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Title: Au clair de la dune
Author: Hannon, Théo
Language: French
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Copyright Status: Not copyrighted in the United States. If you live elsewhere check the laws of your country before downloading this ebook. See comments about copyright issues at end of book.

*** Start of this Doctrine Publishing Corporation Digital Book "Au clair de la dune" ***

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  Au lecteur

  Cette version électronique reproduit dans son intégralité
  la version originale.

  L'orthographe a été conservée.

  La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections
  mineures.



  AU CLAIR DE LA DUNE



  THÉO HANNON

  AU CLAIR
  DE LA DUNE


  POÈMES


  _BRUXELLES_

  OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR
  70, Rue Veydt (Quartier Louise)

  1909



  [Illustration: HENRI THOMAS - La Muse.]

  _BONIMENT_


  _Muse, O ma Muse ultra-moderne,
  Dans ton maillot de bain à jours,
  S'agit de n'être point baderne
  Et d'esquisser d'adroits bonjours...

  Or, faisant grave sa trombine,
  Ma Muse, aux hanches les deux poings,
  Emit, du seuil de sa cabine,
  Ce speech que j'approuve en tous points:

  «Benoît lecteur, lectrice gente,
  Malgré votre air plutôt moqueur,
  Sans vouloir fuir par la tangente,
  Cœur en bouche et la bouche en cœur,

  »Je vous présente ce volume
  Qui n'offre rien de doctoral,
  Coups de crayon ou coups de plume
  En simple honneur du littoral.

  »Folles balades sur la plage,
  Dans la brise, au long de la mer,
  Interviewant le coquillage
  Sous des ciels d'encre ou d'outremer.

  »L'album qu'ici je vous présente
  Est fait de soleil et de vent,
  De l'écume phosphorescente
  Et des soupirs du flot mouvant...

  »Si quelque quatrain te la coupe,
  Benoît lecteur, sois tolérant,
  Car je fis ces vers en tirant
  (Ah! l'exquis féminin) ma coupe.»_



  I

  OSTENDE


  Ostende!... Ostende est la reine des plages,
  Elle commande à tout le littoral.
  Son sceptre est d'or et les plus beaux mirages
  Se font réels sur son sable idéal.

  Dispensatrice attirée et subtile
  De toute joie et des nobles plaisirs,
  Elle sait joindre à l'agrément l'utile
  Et satisfaire aux plus vastes désirs.

  Sur cet Eden que l'Europe patronne,
  Le succès fait flotter son étendard,
  Il veut tous les fleurons à sa couronne,
  Et rêva d'être d'Ostende--Centre d'Art.

  Or, pour lui faire une digne auréole,
  Rois de la brosse et rois de l'ébauchoir,
  Dieux de la science et Dieux de la parole,
  Rivalisaient d'art et de beau savoir.

  Ville de luxe, attirance profonde,
  Où la beauté brille en un cadre exquis,
  De ses flots verts sortit Vénus la Blonde
  Et tous les cœurs par elle sont conquis.

  Vraiment, Ostende est la Reine des Plages,
  Elle commande à tout le littoral.
  Son sceptre est d'or et les plus beaux mirages
  Se font réels sur son sable idéal!



  II

  L'ÉVENTAIL


  L'éventail flottant au côté
  Comme la dague moyen-âge,
  Quand, sous les regards de l'été,
  Vous irez par la blonde plage,

  Lorsqu'au bal dans le tourbillon
  Entraînant de la folle danse,
  Vos pantoufles de Cendrillon
  Vibreront, battront en cadence,

  O vous, la fleur des sables blancs
  Et la rose des bals brillants,
  Vous verrez l'éventail des fièvres,

  Ainsi qu'un papillon charmeur,
  Battre de l'aile sur vos lèvres
  Et baiser votre bouche en fleur!



  III

  GROS TEMPS


  Temps lugubre, ciel morne au front chargé de haine
  Où galope en maudit le nuage au flanc lourd
  Qui s'abat sur la mer sinistre, s'y déchaîne,
  Crève et mêle son onde aux ondes du flot sourd.

  Ni rires ni rayons: les plages sont désertes.
  Déjà l'essaim frileux des baigneuses s'enfuit,
  Les sables esseulés se tachent d'algues vertes
  Où brillaient les talons féminins au doux bruit.

  En grand courroux la mer hurle, mugit, se cabre,
  Conviant les flots noirs à la valse macabre
  Que cingle dans son vol l'aile des goëlands.

  Loin, bien loin, par delà la vague aux cris troublants,
  Comme au fond de mon cœur où vient sourdre une larme,
  Gronde confusément quelque canon d'alarme.



  IV

  EAU BÉNITE


  Or, donc on a béni la mer:
  Oh! les trois fois heureuses vagues...
  On nous purgea le flot amer
  A grand renfort d'oraisons vagues.

  On a béni sans doute aussi
  Du même coup, les estacades.
  Voilà, mesdames, Dieu merci!
  De quoi refroidir vos cascades...

  Mais cette bénédiction,
  De par ses vertus accomplies,
  Etendit-elle son onction
  Sur les soles et sur les plies?

  Peut-il, le goupillon sacré,
  Répandre ses grâces congrues
  Sur l'aiglefin, ventre nacré,
  Et sur les maussades morues?

  Du même élan sanctifiant
  La grande, l'immense cuvette,
  Avec le crabe édifiant
  Canonisa-t-il la crevette?

  Sut-il, enfin, le bénisseur,
  En son beau geste fait au moule,
  Bénir l'huître noble et sa sœur
  Plus démocratique, la moule?

  Quoi qu'il en soit, déjà le flot
  A venir vers lui nous invite:
  Nous allons former un bon lot
  De beaux diables dans l'eau bénite.



  V

  ÉVOHÉ!


  A nos âmes exténuées
  Juin vienne rendre la gaîté!
  Des cieux rendus à la clarté
  Qu'il chasse les troubles nuées.

  Juin promis, vengeur souriant,
  Vers nos ennuis guide ta marche,
  Comme la colombe de l'Arche,
  Porteur d'un rameau verdoyant.

  Aussi, toute tristesse enfuie,
  Les sables blonds sont repeuplés,
  Tout rit: plus de cœurs endeuillés!

  On remise le parapluie,
  L'amour, fuyant les entresols,
  Flirte, ô gué! sous les parasols!



  VI

  MER DES MORTS


  Ce soir, la mer semble un cimetière. Les cieux,
  Tristes comme ma joie, ont surbaissé leur arche
  Sous laquelle on dirait des corbillards en marche,
  Les grands nuages noirs roulant silencieux.

  Il fait plus sombre en moi que là-haut, et mes larmes
  Fêtent des corbillards bien plus mornes: mon cœur,
  Dans l'infini des spleens, revoit passer le chœur
  Des fantômes aimés et des primes alarmes...

  Mer lugubre et sans fond, tes abîmes discrets
  Gardent également d'innombrables secrets.
  Suaire que l'écume ourle de sa dentelle!

  Aussi, lorsque la lune, aux flots noirs ondulant,
  Sur l'immense tombeau pose son reflet blanc,
  On croit voir la couronne où se meurt l'immortelle.



  VII

  REVANCHES


  Pour sauver leur âme et leurs os
  De leurs spleens irrémédiables,
  Que d'autres s'en aillent aux eaux,
  Aux feux, aux monts... à tous les diables...

  Nous, mieux inspirés, ne quittons
  Point notre allègre capitale:
  En l'honneur des bénins piétons
  Sa grâce estivale s'étale.

  Ils sont partis, tous les gêneurs,
  O libératrices vacances,
  Seuls, noyés dans les promeneurs,
  Quelques intrus sans conséquences.

  La ville à nous seuls, c'est charmant,
  On est chez soi même au théâtre
  Où l'on ne compte plus, vraiment,
  Avec «le public idolâtre».

  Pendant que les bons exilés
  Rissolent dans quelque fournaise,
  Et, par les hôteliers volés,
  Bataillent contre la punaise.

  Nous, toujours dispos et bavards,
  Sous les draches rafraîchissantes,
  Nous passons sur les boulevards
  Des heures certes ravissantes.

  Là-bas ils vont sucer des eaux
  Qui couvent des œufs cholériques,
  Et, dans des verres à biseaux,
  Nous lampons des liqueurs féeriques.

  D'autres risquent de dérailler
  En cherchant au loin le mystère;
  D'ici nous pouvons les railler:
  A pied nous partons pour Cythère.

  D'autres, enfin, cœurs élargis,
  Pour s'amuser mieux, les infâmes,
  Laissèrent l'épouse au logis...
  C'est nous qui consolons leurs femmes.



  VIII

  MARINE SENTIMENTALE


  J'ai vu la mer, j'ai vu la mer immense et blonde
  Elle étalait sa nappe au large horizon gris
  Et l'on eut dit, là-bas, le firmament et l'onde,
  Deux lèvres de géant closes dans un souris.

  Au soleil emperlant son dos frangé, la vague
  S'en venait se rouler sur le sable étoilé
  De coquillages blancs où dort la plainte vague
  De quelque néréide à l'amour envolé.

  La mouette rayait, grise, le flot qui gronde...
  J'ai vu la mer, j'ai vu la mer immense et blonde
  Elle poussait vers moi son grand rugissement.

  Mais sa voix ne saurait étouffer dans mon âme
  L'inoubliable et doux et long bruissement
  Du chaud baiser d'adieu de sa lèvre de flamme.



  IX

  PIEUVRE


  A l'égal des beaux soirs qu'empourpre le soleil
          Votre chevelure flamboie:
  Votre front radieux et serein, c'est l'éveil
          De l'aurore en robe de soie.

  Votre bouche est semblable à quelque fleur de sang,
          Fleur qui consume, fleur qui glace.
  Votre bras, des lis frère en blancheur, est puissant
          Comme un serpent qui vous enlace.

  Dans votre rire ailé je bois l'oubli vainqueur...
  Ils rappellent, vos yeux, la mer profonde et brune,
          La morne mer des nuits sans lune.

  Et comme cette mer sombre et sans fond, mon cœur
  Entr'ouvre un autre abîme où mon œil en vain plonge
          Pour voir la pieuvre qui le ronge.



  X

  PROFANES


  Soit qu'elle orne, au matin, de dentelles les grèves,
  Soit qu'elle les argente à cette heure de rêves
        Où dans les cieux la lune a lui,

  La mer, la blonde mer, est la grande coquette
  Dont l'homme n'a jamais su faire la conquête,
        Cruelle, elle se rit de lui.

  Elle s'étend, l'été, câline et point méchante,
  Et sa vague au reflet de nacre vibre et chante,
        Berçant, avec un doux roulis,

  La barque où, confiant, sous la voilure grise,
  Le nautonier profane, au soleil qui le grise,
        Se croise les bras amollis.

  Mais parfois la sournoise en riant se courrouce
  Et lance à l'imprudent l'écume et l'algue rousse,
        Echevelant ses flots rageurs,

  Puis chasse en le sifflant ce nocher des dimanches
  Qui rame, haletant, et retroussant ses manches
        Au milieu des éclats vengeurs.



  XI

  HAUT DE FORME


  Les nuages là-haut rentrent leurs blancs moutons...
  Sous le ciel bleu la mer se pare de turquoises,
  Car c'est l'heure du bain, et les vagues, narquoises,
  Savonnent de leur mousse, ô baigneurs, vos mentons.

  La plage, où la coquille, en rose chapelure
  S'émiette, étend au loin sa nappe de blondeurs;
  Aux baisers du soleil, sans craindre sa brûlure,
  La dune nue étale en riant ses rondeurs.

  Tout à coup, devant moi, sur l'immense verrière
  Se profile un objet très laid, lourd, bête et noir:
  Tube, fourneau, tromblon, cheminée, éteignoir?

  Ou bien est-ce un basset planté sur son derrière?...
  C'était, sur le caillou d'un type aux traits replets,
  Le hideux chapeau buse avec tous ses reflets!



  XII

  PHOTOGRAPHES


  Juillet nous rissole à grands feux
  Et l'on fuit vers la mer avide
  En regrettant presque les feus
  Saints de glace... La Ville est vide.

  Déjà le long du littoral
  La foule rit, trempe, caquête,
  Depuis le baigneur doctoral
  Jusqu'à la baigneuse coquette.

  L'un encerclé comme un tonneau
  Dans le caleçon blanc et jaune,
  Gros et gras, velu comme un faune,
  Va, ballotté par la pleine eau.

  L'autre dûment déshabillée
  En son costume suggestif,
  Charme d'un galbe... apéritif
  La galerie émoustillée...

  Or, le photographe amateur
  A l'affût parmi les cabines,
  Et s'en pourléchant les babines,
  Opère en prompt escamoteur.

  Et son appareil plutôt leste
  A pris au vol plus d'un bras nu
  Dont le souvenir ingénu
  Dans les yeux et le cœur nous reste.



  XIII

  CHAISES MISS HELYETT


  Le long de la mer, devant l'onde
  Qui meurt en doux bruissement,
  Aux sables dorés pâlement
  Comme la nuque d'une blonde,

  Se suivent les chaises-abris,
  Niches d'osier gaîment gibbeuses
  Offrant leur ombre à nos galbeuses
  En mal de leur poudre de riz.

  Parfois des mères de famille
  Y tirent vaillamment l'aiguille,
  Un œil aux jeux du cher bébé...

  Lors, chaque chaise au dos bombé
  Pointant ces doigts roses, imite
  Le profil d'un Bernard l'Ermite.



  XIV

  MER FACHÉE


  La mer bâille. Ses flots très ennuyés font rage.
  La vague écume et siffle, échevelant dans l'air
  Comme un long coup de fouet, sa crinière d'orage,
  Fouet monstre qu'on croirait effilé d'un éclair.

  La mer est ce matin, bien sombre, bien austère.
  Elle a d'étranges voix et de fantasques cris
  Que, tremblante, redit sa vieille sœur, la terre,
  Et les échos au loin hurlent, endoloris....

  Or, devant cette mer aux farouches fanfares,
  Je songe à vos yeux noirs, singuliers et profonds,
  Et terribles comme elle, à vos grands yeux bizarres
  Qui me tiennent noyé dans leurs gouffres sans fonds.



  XV

  LES MOUETTES


  Les mouettes aux ailes grises
  Tourbillonnent sur les flots bleus
  Et, plus légères que les brises,
  Déroulent leur vol onduleux,
  Les mouettes aux ailes grises.

  Je voudrais choisir l'une d'elles,
  Confidente de mes aveux,
  Pour l'envoyer à tire-d'ailes
  Au loin porter mes tendres vœux...
  Je voudrais choisir l'une d'elles...

  Je lui dirais: va près de celle
  Dont les yeux aux flammes d'acier
  Ont dans mon cœur, d'une étincelle,
  Allumé l'éternel brasier...
  Je lui dirais: va près de celle,

  Près de celle qui tient ma vie
  Dans un sourire, dans un pleur,
  Montre-lui ma force asservie
  Agonisant dans la douleur
  Loin de celle qui tient ma vie.

  O blanche messagère ailée,
  Dis-lui ma peine et mon ennui,
  Dis-lui que mon âme esseulée
  Referme son aile en la nuit,
  O blanche messagère ailée,

  En la nuit morne de l'absence
  Où, sevré du charme vainqueur
  De sa chère toute-puissance,
  Languit et trépasse mon cœur
  En la nuit morne de l'absence.



  XVI

  LA MER ENRHUMÉE


  La mer pince parfois des rhumes étonnants
  Et sinistres. La nuit, elle dort toute nue,
  Il est vrai, sous le grand ciel de suie, et la nue
  Crève, glaçant son ventre et ses seins frissonnants.

  Un catarrhe chronique en ses flots moutonnants
  Se déchaîne, s'essouffle et la vague éternue
  Avec un bruit rythmé de basse continue,
  Par vous repris en chœur, échos environnants.

  Elle tousse, elle éructe et renâcle, ô phtisie
  De géant, redoutable en son hypocrisie,
  Car parfois son chant doux monte, clair, vers le ciel.

  Et ce n'est certes pas un mal artificiel
  Où la quinteuse crache, en sa rage confuse,
  Ses monstrueux poumons, méduse par méduse.



  XVII

  PETITS TROUS PAS CHERS


  Par ces chaleurs caniculaires
  La ville devient un enfer
  Et court vers le chemin de fer
  En quête de glaces polaires.

  Les uns, les poumons aux abois,
  S'envolent en foule nombreuse
  Vers les nids de l'Ardenne ombreuse
  Goûter le charme de ses bois.

  Les autres, préférant les sables,
  S'embarquent joyeux vers la mer
  Et vont dans le flot dit amer
  Tremper leurs charmes périssables.

  Il est beaucoup d'autres que leurs
  Grandeurs attachent au rivage
  En un malencontreux servage
  Que rendent plus dur ces chaleurs.

  Ceux-là cherchent dans les banlieues
  Quelque recoin qui leur soit cher,
  Au fond d'un petit trou pas cher,
  Dans le rayon de quelques lieues...

  Là, bien économiquement,
  Leur femme et leur progéniture
  Font de la villégiature
  En chambre, par abonnement.

  Le jardinet, c'est leurs Ardennes,
  La mare vaut la mer pour eux,
  Sans Casino plein d'amoureux
  Le cœur fait la nique aux fredaines.

  Les époux n'y sont point marris...
  Dans leurs bureaux ils se surmènent
  Et tous les samedis s'amènent
  En chœur par le Tram des maris.

  [Illustration: AMÉDÉE LYNEN - Petits trous pas chers.]



  XVIII

  YEUX NOIRS


  Un sonnet sur vos yeux, Madame, c'est le diable...
  Car ne sont-ils pas noirs comme on le dépeint, lui?
  Mais dans votre prunelle un rayon grave a lui...
  Bref, vos yeux sont très noirs, c'est irrémédiable.

  Irais-je comparer ces deux mauvais sujets
  Aux larmes de la nuit, à des fleurs de bitume,
  A deux grains de café sans la moindre amertume,
  A des bijoux d'ébène ou des perles de jais?

  Quel maître joaillier sertit ces gemmes sombres
  Au creux de votre orbite où de magiques ombres
  Font plus blanche votre âme y venant prendre l'air?

  Dans l'océan, un soir, un dense soir d'orage,
  Satan a dû puiser le féerique cirage
  De ces diamants noirs au ténébreux éclair.



  XIX

  HEURE DU BAIN


  Sur le sable mouillé la lourde et large roue
  Crie: hop! hop! la cabine est à l'eau. Bras menus,
  Cous bruns et ronds vont luire au rayon qui tatoue...

  Et le chaud soleil mord cous ambrés et bras nus.

  Le torse cambre et craque au maillot qui frissonne,
  Le vent du nord halète et moule à plans osés
  Le contour lumineux qui se désemprisonne...

  Et l'immodeste brise applique des baisers.

  Agrafant des colliers aux gorges dédaigneuses,
  Le flot rieur flagelle et bat les souples flancs,
  Malgré vos cris mignards, ô poltronnes baigneuses...

  Et la vague, lascive, enlace les corps blancs.



  XX

  EN MER, EN MER!


  «En mer! en mer, en mer!... Une heure
  En mer!» Tels sont les appels fous
  Qu'au coin de l'estacade, vous
  Lance une voix qui rit et pleure.

  C'est le légendaire steamer
  Avec ses marins du dimanche,
  Qui vous initie à la mer
  En vous secouant dans la Manche.

  Azur, soleil, musique à bord,
  Flots rieurs: tout va bien, d'abord,
  Mais les faces se sont pâlies...

  On cherche à retenir d'un bond
  Le dîner par trop vagabond,
  Espoir des turbots et des plies!



  XXI

  VOUS ÊTES PARTIE...


  Vous êtes partie et la plage est morne,
  Et la mer se meurt sur le sable nu.
  Le ciel est en deuil... Seule, au soir venu,
  La lune moqueuse y pointe sa corne...

  Vous êtes partie, et tout est rancœur.
  Dans le ciel boudeur le soleil est pâle
  Et la dune froide aux reflets d'opale
  N'a plus ni chanson ni rire vainqueur.

  Vous êtes partie, il n'est plus de joie.
  Sur la plage sombre un crêpe s'étend
  Et la bise émet son râle attristant
  Où la brise avait des frous-frous de soie.

  Des filles de mer confident discret,
  Le clair coquillage, en cette pluie âcre,
  A tu les soupirs de son sein de nacre
  Et ne livre plus le tendre secret.

  Là-bas, où, du Nord, la voix désolée
  Pleure sur la grève âpre et sans écho,
  Saigne tristement un coquelicot:
  Tel mon cœur où s'ouvre une rouge plaie...
  Là-bas, sur la grève âpre et sans écho.



  XXII

  OFFERTOIRE


  Il était nuit. La mer en grand deuil célébrait
  La mort du jour. Le chœur des frigides ténèbres
  Descendait du ciel triste et noir qui s'éclairait
  D'étoiles, clous d'acier de ces dômes funèbres.

  Un vent morne courbait au loin les flots grandis;
  L'océan larmoyait des hymnes mortuaires,
  Orgue géant qui râle un lent _De Profondis_,
  Et la vague semblait agiter des suaires...

  La lune, triomphante et ronde, arda soudain.
  Or, son disque flottant sur la mer incertaine,
  Des grands oiseaux de nuit le funéraire essaim
  S'en vint à très longs cris baiser cette patène.



  XXIII

  ROBES CLAIRES


  Sur la digue ou le sable nu,
  Dans l'envol des longues voilettes,
  Ces dames vont trottant menu
  En leurs transparentes toilettes.

  L'œil à l'aise suit les contours
  Sous l'étoffe qui les dessine
  Et dans ces rayonnants atours
  Mieux encore la belle assassine.

  Elle sourit dans l'air vermeil...
  Les cœurs sortent de leur sommeil
  Et ne sont plus du tout polaires.

  Complices des cieux en émoi,
  Qui pourra compter, dites-moi,
  Vos prouesses, ô robes claires.



  XXIV

  JALOUX


  Eh! oui, jaloux! Je suis jaloux
  Ce que l'on peut appeler comme
  Une kyrielle de loups,
  Mais ce n'est certes pas d'un homme.

  Car je suis jaloux de la mer,
  De la vaste mer amoureuse
  Dont le flot, qu'on prétend amer,
  Possède une âme langoureuse...

  A l'ombre des cabines, près
  De l'eau verte qui te flagelle,
  Et plus morose qu'un cyprès
  Sous le vent du Nord qui me gèle,

  O ma baigneuse, j'admirais
  Ton corps si beau dans son costume,
  Que le flot où tu te mirais,
  Croyant à la Vénus posthume,

  Vint lécher, lui, le flot altier,
  Tes pieds que tu recroquevilles,
  Et river, galant bijoutier,
  De clairs anneaux à tes chevilles.

  Ensuite, à ton mollet cambré,
  Voulant nouer sa jarretière,
  Il trama sur le derme ambré
  Un maillot pour la cuisse entière.

  Prodiguant son baiser salin,
  Et sans pitié de mes tortures,
  Toujours montant, le flot câlin,
  Te mit aux hanches des ceintures.

  Or, soudain, commença l'assaut
  De ta poitrine demi-nue;
  La vague écumante, d'un saut,
  Bondit de la croupe charnue

  Et resta surprise devant
  Le flot de ta gorge qu'azure
  Un fin réseau; lors, me bravant,
  L'audacieuse prit mesure

  Pour un corset.... Tes seins jaseurs
  Interrompirent leurs harangues
  En voyant ces étranges sœurs
  Les darder de leurs mille langues.

  Plus indiscrète qu'un amant,
  La vague aux lesbiennes ivresses,
  T'enveloppait étonnamment
  De ses infécondes caresses.

  Puis enfin, la mer t'engloutit
  Enamourée, âpre, béante,
  Te roulant, pâmée, en son lit
  D'un baiser de Sapho géante.



  XXV

  RINÇADES D'ŒIL


  Le Nord souffle, et pas dans ses doigts,
  Il fait son sculpteur sur la digue
  Et de chefs-d'œuvre il est prodigue...
  Allons, mon cœur, fais ce que dois!

  En bon régaleur de prunelles,
  Ce Nord, le moins discret des vents,
  Nous offre maints tableaux vivants
  Dont les beautés sont éternelles.

  Or, ces dames ne savent pas
  Comment protéger leurs appas:
  Deux mains, c'est trop peu, les pauvrettes,

  Car du Nord le souffle suspect
  Trousse et retrousse sans respect...
  Et nous nous rinçons les mirettes.

  [Illustration: F.-M. MELCHERS - Rinçades d'œil.]



  XXVI

  PLEINS BATTUS

  «La saison de Machin-sur-Chose bat son plein.»
                              _Les Journaux._


  Voici s'exaspérant l'exode
  Des prisonniers de nos cités
  Par les vacances excités.
  Gratte ton luth, pauvre rapsode!

  Au doux coin qu'un rêve estompa,
  Que chacun désormais prétende:
  Les uns se salent vers Ostende,
  Les autres se ferrent à Spa.

  Avec véhémente allégresse
  Dans quelque petit trou pas cher,
  D'autres s'en vont durcir leur chair
  Où fondre leur excès de graisse.

  Emportant chien, bonne, poupart,
  Le citadin quitte son _home_;
  L'époux avec l'épouse part,
  La femme file avec son homme.

  Les chemins de fer sont lestés
  De la foule cosmopolite
  Des voyageurs moins attristés
  Que feu les coursiers d'Hippolyte,

  Lors, secoué par le wagon,
  On vole vers l'éden paisible...
  Déjà monsieur est moins bougon,
  Madame n'est plus irascible.

  Le train a beau siffler, moqueur,
  Les bienheureux touristes roulent
  Vers un nouveau printemps du cœur
  Où les soucis d'hier s'écroulent...

  Puis, devant la mer, le mari:
  «Que d'eau.» Sa bourgeoise étonnée
  Mais nature, pousse ce cri:
  «Dieu, quelle belle savonnée!!»



  XXVII

  MOLLETS


  Mollet vu n'est pas perdu,--dit,
  Sans commettre de bévue,
  Un proverbe guère inédit.
  Exagérons-en donc la vue!

  Accours à mon aide, grand vent,
  Et tous deux mettons-nous aux trousses
  De ces belles que trop souvent
  D'un souffle indiscret tu retrousses...

  Deux par deux, nerveux ou replets,
  Dans les bas à jours, les mollets
  Vont cambrant leurs rondeurs jumelles.

  Et le long de ces mâts précieux
  On grimpe, on grimpe vers les cieux...
  Au rire moqueur des semelles!



  XXVIII

  MANTEAU ROUGE


  J'aime en la plage blonde et vierge où se devine
      Ta pantoufle de Cendrillon,
  Voir ton manteau qui semble, à la brise marine,
      L'aile en feu d'un grand papillon.

  Lorsque de loin, rêvant, je te contemple au faîte
      De la dune au folâtre écho,
  Je crois voir éclater dans l'air bleu, l'œil en fête,
      Quelque idéal coquelicot.

  Par les sables nacrés, quand le matin les dore,
  Et que ton manteau rouge y flotte, je crois voir
      L'éveil empourpré de l'aurore.

  Mais au long de la mer si tu passes, le soir,
  Fière, étrange, et drapée en l'ardente oriflamme,
      C'est l'Astre au couchant dans sa flamme.



  XXIX

  TRAIN DES MARIS


  L'air au loin s'obscurcit d'un nuage safran.
  Dans son ombre s'avance, ainsi qu'un dieu d'Olympe,
  Le train des samedis où seul Saint-Joseph grimpe.
  Vague, un grand cliquetis de bois vient en courant.

  Comme un coup de canif aigre et perçant, ce merle
  De métal, le sifflet, a retenti, railleur,
  Puis sous le blond soleil brillent, hauts en couleur
  Jaune, les cuivres neufs que la vapeur emperle.

  Le coursier mugissant s'arrête enfin, fourbu.
  De «dame seule» point: des gens, menton barbu,
  Qui roulent quatre à quatre et se pendent, énormes,

  Au cou de leurs moitiés fidèles... Ce sont eux:
  Cannes à bec de corne et gibus haut de formes...
  Lors se prit à souffler un vent, terreur des bœufs.

  [Illustration: FÉLICIEN ROPS.]



  XXX

  CITRONS


  L'étal resplendissait aux flambes du matin.
  Les rougets surchauffés reflétaient leurs cinabres
  Au ventre des turbots en robe de satin,
  Et les saumons d'argent avaient l'éclat des sabres.

  Sur le marbre laiteux les cabillauds camards
  S'allongeaient, lourds voisins de l'ablette irisée;
  Dans leur justaucorps pourpre éclataient les homards
  Près de l'algue où bâillait l'huître vert-de-grisée.

  Mais les citrons surtout me charmaient: fruits joyeux
  Crevant comme un sein dur le fin papier soyeux...
  Leur parfum m'est plus doux que le parfum des fraises,

  Et longtemps j'aimerai leurs contours séduisants,
  Car devant les citrons effilés et luisants
  Je rêve aux tétins d'or pâle des Japonaises.



  XXXI

  COQUILLAGES


  Elle avait, ce soir-là, des tons de vieille estampe
          La plage, sous l'alme vitrail.
  Soudain tu ramassas, pour en baiser ta tempe,
          Un coquillage de corail.

  Que te murmurait-il en sa langue vermeille?
          Etait-il tendre ou bien moqueur,
  Tandis qu'il appliquait sa bouche à ton oreille,
          Cherchant un écho dans ton cœur?

  Quels étaient ses soupirs, coquillage des fièvres
          De ta joue en fleur approché,
  Et quel était l'aveu qu'il guettait sur tes lèvres,
          Vers ton clair visage penché?

  Il te disait qu'en moi tes yeux, tes yeux étranges,
          Tes grands yeux aux reflets d'acier,
  Qui couvent les éclairs sous leurs mobiles franges,
          Avaient allumé leur brasier.

  Que mes veines roulaient un étrange incendie
          Dans tout mon être qui flambait,
  Et qu'au mal auquel rien, hélas! ne remédie,
          Mon cœur embrasé succombait.

  J'aurais donné ma part de ciel pour qu'à ta bouche
          L'âpre soif qui me dévorait
  Put s'étancher en un baiser long et farouche,
          Baiser béni qui me tuerait...

  Mais déjà tes doigts ont laissé choir sur la plage
          Le coquillage trop discret,
  Et tu continuas ta course, âme volage,
          Sans avoir connu mon secret.



  XXXII

  GAMME CHROMATIQUE


  Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do!
  De la forêt au vert portique
  Où l'amour ne fait plus dodo
  Monte la gamme chromatique!

  Ré, mi, fa, sol, la, si, do, ré!
  C'est que le soleil vient d'éclore
  Par ce joli matin doré
  Qu'un doux reflet d'azur colore.

  Mi, fa, sol, la, si, do, ré, mi!
  Ils sont enfuis, les jours moroses.
  Salut à ce bel astre ami
  Qui paraît couronné de roses!

  Fa, sol, la, si, do, ré, mi, fa, sol!
  A nous les étoffes légères
  Et le chatoyant parasol,
  Et la fougère, et les bergères!...

  La, si, do, ré, mi, fa, sol, la!
  On part en villégiature:
  Partout on court adorer la
  Régénératrice nature!

  Si, do, ré, mi, fa, sol, la, si, do!
  Sans regret on quitte les villes
  Où le spleen s'en va _crescendo_,
  On rêve joyeux vaudevilles.

  Et l'on se rit des malheureux
  Qui, s'occupant de politique,
  Pérorent en Chambres, pour eux
  La seule gamme chromatique!



  XXXIII

  FILLETTES D'ÈVE

  Pour EDGAR CHAHINE.


  Voyez les passer sur la digue
  En jupes courtes, mollets nus,
  Semant les rires ingénus
  Dont leur jeune bouche est prodigue.

  Elles affirment,--négation
  De leurs petites âmes blanches,
  Déjà de la gorge et des hanches
  Par bizarre auto-suggestion.

  En abandon de leurs poupées,
  Elles vont, mieux qu'elles nippées,
  Galvanisant les vieux enfants

  Qui clopinent dans leurs sillages
  Et rêvent à des coquillages
  Inconnus aux flots triomphants.

  [Illustration: EDGAR CHAHINE - Fillettes d'Ève.]



  XXXIV

  GRAINS DE BEAUTÉ


  Dans la nuit parfumée et tiède des cheveux
  Qui voilent ton beau front, tes yeux font deux étoiles,
  Deux étoiles d'amour sidéral, et mes vœux
  Seraient de voir vers eux mon cœur enfler ses voiles.

  Mon cœur embarquerait d'ineffables plaisirs.
  Or, ta bouche est une autre étoile, étoile rouge,
  Vers laquelle, non moins rouges, vont mes désirs.
  O cette bouche, étoile idéale et qui bouge!

  Mon âme se sent fondre à ses rayonnements.
  Mais je préfère encore à ces fiers diamants,
  Feux sombres du regard ou feux pourpres des lèvres,

  Ta gorge constellant sa blanche nudité
  De sept points très mignons et noirs, grains de beauté,
  Evoquant la Grande-Ourse,--ô Grande-Ourse des fièvres!



  XXXV

  BAINS NOCTURNES


  Lorsque, rougissant comme une neuve épousée,
  Le soleil dans la mer s'est caché, l'alme nuit
  Envahit et la dune et la plage apaisée...

  Le flot d'encre succède au flot d'encre, sans bruit.

  C'est l'heure originale où les femmes de chambre
  Et les femmes de feux, économiquement,
  Vont offrir à la mer leur ivoire et leur ambre...

  Or, le flot cajoleur les reçoit galamment.

  La vague prête aux chairs de sa phosphorescence:
  Ombres chinoises d'un bol de punch émergeant!
  Au ras de l'océan c'est une effervescence

  De cuisses, de mollets emmaillotés d'argent!



  XXXVI

  GRAND VENT


  Madame, il fait grand vent, et, le grand vent, je l'aime.
  Le ciel d'un bleu limpide évoque le Midi.
  La mer hausse la voix, le flot désattiédi
  Se roule plus bruyant sur le sable plus blême.

  Dans la brise en rumeur la mouette élargit
  Les cercles de son vol qui s'élève ou qui rampe,
  Et les drapeaux, heureux de souffleter leur hampe,
  Claquent dans le vent qui par les tuiles mugit.

  Ce vent, grand retrousseur de filles, sur la digue
  S'amuse... Son haleine indiscrète en soufflant
  Plaque l'étoffe et moule et torse et rable et flanc.

  Il moule, et lors devient sculpteur, sculpteur prodigue,
  Il moule, et nous pouvons nous payer, éblouis,
  Des Tanagra de chair--et vivants--un louis!



  XXXVII

  MER TUEUSE


  La mer ne s'abandonne, en ses jeux redoutables,
  Qu'à ses fils de la côte, aux marins véritables,
  Le visage et le cœur également bronzés;
  Ces amants aux bras forts, à la rude tendresse,
  Et pour qui, cependant, elle n'a ni caresses,
          Ni sourires, ni doux baisers.

  Ce sont eux qu'elle prend, avide d'hécatombes,
  Pour servir de pâture à ses béantes tombes.
  La marâtre en son sein berce bien plus de morts
  Que n'en couve la terre en ses sombres entrailles.
  O pauvres mariniers dormant sans funérailles
          Au cœur des flots veufs de remords!

  Qu'ils aillent arborant, les cieux, l'azur ou l'encre,
  Le pêcheur, chaque jour en chantant, lève l'ancre.
  Stoïque, il va livrer sa vie à l'océan:
  Gage d'un peu de pain pour les siens, ô misère!
  Il va, brave, et se sent sur l'onde qui l'enserre
          Guetté par l'horrible néant.

  Au sommet de la dune, ayant vu passer l'heure,
  La femme--ses enfants à genoux--prie et pleure
  L'homme fatalement marqué pour le trépas.
  Elle réclame au moins son cadavre... Et, macabre,
  La vague semble rire à sa plainte, et se cabre
          Féroce,--et ne le lui rend pas.

  [Illustration: CHARLES MICHEL - Grand vent.]



  XXXVIII

  VOILES DE PLAGE


  Ce sont les claires oriflammes
  Que sur les chignons plante Eros,
  Battant comme ailes d'albatros,
  Tirebouchonnant, blanches flammes!

  Sous la brise, en flots onduleux,
  Ils montent comme des fumées
  S'évaporant dans les airs bleus,
  Encens des nuques parfumées.

  Ramenées sur le visage, ils
  Ont les mystères puérils
  Des brumes dont le soir se voile.

  La plage est le couvent des cœurs
  Où ces dames prennent, en chœurs,
  Paradoxalement le voile!



  XXXIX

  FRUITS DE LA MER


  Ma poissonnière est non moins fraîche
  Que les fruits nacrés de la mer
  Qu'elle détaille... Rien d'amer
  Dans tout son être, et rien de rêche.

  Il faut la voir, le vendredi,
  Jour de Vénus et de marée,
  Trôner, pimpante, chamarrée,
  Au comptoir de persil verdi.

  Sa main plus rose que l'ouïe
  Des goujons au reflet changeant,
  Sert les poissons d'or et d'argent
  A sa clientèle éblouie.

  Il faut la voir aller, venir,
  Dans sa boutique fabuleuse
  Où la pêche miraculeuse
  Semble étaler son souvenir.

  Pour lui plaire, sa marchandise
  Adoucit ses bouquets salins,
  Les homards deviennent câlins
  Les moules se font friandise.

  Rivales des beaux harengs-saurs,
  Près des turbots tout ronds aux teintes
  Blafardes de lunes éteintes,
  Les carpes allument leurs ors.

  Les saumons aux mines paternes,
  Voisins des caviars rancis,
  Comme des amoureux transis
  Ouvrent de grands yeux ronds et ternes.

  Sur les hauts rayons consacrés,
  L'enfilade des coquillages
  En vain combat les maquillages
  De son oreille aux feux nacrés.

  A ses pieds les crabes oranges
  Frôlés du bas de son jupon,
  Semblent des monstres du Japon
  Fondus dans des bronzes étranges.

  Les maquereaux, poissons... de cœur
  Exagérant leurs dos infâmes
  Dont raffolent certaines femmes,
  La contemplent d'un air moqueur.

  Les piments aux lueurs de forge
  Dans les bocaux de cornichons,
  Tirent la langue à ses nichons
  Que jalousent les airs de gorge

  Des citrons effilés et mûrs...
  Son derme offre de plus beaux lustres
  Que les boites--aux noms illustres--
  Des conserves luisant aux murs.

  Rousse, en effet, ses chairs prônées
  Se pailletent à l'infini
  Des lenticelles d'or bruni
  Qu'on aime aux truites saumonées.

  A son rire victorieux
  Les rougets rougissent, bégueules,
  Et les cabillauds ont des gueules
  Béates de michets sérieux...

  Telle Vénus sortant de l'onde
  Dut voir une cour de poissons
  Pâmée en d'étranges frissons
  Autour de sa majesté blonde!



  XL

  P. P. C.


  Déjà le colchique d'automne
  Allume de mauve les prés,
  Les horizons se font pourprés
  Sous le ciel bas et monotone.

  L'humide Septembre, perclus,
  S'en va trépasser dans ses brumes
  Au glas rauque de ses élus,
  Les noirs catarrhes et les rhumes!

  Les nuits fraîchissent... Dans les bois
  Les arbres, s'en devenant chauves,
  Pleuvent leurs feuilles bientôt fauves
  Sur l'été maussade aux abois.

  L'aube emperle, chaque matin,
  La plaine où le lièvre en goguette
  Boit la rosée, hume le thym,
  Sans souci du chasseur qui guette!

  L'automne en commençant son bail
  Nous promet de nouvelles fêtes...
  Le sorbier suspend sur nos têtes
  Ses pendeloques de corail.

  L'hirondelle vers d'autres rives
  Fuit, cherchant des cieux moins voilés,
  Et voici revenir les grives
  Ivres des beaux raisins volés.

  C'est aussi la saison des huîtres...
  Le Train jaune n'opère plus:
  Monsieur réclame en ses épîtres
  Madame aux regrets superflus.

  Les cabines sont sans mystère:
  Plus ne sonne l'heure du bain.
  La plage se fait solitaire
  Et le crabe est son Chérubin!

  Fin de saison!... Rentrent _at home_
  Les villégiatureurs frileux
  Qui s'enfuient, ô soleil fantôme,
  Soufflant dans leurs pauvres doigts bleus...

  Accompagnons-les, ma Musette,
  Quittons le flot, vraiment amer,
  Après la suprême risette
  A ton héroïne, la Mer!



  INDEX DES MATIÈRES


                                      Pages

    BONIMENT                              5

        I. _Ostende_                      7

       II. _L'Éventail_                   9

      III. _Gros temps_                  11

       IV. _Eau bénite_                  13

        V. _Évohé!_                      15

       VI. _Mer des Morts_               17

      VII. _Revanches_                   19

     VIII. _Marine sentimentale_         22

       IX. _Pieuvre_                     24

        X. _Profanes_                    26

       XI. _Haut de forme_               28

      XII. _Photographes_                30

     XIII. _Chaises Miss Helyett_        32

      XIV. _Mer fâchée_                  34

       XV. _Les Mouettes_                36

      XVI. _La Mer enrhumée_             38

     XVII. _Petits trous pas chers_      40

    XVIII. _Yeux noirs_                  43

      XIX. _Heure du bain_               45

       XX. _En mer, en mer!_             47

      XXI. _Vous êtes partie..._         49

     XXII. _Offertoire_                  51

    XXIII. _Robes claires_               53

     XXIV. _Jaloux_                      55

      XXV. _Rinçades d'œil_             58

     XXVI. _Pleins battus_               60

    XXVII. _Mollets_                     63

   XXVIII. _Manteau rouge_               65

     XXIX. _Train des Maris_             67

      XXX. _Citrons_                     69

     XXXI. _Coquillages_                 71

    XXXII. _Gamme chromatique_           73

   XXXIII. _Fillettes d'Ève_             75

    XXXIV. _Grains de beauté_            77

     XXXV. _Bains nocturnes_             79

    XXXVI. _Grand vent_                  81

   XXXVII. _Mer tueuse_                  83

  XXXVIII. _Voiles de plage_             85

    XXXIX. _Fruits de la mer_            87

       XL. _P. P. C._                    91



  INDEX DES GRAVURES


  HENRY CASSIERS.--_Au Clair de la Dune_ (couverture).

  EDGAR CHAHINE.--_Fillettes d'Ève._

  AMÉDÉE LYNEN.--_Petits trous pas chers._

  F.-M. MELCHERS.--_Rinçades d'œil._

  CHARLES MICHEL.--_Grand vent._

  FÉLICIEN ROPS.--_Train des Maris._

  LOUIS THOMAS.--_La Muse._



  DES PRESSES D'OSCAR LAMBERTY

  EDITEUR

  70, RUE VEYDT (QUARTIER LOUISE)

  BRUXELLES


  ACHEVÉ D'IMPRIMER

  LE 6 JUILLET 1909





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