)

  Vol. I.--=L'Islam en Mauritanie et en Sénégal=. 1915-1916,
    in-8, 483 p. avec figures                                  25 fr.  »

    La politique indigène du Gouverneur Général Ponty.--Cheikh
    Sidïa et sa «Voie».--Les Fadelïa.--Les Ida Ou Ali, Chorfa
    Tidianïa de Mauritanie.--Les groupements tidianïa dérivés
    d'Al-Hadj Omar (Tidianïa Toucouleurs).--Le groupement tidiani
    d'Al-Hadj Malik (Tidianïa Ouolofs).--Le groupement de Bou
    Kounta.--Les Mandingues, élément islamisé de Casamance.--Chérif
    Younous de Casamance.

  Vol. II et III.--=Études sur l'Islam au Sénégal=. 1917, 2 vol. in-8.

    T. Ier. LES PERSONNES.--De l'influence religieuse des cheikhs
    maures au Sénégal.--Les groupements tidianis dérivés d'Al-Hadj
    Omar (Tidianïa Toucouleurs).--Le groupement tidiani d'Al-Hadj
    Malik (Tidianïa Ouolofs).--Les Mourides d'Amadou Bamba.--Le
    groupement de Bou Kounta.--Les Mandingues, élément islamisé de
    Casamance.--Chérif Younous de Casamance. 483 p., fig.      25 fr.  »

    T. II. LES DOCTRINES ET LES INSTITUTIONS.--Les doctrines
    et la morale religieuse.--Les mosquées, sanctuaires et
    lieux de prière.--Les écoles maraboutiques.--La Médersa
    de Saint-Louis.--Rites et pratiques.--L'Islam dans les
    institutions juridiques, les coutumes sociales, le domaine
    économique. 444 p., fig.                                   25 fr.  »

  Vol. IV.--=L'Islam en Guinée. Fouta-Diallon=. In-8. 588 p.,
    fig.                                                       35 fr.  »

    Les groupements chadelïa.--Les Diakanké Qadrïa de Touba.--Les
    Tidianïa Toucouleurs de Dinguiraye.--Les Tidianïa Fouta, etc.

  Vol. V.--=L'Émirat des Trarzas=. 1919, in-8, 483 p., fig.    30 fr.  »

  Vol. VI, VII, VIII et IX.--=Études sur l'Islam et les tribus du
    Soudan=. 4 vol. in-8.

    T. Ier. LES KOUNTA DE L'EST.--Les Berabich.--Les Iguellad.
    1918-1919. 385 p.                                          30 fr.  »

    T. II. LA RÉGION DE TOMBOUCTOU (Islam Songaï).--Dienné, le
    Macina et dépendances (Islam Peul). Avec fig.              30 fr.  »

    T. III. LES TRIBUS MAURES DU SAHEL ET DU HODH              30 fr.  »

    T. IV. LA RÉGION DE KAYES.--Le pays bambara.--Le cercle
    de Nioro                                                   30 fr.  »

  Vol. X.--=La Vie des Maures par eux-mêmes=. Vol. in-8, 320 p.

  Vol. XI.--=Études sur l'Islam et les tribus maures=. Les Brakna,
    in-8, 408 p., fig.

  Vol. XII.--=L'Islam à la Côte d'Ivoire=.


              5049.--Tours, imprimerie E. ARRAULT et Cie.


       *       *       *       *       *


    Corrections:

    Page   4: «nom» remplacé par «noms» (une foule de noms de lieux).
    Page   4: «mot» par «mots» (tous mots constituant une onomastique
                spéciale).
    Page   9: «ahoré» par «abhorré» (un souvenir trop abhorré).
    Page  19: «Aba» par «Abd» (aux Oulad Abd Allah mêmes).
    Page  32: «rétablissemnt» par «rétablissement» (A l'époque de ce
                rétablissement).
    Page  37: «neleva» par «enleva» (enleva la femme favorite
                d'Eli-Kouri).
    Page  38: «les les» par «les» (ont pour les Brakhknaz un
                attachement et une déférence).
    Page  44: «essayaient» par «asseyaient» (asseyaient son influence
                et sa réputation).
    Page  46: au lieu de «Poule-Toucouleurs» il faut sans doute lire
                «Peul-Toucouleurs».
    Page  48: «dupé» remplacé par «dupés» (ils avaient été dupés par
                son faux zèle).
    Page  51: «Charmassen» par «Charmasson» (capitaine de vaisseau,
                gouverneur Charmasson).
    Page  54: ajouté «que» (parce que son rival était maître).
    Page  56: «en» remplacé par «on» (on apprenait avec émotion à
                Saint-Louis).
    Page  56: «ses» par «ces» (à la faveur de ces dissensions).
    Page  57: «avait» par «avaient» (les hommes de la Révolution
                avaient disparu).
    Page  58: «des» par «de» (qui d'ailleurs était l'aîné de Mohammed
                Al-Habib).
    Page  61: «nouvel» par «nouvelle» (à la nouvelle de l'invasion
                trarza).
    Page  65: «Mahommed» par «Mohammed» (l'autorité de Mohammed Sidi
                s'accroît).
    Page  67: «donnée» par «donné» (j'ai donné plus de 25.000 francs).
    Page  70: «le» par «les» (pour les ramener à l'obéissance).
    Page  70: «Bakkar ould Soueï dAhm ed» par «Bakkar ould Soueïd
                Ahmed».
    Page  74: «lez» par «les» (chez les Chratit).
    Page  77: «nous» par «vous» (comment entendez-vous obtenir ce
                résultat?)
    Page  78: «Sid» par «Sidi» (Sidi Mborika s'engageait à laisser).
    Page  79: «Outad» par «Oulad» (se sont entendus avec les Oulad
                Normach).
    Page  81: «tributs» par «tribus» (incursions de Toucouleurs sur
                des tribus maraboutiques)
    Page  87: «ponts» par «points» (au sujet de trois points d'eau).
    Page  88: «se» par «de» (refusa de rendre visite).
    Page  89: «reconnnu» par «reconnu» (a été reconnu aux Dieïdiba).
    Page  90: «entention» par «intention» (l'intention de réduire à
                merci les révoltés).
    Page  93: «CHAPITRE VII» par «CHAPITRE VIII».
    Page  94: «aggresseurs» par «agresseurs» et «repoussées» par
                «repoussés» (les agresseurs furent repoussés).
    Page  94: «aggression» par «agression» (Cette agression
                d'Ahmeddou).
    Page  97: «Dteïdiba» par «Dieïdiba» (chef des marabouts Dieïdiba).
    Page 100: «saisi» par «saisie» (La saisie des biens fut opérée).
    Page 104: «Sidil-Mokhtar» par «Sidi-l-Mokhtar» (les Toumoudek de
                Sidi-l-Mokhtar).
    Page 116: «allés» par «allé» (qui était allé vivre près du fleuve).
    Page 120: «Oula» par «Oulad» (Les Oulad Normach).
    Page 120: «dissenssions» par «dissensions» (leurs dissensions
                perpétuelles). A la même page, une erreur d'addition
                dans le nombre de camelins est laissée telle quelle
                (12 au lieu de 14).
    Pages 123, 125 (2 fois), 161, 163, 165, 188, 189 et 273:
                «Sidi-I-Mokhtar» remplacé par «Sidi-l-Mokhtar».
    Page 123: «pu» par «put» (Il retint Bakkar dans le Nord tant qu'il
                put).
    Page 127: On note des différences appréciables entre le
                tableau généalogique des Oulad Siyed présenté ici et
                celui de la page 22. Par exemple, Mokhtar Sidi (le
                quatrième émir dans ce tableau) est montré ici comme
                étant le petit-fils  de Sidi Mohammed. A la page 22 il
                est le fils de Sidi Mohammed.
    Page 130: «Souïed» remplacé par «Soueïd» (tué en 1884 par les
                Ahel Soueïd Ahmed).
    Page 131: «subsistent» remplacé par «subsiste» (Leur descendance
                subsiste à l'heure actuelle).
    Page 132: «Beniong» par «Benioug» (fils de Barani dans le Tableau
                nº 2).
    Page 135: «Hobaïb» par «Hobeïb» (Hobeïb n'est pas très aimé).
    Page 140: «ses» par «ces» (Les notables de ces fractions sont).
    Page 145: «envoie» par «envoient» (Ils font ... et envoient les
                «chouf» vers le Nord).
    Page 146: «aponyme» par «éponyme» (Ahmed l'ancêtre éponyme).
    Page 149: «actss» par «actes» (et de contrôler ses actes).
    Page 156: «une» par «un» ( ce qui donne à la postérité de l'un et
                de l'autre).
    Page 165: «Ckeikh» par «Cheikh» (tous Cheikh réputés).
    Page 171: «Abat Negza» par «Asbat Negza» (Les _Asbat Negza_
                devraient s'appeler).
    Page 172: «tribu» par «tribut» (et leur imposèrent un tribut).
    Page 172: «devenu» par «devenus» (Anciens zenaga, devenus «tiab»).
    Page 175: «cimetière» par «cimetières» (les tombeaux et cimetières
                de leurs ancêtres).
    Page 175: «inhumés» par «inhumé» (où est inhumé Cheikh
                Abder-Rahman).
    Page 179: «goutter» par «goûter» (où il put goûter toutes les
                misères de l'exil).
    Page 180: l'auteur mentionne le signe «gaf», mais l'image qu'il en
                donne est un «qaf» sans points.
    Page 182: «Sid» remplacé par «Sidi» (ils descendent de Sidi
                Mohammed Al-Kounti).
    Page 183: «Sidi Mohammed As-Sarir mourut vers 1850»: cette date,
                certainement erronée, n'est pas corrigée.
    Page 184: «et et» par «et» (et perdirent 3.000 chameaux).
    Page 186: «allianes» par «alliances» (de deux groupes d'alliances).
    Page 189: «nous» par «vous» (tous ceux qui vont chez vous de notre
                part).
    Page 194: «rejaillissaient» par «rejaillissait» (un assez mauvais
                renom qui rejaillissait sur son chef).
    Page 196: «aggressifs» par «agressifs» (ils ne craignaient pas de
                se montrer agressifs).
    Page 197: «reprit» par «repris» (Ayant repris sa liberté).
    Page 198: «sous-fraction» par «sous-fractions» (sont divisés en
                deux sous-fractions).
    Page 206-207: «et et» par «et» (entre le Hodh et le Regueïba).
    Page 207: «Liman» par «Limam» (Ils ont pour chef Mohammed Limam
                ould Al-Boustami).
    Page 207: Le tableau généalogique de Habrezza est confus au niveau
                des fils de (4) Boustami. La forme donnée ici est
                basée sur le texte.
    Page 209: «notables» remplacé par «notable» (et pour notable:
                Ahmoud ould Bachir).
    Page 213: «est» par «et» (la réunion des Brarka et des Oulad Sidi
                Ahmed).
    Page 217: «rapportés» par «rapportée» (rapportée par le Tarikh de
                Oualata).
    Page 218: «domiciliées» par «domiciliés» (pour la plupart
                domiciliés).
    Page 218: «Chamana» par «Chamama» (dans le Chamama auprès de
                Mbagne).
    Page 220: «Cheileb» par «Cheikh» (Cheikh Ahmed Mahmoud, né vers
                1868).
    Page 224: «Chamana» par «Chamama» (une petite rivière du Chamama).
    Page 224: «Mohamme» par «Mohammed» (laissant deux fils: Cheikh
                Mohammed Mahmoud et Mouïn).
    Page 225: «Chamana» par «Chamama» (beaucoup de Toucouleurs du
                Chamama).
    Page 227: «oul» par «ould» (Sidi Salem ould Al-Altig).
    Page 232: «Ma-I-Aïnin» par «Ma-l-Aïnin» (Il fut très bien reçu par
                Ma-l-Aïnin).
    Page 240: «Sied» par «Siyed» (leurs luttes classiques contre les
                Oulad Siyed).
    Page 243: «secondé» par «seconder» (en se faisant seconder par son
                prédécesseur).
    Page 248: «un» par «une» (ils ont construit une digue).
    Page 249: «de de» par «de» (surtout tidjanïa, de Saad Bouh).
    Page 264: «chef» par «chez» (installées à demeure chez les
                Behaïhat).
    Page 269: «tantes» par «tentes» (La tribu comprend 91 tentes et
                543 âmes).
    Page 273: «Chamma» par «Chamama» (Ahmed ould Mohammed Aïnina quitta
                le Chamama).
    Page 276: titre «ANNEXE» ajouté (ANNEXE--GÉNÉALOGIE DES TOUMODEK).
    Page 278: «zaka» par «zakat» (la zakat et la hadiya ne le sont pas).
    Page 287: «dadaï» par «dabaï» (Le chef de la dabaï est Yéro
                Diakité).
    Page 290: «Alsg» par «Aleg» (la vaste dépression du lac d'Aleg).
    Page 316: «puique» par «puisque» (puisque nous ne les avons
                astreints qu'à l'impôt).
    Page 321: «Touabit» par «Touabir» (Touabir-Oulad Yara).
    Page 322: «le le» par «le» (pour le Brakna, 20.829 habitants).
    Page 331: «Ahmel» par «Ahmed» (payaient aux Ahel Soueïd Ahmed).
    Page 332: «droit» par «droits» (A côté de ces droits).
    Page 337: «Dieïdba» par «Dieïdiba» (leurs patrons Dieïdiba).
    Page 350: «Artice» par «Article» (ARTICLE 7.)
    Page 397: «Jemonella» par «Jemouella» (Poème généalogique des Id
                ag Jemouella).
    Annexe VII: le titre de cette annexe, qui manquait dans
                l'original, a été ajouté.
    Annexe XIV: «1845» remplacé par «1855».
    Annexe XVI bis: cette traduction de l'annexe XVI, placée après
                l'annexe X dans l'original, a été placée ici après
                l'annexe XVI.
    Table des matières: dans l'original les annexes XI à XVIII
                portent toutes le numéro de page 392, qui est
                maintenu ici.





*** End of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Études sur L'Islam et les tribus Maures - Les Brakna" ***

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