Home
  By Author [ A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z |  Other Symbols ]
  By Title [ A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z |  Other Symbols ]
  By Language
all Classics books content using ISYS

Download this book: [ ASCII ]

Look for this book on Amazon


We have new books nearly every day.
If you would like a news letter once a week or once a month
fill out this form and we will give you a summary of the books for that week or month by email.

Title: Atlas de poche des mammifères de la France, de la Suisse romane - et de la Belgique avec leur description, moeurs et organisation
Author: Martin, René
Language: French
As this book started as an ASCII text book there are no pictures available.


*** Start of this LibraryBlog Digital Book "Atlas de poche des mammifères de la France, de la Suisse romane - et de la Belgique avec leur description, moeurs et organisation" ***


                         BIBLIOTHÈQUE DE POCHE

                                  DU

                              NATURALISTE

                                 XVIII



             BIBLIOTHÈQUE DE POCHE DU NATURALISTE.--XVIII.

                            ATLAS DE POCHE

                                  DES

                              MAMMIFÈRES

                   de la France, de la Suisse romane
                           et de la Belgique

             AVEC LEUR DESCRIPTION, MŒURS ET ORGANISATION

                              SUIVI D’UNE

                  Étude d’ensemble sur les Mammifères

                                  PAR

                              René MARTIN

             _48 Planches coloriées et 45 Figures noires_

                  Peintures et dessins par A. Bessin


                                 PARIS

                   LIBRAIRIE DES SCIENCES NATURELLES

                           Paul Klincksieck
                        LÉON LHOMME, successeur
                          3, RUE CORNEILLE, 3

                                 1910

_Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays._



PRÉFACE


_Les mammifères qui habitent la France, la Belgique et la Suisse sont,
ou bien connus de tout le monde parce qu’on a souvent l’occasion de les
rencontrer, comme par exemple le lièvre, le lapin, la souris; ou
facilement reconnaissables quand on les aperçoit, comme l’écureuil, le
hérisson, la taupe; d’autres sont exposés, vivants ou empaillés, dans
les muséums et les jardins zoologiques, comme le sanglier, le cerf, le
renard, et ceux qui ne les ont pas vus à l’état sauvage savent
distinguer immédiatement ces formes caractéristiques. Mais il y en a
beaucoup que le public connaît mal, soit parce qu’ils sont rares, comme
le desman, le mouflon, le bouquetin, soit parce qu’il les confond plus
ou moins entre eux et avec les espèces connues, comme les musaraignes,
les loirs, les campagnols qui, à première vue, semblent voisins des
rats. Il y a enfin tout le groupe des chauves-souris, si différentes les
unes des autres et pourtant si difficiles à distinguer sans étude ou au
moins sans guide. Nous espérons que, à l’aide du petit ouvrage que nous
offrons au public, il sera aisé à nos lecteurs de reconnaître de suite
tous les animaux qu’ils pourront avoir sous les yeux et qu’ils
éprouveront le plaisir qu’on ressent quand on arrive, après un examen de
quelques minutes, à donner son nom exact à la bête qu’on a devant soi._

_N’est-il pas véritablement utile de bien connaître la faune des pays
que nous habitons, d’autant mieux que plusieurs des mammifères de France
sont des gibiers servis journellement sur nos tables, que beaucoup de
petits rongeurs sont des fléaux pour l’agriculture et que d’autres
donnent des fourrures servant à nos vêtements._

_L’ouvrage comprend deux parties:_

_Dans la première sont figurées et décrites nos principales espèces
indigènes. Presque toutes les planches et couleurs ont été dessinées sur
l’animal vivant, les autres, en très petit nombre, ont été faites sur
des spécimens choisis au Muséum parmi les plus beaux et les mieux
montés. En regard de chaque figure se trouve une description de
l’espèce, de ses mœurs et de ses habitudes, ainsi que les documents
indiquant son utilité ou les dégâts quelle peut causer à l’homme._

_La deuxième partie du volume se compose de notions aussi simples et
aussi claires que possibles sur la structure, la biologie, la
classification de nos mammifères, avec la description de toutes les
espèces vivantes en France, en Belgique et en Suisse. Après avoir parlé
de toutes les formes sauvages de notre pays, nous dirons quelques mots
de nos espèces domestiques, notamment en ce qui concerne leurs
origines._

_Il est pourtant un ordre de mammifères dont nous ne parlerons pas,
celui des cétacés, mammifères exclusivement aquatiques, à corps imitant
celui des poissons, comprenant les marsouins, les dauphins, les
baleines, etc., par la raison que cet ordre a déjà été traité en
appendice, il est vrai, mais d’une façon complète dans le volume de la
collection écrit sur les poissons marins, auquel le lecteur voudra bien
se reporter._

_Les dimensions données pour chaque animal sont celles du mâle adulte.
Ces dimensions sont parfois un peu variables, surtout chez certaines
espèces, les individus, fussent-ils d’une même portée, n’étant jamais
exactement semblables. Ce qui est utile, ce sont des chiffres donnant
une moyenne, sauf dans le cas où il s’agit de comparer deux formes
voisines pour lesquelles la différence de taille, même minime, est un
objet de comparaison._



                         FAUNES DES MAMMIFÈRES

                     DE FRANCE, BELGIQUE ET SUISSE

                               PUBLIÉES

                    par provinces ou départements.


Le faune d’un département spécial, écrite en général par un auteur qui a
vu et chassé les animaux d’une localité, est toujours très intéressante
et très utile au point de vue de la faune générale d’un pays. En France,
les faunes particulières des mammifères existent pour la moitié à peu
près de nos départements; plusieurs d’entre elles ne sont que des
compilations ou de simples listes, d’autres contiennent des observations
et des études, souvent très bien faites sur les animaux de la région.
Ces faunes sont beaucoup plus nombreuses en ce qui concerne les oiseaux.

Nous croyons utile d’indiquer toutes les faunes que nous connaissons
relatives aux mammifères de nos départements.

     _Allier._--Ernest Olivier. Essai sur la faune de l’Allier (Moulins
     1880).

     _Basses-Alpes._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille
     1880).

     _Alpes-Maritimes._--Risso. Histoire naturelle de l’Europe
     méridionale, particulièrement des environs de Nice (Paris 1826).

     _Ardèche._--Lagardette. Catalogue des mammifères de l’Ardèche
     (Privas 1872).

     _Ardennes._--Godron. Zoologie de la Lorraine (Nancy 1863).

     _Aube._--Ray. Catalogue de la faune de l’Aube (Troyes 1843).

     _Bouches-du-Rhône._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille
     1880).

     _Calvados._--Chesnon. Histoire naturelle de la Normandie (Bayeux
     1835).

     _Calvados._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).

     _Cantal._--Delarbre. Essai zoologique sur l’Auvergne (Clermont
     1897).

     _Charente._--De Rochebrune. Faune de la Charente (Soc. Linn. de
     Bordeaux 1841).

     _Charente-Inférieure._--Beltramieux. Faune de la
     Charente-Inférieure et suppl. (La Rochelle 1864-1870).

     _Doubs._--Ernest Olivier. Faune du Doubs (Besançon 1883).

     _Eure._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).

     _Eure-et-Loir._--Marchand. Faune d’Eure-et-Loir (Revue et mag. de
     zoologie 1861).

     _Finistère._--De Lauzanne. Animaux vertébrés du Nord-Finistère
     (Morlaix 1883).

     _Gard._--Crespon. Faune méridionale (Nîmes 1844).

     _Haute-Garonne._--Trutat. Mammifères des Pyrénées (Toulouse 1878).

     _Gironde._--Lataste. Mammifères non-marins de la Gironde (Bordeaux
     1884).

     _Hérault._--Creuzé de Lesser. Statistique de l’Hérault (Montpellier
     1881).

     _Indre._--R. Martin et R. Rollinat. Vertébrés de l’Indre (Paris
     1894).

     _Jura._--Ogérien. Histoire naturelle du Jura et départements
     voisins (Paris 1863).

     _Loire et Haute-Loire._--Pomel. Vertébrés fossiles du bassin
     supérieur de la Loire (Paris 1854).

     _Maine-et-Loire._--Millet. Faune de Maine-et-Loire et suppl.
     (Angers 1828-1868).

    --De Soland. Mammifères de Maine-et-Loire (Angers 1856).

     _Manche._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).

     _Marne._--D^{r} Salle. Faune de la Marne.

     _Meurthe-et-Moselle et Meuse._--Godron. Zoologie de la Lorraine
     (Nancy 1863).

     _Morbihan._--Taslé. Histoire naturelle du Morbihan (Vannes 1869).

     _Nord._--De Norguet. Mammifères du département du Nord (Lille
     1867).

     _Orne._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).

     _Puy-de-Dôme._--Delarbre. Essai zoologique sur l’Auvergne (Clermont
     1797).

     _Puy-de-Dôme._--R. des Prugnes. Vertébrés du Puy-de-Dôme (Feuille
     des jeunes naturalistes 1901-1902).

     _Basses-Pyrénées et Hautes-Pyrénées._--Trutat. Catalogue des
     mammifères des Pyrénées (1878).

     _Pyrénées-Orientales._--Companys. Histoire naturelle du département
     des Pyrénées-Orientales (Perpignan 1861).

     _Sarthe._--Gentil. Mammalogie de la Sarthe (Le Mans 1881).

     _Seine-et-Marne._--De Sinety. Faune de Seine-et-Marne (Revue et
     mag. de zoologie 1854).

     _Seine-Inférieure._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris
     1888).

     _Somme._--Marcotte. Animaux vertébrés de l’arrondissement
     d’Abbeville (1861).

     _Var._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille 1880).

    --Gerbe. Vertébrés nouveaux de la Provence (Paris 1852).

     _Vaucluse._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille 1880).

     _Vendée._--Cavoleau. Statistique du département de la Vendée
     (Fontenay-le-Comte 1884).

     _Vienne._--Mauduyt. Mammifères du département de la Vienne
     (Poitiers 1843).

     _Vosges._--Godron. Animaux sauvages des Vosges (1866).

    --Lepage et Charton. Histoire naturelle du département des Vosges.

     _Yonne._--Paul Bert. Animaux vertébrés de l’Yonne (1864).

     _Alsace._--Gérard. Mammifères sauvages de l’Alsace (Colmar 1871).

     _Belgique._--De Selys-Longchamps. Faune belge (Liège 1842).

    --Deby. Histoire naturelle des mammifères (Bruxelles 1848).

     _Luxembourg._--Mammifères du pays de Luxembourg (Luxembourg 1869).

     _Suisse._--Fatio. Mammifères de la Suisse (Genève 1869).

     _France entière._ Rolland. Faune populaire des mammifères de France
     (Paris 1877).

    --Trouëssart. Mammifères de France (Paris 1884).

    --Bouvier. Mammifères de France (Paris 1886).



RHINOLOPHE GRAND FER-A-CHEVAL


Les Rhinolophes sont des Chauves-Souris remarquables par un repli
membraneux, plus ou moins en forme de feuilles plissées, qu’elles ont
sur le nez. Ce caractère les fait reconnaître de suite.

Le Rhinolophe grand fer-à-cheval, de taille relativement grande
(envergure: 0^{m}36; corps: 0^{m}065; queue: 0^{m}035) a le pelage d’un
gris brun roux en dessus, d’un brun pâle ou grisâtre en dessous; deux
feuilles nasales, la postérieure lancéolée; les côtés de la selle un peu
concaves; les oreilles larges, un peu plus courtes que la tête, à pointe
aiguë; la 2^{e} prémolaire supérieure accolée à la canine, la 1^{re}
prémolaire se trouvant en dehors de la ligne des dents; l’aile insérée
au talon. Les deux sexes et les jeunes sont semblables.

En toutes saisons, ce Rhinolophe, reconnaissable à sa grande taille,
habite les souterrains, les caves et les cavernes où on le trouve
suspendu aux voûtes et aux parois; il ne se glisse jamais dans les
fissures et dans les trous. En été, quelques sujets se réfugient dans
les greniers des moulins abandonnés ou des vieux édifices situés près
des eaux.

Durant les beaux jours, il sort de sa retraite, quand la nuit est
tombée, et longe, d’un vol bas et peu rapide, les buissons, les avenues,
le bord des rivières et les bâtiments. Il saisit alors une foule de
coléoptères et de papillons qu’il dévore sans s’arrêter, mais si la
proie est volumineuse, il s’accroche immédiatement à l’entrée d’une
caverne, d’une maison ou à un tronc d’arbre, la tête en bas et la mange
tranquillement. C’est ainsi qu’on voit, à l’entrée des grottes qu’il
habite, de nombreux débris d’insectes. Si, à cette époque, on pénètre
pendant le jour dans une caverne où il s’est retiré pour dormir, il
s’éveille à l’approche de la lumière et se laisse difficilement saisir.

Dès la fin d’octobre commence le sommeil hibernal; ce qui n’empêche pas
que, parfois, en novembre, on voit encore voler quelques-unes de ces
Chauves-Souris.

Pendant les grands froids, le sommeil est profond, car on peut alors
les enlever, les examiner et les remettre en place.

Cette espèce est très difficile à tenir en captivité, elle ne cesse de
se meurtrir aux parois de la cage et refuse ordinairement toute
nourriture.

Elle habite une grande partie de l’Europe, commune dans le Sud et plus
rare dans le Nord. En France, on la trouve partout; elle est même très
répandue dans le Centre, l’Ouest et le Midi. Elle est plutôt rare en
Suisse et en Belgique.

Une autre espèce de Rhinolophe, le Rhinolophe petit fer-à-cheval, est
assez commune en France, en Belgique et en Suisse; deux autres espèces,
le Rhinolophe de Blasius et le Rhinolophe Euryale n’habitent que le Sud
et le Centre de la France. Elles seront décrites dans la seconde partie
de cet ouvrage.

[Illustration:

Rhinolophe grand fer à cheval

Rhinolophus ferrum equinum

_Chauve-souris_

Famille des RHINOLOPHIDÉS]

[Illustration:

Oreillard commun

Plecotus auritus

_Chauve-souris_

Famille des VESPERTILIONIDÉS]



OREILLARD COMMUN


Cette Chauve-souris a le museau assez allongé, le nez sans repli bien
net en forme de feuille, mais cependant une apparence de repli; les
narines ouvertes à la partie supérieure du museau au fond d’une rainure;
deux incisives de chaque côté à la mâchoire supérieure, trois à la
mâchoire inférieure; les oreilles soudées ensemble à leur base, énormes,
avec un oreillon de presque moitié de l’oreille, en forme de couteau
assez étroit, un peu plus large en bas; les ailes courtes et larges; les
jambes longues, et 36 dents.

Le pelage est brun cendré en dessus, gris jaunâtre en dessous, l’aile
insérée à la base des doigts; l’envergure de 0^{m}23 à 0^{m}26, avec le
corps d’une longueur de 0^{m}05 et la queue de 0^{m}045. Les deux sexes
sont semblables, la femelle et les jeunes parfois plus foncés ou plus
ternes. On la reconnaît de suite à ses oreilles extrêmement grandes,
aussi longues que le corps.

Elle est plus ou moins commune, suivant les localités, mais généralement
très répandue, dormant, le jour, cachée dans les trous de murs, les
carrières ou les greniers, souvent derrière les contrevents des
fenêtres, et partant, dès le crépuscule, à la recherche des petits
insectes nocturnes.

Son vol rapide, très coupé et très irrégulier, est moyennement élevé. On
la voit circuler à travers les branches des arbres et se frôler aux
rameaux comme si elle saisissait des insectes posés sur les fleurs, ou
raser la surface des eaux, ou bien chasser dans les vergers, les
clairières des bois et les rues des villes.

Au printemps et en été, les femelles réunies par petites bandes, élèvent
leurs petits en commun. En hiver, on la rencontre par petits groupes, et
souvent solitaire, suspendue aux voûtes des cavernes et des caves, ou
profondément enfoncée dans une fissure, avec les oreilles repliées le
long du corps, les oreillons seuls demeurant droits.

Elle reprend de bonne heure la vie active, parfois dès les belles
soirées de janvier et de février.

C’est la seule espèce du genre Oreillard habitant la France, la Suisse
et la Belgique.



VESPÉRIEN PIPISTRELLE


La Pipistrelle a le museau court, le nez sans aucun repli, les narines
s’ouvrant au bout du museau, deux incisives à la mâchoire supérieure de
chaque côté, trois incisives à l’inférieure; les oreilles très séparées,
très peu longues, assez larges, l’oreillon peu courbé en forme de
couteau obtus, ayant sa plus grande largeur au-dessus de la base; les
ailes longues insérées à la base des doigts; 34 dents; les jambes plutôt
courtes et fortes.

Son pelage assez variable de coloration est en général brun noir dessus,
brunâtre en dessous. Les deux sexes sont semblables, les jeunes de
teinte plus foncée. Envergure: 0^{m}18 à 0^{m}20; corps 0^{m}038; queue
0^{m}032.

Très petite espèce, commune partout en France, surtout dans le centre et
le nord, en Belgique et en Suisse. Elle se retire dans les greniers, les
écuries, les trous des murailles et des arbres, tantôt seule, tantôt par
bandes. A peine la nuit venue, elle part, et d’un vol rapide et très
irrégulier, circule dans les villes et autour des bâtiments, au-dessus
des arbustes et des rivières et entre même dans les appartements
éclairés.

L’hiver, elle se cache dans les coins des greniers, dans les trous des
charpentes et dans les combles des édifices. Son sommeil est peu
profond et il n’est pas rare de la voir voltiger dans une tiède soirée
d’hiver. En cette saison, sa coloration est généralement plus claire
qu’en été.

La Pipistrelle a été souvent conservée en captivité dans des cages et on
a pu constater qu’elle absorbait une très grande quantité de nourriture,
car on l’a vue manger de suite plus de 30 sauterelles ou criquets, ou
bien environ 300 mouches.

Le genre Vespérien compte un certain nombre d’espèces dont nous
donnerons plus loin la description.

[Illustration:

Vespérien pipistrelle

Vesperugo pipistrellus

_Pipistrelle_

Famille des VESPERTILIONIDÉS]

[Illustration:

Hérisson d’Europe

Erinaceus europaeus

Famille des ERINACEIDÉS]



HÉRISSON D’EUROPE


Le Hérisson, dont le corps mesure environ 0^{m} 24 et la queue 0^{m} 17,
a la tête large à la base, de petites oreilles arrondies, la queue velue
et très courte, et 36 dents. Son pelage est composé, sur la tête, les
membres, la queue et le ventre, d’une fourrure de poils d’un brun
jaunâtre, plus clairs sur l’abdomen et la poitrine, et sur toutes les
parties supérieures du corps, d’une série de longs piquants serrés et
aigus, d’un blanc jaunâtre à leur base, noirâtres vers leur moitié et
blancs au bout. Dès qu’il est inquiété, l’animal place sa tête, ses
membres et sa queue sur l’abdomen et se replie en rond, ne présentant
plus qu’une boule hérissée de piquants.

Le Hérisson est partout très commun, dans les haies des campagnes et
dans les bois taillis. Durant le jour, il demeure caché sous un pied de
taillis, un roncier ou un amas de pierres; il en sort rarement pendant
le grand soleil, mais aussitôt le crépuscule, il commence à courir de
côté et d’autre, dévorant tout ce qu’il rencontre, insectes de toutes
sortes, lombrics, limaces, limaçons, serpents, lézards et grenouilles,
mulots et campagnols, lapereaux dont il trouve le nid, jeunes oiseaux,
et au besoin des racines et des fruits.

Renfermé dans une écurie, nous l’avons vu dévorer des œufs, de petits
pigeons, et une personne digne de foi l’a vu attaquer, dans les mêmes
conditions, de petits chiens qui venaient de naître.

Il mange les cantharides, dit-on, sans en être incommodé et attaque la
vipère, ses piquants le protégeant contre les morsures, car il n’est
pas certain qu’il soit immunisé, comme on le prétend, contre le venin du
reptile.

C’est un animal, à la fois utile puisqu’il détruit les insectes
nuisibles, les limaces, les campagnols et la vipère, et un peu nuisible
puisqu’il mange du gibier et des oiseaux.

Il ne court pas très vite, mais il grimpe assez bien et au besoin
escalade une muraille même élevée. Grâce à son système de défense, il
est rarement tué par les animaux carnassiers; les chasseurs dont les
chiens l’arrêtent souvent dans les buissons, l’épargnent ordinairement;
les paysans, au contraire, le tuent généralement quand ils le
rencontrent, soit pour le plaisir de le tuer, soit pour le manger.

Au mois de juin, la femelle construit, dans un roncier, au milieu des
champs ou dans un bois épais, un nid d’herbes où elle dépose ses petits;
elle fait ainsi deux portées par an, de chacune trois à sept jeunes.
Ceux-ci, à la naissance et pendant quelques jours, ont les piquants
mous, mais ils durcissent vite et sont alors plus aigus que ceux des
adultes.

A la fin de l’automne, le Hérisson se cache sous d’épaisses racines,
sous des rochers ou dans un fourré, et là, s’ensevelit dans un amas de
feuilles sèches et de broussailles. Dès les premiers beaux jours du
printemps, il se réveille et commence sa vie d’été.



TAUPE COMMUNE


La Taupe est une bête d’environ 0^{m}18 de longueur, sans oreilles
visibles, au museau allongé terminé par une sorte de boutoir, aux
membres courts, ceux de devant ayant la forme de larges mains, ceux de
derrière étroits, revêtue d’un soyeux pelage noir, parfois avec nuance
cendré brillant. Ses yeux sont extrêmement petits, ordinairement ouverts
et munis de paupières, mais on rencontre aussi des individus ayant un
œil ou les deux yeux recouverts d’une peau transparente très mince.
C’est une espèce en voie de transformation, perdant le sens de la vue
qui lui est souvent inutile.

Sa vie se passe presque entièrement sous terre où elle creuse de petites
galeries longues et compliquées, généralement faites sur le même modèle.
Elle y circule avec vivacité et y chasse les animaux qu’elle y
rencontre. On ne la voit presque jamais à la surface du sol et si on l’y
surprend, elle se hâte de s’enfouir en un clin d’œil. Si on ne la voit
pas quand elle est sous terre, sa présence est révélée par les amas
arrondis de terre qu’elle rejette et qui indiquent la direction de ses
galeries. Ces monticules appelés «taupinières» sont placés
irrégulièrement, tantôt éloignés, tantôt très près les uns des autres,
et se trouvent dans les prés, les bois, les champs et les jardins, en
toutes saisons, même en hiver, puisque, sur une couche de neige tombée
de la nuit, les taupinières apparaissent comme des taches obscures, dès
les premières heures du matin.

C’est dans ces galeries, sous un nid feutré d’herbes, que la femelle,
après une gestation de quatre semaines, met bas, d’avril à juin, trois à
six petits.

La Taupe est extrêmement vorace et ne cesse de manger les lombrics, les
larves de coléoptères, les courtilières, même les campagnols et les
jeunes mulots; elle attaque même ses semblables quand elle ne trouve pas
autre chose.

Elle est certainement utile parce qu’elle détruit beaucoup d’insectes
nuisibles, mais il ne faut pas la laisser trop se multiplier parce
qu’elle fait périr les jeunes plants dans les potagers et que, dans les
prairies, ses taupinières sont très gênantes pour les faucheurs.

Aussi les cultivateurs en prennent-ils beaucoup avec des pièges spéciaux
tendus dans les galeries.

Les mâles sont plus nombreux que les femelles. Assez souvent, on trouve
des taupes blanches et de couleur isabelle.

On a fait une seconde espèce de la Taupe aveugle (_Talpa cæca Savi_) qui
habite certains départements des bords de la Méditerranée et qui n’est
peut-être qu’une variété de la Taupe commune. Elle a la taille et les
habitudes de notre espèce et en diffère par ses yeux toujours recouverts
d’une pellicule et privés de paupières, par la longueur de son boutoir,
par ses deux incisives supérieures médianes, beaucoup plus larges que
les latérales, et sa seconde prémolaire supérieure beaucoup plus petite
que la troisième, alors que, chez l’espèce ordinaire, les incisives
supérieures sont toutes à peu près égales et la deuxième prémolaire
supérieure aussi grande que la troisième.

[Illustration:

Taupe commune

Talpa europaea

_Foyon_

Famille des TALPIDÉS]

[Illustration:

Desman des Pyrénées

Myogalea pyrenaica

Famille des TALPIDÉS]



DESMAN DES PYRÉNÉES


Les Desmans tiennent le milieu entre les Taupes et les Musaraignes. Ils
diffèrent de celles-ci par leur dentition. Leur museau, extrêmement
allongé, se prolonge en une petite trompe très longue et très flexible
qu’ils agitent sans cesse et où sont percées les narines étroitement
accolées; la queue est longue, écailleuse, aplatie aux côtés. Leurs
pieds ont cinq doigts réunis par des membranes; les pieds de derrière
sont très grands, écailleux, portant des ongles longs et forts. Ils
n’ont pas d’oreilles apparentes et portent 8 mamelles. Il y a 22 dents à
chaque mâchoire.

Le Desman des Pyrénées est la seule espèce française du genre; une
autre, qui habite l’Europe orientale, est le Desman de Moscovie. Celui
des Pyrénées est un petit animal de 0^{m}25 de longueur, ressemblant un
peu d’apparence à une Musaraigne, pourvu d’une fourrure lustrée et
soyeuse, brune en dessus, argentée en dessous. On le trouve dans les
départements voisins des Pyrénées, à Tarbes, à Pau, dans l’Ariège, les
Pyrénées-Orientales et aussi dans les Landes. Il n’est pas rare en
Espagne et en Portugal.

Il s’établit le long des cours d’eau, dans les marais et les prairies
inondées; là, il se creuse des galeries dans les fossés et les berges ou
s’empare des trous creusés par les rats d’eau. Parfois, il s’éloigne des
eaux et on l’a trouvé à plusieurs reprises caché dans des meules de
foin.

Il chasse pendant la nuit et se nourrit de coléoptères, de larves
d’insectes, de crustacés et de jeunes truites. Toujours est-il qu’on le
prend assez souvent dans les filets tendus pour le poisson, et qu’on le
considère comme nuisible.

Il pousse de temps en temps de légers cris et mord facilement la main
qui cherche à le saisir. La femelle met bas deux petits vers la fin de
janvier.

Il porte, sous la naissance de la queue, une poche d’où se dégage une
très forte odeur de musc. Les chiens des chasseurs au marais le prennent
assez fréquemment et le tuent, mais le rejettent aussitôt, dégoûtés par
son odeur. Les autres animaux ne l’attaquent pas, sauf les gros brochets
dont il devient, dit-on, assez souvent la proie.



CROCIDURE ARANIVORE


Petite bête de 0^{m}075 de longueur, avec la queue de 0^{m}038, le
pelage brun rouge en dessus et blanchâtre à l’extrémité des membres, les
oreilles peu velues couvertes de poils courts avec seulement quelques
poils longs, les dents blanches, les yeux très petits, le museau long et
mobile. Une glande située sur les flancs répand une odeur fade chez le
mâle. 28 dents. Les deux sexes et les jeunes sont semblables.

Le Crocidure aranivore, vulgairement la Musette, se trouve partout dans
les champs, les jardins, les étables et les fumiers de fermes. Elle fait
continuellement entendre de petits cris aigus et est toujours en quête
de nourriture dont il lui faut une grande quantité. Tout lui est bon,
insectes, lombrics, petits mammifères, petits oiseaux, cadavres
d’animaux et même les autres Musaraignes, quand elle ne trouve pas
mieux.

En captivité, elle est toujours active et mange avidement la viande
hachée et les cadavres de souris et de campagnols dont elle ouvre tout
d’abord le ventre, puis elle introduit son museau dans le corps et
dévore tous les muscles, ne laissant que la peau et les gros os. Son
odeur forte empêche les chiens et les chats de la manger; ils la tuent,
mais la laissent sur place.

Cette espèce est certainement monogame, car on trouve presque toujours
ensemble le mâle et la femelle. Elle fait, de février à octobre, de deux
à quatre portées, chacune de trois ou quatre petits.

On peut la considérer comme plutôt utile que nuisible, car si elle
attaque les oisillons qu’elle trouve à terre, elle détruit beaucoup de
campagnols et d’insectes. Elle est répandue partout en France, en Suisse
et en Belgique.

Deux autres espèces de Crocidures font partie de notre faune: la
Leucode, plus spéciale aux contrées orientales, remarquable par sa queue
très courte, et l’Étrusque, spéciale au Midi, reconnaissable à son
extrême petitesse, à sa queue carrée et à sa dentition (30 dents au lieu
de 28).

[Illustration:

Crocidure aranivore

Crocidura araneus

_Musette_, _Musaraigne de terre_

Famille des SORICIDÉS]

[Illustration:

Musaraigne carrelet

Sorex vulgaris

_Plaron_

Famille des SORICIDÉS]



MUSARAIGNE CARRELET


La Musaraigne Carrelet ressemble un peu à une Crocidure, mais elle s’en
distingue surtout par sa queue à peu près carrée, ses dents toujours
rouges au bout et sa dentition composée de 32 dents. C’est un petit
animal de 0^{m} 070 de longueur, avec la queue de 0^{m} 040, ayant un
pelage velouté brun noirâtre ou même noir en dessus, blanc ou grisâtre
en dessous, avec une ligne noire sur les flancs, les oreilles petites
disparaissant sous le poil, les yeux très petits, le museau long et
mobile, la queue un peu plus courte que le corps et une glande odorante
sur les flancs. Les deux sexes semblables, les jeunes de coloration plus
terne.

Très commune partout en France, en Belgique et en Suisse où elle se
rencontre assez haut sur les montagnes, elle vit dans les champs
entourés de buissons et sur le bord des taillis. Nuit et jour elle
circule dans le voisinage de son trou, jetant de temps à autre une menue
stridulation qui la fait remarquer. Elle s’attaque à tous les petits
animaux, souris, campagnols, oisillons, grenouilles, orvets, lombrics;
elle-même est souvent prise par les chiens, les chats, les belettes et
les putois qui la tuent incontinent mais la rejettent aussitôt, à cause
de son odeur. Cette odeur, en somme, n’est guère une protection pour
elle.

En captivité, elle se montre très vorace et mange avidement les petits
oiseaux ou les souris qu’on lui donne. Elles s’attaquent même entre
elles si plusieurs sont renfermées dans la même cage.

La femelle bâtit dans un trou de mur, sous des tas de pierres ou des
racines d’arbres, un nid feutré de mousse et de feuilles, dans lequel
elle dépose, de mai à juillet, cinq, six et même dix petits.

Le genre Musaraigne comprend, outre le Carrelet, deux autres espèces
françaises, la Musaraigne pygmée, bien plus petite, rare en France et en
Belgique, inconnue même dans certains départements, mais plutôt commune
en Suisse, et la Musaraigne des Alpes, qui habite seulement les
provinces montagneuses de la France, les Alpes, les Pyrénées, le Jura et
le Doubs, ainsi que plusieurs localités suisses.



CROSSOPE AQUATIQUE


La Musaraigne d’eau a une certaine ressemblance avec le Carrelet, mais
elle est plus grande (corps 0^{m}087 à 0^{m}105 de longueur; queue,
0^{m}55 à 0^{m}65), a la queue quadrangulaire ciliée en dessous, les
pieds forts, larges, pourvus de soies raides et 30 dents, dont le bout
est rouge orangé. Le pelage fourré est d’un brun presque noir en dessus,
avec une petite tache noire en arrière de l’œil, blanc ou grisâtre en
dessous, la queue brune dessus et blanche en dessous, les pieds
brunâtres, les yeux très petits, les oreilles arrondies à peu près
cachées sous le poil, le museau long et mobile, le corps allongé et les
membres courts. Les deux sexes sont semblables, mais les jeunes ont une
coloration plus terne. La variété «ciliatus» a le ventre presque noir.

Cette Musaraigne répandue partout en France, en Belgique et en Suisse,
est généralement très commune sur le bord des rivières, étangs et
ruisseaux marécageux, où elle se creuse des trous profonds quand elle ne
se loge pas dans les terriers des rats d’eau. On la voit, si on
s’approche sans bruit, circuler avec une extrême vivacité sur le rivage,
ou nager et plonger avec aisance et rapidité, poussant de temps en
temps de petits cris sifflés.

Elle mange tous les petits animaux qu’elle peut saisir, les larves de
batraciens, les œufs de poissons, les crevettes, écrevisses, tritons,
grenouilles, vers et insectes, et attaque même les poissons assez gros,
ce qui la fait considérer comme franchement nuisible. A son tour, elle
est dévorée à l’occasion par les busards et les hérons, mais elle n’a
pas beaucoup d’autres ennemis, sauf les gros brochets.

Dans un nid d’herbes, au fond de son terrier, la femelle dépose, à deux
ou trois reprises, d’avril à octobre, de six à huit petits.

La taille et la couleur de cette espèce sont assez variables. On a voulu
voir, mais certainement à tort, une seconde espèce dans les individus à
ventre noir, car on observe toutes les colorations intermédiaires.

[Illustration:

Crossope aquatique

Crossopus fodiens

_Musaraigne d’eau_

Famille des SORICIDÉS]

[Illustration:

Castor ordinaire

Castor fiber

Famille des CASTORIDÉS]



CASTOR ORDINAIRE


Un Castor moyen a le corps, sans la queue, long de 0^{m}65, la queue
mesurant 0^{m}30, mais certains Castors adultes peuvent atteindre une
longueur totale de 1^{m}10. C’est un animal à corps gros et épais, avec
les membres, surtout ceux de devant, courts, les yeux très petits, les
oreilles courtes, la queue ovalaire, écailleuse, très large et très
aplatie en forme de battoir, les pieds postérieurs palmés. Le pelage
très dense, très doux, est d’un brun marron; le tiers supérieur de la
queue seul est couvert de poils et d’un brun de suie. Près de l’anus,
deux paires de glandes sécrètent la matière dite «castoreum».

Le Castor ou Bièvre d’Europe, très analogue à celui d’Amérique, habitait
autrefois presque toute la France. Avant le moyen âge, on le trouvait
aux environs de Paris et c’est de lui que vient à une petite rivière le
nom de Bièvre. Pendant le moyen âge on le trouvait aux bords de la
Saône, de l’Isère, de la Somme, de la Durance, du Rhône et du Gardon.
Aujourd’hui il a été détruit presque partout et l’espèce n’est plus
représentée en France que par quelques individus vivant péniblement sur
le Rhône et quelques-uns de ses affluents; il est malheureusement
certain que bientôt il aura complètement disparu. Autrefois, il
construisait des digues dans les ruisseaux, mais à force d’être inquiété
et pourchassé, il a perdu ses habitudes et il vit isolé ou en petites
colonies sur quelques îlots du Rhône, dans de très longs terriers
creusés sur les berges.

Sa nourriture consiste en racines de nénuphars et en jeunes pousses de
saules, de peupliers, de bouleaux. On sait qu’il abat les arbres et on
rencontre parfois des arbres coupés par lui, reconnaissables à
l’empreinte de ses dents et à la forme de la cassure.

C’est une bête tout à fait nocturne, qui nage et plonge admirablement et
ne quitte jamais le rivage des rivières.

Il s’accouple pendant l’hiver et la femelle met bas, dans son trou, en
avril et mai, deux à cinq petits.

Sa peau est fort estimée, sa chair plutôt bonne était autrefois classée
parmi les aliments maigres, et son produit un peu démodé, le
«castoreum», se vendit à un prix élevé, puisqu’une livre à l’état brut
valait, il y a quelques années, plus de 250 francs.

On a trouvé sur lui un coléoptère parasite particulier, le «Platypsillus
Castoris», le même parasite existant sur le Castor d’Amérique, et aussi
un acarien pilicole spécial «Schizocarpus Mingaudi».

Pendant longtemps, le Syndicat des digues du Rhône, sous prétexte de
prétendus dégâts compromettant la solidité des digues, payait pour
chaque animal abattu une prime de 15 francs, mais, mieux informé, il a
supprimé cette prime; et aujourd’hui on tend à protéger le Castor plutôt
qu’à le détruire.



ÉCUREUIL COMMUN


Tout le monde connaît l’Écureuil de France avec son pelage d’un roux vif
en dessus, pendant l’été, blanc en dessous; ce pelage variant suivant
les saisons et les individus, et devenant sur le dos grisâtre ou roux
brun ou brun noirâtre.

L’Écureuil, dont le corps mesure, sans la queue, 0^{m}25, et avec la
queue 0^{m}48, est commun dans les bois presque partout et il semble
même, en beaucoup de localités, devenir plus répandu qu’il n’était
autrefois. D’une vivacité et d’une souplesse extrême, il court sur les
arbres, même sur les branches flexibles, sautant de l’un à l’autre;
souvent il descend à terre, mais à la moindre alerte, il grimpe en un
clin d’œil à la cime d’un arbre voisin et s’y dissimule admirablement.
Blessé, il mord cruellement la main qui s’approche de lui.

L’accouplement a lieu de février à avril. Chaque couple bâtit alors sur
un arbre plusieurs nids avec de la mousse et des feuilles sèches et,
dans un de ces nids, la femelle, qui habite souvent séparée du mâle, met
bas, après une gestation d’environ un mois, de trois à six petits. Elle
fait souvent ensuite une deuxième portée.

Durant tout l’automne, il récolte des provisions de glands, faînes,
châtaignes, noix et noisettes, qu’il place ordinairement dans une cavité
d’arbre, sous des racines ou sous de grosses pierres. Pendant l’hiver,
il se cache dans son nid, souvent avec quatre ou cinq autres qui se
serrent les uns contre les autres pour se réchauffer, car ils ne
s’engourdissent pas.

C’est un animal certainement très nuisible, car il attaque et ronge les
bourgeons et l’écorce des conifères, arrêtant ainsi leur développement,
dévaste les noyers et détruit beaucoup de nids d’oiseaux. On a même
constaté, en Berry et en Touraine, que, dans les bois où il était en
nombre, il ravageait la plus grande partie des nids de la perdrix rouge.

Sa chair est mangeable quand il habite les bois de chênes et de
châtaigniers, plutôt mauvaise quand il se nourrit de bourgeons et des
cônes des conifères. Sa fourrure d’hiver est assez estimée.

L’Écureuil est répandu presque partout en France et en Belgique; en
Suisse il est commun aussi bien en plaine que dans les montagnes.

[Illustration:

Écureuil commun

Sciurus vulgaris

_Spirou_, _Fouquet_

Famille des SCIURIDÉS]

[Illustration:

Marmotte vulgaire

Arctomys marmotta

Famille des SCIURIDÉS]



MARMOTTE VULGAIRE


La Marmotte a la tête large, plus allongée que celle de l’Écureuil, les
membres forts et trapus, façonnés pour creuser la terre, les oreilles
courtes, les yeux très gros, la queue courte et poilue, dix mamelles,
vingt-deux dents dont deux incisives jaunes à chaque mâchoire. Son
pelage est fauve grisâtre ou roux noirâtre en dessus, roussâtre en
dessous. Elle a, en moyenne, 0^{m}65 de longueur.

Elle se trouve seulement dans les montagnes des Alpes, soit en Suisse,
dans les départements de la Savoie, de l’Isère, des Hautes et
Basses-Alpes et y vit à la hauteur de 1.500 à 3.000 mètres, vers la
limite des neiges éternelles. Là, on les rencontre par colonies, au
milieu des rochers et des éboulis, aux environs des terriers qu’elles se
creusent très profondément, mangeant en abondance des plantes, des
racines et des graines. Surprises par l’homme, elles poussent un très
fort sifflement et rentrent prestement dans leurs trous. On prétend que
si un groupe de Marmottes est au repos, l’une d’elles se place en
sentinelle pour aviser les autres d’un danger possible. Des observations
sérieuses ont prouvé que le fait était plutôt une légende populaire.

Après l’accouplement qui se fait au printemps, à la fin d’avril, et cinq
semaines de gestation, la famille met bas dans son terrier quatre à six
petits. Pendant l’été, les Marmottes passent leurs journées à manger et
à se reposer, si bien que, dès le mois de septembre, elles sont en
général excessivement grasses. Alors, elles quittent leur domicile
d’été, lorsqu’il est placé à une certaine élévation sur la montagne et
viennent habiter plus bas un terrier creusé pour l’hiver. Elles s’y
réfugient, après l’avoir muré, dans une sorte de nid bien feutré
d’herbes et s’y engourdissent complètement jusqu’au printemps suivant. A
leur réveil, leur poids n’a guère diminué que de 200 à 300 grammes.

Les montagnards les prennent dans leurs trous d’hiver et il n’est pas
rare de voir en France et en Belgique, de jeunes enfants promener des
Marmottes en vie, qu’ils nourrissent de grains, de pain et même de
viande, en demandant l’aumône.

La Marmotte vit de 9 à 10 ans, lappe comme le chien en buvant et broute
comme le lapin.



LOIR COMMUN


Le Loir adulte a, du museau à la naissance de la queue, 0^{m}14 à
0^{m}16 et environ 0^{m}13 de queue; quatre doigts avec un pouce non
développé aux pattes de devant, cinq doigts aux pattes de derrière. Son
pelage est gris cendré soyeux en dessus et d’un blanc plus ou moins pur
en dessous; il a des moustaches noires et quelques poils noirs autour
des yeux, les oreilles moyennes, arrondies et très mobiles, les yeux
noirâtres et proéminents, la queue entièrement grise avec raie
blanchâtre en dessous, bien fournie de poils à l’instar de celle de
l’Écureuil.

On le trouve dans la plupart des départements français du Centre et du
Midi, même de l’Est, mais il est toujours assez rare; il est peut-être
plus commun en Suisse, mais il n’existe probablement pas en Belgique. Il
vit dans les forêts et se nourrit de toutes sortes de fruits, même de
petits oiseaux. Son nid placé dans un arbre creux ou dans un trou de
rocher ou de carrière est fait de mousse et de feuilles; il y entasse
des provisions de fruits et de baies et, durant les grands froids, il
s’y engourdit plus ou moins. En mars, il sort et l’accouplement se fait
bientôt après. C’est en juin que la femelle met bas de deux à six
petits.

Un Loir adulte tenu en captivité par M. Rollinat, d’Argenton, était au
début très féroce et mordait cruellement, mais il s’habitua assez vite à
recevoir sa nourriture qu’il finit par prendre même de la main de
l’homme. Il était très friand de noix, noisettes, châtaignes, glands,
fraises et pommes, tandis qu’il dédaignait le blé et l’avoine. Il refusa
toujours les hannetons et autres coléoptères, ainsi que les œufs
d’oiseaux, aussi les oisillons offerts morts ou vivants. Il poussait de
temps en temps des cris rauques et souvent de petits cris flûtés.
Ajoutons qu’un autre Loir, mis en cage par le même savant, mangeait
parfaitement des œufs et des petits oiseaux.

Le Loir devient extrêmement gras. Il était autrefois, chez les Romains,
un mets qu’on servait et qu’on appréciait sur les tables somptueuses.

[Illustration:

Loir commun

Myoxus glis

Famille des MYOXIDÉS]

[Illustration:

Loir lérot

Myoxus nitela

_Rat liron_, _Rat houdot_, _Droumiant_, _Goux_, _Glay_

Famille des MYOXIDÉS]



LOIR LÉROT


Plus petit que le Loir, le Lérot mesure seulement du museau au bout de
la queue 0^{m}22 à 0^{m}25. En dessus, sa coloration est d’un brun
roussâtre un peu violacé, blanchâtre en dessous; une bande noire part du
museau, enveloppe l’œil, se bifurque à l’oreille et se termine au cou.
Les oreilles sont assez longues, la queue longue noire dessus, blanche
en dessous et couverte de poils assez courts à la base, mais touffue
vers son extrémité. Il a, comme le Loir, quatre doigts avec un pouce non
développé aux pattes de devant et cinq doigts aux pattes de derrière, et
20 dents.

Très commun presque partout en France, en Belgique et en Suisse, il vit
dans les maisonnettes et les murailles des vergers et des jardins, sort
surtout à la nuit tombante et commet de grands dégâts en attaquant les
meilleurs fruits; il dévaste les nids des petits oiseaux et mange aussi
à l’occasion des graines et des insectes.

Il se retire dans les trous de murs et bâtit quelquefois dans une haie
épaisse ou dans les grands lierres grimpant aux murailles un nid de
mousse en forme de boule, ou bien il s’établit dans un vieux nid de pie
ou de merle. Il entre facilement dans les maisons habitées et dans les
granges.

En mai ou juin, la femelle fait de trois à cinq petits qui grandissent
assez vite; à l’automne, il fait ses provisions pour l’hiver, et le
froid venu, s’engourdit dans un arbre creux, une cavité de carrière ou
un trou de muraille. Les maçons qui démolissent, en hiver, de vieux
bâtiments trouvent souvent, au milieu d’un mur, un interstice rempli de
foin et sur ce lit d’herbes deux ou trois Lérots endormis, absolument
inertes.

C’est un animal à détruire.



LOIR MUSCARDIN


De très petite taille, le Muscardin est à peine long de 0^{m}14, a les
parties supérieures d’un roux doré clair et les parties inférieures d’un
blanc roussâtre, les oreilles arrondies, assez larges, la tête large, la
queue poilue, plus touffue au bout; comme le Loir et le Lérot, il a 20
dents, quatre doigts avec le pouce non développé aux pattes de devant et
cinq doigts aux pattes de derrière. A peine gros comme une petite
souris, il est extrêmement vif et court avec prestesse sur les branches
des arbres qu’il ne quitte guère.

En France, il semble assez rare partout, ce qui provient probablement du
fait qu’il habite les bois épais et qu’on ne l’aperçoit guère parce
qu’il ne sort que le soir. On l’a observé dans la France centrale, en
Normandie, dans les provinces du Nord et dans certains autres
départements, aussi en Belgique. En Suisse il est assez commun, de même
que dans le Jura.

Il se nourrit de fruits, baies et graines et fait avec des feuilles et
de la mousse un petit nid arrondi qu’il place dans les branches d’un
arbuste épais ou dans un trou d’arbre. C’est là que la femelle, après
une gestation de quatre semaines, met bas de deux à quatre petits. A
l’automne, il s’occupe à ramasser des provisions, noisettes et graines,
faînes et châtaignes, glands et baies de rosier, qu’il entasse dans une
cavité d’arbre, puis il se fait un nid pour l’hiver, dans lequel il
s’endort d’un sommeil profond, dès le mois d’octobre, pour se réveiller
seulement en mai.

C’est un joli petit animal, pas nuisible et qu’on peut élever en cage.
Il devient assez familier, mais ordinairement il ne vit pas longtemps en
captivité.

[Illustration:

Loir muscardin

Myoxus avellanarius

_Muscardin_

Famille des MYOXIDÉS]

[Illustration:

Rat surmulot

Mus decumanus

_Rat d’égout_

Famille des MURIDÉS]



RAT SURMULOT


Le Surmulot ou rat d’égout a, comme toutes les espèces du genre Rat, une
tête moyenne à museau plutôt allongé, les oreilles grandes, les yeux
assez grands, le corps allongé, les membres courts et seize dents. Son
pelage est brun noirâtre ou roussâtre en dessus, blanchâtre ou grisâtre
en dessous, sa queue brun roussâtre sale un peu plus courte que le
corps, qui mesure de 0^{m}42 à 0^{m}46.

Venu en Europe de l’Asie centrale, le Surmulot est aujourd’hui répandu
partout en France, en Belgique et en Suisse, toujours rare dans les
campagnes mais extrèmement commun dans les villes, en particulier à
Paris. Il fréquente les égouts, les abattoirs, les magasins, les caves,
et se creuse des trous profonds dans les murailles, les écuries, les
poulaillers, les cours. Il en sort parfois le jour, et chaque soir à la
nuit tombante, pour rôder de tous côtés, mangeant tout ce qu’il trouve:
débris de cuisine, provisions de toutes sortes, poissons, pigeons,
petits poulets, cadavres d’animaux. Il attaque les petits lapins et
poursuit le Rat noir jusqu’à l’exterminer. En général il demeure
toujours près de terre et n’aime pas monter aux étages supérieurs des
maisons et dans les greniers.

Très vigoureux et très brave, il mort cruellement, ne redoute aucunement
les plus gros chats et se défend même contre certains chiens. Toutefois
il se laisse prendre assez aisément dans les pièges et ne peut résister
aux petits chiens très mordants qu’on dresse à lui faire la chasse.

La femelle fait, au fond d’un trou ou dans les tas de paille ou de bois,
quatre ou cinq portées par an, chacun de cinq à treize petits. On doit
donc lui faire une guerre sans merci, si on veut l’empêcher de pulluler
d’une effrayante façon.

On observe assez souvent une variété noire.



RAT NOIR


C’est le Rat ordinaire, reconnaissable à son pelage tirant plus ou moins
sur le noir en dessus, cendré blanchâtre en dessous, ses oreilles
grandes et dénudées, sa queue extrêmement longue. Sa taille varie de
0^{m}40 à 0^{m}42 de longueur, dont 0^{m}20 à 0^{m}22 de queue.

Probablement originaire de l’Asie centrale, il existe en Europe depuis
le moyen âge, tandis que la présence du Surmulot dans nos pays ne
remonte pas à deux siècles. Il est commun partout dans les villes et
dans les campagnes, mais dans beaucoup de grandes villes, il disparaît
devant le Surmulot et là où il reste, il habite surtout les greniers.

Rusé et circonspect, il évite assez bien les pièges et on sait quels
dégâts il commet dans les endroits où il est abondant. Il dévore les
grains et toutes les provisions, ronge tout ce qui lui tombe sous la
dent, perfore les murs et les parquets, et en cas de disette, mange même
les autres Rats. Il est à son tour détruit par certains chats, d’autres
hésitant à l’attaquer quand il est adulte, par les belettes, les
hermines, les fouines et les rapaces nocturnes. Il court vite, nage bien
et grimpe aux arbres avec adresse. Rarement, il s’éloigne des
habitations, bien qu’à l’automne il aille volontiers visiter les
jardins fruitiers.

Il se reproduit en toutes saisons, même en plein hiver, et la famille
n’a pas plutôt élevé ses petits qu’elle fait une nouvelle portée de
quatre à dix petits dans un trou, un tas de fagots, un amas de foin ou
de paille.

Cette espèce est très variable. On trouve des Rats roux à ventre blanc,
d’autres tout blancs ou en partie blancs. Faut-il, comme l’ont fait
plusieurs zoologistes, considérer ces Rats roux à ventre blanc et
d’autres de coloration un peu différente comme des espèces spéciales ou
au moins des sous-espèces? Faut-il par exemple admettre que la forme
appelée «Mus alexandrinus» est une autre espèce que le Rat noir? La
question est encore douteuse. Ces espèces seraient, en tous cas,
extrêmement voisines les unes des autres.

[Illustration:

Rat noir

Mus rattus

Famille des MURIDÉS]

[Illustration:

Rat souris

Mus musculus

_Souris_

Famille des MURIDÉS]



RAT SOURIS


La Souris est un petit animal en somme assez gracieux que tout le monde
connaît, dont même certaines femmes ont grand’peur, sans savoir
pourquoi. Elle est d’un gris plus ou moins foncé, avec de grandes
oreilles dénudées et une longue queue. Adulte, elle mesure de 0^{m}16 à
0^{m}20.

On la trouve partout, elle pénètre dans les appartements habités, dans
les armoires les mieux fermées, soit par un tout petit interstice, soit
en rongeant elle-même le bois. Elle sort de son trou assez souvent le
jour et toujours vers le soir, vivant de tous les reliefs qu’elle peut
trouver dans les maisons. Tout lui est bon, soit pour manger, soit pour
préparer une couchette à ses petits. C’est ainsi qu’elle rongera et
réduira en miettes les papiers, le linge, les vêtements et touchera à
toutes les provisions, grains et fruits. Malgré l’énorme destruction
qu’en font les chats, tous les petits carnassiers, les oiseaux de proie
et l’homme, au moyen de pièges variés, elle pullule partout.

Elle fait par an quatre à cinq portées, de chacune six à neuf petits qui
grandissent en peu de jours et peuvent se reproduire un ou deux mois
après leur naissance.

En Suisse, où elle est aussi commune qu’en France et en Belgique, on la
rencontre encore à une grande hauteur sur les Alpes. Comme le remarque
Fatio, elle n’est pas rare dans les chalets et les auberges à 2.700
mètres d’élévation, et elle y demeure toute l’année.

On trouve des Souris à pelage presque noir, ou isabelle, ou fauve, ou
pie ou entièrement blanches. On a voulu voir une variété chez certains
individus souvent de coloration gris fauve qui quitteraient les
habitations plus volontiers que les autres pour fréquenter les champs du
voisinage et les tas de paille des fermes, mais ces Souris sont bien
analogues au type, et si, en tous cas, elles ressemblent un peu au
Mulot, on les distinguera toujours à leur taille plus petite et parce
qu’elles n’ont jamais au talon une tache foncée qui existe toujours chez
le Mulot.



RAT MULOT


Le Mulot, dont la longueur atteint 0^{m}22 à 0^{m}25 a le pelage d’un
brun plus ou moins foncé, ou d’un beau fauve roux sur le dos, plus clair
sur les flancs, blanc ou grisâtre en dessous; une tache noirâtre au
talon. Les jambes de derrière sont allongées, les oreilles grandes, les
yeux très gros, la queue à peu près de la longueur du corps, d’un brun
noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous.

C’est certainement un joli petit animal dont la coloration varie
beaucoup, suivant les individus, l’âge et les saisons; très commun,
surtout dans les années sèches, dans les bois, les haies, les champs, où
il se creuse des terriers peu profonds dans lesquels il amasse, à
l’automne, une petite provision de grains. C’est aussi un pillard
nuisible qui coupe sur pied les blés et les avoines, dévore les grains,
déterre les glands et les châtaignes semés par les forestiers, attaque
tous les fruits, recherche les insectes et les grenouilles, même les
œufs et les petits des passereaux. Il détruit les nids des bourdons et
comme ces insectes servent beaucoup à la fécondation de certaines
plantes en transportant le pollen d’une fleur à l’autre, il cause ainsi
un réel préjudice à l’agriculteur. Les Mulots se mangent même entre
eux.

On constate qu’il circule beaucoup, aussi bien en hiver qu’en été, car
il laisse sur la neige une empreinte très reconnaissable indiquant que,
au contraire des autres espèces, il court par bonds en laissant traîner
sa queue. Quand la gelée est persistante, il quitte son terrier et se
retire sous les meules de paille, et même dans les écuries et les
granges des fermes.

Du printemps à l’automne, la femelle fait trois à cinq portées, chacune
de quatre à six petits, soit au fond de son terrier, soit sous un tas de
fagots ou de fumier, dans un nid arrondi, assorti de paille et de foin.
Souvent, elle s’accouple aussitòt la naissance des petits et pendant
qu’elle allaite encore.

Ses ennemis sont nombreux, chiens, renards, chats, oiseaux de proie,
serpents. Bien souvent, nous l’avons vu attaqué par une belette. Le
petit carnassier le saisit brusquement au cou, quelques gouttes de sang
paraissent et le Mulot agonise à l’instant.

[Illustration:

Rat mulot

Mus sylvaticus

_Mulot_

Famille des MURIDÉS]

[Illustration:

Rat des moissons

Mus minutus

Famille des MURIDÉS]



RAT DES MOISSONS ou RAT NAIN


Sa longueur est à peine de 0^{m}12 à 0^{m}14, il est fauve sur le dos et
blanc en dessous, avec les pieds fauve brunâtre, les oreilles assez
courtes, la queue brune presque aussi longue que le surplus du corps,
blanchâtre en dessous, les yeux moyens, les pieds allongés et
blanchâtres.

Ce petit Rat nain, répandu partout en France et en Belgique, mais très
rare en Suisse, habite les champs et les taillis où il est très peu ou
assez commun, suivant les localités. Il se creuse un trou, mais souvent
aussi passe sa vie dans les épais buissons, sous les tas de paille et au
milieu des champs de blé, mangeant des graines et des insectes. Il
grimpe avec une adresse extrême sur les arbustes et les tiges des
céréales, et comme sa queue est un peu prenante, il s’en aide pour
monter le long des brins de seigle et de froment.

Au commencement de l’été, il se construit un petit nid arrondi avec des
brins d’herbes sèches entrelacés, à 40 ou 50 centimètres de hauteur,
suspendu à un brin de taillis, à une branche d’aubépine ou à plusieurs
tiges de seigle et de blé. Ce nid excite souvent l’étonnement de ceux
qui ne connaissent pas le constructeur. La femelle y dépose quatre à
huit petits et fait par an trois ou quatre portées.

L’hiver venu, il ne s’engourdit pas, mais se retire dans les meules de
paille, ou même dans les granges et les écuries.

Ses ennemis sont les mêmes que ceux des autres Rats; nous l’avons même
vu, surpris à terre par des poules et tué par elles à coups de bec.



CAMPAGNOL RAT D’EAU


Les Campagnols peuvent être appelés les Rats à queue courte; six espèces
habitent la France, quatre ou cinq seulement se trouvent en Belgique et
en Suisse.

Le Rat d’eau, le plus grand des Campagnols, est de taille relativement
très forte, atteignant à l’état adulte une longueur d’au moins 0^{m}225.
Il est brun noirâtre en dessus, gris roux assez foncé en dessous, ses
yeux sont moyens, ses oreilles courtes et assez larges, sa queue dépasse
à peine la moitié de la longueur du corps.

Il habite toute l’Europe et est généralement commun en France, en
Belgique et en Suisse, où on l’observe à 1.400 mètres d’altitude. Il se
tient presque toujours le long des rivières, des ruisseaux, des étangs
et des mares. Il s’y creuse, au niveau de l’eau, des garennes assez
profondes reliées entre elles par des sentiers battus et des tunnels et
vit de grenouilles, d’insectes, d’écrevisses, de poissons et surtout de
racines et de tiges de plantes aquatiques, même de racines de légumes.

Peu farouche, il est prudent et se retire vite dans son trou, s’il est
inquiété, ou bien plonge et nage avec une certaine rapidité.

La femelle, de deux à quatre fois l’an, met bas dans son terrier de deux
à sept petits, le plus souvent de six à sept.

Cette espèce est variable de taille, de coloration et d’habitude. La
race dite «Musignani ou destructor» est de couleur plus jaunâtre et
remplace le type en Provence et en Italie. On lui a donné le nom de
Campagnol destructeur parce que, à certaines époques, en Italie, cette
race, chassée du bord des eaux par les inondations, a envahi les champs
et saccagé les récoltes, les vignes et les jardins. Une autre forme
appelée «Campagnol terrestre» est plus petite, plus claire, plus grise
et a la queue plus courte que le type, mais elle appartient certainement
à l’espèce ordinaire.

[Illustration:

Campagnol Rat-d’eau

Arvicola amphibius

Famille des MURIDÉS]

[Illustration:

Campagnol agreste

Arvicola agrestis

Famille des MURIDÉS]



CAMPAGNOL AGRESTE


Le Campagnol agreste mesure de 0^{m}14 à 0^{m}16 de longueur. Sa robe
est d’un brun fauve ou brun clair en dessus, d’un gris clair en dessous,
avec la queue d’environ le tiers du corps, franchement bicolore,
noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous. On le trouve partout en
France, en Belgique et en Suisse, plus ou moins répandu suivant les
années, parfois excessivement abondant, et alors il peut commettre
d’énormes dégâts dans les récoltes. Une autre espèce très voisine,
également très nuisible, le Campagnol des champs, «Arvicola arvalis
Pallas» est plus petite (longueur du corps 0^{m}12 à 0^{m}15), plus
fauve en dessus avec une ligne jaune aux flancs, avec la queue à peu
près unicolore, jaunâtre, d’environ un quart de la longueur du corps.
Plusieurs zoologistes ne font des deux types qu’une seule espèce.

Habitant les champs, il devient par moments excessivement commun et on
voit à chaque pas ses terriers à plusieurs ouvertures, où il passe en
partie la journée. Le soir venu, mais souvent aussi pendant le jour, il
sort en quête de nourriture et ronge avec avidité les céréales dans les
champs, les plantes potagères dans les jardins, les racines dans les
prairies, ramassant sur le tard des provisions pour l’hiver. En certains
cas, il est une véritable plaie pour l’agriculture.

Après une gestation de vingt jours, la femelle fait dans ses trous ou
même dans un nid simplement caché sous les herbes, quatre à sept petits,
puis recommence de nouvelles portées quatre à six fois. Au moment des
gelées, il se retire sous les meules de paille et dans les bâtiments,
mais il ne s’engourdit jamais, comme le prouvent ses traces très
reconnaissables par les temps de neige, sa piste étant uniforme et non
interrompue par des bonds, comme par exemple celle du Mulot.

On le prend facilement aux pièges. Beaucoup d’oiseaux de proie diurnes
et nocturnes, la vipère, certaines couleuvres, les belettes, les chiens
de berger qui les déterrent, en détruisent une énorme quantité, mais il
est tellement prolifique que l’espèce est toujours commune.

On a essayé dans le Nord, l’Est et l’Ouest de la France, toutes sortes
de moyens pour empêcher ses déprédations: pièges, trappes, poison; on a
même répandu des boulettes contenant un bacille cultivé exprès, et les
expériences ont prouvé qu’on pouvait ainsi en tuer d’énormes quantités.



CAMPAGNOL SOUTERRAIN


Le Campagnol souterrain, long de 0^{m}12, est brun ou brun grisâtre en
dessus, gris cendré en dessous, les oreilles nues et tellement courtes
qu’on ne les distingue pas au-dessus des poils, les yeux très petits. De
plus, alors que chez les autres Campagnols il y a toujours huit
mamelles, le souterrain n’en a que quatre.

Cette espèce qu’on ne voit guère parce qu’elle est continuellement sous
terre dans ses galeries nombreuses et profondes, est en réalité assez
répandue, bien que localisée, en France et en Belgique. Fatio ne
l’indique pas dans sa faune de la Suisse, mais elle s’y trouve très
probablement. Elle vit dans les prés humides et les jardins où elle
trouve sa nourriture consistant en racines potagères, céleri, carottes
et autres, aussi dans les marécages et au bord des étangs, où elle
dévore les racines des plantes aquatiques.

Après vingt jours de gestation, la femelle fait sa portée de deux à
quatre petits, ce qui se renouvelle cinq à six fois par an.

Bien que ses habitudes souterraines mettent ce Campagnol à l’abri des
attaques des animaux de proie et des hérons, il n’est jamais très
répandu, détruit par les taupes qui le rencontrent sous terre, par les
serpents qui vont le chercher dans son trou, par les belettes et aussi
par les inondations qui envahissent souvent ses terriers.

Ses formes lourdes et ramassées, la brièveté des oreilles et de sa
queue, la petitesse de ses yeux, le nombre des mamelles, ont décidé les
zoologistes à le classer dans un genre différent de celui des autres
Campagnols, le genre «Microtus Selys». On a également décrit sous les
noms de Campagnol incertain et Campagnol des Pyrénées des formes très
voisines, habitant les montagnes, qui appartiennent évidemment à cette
espèce; aussi, sous les noms de «Arvicola gerbei Del’isle», «Selysii
Gerbe», «Savii Silys», des variétés très légèrement différentes, surtout
par leur coloration.

[Illustration:

Campagnol souterrain

Arvicola subterraneus

Famille des MURIDÉS]

[Illustration:

Lièvre commun

Lepus timidus

Famille des LÉPORIDÉS]



LIÈVRE COMMUN


Tout le monde connaît le Lièvre avec son pelage fauve variant du gris au
brun, ses flancs fauves ainsi que la gorge, le dessous du corps blanc,
le bout des oreilles noir, la queue très courte et très velue, noire
dessus, blanche dessous. Le mâle est ordinairement plus blanchâtre et
plus roux, la femelle plus grise. La longueur moyenne d’un adulte
français est de 0^{m}70, et son poids de 7 à 8 livres; les Lièvres
suisses sont plus grands et atteignent 9 et même 12 livres.

Le Lièvre est devenu rare dans beaucoup de départements, excessivement
rare dans plusieurs du midi, commun dans certains autres et dans
plusieurs provinces belges, mais là où il n’est pas protégé au moyen des
chasses gardées, il diminue promptement de nombre, étant donné la chasse
acharnée que lui font l’homme avec le fusil et les collets, les chiens,
les renards, tous les mustelidés, les chats, les oiseaux de proie
diurnes et nocturnes.

Il habite les champs et les bois et, suivant la saison, la température
et des habitudes individuelles, se gîte en des endroits variés. Il aime
les terrains secs et pourtant il se cache parfois en des places
tellement marécageuses qu’il est presque couché dans l’eau. Son gîte est
un petit emplacement battu, plus ou moins recouvert par des mottes de
terre, des plantes vertes ou des ronces, quelquefois tout à découvert.
D’ordinaire, il demeure en repos pendant toute la journée, tapis et gîté
dans un sillon ou dans les broussailles, et se met en mouvement, au
crépuscule, pour brouter toutes sortes de végétaux. S’il n’est pas
dérangé, il retourne, dès les premières lueurs du jour, à son ancien
gîte ou en fait un nouveau à peu de distance, fréquente toujours la même
contrée, où si les mâles s’éloignent pendant quelques jours, ils ne
tardent pas à y revenir.

La chasse du Lièvre aux chiens courants est particulièrement
intéressante, l’animal essayant, au moyen d’une foule de ruses
instinctives, de dépister les chiens. Il a l’ouïe excessivement fine,
mais la vue mauvaise en ce sens qu’il voit mal devant lui et qu’il
viendra, par exemple, tout droit jusqu’aux pieds du chasseur, si
celui-ci demeure immobile.

Il est polygame et les mâles se livrent de violents combats; le rut
durant toute l’année, on trouve des femelles pleines en toutes saisons
et souvent une hase, nom de la femelle, s’accouple quand elle nourrit
encore ses petits. Le nombre des portées est de deux à quatre, de
chacune deux ou trois petits, très rarement quatre. Les jeunes qui
croissent vite sont déjà aptes à reproduire au bout de huit ou neuf
mois.

La gestation dure un mois. Les petits sont déposés dans un fourré, sous
d’épaisses ronces, au fond d’un fossé, sous des bruyères, tandis que la
mère ne reste pas avec eux et se gîte à peu de distance. Dès qu’ils
peuvent courir, les levraults se cachent aux environs et accourent
lorsque la femelle fait entendre un cri d’appel très particulier.
Autrement, le Lièvre est une bête muette qui pousse son cri de détresse
seulement lorsqu’il est saisi par un ennemi.

On trouve des cas d’albinisme plus ou moins complet.



LIÈVRE CHANGEANT


Cette espèce diffère de l’espèce commune en ce que la taille est un peu
inférieure, les oreilles plus courtes et la coloration variable,
l’animal étant, en été, d’un gris fauve ou roux avec la queue grise ou
blanche, et devenant, en hiver, entièrement blanc, le bout des oreilles
demeurant noir en toutes saisons. La livrée d’hiver commence à se
montrer à la fin de septembre au moyen de la croissance de nouveaux
poils; la livrée d’été reparaît à la fin de mars. Dans l’état de
transition, l’animal paraît comme saupoudré de gris.

Il se rapproche plus du Lapin que ne fait le Lièvre ordinaire.

Cette forme, inconnue en Belgique et dans la plus grande partie de la
France, se trouve seulement dans les montagnes des Alpes et des
Pyrénées; encore, dit-on, ce qui n’est pas prouvé, que les Lièvres des
Alpes sont un peu différents de ceux des Pyrénées.

Le Lièvre variable a tout à fait les habitudes et les mœurs de notre
Lièvre; il ne quitte jamais les endroits montagneux et monte jusqu’à
3.200^{m} d’altitude en Suisse. La femelle fait, au mois d’avril, une
première portée de deux à quatre petits, suivie d’une seconde, rarement
d’une troisième.

Sa chair ne vaut pas celle du Lièvre ordinaire, mais il est, comme son
congénère, pourchassé par l’homme, les renards et les aigles. Pourtant,
la variation de son pelage lui est évidemment très utile pour se
dissimuler aux yeux de ses ennemis. En effet, au moment où la neige
commence à couvrir la terre, son pelage s’est moucheté de blanc et
bientôt après il est d’un blanc pur, sauf le bout des oreilles, si bien
qu’il est très malaisé de l’apercevoir gîté sous une pierre ou sous des
racines.

Fatio dit qu’en Suisse cette espèce s’accouple de temps en temps avec
l’espèce commune et il a vu des hybrides sauvages. Elle serait moins
solitaire que notre Lièvre et se réunirait parfois en petites compagnies
pendant la mauvaise saison.

[Illustration:

Lièvre changeant

Lepus variabilis

_Lièvre blanc_

Famille des LÉPORIDÉS]

[Illustration:

Lièvre lapin

Lepus cuniculus

_Lapin_

Famille des LÉPORIDÉS]



LIÈVRE LAPIN


Le Lapin sauvage est de coloration grise plus ou moins brune en dessus,
fauve rousse à l’occiput et sur le cou; ses oreilles plus courtes que la
tête sont entièrement grises; la queue noirâtre en dessus est blanche en
dessous. La longueur du corps d’un adulte est d’environ 0^{m}46.

Le Lapin est répandu partout, mais tandis qu’il pullule en beaucoup de
localités, il est rare dans d’autres et ne réussit pas toujours là où on
essaie de l’acclimater. On sait qu’il se creuse des terriers profonds;
pourtant, quand il n’est pas trop inquiété par les renards et par les
chiens et quand les belettes et les putois qui visitent ses terriers
sont nombreux dans la contrée, il prend l’habitude de vivre sans trou et
se défend en vivant au milieu des buissons ou en se jetant dans un trou
de hasard, même dans un arbre creux.

Il est essentiellement polygame et les mâles se battent à chaque
instant. Lorsque, après un mois de gestation, la femelle veut mettre
bas, elle creuse un trou peu profond, dit rabouillère, dans lequel elle
entasse des herbes qu’elle revêt d’une épaisse couche de ses poils et y
dépose de trois à sept petits. Elle fait, suivant son âge, de quatre à
six portées par an. Si elle s’éloigne de son nid, elle le recouvre de
poils et bouche l’entrée. Jamais elle ne fait ses petits dans son
terrier ordinaire, car le mâle qui les trouverait les tuerait
immédiatement.

Dans certaines chasses gardées, on tue les lapins par milliers;
ailleurs, on les chasse au chien d’arrêt, aux chiens courants et, quand
ils sont terrés, on essaie de les faire sortir avec un furet.

La variété noire du Lapin sauvage n’est pas très rare, les variétés
isabelle et blanche sont beaucoup moins communes.

Le Lapin a été domestiqué depuis longtemps et l’homme, au moyen de la
sélection, a créé de nombreuses races bien fixées, remarquables par leur
coloration ou par leur taille qui peut devenir énorme.

Un fait certain, c’est que le Lièvre et le Lapin ne se sont jamais
croisés à l’état libre, mais on a prétendu être parvenu à faire
accoupler le lièvre mâle avec la lapine et avoir ainsi obtenu des
hybrides dits «Léporides». Il semblerait qu’on dût admettre
l’affirmation d’éleveurs qui disent avoir obtenu ces produits, mais
d’autre part le fait est nié énergiquement par la plupart des
zoologistes et il a toujours été prouvé que les animaux présentés comme
léporides n’étaient, après examen des os et des viscères, que des
lapins. On doit donc, jusqu’à présent, mettre en doute l’existence du
croisement des deux espèces.



CHAT SAUVAGE


Le Chat sauvage est revêtu d’un pelage épais et soyeux, gris un peu
fauve marqué de bandes noirâtres, avec une raie noire sur le dos; le
menton, la gorge et les côtés du nez blanchâtres; la queue de grosseur
uniforme annelée et terminée de noir. La longueur de son corps est de
0^{m}70, celle de la queue de 0^{m}35: la hauteur au garrot de 0^{m}35 à
0^{m}40. On a vu des mâles adultes peser jusqu’à 12 kilog., tandis que
les femelles, toujours plus petites et plus fauves, ne dépassent guère
la moitié de ce poids.

Commun en France, en Belgique, en Suisse, il y a un siècle et moins, il
est devenu beaucoup plus rare. Il se tient dans les bois et se loge dans
les cavités des rochers, les gros arbres creux ou les vieux trous de
blaireaux et de renards. Rarement il sort pendant le jour, mais il se
met en chasse dès le crépuscule, poursuit et guette alors les lièvres,
lapins, rats, écureuils, oiseaux de toutes sortes et attaque même les
jeunes chevreuils: on ne le voit jamais près des fermes parce qu’il
n’ose pas s’aventurer hors des fourrés, au contraire de nos chats
devenus à demi-sauvages.

Chassé par des chiens courants, il se fait ordinairement battre pendant
une demi-heure, puis grimpe sur un arbre pour s’y cacher derrière une
grosse branche, dans une cavité du tronc ou sur un vieux nid de pie. Il
sait alors se ramasser et se dissimuler si bien que, malgré sa grande
taille, il est assez difficile de l’apercevoir. Blessé, il devient
redoutable et se défend avec énergie.

Des chasseurs ayant, au mois de décembre, lancé un renard, le firent
terrer dans un trou où se trouvait déjà un chat d’environ 6 kilos. A la
suite d’une bataille, le renard finit par étrangler le chat, mais il est
certain qu’un renard doit rarement venir à bout d’un adversaire aussi
vigoureux.

Parfois, lorsqu’il chasse pendant le jour, les pies, corbeaux et geais
le poursuivent de leurs cris, ce qui éveille l’attention des chasseurs
et devient souvent la cause de sa perte.

Il est polygame et les mâles sont plus nombreux que les femelles,
puisque, sur vingt animaux, nous avons trouvé dix-sept mâles, et
d’autres constatations ont donné le même résultat.

Neuf semaines après l’accouplement qui a lieu à la fin de l’hiver, la
femelle fait, vers le mois d’avril, trois ou quatre petits dans un vieil
arbre creux, dans une cavité de rocher ou à terre, dans un fourré
impénétrable.

Le Chat sauvage s’accouple quelquefois avec les chats domestiques qui
ont repris dans les bois la vie errante, mais ces derniers, qui savent
moins bien se défendre, périssent toujours rapidement de male mort.
Toutefois, on trouve de loin en loin des chats qui sont évidemment des
métis.

[Illustration:

Chat sauvage

Felis catus

Famille des FÉLIDÉS]

[Illustration:

Genette vulgaire

Genetta vulgaris

Famille des VIVERRIDÉS]



GENETTE VULGAIRE


La Genette, qui seule représente chez nous la famille des Viverridés, a
la tête longue et fine, les oreilles longues, le corps long et souple,
les membres assez hauts avec des ongles à demi rétractiles pointus. Son
pelage est gris cendré, marqueté de nombreuses taches noires, sauf à la
gorge, à la poitrine et au ventre; le dos porte une raie noire; la queue
est annelée de noir: le menton et le museau sont noirs. Deux glandes
placées près de l’anus répandent une odeur musquée, plutôt très
agréable.

Le corps sans la queue mesure 0^{m}47, la queue 0^{m}41; la hauteur au
garrot est de 0^{m}19.

La Genette est une bête extrêmement gracieuse, vive, légère et
vigoureuse qui, d’apparence, tient le milieu entre les chats et les
mustelidés. Elle se trouve en France, surtout au sud de la Loire
jusqu’en Espagne, et à l’Est ne dépasse pas le Rhône. On l’a cependant
observée dans plusieurs départements au nord de la Loire. Elle n’existe
ni en Suisse ni en Belgique. Elle est rare dans la plupart des
départements où on la trouve, sauf dans quelques localités du Centre et
de l’Ouest où on l’observe assez fréquemment, tandis qu’en Vendée elle
paraît très commune, puisque, en 1909, un même envoi fait de ce
département à Paris contenait 14 Genettes.

Elle vit dans les grandes forêts et n’en sort guère pour se rapprocher
des habitations. Elle chasse la nuit, se glisse dans les fourrés, grimpe
parfaitement aux arbres et se nourrit de toutes sortes d’oiseaux et de
petits mammifères.

Surprise par les chiens ou par l’homme, elle se perche immédiatement et
cherche à se dissimuler dans le feuillage; ce qui lui est facile à cause
de sa coloration. Parfois, elle se laisse chasser un instant et
s’introduit dans la cavité d’un vieux chêne. Elle se prend facilement
dans les assommoirs tendus par les gardes.

Sa portée est de deux petits, rarement trois, qu’elle dépose sur un lit
de feuillage dans un gros tronc d’arbre ou dans un trou de blaireau.



MARTE FOUINE


La Fouine ressemble beaucoup à la Marte des sapins; chez elle le dessus
du corps est brun, la gorge, le dessous du cou et la partie antérieure
de la poitrine d’un blanc pur, la queue, garnie de longs poils, est d’un
brun foncé. Sa longueur est de 0^{m}68 à 0^{m}73; sa queue seule est
longue de 0^{m}25.

Très commune presque partout, la Fouine vit isolée ou par couples dans
les bois et, à certains moments, dans les granges, les bâtiments
abandonnés et jusque dans les greniers des petites villes. Elle chasse
la nuit et se nourrit de toutes sortes d’oiseaux, de petits mammifères,
de volailles, de fruits et d’œufs. Quand elle a enlevé des œufs dans un
poulailler, elle les cache soigneusement, souvent dans des endroits
inaccessibles et va ensuite les manger quand elle a faim. Elle est d’une
extrême agilité et grimpe aux arbres et le long des murailles avec une
prestesse remarquable.

Le chasseur aux chiens courants lève souvent dans les forêts une Fouine
qui se fait battre sans quitter les fourrés les plus épais et qui, trop
vivement poussée, grimpe au sommet d’un arbre où elle se dissimule dans
une cavité ou dans un vieux nid de pie. Mais c’est surtout l’hiver qu’on
détruit les Fouines en grandes quantités, en les cherchant dans les
granges et bâtiments des campagnes remplis de bois, de paille ou de
foin. En certains départements, des gens font métier, pendant quatre
mois d’hiver, de rechercher ainsi les Fouines; ils ont avec eux
plusieurs petits chiens sans race qui, une fois dressés, suivent
intrépidement avec ardeur leur gibier sous les fagots, sur les poutres,
même sur les toits. Le tireur a souvent alors l’occasion d’apercevoir la
bête qui pourtant se défend avec habileté. Ces chasseurs vendent
généralement la peau d’une Fouine de 15 à 25 francs, et plusieurs se
font, de cette manière, un revenu important. On la prend aussi à l’aide
de pièges amorcés d’un œuf ou d’une pomme.

La Fouine n’a guère d’autre ennemi que l’homme; aussi, elle pullule là
où on ne la détruit pas.

C’est en avril, mai et juin que, après une gestation de neuf semaines,
elle met bas deux à cinq petits sur un lit de mousse, de feuilles et
d’herbes, établi dans un grenier, et plus souvent dans un tas de fagots
ou dans un arbre creux.

On rencontre de loin en loin des Fouines dont le pelage est en partie
blanc ou de couleur isabelle.

[Illustration:

Marte fouine

Martes foina

_Foin_, _Madrai_

Famille des MUSTELIDÉS]

[Illustration:

Marte des sapins

Martes abietum

Famille des MUSTELIDÉS]



MARTE DES SAPINS


Comme la Fouine, la Marte a la tête assez large avec le museau un peu
pointu, les oreilles arrondies assez courtes, les yeux moyens, le corps
long et souple, la queue longue, la marche semi-plantigrade, presque
digitigrade, c’est-à-dire qu’elle marche en partie sur les doigts et en
partie sur la plante des pieds. Elle a le dessus du corps brun foncé, la
gorge, le dessus du cou et la partie antérieure de la poitrine d’un
jaune clair orangé. Les poils de la queue sont plus longs que chez la
Fouine, les pieds plus velus en dessous, les membres plus robustes.

Sa longueur est de 0^{m}70 à 0^{m}74, celle de la queue seule est de
0^{m}25.

La Marte se trouve presque partout en France, dans les grandes forêts,
mais elle n’est commune nulle part et peut même être dite tout à fait
rare dans les départements du Midi. En Belgique, elle n’habite que dans
l’Ardenne et n’est pas trop rare en Suisse. Elle ne pénètre à peu près
jamais dans les bâtiments et habitations et demeure dans les endroits
les plus sauvages où elle passe la journée, cachée dans une cavité
d’arbre ou dans un fourré impénétrable. La nuit, elle chasse aux
oiseaux, à tous les petits mammifères et ne dédaigne pas les fruits et
le miel. Elle cache même, comme fait aussi la Fouine, des œufs d’animaux
dans des troncs d’arbres ou de rochers pour les manger plus tard. Elle
est d’une agilité merveilleuse et passe sur les arbres une partie de sa
vie.

Levée par les chiens, elle file dans les coulées feuillues des bois et
grimpe rapidement au sommet d’un grand arbre où elle se cache le mieux
possible. Lorsqu’elle s’arrête pour écouter, elle aime à s’asseoir sur
son train de derrière, à l’instar de l’écureuil.

Ordinairement, elle vit par couples et fait ses petits au nombre de
trois à cinq dans un tronc d’arbre, une anfractuosité de rocher ou un
tas de fagots, au mois d’avril ou de mai. La gestation est de neuf
semaines.

On en trouve de couleur isabelle. Sa fourrure est encore plus estimée
que celle de la Fouine. Comme cette dernière, c’est une bête très
nuisible qui détruit beaucoup de gibier, mais comme elle est très rare,
sa destruction s’impose moins que celle de la Fouine qui, très commune,
tue aussi le petit gibier et de plus dévaste les poulaillers.



BELETTE COMMUNE


Ce petit animal a la tête assez courte, les oreilles petites et
arrondies, les yeux moyens, la queue fauve courte ou assez courte, le
corps très allongé; sa marche est presque digitigrade. Son pelage est
roux ou fauve, parfois plus ou moins brun, sa gorge et ses parties
inférieures blanches. Elle mesure de 0^{m}17 à 0^{m}20 de longueur, la
queue seule est longue de 0^{m}04 à 0^{m}06.

Très commune partout, elle habite les haies épaisses, les ronciers, la
lisière des bois, les tas de pierres, entre au besoin dans les fermes à
la recherche des petits rongeurs, attaque les lièvres et les lapins, les
perdrix et les oiseaux, pille les nids, visite les terriers des
campagnols et des mulots qu’elle tue en un clin d’œil, et emporte
souvent sa proie dans son terrier, un trou de mulot qu’elle a choisi
pour s’y retirer et dans lequel elle amasse parfois jusqu’à huit à dix
cadavres frais de petits rongeurs. Elle s’introduit même dans les
galeries des taupes, saisit les alouettes prises dans les lacets des
tendeurs et, quand elle a faim, ne dédaigne pas les grenouilles, les
lézards et les orvets. En un mot, elle dévore toutes espèces de petites
bêtes vivantes, parfois beaucoup plus grosses qu’elle-même.

Elle est certainement utile, parce qu’elle détruit une énorme quantité
de campagnols et petits animaux malfaisants, mais elle est encore plus
nuisible à cause de la masse de gibier, de petits oiseaux et de lézards
qu’elle tue.

Elle court vite par suite de petits bonds, pénètre partout grâce à sa
petite taille et à son agilité, mais elle ne grimpe pas aux arbres.

L’appariage a lieu en mars et après une gestation de cinq semaines, la
femelle fait dans le pied d’un arbre creux ou sous de grosses pierres
trois à six petits.

On observe de temps à autre des Belettes albinos; et en Suisse, on
trouve, pendant l’hiver, des individus ayant pris une livrée grisâtre
sans cependant être jamais blanche.

Sa fourrure ne sert à rien.

[Illustration:

Belette commune

Mustela vulgaris

_Marcotte Mussoèle_

Famille des MUSTELIDÉS]

[Illustration:

Belette hermine

Mustela herminea

Famille des MUSTELIDÉS]



BELETTE HERMINE


L’Hermine notablement plus grande que la Belette (longueur du corps
0^{m}25 à 0^{m}28, avec la queue de 0^{m}12 à 0^{m}13) est plutôt très
répandue partout et cependant mal connue. Son pelage varie beaucoup
selon les saisons: En été, il est d’un brun roux avec le bout de la
queue noir et toutes les parties inférieures blanches; en hiver, il
devient d’un blanc pur, sauf le bout de la queue qui reste noir, mais
beaucoup de sujets, en France et en Belgique, ne deviennent pas
entièrement blancs et gardent un pelage légèrement marbré ou tapiré de
roux. Dans le Nord, au contraire, elle devient entièrement blanche, sauf
l’extrémité de la queue.

L’Hermine habite presque toute la France, elle est commune dans le Nord
et une partie du Centre, plus rare dans l’Ouest et le Midi, assez
répandue en Suisse et inconnue en Provence.

Bien moins connue que la Belette avec laquelle on la confond, elle vit
dans les bois, les taillis rocailleux, les haies touffues, s’introduit
dans les greniers et donne la chasse à tous les petits rongeurs jusqu’au
lièvre, aux oiseaux, aux lézards, mange les œufs, mais attaque rarement
les volailles. Elle fait une telle guerre aux lapins qu’elle pourchasse
au fond de leurs terriers qu’en certaines garennes elle les détruit
jusqu’au dernier en peu de temps. On trouve souvent des œufs de poule
bien cachés dans quelque endroit retiré. C’est l’Hermine ou la Fouine
qui les ont ainsi transportés et dissimulés pour les retrouver en cas de
besoin; et on se demande comment un si petit animal peut porter si loin,
sans le briser, un objet aussi difficile à saisir qu’un gros œuf de
poule.

La femelle met bas, en avril et mai, cinq à six petits, le plus souvent
dans une cavité basse d’arbre, car elle grimpe mal.

Cette espèce varie beaucoup de taille; les individus du Nord sont
beaucoup plus grands que ceux du Centre.

Sa fourrure d’été ne peut servir à rien, mais celle d’hiver a une valeur
importante.



BELETTE PUTOIS


Le Putois, long de 0^{m}40 (queue 0^{m}17), a le pelage brun noirâtre en
apparence, mais ce pelage est composé d’une épaisse fourrure jaunâtre
surmontée de longs poils noirâtres; les oreilles sont petites, bordées
de blanc; entre l’œil et l’oreille une grande tache blanchâtre; une
bande blanchâtre entourant les lèvres et s’élargissant un peu de chaque
côté du nez et sous le menton; la queue noire. Des glandes placées près
de l’anus répandent une odeur pénétrante.

C’est une espèce commune partout en France, en Belgique et en Suisse,
dans les bois, les lieux couverts de rochers et de carrières
abandonnées, et même exceptionnellement dans les greniers des fermes. Le
mâle et la femelle vivent ensemble pendant la plus grande partie de
l’année.

Surtout à la nuit, le Putois sort de l’arbre creux, du trou de rocher,
du tas de pierres ou du terrier de lapin qui lui sert de demeure pour
aller à la recherche des rongeurs, oiseaux, grenouilles, serpents ou
mollusques qui composent sa nourriture. Quand il est dans le voisinage
de fermes, il s’introduit dans les poulaillers pour y manger les œufs,
et dans les garennes il est la terreur des lapins.

Vers le mois de mai, la femelle, après deux mois de gestation, dépose
dans un nid grossièrement fait, sous un tas de fagots, dans un arbre
creux ou un terrier approprié par elle, quatre à sept petits qu’elle
mène bientôt avec elle pourchasser les lapins jusqu’au fond de leurs
galeries.

On le prend assez facilement aux pièges et les chasseurs le tuent
lorsque assez souvent ils le rencontrent dans les bois ou les buissons.
Sa fourrure n’a qu’une très mince valeur.

En captivité il est toujours très farouche et nous ne connaissons pas
d’exemple qu’on ait pu l’apprivoiser. Et pourtant le Furet domestique
n’est évidemment qu’un Putois!

Un Putois à tête blanche a été tué dans le département de l’Indre.

[Illustration:

Belette putois

Mustela putorius

_Putias_, _Ficheux_, _Chat pitois_

Famille des MUSTELIDÉS]

[Illustration:

Furet commun

Mustela furo

Famille des MUSTELIDÉS]



FURET COMMUN


Le Furet n’est certainement pas une espèce distincte du Putois (_Mustela
putorius_ L.); ce n’est pas autre chose que le Putois élevé par l’homme
en captivité et dressé par lui à chasser les lapins au fond de leurs
terriers. Il lui ressemble, du reste, presque absolument, s’accouple
avec lui et produit des métis féconds, tantôt ayant une coloration à peu
près identique à celle du Putois, tantôt une couleur plus claire, tantôt
ayant le pelage blanchâtre ou jaunâtre des animaux albinos, d’autant
mieux que le pelage se modifie très facilement chez les animaux
domestiques.

On a dit qu’il pouvait provenir d’une espèce éteinte, ce qui n’est pas
probable, ou d’une espèce de Putois d’Afrique, mais comme cette
prétendue espèce n’existe pas et que rien ne prouve qu’elle ait existé
autrefois, on doit le considérer simplement comme la race domestique du
Putois.

Le Furet passe sa vie à dormir et à manger. On le nourrit de lait, de
pain trempé, de viande; il dévore avidement les petits oiseaux. Il se
laisse manier facilement et est généralement assez doux. S’il s’échappe
et recouvre la liberté, à laquelle il n’est pas habitué, il languit et
périt vite victime d’un accident. Nous en avons vu plusieurs, égarés
dans les champs, harcelés et même tués par les pies et les corbeaux
qu’ils ne savaient pas éviter.

On l’emploie uniquement à la chasse du lapin. Placé à l’entrée du trou,
il s’y glisse et pénètre jusqu’au fond des galeries. Là, il saisit le
lapin ou le force à sortir pour se présenter au filet ou au fusil du
chasseur.



BELETTE VISON


Formes à peu près comme celles du Putois. Pelage entièrement brun foncé,
plus sombre sur les parties supérieures, sans bourre jaunâtre; queue
noirâtre proportionnellement moins touffue et plus longue que chez
l’espèce précédente, le corps un peu plus allongé; la couleur blanche
s’étendant seulement autour des lèvres, de chaque côté du museau et au
menton, les pieds à demi palmés. Il a, de même que le Putois, une odeur
très forte et très persistante. On l’en distinguera à sa tête un peu
plus fine, un peu plus courte, à son pelage plus égal et à la
demi-palmure de ses doigts.

Son corps mesure 0^{m}35 à 0^{m}37 de longueur, sa queue de 0^{m}15 à
0^{m}19.

Le Vison, appelé aussi Minck ou Norek, est un Putois adapté à la vie
aquatique. On l’a observé en France dans le Centre et presque partout
dans l’Ouest, dans la Gironde, en Bretagne, où il est même commun en
Ille-et-Vilaine, en Normandie, dans l’Oise, dans les Vosges. Comme, du
reste, il se plaît dans les pays d’étangs, il ne se trouve guère que
dans les contrées plus ou moins marécageuses et on le chercherait en
vain dans les localités sèches. C’est pourquoi on le voit seulement là
où coulent des rivières lentes et où s’étendent des eaux stagnantes. Il
se creuse un terrier dans les berges des étangs entourés de bois, nage
et plonge à la perfection et poursuit dans l’eau les poissons, les
grenouilles, les rats d’eau ou essaie sur les rives de capturer des
oiseaux ou des lapins. Quand il est surpris à terre, il se jette
immédiatement à l’eau, à la manière de la Loutre, tandis que le Putois
cherchera toujours un refuge dans les buissons voisins.

En avril-mai, la femelle met bas trois à six petits.

Un Vison captif est demeuré toujours farouche, refusait la viande et se
nourrissait seulement de poissons.

En fait, cette espèce est, par ses formes, tout à fait près du Putois,
tandis que, par ses mœurs et sa coloration, elle est très voisine de la
Loutre.

[Illustration:

Belette vison

Mustela lutreola

Famille des MUSTELIDÉS]

[Illustration:

Loutre vulgaire

Lutra vulgaris

Famille des MUSTELIDÉS]



LOUTRE VULGAIRE


La Loutre a la tête large, le museau très large et assez court, les yeux
petits, les oreilles très petites et arrondies, les pieds palmés, la
queue très large à sa base, très robuste, longue et amincie peu à peu au
bout. Sa marche est à peu près plantigrade. Le pelage fourré est brun,
sauf la poitrine et le ventre qui sont brun-grisâtre, la gorge, les
joues et le museau qui sont plus ou moins gris; la taille est de 0^{m}80
de longueur, la queue mesurant 0^{m}40.

La Loutre habite l’Europe entière et une partie de l’Asie. C’est une
bête qu’on ne voit guère et qui est pourtant assez commune sur beaucoup
de rivières, de ruisseaux et d’étangs. Elle est, du reste, assez nomade
et apparaît dans les localités où on ne la voyait pas auparavant.

Les Loutres de rivière se creusent dans les berges des terriers profonds
à plusieurs ouvertures dont une au moins donne sous l’eau. Elles sortent
peu dans le jour et se mettent en chasse à la nuit close; elles
s’aventurent alors, en suivant le fil de l’eau, jusqu’au milieu des
villes puisqu’on en trouve parfois dans les nasses à poisson où elles
sont entrées et se sont noyées.

Celles qui habitent de vastes marais sauvages n’ont pas de trou. Elles
chassent surtout la nuit et font, durant la journée, la sieste, couchées
sur une motte herbue où le chasseur peut les surprendre par un temps
chaud. Quelques-unes se cachent, le jour, dans les bois épais à
proximité d’un étang et aussitôt dérangées filent avec rapidité
directement vers l’eau. Il existe en France quelques équipages de chiens
courants spéciaux qui la lèvent et la suivent sur les petites rivières;
c’est une chasse difficile et intéressante qui ne peut avoir lieu que de
loin en loin, parce que l’animal est assez rare et malaisé à rencontrer.

Elles nagent admirablement et peuvent demeurer sous l’eau au moins une
minute. Leur nourriture consiste surtout en poisson, mais au besoin
elles attaqueront les oiseaux et les lièvres. Elles détruisent une très
grande quantité de gros poissons, aussi sont-elles considérées comme
très nuisibles par les pêcheurs et propriétaires d’étangs.

La femelle porte neuf semaines, fait probablement deux portées par an de
chacune deux ou trois petits et met bas en toutes les saisons, car on
trouve, en décembre et janvier, sur la surface glacée des étangs, de
gros nids d’herbes aquatiques dans lesquels reposent les petits
nouvellement nés. Près du nid est un trou dans la glace par où plonge la
mère.

En captivité la Loutre s’apprivoise bien et peut même être dressée à
chasser le poisson pour son maître.

On a observé des Loutres albinos ou tapirées de blanc.



BLAIREAU COMMUN


Le Blaireau, animal de 0^{m}76 de longueur avec 0^{m}17 de queue, a la
tête blanche surmontée de deux bandes d’un brun noir partant du museau
et rejoignant l’occiput en couvrant chacune un œil, cette tête assez
petite relativement au corps qui est gros, trapu, assez allongé, couvert
de longs poils durs, blancs à la base, noirs dans leur tiers supérieur
et blancs à l’extrémité, avec, dessous, une fourrure blanchâtre. Les
membres, le dessous de la gorge, du cou et de la poitrine sont noirs ou
d’un brun noir, les yeux assez petits, les oreilles petites et rondes,
la marche presque plantigrade.

Le Blaireau, rare en certaines contrées, est très commun en d’autres; on
le rencontre d’une façon générale presque partout en France, en
Belgique, en Suisse. Il habite les bois, les vignes où se trouvent des
carrières et les coteaux rocheux. Fouisseur de premier ordre, il se
creuse de longs terriers, le plus souvent sous des rochers et y vit seul
ou en famille. Il est certainement monogame, car le mâle et la femelle
vivent ensemble en toute saison.

Il est omnivore et mange tout ce qu’il trouve: cerises, fraises,
raisins, noix, glands, miel des bourdons, insectes de toutes sortes,
notamment les grillons, lézards, serpents, même les vipères,
grenouilles, petits mammifères et petits oiseaux; il est nuisible parce
qu’il détruit beaucoup de jeunes lièvres, lapins et perdreaux et cause
dans les vignes de grands dégâts.

Les chasseurs le tuent rarement parce qu’il demeure ordinairement au
fond de son terrier pour n’en sortir qu’à la nuit tombante avec des
précautions extrêmes. Il semble redouter le piège ou l’affûteur autour
de sa retraite; aussi est-il difficile de le tirer au sortir de son
trou, tandis que, une fois en quête de nourriture, il est beaucoup moins
soupçonneux, et si, parcourant un bois, au clair de lune, il aperçoit un
homme, il s’arrête à peu de distance en flairant d’un air étonné.
Lorsque par un beau temps il ne rentre pas au terrier, il se cache pour
la journée au plus épais d’un fourré ou sous un aqueduc à sec, mais s’il
est dérangé, il file droit sur son logis. En général, il rentre chez lui
au petit jour. L’hiver, il sort très peu.

On le chasse aussi avec des petits chiens très mordants qui vont le
chercher sous terre et indiquent par leurs aboiements la place qu’il
occupe aux chasseurs qui piochent le sol pour arriver jusqu’à lui. Mais
c’est pour les hommes un dur travail et pour les chiens une besogne
dangereuse, car le trou est profond et le Blaireau qui a la mâchoire
d’une grande puissance, se défend courageusement et mord avec une
extrême ténacité.

La femelle porte dix à douze semaines, et de décembre à mars, met bas
dans son trou, de trois à cinq petits.

Les chasseurs et les paysans distinguent les Blaireaux à tête de chien
et ceux à tête de cochon, cette distinction ne repose que sur l’état de
maigreur ou d’embonpoint de l’animal.

     Sur la planche, lire «Taisson» et non «Faisson».

[Illustration:

Blaireau commun

Meles taxus

_Faisson_, _Grisard_

Famille des MUSTELIDÉS]

[Illustration:

Ours brun

Ursus arctos

Famille des URSIDÉS]



OURS BRUN


L’Ours brun a la tête voûtée et grosse, les yeux petits, les oreilles
courtes et velues, le museau allongé, le corps lourd et massif, les
membres épais, les postérieurs un peu plus courts, les ongles forts, non
rétractiles, la queue presque nulle. Sa marche est plantigrade. Le
pelage long et fourré est d’un brun plus ou moins jaunâtre ou noirâtre,
parfois grisâtre. La longueur du corps d’un adulte est de 1^{m}50 à
1^{m}85; son poids varie de 350 à 500 livres.

L’Ours brun habite encore certaines contrées de l’Europe et vit confiné
dans les montagnes où il se peut mieux défendre; il tend, du reste, à
disparaître. Il n’existe plus en Belgique, il est très rare en Suisse;
en France, on trouve encore quelques individus dans les Alpes et les
Pyrénées, l’Ours des Pyrénées étant un peu plus petit que l’autre.

Il passe sa vie dans une tanière établie dans une large anfractuosité de
rocher ou au fond d’une grotte, dans les sites les plus sauvages de la
montagne, et sort la nuit à la recherche des fruits, des grains et
racines et des insectes, ainsi que des mammifères. Il mange des
bourgeons, des champignons, des fourmis et, quand il le peut, du miel.
Pressé par la faim, il s’attaque aux moutons, aux veaux et même aux
vaches, mais il n’affronte pas l’homme, à moins qu’il ne soit blessé ou
pour défendre sa progéniture.

Malgré sa lourdeur, il court vite et grimpe parfaitement aux arbres
fruitiers. Assailli ou assaillant, il se dresse debout et attaque avec
ses pattes de devant.

L’accouplement a lieu en août-septembre et, six mois après, la femelle
fait dans sa tanière un ou deux jeunes qui naissent extrêmement petits
et faibles, mais grossissent ensuite assez vite. En hiver, époque où il
est devenu très gras, il sort rarement et dort presque toujours.



LOUP COMMUN


Le Loup est d’un fauve noirâtre en dessus, fauve en dessous, il a la
gorge blanchâtre, les pattes fauves, celles de devant avec une raie
noire antérieure, la queue longue, touffue, fournie de longs poils d’un
fauve noirâtre dessus, fauve clair dessous jusqu’aux deux tiers de sa
longueur, puis noirâtre jusqu’à l’extrémité. Le pelage blanchit lorsque
l’animal est vieux et devient souvent tout gris. Il a la tête large, le
cou gros et les mâchoires très puissantes. La longueur du corps est de
1^{m}15, celle de la queue de 0^{m}35, la hauteur au garrot de 0^{m}60.
L’empreinte de ses pieds est plus allongée que celle du chien.

Le Loup, autrefois si commun, devient extrêmement rare en Belgique, en
Suisse, si tant est qu’il y existe encore, et même en France où il ne
séjourne plus que dans quelques départements. Il vit solitaire ou par
deux ou trois dans les grandes forêts et par moments s’arrête dans les
petits bois épais. Il se nourrit de lièvres, chevreuils, petits
mammifères et, en cas de disette, mange les colimaçons, les grenouilles
et les fruits, mais ses victimes les plus ordinaires sont les chiens,
les moutons, les oies et les dindons. La nuit, il s’attaque aussi aux
ânes, aux veaux et aux poulains, mais il ne se jette pas sur l’homme, à
moins qu’il ne soit enragé; il se contente de suivre, à une certaine
distance, le voyageur isolé.

Il est polygame. Après une gestation de deux mois ou un peu plus, la
Louve, en avril ou mai, choisit un fourré impénétrable, parfois un vaste
champ de seigle et dépose sur une couchette appelée «liteau», quatre à
six petits qu’elle allaite pendant plus d’un mois, puis auxquels elle
commence ensuite à apporter des proies qu’elle va presque toujours
chercher au loin.

Extrêmement méfiant et rusé, le Loup est difficile à tuer devant des
chiens courants. Il n’a pas plutôt entendu un bruit insolite qu’il est
sur pied et se dérobe, débûche et entraîne la meute à des distances
considérables. Le louveteau, c’est-à-dire le jeune jusqu’à cinq mois, et
le louvard, jeune de six à dix mois, se font au contraire battre dans
l’enceinte de bois qu’ils habitent. Sa voix qu’on entend, le soir, dans
les forêts, est un hurlement plaintif et lugubre.

Pris jeune, il s’apprivoise facilement. En captivité, même mais très
rarement à l’état sauvage, le Loup s’accouple avec le Chien et les métis
sont féconds.

Les louveteaux à la naissance ressemblent tout à fait aux renardeaux du
même âge; on les reconnaîtra seulement à la queue noire chez les
louveteaux, avec une touffe de poils blancs au bout chez les renardeaux.

La variété noire (Canis lycaon Schreber) est relativement assez commune;
on la trouve dans un même liteau mêlée à la variété rousse ou fauve.

Le Loup n’existe plus depuis longtemps en Angleterre, il n’existe pour
ainsi dire plus en Suisse et en Belgique; avant peu, il n’existera plus
en France.

[Illustration:

Loup commun

Canis lupus

Famille des CANIDÉS]

[Illustration:

Renard commun

Canis vulpes

Famille des CANIDÉS]



RENARD COMMUN


Le Renard, long de 0^{m}70 avec sa queue de 0^{m}42 et une hauteur au
garrot de 0^{m}32, a le pelage roux ou fauve en dessus, le bas des
jambes plus ou moins noir, la queue très longue et très touffue, de
couleur plus foncée, terminée par des poils blancs. La variété à pelage
plus sombre dite «Renard charbonnier» est aussi commune que le type.

Le Renard est considéré comme le type de la bête astucieuse et rusée,
mais il a infiniment moins de prudence que le loup et on le tue assez
facilement, soit à l’affût, soit aux chiens courants, soit à l’aide de
pièges. Une fois lancé, il se fait battre plus ou moins longtemps dans
les bois épais et gagne ensuite son terrier. Là, il est à l’abri, à
moins qu’avec de petits chiens spéciaux on essaie de le prendre en
creusant la terre. Il se défend bien, mais avec moins de vigueur que le
blaireau. Sa peau, bien que très jolie en hiver et fréquemment employée,
n’a pas une grande valeur.

Très commun partout, le Renard se creuse un trou profond à plusieurs
ouvertures ou s’empare de ceux des lapins ou des blaireaux. Si dans les
endroits qu’il fréquente il trouve des rochers et des cavernes, c’est
sous le roc qu’il creuse son domicile.

Il attrape les mammifères, les oiseaux, les œufs, grenouilles, insectes,
fruits, ne dédaigne pas le poisson et, pour en prendre, visite les
étangs en pêche. Dès qu’il s’est emparé d’une belle pièce, il l’emporte
et va au loin la dévorer ou, s’il n’a pas faim, la cacher dans un
endroit retiré, au contraire de la loutre qui mange sa proie sur le bord
de l’eau. Parfois on découvre sous un buisson, plusieurs poissons ou un
oiseau; c’est le Renard qui a fait un riche butin et qui a enfoui sous
les herbes une partie de sa chasse. En Corse, où les Renards sont
beaucoup plus grands et plus forts que sur le continent, ils attaquent
assez souvent les jeunes agneaux.

Les dindes et les poulets sont souvent ses victimes et il en tue autant
qu’il en peut saisir, sauf à les laisser sur place. La nuit, il chasse
le lièvre et le lapin et il n’est pas rare d’entendre sa voix
glapissante lorsque, à la manière d’un chien, il mène un gibier devant
lui. On prétend, à ce sujet, qu’un deuxième renard se place alors à
l’affût là où il suppose que passera le lièvre pour le happer au
passage, mais l’histoire n’est pas bien prouvée et il est douteux que le
deuxième renard attende, longtemps à l’avance, le problématique passage
du gibier.

Après deux mois de gestation, la femelle met bas, en avril, dans son
terrier ordinaire ou dans un trou spécial ordinairement moins profond,
mais bien caché, cinq à sept renardeaux qui, au bout de sept à huit
semaines, suivent déjà la mère à la maraude ou viennent, même le jour,
se chauffer au soleil à l’entrée du terrier.

Le Renard n’est pas franchement polygame, car le mâle et la femelle
vivent ensemble et élèvent les petits en commun.

Pris jeune, il devient assez familier, mais il faut le surveiller, car
il tue les poulets, dérobe les œufs et cache tout, même les choses qui
ne se mangent pas. Il y a pourtant des exceptions: M. Rollinat possède
actuellement plusieurs Renards apprivoisés. Tandis que ces Renards
restent pillards, l’un d’eux entre très souvent dans le poulailler et,
loin de pourchasser les volailles, semble vouloir les protéger, à tel
point que, si quelqu’un prend un poulet qui, suivant l’habitude, pousse
les hauts cris, ce renard gronde et mord le pantalon de l’intrus.



PHOQUE MARBRÉ


Le Phoque marbré a la tête ronde, le corps lourd et épais, à membres
courts, le pelage gris brun ou noirâtre parsemé de grandes maculatures
fauves ou blanchâtres, souvent noirâtres au centre, le dessous du corps
jaunâtre, avec une tache noirâtre autour des yeux, la queue très courte
et pas d’oreilles. Un mâle adulte mesure environ 1^{m}50 de longueur.

Cette espèce habite le nord de l’Europe sur les côtes de Norvège et
s’étend jusqu’au Groënland où on lui fait une chasse active à cause de
la valeur de sa peau. On la voit très accidentellement sur les côtes
anglaises, belges et françaises et on cite quelques captures en
Normandie et en Picardie. Elle ne s’est probablement jamais reproduite
sur nos côtes.

Une espèce très voisine, le Phoque veau-marin (Phoca vitulina Linné) a à
peu près la même taille et les mêmes mœurs. Son nez est moins allongé,
son corps plus épais et ses membres moins longs. Son pelage varie du
brun clair au jaune grisâtre, avec ou sans taches brunes sur le dos, le
dessous est blanc jaunâtre.

Cette espèce vit sur les côtes françaises de l’Océan, bien qu’elle y
soit beaucoup plus rare qu’autrefois et très exceptionnellement dans la
Méditerranée. On l’a observée en Normandie, en Bretagne, aux embouchures
de la Seine et de la Somme et dans le golfe de Gascogne. M. Gadeau de
Kerville cite sept captures assez récentes sur les côtes normandes, et
on raconte l’histoire de deux individus tués près d’Orléans sur la Loire
qu’ils remontaient.

Très sauvages, parce qu’ils sont très pourchassés, ces Phoques se
tiennent sur les rochers et les plages de sable qui se découvrent à
marée basse, ordinairement par petites compagnies. S’ils flairent un
ennemi, ils se précipitent à la mer et disparaissent. A haute mer, ils
passent leur temps à poursuivre les poissons dont ils feraient, s’ils
étaient nombreux, une grande destruction; ils mangent aussi les homards
et les crabes. Leur cri rappelle le jappement de la loutre et de
certains chiens.

En septembre, au moment du rut, les mâles se livrent de violentes
batailles; puis, après une gestation de neuf mois, la femelle fait, en
juin ou juillet, un ou deux petits qu’elle allaite toujours à terre,
tandis que, plus tard, les Phoques ne mangent jamais que dans l’eau.

Ce sont des bêtes très intelligentes qui s’apprivoisent bien et se
nourrissent aisément, mais exclusivement de poissons. Les femelles sont
toujours beaucoup plus petites que les mâles.

[Illustration:

Phoque marbré

Phoca foetida

Famille des PHOCIDÉS]

[Illustration:

Cerf d’Europe

Cervus elaphus

Famille des CERVIDÉS]



CERF D’EUROPE


Le Cerf a le museau allongé, les oreilles grandes, les yeux grands, avec
au-dessous un larmier profond, le cou très long, revêtu de grands poils
chez le mâle, le corps vigoureux, la queue fauve très courte, les
membres assez longs et assez minces. Sa robe est fauve ou brune dessus,
avec une raie noirâtre sur le cou et une partie du dos, ses fesses
blanchâtres bordées de noirâtre, les parties inférieures grisâtres ou
blanchâtres. La tête du mâle porte des bois qui tombent chaque année et
repoussent aussitôt, enveloppés d’une mince peau veloutée qui, lorsque
le bois a atteint son développement complet, se sèche et se lève par
plaques, l’animal s’en débarrassant en la frottant contre les arbres. La
longueur du corps est de 2 mètres et plus; la queue est de 0^{m}15; la
hauteur au garrot de 1^{m}30 à 1^{m}40.

Les jeunes, appelés faons jusqu’à l’âge de six mois, ont le corps
parsemé de taches blanches ou fauve clair qui disparaissent ensuite; de
six mois à un an, ils sont devenus fauves et nommés alors «hères».
Pendant la deuxième année, les bois du mâle poussent pour la première
fois; ils sont plus ou moins droits sans aucune branche et l’animal est
appelé «daguet». En mars-avril de l’année suivante ils tombent, mais
repoussent si vite qu’en juillet ou en août, ils sont développés et
portent chacun une ou parfois deux branches ou andouillers. Le Cerf est
alors «une deuxième tête», comme à chacune des années suivantes, il
deviendra «une troisième tête», puis «quatrième tête»; enfin «un
dix-cors jeunement» et un «dix-cors». Tous les ans, ainsi, vers le mois
d’avril, les bois tomberont, seront reformés en juillet-août et
porteront ordinairement, car la règle n’est pas absolue, une branche de
plus chaque année, jusqu’à l’âge de sept ou huit ans. Il est rare d’en
trouver en France portant plus de neuf branches. Parfois les bois, ou
l’un d’eux, poussent d’une façon anormale; le Cerf a alors, en termes de
vénerie, «une tête bizarde».

Vivant solitaires, ou par hardes de cinq à huit, les Cerfs et Biches
sortent des bois à la nuit noire dans les champs de céréales, les
pâturages et les taillis, et rentrent au fourré aux premières heures du
jour, ou bien, à certaines saisons, font leur nuit dans les jeunes
taillis. Ils mangent les bourgeons, les feuilles, les herbes, les
céréales, les légumes et même les fruits, notamment les pommes; il leur
faut une grande quantité de nourriture et ils commettent souvent de
grands dégâts dans les champs ensemencés. Aussi les a-t-on classés parmi
les animaux nuisibles.

Le Cerf est polygame et au moment du rut, du 15 septembre à la fin
d’octobre, les mâles se livrent de furieux combats dans lesquels ils
s’estropieraient si le vaincu ne prenait assez rapidement la fuite. A ce
moment ils poussent des bramements qui s’entendent de loin et effraient
les gens qui ne se rendent pas compte de ces clameurs profondes. En mai,
la Biche met bas un petit, très souvent deux, qu’elle réussit à élever,
car en dehors du loup et de l’homme, elle n’a pas d’ennemis; mais
l’homme est, pour cette espèce, un ennemi redoutable et là où elle n’est
pas protégée, elle disparaît promptement.

A l’heure actuelle, le Cerf existe encore dans une trentaine de
départements français et il est assez commun seulement dans un petit
nombre de forêts, surtout en Normandie, autour de Paris, dans l’Ouest et
dans le Centre. Si on trace une ligne qui partage la France en deux
parties de l’Ouest à l’Est, on remarquera que le Cerf est inconnu
aujourd’hui dans la plus grande moitié, toute la partie méridionale, et
presque partout dans l’Est, de même qu’il ne se trouve plus en Bretagne,
sauf sur un point. En Belgique, il n’existe plus, sauf dans l’Ardenne,
où il est rare; en Suisse, il a disparu.

Pris jeune, il s’apprivoise facilement, mais les mâles, en vieillissant,
deviennent toujours méchants. En liberté, le Cerf est défiant, a l’ouïe
et l’odorat excellents; il évite autant qu’il peut la présence de
l’homme, mais au moment du rut, il est moins craintif et on a observé
des cas où il a attaqué des passants. Les blessures qu’il fait sont
absolument dangereuses, comme l’indique ce vieux proverbe, montrant que
si le Sanglier ne fait ordinairement que des blessures à ceux qu’il
atteint, le Cerf les tue le plus souvent:

    Au Sanglier la mierre (le médecin),
    Au Cerf la bière.

Le Cerf vit vingt ans et plus.



CERF DAIM


Plus petit que le cerf, puisqu’il mesure seulement 1^{m}40 de longueur,
avec 0^{m}20 de queue et une hauteur au garrot de 0^{m}85, le Daim a le
pelage fauve avec des taches blanchâtres sur le dos et les flancs, une
raie longitudinale de même couleur sur les flancs et une autre verticale
sur les cuisses; ses parties inférieures sont blanchâtres, sa queue
noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous. Il devient beaucoup plus
sombre en hiver. La variété à pelage entièrement blanchâtre n’est pas
rare.

Vers l’âge d’un an, les dagues du mâle poussent, puis tombent en mai de
l’année suivante; à la fin de juillet ou en août, les bois sont
entièrement repoussés avec un andouiller à chaque perche. Pendant les
années suivantes, la corne deviendra plate au sommet et formera une
empaumure dentelée qui s’élargira et s’échancrera sur les bois de chaque
année suivante, en même temps qu’il se formera, tous les printemps, un
nouvel andouiller pendant trois ou quatre ans.

Le Daim, inconnu en Belgique et en Suisse, très rare en France, est
localisé dans quelques forêts et parcs, soit sous sa forme typique, soit
comme variété albine ou de couleur isabelle ordinairement de taille un
peu plus forte. Il est polygame comme le cerf et vit en général par
hardes composées d’un mâle, de jeunes et de femelles. Il se nourrit
d’herbes, de feuilles et de fruits.

A l’époque du rut, du 15 septembre au 15 octobre, les mâles solitaires
ou les jeunes mâles devenus assez forts, attaquent le chef du troupeau
et l’expulsent ou sont expulsés par lui. Puis, après une gestation de
huit mois, la Daine met bas dans un fourré un, rarement deux petits.

Le Daim se chasse à courre, mais il est facile à prendre, peu rusé et
peu sauvage, bien qu’il ait l’odorat excellent et qu’il sache
admirablement éventer un ennemi; à vrai dire, c’est un animal plutôt à
demi-sauvage acclimaté en France dans quelques localités, d’où il
disparaît très vite quand il n’est pas protégé. Il est originaire de
l’Espagne, où il vit encore, ainsi qu’en Sardaigne et en Grèce; mais
même en Grèce, il devient rare et sa disparition est à craindre.

[Illustration:

Cerf daim

Cervus dama

Famille des CERVIDÉS]

[Illustration:

Cerf chevreuil

Cervus capreolus

Famille des CERVIDÉS]



CERF CHEVREUIL


Le Chevreuil a le pelage fauve-brun foncé en hiver, plus clair et même
roux vif en été; le dessous de la poitrine, le ventre et les membres
gris, le bout du museau noir, une tache blanchâtre sous la gorge, les
fesses blanches et pas de queue visible. La livrée des jeunes est
fauve-clair avec des taches blanchâtres. Sa longueur est de 1^{m}10, la
hauteur au garrot de 0^{m}70.

A l’âge de un an, la tête du jeune mâle porte de petites dagues qui
seront remplacées, l’année suivante, par des bois munis d’un andouiller;
à trois ans, chaque perche aura deux andouillers et à quatre ans trois
andouillers, mais jamais d’andouiller basilaire frontal comme chez le
cerf. A cinq ans, l’andouiller moyen se bifurque et souvent il en pousse
un autre en arrière de la perche. Plus l’animal vieillit, plus le bois
devient rugueux et plus grosses deviennent les perlures. Les bois des
mâles ou «brocards» tombent d’octobre à novembre et sont entièrement
reformés en mars-avril, couverts d’abord d’un velours qui bientôt
disparaît.

Très commun autrefois en France, en Belgique et en Suisse, il a à peu
près disparu de ces deux derniers pays et on ne le trouve plus en nombre
en France que dans les chasses gardées et dans les bois du voisinage.
Adulte, il n’a d’ennemis que l’homme et le loup. Mais quand il est très
jeune et malgré le dévouement de sa mère, il devient quelquefois la
proie des chiens, des vieux renards et même des chats sauvages.

Il se nourrit surtout de feuilles. Au printemps, il absorbe une telle
quantité de bourgeons que, par suite de la fermentation de cette
nourriture dans l’estomac, il semble ivre, devient imprudent et se
montre jusque dans les villages.

Il est monogame et vit par couples avec sa jeune famille, composée d’un
ou deux petits nés en avril. Le rut a lieu en juillet et en août, plus
tardivement selon quelques observateurs; la femelle porte sept mois et
demi.

Le Chevreuil s’apprivoise bien, mais il ne vit jamais très longtemps en
captivité et les vieux mâles deviennent agressifs et méchants.

On a vu des Chevreuils albinos.



CHAMOIS ORDINAIRE


Le Chamois est long de 1^{m}10 et sa hauteur est de 0^{m}75. Sa robe est
d’un gris cendré au printemps, d’un roux fauve en été et d’un beau roux
en hiver sur le dessus, fauve jaunâtre (couleur chamois) sous le ventre.
Une bande foncée s’étend de l’oreille jusqu’au museau; la queue est très
courte. Les cornes de la femelle sont toujours plus minces que celles du
mâle.

Le Chamois, inconnu en Belgique, n’est pas trop rare en Suisse et
n’existe en France que sur les sommets les plus sauvages des Alpes et
des Pyrénées. Dans les Alpes, il porte son nom de Chamois; dans les
Pyrénées, on l’appelle «Isard», mais les différences entre les deux
formes sont à peu près nulles. Les mâles vieux vivent ordinairement
solitaires, tandis que les jeunes et les femelles se réunissent en
petites bandes. Pendant la journée, ils pâturent les bourgeons et les
plantes et, à la moindre alerte, l’un d’eux pousse un sifflement
particulier et tous s’enfuient, bondissant avec vigueur et légèreté au
milieu des rochers. On prétend qu’une vieille femelle demeure toujours
en sentinelle lorsque le troupeau est au repos pour avertir ses
compagnons du danger. En tous cas, le Chamois a la vue, l’ouïe et
l’odorat excellents et il est très difficile de le surprendre; du reste,
s’il ne se défendait pas aussi bien, il disparaîtrait rapidement, car il
est pourchassé continuellement par les chasseurs montagnards; les jeunes
sont souvent saisis par les aigles et les gypaëtes, et ils sont aussi,
de temps en temps, victimes des avalanches de neige.

C’est à la fin de l’automne que l’accouplement se fait, et en avril la
femelle met bas ordinairement un seul petit, rarement deux.
Contrairement au bouquetin qui ne va guère que la nuit au pâturage, le
Chamois n’est pas un animal nocturne et il se repose pendant la nuit.

On a obtenu des hybrides de l’accouplement du Chamois et de la Chèvre,
en captivité; on dit même qu’on a observé, à l’état sauvage, des
produits provenant de l’accouplement d’un Chamois femelle avec un Bouc.
Ce sont pourtant des espèces classées par les zoologistes dans deux
familles différentes!

[Illustration:

Chamois ordinaire

Capella rupicapra

Famille des _Antilopidés_]

[Illustration:

Chèvre Bouquetin

Capra ibex

Famille des CAPRIDÉS]



CHÈVRE BOUQUETIN


Le Bouquetin a les cornes très longues, curvilignes, arquées en arrière,
noueuses, comprimées, le pelage brun roussâtre avec poil long et
grossier en hiver, plus ferme et plus fin en été sur le dessus, le
ventre blanc, une raie brune sur le dos, le menton, le devant des yeux
et le tour des narines fauves. La femelle plutôt d’un gris roussâtre en
été est d’un gris jaunâtre en hiver. Les oreilles sont blanches en
dedans, assez grandes, pointues; la queue courte, brune. Il est à
remarquer que les cornes de la femelle sont assez analogues à celles
d’une chèvre domestique, tandis que celles du mâle sont parfois
gigantesques, penchées en dehors et décrivant une courbe régulière,
atteignant jusqu’à un mètre de longueur, ou un peu contournées en forme
de lyre avec les deux pointes revenant en dedans. La longueur du corps
est de 1^{m}50; la hauteur au garrot de 0^{m}75.

Le Bouquetin n’a jamais habité que les montagnes, mais il a été
autrefois assez commun, tandis qu’il est aujourd’hui extrêmement rare et
tout fait croire que bientôt il aura disparu. Déjà, il n’existe plus en
Suisse.

Dans les Alpes françaises, c’est à peine si on pourrait en trouver deux
ou trois petits troupeaux dans les endroits les plus inaccessibles. Dans
les Pyrénées, où la race est un peu différente, l’animal ayant les
cornes plutôt tournées en forme de lyre, le pelage marron, les lèvres,
joues, oreilles, cou, fesses et cuisses jaune d’ocre foncé, la robe
comme marbrée par des mèches de poils bruns, on connaît l’existence de
quelques bandes peu nombreuses. Comme le chamois mâle, les vieux
Bouquetins vivent solitaires, les autres se tiennent cachés ensemble
durant le jour dans les lieux escarpés et ne viennent que la nuit
brouter les plantes, les écorces et les bruyères des forêts et
pâturages. Ils peuvent sauter et grimper merveilleusement au milieu des
rochers et des précipices et se gardent aussi bien que les chamois.

L’accouplement a lieu en janvier et la femelle fait, vers le mois de
juin, un seul petit qu’elle défend au besoin contre les attaques des
aigles qui sont, avec l’homme, les seuls ennemis de l’espèce.

On a pu faire croiser le Bouquetin avec la Chèvre; les métis,
intermédiaires entre les deux espèces, avaient une barbe se rapprochant
de celle du bouc.



MOUFLON DE CORSE


Le Mouflon de Corse a le pelage brun foncé roussâtre avec le milieu du
dos et des flancs ensellés d’une grande tache blanc roussâtre, la tête
plutôt grise, le nez, les lèvres, le menton, la gorge, la croupe, les
pieds et le ventre blancs, la queue courte, brune dessus et blanche aux
côtés; sous le cou et jusqu’entre les pattes de devant, des poils très
longs en sorte de petite crinière. Les cornes de la femelle sont courtes
et presque droites ou même manquent tout à fait; celles du mâle sont
grandes, s’éloignant l’une de l’autre à la base, puis recourbées pour
revenir sur le devant, mais en divergeant, et présenter leurs pointes
juste à la hauteur des yeux, à une certaine distance de chaque œil. La
taille du mâle est de 1^{m}20 de longueur, la hauteur au garrot de
0^{m}80.

Cette espèce, inconnue dans la France continentale, vit confinée dans
les montagnes de la Corse, comme aussi en Sardaigne, par petites troupes
qui se tiennent pendant le jour dans les lieux les plus escarpés et dans
les maquis impénétrables, vivant d’herbes, de bourgeons et de feuilles.

Ce sont des bêtes gracieuses, vigoureuses, sautant et grimpant sur les
rochers avec agilité, bien que leurs membres soient moins forts que
ceux des chamois et des bouquetins. Très pourchassée par les chasseurs
corses, l’espèce diminue de jour en jour; on la voit rarement dans les
jardins zoologiques où on trouve, au contraire, en abondance, l’espèce
voisine d’Algérie.

Le rut a lieu au milieu de l’hiver, puis au printemps, après avoir porté
vingt et une semaines, la femelle met bas un ou deux petits. On a pu
faire accoupler le Mouflon avec certaines races de Brebis et les
produits ont été féconds.

Comme tous les animaux sauvages, le Mouflon n’a pas de laine et ses
poils, sauf devant le cou, sont raides et cassants.

En captivité, la femelle est tranquille, mais le mâle, en vieillissant,
devient excessivement méchant et dangereux. Ils se reproduisent du reste
facilement et les petits ne cessent de gambader et de sauter autour de
leurs parents.

[Illustration:

Mouflon de Corse

Musimon musmon

Famille des _Ovidés_]

[Illustration:

Sanglier commun.

Sus scrofa

Famille des SUINIDÉS]



SANGLIER COMMUN


Le pelage du Sanglier est brun noirâtre ou grisâtre; les oreilles, le
museau, les pattes et la queue plutôt noires. Des soies longues et
raides percent au-dessus d’une fourrure basale épaisse. Jusqu’à l’âge de
six mois, la robe des jeunes marcassins est fauve, rayée
longitudinalement de brun; de six mois à un an, il devient généralement
plus roux et l’animal est alors pour les chasseurs «bête rousse»; à un
an, il est «bête de compagnie»; à deux ans, il est «ragot»; il devient
en vieillissant «quartenier», puis «solitaire».

Le Sanglier, inconnu dans plusieurs départements et rare dans d’autres,
ainsi qu’en Belgique, extrêmement rare en Suisse, est commun dans
certaines grandes forêts françaises. Du reste, il se déplace volontiers,
et après avoir été très abondant dans un bois, il se fait tout à coup
rare pour redevenir abondant plus tard. Il suffit pour cela de
l’émigration de quelques familles, car, sauf les vieux solitaires qu’on
trouve séparés, il aime à vivre en bandes.

Il demeure couché pendant le jour au plus épais des fourrés et souvent
dans les grands joncs des étangs; le soir venu, il cherche sa nourriture
consistant en glands, faînes et châtaignes, racines, pommes de terre et
topinambours, céréales, vers et colimaçons, œufs d’oiseaux, jeunes
mammifères. Il est en réalité omnivore.

Très défiant, ayant l’ouïe excellente et l’odorat très fin, extrêmement
vigoureux, il sait très bien éviter l’affûteur, et lancé par les chiens
courants, il tient longtemps et est difficile à forcer. Il n’a comme
ennemi que l’homme, surtout depuis que le loup, qui attaquait volontiers
les marcassins, est devenu excessivement rare.

Le rut a lieu d’octobre à décembre et les mâles se livrent alors de
furieux combats, si bien qu’on en voit souvent avec les épaules, les
flancs et l’arrière-train couverts de blessures. Après quatre mois de
gestation, la femelle met bas dans un fourré épais, de cinq à huit
petits, qui accompagnent leur mère jusqu’à l’année suivante et parfois
plus longtemps.

Le Sanglier s’apprivoise facilement et s’accouple très volontiers avec
le Porc. Même, à l’état sauvage, ces accouplements ne sont pas rares
entre Sangliers et Porcs errants dans les bois, et les chasseurs
rencontrent de temps en temps des métis généralement blanchâtres, qui se
font chasser exactement comme des Sangliers, mais qui, moins durs à la
fatigue, font plus rapidement tête aux chiens.



                           NOTIONS GÉNÉRALES

               Classification.--Description des espèces.


Les animaux vertébrés sont ceux qui ont un squelette osseux et par
conséquent des vertèbres; ce sont les Mammifères, les Oiseaux, les
Reptiles, les Batraciens et les Poissons.

Parmi eux, les Mammifères sont les animaux qui ont des mamelles au
moyen desquelles les femelles allaitent leurs petits, qui ont le sang
chaud, des dents, des poils et qui sont vivipares. Ils forment une
classe spéciale en tête de laquelle est l’homme. Les autres Mammifères
ont été partagés en plusieurs ordres: l’ordre des =Quadrumanes=,
qui comprend les singes et les lémuriens, celui des =Chéiroptères=
ou chauves-souris, qui sont les seuls mammifères pourvus d’ailes,
celui des =Insectivores=, celui des =Rongeurs= renfermant des animaux
ayant une dentition très spéciale, celui des =Carnivores=, celui
des =Pinnipèdes= ou phoques, celui des =Ongulés= ou mammifères
dont les pieds sont en forme de sabots, ordre qui peut lui-même se
remplacer par trois ordres ou se subdiviser en trois sous-ordres,
les =Solipèdes=, les =Ruminants= et les =Pachydermes=, celui des
=Siréniens= et celui des =Cétacés=, mammifères marins ayant plus ou
moins la forme de poissons, les =Édentés= dépourvus d’incisives, les
=Marsupiaux= et les =Monotrêmes=.

Aucun animal ne représente en France, en Belgique et en Suisse les
ordres des Quadrumanes, des Édentés, des Siréniens, des Marsupiaux et
des Monotrêmes; on pourrait dire qu’il en est de même de toute l’Europe,
si l’ordre des Quadrumanes n’était représenté sur un seul point, à
Gibraltar, par une unique espèce de Singe.

Quant aux animaux des autres ordres, ils sont répartis chez nous d’une
façon très peu uniforme; alors qu’il y a en France 25 espèces de
Chéiroptères, il y a seulement 11 Insectivores, 21 Rongeurs indigènes et
1 domestique, 18 Carnivores dont 3 domestiques, 5 Pinnipèdes, 1
Pachyderme sauvage et 1 domestique, 6 Ruminants indigènes et 3
domestiques, pas de Solipède sauvage, le Cheval et l’Ane domestiques
représentant cet ordre à eux seuls, enfin 24 Cétacés.

Mais si, actuellement, on fixe à 108 espèces vivant à l’état libre et à
9 ou 10 espèces domestiquées le nombre des formes qui habitent la
France, il faut ajouter que de nombreuses espèces, aujourd’hui éteintes
et trouvées à l’état fossile, ont vécu dans notre pays. De ces espèces
fossiles, les unes ont disparu dans le cours des temps d’une manière
définitive, les autres sont représentées par une descendance retirée
aujourd’hui dans les contrées du nord ou dans les régions chaudes;
d’autres sont les ancêtres de nos espèces sauvages actuelles, peu, pas
ou beaucoup modifiées, d’autres enfin, comme les Bœufs et les Chevaux
fossiles ont donné naissance, au moins en partie, à nos espèces
domestiques actuelles.

Il y eut, en effet, une époque où vivaient en France, pour ne citer que
ceux-là, des Singes, des Lémuriens, des Édentés, des Siréniens, des
Marsupiaux et des Éléphants.

La plupart de nos mammifères actuels français, belges ou suisses sont
des espèces nées sur notre sol; cependant deux espèces de Rats, le
Surmulot et le Rat noir, sont d’origine étrangère et ont envahi nos pays
depuis des époques relativement récentes; et trois ou quatre espèces de
Phoques ne sont réellement pas françaises puisqu’elles n’apparaissent
sur nos côtes que d’une façon tout à fait exceptionnelle. Il en est de
même de certains Cétacés.

D’un autre coté, le nombre de nos mammifères se trouvera tôt ou tard
diminué de plusieurs espèces, qui vont inévitablement disparaître de la
terre française aussi bien que de la Belgique et de la Suisse. Tels
sont, sans parler des Phoques et des Cétacés, le Lynx qui n’est plus
représenté chez nous que par quelques rares individus, le Loup, le
Castor, l’Ours, le Bouquetin, qui, à coup sûr, auront cessé d’exister
dans un demi-siècle. D’autres, comme le Cerf, le Chamois, le Mouflon et
peut-être le Chevreuil et le Lièvre ne pourront subsister que s’ils sont
protégés.

Si on veut classer nos mammifères en animaux utiles ou nuisibles à
l’homme, on peut dire que toutes les Chauves-Souris sont des bêtes
franchement utiles, que le Lièvre, le Chevreuil, le Chamois, le
Bouquetin, le Mouflon ne commettent pas de dégâts appréciables et
doivent être considérés comme des gibiers servant à l’alimentation.

Un certain nombre d’espèces doivent être dites à la fois utiles et
nuisibles parce qu’elles nous rendent des services compensés par des
inconvénients: ce sont le Cerf, le Sanglier, le Lapin, le Castor, la
Taupe, le Hérisson et même les six ou sept Musaraignes.

Sont plutôt indifférents la Marmotte, le Loir, le Muscardin et le Rat
des moissons. Doivent être considérés comme nuisibles l’Ours, le Loup,
le Renard, le Blaireau, les Phoques, le Chat, le Lynx, tous les
Mustelidés, les Rats et Campagnols, le Hamster, le Lérot, l’Écureuil et
le Desman; l’Ours, le Lynx et le Loup, parce qu’ils s’attaquent à nos
troupeaux et peuvent même être dangereux pour l’homme; le Renard, parce
qu’il détruit les volailles et le gibier, ce que font aussi les Chats,
les Fouines, les Putois et les Belettes; le Blaireau, parce qu’il
saccage certaines récoltes; les Phoques et d’autre part le Desman et la
Loutre, parce qu’ils chassent, tuent et consomment les poissons au
détriment des pêcheurs; le Hamster et les Campagnols parce qu’ils
causent un grand tort aux récoltes, le Lérot dévastant de son côté nos
vergers; l’Écureuil, parce qu’il mange les jeunes oiseaux et les œufs
ainsi que les pousses des conifères. Est-il nécessaire de parler des
Rats et des Souris qui dévorent les provisions et les grains, le linge
et une foule d’objets utiles à l’homme.

Il en est, parmi nos mammifères, dont le type n’a pas ou n’a guère
varié, d’autres au contraire ont produit des variétés ou des races un
peu différentes de l’espèce typique qui subsiste quand même, de sorte
que ces animaux, bien que d’une espèce unique, offrent deux ou plusieurs
formes légèrement divergentes. Le cas se présente lorsqu’une même espèce
a été reléguée sur des points éloignés sans communication possible
durant de longs siècles, ce qui est arrivé par exemple pour le
Bouquetin qui, depuis bien longtemps, n’habite plus que les sommets des
Alpes et des Pyrénées; les deux formes sont devenues un peu différentes,
tout en conservant entre elles les plus grandes affinités. Chez d’autres
espèces, comme chez le Rat ordinaire, on rencontre des individus n’ayant
plus tout à fait la coloration de l’espèce-type, et comme ces individus
reproduisent identiquement la même forme, les observateurs ont, après
avoir donné les caractères de l’espèce, décrit ces variétés comme
simples races en indiquant les différences. Mais d’autres zoologistes
ont franchement classé comme espèces propres ces formes particulières.
On peut approuver ou blâmer cette manière de faire d’après le point de
vue auquel on se place, puisqu’une pareille race peut en définitive
disparaître en se fondant dans le type, ou toujours subsister comme
variété, ou devenir à un moment donné, par ses caractères de plus en
plus tranchés, une espèce naissante.

Il est en effet indispensable, pour la classification, de considérer
comme espèce et de nommer comme telle, toute forme ayant des caractères
spéciaux assez nets, mais on sait aussi combien, en certains cas, ce
terme «espèce» peut être vague, et on se demande parfois si une deuxième
forme assez semblable ou très semblable à une autre doit être dite
espèce voisine, simple race ou variété de la première.

Pour bien connaître les animaux, il faut les observer quand c’est
possible, vivants et agissants, ou au moins les examiner dans les musées
et dans les collections. On se fait ainsi une idée des formes et
couleurs spéciales à chaque espèce et des différences existant avec les
espèces alliées ou voisines.

Certains animaux, sans parler des animaux domestiques, sont connus de
tous parce qu’on les voit souvent, au cours de la vie usuelle, et dans
les campagnes, le nombre de ces animaux est assez considérable. D’autres
figurent dans les musées publics, chacun les reconnaît par leurs formes
très spéciales, mais il en est d’autres, et c’est le plus grand nombre,
qui, par leur petite taille et par la ressemblance que les diverses
espèces ont entre elles, sont plus difficiles à connaître exactement.

C’est alors qu’il est indispensable de pouvoir examiner de près et à
loisir une collection de ces bêtes, et même de les récolter et de les
classer soi-même. Il est réellement très malaisé, sans agir ainsi, de
parvenir à déterminer les différentes Chauves-Souris, les Musaraignes,
les Rats, les Campagnols.

Se les procurer n’est pas, sauf pour certaines espèces rares, d’une
grande difficulté. En sachant leur habitat et leurs mœurs, on les
trouvera et on les prendra au moyen de pièges ou autrement. Les
Chauves-Souris qu’on peut, du reste, tuer au fusil lorsqu’elles
circulent le soir, sont faciles à récolter dans leurs retraites, quand
on peut visiter des cavernes, des souterrains, des carrières, de vieux
bâtiments, des greniers, des arbres creux. Là, on les trouve, souvent en
grand nombre, et il est facile de s’en emparer.

Une fois les bêtes prises, on les fait monter par un naturaliste, si on
ne sait le faire soi-même ou on les fait simplement mettre en peau,
suivant l’expression consacrée, ou on les conserve entières dans
l’alcool; ou enfin on emploie un procédé recommandé par le D^{r}
Trouessart, professeur au Muséum de Paris, dans son excellent livre sur
les Mammifères de France et qui consiste à ouvrir le dos des
Chauves-Souris ou le ventre des autres petits mammifères pour en retirer
les viscères, puis à dessécher la cavité ainsi produite en y jetant de
la poudre d’alun; cela fait, on remplace les viscères enlevés par un
tampon de coton imbibé d’un liquide préservateur, puis on rapproche les
bords de l’ouverture et on mouille le museau, les yeux, les oreilles,
les pattes et la queue avec un pinceau trempé dans une solution éthérée
d’acide phénique. On place alors l’animal dans un endroit sec et aéré,
toujours à l’ombre et on le laisse sécher pendant huit ou quinze jours.
Si la bête ainsi préparée et sèche est enfermée ensuite dans un tiroir
bien clos, en prenant les précautions ordinaires contre les insectes et
l’humidité, elle se conserve parfaitement.

Pour les Chauves-Souris, on les place sur une planche avec les ailes
bien étendues et on les fait ainsi sécher. Procédé commode à cause de sa
rapidité.

Pour les petits mammifères, une collection de crânes est également utile
et intéressante, puisque leur classification est basée principalement
sur leur système dentaire.

Il est toujours intéressant d’élever en captivité les mammifères dont on
observe alors facilement les mœurs et certaines habitudes. Chez les
grands animaux, Cerfs, Chevreuils, Sangliers et autres, le mâle devenu
adulte se montre presque toujours très méchant et dangereux; le Loup, le
Renard, le Blaireau s’apprivoisent en général très bien; la Loutre peut
même se dresser et chasser aux poissons pour son maître. Certaines
Chauves-Souris s’habituent bien à la captivité, alors que quelques
espèces, comme les Rhinolophes, y sont toujours réfractaires.

Le Hérisson vit parfaitement dans un petit jardin; la Marmotte est
souvent à peu près domestiquée par les montagnards des Alpes; les
Phoques s’habituent très bien à la captivité et, comme ils sont
intelligents, on les dresse facilement à toutes sortes d’exercices. Par
contre, le Lièvre ne prospère pas lorsqu’il est renfermé même dans un
enclos d’une certaine étendue.

Parmi les autres Rongeurs, le Rat noir, la Souris, le Mulot s’élèvent
aisément, tandis que le Surmulot se fait difficilement à la captivité,
sans qu’on puisse s’expliquer la raison de cette différence.



Clé pour la détermination par Ordres des Mammifères de France, Belgique
                              et Suisse.


§ I^{er}.--_Mammifères n’ayant pas la forme des Poissons._

  1. Membres antérieurs munis de grandes membranes
entourant le corps, servant d’ailes et
permettant le vol.                               =Chéiroptères.=

  1. Membres antérieurs normaux,
en forme de jambes et de pieds,
organisés pour la marche, le creusement
du sol ou la natation.                                 2

  2. Doigts onguiculés, c’est-à-dire
munis d’ongles.                                        3

  2. Doigts ongulés, c’est-à-dire réunis
en forme de sabots cornés.                             6

  3. Pas de dents canines; à leur
place, un large intervalle existant
entre les incisives qui sont très
fortes et les dents molaires.                      =Rongeurs.=

  3. Toujours des dents canines;
pas de grand intervalle entre les
incisives et les molaires                              4

  4. Membres organisés pour la
natation, ceux de derrière allongés
en arrière parallèlement à la queue.
Dents molaires tranchantes.                        =Pinnipèdes.=

  4. Membres organisés pour la
locomotion terrestre, c’est-à-dire les
quatre pattes permettant la marche
et en certains cas les pieds de devant
taillés pour creuser le sol                             5

  5. Dents molaires tranchantes.
Taille moyenne ou grande.                           =Carnivores.=

  5. Dents molaires, au lieu d’être
tranchantes, hérissées de pointes coniques.
Taille assez petite ou très
petite.                                             =Insectivores.=

  6. Un seul sabot corné à chaque
membre.                                              =Solipèdes.=

  6. Les doigts séparés ou divisés
en plusieurs sabots cornés                              7

  7. Seulement deux doigts cornés
bien distincts. Estomac divisé en
quatre loges et organisé pour la rumination.
Pas d’incisives à la mâchoire
supérieure.                                           =Ruminants.=

  7. Quatre doigts distincts. Estomac
non conformé pour la rumination.
Des incisives à la mâchoire supérieure.               =Pachydermes.=

§ II.--_Mammifères ayant la forme de poissons_.

  Les membres transformés en
sortes de nageoires.                                  =Cétacés.=


ORDRE I.--=Chéiroptères.=

[Illustration: Fig. 1.--Chauve-Souris.]

Les Chéiroptères, appelés ordinairement Chauves-Souris, sont des
mammifères organisés pour le vol. Les doigts de leurs membres
antérieurs, sauf le pouce, sont très allongés et réunis par une grande
membrane mince et souple qui se continue ensuite jusqu’aux flancs et
jusqu’aux membres postérieurs. C’est la membrane alaire qu’on peut
désigner sous le nom vulgaire d’aile. A cette membrane alaire fait suite
une autre membrane, dite interfémorale, joignant entre eux les deux
membres postérieurs et englobant la queue dans son milieu.

Les ailes des Chauves-Souris sont tantôt longues et effilées, tantôt
larges et assez courtes. Si elles volent parfaitement, elles marchent
peu et mal, mais, bien qu’elles ne soient pas conformées pour la
marche, elles peuvent, en s’aidant de leurs quatre membres, se mouvoir
assez facilement à terre.

Les pieds de derrière qui ont cinq doigts ont, de plus, en arrière du
talon, un petit os allongé qui tend la membrane interfémorale et qu’on
appelle l’éperon.

Elles ont des canines développées, des incisives et des molaires
surmontées de tubercules aigus qui leur permettent de broyer aisément
les insectes, base de leur nourriture; en tout, suivant les espèces, 32
à 38 dents.

Leurs yeux sont très petits et leur vue n’est probablement pas très
perçante, mais leurs oreilles sont plus ou moins grandes et leur ouïe
paraît excellente. Les oreilles sont doubles ou simples, réunies à leur
base ou séparées, droites ou penchées, elles sont doublées, chez
beaucoup d’espèces, par un petit appendice de forme variable, dit
oreillon (Tragus).

Elles portent deux mamelles pectorales; les petits naissent nus avec les
oreilles et les yeux fermés; ils s’accrochent à leur mère qui, tant
qu’elle les nourrit, les emporte avec elle dans ses évolutions
aériennes. Leur voix se compose de petits cris aigus et de
stridulations.

Toutes sont nocturnes. Durant le jour, elles se tiennent dans les
endroits obscurs et se suspendent au moyen des ongles de leurs membres
postérieurs, la tête en bas. Le soir venu, elles sortent et se mettent
en chasse. Vers la fin de l’automne, elles tombent dans un
engourdissement ou sommeil plus ou moins profond et passent une partie
de l’hiver sans prendre de nourriture, accrochées aux parois des grottes
et des cavernes ou blotties dans les fissures et anfractuosités,
souvent à une assez grande profondeur.

Les Chéiroptères sont des animaux utiles qui détruisent une énorme
quantité de coléoptères, de papillons nocturnes, de mouches et de
cousins, bêtes généralement malfaisantes, et des névroptères, insectes
indifférents. A l’état sauvage, on n’a jamais constaté qu’elles se
fissent la guerre entre elles, mais lorsqu’on les garde en captivité, il
arriverait parfois, dit-on, que, si on les laisse manquer d’insectes,
elles se dévoreraient les unes les autres.

Nos Chauves-Souris de France ont été réparties en trois familles, les
=RHINOLOPHIDÉS=, les =VESPERTILIONIDÉS= et les =EMBALLONURIDÉS=.

Les Rhinolophidés, nommés aussi Phyllorhinidés (ce qui veut dire:
feuille sur le nez) ont, pour caractère, comme l’indique leur nom, de
porter sur le nez un repli membraneux, plus ou moins en forme de
feuilles plissées, d’un aspect très singulier; il n’y a pas d’oreillon
chez les espèces d’Europe et les oreilles sont nettement séparées. Les
narines s’ouvrent au fond d’un repli cutané ayant un peu l’apparence
d’un fer à cheval.

Les Vespertilionidés n’ont pas sur le nez le repli cutané en forme de
feuilles et ils ont un oreillon. Leur queue longue et étroite est prise
dans la membrane interfémorale dont le bord forme un angle aigu avec
elle, et elle ne dépasse cette membrane que de un à trois millimètres;
les oreilles sont séparées, rarement réunies à leur base par leur bord
interne et ne portant jamais un repli rabattu sur le front; l’oreillon
est toujours allongé, bien que de formes variables.

Les Emballonuridés n’ont pas, eux aussi, sur le nez le repli cutané en
forme de feuilles et ils ont un oreillon. Mais leur queue très épaisse
dépasse de la moitié de sa longueur la membrane interfémorale, dont le
bord forme un angle droit avec elle. Les oreilles sont très réunies par
leur bord interne qui forme un repli rabattu sur le devant du front;
l’oreillon est court et carré.

[Illustration: Fig. 2.--Oreille de profil d’un Rhinolophe.]

[Illustration: Fig. 3.--Oreille de profil d’un Oreillard.]

[Illustration: Fig. 4.--Oreille de profil du Vespérien Pipistrelle.]



FAMILLE DES =RHINOLOPHIDÉS=


GENRE =Rhinolophe=.--=Rhinolophus= E. Geoffroy.

Museau surmonté d’un repli cutané garni de quelques poils; narines
ouvertes au fond d’une cavité bordée d’une membrane ayant un peu la
forme d’un fer à cheval. Au milieu, au-dessus de ce fer à cheval, se
dresse, au-dessus du nez, une corne verticale dite «selle»; enfin de
chaque côté, des sortes de feuilles membraneuses avec une pointe
centrale entre les yeux.

Deux incisives à la mâchoire supérieure, quatre à la mâchoire
inférieure. Oreilles non réunies, sans oreillons, mais très échancrées
sur leur bord externe. Ailes courtes et larges. Pieds grands, minces,
libres. En tout 32 dents.

[Illustration: Fig. 5.--Nez et oreilles d’un Rhinolophe (face).]

[Illustration: Fig. 6.--Nez et oreilles d’un Rhinolophe (profil).]

Les Rhinolophes sont des habitants des cavernes où ils se réunissent en
bandes plus ou moins nombreuses et se suspendent, la tête en bas,
enveloppés de leurs ailes comme d’un manteau, avec la queue rejetée sur
le dos. Ils semblent plus frileux que les autres Chauves-Souris, volent
généralement à la nuit noire, plutôt lentement et redoutent le mauvais
temps.

Quand on veut les prendre pendant leur sommeil d’hiver, ils ouvrent leur
bouche et agitent vivement les oreilles. Ils sont, du reste, hargneux et
batailleurs.

Quatre espèces se trouvent en France, deux seulement en Belgique et en
Suisse.

1º =Rhinolophe grand fer-à-cheval=

RHINOLOPHUS FERRUM EQUINUM Schreber.

(Rhinolophus unihastatus Geoffroy.)

(Voir planche I, figure et description.)

C’est en juin et juillet que les familles se rassemblent en troupes plus
ou moins nombreuses pour faire et élever leurs petits en commun. Chacune
d’elles met bas un seul petit qui grossit très vite et atteint souvent,
dès le mois de septembre, la taille des adultes. Pendant l’allaitement,
les mères chassent comme d’habitude en portant, dans leurs évolutions,
le petit cramponné à leur corps et le plus souvent fixé à l’un des faux
tétons du pubis qu’on observe chez les Rhinolophes, faux tétons ne
communiquant avec aucune glande mammaire et par conséquent ne pouvant
donner du lait, et en ce cas le petit est obligé de se retourner quand
il veut téter à l’une des vraies mamelles de la poitrine de sa mère.

2º =Rhinolophe euryale=.

RHINOLOPHUS EURYALE Blasius.

Pelage brun roux dessus, brun pâle en dessous; feuilles nasales
ressemblant, vues de face, à celles de l’espèce précédente. Côtés de la
selle parallèles; son extrémité postérieure en pointe relevée aiguë.
Lobe antérieur de l’oreille séparé du reste par une échancrure pointue.
Deuxième prémolaire supérieure séparée de la canine par la première
prémolaire. Aile insérée au tibia.

Taille moyenne, envergure 0^{m}28, corps 0^{m}054, queue 0^{m}25.

Les deux sexes semblables, ainsi que les jeunes.

Vit, probablement durant toute l’année, dans les caves et souterrains,
parcourt à la nuit sombre les avenues, les routes et le tour des
maisons, en chassant les insectes.

Ses mœurs semblent être celles du Fer-à-cheval, mais il est beaucoup
plus rare et plus localisé. On le trouve dans le sud et le centre de la
France; il habite aussi l’Algérie. Il a été observé notamment dans le
département d’Indre-et-Loire où, durant plusieurs années, en
juillet-août, une colonie d’environ trois cents sujets s’était établie
dans une cave. Ces Rhinolophes, à la vue d’une lumière, partaient en
groupe serré pour s’accrocher tous, à côté les uns des autres, à un
endroit peu éloigné, et définitivement chassés, prenaient leur vol au
grand soleil. Un cas identique s’est présenté à Chabenet, dans le
département de l’Indre. En général, on le trouve dans la France centrale
seulement de juin à octobre et on se demande si l’espèce n’émigre pas en
hiver.

Le petit naît à la fin de juin ou au commencement de juillet et grandit
avec une extrême rapidité.

3º =Rhinolophe de Blasius=.

RHINOLOPHUS BLASII Peters.

(Rhinolophus clivosus Blasius.)

Pelage brun dessus, cendré en dessous. Feuilles nasales ressemblant à
celles de Rh. hipposideros ci-après. Il ressemble du reste, pour le
tout, à cette dernière espèce, mais il est plus grand, a les oreilles
noires pointues et la partie postérieure de la selle en pointe plus
aiguë. Côtés de la selle convergents vers le haut. Lobe antérieur de
l’oreille séparé du reste par une échancrure obtuse. Deuxième prémolaire
supérieure séparée de la canine par la première prémolaire. Aile
insérée au talon.

Taille moyenne, envergure 0^{m}28, corps 0^{m}053, queue 0^{m}025.

Cette espèce a les mœurs du Petit fer-à-cheval, avec qui on a dû la
confondre souvent. Elle habite l’Europe méridionale, l’Algérie, la
Sardaigne et très probablement la Corse. D’après le professeur
Trouëssart, il est à peu près certain qu’elle se trouve dans certains
départements français des bords de la Méditerranée, mais on n’a pu
encore citer aucune capture bien authentique.

4º =Rhinolophe petit fer-à-cheval=

RHINOLOPHUS HIPPOSIDEROS Bechstein.

(Rhinolophus bihastatus Geoffroy.)

Pelage doux et fourré, brun dessus, brun clair ou cendré en dessous.
Feuilles nasales lancéolées. Côtés de la selle convergeant vers le haut.
Oreilles larges, un peu plus courtes que la tête, très échancrées à la
base en angle aigu. Deuxième prémolaire supérieure séparée de la canine
par la première prémolaire. Aile insérée au talon.

Taille très petite. Envergure 0^{m}22 à 0^{m}23, corps 0^{m}40, queue
0^{m}20.

Les deux sexes et les jeunes sont semblables.

Il habite les cavernes, les anfractuosités des rochers et les chambres
souterraines, en toute saison. La nuit venue, il sort et vole assez bas
et lentement dans les campagnes, à la recherche des petits insectes. Dès
l’aube, il est rentré dans son repaire où il dort, accroché à la voûte.

Au mois de juillet, on trouve des rassemblements de femelles, les unes
encore pleines, les autres avec leurs petits, tandis que les mâles sont
assez souvent solitaires. Lorsque ces femelles sont accolées les unes
près des autres, le petit quitte volontiers sa mère pour passer sous une
autre femelle qui l’accueille parfaitement. Pendant le vol, le jeune
reste accroché à l’abdomen de la femelle.

Dès les premiers froids, ce Rhinolophe s’engourdit, mais au printemps,
il apparaît d’assez bonne heure.

Il est commun presque partout en France, en Belgique et en Suisse.



FAMILLE DES =VESPERTILIONIDÉS=


GENRE =Oreillard=.--=Plecotus= E. Geoffroy.

Une seule espèce, =Plecotus auritus= Geoffroy, déjà figurée et décrite
(voir Planche 2).

[Illustration: Fig. 7. Tête d’Oreillard (face).]

[Illustration: Fig. 8. Tête d’Oreillard (profil).]

GENRE =Barbastelle=.--=Synotus= Keys. et Blasius.

Museau large, avec apparence de repli en feuilles; narines ouvertes sur
la face dorsale du nez, au fond d’une rainure. Deux incisives de chaque
côté à la mâchoire supérieure, trois incisives à l’inférieure. Oreilles
réunies par le bas, à peine de la longueur de la tête, très dentelées
extérieurement; oreillons aussi dentelés, larges en bas, amincis en
haut. Ailes plutôt moyennes; jambes longues; 34 dents.

=Barbastelle commune.=

SYNOTUS BARBASTELLUS Keys. et Blasius.

Pelage brun foncé ou noirâtre dessus, brunâtre en dessous, souvent
presque blanchâtre vers l’anus. Bouche large, yeux très petits. Oreillon
de moitié de l’oreille. Aile insérée à la base des doigts.

[Illustration: Fig. 9. Tête de Barbastelle.]

Envergure 0^{m}28, corps 0^{m}048, queue 0^{m}044.

Les deux sexes semblables, les jeunes avec des teintes plus sombres.

Espèce très rare en Belgique et dans le nord de la France, assez commune
en Suisse et dans la plupart des départements français, indiquée
toutefois comme rare en Bretagne, dans la Sarthe et quelques autres
endroits.

Pendant le jour, elle est retirée dans les greniers et les clochers,
suspendue aux voûtes. De bonne heure, le soir elle sort et parcourt,
d’un vol rapide, élevé et irrégulier, les rues des villes, les jardins
et la lisière des bois.

Aux approches de l’hiver, elle se cache dans les cavernes et les
souterrains ou s’enfonce dans les fissures, mais son sommeil hibernal
est peu profond et parfois elle s’envole, malgré le froid.

Elle est peu frileuse, car on a remarqué que, au contraire des autres
espèces, elle se place souvent dans un courant d’air.

On la trouve souvent isolée.


GENRE =Vespérien=.--=Vesperugo= Keys. et Blasius.

Museau court, nez sans aucun repli; narines ouvertes au bout du museau.
Deux incisives à la mâchoire supérieure de chaque côté, trois incisives
à l’inférieure. Oreilles très séparées, assez larges; oreillon courbé en
dedans ou droit. Ailes longues et étroites. Jambes plutôt courtes et
fortes. En tout 32 ou 34 dents, par suite de la présence ou de l’absence
au maxillaire supérieur d’une petite prémolaire.

1º =Vespérien noctule.=

VESPERUGO NOCTULA Keys. et Blasius.

Pelage court, brun roux dessus, presque semblable ou un peu plus clair
en dessous. Oreille très large, assez courte, presque arrondie au
sommet, oreillon très court, en forme de croissant, courbé en dedans.
Ailes très longues et très étroites, insérées au talon; 34 dents.

Envergure 0^{m}35 à 0^{m}45, corps 0^{m}072, queue 0^{m}042 à 0^{m}050.

Mâles et femelles semblables, les jeunes d’un brun noirâtre.

Cette espèce, commune partout, habite les arbres creux, les clochers et
les greniers où elle se cache de préférence dans des trous; on ne la
rencontre jamais dans les cavernes. A peine le soleil couché, on
aperçoit ordinairement à une hauteur prodigieuse, de grandes
Chauves-Souris qui planent lentement. Ce sont des Noctules qui, à mesure
que l’obscurité se fait plus épaisse, se rapprochent de terre pour
suivre, d’un vol rapide, le bord des rivières, la lisière des bois, les
avenues, les rues des villes. Souvent, elles pénètrent dans les
appartements et lorsqu’on les saisit, elles poussent de petits cris et
des stridulations rauques.

[Illustration: Fig. 10.--Tête du Vespérien noctule.]

Elle mange toutes sortes d’insectes, notamment des phalènes, des
hannetons, des géotrupes stercoraires. Il semble prouvé que,
probablement comme les autres Chauves-Souris, la Noctule chasse au
crépuscule du soir pendant quelques heures, puis se repose au milieu de
la nuit pour chasser de nouveau avant l’aube. Au jour, elle rentre dans
sa retraite et s’y établit, seule ou par petites troupes.

Au printemps, la femelle met bas un petit, parfois deux.

Elle émet une assez forte odeur de musc.

2º =Vespérien de Leisler.=

VESPERUGO LEISLERI Kull.

Pelage brun-rougeâtre dessus, brun-jaunâtre en dessous. Oreilles larges
et courtes, un peu plus allongées que celles de la Noctule; oreillon
court, un peu en forme de croissant, courbé en dedans. Aile longue et
étroite, insérée au talon. 34 dents.

Quelques auteurs forment pour les deux Vespériens, Noctule et Leisler,
un sous-genre spécial caractérisé par la présence de quatre prémolaires
supérieures et l’insertion de l’aile au talon.

Envergure 0^{m}27, corps 0^{m}055, queue 0^{m}045.

Les deux sexes semblables.

Cette espèce non signalée en Belgique, très rare en France et dans la
Suisse Romande, ressemble à la Noctule, mais elle est plus petite, a les
incisives placées dans la direction de la mâchoire, tandis que, chez la
Noctule, elles sont placées obliquement, et a l’incisive supérieure
externe égale à l’interne en diamètre à la hauteur du collet, tandis que
ce diamètre est double chez la Noctule.

Elle vit en petites troupes dans les greniers et les vieux bâtiments,
ainsi que dans les cavités d’arbres. Elle sort dès le crépuscule et
parcourt, d’un vol élevé et capricieux, les abords des villages et la
bordure des bois. L’hiver, elle s’endort d’un sommeil long et profond.

Elle habite l’Europe moyenne et a été observée notamment dans les Alpes
et en Lorraine.

3º =Vespérien de Savi.=

VESPERUGO SAVII Bonaparte.

(Vespertilio Maurus Blasius, V. Bonapartii Savi, Vespérien alpestre
Fatio.)

Pelage très long et épais, noirâtre dessus et dessous, avec une nuance
grise ou argentée. Oreilles courtes, arrondies en haut; oreillon court,
ayant sa plus grande largeur vers son milieu. Ailes insérées à la base
des orteils. 34 dents.

Envergure 0^{m}22, corps 0^{m}050, queue 0^{m}030.

Espèce rare trouvée seulement dans les Alpes, les départements français
du sud-est et la Corse, vivant pendant l’été sur les montagnes et
descendant dans les pays moins élevés pour passer l’hiver.

Elle se case, durant la journée, sous les toits des chalets et des
bâtiments par petites troupes, et s’envole de bonne heure, en quête
d’insectes. Son vol est rapide et élevé.

4º =Vespérien pipistrelle.=

VESPERUGO PIPISTRELLUS Keys et Blasius.

(Vespertilio brachyotus Baillon.)

Pelage variable, en général brun noir dessus, brunâtre en dessous.
Oreilles presque nues, plus courtes au bord interne qu’au bord externe,
très peu longues et assez larges; oreillons en forme de couteau obtus,
presque droits, ayant leur plus grande largeur au-dessus de leur base.
Ailes longues, insérées à la base des doigts. 34 dents.

[Illustration: Fig. 11.--Membrane alaire et lobe porte calcanéen du
Vespérien pipistrelle.]

(Voir description Planche 3).

5º =Vespérien de Kuhl.=

VESPERUGO KUHLII Natterer.

Pelage brun noirâtre dessus, gris foncé en dessous. Oreille plus courte
que la tête, de forme allongée ou triangulaire; oreillons plus petits
que la moitié de l’oreille, à bord externe convexe et bord interne
presque droit, par suite recourbé en dedans, aminci à son extrémité.
Ailes noirâtres, bordées d’un filet blanchâtre; caractère qui la fait de
suite reconnaître. 34 dents.

Envergure 0^{m}218, corps 0^{m}043, queue 0^{m}035.

Espèce voisine de la Pipistrelle avec laquelle elle a été parfois
confondue, très commune en Provence et dans tout le midi de la France,
non observée dans le Centre et le Nord, non plus qu’en Belgique.
Signalée en Suisse seulement dans le canton du Tessin.

Elle a les mœurs de la Pipistrelle, choisit les mêmes retraites, part en
chasse de bonne heure et parcourt d’un vol rapide, capricieux et assez
élevé, les abords des villes et des villages.

Aux approches de l’hiver, elle s’endort en petites compagnies, sous les
toits des bâtiments et dans les endroits obscurs des greniers. Elle
entre volontiers dans les appartements éclairés.

6º =Vespérien abrame.=

VESPERUGO ABRAMUS Temminck.

(Vesperugo Nathusii Keys et Blasius.)

Pelage brun de suie en dessus, brun roussâtre ou grisâtre en dessous.
Oreilles courtes, très peu échancrées au milieu de leur bord externe,
arrondies à leur sommet, oreillon court, à bord interne légèrement
concave, guère plus étroit en haut qu’en bas. 34 dents.

Très voisine de la Pipistrelle, dont elle se distingue par les
caractères ci-dessus, sa taille un peu plus forte et son museau avec les
côtés de la face dénudés, tandis que, chez la Pipistrelle, la tête et la
face sont très poilues.

Envergure 0^{m}24, corps 0^{m}048, queue 0^{m}035.

Espèce d’Asie qui ne paraît pas avoir été observée en France pendant
l’hiver. Pendant l’été, elle se montre assez fréquemment en Provence,
dans les Alpes françaises et suisses et dans tout le midi de la France.
Elle chasse dès le crépuscule et vole rapidement, à une faible hauteur,
puis, au matin, se cache dans les greniers et les vieux bâtiments.

On a voulu former des sous-genres pour les Vespériens maure,
Pipistrelle, Kuhl et Abrame, caractérisés par la présence de quatre
prémolaires supérieures et l’insertion de l’aile à la base des orteils,
comme on a formé un sous-genre pour les Vespériens noctule et Leisler
caractérisé par l’insertion de l’aile au talon, et pour les espèces
suivantes un sous-genre caractérisé par seulement deux prémolaires
supérieures. Nous mentionnons seulement ces distinctions.

7º =Vespérien sérotine.=

VESPERUGO SEROTINUS Blasius.

Pelage long et doux, brun cendré dessus, brun jaunâtre en dessous.
Oreilles à peine plus courtes que la tête, à sommet un peu triangulaire
arrondi; oreillons assez longs, assez étroits, un peu convexes en
dehors, un peu acuminés. Ailes longues, médiocrement larges, insérées
près de la base des doigts. 32 dents.

[Illustration: Fig. 12.--Tête du Vespérien sérotine.]

Envergure 0^{m}35, corps 0^{m}07, queue 0^{m}05, dépassant un peu la
membrane interfémorale.--Les deux sexes semblables, les jeunes plus
foncés.

Rare dans le nord de la France, en Belgique et en Suisse, elle est assez
commune et même très commune dans les autres provinces françaises.

On la découvre, le jour, solitaire ou par deux, dans les clochers et les
granges, aussi dans les cavités d’arbres. Au crépuscule, elle se met à
voler, d’abord haut et lentement, puis plus bas et capricieusement, dans
les jardins, les rues des villes, les bois, sur les rivières et les
étangs.

En mai, la femelle met bas un petit qui grandit si vite qu’on trouve à
la fin de juillet des jeunes déjà très forts.

L’hiver, elle se retire dans les combles des clochers et des édifices ou
dans les souterrains. Cette Chauve-Souris est très frileuse et redoute
le mauvais temps; elle est néanmoins très vigoureuse et batailleuse; on
l’a vue se défendre énergiquement contre des chats, et les mâles se
livrent des combats en l’air.

Son cri est menu et strident et elle répand une odeur fade et
désagréable.

8º =Vespérien discolore.=

VESPERUGO DISCOLOR Natterer.

Pelage brun noirâtre ou jaunâtre en dessus, brun cendré ou blanchâtre en
dessous. Oreilles à peine plus courtes que la tête, à sommet un peu
triangulaire arrondi, oreillon court, assez large au-dessus du milieu,
convexe extérieurement. Ailes longues, insérées à la base des doigts. 32
dents.

Envergure 0^{m}27, corps 0^{m}048, queue 0^{m}045.

Les deux sexes semblables, les jeunes plus sombres.

Espèce montagnarde qu’on trouve seulement dans les Alpes, le Jura, les
Vosges et jusqu’à environ 1.300 m. d’altitude, du reste toujours rare.
Elle habite l’Europe moyenne. M. de Selys ne la signale pas en Belgique.

A la nuit tombante, on la voit passer rapidement au-dessus des maisons,
jardins et taillis. Au jour, elle se retire dans les trous des arbres ou
des murailles et dans les combles des bâtiments.

Durant l’hiver, elle se choisit un réduit obscur de bâtiment ou le coin
retiré d’un grenier, et s’y cache, soit seule, soit en compagnie de
quelques autres.

9º =Vespérien boréal.=

VESPERUGO BOREALIS Nilsson.

(Vesperugo Nilssonii Keys et Blasius.)

Pelage brun noirâtre dessus avec des mèches de poils claires, gris
brunâtre en dessous. Oreilles à peine plus courtes que la tête, à sommet
ovale; oreillon court, à bord interne droit et bord externe un peu
convexe, ayant sa plus grande largeur vers son milieu. Ailes assez
longues, insérées à la base des doigts. 32 dents.

Ressemblant beaucoup à V. discolor, s’en distinguant par son oreillon
plus court, le bout de la queue libre sur au moins 4 millimètres
(discolor: 3 millimètres) et par une frange de poils fins et raides
entourant la lèvre supérieure.

Envergure 0^{m}26, corps 0^{m}050, queue 0^{m}045.

Espèce des montagnes qui habite le nord et le centre de l’Europe et dont
la présence en France et en Belgique n’a pas été positivement constatée,
mais qu’on a observée sur nos frontières en Allemagne et en Suisse; qui,
de plus, est essentiellement voyageuse.

Son vol est rapide et élevé. Elle part de sa retraite au crépuscule et
se retire, au matin, dans les clochers et les combles des édifices.

Si l’espèce V. leucippe Bonap. est identique à celle-ci, elle habiterait
l’Italie.


GENRE =Vespertilion=.--=Vespertilio= Keys. et Blasius.

Museau assez long, nez sans aucun repli. Narines s’ouvrant au bout du
museau. Oreilles séparées, plutôt minces; oreillon long; pointu, dressé
ou courbé en dehors. Ailes courtes et larges. Jambes longues et menues.
38 dents.

On a fait des Vespertilions des marais, Capaccini et Daubenton un
sous-genre caractérisé surtout par les pieds très grands, la membrane
interfémorale formant angle aigu, dépassée par la queue sur un certain
espace et un autre sous-genre pour le reste des espèces, caractérisé
surtout par les pieds moins grands, la membrane interfémorale formant
angle obtus, dépassée seulement par l’extrême pointe de la queue ou
enveloppant entièrement la queue.

1º =Vespertilion des marais.=

VESPERTILIO DASYCNEMUS Boie.

(Vespertilio limnophilus Temminck).

Coloration brune, parfois rougeâtre ou noirâtre en dessus, d’un gris
jaunâtre ou blanchâtre en dessous. Oreilles plus courtes que la tête,
très échancrées et repliées en avant vers le milieu du bord externe,
oreillon, de la moitié de l’oreille, en lame de couteau. Jambes longues.
Aile insérée au bas du tibia.

Envergure variable: 0^{m}20 à 0^{m}28, corps 0^{m}06, queue 0^{m}05.

Les deux sexes semblables, les jeunes plus sombres.

Espèce assez commune dans l’Europe centrale, toujours assez rare en
Belgique et dans les départements français septentrionaux, très rare ou
inconnue dans les autres, non signalée en Suisse.

Elle sort dès le crépuscule et, d’un vol assez élevé, assez rapide et
saccadé, parcourt la lisière des bois, les jardins et le pourtour des
bâtiments, très souvent aussi rase la surface des eaux, ce qui lui a
fait donner son nom. Le matin venu, elle rentre dans les greniers, les
clochers ou les cavités d’arbres où elle se réunit en compagnies plus ou
moins nombreuses.

Son sommeil hibernal est court et léger. Elle craindrait moins le froid
et la pluie que la plupart des Chauves-souris du même genre.

2º =Vespertilion= à grands pieds.

VESPERTILIO MEGAPODIUS Temminck.

(Vespertilio Capaccinii Bonaparte).

(Vespertilio pellucens Crespon).

Pelage brun clair dessus, blanchâtre en dessous. Oreilles presque aussi
longues que la tête, larges à la base, triangulaires au bout; oreillon
long, large en bas, très menu au bout, sa partie supérieure recourbée en
dehors. (Cette partie supérieure recourbée en dedans chez Dasycneme).
Jambes longues. Aile insérée au tibia, un peu au-dessus du talon.

Envergure 0^{m}24, corps 0^{m}05, queue 0^{m}038.

Espèce méridionale assez commune dans le sud et le sud-est de la France
où elle remplace sa voisine Dasycneme, dont elle a les mœurs, non
indiquée de Belgique et de Suisse.

Elle se cache, le jour, dans les greniers et les clochers, a le vol
assez rapide et capricieux, aime à raser la surface des rivières, et,
l’hiver, se retire dans les cavernes et les souterrains.

3º =Vespertilion de Daubenton.=

VESPERTILIO DAUBENTONII Leisler.

(Vespertilio lanatus Crespon).

Pelage gris noirâtre ou brunâtre foncé en dessus, gris roussâtre foncé
en dessous. Oreilles un peu plus courtes que la tête, coudées au bord
externe; oreillon droit, pointu, un peu plus court que la moitié de
l’oreille, convexe en dehors à sa base. Pieds très grands. Aile insérée
au métatarse.

Envergure 0^{m}24, corps 0^{m}05, queue 0^{m}04.

Les deux sexes semblables, les jeunes plus sombres.

Espèce commune dans toute l’Europe moyenne, répandue en Suisse, en
Belgique aussi en France, assez rare pourtant dans le centre et dans
l’ouest.

Cachée pendant le jour dans une caverne, un clocher ou un trou d’arbre,
elle ne sort en général que si le temps est beau, et aime à chasser à la
surface des eaux, le plus souvent en troupes. Là, elle attrape toutes
sortes d’insectes, notamment les trichoptères et les cousins. Certains
auteurs disent qu’elle se montre seulement lorsque l’obscurité est
profonde; d’autre part, M. Réguis l’a vue, en Provence, chasser les
libellules qui sont pourtant, sauf deux espèces un peu crépusculaires,
des insectes ne volant qu’au soleil.

Au printemps, la femelle met bas un petit qu’elle emporte avec elle,
comme les autres Vespertilions, bien que son vol soit rapide et très
irrégulier.

L’hiver, elle s’endort profondément dans les caves et les cavernes, où
elle se suspend aux voûtes et se blottit dans une fissure.

4º =Vespertilion= échancré.

VESPERTILIO EMARGINATUS Geoffroy.

(V. rufescens Crespon--V. ciliatus Blasius).

Pelage légèrement laineux, roux dessus, roussâtre clair en dessous.
Oreilles à peu près de la longueur de la tête, échancrées à leur bord
supérieur externe; oreillon très long, pointu, en forme de couteau un
peu recourbé en dehors au bout; les oreilles et les membranes d’un brun
rougeâtre. Pieds moyens. Aile insérée à la base des doigts.

Envergure 0^{m}22, corps 0^{m}045, queue 0^{m}037 à 0^{m}040.

Assez commun en Belgique et en France, notamment dans le centre, très
rare en Suisse, il habite, l’été, les greniers, clochers, caves et
souterrains, fréquente les rivières et les étangs d’un vol bas et assez
rapide. L’hiver, il se retire dans les souterrains et les grottes où il
s’accroche aux voûtes ou s’enfonce profondément dans les fissures.

Il ressemble beaucoup au Vespertilion de Natterer ci-après, mais on l’en
distinguera toujours par l’absence de poils raides au bord de sa
membrane interfémorale, par la couleur rousse de son dos et la
coloration roussâtre de son ventre.

5º =Vespertilion de Natterer.=

VESPERTILIO NATTERERI Kuhl.

Pelage brun clair ou cendré en dessus, blanchâtre, grisâtre ou même
blanc en dessous. Oreilles grandes, assez étroites, aussi longues au
moins que la tête, très peu échancrées au bord externe; oreillon long,
étroit, à pointe fine, un peu recourbé en dehors; les oreilles et
membranes brunâtres, la membrane interfémorale frangée de courts poils
raides. Pieds moyens. Aile insérée à la base des doigts.

Envergure 0^{m}26; corps 0^{m}043; queue 0^{m}040 presque aussi longue
que le corps.

Les deux sexes semblables, les jeunes d’une teinte plus sale.

Espèce rare dans la Suisse Romande, assez rare en Belgique, assez
commune presque partout en France; indiquée cependant comme rare dans
certains départements du nord et de l’ouest, Somme, Sarthe, etc. On la
trouve dans toute l’Europe moyenne.

Elle habite, durant l’été, les arbres creux, les greniers, les clochers
et vole, le soir, plutôt lentement, à une hauteur moyenne. Elle aime
aussi raser la surface des étangs et y chasser les trichoptères.

[Illustration: Fig. 13.--Tête du Vespertilion de Natterer.]

L’hiver, elle gagne les caves et cavernes où elle se suspend parfois,
mais, le plus souvent, s’enfonce dans une fente assez profondément.

6º =Vespertilion de Bechstein.=

VESPERTILIO BECHSTEINI Leisler.

Pelage brun roux en dessus, grisâtre en dessous. Oreilles nues, très
grandes, plus longues que la tête, un peu échancrées à leur bord
supérieur externe; oreillon assez long, pointu, plus court que la moitié
de l’oreille, un peu recourbé en dehors; les oreilles et les membranes
brunâtres. Bord de la membrane interfémorale dépourvu de poils et sans
aucun feston. Pieds moyens. Ailes insérées à la base des doigts.

Envergure 0^{m}28; corps 0^{m}050; queue 0^{m}037, beaucoup plus courte
que le corps.

Les deux sexes semblables. Il ressemble d’apparence au V. de Natterer
ci-dessus, sa coloration est presque identique, ses oreillons et sa
dentition sont absolument les mêmes, mais la marge de sa membrane
interfémorale est entière, ses oreilles sont beaucoup plus larges et
elle a une plus grande envergure.

Espèce non signalée en Suisse, très rare en Belgique, rare partout et
cependant assez uniformément observée en France. On n’a guère parlé de
son vol. Les individus capturés en divers endroits l’ont été, pendant la
belle saison, dans des troncs d’arbres creux, et pendant l’hiver, dans
des carrières, des fissures de chambres souterraines ou des fentes dans
les voûtes de caves.

On la rencontre de temps en temps dans le département de l’Indre.

Quand on la saisit, elle jette des cris plaintifs assez analogues à ceux
d’un tout petit enfant.

7º =Vespertilion murin.=

VESPERTILIO MURINUS Linné.

(Vespertilio myotis Bechstein).

Pelage brun roux en dessus, gris pâle en dessous. Oreilles nues, plus
longues que la tête, à peine échancrées au bord externe. Oreillon droit,
long, étroit, pointu, de moitié de l’oreille. Aile insérée près de la
base des doigts, au métatarse.

Envergure 0^{m}38; corps 0^{m}09; queue 0^{m}045.

Les deux sexes semblables, les jeunes semblables ou d’un gris plus
cendré.

Grande espèce commune partout, qui se loge, pour la journée, dans les
greniers, les clochers, les arbres creux et très volontiers dans les
puits où elle s’introduit par la moindre fissure. La nuit venue, elle
parcourt tantôt lentement, tantôt assez vite, à une faible hauteur, les
rues, avenues, lisières de bois, et entre, au besoin, dans les chambres
où se trouve de la lumière.

Dès la fin de septembre, elle choisit sa retraite d’hiver, sauf à sortir
quelquefois par les belles soirées d’octobre, et se loge dans les
fissures des cavernes par troupes souvent nombreuses. Elle se suspend
très rarement. Son sommeil est profond.

Les femelles font ordinairement leurs petits en mai.

Cette Chauve-Souris s’habitue aisément à la captivité. M. R. Rollinat,
qui l’a élevée en cage, a constaté que son appétit était énorme; elle
dévorait sans peine des milliers de mouches ou des centaines de criquets
dans la même journée, et pour boire, elle trempait dans l’eau son
museau, puis relevait vivement la tête, à la manière des poulets.

Son cri strident est assez fort, comparable, suivant M. Rollinat, aux
cris des moineaux qui se battent; à d’autres moments, elle fait entendre
un grésillement ou un bourdonnement semblable à celui d’une grosse
mouche.

8º =Vespertilion à moustaches.=

VESPERTILIO MYSTACINUS Leisler.

Pelage long, en dessus d’un brun roux très foncé, en dessous d’un gris
roussâtre. Oreilles de la longueur de la tête ou un peu plus courtes,
ondulées à leur bord externe; oreillon, de la moitié de l’oreille,
étroit, assez pointu, à peu près droit. Les oreilles, le nez et les
membranes noirâtres; toute la coloration, du reste, assez variable.
Ailes insérées à la base des doigts.

Envergure 0^{m}22; corps 0^{m}040; queue 0^{m}035.

Les deux sexes semblables, les jeunes plus sombres, avec la base des
ailes noire.

Petite espèce qui habite toute l’Europe centrale, ne craint pas de
s’élever dans les montagnes et se trouve communément partout en Suisse,
en Belgique et en France. Elle est même très répandue dans l’Indre et
autres départements du centre.

On la voit, de bonne heure en été, voltiger à une faible hauteur, sur
les rivières et les étangs, saisissant les trichoptères et les diptères
à la surface de l’eau. Pendant la journée, elle se case un peu partout,
dans les trous d’arbres et de murs, dans les greniers et les cavernes.
En hiver, elle dort d’un sommeil léger, isolée ou par compagnies, dans
les carrières, cavernes et souterrains, tantôt suspendue, tantôt au fond
d’une fissure.

Les Chauves-Souris semblent n’avoir guère d’ennemis; cependant les
Rapaces, surtout les nocturnes, en saisissent quelques-unes et nous
avons trouvé dans l’estomac d’une pie un Vespertilion à moustaches
intact. L’oiseau avait dû le prendre dans une cavité d’arbre et l’avait
avalé tout entier.


GENRE =Minioptère=.--=Miniopterus= Bonaparte.

Museau large, dessus de la tête très bombé; nez sans aucun repli;
narines ouvertes au bout du museau. Oreilles bien séparées, très
courtes, triangulaires, oreillon analogue à celui des Vespériens. Ailes
très longues, étroites et très sinueuses. La première phalange du
deuxième doigt de l’aile très courte. Jambes plutôt longues.

[Illustration: Fig. 14.--Tête du Minioptère de Schreibers.

Fig. 15.--Crâne du Minioptère de Schreibers.]

Queue au moins aussi longue que tout le corps, complètement prise dans
la membrane interfémorale. En tout 36 dents, les incisives supérieures
séparées des canines et séparées entre elles.

=Minioptère de Schreibers.=

MINIOPTERUS SCHREIBERSI Natterer.

Pelage court, brun cendré ou gris dessus; grisâtre en dessous. Oreilles
beaucoup plus courtes que la tête; oreillon, de moitié de l’oreille,
étroit, penché en dedans. Aile insérée au tibia.

Envergure: 0^{m}28 à 0^{m}30; corps 0^{m}050; queue 0^{m}056.

Habite la Suisse, habite aussi en France les Pyrénées, la Provence et
plusieurs départements du midi et du sud-est, où elle n’est pas
commune. Excessivement rare ou inconnue ailleurs.

Elle semble préférer aux villes et aux habitations les endroits sauvages
et elle circule, d’un vol élevé et très rapide, autour des bois, dans
les clairières et sur les chemins des campagnes, dès que la nuit est
venue. Au matin, elle rentre par petites troupes dans les souterrains et
les grottes les plus profondes, où elle vit, l’hiver aussi bien que
l’été.



FAMILLE DES =EMBALLONURIDÉS=


GENRE =Molosse=.--=Nyctinomus= E. Geoffroy.

[Illustration: Fig. 16.--Aile de Molosse.]

Museau épais, tronqué; le nez dépassant la lèvre inférieure; narines
ouvertes au bout du museau. Oreilles soudées du coté interne; oreillon
très court, très large, presque carré. Ailes très longues et très
étroites. Queue épaisse, prise dans sa première moitié dans la membrane
interfémorale, libre dans sa seconde moitié. En tout 32 dents.

=Molosse de Cestoni.=

NYCTINOMUS CESTONII Savi.

(Dynops Cestonii Savi--Dysopes Cestonii Wagner).

Pelage brun roux, ou jaunâtre, ou gris noirâtre. Oreilles larges,
triangulaires, réunies à la base, leur centre rabattu sur les yeux.
Lèvres plissées. Museau rappelant celui d’un bouledogue. Queue libre sur
un long espace.

Envergure 0^{m}364; corps 0^{m}078; queue 0^{m}046.

Espèce répandue dans le monde sur un très vaste territoire, puisqu’on la
trouve dans la plus grande partie de l’Asie, dans une partie de
l’Afrique, dans l’Europe centrale et méridionale, mais assez peu
observée en France où on l’a capturée à diverses reprises, seulement
dans le Var, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes, et plutôt rare
partout. Du reste, facilement reconnaissable à son facies très
particulier.

[Illustration: Fig. 17.--Tête du Molosse de Cestoni.]

Elle habite les cavernes où elle se suspend aux voûtes.

Un individu, capturé dans une chambre où il s’était introduit, a donné
lieu à quelques observations: très hargneux et méchant au début, il
s’habitua assez vite et devint familier; il se nourrissait d’insectes
et, pour boire, trempait dans l’eau tout son museau, comme fait le
Murin; il courait relativement vite avec ses pieds bien dégagés, et sa
voix était une sorte de grincement clair et métallique.


Clé synoptique pour la détermination des espèces.

Un grand repli membraneux en
forme de feuille sur la face. Pas
d’oreillons. Ailes courtes et larges.
Toujours 32 dents (Rhinolophidés).                     1

Pas de grand repli membraneux
en forme de feuille sur la face. Des
oreillons très courts et carrés. Queue
très épaisse, dépassant de la moitié
de sa longueur la membrane interfémorale.
Toujours 32 dents. Ailes
très longues et très étroites. (Emballonuridés).    =Cestonii=

Pas de grand repli membraneux
en forme de feuille sur la face. Des
oreillons plus ou moins allongés.
Queue longue et étroite prise dans
la membrane interfémorale et ne
dépassant cette membrane que de
un à trois millimètres. De 32 à
38 dents.                                             4

1. Grande taille (envergure:
0^{m}36), première prémolaire en dehors
de la ligne des dents, la deuxième
accolée à la canine. Aile insérée au
talon.                                           =ferrum equinum=

1. Taille moyenne ou petite
(envergure 0^{m}22 à 0^{m}28) première
prémolaire sur la ligne des dents, la
deuxième séparée de la canine par
la première.                                           2

2. Taille petite (envergure: 0^{m}22
à 0^{m}23). Membrane interfémorale
anguleuse, laissant à peine libre
l’extrême pointe de la queue.                    =hipposideros=

2. Taille moyenne (envergure:
0^{m}28), membrane interfémorale carrée,
légèrement dépassée par la
queue.                                                3

3. Aile insérée au talon. Côtés de
la selle convergeant vers le haut.                 =Blasii=

3. Aile insérée au tibia, au-dessus
du talon. Côtés de la selle droits,
parallèles.                                        =euryale=

4. Sommet de la tête très bombé,
très élevé au-dessus du museau.
Incisives supérieures séparées entre
elles et séparées des canines.                   =Schreibersi=

4. Sommet de la tête plat, peu
élevé au-dessus du museau. Incisives
supérieures accolées deux par deux
de chaque côté à la canine correspondante.             5

5. Narines s’ouvrant sur la partie
dorsale du museau, au fond d’une
rainure. Oreilles soudées ensemble à
leur base.                                             6

5. Narines s’ouvrant normalement
au bout du museau. Oreilles
séparées.                                              7

6. Oreilles beaucoup plus longues
que la tête, dont le bord externe
s’insère latéralement à l’angle de la
bouche. Ailes larges; 36 dents.                   =auritus=

6. Oreilles à peine de la longueur
de la tête, moyenne, leur bord
externe s’insérant en avant, entre les
yeux et la bouche. Ailes moyennes;
34 dents.                                       =barbastellus=

7. Bord externe de l’oreille inséré
beaucoup plus bas que le bord interne,
vers le coin des lèvres. Oreilles
ordinairement plus courtes que la
tête, plus ou moins triangulaires.
Oreillon droit ou courbé en dedans.
Museau presque nu. Ailes longues
et étroites; 32 ou 34 dents (genre
Vesperugo).                                            8

7. Bord externe de l’oreille inséré
plus ou moins en face du bord interne,
vers la base de l’oreillon. Oreilles
ordinairement aussi longues ou plus
longues que la tête, ovales. Oreillon
long, pointu, plus ou moins courbé
en dehors. Museau poilu. Ailes
larges et courtes; 38 dents (genre
Vespertilio).                                         14

8. Seulement 32 dents, soit seulement
deux prémolaires supérieures.

8. 34 dents, soit quatre prémolaires
supérieures.                                          10

9. Grande taille (envergure 0^{m}35).
Oreillon moyennement long ayant
sa plus grande largeur immédiatement
au-dessus de la base de son
bord interne. Les deux dernières
vertèbres caudales libres.                       =serotinus=

9. Taille assez petite (envergure
0^{m}27). Oreillon court ayant sa plus
grande largeur immédiatement au-dessus
du milieu de son bord
interne. Seulement la dernière vertèbre
caudale libre.                                   =discolor=

9. Taille assez petite (envergure
0^{m}26). Oreillon court ayant sa plus
grande largeur vers le milieu de son
bord interne. Les deux dernières
vertèbres caudales libres.                      =borealis=

10. Membrane de l’aile s’insérant
au talon ou au-dessus. Oreillon dilaté
en haut.                                             11

10. Membrane de l’aile s’insérant
à la base des orteils, oreillon non
dilaté en haut.                                      12

11. Grande taille (envergure 0^{m}35
à 0^{m}45), pelage à peu près unicolore.
Incisives inférieures formant
un angle droit avec la mâchoire.                 =noctula=

11. Taille assez petite (envergure
0^{m}27), pelage bicolore. Incisives
inférieures dans la direction de la
mâchoire.                                       =Leisleri=

12. Oreillon ayant sa plus grande
largeur vers son milieu. Bord externe
de l’oreille convexe en bas, convexe
en haut. Pelage noir.                           =Savii=

12. Oreillon ayant sa plus grande
largeur immédiatement au-dessus
de la base de son bord interne.
Pelage non coloré en noir.                           13

13. Les deux bords de l’oreillon
parallèles. Bord externe de l’oreille
échancré à son tiers supérieur.
Membrane interfémorale non bordée
de blanc.                                    =pipistrellus=

13. Les deux bords de l’oreillon
parallèles. Bord externe de l’oreille
droit. Membrane interfémorale non
bordée de blanc.                               =abramus=

13. Le bord externe de l’oreillon
convexe, son bord interne droit.
Bord externe de l’oreille un peu
concave dans son tiers supérieur.
Membrane interfémorale bordée de
blanc.                                         =Kuhlii=

14. Pied très grand. Les deux
dernières vertèbres de la queue
dépassant la membrane interfémorale.                 15

14. Pieds moyens. La queue ne
dépassant pas la membrane interfémorale
ou la dépassant d’une façon
à peine visible.                                     16

15. Membrane insérée au talon.
Oreillon très aigu à sa partie supérieure
recourbée en dehors; son
bord interne convexe.                          =megapodius=

15. Membrane insérée au talon.
Oreillon obtus à sa partie supérieure
recourbée en dedans; son bord
interne un peu concave.                        =dasycneme=

15. Membrane insérée aux métatarsiens.
Oreillon droit.                                =Daubentoni=

16. Oreillon effilé en haut, à
pointe aiguë et recourbée en dehors.
Oreilles de la longueur de la tête.                  17

16. Oreillon droit, à pointe subaiguë
ou obtuse. Oreilles de la longueur
de la tête ou beaucoup plus
longues.                                             18

17. Oreille presque aussi longue
que la tête, avec le bord externe
profondément échancré.                        =emarginatus=

17. Oreille plus longue que la
tête, avec le bord externe à peine
échancré. Bord libre de la membrane
interfémorale frangé de poils
raides. Queue aussi longue que la
tête et le corps.                              =Nattereri=

17. Oreille plus longue que la
tête, avec le bord externe à peine
échancré. Bord libre de la membrane
interfémorale sans poils.
Queue plus courte que la tête et le
corps.                                        =Bechsteinii=

18. Oreille de la longueur de la
tête, très échancrée au bord externe.          =mystacinus=

18. Oreille beaucoup plus longue
que la tête, à peine échancrée au bord
externe.                                         =murinus=


Ordre II.--=Insectivores.=

Les Insectivores, répartis en France, en Belgique et en Suisse en trois
familles, celle des Hérissons, celle des Musaraignes et celle des Taupes
et des Desmans, sont des Mammifères terrestres, plantigrades, ayant une
clavicule, tous de taille assez petite ou très petite, ayant quatre
pattes à cinq doigts pourvus d’ongles, les oreilles et les yeux petits,
le museau plus ou moins allongé; la queue variable, tantôt longue,
tantôt très courte. Leurs mamelles sont placées différemment, suivant
les genres.

Ils ont de 28 à 44 dents: toujours à chaque mâchoire plus de deux
incisives, des canines plus ou moins développées, des molaires en
tubercules aigus rappelant celles des Chauves-Souris, et jamais de
barre, c’est-à-dire cette séparation qui existe entre les dents des
Rongeurs.

Ils sont tous plus ou moins nocturnes; quelques-uns ont, comme les
Chauves-Souris, un sommeil hibernal.

Les petits naissent nus, sourds et aveugles, mais se développent très
rapidement.

Les Insectivores de nos contrées sont classés en trois familles:

Les Erinaceidés, caractérisés par leur forme normale, les quatre pattes
organisées pour la marche, les yeux moyens, le museau en forme de groin,
les poils transformés sur la plus grande partie du corps en piquants
acérés; la queue courte et dix mamelles.

Les représentants français, belges et suisses de cette famille
s’engourdissent pendant l’hiver et sont omnivores. On trouve des
Erinaceidés dans beaucoup de parties de l’ancien monde, mais une seule
espèce en France. Notons cependant que le D^{r} Siépi a signalé
l’existence dans le Var du Hérisson d’Algérie, une espèce un peu
différente du Hérisson européen.

Les Talpidés, caractérisés par le cou très court, les pieds de forme
très particulière, les ongles très forts organisés pour fouir et creuser
la terre, les yeux extrêmement petits et 44 dents. Ils ne se nourrissent
que de proies vivantes. Ils se divisent eux-mêmes en deux sous-familles:

Celle des Taupes, avec deux espèces françaises, adaptée à la vie
exclusivement souterraine, ayant le museau en forme de boutoir, six
incisives à la mâchoire supérieure et huit à la mâchoire inférieure, les
canines fortes, le pied de devant court transformé en une très large
palette, admirablement organisée pour creuser des galeries souterraines
et marcher dans ces galeries, le pied de derrière à peu près normal, la
queue courte et velue.

Celle des Desmans, avec une espèce française, adaptée à la vie aquatique
et à demi souterraine, ayant le museau en forme d’une longue trompe,
quatre incisives à la mâchoire supérieure et autant à l’inférieure, les
canines très petites, le pied de devant petit et palmé, le pied de
derrière très grand et palmé, la queue très longue.

Les Soricidés, caractérisés par les membres organisés pour la marche
normale, le museau très allongé, 28 à 32 dents, les yeux petits, le
corps couvert de poils ordinaires, la forme de petites souris. Ils sont
exclusivement carnivores et insectivores.



FAMILLE DES =ERINACEIDÉS=


Tête large à sa base, conique; oreilles arrondies, petites, dépassant
les poils. Incisives médianes longues, les inférieures peu recourbées,
les canines petites; en tout 36 dents.

=Hérisson d’Europe.= ERINACEUS EUROPÆUS Linné.

(Voir la planche 4).



FAMILLE DES =TALPIDÉS=


GENRE =Taupe=.--=Talpa= Linné.

[Illustration: Fig. 18.--Crâne de la Taupe commune.]

Tête large à la base, sans oreilles visibles; museau allongé, terminé
par une espèce de boutoir; canines supérieures fortes; yeux très petits
ou même cachés sous une peau; corps allongé et cylindrique avec les
membres courts, les antérieurs en forme de larges mains, les postérieurs
étroits. Queue courte. 44 dents.

=1. Taupe commune.= TALPA EUROPÆA Linné.

(Voir la planche 5).

=2. Taupe aveugle.= TALPA CŒCA Savi.

La Taupe aveugle qui habite certains départements des bords de la
Méditerranée et celui de la Gironde n’est probablement qu’une variété de
la Taupe commune, une forme en train de subir des modifications.


GENRE =Desman=.--=Myogalea= Fischer.

Museau prolongé en une petite trompe très longue et très flexible; queue
longue, écailleuse, aplatie aux côtés; 22 dents à chaque mâchoire.

[Illustration: Fig. 19.--Museau du Desman des Pyrénées.]


=Desman des Pyrénées.= MYOGALEA PYRENAICA Geoffroy.

(Voir la planche 6).



FAMILLE DES =SORICIDÉS=


GENRE =Crocidure=.--=Crocidura= Wagler.

Dents blanches, les incisives supérieures médianes recourbées en hameçon
avec un talon pointu, les médianes inférieures entières, non dentelées;
canines petites; molaires surmontées de tubercules aigus. Yeux très
petits; oreilles arrondies, petites, mais dépassant les poils. Museau
long et mobile. Corps allongé, membres courts, queue arrondie, aussi
longue que le corps. 28 et 30 dents.

1º =Crocidure aranivore.= CROCIDURA ARANEUS Schreber.

(Voir la planche 7).

[Illustration: Fig. 20.--Crâne du Crocidure aranivore.]

2º =Crocidure leucode.= CROCIDURA LEUCODON Hermann.

(Leucodon micrurus Fatio).

Pelage brun foncé en dessus, blanc en dessous, les deux teintes
nettement séparées; oreilles peu velues; queue plus courte que la moitié
du corps, couverte de poils courts avec quelques longs poils épars,
brune dessus, blanche dessous. La tête plus longue que celle de
l’Aranivore. 28 dents.

Longueur du corps 0^{m}075, de la queue 0^{m}029.

Les deux sexes et les jeunes semblables, ces derniers parfois plus gris.

Cette espèce a tout à fait les mœurs de la Musette et s’attaque, comme
elle, à tous les insectes, aux vers, aux petits mammifères et aux
oiseaux, à toutes sortes de larves et aux chenilles, mais elle
s’approche moins des habitations et rôde plutôt dans les endroits
broussailleux, les buissons autour des champs et la lisière des bois.
Elle fait, comme l’autre, de février à octobre, de deux à quatre
portées, chacune de 3 à 4 petits.

La Crocidure leucode, très rare en Belgique, assez rare en Suisse, est
plus commune que l’Aranivore dans le nord-est et l’est de la France,
mais dans le sud, l’ouest et le centre, elle est beaucoup plus rare.

3º =Crocidure étrusque.= CROCIDURA ETRUSCA Savi.

Pelage gris cendré roussâtre en dessus, les flancs et le dessous du
corps d’un gris blanchâtre, les teintes se fondant l’une dans l’autre.
Queue grosse, de la longueur du corps sans la tête, couverte de poils
courts et de quelques longs poils, carrée et diminuant peu à peu de
grosseur. Tête longue, oreilles assez grandes. 30 dents.

Longueur du corps 0^{m}035, de la queue 0^{m}025.

Les deux sexes semblables, les jeunes de couleur plus foncée.

Cette espèce dont certains auteurs ont fait un genre séparé (Pachyura
Selys) n’a pas de glande odorante et est beaucoup plus petite que les
autres.

Elle habite les départements du midi de la France et remonte vers l’est
et le centre jusqu’au département de l’Allier, où elle doit être rare,
tandis qu’à l’ouest, elle ne remonte pas jusqu’à la Gironde.

Comme les autres Crocidures, elle est très carnassière, et malgré sa
petitesse, attaque tous les insectes, même les oisillons et les petits
mammifères. Elle vit dans les haies et les broussailles et, durant
l’hiver, pénètre quelquefois dans les granges et les habitations.


GENRE =Musaraigne=.--Sorex Linné.

Dents rouges au bout, les incisives supérieures très recourbées, ayant
le talon aussi saillant que la pointe, les médianes inférieures très
dentelées; canines petites, molaires surmontées de tubercules aigus.
Yeux très petits, oreilles petites disparaissant sous les poils. Museau
long et mobile. Corps allongé; membres courts. Queue cylindrique ou
carrée. 32 dents.

1º =Musaraigne carrelet.= SOREX VULGARIS Linné.

(Sorex tetragonurus Hermann. Sorex coronatus Millet.)

(Voir la planche 8).

=2º Musaraigne pygmée.= SOREX PYGMŒUS Laxmann et
Pallas.

Pelage gris brunâtre ou marron dessus, blanchâtre ou cendré en dessous.
Pieds blanchâtres. Oreilles dépassant un peu les poils. Queue fauve, un
peu plus longue que le corps sans la tête, poilue, épaisse, avec pinceau
de poils à l’extrémité. Museau très long. Ressemblant beaucoup au
Carrelet, mais d’un tiers plus petite, avec la queue plus longue et plus
grosse.

Longueur du corps 0^{m}048, de la queue 0^{m}037.

Les deux sexes et les jeunes semblables.

Cette espèce est généralement rare et très localisée, mais elle a dû
être confondue avec des jeunes de l’espèce précédente. Habitant surtout
l’Europe moyenne et septentrionale, elle est indiquée notamment comme
rare en Belgique, dans la Manche, dans la Sarthe, en Anjou, en Bretagne
et dans l’est de la France, comme commune dans les Alpes et le Var. Les
auteurs des faunes locales du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de la
Lorraine, du Jura, du Doubs, de l’Aube, de la Gironde, de l’Ardèche, ne
la mentionnent pas. Elle n’a pas non plus été observée dans les
départements du centre.

Comme le Carrelet, dont elle a les mœurs, elle vit dans les endroits
couverts de broussailles et humides ou sur la lisière des taillis, se
nourrissant surtout de vers et d’insectes. Elle s’introduirait
volontiers dans les ruches pour détruire les abeilles.

3º =Musaraigne des Alpes.= SOREX ALPINUS Schinz.

Pelage fourré, cendré ou gris ardoisé en dessus, plus clair en dessous.
Pieds gris. Oreilles ne dépassant guère les poils. Queue noirâtre, à peu
près de la longueur du corps, couverte de poils avec pinceau au bout.
Chez cette espèce, le talon des incisives supérieures est moins saillant
que chez les autres espèces, et un peu plus bas que la dent suivante. La
taille varie beaucoup.

Longueur du corps 0^{m}066 à 0^{m}075, de la queue 0^{m}06 à 0^{m}07.

Espèce plutôt rare qui habite les départements montagneux de la France,
le Jura, les Pyrénées, les Alpes françaises et suisses; observée aussi
dans le Doubs. On l’y rencontre jusqu’à une altitude de 2.500 mètres.

Elle se nourrit d’insectes et de petits mammifères et oisillons qu’elle
trouve en chassant dans les bois, les endroits herbeux et le bord des
torrents. Elle entre dans les chalets et se noie parfois dans les
baquets de laitage, en essayant d’y boire.


GENRE =Crossope=.--=Crossopus= Wagler.

[Illustration: Fig. 21.--Crâne du Crossope aquatique.]

Dents rouge orangé au bout, les incisives supérieures très recourbées en
hameçons, sans dentelures, les inférieures longues et un peu recourbées;
canines petites, molaires surmontées de tubercules aigus. Yeux très
petits; oreilles arrondies, à peu près cachées sous le poil. Museau long
et mobile. Corps allongé, membres courts. Queue quadrangulaire, presque
aussi longue que le corps sans la tête, ciliée en dessous. Pieds forts,
larges, pourvus de soies raides. 30 dents.

=Crossope aquatique.= CROSSOPUS FODIENS.

(Voir la planche 9.)


ORDRE III.--=Rongeurs.=

Les Rongeurs sont des Mammifères terrestres, tous de taille petite ou
moyenne, ayant quatre pattes pourvues d’ongles, avec le pouce parfois
rudimentaire, les oreilles et les yeux variables, ainsi que le nombre
des mamelles: la queue tantôt très longue, tantôt courte ou très courte.

Leur caractère principal réside dans la dentition; leurs incisives sont
très développées et arquées, leurs molaires à tubercules plus ou moins
aplatis ou à proéminences formant des lignes brisées, et ils n’ont pas
de canines. La place des canines est occupée par un grand espace vide
auquel on a donné le nom de barre. Leurs incisives croissent sans cesse
et s’usent en proportion.

[Illustration: Fig. 22.--Crâne du Castor ordinaire.]

Ils vivent de substances végétales ou sont omnivores, sont tantôt
diurnes et tantôt nocturnes; quelques-uns ont un sommeil hibernal. Chez
eux, la gestation est particulièrement courte, car elle dure seulement
de trois à six semaines; les petits, sauf exception, naissent nus,
sourds et aveugles. Plusieurs ont l’instinct d’amasser des provisions,
d’autres de voyager et au besoin de faire une longue émigration.

La plupart ont une clavicule destinée à maintenir écartés les membres de
devant, et ils se servent de leurs pattes antérieures pour porter leur
nourriture à la bouche; d’autres n’ont qu’une clavicule rudimentaire.

Cinq familles de cet ordre ont en France des représentants indigènes,
quatre seulement en Belgique et en Suisse.

[Illustration: Fig. 23.--Crâne de l’Écureuil commun.]

Les Castoridés, avec une clavicule, deux incisives supérieures, quatre
molaires par mâchoire, non tuberculées, mais présentant des replis
inversement contournés en haut et en bas, en tout 20 dents; le crâne
fort, large et court, cinq doigts à tous les pieds; la queue en large
palette écailleuse.

[Illustration: Fig. 24.--Crâne de la Marmotte vulgaire.]

Les Sciuridés, qui ont une clavicule, deux incisives supérieures, quatre
molaires simples en bas et quatre ou cinq en haut par mâchoire, soit 20
ou 22 dents; le crâne fort, large et court; quatre doigts avec un pouce
rudimentaire aux pieds; la queue touffue de la longueur du corps dans
le groupe des Écureuils, ou courte dans le groupe des Marmottes.

[Illustration: Fig. 25.--Crâne du Rat surmulot.]

[Illustration: Fig. 26.--Crâne du Campagnol Rat d’eau.]

Les Myoxidés ayant pour caractères principaux une clavicule, deux
incisives supérieures, deux prémolaires et six molaires à chaque
mâchoire, en tout 20 dents; le crâne un peu allongé, quatre doigts avec
un pouce rudimentaire devant et cinq derrière; la queue longue et
poilue; les yeux grands, les oreilles moyennes et l’habitude d’un
sommeil hibernal.

Les Muridés dont les caractères sont: une clavicule, deux incisives
supérieures, pas de prémolaires, en tout 16 dents chez les Muridés
d’Europe; le crâne assez allongé; quatre doigts avec un pouce
rudimentaire devant et cinq derrière; la queue longue dans le groupe
des Rats, courte dans celui des Campagnols.

Les Léporidés ou Duplicidentés, n’ayant pas de clavicule, quatre
incisives supérieures, en tout 28 dents; ordinairement cinq doigts
devant et quatre derrière; les oreilles longues et la queue très courte.

[Illustration: Fig. 27.--Crâne du Lièvre commun.]

Nous ne ferons que mentionner une autre famille, celle des Cavidés, qui
ne comprend pas d’espèce française, belge ou suisse, mais à laquelle
appartient une espèce américaine acclimatée en Europe, le Cochon d’Inde.



FAMILLE DES =CASTORIDÉS=


GENRE =Castor=.--=Castor= Linné.

Corps gros et épais; membres, surtout les antérieurs, courts; yeux très
petits, oreilles courtes, queue écailleuse ovalaire, très large et très
aplatie en forme de battoir; les pieds postérieurs palmés. Près de
l’anus, deux paires de glandes sécrétant la matière dite «castoreum».

=Castor ordinaire.= CASTOR FIBER Linné.

(Voir la planche 10.)



FAMILLE DES =SCIURIDÉS=


GENRE =Écureuil=.--=Sciurus= Linné.

Tête large à museau court, oreilles moyennes surmontées de longs poils
en hiver; yeux grands; deux incisives légèrement brunâtres à chaque
mâchoire, les molaires blanches; corps allongé avec une queue touffue.

=Écureuil commun.= SCIURUS VULGARIS Linné.

(Voir la planche 11.)


GENRE =Marmotte=.--=Arctomys= Schreber.

Tête large, plus allongée que celle des Écureuils; membres trapus et
forts, façonnés pour creuser la terre; oreilles courtes; yeux très gros;
queue courte et poilue; 10 mamelles. Deux incisives jaunes à chaque
mâchoire. En tout 22 dents.

=Marmotte vulgaire.= ARCTOMYS MARMOTTA Linné.

(Voir la planche 12.)



FAMILLE DES =MYOXIDÉS=


GENRE =Loir=.--=Myoxus= Schreber.

Museau plutôt conique, oreilles assez petites; yeux grands; quatre
incisives et seize molaires, en tout 20 dents; queue touffue et épaisse,
soit dans toute sa longueur, soit seulement vers le bout. 8 mamelles.
Animaux se rapprochant des Écureuils par l’espèce du Loir et tenant des
Rats par la forme des espèces du Lérot et du Muscardin.

1º =Loir commun.= MYOXUS GLIS Linné.

2º =Loir lérot.= MYOXUS NITELA Schreber.

3º =Loir muscardin.= MYOXUS AVELLANARIUS Linné.

(Voir les planches 13-14 et 15.)



FAMILLE DES =MURIDÉS=


GENRE =Hamster=.--=Cricetus= Pallas.

Tête assez grosse, museau peu allongé, oreilles moyennes, yeux plutôt
petits; corps massif; membres courts, les postérieurs un peu plus longs;
queue arrondie, très courte. A l’intérieur de la bouche, des cavités ou
abajoues pouvant servir de réceptacles.

=Hamster commun.= CRICETUS FRUMENTARIUS Pallas.

(Cricetus vulgaris Desm.).

Pelage formé d’un duvet brun roussâtre surmonté de longs poils à bout
noir, avec la bouche blanche, un trait noir au front, une tache fauve
aux joues, les flancs fauves; le ventre noir ainsi que les jambes, mais
les pieds blancs.

Longueur de corps 0^{m}33.

C’est une espèce qui n’était, pour ainsi dire, pas française, il y a
quelques années, car elle n’habitait que les Vosges sur notre
territoire, tandis qu’elle était commune en Alsace et en Allemagne,
mais, depuis 1870, on la rencontre en Lorraine, en Champagne et jusque
dans les environs de Paris. Elle n’est pas indiquée dans la Suisse
Romande, mais assez commune autrefois dans la province de Liège, en
Belgique, elle s’est répandue aussi dans les provinces voisines. On la
trouve dans les champs où elle mange toutes sortes de grains, des
racines, des légumes, des insectes et même les oisillons qu’elle peut
attraper; les Hamsters se dévorent même entre eux.

Elle creuse des terriers profonds à galeries multiples, ceux des mâles
étant généralement plus simples, avec seulement des ouvertures, ceux des
femelles plus creux, avec de nombreux conduits et plusieurs ouvertures
de sortie. Aussi les deux sexes vivent-ils séparés pendant la plus
grande partie de l’année.

L’accouplement se fait en mai et, dès le mois de juin, la femelle met
bas dans son terrier 6 à 10 petits, puis il y a un nouvel accouplement,
et, en août, une nouvelle portée. Peut-être les vieilles femelles
font-elles trois portées.

Cette petite bête extrêmement nuisible amasse dans son trou des
provisions considérables qu’elle transporte dans sa bouche à abajoues,
et le tas de grains qu’elle met ainsi de côté est tellement volumineux
qu’on cite des cas où on a découvert des réserves pesant jusqu’à 50 ou
même 100 kilogrammes. Les grands froids venus, les Hamsters bouchent
l’orifice de leurs terriers et vivent de grains amassés, s’engourdissant
plus ou moins, lorsque l’hiver est de longue durée.

Grâce à leur fécondité, ils sont toujours nombreux, malgré la guerre que
leur font les hommes, les chiens, les renards, les fouines et les
putois, voire même les Rapaces.


GENRE =Rat=.--=Mus= Linné.

Tête moyenne à museau plutôt allongé; oreilles plus ou moins grandes,
yeux assez grands; corps allongé; membres courts. Queue très longue,
couverte d’écailles.

1º =Rat surmulot.= MUS DECUMANUS Pallas.

2º =Rat noir.= MUS RATTUS Linné.

3º =Rat souris.= MUS MUSCULUS Linné.

4º =Rat mulot.= MUS SYLVATICUS Linné.

5º =Rat des moissons.= MUS MINUTUS Linné.

(Voir les planches 16-17-18-19 et 20.)


GENRE =Campagnol=.--=Arvicola= Lacépède.

Tête assez épaisse, à museau court; oreilles petites, cachées sous le
poil chez certaines espèces; yeux assez petits ou même très petits;
corps épais; membres courts; doigts armés d’ongles peu recourbés et
taillés pour creuser la terre; 16 dents dont deux incisives et six
molaires avec proéminences en zigzags. 8 mamelles, sauf chez le
Campagnol souterrain qui n’en a que 4.

1º =Campagnol roussâtre.= ARVICOLA RUTILUS Pallas.

(Arvicola glareolus Schreber.--A. rubidus Baillon.--A.
rufescens Selys, etc.).

Si on séparait le genre Campagnol en sous-genres, cette espèce serait le
type du sous-genre Myodes ou Hypudœus, le Rat d’eau et le Campagnol des
neiges seraient alors les types du sous-genre Hemiotomys ou Paludicola,
le Campagnol souterrain serait le type du sous-genre Microtus ou
Terricola, les autres formeraient le sous-genre Arvicola ou Agricola.
Cette distinction est inutile ici.

Le Campagnol roussâtre a le dessus du corps d’un roux vif, fauve ou
marron, les flancs gris et le dessous du corps grisâtre ou roussâtre;
les pieds blanchâtres, la queue un peu plus courte que la moitié du
corps, brune dessus, blanche dessous. Il a, plus que les autres, la
forme d’un petit Rat, les oreilles poilues assez grandes et une
coloration qui le fait de suite reconnaître.

Répandu partout en France, en Belgique et en Suisse, il n’est
généralement pas très commun; il habite les prés, les bois, les jardins,
le bord des étangs et se creuse un terrier peu profond où la femelle
fait son nid feutré d’herbes et de mousse, lorsqu’elle ne place pas
seulement ce nid sous des herbes épaisses, dans une anfractuosité du
sol. Dans ce nid, elle fait chaque année de deux à quatre portées,
chacune de 4 à 8 petits.

Il mange des grains, bourgeons, fruits, légumes et racines, aussi des
insectes, des œufs ou les petits des oiseaux nichant à terre. Les dégâts
qu’il commet au détriment des cultivateurs ne sont généralement pas
importants. Il est détruit par tous les carnassiers, les oiseaux de
proie, et dans les pays marécageux par les hérons qui en prennent
beaucoup. On trouve fréquemment son crâne dans les nids des hérons et
dans les pelotes rejetées par les Rapaces.

Des variétés à coloration très tranchée sur les flancs ont été décrites
sous les noms de A. Nageri Schinz et A. bicolor Fatio.

En captivité, il refuse souvent les grains qu’on lui offre.

2º =Campagnol des neiges.= ARVICOLA NIVALIS Martin.

(Arvicola Lebruni Crespon.--A. leucurus Gerbe).

Pelage gris cendré ou brunâtre fauve en dessus, flancs jaunâtres, le
dessous blanchâtre; oreilles plutôt courtes, ovales, assez larges. Queue
épaisse, grise ou blanchâtre, égale à la moitié du corps.

Longueur du corps 0^{m}19.

Il n’habite que les pays montagneux, soit en France, les Alpes et les
Pyrénées, ainsi que quelques points du Midi; il est commun en Suisse.
Volontiers il demeure à une grande élévation, jusqu’à plus de 3.500
mètres. L’hiver, il ne s’engourdit pas, mais se retire dans ses terriers
où il mange les provisions qu’il y a entassées, bien que certains
observateurs affirment qu’il ne fait aucune provision, ou bien il
pénètre dans les chalets ensevelis sous la neige. En été, il vit de
grains, de racines, de fleurs et de feuilles des plantes alpestres et
entre volontiers dans les cabanes des bergers où il cherche à subsister.

La femelle fait deux ou trois portées, de chacune 3 à 7 petits.

On a décrit comme variété une forme, habitant plus spécialement les
coteaux de la Provence et du Roussillon, remarquable par ses oreilles un
peu noirâtres, sa couleur plus claire et sa queue tout à fait blanche.

3º =Campagnol rat d’eau.= ARVICOLA AMPHIBIUS Pallas.

4º =Campagnol des champs.= ARVICOLA ARVALIS Pallas.

5º =Campagnol agreste.= ARVICOLA AGRESTIS Linné.

(Voir les planches 21 et 22.)

Le Campagnol agreste n’est peut-être qu’une forme plus septentrionale du
Campagnol des champs. Il est généralement de taille un peu plus forte,
plus brun clair, sans ligne jaune aux flancs. D’après Fatio, il aurait
toujours cinq espaces cémentaires à la seconde molaire supérieure, les
oreilles égales au tiers de la tête, garnies de grands poils épais,
tandis que celui des champs n’aurait jamais que quatre espaces
cémentaires à la seconde molaire supérieure, les oreilles plus grandes
que le tiers de la tête, couvertes de poils très courts.

6º =Campagnol souterrain.= ARVICOLA SUBTERRANEUS
Selys.

(Voir la planche 23.)



FAMILLE DES =LÉPORIDÉS=


GENRE =Lièvre=.--=Lepus= Linné.

Tête assez petite avec de très longues oreilles; yeux grands, museau
court; quatre incisives et douze molaires à la mâchoire supérieure, deux
incisives et dix molaires à la mâchoire inférieure. Corps allongé.
Membres de devant assez courts avec cinq doigts, membres postérieurs
beaucoup plus longs ayant quatre doigts.

1º =Lièvre commun.= LEPUS TIMIDUS Linné.

2º =Lièvre changeant.= LEPUS VARIABILIS Pallas.

3º =Lièvre lapin.= LEPUS CUNICULUS Linné.

(Voir les planches.)


ORDRE IV.--=Carnivores=.

Mammifères terrestres ayant quatre pattes pourvues d’ongles, avec quatre
ou cinq doigts; trois sortes de dents, des incisives petites, les
canines généralement fortes et saillantes, les prémolaires petites avec
une dent plus grande dite «carnassière».

[Illustration: Fig. 28.--Crâne du Chat sauvage.]

[Illustration: Fig. 29.--Crâne de la Marte fouine.]

[Illustration: Fig. 30.--Crâne de la Belette Putois.]

[Illustration: Fig. 31.--Crâne du Blaireau commun.]

Ils vivent de substances animales ou sont omnivores, sont tantôt diurnes
et tantôt nocturnes. Aucun n’a un sommeil hibernal. Les petits naissent
faibles, couverts de poils et aveugles.

[Illustration: Fig. 32.--Crâne d’un vieil Ours brun.]

Cinq familles de cet ordre ont des représentants en France, quatre
seulement en Suisse, trois seulement en Belgique.

Les Félidés ont la tête large et arrondie; de chaque côté, quatre
molaires sur trois, pointues et tranchantes; en tout trente dents; le
corps allongé et souple, cinq doigts aux membres de devant et quatre à
ceux de derrière, des ongles puissants, acérés et rétractiles. Ils sont
digitigrades.

[Illustration: Fig. 33.--Crâne du Loup commun.]

Les Viverridés ont la tête allongée, quarante dents; cinq doigts à tous
les membres, la queue extrêmement longue. Ils sont digitigrades.

Les Mustelidés ont la tête ovalaire, peu allongée, bien que leur museau
soit souvent pointu; trente-quatre à trente-huit dents; cinq doigts à
tous les membres; le corps très allongé et ordinairement très souple,
les membres courts, des ongles parfois rétractiles, la queue variable.
Ils sont semi-plantigrades.

Les Ursidés ont la tête allongée et bombée, quarante-deux dents, cinq
doigts à tous les membres, le corps et les membres forts et trapus, des
ongles puissants, mais non rétractiles, les oreilles courtes, la queue
rudimentaire. Ils sont franchement plantigrades.

Les Canidés ont la tête allongée et assez étroite, quarante-deux dents,
les membres longs, les ongles non rétractiles. Ils sont digitigrades.



FAMILLE DES =FÉLIDÉS=


GENRE =Chat=.--=Felis= Linné.

Tête courte et arrondie, oreilles assez grandes, museau très court;
pattes longues armées d’ongles rétractiles très pointus.

Ce genre ne comprend que deux espèces indigènes, l’une à peu près
disparue, l’autre devenue très rare ou au moins rare. Chacune peut être
placée dans un sous-genre spécial, l’une dans le sous-genre Chat,
caractérisé par les oreilles sans pinceau de poils au bout et la queue
aussi longue que la moitié du corps; l’autre dans le sous-genre Lynx,
caractérisée par les oreilles terminées par un pinceau de poils et la
queue moins longue que le quart du corps.

1º =Chat sauvage.= FELIS CATUS Linné.

(Voir la planche 27.)

2º =Chat lynx.= FELIS LYNX Linné.


=Chat lynx.=--=Felis lynx= Linné.

Le pelage du Lynx est doux et soyeux, fauve moucheté de brun en dessus,
fauve clair en dessous; la gorge est blanche, les oreilles grandes,
pointues, portant au bout un pinceau de poils d’environ cinq
centimètres, les pieds de devant très velus, la queue assez courte,
épaisse, noirâtre au bout.

Longueur du corps: 1^{m}05 jusqu’à 1^{m}20, queue 0^{m}20, hauteur au
garrot 0^{m}60.

[Illustration: Fig. 34.--Chat Lynx.]

Excessivement rare, tellement rare qu’on pourrait se demander si
l’espèce existe encore en France. Elle n’existe plus en Suisse et en
Belgique. Il y a quelques années, on a constaté, dit-on, la présence de
quatre ou cinq individus dans le département de l’Isère et dans ceux des
Hautes et Basses-Alpes, même dans les Pyrénées, de même qu’on a trouvé,
en Corse, un animal qui doit être cette espèce. Mais, depuis cette
époque, ni les zoologistes, ni les chasseurs ne rencontrent plus le Lynx
et tout faisait supposer que le dernier représentant avait disparu,
quand on vient de signaler, en décembre 1907 et février 1909, dans les
Hautes-Alpes, la présence de trois Lynx, dont un a été tué.

Il habite les forêts les plus sauvages, les cavernes et les rochers, et,
à la nuit, se met à l’affût dans une touffe de ronces ou sur une branche
d’arbre, pour, de là, se précipiter sur tout animal passant à sa portée:
jeunes cerfs, chamois, chevreuils, lièvres, marmottes, oiseaux; il
attaquerait même parfois les chèvres et les moutons.

Très prudent, il fuit l’homme, mais blessé, il devient dangereux et fait
tête au chasseur. Il vit solitaire ou par petites troupes de deux ou
trois.

L’accouplement se fait en hiver et après six semaines de gestation, la
femelle met bas, sur un lit de mousse et d’herbe, dans une caverne ou un
grand trou bien caché.

Dans la faune du Jura, le frère Ogérien cite le Lynx comme ayant été tué
dans ce département en 1834; Fatio l’indique comme tué dans le Valais en
1867, Heldreich comme capturé en Grèce en 1862. D’après Réguis, il en
existait quelques rares individus en Provence en 1878. Encore
aujourd’hui, on en trouve quelques-uns en Autriche, et peut-être, très
exceptionnellement, on le rencontrerait dans les Hautes-Alpes
françaises.



FAMILLE DES =VIVERRIDÉS=


Tête longue et fine, museau allongé, oreilles longues. Corps long et
souple. Membres assez hauts avec des ongles à demi-rétractiles pointus.

=Genette vulgaire.= GENETTA VULGARIS Cuvier.

(Voir la planche 28.)



FAMILLE DES =MUSTELIDÉS=


GENRE =Marte=.--=Martes= Ray.

Tête assez large avec le museau un peu pointu, les oreilles assez
courtes, arrondies, les yeux moyens. Corps long et souple, queue longue;
membres plutôt courts; marche semi-plantigrade, presque digitigrade. 38
dents.

Fourrure composée de poils longs et fins, de couleur brune un peu
violacée, sous un pelage de poils très fins et très serrés.

1º =Marte fouine.= MARTES FOINA Gmelin.

2º =Marte des sapins.= MARTES ABIETUM Ray.

(Voir les planches 29 et 30.)


GENRE =Belette=.--=Mustela= Linné.

Tête assez courte, oreilles petites et arrondies, yeux moyens; queue
courte ou assez courte; corps très allongé; membres courts, marche
presque digitigrade. 34 dents.

1º =Belette commune.= MUSTELA VULGARIS Brisson.

2º =Belette hermine.= MUSTELA HERMINEA Linné.

3º =Belette putois.= MUSTELA PUTORIUS Linné.

[Illustration: Fig. 35. Pied de la Belette vison]

[Illustration: Fig. 36. Pied de la Belette putois.]

4º =Belette vison.= MUSTELA LUTREOLA Linné.

(Voir les planches 31-32-33-34-35.)


GENRE =Loutre=.--=Lutra= Brisson.

Tête large, museau très large et assez court; yeux petits; oreilles très
petites et arrondies; membres courts, pieds palmés, queue très large à
sa base, très robuste, longue, amincie peu à peu au bout. Marche à peu
près plantigrade. 36 dents.

=Loutre vulgaire.= LUTRA VULGARIS Erxleben.

(Voir la planche 36.)


GENRE =Blaireau=.--=Meles= Brisson.

Tête assez petite relativement au corps qui est trapu, gros, assez
allongé; museau assez long; yeux assez petits; oreilles petites et
rondes; membres courts et forts; pieds longs et nus en dessous, armés
d’ongles robustes; queue très courte; marche presque plantigrade. 38
dents.

=Blaireau commun.= MELES TAXUS Schreber.

(Voir la planche 37.)



FAMILLE DES URSIDÉS


GENRE =Ours=.--=Ursus= Linné.

Tête voûtée et grosse; yeux petits; oreilles courtes et velues; museau
allongé. Corps lourd et massif, membres épais, les postérieurs un peu
plus courts; ongles forts, non rétractiles; queue presque nulle. 6
mamelles. Marche plantigrade. Normalement 42 dents, mais souvent moins,
à cause de la caducité des premières prémolaires.

=Ours brun.= URSUS ARCTOS Linné.

(Voir la planche 38.)



FAMILLE DES =CANIDÉS=


GENRE Chien.--=Canis= Linné.

Tête large à museau acuminé; yeux assez grands, oreilles plutôt grandes,
terminées en pointe; corps allongé avec membres assez longs et élancés,
ongles non rétractiles; queue longue et touffue; marche digitigrade. 42
dents, dont 20 à la mâchoire supérieure et 22 à l’inférieure.

1º =Loup commun.= CANIS LUPUS Linné.

2º =Renard commun.= CANIS VULPES Linné.

(Voir les planches 39 et 40.)


ORDRE V.--=Pinnipèdes.=

Mammifères organisés pour la vie aquatique, ayant quatre membres pourvus
d’ongles, avec cinq doigts, disposés plutôt pour la nage que pour la
marche; le corps couvert de poils courts et doux, très allongé, un peu
en forme de poisson; trois sortes de dents: incisives, canines et
molaires; queue très courte. Ce sont en réalité des carnivores
aquatiques, ceux de France connus sous le nom de Phoques, tous adaptés à
la vie maritime, bien qu’ils puissent séjourner dans les eaux douces.

Leur nourriture consiste exclusivement en poissons qu’ils attrapent
facilement, car ils plongent admirablement et circulent sous l’eau avec
aisance et rapidité, ayant de plus la faculté de suspendre leur
respiration pendant un temps relativement très long et de fermer
hermétiquement leurs narines. Ils passent néanmoins une partie de leur
vie à l’air et marchent alors avec une certaine facilité.

Ce sont des animaux très intelligents qu’on pourrait éduquer aussi bien
que les chiens, qui préfèrent les climats froids aux pays chauds et qui
entreprennent volontiers de longues migrations.

Quatre genres de Phoques appartenant à la même famille habitent les
côtes de France ou y font des apparitions momentanées et accidentelles.
Les Phoques se distinguent des Otaries que nous voyons en France dans
les cirques et les jardins zoologiques parce qu’ils n’ont pas
d’oreilles, tandis que les Otaries ont de petites oreilles parfaitement
visibles.


GENRE =Phoque=.--=Phoca= Linné.

Museau conique et étroit, à moustaches ondulées; 5 incisives supérieures
simples, coniques; ongles longs; doigts des pieds du devant décroissant
progressivement de longueur à partir du premier au cinquième; doigts
des pieds de derrière tous égaux. 2 mamelles; 34 dents.

1º =Phoque veau marin.= PHOCA VITULINA Linné.

2º =Phoque marbré.= PHOCA FŒTIDA Fabricius.

(Voir description et planche 41.)

[Illustration: Fig. 37.--Crâne du Phoque veau marin.]

Le premier a le nez assez large, le corps lourd et épais, à membres
courts; le pelage variant du brun clair au jaune grisâtre, avec ou non
des taches brunes en dessus, le dessous d’un blanc jaunâtre. Le second
qui n’est peut-être qu’une variété, a le nez un peu plus allongé, le
corps un peu moins épais et les membres peut-être plus longs, les dents
plus faibles, les molaires moins serrées. Son pelage est gris brun ou
noirâtre parsemé de grandes maculatures fauves ou blanchâtres, souvent
noirâtres au centre, le dessous jaunâtre, et une tache noirâtre autour
des yeux.


GENRE =Erignathus= Gill.

Museau large, un peu convexe en dessus, à moustaches droites; 6
incisives supérieures, simples, coniques; ongles longs; doigt médian
des pieds de devant plus long que les autres; doigt externe des pieds de
derrière analogue aux autres. 4 mamelles. 34 dents.

=Erignathe= ou =Phoque barbu=.

ERIGNATHUS BARBATUS Fabricius.

(Phoca leporina Lepechin.--Phoca Lepechini Lesson.--Phoca barbata Müller.)

Tête ronde à museau large, corps long assez massif, à membres courts.
Dents petites, relativement aux espèces du genre Phoque. Pelage assez
variable, ordinairement gris brunâtre en dessus, sans taches apparentes,
d’un blanc jaunâtre en dessous. Taille très grande, dépassant deux
mètres en longueur et arrivant chez le mâle adulte à plus de trois
mètres, en remarquant que, chez cette espèce, comme chez tous les
Phoques, la femelle est toujours plus petite que le mâle. On le
distingue des autres espèces par les très longues soies couvrant de
plusieurs rangs sa lèvre supérieure. Quant au jeune, il est revêtu
d’abord d’une épaisse toison blanche.

C’est une espèce des mers du Nord qui s’égare très accidentellement dans
la Manche, mais ne vit pas sur nos côtes. M. Baillon et ensuite M.
Marcotte l’énumèrent parmi les animaux du département de la Somme et M.
Trouëssart cite la capture d’un jeune individu pris également sur les
côtes de la Somme qui vécut au Jardin des Plantes de Paris et devint
assez apprivoisé. Il refusa toujours les poissons d’eau douce et ne
voulait manger que les poissons d’eau de mer. Irrité, il ne chercha
jamais à mordre, mais se défendait avec ses ongles.

La femelle met bas, en avril, un seul petit qu’elle dépose ordinairement
sur la glace.


GENRE =Pelage=.--=Pelagius= F. Cuvier.

Museau allongé, à moustaches droites; seulement quatre incisives
supérieures, échancrées transversalement, les molaires épaisses, serrées
et trilobées à la couronne, implantées obliquement; ongles petits et
courts, plats. Pieds de devant courts, le doigt externe le plus long,
les autres de plus en plus courts; 4 mamelles, 32 dents.

=Pelage= ou =Phoque moine=.

PELAGIUS MONACHUS Hermann.

(Phoca bicolor Shaw.--Phoca albiventer Boddaërt.)

Tête courte arrondie, mais le museau allongé. Pelage tranché, noirâtre
dessus, blanchâtre dessous; ce qui lui a fait donner les noms de Moine
et de Bicolor; grande taille.

Longueur du mâle adulte: 2^{m}25 à 3^{m}.

Le Phoque moine est l’espèce de la Méditerranée, comme les précédents
sont les espèces de l’Océan. Assez commun sur les rivages de l’Archipel,
il est plutôt très rare sur nos côtes, où pourtant il se reproduit.
Risso l’indique comme se montrant au printemps dans les Alpes-Maritimes,
Crespon parle d’un individu capturé sur le littoral du Languedoc. Ces
constatations démontrent combien peu il a été observé.

On l’a élevé en captivité et on sait que, contrairement à l’espèce
ci-dessus indiquée, il accepte comme nourriture les poissons d’eau douce
aussi bien que les poissons de mer. Il se montre alors docile et
intelligent. Heldreich, dans sa faune de la Grèce, le dit fréquent aux
îles de l’Archipel, mais d’une chasse très difficile. Ce qui explique
pourquoi on connaît si peu ses mœurs.


GENRE =Cystophore=.--=Cystophora= Nilsson.

Tête ronde, museau peu allongé. Chez le mâle adulte une sorte de large
béret sur toute la tête ou de chaperon dilatable sur le nez et la tête.
Ongles longs. 4 incisives supérieures, molaires simples, à couronne
raccourcie, faiblement crénelées au bord triturant. 30 dents.

=Cystophore= ou =Phoque à capuchon=.

CYSTOPHORA CRISTATA Erxleben.

(Phoca mitrata Cuvier.--Stemmatopus cristatus F. Cuvier.)

Corps épais et massif. Pelage gris clair ou noirâtre, plus ou moins
marbré et tapissé de plaques plus foncées, avec la tête et les pieds
noirs. Le mâle remarquable par le bonnet ou ampoule qu’il porte sur la
tête. Cet appendice ressemble à une très large casquette plate ou à un
grand bonnet noirâtre qui coiffe la tête entière et porte sur le devant
les deux trous des narines. Il cache les yeux par devant, si bien que
l’animal ne doit voir que par les côtés.

Longueur de l’adulte, 2^{m}10 à 2^{m}40.

Comme les espèces précédentes, le Phoque à capuchon, originaire des mers
du Nord, s’est égaré très accidentellement sur nos côtes; on a cité deux
ou trois captures, mais comme il émigre régulièrement, venant du
Groënland pour se reproduire sur les côtes de Norvège, où la femelle
fait son petit vers le mois d’avril et qu’il n’hésite pas à entreprendre
de lointains voyages, il n’est pas étonnant que, de loin en loin, on
puisse observer un individu venu jusque sur les rivages de l’Allemagne,
de l’Angleterre, de la Belgique ou de la France. Quand une espèce a
coutume d’émigrer à des distances considérables, il arrive toujours qu’à
certains moments un sujet s’égare et, une fois égaré, périt en route ou
se laisse entraîner sur des points énormément éloignés de son habitat
habituel.

A l’époque du rut, les mâles sont extrêmement batailleurs et
s’attaquent, en poussant des mugissements qui s’entendent à des
distances considérables.


ORDRE VI.--=Ongulés.=

Mammifères terrestres ayant les quatre pieds ongulés, c’est-à-dire
terminés par des sabots cornés. Cet ordre comprend trois sous-ordres, ou
plutôt est la réunion de trois groupes que la plupart des zoologistes
considèrent comme des ordres, le sous-ordre des Solipèdes (groupe des
Chevaux) caractérisé par les sabots pleins, non séparés; le sous-ordre
des Ruminants (groupe du Bœuf, du Cerf, etc.) et le sous-ordre des
Pachydermes (groupe du Sanglier, etc.)

Au sous-ordre des Solipèdes n’appartient aucun animal sauvage de France,
Suisse et Belgique; le sous-ordre des Ruminants comprend plusieurs
genres et plusieurs espèces; celui des Pachydermes ne comprend que le
Sanglier.

SOUS-ORDRE DES =RUMINANTS=

Mammifères ayant les sabots fourchus, soit deux doigts terminés par des
sabots en corne qui s’appliquent sur le sol, et, par derrière le pied,
deux autres petits appendices ou sabots rudimentaires en corne, qui ne
portent généralement pas sur le sol.

[Illustration: Fig. 38.--Bois du Cerf d’Europe.]

Ils n’ont en général pas de canines et, à la mâchoire supérieure, n’ont
pas d’incisives; l’articulation de leurs maxillaires est disposée de
telle façon que, quand ils mâchent leur nourriture, il se produit un
mouvement de rotation; on dit alors qu’ils ruminent. Ils sont surtout
remarquables et séparés des autres mammifères par la disposition de leur
estomac, composé de quatre poches, la panse qui reçoit d’abord les
aliments non triturés au moment où ils sont avalés, le bonnet qui est
une manière d’appendice de la panse, le

[Illustration: Fig. 39.--Bois du Cerf daim.]

[Illustration: Fig. 40.--Bois du Cerf chevreuil.]

feuillet et la caillette, véritable estomac qui secrète le suc
gastrique. Les substances alimentaires accumulées dans la panse
remontent par pelotes dans la bouche, l’animal les mâche et, lorsqu’il
les avale pour la seconde fois, elles passent dans la caillette où se
fait la digestion.

[Illustration: Fig. 41.--Crâne du Bœuf ordinaire.]

Ils ont 32 ou 34 dents. De plus, les os du métacarpe, comme ceux du
métatarse, sont, chez eux, soudés pour former un tronc unique qu’on
appelle «canon».

Ce sont des animaux taillés pour la course, avec le cou allongé et les
membres généralement minces, bien que vigoureux. La plupart ont des
cornes ou des bois, les cornes étant persistantes, c’est-à-dire ne
tombant jamais et implantées dans un axe osseux; les bois étant pleins
et caduques, c’est-à-dire placés au sommet d’un prolongement de l’os
frontal, croissant sur une base nommée «meule» et tombant tous les ans
pour ensuite repousser rapidement. Ils ne vivent que de végétaux.

[Illustration: Fig. 42.--Cornes de la Chèvre bouquetin.]

Le sous-ordre des Ruminants comprend deux familles ayant des
représentants en France, Suisse et Belgique.

[Illustration: Fig. 43.--Cornes du Mouflon de Corse.]

La famille des Cervidés dont les mâles et très exceptionnellement les
femelles ont des bois caducs, pleins, plus ou moins rameux, généralement
pas de canines, et dont le crâne porte de chaque côté une fissure entre
les os maxillaires, nasaux et frontaux, correspondant à l’ouverture
externe placée au-dessous de l’œil et nommée «larmier».

La famille des Cavicornidés dont les représentants ont, sur un
prolongement de l’os frontal, des cornes persistantes d’origine pileuse
(c’est-à-dire de même origine que les poils) et pas de canines; cette
famille se subdivise elle-même en quatre sous-familles:

[Illustration: Fig. 44.--Cornes du Chamois ordinaire.]

Celle des Bovidés, comprenant nos Bœufs, qui n’a pas actuellement en
France, en Suisse et en Belgique, de représentants sauvages.

Celle des Capridés, remarquable par le front relevé pouvant porter de
fortes cornes curvilignes non recourbées sur elles-mêmes, une barbe plus
ou moins forte au menton, deux mamelles, 32 dents, et n’ayant ni
larmier, ni glandes interdigitales.

Celle des Ovidés, ayant un larmier et des glandes interdigitales, pas de
barbe au menton, des formes plus arrondies, des jambes plus grêles et le
chanfrein plus busqué que chez les Capridés.

Celle des Antilopidés, mélange de formes un peu différentes se
rapprochant tantôt des Bovidés, tantôt des Capridés et des Cervidés et
qui, n’ayant pas de caractères très tranchés, comprend tous les genres
qui ne peuvent rentrer dans les autres sous-familles.



FAMILLE DES =CERVIDÉS=


GENRE =Cerf=.--=Cervus= Linné.

Museau allongé, oreilles grandes, yeux grands, cou très long, corps
vigoureux, queue très courte, membres assez longs et assez minces. Sous
les yeux, un larmier grand chez le Cerf, plus petit chez le Daim, très
petit chez le Chevreuil. 34 dents.

[Illustration: Fig. 45.--Carte de l’habitat du Cerf d’Europe (partie
ombrée).]

1º =Cerf d’Europe.= Cervus elaphus Linné.

2º =Cerf daim.= Cervus dama Linné.

3º =Cerf chevreuil.= Cervus capreolus Linné.

(Voir les planches 42-43 et 44.)



FAMILLE DES =CAVICORNIDÉS=

SOUS-FAMILLE DES =ANTILOPIDÉS=


GENRE =Chamois=.--=Capella= Keys. et Blasius.

Dans les deux sexes, des cornes voisines à la base, situées au-dessus
des yeux, verticales à l’axe du crâne, presque droites, peu divergentes
en haut et recourbées à leur extrémité avec la pointe dirigée en bas.
Pas de larmier, mais des ouvertures glandulaires derrière les cornes.
Membres et pieds forts et épais. Queue courte. Quatre mamelles, 32
dents.

=Chamois ordinaire.= CAPELLA RUPICAPRA Linné.

(Voir la planche 45.)


SOUS-FAMILLE DES =CAPRIDÉS=


GENRE =Chèvre=.--=Capra= Linné.

Cornes longues, arquées en arrière, curvilignes, noueuses, comprimées.
Nez plus ou moins droit. Pas de larmier ni de glandes interdigitales.
Lèvre supérieure presque entièrement velue. Queue courte.

=Chèvre bouquetin.= CAPRA IBEX Linné.

(Voir la planche 46.)


SOUS-FAMILLE DES =OVIDÉS=

GENRE =Mouflon=.--=Musimon= Gervais.

Cornes grosses à la base, assez longues, curvilignes, un peu recourbées
en arrière, déjetées au dehors et obliquement récurrentes. Nez plus ou
moins busqué. Des larmiers et des glandes interdigitales. Lèvre
supérieure nue. Queue courte.

Pas de barbe au menton.

=Mouflon de Corse.= MUSIMON MUSMON Bonaparte.

(Voir la planche 47.)


SOUS-ORDRE DES =PACHYDERMES=


GENRE =Sanglier=.--=Sus= Linné.

Tête très grosse à museau allongé terminé par un boutoir; yeux petits,
oreilles assez grandes. Des incisives en haut et en bas et des canines
qui, chez le mâle, se développent en sortant de la bouche, formant de
puissantes défenses assez droites, mais se recourbant en arrière chez
les vieux. Corps épais, queue mince et petite. Membres à quatre doigts,
ceux de devant en sabots portant sur le sol, ceux de derrière plus
petits ne faisant que toucher la terre.

=Sanglier commun.= SUS SCROFA Linné.
(Voir la planche 48.)



                         _ANIMAUX DOMESTIQUES_


Après avoir énuméré les Mammifères sauvages qui habitent la Belgique, la
Suisse et la France, il y a lieu d’indiquer les animaux que l’homme a
domestiqués et que nous avons journellement sous les yeux: le Porc, qui
n’a été autre chose, à l’origine, que le Sanglier commun apprivoisé,
plus ou moins mélangé avec d’autres espèces de Sangliers exotiques; le
Mouton, tellement façonné et modifié par l’homme qu’il sera peut-être, à
tout jamais, impossible d’affirmer quels ont été exactement ses
ancêtres; la Chèvre qui compte, parmi les Capridés sauvages, beaucoup
d’espèces se rapprochant d’elle; le Bœuf, qui descend certainement de
trois ou quatre espèces qui ont habité l’Europe et la France dans les
temps primitifs; le Cheval, originaire de l’Europe et de l’Asie, et
l’Ane, qui provient certainement d’une ou deux espèces africaines; le
Chien, dont les formes actuelles sont si variées qu’elles doivent leur
origine à nombre d’espèces actuelles et probablement à quelques espèces
éteintes, ou plus exactement représentées par des descendants absolument
différents de ce qu’étaient les ancêtres des temps primitifs; enfin le
Chat, dont il est possible d’établir à peu près la descendance.

Nous dirons un mot du Cobaye ou Cochon d’Inde, dont l’origine exotique
est connue, et nous avons déjà parlé du Furet, qui n’est autre chose que
notre Putois un peu modifié par la domesticité. Il semble inutile de
mentionner le Lapin, dont les races multiples actuellement existantes
sont dues à l’homme, provenant toutes, incontestablement, du Lapin
sauvage domestiqué et le représentant sous des formes légèrement
modifiées.


SOUS-ORDRE DES =PACHYDERMES=


GENRE =Sanglier=.--=Sus= Linné.

=Porc domestique.= SUS DOMESTICUS Brisson.

Le Porc, qui a pour souche originelle le Sanglier, est un des animaux
qui montrent le mieux ce que peuvent la sélection, le changement de vie
et les soins raisonnés de l’homme. De nombreuses races ont été créées
qui ont produit un animal notablement différent du Sanglier.

Le Sanglier habite l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Inde, mais il diffère
un peu dans ces pays, si bien qu’on a voulu en faire plusieurs espèces.
Chacune a dû être apprivoisée et donner naissance à une forme asservie.
Mais il est une autre espèce depuis très longtemps domestiquée en Chine
et en Indo-Chine et très perfectionnée par les Chinois, le «Sus indica»,
inconnue à l’état sauvage, mais qui pourrait bien provenir du «Sus
vittatus» de Java.

Cette dernière forme et la descendance du Sanglier commun ont mêlé leur
sang chez presque toutes nos races actuelles. Toutes les races sont, au
reste, fécondes entre elles et avec notre Sanglier.

Le Porc est tellement utile qu’il a toujours été soigné et autant que
possible amélioré. De là, l’origine de ces bêtes dans lesquelles tout
sert à la consommation.


SOUS-ORDRE DES =RUMINANTS=


GENRE =Mouton=.--=Ovis= Linné.

=Mouton domestique.= OVIS ARIES Linné.

Le Mouton est le type de l’animal tellement modifié par la domestication
qu’il est impossible de dire de quelles formes sauvages il pourrait
provenir. Les uns pensent que, au moins les petites races à queue courte
et à cornes en forme de croissant descendent du Mouflon de Corse,
d’autres affirment que les Moutons primitifs proviennent de plusieurs
espèces éteintes. Ce qui est certain, c’est que les soins de l’homme et
les croisements l’ont extraordinairement modifié, à ce point qu’il lui
serait impossible de reprendre la vie sauvage, comme les Chèvres, les
Porcs et les animaux domestiqués échappés au joug de l’homme, ont pu le
faire à l’occasion. Il périrait de suite infailliblement s’il était
abandonné à lui-même.

Le Mouton est, au surplus, très variable. Ses cornes peuvent être très
diverses, manquant souvent chez la femelle, arrivant chez le mâle d’une
race du Chili à quatre, et même, dit-on, à huit; les mamelles,
normalement au nombre de deux, peuvent être de quatre; la durée de la
gestation varie de 144 à 150 jours; la différence de fécondité est
considérable suivant les races; la queue est très courte ou énorme; le
chanfrein droit ou très busqué. Dans la même race, on constate même que,
sous l’influence du climat et par suite du changement de nourriture, la
grosseur de la queue et la toison se modifient très rapidement.

Pour en donner une idée, il suffit de rapporter l’origine de la race de
Mauchamps: dans une ferme, une brebis mérinos donne naissance à un
agneau qui devient remarquable par une laine particulièrement douce et
des cornes tout à fait lisses, corrélation naturelle, puisque poils et
cornes sont des formations de même nature, et par un facies spécial. Cet
agneau imprima fortement ses caractères chez ses descendants et devint
la souche d’une race nouvelle. Or, si on ne savait pas l’origine de
cette race, on la supposerait certainement née d’une forme primitive
inconnue.

Les races de Moutons sont nombreuses, les unes françaises, anglaises,
espagnoles, d’autres africaines, toutes fécondes entre elles.

Le Mouton est essentiellement utile à l’homme qui emploie sa viande, sa
peau, ses boyaux, son suif, son lait. Il n’est pas jusqu’à l’agneau
mort-né, naissant ou récemment né qui ne donne une fourrure recherchée
sous le nom d’astrakan.


GENRE =Chèvre=.--=Capra= Linné.

Il y a actuellement dans le monde beaucoup de races de Chèvres, fertiles
entre elles, et parfois différant beaucoup par la longueur
proportionnelle des intestins, par la forme des mamelles, par l’odeur
émise par le mâle, par la présence ou l’absence de cornes chez la
femelle, par les oreilles et cent autres caractères. La Chèvre est
domestiquée depuis un temps immémorial, car, à l’époque de la pierre,
elle vivait déjà près de l’homme.

Elle descendrait de plusieurs espèces sauvages, notamment de Capra
œgagrus du Caucase, de Capra Falconieri de l’Inde. Il y a eu
probablement aussi des croisements avec Capra ibex des Alpes et des
Pyrénées.

La Chèvre est élevée surtout en vue de son lait avec lequel on fait
d’excellents fromages, soit avec son lait seul, comme en Berri, en
Poitou et ailleurs, soit en le mélangeant avec celui de la Vache, comme
au Mont-d’Or, soit en le mêlant au lait de Brebis, comme à Roquefort,
soit en le mélangeant à la fois avec les laits de Vache et de Brebis.
Son cuir est excellent pour la chaussure, la reliure, les gants. Sa
chair, surtout celle du Chevreau, est passable.

Les départements les plus riches en Chèvres sont la Corse (environ
135.000), l’Ardèche (100.000), la Drôme, l’Isère, les Deux-Sèvres et
l’Indre. Les plus pauvres sont Lot-et-Garonne, l’Aude, l’Orne, le
Finistère (environ 1.500). La Suisse compte une nombreuse population de
Chèvres. L’Algérie en possède plus que la France.


GENRE =Bœuf=.--=Bos taurus= Linné.

Le Bœuf est domestiqué depuis l’époque la plus reculée, aussi bien la
forme exotique à bosse «Bos indicus», asservie 2.100 ans avant notre
ère, ainsi qu’en témoignent les monuments égyptiens, que la forme sans
bosse, aussi bien que les formes très différentes de l’Orient, le Yak et
d’autres.

On s’accorde assez généralement pour admettre que le bétail européen
provient de trois espèces éteintes, l’Aurochs, «Bos primigenius», déjà
domestiqué à l’époque néolithique, d’une espèce plus petite «Bos
longifrons», et d’une troisième «Bos frontosus».

Comme le Bœuf est sujet à varier et que la sélection lui a été appliquée
depuis de longs siècles, que les croisements ont été essayés à
l’infini, il n’est pas étonnant qu’il existe aujourd’hui des races très
diverses par la taille, la coloration, les proportions, les cornes,
toutes fertiles entre elles, puisque même les «Bos taurus» et «Bos
indicus» reproduisent parfaitement ensemble.

Même la durée de la gestation varie beaucoup, puisqu’on a constaté entre
certaines races la différence énorme de quatre-vingts jours.

En France, presque chaque province nourrit une race de Bœufs, parmi
lesquelles on peut citer les races limousine à robe blonde, charolaise,
vendéenne, nivernaise, de Salers, normande, comtoise, angoumoise, la
race noire de Camargue, la petite race pie de Bretagne, etc. La
Belgique, la Suisse, la Hollande, l’Angleterre, possèdent des variétés
magnifiques. En Pologne vit une race qui tient encore beaucoup de
l’Aurochs et même du Bison.

On prétend que tout animal domestique redevenu sauvage reprend la
coloration de ses ancêtres, mais, pour le Bœuf, on constate que là où il
a repris la vie libre, la couleur est très variable. Ainsi, les races
libres des Pampas et du Texas, provenant d’une souche espagnole, ainsi
que celles d’Afrique, ont pris une coloration d’un brun foncé; d’autres,
dans les îles du Pacifique et dans les îles Falkland, tirant leur
origine du Bœuf de la Plata, sont blancs avec les oreilles noires.


SOUS-ORDRE DES =SOLIPÈDES=


GENRE =Cheval=.--=Equus= Linné.

=Cheval domestique.= EQUUS CABALLUS Linné.

A l’époque préhistorique, le Cheval vivait en France et en Belgique à
l’état sauvage, l’homme le considérait comme un gibier et se nourrissait
de sa chair. Plus tard, il fut domestiqué par nos ancêtres, non
seulement en France, mais dans toute l’Europe et en Asie.

Il semble probable qu’à cette époque il y avait plusieurs espèces de
chevaux, qui toutes cessèrent peu à peu d’exister à l’état libre, et
asservies par l’homme donnèrent naissance aux ancêtres de nos races
actuelles, mais avec des modifications résultant de croisements
multipliés. Dans la suite, les peuples de l’Europe orientale et de
l’Asie qui firent des invasions dans l’Europe centrale et occidentale
amenèrent avec eux les chevaux de leurs pays, et de nouveaux croisements
eurent lieu.

D’autre part, les hommes ont employé leurs chevaux à divers usages et
ont à peu près créé des animaux aussi lourds et forts que possible pour
traîner des chariots, ou vites et légers pour servir de montures; ils
ont, au moyen de la sélection, façonné les bêtes dont ils avaient
besoin, choisissant les reproducteurs, variant la nourriture, habituant
à tels ou tels travaux leurs animaux, les transportant sous des climats
différents. C’est ainsi qu’au moyen âge les chevaliers ont pu se servir
du destrier, c’est-à-dire le cheval capable de supporter le poids énorme
d’un chevalier bardé de fer. C’est ainsi qu’à notre époque, nous voyons
autour de nous les lourds et puissants percherons ou boulonnais, les
carrossiers élégants, le cheval de chasse, le cheval de course.

La température elle-même et les latitudes variées ont aidé à modifier
les races; dans les pays secs, même très froids, le cheval a prospéré;
dans les contrées humides il a dégénéré, et on sait que, dans certaines
îles et dans les montagnes, il est devenu plus petit et a changé ses
formes.

Il existe aujourd’hui beaucoup de variétés ou races nettement établies,
différant entre elles par la taille, les proportions du corps, la tête,
la forme des oreilles et de la crinière, du garrot et de la croupe.
D’une part, on se demande quels changements on pourra désirer dans
l’avenir, si on fera des chevaux plus petits que tels ou tels poneys ou
plus grands que nos puissants boulonnais, si on pourra augmenter la
vitesse du cheval de course qui semble avoir atteint son maximum;
d’autre part, si les croisements de plus en plus multipliés au profit
d’une race préférée ne feront pas disparaître d’autres races plus
négligées, si par exemple le mélange de sang anglais toujours répété
n’amènera pas la disparition d’anciennes formes, comme la limousine et
autres.

Le Cheval sauvage n’existe plus, à proprement parler, que dans les
steppes de l’Asie centrale, car en Amérique et ailleurs, les chevaux
libres ne sont que chevaux échappés de la main de l’homme et ayant
repris la vie sauvage depuis une époque relativement récente.

=Ane domestique.= EQUUS ASINUS Linné.

L’Ane est originaire d’Afrique et descend, selon toute probabilité, de
l’Asinus tœniopus de l’Afrique orientale. De temps immémorial, il a
existé en Égypte, en Abyssinie, en Arabie et en Syrie, et, de ce pays,
il a été introduit en Europe.

Si l’Ane a moins varié que le Cheval, bien qu’il y ait aujourd’hui
d’assez nombreuses races caractérisées, cela tient à ce qu’on n’a guère
cherché à l’améliorer, car c’est un animal destiné au service du pauvre.

Il diffère notablement du Cheval par plusieurs caractères très
importants et on sait combien sa voix ressemble peu à celle du Cheval.
Ils s’accouplent pourtant facilement l’un à l’autre. Le produit de
l’étalon et de l’ânesse, le bardeau, est une bête intermédiaire, qui
ressemble à certaines races de chevaux abâtardies, assez rare du reste,
et dont on se sert peu. De l’accouplement de l’Ane de grande taille avec
la jument naît le Mulet, animal qui joint à l’élégance du Cheval une
certaine ressemblance avec l’Ane et qu’on emploie avec grand avantage en
certaines contrées.

Le Bardeau et le Mulet sont presque toujours incapables de se
reproduire, et on cite comme un cas absolument remarquable le fait
qu’une Mule a pu exceptionnellement être fécondée.

En France, l’Ane sert surtout aux pauvres gens; dans les campagnes,
chaque paysan possède un ou plusieurs ânes. En Poitou, en particulier,
on s’occupe spécialement de l’Ane et on a obtenu des animaux de forte
taille qui servent d’étalons pour produire des mulets dont on fait un
grand commerce.


ORDRE DES =Carnivores=.

=Chien domestique.= CANIS FAMILIARIS Linné.

L’homme a apprivoisé, dès la plus haute antiquité, plusieurs espèces de
Canidés; il a élevé les animaux qui pouvaient lui être utiles et les a
croisés et mélangés entre eux avec des espèces encore sauvages, si bien
qu’il a obtenu des chiens qui, avec les siècles, se sont modifiés et
différenciés de plus en plus.

Déjà, à une époque extrêmement reculée, il existait des races tout à
fait tranchées, puisque les monuments égyptiens, assyriens et autres,
nous montrent la figure de bêtes voisines du lévrier, du dogue, d’un
chien courant et d’un basset.

Tout fait supposer que les premiers chiens domestiques sont provenus, en
Europe, du Loup et du Chacal, croisés peut-être avec une ou deux races
éteintes; en Égypte, d’une espèce qui pourrait être le «Canis lupaster»;
en Afrique, le «Canis simensis»; dans l’Inde, le «Canis pallipes»; en
Amérique, de plusieurs espèces; et les croisements de tous ces chiens
domestiqués, avec de temps en temps la survenance de formes bizarres ou
particulières qu’on a propagées, ont produit nos races, aujourd’hui si
dissemblables. Le changement de climats a aidé aussi à créer des
variétés, et on peut citer, par exemple, le Chien de Terre-Neuve
européen, qui ne ressemble plus guère maintenant au Chien habitant
Terre-Neuve.

D’après leurs formes, on peut classer les chiens par groupes: par
exemple celui des dogues, si fortement caractérisé, représenté par des
animaux de toutes tailles, celui des terriers, celui des lévriers, des
Danois, des chiens de berger, celui des chiens de chasse. En réalité, il
existe des centaines de races si bien tranchées que si on les trouvait à
l’état sauvage, on en ferait avec raison des espèces et même des genres
très bien caractérisés.


=Chat domestique.= FELIS DOMESTICA Brisson.

Le Chat est répandu partout. Ses variétés diffèrent par la taille, la
coloration et les proportions du corps. A l’origine, plusieurs espèces
ont dû être apprivoisées par l’homme, qui s’emparait des jeunes et les
élevait dans ses habitations, puis, des croisements se sont faits entre
les divers types, le plus souvent en dehors de sa volonté, car les chats
sont tellement vagabonds qu’il a été impossible de leur appliquer une
sélection plus ou moins raisonnée, comme on a fait pour les autres
animaux.

On a trouvé en Égypte des momies de chats appartenant à trois espèces,
dont deux y vivent encore à l’état sauvage et à l’état domestique, «les
Felis caligata, bubastes et chaus». Une race espagnole semble descendre
du «Felis maniculata», le Chat angora, d’Asie, provient très
probablement des «Felis manul et maniculata», et il est à croire qu’en
Europe, le «Felis catus», notre Chat sauvage, a été élevé et a donné
naissance à une race semi-domestique.

Ces races, emmenées par les émigrants d’un pays dans un autre, se sont
accouplées à l’infini, et le résultat a été la création de nos chats
domestiques, d’autant mieux que tous ces chats actuels se croisent très
facilement entre eux et avec les espèces libres, par exemple en Algérie
avec le «Felis lybica», dans l’Afrique méridionale avec le «Felis
caffra», dans l’Inde et en Amérique avec plusieurs espèces, et les métis
sont toujours féconds.

Le Chat s’est habitué à demeurer avec l’homme, et en beaucoup de maisons
la Chatte ne quitte jamais l’habitation de son maître. On a même vu des
chats transportés à de grandes distances retrouver leur direction et
regagner leur ancien domicile. Mais souvent aussi le Chat, surtout le
mâle, s’éloigne de la maison, soit pour rechercher les femelles, soit
pour chasser dans les champs et les bois. Dans nos campagnes, où parfois
il est mal nourri, il quitte définitivement l’habitation et il reprend
la vie libre, demeurant dans les bois à la manière du Chat sauvage. Là,
ils s’accouplent avec le «Felis catus» et on trouve de ces métis,
toujours reconnaissables à leur facies et à leur queue. Autrefois, quand
le «Felis catus» était commun, les descendants de ces métis retournaient
rapidement au type sauvage. Aujourd’hui, ces chats errants ne peuvent
faire souche, parce qu’ils périssent toujours, pris dans les pièges ou
tués par les chasseurs.


ORDRE DES =Rongeurs=.


GENRE =Cobaye=.--=Cavia.=

=Cobaye Cochon d’Inde.= CAVIA APEREA Gmelin.

Le Cochon d’Inde est le représentant domestique du «Cavia aperea», un
Rongeur du Brésil, amené en Europe peu de temps après la découverte de
l’Amérique. Depuis son acclimatation chez nous, il a notablement varié
et est aujourd’hui assez différent du type sauvage. Il n’existe, au
surplus, en Europe, aucun représentant de sa famille.

Chacun connaît ce petit animal, généralement de couleur blanche, plus ou
moins taché de noir, de gris, de fauve ou de jaune, très doux, très
prolifique, qu’on nourrit de pain, de grains, d’herbes et de fruits.

Il fait souvent entendre un petit grognement, ce qui lui a fait donner
dès le XVI^{e} ou XVII^{e} siècle, alors que l’Amérique portait
ordinairement le nom d’Indes occidentales, son nom de Cochon d’Inde.

Les Cobayes sauvages vivent dans les forêts de l’Amérique méridionale.

On le mange, bien que sa chair soit médiocre, mais c’est plutôt une bête
d’agrément qu’un animal utile, quoiqu’il soit devenu précieux pour les
expériences de laboratoire.



  TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS FRANÇAIS ET LATINS DES ESPÈCES FIGURÉES

   Les noms latins sont imprimés en _italique_, ceux des familles en
            =égyptienne=. Les chiffres renvoient aux pages.


Agricola  109

Animaux domestiques 135

Ane domestique 136, 143

=Antilopidés= 45, 132, 134

=Aranivore= 98

_Arctomys marmotta_ 12, 106

_Arvicola agrestis_ 22, 111
-- _amphibius_ 21, 111
-- _arvalis_ 22, 111
-- _bicolor_ 110
-- _Gerbei_ 23
-- _glareolus_ 109
-- _Lebruni_ 110
-- _leucurus_ 110
-- _Nageri_ 110
-- _nivalis_ 110
-- _rubidus_ 109
-- _rufescens_ 109
-- _rutilus_ 109
-- _subterraneus_ 23, 112

_Asinus tœniopus_ 143

Aurochs 140


Barbastelle commune 67

Bardeau 144

Belette 52
-- commune 19, 31, 119
-- hermine 32, 119
-- putois 33, 113, 120
-- vison 35, 120

Biche 42

Bièvre d’Europe 10

Blaireau 52, 55
-- commun 37, 114, 120

Bœuf 136, 140

_Bos frontosus_ 140
-- _indicus_ 140, 141
-- _longifrons_ 140
-- _primigenius_ 140
-- _taurus_ 140, 141

Bouquetin 46, 51

=Bovidés= 132

Brocards 44


Campagnol 52, 54
-- agreste 22, 111
-- des champs 22, 111
-- des neiges 109, 110
-- des Pyrénées 23
-- destructeur 21
-- incertain 23
-- rat-d’eau 21, 111, 104
-- roussâtre 109, 110
-- souterrain 23, 112
-- terrestre 21

=Canidés= 39, 40, 41, 116

_Canis familiaris_ 144
-- _lupaster_ 145
-- _lupus_ 39, 121
-- _lycaon_ 39
-- _pallipes_ 145
-- _simensis_ 145
-- _vulpes_ 40, 121

_Capella rupicapra_ 45, 134

_Capra Falconieri_ 139
-- _ibex_ 45, 134, 140
-- _œgagrus_ 139

=Capridés= 46, 132, 134

=Carnivores= 49, 57, 112, 144

Castor 51, 52

_Castor fiber_ 10, 106

Castor ordinaire 10, 102, 106

=Castoridés= 10, 103, 105

_Cavia aperea_ 147

=Cavicornidés= 132, 134

=Cavidés= 105

Cerf 51, 52, 55
-- chevreuil 44, 130, 134
-- d’Europe 42, 128, 134
-- daim 43, 129, 134

=Cervidés= 42, 43, 44, 131

_Cervus capreolus_ 44, 134
-- _dama_ 43, 134
-- _elaphus_ 42, 134

=Cétacés= 49, 51, 58

Chamois ordinaire 45, 51, 134

Chat 136
-- angora 146
-- domestique 145
-- lynx 116, 117
-- pitois 33
-- sauvage 27, 52, 113, 116

Chauve-souris 1, 2, 54, 55, 58

=Cheiroptères= 49, 56, 58, 60

Cheval domestique 136, 141

Chèvre 136, 139
-- bouquetin 46, 131, 134

Chevreuil 44, 51, 55

Chien 136
-- domestique 144

Cobaye Cochon d’Inde 136, 147

Cochon d’Inde 136, 147

_Cricetus frumentarius_ 107
-- _vulgaris_ 107

_Crocidura araneus_ 7, 97
-- _etrusca_ 98

_Crocidura leucodon_ 97

Crocidure aranivore 7, 97
-- étrusque 98
-- leucode 97, 98

Crossope aquatique 9, 101

_Crossopus fodiens_ 9, 101

_Cystophora cristata_ 126

Cystophore 126


Daguet 42

Daim 43

Daine 43

Desman 52, 93, 94
-- de Moscovie 6
-- des Pyrénées 6, 96

Dix-cors 42

Droumiant 14

=Duplicidentés= 105

_Dynops Cestonii_ 86

_Dysopes Cestonii_ 86


Ecureuil 52, 104
-- commun 11, 103, 106

=Edentés= 50, 51

Eléphant 51

=Emballonuridés= 60, 61, 85, 87

_Equus asinus_ 143
-- _caballus_ 141

Erignathe 124

_Erignathus barbatus_ 124

=Erinacéidés= 4, 94, 95

_Erinaceus europaeus_ 4, 95

Etrusque 7


Faons 42

=Félidés= 27, 115

_Felis bubastes_ 146
-- _caffra_ 146
-- _caligata_ 146
-- _catus_ 27, 116, 146
-- _chaus_ 146
-- _domestica_ 145
-- _lybica_ 146
-- _Lynx_ 116
-- _maniculata_ 146
-- _manul_ 146

Ficheux 33

Foin 29

Fouine 29, 52

Fouquet 11

Foyon 5

Furet 136
-- commun 34


_Genetta vulgaris_ 28, 119

Genette vulgaire 28, 119

Glay 14

Goux 14

Grisard 37


Hamster 52
-- commun 107

Hase 24

Hemiotomys 109

Hère 42

Hérisson 52, 56, 93
-- d’Europe 4, 95

Hypudœus 109


=Insectivores= 57, 49, 93

Isard 45


Lapin 52, 136
--sauvage 26

Lémuriens 51

=Léporidés= 24, 25, 26, 105, 112

_Lepus cuniculus_ 26, 112
-- _timidus_ 24, 112
-- _variabilis_ 25, 112

Lérot 14, 52

Lettice 32

Leucode 7

_Leucodon micrurus_ 97

Levrault 24

Lièvre 51, 56
-- blanc 25
-- changeant 25, 112
-- commun 24, 105, 112
-- lapin 26, 112

Liteau 39

Loir 52
-- commun 13, 107
-- Lérot 14, 107
-- muscardin 15, 107

Loup 51, 52, 55

Loup commun 39, 121

Loutre 52, 55
-- vulgaire 36, 120

Louvard 39

Louve 39

Louveteau 39

_Lutra vulgaris_ 36, 120

Lynx 51, 52, 116


Madrai 29

Marcotte 31

Marmotte 52, 56
-- vulgaire 12, 103, 104, 106

Marte des sapins 30, 119

Marte fouine 29, 113, 119

_Martes abietum_ 30, 119
-- _foina_ 29, 119

Marsupiaux 50, 51

_Meles taxus_ 37, 120

Microtus 109

_Microtus Selys_ 23

Minck 35

Minioptère de Schreibers 84

_Miniopterus Schreibersi_ 84

Molosse 85
-- de Certoni 86

Monotrèmes 50

Mouflon 51
-- de Corse 47, 131, 135
-- domestique 136, 138

Mulet 144

Mulot 18, 19, 22, 56

=Muridés= 16 à 23, 104, 107

_Mus Alexandrinus_ 17
-- _decumanus_ 16, 109
-- _minutus_ 20, 109
-- _musculus_ 18, 109
-- _rattus_ 17, 109
-- _sylvaticus_ 19, 109

Musaraigne 52, 54, 93
-- Carrelet 8, 99
-- d’eau 9
-- de terre 7
-- des Alpes 8, 100

Musaraigne pygmée 8, 99

Muscardin 15, 52

Musette 7, 98

Musignani 21

_Musimon Musmon_ 47, 135

Mussoèle 31

_Mustela furo_ 34
-- _herminea_ 32, 119
-- _lutreola_ 35, 120
-- _putorius_ 33, 120
-- _vulgaris_ 31, 119

=Mustélidés= 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 52, 115, 119

Myodes 109

_Myogalea pyrenaica_ 6, 96

=Myoxidés= 13, 14, 15, 104, 106

_Myoxus Avellanarius_ 15, 107
-- _glis_ 13
-- _nitela_ 14, 107


Noctule 69, 70

Norek 35

_Nyctinomus Cestonii_ 86


=Ongulés= 49, 127

Oreillard 66
-- commun 2

Ours 51, 52
-- brun 38, 114, 121

=Ovidés= 47, 132, 135

_Ovis aries_ 138


=Pachydermes= 49, 57, 127, 135, 137

_Pachyura Selys_ 98

Paludicola 109

Pelage 125

_Pelagius monachus_ 125

_Phoca albiventer_ 125
-- _barbata_ 124
-- _bicolor_ 125
-- _foetida_ 41, 123
-- _Lepechini_ 124
-- _leporina_ 124
-- _mitrata_ 126
-- _vitulina_ 41, 123

Phoque 51, 52, 56
-- à capuchon 126
-- barbu 124
-- marbré 41, 123
-- moine 125
-- veau-marin, 41, 123

=Phyllorhinidés= 60

=Pinnipèdes= 49, 57, 121

Pipistrelle 3, 72

Plaron 8

_Platypsillus Castoris_ 10

_Plecotus auritus_ 2, 66

Porc domestique 136, 137

Putias 33

Putois 33, 52


=Quadrumanes= 49


Rat 52, 53, 54
-- d’eau 21
-- d’égout 16
-- des moissons 20, 53, 109
-- houdot 14
-- liron 14
-- mulot 19, 109
-- nain 20
-- noir 17, 51, 56, 109
-- souris 18, 109
-- surmulot 16, 104, 109

Renard 52, 55
-- charbonnier 40
-- commun 40, 121

Renardeaux 40

Rhinolophe de Blasius 1, 64
-- euryale 1, 63
-- grand fer-à-cheval 1, 63
-- petit fer-à-cheval 1, 65

=Rhinolophidés= 1, 60, 61, 87

_Rhinolophus Blasii_ 64
-- _bihastatus_ 65
-- _clivosus_ 64
-- _euryale_ 63
-- _ferrum-equinum_ 1, 63

_Rhinolophus hipposideros_ 64, 65
-- _unihastatus_ 63

=Rongeurs= 49, 56, 101, 147

=Ruminants= 49, 57, 127


Sanglier commun 48, 52, 55, 135

_Savii Selys_ 23

=Sciuridés= 11, 12, 103, 106

_Sciurus vulgaris_ 11, 106

_Schizocarpus Mingaudi_ 10

_Selysii Gerbe_ 23

Singes 51

=Siréniens= 49, 51

=Solipèdes= 49, 57, 127

_Sorex alpinus_ 100
-- _coronatus_ 99
-- _pygmæus_ 99
-- _tetragonurus_ 99
-- _vulgaris_ 8, 99

=Soricidés= 7, 8, 9, 97

Souris 18, 52, 56

Spirou 11

_Stemmatopus cristatus_ 126

Surmulot 16, 51, 56

_Sus domesticus_ 137
-- _indica_ 137
-- _scrofa_ 48, 135
-- _vittatus_ 137

_Synotus Barbastellus_ 67


Taisson 37

_Talpa cæca_ 5, 96
-- _europaea_ 5, 96

=Talpidés= 5, 6, 94, 95

Taupe aveugle 5, 96
-- commune 5, 52, 93, 94, 95, 96

Terricola 109


=Ursidés= 38, 115, 121

_Ursus arctos_ 38, 121


Vespérien abrame 72
-- alpestre 70
-- boréal 75
-- de Kuhl 71
-- de Leisler 69
-- de Savi 70
-- discolore 74
-- noctule 68
-- pipistrelle 3, 71
-- sérotine 73

_Vespertilio Bechsteini_ 80
-- _Bonapartii_ 70
-- _brachyotus_ 71
-- _Capaccinii_ 77
-- _ciliatus_ 79
-- _dasycnemus_ 76
-- _Daubentonii_ 78
-- _emarginatus_ 79
-- _lanatus_ 78
-- _limnophilus_ 76
-- _Maurus_ 70
-- _Megapodius_ 77
-- _murinus_ 81
-- _myotis_ 81
-- _mystacinus_ 83
-- _Nattereri_ 79
-- _pellucens_ 77
-- _rufescens_ 79

=Vespertilionidés= 2, 3, 60, 61, 66

Vespertilion à grands pieds 77
-- à moustaches 83
-- de Bechstein 80
-- de Daubenton 78
-- de Natterer 79
-- des marais 76
-- échancré 79
-- murin 81

_Vesperugo abramus_ 72
-- _borealis_ 75
-- _discolor_ 74, 75
-- _Kuhlii_ 71
-- _Leisleri_ 69
-- _leucippe_ 76
-- _Nathusii_ 72
-- _Nilssonii_ 75

_Vesperugo noctula_ 68
-- _pipistrellus_ 3, 71
-- _Savii_ 70

_Vesperugo serotinus_ 73

=Viverridés= 28, 115, 119



TABLE GÉNÉRALE


PRÉFACE      V

FAUNE DES MAMMIFÈRES PAR PROVINCES OU DÉPARTEMENTS      VII

Notices explicatives des planches 1 à 48                  1

Notions générales. Classification                        49

Clé pour la détermination des ordres de Mammifères       56

Animaux domestiques                                     135

Table alphabétique                                      149

Table générale                                          154


          Paris.--Imp. J. Mersch, 4 bis, avenue de Châtillon.

                  Paris.--Chromotypographie Draeger.





*** End of this LibraryBlog Digital Book "Atlas de poche des mammifères de la France, de la Suisse romane - et de la Belgique avec leur description, moeurs et organisation" ***

Copyright 2023 LibraryBlog. All rights reserved.



Home